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SIX LIVRE SDE LA REPVBLI-Q^V E D E I. B O-din Angeuin.JWON S EIGNEV^ T) V F AV^ S E I-gneurde^Pibrac> £onfeiller du Roy enfin Qonfiilpriue./A PARIS,Chez Iacques du Puys, Libraire Iuré,
à la Samaritaine.1 5 7 6.
Auec priuilege du Roy.
EXTRAICT DV P RI-uilege du Roy.Ar lettres patentes du Roy noftre Sire donnees à Paris du
Aouft i y 7 6. fignees Pouffe-pin, &fceelees du grand
ceau de cireiaune.ll eft permis à laques du Puys Marchant,
\jr¥ Libraire Iuré en rVniuerfité de Paris D’Imprimer ou faire
Imprimer, Six liures de la République de Afaijlre îeban Bodin. Etdefen-
fesatous autres Libraires & Imprimeurs, d’imprimer ou faire Impri¬
mer lefdids liures pendant letemps & terme de dix ans, comme plus à
plein appert, & eft déclaré efdi&es lettres.
PREFACE SVR LESSIX LIVRES DE LA RE-PVBLIQJVE DE IEHAN BODIN.
A MONSEIGNEVR DV FA VR SEIGNEV R
dePibracConfeillerdu Roy cnfon priueConfeil.V i s-QVE laconferuation des Royaumes & Empires,
& de tous peuples depend> après Dieu, des bons Princes
& fiS>es Gouuerneurs, c efl bien raifon (Afonfeigneur)
que chafcun leur ajjifte ,foit a maintenir leugpuijjance,
foit à executer leurs jainfles loix ,foita ployer leurs fu- n
gets par dits & par efcrits,qui puijfent reüfiir au bien
commun de tous en général, & de chacun en particulier.
Et fi cela efl toufiours honeJle}& beau a toute personne,
maintenant il nous eft necejjaire plufque iamais. Car
pendant que le nauire de nofire République auoit en pou¬
pe le ventagreable 5 on ne penjoit qu a iouïrd'vn repos trefhautferme, & ajjeuré,
auec toutes les farces, mommeries, & majcarades quepeuuent imaginer le s hommes
fondus en toutes fortes deplaifirs.Mais depuis que l orage impetueux a tourmenté le
'vaijjeau de nofire République,auec telle violence que le Patron mefmes, & les pilo¬
tes font comme las ,&recruds dvn trauail continuel, ilfaut bien que les pajjagersy
prefient la main, qui aux voiles, qui aux cordages, qui à l'ancre : & ceux a qui la
force manquera,qu ils donnent quelque bon aduertiJJ'ement,ou quilsprefentent leurs
'veuz & prieres a celuy qui peut commander aux vents, & appaifer la tempe fie,
puïfque tous enfemble courent vn mefme danger.ee quil ne fautpas attendre des en¬
nemis qui font en terreferme ,prenans vn fingulierplaifirau naufrage de nofire Re¬
publique,pour courir au bris, & qui ja pieçafefont enrichis du iea des ch oJe s les plus
pretieufes ,qù on fait inc effammentpour fauuer ce Royaume : lequel autres fois a eu
tout ïEmpire d s4lmaigneyles Royaumes £Hongrie,dï Efiaigne,&r d’Italie,& tout
le pourpris des Gaules iujques au Rhinfoubs tobeifjance defis loix : & ores quil e(l
réduit au petit pied,ce peu qui refie efl expofé en proye^par lesfiens mefnes,&au dan¬
ger d eflrefroifiébriféentre les rochesperiÜeufesJi on ne met peine degetter les ancres
facrees,affin d’aborder,après l'orage,au port defalut,qui nous efl mofirédu Ciel, auec
bone efierance dy paruenir,fi on veulty afiirer.Cefl pourquoy de ma part,ne pou-a ij
PREFACEuant rien mieux3 îay entrepris le difcours de la République 3 & en langue populaire,
tant pour ce que lesfources de la langue Latinefontprefque taries3 & qui feicheront
du tout 3fi la barbarie caujee par les guerres ciuiles continue}quepour eflre mieux en¬
tendu de tous François naturels:iedyceux qui ontvn defir3 & -vouloir perpetuel de
voir ïejlat de ce Royaume en fa premierefilendeur fleur ifjant encore s en armes & en
loix:ou sileflainfi qu il ri y eut onques, & riy aura iamais Republiquefi excellete en
beauté qui ne viemfie 3commefugette au torret de naturefluide.qui rauifl toutes cho-
h fi s, du moins qu on face enforte que le changementfoit doux & naturel,fi faire ce peut
■ & non pas violent3nyjanglant. C'efll'vn des points que ïay traiclé en cefl œuure3co-
mençant parlafamille 3& continuant par ordre a la fouueraineté3 dtfcourant de cha¬
cun membre de la Republique, a fçauoir du Prince fouuerain & de toutes;fortes de
Republiques'.puïs du Sénat,de s officiers & A4 agifirats3des corps & Collèges3efiats ê*
communaute^de la puifance3& debuoir divn chacun.après îay remarque F origine,
accroijJementJ,efiatfleuriJJant3changement3decadéce3&ruine des Republique s :auec
plufieurs que fiions politiques , qui mefiemblewPneceffaires d’^efire bien entendues. Et
pour la conclufîon de lœuure3îay touché la iuflice dijlnbutiue, commutatiue3 & har¬
monique3monftrant laquelle des trois efipropre a l’efiat bien ordonné. En quoy ,peut
eflre, ilfiemblera que iefuis par trop long a ceux qui cherchent la brieueté: & les au¬
tres,me trouueront trop courticarïœuure ne peult eflre;figrand, qu il ne foit fort petit
pour la dignité du fuget, qui efiprefque infini3&néanmoins entre vn million de li¬
vresque nous voyons en toutesfciences3àpeine qu ils en trouue trois ou quatre de la
Republique3qui toutes fois efi la princefje de toutes lesfciences. Car Platon & oAri-
fiote ont tranchéfi court leurs difeours Politique s ,quils ontplufloft laifjéen appetit,
que raffafiéceux qui les ont leuiointaujfi que ïexperience depuis deux mil ans ou
enuiron quils ontefcript3nous a fait cognoifire au doigt & a l’œil,que lafcience Poli¬
tique efloit encore s de ce temps la cachee en tenebresfort ef?ejjes : & mefmes Platon
confie fie quelle eHoitfi obfcure qüon ny voyoit prefque rien. & s ily en auoitquel-
u que s vns entendu% au manimept des affaires déflation les appclloit lesfages par ex-
» cellence, comme dit Plutarque. Car ceux qui depuis en ontejeripta ve'ùe de pays, &
di[couru des affaires du monde fans aucune cognoijjance des loix 3 & mefmement du
droit public3qui demeure en arrière pour le profit qu on tire du particulier 3 ceux la dif-
ie profanent lesfiacre% my fleres de la Philojophiepolitique: chofe qui a donné occafion
de troubler & renuerjer de beaux e fiat s. nous auons pour exemple vn Macciauel,
quia eu la vogue entre les couratiers des tyrans, & lequel Paul loue ayant mis au
rang des hommes fignale^Jappelle néanmoins j4theifie, & ignorant des bonnes
m lettres, quant a /’Atheifme il en ftiél gloire par fies eferits. & quant au flauoir
,, ie croy que ceux qui ont accoufiumé de difeourir doflement 3 pe^erfagement, &
refoudre fubtilement les hauts affaires deflat 3 s acorderont qu il ri a iamais fondéle
gué de Uficiéce Politique 3qui negiflpas en ru^es tyranniques3quil a recherchees par
tous les coins d'Italie,&comme vne douce poison coulee en fon hure du Prince 3 ou
fl ilrehaujje iufques au Ciel 3& met pour vn Parangon de tous les Roy s,le plus def
,, loyal fil% de Preflre qui fut onques :& lequel néanmoins auec toutes lesfinefjesfut
honteufementprécipité de la roche de tyrannie haute Sf glifiant e,ou il s* efloit niché*&
lib.é?.de l’avthevr;& enfin expofécomme vnbeliflre à la mercy , & rifee de fes ennemis , comme il efi
aduenu depuis aux autres Princes qui ont fuy ui fa pifie,&pratique les belles reigles
de Macciauehlequel a mis pour deuxfonde mens des Républiques l impiété, iniu-
fiicejblafmant la religion comme contraire al efiat. toutesfois ° Polybe gouuer-de militari _neur& Lieutenant de Scipion ï Africain ,efiimé leplus fage Politique dejonaage,
ores qu’il fut droit Atheifie,néanmoins il recommande la religion fur toutes chofes, Pima.,
comme lefondemet Principal de toutes Républiques Je l'executwn des loix, de l'obeif-
fance desfurets enuers les Magifiratsje la crainte enuers les Princesse l'amitié mu--
tuette entre eux,& delà Jufiice enuers tous'.quand il dit que les Romains n ont la- ,,
mais rien eu de plus grand que la religion,pour eftendre les frontières de leur Empire, ,,
la o-loire de leurs hauts faits par toute la terre. Et quant à la Jufiice,fi Macciauel „
eufi tantfoit peu getélesyeuxfur les bons autheurs, il eufi trouuéque Platon intitule
M fes hure s de la Republique Jes liures de la Jufiice, comme efianticelle ïvndes plus
t fermes pilhers de toutes Republiques-Et d’autant qu’il aduinta Carneade A mbafja-
deurd’ A thene s'vers les Romains,pour faire preuue defoneloqiiçpce Jouer vn tour
l’imufiice,& le iourfuyuantla Jufiice,Caton le Cenfeur,qui t audit ouy haranguer,
difi en plein Sénat,qü il fallaitdepefeher, & licentier tels Jmbafjadeurs , qui pour¬
raient alterer,& corrompre bien toft les bonnes meurs d’vnpeuple,& en fin renuerfer
rün bel efiat. Auffi efi-ce abufer indignement des loix facrees dt nature,qui veult non
feulement opue les feeptres foientarrache^ des mains des mefehans, pour efire baille^
aux bons & ‘vertueux Princes,comme dit lefage Hebrieu:ains encore s que le bien en
tout ce monde foit plus fort, & plus puifjant que le mal. Car tout ainfî que le grand
Dieu de nature treffage & trefiufie, commande aux Anges, ainfî les Anges com¬
mandent aux hommes Jes hommes aux befiesfame au corps,le delà la terreJa rai-
fon aux appétits :ajfin que ce qui efi moins habile a commander,foit conduit & guidé
parceluy qui lepeultguarentir,&*preferuer,pour loyer de fon obeiffance. Mais au co-
traire,s il aduient que les appétits defobeiffent a la raifonjes particuliers aux Ad agi-
firats,le) Magifirats aux Prince s,le s Princes a Dieu,alors on 'voit que Dieu'vient
'vanger fes iniures , & faire executer la loy 'éternellepar luy efiablie, donnant les
Royaumes & Empires auxplusfage s vertueux Princes, ou (pour mieux dire)
aux moins iniufies,& mieux entendu^au m'animent des affaire s gouuernement
des peuples ,qu ilfait venir quelque s fois d’vn bout de la terre a ï autre,auec vn efion-
,, nement des vainqueurs & des vaincu^,quand ie dy Iuflice ï entends la prudéce de
commander en droiélure & intégrité. C’ efi donquesvne incongruité bien lourde en
matiere d efiat,& d’vnefuite danger eufe,enfeigner aux Princes des reigles d’iniufii-
ce pour afjeurer leur puifjance,par tyrannie qui toutes fois n a point defondement plus
M ruineux que cefiuy la.car depuis que l’iniufiice armee de force prendfa carriere dvne
„ puifjanceabfolüe,elleprefjelespafiïons violentes del’ame,faifantquvne auaricede-
„ uientfoudain confifcation,vn amour adultéré,vne cholerefureur,vne iniuremeur-
M tre:& tout ainfî que le tonnerre va deuant l'éclair,encore s qu ilfemble tout le cotrai-
ix reiauffi le Prince depraué d’opinions tyrannique s,faitpafjer l’amende deuant l’accu-
A fation,& la condemnation deuant la preuue: qui efi le plus grand moyen quon puifje
imaginer pour ruiner les Princesleur efiat. J!y en a d’autres contraires,& droitsa iij
PREFACE DE L’AVTHEVR.ennemis de ceux cy3qui nefontpas moins & pe ut eftre plus dangereux,quifloub s 'voi¬
le d’vne exemption de charge s libertepopulaire,font rebeller lesfugets contre leurs
Princes naturels , ouurans la porte à vne licentieufle anarchie,qui efl pire que la plus
forte tyrannie du monde. Voila deuxfortes d’hommes qui pareflcripts & moyens du
tout contraires confirent a la ruine des Republiques :non pas tant par malice que par
ignorance des affaires d’eflat, que ie me fuis efforcé d’eclarcir en ceft œuurejequelpour
n eftre tel que ie dejîre,ri eufi encore s eflémis en lumierejîceluy qui pourïajfeftio na¬
turelle quilporte au public , comme il en afaitpreuuejne rrieufl incité a ce faire , ceft
Nicolas de Liures fleur de Humer oie s , tvn des gentils-hommes de ce Royaume des
mieux accomplis en toutesfciences honefles & vertu^ rares. Et pour la cognoifljance
que ïay depuis dixhuit ans,de 'vous auoirveu monterpar tous les degre^ d'honneur,
maniant fi dextrement les affaires de ce Royaume3îay penfé que ie ne pouuois mieux
adrejjermon labeur pour en fairefain iugement, qua vous mejmes.le vous ïenuoye
doncpour le cenjurer à voslre difleretion & en flaire telpris quil vous plaira.'tenant
pour ajj'euré quilflera bien venu par tout s il vous efl agreable.Voftretrefaffe&ionc feruiteur,
I. Bodin.
SOMMAIRE DESCHAPITRES.Livre i.C H A P. i. eft la fin principale de la République bien or don-CHAP. il* Du ménagé & la différence entre la République & la famille,
chap* 111* De lapuijfance maritale, & sil eft expedient renouuelerla
loy de répudiation.CHAP. IIII* Delà puijfance paternelle 3 & s'il eft bon d'en vfer comme les
anciens Romains.CHAP. V. De lapuijj'ancefeigneuriale > & s'ilfautfoufrir les efclaues en
la Republique bien ordonnée.CHAP. VI- Du citoyenl* différence d'entre le citoyennefugetj'eftran-
gerja ville>cité & Republique.CHAP. VII. De ceux qui font enproteélion,&la différence entre les allie%
eftrangers>& fugets.Chap. V11 i. De lafeurete & droits des alliancestraite% entre les Prin¬
ces.CHAP. IX. Delàfouuerainete.chap. X. Du Prince tributaire}oufeudataire3& s'il eft fouuerain3& de
laprerogatiue d'honneur entre les Princes fouuerains,
CHAP. XI. Des vrayes marques defouueraineté.LIVRE IL
CHAP. I. De toutesfortes de Republiques en général.CHAP. II. De la monarchiefeigneuriale.CHAP. ni. De la monarchie Royale.
chap. ii ii. De la monarchie tyrannique.chap. V. S'il eft licite d'attenter a la perfonne du tyranaprèsfa mort
anullerj& cafjerfes ordonnances.CHAP. VI. Deïeftat^Ariftocratique.CHAP. VII. De ï eftatpopulaire.LIVRE 111.chap. I. Dufenat& de fa puijfance.chap. II. Dey ojjitiers & Commijfaire s.chap. III. Des magiftrats.chap. 1111. De l'obeijfance que doibt le magiftrat aux loix&au Prince
fouuerain.c h A p. V. Delà puijfance des magiftratsfur les particuliers.chap. vi. De lapuijfance que les magiftrats ont les vnsfur les autres*chap. vu. Des corps & colleges^eftats & communauté
CHAP.C H A P*CHAP.CHAP.CHAP.CHAP.CHAP.CHAP.CHAP.CHAP.CHAP.CHAP.CHAP.CHAP.CHAP.
CHAP.
CHA P.LIVRE 1111.i. Delà nàijfance.acroiffement^ftatfleunffantjecadence & rui¬
ne des Républiques.11. S'ily a moyen defçauoir les ch ange mens, & ruines des Répu¬
bliques a l'aduenir.
ni. Que les chdnfremens des Republiques > & des loix neje doibt
' faire tout a coup.1111. S'il e(l bon que les officiers d'une Republique foient perpétuels.
y. S'il eft expediet que les officiers d'une Republiquefoiet diacord.
y i. S'il eft expedient que le Prince iuge les furets •> & qu'ilfe com¬
munique fomenta eux.
yii. Si le Prince esfattios ciuilesfe doibt ioindre à l'une des partie s.&file fuget doibt eftre contraint de future l'un ou l'autre}
auec les moyens de reniedierauxfeditions.LITRE V.i. Du reiglement qu il faut tenir pour accommoder la forme deRepublique à la diuerfite des hommes le moyen de co-
gnoiftre le naturel des peuples.11. Les moyens de remedier aux changemens des Republiques.
ni. Du loyer & de la peine.i111. Si les biens des condamne% doiuent eftreapplique^aufifque.oit
employer aux œuures pitoyables,ou laijje% aux héritiers.
LIVRE VI.I. De la cenfure & s'il eft expedient de leuerle nombre des fuget s,
& les cotraindre de bailler par declaratio les bies qu'ils ont.ii. Des finances.ni. Le moyen d'empefcher que les monnoyesfoyent alterees de prisy
oufalfifiees.1111. Comparaifon des trois formes de Republiques, & des commo¬
dité^ & incommodité% de chacune : & que la monarchie
Royale eft la meilleure.V. Que la monarchie bien ordonnée ne tombe en chois 3nyenfortsny en quenoille > ains quelle eft deuoluepar droitfuccejftf au
mafle le plus proche de l'eftocpaternel & hors partage.VI. Délai uftice diftributiue^commutatiue, & harmonique >&Uquelle des trois eflpropre a chacune Republique.FIN\
QV ELLE EST LA FINPRINCIPALE DE LA REPVBLI-QY^E BIEN ORDONNEE.C H JP. I.e p v b l i qjv; e efl: vn droit gouvernement
de plufieurs ménagés , & de ce qui leur eft co-
mun,auec puiflâce fouueraine. Nous mettons
cefte definitio en premier lieu,par ce quJil faut
chercher en toutes chofes la fin principale: &c
puis après les moyens d’y paruenir. Or la défi¬
nition n'eft autre chofe que la fin dufuget qui
fe prefente: &fi elle n’eft bienfondee , tout
ce qui fera bafti fur icelle ruinera bié toft après.
Et iaçoit que celuy qui a trouué la fin de ce qui
eft mis en auant, ne trouue pas toufiours les moyens d'y paruenir, non
plus que le mauuais archer qui voit le blanc & n'y vife pas : néanmoins
auec ladreffe & la peine quil emploira il y pourra fraper , ou apro-
cher:& ne fera pas moins eftimé , s il ne touche au but, pourueu qu il
face tout ce qu’il doibt pour y ataindre. Mais qui ne fçait la fin & défi¬
nition du fuget qui luy eft propofé, ceftuy-là eft hors d’efperâcede
trouueriamaisles moyens d’y paruenir, non plus que celuy qui don¬
ne en l’air fans voir la bute. Deduifons donc parle menu les parties de
la définition que nous auons pofee. Nous auons dit en premier lieu
droit gouuernement, pour la différence qu’il y a entre les Republi¬
ques , & les troupes de voleurs & pirates aueclefquels on ne doibt
auoir part, ny commerce, ny alliance : come il a toufiours efté gardé
en toute Republique bien ordonnée, quand il a efté queftion de don¬
ner la foy,traiter la paix, denoncer la guerre, accorder ligues offen-
fiues,oudefenfiues,bourner les fronderes,& decider les différends
entre les princes &feigneurs fouuerains, on nV a iamais compris les
voleurs ,ny leur fuite:fi peut eftre cela ne s’eft fait par neceffitéfor¬
cée , quin’eft point fugette àladifcretion des loix humaines ,lefquelles
ont toufiours feparé les brigans ôc corfiires, d’auec ceux que nousdi-
i DE LA REPVBLiqVEfons droits ennemis en fait de guerre : qui maintiennent leurs eftats
& Republiques par voye de iuftice, de laquelle les brigans & corfai¬
res cerchent l'euerfion de ruine. C’eftpourquoy ils ne doiuét iouyr du
droit de guerre commun à tous peuples, ny fepreualoir des loix que
les vainqueurs donnent aux vaincuz. Et mefmes laloy n’a pas voulu,
que celuy qui tomberoit entre leurs mains, perdift vnfeulpointdefa
kbcïté *,ou qu’il ne peuft faire teftament1, & touts ades legitimes3quez 1 cius1 uf à lacro nC Pouuo*c3 cc^uy 4U* captif des ennemis,corne eftant leur cfcla-
nibuSu Dctcftam!° ue,qui perdoit (à liberté,&la puillance 4 domeftique fur les liens. Et fî
x‘l.inbciioDc ca- on dit 4ue ^ loy * veut quon rende au voleur le gage,le depoft, la cho-
nuifi pTgnorej. empruntée, & qu il foit refTaifi des chofes par luy occupées iniufte-
Si praedo De pi- ment fur au-truy, s’il en eft depoüillé par violence, il y a double rai-gnoralit. 1.1.9.11 f* 11* 1 3 i\ipr*do.i.bonafi- Ion : I vne que le brigand mente quon ay t égard a luy, quand il vient
vî fi fur vci prç*ta faire hommage au magiftrat, & fe rend foubz l’obeïffance des loix
do.commodae. p0Ur demâder, & receuoir iuftice: l’autre que cela ne fe fait pas tant en
faüeurdes b rigans, qu’en haine de celuy qui veut retenir lefàcréde-
poft, ou qui procede par voye de fait ayant la iuftice en main. Et quant
au premier nous en auons allez d exemples, mais il n’y en a point de
J" plus mcmorable que d’Augufte l’Empereur, qui fift publier à fon deJ(f^j ^trompe qu’il donneroit xxv. milefcuzàceluy qui prédroit Crocotas
Zy* chef des voleurs en Eipaignerde quoy aduerty Crocotas, fe reprefente,1 luy mefmes.à TEmpereur,& luy demadexxv.mil efcuz.Augufte les luy
Dion îib j*. fift payer/ 8c luy donna fa grâce : affin qu’on ne penfàft point qu’il vou-
i x fl ^uy 0^cl ^ vic>pour Ie fruftrer du loyer promis, & que la foy & feureté publique fuftgardee à celuy qui venoit eniuftice : combien qu’it
fT. ^^o'uuoit procéder cotre luy,& luy faire fon proces. Mais qui voudroit
■r' uo] tM5^^^^Vfer du droit commun enuers les corfaires & voleurs, comme auec les
droitz ennemis,il feroit vneperilleufe ouuerture à toutz vagabons de
fe ioindre aux b rigans, & affeurer leurs a&ions & ligues capitales foubz
le voile de iuftice. Non pas qu’il foit impoffible de faire vn bon Prin-
v.^JWvn voleur, ou d vn corfairevn bon Roy: & tel pirate y a,quime-
i fil r^tc mieux d’eftre appelle Roy, que plufieurs qui ont porté les feeptres& diadefmes, qui n’ont exeufe veritable,ny vray-femblable, des vole-
ries & cruautez quils faifoyet fouffrir aux fuiets:come difoit Demetrius
le corfàire au Roy Alexandre le grâd, qu’il n’auoit apris autre meftier de
fon pere, ny hérité pour tout bien que deux fregates: mais quant à luy
‘ , c Zktafmoit pratique,il rauageoit neâtmoins,&brigâdoit auec deux
Kv ^ (fi y 7 Puj^alltes armees,par mer,&par terre,encores quil euft de fon pere vil
grâd & florifsât royaume, ce quiefmeut Alexâdrepluftoftà vnremord
de cofcience,que à vanger la iufte reproche à luy faite par vn efeumeur,
r\ ^ qu il fift capitaine en chefd’vnelegion:come de noftreaage Sulta
/ <^0^ t ^uIeyman appe^a a ^on cofeil les deux plus nobles corfaires de memoi-
Çl* yj f re d’homme, Ariadin Barberoufle,& Dragut Reis,faifant l’vn & l’autreAmiral,
DE LA REPVBLIQVE. 3Amiral, & Bafcha, tant pour nettoyer lamer des autres pirates, que p pur ^'
affeurer fon eftat,& le cours de la traffique.Ces moyensd atirer les chefs 'fa
des pirates au port de vertu, eft, & fera toufiours louable, non feule- ' ‘
mentaffin de ne réduire point telles gens au defefpoir d’enuahir l’e~• ftat des Princes,ains auffi pour ruiner les autres corne ennemis du genre
humain : & quoy qu’ils femblent viure en amitié & focieté partageant,
également le butin , comme on difoit deBargule &deViriat , néant- ^
moins cela ne doibt eftre appellé focieté, ny amitié, ny partage en terfmes7 de droit : ains constations, voleries & pillages : car le principal : v,. W*poind auquel gift la vraye marque d’amitié leur défaut, c’eft à fçauoir nmmdiuid. «le droit gouuerncment félon les loix de nature. Ceftpourquoy les an- #'1frf
•ciens8 appelloyent Republique vne focieté d’hommes aflemblez,pour
bien & heureufement viure : laquelle définition toutesfois a plus qu’il
ne faut d’vne part,& moins d’vne autre: car les trois poin&s principaux
y manquent,c’eft à fçauoir la famille,la fouueraineté, & ce qui eft com¬
mun en vne Republique :ioint auffi que ce mot heureufement, ainfi
qu’ils entendoyent n’eft point neceffaire : autremét la vertu n auroit au¬
cun pris file vent ne foufloit toufiours en poupe:ce que iamaishomme
de bien n’accordera:caf la Republique peut eftre bien gouuernee,& fe¬
ra neantmoins affligee de paüureté,delaiiïee des amis,affiegee des enne¬
mis, &comblee deplufieurs calamitez: auquel eftatCiceron mefmes
confeffe auoir veü tomber la Republique de Marfeille enProuence,
qu’il dit auoirefté la mieux ordonee,&la plus accoplie qui fuft onques ^
en tout le monde fans exception: &: au contraire il faudroit que la Repu» ^
blique fertile en afliete,abondante en richefies, fleuriflànt en hommes,
r eueree des amis,redoubtee des ennemis,inuincible en armes,puiflante
en chafteaux, fuperbe en maifons, triomphante en gloire, fuft droite-
ment gouuernee, ores quelle fuft debordee en mechancetez, &fon-
due en touts vices. Et neantmoins il-eft bien certain que la vertu na
„ point d’ennemy plus capital, qu vn tel fucces qu on dit tresheureux : &
qu’il eft prefque impoffible d’acoler enfemble deux chofes fi cotraires.Par ainfi nous ne mettrons pas en ligne de compte *pour définir laRe-
publique,ce mot heureufement : ains nous prendrons la mire plus haut
pour toucher ou du moins aprocher au droit gouuernement : toutefc
fois nous ne voulos pas auffi figurer vne Republique en idee (ans effe£t,
telle quePlaton,&: Thomas le Moire chancelier d’Angletetre ont ima¬
giné,mais nous contéterons de fuiureles reigles Politiques au plus près
qu’il fera poffible : en quoy faifant on ne peut iuftement eftre blafiné,
encores qu’on n’ay t pas ataint le but où l’on vifoit,non plus que lë mai-
ftre pilote trâfporté de la tempefte,ou le medecin vaincu de la maladie,
ne font pas moins eftimez,pourueu que Tvn ayt bie gouuerné fon ma¬
lade, & l’autre fon nauire. Or fi la vraye félicité d’vne Republique, &:
d’vn homme feul eft tout vn, & que le fouuerain bien de la Republique
4 DE LA REPVBLIQJE. , ,, cn Seneral>aufll bicn que d’vn chacun en particulier, gift és vertus i„Ariftotel. lib.7. «.„11 „XL,, 11 o 1 i . O vciLUiliX*-cap.j.& i f.poiit. & telle cruelles ,& contemplatiues,comme les mieux entendus9 ont refo
i^o.cAic.adNi. lu;il faut aufli accorder que ce peuple là iouift du fouuerain bien quand
il a ce but deuant les yeux, de s’exercer en la contemplation des chofes
naturelles,humaines, &diuin es,en raportant la louange du tout au grad
prince de nature. Si donc nous confeffons que cela eft le but principal
de la vie bien heureufe d’vn chacun en particulier, nous concluons aufli
que c eft la fin 8c félicité d’vne République, mais d autant que les hom-
jnes d affaires,&: les Princes,ne font iamais tombez d’accord pour ce re¬
gard, chacun mefurant fon bien au pied de lès plaifirs 8c contentemens:
& que ceux qui onteumefme opinion du fouuerain bien d’vn parti¬
culier, n’ont pas toufiours accordé que l’homme debien, 8c le bon ci¬
toyen foit tout vn:ny que la félicité d’vn homme, 8c de toute la Repu¬
blique fuft pareille : cela fait qu on a toufiours eu variété de loix, de
couftumes, & defleings, félon les humeurs&paflions des Princes 8c
n gouuerneurs. Toutesfoispuifque l’homme fage eft la mefure deiufticc
,, 8c de vérité : 8c que ceux la qui font reputez les plus fàges, demearent
d’accord, que le fouuerain bien d’vn particulier, &de laRepubliquc
n’eft qu vn, fans faire differéce entre l’home de bien,& le bon citoyen,
nous arrefterons là le vray poind de félicité , & le but principal auquel
fe doit raporter le droit gouucrnement d’vne Republique :iaçoit que
Ariftote a doublé d’opinion, & tranché quelcjuesfois le différend des
parties par la moitié,couplant tantoft les richeffes, tantoft la force 8c la
fanté auec l’a&ion de vertu, pour s’accorder à la plus commune opinio
i iib.io.crhic.Ni- des hommesimais 'quandil endifputeplusfubtilement,il met lecom-
^ £ ble de félicité en contemplation. Quifemble auoir donné occafion à
>' ^arc Varron de dire, que la félicité des hommes eft meflee d’a&ion ,&
y o de contemplation:& fà raifon eft à mon aduis,qued’vne chofe fimple,lafelicité eft fimple,& d’vne chofe double, compofee de parties diuer-
fes, la félicité eft double : comme le bien du corps gift en fanté,force,
alegreffe,& en la beauté des membres bien proportionnez : 8c la félicité
de l’ame inférieure,qui eft la vray e liaifon du corps 8c de l’intelled, gift
en l’obeiffance que les appetitz doibuentà la raifon: c eft à dire en la-
^ion des vertuz moralesitoutainfi que le fouuerain bien de la pairie in-
telledtuelle, gift aux vertuz intelle£tuelles:c eftàfçauoir cn prudence,
fcience,&: vraye religiond’vne touchant les chofes humaines,l’autre les
chofes naturelles : la troifiefine les chofes diuincs : la premiere monftre
la différence du bien 8c du mal,la fécondé du vray & du faux,la troifief-
me de la piete Sc impiété,8c ce qu’il faut choifir &fuyr:car de ces trois fè
compofela vraye fageffe,où eft le plus haut point de félicité en ce mon¬
de. Aufli peut on dire par comparaifon du petit au grand que la Repu¬
blique doit auoir vn territoire fufïifànt, &lieu capable pour les habi¬
tans,la fertilite d vn pays aflez plantureux, 8c quantité de beftail pour lapour-
LIVRE PREMIER. *nourriture & veftemes des fugetz:& pour les maintenir enfanté la dou¬
ceur du ciel,la temperature de l’air, la bonté des eaux; & pour la defenfe
& retraite du peuple, les matieres propres à baftir maifons & places
fortes,fi le lieu de foy n’eft affez couuert & defenfable. Voila les premiè¬
res chofes defquelles on eft le plus foigneux en toute République &
puis on cherche fes aifances:comme les medecines, les métaux, les tain-
tures:& pour affugetir les ennemis,& alonger fes frontières par conque-
ftes, 011 fait prouiîlon d armes offenfiues:& d’autant que les appetizdes
hommes font le plus fouuent infatiables,on veut auoir en affluence,non
feulement les chofes vtiles & neceffaires: ainsauffiplaifantes &: inutiles.Et tout ainfi qu’on ne penfe gueresà l’inftru&iond’vn enfant qu’il nefoit eleué,nourri, & capable de raifon : aufli les Republiques n’ont pasgrand foin des vertuz morales:ny des belles fciences, Ôc moins encoresde la contemplation des chofes naturelles & diuines, quelles ne foycnt ^garnies de ce qui leur fait befoin : & fe contentent d’vne prudence me-diocre, pour afleurer leur eftat contre les eftrangers, & garder les fugets \ê^r. ^d’offenferles vns les autres, ou fi quelcun eft offenfé, reparer la faute. / ^ £■Mais l’homme fe voyant efleué & enrichi de tout ce qui luy eft neceffai- i wVlre & commode, & fa vie affeureed’vn bon repos, &: tranquillité douce,
s’il eft bien né il prend à contre-cueu r les vicieux & mefchans, & s'appro¬
che des gens de bien & vertueux: & quand fon efprit eft clair & net, des
vices & paffions qui troublent l’ame,il prend garde plus foigneufement
à voir la diuerfité des chofes humaines,les ages differentes, les humeurs
contraires,la grandeur des vns,la ruine des autres,le changement des re-
publiques:cherchât toufiours les caufes des effedts qu’il voit, puis après
fe tournant à la beauté de nature,il prend plaifir à la variété,des animaux,
des plantes, des minéraux, confiderant la forme, la qualité, la vertu de
chacune, les haines &c amitiez des vnes enuers les autres, & la fuite des
caufes enchaifiiees,& dependentes l’vne de l’autre:puis laiffant la région
elementaire, il drefle fon vol iufques au ciel, auec les aifles de contem¬
plation, pour voir la fplendeur,la beauté,la force des lumieres celeftes,le
mouuement terrible,la grandeur & hauteur d’icelles,& l’harmonie me-
lodieufe de tout ce mode:alors il eftraui d’vn plaifir admirable, accom-
paignéd’vndefirperpetuel de trouuer la premiere caufe,&celuy qui fut
autheur d’vn fi beau chef d’œuure : auquel eftant paruenu, il arrefte là le
cours de fes contemplations, voyant qu’il eft infini & incomprehenfi-
ble en eflence,en grâdeur,en puifsâce,en fageffe,en boté. Par ce moyen
de contemplation, les hommes (âges &: entendus, ont refolu vne tref-
belle ^emonftratioiijc’eftafçauoir qu’il n’y a que vn Dieu eternel & in¬
fini: & de là ont quafi tiré vne conclufion de la félicité humaine. Si don-
quesvn tel homme eft iugéfage, & bien heureux, aufli fera la republi-
que tref-heureufe, ayant beaucoup de tels citoyens, encores qu’elle ne
foit pas de grande eftendue,ny opulente en biens, mefpnfant les pom-a iij
6 DELA REPVBLIQVEpes (5c delices,des citez fupcrbes,p!ogees en plaifirs, &ne faut pas pour¬
tant conclure que la félicité de Infime foit confufe &c meflee : car com¬
bien que l’homme foit compoféd’vn corps mortel, &d’vneame im¬
mortelle^ faut-il Confelfer que fon bien principal depend de la partie la
plus noble : carpuifquele corps doibtferuir à lame, &l’apetit beftialà
la raifon diuine, fon bien fouuerain delpéd aufli des vertus intellectuel¬
les,que Arifto.te appelle l’aâion de l’intelle£t: & iaçoit quil euft dit que
le fouuerain bien gift enladion de vertu,fi eft-ce qu’en finilaefté con-5,Arift.Hb.io.ethi- traint de confeffer J que l’a£tion fe raporte à la contemplation, comme à
œr.& cap.7.pohc. ^ qU’ell lcc\\c gift le fouuerain bien, autre ment, dit-il, les hommes
feroientplus heureux que Dieu,qui n’eft point empefché aux actions
muables^iouiffant du fruit eternel de contemplation & d’vn repos tret
hault. mais ne voulant pas s’arrefter ouuertement à l’aduis de fon mai-
ftre, ny fe départir de la maxime qu’il auoit pofee, c’eft à fçauoir que le
fouuerain bien gift £nf adtion de vertu,quand il a conclud la difpute du
fouuerain bien,il a coulé doucemét ce mot æquiuoque, 1 action de l’in-
telle<5t,pour contemplation,difint que la félicité de fhomme gift en la-
étion de P intellect: affin qu il ne femblaft vouloir mettre la fin principa¬
le de Fhomme,& des Republiques, en deux chofes du tout contraires,
c’eft â fçauoir en mouuement,& en repos,en action & contemplation.
& neantmoins voyant que les hommes, 5c les Republiques font en per-
petuelmouuement,empefchezaux a6tionsneceflaires,iln’apas voulu
dire fimplement^que la félicité gift en cotemplation,ce qu’il faut néant-
moins aduoüer. car quoy que les a6tions parlefquelles la vie de l’hom¬
me eft entretenue foyentfort neceflaires,comme boire &c manger,fi eft-
çe qu’il n’y eut iamais homme bien appris, qui fondaft en cela le fouue-
„ rainbien. auffi l’adion des vertus morales eft bien fort louable, parce
,, qu’il eft impoffible que lame puiffe recueillir le doux fruit de contem¬
plation, qu’elle ne foit efclarcie,& purifiee par les vertus morales, ou par
la lumiere diuine:de forte que les vertus morales, fe raportent aux intel¬
lectuelles. orlafelicité n’eftpas accomplie, qui fe raporte, & cherche
quelque chofe de meilleur, comme fa fin principale, & ce qui eft moins
noble,au plus noble, comme le corps à lame,celle cy à l’intelled, l’ape-
tit à la raifon,& viure pour bien viure. Par ainfi Marc Varron, qui a mis
la félicité en adtion > & en contemplation, euft mieux dit, à mon aduis,
que la vie de l’homme a befoin d’aCtion, 5c de contemplation,mais que
4.pkto inPhsc- le fouuerain bien gift en contemplation 4 3que les Académiques ontap- "f. Pfal. 116.& Léopelléla mort plaifante,& les Hebrieux la mort * precieufe, d’au tant quel- >>
Hebrx^hb. 3. de je raujfl- l’ame hors de fange corporelle ^pour la deifier. Et neantmoins il
eft bien certain que la Republique ne peuteftre bien ordonnée,, fi 011
laiffe du tout, ou pour long temps les actions ordinaires, la voyedeiu-
ftice,lagafde ôc defenfe des fugets, les viures, & prouifions neceffaires à
rentretenement d’iceux, non plus que l’homme ne peut viure longue-
LIVRE PREMIER- 7ment, fi lame eft fi fore rauie en contemplation, qu’on en perde le boire
&le manger. Mais tout ainfi qu’en ce monde, qui eft la vraye image de
la République bien ordonnée, & de l'homme bien rciglé,on voit la lune
comme l’ame,s’aprocher du Soleil, laiflant aucunemét la région élémen¬
taire , qui reflent vn merueilleux changement, pour le déclin de cefte lu¬
mière, & toft après l’accouplement du Soleil, Te remplir d’vne vertu cele-
fte, qu’elle rend à toutes chofes : auflï lame de ce petit monde eftant par
fois’rauie en contemplation,& aucunement vnie à ce grand Soleil intel-
leduel elle s’enflamme d’vne clarté diuine,&force émerueillable,& d’v-
ne vigueur celeftc fortifiant le corps, & les forces naturelles, mais fi l’ame
s’adone par trop au corps,& s’enyure des plaifirs fenfuels,fans rechercher
le fouleil diuin, il luy en prend tout ainfi que à la lune,quand elle s’enue-
lope du tout en l’ombre delà terre, qui luy ofte fa lumière, & fa force, &
produit par ce défaut plufieurs monftres. &neâtmoins fi elle demeuroit
toufiours vnie au Soleil, ileft bien certain que le monde élémentaire
periroit. Nous ferons mefme iugement delà Republique bien ordon¬
née, la fin principale de laquelle, gift aux vertus contemplatiues, iacoit
que les adions politiques foyent prællables & les moins illuftres foyent
les premieres:comme faire prouifions neceflaires,pour entretenir,& dé¬
fendre la vie des fugetz: & néanmoins telles adions ferap orientaux
morales.,, & celles cy aux intelleduelles,la fin defquelleseft la contem¬
plation du plus beau fuget qui foit, & qu’on puifle imaginer. Au (fi
voyons nous queDieualaiflefixiours pour toutes adions, eftant la
vie de l’homme fugette pour la pluf part à icelles-.mais ila ordonnéque
lefeptiefme qu’il auoitbeni fus tous les autres feroit chômé, comme le
faintiour du repos,affin de l’employer f en la contemplation defesœu- j.pûU
ures dcûloy,&de fes louanges. V oila quand à la fin principale des Re¬
publiques bien ordonnées, qui font d’autant plus heureufes, que plus
près elles approchent de cc but : car tout ainfi qu’il y a plufieurs degrez
de félicité és hommes , aufli ont les Republiques leurs degrez de fœlici-
té,les vnes plus, les autres moins, félon le but que chacune fe propofe
pour imiter: comme l’on difoic * des Lacedcmoniens, qu’ils eftoient ‘■pll'°'
courageux,& magnanimes, & au refte de leurs adions iniuftes : par ce *~v ~que leur inftitution,leurs loix,& couftumes,n’auoyent autre but deuât -v-
lesyeux,que rendre les hommes coui'agcux,&inuincibles aux labeurs ^& douleurs, meprifant les plaifirs&delices. mais la Republique des Ro- ^,, mains a fleuri en iuftice, & fuPpafle celle de Lacedemonne,par ce que les
,, Romainsn’auoientpasfeulementlamagnanimité,ainsauffilavrayeiu- •;*?Si.ftiee leur eftoit comme vn fuget, auquel ils adreflbyent toutes leurs »adions. Ilfautdonc s’efforcer de trouuer les moyens deparuenirou
approcher de la félicité que nous auons dit, & à la définition de la Re¬
publique que nous auons pofee.a iiij
8 DE LA REPVBLIQVEDV M ESN AGE ET LA D 1 F F £-rence entre la République & la famille.C h A P. II.Enage eft vn droit gouuernement de plufieurs fugets,
foubs l’obeiffance d’vn chef de famille,& de ce qui luy
eft propre. La fécondé partie de la définition de Repu^
blique que nous auons pofee,touche la famille,qui eft
la vraye fource 8c origine de toute Republique , 8c
membre principal d’icelle. Etparainfi Xenophon 8c
Ariftote/ans occafion,àmon aduis,ont diuifél’œconomie delapolice:
ce qu’on ne peut faire fans demembrer la partie principale du total, &
baftir vne ville fans maifons, ou bien par mefme moyen il falloit faire
vne fcience à part des corps 8c collèges,qui ne font ny familles,ny citez,
8c font neantmoins partie de la République. Mais les iurifconfultes, 8c
legiflateurs,que nous debuons fuiure, ont traité les loix 8c ordonnances
de la police, des collèges, & des familles en vne mefme fcience. toutef-
fois ils n’ont pas pris Fœconomie comme Ariftote,qui l’appelle fcience
d’aquerir des biens ^ qui eft commune aux corps 8c collèges auffi bien
comme aux Republiques.Or nous entçdons par lamenagerie, le droit
gouuernement de la famille, &dela puiffance que le chef de famille a
fuslesfiens, 8c de l’obeiffance qui luy eft deue, qui n’a point eftétou-
cheeaux traitez d’Ariftote,& de Xenophon. Tout ainfi donc que la fa¬
mille bié coduite,eft la vraye image de fa Republique, & la puiffance do-
meftique femblable à la puiffance fouueraine : auffi eft le droit gouuer-
nemét de la maiso,le vray modelle du gouuernemét de la République.
Ettoutainlî que les mébres chacü en particulier faisâs leur debuoir,tout
le corps (è porte bie:auffi les familles eftâts biengouuernees,laRepubli^
que ira bie. Nous auos dit que République eft vn droit gouuernement
de plufieurs ménagés, & de ce qui leur eft comun auec puiffance fouue¬
raine. le mot de plufieurs ne peut eftre fignifié par deux au cas quis’of-
vcîbor figaifîff;dc ^le>car ^ loy1 vcut m°ins trois persones pour faire vn college,& au7
tantpourfairevnefamille, outre le chef de famille, foyent enfans, ou ef-
claues,ou afranchis, ou gens libres qui fe foubmettent voluntairement
àîobeiffance du chef déménagé, quifaitle quatriefme, &toutesfois
membre1 delà famille. Et d’autant que les ménagés, corps 8c collèges,
amiiiar. cod, enfembie les Républiques, 8c tout le genre humain periroit,s’iln’eftoit
repeuplé par mariages,il s’enfuit bie que lafamille ne fera pas accomplie
de tout point fans la femme, qui pour cefte caufeeft appelleemere de
famille: tellement qu’il faut à ce compte cinq perfonnes du moins,pour
accoplir vne famille entiere. Si donc il faut trois perfonnes pour faire vn
college,& autant pour vn ménagé,outre le chef de famille 8c fa femme:nous
LIVRE PREMIER.nous dirons par mefme raifon, qu il faut du moins trois ménagés pour
faire vne Republique , quiferoit trois fois cinq pour trois ménagés par-
faids. Et à mon aduis que lesanciens appelloyent pour ceftecaute vn
peuple quinze perfonnes, comme dit Apulee, raportans le nombre de
quinze à trois familles parfaites. Autrement s*il n’y a qu vn ménagé, en¬
cores que le pere de famille eut trois cens femmes, 3c fix cens entans.au-
tant qu en auoit Hermotimus Roy de Parthe, ou cinq cens efclaues, ^comme Crafliis-.s’ils font touts foubs la puiflance d’vn chef de ménagé,
ce n’eft pas vn peuple,ny vneRepublique,ains vn ménagé feulemét,en¬
cores qu’il y euft plufieurs enfans,& plufieurs efclaues,ou feruiteurs ma¬
riez ayans d’autres enfans, pourueu qu’ils foy eut touts en la puiflance
d’vn chef,que la 1 oy * appelle pere de famille,ores qu’il fuft au berceau. i. pronuntiati©.
Et pour celte caufe les Hebrieux, qui monftrent toufiours la propriété anui*-eo ■
des chofes par les noms, ont appelle famille non pas pour ce que
la famille contient mil perfonnes, comme ditvn rabin, mais du mot
qui fignifie chef, feigneur, prince, nommant la famille par le chef
d’icelle.Mais on dira peut eftre,que trois corps 3c collèges, ou plufieurs
particuliers fans famille peuuent aufli bien compofervne Republique,
s’ils font gouuernez auec puiflance fpuueraine: il y a bien apparence : 3c
toutesfois ce n eft point Republique, veu que tout corps 3c college s’a-
neantift de foy mefme s’il neft reparé par les familles. Orlaloy dit que
le peuple ne meurt + iamais, 3c tient que cent, voire mil ans après c’eft le JeI:^°cp^cbatar*
mefme peuple,encores que l’vfufruitlaifle à la Republique,eft reuni à la
propriété, qui autrement feroit inutile, cent ans après * : car on prefume
que touts ceux qui viuoyent,meurent en cent ans,combien qu’ils foy et
immortels par fucceflion, comme le nauire deThefee, qui dura tant
qu’on eut foin de le reparer. Mais tout ainfi que le nauire n’eft plus que
bois,fans forme de vaifleau, quand la quille, qui fouftient les coftes, la
proüe,la poupe,3c le tillac,font oftez : aufli la Republique fans puiflan¬
ce fouueraine, qui vnift touts les membres 3c parties d’icelles, 3c touts
les ménagés 3c collèges en vn corps,n’eft plus Republique.Et {ans fortir
de la fimilitude, tout ainfi que le nauire peut eftre demembré en plu¬
fieurs pieces,ou bruflé du tout : aufli le peuple peut eftre efcarté en plu¬
fieurs endroits, ou du tout eftaint, encores que la ville demeure en fan
entier:car ce n eft pas la ville,ny les perfonnes qui font la cité:mais l’vnio
d’vn peuple foubs vne feigneurie fouueraine, encores qu’il n’y ayt que
trois ménagés. Car comme le ciron ou la formi font aufli bié nombrez
entre les animaux,comme les Elephans:aufli le droit gouuernement de
trois familles auec puiflance fouueraine, fait aufli bien vne République*
comme d’vne grande feigneurie. Et la feigneurie de Rhagufe, n’eft pas
moins Republique, que celle des Turcs, oudesTartares. Et tout ainfi
que au dénombrement desmaifons, vn petit ménagé eft aufli bien
compté pour vn feu,que la plus grande 3c la plus riche maifon de la cité:
,0 DE LA REPVBLIQVEaufli vn petit Roy eft autant fouuerain,que le plus grand Monarque de
la terre : car vn grand royaume n’eft: autre choie, diloit Cafliodore, que
vne grande Republique foubs la garde d’vn cheffouuerain. Et parainfi
de trois ménagés, fi l’vn des chefs de ménagé a puiflance fouueraine fus
les deux autres:ou les deux enfemble fus le tiers,ou les trois en nom col-
le&iffur chacun en particulier,c’eft aufli bien Republique,comme s’il y
auoit fix millions defugets. Et par ce moyen il fe pourra faire, qu’vne
famille fera plus grande qu’vne Republique, Ôônieux peuplec : comme
l’on didt du bon pere de famille Ælius T uberon, qui eftoit chef de fa¬
mille de feize enfans touts mariez iflus de luy,qu’il auoit touts en fa puif-
” lance,auec leurs enfans & feruiteurs demeurans auec luy en mefme6 lo¬
gis. Et au contraire la plus grande cité ou monarchie, & la mieux peu-
plee qui foit fus la terre,n’eft pas plus Republique,ny cité que la plus pe¬
tite : quoy que dift Ariftote, que la ville de Babylone, qui auoit trois
iournees7 de tour en quarré,eftoit vne nation pluftoft qu’vne Republi¬
que, qui ne doibt auoir, à fon dire, que dix mil citoyens pour le plus*,
comme s’il eftoit inconuenient qu’vne , voire cent nations diuerfes
foubs vne puiflance fouueraine,feiflent vne Republique. Or fi Popinio
\i’Ariftote auoit lieu, la Republique Romaine, qui a efté la plus illuftre
quifutonques, n’euftpas mérité le nom de Republique, veu que au
temps de fa fondation elle n’auoit que trois mil citoyens,& foubs l’Em-
pereurTibere il s’en trouua quinze millions & cent dix mil, efpars en
tout l’Empire,{àns y comprendre les efclaues,qui eftoyétpour le moins
dix pour vn, & fans compter les alliez, ny les autres peuples libres, aux:
enclaues de l’Empire,qui auoy ent leur eftat à part en tiltre de fouuerai-
neté:qui eft le vray fondement, & le piuot fur lequel tourne l’eftat d’vnc
cité,& de laquelle dependent touts les magiftrats,loix,& ordonnances,
& qui eft la feule vnion,& liaifon des familles,corps, & collèges, & de
touts les particuliers en vn corps parfait de Republique,foit que touts
les fugets d’icelle,foyent enclos en vne petite ville, ou en quelque petit
territoire-.comme laRepublique de Schunits,l’vn des cantons deSuiifc,
qui n’eft pas de fî grand eftédue, que plufieurs fermes de ce Royaume,
ne foyent de plus grand reuenu:foit que laRepublique ayt plufieurs
balliages, ou prouinces : comme le Royaume de Perfe qui auoit fix
vingtsgouuernemens, celluy d’Æthiopie, qui en a cinquante, que
Paul loue fans propos appelle Royaumes. &toutesfois il n’y à qu’vn
Roy,vn Royaume, vne Monarchie, vne Republique,foubs la puiflance
fouueraine du grâd Negus.Mais outre la fouueraineté, il faut qu’il y ait
quelque chofe de comun,&de public : come le domaine public,le tre-
for public,le pourpris de la cité,des rues,les murailles,les places,les tem¬
ples, les marchez, les vfàges,Ies loix,les couftumes,la iu*ftice,les loyers,
les peines,& autres chofes féblables,qui fot ou comunes,ou publiques^
ou l’vn & l’autre enféble, car ce n’eft pas republique,s’il n’y a rien de pu-
LIVRE PREMIER. nblic.Ilfe peut faire aufii que la plufpart des héritages foy et cornons à to9
en général, & la moindre partie propre à chacun en particulier, comme
en la diuifion du territoire, que Romule occupa au tour de la ville de
Rome qu’il auoitfondee, tout le plat païsn’auoit en pourprisque dix-
huit mil iournaux ‘ de terre,qu’il diuifa en trois parties efgalestaiîignant8r>ionyCtalycar-vn tiers pour les fraiz des facrifices , l’autre pour le domaine de la Repu-
blique,le refte fut parti à trois mil citoyens,ramaflez de toutes pieces, à
chacun deux iournauxdequel partage demeura long temps en quelque
contrepoix d’e qualité: car mefme le diâateur C incinat, deux cens foixâ-
teans après,n’auoit* que deux iournaux que luy mefme labouroit.Mais 5 PUn hb-7
en quelque* forte qu’on diuife les terres, il ne fe peut faire que touts les
biens foient communs, comme Platon vouloir en fa premiere Repu¬
blique , iufqucs aux femmes & enfans,affin de bannir de fa cité ces deux
mots t i e n & m i e n, qui eftoient à fon aduis, caufe de touts les maux
& ruines qui aduiennent aux Republiques. Orilneiugeoitpas que fi
cela auoit lieu, la feule marque de Republique feroit perdue : car il n’y a
point de chofe publique,s’il n y a quelque chofe de propre: & ne fe peut
imaginer qu’il y ait rien commun, s’il ny a rien particulier : no plus que
fi touts les citoyens eftoient Roys,il n’y auroit point de Roy : ny d’har¬
monie aucune,fi les accords diuers,doucemét entremettez,qui rendent
l’harmonie plaifante,eftoiét réduits à meline fon.Cobié que telleRepu-
blique,feroit dire&emet cotraire à la loy de Dieu 8c de nature,qui dete-
fte non feulemét les inceftes, adulteres, & parricides ineuitables,fi les fe-
mes eftoiét c6munes:ains auffi de rauir, ny mefme de couoiter rien qui
foit d’autruy. où ilapert euidemmét, que les Republiques font auffi or-
donees de Dieu,pour rendre à la Republique,ce qui eft public, 8c à cha¬
cun ce qui luy eft propre-.ioint auffi que telle comunauté de toutes cho-
fes,eft impoffible, & incompatible auec le droid des familles.car fi la fa¬
mille & la cité, le propre &le commun, le public & le particulier font
confuz,il n’y a ny Republique,ny famille. Aufsi Platon excellet en tou¬
te autre chofe, après auoir veu les inconuenicns 8c abfurditez notables,
que droit après foy telle communauté,s en eft fagement départi: renon¬
çant taifiblem enta la premiere Republique, pour donner lieu a la (è-
code.Et quoy quon die des Maflagetes,que tout leur eftoit commun,
fi eft-ce qu’ils auoient la coupe,8c le coufteau, chacun à part foy, par
confequent les habits, 8c veftements. autrement toufiours le plus fort j
euft defrobéle plusfoible luy oftant fes robes, lequel mot fignifie affez ^, ennoftrelâgue,queles veftemens ont toufiours eftepropres acEacun,^ ^ ^7I, eftantceluy qui defrobe appellé larron. Tout ainfi donc que la Republi¬
que eft vn droit gouuernement de plufieurs familles , 8c de ce qui leur
eft commun,auec puiflance fouueraine:aufsilafamilIe eft vn droit gou¬
uernement de plufieurs fugets foubs l’obeiflanced’vn chef de famille
8c de c e qui luy eft propre. 8c en cela gift la vraye différence de la Repu
» de la rèpvbliqveblique Si de la famille.car les chefs de famille ont le gouuernement d
ce qui leur eft propre:encores que chacune famille foit bien fouuent &
quafi par tout obligee, d’apporter, & côtribuer quelque chofe du par
ticulieren comun,foit par forme de tailles, ou de péages, ou d’impoftj
extraordinaires. Etcepeutfaire que touts les fugets d’vne République
\ voueront en commun,comme il fe faifoit anciennement en Crete, & en/nJ \ dC Laccdemonc> °ùles chefs de famille viuoient en compagnies de xv ouxx.& les femmes en leurs mefiiages, &les enfans enfemble. Etmefmes
, en la Republique ancienne de Candie, touts les citoyens, hommes &O " femmes, ieunes & vieux, riches & pauures mangeoyent & beuuoyenttoufiours enfemble: & neantmoins chacun auoit fek blés à part, & con-
A tribuoit chacun en commun pour fa defpenfe : ce que les Anabaptiftesv ouloyent pratiquer, & commencèrent en la ville de Munftrerà la char¬
ge que tous biens feroient communs, hormis les femmes, & les vefte-
ments : penfans mieux entretenir l’amitié, & concorde mutuelle entre
eux:mais ils fe trouuerét bien loin de leur compte.-cartant s’en faut que
ceux là qui veulent que tout foit comun, ayent ofté les querelles & «li¬
mitiez, que melmes ils chafl'ent l’amour d’entre le mari & la femme,l'af¬
fection des peres enuers les enfans,la reuerence des enfans enuers les pè¬
res, & la bienueillance des parens entr'eux, oftant la proximité de fang,
qui les vnit d vn plus eftroit lien qui peut eftre.car on fçait aflez qu’il nV
a point d aftedtion amiable,en cc qui eft commun à touts : & que la cô-
munautétire après foy toufiours des haines & querelles, commeditla
diiiciÆmisPdTic- y 'cncorcs p|us s abufent ceux là, quipenfentque parle moyen delàl^ui'bus^rri0 c°mmunauté,1es perfonnes & les biens communs feroiét plus foigneu-pars c. î. inreco- iement traitez : car on voit ordinairement les chofes communes & pu-
prædi'or.'lfan dm* Cliques mefprifees M’vn chacun , fi ce n’eft pour en tirer quelque pro-
L^c’STuctst Peculier : d’autant que la nature d’amour eft telle , que plus elle
?”££££'* C cSglmutje>&moinsad£vjgueur : & tout ainfi que les gros fleuues,
quibus «parta c. qui portent les grands fardeaux, eftans diuifez ne portent rien du tout:
auffi l’amour efpars à toutes perfonnes, & à toutes chofes, perd fa force
ôc (a vertu. Oi le mefnage,& droit gouuernement d’iceluy faitladifcre-
tion & diuifion des biens,des femmes,des enfans, des feruiteurs, dVne
famille a 1 autie, & de ce qui eft propre en particulier, à ce qui leur eft
commun en général, c eft a dire au bien public. Et mefmes les magi-
ftiats en toute Republique bien ordônee,ont foin & fouci du bien par-3.1.1. de tutci.fF.i. ^cu^cr ^es orphelins , desinfènfez, &c des prodigues: comme chofe
ius dandl-eod‘ qui touche & concerne le 'public,affin que les biens foient conferuez à
qui ils appartiennent, & qu ils ne foient difsipez : comme en cas pareil
les loix fouuent font defenfè d aquerir,ou d aliener,ou hipothequer fon
bien,finon a certaines conditions, &: à certaines perlonnes:carlaconfer-
uation des biens d vn chacun en particulier, eft la conferuation du bien
publicmais les loix font publiques, & communes, & dependent feule¬
ment
LIVRE PREMIER. 13met du fouuerain.Et neâtmoins il n’eft pas inconueniét,qüe les familles
ayét quelques ftatuts particuliers pour eux & leurs fuccefleurs, faits par
les anciés chefs de familles, toatifiez par les princes fouuerains: & les Co¬
deurs en loix en4demeurét d’accord pour laplufpart.Nous en auos Te- 4.Bart.ini.omnes
xéple en la maifon de Saxe,qui a plufieurs chefs de familles, qui ont cer-
tain droit particulier, & tout autre que les couftumes generales d’Alma- nés de Epifcopis.
gne,& les couftumes particulières du pays de Saxe.Et entre les Ducs de l.^tefts^ndr.
Bauieres, & les comtes Palatins,y a loix particulières,tât pour le droit de £Xe.
leurs fucccfsions, que pour le droit d’eledorat, qui eft alternatif en ces
deux maifos, par les anciés traitez de leurs predecefleurs, dequoy le Duc innocenUn cap.
de Bauiere fift grade inftâce à la diete dAulpurgjl’an m.d.l y. ce qui ne de conftimr.em
eft point és autres familles des eledeurs. Et entre les maifons de Saxe &:
deHes,y a traitez & loix particulières homologuees parles Empereurs
Charle; mi.& Sigifmod^:& entre les maifons d’Auftriche & de Bohe- J‘1I’*”,/7°‘Decius
me, y a ftatut que l’vne fuccedera à l’autre, à faute de malles,come il eft confii./r;.
auenu.Et fans aller plus loing qu’en ce Royaume,l’ay veu vne charte de
la maifon de Laual audorifee par le Roy, & homologuee au parlement
deParis:quieft diredemet contraire aux couftumes d’Anjou,Bretaigne,Mayne,où la plulpart des biés de cefte maifon là font lîtuez,par laquelle
le premier héritier habile à fuccede,doit tout auoir, &c n’eft tenu de rien
bailler à lès cohéritiers,lin on meubles, à la charge que l’heritier portera
le 110m de Guy de Laual s’il eft malle, ou de Guyone fi c’eft vne heritie-
re,&les armes plaines.Etpareillemét és maifons delà Baume, d’Albret,
de Rhodez,les filles parles traitez anciens eftoyent exclufes, en ligne di-
rede &: collatérale,tat qu’il y auoit malles,par les traitez des anciens Sei¬
gneurs,come il s’eft fait aulsi en la maifon de Sauoye,qui vfe de la loy Sa-
lique.Telles loix des familles,que les Latins auoiétaufsi,&les appelloiét
ius familiare,font faites par les chefs de familles,p ourla coferuation mu¬
tuelle de leurs biés,nom,& marques anciénesrce qui peut eftre pallé par
fouffrance és grandes &illuftres 7 maifons :& de fait ces traitez & ftatuts ^ Balinca i §
domeftiques, ont quelquesfois conferué,non feulemét les familles,ains muiier ft defeudo
aufsi l’eftat de la Republique: qui fut caufe que à la diete d’Aufpurg faite cap.i.defiliis natis
l’an m. d. l v. les Princes de l’Empirerenouuellerent les anciens traitez admorsanatlcam-
des familles,ayât bien aperceu que par ce moyen l’Empire s’eftoitgua-
réty d’vne ruine & fubuerfion totale del’eftat d’Alemagne.Mais cela ne
« doit pas auoir lieu és autres maifons particulières : affin que les loix pu-
, bliques foyent communes autant qu’il fera pofsible. Et ne faut pas aifé-
ment endurer, que les traitez des familles derogent8 aux couftumes du ftament.c. Ban.
pays: & moins encores aux loix <k ordonnances^generales. Et quelque ionfoSafoS
traité qu’on face contre les couftumes & ordonances^ les fuccefleurs n’y ®”““ShS?‘de
font point tenus, ny obligez.comme de fait les fuccefleurs delà maifon
d’Albret, de 1’Aual,& de Montmorancy, ont obtenuTarrets du parle- legat.i, ^^
ment de Paris,contraires auxanciénes chartes de leurs predecefleurs, en î;;i*$1'
i4 DE LA REPVBLIQVEce qu elles eftoyent contraires aux couftumes des lieux,quâd il fut què-
ftion des fuccefsions de 1’Aual,du comte de Dreux, & de Montmoran-
cy, qu’on vouloit faire indiuifible contre la couftume du vicomte de
Paris, car il faut que les traitez des familles foyent fugets aux loix tout
ainfi que les chefs de famille font fugets aux princes fouuerains. Voila
quant à la différence, & fimilitude de la famille & de la Republique en
général:difons maintenant des membres de la famille.DE LA <TV1SSANCE MARITALE, 8T S'ILefl expedient de renouueller la loy de répudiation.C H A P. III.o y T e Republique , tout corps & college, & tout
mefnage fe gouuerne par commandement,&: obeifl’an-
ce : quand la liberté naturelle qu yn chacun a de yiure à
fon plaifir, eft rangee foubs la puiflance d autruy : &
toute puiflance de commander autruy,eft publique ou
particulière, la puiflance publique gift au fouuerain,
qui donne la loy,ou en la perfonne des magiftrats, qui ployent foubs la
loy,&commandent aux autres magiftrats ,& aux particuliers, le com-
mâdement particulier eft aux chefs de mefnages, &aux corps & collè¬
ges en général,{ur chacun d’eux en particulier, & à la moindre partie de
tout le corps en nom colle&if Le comandement des mefnages fe prend
en quatre fortes du mari enuers la féme,du pere enuers les enfans,du fei-S gneurenuers les efclaues, dumaiftreenuers les feruiteurs. Et d’autantque le droit gouuernement de toute Republique,corps & collèges, fo-
cietez & mefnages depend defçauoir bien commander & obéir-.nous
dirons par ordre de la puiflance de commander,fuiuant la diuifîon que
nous auons pofee.Nous appellos liberté naturelle de n’eftre fuget,apres1.1. übcrtas. de fta- Dieu,à homme1 viuant, ôc ne foufrir autre comandement que de foy-
y~s tuhom> mefmes:ceftàdiredelaraifon,quiefttoufioursc6formeàlavol6té deDieu. Voila le premier ôc le plus ancien comandement qui foit, c’eft à
fçauoir de la raifon fus l’appetit beftial: &au parauât qu’on puifle bié co-
mander aux autres,il faut apprendre à comander à foymefme redant àla
raifon la puiflance de comander, & aux appétits l’obeiflance : & en cefte
forte chacun aura ce qui luy appartiét, qui eft la premiere & la plus bel¬
le iuftice qui foit : & ce que les Hebrieux difoientencomunprouerbe,
sr'C.^'V^o'mencer charité par foymefme,qui n eft autre chofe que rédre les ap-
iT petits ployables àla raifon. c’eft le premier commandement que Dieu ai.Gcncf.cap.2. cftabli par edit1 expres,parlant à celuy qui premier tua fon frere. Car le
comandement qu’il auoit do né au parauât au mari par deflus la femme,
porte double fens, & double commandement : l’vn qui eft literal de la
puiflance maritale: & l’autre moral,qui eft de l’ame fus le corps, de la rai¬
fon fus la cupidité, que l’efcriture faindte appelle quafi toufiours fem-
me,&principalement Salomon, quifemble à beaucoup deperfonnes,
LIVRE PREMIER. ij r ^eftre ennemi iuré des femmes, aufquelles il penfoit le moins quand il en
efcriuoit,comme tref-bien a monftré le Cage Rabin5Maymon. Or nous 5n^0^orc an'
laiderons aux Philofophes & Theologiens le difcours moral, & pren¬
drons ce qui eft politique, pour le regard de la puiflance du mari fus la
femme,qui eft la fource & origine de toute focieté humaine. Quand ie
dy la femme, fentens celle qui eft legitime & propre au mari non pas la
concubine, qui n eft point en la puiflance du concubin : encores que la
loy des 4 Romains appelle mariage, & non pas concubinage, fila con- 4. \, in liber* de
cubine eft frâche & libre : ce que tous les peuples ont regeté à bo droit, concublms-
comme chofe deshonnefte,& de mauuais exemple, aufsinoüsnenten* y.l4.dec5dit.&
dons pas que la fiancee foit; fugete au fiancé,ny tenue de le fuy ure: & ne ^ua ^ ad
peut le fiancé ^mettre la main fus elle,ce qui eft permis7au mari de droit 6. cap.de illi s & ibi
ciuil&8 canon, & file fiancé auoit vfé demainmife,&rauifa fiancee,il d/fpônfa. an°r’
doit eftre pumcapltâlement en termes de9 droit.Et ores que le corifen- ,tement des parties yToit, voire contrad pafle par parole de prefent, ce
que la loy appelle1 mariage: fi eft-cetoutesfois que la droite puiflance c.Âiexan..inL^;
maritale n’eft point aquife fi la femme n’a fuiuy le mari : veu que la pluf- dereiudic 1. vit. de
part des canoniftesl&theologiens,qui s’en font croire en cefte matiere,
ont tenu qu’il n’y a point de mariage entre l’homme & la femme,s’il ne ^aptoi vir!
eft confommé de fait, ce que noz couftumes ont difertement articulé, c. ^ ^
quand il eft queftion des profits du mariage & de la communauté.Mais gU ”up 15
depuis que le mariage eft confommé,la femme eft foubs la puiflance dubigam.Lombardus^mari,fi le mari n eft efclaue ou enfant de famille : auquel cas ny Pefclaue,
ny l’enfant de famille,n ont aucun* commandement fus leurs femmes, ^^bas4c°îf
& moins encores fus leurs enfans qui demeuret toufiours fus la puiflan- cap, ex publico.
ce de l’ayeul,encores qu il ay t émancipé fon fils marié.Et la raifon eft pariugali. Corne, cô- y^. ' -v4 F jce que le mefnage ne7 foufre qu vn chefjqu vn maiftre, qu vn feigneur: (nra^.trrio^ioco.
autrement s’il y auoit plufieurs chefs, les commandemens feroyent co-
traires,&la famille en trouble perpetuel.Etparainfi lafemme de condi- mod.patr.por.
tion libre,fe mariant à l’enfant de famille,eft foubs la puiflance du beau dêvfEgnciat°*
pere:aufsi bien que l’homme libre fe mariant à la fille de famille eft e,n la aglîiî^/vilî'Si
puiflance d autruy,s3il va demeurer en la maifon du beau pererbien que
en toute autre ch ofe il ioiiifle de fes droits & libertez .Mais il y a peu d’a- fequen^de uberis
parence que les loix8 Romaines veulent que la fille mariee, & menee en qUodfi in patris.i.
la maifon du mari,fi elle n’eft emâcipee du pere, ne foit point fugette au interïïi’v*
mari,ains au pere. qui eft contre la loy de nature, qui veut que chacun
foit maiftre en fa maifon, come dit Homere,affin qu’il puifle doner loy j^.Uicet de^ou
àfafamille:aufsieft-ce cocrelaloy de Dieu,qui '* veut que la femme laii- ibi Accurf.Cyn.r c « • « i - er ■ t * 1 Bartol.Bald.Salie.ie pere &merc pour luy ure le mari: & don e puillance au mari des veuz Mberic.de condit,
de la femme.aufsi les loix Romaines n’ont aucun lieu pour ce regard, & ^^^ap.i.
moins en ceRoyaume qu’en lieu du m onde : car la couftume1 genera- ^Numet-.cap.p. ^
le exempte la femme mariee de la puiflance du pere : qui eftoit fembla- cap”4.Num.ca. vo c^
bleenLacedemone,c6meditPlutarque aux Laconiques, où la femme ^Fabeling.i.m-^b »
i<; DE LA REPVBLIQVEflittut.de/iC.Tet- mariee parle ainfi,Qüâd i’eftois fille ie faifois les comandements dp m r.tul.& §.z.quod eu A . .r . , n “■putuiyeo quiin aiic.Ma- pere:mais puilque ie fuis mariee, c eft au mari a qui ie doibs l’obeifsâce
s autremét la femme fouleroit aux pieds les cômandemens du mari, & lé
quitterait quâd bon luy fembleroit,prenâdlepereàgarend.les * inter-
cubkum doperas" PreKS exeufant les loix Romaines y ont adioufté plufieurs exceptions,
Accurf în d.i.fxvxo pour les incouenies qui relulteroiet fi la femme n’eftoit lugette au mari
ûnm^ics. c.Tcr- cncores quelle ne fuft emancipee du pere. Mais hors la puiflance pater*
pmTilbm^art0' nelle,toutes les loix diuines ôc humaines f5t d accord en ce point là,que
^oit obeïflànceaux cômandemens du mari,s’ils ne font illicites,
feq.foiutomatr. Il n’y a Qu vn do&eur4Italien, qui a tenu que la femme n’eft point en k4.Andr.ad Specul. -rT 1 * * r ^ /•tic âfiiij fintiegit. puiiiance au mari:mais tout ainli qu il n a ny audorité,ny raifon de fon
^Dicmyr-miycar. n’y a {\ perfonne qui l’ayt fuiui.Car il eft tout certain que par la£ rfor'cap% Ioyde ‘ Romule,non feulement le mari auoit tout commandement fus
«.uatiib.j/. lafemme,ains aylsi, pouuoir de la faire mourir,fans forme, nv figure dep. titul.xi.& 5. > n ' r • 1 11 J pinftitut. ^ procès en quatre cas, c elt aiçauoirpour adultéré, pour auoir fuppofé
uîq vn enfant,pour auoir defaulfes clefz,& beu du vin. Peu à peu la rigueurSw Varies loix & couftumes fut moderee, & la peine de l’adulterc permis à laC difcretion des parens de la femme: ce qui fut renouellé, &pratiquéautemps deTiberel’Empereunpar ce que le mari répudiât là femme pour
adultéré,ou fe voyant ataint de mefme crime,le cas demeuroit impuni*
aù grand deshonneur des parens,qui bien fouuent faifoient mourir7ou
bannifloient la femme. Et combien que la puiflance des maris fe dimi¬
nua bien fort: fi eft-ce néanmoins par la harangue que Marc8 Caton le
cenfeur fift au peuple pourladefenfe delà loy Oppia, qui retranchoit
T Animes les habits de couleur, ôc defendoit de porter plus d vne on-^'or^ aPert 4ue ^es femmes eftoiét toute leur vie en la tutelle de leurs
'"T^Peres/reres, maris, &,parens de forte qu elles ne pouuoient contrader,
"f ^ Ô «y faire aucun ade legitime, fans l’audorité, &volunté d’iceux. Ca¬ton viuoit enuiron l’an d.l. après la loy de Romulus, ôc deux cens ans
après Vlpian iurifconfulte dit, quon donne tuteurs aux femmes, ôc
aux pupilles : ôc quand elles eftoient mariées, qu elles eftoient in
manuviri, c’eft à dire en la puiflance du mari. Et fi on dit quil a di-
uifé le tiltre des perfonnes, quæ funt in poteftate, d’auec celles quæ
funt in manu, cela 11econcludpas, que la femme ne feuftenla puif-
fance du mari : car cela s’eft fait pour monftrer la différence du pouuoir
i.Genef.î4.Exod. que le mari a fus la femme, ôc le pere fus les enfans, ôc le Seisneur fus les2i.Ncmen.xi. xr} O • J 1 r -r •z.xcnopho.wf yu- elciaues. oc qui doubte que ce mot, manus, ne lignine pouuoir,aucto-
r^«bofrcman- rité,puiflance?les1 Hebrieux,1 Grecs,ôc Latins en ont toufiours ainfi
r.iuftin iib.52. > quand ils difent la main du Roy, & in manus hoftium venire, ôc
JcLdrpran^i?’ mefmcs 3 Po-mpe parlant du n^iari qui prend femme, ditmancipa-
jnkgib.Longo- re,qui eft vn mot propre aux efclaues. duquel mot vfent plufieurs cou¬
se penulc.tit.quali-ftumes de ce Royaume, où il eft queftion d emanciper les femmes. Et
ahrS.Upcrmifl>r‘ Pour monftrer que la puiflance des maris fus les femmes, a efté genera-
■ meumLIVRE PREMIER. 17 flcàtouslespeuples,ien’enmettray que deux ou trois exemples. Olore ^ jRoy de Thrace contraignit4 les Daces,pour auoir efté vaincuz des en- ynemis, defèruir àleurs femmes, enfignede feruitude extreme.&de la ^
plus grade cotumelie dot il fe peut aduifer. A ufsilifons nous que par les
loix des; Lombarsla femme eftoit en mefine fugetion que lesancienes
Romaines:& les maris auoient toute puiflance de la vie &: delà mort,de
laquelle ils vfoiet encore au téps de6 Balde,il n’y a pas ccl x.ans Quâd f.AccnrC & Bay.
à noz anccftres Gaulois y eut-il iamais en lieu du monde plus grande can.donat. C.
puiflance fus les femmes, qu’ils ont eu? Cæfàr7 le monftre bien en fes LDbny£H?îy-CI
mémoires, où il dit que les Gaulois auoient toute puiflance de la vie & y1^1^
de la mort fus leurs femmes ôc enfans, tout ainfî que fus leurs efclaues. i^k“t- anti<^ci- ^ ~
& s’il y auoit tât foit peu de foupço que le mari fuft mort,par le fait de la îjb.j. & de Repub.’ 4 JS
femme, les parens la prenoient, &luy bailloient la queftion, & fi elle ^eftoit conuaincueils lafaifoient mourir cruellement,fans Pau&orité du ueffuTgemcs^Ter
niagiftrat. mais la caufe eftoit bien plus apparente, que pour auoir beu
duvin,qui fuffifoit au mari par la loy des Romains,pour faire mourir là io.c.z*. & Aidmûs
femme:&en cela touts les anciens8 s’accordent. Qmn eftoit pas feule- lcuIusapud Ache
ment la couftume des Romains,ains aufsi Theophrafte efeript, que lesanciens habitans de Marfeille en Prouence, Sc les Milefîens vfoient de ,mefme loy contre les femmes qui auoient beu du vin : iugeans que les C ^appétits immoderez de la femme fugette au vin, la feroientaufsi toft o- to foiiuroigne,& puis adultéré, Aufsi trouuons nous que la puiflance donnée ^aumari,parlaloy de Romulus, de faire mourir fa femme pour caufe
d adultéré fans autorité du magiftrat,eftoit commune à toute la5 Gre-ce aufsi bien comme aux Romains, caria loy'Iulia, qui permet feule- 1.1.1. ad Uui.dc » Lment au perexde tuer fa fille auec l’adultere trouuez fus le fait, & llOn aU- 2. l.marito.l.pa-%*».t>,_xl''‘'y
trement,a efté faite par Augufte fept cens ans après la loy de Romulus, “datanto. ~ ui& neâtmoins laloy Iulia a permis aufsi au 5 mari d'en vfer come le pere « ^ aduIteriur"f e<^ v ;r rr \ v Imperatores eod.I. ^enuers certaines perlonnes excepteesrpuniflant le mari bien Iegeremét, i.ad.i.comei. de fn'y 1» • 111 a r • ! • il- ficar.l. graccus.* qui auroit pâlie outre 1 exception de laloy. Maislapeine publique, eod.c.i.3.§. fi ma¬
ne dérogé pointa la puiflance du mari en autre forte de corrections ^mhlociureJe
que le mari auoit fus la femme, outre la peine de mort, qui pour ce ^^môahe.con-
regard luy eftoit interdite. Depuis Theodora Imperatrice ayant tou-^Neaeri
te puiflance fus l’Empereur Iuftinian,home hebeté de fon fens,fift tou- fit longaronfuet. ^ ^tes les loix quelle peut à l’auantage des femes, & entre autres mua la pei- Raynutbs.m Ter’- yj ** ^ ^. ne de mort en vne peine d’infamie,come firet aufsi anciénement les A- AKthenies,°excomuniant les adulteres,auec note d’infamie,ainfî que nous nI^:^eutcro-14 .1^ir 1 • J ni r • 1 • ï ï 8 Maymo 4nions aux plaidoyez de Demofthene:quifemblechofe ridicule, attedu îib.j. nemore ane-
. - ' -11- —:1> j- O. _a j “3"*» zkaui'-9. Polyb.lib.z. ly-
fias de Eratofthe-
nis cæde.omniumq 1 infamie ne peut ofter l’honeur à celle qui l’a perdu, & qui eft du tout îiSL
dehontee,tellemet qu’elle demeure quafî fans peine,mefmement en ce ^cTodoS.^
Royaume,d’vn crime que la loy deoieu7 puniftdela plus rigoureufe
mort qui fuft lors,c’eft àfçauoir8de lapidatio: & que du moins lesÆgy-
ptiensppuniffoient,en coupât le nez àlafemme,&; les parties hoteufes à ' ^ : > 1b iij ( \ v A £3^ ‘,.
IS DE LA REPVBLIQVEi.ca.duoifta.25. q. rh5me.Es autres crimes qui touchét plus le mari que le public, &rquine
M^adiaquii & mériter point la mort,touts font d’accord que le maria puifsâce de cha-
maatrih/*‘uiavero ^eI mocleremét fa femme.Et affin que les maris n abufaffent de lapuif-
Bai îni. fiiius de (ànce que la loy leur donoitfus les femmes, elles auoiét contre les maris
& in 1. nec patron9 adio en cas de mauuais traitemét,1 ou de mauuaifcs meurs, que depuis
&?roS!i7tf.Pa^’ Iuftiniâ3 ofta:ordonant quelques peines ciuiles &p'ecuniairesàprédre
Saderefthatnf” ^L1S les droids des conuentions matrimoniales àceluy qui aurait don-
fpoiîat.Bart.in î. né caufe de feparation. qui font principalement fondees fus Tadultere,&
mbemusdeiepud j’emp0^0nnenieilt; effay^ & n’ayant forti effed. Mais nonobftant l’or-4'partes do- donnânee de ïüftinian,il eft permis à la femme iniuriee, & traitee indi-* vxon' gnement par fon mari,demâder feparation : toutesfois on ne doibt per-3.i.vit.derepud.c. mettre ladion d’iniures entre mari & femme, ( comme quelques4 vns
adfpecùi.rubric.' ont voulu)pour 1’honneur &c dignité du mariage.quela loyJ a tant efti-l*r de iniuriis ex 1.2. f , i, 1 C ' ' CT n •-remm amotar.i. me,qu elle ne veut pas que le mari ny melmes vn tiers,puille auoir adio
“fi quïvxïr/d!0* de larcin contre la femme, encores qu elle euft expilé touts les meubles
fîuordoÏÏ fo»1 mal *’ Sautant quil ny a point d’amour plus grand que celuy*
dum.coU/oiuto. du mariage,comme dit Artemidore,auffi la hayney eft la plus capitale,
j.l.i.&i.reruma- fi vne fois elle prend racine. Et pour cefte caufe la loy de Dieu,touchant
S1, «püfïï de les feparations,qui depuis fut commune à touts les peuples, & eft enco-
hacredit. c. res à prefent vfitee en Afrique,&c en tout l’Orient,permettoit au mari de
repudier fa femme,fi elle ne luy plaifoit, à la charge qu’il ne pourrait ia~
mais la reprédre, mais bien fe remarier à vne autre, qui eftoit vn moyen
pour tenir en ceruelle les femmes fuperbes : & aux fafcheux maris de ne
trouuer pas ayfément femme,fi. on cognoifToit qu’ils euflent répudié la
leur fans iufte caufe. Et fi 011 dit qu’il n’y a point d’apparence de repudier
fa femme fans caufe*. ie me rapporteroy à l’vfage commun : mais il n’y a
rien plus pernicieux,que contraindre les parties de viure enfemble, s’ils
ne difentla caufe de la feparation qu’ils demandent, & qu elle (oit bien
verifiee:car en ce faifant, l’honneur des parties eft au hazard, qui ferait
couuert,quand lafeparatio ne porterait point de caufe: comme fàifoiét
anciennement, & font encores à prefent les Hebrieux, ainfi qu’on peut
voir en leurs pandedes, & mefmement du Iurifconfulte Moyfe Cotfi,6. cap au chap. du rentrenchement6 ( ils appellent ainfi la répudiation ) où ilmet l’ade de répudiation que le rabin Ieiel Parifien, lors que les iuifs de¬
meuraient en Paris, enuoya à (à femme le mardi x x 1 x. odobre,Fan de
chdftfuTo?0 la création du mode cinq mil0 dix huid: où l’ade ne porte aucune cau¬
fe de répudiation.l’en trouue vne autre en l’epitome des pandedes He-7.cap D’fcO braïques, recueillie parle iurifconfulte Moyfe de Maymon, au titre desfemmes7chap.m.quifutfaitenCaldee,oùleiugedeslieux, ayantveu
la procuration fpeciale,&l’adede celuy quiauoit répudié fafemme en
prefence de trois tefmoins,adioufte ces mots,qu’il l’a repudiee puremét
& Amplement & fans y adioufter caufe,luy permettant de fe remarier à
qui bon luy fcmbleroit,& le iuge en decerne ade aux parties. En quoy
LIVRE PREMIER. 19faifant,la femme n’eft point deshonoree,& peut trouuer autre parti for-
table a fa qualité. Et de fait anciennement les Romains ne mettoient au¬
cune caufe,comme on peut voir quand Paul8 Æmyl repudia fa femme, 8 Plutar< in xmy„
qu’il confefloit eftre fort fage & honnefte, & de maifon fort noble,&c de ho-
laquelle il auoit plufieurs beaux enfans. & lors que les parens de lafem- ^ ^ ^ ° ^ ^ p
me s’en plaignirent à luy,voulans fçauoir la caufe, il leur moftra fon fou- j ' 1lier,qui eftoit beau,& bien fait, mais qu’il n’y auoit que luy quifentift
l’édroit ou il bleffoit. & fi la caufe ne femble fuffifante au iuge,ou quelle
ne foit bien verifiee,il faut que les parties viuent enfemble, ayant à tout
heure l’vn & l’autre l’obied: de fon mal deuant fes yeux.Cela faidt que fè
voyans réduits en extreme feruitude, crainte, Sc difcord perpetue!, les
adulteres,&c bien fouuent les meurtres, & empoifonnemens s’en enfui-
uenc,&qui font pour la plufpart incognuz aux hommes : comme il fut
decouuert en Romme, au parauant que la couftume fut pratiquée de '
repudier fa femme (car le premier fut SpuriusCarnilius,enuiro cinq cens
ans après la fondation de Romme) vne femme eftant furprinfe, & con¬
damnée d’auoir cmpoifonné fon mari, elle en accufa d’autres, qui par
compaignie & communication entre elles en acculèrent iufques àfoi-
xante & dix de mefme crime,qui furent toutes executees. chofe qui eft
encores plus à craindre où il n’y a aucun moyen de repudier l’vn l’autre.Caries Empereurs Romains ayât voulu ofter la facilité des repudiatios,'& corriger 91 ancienne couftume,n’ont ordoné autre peine que laper- pua.c.uk.cod.^
te des conuentions matrimoniales, à celuy qui feroit caufe dudiuorce: famus^ViatXa°d
encores Anaftafe1 permit lafèparation du contentement des deux par- ijben Panor.côfii.■ r T n- • 2'N 1 C 1 l • V • 5*8-lib.4 lafo&ties lans peine : ce que lultinian a derendu. chacun peut îuger en loi- Aiexand.ini.fiabr r 15 /11 î • t» A/T- î 1 hoftib. foluto ma-melme,hl vn eit plus expedient que 1 autre.Mais quelque changement tri.& variété de loix qui puiile eftre,il n’y a iamais eu loy ny couftume, qui Je^d'onftante de
ayt exempté la femme de l’obeiflànce.& non feulement de l’obeiffance, *-i-a««hore quod■ rr 1 1 > 11 1 1 11 il hodie.eod.ainsaulli delà reuerence5 qu elledoibtau mari, &: telle que la loy 4 ne 3.1.1 .quod autem\ 1 c uni • • r -r dercivxoriz. C.I.permettoit pasalatemme d appeller le mari en îugement lans permil- aua §.rbifoiuto.
lion du magiftrat. Or tout ainfi qu’il n y a rien plus grand en ce monde, ^nJ;^cand.r’ d°
comme dit Euripide ny plus neceflaire pour la conferuation des P^epu- ^edc-“s^ J?'*
bliques que FobeifTancc de la femme au mari: auffi le mari 11e doibt pas j. 1. aducrfus_.d^
foubs vmbre de la puiffance maritale faire vne efclaue de fà femme : co- c m
bien que Marc Varron veut que les efclaues foient pluftoft corrigez de c«oni$
parolles que de batures,à plus forte raifon la femme, que la loy5 appelle cenfonj.piutar,
compagne de la maifon diuine <k humaine:comme nous monftre affez
Homere6 introduifant Iuppiter qui reprend fa femme, & la voyant re- ; ^belle vfe de menaces,& ne paffe point outre.Et mefme Caton qu’on di-
foit eftre l’ennemy iuré des femmes ne frappa7 iamais la fienne, tenant 1 ^
cela pour facrilege: mais bien fçauoit il garder le rang & la dignité mari¬
tale,qui retient la femme en obeiflance : ce que ne fera iamais celuy quitrde maiftre s’eft faid compagnon,puis feruiteur, & de feruiteur efclaue: .r! .... %c
DE LA REPVBLIQVE?. Anfiot.iib.^.po- comme on reprochoit8 auxLacedemoniés, quiappelloient leurs fem-5^8. Arütot.iib.i .po-mes maiftrefles ôc dames:ce quefaifoient bien auffi les Romains %ayant
daldioTvxirem ja perdu la dignité maritale, ôc la marque virile de commâderaux fem-
§equ?markoUde' nies. Combien que celles qui prennent fi grand plaifir à commander
vm'vS'deau-auxmar^s efféminez, reflemblent à ceux quiayment mieux guider les
ro & argento. aueugles, que de fuiure les fages ôc clairuoyans. Or la loy de Dieu ôc lai.l.fœmina: de fè-langue fainde qui a nommé toutes chofes félon fa vraye nature ôc pro-
drnupUrmi.tCvk.'Vde prieté,appelle le mari Bahal, c’eft à dire,le feigneur ôc maiftre. pourmo-
Fuigod caftrenf. el 4UC ^UY appartient de commâder. Auffi les loix de touts les peu-
iaib ini.vic. de ples,pour abaifler le cueur des femmes,ôc faire cognoiftre aux hommes
do papf côfii. il y qu’ ils doibueiit pafler les femmes en iagefle ôc vertu, ont ordonné que
M?e^ddph l’honneur ôc fplendeur de la femme dependroit du mari. de forte que fi
j' ie le mari eft noble, il annoblift la femme1 roturiere : ôc fi la damoifelle ef-dig.C.Caltrenl.in 7dl.vlc.de verb.fig
Corne.confil.jj.d i.vk.deyerb.fig: poufe vn roturier,elle perd1 lànoblefle.i açoit qu’il y euft anciennemét
col 4.1ib.i. & con- quelques peuples,qui tiroientleur nobleife ôc qualité des meres,&non
*3.municipal, pas des peres,comme5 les Lyciés,Delphiés,Xantiques,Ilienfes,& quel-
K / H mïii«ib.e daris °]ues peuples Damafie,pour l’incertitude des peres:ou pour auoir perdu
1 v \ ‘ "'^BMngei.piat. t0ute la noblefle en guerre,comme enChampaigne, ou les femmes 110-^ _inl.exemplo.de } ^ C^-^ecurio. c. Bar- bles annobliflent leurs maris roturiers, ôc leurs enrans pour la cauie que
ncdic.Tn cap. Ray- i’ay dit.cobien que touts lesîurifcofultes 4 tiennent qu’il ne fe peut faire
aretinf&^eün'ni Par couftumè, obftant le droit de touts les peuples, comme dit Hero-
teftibUper eo de ^ote J ! 411*vcut Clue la femme tienne6 la condition, ôc fuiue la qualité
j.lib.j.Bal.in }■. dumari:&lepais7 : &lafamille 8 : & le domicile9 : & l’origine: Ôc ores6. d. î.fœminæfde que le marifuft banni ôc vagabond,neantmoins la femme le doibt1 fui-
7°!a ccurf. b artoi. ure, ôc en cela touts les Iurifconfultes ôc Canoniftes s’acordent \ Auffi
^ \ toutesles loix ôc couftumes ont fai d lemari maiftre des adions delà^ 1 ' |a| femme, ôc de l’vfufruid de touts les biens qui luy efcheent5, ôc ne per-rcmUharLc!cor- mettent que la femme puifle eftre en iugement,foit en demandant, ou
viuibf4l‘Co1' defendant fans 1 audorité du mari,ou du iuge à fon refus: qui font touts
fudSuxfge- argumens indubitables, pour monftrer laudorité, puiflance ôc com¬
te. deiudic 1 ea mandemét que le mari a fus la femme de droit diuin ôc humain:& la lu-que.l.vlt.admum- 1 , i -i 1 rciP- getion, reuerence, &obeiiiance que doibt la iemme aumanentoutglo.eod Bal. côfil. honneur ôc chofe licite.Ie fçay qu’il y a plufieurs claufes ôc conuentions
emi fi i° 4 n ' îfbi! '& es traitez de mariages ou les femmes ontftipulé quelles neferoienten
dé mii? c‘ r*en ^Ugettes aux maris : mais telles padions ôc ftipulations ne peuuent
Cuneus ^Aiberi- empefeher la puiflance & audorité du mari attendu qu’elles font con¬
det’ proconfuL traires au droit diuin & humain, ôc à l’honnefteté publique, ôc font de
AiexanOIin Uaim nul effed ôc valeur,de forte mefmes 4 que les fermens n’y peuuent obli-docem.§.fimarit9. ] 1r-nn'o
foluto.Innocent. gdieS lTiailS.?n"aXa-DE LA PV 1 SS AN CE PATERNELLE, ETde nii^de^on^sc s il efi b on d'en vjer comme les anciens Romains.CH A P. nu.3.Iin rebus. deiuredot.C.l fi ego.§. dotiseod.fF. 4. l.iuri%cntium.§.fiplagij. depadlis.l.generaliter de rerb.obligar.Le
1LIVRE PREMIER. nE droit gouuernement du pere ôc des enfans gift à bien
\ vfer de la puiffance que Dieu a donné au pere fur Tes en-* fans propres,ou la loy fur les enfans adoptez, & en l’o-
k, beiffance,amour, & reuerence des enfans enuers les pe-
1 res.Le mot de puiÜance,eft propre à touts ceux qui ont
'pouuoir de commander autrui. Ainfi le prince, dit Se-
neque,commande aux fugets,le magiftrat aux citoyens, le pere aux en¬
fans,le maiftre aux difciples, le capitaine aux foldats, le feigneur aux ef-
claues.Mais de touts ceux la,il n y en àpas vn à qui nature donne aucun
pouuoir de commander,ôc moins enc-ores d’afferuir autruy,horfmisau
pere,qui eft la vraye image du grand Dieu fouuerain, pere vniuerfel de
toutes chofes,comme difoit Procle Académicien. Auffi Platon ayant en
premier lieu articulé lesloix quitouchent rhonneurdeDieu,ilditque
c’eft vne préfacé de la reuerence que l’enfant doibt au pere,duquel après
Dieu il tient la vie,&tout ce qu’il peut auoir en ce monde. Et tout ainfî
que nature oblige le pere à nourrir l’enfant, tant qu’il eft impuiffant, ôc
lmftruire en tout honneur ôc vertu:aufli l’enfant eft obligé, mais beau¬
coup plus eftroidement,d’aimer,reuerer,feruir, nourrir le pere, ôc plo¬
yer foubs fes mandemés en toute obeiflance,fupporter, cacher,& cou-
urir toutes fesinfirmitez & imperfections, & n’efpargneriamais fes bies
ny fon fang, pour fàuuer, & entretenir la viedeceluy duquel il tient la
fienne.Laquelle obligatio ores quelle foit fellee du feau de nature,voire
qu’elle porte executio paree, fi eft-ce toutesfois pour monftrer combie
elle eft grande,il n’y en a point de plus certain argument,que le premier i ^
comandement1 delafecodetable, &feul en touts les dix articles du de- Demerono./., . r ^ -, i • >1 » n 1 1 \ a. Deuteron.ii.&calogue qui porte Ion loyer : combien qu il n eit deu aucun loyer a ce-
luy qui eft obligé de faire quelque chofe,mefmement par obligation fi ^'fcencë.1*’
eftroide, que toutes lesloix diuines3 ôc humaines en font pleines. Au /-Genci:* 7-lS*
contraire nous lifons que la premiere maledidtion qui foit en la bible 4,
eft celle quifut donnee àCham, pour n auoir pas couuert la honte de
fon pere. Et non (ans caufeles enfans anciennement eftoient fi ialoux*
les vns des autres à qui emporteroit labenedi&ion du pere, craignant
plus fa maledi&ion que la mort. Et défait le ieune Torquatus6 eftant ,chaffé de la maifon de fon pere,fe tua de regret. C’eft pourquoy Platon 7
difoit qu’il faut bien fur tout prendre gardeaux maledidions &bene- ** Ydi&ions quelesperes donnent aux enfans: & quil n’y a priere que Dieu
plus voluntiers exauce que celle du pere enuers fes enfans.Si donc les en¬
fans font fi eftroidement obligez àferuir, aymer, obéir ôc reuerer les
peres ôc meres,quelles peines meritent ceux-là qui font defobeiffans, ir-
reuerends,iniurieux?quel fuplice peut eftre affez grand à celuy qui frap¬
pe le pere ou la mere?car quand au meurtrier du pere,ou de la mere,il ne
s’eftiamais trouuéiuge,ny legiflateur qui fçeuft imaginer tormens fuf-
fifans pour vn cas fi execrable,quoy la loy Pompeia8 des Parricides, ayt s.uadi.pompeiî.
ii DE LA REPVBLI QV Eordonné vn torment plus effrange,que digne d’vn tel crime:& encores
que nous en ayons veuvnde noftre mémoire, qui a efté tenaillé, puis
rompu fus la roue, & en fin bruflé : fi eft-ce qu’il n’y auoit homme qui
n’euft plus d’horreur de là mefchaceté,que de frayeur de là peine, & qui
ne confeiTaft qu’il meritoit plus qu’il ne fouffroit. Auffi le fage Solon in¬
terrogé pourquoy ilauoit oublié lapeine du Parricide,fiftrefpôfe,quil
ne penfoit pas qu’il y euft homme fi deteftable, quivouluft commet-
ÿ.ciccro. proRo- tre vn acte fi mefchant qui eftoit fagement refpondu. carlefage le-
fao perdad. giflateur ne doit iamais faire métion d’vn crime,qui n’eft point, ou bie
peu cogneu,affin qu’il ne donne exemple aux mechans d’en faire l’efl'ay.
mais fi le crime eft grand,& execrable,il ne doibt pas le couler par fouf-
france,ny le monftrer auffi au doigt & àl’œil:ainspar circonftances, &
peines qui en approchent, comme nous voyons la loy deDieu n’auoir
eftabli aucune peine au meurtrier du pere ou de la mcrc, ny mefnies à
Tcrbu^côceptacft fW quia frappé l’vn ou l’autre(comme la loy Seruia1, qui condamne
sipar!memPp°uTrP' ^ mort Çour tel crime ) mais elle donne plein pouuoir, & puiflance au
Srcrberit,aft oiic pere, & à la mere de lapider l’enfant defobeiflànt , & veut qu’ils en foyet
puer diuis faccr e- creuz,& quel execution fe face en piefence du iuge y &fàns qui luy (oit;ilo.aft,inquit, pro
certé : plorafîit,permis de s’enquerir de la vérité,ny d’en prendre aucune cognoiflànce.
Iapiccaitrupiicfum car cn ce fai^nt,l’enfant n eftoit pas tué en cholere,çomme il peutadue-
irrogandum ei eft nir,ny en fegret,pour couurir le deshoneur de la maifon, ainfi que nousenusvtlachri- . / î. _1_ . rti _ Z1 • •, vox & clamor
meritum dolorem
teftificentur.çarenus vc îacnn- i • . / r* /"*1 \ t i rcrmæ, vox & ciamor voyons en nos loix vn pere auoir tue Ion hls ala chafle^our auoir ince-
"m™*1”'1” fa belle mere:c’eft,dit la loy % tuer en voleur : carie principal fruiefc
pi^deparridi dcla peine,eft quelle foit exemplaire à touts. L’autre article de la loy5 de
j.Leinc.io. Dieu veut que l’enfant quiaura mefditau pere,ou àla mere,foit execu-DeuterO.17. / \ 0 1 1 •rC -Exod.11. te a mort: ôc en donne la cognoiflànce aux iuges, ne laiflant pas la peine
à la diferetion des peres & meres,affin que le crime ne demeure impuni,
car 1 amour du pere & deJa mere eft fi ardent enuers leurs enfans, qu’ils
ne voudroient pas que la iuftice en euft iamais la cognoiflànce, encores
-quelcurs enfans leseuflent frappez à mort : comme de faitiladuint à.
Chaftillon fur Oing 1 an m. d. Lxv.que le pere ayât receu vn coup d’ef-
peeàtrauersle corps parfonfils, luy voulant donner vnfoufiet^ il ne
c-^ceflade crier apresfon fils, iufquesàlamort qu’il s’en fuift, craignanr
qu il tombaft entre les mains de iuftice, ôc qu’il fuft executé à mort,ainfi
qu il fuft les pieds pendus contre mont quelque temps, & vne pierre au
col, &puis brufle tout vif, renonçant à l’apelpar luy intergetté de la
fentence. quimonftre aflez l’eftrange & violente pafficn d amour du
pere enuers fes enfans. nous en auons aufli de noftre temps vn exemple
de la mere, qui aimoit mieux fouffrir eftre mefprifee, iniuriee, batue*
frappee &fouleeaux pieds par fon propre fils que de s’en plaindre au
iuge,qui laifloit tout cela impuni, iufques à ce qu’il euft fait fes ordures
au potage de fa merefil faut que la pofterité fâche cefte vi!ainie)alors le »•
iuge condanna le fils à faire amende honnorable, & requerir pardon à
LIVRE PREMIER. 23la mere.le fils en appelle au parlement de Toulouze, ou il fut dit mal iu~
gé3&en amendant leiugement, il fut condamné à. eftrebruflé tout vif,
fans auoir efgard aux cris, & lamentations de la mere, qui proteftoit luy
pardonner,& riauoir receu aucune iniure. Seneque parlant du pere qui
chafle feulement fon fils de fa maifon,ô que le pere,dit-il,coupe fes mé-
bres à grand regret,combien il fait de foufpirs en les coupant, combien
de fois il pleure après les auoir coupez, &combié ilfouhaitteles remet¬
tre en leur place.T out ce que i’ay dit, ôc les exemples que i’ay deduidts
de fi fraiche memoire feruiront pour monftrer qu’il eft befoin de ren¬
dre aux peres la puiffance de la vie ôc de la mort, que la loy de Dieu ôc
de nature leur donne :loy quia efté la plus ancienne qui fut onques, co-
mune aux Perfes, ôc aux peuples de la haute Afie, commune aux Ro¬
mains,aux Hebrieux,aux Celtes, ôc pratiquée en toutes les Indes Occi¬
dentales au parauant qu ellesfuffent affugetties des Efpaignois:autremet
il ne faut pas efperer de iamais voir les bonnes mœurs,l’honneur, la ver¬
tu,l’ancienne fplendeur des Républiques reftablies.Car noftre Iuftinian po“jnbS!3’5 s’eftabuzé de dire, qu’il n’y auoit peuple qui euft telle puiffance fus
leurs enfans que les Romains, ôc ceux qui ont fuiuifon opinion, nous
auos la loy de Dieu qui doibt eftre fainCte ôc inuiolable à touts peuples,
nous auons le tefmoignage des hiftoires Greques Ôc Latines,pour le re¬
gard des Perfes 4, des Romains5, Ôc des Celtes 6, defquels parlant Cæ- 4'i^rSsTebtc-
far en fes mémoires : Les Gaulois 3 dit-il, ont puiffance delà vie ôc delà f clfarî'b *
mort fus leurs enfans, ôc fus leurs femmes, auffi bien que fus leurs efcla- «enar.
ues. Et combien que Romule7 en la publication de fes loix euft limité [ib^lon^-hahcar-
la puiffance de la vie ôc de la mort, qu il donnoit aux maris fus les fem¬
mes , en quatre cas:fi eft-ce qu’il ne limita rien pour le regard des peres,
leur donnant pleine puiffance de difpofer de la vie ôc de la mort de leurs
enfans, ôc fans qu’ils peuffent rien acquérir,8 qui ne fuft aux peres. Et 8.1.placuit, deac-
non feulement les Romains auoient telle puiffance fus leurs propres en- quir hæredit*
fans, ains auffi fus les enfans dautruy par eux adoptez*. Laquellepuif-Geu.ub.j.c.1*
fance deux cens foixâte ans après fut ratifiée, ôc amplifiee par les loix des GeIlllb l0,
douze tables: qui donnèrent auffi puiflance au pere d e vendre les en¬
fans, ôc s ils (e racheptoient, les reuendreiufques à trois fois*loy quis’eft
trouuee du tout femblable aux Ifles occidétales, comme nous lifons en
fh'iftoirc des Indes. Etencoresàprefent il eft permis au pere en tout le
pays de Mofchouie, ôc de Tartarie,de vendre iufques à quatre fois in-
clufiuement fes enfans : puis s ils (e rachètent,ils font afranchiz du tout.Par le moy e de cefte puiffance paternelle les Romains ont fleuri en tout
honneur ôc vertu, ôc fouuent la Republique a efté releuee de & cheute
ineuitable,par la puiflance paternelle,alors que les peres venoient tirer1 ^bD^r,halycar’
leurs enfans magiftrats de la tribune aux harangues, pour les empefeher
de publier loy ny requeftequi tendift àfedition. & entre autres Caflius ^/J y
getta fon fils hors la tribune, ôc le fift mourir, pour auoir publié laloy £ c^
i4 DE LA REPVBLIQVEdes héritages,demeurant les huiffiers,fergeiis,magiftrats; & tout le peu¬
ple eftonné/ans ozerluy faire aucune refiftence, encores que le peuple
vouluft à toute force qu’on publiait la loy .Qui monftre non feulement
que celle puiflance paternelle eftoit comme facree & inuiolable, ains
aulli que lepere pouuoit à tort ou adroit difpofer de la vie,& de la mortj.Valcr.raax.lib.4de fes enfans, fans que les magiftrats en peuflent prendre cognoiflance.
v / J f A ^ &— Car combie que le T ribun Pomponius5 euft chargé Torquat enuers le
peuple de plufieurs chefs d’accufation, & entre autres qu’il greuoit par
trop fon fils àcultiuerla terre:fieft-ce néanmoins,que le fils mefmes al¬
la trouuer le T ribun en fon lid,& luy mettant la dague fus la gorge, luy
fiftiurer qu’il fe defîfteroitdela pourfuite qu’il faifoit contre fon pere.
Le Tribun pria le peuple de l’excufer pourle ferment qu’il auoit fait, le
peuple ne voulutpoint qu’on pafTaft outre, par ces deux exemples, 011
peut iuger que les Romains faifoyent plus d’eftat de la puiflance pater¬
nelle,que des loix mefmes qu’ils appelloyent fàcrees,par lefquelles la te¬
lle de celuy eftoit voüee à Iuppiter qui auroit feulemet attenté de tou-
car.Ub^J& Liuïûs cher 4 au Tribun pour l’offenfer. Carilstenoyentquelaiufticedome-
iib.3. ftique,& puiflance paternelle, eftoit vn treffeur fondement des loix,del’honneur,de la vertu, & de toute pieté. AufTinous trouuons les rares &
beaux exemples de pieté enuers les peres &meres en la Republique
Romaine,qui ne‘fe trouucnt point ailleurs, i’en ay marqué vn entre mil,
i enmettray encores vn autre,que touts les peintres du monde ontprins
pour embellir leur fcience, c’eft à fçauoir de la fille qui allaittoit le pere
j.piin iib. condâné a mourir de l’ancienne peine ordinaire de famine, quinefouf-
fre iamais51 homme fain pafîer lefeptiefme iour : le geôlier ayant efpié
ceft adte de piete,en auertit les magiftrats, & le fait eftât raporté au peu¬
ple, la filleobtint lagrace pourla vie du pere. combien que les beftes
fans raifon nous enfeignent afTez ce debuoir natureltefmoing la Cigoi-
é.Leuitici.n. ne ? 4ue la langue faindte qui nomme les chofes félon leur propriété ca-
pkmfrcncS^ chee,appelle Chafida,c’eft à dire debonaire & charitable, d’autat quel-
le nourrift fes pere &: mere en vielleffe. Et combien que le pere foit tenu
enfeigner & inftruire fes enfans, mefmement en la crainte de Dieu, fi
eft-ce neantmoins s il n’a fait fon debuoir, l’enfant n’eftpas exeufé du
fien, quoy que Solon par fes loix euft aquité les enfans de nourrir leurs
„ peres s il ne leurs auoientaprins vn meftier pour gaigner leur vie.lln’eft
pasbefoin d entrer en celle difpute ou il eft principallement queftion
de la puiflance paternelle,de laquelle l’vn des plus grands biens qui en
refultoit anciennement eftoit la droite nourriture des enfans. Car la
iuftice publique, ne prend iamais cognoiflance du mefpris, defobeif-
fànce,& irreuerence des enfans enuers le pere & mere, ny pareillement
des vices,que la licence defbordeeaporte à la ieuneffe en excez d’habits,
d yuroignie,paillardifè,ieux de hazard, ny mefmes de plufîeurs crimes •
fugets a la iurifdi6tion publique , que les pauures parens n’ofënt dé- "couurir,
LIVRE PREMIER. 25couurir, ôc neantmoins la puiflance de les punir leur eft oftee,ny de les
pouuoir empefchencar les enfans n ayant aucune crainde des païens, &
de Dieu encores m oins, fe garentiront allez des magiftrats , laplufpart
defquels ne punift ordinairement quelesbeliftres. Or il eft impoflible
oue laRepublique vaille rien, files familles qui font les pilliers d’icelle,font mal fondez.Dauantage touts les procez,querelles differeds,quifont ordinaires entre les frères ôc feurs,eftoyet touts eftainds,& aflopis,
tant que le pere viuoit,car les mariages ne luy oftoyent point lapuiflan-
ce ôc encores qu’il euft émancipé,ceux qui fe marioient & fortoient de
famaifon pour tenir ménagé à part, ce quils ne faifoient pas ayfement,
neantmoins la reuerence ôc craindre du pere leur demeuroit toufiours.C’eft vne des caufes principales d’oii viennent tant de proces : car on ne
voit les magiftrats empefchez,que à vuider ceux quife prouignent, no
feullement entre le mari ôc la femme, ains auffi entre les freres ôc leurs,Ôc qui plus eft entre les peres&les enfans. Or la puifsace paternelle eftât
,« peu à peu lachee fus le déclin de l’empire Romain, auffi toft après s eua-
nouift l’ancienne vertu,ôc toute la fplendeur de leur Republique, ôc au
lieu de pieté,&de bonnes meurs, il s’en enfuiuitvn million de vices ôc
de mechancetez. Car la puiflance paternelle de la vie, ôc de la mort,fuft
ofteepeuipeu par l’ambitio des magiftrats, pour attirer tout a leur co-
gnoiflance, ôc cela aduint après la mort d’Augufte, depuis lequel temps
on n’eftoit quafi empefché que à punir les parricides : comme nous li-
fons en Seneque7, lequeladreflant la parolle a Néron, On a plus veu, 7,iib.i.deciem&ia
, dit-il,punir de Parricides encinqans foubsleregnede voftre pere, que
n iamais onn’auoit veu depuis la fondation deRomme.Or il eft bien cer¬
tain que pour vn Parricide qu’on punift,il s en commet dix,eftant la vie
du pere& de la mere expôfee à mil morts,fi la boté de nature,& la crain¬
te de Dieu ne retient les enfans .Et ne fe faut pas emerueiller fi Néron ne
fift point de confcience de tuer, ny de repentenced auoir tue fà mere,
car c’eftoit alors vn crime tout commun:maisSeneque ne dit pas la eau- ^ ^ inauditum ad
1e,c eft à fçauoir qu’il falloit8 que le pere pour chaftier l’enfant,allaft aU l.cornel.deficar.
magiftrat l’accufer,ce que iamais les anciensRomains n auoy et foufFert. catiiin.- Et mefme le Senateur Fuluius du temps de Ciceron,fift mourir fon fils, /2,m pour auoir eu part à la coniuration de Catilina, de fa pleine puiflance9. ^m ôc encores du temps d’Augufte, le Senateur Tarius fift le procez a fon ^s„ fils d’vn crime capital, ôc appella Augufte pour venir en famaifon luy
„ donner confeil,en qualité de particulier, ôc ne fe mit pas dit Seneque en
1a place du luge. Auffi voyons nous que par la loy Pompeia1 des parri¬
cides, touts les parens font comprins foubslapeinedelaloy horfmis i.i.i.adi.Pompeu
le pere.mais ilapert aflez que du temps d’Vlpian,& de Paul Iurifconful-
tes, les peres n’auoient plus telle puiflance de la vie ôc de la mort:car 1 vn1 dit quele pere doibtaccufer le fils deuantle magiftrat : 1 autre queles
enfans n’ont que plaindre,file pere les déshérité, attédu qu ils pouuoiet
DE LA REPVBLIQVEru&npofthu!Iibe’ anciennement*, dit-il , les mettre à mort, lvn ôc l’autre fut du temps
del’Empereur Alexandre: & neantmoins ilnefe trouuepoint de loy
qui ayt ofté la puiffance de la vie ôc de la mort aux peres, iufques à Coiv
4J’indccncnJat’ ^ant*n granc* 4 i encores fa loy ii’eft pas dérogatoire en termes ex-
D £.lPfl**lius dcPa- pres- & mefmes DiocletianJpeu d’annees au parauant Conftantin ditL.qil*fitloDgaquele iugedoibt donner la fentence contre le fils telle quelepere vou-
^^^ppconcazt.c, Qr il eft certain en termes de droit6 quela couftume pour inuetc- ,>^ ree qu elle foit, ne peut ofterleffeâ: de la loy,s’il ny a loy cotraire por¬
tant dérogation expreffe:& ce peut toufiours l’ancienne loy ramener en
vfàge. Depuis que les enfans eurent gaignéce point par la fouffrance
desperes, de s’exempter deleurpuiflanceabfolue, ils obtindrent auffi
du mefme Empereur,que la propriété des biens maternels leur demeu-y. l.i.de boms ma- • 7 0 - r i • i «-,1 ^ r ^ .ternis.c. reroit7 : &puis ioubs 1 Empire de Theodole le ieune,ils arracherent vn
autreedit pourtours biensgeneralement, qu’ilspourroientaqueriren
quelque forte quecefuft, demeurant feulement lufufrui&auxperes*
qui nepourroient aliener la propriété, ny en difpofer en forte quelcoiv
que. encores n ont ils propriété ny vfufruid en pays conftumier, ce
quia tellement enflé le cueur des enfans, que bien fouuent ilscoman-
ma nef3 a t^c No* ^entaux Peres,qui font contraints d’obeir àleurs voluntez, ou mourir
uel. quibus modis de faim. Etau lieu de reftraindre la licence des enfans, & entretenir enraliter eollaf. 7.1.quelque degré la puiffance paternelle, Iuftiniâ n’a pas voulu que le pere
Peut emanciper Tes enfans fans leur confentement’x’eftàdire fans leur
d=‘ctn“bonTfc quelque auantage, au lieu que l’émancipation eftoit ancienne-
d° Cic£"fo 1 “^iVefmoignage, & loyer de l’obeiflance filiale. mais après auoiraduocati.de aduo-perdu la dignité paternelle, les enfans commencèrent à trafiquer auec
c?orc!il,ceLV lesperespourles émancipations, en forte que les dons faids par le pere
aux enfansJpour auoir quelque eftat, ou office,leur demeureraient en1.1.fi quïdo s.gc- pur gain1, & ce qu’ils donnoient en les emancipant,ne leur ferait ore-neraliter.de inoiïï. / 1 t • /"* rc* r* r* 1» i>te.c.i. peto de ic- compte en auancement de droit iucceflir, liladle d émancipation1 ne
febit.debop!u^ portoit. qui fe pratique encores auiourd’huy en touts les pais de
Loffiw'c.n°n de ^10^t e^cric* & fi le fils eft riche par fon induftriç,ou autrement, il fe fait
5.1.1 §.fiParens.fi emanciper parle pere enluy donnant quelque chofe,qui luy efteom-quis a parente ma- / J • j i • • * i * i A* t } ^nu. pte pour droit de legitime5, auenant la mort du fils deuant le pere,mnnud^de^oHat.' encores qu il ne foit did par l’adte d émancipation, oumefines qu’il
i%tHbbêodr.cc& ^ que C eft pour recompeiife de l'émancipation , cela neant-
foUemattoïia moins W ^ent 'icu legitime 4 : tellement que le pere eft en dan-
cob.Bumg.in^L ger de mourir de faim, s’il n’a autres moyens, combien que Pequi-
tXaAiexan.cô- te naturelle veut que laraifon foit réciproque; quand ores le fils ne
jî'cum rdatôrüfît ^ero^c en r^n tenu au pere : ôc ils font la condition du pere beau-detndida^viduir couP P*re *ïue ce^e : ^ eft tenu Par toutes les loix diuines,c.Lvit.deexcept. ôc humaines, de nourrir le pere tant qu’il viura: ôc le pere n’eft tenu6.1.vit. de côfulib.de nourrir le fils, mefmes par l’ancienne loy de Romule, que iufques à »
fept ans. Auec toutes ces indignitez encores Iuftiniâa exempté touts les nPatrices,
LIVRE PREMIER. *7Patrices,Euefques,& Confulsde la puiflance paternelle qui leur reftoit: 7.Accmf.i»tGe*& en cas pareil ceux qui entrent és monafteres7, & en pays couftu-minor.Bart.Angcl.mier, outre ce queiay dit, on a exempté les mariez, & ceux qui ontefté dix ans abfens hors la maifon du pere. qui a fait quelesluriiconlul- m^henu^r-.tes Italiens8 ont eferit, que les Françoys ne font point en la puiflance iexa» iafo Roms.• r -i > n I inl.fub côditione.dupere: comme à la venté il lien refte que vne vmbre miminaire,. delibcr.&?oft.
quand le pere auftorife fes enfans pour les ades légitimés, ou pour
les retraits fœdaux, & lignagers, de ce que le pere à vendu: ou pour a-
prehender vne fucceflion doubteufe* alorslepere émancipe fonfîls. denonaWfî.
Et combien que Philippe de Valois emancipa9 Ton fils lean, pourluy e~donner la duché de Normandie: néanmoins remancipation ne fer-
uoitdc rien, non plus que celles qu’on fait ordinairement, veu que
le donateur, ny le donataire , ny la chofe donnée nettoient tenuz
en rien qui foit du droit eferit, 8c que les peres en pays couftumier
n ont rien és biens des enfans. Apres auoir ainfi dépouillé les peres de
la puiflance paternelle , 8c des biens aquisà leurs enfans, on eft ve¬
nu à demander file fils fe peut defendre, & repouffer la force iniufte l Bart.in l.vlt<vinï
du pere, parforce : 8c s en eft trouué1 qui ont tenu l’affirmatine : com- deinitu.à
me s’il n’y auoit point de différence entre celuy qui a commandement,8c chaftiment fur autruy, 8c celuy qui n’en a point. Et s’il eft ainfi que lefoldat qui auoit feullement rompu le bafton de vigne1 de fon capitaine, ^ ^ ^quand ilfrapoit à tort ou àdroit,eftoit mis à mort par la loy3 des armes, 1«.quemeritele filsquimetla main fus le pere ? Onapafléplusoutre, caron a bien ofé penfer,voire efcrire,& mettre en lumière que le fils peuttuerie pere, s’il eft ennemi delaRepublique cequeiene toucherois,files plus eftimez nel’auoyétainfi refolu 4. le tiens que c’eft vne impieté, ^ ^no feulemét de le faire,ains aufli de l’efcrire:car c’eft abfoudre les parrici- duiterium.§.liber-des qui l’aurôt fàit,& doner courage à ceux qui n’ofoyét le penfer, & les gd.Arerïn.&imo-inuiter ouuertement à commettre chofe fi deteftable, foubs le voile de tt-îb.pbiigSitcharité publique : mais difoitvn ancienautheur, ° nullum tantum fee- ini-i.deüsquipa-II rentes. C. ex 1.mulus à patre admitti poteft quod fit parricidio vindicandum. O que de nimedereiigiofov -- • i 1 r» il- r r \ " 1 • t- Panormit confilio.peres ieroyet ennemis de la République,li ces reloiutios auoyet lieu! ht io4.iib.i.qui eft le pere qui pourrait en guerre ciuile efchaperles mains d’vn en- ^HintlLdecIi*fant parricide ? car on fçaitbien qu’en telles guerres, les plusfoibles ontle tort, 8c que les plus forts declairent toufious les autres ennemis de lapatrie.Et hors la guerre ciuile, celuy eftJ ennemi de la Republique non uadi.iui.ma-feulement qui a donné confeil, confort 8c ayde aux ennemis, ains aufsilcftat*quileuraprefté, ou vendu bien cher des armes, ou des viures. Etmef-mesparles ordonnances d’Angleterre publiées l’an m.d.lx i i i. ayderaux ennemis en quelque forte que ce foit,eft appelle crime de haute tra-liifon. Et toutesfois cesmaiftres d’efchole, n’en font point diftinétion.Or il eft aduenu de ces refolutions,ce que la pofterité ne croira pas, que
vn banni de Venize ayant aporté la tefte de fon pere banni comme luy,c ij
28 DE LA REPVBLI QJV £demanda le retour en fon pays, biens ôc honneurs, fiiyuant lordonnan-
n^&ed^Mc- ce1 de Venife pratiquée prefque en toute l’Italie ;& obtint loyer de fon1^4 "LgTo execrable defloyauté. Il vaudrait peut eftre mieux que leur cité fuft
Mcnfc. n bifinee qu vn tel cas fuft aduenu. Le Roy de France receut en bône part
l’excufe deMaximilian Roy de Boheme lan m.d.lvii. de ce qu’ila-
uoitrefuféfaufconduitauDucdeVvittembergpour les Ambaflàdeurs
de France,cofeflànt que c eftoit enfraindre le droit des gens : neâtmoins
il dift qu’il riofoit defobeir à fon pere. Et s’il eft licite de violer le droit
des gens pour obéir au pere en fi peu de chofe, quelle raifon, quel argu¬
ment, pourrait on trouuer quel qu’il fuft d’attenter à la vie du pere ? Et
combien que tel parricide foit fort deteftable, fi eft-il encores plus per-
nicieux pour la confequence. carpuifque on doneloyer à celuy qui tue
fon pere pour quelque couleur que ce foit,qui eft celuy qui feraaffeuré
des Itérés, & proches parés! Et de fait il eft aduenu l’an m. d. l x v 11. que
SampetreCorfefuttué par fon coufin germain, qui eut dix mil efcnz
pour le taillon qui auoit efté leué,par ordônance de la feigneurie de Ge-
nés.Il eftoit bien plus expedient de fuiure3 Ciceron,lequel ria pas feule¬
ment voulu coucher par efcrit les mefmes queftions formees par deux4.1.non omucs de anciens Philifophes Antioque ôc Antipater,ains les a euitees comme vn
rcmüican. ^ precipice haut ôc gliflànt.Ioint aüfsi quelaloy 4 refifte formellement ôcdefend de permettre aucun loyer au banni,pour tuer les brigans, enco¬
res quel’Empereur Adrianfuft bien d’auis qu’on pardonnai! la faute au
banni, ie dy donc qu’il eft bien expedient que les Princes ôc legiflateurs
remettent lus l'es anciennes loix,touchât la puiflance des peres fur les en¬
fans, & qu’ils fe reiglent félon la loy de Dieu:foient enfans légitimés, ou
naturels,oul’vn Ôc l’autre enfemble,pourueu qu’ils ne foient point con-
ceuzparincefte,que lesloix diuines& humaines ont toufiours eu en ab-6.1. humilem & au- hominatio^.Mais 011 dira peut eftre qu’il y a danger que le pere furieuxtnent.ex comple- j . T f 1 1 • l 1 • Vr r rxu.deinceftis&in- ou prodigue abule de la vie,ôc des biens de les enfans. le relpôds quelesfuggeftio; de verb.loix ont pourueu de curateurs à telles gens, & leur ont ofté la puiflance
fluolubTcuido' ^ur autruy > attendu qu’ils ne l’ont pas fur eux-mefmes. Si le pere rieft
Papusciuæft.dei. point infenfé,iamais il ne luy aduiendrade tuerfon enfant (ans caufe. ôcj8o.Aflic.denl. 15/ r r • r \ nBart: in i. fi vtpro- ii i enrant i a mente, les magiitrats ne s'en doiuent point mefler. car l’af-ponis.de dignit. r ^ ^ ^ 0, ± .. l.cum furiofusis fe£fcion,& amour eft iî grande des pere, &mere enuers les enfans, que lavk/amii.ercifcT 7 ]oy ria iamais prefumé qu’ils facent rien qu’au profit & honneur destêrdfko'mâtdc’ cll^ans : & 4ue toute fuipicion de fraude 8 ceffe pour le regarddes peresî.fi vero.^.penuL enuers leurs enfans.Et qui plus eft,ilz oublient fouuent tout droit diuinlum. §.Pdevnode & humain pour les faire grands à tort ou à droit. Et pourcefte caufe, le9 vaïerPmaX. îib.s PeIe ayant tue fon filz, n’eft point fuget à la peine1 des parricides : car lai nTdï Pôpeiam ^ na Pas Prc^um^ qu’il vouluft faire fans b oniie Ôc iufte caufe : ôc luy ao. i.marito.ad i. donné priuatiuement°à tous autres,puiflance de tuer l’adultere, ôc là fil¬
ial. de aduk.ff. i r ] r-^ r 1 ^le trouuez lus le rait.Qui lont touts arguments neceflaires,pour moftrer
qu’il ne faut pas craindre que les peres abuzent de leur puiflance. Mais
LIVRE PREMIER.on répliquera, qu’il s’en efl: trouué qui en ont àbuzé : foit;ie dyineanf-
moins que iamais fage legiflateur, nelaiflaàfaire vne bonne 1-oy, poul¬
ies inconueniens qui aduiènnent peu 3fouuent. Et où futoncques Ipy 3.i.Ji4.;.dciegff.
fi îuftç/i naturelle, fineceflàire qui lie fuft fugette à plufieurs inconue¬
niens ? & qui voudroit arracher toutes les ablùrditez qui refultent des
bonnes loix,il n en demeureroit4 pas vne. Briefie dy que l’amour îwù- 4.catoin oratio-
rel des pere &c mere enuers leurs enfans,eft împoflible, &c incompatible apUCj £1Uiû ]&. ^
auec la cruauté, ôc que le plus grand tourment que peut endurer vn pè¬
re, s’eft d’auoir tué fon fils: comme de fait il eft aduenu de noftre mé¬
moire au pays d’Anjou , qu’vn pere ayant fans y penfer tué fon fils
d’vne mote de terre, fe pendit à l’heure mefmes, encores que perfoniie
lien fçeuft rien. Aufli les ;Ægyptiens, pour toute peine qu’ils ordon- j.Diodor,
noyent au pere qui auoit tué fon enfant à tort & fans caufe 3 c’eftoit de le
enfermer trois iours auprès du corps mort, car ils tcnoyent pour chofe
deteftable,que pour la mort du fils on oftaft la vie au pere, duquel il te-
noit lafienne.Encores peut on dire,que files peresauoyentla puiflance
delà vie & de la mort fus leurs enfans,qu’ilspourroyentles contraindre
à faire chofe contre laRepublique. Ierefponds que celan’ eft pas àpre-
fumer : 3c toutesfois quand bien il feroit ainfi, les6 loix y ont fagement i.meàquo.§.
pourueu,ayant de tout temps exempté les enfans de la puiflance des pe- ^res, en ce qui touche le public : comme aufli fift bien entendre Fabius J VZ
Gurges:car eftant Conful,& voyant que fon pere venoitàluy monté à
cheual,il commâda à vn huifïier de le faire defcendre, qui le trouua fort £y &
bon,faifant honneur à fon fils, & le careflant, pour auoir bien entendu ^
fa charge. Et tant s’en faut que les fages peres vouluflent rien comman¬
der à leurs enfans, qui portaft coup au bien public, que mefmes il s’en
eft trouué qui les ont fait mourir, pour auoir contreuenu aux loix pu¬
bliques: comme fift Brutus fes deux enfans,&Torquat le conful, qui fift
triompher fon fils en fon camp,pour auoir vaincu fon ennemi aucom¬
bat, & puis luy fift trancher la tefte, pour auoir combatu contre fade-
fenfe, fuiuant la loy des7 armes. Il y a encores vne obiedtion pour le re- 7. i.3.deremiiit.ff
gard des biens des enfans,s’ils eftoient en la plaine difpofition des peres,
ils pourroyent fans caufe detheriter les vns,& enrichir les autres. le ref-
pods que les loix y ont aufli pourueu, faifànt ouuerture de la iuftice aux
enfans def-heritez fans8 caufè. combien que Tancienne façon des Ro- de^ppeiilîion^.
mains eftoit encores plus louable, de ne receuoir iamais l’enfant à deba- caufas*
tre la volonté du pere, par voye d’a&ion, ains feulement9 par voye de ^toto tit.dc inoff.
requefte,& parlant du pere defund: en toute humilité, honneur, 8c re- ^cbonor.
uerence : laiflant le tout à la difcretion &c religion des iuges. mais depuis poflefT,
quelesPræteurs, qui ne pouuoyent donner les fucceffions, donnèrent
la pofleflion des biens qui valoit ° autant, & qu’on les eut attachez à cer- x.Plutar.inLyour.
taines légitimés, &c ordonnances teftamétaires, aufsitoft on aperceut la
„ defobeiflance & rebellion des enfans.qui fut la feule1 caufe,que l’vn desc iij
2.Numeri30 DE LA REPVBLI QV EEphorcs publia la loy teftamentaire en Lacedemonne,àce qu’il fuft des
lors en auât permis à chacun de faire héritier qu’il voudroit,n’ayât autre
occafion que l’arrogâce defonfils, auquel la fucceffion du perenepou-
uoit fuir parla couftume du pays. O que ficela auoit lieu par tout, qu’on
verroit les enfans obeïflans,& feruiables aux pere & mere 1 & combien
ils auroy ent peur de les offenferiMais affin de trâcher la racine à touts les
arguments quon peut faire,nous auôs laloy de Dieu expreffe, qui pour
le moins nous garentirade touts incoueniens, pour le regard de la puit
fance de la vie & de la mort,donee aux pere &c mere fus leurs enfans, en¬
cores que les biens fuflent en la difpofîtion de la1 loy.Nous auons dit que la puiflance paternelle s’eftend auflî enuers les en¬
fans adoptez:& combien que ledroid des adoptions eftâtdecheu peu
àpeu,foitprefque eftaint, par le moyen des loix deluftiniâ, lequel vou¬
lant retrancher les abus qui s’y commettoyent,l’a prefque aneâtie, neat-
moins il eft bien certain que c’eft vn ancien droit,& commun à tous lesÎ>euples,&:de grande confequence à toutes Rcpubliques.Nous voyons
es plus anciens peuples l’auoir eu en finguliererecommâdation:& mef¬
mes Iacob 5 adopta Ephraim &Manafié fils de Iofeph,encores qu’il euft
douze enfans viuans,qui en auoyent plufieurs autres,& leur donna part& portion des aqueftsparluy faits. EtquantauxÆgyptiens,nousen
auons l’exemple de Moyfè quifutadopté 4 comme fils de Roy. Nous
voyons auffi Thefee auoir efté adopté folènnellement par Ægeus Roy
d*Athènes,le faifant fon fuccefleur en I’eftat:vray eft qu’il eftoit fon fils*
naturel. & depuis ce teps là,tous les Atheniens qui auoyent enfans natu¬
rels des femmes d’Athènes,furent contraintz les adopter,& les faire en-
y ^ ofH*^regiftrer comme enfans légitimés, & leur laifter leur part & portion des^lens comme aux autres, ainfî que nous liions6 es plaid oyez des dixj.Gentf.vît.4.Exodi ï.j Plutar.in Thef.trdia,Pivenippu,Ma orateurs. car il 11 appelloyent baftard7, que ccluy gui eftoit ne de pere.curtatu,Leochare. rr J } 5 ^ A ï J7. Nothum voca- ou de mere eitrangere,ores qu elle rult remme d nonneur.comme aufïibant.Pluthar.in •- - - —Themi. &Pericle.tous les peuples d’Orient ne faifoyent point ou peu de difFerence entre
les enfans naturels,& légitimés,ainfi que nous voyos les enfans des châ-
brieres de Iacob auoir efté en pareil degré de biens, & d’honneurs que
les autres légitimés. & mefme Diodore8 efeript que les enfans des Ægy-
ptiens conceuz des efclaues, auoyent autant de prerogatiue que les au¬
tres.car il leur eftoitpermis * d’auoirtant de femmes qu’ils vouloyent.
comme aux Perfes1 & à tous les peuples de la haulte Afîe:couftume queS.lib t.c.j.
^.Herodot.lib.i.ï. Hcrod lib.j.
ïuftin.lib, ~.T«- ils ont encores à prefent,&prefqu’en toute l’Afrique: & n’y auoit, dit
vxorcm. tacite,de tous \cs barbares,que les peuples d’Alemaigne qui n auoyentj.cap.;.que chacun vne femme. Nous auons rendu la raifon en la methode des
3 hiftoires. Il falloit donc par confequent que tous les enfans d’vn mef¬
me pere,fuflent en fa puiffance,foit qu’ils fuflent adoptez ou non. Mais
les Romains ne faifoyent ny mife , ny recepte anciennement des
enfans naturels, non plus que d’eftrangers, quineleureuflent en rien
Nouel.8p.7- 1.4-dénatura,
liber.C.LIVRE PREMIER. 31touché,comme die4 Iuftinian, ôc neftoyent point renus les adopter, conftuut. no~
comme les Atheniens,auffi 11 auoyent ils aucune puiflance fur eux&: 11e ucl'8*’
cftoyent tenuz de rien leur laifler, &mefmes 'Gonftantin ; le defendit. s. ^dénaturai,
mais Arcadius &Theodofele ieune, modérèrent6 la rigueur des loix: eodôc depuis Zenon D’Empereur ordonnaqu’ils feroyent reputezlegiti- Noue
mes,par mariage du pere auec leurmere. Et qui plus eft, Anaftaiè a- 7 4
uoit ordoné,que tous baftars feroyent reputez légitimés par adoption:
mais Iuftin ôc Iuftinian caflerentl’edit:&: fermèrent la porte aux baftars,
affin qu vn chacun penfaft d’auoir femmes ôc enfans légitimés : ôc que
les anciennes familles, ôc droitz des fucceffions ne fuflent alterez,trou¬
blez par les baftars:demeurant encores neâtmoinsle droit des adoptiôs,
qui a efté receu pour fuployer le défaut dénaturé: ôc duquel les anciens
Romains ont tant fait deftime, que les peres adoptifz auoyent mefme
puiflance de la vie ôc de la mort8 fus les enfans ad optez,comme fus leurs ** GelIlb;c ^
propres enfans : qui eftoit la vraye caufe, pour laquelle les femmes ne
pouuoyentadopter,iufques àl’editpublié parDiocletianattéduque l1
elles eftoyent1 en la puiflance perpetuelle des maris, ou parens: comme *;cap. qu
aufli en Grece il ne leur eftoit permis d adopter, comme dit l’Orateur 1 tar- adoPtaie
Ifæus.Eftant donc le droit des adoptions annobly par les Romains, ôc mitiis interelïenô
mefmes alors qu’ilz auoyent eftendu les fronderes de leur Empire plus pcioTuc comn^üo
que iamais, tous les autres peuples,en firent d1autât plus deftime,&iuf- ?*i&a8 lv
ques aux Gothz,Alemans,François, Saliens, comme nous voyons aux ^vk7eXpt°c
loix des Ripuaires,ou ilz vient du mot adfatinir, pour adopter:tenas les ffedea. minuit.•mulierem, de
_jpt.C.Fallit Gellius lib.
j. cap. ip. quipu-
uoni IL' I —næus JLques aux Gothz,Alemans,François, Saliens, comme nous voyons aux ^‘vit de*adopr c
loix des Ripuaires,ou ilz vient du mot adfatinir, pour adopter:tenas les § ^ec^ea- în inftit.
enfans adoptez en mefme degré,que les enfans propres au droit des fuc- ab iStm'iTte
ceffionSjfuyuât le droit5 commun,qui les réputé comme heritiers4fiés. feg“c.idpi“i f.
Aufli lifons nous en Caffiodore que Theodorich Roy des Gotliz, ado- c'dcl"' a° a‘
ptaleRoy des Herules:&J Luitpruno Roy des Lombars, adoptale fils 4 >ni.arrog*to. j.
de Charles P rince de France, en luy coupant les cheueuz, encores qu’il tàm.'delnfutor'î
euft d’autres enfansxomme fift Micipfa Roy des Numides,adoptât lu-
gurtha,encores qu’il euft deux enfans légitimés, Iaiffant à tous trois fon
Royaume par égalés pordons.Mais la premiere occafion des adoptiôs inteftat. infticur.
fut prife pour le défaut d enfans, ou pour le moins d’ehfàns maflesicom- *exto> degeftisiô-
meScipionlaifne n ayant qu vne fille adopta le ieune Scipionfilz de gobard*Paul Æmyljle faifànt héritier de fon bien, Ôc de fon nom : ôc Cæfàr le di¬
ctateur n ayant eu qu vne fille,adopta fon neueu, le faifànt aufli héritier
pour trois quais, àla charge de porter fon nom : car celuy du pere pro¬
pre eftoit diminué,ôc mis après le nom du pere adoptif, ôc A ugufte par
faute d hoirs procreez de fon corps,adopta Caius, ôc Lucius, enfans de
la fille, dedans fàmaifon, lesacheptant de leur pere Agrippa, fuy liant la
forme ancienne,&depuis leur mort adopta Tibere: &ceftui-cy Cali-
gu a. ôc Claude adopta Neromauquelfuccedant Galba fans enfans,6 a- ^a]jaanclulI,m
doptaPifon deuant fon armee : couftumè qui depuis futgardeeen la- 7-y°pifc« inAu-
doptio de 1 Empereur Aurelian7 : ôc que l’Empereur Iuftinian voulutc iiijrelia no.
t. Anthonin.chro.
ni.rit.2z$. Martin .V.i.ÆnarasSyluius»
in Europa, cap-jj.1.1.cuminadopti-
uis.de adop.C.î. Mafuer.tit.de
probat.verf.item
&fi defun£tus Be-
nedic.in cap.Ray-
nutius in verbo &
vxoremnu.7j8. &
76o.Faber in §. i.
de adopt. inftitut.
3. Gelli..lib.j.c,i,?DE LA REPVBLIQJEpratiquer enl’adoption de Cofroe Roy dePerfe, quilerefufa, ayâc feeu
que par ce moyen il ne pourroit eftre Empereur, comme dit Procope.
Aufli lifons nous que f EmpereurNçrua par faute d’enfans adopta Tra~
ian,ceftui-cy Adrian,qui depuis adopta Antonin le Piteux,& ne fe con¬
tenta pas d’auoir adopté vn fi homme de bien, ains aufli le chargea d’a¬
dopter de fon viuantÆlius Verus,&Marc Aurele furnomméle Philo-
fophe,affin que l’Empire n’euft faute d’Empereurs les plus vertueux
qui furent-onques. mais ce dernier ayant eu vn fils le plus vicieux qu’il
eftoit poffible, laiflavn trefmauuais fuccefleur, & en euft adopté vn,
comme il en auoit grand vouloir, fi fes amis ne l’en enflent deftourné:
car ce n’eftoit pas la couftume en Rome d’adopter , fi 011 auoit enfans:
&:pourceftecaufe fut blafmé Claude l’Empereur dauoir adopté Né¬
ron, filz de fà fécondé femme, ayant filz ôc fille du premier I16I : qui
furent tuez par Néron. Mais fans vfer d’exemples des eftranges, qui
font infinis, nous auons l’adoption de Loys de France Duc d’Anjou,
par Anne la louuette Royne de Naples &de Sicile à faute d’hoirs, a-
pres8 auoir regetté comme ingrat fon neueu Alphons Roy d’Aragon
qu’elle auoit au parauant adopté, ôc du confentement du*Pape,fei-
gneur fouuerain de Naples ôc deSicile:&depuis René d’Anjou fon ar¬
riéré neueu fut aufli adopté parleanne la ieune auffi Royne de Naples à
faute d’enfans, ôc quafi au mefme temps, c’eft à dire l’an m.cccc.
viii. Henri Duc de Pomeran fut adopté par Marguerite de Vvol-
mar Royne de Dannemarc, Noruege % ôc Suede, pour fuccefleur ef-
dits Royaumes : &toft après Henri cinquiefme Roy d’Angleterre fut
adopté, non par Charle fixiefine, qui eftoit hors de fon fens, mais
par fà femme , qui fift par fon nouueau gendre deelairer Charle fe-
ptiefme fon propre fils incapable de la couronne : encores qu’il fuft
îàge Ôc vertueux Prince. luftinian voulant remedier à tels abus, or¬
donna 1 ,que les enfans adoptez, 11e laifleroyent pas de fucceder à leurs
propres parens, par ce que les peres adoptifs pour peu d’occafion,cha£
foyent les enfans adoptez, aufquels les peres propres n’auoyent rien
laifle pour l’efperance de la fucceffion d’autruy : mais il fut mal con-
feillé d’ofterla puiflance paternelle, qui eftoit la feule marque d’ado¬
ption, laquelle oftee ne reftoit plus rien.Or il eftoit plus expedient de
mettre au néant les ad options, fi le pere auoit des enfans naturels ôc lé¬
gitimés, ou s’il en auoit, ordonner que l’enfant adopté fuccederoit aux
mefmes droids,que l’enfant propre, nous auons bien retenu l’vn en ce
Royaume, mais nous auons laiflé l’autre : car nous ne foufrons1 pas que
les enfans adoptez fuccedent en rien qui foit auec les enfans propres ÔC
légitimés, & ce qu’on leur laifle à faute d’enfans peut eftre laiflé à vn
effranger: ôc le pere peut ce pendant tirer profit de l’adoption , de-
quoy fe plaignoit de fon temps Scipion TAfrican, en la harangue de fa
cenfure qu’il fift auJ peuple, ôc depuis la publication de la loy IuliaPappia,
y 1. vlt.de iis qui
veniam artatis. C.
l.fïdeicommiflum,,
de condit. & de.1.
adoptiones.de a-
dopt.ff.LIVRE PREMIER. 33Pappia,qui donnoit de grands priuileges à ceux qui auoyent des enfans,
ceux qui n’en auoyent point en adoptoient, pour auoir part aux magi-
ftratz,8c après auoir eu ce qu’ilz demandoyent,ils emâcipoyent4les en- 4.Tacit.iib.ï(
fans-comme au contraire Clodius eftant noble,fe fift adopter par vn ro- £;oClcero pro
turier J,& quitta fà nobleffe pour eftre tribun du peuple, & toft après fe Lfift emanciper, ceftpourquoy le Sénat Romain fit vn arreft, que les 6m Tadt.iib.i i. ^0°^
enfans adoptez ne donneroyent aucun priuilege des charges publiques, nec eide ado
fuft de tutelles,ou d’impofts. & depuis fut ordonné qu’on nepourroit
par ce moyen obtenir7 aucun office : ny empefcher les fubftitutios fai- 7. u §. adopûui.
tes à faute d’enfans8: ny faire obtenir ce qui eftoit laide, ou promis, au &J.Tin“de
cas qu’on9 auroit enfans : ny caffer les donations qui font reuoquees, rTfideicommif
quand le donateur a des enfans1 : ny faire que les filles par laz couftume jjum de «>ndit.&
foyentexcluiesrny quele3motde fils Amplement apofe aux loix, cou- ?. î.fîitaquis. §.fî
ftumes, 8c autres adtes légitimés,fîgnifie l’enfant adopté.toutes lefquel- ^c’aftrefanu.
les fraudes il eft bon de retrancher,& non pas eftaindre le droit des ado- p^onTc&con
prions, &pour le moins laifler au pere adoptif la puiflance paternelle,
pour tenir en obeiflance le fils adopté. Voila quant au fécond point de ub .i.&loi.îib.4.
la famille touchant le gouuernement du pere enuersfes enfans : difons
du troifiefme.DE LA PUISSANCE SEIGNEURIALE,& s djaultJoujjrir les efclaues en la République bien ordonnée.Chap. V.A troifîefme partie du gouuernement des mefhages
1epend delapuiflance du Seigneur enuers fes efclaues,&r du maiftre enuers fes feruiteurs. Car mefme le nom
de famille vient à famulis 8c famulitio, par ce qu’il y a-
uoit grand nombre d’efclaues, 8c de la plupart des fu-
gets delà famille,on nommoit toutle mefnage1 famil- i.prommciatb«
le:oupourcequ’iln’yauoitricheffesque d’efclaues,onappellalescom-
pagnies d’efclaues,familles, 8c la fucceflion du deffundt,famille. Et Sene- tum.l.fi quisid
que voulant monftrer combien le Seigneur doibt eftre modéré enuers quoddelunfdlc*
fes efclaueSjil dit que les anciens ont appeilé le chef de la maifon pere de
famille,&non pas feigneur.Et d’autant que tout le monde eft rempli de
efclaues,hormis vn quartier de l’Europe, qui les reçoit defiapeu à peu, il
efticy befoin de toucher, 8c delapuiflance du feigneur enuers les efcla¬
ues, & des inconueiiiens 8c commoditez qui refultent de receuoirles e-
fçlaues,qui eft vn point de confequence, non feulement à toutes famil¬
les en gênerai,ains auffi à toutes Republiques. Or tout efclaue eft natu¬
rel, a fçauoir engendré de femme efclaue: ou fait par droidt de guerre: ou
par crime,qu’on appelle efclaue de peine:ou quia eu part au pris de fà li-
34 DE LA REPVBLIQVÉberté:ou quia ioué fa liberté,comme faifoyent anciennement les peu-
oeTmandemonb’ pies d’Alemaigne2 : ou qui voluntairement s’eft voué d eftre efclaue
perpetuel d’autruy, comme lesHebrieux lepratiquoyent. Leprifon-
nier de guerre eftoit efclaue du vainqueur, qui n eftoit pas tenu le met¬
tre à rançon,fi autrement il n’euft efté conuenuxomme il fut ancienne¬
ment ? en Grece,que le Barbare prifonnier de guerre pourroit eftre mis
j. Adftot.iib.j.c- ^ Ja cadene, &: retenu comme efclaue: mais quant au Grec , qu’il feroit
mis en liberté, en payant par luy vne liure d’or, ôc par l’ancienne ordon-4 cromer. inH- nance 4 de Poulongne, au parauant,& depuis trois cens ans,il fut arrefté
ftacmis^oionin Par ^€S eftats 5 4ue touts ennemis prifonniers de bonne guerre demeu-
•j. Dionyf.haiy car. reroyent efclaues des vainqueurs,,!] le Roy n’en vouloit payer deux flo- »lib.3. vcuoiKiMvxfft . .1 . /1 1 -r • n 1rovAvff«ju'.vsintûv rins pour telie. mais celuy qui a paye la rançon du prilonnier,eit tenu le ,
™ remettre en liberté , ayant receu le pris , autrement il le peut garder non
a«V|«. comme efclaue,mais comme prifonnier, fuiuant l’ancienne; loy prati-
„ quee en la Grece, puis en tout l’Empire Romain. Quant aux debteursDemofthen. cotra . 1 >-1 f n • — 1 1 1 iLacritum vanoin prilonniers des creanciers^encores qu îlrult permis par la loy des douze
^mVsemuïde tables les demembrer en pieces pour les diftribuer aux créanciers qui
ddTquueftaracn- plus ^ moins , comme au fol la liure : fi eft-ce toutesfois que s'il n y a-
uoit que vil créancier,il lie pouuoit luy ofter la vie, ôc moins encores la
î.fcnatus §. vit de liberté,qui eftoit plus chere que la vie. car le pere pouuoit bien vendre,lesat. 1.1. in bello. ri • n 1 • \ r r -1 • 1§1 quisferuüde troquer,elchangeiyvoire oiter la vie a les enraiis,mais il nepouuoit leur
éïrdcpamapot. ofter Ma liberté, aufli le cueur bon, ôc genereux, aymera toufiours
anuaCeropro Cx~ mieuxmourir honneftement, que feruirindignement d’efclaue. C'eft
pourquoy la loy des douze tables, quiadiugeoitle debteur non folua-
ble au créancier, fut bien toft caflee à la requefte des Petiliens Tribuns
du peuple,,qui firet ord6ner,quedeflors en auâtle debteur ne feroit ad-
iugé au c-reâcier,& qu’il ne pourroit eftre par luy retenu pour debte,fàuf
au creâcier à fe pouruoirpar fàifîe de bies,&autres voyes de iuftice,ain-
1 b saüenü ® eftre à faire par raifon.laquelleloy demeura inuiolabledêadion.c.Aina- fept cens ans ôc iufquesau regnede Diocletian7,quilafift publier de
«pk^rSrætiîia. rechef fus peine de la vie. Voila toutes les fortes d’cfclaues. Car quant à
LVqaiVîftroni- ceux 4ui f°nt pïms par les b rigans Ôc corfaires,ou qui font vendus à faux
bus deteftamët.ff. t|]rre pour efclaues, ils demeurent neantmoins libres, ôc en termes8 de<>.l.ma:uiusdeco- I # ~dk & demonftra. droit peuuentfaire touts actes légitimés. Et quant aux autres leruiteurs
diquammTerum domeftiques, ils ne peuuent par contrat, ny conuention quelconque
adionon demr. £^re aucun preiudice à leur liberté,ny en receuant vn laiz teftamentaire,
foubs vue condition9 tant foit peu feruile : ny mefme Tefclaue ne peut
promettre, aufeigneur qui l’aftranchift chofe qui tourne à la diminu¬
tion de fa liberté, horfmis lesferuices aggrcables ôc ordinaires auxaf-
franchiz.C'eft pourquoy les arrefts du parlement de Paris, fouuent ont
eafleles contrats des feruiteurs qui s’obligét foubs peine àferuir certai¬
nes anneesdefquels neantmoins font receus,en Angleterre, Ôc enEfcof-
fè:où les maiftres après le terme du feruice expiré,s’en vôt deuât le iugedes
LIVRE PREMIER, )fdes lieux émanciper leurs feruiteurs 5 8c leur donner puiflance de porterbonnet , qui eftoit 1 ancienne marque derefclauenouuellementafran- çchi,pour cacher fa tefte pelee, iufques à ce que les cheueux luy fuflet re-uenus.Qui donna occaf ion a Brutüs après auoir tue Cæfàr, de faire bat- i.iwintit* A j ,, ^tre1 la monnoy eau bonnet, comme ayant afranchi le peuple Romain. inNr^L » * S O8c après la mort de Néron * le menu peuple alloit par les rues portanttone- uïyô €£bonnets5 en tefte, en figne de liberté. Et le Roy Eumenes vint en Ro- >me après la mort de Mithridates,& entrant au fenat auec bonet, aduouatenir fa liberté du peuple Romain. Or combien que les feruiteurs do-meftiques ne foient point efclaues, 8c qu’ils puifl'ent faire touts ades deliberté, foit en iugemerit, foit hors iugemeilt : fl eft-ce qu’ils ne font pascomme fimples mercenaires,ou gaigne-deniers à la iournee,fus lefquelsceluy quilesalouez n a pouuoir, ny commandement, ny corredionquelconque, comme le maiftre a fus les feruiteurs domeftiques, quidoibuent feruice, honneur, 8c obeiffance au maiftre tant qu’ils font enfa maifon, 8c les peut chaftier 8c corriger auec difcretion 8c modération.Voila en trois mots la puiflance du maiftre enuers les feruiteurs ordinai¬
res, car nous ne voulons pas icy entrer aux reigles morales, du compor¬
tement des vns enuers les autres. Mais quant aux efclaues,il y a deux dif-
ficultez,qui ne font point encores refolues.La premiere eft à fçauoir fi la
feruitude des efclaues eft naturelle,&: vtile,ou contre nature.La féconde
quelle puiffance doibt auoir le fèigneur fusl’efclaue. Quant au premier InPoIic
point Ariftote 4 eft d’aduis que la feruitude des efclaues eft de droit na¬
turels pourlapreuue, Nous voyons, dit-il, les vns naturellement faits
a feruir,& obeinles autres à commander, 8c gôuuerner. Mais les lurik Çt* u/bJL^
confultes, qui ne sarreftent pas tant aux difcours des Philofophes, qu’à
l’opinion populaire, tiennent que la feruitude eft droi&ement contre
nature, 8c font tout ce qu’ils peuuent pour maintenir la liberté, contre ^lhI^[ta*,de fta“1 obfcurité,ou ambiguité des loix,des teftaments* des arrefts des con-
trads,& quelquesfois il n y aloy,ny teftament qui ti en e, qu’on ne don¬
ne coup al vn,& al autre,pouraffrâchirl’efclaue, comme 011 peut voir g ^ imc. }
en tout6 le droit. & s’il faut que la loy tienne,fi eft-ce que le lurifconful- proxime de iis qüi
te fait cognoiftre toufiours que Facerbitéd’icelle contre les efclaues luy neclegibutviium
deplaift7,1 appellant dure & cruelle.De ces deux opinions, il faut choi-
firlameilleure.il y a beaucoup d’apparence,pour fouftenir que laferui- p^.rsfauorcIU
tude eft vtile aux Républiques^ qu’elle eft naturelle. Car toute chofè 7-i-pr°rt>cxif.qui
contre nature nepeut eftre de longue duree: &fîon vient àforcerlâ &a
nature elle retournera toufiours en ion premier eftat, comme 011 voit
euidemmét en toutes chofes naturelles. Or eft-il que la feruitude a prins
fon origine foudain après le deluge,& aufli toft qu’on a commencé d’a~
uoii quelque forme de Republique, 8c depuis a toufiours continué: 8c
laçoit que depuis trois ou quatre cens ans elle a difeontinué en quel¬
ques lieux, fi eft-ce quon la voit retourner. Et mefmes les peuples
36 DE LA REPVBLI QJ/ Edes IfLes Occidentales, qui font trois fois déplus grande eftenduè, que
toute l’Europe,quin'auoient iamais ouy parler de loix diuines, ny hu¬
maines, onttoufiours efté pleines d’efclaues : nefe trouuepas vne
feule République qui fe foit exemptee des efclaues ivoire les plus fain&s
perfonnages qui furent onques en ont vfé. qui plus eft, en toute Repu¬
blique le feigneur a eu la puiflance des biens, de la vie, & de la mort fus
l’efclaue : excepté quelques vues où les princes &c legiflateurs ont mo¬
déré cefte puiflance. Il n’eft pas vray-femblable que tant de Roys & le¬
giflateurs euflent attenté contre nature, ny que les figes & vertueux
s 11 quîbus ex Sommes 1’euflent approuué 5 ny tant de peuples par tant de fiecles euf-
caufis manu mit- fent receu les feruitudes, voire defendu par quelques8 loix d’afranchir
les efclaues, finon en certain nombre : & neantmoins ont fleuri en ar¬
mes, & en loix.Et qui voudroit nyer,que ce ne fuft chofe honnefte, &
charitable de garder vnprifonnier de bonne guerreje loger, coucher,
veftir,nourrir,en faifànt le feruice qu’il pourra, s’il n a dequoy payer (a
rançon,au lieu de le maflacrer de fàng froid ? c’eft la premiere caufe des
efclaues.Dauantage,les loix diuines,& humaines veulet9 que celuy qui5. generaliter 11’a dequoy payer pour la faute par luy commife, foit puni corporelle-
fdq^dde iunf-S ment. O r celuy qui fait iniuftement la guerre aux biens,à la vie, à l’eftat
d’autruy, qui doubte qu’il ne foit vray brigand ,& voleur, & quil 11e
j.Eftenîm tpww rb merite la mort ? Ce n’eft donc pas contre nature de le tarder pour fer-çv^rU, mquit 1. ï 1 f* - ri AT * 1Euftathius}& a- uir au lieu de le faire mou rir, car le mot de leruus, quoy qu on ay t voulu
reprendre Iuftinian, vient à feruando1. Et fie’eft oit contre nature que
feruo vn homme euft puiflance fus l’autre de la vie, &de la mort,il.n’y auroitï/f^tDç fermo^non à ny Royaumes,ny feipiieuries qui ne fuflent contre nature,veu que lesferie vtVarro pu- / J UL -—D— _v — ^tat.&Feftuseritu- Roys & Monarques ontmelme pulilance iur touts leurs iugets,loyent''•nem;;interpreta- ~ ~ ~ °r feruitucem &: Æolico digam- ,__.a fit ferfos vtda- J A .fos ofom,æfom refpofe.Ie confefleray que laferuitude fera naturelle.,& quand l’hommequod efferebant r 1L 3 /1veteres danus tort,rorde,riche, & ignorant,obéira au lage,diicret & roible,quoy qu ilouum.aruum. r . . -, ,°n-> . ï r r°i ï tioit pauure. mais d alleruir les lages au rois, les ignorans aux hommes
entendus, lesmechans aux bons, qui dira que ce ne foit chofe contre
- nature? fi ce n eftoit qu’on vouluft fubtilizer, que l’efclaue bien auifé
gouuerne &: commande à fon feigneur, & le fage confeillerà fon Roy
mal-aduifé. De dire que c’eft vne charité louable garderie prifonnier
qu’on peut tuer,c’eft la charité des voleurs, Sc corfaires quife glorifient
d’auoir donné la vie a ceux qu’ils n’ont pas tuez. Or voit on bien fou-
^Rrque les hommes doux & paifibles font la proye des mechans,
r/fn quand on vient à départir les differens des princes par guerre, où le
c** Ié£S~~ vaincueur a bon droidt, &le plus foible a toufiours tort. Et fi les vain-
^ eus ont fait la guerre à tort,& fans caufe comme b rigans,pourquoy ne
les met-on à mort ? pour quoy n’en fait-on iuftice exéplaire? pourquoy
les reçoyt-on à merci puifqu’ils font voleurs ? Etquantàce qu’oiidiâ:quedinem interpreta- r . _ . r A ^tur feruitucem & kigneurs ôu eiclaues. Ces railons ont bien quelque apparence pour
ma fit ferfos vt da- monftrer que la feruitude eft naturelle, vtile, & honefte. mais il y a bienquod efferebant
LIVRE PREMIER. 3?que la fcruitudc ne uft pas duré fi longuement ,fi elle euft efté contre na-
ture:cela eft bien vray es chofes naturelles , qui de leur propriété fuyuét
l’ordonnance de Dieu immuable-.mais ayant donné à l’homme le chois
du bien ôc du mal,il contreuient le plus fouuent à la defenle, ôc choifift
le pire contre la loy de Dieu &de nature-Et l’opinion deprauee en luy a
tant de pouuoir,qu’elle paffe en force de loy,qui a plus d’autorité que la
nature,de forte qu il ny a fi grande impieté,ny mechanceté,qui ne (oit
eftimee, ôc iugee vertu & pieté, ie n en mettray qu vn exemple. On
fçaitaffez qu’il n’y a chofe plus cruelle ny plus deteftable , que de Édi¬
fier les hommes , ôc toutesfois il ny a quafi peuple qui n’en aye ainfi
vfé, ôc tous ont couuert cela du voile de pieté par plufieurs fiecles, voi¬
re iufques ànoftreaage toutes les Iiles Occidentales l’ont ainfi pratiqué: / ,
ôc quelques peuples fus la riuiere de la Plate en vfent encores: corn-
me les Thraces auffi, par charité ÔC pieté , auoyent accouftumé de çyf ^
tuer leurs peres ôc meres caffez de vieilleffe , ôc de maladie , ôc puis
après les mangeoyent, affin qu’ils ne fuffent pafture aux vers,com¬
me ils refpondirent au Roy de Perfe. Et ne faut pas dire qu’il n y ait
que les anciens Gaulois, qui facrifiaffentles hommes ce qu’ils ont fait4 iufques à Tibere f Empereur: car long temps au parauant les Amor- ncaliki^cfcero'
riens ° ôc Ammonites, ôc depuis encores Agamemnon , facrifioyent fofomcio.rim.
leurs enfans : ôc prefque touts les peuples y alloyent comme à l’enui o. sapienri*eap.j.Il 1 t.1 .sy i o v j-.Hutar.in The.voire les plus humains ôc mieux policez : carJ Themiltocle, ôc Xer- *. piutar.cod.&m n ,s
xes6 Roy de Perfe, immolèrent les hommes, F vn trois, l’autre dou- 4ftoxc“c' ^ze en mefine temps : ce qui eftoit tout commun, dit Plutarque, en ^toute la Scythie. ôc anciennement,ditVarron,en toute l’Italie, & en
la Grece , foubs vmbre d’vn oracle portant le motqui fignifie
homme & lumière, fi ;on nymet l’accent, qui monftre bien qu’il ne
faut pas mefurer la loy dénature auxa&ions des hommes, quoy que
elles foient inueterees : ny conclure pour cela que la feruitude des efcla-
ues,foit de droit naturel. & encores moins y a de chanté de garder les
captifs,pour en tirer gain, ôc profit comme de beftes. Et qui eft celuy
qui efpargne la vie du vaincu, s’il en peut tirer plus de profit en le tuant,
quen luy fauuantla vie ?De mil exemples ie n’en mettray qu’vn. Au
fiege de Hierufalem foubs laconduitte de Ve{pafian,vn foldat Romain
ayant aperceu de For és entrailles d’vn lu if, qu’on auoit tué, en auertit
fes compagnons, lefquels bien tofteouperent la gorge à leurs prifon- ^niers, pour fçauoir s’ils auoyent auallé leurs efcuz, &en fut tué en vn ^moment plus de7 vint mil. O la belle charité ! Encores dit-on qu’on les 7. m bcIÎ0 ^ J * ^
nourrift,& quon les traitebie pour quelque feruice.mais qu’elle nour- Q aic°'. * jf*riture, quel feruice! Caton le cenfeur,eftimé le plus homme de bien de
fon aage, après auoir tiré tout le feruice qu’il pouuoit8 de fes efclaues, ^^r^ Cato"
iufques a ce qu’ils fuffent recruds de vieilleffe, il les vendoit au plus of- ^ n
3g DE LA REPVBLIQVEfrant , pour arracher encores ce profit du prix de leur fang, qui leur re~
ftoit, Ôc pour euiter à la defperçfe, de forte que les pauures efdaues pour
recompenfe de touts leurs feruices , eftoyenttraittez à la fourche par
iiouueàux maiftres. encores la mule de Pallas en Athenes eftoit plus
heureufe,par ce quelle viuoit en pleine liberté fans quon ofaft la char¬
ger, ny encheueftrer.Et combien qu’il riy a chofe plus naturelle que le
mariage fi eft-ce qu’il rieftoit pas permis à l’efclaue : de forte que fi Pho-
me franc captif euft eu enfant delà femme legitime, fi le peremouroit
entre les mains des ennemis, quoy que la mere retournait en liberté,o i g ur re ’nefintmoins fën enfant eftoit réputé 0 baftard.Ieme garderay bien de
gnauceqde capû- coucher par e tc rit les cotumelies deteftables qu’on faifoit fouffrir aux c-
D -vTfclaues:mais quât à la cruauté,il eft incroyable,ce que nous eri lifons. &:que diroit-onfilamilliefme partie eftoit eferipte. car lesautheurs rien
difent rien,fi Foccafio ne fe p refente: Sc n’auons que les hiftoires des plus
humains peuples quiayenteftéen tout le monde.On leur faifoit labou¬
re oiiumei.ub.r„ rer la terre * enchainez,comme on fait encores en barbarie, Ôc coucher
ésfoffes en tirant les efchelles, comme il fe fait encores en tout l’O-
rient, pour la crainte qu on a de les perdre, ou quils ne mettent le feu
en la maifon,ou qu’ils ne tuent les maiftres. Or pour vn voirre caffé,il y
alloit de leur vie. Et de fait l’Empereur Augufte, foupant en la maifon
Hb devrai de Vedius Pollioii^Vvn des efclaues caffa vn voirre, il riauoit fait que
T virgajcxtoÆnsi. cefte faute, comme dit1 Seneque, auffi toft il fut tiré au viuier desmu-r^renes, qu’on nourrifoit de telle viande, lepauure efclaues’en fuit aux
"u'i -- ^ ,-^ieds d’Augufte, le fuppliant qu’il ne fuft pas mangé des poiflons après
qu’on l’auroit tué : car il fe fentoit coupable de mort pour le voirre ca£
fé ;mais l’opinion commune eftoit,que lame des noyez ne tragnettoit
iamais aux champs elyfiens : ou qu’ellemouroit auec le corps : comme
o■ in epîftoiis qui Synefius ° eferit de fes compagnons,lefquelsvoyans l’orage impetueux
verfum vbi vfus eft fus la mer,tirerent leurs dagues affin de fe couper la gorge, ôc faire fortir
de'animi demerfi l’ame de peur quelle ne fuft noyee. ainfi le pauure efclaue craignoit
hominis quo iigni cfbrc mangé des poiffons. Augufte efmeu de pitié, dit Seneque,fift catficare voluit plane O 1 * i»i ninterüfTe. 1er tous les voiiTes, ôc combler le viuier. mais Dion21 hiltorien racom-
ptant la mefme hiftoire, dit tout le contraire, que Augufte ne peut
obtenir de Pollion la grâce de l’efclaue, ôc ne dit point qu il fift com¬
bler le viuier : ioint auffi que Seneque dit, qu’il ne laiffa pas de faire
bonne chere auec fon hofte. Et pour monftrer que ce rieftoit rien
de nouueau, plus decent ans au parauant, Quintus ° Flaminius fena-
TitiFiaminij. yteur Romain fift tuer Tvn de fes efclaues, fans autre caufe que pour
^ cornplaire a f°n bardache , qui difoit riauoir iamais veu2 tuer d’homme. Or s’il aduenoit que le maiftre fuft tué enfàmaifon^ ' par qui que ce fuft,on faifoit mourir tous fes efclaues, comme il aduinjpour le meurtre dePedanius grâdPreuoft de Rome quâd il fut quefti$deo. Plutar.invita
TitiJe,
LI VR'.E PREMIER. 39de mettre àmorttous fes efclaues, fuiuant, dit4 Tacite,la couftume an- 4&-U- &
cienneje menupeuplequieftoitpourlaplus part d’homes afranchiz,
s’efmeut,d’autant qu’on fçauoit bien qui eftoitle meurdrier, & neant-
tnoins il falloit mettre à mort quatre cens efclaues inn ocens du fait:tou- ^tesfois la chofe debatue au fenat.il fut refolu que la couftume feroit gar- ^dee, & de fait tous les efclaues furent mis à mort. le laide les meurdres ^des efclaues qui eftoyent contraints s’entretuer aux arenes pour donner
plaifir au peuple, &l’accouftumer au mefpris delà mort. Et iaçoit que la
foy Petronia euft fait defenfe d’y mettre efclaue, qui n’euft mérité la
mort,fi eft-ce quelle ne fut iamais gardee, non plus que ledit de l’Em-ÎjçreurNeron, qui futle premier ° qui deputa commidàires pour ouyr o. scuera îib.j.dc
es plaintes des efclaues: & après luy F Empereur Adrian J,ordona qu’on_f. Spartian,informeroit cotre ceux qui malicieufemét tueroyent leurs efclaues fans
caufe:combien que long temps au parauant ceux là eftoyent coupables
comme meurdriers,par la loy6 Cornelia, mais on n’en tenoit compte. ^ Uibcr homo
& tout ce que pouuoyent faire les efclaues, pour obuier à la cholere des
maiftres, c’eft oit d’aller amb rafler les images des empereurs.car ny le te-pie de Diane en Rome, que le Roy Seruius7 fils d’vne efclaue auoit or- 7. Dionyf.iib.4. tjsdonné pour lafranchife des efclaues, nyl’ymage de Romule, que le fe- ^nat auoit eftabli pour mefme caufe, nepouuoyent pas empefcherla fu-rie des feigneurs-.non plus que le fepulchre de8 Thefee en Athènes, ny 8< PIutar ^ Thc.l’image de Ptolemee en Cyrene, ny le temple de Diane9 en Ephefe. ia- ^hilôftrat> în vi.çoit que fi l’ordonnance des Ephefiens euft efté gardee, 1 efclaue seftât ta Apoiionij.retiré au temple, s’il auoit iufte caufe, eftoit perdu pourlefeigneur, ôcferuoit à Diane, fi ce n eftoyent femmes qui n entroyent point en fontemple : & fi l’efclaue auoit tort , il eftoit rendu au feigneur , aprèsauoir fait ferment de ne le traiter point mal, comme eferit Achilles1 Statius. Mais Tibere,l’vn des plus ruzez tyrans qui fut oneques furfà ïophomï&ŸeuIvieillefle,1 ordonna que les efclaues qui auroyent recours à fon image “£Ç;joftrat in A-fuffenten feureté, & fus la5 vie d’en arracher l’efclaue tenant l’image: poiionij. ^ ^affin que parce moyen les efclaues pour la moindre 4 occafion vinfent depœnis î.i.deiisaccufer leurs maiftres : car mefmes on voit en Seneque vn fenateur s’ex- ^ib-l^benefi.eufer enuers Tibere, d’auoircuidé toucher Fvrinalfansy penfer, ayantl’anneau au doigt, auquel l’image de Tibere eftoit grauee, craignantla délation : tellement que les images des Empereurs , mefmementdes tyrans , çftoyent comme pieges pour attraper les maiftres, quifaifoyent mourir bien fouuent leurs efclaues, pour auoir eu recoursaux images, fi toft qu’ils eftoyent de retour. La loy de Dieu y auoitbien mieux pourueu, donnant la maifon d’vn chacun pour franchife àF efclaue fuyant fon maiftre, & defenfe de luy rendre en cholere. Cartous les maiftres n’eftoyent pas fi fages que Platon, qui dift a fon ei- y ^ J * fo, ^claue qu’ilFeuft bien chaftié s’il n’euft efté en cholere: veu mefmes que W 4Tacite dit que les Alemans ne punifloyent jamais fin on en cholere. hd ij i^\L
40 DELARE PVBLI QJV EAinfi voit-on que la vie des maiftres n eftoit point affeuree,& des efcla-
ues encores moins,& qui euft peu eftre affeuré de fa vie, ny de fes biensY , . foubs la tyrânie de Sylla,qui onroit quinze ces efcuz à l'homme libre, &^7 \ liberté à l’efclaue qui aporteroit la tefte d vn banni? cefte cruauté là co-IpU^n-îibSZUa tinua,iufques;à ce que les troubles eftâs aucunem et apaifez,après auoir
A ^ait mounr f°ixante mil citoyens,il y eut encor vn efclaue, qui aporta latefte de fon feigneur:Sylla l’afranchit,&toft après le fift précipiter. Eta-
lors que lesperfecutionss’echauferefitconueles Chreftiens,il nyauoit
maiftre qui ofàft eftre Chreftien,finon au hazard de fa vie, ou bien qu’il
afranchift fes efclaues.Et fi on dit que la tyrânie ceflànt,la crainte des fei¬
gneurs,& la calumniedesefclauescefle,ôc cependant qu’onfepeutat
fèurer des efclaues:foit- mais auffi la cruauté ôc licece des feigneurs aug-
mete.Et neâtmoins l’eftat des familles ôc des Republiques,eft toufiours
en branle, ôc au hazard de fa ruine, fi les efclaues fe liguent, toutes les hi-
ftoires font pleines des rebellios ôc guerres feruiles.Et quoy que les Ro-
mains fuffent trefgrands ôc tref puiffans,fi eft-ce qu’ils ne peurét empef-
cher que les efclaues ne s’efleuaisët par toutes les villes d’Italie, horfmis*
piurar în Craf- ^ Or°fe?cn v^e de Meffane: &depuis quelques loix qu’o euft faites,
fi’&pompcij vûa. ils n’en peurét obuiei* qui ne fe Ieuaft ° foixante mil efclaues foubs la co-
kwu te de Spartac,qui vaincut par trois fois les Romains en bataille râgee.£9* “Car il eft bié certain qu’il y auoit pour le moins dix efclaues pour vnhô-
^La fâ ~ me libre, en quelque pays que ce fuft: corne il eft ayfé à iuger du nobrequi fut leué des habitans d’Athenes, qui fe trôuua pour vne fois de vint
mil citoyens,dix mil eftrangers,& quatre cens mil efclaues. ôc l’Italie vi-
ïtorieufe de tous les peuples en auoit beaucoup plus, ainfi qu’on peut
voir en la harangue de Caffius fenateur : nous auons, dit-il, en noz fa¬
milles diuers peuples, ôc nations en langues, & religions differens; Et
’ mefines Craflus outre ceux, qu’il employoità fon feruice,en auoit
cinq cens, qui raportoyent tous les iours leur gain des arts ôc fciences
^ uaircs. Milon pour vn iour en afranchit trois cens, affin qu’on neappliquait à la queftion pour depofer du meurtre commis en la
6*^? fj? perfonne de Claude le Tribun, c’eft pourquoy le Sénat Romain vou¬lant diuerfifier l’habit des efclaues, affin qu’on les peufteognoiftre d’a-
uec les hommeslibres,rvndes plus fages fenateurs remonftra le dan¬
ger qu’il y auroit,fi les efclaues venoyent à ce compter, car bien toft
ils fe fuflent depefcliez des feigneurs pour la facilité de confpirer, ôclc
lignai de leurs habits, auquel danger eft expofee l’Elpagne, ôc la barba¬
rie ou Ion marque les efclaues au vifàge: ce qu’on ne faifoit anciennne-
iniurevocatur ment queaux plus mefchans, ôc qui nepouuoyentiamais* iouirplei-
îibem dedititij .& nement du fruit de liberté, ny du priuileee des citoyens, mais bien onftigmatix Ciccro. , . ’ ' T 6 / .in officiis. les marquoit aux bras. C elt pourquoy les Lacedemomens,voyans que
leurs efclaues fe multiplioyent fans comparaifonplus que les citoyens,
ftawhom.fa’dc Pou* 71 efperance de liberté que les maiftres donnoyent à ceux qui plusH ’ ‘ falfoyencqu~~* rirZ-r^
LIVRE PREMIER. 4*taifoyent d’enfans , 8c pour le profit qu’en droit chacun en particü- ^
lier ifeirentvnarreft quon en leueroit iufques à trois mil des plus ha¬
biles à la guerre : mais fi toft qu’ils furent leuez, on les tua tous en vne ^8 nui£t,fàns qu’on euft aperceu qu’ils eftoyentdeuenus. Orlacrain- g plufarinLy
te que les citez Sc Republiques auoyent de leurs efclaues , faifoit que curg Ariftot.ub.i.
ils n’ont iamais ozé les aguerrir, ny permettre que pas vnfuft enro- pollt’
lé : comme ° les loix y font expreffes auec peine capitale. 8c fi la ne- rincj ieceffité les contraignoit de prendre des efclaues, ils les afranchiffoyent remiinari.ubom
D rnn - • C 1 • 1 1 ni militia, cod.gratuitement, comme fiit Scipion qui arranchit trois cens bons hom¬
mes , après la Iournee des cannes : comme dit Plutarque : combien
que Florus1 efcrit qu’on bailla les armes à huit mil efclaues. car nous 2.epn0.^! lifons qu’il ne fut permis aux afranchisde porter les armes, que au *-Flor-cPlto-74.temps de la guerre fociale ou bien ils leur promettoyent liberté pourquelque fomme d’argent, comme fift Cleomenes Roy de Lacede-montie en fa neceflité , qui offrit liberté à tous Ilotes, à cinquanteefcuz pour tefte : en quoy fàifantil eut de l’argent 8c des hommes pours’enayder. Et n’y auoit peuple quivfaft d’efelaues en guerre finonlesParthes, aufquels il eftoit defendu de les afranchir: vray eft quils lestraitoyent comme leurs enfans 8c multiplieret de telle forte qu’il ne s’en ;trouua en Parmee des Partes contre Marc Antoine qui eftoit de cin- (lykquante mil hommes quatre cens cinquante hommes libres ^ commenous lifons enluftin : qui nauoient point d’occafion de fe rebellerftant bien traitez.Et mefmes on fedefioit tant des efclaues,qu’ils ne vou- «loyent pas quelquesfois s’en feruir aux galeres, au parauat que les auoir ausu-
afranchiz, comme Augufte qui en afranchit vint mil pour9 vne fois,
affin de s’en feruir aux galeres.Et de peur qu’on auoit qu’ils coniuraffent
enfemble contre l*eftat,& affin de les tenir toufiours empefchez aux ars
mechanique, Lycurgue enLacedemonne,&NumaPompiliusenRo- £ ' à- £me défendirent à leurs citoyens d’exercer aucun meftier. Et néant- ^ *moins ils ne pouuoyent fi bien faire.quil n’y euft toufiours quelque
homme defelperé,lequel promettant liberté aux efclaues troubloit l’e-
ftat, comme Viriat le pirate qui fe fit Roy de Portugal, Cinna, Spartac,Tacfarin, & iufques à Symon Gerfon capitaine Iuif,lefquels de petits
compagnons fe feirent tous grands1 feigneurs, en d onnant liberté aux
efclaues qui les fuyuroyent. Et pendant la guerre ciuile entre Augufte
8c Marc Antoine, on ne voy oit quefuitifs efclaues de part ou d’autre:
de forte qu’après ladefaitedeSextePompee, il s’en trouuaxxx. mil qui
auoyent fuyui fon parti ,que Augufte fift prendre à. iour nommé par
tous les gouuernemens, 8c les feit rendre àleurs feigneurs : 8c feit pen¬
dre ceux qui n’auoyent point defeigneur, qui les demandaft, comme
nous lifons en Appian. Et de fait la puiflance des Alarbesn’a pris ac-
croiflement que par ce moyen, car fi toft que le capitaine Homar ,Tvn
des lieutenans de Mehemet, eut promis liberté aux efclaues, qui le fui-d iiji.lofepb.inbcjloIudaïco.
2. Frodouart qui .
lors viuoit.4z DE L'A REPVBLIQVEuroyent , il en attira fi grand nombre, qu’en peu d’annees ils fe feirent
feigneurs de tout d’Orient. Ce bruit de liberté, ôc des conqueftes fai¬
tes par les efclaues, enfla le cueur à ceux de l’Europe , où ils comman-
cerent à prendre les armes : Ôc premièrement en Efpagne lan d c c.l x x x i. puis après en ce Royaume au temps de Charlemaigne, ôc de
Loüys le piteux, comme on voit aux edits qu’ils firent lors contre les
coniurations des efclaues *. ôc mefme Lothaire fils de Loüys, après auoir
perdu deux batailles contre fes freres, appella les efclaues à ion ayde>
^ byapx depuis donnèrent la chafle à leurs maiftres l’an dccclii. ôcfoudain ce feus’embraza auffi toft en Alemagne, ou les efclaues ayans
prins les armes efbranlerentl’eftat des Princes ôc citez,&mefmes Loiiys
. Roy des Alemagnes fut contraint d’affembler toutes fes forces pour
les 2 rompre.Cela contraignit les Chreftiens peu à peu, de relafcher la
feruitude, ôc d’afranchirles efclaues : referué feulement certaines cor-
uees,&l’ancien droit de fucceffion de leurs afranchis mourans fans en-
fans. couftume qui tient encores prefqu’en toute la baffe Alemagne, ôc
en plufieurs lieux de France, & d’Angleterre. Car nous voyons encores
^ par les loix5 des Lombars Ôc Ripuaires, qu’il n’eft quafi mention queLongobard> &^vbides efclaues,qui ne pouuoyent eftre afranchis du tout, que par deux a-
que m npuarus. fmncJ1i{|''emenSjpour auoir puiflance de difpofer de leurs biens. & fou¬
uent le feigneur adiouftoit en Fade d’afranchiffemet, que c’eftoit pour
lefalutdefoname. caries premiers miniftres de FEglife Chreftienne,
n’auoyent rien en fi grande recommandation, que de moyenner les a-
franchiflemens des efclaues, qui fè faifoyent Chreftiens bien fouuent
pour auoir liberté, & les maiftres pour le fàlut de leur ame. ôc mefmes
c x „ p J nous lifons en Fhiftoire d’Afrique, que Paulin Euefque de Nele, après
uoir vendu tout fon bien pour racheter les efclaues Chreftiens, luy-
CL?/ mefme fe vendit aux Vandales pour fes fteres. ôc de la font venus les a-franchiffemens faits és Eglifes par deuant les Euefques. qui continua fi
bien,que au temps de Conftantin le grand, les villes fe fentiïent char¬
gées du nombre infini d’affranchis, qui n auoyent autre bien que la li¬
berté, ôc la plufpart ne vouloit rien faire : les autres ne fçauoyent pointa. 11 & i de me me^er : f°rte 4UC 4 Conftantin eft le premier qui fift ordonnan¬
ça dicantib.in c. ces, pourayder aux pauures mendians : ôc deflors auffi on eftablit desTheodo.& Iûftin. i r • 1 • r i iQfrCï ? :^#ioipitaux pour les pauures petits enrans, pour les vieux, pour les ma-lades,&pour ceux quine pouuoyent trauailler, comme nous voyons
icoP.&cienc, aux editz, ôc ordonnancess qui lors en furent faites, à la requefte, ôc
inftance des Euefques : comme nous lifons en feint Bafile, qui fe plaint
de ce que les pauures eftropiatsalloycntparles Eglifes, méfiant auec le
chant des miniftres leurs plaintes ôc doleances. ôc toft après Iulian FA-caiift.lcep °rUi poftat àFenui des Chreftiens, ° efcriuoit aux payans, ôc pontifes des té-
plesd’Afie, quilsdeuroyentauoir honte,de ne fuyure l’exemple des
Chreftiens,qui fondoyent temples, ôc hofpitaux pour ceux de leur fe-
LIVRE PREMIER. 43ligion. Et d autant que les pauures afranchiz expofoyent leurs enfans
parpauureté affin quon les nourrift,Gratian 6 fift ordonnances, parlef- £ in_ JtJTAp.quelles il vouluft que l’enfant expofé, demeureroit efclaue de celuy qui Pof-c- * *l’auoit eleué & nourri. Et au mefme temps l’Empereur Valens donna d!puiflance à chacun de prendre les vagabonds,& s’en feruir comme d’ef- ^claues,auec defenfes d’aller aux bois pour viure en hermites, &: en fift
mourir vn fort grand nombre qui s y eftoyent retirez, pour trancher
l’oyfiueté, ôc induire vn chacun au ttauail.Et mefmes par lettres patétes
du Roy Dagobert qui font au trefor faind Denis en France, il eft défen¬
du à touts fugets de retirer, ny receler les efclaues de l’Abbaye de faind
Denis. Depuis eftant les efclaues réduits à la forme des mains mortes,PAbbéfuget affranchit aufli les hommes de main morte,pourueu qu ils
changeaient de pays : comme i’ay veu par la charte qu’il en fift Pan m.
c x l i.lors qu’il eftoit regent en France.Et au pris que la religion Chre-
ftienne commença à croiftre,les efclaues commencèrent à diminuer, &
encores plus à la publicati on delaloy de Mehemet,quiafranchift touts
ceux de fareligion:de forte que Pan m c c. les feruitudes eftoyent quafi
abolies par tout le monde : horfinis aux Ifles Occidentales, qui fe trou-
uerent,alors qu’on les defcouurit,pleines d’efclaues,qu’on pouuoit tuer
fans peine quelconque, ioint auffi que les vaincus neftoyent point mis
à rançon , ôc le larron eftoit liuré comme efclaue à celuy auquel il
auoit fait le larcin, &• permis à chacun de faire foy & fes enfans efclaues.Il y auoit bien encores Pan. m. c c x i1. des efclaues en Italie,comme on
peut voir par les ordonnances de Guillaume Roy de Sicile, ôc deFride-
rich.i i.Empereur aux plaids du Royaume deNaples : ôc par les decrets
d Alexandre ni.Vrbain m. ôc Innocent m.Papes touchant les mariages . , ,J ri z 1 r n Ti 1, 1 1 r ' p 2. titul. deconm-aes eiclaues . le premierrut efleu Papel an m.clviii. le fécond Pan güsferuor.M.CLxxxv.le troifiefme.M.c L xxx x v 111. de forte qu’il faut conclu¬
re quel Europe fut afrâchied’Efclaues depuis Pan m. ccL.ouenuiro.car ' r ~ ~ ^5 Bartol qui viuoit l’an m. cc c. eferit que de fon temps,il n’y auoit plus }
d efclaues, ôc que par les loix Chreftiennes les hommes ne fe védoyent caPtiuis-
plus.il entend des edits faits par les Princes Chreftiens.ee que PAbbé de
Palerme 4 ayant aplins de Bartol, dit que c’eft vn point notable. Tou-
tesfoisnouslifons en Phiftoire de Pouloigne,que tout prifonnier de gü?£ruor.CQmU"
bonne guerre eftoit deflors ôc long temps après efclaue du vainqueur,fi
le Roy n’en vouloit payer deux fleurins pourtefte, comme i’ay dit cy
deflus : ôc encores à prefent les fugets cenfiers,qu’ils appellet Kmetous,
font en la puiflance de leurs feigneurs, qui les peuuent tuer, fans que
on les puifle appeller en iuftice:&; s’ils ont tué les fugets d’autruy,ils font
quites en payant dix efcuZjmoitié au feigneur,moitié aux héritiers, ain-
fi que nous lifons aux ordonnances de Pouloigne. qui font femblables
es Royaumes de Dannemàrch,de S uede Ôc N oruege. mais il y a plus de
» quatre cens ans que la France n’a foufFert les vrays efclaues. Car quand ad iiij
44 DE LA REPVBLIQVEce que nous lifons en noz hiftoires, que Loüys Hutin,qui vint àk cou¬
ronne lan m. c c cx 11 i.autemps mefme queBartol viuoit, afranchift
touts les efclaues qui voulurent à pris d’argent,pour fournir aux frais de
guerre : ce^a entendre des mains-mortes, que nous voyonsencores à prelent afranchir par lettres Royaux, ainlî faut-il entendre ce
que nous lifons de l’an m.ccclyiii. aufubfide accordé à Charle y.
il fut dit que les villes feroyent pour lx x. feux vn homme d armes : le
plat pays pour cent feux : les perfonnes ferues &: de morte main, ôc de
ferfs mariages pour c c. feux feroy et auffi vn homme d’armes, ce qu’ils
n’eulTentpas fait s’ils euffent efté en la pofleffion d’autruy: &cen fez en¬
tre les biens d’autruy :comme il femble par l’article fuyuât où il eft di&,
quelesbourgeoys payeront pourles ferfs qu’ils tiennent, comme les
nobles:ce qui s’entend des fuccelTions qu’ils en amendoyent. Ainfi s’en¬
tend ce qui eft efeript de Humbert Daufin, qui au mefme temps afran-
'•* chit touts les efclaues de Daufiné: &deflors en fut rédigé l’article en la
couftume. autant en fift en fon pays Thibaut conte de Blois l’an m. c cx l y.ôc à cela fe raporte l’ancien arreft du Parlement de Paris, par lequel
il eft permis à l’EUefque deChalons dauoir des fiefs ôc d’afranchirles
hommes de feruile condition du cofentement du chapitre, aulfi Char¬
les vu. venant àla couronne l’an m. c c c c x x x. afranchit plufieurs
perfonnes de feruile conditionrily aainfi aux regiftres du Parlement de
Paris intitulé les ordonnances Barbines. &de noftre memoire le Roy
Henry par lettres patentes affranchit ceux deÈourbonnois m. d.x l ix.
ôc le Duc de Sauoye fift le femblable en touts fes pays l’an m.d l x i.Car
le prince de Ci puifTance legitime ne pouuoit afrâchir Fefclaue d’autruy,
& moinsJ encores les magiftrats,quel que priere qu’en fift le peuple.Et
7? tatem de iis qui à mefmes [\s ne vouloyent pas feulement donner aux afranchiz priuilegeu(r-y —"non Domino. C.i. i, r 1 r 1 1 * 1? • Ccompetit, eod. de porter anneau d’or, lans le contentement de celuy qui 1 auoit arran-
P'r 1 iqS1'uo,qm& chi,& defàiâ, l’Eropercur Comodc * oftacepriuilegeàtouts ceux qui
KorinMi.urea“' l’auoyent obtenu au defeeu du patron : ou fi l’affranchi obtenoit ce pri-
uilege du prince,c eftoit sas preiudice des droits du patro7,encores que
5.i.fcdfîhac.j.fed le prince l’euft reftitué en l’eftatd’ingenuité8, qui eftoit bien plus9 que
it. d“nataiib.Cre- dauoir le droit de porter anneau d’or.lequel combien qu’il appartint au
Maurwiamxu’ priiïcèfeulement1 : fi eft-ce que le patron du temps de Tertulian lle
miu cnatalib’rC" donoit à fon afrachi,auec vne robe blâche, &fo nom, &lefaifoitfoirà
z.in iib.derefurre- fa table,au lieu dit-il qu'il auoit accouftumé d’auoir les fers ôc les fouets.
A 3-authcnt. 7s. ôc enfin Iuftiniâ5 mefme par vn edid: général reftitua touts les afrâchiz^*7/ en l’eftat d'ingénuité,fans qu’il leur fuft befoin d’en auoirlettres.Neant-
C moins en ce Royaume il faut obtenir lettres du prince quia toufiours
accouftumé de reftituer aux homes de main morte, & de feruile condi-
. ? tionl’eftat d’ingénuité, oftant l’ancienne marque de feruitude,au preiu-
« • dice des feigneurs,qui peuuent feulement faifir touts les biens de 1 afran-Y . chi acquis au parauant fa liberté en quelque lieu quils foyent comme ilA
LIVRE PREMIER. 45a efté iugé pararreft de la cour puis n agueres contre l’Abbé fain&e Ge-
neuiefue. mais deilors en auantjtout le bien qu ils acquièrent leur apar-
tient& en peuuent difpofer parteftament, encores qu’ils n’ayent point
d enfans. Iay bien veu que le feigneur de la Roche blanche en Gafco- (ty &L*
gne,pretendoit auoir non feulement le droiâ: de main morte fur fes fu- f " ^gets, ains aufli quils eftoyent tenus de faire fes vignes, labourer fes ter- ^ vres 3 faucher fes pretz, foyer & batrc fes bleds,baftir fa maifoii, payer fà
rançon,& la taille és quatre cas accouftumez en ce Royaume, ains aufli
de les pouuoir ramener auec vn cheueftre, s’ils fortoyent de fa terre fans
fon congé. Ce dernier point luy fut tranché pararreft du parlement de
Thoulouze 4 : comme eftât aupreiudice de la droite liberté, & reffen-
tant fa feruitude qui n’a point de lieu en tout ce Royaume:de forte mef- 4'anno' 1;;8‘
me que l’efclaue d’vn eftrâger eft franc, & libre,fi toft qu’il a mis le pied , v 7 ^en France,comme il fut iugé par vn ancien arreft de la cour, contre vn jlJ £
AmbafTadeur.& me fouuient eftant en Thoulouze,que vn Geneuoix y w-—paffant fut contraint d’afranchir vn efclaue qu’il auoit achepté en Efpai-
gne,voyât que les capitouls le vouloyét declarer frac &libre,tât en ver¬
tu de la couftume generale du Royaume,que d’vn priuilege fpecial que
l’EmpereurTheodofè le grand leur donna, ainfî qu’ils difoyent, que
tout efclaue mettant le pied en Thouloze eftoit franc : chofe toutesfois
qui n’eft pas vray-femblable, attendu que Narbonne5, vraye colonie , M
des Romains & la plus ancienne, qui fuft en France,Ledore, Nyfmes, bon* dedudu «Vienne,Lyon,qui eftoyet auffi colonies,nyRomme mefmes,où eftoit Llul°‘
lefiege derEmpire,n’auoyentpasce priuilege. mais le Geneuoix, dé¬
liant qu’afranchir fon efclaue, luy fift promettre qu’il le feruiroit toute
fàvie.-quieft vne claufe regettee6 en termes de droit. Voilacommeles *-l*-s-q»«oner5-r 1 evr C ï • * r • 1 1 n dæ.quarumrcrumelclaues ont elte arranchiz.Mais îcy me dira quelqu vn s il eft ainfî que a<aio-
lesMehemçtiftesontafranchy touts les efclaues de leur religion, qui a
cours en toute 1’ Afie,& prefque en toute l’afrique, voire en vne bonne
partie de l’Europe,& que les Chreftiens ayentfaitle femblable,comme
nous auons monftré, comment eft-il poffible que tout le monde foit
encores plein d’efclaues:car les Iuifs ne peuuent auoir efclaue de leur na¬
tion, obftant laloy qu’ils tiennent, & n’en peuueçauoir de Chreftiens,
entre les Chreftiens,attendu les defenfesportees7 par les loix, &c moins ^‘“andplû^d
encores de Mehemetiftes fouz leurs obeilfance, ou ils font pour la plut ^ganus vei iu-
part. A celaie refponds que les peuples des trois religions, ont tranché
laloy deüieu par la moitié,pour le regard des efclaues.car la loy de Dieu
defend aux Hebrieux de prendre aucun efclaue, fi ce n’eft de fon plein
vouloir & confentement, & lors le feigneur luy doibt percer l’oreille à1 effueil de fa porte, pour marque d’efclaue perpetuel. bien pouuoit-il
auffi fe feruir de fon debteur,& de fes enfas, iufques à ce qu’il euft payé. ^ôcs il auoit ferui fept ans fon créancier, il eftoit quitte de la debte Sc du \ ^v--feruice. mais il ne leur eftoit pas défendu d’auoir des efclaues d’autre na-
46 DE LA REPVBLIQVEtion, d’autant que lesPayensacheptoyent ordinairement des efclaues
f £ Y'^ 3 y auoit pointde meilleurs efclaues que deluifs & Syriens.? 8. înepiftoiaad Voyez dit Iulian l’Empereur8, combien les Syriens font propres à fer-
-ç&dpongona.umMl0' uir : ôc combien les Celtes font amoureux de leur liberté & difficiles à
f“«c-de dompter.Mais les luifs ayans achepté des efclaues Payans, ou Chrefties,
Iesfaifoyent circoncit, &cathechifer, ce qui donna occafion à Traian
l’Empereur, de faire l’edid9 portant defenfès à toutes perfonnes de cir¬
concit: & combien qu’ils euflentinftruit leurs efclaues en leur loy, ils les
retenoyent neantmoins efclaues contre leur gré, & qui plus eft toute
leur pofterité,interpretat ce mot de ton peuple,ou de ton frere, de leur
nation feulcment.aufli les payans leurfàifoyentlefemblable.Maisnous
voyons que Dieu reproche à fon peuple en Hieremie quils n’ont pas
àffranchy ceux de leur fang après le feptieme an. Et quant aux efclaues
Chreftiens qu’ils au oyent circoncis ôc endazez ( ainfi parle l’hiftoire ) ce
fuft l’vne des caufes pour lefquelles Philippe le conquérant les chafTa de
France,ôc confifca leurs biens immeubles: par ce qu’ils auovent des fer-
înanc^Sm cianU Sells> & chambrieres Chreftiennes(ainfi parle l’ancienne hiftoire) contre
la loy qui le defend x. mais le mot de fergent, que les vns appellent fer-
uientem,ne fignifie pas efclaue,ou ferf,qui eft à dire mancipium : come
il s’entend en vn article des eftats tenus à Tours,où il eft dit que ancien¬
nement on nous appelloit francs, Ôc maintenant nous fommes ferfs.
Les Mehemetiftes ont fait le femblable : car ayant circoncy Ôc cathechi-
zéleurs efclaues Chreftiens, les retiennent toufiours efclaues, ôc toute
leur pofterité. ôc àleur exemple les Elpaignols,ayant réduit les Neigres
à la religion Chreftienne, les retiennent neantmoins, Ôc toute leur po¬
fterité comme efclaues. Etquoy quel’Empereur Charle v. euftafran-
chi touts les efclaues des Indes Occidentales par edit général fait l’an m.
d x l. neantmoins pour les rebellions des maiftres ôc gouuerneurs, ôc
lauarice des marchans,& mefmes du Roy de Portugal, qui en tient des
haraz comme de beftes, ilaeftéimpoflible de l’executer. encores que
le gouuerneur Lagalca, qui fift trancher la tefte à Gonfalez Pizzare,chef
de ceux qui s’eftoyent rebellez pour rafranchiflement des efclaues,en
declarant l’edid: euft afranchi les Efclaues PerüZius, à la charge des cor-
uees qu’ils debuoyentaux feigneurs : qui fut le moyen qu’on gardaan-
ciennement en toute l’Europe, pour obuier aux rebellions. Voilal’oc-
cafion d’auoir renoué les feruitudes partout le monde, horf-misen ce
cartier d’Europe, qui en fera bien toft remply fi les princes ny mettent
bon ordre:caron ne fait maintenant plus grande trafique, mefïnement
en O rient; & fe trouue que les Tartares depuis cent ans ayans couru la
Mofchouie,Lituanie,& Pouloigne,emmenerent pour vn voyage trois
cens mil efclaues Chreftiens: ôc de noftre memoire Sinan Baffa ayâtpris
Vifle de Gofle près de Malte,emmena fix mil trois cens efclaues, ôc touts
„ 4. * ^ les habitans de Tripoli en Barbarie. Aufli le capitaine général des Ianif-
, . faircs
LIVRE PREMIER. 47faircs , à trois cens efclaues, que le grand feigneür luy donne pour fon
feruice ,& chacun des Cadilefquiers autant. Car quant auxleueesdes
ieunes Chreftiens que fait le grand Seigneur, qu ils appellent enfans du
tribut,ie ne les tiens pas pour efclaues,ains au contraire,il n y a que ceux
là,&leurs enfans iufques à la troifiefmelignee,qui foy ent nobles, &: ne
l’eft pas qui veut:attendu qu’il ny a que ceux-là qui iouiflent des priui-
leges,eftats, offices, & benefices.Orpuifque nous auons par expérience
de quatre mil ans tant d’inconueniens, de rebellions,de guerres ferui^
les,d’euerfions &changemens auenus aux Republiques parles efclaues:
tant de meurtres 3 decruautez, &vilainies deteftables commifesenla
perfonne des efclaues par les feigneurs, c’eft chofe trefpernicieufe de les
auoir introduits, 8c les ay ât challez,de les rechercher.Si on dit que la ri¬
gueur des loix fepeut moderer auec defenfes, &;punitions feueresde
ceux qui tueront les efclaues: & quelle loy peut eftre plus iufte,plus for¬
te,plus entiere que la loy de Dieu,qui y auoit fi fagement pourueu? voi¬
re iufques à defendre de leschaftier de fouets, (cc que permet la loy des
Romains1 ) 8c veut que l’efclaue fus le champ foit afranchi,fi le feigneur i-capitaiium.s.« 1 * _ ^ ~ ^ inferuorü de oœ-pCE-y l.i. de cmendac.ms.luy a rompu vn membre: ce que l’Empereur Confiantin3 fift paüer en
force de loy generale. Et quiferoit la pourfuite de la mort d vn efclaue? fer.c.
qui en oyroit la plainte?qui enferoit la raifon n ayant aucun intereft? at¬
tendu que les tyrans tiennent pour reigle Politique, quon ne peut affez
ailèruir les fugets pour les rendre doux 8c ployables. On dira qu’en Ef-
paigneon voit les feigneurs traiter fort doucement leurs efclaues, &
beaucoup mieux que les feruiteurs libres: & les efclaues de leur part, fai¬
re feruice à leurs feigneurs auec vne alaigrefle, ôc amour incroyable:Quant aux Efpaignoïs,on dit en prouerbe,qu’il n y a point de maiftres
plus courtois au commencement, &generalement touts commence^
mens font beaux : auffi eft-il bien certain qu il n’y a point d’amour plus
grand que d’vn bon efclaue enuers fon feigneur,pourueu qu’il rencon¬
tre vn humeur propre au fien. c eftpourquoy à mon aduis, laloy de
Dieu auoit fi fagemét pourueu que perfonne ne fuft efclaue, que celuy
lequel ayant ferui fept ans,& goufté l’humeur de foil maiftre, ou crean-
cier,auroit confenti luy eftre efclaue perpetuel. mais puis qu’il y a fi peu
d’hommes quife reflemblent, & au contraire que la variété, ^naturel
des humeurs eft infinie, qui fera l’homme fi mal aduifé, qui en face vn
edid,vne loy,vne reigle generale ? l’ancien prouerbe qui dit autât d’en¬
nemis que d’efcIaues,moftre affez quelle amitié, foy & loyauté on peut
attendre des efclaues. De mil exemples anciens ien’en mettray quvn
aduenu du temps de Iouius Pontanus, lequel recite que vn efclaue vo¬
yant fon feigneur abfent, barre les portes, lye la femme du feigneur,
prend fes trois enfans,8c fe mettât au plus haut de la maifon, fi toft qu’il
voit fon feigneur,il luy gette fus le paué l’vn de fes enfans^ 8c puis l’autre: 3 Tle pere tout efperdu, 8c craignant qu’il getaft le troifiefme a recours aux fu* 1 1
48 DE LA REPVBLI QJV Eprières, promettant impunité & liberté àl’efclaue s’il vouloitfauuerle
troifiefmed’efclaue dift qu’il le getteroit , fi le pere ne fe coupoit le nez
ce qu’il ayma mieux faire pour fauuer fon enfant: cela fai61 l’efclaue
neantmoins geta le troifielme, &puis après fe précipita luy mefme. On
me dira qu’en receuant les efclaues, on trâchera le nombre infini des va¬
gabonds, Ôc cefcionaires,qui après auoir tout mangé, veulét payer leurs
créanciers en faillites, & qu’on pourra chafler tant de vagabonds, &fait-
néants,qui mangent les villes, Ôc fuccent corne guefpes le miel des abeil-
les:ioint auffi que de telles gens fe prouignent les voleurs,& pirates:puis
la faim,& mauuais traitement des pauures, attirent les maladies popu¬
laires aux villes, car il faut nourrir les pauures* ôc non pas les tuer, or c’eft
4. i.rci nccarc.de les tuer 4 quand 011 leur refuze la nourriture, ou qu’on les chaflè des vil-
iibensagnofeend. leS)Comme ditfainâ: Ambrois. le refpond quant aux ceffionaires, que
la loy de Dieu y a pourueu,c’eft à fçauoir qu’ils feruent à leurs créanciers
s. François Aïoa- fept ans : combien que la loy des x 11. tables pratiquée en toutes les In-
ïtSjpièfoirc des Occidentales,& en la plufpart d’Afrique5, vouloit qu’ils demeurât
fent toufiours prifonniers ducreâcieriufques ace qu’ils euflentfatisfait.
car d’ofter le moyen de cefïïon en cas ciuil, comme ils font en tout l’O-
rient,c’eft ofter aux debteurs le moyen de trauailler, ôc de gaigner pour
s’aquiter. Quant aux voleurs ie dy qu’il y en auroit dix pour vn:car l’ef
claue fera toufiours contraint s’il peut efchapper d’eftre voleur ou cor-
faire,ne pouuant fouffrirfon feigneur,ny fe monftrer eftant marqué, ny
viurefans biens. le n’en veux point de meilleur exemple que celuy de
Spartac qui aflembla en Italie foixante mil efclaues pour vne fois, outre
neuf cens voiles de cor{àires,qui eftoient fus mer. Or le fagePoliticn eft
pasceluy quichafle de la Republique les voleurs, mais celuy quilcs
empefche d’y entrer. Cela fe peut faire aifément fi on faifoit en chacune
ville des maifons publiques pour aprendre les pauures enfans à diuers
meftiers,comme il fe fait à Paris, à Lyon, à Venize, &: autres villes bien
policees,oiî il y a des pepinieres d’artizans, qui eft la plus grande richef-
fe d’vn pays. Auffi ie ne fuis pas d’auis que tout à coup on affranchiffe les
efclaues,comme l’Empereur fift auPeru, car n’ayant point de bies pour
viure,ny de meftier pour gaigner Ôc mefmes eftans afriandez de la dou¬
ceur d’oy fiueté,& de liberté,ne vouloy et trauaillende forte que la pluf-
part mourut de faim.mais le moyen c’eft deuant les afranchir leur enfei-
gner quelque meftier.Si on me dit qu’il n’y a bon maiftre que celuy qui
aefté bonferuiteunie dique c’eft vne opinion qui eft malfondee,quoy
qu’elle foit anciéne: car il n’y a rie qui plus rauale ôc abaftardifle le cueur
bo,& genereux,quelaferuitude,&quiplus oftela magefté de ccman-
der autruy, que d auoir efté efclaue. aufli le maiftre de iagefle dit en fes
prouerbes qu’il n’y a rien plus infupportable que l’elclauedeuenu mai¬
ftre : ce qu’il entend non feulement de la cupidité eftant maiftrefle de la
raisô:ains auffi de celuy qui va d’vne extremité à l’autre, de feruitude atîcomman-S
LIVRE PREMIER. 49commandement.Mais puis que la raifon diuine,&:naturelle va par tout,& quelle n eft point enclofe es fronderes de la Paleftine pourquoy lie
fera elle fuiuie?Combien que de tout temps les Tartares extraits des dix
lignées d'Ifiael,afrâchi(fent leurs efclaues6 mefmes au bout deféotans à i’ Ceciacüd11 >t r 1 n I de lcruis export.la charge qu ils lortiront du pays : qui eft vne claufe en cas de vente de-
fclaues,quePapinian auoit regetee,mais depuis il changea d’auis,& cor¬
rigea (a faute: ôc neantmoins en cas d’afrachiffemens elle eft nulle, s’il 11 y
auoit edit ou couftume generale au contraire:comme nous dirons cy a-
pres. Voila quant à la puiffance des feigneurs fur les efclaues, ôc des mai¬
ftres fur les feruiteurs. Or puis que nous auons affez amplement, ôc tou-
tesfois auffi briefuemet qu il nous a efté poffible difcouru de la famille,
ôc de toutes les parties d’icelle, qui eft le fondement de toute Républi¬
que,difons maintenant du citoyen ôc de la cité,Vr C1TOTEN, ST LA DIFFERENCEd'entre lefugetJe citoyen J'eflranger 3 la ville, cité, & République.Chap. VI.Ous auons dit du gouuernement de la famille, Ôc de fes
parties : ôc getté les premiers fondemens fus lefauels
toute République eft baftie. Ettoutainfiquele fonde¬
ment peut eftre {ans forme de maifoii: auffi la famille
peut eftre fans cité, ny Republique, &le chef de famille
peut vfer du droit de fouueraineté fus les fiens, fans rien
tenir après Dieu que de 1 efpee : comme il y en a plufieurs és1 fronde- r. Lion d’A&iquc.
res du Royaume de Fez, ôc de Maroc , ôc aux Indes Occidentales. ,a>
mais la Republique ne peut eftre fins famille , non plus que la ville
fans maifon, oula maifon fans fondement. Or quand le chef de famille
vient à fortir de fà maifon,où il commande, pour traiter ôc negotier a-
uecles autres chefs de famille, de ce qui leur touche à touts en géné¬
ral : alors il defpouille le tiltre de maiftre, de chef, de feigneur, pour e-
ftre compagnon, pair ôc affocié auec les autres, laiffant fa famille, pour
entrer en la cite, ôc les affaires domeftiques, pour traiter les publiques,
ôc au lieu de feigneur,il s’appelle citoyen: qui n eft autre chofe en pro¬
pres termes, que le franc fuget tenant de la fouueraineté d’autruy. Car
au parauant qu il y euft ny cité,ny citoyen, ny forme aucune de Répu¬
blique entre les hommes, chacun chef de famille eftoit fouuerain en fà
maifon,ayant puiffance de la vie ôc de la mort fur la femme, ôc fur les en-
ians:&: depuis que la force,la violence,rambition,l auatice, la vengeâce
eurent arme les vns comme les autres,Vidue des guerres, ôc cobats,don¬
nât la vi&oire aux vns,redoit les autres efclaues:& entre les vainqueurs,
ce uy qui eftoit cfleu chef & capitaine, & foubs la conduite duquel les
autres auoyent eu la vidoire,continuoit en la puiffance de commander
5o DE LA REPVBLIQYEaux vns comme aux fideles,ôc loyaux fugets, aux autres comme aux ef-
claues. Alors la pleine ôc entiere liberté,que chacun auoit de viure à fon
plaifir3fàns eftre commandé de perfonne,fut tournee en pure feruitude,
ôc du tout oftee aux vaincus:& diminuée pour le regard des vaincueurs
en ce qu'ils preftoyent obeiffance à leur chef fouuerain ôc celuy qui ne
vouloit quiter quelque chofe de fa liberté, pour viure foubs les loix, ôc
comandemens d’autruy,laperdoit du tout. Ainfile motdefeigneur, ôç
de feruiteur de Prince, ôc de fugets au parauât incogneuz, furent mis en
vfage.La raifon,& lumiere naturelle,nous conduit à cela, de croire que
la force, & violence a donéfource,& origine aux Republiques. Et quâd
au chap des ra*f°n nY feroit point, i’ay monftré cy1 deflus par le tefmoignagc in¬
corps & collèges. dubitable des plus véritables hiftoriens, c’eft àfçauoir de1 Tucidide,5
3* inThefeo’ Plutarque,4 Cæfàr,&mefmes des loix de Solons: que les premiers ho-5 in Lvit.de col- mes n’auoyent point d’honneur, & de vertu plus grande, que de tuer,
ksiis* maflacrer, voler, ou afferuir les hommes, voila les mots de Plutarque.Mais encores auons nous le tefmoignage de l’hiftoire facree, ou il eft dit
i* ^ { Mue Nimroth arriere-fils de Cham,fut le premier qui aflugetit les hom-
'x,-l7T ™cs Par f°rce & violéce, eftablifTant fa principauté au pays dAffyrie: &
{M pour cefte caufe on lappellalepuiffant veneur, que les Hebrieux inter¬pretent voleur ôc predateur.En quoy il apert que Demofthene3Ariftc-
te &Ciceron fe font mefpris fçauans l’erreur d’Herodote,qui dit que les
premiers Roys ont efté choifiz pour leur iuftice ôc vertu,aux téps qu’ils
é. m methodo hi- ont figuré heroïque:opinioii que iay reprouueeailleurs6 : veu mefmes
ftoEiar.cap.y. qUe jes premieres Républiques,& Ion g temps au parauant Abraham,fe
trouuent pleines d’efclaues. comme auffi les Ifles Occidentales,furenç
,i trouuees remplies d’efdaues: chofe quinefepouuoit faire que par vior
lence extreme, forceant les loix de nature. Et n’y a pas foixante ôc dix ans
que les peuples de Gaoga en Afrique, riauoyent cliques fenty nyRoy*
' ^4 Jj> ny feigneurie quelconque, iufques à ce que l’vn d’entre eux alla voir le■ ^£$1 V tjc+'jvKoy de Tombut,& lors ayant remarqué la grandeur &maieftédece
^ VRoy là,il luy print enuie de fe faire auffi Roy ( en fon pays: ôc comencea
tuer vn riche marchant, ôc emparé qu’il fut de fes cheuaux, armes, ôc
marchandifès>en fift part à fes parens ôc amis, &à leur ayde aflugetit tan-
toft les vns,puis les autres par force, & violence, tuant les plus riches , ÔC
s'emparant de leur bien:de forte que fon fils eftant riche des voleri.es du
pere,s’eft fait Roy, ôc fon fuccefTeur a continué en grade puiflance,ainfi
que nous lifons en Léon d’Afrique. Voila l’origine des Republique,qui
peut efclarcir la définition de citoyen, qui rieft autre chofe que le franc
fuget,tenant de la fouueraineté d’autruy .le dy franc fuget : car combien
que l’efclaue foit autât,ou plus fuget de laRepublique,que fon fèigneur,
fi eft-ce que tous les peuples ont toufiours pafle par comun accord,que
■t. i. qaod attinet l’efclaue rieft point citoyen,& en termes de1 droit eft conté pour rien?
dc regui. , n’eft pas aux femmes, ôc enfans de famille, qui font francs de tou¬te fer ui-
LIVRE PREMIER. jite feruitude,encores que leurs droits 8c libertez, & la puiflance de dif-pofer de leurs biens, leur foit aucunement retranchee, par la puiflancedomeftique. deforte qu’on peut dire,que tout citoyen eft fuget, eftantquelque peu de fa liberté diminuée,par la majefté de celui auquel il doitobeiflânee-mais tout fuget n eft pas citoyen, comme nous auons dit del’efclaue. 8c ce peut dire aufli d’vn eftranger,lequel venant en la feigneu-rie dautruy,neftpointrcceupour citoyen,n’ayant part aucune auxdroits &priuileiges de la cité :8c n’eft point aufli compris au nombredes amis,alliez,ou coalliez.qui ne font point du tout eftrangers,commedit le3 Iurifconfulte,ny ennemis aufli. Combien que anciennement les ^5J{,sdubito dcGrecsappelloyent les eftrangersf ennemis,comme aufli faifoyentles ;• Phoque.ir / . ° / ii II0I7 n Thcmiftocle.Latins, ce que Ciceron a remarque des douze tables: 8c les ' enne- e. in offic.fi ftatus
mis eftoyent ceux qui auoyéc coniuré contre l’eftat.Peut eftre aufli que ^pcXeiïcï'
ceux que nous appelions hoftes en noftre vulgaire, eftoyent ancienne¬
ment les eftrangers.Mais on a corrigé la propriété des mots,demeurant
la forme de parler: 8c les Grecs ont appellé leurs ennemis «roAt/A?, come
leurfaifant la guerre, & les eftrangers {tv&r,que les Latins ont nommé pe¬
regrinos, qui ne fignifie pas pelerins comme dit le bon8 Accurfè, mais g I<Jchxre„
eftragers loy ent fugets d’autruy,ou bien fouuerains en leur terre. Or en- dib.inftkuen.c.s:
tre les fagets l’vn eft naturel,foit franc,ou efclaue, l’autre naturalizé. l’e-cjuarnulla eft in §.fclaue,du fuget.encores qu’il foie de pays eftrange, eft bien different de ^cnd‘"nft£"no de
i’eiclaue de l’eftrâeer:car l’vn eft citoyen fi toft qu’il eft afranchis. & fuit »• i- s- <•»O J • r\ rC 1» *-7*a“municipale.l’originede fon feigneur,l’autre ne ieft pas:qui monltre allez que I vnelt tk.de manum^o.
aufli fugerde la République, encores qu’ilfoit efclaue d’vn particulier* incolis.C.Vray eft que les afranchiz en Grece n’eftoy ent pas citoyens, ores qu’ils £0ftj^nDe*
fuffent du pays,8c fugets naturels. Car nous1 trouuons que Demofthe-
ne fut débouté delà requefte par luy prefentee au peuple, après laiour-
nee de Cherronee,par laquelle il demandoit,que tous les habitans d’A-
thenes,enfemble les afranchis fuflent declairez citoy es. ce qu’ils faifoyét
craignans que les afrâchiz fuflent feigneurs de leurs eftat, auquel le plus
grand nombre le gaignoit. A quoy les Romains nayans pas eu efgard,fe
trouuerent en bien grande perplexité, voyans leur eftat prefque réduit
en la puiflance des afranchis. fi Fabius Maximus n’y euft donné ordre,„ mettât le populace delà ville qui eftoit compofé d’efclaues afrâçhis,ou
M bien iflus d’eux en quatre lignées à part,affin que le furplus des autres ci-
toyens, qui eftoyent trente 8c vne lignee, euflent la force des voix, car
on ne contoit pas enRome par teftes, comme en Grece, 8c a Venize,
mais par clafles, 8c centuries aux grans eftats,& par lignées ou tributs, naux moindres eftats. Qui fut la caufe que Fab ius1 emporta le furnom vde trefgrand, pour auoir donné ce traià de maiftre politic fifagement,
qu’il n’y eut perfonne qui s’en remuaft. 8c par ce moyen il remedia a la
fuite que le cenfeur Appius auoit faite endiuifantle populace iflu de-
.ftrangers&d’ efclaues par toutes les lignees depuis on donna priuilegec ij
DE LA REPVBLIQVE
aux afranchis qui auroyent vn fils aagé cinq ans ou plus, d’eftre enroolé
en la lignée de fon patron. Er d’autant que ces quatre lignees eftoyçnt
j Lîums ub 4r f «op putantes,il fut arrefté qu on tireroit au fort vne lignée en
laquelle leroyent mis&cnroolez tous les afranchis’. celaduraiufquesà
4.riorus cpùo. Ia guerrc; clulIe de Manus & de Sulla : que le peuple fift vne loy ïk re-
77•* quefte du tribun Sulpitius, que les afranchis feroyent4 deflors en a-uant diuilez en toutes les lignées,qui fut la principale caufe de ruiner l’e¬
ftat. Or tout ainfi que entre les fugets efclaues l’vn eft naturel,l’autre nô:
aulfi entre les citoyens l’vn eft naturel,l’autre naturalifé:le citoyen natu¬
rel eft le franc fuget de la Republique où il eft natif,foit de deux citoyés
foit de 1 vn ou de 1 autre feulement. Vray eft queancienement (&enco¬
res à prefent en plufieurs Republiques)pour eftre citoye',il eftoit befoin
i.Pimar.Temiito- dauoir pere & mere citoyens : comme en Grece: autrement on2 ap-
pelloit nothos ou meftifs. ceux qui n’eftoyent citoyens que d’vn co-
fté : & nepouuoyent, ny leurs enfans auoir part aux benefices ny aux
grands eftats , qu’on appelloit archontes , comme dit Demofthene
au plaidoyé contre Neæra. combien que plufieurs comme Themi-3-Plutar.inPcri-ftocle fecrettement y eftoyent entrez, mais du temps de 3 Pericle
dc' on en vendit cinq mil qui s’eftoyent portez pour citoyens : & mef¬mes Peiicle ayantperdu les enfans vrays citoyens , prelenta requefte
au peuple pour faire receuoir citoyen celuy de fes enfans qui eftoit
4. Liuius iib.4j. Aufli lifons nous+ que les Romains firent vne colonie de qua¬tre mil Efpagnols enfans de Romains & d’Efpagnoles, parce qu’ils n’e-o.l.ad mnnicipal.ftoyent pas vrays citoyens, mais depuis ils pafferent ° par auis, qu’il
fuffifoit que le pere fuft citoyen, & en plufieurs lieux, il fuffifoitquenreie ne fuft point eftiangere. Car lelieune fàifoit pas 1’enfant d’vn%lC^SZ t^nger ou d’vllc cftongerc. citoyen : & celuy qui eftoitnéen Afri- „moma>Xptl° aJ ^eux citoyens Romains, n’eftoit pas moins citoyen que s’il d*fncoS.ciniu. j , Te nc en 'R0®15-Lc dtoyenc naturalizé eft celuy qui s’eftauoué
lus.§.akuena.de de la iouuerainete dautry, & y aeftéreceu. Carie citoyen d’honneur
feulement qui a droit de baloter, ou de bourgeoifie pour Tes meri¬
tes , ou bien pour la fkueur quon luy fait * n’eft pas vray citoyen,
attendu qu’il n’eft point fuget, comme nous dirons tantoft. Déplu-
lieurs citoyens foyent naturels ou naturalizez, ou efclaues afxan-*
chis (quifontles trois moyens que laloy donne pour eftre citoyen )fè
fait vne République, quand ils font gouuernez par lapuiffance fouue-
ô.Baid. in.i. dues laine d vn ou plufieurs feigneurs , encores qu’ils foyent diuerfifiez
v er b o r gliTf An- en > en ^allgue > en couftumes, en religions,en nations. &: fi tous
*es f to^ens font gonnemez par mefmes loix, & couftumes,ce n eft pas
confiiiuîtvAiexâd cmcnc vlle République,ains auffi vne cité, encorcs que les citoyensconfil.io lib.z. li-foyent diuifez en plufieurs villes, villages, ouprouinces. Caria villene
trarîus eft in i.fi fait pas la cite, ainfi que plufieurs ° ont efeript, non plus quelamaifon
, teftamx.ahtei de llefa^Pas la famille, qui peut eftre compofee de plufieurs efclaues ou
■ - x enfans
LIVRE PREMIER. 53 x■cnfas cncorcs qu’ils foiét fort eflôignez les vns des autres, &en plufieurs
pays,pourueu qu’ils foyent tous fugets à vn chef de famille, ainfi dirons
nous5 de la cité, qui peut auoir plufieurs villes & villages qui vfent de
mefmes couftumes, comme font les baillages; ou fenechauflees en ce
Royaume: &la Republique peut auoir plufieur citez, &prouinces,
qui aurontdiuerfescouftumes, & toutestois fugettes au commande¬
ment des feigneurs fouuerains, & a fes edits & ordonnances. Et peut e-
ftre auffi que chacune ville aura quelque droit particulier de bourgeoi-
fie,qui ne lèra point commun a ceux des fauxbourgs, ôc ceux-cy ioiiy-
ront de quelque prerogatiue, qui ne fera point commune aux villages,
ny aux habitans du plat pays : qui néanmoins feront fugets de la Repu¬
blique, & outre citoyens de leur cité, mais pourtant ils ne feront pas
bourgeois, carcemot de bourgeois aie ne fçay quoy de plus fpecial à
nous, que le mot de citoyen,& c’eft proprement le fuget naturel, & ci¬
toyen, & habitant de ville, quia droit de corps & college, ou quelques
autres priuileges qui ne font point communiquez à ceux du plat pays.I’ay dit fuget naturel, par ce que le fuget naturalizé, voire habitant deville, & îouiflant du droit des b ourgeois, eft appellé en plufieurs lieuxfimple citoyen, & l’autre bourgeois : quia quelque priuilege particu- V-lier : comme en Paris il n’y a que le bourgeois naturel,& né en Paris qui Qÿ- y f'"puiffe eftre Preuoft des marchans : & à Geneue le citoyen ne peut eftre 3* . ‘fyndic de la ville, ny confeiller du priué confeil des xxv. mais bien le f 'tKbourgeois le peut eftre. ce qui eft auffi pratiqué enSuifle, & par toutes /lyles villes d’Alemagne.Iaçoit que parnozcouftumes,&par les anciensedits le mot de b ourgeois fignifie roturier, que les nobles appellent vi- /r^àlain,pour eftre habitât de ville,parce que la nobleffe anciennemét fe te-
noit aux champs, encores voit-on quelaguardebourgeoilè, & la garde es» 1
noble font diftinguees par nos couftumes : & le bourgeois oppofé au
noble.'Voila fommairement la différence des fugets, des citoyens, des
bourgeois,des eftrangers : enlcmble de la Republique, delà cite, & de
la ville.Mais d’autant qu’il n’y a ny Grec,ny Latin,ny autre quel qu’il foit
quei’ave veu, quiaytvfé de ces définitions, ileftbefoin defclaircirpar y.Accnrf m 1. vit.1 J ’AJ . r de prarlc. logi tep.loix & par exemples ce que 1 ay dit. Car nous voyons iouuent aduenir c. cynus saiicet
des querelles entre les Princes & fèigneuries fouueraines, &c entre les ci-§.fi autem ad Mu-toyens & habitans de mefmes villes, pour n’entendre pas la différence
de ces mots.Et mefmes7 ceux de qui nous debuions attendre les vrayes Baid.jn ï, ic m-■ sr 1 • r 11 9 1 D turalib.liberis.refolutions, font bien fort difterens, prenant la cite pour ville, oc la Kc- Bart. in 1. û nuprail- • / „ ï n • de metalis.C.&inpublique pour cite,& les eftrangers pour citoyens. Et ceux qui nous j V1.bisappciiati0.
ont eferit de la Republique fans aucune cognoiffance des loix, ny du oidnd^onfiî^W
droit commun,ont laiffé les principes voulans baftir de beaux difeours sgecuiw. m. dc^
en l’air fans aucun fondement. Ariftote, nous a defini la8 cité vne com- nonift* in cap c°-
pagnic de citoyens, qui ont tout ce qui leur fait befoin pourviure lieU g iib.j.Cap 6. po-
reufement : ne faifant point de différence entre République & cite : & Utlc' ^ciij
54 DE LA REPVBLIQVEmefmes il dit que ce n’eft pas cité, fi tous les citoyens ne demeurent en
mefme lieu:qui eft vne incongruité en matiere de Republique:comme
IulleCcGr le monftre bien en fes mémoires, difant que toute la’ cir<£9. Iib.i.comment. , . . 3 JLOmnis ciuîtasHei des Heluetiens auoit quatre bourgs,ou quatre cantons, oùilapert aupueaa quatuor pa- 1 . 1 -r n 1 1 • • /» • /* . 1* 1 ^gos habet. mot de cite, eit vn mot de droit,qui ne lignine point vn lieu, ny vneplace,comme le mot de ville,que les Latins appellent Vrbem ab Vrbo
can^cdfîqu^ ld cft ai*atro,parce qu’on trafloit, dit Varron, le circuit ôc pourpris des
cod- * villes auec la charrue. Auffi eft-il bien certain en1 termes de droit, que
celuy quiatranfportéhorslavillece qui eftoit defendude tirer hors la
eité.l ayant porté en vne autre ville de la mefme prcuince n a point con-
terîdlTcga” i.c*’treuenu à la defenfe.les1 d odeurs paffent plus outre, car ils difent que
celuy n’a point contreuenu, qui a tranfporté en vne autre ville fugette a3 -ppz.Rcg.pa_ mc^nlc Prince. Les Hebrieux ont gardé la mefme propriété ôc differen-
ries. ’ ° ce de ville ôc de cité : car ils5 appellentia ville c’eft adiré lamuree:î.'^cinef&^ité,lîV Etcombien qu’ils prennent quelquesfoisl’vn,pour 4 Tau-,o vcm^sFUcu* tre *' comme ^es Grecs bienfouuent vfent du motzroA;? mt\ tS àsmty ôc
inverbo Senatu, les Latins du mot ° ciuitas,pro vrbe,oppido, ôc iure : parce que le gene-6. pofteri ciuilemral,qui eft la cité,comprend le particulier, qui eft la ville : fî eft-ce qu’ils
rumlue"ondl&pe n Rufent pas du mot a?y «iri.THj 7roAtcç, comme nous voyons que
LSfnoPioiaAa' Ciceron a bien garde la propriété de l’vn&deJ l’autre, carie motGrec
n Aftu fignifie ville proprement, indeAftuti quifîgnifie autant comme
f^j^yrbani,parce que les habitans des villes font plus accors ordinairement,
& plus gracieux que les païfans. mais le mot de ciuilis, que nous appel¬
as *011S ciu^>n eftoit Pas reccu ^es anciens Latins pro vrbano. Et pour mo-' 7 | ftrer que la différence ne gift pas en paroles Amplement. Il fe peut faireque la ville fera bien baftie& muree. & qui plus eft remplie de peuple,
ôc neantmoins ce n eft point cité,s'il n’y a loix, ôc magiftrats pour y efta-
blir vn droit gouuernemét, come nous auons dit au premier chapitre:
ains c’eft vne pure anarchie.Et au contraire ilfe peut faire que la ville fe¬
ra accomplie de tout point,&r aura droit de cité, & d’vniuerfité, Ôc fera
bien reiglec de loix ôc de magiftrats,ôc neâtmoins elle ne fera pas Repu-
blique.comme nous voy os les villes, ôc citez fugettes à la feigneurie de
Venize,ou aux feigneurs des ligues qui nefot pas Republiques: no plus
que les villes fugettes Ôc tributaires à la ville de Rome anciennement n’e-
ftoient point Républiques, ôc ne iouiffoy et pas du droit de Republique
contre les fugets particuliers, mais feulement la cité de Rome : quiauok
de grands priuileges, ôc prerogatiues contre les autres villes en général,
ôc contre vn chacun des particuliers : encores que bien fouuentles loix
7. lit). lo.cpiftoî. vient du mot de Republique parlant des autres villes. C’eft pourquoy
niftm"crüC&daT Traian l’Empereur efcriuoit à Pline le ieune gouuerneur d’Afie, que la
wionpal & dc ^es Bithiniens n’auoit pas droit de Republique,pour eftre preferee
8 .î. fi mi ie adimu- aux creàciers particuliers en matiere d’hypoteque taifible, comme il eftmcipalem.dd.ini. « . v -s i* > • 1 1 t •1^-'i.m quib.canfis. bie certain en droit : ôc n y auoit que le corps des bourgeois de Rome
LIVRE PREMIER» ^qui euft ce priuileige,&ceux à qui ils auoyent doné cefte preroeatiue, Bai.ini.vit.coU.-l n 1 r 1 ' * ' J* A L 9 i,p • T* r • b A • r dc ^crofan. Aie-corne eltoit laleulecite d Antioche 9 en tout! Empire Romain. Ainfi xmd confii.ic*.
voit-on que ville peut eftre fans cité,&la cité fans ville, ôc lvn ôc l'autre ^î. Antiochcfium.
n eftant point Republique, ôc qui plus eft vne mefme cité peut eftre ^PliuiIesiis cre-
conferuee en fon entier,& la ville razee,ou delaifTee des habitans ; CÔme I-Plutar.inTLc-
il en print aux Atheniens àla venue du Roy dePerfe, auquel ils quittè¬
rent la ville, fe mettans touts fus mer1, après auoir baillé en garde aux
Trezeniens leurs femmes ôc enfans : fuiuant l’oracle qui auoit refpondu
que leur cité ne pouuoit eftre fauuee, finonauec mu railles de bois, ce
queThemiftocle interpreta que la cité (qui gift au corps legitime des ci-
toyens)ne fe pouuoit garentir que par nauires. Il en auint autant aux ha¬
bitans de Megalopolis, lefquels auertis de la venue de Cleomenes Roy
deLacedemonne, vuiderent touts. elle n eftoit pas moins ville queau
parauant : mais ce n eftoit ny cité,ny Republique: de forte quon peut
dire que la cité s’en fuit hors de la ville. Ainfi parloit Pompee le grand,a , r r , i K b *•Dio.lib.41.après auoir tire deRomme deux cens ienateurs1, ôc les plus apparens
feigneurs, ôc quittant la ville à Cæfar, vfa de ces mots,Non eft in parieti¬
bus Refpublica. Mais d’autant qu’il y auoit deux fortes de partizans ôc
que les bourgeois diuifez en deux s’aduouoyent feparement de deux
chefs il fe fift d vne République deux. Caries mots de cité de republi¬
que,de maifon, de paroifle, font de droit : ôc tout ainfi qu’il a efté iugé
que la paroifle eftant hors la ville, & les paroifliens dedans la ville, qu’ils
iouiroyent du droit des citoyens, comme eftant la paroifle dedâs la vil-
le:auflieft-ildelacité. Et affin quon fâche de quelle confequencepeut
eftre l’ignorance de telles chofès, iemettray ce qui en aduintaux Car¬
thaginois lors qu’on deliberoit à Romme de razer leur ville.lls enuoye-
rent leurs Ambafladeurs pour fe rendre à leur mercy, ôc fuplier le Sénat,
que l’vne des plus belles villes du mode, ôc l’honneur de leurs vi&oires
ne fuft indignement rafèe. Toutesfoisilfut refolu qu on y mettroit le
feu pourla facilite du port,&que le peuple defonnaturel farouche ôc
rebelle auoit fait la guerre aux aliez des Romains, &apreftoit nombre
de nauires contre les traittez,& qu’ils pourroyét àlapremierc occafion
fefoubleuer,&tirer a fà cordelle touts les peuples d’Afrique. Lachofè
ainfi refolue, on fait entrer les ambafladeurs au fenat, ôc la refponfè fut, , ( ^ Pajfo
que leur cité leur demeureroit aucc touts les droits,priuileiges, ôc liber- ^ y*cJ>tez, dont ils auoyent toufiours vfé. les ambafladeurs bien aifes s’en re- ^
tournèrent. Toft après la commiflion fut decernee au ieune Scipion,le¬
quel ayant pris la route d’Afrique auec vne armee de mer, enuoya Cen-
forinreceuoir trois cens oftages,&les vaifleauxde mer, ce qui fut fai £b
alors Cenforin fift commandement à touts habitans de Cartage de vui-
der,& emporter de la ville tout ce qu’ils pourroient, pour habiter plus
loing du port, où bon leur fembleroit. Les habitans eftonnez remon-
ftrent que le fenat les auoit afleurez, que leur cité ne feroit point rafee;e iiij
2. Appian.in lybi-
co. Florus 49.epi-
toait Cartaginë-
fes tüc rebellafle,
& obfidkme diu¬
turna debellatos à
J.Martio,&M.
Maulio confulib.j.l.vrbis.dcvcrb.fis ni-4.ad Antiochum
mifopona.j. lib. 3.C.1.& c.4.
poli.é.lib.é.topic.7.1ib.j.c.i.polit.1 ODÿ.Plutar.infolonc56 DE LA REPVBLIQVEOn leur1 dit que la foy leur feroit gardee de point en point : mais que
la cité n’eftoitpas atacheeau lieu, ny aux murailles de Cartage. ainfi les
pauures habitans furent contraints de fortir, ôc abandoner la ville au feu
qui y fut mis par les Romains, qui n’en euflent pas eu fi bon marché , fi
pluftoftles ambaffadeurs euffent entendu la différence de ville & cité:
comme il aduient fouuent, que plufieurs ambaffadeurs ignorans le
droit, facent de lourdes fautes en matiere d’eftat. Il y a mefme faute au
traité fait entre les cantons de Berne &: Fribourg, fait lan m. d. y . ou il
eft porté par le fécond article, que l’aliance entre les deux Républiques
fera perpetuelle,ôc tant cj^ue les murailles des deux villes apparoiftront.
Et ne fe faut pas arrefter à l’abus qu’on fait ordinairement, &auxa&cs
de plus grande importance de ceux qui appellent ville,cité,ôc vniuer-
fité, comme 011 dit de Paris, ôc de quelques autres, appellans cité Me,
ôc l’vniuerfitélelieu où font les collèges,ôc la ville toutlefurplus.Car la
ville contient le pourpris des murailles ôc faux-bourgs3, combien que
nous ne fuiuons pas la propriété de la loy, difans la ville ôc faux-bourgs,
pour la diuerfite des priuileges que les vns ont fus les autres : ôc l’v-
niuerfité eft le corps de touts les bourgeois de Paris : la cité toute la
Preuofté ôc Viconté , vfant de mefmes couftumes. l’abus eft venu
de ce que anciennement toute la ville neftoit que l’ifle enuironnec
de murailles, ôc la riuiere autour des murailles , ainfi que nous li¬
fons en l’epiftre de Iulian 4 gouuerneur de l’Empire d’Occident, ôc
qui faifoit fa refidence ordinaire en Paris : le furplus eftoit en iardins
ôc terres labourables.Mais la faute eft bien plus grande de dire qu’il n eft
pas citoyen,qui n’a part aux magiftrats, &voix deliberatiue auxeftats
du peuple, foit pour iuger, foit pour affaires d’eftat.C’eft la définition
du citoyen que Ariftote nous àlaiffee par efeript5. Puis après il fe cor¬
rigeaient que fa définition n’a lieu finon enl’eftat populaire. Or luy
mefme confeffe envn autre lieu6, que la définition ne vaut rien fi elle
n’eft generale. Auffi peu d’apparence y a-il en ce qu il7 dit, que tout
iours le noble eft plus citoyen que le roturier, ôc l’habitant de ville
plus que le payfan : ôc quand aux ieunes citoyens qu’ils bourgeonnent
encores:que les vieux vont en decadencc, que ceux de moyenne aage
font les citoyens entiers ôc les autres en partie. Or la nature8 de la défi¬
nition, ne reçoit iamais diuifion, & ne faut pas qu’il y ayt nyplusny
moins d’vn feul point en la définition,qu;en la chofe definie,autrement
tcftrt n’en vaut rien.Et neâtmoins la defcription du citoyen que Arifto¬
te nous a baillee pour l’eftat populaire manque*, veu mefmes qu’en
Athenes,qui’n’a point eu de pareille en liberté, ôc authorité de peuple,
la quatriefme claffe,qui eftoit trois fois plus grande que le refte du peu¬
ple,n’auoit aucune part9 aux offices de iudicature,ny voix deliberatiue
aux arrefts ôc iugemens que le peuple donnoirtellement qu’il faut con-feffer,
LIVRE PREMIER. 57fefler,fi nous recelions la définition d’Ariftote,que la plufpart des b our-
geois naturels d’Athenes eftoyent eftrangers.Et quant à ce qu’il dit que
les nobles font toufiours plus citoyens que les roturiers , nous voyons
tout le cotraire es Republiques populaires de Suiflè, où les nobles n ont
part 5 aucune ( en qualité de nobles ) aux offices. Plutarque a mieux dit,
que droit de bourgeoifie eftauoir part aux droits. 6c priuileiees d’vne „\ f ■ r i \ ~ 1 rt i - i- ■ i-' / if 1 1 ^.lMüfar in Solonecite, qui le doibt entcdrc ielon la codition 6c qualité d vn chacu,ies no¬
bles comme noblesses roturiers comme roturiers, & les femmes 6c en¬
fans en cas pareilfelon l’aage, fexe, condition, 6c merites d’vn chacun.Et
a ce propos difoit vn ancien1 docteur,les pieds formerot-ils complain¬
te contre les yeux, difans nous ne fommes pas au plus haut lieu ? ôlî la p^^adeo
définition du citoyen que nous alaifle Ariftote auoit lieu,combien de rinth-4-
partialitez,de feditions, & de guerres ciuiles on verroit ! Le populace de
Romme 11e fe banda contre les nobles, finon pour-ce qu’il vouloir eftreégal en tout 6c par toutaux nobles: 6c ne fut rapaifé que par le moyen V #0**de la fable des membres du corps humain : par laquelle le fàge fenateur r6
Agrippa r’alliale peuple & la nobleflc.Car Romule1 auoit ord5né,qu’il^^omfjia(^.V^-^^
ne pourroit eftrçmagîïïrat, ny beneficier, qui ne feroit extrait des cens ^gentils-hommes qu’il auoit fait fenateur s, & depuis y en adioufta cent
autres. Ce nouueau peuple ayant vaincu fes voifins en contraignift plu¬
fieurs de quiter leur pays 6c couftumes,pour eftre habitas 6c bourgeois
Romains, comme les Sabins. Depuis ayant aufli vaincu les Tufculans.Volfques,& Herniques, ils traiderentacord enfemble que les vaincuz ^auroyent part aux offices,&voix deliberatiueaux aflèmblees des eftats,
fans autremét changer ny de loix, ny de couftumes,qui pour cefte eau-fe ne s’appellerent point citoyens, mais lîmplement municipes: moins ^ ^eftimez 6c honorez que les Romains , combien que leur eftat fuft
vni a celuy des Romains. Aufli voyons nous que Catilina , de l’an¬
cienne maifon des Sergiens, 6c Romain naturel reprochoit à Cice-
ronquil n eftoit qu vn nouueau Arpinois. Etcelafut caufe que plu-
fieurs villes municipales, quittèrent leurs couftumes, pour eftre vrays}. Tacû .iib.i,c«-
bourgeois Romains, iufques à Tibere tEmpereur, lequel3 oftal’om- SÊ
bre de liberté qui reftoit au peuple, alors les villes municipales re-
fiiferentles priuileiges delà cité Romaine, de quoy l’Empereur Adrian
s emerueilloit,dit Aule Celle, 6c fans caufe,attendu ce cjue i’ay dit. Voi¬
la donc deux fortes de fugets différends enpriuileges : c’eftàfçauoir le
bourgeois Romain,6c le municipe. La troifiefme forte de fugets eftoiét
les Latins,qui auoyent au commencement foixante villes, 6c depuis ils
furent augmentez de douze colonies Latines, 6c parles traittez faits en¬
tre les Romains 6c Latins, il eftoit dit que les Latins venans habiter en
Romme auroyent droit de citoyes, pourueu qu’ils euflent Iaiffé eh leur
pays lignee legitime, ainfi que nous lifons en Tite Liue au x l i. liure.Toutesfois plufieurs y faifans fraude,, 6c baillans leurs enfans à quelques
5g DE LA REPVBLIQVERomains comme efclaues pour les affranchir affin quils fuffent citoyes
Romains, il fut dit par la loy Claudia ôc conformée par arreft du fenat ôc
par edit des Confuls que touts les Latins quiauoyent contre les traitez
obtenu droit de bourgeoifie retourneroyentaupays:ce quifutfaità la
requefte des citez Latines. Ainfi fe doibt entendre ce que dit Boece,que
les Romains enuoyez aux colonies Latines,perdoient la cité : ôc ce que
4.1&.14. dit Tite Liue 4, que par arreft du fenat, il rut dit que les colonies en-
uoyees à Pouzol ôc àSalerne,n’eftoyentpoint citoyens,c’eft à dire poul¬
ie regard des voix aux eftats. Ainfi eftoyent ceux de Reims, ôc de Lan-
gres,& de Saint6ges,& de Bourges,ôc de Meaux , Ôc d’Autun,alliez des
Romains ôc citoyes, fans voix,dit Tacite,ores qu’illeurfuft permis d a-
_juoir eftats ôc offices honnorables enRomme. ôc ceux d’Autun furent
c premiers qui curent priuileige d’eftre fenateurs Romains, & s’appela' ^yent frères des Romains, combien que les Auuergnats preuoyêtauf
& fi cefte qualité,comme eftants extraits desTroyens,ainfi que ditLucan.TV H Qril eft fans doubte que les colonies Romaines,eftoyent vrays ôc natu-s rck bourgeois extraits dufang des Romains, vfans;cLe mefmes loix,3;. c .1 .1 cap. magj^.rats^ cou^umcS5 qU[ çfi- la vraye marque de citoyen. Mais plus
les colonies eftoyent efloignees deRomme, moins elles fentoyentla
fplédeur ôc clarté du Souleil,& des honneurs qui eftoyent departiz aux
bourgeois ôc habitans de Romme: de forte que les habitans, deLyon,
CoAf-n^ d yienne,& Narbonne, colonies Romaines, fe fentoyent bien heureuxpriuileges des Italiens qui eftoyent d’ancienneté aU0 ^ ^ s/ liez &eonfederez des Romains,iouiflans du droit de bourgeoifie hon-
^ ^ f norable, fans toutesfois changer ny de loix,ny de couftumes, ny per¬dre vnpointdeleur liberté, ôc pour gaigner ce priuileige, laguerrefo-
cialefutiureepar les Italiens alliez contre la ville de Romme, qui dura
Appian.iib.ï. iufques à la loy Iulia6 de la cité, quileur fut otroyec. car entre les villes
^fiutar’ d’ltalie,il y en auoit de tributaires,dc citoyens, d alliez,de Latins, touts
différends : Ôc mefmes les affranchis qu’on appelloit Latins Iunians, e-
ftoyent bien fugets ôc citoyens, horf-mis qu’ils ne pouuoyent difpofer
©.îegeiuniaNor- de leurs biens °. C’eft pourquoy en la harangue del’EmpereurTybere
quj cfl. en Tacite, &grauee en bronze à Lyon, nous lifons ces mots,< Qujd ergo? non Italicus fenator prouinciali potior eft?comme s’il vou-
7yTacit.hb.xi. jq.t j|rc qU5jjs font égaux. Auffi Tybere l’Empereur7 ofta le droit d’a-
m uoir eftats ôc offices aux Gaulois, qui auoyent obtenu droit de bour-y I- v$U-geoifie Romaine. A ce que i’ay di& fe doit raporter le dire de Pline,l’Ef^ /*^^|>aigne dit-il a quatre censfoixante& dix villes,c eft à fçauoir douze co-lonies.Treize de bourgeois Romains,quarante fept qui ontle droit des
Latins,quatre alliees,fix franches ôc deux cens foixante tributaires. Brief
de touts les priuileiges ôc prerogatiues des bourgeois Romains,il ne s’en
trouuequafi quevn qui fuft commun à touts, c’eft à fçauoir que les
magiftrats ôc gouuerncurs ne pouuoyent prendre cognoiflance descaufes
b.io.epiftol.LIVRE PREMIER. J?caufes d’vn citoyen, quand il y alloit de l’honneur, ou de la vie, & mef-
mement s'il y auoit appel intergetté du citoyen au peuple Romain, ou
à l’Empereur,encores que les gouuerneurs des prouinces euflent8 hau-
te iuftice,moyenne,& baffe,fur tours les fugets des prouinces.Et quant <zXj]>à cefte prerogatiuc elle fut otroyee atouts citoyens Romains deflors 4-—"'que le peuple Romain donna la chaiïè aux Roys par la loy Iunia loy là- T a pqbiî0 Marco
cree, & depuis fouuét republiee & renouuellee par les loix1 Valerie'nes,& par laloy-Sempronia1 &Portiatribunitiarpourobuierauxentrepri- <b-fes des magiftrats & gouuerneurs,qui entreprenoy et fus la iurifdidion pcrdi,cii.
du peuple, &pafloycnt fouuent par deffus l’appel > fans y deferer. maisin Verrem, i. 4.7.Ciceronayant contreuenu fut banni, fes biens declairez acquis&con- ... ^fifquez à la Republique & fa maifon bruûee,eftimee, cinquante mil ef- -eus,où il fut baftivn temple de liberté par arreft du peuple donné par
defàux & contumaces. Ce qui fift deflors enauant les magiftrats plus ^
auifez. C’eft pourquoy Pline le ieune gouuerneur d’Afie, efcriuant + à
Traianl’Empereur des aflemblees de Chreftiens, qui fe faifoy et la nuid
au ijeflort de fa iurifdidion,l’en ay, dit-il, plufieurs en prifon, entre les¬
quels y en a de citoyens Romains,que i’ay mis a part pour les enuoyer à
Rome. & lors que faint Paul fut tiré en iuftice, comefeditieux,&trou-
blanc le repos public, fitoft qu’il apperceuft que le gouuerneur Félix
vouloir entrer en cognoiflance de caufe,il demanda fon renuoy àl’Em-pereur,remonftrant qu’il eftoit bourgeois Romain, par ce que fon pe- yvl ^re de la lignee de Beniamin, & natif de Tharfe en Caramanie, auoit ac-
quis droit de bourgeoifie Romaine. Legouuerneur auffi toft fe depar- ^tit delacognoiflance5&renuo^yiiA^Rame_di&nt, on pouuoitabfoudre
ceft homeicy àpïïr&apïain,s’ilrieuftdecTiné maiurifdidion.autre- Z*4ment s’il n’euft efté bourgeois Romain,le gouuerneur luy euft fait fon
procez,veu que laPaleftine eftoit au parauant reduite en forme de pro-
uince,comme en cas pareil Ponce Pilate ayant le mefme gouuernement
fut contraindb de condemner lefuf-Chrift, comme fuget de prouince
& tributaire, combien qu’il ne cherchait quà s’en lauer les mains, s’il
euft peu en fe faifant euiter le crime de Pefc Maiefté qu’on luy met- ^ ^ ^
toit à fus : & pour s’en iuftifieril enuoya le proces à TibereFEmpereur
comme dit Tertulian. Et fi les magiftrats municipaux euflent eu haute fyr* ^ ^
iuftice,ils ne Feuflent pas renuoy é au gouuerneur criant qu’il auoit mé¬
rité la mort, mais qu’ils n*auoyent pas puiflance de luy faire fon proces,
car les magiftrats municipaulx des prouinces riauoyent aucune iurif-
di£tion,horfmis que de m ettre en faifïne pour le danger* éminent, & ^
de receuoir les cautions, & quelquesfois eftablir tuteurs aux6 pauures j
orphelins, mais ils riauoyent aucune cognoiffance criminelle,ny fus le s
bourgeois Romain,ny fus le fuget de prouince,ny fus Peftranger,ny fus
les afranchis,ains feulement fus les efclaues,qu’ils pouuoyent7 condam¬
ner aux verges pour le plus. Car quant à la iurifdidion qui fut donnéejJLi.l.dies.§. ditas
de damno infefto.
; 1. iuberecaucréde
iurifdifr. 1. ea qua:
; ad municipal.6.1. in ius dâdi. de
 dac.7.1.magirtratibus.
deiurifdic.orn.iu,-> die.
6o DE LA REPVBLI QJ/ Enb'cù,tf.ecnf°‘ aux defenfeurs des villes, ils furent eftablis par Valentinian8, trois cen
h '* '■> ^quante ans après : de forte que la Iunfdict.on vniuerfelle » apparte",‘..V colt off pr°' n0U aU g°uuemeur prouincc, ou à fes lieutenans priuatiuementî
touts autres;& ceux-là s’abufent grandement qui penfent, que les prc_
» ftl es & pontifes de Iudee pour leur qualité de preftrife firent confcien
„ ce condamner Iefuf-Chrift à mort : &c fur cela ont conclud que les
„ §cns d’Eglife ne doibuent donner iugement qui porte execution de
fang.Car au parauât que la Paleftinefuft reduite en forme de prouincc
il n y auoit que le fenat des Iuifs de l x x i.compofé en partie depreftres
& Leuites, qui eullent la condamnation de mort : comme l’interpretc■M. i. in çap. j.Hiere-Caldæan1 monftre euidemmét,&encores mieux les pandeûes desHe-
“tTtuio Sanedrin. bneux Y01*3 donc le plus grand priuileige propre aux bourgeois Ro-fs Panluc P iv-z-inc rnainc fniirt- /-î D : ; : ... t r . 1 o r - J- - v L/de agricultura^8 mams;>& duquel touts citoyens Romains îouifloient. Les autres fugets
îcfti & rabi Mofes des Romains, qui n auoy ent pas ce p riuileige, n’eftoy ent pas apnelle7lib. j. nemorehà- :1 » /!.:*._ >1 1 rn-° ■ J v r, nneuoquim,fx y A r - o 3 J r rr ^citoyensrmais il ne s’enfuit pas qu’ils ne fuflent citoyens à parler propre¬
ment,& félon la vray e fignification de citoyen. Car il faut quib fuflent
citoyens,ou eftrangers,ou alliez, ou ennemis, puis quils n’eftoy ent pas
efclaues. on ne peut dire qu’ils fuflent alliez, attendu qu’il n’y auoit que
les peuples libres, ôc qui gouucrnoyent leur eftat qu’on appellaft alliez:4 on ne Peut dire auffi qu’ils fuflent ennemis, ny eftrangers, y eu qu’ils c-ftoyent fugets obeiflans, ôc qui plus eft tributaires à l’Empire Romain,Il faut donc conclurre quils eftoyent citoyens, car ce feroit chofe bien
abfurde de dire que le fuget naturel en fon pays, ôc foubs l’obeiffance de
fon prince fouuerain fuft eftranger. C’eft pourquoy nous auons dit que
le citoyen eft le franc fuget tenant de la fouueraineté d’autruy. Mais les
prerogatiues ôc priuileiges qu’auoyent les vns plus que les autres, fai-
p ' foyent qu’onappelloitlcs vns citoyens,les autres tributaires. Encores li-^onsnousclucrLmpereurAugufteeftoitfîialouxdes priuileiges,qu’il
gdio " ne voulut 3 onques donner droit de bourgeoifie à vn Gaulois,quelque
4/rranquii.iniui- priere que luy en fift fa femme Linia, bien qu’il l’affranchift de payer
tailles, ôc trôuua fort mauuais, que fon oncle Cefàr 4 donna le droit de
„ bourgeoifie à vne légion de Gaulois, qu’il auoit furnommee la Ioiiette,
C*> atouts les habitans de Nonocomme : ôc blafmoit aufli Marc Antoi-h lle d’auoir vendu à pris d’argent le droit de bourgeoifie aux habitans
voy ^ Sicile. Toutesfois fes fuccefleurs n’en furent pas fi foigneux:& défaitj.i.in orbc.de fta- Antonin le Piteux par vn edit généralJ qu’il fift,otroya à touts fugets de
ad l’Empire, droit de bourgeoifie Romaine:fuiuant l’exemple d’Alexâdre
^ grand qui eftimoit toute la terre vne cité, ôc fon camp la forterefle d’i-^ U ^ cc^c* ^ neantm°ins ^es vns auoyent toufiours quelques priuileges pluse. 1.1.& toto tit.de Ve lcsautres)c°mme nous lifons aux loix des6 Romains. Car mefme
cepio canius nous trouuons Clue l’Empereur Seuere après Antonin plus de cinquan¬
te 7 ans fut le premier qui donna le priuilege aux Alexandrins de pou-
uoir eftre fenateurs Romains:& au parauant Antonin les Ægyptiens nepouuoient
epift.6.. Plutar. in Pelo-
,ida.l. Idem in Deme¬
trio.LIVRE PREMIER. 4*pouuoyent obtenir droit de bourgeoifie Romaine, s’ils n auoyent efté ^ ^ ^ ^
bourgeois d’Alexandrie 8. qui eft bien pour monftrer que les priuilei-
ges ne font pas que le füget foit plus ou moins citoyen, car iln y a Ré¬
publique où le bourgeois ayt tant de priuileiges ; qu il ne foit auffi fuget
a quelque charge,comme les nobles font bien exempts des tailles, mais
ils font fugets à prendre les armes pour la defenfe des autres, au prix de
leurs biens,de leur fang,& de leur vie. Et fi les prerogatiues & priuileges
que les vns ont par deflüs les autres, faifoyent le citoyen : les eftrangers,& les alliezferoyent citoyés:car bien fouuent on donneaux eftrangers,& aux alliez le droit de bourgeoifie par honneur,& fans aucune fugetio:comme le Roy Loüys xj. fut le premier qui fut bourgeois de S uille, ôc ^
le Roy de Perle donna droit de bourgeoifie a7 Pelopidas yôc a toute la
lignee traitant alliance auecluy. les"Atheniens firent Euagoras Roy de -Id<Cypre,& Denys de Syracufe tyran de Sicile, ôc les Roys d’Afie Antigo¬
nus ôc Demetrius bourgeois d’Athenes. Et qui plus eft les Atheniens
donnèrent à tous les Rhodiots droit de Bourgeoifie. &lesRhodiots
firent auffi tous les Atheniens leurs bourgeois, comme nous lifons en
Tite Liue:& cela s’appelle traité-de combourgeoifie : come le traite fait
l’an m. d. xx v 111. entre les Valefiens,& les cinq petits cantons:& entre
les cantons de Berne & deFribourg, l’an M. d. y. qui emporte honeur,
amitié,alliance, (ans aucune fugetion des vns aux autres:mais il eft de tel
effed que le fuget des vns, peut aller fans congé demeurer au pays des
autres,&iouyr des priuileiges de bourgeois fans lettres de naturalite. ôc
mefmes lesCorinthiés qui n auoyent rien que l’encoulure de la morree,
firent Alexandre le grand leur bourgeois,difins qu ils n auoyent iamais
fait cefthonneur que a Hercules, ôc toutesfois il eft bien certain que ces
Roys là n’eftoyent pas fugets des Atheniens: de forte que le droit de
bourgeoifie n eftoit qu’vn titre d’honneur. Puis donc qu il eft impoffi-
ble que vne mefme perfonnefoit eftranger,ou allie, ôc citoyen , il faut
bien dire que les priuileiges ne font pas le citoyé, mais l’obligation mu¬
tuelle du fouuerain au fuget,au quel,pour la foy, ôc obeiflance qu il re¬
çoit,il doit iufticeJconfeil,c6fort,ayde,& prote£tion:ce qui n eft point
deu aux eftrangers.Mais dira quelcun,comment ce peut-il faiie, que les
alliez des Romains j & autres peuples gouuernans leur eftat fufient ci¬
toyens Romains ( comme ceux de Marfeille, ôc d Auftun en ce Royau¬
me) veu que Ciceron au plaidoy é de Cornelius Balbus dit en s e fi: riant,Oies beaux droits des bourgeois Romains ! queperfonne ne puifie e-
ftre bourgeois de Rome, ôc d’vne autre cité : que perfonne ne puifle e-
ftre bouté hors,ny retenu par force en noftre cité:s esbahyllant comme
les Grecs foufroyent qu’on peuft eftre bourgeois de plufieurs citez.Quanta ce qu’il dit des Grecs,la loy de Solofi eftoit lors abolie, quine
vouloit pas quel’eftrangcr euft droit de8 bourgeoifie en Athenes, s il 8.piutar.inSoione^. ^ r
n eftoit banni de fon pays-.ce que fift Solon, comme il ek vray-fembla- ) *fr* ^ o
Ci- DE LA REPVBLI Qjy Eble affin que nul ne iouift des priuileges de bourgeoifie, qui fuft fuget
alafouueraineté d’autruy, à quoy Plutarque qui s’esbahift deceftelov
n’a pas pris garde. Auffi trouuons nous plufieurs bourgeois d’Athenes
s,. Scncca in epîft. étrangers, & qui n eftoyétpas bannis, comme i’ay remarquécy deffus-
;'d a. Ne- & meimes Pomponius Atticus,duquel font ilTus trois’ Empereurs Ro-
posm Auici vùa. mains., refufa le droit de bourgeoifieluy eftant prefenté par les1 Athé¬
niens, craignant comme on difoit, perdre le droit de bourgeoifie Ro¬
maine. ce qui eft bien vray pour le regard des vrays fugets & citoyens,
&non pas des bourgeois d honneur,qui ne (ont point fugets:ny des ci¬
toyens de plufieurs citez foubs vn mefme Prince, chofe qui eftoit per-
ojînus.ad mum. mifededroit commun. Car combien qu’vnefclauepuiffe eftre àplu-
fieuis maiftres, & vn vaflal aplufieurs feigneurs égaux tenans d’autruy:
il eft-ce qu’il ne fe peut faire qu vn mefme citoy e foit fuget de plufieurs
Princes fouuerains, s’ils n en demeurent d’accord, car ceux cy ne font
point fugets aux loix, comme les feigneurs tenans d’autruy, & les mai¬
ftres d’vn efclaue,qui font contraints s’accorder, pour le regard du fer-funt fui ycI alieniuice quel efclaue leur doit,ou le1 vendre. Qui eft vn point pour lequel
iuri*. nous voyons fouuentla guerre entre les Princes voifins,pour les fumetsdes frontières, qui s’aduoüent tantoft de Tvn, tantoft de 1autre, &ne fça-
uent auquel obeyr:& bien fouuent s’exemptent de l’obeïffance de tous
deux:& ordinairement font inuadez ôc pillez des vns &desautres:com-
me le pays de Vvalachie qu’ils appellent Moldauie s eftant exempté de
l’obeiflance des Poulognois,a efté afTugeti des Turcs ; ôc depuis s’eft re¬
mis en la fugetion des Roys de Pouloigne en payant néanmoins tribut
au Turc: comme i’ayapris des lettres de Staniflaus Rofdrazeroftri en-
uoyees au conneftable de France en date du x v 11. Aouft m. d. l i i i.
Toutesfois il y a plufieurs peuples fus les frontières qui fe font afranchis
m durant les querelles des Princes, c5me il eft aduenu au bas pays du Liè¬
ge,de Lorraine,ôc de Bourgogne, où il y a plus de douze fugets du Roy
de France ou de l’empire ou d’Hefpaigne qui ont impieté la fouueraine-
ff te.entie lefquels 1 EmpereurCharle v.mettoitle ducdeBoüillon, qu’il
v appelloit fon vaflal: & parce qu il eftoit fon prifonnier Pan m. d. l v i. au
tiaite fait pour la deliurance des prifonniers,il demandoit cent mil liures
de rançon,pai ce qu il fe difoit fouuerain.Mais il y en a bien d’autres que
le Duc de Boüillon: ôc fans aller plus loin que fus les marches deBour-
. gongne il y en a fîx,qui tiennent le pays qu’on appelle de furceance,du-011 nes eft peu accorder. & en Loraine la terre ôc feigneurie delou-
f f» v ures:ce qui eft auffi aduenu fus les frotieres d’Efcofle&d’Angletem^où
^^particuliers fe font faits fouuerains depuis xx.ou xxx. ans cotre les an-
ciés traitez.Carpour obuier a telles entreprifes, les Anglois ôc Efcoffois
ont accorde de toute anciennete que les débats, c'eft à dire certain pays
ainfî appelle fus les frotieres des deux Royaumes,qui a cîq lieues de log,
ôc deux lieuës de large, ne fera labouré, ny bafti, ny habité, mais bien■ «J '
LIVRE PREMIER. 63qu’il (era permis aux deux peuples d’y mener paiftreleurbeftail,à la
charge que fi après le Soleil couchât ou deuât le Soleil leuât il fe trouue
aucun beftail, il fera à celuy qui le trouera, c’eft Fvn des articles arreftez
aux eftats d’Efcoffe tenuz l’a 1550. & enuoyez au Roy Hery poury eftre
par luy pourueu.Mais quâd les feigneurs fouuerains demeurer d’accord
come leSuiffes du pays de Lugan,& autres terres par delà les monts, qui
aparciennent en commun à tous les feigneurs des ligues, où ils enuoyet
leurs officiers chacun câton en fon tour, alors les fugets ne fot pas repu-
tez fugets de plufieurs (ouuerains_,ains d vn (eul qui comande en fon 01-
dre. fi ce n’eft que les vns vueillent entreprendre fus les autres comme il
s’emeut vne (édition entre les (ept catons catholiques,& les quatre pro-
teftans l’an 1554. les catholiques vouloyent chaftier les habitans de Lu-
gan ôc Louuerts,quifedepartoyentde l’Eglifecatholiquedesproteftâs
l’empefchoyent&ia eftoyent fus le point de prendre les armes les vns
contre les autres,fi les cantons de Glares,&: d’Apâzel, qui foufroyent les
catholiques ôc proteftans,enfemble l’Ambafladeur du Roy de F race ne
fuflent interuenuz. Or le bourgeois ôc fuget pour le tout d’vn Princefouuerain,ne peut eftre que bourgeois d’honneur d’vne autre feigneu- y*rie.Par ainfi quand nous lifons que le Roy Edouart premier donna droit ^ ^de bourgeoifie aux habitas de baffe Bretaigne, celas’entend pour iouir_^^^^f_
deslibertez exemptions ôc franchifes dont iouiffoyent ceux du pays,
autant dirons nous des Bernois ôc des habitans de Genefue qui s’ap¬
pellent parles traitez d’alliance égalé ôc par lettres combourgeois. Car
quanta ce que dit Ciceron qu’il eftoit en la puiflance du bourgeois
Romain de quitter fa bourgeoifie, pour eftre citoyen d’autruy. cela e- rljde iuj| l
ftoit de toute ancienneté, &tout certain par les loix des1 Romains, & inbeno.priti.eod.
prefque toufiours alieu és Republiques populaires, où chacun bour- £4'lmerc '
geois non feulement a part aux offices,ains aufli à la fouueraineté: com¬
me en Rome Ôc en Athènes,, où il eftoit aifement permis de quitter le ^ ^ ^
droit de bourgeoifie: ôc ne fepouuoit ottroyer en Athenes àl’eftrâger,tra Eubulidem.s’il n’y auoit fix mil citoyens qui l’euflent accordé balotant à5 couuert. 30 ce ai dsfufra
mais aux pays ty rannizez ou par trop fugets, ou mal-plaifans ôc inferti¬
les,comme en Tartarie &Mofcouie:non feulement les fugetz ains aufli
les eftrangeys depuis qu’ils y ont mis le pied n en 4 peuuent (ortir.ee qui 4- sigîfmundusii.ber Baro ab Her-eft aufli pratiqué en Æthiopie fi oncognoift que l’eftrangerquiymet uefteinhiftoria
le pied eft homme d’efprit,on le retient; par biensfaits,ou bien par for-j. François Alua-ce,s’il veut s’abfenter,aulieu qu’ilfaut achapter bien chèrement,ou me- ^hlôpief^V6 ^riter ce droit à Venize ôc autres Republiques franches. Mais quoy que Ç Vp- $die Ciceron qu’il ne fuft point defendu de quitter la fugetion des Ro- 1 1 \mains,&aller autre part, cela ne fait pas qu’il 11e foit en la puilfance de
tous feigneu rs fouuerains retenir leurs fugets,& les empefcher de fortir ^ d ^ Yde leur obeiffance. Aufli voyons nous en tous les traitez de paix ou d al-
hance-çefte claufe ordinaire, que les Princes ne receuiont les fugets, & ^ Ÿf ij
6 4 DE LA REPVBLI QV Evaflauxles vns des autres en leurprotedion,bourgeoifie, oupriuilegesfans leur confcntemcnt exprès :qui eft conforme à la claufe ancienne ra-
portee par Ciceron,Ne quis foederatorum à populo Rom. ciuis recipe¬
retur mfi is populus fundus fadus effet :id eft audor, ôc combien que
la maifon de France& les feigneurs des ligues foyent eftroittement alliez
toutesfois le traitté d alliacé fait Fan m. d. x x.porte la claufe que i’ay dit.
Et le fèptiefme article du traité fait entre le Duc de Sauoy e & les cinq pe¬
tits cantons m. d. l i x.fi ceux qui demâderoyent bourgeoifie d’autruy
ne vouloyent demeurer en fon pays demeurant fes biens fugets comme
au parauant.Et outre les traitez il ny a Prince qui n en face ordonnance.
. Et bien fouuent le fuget n’oferoit feulement fortir du pays fans congé,
corne en Angleterre,Efcoffe,Dânemarch,&Suede,les nobles n oferoiét
s abfenter du pays fans congé,s’ils ne veulent perdre leurs biens.comme
il fut aufli defendu par l’Empereur0 Augufte à tous fenateurs de fortir de
AuJuftoqUîl n Italie fans fon congé, & fut toufiours gardé bien eftroitement.Et parles
ordonnances d’Efpagne il eft defendu de pafler aux Indes Occidentales
fans le congé du Roy d’Efpagne. ce qui fut aufli ancienement defendu
en Carthage, quand le capitaine Hannon eut defcouuert les Ifles des
Maderes. Et par les ordonnances de Milan il n eft permisàfuget quel¬
conque receuoir droit de bourgeoifie, ou traitter alliance, ou ligue
quelconque auec les autres princes &RepubIique,fàns expres congé du
Sénat de Milan.Et qui plus eft on voit fouuent qu’il n’eft pas feulement
permis de changer fon domicile, encores qu’on ne forte point de la fei-
gneurie ôc obeiflance du prince fouuerain. comme au duché de Milan* Piin.iib.io.epi- ^ ftigetvenaj.it demeurer en la ville de Niilan ôc banlieue de Milan doit
ftoi.84.icn7. obtenir lettres ôc payer trois ducats. Aufli nous 6 trouuons qu’il fut
defendu aux Bithiniens fugets des Romains receuoir les autres fugets
en leur ville, ny leur donner droit de bourgeoifie : comme il fe faifoit
fouuent pour decliner la iurifdidion, ou pour frauder les droits des
7. 1. vit. démuni- tailles ôc impofts : auquel cas la loy7 veut, que celuy qui a changé de
sM’an^fr!c domicile, porte les.charges en deux lieux, ce qui fut aufli ordonné par
i.'^Gaiiusparte* 4. \esRoys plliliPPe 8 IeBel5 1 Charles v. ôc Charles vij. Mais bien
r. ijis. l’ordonnance de Philippe le1 long, veut que le preuoft ou baillif du
lieu aflifté de trois bourgeois, foit contraint receuoir quiconque vou¬
dra des fugets du Roy au droit de bourgeoifie,pourueu que dedans Fan
ôc iour il achapte vne maifon duprix de l x. fols parifis, & qu’on le fi-
f gnifie par vn fergent au feigneur duquel il eft iufticiable, ôc qu’il de-^ meure au lieu où il aura efté receu bourgeois depuis la Touffaints iuf»
ques à la faind Iean, en payant autant de taille qu’il payoit au parauant
qu il euft changé, iufque à ce qu’il fe départe de la nouuelle bourgeoi¬
fie, pourueu que ce foit fans decliner la iurifdidion pour les proces in-
j.ii.i.Leiues i. tentez trois mois au parauant. Mais quoy qu’il foit permis aux fumets deaflumpuo ad 1. , 1 j • -1 r n ® tmunicipal. changer le domicile, 11 elt-ce qu ils ne peuuent * renoncer au pays deleur
L I V R E P R E M I E R. 6;leur nailfance:& beaucoup moins les cenfiers de main 4 morte, qui neA- . - - -« - -i n . afcipti glebar.pouuoyét;anciénement,châger leur domicile,fàns priuilege fpecial. Et £*■ 1 _ 1:„ .. n. J.. l-l > /1 daauthcnc dema-
dacis princip.§.fu-generalemét on peut dire en termes 4 de droit, que la bourgeoifie n’eft fcipicites, incoll
point perdue,ny la puiffâce du prince fur fon fuget,pour châger de pla- ^“"‘3 j™-maioricate &obc-ce ou de pays:no plus que le vaffal 11e fe peut exépter de la foy de fon fei- ^
gneur,par le droit des fiefs, ny le feigneur quitter la prote&io du vaffal, 6. l.i.l.originem
{ans le c6fentement7l’vn de l’autre,eftâtl’obligatio mutuelle ôc recipro- i^dgScTa^ (hque,s’il n y a iufte occafi5. Mais fi lvn ou l’autre a prefté cofentemét ex- $près,ou taifible,&que le fuget quittât fon prince foit aduoüé d vn autre ca dpar la foufrâce du premier,il n’eftp plus tenu del’obeifeâce qu il luy de- Toio™^ *
uoit. Car bien fouuét les princes attirét les eftrâgers en leur pays à force qUaih«VaSu-
de priuileges, foit pour fortifier ôc peupler leur pays, foit pour afoiblir rarc’
leurs voifins, foit pour gaigner les gentils efprits,foit pour l’honneur &
gloire des villes nouuellemét bafties.come fift Thefeusle premier, ot-
troyât droit de bourgeoifie à tous eftrâgers qui viendroyent demeurer
en Athenes:&Alçxâdrelegrâd,ayât fondé la ville d’Alexâdrie,ottroya 1 iofeph. üb.5.
de grands priuileges à tous1 habitans, ôc en peu d’annees elle fut Fvne belllludaicl”
des plus belles Ôc fteuriffantes villes du mode, le Roy François le grand ***ayât bafti le Haute de Grâce auffi toft le replit d’habitans, qui regorgét
maintenâtpour l’exéption des charges quil donna. Aufli voyons nous 3, la ville de Lodres aboder en peuple,&: remplie de marchâs Ôc d’artifàns,
pour le priuilege que dona Richard Roy d’Angleterre à tous eftrangers
qui y auroyent demeuré dix ans , de iouyr des priuileges de bourgeois,
qui eft vne ordonance comune en Suifïc, ôc prefque en toutes les villes
d’Alemaigne coformeau droit3 co mu n.Vray eft quil y a plus ou moins ^ {^ ^cincoIi4
de téps és vnes,que es autres,felo la comodité du lieu, ou la grâdeur des. ^ ^priuilegesrcome à Venize pour obtenir les priuileges de fîmple citadin, J L
(fans autremét auoir part aux eftats,hormis à quelques menus offices ) il. u*.faut auoir demeuré xim.ansdedâs la ville. Encores ne fufift il pas d’auoir^o ^ c
demeuré au païs d’autrui le téps prefïx par les couftumes, pour acquérir
droit de bourgeoifie,fi l’eftrâger ne demâde le droit de bourgeoifie, Ôc
qu’on le4reçoiue.car il fe peut faire q l’eftrâger ne voudroit pour chofè
quelcoque châger de prince,encores q fes affaires le retiénent hors de fo
païs.Cobien que;plufieurs fot d’auis, qu ayât demeuré le téps prefix au ;• Bald
païs d autruy ,fâs auoir obtenu lettres de naturalité, qu’il eft capable des i^e'rcguia cato.
laiz teftamétaires,ce qu’ils accordét pourlafaueur des teftaméts,& mef- ^^ddcgàti'.a^l
mem ent des laiz6 pitoyables faits aux pauures eftrangers, qui font tou¬
fiours autâtrecomandezqucles veufues &orphelins:maispouracque- ^
rir plein droit,& priuilege de bourgeois,il ne fufift pas d’auoir demeuré 6.1. ea.m
le téps porté parles ordonances,fi on n’ademâdé,&obtenu lettres de na1.proxime, de iisturalité. Car tout ainfi q la donatio ne vaut rié fi le donateur n’a prefété, 2“^"ufamcnt°& le donataire accepté l’offre àluy faite:auffi Teftrâger n’eft poit citoyé
ny fuget du prince eftrâger,s’il n’a receu le benefice du price eftrâger,&f iijgü.l.?.§-<]uandode iure fifei. Alex. ^
confil.îj. lib.4.. &
confil.41.libf.
66 DE LA REPVBLIQJEdemeure toufiours fuget de fon prince naturel: & en cas femblable fi on
l'a refuzé.Cefut la raifon pourquoy le côful Mancin qui fift la paix auec
les N umantins,& les capitaines qui traitèrent auffi auec les Semnites, e-
ftant prefentez parles Hérauts d’armes aux ennemis, & par eux refuzez
s’en retournerent à Romme:où il y eut grand débat, &plufieurs difpu-
( : tcs>qui nef°nt pas encores bien refolues,pour la diuerfité des opinions'tn 7.i.vit.aeicgat. differentes7 deBrutus,&deScæuola. Carlors que le Conful fut rentré
au fenat, le Tribun du peuple le fift fortir:mais en fin le fenat declai»
.. v ’ rapar fon arreft,qu il n’auoit perdu le droit de bourgeois Romain,eftâtrefuzé des ennemis: combien que à la vérité8 il fuft non feulementpri-
~ué du droit de citoy en, ains auffi fait efclaue des ennemispar arreft du
de légation.& ex peuple^pour auoir fans Ton congé capitulé. & traidéla paix auec les enCicerone mtopic. . • 0r n • >-i r n n - / t * ILe citoyen ncmiK&biUoitqu il fuft reftitue par le peuple. Toutesfoislaplusdou-
liuré aux «opinion interpreta quelapriuation eftoit conditionnelle,au cas qu’il
ennemis, rx:ccu desenncmis.Si donc l’cftrâger ne perd point le droit de bour-
s’il n’eft re- geoine quâd d s’eft aduouc d’vn autre prince,& qu’il.a efté refuzé,mois
ceu, il ne !c perdra celuy qui ne l’a pas requis, & lors qu’il a efté offert a efté refuzé:
*** *' ' perd point & beaucoup moins s’il n’a point efté prefentéau prince eftranger, & n’a
t " laçite. recluis de luylcttres dc naturalité, mais feulemét a demeuré en fon pays
comme eftranger l’efpace de temps prefix par l’ordonnance. Qui eft
f mlTitï' Pour décider la difficulté que fift le fenat » de Naples, & n’en refobt rie
“r * ffuok celuy qui auoit demeuré toute fa vie en pays eftranger]
tuhom. debuoit îouyr des droits de bourgeoifie en fon pays. Plufieurs1 ont
tranché court qu’il n’en doibt iouyr : difant qu’il faut auoir efgard
au lie u du donncilcimais ie ferois d’aduis,fi mes aduis auoyent lieu,que
ceftuy-la doibt iouyr dupriuilege de bourgeoifie, s’ilny a renoncéf * , liberis agnofcëd.fFexpreflement,ou qu'ily euftactes contraires au fuget naturel: & ne fuis
IcStTb.t Pas 'feul de c’cft aduis, les ades contraires font le banniffementperpe-
* !" dc Lt-" C,U OU lc,rcfus d’obeyr àfon prince eftant fommé:ou s’il obtient lettres
gac.a£Ho.&b î. de naturalité d vn prince eftranger, attendu que le confentement taifi-
6d",iaffor.lmu$ e ble, n’eft point eftimé confentementJ en chofe preiudiciables’iln’eft
expies, quâd autrement on peut interpreter la volunté de celuy qui ne
l’apointdeclairee.C’eft pourquoy leparlement de Bordeaux iugea que
9. « i. aitumptio. vn Efpaignoî fils d’vn François fuget naturel,debuoit iouyr du droit de
JA. ,^d"'““c,^|'--bourgeoifie fans lettres de naturalité 0 .Maisfil’eftranger quiaobtenu• -^^^-vlettresde naturalité hors fon pays n’y veut demeurer, il perd le droit
q'^yP^^d: carlafidrion double n’eft pas receue en droit. Et pour
Lt4b*4l S^- c'^aAA(:e} cauIcle R°y Louys x i1. débouta du droit de bourgeoifie touts
eltrangers,qui auoyent obtenu lettres de luy,& s’eftoyent retirezhors4.dei'an:jdM;n. du Royaume. Aufli parles couftumes, & mefmes de champaigne, &
>«• par les ediéts4 il faut demeurer le temps prefix en ce Royaume, & obte-mr lettres,& payer finances.Ces raifons monftrent la différence qu’il y a
non feulement entre le citoyen, & celuy quinel’eftpas, ains auffi des
LIVRE PREMIER. 67 ,citoyens entre-eux:& que 11 nous fuiuios la variété des priuileges pour Différence
iuo-er la définition du citoyen, il fe trouueroit cinquante mil defini- des fugets
tions de citoyen : pour la diuerfité infinie de prerogatiues que les ci- aux eftraiv
toyens ont les vns fus les autres, ôc fus les eftrangers. Et mefmes il fe gers,
trouueroit que l’eftranger en plufieurs lieux feroit plus vray citoyen
que le fuget naturel:comme àFlorence plufieurs habitans prefenterent
requeftes au nouueau duc,pour eftre eftimez,& reputez comme eftrâ-
gers,pour laliberté des eftrangers, ôc fugetion des citoyens. Et néant-
moins il y en a de fi priuilegiez par deffus les autres, que pour vne fois
le Duc receut cinquante mil efçus,pour cinquante bourgeois qu’il fift:
en quoy il vfa d’vn tour de maiftre, croiffant fa puiflance d’autant de fi¬
deles fugets,ôc rauallant celle des coniurez contre luy, auec vne bonne
fomme de deniers qu’il eut. Ainfi firent les Venitiens apauuris parles
vidoires des Geneuois, ôc craignant la rebellion de plufieurs fugets à
peu de feigneurs, vendirent * le droit de gentil-homme Venitien à trois y Sabdliç.^
cens Citadins, pour s’apuy er de leurs biens, de leur force, ôc de leur co-
feil.C’eft doc larecognoiflancc, ôc obeiftance du franc fuget enuers fon
prince fouuerain,& la tuition,iuftice, ôc defenfe du prince enuers le fu¬
get qui fait le citoyen:qui eft la différence eflentielle du bourgeois àl’e-
ïtranger. les autres différences font cafuelles, ôc accidentaires : comme
d’auoir part à touts,ou à certains offices, ôc benefices, defquels l’eftran-
ger eft débouté quafi en toute République. Quat aux offices il eft bien
certain : mais quant aux benefices, encores que les Papes y ay ent long
temps refifté, pour en départir àqui bon leurfembloit, fieft-ce que
touts les princes,chacun en fon reflort,s’en font à croire : Ôc principale¬
ment les pays de redudioir.comme laFrance.carles pays d’obedience,
comme l’Efpaigne, l’a obtenu parla bulle6 de Sixte Pape. Et mefme à Baid.c0nfii.4tf.
Boulongne la grafle,ou le Pape eft feigneur fouuerain, les offices & be- llb l-
nefices ne font donnez 7 que aux habitans & fugets naturels, le fembla-8. in ftatutis Po-ble fe fait en toute la feigneurie de Venize.Quant aux Polaques leurs or- lonl*‘
donnances en font pleines depuis Cafimir le grand 8iufques àSigiC-
mond Augufte:à quoy les Alemans auffi ont doné bon qrdre par leurs
concordats : qui fut la caufe que les maiftre efcheuin ôc treiz e de la ville
de Mets fe plaignirent par lettres dumoysdeMars m.d.lxii i.que la
ville deMets eftoit comprife aux concordats d’Allemaigne, ôc que le
Roy 11e debuoitfouffrirles courtifàns deRomme venir prendre poflel-
fio des benefices de Mets,pour en exclure des fugets pourueus par l’or¬
dinaire. L’autre priuileio-c des citoyens eft, qu’ils font exempts déplu- ©.Baid.in i.quodr 1 T> n fL o fauore.de legib.iieurs charges que 1 eltranger elt contraint porter, comme ancienne- Akxad.confîi.ioj.
ment en Athènes les eftrangers payoyent le droit de domicile9, &les ^'cmofthenes
bougeois eftoyent affranchis de touts impofts. Mais le plus notable pri- montra Nexnm•r • n n J-1 • J /• iKWOJXiÇV vacat.uilege que le citoyen a par deflus l’efiranger eft, qu 11 a pouuoir deraire
teftament, &difpofcrde fes biens félonies couftumes: oubienlaifferf iiij
*DE LA REPVBLIQJ/E^rëi ^ — fes Prochcs Parcns hcriticrs:lcftiangcr n’any fvn,ny 1 autre, & fes biens
Droit d’au- (ont acquis aufeigneur dulieuoùileft mort. Qui n eft point vn droit
beine ancie nouueauenFrance,comme les Italiens fepleignent,ains au'ffi commun
ôc comun, au Royaume d’Angleterre, d’Efcofle, de Naples, de Sicile, ôc à tout
au* Grecs 1 Empire d’Oricnt: où non feulement le grand feigneur eft héritier des6 Latins,ôc cftrangers,ains aufli des Timariots pour les immeubles,& des autres fu-
aux Turcs. gets pour la difme. comme anciennement en Athenes1 le Fifque pre
‘ÆSJïïSt ‘j01rcIaf!fefme paraedela fiicccffionde l'ert ranger & toutsles enfans
tjib.î. de tes elclaues : & en Rome la rigueur y eftoit bien plus grande, qu oyque die Diodore % que les Ægyptiens & Romains louffroyent les héri¬
tiers des eftrangers,appréhender la fucceffion:& en parle comme eftrâ-
ger,qui ny a pas pris gardercar il eft bien certain qu’il n’eftoit aucune¬
ment pet misa l’eftranger, dedifpoferdefesbiens, & ne pouuoit rien
u.dewaib. “uoirJuteftamentdvn bourgeoisRomain,mais le fifque emportoitfa
inftiru. c.i i.§.z. lucceflion. nosloix3en font pleines: ceque nous pouuons aufli iuger
Par le p'aidoyé de Ciceron,lequel pour monftrer que le poëte4 A rc Was
bourgeois Romain, dit entre autres chofes qu’il auoit difpoféde
iis qua: no feriptis. fes biens par teftament. & luy mefme en fon fait pour donner à enten4. xn oracionc pro 1 ï» n 1 T -rc 1 / *■ «wuhvi atuuu-Archia. dre que I arreit de banniflement donné contre luy à la pourfuite deD"»” Trf»u.cftoî..nul, Qui eft, di-il, lebouîgeoUbeine en araitdifncukedemelaiflerce quiluyapleuparteftament,(ànsauoiref-
Angleterre. gardal’arrcft de mon baniflement? Et du mefme argument auoit vfe
Demofthenc', pour monftrer que Euxithenes eftoit bourgeois d’A^
thenes,Ses pares, dit-il, ont ils pas recueilli la fucceflion de fon pere quiI auoit furuelcu ? Et tout ainfi qu’en ce Royaume, & en Angleterre les
feigneurs particuliers ont droit d’aubeine fus leftranger mourant cn
leur tenitoireiaufli les bourgeois Romains5qui auoyent receu les cftrâ-
gers cn leur prûredion, emportoy et leur fucceflion par deflus le fifque:
é. cîccroad^. & appelloyent cela droit d application6. C’eft pourquoy on difoit en
Rome^quele droit defàire teftament,eftoit feulemetpermis aux bour¬
geois Romains.il apert d onc que ce droit d’aubeine eft des plus anciés
& qui a toufiours eft é comun tat aux Grecs, ôc aux Romains : côme aux
auties peuples,iufques a ce q Friderich 11. Empereur y dérogea par vn7 t.omncs.cornu* L: " 1 7 ^ i s ^ * L O Iiija.defuccciïio.c c jquieit blé mal execure. Canlpermet a tous eftragersmourâs aux
enclaucs de 1 Empire,de dilpofer de leurs bies par teftamet ou s’ils meu-
ret las tefter,de Iaifïerleurs ^pclies parés heritiers.mais ceft edit eftaneâ-
s arrcftNoucmbrcnen Ita,1Cî °“lIs vk1K de Plus grâcIe rigueurenuers les eftragers, q ceur
h w qui ont par deçà le droit d’aubeine.Carileftpermis'àreftragerd’aque-
îii en ce royaume tous les biés,meubles,& immeubles,qu’il pourra, &
les védi e,dôner,troquer,& en difpofcr par côtracts faits entre vifs, ainfi
qu’il voudra, & auoir pour zo. ou 30. efeus lettres de naturalité. mais en
plufieurs villes d’Almaigne &par la couftume generale de Bohême il neC| ftj 'ral tftrâSCr d aU-°ir Vn?'cd de terre:c°me cu cas pareil,en Italie
il eft defendu à tous eftragers d’aquerir aucüs immeubles en propriété:
LIVRE PREMIER. 6?comme au Duché de Ferrare la couftume^y eft formelle. Ôc qui plus eft
par la couftumè de Perouze1 il eft deffendu de tranfporcer à 1 eftranger,
non feulement la propriété,ains auffi la pofleflion d’aucun immeuble, canonumftîtm?'
ôc parla couftumè de Milan1, il n’eft pas feulement permis à l’eftran- de co»ft«Ut.i> . t» r r • n u • « t r* . t i.Alexand.conlil.ger d auoir 1 viurruict,ou reuenud aucun immeuble,lur peine de con- x^.ulô. ,lifquerlepris, & l’heritage, auec defenfe aux heritieres d’efpoufer les e-
ftrangers,fur peine de confîfcation. & mefme il n’eft permis au crean- \cier eftranger prendre l’immeuble de fon debteur par faute depayemet iatit-depœnis-
finonàla charge d en vuider5 fes mains dedans l’an, qui contraint les ^°ultume
créanciers de vendre l’heritage à non pris, mefmement fi les habitans Venize-
craignent ou ayment le debteur. Encores par la couftumè de Venife
l’obligation fai&e à l’eftrâger, ne lie point l’heritier fimple du fuget Ve-
nitien,finonpour les biens du défunt, qui eft contre le droit4 comun. ?ut!yen«.P’W‘fta'
Voila le bon traitement que les eft rangers ont en Italie : qui n a pas oc-
cafion defe plaindre de la France, veu mefmes qu’en Angleterre il n’eft
permis aux fugets d’hypothequer feulement leurs biens al’eftranger. Ôc
fouuentles ambafladeurs n’ont plainte que pour auoir raifon des deb- o Sigifmondi
teurs. Et en tout le pays de Lituanie °, Mofchouie, ôc Tartarie,les biens hiftoria
des marchans eftrangers mourans en ces pays là font confifquez. Et
neantmoins en ce Royaume le droit d’aubeine eft modéré,qu’il eft per¬
mis^ l’eftranger mourant hors de France,difpofer des biens par luy ac- ^ arrcft duparIc
quisenFrance à tiltre onereux, &laiflerfès enfans nez en Franceheri- mentdc Pam, dû
tiers,pourueu que la mere ne foit eftrangere. ôc quant àla caufe des let- 6. arreft dudit par-
tresde naturalité, que les héritiers foyent regnicoles, les iuges6 l’ont J'™cntdu7-Ma«
eftendueaux eftrâo-ers demeurans en France, qui font preferez aux plus 7* ?rrcfts dudit1 J i 1 -n 1 r rr 1 n * parlement le 17.proches demeurans hors ie Royaume en la îuccenion de 1 eftranger na- Aouft 't10- ?•
turalizé. car autrement il eft requis7 pour faire fucceder les enfans de l’e- Benedic, in verbo
ftranger,qu’ils foyent nez en France,& d vne bourgeoifie, oufugette
naturelle.Et outre ce que i’ay dit, nos Roys vfans d’vne bonté extraor- vaSs & de
dinaire, ont remis8 le droit d’aubeine à touts marchans eftrangers fre- charies7.i44J.
quentans les foires de Champaigne, ôc de Lyon : ôc aux marchans An- I497;ïf49-
glois en Guyenne.& quant à ceux du bas pays de Frandre,& deBreban,
les villes d’Amiens,Cambray,Tournay, ils n’ont iamais efté fuge^ aux
droits d aubeine,& par lettres9 patentes, ôc arrefts *,ils en ont toufiours
efte exemptez, ôc mefmes les marchans des villes maritimes fus la mer eosvtamur.
Baltique , font aufli exempts du droit d’aubeine auec plufieurs beaux
priuileiges,otroyez par Louys le ieune,confirmez par Charle vin. véri¬
fiez en parlement,& puis nagueresx enuoyezaufieurDanezay ambaf-
fadeur deFrance vers le Roy deDannemarch. Vray eft quelepriuileige
donne aux marchans eftrangers ne s’eftend pas aux marchans naturali¬
sez, comme il a efté iugé3 au priué confeilcontre vn marchant Italien j.arreftu**
naturalize, ôc toutesfois par prouifion feulement, les marchans eftran¬
gers n ont pas vn feul de ces priuileiges en tout l’orient.nous auons trop
7o DE LA REPVBLIQVEd’exemples,&mefmementdela fucceffion de Croizillo marchant de
Tours qui valoit deux cens mil efcus,qui fut donee au bacha Hybraim.O utre ce que i ay dit, il eft permis à touts eftrangers mourans hors de
France, difpofer par teftament des biens acquis en France, qui eft bien
pour monftrer que les eftrangers font traitez beaucoup plus gracieufe-
ment en F rance, qu’ils n’eftoyent en Grece,ny en Rome,ny en toutl’O»
rient. Il y a encores vne autre différence du citoyen à leftranger, c’eft à
4‘ârrcftdu/ A- fçauoir la ceffion de biens, de laquelle les eftrangers font déboutez 4:
b rcxjtfj. ccem qui eft l'ancien droit des Romains ^.-autrement l’eltrâger pourroit àfon
qSin’c*Gue.4L auantage fuffer le fang, & la mouelle des fugets,ôc puis les payer en fail-
derTpoffc cede~ htesxombié qu’il n’y a pas moins de banqueroutiers, que de ceflionai-
res. Quant à la différence du citoyen,& de leftranger, pour le regard de
la caution du iuge que leftranger eft tenu bailler en ce Royaume, &no
hocHeminfîituck^ Pas ^u§et Par nos couftumes6 : ce n eft point différence quiayt lieude fatifdation.
arreft contre l’e-hors ceRoyaume,veu que partout ailleurs, & leftranger, & le citoyen
ftranger. dm;, font tenus bailler telle caution,fuiuant ledroit commun 7.ôc mefmes enMay 1/67.7.toto titulo qui
fatifdare.ne foyentgaftez &alterez d’vncftranger vitieux,comme Lycurgue*
deffendit aux fugets de fortir fans congé, ôc bannit l’or ôc l’argent pour
en chaflerl’eftranger,comme les Indois de la cine Orientale deffendantce Royaume le fuget naturel y eft côtraint s’il a fait cefïion,ou s’il viét eii
matiere beneficiale par droit deuolu. Mais il y a bien vne différence qui
eft,& a toufiours efté commune à touts peuples, c’eft à fçauoir le droit
s. Demofthenes de marque8, contre les eftrangers, ôc n’a point lieu contre les fugets
car. in orat.con- ôc pour ceftecaufèFriderich n.Empereur r’enuoya aux eftats del’Em-
FufttnianuT^- pire ceuxquiluy demar^doyent droit de reprefaillie cotre les fugets de
I’Empire. Et pour le faire briefreftrâgerpeut eftre chaflé hors du pays,
vtTcxanjTi°”em n° ^cu^em^t cn temps de guerre, car alors on licencie les ambaffadeurs
de iniurüs & dam- mefmes,ains auffi en temps de paix, foit pour empefeher que les fugetsnocenr. in cap. o-
Jim de reftitut./po¬
liat. Cynus in au-
thent. habiru. nevarroP clarigatio- aux fugets de receuoir eftiâger fur peine delavie:pour obuier auxen-
d e Ühigu”a Latin.* treprifcs que leftranger peut faire contre l’eftat d’autruy. Et fi la guerre
fi.&tprôuidcndü eftouuerte contre fon prince, il peut eftre retenu comme ennfemy,
ar rfftdé Van i ^9 fuiuant1 la loy de guerre : autrement il ne doibt eftre retenu, s’il n’eft
encore que ce fut obligé par contrat, ou par délit : ou qu’il fe foit fait fuget d’vn autreen guerre ciuile.l. r 1 r 1 r r • r 1fiquis ingenuam, prince lan^e congé du lien: car en ce cas ion prince a touliours droit
de capmus. mainmife comme le feigneur fus l’efclauefuitif, encores que le fugetvint par deuers luy en qualité d’ambaffadeurs comme les ambaffadeurs
de Dan le tyran, quel’EmpereurTheodofe declara rebelle à fà maiefté,
ôc meit en prifon fes Ambaffadeurs. ce qui fut pratiqué parl’Empereur
;l J^Charle v.contre l’Ambaffadeur du duc de Milan fon fuget,quifut rete-^5\el prifonnier quand fon maiftre entra en ligue contre luy : ôc combien/^S^tar.inHcurg0 que la nouuelle cftant venue en France l’Ambaflàdeur d’efpaigne fuft
mis1 prifonnier au grand chaftelet, fi eft-ce qu’il en fut auffi toft tiré,
quand entendit que les Ambaffadeurs ôc les herautz d armes de France,d Angle-h
LIVRE PREMIER, Jid’Angleterre, & de Venize,auoyent efté mis hors d’Efpaigne auec fau-uegarde fans que les coalliez fe reffentiffent de ce que l’Empereur auoitretenu l’Ambaffadeur de Milan,car combien que cela femble contraireà la loy,fi quis legatus de legation.Si eft-ce que les Romains punifloientle fuget qui s’eftoit retiréaux ennemis en qualité d’ennemi0. Etlaplus 0>lxpAcc^ûülLbelle couuerture que les Impériaux trouuerent pour excufer le meurtre t- —fait en la perfonne de Rangon 8c Fregofe, Ambaffadeurs de France versle Turc,fut que l’vn eftantEfpaignol fuget naturel de l’Empereur, 8c ^~l’autre Geneuoisen faprote&ion, s’eftoyentmisauferuice de fon en-*nemy,&: le bruit eftoit qu’ils alloyent luy dreffer nouuelle guerre.com-bien que l’Empereur ne voulut auouer le meurtre , offrant faire iufticede ceux qui enferoyent ataints, &cônuaincuz. Mais quoy que face lefuget,il ne peut s’exempter de la puiffance de fon feigneur naturel, ores ^qu’ildeuint prince fouuerain au pays d’autfuy, non plus que l’efclaue tVBarbarius1 lequel s’eftant fait Præteur de Rome futfuiui 8c vindiquépar fon feigneur auec lequel il compofà pour fa liberté, comme dit Sui- îoiis. e° prar" ^ ?das, auffi le fuget en quelque lieu qu’il foit fouuerain peut eftre rapellé. ab ordLlu'S ^ °
comme de fait la Royne d’Angleterre rapella le Conte de Lenos,& fon
fils Roy d’Angleterre ,8c pour n’auoir point obey confifqua leur bien- foiüdecômercüs.1 r r J r II J r * J C. Bartol. inl.cü-carieiuget lera tenu aux ordonnances perlonnelles de Ion prince: de aospopuios.q.g.
forte que s’il eft interdit au fuget de cotradter ou d’aliener, les alienatios
font nulles,encores qui les face au pays d’autruy, 8c du bien qu’il a hors
le territoire de fon prince, 8c file mari hors fon pays donneàfafemme
contre la defenfe de fon prince,ou des couftumes de fon pays, la dona¬
tion eft nulle 4 : caria puiffance deiyer, 8c obliger vnfuget rieft point 4-fmeixarorcs&i 1 • ^ r n r 1 • 5 & n r r lhl Bald-de com'atachee aux lieux.Et pour celte caule les princes ont accoultume d vfer mer.Aicxand. cô-j • rr • t i • i r • eil.ii6.1ib.6.c tvxentre eux de commilüons rogatoires,ou du droit de marque, pourrai- cap. vk.de derids
re obéir leurs fugets,ou euoquer les caufes,8c pourfuites contre eux fai- nj^r^£çnce
&es,finon en cas permis de droit. Et me fouuient à ce propos auoir veu ^ ^
lettres des feigneurs de berne aufeuRoy Henry, fur ce que la Royne cS cltoycs
d’Efcoffe auoit fait appeller auxrequeftes dupalayslaMarquifedeRo- ; lflfilij § ft*a,
telin en qualité de tutrice du Duc de Longueuille, à caufe du conte de ^neuf chaftcl,en firent euoquer la caufe, remoftrans que le Duc de Lon- i.ad municipal,
gueuille eftoit leur bourgeois à caufe de Neuf-chaftel. Voila les princi- 74.Bal.in cap î.de
pales différences des fugets 8c citoyens aux eftrangers, laiffant les diffe-
rences particulières de chacun pays,qui font infinies. Quant aux diffe- ^Aiian"/cl*
rences des fugets entre eux,il n’y en a pas moins en plufieurs lieux, qu il fii. 4^ 7.nu.4.
y a entre les eftrangers, 8c les fugets.I’en ay remarqué quelques vnes:des ad notas Aiexand.
nobles aux roturiers, des maieurs aux mineurs, des hommes aux fem- ^u^cènfib. to¬
nies, 8c de la qualité d’vn chacun.Et pour le faire court,il fe peut faire en SVdTdf^nkatx’
termes de droit;, qu’entre les citoyens, les vns foy ent exempts de tou-
tes charges,tailles,& impofts,aufquels les autres feront fugets. nous en ^^e 1
auons vne infinité d’exemples6 en nos loix. comme auffi lafocieté eft ïgJY7*fÀI pt?1à*
-I ■ „ ">7.Iib.2.polit.8. apud Stobarum.7z DE LA R E P V B L I QJV Ebonne ôc vallable, ou Tvn des affociez à part au profit, Ôc ne porte rien
du domage. C’eftpourquoy nous voyons la diftindion des citoyes en
rrois eftats,à fçauoir l’Ecclefiaftic, la Nobleffe 5 ôc le Peuple,qui eft gar-
dee prefque en toute l'Europe. &: outre cefte diuifio generale il y en a de
plus ipeciales en beaucoup de Republiques, comme à Venizeles gen-
tils-hommes, les citadins, &le menu peuple: à Florence au parauant
qu elle fuft reduidefoubs vn prince,il y auoit les grans, les populaires,
& le populace. Et nos anciens Gaulois auoyent les Druides, les gens de
cheual,&le menu peuple. En Ægypteles preftres,les gendarmes, ôc les
artifins,come nous liions en Diodore. Auffi l’ancien legiflateur Hippo¬
damus diuifà les citoyens en gendarmés,artizans, & laboureurs:& fans
caufe a efté calumnié d’Ariftote7, comme nous liions es fragmens8 de
fes ordonnances. Et quoy que Platon s’efforceaft de faire touts les ci¬
toyens de fa Republique égaux en touts droits & prerogatiues, fi eft-ce
qu’il les a diuifez en trois eftats,à fçauoir en gardes, en genfdarmes , &
laboureurs, qui eft pour monftrer qu’il n’y eut onques République,
foit vraye,ou imaginiere, voire la plus populaire qu’on peutpenfer,où
les citoyens foyent égaux en touts droids, ôc prerogatiues : mais touf
ioursles vns ont eu plus ou moins que les autres.DE CEVX QV1 SONT EN PROTECTION ETla différence entre les allie%iëftrangersJ&fugets.Ch A P. vu.Ous auons dit quelle différence y a entre les fugets, les
b ourgeois, ôc les eftrangers. difons maintenant des alliez,
ôc premièrement de ceux qui font en protedion: par ce
qu’il n’y a pas vn, de ceux qui ont eleript de la Republi-
Que figni- 5 qui aye touché cefte corde, qui eft toutesfois desfie prote- plus neceffaires pour entendre l’eftat des Republiques. Le mot de pro¬
dion. tedion en général,s’eftend à touts fugets, qui font en l’obeiffance d vn
prince,ou feigneurie fouueraine : comme nous auons dit,que le prince
eft obligé de maintenir parla force des armes, ôc des loix fes fugets en
feureté de leurs perfonnes,biens, & famille : ôc les fugets par obligation
réciproque,doibuent à leur prince, foy, fugetion, obeiffimce,ayde, ôc
fecours. c’eft la première, ôc la plus forte protedion qui foit. car la pro¬
tedion des maiftres,enuers leurs, efclaues:des patrons, enuers leurs af¬
franchisses feigneurs,enuers leurs vaffaux,eft beaucoup moindre,que
des princes,enuers leurs fugets -.d’autant que l’efclaue, l’affranchi, le vaf-
{àl,doibt lafoy,hommage,ôc fecours à fon feigneur,mais c’eft après fou
prince fauuerain,duquel il eft homme lige, auffi le foldat doibt, obeii-
fonce,& fecours à fon capitaine,ôc merite la mort s’il neluy fait bouclierx» m au befoindaloy vfe du mot protexit'. Mais en touts les traidez, le motrV/^ dcP10'
LIVRE PREMIER. 73de protection eft fpecial, & n’emporte aucune fugetion de celuy qui
eft en proteclion:ny commandement du protedeur, enuersfes adhe-
ranstains feulement honneur, &reuerence des adherans, enuers leur
protedeur , qui a pris leur defenfe , & protection, fans autre dimi¬
nution de la maiefté des adherans, fus lcfquels le protedeur n'a point
de puiffance. Auffi le droid de protedion eft plus beau , plus ho¬
norable, & plus magnifique , que tousles autres. Carie princefou-
ucrain, le maiftre, le feigneur, le patron, tirent profit, & obeiflance,
pour la defenfe des fugets,dès efclaues,des afranchis,des vaflauzunais le
protedeur fe contente de l’honneur, & recognoiffance de fon adhérât:& s’il en tire autre profit,ce n’eft plus protection. Et tout ainfi que celuy
qui prefte,ou accommode autruy de fon bien,ou de fa peine, s’il en re¬
çoit profit queftuaire,ce n’eft ny preft,ny accommodatiomains vn pur
loüao-e1 d’homme mercenaire, auffi celuy qui a libéralement promis l.i.§. fi conueneric
faire quelque chofe pour autruy, il eft oblige d accomplir (à piomefle eo^
fans aucun loyer: & la raifon de la loy ?,quia officio merces non debetur. 3 i.i.mandati.ff.
Or il n’y apromefle plus forte,que celle qui eft faite de defédre, les biés, .la vie, &l’honneur du foible,contre le plus puiffant: du pauure, contrele riche:des bons affligez, contre la violence des mefehans. Ceft pour-
quoy Romule Roy des Romains, ordonnant l’eftat de fes fugets , pour
les nourrir en paix,& repos,affigna à chacun des cent gentils-hommes,
qu il auoit choifis pour fon confeil priué, le furplus des autres fugets,
pour les maintenir en leur protedion & fauuegarde, tenant pour exe-
crable celuy,qui laifleroit la defenfe de fon adhérant, & de fait les Cen- 4 Diofty{-lus Ha_
leurs notoyent d’ignominie ceux qui auoyent quite leurs 4adheians. Hear.hb.i^TuUms
Et qui plus eft la loy des xii. tables portoit la peine des interdits. Si m lulnatl0ne’
patronus clienti fraudem faxit,facer efto. Plutarquedit bien que les
adherans bailloyent de l’argent aux patrons pour marier leurs filles:mais
il fe peutfaire qu’il s’eft mefpris,& qu’il apris les adherans pourafrâchis,
car Dionyfius Halycarnaffæus n’en dit rien.Depuis les grands feigneurs
de Rome,commencèrent aufli àprendre en leur protedion, quil vne
qui l’autre ville, comme la maifon des Marcels,auoit en fa protedion la
ville de Syracufeda maifo des Antoines,auoit Boulogne la grafTe: & les c-
ftrangers en cas pareil,qui ftequentoyent la ville de Rome,auoyent auf¬
fi leurs protedeurs,quiprenoyent leur fucceflion, comme par droit de
Aubeine,s’ils mouroyent en Rome,comme il a efté dit cy deflus.Etap-
pelloit on les adhéras,Clientes-& les protedeurs,Patrons, pour la fimi-
litude qu’il y auoit entre les vns,& les autres : mais il y a différence nota¬
ble: car ^affranchi doit les coruees au patron, peut eftre réduit en fer-
uitude,s’il eft ingrat:l adhérant ne doit point de coruees,& ne peut per¬
dre (à liberté pour eftre ingrat. l’affrâchi doit vne partie defesbiés a fon r~aà v
patr o n,ayant furuefculafranchi t’adhérant ne doit rien de fafucceflio
au protedeur. Et combien que le vaffal aye beaucoup dechofes fem-S
74 DE LA REPVBLIQVBblables à l’adherant,de forte que plufieurs ont fait vne confufion de l’vn& l’autre:fi eft-ce qu’il y a bien différence, car le vaflal doit la foy, hom¬
mage, ayde,fecours, & honneur au feigneur & s’il commet felonie oulcmcut de Parisqu’il defauoue fon feigneur,ou pour vn démentir * par luy donné à fon
'■ / v„//^C“r" feigneur,u perd fon fief,qui eft acquis au feigneur par droit de commis. '
1_X^^^isPartcuayle adhérant n ayant aucun fier duprotedeurn’eft point en cefte crainte
'S6> Dauantage *e vaflàl eft homme lige, il eft naturel fuget, & doibt non
' feulement la foy & hommage, ains aufli fugeti on & obeiffance au fei¬gneur , & prince fouuerain, de laquelle il ne fe peut départir, fans le
confentement de fon prince,ores qu’il deguerpift le fief, les adherans
ne font point en fes termes,& ne font en rien fugets aux protedeurs. Lefimple vaflal foit Pape, Roy, ou Empereur, eft fuget d’autruy, & doit6.Baid.ini. fedfi feruice au feigneur duquel il tient fief iaçoit qu’il puifle, en Quitantle
d^voS fiefjs’exempter7 delafoy,& hommage, le fimple adhérant, s’il eft prin-
^S“,a cf fouuerain,ilne doibtny feruice,ny obeiffance,ny hommage. Le
. eonteut.Lotharij droi& de vaflalage eft nouueau, & depuis la venue des Lombars enS^^ItallC:CaraU Parauant 11 nc s’en trouue rien qu’on puiffe afleurer:Le
£c Tn(>wf\ tk ^^^v-dioiârdc protection eft tref ancien, & au parauant Romule, qui l’em-
Polita des Grecs : car il eftoit vfité enTheffalie, Ægypte, Afic.Sda,
îîh.i.derc ruftica. uonie, comme nous lifons ésanciens8 auteurs. Le vaflal au contraire
reçoit des héritages, & des fiefs du feigneur : duquel il ne peut eftre e-
xernpte de la foy,& hommage qu’il doibt, ores que le prince fouuerain
erigeaft le fief de fon arnereuaflal en comté, duché, marquifat, prin-
f lc<ï'stf: c'Paucc j comme il a efté9 iugé par arreft du parlement de Paris. En
quoy s eft abuze1 qui a tenu,que Cefàr en fes mémoires appelle foldu-
rios, & deuotos, les vaffaux : veu qu’il n’y a aucune mention de fief:
ioint aufli qu’ils eftoyent vrays & naturels fugets, car leur vie, leurs
biens, &leuisperfonnes, eftoyent confierez a leur feigneur: qui eft
la vraye marque de fugetion, que le vaflal, & arriéré-vaflal doibuent
feulement au piince fouuerain, non pas en qualité de vaflaux,ains en
qualité de fugets naturel, qui doibuent courir la mefmefortune que
leur prince, viure, & mourir pour luy, s’il eft befoin:ores que le vaflal
y foit obligé plus fpecialement que les autres fugets. Qui font tousar-
guméts neceflaires pour monftrer,que les droids de patronage, de vaf
filaige, & de protection,nc doiuét pas eftre côfondus : iaçoit qu’ils ayét
vaifaiai^e, patro quelquefimilitude enfemblexar le vaflal, & l’adherant doiuét la foy au
&faCd«/10"ai6’ %neurAprotedeur,&l’vn à l’autre réciproquement1 obligez, bientous troisque le feigneur ne foit pas tenu de3 prefter le ferment de fidélité au vaf-mat.fidelitat.cap.fil veibalementxommele protecteur doibtàl’adherant,&ce garde fo-
,s, defeudo de- lennellemét en tous les traidez de protedio. Aufli le feigneur, & le vaf-
3'criaiçU1'ln^ira- doiuent deliurer lettres 1 vn al autre:commele protedeur ôc lad lie¬
ra^ font obligez a bailler lettres de protedio Tvn à l’autre,melmem et filaprote-l
LIVRE PREMIER. 7Slaprotedion eft d’vnprince fouuerain,enuers l’autre:&doiüet eftre re-
nouuellees à la venue d’vn nouueau prince,car la protedio ne dure que
pour la vie du protecteur. Mais pour efclaircir la matiere de protection
entre princes fouuerains,de laquelle nous auons à traite,011 peutfoufte-
nir en apparence que le prince ou peuple fouuerain, qui s eft mis en la
protedio d’vn autre,eft fon fuget.S’il eft fuget,il n eft plus fouuerain, ôc
fes fugets,feront auffi fugets du protedeur. Et quelle fugetion veut on
plus grande, que fe mettre en lafauuegarde d’autruy,& le recognoiftrc ^
pour fuperieur?carla protedio n’eft autre chofe,que la c6federation,&
alliacé de deux princes,ou feigneuries fouueraines,en laquelle Tvn reco
gnoift l’autre fuperieurd’vn eft receu en la fauuegarde de l’autre.ou bie
quâd le fuget d’vn prince, fe retire en la terre d’vn autre, il eft auffi en fà
protedio,deforte que s’il eft pourfuiuy par l’ennemi, & pris prifonnier
en la terre d’vn autre prince fouuerain,il n’eft point prifonnier du pour-
fuiuant,come il fut iugé par laloy des armes, au pourparlé de paix, qui
fut entre le Roy de France,&l’empereur Charles y.l’an m. D. L y. quâd
il fut queftion des prifonniers impériaux, que les François auoyent pris
au comté de Guynes,qui eftoit lors en la fugetio des Anglois:ilfut fou-
ftenu par le chancelier d’Angleterre qu’ils ne pouuoyent eftre tenus pri¬
fonniers,eftans en la terre,&protedion des Anglois. combien que le
contraire fe pouuoit dire : car iaçoit qu’il ne fuft pas permis de quefter,
ny leuer la proye en la terre d’autruy,fi eft-ce qu’il eft permis l’ayant le-
uee,la pourfayure fus le fond d’autruy,vray eft qu’il y a vne exceptio, fi
le feigneur nel’empefche,comme défait le milor Grei, gouuerneurde
Calais, Ôc de Guynes,eftoit furuenu durât la pourfuite,&print en fi gar¬
de ceux que les Françoys auoyent pris. Or en ce cas le mot de protedio,
h’eft pas pris en fà proprieté:car il n’y a point de protedion,s’il n’eft co-
uenu,&ne peut le prince eftrager prendre le fuget d’autruy en fa prote-
dion,fi ce n’eft du contentement'de fon prince, come nous dirons tan-
toft.Mais il faut au parauant refoudre cefte queftion, fi le prince fouue¬
rain fe mettant en laprotedion d’vn autre,perd le droid de fouueraine-
té,& s’il deuiét fuget d’autruy:car il femble qu’il n’eft pas fouuerain, re-
cognoiftant plus grâd que foy.Toutesfois il demeure fouuerain,& n’eft
point fuget. 8c ce point eft décidé par vne loy 4 qui n’a point fa pareille, 4. 1 .non dnbito.
ôc qui a efté alteree en diuerfes leçons : mais nous iuyuros l’original desgatio detrahendapâdedes de floréce, qui tiét que les princes fouuerains,qui au traidé de ar'alliacé recognoiffét le protedeur plus grâd q foy,ne font point leurs fu-
gets.Ie ne doute point,dit la loy,que les alliez,ôc autres peuples vfant de
leur liberté,ne nous foyét eftrâgers,&c. &cobien qu’au traidé des alliez
par alliance inégalé, il foit expreffement did, que l’vn contregardera la
maiefté de l’autre,cela ne fait pasqu il foit fuget, non plus que nos ad-
herans, ôc clients ne font pas moins libres que nous,ores qu’ils ne
foyent égaux à nous ,ny en biens, ny en puiflance, ny en honneur;
lC DE LA REPVBLIQVEmais la claufc ordinaire inferee aux traitez d’alliâce inégalé, portât ces
Ho Cicero* ro' mots,Comiter maieftaté*coferuare,n’emporté autre chofe fin ôquen-
B^bohancciau- treles princes alliez ,1’vn eft plus grand, & premier que l’autre. Voila
^ m intcipreta ^ ^ raportee mot pour autre : où il apert euideni ment,que la pro¬
tection n emporte point de fubiedion, mais bien fuperiorité, &; pre-
rogatiue d’honneur. Et pour entendre cepoint plus clairement, & la
nature des traitez, ôc alliances, nous pouuons dite que tous traitez en¬
tre princes fe font auec les amis, ou ennemis, ou neutres, les traitez en¬
tre ennemis fe fontpour auoir paix, ôc amitié, ou trefues, &compo~
fer les guerres entreprifespour les feigneuries, ou pour les perfonnesy
ou pour repater les iniures, ôc offenfes des vns enuers les autres : ou
bié pour le droid de comerce, ôc hofpitalité : peut eftre entre les enne¬
mis,pendant les trefues: Quant aux autres qui ne font point ennemis,
lés traitez qui fe font auec eux, font par alliance e^ale, ou inégalé, en
celle cy Pvn recognoift l’autre fuperieur au traidé d’alliance : qui eft
double, à fçauoir, quand Pvn recognoift l’autre par honneur, & ne
eft point en fa protedion: ou bien que l’vn reçoit l’autre en protêt
dion : ôc Pvn, ôc l’autre, eft tenu de payer quelque penfion, ou don¬
ner quelque fecours : ou bien ils ne doibuent ny penfion, ny fecours.
Que c’eft d’QH?nt aux a^ez par alliance égalé, que les Latins difoy en tÆQV O
alliance et FOEDER E,lequalité s’entend,quand Pvn n eft en rien fuperi-
eut à l’autre au traidé, ôc que Pvn n’a rien fus l’autre, pour la prero-
gatiue d’honneur : ores que Pvn doibueplus ou moins, faire ou don¬
ner que l’autre, pour le fecours que Pvn doib-t à l’autre. Et en cefte for¬
te de traitez, il y a toufiours traidé d’amitié, commerce, ôc hofpitali¬
té, pour heberger les vns auec les autres, ôc trafiquer enfemble de
toutes marchandifes, ou de certaines efpeces feulement, ôc à la charge
de certains impofts accordez par les traitez. Etl’vne ôc l’autre alliance
eft double, afçauoir defenfiue feulement, oudefenfiue, ôc offenfiue;
ôc peut eftre encores Pvn ôc l’autre fans exception de perfonne, ou bien
auec exceptio de certains princes, la plus eftroite eft celle, qui eft offen-
fiue, Ôc defenfiue, enuers tous, ôc contre tous,pour eftre amy des a-
mis, ôc ennemi des ennemis :*&le plus fouuent l’ordre eft donné, ôc
lestraidez de mariages des vns auec les autres : mais encores l’alliance
eft plus forte quand elle eft de Roy à Roy, de royaume à royaume, ôc
d’homme à homme*, comme eftoyent anciennement les Roys de Fran¬
ce ôc d’Efpaigne: ôc les Roy d’Efcoffe, ôc de France. C’eft pourquoy les
Ambafladeurs de France refpondirent à Edouart 111 i.qui eftoit chafTé "
du royaume d’Angleterre, que le Roy ne luy pouuoit ayder, d’autant ♦ ♦
que les alliances de France ôc d’Angleterre eftoyent faites auec les Roys
&les royaumes,de forte que le Roy Edouart chaffé, la ligue demeuroit
auec le royaume,&le roy qui regnoit.ceft l’effed de ces mots, Auec tel
Roy fes païs, terres, &feigneuries, qui fot quafi en tous les traidez.mais
il faut auffi que les traitez foy ent publiez és cours fouueraines,ou parle-
LIVRE PREMIER. 77nierïs, gratifiez par les eftats du confentement du procureur général:
comme il fut arrefté au trai&é fait entre le Roy Loys xj. ôc Maximi-
lian archiduc l’an m.cccclxxxii. Et d’auantage ill fut dit que la
troifiefme forte d alliance eft de neutralité : qui n’eft defenfiue,ny of-
ffenfiue : qui peut eftre entre quelques fugets de deux princes enne¬
mis. comme ceux du Franche comté, ont alliance de neutralité auec
la maifon de France: & font adeurez en temps de guerre : en laquel¬
le alliance fut compris le pays de Bafligny par Iabfcheid de Bade
l’an m.d.lv. en accordant par le Roy la reuocationd alliance de neu¬
tralité pour le Franche-comté. Et toutes les fufdites alliances font perpé¬
tuelles,ou limitées à certain temps, ou pour la vie des princes, ôc quel¬
ques annees d’auantage,comme il s’eft toujours fait és traitez d’alliance
accordez entre les Roy s de France,& les feigneurs des ligues. Voila la di-
uifion generale de tous les traitez qui fe font entre les princes, foubs la¬
quelle font comprifes toutes les alliances particulières. Car quant à la di-
uifion des ambadadeurs Romains,au pourparlé de paix eritr’eux,& An-
tioque le grand, elle eft trop courte:Triafunt dit TiteLiue, genera foe¬
derum: vnum cum bello vidis diceretur leges : alterum cum pares bel¬lo æquo foedere in pacem & amicitiam venirent.-tertium cùm qui nun¬
quam hoftes fuerunt, ad amicitiam foedere coeunt, qui neque dicunt,
iieque accipiunt leges. Tous les autres qui ne font ny fugets, ny alliez,
font coalliez,ou ennemis,ou neutres fans alliacé,ny hoftilité. ôc tous ge-
neraiement,s’ils ne font fugets,foyent alliez,coalliez, ennemis, ou neu¬
tres,font eftrangers. les coalliez font les alliez de noz alliez, qui ne font
pas pour tant nos alliez, non plus que le compagnon de noftre adocié,xi eft pas noftre 8 compagnon : ôc toutesfois ils font toufiours compris
au traité d’alliance en termes généraux,ou fpecialement : comme les fei¬
gneurs de trois ligues grifes, anciens alliez des Suides, furent copris en
termes expres,au traité d’alliance,fait l’an M. D. x x i. entre le Roy Frâçoisi. & les Suides en qualité de coalliez:mais l’an m. d. L.ils furent alliez à la
maifon de France,ôc compris au traité d’alliance renouuelle entre le Roy Alliacé
Henry,& les Suides en qualité d’alliezpar alliacé efgale,en pareil degré, Suides,
&penfionquelesSuides,afçauoir trois mil liures pour chacune ligue,
pour ofter les partialitez qui eftoyét entreles vns,& les autres, tar com¬
bien que les Suidés fudent alliez des ligues grifes par alliance efgale, par
le traité fait entre les grifons ôc lesfept petits cantons l’an m. c c c ex c
y ii. fi eft-ce toutesfois qu’ils contraignoyent les feigneurs des ligues
grifes d’obeiraux abfcheidz arreftez en leurs diettes,, comme ils ont
fait encores depuis: qui fut caufe àpeu près de rompre l’alliance entre
les Grizons,& Suides l’an m. d. l x v. non pour autre caufe, comme di-
foyentles Grizons, que pour faire cdgnoiftre aux Suides , qu’ils e-
ftoyent efgaux en alliance, mais la vérité eft, que l’Empereur prati-
qüoit cela foubs main , Ôc donna onze mil efcuz aux plus fa&ieux
78 DE LA REPVBLIqy Edes Grizons pour en venir à chef, comme ils confeflerent depuis eftans
appliquez à la torture, & furent condamnez en dix mil efeus d’amende:
comme i’ayapris des mémoires,&lettres del’Ambalfadeur de France
qui lors eftoit vers les Grizons. Nous auons auffi l’exemple de ceux dé
Genefue, qui furent compris es traitez d’alliance faits entre la maifon de
France,& les Bernois,en laprotedion defquelsils eftoyentlors, & ont
efté depuis l’an m. d. -x x v i i. iufques à l’an m.d.lviii. qu’ils s'exem-
pterent de laproteâion, & traitèrent alliance egalle, & toufiours ont
efté compris es alliances en qualitéde coalliez. Or tout ainfi que les al¬
liances oftenfiues,&deffenfiues, enuers touts, &contre toutslànsex¬
ception, font les plus eftroidesquifoyent: auffi la plus fimple allian¬
ce, eft de fimple commerce & trafique: qui peut eftre entre les en¬
nemis : car combien que la trafique foit du droit des gens , fi eft-
ce quelle peut eftre defendue par chacun prince en fon pays, &pour
celte caufe les princes vfent pour ce regard de trai&ez particuliers,&
otroyent quelques priuileges & libellez : comme le traité de trafique,
Traidé de ^ cft cntrelamaifon de France, & les villes maritimes des Ofterlings:
commerce & dcS MiIannois auec les SuifTes, aufquels ils font tenus par les traitez de
entre les cornmerce ^Ulcr certaine quantité de grain, à certain pris porté par les
Roys de tra*ccz>que les AmbaffadeursFrançois plufieurs fois ont voulu faire caf-
France & Pour la difficulté que faifoy ent les S uifles d’entrer fus le MiIannois,
les Ofter- V0^ans ^enat de Milan faifoit deffences de tranfporterles viures
lins dupays,& mefmementl’an m.d. L.lors quelesofficiers deMilan dé¬fendirent le traité,les SuiiTes furent à vnpoint près de traiter alliance def-
fenfiue pour les Milannois:ou pour le moins alliance de neutralité : làns
s. î.poftiimîniam. ^aclue^e alliance de neutralité, le fuget pris par les eftrangers, qui ne fe-
royent alliez en forte quelconque ny declairez ennemis,doibt rançon8:& s’il eft pris par les alliez amis, ou alliez en neutralité, il n’eft point pri-5. i.poftiimimum. fonnier comme dit la loys. Quand ie dy ennemii’entends quia denon-
u.bSSd.V C^OU ^‘en au<luelon a dénoncé la guerre ouuertement ',de parolle,ou
uis.& de verb.iijj. de fiid. quant aux autres ils font eftimez voleurs ou pirates, aueclef-■ quels le droit des gens ne doibt auoir aucun lieu. Anciennement il y
auoit auffi traifté d’alliance pour auoir iuftice,mefmement en Grece:
toutesfois peu a peu la porte de fuftice a efté ouuerte à touts eftrangers.
Mais en quelque foite dallianceque cefoit, toufiours lafouueraineté
de part & d autre eft referuee:autrement celuy qui reçoit la loy, eft fu¬
get a celuy qui la d onne, & le plus foible obeift au plus fort:ce qui ne fè
faid pas es traitez d alliance egalle: car le plus foible, eft égal au plus
e;rand,&nelecognoiftaucunemét: comme on peut voir au traité d’al¬
liance égale,faite entre le Roy de Perfe, & la fêigneurie de Thebes : car
combien que le Roy de Perfe ", eftendift fàpuifTance de puisl’IndieO-
lientale,iufques au far de Conftantinople: ôc que les Thebains n’euflent
que le pourpris de leur ville, ôc la Beoce : fî eft-ce ncantmoins que lai-
LIVRE PREMIER. 72liance fut efgale. Quand ie dy que le protedteur a prerogatiue d’hon¬
neur,cela ne s’entend pas feulement pour eftre le premier allié, comme pi<kUtar 10 pel°*
fut Louys xj.Roy de France auec les Suides, qui luy firent ceft honneur,
par deffus le Duc de Sauoye,qui eftoit au parauantle premier : car touf¬
iours le prince fouuerain pour petit qu’il foit en alliance efgalle, eft mai-
ftre en fà maifon, 8c tient le premier rang par deffus tous les princes ve¬
nans en fon pays:mais fi le protecteur vient,il eft le premier en feance,&
en tous honneurs.Icy dira quelcun,pourquoy les alliez en ligue offenfi¬
ue, &: defenfiue,enuers 8c contre tous fans exception, vfans de mefmes
couftumcSjde mefmes loix, de mefmes eftats,de mefmes dietes, feront
reputez eftrangers les vns des autres. Nous en auons l’exemple des Suif*
fes, qui font alliez entr eux, de telle alliance que i’ay dit, depuis Tan m*
c c c x v. le dy neantmoins que telles alliances, riempefehent pas que , â j non dübiso
les vns, ne foyent eftrangers5 des autres : &ne fait pas qu’ils foyent ci- Alliacé des
toyensles vns des autres. Nous en auons auffi l’exemple des Latins, 8c Romains^:
des Romains,qui eftoyent alliez en ligue offenfiue 8c defenfîue, vfoyet Latins,
de mefmes couftumes, mefmes armes,mefme langue,auoyent mefmes
amis,& ennemis. Et de fait les Latins fouftenoyent que c’eftoit, 8c de-
uoit eftre vne mefme Republique : 8c demandoient auoir part auxe-
ftats 8c offices de Rome comme les Romains. Si focietas ( difoyent4 ils) 4 ^«* i&.«.
æquatio iuris eft : fi focialis exercitus illis eft, quo duplicent vires fuas.,
curnonomnia æquantur?cur non alter ab Latinis Conful datur ? vbi
pars virium, ibi 8c imperij pars eft. & peu après, Vnum populum,vnâ
Rempublicamfieriæquumeft. TumConful Romanus Audi, Iuppi-
ter,hæc feelera,peregrinos Confules, 8c peregrinum fenatum in tuo te-
plo,&c.Il appelle eftrangers, ceux qui eftoyent alliez de la plus forte al¬
liance qu’il eft poffible de péfer.Pluficurs font en mefme erreur, que les
Suifiesriotqu ■vne Republique: &neâtmoins il eft bié certain qu’ils ont
treize Republiques, qui ne tienentrienl’vnedelautre:ains chacune a fà
fouueraineté diuifèe des autres. Au parauant ce rieftoit quVn mébre 8c
vicariat de l’empire, les premiers qui fe rebellerent, furent les habitans
de Suid, Vri, Vnderual : 8c traitèrent alliance offenfiue 8c defenfîue au
mois de Decembre l’an m. c c c x v. où il fut dit par le premier article,
que nul ri endurcroit aucun prince pour feigneur. 8c l’an M. d. x x x i i.il fe fift alliance des quatre cantons, qu’on appelloit les quatre villes des
bois Vri,Schuitz,Vnderual,Lucerne, 8c l’an m. c c c l i. Suric entra en
alliance auec les quatre. 8c M. c c c L11. Zoug fut auffi receue auec
les cinq. 8c Pannee fuyuante Berne. 8c Pan m. c C c x c 11 i.fe fift le trai¬
te de Saupac après quelanoblefte fut toute defaite,&alors Suric,Lucer-
ne,Berne,Soleure,Zoug, Vri,Schuuitz, Vnderual &Glaris firent allian¬
ce offenfiue 8c defenfîue,& renouuellee Pan m. cccclxxxi. Bafle y
futreceu laiiM. D i. 8c Schafufenauffi, 8c ApenzelPan m. D. x 111. Mi-
lhufe 1 an m. d. x v.Rotuil Pan m. d. x i x.les Valefiés Pau m. d. x x v i i i.g üii
8o DE LA REPVBLÎ QV EtoutsIefquelstraitez lAbed’Ormoy quia efté Ambaffadeur enSuiüe
m’a fait voir.L’allience eft egalle, &les eftats de touts les catons,fe tien¬
nent ordinairement touts les ans • ôc ce qui eft arreftéàla pjuralitédes
treize,concernant la communauté,oblige vn chacun en particulier, &
la moindre partie de touts en nom colledif. Les derniers qui ont entré
en ligue foubs la protedion des Bernois, ont efté ceux deGenefue.
m Touts les alliez, confederez,& coalliez,font vint Ôc deux Republiques,
u auec (FAbbé de faind Gai prince fouuerain ) feparees de fouueraineté,
ôc chacune a fes magiftrats à part, eftat àpart, bourfe à part, domaine àÎ>art,territoire à part Brief les armes,le cri, le n om , la mon'noyc,le feel,
ereifort,laiurifdidion,les ordonnances de chacun eftat, font diuifez.
Et fi l’vn des cantons acquiert quelque chofe,les autres n’y ont rien:co~
tf me les Bernois ont bien faid cognoiftre : car depuis qu’ils font entrez
M en ligue,ils n’ont gueres moins conquefté de quarente villes,ou les au-
v très n ont quevoir, commeilfutiugé parle Roy Françoys i. efleu par
eux arbitre pour ce regard. Et mefme ceux de Bafel l’an m.d.lx. pre-
fterentauRoy de France cinquante mil efcus,àla caution du canton
de SoIeure.Et d’autant qu’ils ont acquis en commun le bailliage deLu-
gan, ôc quelques autres terres de là les monts, chacun canton y enuoye
magiftrats,&gouuerneurs,les vns après les autres. Auffi ont ils Bade co-
munaux huit cantons de l’ancienne ligue : où ils tenoyet ordinairemet
leurs dietes. On fçayt aflez qu’ils font auffi diuifez de religion, ôc fouuéü
euflent pris les armes les vns contre les autres, file Roy de France n’y
euft figement pourueu , tant pour la bonne amitié ôc fyncere affe-
dion qui leur porte, que pour l’intereft notable qu’il a de les main¬
tenir en paix, ce qui n’a pas efté fans difficulté bien grande mefme-
ment le Roy fut trefbienaduerti par lettresde fon Ambafladeur, qui
lors eftoit à Soleurrel’anM.D. Lxy.querEuefque deTerracinenon-
v ce du Pape, dardoit autant de flammefehes, pour ambrafer le feu en*
♦i tre eux,que le Roy gettoit d’eau froide pour l’eftaindre. Mais on di¬
ra que touts enfemble ne font qu’vn eftat, attendu que ce qui eft
arrefté en leurs dietes en commun,oblige vn chacun des cantons, &la
moindre partie de touts. comme les fept cantons Catholiques feirent
^ bien entendre aux quatre proteftans,à la diete tenue en Septembre m.
Que les ca jxlu j i.d’autant que lepays comun fitué delà les monts, eft en partie
tons es (je }a religion, ôc fe gouuerne par les magiftrats, que chacun canton J
Suifles ont enuoye en fon tour # Haduint que les fept cantons Catholiques,fei-
diuerlesRe-rellt obliger ceux du pays commun, de ne changer la religion Catho-
pu iques. lique, ôc fuiuant cefte obligation voulurent depuis procéder cotre ceux
delà religion : les cantons proteftans s’y oppoferent ôc ia s apreftoyent
d’entrer en guerre,fî l’Ambafladeur de France ne fuft intemenu, qui pa¬
cifia le tout fort dextrement : à la charge toutesfois que les fugets com¬
muns de la religion,feroyétpunis,fi la plufpart des cantos eftoit de ceftaduis;
LIVRE PREMIER.aduis:&neantmoins que les cantons Catholiques,rendroy et les lettres
obligatoires des fugets communs, par ce moyen leurs différends furent
appaifezià quoy feruirent bien les cantons de Glaris, ôc d’Apeuzel, qui
receuoyent indifféremment l’vne ôc l’autre religion > ôc faifoyent come
vn contre-pois entre les vns, & les autres. Mais il apert que la plufpart
des cantons, oblige la moindre partie en nom collectif, ôc chacun en
particulier. Et qui plus eft,pas vn des cantons ne peut auoir alliance auec
prince quelconque, file confentement de touts ny eft. & de faitles
cantons proteftans ayans traité alliance auec le Landgraf dç Heth ôc la
feigneurie de Strafbourg, l’an m.d.xxxii. furent contraints s'en dé¬
partir. comme en cas pareil les cantons catholiques quittèrent auffi lal-
liance nouuelle traitee auec la maifon d’Auftriche. neantmoins cinq
cantons Catholiques Lucerne,Vri, Schmits, Vndernalden,& Zug,ont
traité alliance auec le Pape Pie 111i. pour la defence de leur religion:
mais elle n’a point efté renouuellee auec les fucceffeurs. ôc ce qui plus
empefcha le traité dalliance fait entre le Roy François i. ôc les Suiffes,fut1 oppofition des cantons proteftans, qui fe firent longtemps prier, ôc
neantmoins ils ne traitèrent alliance que pour la paix, ôc combien, que
Schafuyen, ôc Bafel, ont depuis entré auec les autres Catholiques en li¬
gue defenfiue pour le Roy de France : fi eft-ce que ceux de Berne ôc de
Surich firent defenfe à leurs fugets l’an m.d.l i i i i. fur peine delà vie
d’aller au fecours du Roy de France, ôc Pannee mefme les feigneurs du
canton d’Vnderualden, follicitezpar le Cardinal de Trente,de luy per¬
mettre leuee d’hommes en leur pays, feirent defenfe6 à touts leurs fu- Se-
gets,d’aller au feruice d’autre prince, que du Roy de France, fus pei¬
ne de confifcation de corps, ôc de biens. Qui font touts arguments in¬
dubitables pour monftrer qu’il y a autant de Republiques, quil y a de
cantons. Auffi les eftats communs, le domaine commun, les dietes co-
munes,les amis, ôc ennemis communs, ne faut pas vn eftat commun,
ores quil euft vne bourfe de certains deniers communs:ains la puiffan-
ce fouueraine,de donner loy chacun à fes fugets. comme en cas pareil,fi
plufieurs chefs de famille eftoyent affociez de tout leur bien, ils ne fe-
royent pas pourtant vne mefme famille. Nous ferons mefme iugement
des alliances contractées entre les Romains, Ôc les villes d’Italie, confe- Alliance des viùes
derezen ligue offenfiue, ôc defenfiue, contre touts fans exception : ôc AmPhiaioni<iu^
toutesfois c eftoyent Republiques feparees de reflort, ôc fouuerai-
nete. Nous dirons lefemblable delà ligue des fept villes Amphy bio¬
niques, qui auoyent leur reffort, ôc fouueraineté feparee : ôc depuis
plufieurs autres villes, ôc feigneuries entrerent7 en mefme ligue, pour
ladecifion de leurs différends : ôc chacune feigneurie enuoyoit touts
les ans fes Ambafladeurs,&rdeputez aux eftats communs, où les plus
grandes affaires,procez, Ôc différends d’entre les princes ôc feigneuries g. pâfan.in Achai-
vuidees eftoyët 8,par les deputez qu’ils appelloyentMyrios. Les Lace- Dlodor-llb*
8t DE LAREPVBLIQJ/Edemoniens furent par eux condamnez enuers la feigneurie de The¬
bes à la fomme de x x x. mil efcus : &pour n’auoir obey àlarreft fu¬
rent condamnez au double: parce quils auoyent furpris lechafteau
de la Cadmee, contre le traité delà paix. ôc depuis les Phocenfes fu¬
rent aufli condamnez àreftituer l’argent par eux mal pris au temple
de Delphe, ôc à faute de ce faire,tout leur pays fut adiugé au trefor du
temple: ôc s’il y auoit perfonne qui defobeiftauxarrefts Amphydioni-
ques il encourait l’indignation de toute la Grece. Icy on peut dire,
que toute la Grece n’eftoit qu vne Republique, veu la puiflance des e-
ftats Amphydioniqucs. ôc neantmoins c’eftoyent toutes Republi¬
ques feparees , ne tenans rien les vns des autres , ny des eftats Am-
phydioniques, finon qu’ils euflent compromis, comme les princes
ont accouftumé de compromettre, ôc choifïr pour arbitres leurs al¬
liez: ce que fi auoyent pas fait les Lacedemoniens, nyles Phocenfes.
aufli les Phocenfes pour faire entendreaux Amphydiones, qu’ils n’a-
uoyent point de puiflance fur eux, ilsarracherent, &caflerent l’arreft
des Amphydiones, affiché aux colones du temple de Delphes. Vray
eft que Philippe Roy de Macedoine,qui n’eftoit point de la ligue,print
cefte occafion de ruiner lesPhorenfes. ÔC en recompenfe il obtintlc
lieu &rpriuileiges des Phocenfes, & les Lacedemoniens furent debou-
Alliâces des tez de la%uc Amphydioniquc, pour leur auoir prefté fecours. Noustrouuons vne ligue quafi femblable entre les anciens Gaulois, com-
anciennes p ^ x.. .R nubli- mc 011 Pcut volr aux mcmoires de Ceiar, ou 11 dit, que V ercingeto-ues de la r*x c^eu Capitaine en chef,fift aflembler les eftats de toute la Gaule. Et
Gaule combien que les feigneuries d’Autun, de Chartres, de Gergoye cn
Auuergne, deBeauuais, ne tinflent rien les vns des autres, ôc que la
feigneurie de Bourges , fuft en la protedion d’Autun : ôc ceux de
Viaronen la protedion de Bourges Ôc confequemment les autres vil¬
les en mefme forte, fieft-ce que touts les princes, & feigneuries pat
foyent leurs différends pari aduis,& iugement des Druides, autrement
; p, o, ; ils eftoyent par eux excommuniez, ôc fuiz d’vn chacun comme genstf^ciUGâS’^ deteftables Et neantmoins il eft tout notoire, que les Républiquesi ay dites, auoyent leur fouueraineté diuifees les vnes des autres.
Mais aufli aduient il, que ce n’eft que vn eftat, vne Republique, vne
feigneurie quant les partifàns d’vne ligue sacordent en mefme fouuc-
Li ue des rainete:chofe qui n’eft pas aifee àiuger,fi on ny regarde de pres.Com-
Acheans^ mc ^ %ue dcs Acheans, n’eftoit au commencement que de trois vil-
leans. fCparees d eftat,reflort, ôc fouueraineté, alliees par alliance efgallc,
offenfiue, ôc dcffenfiue. mais peu à peu, elles furent fi eftroidement
vnies enfèmble, pour les guerres continuelles qu’elles auoyent, que
ce fut en fin vne Republique compofee de plufieurs. ôc par fuite de
temps, ils attirèrent toutes les villes deLachaie, & de la Moree a leur
eftat • demeurant toufiours le premier nom des Acheans : comme ilçft
L I V R E P R E M I E R. gjcil aduenu aux feigneurs des ligues qui s’appellent S uiiles, par ce que le +-
canton de Schuuets,qui eft le plus petit, fut le premier qui fe reuolta ôc ^
tira le gouuemeur. Et tout ainfi quon appelloit les Acheans corre- Q>~> ■>deursdes tyrans: auffi les Suides emportèrent cetiltre d’honneur. Et ^ d
mefmes les villes du Royaume de Naples, après le maflacre des Py tha-
goriens,eftant troublees ôc ne (àchansàquiauoir recours, fe getterent
en la protedion9des Acheans. Le moyen de faire de ces Républiques là f/pialï^Arat®
vne feule fut Aratus qu’il trouua1. car il feift arrefter par les eftats, que 5tar^a"-i"achai-
touts les ans on eliroitvn Capitaine en chef,pour commander en guer-
re,&prefider auxeftats : ôc au lieu que chacune ville enuoyoitfès Am- i%'
baÜadeurs,&deputez,pour donner voix deliberatiue, il fift quon eli-
roitdixDamionrges,quiauroyentfeuls voix deliberatiue, & pouuoir
de refoudre,arrefter,&decider les affaires d’eftat: &les autres deputez,
n auroyent que voix confultatiue. Ces deux points gaignez il fe trouua
peu à peu, vne République Ariftocratique au lieu de plufieurs monar¬
chies particulières, Ariftocraties, ôc feigneuries populaires, car plufieurs
tyràs y furet attirez,qui par amour,qui par force: ôc toutes les coqueftes
faides par les Capitaines en chef des Acheans, demeuroyét vnies à Fe-
ftat des Acheans: de forte que toutes les villes deLachaie &delaMoree,
eftant ad ugetties, vnies, & incorporées à Te ftat des Acheans,vfoyent de
mefmes loix:mefme droit,mefmes couftumes,mefme religion,mefme
iuftice, mefme monnoye, mefme poids: ainfi que dit PolybeEt les 3-
Roys de Macedoine entrèrent auffi en ligue , ôc les deux Philippes,Antigonus, ôc Demetrius furent Capitaines en chef des Acheans, re-=
tenans toutesfois leur Roy Airniefeparé de lafeigneurie des Acheans,Maisles Romains cognoiflans bien qu’ils ne pourroyent pas affilge-
tir la Grece, demeurant la ligue des Acheans en fon entier, donnèrent
mandement à Gallus Proconful, de faite en forte,que la ligue fuft def-
iointexe qui fut aflez bien executé, foubs couleur qu’il y eut quelques
villes,qui firent plainte aux eftats, que foubs vmbre de ligue, Ôc al¬
liance efgalle , on leur auoit ofté le maniement de leur eftat ôc fou-
uerainete : ôc s’afleurans de Tappuy des Romains, fe reuolterent
contre la communauté des Acheans. pour à quoy obuier , Ôc em~
pefcherles autres villes de faire le femblable 3 Aratus obtint commif-
fion des eftats pour informer contre les rebelles. alors les villes qui
s eftoyent reuoltees fe mirent en la protedion des Romains, à la char¬
ge que leur eftat , ôc fouueraineté leur demeùreroit. Ôc craignant
que les Lacedemonieils, s’alliaiïent auec les Acheans, qu’ils auoyent
aflugetis, parle traité fait entre les Romains, ôc la ligue des Acheans,
il fut arrefte , que les Lacedemoniens demeureroyent fugets des A-
cheans , horfmis s’il eftoit queftion de la vie , que les Acheans n’en
pourroyent4 cognoiftre: qui eftoit en effedles exempter delà puit ^ Panfan Iib 7<
f. Liuius hb. }i.84 DE LA REPVBLI OV Efance des Acheans, & néanmoins les entretenir en perpetue! difcord,
pour les affoiblir dauantage. Ils vferentde mefme rufe enuers les Æ-
toliens5, qui eftoit vn autre eftat, & ligue fepareedes Acheans com-
pofee de trois villes, qui auoyent aufli leur eftat, reflort, ôc fouuerai-
neté diuifez : mais en fin ils fuiuirent la forme des Acheans, ôc de trois
Republiques alliees par alliance égalé offenfiue ôc deffenfiue, ils efta-
blirent vne Republique Ariftocratique, maniee parles eftats des trois
ligues, ôc par vn fenat commun , auquel prcfidoit le capitaine en
Lio-uedes chef efleupar chacun an. Les autres alliances ôc ligues des treize vil-
treize villes les Ioniques : ôc des douze villes de la Tofcane : ôc des x L v 11. villes
Ioniques Latines, furent bien contradees par alliance egalle,offenfiue, ôc def-
' * fenfiue : ôc tenoyent leurs eftats par chacun an : elifoyent aufli quel-
quesfois, ôc non pas toufiours, vn capitaine en chef, quand la guer¬
re eftoit ouuerte contre les ennemis: ôc néanmoins la fouueraincté
de chacune ville , demeuroit en fon eftat , comme les Suiffes. car
combien que la ville de Rome euft entré en ligue auec les Latins, Ôc
mefmes que Seruius Tullius, ôc Tarquin l’orguieilleux enflent efté
caSubhaIr e^euz capitaines en chef de la ligue des Latins6, fi eft-ce néanmoins
rn '1 ’4’ que chacune ville tenoit fon reflort, & fouueraineté, ôc les Roys de
Rome neperdoyent rien de leur majefté. Et toutesfois il fembleroit
de prime face , que telles ligues , fuflent femblables à celle des A-
cheans. Mais il n y en a pas vne pareille excepté celle des Ætoliens,
Ligue des prefent l’eftat ôc Empire des Alemans,que nous monftrerons en
Ætoliens. fon \[cu n’cftre point monarchie,ains vne pure Ariftocratie, compo-
fee des princes de l’Empire, desfept eledeurs, ôc des villes Imperia¬
les . Et tout ainfi que la feigneurie des Acheans efleut pour capitai¬
nes les Roys de Macedoine, Antigon > ôc Philippe fécond: ôc la ligueo. des Ætholiens efleut Atale Roy d’Afie comme dit Tite Liue ° : ôcpareillement la ligue des Latins les Roys de Rome, ôc autres princes
voifins : aufli les eledeurs fouuent ont efleu des princes eftrangers:
comme Henry de Lutzembourg, Alphonsx. Roy de Caftille, Char-
le y. Flamen, quoy qu’ils fuflent fouuerains en leurs Royaumes,neant-
moins fugets à l’Empire , comme capitaines en chef, car tout ainfi
que le capitaine en chef, n eftant point fouuerain de ceux qui l’ont
efleu, ne fait pas que la ligue foit vnie en Republique: aufli il ne chan¬
ge en rien l’eftat, &vnion delà Republique , à laquelle il eft appel-
lé. comme nous trouuons que Philippe de Valois ,Roy de France,
fut efleu Capitaine en chef de l’Eglife Romaine , ôc qualifie tel au
traidé d’alliance 7 fait entre Henry Conte Palatin , qui depuis fut
Empereur, ôc Philippe de Valois. &fans aller plus loing, Adolphe
oncle de Friderich Roy de Dannemarch , fut efleu capitaine 8 de la
lieue des villes maritimes , ce qui eft ordinaire aux Vcnitiens, de
& choifir7.l’an 1333.
8.l’an ij(?o
LIVRE PREMIER. 85choifirvn capitaine en chefeffranger. le fçay bien que les Empereurs
dAlmaigne prétendent bien vne qualité plus hauteque de capitaines
en chef, nous le toucherons en fon lieu. Auffi prétendent ils auoir puif¬
fance de commander, non feulement aux Princes delempire : ains auffi
à ceux qui n’en tiennent rien. Et n y a pas long temps que f Empereur
Ferdinand enuoia Ambafïadeurs aux Suifles,afin qu’ils n’euffent à rece-
uoir Grombac,ny fes adherans,bannis de l’empire:&les lettres del’Em-
pereur portoient quelque commandement : que les Suiflestrouuerent
bien eftrange. Et mefmes l’AmbafTadeur Morlet aduertit9 le Roy, que
legouuerneur de Milan auoit fait defenfe,au Cardinal de Syon, comme
ayant charge de rEmpereur,den entrer en alliance auec le Roy de Fran¬
ce , parce qu’il eftoit Prince de l’empire, mais le Cardinal de Syon n en
fift pas grand conte,& fans auoir efgard aux defenfes,contrada alliacé,
auec le Roy. auffi tiroit-il douze cens liures de penfion de France. 11 eft
bien vray qu’en tous les traitez d’alliance faits entre les feigneurs des li¬
gues^ les autres Princes, l’empire eft toufiours excepté, s’il n’en eft fait
mention exprefle. Et pour cefte caufe la Guiche Ambaffadeur pour le
Roy vers les Suifles,eu t charge exprefle, comme i’ay veu par l’inftru&iô
qui luy fut baillée,de faire mention de l’Empereur au traité d’alliance de
Tan m.d.xxi. car les A lemans fe fondent fus vne maxime, qu’en to uts
traitez d’alliance, le droid du fuperieur eft toufiours excepté, encores
qu’il n’en foit fait^métion exprefle:ce qui eft bien certain, quant à la ma¬
xime : mais les feigneurs des ligues ne confefleront pas que l’empire ayt
aucune fîiperiorité fur eux, &; beaucoup moins l’Empereur, fuget aux
eftats de l’empire.mais par les trairez d’alliance égalé,faits entre le faind
Empire, & les feigneurs des ligues, il eft expreffément articulé,qu’ils ne
prefteront aucun fecour's à Prince eftrâger pour faire guerre fus les ter¬
res de l’empire : comme i’ay apris par la copie des lettres de PEmpereur
Charle y. efcriuant aux feigneufs des ligues :1 par lefquelles il fe plaint
que leurs fugets eftoyent entrez fus les terres de l’empire,conioints auec
les forces du Roy de France,contre la teneur exprefle des alliances qu’ils
ont auec l’empire. Ôc par autres lettres ildemandeaux feigneurs des li¬
gues, qu’ils facent punition de leurs fugets,qui auoient inuadé les terres
de la maifon d’Auftriche, contre l’alliance héréditaire faite pourle do¬
maine delà maifon d’Auftriche, Fan m.cccclxxvii. & confirméeI an m. d. x 1. ou le fiege de Romme,le Pape & l’empire font referuez,&
en payât par an à chacun canto deux ces florins de Rhin: laquelle alliacé
fut renouuellee par lesx 11 i.câtons,àla diete de Badearrefteelexx.Iuil-
letM.D.Liiri. Iointauffiq l’alliace cotraûeeentre lefditsfeigneurs des
ligues &le Roy,ne porte que ligue defenfîue,pour la coferuation des e-
ftats des alliez,qui font les vray es raifons,pourlefquelles les Suiffes font
retenus de porter les armes fus les terres de l’épire,&: de la maiion d’Àu-
ftriche,& non pas pour le droit de fuperiorité,que l’épire ait fur eux. Ce
qui eft encore plus expreflemét vérifié parle traité d’alliace renouuelléÿ.L’an i;j7-1. L’am/;j.
Ligue des
Grizons.S* DE LA REPVBLIQVEentre leRoy,&les feigneurs des ligues au mois de Iuinjan m.d.xl i x.
de laquelle font exclus tous ceux, qui ne font point fugets des Suiffes
ny de langue Germanique : ce qui fut auffi arrefté parLabcheid de Ba¬
de l’annee mefme. C’eft pourquoy l’Empereur Charle v. c’eft efforcéÎ>ar touts moyens de faire accorder aux Suiffes,que le Duché de Milan
es Royaumes de Naples,&: de Sicile fuffent compris au traité dalliance
hereditaire,fait pour la maifon d’Auftriche : ce qu’ils refuferent l’an
M. D. l v. Nous ferons mefme iugement des Grizons,qui ne tiennent
rien de l’empire, ôc moins encores de l’Empereur, comme ils firent
bien cognoiftre l’an m.d.lxv i.quand l’Empereur otroya le droit de
regales,qu’il pretéd fusl’euefché de Coïre,à vn prince de l’empire,efleu
par le chapitre, ôc pourueu du Pape, ceux de Coïre l’empefcherent, &
procederent à l’eledion d’vn autre. ôc fus le différent des trois ligues
Grizes,& de ceux qui eftoyent eleuz,les x 111. cantons de Suiffe/uiuât
les traitez dalliance,enuoyerét leurs deputez,lefquels fans auoir efgard,
nyàlaprouifîon du Pape, ny à la cofirmationde l’Empereur,adiuge-
rent l’Euefché à celuy qui eftoit eleu par le chapitre, fuget des Grizons:& ordonnèrent que deflors en auant, celuy feroit Euefque,que la ligue
de la Cadde nommeroit. Mais on peut doubter, s’il eft permis aux fu¬
gets de traiter alliance particulière entre eux , & auec autres princes,
fans le confentement du fouuerain. les Monarques ont bien accouftu-
mé d’empefcher telles alliances, pour la confequéce que cela peut tirer
après foy: ôc mefmement le Roy catholique par edits expres la treflbien
defendu à touts fes fugets. Et n’y eut accufation plus grande contre
Loüys de France Duc d’Orléans,après qu’il fut tué,que d auoir traité al¬
liance auec le Duc de Lancaftren. Toutesfois les princes de l'empire
ont acouftumé de cotrader telles alliances, efquelles l’empire eft touf¬
iours compris: au preiudice duquel les traitez feroy et refoluz, ôc denul
effed. ce qui n a pas lieu pour le regard de l’Empereur: comme on fift
bien entendre à l’Empereur Charle y. au traidé de Chambort, fait lan
M. d. l 11. entre le Roy de France, ôc plufieurs princes Alemans, qui
contraderent ligue offenfiue, ôc defenfiue nommeemétcontre l’Em-
pereur,pour la liberté de lempire:&le Roy Héry futnommé Capitai¬
ne en chef de la ligue, ôc qualifié protedeur des Princes, ôc de la liberté
de l’empire. Et l’an m. d. L i x. il y eut femblablealliance offenfiue &
defenfiue entre le Roy de Suede,le marquis Afséberg,le Duc de Brun-
fuich ylc Duc de Cleues,le prince d’Orenge, le conte d’Aiguemont, ôc
plufieurs villes imperiales d’vnepart:& le Pvoy Damnemarc,leDuc
Augufte eledeur, leLandegraf deHeffen,IeDucde Holftain,leDuc
deBauiere,lavillede Nuréberg,les Euefques de Vvircibourg,&Bam-
berg,la ville de Lubec, ôc plufieurs autres,auec Sigifmod Augufte Roy
dePoloigne. Et mefmes lempereur Charle y. traita alliance particuliè¬
re auec le Duc de Bauiere, ôc autres Princes catholiques, pour faire élireFerdinand
LIVRE PREMIER. 87FerdinandRoydesRomains.Et depuis la ligue Franconiquefut iuree.,
entre lamaifond’Auftriche, le Duc de Bauiere,les trois Euefques de
FranconieJ’ArcheuefquedeSalifburg^les villes d’Aufburg.,&Nurem¬
berg. Ôc neantmoins Ferdinand Roy des Romains,fift encore ligue paV-
ticuliereauec l’Euefque de Salifburg contreles proteftans.m. d. x vi.On a veu auffi la ligue de Suanbe auoir traité alliance offenfiue 6c defen-
fiuepour xl. ans, fans rien excepter que l’empire. Ôc fèm blab le ligue
entre les villes Maritimes, qu onappelle Vvandales,à fçauoir Lùbec,Habourg, Vimare,Roftoc,Brefme,Suid, villes imperiales, elifàns pour
capitaine en chef Adolphe, oncle du Roy de Dannemarc, qui n’eft aü-
cuuemét fuget de l’empire. Et quipluseft la noblefîe de Dannemarc a
traité ligue defenfiue auec Sigifmond AugufteRoy dePoloigne, & ik
ville deLubec contrele Roy de Dannemarc,qui feroitcrimede Ièzé
maiefté, au premier chef fi le Roy de Dannemarc eftoitabfoluement
fouuerainrce que nous toucherons en fon lieu.Mais il fautpremieremet
dire de la (cureté des alliances.DE LA SEVRETE ET DROIT DESalliances & traite^ entre les Princes, ch A p. y ni.E traité depéd du precedét,qui ne doit pas eftre larfle,
attenduqu'iln’y a ny iurifconfulte,nypolitique qui
raittouchéi&neantmoinsiln y arien en toutesles af¬
faires d’eftat qui plus tràuaille les Princes ôc Seigrieul
ries,que d’afleurer les traittez,que les vns font auec les
au très: foit entre les amis,foit entre les ennemis,foit a-
uec ceux qui font neutres,foit mefmes auecles fugets.Les vns saffeurent
de la foy mutuelle Amplement: les autres demandent oftages: plufieurs
veulent auffi quelques places fortes: Il y en a qui ne font pas conteils, 0s’ils ne defirment les vaincus, pour plus grade feureté. mais la plus forte ^ Jqu’onaiugé,eft celle qui eft ratifiée par alliance, & proximité de fangl
Et tout ainfi qu’il y a differece entre les amis ôc ennemis : les vainqueurs,8c les vaincus, ceux qui font égaux en puiffance, ôc les plus foibles: les
Princes,& les fugets:auffi faut-il que les traitez foientdiuers,&les affeu-
rances diuerfes. Mais bien cefte maxime demeure generale, ôc indubi¬
table,qu’en toutes fortes de traitez, il n’y a point d affeurance plus gran¬
de,que les claufes, & conditions inferees aux traitez,foient fortables auxparties,&conuenables au fuget des affaires qui feprefentent. Et ne futiamais rie plus veritable que l’aduis de ce coful,1 qui dift en plein Sénat, ,Mbs ConfuîNeminem populüdiutius ea coditioneeffepoffe^cuius eum pœniteat. aPudLiuiumiib.s,Il eftoit queftion desPriuernates quiauoient quité l’alliance, ôc que les
Romains auoyent vaincus, O11 demanda à leur Ambafïadeur quel¬
le peine ils auoyent merite . la peine, dift-il, de ceux qui doybuent
vim e en liberte. Et le conful luy répliquant, fi on vous pardonnoit,h ij
O'T*'“«Jb^ 88 DE LA REPVBLIQ^VEy£c* yferait-on afleuré de la paix P lAmbafladeur refpondit,Si bonamdecLî-
eaJ Jl b- —ritis,&fidam,&perpetuam : fi malamhaud diuturnam.les ieunesfena-*— teurs trouuoient ces refponfes trop fïeres & braues : mais les plus faaesdifoient, que ce peuple là qui ne combatoit que pour la liberté, meri-
toit droit de bourgeoifie Romaine:autrement qu’ils ne feroient iamais
ny bons fugets, ny loyaux amis. ôc fuy uant ccft aduis, larreft du fenat*
pafla en force de priuilege homologué par le peuple. Et neantmoins ils
s eftoient rendus à la merci des Romains, comme toutes les autres villes
des Latins alliez,ayant coniuré enfemble contre les Romains.Or la feu-7 reté que prenoyent les anciens Romains, de ceux qu’ils vouloient aflu-^ S- getir,après les auoir vaincus,c’eftoit de prendre atvparauant toutes leurs^ fortere(Tes,y mettre garnifon,receuoir oftages* & defarmerentieremét
" Nattas etât Ro- les vaincus. *Car ilneftut pas penfer^de iamais teniren fugetion, vn peu-
nanis,cumquo pie qui a toufiours vefeu enliberté : ny retrancher fa liberté à demvücc foedere,ncc 1 x rni n r r • > ^aequis îegibus iun- commc nltleK.oy Louys xii. aux Geneiuois, qui s erraient mis en fà
no^prius^imperîo protedion lors qu’ils eftoyent en danger, ôc le péril pafle, ils fe reuolte-
pac^umT^m rent,&s allièrent auec fes ennemis. Il y alla en perfonne, les afliegea, &
maoi*ucdc^idtr' ks&rcca>de ^ rendre ; puis les condamna cn deux cens mil ducats, &
fo,^ridcsCacccpti mift garnifonàlalantcrne:& neantmoins les laiflagouuernerleur eftat:
SîSimpo* excepté la marque delamonoyequileur ofta:qui eftoit trâcher la fuge-
fit» forent. t-lon^ liberté par la moitié. Il eftoit beaucoup plus expedient d’en fai¬
re de bons fugets, ouïes laifleren pleine liberté,en quitant du tout la
protedion:comme auoit fait Loüys x i.auquel ils s’eftoient donnez : il
fift refponfe,qu’il les donnoit au Diable,ne voulanç receuoir ny péfion,
ny protedion dalliez fi déloyaux, qui s’eftoient reuoltez au parauant,
& depuis que le Roy Charle y i. les receut en protedion, pour les ga-
retir des Venitiens.Mais leRoy François femble auoir fait vne faute en¬
core plus grande, car il refuza deux cens mil efeus cn fa neceflité,qu’ils
offraient j>our eftre quites de la protedion, luy donnât bien à cognoi*
ftre, que à la premiere occafion qui fe prefenteroit, ils fe rebelleraient,
comme ils firent après la iournee de Pauie, ôc depuis chafferent ce peu
de garnifon qui reftoit en la Lanterne, qu’ils raferét du tout.il failloit les
afTugetir,&leurofterradminiftration de leur eftat: ou les remettre du
tout enliberté: car il n’y a point de moyen qui vaille. C’eft dira quel-
qu vn, rompre la foy, de contreuenir aux traitez, & changer la prote¬
dion en fouueraineté. le di qu’il eft, ôc fera toufiours licite, de pro- »
$£*** AU tedeur, fe faire feigneur, fi l’adherent eft déloyal. Aufli lifons5 nous,
'-'ù jfl A- ç— l’Empereur Augufte rendit les peuples fugets, qui auoient abuzéL J1 de la liberté. Ceftpourquoy le Roy Charle ix. ayant decouuert les^^njpnees ôc pratiques fecretes des Efpaignols,auec les habitas de Thoul,
Mets, & Verdun, fut contraint retrancher aucunement leur puiflance.
Car en tous les traitez de pro tedio, il y a claufe exprefle, q ceux qui font
en protedion, retiendront leur eftat & fouueraineté: mais il n’y a pasgrandeo-K
LIVRE PREMIER» 8<>grande feurté,fi le protedeur tient les fortercfles dc ces adherans.car on Villes im^
fcaitaffezqueles villes de Confiance, Vtrech,Cambray, Vienne en perialesa£
Autriche,& plufieurs au très qui s’eftoy ent mifes en la protedion de la fugeties
maifon d’Auftriche,font à prefent plus fugettes que les autres. Le Roy foubs om-
d’Hongrie à couru la mefme fortune: car après la mort du Roy Iean,Ies bre de pro-
eftats du pays enuoyerent ambaffadeurs au Turcpourreccuoir lapro- tediom
tedion du ieune Roy,& du royaume,de crainte quils auoient que Fer¬
dinand ne s’en fift feigneur,comme il pretendoit le royaume luy appar¬
tenir,en vertu des traitez faits entre la maifon d’Auftriche,& les Roys de
Hongrie, mais les traitez n’anoient point de fondement affeuré, car le
royaume eftant eledif, les Roys ne pouuoient ofter cefte puifTance au
peuple,fans fon confentement. & fi la maifon d’Âuftriche euft prefenté
i’vndes Princes pour eftre eleu, fans difficulté elle euft emporté : mais
les eftats aymerent mieux elire Mathieu Corbin pour Roy, que de per¬
dre le droit d’eledion. & combien que le nouucau Roy & les eftats du
pays ratifièrent les traitez precedens, fi eft-ce qu’ils ne furent point en¬
tretenus , parce qu’ils fembloyent eftre faits contre droid, & raifon, ôc
par force, c’eft pourquoy ils aymerent mieux fe mettre en la protedion
du Turc, qui toft après sen fift feigneur, fachant bien que Ferdinand
l’emporteroit, lequel neantmoins en a eu quelque partie: mais il fut
contraind dacorder auec le Turc,en paiant par chacun an bonne fom-
me de deniers, que l’Empereur appelle penfion, & le Turc l’appelle tri¬
but: & fe vante que l’Empereur eft fon tributaire. Mais la différence eft
notable du penfionaire au tributaire :car le tribut fe paye par le fuget,
ou par celuy qui pour iouyr de fa liberté paye tribut à celuy qui la con¬
traint, & forcé de fefaire.la penfion eft volontaire de celuy qui eft en
protedion, ou de celuy qui eft égal au traité dalliance pour auoir paix,
empefeher que le péfionaire ne fe ioigne aux ennemis: ou pour auoir
ayde,& fecours quand il voudra, comme és traitezdalliance egale*entre
les Roys de France,& les feigneurs des ligues, qui fe font faits de pure & u Royaumcdc
franchévolunté fans force ny contrainde:le Roy promet penhon de H^gnc*£>|ccy
trois mil liures,à chacun canton deux mil pour la paix, & mil pour lalliâ- froïaï° e
ce : ores que le Roy François trois ans auparauant le traité euft heu la
plus grade vidoire fur eux,que Prince qui futonques. Et combien que
nous auons dit que la vraie protedion eft celle, ou l’vn prend la defenfc
de l’autre gratuitement fans aucun loyer: fi eft-ce que pour l’afTeurance
des traitez, & protedions, on a de couftume receuoir penfion dc celuy
qui fe met en protedion:afin que le protedeur eftant obligé,non feule¬
ment par ferment, ains auffi en receuant la penfion, foit plus prompt à
fecourir fon adhérant au befoin. Vray eft que les anciens n’en vfoyent
pas ainfi: mais depuis qu’on a balancé l’honneur au contre-poix du pro¬
fit, on a commencé à trafiquer la protedion à pris d’argent: c’eft pour¬
quoy noftre Saluian de Marfeille fe plaint,difant que les pauurcs fe met-
3,0 DE LA REPVBLIQVEtans en la proteCtion des grands, donnet tout leur bien pour la defenfe.
On fçait affez que ceux de Luques,Parme,Siene,& plufieurs autres pay¬
ent de groffesp enflons pour la proteCtion. Et le plus fouuent la penfion
eftpayee au proteCteur,nonpas tat pour eftre garenti des ennemis, que
du protecteur mefmes.comme il aduint après laiourneedePauie,tous
les potentats d’Italie tournèrent leurs vens aux Epaignols, ôc pou r fe ra-
chepter de Iinuafion,fe mirent en leur proteCtion. ôc entre autres les Lu-
quois payèrent à l’Empereur Charle y .dix mil. ducats : les Siénois quin¬
ze mil, & le Duc de Ferrare cinquante mil, qu il paya au Viceroy de Na-
ples/oubs couleur de preft à iamais rendre. Mais c eft chofe bien plus
eftrange,de prendre la proteCtion,tirer la penfion,& laiffer les adherans
aubefoin. comme depuis douze ans les habitans de Lifland s eftoyent
mis en la proteCtion des Roys de Pouloigne,& de Suede,contre le Roy
deMofchouie:lesRoys s’accordèrent auec le Mofchouite, Ôc les adhe¬
rans furent expofez à la merci de Pennemy. Mais fi celuy qui eft en pro¬
tection,comme fouuerain, ôc en fugetion comme vaffal ôc fuget demâ-
de fecours au proteCteur, il y a double occafion de le defendre mefme
mal fi ôn veut attenter à fon honneur, & à fa perfonne: comme il aduint
Tan m.d.l x 111. que l’inquifition de Rome decerna au mois de Mars
vne citation contre la Royne de Nauarre pour comparoiftre à Rome
dedans fix mois, en perfonne, ôc non par procureur, fus peine de confi-
feation de tous fes biens,eftats, ôc feigneuries. Le Roy Charle i x. print
fà pro teCtio difat qu elle luy apartenoit de proximité de lignage, quelle
eftoit Royne, &veufue&allieeàlamaifondeFrâce, vaffale &fugette
du Roy :ôc que par les traitez des Papes, ôc parles cociles elle ne pouuoic
eftre tiree hors lpftoyaume pour quelque cas que ce fufbveu mefmes q
fa' oh l c~~i^^cpaPcCkmetvn.enuoyadeux Cardinaux en Angleterre pour ouir le0 -E.oy Hery viii.fur le fait du diuorce d’entre luy&Catherine d’Efpagne.^ d’autant que lacitation&menace faite à vne telle Princeffetouchoit[orvhonneur, ôc fes eftats, le Roy de France en aduertit par fes A mbafîa-
^ (b- fi v^^^^eurs tous les Princes fes vôifins, amis, ôc alliez : déclarant au Légat du
^7^^^Pape, que fon maiftre ne trouuaft pas mauuais s’il cfiaftioit ceux quie-
^ ftoyent caufe de telle entreprife, comme fift Loüys le ieune,en cas fem-blable,à Thibaut Conte de Champaigne qui auoit fait cenfiirer le cote
de Vermandois.priantlePapeaufurplusde reuoquerlesfentencesdo-
nees tant par luy que par fes deputez: autrement qu’ilne trouuaft pas
eftrange,s’il vfoit des moyens qu’on auoit fuiui en cas femblables.Mais
il aduient fouuent, c[ue ceux qui font receuz en protection , après
que le danger eft pafféjfont la guerre au proteCteur.nous en auonsaffez
d’exemples, Ôc fans aller plus auant, de noftre mémoire nous auons veu
plufieurs Princes d’Almaigne,fegeterentrelesbras du Roy Henry il.
pour eftre afranchis de la captiuité,& feruitude,en laquelle ils eftoyent
enuelopez: le Roy Henry les receut en protection, & au lieu de receuoir
LIVRE PREMIER.penfio‘n,il leur auancea cinq cens milliures,& le Lia vne arm ee de jfbixate
mil hommes à fes frais &c de{pens,pourlalibërtéderempire.Etcombië
que par le x x x 1111.article du traité de proteCtio5il fut arrefté, que les
Princes adherans trouueroient bon,que le Roy s’emparaft des villes im¬
periales parlant. François : fi eft-ce toutesfois que PÊmpereur ne fut pas
fi toft chaffé, & l’empire réduit en fapremierelplendeur?lpar le moyen
des François, que les principaux,& chefs des adherans, ne quittaflent la
proteCtion du Roy:& qui plus eft ils prindrent les armes contre le prote¬
cteur. Et parle recez de la iournee imperiale tenue l’an m.d lxv, il fut
arrefté d’enuoyer ambaflade en Frace, pour demâder les trois villes im¬
periales, q ui font en la proteCtion de France,Thoul,Verd um, & Mets:
combien que Verdun à toufiours efté depuis cent LX.ànsen la prote¬
ction de France,à trois censliures depenfion feulement. Aufli le decret
impérial ne fortit point d’effeCt. &c mefmes le Roy futaduerty par let¬
tres du premier Decébre m.d.l i x. parle moyen d’vn penfionaire que
les eftats de l’empire trouueroient bon,que le Roy vouluft tenir lefdites
villes,en foy & hommage de l’empire.en quoy ils faifoient bien enten¬
dre,qu’il ne tient pas lefdites villes, que à bien grande & iufte occafion.Et d’autant que le protecteur, ne peut eftre inuadépar celuy qui eft en
protection, eftant toufiours le plus foible, ceux qui (^.donnent en pro¬
tection,ont bien affaire de plus grandes feuretez que le|$jtatfcCteurs.-la
premiere feureté dépend des conditions raifbnnables ippibïees au trai¬
té, la fécondé des lettres de proteCtion * que le protecteur doit deliurer Scuretez de
aux adhéras,pour teftifier que les adherans demeurét fouuerains: ôc ce- l’alliance de
la fe doit faire es Monarchies, à la venue du nouueau Prince : car le fuc- proteClio
cefleur n’eft point obligé à la proteCtion. Ceft pourquoy les habitas de
Mets,après la mort du Roy Henry i i.demaderent qu’on leur oCtroyaft
lettres de proteCtion:ce qu’ils faifoient, non pas pour eftre afleurez d’e-
ftre mieux gardez qu’ils font : ains pour faire entendre qu’ils n’eftoient
pas en fugetion.Ce qui eft général en tous traitez faits entre les Princes,& ha toufiours efté gardé,de renouueller les amitiez,&alliances, qui au¬
trement demeurent fans continuation. Ainfi Perfeus Roy de Macedoi-
ne,apres la mort de fon pere, enuoya fon Ambaflade au Sénat Romain,
pour renouueller l’amitié auec fon pere, & afin d’eftreappellé Roy par
le 4 Senat.Et quand il fut queftion de traiter enfemble,les Romains met- 4tLiuiu$ ub.40.
toientenauantles côditions faites auec fon pere: Perfeus fift refponfe q
les traitez faits auec fon pere,neluy touchoient; en rien.,& s’ils vouloiét
contracternouuellealliance,quil failloitpremièrement sacorder des
conditions. Aufli Henry vu. Roy d’Angleterre, ayant receu des mains
de 1 Archi-Duc Philip, le Duc de Sufolc, à la charge de ne le faire mou¬
rir, garda fa foy: mais Henry v 111.fon fils, luy fift trancher la tefte, difant
qu il n eftoit point tenu au traité fait par fon pere.Toutesfois nous diros
cy après,quelles obligations il y a aux Princes fucccfleurs-.foitenuers lesh iiij
DE LA REPVBLÎQJVEfugets,foit enuers les eftrangers. Mais d autant que les protedions font
plus dangereufes pour les adherans, cjue tous les autres traitez, il eft be-
foin déplus grande feurté,quil 11 eft es autres.car on voit le plus fouuét,
a faute de feuretez,que la protedion change en feigneurie:& tel fe pêfe
bieafleuré,quimet la brebis en la garde du loup. Et par ainfi il faut que
les protedions foiét limitées à certain téps, mefmement entre les eftatsPopulaires, & ariftocraties, qui ne meurent point, c’eft pourquoy les
abitants de Genefue, s’eftants mis en la protedion des Bernois,ne
voulurent point que la protedion duraft plus de trente ansiqui expirè¬
rent lan m. d. l y 111. & lors les Genefuois traitèrent alliance égaléa-
uec les Bernois,qui ne fut pas fans difficulté bien grande, ôc furent à vn
point près d eftre réduits en la fugeftion, ôc obeiflancc des protedeurs,
par la menee de certains bourgeois, qui furent executez à mort. & n y
adoubte quefî les Bernois euffenteu garnifon dedans Genefue, que
les feigneurs de Genefue auoyet perdu leur eftat. ceux de Valdaoft fu¬
rent en mefme danger: car les Valois les vouloy ent affiigetir foubs voi¬
le dé protedion lan M. d.l y 111 i.fi le Roy de Frâce ne les euft defen-
duz. Voila donc la plus grande feureté de la protedion, c’eft d’empef-
cher s’il eft poffible, que les protedeurs ne foyent faifis des fortereffes,
qu ils ne mettent garnifon es villes des adherans: comme il fut treffa-
gement arrefte par les Efcoffois,au traité de protedion fait auec les An-
gloiSjl’anM.d.lix.ilfut dit quelaRoyne d’Angleterre,qui prenoic
leur protedion , bailleroit oftages rqui feroyent changez de fix en
fîx mois, ôc quelle ne baftiroit forterefle en Efcofle, que du confente-
ment des Efcoflois. A quoy les Athéniens ayansfailly, Ôc s’eftans mis
en la protedion d’Antipater, puis de Caffandre, ôc de Ptolemee : ôc en
^ l^erriet:,:ius laffiegeur, ils endurerét,que leurs protedeurs euflent^ les fortereffes en leur puiflance, qui fe firent auffi toft feigneurs fouue¬
rains . ce que Demofthene auoit bien preueu, quand on luy difoit que
Antipater eftoit doux ôc gratieux,il refpondit,nous ne volons point de
maiftre pour doux qu’il foit. & ce fat le premier qu’Antipater fift mou¬
rir. Mais les Atheniens furent traitez come ils auoyent fait leurs alliez,
car après la chafle des Perfes, toutes les villes de la Grece traitèrent al¬
liacé égalé,pour la tuition ôc defenfe de leurs eftats,ôc libertez : où cha¬
cune ville deputa fes ambafladeurs expres : ôc pour les Atheniés Arifti-
de,furnommélcIufte,fut enuoyépouriurer l’alliance, comme il fift:
c(^&c après le facrifice folennel, il getta dans la mer les maffes de fer arden-
4 ^i^^tes,atteftant le ciel ôc la terre, ôc priant tous leurs dieux, que celuy qui
ftidcm Aa” maqueroit de fa foy fuft auffi toft eftaint, comme le feu eftoit de6l’eau.Il fut arrefte que chacune ville demeureroit en fon eftat,reflort,ôc fou-
ueraineté: ôc neantmoins que les deniers qui feroyent leuez par chacun
an fus tous les alliez, feroyent mis au trefor d’Athenes, pour eftre em¬
ployez ainfî qu’il feroitaduifé par le commun côfentemcnt des alliez:ôc deflors
LIVRE PREMIER. 936c deloFs chacune ville fut cottifee. Mais les Atheniens fe voyans gran- Lesvj]}es
de fbmme de deniers, fortifièrent leur ville, ports, & paffages fortifia- ja çrece ap.
bles,& firét prouifion de bon nombre de nauires,&:galeresarmees, &: ^ et|çs ‘
frétées. Et lors qu’ils fe veirent les plus forts, ils changèrent 1 alliance e- vmbrc
gale en protedion,& la protedion en fugetion, de forte que les appel- (j’ajljance
lations de toutes les villes des alliez, reffortifToyet en Athènes, comme
nous lifons en7Xenophon, & toutes les charges, & tailles eftoyentim- 7.ub.dc*xpub,
pofees parles Atheniés,quis’eftoyent afranchis de tous impofts.ee qui Athionicnf.
avduint d’autant que les Atheniens aguerriiïoyent leurs fugets auxdef-
pens des alliez:comme auffi firent les Lacedemoniens enuers tous leurs
alliez,qui eftoyent pour la plufpart,& quafi tous gens mechaniques: &
au contraire enLacedemonie, il n y auoit pas vn Spartiate qui fuft arti-
fan,obftant les defenfes de Lycurgue : de forte que la ville de Sparte e-
ftoit de beaucoup plus puiflante,& tenoit quafî en fugetion tous les au¬
tres alliez, comme nous lifons en Plutarque. Nous voyons les Latins
eftre tombez quafî en mefme difficulté,après auoir traité alliance égalé
auec les Romains, contre lefquels ils prindrent les armes : parce que les
Romains vfoyent de commandement fur eux,comme enuers leurs fu-
gets:dequoy fe plaignant Setin capitaine des Latins difoit^Sub vmbra
rœderis æqui feruituté patimur, nous fommes, dift-il,efclaues des Ro¬
mains,foubs ombre d alliance égalé. ôc peu apres:concilia populorum
Latinorum habita, refponfumque non ambiguum imperantibus mili¬
tes Romanis datum abfifterent imperare iis, quorum auxilio egerent:
latinos pro fualibertate potius, quàm pro alieno imperio arma laturos.Nous lifons auffi que Lycortas,capitaine général des Acheans,vfoit de
mefmes plaintes enuers Appius conful, après que les Acheans eurent
traité alliacé égale auec les Romains.8 FœdusRomainorücum Acheis s.Liuius üb.jj.
fpecie quidem æquum effe :re precariam libertatem, apud Romanos
etiam imperium effe. Pour mefn>e caufe les Samnites firent la guerre
aux Romains, renonceans aux alliances. Et pour mefme occafion les
villes d’Italie, alliees des Romains par alliance égale, fe reuolterent de
l'alliance,parce que les Romains tiroyent vn fecours infiny d’hommes,& d’argent, & en toutes leurs guerres, ils auoyent toufiours deux alliezdes villes d’Italie, pourvu 9 Romain : & par ce moyen conquefterent j.Poiyfe.üb.* de1» -il i • r • o • 1 rr • > militari ac do-1 empire le plus grand qui rut iamais : & neantmoins, les aflocieznem- meft: Roman. di-
portoyent rien des conqueftes, horfmis quelque pillage, après que les ifiiib.**,
Romains auoyent pris ce qui leur plaifoit. ce fut la feule occafion de la
guerre Italique,qui ne print point fin, iufques à ce c^ue les alliez eurent
droit de bourgeoifie Romaine, pour auoir part aux honneurs, & ma¬
giftrats. Et neantmoins quelque alliance égalé que fiffentles Romains,
ils eftoyent toufiours les plus forts : & tenoyent leurs alliez comme en
fîigetion. Mefmes on voit la refponfc fiere, & fuperbe, de laquelle vfi
le conful Appius, au capitaine général des Acheans, fus le differét quils
94 de la repvblï qv eauoyent pour l’eftat des Lacedemoniens.Dum liceret voluntate fua fa¬
cere,gratiam inirenr, ne mox inuiti, Sc coadi facerent. Et au traité fut
auec les Ætoles (qu’ils ne voulurétreceuoir a la paix,s’ils nefe mcttoyët
du tout à leur mercy ) il y a ces mots,Imperium 5 maieftatémque pop.
Ceux qui Romani gens Ætolorumconferuato fine dolo malo:hoftes eofdem ha-
font en pro beto quos pop.Romanus, armâquein eos ferto : Sc bellum pariter ge-
tedio,doi- rito : obfides arbitrio Confulis x L. & talenta quingenta dato . Ils
uent refpe- leurlaifferentlegouuernementdeleureftat,maisilsaffeurerentfi bien
der la ma- le traité de paix,qu’ils n’eftoietgueres moins que fugetsrlesayâsdepouil
iefté des lez d’hommes Sc d’argent, Sc receu les plus grâds pour oftages. I’ay dit
prote- que ces mots, maieftatem Romanorum conferuato, monftrentquelç
deurs. traité fait entre la feigneurie des Romains & des Ætoles, eft inégal, &
que ceux-cy refpedoient la maiefté des autres en tout honeur:&com¬
bien que les Romains donnerét loy aux Ætoles, fi eft-ce que leur eftat,
Sc fouueraineté leur demeura : comme ils firent en toute la Grece qu’ils
afranchirent delapuiffance des Roys de Macedoine. Et depuis qu’ils
eurent vaincu Sc pris Perfeus Roy de Macedoine, ils affranchirent tous
les peuples,Sc les defehargerent de la moitié des impofts,donnerét per-
miflion aux peuples de gouuerner leurs feigneuries : Sc pour s’affeurer,
ils comanderent fur peine de la vie, à tous gouuerneurs, capitaines,lieu-
tenans,prefidens,côfeillers d’eftat, AmbafTadeurs, gentilshommes fer-
uans, Sc iufques aux pages, &laquets du Roy, qu’ils euffent àvuiderle
pays de Macedoine, Sc paffer en Italie : qui feruire regib9 humiliter, aliis
ï Liuiuiiib.4^ ïuperbè imperare1 confueuerunt. Sc non contens de cela, ils diuiferent
\Ccï~,^ 3J| i/wK Macedoine en quatre prouinces,auec defenfes fus la vie,que ceux dv-> ne prouince n’euÆènt aucun accès,ny communication,ny trafique, nycommerce,ny alliance de mariages auec les autres : Sc au furplus, que la
moitiédes charges qu’ils payoient au Roy, fufTent portées au trefor de
Rome par chacun an. Et par ainfi les peuples de Macedoine, auoient re-
m ceu laloy des vainqueurs., Sc demeuroiét tributaires. Qui fut vn moyen
» fubtil pour allecher à l’amitié des Romains, tous les peuples efclaues, Sc
„ tyrannifez,&faire trembler les tyrans, ou pour le moins contraindre les
Roys,&princesfouuerains,à gouuerner iuftement leurs fugets,voyans
que le prix de la vidoire des Romains5eftoit la liberté des peuples, Sc la
ruine des tyras. En quoy faifant ils cmportoiét le plus haut point d’hon
neur,que les hommes peuuent auoir en ce monde,c’eft à fçauoir d’eftre
iuftes Sc fages. Aufli eft-ce vne iniure double, que le feigneur reçoit de
fon fuget, qui s’eft mis en la protedion dautruy, Sc de celuy qui l’a re-
ceu,s’ilnetientdeluy enfoy& hommage, ou quelques biens en la fei¬
gneurie du protedteur. Et d’autant que L’Euefque de Mets fe meit en la v
! 'protedio de l’Empire,&obtint lettres de fauuegarde pour luy Sc pour
les fiés, Sc de ce qu’il tencit au pays Meftîn, l’an d. Lxy.le lieutenant du
Roy de Frace empefcha la publication de la fauuegarde,par laquelle ce- mluy
LIVRE PREMIER.Juy qui auoit eu recours à l’Empire,reuoquoit en doubte lobeyllàncc
deüe à fon Prince,&la fouuerameté de Mets,& la iuftice de fon Roy.Et
toutesfois plufieurs Princes reçoiuentfàns difcretion tous ceuxquiles
requièrent, chofe cjui tire après foy beaucoup d’inconueniens,fi la pro¬
tection n eft iufte : ôc generalement tous les traitez d alliance faits auec
vn Prince ou peuple guerrier tire après lafugetionde prédre toufiours
les armes pour fon fecours, ôc courir la mefme fortune : corne les alliez
des Romains, par le moyen des traitez, eftoient tenus de fournir hom¬
mes, & argent, pour le fecours : ôc le profit ôc honneur des conqueftes
en reuenoit aux Romains. on ne fait plus de traitez en cefte forte : fi ce
n’eft que le vainqueur done la loy aux vaincus.c’eft pourquoy plufieurs
ont penfé,qu’il eftoit expedidnt à vn Prince d’eftre neutre, ôc ne s’entre-
mefler point des guerres d’autruy. Et la raifon principale quon peut a-
uoir eft,que la perte ôc le dommage eft comun,& le fruit de la victoire, La neutra-
à celuy duquel on fouftient la querelle. ioint aufli qu’il faut fe declairer ^te dange^-
cnnemi desPrinces,(ans auoir eftéoffenfé.mais celuy qui demeure neu- reufe*
tre,trouuerabien fouuét le moye d apaifer les ennemist& fe maintenât
en l’amitié de tous, emportera grâce, Ôc honneur des vns Ôc des autres.Et fi tous les Princes font liguez les vns contre les autres, qui fera moyé-
neurdelapaix? Dauantage il femble qu’il n’y a moyen plus grand de
maintenir fon eftat en fa grandeur,que voir fes voifinsfe ruiner, les vns 7
par les autres. Car la gradeur d’vn Prince,à bien parler,n’eft autre chofe ^ ^ (3quelaruine,oudiminutiodefesvoifins: & fa for ce, n’eft rien que la foi-
blefle d’autruy.c’eft pourquoy Flaminius difoitau Coful Attilius, vou¬
lant ruiner les villes des Ætoliens, qu'il n’eftoit pas fi expediét aux Ro¬
mains d’afoiblir les Ætoliés,que d’empefeher Philippe le ieune Roy de
Macedoine,de s’agrandir. Voila quelques raifons qui peuuent feruirà
ceux qui defendent la neutralité. Mais il femble quil y en a de plus pre-
gnantes au contraire, Premie remet il eft certain en matiere d’eftat,qu’il
faut eftre le plus fort,ou^des plus forts:& cefte reigle ne foufre pas beau- ^coup d’exceptions : foit en vne mefme Republique,foit entre plufieurs -d 44^0-Princesrautremét on feruiratoufiours de proye àla difcretion du vain- 0>(W Mqueuricomeles Ambaffadeurs Romains refpodirentaux Acheans,auf*
quels Antioque Roy d’Afie,demandoit qu’ils fuflent neutres,entre luy
ôc les Romains. Etfemble qu’il faut par neceflité pourfe maintenir, a.iioiuwfc#
eftre amy,ou ennemy. & de fait nous en auons l’exemple de Loüys x 1.Roy de France,au quel on faifoitguerre de tous coftcz,tant qu’il fat co¬
me neutre: mais fi toft qu’il eut allié les Suifles entre eux pl? eftroitemét
^lavillcdeTrafbourg, &: qu’il fe fut ioint en leur alliacé, onequ es puis
il n’y eut ennemi qui olaftlaflaillir, comedit Philippe de Comines. car —*Javoye de neutralité,neque amicos parat,neque inimicos tollit:comme ^ ^ ^o<\
difoitvn3 ancien capitaine des Samnites . & la mefme conclufionfut j Limuslib.^^iv-» Co Ci Jpriïe aux eftats'des Ætoliens par le capitaine général Ariftenus, difànt:
DE LA R E P V B L I QJV E
Romanos aut focios habere oportet,aut hoPtes, media via nulla eft.
Nous en auons vne infinite d’exemples en toutes les hiftoires:Ferdinâd
d’Arragon ne trouua point de plus grand moyen de voler le Royaume
deNauarre à Pierre d’Albret, qu’en luy perfuadant d’eftre neutre,entre
luy & le Roy de Frâce, afin qu’il fuft deftitué au befoin. Et les habitans
/^j£Sde Iabes ayans fuiui le parti de neutralité,& ne voulans point fe méfier
^ tér. ja gUerre ,qUe tOLlt le peuple Hebrieu faifbit à la lignee de Beniamin,furent tous mis à mort,& leurs villes rafees. comme auffi les Thebains
4. Polybius m». 4. tombèrent en danger extreme,pour auoir efté 4 neutres,quand le Roy
Xerxes vint en Grece. Et fans aller fi loin,les Florentins après auoir qui-
té l’alliance de la maifon de Frâce,ne voulant point entrer en la ligue du
Pape, de l’Empereur,du Roy d’Angleterre,du Roy d’Efpaigne contre
la maifon de France, fentirent bien toft les fruits de neutralité. Mais ils
ne deuoient pas,dira quelqu’vn,fe liguer contre la France : il eft vray,ils
ne la deuoient pas quiter auffi au befoin, comme ils firent, car non feu¬
lement les alliances font enfraintes,comme difoit vn Ambaffadeur Ro¬
main, Si focios meos pro hoftibus habeas, aut cum hoftibus te coniun-Îjas: ains auffi quand on laiffe les alliez au befoin, car en ce cas la ne.utra-
ité ne peut auoir lieu,fi par le traité on leur doit fecours.Toutesfois on
peut dire, que la neutralité peut eftre accordée du cofentement des au¬
tres Princes : qui femble eftre le moyen le plus feu r pour fe maintenir,
fans aucune crainte des vainqueurs.Et de fait l’eftat de Loraine,les pays
de Bourgongne, ôc de Sauoye,tant qu’ils ont eu alliance de neutralité,
n fe font toufiours maintenus. Ôc depuis que le Duc de Sauoye fe tourna
>♦ du cofté des Hefpaignols,il fut chafTé de fon eftat par les François.Mais
auffi il y a bien différence d’eftre neutre, fans amitié des vns, ny des au¬
tres : ôc d eftre neutre,allié des deux parties : ôc ceux cy font beaucoup
lus affeurez,que s’ils eftoiét ennemis des vns,ou des autres:car ils font
ors de l’inuafion des vainqueurs : ôc s’il y a traité entre les ennemis, ils
font compris de part,& d’autre. Et fi la neutralité eft louable en la forte
quei’ay dit,encores eft elle plus recommandee enla perfonne du Prin¬
ce, qui furpaffe en puiffance, ou en dignité tous les autres : afin d’auoir
l’honneur d’eftre iuge,& arbitre:come il aduient toufiours,que les dif-
Quand on ferents d’entre les Princes, font vuidez par amis communs: Ôc princi-
doit eftre paiement par ceux là qui paffent les autres en grandeur : comme parcy
neutre. deuât plufieurs Papes,qui ont feeu tenir leur rang,& accorder les Prin¬
ces Chreftiésjontraporté honeur, grâce, & feureté de leurs perfonnes.
ôc ceux qui ont fuiui l’vn ou l’autre parti, ont tiré après eux la ruine des
autres Princes.On trouua fort eftrâge en Efpaigne,que le Pape Alexan¬
dre v 1. Efpagnol naturel, fift ligue auec le Roy de France Loüys x 11.
Ôc quandlesEfpaignolseurentdli meilleur,il fift refponfe à lAmbaf-
fadeur de Fran ce,quil vouloir eftre neutre, &fe conferuerperecomun
des parties : mais iln’eftoit pas teps d’eftraindre le feu, après 1 auoir am-brazé. (\4 t c*~ —
LIVRE PREMIER. 97brazé. comme en cas pareille DucDalue viceroy de Naples, eftant ad-
uerti delà requefte du procureur de Jachâbre de Rome cotre PEmpe-
reur, touchant la cofifcation du royaume de Naples au domaine de faint
Pierre,efcriuit au Pape Theatin. qui auoit traidé alliance auec la maifon
de Frâce,qu'il fe deuoit maintenir peutre, pour la dignité qu’il auoit par
deffus tous les princes Chreftiens^ mais les trefues eftoyent ia rompues,
les armees en campaigne, les enfeignes defployees : ôc la fin en fut mal-
heureufe:carlePape renoça depuis à la ligue, laiffant les François au be-
foin,&: fut arrefté parle traité fait auec les Efpaignols, qu’il demeureroit
neutre.iamais inimitié de prince ne fut fi pernicieufe à fon ennemi, que
lors fut lafaueur du Theatin aux Frâçoisilans laquelle ils n’euflet pas efté
réduits à telle extrémité,de quiter en vn iour,ce qu’ils auoyet coquefté
en xxx.ans.Encores eft il plus eftrâge,quela memoire eftoit fraifche des
foutes femblabIes,quelePapeClement v 11.auoit faites, portant faucur
à Pvn des Princes,contre l’aduis de fon Ambaffadeur Loüys Canofe,qui
Paduertit par lettres eferites de France, que la grandeur, ôc feurté de fon
eftat eftoit à fe monftrer neutre. Aufli bien toft après il fè veit prifonnier
des Impériaux^ la ville de Rome fàccagee, d’vne façon eftrâge:& luy,
ôc les cardinaux rançonez à la diferetio des vainqueurs. le n’entfe point
au merite du faid, ôc n’eft point queftion de fçauoir, qui plus meritoit
de fàueunains feulement, que celuy qui peut feul eftre iuge, ou arbitre r
d’honeur, ne doibt iamais le faire partie:quâd ores il feroit affeuré, qu’il
n en pouroit encourir aucun danger: à plus forte raifon quand il y va de
fon eftat : ôc qu’il n’en peut auoir autre feureté que du hazard de la vi-
doire. Il y en a d’autres qui pour auoir la grâce des vns ôc des autres,de¬
fendet bien en public que leurs fugets ne donnent ayde ny fecours aux
ennemis de leurs alliez, ôc foubs main le partent par fouffrance, ôc quel¬
quefois les y enuoyent. Ainfi faifoyent les Ætoliens, dit Tite Liue, qui
iuuentute aduerfus fuos focios publica tantum audoritate dempta mi- }
litare finunt, ôc contrariasfæpe acies in vtraque parte Ætolicaauxiliaha-^ <kL
bent, tels aliez font plus dangereux que les ennemis. Mais on dira, peut
eftre, qu’il eft dangereux aufli de foufrir que la puiflance d’vn Prince
croifle en telle forte, qu il puifle après donner loy aux autres, ôc enuahir
leur eftat quand bon luy femblera. Cela eft bien vray,&ny a plus gran¬
de occafio pour laquelle celuy qui eft neutre, doit Pempefcher tât qu’il
pourra.car la feurté des princes, Ôc des Republiques, gift en vn contre-
poix égal de puiflance des vns ôc des autres. Aufli quand les Romains fi¬
rent la guerre au Roy Perfeus,les vns fauorifoyét le Roy, les autres por-
toyent les Romains,Tertia pars, ditTite Liue,optima eadë,& prudétif-
fima, fi vtique optio Domini potioris daretur,fub Romanis,quàm fub
Rege efle mallebat fi liberü inde arbitrium eflet,neutrâ partem volebât
altera opprefla fieri potentioré: ita inter vtrofque conditione ciuitatum
optimam fore, protegeiKe femper altero inopem, ab alterius iniuria, ôc
illibatis vtriufquepartis viribus parem efle. En quoy il fut iugé des plus
98 DE LA REPVBLI QY Efages,qu’il n y a rien meilleur pour la feurté des eftats, que la puiflance
foit égalé des vns, ôc des autres autant qu’il fera poflible. neantmoins
ceux qui faifoyent ce iugement,lors que les Romains, & Macédoniens
fefaifoy ent .guerre, demeurerent neutres : ores qu’ils fuflent obligez
à la puiflance des Romains,& du Roy de Macedoine:& s’en trouuerent
bien:car il y a bien différence de fouhaiter,que les parties demeurent ef-
,t gales, ôc fe faire partifân. Il eft donc loüable au plus grand, ôc plus puif-
v lant d’eftre neutre : ores qu’il ne foit accordé entre les autres princes : ôc
„ aux plus foibles quand il eft ainfi conuenu entre les autres princes,com¬
me nous auons dit,cy deflus. Et mefmes cela eft neceflaire ,pour le fa-
lut commun de tous les princes ôc feigneuries, qui ne peuuent eftre ac¬
cordez que par les alliez communs, ou qui font neutres. Mais ceux là
jjui font neutres bien fouuent allument le feu au lieu de l’efteindre : ce
r c qui peut eftre excufable, fi la conferuation de leur eftat depend de laguerre,qu’ils nourriffent entre les autres, fi eft-il biê difficile que cela ne
Ligue de foit defcouuert: ôc la chofe eftant euentee,il aduient que les parties s’ac-
tous les prî- cordentpourfe ruer fus l’ennemy comun.commeilenprintaux Veni-
ces contre riens,qui anciéncmentmettoyent leurs voifins en querelle ôc toufiours
les Venities pefchoy,ent en eau trouble.LeRoy Loüys x 11. l’ayant aperceu s’allia de
tous les princes, ôc puis tous enfemble firent ligue contre les Vénitiens,
qui furent réduits à telle neceflité, de rendre au Roy de France, Creme,
Breffe,Bergame,Cremone,la Guiaraddade,membres du duché de Mi-
laniS: au PapeFuence,Rimini,Rauenne,Ceruie, domaine faint Pierre:à
l’empire,Padouë,Vincence,Veronne:à rEmpereur les places du Frieul,
& du Treuifan,domaine de la maifon d a uftricheià Ferdinand les ports
ôc places engagees par les Roys de Naplcs à la feigneurie de Venize: ôc
rapeller leurs magiftrats des villes imperiales^ de tout le pays qu’ils te-
noy et en terre ferme, qui iamais n euft forty de leurs mainsrcar mefmes
le Pape fe cotentoit de quelque place:mais Dominique T reuifan procu¬
reur de faint Marc empefcha le fenat de ce faire, difant que ce qui eftoit
c ô^c^ tombé entre les mains des Vénitiens n’en fortoit iamais. C eft donc le
feur à celuy qui eft neutre demoyenner la paix, que de nourrir la
3-*™~guerre, ôc ence failànt raporter l’honneur, & l’amitié des autres, auec la
feurté de fon eftat : comme les Athéniens moyennerentlapaix entre les
Rhodiots, ôc Demetrius l’aflîegeur, au grand contentement des vns ôc
desautres, qui eftoyent ennuyez de guerre, &n’ofoy ent demander la
paix l’vn àl’autre:de quoy les Atheniens raporterent vn grand honeur,
ôc profit pour leur eftat. Ce qui eft encores plus neceffaire, fi celuy qui
eft neutre, eft allié de ceux qui font en guerre, quand il doit tirer fe-
cours de fes alliez : comme noz Roys ont toufiours fait entre les Suiflcs
Tf proteftâs ôc catholiques, ôc entre les Grizons ôc Suifles. Et quelquesfois
v ceux qui font acharnez en guerre fecretement, fufeitent vn tiers qui
foit neutre, pourledefir delapaix , & la honte qu’ils ont delà deman¬
der.
LIVRE PREMIER. 95>der. comme les Florentins pouuans venir à chef des Pifâns, ob-
ftant le fecours des Vénitiens, qui ne demandoyent pas mieux que
fe retirer delà prefle, fufciterent foubs main leDucdeFerrare, pour
moyenner l’accord. Qui eft le plus haut point d’honneur que vn
prince peut gaigner,afçauoird’eftre efleu arbitre de paix entre les au¬
tres: comme eftoyent ancienement les Romains :& depuis cefte pre-
rogatiue fut gardee aux Papes entre les princes Chreftiens, ôc fouuent
ont efté nommez iuges ôc arbitres de tous leurs différends, comme aux
traitez d’entre le Roy Charles v. ôc Charles Roy de Nauarre fait l’an m.
c c c l x v. ôc entre Philippe le Conquérant, ôc Richard Roy d’Angle¬
terre, filePape n’eftoitpartie5comme fut Innocent i i 11. contre Fede-
rie ii. Empereur , alors l’Empereur elleut pour arbitre le parlement
de Paris, qui lors eftoit le fenat des Pers, ôc Princes, ôc le confeil de
France, ôc mefmes Clemens v 11. Pape traitant alliance auec les Roys
de France, ôc d’Angleterre contre l’Empereur l’an m.d.xxviii. à Tin-
ftance de LongueualAmbafladeur, fift mettre au traité, que s'il falloir
coclurelapaixl’honeurluy en fuft raporté.Pauli 11.fift le femblable en¬
tre le Roy de Frâce ôc l’Empereur,és traitez de Marfeille, ôc de SoifTons.
Et l’vne des chofes qui eft la plus neceflaire pour la feurté des traitez de
paix &d’alliâce,eft de nomer quelque plus grâd, &puiflât prince pour
iuge,& arbitre en cas de cotrauetion:affin d'y auoir recours come au ga-
râd: &qu’il moyenne l’accord entre ceux , qui pour eftre égaux ne peu-
uét honeftement refufer la guerre,ny demader la paix.Mais affin que les
autres princes n’en viénent là,ils doiuét fe liguer tous enféble,pour em¬
pefcher que la puiffance de l’vn face ouuerture à fon ambitio pour afTer-
uir les plus foibles. ou pour mieux faire s'ils font alliez enuoyer Ambaf-
fades pour moyener la paix au parauât la vi£toire:come firent les Athe-
ni es, les Rhodiots,Ie Roy d’Egypte, ôc la feigneurie de Chio entre Phi¬
lippe leieune,Roy de Macedoine,&lesÆtoliés:craignâtlagrâdeur du
Roy deMacedoine:c5menouslifonsenTite-Liue. Et pour cefte caufe
après la prife du Roy Frâçois i.le Pape,les Venitiés,les Florétins, le Duc
de Ferrare,& autres potentats d’Italie traiteret alliacé auec le Roy d’An¬
gleterre,pour la deliurace du Roy de Frâce,craignâs les grifes de ce grâd
aigle,qui de fes ailes couuroit prefque toute l’Europe-.iaçoit que ceux la
mefmes l’auoy et efleué,ay ât fait ligue cotre le roy Frâçois,après la iour-
neede Marignâ,& remis Frâçois Sforceau duché de Milâ : ayâs cogneu
par experiéce,côbien eft dâgereux le voifinage d’vn puiflant prince, car
s il eft iufte ôc entier,fon fuccefTeur ne luy femblera pas. Qui fut la caufe
que Mithridate Roy d’Amafîe voyant l’Empire des Romains touchera,u ciel de fa grandeur,traita ligue auec les Roys de Parthe, Armenie,Æ-
gypte,&plufieurs feigneuries de la Grece côtre les Romains, qui auoiet
empiete laplufpart de l’Europe foubs voile deiuftice:&en fift pour vn
iour mourir 45.mil par coiurationfecretc: mais il n eftoit plus temps dei ij
.. ,oo DE LA REPVBLIQVEm. <->v“ n i r1 i i n>i>^v^^-«ÿMrfaircIigue,contrc vne puiffance qui eftoit délia inuincibie. C’eft pour-
^ quoy maintenant fi les grands princes traitent la paix entr eux, tous lesautres y vont àl’enUy,poury eftre compris : tant pour la feurté de leur
eftat, que pour entretenir les plus grands en contrepoix égal , affin que
l’vn ne s’efleue pour accabler les autres,comme il s’eft fait au traité de S.
Quentin lan m.d.l i x. tous les eftats,&princes Chreftiens y font com¬
pris de la part du Roy de Frâce,ou du Roy catholique,ou des deux en-
fembleÔC tous ceux que les deux Roys voudroyent nommer dedans
fix mois.Mais cela s’entend qu’ils foyent fpecialement copris,& non pas
en général foubs le nom dalliez ou neutres, car s’il n’y a expreffion fpe-
ciale, on a iufte occafion de pretendre ignorâce:attendu que les affaires
d’eftat,fe manient quelquesfois fi fecrettement,&: fi foudain, qu’vne li¬
gue eft pluftoft fai6te,quel’entreprifene s'eft peu defcouurir ; quelque
diligéee que facéties Ambaffadeurs de fçauoir les codifions des traitez,
come il aduint du traité de Cambray,faitau moys d’O&obrelan m.d.
v i i i. où le Pape,l’Empercur,l’Empire, le Roy de Frâce, le Roy d’Arra-
gon ôc de Naples,le Roy de Caftille,les Ducs de Lorraine,Ferrare,Man-
touë,entreret en ligue contre la feigneurie de Vcnizerce qui fut pluftoft
arrefté que les Venitiens,n en fentirent le ventriaçoit qu’ils euffent Am-
baffadeurs quafi enuers tous ces princes, ôc n’y a doubte,que s'ils euffent
efté aduertis d’vne telle ligue,ils pouuoyentaifementrEmpefcher: veu
mefmes que bien toft après,ils trouuerent moyen d’en diftraire le Pape,
ôc le faire ennemy des François, qui fut le feul moyen de fereleuerdela
ruine ineuitable où ils eftoyet tombez.il en print autât aux princes pro-
teftans,contre lefquels le traité de Soiflons, fait au mois de Septêbre m.
d. x l i i i i. entre le Roy de Frâce, Ôc l’Empereur, portoit au premier ar¬
ticle, que les deux princes ioindroiét leurs forces,pourleur faire laguer-
re:ce qu’ils ne peurét iamais croire,iufques à ce qu’ils eurent veu tous les
préparatifs fe dreffer contr eux.il leur eftoit fort aifé, d’obuier à, l’orage,
qui tomba fur eux, veu que l’Empereur n’auoir pas grande enuie de leur
faire guerre • Ôc le Roy encores moins : qui mefines les fauorilà fecrette-
métrde forte qu’en donant quelque fecours àl’Empereuf,ou du moins
luy enuoyant quelque Ambaffadeur,ils euffent efté copris au traité, car
ils n auoyent ennemy que le Pape, qui lors eftoit neutre entre le Roy ÔC
l’Empereur.Quelquesfois aulli la ligue eft fi forte, & l’inimitié fi grade,
qu’il eft bien difficile de l’empefcher,&moins encores delà ropre,quâd
elle eft conclue.Le Roy François i. voy oit come en plein iour,& fçauoit
trefbien la ligue qui fe faifoit entre le Pape,rEmpereur,le Roy d’Angle-
Ligue^con- rerre^|es -y-emtiens^les Ducs de Milan, &deMantoue ,les Republiques
tr^riace- de Gennes,Florence,Luque,Syenne,tous confederez contre fon 4 eftat:
qu’il ne pouuoit empefcher,finon en quitât le duché de Milâ.Ceux qui
auoyent traité paix,&amitié perpetuelle:& ceux qui eftoyent alliez par
alliance defenfîue auec luy,manquerent de leur foy, ôc luy firent guerreouuerte.
LIVRE PREMIER. loi y-ouuerte. ce qu’on ne trouuoit point eftrangt : car de la foy,, plufieurs 'J*’ / ‘n’cn font ny mife, ny recepte, en maticre d’alliances que font les prin- ^ 5>0i'L\ces entr’eux,ôc qui plus eft, il y en a bien de fi perfides , qu’ils ne iurent
point,ilsneVeulettr6per:c6melecapitaine;Lyfàndre,quifevantoitde p pfotar.ini**..
tromper les grands au fermer,comme les enfans aux offelets. mais Dieupunit fa defioyauté comme il meritoit . Aufli le pariure eft plus execra- ^ ^ „ble que latheifme: d autant que l’Atheifte, qui ne croit point de Dieu,
ne luy fait pas tant d’iniure,ne penfant point qu’il y en ait,que celuy qui
le fçait bien, &le pariure par moquerie, de forte qu’on peut dire, que
la perfidie eft toufiours coioinde auec vne impieté,& lâcheté de cœur,
car celuy qui iure pourtromper, il moftre euidemment quil fe moque
de Dieu,ôc ne craint que fon ennemy.Ilferoit beaucoup plus expediet,
de n’appeller iamais Dieu à tefmoing, ny celuy qu’on penfe eftre Dieu,
pours’en moquer: ains qu’on ne appellaft autre tefmoinque foymet
me: comme nous trouuons que fift Richard comte de Poitiers, fils du
Roy d’Angleterre, lequel donnant la confirmation des priuileges aux ^Rochelois, vfa de ces mots. Teftemeipfo. Or puis qu’il eft ainfi, que la
foy eft le feulfondemét ôc appui de iuftice,fus laquelle font fodees tou- '
tes les Republiques,alliacés&: focietez des homes,aufli faut-il qu’elle de- çsmeurefacree,ôdnuiolable,és chofes qui ne font point iniuftes:&prin- ez* . ^ ^cipalemét entre les princes:car puis qu’ils fontgaréds de la foy, & du fer- ~ * ,ment,quel recours aurot les peuples fugets à leur puiflance, des fermens J ‘ ^qu’ils font entr’eux,s’ils fondes premiers infradeurs, ôc violateurs de la
foy ?I’ay dit fila chofe ir eft iniufte : car c’cft double6 mefchanceté, de *. cap. r. de iurç
donner la foy, pour faire vn ade méchant : tant s’en faut quen ce cas, luraû °'
celuy qui manque de promefle, foit perfide, qu’il merite loyer. Et en
cas pareil fi le prince a promis de ne faire chofe,qui eft permife de droid
naturel,il n’eft point 7 pariure , quand il fe départ de fon ferment: 7. i.vit.de.nonmi
car mefme le fuget n’eft point pariure, qui contreuient au ferment par ge^X£iu?el ^
luy fait, d’vne chofe qui eft permife de droid. Mais les fages prin- Vces ne doiuent 8 faire ferment aux autres princes, de chofe qui foitil- paalvit.qmfatic
licite de droid naturel, ou du droid des gens, ôc ne contraindre lescetcanoniftaé ali—princes plus foibles qu’eux , à iurer vne conuention qui foit defrai-1^”^^?1fonnable. Et pour ofter l’ambigüité, il faut efclaircir, ôc fpecifier lescas qu’on penfe eftre iniques, autrement celuy qui eft obligé, pren- dic.canfa.Eaid., A r 1 . n 1 1 r • r-1 jbid.&ita iudicaeüdra le mot de mite en général, pour s enleruirau casipecial : comme Gratianopoli n.
il fe fift au traité fait l’an m. c c c c x i i. au moys de May, entre Henry a®'cftoRoy d’Angleterre, ôc fes enfans d’vne part : ôc les ducs deBerri, d’Or-
leans, Bourbon , les comtes d’Alençon ,d’Armignac, ôc le feigneur gio. vit.n«.^dç
d’Albret d’autre: qui i urerent de ferüir le Roy d’Angleterre en toutes fes
querelles iuftes de leurs perfonnes, ôc biens,quand ils {croient requis. Il
n’y auoit aucune referuation exprefle du fouuerain, cotre lequel le Roy
û Angleterre entedoit s’aider ducotrad.ce qu’il ne pouuoit» Or il n y aiiij
101 DE LA REPVBLI QJV Eiamais caufe iufte de prendre les armes cÔtre fon Prince & contre fa pa
ïTa“^ trie’’commc ^l{°1C vn ancicn P»teur.non pas que les Princes ne foycnj
?8 iibT&ic6Hb Pariures > I111 departetdespromefles deraifonables qu'ils ontfaidcs
/.Franciicus de cftans contiaints par les vainqueurs, come quelques docteurs9ont fou
DcciusTonfii.ii9. auffi mal informez de l’eftat des Republiques côme des hiftoires
“ubT&^:&'ancienncs »& dufondement de la vraye iuftice ; difeourant des traitez
îib.i.Dominic.çe- faits entre les Princes,comme des conuentions, &contra&sfai<£h mm.min. conlil.«4. t • 1- • n r uuicCardini.Zabar. ^ les particuliers : qui eit vne opinion de treipernicieufe fuite. car on voie
î. coniicmionum ^epuis deux, ou trois cens ans, que cefte opinion à pris pied, qu’il n’va
devais. fi beau traité,qui ne foit enfraint : deforteque l'opinion aprefquepaf-
^ c-H, , fé en forcede maxime, que le prince contraint de faire quelque paix,' outraiâré à fon defauantage, s'en peut départir, quand l’occafionfepre-
fentera.Mais c eft merueille, que les premiers législateurs, & iurifeon-
fiiltes,ny les Romains, maiftres de laluftice, nefefont iamais aduifez
de telles fubtilitez.Car on fçait aflez, que la plufpart des traitez de paix,
fe font par force, ou par crainte du vainqueur,ou de celuy qui eft le
plus puiflant:& quelle craindre y a il plus iufte que perdre la vie ? neant-
moins le Confi.il Attilius Regulus, ayant iuréaux Cartaginois de re¬
tourner façhant qu’il alloit àla mort,n’vfa pas de telle lubtilité: nylc
Conful Mancinus,enuers les Efpaignols. Pourquoy dôc font ils fi haut
i. Ciccro. lib.j.of- 1 louez ? le Conful Pofthumius,& fon compagnon, auec fix cens Capi¬
taines, lieux-tenan s, ôc gentils-hommesdel’armeeRomaine furprife
entre les deftroids du mont Apennin,eftans lâchez foubs leur promet*
fe, Ôc puis ayans difputé en plein fenat, ôc deuat tout le peuple du droid
des gens,touchant les accords, ôc traitez faits en guerre, nalleguerent
iamais la force, ny la crainte: ains feulement il fut dit, qu’ils n auoyent
peu traiter les conditions de la paix auec l’ennemy/ans charge, ôc pro¬
curation fpeciale du peuple Romain.Et défait ceux qui auoyent iuré la
paix, Ôc qui s eftoyent conftituez oftages pour toute Parmee,fe rendi¬
rent voluntairement aux ennemis, pourdifpoferde leur vie à leur di-
Traidé de feretion, ôc furent deliurez par les hérauts. Au traidé de Mad rie, fai die
Madric. xm i.FeurierM. d. x x y i.ilfut dit, que le Roy eftant arriué àlapre-
miere ville de fon Royaume, ratifiroit les articles par luy iurez enprifon,
ôc lesferoit ratifier au Daufin de France, fi toft qu’il feroit en aage. &au
deiniei aiticleil eftporte^ quefi leRoy ne vouloit tenir la paix iuree,
qu il i etourneroit prifonnier,en Efpaigne,il bâilla fes deux enfans,Fran-
çoys,& Henry pour oftages. Eftant deliuré, touts les autres Princes luy
tendirent les mains ôc fè liguerent auec luy contre f Empereur, pour ra-
ualler fà puiflance, qu ils auoyent efleuee iufquesauciel. LeRoy ayant
aflemble touts les princes, & les plus grands feigneurs en fa cour de par¬
lement,pour deliberer ce qu ondebuoit faire,touchâtletraidédeMa~
dric, le premier Prefident de Selua, voulant moftrer que leRoyn’eftoit
tenu au ti aide, s appuya fus laudorité du Cardinal Zabarel, qui eftoit
LIVRE PREMIER. 105beaucoup moindre que luy premier Prefident, & lieutenant pour le
Roy au plus beau Sénat du monde,l'opinion duquel Cardinal eft fon¬
dée fus la raifonz deforce & de contrainde:& pour la fortifier il allégué z^d.comi
que lean Roy de Cypre,eftant prifonnier des Genefuois, bailla fon fils
enoftage, & ne garda pas fa promette. Voila fommairement fur quoy
eftoit fondee l’infradiori du t raide de Madric. On y adioufta aufli
que le Roy n auoit peu quitter la fouueraineté du bas pays, ny le
Duché de Bourgongne, fans auoir leconfentement expres des eftats.Quant à ce point il eft bien certain : que c’eft oit affez , pour rom¬
pre le traidé. Mais toutes ces queftionsne furent oncques reuoquees
en doubte par les anciens, iamais on ne demanda que le prince laf-
ché hors les mains des ennemis, ratifiait ce quil auoit iuré eftantpri-
fonnier, chofe qui eft ridicule, car c eft reuoquer en doubte, le traité,8c mettre au plaifir de celuy qui eftoit prifonnier,s’il doit garder ce qu’il
a iuré,ou non.D’auantage les anciens ne feirent iamais eftat5& ne fe fou-
cierent onques de l’infradion des traitez, quand ils prenoyent oftages.Car les oftages font garends de la promeffe : 8c celuy qui a bon garend, Le ferment
feplaindroit de faine tefte, fi fon debteur luy manquoit de promeffe. ne fert
C’eft ce que dift le Conful Poftumius deuant le peuple,fouftenant qu il quand on
n’y auoit aucune contrauention au traité fait entre luy, 8c les Samnites, prend ofta-
attedu que ce n’eftoit traité de paix,ou alliâce:ains vne fimple promeffe ges.
qui n’obligeoit que ceux qui auoyent confenti.Qind3 enim, dit il, ob- j.imms.Ub.*
fidibus,aut fponforibus in fœdere opus effet, fi precatione res tranfigi-
tur? Nomina Confulum legatorum,Tribunorum militum,qui fpopo-
derunt extaf.fi ex fœdere res ada effet,præter quam duorum fœcialium
non extarent.En quoy il femble que le Roy François, 8c le Roy de Cy¬
pre,qui laifferent leurs enfans pour oftages,eftoy et par les ennemis mef- Piifonnicr de guet
mes abfouls de leurs promettes,attendu quils auoyent garends par de- chlpcrfan^bTaT-”
uers eux,&qu’ils ne fe fioyent pas au ferment de leurs prifonniers. Et par ™CLiuius U(
la loy de guerre, le prifonnier qui a fà liberté foubs fa foy, eft obligé de
retourner prifonnier : 8c par arreftdufenat Romain il fut crié à fon de
trompe, 8c enioint fus peine de la vie à tous prifonniers qui eftoyent en v-**—
bien grand nombre, licentiez foubs leur foy par le Roy Pirrhus, pour
voir leurs amis,de retourner au iour prefix. mais pas vn ne bailloit ofta- 4-
ges. & fi le prifonnier eft tenu à la cadene, s’il peut efchaper, on a tenu
qu’il n’eft point obligé à celuy qui l’a pris : comme dift le Roy François
i.a Granuelle Ambaffadeur de l’Empereur-.&la raifon d’vn ancien capi¬
taine Romain,eft celle cy,Vult4quifque fibi credi,& habita fides,ipfàm
obligat fidem. Si on me dit, que le Roy auoit iuré de retourner, au cas
que le traité ne fortift effed. &que le Roy Iean retourna prifonnier en
Angleterre, ne pouuant accomplir le traité,par lequel il auoit quité le
Royaume aux Anglois ,8c trois millions d’or qu’il auoit promis. le ref-
ponds qu’il ne tint pas au Roy, car les eftats empefcherent les articlesi iiij
104 D E L A R E P V B L I QV Etouchant le domaine : ôc quant au retour , ny luy , ny le Roy Ican
n’y eftoyent point obligez, puifqu’on auoit pris leurs enfans en oftage.
Ceft pourquoy le Roy François, voyant que l’Empereur ne vouloir
rien relafchçr des claufes iniques du traire, du confeil ôc confentement
de la plufpart des princes, ôc de tout fon peuple denocea nouuelle guer¬
re. De quoy FEmpereur eftât irrité,dift que le Roy s’eftoit porté lafche-
ment,d auoir contreuenu à fon ferment, Ôc qu’il mettroit volontiers fa
~ . vie aucombat,pour mettre fin à tant de guerres. Le Roy eftant aduerty
^ c y U par Ion Ambafiâdeur, que l’Empereur auoit touché fon honneur, fift
Koy conti e aflembler tous les princes en fa cour de parlement,& après auoirfait
Empeieur pel|er Pernot Granuelle Ambafladeur d’Elpaigne luy dift, que Char-
le d Auftriche ayant dit au héraut de France, que le Roy auoit faufle
fifoy, qu’il auoit dit vne chofe faufle, ôc que autant de fois qu il difoir,
autant de fois il auoit menti, ôc qui luy affignaft lieu, auquel ils fe dtb-
ueroient trouuer pour le combat. LeFvoy d Angleterre voyant qu’il
Defy du eftoit aufli touché, vfà de mefme defy,& auec femblables folcmnitez.
Roy d’An- mais l’Empereur depuis n’y voulut entendre , comme a trefbien et
gleterre. cripc du Bellay, decouurant les menteries de ceuxJ qui ont efcriptle
Cardinan&Gui’ contra*re * C’eftoit faid en genereux Princes , pour faire entendre à
touts,qu il n’y a rien plus lafche, que de fauffer (à foy : mefmement
aux Princes. Aufli ne s’eft il point encores trouué Prince fi defloyal,
qui ayt fouftenu quil foit licite de faufler fi foy:mais bien les vns
ont prétendu aux traitez pâteux faids, auoir efté circonuenus , par
erreur de faid : ou par mauuais confeiliou par fraude : ou par lezion
~ ^ ^enorme:ou mefmes par la malice de ceux, aueclefquels ils auroyent
^ capitule : ou bien que les chofes feroyent tellement changées, que
les plus figes nel’euflent iamais preueu: ou qu’il feroit impoffible de
garder les traitez, .fins la perte ineuitable, ou danger euident de tou¬
te la Republique: quifontles cas aufquelsona voulu dire,que le fer¬
ment n eft point obligatoire, eftant la condition, ôc caufe du ferment
impoffible, ou inique. Vray eft qu’il y ena bien, qui ont fouftenu,
fn capr*^”erlbiii! ^uc ^aPe Peut dilpenfer du ferment, non feulement les autres Prin-
^ÿjmoia&An CCS 5 au^* ^°y mefmes6 : mais ceux là ont efté reboutez des au-
ton. Burrîoincap. très Canoniftes7. Auffi le Pape Iule 11. ne trouuant point de moyeni.deconiiuuc. de rompre la foy au Roy Loüysx 11. affin de fe départir du traidé de
Cambray, nedift pas qu’il n’eftoit point tenu à fon ferment, mais il
print loccafion de conférer vn Euefché de Prouence, à vn couratier
Romain, fins en auertir le Royny fon Ambaflàdeur, qui eftoit près
de fi perfonne : de quoy le Roy eftant irrité , comme la chofe le nie-
ritoit, feiftfiifir touts les fruidsqueles bénéficié r s d e R o m e auoyent
en Fiance, alors le Pape ayant trouué l’occafion qu’il cherchoit, fe
declara ouuertcment ennemi du Roy. Auffi Guichardin efeript,
qu il auoit accouftume de dire , que tours les traidez qu’il fiifoit
auec les François, Efpagnols , ôc Allemans , qu’il appelloit tous
LIVRE PREMIER. 105Barbares,n’eftoit q pour les abuzer, &les ruiner les vns par les autres,
pour mieux les chafler touts d’Italie. Il y en a d’autres qui condam¬
nent les perfides ôc trahiftres, & neantmoins trouuent bonne la trahi-
fon,comme difoit Philippe deMacedoine: &les Lacedemoniens qui
condamnèrent leur Capitaine Phebidas, d’auoir empiété la Cadmee
contre la teneur du traité faid auec les Thebains, & neantmoins ils
retiridrent la place , comme dit Plutarque. Les autres , qui ne peu-
uent trouuer occafion véritable, ny vray-femblable, defauffer la foy,
demandent les aduis, ôc délibérations des Iurifconfultes,& canoniftes:
comme iladuint au Marquis de Pefquierre,lequel fe voulant faire Roy
deNaples, fift foubs main tierce plufieurs confultations,pourfçauoir
fï celuy qui eftoit vaffal du Roy deNaples ,pourroitfàuf fàfoy ôc fon
honneur, pluftoft obéir au Pape, feigneur dominant du Royaume
de Naples, que au Roy, qui n eftoit que Seigneur vtil. ôc mettoit ce
pendant deux cordes à fon arc, faifànt fon compte, que fi l’entrepri-
fe contre l’Empereur venoit à reuffir, il feroit Roy deNaples: & fi elle
failloit,qu’ il demanderoit le Duché de Milan,pour la rebellion du Duc
auquel il faifoit fubtilement porter la marotte: mais eftant lentreprife
decouuerte, il fift prendre Moron Chancellier du Duc, &luy faifant
fon proces, lefiftefchapper, craignant qu’il parlaft trop : & toft après
mourut de regret,fachant bien que fa perfidie, &defloyauté eftoit in-
excufable,veu qu’il trahiffoit,&l’Empereur,&lcDuc, &: touts ceux de
la ligue,par mefme moyen: qui eft la plus deteftable perfidie detoutes
les autres, non pas que ie blafmeceluy, qui pour s affeurer,a deux cor¬
des à fon arc,pourueu que cela fe face,faufla foy d onnee aux vns, ôc aux
autres, comme Themiftocle fift, lequeladuertit fecrettementle Roy ^ ty^ £*? *^0 *
de Perfe, que s’il ne partoit d’Europe,les Grecs auoyent délibéré rom-7 /*y f°pre le pont, qu’il auoit faid fus mer, pour pafler fon armee d’Afie en 2 "1.Europe, le priant de tenir la chofe fecrette. Ce qu’il faifoit affin de s’af- a *feurçr de la grâce du Roy de Perfe, s’il demeuroit vainqueunou d’em-
porter 1 honneur de l’auoir chaflédela Grece, s’il s’enalloit, comme
il fift. Combien que ces finefles eftant defcouuertes entre les Prin¬
ces alliez, font bien fouuent les amis ennemis, comme les Epirotes,
qui accordèrent aux Acheans leurs alliez,qu’ilstrouuoyent bon qu’on
fift la guerre aux Ætoles ôc neantmoins par Ambaffadeils manderent
aux Ætoles qu’ils 11e prendroyent point les armes contre eux. Vne
autrefois ils iouerent vn mefme tour au Roy Antioque, luy promet¬
tant toute amitié , pourueu qu’ils ne fuffent en la mauuaifè grâce
des Romains : id agebatur , dit Tite Liue, vt fi rex abftinuiffet Epiro,
integra fibi eflent omnia apud Romanos : ôc conciliata apud regem
gratia, quod accepturi fuiflent venientem. Les lurifconfultes tiennent
bien .que la foy ne doibt eftre gardee à celuy qui a manqué de foy. ^Mais OU 1T» P rl 1 Yd npnr /=>Orr/a nno n/if 1/q A A11 n r-11 A F* C''r\n tsw; 011 me dira , peut eftre , que par le decret du concil de Con- , ^ 0•*V #2^7
I06 DE LA REPVBLIQVE/V é vl ^ t V ^ ftance il fut auffi arrefté,qu’on ne debuoit point garder lafoy aux en-
vYbi ^ nemis delà foy.d’autant que l’Empereur Sigifmond ayant donné lar foy à Lancelot Roy deBohefme, ôc fauf-conduit à IeanHus, ôc Hie-
rolîne de Prague, ne vouloit pas qu’on procédait contre eux : mais
pour luy leuer le doubte qu’il auoit, il fe trouua plufieurs iurifcon-
fultes, canoni (tes, ôc theologiens, ôc mefmemcnt Nicolas Abbé de
Palerme, &Loüys du Pont, furnommé Romain, lefquels refolurent
cefte opinion,• qui paffa en force de decret homologué par le Con-
cil. Et Ican Hus auec fon compaignon executez , ores que le Con-
cil, nyl’Empereur n’euft aucune iurifdidtion fur eux, & que le Roy
de Bohême, leur feigneur naturel, n’eftoit pas de leur opinion, au¬
quel neantmoins on auoit donné la foy : mais on n’y eut point d’ef
T 1 t. gard. De quoy il ne fe faut pas efbahir , veu que Bartol le premier
nUmndeCp"aiSnff! iurifconfulte de fonaage,foufticnt generallement qu’il ne faut point
S’ilfautgar- g^der la foy aux ennemis. Suiuant ce decret, le Cardinal faint lu-
der la foy jjan fut depefché Légat en Hongrie, pour rompre les traitez depaix,
aux enne* iaccordez auec le Turc : à quoy Huniad pere de Matthieu Corbin,
mis delà R0y Hongrie, refifta fort ôc ferme : remonftrant les traitez, ôc la
foy. foy iuree à conditions fort raifonnables , ôc auantageufes aux Chrc-ftiens: neantmoins le Légat luy monftrale decret du Concil, par le¬
quel on ne debuoit point garder la foy aux ennemis de la foy. Sur
quoy les Hongres s’eftant fondez rompirent la paix. Mais le Roy des
Turcs ayant entendu le decret , ôc Pinfra&ion de la paix , leua vne
puilTante armee, depuis ne celfa, tant luy, que fes fùccelleurs de croi-
ftre enpuilfanceinuinciblc,&baftkce grand empire delà ruine des
Chreftiens. Car mefmes l’Empereur Sigifinond , eut la chafTe auec
toute îarmee de Chreftiens, & TAmbaffadeur qui auoit porté le
decret, fut tué au retour par quelques volleurs Chreftiens. Mais fi la
foy ne doibteftre gardee aux ennemis, elle ne doibt pas eftre don¬
née. ôc au contraire s’il eft licite de capituler auec les ennemis, auffi
eft-il necefiàire de leur garder la promefle. Et par ainfi la queftion
feroit s’il eft licite de traiter alliance auec lesPayans ôc infideles, com¬
me l’Empereur Charles y. fift auec le Roy de Perfe , par fon Ambaf
; fadeur Robert l’Anglois, qui fut pourfuiui du Sangiac de Soric
, iufques aux fronderes de Perfe : ôc neantmoins il n’auoit autre repro¬
che a faire contre le Roy François i. que d’auoir traité alliance auec
les Turcs, on fçait allez que les Roys de Pologne , les Vénitiens,
Geneuois , Ragufiens ont femblable alliance auec eux. Et mefmes
l’Empereur Charle y. donna la foy à Martin Luther , qui eftoit dé¬
claré par la bulle du Pape ennemy de la foy pour venir à la dietc
Impériale de Vvormcs l’an m. d. x i x. où Echius voyant qu’il ne
vouloit pas renoncer à fon opinion , allégua le decret de Conltan-
r ce/uiuaiit$
LIVRE PREMIER. 107ce , fûiuant lequel il demandoit qu’011 procédait contre luy , fins
auoirefgardà la foy que l’Empereur luy auoit donnee : mais il n’y eue
Prince, qui 11 euft en horreur la requefte d’Echins: ôc de faid l’Em-
pereur r’enuoya Martin,auec fauuegarde, &main armee. le neveux
pas entrer aumerite du decret, mais l’opinion de Bartole & de ceux qui
fouftiennent qu’il ne faut pas garder la foy aux ennemis,ne merite point
de reied, tant elle eft efloignee du fens commun, ôc neantmoins,la for¬
me du ferment que font les luifs, difertement articulee aux ordonnan¬
ces de la chambre Imperiale, liure 1. chap.L x x x v 1. porte, qu’ils iure-
ront garder la foy aux Chreftiens aufli loyalement, que firent leurs pre-
decefleursaux Gifans idolâtres. Aufli Iofué ayant efté deceu parles Ga-
baonites,Payans ôc infideles,au traidé qu’il fît auec eux,pour les fiuuer,
ôc quatre villes qu’ils auoyent.Et depuis ayant defcouuert la tromperie,
ôc que les Capitaines de l’armee des Hebrieux demandoyent que le
traidé fuft rompu,il ne voulut pas,difant quon leur auoit donné la foy:rr i- 1 8 1 r 1 Tx- »-i / r* S. Iofuc.e,ariin, dit ie texte , que la rureur de Dieu qu ils auoyent îure ne vint fur
eux. Quant à ce que iay dit que la foy ne doibt eftre gardeeàceluy qui
l’a rompue, ôc le droid naturel y eft conforme, ôc les hiftoircs en font
pleines, ôc qui plus eft de noftre memoire SinanBafcha, ayant capitulé
auec ceux de Tripoli en Barbarie, &iurépar la tefte de fon maiftre, de
laifler.les cheualiers fortir bagues fauues, après que la ville luy fut rédue,
fift neantmoins touts les habitans efclaues,horfinis deux cens,qu’il mift
en liberté à la requefte d’Aramont Ambafladeur de France :ôc quand
on l’adiura de fa foy,il fift refponfe,que lafoy ne leur debuoit eftre gar-
dee,par ce qu’ils auoyent iuré à Pvhodes,ne porter iamais les armes con¬
tre les Turcs, leur reprochant qu’ils eftoyent pires que chiens, qui n’a-
uoyent ny Dieu, ny loy. Combien que laperfidie ne fe doibt pas van-
ger,ny repeter,après qu’on a traidé paix ôc accord enfemble,autrement La Perfidfe
ü n’y auroit iamais afleurancedepaixny fin de perfidie, mais fi l’vn des couucrte
Princes s’eftdeparty defapromefle,&à trompéPautre:iln’a queplain- Par nou~
dre fi on luy rend la pareille,au parauant qu’on entre en nouueau traité. ucaLl tiaide
comme les Romains ayantvaincu les Epirotes, qui leur auoyent man- ne ^
que de foy,auoyent mis garnifon dedans leurs villes, pendant la guerre pasrepetcr.
de Macedoinermais toft après que Perfeus fut pris,ils firétpublier qu’ils
vouloyent mettre aufli en liberté les Epirotes, & tirer la garnifon; ôc ma¬
derent dix hommes des plus apparens de chacune ville, aufquels il fut
enioint d apporter tout l’or ôc l’argent: ôc puis au mefme inftant on do- ,
nalefignalaux garnifonSjde piller,ôc fàccagertoutesles villes:ce qui fut
fait:ôc en cefte forte on faccagea lxx. villes.Mais fila perfidie eftoit cou-
uertepar nouueau traidé, il ne feroit pas licite de s’en reuanger. Tou-
tesfois il y en a de fi lafches,&de fi perfides,que au mefme inftant,qu’ils
lurent, ils n ont autre difeours en leur efprit, quedefaufler leur foy:
comme Charles Duç de Bourgongne donna vne feureté au Conte
io8 DE LA REPVBLIQVE{aind PolConneftable de France pour le vendre. &les bannis de Cy-
nethe, ville de Grece,eftant rappeliez^ receus par nouueautraitté,fai&
auec ceux qui les auoyent chaflez,iurerent d’oublier toutes iniures paf
fees,&viureenfemble enbonne paix Ôc amitié, mais en iurant, ditPo-
lybe * , ils ne penfoyent autre chofe,, finon de trahir la ville, comme ils
firent pour fereuanger dcl’iniure quils auoyent couuerte par nouucl
accord: &chalferent touts leurs ennemis: mais Dieu pour venger leur
defloyauté, permift que les Arcades, aufquels ils auoyent trahi la ville,
tuerent ceux qui lauoyent mifeentre leurs mains. Or fouuent il ad-
a uient que les Princes ôc feigneuries fe départent des alliances par crain-
Ç ^ .v (l -C / tc,&fuiuent ordinairemét le parti du vainqueur .-comme après la iour-4 y(. née de Pauie, touts les alliezduRoy de France en Italie quittèrent fonparty : ôc après laiournee de Cannes prefquc touts les alliez des Ro¬
mains les abandonnèrent en Italie: & mefme les Rodiots après la prife
du Roy Perfeusauec lequel ils eftoyent alliez, firent vnedid que fus
i- tiuias.iib.4j; peine de la vie,perfonne ne fift,& ne dift rie en faueur1 de luy.La crain¬
te qu’ils auoyent couroitaucunement la honte de l’infradion destref.
ues:mais quelle couleur peut auoir celuy, qui ne capitule auec autruy
que pour le tromper? Cela eft inexcufable &deteftabledeuant Dieu.
Et toutesfois l’Empereur Maximilian,Bifayeul de ceftui-ci, fouloit di-.o.Cuichardin. re ° qu’il ne faifoittraité,que pour amufer le Roy Loys x 11. ôc fe vanger
_ S*-? r y de dix fept iniures,qu’il difoit auoir receu des François, combien que
p IvW 'h'-'p ' ^ ^ :: à peine il n’en peut remarquer vne , car chacun fçait que depuis deux
Ctf A* >’ cens ans l’Europe n’a veu Prince plus religieux que Charle vi 1 i.nyplus entier queLoüys xi 1. qui ont régné au temps de Maximilian.&
mefmes ceftui-cy, qui entre toüts les Princes futfeul appelléperedu
peuple, monftra combien il eftoit loyal cn fes faids, ôc parolles, ayant1 \ t £ traide paix auec Ferdinand d’Arragon,duquel au parauant il auoit rc-
, , V . v1ceu beaucoup de pertes, ôc neantmoins fi toft que Ferdinand fut arri-
uc au port de Sauonne, le Roy de France s’alla mettre auec deux outrois feigneurs en {àgalere.Ferdinand eftonné dvne fi grande affeuran-
ce,& bonté, fortit de fa galere, ôc alla loger au chafteau de Sauonne. Il
eftoit bien en la puiflance du Roy de France le retenir, comme cn cas
pareil fift Charles de Bourgongne à Loüys x 1. au chafteau dePeronne:
toutesfois il eftoit fi efloigné de cefte mauuaife affedion, que au con¬
traire, il n’oublia magnificence quelconque pour luy donner plaifir.^
Mais s’il eftoit queftion que les Princes cftans cn guerre voulurent par-'
1er enfemble , combien que cela fe fait quelquesfois au milieu des
deux armees, fi eft-ce que fi l’vn vient auec peu de gens ou fans force,
il doibt bailler oftages à l’autre, oufortereflespour lafeureté, deuant> qu’approcher,commeiIfefaitordinaircment.AinfififtIeRoy Perfcus,
h v' lequel eftant venu,auec grande compagnie fus la fronticre de fon Roy-:
aume, quand il voulutpafler ÇXMartius Philippus Ambaffadeur Ro-:
w ^^ main,
LIVRE PREMIER. io<>main demanda oftages, il vouloirpaffer la riuiere en compagnie déplus
de trois perfonnes. Perfèus bailla fes principaux amis : ôc Martius nen
bailla point de fà part,d au tât qu’il n auoit que trois perfonnes auec luy*Ets’ileftqueftiô de bailler oftages pour deliurer vn prifonnier qui foit
grand Prince,cela fe doit faire auec forces égales de part Ôc d’autre, ôc en *baillant les oftages receuoir le captif au mefme inflant, comme il fe fift ^ ^ tc«SU-quand le Roy François premier retourna de Madricrautrement il y au- r ,1roit danger que le Prince defloyal ne retintle prifonnier ôc les oftao-es ^ ^ *comme fift Tryphon ayatpris Ionathas partrahifonpromift le lafcher fY) *pour foirante mil efeus, ôc fes deux fils en oftage : fi toft qu’on luy euft
deliuré la rançon ôc les oftages, il retint l’argent &tua les oftages ôc le
prifonnier, ôc fift mourir fon pupil Roy de Sorie. De tels monftres il fe
faut toufiours garder,quelque traité d’amitié ôc d’alliance qu’on facea-
ueceux: ôc mefmes qu ils euffent contraété mariage, fi eft-ce qu’il ny a
point de fiance fi le prince eft perfide & defloyal : comme eftoit vn Al*
phonsRoy deNaples qui tua le Comte laques Ambaffadeur de Milan,& auoit le naturel de Caracala,lequel Empereur Romain (lequel ne fai- WJ
foit iamais bonne chere,finon à ceux qu’il vouloit faire mourir) ayant ?traité paix aufec les Parthes, il demanda la fille du Roy, on luy accorde: f * — *
ôc alla iufques en Perfe pour l’efpoufer en aflèz bonne compaignie,
toute armee au deffoubs des veftements, Scaufignal donné, lors que
on ne penfoit finonà rire, il fait tuer les plus grands feigneurs qui fe
trouuerent aux nopces, fe retira après le coup , difant qu’il eftoit per- fip/S1 ^ A
mis d’en vferainfi enuers fes ennemis. Cepariciden’eftpasficruel,que 'i 'l’cxcufe eft deteftable:auffi Dieu fe vengea bien toft après defadef-
loyauté , permettant que l’vn de fes gens luy coupaft la gorge , ôc
pour loyer emporta l'Empire. Tel eftoit le Comte Valentin fils’du
Pape Alexandre feptiefme que le Macciauelmetpourle parangondes
princes,quelque traité qu’on fift auec luy & fon pere il n’y auoit ia¬
mais de fiance: d’autant que Alexandre ne faifoit rien de ce qu’il di¬
foit : fon fils ne difoit rien de ce qu’il feifoit.il donna la foy, & fift de
grands ferments pour l’afleurance de la paix qu’il faifoit auec les prin¬
ces liguez contre luy : & les ayants attirez foubs fa foy, les fift mou¬
rir cruellement : dequoy fon pere en riant dift, qu’il auoit ioué vn tour
d’Efpaignol. c'eftoit vne extreme folie aux princes de mettre leur vie
en la main du plus defloyal homme qui fuft oneques, & cognu pour
tel :& alors mefines qu’il n’eftoit que fuget du pape , & n’auoit pas
puiffance de donner la foy à l’ennemy : de forte que le pape les pou-
uoit faire mourir, comme fes fugets, & rebelles, fans note de perfi-
die:comme Ferdinand d’Arragon quimandaà Confàlue Viceroy de
Naples de retenir prifonnier le mefme Comte Valentin, auquel le Vi¬
ceroy auoit donne làuf-conduit : lequel mendement eftant interuenu
depuis le fauf-conduit, auoit plus de force : car la feureté donnee par lek
Iio DE LA REPVBiîQJEiiigret fans charge fpeciale eft de nul effe£fc. Nous liions qu Albert conte
^ /r 4 deFrâconiCjfift vne mefme faute que le cote valétin: car eftat affiegé de
Loüysde Bauiere,Oto,ArcheuefquedeMogunce,luiperfuadadevenir
à l’Empereur fur fafby,&au cas qu’il ne peuft rie faire,qu il retourneroic• auec rArcheuefque. le bo Archeuefque eftat fortifift femblant d’auoiroublié quelque chofe au chafteauj&: retourna auec le Conte.ôc après a-
uoîr mis le Côte entre les mains de l’Empereur,eftat fômé de fa promet¬
te, il dift qu’il eftoit retourné., come le foldat de Polybe, lequel nonob-
ftât fa rufe fut réuoié par le fenat Romain pieds,& poings liez à l’énemi.
mais la vraie defenfe de l’Archeuefque,eftoit pl9 peréptoïre,quiln auoit
peu obliger fa foy au fuget,cotre l’Empereurxobien que fadefloyauté
n’eftoit pas couuerte pour cela. Aufli letribunSaturninauec fes côplices
s’eftâs fiifis du Capitole parcôiuration Ôc rebellio,eftâs fortis fous lafoy
ôc fauuegardedes Côfuls,furet néanmoins tuez,&leur memoire dam-
nee. Et en la ville de Luques,iladuintvncasfemblablerâM.D.xxn.que
Vincent Pege, & fes côpagnons,après auoir tué le Côfalonier au palais,
eurét la foy,& feureté des Magiftrats,de n’eftre inquiétez à la charge de
fortirde la ville,parce qu’ils eftoiét en armes,Ôc les plus fors :mais toft a-
pres on les pourfuiuit come ils meritoiét. Et afin q fous la promefle des
Magiftrats, lafoy ôc feureté publique ne fuft enfrainte,Ia feigneuriede
Venifefift defenfe par ordonnance des dix,publiee l’an m.d.y i- que les
gouuerneurs, ôc Magiftrats ne donaflent fauf-conduit aux bannis,& fut
referué à la feigneurie feulement, laquelle par autre ordonance faite l’an
M. o. xii. fift defenfe darrefter prifonnier celuy, auquel la feigneu¬
rie auoit donné faufeonduit. non pas que les Princes, & feigneurs fou-
Lafoydon- uerainsfoyenttenus de donner lafoy aux fuiets,& beaucoup moins
neeauxbri- aux bannis : mais l’ayant donnee , il faut la garder inuiolablement.
gans, ôc pi- Nous n auons point de plus grands maiftres de la iuftice, ôc de la foy
rates doibt publique,que les anciés Romains: &toutesfois nous voyons que Pom-
eftre gar- peele grand capitula auec les efeumeurs pirates, leur donnant feu-
dee. reretraiteen quelques villes Ôc terres,pour y viure fous lobeiflanccdes Romains, car il eftoit bien aduerty que-les pirates auoient neuf
cens voiles, ôc plus de cinq cens villes és coftesde mer, tenants toute la
mer en leur puiflance de forte, qu’il eftoit impoflible aux gouuerneurs
de tragueter és prouinces,& aux marchas de trafiquer,&qifvnepuifsa-
ce fi grade ne fe pouuoit mettre en route,fins expofer au dager extreme
l’eftat du peuple Romain,la maiefté duquel demeuroit en fon entier par
le traité: & s’il n’euft gardé lafoy qui leur auoit donnée,ou que le Sénat
n'euft ratifié le traité il euft aucunemét fouillé l’honneur des Romains,
ôc obfurci la fplendeur d’vn fi haut exploit. Non pas que ie fois d’aduis
qu’on done autremét, ou qu’o reçoiue la foy des voleurs,parce qu’ils ne
doiuét auoir ni part,ni cômunicatio du droit de gés,come l’ay dit ci def
fus. Et côbiéqTacfarin chef d’vne armee de voleurs en Afrique, enuoy aAmbafladeurs
L I V R E P R E M I E R. niAmbaffadeurs à Rome,afin qu’on luy aflïgnaft terres & places, pour lui
ôc pour les fiens, autrement quil denonçoit aux Romains guerre perpe-
tuelleitoutesfois l’Empereur ° Tibere prenant cela pour contumelie^e 0,Tacit-ïih^
voulut pas feulement doner audiéce aux Ambafladeurs, difant en plein
fenatque les anciens ne voulurent onquesouïr,nÿ traiter en forre quel¬
conque auec Spartar efclaue,&de fon meftier efcrimeur,& chef des vo¬
leurs,côbien qu’il euft aflemble iufques à LX.mil efclaues, ôc ja par trois
fois vaincu les Romains.en bataille rangee, 8c depuis qu’il fut vaincu par
Craf%, tous ceux qui rechaperent furent pédus. Qui eft vn trefeertain
argument quil faut garderla foy aux voleurs mefmes, l’ayant vnefois Faitmemo»
donec:mais il n’y en a point de plus bel exemple que de l’Empereur A u- rable de
gufte,lequel fift publiera fon de trompe, qu’il donnéroit xxv.mil efeus l’Empereur
à celuy qui reprefenteroit Crocotas,chefdesvoleurs en Efpaignedequel Augufte.
eftant aduerti alla luy mefmes fe prefenter à Augufte, Ôc demanda xxv.
mil efeus. Augufte les luy fift 4 payer,& en outre luy dona fa grâce,pour + Dio
monftrerexéple qu il faut garder la foy :fans auoir efgard fi celuy le me¬
rite,auquel on la donnee: car toufiours il y va de l’honneur de Dieu, ôc
de la Republique:vray eft qu’il y a grade différence de la foy donnee au
voleur,àramy,àrénemy,&au fugef.carle fuget qui doit garder l’hon¬
neur,le bien, & la vie de fon Prince fb u uerain, s’il eft perfide, ôc déloyal
enuers luy,& qu on lui donne feureté,ou bien qu on vienne à capituler
auec lui, fi on lui rompt la foy, il n’a pas fi grade occafion de fe plaindre
que les voleurs, s’ils ne fontpoint fugets : comme la légion des voleurs
Bulgares, lefquels eftans venus en France pour y demeurer, le Roy Da-
gobert leur donna la foy, voyant qu’il eftoit perilleux de vouloir tout à
coup rompre vne telle compaignie de gens perdus, ôc defefperez r mais
toft après au iour, ôc fignal donné, on les tua. toutesfois la difficulté eft Le rrince
plus grande,fi le Prince fouuerain capitule auec fes amis,ou ennemis, ôc donnant la
que fes fugets rebelles à fa maiefté foient côpris au traité, plufieurs ont f°y au
douté,fi lePrince n’a gardé la foy, ains a pourfuiui (es fugets commere- getladoit
belles,fi l’énemi eft offenfé, ôc fi la feureté dônee,ou les trefues pour cela garder,
font enfrain tes;corne il aduiet fouuët:& qui eft la chofe qui plus griefue
les Princesîcomme dit Tite Liue du Roy Philippe de Macedoine/ Vna /• ^
res philippü maxime angebat,quod cùmleges à Romanis vido impo¬
nerentur,(a^uiendiius in Macedonas,qui in bello ab (e defecerat,adeptu
erat.le tiés q le traite en ce cas eft enfraint,8tql ennemi,ou le prince qui
4 ftipulé la feureté des fugets d’autruy,s’en peut iuftemét reffentir, ores
q le fuget fuft coupable du premier chefde leze maiefté.come les Baros
de Naples allèrent à Naples vers le Roy Ferrand fous la feureté du Pape
Seigneur fouuerain de Naples,des Venitiens,du Roy d’Efpaigne,&des
Floientins,qui s eftoient obligez fpecialement,&: auoientiuré faire en¬
tretenir le traité : neantmoins ils furent tous conftituez prifonniers par
Ferrand Roy deNaples : lequel les fift tous mourir, iaçoit qu’il les euft
reçeuz Tous la leurete de fon pere,Ôc deluy,&: deceuxquei’ay dit maiskij
s11> DE LA BvEPVBLIQVEil n’y a point de cotrauention au traité, fi quelque particulier, pourfuyt
l’intereft qu’il a contre ceux qui font copris au traité, s’il n y a promefle
expreffe qu’il n’endurera point qu’on face aucune pourfuite cotre eux,
pour chofe comrnife deuant le traité : où bien que l’alleurance leur fuft
donnee en termes généraux,de venir en leur maifon : auquel cas ils ont
4.Atcxand. confii. auffi affeurâce pour s’en6 retourner.car la claufe generale en termes gc-
neraux a7 mefme force,que la claufe fpeciale au cas fpecial.-qui ne8 s’e-
Trcbe1.ca:tatca(1 ftenclroitpas hors les lieux,les temps,les perfonnes,& cas expreffément
i7 fîdu1 de admf’ art^cu^ezau traité ou fiiuf-coduit. Aquoy toutesfois Léon x.Pape n’eut
niftrat.tut.c.quia point d’efgard ayant donné fauf-conduit,& la foy à Paul Bâillon (qui a-
cap.VoiiSdcma- u°it chaffé fon nepueu de Perouze) car quand il fut venu à Rome,on le
ionlu'i# £iT“d' conftitua prifonnier,&fon procès luy fut fait,non feulemét fus la rebel-f.cap.fc dcf.dc rc- lion, ains auffi fur plufieurs crimes, defquels il fut attaint ôc executé à
potTftCdcpro"urni0 mort. Lliiftoire porte que le pape auoit donné la foy tât à luy, que à fes
tbotritico!cude ^mis en general:vray eft qu’ils eftoiét tous fes vaffaux. lien fiftautâtau
Léon dixief Cardinal Alphôfe de Siene, attaint de s’eftre efforcé de l’époifonner. &
me pariure afin de l’attirer aux filets,il luy donna la foy,Ôc à l’Ambaffadeur d’Efpai-
pour fe va- gnejaunoduRoycatholiquer&neantmoinsfitoftqu’ilfutaRomejOn
ger* lui fift fon proces.Surquoy l’Ambafladeur d’Efpaigne fift grade inftâce:mais le pape,qui n’auoit point faute de iurifcofultes,lui fift refpofe, que
le fàufcoduit ne porte iamais feureté^pour ample qu’il foit.,file crime co¬
mis n’eft difertemét fpecifié. ôc bié toft après le Cardinal fut eftrangléen
prifon.Son fucceffeur Clemét vn.paia quafi de mefme monoie les Flo¬
rentins,& l’Ambaffadeur d’Efpaigne,aufcjuels il auoit promis de cofer-
ueraux ïlorétins la liberté deleureftat:& fi toft qu’il fut faifi de la ville,
ilafferuitaubaftarddefon frere, qui fift mourir les plus grans, après en
auoir banni,& cofifqué plufieurs,difànt que le crime de leze maiefté eft
toufiours exceptéiqui eftoit vne exeufe friuole ôc ridicule,attendu qu’il
n’auoit iamais efté feigneur de Floréce.Mais l’vn&rautre pouuoit dire à
l’Ambafladeur d’Efpaigne,qu’il n’auoit point d’intereft s’ils auoiét man¬
qué de foy,d’autant que l’Ambaffadeur ne pouuoit ftipuler feureté, ny
fauf coduit pour vn eftranger au nom de fon maiftre, s'il 11 auoit charge
fpeciale,comme nous auons dit cy deffus.Toutesfois le plus feur eft en
tous traitez articuler expreflément le nombre ôc qualité des iuges, pour
les différends qui peuuent furuenir entre les alliez : en forte toutes fois
quele nombre foit égal départ & d’autre, auec puiffance aux arbitres
de nommer vn fuperarbitre pour vuider les différends refultants du
traité, comme il fe fift au traité des quatre premiers cantons qui s’al¬
lièrent l’an m. c c cclxxXi. où il fut dit au quatre &cinquiefme arti¬
cle,que pour les différends on procederoit par affifes égalés, ôc au traite
de l’alliance hereditaire entre la maifon d’Auftriche, ôc les x 11. cantons
les Euefques deBoefme& de Confiance font nommez, mais au traite
fait entre le Roy de France ôc les Suiffes l’an m.d.xv i. au xvi i.sarticle,
il eft porté que pour les différends chacune partie élira deux arbitres, &
L I V R. E PRE M I E R. njs’ils ne pouuoient tomber d’acordle demandeur eliroit vn cinquiefme
fuperarbitre de Valois 011 de Coïre. mais on deuoit faire que le cinquiè¬
me feroit eleu par les quatre:d’autât que les particuliers de SuifTeeftoiec
toufiours demandeurs, ôc nommoient qui bon leur fembloit, en for¬
te que-le Roy auxiours de marche perdoit tous fes proces. Vn autre
point, qui plus a trompé & trompe ordinairement les Princes, c’cfl
de traiter auec les AmbafTadeurs, députez, ou lieutenants fans charge
fpeciale:car quelque promette de ratification qu’ils fàcent,il n y a iamais
d’affeurance, d’autant que le prince qui promet 5 demeure obligé de fa
part, & l’autre demeure toufiours en liberté d’accepter, ou regetter les
conditions du traité:&ce pendant il furuiét quelque chofe,qui fait tout
changer: comme il ad u intaux Samnites&Numantins,&fans allerfî
loin,au Roy de France Loüys x 11. lequel traita la paix auec l’Archi-duc
Philippe paffant par la France tan m.d.iii. en vertu, d’vne commiffion
bien ample,qu il auoit de fon beau pere,promettant au furplus luy faire
ratifier.ee pendantFerdinand attendoitl’iffue des affaires de Naples,où
il fe donna deux batailles, efquelles les François furent vaincus, & chaf-
fez du Royaume, alors il n’y eut plus de nouuelles que Ferdinand rati¬
fiait le traité fait auec le Roy de France : s’exeufant que l’A rchi-duc n’a-
uoic pas eu charge fpeciale. Pour le moins faut-il que le temps foit pre¬
fix, dedans lequel la ratification fedoiue faire : auec clauferefblutiue à
faute de ce faire, car en matière d’eftat, 6c de traitez entre les princes &c
Républiques,1a ratification taifible n’eft pas feure. Et ce fut la caufe de
rompre le traité de Bretigni que Charle y. Regcnt en France n auoit
pas ratifié, touchant la foutieraineté de Guyenne : & fut la mefme oco
iion que ceux de Cartage auoient de rompre la paix entre eux & les 110-
mains.car après la premiere guerre,ils auoiet fait deux traitezrau premier
tous les alliez des deux peuples y eftoiét copris en général feulement :&
fut dit,que le traité fait auec le coful Ludbatius tiendroit^fi le peuple Ro¬
main lauoit pouragreable:ce qu’il ne voulut pas ratifientellemétque le
peuple Romain enuoiacomiffion expreffe,&les articles qu’il vouloir ar-
refter ; Afdrubal Capitaine général des Cartaginois les acorda: & en ce
traité les Saguntins eftoient fpecialement compris,côme alliez des Ro¬
mains. mais le traité n auoit point efté expreflémet ratifié par les Carta-
ginois:qui fut le point auquel le Sénat de Cartage s’arreftoit, pour fou-
ftenir,que Annibai auoit peu faire guerre aux Sagütins: & toutefois ay¬
ant les Cartaginois gardé le traité fait par leur capitaine en toutes les au¬
tres clan fes, ils tauoient ratifié de £ii6l, qui eft plus que la parole. C efl:
doc le plus feu r de ne rien conclure fans charge fpeciale,ou ratification
exprefle. car on n'a iamais faute d’excufes,& fiibtilitez, pour couurir
fa d’efîoyauté. comme les Flamens, craignants payer deux millions
de florins à la chambre du Pape^come il eftoit couenu au traité de paix,
s’ils ferebclloietcotreleRoy de Frace,ilscôfeillerétau Roy d Angleter¬
re Edouarc ni.fe qualifier Roy deFrâce, & alors qu’ils prédroiét les ar-
Forme de
fermens.i.Philippc de Go-
mines.Î.Tacit.lib.4.4.Hiftoire des In¬
des.nS ^ DE LA REPVBLIQJ/Emes pour lui,ce qui fut faitLes autres fubtils&fus les mots,come Louis
xi. faifant femblât d’auoir affaire du bô cofeil de Loiiys de Luxébourg,
Coneftable de Frâce, dift qu’il auoitaffaire défi tefte. EtCharle v.Em¬
pereur fubtiliza encor’mieux fus vne lettre du mot Euich.ou lalettre V,
emporte l’affirmation & N,négation,fi bié qu’eftant fommé de fa pro-
mcffeprintN,pourV,&: retint cepédant le Landgraf des Hes,&: le Duc
de Saxe prifoniers.Mais George Cornare tro.uua encore vne interpréta¬
tion plus fubtile,voyant quil ny auoit occafion de rompre le traitéfait
auec le Roy de France,dift, que le traité eftoit fait auec le Pvoy pour la
conferuation de fes eftats, &non pas pour les recouurerles ayants per¬
dus. Quand il n’y a plus d’exeufes, le plus fort en matiere d’eftat ne laiffe
pas toufiours de le gaigner, & le plus foible a tort: comme Atabalippa
Roy du Peron,eftant prifonnier de Frâçois Gizarre, promit la valeur de
dix millions, &c trois cens mil ducats pour fa rançon,qu’il paya: les
Efpaignols ayant refolu de le faire mourir, luy dirent qu’il n’y auoit
moyen d’eftre mis en liberté s'il ne fefaifoitChreftien, luy pour fauuer
(a vie fe fift baptizer: toutesfois les Efpaignols le firent mourir,après luy
auoir fait fon proces, fans auoir efgard à la foy, ny aux ferments qu’ils a-
uoyent faits. Et plus y a de ferments effranges, & nouueaux, & moins
voit-on d’affeurarice. Au traité fait entre le Roy Loiiys x i. &c Charle
DucdeBourgongne l’an m.cccclxxv. leRoy iura premièrement
en parole de Roy, puis par la foy de fon corps ,& par fon Createur, &
parla foy, & loy qu’il auoit pris en fon baptefme,& fus les Euangiles,ôc
fus le Canon de la MefTe,& en fin fus la vraye Croix.on fçait affez ce qui
en aduint toft après, mais le Conte Saindt Pol ne fe voulut pas fier
en tout cela, quand le Roy luy donna fàuf-conduit , s’il ne iuroit parla
vraye Croix1 d’Angiers, cequ’il ne voulut faire, ayant délibéré le faire
mourir, & craignant fur tout cefte Croix, fus laquelle il auoit iuré e-
ftant requis par le Seigneur de PEfcut,auparauant, que venir à fon fer-
uice,& garda fon ferment.Le femblable fut fait au traité de paix fait en¬
tre le Roy deNauarre, & Charle deFranceRegent: alors quel’Euefque
de Lizieux dift la Meffe en vn pauillon tendu entre les deux armees,&re-
ceutle ferment fus rhoftie:&pour plus affeurerle traité l’Euefque diuifa
Thoftie en deux baillant la moitié au Roy de Nauarre, luy n’en voulut
point prendre,en s’exeufant qu’il auoit deiettee, ny le regent auffi nen
voulut point prendre. Les anciens vfoient de facrifices, & d’effufion de
fàngauec plufieurs imprécations, &execrations contre les infra&eurs
d’alliance: & mefme les Roys de parthe,& d’Armenie, quâd ils entroiét
en ligue offenfiue, &: defenfiue, fe lioient les pouces, & faifiint fortir du
fàng,le fufoiét3 les vns après les autres: corne en cas femblable le Roy de
Calange aux Indes Orientales, traitant alliance auec les Portuguez, tira
du fang de fa main gauche,& s’en toucha la face,& la lâgue.4 Mais i! n’y a
point de feureté en tous ces fermens,fi le prince eft déloyal: &c s’il eft en¬
tier,f
LIVRE PREMIER. n6tier, fa parole fimple luy doit eftre vne loy ,& fa foy vn oracle: & fe doit
faire (èrment du Dieu 'eternel: par ce que c’eft luy feu 1, qui peut, non i-Veumoa.,?.
feulemét vengerles in tracteurs de Iafoy : ains auffi les moqueurs de fon
nom:& non pas ceux qui n’ont ny pouuoir,ny fouci-des chofes humai-
nes:que les xxx. Ambaffadeurs de Cartage craignoiét : alors que les Ro¬
mains eurent acordé de leur donner la paix : il y eut vn ancien fenateur
coemoiflant la perfidie Punique , qui leur demanda en plein Sénat, Si le Prince
quels Dieux ils vouloient iurcr: ils refpondirent, qu’ils vouloient iu- eft déloyal
reries Dieux qui auoientfigriefûement vengé la déloyauté, côbienque ilnefautia-
celuy eft auffi bien moqueur de Dieu, quilepéfe moquer, ou offenfer, mais faire ‘
que s’il fe moquoit de fait du vray Dieu, côme les6 Princes partifans des eftat de fon
maifons d’Orléans ôc de Bourgongne iurerent lîx traitez de paix en ferment,
moins de douze ans,& pas vn ne fut gardéxomme nous ‘ liions en vue <
hiftoire. Et d’autant que de tous les traitez faits entre les Princes, il n’y
en a point qui ait plus befoin de feureté,& qui moins fe puifle entrete¬
nir, que celuy qui eft fait auec le fuget, ayant côiuré contre fon Prince,
ie ferois bien d’auis en ce cas,que le traité fe fift auec les Princes voifins, j_a forme
pour guarécir les fugets,ou bien vuider pluftoft le pays. car il 11 y a rien capitu-
qui plus vienne a contre cucur aux Princes, que de capituler auec leurs ]çlugets par force, &leurgarderlafoy.Loüysxi. le fift bien cognoiftre prince & ie
au Duc de Nemours,au Cote faint Paul, au Duc de Bretaigne, au Con- fUgCt,
te d’Armignac, & à tous fes fugets rebelles qu’il fift prefque tous mou- 0
rir: & l’hiftoire de Flâdres y met auffi fon propre frere. Et n’y a pas long
temps que le frere puifné du Roy de Fez, aftiegea le Roy fon frere auec
vne armee, & le contraignit de taire la paix à telles codifions qu il vou¬
lut, & puis auffi toft entra au chafteau auec peu de gens, pour luy faire
hommage : mais foudain il fift eftranglé, par commandement du Roy,& geté par lafeneftre deuant fon armee, laquelle ayant perdu fon chef,
fe rendit au mefme inftant. Auffi Dhyorch ayant confpiré contre Hen¬
ry v i.Roy d’Angleterre,aptes qu il eut la victoire,il fift acord auec luy,
àla charge qu’après fa mort la courone viédroit a la maifon Dhyorch:& le Prince de Galles en demeurerait fordos:& ce pendât qu’il demeu¬
rerait regent en Angleterre. mais toft après eftât vaincu,il fut décapité
auec fon acord, portant vne couronne de papier. Il ne faut pas poindre
le lyonfifort, queletàngluy enforte : car voiant fonfang,ôcfentantla
douleur, s’il aliberté. il s’en vengera. le fouheteroisn’auoir point tant
d’exéples,qu’ona veude noftre memoire.Mais quâd ie di qu il eft bien
neceffaire, que les Princes voifins, & alliez, foient compris au traitéfait
entre vn Prince & fes fugets,comme guarends,ie n’entéds pas qu’il foie
licite aux Princes eftrangers faire reuolter les fugets d’autruy,fous om¬
bre de protection ou amitié:& de fait l’origine de toutes les guerres en¬
tre le Roy & l’Empereur Charles v. fut pour la prote£tion de Robert
de la Marche,que le Roy François receut. mais bien le (âge Prince peut
n<r DE LA REPVBLIQVEôc -doit immienirpour accorder lefugetd autruy auec fon prince. Et il
cognoift l’ourrageux traitemét d’vn tyran enuers (es fugets eftre irreco-
ciliable,ildoiten prendre la protection d’vn cueur haut 6c généreux,
comme faifoit le grand Hercules, qui acquift vne réputation, ôz louan¬
ge immortelle, pour auoir pris la protedion des peuples affligez 3 con¬
tre la violence ôc cruauté des tyrans, que les fables appellent monftrcs,
qu’il alloitcombatant partout le monde: comme auîlifaifoicnt les an¬
ciens Romains. Et fans aller plus loin, le Roy Loiiys xi i. receut la pro¬
tedion des Bentiuoles,des maifons de Ferrare,6c de laMirande,contre
l’opreflîon de Iule i i.Pape: mais il fift mettre au traité de protedio,que
c’eftoit fans preiudice des droits de l’eglife Romaine. Et pourmefrne
caufe leRoy Henri n. receut la protedion de plufieurs Princes d’Al-
maigne,pour la liberté de l’empire: ôc entretenoit la ligue des villes ma¬
ritimes,que l’Empereur s’efforçoit de rompre, pour chager l’empire en
royaume, autremét les Princes quifont rebellerles fugets d’autruy,fous
ombre de protedion (qui doit eftre comme l’ancre (àcreedes peuples
iniuftement tyrannifez ) ouurent la porte de rebellion à leurs fugets, ôc
mettent leur eftat pour autruy en extreme danger, auec vn blafme,&
deshonneurperpetuel. Au(Ti l’vnedes principales claufes de tous les
traitez faits entre les Princes eft, que les vns ne prendrot point la prote¬
dion des fugets des autres. Et la feule caufe qui empefcha le traité de
paix entre le Roy Antioque le grand, 6c Ptolemee Roy d’Egypte, fut la
protedion dAcheus,qui de gouuerneur d’Afies’cftoit fait Roy, 6:l’a-
uoitfouftraiteà fon prince fouuerain,comme dit Polybe. EtSigifmod
Augufte Roy de Poloigne,pour auoir paix auec le Roy de Mofchouie,
fut cotraint de quiter la protedio de Rigie en Liuonic. Et quoy qu’on
die,qu’il foit loifible au vaffal s’exépter de la fugetiô de fon feigneur,s5il
eft mal traité,cela s’entéd de l’arriereuaffal,quia recours à fon feigneur
(ouuerain,6c non pas du va(fal lige, qui releue nuement, ôc (ans moyen
d’vn autre va(fal:qui d’ailleurs peut eftre fouuerain : come les fugetsde
Guienne 6c de Poitou,fe rebellcrent iuftement contre le Roy d’Angle¬
terre,va(fal du Roy de France,pour le deny de iuftice qui leur faifoit: &
pour cefte cau(e fut priué des fiefs qu’il auoit par deçà la mer, fuiüant le
u^dc^a' 9 dro*t commun : combien que1 plufieurs fe contentent d’ofter laiurif-
ce conftantiç. didion. Etdefraifche memoireles Genefuoischaflèrent le Marquis de
cafilenJn auther. Final de (on eftat,à la plainte des fugets,qu’ils receurent cn protedion:
“,dc eplf* ma*s ont fouftenu deuat FEmpereur,quil eftoit leur vaffal: autremét
Genefuc chacun pourroit prendre couleur de mauuais traitement, ôc fe reuolter
exempree contre fon feigneur, fe mettant en la protedion, ou fugetion d’autruy:
de la pre- comme quelques fugets du Duc de Sauoye,ayant efté trente ans ou en-
tedion des uiron foubsla feigneurie desBernois, voyant qü’on les vouloir remet-
Bernois, tre foubs leur ancien feigneur, ils fuplierent infhjmmcnt les Bernois de
x.L’an ij6x. -ne les quiter,pour le mauuais traidement qu’ils <h‘aignoient:mais ils fu¬
rent
LIVRE PREMIER. 118rent déboutez de Ieurrequefte,côme i’ay apris des1 lettres de l’Ambaf- i.ranya
fadeur Coignet.Et combien que celuy qui eft banni de fon prince,peut
eftre receu d’vn autre prince en proteCtion,ou en fugetion,fans contre-
ueniràlaclaufe du traité, quidefend dereceuoir les fugets d autrui en
proteCtion,attédu que les bannis à perpétuité ne font plus fugets: fi eft-
ce que fi les bannis vouloient rien entreprendre contre leur ancien fei¬
gneur,le prince qui les a receus les doit chafler. Etpourceftecaufcles
eftats de l’empire decernerent AmbaiTadeurs au Roy de Frace,pourlc
requérir de ne receuoir en fa proteCtion le Marquis Albert de Brâburg,
bannipararreftdcla chambre imperiale, le Roy fift refponfeaumois
dAouft m. D. L1111. combien que la maifon deFrance auoit toufiours
efté le port des Princes affligez, neatmoins qu’il ne porteroit faueur au¬
cune au Marquis cotre le faint empire. Et toutesfois fi le Prince furpaf-
fant les autres en puiflance,ou en dignité, eft bien informé que le fuget
d’autrui eft tyrânizé,non feulement il doit le receuoir en (a protection,
ains aufli l’exempter de la fugetion d’autruy : come laloy ofte l’efclaue
de la* puiflance du maiftre cruel. mais il eft plus feant d’exempter le fu- 5.!.i.«fciU(juirun«
get de la fugetion d’autruy,& le remettre en pleine liberté,que de l’aflu- f“ ff‘
ietir à foimefmes : comme les Romains firent de toute la Grece,& de la
Macedoine, qu’ils ofteret de la puiflance des Roys, pour les laifler ioüir
de leur liberté. Ainfi fift le Pape Agapet, qui exempta les fuccefleurs de
Gautier d’Iuetot, de la fugetion des Roys deFrance, parce que le Roy* lo taire lauoit tué de fa main en pleine Eglife lors qu’illuy requeroit par
don:pour dôner exéple aux au très Princes,de n’vfer pas de telles cruau-
tez enuers leurs fugets. ôc pour vne femblable cruauté, Henri Roy de
Suedefut chafle de fon eftatpar fes fugets mefiiies,l’an m.d.lx v 1 i.mais
on trouua fort eftrange, que le Pape Iean xxi i.filt inférer au traité de
paix,fiit entre Philippe le Long Roy de France, ôc les Flamens, pour la
ïeurete du traite, ôc des fugets, que (1 le Roy contreuenoit au traité, (es
fugets prendroient les armes contre luy : à quoy les Princes, Ôc Baros de
France s oppoferent,& firent rayer la claufe.-encores eft-il plus eftrange
que cela vienne delà bouche d’vn Pape François, & fuget naturel de
France,ôc qui auoit efte Chancelier/Mais bien peut le Prince iurer,q s’il
„ contreuient au traité par luy fait,quil'ne veut pas q fes fugets luy obéît
„ lent:come il fe fift au traité d Arras, & fc faifoit entre les premiers Roys de
ce Royaume: come au traité qui fe fift entre Loüys ôc Charle le Chauuc
treres le fermer que chacun fift,fut à telle codition.-Quc s’il aduenoit, ce
que Dieu ne vueille,que ie fiuflàfle mo fermer,ie vous abfous tous de lafoy que me deuez.Loüys iura le premier en langue Romande les paroi-les qui s enfument, que M.le Prefident Faucher, homme bien entendu
ce meimement en nos antiqu.itez, m a monftreeen Guytard hiftorien
prince u ang. ProDcoamur,&proXpiân.poblo&rroftrocommum H
ialuament dift di en auant, inquant ds. fanirpordime dunatfifal-
n8 DE LA REPVBLI QJV Euerio.cift meon fradre parle,& in adiudha ôc in cad vna caufa fi co om
pordreitfonfradrafaluardift ino qui id vnaltre fifaret.Et abludher
nul plaid nuquan prindrai qui meon vol cift. meon fradre Karle in dan-
nofit.c efi: à dire,Pour l’amour de Dieu ôc du peuple Chreftie ôc deno
ftre fàlut commun de ce iour en auanc entant que Dieu fçauoir ôc pou-
uoirmedoint,fifàuuerai-iecemien frere Charle ôc en fon ayde,&en
chacune chofè:ainfi comme homme par droit fon frere fauuer doit. &
non pas come vn autre fe feroit. Et à luy nauray querelle que mon vou¬
loir foit, fi mon frere Charle ne me fait tort. Ce ferment acheué par le
Roy Loüys, le Roy Charle dift ces mefmes parolles en langue Thudef-
que ainfi: In God cft,&c. Puis après les deux armees ôc fugets des deux
Princes iurcrent ainfr.Si Ludouigs fagramét que fon fradre Carlo iurat:
coferuat,ôccarlus meofender de fuo par no loftaintfi ïo retournarnon
luit pois ne io ne veuls cui eo returnar me pois,in nulla adiudha contra
Ludouig. c’eft à dire,Si Loüys garde le fermée fait à fon frere ôc Charle
mon feigneur de fa part ne le tiét,fi detourner ie ne le puis, ie ne veux a-
ucc luy retourner en paix,neluy prefter aucune obeyffance. les fugets
de Charle le Cha.uue iurerét en langue Româde: ôc les fugets de Loüys
en Aleman.Mais pour retourner à noftre proposai efi: penlleux de pré-
dre la protedion d’autruy,ôc mefmement de ceux qui font en fugetion
des Princes alliez fînon à iufte caufe : aufli eft-il plus eftrange de quiter
fes adheres au dager. Mais on peut doubter fi le Prince peut receuoirla
defenfe d’vn autre Prince iniuftement opprimé,fans cotreuenirau trai¬
té d’alliance,fi le Prince qui reçoit l’iniure n’eft point côpris au traité:car
il eft bié certain qu’on peut ayder les alliez particuliers, ôc les alliez cô-
muns,s’ils font offcnfez par l’vn des alliez : mais celuy qui n’eft compris
au traité d’alliance,ne peut eftre defendu, contre celuy qui eft allié, fans
contreuenir au droid d’alliance. d’autre part auffi c’eft chofe qui fem-
ble fort cruelle, de laifler vn pauure Prince à la merci du plus puiflant,
qui l’outrage, & s’efforce de luy voler fon eftat. En ce doubte le Sénat
Romain fe trouua bien fort empefché: d autât que les Capouans affail-
lis,ôc opprimez parlesSanites, eurent recours aux Romains, quiauoiet
bon vouloir de les ayder :ioint auffi qu’ils cognoiffoient euidemmcnr
que les Sânites feroient trop puiffans,& infuportables, s’ils auoient vne
fois empieté la feigneurie de Capoue:ôc que c’eftoit la planche pour af-
fugetirles Romains. neantmoins il fut refolu,& arrefté au Sénat, qu’on
ne donneroirpoint de fecours aux Capouans,attendu le traité d’allian-
„ ce iuré auec les Samnites, tanta vtilitate, dit Tite Liue, fides antiquior
fuit. Iemettray demotàmotlarefponfequ’onfiftaux AmbafTadeurs,
qui eft digne d’eftregrauee en lettres d’or. 4 Legatis Campanoiû auxi-
4,Liuiu$.iib.7. ]|a contra Samnites petentibus Conful ex authoritate Senatus ita refpo-
dit. Auxilio vos Campani dignos cenfiet Senatus,fed ita vobifeü amici¬
tia inftituipareft,ne qua vetuftior amicitia aefocietas violetur. Sâniteénobifeuni
LIVRE PREMIER. 119vobifcüfœdere iiï&i funt.-itaq; arma,deos prius qua homines, violatura
aduerfus Samnites vobi§ ncgamus.legatosjficut fcs eftjprecatum ad fo¬
cios mittemus,nequavobisvis fiat.Les Ambaffadeurs deCapouea-
uoient en mandement fegret d'offrir la fugetion de Capoue aux Ro¬
mains,au cas quils ne vouluffent doner fecours:& voyans qu’ils eftoiét
rebutez, firent ces offres. Quando quidem noftra tueri non vultis, ve-
ftracerté defendetis. itaque populum Campanû, vrbémque Capuam,,
agros,delubra deûm, diuina,humahaque omnia in veftramP.C. po~
puliq- PvOmani ditionem dedimus. tum iam fides agi vifa,deditos noh
prodi. En quoy il apert qu'il fut refolii qu'on ne doit iamais donner fe-
coursa l’eftranger contre les alliez, finon au cas qu'il fe rendift fuget de
celuy duquelil pretend fecours.car alors chacun eft tenu a la defenfe de
fes fu gets. Mais il fe peut faire,q de trois Princes alliez l'vn face la guer~
re a l’autre, ôc demandé fecours au troifîefme. En ce cas il y a plufieurs
diftin&ions .file traité d’alliance n'eft que d'amitié, il eft bien certain
qu’il n eft point tenu bailler fecours : fî le traité porte ligue defenfiue, il
doit fecours au plus ancien allié par alliance precedente : files alliez font
de mefme temps,il doit fecours à celuy qui eft allié en ligue offenfiue,ôc
defenfiue : fi la ligue eft offenfiue & defenfiue de tous coftez, il ne doit
fecoursàl’vn n’y à l’autre: mais bienpeut-il moyenner la paix, Ôc faire
iuger le differend par les alliez communs, ainfi qu’il eft acouftumé de
faire: & denocer à celuy qui ne veut entrer en arbitrage, ou bien y eftat
entré ne veut acquiefcer au iugement,qu'il donnera fecours à l’autre.&
ne faut pas refufer l’arbitrage, comme fift Henry Roy de Suede, fus les
différents qu’il auoit auec le Roy de Dannemarch, qui fift offre d'en
croire Henry 11. Roy de France , le Roy de Suede dift qu'il eftoit aufli
grad Roy que les autres.car nous voyons que les Romains,quoy qu'ils
fiilïent les plus puiffans en toutes chofes, fi eft-ce qu'ils ofroient touf¬
iours. entrer en arbitrage, ôc en croire les alliez communs, Romanus le¬
gatus, d it Tite Liue,ad communes focios vocabat. Et s’il n’eft pas licite
par la loy de guerre,qu’on foufre le combat quand il y a preuue: quelle
iniuftiee feroit ce de foufrirdeuxPrinces,&deux peuples entrer en guer
refi le tiers les peut accorder:ou faire contrepoix,& le ioindre auec ce¬
luy a qui on fait tort ? Ce ne feroit pas fagement fait, de foufrir brufler la
maifon de fon voifin, quand on peut eftaindre le feu, fon honneur fauf.
Maisilfcmble que poureuiterà ces dangers, le plus feur eft de limiter
les alliances é certain temp s,afin qu’il foit licite aux alliez d’ofter,ou ad-
ioufler aux traitez, ou fedepartir de l’alliance, s’ils cognoiffent quileur
foit plus expedient:& principalement entre les eftats populaires, & fei-
gneuries Ariftocradques, quine meurent iamais : car quant aux Prin¬
ces,quelque traité qu’ils facent, ils ne peuuét obliger leurs fucceffeurs,
comme nous auons dit cy deffus. combien quelesPrinces traitantaL-
liance auec les Seigneuries, ôc communautez populaires, ont acouftu-
110 DE LA REPVBLI QV Eme d’eftendre le temps de l’alliance après la mort des Princes : comme
il s’eft fiit au trairté d’alliance fait entre les Seigneurs de ligues,& le.Roy
fi François premier, ouïe temps fut limité à la vie du Roy, & cinq ans a-
pres : & depuis s*eft toufiours ainfi continuéjcar cela eft en la difcretion
JcBcaaju‘nt^jv”ka du fucceffeur de fe tenir,ou départir de la ligue: ioint aufli que le fermét
iafo.confi1.1j4. de fà nature eft perfonel,&ne 5 peur, à parler prop rement, fe fairepour
lefliccefleur* Toutesfoison médira, quelapremiere claufe de tous les
anciens traitez d’alliance ôc amitié, que faifoient les Romains auec les
autres peuples, & Seigneuries, eftoit qu’ils feroicnc perpetuels : &que
c’eft vn mauuais prefage,de limiter l’amitié à certain temps,veu que les
inimitiez doiuent eftre mortelles, ôc les amitiez immortelles. Et pour
cefte caufe les Hebrieux appellent les fortes alliances Ôc traitez bien af-
fèurez,traitez de fel, parce qu’il n’y a rien quelefèlqui foitperpetuel&
incorruptible:comme ils appellêt aufli vne ftatiie perpetuclle, ftatue de
„ fel. Mais ie tiens qu’il n’y a rien qui donne plus d’occafion de rompre
les traitez Ôc alliances, que les faire perpetuelles, car celuy qui fent qu’il
eft greué au traité,a aucunement raifon de s’en départir,veu que le grief
eft p erpetuel, & fi le temps eft limité,il n’a qu c plaind re. dau auant âge,il
eft bien fort aifé de continuer les alliances, ôc amitiez ia fondees : ôc les
renouer auparauant que le temps prefix foit expiré : ainfi qu’on a touf¬
iours fait auec les Seigneurs desligues depuis cinquanteans. Etquand
ores on fproit bien afleuré de l’amitié perpetuclle, ôc qu’il n’y auroit au¬
cun grief: fi eft-ce que les amitiez fe refroidiflent,& fouuent ont befoin
cTeftrerenouucllees,&renflammeesparnouueaux traitez. C’eft pour-
quoyau traité de cobourgeoifie des Valefiens auec les cinq petits can¬
tons,il eft porté au dernier article, que les alliances feront reno u u ellees
de dix en dix ans. ôc au traité d’alliance des huit Cantons,il eft dit que de
cinq en cinq ans les alliances feront renouuellees.Les Romains iurercnt
alliance ôc amitié perpetuclle, auec les habitans de Laurent: ôc néant-
moins tous les ans elles eftoient renouuellees. Cum Laurentibus, dit
Tite Liue,renouari foedus iuflum, renouatürque ex eo quotannis, poft
diem decimum Latinarum. Et en cas pareil il fe fift traité d’alliance &
amitié perpetuelle en Decembre m.ccc.xxxvi. entre Philippe de
Valois,&Alphons Roy de Caftille;&depuis renouuellee entre le Roy
Iean, ôc Pierre Roy de Caftille m. c c c l i i. ôc entre Charle v.Roy de
France,& Henry Roy de Caftille m.ccc.lxix. iaçoit qu’iln’y en euft
pasvn, qui ne fuft perpetuel entre les alliez, & tous leurs fuccefieurs,
comme ils’eft fait aufli entreIamaifon d’Efcofle,&de France depuis
trois cens ans, qu’ils font demeurez en bonne alliance, Ôc amitié perpe-
Traitez en- tuelle,iufques àl’an m.d. lvi. Encores y a-il vne autre raifon delimi-
trelcsRoys ter letemps des alliances, pour la claufe ordinaire, inferce en touslcs
de Frace & traitez d’alliance offenfiue ôc defenfiue, c’eft à fçauoir, de ne faire paix*
d’EÏpaigne. ny trefues,ny foufrance d’armes auec les ennemis communs, ou ceuxqui
LIVRE PREMIER, mqui ne font comprins aux traitez, fans le confentement de toiis les al¬
liez, ou de la plus part, fi Tvn des alliez ny veut confentir, il faudra que
l’autre demeure ennemi perpetuel, ôc irreuocable, fi la ligue a trait per¬
pétuel: chofe qui contreuient aux loix diuines, & humaines * fi l’oc-
cafion des inimitiez cefle, ôc que la paix fe puifle faire fans preiudice des
alliez. Aufli voit-on que cefte claufe eft trefmal executee : car tant s’en
faut que celuy des alliez, qui veut fe départir de la ligue, demande le
confentement des autres : que mefmes il accorde quelquesfois fi fecret-
tement, quon n’en peut rien defcouurir, que le tout nefoit çonclud,Ôc arrefté, ôc le plus fouuent on fe retire de laprefle,pour abandonner
fon allié aux ennemis.Nous en auons vn ex épie aflez notable de noftre
memoire,dutraidédeChâbortfaitl’anM.D.Lii. entre le Roy de Frace Traidéde
d’vnepart: & le Duc Maurice, le Marquis Albert, ôc le Landgraf de Châbort,
Hes d’autre. Il eft porté au x x 11. article, que celuy des alliez qui feroit
paix,appointement, ou pratiques fecrettes auec rEmpereur,ou fes
adherans, fans le confentement des autres alliez, feroit comme pariure
fins aucuneremiflionen la prefence de toute l’armee puni. Ettoutes-
foisMauriceeledeurfixmois après, s’accorda au traité dePaflau auec Les Princes
l’Empereur, fens en aduertirle Roy Henry chef de la ligue, & mefmes del’Empire
fans l’auoir comprins au traité. Dequoy le Marquis Albert criant tout en la prote-
haut, dift que c’eftodt vn tour bienlafche, ôc vilain : appellantle duc dion du
trahiftre ôc perfide à fa patrie, à l’Empereur, ôc au Roy de France: & Roy de Fra
neantmoins il fift encores pis que fon compagnon : car après auoir tiré ce.
grandefomme dedeniers duRoy, il fe retira à l’Empereur, ôc fift guer¬
re ouuerte au Roy : de forte que les foldats impériaux appelloyent
Maurice licentier, & Albert le dodeur, pour auoir ioué de fi beaux Pourquoy
traits. Et de fraifche mémoire la feigneuriede Venize fift paix auec Sul- Je marqUis
tanSelimfi fecrettement qu’ellefuftpublieeàConftantinople,àlave- Albert fut
nuedelAmbaffadeurde France, au parauant que pasvn des alliez de appelle do-
la fainte ligue en fuft aduerti, combien quil eftoit expreflement arti-
culé au traité, qu’aucun des alliez ne pouuoit accorder paix, ny tref-
ues auec le Turc fans le confentement expres de tous les autres. Auf¬
fi les anciens Romains ayans afaire à gens de mauuaife foy, ne faifoyent
pas aifément la paix, ains trefues feulement à logues annees. comme ils
firent auec les Veientes/ Veientib us pacem petentibus inannos centu 6 Liüiusiib.i.
induciædatæ. &enautrelieu,Induciæ7 veientibus pacem petentibus
in annos x L. datæ. Et en autre8 lieu,cum populo lerite inducias in cen- s. ub.?.
tum annos fadas, ôc en autre9 lieu Hetruriæ populi pacépetétes, in an-
nos xxx.inducias impetrarunt.car toufiours les trefues font plus làcrees,
ôc moins violables que la paix:& fi bien on prend garde àTiflue de ceux
qui ont enfraitles trefues,on trouuera qu’elle a efté miferable,& fouuet
caufe de la ruine totale des Republiques. Aufli les Romais ont toufiours
i. Liuiuslib.8.2. Iib.i4.j. Dionyfius Ha-
lycar.lib .4- Liuiuslib.jj.r*j. Procopius lib.i.
bslli Gochici.é.lib.4t.>»»7. in Caligula.Tacit.lib.j.Liuiuslib.36.ui DE LA REPVBLIQVEvangé feuerement les infra&eurs des trefues : ôc violateurs de la fov 1
ils en ont monftré le premier exemple en la perfonne de Metius di¬
ctateur des Albanois, qui fut defmembré à quatre cheuaux : ôc la viL
le dAlbe rafee : le peuple des Veiens exterminé s eftant par fept fois re~
bellé, contre la teneur des trefuesila ville de Cartage mife en cendres : le
peuple de Capouë tué pour la plus part, &le refte fait efclaue. ôc infinis
autres qu il feroit impoffible de reciter par le menu. Quant aux fugets
perfides, ôc rebelles ils ne demeuroyent iamais impunis. In Veliternos1
veteres ciues,grauiter fæuitum , quod toties rebellaflént, mûri deieâi,
fenatusabdudus. Ôc après la fécondé guerre Punique, les trahiftres fu¬
gets des Romains furent exceptez. Perfugæ, dit Tite1 Liue, bello pu-
nico ccclxxx. Romam mifli, virgis in commitio cæfi,&defaxo
deiedtr Et fi les ennemis ayans baillé oftages, contreuenoyent aux trai¬
tez, on faifoitexecuter publiquement les oftages. comme il en print à
trois cens oftages des Volfques^qui furent executezà3 mort : ôc encas
pareil les oftages des Tarentins, fugientes retra&i, ac virgis diu cæfi de
tarpeio deiedi4funt,dit Tite Liue, mais depuis quon fift meftier de
rompre fa foy,on fift auffi confcience de faire mourir les oftages : com¬
me Narfes quiJ pardonna aux oftages des Luquois, ayant manqué de
leur foy. Ôc le duc deBourgongne C harles, qui n'eut pas fi toftlafché les
oftages duLiege ( qu’il pouuoitiuftement faire mourir, quoy que die
Philippe de Cômines) qu’ils ne luy fiffent nouuelle guerre.car ils eftoiét
trois cens baillez en peine capitale. le ne veux pas dire toutesfois, que
les Romains ayans plufieursfois efté tropez par la defloyauté des eftran¬
gers,n’ay ent beaucoup perdu de leur ancienne intégrité, &fplendeur.
Et cela commencea à fè cognoiftre quâd ils eurent vaincu la Grece,qui
eftoit bien fort diffamee de perfidie ôc defloyauté. car Tite Liue^parlant
des Ambafladeurs de Grece,lors qu’ils raporterent le fait de leur charge
en plein fenat,il dit ainfi : L. Martius, ôc Attilius Romam reuerfi, nulla
alia re magis gloriabantur, quàm decepto per inducias, &fpem pacis
Regerquæ magnapars Senatus probabat:fed veteres moris antiqui me¬
mores, nouam iftam fapientiam improbabant, necaftu magis, quàm
vera virtute bella geflifle maiores,denudare bella,& fepe locum finire,
quo dimicaturi eflent. Encores auoyent-ils accouftumé de renoncer à
l’amitié de leurs alliez ôc amis^qui les auoyent offencez,deuant que leur
faire guerre. Veteres,dit Suetone,bellum indiduri, renunciabât amici¬
tiam. couftumè qui eftoit gardee entre les particuliers, du temps mef¬
mes de Tibere l’Etnpereuricar Germanicus eftât griefuemet offenfépar
Pifon gouuerneur de Sorie,luy enuoya dire qu’il renoçoit à fon amitié.
ôc Henry v. Roy d’Angleterre dift par fon AmbafTadeurà Loiiys duc
d’Orleâs quil ne pouuoit le deffierfans renocer à l’amitié ôc luy réuoyer
l’alliâce, & encores àprefét les freres d’armes, ôc les princes qui ne tienent
LIVRE PREMIER. 113l’ordre les vns des autres, renuoyent l’ordre deuant que faire la guerre.Mais les Gres, qui auoyent apris aux Romains leurs tromperies, ôc def-
loyautez,en furent chaftiez : corne on peut voir en Tite Liue8 où il dit,8'1D'77'
Phocen fes cum pa6ti effent nihil hoftilefe à Romanis paliuros, portas
aperuerüt:tum clamor eft fublatus à militibus, Phocenfes nunquam fi¬
dos focios,impunè cludere.ab hac voce milites vrbem diripi unt.Æmi-
lius primo refiftere,captas non deditas vrbes diripi. Toutesfois les Ro¬
mains pour corriger cefte faute, laifferent depuis la ville en pleine liber¬
té de fon eftat, &9 rendirent le territoire qu on leur auoit ofté. Auffi Po- 5>.Liuius hb.jg,
lybe qui eftoit Grec naturel, &gouuerneur de Scipioni’African parlant ri ac domeftica
1 des Grecs dit, qu’il fuffifoit de la parole entre les Romains:& en Grece Romanorum dl~
que pour cent efeus de preft, ilfalloit dix notaires, ôc deux fois autant
de feels,& pour cela on ne laiffoit pas de rompre lafoy.Mais c’eft bien le
pis quand il n y a feureté,ny à lettres,ny à feaux.ny à fauuegardes,com¬
me il fe voit maintenant: ôc mefmes les Ambaffadeurs ne font pas affeu-
rez:car on a veu Rangon ôc Fregofe, Ambaffadeurs du Roy de France,
tuez par les officiers de l’Empereur Charles v. fans quon en fift aucune
iuftice:aulieu que les Romains liurerent aux ennemis Minutius & Ma¬
lius, & par autresfois Fabius ôc Aproni us,pour les faire mourir ou en di-
fpofer à leur plaifir, parce qu’ils auoyent offenfé tant foit peu les Am-
baffadeurs:qui eft la peine ordinaire delàz loy. Silafoy n eftgardeeaux 1. vit.de îcgac.
Ambaffadeurs, que doit 011 efperer des autres ? Et mefmes il y en a qui
ont fait gloire de les tuer;comme HeleineRoyne deRuflie eftant priee ^ feureté
de fes ennemis de contracter alliance, affin d efpoufer leur Roy, elle fift jes
enterrer tous vifs les Ambaffadeurs : &au parauant quon en fuftaduer- fa(jeurs
ti, enuoya dire quelle vouloit d autres Ambaffadeurs plus grands fei¬
gneurs: 011 luy en enuoya iufques à cinquante des plus illuftres, quelle
fift brufler tous vifs : ôc foubs promeffe de mariage en fift mourir cinq
mil quelle auoit enyurez. Il n’eft pas.icybefoin de reciter combien de
villes & de peuples ont efté exterminez pour n’auoir gardé la foy aux
Ambaffadeurs, qui font ôc doiuent eftre feints ôc muiolables : il eft bien
vray qu’il ne faut pas que la fauuegarde qu’on baille aux Ambaffadeurs,
leur done licence de rien dire,ny faire outre leur charge, au mefpris des
princes qui les reçoiuent,ains au cotraire le fage Ambaffadeur fera touf¬
iours fà creance plus maigre és chofes odieufes, ôc plus graffe en chofes
aggreables:affin d’entretenir les amitiez &apaifer les inimitiez des prin¬
ces , qui entrent bien fouuent en querelles par la faute des Ambaffa¬
deurs : qui y demeurent quelquesfois. Entre plufieurs nous auons
1 exemple d’Eftienne Vaynode de Valachie, auquel le Precop deTar-
tarie enuoya cent Ambafladeurs , qui le menafferent de mettre fon
pays afeu ôc à feng, s'il 11e renuoyoitle fils du Precop: le Vaynode irrité
de telles menaces les fift tous mettre à mort, horfmis vn qu’il renuoyalij
o. Polyb iib.2.»75 Sigifmund en
l’hiftooiredeMo-
fchouie.nV4. Liuiuslib.ji.j-.Liuiuslib.ja.114 DE LA REPVBLIQJ/Emutilé pour en porteries nouuelles.Les autres ne veulent pasfe vanger
en leur pays des Ambafladeurs, pour ne fembler jnfra^teurs de la f0y
mais bien ils enuoyent après pour les tuer, comme fift TucaRoynede
Sclauonie enuers le plus ieune de trois0 Ambaffadeurs Romains,qui la-
uoitmenacee.Maisle Roy de Mofchouie fift bien pis, voyant quevn
certain Ambaflàdeur Italien fe couuroit deuant quon luy dift,il luy fift
attacher fon bonnet fus la tefte auec vn3 clou , chofe cruelle ôc barbare
ôc neantmoins il y auoit de la faute de la part de l’Ambaffadcur, qui
doibt tenir fon rang, & la dignité de fon maiftre, pourueu que cela fe
face fans mefpris du prince auquel on l’enuoye. car quelquesfois les
Ambaffadeurs s’apuyans de la grandeur de leur maiftre, s’oublient en¬
uers les moindres princes , ôc mefmement les hommes nourris es eftats
populaires , accouftumez de parler en toute liberté , penfent qu’il
en faut ainfi vfer enuers les Monarques, qui n’ont pas accouftumé de
ouyr parler franchement, ôc moins encores qu’on leur die la vérité, qui
fut caufe que Philippe le ieune Roy de Macedoine voyant que l’Am-
baffadeur Romain l’interrogea trop hardiment, ne fe peut tenir dele
brauerpar 4contumelie. Popilius AmbafladcurRomain,fut encores
plus audacieux enuers Antioque Roy d’Afie, faifànt vn rond auec vne
verge autour de la perfonne du Roy,en luy dilânt qu ilrendift refponfe
deuant que fortir du cercle. Obftupefa&us eft Rex tamJ violenti impe¬
rio : ôc toutesfois il fift ce que les Romains luy mandoyent. De mefme
liberté vfa Marius l’aifhé enuers Mitliridate Roy d’Amafiexar combien
qu’il 11’euft ny charge d’Ambaffadeur.,ny d’officierfi eft-ce qu’il dift
au Roy qu’il falloit obéir aux commandemens du peuple Romain, du¬
quel il 11e tenoit rie, ou bié eftre le plus fort. Alors Mithridate efprouua
ce qu’on difoit des Romains, quils eftoy et plus libres en parole que les
autres peuples.Et quelquesfois la liberté trop grande fans iniure offenfe
les princes : qui fut caufe que Marc Antoine fift fouetter l’Ambaffadeur
d’Augufte. mais les plus aduifezfè voyans iniuriez n’offenfent pbintles
Ambaffadeurs, ains ils demandent réparation de Piniure à leur maiftre:
ou bien ils denoncent la guerre: ainfi fift Charle Comte de Bourgon-
gnequi dift aux Ambafladeurs du Roy Loüys xj.quc fon chancelier luy
auoit bien laué la tefte,mais que le Roy s’en repentiroit. ôc n’y faillit pas
aufli. mais le Roy François pour euiter telle contumelie fiftdreffer vn
gibetàlavenueduherault d’Efpaigne, lemenaffantdele faire pendre
s’il ouuroit la bouche, après le defy qu’il auoit dénoncé àl’Empereur
Charles v.DE LA SOUVERAINETE.Chap. ix.LA
LIVRE PREMIER. 151A fouueraineté eft la puiflance abfolue ôc perpétuelle
dVne Republique,que les Latins appellent maieftaté,
les Grecs ançoqj IJîscftotv, ôc kvçIolv , ÔCüvçiov ’&oAiTivy.oLi
les Italies fegnôria,duquel mot ils vfent auffi enuers les! particuliers, ôc enuers ceux la qui maniét toutes les afi»
aires d’eftat d vne Republique :lcs Hebrieux l’appellet
MCChoih c eft à dire la plus grade puiflâce de comâder. Il efticy befoiri
de former la définition de fouueraineté,par ce qu'il n’ y any iurifcofulte,
ny philofophe politique, qui Payt definie:iaçoit quec’eft le point prin¬
cipal, ôc le plus neceffaire d’eftre entendu au traité de la Republique. Et Le fonde-
dautât que nous auôs dit que Republique eft vn droid gouuernemét ment prin-
de plufieurs familles, ôc de ce qui leur eft comun, auec puiflance fouue- cipal de tou
raine, il eft befoin d’efclarcir quefignifie puiffance fouueraine. Fay dit te Républi¬
que cefte puiflance eft perpetuelle : par ce qu il fe peut faire quon que.
donne puiffance abfolue à vn, ou plufieurs à certain temps, lequel ex¬
pire, ils ne font plus rien que fugets, ôc tant qu’ils font en puiffance,
ils ne fe peuuent appeller princes fouuerains , veu qu’ils ne font que
depofitaires, ôc gardes de cefte puiflance, iufques à ce qu’il plaifeau
peuple ouauprince la reuoquer: qui en demeure toufiours fàifi. car
tout ainfi que ceux qui accommodent autruy de leurs biens, en de¬
meurent toufiours feigneurs , ôc 1 poffefleurs : ainfi eft-il de ceux la vrUcapffi°quod
cjui donnent puiflance, ôc autorité de iuger , ou commander : foit
a certain temps, ôc limité, foit tant, ôc fi long temps qu?il leur plai- f&l mo3re
ra , ils demeurentz neantmoins faifis de la puiflance, ôc iurifdidion, &quia eo
que les autres exercent par forme de preft,ou de precaire. C’eft pour-
quoy la loy dit, que le gouuerneur de pays, ou lieutenant du prince,
après fon temps expiré, rend la puiffance comme5 depofitaire, ôc gar- i.vna deofF.
de de la puiffance d’autruy. Et en cela il n’y a point de différence du Præf ans«ftal ff-
grand officier au petit, autrement fi la puiflance abfolue, otroyee au
lieutenant du prince s’appelloit fouueraineté, il en pourroit vferen-
uers fon prince, qui ne feroit plus qu’vn chifre, ôc le fuget comman-
deroit au feigneur , le feruiteur au înaiftre : chofe qui fèroit abfur-
de, attendu que la perfonne du fouuerain,eft toufiours* 4 exceptee
en termes de droid, quelque puiflance , &audorité quil donne à 4-i vit. quifatis
autruy : & nen donne iamais tant, qu’il n'en retienne toufiours d a- pot.Rcg.^^2
uantage5 : & n’eft iamais exclus de commander, ou de* cognoiftrc
par preuention , ou concurrence , ou euocation , ou ainfi qu’il luy
plaiia, des caufes dont il a chargé fon fuget : foit commiffaire, ou of- fol“£nd?n^
ncier : aufquels il peut 7 ofter la puiflance qui leur eft attribuee , en vlt.de iurifd. Pa-
verni de leur commiflîon, ou inftitution : ou la tenir en foufrance
tat, ôc 11 longuement qu il luy plaira.Ces maximes ainfi pofees,comme
lesfondemens de la fouueraineté ? nous conclurons que le didateur farwro.eei1 iij
DE LA REPVBLT QV ERomain , ny l’Harmofte dc Lacedcmone , ny læzimnete de Saloni-
que, ny celuy qu’on appelloit Archus à Malte, nyla Balie ancienne0.Dîonyf.haiycar. de Florence,qui auoient mefme charge, ny les Regens des Royaumes,
Le^dida nY autre commiflàire,ou Magiftrat, qui euft puiifance abfolue à certaineur n’eftoic temPs^Poui: difpofer de la Republique, n’ont point eu la fouueraineté:
as fouue orcS ^UC ^CS Prem^er^^ateurs eufelt: toute puiifance, & en la meil-
pas ouue formc que faire fe pouuoit, que les anciens Latins 8 difoyent,g.reftus Pompeius OPTIMA LEG E,car alors il n’y auoit point d’apel,&touts les offi-
îeJe rb° op ima c*crs eft°icnt fuipédus^-.iufques à ce que les Tribuns furet inftituez,qui
9.piutar.iuc^u^ft. demeuroyent en charge,no obftant la création du Di dateur, 3c auoy et
leur oppofition fàuue: 3c s’il y auoit appel intergetté du Didateur, les
Tribuns faifoyent aflernbler le menu peuple,3c donnoyent aflïgnation
aux parties, pour deduire leurs caufes d’appel, &au Didateur pour
fouftenirfon iugement: comme il fe fift quand le Didateur Papirius1. Tum paterFa- Curfor voulut faire mourir Fabius1 Maximus, i. colonel des gens'flc
qui’^îppeUo^ï cheual:&Fabius Maximus 11. Didateur, voulutfaire le femblable en-
prouoco adpopu- Uers Minutius colonel de là queualcrie. En quoy il apert queleDida-lum, qui plus qua , n • -r^ • -» r • n r • i r*tua datura po- tcur n itoit ny Prince,ny Magiltrat iouuerain, commepluiieurs onte-
îuf HoftiUus ceflit ferit, 3c n’auoit rien que vne fimple commiffi on, pour faire la guer-
Limus.hb.7- re,ou reprimer lafedition, ou reformer Feftat, ou inftituernouueaux
officiers. Or la fouueraineté n’eft limitee,.ny en puiffance,ny en char¬
ge, ny à certain temps.Et mefmes les dix commifîaires, cftablis pour re¬
former les couftumes 3c ordonnances, iaçoit quils euflent puiflance
abfolue, 3c fans appel, fi eft-ce qu'ils n’auoyent pas pourtant la fouue¬
rain été,car eftant leur commiffion acheuee,leur puiflance expiroit:tout
ainfi que celle du Didateur:commc Cincinat ayant vaincu l’ennemi, fe
defehargea delaDidature qu’il n auoit eu que quinze iours : Seruilius
Prifcus huid iours : Mamercus vn iour. Aufli le Didateur eftoit nom¬
mé parl’vn des plus nobles Senateurs,fàns edit,ny loy,ny ordonnance,
chofe neceflaire anciennement,aufli bien que à prefent,pourl’eredion
des offices,comme nous dirons enfonlieu.Siondit que Sullaobtintla
DidaturepoutL xxx< ans par la loy Valeria, ie refpondray ce que fift
Ciceron,que ce n’eftoit pas loy,ny didature,ains vne cruelle tyrannie,
laquelle toutesfois il quitta quatre ans apres, alors que les guerres ciuiles
furet apaifees: encores auoit il referué aux Tribuns leur oppofition fran-
che.Et combien que Cefar euft empieté la Di dature p erp etuelle,fi eft-
ce qu’il n’ofta point aux Tribuns le droid d’oppofition : mais d’autant
que la didature eftoit abolie par loy exprefle,& que neantmoins foubs
ce voifle il auoit enuahiFeftat,il fut tué. Maispofons le cas, qu’on elife
vn,ou plufieurs des citoyens, aufquels on donne puiflance abfolue de
manier Feftat, 3c gouuerner entièrement fans deferer aux oppofitions,
ou appellations en forte quelconque, 3c que cela fe face touts les ans,
LIVRE PREMIER. njdirons nous pas que ceux la auront lafouuerainetç?car celuy eft fouue*-
rain,qui ne recognoift rien plus grand que foy après Dieu.Ie di néant-
moins que ceux là n’ont pas ia fouueraineté.-attendu qu ils lie font rien,
que1 depofitaires de la puiflance qu’on leur abaillee à certain temps.Aufli le peuple ne fe deflàifift point delà fouueraineté, quand il eftablift
vn,ou plufieurs lieutenans,auec puiflance abfoluë à certain temps limi¬
té: qui eft beaucoup plus, que fi la puiflance eftoit reuocable au plaifir
du peuple, fans prefixion de temps, car Pvn ôc l’autre n’a rien à foy,& de¬
meure c Stable de fa charge, à celuy duquel il tient la puiflance de com.
mander : ce qui n’eft pas au prince fouuerain, quin eft tenu rendre con¬
te qu’à Dieu. Mais que dirons0 nous fi la puiflance abfoluë eft otroyee
pour neuf ou dix ans? comme anciennement en Athenes ,1e peuple fai-
foit l’vn des citoyens fouuerain, qu’ils appelloyent Archon, ie dy tou- lc Ar„
tesfois qu’il n eftoit pas prince, ôc n’auoit pas la fouueraineté : mais bien ckon JA-
il eftoit magiftrat fouuerain, & çontable de fes adtions enuers le peuple, thcnes n’e**
après le temps coulé. Encores peut on dire, que la puiflance abfoluë fe- ft0it pas
ra decernee à l’vn des citoyens,comme i’ay dit,& fans eftre tenu de ren- fouuerain.
dre conte au peuple.comme les Cnidiens5 tous les ans elifoyent foixan- j.piutar.in apo^
te bourgeois,qu’on appelloit Amymones, c eft à dire fans reproche, a-
uec puiflance fouue raine, fans qu’on les peuft appeller, ny pendant leur
charge, ny après icelle paflee, pour chofe qu’ils euflent faite. le dy tou^
tesfois qu’ils n’auoyent point la fouueraineté, veu qu’-ils eftoyent tenuz
comme gardes la rendre l’an expiré, demeurant la fouueraineté par de^ a
uers le peuple, ôc l’exercice aux Amymones, quon pouuoit appeller
magiftrats fouuerains, ôc non pas fouuerains fimplement : car Pvn eft
prince,l’autre eft fuget d’vn eft feigneur,l’autre eft feruiteur:Fvn eft pro-
prietaire, ôc feifi de la fouueraineté : Pautre neft ny propriétaire, ny pofi
fefleur d’icelle, ôc ne tiét rie qu’en depoft. Nous feros mefmes iugemét
des regés eftablis pour labfence,ou ieunefle des princes fouuerains, en¬
cores que les edits, mandemens,& lettres patentes foyent fignez, ôc fe-
ellez du feing, ôc feel des regens ôc en leur nom ; comme il fe faifoit en
ce Royaume,auparauantPordonnance de Charle v. Roy deFrance:ou
que cela foit fait au nom du Roy, & les mademens feellez de fon feel. car
en quelque forte que ce foit, il eft bien certain en termes de droid:,que
le maiftre eft réputé 4 faire, ce qu il a chargé fon procureur de faire, or 4 j ccrtç
le regent eft vray procureur du Roy ôc du Royaume : ainfî s’appelloit le
bon Comte Thibaut, procurator regniFrâcorum. Et par ainfi, quand excommunie mx,
lc prince donne puiflance abfoluë, au regent, ou bien au fenat en fa pre-
fence,ou en fon abfence, de gouuerner en fon nom, ores que la qualité
de regent loit employee aux edits, ôc lettres de commandement, e eft
toufiours le Roy qui parle, qui commande. Ainfi voit on que le fenat
de Milan, ôc de Naples, en Pabfence du Roy d’Efpaigi^ a puiflance ab^
fgiuç 3 ôc decerne tous mandemensen fonnom ; comme on peut voi?
iz8 DELA REPVBLIQVEpar l’ordonnance de l’Empereur Charle v. portant ces mots : Senatus
Mediolanenfpoteftatem habeat conftitutiones Principis confirmandiinfirmandi, collendijdiipcnfaudi,contra ftatuta,liabi!jtationcsprerorra’tiones,reftitutiones faciédi &c.à fenatu ne prouocari poflit &c.&quV
quid faciet paré vim habeat, vt fi à principe faaum,ac decretü efletfnon
tamen pofilt delidoru gratiam,ac veniam tribuere,aut literas falui con-
duârus reis criminu dare.Cefte puiflance prefque infinie,n’eft pas don¬
née au fenat de Milan,&deNaples,pour diminuer en rie qui foit lama-
iefté du Roy d’Efpaigne,ains au contraire,pour la defcharger de peine
&fouci:ioint aufli que ceftepuiffance, pour grade qu’elle foit,eft reuo-I heure- Cable ?n PIaifi/;de celuy qui l’ottroye. Pofons donc le cas que ce
‘ pouuoir foit donne a vn lieutenant de Roy,pourtoute (à vie,eft-ce pasÎTv nlioe- VIle plUlIà'KC fouucrainc> & perpétuelle ? autrement fi on difoit perpe-
^ 1 d’vn tue^e3clu^n aiamais fin 3 iln y auroic fouueraineté qu’enl’eftat Arifto-
Prince auec cla^4uc^<^:P0Pu^re^clu^nemeurentp0ûir:oubien qu’on entendiftlc
nniflance ™otPerPctuel en vn monarque,pour luy,& fes héritiers, ily auroit peu
ahfoluë ne mollar(luesfouucrain^a«cndu qu’il y en a fort peu qui lovent hcrc-fi- fou ^ta*les:^me^ementceLlx4u*v*em^clltalaCourojnne par droit d’ele-
elt Pas r dion,ne fcroyent pas fouuerains. Il faut donc entendre ce mot perpe-
ueiain. tuel^pourla vie de celuy quialapuifTancc. le dy quefi le magiftratf<L
uerain, ôc annuel feulement, ou bien a quelque temps prefix, ôc limi¬
te,vient a continuer la puiflance quon luy a baillée : il faut que ce foie
de gre a gre , ou par force, fi c eft par force, cela s’appelle tyrannie: &
neantmoins le tyian eft fouuerain: tout ainfi que la pofleflion violen¬
te du piædateur,eft vraye pofleflion, ôc naturelle, quoy quelle foit
contre la loy : ôc ceux qui l’auoyent au parauant en font deflaifis.
mais fi le magiftrat continue la puiffance fouueraine qu’il a de gré à
gre, iedy quil neft pas prince fouuerain, veu quil n’a rien que par
fouffiance : ôc beaucoup moins fi le temps n’eft point limité : car
en ce cas, iln a rien que par commiflion precaire. On fçait aflez qu’il
n y eut onques puiflance plus grande , que celle qui fut donnée à,
Henry de France , Duc d’Anjou par le Roy Charle ix. car elle eft
fouueraine , ôc fans exception d’vn feul article de regale : ôc neant¬
moins on ne peut dire quil fuft fouuerain , ayant qualité de Lieu¬
tenant général pour le Roy, quand ores il euft efté perpetuel : com¬
bien que la claufe , T A N T QV’ I L NOVS PLAIRA,
fuft propofee en fes lettres,qui portoit fouffrance,& toufiours fon pou¬
uoir eftoit fufpendu en la prefence du Roy. Que dirons nous donc de
celuy qui a du peuple la puiflance abfoluë, tant & fi longuement qu’il
viueia?encecasilfautdiftinguer : fi la puiflance abfoluë luy eft donnée
pui ement,& Amplement,fans qualité de magiftrats, ny de commiflâi-
re,ny forme deprecaire, il eft bien certain que ceftuy-là eft, &fepeut
LIVRE PREMIER. mdire monarque fouuerain:car le peuple seft deflaifï, &deipouillé de {a
puiflance fouueraine,pourl’enfaifiner,ôdnueftir:& à luy,& en luy trâf-
porté tout fon pouuoir,au£torité,prerogatiues,&fouuerainetez; com-
meceluy quia donné lapofl'eflion, ôc propriété de ce quiluy apparte- i i.âeconftitüt.
noit. La loy ; vfe de ces mots, El, ET IN EVM OMNEMpunap'
POTESTATEM CONTVLIT. Mais fi le peuple otroye fa
puiflance à quelqu’vn tant qu’il viura, en qualité d’officier, ou lieute¬
nant,ou bien pour fe defeharger feulement de l’exercice de fa puiflance:
en ce cas il n’eft point fouuerain, ains fimple officier, ou lieutenant, ou
regent,ou gouuerneur, ou gardien, ôc bail de la puiflance d’autruy. car
tout ainfi que le Magiftrat,ores qu’il face vnlieutenât perpetuel ôc qu’il
n’ayt aucun foing, defàiurifdidtion, laiflant l’entier exercice à fon lieu- 6. \.h deoffi. Pm-
tenant, ce n’eft pas toutesfois en la perfonne du lieutenant % que gift la
puiflance de commander,ny de iuger,ny l’adtion, & force de la loy : ôc fldeofFciuscui ff'.
s’il pafle outre la puiflance à luy donnee,ce n eft rien fait, files ades ne
font ratifiez,louez, & approuuez par celuy qui a donné la puiflance. Et
pour cefte caufe, le Roy Iean,après fon retour d’Angleterre, ratifia fo-
lemnellement touts les ad:es de Charle fon fils aifné,eftabli reget,pour
iceux valider,& confirmer,en tant qu’il feroit befoin. Soit donc par co-
miflion,ou par inftitution, ou par délégation,qu’on exerce lapuiflance
d’autruy,à certain temps, ou à perpétuité, celuy qui exerce cefte puit
fànce n’eft point fouuerain,ores que par fes lettres il ne fuft qualifié pro¬
cureur,ny lieutenant,ny gouuerneur,ny regent: ou mefmes que la loy
du pays donnaft cefte puiflance, qui feroit encores plus forte que par
eledion:comme eftoit l’ancienne loy7 d’Efcofle, quidonnoit l’entier 7- Hcà. Soet. in- . J 1 . * hiftor.Scotpr.gouuernemcnt duRoyaume au plus proche parent du Roypupil, ou Ancienne
en bas aage,à la charge que tout fe feroit foubs le nom du Roy, qui fut J0y d’Efcof*
caflé, pour les inconuiens quelle tiroit après foy. Pourfuiuons main- fe#
tenant l’autre partie de noftre définition, &difons quefignifientees que c’eft de
mots PVISSANCE ABSOLVE. Car le peuple,ou les feigneurs puiflance
d’vne Republique,peuuent donner purement, ôc Amplement la pui£ abfolue.
fancefouueraine, &perpetuelle à quelqu’vn, pourdifpoferdes biens,
des perfonnes,& de toutl’eftat à fon plaifir,& puis le laiiïer à qu’il vou¬
dra, ôc tout ainfi que le propriétaire peut donner fon bien purement, ôc
Amplement,fans autre caufe que de fa libéralitéqui eft la vraye dona¬
tion 8 :ôc qui ne reçoit plus de conditions, eftant vne fois parfaite, &ac- ^tptcrfeaa de
complie9 : attendu que les autres donations,qui portent charges,&co- c*
ditions, ne font1 pas vrayes donations : aufli la fouueraineté donnee à
vn Prince foubs charges ôc conditions, n eft pas proprement fouuerai-
nete, ny puiflance abfolue : fi ce n eft que les conditions appofees en la aroime
création duPrince, foy ent delaloy de Dieu ou de nature, comme il fe defliie le
fait après quele grand Roy deTartarieeft mort, le prince & le peuple,
à appartient le droit d’ele&ion, choififlent celuy des parens du de- farrarie*
r3o DE LA REPVBLIQVEfund que bon leur femble,poumeu qu’il foit fils,ou nepueu : ôc Payant
affis en vn throfne d’or, luy difent ces parolles : N O V S te prions nous
voulons auffi,ôc t’enfeignons que tu regnes fus nous, alors le Roy dift:
fi vous voulez cela de moy,il faut que vous foyez prefts à faire ce queie
commanderay : que celuy que i’ordonneray eftre tué,foit tué inconti¬
nent, & fans delay,& que tout le Royaume foit commis, &eftabli entre
mes mains, le peuple refpond,ainfi foü>il. puis le Roy continuant dit,la
parolledema bouche,fera mon glaiue : ôc tout le peuple luy aplaudift.
Cela fai d il eft pris, & ofté de fon throfne, &pofé en terre fus vn ais, &
les Princes adreffans à luy leurs parolles difent ainfi:Regardeen haut, &
cognois Dieu: ôc voy ceft ais fus lequel tu es affis en bas:Si tu gouuernes
bien,tu auras tout àfouhait:autremét,tu feras mis auffi bas, ôc dépouil¬
lé de telle forte, que mefme ceft ais où tufieds,neterefterapas.Celàdit,
il eft cfleué en haut, ôc crié Roy des Tartares. Cefte puiffance eft abfo-
luë,& fouueraine: car elle n’a autre condition que la loy de Dieu, ôc de
nature ne commande. Onpeut voir auffi és Royaumes, ^principau¬
tés deuolues par droit fucceffif,que telle ou femblable forme quelquef-
Formc d’inueftir ^°*s gal'dee:mais il n’y en a point de pareille à celle de Carinthie3: où
îejbuc de Carin- encores à prefent, on voit vne pierre de marbre près la ville S. Vitus en
vn pré,fus laquelle monte vnpayfànt, au quel ceft office appartient par
droit fucceffif,ayant à dextre vne vache noire,à feneftre vne maigre îu-
ment,&le peuple tout au tour, celuy qui vient pour eftre Duc, marche
auec grand nombre de feigneurs, veftus de rouge, &lesenfeignes au
deuant de luy,& touts bien en ordre, hors mis le Duc, qui eft abillé en
pauure berger,auec vne houlette: ôc celuy qui eft fur la pierre criant en
„ Sclauon-Qui eft celuy,dit-il,qui marche fi brauemet? le peuple refpod,
que c’eft leur prince:alors ceftuy-là demande, Eft-iliuge?cherche-il le
falut du pays ? eft-il de franche condition,digne d’honeur, obferuateur
de la religion?on refpond,il eft ôc le fera. Alors le payfànt donne vn petit
foufflet au Duc,& demeure le payfànt exempt des charges publiques:&
le Duc monte fus la pierre branflantl’efpee,& parlant au peuple promet
d’eftre iufte, ôc en ceft habit va à la meffe, ôc puis prend l’habit ducal, &
retourne fus la pierre, & reçoit les hommages, &fermens de fidélité.
Vray eft que le Duc de Carinthie, n’eftoit anciennement quelegrand
4 l'an 1331. veneur 4 de l’Empereur ôc depuis qucl’Empire eft tombé en la maifon
d’Auftriche, à qui le Duché appartient, & la qualité de veneur, &la
forme ancienne de Finueftir eft abolie:& le Duché de Carinthie,Stirie,
Croatie, les Comtez de Cilié, ôc de Tir oies ont efté annexez au Duché
d’Auftriche. Et quoy qu’on efcriue du Royaume d’Arragon, la forme
anciéne qu’on gardoit enuers les Roys d’Arrago, nefefaitplusfileRoy
n’afTemble les eftats:comme i’ay apris d’vn cheualier Efpaignol. La for-La forme qu’on . .ny 1 .. i • n ■ J» Agardokaux eftats meJ eftoit que le grand magiltrat, qu ils appellentia îultice d Arragon
dit au Roy ces parolles,Nos qui valemos tanto comme vos,y podemosmas
LIVRE PREMIER. ijimas que vos, vos elegimos Re cori eftas, y eftas codiciones,entra vos,ynos, vn que mâda mas que vos. c eft à dire,Nous qui valos autât cornevous,&pouu6s plufque vous,nous vous eIifosRoy,à telles,&: telles co-ditios entre vous,&nous,que vn comande plus que vous.eü quoy s’eftabufé celuy quia efcript que le Roy eftoit alors efleu du peuple ; chofequi iamais ne fe fift : car il eft bien certain queSânfe legrand conqueftale Royaume par le droit des armes fus les Mores, quil’auoyenteufept*cens ans, & depuis fa pofterité, malles, ôc femelles, ont eu le Royaumepardroid fucceflif, de proche en proche. Et de faid Pierre Bellugue* <?.infpCCub.Arragonnois,qui a diligemment efcrit du droit d’Arragon, efcritquele peuple n a aucun droit d’eflire leRoy,finon en ligue ° défaillant. A ut ©.infpecui. m.i4.fi eft-ilimpoflible,&incompatible que le Roy d’Arragon, euft moins yj^d^ccuiocapde puiflance que les eftats d’Arragon,veu que le mefme autheur7 did, ^aïn'ecie-que les eftats ne peuuét s’aflembler, s’il n’y a mandemét expres du Roy:ôc ne peuuent fe départir eftans aflemblez, s’il ne plaift au Roy les licen- c.imperiaicm. detier.Encores eft-il plus ridicule,que telles parolles fe difoyent au Roy e-ftant ia couroné,facré,& receu pour Roy par droit fucceflif: & qu’il fuftfo uuerain, comme il eftoit, &donn oit l’office à celuy qui s’appelloit lagrand iuftice d’Arragon,& le deftituoitfi bon luy fembloit: ôc de faid,le mefme autheur efcrit, que Martin ° Didato fut inftitué, ôc deftituéde ceft office par la Royne d’Arragon en Pabfence de fon mari Alphons,Roy d’Arragon ôc de Sicile. Et combien queparfouffranceduRoy la
iuftice d’Arragon iuge les procez, ôc differens entre le Roy, ôc le peuple
chofe qui fe faid aufli en Angleterre ores par la haute chambre du par-
lement:ores parle magiftrat qu’on appelle la iuftice d’Angleterre:ôc par
touts les iuges de ce Royaume, ôc en touts lieux : fi eft-ce que la iuftice
dArrago, ôc tous les eftats demeurêt en pleine fugetio du Roy,qui n’eft
aucunemët tenu de fuiure leurs aduis,ny accorder leursrequeftes,come
dit le mefme dodeur8 : ce qui eft général à touts eftats de monarchie,
come efcrit Ordrard9>parlant des Roys deFrâcc,&d’Efpaigne:qui ont dt^o.’n^ïof0'&
dit-il,puiflance abfolue. Vray eft, que ces dodeurs ne difent point qiîe9 C£jnflU**
c’eft de puiflace abfolue,car fi nous difons que celuy apuiflace abfolue,
qui n’eft point fuget auxloix, il ne fe trouueraPrince au monde {ouue-
rain, veu que tous les Princes de la terre fot fugets aux loix de Dieu, ôc de
nature, ôc à plufieurs loix humaines comu nés à tous peuples. Et au con¬
traire il fe peut faire q l’vn des fugets fera di(péfé,& abfouis de toutes les
loix,ordonances, ôc couftumes de fa Republique, & ne fera point Prin¬
ce,ny fouuerainmous en auos l’exëple dePopeelegrand,qui fut difpefé
des loix pour cinq ans,par ordonnâce exprefle du peuple Romain, pu¬
bliée a la requefte du Tribun Gabinius1 Ôc n’eftoit pas chofe nouuelle,ny I-PIutarJfl P5PC
eftrâge de difpenfer vn fuget d’obeir aux loix, veu mefmes que le fenac
quelquesfois en difpefoit/asladuis du peuple, iufques à la loy Cornelia ^CconminC#-
*publiee a la requefte d’vn T ribun, par laquelle il fut ordoné,q perfone ndl*nam-
Î31 DE LA REPV-BLIQVEne feroit exepté de la puiflance des loix,ny difpenfé le fenat, s’il ny auojt
J, CLccroprodo- du moins deux cens fenateursrcar mefmes il eftoit deffendu fur peine de
nifi^comitiis^cen- la vie,par les loix 3 des x 11.tables, d ottroyer aucun priuilege, finonpar
turiatis neîrroga- |es grâds eftats du peupleimais laloy eftoit mal executee.Et en quelque
capital eftoî5 axK forte que ce foit,le fuget qui eft exepté de la puiflance des loix,demeure
toufiours en la fugetion, ôc obeiflance de ceux qui ont la fouueraineté.
Or il faut que ceux là qui font fouuerains,ne foy ent aucunement fugets
auxeomandemens d autruy,& qu’ils puiflent donner loy aux fugets, &
cafler ou anéantir les loix inutiles, pour en faire d’autres : ce que ne peut
4iprmccps^k- faire cclUy qui cft fuget aux loixjou à ceux qui ont commandementfur
fôd.cacr"U imar’ luy. C’eftpourquoy laloy dit,que 4 le Prince eft abfouls de la puiflance
præfed^prxtorc! des loix: & ce mot de loy,emporte aufli en latin le cômandement de cc-
poapuios. coLUde luy qui a la fouueraineté. Auffi voy os nous que tous edits, ôc ordonan-
fumma mnk.c^ ceSj0n y adioufte cefte claufe,Non obftât tous edits ôc ordonnâces,auf-
chx.Baid.ini. rc- quelles nous auons dérogé, & derogeons par cesprefentes, & à la dero-
impemtriPcCAl gatoire des dérogatoires : claufes qui a toufiours efté adioufteeés loix*lexand confil. iox. ^ • 11 r 1 1* 1 ; ... 1 r tnu.;.ancienes:foit que la loy fut publiee du mefme prince, ou de fon prede-6.Ancar.coiifii.i98 cc{fcur.Car il eft bien certain que les loix,ordonnances,lettres patentes,nu.i.lelm in cap. 1 s . 1 Jex parte, coi.i. ver. priuileges,&: otroys despnnees, n ontaucunc rorce que pendant leur
3arto1ircoX vie,s’ils ne font ratifiez par confentement expres, ou du moins par fouf-
france du prince qui en a cognoiflance: & mefmemét des priuileges. Et
oïd/ad confil 108 P°ur cefte caufe Bartole eftant député Ambaflàdeur vers l’Empereurg. Baid in titui.de charle 1111. pour obtenir confirmation des priuileges de Perouze, en
boîmpiius .Veiin. obtint la confirmation portant cefte claufe, Iufques à ce qu’ils foy ent7,
proU.Affiaxïti- reuoquez par noz fuccefleurs:au preiudice defquelsilnepouuoit8 rien
iTaS^oümio f u' faire. Qui fut la caufe que M, de l’H ofpital chancelier de France, refufa
6i. caroius Rui- fcellerla confirmation des priuileges, ôc exéptions de tailles de S.Maurnusconlil.5X.lib.x. . _ A Pi n 1 r • j-1 • -nu.». des foflez,quelque madement qu il euit de ceraire-.parce qu ils portoietperpetuel afranchiflemennqui cft cotre la nature des priuileges perfon-
nels,& qui diminue la puiflance des fucceffeurs: ôc ne fe peuuent donner
aüx corps ôc collèges,que à la vie du Prince qui les ottroy e, ores que le
motperpetuely foit adioufté : cequin’eft pas és Républiques popu¬
laires, & Ariftocratiques. Et à cefte caufe Tibère l’Empereur fuccefieur
d’Augufte, ne voulut pas,que les priuileges otroyez par les Empereurs
dcfun£fo,euflent aucun cffe£t,fi les fuccefleurs ne les auoyét confirmez,
d’autant que les priuilegiez vouloyent perpetuer l’exemption qu’ils
9. induira benefî- au oyent, fi Pottroy n’eftoit limité à certain temps, comme dit Sueto-ri-, \ J . _ ' .defundis ^ V0y0ns noUs en ce Royaume à la venue des nouueauxliterrata haberët,^uamfi ipfidedif- Roys,que tous les collèges, ôc communautez demandent confirmation
prmapiTbencfi- ^e ^cms priuileges,puiflance, ôc iurifdidion : ôc mefmes les parlenicns,
ciu,nifi ad tempus & cours fouueraines, auffi bien que les officiers particuliers. Si donc le
tuS^bŒttuT’ Prince fouuerain, eft exempt des loix de fes predecefleurs, beaucoupmoins
LIVRE PREMIER. *33î moins feroit il tenu aux loix & ordonnances qu’il fait: car on peut bien‘ „ reccuoirloy d’auiruy,mais il eft impoffible par1 nature de fèdôrler loy, ^fuc^"°/Tfc;1 non plus que commander à foimcfme chofe qui1 depende dc (à volon- bcUpenuk.de «ir* té,comme dit la loy, Nulla obligatio confiftcrepoteft,quxà voluntate tuit.de eleftio.! promittetisftatum capit : qui eft vne raifbn neceifairc,qui monftre eui- aèvVrb!°uig.fa
demmentqucleRoy ne peut cftrefugetà fes loix. Ettoutainfi quele* Pape ne fe lie iamais les mains,côme difent les 5 canoniftes : auffi le Prin-çç fouuerain ne fe peut lier 1®> mains,quad ores il voudroit. Auffi voyos neat archidiacon.5 nous à la fin des Edids & Ordonnances ces mots, C A R TEL EST iib,é£X.c. ncmo.I,! NOSTRE P LAI S I R,pourfaireentendrequelesloixduPrince
*> fouuerain,ores qu'ellesfuffent fondees enbonnes & viues raifons,neât- rcpUuUket.deï moins quelles ne dependent que de fa pure & franche volonté. Mais dulùm.depi*-P»■ quantaux loix diuines & naturelles, tous les princes de la terre y font fu- bcndIlb 6'
i gets, & n’eft pas en leur puiflance d’y contreuenir, s’ils ne veulent eftre
tt- coupables de leze maiefté diuine ,£iifant guerre à Dieu, foubs la gran-
ii1 deur duquel tous les Monarquesdu monde doiuent faire ioug, & baif-
à fer la tefte en toute crainte, & reuerence. Et par ainfi la puiifance abfo-
:r, lue des Princes & fèigneuries fouueraines, ne s’eftend aucunement aux
a loix de Dieu, & de nature. & celuy qui a mieux entendu que c’eft de
rf puiflance abfoliie, & qui a faid ployer les Roys, & Empereurs foubs la
i „ fienne, difoit que ce n’eft autre chofe que deroger au droit1 ordinaire:
a il n’a pasdit aux loix diuines & naturelles.Mais le Prince eft- il pas fuget
d aux loix du pais,qu’il à iuré garder: Il faut diftinguer ;SilePrince iurea «cmpi. ^
j,,: foymefme qu’il gardera fa loy,il n’eft point tenu de fà loy,non plus quefi pla'gij.can.iufiu-M du ferment3 fait à foymefme: car mefme les fugets ne font aucunemét4
y tenus du ferment qu’ils font es conuentions, defquelles la loy permet fe da.coganuu.ff.
départir j ores qu’elles foyent honneftes& raifonnables. 6c fi le prince
fouuerain promet à vn autre prince garderies loix que luy,ou fes prede-
•ceffeurs ont faites, il eft obligé les garder, fi le prince, auquel la parolle
eftdoneeyaintereft,iaçoit qu’il n’euft point iuré : & fi le prince auquel
1Bj; la promeffe eft faite n’y a point d’intereft, ny la promeffe, ny le ferment
£ ne peut obliger celuy qui lVpromis.Nous dirons le femblable fi la pro- j.i. adigere, dè i«-
f meffe eft faite au fuget par le prince fouuerain,ou bien au parauant qu’ilfoit efleu: car en ce cas il n’y a point de difFerécc,come plufieurs péfent: ff°sanc-Æ
’UI> non pas que le prince foit tenu à fes loix, ou de fes predeceffeurs, mais
aux iuftes couentios, 6c promefles qu’il a faites, foit auec fermét ou fans
uk aucun fermét.-toutainfiq feroit vn particulier, ôepour les mefmes caufes
^ q le particulier peut eftre releué d’vne promeffe iniufte,&de raifonna-
3® ble,ouquilegreuepar trop,ou qu’il a efté circonuenupar dol,oufrau-
tio# de,ou erreur,ou force,ou iufte crainte,ou lefion enorme,pour les mef-
cft mes caufes le Prince peut eftre reftitué en ce qui touche la diminu¬
ai tion de fa maiefté, s’il eft Prince fouuerain.Et par ainfi noftre maxime
oif demeure, que le Prince n’eft point fuget à fes loix, ny aux loix defes" ni
134 DE LA REPVBLI Q^V Eprcdcccflcui's, mais bien à fes conuentions iuftes & raifonnables, & en
lobferuation defquelles les fugets en général, ou en particulier ont in-
s.BaU.n.1 dona- tcreli; En quoy 6plufleurss‘abufcnt qui font vne confufion des loix, &
m virum c"cyn ^CS c°trats Prince,qu’ils appellent Loix : auffi bien que celuy quiàp.
nus faBartoLin.i. pelle les contrats du Prince Loix 7 pa£tionnees: comme elles s’appellet
buSi“cVBattC&ca aux cpats d’Arragon, quand le Roy fait quelque ordonnance àla rcque.
ÎJi^!Cb5! fte des cltacs>&qu'11 en reçoit argent,ou quelque fubfide,ils difent qUe
tii°,imo|a,p»nor- le Roy y eft tenu:& quat aux autres loix,q«’il n’v eft point tenir ,Vnp.î.mit.Fehn.m cap.i. * r rr 1 ■ Y1 J s? ^ i u,ÜCilCatde probat. moins iis cotellent que le prince y peut deroger, ceüant la caufe ApU7.Petr. Bellugain i i ni- • o 9V 1/ o a“l^UCiafpecuiotit.i. loy. tout cela elt bien certain, ôc9 fonde en raiions,&autorité: mais il
'■.nt^bfuLa n eft point befoind argent ny de ferment pour obliger le prince fou,
“■ uerain,fi les fugets,aufquels il a promis, ont intereft que la loy foit gar-
ba.& cx.i.pcnuit. dee: caria parole du prince doit eftre come vn oracle, qui perd fa digni-
rum^cïnnoccni" té,quand on a fi mauuaife opinion de luy,qu’il n’eft pas creu s’il ne iure
dkCcpiZ&tpU ou qu’il n’eft pas fuget a fa promefTe, fi on neluy donnede l’argent.&
aionanon'deelc" neantm°ills la'maxime de droit demeure en faforce, que le prince fou*-
i.ceflante cau(a, uerain peut deroger aux loix qu'il a promis, & iuré garder, fi la iuftice
a^Bai.in.i- huma- d’icelle ceffe,fans le cofentement des fugets : vray eft que la dérogation
Sâiicoïin' gfnerale en ce cas ne pas, s’il n’y a dérogation1 fpeciale. Mais s’il
«p-i-dcroniiirat. n’aiufte caufe de cafferlaloy qu’il a promis entretenir,en ce caslePrin-
5*câp*. vit \ib.6. de ce ne doit,& ne peut y cotreuenir. vray eft qu’il n’eft pas^tenu aux con- »fifSon!l°deii uentions& fermens de fes predeceffeurs,s’il n’eft leur héritier. Et pour «quç m fraudem. Cefte caufe les eftats du Royaume d’Arragon firent plainte au Roy Al-
phons,de ce qu’il auoit changé,& altéré la monnoye d’Arragon,pour y
gaigner,au grand preiudice des fugets,ôc des marchas eftrangers : con¬
tre la promeffefaite par laques i.Roy d’Arragon,l’an m. ccLxv.au
mois d’Anril, ôc confirmée par Pierre l’an M. c c c x x x v i. qui iura aux
eftats de ne changer iamais la monnoye : & le peuple en recopenfe pro-
miftde payerau Roy defept enfeptansvnmaranedipourfeu,partous
ceux qui auroient valant quinze maranedis,qui eft la moitié d’vn liarcL
Or il eft certain que le Royaume d’Arragonefthereditaireaux malles,
dek^b<cbum ^ ^es- ma^s ceHant l’effeà de la couention entre le Prince ôc le peuple:
j.Uabeo^dMrer- comme le fubfide pour lequel les Roys d’Arragon firét l’ordonnancetf.l.nifil tamnatuque i’ay dit,le Prince n’y eft plus tenu : non plus que le peuple au fubfi-
îîab.empao!* de in*ipofé,fi le Prince ne tient fa promeffe.il ne faut donc pas côfondre
saHc« üStdig^ loy>& cocra6t: car la loy dépend de celuy qui a la fouueraineté, qui
vox.delegib.c. peutobligertousfes4fup;ets,&nesy peut obliger foymefme: &laco-Iafoin.l.i.decon- * t. 1 • n Y r * • i |. t iftitut.prin.c.Fe' uetion elt mutuelle entre le Prince ôc les fugets,qui oblige les deux par-
S"cXu“ât ties*reciproquemét,& ne peut l’vne des parties y ‘cStreueniraupreiu-
s.Baid.in.i.cbm dice,&lanslec6fentementderautre:&lePrinceen ce cas n’a rien parde tidcicom.L.. i /r* 1 r r* * * _ . t nPanor. in cap. pro denus le7ui^et:i]no q cefTat la iuftice de la loy q u’il a iuré srarder.il n'eltillorum, de pra:- 1 j °r 8 rr * /. ^ ^ i rbend.Aicxan.con- plus tenu de la promette,come nous auons dit:ce q ne peuuetles lugets
entr’eux,s’ils ne fontrelcuez du Prince. Auffi les Princes fouuerains bienentendus,
LIVRE PREMIER. *35entédus, ne font iamais fermée de garder les loix de leurs predecefleurs:
ou bien ils ne font pas fouuerains. On dira^peut eftie, que l’Empereur,
qui a la preffeance par deffus tous les autres Roys Chreftiés, deuat qu’il
foit facré,iurc entre les mains de l’Archeuefquedc Coulongne, de gar¬
der les loix de l’Empire,la bulle d or,eftablir iuftice,obéir au Pape, gar¬
der lafoy Catholique, defendre les veufues les orphelinsles pau-
ures. voila le fommaire du ferment quefift l’Empereur Charle v. qui
depuisfutenuoyéau Pape, par le Cardinal Caiedan Légat en Alemai-
gne. le rcfponds,quc TEmpereur eft fuget aux eftats de l’Empire, & ne
s’attribue pas aufli la fouueraineté fus les Princes, ny fus les eftats, com¬
me nous dirons cn fon lieu . Etfîon dit, que les Roys des Epirotes an¬
ciennement iuroient, qu’ils regneroientbien, ôc deuëmét félon les loix
du païs : & les fugets auffi iuroient réciproquement, garder,ôc mainte¬
nir leur Roy félon les ordonnâces,& couftumes du pays: ie di que non-
obftant tous ces fermens, le Prince fouuerain peut deroger aux loix,ou
icelles cafler,& anuller. Aufli le fermét de nos Roys,qui eft le plus beau,
ôc le plus bref qui fe peut faire, ne porte rien de garder les loix & cou¬
ftumes du pays ny des predecefleurs. Iemettray les mots ainfi qu’ils
font extraits de mot à mot de la bibliothèque de Rheims,d’vn ancien
liurc,quic6mencc:IulianiadErnigiumRegem.Annom.lviii.Hen- Le ferment
rico regnante x x x 11. un. Kalend. Iunij,in die Pcntecoftes Philippus fait par Phi-
rex hoc ordine,in maiori ecclefia ante altare fandæMariæ à venerabili lippe.i.fils
Archiepifcopo confecratus eft inchoata mifta, antequam cpiftola lege,- de HenrLi.
retur, dominus Archiepifcopus vertit fe ad eum& expofuitei fidem
catholicam, feifeitans ab eo vtrum hanc crederct ôc defendere vellet,
quo annuente delata eft eius profeflio, quam accipiens ipfe legit, dum
adhuc feptennis effet., eique Cubfcripfit : erat autem profeflio eiushæc,Ego Philippus Deo propiciante mox futurus rex Francorum in dic
ordinationis mcæ, promitto coram Deo, ôc fandis eius, quod vnicui-
que de nobis commillis canonicum priuilegium ôc debitam legem at-
queiuftitiam conferuabo, &defenfionemadiuuante Domino, quan-
tu potero exhibebo, ficut Rex in fuo regno vnicuique Epifcopo,& ec-
clefiæ fibi commiffæ per redum exhibere debet.populo quoque nobis
crediro,me difpenfationem legum in fiio iure confiftentcm, noftra au-’
doritate coceflurum. Qua perleda pofuit cum in manus Archiepifco-
pi. I’ay fccu qucccllequi fetrouueen la bibliothèque de Beauuais,eft
pareille &du mefmc Roy Philippe, i. maisi’enay veu vne autre cnvn
petit liurc trefancien,cn l’abbaye faind Allier en Auuergne, portat ces
motSjlE ivre a v nom de d i e v toutpuiflant, ôc promets de
gouuerner bien ôc deuëment li fugets commis en me garde,, ôc faire de
tout men pouuoir iugcmcnt,iuftice ôc mifericordc . qui femblc eftre
tiré de Hieremie,9 où il eft dit, le fuis le grand Dieu eternel qui faits iu~ cap.*
ftice,iugement, Ôc mifericordc, ôc en ces chofes ie prens vn fingulierm ij
ï36 DELAREPV B L I QV Eplaifir. Qui monftre à veiie d’œil, que les fermens contenus au liurc pt
blié,&im p rimé du facre du Roy, (ont bien changez, ôc alterez de 1 an'
cienneforme. Mais on peu t v oir en Tvn & l’autre ferment,quil n’y a au-
cune obligation de garder les loixjfinon tant que le droit,&iuftice|c
foufrira. Combien qu’il ne fetrouue point, que les Roys anciens du
peuple Hebrieu fiffent aucun ferment: ne mefmes ceux-là qui furent
facrezpar Samuel, Helie,& autres. Mais il en a qui font le ferment plUs
precis : comme le ferment de Henri Roy de France ôc de Poulongneeft
tel. EgoHenricus RexPoloniæ,&c.iuro Deo omnipotenti,quodom~
nia iura,libertates,priuilegia publica, ôc priuata iuri communi non con¬
traria, ecclefiis, principibus, baronibus, nobilibus, ciuibus,incolis per
meos prcdeceflbresReges, ôc quofcunque principes dominos Regni
Poloniæ,iuftè donata,ab ordinibufque tempore interregni ftatuta (an,
da nobis oblata,obferuabo,&c.iuftitiamque omnibus incolis iuxta iu.
„ ra publica adminiftrabo. Et fi (quodabfit) facramentum meum viola-
uero, nullam nobis incolæ regni obedientiam præftare debebunt, &c.
fie me Deusadiuuet. Quant aux loix qui concernent l’eftat du royau¬
me , & de l’eftabliffement d’iceluy,d’autat quelles font annexees, & v-
nies auec la courone, le Prince n’ypeut deroger-.comme eft la loySa-
lique:& quoy qu’il face, toufiours lefucceffeurpeutcaffercequiaura
efté fait au preiudice des loix royalles,&fuslefquelles eft appuyé,^fon¬
dé la maiefte fouuerainc. Encores peut on dire, que Henri v. Roy de
France& d’Angleterre,efpoufantCatherine de France feur de Charfe
vu.fift ferment de garder le Parlement en fes libertez, ôc fouueraine-
tez, ôc de faire adminiftrer iuftice au Royaume, félon les couftumes,
& droits d’icelles. Voila les mots du traité conuenu, pour le faire fuc-
ceffeur de la couronne de France le x x i. May l’an M. c c c c x x. le di
quon luy fift faire ce ferment, parce que c’eftoitvn eftranger,quive-
noitàvnnouueauRoyaume,duquelle fuccelfeur legitime eftoit dé¬
bouté par arreft du parlement de Paris, donné par defaux ôc contuma¬
ces,pour le meurtre commis enlaperfonnedc IeandeBourgongne,&3ui fut prononcé à la table de marbre, en la prefence des Princes, au fon
e la trompette. Mais quant aux couftumes generales, & particulières,
qui ne concernent point l’eftablifTement du royaume, on n’a pas acou-
ftumé d y rien changer,finon après auoir bien & deuëmétaffemblé les
trois eftats de France en général, ou de chacum bailliage en particulier:
non pas qu’il foit neceffairede s’arrefterà leur aduis,ouqueleRoyne
puifle faire le contraire de ce qu’on demandera, fi laraifon naturelle, &
la iuftice de fon vouloir luy aflifte. Et en cela fe cognoiftlagrandeur,&
maiefté d’vn vray Prince fouuerain, quand les eftats de tout le peuple
fontaffemblez prefentans requeftes, & fupplicationsà leur Prince en
toute humilité,fans auoir aucune puiffance de rien commander, ny dé¬
cerner, ny voix deliberatiue: ains ce qu’il plaift au Roy confentir,oudilfentir,
LIVRE PREMIER. r37diiïentir, commander, oudefendre,efttenu pour loy, pour edit,pour
ordonnance. En quoy ceux qui ont efcrit du deuoir des Magiftrats,
ôc autres liuresfemblables, fèfontabufezdejfouftenir que les eftats du
peuple font plus grands que le Prince:chofe qui fait reuolter les vrais fu-
o-ets de l’obeïffance quils doiuet à leur Prince fouuerain: & n y a raifon
ny fondement quelconque en cefte opinion là:car fi le Prince fouuerain E^ats
eft fuget aux eftats ,il n’eft ny Prince,ny fouuerain:& la republique n eft France*
ny royaume,ny monarchie, ains vne pure Ariftocratie de plufieurs fei¬
gneurs en puiflance égalé, ou la plus grade partie commande à la moin¬
dre en général, & à chacun en particulier. il faudrait donc que les edits,Ôc ordonnances fuflent publiées au nom des eftats,ôc commandées par
les eftats,comme en feigneurie ariftocratique, où celuy qui prefiden’a
puiflance aucune, &: doit obeïflance aux mandemensdela feigneurie.
qui font toutes chofes abfurdes3& incompatibles. Aufli voit-on qu en
laflemblee des eftats de ce Royaume tenus a Tours, alors que le Roy
Charles v 111. eftoit en bas aage, & que les eftats eftoyent plus autori-
zez que iamais,Relli orateur,portant la parole pour tous les eftats com¬
mence ainfi, Tref-haut, tre£puiflant,trefi chreftienRoy noftrefouue¬
rain & naturel feigneur,vos humbles &tretobeiflans fugets, ôcc. venus
icy parvoftrecommandement comparoiflent, &feprefentent deuant
vous en toute humilité,reuerence, &fubiedion,&:c. Etm’eft enchargé
de par toute cefte notable aflemblee vous expofer le bon vouloir, l’aiFe-
6H6 cordiale,le ferme & arrefté propos qu’ils ont a vous feruir,&obeir,
ôc fuhuenir en toutes vos affaires, commandemens, ôc bons plaifirs.
Brief,toutledifcours & narré des Eftats ne porte rien quefugetion, fer-
uice ôc obeiflance.On voit le femblable aux Eftats d’Orleans.Et ne faut
point dire qu’en Efpagne on vfe autrement : car les mefmes fubmiflions
Ôc paroles defugetion, feruice, & obeiflance de tout le peuple enuers le
Roy dEfpaigne, comme enuers leur fouuerain feigneur fe voit au di-
fcours des Eftats tenus à Tolede l’an m.d. lu. ôc lesrefponfes duPrin- Eftats dE-
ce fouuerain aux humbles requeftes, ôc fupplications du peuple par ces fpa*gne-
mots,N o vs v o v L o N s,ou bien nous auos ordonné, Ôc autres fem-
blables reïponfes,portant refus, ou confentement du Prince.& mefmes
l’otroy que les fugets payent au Roy d’Efpaigne, s’appelle feruice. Et
parainfiPierre Bellugue seftabufé de dire queles Roys dAtragonne
peuuent deroger aux priuileges des Eftats ,obftant lepriuilege donné
par le Roy laques l’an m.cclx. & confirmé l’an m.gccxx, car tout
ainfi q le priuilege n’euft rien valu après la mort de laques fans la confir¬
mation de fon fuccefleur: aufli la mefme confirmation des autres Roys
eft neceflaire par la maxime de droit,qui ne fouffre pas qu’on puifle co-
mander a (on pareil. Et combien qu’auxParlemens du Royaume d An¬
gleterre , qu on tient de trois en trois ans, les Eftats vfent dé plus gran¬
de liberte comme font tous les peuples de Septentrion , fi eft-ce qu’en
I38 de la repvbli q^v eeffe&iis ne procedent que par fupplications ôc requeftes. Etau Par¬
lement d’Angleterre, tenul’anm.d. lxyi.aumois d Octobre,tous les
eftats d’vn commun confentementauoient refolu,comme ils firent en¬
tendre à la Roy ne, de ne traiter au cune chofe, qu’elle n'euft declairé vn
fuccefleur à la couronne : toutesfois elle fift refponfe qu on luy voubic
faire fa fofle auparauant qu elle fuft morte : mais que toutes leurs refo-
lutions n’auroietaucun effe6t fans fon vouloir. & ne fift rien decequi|s
demandoient,come i’ay apris par les lettres de l’Ambafladeur du Roy
Aufli les eftats d’Angleterre ne font iamais aflemblez, non plus qu’en
ce royaume,& en Efpaigne, que par lettres patentes, & mandemens ex¬
près emanez du Roy:qui monftre bien que les eftats n’ont aucun pou-
uoir de rien decerner,ny commander,ny arrefter: veu mefine qu’ils ne
fe peuuent affcmbler, ny fe départir fans mandement expres. Encores
peut-on dire, que les ordonnances faites par le Roy d’Angleterre à la
requefte des eftats, ne peuuent eftre caffees fans y appeller les eftats.
Cela eft bien pratiqué,& fe fait ordinairement: comme i’ay fceu de M,
Dail Ambafladeur d’Angleterre,homme d’honneur,& de fçauoinmais
il m’aafleuré, que le Roy reçoit,ou refufe la loy fi bon luy femble: & ne
laifle pas d’en ordonner à fon plaifir, ôc contre la volonté des ellats,
comme on aveu Henry vm. auoir toufiours vfé de fa puiflan ce fou-
ueraine:iaçoit que les Roys d’Angleterre ne font point facrez5finon en
iurant qu’ils garderont les ordonnances ôc couftumes du pays : car ce
ferment là fe doit raporter à ce que nous auons dit cy deflus. Mais on
peut dire, que les eftats ne foufrent pas qu’on leurimpole charges ex¬
traordinaires ny fubfides, finon qu’il foit accordé ôc confenti au Parle¬
ment :fuiuant l’ordonnance du Roy Edouard, i. en la grande carte de
laquelle le peuple s’eft toufiours preualu contre les Roys. le refponds,
que les autres Roys n’ont pas plus de puiflance que le Roy d’Angleter¬
re : parce qu’il n’éft en la puiflance de Prince du monde, de leuerim¬
polis à fon plaifir fus le p euple, comme Philippes de Çomines remon-
ftra (agement aux eftats tenus à T ours : ainfi que nous lifons en fes mé¬
moires : ôc toutesfois fi la neceffité eft vrgente, en ce cas le Prince ne
doit pas attendre l’affemblee des eftats, ny le confentement du peuple,
duquel le fidut dépend delà preuoyance, Ôc diligence d vn fage Prin¬
ce.mais nous dirons de ceci en (on lieu. Il eft vray que les Roys d’An¬
gleterre,& depuis Henry.i. comme nous lifons en Polydore, ont quafi
toufiours acouftumé de. trois en trois ans, demander quelque fubfide
extraordinaire, qui eft le plus fouuent accordé, comme au parlement
tenuaumois d’Auril m.d. lxx. laRoyne d’Angleterre tira la valeur
decinq cens mil efeus,du confentement des eftats. Ainfi fait-on aux
eftats d’Efpaigne. Icy dira quelqu’vn, que les eftats d’Angleterre ont
puiflance de condamner: comme Thomas,&Henry les Hauars, furent
condamnez par les eftats,alapourfuite de Henry vin. Roy d’Angle¬
terre,
LIVRE PREMIER. . i39terre. & qui plus eft le Roy Henry v i. fot auffi condamné parles eftats
à tenir prifon en la tour de Londres. le dy que cela fe fift par les iuges
ordinaires d’Angleterre de la haute chambre du parlement, àlareque-
fte de ceux de la baffe chambre : qui prefenterent auffi requefte à la
haute chambre Tan m. d. l x x i. tendant à fin,que les Comtes de Nor-
thumbelland, Vveftmerland, & autres coniurez, fuflent declarez auoir
encouru les peines portees par les loix du pays, contre les crimineux de
lezemaiefté. Qui monftre bien que les eftats en corps,n ontnÿpuif-
fance, ny iurifdidion, ains que le pou moir eft aux iuges de la haute cha-
bre, comme feroit fi le parlement de Paris, affifté des Princes, ôc Pairs
eftoit aux eftats en corps feparé, pour iuger les grandes caufes. Mais
i! demeure encores vne difficulté à refouIdre pour lefdids eftats d'An¬
gleterre, quifemblent auoirpuiffance de commander, refoudre, & dé¬
cider les affaires d eftat : car la Royne Marie les ayant affemblez pour
faire pafferaux eftats les articles concernants fon mariage auec le Roy
Philippe:après plufieurs difputes, ôc difficultez propofees, en fin la
vérification du traité fe fift le fécond iour d’Auril m. d. li i i i. qui eft
en forme d arreft conceu au nom des eftats en ces mots: VE V par les
eftats affemblez au parlement, tenus au Palais de Vveftmy nfter, les ar¬
ticles fufdits, ôc ce qui en dépend dida eftè, quant à la difpofition, ôc
collation referuee âlaRoyne de tous benefices, & offices,comme auffi
de tous les fruids, profits,rentes,reuenus,de fes pays, terres, ôc feigneu¬
ries, la Royne comme feule ôc vnique iouyra de la regalité, ôc fouuerai-
netede fefdits Royaumes,pays, terres, & fugets abfoluement,après
la consommation du mariage,fans que leditPrince puiffe pretendre
par la forme de la° coartoifie.d’Angleterre, la couronne & la fouue- o.par laquelle iç,
rainete du Royaume,ny autres droits,preminences, ny audoritez. ri^MbiSê
Que tous mendemens Ôc lettres patentes, fe pafferont foubs la qualité
dudit S ieur Prince, & de la Royne conjointement : lefquelles lettres fi- La cour-
gnees delà main feule de la Royne, ôc feellees desgrâdsfeels de fa chan- toifie d’An-
celerie, feront valables : que fi elles n eftoyent fignees de ladite Royne, o-Ieterre
ieroienc nulles, lay bien voulu mettre la vérification au long, pour mo- &
ftrer que la fouueraineté appartient pour le tout fans diuifion aux Roys
^ Angleterie , & que les eftats n y ont que voir, car la vérification des e-
ftats non plus que d’vne court,d’vn parlement,d’vn corps,& collège,ne
liihft pas pour monftrerlapuiffancede commander: mais bien le°con-
fentement pour valider les ades, qui autrement euffent efté reuoquez
en doute après la mort delà Royne,ou de fon viuât, par loppofitiô dçs
a&i crats ôt Officiers du Royaume. Nousconcluerons donc que la
ouuerainete du Monatque n eft en riéalteree,ny diminuée pour la pre-
cinccn e^e^ats:ainsau cotraire faMaiefté en eft beaucoup pl9 grade, ôc
plus illu ftrc,voyât tout s5 peuple le recognoiftre pour fouuerain,encor
q par telle afféblee les princes nevoulâspas rebuter leurs fugets,acordétm iiij
i4o DE LA REPVBLIQVEÔcpaffét plufieurs chofes,qui ne cofentiroiét pas.s'ils nettoient vaincus
des requeftes,prieres,ôciuftes doleances d vn peuple affligé , ôc vexé le
pl9 fou u et au defceu du Prince,qui ne voit,&qui n’entend, que par les
yeux, les oreilles. ôc le rapport d’autruy. Par ainfi on voit que le poinft
principal de la maiefte fou ueraine, ôc puiffance abfolue,gift principa¬
lement à donner loy aux fugets en général fans leur confentement. Et
fans aller au pays d’autruy, on aveu fouuent en ce Royaume, certaines
couftumes generales abolies par les edits de nos Roys, fans ouyr les e-
ftats, quand l’iniuftice d’icelles eftoit oculaire : comme la couftume de
ce Royaume en tout le pays couftumier, touchant la fuccefîion des me¬
res, & biens de leurs enfans, a efté changee, fans afiembler les eftats, ny
en général, ny en particulier. Qui n’eft de rien de nouueau : car dés le
temps du Roy Philippe le Bel, la couftume generale en tout ce Royau-
i.ContraiUj com- me,qui ne1 fouffroit pas que celuy qui auoit perdu fon proces,fuft con-
temere deïudi^ff! ^âmné aux defpens,fut cafTec par editjfans afiembler les eftats.Ôc la cou-
a.i.icgeiuiia.de ftume generale,qui defendoit de *reccuoir le tefmoignage des femmes
iureaHtercaue-1C° en caufès ciuiles,rut abolie par edit de Charle5 vi.sâs appeller les eftats.
âa-^rÆen- Carilfaut quele Prince fouuerain ait lesloixenfa puiffance pour les
canoïdciCiullis & charger,ôc corriger,félon l’occurence des cas, comme difoit le Iurifco-
l'an i j ^ 4. fulte Sextus Cæcilius,toutainfi que le maiftre pilote doit auoir en fa
main legouuernaiI,pourle tourner à fa diferetion rautrementlcnauire
feroit pluftoft péri,qu’on auroit bien l’aduis de ceux quil porte. Ce qui
n’eft pas feulement neceflaire au Prince fouuerain, ains auffi quelques¬
fois au Magiftrat, comme nous auons ditdePompee,ôc des dix com-
mifTaires.C’eft pourquoy Augufte après la guerre Adiaque,futabfouls
par le Sénat de la puiffance des loix, iaçoit qu’il ne fut que chef de fa re¬
publique, ôc non pas Prince fouuerain.comme nous dirons en (on lieu.
Depuis Vefpafian l’Empereurfutauffi exemple de la puiffance des loix,
par loy du peuple expreffe, comme plufieurs penfent, & qtiife trouua
encores à Rome graueeen pierre, que le iurifconfulte 4 appelle la loy
4.11. deconiiitut. Royale: combien qu’il n’y a pas gfandcapparenceque le peuple, que
?uncl£>‘ long temps au parauantauoit perdu toute puifîance la donnafl àceluyqui eftoit le plus fort.Ors’il eftvtilequele Prince fouuerain , pour bien
gouuerner vn eftat, ait la puiffance des loix fous la fienne, encores eft-il
plusexpedientaux feigneurs en l’eftat Ariftocratique,Ôc neceffaire au
peuple en l’eftat populaire, car le Monarque eft diuifé du peuple : ôcen
l’eftat ariftocratiqueles feigneurs font auffi diuifez du menu peuple: de
forte qu’en l’vne ôc l’autre republique il y a deux parties: a fçauoir celuy,
Singularité ou ceux qui tiénécla fouueraineté d’vnepart:ôc le peuple de l’autre,qui
defeftat caufe les difficultez qui font entre eux, pour les droits delafouueraine-
populaire. qui ceffent en l’eftat populaire.car fi le Prince,ou les feigneurs, qui
tiennent l’éftat,font obligez à garder les loix,comme plufieurs penfent:
ôc qu’ils nepeuuentfaire loy, qui ne foit accordee du peuple, ou duSenar,
LIVRE PREMIER. 141Sénat,elle ne pourra auffi eftre ;caffee, fans le confentement de l‘vn, ou j.t.nihutamn«a
de l’autre, en termes de droit : ce qui nepeut auoir lieu en l’eftat popu- dereguI'
laire,veu que le peuple ne fait qu’vn corps, & ne fe peut obliger à foy-
mefmes. Pourquoy donc dira quelqu’vn le peuple Romain faifoit-il
ferment de6 garder les loix ?7 Dion clcrit que ce fut vne couftume nou- fo AppUm"*^”
uelle introduite à la requefte d’vn tribun, & depuis fe continua en tou-
tes loix, ores quelles fuffent iniques, &abfurdcs : qui n’eft pas refoudre
la difficulcé.Ie di donc que chacun en particulier faifoit le fermér:ce que
tous en général n’eufTent peu faire: attendu que le ferment ne fe peut fai¬
re, à bien parler, que du moindre auplusgrand. &au contraire en la
Monarchie chacun en particulier,&tout le peuple en corps,doibt iurer
degarderlesloix,&faireferment de fidélité au Monarque fouuerain,
quinedoitfermentquaDieufeul, duquel il tient le feeptre & la puif-
fance. car le ferment porte toufiours reuerence à celuy auquel, ou bien
au nom duquel il fe fait : qui eft la feule caufe, pour laquelle le feigneur
ne doibt point de ferment au vaffal, ores que l’obligation foit mutuelle p
entre l’vn & l’autre.Mais s’il eft ainfi que le Prince fouuerain ne doit fer- 1 °urcluoy
ment que à Dieu, pourquoy Traian l’Empereur faifoit-il ferment de 6
garder les loix eftant debout deuant le Confulqui eftoit affis’Il y a dou- nC • ^
ble refponfe: premièrement qu’il nefaifoit ferment finon quand il fut Pomtler'
conful, comme vn chacun des Magiftratsnouuellementpourueusdes ™offices iuroit au plus grand Magiftrat,quifètrouuaft en ville,le premier V3 3 'iour de l’an, après auoir facrifié au Campidol. ainfi Traian quelquesfois
prenoitle confulat, outre le titre imperialqu’ilauoit,commeauffi fài-
foientles autres Empereurs. En fécond lieu, les premiers Empereurs
Romains n’eftoient pas fouuerains,mais feulemet chefs,& premiers des
citoyens, qu'ils appelloient Principes, & cefte forme de Republique e-
ftoit en apparence, ariftocratique, en effed, Monarchie : & s’appelloit
Princ ipatvs, en laquelle l’Empereur auoit cefte prerogatiue d’e- n , „
ftre le premier,en dignité,en honneur,en feance. combien qu’à la vérité C
la plufpart des Empereurs eftoient tyrans. Et comme vn iour quelques P”nc1'
Roys effranges difputoient de leur nobleffe, & grandeur à la table PaUtC‘
de l’Empereur Caligula,il dift le vers d’Homere, du* &y*ihh*oipaà,Si Hu'çnot , St Untels, c’eft à dire qu’il n’eft pas expedient qu’il y
ait plufieurs feigneurs, & qu’il ne faut qu’vn Roy. à peu dit Suéto¬
ne,nu il ne print alors le Diadefme Royal, pour changer la forme de ré¬
publique, qui eftoit vne principauté,en8 Royaume. Oril eft bien CCT- S-Sueton.in Ca-
tam que la principauté, le Capitaine ou Prince n’eft pas fouuerain, non
plus que le Duc a Venize,comme nous dirons en Ton lieu. Et quand on conucK«« ^
prendroitcjueles Empereurs enefFe&auoientempietélafouueraineté,
comme il eft bien certain ,neantmoins il nefe faut pas efmerueiller fi
Traian, qui eftoit lvn des bons Princes qui fut iamais au monde,iuroit
e garder les loix,ores qu’il en fuft exemple en qualité de Prince, afin de
î4z DE LA REPVBLIQ^VEdonner exemple aux fugets de les garder plus foigneufement -.mais pas
vn des empereurs deuant luy ne Pauoit fait.C’eft pourquoy pline le ieu-
Scrment ne,parlant du ferment que fift Traian,s’efcrie. Voicy, dit-il vn cas eftrâ-
de Traian. ge, & qui iamais n’a efté vei^que l’Empereur iure de garder les loix,&c.où il monftre, que c’eftoit chofe bien nouuelle. Et depuis Thcodoric,
voulant gaigner la faueur du Senat,& peuple Romain, fuiuit l’exemple
de Traian, comme nous lifons en Cafliodore, Ecce, dit- il, Traiani no-
ftri clarum feculis reparamus exemplum : iurat vobis, perquemiuratis.
Et eft vray femblable, que les autres Princes ont mis cela en couftumè
de faire ferment à leur couronnement» ores qu'ils ayent la fouuerainete
par droit fucceflif. Il eft bien vray que les Roys des peuples deScpten,
trionfontdes ferments qui derogent à la fouueraineté. & défait lano-
blefle de Dannemarc empefcha le couronnement du Roy Federic au
moys d’Aouft m.d. l-ix. iufques à ce qu’il euftiuré folennellement,
qu’il ne pourrait faire mourir nycofifquer homme noble:ains qu’il fera
„ iugé par le Senatique tous gentils-hommes auront iurifdidion &puif-
„ (ànce de la mort fur leurs fugets fans appel,&fans que le Roy ait part aux
, amendes ny confifcations : que le Roy ne pourra donner office fans le
confentement du Sénat,qui font tous argumens que le Roy de Danne¬
marc n’eft pas fouuerain. mais ce ferment fut premièrement arraché de
la bouche de Federic ayeul de ceftuy-cy,lors qu’il eftoit en guerre con¬
tre ChriftierneRoy de Dannemarc qui mourut en prifon, où il auoit e-
lié xx v. ans: & depuis fut confirmé parChrifticrne pere de Federic:
qui a fait le mefme fermét: & afin qu’il ne peuft y contreuenir la noblef-
£e traita ligue auec la villedeLubec,&leRoy de Poloigne Sigifmond
Augufte.-qui n’auoit guere plus de fouueraineté quelcRoyde Danne¬
marc. Mais il faut de deux chofes l’vne,c eft à fçauoir que le Prince qui
iure de garder les loix ciuiles,ne foit pas fouu erain : ou bien qu'il eft par-
iurcs’il contrcuient à fon ferment, comme il eft neceflaire que le Prince
fouuerain y contreuienne, pour caflér, ou changer, ou corriger les loix
félon l’exigence des cas,des tempSj& des perfonnes. ou bien fi nous di-
fons que le prince ne laiflera pas d’eftre fouuerain : ôc neantmoins qu il
fera tenu de prendre l’aduis du Sénat, ou du peuple, il faudra aufli qu il
foit difpcnfé par fes fugets, du ferment qu’il aura fait de garder les loix
inuiolablement,& les fugets, qui font tenus,& obligez aux loix, foit en
particulier, foit en général, auront aufli befoin d’eftre difpenfez de leur
prince, fus peine d eftre pariures:dc forte que la fouueraineté fera iouec
à deux parties,& tantoftle peuple,tantoft le prince fera maiftre:qui font
abfurditez notables, & du tout incompatibles auec la fouuerainete, &
contraires aux loix, & àla raifon naturelle. Etneantmoins on voit de
plus fùfïifansfouftenir, qu’il eft neceflaire que les princes foyent obli¬
gez de faire ferment de garder les loix, & couftumes du pays. En quoy
feifant ils ancantiflent,& degradent la maiefté fouuerainc, qui doit eftre
) facree
L I V R Ë P R E M I E R. i43facree pour en faire vneariftocratie, ou bien vne démocratie: Auffi ad-
uient-il que le Monarque fouuerain, voyat qu’on luy vole ce qui luy eft
propre, & qu’on le veut affuge tir à fes loix, il fe difpenfe à la fin non feu-
lemét des loix ciuiles,ains auffi des loix de Dieu,&de nature,les faifant
efgales.il eft donc befoin de bien efclarcirce poindici.Car on peut en¬
core dire que par la loy des Medois,&Perfans, les edits du Roy eftoyent
irreuocables,ce qui eft » répété en trois lieux. & combië que le Roy des »• Daniel a?.f.Medois,vouluftexempterDanieldelapeinecapitaleporteeparredit, loy desauquelilauoitcontreuenu:neantmoinslesPrincesluyremoftrerent,q Medois.
l'edit par luy fait,ne fe pouuoit reuoquer,oftât laloy du pays :& de faitDanielfutgetéaux Lyons. Sidoncleplus grand Monarque de la terre,ne pouuoit caflerles edits par luy faits,nos refolutions touchant la puif-fànce fouueraine, font mal fondees. cequin’a pas lieu feulement en laMonarchie,ains auffi en l’eftat populaire : corne eftoit celuy d’Athenes,duquel parlât Thucidide,monftre que la guerre Peloponefiaque com-méça pour vn edit fait par le peuple d’A thenes,qui oftoit la puifsâce aux Loy des A-Magaries, d’aborder au port d’Athenes.laplainte faite aux alliez d’vn tel theniens.outrage, contre le droit des gens, les Lacedemoniens depefeherent vneAmbalfadeverslesAtheniés, pourles prierde vouloir reuoquer ledit.Pericle,qui lors eftoittoutpuiffant.en Athènes,fift refpôfeaux Ambaf-
fadeurs, que les loix des Atheniens portoient difertement, que les edits
publiez,&pédus aux colonnes ne fe pouuoiét iamais ofter. s’il eft ainfî,
le peuple eftoit obligé,non feulement à fes loix,ains encore aux loix des
predeccfTeurs. Et qui plus eft, l’Empereur Theodofe veut que les edits,
foyent faits du 'confentement de tous les Senateurs. Et mefmes par l’or- >.i.hama„Um <s=
donnance de Loüys x i. Roy de France, touchant l’inftitutio des cheüa- ‘'fov d,-
liers de l’ordre article v 111. il eft exprefTément dit, que le Roy n être- l'FmLllr
prendra guerres,ny autres chofes hautes, & dangereufes, fans le faire à ThJS
fçauoiraux cheualiers delordre, pour auoir, & vfcrdeleurconfeil, ôc
aduis.Qui fait auffi que les edits de nos Roys,s'ilsne font leur, publiez,
venfiez, & enregiftrez en parlement,auec le confentement de M. le
Procureurgeneral, & aprobation de la court, n’ont point d’efed. c5me
aufli fa maxime des loix d’Angleterre gardeeinuiolablement, eft telle.Que n les ordonnâces portant coup à l eftat, nefontautorifees du par- pn..n.,m.
lement d Angleterre, elles feront0 reuoquees en doubte. Iedi que fes d’Ansdeter
obiedions ne peuuent empefeher, que la reigle d’eftat,que nous auons re 8.
po ce,ne oit véritable. car quant a la loy des Medois, c’eft vne pure ca- o.poiydorc.
iomnie, que les courtifànsdrefTerent à Daniel dépits de le voir Prince e- Commentftrager,qui eftoit fi haut efleué en leur pays, & à vn degré près de la ma- touts edits
ie ^du Roy,lequel receut leur calomnie, pour faire la preuue fi le Dieu fontreuo-
cie Daniel le garentiroit de la peine,comme il fiftiôc auffi toft le Roy fift cables,
getter les ennemis en la foffe des lyons affamez,en quoy il monftra bien
qu il n eftoit pas fùgct aux loix ciuiles dc fon pays: comme on peut voir
î44 DE LA REPVBLIQJVEauffi en ce que Darius Muemon, à La requefte dvne iunc Dame Iuifue,
caffa ledit par lequel il auoit ordonné que la nation Iudaïque feroit ex~
terminee. Quat à pericle,c’eftoit vne occafio de guerre qu il cherchoit,
pourefchaperraccufationdefesennemis,commeTheopompe,&Ti-
mee lot affeuré,ôc Plutarque ne la pas nié. c eft pourquoy il dift aux Am-
baffadeurs deSparte, queles edits vne foispendus aux colomnes, nefcÎ)ouuoiétofter:mais ils payerét dvn trait Laconic, difans qu’ils ne vou-
oient pas que l’edit fuft ofté,ains feulemét que le tableau fuft tourné.Et
fi les edits des Atheniés euffent efté irreuocables,pourquoy voyos nousi.piut&r.inDe- vne1 fuyte infinie de loix qu’ilsfaifoient à propos ôc fans propos, pour
D^m1©fthtnCe!onc, donner lieu aux nouuelles. Et pour verifier que Pericle abufoit lesÀm-
bafladeurs,ilfaut voir la harangue queDemofthene à faite contre Le-
ptin,lequel auoit prefenté requefte au peuple tendant à fin,que par edic
perpetuel,ôcirreuocable, il fuft defendu deflors en auant fus peine delà
vie,de prefenter requefte au peuple, pour obtenir aucun priuilege, ny
exemption,& femblable peine à celuy qui parleroit de cafter l’edit. De-
mofthene le fift débouter de fa requefte fus le champ, monftrant à veüe
d’œil que le peuple accordant ceft edit, fe defpouilleroit non feulement
delà prerogatiue qu’il auoit d’ottroyer les exemptions, & priuileges,
ains auffi de la puiffance de faire, ôc caffer les loix au befoin. Ils auoient
auffi vne adion populaire des loix enfraintes, qu’on intentoit contre
tous ceux qui vouloient faire paffer au peuple quelque edit cotraire aux
loix ja receües : comme on peut voir par tous les plaidoyez de Demoft-
hene : mais cela iamais n’empefehoit, que les nouuelles loix bonnes, & -
vtiles,nefuffent preferees aux vieilles loix iniques. Et en cas pareil, ledit
général qui portoit que l’amende vne fois adiugee par le peuple, ne fe¬
roit iamais rabatue , fut reuoqué plufieurs foisôc mefinement vne
foisenfaueurde Pericle, ôc autres fois enfaueurde Cleomedon, & de
Demofthene, qui tous auoient efté condamnez par diuers iugements
jPiuur.inPeri- duJ peuple, chacun àl’amende de x x x. milefeus. On dit bien aufli
Demofthene0^0 qu’en ce Royaume l’améde vne fois payee à tort ou à droit, n’eft iamais
rendue: Ôc neantmoins on a veu fouuent le contraire. C’eft doc vne for¬
me de faire,qui eft ôc a toufiours efté en toute Republique,q tous ceux
quifont les loix, afin de leur donner plus grand poids, ôc autorité, y ad-
Claufc des iouftét ces motSjP A Redit perpetuel,ôc irreuocable,ôcc. ôcen ce Royau-
loix perpe- meonmetaucomencementdetelsedits, A T o vsprcfens,ôc avenir,
tuellcs. &c.quimoftrétvn trait perpetuelàlapofterité,&pour moftrer encore
plus la différence d’auec les edits*faits par manière de prouifion,on les
feelle en cire vert,en las de foy e verteôcrouge: ôclcs autres en cire iaune.
Et neantmoins il n’y en a pas vn perpetuelmo pl9 qu’en Rome,ou celuy
qui publioit vne loy adio uftoit à la fin qu’il ne pou rroit y eftre déroge,
ny parle fenat,ny par le peuple, ôefi cela euft eu lieu,pourquoy le peuple
^.cpiftoi.7i. du iour au l’endemain euft*il cafle les loix?Tu fçais,dit4 Ciceron,que eTribun
LIVRE PREMIER. 14;Tribun Claude par la loy qu’il a fait publiera mis à la fin,que le fenat,ny
le peuple,ne pourroit y deroger en force quelcôque:mais il eft allez no¬
toire que iamais on n’a eu égard à ceftc claufe VT NEC per Senatum,
nec per populum lex infirmari ^^/vautremet,dit il, 011 ne verroit iamais loy
caflèe,veu qu’il n’y a loy qui ne porte cefte clauferà laquelle neantmoins
on dérogé ordinairement, ce qui eft encores mieux declairé en la harâ-
gue deFabius Ambuftus,fus l’oppofition des Tribuns,qui fouftenoiet
que le peuple n’auoit peu faire deux Confuls nobles, obftant la loy qui f ^ poftrcm{.
vouloir qu’il y en euft vn roturier. Fabius dift que la loy des xij tabless iufîu popuius id
portoit,que le dernier mâdement du peuple eftoit le plus fort. On voit poftcriorcs.dc le
donc euidemment que les Perfes,Medois, Grecs, & Latins, vfoyent de flb,;f‘titio $ ttulIa
mefme forme, pour valider leurs edits ôc ordonnances, que font nos 5ÏfP“u00dJ 7^1;
Roys,qui mettent quelquesfois ccfte claufe, Sans que par cy après il peftiuü^dTrcbei.
puiffeparnous,ou nos fucceffeurs y eftre derogéiou Sans auoir égard pio delcgatj.l.pe-
à la dérogation,que dés à prefent nous auons declairee nulle. Et toutes- Baidjn uiari. de
fois on ne fçauroit6 tellement fe donner loy,quon ne s en puilfe depar-
tir,comme nous auons diticarl’edit qui fe fait après,porte toufiours de- Kb.*.panor.in«p." rr \ il • A rr r* 1 1 11- î pio lllorude pra:-rogatio exprefle a la dérogatoire. Aulh Solon ne voulut pas obliger les ben.
Atheniens de garder fes loix à iamais, ains il fe contenta qu elles fuffent7*plutar,in SoIo°*
gardees7 cent ans:&toutesfois bien toft a^>res,luy viuant,&prefent, il
peut voirie châgement d’icelles. Et quant à la vérification des edits faits
par les eftats,ou parlemcns,elle eft de grande confèquéce, pour les faire
garder,non pas que fans icellele prince fouuerain 11e puiffe faire loy^auf-
fi Theodofe dit8 humanum ejje, pour monftrer que le confentcment du
fenat,»o« taninecejjitatis efl^quam humanitatis, comme en cas pareil quâd £jftdi§navç*-ie
il eft dit, que c’eft chofê bien feante9 à vn prince fouuerain de garder fà imperfedo, de le-
loy :par ce quil n’y a chofe qui le face plus craint, ôc reueré des fugets : ôc fcao&dlCteftTraVr.
au contraire il n’y a rie qui plus r’aualel’autorité de fa loy, que le melpris IcLiuins lib ^
qu’il en fait,comme difoit vn ancien fenateur Romain,lLeuius efl>&va-
niusfua decreta tollere quam aliorum.Mais fi le prince deféd de tuer fur pci- dum dare.Man.
ne de la vie,n’eft il pas obligé à fà loy ?ie dy que cefte loy n’eft point fien- prïncipÜar
ne, mais c’eft la loy deDieu, ôc de nature, à laquelle il eft plus eftroite-■▼crf.hemiot.1de*
ment1 obligé que pas vn des fugets, ôc n’en peut eftre difpenfé, ny par rc™^nfaTcoi
le fenat,ny par le peuple,qu’il n’en foit toufiours refpofàble au iugemet 10. verf.quinta.j TV • r ■ • r • n • " t r • n ^ ■ Alexand.cofil.u6.de Dieu,qui en rait information a toute rigueur,come diioit Salomon, cano. funtqux-
c’eft pourquoy Marc Aurele difoit que les magiftrats font iuges des par- 4^uUt.dc icg. $
ticuliers:les princes des magiftrats,ôc Dieu des princes, voila l’aduis des Ï5uc"cnt^„;inc vlt*
deux plus fages princes qui furet onques. iemettray encores celle d’An-
tigon Roy d’Afie,lequel oyant dire à vn flateur, que toutes chofes font
iuftes aux Roys:ouy,dift-il,aux Roys barbares,ôc tyrans.le premier qui
vfà de cefte flaterie fut Anaxarque enuers Alexandre le grand, auquel il
fift croire que la deeffe iuftice eftoit àladextrc de Iuppiter, pour mon¬
ftrer que les princes ne font rie qui ne foit iufte.mais toft après il eprou-
146 DE LA REPVBLI QJ/ Eua cefte iuftice.eftât tombé entre les mains duRoy de Cypre fon ennc.
Le prince fu my,qui le fift rompre fus vne enclume.Seneque ditbien toutlecôtrai-
get à la loy rc, C œfari cum omnia licmt, propter hoc minus lient. Et par ainfi ceux qui di-
de Dieu & lent generalement,que les princes ne font point fugets aux loix,nymef-
de nature, mes à leurs conuentions : s’ils n’exceptent les loix de Dieu & de nature
&les iu.ftcs conuentions & traitez faits auec eux,ils font iniure*à Dieu’■ Wmar in apoph. s’ils ne font aparoir d’exemption fpeciale, comme on dit en matière de
a 1 aapll!>licum Pr^u^c§cs'Ec mefme Denis tyran de Sicile dift à là merc, qu’il pourroitpoccft de iegar.i.3 bien la dilpenfer des Ioix,& couftumes de Sy racufe,mais no pas des loix
pL,kh?0d.‘,o“tdurc de ’ nature. Et tout ainfi que les'contrats, & teftaments des particuliers,
i\“md c!’sa'c°“‘1161 Pcuucllt deroger aux ordonnances des magiftrats, ny lesedits des
«uma,ccroprocar" mag*ftrats aux couftumes, ny les couftumes aux loixJ generales d’v»j. Anto. Butrio.prince fouueraincauffi les loix des princes fouuerains, ne peuuéc altérerPanormit.in cap; ny châger les loix de Dieu &dc nature. Er pour cefte caufe les magiftrats
lTûXÏ.exrr Romains auoiétaccouftumé de mettre àla fin des requeftes,&loix que
?m°« c thnin' Prefellcoyent: au peuplc, pour eftre entérinées, cefte 4 claufe, S1
a c. col. y, rerf.iimi QJf ID 1V S N O jV 8 S S ET E.E.L. IV. eius ea lege nihilum
6afnctprnon eft rogaretur. c eft à dire s’il y auoit chofe qui ne fuft iufte, ôc raif6nable,quc
tn cap°Curnm! iIs nentendoyent pas la demander. Et plufieurs fe font * abufez de dire,
& in^î coT c&u' ^ue ^ Prirccfouuciain ne peut rien ordonner contre la loy deDieu,s’il
14.de conftitu Pa- n eft fondé en raifon apparente, ôc quelle raifon peut on auoir de contrc-
niflentcoi. y. de e- uenir a la loy de Dieu ? Ils difent auffi queceftuy-la quele Papeadif
Anton!" Bumo.nC‘ P011^ ^cs l°ix diuines, eft afleuré enuers Dieu, ie m en rapporte à la vc-
LTutiSin.in ncé-11 reftc encores cefte obiedion-, Si le prince eft obligé aux loix de
cap. qua: in cccie- nature,&que les loix ciuiles foyent équitables,ôc raifonnables,il s’enfuittxarum. de conflit, t • 1 A ^ J r . 1 \ 1 /-coi.7.Yerf.dcmu. bien que les princes lont aufli tenus aux loix ciuiles. & a cela le raporte cc
que difoit Pacatius a 1 Empereur *T\\toàofe,Tantum tibi licet quantum per
leges licebit. le reipolids que la loy du prince fouuerain concerne le pu¬
blic,ou le particulier ou l’vn ôc l’autre enfeml^le : ôc en tout cas, qu il eft
queftion duproufit contre l’honneur : ou du proufit qui ne touche
pointl’honneur : ou de l'honneur fans proufit : ou du proufit ioint iI honneur : ou bien de ce qui ne touche ny le proufit, ny l’honneur,
quand ie dy l'honneur, i’entends ce qui eft honnefte de droit naturels
quand à ce point il eft refolu que tous princes y font fugets : attendu
que telles loix font naturelles, ores que le prince les face publier: &i
plus forte raifon quand la loy eftiufte Ôc proufitable. fi la loy ne tou¬
che ny le proufit, ny l'honneur, il n’en faut point faire cftat fi le prou¬
fit combat Thonneur, c’eft bien raifon que l’honneur Femporte:com-
me difoit Ariftide le iufte,que l’aduis de Themiftocle eftoit fort vtile att
public,&toutesfois deshonnefte ôc vilain, mais fi laloy eft proufitable,
ôc qui ne face point de brefchcà la iuftice naturelle, le prince n’y eft
point fuget ains il la peut changer,ou caffer fi bon luy fenble, pourueu
que la dérogation de la loy apportant profit aux vns, ne face dommage
LIVRE PREMIER. *47àux autres (ans iuftc caufe. carie Prince peut bien cafTer & anhulîer vne
bonne ordonnance , pour faire place à vne autre moins bonne , ou
meilleure: attendu que le profit, 1’honneur,là iuftice, ont leurs degrez
dé plus & moins. Si donques il eft licite au Prince, entre les loix vtiles,
faire chois des plus vtiles. auffi fera-il entre les loix iuftes ôc honneftes,
choifirlcs plus équitables, &plushonheftes: ores que les vns y âyent
profit, les autres dommage,pourueu que le profit foit public le
dommage particulier, mais il n’eft pas licite au fuget de contreuenir aux
loix de fon Prince, foubs voile d’honneur, ou de iuftice. comme fi au
temps de famine le Prince defend la traite des viures : chofe non feule¬
ment profitable au public, ains auffi bien fou uent iufte ôc raifonnable:
il ne doibt pas donner congé à quelques vns d’en tireraupreiudicedu
public, & des marchas en particulier : car foubs vmbre du profit que les
flatteurs ôc couratiers emportent,plufieurs bons marchans fouffrent
dommage, ôc en général tous les fugets font affamez : ôc neâtmoins cet
fant la famine, ôc la difette, il n’eft pas licite au fuget de contreuenir à l’e-
dit de fon Prince,fi les defenfes ne font leuces:& ne luy appartient pas de
fonder fa contrauention en Pequit£nararelle, qui veut qu’on aide à l’c-
ftrâgcr. luy faifant part des bies que Dieu fait croiftre en vn pays plus q
en l’autre, car la loy qui defend,eft plus forte que l’equité apparente,fi k
defenfe n’eftoit directement contraire à laloy de Dieu, Ôc de nature. - -
Car quelquesfois laloy ciuile fera bonne,iufte,& raifonnable : Ôc neant¬
moins le Prince n’y doit eftre fuget aucunement : comme s’il defend fus
la vie de porter armes,pour mettre fin aux meurtres ôc feditios,il ne doit
pas eftre fuget à fa loy : ains au contraire il doit eftre bien ârmé, pour la
tuition des bons,ôc punition des mauüais.Nous feros mefme iugement
, des autres edits Ôc ordonnances, qui ne touchent que partie des fugets,
ôc qui font iuftes,pou rie regard de quelques perfonnes, ou iufqu’à cer¬
tain téps^ou cn certain lieu, ou pour la variété des peines qui dependent
toufiours des loix ciuilcs, ores que les defenfes des crimes foy et de droit
diuin ôc naturel. Aufqitels edits Ôc ordonnances les Princes ne font au-
cünemét tenus, fino tant que la iüfticc naturelle des edits aliéudaquelle
Ceflant, le Prince n y eft point obligé , mais bien les fugets y font tenus,
iufqu’à ce que le Prince y ait dérogé, car c’eft vne loy diüinc, ôc naturel¬
le, d’obeir aux edits Ôc ordonnances de celuy à qui Dieu a donné la puit
fonce fur nous: fi les edits il eftoyent dire&emeiit contraires à la loy de Prillc^
Dieu,qui eft par defliis tous les Princes, car tout ainfi que l’arrierc-vaffal tenu
doibt ferment de fidélité à fon feigiieur, enuers, ôc contre tous, referué c°nueii-
fon Prince fouuerain : aufli le fuget doibt obeiflance à fon Prince fou-
uerain, enuers ôc contre tous, referué la maiefté de Dieu, qui eft fei¬
gneur abfolu de tous les Princes du monde. Decefte refolution nous
pouuons tirer vne autre reigle d’eftat, c’eft à fçauoir, que le Prince
fouuerain eft tenu aux contracte par luy faits, foit auec fon fuget>M
i4B DE LA REPVBLiq_VE*: Aiexâder cofu. foic aucc I’cftrangcr. car puis qu’il eft garend aux fugets des conuen-
nusini^cfcri wy’ tions5& obligations mutuelles qu ils oncles vns enuers les autres,à plus
de prccibus imp. fo rte raifon cit il debteur de iuftice en fon fait : comme la cour de VzrCofter C.lacob. Bu l -p» • P * • t> 1 1trigar.mi.vic.ficô ment de Pansreicriuitau Roy Charles ix. m.d.lxiii. au mois de
y.Yrdfpadis. ff. Mars, que fa maiefté feule ne pouuoit rompre le contradfait entretuy
Id^poftoiicamT clergc ? fans le confentement du clergé, attendu qu’il eftoitdeb-
iciudic. teur de iuftice. Et me fouuient d’vne decifion de droit touchant W5». Panormit. An- . • • n 1 1 1 1ro.Butrio.imoi.Fe princes, qui mente eitre grauee en lettres d or dedans leurs grottes &
b«.cardinaidcoP™ palais, qV o N doibt mettre entre les cas fortuits, fi le prince contrc-
fuàtbkfdTcô uientifapromefleyôc quil n’eft pas à prefumer au contraire, car r0,
die.indeb.i.î.rerü blio-ation eft double :l’vnepour lequité naturelle,qui7 veutaue Uamotar.l.ex hociu ° n" r i 'I*'1'-' ^rc deiuftitia.Barr. conuentions, ôc promenés lovent entretenues : l’autre pour lafov AnBald Anecl eod. • ’1 J 1 • >-1 n 1 1 UU "a. Baid.fnî.pnn- prince, qu il doibt tenir, ores qu il y euit dommage, parce quil eft
cap'ide§kagdbh^cln guarend formel à tous fes fugets de la foy quils ont entr’eux : ôc qu’il
ic°d!rv“i nVa crirne P^us dctcftable en vn prince que le8 pariure. c’eft pour-
buste.Deciuscô— quoy le prince fouuerain doibt eftre toufiours moins fupportéenfil. «10.nu. zz. Bal. • n- rr i l i r m 1 **in i ex imperfe-do îuitice que les lugets, quand il y va de la promeüe. car il nepeuto-
confiuo^nu.r’ fter lofijce donné à fon fuget fans iufte caufe : ôc le feigneur parti* >
hiber^ pian?0" cu^er Ie peuc ^tc : comme il fe iuge ordinairement, ôc fi ne peut *
quod vi.Baid.in c. ofter le fief à fon vafîal fans caufe, les autres feigneurs le peuuent nari. de natufa feud. •, . , r r ^ • n r i i J-sc in cap.i.de pro- les maximes des hers. Qui cit pour reipondreâux dodeurs canoni-dcuâfkcfc panor! ftes, qui ont efcrit que le prince ne peut eftre obligé que naturelle-ment:par ce que, difent-ils, les, obligations font de droit ciuil : quide inftru.cdit. §. eft vn abus : car il eft bien certain en termes de droit, que fi la con¬
nue dicendum, u- . n i i • i i i' Vne Ancara.coniii.i uention elt de droit naturel , ou de droit commun a tous peuples,c.i. dc prgbat.in ôc l'obligation, ôc l’adion1 feront de mefme nature, mais nous fom-
ô mes en plusforts termes, car le Prince eft tellement obligé aux con-uentions qu’il a auec fes fugets,ores quelles ne foyentque de droit
ciuil, qu’il n y peut deroger de fa puiflance abfolue : comme les1 do¬
cteurs en droit prefque tous demeurent d’accord : veu que Dieumef
mes , comme dit le îxiaiftre des fentences , eft tenu de fà promefle?
Aflemblez moy, dit-il, tous les peuples de la terre, affin qu’ils iugent
entremon peuple ôc moy, s’il y a chofe que i’ay deu faire, ôc ne lave4. l.nam hoc natu r • Ti r i i t * ^ i , " Jra de condic.indj. fait. U ne raut donc pas reuoquer en doubte,come quelques3 dodeurs
q m b u s ! ÜS tode sde ont fait, fi le prince ayant contracté auec fes fugets, eft tenu de fa pro-
chenfium'^de priuï nicflc:dequoy il ne fe Faut elbahir, veu qu ils ont fouftenu que le prince
lc^notat peut faire fon profit du dommage d’autruy (ans iufte caufe: qui eft con-
i84°partefL tre4laloy de Dieu,&de nature. Et partant il futiugé pararreft ^dupar-tol.Accurf Alexa.lement,que le Prince peut bien donner fon intereft à celuy qui efteon- p
ïiaiusyàTcnpâ ^miié. ôc non pas l’intereft 6 ciuil de la partie : ôcpaffant plus outre la
Boer declr.^h^*cour apreferela partie ciuileaufifque,pour le regard delà peine. Etpar >7.iudicatum anno autre aiTeft doné l’an m. C c ç L i. le x v.Iuillet,il fut dit que le Roy pou-
pitc;.,CHJ7 uoit deroger aux loix ciuiles,pourueu que ce fuft fâs preiudice du droitdes par-/
LIVRE PREMIER. 14Pdes particuliers, qui eft pour confirmer les decifions que nous auons
pofees, touchant la puiffance abfolue. Et de fait le Roy Philippe de Teftaments
Valois par deux teftaments qu’il fift l’an M. c c c XL vi 1. &M. de Philippe
c c c L. ( qui font au trefor de France , au cofre intitulé les tefta- de Valois,
ments des Roys , nombre c c L x x x 1 x. ) adioufta la claufe dé¬
rogatoire aux ccuftumes, & loix ciuiles, comme n’eftant point o-
bligé à icelles. & fift le femblable en la donation faite à la Royne le
xxi. Nouembre. m. c c c x x x. qui fe trouue.au regiftre lxvi.
lettre d. C c c x x v 1 1. combien que l’Empereur Augufte en cas c. Dioniib.j*..
femblable, voulant plus donner à fa femme Liuia, qu’il 11 eftoit per¬
mis par la loy Voconia, demâda0 difpenfeau Sénat, (ores qu’il n’en fuft
befoin, attendu qu’il eftoit long temps au parauant difpenfé des loix ci¬
uiles ) affin de mieux affeurér fa donation, d’autant qu’il n’eftoit pas
prince fouuerain, comme nous auons dit : autrement il n’y euft efté
aucunementtenu,commeilfutiugéenplusfortstermespar arreft de *•
la 8 court, que le Roy n’eftoit pas tenu aux couftumes du retrait
lignager , quand on voulut racheter de luy le comté de Guynes, o- «>. BahUnamhéc.
res que9 plufieurs tiennent le contraire, c’eft pourquoy nous voyons Sb^c^bi^.
és anciens regiftres que le Roy Philippe le Bel, quand il erigea le parle- >ment de Paris, & de Mont-pellier, declaira qu’ils ne feroyent tenus aux îib.j.Fabermi.di-
loix Romaines. Et aux eredions des vniuerfitez, toufiours les Roys cL^i&caikën
ont declairé, qu’ils eritendoyent receuoir la profeffion du droit ciuil,&
canon pour en vfer à leur diferetion, fans y eftre aucunement obligez.Et pour mefme caufe Alaric Roy des Gots,défendit fus la vie,d’alleguerle droit Romain contre fes ordonnances ; ce que M. Charle du Moulin c. inconfuetud.0 ayant mal pris l’appelle barbare : mais il ne fift rien que toutprin- fcudor'
ce fouuerain ne puiffe,& doiue iuftement faire : comme fift auffi Char-.
le le Bel en ce Royaume,, qui fift defenfe d’alleguer les loix Romaines
contre les couftumes :ce qui eft auffi porté par vn ancien arreft, que
i’ay leu aux regiftres de la cour, par lequel cela eft expreffément de- fûeuitdubfcar^r"
fendu aux aduocats, en trois mots, Li aduocats ne foyent fi hardis de
mettre droit eferit, contre la couftume. Et mefmes Oidrad1 eferit que
les Roys d’Efpaigne firent vn edit à ce qu’il n’y euft perfonne, fus peine
de la vie, qui allegaft les loix Romaines. & iaçoit qu’il n’y euft ny cou¬
ftume,ny ordonnance au contraire, fi eft-ce que telle defenfe emporte,
que les iuges nepeuuent, &ne doyuent eftre contraints à iuger fe- eo iurcvtimur,
Ion le droit1 Romain: ôc le Prince beaucoup moins, qui les en dif- ^usSSSgUa^
penfe, remettant cela à leur diferetion. Mais ce feroit crime de leze ma- fp«cul°-
ieftéjd’oppofer le droit Romain à l’ordonnance de fon prince.Et d’au¬
tant qu’on en faifoit meftier en Efpaigne,Eftienne Roy d’Efpaigne fift 34; ll1br8t;J;31J1'ib
defenfe d’y lire les loix Romaines, corne eferit3 Polycrate. Ôc par autre ©rdinaç.
ordonnance4 dAlphonsx.il eftoit eniointà tous magiftrats d’aller aun iij
ï5o DE LA REPVBLIQJVEîefenren“?&ïnft Roy,quand il ny a,ny aura ordonnance^ couftume. En quoy' Baldc
SS|ndiaC' scftmcfpris,quâd il dit,que les François vient des loix Romaines pour
«»? -1- raifon feulement,& que les Italiens y font tenus : car les vns y font auffipeu tenus que les autres : iaçoit que l’Italie,l’Efpagne,1epays de Pro-
uence,Sauoye,Languedoc,Lyonnois vfent du droit Romain, plus qUc
les autres peuples:& que PEmpereur Federic Barbe-rouffe, fift publier
lesliures des loix Romaines, laplulpart defqucllesn ont aucun lieu en
Italie,ôc moins encores en Alemaigne : mais il y a bien différence entre
le droit,ôc la loy. l’vn n’emporte rien que Pequité-la loy emporte com¬
mandement, car la loy n’eft autre chofe,que le commandement du fou,
ucrain, vfantde fa puiffance. Toutainfi donc que le prince fouuerain
n’eft point tenu aux loix des Grecs,ny d’vn eftrâgcr quel qu’il foit auf
fin’eft-il aux loix des Romains, & moins qu’aux fiennes, finon entant
qu elles font conformes à la loy naturelle, qui eft laloy à laquelle dit
fs progqtinquod‘fl Pilldare ^ que tous Roys & Princes font fugets: & ne faut point excepter
qUplnorUincfI' ! l*Empereur:comme quelques flateurs6 difent, que ces deux làde reb. ccclcf. non peuuent prendre les biens de leurs fugets fans caufe : auffi plufieurs do-
în eccièfiarum de* &eurs, ôc mefmes les7 canoniftes deteftent cefte opinion là, comme
FuigoQn^rS Gonrraire à laloy de Dieu:mais c’eft trefmal limité de dire, qu’ils le peu-
ber bf fcd nam* U<^C Pu^ance abfoluë: &vaudroit mieux dire par force, ôc par ar-raiia.nu.i inftica. mesrqui eft lc droit du plus fort,&des voleurs: veu que la puiffance ab-in 1. item fi verbe-’1foluë n’eft autre chofe, que dérogation aux loix ciuiles,comme nous a-
«[“bdicteA! uons monftre cy deffus , & qui ne peut attenter aux loix de Dieu,
Sconftitapccu °lui a prononcé haut & clair par fa loy, qu’il n’eft licite de prendre, ny
Baid.&Angci mi. mefmes conuoiter le bien d’autruy. Orceuxquifouftiennent telles o-i.de quadrienni j ••/'Il i r • iprxfcript. c. Bal. pinions, lont plus dangereux que ceux-là melmcs qui les executent:car
cou^Ba” monftrent les grifes au lyon,& arment les princes du voile de iuftice:
!utc cynl&Ti Pu*s ^a ma^cc dvn tyran abrcuué de telles opinions,pren là carriere d’v-
nemde facrofin1 nC Pu^ancc abfoluë,& preffe les pallions violentes,faifant qu’vne aua-
c . Aiexan confiî.i rice deuient confifcation : vn amour adultéré, ôc vne cholere meurtre,
^confit.un!coi! 6 & tout ainfi que le tonnerre va deuant lefclair, encores qu’il femblc
tout ^ contraire, auffi le mauuais prince eftant depraué de pernicieufes
im^'cdIngeUô °P*nions > ^ paffer 1 amende deuant laccufation, ôc la condemnation
fii.ij9.coi.a.Aiexa. deuant la preuue.Combien que c’eft vne8 incongruité en droit,de di-
r&confiUi.coi.* re que le prince peut chofe qui ne foit honnefte: veu que fon pouuoir
diaeon1ncapr£‘ doibc toufiours eftre mefuré au pied de iuftice. ainfi parloit Pline Me
tSAi«idiS^'ieunc ^EmPercurTraian, Vt enim fœlicitatiseftpoffequantum ve-
Diuus in rcguia 6- Iis. fie magnitudinis velle quantum poffis:qui veut dire que le plus hautne culpa dereeul. j • / i t t » n i • » 11îib.rf. Paris Puf. de degre de bon heur, c eit de pouuoir ce qu on veut - Ôc de grandeur,
fjmdic. tic.dcregü c-eft de vouloir ce qu’on peut, en quoy il monftre que le prince ne peut
ï:»mITc ta*' nen clu' foit iniufte. Auffi c’eft mal parlé de dire que le prince fouuerain
iiS 4.gio.ini.!.' de a puiflance de voler le bien d’autruy,& de mal faire : veu que c’eftplus-
MnpinMgjtUo. toft impuiflance,foiblefle,& lafeheté de cueur. Si donc le Priiice fouue-
LIVRE PREMIER. *5*rain n a pas puiffance,de frâchir les bornes des loix de nature, que Dieu,duquel il elt Fimage,a pofees, il ne pourra aufli prendre le bien d’autruy,fans caufe qui foit iufte ôc raifonnable,foit par achait, ou efchange, ouconfifcâtion legitime,ou trai&ant paix auec l’ennemi, fi autrement ellene fe peut conclure,qu’en prenant du bien des particuliers,pour la con-feruation de l’eftat:quoy que plufieurs1 ne foient pas de ceit aduis.maisla raifon naturelle 1 veut que le public foitpreferé au particulier, ôc que 1>Holes fugets relafchent non feulement leurs iniures,&vengeâces,ains auflileurs biens, pour le filut de la République : comme il fe fait ordinaire- co1-1 innocent &!.. ,1. „1 • 1. Si) A ■ r Panor in c. in no-ment, ôc du public,au public j ôc du particulier al autre. Ainli voyons fha de iniur.
nous au traiâé de Peronne,fait pour la dcliucâce du Roy Loüys xi. pri-tatû. Félin.in cap.fonnierdu Comte Charolois, quilfut dit que le feigneur de Torci ne ^^ptcoi
pourroit faire executer fon arreft contre le fieur de Sanenfes. C’eft pour-
quoy on a loué Thrafibule, lequel après auoir chafle les xxx. tyrans li.iib; cou.cui
d’Athenes,fift crier l’oubliance, generalle de toutes pertes Sc iniures en-i/8.col.i.& confil.treles particuliers,qui fut aufli depuis publiee en Rome par le traitéfait i£Sb.î'&u“tS;
entre les coniurez,d’vne part, & les partifans de Cæfar d’autre. Et toutef- ““g-
fois on doibt chercher touts les moyens de recompenfer la perte des confii.ij«.nu.i.
vns,auec le profit des autres:& s’il ne fe peut faire fans trouble, on doibe
prendre les deniers dcl’cfpargnc, ou en empruntencomme fift Aratus,
qui emprunta foixante mil efeus, pour ayder à r embourfer ceux qui a-
uoyent efté bannis,& chaflcz de leurs biens ^ qui eftoyent pofledez, ôc
preferits par longues annees.Ccflant donc les caufes que i’ay dit,le prin¬
ce ne peut prendre,ny donner le bien d’autruy,fans le confentement du
feigneur,& en touts les dos,grâces,priuileges, Ôc a&es du prince, touf¬
iours la elaufe S a v F le droit d’autruy,eft entendue,ores qu elle ne fuft J>Mîn b cap<cju3e
exprimec. Et de fait cefte elaufe appofee en finueftiture du Duché de
Milan, qurfift l’Empereur Maximilian au Roy Loüys xii. fut occafion confit. ^î^iib.
de nouuclle guerre, pour le droit que Sforfespretendoyent au Duché, quàs a&iones. de
que l’Empereur n’auoit peu,ny voulu donner. Car de dire que les Prin-facro ,c°
ces font feigneurs de tout,cela s’entend 4 de la droi&e feigneurie, ôc iu¬
ftice fouueraine, demeurant à chacun la pofleflion, ôc propriété defés
biens. Ainfi difoit SenequeAd Reges poteftas omnium pertinet, ad
fingulos proprietas, ôc peu après, Omnia Rex Imperio poflidet, fingu-
li dominio.Et pour cefte caufe nos Roys par les ordonnances, & arrefts
de la cour6, font tenus vuider leurs mains, des biens qui leur font ef-
cheus par droit de cofifcation ou d’aubeinc,s’ils ne font tenus de la cou- f
ronne nue ment:&: fans moyé,affin que les feigneurs ne perdent rien de ^fcaiia*!^^
curs droits.Et fi le Roy eft debteur dc fon fuget, il fouffre condemna- Le Prince
ion. &afïm que les eftrangers, Ôc la pofterité fiche de quelle fincerité moins pri¬
nos Roys ont procédé en iuftice,il fe trouue vn arreft de l’An m.c c c c uilegié que
x i x.par lequel le Roy fut débouté des lettres de reftitution qu’il auoit le fuget.
obtenues,pour couurir les deffaux contre luy acquis, ôc par autre arreftn iiij
iji DE LA REPVBLIQJVEdonné l’an m. cc. lx vi.le Roy fut condamné payer ladifmeà fon eu.daureraRdbubac 1 ^ desfruiCts de fon iardin. les particuliers ne font pas traitez fi rigoreu.
que le prin- fcment:car le Prince fouuerain n’eft iamais reftitué come mineur,eftant
ce n’eft toufiours repute maieur,quad il y va de fon intereft particulier: &neât-
point refti- mo^ns ^ République7 eft toufiours reputee comme vn mineur, qui eft
tué comme Pour rcQ>°ndrc à ceux qui font d’opinion,que la Republique ne doibt
mineur. point eftre reftituee8 en ce qu’ils confondent le patrimoine duPrincc
8.sic.Banoî.&dd. auec le bien public: qui eft toufiours diuifé en la monarchie,&tout vit
fi minor.de iureiu- ^ eftat populaii e ôc Ariftociatique. Ainfi v oit-on la droi6ture de nos
quorumappei1'^A- Roys>& 1 équité des parlemcns : ayant préféré laRepublique aux parti-
mmdacio denoui cullers>&les particuliers aux Roys. &fe trouue encores vn arreft du
operis. Accurfius parlement donné contre le Roy Charles vii. par lequel ilfut condam¬
ne lùdic^&înT. v- né defouffrirquocoupaftles bois qu’il auoit presla ville de Paris, pourSsfifcum cd' l’vfage public en général, Ôc de chacun en particulier, ôc qui plus eft le
SÜSSÆ Pris lu^ füt raxé Pai;l’arreft, ce qu on ne feroit pas à vn particulier. Lors
teftib.Aminxôfii. on pouuoit iuger à veue d’œil la différence dvnvray Prince au tyran:
decitj’4o.Ccaftrén car combien qu’il fuft grand Roy &: victorieux de touts fes ennemis: fi
cft'cc qu'>! rendoit plus doux,& ployable à la raifon, à l’equité, & au iugement de fes magiftrats,que le moindre de fes fugets. & neantmoinsau mefme temps ’ Philippe Marie Duc de Milan, deffendoit de paffer,
ny craqueter les riuieres, & l’vfage d’icelles fans auoir congé de luy^qu’iî- Boflîus fenatorvendoita prix d’argent. Nous auons dit iufques icy en quelle forte le
dep'rindpef dtül* Prillcefllgetauxloix,&aux conuentioiisparluy traitées auecfesfu-
Si le Prince gets:refteàvoir s’il eft fuget aux contrats de fes predecefleurs, & fi telle
eft tenu des obligation eft compatible auec la fouueraineté. Pour refoudre en brief
conuentios vnc infinité de queftions qu’on peut faire à ce propos: ie di que fi le
de fes pre- Royaume eft hereditaire,le prince y eft auffi bien tenu que feroit vn lie-
deceffeurs. litier particulier par les reigles de droit: & en cas femblable,fi le Royau-barfoijBaid^sa'iic. me eft dcfcré Par ceftament> aa^ que au prochain lignager : comme
^;^icgib Ptolemee Roy de Cyrene, Nicomede Roy deBithinie, Attalus Roy
confticur. princ. e ^ Afie, Eumenes Roy de Pergame firent lepeuple Romain héritier deFelin.incap.tranf-1«.» — T> - -/X *. o • • i . "*■ t ^ ,caufis maiores, cy-
nus eod.ait Petr.a
bella Pecticain ea
dem fentccia fuif-
fe.^.I’an. 144^.iato de con&T leurs Royaumes,eftats, & principautez:ou bien le Royaume eft déféré
Partcftâmcnc auPlus prochain lignager, comme celuy d'Anglecerre,
niunt. obligatio- qui fut laifle par teftament du Roy Henri v 11 i.à Edoüart v. ôc àluy
ccE.devoto.ext. fubftituee Marie fa feur., &à Marie Elizabet, qui ont iouy de I’eftat
fucccffiuemcnt. En ce cas il faut diftinguer, fi l’heritier inftitué veut
rSln riS.de acccPter 1>eftat en qualité d’heritier , ou renoncer à la fucceffion du
verïin te^atcur 3 & demander la couronne en vertu de la couftume ôc loy
& in 1.Upenu^de^ du pays ; au premier cas le fuccefTeur eft tenu des faiCts, & promef-
c&in^Tprindp. ^es de ^on predecefleur , comme feroit vn héritier particulier : mais
aU fecond cas 11 n’ef* Point tenu aux faicSts de fon predecefleur °, en-vbi.dd Afflia.de- cores qu’il euft iuré : car le ferment ou predecefleur ne lve point lecil.281.1111.7.decif. /■» 0 . | r r _ J ï .iucceiieur . mais le fuccefleur eft tenu en5 ce qui feroit tourne auprofit
LIVRE PREMIER. 155profite du Royaume : C’eft pourquoy le Roy Louys x ï 1 quand 011
luy demanda l’artillerie qu’on auoit prefté à Charles v 1 1 1. fift re-
fponfe qu’il n’eftoit p*Dint foiyheritier. Fay veu ôc leu, de plus frai-
che mémoire les lettres du Roy François 11. duxix. Ianuicr , m.
d. l 1 x. qui eferit ainfi aux feigneurs des ligues : Iaçoit que nous nefo-
yons tenus au payement desdebtes ■ faites par feu noftre treshonnoré
jeigncur&pere.-pource que nous 11 auons apprehende cefte couronne Lettres du
comme fon heritienmais par la loy ôc couftume generallemét obferuee Roy Fran-
enceRoyaume,depuis la premiere inftitutio d’icelluylaquelle ne nous çQyS n. aux
oblige feulement quëàl’obfèruation des traitez fai£b, &paffezparnos Suiffes
predecefleurs Roys,auec les autres Princes, & Republiques, pour le bie,Ôc vtilité de cefte couronne, toutesfois difirant defchargerla confcience
de feu noftre dit fieur ôc pere,nous nous fommes refolus d’acquiter cel¬
les,qui fetrouuerontloyaument deues,&;c.vous priant moderer les in-
terefts à la mefme raifon, qu’ils ont cours en vos pays,& qu’ils fontperT
mis parvos loix. ôcc. ce qui fut accepté parles Suiffes, ôc fintereft qu’ils
prenoyant à la raifon de feize pour cent,rut réduit à cin q pour cent.Par-
quôy ceux-là s’abufent, qui s'arreftent aux propos tenus, au couronne¬
ment des Roys de France pour ce regard: car après que l’Archeuefque
de Reims a pofé la couronne fus la tefte du Roy,les douze pairs de Fran¬
ce y preftans la main,luy dirçes mots: Arreftez vous icy, Ôc dés mainte¬
nant iôuiilez de l’eftàt lequel iufques-icy vous auez tenu par fuçceffion
paternelle, ôc maintenant comme au vray.héritier vous eft mis entre les
mains, de l’autorité de Dieu tout puiffànt, & par la tradition que nous
Euefques,& autres feruiteurs de Dieu prefentemét vous en faifons. Car 0 Il]gé par arrcft
il eft certain que le Roy ne meurt iamais,comme Fon dit,ains fi toft que du^&Auni- h**.
1 vn eft decedc,le pl9proche inaWe de fon eftoc,eftfiifi du Royaume, ûignavo^deêS
Ôc en poffeffio d’iceluy au parauât qu’il foit couroné °:ôc n’eft point de- BaTd. fncapSd?
feré par fucceffion paternelle,mais bien en vertu de la loy du Royaume.Si donc le Prince fouuerain a contrâ&é en qualité de fouuerain pour tdetnmcnc“m no«
chofe qui touche Feftat,& au profit d’iceluy,les fucceffeurs y font tenus: 4. Argu. î.fi quis
ôc beaucoup plus fi le traidïé s’eft fait du confentement des eftats,ou des yTgu^diied»
villes ôccommunautez principales,ou des parlemans,ou des Princes,ôc uSc tranfic!
plus grands feigneurs, ores que le traidtéfuft dommageable au public: cJ 1 C o l5 1■ 1- 1 r n ^ r 6‘ not-attenau laroy,&l obligation des iugets. mais fi le Prince a cotra&e auectuI- qui facceffor.
1 effranger, ou bien auec le fuget pour chofe qui touche le public,fans le prælaci" vires & ia
confentement de.ceux queiay dit, fi le cot^at porte grand preiudice au .Jciu^ffoiare!iri I.i.eol.j.decon-
ftitut.princip.cano:
non liceat, u.q. i.,
& ca. quia iuxta.itf1 effranger, ou bien auec le fuget pour chofe qui touche le public,fans le prælati i
confentement de.ceux queiay dit, fi le cot^at porte grand preiudice au cïctïdk.
public0, le fuceefleur en l’eftat n’y eft aucunement tenu : ôc beaucoup lnl l-coI-5-decon.
moins,s il y vient par droit d’eledion : auquel cas 011 ne peut4 dire qui
tienne rien du predecefieuncômme il feroit s’il auoit Feftat par refiglia- q*. &qgio.Tbid.'
tion r. mais fi les aâres de fon predecefleur ont tourné$u profit puhfe^--A-“-M---d^ace> 'conflant verbotoufiours le fucceffeur6 y eft tenu, quelque qualité qu’il p r e n 11 eau tre- [“ ccca p^d^robat ’
•ment il feroit permis de tirer profit au dommage d autruy, par fraudes,
;tJ4, DE LA REPVBLIQJE&voycsindirc£tes,&laRepubliqucpourroit périr aubefoin, qüepCr,
raîSdîa. in-U fonrie n y voudroit mettre la mainxotre l’equité & raifon7 naturelle.^
deb.fF. par ajn{] les arrefts du parlement,qui font auliurc intitulé Olim,donneztan m. c c. L y i. & m. c c. x c 111 i.par lefquels il fut dit que le Roy ne
feroit point tenu des obligations de fon predeceffeur, ont efté declaircz
crctaf.rocmi° àc comme i’ay dit par plufieurs autres arrefts donnez en cas femblables. &
neantmoins l’opinion de Balde8 a efté auffi reprouuee, qui veut qu’on
oftel’eftat au prince fouuerain, s’il ne met à cxecution leteftament de
fon predeceffeunfàns faire les diftinétions que nous auons pofees. Mais
dira quelqu’vn,pourquoy faut-il diftinguer,puifque touts princes font
fugets à garderie droit des gens?or les conucntions,& dernicres volun-i.cxhoc iurc.de tez en dependent*. ie di neantmoins que ces diftin&iôsy font neceflai-
î^o'andr in cap rcs*car Princc n’eft pas plus obligé au droit des gens, qu’à fes propres
vit.dcjmmunitatc edits * ôcü le droit des gens eft inique, le Prince y peut deroger parfes
edits en fon Royaume, &deffendreI àfes fugetsden vfer: commcil
s’eft fait du droit des efclaues en ce Royaume, iaçoit qu’il fuft commun
à touts peuples, & le peut faire auffi és autres chofes femblables, pour¬
ueu qu’il ne face rien contre la loy de Dieu. Car fi la iuftice eft la fin dc 1«
loyrlaloy œuure du Prince : le Prince image de Dieu, il faut par mcfmc
fuitcdcraifo,quclaloy du Prince foit faite au modelle,delaloy dcüicu>VV PRINCE TRIBUTAIRE, OV FEVD AT AUt re>&s'il eftfouuerain^ de laprerogatiue d'honneur
entre les Princes fouuerains.C H A P. X-r Efte qucftion mérite vn chapitre feparé, d autant qucî-
le na rien de commun auec les anciennes marques de
fouueraineté,qui eftoyent au parauant le droit des fiefs,
‘ vfitez par toute l’Europe, ôc l’Afie, ôc plus encores en
Turquie qu’en lieu du monde : car les Trinariots en
Turquie ne tiennent les fiefs qu’ils ont, pour feruiren
guerre, que tant qu’il plaift au Roy des Turcs, qui ne les donne pour le
plus qu’à vie. iaçoit qu’on baille aux Trinariots plufieurs cenfiers, auec
le papier terrier de tous les debuoirs, ôc rentes du fief, qu’ils appellent
Timar c eft à dire en leur langue vfufruid. peut eftre que le mot vient
du Grec r/iuav& Timar fîgnifieroit honorable vfufruit, qui eft la vraye
feudîm dîcnature1 du fief,exempt dc charges roturieres. ôc pour cefte caufe le vaf-
fàl,és anciennes loix des Lombars, s’appelle Leude, qui veut dire franc,
Ôc Aldius,ou Aldiaaffranchiid’oiilemot Alâdium eft tiré, ôc laudimia,
qui font les lods ôc droits deubs au feigneur, pour Paqueft du franc fief.
Nous auons ditcy deuant que celuy eft fouuerain, qui ne tient rien,
apresDieu,que de l’efpcc.S’il tient d autruy,il n’eft plus fouuerain,come
. Caftrcnf.confîii
lib. z. DeciusLIVRE PREMIER. t$jdit vii Poete , EJJ'efat efifenmm, ïam nolo vicarius ejj'e : Qui Rex efi}Regem
Maxime non habeat. Si donc ceux qui tiennent en foy ôc hommage, ne
font pas fouuerains: il n y aura quafi point de Prince fouuerain. Et fi
nous accordons que ceux qui tiennent en foy ôc hommage,ou qui font
tributaires,foyent fouuerains,il faudra confefler par mefme fuite de rai-
fons,que le vaffal,& le feigneur:le maiftre, & le feruiteur : font égaux en
grandeur,en puiffance, en autorité. Et toutesfois les dodeurs1 en loix
ont tenu que les Ducs de Milan,Mantoüe, Ferrare,Sauoye, ôc mefmes ^L^niIornu- u
iufquesaux3 Comtes font fouuerains. qui contrarie bien fort à la maxi- confii
me que nousauons pofee.Parquoy ileftbefoin defclarcir cefte queftio, 8?Panscofii.i!nu.*
qui tire après foy le pointprincipal de la fouueraineté, ôc la prerogatiue tui.dccrmvmc^a-
d’honneur entre les Princes,qui n eftiment rien plus cher en ce monde. ^Or nousauons monftré au chapitre delà protedion, que les Princes facnfU5abba^°*
qui font en protedion, s’il n’y a autre fugetion, retiennent la fouuerai- Terrari*. socin,^
neté:ores qu’ils ayent traidé alliance inegalle, par laquelle ils font tenuscôfil.217 Cacher-recognoiftre leurs protedeurs en tout honeur .Mais il y a bien differen- ^nd^' pcdcmo'
ce entre ceux qui font en protedion fimplement, Ôc ceux qui tiennent
en foy,& hommage. Quand ie dy foy ôc hommage, i’entés le ferment, ®a"-Ba{.dj*Jpcl‘
la fubmifïion,le feruice, Ôc debuoir du vaflal enuers le feigneur. Nous ifemium’cuma-
ferons donc fix degrez des moindres aux plus grands, outre celuy qui S^amadlum*
eft abfoluement fouuerain, ôc qui ne tient de Prince, ny de feigneur, ny Six degrez
deprotedeur. Le premier eft le Prince tributaire, qui eft moindre au de fugetion
traité, que celuy auquel il doit tribut: & neantmoins il retient tout droit
de fouueraineté,fans autre fubmiffion à celuy auquel le tribut eft payé.Et combien qu’il femble eftre plus greué, que celuy qui eft en prote¬
dion,fi eft-ce qu’en effed il eft plus grand : car en payant le tribut qu’il
a promis pourauoirlapaix,il eft quite,& n’a que faire d’autrui pour dé¬
fendre fon eftat. Le fécond eft le Prince qui eft en protedion qui eft
moindre que le protedeur, comme nous auons did, ôc que le Prince
tributaire: d’autant qu’il ne fe peut guarentir de l’inuafion de fes enne¬
mis, fans l’ayde, Ôc protedion,&fe met foubs le bouclier d autruy. Le
troifiefme eft le Prince fouuerain d’vn pays, ôc hors protedion : ÔC
neantmoins vaffal d’vn autre Prince pour quelque fief : pour lequel
il doibt l’honneur, Ôc feruice porté par fon aducu. Le quatriefine eft
le vaffal fimple, qui doibt la foy, ôc hommage du fief qu’il tient, ôc
n’eft point prince fouuerain d’autre feigneurie, ny fuget de celuy du¬
quel il tient le fief. Le cinquiefme eft levaffal lige d’vn Prince fouue¬
rain, duquel il n’eft point fuget naturel. Le fixiefine eft le fuget na¬
turel, foit vaffal, ou cenfier, ou bien ayant terres fœdales, ou rotu¬
rières ou en franc alen , qu’il tient de fon Prince fouuerain ôc na¬
turel feigneur: ou qui n a ny feu ,ny lieu, & neantmoins cftiuftitia-
ble ôc fuget de fon Prince, au pays duquel il eft natif. I’ay faid ceftc
,5* DE LA R E P V B L I QJV Ediftin&ion, pour ofter la confufion que plufieurs font du fuget, auec
le vaflal : & du vaflal fimple,auec l'homme lige : & tiennent que l'hom¬
me lige doibt toute obeiffance au feigneur enuers , & contre touts:
ôc que le fimple vaflal referue le fuperieur : ôc neantmoins il ny a que
le fuget qui doibt obeiffance. Car le vaflal foit lige , ou fimple , s’il
n eft fuget,ne doibt que le feruice, ôc hommage porté par fon inue-
ftiture : ôc s’en peut exempter en quittant le nef fans fraude, mais le
fuget naturel, qui tient en fief, ou en cenfiuc,ouen franc alend, ou
qui n’a rien du tout, ne fepeut exempter de la puiflance dc fon Prin¬
ce fans fon vouloir, & confentement, ainfi que nous auons monftré
au chapitre du citoyen. Le fimple vaflal, ne doibt prefter le ferment
a fon feigneur que vne fois en fà vie : encores il y a tel vaffal, quifuir prima eau?»* n’eft iamais tenu à prefter ferment ; car le fief peut eftre1 fans obli-
ftwln^gaiib! dgc- gation de faire la foy : quoy que die M. Charles du Moulin5 : mais
füio 4 $ 1 nu i9 k ^U§et °luc^ 4U ^ toufi°urs tenu prefter le fermant, tou-in°feud. tesfois4 ôc qualités qu’il plaira à fon Prince fouuerain , ores qu il ne
rt’r?dVbTafcaCpi;’ fuft ny vaflal3 ny cenfier , ôc qu’il ne tint rien en franc alend , ou
ga^dwif.".1^" qu’il fuft Euefque Jfans aucun temporel. Quand à l’homme lige, il
^46‘^ul&ifcud* n eft'pas requis qu’il foit fuget : du feigneur duquel il tient: & fepeut
faire qu’il fera Prince fouuerain, tenant quelque feigneurie d’autruy
en foy ôc hommage lige. il fe peut faire auflî qu’il fera fuget natu¬
rel d’vn Prince, & homme lige d’vn autre, à caufe du fief, ou bien
vaffal fimple d’vn feigneur, fans eftre fuget, & homme lige d’vn au¬
tre, ôc naturel fuget d’vn autre duquel il fera iufticiable, ôc ne tien¬
dra ny fief, ny cens de luy. Car le vaflal du vaffal, n’eft pas pour¬
tant ny vaflal, ny fuget du mefme feigneur : fi ce n’eftoit pour le
regard du mefme6 fief. Mais il eft befoin d’exemples, pour efclar-
tf.ifem incap, im> cir ce que i’ay dit, Nous trouuons que les Roys d’Angleterre, ont
ÊprohTbi» feudi ^ndu la foy ôc hommage lige aux Roys de France , pour touts les
claudiu^ u^o Pays tenoycnt par deçà la mer, horfmis les Comtez d’Oye,&
tiorcs. Guido dc- de Guincs. Et neantmoins ils tcnoycnt les Royaumes d’Angleterre
Roysd*An- ^ d’Hibernie en fouueraineté , fàns recongnoiftre Prince quelcon-
p-leterrean- cluc* Depuis l’an m. c c. x i i. ils fe conftituerent vaflàux du Pape
ciés vaflàux ^ l*Eglifc Romaine : ôc non feulement vaffaux , ains aufli tribu-
des Roys ta*rcs : outre don annuel d’vn ftcrlin pour feu, otroyé anciennement
de France Pal *nas ^°Y ^Angleterre,l’an dcc.xl.& augmeté par Etelphe,qu’on
appelloit les deniers faint Pierre, car il fe trouue que Iean Roy d’Angle¬
terre,du confentemet de tous les comtes,baros,& feigneurs du pays, fe
conftitua vaflal du Pape, ôc dc l’Eglife Romaine: ôc auouatcnir en foy &
hommage.les Royaumes d’Angleterre & d’hibernie:à la charge d’en
payer de cens, & rente annuelle, &; perpétuelle, mille marcs de fter-
ïins au iour Saind Michel, outre le denier Saind Pierre que i’aydit:
LIVRE PREMIER. 157dit:Ôc en rendit la foy,& hommage au l'E’gat du Pape Innocent 11 i.l’an
m.ccxi 1 i.enprefencedefon châcelierjdel’Archeuefque deCaturberi
de quatre Euefques,defix*C6tes,&deplufieursautresieigneurs.labul-
le en fut expediee en forme authentique, dont i ay veu la copie en vn re-
giftre de Vatican extrait par mandement du Chancelier du Prat, lors
qu’il eftoit l’Egat. Ec combien que Thomas le More Chancelier d’An¬
gleterre,fut le premier qui fouftint le contraire,fi eft- ce que de fon teps
mefme, & iufques à ce que le Roy Henri vin. fereuolta cotre le Pape
l’an m.d.x x x 1111. le cens, ôc tribut annuel fut toufiours payé. Et porte
lacté de foy, ôc hommage réduau Pape Innocent 11 i.queleRoy d’An¬
gleterre c ria m e r ci d e fes p ec h e z. qu i m o 11 ftr e b i e n q u e c e fu t p o u r co u-
urir le parricide par luy commis en la perfonne du ieune Artus fonnep-
ueu Duc de Bretaigne,ôc fucceffeur legitime du Royaume d’Angleter¬
re. car pour la mefme caufe dix ans auparauant,Philippe le Conquérant
luyeonfifquales Duchez de Normandie,Guyéne, Anjou, Touraine, le
Maine, & tous les pays ouilpouuoitpretendreaucundroitpar deçà la
mer, que les Roys d’Angleterre tenoient en foy, & hommage lige du
Roy de France: ôc neantmoins ils eftoiét fouuerains du Royaume d’Ef-
cofle: d’autant que Conftantin Roy d’Efcoffe, enfemble tous les Barons R0ys
du pays,en firent la foy ôc hommage au Roy d’Angleterre Adelftan: ôc co^e an_
depuis encores Baluol Roy d’EfcofTe, en prefta la foy ôc homage au Roy c-s va{paux
d’Angleterre, excepté les xxxi i. Ifles Orcades, quifont tenues en foy ^esRovs
ôc hommage du Royaume de Noruegue,& doibuent au nouueau Roy Ang-le
venat à la courone dix marcs d’oncome il fut arrefté entre les Rois d’Ef terre
coiTe, ôc de Dânemarc, pour mettre fin aux guerres, qui fe sot reueillees
pourlesmefmes IflesranM.D.LXiiii.c6mei’ayaprisdes lettres de M.Danzai A mbafTadeur pour le Roy en Dânemarc. Vray eft que les Roys
d’Efcoffe n’ot point voulu recognoiftre les Rois d Angle terre depuis q
Baluol en fift homage car cobien que Dauid Roy d’Efcoffe fift ce qu’il
peuft enuers fes fugets,pour confentir que le Royaume d’Efcoffe fuft te¬
nu en foyôc homage d’Angleterre,fi eft-ce qu’il demeura neufans en pri
fon,ôc par le traité fait entre Edouart 11 i.fon beau frere ôc luy, ilfut dit,
qu il fortir oit, a la charge que s’il ne pouuoit gaigner ce poin6t là fur les
eftats,qu’il demeuraften paix. Et quât au Royaume d’Hybernie,il faut
auffi excepter la Coté d’Argueil,q la Royne mefme d’Angleterre cofef-
fe Prince fouuerain. Autant pouuons nous dire du Roy de Dadnemarc, j^cs R0iscJe
qui eft fouuerain en partie du Royaume de Noruegue,fans recognoiftre Dânemarc
Prince quelcoque:& neantmoins il tient de l’Êmpire en foy,& homage ancj£s va[i
lige partie du Duché de Holfteing:&anciennemét il tenoit en la mefme faux
qualité le païs de Dânemarc,qui n’eft q fimple Duché,7quâd le duc Ca~ p£mpjre
mit en rédit lafoy,&homage àrEmpereurLothaire:&depuisFederici. y.HeiJd. inhïft.
Empereur,enuoyal’efpee,ôc la courone àPierre8 de Dânemarc,érigeât 1% 17fon pais en Royaume,à titre d’honeur feulement, ôc à la charge qu’il eno
ï58 DE LA REPVBLIQV’Erendroit la foy, & homage à l’Empire. Et neantmoins ceux que i’ay dit
n’eftâs point fugets, & ne recognoiffans prince queIcôque,finon à caufe
de quelques fiefs qu’ils tiennét des autres princes,font quites de la foy
ôc hômage,Ôc dii feruice,en quitantles fiefi fans fraude.le di fans fraude-
car iln’eftpas licite au vaftal, de laiflerfon feigneurau befoin, ores qu’il
pnmfcŸuf/fcudi V0L^U^ degucrpir le fief, &qu’il n y ait9 autre peine que la perte du fief*
amict. àceluy' quiabandonne fon feigneuren guerre : fi eft-ce qu’il fait vnpre-iudice irréparable à fon honneur, qui demeure engagé, pour vntourfi
lafche, d’auoir quitté fon feigneur au danger : veu que par le ferment
r.cap.1. hic finitur <je fidélité, le vaflal, mefmement celuy qui eft lige, doibt1 fecours, fuft
z.Aicxand. confii. contre fes freres, ôc enfans. Il y a bien quelques iurifconfultes,1 qui font
xH.hb.s.&zj*. qy’jl doibt fecours au feigneur cotre fon pere. mais fi le vaffaleft auffi fuget, il ny. va pas feulement de fon fief, ôc de fon honneur, s’il
quite fon Prince fouuerainaubefoin: mais encores la vie y pend,quand
defotorcffTde"re ilncferoit que fimple3 foldat,qui.n’eft pas à beaucoup près fi fuget
miiic.Liuiasiiba. que le vafTal. Et ne fe faut pas efmerueiller,fi Iean de Montfort 6c
Les anciens pjerre £>Llcs fe Bretaigne, ne voulurent oneques auouer, qu’ils fuffent
Comtes de hommes liges des Roys de France, pour le regard du Duché de Bretai-
deBretai- gne: &par deuxfpis les Chanceliers deFrance,ontentréen différend,
gnevaliaux CQntreles Chanceliers de Bretaigne. Et combien que Charle v. &vi.rance. Roys de France, fiflent apparoir de deux adesde foy, 6c hommage,
4.1’an nw. faits par les D ucs de Bretaigne,à 4 Philippe le Conquérant, & à; LoüysS Ducs de- y 11 I*ncantmo^ns lcsDucsne voulurencpoint faire l’hommage tige,&
Bretaiene furcntrcceus à fimple hommage, vray eft que l’hommage lige rendu à
anciés vaf- ^oüys v 11L n'cft°ic °[L1 e pour la vie de celuy qui le faifoitcomme il eft
faux des porté par l’ade, & fins y obliger fes fucce fleurs : & l’autre ade, quieft
Rois de duicune Artus,n*eftoit pas pur,& fimple, ains feulement conditionel,
France & à la charge d’eftre reftitué par Philippe le Conquérant, és païs, de fei¬
gne u ries dont il eftoit debouté.Or les ades vrais,ôc légitimés,ne reçoi'
<5.1. Adus legitimi uent point de 6 condition :&l’ade de foy, Ôc hommage moinsque pas
de «gui.- vn.combié qu’à la veritéles anciens Comtes de Bretaigne, eftoyet vrais
y.Gre^oriusTu- fugets,& hommes7 liges des Roys de France: come on peut voir ésHi-
ftoires de Gregoire Euefque de Tours, ôc s’eftants reuoltez, furent af*
fugetis par Charlemaigneôc depuis encores par Loüys le Piteux, au¬
quel ils firent hommage, Ôc rendirent toute obeiffance, come on peut
voir és Hiftoires deFloard, ôc Guy tard, que les vns appellent Vvitard,
petit fils de Charlemaigne : ôc pour vne autre rebelliori contre Charlele
Chauuel’an m.cccli x.furent accufezaux eftats de leze maiefté,quine
s.Baid cynusjSa- peutauoir lieujfinon du fuget naturel, enuers fon prince8 fouuerain. Et
ad^idia^maîc- depuis Herifpon Comte de Bretaigne amenda la faute, Ôc rendit la foy,& hommage à Charle le Chauue. car il n’eft pas vray-femblable que
les Rois de France,euflent receu pour compagnon au Royaume de Fra-
ce, le Capitaine Conan chafTé d’Angleterre par les Saxons. Et s’ils fetrouuent
LIVRE PREMIER. 159trottuent qu’ils ayent eu grâce de dommage, parlafaaeur de quelque
Roy de France : cela ne pouuoit porter preiudice aux Roys fuccefleurs,& encores moins à la couronne. Et qui plus eft aux traitez entre les Roysde France,& les premiers Ducs de Normandie, il eft expreffement dit,que les Comtes de Bretaigne feront vaflaux de Ducs de Normandie,au (quels ils * ont rendu fouuent lafoy ôc hornmagerce qui eftoit impof- 5. chroniques dc:fible, s’ils nenflent efté vaflaux, ôc hommes liges de la couronne:veu Normaûche-que les Ducs de Normandie,1 ont rendu la foy, ôc hommage lige auxRoys de France. Et s’il eft certain que iamais lc vaflal ne prelcript la foy
ôc hommage contre fon feigneur, comment pourroit le fuget preferi-
re la fit^etion contre fon Prince ? Par ainfi le Senechal de Renes, hom¬
me dode, ne peut fouftenir que Pierre de Dreux Prince du fang, furno-
mé Maucler, ait quité la fouueraineté de1 Bretaigne aux Roys de Fran-
ce, veu qu’il eftoit vaflal, Ôc fuget naturel du Roy : ôc neantmoins en
accordant l’hommage, ileut referuation de faire ordonnances, donner Regales re-
,grâces,aflembler les eftats du pays,prendre les confifcations,mefmes en feruees aux
crime de leze maiefté,les droits de regales és Eglifes,ôc la garde gardien- Ducs de
ne.Car pour les Comtez de Môtfort, ôc de Venus, ils ont toufiours ré- Bretaigne.
du la foy, ôc hômage lige aux Roy s de France, comme i’ay par les ades
extraits du trefor de France. Il y a donc bien difFerence de celuy qui
tient Amplement en foy,ôc hommage, n eftant point fouuerain, ny fu-
2;et du feigneur féodal : ôc de celuy qui eft fouuerain dVn pays, ôc vaflal
d’vn feigneur pour quelque fief : & de celuy qui eft en protedion feu¬
lement : ou qui eft tributaire d’vn Prince ayant fouueraineté fus les fiés: Le prince
ou qui eft naturel fuget. Par ainfi nous concilierons, qu’il n’y a que qui tient
celuy abfoluement fouuerain, qui ne tient rien d’autruy : attendu que d’autruy
le vaflal,pour quelque fief que ce foit, fuft-il pape, ou Empereur, doit n’eft point
feruice perfonel, à caufe du fief qu’il tient. Car combien que ce mot fouuerain.
de feruice enmatiere de fiefs, ôc en toutes les couftumes, ne face au¬
cun preiudice à la liberté naturelle du vaflal, fi eft-ce qu’il3 emporte 3-titni.quaiitcnu>- * , . r . r i 1 • > rarc aebeat Yaflal.droits,debuoirs, honneur, ôc reuerence au ieigneur féodal : qui 11 elt «P./. & duob.fe-
point vne feruitude reelle, ains elle eft aiinexee , ôc 4 infeparable de ^fdt^rima
la perfonne , ôc n’en peut eftre afranchi, finon en x quitant le fief; ^feudi.amit-
pourueu qu’il ne foit point fuget naturel du feigneur féodal, duquel
il ne fe peut exempter en quitant le fief. Quand ie di que l’hom- demiusvocan.
mage, Ôc feruice perfonel, eft infeparable du vaflal. cela eft fi vray, que m,°;4ngI°'4' §’2‘
le vaflal ne peut s’en aquiter par6 procureur: comme il eftoit7 permis ^Kquîcomra
parle droit des fiefs,qui eft reprouué pour ce regard en Europe,ôc f^idin^fini’
en Afie,ôc mefmes en Italie, ou le droit des fiefs a prins origine,com- 4;^.dcrcrumdi.
me plufieurs penfent : car Loüys Sforce gouuerneur de Lombardie en- “!§Tdvtrum. û-
uoya fon agent en France au Roy Charle vin.pour obtenir de luy, înue&ropofi^s
que fon nepueu Duc de Milan, fuft par luy receu à faire hommage par 1vl}/^‘^cdsocd°]'
procureur , pour le Duché de Gcnes , ce que le Roy ne voulut pas funai.o ij
L’homage
eft perfo-
nel.S.titul.de auxi.vaf
fali. ih feudis clc-
mcnt.paftoralis de
rciudic.f.pecul.
in §. quoniam de
feud.forme
d’homma¬
ge fait par
les Roys
d’Angleter¬
re aux Rois
de France.o.Froiflart.ico DE LA REPVBLlCtVEaccorder. & au contraire le feigneur féodal, peut contraindre fon \£
fal à rendre la foy , ôc hommage à fon procureur, comme il fe fait or¬
dinairement, ôc s’eft fait enuers les Roys d’Angleterre,lors quils e-
ftoientvaflaux de France: de forte mefmes que le procureur du vaffal
pupil ny eft pas reçeuable, auquel pour cefte caufe on donne foufran-
ceiufquesàcequ’ilfoitenaage: s'il ne plaift au feigneur féodal rece-
uoirfon procureur, comme fift le Roy Loüys xi. qui receut à foy &
hommage, par Philippe de Comines fon Ambaffadeur,la mere du ieu-
ne GaleazDuc de Milan, pour le Duché de Genes, ôc en paya cinquan¬
te mil ducats pour le relief. Et pour cefte caufe, au traité fait entre leRoy Loüys xi. ôc Maximilian Archi-ducdAuftriche,ranM.cccc.LXXXii. au L v i. article ,il fut expreffément dit, que les fugets de
partjôc d’autre feroient receus à faire hommage par procureur: qui
autrement y euffent efté contraints en perfonners’il n’y euft eu maladie,
ou autre empefehement iufte ôc raifonnable : ou que ce fuft vn corps &
college. car le feigneur féodal à notable intereft, que la perfonne d’vn
grand feigneur j qui luy doibt hommage, ne foitchangee pourvnfa-'
quin. Qui fut la caufe pour laquelle il fut arrefté au traité d’A miens, fait
entre Philippe le Bel Roy de France, ôc Henri Roy d’Angleterre l’an
M. c c c 111. que le Roy d’Angleterre viendroit en perfonne prefter la
foy, ôc hommage lige, fans condition, s’il n’eftoit detenu de maladie
fans fraude, au quel cas fon fils aifné viendroit. ôc par autre traité fait
lanM.cccxxx. entreleRoy Philippe de Valois, ôc le Roy Edouarc
ni. il fut auffi dit, que le Roy d’Angleterre viendroit en perfonne ren¬
dre la foy, ôc hommage lige, fi Pempefchement que iay dit,ny eftoit,
lequel neantmoins ceffant le Roy viendroit. ôc par le traité de paix fait
M. c c l i x. entre Loüys i x. Roy de France, Ôc Henri Roy d A ngleterre,
il eft porté par article expres,que le Roy d’Angleterre r édroit au Roy de
rrâce la foy,Ôchomage lige en perfonne(auquel fèrmét il n’y a ny prince, ,*
ny pape,ny Empereur8 excepté)&laforme de l’hommageportee parle „
traité de l’an m.cccxxx i.entrele Roy Philippe de Valois,ôcie Roy E-
douart in.eft telle.Le Roy d’Angleterre aiant les mains iointes entre les
mains duRoy de Frâce,ôc celuy qui parlera pour le Roy de Frâce diraau
Roy d’Angleterre, Vous deuenez home lige du Roy de Frâce,qui icyeft,
comme Duc de Guyéne,ôc pair de France,Comte de Poitou, ôc de M5-
ftrueil,ôc luy promettez foy,ôc loyauté porter,dites voire: ô<: le Roy d’¬
Angleterre dira voire. Alors le Roy de Frâce receuera le Roy d’Angleter
re à lafoy,ôcà la bouche. Le femblable fut fait par Charle Roy de Nauar-
re au Roy Charle y.la m. ccclxx. auquel il promit foy,, ôc loyauté por¬
ter,enuers, ôc contre tous, qui peuuent viurc ôc mourir.iâçoit qu’il fuft
alors Roy fouuerain de ° Nauarre,ôcqiril pretendift aufli la foiiueraine--
té de Bearn, qui eft encores indecife. La forme de l’hommage fîmple,
preftéparleandeMontfort, Artusn. ôc Pierre n. Ducs^deBretaigne
LIVRE PREMIER.
eftfèmbIab!e,horfmisIcmot de lige : & ce fait par tout en la mefme
forme, & plus precife par le vaffal fuget, que par celuy qui n’eft pas
fuo-et naturel du feigneur féodal, car le Roy d’Angleterre Edouart 111
eftant venu à Amyens pour faire hommage au Roy de France, refufà
ioindre fes mains entre les mains du Roy, ôc s’en retourna en fon Roy¬
aume, ou il fut fix moys à débattre fus la forme de l’hommage, auec les
deputez du Roy de France,&affembla les eftats pour en auoir refolutio.
en fin il accorda l’hommage, corne i’ay dit. mais le vaffal qui eft naturel
fuget,doit ofterlefpeejlesgans,le chapeau,le manteau, les efperons, ôc
fe mettre à genoux,les mains iointes entre les mains de fon prince,ou de
fon proeureur,&faire le fermét.& mefmes parles couftumes de ce Roy¬
aume,s’ilne plaiftau feigneur,il n’eft pas tenu deprefenter la bouche au
vaffal,& le peut voir,fi bon luy femble, en la forme que i’ay dit, rendre
la foy,& hommage,a vn petit officier,ou deuât la maifon du fief domn
nant,&baifant le cliquet de la porte. Dirons nous doc quele Prince eft
abfoluement fouuerain,quieft tenu defairetel hommage? quieft tenu
faire feruice ?briefqui eft homme d’autruy, c eft à dire fer uit eu r. C’eft
pourquoy plufieurs Princes ont mieux aymé quiter, ôc abandonner,de
grandes feigneuries, que faire tel hommage : ôc les autres n’ont iamais
voulu vendre le droid de fouueraineté,pour chofe du mode.& defaid
le Prince d’Oranges,à refufé du Roy Loiiys x i. dix fois autant que vaut
fa principauté,qui luy coufte quafi plus^qu’il n en tire de profit. Et pour
mefme caufe le traité de Bretigni au premierarticle porte, que les Roys
de France quiteront aux Roys d’Angleterre les honneurs, hommages,
vafraufies,obeifTanccs,ligeautez, feruices, recognoiffances, droidures,
mer,& mifte imper,& toute iurifdidion, relfors, auoifons, fauue-gar-
des,droits de patronages,&toute feigneurie,& fouueraineté,qui appar-
t§noit à la couronne, és terres que les Roys d’Angleterre tenoiét en Fra¬
cs.Et la rebellion d’Eftienne,Vaiuod de la Valaignc,fut fondee fur ce q
le Roy de Poulongne fift faire vnpauillon, qui fe defcouurit alors qu’il Rébellion
receuoit la foy, ôc hommage du Vayuode, afin qu’il fuft en veüe d’vn ^aiuod
chacun, qui n’eft pas chofe eftrange en vn tel feigneur que ceftui-là,fi Vala-
nous confideros que le nepueu d’Ariftote Califthene, aima mieux per- c^c*
dre la vie, que fe mettre à genoux deuant Alexandre le grad au iour des
ceremonies. combien que ce fuft la couftumè des Rois de Perfe: ôc
mefmes Alexandre releuoit,ceux qui femettoient à genoux, leur pre-
fentant la bouche : comme auffi faifoient les Roys alliez,& qui eftoient
en la protedion des Rommainsquand ils prenoient des Empe^
reurs lesfceptres,&couronnes:ainfi le Rôy d’Armenie Tiridate,e-
ftant venu à Rome, fe mift à genoux deuant l’Empercur Néron, qui
lui tendit les mains, & en le releu^t le baifà: Ôc après lui auoir ofté
fon Tulban, lui ceignit la tefte d’vn bandeau &Diadefme Royal, ôc
le fift foirà fa 9 dextre: car iaçoitqueles Royaumes fe donnoientpar *0neCtonm Nc*o iij
i. Dio de Augufto
fcribens.Le bonnet
ancienne¬
ment eftoit
la marque
des nouue¬
au x afran¬
chis, pour
couurir
leur tefte
tondue.x Polybius.Que le vaf
fai d’vn
prince ne
doiteftre
efleu Em¬
pereur.Les païs de
Flandres,
d’Artois, ôc
Henaut te¬
nus de la
couronne
de France.iCi DE LA REPVBLIQVEles Empereurs fans referuation de foy ny hommage: fi eft-ce que !cs>
Roys oftans leurs fceptres,ôc bandeaux,1 feruoientles Empereurs Rxk
mains,de varlets de chambre: les autres s’appelloicnt leurs procureurs
come Aderbal Roy de Numidie,ne s’appelloit que Procureur du peuple.
Romain:ôc Eumenes Roy de Pergame,après ladefaite de Mithridate
Roy d’Amafie,s’cn vint à Rome,& prenant vn1 bonnet,dift qu’il eftoit
afranchi du peuple Romain: ôc Prufias Roy deBithynnie entrant au Sé¬
nat Romain,baifoitl’eflueil de la porte, sappellant efclaue du Sénat, &
des fenateursjores qu’il ne faft ni fuget, ni tributaire,ni en la proteCtion
des Romains. Tous ces honneurs gratuits, ôc volontaires ne diminuent
en rien la maiefté fouueraine d’vn Prince : comme fiit la forme d'hom¬
mage,qui eft feruile,ôc contrainte, ôc que les Tartares, Perfes, ôc Turcs
eftimétvnevraye feruitude d’efclaue.Et de fütSultanSuleiman, eftoit
fus le poinCt de remettre le Roy d’Hogrie en fon Royaume l’an m.d.l v.
à la charge de le tenir de lui en foy, ôc hommage fans autre fugetion, co¬
rne fon Chaons fift entendre au Roy dePoloigneSigifmond Augufte:
fi Ferdinand,qui prètendoit le Royaume luy appartenir, n’euft empef-
ché l’effeCt de lareftitution, comme i’ay veu par les lettres de Staniflan
Rofdrazeroftripolognois,efcrites au Conneftable. Et pour cefte caufe
leRoy François i. pour empefeher que Charle d’Auftriche ne fut efleu v
Empereur,rem6ftraauxele£teursderEmpire,quelamaiefté imperiale „
feroit par trop rauallee, s’ils fiifoient de fon vaflal, leur Empereur. Ec M
depuis l’Empereurle tenant prifonnier, ne voulut oneques confentirfa
deliurance,qu’il n euft entièrement quitté la fouueraineté du bas pays.
Mais il femble, que cen’eftoit pas aflezde dire, que Charle d’Auftriche
eftoit vaflal de la couronne de France, ains aufli homme lige, ôc no feu¬
lement homme lige,ains encores fuget naturel du Roy, attendu qu’il e-
ftoitnatifdc Flandres,ancien fief,pair ôc membre delacouronedeFrâ-
ce,duquel la foy ôc hommage lige, refers,ôc fouuerainetez, eftoient re-
feruez par tous les traitez:ôc par le traité folénel d’Arras,fait entre leRoy
Charle vi i.ôc Philippe 11. DucdeBourgongne. Et mefmes Charle v.
eftant ia efleu Empereur,demâda permiflion au Roy deFrance,de leuer
l’otroy d’Artois l’an m.d.xx. auquel le Roy fift refponfe, qu’ilferoit ce
qu’il pourroit,fans diminution des droits de fil couronne,come i’ay veu
par les inftruCtios baillées au feigneur de la Roche Gaucourt Ambafla-
deur en Efpaigne. Encore y auoit-il d’autres moiens plus grands, qu’on
pouuoit remoftrer aux eleCteurs, ôc qui faifoiét vn perpetuel preiudice
au pape,ôc àl’Empire:car lors Charle d’Auftriche n’eftoit pas feulement
vaflal home lige, ôc fuget naturel duRoy : ains aufli home lige du pape,
ôc de l’Eglife Romaine,pour tous les païs, terres, ôc feigneuries qu’il te-
noitjhorfmis ce qui releuoit de la courone de France, Ôc de l’epire.côbie
qu’il ne tenoit alors rie del’empire q les terres voifines du Rhin,Cabray,
car Arnoul dernier de ce nom Cote donna auec fes autres païs à Coradii.
LIVRE PREMIER. 1*3ti.EmpereurlaM.ccv.&depuis Charle 1111.Empereur le dona à Charle
vi. d’Aufin, côme il appert par l’inueftiture quieftautrefor de France,
mais il eftoit homme lige du pape.Carparrmueftiture à luy faidedu Royaumes
Royaume de Naples,& de Sicile,il eft porté qu’il ne demanderait,& ne de Naples
n receueroit iamais le tiltre d’Empereur, ny de Duc de Milan : ôc à cefte & de Sicile
charge il fift lafoy ôc hommage au Pape. Qui n’eft point vne claufe qui tenus du
fuft nouuelle3ains vne ancienne condition,appofee en tous lesades de Pape,
foy ôc hommage,&aduenus rendus au Pape par les Roys de Naples ôc
de Sicile,depuis que le Pape Vrban en inueftit Charle de France : & en
l’inueftiture faite par Innocét 111 i.à Edmund fils de Henri Roy d’An¬
gleterre, l’an M. c c L v.où pend la bule d’or ces mots y font, Ego Hen-
ricus Dei gratia Rex Angliæ,nomine Edmunci filij noftri Regis Sicilia^
plenum ôc Iigium vaffalagiumficio ecclefiæ Romanæ,&c.Etparlade
de foy S>c hommage lige rendu par Robert Roy de Sicile l’an m. c c c
x x x v 111. il y a ferment de iamais ne rcceuoir la couronne imperiale,
ny le Duché de Milan,ny feigneurie quelconque de laTofcane,à peine
deftre declairé decheu du droit qu’il pourroit p retendre és Royaumes
de Naples & de Sicile. Il s’en trouue encores vn femblable rendu pair
Charle Roy de Naples, 1 an m. c c xc v. &deleanne Roy ne, l’an M.
c c ex lvi n. comme i’ay leu au regiftre du Vatican . Et pour cefte
feule caufe Iules 11. Pape refufa bailler l’inueftiture à Ferdinand Roy
d’Arragonayeul maternel de l’Empereur Charle v.finon aux coditions
quei'ay dit,&àlacharge du cens annueldehuit milonces d’or,oude
quatre vingts milefeus couronne, que les Roys de Naples eftoient te¬
nus payer par chacun an, & vne haquenee blanche, &: le fecours porté
par rinueftiture,auec releruation du Comté de Beneuent.Cefte obliga-
„ tion eftoit de telle cofcquence aux Papes, que fi toft qu'ils denonçoient
„ la guerre à quelqu’vn, les Roys deNaples eftoient en armes ,,pour la
defenfe de l’Eglife Romaine : comme Alphons Roy'de Naples, àla dé¬
nonciation du Pape Sixte, fift la guerreàl’eftat de Florence,par ce qu’ils
auoient pendu le Cardinal de Pife en habit pontifical.EtPaul 11 i.fbm-
»1 ma l’Empereur Charle v. parfonlegat AlexâdreFarnez, de faire lagaix
,1 auec le Roy de France, ôc la guerre aux Proteftans. ce fut le premier ar¬
ticle du traité de Soiffons,fait en SeptébreM. D. xliiii. ce que l’Em¬
pereur n’euft pas fait,peut eftre,s’il n euft efté vaffal lige du Pape,& me¬
nacé de perdre l’eftat de Naples ôc de Sicile, comme il fut bien aduerti.Car combien que l'anM.D.xx vi 11. au traité fait entre lePapeClemét
’ &les Cardinaux afliegez au chafteau faint Ange d’vne part, ôc l’Empe-
ti reur Charle v. d’autre, il fut dit que les Roys de Naples demeureroient
quites du cés.annuel de huit mil onces d’or,& de tous les arréragés, qui
eftoient de grandes fommes : fi eft-ce qu’au furplus les charges de l’an¬
cienne inueftiture demeurerent en leur force ôc vertu. Depuis les Em¬
pereurs d’Almaigne cogneurent bien, ôc le Pape encores mieux,yoyâtO iiij
i*4 DE LA REPVBLIQVEfaca^erRomc, ôc luy misa rançon de c G c c. mil ducats, après auoir
cjuité les pP beaux droits du domaine faint Pierre, quel dager il y au0lt
d’eflire pourchefde FEmpire le vaffal d’vn Prince fouuerain, &fWet
naturel d’vn autrercar il ruina le Pape auec les forces des Alemans.,& rui.
T d li nalesprinces d’Almaigne auec les forces du Pape. Et combien qu’il tint
—C ^ le tiltre impérial, les Duchez de Milan, de Gueldres,& autres feigneu.de Guef r*es<^c Empire: fi cft-ce qu’il eftoit ancien vaffal, &: homme lige du Pa.L1 pe: ôc par confequent obligé premièrement,& plus eftroitementàl’E.
res tenus glife,qu'à l'empire. ioint aufli que les Papes ont pretendu depuis c c c,
e mPx" ans, que l’Empereur ne fe peut entremettre dc TEmpire fans auoir pris
deux la couronne imperiale : comme défait le Pape menaffa d1excom¬
munier l’Empereur Ferdinand, pour nauoir voulu prédre la couronne
imperiale de fes mains, ainfi qu auoit fait Charle y. fon frere. Mais ici
dira quelqu’vn,comment fe peut-il faire que l’Empereur Charle v. fuft
On ne peut homme lige du Pape,& du Roy de France,& de l’Empire:veu que 3nul
cltre^home nc pCUt efl.rc homme Iige de plufieurs feigneurs, encores qu’il euft plu.
lige de plu- geurs fiefs mouuans dvn chacun feparément : car la foy eft deuë à vn
q “rs# dccif 4 ^ans exception d’homme viuant: ôc s’il eft vaflal de plufieurs con-
jioIspeSmUc feigneurs à caufe d’vn mefme fief, il n’eft homme lige de pas vn feparé-
BtK Lvnic^s. nient,attédu que la ligeauté nefoufre point de diuifion:& ne peut auffi
ïxoi vit. decadu. fajrc l'hommage à l’vn fans exception,pour la concurrence. I’entens ici
4.Baid.mcap ex- l'hommage lige proprement : car nos peres abufoient de ce mot lise,entcrum.col.j.dc lu* i ° ° 1 .1 „r-r ,.i r -r • ®dic.cxpi. tous les anciens traitez d aliance Ôc iermens qu ils failoient : ôc me Tou¬
rnent auoir veu xlviii. traitez d’alliance, ôc lettres de ferment, colla-
tionnez à l’original du trefor baillez aux Roys Philippe dc Valois, Iean,
Charle v. v i. v 11. Loüys x i. parles trois ele&eurs deçà le Rhin, & plu-
fleurs autres Princes de I’Empire, ayant promis, Ôc iuré entre les mains
des deputez parle Roy, le feruir en guerre enuers,& contre tous, refer-
ué l’Empereur,& le Roy des Romains,aduoüans eftre vaflàux ôc hom¬
mes liges du Roy de France.-qui plus,qui moins:les vns fe nommas con-
feillcrs,Iesautres penfionnaires, ôc tous vaflàux liges, horfmis 1‘Arche-
uefque de Trier Ele&eur de l’Empire,qui nc s’appelle finon confédéré:
ôc toutesfoisilsnetenoient rien de la couronne: car ce n’eftoientque
penfionnaires de France, qui fàifoient le ferment au Roy de le fecourir,
A£bc de fer aux c^arges & conditionsportees parles ati:es de ferment: carla&ede
met du duc ^crment 3u Duc de Gueldres& Comte de Iuilliers porte ces mots:Zÿ
de Guel- àeuenio uajjallus liguis Caroli Rcgis^Fracorum 3pro ratione quinquaginta mil-
dres au Roi ^Umfcutorum auriyantefeftum D. Rhcmigij mihi foluenàorum. l’aéte eft date
de France mols *Ll*n M* c c c c 1 • Et mefmes entre Princes fouuerains on
vfoit de cefte façon de parler : comme au traité d’alliance entre Philip-
pes de Valois Roy de France,& Alphons Roy de Caftille,l’an m. c c c
x x x v i. il y a procurations de part ôc d’autre portant ces mots, P O VR
prefter ôc receuoir foy ôc hommage l’vn de l’autre. Mais c’eft abufer desmots
LIVRE PREMIER.mots de vaflà1,& lige:aulîî les fermens des penfïonnaires du Roy,nv les
traitez ne portent plus ces mots. le di donc que l’Empereur Charle v.
ne pouuoit prefter la foy, & hommage lige au Pape fans exception : at¬
tendu qu’il eftoit homme lige,Pair ôc fuget naturel du Roy de France:
ôc que le feruice ôc hommage eft infeparable de laperfonne.Etquandil
n’euft efté fuget du Roy,ains vaffal lige feulement, G eft-ce quen termes
de droit,l’hommage lige e/t deu au plus ancien, ôc doit le vaffal feruirle
plus; ancien feigneur:/] les feigneurs font égaux d’ancienneté,il ne doit / & fcud.
fecours ni à l’vn ni àl’autre:car en matiere de feruices&déferuitudes,la
concurrence bien fouuentempefche, eftant la feruitude indiuiduelle, dor'
ôc celuy qui Voppofe,pourfon intereft,eft le plus fort.combien qu’en ,.i.viaconftimiac
termes d’alliance Amplement, le fecours eft deu à celuy qui eft offehfé, fcruicur-
ôc enuahi en fon pays, contre l’autre allié commun qui luy fait guerre'
comme il fe fait ordinairement, fi l’affaillant n’a iufte caufe, ôc quel’af-
failli après dénonciation à luy faite par les alliez cômuns, de venir à rai¬
fon. Mais il eft bien certain,quelefugetnatureldoittoufiourspreferer
fon feigneur naturel par deffus tous,s’il eft prefent,auquel il eft premie-
lemét oblige,&duquel il ne fepent exempter. C’eft pourquoy aux or¬
donnances du Roy Loiiys x i. ôc de Philippe 11. Duc de Bourgongne,
faites pour lordre de France, article xi 11. ôc pour l’ordre de la toiïbn,
article i x. il eft dit, que les Cheualiers, de quelque Prince que ce foit,
doiuentayder leur feigneur naturel, duquel ils font hommes liges, & le
pays duquel ils font natifs, contre celuy qui luy fait guerre, fans encou¬
rir blafme d’honneur, pourueu que le feigneur naturel y foit en perfon¬
ne, ôc non autrement,ôc qu’ils le fignifient au chefde l’ordre, duquel ilsfont Cheualiers. En quoy il appert, que l’Empereur Charle v. ne pou¬
uoit faire ferment aux eledteurs de 1 Empire, finonauec referuation du
Roy deFrance,&puis du Pape.car outre les Royaumes de Naples ôc de
Sicile,mouu-as du Papenué'ment, Ôc fans moyen, il eftoit aufli vaffal,&
homme lige pour le Royaume d Arragon,comme i’ay leu aux regiftres
extraits du Vatican, où l’adueu rendu par Pierre Roy d’Arraçron por¬
te ces mots, Ego Petrus Dei gratia Rex Aragonum.tornes Barcinone, domi- ^er
ms Montiflcfulam cupiens prêter Deum, principali beati Petri, & apofloheœ rn^C ^Ll^°y
Jedisproteflione muniri,t,ibi, re uerendifi.pater, & domineflumme Pontifex In- d’A^gon>
nocenti,& pro tefacrofanttœ Roman* ecclefiœ, & apoflolicœfedi, offero regnum rendu aLl
meum,illudque tibi, &fuccejjbribus tuis in perpetuum,pro remedio animœ,& PaPe*
progenitorum meorum conflituo cenfuale-, njt annuatim de camera regis ducenta
quinquaginta A4afiimltinœ apoflolicœJe di reddantur: & ego acjucceffores mei
Jpeda iterfide les y&obnoxij teneamur, hac autem lege perpetua (eruandum
foru decerno,quia flero,& confido, quod tu,&fucceffores tui, quafi beati Petri
mani us in regem duxeris folenniter coronandum. aflum Romœ anno Chrisii
m. c c: î ii i. Et quant au Royaume de Sardigne Ôc de Corfegue,l’Em-
peieur eftoit auffi homme lige du Pape, comme i’ay veu par Finuefti-
ie* DE LA REPVBLIQVEInueftiture turc qui en fut faite à Pierre ru. Roy d’Arragon en celle forte '.Pontifex
des Royau- -Max.defratrumifuorum afcenfu, dat infeudum regnum Sardiniœ,& Corjïcix,
mes de Sar- proprietatem ecclefîœ Romanœ,&c.JLt peu après:Percupam auream teprafen-
digne,&de tiahter inuefiimws,&c.ita tamen quod tu,&fucceffores tui proflabitis homma-
Corfegue, gium ligjumjvaflalagium plenum, & fidelitatis iuramentum, &c. & centum
ottroy ee equites armatos,&njno equo ad arma, & duabus equitaturis adminusperdue-
par le Pape. libet,& quingentispeditibus terrœ njeftrœ de Aragonia,cumgagiisper trimejbe,
a die quo intrabut terram ecclefîœ.&c. & infuper cenflum duorum millium mar-
carum argenti,bonorum, & legaliumftrelingorum.njbicunque fuerit Rom.Pon¬
tifex, infeflo beatorum Petri & Pauli,annisfingulis ,fubpœna excommunica
tionispofl quatuor menfes,&c.&pofl tertium terminum,fi non J<'olueris, tu ha-
redéfue tui,a diflo regno Sardinia,& Corfîcœ cadetis ex toto, & regnum ad Ro¬
manam ecclefeam reuertetur. Et depuis laques Roy d’Arragon,en fift aufli
.hommage lige à Valence, entre les mains du Légat, l’anM. c c c liii.
auec referuation auPape,desappellatios intergetees par les gens d’Egli-
fe,6cabolition des ordônâces,ôc couftumes introduites par les Roys de
ce pays là. ie trouue aufli que Ferdinand, Ôc après luy Alphons Roys de
Arragon,cn firet la foy ôc hommage l’an m. c c c c x l v. Et en l’extrait
ROYau" de la chancelerie de Rome,il eft porté,que les Royau mes de Naples,Si¬
mes tenus cile,Arragon,Sardigne,Hierufalem, Angleterre, Hibernie, Hongrie,
de l’eglife font tenus en foy ôc hommage de l’eglife de Rome.Et quât aux ifles des
de Rome. Canaries ,Nigaries,ôc Gorgonides, l’Empereur les tenoit aufli du Pape.Aufli lifonsnous que Loüysd’Efpaigneenarendulafoy ôc hommage
au Pape l’an m. c c c x l i i i. à la charge d’en payer tous les ans à la cham¬
bre de Rome quatre cens florins d’or,du poids,ôc coin de Florence. Et
quant au furplus des ifles occidétales,ôc du Pérou,il eft bien certain que
le Pape Alexandre vi.faifant le partage du monde neufentre lesRoys
de Caftile Ôc de Portugal, s'en referua expreflémét la tenure feodale,ref-
v fort,Ôc fouueraineté,du confentemét des deux Roys,qui deflors fecon-
„ ftituerét fes vaflaux de tous les aquefts ôc coquefls par eux faits, ôc qu'ils
m feroient deflors en auant, comme les Efpaignols mefmes ont eferi'. Et
en cas pareil Iules 11. Pape,dona à Ferdinâd Roy d’Efpaigne,les royau¬
mes de Grenade ôc de Nauarre, en chaflant les Mores de lyn, ôc Pierre
d’Albret de Fautre:à la charge de les tenir de l’eglile de Rome en foy &
hommage, car combien quel’Empereur Charle v. pretendift droitau
Royaume de Nauarre à caufe de la donation à luy faite par Germaine
deFoix,femme en fegondes nopces de Ferdinand, fi eft-ce que fes Am-
bafladeurs,Ôc deputez quand ils font venus à la conférence, voyant que
leur don eftoit mal fondé, ont toufiours eu apuy à Finterdi&ion du Pa¬
pe. Et par ainfi on peut iuger, qu’il ne reftoit rien plus à l’Empereur ou
il fè peuft dire fouuerain: car les Royaumes de Malorque ôc Minorque,
eftoient long temps au parauant remis au Royaume d’Arragon, depuisqiulsfurentoftezauxheritiersdelaques FHeureux.-ôctoutceqifauoit^ l’Empc-
LIVRE PREMIER. 1*7’ l’Empereurau bas pais, eftoit tenu delà courônc de France, ou de l’Em-! pire parnecefïité. Et mefmes encoresle Comté de Charolois, eft tenu
en propriété du Roy d’Efpaigne, & en fouueraineté de la couronne de1 France, & reffortiftau parlement de Dijon. Et quant au Royaume def Caftille, il eft bien certain qu’il eftoit efcheu à Loüys 1 x.roy de France,' à caufe de fa mere Blanche de Caftille., & y fut appellé parles eftats d’E£1 paigne, comme on peut voir par les lettres que i’ay veües qui luy furent** lors enuoyees par la Noblefle,defquelles l’original eft encores au treforI ■ de France, féellé de plufieurs féels de cire blanche, quoy que les Efpai-* gnols dient qu en mariage faifant de Blanche de France, fille de Loüys■ 1 x.auec le Roy de Caftille, on quitta lafucceflion de Caftille : ce que leRoy de France ne pouuoitau preiudice des fiens, fans y faire conlèntir^ les Eftats: joint aufli que les filles de France 11e doiuét rien auoir que parII aflignat > Et quand bien le Roy l’euft peu donner à fa fille, comme n’e-
t ftant pas encores reüni, & incorporé à la couronc : fi eft-ce qu’il s’eft fait
f depuis traité d alliacé l’an m. c c c L x 1 x.cntre Charle y.Roy de Fran-
fi ce,& Henri de Caftille,lors chafle de fon Royaume : lequel traité eft au1 m trefor de France: par lequel i’ay veu que Henri promift, tant pourluy*
les) 1. que pour fes fuccefleurs,d’eftre vaflal, ôc tenir fon Royaume de Caftille
nji des Roys de France:car parle moyen du Roy de France il fut reftitué enest v fon eftat. Puis doc que le Royaume de Caftille eft hereditaire, efcheant LépereurP?j „ auxfil!es&mafles,lesfuccefleursdeHenrifonttenusdefes£iits&pro- Charle v.mi mefles.il cft bien vray quelapromeflede Henri n euft peu preiudicier n auoit rient à fes fuccefleurs, ny aux Eftats de Caftille, fans l’aduis defquels le traité ouilfuft ab:c,| fut fait, fi le Royaume de Caftille n’euft efté hereditaire. Etpourcefte foluementD| caufe ilfu t ^refolu que Philippe le Bel Roy de France n’atioit peu faire fouuerain.
KlArtus Ducdc Bretaigne vaflal du Roy d’Angleterre fans le vouloir du| y „ Duc,finonenquittant fon Royaume au Roy d’Angleterre, ce qu’il ne;ci „ pouuoitfàire,ny mefmesdepuiflanceabfbluë,7quoyqu’ondie,fànsIe Andréas,|i confentement des eftats: autrement la ceflion feroit de nul effect 81 va- demaioriutè.corj, leur, non plus que celle du Roy lean faite au Roy d’Angleterre, par “îïïÆ^pi.y le traité de Calais,par lequel il fift tranfport du Royaume de France au Scolfii^jPcoifa)j(! Roy dAngletefre, fans le confentement des Eftats : ce qui fut cafle par ^^rI & Boïïlu3:fl|j le traité de Chartres, par lequel le Roy d’Angleterre quitta tout le droit nenfisidïeripof-oj' qu’il auoit en la couronne : par ce que le Royaume de Frâce n’eft deuo- «S^ lu,ny par droit fucceflif du plus proche,ny par teftament,ny par tranf-ht P°rt,inais en vertu de la loy royale:à laquelle lesR.oys ne peuuent dero-, ger,(ans le confentement des Eftats : ce qui n’eft pas és Royaumes d’E£j, Paigne,d’Angleterre,d’Efcofle,deNaples&deNauarre.Mais dira quel-^ qu vn, le tiltre impérial ne peut-il pas foire fouuerain celuy qui eft vaflalj ^1a,gtruy; ^me 1e Prince,ou le peuple faifantvn efclaue Magiftrat,fem-ble aufli 1 afrachir.cela eft bien vray,fi l’efclaue eft au Prince,ou au peu- o^c ptxtor8 dcJ P^e: ' autrement non.aufli l’Empire n’a puiflance quelconque fus les fu-if
lU D E L A R E P V B L ï QJV Egets du Roy deFrance, comme eftoit Charle v. loint auffi que letiltre
L’epereur Impérial n emporte rien defouueraimiaçoit que l’Empereur efcriuant
n’eft pasab- aux Princes de l’Empire vfe de ces mots, n o v s te mandons,&c.Tu fç.
foluèment ras ceci,&c. Ce que les autres Princes ne font pas, mefmes enuers leurs
fouuerain. propres fugets. ôc q-ui plus eft, les princes ele<Seurs portent les qualitez
m de varlets domeftiques,come bouteillers,efcuyers,echanfons del’Em-
n pereur : neantmoins la maiefté fouueraine de ceft Empire là ne gift
,i en la perfonne de l’Empereur, ains en l’aflemblee des eftats de l’empire,neuuent donner loy à l’Empereur,ôc àchacun Prince en particulier:
>rte quel’Empereur n’a puiflance de faire edit quelconque, ny la
paix,ny la guerre,ny charger les fugets de l’Empire d vn feul impoft,ny
pafler par deflusl’apelintergeté de luy aux eftats.C’eft pourquoy f Em¬
pereur Maximilian. i. à la diette de Conftance,tenue l’an m.d.v i i. dift
aux eftats ôc au Légat du Pape, que prendre la couronne imperiale du
Pape^eftoit qu vne cçremonic,qui ne feruoit de rien,attendu que lau-
d:orité,&puiflance imperiale,dependoit des eftats de l’empire : ce que
nous eclarcirons particulièrement en fon lieu . En quoy on peut iuger
quilya peu de Princes abfoluementfouuerains. Carfinousoftons laIl n’y aPrin feigneurie de Venize, il n’y a Prince, ny ville en Italie, qui ne tienne de
ce en Italie lEmpire^ou du Pape,ou de la couronne de France. Nous l’auonsmon-
qui ne tien- du Roy deNaples. Quant au Duc de Milan, il eft naturel vaflal de
ne du Pape l’Empire, duquel ii prend l’inueftiture, & paye les reliefs, pour lefquels
ou del’em- rEmpereurMaximiliam, en moins de quinze ou feize ans, tira plus de
pire. tr°is cens liurçs:çarle Roy Loüys x 11. en paya pour vne fois centmilliuresdesSforces n’en eurent pas meilleur marché, ôc n’y a que cent
cinquante ans, que le Duché de Milan n’eftoit qu’vn fimple vicariat, &
chambre ordinaire de l’Empire.ôc mefmes Iean Galeace u. & Barnabe
fon frere,en l’inueftiture qu’ils eurent de l’Empereur Charle nu. font
appeliez Amplement V icaires de l’empire. & Galeace i. eftat accufé d’a-
uoir chargé les fugets de fubfides,fut mis prifonnier au chefteau deMo-
dene,par decret de l’Empereur, Ôc depuis il y mourut . Ôc fon fils A&ius
fut remis en la place du pere par Loüys de Bauieres empereur, qui receuc
cent mil liures, pour donner le tiltre de Princel’anM. cccxxv n i. &
depuis Galeace 111. beau pere de Loüys de France Duc d’Orleâs, paya
cent mil florins à Frideric 111. Empereur, pour auoir le tiltre de Duc,
Pan M. c c c x c v 11. Autant dirons nousduDucde Mantoüe, qui ad-
uoüe tenir de l’empire,duquel il s’appelle Prince. Quant au Duc de Fer-
rare,il aduoüe encores à prefent tenir du Pape, ôc paye tous les ans le ces
féodal,pour le regard de Ferrare:car dés l’an m.c c c l x x i i .le Marquis
d’Eft en fut eftabli vicaire par le Pape Grégoire, referué à l’Eglife la foyôc homage, reflort, ôc fouueraineté, Ô: à la charge de payer tous les ansdix mil florins d’or à la chambre faint Pierre,Ôc cent hommes de (eruice
payez pour trois mois,quand il feroit mandé, come i’ay leu au regiftre
LIVRE PREMIER. mdu Vatican. Ec quant àRege,ÔcModene, il aduoue les tenir de Pernpi¬
re : combien que le Pape Iules 11. fouftenoitque c eftoyent fiefs de 1e-
glife, ôc fift la guerre aux F errarois, ôcauRoy de France, qui l’aydoit,
tanepour cela,que pour auoir le cens féodal entier,diminué par Alexan¬
dre v i. Pape, en mariant fa baftarde Lucrece au Duc Alplions. Quant
aux Florentins, long temps a qu’ils ont pretendu liberté contre l’em-
pire, pour en auoir payé lix mil florins à l’Empereur Raol, comme auf-
fi les Gcneuois, qui furent afranchis par le mefme Empereur, comme
ils difent : combien que depuis ils fè donnèrent en protedtionauRoy
Charle vi. ôc quelque temps après auDuc de Milan, quiles receut, à
la charge d’en faire la foy ôc hommage aux Roys de France. En cas pa¬
reil , les Luquois payèrent à pEmpereur Henri y. douze mil florins,
pour eftreafrâchis:Siçnne dix mil, & Pierre Gambecourtc en paya dou¬
ze mil àl’Empereur Charles quatriefme, pour la feigneurie de Pife. mais
ce n eftoyent pas y rayes aliénations, ny exemptions de fugetion, ains
fîmples ottrois,ôc fubfides,auec quelques priuileges de gouuerner leur
eftat, foubs l’obeiflance de l’empire. Aufli n'éftoit-il pas en la puiflance
des Empcreursjiiy de prince quelconque,de rie aliener du domaine pu¬
blic^ beaucoup moins des droits de la maiefté fouueraine: qu’il ne foie
toufiours en la puiflance du fucceffcur d’vfer de main1 mife, tout ainfi
qu il eft permis au feigneur fus Pefclaue fuyart:comme fift bien cntëdre foi^matrfmo^
l’Empereur Maximilian i. ayant géré fon armee en Italie, auec le Roy ^S^§hwk'
Loüys x 11. alors les Florentins enuoyeréc Ambaffadeurs vers luy, pour dcb“°rJ
faire lafoy,ôc hommage de leur eftat, ôc obtenir confirmation de leurs mi .1.de nouât. C.
priuileges,qui leur coufta x l. mil ducats.Et cobien que le Duc de f1o~ LeRoy Phi
rence Cofme,fe foit fait feigneur de Siene par force, ôc par armes,fi eft- lippe vicai-
ce qu il en a pris Pinueftiture, Ôc en a rendu la foy ôc hommage au Roy rc de 1 empi
d’Efpaigne , comme vicaire perpetuel de 1 empire. Et fi les Sienois rc*
euffentefté affranchis, ôc exemptez de l’empire, pourquoy Iules n.Pape euft-il payé xxx. mil ducats à Maximilian , pour rachepter la
liberté de Siene , affin d’en inueftir le Duc ° d’Vrbin ? Et toutesfois c. Gukhardia»
cela n’a pas empefché, quele Duc de Florence, qui Pauoit conqueftee
par le droit des armes, n ay t efté contraint d’en prendre Pinueftiture du
Roy d’Efpagne, ôc enapayéfix cens mil efeus, lcfquels depuis le Roy
d’Efpaigne a voulu rendre au Duc de Florence, pour remettre Siene en
Peftat qu’elle eftoit : ce qu’il ne voulut faire, eftantaduerti que le Roy
d’Efpaigne la vouloit bailler auDuc de Parme,pour reiinirPlaifànce, ôc
Parme au duché de Milan „ duquel elles ont efté diftraites.Et comment
pourroiétles Empereurs d’Almaigne,qui font fugets aux eftats delem-
pire,aliener le domaine, ôc les droits de fouueraineté, veu que le prince
abfolumét fouuerain ne le peut faire?car les prices fouuerains, àbiepar-
ler,nefôt qu vfufruitiers,ou,pour mieux dire,vfagers du bié ôc domai-P
i70 DE LA REPVBLI QV ELes villes d’ne public. Et pour cefte caufe,Charle 11 i i.ottroyât la confirmatio des
Italie,nyles priuileges aceux de Perouze, y adioufta cefte claufe, tant qv’il vi-
potentats veroit. ôc neantmoins le Pape Iules i i.ofta cefte ville là aux Baillos &
hors le pa- la me*r foubs 1 obeiffance de l’Eglife. Et comment les villes d’Italie * &
pe&les Vc le Duc de Florence pretendroyentilsla fouuerainetéabfoluë, veuqUc
nitiens not pour les différents qui concernent leurs eftats,frotieres,domaine,tenu-
poit de fou résilies v ont plaider par deuât ^Empereur, ou bien à la chambre impe-
ueraineté. r^e ? & combien que les Geneuois, qui femblent tenir moins de l'em¬
pire , que pas vne des autres villes d’Italie, fuffent appeliez par deuant
l’EmpereurMaximilian 11. l’anM.D.xi x.àlarequefte du marquis de
Final, qu’ils auoyentchaflede fon eftat: ôc qu’ils vouluffent receuoir1 Empereur pour arbitre,& no pas pour iuge, ny fuperieur,fi eft-ce que
depuis ils ont efté à droit, après plufieurs défauts ottroyez par l’Empe-
reur,quiles menaffa par vn héraut d’armes,de les mettre au bâ impérial:
Or il eft bien certain qu’il n!y a que les villes tenues de l’empire, qu’on
mette au ban Impérial,foit par fentence de l’Empereur,foit par arreft dela chambre Imperiale,comme fut Minde3Muoftre,Magdebourg&au-Gencs me- très.Auffi les Geneuois.s’eftansportezpourappellansauPape,delafen-
naffee du tcncc interlocutoire de l’Empereur, ont depuis acquicfcé à la fentence
ban impe- renonçeans aleui appel, ôc recognoiflans la iurifHidion,refïort, ôc fou-
rial. uerainçté de 1 empire , duquel le Marquis de Final pretendoit rele-uernuement, Ôc fans moyen: & les Geneuois fouftenoient qu’il eft leur
vaflal. Et depuis le Marquis a efté maintenu en poffeffion du marquifat
par fentence diffinitiue-commei’ay veu par lettres du fieur de la Foreft,
Ambaffadeur pour le Roy, datees à Vienne du x v 111. Iuillet m. d. ix.
ce que l’Empereur iugea apresauoireu l’opinion des Iurifconfultesen
quatre vniuerfitez. ôc par autre fentence de l’Empereur, donee au mois
de Iuillet m. d. l x i i i i. ils ont efté condânez en vn procès qu ils auoiet
contre Antoine Flifque leur banni. Mais pourmoftrer plus clairement,
gcL.Taifclacü- quclesvillcs &eommunautçz d’Italie n’ont point de fouueraineté,ceft *
&os populos.C. que tous leurs aduocats, ôc1 Iurifconfultes ont tenu quelles ne peu-
uent faire loy ny couftume contraire, ou derogeant au droit com-
mun,que 1 Empereur Friderich fift publie^ ôc pour cefte caufe les villes
quittèrent par le traitte de Confiance les marques de fouueraineté. Et
mefme le do&eur3 Alexandre,le premier Iurifconfulte de fon aage, dit
que la iurifdidio ottroyee aux citez d’Italie, n’emporte pas fouueraine¬
té,^veu,dit-il,que l’Empereur donne iuges & commiffaires entre fes vil-
Les villes les. Auffi le traitté de Confiance fait l’an m. c l x x x i. où eft la confirma-
imperiales tion des priuileges ottroyez aux villes de Lombardie, porte referuation
reflortiffent de lafoy,& homage,reffort &:fouueraineté.Beaucoup moins pourroiet
par apel à pretendre fouueraineté les villes Imperiales d’Almaigne, fituees aux en-
la chambre claues del*ép.ire:& qui prétendent auffi auoir eu liberté des Empereurs,
imperiale, come Nurëberg deFriderichjfne d’Othon 111. Egre deLoüys deBa-uieres:
LIVRE PREMIER. 171uieresroubien qui fe font afrâchis cotre leurs feigneurs princes dc 1 em¬
pire, comme la ville deBrufuich,Vlme,&;autres:carles afranchiflemés,
n’eftoiêt que des impofitios,demeurât toufiours les villes fugettes à l’c-
pire : recognoiflant la iurifdi&ion de la chambre imperiale, non feule¬
ment pour les proces intentez entre les villes,ou contre les princes, ains
aufli entre les fugets d vne mefme ville,ou d’vn mefme prince, ôc lapel,
en cas ciuil,au deifüs de cinquante efeus reflortift à la chambre impéria¬
le , eftablie parles eftats de Pempirc, laquelle a puiflance de confirmer,
ou infirmer les fcntenccs des princes,& des villes. ôc comment pourroit
011 cafterleurs iugemens, s’ils eftoyent fouuerains?veu ce que dit vn
poete, Rcjcinderc nunqttdwi Dïis licct d£le Deum. Et combien quil y a
quelques princes deçà le Rhin, qui prétendent la fouueraineté, li eft-ce
qu’il faut par neceflité, qu’ils tiennent de la couronne de France, ou de
l’empire:veu quetoutlepays de Lotharingie,&le royaume d’Arles, a-
pres la m ort des trois enfans de Lothaire,furent partagez entre Charle le
Chauue Empereur, ôc Loüys Roy d’Almaigne fon frere, comme on
peut voir en Fhiftoire de Guitard, ôc Floard, & mefmes par l’hiftoire dc
Lambert. Oreft-il que le'vaflal ne prefeript iamais l’hommage du fei- LeDuc dc
gneur,ny le fuget la iurifdidtion du prince : ôc les ottrois, ôc foufrances Lorraine
des Empereurs, & des Roys de France-, n ontpeupreiudicierà la cou- prince de
ronne ny à l’empire. Il faut donc conclure, qu’ils demeurent fugets de [empire,
l’vn ou de l’autre. & combien que plufieurs penfent que le duc de Lor¬
raine foit abfolument fouuerain, pour le blazon quil porte dubras ar-
mé, voulant dire, comme il femble qu’il nc tient rien que del^{pee : fiefface toutesfois gu ilfe califie en fes tiTtres, Prince du faint empire : qui w^eftfelttîecognoiftre la maiefté imperîale-.ioint aufli qu’il procede ordi¬
nairement en la chambre imperiale : non qu’il ayt feance auxeeremo-
nies comme quatriefme Duc de l’empire: aufli ne tient-il pas la fix-
iefme partie de l’ancien Duché de Lorraine, qui eftoit vn gouuerne-
ment général dc tous les pays d’entre Meule, ôc le Rhin : car les Empe¬
reurs me fin es prenoyent quelquesfois cefte qualité de Ducs de Lorrai- (juc[1 /
ne,comme i’ay veu en vn traité d’alliance entre l’Empereur Charle un. ^ orrajncôc IeanRoy de prance.Et neantmoins le duché de Lorraine tel qu’il eft, ,e 0.iv- )T- n • j r> 1 deuoiu auxtient de i empire: car nous trouuons quEltienne comte deDOulongne t sen fut inuefti l’an m. x i x.parl’Empereur Henri 1. & aux mémoires com^eS 5
de l’Archediacre de Verdun, on peut voir comme perri comte de Vau- a
demont fouftint au cocil de Conftance que c’eftoit vn fief impérial qui
11’eftoit deu qu’aux malles, Remporta la faueur deSigifmond Empe¬
reur^ otre René d’Anjou, qui auoit efpoufé Ifabelle heriticre de Lorrai¬
ne,leql nofapas nier,quecenefuft vnfief impérial,mais bié qu’il pou¬
uoit moftrer plufieurs fiefs impériaux adiugezaux filles, aufli depuis e-
ftâtles deux pties venues aux mains,René fait prifonnier dc Fcrri,accor-
dapar traité exprès,que fa fille Iolâdfuft mariee au fils de Ferri Antoine,p ij
i77 DE LA REPVBLI QV Eà la charge que fi René decedoitfans mafles, le duché retournait à Ia
maifon de Vaudemont, comme il eft aduenu. Or s'il eft ainfi que lc
duché de Lorraine foie vn fief impérial , ny le feigneur de Lûmes
ny le comté dApremont^qui font aux enclaues de Lorraine, ne pou!
uoyentpretendrela fouueraineté comme ils font, puis quil eft certain
en termes de 4 droit, que celuy qui a territoire limité, a mefme droit
ad munidplics j. &r chacun des particuliers,qui font au pourpris de fon territoire, com-
pTb^ritCLiCacbiu- me 11 a^ur tous en général, s’il ne fait apparoir d exemption fpeciale, ôcinSÎao?poCpu& authentique, qui eft vn point, par lequel tous ceux qui prétendent laios.defumma tri- fouueraineté dedans les enclaues, ôc territoire d’autruy , peuuent eftn*nit. C. argu.l.pu- 11 j r • rr ■ 1piiius f.tcmtoiiü. déboutez : ce qu on ne peut pas ii ailemcnt iuger de ceux qui empie-
cbVSnmf/coK* tenc la fouueraineté fus les frontières des Princes fouuerains : comme
ofaixy font cin<3 feigneurs du païs de furceance, entre le duché, ôc franche
jædeCricra “e i c CGmt^ de Bourgongne, la Princcflé de la Frize Orientale, ôc ccux qui fe
rrah. empt. c. & font emparez par foufrance du pays des débats, entre les royaumes dede offi. ordinar.^• Angleterre ôc d’Efcofle: l’Abbé de Gofen, entre Mets, ôc le pont à
«otis BddK^ib- Mouflon J qui ticnt l’Abbaye & x x v. villages en tiltre de fouueraineté,
mi£tàturCudllm *’ ^ans rccogn°iftre feigneur quelconque : comme aufli firent les fei¬
gneurs de Beauieu, fe voulans exempter de lacouronne de France,fe
auoiierent de l’empire, & furent comprins au vicariat du Duc de Sa¬
uoye, duquel aufli peu à peu ils s’exempterent, finis vouloir recognoi¬
ftre, ny Duc, ny Roy ,ny Empereur. Quant auDuc de Sauoye,ilfc# calific vicaire perpetuel, ôc Prince du {aint empire, tenant en foy, &
hommage le pays de Sauoye, érigé en comté par Henri v. & depuis en
duché par Sigifmond Empereurs, Ôc comme vaflal de l’empire il a ren¬
du la foy ôc hommage depuis qu’il eft rentré en fes pays, ôc mefmes l’an
m. d. l x 1. il enuoya procuration fpeciale au comte d’Arqucs, premier
chambellan de l’Empereur, pour auoir vne autre inueftiture, que celle
qu’il auoit prife à Aujpourg,par ce quelle ne luy fembloitpas en affez
bonne forme, commei’ay veu parles lettres du fieur delaforeft Am-
bafladeur pour le Roy vers pEmpereur.Mais il eft bien difficile d’en faire
vne forme qui luy foit bonne, car il femble que la qualité de vicaire per¬
pétuel fait preiudicc, non feulement à la fouueraineté, ains aufli àla
Les Ducs <lua^ de feudataire, ôc propriétaire des terres quon tient d’autrui, fi
de Saxe ôc CC ll c^ Par equiuocation. Les Ducs de Saxe ôc comte Palatin, font bien
Palatin vi- au^ vicaircs de l’empire perpctuels, mais c’eft pour faire iuftice aux
raires de ^™ces & villes Impériales, contre pEmpcrcur mefmes, comme nous
pEmpirc dirons en fon lieu : ôc à tous ceux qui font de leur gouucrncment. ôc
faut que celuy qui prend qualité de vicaire, lieutenant ôc gouucrneur,
ne foit pas feudataire, ny propriétaire des fèigncuries quil tient de ce-
luy duquel il eft lieutenant. Et par ainfi le tiltre de vicariat perpetuel
fe doibt raporter aux autres païs, Ôc hors lc territoire, ôc domaine
de Sauoye: ce que les autres Princes d’Italie, ôc d’Almagnehaccor¬
derontr
LIVRE PREMIER. mdcront pas, & moins encorès le Roy de France, qui ne tient rien de
l’empire , où il puifle eftre iuftitiable des vicaires de l’empire, ioint
auffi que FEmpereur Charle 1111. fift Charle v i. Daufin de Vien- Charle vi.
nois vicaire perpetuel l’an m. p. L x x v i ï i. le xiij. Ianuier: &par R°y de Fra
ce qu’il n’auoit que neuf ans, l’Empereur luy donale benefice d’aage. Ôc ce vicaire
parles lettres patentes de vicariat perpetuel, qui font au trefor de Frâce, perpetuel
en feel d’or, ôc dont ray la copie,il n y a rien excepté que le comté de Sa- de l’empire,
uoy e. ôc qui plus eft,la puiftance.de la vie, ôc de la mort luy eft ottroyee
furies fugets de l’empire, & puiflance de doner grâces, impofer, ôc leuer
tailles,ôc en exempter qui bon luy femblera, ôc de cognoiftre par main
fouueraine des appellatiôs intergettees a l’empire,faire la paix ôc Ja guer¬
re, donner loix aux fugets, ôc icelles cafler ôc abroger &c.le vicariat eft
pour tout le royaume d’Arles,qui s’eftendoit depuis le mont faint Clau¬
de,la Saonne ôc Rofne iufques aux Alpes, ôc à la mer:que les Impériaux
ont toufiours pretendu eftre tenu de Fempire. mais les comtes de Bar-
ceIonne,&deProuence ontfouftenulecôtraire:entre lefquels fut Ray¬
mond dernier) les filles duquel furent mariées à Loüys ix.& à Charle
de France, ôc par ce moyen le comté de Prouence eft venu à la maifon
d’Anjou puis à la couronne. Combien que Philippe de Valois Roy de
France auoit achepté de Henri v. Empereur, la fouueraineté de tout le
royaume dArle,fans excepter ny le comté deSauoye, ny la principauté
d’Orége, ny de Beauieu,qui depuis fut doné à Loüys duede Bourbon,
ny lecoté de Prouéce,qui eftoit lors en la maifond’Anjou:nylafrâchc A
comté(quifut donné à Philippe le hardi par Charle 1111. Empereur,l’an ^cquiiitio
M.cccLXiixftantdeuoluàFempireàfautedcmales)&lavendition e a °l*ue~
de la fouueraineté dudit royaume d’Arles faite pourlafomme detrois raincte du
ces mil marcs d’argét,auec promefle de faire ratifier les princes de l’em- loyaume ^
pire,qui eurent depuis le contrat pour agreable,& Iean Roy de Boefme ^ r*cs*
en fut garend ; lequel vendit auffi la ville de Luques au mefme Roy cent
L x x x.mil florins d’or Fan m. c c c x x x. les contrats,ratificatios,& qui-
taiices font encores au trefor de Frâce, doti’ay les copies collationnees à
Foriginal:qui meritoyét bien d’eftre veuës par ceux qui furent deputez
pour les affaires de Sauoye Fan m.d l x i i.Et quafi au mefme teps,p£m-
pereur Loüys deBauieres fift Edouard 11 i.Roy d’Angleterre fon vicai¬
re perpetuel,& luy en fift depefeher lettres patétes,luy portas puiflance
de faire loix ôc droit aux fugets de l’empire,&que tous fugets de l’empi¬
re,euflent a luy obéir,&luy rendre la foy,ôc hommage en fon nom.qui
fut vne occafion; exquife,& cherchee de faire guerre au Roy de Frâce,
qui tenoit Cambray,&les chafteaux de Creuecœur,& de Paillerne ,me- /. FroifTard, lit.ï,
bres de 1 empireiparce que les anciens traitez faits entre les Roys de Frâ-
ce,&les Empereurs portoient,qu’ils ne pourroient rien acquérir les vns *
fuslesautres,comeilfutremoftréauRoy Edouart,par les princes impe- ^ 1*riaux alliez auec luy,&: lors aflemblez en la ville de Haie. Qui eft vn tref-P iji
i74 D.E LA REPVBLI QV Egleterre vi- certain argument, que les Roys deFrâce ne tiennent rien de l'empire;^
Caire perpe- qui eft auffi expreffémet porté au cotrad d’acquifition de Philippe Jc
tuelde 1cm Valois, que i’ay coté cy deflus,qui porte cefte claufe, Et demeurerot les
pire. Roys ôc Royaumes de France,és priuileges,franchifcs, ôc libertez qu’ilsont toufiours tenues,contre l’empire d’Almaigne, auquel ils ne font en
rien fugets. Ce quon fift bien entendre à l’Empereur Sigifinond,quâd
Le royau- il voulut faire duc le comte de Sauoye en la ville de Lyon,de fa puiflance
me deFra- imperiale : car les officiers du Roy s’y oppoferent, ôc fut contraint aller
ce,ne tient hors le royaume, pour vfer de fa puiflance, ce qu’il fift en cholere, & l
rien de l’em grand regret. Et cela fut fait par expres mandement du Roy, pour cou-
pire. urir deux fautes notables quon auoic faites : l’vne de pafler par foufran-ce,que l’Empereur Sigifmond eftant receu à Paris magnifiquement, &
comme ilappartenoit à Fonde du Roy,euft feâce au lieu Royal en plein
parlement: ôc puis on endura qu’il fift cheualier le Senechal de Beaucai-
re. Quant à ce dernier point,la cour en fift remoftrance au Roy, ôc qu’à
luy feulappartenoit faire Cheualiers en fonroyaume-.commeil auoit e-
ftéiugéfolennellement par deux arrefts,contre les comtes de Flandres
ôc deNeuers.Cequci'ay bien voluremarquer, pourmonftrerl’erreur
d Alciat, qui afouftenu que le Roy de France eft fuget de l’empire : qui
eft vne erreur ou ingratitude affedee, veu les gages quil auoit eu en
France,pour enfeigner la vérité : fi ce n’eft quil voulut fauorirf Empe¬
reur qui leretiraaPauie,& luy doubla fes gagcs:commc fift l’Empereur
€. Iatnaat.de Chadei111* 4ui * ennoblit Bartol., & luy donna le lyon de Guelles en
infignüs & armis. champ d argent, ôc puiflance d’ottroyer benefice d’aage, pour luy, &
càptjuls cxtdc! Pour les fiens ^ qui feroyent profeflion d’enfeigner le droit, ôc en reco-
prccado.ad î.Rho- gn oiffimee d’vn tel bien-fait, Bartol7 à laifl e par eferit, que tous ceux là
lont hérétiques, qui ne croy et pas que I'eih pereur foit feigneur de tout
le monde:ce qui ne merite point de refponfe: veu que les Empereurs dc
Rome,ne furent iamais feigneurs delà trentiefme partie dc la terre :&
que Kempire d’Almaigne,n eft pas la dixicme partie de l’empire des Ro¬
mains.Et toutesfois 1 Empereur Sigifinond,malade d’vne ambitioii in*
curable, s ingéra de faire Roy le duc de Lituanie ( qui eft à plus de deux
cens lieues des frontières dcl empire d’Almaigne) & luy cnuoyalacou-
ronncimais le duc la refu(a,& ne changea point de qualité:iaçoit qu’ilfc
Les Rois dc exernPte puiflance, & fugetion dcsTartares. Nous voyons
Poulongne au^ que les Empereurs d Almaigneontcnuoyéles couronnes royales
ne tiennent aUX ^UCS ^ou^ongnc3 auparauant que le Pape leur euft permis de
riende l’em Portert^l:rcroy^‘^:ncatmoins^cftI:outcertain, que les Roys de Pou-
pjre longue n ont iamais rien tenu de 1 empire : auffi les Alcmans ne l'ont ia-v ' mais prétendu : mais bien au contraire, les Poulonnois ont conqueftepartie de la Silefie, ôc la fouueraineté de Prufle:dcquoy les Alcmans ont
fait fouuent plainte aux eftats de l’empire, mais ils n'ont rien ofé atten¬
ter : fçaehant bien que les Roys de Poulongne ont mis en route les Em¬
pereurs,
LIVRE PREMIER. mpereurs, Ôc arniccs Imperiales, toutesfois ôc qualités que les Empereurs
ont voulu p retendre la fouueraineté de Poulongne. Caril femble que
les partifans de l’Empire d’vpe part, ôc de l’Eglife d autre part, ont vou¬
lu prétendre qui pour le Pape,qui pour l’Empereur la fouueraineté, ôc g>lU1<UneS
puiflance par deflus touts les Princes Çhrefticns. les vns ont efcript8 ftoraiis.de refep.^
que touts les Roys facrez font vaflaux du Pape : les autres ont tenu,dciurciurando.que les Papes peuuent donner curateurs aux Roys infenfez. Il y en
a qui ont pafie plus outre, difant2 que le Pape a iurifdidion fus l’Em-
oereur par puiflance, & fus touts les Roys, & Princes réellement, & 2. in cap. nouir.deT r r 3 , \ • n x C rr iudic. in cap.lolita;de faid:horfmis fus les Roys deFrance, quelesGanoniites/conrelient, demaioruate.gio.
quil ne rccognoift défait rien plus grand que foy après Dieu: mais il iuiÆ® pr°‘
y a vn do&eur 4 Efpaignol qui dit que le Roy ne recognoift ny de fait,
ny de droit Prince du monde: comme aufli faitOldrad le premier de fihjfum légitimé
fon aage. Aufli ces bons dodeurs là pour toute raifon de leur dire, tit. 14. § nunc vi-
nont rien de meilleur que Pauthorité du Pape Gelafe5 , quia eferit fpTcXoïdr'ad!11
que les Papes peuuent defpouiller touts les Princes de leur puiflance: "“^llexiàllli
&vn autrequia fouftenu, qu il y auoit appel6 au Pape de tous les peu- ,dciureiu«do.c«.1 1 » l rN -rr Bald.in cap.pafto-nles, ôc monarques: qu’il n y a que 1 Empereur, ôc ie Pape, qui puiiient ralis'de refeript.1 i n -7 n i n • 8 1 t) ’ l 5 ‘ 6. caufa.i. cap.adreuoquer leurs arrefts7 : ôc deititucr les autres Roys : qu il n y a Pnn-Romanam. Ho-ce, que celuy à qui le Pape a confirmé laprincipaüt&quilpeut* don- ^“cdacpfid^
ner priuileges, exemptions,& immunitez aux fugets d autruy, contre 1cnaftr“x^"°r^
les edits, Ôc ordonnances de touts les Princes : ôc qu’il eft le feul ôc ge- probar. ex caP.ego
lierai iuge des exempts. Et combien qu’il y en a qui ont tenu, qu’on caufap.q.j.&can.
doit s’arrefter à ce que dit le Pape, fans autrement s’enquerir de la ve- ^^ca^cun-
rite: fi eft-cetoutesfois que Balde1 eferit qu’on luy peut dire fauf vo- aapcrmundnm.n 1 J' r &ca.n«nini.i7.q.ftrc reuerence. Et d autant que touts bons lugets, ont intereit de lou- 4.
ftenirla grandeur, ôc maiefté de leurs Princes ie n’entreray point auxtenriam refcmdi.difputesde Iacques de-Teranne chambrier du Pape, ny de Capito du
Moulin, & autres,lefquelsfe font abuzezfouuent, oude propos deli- g0^h-^ap , dt
beré, eftanspreflezdepaflions violentes: &fans propos ont entré au natura feud/ex^
merite delà religion: ie ne parleray que de la fouueraineté, qui eft le fentent.&- re iudic.
fuget que ic traite : affin qu’on entende qui font les princes abfolu- ^a^uîii^dc?m-
ment fouuerains, & fi les autres Princes font fugetsàPEmpereur,ouau
Pape,Depuis que cfregoire,celuy que premier s’appella,l’c{claue des ef- ^n?el^f7rfp1ta0num
claues de Dieu, obtint de Phocas Empereur de Conftantinoble, la cicmemis Pont,
prerogatiue fur touts les Euefqucs, ( en quoy il fembloit faire vn pre- ^.S^xîra-6
iüdice incuitable à la prerogatiue de la chaire faind Pierre ) fes fuc- ^f^& oïcdient
cefleùrs tournant le fpirituel au temporel , ont toufiours peu à peu i^aUUnLm^»-
agrandileur puiflance: de forte que les Princes, tant pour la crainte,
qu’ils auoyent lors enuers Dieu , que pour le degré de la prelature,
commencèrent aies rcuercr beaucoup plus que au parauant : &mef-
mement depuis que l’Empirc d’Orient commcncea à decliner , qui
fut alors que les Papes firent deffenfe aux peuples d’Italie,de payer au-P iil)
17* DE la repvbliqvecun impoft aux Empereurs de Conftantinoble, ny les rccognoiftrc
come feigneurs, par ce que Léon Empereur furhommé Iconomaque
ou chaffe image , & Thomas auffi Empereur, faifoyentabatre lésiné
ges: qui fut caufe que lvn fut tué par le peuple au temple fainde Sophic
alors les Roys de Lombardie s’efforcèrent de fefaire feigneurs d’Italie-
Ôc les Papes de leur codé y vouloy ent auoir part : & fur ce different, lcj
Papes fe getterenten la protedion des Roys deFrance, qui eftoyent
alors lesplus grands monarques de la Chreftienté. qui fut caufe, qUc
Pépin grand maiftre de France, qui difpofoit alors des affaires de ce
Royaume, paffa en Italie, & après auoir vaincu les Lombards, fut lc
premier qui fift part des feigneuries d’Italie à Zacarie Pape , qui l’a,
uoit couronné Roy de France, faifant deffenfesaux Princes, &peuple
de France d’en eflire d’autres que de la maifon de Pépin, après auoir
déclaré publiquement le Roy Childeric inhabile à commander, à
quoy le peuple deFrance fift d’autant moins de refiftance, que Pépin
auoit lanoblefle, ôc l’armee de France à commandement, ôc que le
Pape, qui lors eftoit eftimé comme Dieu en terre, en eftoit autheur:
auquel Pépin promift folennellement, ôc en depefcha lettres paten¬
tes, que s’il eftoit vidorieux des Lombars, quil donneroit à l’Egli-
fe deRomelexarcat de Rauenne, qui contenoittreize villes, &Pen¬
tapole, qui contenoit feize villes : ce qu’il accomplit depuis après la
vidoire , mettant les clefs des villes fus l’autel faind Pierre : refer-
uant neantmoins à luy &aux fucceffeurs de la couronne de France la
fouueraineté, Ôc qui plus eft le pouuoird’eflire les Papes :ôc par mef-
mc moyen le Pape luy perfuadade prendre letiltre d’Empereur, qui
eftoit alors propre aux princes de Conftantinoble. Apres la mort
de Charlemaigne, ceux qui auoyent credit àRomc,fefaifoyenteflire
papes parle Cierge, foit pour la deffiance qirils auoyent de n’obte¬
nir pas cefte dignité des Roys de France , n’ayant,point de faueurs
en co.ur : foit pour la négligence des rovs de France, qui ne s’en don-
noyent pas grand foucy: foit pour les guerres ciuiles, qui furuindrent
entie les enfans de Loüys Debonaire. Toutesfois on peut voir en
Guitard , qui viuoit de ce temps la, que trois papes fucceffiuement
font venus en France , pour s’exeufer à Loüys Debonaire , qu’ils a-
uoy ent efté contraints par le Clergé de Rome, d’accepter la dignité
papale, lefupplians de 1 auoir pouraggrcable: ce qu’il fift craignant ir-
ritei le Cierge, qui auoit tel credit,qu’en fin ils contraignirent de quit¬
ter la couronne, ôc fè faire moine ôc fa femme nonain vn an entier.Mais
depuislamort de Loüys Debonaire,qui eftoit Empereur, de France,
d Àllemaigne,&:de la plufpart d Italie,& d’Efpaigne,l’Empirefut diui-
fe en trois Royaumes, queCharlelechauue,Lothaire, ôc Loüys frères
tenoy ent chacun en titre de fouueraineté, fans rccognoiftrel’vn l’autre&que
LIVRE PREMIER. tyfôc que les enfans de Lothaire fubdiuiferent la part de leur pere en trois
Royaumes c'eft à fcauoir. le Royaume de Lorraine,le Royaume d’Ar¬
les, ôc le Royaume d’Italie, la puiflance des Papes s’accreut bien fort
fuccedans par voye d’eleCtion , & ne recognoiffans paslamaiefté des
Roys de France , corçime ils debuoyent : ce qui aduint principale¬
ment au temps du Pape Nicolas i. qui s'’entendoit mieux au maniment
des affaires d’eftat,que fes predecefleurs; ôc qui fut le premier qui vfa ri-
goreufement enuers les Princes de Finterdi&ion, ayant excommunié
Lothaire frere de Loüys Roy d’Italie. Iointaufli, que la fucceflion des
trois enfans de Lothaire, qui moururent fans hoirs légitimés, eftant di-
uifee entre leurs oncles Charles, & Loüys, l’Italie efcheut à Loüys Roy
d’Almaigne, qui gouuernoit l’Italie par lieu-tenans, ôc .vicaires, qui Accroiiie“
n’auoyent pas grande puiflance de refifter aux Papes. &que Guifchard ^^de la
le Normand, qui conqueftale Royaume de Naples & de Sicile, tenoit PulAance
la main aux Papes,iufques à ce que fes fuccefleurs mourans fans mafles, s aPes#
laiflcrentl’eftat de Naples,&de Sicile à vne fille,qui fut mariee àFrideric11. Roy d’Almagne, lequel venu en Italie, voulut faire Pape f vn de fes
fauoris:& le Clergé d’autre cofté,eflifoit qui bon luy fembloit:& celuy
qui eftoit efleu du clergé, venoit en France , pour s’appuyer de la gran¬
deur ne nos Roys, qui le maintenoy ent, foit pour la reuerence des Pa¬
pes efleuz Canoniquement : foit pour affoiblir la puiflance des Empe¬
reurs: de forte que Friderici i. eftant excommunié du Pape, ôc voyant
vnerebellion ouuerte des fugets, contre vn Prince excommunié, fc
retira en Almaigne après auoir eu abfolution du Pape Innocent, en
quittant le droit deledion: ôdaiflant les Royaumes de Naples, ôc de
Sicile à Manfroy fon baftard, lequel fut aufli excommunié du Pape
Vrban : qui appella Charle de France Duc d’Anjou frere de Loüysi x. &Pinueftit de ces deux royaumes, referuantle comté deBeneuent,
ôc la foy, ôc hommage, reflort, & fouueraineté dufurplus : &hui<5fc
mil onces d’or de cens fœdal annuel, ôc perpetueheommenous auons
cy deflus.Depuis lequel temps,la maifon d’Arragon, qui fuccedoit
à Manfroy par droit de proximité , ayant toufiours querelle auec la
maifon d'Anjou, trouua moyen degaigner la faueurdes Papes, &fe
conftituer leurs vaflauxnon feulement pour les Royaumes de Naples,
ôc de Sicile,ains aufli pour les Royaumes dArragon Sardigne, Corfe-
gue, Mallorque,Minorque, commei’ay dit. de forte que les Papes
croiflent leur puiflance de la querelle de ces deux maifons : iouiflans
paifiblement de la Romandiole, de partie de la Tofcanc, ôc du Du¬
ché d’Vrbin en vertu de la donation que i’ay dit : & de la fouuerai¬
neté de la ville de Rome, qu’ils auoyent peu à peu affugettie,iaçoic
que Charlemaigne auoit expreflement voulu qu’elle demouraft en
pleine liberté , auec puiflance aux habitans de gouuerner leur eftat.
r7S DE LA R E P V B L I Q^V EComme dit Auguftin Onophre chambrier du Pape dit auoir leu aux
regiftres du Vatican, lcfquels ie n’ay pas touts veuz. Mais il eftbien cer¬
tain que s’il y auoit quelque Prince fouuerain, qui fuft tyran, ou hc-
i*etique,ouqui euft fait quelque mefchanceté notable,le PapeTexcom-
munioit, qui eftoit la feule occafion de faire reuolter les fugets, & ar¬
mer les autres Princes, contre celuy qui eftoit excommunié : &ii“y a~
uoit moyen de rentrer en grâce , finon en fe constituant feudatairc
del’Eglife de Rome, ôc vaflal du Pape. Comme i’ay dit de IeanRoy
d’Angleterre,qui fefift vaffal d’innocent 111. pour le meurtre commis
en la perfonne du ieune Artus Duc de Bretagne : & augmentèrent auf¬
fi le censfœdal d’Angleterre, pourle meurtre commis par comman¬
dement du Roy d’Angleterre,en la perfonne de Thomas Archeuefquc
de Canturberi.commc il ad uint en cas femblable pour le meurtre com¬
mis en la perfonne dc Staniilaus Archeuefque de Gncfne le Pape exco-
munia le Roy,& oftaletiltreRoyalaux Roys dePoulongne, enioignat
aux fugets^comme quelques vns ont eferit, de tondre leur cheueux à la
forme qu’on les voit:de forte quelesPoulonois n ont eu que des Ducs,
iufques à ce qu’il pleuft au Pape leuer les deffenfeSjdu temps de Lacoldc
Duc de Poulongne,qui receut la couronne Royalle du Pape Iean xxn.
aucc promeffe de rédre certain tribut quife paye encores à prefentpour* Thomas cromcr. lalampe Saind pierre : comme nous lifons en leurs3 hiftoircs : de forte
taires des 4ue lesR°ys D’Angleterre^’Arragon,de Naples,dc Sicile, deHierufa-
p # lem,de poulongne,de Sardigne, de Corfcgue, des Canaries, eftoyent* * feudataires des papes,ou tributaires,ou l’vn & l’autre enfemble. Ils ont
auffi prétendu la fouueraineté du Royaume d’Hongrie leur appartenir.
&de faid il eft compris au Catalogue delà Chancellerie de Rome. &
mefmes i’ay veu au regiftre du Vatican vn ade daté de 1 an m. cc xxix.
par lequel LancelotRoy d’Hongrie promet obeiffance au papeBenoift
xn:&rccognoift qu’ildoibt prendre la couronne de fes mains: &par
vn autre ade Lancelot ii.Roy d’hongrie, pour la defobeiflance par luy
comife au légat du pape,&pour en auoir abfolutio, il s’oblige dc payer
à la chambre du pape par chacun an cent marcs d’arget. l’obligation eft
de l’an m. cc lxxx. Vray eft qu’il y a vn autre ade au mefme regiftre en
date de l’an m. ccc vin.par lequel on peut voir,que les Baros de Hon¬
grie s’oppoferent au légat du pape, qui difoit que S. Eftienne premier
Roy d’Hongrie auoit pris la courône du pape, & quils n’endureroyet
pas que le Pape euft telle prerogariue fur eux: toutesfois qu’ils n’empef-
cheroyent pas aufli, que le Roy par eux efleu,ne fe fift couronner au Pa¬
pe fi bon luy fèmbloit,& à la fin del’ade, il y a plufieurs edits faits parle
légat du Pape,touchât leftat d’Hogrie, aucc deffeces aux Roys d’Hon-
grie d’aliencr le domaine de la couronne ; qui femble auoir efté la caufe
de faire citer à Rome André Roy d’Hongrie, pourauoir aliéné ledo-
maine. ce qu’on ne doibt pas trouuer eftrange de ce temps là, veu queaut
Livre premier. m:au mefme temps nous voyos les defenfes faites par le Pape aux cotes de ^ ^ ^ ^
Toulouze,& inferees aux decretales4,deleuer nouuelles charges fur fes bûraLTvab.
fugets Nous trouuons aufli que Godfroy de Bouillon ayant eonquefté gTorand
le Royaume de H ierufalem,& de Surie,auoua le tenir du Pape en foy 3c m je
hommage, aufli eft il compris au catalogue des Roys feudataires de l’E- scrlife de Rome.Et quant aux giids maiitres de l’ordre S .Iean de Hiéru- Fcüdatair’c
Cflem, qui eftoit compoféd’huit peuples de diuerfelangue , ils en ont ^ R
toufiours efté inueftisparlePape, & en font encores la foy chômage ^ ^
aux Papes: de la puiflance fouueraine qu’ils ont furies cheualiers de fon &d£p°
ordre:iaçoit qu’ils fifl'ent hommage àCharle v.Empereur de Tripoli en w * *
Barbarie,au parauant qu elle fuft en la fugetion du Tuic, 3c qu ils facet
encores à prefent la foy 3c hommage de 1’lfle de Malte au Roy Catholi¬
que, qui leur a efté baillee à cefte charge. Et quantauF.oyaumede Na-
uarre,le Pape Iules n.apres auoir interdit Pierre d’Albret , comealiédu
Roy de France Loüys xn.qui eftoit aufli excommunié, le dona au pre¬
mier quile pourroit conquérir, àla charge toutesfois de le tenir en foy
chômage de l’Eglife de Rome. Et mefme depuis peu d’annees lePape
Pius.v. en voulut faire autant à Ieâne d’Albret Royne deNauarre,l ayât
fait citer à Rome,& depuis par defaux ôc contumaces la fift condamner
par fes commiflaires,fi leRoy Charle ix.neuft pris fa protedion, com- ^
me eftant fà fugette vaffale, 3c parente : ce qu’il fift entendre à touts les
Princes Chreftiens-.combien que l’Empereur perdinâd ne s’en foucioit corcjegefs
aucunement quelque remonftrance queluy fift la poreft Ambafladeur ^ J*EmpirC
de France. Car les Princes Chreftiens auoyent prefque touts opinion, D0natj0n
que le Pape eftoit abfolumét feigneur fouuerain de touts les Royaumes ^ l’Êmpe-
de la Chreftienté. Et mefmes leRoy d’Angleterre s’eftantreuolté cotre reur Qt}1C)n
lePape, le Comte d’Aifimond enlrlande, vaflal du Roy d’Angleterre Iin aupape
enuoya lettres auRoy de p rance Henri 11. offrant fe mettre en fà fugetio,
s’il vouloit demander au Pape la fouueraineté d’Irlâde. Ils ont aufli pré¬
tendu la fouueraineté de la Mirande, 3c des Comtez de Concorde,rc-
ge,Modene, Parme, 3c plaifance:combien qu’on pretend parme 3c plai-
fance eftre membres du Duché de Milâ:Rcge,& Modene fiefs de l’Em-
pire:come en cas pareil le Comté de Concorde eft vn fief tenu de Em¬
pire,&qui fut érigé en Comté par figifmond Empereur. Et quanta la
Mirande, les princes ont toufiours fouftenu qu’ils eftoyent vraysfuc-
eeffeurs delaComtefleMahaut, qui eftoit dame de Concorde ,Rege5
Modene, Vautres feigneuries quelle donnaàl’EglifedeRomc, pour
le regard defquellesle pape demeuroit vaflal de l’Empired’Almaigne.Et pour s’en exempterais fe firent paffer vne donation, que i'ay leu au
regiftre du Vatican, fans date, par laquelle Othon Empereur ( il n eft
point ditlequelydonne au pape,&àl’EglifeRomainc,pifanre, Ancone.*
ïoffabrü,& Aufun.& vne autre lettre patente D’othon mi.Empereur,
au pape Innocent xii.ou il vfe de ces mots, EGO Oiboiui.l{exl{o-
1*0 DE LA REPVBLÎQVEmanorum fiemper Auguftus, tibi Domino meo Papœ Innocentio u t. tuifhue
fiuccejfioribus ëcclefiœ Romanefiondeo, polliceor & iuro quod omnespoj]çj]i0*
nés Ecclefiœ, & ce qui s’enfuit bien au long, portant confirmation des
donations faides au Pape & à l’Eglife, de quelque Prince, oufeigneur
que ce foit,& y comprendauffi comitatus Perufiœ, Reate ,Sahuay Intt-
ramne3Campamœ, neenon Romam> Ferrariam, &c. Marchiam> Anconit^
nam> terram comitijjœ Matildis 3 & quœcunque funteitra Rodicofianum,
Ceperanum3 exarchatum Rauennæ, Pentapolin} cum aliis terris (y ç
ôc la mefme confirmation fe trouué deRaol, & Charle un. Empel
leurs, en date de Tan m. c c L x x x i x. Sc m.ccclxviii. portant
qu’il d’onne auffi d’abondant au Pape, & àpEglifè Romaine, tant que
befoin feroit:& pour ofterles rebellions tout ce que'Henri y.fon aycul
auoit donné à l’EgUfe, eft confirmé. En forte que fi les donationsfont
valables, les Papes font exempts de la foy, & hommage deue aux Em¬
pereurs à caufe des fiefs qu’ils tiennent, 3c qui font membres de Em¬
pire d’Almaigne. Mais files Empereurs n ont peu alliener la fouuerai¬
neté, &droi<Stcfeigneurie de ces terres,les Papes demeurétyaffauxde
pEmpirc*Nous pouuonsdirele femblable du droit dele&ion des Pa¬
pes que les Empereurs d’Almaigne ont prétendu. Car pEmpereur Fc-
deric 11. pour auoir abfolution du Pape Innocent un. luy fift expe-
dier lettres patentes fellees en feel d’or, en date de Pan m. ccxix.
dont i’ay veulextraid ôc de fon Empire v 11. de fon regne de Sicile xxn.
par lefqu elles il quitte entièrement le droid d’eledion quil auoit en
la création des Euefques, vfànt de ces mots, Illum abufum abolere vo¬
lentes >qucm quidam predecefforum noftrorum exercuijfe dignofeuntur in ele-
£lionibus prœlatorum concedimus njt eleéîiones libere' fiant > & canonicè.
Combien que à la vérité, ce droit d’eflircles Papes, appartenoit aux
Roys de France, ôc non pas aux Empereurs d’Almaigne, qui ont v-
furpé ce tiltre d’Empereur, acquis par Charlcmaigne, Roy de France,
ôc laifTé, à fes fuccefleurs Roys de France, & non pas aux Roys d’Al-
maignercar ainfi font ils appeliez en touts les anciens traitez, &hiftories
d Almaigne ôc de France, &nesappelloy ent point Empereurs, quils
n eulTent efté couronnez des Papes. Etl’occafion depretedre droit d’e-
ledio des Papes,fut pour les abus qui s’y commettoy et. &defaitpEm-
pereurHenrii 11.débouta de la Papauté Gregoirevi. efteuparle Cler¬
gé {ans fon confentement,& en pourucutClemcnt n.& fift iurer lc cler¬
gé de iamais ne receuoir Pape fïnondu confentement de pEmpereur:
commeilfe trouué au regiftre du Vatican, &Onophrechambrierdu
Pape Pefcrit auffi. de forte que le clergé après la mort du Pape Clémentii.enuoya Ambaffadeurs à pEmpereur, pour faire vnPape : &l’Empe-
reur enuoyaPepo appelle Damafus n.apres la mort duquel le clergé de
rechef decerna nouueaux Ambaffadeurs à PEmpcrcur a mefme fin,qui
leur enuoya Bruno appelle Léo ix. & après ceftui-ci leur enuoya VidorXI.
L I V R E P R E MI E R. i8tquel eftant mort,le Clergé efleutFrideric,&:après luyAlexandreu.ee
que voyant Henry 111 i.leur enuoya Cadol Euefque de Parme,qui fut
receu au pays de Lombardie,&: chafle par Alexandre.-apreslequel Hil-
debrand, ou Gregoire v 11. efieuparle Clergé, defendit à tous genslaiz.
la collation d’aucun benefice,fur peine d’excommunication : & depuis
excommunia Henry i n i. Empereur, pour auoir contreuenu à fa de-
fenfe,lequel getta vnearmee en Italie, &chaffaGregoire vu. quiauoit
tenu le fiege x i. ans, fàifant Pape Clemét 111* qui tint la dignité xviî,
ans contre quatre Papes eileus confecutiuemêt parle Clergé, après luy
Henry v.fift Bourdin Pape:& neantmoins le Clergé fans y auoir égard,
efleutencores troisPapesl’vn après l’autre,iufques ace que Loüys de
Bauieresfift Nicolasv.Pape,feanten Auignonlan xxn. qui fift citer
par deuantluy l’Empereur, & depuis gettafentence d’interdi&ion par
defaux & contumaces: & l’Empereur de fon cofté fift appeller par deuat
luy le Pape Iean,difant que l’Eglife eftoit fugette àl’Empire, & le priua
delà Pap a u té, p ar fentéce don n ee à Ro m e où l’Antipap e tenoit fon fie-
ge:lequel depuis s’eftant retiré à Pife, fut trahipar les habitans entre les
mains du Pape Iean,qui le fift mourir ésprifons d’Auignon : &l’Empe~
reur excommunié fut abandonné defes fugets. combien qu’il n’eft pas
{cul,car il fe trouue; huit Empereurs excommuniez par les Papes, mais jTridcrici.mde-
depuis Loüys de Bauieres, la maiefté imperiale fut raualee, ôc n'oferent C5plus rien attenter contre les Papes.ains au contraire Charlei 1t i.Empe- LouysdeBauie-
reur expediafes lettres patentes l’an m.cccl v. patlefquellesilreco- 4gnoift au Pape Innocent v. qu’il doit prédrela confirmation de fon éle¬
ction , & la couronne imperiale des Papes, commençant par ces mots:PO STpedum ojcula beatorum&c. qui eft en toutes les lettres des Empe¬
reurs aux Papes depuis Loüys: & la forme delà coronation imperiale,
ou il y a entre les autres ceremonies, que l’Empeteur feruirale Pape de
foubdiacre, & fortant del’eglife qu’il tiendral’eftrier du Pape montant
à cheual,& le côduira quelque temps tenant la bride. Il y a plufieurs au¬
tres ceremonies qui font bien au log couchees es regiftres du Vatican,
qui n’eft befoin de mettre icy. Encoreseft-ilà remarquer ce qui n’eft
pasau recriftre,querEmpereurdoitallerchercherlePape,&: s'il change
de place,aller apres:comme fift Charle v.Empereur,eftant venu en Ita¬
lie ,auec efperâce d’aller à Rome, fi toft qu’il fut auerty,que le Pape Cle-
métv i t.s’en alloit à Boulogne la grafïe, il fuiuit, ainfi que requiert la cé¬
rémonie des moindres Princes aux plus grads. Apres la mort de Charle
v.l’Empereur Ferdinand ne peut obtenir confirmation du Pape de fon
elechon:ainsilfutmcnafféduPape d’eftre interdit de manier les affai¬
res de pEmpire: en forte qu’il fut contraint d’employer lafaueur des
Roys de France &: d’Efpaigne pour appaifèr le Pape. ce que les Princes
de T Empire trouuerent fort mauuais , veu qui luy auoient promis
d’employer toute leur puiflance, pour defendre la Maiefté de l’Empi-q
i8i DE LA REPVBLIQVEre contre les entreprifes du Pape, comme i’ayaprîs des lettres de l’A^
balfadeur du Roy , datees à Viene au mois de Iuillet m. d. lix. £t
pour monftrer vne fubmiffion plus grande des Empereurs aux papes
c’eft que la fubfcription des lettres de FEmpereur au Pape porte ces
mots,le baife les pieds & les mains de voftre fainteté : come i’ay veu par
les lettres de l’Empereur Charle v. au Pape Clementv 11. ce qu’il ne fai,
foit point parvnecourtoifieaffe&ee, maisdefeitilbaifoittreshurnble-
mét les pieds au Pape, en la plus grade aflemblee qui fe trouuoit, qui ne
futiamais plus belle qu’enProuencc, oùeftoit le pape,l’Empereur,les
Roys de France & de Nauarre.les Ducs de Sauoye,de Boüillon,deF!o-
rence,deFerrare,Duuirtberg,legrâdMaifl:rc de Malte, &plufieursau-
tres Princes & grads feigneurs,qui baiferet tous les pieds du Pape, hors
mislesDucsdeBoüill6,& Duuirtbergproteftâs. qui n’eftoit pas pour
auoir abfolution ( come fift ce Duc de Venize, lequel print la corde au
col,marchant à quatre pieds deuâtle PapeClemétv.)oupourachepter
paix come fift FridericBarberoufle,lequel pour auoir fon fils prifonnier
endura que le pape Alexadre m.marchait fus fa tefte:fi les hiftoires font
véritables. Qui (ont tous arguméts indubitables, que les Papes ont bié
raualé l’ancienne grâdeur des Empereurs:aufli difent- ils qu’ils font plus
grands que les Empereurs, & d’autant plus grands quele6Soleil eft plus
f.cap.foiitiedc grand que la Lune: c’eft à dire fix mil fix ces quarâte &: cinq fois, & fept
huitiefmes dauantage.Et qui plus-eft, ils ont toufiours prétendu droit à
l’empire : carie fiege impérial vacant,ils ont baillé les inueftituresàceux
quireleuoientderempireicomme ils firent àIean,&àLuchin vicomte
de Milan, vacant le fiege impérial, l’an m. c c c x l i. ou ils font appeliez
^ Vicaires del’eglife7 Romaine, &: non pas de l’empire: aueedefenfes de
priuücgiîT cicric.C obeyr àLoüys deBauieres, qui eftoit excommunié. Et pour cefte enu-
po^cxfdcTnU-S escanoniftes8fouftiennent,querEmpereurnepeutcederladigniV
catorCICOraraUni* imperiale,finon au Pâpc: & laraifon qu’ils9difent eft,que FEmpereur
8 cap. i.dc renun- tient la couronne imperiale des hommes, & le Pape de Dieu : combienl.barbarius de n que1 l’vne & l’autre,& generalemét toute puiflance eft donee de Dieu.
^aE^rœmto Toutesfois l’Empereur Charle v.refigna la dignité imperiale entre les
fpluUadRom* ma*nsdesEleâeurs, &lenuoyaparle Prince d’Orége. Maisquo'yque
cap.14.& s.i.quo- le Pape pretende la fouueraineté,non feulemét fpirituelle, ains auffi té-
SS1 porelle fur tous les Princes Chreftiens,& qu’il ait acquis cefte puiflance
faJcXnû^fo- lus les vns par tiltres, & cefTions,fus les autrespar prefeription, & ioüif-
d6 fonrcmanarc. fance;fi eft-ce que le Royaume de France s’eft toufiours garenti : quo/.qu’ils fe foiét efforcez de lafliigetir à eux,excomuniât nos Roy s,qui n’y
vouloient point entédre,afin de faire reuolter leurs fugets,come ils fai-
foient és autres pays. mais voyant l’obeïfiance grande des François en¬
tiers leur Roy, & l’amour réciproque de nos Roys entiers leurs fugets,
ils interdira,& Roy,& Royaume,& fugets: commefiftBonifacevu 1.
(bubs le regne de Philippe le Bel, l’excommuniant, & ceux qui le tien-raaioritatc.
LIVRE PREMIER. 183droient pour Roy:mais le Roy luy enuoya lettres telles qu*il meritoit,
qui fe trouucnt encores au trefor, auec vne armee foubs la conduite de
Noguarel,portant decret de prife de corps,en vertu duquel il conftitua
le Pape prjfon nierai uy failant cognoiftre que le Roy n’eftoit pas fon fu¬
get, comme il l’auoit qualifié par fa bulle. Et long temps au parauant
Philippe le Conquérant, & fon Royaume excommunié par le 0 Pape o.Yteftincap.oo-
Alexandre ni. qui le vouloir a(Tuge tir, luy fift refponfe, qu’il ne tenoit
ny de Pape,ny de Prince quifuft fus la terre. 1 ay veu la lettre qui fe trou-
ue encores au trefor de France, au cofre, coté ^nglia. Et combien que ûw. p
depuis encores Benoift x 111. & Iules 11. Papes ayent excommunié nos
Roys, fin ont-ils rien diminué, ains pluftoft acreuTobeiffance des fu-
gets : car il fe trouue que le p orteur de la bulle d’interdiction fut confti-
tuéprifonnier, & fil bullelaceree publiquement pararreft delà Cour.Et d’autant que Iean de Nauarre, foy difant Comte Palatin, fift quel¬
ques notaires, & legitima des baftars, en vertu du pouuoir qu’il difoit
auoirduPape, il fut condamné parTarreftdu parlement deTouloze.,11111 • n / T* r -1 C 1 T- May.Benedic.mcomme coulpable de leze maielte. Et melmes il y a au trelor de France cap. Raynut.in
vnebulle de Clement cinquiefme Pape, par laquelle non feulement il
abfoult Philippe le Bel, &: tes fugets de l’interdidtion deBoniface,ains
aulfi il déclaré le Roy,& le Royaume exempts de la puiffance des Papes.Etmefmes Alexandre quatriefme Pape donna cepriuilege au Royau¬
me de France, qu’il ne peuft eftre interdit: ce qui depuis a eftéconfir-
mé par fept Papes confecutiuement : à fçauoir Grégoire v 111.1 x. x. x 1.Clement quatriefme, Vrban cinquiefme,Benoift douziefme, defquels
les bulles font encores au trefor de France. Qui font tous arguments
pour monftrer les fouuerainetez,franchifes, & libertez des Roys^Ôc
Royaume de France, quoy que die Iean durand Euefque de Mande, x.mtirai, de *P-1 J t r r C • pci. §. nüc ha&a~que les Roys de France lontlugetsau pape ,quantau lerment.ee qui ne nUS &gio.&io.
merite point de refponfe. c’eftoit au temps qu’en vertu du ferment op-
poféaux contrats, lesiuges ecclefiaftiques attiroient la cognoiffance, fiüjîcgit.& iurifdi&ion de toutes chofes,ce qui leur fut ofté par edits, & arrefts
de la Cour. à quoy fe peut rapporter la fubmiflion du Roy Philippe de
Valoisàla iurifdidion de la chambre du Pape, pour vne obligation à
caufc de preft fait au Roy par ce Clement v 1. Pape de la fomme de trois
cens trente mil florins dor. quieft vneclaufe ordinaire en toutes obli¬
gations,, en vertu (Je laquelle le pape mefmes feroit obligé au moindre
qui foit parlesreigles de droid 0 commun. Etd’autât que le pape Cle- 0.i.fiquisincon-
mentvi. eftoitde la maifondeTurene, ilfemble que pour celle fom- ^c™10 dcpa*
me qu’il prefta, les Comtes de Turene ont eu les grands priuileges, def-
quelsils iouïffent encores.Il y en a bien qui ont pretend u q les Roys de
France doiuent prendre la courône royale de la main des Papes: d’autât
que le Roy Pépin la print à S. Denis en Frace du Pape Zacarie: comme fi
parvn a&cenfolennitez difcontinuees,& de telle confcquéccpouuoit
j.l.hociure. §. du-
âus aqua: de a-
qua quotidiana.ï84 de la repvbliqjvedonner droit, cc qui ne fe feroit pasenl’aquifidon de la moindreferui-
tudedi{cotinuee,finonparprefcnptionde3centans.c6bienqueleR0y
ne laiffepas d’eftreRoy fanslecouronement, ny cofecration ,ceremo-
nies, qui ne font point deleffence de lafouueraineté. Mais 011 ne peut
nier,que fi la donation de l’exarcat de Rauenne & de Pentapole, qui eft
Tvn des plus beaux pays d’Italie, eft faite par lesRoys de France aux râ¬
pes & à l’eglife de Rome,que cela ne foit tenu delà courpne de France:
veuquela confirmation des feigneuriesainfi donnees fut demandeeà
Loüys Débonnaire fuccefTeurdeCharlemaigne,come CharleSigon ctcrit auoirveu la confirmation. & de cela on peut tirer deux arguments.trefeertains : l’vn,q la donatio cftoit faite par les predecefTeurs de LoüysDebonaire:rautre,que lafouuerainetéeftoit retenue : autrement il ne-
ftoit point befoin d’auoir confirmation, attédu que le Roy Pepinauoit
acquis les terres parle droit des armes fus les Empereurs de Conftanti-
noble,qui enuoyerent Ambafladeurs expres en France à Pepin,pourempefcher reiFeâ: de la donation,&ne peurét rien obtenir: comme onpeut voir en l’hiftoire deFloard &c deSigon. Et qui plus eft, Auguftin
Onophre, Chambrier du pape, quia veu tous les regiitres & papiers du
Vatican,confefte,parlat des papes,que l’exarcat de Rauenne, la Roma-
diole,le Duchéd’Vrbm,3qxmiedelaTofcane,onteftédonezàreglifc
de Rome.mais il ne dit pas ce que i’ay leu en l’extrait du regiftre du Va¬
tican,que Iean furnomé Digitorü,auoit eferit en lettres d’or la donatio
pretendue de Coftantimoù ces mots font à la fin,Quamfabulam longi te¬
poris mendacia finxit.le n ay rien voulu chager. qui font arguments beau¬
coup plus forts q ceux de Laurés Vale, pourconuaincreles menfonges
d’Auguftin Egubin,qui a forgé en Grec la donation de Coftantin, pour
luy donerluftre.mais Sigon & Onophre Itahésl’otaflez deméti. Voila
quât à la grandeur &fouueraineté de lamaifon de France. le ne touche
point ici la grâdeur &fouueraineté du Negus d’Ethiopie,qu’on appelle
preftre Iea,quia L.Roys tributaires,come dit Paul loue,ou pour mieux
dire gouuerneurs de prôuinces, qui luy rendet non feulemét les tributs
ordinaires,ains auffi la foy & hommage en plus grade humilité, que les
efclauesnefontàleurfeigneur,ainfi qu’o peut voir en l’hiftoire desFra
çoisAluarez Portugalois, qui a demeuré îix ans en Ethiopie: &neant-
moins ils font appeliez Roys fans propos : quoy q foitils ne font poinr
fouuerainsabfoluemét,puis qu’ils font tributaires, dç qu’ils rédétlafoy
& homage à autruy. Quat aux princes qui ne font pas Chreftiés,ie n’en
puis rien dire,pourlepeud’afieurâccquenousenauospar lesefcrits Sc
raportsd’autruy:fi eft-ce toutesfois qu’il y a vn chapitre de l’Alcoran,
où il eft expreffément defendu à tous princes Mufulmans ( c’effc a dire
fideles) des’appeller Seigneurs,horfmisauCaliph,ou grand pontife.
Et par le moyen decefte defenfe les pontifes Mahometans empiete-
rent la (buueraineté abfolue par deffus tous les princes,-.donnant lesRoyaumes
LIVRE PREMIER. 185Royaumes 8c principautcz a qui bon leur fembloit , en qualité de
gouuernemens.qui peuteftre lacaufe, qu’il n'y a Prince Mufulman qui
porte couronne en telle. Toutesfois les Princes fouftiennent, que ce
chapitre n’eft poînt du Legiflateur , ains des Pontifes ( car de plufieurs
Alcoransdiuerfifiez,ilsenontfaitvnlongtempsapres lamortdeMe-
hemet) qui ont adioufté ce chapitre pourraccroiflement de leurmaie-
fté. 8c d’autâtqu’ily eut trois Antiponnfesàquil’emporteroitjlesPrin-
ces de Perferes Curdes,Tartares,Turcs,&lesSultansd’£gypte,puisles
Roys de Maroc, deFez,deTeleufin,deTunes, deBugie,&les peuples
desZénete's3& deLuntune s’exempterét del’obeyflance des Caliphes,
pour tenir leurs Royaumes en fouueraineté : comme aufii font les Roys
deTombut, delaGuinee,de Gaoga,&autres Roys d’Afrique -.horfmis
ceux qui tiennent en foy & hommage du Roy de Portugal, commeles Le Roy de
Roys de Calecut, de Malachie, de Canbarre, de Canor, qu’ils ont con- Portugal a
traints a ce faire,& à payer tribut,&occupé vne bonne partie des Roy- plusieurs
aumes de Maroc, &; de la Guynee : 8c bâfti vne fortereffe en Fille Dor- Roys Feu cia
mus à la barbe du Roy de Perfe,prenant les peages des marchans qui a- taires & tri-
bordent enlamerPerfique:ôc euffentfiicleiemblableenlamerrouge, butaires ;
file Barnagas,gouuerneur decefte coftelà,&;fuget du Roy d’Ethiopie,
ne les èufl taillez en pieces, & ruiné la fortereffe qu’ils auoiét commen¬
cée à fonder foubs le voile d’aliiance & d’amitié contra&ee par Lopez
Ambaffadeur du R,oy de Portugal auec le Roy d’Ethiopie,l’a m.d.x i x.Et neantmoins il efi: bien certain, que le Roy de Portugal eftoit ancien-
nemet feudataire du Roy de Caftille: 8c le royaume de Portugal,mem-
bredu royaume de Caftille, qui fut donné à Henri frerede Godefroy
deBouilion, enelpoufant la baftarde d’Alphons Roy de Caftille. du¬
quel mariage font iffus tous les Roys de Portugal depuis quatre ces cin¬
quante ans,qui continuent encores, & fe fontexemptez delà fouuerai¬
neté de Caftille, 8c tiennent plufieurs Roys tributaires, &feudataires:
car i’entens qu’il n’y a point de Roys feudataires en A fie,ny en Afrique
qui ne foient auffi tributaires : mais anciennement les Roys de Perfe,&
les Romains, fe contentoient d’auoir les Roys tributaires. comme par
les Romains* après auoir vaincu Philippe 11. Roy deMacedoine,ilfut
dit qu’il payeroittous les ans certain tribut, que fon fils Perfeus, dou¬
tant de fes affaires, offrit aux Romains. Mais auflî tel Roy eftoit tribu¬
taire,qui en auoit d’autres foubsluy : comme Dauid rédit tous les Prin¬
ces de la Paleftine, 8c circonuqifins fes tributaires : & neantmoins fes
fucceffeurs eftoient tributaires des Roys de Perfe. Ainfi eftoit le Roy de
Sclauonie, 8c la republique de Cartage tributaires des Romains, fins
autre diminution de leur maiefté. Mais il y a différence entre tribut 8c
penfion : car lvn fepaye pour auoir la paix, l’autre pour auoir ayde 8c
fecoursjôu pourlaprotection. Vray eft que celuy qui reçoit lapéfion,
ordinairementl’appelle tribut: comme faifoientles Anglois la penfionq iij
DELA R E P V B L I CL.V Ede cinquante mil efcus.que leur payoit le Roy Loüys x i. par le traite de
Piquini, iufques à ce que la fille d’Angleterre fuft marie e à Charle v 11 j
Différence Philippes de Comines dit fur cela,que ce n çftoit ny penfion,ny tribut*
de penfion mais il faut que ce foitl’vnou l’autre. Ainfi le grand feigneur appelle
& tribut. l’Empcreur Ion tributaire, pourlapenfion deHongrie qu’il paye tous
les ans : & en cas pareil les Venitiens, Geneuois, Rhagufiens, les R0ys
d’Alger &: de Thunes font par luy appeliez fes tributaires, ores que par
les traitez, &: lettres du Turc ils foient qualifiez grands amis ôc alliez.
Mais le grand Prerop deTartarie, quieftoit anciennemet feigneur fou-
ucrain de tous les Royaumes,depuis le flcuue Volha,iufques au BoriÜ-
hene,tenoittous les Princes ^Seigneurs decespays la comme fes tri¬
butaires, ôefeodataires, qui femettoientàgenoux, non feulement tic-
b Sinihlftbrk U’ uantluy ? ainsauffi eftoient debout deuant fesJ Ambaffadeurs alfis : &
Mofcho. entre les autres, le grand Kuez de Mofchouie foufioit mille indignicez,
LeKuezde quipour celte caufe n’eft encores appelle que Duc par les autres Prin-
Mofchouie cesfouuerains,iaçoit que l’an m.d.xxi i i i.les Ducs fe font afranchis de
eft Prince^ l’obeiflancedu Precop, duquel Sultan Selim bifayeul de ceftui-ci,e{-
abfokieméc poufa la fille:ôc lepremierDucquife reuolta contre luy,fut Bafile i.qui
fouuerain. s appella grâd Chambellan de Dieu,& Roy de Mofchouie : & ceftui-ci
qui eft à prefent, dépit de quoy les autres Princes lappellentDuCjfe
qualifie grand Empereur: comme à la vérité c eft l’vn des plus grands &
redoutez Monarques qui foit. no pas que l’eftédue de pays face le Prin¬
ce plus ou moins fouuerain. car combien que le Roy Eumenes n’euft
plus qu’vn chafteau en toute fa puiilàncc,fi eft-ce quand ilfut queftion
de capituler auec AntigonRoy d’Afie,quivouloitauoirlaprerogatiue
menc.tar m Eu” d honneur,il fift relponfe qu’il ne4 recognoiftroitiamais plus grâd que
foy, tant qu’il auroit l’efpee au poing. Et toutesfois entre les Seigneurs
abfoluement fouuerains, il y a prerogatiue d’honneur des plusancien-
Degrez nes Republiques,ou Monarchies,aux modernes,& nouuelles,orcs
d’honneur 4u’eHcs foient plus grandes, & plus puiflantes. comme il fe voit entre
entre les les x 111. Cantons des Suiffes,qui font tous fouuerains,& ne rccognoif-
princes fou fent Prince ny Monarque du monde, le Canton de Sunc a laprerogati-
uerains e- ue ^ hôneur,iaçoit que le Canton de Berne eft de beaucoup plus grâd,
graux. & P*us puiflant : & puis après Berne, Lucerne & Vri,iaçoit qu’il liait
Ordre des Point de murailles,non plus qu a Schunits, & Vnderualden, qui fuiuée
Cantons de en ordre,&puis Zug,Glaris,Bafel,Fribourg,Soleure.Onpourroit dire
Suilfe. que cela s eft fait félon le temps que chacun Canton eft entré enallian-
ce:mais les traitez defcouurent le contraire,par lefquels il appert,que les
premiers qui traiterét alliance,furent Vri,Schunits,Zug, Vnderualden.
quelquesfoisauffi les plus anciens Monarques,&Princes perdeela pre¬
rogatiue d’honneur, quand ils fe mettét en laprotedion des nouueaux
Princes,ou qu’ils fe font tributaires: en ce cas il eft bié certain qu’ils font
toufiours moindres que les autres: comme il aduintprefque a tous lesPrincesi
LIVRE PREMIER. 187Princes &feigneurs,quicherchèrentlaprotection des Romainsdesau¬
tres demeuroient bien égaux en apparence , & aux traitez, comme les £)errrez
feigneurs d’Autun, qui eftoient égaux au traité d’alliance fait entre eux, d'honneur
& les Romains, s’appellants freres les vns des autres : & neantmoins en emrc jes
effedt les Romains auoient lapreminence, &mefmes l’Empereur Au- PnnccStl^
gufte fe monftra fort ceremonieux aux honneurs, qu’il diftribuoit aux ]-C7 jes
Roys,&Princes alliez,&:foubs laprote&ionde l’EmpiredeRome: fai- majns
fantdesEthnarques, &Tetrarques,ceux-cy moindres que ceux-là: &
les Roys plus grands queles0 Ethnarques : & les plus anciens alliez des 0;iofePh.
Romains à ceux qui eftoient les derniers. Et combien que foubsl’eftat RoysEth-
populaire,les Romains nefufientpasfifoigneuxdetellesceremonies, narques,
fi eft-ce qu’ils en ont auflî efté curieux: comme on peut voir du differéd Tetrarques
quifut’entrePerfeusRoy deMacedoine, & Q^Martius Ambaffadeur
des Romains, à qui p affero it la riuiere de la frontiere de Macedoine.
rAmbaffadeurlegaigna par douceur de paroles, pourmonftrer,c6me
il dift aux alliez,que la dignité des Romains,eftoit plus grande que cel¬
le du Roy deMacedoine, qui toutesfoisne vouloit en rien cederaux
Romains. Et depuis qu’il eut perdu fon eftat, &fonarmee, & qu’il ne
pouuoit fuyr fes ennemis, il ekriuit à Paul Æmil général de Farmee des
Romains, (e qualifiant encores Roy, mais on ne voulut pas lire,ny 011-
urir fes lettres qu’il n’euft ofté la a qualité de Roy,qui n’eft propre finon o.Liaias
àceluy qui eft fouuerain,&: ne tiét de prince quelcôque.Qui fut Ja caufe
queleRoy François premierremonftraau Cardinal BibieneLegat en
Fracc, que fon maiftre ne deuoit pas endurer que l’Empereur Charle y.
s’appellaft Roy de Naples, & de Sicile, veu qu’il n’eftoit que vaflal : & le
Légat en aduertitle Cardinal de Medicis, qui depuis fut pape, afin que
celle qualité fuit rayee,qu’il difoit par fes lettres eftre defendue aux
Roys de Naples. toutesfois le Légat n’auoit pas bien leu les regiftres du
Vatican (enquoy plufieurs Ambaffadeurs mal inftruits es affaires de
leurs maiftresfont de notables fiutes) veu que la qualité Royale eft in-
feree aux inueftitures,de Charle de France,de Carobcrt,&de leanne. Et
faudroit par mefme fuite de raifons rayer la qualité au Roy de Bohême
qui tiét fon Royaume en foy & hommage de l’Empire : & non pas pour
ce qu’il eft trop petit,comeJ plufieurs ont efcrit,que ce n’eft pas Royau- r-Hofticnfoia
me pour cefte caufe: qui feroitmefurerles Roys à l’aune: maisc’eft d’au- Seaib.ïapafta
tant que le pays de Bohême fut érigé en Royaume par l’Empereur Fri- ^rdcot^q.j
deric 1. & pour tiltre d’honneur feulement, fans preiudice des droits, &
foiiuer^inetez depEmpire. Mais à dire vray, cefte qualité ne peut con-
uenir au feudataire d autruy,qui n’a rie en titre de fouueraineté. Et peut
eftre que ce fut la caufe,que le pape Pius 111 i.ne dona la qualité Royale
aCofine Duc de Florence, ores qu’il en eitft fort bon vouloir, de quoy
eftant aduerti 1 EmpereurparPA mbafladeur de France,dift, Italianon
habet Regem3nifîCœjarem. Ce qui doit eftre entendu de l’empire, duquelq iiij
6 In confilio peti¬
ta venia Oldrad.
conCl.ép.IBS DE LA REPVBLIQVËles terres du Duc de Florence font tenues : 8c non pas del’Empereurqui
eft fuget aux eftats de l’empire : iaçoit que tous les Princes Chreftiês lu y
cedentia prerogatiue d’honneur après le Pape 5 comme chef de l’empi-
re, tout ainfi q les Roys de France,apres l’Empereur, ont la precedence
par deflus touslestfrtaces Chreftiens , laquelle prerogatiue d’honneur
n’eft pasfeulemët acquifeparlonguepoffeflion,ainsaullipourccquil
n’y en a point de pareille,ou qui ait vne fi longue fuite de Roys. Et nief.
mes 6BaldeIuri(confulte Italien 8c fuget de l’empire dit, que le R0y
de France porte la couronne de gloire par deflus toit ts les Roy s} cjLlj
luy ont toufiours déféré ceft honneur: 8c me fine le Roy d’Efpaigne,
qui depuis peu d’annees la voulu debatre : mais il en fut débouté à Ve-
nizepararreft du Sénat,à la pourfuite du Sieur Daques, lan m.d.lviii,
8c depuisencores pararreftdu Pape,donné du confentement de toutlc
confiftoire des Cardinaux:ou le pape dift haut Scdai^que les Rois de
France eftoient les anciens protecteurs de l’Eglife Romaine, 8c que les
plus belles pieces de la maifon d’Efpaigne eftoient demembrees de la
maifon de France: ôedifoit vérité: pour amender la faute qu’on anoic
faite deprepofer au Concile deTranteMendozzc Ambafladeur d’Ef¬
paigne aux Ambafladeurs de France, qui pour lors eftoientM. M. du
Ferrier,& duFaur des plus dignesperfonnages qui furent oneques em-
ploiez en charge d’Ambafladeurs. Toutesfoisl’Ambafladeur d’Efpai¬
gne depuis les deux arrefts que i’ay dit, voulut encores à Viene en Au¬
triche, obtenir lieu égal au Sieur delà foreft Ambafladeur de France,
ou que la precedence fuft partie parmoitié,c6me les Confuls Romains,
quiauoient la precedence, 8c les xi i. Mafliers,auec puiflance de co-
mander fuccefliuement 8c chacun fon iour. Ce que le Roy ayant enté-
du referiuit à fon A mbafladeur,que la precedence eftoit de telle confe-
quence, qu’ilne debuoitouurir la bouche pour en parler, (ans expres
mandemét.L’empereur ne voulât offenfer ny l’vn, ny l’autre, fiftclefece
aux Ambafladeurs de fe trouueraux ceremonies, &aflembieespubli-
ques.le Sénat dePoloigneempefchéfus lamefme difficulté, ne voulut
preferer,ny egalerlvn à l’autre:mais il ordônaq les premiers venus, fe-
roiétlespremiersouys. & d’autantqM. deMonlucEuefquede Valece
(qui pour fa prudence ôcd’exterité au maniemêt des affiiires d’eftat, a eu
quinze fois charge d’Ambafladeur)eftoit le premier venu,il fuft ouy le
premier.dequoy TAmbafladeur d’Efpaigne irrité ne voulut rie dire: co¬
rne i ay feeu deM. Daques Abbé deBelle ifle, homme d’honneur 8c de
vertu,qui lors eftoit auffi *A.mbafleur,en Poloigne,&: maintenant à Cô-
ftantinoble.Mais auparauant l’an m. d. lv.i i i.iamais prince Chreftien
n’auoitreuoqué en doubte la precedence de la maifon de France :&
mefmes les Anglois,i’ôt toufiours preferee à la maifon d’Efpaigne,quoy
qu’ils fuflentanciés alliez,& amis de 1 ’vne,& ennemis de l’autre:&après
la mort deMaric,auchap, tenu par les Cheualiers de Tordre delà iartic-rc,
LIVRE PREMIER. 18?re,la vigile fainâ: Georges, l’a m. d.l v.il fut arrefté, q la place du Roy de
Frâce, feroitaupres duchef de l’ordre à main dextre ou àuparauât eftoit
celle d’Efpaigne, lorsque le Roy Philippe eftoit marié à la Royne : & le
iour fàind Georges,on garda place au Roy de France au Cofté dextre^
auRoy d’Efpaigne àfeneftre, auprès de la place de l’Empereur,qui e-
ftoitvuide. Et depuis au téps de Charle ix. la Royne d’Angleterre fift
mettre la banniere de France demefmeeftophe & grâdeur que là fiche,
corne le Roy fut aduerti parM.de Fois lors'ambafladeur, qui ne fait pas
moins d’honeur à la grâdeur de fà maifpn,qu’il en a receu:&au roole qui
eft tous les ans figné de la Royne, le nom du Roy de France eft le pre¬
mier après le fien. Mais pour ofter ces difficukez, & les ialoufies entre
les'Princes, qui autrement font ineuitables &dangereufes, il eft porté
parle x 111. article des ordonnances de Loüys xi. touchant l’ordre des
Cheualiers, qu’ils feront mis en ordre félon le temps de leur reception
fansprerogatiue de Roy, ny d’Empereur. Mais chacun Prince'fo.auc-
rain, & qui n’eft ny tributaire,ny feudataire, ny en protection d autruy,
peut diftribuer en fon païs les prerogatiues d’hôneur à qui bon luy fem-
blera, tenant toufiours le premier rang, on fçait affez que les feigneurs
de Venize,de Genes, deRagufe,lesRoysdePoloigne,&deMofcho-
uie, ont traité alliance auec le Roy des Turcs : fi eft-ce qu’il a toufiours
déféré la prerogatiue d’honneur au Roy de France , l’appellant par fes
lettres le plus grand,& le maieur des plus grands Princes Chreftiens. ôc
luy fe qualifie le plus grand de tous les Empereurs, &le premier Sar-
rach des Mufulmans, c’eft à dire, le Prince des fidelles : & quant à ce-
fte derniere qualité les Princes Chreftiés mefmesluy donnent parleurs
lettres. Et quant au premier tiltre il femblequ il a pris des anciens Em¬
pereurs de Couftantinoble^quiportoient en armoiries quatre B.que les
noftresappellent fufils : qui veulentdire.B AS IAET 2 BASIAE^N
BASIAETÜN BASIAETSI, c’eft à dire Roy des Roys, régnant
fus les Roys. qui eftoit la qualité que prenoient anciennement les Roys
deBabylone,commeonpeutvoiren Ezechiel qui s’appelle ûtt^Dl^ole
Roy Nabucodonôfor, d’autant que tous les Roys d’Afie luy eftoiét tri¬
butaires, & depuis les Roys de Perfe, comme eferit Efdras : & après eux
les Rois de parthe vfurperet cefte qualitéjComme Dion eferit de phraa-
tes Roy de parthe, qu’il s’appelloit Roy des Rois.mais les princes feuda-
taires ne fe peuuent qualifier Rois,mais bien ducs,Marquis, Cotes,prin-*
ces:ny vfer du tiltre de maiefté,ains feulement d’altcffe,ou fèrenité, ou
excellence, comme nous auons dit.
1?QDE LA REP VB LlQJ/EDES VKATES MAKQSES
de Souuerainetc»C H A P. X I.V i s qu’il n’y a rien plus grâd en terre après Dieu, qUc
les Princes fouuerains, ôc qu’ils font eftablis de luy
comme fes lieutenants, pour commander aux autres
hommes,il eft befoin de prendre garde àleur qualité
afin de refpeder , &c reuerer leur maiefté en toute
obci(Tance,fentir & parler d’eux en touthonneur.car
qui mefprife fon Prince fouuerain,il ° mefprife Dieu,duquel il cftlima-
pcrrix.17.ad R0- ae en terre. C’eft pourquoy Dieu parlant à Samuel, auquel le peupleciân. 14* Timoth. • 1 t / -pv /1 «. »in j,i , 12.Hicrcm.,8. uoit demande vn autre Prince, C eft moy, dit-il, a qu ils ont faitiniurc.
Excchiei 17. Or afin quon puiffe cognoiftre celuy qui eft tel, c’eft adiré Prince fou-
uerain, il faut fçauoir fes marques, qui ne foient point communes aux
autres fugets.car fi elles eftoyent communes,il n’y auroit point de prin-
cefouuerain. Etneantmoinsceux qui en ont mieux eferit, n ont pas
efclarci ce poind, comme il meritoit : foit par flaterie, foit par crainte,
{bit par hayne,foit par oubliance. Nous liions que Samuel ayant facré
le Roy que Dieu auoit efleu, fift vn liure des droits de la maiefté, mais
les Hebrieux ont efeript, que les Roys le fuprimerent, afin d’exercer la
tyrannie furies fugets.En quoy Melanchton ccft mefpris quia pefé que
les droits de la maiefté, foient les abus, & tyrannies, que Samuel diftau
peuple en fa harangue, Voulez vous fçauoir, dit-il, la couftume des ty¬
rans : c’eft de rendre les biens des fugets, pour en difpofer à leur plaifir,
prendre leurs femmes, & leurs enfans, pour en abuzer, & en faire leurs
cfclaues.lemot nefignifiepas droits en celicu là, mais coutu¬mes,& façons de faire.autrement ce bon prince Samuel ce fuft dementi
foymcfmes : car quand il rendit conte au peuple de la charge que Dieu
luy auoit donnee,Qui eft celuy,dit-il d’e ntre vous,qui peut dire queia-
maisi ay pris de luy orouargent,ouprefent quelconque? alors tout le
peuple luy donna cefte louage à haute voix,qu’il n’auôit iamais fait tort,
ny rien pris de perfonne quel qu’il fuft. Entre les Grecs il n’y en a pas vn
quienait rien eferit,qui foit enlumiere: hormisAriftote,Polybe,&
Denis d Algranas: mais ils ont tranché fi court,qu’on peutiuger iveue
d’œil,qu’ils n’eftoientpas bien refolus de cefte queftion. le mettray les
Uib. 4 deRcpub. motsd Ariftote,U ya,dit-il,1 trois parties de la Republique,Fvne à pre-
dre aduis, & confeil, l’autre à eftablir officiers, & la charge dvn chacun,
& la troifiefine afiiire iuftice.il a entendu parler des droits de la maiefté,
encores qu’il die parties de la Republique : ou bien il fou t confefîer qu’il
n’en a point parlé, car il n’y a que ceft endroit là. Polybe ne determine
j.lib.* de Militari pas auffi les droits, & marques defouucraineté, mais il dit} parlant des
Romains, que leur eftateftoit meflé de puiflance Royale., defeigneurieariftocratiquc,
LIVRE PREMIER. 191ariftocratiquc, & de liberté populaire, veu dit-il, que le peuple fait les
loix,&: les officiers: & le Sénat ordonne des prouinces, & de l’cfpargne,& reçoit les Ambaflades, &cognoift des plus grades chofes : les Côfùls
U tiennét la prerogatiue d’honneur,en forme, &: qualité Royale, mefmes
|’j enguerrej ou ils font tout puifïants. Enquoy il appert qu’il a couché les
^ principaux points de la fouueraineté:puis qu’il dit, que ceux qui les
^ ont,tiennét de la fouueraineté.4 Denis d’AIycarnas femble auoir mieux 4.iib.4.&7t
l( efeript, & plus clairement que les autres. Car il ditque le RoySeruius
pour ofter la puiflance au Sénat, dôna pouuoir au peuple de faire la loy,
j|. &laca{rer:decernelaguerre,&lapaix:inftitucr,&deftituer]es officiers:■ & cognoiftrc desappellatios de touslesMagiftrats.&ren autre lieu par-I lant du troifîefme trouble aduenu en Rome entre la noblefle & le peu-
l1111, pie,il dit, que le Conful M. Valerius remonftra au peuple, qu’il fe deb-II uoit contenter d’auoir la puiffance de faire les loix, les officiers,& le der-
£s nier reffort : & quant au refte,qu’il appartenoit au Sénat. Depuis les lu-
eî rifeon fuites ont amplifié ces droits, à les derniers beaucoup plus que
11!! les premiers^ux traitez qu’il appellent droits de regales:qir’ils ont rem-
® pli d’vne infinité de particularitez qui font communes aux Ducs, Com-
^ tes,Barons, Euefques,officiers, & autres fugets'des Princes fouuerains:en forte mefmes qu’ilsJ appellent les Ducs Princes fouuerains, corne les ^fbTüeç^'
Ducs de Milan,Mantoue. Fcrrare,& Sauoy e : voire iufques aux6 Com- S?nfi! I91nu ïv,'[1 C n 1 t Cur.iunior conlv.:l£S tes:&tous lont en celt erreur:qui abien grande apparence de vérité. Ec i.na.zy.&jp &
qui eft celuy qui ne iugeroit fouuerain, ccluy qui donne loyà tous fes Paris confil. t. nu.l«! fugets:qui fait la paix & la guerre,.-quipouruoit tous les officiers, & Ma- Jccr^makSi giftrats de fon pays:quileue les tailles,& afranebift quibon luy femble: "ug^2et qui donne grâce à celuy quia mérité la mort ? que peut-on defirer d’a- cib.Mcdiokd,*oui uatage en vn Prince fouuerainîceux-cy ont toutes ces marques de fou- ^XswcfaW ueraineté. Et neantmoins nous auons monftré cy deflus que les Ducs ÿ^cXr^:Di de Milan, de Sauoye, de Ferrare, de Florence, de Mantoue releuent de decif-Pedcmont*jiiîi rEmpire,&la plus honnorable qualité qu’ils prennent, c’eft de princes, «.Bnmusdeont & Vicaires de l’Empire: nous auons monftré qu’ils ont les inueftitures pX^Baia^'0 del*Empire:quipreftcntla foy & hommage àr£mpire,briefqu’ils font«jsi naturels fugets de l’Empire, originaires des terres fusettes à l’Empire: Cu™anu™> ^îc-I V -i ri 1 r 1 n & 1 xandrum Barba*1,1)1 comment donc pourroient-iis eltre abioluement fouuerains? commet tiara-
iïi. feroit fouuerain ccluy qui recognoift la iuftice d’vn plus grand que luy?[jji ^>vn quicaffe fes iugements, qui corrige fes loix, qui le chaftic s’il cornet^ abus?nous auons monftré,que Galeacei. Vicomte de Milan fuftaccufé
^ attaint,conuaincu, & condamné de Ieze maieftépar rEmpcreur,pour >
auoir leué tailles fur les fugets, fins congé, & qu’il mourut prifonnier.J Etfilcs vns par congé, les autres parfouffrance, les autres parvfurpatiS
$ cntrePrcnnent Par deflus la puiflance qu’ils ont, s’enfuit-il qu’ils foyent■ fouuerains,yeu qu’ils feconfeflent vicaires &Ptinces de l’Empire?il fail¬
li ^ro>t donc rayer ceftequalité, & celle de Duc, & la qualité d’altefle, &
m LA REPVBLIQVEfe qualifier Roys vfer du ciltre de rnaieflé : qui ne fe peut Elire fans dcCv
uouerl’Empire,commefift Galuaigne Vicomtc de Milan, quiCnfoc
bien chaftié.Nous auonsauffi monftré,que par le traité de Confiance
les villes de Lombardie demeurerent fugetes à l’empire. Briefnous a*
uons monftré les abfurditez intolérables qui s’en enfuiuroicnt,fi les
vaflaux eftoient fouuerains, mefimement quand ils no’nt rien qui ne
releue d’autruy : ôc que ce feroit cgaler le feigneur ôc le fuget, le mai-
lire ôc kferuiteur5celuy qui donne la foy,auec celuy qiu la reçoit,celuy
qui commande, auec celuy qui doibt obeiffance. Puis que cela eft im.
poflible, il faut bien conclure que les Ducs, Comtes, ôc tous ceux qui
releuent d’autruy,ou qui reçoiuent loy, ou commandement dautruy,
foit par force ou par obligatio,ne font pas fouuerains. Nous feros mef-
mesiugement des plus grands Magiftrats, Lieutenants généraux des
Roys, Gouuerneurs, Regens, Didbateurs, quelque puiflance qiu]s
ayent, s’ils font obligez aux loix, refTort, ôc commandement dautruy,
ils ne font pas fouuerains. Carilfautque les marques de fouueraineté
foyenttelles, quelles nepuiffent conuenir que au Prince fouuerain: au¬
trement fi elles fontcommunicables aux fugets,onne peut dire que
ce foyent marques de fouueraineté. Car tout ainftquevne couronne7 Alexander mi Pcrt ^on nom> ^ e^e OLluertc5 & que Ion en arrache les fleurons : auf-
fiiiar quam pater li la maiefté fouuerainc pert fà grandeur, G on y fàitouuerture, pourdeliber. & pofthu. . i J • J'• 11 /^’ n \ 1» r t r •cardinal, Fior.& empieter quelque endroit d icelle. C eltpourquoy al elehange fait en-
Sr.sr crc Roy Charle v. ôc le Roy de Nauarre des terres de Mante , &
feudumd^reptfs Meulan auec Montpellier, où les droids Royaux font articulez, il eft
imoi. inrubric. dit, appartenant au Roy feul&pourIe tout :ôc par mefmeraifon tous
5jaid.confi1.174. font7 d accord que les droits Royaux font inceffibies, inaliénables, &
eo^cia^AqS °luine peuuent par aucun trait de 8 temps eftre prefcripts.Ôcs’iladuient
ftudumdalepofs au^^ncc fouuerain de les communiquer au fuget, il fera de fon fer-
T' M*°L v,K^m 5 ^on compaignon ; cn quoy faifant il ne fera plus fouuerain. car
q.i.&t. Magifter. fouuerain ( c eft à dire celuy qui eft par deflus touts les fugets) ne pour-
gah de df.r i/sai- ra conuenir à celuy qui afait de fon fuget, fon compaignon. Or tout
cra facrorum^in que ee grand Dieu fouuerain, ne peut faire vn Dieu pareil àluy,jrœmiofcudor. attendu qu’il eft infini,& qu'il ne fe peut faire qu’il y ait deux chofes in-
lia in l.fi viua ma- finies,pardemonftrationnaturelle ôc neceflàire: auffi pouuons nous
îer! cbBdd.Tn’ dire quelePrince que nous auons pofé comme l’image de Dieu,iie/pcut.vn^u§etega^ àluy,quefàpuiflance ne foit aneantie. S’il eft ain-
8.Angei.Baid.in fî il s’enfuit que la marque de fouueraineté n’eft pas de faire iifftice,1. in omnes. de > 11 n * • ^ r f .,1 1prefcripr.jo. vei parce qu elle eit commune au prince, & au fuget :ny pareillement de
fn\afiqui5Pdccu- inftituer/ou deftituer touts les officiers „ par ce que le prince ôc le fu-
«tiepreferip?1’ Set onr ccl^e Pui&ince 3non Seulement pour le regard des officiers fer-io and.in cap. uants, ou à la iuftice, ou à la police, ou à la eùerrc,ou aux finances,vlt.de prarbend. • rT 1lib. 6. Aiexand. ainsaulii pour ceux qui commandent en paix, ou en guerre, car nous
conanï.nor.i. ]jfonsqUeJes Confulsanciennement Êiifoyent les Tribuns militaires,i
LIVRE PREMIER. 195qui cftoyent comme Maréchaux en l’armée : & celuy qui sappelloit
Interrex failoit le di&ateur : le di&ateur fàifoic le Colonel des gens
de cheual. & en toute République 5 où la Iufticeeft donnéeauecles
fiefs , le feigneur féodal fait les officiers , & les peut deftituer fans
caufe , s’ils n’ont eu les offices en recompenfe. Nous ferons mefmes
iugement des peines & loyers que les magiftrats, ôc capitaines don¬
nent à ceux qui l’ont mérité, auffi bien que le Prince fouuerain. Ce
n’eft donc pas marque de fouueraineté, de donner loyer, ou peine
à ceux qui l’ont mérité, puis qu’il eft commun au Prince & auma-
giftrat : ores que le magiftrat ayt ce pouuoir du Prince. Auffi n’eft-
ce pas marque de fouueraineté , de prendre confeil pour les affaires
d’eftat , qui eft la propre charge du priué confeil, ou Sénat d’vne
Republique , lequel eft toufiours diuifé de celuy qui eft fouuerain:& mefmes en Peftat populaire , où la fouueraineté gift en l’affem-
blee du peuple, tant s’en faut que le confeil des affaires foit propre
au peuple , qu’il ne luy doibt point eftre communiqué , comme
nous dirons en fon lieu , quand nous parlerons de l'interprétation
des chofes iuftes, &de lordonnancc que fe peut eftendre, & con¬
cerner le confeil & marque du peuple. Ainfi peut on iuger qti’dl n y a
pas vn feul point des trois que Ariftote a pofez, qui foit marque de
fouueraineté. Quant à ce que dit Denys d’Halycarnaz, que M. Va¬
lerius , en la harangue qu’il fift au peuple , pour appaifer les trou¬
bles , remonftra que le peuple fe debuoit contenter-, d’auoir la
puiflance de faire les loix , tk les magiftrats. Ce n’eft pas aiïèz dit,
pour faire entendre qui font les marques de fouueraineté : com¬
me i ay monftré cy defius, touchant les magiftrats. nous dirons le
fêmblable de la loy , que le magiftrat peut donner à ceux qui font
au reflort de fà iurifdi&ion , pourueu qu'il ne face rien contre les
edidts & ordonnances de fon Prince fouuerain. Et pour efclaircir
ce point, il faut prefuppofer que le mot de Loy fins dire autre
chofe , fignifie le droid: commandement de celuy ou ceux qui
ont toute puiffance par deffus les autres fans exception de perfon-
ne : foit que le commandement touche touts les fugets en géné¬
ral , ou en particulier , hormis celuy ou ceux qui donnent la loy.
combien que a parler plus proprement, loy eft le commande¬
ment du fouuerain touchant tous les fugets en geiteral, ou de cho¬
fes generales : comme ditFefte * Pompee : comme priuilege pour V“r
quelques vns. mais fi le confeil priué , ou le Sénat d’vne Republi- rib“f've^cJ q"od
que fait le commandement , cela s’appelle Scnatus-confultum, ou ad- ne* ref-uepopu-
uis du confeil priué , ou ordonnance du Sénat : Si le menu peuple lusfiauit*
faifoit quelque commandement, on l’appelloitplebifcite , c’eft à dire
commandement du menu peuple qui en fin fut appellé loy , aprèsr
î94 DE LA REPVBLIQVEplufieurs feditions-entre lanoblefle, & le menu peuple, pourlefquelles
apaifer tout le peuple en l’affemblee des grans eftats à la requefte du
Conful M. Horace, fift vneloy, que la nobleflc& le Sénat en gêne¬
rai, & chacun du peuple en particulier,feroit tenu de garder les or¬
donnances que le menu peuple feroit fans y appeller, ny foufrir que la
nobleffe y euft voix. Et d’autant que la nobleffe ny le Sénat rien tenoit
compte, lamefme loy fut de-rechef renouuellee, &republieeàlare¬
quefte de Quintus Hortenfius, & dePhilon Didtateurs. & deflors en
auant on ne dit plus, plebifcitum, ou ordonnance du menu peuple,
mais on appella loy Amplement ce qui eftoit commandé parle menu
peuple : fuft pour le public, ou bien pour vn particulier, ou que le me¬
nu peuple fuft aflemblé pour donner iuges,ou mefmes pour iuger;
cela s appelloit loy. Quand aux commandemens des magiftratsils ne
s’appelloyent pas loix, ains feulement edits, Efl enim edittum ( difoit
Varon) iujjum magtftram. lefquels commandemens n’obligent que
ceux de fa iurifdidion .pourueu qu’ils ne foyent point contraires aux
ordonnances des plus grands magiftrats, ou bien aux loix & comman¬
demens du prince fouucrain : & n’ont force finon pourtant, &filon-
guemhnuD que le magiftrat eft en charge. & d’autant que tous magi¬
ftrats cftoyent annuels en la Republique Romaine, les edits n’auoycnt
forcequepour vn an au plus.Ceft pourquoy Ciceronaccufant Ver¬
res difoit, qui plurimum ediélo 1tribuunt, legem annuam appellant 3 tu fins
- eâiflo completioris quam lege. Et par ce que PEmpereur Augufte nelfc
appelloit que Imperator, c’eft à dire capitaine en chef, & tribun du
peuple j il appelloit fes ordonnances edits, & celles que le peuplefai-
foit à fa requefte s’appelloyent leges Iulix. les autres Empereurs vfe-
rent de cefte forme de parler t de forte que le motdedid peu àpeu
s’eft 5 pris pour loy, quand il fortoitde la bouche de ccluy quiauoit
la puiffance fouueraine : fuftpour tous, ou pour vn, ou que ledid
fuft perpetuel, ou prouifionnaL Et parainfi on abufe des mots, quand
on appelle loy edid. mais en quelque forte que ce foit,il ny a que
les Princes fouuerains qui puiffent donner loy à tous les fugets,fans
;i. exception , foit en général, foit en particulier. Mais on dira que le Sé¬
nat Romain, auoit puiflance de 4 faire loy, & la plus part des grands
affaires d’eftat en paix ou en guerre, eftoyent en la puiffance du Sé¬
nat Romain. Nous dirons cy après delà puiffance du Sénat, ou con-
feil priué d’vne République quel il doibt eftre, & quelilaefté en Ro¬
me, mais en paffant pour refpondre à l’argument que i’ay fait,ic dy
que le Sénat Romain , depuis la fuite des Roys iufques aux Empe¬
reurs , n’a iamais eu puiffance de faire loy, ains feulement quelques
ordonnances, qui nauoyent force que pour vn an -, mais le menu peu¬
ple ri y eftoit point tenu : & moins encore les eftats de tout le peuple-L
LIVRE PREMIER. r?;En quoy plufieurs fefontabufez, Ôc mefmes C'onan qui dit que le Sé¬
nat auoit puiffance de faire loy perpetuelle: car Denys d’Halycarnas % *• M> 4&7
qui auoit recueilli diligemment les memoire de Marc Varron , ef-
cript que les arrefts du Sénat n’auoyent force aucune , fi le peuple
ne les auoit au&orizez , encores qu’ils fuffent auftorizez , s’ils n'e-
ftoyent publiez en forme de loy , ils n’auoyent force que pour va
an : non plus qu’en la ville d’Athenes , où les arrefts du Sénat , e-
ftoyent annuels , ainfi que dit Demofthene au plaidoyé queil a fait
contre Aristocrate, ôc fi l’affaire eftoit de confequence, on la rapor-
toit au peuple, qui ordonnoit à fon plaifir. quoy voyant Acharnafis,
les fages y dit-il, propofent en Athenes, ôclcs folsiugent. Et par ain-
.{ile Sénat nefaifoit que deliberer, &lepeuple commandoit. ce queon
voit à tout propos en TiteLiue, quand il vfe de ces mots, S E N A-
TVS DECREFIT, POPVLVS 1FSS1T. vray eft que
les magiftrats, ôc mefmement les Tribuns paffoyent le plus fouuent
ipair fouffrance tout ce que faifoit le Sénat, fi lachofeneportoitcoup
a la puiffance du menu peuple, ou à la maiefté des eftats. ainfi par-
loyent les anciens Romains, quand ils ° difoyent, Imperium in ma- bkiopcr'audUo^
giflratibus 3 auBoritatem in Sénat h ypote flatem in plebe> maie flatem in po- ni‘rco<
pulo. car le mot de maiefté , eft propre à celuy qui manie le tymon
delafouueraineté. Ôc combien quelaloy Iuliade la maiefté faite par le!)euplc,ce requérant l’Empercur Augufte,tientpour 4 coulpable de £{b£a<!1,Iul’,na
eze maiefté, celuy qui a frappé le magiftrat, en exerceant fon office, ^ Liuiusiib.7.
ôc que à tout propos 011 voit, es5 hiftoires Latines, Ôc mefmes es <*• 1 p«torait de
Iurifconfultes, maie flatem Confulis, maie flatem 6 prœtoris : toutesfois c’eft ciatione.
improprement parlé. Et par nos loix, ôc ordonnances, crime deleze cod’e!
maiefté n’a lieu pour Duc, ny Prince, ny magiftrat quel qu’il foit,ains
feulement pour le Prince fouuerain. Et par l’ordonnance deSigifmond
Roy de Poulongne, faite l’an m.d. xxxvm.ileft porté, que le cri¬
me de leze maiefté n’aura lieu hors là perfonne : qui eft fuiuant la vraye,
ôc propre fignification de7 leze maiefté. Etfemblequepourcefte cau-
fe les Ducs deSaxe, Bauiere, Sauoye , Lorraine , Ferrare, Florence,Mantouë, ne mettent pas en leurs qualitez le mot de maiefté, ains leur
altefle : ôc le Duc de Venizelèrenité: qui eft (à parler proprement) vray
Prince, ceft à dire le premier, car il n’eft rien que le premier des gentils
hommes de Venize, ôc n’a que la conclufion quand il eft queftion des
voix, en quelque corps, ou college qu'il Ce mette. Et tout ainfi que à
Rome les edi&s des- magiftrats obligeoyent vn chacun des particu¬
liers, pourueu qu’ils ne fuflent contraires aux arrefts du Sénat : ôc les ar¬
refts du Sénat obligeoyent les magiftrats, s’ils n’eftoyent contraires aux
ordonnances du menu peuple: ôc les ordonnances du menu peuple
paffoyent par deflus les arrefts du Sénat : Ôc la loy des eftats de tout- * ij
DE LA REPVBLIQJ/E
le peuple,eftoit par deffus tous:ainfi à'Venize, les ordonnances des ma*
giftrats,obligét chacun en particulier,pour le reffort, & îurifdidlion de
chacun magiftranmais le corps, & college des dix,eft par deffus les ma-
giftracs particuliers & le fenat eft par deifus les dix, & le grâd confeil,qui
eft l’affemblce de tous les gécilshommes de V enize,au deffus de xx.ans
tientja fouueraineté par deflus le fenat:de forte que files dix font partis,
ils appellent le confeil des Cages, qui font xxxij. & s’ils ne fe peu uent ac¬
corder, on affemble le fenat:8c fi la chofe concerne les hauts points delà
maiefté,on affemble le grand confeil.Etparainfi, quand les dix font v-
nc ord onnance,il y a ces mots, i n consiglio d i dieci.&
il les fages y ont efté, ils mettent con la g i vnt a. fil ordonnan¬
ce eft du fenat,il yaiN PREGADi.fi c’eft de l’affcmblec des gentils-
hommes Venitiens,iky a in consiglio magiore. & en
•ces trois corps 8c collèges font faites toutes leurs loix, & ftatuts : & les
affaires ordinaires d’eftat parles fept, quils appellent la feignorie.c’eft
donc par fouffrance, queles dix, ou le fenat font ordonnances, &pour
auoir efté trouuees iuftes 8c raifonnables, elles ontpafféen force de
loy, tout ainfi que les edits des anciens Prêteurs Romains, s’ils eftoyent
équitables, 8c iuftes,les fucceffeurs les tenoyent: & par trait de temps ils
eftoyent receuz comme loix. toutesfois il eftoit toufiours en la puiflan-
ce des nouveaux Præteurs d’en faire d’autres, 8c n eftoyent point obli¬
gez à les garder. Mais Iulian Iurifconfulte s’auifa de recueillir vn bon
nombre de sels edits qu’il iugeales meilleurs, laid an t les pires, & après
les auoir interpretez,& redigez en quatre vins dixliurcs,il en fift vn pre-
fentà l’Empcreur Adrian, lequel en recompcnfe le fift grand Preuoft
de Rome, duquel le fils depuis fut Empereur: 8c fift que par arreft du
sccaàdclmfc.1^ Sénat, ccs c^lts ^ furent 8 homologuez,y adiouftant fon au&orité
J pour les fiire valoir en force deloix:&neantmoinsIe nom d’edits de¬
meura. ce qui en adeceuplufieurs,quiontpristels edits pour ordon-
nâces desPræteurs.Iuftinianafaitquafilefcmblable des edits recueillis,
^interpretez par les autres Iurifconfultes, & en a homologue ce* qu’il
ft inprocmic. pa- luyapleu, 8c regetté le refte, demeurant toufiours le mot dédit, mais
ce n’eft rie moins que edi6t : no plus que fi vn Prince fouuerain homo-
logoitlesconfultations deBartole,oules ordonances defes magiftrats.
comme il s’eft fait plufieursfois en ce Royaume, quand les Roys ont
veu pluficurs ordonnances, & arrefts du parlement trefequitables,&
iuftes,ils les ont homologuées, &faitpublier,&;pafrer en force de loix.
pourmonftrerque lapuiflancedelaloygiften celuy qui a la fouuerai¬
neté, 8c qui donne la force à la loy par ccs mots, avons dict £T
ordonne, disons et ordonnons, 8cc. 8c à la fin la
commiffi on parces motsSi donnons en mandement a
t o v s, &c. ce que les Empereurs difoyent, S A N C 1M V S,
qui eftoit le mot propre à la maiefté3come diloit le ConfulPofthuniiusen
LIVRE PREMIER. 19.7en la harâgue qu’il fift au peuple • Nego iniujj'upopuli quicquamijanciripoj^Je3quodpopulum teneat, auffi le magiftrat prefentant requefte au peuple
commeriçoit par ces mots CBQNVM> F AVSTVM,FOEL1XQVE SÎT VOBIS AC^IP. VELÏT1SI VB E A T1 S. & à la fin de la loy eftoyent ces mots, S1 OV1S
ADVERSES E A FECERIT &c. quils appelloyentportant les peines,& loyer de ceux quiaccompliroyent,ou con-
treuiendroyentàlaloy. qui eftoyent formalitez fpeciales, Sc propres à
la maiefté de ceux qui auoient la puiflance de faire la loy :& qui n’eftoiet
pasauxeditsdes magiftrats, ny auxarrefts du Sénat. Ioint auffi que la
peine apofee aux loix du prince fouuerain,eft bien differétede celle qui
eft aux ordonances des magiftrats,ou des corps & collèges:qui ont cer¬
taines peines,& amendes limitées : mais il riy a que le prince fouuerain.,
qui puiffe apofer à fes edits la peine de 0 mort: comme auffi il a efté de- ?• Eal*II I r m l.cunétos popu-fendu par vn ancien arreft d^parlement. &: la claufe de la peine arbitrai- i<*.de m-r -1 t -n > n •* 1re,apolee aux ordonnances des magiltrats, & gouuerneurs,ne s eited1 1. in Hb. infaipto
iamais iufques à la mort inclufiuement.Et par ainfi nous concluros que ^AcoiiSni.i. ne
lapremiere marque du prince fouuerain c’eft la puiflance de donner loy cTin?1"
à tous en général, & à chacun en particulier, mais ce n’eftpas affez, car il N“"fautadioufter, fens le contentement de plus grand, ny de pareil, ny de ini.^dc public» *
moindre que foy. car fi le prince eft obligé de ne faire loy lans le cofen- cL.in^inqmfi-
tement d’vn plus grand que foy,il eft vray fugct:fi d’vn pareil il aura co- tl0ne-dc accufar‘
paigno:fidcs (ugets,foit dufenat,ou du peuple,il n’eftpas fouuerain.Ec
les noms qu’on voit appofer aux edits, ny font pas mis pour donner for¬
ce à la loy,mais tefmoignage,& quelque poix pour la rendre plus rece-
uable.Etmefmesilfe trouuedes edits trefenciens à fein t Denis en Fran¬
ce,de Philippe i.& de Loüys le Gros l’an M.LX.&m.cxxix.ou les feels
des Royncs Anne, & Alix,Robert, & Hugues y font appofez:& mefmes
l’an de Loüys le Gros x 11. & d’Alix l’an y 1. Or quand ie dy que la pre¬
mière marque de fouueraineté/eft donner loy à tous en général, & à
chacun en particulier : ces derniers mots emportent les priuileges,
qui apartiennent aux princes fouuerains priuatiuement à tous autres.Iappelle priuilege , vne loy faite pour vn 7 ou peu de particuliers : kg£1.c"*hb'*‘de
foit au profit, ou dommage de celuy pour lequel il eft ottroyé. ainfi &pp0ftrdc°akumfa
parloit8Ciceron ,Priuilegium de meo capite latum efi.O n a fait dit il vn pri- fenf“•
uilege capital contre moy:il entend la commiffion decernee contre luy Pjiuilege ca
parle menu peuple,àla requefte du Tribun. Clode pour luy faire &par- P*ta ’ .C - r j.i i r* 1 ; i 1 Pro “omo *ua'taire ion proces:qu il appelle en plufieurs endroits,lex Clodia: de laquel- x. in cap.quç fine
le il fe plaintfort,di(ànt que les priuileges ne fepouuoyentottroyer que rc”aL
parles grads eftats du peuple,ainfi qu’il eftoit porté par les loix des dou¬
ze tables, en ces9 mots,Priuilegia>nifi comitiis,centurialis, ne irroganto, qui
fecus jnxit capital efto. Et en cela s’accordent1 auffi tous ceux qui ont
traite les regales : qu’il n’apartient qu’au fouuerain d’otroycr priuileges,r iij
198 DE LA RÏPVBLÏQjyEcxemptions,immunitez,&difpenfer des edits& ordonnances,encore*que les priuileges es monarchies n’ay et trait que pour la vie des monar-
quesicommeTiberel’Empereur fili cognoiftre à tous ceux quiauoyéi;
eu quelques priuileges d’Augufte.ainfi que dit Suetone.Mais,dira quel-
cun, non feulement les magiftrats ont pouuoir de faire edits, & ordon¬
nances,chacun félon fa puiflance, & en fon r effort : ains auffi les particu¬
liers font les couftumcs tant generales que particulières, or il eft certain
mrnl!alTcg!b!lu* c[uc la couftume ° n’a pas moins de puiflance que la loy : &fi le prince
fouuerain eft maiftre de la loy, les particuliers font maiftres des couftu.
mes.Ie refponds quela couftume prend faforcepeu àpeu,& parlogucs
années d’vn commun confentement de tous, ou de la plus part : mais ]a
loy fort en vn moment, &: prend fi vigueur de celuy qui a puiflance de
commandera tous, la couftume fe coule doucement, & fans force: lax i«iib rtiUn Wc^comman^ce&:Pu^ieeParPui^ancc>^ bien fouuent contre le
gre des fugets. & pour cefte caufe Dion Chryfoftome1 comparoit la
couftume au Roy, & la loy au tyran, dauantage la loy peut cafter lesj. l.z.quxfitlon-couftumes, & la couftume ne peut deroger5 àlaloy, que toufiours le
BaiScnùfr'' magiftrat, & ceux qui ont la charge de faire garder les loix,nepuif-
dequib. dcicgib. fc, quand bon luy fembiera, les faire executer. la couftume ne porte
loyer ny peine : la loy emporte toufiours loyer, ou peine, fi ce n’eft
vnc loy permiffiue, qui leue les defenfes d’vne autre loy. & pour le
faire court, la couftume n’a force que par la foufrance, & tant qu’il
plaift au prince fouuerain, qui peut faire vnc loy, y adiouftant fon
homologation. Et parainfitoute la force desloix & couftumes,gift
au pouuoir du prince fouuerain. Voila donc quant àlapremiere mar¬
que de fouueraineté, qui eft le pouuoir de donner loy àtousen gé¬
néral, & à chacun en particulier : qui eft incommunicable aux fugets,
car combien que le Prince fouuerain , donne puiflance à quelques
vns de faire des loix, pour auoir telle vertu, que fi luy-mcfmcs les auoit
fiti&es, comme fift le peuple d’Athenes àSolon ,les Lacedemoniensà
Lycurguc : toutesfois les loix n’eftoyent pas de Solon, ny deLycurgue,
qui ncfcruoyent que decommiflaires & procureurs de ceux qui leur a-
uoyent donné cefte charge,ains la loy eftoit du peuple Athenien,& La-
cedemonien. mais il aduient ordinairement es Republiques Ariftocra-
tiques & populaires, que la loy portclenom de celuy quü’adreflee &
minutée:qui n’eft rien quefimple procureur: & l’homologation d’icel-
leeft de celuy quia la fouueraineté. Auffi voit-on enTiteLiue,que tout
le peuple fut aflemblé, pour homologuer les loix redigees en douze ta-
4. î.T.i.j.dcicgib. bles, parles dix commiflaires députez à cefte charge. Soubs ceftepuif-
dic.'c.Uciètot11-' ûnce de donner, cafler la loy, eft auffi compris la déclaration4 &
fSidas’ de ic. corre&ion d’icelle,quâd elle eft fi obfcure, que les magiftrats fus les cas
gac.prarftan. propofez trouuêt cotrarieté,ou abfurdité;intolerable.mais le maeiftat6. l.refpiciendum. 1 A . . , ' . , b ■dcpœnis.ff. peut ployer la loy, & 1 interprétation d icelle,foit en douceur,ou en ri¬
gueur,
LIVRE PREMIER.. Wgucur pourueu qu’en la ployât,il fe garde bic de la caffenencores qu’elle ^
fcmble fort dure 7:&s’il fait autrcmét3laloy le condâne8come infame. & i'<1p”bP'x‘I qu‘
ainfi fe doibt entendre laloy Pictoria, que Papinian* recire fans nômer
l’autheur, par laquelle il eftoit permis au grand Præteurdcfuploycr,&^samemJc
corriger,les loix. &fiautrcmétonrentëdûit,ils’cnfumeroit,qu’vnfim- iuftitia l.i. debo-
plemagiftrat, euftefté par deffusles loix, & qu’il euft peu obliger le nor p°
peuple àfes edids : ce que nous auons monftré eftre impoffible. Soubs
ceftemefme puiffance de donner, &cafferlaloy, font compristouts
les autres droids, ôc marques de fouueraineté:de forte quà parler pro¬
prement on peut dire qu’il riy a que cefte feule marque defouueraine-
té:attcndu quetoutsles autres droids font compris en ceftui-là com¬
me decerner la guerre,ou faire lapaix:cognoiftre en dernier reffort des
iugemens de touts magiftrats: inftituer, &c deftituer les plus grands of¬
ficiers : impofer ou exempter les fugets de charges, & fubfides:otroycr
grâces & difpenfes contre la rigueur des loix : hauffer ou baiffer le tiltre
valeur, Ôc pied des monnoyes : faire iurer les fugets, & hommes liges
de garder fidélité fans exception à celuy auquel eft deu le ferment,
qui font les vrayes marques de fouueraineté, comprifcs foubs la puif¬
fance de donner la loy à touts en général, ôc à chacun en particulier: &
ne la receuoir que de Dieu, car le Prince ou duc qui a puiffance de don¬
ner loy à touts fes fugets en général, & à chacun en particulier,n*eft pas
fouuerain,s’il la reçoit d’vn plus grand,ou égal à luy : ic dy efgal, parce
que celuy amaiftre, qui a compagnon: & beaucoup moins s’ilriace(>ouuoir, fino en qualité de vicaire,lieutenât,ou reget.Mais d’autât que
e mot de loy eft trop général, le plus expediet eft de fpecifier les droits
de fouueraineté, compris, comme i ay dit,foubs la loy du fouuerain.
corne decerner la guerre, ou traiterla paix, qui eft l’vn des plus grands
poinds de la majefté °, d’autant qu’il tire bien fouuent après foy la rui- yfus
ne, ou l’affeurance d’vneftat. cclàfe vérifié non feulement par les loix Sd^fuerrTs10
Romaines, ains auffide touts les autres peuples. & d’autant quil y a vcre5cm ordina-. r \ . i 1 tione citât, & Fe-pius de hazard a commencer la guerre, que a traiter la paix, le menu raid.Friuiieg.i9.
peuple Romain pouuoit bien faire la paix : mais s’il eftoit queftion de cfifthutNcapoUt.
la guerre, ilfalloit affemblerles grands eftats : iufques à ce que le menu
peuple eut pleine puiffance de donner laloy. c’eft pourquoy la guerre
fat decernee contre Mitridate, par la loy Manilia:contre les Pirates, par
laloy Gabinia,contre Philippe 11. Roy deMacedoine, parla loy Sul¬
picia: &c la paix faide auec les Cartaginois, par la loy Martia: ainfi des au¬
tres. Et d’autant qucCæfar fift la guerre en France, fans mandement
du peuple,Caton futd’aduis quo’ndebuoit rappeller Farmcc, &liurer3Cæfar aux ennemis. En cas femblable les eftats du peuple Athénien *• *ï«ar.ïn cat®.
J , . r ■ 1 1 “cVaccnfi&maecernoyent la guerre, & la paix : comme on peut voir de la guerre iuiio.contre les Megaricns, contre les Syracufains, contre les Roys deMa¬
cedoine. le mets ces exemples des deux plus grandes Républiques po-
a.lib.i.deca.j
lib. é.dcc i.
4. lib.S.dcca.i.,/. lib.^.dco.i.
tf.lib.j-.dcc.i.
7. lib.S.deca.i.100 DE LA REPVBLI QV Epulaires quifurcnt onqucs: car enl’eftat Royal, iln’y apointdedoub-
re : & mefmes les Princes fouuerains tirent à foy la cognoiflance des
moindres exploits &entreprifes quil faut faire en guerre: &: quelque
charge quils donnent aux deputez de traiter paix ou alliance, neant-
moins ils n’accordent rien fans en auertirleprince.-comme on peutvoir
au traidé de Cambrefis dernier, les deputez de la part du Roy, luy rC-
fcriuoyent d’heure en heure toutsles propos tenus de part & d’autre
mais en l’eftat populaire,ou voit le plus fouuent la guerre, Ôc la paix, fe
manier par l’aduis du Sénat,ou confeil priué feulement, & bien fouuent
par l’aduis feul dVn capitaine:auquel 011 donne toute puiflance : par ce
qu’il n’y a rien plus dangereux en guerre,que publier les entreprifes,qui
ne peuuent alors reuflir, non plus que mines euentees: &toutesfoisil
faut quelles foy ent publiées, file peuple en eft auerti. C’eftpourquoy
on voit es hiftoires Greques, ôc Latines, que les deffeins, ôc entreprifes
delà guerre, fefont toufiours parles capitaines, &quelquesfoisfï la
chofe, eft deconfcquence,parle confeil du fenat, fansiamais en parler
au peuple, mais cela s’entend, après que la guerre eft ouuertc, ôc pu¬
bliée contre l’ennemy, par commandement du peuple. Et fi on me
dit que fouuent le fenat Romain decernoit la guerre, ôc la paix, fans
en auertir lepeuple, ie le confeffe, mais c’eftoit vne entreprife fus la
maieftédu peuple aufïi voit-on que les Tribuns du peuple l’empef-
choy ent,comme on voit en TiteLiue, où il dit Controuerfiafuit utrm
populi iufju indiceretur bellum?anfatis effet S. C. Peruïcere Tribuni vt Quin¬
tius Conful de bello adp opulum ferre t:omne s centuriae iufjere. Combien que
le fenat mefmes ne vouloit pas ordinairement denoncer la guerre, fans
que le peuple leuft ordonné, comme TiteLiue parlant de la fecondc
guerre Punique,dit Latum1 inde adpopulum 'vellent}iuberent,populo Carta-
ginenfîbellum indici, ôc en autre lieu, Ex S. C.populi iufju bellum3 Prœnefti-
nis indiflum. ôc autre part yEx authoritate patrum populus Palœpolitanis* bd-
lumfieri iuJJît.Ôc de rechef,Populuss bellumfieri AÈquis iuffit. ôc contre les
Samnites,/Ww folenni more indiélo decreuerunt, njt de ea re adpopulum fer¬
retur. ôc contre les Herniques6, Populus hoc bellum frequens iuffit. & con¬
tre les V eftin s^Bellum7 ex authoritate patrum populus aduerfus P'eftinos iuf
fit. En cas pareil nous lifons en la vie de Pirrhus quâd le Sénat de Taren¬
te eut efté d’aduis qu’on dénonçait guerre aux Romains, lepeuple de-
cerna fon mandement, ôc Tite Liue au xxxi. dit qu’il cftoit defendu par
lesÆtoliens qu’il ne fuftrien arrefté pour le fait de la paix, ny pour la
guerre,«zy?in Panœtolio, ër Pylaico concilio. Vray eft qu’en Rome pour le
regard de la paix, le fenat bien fouuent l’entreprenoit fans en parler au
peuple, comme on peut voir es traitez faiéfo entre les Romains ôc La¬
tins, & en la guerre fociable,le fenat pafla quafi touts les trai&ez de paix,
& alliance fans lepeuple: ôc fouuent les capitaines lefaifoyent, fans le
confentement du fenat,mefmement fi la guerre eftoit en pays fort efloi-
LIVRE PPvEMIER. -tôtgné, comme on voit en la fécondé guerre Punique les trois Scipions
firent les traidtez de paix, & alliance auec les peuples,& princes d’Efpai¬
gne, & d’Afrique, fans le comandement du Sénat : vray eft que le fenat,Ôc bien fouuent le peuple,autorizoit leurs a6tions,& ratifioit les traitez,
après qu’ils eftoyent faids. ôc s’ils eftoyent preiudiciables onnyauoit
point d’efgard, mais en ce cas,les oftages, & capitaines en refpondoy et
aux ennemis, comme le conful Mancin, pour la paix accordee auec les
Numâtins,que le peuple ne voulut pas ratifier, fut liuré entre les mains
des ennemis. C’eftceque difoit vnfenateur deCartageaux Ambaffa-
deursRomains,Fby erim quod C. Luclatius confulprimo nobifcumfœdus icit,
quia neque autoritatepatrum,necpopuli iujju iftum erat, negaftis 'vos eo teneri.Itaque aliud fœdus publico confilio ilium efi. Et le mefme autheur parlant de
Mâlius gouuerneur d’Afie,Gallogrecisjnquitbellum illatum> non ex fenatus
authoritate, non populi iufju : quod quis vnquam defua fententiafacere aufus
! ejtïEn cas femblable le Conful Sp.Pofthumius,&:fon armee,fe voyans
furprispar les ennemis entre les roches, & montagnes traitèrent auec
cux,eftans fortis touts nuds,& retournez à Rome auec l’armee,le fenat
ne voulut pas ratifier la paix, auffi le conful Pofthumius8 dift deuant le s.iib.^.dcca.i,: peuple, Cum mefeu turpifu necefjaria fponfone obflrinxi3qua tamen 3 quan¬
do iniuffu populi faÛaefl 3 non tenetur pop. Rom. nec quicquam exea prœter-
quam corpora no/Ira debentur Samnitibus > dedamur per feriales nudi njintti- 9- Fcftus fponfio-i /Y' 1 r i 1 • n r n - r i • • l • pcm,pa&ionem1 que. aufli le coniul ne dut pas que ce ruit traite de paix, mais bien vne fœdus, pace aif-
® limple promefl'e9, qu’il appelle fponfio. ôc de fait les ennemis firentfcnc fcnblt‘
f iurcr lcsconfuls, &toutsles capitaines, ôc lieutenans de l’armee, &
i prindrent fix cens oftages, qu’ils pouuoyent faire mourir, fi le peuple
il nç vouloit ratifier l’accord, mais ils firent vne lourde faute , qu'ils
* n’obligerent touts les foldats par ferment de retourner aux deftroits
f ôc enclaues des montagnes, ôc en l’eftat où ils eftoyent, ou prifon-
! niers,au cas que le peuple ne voulufl palferlaccordfait par lescapitai-
:lî nés. &fans doubte le fenat, &lepeuple les euft renuoyçz en l’eftat, jiibAjcca^Ci-
jf comme il fift le conful ôc ceux qui en cas femblable auoyent voulu 3*Po-oj fauflerla foy iureeà Annibal1, qui furent renuoyez pieds ôc poings
itj liez: ou bien il euft ratifié laccord: comme fift le Roy François, du
traité fait à Digeon par le feigneur de la Trimouille auec les Suifles,J. baillant oftages des principaux del’armee, à la charge que les Suiffes o Ftoilfart f
les pourroyent faire mourir, fi le Roy n’euft ratifié l’accord comme »i*•
jjl fift le duc ° d’Anjou aux oftages, que ceux qui eftoyent affiegez au cha-
fteau d’Erual auoiét baillez : quand il vit que Robert Canole capitaine
du chafteau arriué dedans le chafteau depuis l’accord empefchoit qu’il
j fuft rendu , difant que les affiegez n’auoyent peu capituler fins luy.
j aujffi fift-il trancher la tefte aux prifonniers qu’il auoit. Autrement
, s’il eftoit permis aux capitaines de traiter la paix fans mandement, ou
flj, ratification exp refie,ils pourroyent obliger ôc les peuples ôdesPrin-
t. l.r.ad I.Iui.
ambitu.201 DE LA REPVBLI QJV Eces fouuerains au plaifir & appetit des ennemis, ôc à telles conditions
quils voudroyent, chofe abfurdc, veu qu’vn procureur fèroit defa-
uoue s il auoit trâfige de la moindre chofe d’autruy, (ans charge expref.
fe.Mais on me dira que ces reigles n’ont point delieu à Venize,dii lefc:
nat decerne,Ôc ordonne entièrement du faid de la paix, ôc de la guerre-
ny mefmes entre les ligues des SuifTes,& Grifons, qui font en eltat po¬
pulaire^: lors que l’eftat de Florence fut remis en la liberté du peuple^
la fuafîo de Pierre Soderin,il futarrefté que lepeuple ne fe melleroit quc
defaire les loix,& les magiftrats,& ordonner des deniers,ay des, & fub-
fides:& que le faid de la guerre, & de la paix, ou autres chofes concer¬
nais 1 eftat,demeureroit au Sénat, le di quant aux eftats populaires &Ariftocratiques,que la difficulté d’affembler le peuple, & le danger qu’il
y a d’euenter les fecrets, & entreprifes, fai&que le peuple en donne la
chargeau fenat: toutesfois on fçaitaflez,queles commiffions,&mande-
mens,qui font leuez pour ceftefted, dependent de l’authorité du peu.
pie, ôc font expediez foubs le nom du peuple par le Sénat, qui n eft qUc
procureur,ôc agent du peuple.-prenant autorité du peuple,commeauffi
font touts les magiftrats. Et quant aux monarchies il eft bien {ans diffi¬
culté, que la refolution de la paix , ôc de la guerre dépend du prin¬
ce fouuerain : fileftat eft pure monarchie. Car es Royaumes de Pou-
l°gne,Dannemarc,& Suede,qui font eftats changeans,& incertains,fé¬
lon que le prince ou la noblefîe ont les forces, & neâtmoins qui tiennet
plus de rAriftocratie,que de la monarchie,la refolution de la paix, &de
la guerre depend de la noblefle, comme nous dirons en fon lieu ?aufîi
nous auons touché cy deffus,qu’il ne fe fait loy en ces pays là que du co-
fentementdelanoblefTe C’eft pourquoy aux traitez de paix qui fe font
auec eux les féaux des princes,comtes,barons,palatins,çaftellans, & au¬
tres coftituez en dignité y fotapofez. corne le dernier traité fait entre les
Poulonois,&PrufTiens,eft feelledecent ôc trois féaux, desfeigneursdu
pays:ce qui n’eft point fait és autres royaumes.La troifîefme marque de
fouuerainete,eft dmftituerlesprincipaux officiers.-qui n’eft point reuo-
quee1 en doubte,pour le regard des premiers magiftrats. Ce fut la pre¬
mière loy que fift P.Valerius après auoir chafle lesRoys de Rome, que
les magiflrars feroient inftituez par lepeuple. & la mefme loy, fut pu¬
bliée à Venife, deflors qu’ils s’aflemblerent pour eftablir leur Républi¬
que, comme dit Contarin:aufli eft-elle bieneftroitementgardée: &
mieux encores es monarchies, ou les moindres offices d’huiffiers, fer-
gens,greffiers,trompettes,crieurs , qui eftoyent inftituez, 6c deftituez
par les magiftrats Romains, font pourueuz parle Prince, ôc iufques,
aux mefureurs , harpenteurs , langayeurs , Sc autres officiers fem-
blabiés, qui font erigez par edi&s perpétuels en tiltre d’office . I’ajr
dit principaux officiers, c’eft à dire les premiers magiftrats: car il n y
a Republique, où il ne foit permis aux plus grands magiftrats, ôc à plu-
fleurs corps ôc collèges, de faire quelqucsmcnus officiers : comme i’ay
LIVRE PREMI ER. 205monftré cy deflus des Romains. Mais cela fe faidten vertu de l’office
quils ont, &quafi comme procureurs, qui font creez auec puiflance
de fubftituer. Nous voyons auffi que les feigneurs iufticiers, combien
qu’ils tiennent la iurifdidtion du Prince fouuerain en foy 8c hommage,
ontneantmoins puiflance d’eftabliriuges, 8c officiers, mais cefte puif-
fance leur eft baillee du Prince fouuerain. car il eft bien certain que les
ducs,marquis,comtes, barons, &chaftellains, n’eftoyentrien queiu-
ges & officiers deleurpremiereinftitution, comme nous dirons en fon
lieu. En cas pareil nous lifons5 que le peuple de Cartage auoit accouftu-
mé de faire cinq magiftrats, pôur eflire les cent 8c quatre magiftrats de
la Republique: comme ilfe fait à Nuremberg, où les cenfeurs qui font
efleus du grand confeil, eflifent les fenateurs, ôc cela fai£t fe demettenc
de leur charge.Le fenat,qui eft de x x v 1. eflift les huidt anciens, 8c puis
lesxiii.&lésfeptBurgomaiftres,&lesxi 1. iuges descaufes ciuiles, &:
cinq des caufes criminelles, ce qui eftoit auffi ordinaire aux cëfèurs Ro¬
mains, qui fupployent àleur diferetion le nombre des fenateurs,que les
confuls faifoyent auparauant parfouffrance du peuple, quiducom-
mancementles faifoit,comme dicFefte Pompée, & quelquesfois le di¬
ctateur n’eftoitfaid que pour fupployer lefenat : comme Fabius 4 Bu¬
ter,nommé di&ateur parle confulTerence,fuiuant larrcft du fenat,fift
chois de c L x xv 11.fenateurs pour vnc fois.combien que le fenateur,
àparler propremét,neft point magiftrat, ainfi que nous dirons au cha¬
pitre du fenat. Mais en quelque forte que ce foit, ceux qui eflifoyent les
fenateurs,n’auoiét lapuiflance que du peuple,& reuocableau plaifir du
peuple. Ainfi pouuos nous dire des Cadilefquiers de Turquie,quifont
comme les deux chanceliers du Roy, quipeuuentinftituer, &defti-
tuer touts les Cadis 8c Paracadis. qui font les iuges. Et en Ægy pte,au pa-
rauant que Selim. 1. l’euft conquefté,le grâd Edegnare, qui eftoit com-
me le conneftable du Sultan, auoit puiflance de pouruoirJ touts les au¬
tres ofïiciers:comme anciénementles grands maires du Palais en Fran¬
ce, mais toufiours le grand Edegnare, 8c le grâd maire du Palais eftoyêt
pourueusparle Roy:&neantmoins cefte puiflance fi grande, qu’ils a-
uoyentfut trefpernicieufeaux premiers Roys,&aux Sultans.depuis on
y adonné bon ordre : car mefmes les Lieutenans des Baillages 8c Sene-
chauflees,qui eftoyent pourueuz par les Baillifs & Sénéchaux, au para-
uantle Roy Charle vu. font maintenât pourueus du Roy en tiltre d’of-
fice.Et ce peut faire que les magiftrats, ou les corps, & collèges, ayent
pouuoir d’eflire,& nommer les magiftrats principaux, comme nous li¬
fons es regiftres de la cour, que par ordonnance de l’an m, cccc. viii.
il fut dit que les officiers de parlement feroyent elcdrifs, & mandement
fut donné au châcelier d’aller en parlement pour les eledios des offices
vaeâs: 8c la mefme ordonance fut reiteree par le Roy Loiiys xi. m cccc.
LXV.& après luy du temps de Charle.vm. non feulement les prefidens,
confeillers,&aduocats du Roy furent efleus, ains auffi le procureur ge-
*04 DE LA RE PVBLI Q_V Erreraldu roy (qui cft feuldu corps de la cour.qne doit fermet qu’au roy,
ores que les jpeureurs des autres parlemés,qu’il appelle fes fubftituts/ôt
fermet à la cour)fut éleul’â m.cccc.xcvl mais les jpuifiôs,& lettres d’of.
fixe cofirmatiues des elle dtios,cft oiét ôc font touiiours ottroyees par lc
roy. qferuira de refpofe à ce qu o pourroit dire q le duc Art9 de Bretai-
gne fut efleu Coneftable de Frâce,p la voix de to9 les princes,& du grad
cofeil,&: du parlemet 1 a M.ccc.xxim.car cobien que le roy fut lorsalic^né de fo fes, & les féaux de Frâce marquez de l’image de la roync,fi eft ce
que p les lettres de jpuifio la garde de l’e{peedu Roy luy eft baiüee pour
la tenir du roy en foy ôc homage lige, ôc pour eftre chef en guerrep def-
fus tous après le roy.Encores peut on dire que le grad Palatin de HÔgrie
q eft le plus grâd magiftrat ôc lieutenât général du roy de Hogrie,eft ef-
leu parles eftats du païs. il cft biévray:mais]aprouifi6,inftitutio,&c6--
firmatio en appartiét au roy :q eft le principal chcf,& autheur defapuif-
fance.Cobicn que les eftats du royaume d’nogrie pretedent encoresa-
uoir droit d’eflire les roys, ôc la maifo d’Auftrichele cotraire. ôc femblc
que les roys ontpafTéparfouffrâce que les eftats efleufletle gtâd Palatin
pour leur faire oublier Pefle&io du roy,&neâtmoins ils £c fot fi bie opi-
niaftrez qu’ils ont mieux ay me s’abâdoner aux Turcs,que pdre ce droit.
Ce n’eït donc pas l’efledio des officiers,qui emporte droit de fouuerai-
neté:ainsla cofirmation,&prouifi6,bié eft il vray que ce point là en re-
tiet quelque chofe,& moftre que les princes ne font pas abfolumét fou¬
uerains. ôc mefmes au royaume de Poulongne par ordonance de Sigif-
mod Augufte tous officiers doiuet eftre efleus parles eftats particuliers
de chacun gouucrnemet,&: neâtmoins ils doiuet prédre lettres de pro-
uifîonduRoy. Quin’eft pointchofe nouuelle:cardutépsmefmcs des
fc^uemIib l’ GOts,nouslifos*enCaffiodore queTheodoric roy des gotsbailloicIct-
7.caffiodor.iib.i. très de confirmation aux officiers quele fenatauoitefleus, vfànt de ces
mots,par les lettres7 addreflecs au fenat,pour vn qu’il auoit pourueu de
la dignité de patrice, 1udiciu -veftrïl p. c. noftêr comitatur ajj'enjks. Orpuif-
quelapuiffâce de comander à tous les fugetsen vneRepubfc[uc,eft à ce¬
luy qui tiét la fouueraineté,c’eft bie raifô que tous magiftrats recognoif
fent ce pouuoir de luy .Mais difons de l’autre marque fouueraine,c’eft a
fçauoir, du dernier re(Tort:qui eft ôc a toufiours efté l’vn des principaux
droits de la fouueraineté. Corne on peut voir après q les Romains euret
chafle les Roys,parlaloy Valeria no feulemét le dernier reffort fut refer-
s Liuîusîib z au peupl^ains auAi '’apcl de to9 8magiftras:p ce que les cofuls fouuet
5.Liuiusiib'i.7'io y cotreuenoyétjla mefme loy fut par trois fois republiee *, &parlaloy1
nirH^yiaâib^ Duillia,la peine de mort fut adiouftee à celuy qui cotreuiédroit.TiteLi-
ue appelle cefte loy ,1e fondemét de la liberté populaire, ores qu’elle fut
mal executee. la mefme loy eftoitencorcspl9eftroitemet gardee en A-
- thcnes,oùlc dernier reffort eft oit referué au peuple , non feulement déc- 1 • rt • rr 1 1 ... il 11 11: ' MA-î.dc Rcpub. AthcDcmofthe.Vro A- tous \cs magiftrats,ains auffi de toutes les villes de leurs alliez,corne à\à^ ^ , i /VI 111jphobo.
j.dcKepub.VcncrXenopho %&Dcmofthene,NoustrouuosenC6tarin3leféblable,quelapremiereloy qui fut Élite pour l’eftabMemét de leur République fut.
Iib.LIVRE PREMIER. 205qu’il y auoit appel de tous les Magiftrats au grad côfeil. Auffi4lisosnous 4.Quichar<im,
que Frâço is VAo ri D u c de Flo r éce, 11efu 11 u é p ou r au tre cho fe,q pour
auoir déféré à lapelintergeté de lui au grâd côfeil du peuple aiâtcôdané
à mort trois Florentins.Mais on dira q non feulement à Floréce, le Duc
ainsaufli à Rome le Di6fcateur,&autres Magiftrats fouuent paffoiet par
dcffusl appel, come on peut voir en plufieurs Hiftoires.& mefmclefe-nat Romain ayant fait affieger, prédre,& amener à Rome lalcgion, qui.eftoit en garnifon a Rhege, fift fou ëter ôc trancher la tefte à tous les fol-
datSjôc capitaines qui reftoiét/ nonobstant,& fans auoir égard aux ap- vàier.Ma»;
pellatiôs par eux intergetees,au peuple ni aux oppofitios des tribuns du 17‘peuple,crians à haute voix,que les loix facrees touchant l’appel eftoient
foullees aux pieds.Ie refpos pour le faire court,ce que fift Papinian,que
il ne faut pas prédre pied fur ce qu’on faitàRome, pluftoftàce qu’on
doit faire, car il eft bien certain qu’il y auoit appel du Sénat au peuple. &
ordinairemecroppofition d’vn Tribun,arreftoit tout le Sénat: comme
nous auons touché cy deffus. Et le premier qui dona puiffance au Sénat
Romain deiugerfansappel,fut6AdrianrEmpereur. cari’ordonancede e.u à quibus aP-
Caligula n’eut point de lieu, quoy qu’il donnaft puiffance à tousMagi- yTacit.hïg!1”''
ftrats de iuger fans appel. & combié que Néron ordonna, que l’amende ^rna“SmniS*
feroit pareille à ceux q ui auroiét appelle au Sénat, come s’ils7 auoiét ap- magiftratuum ap-[ 1 l l. . « . s . 1 pellanoncs ad 5c»pelle a fa pc rfonne,toutesfoisil n’o lia pas la voie d appel du Sénat a luy, natummuiure.
Mais il femble que cefte refpôfe eft dire&ement contraire à ce que nous
auons dit : car s’il n’y auoit point d’appel du Sénat à l’Empereur,ains que
le dernier reffort fut au Sénat,le dernier appel rieft pas marque de fouue
raineté.ioint auffi q le grâd maiftre du Palais,qu’ils appelloiét Prœfeélum
prœtorio, iugeoit8 fins appel, ôccognoiffoit des appellations de tous lesMaeiftrats &eouuerneurs de l’empire,come dit9 Flauius.Vopifcus'.ôccn 5- FiauiusVobift.^ -, , Y. . i ^ î „ - r t in Floriano.toute République,on voit des Cours,ôcParlcmes,qui îugetlans appel,
come les fîx Parlemês en France,les quatre Cours en Efpaigne,la cham¬
bre Imperiale en Almaigne,le confeil â Naples,les quarante à Venizeja
rote en Rome,le Sénat à Milan:ôcen toutes les villes imperiales,Duchez,
CotezdependansderEmpire,il n’y a point d’appelàla chabreés caufes
criminelles iugees par les Magiftrats des Princes, ôc villes imperiales. Et
nepourroitfcruirde dire,qles appellatiSsintergetees desBaillifs,Séné¬
chaux,&autresiuges inférieurs,nefefot pas diredemétauxioursde par
lcmet,ny à la châbre imperiale,ains q l’appel eft deuolu au Roy, ou à l’é-
pereur,lefquels reuoyetlacaufe aux iuges par eux deputez,quifoten ce
cas {eslieutenasj&pour cefte caufe qu’il ni peut auoir apeldulieutenât
du prince,no plus q du prince mefme: car cobié qu’il n’i ait point d’apel
du iicutenât en termes de droitàcelui qui la mis en so1 lieu,fi eft-ce que ^u^ls&a(luo
to9les reliefs d’apel portét,q les codamnez font appellâs au Roy, ôc aux
cours de parlemés,qui fe disét iuges ordinaires des ordinaires,& no pas
iuges extraordinaires feulemét:attédu mefmement qu’ils iugét de plusi¬
eurs caufes en première inftâce.&r outre cela on voit les moindres Magi¬
ftrats prefïdiaux iuger en dernier reffort en certain cas. Ôc par ce moyé il
». Bald.inl.z.con-
cluf.^jdc rcrum
diuif. Faber in in-
ftitut.de attiliano
tut.§.vltPanor.
Confil.8i.lib.i.
Curtius iunior co-
fîl.i.col.i.Panor.
& Imol. in cap.
nimis.de iure iu-
zand.o.l- quodiufsit. de
reiudic.l.relcgati
dc pænis.zoé DE LA REPVBLIQVEfemblc q le dernier reffort n eft pas marque de fouueraineté.Ie refpÔs 5
le dernier reflortcôpréd la voye de requefte ciu île, auffi bié que l’appel-
quifembleauoirmeu plufieursMurifcofuIteSjde dire, que la requefte ci
uile eft des droits de fouueraineté.& iaçoit q les mefmes iuges cognoif-fentde leuriugement quad on y viét par requefte ciuile:fieft-ceneant-moins que la requefte s’adrefle au Prince fouuerain, qui la reçoit, ou la
reiette fi bo lui femble: &fouuét il euoq ue la caufe à foy pour la iuger,ou
cafferjce qui a efté fait,ou la réuoy er à d’autres iuges.qui eft la vraie mar¬
que de fouueraineté,& dernier reffort.&: n eft pas en lapuifsace desMa-Îjiftrats dechager,ny corriger leurs iugements,file Prince fouuerain neeur permct3fur peine defaux,tant de droit°commun,que par les ordo¬
nances de ce Royaume.&cobien que plufieurs iuges ont accouftumé
d’vfer en leurs iugemés de ces mots,Par main fouueraine,&en fouuerai-
neté,toutefois c’eft abufer/lumot,quin’apartiêtqu’au Price fouuerain,
Et quand ores le Prince fouuerain auroit fait vn edit,par lequel il ordon¬
nait,qu’il n’y euft ny voye d’appel, ny de requefte contre les fentéces de
fes Magiftrats à fa perfonne,comme vouloit faire l’Empereur Caligula:
fi eft-ce neantmoins que fes fugets feroient toufiours receuablesàrele-uer leur appel,ou prefenter requefte à fa maiefté : car il ne peut fe lier les
mains ,ny ofteràfesfugetslavoiedereftitution,defupplication,dere-
quefte:attendu mefinement que tous les edits.touchant lesappellatios,
& iugemens,ne font rien que loix ciuiles,aufquelles nous auons dit,que
il ne peut eftre obligé.c’eft pourquoy le priué côfèil, & mefmes le Cha-
celierdel’Hofpital,trouuaforteftrange &nouueau,q îelescommifTai-
resdeputezàfaireleproces duPrefidentl’Alemant,luy firentdefenfes
par l’arreft contre luy donné, de n’approcher de la Court de xx. lieues:
pourluy trâcherla voye de requefte ciuile, que le Roy mefmes nepeut
ofter à fon fuget, ores qu’il foit en fa puiflance de prendre ou regetterfa
requefte. Auffi voit-on qu’en tpus les apennages donnez aux enfansde
la maifon de France,&generalement és créerions des Duchez,Marqui-
fats.Comtez,ôcPrincipautez,on a toufiours accouftumé de referuer la
foy, & hommage,reflort,&fouueraineté:&quelquefois il n’y a que re-
feruatio de reflort,& fouueraineté, comme en la déclaration faite parle
Roy Charlev.àleanDucdeBerridum.Mars M.cccLxxmi.enquoy
eft auffi coprislafoy,& hommage,car il eft bié certain que le Duché de
Berri,eftoit lors l’appénage baillé au Duc de Berri, à la charge des.drpi.ts
royaux^ de reuerfion à lacouronneles maies dèÊiillànsicomme i’ay ap¬
pris de l’appennage,qui eft encores au trefor de Frâce.No us Vpyos auffi
femblable déclaration de Philippe Archi-duc d’Auftriche,faite>ù^oy
Loüys x 11. l’an m.c cccxcix.& autre declaratio de luy rneftne delà
m.d. v.ou il recognoift, & entéd obéir aux arrefts du Parlemét deParis,
pour le regard des pays d’Artois,Flâdres, & autres terres qu’il tenoit d,t*
Roy,& au traité d’Arras fait entre le Roy Charle vii.& Philippe 11. Ducde Bourgôgnejil y a referuation exp refle de la foy,&hommage, reflort,
&fouueraineté,pour les terres qu’il auoua tenir,&quc ces predcceffcurs
LIVRE PREMIER. 10?âuoient rèleué de la couronne. Et la principale occafion que Charle yi.
Roy de Frâce print deflus les oppofitiôs,fuiuât.Ie traité de Bretegni,qui
n * eftoit pas ratifié par Charle v.îans déférer àlappel^come on peut voir
parfarreftduParlemétdonéle xim.May M.cccLxx.parlequelleDu
ché d'Aquitaine,eft confifqué au Roy. Autremét fi le Prince fouuerain
quitefonfuget,ouvaflaldurefTortJ&: fouueraineté,qui luy appartient il
fait d’vn fuget,vn Prince fouuerain:come fift le Roy Frâçois i.quitat dutout au Duc deLorrainelafoy,&:hommage)refron&:fouueraineté du
ChafteletfurmozellcM.D.xvii.Maisquâdilpermiftaumefme duc de
iuger, codaner,&abfoudre en fouueraineté au Duché de Bar, ôc que les
officiers tiroient cela en confequéce de fouueraineté abfolue, le Procu¬
reur général en fift plainte au Roy,ôcauffi toft Anthoine, &apres lui Frâ
cois Ducs de Lorraine,pafTerée recognoifsâce en forme authétique, par
laquelle ils declaroient,quils n’entédoiét en rien deroger à la foy ,& ho-
mage,reffort,&:fouueraineté qu’ils deuoient à la çourone, àcaufe dudit
Duché: ôc quils n’auoient vfé de iugemét fouuerain, que par foufrance.
lequel les lettres de re cognoiflance furet depuis exhibees au priué cofeil
l’an M.D.Lxim.Toutefois le plus expediét par la coferuation d’vn eftat,
c’eft de iamais n’otroier marque de fouueraineté au fuget,&moîs encor
àl’eftrâger:car c’eftle degré pour montrer a la fouueraineté.Etpour ce-
fte caufe 011 fit grade difficulté de paieries lettres pour l’Efchiquier d’a-
lençcn m.d.l x xi. pou r le preiudice fait au reffort:qu i sébloit tel, q l’vn
desaduocats du Roy diften plein cofeil,qu’il vaudroit mieux introdui¬
re vne douzaine de parlemés:ores que le reffort en certains cas, ôc plufi-
eurs caufes foyét referuees, outre la foy, ôc hômage. ôc de fait les Roys
d Angleterre, ôc Ducs de Bourgongne, prindrent occafion plus qu’ils
n’euffent fait,de s’allier,& faire la guerre au Roy de France, pour le refus
qu’il fiifoit,de leur donner le priuilege d’Efchiquier,commeilauoitfait
aux Ducs d’A Iençon, afin qu’il n’y euft point d’appel de leursiuges, ôc
Magiftrats.Car non feulement les officiers des Ducs,Ôc Cotes, ainsauffi
les Ducs mefmes eftoyentadiournezpardeuantleRoy, pourvoir cor¬
riger, ôc amender leurs iugemens : qui eftoit vnefubmifïîon qui lesgre-
uoitbienfort. &quelquesfois auffi onlesfaifoit adiournerpardeuant
le Roy pour peu de chofe:dequoy fe plaignirent les Ducs de Bretaio-ne:
au Roy Philippe le Bel,&à Philippe lelong,qui enuoyerét lettres paté-
tes à la Cour de Parlement au mois de Feurier m.cccvi. &d’06lobre.
m.c c c x v i.parlefquelles ils declarerent qu’ils n’entendoient qle Duc
de Bretaigne,ni fes officiers fufsét adiournez par deuant eux,fino en cas
de deny de iuftice, faux iugement, ôc en cas de fouueraineté. ôc parles
mefmes lettres,on peut voir,que l’cxceptio des cas referuez, emporte la
cofirmatiô du dernier reflon^&fouueraineté.No9 feros pareil iugemét
de tous les Princes. &feigneurs,defqlsy aapelal’épirc, & châbre impé¬
riale, qu ils ne sot pas fouueraîs:car ce feroit crime dcleze maiefté,&ca-
pital 3de fe porter pou r apellât du price fouuerai:fi ce n’eftoit enla forme
qfift vn Grec,qui appella duRoy philip.de Macedoine mal cofeillé,à luy
4.1. folet. deiurif-di£t.omnium./. lib.io.epiftol.208 DE LA REPVBLIQVËmefmes, quand ilferoic mieux confeiilé. ôc en cefte façon aduocats de
don cîitr<uæ~ L°^ysBourbon,formèrentlappelde l’arreft interlocutoire donné
fimm.deappciiat. parle Roy François 11. en fon priué confeil:que 3Balde Iurifconfulte
vk.de reiat. trouue bon,& receuable. & feroit bien feât à la maiefté d’vn Princefou,
uerain, de fuyure l’exemple de ce Roy là qui receut l’appel;où bien
s’ils veulent que leurs arrefts demeurent, pour ne fembler variables ,ny
muables^ quils facent comme le me fine Roy fift à Machetas, lequel il
recompenfa de fon bien 5 l’ayant iniuftement condamné, fans muer
ny changer fon arreft. Et de cefte marque de fouueraineté ,depend
auffilapuifïance d’ottroyer grâce aux condamnez par deffus les arrefts
& contre la rigueur des loix, foit pour la vie, foit pour les biens ,foit
pour l'honneur, foit pour le rapel du ban, il n eft pas en la puiffance des
Magiftrats, pour grands qu’il foyent, d’en donner vn feul poin6t, ny
de rien alterer, des iugements par eux donnez. Et combien que les
proconfuls,&gouuerneurs de prouinceseufTent autant deiurifdidion,
que 4 touts les Magiftrats de Rome auoyent enfemble,fi eft-ce qu’ils
ne leur eftoit pas licite de reftituer feulement les bannis pour quelque
temps, come nous lifons és lettres de; Pline le ieune gouuerneur d’A-
t.\ reicgati.de pæ- fie, à l’EmpercLir Traian: & beaucoup moins de donner grâce aux con-
& ibiAccurf.& damnez à mort, ce qui eft defendu à touts6 Magiftrats en toute Repu-
i^dk.îngeïïni. blique. Et combien qu’il femble que Papirius Curfor di&ateur don-
JSSSïJLt na grâce à Fabius Max. Colonnel des gens de pied, pour auoir donné
§.non fuit.de dolo la bataille contre fa defônfe, iaçoit qu’il euft tué xx v. mil ennemys,
pœnisi.^fine^de toutesfois en effe£t ceftoit le peuple qui donnoit la grâce, ores qu’il
priatrefinftamment le dictateur ae pardonner cefte faute: car Fabius
auoitappellé au peuple de l’arreft du Dictateur,lequel defendit fon
iugemét contre l’appellant:qui monftre bien que la puiffance de la vie,
&de la mort eftoit au peuple. Auflî voit-on, que Sergieus Galba 1*0-
rateur,quele Cenfeur Catonauoitattaint &conuaincu de leze maie¬
fté, eut recours à la grâce du peuple, qui luy pardonna, fur quoy Ca-
ton dift, que s’il n’euft eu recours aux pleurs, ôc aux enfans, qu’il euft
eu des verges. En cas femblable le peuple d’Athen , auoit puiffance
d’otroyer grâces priuatiuement à touts Magiftrats, comme ilmonftra
e.in ftatuti* Ve- à Demofthenc, Alcibiade, ôc à plufieurs autres. Auflienla Republi¬
que de Venize il n’y a que le grand0 Confeil de touts les gentils-hom-
mes Venitiens, qui donne grâce au parauant le confeil des dix donnoit
bienles grâces, par fouffrance, ôc neantmoins il fut ordonné Tan m.d*
xxiii . q l’adioufta , quifont xxxii .aflifteroitau confeil,& que la grâce
n’auroit lieu fi touts ny confcntoyët.mais l’an m.d.Lxn.defenfesfurent
faites au cofeil de rien entreprédre. Et côbien q ^Empereur Charle v. en
dVfcnatu. r l’ereâio du Sénat de Milan otroya toutes les marques de fouuerainete,
come fon licutenât,& Vicaire,fi eft-ce qu’il fe referua la grâce : comme
i’ay apris des lettres patentes par luy7 deccrnees.ee qui eft bien eftroite-
mét gardé en toutes les Monarchies.^ combien que a Floréce pendantcjuseftion.Valer
lib.8.de publicis
Iudic.Liuius lib.
2.&z;.Bartol.in
l.a&a de re Iu-
dic.ex ea lege,nctor7. In conftitut.
Mediola incap,
LIVRE PREMIER. zol’eftat populaire,leshuiâ: auoyent vfurpé la puiffance de donner ora-
ce, fi eft-ce que celafut depuis rendu aupeuple, lors que Soderin chan¬
gea l’eftat. Quant à nos Roys, il n’y a chofè de laquelle ils foyent plus
jaloux, & combien quele Roy François 1. euft8 donnei fa mere puif- g.annox;l/.
fànce d’ottroyergraces, fi eft-ce toutesfois que la Cour ayant ordonné Februan>-
qu’il feroit remonftré au Roy, que c’eftoit l’vne des plus belles mar¬
ques delà fouueraineté, qui ne fepouuoit communiquer au fuget fans
diminution de la maiefté,la mere eftant aduertie quitta ce priuilege-,&
rendit les lettres au Roy auparauant qu’on luy en fift inftance. car mef¬
mes la Royne de Frace ne peut auoir ce priuilege, ny les autres marques
de fouuerainetéJ>& iaçoit que la loy des Romains dit, que l’ïmperatrice
eftoit difpenfee des edits & ordonnancés: cela neantmoins n’a point de
lieu en ce Royaume:&fetrouue tnarreftésrerriftres delà Cour de l’an
m.ccclxv. en Iuillet, par lequel la Royne fuft condanee à garnir par
prouifion la debte porté par cotrad fans auoir efgard aux priuileges par
elle pretendus. le trouue bien auffi que le Roy Charle y 1. donna puif¬
fance à maiftre Arnault de Corbie Chancelier de France, par lettres pa-
tétes du x 111. Mars M. c c c c i.de donner grâces, & remiffios,prefens
aucuns du grand confcil: mais c’eftoit lors que les Chanceliers-eftoyent;
touspuiffans,&leRoy Charle y 1.en puiffance d’autruy,pourJa maladie
qu’il tenoit. Encores me diroit-on queancienement legouuerneur des
prouinces donnoient grace, corne on peut voir encores auxcouftumes
de9 Henaut, & aux anciennes couftumes1 de Daufiné : & mefmes l’E *-caP-.uefqueDambrunpretendcefte puiffance,par chartes°fluchentiques.Ie ieSidJE“refpons que telles couftumes,ôc priuileges font abus,&entrepri(ès: qui o.iugéFrarrdtfurent caffeesàbon droit par l’editdu Roy Loiiys xii,m.ccccxc-ix.&fi tels priuileges font nuls, auffi peut-on dire que les confirmations font LeVmar-*nulles, car la cofirmation ne vaut iamais rie,fi le priuilege de foy eft nul. ques de la
or il eft bié nul,puis qu’il ne peut eltre quitté fans la courone.mais quât maiefté ne
aux gouuerneurs, vicaires, & lieutenants généraux des princes fouue- fe doyuent
rains,il y a autre raifon,attendu qu ils n ont pas cela par priuilege,ny par bailler ny
office,mais par commiflion:come les Princes,vicaires,& lieutenâs pour en titre d’of
1 empire.Mais en l eftat d vne Republique bien ordonee,ceftepuiftance fice, ny par
ne doit eftre baillee.ny par 4 commiffion, ny en titre d’office : fi ce n’eft comiffion,
pour eftablir vn regent pour la diftancedes lieux par trop grande,ou s’iln’yaiu-
bien pour la captiuité des Princes fouuerains, ou qu’ils foyent enfureur, fte absece.
ou en enfance, come il fe fift pour Loiiys ix. lequel pour fàieuneffe fut 4*Princ.ep*refer-
mis par les eftats de France en la tutelle de fi mere Blanche de Caftille:a- teft committere
près auoir baillé quelques Princes pour cauti5,q elle ne baillerait point IS'IeTi
Ja tutelle à autres perfonnes,& par mefme moyen Charle de France,Re-
gent en France pendant la captiuité du Roy Iean, & Loiiyfe de Sa- ,el‘"potaM».t-» ^ J 7 J z.Alberic. notauituoye Regente pendant la prifon du Roy François, auec touts les droits »1 . de crearionis.ltC
“jRoyaux, en qualité de Regente. &leDucde Betfort Regent en Fran- dicnt!c?paliau'
lio DE LA REP VBLIQ^y Ece,pourla maladie du Roy. Icy peuteftreonme dira que nonobftant
Fordonnancede Loüysxi i. le chapitre deFEglifede Roüan ,pretend
toufiours auoir priuilege de donner grâce, en faueur de fain&Romain
deuat la fefte duquel, il fait defences à touts les iuges, ôc mefmes au Par¬
lement de Roüan, dexecuter à mort pas vn des condamnez : come i’ay
veu pratiquer y eftant en commiflion pour la reformation generale d^
Normandie.& fur ce que la Cour, nonobftant la grâce du chapitre, fift
executer à mort, celuy qu elle auoit condamné après la fcfte,le chapitre
en fift plaintes au Roy,ayant pour chef lvn des Princes du fang. le Parle¬
ment enuoya fes deputez , entre lefquels Faduocat du Roy Bigot, fit
grande inftance, pour l’abus,& entreprife fus la maiefté du Roy. toutes-
fois le temps y eftoit mal propre, &; quelque remonftrance q u on fift le
priuilege leur eft demeuré, celapeuteftre fait à la forme du priuilege
doné aux Veftales de Rome,qui pouuoicnt donner la grâce à celuy que
on alloit executer fi Fvne des Veftales s'y rencontroit fortuitemet,comc
dit Plutarque en la vie de Numa, couftume qui eft encores gardee à Ro¬
me , quand il fe trouue quelque Cardinal, lors quon va exécuter quel-
qu’vn.Mais le pis qu'il y a au priuilege faind Romain, c’eft qu’on nedô-
ne grâce que des crimes les plus execrables qu’on peuttrouuer, &def-
quels le Roy n’a point accouftumé d’otroyer grâce. En quoy plufieurs
Princes fouuerains abufent de leur puiflance, cuydans que la grâce qu’ils
donnent, eft d’autant plus agreable à Dieu, que le forfait eft deteftable.
mais ie tiens., fauf meilleur iugement, que le Prince fouuerain ne peut
donner grâce de la peine eftab lie par la loy de Dieu, non plus qu’il ne
peut difpenfer de la loy de Dieu,à laquelle il eft fuget. Et s’il eft ainfi que
le Magiftrat merite peine capitale,qui difpêfc de l’ordonâce de fon Roy,
comét feroit-il licite au Prince fouuerain de difpéfer fon fuget de la loy,
de Dieu? & mefmes fi le prince fouuerain ne peut quiterl’mtereft ciuil
de fon fuget, comét pourroit-il quiter la peine q Dieu ordona par fa loy?
come le meurtre fait de guet a pend,merite la mort,par laloy de Dieu,ô
combien il s’en voit de remifliosi Mais on me dira,Enquoy fe pourroit
moftrerla mifericorde du prince, s’il nepouuoit doner grâce, de la pei¬
ne eftablie par la loy de Dieu? ie refpons qu’il y a beaucoup de moyens:
c’cft à fçauoir des contrauétions aux loix ciuiles. come fi le prince a de-
fendu de porter armes, ou de bailler viures aux ennemis fur peine delà
vie, la grâce fera bien employé à celuy qui a porté les armes pour fa de.-
fenfe feulemet,ou que la pauureté a cotraint de vedre bié cher à l’enne¬
mi,pour fubuenir à (à neceffité.ou bié fi par la loy ciuile,la peine dular-
cin eft capitale,le prince debonaire peut la reduire au quadruple,qui eft
la peine delà loy de Dieu,& du droit comun. mais le meurtrier de guet
à pend,vous l’arracherez,dit la loy de mon autel facré,& n’aurez jamais
pitié de luy,que vous ne le fàciez mourir, &c alors i'eftendray mes grades
mifericordes fur vo9.Toutefois les Rois Chreftiés le iour du védredy S.ne
LIVRE PREMIER. utne donent graceq de ce qui eft irremiffible.or les grâces ottroyecs de tel
les mefchacetez,tirent après foy les peftes,les famines,les guerres &rui~
iles des Republiques:c’eft pourquoy la loy dit qu’en puniflant ceux qui
ont mérité la mort, ont ofté la maledidiô d’entre le peuple,car de cent
mefchacetez il n en vient pas deux en iuftice,&de celles qu o y fait venir
la moitié n’eft pas verifiee : & fi du crime vérifié on ottroye grâce,quel-
le punition pourra feruir d’exemple aux mefehans ? Etquad on ne peut
obtenir grâce de fon prince, on interpofelafaueurd’vn autre prince, de
quoy les Eftats d'Efpaigne firet plainte au Roy Catholique, & prefen-
terent requefte,afin d’auertir l’Ambaffadeur, qui eftoit par deuers le
Roy de France, de ne receuoirplus,ny demander grâce au Roy d’Ef*
paigne,pour les condamnez qui feretiroient en France:car ayant obte-
nuleurs grâces, ils tuoyent bien fouuentles iuges qui les auoient con¬
damnez. Mais entre les grâces que le prince peut dôner,il n’y en a point
de plus belle,que de l’iniure faite à fa perfonne : & entre les peines capi¬
tales, iln’y en a point de plus agreable à Dieu, que celle qui eft eftablie
pourl’iniurefaiteàfa maiefté. mais que doit-on efperer du prince qui
vange cruellement Ces iniures, & pardonne celles d’autruy, & mefmes
cellesqui fontfaites directement contreThonneur deDieu? Soubsla
grâce plufieurs ont voulu coprendre la reftitution des mineurs,& ma-
ieurs, le benefice d’aâge, qui font bien propres au prince fouuerain en
plufieurs Republiques, mais ce ne font pas marques de fouueraineté:^lorfmisla reftitutiô des baftards,ferfs,&autresfemblables:carles Ma- compiex"aSehin-
giftrats en Rome auoient telle puiflànce:&par l’ordonnance de Charle
v 11. & v 111. il eft expreffémét mandé aux iuges de n’auoir aucun égard 4-Ancaran.incap.
aux lettres qu’on appelle de iuftice, fi elles ne font équitables : ce qui eft fil. 310. Panor. in
aflez compris par ces mots tant qve a svp ire d o 1 ve , qui
font en toutes lettres de iuftice otroyees en ce Royaume. Mais fi cefte dllf.^o^BaidTn
claufen’y eft appofee, le Magiftrat n’a cognoiffance que du fait, eftatla i-eam quam.de
peine referuee à laloy,&lagrace au (ouuerain.C’eft pourquoy Ciceron COnfil.306.li. 1. FU-
demandant à Cefar lagface de Ligarius, I’ay,dit-il, fouuentplaidé auec nupîiis^Fuigocô!
vous deuât les iuges, mais ie ne dy iamais pour celuy que ie defendois,
pardonnez luVjmeflieurs, il a failly, il ny penfoit pas, fi iamais plus,&c. iexâ.confiu7. iib,r» n N7 . j 5 j ^ - t K . r T rnlr H,nrirKc elt au pereaquion demande pardon, mais deuat les îuges,on dit que
le crime eft forgé par enuie,l’accufiiteur calumnieux,les tefmoms faux,
où il monftre que Cefàr eftant fouuerain,auoit la grâce en fon pouuoir,
ce que n’ont pas les iuges. Quanta la foy & hommage lige il appert mi ?^wis pro-rr » n 1 —'i 1 . i i r P /D ^ rr pnameffe: pixteraulli,que c elt 1 vn des plus grands droits de laiouuerainete,come nous Hoftiefemqui p<s
auons monftré cy deffus, pour le regard de celuy à qu’il eft deu fans ex- L^rS^u^a
ception . Quant au droit demoneage il eft delà mefme nature delà
loy j & n’y a que celuy qui a p uiffance de faire la loy, qui puifTe donner legir-
loy aux monnoyes. ce qui eft bien entendu parles mots Grecs, Latins,& François: car le mot de nummus eft du Grec »opf, comme loy & aloy,f iiij1. col.i. Henrich,
Eohic.& Innocéc.
ind.cap. pervene-
rabilem.omnesco-
fentiunt reftitucio-
nemnataliu fum-
212, DE LA REP VBL'I QJV E.& ceux qui parlent mieux oftet la premierelettre.Oril n’y arien de pIUs
grande confequence, après la loy, que le tilcre, valeur & pied des monx. au paradoxe de n / 2 • / vMal eftroit, noyés,comme nous auons monltre en vn3 traite a part: & en toute' publique bien ordonnée, il ny a que le Prince fouuerain qui ait ceftepuiffance:commenous lifons qu’ilfefaifoit en Rome,quand on donna4. Ciccro inoffic. prix au vi&oriat,cela fe fift par loy 4expreffe du peu pie. & iaçoitque le
Sénat par fon arreft, pour fubuenir aux neceffitez publiques, fift valoir
la demie liure decuiureautatcjue laliure:& quelque téps après le quart
autant que la liure,& iufques à ce que Fonce fut autant eftimee que la t
ure,neantmoins le tout eftoit confenti par les Tribuns, come nous auos
n«a.c.falfa m°’ dit cy deffus. & depuis FEmpereur5 Conftantin vpulut que ceux qui
auroientforgé faufle monnoye fuflent punis comme coupables deleze
maieftéxe que les Princes gardent bien : prenans la cofifcation du faux
phfdeiËjd70(ÎCl* monnoyeiir priuatiuement à tous autres *Seigneurs:&: de mefme7 pei-v-à.u. ne font punis ceux qui ont forgé bonne monnoye fans congé du Prin¬
ce.Et iaçoit que plufieurs particuliers en ce Royaume ayent eu ancien¬
nement priuilege de batre monnoye,come le Vicomte de Tu raine,1*E-
^ uefquedeMeaux,Cahors,Agde,Ambrun, les Comtes defàintPol,de
inU.dcvetearis°nS la Marche, Neuers, Blois, & autres, néanmoins le Pvoy François 1. par
“nusainiPfiquisC genel‘al ca^a tous priuileges, qui ne fe8 peuuent dôner: & s’ils font
nummos^defaifa otroyezlaloy les déclaré nuls: ioint auffi qu’ils ne durétquepourlavie’ ’ deceuxquilesontdonnez:commenousauonsmenftrédelanaturedespriuileges. combien que ce droit & marque de fouueraineté, ne fe doit
aucunement communiquer au fuget : comme il fut auffi bien monftré
aSigifmond Augufte Roy dePouïongne,quiauoit donné priuilege au
DucdePruffe deforger monnoye Fan m.d.xlii i.lesEftatsdu pays
firent vn decret,où il fut inféré,que le Roy n auoit peu donner ce droit,
comme eftant infeparable de la couronne.&par mefme raifon l’Arche-
uefquedeGuefneen roulogne, ôd’ArcheuefquedeCâturberienAn¬
gleterre Chanceliers, ayans obtenu le mefine droit, en ont depuisefté
déboutez.&: pour cefte caufe toutes les villes d’Italie tenues de l’Empi-
re,qui auoient vfurpé ce tiltre, le quiterent à FEmpereur par le traité de
Conftance,à FEmpereur qui donna ce priuilege aux Luquois en faueur
du Pape Lucius. Auffi lifons-nous que la principale occafion,que Pierre
Roy d’Arragon empoigna pour chaffer laques Roy de Malorque de
fon pays,fut pour auoir forgé monnoye,prétendant qu’il ne l’auoit peu
faire. Qui fut auffi l’vne d es occafions, que Loüys x 1. print pour faire la
guerre à François Duc de Bretaigne, par ce qu’il auoit forgé monnoyeOoïic&zonaras’ d’°r,contre ^ Élit l’an m.cccclxv. comme les0 Romains en
got 1C. zonaras. tout i*£mp£rc s*cft0ienc refèmez de batre monnoye dor : combien queIean Duc de Berry, eut priuilege de Charle v. Roy de France, de Fvn &
de l’autre metal:&de peur d’y faillir fiftforgerles moutos d’or,quis eft
trouué le plus fin or quifuft onques depuis en ce Royaume, ny au para-uant.
LIVRE PREMIER. if3uailt. car quelque priuilege qui foit otroyé au fuget défaire batre mon¬
noye,la loy,& prix d’icelle dépéd toufiours du fouuerain,de forte qu’ils
n’ont rien que la marque qui eftoit anciennemet en Rome au plaifir des
maiftres de monnoye, qui y metroient telle marque qu’ils vouloient,&:
leurs noms auec ces lettres ii i. viri a. a. a. f. f. que le Bailli des Mon-
taignes interpretc,œre>drgento3auro}flauo,ferunto :au lieu qu’il deuoit di¬
re, d,uro,drgento3 œre3flaudo3feriu;ndo.C2Lï les Princes fouuerains ne fe fou-
cioyentpas tant de faire grauer leur effigie. ôc mefmes le Roy Seruius,
qui le premier d ona marque à la monnoye, qui n’eftoit que de pur cui-
ure,fift grauer l’effigie d’vn beuf,à l’exemple des Athéniens, quiauoienc
lamefme figure, & la chouette. Mais les autres Roys ôc Princes d’Oriét,
y mettoient leur image, comme Philippe Roy de Macedoine a la mon*
noyé d’or, qu’ils appelloient Philippus :Ôc les Roys de Perfeaux Dari-
ques : portant leur image,dont ils eftoient fi ialoux, que le Roy Darius,
côme dit Herodote,fift trâcherlatefte au gouuerneur d’Egypte Arian-
der,pour auoir graué fon image aux monnoyes : comme auffi fift pour
femblable cas l’Empereur Commode à Perennius fon grand mignon.
Et mefme leRoy Loüys x 11. ayat laide toute puifTance fouueraineaux
Genefuois,leur defendit neantmoins de marquer autrement leur mon¬
noye que de fon image:au lieu qu’ils y mettoient,comme ils font enco¬
res,vn gibet,pour marque de iuftice:nevoulaspas qla marque du Duc
y foit.Et fi la monnoye eft Tvn des droi&s de la fouueraineté,auffi eft la
mefure, Ôc le poids : ores qu e par les couftumes il n’y a fi petit Seigneur,
qui ne pretende ce droid,au grand preiudice de la Republique. qui fut
la caufe que les Roys Philippe le Bel,Philippe le Long,Loüys x i. auoiét
refolu qu’il n’y auroit qu’vn poids,& vne mefure: ôc à cette fin 011 auoit
égalé toutes les mefures de vaiffeaux de laplufpart de ce Royaume, co¬
me i’ay veu par le proces verbal des commiffaires extrait de la chambre
des Comptes.mais l'execution fe trouua plus difficile qu’on ne penfbit,
pQurles différends ôc proces qui en refultoient. Toutesfois nous lifons
enTolybe, que cela fut bien executé en toutes les villes d’Achaye &de
la Moree,où ils n’auoient femblable monnoye,poids,mefures,couftu-
mes,loix,religion,officiers,ôc gouuernemét. Quant au droit de mettre
fus les fugets tailles ôc impofts, ou bien en exempter quelques vns, cela
dépend auffi de la puifTance de donner la loy,Ôt les priuileges. non pas
que la Republique ne puifTe eftre fans tailles,come le Prefiaent. le mai-
ftre eferit que les tailles ne font impofees que depuis le Roy faint Loüys
en ce Royaume. mais s’il eft befoin de les impofer, ou les ofter, il ne fe
peut faire que par celuy qui a la puifTance zfouueraine: comme ilaefté
iugépararreftdu parlementcontrele Duc de Bourgongne, depuis
3plufieurs fois tant au Parlement,qu’au confeil4priué,& pour les entre-[>rifes que faifoient quelques feigneurs particuliers, ôc les corps, ôc col-
eges des villes, ôc villages, le Roy Charle 1 x. en fift vn edit général à la2.1.1, ve&igaliano
ua imponi.C. cap.
i.quæ fint regalia
Faber ibidé. Gal¬
lus q.tfo.par.5. ftili
forenfis.j.anno i^.arreft
de Paris4.a Lyon l’an 1/7.
iH DE LA REPVBLI QV Ey.articleijo. requefte des EftatsJd’Orleans, par lequel il leur cft expreflementde
fendu,fans permiffiomores que par foufiance on paffoit les impolis des
corps,&collèges pour les neceflitcz publiques,iufquesà xxv.liUres
article y,. fans oommiffron. & depuis le mefme editfut reïteré à4 Moulins :'fuiuj!
ciaétati pi1- Adroit7 commun, & l'opinion des Iurifconfultes. Et combien que lc
îtïccTifc cSr°’ ^cnat ^oma'n pendant les guerres,& mefmes les Cenfeurs impofoieilt
iciand'confii. i«/: quelques charges, fçaehans bien que le menu peuple en corps les accor-
mukaBaif'bonisU ^croic 111 volontiers, fi eft-ce que cela palfoit par loufrance des Tri-
S!conïuM01' bunsdu peuple, qui fouuentauflil’empefchoient, de forte qu’ilspre'
Par pari, inrepetit. fenterent requefte au peuple, que delors en auant nul nefuft fi hardi ^1. placer de (acro- r ■ /T 1 , i ^fan. c.Boer.decif. taire palier loy au camp,par ce que le Sénat,par (ubtil moye, y auoit fait132. Chaiïan.rub. publierlaloy de l’impofition, qu’onappelloitlavingdefmedes afran-‘■M- chis,foubs couleur quec’eftoitpourpayer l’armee, quil’acorda volon¬tiers. Nous voyons auffi plufieurs fois es hiftoires Romaines, queles
charges, & impofitions ont efté mifes,ou leuees parle peuple : comme
pendant la guerre Punique, le peuple fut taillé, & après le retour du Ca¬
pitaine Paul Emyle, qui remplit la ville des defpoüilles de Perfeus Roy
de Macedoine,le peuple fut defchatgé de tailles,iufques aux guerres ci-
uiles du Triumuirat. Et pâr mefme moyen, l’Empereur Pertinax ofta8. arreftsduparie- les charges,impolis,&peages mis, comme dit Herodian, parles tyrans
fus les riuieres,entrees,& îftues des villes,outre lesay des ancienes.Mais
en May. on dira, que plufieurs Seigneurs ont prefeript le droit des tailles, im-uonciugél'â i;j6.pofts,&peages : comme on voitmefmement en ce Royaume que plu-
lY/.qutfirioaga ^eurs Seigneurs peuuent impofer la taille en quatre cas, confirmez pat
‘“article li'. * arrcfts>& parcouftumes, & mefmes pourles Seigneurs qui n otpoint5. Alexan.confil. de9 iurifdiâion. le refpons, que la chofe ayant commencé par abus &lib. i.& confil 87. » ^ / t 1 . 1 . , * „ 5lib j.Baid.confil. muetere par longues annees, a bien quelque couleur de prefcription.
^oi+fifb.S': mais lablls nc Çauroit eftre tant inueteré, que la loy ne foit toufioursla
lu coi”1'soctTô- 1 P*us forte>a laquelle il faut reigler les abus. & pour cefte caufe il fut or-
fil. 187 col .8.Fir- donné par’fedit de Moulins, que les droits de taille, pretendus par lesgabel.Bald. confil.fugets,ne fe pourroient leuer,fans auoir efgard àla prefcription de Ion-
".Aie^conffl.ra;. gues annees >ou les iuges & ; iurifconfultes fe font toufiours arreftez:
SibTK»n“tof: fans vouloir4 permettre qu’on s’enquift fi les droits de fouueraineté fe
eod coi.1. Barbat.' peuuent preferipre : car ils tiennentprefque tous cefte opinion, queleslib.1.Félin.in c.cfi droits de la maieftéfè peuuent gaigner par trait de temps.II feroitbeau-
roi^ Are^cs: couP Plus expedient deconfeflerque ces droits n’appartiennent pas au
fii^lnéfpT; ^nncc fouuerain,qui feroit crime capital,comme ils côfelfent : ou bien
per quibufdam.de il faudrait dire qu’on peut preferire la couronne, & fouueraineté. Nous
J.??ie!ifqui va- ferons femblable iugement des exemptions de payer les charges,& im-
clmïitSie P°fitions, que nul ne peut otroyer, s’il n'eftf fouuerain: comme il eft
& ttotk delm0' difertemét articulé par ledit de <iMoulins:& faut que l’exemption
munitate conced. foit verifiee en la chambre des Comptes,& en la cour des Ay des.il n’eft
«Tram/s*. donc point befoin de Ipecifier en quel cas le Prince fouuerain peutim-pofel/
LIVRE PREMIER. **5pofer charge,ou fub/ide aux fùgcts,filapui(Tance de.ce faire luyappar- ^ ^
tient priuatiuement à tousaoutres. par ce qu’il y en a qui ont fouftenu, gai.
que le droit7 pris fus le fel,eft plus marque de fouuerainetéqueles au- qi^muafisTin-
tres:& neantmoins on voit près qu’en toute Republique plufieurs par- 'ticuliers auoir falincs*qui peuuent eftre aux héritages, & fonds des par- veaig*i.cap,fuper1 * 18 1- • r» quibu(dam.§.piæ-ticuliers: comme anciennementles particuliers en auoient enRome. terea.deverb%.
Vray eft que plufieurs Princes fouuerains ont d ancienneté impoféce f.Lium^^'dec.
droit fus le fel : comme fift9 Lyfîmachus Roy de Thrace, Ancus Mar- i;Lforma § faIi,
tius Roy des Romains (qui fut hauffé par vn Cenfeur Liuius furnommé deccfib.i.ma-« il i Tri -r. • 1 * r ! gisputo.Pruc.dele Saunier) & Philippe de Valois en ce Royaume : mais cela n empelche reb.cornm.Ai«s.
pas, que les particuliers ne foient1 feigneurs des fàlines , auffi bien que ln l clmomo § fl
des autres minières, faufau Prince fouuerain fes droi£ts,& împofitions.Mais les droidfcs de la mer n’appartiennent qu’au Prince fouuerain, qui. _ 1 \ îl - l ■ J r »•! » oereru muii.coi.ipeutîmpoter charges nuques axxx.5 hures ioingdeiaterre ,s il n y a &ini.cumProPo-
Prince fouuerain plus près,qui l’empefche : comme il aefté iugé pOlirle nore.C.1 1 - - - - - -4.Cachdecif pedemôt.ijj
y glo. Panor. I"
lliéf.Butrioinivir ln fundo folu-
to matri, ludo. Ro.
inl fi fundü eod.
3. Bald in rubrica
dererü diuif.col.jDuc de 4 Sauoye. &: n’eft permis qu’au Prince fouuerain de bailler bref ^^St.ij
de conduide,que les; Italiens appellent guidage, ny de predre le droit {t|[0B^ar"o°;'nfa0'
de b riz, ou de V varech: qui eft Tvn des articles porté par l’ordonnance fuper qiâbufdam.dio ruina, l.vlrrl.
qui leuandæ.ad 1.del’Empereur6 Frideric 11. qui n’eftoit point Anciennement vfité en- tcbanu-al.de^u*
tre les Princes fouuerains : neâtmoins eft auiourdhuy commun à8 tous “jr^u^ia41dc fur
ayans port fus mer. Et me fouuient auoir entêdu,quel’ AmbafTadeur de tis C-1 ni ! - r 1 l T* TT • I» 7.1.1 de naufrag.i Empereur fift plaintesaupriuecofeil du Roy Henni i.l an m.d.l v i. c.&m. de incen¬
de deux galeres prifes par Iourdan Vrfîn,qui auoit foufcrtbrisen Cor-
feque:le Conneftable luy remonftra que le bris eft cofifqué au feigneur ^offi.p^Jid’T*
fouuerain, & que c’eft la couftumc eenerale 3 non feulement és pays de 8.io.piat.& Lucas1 m 1 rc 1 IT I r» - Pcnainl.i denau1 obeïnance du Roy,mais aulli en toute la mer du Leuant & du Ponet. frag. c.Afliau*
AufTieft-il certain qu’AntoineDoriane fiftiamais inftance du bris de SSwp.Rayl
deus galeres confifquees parle prieur de Capona. côme les droits qu’on ^gëterus
leue pour geter l’ancre fus terre feulement.5 Plufieurs mettent auffi en- ™ confuetud.
tre les marques de fouueraineté faifirles biens vacans, & s’en emparer, i.nu.4j. h
foient héritages ou efpaues, qui iont1 attribuez quafî par tout aux fei- gauieïal^nîiL
gneurs particuliers . Et combien que de droit commun, les Empereurs
Romains auoient accouftumé de faifir,& reünirles biens vacans au do- «.gio. cumveto.
mainedela République, fi eft-ce que le particulier pouuoit s’en1 faire tit. de moyen c iu-feigneur,trouuantla chofe delaiffee, que nous appelions guerp, & de- ftlcc art-9 tir dcshéritages.§.i. Ne-efpaues. Biturigé.uers. titre des iufti
ci ers.art i.B lois,
titre delà iurifdi-guerpir pour delaiffer. vray eft q le Prince fouuerain auoit quatre3 ans, confuetu-m-dcs
dedans lefquels il pouuoit faifirles héritages delaiffez.. mais prefque en
toute l’Europe^ où le droit des fiefs a lieu,les feigneurs prennét les deux
tiers de la chofe meuble efpaue,&le tiers à celuy qui l’a trouuee,fi le fei- Bourâ*»»» iu de.
gneur de la chofe,après quarante iours que la publication s’eft faite, ne p^ou W°des
fe p refente. Et par confequent nous dirons auffi, que le droit de fifque ^i. l.f $.in amittenda.de acq.poff.l.i. pro dereli^o. 3. ' vlt.deljonis vac.l. intra quattuor de diuerfîs & temp.l.i.de quadrienni)
C.cumanrea perpetua effet autorisas fifei. l.z. fine ad Tertul. I.38. de iurc fifei. l.pcnUl. de vfu & habit.l.37. de vfucap. 1 8j.dcac-
<|uir.ha:red,
de la repvbli qv en’eft point marque de fouueraineté,d’autant qu’il eft commun au Prin„
ce fouaerain, ôc à tous Seigneurs iufticiers : ôc mefmes le Prince fouue,
rainàfon fifque, en qualité de particulier, feparé du public : &fondo~
iiâum nc^ui^ maine particulier,qui n’a rien de cômun auec le public, comme auffilcs
fus^dc'côtrah^ëp!" ancicns Empereurs Romains,ont 4-diuifél vn ôc 1 autre,&;feparé les 0£
piini.in panegyru ficiers, ôc le procureur du fifqué ôc le procureur du patrimoine. Et mef.
driano.i. bencà nie le Roy Loüys xn.eftant venu à lacour6ne,erigeala châbre de Blois
drTennij'præfchp’r. Pour fon domaine particulier de Blois,Motfort,Coufli: outre leDuché
vk'dck^tUiUî.i.‘ d’OrIçâs,qu il auoit tenu en apéiiage.Mais entre les droits du fifque, il y
confeî&f iCdeaX Cn a ^ naPPart^nent qu’au Prince fouuerain:come la cofifcatiô pour
j>ei!Çn vbicaufæ ^ crimes de leze6maiefté,fouslefquels on copréd aufli 7 l’herefie,&faulTe
fiadae^Tfifcurâ. 8 monnoyc. Les autres droits du fifque font prefque tous communs au
^'.cVads.C prince fouuerain, ôc aux feigneurs iufticiers: comme le droit du trcfor
guftu* primus Pro- trouué:&la puiffance d’otroyer droit de foire, qui eftoit ° anciennecurarorcs inftituit 1 r • / rr i • >\ r*Dio,iib.«. Adria- ment marque de iouuerainete,auili bien qu a prêtent, compris foubsle
Îh.spofhxmo°co-~ casdespriuileges. Quantaudroit démarqué ,ou de reprefailles,qucles
urlqÙi'TJ'xr princcs^ouuerainsontPriuatiuemétàtousautres>iIn'eftoitpasancien-«{qui pattimo- nement propre au Prince (ouuerain : ains il eftoit permis à chacun fans
congc,ny du Magiftrat,ny du Prince,vfer de reprefailles,queles Latins,
Sfltcw ’ cc fcmble,appelaient Clarigatio-, toutesfois les Princes peu à peu don¬
ne™, de bonis va- nerent cefte puiffance aux gouuerneurs& Magiftrats: & en fin ilsont
i.Guido Pap.deciC referué ce droit à leur maiefté, pour la feureté de la paix, ôc des trefues,7.idé dccif7<£.cap.qui fouuent eftoient rompues par la témérité des particuliers, abufans
Tcrgemis.dch*. du droit de marque. En ce Royaume le Parlement otroy oit lettres de
CBaîtoST' marque,come nous trouuos par arreft du xn.Fcurier m.c ccxci i.mais
câ caufa fcudaca- le Roy Charle v 11 i.s’eft referué ce droit par edit expres de l’an m. c ccc
caperc.na ^amnatl L x x x v. Quant au droit des regales il eft bien propre aux princes fou-
2îniI!cCa dcnun’ ucrains qui en vfent, mais d’autant quil y en a peu qui ayent ce droit,iI9. Varro iniib. 4c ne doit pas eftre mis au nombre des marques de fouueraineté : non plusIingua lac • Liuius 1 1 • / 1 • ^ 1 1 *lib.g.Dcmofthencs quela qualité queles princes mettet en leurs edits,mandemens,& com-
m*ffi°ns>^auoir3par la grâce de Dicurqui fut l’vn des trois points queficLa/JLOV vocac.le Roy Loüys x i. defendoit au Duc de Bretaigne, de mettre en fa qua¬
lité. toutesfois il y a plufieurs traitez an ciens au trefor de France, oulcs
deputez a traiter paix,ou alliance, qualifient leurs offices parla grâce de
Dieu : iufques a vn efleu, qui fe dit efleu de Meaux par la grâce de Dieu.
Et mefmes les Roys de France ont referué le droi&,priuatiueméc à cous
Seigneurs ôc iiîfticiers, de feeller en cire iaunc. cc que Loüys x i. otroya
parpriuilege fpecialaRené d’Anjou Roy de^icile, par lettres patentes
du x x v 111. Juillet m.cccclxvii i.verifiecs en Parlement,& fembla-
blepriuilegeàfes héritiers :cc qui fift ouuerturc au Roy pour auoir le
Comté de Prouence. celuy quia traferit les mémoires du Tillet en fo’n
liure, a mis cire blanche, de laquelle nos Roys iamais n’ont vfé : fuy-
uant l’erreur de fonautheur. Mais entre les marques de fouueraineté,
LIVRE PREMIER. *17plufieurs ont mis la puiflance de iuger félon fa confcience : choie qui eft 1. Bart. in 1.1. vt
commune à tous iuges, s’il n’y a loy oucouftume exprefle. c’eftpour- câS'ODecfus0'
quôy 011 voit fouuept és edits aux articles atribuez à l’arbitraee des iu- con!î!,4^I!11°1-1n 1 r -ta * 1 r\ r conflit. Bald ml,<res celte claule,Dont nous auons charge leur conlcience. ôc s'il y a cou- ï dc vindia.iiberr.
ïtume^ou ordonnance au contraire, il n’eft pas en lapuilTancc 1 du lUgè fentcnt. § qualiter
de palier par deflus laloy,ny difputer de la loy :ce qui eftoit defendu par quUsdeoi" pi¬
les loix de Lycurgue. ôc par l’ancienne ordonnance de Florenc e5 : mais fc<?* v/bi-cy»us^ r • n 1 1 n ^ ,, inl.fi feruus. dele Prince le peut raire li la loy de Dieu n y eit exprelle, a laquelle nous a- Noxai.c.Angd.
uons monftré qu’il demeure fuget. Quant au tiltre de maiefté, il apert fui vel alicni^Flo-
aflez qu’il n’apartient qu a celuy qui eft fouuerain. Quelques vus auffi Siînium'^S
prennent la qualité de maiefté facree , comme l’Empereur : les au- Lxa^ad^anhfi"
tres excellente maiefté., comme la Royne d’Angleterre par fes edits ôc ill,citas-§.peritas,
lettres patentes, toutesfois anciennemét,ny l’Empereur,ny les Roys 11e mi.à dLo derfiu
vfoyent point de ces qualitez. Toutesfois les Princes d’Almaigne attri- ^^^cerdoMc
buent auffi bien cefte qualité de maiefté facree aux Roys de France co- ®*a^aftora!fsc§
me à l’Empereur: &me fouuient auoir veu lettres des Princes del’em- qüiaveio.deoffi,
pire eferites au Roy pour la deliurance du Comte Mansfeld lors prifon- j. Notât Iud. Ro
nierenFrance,aufquellesyafixfois V. S. M. ceft à dire voftre maiefté maniCünfl1^1*
facree : qui eft vne qualité propre à Dieu priuatiuement à tous Princes
humains.Les autres Princes nô fouuerains vient du mot alteffe, comme
les Ducs deLorrâine,Sauoye,Mantoüe:Ferrarc,Florence:ou bien excel¬
lence, comme les Princes du pays defurccancerouièrenité, comme les
Ducs de Venize.Ielaiileicy pluiîeursmenus droits,que les Princes fou¬
uerains chacun en fon pays pretend, qui ne font point marques de fou-
üeraineté,qui doibuent eftre communes à tous Princes fouuerains,pri-
uatiuemét à tous autres feigneurs iufticiers,magiftrats,& fugets : ôc qui
font de leur nature inceffibles, inaliénables, ôc 0 imprefcriptibles. Et ®. cap.venientc.
quelque don que face le Prince fouuerain de terre ou feigneurie, touf- 4! AibeSnivit.
ioursles droits Royaux propres à la maiefté font4 referuez, ores qu’ils fn-ïïpro^rawlîê
nefuilent difertementexprimez.ee quiaeftéiup;épour les apennap;es ®andati-Ç.&ini.1 r n 1 1 & r naquam.deferuit.de France par vn ancien arreit de la5 cour, ôc 11e peuuent par traict de &aqua.c.Ai«ad.
temps quel qu’il foit, eftre preferipts ny vfurpez. Car fi le domaine de la cas Penna inl. cô-
Republique ne peut eftreaquisparprefeription,commentpourroit on c™'7'aquerir les droid:s,&; marques delà maiefté?Or il eft certain parles edits fcriptooiiœ w
ôc ordonnances du domaine, qu’il eft inaliénable, ôc qu’il ne fe peut ac¬
quérir par trait de temps, qui n’eft point vn droit nouueaurcar il y a plus
de z. mil ans que Themiftoclefaiiànt iàifir le domaine vftfrpé des parti¬
culiers,dift en la harangue qu’il fift au peuple d* Athènes, Que les hom¬
mes ne peuuent rien preferire contre Dieu,ny les particuliers contre la6 r r ...T? U1 1 r r t 1 r r appellationeivepublique. Caton le cenfeur vfa de la mefme fentencc en la harangue de aPPciiat.c. Per
quil fift au peuple Romain pour la reunion du domaine vfurpé par au- nientcs. de iurciu-
cuns partituliers. commet donc pourroit on preferire les droits ôc mai- ran'
ques de fouucraineté ? c’eft pourquoy en termes de droit celuy eft cou-t
ii8 DE LA REPVBLIQJ'E7. î. facri affatuspable de mort qui vfc des marques referuees au Prince fouuerain. Voil
dediuerfis refaip. qUant aux principaux points concernans lamaieftéfouueraineleplus
briefuement qu’il m’a efté poffible ayant trai&é cefte matiere plusam^
plement au liure de imperio. Et d’autant que la forme &leftat d vne Ré¬
publique depend de ceux qui tiennent la fouueraineté,difons combien
il y a de forces de Republiques.DE TOVTES SORTES DEREPVBLIQVES EN GENERAL, ET S'ILy en a plus de trois.C H a P. 1.v 1 s que nous auons di& de la fouucrai-
neté, & des droits ôc marques d’icelle, il
faut voir en toute Republique,ceux quitic-
nent la fouueraineté,pouriuger quel eft le-
ftat.. come fi la fouueraineté gift envnfcul
prince,nous lappelleros monarchie:fi tout
le peuple y a part, nous dirons que l’eftat eft
populaire s’il n'y a que la moindre partie du
peuple,nous iugeros que l’eftateftArifto-
cratique: & vferos de ces mots pour euiterà
cofufion ôc obfcurite,qui prouiét de la variété des gouuerneurs bos ouî. ArîftotcLinPo- mauuais:clu*ont ^°ne occafion à ^lufieurs,de mettre plus de trois for-
Hc.Poiyb.ub.*. tes de Republiques, mais fi cefte opinio auoit Iieu,& quon mefuraftau
pied des vertus, ôc des vices 1 cftat des Républiques, il s’en trouucroit
vn monde.Or il eft certain,que pour auoir les vrayes diffinitions, &re-
folutions en toutes chofes,il ne faut pas sarrefter aux accidens, qui font
innumerables^mais bien aux différences cflentielles,&formelles, autre¬
ment on pourroit tomber en vn Labyrinte infini, qui ne reçoit point
defcience. car on forgeroit des Républiques non feulementtpour la
diuerfite des vertus ôc des vices,ains aufli des chofès indifferentes.comc
fi le monarque eftoit efleu pour fa force, ou pour fa beauté, ou pour fa
gradeur,ou pour fa nobleflc,ou pour fes richcfles /qui f5t chofes indif¬
féré tes: ou biepour eftre leplus belliqueux, ou le plus paifiblc,oulepl9Hc>qucc eft de
l’eftat d’vne
Republi-
que.
LIVRÉ SECOND. mfage5ou le plus iufte,ou le plus magnifique,ouïe plus fçauant,ou le plus
fobre,ou le plus hüble,ou le plus iimple, ou le plus chafte.ainfi de rou¬
tes les autres qualicez,on feroit vue infinité de m anarchies : & en cas pa¬
reil de l’eftat Ariftocratique>fi la moindre partie du peuple tenoit la fou¬
ueraineté,comme les plus riches,ou les plus nobles,ou les plus fages,ou
les plus iuftes,ou les plus belliqueux:& autant des vices, ou autres qui¬
ttez indifferentesrchofe qui feroit abfurde: & par confequent l'opinion
de laquellereiiflift vue telle abfurdité doit eftreregetee. Puis donc que La qualité
la qualité ne châge point la nature des chofes,nous diros qu’il n y a que ne change
trois eftats,ou trois fortes de Republiques,afçauoir la monarchie, l’A ri- point la na-
ftocratie, 8c la Démocratie, la monarchie s’appelle quâd vn feul a la fou- ture des
ucraineté, come nous auons dit,& que le relie du peuple 11 yaque voir: chofes.
la Démocratie ouf eftat populaire,quâd tout le peuple, ou la plus part
d’iceluy en corps a la puiflance fouueràined’Ariftocrati^quâd la moin¬
dre partie du peuple a la fouueraineté en corps,& donne loy au refte du
peuple,foit en général,foit en particulier^ous les ailciés ont bié accor¬
dé quil y en auoit trois fortes pour le moins:les autres y en ont adioufté
vne quatrième mellee des trois.Platon y a bien adioufté vne quatrième, Opinio des
c eft afçauoir,ou les gens de bien ont la fouueraineté, qui eft en propres anciens, tou
termes la pure Ariftocratie. mais il n’a point receu la meflange des trois chat l’eftat
pour forme de Republique. 2Ariftote a receu celle de Platô,& lamella- des Repu-
gedes trois,&en fait ciqfortes.polybeJen a fait fept,trois loüables,trois bliques.
vicieufes vne copofee des trois premieres.Denys d’Halycarnas 4a mis *• ‘4'dceaP;fI'irari
outre les trois premières, la quatrième mefleedes trois :& au mefme aedomeft. R°ma.
temps Ciceron, 8c après luy Thomas le More, en fa Republique, Con- lib.i,
tarin,Macciaucl, & plufieurs autres ont tenu la mefme opinion: qui eft
bien fort ancienne, 8c n’a pas pris origine de Polybe,qui toutesfois s’en
donne la loüange,ny d’Ariftote, ains au parauantluy, plus de quatre
cens ans Herodote l’auoit mis en lumiere , difmt que plufïcurs la
tenoyent pour la meilleure : mais il tient qu’il n’y en a que trois, 8c que
toutes les autres font imparfaites. Et n’eftoit que la raifoil m’a forcé de
tenir le contraire,peut eftre que l’audlorité de fi grands perfonnages me
euft vaincu.Il faut donc monftrerpar viues raifoiis, que c’eft vn erreur,8c par les raifons mefmes, & exemples qu’ils ont mis en auant. Car ils
ont mis enfai£t,quela Republique des Lacedèmoniens, Romains, 8c
Venitiens eftoyent compofees, 8c doucement entremefleesdelapuit
fance Royale, Ariftocratique , 8c populaire. Or Platon ayant eferit,
que la meilleure forme de République eftoit compofee de l’eftat
populaire, 8c de la tyrannie, foudain fut releué par fon difciple Ari-
ftote , difant qu’il ne s’en peut rien faire qui vaille , 8c qu’il eft plus
expedient d’en compofer vne des trois enfemble. En quoy Ariftote
difpute contre foy-mefme : car fï la meflange de deux Republiques
eft vicieufe,afçauoir des deux extremitez,qui font en toute autre chofet ij
t«Q DELA REPVBLI QJ/ Ele moyen,encores plus vitieufe fera la meflange de trois. Et d’autant an,
cefte opinion peut mouuoir de grans troubles es républiques & çauf
de merueilleux efFeds^Ieft/befom delà bien examiner. Carilfautefta-
Ilfaut efta- k**1 ^ ordonnances contraires,pour le regard de l’eftat, quand les *
blirloixeo- |^ePuoliqnesfont contraires : come fontla monarchie, &reftatpopu.
rraires aux c* Pfr ce 4UC ^es plus fagesJ& aduifez bourgeois de Florence,ayant
Republi- conceu l’opinion des anciens de la meflange des trois Républiques
ques con- COEnme meilkure,quand il futarrefte qu’on rendroit la feigneurieau
traires. peuple ,fuyuantladuis de Pierre Soderin,onnevouloitpas,que lere
but du menu peuple euft part à la fouueràineté : ains feulement les plus
anciennes maifons, comme ils appelloyent ceux delà première, &fe.
conde ceinture de la ville, & des plus riches : & ne furent pas daduis
que le grand confeil de ceux quiauroyent part à la fouueraineté,euft
cognoiffance de toutes les affaires d’eftat, ains feulement de faire les
loix yôcles officiers,ôcdilpofer des deniers de l’efpargne, ôc que le fur-
plus feroit manié par le confeil priué,& parles officiers, pour entremef,
1er les trois fortes de Republique. Et s’il eft ainfi quil s’en puifle faire v-
ne de trois enfemble,il eft certain qu’elle fera du tout differente:commc
nous voyons la proportion harmonique,compofee de la proportiona-
nthmetique, ôc géométrique, eftre du tout différé ce de Pvne, ôc de l’au¬
tre , ainfi qu’en la million des chofes naturelles ce qui eft compofé de
deux (impies,a vne vertu fpeciale, ôc tout autre que les fimples dont il
eft compofe. Mais la million des trois Républiques enfemble, ne fait
point d efpecedifFeréterveuquelapuiflance Royale,Ariftocratique,&
populaire enfemble,ne fait que l’eftat populaire, fi ce n eftoit qu’on do-
naft la fouuerainete pour vu iour au monarque,ôc que leiour enfuiuant
la moindre partie du peuple euft la feigneurie, ôc puis après tout le
peuple ôc chacun des trois euft àfontourla fouuerainete: comme les
Senateurs Romains,apresla mort du Roy, auoyentlapuiflàncefouuc-
raine certains iours,& chacun en fon tour, auquel cas neantmoins,iln’y
auroit que trois fortes de Républiques,qui ne laferoyentpas logue: no
plus qu au mauuais mefnage ou la femme commande au mari en fon
rang, ôc puis les feruiteurs al vn,& à l’autre, mais de pofer la monarchie,
auec l’eftat populaire, &aueç la feigneurie,c’cft chofeimpolfible, Sc in¬
compatible en efFed, ôc qu’on ne fçauroit mefmes imaginer. Car fi la
fouuerainete eft chofè indiuifible,comme nous âuons monftré, com¬
ment pourroit elle fe départir à vn Prince, ôc aux feigneurs,&au peu¬
ple en vn mefme temps?la premiere marque de fouueraineté, eft doner
la loy aux fugets:& qui feront les fugets qui obéiront,s’ils ont aufîi puif¬
fance de faire Ioy?qui fera celuy qui pourra donner loy,eftant côtrainft
luy mefme de la îeceuoir, de ceux aufquels il l a donné ? ainfi faut il con¬
clure par neceffité, que fi pas vn en particulier n’a puiffance de faire la
loy, ains que ce pouuoir foit à tous enfemble, quelaRepublique eft
LIVRE SECOND. mpopulaire. Si nous donnons puiflance au peuple de faire les loix , & les
officiers, ôc du furplus, quil ne s’en mefle point, il faudra neantraoins
confefler, que la puiflance donnée aux officiers,apartientau peuple,Ôc qu’elle n’eft baillee qu’en depoft aux magiftrats, que le peuple peut
auffi bien deftituer , comme il les a infliruez : tellement que l’eftat fera
roufîourspopuIaire.Etpour verifîerce quei’ay dit, prenons les exeples
mefmes que Polybe,Contarin,&autres nous ont laiffez. Ils difent que
l’eftat des Lacedemoniens eftoit compofé des trois, par ce qu’il y auoit L’cftat de
deux Roys puis le fenat de xx vu i : qui reprefentoit l’Ariftocratie, ôc Lacedemo-
les cinq Ephores,qui figuroyent l’eftat populaire.Mais querefpondrôt ne c^oic
ils à Herodote, lequel metpour exemple d’vne pure Ariftocratiel’eftat fîmp}c &
desLacedemoniens?que refpondront ils àThucidide,Xenophon, Ari- non c05m.
ftote ôc Plutarque?qui difent, parlant de la guerre Peloponefiaque ( qui po^
duraxxj.anentrelesRepubliquespopulaires,&Ariftocratiques)quele *
fèul but des Atheniens ôc de leurs alliez,eftoit de changer les Ariftocra-
ties en Démocraties,comme ils firent en la ville de Sam os,en Corfou, ôc
en toutes les autres villes quils affugetirent : ôc au contraire, l’intention
des Lacedemoniens eftoit de châger les eftats populaires en feigneuries
Ariftocratiques,comme de faidt ils executerent en toutes les villes de la
Grece,apreslavi&oire deLyfàndre,& en la ville d’Athènes mefmes, o-
ftant la fouueraineté au peuple,Ôc la donnant à xxx. feigneurs qu’on ap¬
pella les xxx.tyrans,en la formel maniéré des Lacedemoniens. Etaux
villes des Samiens,Sicyoniens,Æginetes,Meliens,& autres villes del’A-
fie mineure,ils donnèrent la fouueraineté à dix feigneurs * ôc vn capitai¬
ne, r’appellans les bannis,qui auoyent tenu pour l’Ariftocratie, ôc bânif
fant les principaux des fadtions populaires. Que diront ils àJ Maximus *-in ora«°ncj,
Tyrius,qui metpour exéple des feigneuries Ariftocratiques, les Lacede-
moniés tous les premiers,puis les Theffaliens,Pelleniens, Cretois, Ma-
t ineâs ? Il faudroit conuaincre de méterie tous ces auteurs là,qui eftoiét
des lieux mefmesJ& la plus part du temps que fleuriffoient les Republi¬
ques des Atheniés,&Lacedemoniés:pourlc moins ils ferot plus croya¬
bles qu’vn Florentin,vn Vénitien, vn Anglois. Mais ce qui les a peut c-
ftreabufez, c’eftle nom de Roys, queLycurgue auoit Iaifle à deux fei¬
gneurs yflus delamaifon de Hercules,après leur auoirofté leur puiflan¬
ce, Ôc de leur gré, ôc confentem et,l’ayant donee au peuple. Vray eft que
ils eftoyentia fort ebranlez.car depuis que le Roy Ariftodenius,prince
fouuerain des Lacedemoniens eut laiffé deux enfans,qui fuccederét en-
femble à Peftat royal, (comme Amphareus,& Leucippus fus les Mefle-
niens)eftanttous deux Roys par indiuis ny l*vn,ny l’autre îïeftoit Roy,
ôc sempefehoient fouuent par ialoufîe :ôc en fin furent depoüïllez par
Lycurgue, qui eftoit auffi prince du fang,de la fouuerainete demeurant
le nom royalen leur maifon,&rien plus queles autres xxviij. feigneurs.Ettputainfi qu’en Athènes, ôc en Rome, après que les Roys en furent
r3*2, DE LA R E P V B L I QJV’ Echaffcz,on laiffalenom deRoy à quelquepreftre,qu’5 appelloitle r0v
des facrifices, pour faire certain facrifice, que le Roy feulfaifoic au para
uant, lequel neantmoins eftoit fuget au grand Pontife : & ne pouuoiï
comme dit Plutarque,auoir aucun eftat,ny magiftratrce que pouuoyëc
tous les autres preftres ; Ainfi fift Lycurgue aux deux Roys de Lace'de,
mone, qui n eftoyent rien que Senateurs, n’ayans que leurs voix, fam
aucunpouuoirdecomander:ainsaucotraireils eftoyentcotraintsd’o-
beir aux mandemens des Ephores, qui les codemnoyent fouuent à la
Paufan. üb. 4. mcn^c> & quelquefois a la mort, comme ils firent es Roys Agis • &
paulanias ,demeurât la fouueraineté au peuple,qui auoit toute puiflan¬
ce de confirmer, ou infirmer les aduis, ôc arrefts du Sénat, auffi Thuci*
dideregette Terreur , de ceux quipenfoyent que les Royseuffent cha¬
cun deux voix, mais cent ans après leftat ordonné par Lycurgue,fut
$ change par Polydore,&Theopompe Roys, voyans qu’il eftoit difEck
le daffembler le peuple, ôc qu1 il r’enuerfoit bien fouuent les fain&s ar¬
refts du fenat. Ils changèrent donc leftat populaire, en feigneurie Ari-
ftocratique,par fubtil moyen d vn oracle dApollon, qu’on fift feruir àl entreprife:par lequel oracle il eftoit porté, que le Sénat des xxx. auroit
deflors en auant toute puiffance des affaires d’eftantellemcnt que de Sé¬
nateurs, ils furent fèigneurs fouuerains. ôc pour contenter le peuple, &
luy faire oublier ce qu onluy oftoit, ils auilerent de faire les cinq Epho¬
res , qui eftoyentpris du peuple, comme tribuns, pour empefeher fe
tyrannie. Et de fait les Ephores de neuf en neuf ans regardoyent aucicl
feiain,& s ils voyoyent quelque eftoile fauteler, ils mettoyent, dit Plu-
tarque,leurs Roys en prifon, ôc n’en fort oient qu il ne fuft dit par l’ora¬
cle dApollon. ainfi faifoit le phyladte, ou geôlier, au Roy de Cumcs,
qu il mettoit en prifon tous les ans,ôc n’en fortoit point que le Sénat ne
l’euft ordonné.-comme nous lifons aux Apophtegmes des Grecs. Or la
République des Lacedemoniens dura cinq cens ans, ôc iufques à Cleo¬
menes, qui tua les Ephores,&ofta la puillance aux xxx. fèigneurs. &
combien que le Roy de Macedoine Antigon ayant vaincu Cleomenes,
euft mis 1 eftat en là puiflance, ôc aujfïi toft reftabli, comme il eftoit au
parauant,neantmoins eftant retombé xx.ans après foubs la puiflance de
Nabis le tyran,qui fut tue par Philopæmen,la Republique fut vnieàl e-
ftat des Acheans,iufques à ce que xxx. ans après elle fur afranchie par les
é. in Lycurgo,Ly- Romams* Voila en peu de mots la vraye hiftoire de leftat des Lacede-
cicomciK^lao* moniens 5 4ue Plutarquç * a recueilly en fueilletant tous les regiftres fus
les lieux, qui n auoit du tout au parauant cfté bien entendue, iiy de
Platon ny d Ariftote,ny de Polybe, ny de Xenophon : ce qui a donné
occafion à plufieurs de s’abufer, & de penfer qu’elle fut meflee des trois
Republiques.Ce qu onpeutcognoiftreparlarefponfequefift Nabis,
premier 4 Tyran de Lacedemoneà Q^Flaminius : No fler Legumlator
4 54. Lycurgus 3 non inpaucorum manu Rempubhcatn ejje voluit : quem vos
LIVRE PREMIER. mndtum appellatis > nec eminere vnum dut alterum ordinem in ciuitate , fed
per aquationem fortunae, ac dignitatis fore credidit njt multi ejfent, qui pro
patria arma ferrent, Combien qu’ il vouloit couurir fa tyrannie du
tout contraire à ce qu’il difoit : neantmoins il difoit la vérité de ce qu’a-
uoit fait Lycurgue. Mais partons outre. Ils ont aufli mis pour exemple
l’eftat des Romains,qu’ils difent auoir efté meflé de l’eftat Royal,popu-
laire,&Ariftocratique:& qu’ainfi foit, dit Polybe, on voit la puiffance
Royalle es confuls, l’Ariftocratie aufenat, la Démocratie aux eftats du
peuple,Denys d’Halycarnas,Ciceron,Contarin,& quelques autres ont
fuiui ceft opinion,qui n’a point d’apparence, car premièrement la puif-
fance Royalle ne peut eftre en deux, ôc la monarchie eftant vnie en foy,
ne fouffre iamais de compagnon, ou bien ce n’eft plus Royaume, ny L’eftat de
monarchie, comme nous auons monftré : il y auroit plus d’apparence Rome eft
d’attribuer cela à vn duc de Gennes, ou de Venize. ôc quelle puiffance fimple, ôc^
Royalle pouuoit eftre en deux confuls, qui n’auoyent ny puiffance de non pas co-
faire loy,ny paix,ny guerre,ny officier,ny donner grâce,ny tirer vn de- pofé.
nier de l’epargne, ny mefmes condamner vn citoyen aux verges, s’ils
neftoyent en guerre : puiffance quiatoufîours efté donnee atouts ca¬
pitaines en chef, qu’il faudroit auffi appeller Roys, ôc auec plus d’appa¬
rence que les confuls, qui n’auoyent que puiffance l’vn après 1 autre; ôc
pourvu an feulement.Le Conneftable en ce Royaume,le premier Baf-
chaenTurquie, leBethudete enÆthiopie, leDegnareésRoyaumes
d’Affrique, ont dix fois plus de puiffance que les deux confuls enfem-
ble,& toutesfois ils font efclaues & fugets des princes,comme eftoyent
les confuls feruiteurs,& fugets du peuple.Et à quel propos difent ils que
les confuls auoyent au&orité Royalle 3 veu que le moindre tribun
du peuple les mettoit en prifon ? comme fift Drufe le tribun, qui fift
prendre au colet le conful Philippe ôc le getta en prifon par vn fergenr,
pour ce qu’il l’auoit interrompu parlant au peuple, la puiffance qu’ils a-
uoyent,eftoit de conduire les armées, d’aflembler le fenat,de receuoir,
ôc prefenterles lettres des capitaines, ôc des alliez au fenat,de donner au¬
dience aux Ambaffadeurs deuant le peuple, ou le fenat, d’aflembler les
grans eftats,& demander l’aduis au peuple, fus la création des officiers,
ou publication des loix,parlant neâtmoins debout, ôc baiffant les ma£
fes,en figne de fugetion,deuant le peuple, qui eftoit aflis. Ôc en l’abfen-
ce des confuls, le premier magiftrat qui fe trouuoit à Rome auoit mef- rf.Cicer.in epiftol,
me puiffance6. Ioint aufli qu’ils n’auoyent puilfance que pour vn an. ie cornums^rimr.*
laifle donc cefte opinion,qui ne merite pas d’eftre regetee. Quant au fe- molnat,qu’ils difent auoir eu forme de puiffance Ariftocratique,tât s’en faut p maiorum «git
qu’il n’y eut onques priué confeil,qui n’ert euft prefque dauaiitage. car
il n’auoit aucune puiflance de commander, ny aux particuliers, ny aux
magiftrats, ôc mefmes ilnefe pouuoit légitimement affembler s’il ne
plaifoit aux confuls.tellcmêt que Gæfar,pendant lannee de fon cofulat,t iiij
7-Liuius lib.4.S- L1uius.lib.17.5. lib.6.
i-.lib,i£.ü-4 DE LA REPVBLI QJV En’affembla que vne fois ou deux le fenat,prefentant requefte au peuple
de toutce qu’il vouloit obtenir. &n’eftoit point chofe nouuelle,
le Conful fift à fon plaifir contre l’aduis du fenat. Car lors mefine quelc
fenat eftoit en plus grande au&orité quil fut onques, nous lifons7 qUc
le fenat ayant prié les Confuls de nommer vn Diâateur, eftant la Repu,
blique en danger, les Confuls n en voulurent rien faire : le fenat n’ayant
aucun pouuoir de commander, ny mefmes aucun fergent, ny maffier
qui font les vray es marques de ceux qui ont commandement, enu0ya
SeruiliusPrifcusfenateur, pour fupplier les Tribuns en cefte forte, Vos
Tribuniplebis Senatus appellat, njt in tanto discrimine Reipublicœ DifUtorem
dicere Consules pro njeflra potejlate cogatis : Tribuni pro collegio pronuntiant
placere Conjules Senatui di flo audientes ejje, aut in njinculafe duciiujjum.
Et en autre8 lieu,il eft dit, que le fenat fut d’aduis,que le Conful prefen-
taft requefte au peuple, pour commander celuy qu’il vouloit eftre Di-
dateur:& fi le Conful n*en vouloit rien faire , que le Præteur delà ville
prefentaft la requefte,y?ne is quidem o/ellet.Tribuniplebis : Conful negauit ji
populum rogaturum3Prœtorémque rogare 'vetuit {Tribuniplebis rogarunt. Ain¬
fi voit-on euidamment, qu’ils n’auoyent pas feulement puiflancedc
commander aux moindres magiftrats, pardefTusles defenfes des plus
grands. Etquantàceque ditPolybe9, que le fenat auoit puifTancc de
iugerlesvilles,&prouinces,&punir lesconiurezcontre l’eftat, ilapert
affez du contraire en TiteLiue1, quand il fut queftion dechaftierlcs
trahiftres Capoüans, quirfeftoyent alliez du capitaine Annibal après la
iournee des Cannes, vn ancien fenateur dift en plein fenat, Perfenatum
agi de Campanis iniujj'u populi non yideo pojje. Ôc peu après 3 Vt rogatio fera-
turadpopulum, qua Senatui pote fiasfiatflatuendi de Campanis : ôc fus la re¬
quefte prefentee au peuple à cefte fin,le peuple decerne fà commiffion,
ôc commande au fenat de faire le procès aux Capoüans en cefte forte,
Quod Senatus maxima pars cenfeat, qui ajjîdent id volumus iubemufcpnc.
Aufli Polybe s'eft abuzé de dire, que le fenat ordonnoit des prouinces,
ôc gouuernemens à fon plaifir, veu ce queditT.Liuelib.xxvin.^JW'
uiuspoflulauita Confuleynjtpalam infenatu diceret,permitterétneJenatui} njt
deprouinciis decerneret> flaturufque eo ejjetquod cenfuijj'et 3 an adpopulum h~
turusyScipio rebonditJe quode Repubhca ejjetfaéîurum. Tum Fuluius>a vo¬
bis peto TribunïpL vtmihi auxilio/itis. Où l’on voit euidamment, quelc
fenat n auoit aucun pouuoir que par fouffrance des Tribuns, & du peu¬
ple. Or celuy qui n a rien que par fouffrance,n’a rien, comme nous auos
<iit cy deflus.Brief de toutes les affaires d’eftat, & mefmes de toutl’ad-
uis,&arrefts du fenat, il n’y auoit rien qui euft force, ny vertu, fi le
peuple ne le commandoit „ ou fi le Tribun du peuple ne le confen-
toit, comme itousauons touché cy deflus ,& dirons plus amplement
auchap. du Sénat, ôc n’y a doubte quelconque, que l’eftat des Ro-
mains, depuis qu’on donna la chaffe aux Roys , ne®fuft populaire,horfmis
LIVRE SECOND. nyhorf mis deux années que les dix commifl’aires eftablis pour corri¬
ger les couftumes, changèrent l’eftat populaire en Ariftocratie, ou,
poar dire plus proprement, en oligarchie : de laquelle ils furent chaf-
fez par coniuration. I’ay ditcy deflus, que la puiflance des magiftras
pour grande quelle foit,rieft point à eux, ôc ne Font qu’en depoft. Or
il eft certain,que le peuple au commencement eflifoit ° les fenateurs: ôc o.Feftus.
puis pour fe defeharger de la peine, donna la commiffion aux cenfeurs,
qui eftoyent auffi efleus par le peuple: teilemét que toute l’au&orité du
fenat,dependoit du peuple,qui auoit accouftumé de confirmer,ou in¬
firmer, ratifier ou cafler à fon plaifir les arrefts du feliat. Contarin a faid
mefme iugement de la République deV enize,di&nt quelle eftoit met-
lee des trois Républiques,comme celle de Rome, ôc de Lacedemonne. L’eftat de
Car,dit-il,la puiflance Royaile cft aucunement au duc de Venize, J’Ari- Venize eft
ftocratie au fenat,leftat populaire au grand confeil. Depuis luy Ianot à fimple, ôc
mis cnlumiere le vray eftat de la Republique Vénitienne,où il monftre non com¬
par euidens tefmoignagnes, recueillis des anciens regiftres de Vçnize, pQfé,
que Contarin s’eftoit bien fortabuzé. Il monftre qui n’y a pas trois cés
ans,au parauant Sebaftian Cyanee, duc de Venize que Feftat de Venize
eftoit vnepure monarchie, combien que Contarin dityauoir huid
cens ans qu elle eft ainfi eftablie que nous la voyons: &Paul Manuce dit
xii.cens ans. maisquoy qu’il en foit,il eft tout certain qu’àprefent c’eft
vne vraye feigneurie Ariftocratique,Car du nombre de cinquâteneuf
mil ccc. xlix. Vénitiens, qui fut leiie il y a xx, ans fons y comprendre
les ieunes au defloubs de xx.ans,& les gentils-hommcs Vénitiens, il n’y
a que quatre, ou cinq mil gentis-hommes ieunes Ôc vieux qui ayét part
àleftat: encores les gens d’Eglife, ôc les ieunes au defloubs de x x v. ans
riy ont que voir,& n’entrent point au grand confeil, fi ce n’eft que par
requefte les ieunes à xx.ans y foyét reccus,félon quon voit la difcrction
plus grande auxvnsque aux autres. &nefe trouue point depuis cent
ans,que le grand confeilaffemblé pour decider les grandes affaires, ayt
pafl'é le nombre de xv.cens, comme on peut voir en l’hiftoire de Sabe-
lic,& du Cardinal Bembe, les autres eftans abfens. C’eft doncla moin¬
dre partie des Venitiens, qui a la fouueraineté, & de certaines familles
nobles,car touts les gentils-homes natifs de Venize,riy font pas reccus,
ains il y en a de mefme eftoc,dc mefme race de mefme nom, dont les
vus font Citadins,qui n’entrent point au confeil,les autres y entrent. le
nediray point icy la raifon que chacun peut voir en Sabeîlic. Ce grand
confeil,dit Contarin,a puiflance fouueraine de faire les loix, &les cafler
inftitucr,ou deftituer touts officiers:receuoir les appellations en dernier
rcflort.-decider la paix ou la guerre: donner grâces aux condamnez. En
quoy Contarin fe condamne foy-mcfmcs: car puifqu’il eft ainfi qu’il
dit,onnepcutnycr que la fouueraineté de cefte République lanefoit
Ariftocrariquc : quand bien le grand confeil riauroit autre puiflance,
Ht DELA R E P V B L ï QV Eque de faire les officiers : car fi les officiers ont quelque puiflance, ils la
tiennent de la feigneurie : qui fuffift pour monftrer que les dix , ny le fe¬
nat,ny lesfages,ny leDuc,auec les fix confeillers,n’ont aucun pouuoir,
que par fouffrance,&: tant qu’il plaift au grand confeil. Et quant au duc,
Contarin mefmes cofeffe, qu il n’a pas la puiflance de faire appeller per-
fonne par deuant luy, qui eftla première marque de commandement,
attribuee aux moindres magiftrats: ôc ne peut rien decider foit pour les
affaires d’eftat,foit en iuftice,qu’en l’aflemblce de fix confeillers, ou des
dix,ou des fages5ou du fenat,ou des xl.iuges en ciuil, ou criminel, ou
du grand confeibcar combien quila entree en touts corps,&collèges,
fi eft-ce qu’il n’a que fa voix comme'vn autre & n’oferoit ouurir vne
lettre, de quelque lieu qu’elle s’adrefleà la feigneurie, fin on en la pre-
fence des fix confeillers,ou des dix.Et n oferoit fortir de la ville. Et met
me le DucFalier s’eftant marié à v.ne femme eftrangere,fans l’aduis du
confeil,fut pendu:&douze autres Ducs de Venize ont efté mis à mort
abufant deleurpuiflancexomme on peut voir enSabellic.Maisilpone
la burette precieufe,la robbe de drap d’or,il eft fuiui,honnoré, rclpe&é
come vn Prince, &la monnoye porte fon nom , ores que la marque
de la feigneurie y foit : qui font touts argumens qu’il eft princeriel’ac*
corde:mais en effed il n’a puiflance aucune, ny commandement. Et s’il
eftoit ainfi, que par les habits, ôc les mines apparentes on iugeaft l’eftat
des Republiques, il ne s’en trouueroit pas vne qui ne fuft meflee en la
forte qu’ils difent. L’empire d’Almaigne feroit beaucoup plus meflé
que celuy desVenitiensrcar l’Empereur a bien d’autres marques,&plus
feigneuriales que le Duc de Venizedes fept Princes ele6beursaueclesau-
tres Princes ont apparence d’Ariftocratie ou d’Oligarchie:les Ambafla-
deursdes villes imperiales,reflemblent vne Democratie;& neantmoins
il eft bien certain que l’eftat, Impérial d’Almaigne eft vne pure Arifto-
cratie,c6pofee de trois ou quatre cens perfonnespourleplus, comme
nous auons ditcy defl'us. Auffi diroyentles Suifl'es, que leur eftateft
meflé des trois Republiques, ou le cofeil femble vne feigneurie Arifto-
cratiqued’auôyer, ouBourguemaiftre reprefente l’eftat Royal, & les af-
femblees generales,& particulières,l’eftat populaire : ôc neantmoins on
Içait aflez que toutes leurs Republiques font ou Ariftocratiques,ou po-
L’eftat de la Pu^Fes- a voulu dire, & publier par eferit que l’eftat de Frâce eftoit
Fr nce eft âu^l comP°^ des trois Republiques, & que le parlemet de Paris tenoit
fi n le ôc VDC ^ormc d’ Ariftocratie, les trois eftats tenoyent la Démocratie, &le
P * Roy reprefentoit l’eftat Royal : qui eft vne opinion non feulement ab-
PUT10~ furde , ains aufli capitale. Car c’eft crime de l’eze maiefté, de faire les fil-n a rr h 1 c* «gets compagnons du Prince fouuerain. Et quelle apparence y a il d’e¬
ftat populaire en l’aflemblee des trois eftats, attendu qu’vn chacun en
particulier, & touts en général ployent legenouil deuant le Roy, v-
fant feulement d’humbles requeftes, ôc fupplications, que le Roy re¬
çoit,
LIVRE SECOND. *17ji çoy c, ou rcgcttc ainfi que bon luy fèmble ? quel contrcpoix de puiflim-
ce populaire contre la maiefté d’vn monarque peut eflre en l’affemblee
!j des trois cftats,voire de tout le peuple,s’il pouuoit cftre en vn lieu, qui
|([ fupplie,requiert, & reuerc fon Roy ?tant s’en faut que telle aflemblee di-
E‘ minuc la puiffancc d’vn Prince fouuerain , que par icelle fa maiefté eft0 de beaucoup acrcuc & rcleucc. Car il ne peut cftre efleué en plus hault
degré d’honneur,de puiffancc, & de gloire,que de voir vn nombre in¬
fini de Princes & grands feigneurs, vn peuple innumcrablc de toutes1 fortes,& qualitczd’hommes,fegeteràfespieds,& faire hommage àfa11 maiefté: veu que l’honneur,la gloire, & la puiflance des Princes ne gift
l' quen l’obeiffance, hommage, & feruice des fugets. Si doneques il ny11 a aucune image de puiffancc populaire, en l’affemblee des trois eftats,^ quife font en ce Royaume,non plus,& encores moins quen Efpaigne,j1 & Angleterre, beaucoup moins y aura de feigneuric Ariftocratique enl[ la cour des Pairs, ny en l’affemblec de touts les officiers du Royaume,\ attendu mefmement que la prcfencc du Roy fait ceffer la puiffance, &«f autorité de touts les corps & collegc, &dc touts les officiers tant en
Mi général qu’en particulier, de forte qu’il n’y a pas vn fcul magiftrat, qui
i ayt pouuoir décommander: comme nous dirons en fon lieu, com-
:J bien que le Roy feant en fon fiege de iuftice, le Chancelier va recueil¬
li lant l’aduis, & opinion des Princes du fang, & des plus grands Sei-
cm gneurs,Pairs, & magiftrats,fi cft-cc que cc n’eft pas pour iuger au nom-
51 bre des voix, ains pour rapporter auRoylcuraduis,filuyplaiftlefui-*
h ure, ou le regetter: 8c i’açoit que le plus fouuent il fuit l’opinion du
:|c plus grand nombre , toutesfois pour faire entendre que cc n’eft paspour leur regard, le Chancelier prononçant l’arrcft ne dift pas le con-
g feil, où la cour dit, ains le Roy vous dit. auffi voyons nous que la
cour de parlement efcriuant au Roy, garde encores à prefent l’ancien
f ftile, qui eft tel en l’infcription des lettres, Ay r o y nostre Forme que
|, sovverain seignevr: &au commencement des lettres, les cours de
Noftre fouuerain feigneur, tant 8c fi tres-humblcment que pouuons parlement
y à voftre bonne gracc nous recommandons. 8c la foubfcription au tiennent et
plus bas endroit que faire ce peut. Vos tres-humblcs de tref-obeit criuant au
311 fans fugets, 8c feruitcurs, les gens tenans voftre cour de parlement. Roy.01 qui n’eft pas la forme de parler des feigneurs Ariftocratiqucs, ny de
e£l compagnons en puiffancc , mais bien de vrays & humbles fugets.,!l C’eft donc vne pure monarchie, qui n’eft point meflcc de puiffance
c>_ populaire , 8c moins encores de feigneuric Ariftocratique : & telle
CJ! meflange eft du tout impoffible, 8c incompatible. Et défait: Ariftotc
c examinant cefte opinion de plus près, au liure mi. chap. vin. de la
** République, dit bien qu’on appclloit mktrtUv c’eft à dire République,$ celle qui eft compofee d’Ariftocratie, ^Démocratie, mais il ne dift
ofi point comment cclàfe peut faire,& n’en donne point d’exemple : ains
.of
ziS DE LA REPVBLI QV Eau contraire au chapitre dixiefmc dumêfmeliure, il confeffe qu’il n’
en auoit point de fon temps, & qu’il n’en auoit point trouué auPa/
uant, quoyquil euft recueilli, comme on dit, cent Républiques en
vn liure, quis’eft perdu. Il eft bienvray quil dit, que la RepubliqUe
de Platon n’eftoit ny Ariftocratique,ny populaire,ains vne tierce efpe
ce compofee des deux, qu’il appelle,comme i’ay dit, du nom de Re
publique. Et d’autant que Ariftote n’a iamais raporté les vrayes oni
nions de Platon,ains au contraire, qu’il les a toufiours deguyfees, com¬
me les anciens Académiques ont trefbien remarqué: ôc mefmernenc
ou il regette fa Republique, au dire duquel plufieurs s’apuyans, ont cfté
bien fortabuzez. iemettray en trois mots lavraye opinion de Platon
qui merite bien d’eftre'cogneue pour entendre la queftion ou nous
Republi- fomities, ioirit auffi queles vns l’appellent diuine, les autres la foulent
que de Pla- aux pieds, deuant quel’auoir leue. Platon faid deux Républiques : la
ton fimple première qu’il atribue à Socrate, qui ne penfo iamais, comme dit Xc-
&no com-noph°n> à ce que Platon luy fait dire: &en cefte-cy, iloftecesdeux
pofee. mots, Mien, et tie N,commela fourcede tout mal, & veut que
touts les biens, femmes, Ôc enfans foy eut communs., mais voyant que
chacun la blafmoit, il s’en départit taifiblement, comme s’il euftpluf-
toft efcrit,pour en difcQurir, que pour la mettre eneffed. La fécon¬
de Republique , eft celle qu’on attribue à Platon , qui ofte la com¬
munauté des biens , des femmes , ôc enfans : ôc au furplus les deux
Republiques font femblables. car en l’vne, ôc l’autre , il ne veut pas
qu’il y ayt plus de cinq mil, ôc quarante citoyens , nombre par luy
choifi ,pour auoir cinquante ôc neuf parties entieres : ôc enfai&trois
eftats, c’eft àfçauoirles gardes, les gendarmes, ôc les laboureurs. &
puis il fait trois clafles de citoyens, qui ne font point efgaux en biens
ôc quant à la fouueraineté il attribue à toute l’afTemblee du peuple : car
il donne la puiflance à tout le peuple de faire laloy, &Iacafler : quifuf-
jfîft pour iuger,que l’eftat eftpopulaire,quand il n’y auroit autre chofe.
ilpaffe plus outre, & donne à toute l’affemblee du peuple, puiffance
dinftituer, &deftituer touts officiers. &non content de cela,il veut
auffi, que le peuple ayt toute puifTance de iuger touts les procez cri¬
minels, attendu,dit-il, que tout le peuple y aintereft. Briefil don¬
ne au peuple la puiffance delà vie, &dela mort, de condamner, &
ottroyergrâces, qui font touts arguments euidens d’vn eftat populaire,
car il n’y a point demagiftrat fouuerain, qui reprefènte l’eftat Royal,
ôc auffi peu de forme Ariftocratique. car il veut que le fenat, ou le cofeil
4es affaires d eftat qu’il appcllergardcs,foit compofé de quatre ces bour¬
geois,elleus au plaifir du peuple, qui monftré euidemment,que la Ré¬
publique de Platon eft la plus populaire qui fut onques, voire plus que
celle de fon pays mefmes d’Athenes, quon dit auoir efté la plus popu¬
laire du monde. Ielaiflefept cens vingtfixloix qu ilacouchees par cf-crit
LIVRE SE C O N D. zi?cric,pour le gouuernemét de fa Republiqueicar il me fufift d auoir mort
ftré touchant l’eftat quAriftote,Ciceron,Contarin, Ôc plufieurs autres
fe font mefpris, d’auoirpofé que la Republique de platonfuft tempe-
ree,& compofee des trois,ou du moins de la Seigneurie ariftocratique*
ôc deîeftat populaire. Nous conclurrons donc,quil n y a point, ôc ne fc
trouuaonques Republique compofee d’ariftocratie,& de Teflat popu¬
laire^ beaucoup moins des trois republiqucs:ains qu’il n’y a que trois
fortes de Republique,comme dit Herodote le premier, ôc encores
mieuxx Tacite, Cunêlas nationes, dit'il,&njrkespopulus,autprimores,autMais dira quelqùvn, ne fe peut-il faire qu’il y ait vne Re- lhb'4
publique,où le peuple face les officiers,&difpofe des deniers, & donne
les grâces, qui fon t trois marques de fouueraineté : ôc la nobleffe face les
loix,ord5nee de la paix, ôc de laguerre, ôc des impofitios,& des tailles:
qui font auffi marques de fouueraineté:&outre cela qu’il y ait vn Magi¬
ftrat royal par deflus tous, à qui tout le peuple en général, Ôc chacun enIleftimpofparticulier réde la foy ôc hommage lige, ôc qu’il iuge en dernier reffort, fible decô-
{ansaucun moyen d’appeller,ny de prefenterrequefteciuile: qui feroit pofer Vne
diuifer les droits, ôc marques de fouueraineté, & compofer vne Repu- Republi-
blique ariftocratique,royale ôc populaire tout enfemble. Ierefponds, <luc nieflee
qu’il ne s’en eftiamais trouué,& qu’il ne fe peut faire,ny mefmes imagi- des crois,
ner,attédu que les marques de fouueraineté font indiuifibles. car celuy
qui aura puiffance de donner loy à tous, ceft à dire commander,ou dé¬
fendre ce qu’il voudra, fans qu’on en puifTe appeller, ny mefmes sopo-
fer à fes mandemens : il défendra aux autres de £iire,ny paix,ny guerre*
ny leuer tailles, ny rendre la foy Ôc hommage,{ans fon congé : ôc celuy à
qui fera deu la foy ôc hômage lige, obligera la nobleffe, ôc le peuple de
ne prefterobeïflàn ce autre qu’à luy : tellemet qu’il faudra toufiours ve¬
nir aux armes, iufques à ce cjue la fouueraineté demeure à vn Prince, ou
à la moindre partie du peuple,ou à tout le peuple. Pour exeple on peut
voir que depuis Chriftierneayeul de Federic Roy de Dannemarch,qui
règne à prefent, la Nobleffe a voulu affugetir les Roys: ôc de fait ayant
confpiré contre le Roy le chafferent de fon eftat,pour en faifir fon cou-
fin,à la charge qu’il ne feroit ny paix ny guerre fans congé du Sénat, ôc
n auroit aucun pouuoir de condamner les gentilshommes à mort : ôc
plufieurs autres articles femblables queiemettray en fon lieu : que les
Roys depuis ce temps là ont iuré garder, ôc à fin qu’ils n’y contreuien^
net,la NoblefTe ne veut pas qu’il face la paix,& fi a fait ligue auec le Roy■ de Pouloigne, ôc ceux de Lubec contre le Roy, pour la tuition de la li¬
berte : de forte que le Roy de Dannemarch ôc fa Nobleffe ont partagé
la fouueraineté. mais auffi peut-on dire q ccftc Republique là n’a point
3 eu de repos afleuré: Ôc ceft pluftoft vne corruption de Republiqucjque
sf vne République.ainfi-difoit Herodote,qu’il n y a que trois fortes de Re
|C: publique, ôc que les autres font corruptions de République, qui ne cef*
13o DE LA REPVBLIQVEfent d eftre agitées des vents de (éditions ciuilesjiufques à ce que la fou*
ueraineté foit du tout aux vnsouaux autres» Encores peut^on dire
qu’en l’eftat des Romains ,1a moindre partie du peuple choiGe des plus
riches,fiiifoit les loix,les plus grâds Magiftrats, à fçauoir les Côfuls,Pre,
teurs, Cenfeurs,Ôc auoit puiflance fouueraine de la vie ôc de la mort, &
difpofoit du fait de la guerre : ôc la plus part de tout le peuplefaifoit les
moindres Magiftrats,à fçauoir les dix Tribuns du peuple3lcs xxnn.Tri-
buns militairesjles deux Ædiles,ou Efcheuins,les trcforiers,les officiers
du guet,ôc des monnoyes,ôc donnoittous les bénéfices vac^uis : en ou¬
tre la plus part du peuple iugeoit deuantSulla les grands proces crimù
ncls,s’il riy alloit de la mort naturelle,ou ciuile. Et par ce moyen la Re.
Les gras c- publique eftoit compofee de Seigneurie Ariftocratique , ôc de l’eftat
ftats ôc me- populaire,que les anciens appelloient proprement République. le ref-
nus eftats pons qu’il y a bien quelque apparécc,mais neantmoins en effedt c’eftoic
du peuple, vn vray eftat populaire. Car combien que les grans eftats du peuple fuf-
fent départis cnfîxclafles, félon les biens d’vn chacun, ôc que les homes
de cheual,.& la plus part des Senateurs, Ôc de laNoblefle, ôc des plus ri¬
ches de tout le peuple fuffent de la premicre clafle, laquelle demeurant
d’accord, la loy eftoit publiée, ôc les grans Magiftrats reccus à faire fer¬
ment : neantmoins les cinq claffes qui r eftoient, auoient dix fois plus de
citoyés.ccla cft bien vray :mais au cas que toutes les Centuries de la pre¬
micre clafle ne fuffent d’accord,on venoit à la fecode clafle,ôc iufques à
lafïxicfme,ÔcderniereclafTe,oùeftoitle rebut du peuple,vray efîqu’il
riauenoit pas fouuent:mais ilfufift que tout le peuple y auoit part,pour
declarer que l’eftat eftoit populaire, ores que les riches, ôc les Noblcsy
fuffent les premiers appeliez. ôc neantm oins le menu peuple^cefl: à dire
la plus grand partie du peuple, fans y compredre la Noblefle,fe voyant
aucunement fruftré des fufrages,aprcs queles Roys furent chaffcz,en
moins de vintg ou trente ans fift tant de feditions, qu’il emporta pou-
uoir de donner loy, ôcdecider la paix,ôc la guerre, homologuer ou caf-
fer tout ce qui eftoit aüifé par le Sénat, comme nous auons dit cy deflus;
ôc fift vne ordonance,que la Nobleffe n’affiftcroit point aux aflemblecs
du menu peuple, qui cft vn argumét trefeertain, q la République eftoit
des plus populaires.car depuis que le menu peuple eut gaigné ceft aua-
; tage de pouuoir donner loy, les grans eftats ne firent pas vne douzaine
deloix,en quatre ou cinq cés ans. Toutesfois on peut dire,qu’il ne s’en¬
fuit pas qu’il riy ait que trois fortes de Républiques,ores quelles ne puif
fent eftre meflees. Car il fe peut faire que de foixante mil citoyens qua¬
rante mil aurontpart à la fouueraineté, vingt mil en feront exclus : & au
contraire il fe peut faire, que de foixante mil, cent,ou deux cens auront
la fouueraineté, ou bié vingt neufmil,qui fera la moindre partie du peu¬
ple. or il y a notable différence, fi cent hommes tiennent la feigneuric,
ou vingt neufmil: ôc de quarante mil à foixante mil. le re;ds,queuquantité
/LIVRE SECOND. 131quantité du plus ou moins, n’eft pas confiderable, pourueu qu’il y ait
plus,ou moins de la moitié : autrement fi cela tiroic après foy diuerfité
de Republiques,il yen auroit vn million,voire vnc infinité:çar le nom¬
bre de ceux qui auroient part à Pcftat, croifTant, ou diminuant, feroitla
diuerfité infinic.or l’infinité doit toufiours eftre regetee de toute facti¬
ce,& doctrine. Les autres difficultcz,qui fepeuulc mouuoirpour la na¬
ture de chacune République, feront eiclarcies par cy après. Il y a.enc-o-
rcsvn argument,qu’on peut faire en la queftion où nous femmes : c’eft
i fçauoir, que la Republique des Romains, foubs l’Empire d’Auçrufte,& long temps après fut appellec Principauté:qui eft vne forte de Repu-
blique, dont jamais Herodote, ny Platon, ny Ariftote,n y Polybe met
mes,qui en a fait fept,n’ont fait mention. Nous lifons en1 Suetonc,que calcula.1 l’Empereur Caligula, voyant plufieurs Roys à fa table entrer en termes
ci d’honneur, ôc de l’ancienneté de leurs maifons, dit tout haut le vers
f: i d’Homere duquel vfo Agamemnon contre Achilles,qui fe vouloit ef- i |liad>1# 'owt ^
li galer ôc paragonner à luy,Il ne faut,dit-il,qu’vn Roy, ôc à peu, dit Suc-
|l: tone, qu’il ne print le diadefme yÔc qu’il ne changeait la forme de Prin-
lit cipauté Romaine en Royaume. Or Principauté n’eft autre chofe, que ojMvç.i l’cftatpopulaire ouariftocratique, quiavnchefqui commandes tous
|j|[ en particulier, ôc n’eft que premier en nom colle&if. carie mot de Prin-
:1; ceps,ne fignifie autre chofe que le premier,parlant proprement. Ainfi fe
(| plaignoit le peuple de Iudee,qu’Ariftobulus premier Prince des Afmo-
| neans auoit changé la forme de Principauté,qui eftoit ariftocratiquc,ert
n: double Royaume, prenant le diadefme, ôc enuoyant vn autre à fon fre-
;fl| re: le refpons,qu’il y a en plufieurs Republiques ariftocratiques, & po¬li pulaires,vn Magiftrat qui eft le premier de tous en dignité,en honneur,Ôc autorité : comme l’Empcrcurcn Alemaigne ,1e Duc à Vcnizc,cn
| tout le pays de Suifle,à Genes,& ancienemét en Athcnes,cc quinccha-
, ge point l’eftat. mais en apparence les Empereurs Romains ne s’appel-o loiét que Magiftrats, Capitaines en chef,Tribuns, les premiers du peu¬
ple: ôc de droit ils n’eftoiét rien autre chofe, iaçoit qu eneffed: plufieurs
tranchoicnt des Monarques fouuerains , &la plufpart cruels tyrants.
aufli auoient-ils les armes,ôc forterefles en leur puiffance : ôc en matière
d eftat,qui eft maiftre de la force,il eft maiftre des hommes, & des loix,& de toute la République, mais en termes de droit il ne faut pas, difoit
3“‘ Papinian, auoir égard à cc qu’on fait à Rome, mais bien a cc qu’on doit
flti faire.vij
DE LA REPVBLIQJVEDuarchie,
Triarchie,
ôcautres ef-
pecesDoli-
garchies,
font copri-
(cs foubs la
définition
generale
d’Arifto¬
cratie.ï. Paufan.iib.4.i-in lib.de aftrolo-
gi*-DELA MONARCHIESeigneuriale. c H A p. 11*O y s auons dit que la Monarchie eft vne forte de Re,
publique, en laquelle la fouueraineté abfoluëgift en vn
feul Prince: Il faut maintenant éclarcir cefte définition
l’ay dit en vn feul, aufll le mot de Monarque lemporte:
autrement fi nous y en mettons deux, ou plufieurs, pas
vn n’eft fouuerain : d’autant que le fouuerain eft celuy quine peuteftre
commandé de perfonne,&:quipeut commander à tous. Si donc il y a
deux Princes égaux en puiflance, l’vn n’a pas le pouuoir de commander
à l’autre,ny foufrir commandement de fon copaignon,s’il ne luy plaift;
autrement ils ne feroient pas égaux: il faut donc conclurre que de deux
Princes en vne Republique égaux en pouuoir,& tous deux feigneurs de
mefme peuple,8c de mefme pays par indiuis, ny l’vn ny l’autre n’eft fou-
uerain:mais bien on peut dire,que tous deux enfemble ont lafouuerai-
neté de l’eftat, qui eft copris foubs le mot d’Oligarchie, 8c proprement
s’appelle Duarchie, qui peut eftrc durable, tant que les deux Princesfe-
ront d’accord:comme Romule 8cTatius,tous deux Roys des Quirites:
peuple compofé des Romains 8c Sabins : mais Romule bien toft après
fift tuer fon compaignon, comme il auoit fait fonfrere. aufli l’Empire
Romain fut changé de Monarchie en binarchie, foubs MarcAurelle,
qui fut Empereur auec fon frere Ælius Verus,mais l’vn mourut bié toft
après.car fi deux Princes ne font bie d’accord enfemble, come il eft près,
que ineuitable en égalité de puiflance fouueraine,il faut que l’vn foit rui
né par l’autre. auffi pour euiter à difeord, les Empereurs partageoyent
l’eftat en deux: l’vn eftoit Empereur d’Orient, l’autre du Ponent il’vn
tenoit fon fîege à Conftantinoble,l’autre à Romme : tellement que ce-
ftoyent deux monarchies:ores que les edits & ordonnances fuflent pu¬
bliées d’vn commun confentement des deux Princes, pour feruirà l’vn
& à l’autre Empire. mais fi toft qu’ils tomboyenten querelle, les deux
Empires eftoyent alors diuifez de fai£t, de puiflance, de loix,& d’eftat,
autant peut-on dire de la Monarchie des Lacedemoniens, qui dura iuf-quesàlamort du RoyAriftodeme/lequellaiflantProclej&Eurifthene
fes deux enfans Roys d’vn mefme païs,& pa.r indiuis,feftat leur fut bien
toft oftéparLycurgue, ores qu’ilfuftprince du fang de Hercules,&
qu’il peuftparuenir àl’eftat. Lefemblableaduintaux Roys des Meffe-
niens,Ampharens, &Lencippus. mais les Argiens, pour euiter à la plu¬
ralité de Roys,eftant le Royaume echeu à Atreus,& Thyefte,le peuple
adiugerent tout le Royaume au plus fçauant,comme dit Lucian1
Princes du fang de Merouee,& de Charlemagne, partagerét le Royau-
me entr’eux,côme on voit les enfans de Clouis, 8c de Louys Debonnai'rc
LIVRE SECOND. 13)r e.*& ncs eft trouue point quiayent efté Roysparindiuis,pourlesinco-
ueniens qui aduiennent de la fouueraineté renue en commun., oüil ny
a perfonne fouuerain: hors mis quand vn Prince effranger efpoufe vne
Royne, ordinairement on met l’vn & l’autre conioindtement comme
fouuerainsés mandemens & lettres patentes : comme il fe fift de Ferdi-
nad & Ifabelle Roy ôc Royne de Caftille: Antoine& Ieâne Roy ôc Roy¬
ne de Nauarre.mais les Anglois ne voulurent pas permettre que Philip-
pes d’Efpaigne ayant efpoufé Marie d’Angletrrre, euft part aucune à la
fouuerainete , ny aux fruits & profits d’iceîle :iaçoit qu’ils accordaffent
bie qu’ils fuffent tous deux en qualité,ôc que l’vn ôc l’autre peuft fio-ner,
à la charge toutesfoisquelefeingde la Royne fufiroit, ôc que fans ice-
luy le feing du Roy Philippe n’auroit aucun effet, ce qui fut ainfi accor¬
dé à rerdinad Roy d’Arragon ayant efpoufé Ifabelle,tous les mâdemés
eftoient ainfi fignez , Yo el Rey, ôc yo la Reyna, ôc le Secretaire d eftat
aueefix Dodeurs. mais la fouueraineté pour le tout eftoit en la Royne.
autrement nyl’vn ny l’autre n’euft efté fouuerain. Qui eftleplus fort ar¬
gument qu’on pouuoit fa ire aux Manicheans, qui pofoient deux Dieux
egauxen puiffance, l’vn bon,l’autre mauuais : car s’il eftoit ainfi, cftans
contraires l’vn à l’autre,ou l’vn ruineroit l’autre, ou ils feroiét en guerre
perpetuelle,&rroubleroient fans ceffe la douce harmonie,ôc concorde
que nous voyons en ce grand monde.Et cornent ce monde foufriroit-il
deux Seigneurs égaux en puiflance, ôc contraires en volonté, veu que la
moindre Republique n en peut foufrir deux,ores qu’ils foietfreres,s’ils
tombent tant foit peu en diuifion ? beaucoup plusaifémentfecompor-
teroient trois Princes,que deux:car le troifiefmepourroitvnir les deux,
ou fe ioignant auecl autre,le cotraindre de viure en paix:come il aduint
tandis quePompee,Cefar,&Craffus,qu on appelloit leMonftrcàtrois
teftes,furent en vie, ils gouuernerétpaifiblemétrEmpireRomain, qui
ne dépendoit que de leur puiflance : mais fi toft que Craffus fut tué en
Perfejes deux autres fe firent la guerre fi opiniaftremét,qu’il fut impof-
fible les reunir,ny viure en paix, que l’vn n’euft défait l’autre. le fembla-
ble aduint d Augufte, Marc Antoine, & Lepide : lefquels neantmoins
auoient fait d’vne Republique populaire, trois monarchies, oui furent
réduites à deux,après qu’Augufte eut defpoüiiïé Lcpidc,8des deux reü
nies en vne, après la iournee A chaque, ôc la fuite de Marc Antoine. Par
ainfi nous tiendrons ceftç refolution, que la Monarchie ne peut eftre,
s il y a plus d yp. ? rince. Or toute Monarchie eft feigneu riale, ou royale,
ou ty rannique. ce qui ne fait point diuerfité de Républiques, mais cela
promet de la diuerfité de gouuer la Monarchie. Car il y a bien différen¬
ce de 1 eftat,&du gouuernemetrqui eft vn fècret de police qui n a point
cfte touche de perfonne. car l’eftat peut eftre en Monarchie, ôc neant¬
moins il fera gouuerné populairement, file Prince fait part des eftats,
Magiftrats,offices, ôc loyers également àtous,fans auoir égard à la no-v iij
*34 DELA REPVBLIQVEbleffe,ny aux richeffes,ny à la vertu. Ilfe peut faire auffi que la Monar¬
chie feragouuernee ariftocratiquement : mais quâd leprince ne donne
les eftats, ôc bénéfices qu’aux nobles, ou bien aux plus vertueux feule:
ment,ou aux plus riches.auffi la feigneurie autocratique,peut gouuer-
nerfoneftatpopulairemet,diftribuantles honneurs,& loyers à tous les
fugets également,ou bien ariftocratiquemét les diftribuantaux nobles
ou au riches feulement, laquelle variété de gouuerner ,amis en erreur
ceux qui ont meflé les Républiques, fans prêdre garde que l’eftat d’vne
République, eft differend du gouuernemét,& adminiftration d’icelle,
mais nous toucheros ce point icy en fon lieu.Donc la Monarchie roya¬
le,ou legitime,eft celle où les fugets obeiffen t auxl oix du Monarque,&
le Monarque aux loix de nature, demeurant la liberté naturelle, & pro¬
priété des biens aux fugets. La Monarchie feigneuriale, eft celle oulc
Prince eft fait Seigneur des biés,& des perfonnes,par le droit desarmes,
ôc de bonne guerre, gouuernât fes fugets come le pere de famille fes ef-
claues.La Monarchie ty rânique,cft où le Monarque mefprifant les loix
dénaturé, abufe des perfonnes libres, comme d’efclaues,ôc desbiés des
fugets côme des fiens. La mefme differéce fe trouue en l’eftat ariftocra-
tique,& populaire, car lvn ôc l’autre peut eftre legitime, feigneurial, ou
tyrannique en la forte que i’ay dit . ôc le mot de Tyrannie fe prend auffi
pour l’eftat turbulét d Vn peuple forcené, côme Ciccron a tresbien dit.
Quat à la Monarchie feigneuriale, il eft befoin de la traiter la premiere,
comme celle qui a efté la premiere entre les hommes.Car ceux-làs abu-
fent,lefquels fuiuas l’opinion d’Ariftote, penfent que les prerniersMo-
narques,aux temps heroïques,fuffent efleus des peuples: veu que nous
Les premie trouuons °lue premiere Monarchie futeftablieen AfTyrie,foubsla
res Monar- puiffance de Nemrod,que l’efcripture appelle le puifsât veneur: qui eft
chies ont vne forme de parler vulgaire aux Hebrieux, come qui diroit voleur: &
eftéfeigneu mc&es Ariftote, ôc Platon, ont mis le brigandage entre les cfpeces de
riales. venneriexommefay remarqué fus1 Oppian. Car au parauat Nemrod,
i. in corométariis il ne fc trouue point qu’il y euft puiffance, ny domination les vns fusles
oppum de vcna- :autrc£:g£ fem|3lc qUe ce nQm luy fut donné comme propre à fa qualité:d’autant pue Nemrod fignifie Seigneur terrible, toft après on a veu lemode plein d’eickucs, uu viuat mefoement de Seny, l’vn des enfans deNoé.Et en toute la Bible, l’efcripture pariant des fugets des Roys d Af-
fyrie,Ôc d’Egypte,les appelle toufiours eiclaties. ôc non feulemet 1 eferi-
pture fainte,ains auffi les Grecs,qui efcriuét à tous propos,que les Grecs
eftoient libres, ôc les Barbares efclaues: ils entendét les peuples de perfe,
ôc de la haute A fie. Auffi les Roys de perfe dénonçant la guerre, dema-
doient l’eau,ôc la terre,dit Plutarque, pourmonftrerqü’ils eftoicntfei-
gneurs abfolus des biés ôc des perfonnes. C’eft pourquoy Xenophoel1
la Cyropedie eferit, q c’eft chofe belle, ôc loiiab le entre les Mcdois,quc
le Prince foit feigneur propriétaire de toutes chofes.De làvenoitl’ado-ratiofl
LIVRE SECOND. 13;ration qu’on fiifoit aux Roys de Perfe, comme à celuy qui eftoit en¬
tièrement feigneur des perfonnes,& des biens : comme trefbien fift en¬
tendre A rtaban, capitaine des gardes du Roy de Perfe, voyant que Te-
miftoche fe vouloir ingerer de parler au Roy ,&àla façon des1 Grecs, x.pioiib.^fc
il empefcha,que premièrement ilncFeuftadoré, adiouftant fes mots, xiPlliUnAdria-II eft bien feant,dit-il,de garderies couftumesdefon païsrvous eftimez
la liberté, &l’equalite:mais nous eftimons la plus belle chofe du monde,de reuerer/eruir, & adorernoftre Roy, comme l’image du Dieu viuat.Et ne doit pas la Monarchie feigneuriale, eftre appellee tyrannie, car il
n'eftpasincônuenient,quVn Prince fouuerain,ayant vaincu de bonne,
ôc iufte guerre fes ennemis., ne fe fece feigneur des biens, & des perfon-
nes,par le droit de guerre: gouuernant fes fugets comme efclaues, ainfi
que lcpere de famille eft feigneur de fes efclaues, ôc de leurs biens, ôc en
difpofeàfonplaifir.mais le Prince qui par guerre, ou autres moyens in-
iuftesfait deshommeslibresfesefclaues,&s empare de leurs biens,n eftpas Monarque feigneurial, ains vn vray tyran, ainfi voyons nous quelEmpereur A drian,ne voulut pas quvn badin,que lepeuple vouloit af¬
franchir,fut libre,s’il ne plaifoicàfon feigneur :comeTibere auoit de-fendu auparauant ; ôc depuis Marc Aurele ne voulut pas qu’il fuft libre,
quelque confentement que fon feigneur euft doné à la clameur du peu¬
ple, rèputantcelapluftoft force, que volonté: afin que la pleine difpofi-
tion demeurait à chacun de ce qui luy appartenoit. Or combien qu’il y
a peu maintenant de Monarques feigneuriaux,ores qu’il y ait plufieurs
tyrans,fi eft-ce neantmoirrs qu’il y en a encores enrAfie,&enl’Eciopie:& mefmes en Europe les Princes deTartarie,&de Mofchouie,defquels
tes fugets s’appellent Chlopes, c’eft à dire Efclaues, ainfi que nous lifons
en l’Hiftoire de Mofchouie.&pour cefte caufe le Roy des Turcs eft ap¬
pelle le grand Seigneur3non pas tant pour l’eftendue de pays,car le Roy
Catholique en a dix fois autant, que pour eftre aucunement feigneur
des perfonnes, ôc des biens : encoies qu’il n’y a que fes gentils-hommes
eleuez&nourrisenfamaifon,quonappellcfes efclaues. mais les Ti-
mariots, aufquels font tenus lesautres fugets, comme cenfiers ne tien¬
nent leur timar,que par foufrance, & faut que leurbail foit renouuellé
de dix en dix ans. ôc s’ils meurent les héritiers n’emportent quelesmeu-
bles.Mais au furplus de toute l’Europe,ôc des Royaumes de Barbarie,il
n’y a point de Monarchie feigneuriale, que ie fçache : & moins encores
anciennement, que à prefent. carmefines AugufterEmpereur,quoy
qu il fuft en effed: le plus grand Monarque de la terre, fi eft-ce qu’il a-
uoit en1 horreur, qu’on l’appellaft Seigneur.& n y auoit point alors de z. Tranquillus im
tenures en foy,chômage. Et fi on dit qu’il n’y a Monarque en Europe, Ausufto'
qui ne pretende la feigneurie dire&e de tous les biés des fugets ôc qu’il
n y aperfonne qui ne confeffe tenir fes biens duPrince fouuerain : le di
que cela ne fufift, pour dire que le Monarque foit feigneurial : attenduv iiij
DE LA REPVBLIQ^VËquele fuget eft auouc du prince vray propriétaire,qui peut difpofcr Je
fes biens:Ôc que le prince n’a que la droite feigneurie.encores y a-il p[u^
fîeurs terres allodiales,où il n a,ny propriété, ny droite feigneurie, n0rl
plus que les Romains,qui n ont iamais cognu celle droite leigneurie:^
ne fe trouueront point en tout le droit Romain,ny mefmes au Code,ny
aux authentiques ces mots, Dominum direflum3&dominum utile : mais js
HcrbcSi1”ca$ab font venus 3 après Tinuafion des Hongres, nation1Tartarcfque, & Ieur
c^ic°ircdeM°f" entreeen Europe,qui monftrerentrexemple aux Alcmans,Lombards,
& François, de la Monarchie feigneuriale, foy difans feigneurs de touts
les biens. Il eft bien vray que les Romains ayat vaincu leurs ennemis,les
vendoientle plus (buuent comme efclaues : ou bien ils les codamnoiér
à perdre la feptiefme partie de leurs terres, comme dit Pi marque en la
vie de Romule, mais aufli toft ils rebailloient les terres aux colonies,en
pure proprieté.Or les Princes,& peuples adoucis peu à peu d’humanité,
ôc de bonnes loix,n’ont rien retenu que l’ombre,& image de la Monar¬
chie feigneuriale, telle quelle eftoit anciennement en Perfe, ôc en toute
S5T apoh‘ la haute Afie.car combien que auparauant le Roy Artoxcrxcs3 les Rois
de Perfe auoient accouftumé de faire defpouiller touts nuds les plus
grands feigneurs, ôc premiers Magiftrats, & les faire (effer comeefcla-
ucs, fi eft-ce que le Roy Artoxerxes fut le premier qui ordonna, qu’ils
(croient bien defpouillcz,mais qu’il n y auroit que leurs habits, ôc vefte-
mentsfeffez, ôc au lieu d’arracher leurs cheueux, qu’on arracheroitle
poil de leurs chapeau x. Vray eft que François 4 Aluarez eferit, qu’il a
thiopic. veu en Ethiopie fefTcr tout nu die grand Chancelier, ôc autres grans fei¬gneurs commevrays efclaues du Prince, Retiennent cela agrandhon-
Le grand ncur-Et par tout le difeours de fon hiftoire on peut ay fément recueillir,
Negusd’E- 4UC^C gran(J feigneur d’Ethiopie eft Monarque feigneurial. mais les
thiopie eft peuples d’Europe plus hautains, ôc guerriers, qucles peuples d’Afic, &
Monarque D’Afrique, n’ont iamais peu foufrir de Monarques feigneuriaux: & on-
fcieneurial ^Ues n en auo^cnt auparauant l’inuafion des Hongres, commeiay
dit : ôc qu’ainfi foit, Odonacre Roy des Herulcs, qui regnoit quafi de
mefme temps,ayant réduit l’Italie foubs fâ puiffance,print la tierce par¬
tie des terres des fugets (quieftoit Tamédc de tous peuples vaincus,aux
vns pl9,aux autres moins)laifla les perfonnes libres,ôc feigneurs de leurs
bies,(àns tcnurc,ny preftation de foy ny d’hommage : mais depuis que
les Alcmans,Lobards,Francons,Saxos,Bourguignos,Gots, Oftragots*
A nglois,ôcautres peuples d’Almaignc eurét goufté la couftumc des ho-
gres Afiatiqucsjils commécerent à fe porter feigneurs, non des perfon'
ncs,ains de toutes les terres des vaincus, Ôc peu à peu, fe contenteront de
la droitte feigneurie,foy,ôc hommage, ôc de quelques droits, qui pour
cefte caufe font appeliez feigneuriaux, pour monftrer que l’ombre ics
Monarchies feigneurialeseftdemeurce,ôc toutesfoisbeaucoup dimi-
j.cap.i.iib.i.fcid. nuee. caries fiers, ôc feigneuries, n’eftoient5 anciennement que benefi*ces
LIVRE SECOND. i37ces donnez à vie, & puis par faucurs continuez de pere en fils, hormis les
Duchez,Marquifats,Comtez,&autres dignitez femblables: couftumc
qui n’eft point changee en Angleterre, ny en Efcolîepourle regard des
dignitez, ou les Ducs, & Comtes eliants morts leurs enfans, & luccef-
feursjont bien les terres,mais ils n’ont pas les dignitez, prorogatiues, &
qualitez de leurs predeceffeurs. Depuis qu’on eut fait ouuerture de fo¬
re les fiefs héréditaires aux malles, iceux défaillants ont obtint auffi ce
priuilege pour les filles: hormis en Almaigne,ou les femelles en font en-cores exclufes. quifut le plus fort argument, duquel vfaFerri Comte deVaudemont contre René d’Anjou Roy de Sicile, au concil de Confta-
ce,demandant à l’Empereur qu’il fuftinuefti du D uché de Lorraine, at¬
tendu quec’efl:oitfiefimpenal:&parconfequent,queIfabelle femme
de René en debuoit eftre deboutee. Toutesfois M. delà Mothe, Con-feiller du Roy au grâd confeil,ma monftré que le Duché de Bauieres,&
plufieurs autres font tombez autres fois en quenoille. Côbié que René
.d’Anjou auoit vn autre moyen pour fe défendre, à fçauoir,qu e matièredefiefs,&feruitudes,ondoitfuyurelacouftumedufief4feruât:orileft 4Iu^pararrcftcertain q par la couftume de Lorraine les filles fuccedent aux fiefs. Milis Parlement coté
quoy qu il en foit,il eft bien certain que les marques des Monarchies fèi- Moulin infeudis
gneuriaIes,font demeurees en Almaigne, & vers le Septetrion,plus q és lon«%™ïn
autres lieux de l’Europe.car quoy que Guillaume le Conquérant,ayant racfolnVc '‘*,dc'
coqueftele Royaume d Angleterre par force,& par armes,ne fedift pas
feulement feigneur du Royaume, ains fift publier, que la feigneurie, ôc
propriété de touts les biens,meubles, 8c immeubles des fugets, luy ap-
partenoit, fi eft-ce neantmoins, qu’il fe contéta de la feigneuriedirede,
foy, ôc hommage:demeurant aux fugets la liberté, ôc la pleine propriété
de leurs biens.mais 1 Empereur Charle v.ayantmisfoubsfon obeiffan-
le Royaume du Peru,s eft fait Monarque feigneurial, pour le regard desbiens,queles fugets netiennetqueàferme,&à vie,4pourleplus:quifut 4. En l'hiftohe d«vn trait politic du Dodeur Lagafca, lieutenantpour l’Empereur au Pé¬
rou, après auoir défait les Pizarres, qui s’eftoiet emparez de l’eftat, pour
tenir les fugets en plus grande obeiflance. Qui eft la mefme raifon,pour r Vmoercur
quoy en vn chapitre de la loy deMehemet, ileftdefendu à toutes per- charle *
onnes,de quelque qualité qu’elles foiét, fe dire feigneurs en forte quel- s’ea A;t MO
conque, hormis au Caliph ou grand Pontife, fuccefTeur de Mehemet, narqiie fc{„
qui eftoit feul Monarque feigneurial, donnant aux Princes, ôc feigneurs, o-neurialdu
les leigneuries par foufrance,& tant qu’il vouloit.mais peu à peu les Ot- pcm
tomansjlesCurdes, ôc Roys d’Afrique, pour la diuifion des Anticali-
phes, s exempterent de leurpuiffance, ôc empieterent les Monarchies,11e, & d Afrique. Icy peut eftre, dira quelqu’vn, que la Monarchie
eigneurialeeft tyrannique,attendu qu’elle eft diredement contre la
oy e nature, qui retient de chacun en fa liberté, ôc en la feigneurie de
es biens, a quoy ierefponds, que c’eft bien aucunement contre la loy
138 DE la repvbliqvedénature, de Elire les hommes libres efclaues,& s’emparer des biens
d’autruy :mais puis que le confentemét de tous les peuples a voulu, que
ce qui eft acquis par bonne guerre,foit5 propre au vaincueur,& que les
vaincus foyentefclaues des vaincueurs, on ne peut dire que la Monar-
chie ainfi eftablie foit tyrannique: veu mefmes que nous lifons, que la-
cob par fon teftament, lailfant à fes enfans vnc terre qu’il auoit acquife
dift quelle eftoit fienne, parce qu’il l’auoitacquifeàlaforce de fes ar¬
mes. Et qui plus eft la roigle qui veut que le droit de guerre n a point de
lieu,ou il y a fuperieur pour faire iuftice,ce qui eft pratiqué mefmes co¬
tre les plus grands Princes 3 & villes imperiales d'Almaigne,quifont mi-
fes au ban impérial, à faute de reftituer cc qui appartient! autruy: cela
monftrebien ou ilny a point de fuperieur qui commande, quela force
mefmes eft reputee iuftc.autrementfi nous voulons mefler>& confon¬
dre l’eftat feigneurial, auec l’eftat tyrannie, il faudra confeffer, qu’il ny a
point de diffcrence,entre le droit ennemy en fait de guerre,&: le voleur:
entre le iufte Prince, & le brigand, entre la guerre iuftement denoncee,
& la force iniufte, & violente,que les anciens Romains appelloient vo-
Ierie,& brigandage. Auffi voyons nous que les tyrannies font bien toft
runies,& les eftats feigneuriaux, & mefmcmét les Monarchies feigneu-
riales, ont efté grandes, & fort durables : comme les anciennes Monar¬
chies des A{Tyriés,Mcdois,Pcr{àns,Ægyptiés,&:à prefent celle d’Æthiof)ie,(qui eft la plus ancienne Monarchie de toute l’Afîe, & l’Affrique) à
aquelle font fugets comme efclaues, cinquante Roys, fi nous croyons
Paullouc.combien quils font, & s’appellent tous efclaues du grâdNc-
gus d’Æthiopie. Etlaraifon pourqu'oy la Monarchie feigneuriale eft
plus durable que les autres, eftpour autât quelle eft plus angufte, & que
les fugets ne tiennét la vie, la liberté, les biens,que du Prince fouuerain,
qui les a conqueftezà iufte tiltre. qui raualle bien fort les courages des
fugets.tout ainfi que l’efclaue recognoiflant fa condition, deuiét hum¬
ble, lafche, & comme Ion dit, ayant le cœur feruil: ou au contraire les
hommes qu i font francs, & feigneurs des biens, fi on veut les afleruir,
ou s’empieter de cc qui leur appartient, ils fe reflentent, & fe rebellent
aifément,ayant le cœur généreux, nourri en liberté & non abaftardide
feruitude. Voyla quant à la Monarchie feigncuriale.Difons maintenant
de la Monarchie Royale.DE LA MONARCHIE ROTALE.C H A P. III.E Monarque Royal eft celuy, qui fe rend auffi obeiflant aux
loix de nature, comme il defire les fugets eftre enuersluy,
laiffant la liberté naturelle, & la prop rieté des biens à chacun.
Iay adioufté ces derniers mots, pour la differece du Monar¬
que feigneurial, qui peut eftre iufte, & vertueux Prince, & gouucrncrfes
LIVRE SECOND. 23?fes fugets equirablement, demeurant neantmoins feigneurs des perfon-
nes, Ôc des biens. Et s’il aduient que le Monarque feigneurial > ayant iu-
ftement conquefté le pays de (es ennemis,lés remette en liberté, ôc pro¬
priété deux, & de leurs biens, defeigneurildeuientRoy, ôc change La
Monarchie feigneuriale en Royale, c’eftpourquoy Pline le ieune difoit
à Traian l’Empereur, Principis Je dem obtines ^nefit domino locus, C’efte dif
fcrencefut bien remarquée des anciensPerfes, qui1 appelloient Cyrus i.Ha-odot,
l’aifné Roy,Cambyfes feigneuï,Darius marchant:parce que Tvn s’eftoit
monftréPrince doux, ôc debonnaire,l’autre hautain,ôc fuperbe,Ie troi-
fiefme trop exadxur, ôc auare. Et mefmes Ariftoteauoitaduerty Ale¬
xandre le grand,(c comporter enuers les Grecs, comme pere : ôc entiers
les Barbares,comme feigneur: toutesfois Alexandre n’en fift rien, vou¬
lant que les Grecs fuftcntiugez à la vertu,ôc les Barbares aux vices : ôc q
toute la terre fuft vne cité,&fon cap le donjon d’icelle.Fay mis en noftre
definitio,que les fugets foyent obeiftans au Monarque Royal,pour mo-
ftrer qu’enluy feul gift la maiefté fouueraine:&: qleRoy doit obéir aux
loix de nature : ceft à dire gouuerner fes fugets, Ôc guider fes a&ions par
là iuftice naturelle, qui fe voir, & fait cognoiftre auffi claire, ôc luifante
que la fplcndeur du Soleil, c eftdoncques la vraye marque de la Monar¬
chie Royale,quand le Prince fe rend auffi doux, &ployableauxloixde
nature/qu’il défi re (es fugets luy eftre obeiftans. ce qu’il fera, s’il craint Les vrayes.
Dieu fur tout, s’il eft pitoyable aux affligez, prudent aux entreprinfes, marques
hardy aux exploits,modefte en profperité, côftant en auerfîté/erme en ^ vn gran^
fa parole,fage en (on confeil,foigneux des fugets,fecourable aux amis, R°y*
terrible aux ennemis,courtois aux gens de bien,effroyable aux mcchâs,& iufte enuers touts. Si donc les fugets obeiftent aux loix du Roy, Ôc le
Royaux loix de nature, la loy d’vne part, ôc d’autre fera maiftrefte,ou
bien; comme dit Pindare, Royne. car il s’encnfuÿùra vne amitié mu¬
tuelle du Pvoy enuers les fugets, ôc l’obeiftance des fugets enuers le Roy,
auec vne trefplaifante, ôc douce harmonie des vns auec les autres, ôc de
touts auec le Roy. ceft pourquoy cefte Monarchie fe doibt appeller
Royale, ôc legitime : foit que le Roy vienne à l’eftat par droit fucceffif,
come tous les anciesRoys,ainfi queThucidide a trefbié remarqué: foit
que le Royaume foit déféré par vertu de la foy, fans auoir égard aux fil¬
les, ny aux mafles defeendans d’icelles, comme il fe fait en ce Royaume
parla loy Salique:foit que le Roy vienne par ele&ion, comme Ariftote
eferit c|u il fe faifoit aux temps héroïques (enquoy toutesfois il eft con¬
traire àThucidide, & à la vérité des hiftoires) ôc fe fait en plufieurs Roy¬
aumes du pays Septentrional: foit que le Royaume fuft baillé au plus
vieil, comme faifoient les Arabes leur Roy, ôc les Cardinaux le Pape:
oit qu il fuft donne en pur don, comme fift Augufte à Iubale ieune, le
aifant d efclaue Roy de Numidic, qui auoit efté reduitte par Cæfaren
orme deprouince,fugette à l’Empire Romain,ou bien cômeleRoyau-
x40 DE LA REPVBLIQŸEme de Naples,& de Sicile fut donné à Charle de France,& depuis enco.
res à Loüys de France premier D uc d’An j ou :OU qu’il foit laiffé par tefta-
ment,ainfi que les Roys de Thunes,Fez, & Maroc ontaccouftumé: cô.
me ilfutauflî pratiqué par Henri y 111. Roy d’Angleterre, qui laiiTale
Royaume à fon fils Edouart: &aluy fubftituaMarie j&àcelle-cy Eli-
zabet:qui depuis fut Royne, iointque le tefta ment fut confirmé, Gra¬
tifié parle peuple; foit que le Roy empietel’eftat par finettes, & ruzes>
pourueu qu’ilregneiuftement, comme Cecrops, Hieron, Gelon, Pifi.
ftrace>qui vferenttreffagemet de leur puiflance,ainfi que ditTlutarcjuc:
Sc de noftre aage Cofmede Medicis: ou que par fort & cafuellement
le Royaume foit déféré,comme à Darius,lvn des fept feigneurs de Per~
fe, qui fut Roy., parce que fon cheual auoit hannile premier, ainfi qu’il
eftoit conuenu, après qu’on euft tué les Mages, qui auoient occupé le
Royaume :foit que le Prince conqueftele Royaume par force, &: par ar¬
mes, à droit, ou à tort : pourueu qu’il gouuerne equitablemét le Royau¬
me par luy coquefté : comme dit Tite Liue du Roy Seruius.,Necjue enim
frœter vim quicquam ad ius regni habebat. Et to u tesfois il fut bon Roy.auffi
fouuent on aveu d’vn voleur,& brigand, fe faire vn Prince verrueux ; &
d’vne tyrannie violente, fe former vne iufte Royauté : foit qu’on elife le
Roy pour fa nobleffe,comme fut CampfonRoy delaCaramanie,e(leu
pourSultan d’Ægypteparles Mammelucz: Sc Charle 'de France frere
de fain6t Loüys, que le Papeenuoya aux Florentins, quidemandoient
vn Prince de fàng Royal: & les Vicomtes Danclerie pour leur nobeffe
furent cflcus feigneurs de Milan, ores qu'ils fuffent eftrangers : foit que
le Prince fuft efleupour fa nobleffe,& iuftice commeNuma:ou pourfi
vieilleffe, comme les anciens Arabes elifoient le plus vieil, dit Diodore,
Sc les Taprobanes,comme dit Pline : ou pour fa force, comeMaximin:
ou pour fà beauté, comme Heliogabale : ou pour fi grandeur, comme
onraifoiten Ethiopie: ou pour mieux boire,comme en Scithie,dit Ari-
Uib.j. de Repub, {fote. le laiffe la définition du Roybaillee par1 Ariftote. car ildit,que
le Roy eft celuy qui eft efleu, & qui commande au defir des fugets.en
autre lieu il dit que le Roy deuint tyran,pour peu qu’il commande con¬
tre le vouloir des fugets. Telles définitions ne font pas feulement fans
fondement,ains auffi pernicieufes. Quelles (oient faufes,il appert}d au-
tant que le tiltre Royal,qui emporte la maiefté, Sc puiffance fouuerainc,
comme nous auons monftré, feroit incompatible auec icclle : attendu
que le Royn’auroit puiffance de doner loy aux fugets, ains au contraire
il feroit contraint par eux de receuoirla loy : Sc les plus iuftes Princes du
mode feroient tyrans: & qui plus eft,il ne fe trouueroitpasvnfeulRoy:
& pour le trâcher court,le Roy ne feroit que fimple Magiftrat.Qui font
toutes chofesimpoflibles,&auffi impertinentes, comme ce que dine
mefme Ariftote, que les peuples font barbares, ou les Rois viennentpaf
fucceffion : veu que fon Roy mefmes Alexandre le grand eftoit de ceux-
LIVRE SECOND. 2.41là defcendu en droidte ligne du fang de5 Hercules, ôc par droit fuc-ceffif paruenu à la couronne de Macedoine : comme aufïi tous lesRoys de Sparte. Il fàjudroit confcflcr que tous les Roys d’Afie , ôcd’Egypte , fuffent barbares , defquels ncantmoins, il eft bien 4 cer- 4. Cicero cpift.t.tain que l’humanité , la courtoifie , la dodtrine , les belles fciences, ThSaSc^s™Pi*ôc la fource des loix, & des Republiques font iflues, &n’yauroit que ^ur“f^,eAriftote, ôc vne poignee de Grecs qui ne fuflent barbares. Nous -aîonum. curari©-monftrerons euidemmènt en fon lieu , qu’il n’y a rien plus d'ange- Apionem. mureux à vn eftat, que de mettre les Roys en ele&ion. Combien que-^c^*^Ariftote s’eft auffi mefpris , ou il dit qu’il y a quatre fortes de Roys:ôc neantmoins par fon difeours, il s’en trouue cinq de compte fait.le premier qu’il dit voluntaire , comme eftoyent les anciens Roysdes temps heroïques , faifans l’eftat de iuges , de capitaines , ôc deSacrificateurs. le fécond , dit-il, eft propre aux peuples barbares, Opin|5où le Roy vient par droit fucceffif. Letroifiefme fe faitpar ele&ion. AriftoteLe quatriefme eft propre aux Lacedemoniens , d’eftre Capitaine en touchât les-chef, par fucceffion de pere en fils. Le cinquiefme eft Seigneurial, R0ys>comme le chef de maifon eft Seigneur de fes efclaues, ôc de leursbiens. Voila ce qu’il dit. Quant à la premiere forte de Roys, noustrouuons bien qu’ils faifoyent l’office de iuges , de capitaines, ôc defàcrificateurs : mais il ne s’en trouue pas vn voluntaire , au parauantPittacus Roy de Corinthe, ôc Timondas Roy de Negrepont. ainsau contraire , Plutarque 6 dit, que les premiers Seigneurs n’auoyenc € Plutari-n xilc_autre point d’honneur deuant les yeux , que de forcer les hommes, fco.ôc les tenir en fugetion comme efclaues : ce que Fefcriture fain£lcnous certifie du premier Monarque Seigneurial Nemrod : laiflans laPrincipauté à leurs enfans par droit fucceffif: comme ditThucidi-de. ce qui eft tref-bien vérifié par la fuitte de grand nombre deRoys des Affyriens, Medois, Perfans, Indois, Ægyptiens , He- ^ .blieux, Lacedemoniens, Macédoniens, Sycioniens, Epirotes, A- ptheniens : ôc les ligues venans à faillir3 les peuples en partie ont pro- v \cédé par elediion : les autres ont empiété l’eftat par force : les autres 1]°^crlt:
rr r- a n • « t- droit iuccelle iont maintenus en leigneuries Ariltocratiques , ôc populaires:comme il fe vérifie par Herodote , Thucidide Plutarque , Iofeph,Xenophon , ôc autres hiftoriens , Hebrieux , Grecs, ôc Latins : qui
fufift pour conuaincre d’erreur l’opinion d Ariftote. Quant à ce
qu’il appelle Roys ceux de Lacedemonne , par ce qu’ils eftoyent ca¬
pitaines en chef héréditaires : iay monftré cy deflùs , que la puif
fànce Royale eft infèparable de la maiefté : ôc que les Roys de La-
cçdemonne n eftoyent que fimples Senateurs, fugets à la feigneu-
rie, ôc aux moindres magiftrats. ioint auffi qu’ils n eftoyent point capi-
24i DE LA REFVBLICVVEtaines en chef par droit fucceffif. car fouuent la Seigneurie donnoit
cefte charge aux autres citoyens, comme à Lyfandre , Gillippc
Callicratidas : qui ont eu charges de capitaines en chef, & les Roys
déboutez. ôc combien que Agefilaus fuit Tvn des Roys, fi eft-ce qu’||
n’ofa prendre la charge de capitaine en chef quelafeigneurienel’euft
commandé, ainfi que dit Plutarque en fa vie. Et quand bien ils eut
fent efté capitaines en chef, cela n’emporte point la puiffance R0ya,
le : non plus que les capitaines en chef des Acheans , qui venoyent
par ele&ion : attendu qu’ils eftoyent fugets aux eftats des Acheans
qui les puniffoyent: comme ils firent Damocritus capitaine en chef
qu’ils condamnèrent à trente mil efeus d’amende , comme nous lil
fonsen Paufànias : ainfi lesEphorcs condamnoyent les Roys à l’amen¬
de , ôc quelquesfois à perdre la vie , comme nous auons dit cy def,
fus. Il ne faut donc pas mettre ceux-cy au rang des Roys : non plus
que celuy qui eft Monarque Seigneurial, feigneur des perfonnes, &
des biens, qui a fa propre différence feparee du Monarque Royal. Et
quant à la troifiefme forte de Roys , qu’il dit cftre par eledion,ce¬
la ne fait aucune différence des Roys non plus que la fécondé qu’il
dit eftre par fucceffion : autrement il deuoit par mefme moyen , met¬
tre vne fixiefme efpece de Roys , qui fe font par fort : comme fut
Darius le premier : Ôc vne feptiefme par donation , ôc Thui&iefme
par teftament : Ôc la neufuiefîne par rufes , & fineffes : & la dixief-
me par force : ôc confequemment des autres en cas pareil ■ qui fe¬
roit faire vne infinité de fortes de rovs : lefquels neantmoins tous
font comprins en vnc efpece. Car la différence des Monarques, ne
fe doibt pas prendre par le moyen de paruenir à ,1’eftat, ains par le
moyen du gouuernement : qui eft comprins en trois fortes, àfça-
uoir Seigneurial, Royal , ôc Tyrannique. Mais quant à la troifief-
me forte de Roys , qu’Ariftote a pofé , ôc exemplifié pour reftablir
1 eftat , mettre tout en ordre , corriger les couftumes, Ôc puis quit¬
ter fa charge : il n’y a point d’apparence d’appeller ceux là Roys,qui
ne font rien autre chofe que fimples commiflàires : comme les dicta¬
teurs en Rome, aufquels Denis 7 d’Halycarnas , compare les Ar¬
ques en la Republique des Theffaliens , les Cofmes en Lacedemon-
ne , les Æzimnetcs en Mitylene : qui auoyent pareille charge quela
baillie de Florence , lors que la Republique eftoit populaire : c’eft à
fçauoir , que le grand confeil du peuple eflifoit huid , ou dix per-
fonnages des mieux entendus aux affaires, pour reftablir l’eftat, &
remettre en ordre , ce qui par fucceflion de temps eftoit venu en
defordre , pour les bourfes, ôc création d’officiers : ôc cela fait, ils
fe defpoüilloyent de leur charge : tout ainfi,que les dix commit
faires, qui furent efleuz en Rome pour corrigeriescouftumes,qu’il' ’ fau droit
LIVRE SECOND. 14 jfaudroitpar ce moyen, au dire d’Ariftote, appeller auffi Roys : cho-
fe qui feroit abfurde : car la qualité de magiftrat , & moins enco¬
res decommiffaire, lia rien de commun auec la maiefté fouueraine
d’vnRoy. auffi le nom de Roy, nepeutconuenirfinon à celuy qui eft
abfolument fouuerain. ôc combien queCæfarenfes mémoires dit, que
les habitans d’Autun elifoyent tous les ans vn magiftrat, auec puiflance
royale,fi eft-ce toutesfois que celafe dit improprement. Et qui plus eft
lesgouuerneurs des pays, & prouinces conqueftees par Alexandre le
grand,ores que après fa mort ils fuffent fouuerains,fi eft-ce quils furent
bien fort long temps, qu’ils n’ofoyent s’appeller0 Roys. ôc le premier o. piutar. in £>z-
qui commencea fut Antigonus, après la vidïoire qu’il obtint contre mcmo‘
Ptolemee premier du nom’ alors il printleDiadefme, ou bedeau royal,
ôc meit en ces tiltreslenom de $a.oiAtu$-, c’eft à dire Roy. Ôc toft après
les Ægyptiens appellerent auffi Ptolemee Roy :&parialoufieles pro-
uinces delà haute Afie, ôc les Thraces appellerent Seleucus, ôc Lifyma-
chus Roys. Et fans aller filoing,les anciens Roys de Lorraine, & de
Bourgoigne, deflors qu’ils rendirent la foy, & hommage aux Empe¬
reurs d’Almagne, perdirent la qualité de Roys, ôc s appellerent Ducs,
nous auons monftré cy deflus,que celuy qui tient en foy, ôc hommage
d autrui,ne peut eftre Roy ny fouuerain : comme dit vnPoëte, rex
efty Regernmaxime non habeat. Car le nom de Roy, à toufiours efté Au-
gufte, ôc le plus honnorable que le Prince fouuerain puiffe auoir. ôc
pour ceftecaufe, l’habit les marques,lesfignesdes Roys,ont toufiours
efté particuliers, ôc non communiquezrcomme anciennement le ben- Marques
deau Royal, & le feeptre. ôc ny eut chofe qui rendit la maiefté des royallcs.
Koys de Rome tant vencrable „ que les aornemens Royaux * que Tar¬
quinie prifque aporta des anciens Roys d’Hetrurie, comme nous li-
fons es hiftoires. Et mefmes les Romains , quoy qu'ils euffent chan¬
gé la puiffance Royalle, en populaire : fi eft-ce que le fenat Romain,
auoit accouftumé d’enuoyer aux Roys les marques Royalesà fça-
uoirleDiadefme, ou la couronne d’or, la coupe d’or, le feeptre d’y-
uoire, ôc quelquesfois la robbe de pourpre brochee d’or, ôc la felle
d’yuoire., ainfi que nous lifons es8 hiftoricns.EtauxrcgiftresduPa- *• '*‘jJ
pe Gregoire y il on lift que Demetrius fut eftabli Roy de Croa- ui9.Yaier.Ma*.
de, ôc Sclauonie par le feeptre, la couronne, ôc la bannicre. Les Pa¬
pes Empereurs ont fouuent diftribué ces beaux riltres de Roys,
ores qu’ils n enflent aucun pouuoir de ce faire : non plus quel’Em-
pereur Anaftafe qui enuoya les aornemens Confulaires, ôc le tiltre
d’Augufte au Roy de France Clouis, qui les receut en la ville de T ours,
comme dit Hemon. ôc Iuftinian qui donna le tiltre de Patrice au
Roy Childebert : non pas qu’il voulut faire plus Roy qu’il eftoit:
mais il donna fon ordre a, vn grand Roy : ainfi. que font les Roys
Tricornius cap.17%t.Plutar.in Deme¬
trio.144 DE LA REPVBLIQVEàprefent les vus aux autres. Auffi rEmpereurFrideric.i.enuoyaaPicrr
feigneur de Dannemarc l’efpee,& la couronne, auec la qualité de IW
qualité qui eftoit contraire àl’effe&.attedu qu’il fe rédit? vaffal de ferj*
pire, ôc fift la foy, ôc homage à l’Empereur du Royaume deDannemarc
promettât,&obligeât tant luy,que fes fuccefTeurs,de tenir le Royaume
de rEmpire:mais cefte qualité fift preiudice àl’Empire: car peu àpeuils
fe font exéptez de la fugetion de l’empire. Et d’autant que le Duc d’Au¬
triche, eftat auffi appelle Roy parle mefme Frideric, (fans preiudice des
droits de l’empire,foy homage,refTort, ôc fouucraineté) ôc qu’il vou-
lut auffi trancher du fouuerain, refufantobeyr aux eftats de l’empire,
douze ans après fut priué de la qualité, & tiltre Royal. Et pour mefme
faute que fift Henry Roy d’Angleterre,fils de Guillaume lecoquerant
de faire couronner, ôc appeller Roy d’Angleterre de fon viuant,fon fils
aifné Henry-.toft après le fils voulut s’efgalcr au pere,manier les affaires
de forte que le pere,& le fils entrèrent en querelles , &fa£tions,qui fans
doubte auoy et ruiné l’eftat,fi le fils ne fuft mort le premier. Il s’eft bien
veu en ce Royaume,au commencement du règne de Capet, que pour
affeurer l’eftat à fon fils Robert, ôc Robert à Henry, ôc ceftui-ci à Philip-
pe,les faifoy ent couronner, ôc appeller Roysicomme en cas pareil Cha-
gnis,premier Roy deTartarie,efleu par les fugets,fift couronerHocota
fon fils aifné de fon viuât. mais cela eft de perilleufefuite, filenouucau
Roy n’eft pourueu d’vn Royaume : come fift Seleucus, lequel ayât fait
couroner,& appeller Roy fon fils Antioquc, par mefme moyé lepour-
ueutaufli du Royaume de la haute1 Afie. ou bié que le Royaume foitc-
le&ifxome font ceux dePouloignc, Dânemarc,Suede, où les Roys de
leur viuant font eflire leurs enfans, ou ceux qu’ils veulet auoir pour fuc-
ceffeurs:&font que les Princes, & feigneurs du pays,leur preftent le fer-
merde fidélité: come GoftaueRoy de Suede,ayât empiété l’eftat fus les
Roys de Dannemarch,fift eflire Hérifon fils:Frideric, à prefentRoy
de Dannemarc,fut efleu Roy l’an m. d. l vi.deux ans au parauât la mort
du pere,lequel, doubtat que fes oncles Ian,&Adolphe, vouluffétprati¬
quer après fi mort, vne nouuelle ele£ï:io,priale Roy,par M.Danzaiam-
bafladeurde Frâce & puis y enuoya ambaflideur exprès pour y tenir la
main,& le receuoirenfaprote&io.Ainfifaifoiet, &fotencores en par¬
tie,les Roys de Maroc,de Fez,de T unes, come nous lifons en Léo d’A¬
frique: &:de noftre memoire Ferdinand d’Auftriche, fift eflire de fon
viuant, ôc couronner Maximilian Roy d’Hongrie, &deBohemc: &
depuis peu de temps, Maximilian a fait le femblable à fon fils Erncft.
Sigifmond Augufte voulut bien auffi nommer vn fucceffeurRoydc
Poulongne: mais il fut empefehépar les eftats : car combien que cc foit
le plus feur moyen , pour euiter aux feditions : fi eft-ce qu’il eft à
craindre que ledroid dcfle&ion, pafle en force de fucceflîon: ainfi
LIVRE SECOND* 145quon a veu l’empire en la maifon d’Au.ftriche continuer par vne lon¬
gue fuite de telles preuécions. & le Royaume deNoruegue fait hérédi¬
taire,voire fuget à la fucceflion des fémes: ôc pour cefte caufe pretendu
parla douairiere de Lorraine, & la Comteffe Palatin , filles de Criftierne
Roy de Dannemarc, qui ont rcmonftré, que Marguerite de Vvolmar
par droit fucceflif/ut Roy ne des trois Royaumes, Noruegue3Suede, ôc
Dannemarc.'Voila quât à la monarchie Royale, difons de la troifieme,
qui eft la monarchie tyrannique.DE LA MONARCHIE TTRANNIQJ^E.C H A P. I I I I.A monarchie tyrânique,eft celle 011 le Monarque foul-
lant aux pieds les loix de nature, abuze de la liberté des
francs fugetSjComme de fes efclaues, ôc des biens d’au-
truy,comme des fiens. le mot de Tyran, qui eft Grec,
de (à propriété eftoit honnorable, ôc ne fignifioit autre La proprie"
chofe ancienemet, que le Prince qui s eftoit emparé de té du mot
l’eftat fans le confentement de Tes citoyens, ôc de compagno s’eftoitfait Tyrâ eftoit
maift re.ceftuy-làs’appelloittyra,ores qu’il fuft tref-fage, &iufte Prin- honorable
ce. Auffi Platon referiuât à Denis le tyran,luy done cefte qualité par ho- ancienne-
neur,Platô à Denis le tyran fàlut. Ôc la refpofe,Denis le tyrâ à Plat 5 falut. ment.
Etpourmonftrer que le mot de tyran, eftoit auffi bien artribuéau iufte
Prince, qu’au mefehant,il apert euidemment,en ce quePittaque, & Pe-
riandre qui furent eftimez entre les fept fages de G rece eftoy ent appel¬
iez tyrans, ayans empieté l’eftat de leur pays. Mais ceux qui par force,ou
parfinefleauoyent enuahi la fouueraineté, voyant que leur vie eftoit
expofee à la mercy de leurs ennemis, furent contraints, pour la feureté
de leur vie,ôc de leurs biens, auoir gardes d’eftrâgers à l’entour de leurs
perfonnes,& groffe garnifon és fortereffes, & pour les foudoyer, ôc re¬
tenir,leuer de gros tributs,ôc impofts:& voyâs que leur vie ne pouuoit
eftre afteuree , ayans de pauures amys , ôc de puiflans ennemis, ils
mettoyent à mort, ou bannifToyent les vns pour enrichir les autres : ÔC
les plus perdus rauifloient auec les biens,les fem mes, ôc enfans.Cela fift,
queles tyrans furent extrêmement hays,& mal-voulus. Car nous lifons 1. pjutarqae en!»
1 que Denis le vieux, tyran d’vne partie de Sicile, auoit toufiours dix v
milfoldats pour fa garde, ôc dix mil hommes de cheual,& quatre cens
galeres armees ôc fretees. encores ne pouuoit il rangerfipeü de fugets
qu’il auoit a(Teruis:leur faifant defenfes de s’aflembler, ny de manger en-
femble, quelque parenté qu’il y euft : ôc permettoit de voler, ôc def-
pouiller ceux, qu’on trouueroit retournant après fouper en leur mai¬
fon. Et neantmoins Plutarque confeffe,qu’ila efté bon Prince, ôc que
fc4S DE LA R;E PV B LÎ QVEil a paffé en iuftice &: vertu,, plufieurs Princes qui fe font appeliez R0ys
Auffi ne faut-il pas fort s’arrefter aux qualitez que les Princes s’attri¬
buent. car il seft toufiours veu,que les plus mefchants, ôc dctefta-
bles, ont pris lesdeuifes les plus belles, ôc les tiltres les plus diuins. vray
eft que les fugets,ordinairementfemocquentdeces beaux tiltres, &eil
donnent de bien piquans par Ironie:commedes trois Ptolemees R0ys
d’Ægypte,dontlvnfift mourir fon frère, lautre fa mere, 1 autre fon
pere, les fugets les appellerent par moquerie, Philadelphe, Philome»
tor, Philopator, auffi eft-il aduenu, que les charges, ôc offices les plus
facrez ont efté abhominables pour la mefchanceté de ceux quienabu-
foyent. comme le tiltre Royal eftoit en horreur aux Romains, à caufc
de Tarquinl’orgueilleux, ôc le nom de Didateur,à caufe de Sulla:&des
Gonfaloniers de Florence,à caufe de François Valori. ainfi eft-il duTy,
ran. Or il fe peut faire, que vn mefme Prince foit Monarque feigneu-
rial de quelques fugets, Royal des vns, & Tyran enuers les autres, ou
bien qu’il tyrannife les riches, Ôc nobles, ôc qu’il porte faueurau menu
peuple.& entre les tyrannies,il en y a de plufieurs fortes,& plufieurs de-
grez,de plus, ou moins, tout ainfi qu’il ny a fi bon Prince, qui n’ayt
quelque vice notable: auffi voit on qu’il ne fetrouue point de fî cruel
tyrâ, qui n’ayt quelque vertu,ou qlquechofe de Ioüable. Par ainfi c’eft
chofe de trefmauuais exeple, ôc fort dâgereufe,de faire finiftre iugemet
d’vn Prince,qui n’a biecogneu fes adHons,fescoportemens?&fagemét
balancé fes vices, & vertus,fes exploits heroïques, ÔC mefchancetez
capitales, à la façon des Perfes, qui ne donnoyent point fentence de -
d- dit r & con^emnati°n ? ^ le coupable n eftoit attaint, ôc conuaincu d’auoir "
Différence^ P^us 1 ma^ 4ue bien. C’eft pourquoy nous mettrons en co- »
du Roy au trepoisles deux extremitez, d’vn bon, ôc iufte Roy, contre vn Ty-
tyran ran deteftable : affin que la différence foit mieux remarquee. Quand
ie dy bon Ôc iufte Roy i’entends parler populairement ôc non pas d’vn
Prince accompli de vertus heroïques, ou d’vn parangon de fageffe, de
iuftice,depieté,&fans blafme, ny vice aucun : car fes perfe&ions font
trop rares:mais i’appelle bon, ôc iufte Roy, qui met tous fes eforts de
eftre tel, & qui eft preft d’employer fes biens, fon fang, ôc fà vie, pour
fon peuple : comme vn Roy Codrus, vn Decius, lefquels eftans ad-
uertis, quela vidoiredependoit de leur mort,foudainfacrifîercnt leur
vie : ôc vn Moyfe que Philon appelle fage legiflateur,iufte Roy,& grâd
Prophete, qui pria Dieu, de rayer pluftoft fon nom du liure de vie,que
il ne pardonnait à fon peuple,aymant mieux eftre damné,que fon peu¬
ple ne fuftfauué: qui eftoit bien vn tour de Prince debonnaire ,&dc
vn vray pere du peuple. Or la plus notable différence du Roy , Ôc du
Tyran eft, que le Roy fe conforme aux loix de nature : &letyranles
foulle aux pieds. l’vn entretient la pieté , la iuftice , ôc la foy : fau¬
tre n’a ny Dieu , ny foy , ny loy: Pvn fait tout ce qu’il penfe feruir
LIVRE SECOND. 141au bien public , ôc tuition des fugets : l’autre ne faid riert que pour
fon profit particulier , vengeance, ou plaifir, lvn s’efforce d’enrichir
fes fugets, par touts les moyens dont il fe peut aduifer: l’autre ne ba-
tift fi maifon, que de la ruine d’iceux. Pvn venge les iniures du public,Ôc pardonne les fiennes: l’autre venge cruellemét fes iniures,Ôc pardon¬
ne celles d’autruy.l’vn efpargne l’honneur des femmes pudiques :Tâutfp
triomphe de leur hoteA* vn prend plaifir d’eftre ad uerti en toute liberté,& figement repris quâd il afaillid’autre n’a rien plus à çontrecüëur, que
Phomme graue,libre,, &: vertueux : I’vn s’efforce de maintenir les fugets
en paix, &vnion: l’autre y met toufi ours diuifiôn, pour les ruiner les
vns par les autres, ôc s’engrefler de confifcations, Pvn prend plaifir d’e-
ftreveu quelquesfois, ôc ouy de fes fugets: l’autre fe cache toufiours
d’eux, comme de fes ennemis : Pvn fait eftat de l’amour de fon peuple:
l’autre de la peur: Pvn ne craint iamais que pour fes fugets : l’autre ne re-
doubte rien plus que ceux là:l’vn ne charge les fiens, que le moins qu’il
peut,& pour la neceffité publique:Pautre hume le fang,roge les os,fuc-
ce la mouèlle des fugets:& feulement pour les affoiblir: Pvn cherche les
plusges de bieivpour employer aux charges publiques : l’autre ny em¬
ployé que les larros,& plus mefehans,pour s’en feruir comme d’elpon-
ges:l’vn donne les eftats,& offices,pour obuieraux c6cuffions,&foul-
le du peuple : lautre les vend le plus cher quil peut, pourleur donner
moyen d’affoiblir le peuple par larcins,& puis couper lagorge aux lar-
ros,pour eftre réputé bo iufticienl’vn mefure fes meurs, & faços au pied
des loix : l’autre fait feruir les loix à fes meurs : Pvn eft aymé ôc adoré de
touts fes fugets-.lautre les hait touts, & eft hay de touts. Pvn n’a recours
en guerre qu’à fes fugets-.lautre ne fait guerre qu’à ceux là : Pvn n’a gar¬
de,ny garnifon que des fiens,l’autre que d’eftrangers:Pvn s’efiouift d’vn
repos affeure,& tranquilité haute : l’autre languift en perpetuelle crain¬
te:! vn attend la vie tretheureufe : l’autre ne peut euiter le fupplice eter-
nel:l vn eft honnoré en fi vie,& defiré après fa mort : l’autre eft diffamé
en fa vie,& defehiré après fi mort. II n’eft p^s béfoin de vérifier cecy par
beaucoup d exemples,qui font en veue d’vn chacun. Car nous trouuos
es hiftoires,la tyrannie auoir efté fi deteftable, qu’il n’eftoit pas iufques
aux efcholiers ôc aux femmes, quin’ayentvoulu gaigherleprix d’hon¬
neur,a tueries tyrans. comme fift Ariftote, celuy qu’on appelloit Dia¬
lecticien,qui tua vn tyran de Sycione:&:Thebé fon mari Alexandre,ty-
ran desPhereans.Etdepenferqueletyranfepuiiïeguarentir par force, Boucherie
ceft vn abus : car qui eftoit plus fort que les Empereurs Romains ? ils des tyrans,
auoyent quarante légions ordinaires, Ôc deux ou trois au tour de leurs
perfonnes, ôc toutesfois il ne s’en trouua iamais d affaffinez en fi grand
nombre en Republique quelconque: ôc mefmes les capitaines des gar¬
des bien fouuent les ont tuez: comme Chereat fift à Caligula, ôc lesx iiij
248 DE LA REPVBLIQVEMammelus aux Sultans d’Ægypte. Mais quivoudravoiràl’cdllafin
mifcrable des tyrans,il ne faut lire que la vie de Timoleon, ôcdAratus-
où l’on verrales tyrans arrachez du nid de la tyrannie, puis depouillez
touts nuds, &flaitriz iufques à la mort, enprefencedelaieuneffe, & -
leurs fem m e s, e nfa n s, & a d h e rans , m e u rt ris, &trainezaux cloaques: &
qui plus eft,les ftatues de ceux qui eftoyent morts en la tyrannie, accu-
fecs,&condamnées publiquement, puisexecutecs parles bourreaux,
les os deterrez,& gettez aux egouts:& les couratiers des tyrâs, demem-
brez , ôc t rai nez auec toutes les cruautez defquelles vn peuple forcené
de vengeance fepeut auifenleurs edits lacerez, leurs chafteaux, & bafti-
mens iuperbes rafezdefond en comble: 6c leur mémoire condamncc
d’infamie perpetuelle,par iugemens,& parliures imprimez, pour feruir
d’exemple à touts princes, aftin qu’ils ayent en abhomination tellespc-
ftes,fi dangereufes, &fipernicieufesau genre humain. Il eft bien vray
qu’il y atoufiours eu quelques tyrans, qui n’ont eu faute deflateurshi-
ftoriés à gaiges,mais il eft auenu après leur mort,que leurs hiftoires ont
efté bruflees,&fupprimees,&la vérité mife en lumière,&bien fouuent
auecamplificatiomde forte qu’il ne reftepas vnliurc de la louange dvn
feul tyran, pour grand ôc puiflant qu’il fuft. ce qui fait enrager les ty¬
rans lefquels ordinairement bruflent d’ambition, comme Néron, Do-
mitian, Caligula. Car combien qu’ils ayent mauuaife opinion del’im-
mortalité des ames,fi eft-ce toutesfois pendant qu’ils viuent,ils fouffret
défia l’infamie, qu’ils voyent bien qu’on leur fera après leur mort: de
quoy TibererEmpereur fepleignoit fort : 6c Néron encores plus qui
louhaitoit quand il mouroit, que le ciel, 6c la terre fuft réduit en flam¬
me. Et pour cefte caufe Demetrius l’afliegeiir granfiales Athéniens, &
entreprint la guerre pourleurs droits,& iibertez, affin d’eftre honnoré
parleurs eferipts: fachant bien que la ville d’Athenes, eftoit comme
vne guette de toute la terre, laquelle auffi toft feroit reluire par toutle
monde la gloire de fes fairs,comme vn brandon qui flamboyé fusvne
haute tour : mais aufli toft qu’il fe lafcha aux vices, 6c vilannies, iamais
tyran ne fut mieux Iaué. Et quand bien les tyrans n’auroyent aucun
foin, ny foucy de ce qu’on dira: fi eft-ce neantmoins que leur vie eftla
pluç miferable du monde, d’eftre encrainte, 6c frayeur perpetuelle,
quiles menace fans ceffe,&les poinçonne viuement, voyant leureftat
ôc leur vie toufiours en brâlle. car il eft impoflible que celuy qui craint,
6c hay t fes fugets, 6c eft auffi craint, Ôc hay de touts,la puiffefaire longue,
Et pour peu qu’il foit affaïlli des cftrangers, foudain les fiens luy couret
à fus:fans auoir aucune fiance en leurs amis, aufquels le plus fouuent ils
font trahiftres, & defloyaux-.comme nous lifbns des Empereurs Néron,
Comode,& Caracala, qui tuerent les plus fideles, & loyaux feruiteurs
qu’ils euffent. ôc quelquesfois tout le peuple d’vne mefme furie court a
fus autyræcomeil fift à Phalaris,Heliogabale, Alcete tyrâdesEpii'otcs>Andronic
LIVRE SECOND. 2.0Andronic Empereur de Conftantinople qui fut dépouillé ôc monté
toutnud fus vn afhe, pour rcccuoir toutes les contumelies qu’il eftpof-
iible, au parauant que d’eftre tué : ou bien eux mefmes minutent leur
mort,comme FEmpereur Caracala,qui manda à l’aftrologueMaternus,
qu’il luy efcriuift celuy qui pouuoit eftre Empereur : le deuin luy ref-
pondit que c’eftoit Macrin:auquel de bon heur la lettre s’adrefFa,&: auf¬
fi toft il fift tuer Caracala,pour euiter ce qui luy eftoit préparé, ôc Com¬
mode ayant efchappé le coup de poignard d’vn meurtrier ( qui dift de-
uant que fraper,le fenat t’enuoye cela ) fift vn roolle de ceux qu’il vou-
loit faire mourir,ou fàgarfe eftoit eferite: Ôc le roole eftant tombé entre
mains d’elle,fe hafta de le faire tuer. Toutes les hiftoires anciennes font
pleines de femblables exemples, quimonftrentaffez, que la vie des ty¬
rans eft toufîours affiegee de mil & mil malheurs ineuitables. Le gou-
uernemenc du monarque Royal eft du tout contraire au tyrannie : car
le Roy cft tellement vniauec fes fugets,qu ils employent volontiers leur
bien,leur fang,&: leur vie,pourla tuition,& defenfe de fon eftat, de fon
honneur,& de fà vie: Ôc après fà mort,ne ceffent d’eferire,chanter, & pu¬
blier fes louanges, Ôc les amplifier tant qu’ils peuuent:comme nous vo¬
yons en Xenophon, lepourtraid tiré au vif d’vn grand, & vertueux
prince, foubs la perfonne de Cyrus, où il a bien fort amplifié fes Iouan-
ges:pour donner exemple aux autres Princes, de fe conformer à ceftui-
là:comme de fait il en print àScipionl’Affrican, lequel ayant toufîours
deuât les yeux, & entre lés mains la Cyropædie de Xenophon:il furpaf-
fa en vertu,honneur, ôc proüefTe,touts les Roys,& Princes de fon aage,
&quiauoyent eftéau parauant luy, de forte queles corfàires fàchans
qu’il eftoit en famaifon efloignee des villes,l’enuironnerent,& comme
il fe mettoit en d effenfe de les repouffer, ils getterent les armes bas, l’af-
feurant qu’ils n’eftoyet venus la que pour le voir ôc l’adorer, comme ils
firent.Si la lumiere,& fplendeur de la vertu d’vn tel Prince,a bien atrait, Vertus, he-
Ôc raui les voleurs,ôc corfaires^en admiration,combien doibt elle auoir roïques de
de force és bons fugets? Et qui eft le Prince tant ftupide, qui ne foit faifî Scipion
deioye,oyantdire, queMenandre Roy des Badtrians futfîayme des l’AfFricain.
fiens,pour fa iuftice,& vertu,qu’après fà mort les villes furent en grands
débats,à qui auroit l’honneur de fa fepulturc? &pourles appaifer, il fut
accordé que chacune feroit vne fepulture. Qui eft le Prince fi méchant Louano-e
quinebrufled’enuie, &deialoufielifantle pannegyricderEmpcreur plufque di-
Traian?car Pline,après l’auoir efleuéiufques au ciel,concludainfi, Que uinc jc
le plus grand heur qui peuft auenir à l’empire,eftoit que les dieux,prin- TraiaH((
fent exemple à la vie de Traian. Qui eft le tyran fi cruel, quelque bon¬
ne mine qu’il face, quinedefïreàpleins fouhaits l’honneur que receut
le Roy Agefilaus, alors qu’il fut condamné à l’amende par les Ephores,
pour auoir derobbé lecueur, &gaigné toutfeul l’amour de touts fes
citoyens? Qui cft le Roy qui nefouhaite lefurnom d’Ariftideleiufte?
25o DE LA REPVBLIQVEtiltre le plus diuin, & le plus Royal que iamais Prince fçauroit aqucrir
au lieu que plufieurs fe font appeller conquerans,affiegeurs,foudroyas
Àu contraire quand nous lifons les cruautez horribles de Phalaris, Bu,
firis, Néron, Caligula, qui eft celuy qui nefoicefmeu d’vneiufteindi*
gnation contre eux? Voila les différences les plus remarquables du R0y
& du tyran : qui ne font pas difficiles à cognoiftre entre les deux extre-
mitez d’vn Roy tref-iufte,& d’vn tyran trefmefchant: mais il n eft pasfî
ayfé à iuger,quâd vn Prince tient quelque chofe d’vn bonRoy,&d vn
tyran.Car le téps,les lieux,les perfonn es,les occafios qui feprefentet,co,traigncntfouuentles Princes à faire chofes qui femblet tyraniques aux
vns,& louables aux autres.Nous diros cy après,cobien le gouuerneméc
doit eftre different,pour la différence des peuples. Il fuffift à prefenc l’a-
Dccifio no- uoir touché,affin qu’on ne mefurepas latyrânie à la feuerité,qui efttref
table pour neceffaire à vn Prince-.ou bien aux gardes & fortereflesjou bien à la ma¬
ies obliga- des comandemés impériaux,qui for plus à fouhaiter,que les dou¬
tions du ces prieres des tyrans, qui tirent après foy vne force ineuitable. Ceft
Roy, ^dupourquoy en termes de droit celuy qui s’eft obligéàla priered’vnty-
tyran. ' ran,eft toufiours ^reftitué: ôc s’il s1oblige par commandement dvn bon
t. î.fi-pcr impref-Prince, il ne peut eftre releué. Et ne faut pas appeller tyrannie les meur-
w.?c^i2“oi”nK tres,banniffemens,faifies, ôc autres exécutions, ou exploits d’armes qui
«rSnlS 13' le font au changement d es Republiques ou reftabliffement d’icelles:car
q.s.ïo.andr.incap jj ne çc gfl. jamais &nc fe peut faire autrement, quand le changementmfinuarc. quiclc- r i cl- 1rici rciYoucnt. eft violentxomme on a veu au triumuirat, ôc louuent aux élections de
plufieurs Empereurs auffi ne doibt on pas appeller tyrannie, quand
Cofme de Medicis, après le meurtre commis en la perfonne d’Alexan¬
dre Duc de Florence,baftit des citadelles, s enuironna de gardes eftran-
geres, chargeales fugets 4e tributs, &impofts : car il eftoit neceffairc
d auoir vn tel medecin, à vneRepublique vlceree de tant de feditions,
Ôc rebellions,8c enuers vn peuple effrené, ôc débordé en toute licence,,1 qui fift mille coniurations contre le nouueau Duc, lequcla emporté le
M nom d’vn des plus fages,&vertueux Princes de fon temps. Au contrai-L re,iladuient fouuent,que pour la douceur d’vn Prince, la Républiqueeft ruinée, ôc pour la cruauté d’vn autre, elle eft releuee. Onfçaitaffa
combien la tyrannie de Domitian fut terrible au fenat,à la nobleffe, aux
grands feigneurs, &rgouuerneurs dcl’Empire Romain: & toutcsfois
j TranqHn.inDo- après fa mort,les peuples, ôc prouinces s’en louerent3 bien fort: par ce
La rïo-ueur, qu’il ne fetrouua iamais officiers, ny magiftrats plus entiers que de fon ”
ôc feuerité temps,de crainte Ôc de frayeur qu’ils auoyent.Car la tyrannie peut eftre "
d’vnPrince d’vii Prince enuers vn peuple forcené, pour le tenir en bride, auec vn
eft plus vti- mors fo i;t, & roide : com m e il fe fait au changement d’vn eftat populaire
le que la en m ônarchie:& cela n’eft pas tyrannie, ains au cotraire,Cicero appelle
trop grade tyrannie la licence du populace effrené. Auffi la tyrannie peut eftred’vnbonté? Prince contre les grands feigneurs, comme il aduient toufiours auxchangemefls
LIVRE SECON p. i$tchâgemens violens d’vne Ariftocratie,en monarchie, alors que le nou-
ueau Prince tue,bannir,& confifque les plus grands : ou bien d’vn Prin¬
ce neceffiteux,& pauure, qui nelçait ou prendre argent : bien fouuent
il s’adrefle aux riches, foit à droit, ouàtort. oubienquelePrince veut
afrachi rie menu peuple,de la feruitude des nobles,&riches,pour auoit
par mefme moyen les biens des riches, &lafaueur despauures. Or de
touts les tyrans,il n y en a point de moins dcteftable-, que celuy quis’a-
tacheaux grands,efpargnantle ûng du pauure peuple. Car ceux las’a-
bufent bien fort,qui vontlouant, ôc adorant laboté d’vn Prince doux,
gratieux,courtois,& fimplexar telle {implicite (ans prudence, eft tre£
dangereufe,& pernicieufe en vn Roy,& beaucoup plus à craindre,que
la cruauté d’vn Prince feuere, chagrin, reuefche,auare,& inacceflible.
„ Et femble que nos peres anciens n’ontpasditeeprouerbe fans caufe,de
^ M mefehant homme bon Roy : qui peut fembler eftrange aux aureilles
delicates,& qui n ont pas accouftumé de poizer à la balance, les raifons
:'i de part ôc d’autre.Parla fouffrauce,& niaiîe fimplicité d’vn Prince trop
'I bon,il aduient que les flateursj les couratiers, ôc les plus mefehans em-
i portent les offices,les chargesjes bénéfices,les dons, epuifms les finan-
! ces dVn eftat: ôc par ce moyen, le pauure peuple eft rongé iufques aux
noi os,& cruellement aflerui aux plus grands : de forte que pour vn tyran,il
! en a dix mil.auffi aduient il de cefte bonté par trop grande, vne impuni-
jciî té des mefehans,des meurtriers,des concuffionaires : carie Roy fi bon,
d ôc fi liberal,n’oferoitrefufervnegrace.Brieffoubs vn tel Prince, le bien
I public eft tourné en particulier : ôc toutes les charges tombent fus le
Jn pauure peuple : comme on voit les catarrhes, & fluxions en vn corps
| flouet& maladif,tober toufiours fus les parties les plus foibles. On peut
| vérifier ce que i’ay dit par trop d’exemples,tât des Grecs,que des Latins:
jm mais ic n en chercherai point autre part qu’en ce Royaume, qui a efté le
plus miferable quifut onqucs,foubs le regne deCharle furnoméle fim~
pie, ôc d’vn Charle faitneant. On l’a veu auffi grand, riche, ôc floriflant
en armes,& en loix,fus la fin duRoy François i.lors qu’il deuint chagrin
ôc inacceflible, ôc que perfonne n’ofoit aproçher de luy, pour rien luy
ï'; demander: alors les eftats, offices, ôc bénéfices, neftoyent donnez* que au merite des gens d’honneur : &les dons tellement retranchez,
j „ qu’il fetrouua en Pefpargne quant il mourut, vn million d’or,ôc fept
„ cens mil efeus , ôc le cartier de Mars à receuoir : fans quil fuft rien
f , deu finon bien peu de chofe aux feigneurs des ligues, ÔC à la ban-
I « que de Lyon, qu’on ne vouloit pas payer pour les retenir en debuoin
•» la paix afleureeauec touts les-Princes de la terredes frontières eftendues1 iufques aux portes de Milan : le Royaume plein de grands capitaines,
ôc des plus fçauans hommes du monde. On a veu depuis en douzst/
DE LA REPVBLIQJEans que régna le Roy Henri n. ( la bonté duquel eftoit fi grande qu5j[
n’en fut onques dépareillé en Prince de fon aage J l’eftat prefquet0Uc
changé, car comme il eftoit doux , gratieux , ôedebonaire, aufli nc
pouuoit il rien refufer à perfonne. ainfi les finances du pere en peu
de mois eftant efpuifees, onmift plufque iamais les eftats en vente
ôcles benefices donnez fans refpcd , les magiftrats aux plus offrait:
ik par confequent aux plus indignes, les impofts plus grands quilsnc
furent onques au parauant, ôc neantmoins quand il mourut , Icftat
des finances de Francefetrouua chargé de quarante ôc deux millions:
après auoir perdu le Piedmont , la Sauoyc , l’iflé de Corfc, ôc les fron¬
deres du bas pays, combien que ces pertes là eftoyent petites, eu et
gard à la réputation, ôcà l'honneur. Si la douceur de ce grand Roy,
euft efté accompaignié de feueritc: fa bonté meflee auecla rigueur:
la facilité auec laufterité, onn’euft pas fi aifement tiré de luy tout ce
qu’on vouloit. On me dira, qu’il eft difficile de trouuer ce moyen
entre les hommes, ôc moins encores entre les Princes, quifontleplus
fouuent preffez de paffions violentes, tenans Tvn , ou l’autre extré¬
mité. Il eft bien vray que le moyen de vertu enuironne de plufieurs
vices, comme la ligne droite entre vn million de courbes, eft difficile à
trouuer : fi eft-ce neantmoins, qu’il eft plus expedient au peuple, & i
la conferuation d’vn eftat, d’auoir vn Prince rigoureux Ôc feuere : que
par trop doux, ôc facile, la bonté de l’Empereur Pertinax, ôc laieunefle
enragee d’Heliogabale,auoient réduit l’Empire Romain à vn doigt
près de fa cheute: quand les Empereurs Seuere l’Africain, ôc Alexandre
Seuere Surian, le reftablirent par vne feuerité roide, ôc imperiale aufte-
rité, en (à premiereIplendeur, ôc maiefté, auec vn merueifleux conten¬
tement des peuples, bc des Princes. Ainfi fe peut entendre rancicnPro-
uerbe, que dit, de mefchant homme bon Roy : qui eft bien crud, fi on
le prend à la propriété du mot, quinefignifie pas feulement vn natu¬
rel auftere, ôc rigoureux, ains encores il tire auec foy , le plus haut
point de malice, ôc d’impiete , cc que nos percs appelloyent mau¬
vais rcomme Ion appelloit Charle Roy de Nauarre, le mauuais, l’vn des
plusfeelerez Princes de fon aage: ôc le mot de mefchant fïgnifi oit mai¬
gre^ fin. autrement leprouerbe que i’ay dit,feroit vne confufîon du
iufte Roy,au cruel tyran .Il nc faut donc pas iuger le Prince tyran, pour
'eftre feuere,ou rigoureux : pourueu qu’il ne contreuienne aux loix de
Dieu, ôc de nature. Ce poin& efclarci, voyons s’il eft licite datten-
ter à la perfonne du tyran.S’il
[, LIVRE SECOND. ij5S'IL EST LICITE D'ATTENTER. A LAt|, perfonne du tyran,& Apresfa mort annuller, & cafj'cr\ fes ordonnances.i . • -
|i c h a p. y.A propriété du mot Tyran ignorée en a trompé plufîeurs:quia caufébeaucoup d’inconueniens. Nous auons dit, que letyran eft-celuy, qui de fa propre autorité, fe fait prince fou-uerain,fàns eleâiion, ny droit fucceffif, ny fort,ny iufte guer-! re,ny vocation fpeciale de Dieu.ceft celuy duquel les eferits des anciéstt: s’entendent,&les loix qui veulent,que ceftuy-la foit mis à mort: ôc metmes les Anciens ont ordonné de grands loyers, Ôc recompenfes aux. &PT*mXon?c°4 meurtriers des tyrans : ceft à fçauoir les tiltres de noblcfte, de proüeffe, Cas licitesde cheualerie,les ftatues^ôc tiltres honnorables:brief les biens du tyran, pour tuerieM commeauxvrais libérateurs de la patrie, ou comme difoient les Can- tyran,i diots de la matrie.Eten ce cas ils n'ont fait aucune différence dubon,ôcle, vertueux Prince,au mefchantjôc vilain; car il n’appartient a homme vi-:it: uant d’enuahir la fouueraineté, ôc fe faire maiftre de fes compagnons,iti quelque voile de iuftice, & de vertu quon prétende : ôc qui plus eft enni termes de droit1 celuy eft coupable de mort, qui vfe des marques refer- z.i.facr.affe&. de0 uees à la fouueraineté. Si donc le fuget veut enuahir ôc voler l’eftat à fon cTx^dfgnnam[cl« Roy,par quelque moyen que ce foit: ou en l’eftat populaire,ou Arifto- ord°reiuemr-c-CCI. cratique de compaignon fe faire feigneurùl merite la mort. Ht par ainfiy noftrequeftion, pource regard, n’a point de difficulté. Il eft vray queiJ1 ^es Grecs ont elle en different.contre les Latins, fi en ce cas on doit pre-| uenir par voye défait, la voyede iuftice. car la loy; Valeria, publiée piutdr.mPubü-àlarequftedeP. Valerius Publicola,le veutainfî:pourueu cjue après efllieite^ Thomicide,on aueraft,que celuy qu on auoit occis,auoit afpire à la fou- ^ .j ueraineté, qui auoit bien grande apparence. car dy vouloir procéder' par voye de iuftice, il femblequelefeupluftoft auroitembrazé laRe- .aI0^e C
Oll * Lij ’ n . N i r • - îulticepourpublique, qu on y peuit veniratemps. ôc commentreroit-on venir en rliD iugement, celuy qui auroitla force autour de luy ? qui auroit faifi les tucrvnty
forterefTes ? vaut-il pas mieux preuenir par voye de fait,que voulant
garder la voye de iuftice perdre les loix, ôc l’eftat? Toutesfois6 Solon
Jji fift vne loy contraire, parlaquelle il eft expreflement défendu,dvfer de
la voye de fait, ny tuer celuy, qui fe veut emparer de la fouueraineté, q
premièrement on ne luy ait fait5ôc parfait fon proces:qui femble plus e-
quitable,que la loy valeria:par ce qu’il fe trouuoit plufieurs bons citoy¬
ens, ôc gens de bien, occis par leurs ennemis, foubs couleurde tyran¬
nie , ôc puis il eftoit aifé de faire le proces aux morts. Mais il meyI
154 DE LA REPVBLIQYEDiftindion Semble, pour accorder ces deux loix, Ôc en faire vne refolution, qUc |a
pour accor loy de Soloftdoibt auoir lieu, quand celuy qui eftfufped de tyrannie
der deux n a occupé ny forces, ny forterefles : & la loy Valeria, quand le tyran
loix cotrai- s’eftdeclairé ouuertemen't, ou qu’il s’empare des citadelles, ôc garnj,
rcs^ ifons. Au premier cas, nous crouuons que le dictateur Camil, procédaparvoyede iuftice, contre M. Manlius Torquatus :ôc au fécond cas
Brutus, & Caflius tuerent Cæfar. Car Solon pour y auoir efté par trop
religieux, ne peut empefeher qu’a fon veu, ôc fçeu Pififtratus de fugec
& citoyen ne fe fift maiftre: & les meurtriers qui occirent les tyrants
d’Athenes,ny procederent pas par voye de iuftice. On peut icy former
plufieurs queftions : à fçauoir fi le tyran que i’ay dit, peut eftre tuéiu-
ftement fans forme,ny figure de proces,fi après auoir empieté la fouue¬
raineté par force, ou par finefle, fe fait eflire par les eftats : car il femble
que ceftade folenneldeledion, eft vile vraye ratification la tyrannie
le peuple a pour agréable, iedineantmoins qu’il eft licite de le tuer,&y
preuenir par voye défait, fi ce n’eftoit que le tyran defpouillantfonau-
torité, quittaft les forces, ôc qu’il remift la puiflance entre les mains du
hcLfi&fqSmeffi° PCL1P^e POLir iugement. car on ne7 peut appeller confentemcnt,
earrccr^&vdd CC^UC^eStyrants^ont^a*re au peuple defpouillé de fapuiflance:com-
gio ini. i.quod ' me Sullaqui fe fifteftablir dictateur pour quatre vingts ans parlaloy
^“g^io^ndlTn Valeria , qu’il fift publier ayant vne armee puiflante dedans la. ville
cE^Tvoucnf ^ome 5 Ciceron difoit ° que ce n’eftoit pas loy : ôc en cas pareilo. iaiib.deîegib. Cæfar, quife fift faire Didateurperpetuel par la loy Seruia,& Cofme
de Medicis, lequelayant vne armee dedans Florence, fefift eflire Duc,
Ôc fur la difficulté qu’on y faifoit, il fift faire vnc feopterie deuant le Pa¬
lais, qui hafta bien les feigneurs, ôc Magiftrats de pafTer outre, mais files
fuccefleurs du tyran par long trait de temps,comme de cent ans auoient
tcnula fouueraineté>en ce cas la prefeription defilôgues annees,com-
aus\qCu*dc§quo" mcen coutesaucrcs chofes pourrait feruirde8 titre,quoy qu’on dieque
ùdiana. la fouueraineté ne peut eftre ° preferip te , c’eft adiré en moins de centdc?HrcIurtnd!CS ans. &r mefmemét s’il n’y a eu,ny oppofition,ny proteftation des fugets
au contraireicomme celle du Tribun Aqmla,lequel fuft fi braue,d’oftcr
la couronne qu’on auoit mife fus la ftatue de Cæfar,quelque puiftance
qu’il euft,&: qu’il trouuaft cela fort mauuais, iufques à mettre à la fin de
tous les mandements , ôc grâces qu’il ottroyoit, S’il plaift au Tribun A*
quila. Voyla quant à ce poinddu tyran vertueux, ou méchant quife
fait feigneur fouuerain de (on audorité. Mais la difficulté principale
de noftre queftion gift à fçauoir , Si le Prince fouuerain venu à Teftat
9paris acputco par voye d eledion,ou par fort, ou par droit fucceffif, ou par iufte
infjndieatu.Ybi guerre, ou par vocation ipeciale de Dieu, peut eftre tué, s’il eft cruel,quacrit an hccat O 7 l v l } 7 V J ,occîdcrc regem exadeur, ôc méchant a outrance : car c eft la (lanification qu on don-
îfernHn^i'tuio!r' ne au motTyran. Plufieurs *Dodeurs,&Teologiens, qui ont touche
TkomaVlcuinas celle q ueftion, ont refolu qu’il eft licite de tâ^rle tyran, Ôc fins diftifl'v' aioû,
LIVRE SECOND. i55dion : ôc mefmes lesvns ont mis ces Jeux mots incompatibles^ Roy
tyran, quia efté caufe de ruiner de trefibclles, ôc fleuriflantes Monar- 'chies. Mais afîin de bien decider cefte queftion 3 il cft befbing de di-
ftinguer le Prince abfoluëment fouuerain, de celuy qui nel’eft pas : &:
les fugets, d’auec les eftrangers. Car il y a bien différence de dire que le
tyran peut eftre licitement tué par vn Prince effranger, ou par leRiget.Et tout ainfi qu’il eft trefbeau<Scconuenable.,àqui quecefoit,defendre
par voyede fait les biens 5 l’honneur & la vie de ceux qui font iniufte-
ment affligez, quand la porte d’iniuftice eft clofe ; ainfi que fift Moyfe,
voyant battre & forcer fon frere , ôc qu’ilriy auoit moyen d’en auoir la
raifon : auffi eft-ce chofe tresbelle, ôc magnifique à vn Prince , de pren-
drelcsarmes pour vengertout vn peuple iniuftement opprimé,par la
cruauté d’vn tyran ; comme fift le grand Hercules , qui alloit extermi¬
nant par tout le monde ces monftres de tyrants ; ôc pour ces hatrks
exploits a efté déifié. ainfi fift Dion, Timoleon , Aratus, ôc autres prin¬
ces genereux, qui ont emporté le tdtre de chaftieurs,& corredeurs
de tyrans. Audi ce fut la feule caufe,pour laquelle Tmerlan Prince
des Tartares ,denoncea laguerreà Parazet, Roy des Turcs quilorsaf-
fiegeoit Conftantinople : difant qu’il eftoit venu pourchaftier fa ty¬
rannici deliurer les peuples affligez, ôc de fait il le vaincut en ba¬
taille rangée, en la plaine du. mont Stella, ôc après auoir tué, ôc mis en
routetrois cens mil Turcs, il fift mourir le tyran enchefné en vne ca¬
ge . Et en ce cas, il ne peut chaloir que le Prince vertueux, procede
contre vn tyran par force, ou par fineflfe, ou par voye de iuftice :vray
eft que fi le Prince vertueux a pris le tyran, il aura plus d’honneur l
luy faire fon proces, ôc le chaftier comme vn meurtrier, vn parricide,Vn voleur,[>luftoft que d vfer enuers luy du droid des gens. Mais
quant aux fugets, il faut fçauoirfi le Prince eft abfoluëment fouue-
î rain , ou bien s’il n’eft pas fouuerain. car s’il rieft pas abfoluëment
j fouuerain, il eft neceflaire que la fouueraineté foit au peuple, ou bien
s aux feigneurs: En ce cas iln y a doubte, qu’il ne foit licite de proce-
. der contre le tyran, par voye de iuftice, fî on peut fe preualoin con-
’ tre luy : ou bien par voye de fait, ôc force ouuerte , fi autrement onI n en peut auoir la raifon, comme.le Sénat fift enuers Néron, au pre-
mier cas, ôc enuers Maximin en 1 autre cas. d’autant que les Empereurs
Romains, n eftoyenc rien autre chofe, que Princes de la Republique:
cc^a ^re 1 premiers, ôc chefs, demeurant la fouueraineté au peuple
J; ôc au Sénat : comme i’ay monftre cy dcfTus.quc cefte République là F^oiib.prio»-• I 5 appcll°it: Principauté, quoy quç die* Scneque parlant en la perfonue *.in üb.deira*
j de Néron fon difciple, le fuis, dit-il, feul entre touts Jes hommes vi-
uants,efleu ôc choifi pour eftre lieutenant de Dieu en terre : ie fuis
^ arbitre de la vie, ôc de la mort: ie fuis tout puiflantpourdifpofei* à\ : ‘ y ’i
zS6 DE LA REPVBLIQVEmon plaifir, de l’eftat, & qualité d’vn chacun. vray eft que de fait i)
vfurpa bien cefte puiffance, mais de droit, Peftat n’eftoit qu’yne prin*
cipauté, ou le peuple eftoit fouuerain. comme eft auffi celle des Ve,
nitiés, qui ont condamné à mort leur Duc Falier, & fait mourir plu.
fleurs autres, fans forme, ny figure de proces : d’autant que Venizc
eft vne principauté ariftocratiquc, ou le Duc n’eft rien que le premier:
ôclafouueraineté demeure aux eftats des gentils-hommes Vénitiens.
Et en cas pareil, l’empire d’Almaigne,qui n’eft auffi qu’vne principauté
ariftocratique,ou l’Empereur eft chef, ôc premienla puiffance, ôc maie¬
fté de l’empire, appartient aux eftats : qui debouterent l’Empereur A*
dolphe l’an m.ccxcvi.& depuis encores VvenceflanJ’anM.c c c c,
par forme de iuftice,comme ayatiurifdi&ion ôc puiffance fur eux. Au¬
tant pouuons nous dire de l’eftat des Lacedemoniens,qui eftoit vne pu¬
re ariftocratie., ou il y auoit deux Roys, qui n’auoient aucune puiffance
fouueraine, ôc n’eftoient rien que capitaines. Et pour cefte caufe, ilfe
trouue que pour les fiutes pareuxcommifes,ilsontefté condamnez à
l’amende,comme Agefilausiou à la mort, comme Agis,ôc Paufanias,ce
quiaeftéauffifaitdenoftre aage aux Roys de Dannemarc,ôc deSue-
de:dont les vns ont efté bannis, les autres font morts prifonniers,les au¬
tres y font encores.par ce que la noble/fe pretend qu’ils ne font rien que
Princes, ôc qu’ils ne font pas fouuerains, comme ncusauons monftré:
auffi font-ils fugets aux eftats, qui ont droit d’cle&ion. Et tels eftoient
anciennement les Roys de Gaule, que Cæfarpour cefte caufe appelle
fouuent Regulos, c’eft à dire petits Roys, eftants fugets, Ôc iufticiables
des feigneurs,qui auoient toute fouucraineté : ôc lesfaifoient executer à
mort, s’ils l’auoient mérité, c’eft pourquoy difoit Ambiorix Capitaine
général,qu’ils appelloient Roy des Liegois.Nos mandemens,dit-il/ont
4 tels, que le peuple n’a pas moins de puiffance fur moy,que moy furie
peuple, ou il monftrc euidemment qu’il n’eftoit pas fouuerain. com¬
bien quileft impoflible que fa puiffance futefgale auec celle du peu¬
ple-.comme nous auons monftré au chapitre de la Souueraineté. Mais
fi le Prince eft abfoluement fouuerain : comme font les vrays Monar¬
ques de France, d’Efpaigne, d’Angleterre, d’Efcoffc, d’Æthiopie,de
Turquie, de Pcrfe, de Mofchouie: defquels la puiffance n’eft point
reuoquee en doubte,ny la fouueraineté mefpartie auec les fugets : encc
cas il n’appartient à pas vn des fugets en particulier, ny à touts en gé¬
néral, d’attenter à l’honneur,ny à la vie du Monarque,foit par voye
défait, foit par voye de iuftice: ores qu’il euft commis toutes les me-
chancetez, impietez, ôc cruautez qu’on pourroit dire. car quant a la
voye de iuftice , le fuget n’a point de iurifdi&ion fur fon Prince,du¬
quel depend toute puiffance, ôc autliorité, de commander, ôc qui peutnon feulement reuoquer tout le pouuoir d© fes Magiftrats: ains auffi cnla
LIVRE SECOND. t57la prefence duquel cefle toute la puiflance, Ôc iurifdiclion de touts les
Magiftrats, corps, ôc collèges, eftats, ôc communautés: comme nous
zauons dit,3 & dirons encores plus amplement en fon lieu. Et s’il n’eft Auctande la
licite au fuget de faire iugement de fon prince, au vaffal de fon feigneur, tZc^urcfi
au feruiteur de fon maiftre : Brief s’il n’eft licite de procéder contre fon &S
Roy, par voye de iuftice, comment feroit-il d’y procéder par voyc de ^sauxaucrcs'
fait, car il n’eft pas icy queftion de fçauoir qui eft le plus fort,mais feule¬
ment s’il eft licite de droit : & h le fuget a puiflance de condamner fon
Prince fouuerain. Ornon feulement le fuget eft coulpabledelezç ma¬
iefté au premier chef, ° quia tué le Prince louuetain, ains auffi quiaat-
tenté,qui a donné4 confeil, qui la voulu,qui la 1 penfé.& la loy a 1 Iul.maicft.
trouué cela fi enorme, que celuy qui eft prcuenu,attaint,conuaincu, liot
fans auoir foufert condamnation, s’il decede, fon eftat n’eft point di- ?in,1‘/ ^ t . r ■ r -r t , , t aicamrapere.demmuepour quelquecnme que ce loit,tuile lecrimede leze maiefté, facrofan&.C.
hormis le premier chef de la maiefté, qui ne fe peut iamais purger par manaris s.
la mort,de celuy qui en eft accufé, ôc mefmes celuy qui n’en fut onques Eur.‘dca<ai°'
preuenu,la loy le7 tient en cc cas comme s’il eftoit ia condamné. Et cô- IaLbien que la mauuaife penfee ne merite point de peine,fi eft-ce que celuy
qui a penfé d’attenter à la vie de fon Prince fouuerain,eft iugé.coulpable
de8 mort, quelque repentence qu’il en aiteu. Ôc défait, il fetrouua vn dd. înd.i.fîqaî»
gentilhomme de Normandie„lequel fe confeflaivnCordelier, qu’il ^uogi^o-0’
auoit voulu tuerie Roy François i. ferepentantde cemauuais vouloir. nis-dcrxuisÆ
le Cordelier luy donna abfolution : ôc neantmoins depuis il en aduer-
tit leRoy,quirenuoya le gentilhomme au Parlement de Paris,pour
luyfiirefonprocesrouilfutcondamné imort pararreft,& depuis e-
xecuté. on ne peut dire que la Court y procéda par crainte, veu que
bien fouuent elle rcfufoitdc vérifier les edits, & lettres patentes, quel¬
que mandement que fift leRoy. Et combien qu’il fetrouua vn hom¬
me infenfé,& du tout furieux, nommé Caboche, à Paris, qui tira I’efpee
contrele Roy Henri ii. fins aucun efFed,ny effort, neantmoins il fut
condamné à mourir, fins auoir égard à. fi frcnaifîe, que la loy 9 exeufe, 9 unicitas.de op.
quelque meurtre, ou mechanceté que face le furieux. Et afin qu’on ne
die point que les hommes ontfiit ces loix,& donné ces arrefts : nous li- torciuetur'
fons en la faindte eferiture, queNabuchodonoforRoy d’Aflyrie, gafta
le pays de la Paleftine,affiegeala ville de Hierufalem, la forcea, pilla.rafa
maifons ôc murailles,brufla le Temple,ôc fouilla le finduaire de Dieu,
tuale Roy,& la plufpart du peuple,emmenant le furplus efclaue en
Babÿlo.ne:& là fift faire vne ftatued or reprefentantfon image,&com¬
mandement a touts, fins exception , de l’adorer, fus peine 1 d’eftre i.Danielis.caP*.
bruflez touts vifs: ôc fift getter en la fournaife ardente ceux qui refufe-
rent 1 adorer : ôc neantmoins le Prophete 1 addreflant vne lettre aux i.Barachias.cap.i.
Iuifs, qui eftoyent en Babylone, leur eferit qu’ils prient Dieu qu’il doiv
ne bonne, &heureufe vieàNabuchodonofor, &àfesenfins, & qu’ilsy iij
ï58 DE Là repvblîqvepuiflentregnerautantquele Ciel durera. Auffi Dieu appelleNabu*
chodonofor3 fon feruiceur, promettant qu'il le fera grand feigneur y
fe*cch«i.2>. eut-il iamais tyran plus dcteftable que ceftuy-là, de ne fe contenter pas
d’eftre adoré, ains encores faire adorer fon image , & fus peine d’eftre
bruflé tout vif? Et neantmoins nous voyons leProphete Ezechiel irrité
contre Sedecbie Roy de Hierufalem, detefter bien fort fa perfidie, dé¬
loyauté ôc rebellion contre fon Roy Nabuchodonofor, Ôc qu’il ne me-
ritoit rien moins que la mort.Encores auons nous vn exemple plus rare
de Saul,lequel eftantforcené du maling efprit,fift tuer touts lespreftres
de Dieu fans caufe quelconque, & s’efforcea par touts moyens de tuer
ou faire tuer Dauid : ôc neantmoins Dauid l’ayant en fa puiflance par
4/&mueUcap' deuxfois,IaDieuneplaife,dit-il,quei’atente4àIaperfonnede celuy
que Dieu à facré:& empefcha qu’on luy fift aucun mal. ôc combien que
Saul fuft tué en guerre, fi eft-ce que Dauid fift mourir celuy qui luy en
apporta la tefte,difant, Va méchant, as tu bien ofé mettre tes mains im¬
pures (us celuy que Dieu auoit facré?tu en mourras.Ce point eft fort co-
fiderable : car Dauid eftoit iniuftement pourfuiuy à mort par Saul, &
n’auoit pas faute de puiflance, comme il monftra bien aux ennemis,
d’auantage il eftoit efleu de Dieu ,ôc fàcré par les mains de Samuel, pour
eftre Roy du peuple auoit efpoufé la fille du Roy : ôc neantmoins il
eutenhorreurdeprendrequalitédeRoy, & encores plus d’atenteràla
vie,ny à l’honneur de Saul,ny fe rebeller contre luy, ains il ayma mieux
i.iofeph.defedis febannirfoy-mefmes hors du Royaume. Auffi lifons1 nous,que les
ludaror. fainds perfonnages qui furent iamais entre les Hebrieux,qu’onap*3 irerb# pclloit^ Eflæi,c’eft à dire les vrays executeurs de laloy de Dieu,tenoient
que les Princes fouuerains, quels qu’ils foyent doibuent eftre inuiola-
bles aux fugets, comme facrez, ôc enuoyez de Dieu. On ne doubtc pas
7.Samuci.i.cap. aufJ] qUe Dauid Roy ôc Prophete n’euft7 l’efprit de Dieu, fi iamais ho-
s.kxodin.zs. me l’auoit eu rayant deuant fes yeux laloy8 de Dieu qui dit, Tu ne me-
diraspointdetonPrince, &ne detraderas point des Magiftrats. Iliiya
TimoTki.’^&ad r*en P^L1S fréquent en toute5 l’efcriture fàinde : que la defenfe, non pas
Roman. i4.i. feulement de tuer,ny atenter à la vie,ou à l’honneur du Princerains auffi
des Magiftrats^oresjditl’efcriture, quils foy ent mechans. Si doneques
celuy eft coulpable de leze maiefté diuine ôc humaine, qui detra&e
feulement des Magiftrats, qu’elle peine peut fùfire à celuy qui attente
à leur vie ? car la loy de Dieu eft encores plus precife en ce cas, que nei.i.i.a^i.iui.ma- font les loix humaines : d'autant que la loy1 Tulia tient pour coulpable
de leze maiefté, qui aura donné confeil de tuer le Magiftrat,ou com-
miflaire qui a puiflance de commander : ôc la loy de Dieu defend
de detrader aucunement du Magiftrat. De refpondre aux obie-
dions^ôc arguments friuoles de ceux qui tiennent le contraire, cefe-
roit temps perdu : mais tout ainfi que celuy qui doubtc s’il y a vn
Dieu,merite qu’ô luy face fentir la peine des loix,fans vfer d’arguments;auffi
LIVRE SECOND.aufïî font ceux la qui ont reuoqué en doubte vne chofe fi claire* voi¬
re publié par liuresimprimez,quelesfugets peuuent iuftement pren¬
dre les armes contre leur Prince tyran, &‘le faire mourir, en quelque
forte que ce foit:cobien que les plus apparens ôc fçauans ‘Theologiens i.Martin Lüàtt,
tiennent qu’il lied: iamais licite, non pas feulement de tuer, ains de fè re- nra ÎX*
beller contre fon Prince fouuerain : fi ce n’eft qu’il y euft mandement tionÈ'
fpecial de Dieu,& indubitable.-commenousauonsde5 lehu,lequel fat *. 4.&egu,tap.*
efleu de Dieu, ôc facré Roy par le Prophete, auec mandement exprès de &I0’
faire mourir la race d’Achab. Il eftoit fuget, Ôc n’atenta iamais cotre fon
Prince pour toutes les cruaute2,exa£H0s,&meurtres des Prophetes que
le Roy Achab,&Ie(àbelauoientfàit: iufqucs à ce qu’il eut mandement
exprès de la voix de Dieu par la bouche du Prophete. ôc défait Dieu luy
affifta tellement, qu’auec petite compaignie, il fift mourir deux Roys,Ôc quarante ôc deux Princes du fang, ôc tous les Preftres idolâtres, après
auoir fait manger aux chiens la Royne Iefabel. Mais il ne faut pas para-
gonner ce mandement fpecial de Dieu,aux coniurations, Ôc rebellions
des fugets mutins contre le Prince fouuerain. 4Nous lifons que les Prin- 4.SeIcidarL
ces Proteftans d’Almaigne, deuant que prendre les armes contre l’Em-
pereur,demandèrent à Martin Luthers’il eftoit licite, il refpondit fran¬
chement qu’il n’eftoit pas licite,quelque tyrânie,ou impieté quon pre-
tendift.il ne fut pas creu : auffi la fin en fut miferable, ôc tira la ruine des
plus illuftres maifons d’AImaigne:<pw nulla iufla caufa videri poteft, com¬
me difoit Ciceron,aduerjus patriam arma capiendi.Yx toutesfois il eft bien
certain qla fouueraineté de pEtnpire ne gift pas en la perfonne de Em¬
pereur,come nous dirôsenfonlieu: mais eftât chef,onnepouuoitpré-
dre les armes que du confentemet des Eftats,ou de laplus grade partie,
cobien donc eft il moins licite cotre le Prince fou uerain?Ie ne puis vfer
de meilleur exeple que du fils enuers le pere. laloy de Dieu dit, que ce¬
luy qui aura mefdit du pere ou de la mere,foit mis à mort.Et fi le pere eft
meurtrier, voleur ^ trahiftre à la patrie, inceftueux, parricide, blafphe-
meur„atheifte, qu’on y adioufte ce qu on voudra, ie confeffeque tous
les fuplices ne fufiront pas pour le punir : mais ie dy que ce n’eft pas au
fils a y riiettrelamain. quia nulla tanta impietas nullum tantumfcelus efty
quodft parricidio vindicandum, comme difoit vn ancien orateur. &tou-
tesfois Ciceron ayant mis cefte queftion en auant,dit que l’amour delà
patrie eft encores plus grand. ie dy donc que iamais le fuget n’eft rece-
uable, de rien attenter contre fon Prince fouuerain * pour mefehant, &
cruel tyran qu’il foit. il eft bié licite de ne luy obeïr pas en chofe qui foie
contre la loy de Dieu,ou de nature* s’en fuir, fe cacher, parer les coups,
foufiirlamortpluftoft que d’atenteràfiiviejny à fon honneur. O qu’il
y auroit de tyrans, s’il eftoit licite aux fugets de les tuer, celuy qui tire
trop de fubfidesferoit tyran:come le vulgaire l’entend : celuy qui com¬
mande contre le gré du p cuple feroit tyran, ainfi qu Ariftote le definifty “y%
z6o DE LA REPVBLÎQYEes Politiques: celuy qui auroit gardes pour la feu rcté de favieferoit ty,
ramceluy qui feroit mourir les coniurez contre fon eftat feroit tyran Et
comment Croient les bons princes afleurez de leur vie? Non pas queie
vueillefouftenir qu’il ne foit licite aux autres Princes de pourfuiurepar
force,ôc par armes les tyrans,comme i’ay dit: mais ce n eft pas au fuget
cobien que ie ferois pluftoft de l’aduis de Diogene le Cynique, leque{
ayat vn iour rencotré Denys le Ieune, lors qu’il eftoit en Corinthe ban-
ny de fa tyrannie 3 ioüant parles rues auec les bouffons, ôc tneneftriers
ôc difeourât de leurs ieux du meilleur fens qu’il euft,luy diftjTu.es bien
maintenant en eftat indigne de toy . le t’en fçay bon gré, dift alors De,
nis, d’auoircompaffion de moy. Et penfes tu,dift Diogene, que ie die
cela par compafîion de toy ? ains pluftoft en defpit de ta vie, de voir va
efclaue tel que toy, digne de vieillir , ôc mourir au malheureux eftat de
tyrannie comme ton pere,fe iouer ainfi en feu rcté, ôc palier fon temps
entre nous.Pourroit- on auoir de plus cruels bourreaux que la frayeur^
la crainte? ie dy frayeur, ôc crainte perpetuelle de perdre Ci vie, fes bies,
fon eftat,ôc tous Tes parens,&amis ? les tyrans en font là toufiours auec
vntremblementcontinuel,&mil foubçons,enuies,rapports,ialouzics,
appétits de vengeance, ôc autres paffions qui tyrannizent plus cruelle¬
ment le tyran,qu’il ne fçauroit faire fes efclaues, auec tous les tourments
qu’il pourroit imaginer. Et quel malheur plus grand pourroit aduenirà
l’homme, que celuy qui prefle, ôc force le tyran de rendre fes fugetsbe-
ftes ôc ftupides, de leur trancher tous les chemins de vertu, ôc des feien-
ces honefteSjpourn’cftrcfugetà mil efpions Ôc couratiers,pour fçauoir
tout ce quon fait, ce qu’on dit, ce qu’on penfe ? ôc au lieu de joindre, &
vnir les fiens en bone amitié , femer entr’eux cent mil querelles Ôc dit
fenfions,afin qu’ils foient toufiours en défiance les vns desautres?Etqui
w doubte que le tyran lâguiflànt en tel martyre, ne foit plus affligé ôc tor-
mente, que s’il mouroit mil fois ? la mort, difoit Theophrafte, eft la fin
des miferes,ôc le repos des malheureux,difoit Cefar: l*vn,& l’autre par¬
lant, comme s’il n’y euft point eu de peine eftablieaux mefehans après
cefte vie. Et par ainfi celuy qui defire que le tyran foit tué, pour foufrir
la peine de fes merites,il demande fon bien,ôc fon repos. Combien que
laplufpart des tyransont ordinairement près de leurs perfonnesdes ef-
ponges,ôc mignons,fus lefquels ils fe dechargent^afin que le peuple en¬
trant en fureur, s’attache à eux: comme Tibere auoit Seian, Néron Ti-
gillin, Denys le ieune,Phylifte, ôc Henry Roy de Suede, Georges Pref-
chon,quifurentdonnez en proye à la furie du peuple, ôepar cemoyen
les tyrans bien fouuent l’ont efchappé belle. Mais fi on commençoita
laperfonne du tyran,fes couratiers,ôcles plus proches de fes parens, iuf-
ques aux femmes ôc filles, eftoiét tuees.xe qu’on faifoit, non feulement
en toute la Grece, ains aufïî en Sicile, corne après la mort de Hierofo
le tyran/es feurs ôc confines furent cruellement démembrees par lara-gc
LIVRE SECOND.gc du peuple. Puis tous les domeftiques du tyran ordinairement, tou¬
tes fes ftatues,voire bien fouuent tous fes edits caffez,ores qu’ils fufient
louables,ôcneceflaires : afin qu’il ne reftaft rie de la memoire du tyran,
vray eft que bien fouuent on retcnoitlesboiihes ordonnances. C’eft
pourquoy difoit;Ciceron,qu’il n’y a rien plus vulgaire, que d’aprouuer j.iib.i4.*d Atticû,
lesades du tyran,Ôc mettre au ciel les meurtriers qui l’ont tue. Cobien &llb l6‘
qu’en vn6 autre lieu, il dit que la difficulté n’eft pas refolue, à feauoir s’il 6 ^Ji i>i i rf" r -1 i 1 » ad Atticu.magnufaut que l’homme de bien aflifte au confeil du tyran,pour chofe qui foit tov çroAitixû
bonne ôc profitable.Et toutesfois cefte queftion dépent de l’autre.car fi T^TOV
onfaitconfcicnce d’affifter au confeil du tyran, pour chofe bonne qu’il veniendumne Gc
face,de crainte quon a en ce faifantd’approuuer fa tyranie, pourquoy nlfi^ïquadeu
approuueroit-on les bonnes loix Ôc ordonnances qu’il a faites ? car c’eft ^cdclii>eram'
auffi bien ratifier fa tyrannie,ôc donner exemple aux autres,comme de
confeiller chofes bonnes, ôc louables au tyran : fi ce n’eftoit qu’on vou-
luft dire,que la tyranie, qui eft en fa force ôc vigueur, eftappuyee ôc au-
torifee du confeil des gens de bien, foubs couuerture d’vn a£te bon, ôc.
loüable:& celuy qui eft mort, ne peut reffufeiter pour la ratification de
fes a£tes:qu’il faut bien fouuent entretenir, par neceffité forcec, ou rui¬
ner du tout la Republique.En quoy le Capitaine Thrafibule,après auoir
donné lachafTeaux trente tyrans d’Athenes,ôc Aratus ayant défait le ty¬
ran de Sicyone, ôc à leur exéplc Ciceron, après la mort de Cefar Di&a-
&eur,publierét les loix d’oubliance,pour eftaindre les appétits de ven¬
geance, ratifianspourlaplufpartlesa&es des tyrans, qu’on ne pouuoit
cafTer,fansruinerdetoutpoin<£tla Republiquc.Et par ainfi quand nous
lifons que les adtes, edits ôc ordonnances de Néron ôc Domitian furent
abolies parle Sénat, celas’entend des chofes iniuftes ôc iniques .autre¬
ment,l’euerfion de l’Empire s’en fuft bien toft enfuiuic: veu les fain£tes wCt?aUdamnd?
loix ôc ordonnances, ôc lesadtions loüables de Néron, les cinq premie, s*”®1- ^ Lprohid'
rcsannees qu’il fut Empereur, parl’eftat defquellesTraian iugea qu’il vUafoi^Kcoi!
n auoit point eu fon pareil. C’eft pourquoy les Iurifconfultes, ôc Do- ic.confii.Tyj^
&eurs,ont7 tenu que le fuccefleur du tyran eft obligé aux faits ôc pro- ciaSs^diorigi-
meffes légitimés du tyran. Ainfi fiftl’Empereur8 Conftantin le Grand, ”ct^in^aurff
lequel par edit exprès cafTales aôtes de Licinius, qui ettoient contraires cip.q.64. Félin, in
au droit comun, ôc ratifia le furplus. le 9 femblable fut fait par Theodo- d^conftfmt. An-'‘
fe le ieune, ôc Arcadius Empereurs, après la route du tyran Maximus. BaW^nTdcccrdl
Quje tyrannusyinquit3contra ius nfcripfit, non njalereprœcipimusjegitimis eius ““î^dTfoï'*
referihtis minime impurnandis. Et combien que par vengeance du tyran barbarius.de offic.\A • J • t* r? r ■ f. 1 'pwc.Bald.inl.di-Maximus, ces deux îeunes Empereurs euflentraitvn edit général, par gnavox.deiegrb.
lequel ils oftoient tous les biensfaits, eftats, dons, ôc offices, qu’il auoit dislist^W-
otroyez,Ôc mefmes ils caffoient tous les arrefts ôciugemés parluy don- ™nfnis-C-Tbe°-
nez: toutesfois depuis en1 declarant leur edit,ils ratifierét,ôc confirme- 9. I.ï. eodem. C,
rent tous ces adtes, ôc commiffions obtenues, fans dol, ôc fans fraude. eod.c.Thcodj.
Ces derniers mots, fans dol, ôc fans fraude, font adiouftez contre les
*. Afiiâui iecif.
Ncapol.i4^.&
i/o.Utifs.De LA REPVBLI QJV Ecouratiers,agens,& entremetteurs des tyrans,contre lefquels principa¬
lement on fe doit attacher, afin qu’il riy ait perfonne qui prenne exetn
pie de baftir fa maifon, delà ruine des autres, pendat que la tyrannieeft
en la force: ou les troubles de la guerre ciuile diuifent laRepubliqUç
comme il aduint en l’eftat de Milan,pendât que les Venitiens,les Fran¬
çois,les Suifles, les Efpaignols, les S forces ioüoyent a boutchors. entre
autresIafon Iurifconfulte, obtint don des biens du feigneur Triuulce
qui tenoit pour la maifon de France : mais les François eftans de retour
lafon fut bien battu de fes loix,&: decifions par Triuulce côbien qu’en
tel cas, il riy va pas tant des loix, & decifions reiglces, que d’vne équité
naturelle, quigiften l’arbitrage de ceux qui fçauent manier les affaires
d’eftat, & balancer fagement le profit particulier, au contrepoix du pu¬
blic, felo la variété des temps,des lieux & des perfonnes:en forte toutes¬
fois,que le public foit toufiours plus fort, & preferéau particulier: fi IVquité,& la raifon n y refifteformellement. comme s’il appert que les re¬
ceueurs ayent efté fommez,& puis contraints de payer aux ennemis,ou
au tyran,ceft bié la raifon qui leur foit alloüé: ainfi qu'il fut iugé par'ar-
reft du parlemét de Naples, pour ceux qui auoient payé aux receueurs
du Roy Charle y 111. après le retour des Efpaignols:on vouloitcotràin
dre les receueurs à pay er deuxfois.la raifon naturelle l’emporta p ar def-
fus le profit public.mais fi les receueurs fans aucune fommation, ny co-
traintc,ou bien par quelques pourfuites affedees^’eftoient ingerezdc
payerau tyran,ou bien aux ennemis, ils pourroient iuftemét eftre con¬
traints^ non feulement de payer derechef, ains auffi feroient coupables
de leze maj efté. Par ainfi pour conclure cefte queftion,qu’il ne faut pas
que les bonnes ordonances, &a6tesloiiabIes du tyran occis foienteaf-
fez . Et en cela les Princes s’abufent bien fort, qui caffent tous les a&es
des tyrans predeceffeurs, Ôc mefmes qui donnent loyers à ceux qui ont
tué les tyrans, pour leur faire planche à la fouueraineté : car ils ne feront
iamais affeurez de leur vie,s’ils rien font punition: côme fift trelFagemét
l’Empereur Seuerus,qui fift mourir tous ceux qui auoient eu part au
meurtre de FEmpereurPertinax:ce qui fut caufe,dit Herodian,qiulny
eut perfonne qui ofeftattenter à fa vie. ôc Vitellius Empereur fift mou¬
rir tous les meurtriers ôc coiurez contre Galba, qui auoient prefenté re-
queftes fignees de leur main à FEmpereurOthon pourauoirloyerdc
leur déloyauté, & Théophile Empereur de Coftantinôple, fift appeller
tousCeux qui auoient fait fon pere Empereur, après auoir occis Léon
Arménien jpour les recompenfer d vn fi grand bien fait : lesquels eftans
venus auec plufieurs qui riy auoient point efté, furent executez à mort:
&quipluseft,FEmpereurDomitian fift mou rir Epaphrodite, fecrctai-
re d’eftat, pour auoir aydéà Néron à fe tuer, qui Fen requeroit trefin-
ftâment. Ainfi fift Dàuid aux meurtriers de Saül,&: de fon fils, quipcn-
foient en receuoir grand loyer.Et mefmes Alexadrc le Grand fift mou-1
5 LIVRE SECOND. 2^3t| rir cruellemét le meurtrier de Darius, ayat en horreur le fuget qui auoit
I ofé mettre la main fus fon Roy,ores qu’il fuftdroid ennemy de guer¬
re d’Alexandre. Et mefemble quelachofe quiplusaconferiié les Roys
deFrance, Ôc leurs perfonnes inuiolablcs,cft qu’ils n’ont point vfé de
cruautez enuersceux qui leur attouchoient de fang, quoy qu’ils fiifTcntI atteints,conuainciis,dccLirez5Yoire codamnez comme ennemis de leur
j, prince, ôccoulpables delezemajefté: comme Iean 1 i.Ducd’Alençon,
;]J ores qu’il fuft condamné comme tel, par forme legitime, ôc l’arreft demort a luy prononcé par le Chancelier, toutesfois le Roy Charle v i. neJ voulut pas qu’on l’cxecutaft. Plufieurs ont blafmé cefte douceur,corn-j me pernicieufe : mais ils ne voyent pas, que celuy qui met vn Prince de
fon fang entre les mains des bourreaux., ou qui le fait aflàfTiner, forge leii( couftcau cotre foimefme. caron a veu les Empereurs deConftantino-^ plc,anciens&nouueaux,&plufieursRoys d’Efpaigne ôc d’Angleter¬
re, qui ont voulu foüiller leurs mains dufang des Princes/oufrir en leurs111 personnes ce qu’ils auoient fiit aux autres.on a veu en la maifon de Ca-P ftille vn Prince tuer fix de fes freres : ôc en moins de trente fix ans quatreC[ vingts Princes dufang d’Angleterre, commenous liions en Philippe dek0i Commines,cruellement tuez,ouexecutez par les mains des bourreaux.II Or la plus grade feureté d’vn Prince fouuerain eft, qu’il faut qu’o croye
n; qu’il eft faind,& inuiolable . le fçay bien qu’on a blaftiiéCeleucus,dc
,® n auoir fait mourir Demetrius l’ailiegeur des plus vaillans Princes qui
® fut onques,Payât retenu prifonnier: ôc Hue Capet,d’auoir gardé en pri-
ifi fon le dernier Prince du fang.de Charlemaigne, ôc Henri premier Roy
1: d’Angleterre, d auoir tenu iufques à la mort en prifon fon frere aifné
cl Robert:commeaufïi Chriftierne pere de Federic Roy de Dannemarc
3ï d’auoirgardé vingteinq ans prifonnier fon oncle Roy de Dannemarc,
(ji; qui mourut en prifon:ôcIean Roy de Suede,qui tiet depuis neufans fon
:(ti; frere aifné Henri prifonnier : ôc la Royne d’Angleterre fà coufine,qui a
ijîi toufiours pretendu que les deux Royaumes luy appartiennent : mais ils
pi ont efté, & font par ce moyen plus reuerez de leurs fugets , que s’il
|Uf 1 auoient fait mourir. On me dir^t que la garde de tels Princes eft péril-Il lcufe:Iele confefïè,& fut la feule raifon qui meut le Pape de dôner con-
I feil a Charle deFrance, de faire mourir Conradin fils de ManfroyRoy
)jü ^e Naples. Ôc toutesfois il fe trouua aflez d’heritiers d’Aragon, qui ne
r;: laiflcret pas de chaffer ceux de la maifon d’Anjou, ôc recouurer leRoy-
;; aume. ôc ce pendat celuy qui le fift mourir,fut depuis condâné à mort,
s£j ôc iaçoit qu’il en refehappa, fi eft-ce que l’infamie d’vn fuplice detefta-
^ ble commis fans caufe en laperfonne d’vn ieune Prince innocét, eft de-
vj nieureeaceux quilefirbnt executer. Et quand on eut pardonné à IeanDuc de Bourgongne le meurtre commis en la perfonne de Loüys Duc
, d Orléans,chacun difoit qdelorsenauât on auroit bon marché du fang
desPrinceSjCommeil aduint:caroit luy ioiia la pareille,ôc de fang froid.
DE LA REPVBLIQVEDE V EST AT AR1STOCRJTl QV E.C H A P. VI*Aristocratie eft vne forme de République
ou la moindre partie des citoyens commande au fur-
plus en général par puiffance fouueraine, & fur chacun
de tous les citoyés en particulier, en quoy elle eft con¬
traire à leftat populaire,oùlaplufpart des citoyenscô-
mande à la moindre en nom collectif: &: neantmoins
femblable, en ce que ceux la qui ont commandement fouuerain en IV-
ne ôc l’autre République,ont puiffance fur tous en nom particulier,
maisnonpasennomcolledbif, & général. La puiffance du Monarque
eft plus illuftre que les deux autres, d’autât que fon pouuoir s eftend fur
tous en général, & fur chacun en particulier. Et tout ainfi que la Mo-
îtteiencc narchic eft royale,ou feigneuriale,ou tyranique: auffi lariftocratic peut
de Arilto- eftre feigneuriale,legitime,ou fadtieufe, qu’on appelloit anciennement
c™tle a Oligargieic’eft à dire feigneurie de bien petit nombre de feigneurs:co-
Monarc me eftoiétles trente Seigneurs d’Athenes défaits par Thrafybule,qu’on
appelloitles trente tyrans : ou les dix commiffaires députez pour corri¬
ger les couftumes de Rome,qui auoient par fanions,& puis à force ou-
uerteempietéla feigneurie . C’eft pourquoy toufioursles anciens ont
pris le mot d’Oligarchie en mauuaifepart, ôc l’Ariftocratie en bonne
part:c’eft à dire la feigneurie des gens de bien.Mais nous auons monftré
cy deilus,qu’ilnefaut pas auoir égard en matiere d’eftat(pour entendre
qu’elle eft la forme d’vne Republique) fi les Seigneurs font vertueuxou
vitieux,come il eft requis pour fçauoirle gouuernement d’icelle. Auffi
eft il bien difficile, Ôc prefque impoffible, deftablir vne ariftocratie co-
pofeefeulemétde gens de bien. car cela ne fe peut faire par fort, & aulliÎ>eu par eledtion: qui font les deux moyens vfitez, aufquels on adioufte
e troifiefme du chois, & du fort enfemble. Or eft-il qu’il faut auoir des
plus gens de bien,& de vertu,pour faire chois des bons: attendu que les
mefehans n’efliront iamais que leurs femblables : ôc toutesfois les plus
gens de bien ne feront pas fi effrontez, ôc impudens, de fe nommer, &
choifir eux-mefmes pour gens de bien:comme difoit Laétace Firmian,
en fe moquant des fept Sages de Grece : s’ils eftoient fages â leur iuge-
ment,ils n’eftoient pas fages : fi au iugement des autres, encores moins:
puis qu’il ny auoit que fept fagesque tous les autres eftoient fols. Si
onmeditqu’ilfaudroit fuiure la forme des anciens Romains, ôc autres
Latins, aux chois qu’ils faifoientpar ferment folennelde nommer les
plus vaillans, & guerriers, celuy qui eftoit cogneu des plus belliqueux
en nommoitvn femblable à lu y, ôc ceftui-cyvn autre, ôc le troifiefac
par mefme fuite nommoitle quatriefme, iufques à ce que le nobredes
légions fuft remply . mais il fàudroit faire loy, que le nombre des Sei¬
gneurs
LIVRE SECOND. ïif^ gneurs fuft limité. Et qui pourroit eftre garend aü public, que Fvn
des nommez ne choifift pas pluftoft fon pere , fon fils fon frere,fon
parent, fon amy, qu vn homme de bien, Ôc de vertu ? C’eft pour-
quoy il n y a point, ôc n’y eut peut eftre iamais de pures Ariftocra-
' tics , où les plus vértueux euflent la Seigneurie. Car combien queles 1 Pithagoriens ayans attiré à leur cordelle les plus nobles , ôc gc- x‘ Pol^bl1^14
nereux Princes d’Italie , an-temps du Roy Seruius Tullius, euflent
changé quelques Tyrannies, en iuftes Royautez, efpcrans que peu111 à peu ils pourroyent auffi reduire les Oligarchies, ôc Démocraties,^ en Ariftocraties, fi eft-ce toutesfois que les chefs de parties, ôc Tri-
^ buns populaires, craignans eftre defpoüillez de leur puiffance, dreC
)5t ferent de grandes coniurations contr eux , ôc, comme il eftoit aifé
^ aux plus forts de vaincre les plus foibles , les bruilerent en leur diet-
îli te , ôc maftacrerent prcfque touts ceux qui auoyent efchappé le feu.
i Soit donc que les nobles, ou vertueux, ou riches, ou guerriers, ou
nti pauures, ou roturiers, ou vicieux, tiennent la feigneurie : fi c’eft la
c® moindre partie des citoyens, nous l’appellerons du nom d’Arifto-
b cratie. Quand ie dy la moindre partie des citoyens, i’entendsla plus
i grande partie du moindre nombre des citoyens, affemblez en corps
i ôc communauté : comme s’il y a dix mil Citoyens, ôc que cent gentils-
ici hommes feulement ayent part à la fouueraineté , fi foixante font d’vn
lit aduis, ils ordonneront, ôc commanderont abfolumcnt au refté des
g neux mil neuf cens citoyens en corps, qui n ont que voir en l’eftat,
ntt ôc aux autres quarante, qui ont bien part en Peftat, mais ils font en
uft moindre nombre, en outre les foixante que i’ay dit, auront comman-
!cj dement fouuerain fur chacun des dix mil citoyens en particulier corn¬
ai me auffi feront les cent en corps, s’ils font d’accord : ôc en ceux là
I feront les marques de la Maiefté fouuerainc. Il ne faut pas auoir et
if gard au petit, ou plus grand nombre des cytoyens, pourucu qu’ils
g foy ent moins de la moitié, car s’il y a cent mil citoyens, ôc que dix mil* ayent la feigneurie, l’eftat n eft ny plus ny moins Ariftocratique, que
|Ei s'il y auoit dix mil citoyens, ôc que mil feulement tiennent l’eftat i at-
,,, tendu qu’en l’vne, ôc l’autre République la dixiefme partie a la fouue-
!;, raineté. autant pouuons nous dire de la centiefme, oumiliefmepar-
,, tie des citoyens. Et moins il y en a , l’eftat en eft plus affeure , ôcplus durable, comme l’eftat des Pharfaliens a cfté des plus florifTans ^ c^ac ^cs
de la Grece : ôc neantmoins il n’y auoit que xx. Seigneurs, ôc mef- Pharfaliens,
me la Republique de Lacedemone , qui a emporté le prix d’hon-
llJ(i ncur Par deffus toutes-les autres d’Orient, ores quelle fuft trefpeu-
, plee d’hommes, ôc plantureufe, fi eft-ce qu’il n’y auoit que xxx. fei*| gncurs, qui eftoyent efleuz , des plus gens de bien pour demeurer ^ inapephtcg
^ en Fcftat toute leur vie. Les Epidauriens,dit1 Plutarque,nauoyent grzeor.Icii ' Zév
L’ancien c
ftat deMar-
leille.Strabo.4. Liaius lib.|4.L’eftat de
Genes.z66 DE LA REPVBLI QV Eque cent quatre vintgs citoyens, des plus riches, ôc apparens q •* euffent part à la fouueraineté: ôc de ce nombre on prenoit les Con
' feillers d’eftat. L’ancienne Republique de Marfeille en Prouence a"
uoit fix cens 3 hommes des plus riches , qui tenoyentla fcigncurie
ôc qui a efté des plus, voire,au iugement de Ciceron, la mieux0/
donnee qui fut onques en tout le monde, Ôc de ce nombre de fi
cens eftoyent pris les Sénateurs, Ôc quinze .Magiftrats, Ôc des quinze v
en auoit trois Prefidens, qui eftoyent comme les Confuls Romains
Nous pouuons faire mefme iugement des Republiques desThebains
Ôc Rhodiots,après que leurs eftats populaires, furent changez en Ari-
ftocraties , les plus riches s’emparèrent de la feigneurie. Auffi4 voyons
nous queleproconful Qjlaminiusjcftablitles villes d es Theflaliens en
forme d’Ariftocratie,faifant les Sénateurs ôc Ses iuges des plus riches, &
donnant la puiflance fouueraine à ceux quiauoyent plus d’intereft que
leur Republique demeuraft en paix & en repos, eam partem duitatum
fecitpotentiorem, cui falua tranojuillaque omnia magis ejj'e expediebat, dit Tite
Liue. comme il s’eft fait auffi en la Republique de Genes , après qu’elle
fut diftraite de l’obeiflance des François , André Doria du contente¬
ment des habitans, l’an m. d. xxviii. cftablit vne Ariftocratiede
xxvm. familles choifies des nobles, ôc roturieres , de ceux quia¬
uoyent fix maifons dedans Genes , qui furent toutes anoblies, lait
fantàla diferetion de la Seigneurie de choifir par chacun an dix perfon-
nes pour leur vertu, ou pour leur nobleffe y ou bien pour leurs richet
fes. de fes x x v 111. familles il eftablit vn confeil de quatre cens hom¬
mes par chacun an, qui eflifent le Duc, ôc les huidgouuerneurs pour
deux ans continuz, qu’on appelle la feigneurie : qui cognoiflent des af¬
faires d’eftat. &: s’il y a chofe de confequence,on la raporte au Sénat, qui
eft compofé decent hommes efleuz par forme de baloter, comme a
Venize. ôc chacun des huit gouuerneurs, après fon office expiré, de¬
meure pour deux ans procureur delà République, &delorsenauant
demeurer du confeil priué,auec ceux qui font,& ont efté ducs, qui font
procureurs de la Republique tant qu’ils viuent.En outre,il y auoit qua¬
rante capitaines efleuz par chacun an,& cet hommes deputez à chacun
capitaine,qui eft vne légion de quatre mil hommes,pour laforce &de-
fenfe de la ville : ôc auoit cefte légion vn colonncl^ou capitaine en chef,
qu’ils appelloyet le général.Quant au poteftat, il eft toufiours eftrager,
quiadeuxlieutenanseftrangers l’vnpourle criminel, l’autrefifcal: ôc
cinq luges ciuils eftrâgers pour deux ans,quo appelle laRote. Mais il y
a fept luges extraordinaires du pays, pour delayer, ou abreger lespro-
ces. O utre lefquels y a cinq Syndics,pourinformer cotre le Duc,, &Ies
gouuerneurs,après leur charge expiree,faifât publier,s’il y a perféne qui
ayt rie à dire cotr’eux. ôc s'ils font trouuez innocés, on leur baille lettres
d’innocence.La mefme année que Genes fut cftablieen eftat Ariftocra-tique,
L I V R E S E C O N D. ±67tique , la République de Genefue fut auffi changee de Monarchie L*c^ac ^
Pontificale en Ariftocratie. combien que ia long temps au parauant Genefue
la ville pretendoit liberté contre le Duc, 6c contre l’Euefque. niais alors
la fouuerainete abfolue fut reftituee à la ville : 6c deux cens hommes
eftablis en forme Ariftocratique , qu’ils appellent le grand confeil*
auec puiflance fouueraine 6c perpetuelle. 6c du grand confeil elt ef
leu le Sénat de l x x v. perpetuel : 6c du Sénat elt compofé le priué
confeil de x x v. auffi perpetuel: 6c les quatre Syndics efleiîs de
deux en deux ans , pour les fouuerains magiftrats : outre les luges,6c autres magiftrats ordinaires, mais la différence de cefte Ariftocra-
tie eft notable, d auec celle de Genes : d autant que le grand confeil,
le Sénat , & priué confeil font efleuz à perpétuité : à Genes tout y
eft muable par chacun an, hormis quelques Magiftrats qui demeu¬
rent deux ans. qui fait que l’eftat eft beaucoup plus fuget à change¬
ment : 6c à Genefue beaucoup plus affeuré. D’auantage, le chois
du grand confeil, du Sénat , 6c du priué confeil de Genefue ne fe
fait pas tout à coup, comme à Genes mais vacation aduenant par
mort , ou forfaiture, d’vn Confeiller du priué confeil desvingteinq
on procede au chois d’vn Confeiller du Senatdes feptante cinq pour
fubftituer au priué confeil: 6c d’vn.Confeiller du grand confeil,pour
mettre au Sénat, 6c d’vn bourgeois, ou pour le moins d’vn des ci¬
toyens, pour mettre au grand confeil : qui 11e foyent notez, ny dif¬
famez , 6c fans auoir efgard aux biens, ny à la noblefle , ains à la
vertu, 6c réputation entiere , autant que faire fe peut, qui eft vn au¬
tre moyen duquel vfoyent les Lacedemoniens,ellifant les feigneurs,
au prix qu’ils mouroyent, 6c pour le feul refped d’honneur , 6c de
vertu. Les Seigneurs des ligues, horsmis les Grizons, 6c les cinq
petits Cantons, ont quafi femblable forme de Republique Arifto¬
cratique. comme 011 voit à Surich le grand confeil de deux cens*6c le Sénat, 6c le confeil fècret eftre eftabli à la forme de Genefue:
ou pour mieux dire celuy de Genefue à la forme de Surich, qui eft
prefque femblable à Berne , 6c autres fept Cantons : ores que les
fouuerains Magiftrats de Genefue foyent quatre, qui s’appellent Syn¬
dics : 6c à Berne deux, qui s’appellent Auoyers, 6c à Bafle Bourgo-
maiftres.Onpeut dire que telles Republiques font Ariftocratiques,no '
feulement de nom, ains auffi en effe£t,quand il 11 y a que les plus vertu¬
eux qui ont part à l’eftat. car les autres Ariftocraties, font eftablies des
plus riches,ou des plus nobles,ou des plus anciénes familles, ores qu el¬
les ne foyent nobles. Toutesfois il y a toufiours pluseud’Ariftocraties
des familles anciénes,ou nobles,que de riches, ou vertueux.comme les
Republiques des Samiens, Çorcyreans, Rhodiots,Cnidiens,&:prefque
toutes les Republiques de Grece,après la vi&oire de Ly fandre, furét par% ij
2 68 DE LA R E P V B L I Çry Enàplhupi™tie' luy chanSccs 4 cn Ariftocraties des plus anciennes familles : en prc.
Ljfandro. nant x. ou XX. ou xxx. pour le plus, aulquels il attribua la puiflance fou-
ueraine. Aulfi voyons nous l'eftat de Venize, quq nous auons mon-
ftrécy deuant eftre du tout Ariftocratique, & celuy de Rhagufe, de
Luques, d’Ausbourg , de Nuremberg, eftre auffi compofé en for¬
me Ariftocratique des plus anciennes familles, qui font cn bien pe-
L cftat des rie nombre. Car quant aux Rhagufiens , qu’on appelloit ancienne-
Rhagufies. ment Epidauriens, & qui ont rebafti la ville de Rhagufe près de l’an¬
cienne Epidaure , qui fut rafee de fond en comble, par la rage des
Gots, s’eftans exemptez de la puiflance des Albanois, ont eftabli v-
ne République Ariftocratique des plus nobles , & anciennes famil¬
les, prefque au pourtrait de Venize. encores font ils beaucoup plus
foigneux de leur noblefle que les Vénitiens : carie gentil-homme Vé¬
nitien peut prendre vne roturiere : mais le Rhagufien ne peut ef-
poufer vne citadine, ny vne eftrangere pour noble qu’elle foit,fiel¬
le n eft damoifelle de Zarafin ou de Cantharo, & qu elle ayt du moins
valant mil ducats, auffi n’y a il que xxnii. familles nobles qui ayent
part à l’eftat, pourueu qu’ils foyent aagez de xx. ans : alors ils ont ■
entree au grand confeil , qui eflift vn Sénat de l x. gentilshommes, ■
pour le maniement des affaires d’eftat, & des caufes d’appel au def-
fus de trois cens ducats , & des proces criminels de confequence,
comme s’il eft queftion de l’honneur, ou de la vie d’vn gentilhom-
me. & outre le Sénat, y a vn confeil priué de douze perfonnes, a- 11
uec le Reâxur de la Republique , muable par chacun an : & cinq »
prouifèurs , qui reçoiuent touts ceux qui ont à prefenter requefte t
en quelque confeil que ce foit : outre les fix Confuls des caufes ci- »
uiles, & les cinq iuges criminels, ôc les trente luges d’appel iufques ^L’eftat de * tr°'S CCnS ducats inclufi“cment. il y a plufieurs autres magiftrats idefquels nous parlerons en leur lieu. Nous ferons mefme jugement Jff1 de la Republique de Luques , qui eft auffi Ariftocratique , attendu il
que de cinquante &c deux mil citoyens , qui furent leuez il y a xx.ans ou enuiron, il n’y a que les anciennes familles de la cité qui ont 5«part à la puiflance fouuerainc : defquels on eflift le Sénat de fix xx. tjhommes par chacun an & du fenat font efleuz les dix confèillers du ii
priue confeil annuel, y compris le Gonfàlonnier. Nous dirons aufîicn fon lieu des magiftrats de cefte République. U fufift pourlepre- Lfent demonftrer les eftats Ariftocratiques , pour le regard de la fou- %L’empire uerainec^affiu d’entendre par exemples diuers des nouuciles&ancien- kyd’Aimai- nes RcPub,Iques>,a vraye nature de l’Ariftocratie.Difons auffi de l’eftat J
eneeft vne Almaigne,que plufieurs croyent,& mefmes les plus fçauansd’Almai- mariftocratie gneiontPubliéParei'c):ir’<luec’ell:oitvllcmonarchie.renaytouchécy ^
deflus quelque mot, mais il faut icy monftrer q c eft vn eftat Ariftocra- ,,,
LIVRE SECOND. 1Z9tique. Car depuis Charlemaigne iufques à Henry l’Oifeleür ,ceftoit
vne pure Monarchie par droit fuccelîif du fangde Charlemaigne. ôc
depuis Henry l’Oifeleur , la Monarchie a continué par droid d’ele-
dion, allez longuement, & iufques à ce que les fept eledeurs, ont
peu à peu retranché la fouuerainete , 11e laiffant rien à l’Empereur,
que les marques en apparence , demeurant en efïed la fouuerainete
aux eftats des fept eledeurs de trois cens Princes ou enuiron, êc des
Ambafladeurs deputez des villes Imperiales. Nous auons monftré
que l’eftat eft Ariftocratique, ou la moindre partie des. citoyens com¬
mande au furplus en nom colledif, ôc à chacun en particulier. Or
eft-il que les eftats del’cmpire, compofez de trois à quatre cens hom¬
mes, comme i’ay did, ont la puiffance fouueraine priuatiüemenc à
l’Empereur, ôc à touts autres Princes ôc villes en particulier, de don¬
ner la loy à touts les fugets de l’empire, decerner la paix ou la guer¬
re j mettre tailles ôc impofts , eftablir luges ordinaires Ôc extraordi¬
naires , pour iuger des biens, de l’honneur , ôc de la vie de l’Em-
pereur, des Princes, ôc des villes Imperiales, qui font les vrayes mar¬
ques de fouuerain été. S’il eft ainfi, comme il eft tout certain , qui
peut nier que l’eftat d’Almaignc , 11e foit vne vraye Ariftocratie?
Qu’il foit vray ce que i’ay dit, il eft aflez euident, puis qu’il eft ain¬
fi que la force du commandement fouuerain dépend des recez, ou
decrets des eftats:les decrets font faits par les fept eledeurs, qui ont
vn tiers des voix , ôc par les autres Princes de l’empire , qui ne font
pas trois cens, qui ont aufli vn tiers des voix, ôc par les deputez des
villes Imperiales , qui font foixante ôc dix ou enuiron: qui ont l’au¬
tre tiers des voix deliberatiues : pour arrefter, cafler, confirmer, ou
infirmer ce qui eft propofé. Et n’y a rien de particulier pour le re¬
gard de l’eftat, qui foit difFerend des autres Aristocraties, finon que
les fept eledeurs ont vn tiers des voix, les Princes vn autre, les vil¬
les le furplus. de forte que fi les fept eledeurs ôc les deputez : ou les
deputez , Ôc les Princes : ou les eledeurs , Ôc les autres Princes font
d’accord , le decret pafle. Ôc d’autant que les Princes Ecclefiaftiques
font en plus grand nombre , ils emportent bien fouuent par deffus
les laiz. qui fut la caufe qui cmpefcha les Princes laiz fe trouuer à la
diette de Ratifponne l’an m. d* x l v 1. ôc tout ainfi que au defloubs
de xx. ans les gentils-hommes de Venize, deLuques, ôc deRhagu-
fe n’ont point d’entree au grand confeil, ny part en la fouueraineté:
aufli les enfans de famille des Princes, foyent ieunes ou vieux ^ n’ont
point de voix deliberatiue , s’ils ne font qualifiez Princes de l'empi¬
re, qui font certain nombre de Ducs, Marquis, Comtes, Landgraues*
Burgrafues, Margraucs, Barons, Archeuefques, Euefques. Car com¬
bien que le duc de Lorraine foit prince de l’empire,fi eft-ce que le com¬
158 de la repvbliqj/ete de Vaudemot fon oncle n eft réputé,ny affis aux cerem onies qu’entre
les enfâs defamille des Princes.Plufieurs toutesfois pèlent que les Prin¬
ces, ôc villes imperiales ont leur eftat fouuerain à part, ôc que les eftats
de l’empire font comme ceux des ligues des Suiffes. Mais la différence
eft bien grande:car chacun Canton eft fouuerain, ôc ne foufre loy , ny
commandement des autres, & n ont autre obligation entre eux que
d’alliance offenfiue, Ôc defenfîue, comme nous auons dit en fon lieu
mais lempire d’Almaigne, eft vni par les eftats généraux, qui mettent
les villes, ôc les Princes au ban Impérial, ôc defpouillent les Empereurs
de leur eftat par puiffance fouueraine, comme ils ont débouté les Em¬
pereurs Adolphe, ôc Ouancelot fils de Charles quatricfme,& plufieurs
autres. D auantage les eftats font ordinairement decrets, ôc ordonnan¬
ces qui obligent tous les fugets de lempire, tant en général, qu’en par¬
ticulier. Et qui plus eft les dixciclcs, ou circuits de l’empire, quils ap¬
pellent auffi banlieues,tiennent leurs eftats particuliers,ôc raportent les
requeftes,plaintes, ôc doleances aux eftatsgeneraux pour rcceuoirleurs
commandemens ôc refolutions. Dauantage les Princes elc£teurs,leiour
dapr.es le couronnement de l’Empereur, aduoüent tenir leurs eftats
de lempire, ôaionpasdel’Empereur,iaçoit quecelafc face entre les
mains de rEmpercur.Brief le reflort, Ôc fouueraineté de toutes appella¬
tions en matière ciuilc, au deflus de x x. efeus, par les anciennes, & de
x l. par les nouuelles ordonnances, appartiennent à la chambre Impe¬
riale,commune à tous les fugets de l’empire,qui eft compofcedexxni.
iuges, ôc d’vn Prince de l’empire, pris par chacun an, félon l’ordre des
circuits, ôc s’ilfaut iuger entre deux Princes, ou entre les villes, foit de
la vie, de l’honneur, ou des biens, la cognoiffance en appartient à la
chambre Imperiale , s’il ne plaift aux eftats d’euoquer, & retenir la
cognoiffance : comme l’an m. d L v. il eft porté par ordonnance de
l’empire, que s’il y a deflors en auant Prince, ville, ny fuget de l’em¬
pire qui leue les armes contre la nation Germanique, qu’il fera iugef)ar les eftats, qui à cefte fin feront tenusà Vvorme. ôc parle rccczdc
a diette d’Aufbourg de l’an m. d. l v. defenfes furent fai&es à touts
fugets de l’empire, de ne fortir hors les limites au fecours des Princes
eftrangers,foubs grandes peines, ôc qui plus eft,il eft expreffément
porte par les ordonnances de lempire, liure 11. chapitre xx y ni.
qu’il n’y ait Prince , ville ny communauté, qui foit fi hardi d’empef
cher les appellations des fugets de l’empire à la chambre Imperiale fas
grandes peines. En dernier lieu, l’Empereur comme chef, vnifi enco
res plus les membres de l’empire en vne Republique , que s’il ny
auoit que les eftats fculcmçnt.l’ay dit chef de l’empire, ou capitaine en
chef,non pas qu’il foit fouuerain, comme plufieurs penfenr.car au lieü
que les Roys & monarques font les Princes , l’Empereur toutaucôn-
LIVRE SECOND. 159traire eft efleu ôc fait par les Princes.. Et comment feroit il fouuerain, ôc
fuget del’Empire:feigneur, & vaflal del’Empire ? maiftre& contraint
d’obeir aux eftats’ ôc non feulement aux eftats, ains auffi aux vicaires de
l’empire: ce qu 011 pourroit trouué cftrange: &toutesfoisiIeftverira-
ble. lime fouuient auoir leu vne lettre d vn feigneur penfionairedu
Roy,efcripteau Conneftableen date du xii. May m.d.Lii. par laquelle
il efcriuoit quele Roy de France fe debuoit plaindre au Duc de Saxe, ôc
Comte Palatin vicaires de l’empire, pour auoir iuftice de FEmpereur,
Charle v. ôc de Ferdinand Roy des Romains,fuiuant la bulle d’or, &les
ordonnances des eftats, parce qu’ils auoyent intercepté les lettres du
Roy addreffees aux eftats de l’empire, au refus qu’auoit fait FArcheuef-
que de Mogonce de receuoir, &prefenter lefdi&es lettresaux eftats
comme Chancelier de l’empire. Etparlerecez de la dicte imperiale te¬
nue iHildeberg lanM.D. lui. ilfütarrefté,que pas vn de la cour de
l’Empereur ne maniroit les affaires de l’empire : comme i’ay veu par let¬
tres dcFAmbaffadeurde France. Et quand il eft queftion d’efleuer de¬
niers pour les affaires de l’empire, ils ne font pas portez àl’efpargnede
FEmpercur,ains ils font mis endepoft és villes de Strafbourg,de Lubec
ôc d’Aufbourg, Ôc n’eft pas au pouuoir de FEmpereur d’en leuer vn
feul denier, fanslapermiffiondes eftats. Qui monftré que ceux la font
bien loing de leur opinion qui pcnfentquc FEmpereur foit fouuerain
ôc appellent l’Empire monarchie, comme s’il eftoit foubslapuiffancc
d’vn monarque. Ains au contraire Miximilian 1. bifayeul de ceftui-cy,
quoy qu’il fuft Empereur affez ambitieux, diftaux eftats de l’empire,
qu’il n’eftoit pas befoin de prendre la couronne imperiale duPape, ny
s’arrefter à telles ceremonies,vcu que la puiflance fouueraine eftoit aux
eftats.Si on me dit queFEmpereur fait affembler les eftats: cela eft vray*
s’il y a quelque affaire vrgent, ôc extraordinaire : mais les dietes ordinai¬
res font affignees aux reccz de chacune dicte, combien quele moindre
magiftrat en Rome,& en Athènes auoit puiflance de faire affébler tout
lepeuple, quitenoit la maiefté fouueraine: &leConfulcommandoic
auxfenateurs de s affembler, foubs peine de procéder contre eux par
faifie de corps, & de biens, ôc neantmoins les Princes ne font contrains
de venir aux eftats, s’iln y a que FEmpercur qui les mande, comme ils
firent bien entendre à FEmpereur Charle v. Fan m. d. l i i i 1. Et s’il ad¬
uient que FEmpereur, ou le Roy des Romains fortent des frontières
de leur pays,ils marchent fus les terres des autres Princes quafi comme
eftrangers. Si on dit que FEmpercur eft iuge entre les Princes, & vil¬
les imperiales: cela eft bien vray en premiere inftancc, ôc quand les
parties Font accepté : mais c eft en qualité de lieutenant pour l’empire*,
comme en cas pareil le Duc deSaxe, ôc Comte Palatin peuucnt auffi
iuger en qualité de vicaires impériaux:& neantmoins l’appelaux eftats« iüj
DE LA REPVBLIQVEfufpend la puiffancc de FEmpereur, auffi bien comme des vicaires im¬
périaux. Encores peut on dire , que les Princes de l’Empire enl’aflem-
blee des eftats, vient de ces qualitez enuers FEmpereur, V ostre
SACREE m A i e s T E , qui ne peut conuenir finon à celuy qui eft
fouuerain: le di que ces honneurs ne donnent pas la fouueraineté .-au¬
trement le Roy des Romains, feroit aufli fouuerain /tellement qu'il y
auroit deux fouuerains:& toutesfois l’vn fuget à l’autre. Et de fait Geor¬
ges deHelfuftein baron de Gondelfingen: portant les remonftrances
du Pvoydes Romains aux eftats de l’empire tenus aumois de May m.
d. LVi.dift ainfi: D e la part du R.oy des Romains ,noftre fou¬
uerain feigneur. Mais il y abien plus d’argument en ce que FEmpe¬
reur donne les fiefs de l’empire vacans, Ôc en inueftir qui bon luy fem-
ble3 fans le confentement des eftats. le refponds quele confentement
exprès des eftats n’y eft pas requis: auffi n’eft-cepas outre le vouloir
des eftats, quilefouffrent, &peuuent retrancher ceft article, comme
ils ont fait les autres marques de fouueraineté. combien queFAmbat
fadeur Marillac penfoit, que FEmpereur n’a pas cefte puiflance : & ad-
uertit le Roy que FEmpereur Charles y. auoit inuefti Philippe d’Efpai-
gne du Duché de Milan à Bruxelles Fan m- d. l i. fans auoir eulecon-
fentement des eftats : mais il ne fe trouuera pas vne feule inueftiturede
fief impérial, ou le confentement exprès des eftats y foit. Auffi eft-il
certain que FEmpereur ne baille les inueftitures, finon en qualité de
lieutenant pour l’empire, tout ainfi qu’il reçoit la foy, ôc hommage
des Princes pour & au nom de l’empire: comme il receutcn casfem-
blable le fleur de Chantonet chargé de procuration fpeciale du Roy
Catholique Tan m.d.lxv. pour fairela foy & hommage à l’empire du
D uché de Milan, ôc vicariat perpetuel de Syenne. Nous ferons mefme
iugement des confirmations des benefices, adroits de regales, quil
donne a ceux quifontelleus parles chapitres^orps^colleges/uhiant
les concordats du Pape auec l’empire-& des lettres de fauuegarde, qu’il
donne aux Ambaffadeurs, Hérauts d’armes, &r autres eftrangers ou la
claufe ordinaire y eft appofee portant ces mots,D’autant que toute cho-
fe nous eft pofïible à caufe de noftre charge imperiale : quimonftre
affez que l’Empereur eftoit anciennement monarque fouuerain. Cc
qu’il n’eft plus, ôc mefmes les ele&eurs, ôc autres Princes de l’Empi-
re, refuferentà FEmpereur ladietequ’ildemandoit Fan m.d.lxvi-
ÔC ordonnèrent que l’argent qu’on leueroit pour fubuenir aux affaires
de la guerre, ny FEmpereur, ny fes miniftres n’y toucheroyent point.
Et pour le trancher court, il ne faut que voir les articles du ferment
fait parles Empereurs,entre les mains des ele&eurs de l’empire, que
i’ay cotez au chapitre du Prince qui tient en foy, ôc hommage d’au-
truy ^pour cognoiftre encores plus euidemmentque la fouuerainetcde
L I V R E S E C O N D. 275de l’empire n’eft aucunement à l’Empereur: ores quil porte les fce-
ptres,les couronnes, les habits impériaux, & qu’il précédé les autres
Roys aux ceremonies, 8c mefmes quon luy attribue la qualité de
maiefté treffacree. Et à dire vray, 011 ne Içauroit luy faire tant d’hon¬
neur que la maiefté duGiinâ: empire, duquel il eft chef, merite:mais
lacouftume des Ariftocratiesbien ordonnées, eft d’ottroyer le moins
de puiffance , à celuy qui plus eft honnôré : 8c moins d’honneur à
ceux qui plus ont de pouuoir : comme les Venitiens fçauent auffi tref-
bien pratiquer. Puis donc que nous auons monftré que l’empire eft
vn eftat Ariftocratique : il faut conclure qu’il n’y a Prince,ny ville im¬
periale quiaytla fouueraineté : ains nefontautre chofe que membres
de l’empire gouuernant chacun fon eftat, foubs la puiffance , 8c fans
deroger aux loix, 8c ordonnances de l’empire. En quoy plufieurs s’abu-
fent, qui font autant de Republiques, comme il y a de Princes, 8c de
villes imperiales. Nous auonsmonftrécydeffus le contraire, mais tout
ainfi qu en ce Royaume chacune ville, 8c feigneur a fes iuges,Confuls,
Efcheuins,& autres magiftrats particuliers, qui gouuernent leur eftat,
ainfi eft-il des villes Imperiales : horfmis qu’il y a plus de iuges Royaux,8c l’empire n’a que la chambre imperiale, qui cognoift des appella¬
tions des autres iuges, &les vicaires imperiaux.Etneantmoins quand
iladuient que l’empire eft diuifé enfantions & partialitez, & les Prin¬
ces bandez les vns contre les autres, ce qu’on a veu affez forment, alors
l’eftat municipal des villes, &iurifdidion fubalterne des Princes, fc
tourne en plufieurs eftats Ariftocratiques & monarchies particulières:&de chacun membre fefait vn corps particulier de Republique fou-
ueraine.Et tout ainfi que le corps vniuerfel de l’empire eft entièrement
ariftocratique: auffi les villes imperiales tiennent l’eftat ariftocratique,
comme Augfbourg,N uremberg, Vvorme, 8c autres villes imperiales,
qui font prefque toutes Ariftocratiques: & s’il y en a quelques vnes plus
populaires , comme Strafbourg , fi eft-ce que le gouuernement eft
Ariftocratique. Iemettray feulement pour abreger, l’eftat de la ville
de Nuremberg, la plus grande, la plus illuftre,&la mieux ordonnée
de toutes les villes imperiales , qui eft eftablie en forme Ariftocrati¬
que. car il ny a que xxvm. familles anciennes qui ont puiffance
fouueraine fur tout le refte des fugets, qui font plus de quatre cens L’eftat de
mil au reffort de NurembergDe ces x x v 111. familles,on eflift tous Mur£kcr?
les ans des cenfeurs fans reproche : 8c cela fai£t touts les magiftrats
font deftituez de leur puiffance. alors les cenfeurs elifent, le fenat de
xxvi. perfonnes : lequel fenat en eflift x 111. pour le priué confeil des
affaires fegrettes. 8c du mefme fenat on eflift les x 11 i,Efcheuins : outre
les fept Burgomaiftres, qui eft vn autre confeil particulier, qui a pa¬
reille puiffance que le confeil des dix à Venize. Voila ceux qui ma-
274 DE LA REPVBLIQVEnient leftat. le laide à parler des cinq iuges criminels, Ôc douze pour
leciuil,ôc du Preuoft des viures,Ôc des deux treforiers.ôcdes trois arbi¬
tres des tutelles, qui font quafi en mefme office que les procureurs faint
Marc àVenize,au portraidldelaquclleceuxde Nuremberg ontvou-
lu figurer aucunement la leur. Et combien qu’ily aytdes villes impe¬
riales plus libres les vnes que les autres, à feauoir celles qui ne font ny
en fugetion5ny en protedion des Princes , commeNuremberg,Strat
bourg, Lubec, Hambourg, Breme, Vvorme, Spire : fi eft-ce qu elles
font toutes fugettes à l’empire. Vray eft qu il y en a plufieurs quife
lontexemptees de la puiflance des Princtspourfe maintenir en liber¬
té, ôc tenir nuementde l’empire, comme la ville de Brunfuich, quis’cft
diftrai&ede l’obeiffance des Princes de Brunfuich, Vvorme, ôc autres
qui fe fontexemptees de lapuilfancedes anc iens feigneurs: ôcen cas pa¬
reil les SuifleSjôc Grizons,qui ont Republiques feparees,ôc qui eftoyent
fugets de l’empire. .Et mefmes les feigneurs du Canton dcFribourgau
trai&é de combourgeofie faid entr eux, ôc les feigneurs de Berne, ap¬
pellent la ville de Fribourg membre delempire. iaçoit qu’ils ont leur
eftat à part ençleine fouueraineté. Auffi les Tietmarfois, pourl’affeu-
rance,&affiete inuiolablede leurpays fitué aux frontières du Royau¬
me de Dannemarc, fefont auffi (ouftraits de l’empire: Ôcont eftabli
leur Republique en forme Anftocratiquede x lviii. feigneurs, qui
tiennent la fouueraineté tant qu’ils viuenc: ôc s’il en meurt quelquvn,
onenelift vn autre en là place. Vray eft que l’anM. d.lix. Adolphe
Duc de Holftein s’efforcea les aflugetir: prétendant que Chriftierne
fon bifàyeul auoit obtenu del’EmpereurFiiderich i 11.la feigneurie des
Tielmarfois,pours’eftre demembree de l’empire : comme i’ay veu par
lettres du fieurDanzai Ambafladeur pour le Roy en Dannemarc. Il ap¬
pert donc que l’eftat d’Almaigne eft vne droite Ariftocratie,& non pas
monarchie. Mais il faut prendre garde enl’eftat Ariftocratique, dene
confondre pas les feigneurs fouuerains auec les magiftrats, ôc auec le
fenat. Car quelquesfois la Republique à fi peu de feigneurs, qu ils font
fenateur, ôc magiftrats. comme les Pharfaliens n’auoyent que xx. fei¬
gneurs : les Lacedemoniens x x x. les Tietmarfois x l y 111. Ôc n y auoit
point d’autre fenat que la feigneurie. mais les Cnidiens, quielifoyenttf.^lutarânapoph. i 1 >Si 11 A < r 1 tGræcor. tousles ans l x. citoyens, qu lis appeiloyent Amimones , aulqueis ils
donnoyent toute puiflance de manier leftat (ans rendre compteûls n’e-
ftoyent pas pourtant feigneurs fouuerains,mais bien magiftrats fouue-
rains:demeurant la fouueraineté abfolue en la nobleffe comme i’ay dit.
Mais ceft beaucoup le plus feur, pour petite que foit l’Ariftocratie, de
feparer les feigneurs du fenat,Ôc le fenat des magiftrats:come il fe faid à
Rhaguze, ores qu’il y ay t peu de feigneurs, ôc que la Republique foit de
petitecftendue. ôc parcy deuât les feigneurs de la Republique dcChio,
qui eftoit eftablieen forme Ariftocratique par certains gentils-h5mesGenneuois
LIVRE SECOND. *7 5GenneuoiS delà maifon Iuftinienne l'ayant conqueftee fus les Empe¬
reurs d’Orient elifoyent tous les ans x 11. Confeillers d’eftat pour leur
Sénat,auec quatre gouuenieurs muables de fix en fix moys , ôc vn
Magiftrat fouuerain de deux en deux ans : & ont maintenu leur eftat
iufques à ce que le grand feigneur, depuis peu d années,l’a reuni à l’em¬
pire d’Orient, Voila quant à la définition d’Ariftocratie.Nous dirons
en fon lieu les vtilitez, ôc dangers qui font en l’eftat Ariftocratic, ôc la
maniéré des’y gouuerner. Refte maintenant dereipondre àeequedit
Ariftote touchant l’Ariftocratie^ qui eft du tout contraire à ce que
nous auons dit. Il y a dit1 il * quatre fortes d’Ariftocraties. la premiere, 7.iib 4.cap.f.poliji
011 il n’y a que les riches, ôc iuiques à certain reuenu,qui ont part à la fei- Opinion
gneurierla fécondé où les eftats, ôc offices font diftrib uez par fort à ceux d’Ariftote
qui plus ont de biens : latroifietme quand les enfans fuccedentauxpe- touchant
res en la feigneurie : la quatriefme quand ceux-la quifuccedent., vfent l’Ariftocra-
de puiflance feigneuriale, ôc commandent fans loy. Et neantmoins au tie.
mefme liure8 ,& peu après il fait cinq fortes de Republiques: c’eft à fça- 8- ^ 4^.7,
uoir la Royale,la populaire, celle de peu de feigneurs, ôc celle des gens
de bien, & puis vne cinquiefme conipofee des quatre, puis il dit que
lacinquiefme ne fetrouue point. Nous auons monftré cy deffus que
telle meflange de RepubIiques,eftimpoffibIe,&incompatible par 11a-
turermonftrons auffi que les efpeces d’Ariftocratie pofees par Ariftote,
ne font aucunement confiderables.L’erreur eft venu de ce que Ariftote
nedefinift point que c’eft d’Ariftocratie. De dire que c’eft où il n’y a
que les riches, ou les gens de bien qui ayent part à la feigneurie, il n’y
a point d’apparence : car il fe peut faire que de dix mil citoyens, il y en
ayt fix mil qui auront deux cens efeus de rente, Ôc part à la feigneurie,
ôc neantmoins l’eftat fera populaire , attendu que la pluipart des ci¬
toyens tiendra la fouuerainete : autrement il ny aura point de Républi¬
que populaire. autant peut on dire des gens de bien, qui peuuent eftre
la pluipart des citoyens qui auront partàla feigneurie: & neantmoins
au dire d’Ariftote î’eftat fera Ariftocratique. car s’il prend la bonté au
plus haut degré de vertu,il ne fetrouuera perfonne: fi a l’opinion popu¬
laire, chacun fe dit homme de bien, &leiugement en eft fiperilleux,
que lefage Caton,choifi pour arbitre d’honneur,n’ofà donner fenten-
ce,fi QXudatius eftoit homme de bien, ou non. Toutesfois pofons le
cas que les gens de bien,& de vertu en toute Republique facét la moin¬
dre partie des citoyens, ôc que ceux-la tiennentlegouuernail de laRe-
publique:pourquoy par mefine moyen n’a fait Ariftote vne forte d’A-
riftocratie,ou les nobles tiënent la feigneurie, veu qu’ils font toufiours
en plus petit nombre q les roturiers.pourquoy n’a il fait vrie autre forte
d Ariftocratie^où les plus anciennes familles, ores qu elles foyent rotu¬
rières, commandét?comme il aduint àFlorece après quelanobleffcfuÈ
chaflee. car il eft bien certain qu’il y a plufieurs familles de roturiers fort
17S DE LA REPVBLIQVEanciennes, & pius illuftres que beaucoup de gentils-hômes frais etnou,
lus, qui peut eftre ne fçauent qui eft leurpere. auffi pouuoit-ilfaire vne
,J4 autr,T f?rt,c d'Ariftocratie,od les plus grands auront la feigneurie, com-me il dit luy melrnes9 quille falloir en Æthiopie. &par confequent
auffi l’Ariftocratie des beaux,des puiffans,des guerriers,des fçauans ôc
autres qualitez femblables, qui feroy et vne infinité d’Ariftocraties tou¬
tes diuerfes.Encores y a il moins d’apparence en ce quil dit,quelatroi-
fiefmeforted’Ariftocratie eftcelleoii les eftats, & offices fontdonnez
parfort aux plus riches: attendu quelefort tient entièrement del’eftatpende P°Pulairc* °r ^ confeffe que la Republique d’Athenes eftoit populai-i.piutar.mPene c ^ & neantmoins les grands eftats,offices, & benefices, ne fe1 donoyentz.Lhiius.iib.4. qu’allx plus richcs au parauant Pericles: ôc en Rome , qui eftoit auffi po¬
pulaire^ parauât laloyCanuleia^es eftats,& benefices ne fe donoyent
qu’aux plus anciens gentils-hommes, qu’ils appelloyent Patriciens, qui
eft vntrefeertain argument, que la République peut eftre populaire,
ôc gouuernee Ariftocratiquement. &qu’ily a bien notable différence,
entre l’eftatd’vne Republique, &le gouuernemcnt d'icelle: comme
nous auons dit cy deffus. Quant à l’autre ferte d’Ariftocratie, que Ari¬
ftote dit feigneurier fans loy, ôc reffembler à la ty rânie, nous auons mo-
ftré la différence de la monarchie Roy ale/eigneurialej&tyrânique,qui
eft femblable en l’Ariftocratic^où les feigneurs pcuuét gouucrnerleurs
fugets efclaues, & difpofer de leurs bies, tout ainfi quele monarque fei¬
gneurial,(ans vfer de loix,ôc fans toutesfoisles tyrannizer:commc lepe-
re de famille, qui eft toufiours plus foigneux de fes efclaues, qu’il n’eft
des feruitcurs à louage, car ce n‘eft pas la loyquifaid le droit gouuer¬
nement,ains la vray e iuftice, ôc diftribution cigale d’icelle. ôc la plus bel¬
le chofe du monde qu on pourroit defirer en matière d’eftat,eft d auoir
vn fage, ôc vertueux Roy,qui gouuerne fon peuple fins aucune loyrat-
HbiPrin - tendu que laloy fert àplufieurs depiege pour tromper, & quelle eft4.i.i,dc orig.iuris. muette, ôc inexorable,comme la noblefle de Rome 5leplaignoit,qu’on
vouloir eftablir loix, ôc fe gouucrner par icelles après les Roys chaffez,
quigouucrnoyet fans loy, félon la diuerfité des faits qui fe prefentoyet.
ce queles confuls& la noblefle, qui tenoyent aucunement la Republi¬
que en eftat Ariftocratique, continua iufques à ce que le peuple fe vou¬
lant preualoir en eftat populaire,qui ne demande que l’equalité de loix,
receut la requefte de fon Tribun Terétius Arfa,&6.ans après auoir deba-
tu cotre TAriftocratie feigneuriale des nobles,fift pafler en force de loy,
que deflors en auant les Cofuls,& magiftrats feroy ent obligez aux loix,
qui feroy ent fai des par ceux laque le peuple deputeroit à cefte fin. Ce
n’eft doc pas la loy qui fait le Prince en la monarchie, ôc les feigneurs en
l’Ariftocratie iuftes,&bos:maisladroitciufticc,quicftgraueecnrainc
des iuftes Princes,ôc feigneurs:& beaucoup mieux qu’en tables depier-
re.&pl9 les edits,& ordonances ont eftémultiplices,pl9lestyrânies ontforce.
LIVRE SECOND.pris leur force, comme il aduintfoubs le tyran Caligula, quia propos,&fans propos faifoit des edits,ôc en lettre fi Jmenue qu 6 ne les pouuoit /;T^nquii.in ca-lire,afin d y attraper les ignorans, ôc fon fuccefTeur, ôc oncle Claude fift hfrpour vn iour6 vingt edits: ôc toutesfois la tyrannie ne fut onc fi cruelle,
ny les hommes plus mefchans. Or tout ainfi cjue Tariftocratie bien or- claucL
donnee eft belle à merueilles,aufïî eft elle bien fort pernideufe fi elle
eft deprauee : car pour vn tyran il y en a plufieurs : ôc mefmes quand la
NoblefTe fe bande contre le peu pie, comme il aduient fouuét : ôc com-
meanciennement quand onreceuoitles nobles en plufieurs Seigneu¬
ries ariftocratiques, ils fiifoient7 ferment d’eftre à iamais ennnemis iu- 7. Arifto.ub.;.c.*,
rez du pcuple.qui eft la fubuerfïon des ariftocraties.DE L ESTAT P O PV L A 1 RE.C H A P. VII.’E s t a t populaire eft la forme de Republique, où
la plufpart du peuple enfemble commande en fouue-
1 raineté au furplus en nom colle&if.ôca chacun de tout
le peuple cn particulier.le principal point de Teftat po¬
pulaire fe remarque, en ce que la plufpart dupeupfe a
comandement, ôc pui/Tance fouueraine, non feulemet
fur chacun en particulier, ains auffi fur la moindre partie de tout le peu¬
ple enfemble: de forte que s’il y a xxxv.lignees,ou parties du peuple,co-
meàRomeJesdixhuitontpuifTancefouuerainefurles xvii. enfemble,
ôc leur donent loy rainfî qu’on peut voir quad Marc Odbauefutdeftitué
du Tribuna^ala requefte deTibere Gracchus fon copaigno/Phiftoire î.Piutar.inviu
porte,qu’il fut prié de quitter volontairement fon eftat au parauat que r1racj-rr -
les dixhuit lignées eufTent donné leur voi#. Et d’autant que Rullus Tri- a ffe
bun vouloitjpar la requefte qu’il prefenta au peuple,touchât la diuifion ?]U1 ^ *
des terres,que les commiflaires qui auroient cefte charge, fufTentefleus i C onner
par la plus grande partie des xvii. lignees dupeuplefeulement,Cice- C^volX Par
ron alors Conful print cefte occafion entre autres ,d’empefcher Tente- tC ^s>ou
rinement de fa requefte, & la publication delaloy ,difàntque le Tri- ^ 1§necs*
bun vouloir fruftrer la plufpart du peuple de fa voix. mais c eftoit la
chofe la moins confiderable : d’autant que la requefte du Tribun por-
toit s il plaifoitau peuple(c’eft àdireàlaplufpartdesxxxv.lignees)que
la moindre partie du peuple ( à fçauoir x v 11. lignées) deputaft les com-
mifTaires. caria maiefté du peuple demeuroit entiere, attendu que la
moindre partie du peuple eftoit deputee au plaifir, ôc vouloir de la plus
part: afin qu on ne fuft point empefché d’affembler les xxxv. lignees
poiu peu de chofe,comme il fefàifoit à la nomination des beneficespar
la !oy Domitia : s il vaquoit quelque benefice par la -mort des Augu- i.ciccroin Rui-
res,Preftres,ôcPontifes,onafTembloit xvii. lignees du peuple, ôcce- lum‘A
3.Dionyf haly-
car.lib.4.6. Liuiuslib.i,
Dionyf.lib.4.j. Dionyf.haly-
car.lib.4,j.Liuius lib,ÿ.&
Flor.epito.io.ly8 de la repvbliqveluy qui eftoit pourueu ôc nommé par neuf lignees du peuple eftoit rc-
ceu parle Chapitre, ou College des Pontifes. Quand ie dy la plufpart
du peuple tenir lafouueraineté en l’eftat populaire, cela sentent fi on
prend les voix par teftes, come a Venize,à Rhagufe,à Genes, à Luques,
ôcprefqueentoUtes les Republiques ariftoctatiques: mais fi on prend
les voix parlignees,ou paroiffes, ou communes, il ftïfift d’auoir plus de
lignees,ou de paroiffes,ou de comunes,ores qu’il y ait beaucoup moins
de citoyens-.comme il eftquafi toufiours aduenu és anciennesRepubli-
ques populaires. En Athenes le peuple eftoit diuifé en dix lignees prin¬
cipales,ôc en faueur de Demetrius, ÔcAntigon9, on y en adioufta deux:
ôc outre cefte diuifion, le peuple eftoit departy en trente Ôc fix clafles.
ainfi en Rome la premiere diuifion du peuple faite par Romule, eftoit
de trois lignees,Ôc depuis fut diuifé en trente paroiffes,qui auoient cha¬
cune vn curé pour chef: ôc chacun,dit4 Tite Liue, donoit fa voix par te-
fte.mais par l’ordonnance du Roy Seruius, il fut diuifé en fix claffes, fé¬
lon les biens,ôc reuenu dvn chacumen telle forte,que la premiere claf-
fe ou eftoient les plus riches, auoit autant de pouuoir que toutes les au¬
tres, 1 fi les Centuries delà premiere demeuroienc d’accord: c’eft à dire
lxxx. Centuries qui n’eftoient que huit mil: ôc les quatre fuiuantes n’ej
ftoiët que de huit mil:or il fuffifoit de trouuer en la fecode claffe autant
de Centuries qu’il s’é falloit de la premiere:tellemét qu’o ne venoit pas
fouuet à la tierce,ny àla quarte,ôcmoîs encor à la cinquiefme,ôc6iamais
àlafixiefme,où eftoit le rebut du peuple ôc des pauures bourgeois,
qui eftoit alors de lx.mil bourgeois,ôc plus,au nôbre qui en fut leuéæu-
treles bourgeois des cinqpremieres claffes.ôc fi l’ordonâçe du Roy Ser¬
uius fuft toufiours demeuree en fa force, après que les Roys furet chaf-
fez,l’eftat n’euft pas efté populaire: caria moidre partie du peuple auoit
la3 fouueraineté:Mais le menu peuple toft après fe reuolta contre les ri¬
ches, ôc voulut tenir fes eftats à part:afin qu’vnchacüeuft voix égalé,autant le pauure q le riche,le roturier que le noble. ôc ne fe cotenta pa^car
voy ât q les nobles tiroiét à leur cordelle leurs adhéras, il fu t dit, q la no¬
bleffe n’affifteroitpl9 aux eftats du menu peuple, qui fut alors diuifé endixhuit lignees,ôc peu à peu par fucceflîo de téps,on y adioufta iufques
à tretecinq lignees:ôc par les menees,ôc fa£lios des Tribuns,la puiffance
pareille qu’auoit l’affemblee des gras eftats en fix claffes,fut attribué aux
eftats du menu peuple,come nous auos dit cy deffus. Etd’autât queles
afranchis, ôc autres bourgeois receus par merites,confus,ôc meflez par
toutes les lignees du peuple Romain, eftoient en plus grand nombre
fans comparaifon, que les naturels, &: anciens bourgeois, ils empor-
toient la force des voix : ce quelex Cenfeur Appius auoit fait pour gra¬
tifier le menu peuple , ôc obtenir parce moyen ce qu’il voudroit.
Mais Fabius Maximus eftant Cenfeur, fift enrooller tous les affran¬
chis , ôc ceux qui eftoient ifliis d’eux en quatre lignees à part, pour con-
feruer les anciennes familles des bourgeois naturels en leurs droits:
LIVRE SECOND. 17$& emporta le nom deTrefgrand, pour ce feul a£te, qui eftoit de confe-
l quencebiengrande:&toutesfbis perfonnene s’en remua . Cela conti¬
nua iufquésàSeruius Sulpicius Tribun du peuple, lequel trois cens ans
après 6 voulut remettre les afranchis aux lignées des maiftres qui les
auoient afranchis, mais il fift tué deuant qu’en venir à chef: & toit 7 a- 6.FIor.epito.77;' près cela fut executé pendant les guerres ciuiles de Marius, & de Syl- epko.84,
la : pour rendre l’eftat plus populaire , Ôc diminuer Tauclorite de la ^^celnD<i-
l Nobleffe.8 Demofthene s’efforcea de faire le femblable en Athènes,'! après la vidoire de Philippe Roy de Macedoine, ayant prefem é^eqne-
, fte au peuple, tendant afin que les afranchis, & habitans d’A thenesfuf-
fent enroollezau nombre des citoyens : mais il fut débouté defiireque-
1 fte (us le champ : combien qiril ny euft alors que vingt mil citoy es 3quieftoit defeptmilplus que du temps de9 Pericles : quin’enleua que trei^ *kpldtar-mPcri-
; ze mil, ôc cinq mil qui furent vendus comme efclaues, pour s’eftre qua-
1 lifiez citoyens. Ce que iay dit feruirade refponfe à ce qu’on pourroitalleguer,qu’il n’y a point, & peut eftrequ’iln’y eut onques Républiqueli: populaire, ou tout le peuple saflemblaft pour faire les loix,& lesMagi-
ftrats,&vler des marques de puiiîancefouueraine:ains au çotraire bon-111 repartie d’iceuxordinairementfontabfensr&Iamoindrepartie don-a neîa loy:mais il fiifift que la pluralité des lignees TempiitejOres qii’ilny1 euft que cinquante perfonnes en vne lignee, Ôc mi! en vn autre, atten-:‘f du que la prerogatiue des voix eft gardee àchacun, s’il y veut affifter.]| vray eft que pour obuier auxfa6lionsdeceuxqui briguoient lesprin-i cipaux des lignees, quand on faifoit quelque loy quiportoitcoup,ony[j! adiouftoit ceft article, Que la loy qui (èroit publiee, ne pourroit eftre[i caflee, fi ce n eftoit par les eftats du peuple, ou il y euft du moins fix mili bourgeois, comme on voit fouuenten Demofthene, ôc aux vies dest[( dix Orateurs.0 ôc Plutarque dit, que Poftracifme n auoit point de lieu, 0.in Arimde,C| s’il y auoit moins de fix mil citoyens qui eufienteonfenty. Ce qui eftI au fil garde par les ordonnances de3 Venize en ce qui eft de confequen- \ ln^atutîs Vc-
Ge>& mefmes en celles de la iuftice, cefte claufe y eft adiouftee, Qiul nejt fera aucunement dérogé aux ordonnances par le grand Confeil,s’il nyjjj. a du moins mil gentilshommes Venitiens, ôc que les quatre parts, les£ cinq faifant le tout,ou les cinq parts,les fix fiiifans le tout,en demeurent
d accord, ce qui eft conforme a la loy des corps ôc collèges où il fautq, les1 deux tiers aififtêt aux deliberatios, ôc q la plufpart des deux tiers foit 1.1.nomination*.| d’accord,pour doner loy au furplus: car de 1500 gentilshomes Venities,$ °U en^roiVu de/fus de 10 ansidepuis 100 ans qu’ils ayent eftéplus qui q^ymuerfitat,{ tien net la feigneurie,ils ont ordoné que mils y trouueroiet,qui font les1 ^ deux tiers: ôc q du nôbre de mil gentilshomes,huit cens pour le moins,j(( cllH i>on!: clLïal:rec^nquiefines,demeureront d’accord:ce quin eft pas ne-
ceifaiiees corps,ôc collèges,ou laplufpart des deux tiers l’éporte. mais* il appert par ces ordonnances, que de quinze cens, il en faut huit cens
x. Dio.lib.38.x8o DE LA REPVBLIQJEpour le moins, qui eft la plufpart des citoyens pris par teftes, ôc non par
ligneeSjOii paronTes, comme il fe fait es eftats populaires,pour lamulti-
tudeinfiniede ceux qui ont part à la feigneuric: encores le plusfouuenc
on cofondoit lesfufrages des lignées, iufques àlaloy Fufia publiée l’an
de la2" fondation de Rome d'cxcii 1. pour les reproches que lesvns
fiiifoientaux autres d’auoirconfenty vne loy inique. Ainfi font les Sei¬
gneurs des ligues, & les villes d’Almaigne, qui font plus populaires, co¬
rne Strafbourg, ôc par cy deuant la ville de Mets, qui eftoit auffi popu¬
laire, ôc les treize Magiftrats eftoient efleus parles paroiffes, comme ils
font encores à prefent,8c aux ligues grifes par les communes. Vray eft
que les Cantons Duri,Schuuits,Vnderuald,Zug,Glaris,Appeuzel, qui
(ont vray es démocraties, ôcqui retiennent plus de liberté populaire,
pour eftre montaignars, quand il eft queftion de faire chofe de confe-
quence,saflemblent pour la plufpart en lieu public, ôcleuent la main
pour donner la voix, àlaforme de l’ancienne chirotonie des Republi¬
ques populaires, ôc contraignent bien fouuent leurs voifins à coups de
poing de leucr la main,comme on faifoit anciennement, ôc encores da-
uantage aux ligues des Grifons qui font les plus populaires , & gouuer-
nees plus populairement que Republiques qui foient. Ainfi font ils les
aflemblees des communes, pour eflire lunaman, qui eft en chacun des
petits Cantons le fouuerain Magiftrat : ou celuy quia efté par trois ans
Aman ilfe leue de bout,ôc s’exeufant au peuple demande pardon en ce
qu’il auroitfailly, Ôc puis il nomme trois citoyens, defquels le peuple en
choifift vn:apres on eflift fon lieutenant, qui eft comme Chancelier, &
treize autres confeillers, entre lefqucls y en a quatre pour le confeil fe-
cret des affaires d’eftat.Et puis le camarling treforier de Pefpargne.Et la
différence eft notable peur le gouucrnemét des autres Cantons de Suif-
fes,ôc des Grifons >car celuy qui agaigné deux ou trois officiers princi¬
paux d’vn Canton des Suiffes, qui fe gouuernet par Seigneurs, ilfe peut
afleurer d’auoir gaigné tout le Canton : mais le peuple des Grifons ne fe
tient aucunement fuget, ny ployable aux officiers, fi o»ne gaignelcs
communes, comme i’ay veu par lettres de rEuefque de Bayonnc Am-
baffadeurde France. Et depuis M. deBcllieure Ambaffadeur, homme
bien entendu aux affaires,ayant la mefme charge, donna aduis du mois
de May m.d.lxv. que TA mbafladeur d’Efpaigne auoit prcfque fait re-
uolterles ligues des Grifons, de forte qu’en la ligue de la Cadeily auoic
plus de voix pour l’Efpaigne, que pour la France. Ôc depuis la ligue de
Linguedine n’ayat pas receu les deniers promis par les Efpaignols, mift
la main fus les penfionnaires d’Efpaigne, ôc les appliqua à la torture, ôc
puis les codamnaen dix milefeus d’améde: oiil’Ambafladeur de Fran¬
ce fift fi bien, que deux mois après ils enuoyerent conioin&ement auecles Cantons de Suiffe vingtfeptAmbafladeurs en Frâce, pourrenouue-lcr
^ LIVRE SECOND. z8r^ )er,& iurerl’aliance .Nous conclurons donc que la Republique eft po-
fl pulaire, ou la plufpart des bourgeois, foit par teftcs,foit par lignees, ou
ii;; claffes,ou paroiffes,ou communes,a la fouueraineté. Ettoutesfois Ari-
! ftote tient le *c5traire, Il ne fout pas,dit-il,fuiurel’opinion commune, t.iib.4.caP.4.qui iuge leftat populaire, quand laplufpart du peupleala fouueraine- Opinion
j., té.Etpuisilbaillepourexempletreizecensbourgcoisen vne cité,ou d’Ariftote
les mille eftanslcs plus riches., ôc bien aifez, ont la feigneurie, ôc en de- touchât Te-
boutent le furplus > on ne doit pas, dit-il, eftimer ceft eftat populaire: ftatpopu-
nonplus que l’ariftocratie n’eft pas celle,ou la moindre partie des ci- lajrCs
tovens ala fouueraineté,quifoient les plus pauures. Puis il conclud ain¬
fi, leftat populaire eft auquel les pauures bourgeois ont la fouueraine¬
té: ôdariftocratie, quand les richesont la feigneurie, (oient plus, ou
moins enl’vne & en fautre. Etparce moyen Ariftoterenuerfe lopi-
nion commune de tous les peuples, voire mefmes des Legiflateurs, ôc
^ Philofophesdaquelle opinion comune a toufiours efté, eft,& fera mai-
01 ftreiïe en matière deRepubliques.Combien qu’il n’y a raifonveritable,:0l! ny vraifemblable,pour fe départir de la commune opinion: autrement
f» ils’enenfuiura mil abfurditez intolérables,&indiflolubles.Car on pour
® ra dire,que la fiidion des dix comiffaires députez pour corriger les cou-
« ftumesde Rome,quiempieterentleftat, eftoit populaire :iaçoit quei tous les3 hiftoriens l’appellét oligarchie, ores qu’ils fuffent choifis^non *• Dionyfi«s Ha¬
ll» pour leurs biens, ains feulement pour leur prudence:&au contraire wM,rnaf’& Ll~)C|. quand le peuple les chaflapour maintenir fa liberté populaire, on euft t
ci dit que la Republique fuftehangee enariftocratie. & s’il y a vingt mili citoyens riches qui tiennent la feigneurie, ôc cinq cens pauures qui en
g foient déboutez, leftat fera ariftocratique: & au contraire s’il y a cinq
si: cens pauures gentilshommes qui tiennent la Seigneurie, & que les ri-
c^cs n y touchent point,on appellera telle Republique populaire. Ain-
iUi fi parle Ariftote, où il appelle les Republiques d’Apollonie,de Thera,
ou Ôc de Colophon populaires,ou bien petit nombre des anciennes famil-
les fort pauures auoient la Seigneurie fus les riches. Il paffe plus outre,
g. ca£*l dit, que fi la plufpart du peupleayant la fouueraineté donnoit les
lu, offices aux plus beaux,ou aux plus grands, leftat,dit-il,ne feroit pas po¬
il Pulaifc> ains ariftocratique : qui eft vn autre erreur en matiere d’eftat:/j attendu quil n’eft pas queftion, pour iuger vn eftat, de fçauoir qui a les
j Magiftrats,& offices : ains feulemét qui a la fouueraineté,& tou te puif-
*an^e ^ inftituer,ou deftituer les officiers,& donner loy à chacun.Tou-
tes les abfurditcz fufdites,refultent de ce qu’Ariftote a pris la forme de
§ouu^5ner5pourl eftat d vne République. Or nous auons dit cy deffus
. en paffiint,quel eftat peut eftre en pure Monarchie royalc,&legouuer-
$ ncmcnt fera populaire : c eft à fçauoir,fi le Prince donne les eftats, offi-
ces, ôc benefices aux pauures auffi bien qu’aux richefles : auxroturiersA iij
x82, DE LA REPVBLI Qjy Eauffi bien qu’aux nobles,fans acceptio ny faueur de perfonne. & ce peut
faire auffi que Feftat royal fera gouuerné ariftocratiquement, fi le Prin
ce donne les eftats & offices à peu de nobles, ou aux plus riches feule¬
ment,ou aux plus fauoris. Et au cotraire,fi la plufpart des citoyens tient
la fouuerainete, & q le peuple donc les offices honorables,! oyers & be~
nefices aux nobles leulement, come il fe fift en Rome, iufques à la loy
Canuleia,l’eftat fera populaire,gouuerné ariftocratiqueinët: ôc fi la no
bleffe,ou peu de riches a la Seigneurie,& que les charges honorables,&
bienfaits foient donnez par les Seigneurs aux pauures,&: roturiers,auffi
bien comme aux riches fans faueur de perfonne, l’eftat fera ariftocrati¬
que gouuerné populairement. Si donc toutlepeuple,ou la plufpart di-
celuy,ala fouueraineté,&qu’il donne les eftats,&benefices àtous fansrefped de perfonne, ou bien que les offices, ôc benefices foient tirezau
fort de tous les citoyens, on pourra iuger que Feftat eft non feulement
populaire, ains auffi gouuerné populairement : comme il fut p rat tiqué
par l’ordonnance faite à la requeftedAriftide, que tous citoyens fuf¬
fent retenus à tous eftats,fans auoir efgard aux biens, qui eftoit cafferla
loydeSolon: &par mefme moyen fi la Seigneurie des nobles, ou des
plus riches feulement a part à la fouueraineté, ôc que tous les autres
foient déboutez des eftats, Ôc charges honorables, on pourra dire que
l’eftat eft non feulement ariftocratique, ains auffi gouuerné ariftocrati-
quementrainfi qu’on peut voir en l’eftat de Venizc.Peut eftre on me di¬
ra,qu’il n’y a que moy de ceft aduis, & que pas vn des anciens, &: moins
encores desnouueaux, qui ont traité de JaRepublique n’a touchécefte
opinion: Ieneleveuxpasnier,mais cefte diftindionm’a femblé plus
que ncceffaire,pour bien entendre l’eftat de chacune Republique : fi on
nc veu t fe précipiter en vn labirinthe d’erreurs infinis,efquels no9 voyos
qu’Ariftote tombe, prenant l’eftat populaire pour ariftocratique, & au
contraire : contre la commune opinion, voire mefmes contre le fens
comun. Or ccs principes mal fondez,il eft impoffible de rien edifier feu
remet. De ccft erreur pareillemét eft iffu l’opinion de ceux,qui ont for¬
gé vne Republique meflee des trois, que nous auons cy deffus regetee.
Nous tiendros donc pour refolu, que Feftat d’vne Republique eft touf¬
iours fimple:ores que le gou uernemét foit contraire à Feftat: comme la
Monarchie eft du tout côtraire àl’eftat populaire:ôc neantmoins la ma¬
iefté fouueraine pour eftre en vn feul Prince, qui gotiuernera fon eftat
populairement,comme i’ay dit,ce nc fera pas pourtant vne cofufion del eftat populaire auec la Monarchie,qui font incopatibles: mais bien de
laMonarchie.yauec legouuernement populaire,qui eft la plus affeureeMonarchie quifoit.nous feros femblable iugemcc de Feftat ariftocrati¬
que,& du gouuernemét populaire:qui eft beaucoup pl9 ferme,ôc affeu-
ré,q fi Feftat Ôc le gouuernemét eftoiétariftbcratiqaç&Etcobienqiieie
. LIVRE SECOND. zg3| gouueraemét d vne République foie plus, ou moins populaire, Ou Ari-5, ftocradque ou Royale:fieft-ce que l’eftat en foy,ne reçoit comparaifon
^ de pius,ny de moins : car toufiours la fouuerainetéindiuifible, tonco-'¥ municable eftàvnfeul, ouàlamoindrepartiedetous,ouàlaplufpart:.j qui font les trois fortes de Republique que nous auons pofees. Quant à
,j: ce que l'ay dit, que le gouuernement peut eftre plus ou moins populai-
^ re,celafe peut iuger es Republiques des Suiffes, ou les cantons. Duri,. Schuuitz,Vnderual,Zug,Glatis,Appenuel, fe gouuernent par lescom-
mîmes qui tiennent la fouueraineté: auffi defes cinq cantons, iln’yapas
vne ville muree,hormis Zug; les neufautres cantos, & Genefue fe oOU-
f uernent par les feigneurs qu’ils appellent le Confeil, comme i’ay apris
' de M.de Bafte-fontaine, Euefque de Limoges, qui a le plus longuemét,'J & auffi dexcrementque pas vn Ambaffadeur, manié cefte charge fans
reproche,& auec bien grand honneur.&mefineslés Bernois, qui com¬
f1 pofentleurSenatdegens mechaniques: elifent leursauoyers des plus
|# nobles oc anciennes familles. auffi lont-ils moins fugets aux émotions:9 & au contraireles feigneurs des trois ligues grifes, qui font les plus po-i,i pin a ires, font plus fugets aux feditions : comme les Ambaftadeurs desS Pi inccs ont toufiours experimenté.Car le vray naturel d’vn peuple,c’eft
è d’auoirpleine liberté fans frein,ny mors quelconque: &quetousfoyét
I égaux en biens,en honneurs^en peines,en loyersrjfàns faire eftat, ny efti-
,i nie de la nobleffe,ny defçauoir,ny de vertu quelconque: ains, comme
Si dit Plutarque aux Sympofiaques, ils veulent que tout foit getté au fort,Jl au poids,à la Iiurc,ians refpedtny faueur de perfonne.& fi les nobles,oiî
il les riches fe veulent preualoir, ils s’efforcent de les tuer,ou bannir,&
tt “cP?rtiriçurcopfifcationaux;pauures. comineilfe fiftàl’eftabliffemét
,i, des eftats populaires de Suiffe: après la iournee de Saupar,où prefque
toute la noblefiefut :exterminee, & le furplus contraint de renoncer à
leurnoblefle j & neantmoins déboutez alors des eftats, & offices, c’eft
| pourquoy anciennement es Républiques populaires,on demadoit que
t Jesobligationsfuffentbrullees,oumifesau néant,comme il fefàifoit
bieniouuent :quelesbiens fuffent départis également,auec defenfes4 d acquérir. Encores voit-on quelques feigneurs des ligues diuifer les
id Pcn 1.ons *4ues’ ^ ordinaires a chacun des fugets en particulier, &, qui plus a d enfans mafles, il a plus que les autres au partage des deniers.Et mefmes le canton de Glaris fift inftance à l’Ambaffadeur Morlet l’an
, M.p.L.que les penfions particulières,& extraordinaires fuffent mifes en
conimun.^ Roy fift rcfponfe àf Ambaffadeur qu’il retrancherait pluf-I ° jV m Ue‘^csancicnnes^cPukffi}uespopulairesfaifoientbien■ Pis,de bannir ceux qui eftoient les plus fages,& plusauifez au manieme'tJ i es‘Jrîa,rcs,1-ornp:leful:DamonmaiftredePericles:&: non feulement
, fS P ‘Tcccitts, ains auffi les plus iuftes, & vertueux, comme fut Arifti-
cen Athènes, HermodoreenEphefe: craignants que la lumiere de
t . A ifij
X84 de la repvbliqvevertu de quelque grand perfonnage, n’cbloüiftles yeux du menu peu*
ple,ôc luy fift oublier la douceur de commander,ôc par ce moyen aller-
uift volontairement faliberté au iugement, ôediferetion d’vn homme
fage ôc vertueux : à plus forte raifon craignoient-ils, que la noblefle des
hommes illuftres, ou la prudence, ou la richeffe fift ou uercure à l’ambi¬
tion pourempieterl’eftat. Au contraire, les nobles, friches ne font
point d’eftat du populaire, mais ils eftimentque c’eft bien la raifon que
celuy quia plus de nobleffe ou de biens,ou de vertu, ou de fçauoir, foit
plus eftimé,prifé, ôc honnoré: ôc que les charges honorables font deuës
a telles gens, ôc par ce moyen ils s’efforcét toufîours de forclore les pau-
ures.^ôc le menu peuple de manier Peftat. Or il eft impoffible de mode¬
rer ces deux humeurs contraires de mefme breuuage. Combien queS olon fe * vantoit, que s’il auoit puiffance de faire loy, qu’il eftabliroic
des ordonnances égalés aux riches, aux pauures, aux nobles, aux rotu¬
riers. ce que les riches entendoient de l’equalité geometrique : les pau¬
ures del’equalitéarithmetique.Nous.dirons en fon lieu de l’vne,ôc l’au¬
tre equalité,&lescommoditez, ôcinconueniensde chacune des trois
Republiques, maintenant il fufift de fçauoir les définitions, ôc qualitez
des Repubiques.DV SENAT, ET DE SAPVISSANCE.C H A P. I.E Sénat eft Paffemblec legitime des Confeillers d’eftat,
pourdonneraduisàccux quiontlapuiffancefouuerai-
neen toute Republique. Iufquesicy nousauôsdifcou-
ru de la fouueraineté,ôcdes marques d’icelle:puis nous
auons touché la diuerfité des Republiques. Difons
maintenant du Sénat, puis nous dirons des Officiers,
mettant les chofes principales en premier lieu. Non pas que la Repu'
blique ne puifle eftre maintenue fans Sénat. Car le Prince peut eftre 11
fige,ôc fi bien auifé,qu’il ne trouucra meilleur confeil que le fien:ou bje
LIVRE TROISIEME. 285fe defiant d’vn chacun,ne prendra l’adiiis, ny des fiens,ny des eftrâgers:
comme1 Antigon Roy d’Afie:Loüysx i.ence Royaume,quel’Empe- i-PiutarinDem^
reur Charle v.fuyuoitàla trace:1 Iules Cefàr entre les Romains,qui ne i.Tranquii.in
difoit iamais rien des entreprifès, ny des voyages, ny du iour de la ba~ Cæiaiæ*
taille: qui font venus à chef de hautes entreprifes, ores qu’ils fuffent a£
faillis degrands, ôc trefpuiffans ennemis: ôc d’autant eftoyent-ils plus ‘
redoubtez,que leurs deffeingseftans clos& couuerts, fe trouuoiétplu-
ftoft executez, que les ennemis en euffent le vent, qui par ce moyen e-
ftoyentfurpris:&: les fugets tenus en ceruelle, ôc prefts à d’exploiter, ôc
obéir à leur Prince,fi toft qu’il auroit leué la main:tout ainfi que les mé-
bres du corps bien compofez/ontpreftsa receuoir,& mettre eneffedl
les mandemens delà raifon, fans auoirpart au confeil d’icelle. Or plu¬
fieurs fans caufe,à mon aduis,ont doubté, s’il eft plus expedient d’auoir
vnfage,&vertueux Prince fans confeil,qu’vn Prince hebetépourueu de S’il eft mois
bon confeil : ôc les plus fages ont refolu que l’vn, ny l’autre ne vaut rien, dangereux
Mais file Prince eft fi prudent qiuls fupofent, il n’a pas grand affaire de d’auoir vn
confeil : ôc le plus hau t poind qu’il peut gaigner es chofes de confequê- bon Prince
ce, c’eft de tenir fes refolu tions fecrettes, le{quelles defcouuertcs,ne fer- aflîfté d’vn
uent non plus que mines efuentees. Auffi les fages Princes y donnent fi mauuais co
bon ordre,queles chofes que moins ils veulent faire, font celles dot ils feilWvn
parlent le plus. Et quant au Prince hebeté, comment fèroit-ilpourueu rnauuais
de bon confeil, puis que le chois dependdefa volonté ?& que le pre- prince con-
mier poind de fageffe, gift à fçauoir bien cognoiftre les hommes fages, Coduit par
& en faire le chois àpropos,pourfuyureleurconfeil. Mais d’autantque bon cofeil.
lafplendeur, ôc beauté de fageffe, eft fi rare entre les hommes, ôc qu’il
fautreceuoir en route obeiffance les Princes qu’il plaift a Dieu nous en-
tioyer, le plus beau fouhait qu’on peut faire, c’eft d’auoir vn fage cofeil:
ôc n eft pas a beaucoup près fi dangereux d’auoir vn bon Prince,&: mau¬
uais confeil,qu’vn mauuais Princeconduitpar bon confeil, commedi-
foit l’Empereur Alexandre. I’ay dit, que le Prince foit conduit parl’ad-
uis du confeil: ce qu’il doibt faire non feulement és chofes grandes, Ôc
d importance,ains encores es chofes legeres, car il n’y arien qui plus au-
torife les loix,& mandernens d’vn Prince,dVn peuple, d’vne feio-neurie,
que les faire pafler par l’aduis d’vn fage confeil, d’vn Sénat, d’vne Cour,
comme Charle v. furnomméle fage, ayant receu les appellations, ôc
plaintes de ceux de Guyene,fugets du Roy d’Angleterre, contreuenât
directement au traité de Bretigni, il affembla tous les Princes en Parle¬
ment,difant qu’il les auoit fait venir pour auoir leur aduis,& fe corriger,
s il auoit fait chofe qu il ne deuft faire. Car les fugets voyanslesedits, ôc
mandements paffez, contre les refolutions du confeil, font induits à les
mefprifer:& du mefpris des loix vient le mefpris des Magiftrats, & puis
a rébellion ouuerte contre les Princes, qui tire après foy la fubuerfion
des eftats. C eft pourquoy on remarqua, que Hierofme Roy de Sicile
j.L'iuius Hiero¬
nymo: Régnante
H iero n a manferat
publicam CofUiüt
poft mortem eias
nulla dere neque
conuocati,neque
confulti fucrunc.6 Demofth.contra
leptinem.DE LA REPVBLIQVEperdit fon eftat,ôc fût cruellement tué,auec tous fes pares,& amis, pour
auoir mefprifé le Sénat, fans rien luy3 communiquer : ôc parle moyen
duquel fon ayeul auoitgouuernè l’eftat cinquante ans,ôc plus,ayât cm-
pieté la fouueraineté, Cefarfiftlamefme faute gouuernant la Republi¬
que fans l'aduis du Sénat, ôc la principale occafion qu’on print pour le
tuer>fut parce qu’il ne daigna feleuer deuant le Sénat, à la fuafion defonflateur Cornélius Balbus.ôc pour mefmecaufe les Romains auoienttué
le premier, ôcchaffé le dernier Roy, d’autant que 1 vn mefprifoit le Sé¬
nat, fiifant tout à (à tefte : l’autre le vouloit abolir du tout, liiprimant les
Senateurs par mort.Et pour cefte caufe le Pvoy Loüys x i. ne voulut pas
que fon fils Charle v 111. feeut plus de trois mots de latin,qu’on a rayez
de l’hiftoire de Philippe deComines : affin qu’il fe gouuernaft par cou*
feil, cognoiflant bien que ceux qui ont bonne opinion de leur fuffifàn-
ce,ne font rien que de leur cerueau: ce qui auoit réduit Loüys xi. àvn
doigt près de fa ruyne,comme il confella depuis. Auffi eft il certain que
le fçauoir d’vn Prince,s’il n’eft accopli d’vne bien rare, ôc finguliere ver¬
tu, eft comme vn dangereux coufteau en la main d’vn furieux: & n’y a
rien plus à craindre qu vnfçauoir accompaignéd’iniuftice, Ôcarmé de
puiffance.il ne s’eft point trouué de Prince, hors le fait des armes, gue-
res plus ignare queTraian, ny quafi plus fçauant que Néron : ôc toutes-
fois ceftuy-cy neuft oneques fon pareil en cruauté, ny ceftuy-li en b5-
té :l’vn mefprifoit, l’autre reueroit le Sénat. Puis donc que le fenat, eft
vne chofe fi vtile en la Monarchie, ôc fi neccffaire és eftats populaires,&
Ariftocratiques,qu’elles ne peuuét fubfifter, difons en premier lieu des
qualitez requifesauxfenateurs,puis du nombre d’iceux : ô: s’il doibt y
auoir plus d’vn confeil: ôc les chofes qu’on y doibt traiter : Ôc en dernier
lieu quelle puiflance on doibt donner au fenat. I’aydit quele fenat eft
vne affemblee legitime, cela s’entend de la puiflance qui leur eft donec
du fouuerain,de s’affembler en temps, ôc lieu ordonné. Quantaulieu
il ne peut chaloir ou foit : car bien fouuent l’occafionleprefente, ouïes
affaires fè doibuent executer. mais Licurgue Legiflateur, a efté loué de
la defenfe qu’il fift de mettre pourtraits,ny peintures,au lieu ou le fenat
deliberoit : parce qu’il aduient fouuent, que la veüe de telles chofes di-
ftraitlafantaifie,Ôc tranfporte la raifon qui doibt entièrement eftre ten¬
due à ce qu’on dit. I’ay dit Confeillers d’eftat,poui la différence des au¬
tres Confeillers,ôc Officiers qui fouuent font appeliez,pour donnerad-uisaux Princes,chacun félon fa vacation,ôc qualkéjôc neantmoins ils ne
font point côfeillers d’eftat,ny ordinaires.Et quât au tiltre de fenateur,il
fignifie vieillard, comme auffi les Grecs appellent le Sena ty«/o-wn<tv, qui
monftré bien que les Grecs,Ôc Latins compofoientleur confeil de vieil¬
lards, ou de fenieurs,que nous appelions Seigneurs, pour rau£torite,&
dignité qu’on a toufiours donnéaux anciens, comme aux plus figes, &
mieux expérimentez. Auffi par la couftume des6 Atheniens, quandlepeuple
LIVRE TROISIESME. 287peuple eftoit afïemblé pour donner aduis,l’huiffier appelloitàhaulte
voix ceux qui auoientattaintcinquanteans,pourcôfeilIerce qui eftoit
bon & vcile au public. Et non feulement les Grecs, de Latins ont déféré
la prerogatiue aux vieillards de donner confeil à la République : ains
auffi les Ægyptiens,Perfes, Hebrieux , qui ont apris aux autres peuples
de bien, &fàgement ordonner leurs eftats. Et quelle ordonnance plus
diuine, voulons nous que celle de Dieu? Quand il voulut eftablir vn Sé¬
nat , Affemblez moy, dit-il, foixante ôc dix des plus anciens de tout le
peuple, gens fagcs^Sc craignans Dieu. Car combien qu’on peuft trou-
uernombre de ieunes hommes atrempez,fages,vertueux,voire expéri¬
mentez aux affaires (chofetoutesfois Bien difficile) fieft-ce toutesfois
qu’ilferoitperilleux d’en compofervn Sénat (quiferoit pluftoft vniu-
uenal (d’autant que leur confeil ne feroit receuny des ieunes, ny des
vieux : car les vns s’eftimeroient autant, ôc les autres plus fages que telsconfeillers.Etenrnatiered’eftat,fienchofedumonde,ropinion n’apas
moins,& bien fouuent a plus d’effed que la vérité. Or il n’y arien plus
dangereux, que les fugets ayent opinion d’eftre plus fages que les gou-
uerneurs. Et files fugets ont mauuaife opinion de ceux qui comman¬
dent,comment obeyront-ils? & s’ils n obeiffent quelle ifïue en peut-on
efpererPC’eftpourquoy Solon defendit au ieune homme Icntrec du fe¬
nat,ores qu ilfemblaft eftre bien 7 fage. Et Licurgueauparauant Solon, 7* £4 5y] ctfr
compofa le fenat de8 vieillards. Et non finis caufe les loix ont donné la
prerogatiue d’honneurJpriuileges,&rdignitez aux vieillards,pour la pre-
fumptionquondoibt auoir qu’il font plus fages, mieux entendus, ôc cault*
plus propres a confeiller que les ieunes. le ne veux pas dire que la quali¬
té de vieillefle fuffife, pour auoir entreeau Sénat d’vne Republique, ôc
mefinementfila vieillefTe eft recrüe,&ia decrepite,défaillant les forces
naturelles,& que le cerueau affoibli 11e puiffe faire fon debuoir. Platon
mefmes, qui veut que les vieillards foyentgardes de la Republique, ex-
eufe ceux-là. Auffi eft il dit en l’efcriture, que Dieu ayant efleu foixan¬
te ôc dix, vieillards, leur donna l’infufion de fàgeffe en abondance. Et
pour cefte caufe les^Hebrieux appellent leurs fenateurs, les fages Et ? 'O’QSiT
Ciceron appelle le fenat l’ame,la raifon,l’intelligence d’vne Republiq ue; œm°m Xe
vou iant conclute que la Republique ne peut non plus fe maintenir fans drim‘
fenat,que le corps fans ame, ou l’homme fans raifon, ôc partât qu’il faut
que lesfenazeursfoyent refolus par vne longue exercice d’oüyr ,pezer,Ôc refou dre le s grandes affaires. Carlesgrands ôc beaux exploits enar-
ines, ôc en loix, ne font rien autre chofe que lexecution d’vn fage con¬
ique 1 es Grecs pour cefte caufe appelloiét chofe facreerles Hebrieux
fondement,fus lequel toutes les belles,&loüables avions font bafties, I(1lDîfan^1 ans le™e'Coutcs les entreprifes fe ruinent. Quand ie dy fageffe, i’en- mcnîum & couü'
ten sque e foit coniointe a la iuftice, ôc loyauté, car il n’eft pas moins,
peuteftieplus dangereux d auoir de mefehans hommes pour fena-
opiniaftre-
té pernici-
cufe envn
fenateur.z.P!utar.in Ly¬
curgo.3.Liuius lib. Ji»Il eft dan¬
gereux d’a-D xuoirvn co
feiller d’e¬
ftat penfio-
naired’vn
autre Prin¬
ce.l8g DE LA REPVBLIQVËteurs,quoy qu’ils foietfubtils,Ôc bien experimetez, que d’auoir des ho¬
mes ignares,ôc lourdaus. d'autat que ceux-lafe fouciët peu de renuerfer
toute vne cité, pourueu que leur maifon demeure entiere au milieu des
ruinesiôcquelquesfoisparialoufïe de leurs ennemis defendent vne opi¬
nion contre leur confcience : ores qu’ils riayent autre profit,que le tri¬
omphe qu’ils raportëc de la honte de ceux qu’ils eftimeront auoir vain¬
cus, tirant ceux de leur fa£tion à leur cordelle. Il y en a d’autres qui ne
fontpouffez,ny d’enuie,ny d’inimitié, mais bien d’vne opiniaftretéin-
domtable,pour fouftenir leur aduis, fans iamais ployer à la raifon ,&
viennent bienfouuent armez d’arguments,comme s’ils auoient à com-
batre les ennemis en plein Sénat: qui eft vne pelle prcfque auffi dange-
reufe comme l’autre, ôc qu’on doibt euiter comme la roche en haute
mer:ou il eft neceffaire d’obeir à la tépefte, caler les voiles, laiffer la rou¬
te,ôc fe reculer du port, auquel en fin on furgira,quand on aura le véten
poupe. C’eft pourquoy Thomas le More Chancelier d’Angletcrreje-
ftoit d’aduis qu’on ne difputaft point de ce qu’on auroit propoféle
mcfmeiounainsqueladifputeen fuft referuee au iour fuyuant:affin
que celuy qui aura dit fon aduis (ans y penfer, s’efforce de le fouftenir,
pluftoft que s’en départir. Il faut donc que le fage fenateur defpouille à
l’entree du confeil la faueur enuers les vns, la hayne enuers les autres,
l’ambition de foy-mefme: ôc qu’il riait autre but que l’honeur de Dieu,
ôc le fil ut de la Republique. Enquoy les Lacedemoniens eftoyent fore
loüables,quand il y alloit du public.'car ceux-là mefmes quiauoienteo-
batu vne opinion fe formalifoient pour la defendre, quâd elle eftoit re-
folue par le confeihparce qu’il eftoit1 expreflemêt defendu de difputer
de ce qui eftoit paffé par le fenat:come il eftoit en la Republique des A-
cheans1 ôc des Florentins. Quant au, fçauoir, bien qu’il foit requis, &
mefmemét la fciéce des loix,des hiftoires,ôc ded’eftat des Republiques:
toutesfois le bon iugement,l’intégrité, la prudence font beaucoup plus
neceffaires.Mais la principale qualité, ôc la plus requife envn Senateur,
c’çft qu’il ne tienne rien des autres Princes ôc feigneurics, foit en foy &
hommage, foit par obligation mutuelle, foit pour la penfion qu’il en
tire : ôc combien que c’eft la chofe la plus dangereufe à vn eftat, fi eft-ce
qu il riy a rie plus frequet au confeil des Princes. Toutesfois les Venitiés
' pour leur regard ont toufîours doné affez bo ordre, iufques à clore 1 c-
' tree de leur cofeil aux preftres,parce qu’ils ont fermet au Pape de ne rie
faire contre luy:ôcdeuant que baloter,on crie tout hmt.for/iprenti. Et
‘ mefmes ils bânirent Hermolaus Barbarus A mbaffadeur,comme ils ont
fait encor’ depuis peu de téps le Cardinal de la Mule auffi leur Ambafla-deur,pou r auoir pris le chapeau du Pape fans côgé de la feigneurie.maisen ce Royaume ie trouue q x x x y .Chanceliers ont efté Cardinaux, ou
Euefques pourlemoins:ôc en Angleterre on a veu le femblable.ôc mef
mes en Pouloigme l’Archeuefque de Guefne eft Chancelier naturel duRoyaume-'
LIVPvE TROI S TE S ME* 2.89Royaume : de forte que les Roys ont efté contraints d’aUoir vn vi-
chancelier homme lay. Et quant aux penfions donnees par leseftran-
ges aux mignons, ôc gouuerneurs des Princes , ceft chofe fi ordi¬
naire, que cela a paifé en couftume. Et mefmes Cotignac Anibaf-
fadeur de France en Turquie , ofa bien efpoufer vne Dame Gre-
que fans en aduertir le Roy ; comme depuis peu d’annees vn autre a
voulu efpoufer la feur du Roy de Valachie , ala fufcitation de Me-
^ hemet Bafcha, ôc du Duc de Nixe , ôc pour le refus qu’il en a fait,
[Ci le Bafcha la defpoiiillé de fon eftat , ôc en inueftit celuy qui eft à
prefent Roy de Poulongne. Telles entreprifes font dangereufes à vn
i eftat, ôc 11e deueroyent pas ainfi pafTer par foufrance. Voila les prin-
i cipales qualitez du vray Confeiller d’eftat .Enplufieurs Republiques
4: on y requiert auffi la noblefle, commue à Venize ,.Rhagufe, Nurem-
i berg : ou les rich elles comme à Genes : ôc anciennement en Athe-
ttt nés par les ordonnances de Solon , ôc prefquc en toutes les Repu-
)p bliques anciennes. Et mefmes l’Empereur Augufte ne vouloir pas
l; que le Senateur Romain de fon temps, euft moins de x x x. mil et
ut eus valant, ôc fupploya ce qui defailloit aux fages Senateurs. non que
4 cela fuft neceiîàire au confeil : mais pour ofter les plaintes des vus,
1; ôc la faction des autres, qui font ordinaires quand on efgalelespau-
lt| ures aux riches , les nobles aux roturiers , aux eftats, ôc honneurs
-eit qu’on diftribue en la principauté Ariftocratique : telle qu’eftoit leftat
,jB foubs Augufte. Il eftoit aufli requis pour auoir entree au Sénat, qu’on
|i euft eu office honnorable, ôc charge publique. Et pour cefte caufe les
j| cenfeurs de cinq en cinq ans enrégiftroyent au roole du Sénat tous ceux
{j qui auoyent eu Magiftrat. Et quand Sulla voulut fupployer le nombre
f des Senateurs,parce qu’on en auoit fait8 mourir x c. il inftitua x x. Oile¬
is fteurs:ôcCefar quarante 1, affin qu’au mefinc inftant ils euflent entree
au Sénat,& puiflance d’opiner ce qui n’eftoit pas3 permis anciennemet,
t ores qu’ils ne fuftent appeliez Senateurs,iufques à ce qu’ils fuffent nom-
’l mez & enregiftrez parles céfeurs. Cefte couftume eft encores à prefent
gardee és Republiques bien ordonnées : ôc nul n’eft receu en Poulon-
gne Senateur,qui ne foit Palatin, Euefque, Caftellan, ou capitaine, ou
^ qui 11 ay t eu charge d’Ambaffadeur. ôc nul n’a feance au Diuan du Roy
^ de Turquie, que les quatre Bachats les deuxCadilefquers, &:lesx 11.
^ Bellerbeis,après les enfans du Prince qui prefident au Cofeil en l’abfen-
ce du pere. Mais cela ne doibt pas auoir lieu enuers les marchans d’of-
,f|i fice, ny en la Republique où Ion traffique les honneurs , & Magi-
^ ftrats a prix dargent,attédu que la fciéce,&Ia’ vertu, qui font neceflaires
^ aux cofeillers d’eftat,font chofes fi {acrees,&fi diuines quelles ne tôbet
flt iamais en commerce, quant à l’examen du Confeiller d’eftat il fe faifoit
111 auffi foubs les derniers Empereurs, comme nous lifons en Caffiodore*
" Bf1 f • '8. Âppian.îib.i;
€yU(pyA-
i. Dio.lib. 4j.3. Valer.lib,2. c. 1,
deF2biomax.&
P. Craffo.1
6. Plutar.inSoîoj. Dionyf.lib.i.ï. Aïiftot.lib.4.
chap. 14. polit,
t. Liums lib.ji.19o de la repvbliqveAdmittendos in Senatum examinare cogit follicitus hcnorfenatus. Quant an
nombre des Senateurs,il ne peut eftre grâd,veu la perfection requife au
Confeiller d eftat. Il eft bien vray qu’és Republiques populaires, &
Ariftocratiques,on eft forcé,pour euiter aux ièditios,de paiftre bié fou-
uent la faim enragee des ambitieux,qui ont part à lafouueraineté.come
en AtheneSjOn droit tous les ans au fort quatre cens Sénateurs, par l’or-
donnâce6 deSolon.depuis le nombre fut augmenté iufques à cinq ces,
qui eftoy et cinquâte de chacune lignee: ôc après qu o eut adioufté deux
autres lignées,à fçauoir rantigonide,&Demetrïade onaccreut lenobre
iufques à fix cens,qui châgeoient tous les ans:ores qu’il n’y euft du téps
de Pericle que xm.mil citoy es, ôc xx.mil au téps de Demofthene.Pour
la mefme caufe quel’ay dit, Platô en fa Republique, qu’il a fait populaire,
copofe le Sénat de cet foixante ôc huit,des plus accorts,&aduifez,qui c-
ftoit la trétiefme partie des cinq mil ôc quarâte citoyens.En cas féblable
Romule print la trétiefme partie des fugets pour faire le Sénat Romain:
car de 111.mil qu’ils eftoiét9il en print cet des plus nobles. & après auoir
receu les Sabins il doubla le nobre,qui fut accreu de cét par Brutus. & ce
nobre de trois cés Senateurs en trois ou quatre cés ans ne fut point aug-
mété,c5me nous lifons en Dio.iaçoit que du téps de Cicero ils n’eftoiéc
gueres moins de cinq cés:car luy-mefme eferit qu’il s’en trouuaccccxv.
au Sénat, quâd il fut délibéré de faire le proces à Claude, qui depuis fut
Tribu du peuple^outre ceux qui eftoy et ésProuinces,ou que la vieillef-
fe,oumaladie exeufoit. Et peu après Cefàr en fift iufques à mil, partie
g aulois,& autres eftrâgers:& mefmes L.Licini9 baibier,come dit Acro.
Mais Augufte cognoiflànt le dâger qu’il y auoit de faire fi grâd nombre
de Sénateurs,n’en retint que fix cés, qu’il vouloit reduire à l’ancien no¬
ble de trois cens : qui toutesfois n’eftoit à peu près que la dixmilliefmc
partie des citoy ens.il ne faut donc pas eftablir le nombre des Senateurs,
eu efgard à la multitude du peuple,ny pourferuirà l’ambitiodes igno¬
rans , ôc moins encores pour en tirer argent:ains feulement pour le fcul
refpeâ: de la vertu, & fàgefle de ceux quilemeritét.ou biés’iln’eft pot
fibleautremét de faouler l’ambition de ceux quiontpartàl’cftat es Ré¬
publiques populaires,&Ariftocratiques,&r quela neceflité contraigne
d’ouurir la porte du Sénat à la multitude,qu üfoit ordonné,qu’il ny ait
que ceux qui auront eu les plus grands charges, ôc magiftrats qui ayent
voix deliberatiue:comme en la République populaire des Candiots,
tous les citoyens auoyent entrée au Sénat, Ôc opinoyét,maisiln y auoit
que les1 Magiftrats qui euffent voix deliberatiue. ôc au confeil des A-
chæans il n’y auoit que le capitaine en chef, ôc les dix Demiourges qui
euflent voix deliberatiue pour arrefter lesr opinions.mais il n en faut
pas venir là, fi autrement on peut obuier aux ieditions populaires.^ car
outre le danger euident, qui eft d euenter le confeil communique a tatde perfon-
LIVRE TROISIESM E. 191deperfonnes,c’eft donner occafion aux factieux de troubler vn eftat, fi
ceux là, qui ont voix deliberatiue, ne s’accordent à l’opinion de ceux■ qui n ont que voix conFukàtiüèjqui n’elt comptee pour rien.Etaffin de
preuenirl’vn &Pautre dangerjesanciens Grecs trouuerent moyen de
faire vn cofeil à part des plus fages fenateurs., qu’ils appelloyét 7rpg&hovç,
ôc ÀTrozAvrous, affin d’aduifer aux affaires vrgen tes, ôc de ce qu’on deuoit
tenir fecret, ou communiquer au Sénat, ioint auffi qu’il eft bien mal-
aiféd’affemblerles Sénateurs en tel nombre qu’il eft requis, Ôc les fai¬
re tomberd’accord, & cependant l’eftat demeure en danger, &Focca-
fion de bien negotier palle. car combien que la dignité de Senateur en
Rome fuft grande, fi eft-ce que FEmpereur Augufte quelques amédes
1 qu’il euft ordonnées à faute d’y affifter ny peut remedier,& fut cotraint
comme eferit Dion, de cinq qui deuoyent l’amende en prendre vn au
fort. &Rufciuscæpio pour les inuiteràleur deuoir laiffapar teftament
i: certaine fomme de deniers à ceux qui viendroyent au Sénat, car il eftoit
ü requis du moins cinquante Sénateurs- pour faire arreft, Ôc bien fouuen t
il cent, ou deux cens : ôc quelquesfois quatre cens, qui eftoyent les deux
t tiers des fix cens Sénateurs, comme il fe fait és corps ôc collèges, mais
tl Augufte ofta la neceffité qui eftoit de quatre cens,comme eferit Dion 4 +• Dio
:ti dauantage le Sénat ordinaire if eftoit affemblé que trois fois le mois, ôcI s’il ne plaifoit au Conful, fans le mandement duquel le Sénat ne fe pou-
uoitaffembler, ou du plus grand Magiftrat en l’abfence du Conful, on(| paffoit quelquesfois vn an lans appeller le Sénat, 1 comme fift Cefar en 2- Tranquii. ul| fon premier Confulat,ayant le Sénat contre luy, ôc ce pendant fift arre-II fter au peuple ce que bon luy fembla.Solon auoit bien mieux pourueu
i aux Athéniens,car il auoit ordonné3outre le Sénat des quatre cens mua-
j ble par chacun an, vn confeil priué Ôc perpetuel des Areopagites 3 com-
% pofe de foixante des plus (âges, & lins reproche, qui auoit le maniment
3j des affaires plus lecrettes. On apperceut bien de quelle importâce eftoit
jj ce confeil,car auffi toft que Pericles, pour gaigner la faueur du peuple,,j eut4 ofté la puiffaceaux Areopagites,renuoyât le toutau peuple, la Re- 4.^ flutar, m Péri-• publique fut ruinee.Nous trouuons auffi que les Ætoliens auoyent ou-
nt! rre^e gralld confeil,qu on appelloit Panætolium,vn priué confeil choifi,j, des plus fages d’entr eux, defquels3 parlant Tite Liue, Santtius eftapud 5. Liuius lib.jj.AEtolos èmfilium eorum quos apocletos appellant. & peu après, Arcanum hocI, gentis confïlium. au parauant il auoit Aii^Legibus AEtolorum cauebatur, ne
^ depace bettoueymJt in Panœtoliojïj Pylaico confîlio ageretur. Nous lifons auffi
! que laRepublique populaire des Carthaginois, auoit outre le Sénat de
r cccc. vn confeil particulier de xxx. Sénateurs, des plus experimétez aux
f affaiics.CartaginenJes ditJ Tite Liue,xxx. legatqsJcnioru Principes adpacem iib.j©,
petendam mittunt .id eratfanflius apud eos concilium ^maximaejue ad Senatum# regendum vis. ce que les Romains 11 auoyét pas. Auffi Tite Liue sebahift,\f come d’vne chofe eftrage, que les Ambaffadeurs de Grece 3c d’Afie5quiBij
DE LA REPVBLIQVEcftoiet venus àRome,n’auoyét rien peu fçauoir des propos que le Roy
Eumenes auoit tenu en plein Sénat contre le Roy Perfe us, adiouftat ces
mots, Eo filentio claufa curia erat.cn quoy il moftre affez que de fon téps
&ialong temps au parauat,rien ne fe faifoit au Sénat,quinefuft euenté!
qui faifoit que les Senateurs quelquesfois eftoyent contraints défaire la
charge de fecretaires d’eftat,aux arreft quils appelloy ent fecrets, ôc pre-
dre le ferment d'vn chacun que la chofe ne feroit diuulguee, qu elle ne
fuft executee,comme dit Iulle Capitolin : car la loy fi quis aliquid depœ-
w/^qui condamne au gibet ou au feu ceux qui reuelent les fecrets du
Prince,n eftoit pas encores publiee.Et comment euft on tenu chofe fe-
crette,où il y auoit quatre à cinq,& quelquesfois fix cens fenateurs,ou-
tre les fecretaires ? ôc mefmes les ieunes enfans des fenateurs y entroyenc
au parauant Papirius prçtextatus, ôc en portoy ent les nouuelles aux me-
res.Mais Augufte en fin y remedia, parle moyen que i’ay dit, eftablif-
fant vn conleil particulier des plus fages fenateurs, ôc en petit nombre:
fans faire entendre au fenat que ce fuft pour deliberer des affaires fecret-
tes:ains feulement pour aduifer fur-ce quon deuoitpropofer au Sénat.
ôc toft après la mort d’AugufteTibere demanda au Sénat xx. hommes
pour aduifer feulement,comme il faifoit entendre, à ce quon raporte-
roit au Sénat. & depuis cefte couftume fut fuiuie des plus {âges Empe¬
reurs^ fçauoir Galba,'Traian, Adrian, Marc Aurele, Alexandre Seucre.
ôc deceftui-cy parlant Lampridius,Il ne fift onques,dit-il,ordonnance,
qu’il n’y euft xx. Iurifconfultes, ôc plufieurs autres gens fignalez, ôc en¬
tendus aux affaires iufques à cinquante, affin qu’il n y en euft pas moins
que pour faire vn arreft du Sénat. Où il appert euidemment qu’en ce
confeil priué fe depefehoyent les chofes grandes, ôc que ce n’eftoit pas
feulement pour deliberer fur ce quon propoferoit au Sénat: ains pour
refou dre, & decider les affaires fecrcttes,& importantes, ôc peu à peu les
ofter au Sénat. Et par ce moyen on remedia auffi à vne autre difficulté
(qui feroit ineuitable en la Monarchie) pour la multitude de Senateurs,
qui ne pouuoit fuiure FEmpereur, auquel toutesfois doit toufiours af-
fifter fon confeil,ainfi que les anciens Theologiens, ôc Poetes ont figni-
fié, faifant que la deeffe Pallas fuft toufiours à la dextre de Iuppiter. au¬
trement il faudroit que le Prince fuft attaché au lieu où le Sénat feroit fa
refidence,ce qui n’eft couenable à la maiefté fouueraine,ny poffible. Et
cobien qu’il fedefpcche plufieurs chofes au priué confeil qu’il n’eft pas
befoin de raporter au Prince : fi eft-ce qu’il eft bien expedient qu’vn
chacun penfe qu’il les ented,pour les audorifer dauantage,affin queles
fugets ne dient point, le Roy ne l’entend pas. Et pour ceftecaufele
grand Seigneur des Turcs a toufiours vn treillis qui refpond de fa
chambre au Diuan , où fe tient le confeil,affin de tenir les Bachats,
& ceux du confeil en ceruelle , ôc qu’ils penfent toufiours que leur
Prince les voit, les oyt, les entend. Mais peut eftre, dira quelqu’vn>la
LIVRE TRO ISI ES ME* mla République eft fi eftroite les hommes d’experiencc en fi pe¬
tit nombre j qu’il ne s’entrouuerapasà fufire, Il eft bien vray fi l’eitat
eft fi angufte, quil n’en feroit pas grand befoing, comme en la Repu¬
blique des Pharfaliens, il n’y auoit que x x. perfonnes qui euffent k fei¬
gneurie , & n’y auoit point d’autre Sénat , ny confeil priué que les x x,Seigneurs. Et toutesfois la Republique des Lacedemoniens , toufiours
f au parauant, ôc depuis auoir conquefté toute la Grece, il n’âuoit que
xxx. Seigneurs , pour lafeigneurie > ôc pour le Sénat: mais neantmoins,
de ce nombre de x x x. il y en auoit vn fort petit nombre pour le confeil
priué, comme nous lifons en z Xenophon eftabliffant cefte forme d’e- 2. iibj.remnrgr-*
ftatenAthenes,oùilsdeputerentxxx. Seigneurs. & aux autres villes de car*
la Grece dix Seigneurs fouuerains, (ans autre Sénat, ny confeil particu¬
lier. la raifon eftoit qu ils auoyent refolu de changer toutes les Républi¬
ques populaires de la Grece en Ariftocraties,ce qu’ils n euffent peu faire
es moindres villes,s’ils euffent érigé feigneurie, Sénat, & confeil priué.Mais à prefent,il n’y a prefque République foit populaire,ou Ariftocra*^ tique,qui n’ay t vn Sénat,& vn confeil particulier, Ôc bien fouuent outre
l’vn,& l’autre,vn confeil eftroit, &:principalement les Monarques. Car
quoy que l’Empereur Augufte furpaffaft tous les autres,qui depuis Font
si fuiuy, en prudence & heureux exploits, fi auoit-il outre le S^nat, ôc le
îï confeil particulicr,vil autre confeil eftroit de Mecenas > ôc d’Agrippa, a-
i ueclefquels il aecidoit les hautes affaires:&*n’appella que ces deux pour Dio-üM*
ü arrefter s’il debuoit retenir, ou quitter l’empire : comme IulleCefara-
isi uoit Q^Pædius ôc Cornelius Balbus : pour fon confeil eftroit, ôc7 àuf- Jul Jran<3uUia
fi quels il bailloit fon chifre pour communiquer leurs fecrets. AuffiCaf-i fiodoreparlant des fecrets du Prince difoit, rduum nimis efl Principis
il memijje fecretum. Nous voyons en cas femblable la cour de Parlement
jjf de Paris, auoir efté l’ancien Sénat de ce Royaume, au parauant le grand
I confeil, ôc le confeil priué, Ôc le confeil eftroit, où les refolutions font
clli prifes, des plus grandes affaires délibérées auparauant au confeil priuéj
jl ôc confeil des finances,fi les chofes meritent quon les raporte. là font fi*
jj| gnez les rooles des dons, lettres, ôc mandemens : là font ouuerts les pâ-
■p quets des Princes,des Ambafladeurs ,,des Gouuerneurs Ôc Capitaines,ôc
‘j, les refponfes commandées aux fecretaires d’eftat. Et combien que par
U l’ordonnance de Charles ix. faite au mois deNouembre m. D. L x 111.^ non imprimee, il eft porté au premier article quand le Roy feraefueillé,, que tous les Princes, ôc ceux de fon confeil entreront en la chambre:^ neâtmoins la dixiefme partie ny entre pas à prefent. Il y a auffi vn coil¬
li ^ * Part Pour ^es finances, auquel affiftent les intendants ôc fecret-
j taires d’eftat des finances, ôc le treforier de l’efpargne*Et outre cela, les
Princes ont toufiours eu vn confeil eftroit de deux ou trois, des plus
intimes, ôc feables. Et ne faut pas trouuer eftrange la diuerfité , ôc
£" pluralité de confeils en ce Royaume, veu qu’en Efpagne il y en afept,A ‘ p iij
194 DE LA REPVBLIÇTVEoutre le confeil eftroit, qui fe tiennent toufiours près du Roy encham
bres feparees,& toutesfois en mefme corps de logis,affin que le Roy al¬
lât de l’vn à l'autre foit mieux informé des affaires : ceft à fçauoir le con-
feil d'Efpaigne, le confeil des Indes, le confeil d'Italie, & du bas pays"
le confeil de la guerre, le confeil de l’ordre faint Iean, le confeil de lin!
quilîtion. Si on dit que la grandeur de l’eftat le requiert, ie ne le nye
pas : mais 11 voit-on aufli à Venize, qui n’a pas grande eftenduc de
pays, quatre confeils, outre le Sénat & grand confeil, c’eftà fçauoir le
confeil des fages de la marine, le confeil des fages de la terre : le confeildes dix : le confeil des fept, où le Duc fait le feptiefme, qu’ils appellent
la feigneurie, quand il eft ioint auec le confeil des dix, & les trois Pre-
fidens de la quarantaine, outre le Sénat de lx- qui reuientà fix vin^ts
compris les Magiftrats. Et qui empefehera s’il y a peu d’hommes di¬
gnes d’eftre Confeillers d’eftat, qu’on face le Senatpetit,&Ie confeil
priué moindre îl’eftat de Rhagufe eft bien eftroit, & neantmoins le
Sénat eftdeLx. perfonnes,& le confeil priué de douze. Le Sénat de
Nuremberg eft dexxv i.leconfeil priué de x 111. & vn autre confeil
desfept Burgomaiftres. Et fans aller fi loing, on fçait allez que l’eftat de
Genefue eft enclos au pourpris, & circuit de la banlieue : & neant¬
moins outre le confeil des deux cens, il y a vn Sénat de L x x v. & puis
le confeil priué de xx v. Etn’y a fi petit Canton ( hors mis les trois li¬
gues grizes, gouuernees par communes populaires ) quin’ayt outre le
Sénat vn priué confeil. & les vns en ont trois, voire quatre : comme le
Canton de Bafel, où les affaires fecrettes font maniees par deux Burgo¬
maiftres , & deux Soubmaiftres. & à Bern en cas femblable, les deux
auoyers, & quatre Banderets, manient les chofes fecrettes, comme le
confeil eftroit en la Monarchie. Et mefmes aux diettes, & iournees des
treize Cantons, il n’y a que le confeil priué des Ambafladeurs, qui ar-
reftent les abfchcids, & decerne les commiflïons touchant les affaires
communes.le dy donc qu'il eft tref-vtile en toute République, d’auoir
pour le moins vn confeil priué, outre le Sénat, puis que la reigle des
anciens Grecs, ôc Latins nous 1 enfeigne , la raifon nous le monftre,
1 expeiience nous 1 apprend. Mais la différence eft notable entre le Sé¬
nat des Republiques populaires, ou Ariftocratiques, & des Monar¬
chies : car en celles la, les aduis, & délibérations (ont prifès au plus e-
t ftroit, & particulier confeil : &les refolutions arreftees au plus grandconfeil, ou en l’afTemblee des Seigneurs, ou du peuple, fila chofe eft
telle qu on la doiue publierrmais en la Monarchie,on prend les aduis,&
deliberatios au Sénat,ou confeil priué : & la refolution aucofèil eftroit.CelafepeutvoiratoutproposenTiteLiue,quandil eftqueftion delàpaix,ou de la guerre, ou des autres affaires de confequence, qui touchée7. auchap. desla Maiefté,la délibération eftprife au Senat3& la refolution arreftee parSnaf k f°u Pc up^jComme i ay monftre cy7 defliis par plufieurs exemples. Et encas
LIVRE TROISIESME.
cas pareil, quâd la guerre fut denoncee aux Romains parlesTarentins,
le Sénat,dit Plutarque8, donna l’aduis, &le peuple de Tarente otroya
fon mandement.Cela fepeut voir à Venize,quâd ilfeprefente quelque 8-InI>irrl«>.
difficulté entre les fages, elle eft rapportée au confeil des dix, ôc s’ils fe
trouuent partis, on aflemble auec les dix le confeil des fept : ôc fi la cho-
fe tire après foy confequence, on fait appeller les fenat : ôc quelquesfois
auffi, (combien que rarement^) le grand confeil de touts les gétils-hom-
mes Venitiens: oula derniere refolution fe prend9. Qui eftoit landen- 9 Bombus inhi-
nc couftumc1 de Cartage?ou fi le fenat ne tomboit d accord,le differéd ?«en.ïn:^u.on*
eftoit difputé,debatu,&décidé par le peuple. Or cefte différence de re- ^^t,ll.b,2,cap
foudre,&arrefterlesaduis, prouient delafouueraineté, &de ceux qui
manient le gouuernement. Car en la monarchie, tout ceraporteàvn
feul:en l’eftat populaire, au peuple. Etplusle monarques affeure de (à
puiffance, & fuffifance,moins il communique d’affaires au fenat.-ou bien
pour s’en deueloper, il luy r’enuoye lescommiffions de la iuftice extra¬
ordinaire ouleiugement des caufes d’apehmefmementfi le fenat eft en
telle multitude,que le Prince publiant à tant de perfonnes fes fecrets,ne
puiffent venir à chef de fes deffeins. Ce fut le moyen que Tibere l’Em-
pereur trouua d’amufer le fenat au iugement des proces de confequéce,
pour leur faire oublier peu à peu la cognoiffance des affaires d’eftat. ôc
après luy Néron ordonna que le fenat cognoiftroit des caufes d’appel,
qui au parauant s’adreffoyentàluy, ôc que l’amende du fol appel au fe-
natfuft auffi grande,que fi luy mefmes euft cogneudelacaufe: faifànc
par ce moyen d’vn fenat,vne cour,& iurifdidion ordinaire,qui n’auoit
iamais accouftumé de iuger pédant la liberté populaire, finon extraor¬
dinairement Mes coniurations contre la Republique, ôc d’autres cri¬
mes femblables qui touchoyétl’eftat:ou que lepeuple, qui auoit la co- *-'.Poiyb iib.^.dc
gnoiffance de plufieurs cas , renuoyaft lacognoiffanceau fenat. C’eft mca Rom!d°mc~
pourquoy Ciceron acculant Verres difoit en cefte forte. Qjto confugient
Jocij f quem implorabunt ? ad Senatum deuenient > qui e lierre fupp licium fu¬
mat? non eftvjîtatum3non eft Senatorium. En quoy fe font abufèz ceux qui
ont penfé que le fenat iugeoit,quâd ils ont veu que les fenateurs eftoy ét
tirez au fort pour iuger des caufes publiques, & criminelles, tantoftà
part foy,tantoft auec les cheualiers par la loy Liuia, ôc puis auec les che-
ualiers, ôc les financiers par la loy A urelia. car il y a bien différence du fe¬
nat en corps,& des fenateurs pris en qualité de iuges : ôc du cofeil priué,
ou des confeillers d’iceluy venâs és cours fouueraines pour iuger. Mais
le fenat n eut onques deuantNeron iurifdi&ion ordinaire.mefmes Au¬
gufte ne voulut pas que le fenat s’épechaft au iugement de l’honeur,ou
delà vie des fenateurs, bien qu’il en fuft importunéJ par fon ami Mece- r Di° 1 'JS'
nas: Ôc combien que Tibere fouuent leur r’cnuoyaft telles caufes,fi eft- 4. racit.iib.j.&
ce que ce 11’eftoit que par forme de commiffion 4 : ce que depuis l’Em- fetiuent-.A J ' f r n rr r r i \ Spaman. inA-pereur Adnan hit palier en forme de iurifdi&ion ordinaire. On aven driano.B iiij
^ DE LA REPV'BLÏQVEen cas femblable Philippe le Bel, pour fe deffaire de la cour de parlemec
&luy oftcr doucement la cognoiffance des affaires d’eftat, lerigeaen
courordinaire,luy attribuât iurifdi&ion,&fcanceàParis:qui eftoit an¬
ciennement le fenat de France : & s appelle encores auiourd’huy la cor¬
des Pairs,qui fut erigee par Loüysle ieune félon la plus vraye opinion
ôc pourdonner confeil au Roy comme on peut voir en l’eredtion du
comte de Mafcon en pairrie par Charle v.Roy m.c c CLix.oùileftdit
que les Roys de France ontinftituéles xi i. Pairs pour leur donner con¬
feil & ayde. ôc s’appelloit comme encores à prefent par prerogatiucd’honneur la cour de parlemétj^fans queue) comme on peut voir es let¬
tres qu’elle efcrit au Roy : au lieu que les autres nouuellement eftabliz y
adiouftent parlement de Roiian,de Bordeaux, de Dijon. Et neâtmoins
fuslesremoftrancesdelacourpourla difficulté qu’elle faifoit de publier
les lettrespatentes donnees à Roüan le x v i.Aouft m. d. l x i i i.lc Roy
diftaux députez de lacour, le ne veux plus que vous melliez d’autre
chofe que de faire bonne & briefuc iuftice. Caries Roys mes predccef
feursnevous ont mis au lieu où vous eftes que pour ceft effedt : &non
pour vous faire,ny mes tuteurs,ny protecteurs du Royaume, ny cofer-
uateurs de ma ville de Paris: Etquandie vous commanderay quelque
chofe,fi trouuez aucune difficulté,ie trouueray toufîours bo, que m’en
faciez remonftrances, ôc après les auoir fai&es, fans plus de répliqué ie
veux eftre obey. toutesfois le parlement fift encores d’autres remon-
ftrances, d’autant qu’il y eut partage fus la publication defdideslettres:
qui donnèrent occafion à l’arreft dupriué cofeil du x x 1111. Septem¬
bre enfuiuât,par lequel le partagefut declairé nul,auec deffenccs au par¬
lement de mettre en délibération les ordonnances émanées duRoy co¬
ce rnât les affaires d’eftat:ce qui auoit efté fait cn cas pareil par lettrespa¬
tentes de l’an m.d.xxvii. En cas pareil le grand confeil quin eftoitpref
ques employé qu’aux affaires d’eftat,au regne de Charle vii.Ôc vin fut
peuàpeufiremply de proces,que Charle vm.en fift vne cour ordinai¬
re de dix fèpt cofeillersaufquelsLouysxn enadioufta iufques à xx. ou¬
tre le Chancelier,qui eftoit prefidët d’iceluy : d e forte que loubs le Roy
Françoys on y fift vn prefident au lieu du Chancelier,qui neftoyét em¬
ployez finon àla cognoiffance des caufes extraordinaires parfoimede
commiffion,&renuoydu confeilpriué, ôc ordinairement aux appella¬
tions duPreuoftdel’hoftel. Aufli voyons nous le cofeil priué cftrc qua-
fi réduit en forme de cour ordinaire, cognoiflànt des differens entre les
villes & parlemens,&r le plus fouuent entre les particuliers pour peu de
chofe:affin que cefte grande compagnie d’hommes illuftres,& fignalez
fut empefehee à quelque chofe,ayant quafi nerdu la cognoiffance des
affaires d’eftat,qui iamais ne peuuent reuffir a heureufe fin, fi elles font
communiquées à tant de pcrfonnes:ou la plus faine partie des meilleurs
cerueaux,eft toufiours vaincue par la plus grade.ioint auffi qu’il eft im-poffible
LIVRE TROISIESME. 297poflible de tenir le cofeil fecret, ny fçauoir qui le decouure en telle mul-
titude,ny chaffer ceux quon tiét pour fufpe&s:fi on ne vouloit vfer de
la couftuine des anciens Atheniés,en vertu de laquelle les fenateurs,par
vnfegretiugcment qu’on appelloit k<puMo<po/k pouuoyentcodamner
en toute liberté,fans enuie,lefenateurlâguard,ouquifouilloit la fplen-
deur de Ton eftat. comme en cas pareil les Romains auoyét les cenfeurs,
qui fans forme,ny figure de procez,auoyét accouftumé de rayer les fe-
nateurs indignes,& par ce-moyen les exclurre du fenat.s’ils ne vouloiét
eflay er la fentence des iuges,qui eftoit par deffus la cenfure,ou bien que
le peuple donnait nouucau magiftrat, & charge honorable à celuy qui
auroit efté rayé par les cenfeurs,ou codamné parles iuges. Mais 011 peut
blafîncr les Romains,d auoir trop aifémét receu ôc ray é les fenateurs, ôc
en trop grâd 11 ombre:car pour vne fois Fabius4 Buteo,qu’on fift di&a- 4.Fiorusepito.**.
teur pour fuployer le fenat, en receut cixxvi 1. ôc Lentulus, ôc Gellius
cenfeurs,pour vne reueue en rayerent lxiiii. Combien eft-ilplus feant
ôc conuenable à la grandeur ôc dignité d’vn fenat,d’en receuoir peu qui
foyent choifiz ôc triez comme perles, que d efleuer au plus haut degré
d’honeur les hommes dignes ôc indignes,pour après les précipiter auec
vne éternelle infâmie, & deshoneurs d’eux, ôc de ceux qui leur ont pre-
fté lamain?ce qui toutesfois ne fe peut faire fans danger de (èdition.De-
puis quatre cens ans que le cofeil priué d’Angleterre fut eftabli àl’inftâ-
ce ôc pourfuite d’vn Archcuefque deCanturberi Châcelier d’Anglcter-
te,il n’y eut que xv.pcrfonnes:& n a iamais paffé xx. perfonnes. ôc parle
moy é de ce petit cofeil,ils ont entretenu leur eftat trefbeau,& floriffant
en armes, & en loix.cela fe voit par leurs hiftoires,&parle traidté de paix
fait entre Louys ix.&HéryRoy d’Angleterre,qui pour fèureté plus gra¬
de fut iuré par les xvu.cofeillers du cofeil priué,c’eft à fçauoir vnArche-
uefque Châcelier,vn Euefque,fix Cotes, ôc fix autres Seigneurs auec le
grâd treforier,&le magiftrat qu’ils appellet lagrâde Iuftice d’Angleter¬
re. Si on me dit q bié fouuét,Pâbition,lafaueur,l’importunité,laneceffi-
té preffe d’en receuoir plufieurs,fans auoir moyé de les cognoiftrc.Ie re-
fpods que Pordonance de Solo auoit pourueu à toutes fes difficultez, ôc
feroit de befoin quelle fuft gardee en toute Republique: c’eft à feauoir
que nul ne fuft receu au faint fenat des Areopagites, qui n’euft paffé aux
plus hauts lieux d’honneur (ans pris, & fans reproche: s’affeurans bien
que ceux-là qui s’eftoy ent peu tenir en precipices fi dâgereux, ôc fi glif-
fans,qu’ils pourroyent bien tenir place au fenat fins tomber, ny châce-
ler.C’eft pourquoy touts les anciens Grecs,&Latins ont fi haut loué le
fenat des Areopagites,qui eftoit compofé de l x.perfonnes,come nous
lifons en Athenæus. Voila quant au nombre des confeillers d’eftat. Di-
fons auffi vn mot de ceux qui doibuét propofer,& de ce qui doibt eftrc
propofé. Quant au premier on a toufiours eu grâd cfgard anciennemet
àla qualité de ceux qui dcmandoyent Paduis au fenat. Car on voit que
z?8 DE LA REPVBLIQ^VEc’eftoit la propre charge desplusgrands magiftrats en Rome,qui P0Urii5.dccomutoPræ luat qui fuit en Rome, c eft a fçauoir le5 Præteur de la ville : qui rece
lore 'Iba,>0' uoyent les requeftes des particuliers,les lettres des gouuerneurs,les am~
ballàdeurs des Princes, & peuples alliez pour en faire leraport aufenat
& en Grece ceux qu’on appelloit nfifaa», qui auoyent mefme chargé
que ceux qu’on appelle prouifeurs en la Republique de Rhatrufe : & cn
laRepublique de Venize les fàges.combié que les trois auogadours or¬
dinairement propofent au fenat fur ce qu’on doibt deliberer. Au cofeil
des Grecs le Prefidét faifoit crier par vn huiftier s’il y auoitperfonne qui
î- vouluftfuader quelquechofe : ceque Tite ’ Liue parlant des Acheansdit generalement, njtimos efl Grxcontm. Mais quant aux Ætoliens leur
couftume eftoit notable,digne d’eftre gardee par tout, & fort louee&:
f.Lmmsiife.j;. approuuee 5 de Philopemen capitaine en chef de la ligue des A cheans:
c’ell: à fçauoir que le prefident ou celuy qui confeilloit le premier défai¬
re quelque chofe enplein fenat,n’auoitpoint de voix deliberatiuepour
l’affaire quilepropofoit:cequi peut ofterles pratiques, & menees cou-
uertes qui fefont au fenat des eftats populaires, & Ariftocratiques, ou
les plus falcheux tirent ayfemét les autres à leur opinion. Mais ie ne puis
approuuerla façon de Gennes, où il n’y a que leDuc feulement qui ayt
puiffance depropofer ce qu’il luyplaiftau fenat. car outre la difficulté
qu’il y a deparlerau duc afliegé de touts coftez, & enuelopé d’vne infi¬
nité d affaires^ & luy mettre en véte mil raifons par le men u, pour les de-
duireau conièil,encoiesy ail danger de donner fi grande autorité à vne i
perfonne, qu’il puifle dire, ou celer au fenat tout cequ’illuy plaift, & I
qu il ne foit licite à autre qu’à luy d’en parler.Er mefmes il y a dâo-er,que ï
celuy quipropofe,foitiigrand qu’on ne lepuiffe franchement contre- !
dire. C eftpourquoy onafagementpourueuenceRoyaume,qu’ilfuft Ipermis a tous ceux qui ont entree au confeil (ores qu’ils 11 ayent ny voix çdelibeiatiue,ny (eance)de raporter les requeftesdVn chacun,&aduertir b
le confeil de ce qui eft vtile au public,affin d’y pouruoir.Etlcplusfou-
uent on demande leur aduis, puis aux confeillers d’eftat.qui ont feance& voix delibeiatiue : en forte que les plus grands feigneurs opinentles »derniers:affin que la liberté ne foit retranchee pari au dlorité des Princes l& mefmes des hommes fadieux ôc ambitieux, qui ne fouffrent iamais itde contredits :en quoyfaifant,ceux qui ont voix confultatiuefeulemér, j jparent le chemin,à ceux qui ont voix deliberatiue,& abreuuent le con- ,bien fouuent de bonnes, ôc viues raifons : ôc s’ils ont failli ils font re- | j«duits par les autres (ans ialoufïe. Qui eft vne couftume beaucoup plus Jlouable que celle des Romains y ou le Conful demandoitpremieremét ^1 aduis au Prince dufenat, ou bien a celuy qui eftoit defïgné Conful J,6.Dio.iib.jg, poui iannee fuiuante. Et neantmoins le contraire fe faifoit deuantlc jjj,peuple, car les particuliers opinoy ent les premiers 6,puis les magiftrats, ^affin [{
LIVRE T R O I S I E S M Ë. 199affin que la liberté des petits,11e fuft preuenue par l’audlorité des grans.
ioint auffi que l’ambition de parler le premier, tire après foy bien fou-
uét fenuie des vns,&laialoufiedes autres. Auffi voit-on,que les Empe¬
reurs tyrans,pour decharger fur le fenat le mal talent que le peuple auoit
deleurs cruautez,ils propofoyent, 011 faifoyent lire leur aduis : &filiar-
di de contredire. Cela n’eft pas demander confeil, ains commandere-
ftroi&çment. dequoy fèplaignant vn ancienfenateurdifoit, Vidimus
curiam elinguem Jn qua dicere quod velles^ericulojkm : quod nolle semiferum ef¬
fet: d’autant que 1’EmpereurDomitian, vnusfolus cenfebat quod omnes fe-
querentur:louant Traian>quodeo rogante fententiasjibere dicere liceret }vin~
ceretquefententia^nonprima^fedmelior. Mais ie defirerois que le cofeil fuft
referué au matin, car on ne doibt pas tenir pour aduis bien digéré, ce
qui eft fait après difner, comme dit Philippe de Comines: &mefme-
mentau pays ouïes hommes font fugets au vin : laiflànt l’opinion de• 7 • I 1 r 1 • Al -il, 7. In lib.de fflOtife»Tacite ^qui trouue bonne la façon des anciens Almans, qui ne delibe- german,
royent iamais des grandes affaires,finon entre les gobelets:pour decou-
urir le cueur d’vn chacun, & pour s’echaufer à perfiiader, ce qu’ils trou-
uoyent le plus expedient:mais ils ont bien changé de couftumerd’autat
que leurs contrats ne tiennent iamais, s’ils font faits après boire : ôc cefte
feule caufefuffift au iuge pour les caffer. Quant aux affaires qu’on doibt
propofer,celà dépend des occafîons, ôc affaires qui fèprefentent.Les an¬
ciens Romains deliberoiétpremieremet des chofes touchant la religio,
come le but, Ôc la fin,où toutes les a&ions humaines doiuent comman-
cer, ôc finir. Auffi iamais,dit Polybe,11’y eut peuple plus deuot que ce-
ftuy-là,adiouftant que par le moyen de la religion, ils eftablirent le plus miikarUc^om^
grand empire du mode.Puis après on doit parler des affaires d’eftat plus punâaRom,difci‘
vrgentes,& qui touchet de plus près au publicicome le fait de la guerre
ôc de la paix: ou il n’eft pas moins perilleux de conuertir le cofeil en lon¬
gues difficultez,quelaprécipitation y eft dangereufe. Auquel cas,com¬
me en toutes chofe doubteufes, les anciens auoyent vne reigle qui ne
fouffre pas beaucoup d’exceptionsx’eft à fçauoir, Qu^il ne faut Elire,ny
confeiller chofe,qu’on doubte fî elle eft iufte,ou iniufte,vtile ou doma-
geable:fi le dommage qui peut aduenir,eft plus grand que le profit qui
peut reuffir de rentreprife.Sile domage eft euident, ôc le proffit doub-
teux,oubien au contraire il 11e faut pas mettre en délibération lequel 011
choifira Mais les difficultez font plus vrgentes, quâd le profit qu’on et
pere eft plus grand, ôc qu’il fait contrepoix au dommage,de ce qui peut
refulter des entreprifes. Toutesfois la plus faine opinion des anciens
doibt emporter lepris: c’eftà fçauoir, Qinl ne faut faire ny mife, ny
recepte des cas fortuits,quât il eft queftio de l’eftat. C’eft pourquoy les
plus rufèzfont porter la parolleaux plus fimples,pour mettre en auat ôc
fuader vne opinion doubteufc,affin qu’ils ne foyent blafmez s’il en viéc
mal: ôc qu’ils emportent l’honneur,fi la chofe vientàpoint.Mais lefagc
fcnateur,ne s’arreftera iamais aux cas fortuits, ôc auantureux,ains s effor-
300 DE LA R E P V B L I QJV Ecera toufiours parbons, ôc fages difc ours, tire ries vrais effeds des caufe
précédentes.Car on voit affez fouuent les plus hazardeux,& téméraires
eft re les plus heureux aux exploits. Et pour cefte caufe les anciensTheo
logiens n’ont iamais introduit leur deeffe fortune au confeil des dieux
Et toutesfois on n’oit quafi autre chofe, que louer,ou blafmerles entre*
prifes par la fin qui en reuffit, ôc mefurer la fageffe au pied de fortune Si
la loy9- condamne,à mort le foldat qui a combatu contre la deffence du
capitaine, ores qu’ilayt rapporté la vidoire, quelle apparence y ailde
pezeren la balâce de fagefle les cas fortuits,ôc fuccez heureux ? Auffi tel¬
les auantures continuées, tirent le plus fouuent après foy la ruine des
Princes auantureux. Et par ainfi pour euiter à ce qu’il ne foit rien arrefté
au confeil temerairement, l’aduis de Thomas le More me femble bon
qu’on propofe vn iour au parauant ce qu’on doibt refoudre le iour fui-
uant,affin que les délibérations foient mieux digereesrpourueu toutes¬
fois qu’il nefoit point queftion de Imtereft particulier de ceux qui ont
voix au confeil: car en ce cas, il vaut beaucoup mieux prendre les aduis
fus le châp,& fans delayrque d’attedre quele iàin iugement des vns,foit
preuenupar les menees des autres: & qu’on vienne préparé de longue
traînée de raifons,pour renuerfer ce qui doibt eftre coclud.Et tout ainfi
que la vérité plus elle eft nue, ôc fimplement deduite, plus elle eft belle:
auffi eft-il certain queceux qui la deguifétparforce de figures luy oftet
fon luftre,&fi naifue beauté, chofe qu’on doibt fur tout fuir au confeil:affin aufli que la briefueté Laconique pleine de bônes raifons doneplace
à chacun de dire fon aduis.-come il fe doibt faire, ôc n 6 pas baloter corne
a Venife,ou pafler du cofté de celuy duquel on tient l’opinion, comme
il fe faifoit au fenat de Rome. Car iis fe trouuoyet toufiours empefehez,
quand la chofe mife en délibération auoit plufieurs chefs & articles:qui
eftoy et en partie accordez, ôc en partie regettez : de forte qu’il eftoit ne-
ceffaire de propofèr chacun article à part:ce que les Latins difoyent àiui-
derefententïam: ôc faire pafler, Ôc repailer les fenateurs de part, ôc d’autre,
les Vcnitiens fe trouuent auffi es mefmes difficultez,quiles contraint de
prendrefouuentles opinions verbales,& quitterles balottes,defquelles
mefmes ils vfent,quâd il eft queftion des biens,de la vie,&del’honeur,
a la faço des anciés Grecs, ôc Romains:chofe c]ui ne fe peut faire fans in-
iuftice,pourla variété infinie des cas qui feprefèntentaiu^er. Or com¬
bien que le fenat delà République nefoitpoint lyéàcertaine cognoit
fimee : auffi ne faut il pas qu’il s’empefche delà iurifdidion des Magi-
quTunTÆerio!^ ftrats, fi ce n eft fur le débat des plus grands Magiftrats & cours
fouueraines. Et pour cefte caufe Tibere l’Empereur protefta 9 venant
à l’eftat,qu’il ne vouloit rien alterer, ny prendre cognoiffance delà
iurifdidion des magiftrats ordinaires. &ceux qui font vne cohue du fe-
îiat. ôc cofeil priué.rauallent grandemet la dignité d’iceluy, au lieu qu’il
doibt eftre refpedé pour autorifer les adios des Princes,&pour vaquer
entièrement aux affaires publiques, qui fuffifen t pour empefeher vn fe-
LIVRE T R O I S I E S M "E. 301■..lut. fi ce n eftoit quand il cft queftion de la vie,ou del’honeur des plus
•grands Princes & teigne urs, ou delà punition des villes, ou d’autre cho¬
ie de telle confèqüécc,quelle mérite laflemblee d’vn Sénat: comme an¬
ciennement le fenat Romain cognoifloit par comiflîon du peuple, des
trahifons, Ôc conïürations des alliez contre la République, comme on
voit en TVLiue,R.efteencor le dernier poind: de noftre définition,c’efl i.Liuiusiib.**.
à fçauoir,que le fenat eft eftabli pour doncr aduis a ceux qui ont la fbu-
ue rai ne té. I’ay dit douer aduis,parce que le fenat d’vne République biê
ordonnée,ne doit point auoir puiflance de co mander, ny decerne r ma-
.demens, ny mettre en execution fes aduis ôc délibérations: mais il faut
.tout raportericeux qui ont la fouueraineté.Si on demande s'il y a Ré¬
publique ou le fenat ait telle puiflance, c’eft vne queftio qui gift en fait:
maisie tiens que la République bien eftabliene le doit pas fou fri r : ôc
qu’il ne fe peut faire Gins diminution delamaiefté, ôc beaucoup moins
en la Monarchie,que l’eftat populaire,ou Ariftocratique.Et en cela co-
gnoift-on la maiefté fouueraine d’vn Prince, quand il peut,& la prude-
ce quand il fçait pezer,& iuger les aduis de fon confeil,& conclure félon
la plus faine partie,& non pas félon la plus grade.Si on me dit qu’il n’efc
pas c6ucnable.de voir les Magiftrats, ôc Cours fouueraines,auoir püifr
lance de coninïâder, Ôc decerner leurs commiflions enleur nom ,0c que
Je fenat qui iuge de leurs differens foit priué deceftepuiflance. le refpos
que les Magiftrats ont puiflance de commâder, en vertu de leur inftitu-
tion,ere£fcibnJ& création,Ôc des edks fur ce faits,pour limiter leur char¬
ge, & puiflance. mais il riy eut ohques Sénat en aucune République bié
ordônee,quiaiteu pouuoirde cômader en vertu de fon inftitutio. Auf¬
fi il ne fe trouue point en ce Royaume,ny en Efpaigne, ny en Angleter¬
re,^ le confeil priué foit érigé ou inftitué en forme de corps, & college,
ôc qu’il ait puiflance paredit,ou ordônance de rien ordoner,ny coman-
der,come il eft neceflàire a tous Magiftrats:ainfi q nous dirons cy après.Et quanta ce qu’on dit que le confeil priué cafle les ittgemensy& arrefts
des Magiftrats,& Cours fouueraines,&que par ce moyen 011 veut con-
clure ,qu’il rieft pas fans puiflance.le refpôs,que les arrefts du cofeil pri¬
ué ne dependent aucunement d’iceluy:ains de la puiflance royale,ôc par
comiflîon feuleméten qualité deiuges extraordinaires pou-r le fait delà
iuftice:encor’ lacommiflion,& cognoiflance du confeil priué, eft touf-
iours coniointe à la perfonne du Roy. Auffi voit-on que tous les arrefts
du confeil priué portent ces mots, Par le roy en son con¬
seil : lequel ne peut rien faire fi le Roy rieft prefent, ou qu’il riait pour
aggreablelesadxsdefon confeil.Or nous auons monftrécy deflus,que
la prefence du Roy fait cefler la puiflance de tous les Magiftrats. cômët
doc le confeil priué auroit-il puiflance le Roy prefent?s’il ne peut rie fai¬
re e-n l’absece du Roy,q par comiflîon extraordinaire,qlle puifsâce dirôs
no9qu’ila?Sidonquesaufait de la iuftice le cofeil priué n’apas puiflance
de cômanderjcomment l’auront- ils aux affaires d’eftat?C’eft pourquoyC
302. DE LA REPVBLIQVEonraporteauRoy cc qui a efté délibéré au confeil, pour entédre fa vo
loté.ce qui a efté fait de toute enciéneté. car mefme il fe trouuc vnc char
te ancienefaifant mention d’Endobalde Cote du Palais du Roy Clôtu¬
re,qui affembloit le parlement duRoy,& afliftoitaux deliberatiôs qu’j[
rapoi toit au Pvoy,qui donnoit ces arrefts.Mais on pourroit douter fi fe
Sénat en l’eftat populaire, ôc Ariftocratique ne doibt auoir non plus de
puiffancc qu’en la monarchie:attendu la differécc quil y a d’vn feigneur
a plufieurs,d’vn Prince au peuple,d’vn Roy à vne multitude infinie d’ho
mes. Ioint auffi que nous lifons qu’en la Republique Romaine, qu0n
tient auoir efté des plus floriffantes, & des mieux ordonnées qui fut on-
E»n?:difpcnfadp fenat Romain auoit1 puiffance de difpofer des finances, quieftitafuit pcncs sc- l’Vn des gras points de la maiefté: ôc doner lieu tenàs à tous gouuerneur$
à populo fit appc- de1 prouince:&: deccrnerles3 triophes:& difpofer de la reîigio.Et pour
ma^poiybïb./" cefte caufe Tertulia difoit, que iamais aucun Dieu ne fut receu en Rome,
vafi^EficpatiL ^ans Secret fenat. Et quant aux Ambaffadeurs des Roys,& peuplcs,il
ccrtiisimus pam- n’y auoit que le fenat qui les receuft,&licentiaft.Et qui plus eft,il eftoit
Senàtui relinque- defendu fus peine deleze maiefté,de prefenterrequefte au peuple, fans
vnquamademit auoir prisl’aduis du fenat,come nous auos dit cy deffus. Ce qui n’eftoit
odiXtadorha- Pas ^cu^cm^c cn Rome,ains aufli en toutes les Republiques delà4 Grece:
tedaremur. ^ ôc pour y auoir contreuenu5 Thrafybulus fut accufé de leze maiefté en
Nunquam anteà Athenes,comc aufli depuis fut Androtio par Demofth.ce qui eft cncor
popuTumPaaSm: mieux gardé à Venize,qu’il ne fut onques enRome,ny cn Grece.Non-
nCemPÎÏS!riumquc °bftant tout cela, iedy que le fenat des eftats populaires,& Ariftocrati-
cîus honoris pcncs ques ne doit auoir que l’aduis,&délibération: Ôc q ue la puiffance depédSenatum fuiflcuie f . i r r r- » 1-11-rr t rrcgcs quidemma- de ceux qui ont la iouuerainete.Et quoy qu on die de la puiliance du ie-
di^L^i^minuîïc. nat Romain,ce n eftoit que dignité,autorité,confeil,& non pas puiflan-
Repuîüca 4’dc ce:carle peuple Romain pouuoit quadbonluy fembloit,cofirmer,ou
Flutar.inLyfia. infirmer les decrets du Sénat,lequeln auoit aucune puiflance de coman-
der,&moins d’executer fes arrefts,come6 Dcnysd’Halycarnasatrefbie
remarqué. Aufli voic-onàtoutproposenTite Liue, ces mots Sena-
tvs decrevit, POPYLVs ivssiT. ouFeftePôpeec’eftabu-
fé interpretat ce mot ^PopulusiufSit,qu’il dit fignifier D«rf#ir:carc’ertoit ,
au fenat à decerner,& aupeuple à commander,come quad T. Liue par¬
le de Faudtorité de Scipion l’Africain, Nutus eïrn pro decretis patru pro po¬
puli iufîis eJfe.Etlc moindre Tribun s’oppofant au fenat,pouuoit empef-7.hb.4.hb.j». cjlcr tous fcs arrefl;s>pay remarqué cy deffus quelques lieux de7 T.Liue,
ou il apert euidément,que le fenat ne pouuoit rien commander,& nief-
rne parcedecret,ouileft dit,Que le conful fi bon luy fcmble prefentaft
requefte au peuple pour faire vn Di£tateur:& s’il ne plaifoit au conful,^
le Præteur de la ville en prift la charge.ôc s’il n’en vouloir rie faire, al vn
des tribuns le fifble coful dit-T.Liue n’en voulut rien foire, &: fift dcrenie
au Præteur d’obeir au fenat.Si le fenat euft peu commander,il n’euft pas
vfé de ce lâgage:& le Coful n’euft pas defendu dobeir au fenat. Et met'
me le fenat ne p juuoit pas cômander aux Prætcurs,ains il vfoit du mot
LIVRE TROISIESME. 303I fi bon leur(êmble,fi leur plaift. Decreuerutpat?rs vt m Junius PratorV*f-
K banuSyfiei videretur, decemviros agro Samniti Appuloque quoad eius publicum
t!: erat, metiendo diuidedoquecrearet. ôc fi on veut dire que ces motSj Si Cofu-
l libusjt Prœtoribus videatur,emporte commandement, le côtraire fe ve ri-
I fie en ce que dit T.Liue,parlant de la punition des Capoüans,que le co-
( fui Fuluius ayant leu l’arreft du fenat,qui portoit ces mots, Integram rem
ad Senatum reïiceretjt ei videretur 3 interpretatum eJJ'e quid magis è Republica
f duceretœftimationemfibi permijjam, ôc pafla outre fans auoir efgard à l’ar-
■j reft du fenat.Auffi n’y auoit il vne feulecommiffion,ny mandement en
s toutes les délibérations,^decrets du Senat:& n auoient ny maffiers,ny
fergens,qui font les vrayes marques de ceux qui ont puiflance de coma-
. der,comme difoit8 Varron après le Iurifcofulte Meffala.Mais les Magi- s.Geiiiusnb.i5.ftrats ayantles decrets du fenat en main,decernoientleursmandemens, cap î1’1 ôc commiffions pour les executer,fi bon leur fembloit : s’affeurans bien
;l que le fenat fouftiédroit leurs exploits,& a&ions.Ceft pourquoy CefarI dit, quelesConfulsfe voyansarmez de ceft ancien decret du fenat qui
î commançoit par ces mots, Que les Confuls,& autres Magiftrats pour-111 uoyent à ce que laRepubliquc ne foufre aucun domage : foudainfontleuee de gens, ôc d’armes contre Cefor. Mais fi le moindre des TribunsII s oppofoit au fenat,il fàilloit vuider 1 oppofitiô deuâtle peuple.Et pouri cefte caufe il y auoit ordinairement quelques Tribuns à la porte du Se-
,(!, nat,auparauant que la loy Atinialeur donnaft entree, aulquels on mo-ii ftroit le decret du fenat, pour le confentir&au&oriferaunom dupeu-ttf ç>Ie, y mettant la lettre T .ou le dïflentir,y mettant ce9 mot v e t o,c’eft ?.Liuiusiibx
iKi a dire,le 1 empefche.de forte que le Sénat ne faifoit rien quepar foufran-
sjî cc du peuple,ou de ccs Tribuns,qui eftoyent comme efpions du fenat,1: ôc gardes de la liberté du peuple, qui ont tçufiourseu leur oppofition
;(j franche : fi le peuple par loy exprefle ne leur oftoit:commc il fift â la re-
„ queftedcC 1 Graccus Tribun du peuple,donnant permiffion au fenat, Iu„„r.j de dilpoler des prouinces cofulaires pour cefte année là, auec defenfes Ç.iccroin proum-
,'j aux Tribuns de fi oppofèr pour cefte fois là feulement, car depuis le CUS Conrillâr*
f[. peuple1 donna fouuent les prouinces, &gouucrnemens fans auoir ny Cicetoproicge
U laduis,ny Pauâqrite du Sénat. De dire que le Semt difpofoit des finan-
^ ces,il eft vray,mais c’eftoit par fç>ufranco,ôc tant qu’il plaifoit au peuple:. j comme on peut voir par la loy Sempronia, par laquelle le peuple ordo-
j n<i,quelesfoldatsferoyentveftusdes deniers de Tefpargne. Or celuy
j qui n apouuoirque par foufrance,&parformedeprecaire,n apointdc
puiflance,come nous auôs dit cy deffus.auffi voit-on en cas femblable,0 *lue *cs Anogadours de Venize,fouuent empefehentles oppofitions du
*cnat> ^ du confeil des dix, & font renuoyer l’affaire au grand confeil
Mais encores 011 peut dire, que fi le fenat en corps ôc aflemblee legi-
j time n euft eu puiflance de commander, qu’il n’y euft eu aucune dif-
fcrécc entre les decrets du fenat,ôc ce qu’on appelloit Audlorité.Or eft-C lj
3.D:olilM4-
4 .Afonius in Cor
neliasam.;.lib.?.tf.lib.i. cap.de S c-
natufconful.7.Polyb. lib.6. Li-
uiuslib.4.S.Valer. Max. Üb.
S.Appia.Iib.i.9.1. non ambigitur
de legibus.ff.i.l.i. inrerum a-mat.l gallus.quodius conftitarum
dicitur in d.l.i.304 DE LA REPVBLI QV Eil,que s'il y auoit moins de cccc.fenateursparFordonance d’Aug'uftc
qui depuis furent réduits à cinquante,ils ne donnoient finon^audlorité*
Ôcne s’appelloit pas decret : comme auffi on peut voir parlaloy 4 Cor¬
nelia, publiee àlarequefte d’vn Tribun du peuple, il fut defendu au
Sénat de plus ottroyer priuileges ny difpenfcs, s’il ny auoit du moins
deux cens Senateurs. Il faut donc conclure que le fenat en tel nom,
bre auoit puiffance de commander. Iedy que le decret de fa nature
n’emporte aucun commandement, non plus que la fentence du iuge>
filacommifïion n’èft au pied. Or le fenat ne decernoit iamais, & ne
pouuoit decerner commiflion, ny mandement : il n’auoit donc point
de puiflance de commander.Et encore quelque decret que fift le fenat
il n’auoit trait que pour vn an:comme atrefbien noté Denis;d’Halycar-
nas, ôc n’eftoyent pas perpetuels, comme Conan6 eferiti Comment
donc, dira quelqu’vn, le Sénat fift-il amener trois cens foldats citoyens
Romains, qui refloient de la légion qui auoit facagé Rheges, en Sicile,
lors qu’elle y eftoit en garnifon, ôc les fift flaiftrir, Ôc puis decapiter de-
uant tout le peuple,non obftant,ôc fans auoir aucun efgard aux oppofi-
tions des Tribuns, ny aux appellations des condamnez, criansàhaute
voix, que les loix facrees eftoyent fouleesaux pieds. A cela y a double
refponfe, qu’il eftoit queftion delà difeipline militaire, qui n’auoit rien
de7 commun pour ce regard auec les loix domeftiques. en fécond lieu,
c’eftoit bié Faduis du fenat,mais Pexecution fe faifoit par les Magiftrats,
qui n’eftoyent tenus d’obeir au fenat, s’ils n’euffent voulu.combien que
la iufte douleur qu’on auoit d’vn fi lafche,ôc vilain tour commis à Rhe-
ge,faifoit ceffer toute la puiffance des loix.Et fouuent en casfemblables
onpafToitlacontrauention aux loix par8 foufrance. Mais outre cela,
Papinian refpond, quil ne faut pas auoir efgard à ce quon fait à Rome,
mais à ce qu’il faut faire, c’eft pourquoy fouuent les Tribuns du peuple
empefehoyent les entreprifes du fenat : Ôc mefmes le Tribun Cornelius
fift faire defenfè au fenat de n’entreprendre rien de ce qui appartenoit à
la maiefté du peuple : ce que Dion n’euft pas eferit, fi le fenat n’euft fait
plufieurs entreprifes fus Feftat. le fçay bien qu’on alleguerale dire d’vn
autre iùrifconfulte,9 Senatum ius facerepojje. mais cela s’eft dit de la puif¬
fance du fenat,après auoir eu iurifdidbion ordinaire, comme nous auos
moftré cy deffus:cobien queles edits des moindres Magiftrats,Ædiles,
ôc Tribuns,ôcmefine Faudorité priuec des iurifc6fultes,fiiifbit vne par¬
tie 1 jdu droit,Ôcpaffoit en force de loix:ores qu’ils n’euffent aucune puif¬
fance,ny comandement quelconque. Si donques le fenat,en Feftat po¬
pulaire,n’a point de puiffance ordinaire de cômander3ny de rien faire q
par foufrâce,beaucoup moins lauroit-il en Feftat Ariftocratique, ou en j
la monarchie,ôedautat moins en la monarchie, que les Princes font pi9 ,
ialoux de leur eftat que le peuple. Et par ainfi quad on dit, quil n’eftoïc
pas licite de prefenter requefte au peuple,c’eft à dire aux gras eftats fans
auoir] aduis du fenat: chofe qui n’eftoit pas neceffaire pour prefenter
LIVRE TROISIESME. 3oj'“requcftc au menu peuple:cela n’empefehoit pas les Magiftrats,après a- 2.imerPr«APpia-
uoir eu l’aduis du fenat cotrairc au leur de s’adreffer au peuple. La met r'iXPramPi',b
me refpofè ferc aufli,à ce que dit Iofepii rHiftorien,q Moïlè défendit au &eodcm J : C- : • 11 1.1- r i> i • i /- . . crrorelapfmj>lebc Ycrtit. lib.r.
*£ .Roy de rien frire, en ce qui touche le public, fans l’aduis du fenat,& du crrorelaPfuseftOctomanus inPotife (cobié queceft article ne fe trouué point en toute la loy,ilnes’é- Snb namCorn*’
fuit pas quele Roy fuft tenu de fuiure leur aduis.iacoitJqu’il s’appelle le lialc?c:"eadPlc-
premierlenateur,&le chef de fon cofeil.car telles qualitez ne diminuet fu senaraVroga-
en rien la maiefté:ores qu’il appellaft les fenateurs fes copagnons,ou fes b^quodPompei*
bos maiftres,&feigneurs,comeTibere qui appelloit les fenateurs/W«/-
gentif imos dominos, ainfi que no us lifons en Tacite. & neantmoins en vn pf°gf
decret du fenat raporté par Pline le ieune,nous lifons ces mot s,Volütati dcd^nitailb.c!"’
tame Principisfuï3cui in nulla refas putaret repugnare in hac quoque re obfequi.Aufli les fenateurs,ou cofeillers deflat, à parler proprement, ne font ny
officiers,ny commiflaires: & n ont autres lettres en ce Royaume qu vn
fimple breuet figné du Roy,fans feel,ny cachet, portât en trois mots, q
le Roy leur done feance,& voix deliberatiue au cofeil,tant quil luy plai
ra:&leRoy mort,ils ont befoin d’vn autre breuet:hormis ceux qui pour
leur qualité,ou charge en ce Royaume,entrer au cofeil. Et la raifon prin
cipale,pourquoy le fenat d’vne Republique ne doit pas auoir comande-
mét,eft que s’il auoit puiflance de comander ce qu’il confeille, la fouue-
raineté feroitau confei!:& les confeillers d’eftat au lieu de confeillers fe-
roiet maiftres,ayans le maniemet des affaires, & puiflance d’en ordoner
à leur plaifir.chofe qui ne fe peut faire,fans diminution, ou pour mieux
dirc,enerfîon de la maiefté,qui eft fi haute,&fi facree,qu’il n’apartient à
fugets quels qu ils foiét d y toucher,ny pres,ny loin. Et pour cefte caufe
le grâd confeil de Venize,auquel gift la maiefté de leur eftat,voyât que
les dix entreprenoiét par deflus la charge a eux donnee, leur fift defenfe
fur peine de leze maiefté,de comâder,ny ordoner chofe quelcoque, ny
mefmc deferire lettres qu ils appellent diffinitiues : ains qu’ils euflent re¬
cours àla feigneurie,iufques à ce que le grand cofeilfuftaflemblé.pour
la mefme caufe ils ont ordoné,que les fix cofeillers d’eftat,qui affiftét au
Duc,ne feroiét que deux mois en charge,afin que la couftume de com¬
mander ne leur fift enuie de continuer,& afpirer plus haut.Toutefois fi
mes aduis auoient lieu,ic ne ferois pas d’opinion qu’on changeaft,& re-châgeaft les confeillers deftatrainspluftoftqu ils fufTentperpetuels,co¬
rne ils eftoient en Rome,Lacedemone,Pharfale,& maintenât à Gcueue,& aux cantons des Suifles. Carie châgement annuel qui fe faifoit en A-
thenes,& maintenant à Venize,Rhagufe,Luques,Gencs,Nuréberg, &
en plufieurs autres villes d Almaigne,non feulemet obfcurcift bien fort
la fplendeur du fenat, qui doit reluire côme vn foleil,ains aufli tire après
foy le danger ineuitable d’euenter &c publier les fecrets d’vn eftat. ioint
aufli que le fenat tout nouueau ne peut eftre informé des affaires paflees,
ny bien cotinuer les erremens des affaires encomancees.qui fut la caufeC iij
,06DE LA REPVBLIQVEDifférence
des offici¬
ers, ôc com-
rniflaires.ï.Ariftot.lib.4<
cap.ij. .3'CCfXW ''roé'TiTOLTTüy.4.Iib.£,que les Florentins ordonnèrent àla requefte de Pierre Soderin Gofalonnier,que le fenat de lxxx. feroit muable de fix en fix mois,hormis ceux
quiauoientefté Gonfalonniers,pour informer le nouueau Sénat des
affaires, la mefrne ordonnance a efté faite à Genes, de ceux qui ont efteDucs ou Syndics.Enquoy les Pvhagufiens ont mieux pourueu à leur fenat q les y enitiés:car à Venize le fenat chage par chacun an toutàcoun*
mais àPvhagufe,, les fenateurs, qui ne font qu vn an en charge,changent
les vns après les autres, Ôc non pas tous en vnan. C’eft doncquesle"plus
feur que les fenateurs (oient en charge perpetuelle,ou pour le moins les
fenateurs du confeil particulier,comme eftoit celuy des Areopagites.
DES O FF J C1 ERS ET COMMISSAIRES.C H A P. II.’o F fi ci er eft la perfonne publique qui a charge or¬
dinaire limitee par edit. Comiffaire eft laper fonne pu¬
blique, qui a charge extraordinaire, limiteeparfimple
c6mifli6.il y a deux fortes d’officiers,& de cômiffaircs
les vns qui ont puiffance de c6mâder,qui font appeliez
Magiftrats, les autres de cognoiftre, ou dexecuter les
mâdemés:ôc tous font perfonnes publiques: mais toutes perfonnes pu¬
bliques ne font pas pourtant officiers,ou c5mifTaires:c5me les pontifes,
Euefques,miniftres,font perfonnes publiques,ôc beneficicrs pluftoft q
officiers: qu’il1 ne faut pas meiler enfemble:attédu que les vns fontefta-
blis pourles chofes diuines : lés âutres pour les chofes humaines, qui ne
fedoiuétpointcofondre. Ioint auffi que l’eftabliffemét de ceux quisôt
emploiez aux chofes diuines,ne dépend pas des edits,ny des loix politi-
quesjcome font les officiers. Voyons donc fi les définitions que iay po-
fees ifôntb6nes,auparauât qu’entrer en la diuifion des officiers :dautac
qu’il ny a perfonne,ny des iurifcofulces,ny de ceux qui ont traité le fiiâ
delà Republique, quiait dit au vray que c’eft d’officier,ny de comifîai-
re,ny demagiftrat.&: toutesfois c’eft chofe bien i^ecefiaire d’eflreenté-
due, puifque l’officier eft l’vnc des principales parties de la Republique,
ôc qu’il eft impoffible d’imaginer République fans officiers ou comiffai
res.Et d’autant que les Republiques fe font premieremétferui decom-
miffaires que d’officiers, c5me nous dirons cy apres,ileft befoin de par¬
ler en premier lieudes comiffaires, ôc de la différence qu’ils ont auecles
officiers.zArift. dit,qlemagiftrateft celuy quia voix dehbcratiue au fe-.
natôcen iugcmét,&qui a pouuoirdecomâder.Il appelle magiftratàp%W
qui n eft propre finon à ceux qui ont *puifIàncedecomander,Ôcnopasaux officiers feruans,comehuifIiers,fergés,tr5pettes,notaircs,qu’il metau 4 rang de magiftrats: ôc qui n’ont aucune puifïance de commander:
de forte que fa définition demeure courte pour ce regard.Encore eft-cc;
chofe plusabfurde dire, que celuy n’eft point magiftrat, qui n’a entree
LIVRE T R O I S I E S M E. 3^7au confeil priué , ôc voix deliberatiue,&: puiflance deiuger^ ôc s’il eftoit
ainfi,il n y auroit point,ou fort peu de magiftrats en toutes les Republi-
ques:attédu qu’il y a fi peu de côfeillers du priué Côfeil es Republiques
bien ordonnées, ôc entre ceux là, pas vn qui ait voix deliberatiue finon
par commiflîon.-ôc ores qu’ils ayeut voix deliberatiue,ils n’ont point de
commandement, ainfi que nous auons dit cy defTus. Quant aux lurif-
confûltes il y en a peu qui ay et touché cette corde: ôcmefmes le dodeur
s Gouean confefîe que la définition du Magiftrat luy a toufiours fem-
blé difficile, ôc de fait il y a fiilly: car il a dit que Magiftrat eft celuy à qui
le prince adonné quelque charge, en cefte force tous Commiffairesfe-
roient Magiftrats:mais le docteur Cuias au premier chapitre de fes No¬
tes, dit qu’il donnera trois définitions pour vne contre celle d’Ariftote,
c’eft à fçauoir, Magiftrat eft vne perfonnepublique, qui prefide eniu-
ftice, ou bien qui cognoift au fiege de iuftice,ou bien qui a iurifdidion
Ôc iugement public.de forte qu’à fon conte il afligne quatre définitions
auec celle d’Ariftote. Or c’eft droidement' contre les maximes de tous
Philofophes,ôc contre les6 principes de Dialedique,qu’on puifle don¬
ner plus d’vne définition d vne chofe: auffi eft-ilimpollîble par nature.
Et fi on veut dire que plufieurs defcriptions fe peuuent donner d’vne
mefme chofe:il eft bien vray,mais cet deferiptios ne fçauroiec efclarcir
l’cfleriçcny la nature delacliofe.Toutesfois la faute,en termes de droit,
eft pl us notable, ôc mefmes en matière de Magiftrats,&: officiers,qui eft
1 ouuerturê du droit,oùles Iurifconfiikescomencent: car la principale
marque du Magiftrat,qui eft de c6mander,y défaut.ôctous lieutenâs de
Magiftrats cognoiflent,ôc prefident en iuftice, ôc au fiege de iuftice : ôd
toucesfois ne font point Magiftrats: ôc quant aux Euefques,ils ontiuge-
ment public^ fiege en iuftice,ôccognoiffance comme les anciés Pon¬
tifes: ôc IesCadisen Orient,Ôc neantmoins ils ne font point Magiftrats,
attendu qu’ils n’ont aucun pouuoir décommander, ny de faire appeller
deuanteux,ny demprifonner,ny d’executerletirs iugemens:aufti n’ont
ils ny fergent,ny officier à qu’ils puifTent commander,non plus que les
Cadis de Turquie,ôc les anciens Pontifes: cela eft tout notoire. ôc d’ail¬
leurs,tel a puiflance de commander,qui lia point de iurifdidion,ny de
cognoiffance de caufe, comme nous dirons tantoft . Et qui plus eft, les
commifTairesdes caufès publiques extraordinaires deputez ancienne-
métpar le peuple Romain,que la loy appelle Oueftoresparricidij:auoiét,
comme à prefent les commiffaires deputez par le Prince, puiffance
de cognoiftre,prefider en iuftice,iuger,comandcr,contraindre: Ôc tou-
tesfois ils n eftoient point Magiftrats.S’il eft ainfi,pas vne des trois défi¬
nirions ne fe peut fouftenir. Et neantmoins il y a vne autre faute, de n’a-
uoirpoint diftinguéles Magiftrats des autres officiers, ny fait aucune
differéce entre l’officie^ôc le commiffaire. lay dit que l’officier eft per¬
fonne publique,ce qui n’eft point reuoqué en doubte: car la différenceC iiij
3o8 DELAREPVBLIQJEduparriculieràrofficiereft,quervn a charge publique,l'autren‘ena
point. lay dit charge ordinaire,pour la difFeréce des coanmiffaires q n'¬
ont charge publique extraordinaire, félon l’occafion qui fe prefente-
comme anciennement le Di&ateur, ôc les commiffaires pour informer7.1 i.de ongme. ^ crjmes donnez parle peuple à la requefte des7 Magiftrats.I’ay ditli,
mitee par edit: pour l’ere&ion des charges publiques ordinaires.erigees
en tiltre doflice.au trement ce n’eft point office,s’il ny a edit,ou loy ex,
prelTe.Ce qui a toufiours efté gardé es ancienes Republiques des Grecs
ôc Latins,&: mieux à prefent que iamais:& à cefte fin,les Princesfontpu
blier leurs edits es cours fouueraines,&fubalternes des moindres offi¬
ces.& en ce Royaume les lettres d’office nouuellement erigez fontféel-
lees en cire verd,& le ftile differend A tous prefens ôc aduenir,&c.ayant
trait perpetuel : ou les lettres patentes des commifiions,font en cire iau-
Edits&loix ne,& qui nont iamais trait perpetuel. Et combien que tous les corps,
requifes ôc collèges foient otroyez parle Prince auec charges limitées à perpe-
pour lere- tuité comme i’ay dit : fi eft-ce que fi le Roy veut croiftrc le nombre du
&io des of- corps ôc college des iuges,ou autres Magiftrats,voire des moindres fer-fices. gens,crieurs, trompettes,arpenteurs,langayeurs,&c.ilfauteditexpresqui (oit publié,vérifié, ôc enregiftré. ôc de fait tous lesregiftres de la iu¬
ftice en font pleins. Quand ie dy trait perpetuel,cela s’entend auffi bien
des offices qui font annuels, que pour ceux là qui les tiennent à vie : car
l’office demeure toufiours, après qu’il eft vne fois érigé par edit, quel¬
que téps qui foit prefeript à l’officier, iufques à ce q ue par loix, ou edits
contraires il foit caffé:ores que l’office foit pour dixhuit mois comme la
cenfure,ou pour vn an,comme eftoient tous les autres offices en Rome
4.Liuiut lib.40. par la loy 4 Villia,ou pour fix mois,comme eftoiét les Senateurs de Flo¬
rence,lors que l’eftat eftoit populaire,ou pour deux mois,commcles fix
Confeillers de laSeigneurie qui affiftent au Duc de Venize,ou pour vn
iour,côme les Capitaines des deux fortereffes deRaguze,muables par
chacun iour. Mais en quelque forte q les offices foient erigez pour eftre
charge ordinaire, & publique, il ne fe peut faire fans loy. non pas quil
foit befoin de parchemin pour efcrire,ou de cire verde pour féeller, ou
de Magiftrats pour publier les edits touchant les ere&ions dofïicc. car
lVfcripture,lc féel,la vérification ne font pas la loy, non plus que les au-8. inon %ura. de trcs 8 a&es &: contratts. ains au contraire il n'y eut onques loix plus for-
a piutarch. tes,ny mieux gardees que celles des Lacedemoniés, que 9 Lycurgue de¬
fendit d’eftre eferiptes, ôc pour cefte caufe on les appelloit Rhetes : les
Atheniens auoient bien quelque forme de prefenter la requefte au peu¬
ple, Ôc fi le peuple la receuoit elle paffoit en force de loy, qu’on auoit ac-
couftumç de grauer en bronze, ôc attacher à vn pillier. Ainfi quand il
fut queftion deriger cent Senateurs nouueaux en Athènes des deux li¬
gues nouuelles, à fçauoir de Lantigonide,& Demetriade, la loy en futi.piutar.iu Deme- publice au1 peuple. ce qu’on faifoit en l’erc&ion de tous autres offices,
m0‘ commei
:t|[ LIVRE TROI S IE S ME. 309{ comme on peut voir en Thucidide,Plutarque,ôcDemofthene. Nous\i ferons mefme iugement des Magiftrats Romainsrcomme l’ereCtion del| deux Confuls en tiltre d’office fe fift par la loy Tuniad’ereCtion des T ri» Dionyf.iib.4.l'ij bunsparlaloy* Duillia. Et quand il fut queftion de faire Tvn des Con- ^Syniib.io.\ fuis roturier, cela ce fift par la loy 4 Licinia : ôc depuis par la loyJ Sextia)ii|t ilfütarrefté, qu'il y auroitvn Preteurpour tenir la iuftice en Rome : ôc /-Lmiusiib.*.cj( par la loy Cornelia quatre Prêteurs,pour les caufes publiques,& crimi-:s| nelles,outre les autres ja erigez:ce qui auoit bien efté fait par la loy6 Bæ- ^.Liuius iib.4o.^ bia.mais ce rieftoit que de deux ans 1’ vn,ôcnon pas en tel nombre. Ainfi ^te^atl.'uc[ÛC; peut-on voir de tous les autres Magiftrats erigez par lesEmpereurs quil orisinc iuris*I y atoufioursedit exprès, par lequel le temps,le lieu, & la charge ordi-^ naire font limitez: comme en tou t le premier ôc douzième liure du Co-£sj de,ôcauxeditsdeIuftinian:ouchacunMagiftrata fon edit particulier.| Iay mis auffi en noftre définition ce mot de Charge ordinaire: par cej que les mandemens du peuple Romain, otroyez parles commiffions,j Ôc charges extraordinaires s’appelloiët auffi bien du nom de Loy, com-I me pour les offices ordinaires, ôc U charge,ôc le temps,& le lieu., eftoitI limité par la commiffion:ainfi quon peut voir des comiffionsotroyeesj1 aux Dictateurs, qui fefàifoientqüeJquesfois par ordonnance du peu-» ! pie,comme i’ay monftré cy deflu: ôc la commiffion otroyee à PompeeJ1 pour cinq ans,pour mettre à fin la guerre Piratique, ôc auoir comman-11,1 demet fus toutes les coftes, ôc villes maritimes delà mer Mediterranee:>°£ luy fut otroyee par la loy Gabinia:&la commiffion pour faire la guerre,oi au Roy Mithridate, luy fut decernee par la loy Manilia. mais pour tant^ que ce n’eftoient que charges extraordinaires, on ne peut appeller cela
offices ,qui font ordinaires, & ont trait perpetuel. Et fait à noter, que le® temps fut limité à cinq ans pour le plus à la requefte de Catule : afin quef pendant ce terme Pompée meit fin à la guerre, & qu’il ne la'fift durer,® pour eftre toufiours en charge, ôc fi pluftoft la guerre eftoit finie, faco-101 miffion expiroit.par mefme raifon la comiflîon des Dictateurs eftoit li-\f mitee à fix mois pour le plus:ôc fi pluftoft ils auoiétmis fin à leur chargeé# la comiflîon expiroit: come nous auons moftré cy deflus par plufieurs! cxeples,qu’il y a eu des Dictateurs qui n’ont efté en charge qu’vn mois,p Huit ioursjvn iour:comme on peut4 voir de la Dictature de Emylius 4.Liuiusiib.<?>iji Mamercus,lequel fe demift volontairement,quita fa charge le iour d’a-mjf près qu’il fut efleu Dictateur,ayant (àtisfait à là commiffion. Car autre-Jÿ ment la nature des commiffions eft telle, qu’elle n’a ny temps, ny lieu,[cl! ny charge qui ne fe puifle reuoquenôc riauient quafi iamais,que le teps^ foit limité és Monarchies, comme il fe fait és eftats populaires,ôcarifto-jî' cratiques, pour la crainte qu’oui a que la commiffion auec grande puif-
fânee, ne tire après foy vneoppreffionde liberté: comme firent les dhcg commiflaires deputezpar le peuple Romain pour corriger les couftu-;s5j mes anciennes, ôc faire chois des loix les plus vtiles : leur commiffion,
Sio DELA RËPVBLI Q_V Equi ne dcuoit paffer vn an,eftant expirée, fut par le peuple proroge
uec puiffance abfolue, & tous les Magiftrats fufpendus durant la&com'
million : ce qui leur donna occafion d’empierer lcftat, & le retenir]"troifiefmeannee par force. Et pour cela le peuple deflors erigealesoffi3
ces des Tribuns du peuple,gardes delà liberté, pour demourertouf*
iours en leur office, iaçoit que tous les autres Magiftrats fuffent fufpcn'
opnnfaTegc TCrk° c]us par la commiffion du6 Dictateur. A quoy les Florentins ne rernf.'
dierent pas,quâd ils faifoient dix commiffaires de quatre en cinq ou
ans,auec puiffance abfolue, & fufpenfion de tous Magiftrats, fans prefi-xion de temps, pour ordonner laRepublique, & corriger les abus . Patce moyen les fa&ieux occupèrent l'eftat en effecSt, ores qu’en apparen¬
ce ils fiffent beau femblant de s’en defpoüiller.car la fufpenfion de tous
Magiftrats donne puiffance infinie aux commiffaires, & ne fe peut fai¬
re fans danger,fi cen’eftenlaMonarchie.commeil fe fift en ceRoyau-
mependant laregence de Charle v.qui deputa cinquante CommifTai-
res réformateurs en tout le Royaume, à la requefte des Eftats qui lors
furent tenus à Paris: pour eftre par eux informédes abusdes officiers,
qui furent tous fufpendus. Et pour entendre plus aifément la différence
de 1 office & de la commiffion, il fe peut dire aucunemét que l’office eft
comme vne chofe empruntee,quele propriétaire ne peut demander
que le temps prefix ne foit expire : & la commiffion eft côme vne chofe
qu on a par foufrance,& par forme de precaire,que le feigneur peut de-
t.ub.17. mander quand bon luy femble. c’cft pourquoy1 Tacite parlât de l’îm-
pire de Galba, qui ne dura que trois mois,& quâd on ne l’euft point tué
bien toft il fuft mort croulât de vieilleffe, il dit qu'il auroit l’Empirepar
forme de comiffion:pw<tn#Jcni imperiu & breui tranfiturû.mais fa com¬
miffion eft de telle nature,qu’elle expire auffi toft que la charge eft exe-
cutee:ores quelle ne foit reuoquee,ou que le temps fuft otroyé plus 15g
que 1 execution:& neantmoins peut eftre reuoquee toutesfois & quâtes
<îu’il Plaift â ceJuy qui l’a7dccernee,foit la chofe entiere ou non : c5me
nous auons môftre cy deffus par 1 exépledes Dictateurs. Et à ce propos
il y a vn ancien arreft delà Cour,extrait du regiftre coté ohm. donné
contre les Huiffiers enuoyezaux grands iours de Troyejefquelsn’e-
ftoient point du corps de la Cour,&neantmoinsIacômiffion desgrads
iours expiree ils fe portoient pour Huiffiers, il fut dit par arreft qu’ils
neftoient point officiers. le demeure fur cepoind, qui femble, peut
eftre,à quelques vns exercitez aux affaires fans difficulté ( car quantaux
Iurifconfultes qui ne bougent des efcholes ils font excufables) &tou-
Differêten- tesfois les deux plus grands Orateurs de leuraage.c’eftà fçauoir Æfchi-
tre Æfchi- ne & Dcmofthene,fondoie't en partie l'eftat de leurs harangues,& plai¬
ne & De- doyezfurcepointl.CarCtefiphonayantprefenté requefte aupeuple,
mofthene. à ce qu’il luy pleuft faire couronner Demofthene en plein théâtre d’v-
ne courone d’or,pour fes merites enuers la Republique, & mefmeme't
8.ideni5Ta)"Tî$cLTreifOV&K ou,LIVRE TROISIËSME. 311pour auoir vaque à fortifier les murailles, ôc autres places fortifiables de
la ville d’A thenes: Æfchine empefehea renterinement de la requefte,&;
pour fes caufes d’oppofïtiôn difoit,que par les ordonnances il falloir au
preallable rendre compte au peuple, commetous Magiftrats eftoient
tenus. Demofthene ayant pris liteau fe refpond , que 1’ordonnance ne
parloitque des Magiftrats : &que la charge de fortifier, & reparer les
murailles, n’eftoitpoint Magiftrat, ains feulement vne fimple commit
fion,qu’il dit en fon vulgaire, qoc tim àM,’ s^gutouWce que les Latins proprement appellent Curatio, c’eft à dire commil-
fîon.Il ne fe faut pas esbahir fiDemoftheneàfceu bien diftingutr,&'
mettre la différence en la commiflion Ôc l’office,ce qu’A riftote a cofon-
du par tout. A ufli l’vn auoit toufiours manié les affaires:rautre,dit 8Laer-
ce,ne s en eftoit iamais entremis.Icy,peut eftre, dira quelqu vn,que les
Commiflaires deChaftelet., ôc des Requeftcs du Palais font officiers: ^
comment fepeut'il donc faire que l’office ôc la commiflion ne foient ^Sh^îbphos
tout vn : A celaie refpons, que d’ancienneté ce n*eftoient que fimples vkas 4e*
commiffions, qui depuis pour l’vtilité qui en refultoit furent érigez en
tiltre d’offices ordinaires ôc perpetuels, demeurant neantmoins le pre¬
mier nom de Commiflaires parabus,ou pourl’honneurdelaCour,qui
cognoift des appellations intergetees de leurs iugemens:& qui leur co-
mettoit anciennement la cognoiffance qu’ils ont à prefent. car fi ce n’e-
ftoient encores que fimples Commiflaires de la Cour, elle pourroitles
reuoquer, ce que le Roy mefmes ne peut faire, finon és trois cas de l’or¬
donnance deLoiiys xi. commetous les officiers de ce Royaume Non
pas que la commiflion foit incopatibleauec l’office, caria plufpart des
commiffions ne s’adreffentfinonaux Magiftrats, mais l’officier ne peut
eftre Commiffaire en qualité d’officier, pour la mefme charge limitée
par fon office. Car les commiffions,qu’on appelle excitatiues, adreffant
aux officiers,pou r chofe qui eft de leur office, ne font point propremét
commiflions,file6tempsoulelieu n’eft altéré par la commiflion: come é.l.i.de variis co¬
de iuger les derniers proces,& laifferlespremiers,parce que le temps,ôi
l’ordre porté par les edits eft altéré par autorité du Prince ou du Magi¬
ftrat, alors c’eft commiflion. Or la différence eft fi notable,que les7 Iu-
rifconfultes tiennent,que fi l’officier a iugé du fait porté par fà commitgnit.Iacob. Butri-
gar ml. qui pro¬
curatore princip.
de procur.lanfrac.
que les7 lu- in repetit.cap. quo
1 niamcôtra. deprobat.dd.in 1.&quiafion en qualité d’officier,le iugement eft nul.mais cela s’entent de chofe fne^HetSof-
quinetouchoit point fonoffice. cars’ily aconcurrencede lacommif-
fion excitatiue,auec la charge portée par l’ere£tion d’office, lacognoif- 7. Baid^io.Andr.
fance ordinaire eft preferable à la commiflion, tout ainfi que la qualité dinal.in cap.cum
de l’officier eft preferable au Commiffaire:&les adtes des officiers,plus fcrip?c«.dcpræ"
affeurez que des Commiflaires : ôc par ainfi en telle concurrence, fi l’of- fitSifoiCe^
ficier commis en chofe qui eft de fa charge, n’a point declairé en quelle aJfiaTd^a'
qualité il cognoiffoit,l’adte fera pris come de l’officier,afin qu’il foit plus 1.fi miles, de refta.1 ferme Ôc plusftable. ioint auflt que les comiffions,& charges extraor- Sphc^«offidj.
Toutes for
tes decom-
miffions.j.Làiudice. dciu-
dic.C.5.authent. ad hase
de iudic.C. cap.vc
debitus.de appel,
cap'.fuper quæitio-
nura.de offic.dcle-
gat.Io.And.& Pa-
nor.i n cap cüm
Bartoldns. de re
iudic.poft Innocé-
tium Sc Hoftien-
fern.Bartol.in 1.
more.de iurifdic.
AnFrer.indccif.ca-
pel.Tolof.3ii DE Î^A REPVBLÏ QJV Edinair.es font odieufes, fi ce n’eft pou r cognoiftreVles abus des officiers
comme il fe fiità Venize decinc] en ciiiq ans,& a Genes tous les.ans où
les Syndics/ont deputez Comi'ffaires, pour cognoiftre des abus com¬
mis parles Magiftrats, & officiers (ce qui eftoit anciennement en A the~
nés attribué à certains Magiftrats ordinaires) où pour deciderles procès
multipliez pendant les guerres ciuiles, comme hft Vefpafian l’Empe-
reur,ainfi que ditSuetone:ou bien pour cognoiftredeschofes qui tou
checla plufpart des officiers, ou bien tout vn corps ôc college : en ce cas
lescommimons font neceffaires. & me fouuientque le Roy Charle u
ayant décerné fes lettres patentes l’an m. d. l xx. pour la reformatioa
generale des eaues ôc forefts de Normandie, qui droit après foy laco*
gnoiffance du plus beau de fon domaine, les Prefides ôc Confeillers du
Parlemet furent interdits d’en cognoiftre, ôc combien qu’ils euffent re.
mué ciel ôc terre,pour empefeher l’interdidio,fi eft-ce qu’en fin ils rac¬
cordèrent,après que ie leur eu prefenté les iuffions reiterees,& que ie te-
‘ nois en proces x x i ï. Confeillers, ôc le premier Prefident à partie, pour■ les cas refoîtans de lacoxnmiffion:& tout le corps delà ville de Roiian,
pour les droids qu’ils pretendoient contre le Roy,ôcqued’eftoit la cau¬
fe pour laquelle l’auois obtenu l’interdidion. Mais pour efclarcir brie£
uement toutes les fortes de Commiflaires : foit pourlc gouucrnemec de
prouinces,ou pour la guerre,oü pouiTa iuftice,ou pour les finances,ou
pour autre chofe qui concerne Feftât,noüs dirons que les commiffions
font emaiiees cluPrince fouuerain, ou des Magiftrats, ou des commit
{aires deputez par le fouuerain. les Commiflaires font officiers,ou par¬
ticuliers. fi ia commifîion s’adrefle aux officiers,ou bien c’eft chofe qui
leur eft attribu.ee paiTeredion de leur o ffice, ou qui ne leur appartient
point. Et en quelque forte que ce foit ou à l’officier, ou bien au particu¬
lier,la commillion eft decernee pour cognoiftre,& pafler outre par def-
fusTappel,ou pour deferer à l’appel deuolu au Prince (buuerajn,fi la co-
miffion eft emanèe de luy, ou aux Magiftrats nommez par la commit
fi o 11 : o u b i e n le c 6 sn i ffai r e e ft d e 1 e gu é p a r ce 1 il y q u e 1 e 3 ( o u u e r ai n a dé¬
puté, comme il eft permis quelquesfois par la commiffion, pour Fin¬
it ru dion des affaires, ou des proces, iufques à lentence9 diflinitiue ex-
clufiuement,ou inclufiuemét /auf l’cxecution s’il en eft appelle.ou bien
les Comiflaires font eftablis par les Magiftrats, pour cognoiftre du mit,
ou du droid,ou del’vn& l’autreenfèmble,fans aucune puiflance de co-
mander,ou auec pouuoir,& commandemêt. Cefte diuifîon fe rappor¬
te a tous Comiflaires en quelque forme de Republique que ce foit.Celafe peut voir en leftat des Romains, où le fait de la guerre, ôc le gouuer-
r . J t> J . onement des pays ôc prouinees nouuellement conqueftees apparteno.it.
aux Magiftrats, & officiers ordinaires, à fçauoir aux Confuls, Prêteurs,
Quefteurs. Mais lors quei’Empire des Romains fut eftendu hors l’Ita-
lie, alors o.n commença à deputer des Commiflaires pour gouuernet
LIVRE T R O I S I E S M Ë, 5*3les prouinccs au lieu des Magiftrats ordinaires : quon appelloit Pro-
confuls, Propræteurs , Proquefteurs : ceft à dire commis ou lieute-
nans des Confuls , des Prætcurs, des Quefteurs. comme on peut voir x< }ib
enTite'Liue lequel parlant de Philon, qui fut le premier Proconful
^Attum cum Tribumfelebis eft ad populum ferrent 3 njt cum Philo con-
i; fulatu abïifjet 3 pro Confule rem gereret, ôc telles commiffions eftoyent
le plus fouuent par loufrance du peuple ottroyees par le Sénat , à
ceux qui auoyent forti de leurs offices : lefquels s’accordoyent enfem-
ble pour le gouuernement des Prouinces , ou s’ils ne pouuoyent
tomber d accord , ils gettoyent au fort, ce qu’ils difoyent , Corn¬
ai parare inter fe > aut fertiri. fi ce n eftoit que la charge, ôc cômmiffion
1 fuft de telle confequéce,qu elle meritaft eftre dccernee fans fort,à quel-
s que grand capitaine,que le Sénat nommoitiou il y auoit brigues, ôc fa*1 étions,le peuple ottroyoitlacommiffionàla requefte des Tribunsico-
(p me il fe fift à Scipion 1*Africain,auquel le peuple ottroya la cômmiffion,
pour faire la guerre en Efpaigne,ôc en Afrique,ôc par ce moyé faire qui-
i ter T Italie aux ennemis. Etfemblable commiffionfutottroyee au ca¬
pitaine Paul Æmyl, fans getter au fort, pour faire la guerre contre Per-
tt feus Roy de Macedoine : ôc à Pompée contre les Pirates, ôc contre
ü" Mithridate, ôc le peuple pouuoit nommer qui bon luy fembloit, ia-
i çoit qu’on euft getté au fort, ce qui n aduenoit pas fouuent, cas ordi-
l nairement on gettoit au fort, ceux qui auoyent efté Pannee prece-
m dente Confuls ^ Præteurs, ôc Quefteurs. & d’autant que la charge de
s faire la guerre à Mithridate tomba par fort à Sulla, Marius fuborna
I vn Tribun du peuple , pour la voiler à Sylla , affin qu’il emportait
pu’1 qui fut caufe de la plus cruelle, ôc fanglante guerre ciuilc qui fut on-
ques. Et en cas femblable pour le fait de la Iuftice , quand il eftoit
‘ queftion de quelque cas enorme , le peuple ottroyoit la commit
; fion au Sénat, ôc le Sénat commettoit quelques vns de fon corps
.. non feulement pour l’inftru&ion ains auffi pour faire , ôc parfaire le
proces, comme il fe fift du Præteur L. Tubullus luge des meurtres,' qui auoit commis tant de concuffions, que le peuple laiffant la voye
ordinaire, ôc les Magiftrats à qui en apparteiloit la cognoiffance, r en-
uoya, le tout au1 Sénat par commiffion extraordinaire : ôc le Sénat
deputa Cn. Scipion , pour le iuger. comme en cas pareil quand il ^ccr°hb'1,<k
fut queftion des ports d’armes, ôc meurtres aduenuz entre les ha-
" bitans de Noncer , ôc les Pompeians , l’Empereur Néron donna la
' commifsion au Sénat, ôc le Sénat deputa les 1 Confuls. Quelques- ^ ^aciclibl4t
fois le Sénat fans commifsion du peuple, ôc comme par main fouue¬
raine donnoit Commiffaires, fi le cas, dont eftoit queftion,auoit efté
commis en Italie hors le territoire de Romexomme chofe appartenantP'!1: d/ . ' .1
314 DE LA REPVBLIQVec. nb.de miiitasi au Senat priuatiucmçnt à touts autres, ainfi que dit ° Polybe, Com.
Rom aTfdpiina me ^ aduint d’vne volerie eftrange, ôc meurtre cruel, duquel parle
x. Baid!iniPi.dc Ciceron au liure des nobles Orateurs, ou il dit que le Sénat denu
îiïïœ: les Confuls pour en cognoiftre. Oril appert parles exemples cydef.
ton.cab‘uppcra' ^US déduits, que les Commiffaires deputez par le fouuerain , f0ycnt
cuimânda°rf’eiaS magiftrats 5 ou particuliers , peuuent 3 commettre , s’il n’eft expref
i a‘aicdicc'de ^cmcnc défendu par la commiffion : ou qu’il foit queftion 1 de l’eftat
4. anth.adhæc. en la commiffion : comme les AmbaiTadeurs, ou deputez pour trai
JcrquLmonuni ter paix, ou alliance ou autre chofe femblable. ou qu’il foit queftion
ftatmfi&°ibigioP* ^ lavie, ou de l’honneur de quelqu’vn : qui eft le cas del,Papinian,
d°r&pa or°un’ Depuis l’Empereur luftinian ordonna par forme d’edit 4 perpetuel
cap.cumBertoi- que les commiffaires deputez par le fouuerain , ne pourroyentcom-
dus mettre quel’inftrudion des proces, Ôc qu’ils cognoiftroycntdufairs’il en eftoit appelle. Mais pour obuier à tout le plus feur eft de rei-
gler les commiffaires par la commiffion , comme il fe fàit és Répu¬
bliques bien eftablies.Et combien qu’on peut faire plufieurs queftions
touchant les commiffions decernees, tant par le Prince fouuerain
que par les Magiftrats, toutesfois , ie n’en toucheray que deux ou
trois, qui font neceffaires d’eftre entendues, par ceux qui ont le ma-
j.i.fiquisaiicui§. niement des affaires , foit en guerre , ou en paix. Laiflant donques
n^dTcTumfo- toutes difputes , pour abréger , nous dirons que la commiffion cÆ
iuitur.de iudidis. fe {[ celuy qui l’a ottroyee vient à ; mourir, ou qu’il reuoque 6 la1.&qmadcxunf. . rr ^ \ -rr • 1 r ~ -rr i*dia. commitlion : ou que le commiflâire pendant la commillion obtienneDominicus Félin. office , ou Magiftrat efgal à celuy qui a décerné la commiffion. Or
la reuocation exprefle , portee par lettres du 7 Prince , touche auffiin cap.cçterum.
Innocentius in
cap cumcôtingat,de refcript.ext.
8.cap.dudum.cap
penul.de prarbea• bien les 8 ignorans, comme ceux qui en font aduertis. Et combien
ap- que les a&es du commiflâire, qui eft ainfi reuoqué , au parauantlalib.tf. " fignification à luy faidte , tiennent pour le regard des particuliers,offi.delcg Inno-
cent.Butrio.Imo
Panor.Félin, in d.55_ap exi1ter1s.de enuers lefqUe]s le Commiflâire a executé fa commiffion, & mefmc-
ccnt.Butno.imoi. ment s’ils onc procédé vohintairement fçaehant bien, quand à eux,cap cæterum. que Ja commiffion eftoit reuoquee: toutesfois enuers les autres, le*i. Immola, ind. 1 . * rr • i > rcap. cæterülatiff. actes du Commiflâire, depuis la reuocation9, n’ont point de force,fion.roræ innouispar la1 rigueur de droiâ: : &: neantmoins la raifon équitable veut, qu’ils
m cap.fæhpe.deof- Y foyent tenus , iufques à ce qu ils ayent efté aduertis de la reuoca-
fiiCfifoftedeoffic t*°11, ^al tout 4ue ^ Commiflâire n’a point de puiffance , iuf-
præfid.ff. ques à ce qu’il ayt receu , ôc 1 accepté la commiffion : auffi la com-4. Innocentius in . ./v* * 1 i . « n r * r 1 • 1cap quaiher.de ac mi il ion dure , n la reuocation 11 elt ligiuhee *. ou du moins que le
^BartoUniBar- Commiflâire fçache qu’il eft reuoqué. C’eft pourquoy } Celfus di-
tornu 18ïoman 3 clue ^cs a(^es du gouuerneur de Prouince, font bons, & vala-
ini.iscui.de verb, bles, fi le commiflâire nc fçait qu’il eft reuoqué : quoy que le Papeoblig. Cardinal. ^ _ 5 r n 1> 1 • 1 , . I * 1 1 t 1confii. iij. Roman. 4 Innocent rult d aduis , que cela na point de lieu , quand il va ae
finguUo. rhoneur,oudela vic,& quilfoitfuiuy de plufieursfi eft-ce toutesfoisqu’il
L I VRE T R O I S î Ë S M E. 515qu’il a varié 6 d’opinion. Et combien qu’il fuft Pape, & Prince fou¬
uerain , ôc fçauant Iurifconfuke, fi eft-ce qu’il declaira qu’il ne vou-
loit pas qu’on s’arreftat à ce qu’il auoit efeript, s’il n’y auoit raifon
bonne, ôc vallable. Mais pour ofter toutes fes difficultez anciennes «>. feejou incap.
les fecrettaires d’eftatont accouftumé d’apofer aux commifïions, & 3 dePrubat cx£-
prefqu en touts mandements , & lettres patentes , cefte claufe D y
lOVR DE LA SIGNIFICATION DE CES PRESENTES*
qui eft & doibt eftre entendue, ores qu’elle fuft omife. Voila quant à
la reuocation expreffe. Auffi fînift la commifïioil par la7 mort de ce- {& ouia ^
luv cuiiTa ottroyee,foit Prince ou Magiftrat, pourueu toutesfois que la rifdia-.io.Andr.J 1 r . , ° rr • 1 >1 Bald.Imol.Ho-choie foit entiere: autrement le commifiaire peut continuer ce quil ftienf.Panor. in
a encommencé fans fraude, car combien que le commifiaire ne fuft
pas aduerty de la mort du Prince par denunciation expreffe, néant- Barfbdf&^uia
moins qu’il feeuftbien eftant les chofes entieres,il ne peut8 rien en- ii™«i.fiqm4aii*
treprendre. Quand iedy la chofe entiere, cela s’entend qui nefe peut mandad. d
laifler fans preiudice du public, ou des particuliers, comme en ma- LS'&TUfi^o
tiere de iuftice, fi les parties ont contefté,la chofe n’eft plus entiere, ^'l 1^X0° de
ains les commiftaires peuuent, ôc doibuent paracheuer ce qu’ils ont ^f-cap.i.deof-f r • I t'»- r ■ i ■» x • n 1 nc.de legat.l vbicommence,loitquele Prmce, ioitquele Magiltratles ayt9 commis. c*PcUmdeimii.
ou en termes de guerre, fî la bataille eft rangee deuant l’ennemy, ôc
que la retraitte ne fe peuft faire fans péril euident, le Capitaine en
chef ne laiffera pas à donner la bataille, après qu’011 luy aura fait fça¬
uoir la mort du Prince. Toutesfois les commifïions emanees du Prin¬
ce ou lettres de commandement, font en cela differentes des autres
lettres Royaux, qu’on appelle lettres de iuftice, car celles cy demeu¬
rent en leur force ôc vertu : les mandemens expirent après la more
du Prince, neantmoins le Prince nouueau peut auoir pour aggrea-
ble , ôc ratifier, (comme il fait fouuent) les a&es de ceux qui ont
continué la chofe entiere après la mort de fon predecefleur: ce que
les Magiftrats nepeuuent faire enuersles commiflaires baillez par eux: 1. l.obfWe fi-
car les ratifications, en termes de iuftice, ne font iamais1 receuables. rui.&ifcap°cxn'
Or ce que nous auons des commiflaires, 11’a point de lieu pour le re-
gard des officiers: car leur puiffance ne fînift point pour la mort du in tit.de cenfiMn. > 11 r • .. r r « confüet.Parif.g.jzPrince : ores qu elle ioit aucunement tenue en lourrance , ôc coin- gio.i.nü^i.
me fufpenduë , iufques à ce qu’ils ayent lettres du nouueau Prince,
ou confirmation d’iceluy pour continuer en leurs offices. Et pour
cefte caufe le Parlement de Paris après la mort du Roy Loüys x 1. Arrefts dif-
ord.onna.que les officierscontinueroyent en leur charge , comme ils ferends des
auoyent fait au parauant, attendant la refponfe du nouueau Roy: parlemésde
fuyuant vn ancien arreft donné au moisd’06tobreM. ccclxxxi. en Paris, ôc de
cas pareil. Aufli le Parlement de Touloze après la mort de Charle v i 1. Toulofe*
en ordona autremét que le Parlemét dePatis. c’eft à fçauoir qu’6 ne do-Dij
i. dd.incap. fin.
dcoffi deleg.& in
cap.gratum eod.
JBart.inl.i.de Iu-
dic. Cuneus,Al-
beric.Caftrenf.
Bald. in d.l.cius
qui. fi certum.). 1. t.de variis &
cxtraord.cognic.3ltf DE LA REPVBLI QJV Eneroit audience, ny arreft iufques à ce qu’on euft lettres dunouucau
Roy. neantmoins s’il furuenoit affaires,que la court y procederoit par
lettres ôc commiffions intitulées, Les gens tenans le Parlement
Royal de Touloze, auec le feel de la court fans faire mention du R0y„
mais d’autant que le Roy venant par droit fucceflif vfe de fa maiefté au
parauât qu’il foit facré,comme il fut iugé par arreft du Parlement de Pa,
ris Je xix. Auril m.ccccxcviii. il n apartiét pas aux officiers, ny aux Par-
lemens,ny au Sénat de procéder en autre qualité que d’officiers du Roy,
ôc foubs fa puiflance,lettres,nom,& feehee qu’ils pourroyentfaireeftâc
le Royaume eledif, comme il fe fait en Pouloigne, &Dannemarc. Etneantmoins il eft tout notoire,que les commiffions,& charges de com¬
miflaires expirent après la m ort du Prince,foit qu’il vienne par droit d’e-
le£Hon,ou de fucceflion.En quoy plufieurs fe font fort nauaillez, pour
chercher laz raifon, & en fin fe font refolus, ôc accordez en ce point,que
c’eft d’autant queles offices font fauorables,& les commiffios odieufes:
ou bien que la voye ordinaire come ils difent eft fauorable, la voye ex¬
traordinaire odieufe.ee qui ne peut auoir lieu, foit pour la punition des
crimes, qui eft le plus fouuent extraordinaire , & la plus fauorable.Toit
pourlafaueur des perfonnesou des faits quimeritent qu’on vfedela
voye 3 extraordinaire. Les autres ont penfé que c’eft d’autant que le
Prince ne meurt point: ce que nous auons refuté cy deflus rioint que
celanepeut auoir lieu és Royaumes qui viennent par eledion, com¬
bien qu’anciennement en ce Royaume mefmes, le Prince n’eftoit
point appelle Roy , deuant qu’il fuft facré , comme du Tillet à re¬
marqué. Dauantage fi cefte raifon eftoit receuable,il s’enfuyuroit és
Republiques populaires ôc Ariftocratiques, que les commiffions fe-
t4^1iciX!cba" royentperpetuelles,car le peuple ny les feigneurs en corps ne4 meu¬
rent iamais , s’ils rieftoyent tout à coup exterminez. Mais la raifon
de cefte diuerfité prouient de ce que les offices font perpetuels, ou
pour le moins ont toufîours temps limité, & font fondez en editauec
puiflance de continuer la charge:où les commiffionsceflent,eftant
la charge executee ôc n’ont aucun apuy de loix comme nous auons
dit. Et par ainfi quand l’office eft annuel, fi le Prince meurt deuant
l’an , l’officier neantmoins paracheuera Pannee de fon office : où s’il
eft perpetuel, il continuera tant, ôc fi longuement que la loy luy
permet : parce que l’office ne depend point dvn fimple mandement
reuocable 3 ou d’vne charge qui ne peut recommencer : ains il eft
apuyé fus vne loy receuë , publiee , verifiee , enregiftree * de forte
que l’office ne peut eftre fuprimé , que par edid”, Ôc loy contrai¬
re : comme quand il fut queftion de fupprimer les Tribuns militai¬
res , qui auoyent puiflance confulaire , cela fè fift par la loy Lici¬
nia. ôc quand le cinq ôc fîxiefme prefident du parlement de Paris
LIVRE TROISIESMË* 3^7furent fuprimez l’an m.d.xliiii. cela fe lift par edid expres , comme
on peut voir aux regiftres faits au temps du Roy François liure v.fol.L x x x x v. verf. & fol. L x x x x i x.par edits particuliers,tout ainfi que par
edit général fait par Charle i x. à la requefte des eftats d’Orleans m.d.lx.
tous offices erigez depuis la mort du Roy François furent fuprimez. Et
quelquefois grand nombre d’officiers font erigez tout à coup:comme
par edit publié en Parlement au mois d’Àuril m.d.xliiii. on érigea
foixante fergens. Sc les iuges criminels furent erigez en tout le Royaume
par edit de l’an m. d. x x v i i. Cela eft fi eftroitemét gardé en ce Royau-
m e, que mefmes les cl ers du Greffe de Parlement furent erigez en tiltre
d’office par edit expres,& depuis fuprimez par autre edit à Imftance du
Greffier en chef au mois de May m.d.xliiii. Sc mefmes il fetreuue
es regiftres de la cour ere&ion en tiltre d’office d’vn langayeur de pour¬
ceaux par edit exprès, vérifié au mois de Iuillet l’annee mefme. Au fli les
fuccefleurs en l’office érigé par edit,n’ont plus de befoin de nou uel edit,
ny de lettres à cire verte.Ét pour cefte caufe les comifnons du Prince ad-
dreflees aux officiers en qualité d’officiers, continuentJ en leurs fuc-
ceffeurs : ce quinepourroitfairefilacômiftions’addrenoit en leur pro- Mum expenf.c», / r il- r- 1 C" t- Ponor.mcap i.pre & pnue nom, pour le chois expres qu on lait des perlones.Enco- qaodmetus.reiim
res y a il d’autres differéces entre l’officier,& le eomiflaire,d’autât que la ïeoffiX°eg.am'
puiflancedesofficiersoutrece qu’elle eft ordinaire, eft toufiours plus tificcfdeiSu"3^
audtorifee, Sc plus eftendue que la commiffion. c’eft pourquoy les e-
dits, & ordonnances laiflent beaucoup de chofes à la religion Sc di-feretiondes Magiftrats, qui1 ployent, Sc interprètent equitablement i. i.penuit.deii. r^ v o v • j r rles loix , lelon 1 occurrence , Sc i exigence des cas qui le prelentent.mais les commiffaires font bien autrement obligez , & attachez aux
termes de leurs commiflions : Sc mefmemerit où il eft queftion des
affaires d’eftat : comme és charges, Sc commiflions des Ambafla-
deurs, ou deputez pour negotier entre les Princes, les commiflàires
ne peuuent paffer vn feul traiâ: de la leçon qu’ils ont par eferit, fi
cefte claufe ( qu’on met fouuent és charges Sc inftru&ions des Am-
bafladeurs, Sc deputez pour traiter auec les Princes ) n’y eft appofee,
c eft à fçauoir, Selon les personnes, & qu’if verra
les matières difpofees, pourra adioufter, ou diminuer à fa creance,
félon fi prudence , Sc diferetion. qui eft femblable à la claufe de la¬
quelle parle l’Orateur Æfchines,auplaidoyé qu’il a fait pour la defen-
fe de fa légation, où il dit, que cefte claufe inferee en la commiffion
des Ambafladeurs QluIs facent tout ce qu’ils verront eftre au profit
public,cela, dit-il ne s'entend pas des charges fpeciales. Auffi la*.clau¬
fe que i’ay dit ne s’eftend pas aux obligations Sc refolutions prin¬
cipales des traitez , ains aux accefToires de moindre importance:
comme s’il eft queftion de tranfiger, ou quitter quelque droiët:
3i8 de la repvbliqvecela ne peuuent ils faire fans mandement fpecial : veu mefmemét que és
detj'anf moindres affaires des particuliers ,,vii procureur, ayant mandement ge-
aaionis.de rrâiac. neral, auec pleine ôc entiere puiflance,ne peut neantmoins rien donner1.madato. depro- ,. 1 r n 1 i r r l r \ *curat.i.procurator quiter, aiiener, tranliger 7,ny dererer, ny reterer le lerment a perionne,
!urandrnn°§. rit^ &ns charge fpeciale : beaucoup moins fe doibt-il faire és chofes qui
accepdLranl‘5clc touchent le public, & mefinement qui concernent l’eftat : combien
s.i quodfidefpc- que s’il paffefa charge , le tout fe puiffe confirmer par8 ratificationciali.de mmor.vbi 1 I , r i 1 C r • / m *Baid.i.penuir.rem pour le regard ieulement de celuy qui ratihe. ht îaçoit que es aftai-
deregiii'.i.vkad res des particuliers, celuy fe peut dire auoir 9 bien , ôc deuëment e-
^ïfidquk mihi xecuté fa charge , qui a mieux fait quon ne luy auoit dit : fi eft-ce
bona§ fedfiman- qu’aux affaires d’eftat cela n’a pas toufiours lieu : Ôc le foldat qui adauit de acquir. U i / 1 i H rhæred.vbîBast.& combatu , ou le capitaine quia donne la bataille , contre la defenfe
berem.de iure de- a luy faide 5 merite 1 la mort, ores qu’il ayt emporté la victoire*
illïbr.&rfq.man- comme fift bien cognoiftre Papirius Curfor Didateur au colonnel
i"Tj dere miiir cheualerie, qui auoit tué xx. mil des ennemis, fins auoir per-2. iib.i.beiiiciuii. ccnc foldats, contrcuciiant aux defenfes qui luy eftoyent fai&es.Auffi Cefar z parlant d’vn fîen capitaine nommé Syllanus, dit qu’il
fift bien,& fagement de ne donner la bataille, ores qu’il fuft certain de
emporter la vidtoire : par ce que } dit-il, cc n’eft pas au capitaine de pat
fer par deffus les defenfes à luy fai£tes.Et tant s’en faut qu’on doibue rien
faire en matiere de guerre contre les defenfes, que mefmes le capitaine
lieutenant d’autruy ne doibt donner la bataille, s’il ne luy eft expreffe-
menteommandé. quifut lacaulequele Comte d’Aiguemond fut en
danger, ôc eut vne reprimende d’auoir donné la bataille au Marefchal
de Termes,bié qu’il euft eu la vidloire:parce qu’il auoit ioué au hazard.
toutl’eftatdu bas pays s’il euft perdu la bataille. Mais ce dernier point,
s’entend des capitaines qui n’ontpoint de charge de commander en til-
tre d’office, car l’officier commeleConfal, le Connetable ,1e capitaine
en chef3erigé en tiltre d’office,pour auoir plein commâdement fus l’ar-
mee,&faire laguerre:peut en vertu de fon office, ôc fansattedremâde-
ment fpecial,faire la guerre aux ennemis declairez,les pourfuiure, don¬
ner la bataille,affieger,&prendre s’il peut les forterefles, ôc difpofer de
l’armee à fa difcreti6:s’il n’y auoit deféfes particulières du fouuerain, par
lefquellcs fa puiffance fuft fufpendue. mais ayant pris les places fortes,
ou les chefs des ennemis, il ne les peut rendre (ans mandement fpecial.
Vray eft qu’es Republiques populaires ces points icy ne font pas,
auffi ne peuuent ils eftre, gardezàla rigueur: ains fouuentil aduient
que Tes capitaines diipofent des plus grandes affaires, ce qu’ils ne pour-
royent faire en la monarchie: pour la différence quil y a d’auoir l’aduis,
ôc volonté d’vn Prince,ou d’vn peuple : d’vn homme ou de trente m il:
comme on peut voir atout propos en TiteLiue: où les commiffionsc-
ftoyent decernees bien fort amples: comme en la guerre contre les He-
Liuiuslib.io. trufques,on donna toute puiffance àFabius,5 Omnium rerumjdk-i\}ar~bïtrïum,
LIVRE TROISIESMË. 319bitrium,&afenatu,& a populo,&a collega Fabio Confuli' per mijjlm. Ôc en
autre lieu 4, initio liberum pacis 3 ac belli arbitrium permijfum. Et toutesfois
encores gardoyent ils cefte difterece entre les officiers, & les commiflai- 4 Liuiuslib-^-
resrque les Confuls, Præteurs,& autres ayant pouuoir de faire guerre en
vertu de l’office, eftoyent aduouezde leurs adions fans autre ratifica¬
tion , s’ils n’auoyent entrepris les cas conccrnans la maiefté, que nous
auons cotez cy deflus:mais fî les commiflaires paffoyent leur cômiffion,
il eftoit neceflaire de faire ratifier leurs actions : comme Pompée ayant
eu la commiffion cotre Mithridate,paffa bien plus outre, Ôc entreprint
la guerre,contre plufieurs autres peuplesrdonnant Ôc oftant les Royau¬
mes eftats, & villes par luy conquefteesàqui bon luy fembla. & com¬
ble que le peuple ne vouluft rien caffer,ny reuoquer des chofes par luy
maniees, toutesfois après ces triomphes il fift plufieurs fois inftanceau
fenat d auoir pour agreable ce qu’il auoit fait : ôc d’autant que le fenat en
faifoit difficulté,3 vfant de longues remifes en fon endroit,il print alliacé *• dû». Pimar.in
en la maifon de Cefar, pour fe fortifier l’vn l’autre contre ceux qui les Pompei°’
voudroy entrechercher, car combien qu’il euft commiffion generalle,
ôc en ce cas que le tout fuft à fa diferetion, fi eft-ce neantmoins, que la
claufe generalle des commiffions,fe doibt reigler en forte qu’on face le
profit de la Republique: mais cela n’emporte pas puiflance de rien faire
au dommage dupublic:ce qui ne feroit pas4 mefme permis au fait d’vn j fl uis
particulier, qui auroitdoné charge generalle.car ces mots portez par les mandat. 1. fi procu-
commiffions,foyentgouuerneurs, capitaines,iuges,ouambafladeurs, S£b.A la discrétion, a l a Prudéce,àla volonté, ou autres fern-
blables,fe raportent toufiours àl’examen d’vn homme1 de bien,ôc en- 1,hlvcn^itione-
tier: ôc la moindre6 faute peut eftre recherchee, mefmemet quand il eft venditio de cotra-
queftion de l’eftat,ou de notable intereft au public:car l’ignorance n’eft Luct mit”
pas receuable, ny l’excufe d’erreur en celuy qui a accepté vne charge pu- i.fideiuflbr,
blique,&beaucoup moins s’il a demandée,pratiquée, arrachee. &files ra^daroCura.
fautes ne font excufables7 pour le fimplefaid des particuliers,quand on tore mandati C. 1.
a pris la charge de faire quelque chofe les vns pour les autres,ores que ce offi.'pTæfid.i^d °
foit gratuitement,comment feroy et elles excufables ou il y va de l’eftat, maÏÏcaTgcra*
ou du public?Nous diros par cy aprcs, fi le fuget doibt receuoir vne co-
miffion iniufte, ou fi la doibt regeter, ôc comment il s’y doibt porter,
car ce que nous auons dit,ne touche que les commiffions iuftes, ôc rai-
ionnables:& pour declarer la différence qu’il y a entre les commiffions
&les offices. A quoy i adioufteray encores Fauthoritédes iurifconfultes
pour fatisfaire à ceux qui pourroyent doubter de ce que i’ay dit: en co-
parant noftre façon de parler à celle des Romains: comme en ce que dit
Fefte Pompee,C^w imperio ejjes.dicebatur apud antiquos jCUi nominatim a
populo dabatur imperium:c eft à dire par commiffion expre(fe,fàns aucune s.DioniCAiica*.
appellation de magiftrat, auquel la loy donnoitia puiffance décom¬
mander. comme nous voyons en Tite Liue,lors que Hannibal affiegeaD iiij
Liuius lib.i£.i. In Rullum.i.lib.7.3. in 4-Vcrr.32.0 DE LA REPVBLIQVERomc, placui^ dit-il , omnes qui diûla tores conjiilesjenjbresve fuijjent. eunt
imperio ejjejonec recejjijjet hoftis à muris.a cft à dire par commiffion. Et Ci-
ceron parlant d’Augufte Demus3 inquit imperium Cajari ,fine quo res mili¬
taris geri non poteft: d’autât qu il ne pouuoit encores tenir office. Et la dif-
ference des Requeftes eftoit notable pour demander vnmagiftrat, ou
vne commiffion. car le magiftrat fe demandoit en vertu des loix ia pu-
bliees&receues)^^r01S, VELLENT CONSVLES F LE-
HI3 comme on fait des offices vacans:mais pour les commiffions de cô-
mandement,011 vfoit de ces motsyKEL LENT iuberent9 /vthuic qjeL
illi imperium ejjetjn hac 'velillaprouincia. ce qui eft dit de Scipio lAffrican
qui eut commiffion auec puiflance de commander,par ce quii rieftoit
pas en aage pour eftre magiftrat. Et Ciceron1 parlât de toutes fortes de
commiffions difoit fimnespoteftatesjmperm jurationes ab 'vniuerjbpopulo
Rom.proficijci conuenitXe motpotefiates s’entéd des gouuerneurs de pro-
uince Ac mot imperia 3 des capitaines qui ont commiffion particulière,
pour faire la guerrede mot curationes eft dit de toutes autres charges fans
puiflance de commander, carie mot imperator fignifie proprement ca¬
pitaine en chefxommePline1 parlant dePompee,7oft>j imperator^ante¬
quam miles. mais generalement le mot curatio emporte toutes fortes de
commiffions : comme il cft aifé de iugerpar ce lieu de Ciceron5 : Idem
transfero in magiftrat us 3 curationesJacerdotia. qui font les trois fortes de4, § anu[\ 3 § T charges publiques ? Auffi Vlpian 4 diftingue fort bien le magiftratde
& penui. deadmi- çeluy qu’il appelle curator Reipub.duquel ilafait vnliureJexpres:&laloy
ciuit.Lmagiftrams l’appelle du mot Grec logiftes:qui riauôit puiflance de condamner, ny
»JrSt.ï.r denoncer6 l’amende : ce qui eftoit permis à tous magiftrats, ainfi que
&^°îeop°enb pu-1 nous auons monftre cy deffus. Mais il fait à noter, que la commiffion
biic.i.i.& i7. de v- paflee en force d’office par edit: & ce qui rieftoit attribuéqriau plaifirfans.l. ylt. de mu- A, .n . 1 . rr 1 i • 1 • /nerib.i.penuk.de des magiltrats vient en titre d omee, quand celuy qui a la louuerainete
velbTquodtfaTc en faitloy. comme anciënement les confuls elifoyent les feize caps def-
fiuî vit quodeu- quadre, qu’ils appelloyent Tribunos militum > iufques à l’an delà fondatio
iufque vniucrfitat. de Rome c d X L i ï. qu’il fut ordonné par loy exprefle, publiee7 àla rc-
do miilt.C. quefte des tribuns du peuple,qu’ils feroyét deflors en auant eleus parle
I.Liuius ub.42,. peuple:ce qui fut toufiours gardé depuis,hormis quâd il fut queftio de
faire la guerre à Perfeus Roy de Macedoine, les confuls Licinius & Caf-
fins prefenterent requefte au peuple,tendant afin que pour cefte année
1 à,& (ans tirer en confequence,les Tribuns militaires fuffent choifis par
les confuls,attëdul’importance de laguerre:ce qui fut ordonné 8. Auffi
anciennement les magiftrats faifoyent de leurs efclaues leurs huifliers,
greffiers,maffiers,trompettes : comeil s’eft fait en ce Royaume iufques
àPhilippele Bel,qui fut le premier qui ofta cefte puiflance aux baillis,&
fenefehaux, laiffent aux feigneurs iufticiers puiflance d’eftablir fergens& noraires en leur territoire: comme on peut voir es regiftres delachâ-
bre des comptes & en cas pareil le procureur général du Roy comettoitpour
LIVRE TROISIESME. 321aduocatduRoy quibonluy fembloit. depuisccftcçommiffionparti¬
culière d vn magiftrat,a paflc en force d’office treshonnorable, otroy é
par le Prince.DES MAGISTRATS.C H A P. III.O y s auons dit des commiffaircs, & de la differece qu il
y a entre les c5miflaires,& les officiers : parce que Tordre
requeroit quon dift premièrement des commiffaircs,
comme eftans-au parauât qu’ily euft offices eftablis. Car
il eft bien certain que les premicres Républiques eftoyét
regies par main fouueraineIfansIoix,&n y auoit que la parolleja mine,
la volonté des Princes pour toute loy, lefquels donnoyetles charges en S Prc~
paix, & en guerre à qui bon leur fembloit, & les reuoquoyentauflitoft m}ClS PCU~
s ils vouloyent, affin que le tout dependift de leur pleine puiflance, Ôc P CS &0lt~
qu ils ne fuffent attachez nyauxloix, nyauxcouftumes. Auflilofeph uerncz *ans
1 hiftorien au fécond liurecontre Appion,voulantmonftrer l’antiquité
illuftre des Hebrieux, & de leurs loix dit,que le mot de loy ne Ce trouuc
point en tout Homere:qui eft bien vn argument que les premieres Re¬
publiques n’vfoyent que de commiflaires, attedu que l’officier ne peut
eftre eftably fans loy expreffe,comme nous auons dit, pour luy donner
charge ordinaire,ôc limitee à certain temps:chofè qui lemble diminuer
la puiflance du fouuerain.Et pour cefte caufe, les Roys ôc Princes qui
font plusialoux de leur grandeur, ont accouftuméde mettre en toutes
lettres d’office vne claufeancienne, qui retient la marque de monarchie
feigneuriale, ceft à fçauoir, que l’officier iouyra de l’office, tant
QV i l NOys ^plaira. Et iaçoit que cefte claufe ne ferue de rien
en ceRoyaume,veu l’ordonnaiice de Louys x L gardeeinuiolablemét, La claufe
ôc qu en Efpaigne,Angleterre,Dannemarc,Suede,Alemaigne,Poulon- tant qu il
gne,& en toute l’Italie, pareille ordonnance eft obferuee : fi eft-ce que nous plaira
les fecretaires d’eftat ne l’oublient iamais. qui eft vn grand argument eft à prefent
que toutes charges anciennement eftoyent en commiffion. Nousdi- inutiieés
ions cy après Ci cela eft expedient,comme plufieurs ont fouftenu. Mais lettres d’of-
difons au parauant du magiftrat quenous auons pofépar noftre défi- fiée,
nition, eftre 1 officier qui peut commande*. Or il n’y a pas moins de
confufion es autheurs,entre l’officier, ôc le magiftrat, qu’ily a entre l’of-
ficiei,&lecommiflaire. Car combien que tout magiftrat foit officier, fi
eft-ce que tout officier n’eft pas magiftrat : ains feulement ceux-la qui
ontpouuoir de commander, ce que le mot Grec c&«,'f%rns figni-
he a fiez,comme qui diroit commandeurs : ôc le mot Latin mtgjftratus*
3Z1 delarepvblïqvequi eft impératif, fignifiantmaiftrifer, ôc dominer. &d autant que le
Di&ateur eftoit celuy, qui plus auoit de puiflance décommander , les
a -rcftusinverbo anciens l’appelloyent magifter1 populi: ôc le mot de di&ateur fignifte
optimaiege. commandeur, comme qui dirait ediclateur3 , car edicere c’eft coin-
3. 10m. mander.en quoy fefontabufezceux qui ont fuppofé les liures de la lan¬
gue Latine foubs le nom deMarc Varrondifans quele Di&ateurs’ap-
pelloit ainfi, quia diffus ab interrege: mais ace compte le colonnel des
gens de cheual s’appellerait aufli Dictateur, quia diceretur a Diffatorey
comme il fe voit partout en Tite Liue : & faudrait quil s’appellaft pluf
toft Diffatus en lignification pafliue^queD/'&taren a&if. l’aycy def
fus monftré que les définitions du magiftrat inuentees par les icuneà
do&eurs fcholaftiques, ne fe pouuoyent fouftenir, ny pareillement
celle d’Ariftote 4:qui appelle magiftrat , celuy qui a voix deliberatiue
f en iugement,& au confeil priué, &: puiflance de commander, & prin-
«paiement.,dit-il, décommander. Mais au fixicfme üure delaRepu-3.polit. bliquc, voyant qu’il y auoit vne infinité d’officiers qu’il appelletous, il s’eft trouué fort empefché: d’autant quil y en adcneceffai-
tesJ les autres à l’ornement, Ôc fplendeur delà Republique6 : ôc puis
toucs Jes rniniftres des magiftrats, fcrp;ens,huiflïers, greffiers notai-
^vajjwvoiüLoi tes, leiquels 11 appelle du 110m commun de magiltrat comme ceux
TrcLifovo'fioi> qui ont puiflance decommâder, &pafleplus outre,en ce qu il dit,que
tels rniniftres ont puiflance de comander, Et toutes¬fois en autre lieu7 il demande^ les harangueurs, orateurs, & iuges font
magiftrats: &c refpond qu’on pourroit dire quils ne font point magi¬
ftrats, 8c qu’ils n’ont point de part au commandement. C’eft pour-
quoy CatonDutique chaftiant les greffiers, contreroolleurs,&com¬
mis des receueurs, Il vous doibt fouuenir, difoit-il, que vous eftes
rniniftres, & non pas magiftrats: ainfi que dit Plutarque. Quant aux
s. prefeheurs ou harangueurs, qu’il appelle8 Ecclefiaftes, s’ils 11’ont com¬mandement , il eft bien certain qu’ils ne font point magiftrats: mais
le plus fouuent ils font magiftrats, i’entensceux-là qui auoycntpuif
fanceés Republiques populaires, & Ariftocratiques defuader, oudif
fuader au peuple les chofes qui leur fembloyent vtiles, qu’ils appel-
lovent aufli Khethoras. combien qu’en Athenes , chacun particulier,i.Piutar.mPlio- , . _ TL > j rciene. auoitpuiflance de parler :mais en Rome , cela n eltoïc pas licite, 11ÿ.inauïh. deludic le magiftrat qui prefidoità l’aflemblee ne lepermettoit. Et quantaux
iuges ils s’abufent aufli de dire qu’ils ne font pas magiftrats : veu que
plufieurs font magiftrats: ôc la diuifion que l’Empereur9 fait des iuges,
c"eft que lesvns font magiftrats, les autres non. Il faut donc confelfcr
que entre les perfonnes qui ont charge publique, ôc ordinaire, les vns
font magiftrats, les autres non: ôc par ce que la négation fait la diui¬
fion de fa nature vitieufe, nous auons dit que les perfonnes publiques,qui ont
LIVRE TROISIESME. 31jqui ont charge ordinaire limitee par loix ou par edits : fans comman¬
dement , font fimples officiers , que les derniers Empereurs appel-
loyent officiales. Les anciens dodeurs1 ontfuiui l'opinion d’Accur-
fe , qui ne met aucune diffinition , ny diftindion des officiers, ny £
des commiflàires, ny des magiftrats: mais il dit AmplementJ qu’il y
a quatre fortes de magiftrats, c’eft à fçauoir, les illuftres, les fpeda-r\ I op I/1 « l'vn O — . _ -L- C* 1-1 Alib. i. & i2. C.
^•Bart.in authcut.
Vr ab illuftri côfti-
tu.zj. Bald.inl j.
dcoffi .cius cuiblés, les clariffimes, &perfediflimes, aufquels il attribué tout corn- îÆSi»d.authcnc.de proximis
facrorum C.&l.
26.de vfiuis. C.&C de /.Iib.u Cod.^in
authent. vt ab il-verb.fignif.7- ad. J. nec magi-
ftratib. de miuriis.S- adl.omnes po¬
puli de iufticia.I ■> 1 IWULCUUI- 5- aolmandement, qui fontpluftoft qualitez honnorables qu’on attribue tî“l
félon la conditiondes perfonnes. combien queceftediuifion de qua- ""
lirez manque, attendu que les Patrices eftoyent plus honnorez 4, &
marchoyent deuant les illuftres: &ceux qu’ils appelloyent Augufta-
les, eftoyent plus dignes, que ceux qu’ils appelloyent cLmJfimi. & de
fait les dignitez eftoyent ainfi 1 ordonnées du temps des Empereurs
depuis, & longtemps au parauant Iuftinian, c’eft àfçauoir P atrial
JUufires, Sj>cttMes}Auguftalcsjarijfmti,fmefteciojî,&perfecliffimi : qui
eftoyent qualitezauffi bien attribuées aux6 particuliers, comme aux
magiftrats. Mais ceque dit Bartol7 qu’il yacertains qui ont la dignité *-l:fP-'ci°ras-‘le
fans charge, comme les Comtes, & Marquis, aufquels toutesfois il
attribue commandement, & toute iuftice, ne merite point de ref-
ponfe : car il fe contredit luy mefmes trop euidemment. Et eft auffi
peu probable quand il dit, que les maiftres8 d’efchole ont iurifdi-
dion fur leurs difciples, & puiffance d’eftablir ftatuts : & s’il eftoitamfi la puiflance domeftique,& difeipline des familles feroitdutoutconrufe auec la mnfdidion publique, ce que nous auons monftré c-
e impoflible : Alexandre lepremier iurifconfulte de fon aage, a bien
touche pluspres de la vraye définition du magiftrat: encequil did
qufl n y a que ceux la magiftrats, qui font iuges ordinaires, & tou’
tesrois ce n eft pas allez. car il y a tel magiftrat qui a puiffance de com¬
mander qui n’a point de iurifdidion ordinaire, comme les cenfeurs& les tribuns du peuple: & au contraire, les anciens Pontifes, auffi
îen que nos prélats, eftoyent iuges ordinaires, ayant cognoiflance
vmuerfelle des chofes religieufes, & facrees. Ainfi peut-on voir, que
les anciens, & nouueauxdodeursn’ont pas traidéce point, ny tou¬
che les difficultez, ny différences des officiers, magiftrats, & commit
laires comme la chofe le meritoit bien. Or combien que les défini¬
tions des magiftrats, officiers, & commiflàires ne fe trouuent point
es ambeaux des iurifconfultes : fi eft-ce qu’en plufieurs endroids on
peutranarquer leur aduis : & par le difeours des hiftoires. Car Vl-dcnpt «l11'*} eft Pcn™s à touts magiftrats de deffendre leur iu- ,,,
n i ion par peines iudiciaires : horfmis à ceux qu’ils appelloyent
uumuui. Qui n eft pas feulement entendu des amendes pecuniai-Æ <juis ius Pi¬
cena.
3i4 DE LA REPVBLIQVEles: ains auffi demain1 mifcfus les biens, &fus les perfonnes.Tou*
l'iuLpSuL C0‘ad tesfois il apert dira quelqu vn que VIpian ayant excepté les Duumuirs,
qui eftoyent en pareille puiffance que les Efcheuins des communautez
de ville 3 qui n’ont point de iurifdidion) lésa neantmoins compris au
nombre des magiftrats. &avouludire que lesDuumuirs auoycntiu-
rifdidion: car pour néant feroyentils exceptez, s’ils ne uffent point eu
de iurifdidion. Toutesfois le mefme lurifconfulte en autre1 lieu dit,
g llUieSi§dua, que les Duumuirs n’auoyent aucune iurifdidion , ny cognoiffance
dedamno. quelconque, finon de receuoir les cautions au befoin , ôc mettre en
fàifine:qui tient plus, dit-il1, du cômandement, que de la iurifdidion.2î.mbcrcdciurif- enCores il dit, qu’il ne font en ce cas que limples 5 commiflaires desd.u.&i.dies§. Præteurs,c]uileur donnèrent cefte commiflïon pourleur abfcnce,af-
4^!'ius dandî. dc fin d’obuier aux dangers eminens : comme en cas pareil depuis on leur
tutoiib.dads. donna pUüTance 4 de donner tuteurs aux pauures mineurs, pour la
conferuation de leurs biens. Ets’ilsauoyent quelque commiflïon ou¬
tre cela, ceftoit plus dc quelque chofe legere, que de puiflance* de
»idPTar'aaH1U’ commander. Ce n’eftoyent donc pas proprement magiftrats .Et par
confequent il s’enfuit, que touts magiftrats ayant iurifdidion , ont
puiffance de condamner, faifir, exccuter. Ce qui femble auoir efté
anciennement ottroyé à touts magiftrats par la loy Ateria Tarpeia*,
GcSfica^: publiée lan ccxcvii. après la fondation de Rome, par laquelle il
voccUpefuiatu»a ht dit, que touts magiftratsauroyentpuiffancededenoncerl’amen¬
de iufques à la fomme dcLXVi. fols : autant que deux bœufs ou
xxx. brebis eftoyent cftimez par laloy mefme. ôc depuis croiffant
le reuenu Ôc les richeffes des Romains , les magiftrats haufferent les
a.Liuîuslib.if xx amendes 1 fauf au menu peuple la decifion 4, par la loy Icilia,(qu’ils
x.miiia«isFui- aD0Cll0YCnt certatio mulflœ: ) mais fouuent il rcmettoit 7 l’amende,uio mul&a dicta [[ J . _ , t < \ i* jeft à magiftratu. d’autant que la ientence du peuple condamnatoirc a 1 amende poi-
4 ^Dionyfiuslîb. 7! toit infamie: ce qui depuis fut abrogé *. Toutesfois ie diray en paf
Sàc4*-0* fànt qu’il y a vne faute notable en Fcftus Pompeius, ôc en Au-
le Gelle , qui eft demeurce iufques icy à corriger où il y a x x x.
boum, & duarum ouium: au lieu dexxx. ouium. qui a fait que Au-
le Celle ayant fuiui la faute des autres a dit , qu’il y auoit lors plus
de boeufs que de beftes à laine. Mais Denis9 d’Halycarnas monftrc
expreffement que la plus haute amende n’eftoit que de deux bœufs
ou x x x. beftes à laine. Et au mefme lieu en Aule Gelle il y a vne
autre faute plus notable, ou il dit, multam,quœfuprema dicitur injîngulos
dies inflitutamfuijje:i\ faut rayer le mot rf/wrautrement il n’euft pas efteli-
cite au magiftrat dc condamner pour plufieurs forfaits en mefme
iour. mais le motdc fîngulos veut dire pour tefte: de forte qucfiplu-
fleurs auoyent offenfé,le magiftrat pouuoit dcnoncer à chacun 1 amedede l x V
J LIVRE TROIS1ESME. 31;t de foixante fix fols pour le plus. Ce qui n’eftoit au parauant la loy Tar-
,, peia,permis finôfaux Côfuls:ear il n y auoit lors, & riy eut de lxxxviii. x.5. ans après aucun Prêteur ny Ædile en Rome: veu quel’eit&iondupre- Fcftuslib-H;! mierPreteur fut faite l’an de la fondation de Rome ccclxxx vi. Ci- 2 ]ib 2 dc Wib
ceron ayant fait des loix à fo*iplaifîr pour fa Republique à l’exemple de Magi{hatus0ora-
Platon,en met vne par laquelle il donne à tous Magiftrats iurifdi&ion, fplàSlTbïnw’
&aufpiccs. Or celuy quia iurifdidionàparler propremét,il a auffi dit
‘ vn 3 Iurifconfulte, les chofes fans lefquelles on ne peut exercer la iurif- cuimatï^dus
! didion,c’eft à fçauoir puiffance de commander: tellement quelaiurif-
di&ion des anciens Pontifes & de nos Euefques, n eft qu’vne fimple
i; cognoiffance : vray eft que lçs Euefques ont cognoiffance beaucoup
1 plus grande que les anciés Pontifes: car ils peuuent emprifonner en leur
1 parquet, & condamner à la torture, ores que les Magiftratsfacent exe-
J cuter leurs fentences. les anciens Pontifesn’auoient point cela,nyco~
t gnoiffance des mariages, ny de plufieurs autres caufes que les Euefques
le ont à prefent,comme nous dirons en fon lieu. Toutesfois on peut dire
1 que cela n’eft pas général,que tous Magiftrats ayent puiffance de com-
1 mander:car4McüaIaIurifcofulte,&MarcVarron ontlaiffépar eferir, ^aGfUitu*-cu'
1 qu’entre les Magiftrats les vns auoient puiffance de donner aflignation, lij vocationem, a-
I ou faire adiourner par deuant eux, & pareillement mainmife: les autres unCJr
p auoient main mife feulement : Si qu'il y auoit aufli des Magiftrats qui trum
n’auoient ny lvn ny l'autre : & ceux qui nauoient que main mife
j n auoient qu’vn (Impie fergent : ceux qui auoient l’vn & l’autre, a-
u uoient aufli leurs Mafliers : ceux qui n’auoient puiffance de £iire ad-
j iourner, ny de mettre en prifon, ils n’auoient ny ^rgens, ny mafliers.quand ie dy main mife,i’entens la faifie de corps,& dc biens, car la main
j mife eft donnee à plufieurs qui ont iurifdi&ion Conciere,qui n’ont pas s. coufiumei puiffance dc toucher aux perfonnes :ce qui n’eftoit pasancicnnement 5cns-&i*
par les loix des Romains, defquels il eft icy befoin de parler,& difeou-
1 rir en brief leur puiffance, pour efclarcir comme en plein iour la puif-
‘ fance de tous Magiftrats en toute forte de Republique : chofe qui n’aI point efté encores touchee par nos Docteurs. Car les grands Magi- La puiffan-
ftrats,a fçauoir les Confuls,prêteurs, Cenfeurs, & entre les Commiflài- ce des Magi
res le Dittateur, & celuy qu’on appelloit Interrex, & les Gouuerneurs ftrats Ro-&
de Prouince auoient Mafliers, &par confequent ils auoient puifïan- mains.cc de faire adiourner par deuant eux chacun des particuliers, & les
moindres Magiftrats, hormis les Tribuns. en oultre ils auoient pou-
uoir de condamner à l’amende, faifîr & emprifonner à faute d’obeyr.: Les Tribuns n auoient aucune puiffance de faire afligner perfonne par
f deuant eux, mais bien de conftituer prifonniers, iufques aux Confuls
mefmes : comme L. Drufus Tribun, qui fift mettre en prifon le Con~Philippe, par ce qu il 1 auoit interrompu parlant au peuple : qui c»II £
4.Dionyflib 7.f.Liuiuslib.tf,31^ DE LA REPVBLiqVEftoit4 crime de leze maiefté , ôc capital. ôc neantmoins ils n’auoient
pas puiflance de faire adiournerperfonne par deuant eux : comme leur
fift entendrede Iurifconfulte Labeo, lequel ne voulut comparoir'par
deuant eux cftant adiourné : & dift pour les defenfes, que les Tribuns
n eftoient pas inftituez pour auoir iuftice, ôc iurifdidion, ains feule¬
ment pour s oppofer à la violence, ôc aux abus des autres Magiftrats,
ôc donner fecours ôc ayde aux appellans, qui eftoient iniuftement op¬
primez, ôc emprifonner ceux qui ne voudioient deferer à Poppofi-
tion: comme le Tribum Sempronius, voyant que le Cenfeur Appius
lie vouloir fe demettre de fon office dixhuit moisapres qu’il eutefté
Cenfeur (fuiuant la loy Æmylia, qui auoit réduit le terme de cinq ans
prefix à la Cenfure, au terme de dixhuit mois ) luy dift quil feroit met¬
tre en prifon, ssil n obeyfTo.it a, la loy Æmylia, du confentement des
iîx autres Tribuns du peuple: mais Appius ayant prattiqué trois Tri¬
buns, qui s’oppoferent au commandement des fept, il -demeura en fon
office, car Poppofïtion dvnfeulTribun,fuffifoitpourempefeher les
autres, s’il n’en eftoit autrement ordonné par le peuple. Ceft pour-
quoy vn Tribun x parlant à la Nobleffe difoit, Faxo ne iuuet vox ifia
VET O ,qua collegas noflros concinentes tam Uti auditis. Ôc peu après,
Contemni ïam TnbunoJ^lebïs, quippe quœ pote flas iam fuamipfa vim fran¬
git intercedendo : non pojje œquo iure agi, vbi imperiumpenes illos,penes fe
auxilium tantum fit : nifi imperio communicato , nunquam plebem in parte
pari Reipublicœ efje. Le peuple demandoit quii fuft auffi permis defii-
revn Conful roturier. Cefte querelle dura quarante ôc cinq ans, pen¬
dant lefquels il n’y euft point de Confuls. En quoy ilfemble que les
Tribuns n’auoient j^oint de commandement : car ils demandoient
quon fift vn Conful roturier, afin que le peuple euft vn Magiftrat de
fon corps, qui euft pouuoir de commander: parce que les Tribuns
11’auoientque la voye d’oppofition. Toutesfoisonpeut dire, que les
Tribuns en cefte harangue là faifoient leur puiflance plus petite quel*
de in îujvo- le n’eftoit : car6 Vlpian parlant proprement, ôc en Iurifconfulte dit,
qu’il n’eft pas licite d’appelleren iugement fins congé ou commiffion
du Magiftrat : Les ConfuIs,Preteurs, Proconfuls, ôc tous autres,dit-il,7 î.fcd & fi.§,h*c qui imperium habent, & iuberepoffuntin carcerem duci. ôc en autre7 lieu,
ciaufuia,exquib* il rcpcte Jes mefmes mots. Et parainfî nous conclurons,que les Ma¬
giftrats qui ont puiffance de mettre en prifon, ores qu’ils n ay ent pas iu-
rifdidion,qui font en termes de droid Magiftrats: comme les Tribuns
en Rome.les Procureurs du Roy en ce Royaumejes Auocadours à Ve-
nize. Et ne faut pas s’arrefter à ce que dit Plutarque aux Problèmes,
qlesTribüsn’auoiet ny coche, ny felledyuoire, ny mafliers, qui eftoiet,
dit-il,les marques des Magiftrats : caria principale marque eftoit le co-
mandemcnt:ny aux propos du Conful Appius,duquel parlant Tite Li-1 uecaufis maiores.1
necmagiftratib,
de iniuriis.
LIVRE TROISÎESME. 52.7uc,Tribunus,inquit, viatorem mittit ad Confutem, Conful liSîorem ad Tribu¬
num priuatum ejje clamitans, fine imperio, jfiue magiflratu : car il difoit cela
pour ratialler la puiflance des Tribuns. Etneantmoins il fe^trouua bien ^Liuîusiib^
vn Tribun fi hardy, à fçauoir Licinius Stolo, qu’il contraignit leDida-
teur Manlius,de depoferiaDidature. ôc vneautrefois ils firent mettre
i les1 deux Confuls en prifon, pource qu’ils n’auoient voulu enterinerla j floruscpito ^
requefte des Tribuns,qui eftoit d’exempter dix foldats d’aller en guer¬
re. Vray eft que lcxpourpris, ôc territoire des dix Tribuns du peuple i.Dionyf.iife.*.
eftoient les murailles de Rome : tellement que les Confuls M. Fabius,■ ôc L. Valerius, voyans qu’ils ne pouuoient leuer gens de guerre, ob-
' ftantl’oppofition des Tribuns, commanderent de porter leurs fîeges
( hors la ville, & parce moyen firent ce qu’ils voulurent .‘toutesfois les
Tribuns entreprenoient fort fouuent par de/fus leur puiffance, iufques
à faire edits Ôc defenfes, comme on peut voir en Tite Liue, mefmes au
. troifiefme liure, Communiter edicunt Tribuni, nequis (fonfulemfaceret:
fi quisfecijfet, fed idfufragium non objeruaturos. qui eft vn abus,&: entrepri-
fe fus la puiflance du peuple, de luy defendre le chois libre,& entier des
Magiftrats. d’auantage ils faifoient iuftice à tous venans, donnant affi-
: gnation aux parties, comme s’ils euflent eu puiflance d’appeller par dé¬
liant eux. Cela fe peut voir en 5Plutarque,où il dit,que les Tribuns ren- 5- m cinéma-
) doient la iuftice au lieu qui s appelloit Bafilica Portia. Et Afconius Pœ- lorc*
dianus,dit Tribunos ,Quœflore s,Triumuiro s capitales, non in Jellis 'curulibus,
s: fed in fuhfellis iura dixifje> ôc mefmes 4 Appian dit, que Drufus Tribun 4.ub.i.^yÀ*
f eftoit aflidu à faire iuftice,Prendre droid à chacun. Aufli le Iurifcon-
fulte met le Tribun du peuple entre les Confuls, Ôc Prêteurs qui ren-
"! doiét la iuftice en Rome. C’eft pourquoy Ciceron difoit^qu’on fe por-
i tapourappellant auxTribunsjvtdePrœtorisiniuria cognojcerent. Et non
1 feulement ils auoient vfurpélaiurifdidion,ains aufli bailloient com-
t miflaires, & faifoient en plufieurs caufesceux qu’on appelloic ASâiles
K ^i/m^leurs;lieutenans.OriIefttoutnotoire,quenulnepeuteftablir TDionyfIlbtf
} lieutenans,ny donner commiflaires, que ceux qui ont la iurifdidion ÇQ Fl0r.Cpic.I9.,jj cilrre d’office. mais tout cela n’eftoit que par vfurpation, ôc par abus, c.i.moreiübiec.que le IurifcofulteLabeo leur remôftra,&ne voulut onques,come i’ay dL lurllcil<a*
t dit,coparoir par deuant eux.Nous ferons mefme ingement des Ædiles,
qu’onappelloitCurules.,quiJnauoiecny puiflance défaire adiourner ^ .....I " 1» I1 , r rr > 1 3Gcll.llb.1j.par aeuateux,ny d apprehenderauxcorps:aumn auoiecilsny maflier,. nY fergent,comme Varron ôc Meflala ont remarqué : ôc neantmoins ilsauoient vfurpé la iurifdidion, par la 7 foufrance des Prêteurs, qui leur 7. f proponebant
renuoyerent les caufes touchant les ventes des meubles,ôc en fin auffi ils —prindrent cognoiflance des immeubles, ôc des femmes proftituees,quine pouuoient eftre de ce meftier, fi elles ne l’auoient declairé aux Ædi-i'1 ■ _ ..
5i8 de la rep vbliqj/eles,ce qui eftoit gardé d ancienneté, afin que la honte en peuft eftranger
plaideurs, mais depuis quelles eurent perdu la honte, ôc que des plus il-
luftres dames Romaines, oferent bien impudement declairer aux Ædi-
s. Tacît.iib.i. les quelles vouloient le proftituer, l’Empereur8 Tibere voulut quon9. Tacit.hb.x. proçedaft contreelles par iuftice. ôc foubs le mefme? Empereur, ôc au
mefme temps, les abus, &entreprifes des Ædiles curules ôc autres,fut
reprimee, ôc ordonné iufques à quelle fommeilsüouuoient faifincc
qu’ils n auoient pas de leur ancienne inftitution:& beaucoup moins de
faire appeller par deuant eux, iaçoit qu’ils euflent puiflance de faire af-
îib 4°&DbnyîT fcmbler le1 menu peuple. Quant aux Quefteurs, ie ne voy point qu’ils
hatycar. ayent iamais eu, ny entrepris d’auoir iurifdi&ion, ny d’emprifonner:
auffi Varron dit qu’ils ne l’auoientpas naçoit que Tannée d’apresleur
office expiré, on leur donnoit aucunesfois le gouuernement de quel-
z. piutar. in Grac- que Prouincc:comme au ieune Gracchus la1 Sardaigne. alors ils auoiet
jj.faicntobfcr- au tant ôc plus de puiflance en leur gouuernement,que tousles 5Ma-
coo(.dcoffic pro giftrats en Rome : mais ce n eftoit que parforme de commiffion : corn*»
me tous gouuerneurs de Prouince. Quant aux Cenfeurs, Ottoman &
Sigonius ont tenu qu’ils auoiet bien,ainfi qu’ils cCcnucnijpoteflatemfed
nom imperiüxhoCc impoffible.xarle mot de Poteflas en termes de droift,
i ot ftatis i ^cn^a perfonne des Magiftrats,fignifie toufiours commandement,
rcrb.fignif.^ ’ . 4 Poteflatisverbojmperiüin magiflratufignifeatur:Ôc mefmes Vlpian,; où
iurifdi«a.et’ * C il dit, quele gouuerneur de Prouince a iurifdi&ion trefample, ôepuif
e Liuiusib o ^anccde condamneràmortjils’appelleproprementPo^y?^. Ornous
&4j. Zonares to- 6 voyons que les Cenfeurs fouuent faifoient publier leurs edits:c’eft à
x°pudGei.iib.rj. dire commandemens, ôc ordonnances qu’ils faifoient. Aufli7 Varron,
«p.n. & Meflala appellent les Confuls, Cenfeurs, Prêteurs Maiores magiflra-t.iib.;.dciingua tus mous les autres,Minores: ôc dit8 plus, qu’il n eftoit pas en la puiflance
des Prêteurs (qui auoient commandement ôc iurifdi&ion) defaireaf-
femblerl’armee de ville, ce que pouuoicnt les Cenfeurs, Prœtori exerci¬
tum urbanum conuocare3 non licere,ConfuliyCenfori, Interregi3 Diflatori lice¬
re. Et lors que Hanibal aflîgea Rome, on fift vn edit, que tous ceux qui
auoient efté Di&ateurs Confuls Cenfeurs, euflent puiflance de comj
tnidcr.PlacuitjditT.Liuc^omnes c^ui anteaDittatores Confules^CenforcjSf
fuiffentjCum imperio ejj'e donec hoftis a mûris difcefijpt.cc qu’ô n’euft pas fait,
fi les Céfeurs n euflent eu comandement quâd ils eftoient en office,veu
que ceux là mefme qui auoiet efté Prêteurs neurét pas cefte puiflance.
Et fi les Tribuns auoient commandemet, que Varron met au nobre des
moindres Magiftrats,comment ne l'auoicnt les Cenfeurs, qu’il appelle
f. in Cat«nc ma- grans Magiftrats ? Et qui plus efPPlutarque dit,que les Cenfeurs auoiet
plus de puiflance, que Magiftrat qui fuft en Rome :vray eft que ie ne
m’arreftepas du tout à Plutarque, lequel on trouué auoir bien fouuent
failly aux antiquitez des Romains. mais ce qui a, peut eftre, abufé plu¬
fieurs
« LI VRE TROIS IE SM E. 319t fleurs, c eft qu’ils n’auoient point de iurifdidion:quoyquedie An^u-
!; ftin Onophre,qu’ils auoient puiflance de condamner de quelques cri-
|| mes:& toutesfois il ne les efcritpoint. Or il y a bien différence de iugerdes crimes,& reprendre les meurs. C eft pourquoy ciceron difoit,quc *
h le iugement des Cenfeurs faifoit bien rougir les perfonnes, mais rien
(, plus.1 Cenforis iulicium nibil ferê damnato affert prêter ruborem, itaque vt *• Repub,
I omnis ea iudicatio verfatur tatummodo in nomine3 animaduerpo illa ignominia a?ud Nomum*{j dittaett. il ne dit pas que la Cenfurc touchait Phonneur pour le noter
d’infamie,mais bien quelque ignominie, que le Dodeur Cuias a pris
tj pour infamie:qui eft fort differente de l’ignominie, car celuy qui eftoit
condamné par iugement public pour crime, il eftoit infame : & le fol-
j dat cailé par le capitaine pour fa faute, n eftoit pas infâme, mais igno-
V minicux feulement,iufques à ccauc le Prêteur en euft fait edit Exprès, iis<*uint>*
I les anciens3Dodeurs ontappelié l’ignominie,infamie de£iit:de la- J-^u.&adi.pa.
!t quelle parlant le Iurifconfultc 4 Caffius dit,qu’il penfe que le Sénateur
01 rayé durcgiftrc,ncpeut eftre iuge ny tefmoin, s’il n’eft reftitué. il dit J.dj.JiS?*'J* feputare.ôc5 Vlpianvfe auffi de mefme façon de parler feputare eiquœin
1 adulterio deprehenfa eft 3 & abfoluta notam obeffe. car il eft bien certain que
3î; l’abfolution ofte l’infamie de droidrmais non pas l’ignominie. & 6 Ca- *lc°gni«°oum
i' liftratedit,qu’ilpenfeaufli que la réputation, & l’honneur eftaucune- dcvarnscog'
men t dimin u é, quando quis ordine mouetur. Auffi Fefte Pompee met trois
c,i fortes de punition militaire, à fçauoirdeprehenfaycaftigatio3ignominia. de-
1 prehenft3diz-i\3caftigatione maiorjgnominia minor. ôc la loy adioufte par fus
E tout cela infamiam. AutremétfiPinfamic,&la note des Cenfeurs igno-
h minieufe eftoit tou t vn,il faudroit que l x i i i i. S cnateurs,quc les Cen-i feurs Lentulus,& Gellius rayèrent du regiftre, ôc debouterét du Sénat,
p; ôccccc. cheualiers, qui furent par les Cenfeurs Valerius ôc Sempro-
|{[ nius caffez,& priuezdcs chcuaux ôc gages qu’ils tiroient du public,fut
t fent auffi infâmes.& qui plus eft, ilfaudroit que toutlc peuple Romain
Jl euft efté infâme par la Cenfure de Liuius Saluiator,qui raya ôc nota tou-
tes les lignées,&comme dit7 Valerc Maxime,inter œrarios retulit3 par ce
j qu’ils Pauoicnt condamné par iugement public, ôc dep uis fait Conful,
j Cenfeur. il n’excepta que la lignée Mctia, qui nc I’auoit condamné
k nY abfouls,ny iugé diped’obtenir magiftrat. Il nota auffi Laudius
j Néron fon collègue en la Cenfure,qui luy rendit la parcillc.Et pour ce-ftc caufes Ciceron difoit, Illud commune proponam, nunquam animaduer~ 8ProCIucnc-
J Jlom^s C enfouis banc ciuitatemjta contentam vt rebus indicatis fuiffe. & m c t
. vn exemple de L. Metellus Sénateur, qui fut débouté du Sénat parles
,1 Cenfeurs, & depuis fait Cenfeur, ôc puis il adioufte, Quodfuüud iudi-
cium putaretur vt exteri turpi iudicio damnati 3 in perpetuum omni honore acI dignitatepriuantur :fic hominibus ignominia notatis3 ne que ad honorem3 neque
| inwriam reditus effet : timoris enim caufam 3 non vitœ pœnam in iliapoteflate
ejfe voluerunt, quxre qui vobis in mentem venit hxc appellare iudicia3 quœ apo-E iij
j. Ciccro inpræ-
turaYrba,I» Ciccro pro Clu-
cnt.Valer.lib.S.
cap 4.1. Vakr.lib.j.c.j»,
Si lib tf.cap.i.j. Saluft.inbdlo
Catil.4-l.honor.de mu¬
neribus.j. l.impcrium.dc
iutifdid.6. Lamprid.Diuifion
des Magi¬
ftrats.330 DE LÀ R E P V B LI QV Epulo Romano refeindi 3 abiuratis iudicïbus repudiari y à Magiftratibks négligé
ab iis qui tandem poteftatem adepti font jolent commutari f II appertxiéjic af-
fez qu’ils riauoient point de iuniclidion : car mefmes les Prêteurs9 co-
gnoiflbient des proces d’entre les fermiers ôc le public, ôc des plaintes
des fermiers,que les Cenfeurs auoient eftablis. Auffi la iurifdidtionria
rien de commun auec la force ds commander : comme nous dirons en
fon lieu . ôc pour cefte caufe quand les Cours de Parlemet de ce Royau¬
me vérifient les lettres desgouuerneursde prouinces,ils font adioufter
fus le reply,qu’ils n’auront point de iurifdi&ion contentieufe,ainsfeu^
lement volontaire^*eft à dire que la force de commander, la puiflance,
i*au&orité,Ia dignité leur demeurera,mais non pas la iurifdiûion. Ainfi
pouuons nous dire que les Cenfeurs auoient commandement, & tou¬
tesfois fins iurifdi&ion . Il y auoit bien d’autres Magiftrats en Rome,
qui'auoientbien commandement,& iurifdi&ion des caufes criminel¬
les,comme ceux qu’on appelloitTriumuiri capitales.,mais cerieftoitquc
deseftrangers,ouefclaues feulement .vray eft qu’ils1 entreprenoienc
quelquesfcis fus les bourgeois,Ôc mefmes fus les Magiftrats. En outre
ils eftoient executeurs des iugemens de3 mort. Par ce difeours des
Magiftrats Romains , ôc de leur puiflance , il appert, que plufieurs
officiers eftoient appeliez Magiftrats, qui riauoient pas pouuoir de
commander,ny de fàifir : ôc neantmoins s’appelloient Magiftrats, tant
es loix,que par les hiftoires : de forte que noftre définition ne feroit pas
generalle, fi cerieftoit qu’on vouluft faire vne fubdiuifion des Magi¬
ftrats qui ont pouuoir de commander , ôc ceux qui rien ont point:
mais il rieft point de befoin: caria vray c propriété du mot Magiftrat
emporte commandement. Et qui prendra garde à la façon de parler
des anciés Latins,ôc mefmes des 4 Iurifconfultes,on trouuera qu’ils ont
appelle,les offices auec charge honefte du mot Honores: Honorait Cal-
liftrate, eft adminiftratio Reipublicœ cum dignitate. ôc ceux qui auoient ou¬
tre l’honneur puiflance de commander, ils eftoientfignifiez parlemoc
Imperia ^ comme on voit en Titc Liue la Noblefle fe plaindre en cefte
Cottc>Salios ac Flamines fine imperiis,ac poteftatibus relinqui. il entend parle
mot Imperia les grands eftats de la ville, fuft par com miffion, ou en til^r
tre d’office,qui auoient Maffiers,&puiflance dé comader:& par le mot
Poteftatesj il entëd les gouuernemés de prouinces,q le Iurifcofultc V Ipiâ
apelle en propres termesJPor^/-^.ceqrEmpereur A lexâdreSeuere en-
tendoit quadil dift tout haut^Non6patiar mercatores poteftatu. Ioint aufli
queCiceron maiftre de bien parler auxliures desloix, a mis celle-cy,
Magiflratus omnesiudicium &aufyiciumhabento, enquoy il donne aflez
à entendre, que le Magiftrat proprement eft celuy qui a puiflance de
commander. Or toutainfi qu’on peut auoir charge publique fans hon¬
neur, comme les crieurs,iergens,trompettes (qui eftoyentanciennemet
cfclaucs,& de la famille des Magiftrats fins tiltre d’office) ôc mefmes lesgreffiers
LIVRE TROIS lESM'E. 331greffiers Ôc notaires eftoyent aüfli efclaues des Magiftrats, o u de îa Re-
publique, iilfques au temps de7 Valentinian,qui ne voulut plus que les 7-l-gcneraîi,«îc
efclaues fufset en cefte charge:ainfi on peut dire qu’il y a des charges pu- tabuIar,Cj
bliquesaiiec Honneur fânspoùuoir de commâder, come les Ambafla- ^
deurs,ConfcilIers dia priué confeil,Secrétaires d’ePcat,ôc des finâces. les
anaésÆdilcs, ôc Quefteurs,ôc nos receueurs, les autres ont charge ho¬
norable , ôciugèntayans cognoiffance de plufieurs caufes, comme les
anciens Pontifes Romains, Ôc nos Prélats, les autres ont charge honno-
rable,ôc puiffance de commâder,fans iurifdidion, cGmmeles Tribuns
du peuple,les Cenfeurs, ôc nosgouuerneurs de pays 3 enfembleles Pro~
cureurs du Roy.Il y en a d’autres qui ont charge publique,ordinaire,ÔC
honorable,&puiffance de commander auec iurifdidion, ôc font ceux
là qui proprement s appellent Magiftrats : comme eftoyent les deux
Confulsj&Ies Prêteurs,qui curent8 multipliez iufques à x v 1. quâtaux s.u.deorig i uns
Didateurs,gouuerneurs dc prouinces, Ôcceux qu on appelloit interre¬
ges, ôc Prœfeflos Vrbi Latinaru,feriarum cauft: ils au oie t bien plus de puif¬
fance que tous les autres Magiftrats que iaydid, mais ce n’eftoyentpas
Magiftrats, ains feulement commiflaires, comme nous auons monftre
cy deffus: iaçoit qu’on les appelloit auflî du nom com'un de Magiftrats,
non pas tou tesfois ceux qui partaient propremét. Et par ainfi il appert,
qu’on ne peut auoir commandement (ans honneur: combien qiuly a
plufieurs perfonnes publiques,qui n’ont aucun commandement, ôc
toutesfois fontco'ftituez en grande dignité : comme à Venize le Chan¬
celier,les procureurs faind Marc : ôc en toutes Republiques les confeil-
lers d’eftat, Ambaffadeurs, Pontifes Ôc Prélats, qui n’ont ny commâde-
ment,ny iurifdidion,font plus refpedez que les petits Preuofts,& plu¬
fieurs autres iuges qui n’ont puiffance de commander, ôc iurifdidion
contentieufeauectouteiufticehaute,moyenne,ôcbaffe.Ily aauflides
charges publiques, qui n’ont ny honneur, ny commandement, ains au
contraire tirent après foy quelque deshonneur,come les bourreaux,qui
eftoyent contraints par les edits des9 Cenfeurs loger hors la ville, après 9 CiCeroPro it*.
que la charge des Mafliers leur fut deferce pour l execution de mort: birioperdw.
couftume qui eft: encorcs gardee àToulouze, ôc en plufieurs autres vil¬
les. Il y a d’autres charges qui ne font guerres plus honneftes, ôc toutes¬
fois ncceffaires,ôc profitables à ceux qui les exercent : afin que le profit
couure aucunement le deshonneur. Soubs cefte diuifion font compris
généralement toutes perfonnes publiques, qui font conftituez en tiltre
d office, ou en commiflîon, ou en dignité fimple, (ans puiffance dc co-
mander. Et en cas femblablc nous pourrons diuifer tous les offices, ôc
dignitez félon la diuerfité des charges publiqucsqucchacuna:lcs vns
aux chofes diuinesdes autres aux affaires d’eftat:ccux cy à la iuftice,ceux
la aux finances, les vns aux fortifications, ôc réparations des places pu¬
bliques, les autres à la prouifion dcsviurcs,ôc choies qui fontbcfoinE iiij
i.l.i.adl.Iul.iambiru.33L DE LA REPVBLIQVEqui à la guerre pour la tuition des fugets contre les ennemis: qui à la fan-
tépublique,&purgatio des villcsiquiaux voyes,riuieres,forefts, ports,
ôc paffages. toutes lcfquellcs charges publiques fc pcuucnt donner, ou
en tiltre doffice, ou en commiffion, ou en dignité (impie fans commâ-
dement, ou bien auec pui(fancc décommander, ou à lexccution des
commandemcns, comme foubs les miniftres des Magiftrats, Greffiers,NotaireSjHuiffierSjVoycrSjScrgenSjCricurs.Et généralement en touteRépublique,il y a trois points à remarquer pour le regard de la création
des Officiers & Magiftrats, premièrement celuy qui les fait: en fécond
lieu dc quelles perfonnès on les doit prendre: en troifiefme lieu la for¬
me de les faire. quant au premier il appartient à la maiefté1 fouueraine,
ainfi que nous auons dit en fon lieu, quant au fécond poind, il appar¬
tient bien auffi à la maiefté: mais toutesfois on fuit ordinairement les
loix qui font eftablics à cefte fin: & principalement en l’eftat populaire,
Ôc Anftocratique:ou les Magiftrats ne font pris que des plus noblcs,ou
des plus riches, ou des plus aduifez en la charge qu on leur donne, ou
bien indifféremment dc toutes fortes de citoyens. Quant au troifiefmef)oind,qui eft la forme dc faire les officiers,il y a trois moyens,à fçauoir
eledion,le fort,& les deux meflez enfcmble. Et quant au fait de l’elc-
dion,clle fefait de viue voix, ou en leuant la main, ôc la voix que les an¬
ciens Grecs appclloicnt ovia. vfitec cncorcs en Suiffe:ou par tables &
billets, ou par feues ôc ballotes. Le fort fe fait de certains citoyens, pour
paruenirà quelque Magiftrat, ou dc tous, en certaine aage. Quant au
chois,& au fort meflez enfemble, iaçoit qu il ne fuft pas vfité ancienne¬
ment^ eft-cc quil eft fort commun à prefent és eftats A riftocratiques,
mcfmemcnt à Gcncs, ôc à Vcnizc. Or la diuerfité du chois, ôc du fort,
eft cncorcs plus grande pour les iuges : car il fc peut faire es eftats popu¬
laires,& Ariftocratiques,que tous les citoyens en nom colledifiugent
de chacun en particulier, ôc de la moindre partie dc tous en nom colle¬
ctif, prenant les iuges au chois : ou bien au fort : ou bien par fort, ôc par
eledion, ou bien que tous iugent de quelques vns eftant choifis, ou ti¬
rez au fort,ou par fort,& par eledion: ou bien que certains citoyens iu^
gent de tous les autres eftat choifis,ou pris au fort, ou en partie par fort*
Ôc par eledion: ou bien que quelques citoyens iugent de quelques vns,
eftant choifis,ou tirez au fort,ou par fort ôc par clçdion : ou bien on en
prendra quelques vns choifis detouslcs citoyens, & quelques vns pris
au fort,pour iuger dc certains citoyens:ou bien on en prendra quelques
vns de tous au fort, ôc quelques vns de certains citoyens par chois: ou
bié on en prédra quelques vns de tous,& quelques vns de certaine qua¬
lité de citoyés par chois,&par fort. Voyla tous les moyens quon peut
imaginer, pour la variété dc ceux qui ont charge publique, ôc pour le-
ftat,qualité ôc codition d vn chacun, ôc la forme de les appeller, ôc em-
LIVRE TROISIESME. mloyer.L’orateur1 Æfchinefàifatula diuifion des offices,&charges pu- 2.Contra Ctefîpk
liques d’Athenes la tranché beaucoup plus court, iaçoit qu'il y euft ^!^TüV >*Vo«
plus d’officiers qu’en République quifuftlors pour foneftendue. Ildit
qu’il y auoit trois fortes d’officiers: les vns qui eftoyent pris au fort, ou vchoifis: les autres qui auoient quelque charge publique pltis de xxx.
ioiirs, & les furintendans des réparations, ôc conftru&ions des œuures «Tè own
publiques: les autres portezparles loix anciennes, Ôc les commiflaires
choifîs pour le fait de la guerre, ou delaiufticejcommeferoientles Ma-
giftrats.Maison ne peut pas iugerladiuerfité des officiers,&Magiftrats
parccftediuifîon : non plus que par celle de Demofthene qui eft toutei ' ii » rn • r i r • ti oieev zç'ytdv hiri-diuerle a celle d Ælchines Ion adueriaire. car il dit que ceux-la font Ma-
giftrats qu on tiroit au fort auTemple de Thefee. & ceux à qui le peuple ™ <
donnoit puiffance de commander,ou qu’il elifoit capitaines.la diuifîon JmÔT
de Varron,&de MefTaIa*eftaufîicourte: afçauoirqu’ily a deux fortes vyiiyr
de Magiftrats. les grands, & les petits, ils appelloient les grands Magi-
ilrats, les Confuls, Prêteurs,Cenfeurs,qui eftoyent eileus par les grands xsi tSW*p«
eftats: & les autres eftoyent appeliez petits, qui eftoyent faits par le me-
nu peuple, ôc la ceremonie des Aufpices eftoit plus folenelle és vns que
es autres.mais il fauttrouuer les diuifîons cfTentielles,&: quipuiffent fer-
uiren toutes Républiques, comme celles que nous auons pofees tou¬
chant la charge des Magiftrats. auffi pouuons nous diyifer les Magiftrats
en trois fortes^pour le regard de leur puiffance. les premiers fe peuuent
apjpeller Magiftrats fouuerains,qui ne doyuent obeifïance qu a la maie-
fte fouuerainedes autres, Magiftrats moyens,qui doyuét obeiffanceaux
Magiftrats fuperieurs, ôc ont commandement fur autres Magiftrats. les
derniers font ceux-la qui doyuent obeifïance aux Magiftrats fuperieurs,& n’ont commandement que fur les particuliers, comme nous déclare¬
rons cy après.DE VOBEISSANCE QVE DOIT LE MAGI-flrat aux loixau Prince Jouuerain.c H A P. IIII.vis que le Magiftrat, après le Souuerain,eft laperfonne
principale de la Republique, & fus lequel fe defchargét
ceux qui ont la fouueraineté, luy communiquant l’au-
dorité,la force, & lapuiffance de commander,ceft bien Différence
raifon deuant que paffer outre, de toucher briefùement entre lequelle obeiffance il doibt au Prince fouuerain; qui eft la prince, lepremière partie de fon debuoir. Et la différence eft à remarquer entre le Magiftrat,
Piince fouuerain, les Magiftrats, & les particuliers : d’autant que le fou- & le parti-
uerain n a rien plus grand, ny égal à foy, voyant tous les fugets foubs fa culier*
354 LA REPV-BLIQVEpuiffancc: le particulier n’a point de fugets fus lefquels il ait puiffance
pu blique de commâder : mais le Magiftrat fouftenant plufieurs perfon-
nes, change fou tient de qualité, de port, de vifage, defaçon défaire : ôc
pour s’aquiter de fi charge, il eft befoin qu’il fçache comment il faut
obéir au fouuerain,ployer foubs la puiffance des Magiftrats, fupericurs
àfoy,honnorcrfes efgaux,commander aux fugets, défendre les petits,
fairetefte aux grands, ôc iuftice à tous. C’eft pourquoy les anciens di-
Magiftratus Soient que le Magiftrat defcouure quelle eft la perfonne : ayant à ioücrvirum. comme en vn théâtre public,Ôc en veüe d’vn chacun, beaucoup de per-
Tonnages : aufli pouuons nous dire,que la perfonne fait cognoiftre quel
eft le Magiftrat: car s’il eft tel qu’il doibt, il rehauffe la dignité du Magi-
ftrat:s’il en eft indigne,il rauale l’auclorité d’iceluy,& la maiefté du fou¬
uerain. comme dit Tite Liue, du Magiftrat indigne de fà charge : non
ri quïfibi honorem adiecijjetyjèd indignitatefua vim^ac m Magishatui quemge-n rebatdempfijjet. Or pour fçauoir quelle obeiffance doibt le Magiftrat
au fouuerain, il eft befoin de fçauoir quel eft le mandement du fouue¬
rain. Car les mandemens du Prince font diuers : les vns portenredits ôc
loix perpetuelles pour toutes perfonnes, de quelque qualité, Ôc condi¬
tion quelles foyent : ou pour quelques perfonnes, ôc pour quelque tépsf)ar maniéré de prouifion.Ies autres emportent quelque priuilege cotre
es edits pour vn feulement,ou bien peu de fugets: ou quelque bien-fait
quin eft point contre la loy;ou bien loyer aux bons,oupeineauxmau-
uais: ou quelque office,ou quelque comiflion: ou bié declarat quelque
edit,ou priuilege,ou biépour faire la guerre,ou publier la paix:ou pour
faireleuee degensdeguerre, oupourdreffer eftapes: ou pour leuertail¬
les,aydes,fubfides,creües,nouueaux impofts ou empruns : ou pour en-
uoyer Ambaffadespourfeconiouyr,ou côdouloirdu bien ou des infor¬
tunes des autres princes:ou pour traiter mariages,alliâccs,ou autres cho¬
fes sëblables:ou pour coftruire,&: fortifier les places fortifiables^eparer
les ponts, chemins, ports, ôc paffages : ou pour iuger quelques proces:
ou pour executer quelques mandemens : ou pour enteriner lettres de
iuftice,reftituer les mineurs,les maieurs,les condamnez, ou pour aboli¬
tio generale,ou particulière,ou rcmiflion,ou lettres de pardon,qui font
differentes, defquels mandemens cy deffus declarez,y en a qui contien¬
nent diuerfes efpeces-.comme les priuileges,&bien-faits,foit pour quel¬
que don, ou exemption ôc immunité de toutes charges,ou de quelques
vnes,ou exoines,ou lettres deftat,ou pour auoir droidt de bourgeoifie,
ou de légitimation,ou de nobleffe,ou de cheualerie:ou de foires: ou de
corps ôc college : ou autre chofe femblable. Toutes lefquellcs lettres fe
peuuentrefouldre en deux fortes, c’eft à fçauoir en lettres de comman¬
dement,ou lettres de iuftice: combien que la claufe, Si VOVS MAN¬
DO N s, eft aufli bien aux vnes comme aux autres : comme en cas pareil
le mot Latin Ivbemvs eftoitauffi bien aüx lettres de iuftice, commeaux
LIVRE TROIS I ES ME. 335aux lettres de grâce,ôc de fà u eu r: comme on peut voir aux Ioix,ôc lettres
patentes des Empereurs de Grecc. Mais les lettres degrace,ou qui pro¬
cedent delà feule puifTance,ôcaud:orité du prince,font proprement ap¬
pelles en ce RoyaumeMandemens,& lesfecretaires qui les expedient*
fecretaires des commandemens : ôc les lettres de iuftice, ie plus fouuent
font expédiées par les autres fecretaires,& la différence du grand,ôc pe¬
tit feel, ôc mefmes en la plufpart la variété de cire, .& de queue fimplc,
ou double,ou le feel pendant en foye de diuerfes couleurs fait cognoi-
ftre la différence des lettrcs.Ie fçay bien que les Latins appelloiênc)»*#-
data Prindpum,cc que nous appelions en noftre langue Inftru étions aux
gouucrneurs, capitaines, Ambaffadeurs, ôc autres qui vont en quelque
charge,ainfi fe prend le mot de M A N D A T a en1 droi£t,ou l’Empereur
luftinian dit,qu’il auoit compofé vn liure des mandemens, ou commâ-
demens pour les gouuerneurs deprouince. Mais laiffant lafubtilité des
mots, examinons la force des claufes portées par les lettres patentes 6c
mandemens,commeeftcelle-cy,A tovs PRESENsôcàvenir.cefte
claufeeft appofee feulement auxlettres, quifontfaites pourauoir trait
perpetuel : ôc non pas aux edits qu'on fait par maniéré de prouifîon, ny
aux commiffions, ou autres lettres de prouifion. cela eft bien notoire,
mais cefteclaufeTANT QJVE a svpfire DOYVE,eftbiendepl9
grande importance, de ordinairement appofee és lettres qu’on appelle
de iuftice, par laquelle le Prince laiife a la diferetion dc celuy a quil ad-
dreffe fes lettres,pourlcs enteriner,ou caiTer,félon que fa confcience^ôc
l’equiréleiugera. cequin’eftpointés lettres de commandement,qui
n’atribuent rien à ccluy auquel elles sadre fient, fî ce n’eft quelques fois
la cognoiffance du fait feulement,ôcnon pas du merite de l’ottroy,quâd
cefte claufe y eft fimplcment,Si vovs appert de ce q^ve
dict est, ôcc. Tellement quon peut dire que les lettres dc iuftice,
oresquelles foyent ottroy ces par ie Prince,ne porter aucun mandemêt,
ny contrainte quelconque au Magiftrat, à qui elles fontadreffees : ains
au contraire parles 4 ordonnances deCharle vu. ôc Philippe le Bel, il
eftdefendu aux iuges d’y auoir efgard,fi elles ne font équitables. Etco-
bien que la mefme forme de lettres de iuftice, foyent ottroyces en An¬
gleterre, qu’ils appellent Briefs de iuftice,Ôc en Efpaigne, ôc autres Roy¬
aumes,!^ eft-ce neantmoins que cela s’eft pluftoft fait pour le profît par¬
ticulier de quelques vns,que pour lagrâdeur ôc accroiffement de la ma-
iefte des Roys (qui les ottroyentpar forme de bien fait) oupournecef-
fitequ il en foit: puis que le tout eft remis en la puiffance du Magiftrat
après 1 ottroy des lettres : ce qui n’eft pas auparauant l’ottroy d’icelles.
Qui fut la caufe que les eftats tenus à Orléans prefenterent requefte au
Roy, pour retrancher cefte formalité des lettres, qui ne renient,qu’à la
foule du peuple,fans que le Roy ny le public en tire aucun profit. Aufli
les anciens Grecs, ôc Latins, n’ont iamais cognu cefte forme de lettresii.Conftirtjt^.Sî
in Lvnandati» ds
pœnis. fF.4.Phillip. Conftili
arcic.n.& Caroh
v i i.ait.66.
336 DE LA REPVBLI Q^V Ede iuftice: mais les Magiftrats fus la requefte des parties ,faifoient autat
que nos iuges fus l’ottroy des lettres de iuftice. &la claufe Tant queà
" fuffire doyue, eft celle mefme qui eft portée par les edits des1 Prêteurs
en cefte forme ,Si qvamihi ivsta cavsa Videbitvr
Vray eft que la puiffance de corriger,fuployer,& declarer les loix, con-
cernans la iurifdidion citiile^enfemble de reftituer, &: releuer ceux qui
auoient efté circonuenus, ou qui auoient failli aux formalitez des loix
( puiffance qui eftoit donnee aux Prêteurs par leredion de leur Macû-
ftrat, comme dit "Papinian) reflcnticne fçayquoy des marques delà
maiefté fouueraine : ôc pour ceftc caufe on appelloit le droid des Pre-• teurs, droid honorable, que les3 Dodeurs appellent Noble-debuoir
Quant à la déclaration,&corredion des edits, ôc ordonnances,nousa-
uons dit que cela appartient à ceux qui ont la fouueraineté : mais quant
aux reftitutions,& tout ce qui concerne les lettres dc iuftice, il ny a pas
grande apparéce que le Prince fouuerain s’en empefche,oupour mieux
dire les officiers des Chanceliers fous le nom du Prince. Iexepteray feu¬
lement quelques lettres de iuftice,qui paffent foubs le grand feel,& aux¬
quelles la claufe que i ay dit,Tant que à fuffire doiüe,eft inferee: laquel¬
le claufe depleut à certain perfonnage tenant Tvn des plus hauts degrez
d’honneur en ce Royaume,qui n’entendoit point la force d’icelle, & la
vouloit rayer, difant que la maiefté du Roy eftoit diminuée. mais il e-
ftoit ex eu fable, n’ayant pas bien leu les ordonnances de nos Roys. Et
comment feroit diminue la maiefté des Roys pour ce regard, veu mef¬
mes que les anciens Roys d’Egypte faifoient iurer les Magiftrats de no-
beir iamais à leurs mandements, s’ils commandoient de iuger inique-
met, ainfi que nous lifons aux fentences des Roys d’Egypte rapportées
parPlutarque, Puis doncquerenterinement,ou recifion des lettres de
iuftice, adreffees foubs le nom du Roy aux Magiftrats, dépend de leur
équité ôc difcretion,il n eft pas befoin d’en dire d’auantage. Mais quant
aux lettres de commandement, qui ne portent que la queftion du fait
fimple,fans attribuer la cognoiffance au Magiftrat du merite d’icel-
les,il n eft pas fans difficulté, fi le Magiftrat cftant informé du fait, come
il eftoit porté par la teneur des lettres,les doit vérifier, ou executer eftat
iniuftes. & la difficulté eft encores plus grande quand les lettres n’atri-
buent puiffance au Magiftrat,ny du fàit,ny du merite de Fottroy:&mef-
mement s’il y a mandement expres. Car quelques fois les Princes vfent
de prieres enuers les Magiftrats,par lettres particulières de cachet,pour
accompaignerles lettres de commandement iniuftes : ôc bien fouuent
éslettres patentes les prieres fontaccompaignees de commandemens.
Nous vous prions, & neantmoins comandons.-enquoy il femble que le
Prince dérogé à fa maiefté, fi la chofe eft iufte, ou à la loy de Dieu Ôc de
nature,fi elle eft iniufte. Or iamais le Magiftrat ne doibt eftre prié,pour
faire fon debuoir, ny déprié pour ne faire chofe qui foit inique, &def-honnefte.
L I V R Ë T R O I S I Ë S M £.• 337honnefte, comme difoic Caton le Cenfeur : ioint auffi que le com¬
mandement eft incompatible auec les prières. Donc pour refoudre
ce point, fi les lettres du Prince n’attribuent aucune cognoiflance
au Magiftrat, ny du fait, ny du droit , ains feulement l’execution
luy en eft donnee , le Magiftrat n’en peut prendre aucune cognoi£
fuice , fî les lettres ne font notoirement 4 faufes ? ou 5 nulles , ou 4.Rot*decif5.d«
contre les loix de nature, comme fi le Prince commandoit aux Ma- FeuKc^de
giftrats de faire mourir les innocens, ou tuer les enfans , ainfi que cætero5oI ;;-p^c> 1 1 .11 1 nor.cod.col.7.hofcPharaon Agrippa .* ou de voler, ôc piller les pauures gens : com- ftienf.&imoiam
me de noftre aage le Marquis Albert , entre fes nobles cruautez derefcrip?lnsac‘
faifoit planter des gibets aux villes qu’il auoit forcees , ôc comman- ^SiudS^L?
doit aux foldats de piller ôc voler les habitans fus peine d’eftre pen- deTetudictettUO*
dus ; ores qu’il n’euft caufe veritable , ny vray-femblable de pren- jnecrapf paftoralis‘
dre les armes. Or fi le fuget d’vn feigneur particulier, ou iufti- cclptexu
cier n eft pas tenu 6 d’obeir en termes de droit fi le Seigneur ou le € l yk dc.urif
Magiftrat pafte les bornes de fon territoire , ou de la puiffance qui ^
luy eft donnee,ores que la chofe qu’il commande fut iufte ôc hon-
nefte , comment feroit tenu le Magiftrat d’obeir , ou d’executer les
mandemens du Prince en chofes iniuftes, ôc deshonneftes ? car en
ce cas le Prince franchift, ôc brife les bornes facrees de la loy de
Dieu ôc de nature. Si on me dit, qu’il ne fe trouuera1 point de Prin- dewîor.St
ce fi mal apris 3 ôc n’eft pas à prefumer qu’il vouluft commander
chofe contre la loy de Dieu , ôc de nature : il eft vray , car celuy cap-quxm cccic-
pert le tikre ôc 1 honneur de Prince, qui fait contre le debuoir de umde conftlt*
Prince. Nous auons monftré par cy deuant7 que le Prince ne peut 7. cap.dckfo^
rien contre la loy de nature , Ôc touché les diftindtions qu’on peut
faire es loix humaines, ôc que veut dire la puiffance abfoluë , Ôc
quel poix a la claufedes lettres patentes, tel est n o s t r e
p l a 1 s 1 r,qui peuuent efclaircir la queftion touchant I’obeiflàn-
ce du Magiftrat enuers le Prince, qui depend aucunement de la puiC*
fance du Prince fus le Magiftrat, en laquelle nous ne voulons entrer,
ains feulement remarquer le debuoir du Magiftrat en l’execution
des mandements du fouuerain. Mais il y a quelquesfois de fi mef
chans Magiftrats , qu’ils font pis qu’il ne leur eft commandé, com¬
me il eft tout notoire d’vn qui eut mandement de Ieuer quatre xx.
mil francs fus vne Prouince extraordinairement , il en leua iufques
a quatre cens mil ôc plus : Ôc en receut bon loyer. Et toutesfois Ti¬
berei Empereur quoy quil fut appellé cruel Tyran, reprift aigrement
le gouuerneur d Egypte d’auoir plus leué de deniers, qu’il ne luy e-
ftoit mâde,difant Tonderi meas oues non cutem detrahi volo. Si doc le man¬
dement du Prince n’eft point contraire aux loix de nature , le Ma-Fucrainctc.
338 de la repvbliqjegiftrat le doibt executer , ores qu’il foit contraire au droit des gens,
qui peut eftre changé, & altéré, par la loy ciuile : qui ne concerne
point la Iuftice, ôc l’équité naturelle, que le Prince ne peut alterer, ains
feulement le profit, & vtilité foit publique,-ou particulière. Car com¬
bien que nous ayons did que le Prince doibt garder le ferment par
luy fait à fon peuple , s’il s eft obligé par ferment , ôc ores qu’il ne
fuft obligé par ferment, neantmoins il doibt garder les loix de le-
ftat, ôc Republique où il eft fouuerain: toutesfois il ne faut pas con-
clurre, que fi le Prince contreuient en tel cas à fon debuoir , quele
Magiftrat ne luy obeiffe : car ce rieft pas au Magiftrat de prendre
cognoiffance ou contreuenir aucunement à la volonté de fon Prin¬
ce és loix humaines, aufquelles le Prince peut deroger. Mais fi le
Magiftrat cognoift que le Prince calfe le plus iufte , ou le plus pro¬
fitable edid pour donner lieu au moins iufte & moins proufitable
au public, il peut tenir l’execution de l’edid ou mandement cn fou-
franco iufques à ce qu’il ayt fait fes remonftrances, comme il eft te- . I
nu de faire , non pas vne , mais deux , ôc trois fois : ôc fi nonob¬
ftant ces remonftrances le Prince veut qu’il foit paflé outre , alors
le Magiftrat le doibt executer , voire des la premiere iuffion , file f
. delay eftoit perilleux. Et à cela fe doibt raporter ce que difoit8 In- *8 încap.pimm- J L r n -n, >■»• r 1 1ccpcrii.deoifi.de- nôcence au parauant quil fuit Pape , quil raut executer les mande- s^annoniicct. demens du Prince , ores qu’ils foyent iniques : ce qui’ s’entend de ?«p^oatodt” la Iuftice & vtilité ciuile , non pas fi le mandement eft contraire à ircfcript.ait obedis ja joy naturelle. Et la mefme interprétation doibt feruir à l’opinion »dura II lus eft poh- J _ 1 A . .tiuum des 1 Dodeurs, quand ils difent que le Prince peut deroger au droit î1.vlc.fi contra ius ‘ naturel, qu’ils entendent le droit des gens, & conftitutiôns com- »munes des autres peuples : affin que foubs vmbre de l’au&orité des tftitut.princip.tF. sc Oodtcurs ou de l’equiuocation du droit naturel, on ne vienne te- *in ccip.quic in cc** JL _ \ii 1 . « ^. r*ciefiarum.dcco.n- nierairemént à faire brefche a la loy de Dieu, ôc de nature. Et 11 on *|,Tvknfic0,tra dit que la loy 1 de PEmpereur Anaftafe mande expreffément, que » iJ^authcnt-dcma- les luges , ôc Magiftrats ne foufrent pas feulement qu’on prodtiife » j*,&amhentvtCnuiu ^cs lettres, ôc refcripts ottroyez aux particuliers, contre les edi&s, » ^iudicü.§.&hoc. ^ 2c ordonnances generales : ie refponds que cela s’entend s il n eft ex- ^
coantraIiusPcTvit. preffément dérogé à l’ordonnance generale : ôc nonobftant la dero-d“cBarünuac’ gation , le Magiftrat doibt faire fes remonftrances au Prince : ôc com- yitamhcnt^tdc- bien que la chofe foit dommageable au public , ôc contre les loix, ^XmBaîconfiiiuô & ordonnances , fi doibt-il palier outre à la fécondé iuffion , fuy- |(AncharaCn.nconfiL uant les termes de la loy 3 de l’Empereur , à l’exemple de la quelle ^2sj.scj9p. l’edid de Charle neufiefme a efté faid , touchant les remonftrances Ldes Magiftrats au Prince. & long temps au parauant Theodofe le grand L4. i.fi vindicari.de auoit fait vne loy à la requefte de faind Ambrois, par 4 laquelle il veut ^pœms.c. qUe lexecution de fes lettres patentes, ôc mandemens foyent tenues enfoufrance
LIVRE TROISIESML 33?fouffrance x x x. iours âpres lafignification d’icelles, quand il eft mandé
de punir quelques vus plus rigoureufement que de couftume : pour
autant qu on auoit fait mourir fept mil Thefîaliens, au mandement de
Theodofe, pour la rébellion du peuple Ôc meurtres commis en la per¬
fonne des Magiftrats. Et de là eft venu la couftume dobtenir ancienne¬
ment trois; referipts du Pape,quon appelloit monitoircs s iuffoires, ôc
exécutoires. Nous ferons mefme iugement, 11 le Prince mande par fes j-i’ \ t» • 11 • 1 relcnpc,lettres patentes,quon procede a 1 exécution de lapeine de ceux qui au¬
ront contreuenu à fes edits ôc ordonnances, par longue foufrance du
Prince, ou des Magiftrats, car la foufrance clu Prince, conniuence
des Magiftrats, au veu Ôc feeu defquels les ordonnances font en-
fraintes, remet la peine meritee par la loy, laquelle 11c peut *autremet u,qu*&i&n-
eftre infirmée par 1 abus de ceux qui ont côntréuenu.Et par ainfi le Ma- gaconluct-c.
giftrat ne doibt pas prôceder temerairement à la peine3àu parauant que
d’auoir fait republierles ordonnances dccheuës par fa faute.mais bien le
Prince doibt procéder contre les Magiftrats,qui par negligéee ont lait
fé anéantir fes edits. autrement ce feroit chofe fort ini que, ôc reffentant
fa tyrannie de faire des edits, ôc après les auoir mefprifez vn long temps,
foudain procedet contre ceux qui par exemple auroyent contreuenu,
voyant que les premiers ilauoyent efté punis.Ce fut l’vn des traits de la
tyrannie du cruel Néron, Ôc des anciens Tyrans. &au contraire le bon
Empereur Traian 7 manda à Pline gouuerneur de Natolie,faire publier
derechefles edits,qui eftoyent aucunement enfeu élis par la contrauen-
tion ou erreur des fugets, Ôc foufrande des Magiftratsîparce que l’erreur1
commun8 eft tenu pour loy,fi la loy de nature1 lie refifte à l’erreur que a. Me fnppeif.
on pretend.Mais dira quelqu1 vnje Magiftrat doit il obeifsâcc aux ma- p<^‘Ll*deoffi'
dements qu’il croit eftre contre nature,ores qu’ils ne foyent point con- aÆ kdïTar*
traites a icelle : car la iuftice ôc raifoil qu’on dit naturelle y neft pas tout Darius.deoffi.prx-
iours fi claire, quelle ne trouue desadüerf$ires:& bien fouuent les plus dc'iLfsTgnorfmf
grands Iurifconfulües s’y trouueilt empefehez , ôc du tout contrai¬
res en opinions, & les loix des peuples font quelquesfois fi repugnantes,
que les vns donnent loyer, les autres puniffent pour mefinefait. les li-
ures,les loix,les hiftoires en font pleines, ôc feroit chofe infinie de les co¬
ter par le menu. le refponS à cela,fi ce que les anciens difoyent a lieu,que
on ne doibt iamais faire,ce qu 011 doute eftre iuftc,ou iniufte,à plusfor-
te raifon doibt auoir lieu,quand on tient pour ceftain,quela chofe que
le Prince comande,eft iniufte par nature. Mais le Magiftrat,quand il eft
queftion de la iuftice ciuile feulement,doit vérifier,Ôc mettre en cxecip
tion les mâdemens,ores quil penfe qu’ils foient ciuilemét iniques.C’eft
pourquoy en toute Republique,on fait iurer tous les Magiftrats de gar¬
der les loix,& ordonances'.afïin qu’ils ne mettét pas en difpute, ce qu’oil
doit tenir pour refolu.C’eftoit là couftumedes Romais, quâd les anciésF ij
\t. Liuiusinfinc
libri }i.34o DE LA REPVBLIQVEmagiftrats receuoyét le fermée des nouueaux, deuant qu'ils entraient
en charge: ôc cela fefaifoit au temple du Capitole après les facrifices
autrement leMagiftrat perdoit fon eftat fi dedans cinqiours il nefaif0ic
le2 ferment,& le magiftrat,qui tenoit les eftats du peuple,contraignoit
en particulier,ceux qui auoyent empefché la publication d’vne loy , de
iurer qu’ils la 9 garderoyent, fus peine d’eftre bannis. Ainfi L. Metellus
9. Appian.iib.i. Numidicus fut banni , par arreft du peuple , n’ayant voulu iurer
i45>8.'ic i v. iuing. les loix publiées à la requefte du Tribun Saturnin. & lors que les or¬
donnances deLoüys xn. furent publiées en Parlement, pour ce qu’il y
en auoit plufieurs qui ne les trouuoyentpas bonnes,lc procureur géné¬
ral requiftqu’ellcsfuffentgardees,&que defenfesfuffent faites de les re-
uoquer en doubte,fus peine de leze Maiefté,comme il fè trouue aux rc-
giftresde la cour, ceftoit après la publication des ordonnances. Mais
d’autant queLoiiys xi. au parauantauoit vfé de menaces griefues en»
uers la cour de Parlement, qui refufoit publier, & verifier quelques c-
ditsrqui eftoyent iniques, le prefident Lauacrie, accompaigné de bon> nombre de confeillers en robbes rouges allafaire fes plaintes ôc remon*
ftrances, pour les menaces qu’on faifoit à la cour, le Roy voyant la gra-
uité,le port,la dignité de ces perfonnages,qui fe vouloy ent demettre de
leur charge,pluftoft que verifier les edits qu’on leur auoit enuoyez, s’e-
ftonna , ôc redoubtantraudoricé du Parlement, fift cafter les edits en
leurprefence, les priant de continuer à faire Iuftice, & leur iura qu’il ne
enuoy roit plus edit qui ne fuft iufte, ôc raifonnable. Ceft a&e fut de
bien grande importance pour maintenir le Roy enl’obeiffancedelarai-
fon. qui autrement auoit toufiours vféde puiffance abfolue, &deflors
mefmes quil n’eftoit que Daufin, il enuoya quérir les Prefidens de la
cour, ôc leur dift qu’ils euffent à effacer la claufe DE EXPRES¬SO MANDATO, que la cour auoit fait mettre fus la véri¬
fication des priuileges ottroyezau comte du Maine, autrement qu’il
ne fortiroit de Paris que cela ne fuft faid, ôc qu’il laifferoit la commit
fion que le Roy luy auoit donnee:lacour ordonna que les mots (èroyet
effacez,mais affin qu’on peuft voir ce qui eftoit biffé, elle ordonna que
le regiftre feroit gardé,qui fe trouue encores en la forte qu’il fut ordon- „
né , en date du xx v 111. Iuillet m. c c c c x i,i i. Or les mots V E J
EX PRESSO tJÜCA NDATOy ôc de exprejjijjimo mandato, ÔC quel-
„ quesfois multis vicibus iterato, qui fe trouuenc fort fouuent és régiftres
,, des cours fouueraines, fus la publication des edits ont telle confequcn-
ce, que tels edits ôc priuileges ne font gardez, ou bien toft après ou-
n bliez , ôc delaiffez par foufrance des Magiftrats : ôc par ce moyen le-
ftata efté conferué en làgrandeur,quiautrement fuft ruiné par les fla-
teurs des Princes,qui arrachent tout ce qu’ils veulent:&les Roys eftants
bien aifes quelquesfois qu’on a vfé de ces reftridions ont toufiours— efté
LIVRE T R O I S I E S M E.*efté bien aymez cîes fugets,fans que la vérification portaft effed au
fuget ny obeifïance au Roy, ny charge à la confcience des Magiftrats.Encores peut on doubter,fi le Magiftrat eft receuable à quitter Ton
eftat , pluftoft que de vérifier vn cdict> vne commiflion , vn mande¬
ment j qu’il tient pour certain eftre iniufte, ôc contre la raifon natu¬
relle, quand la Iuftice d’iceux eftreuoqueeen doubte, ôanefmemenc
fi plufieurs tiennent que l’ediél foit iufte, au contraire des autres, car¬
ies bonnes , ôc viues raifons fortent d’vn cerueau bien refolu , qui n’eft
qu’en bien peu d’hommes fàges > ôc entendus , ôc qui fe trouuent tout
iours en moindre nombre que les autres. le dy en ce cas , que le Ma¬
giftrat n’eft pas receuable , s’il ne plaift au Prince fouuerain , à quitte*4
fon eftat, ains doibt eftre contraint d’obeir aux mandements du Prin¬
ce, fi la iuftice d’iceux eftant reuoquee en doubte, eft approuuee de
la plufpârt des Magiftrats, qui ont charge de verifier les edits, autre-
ment s’il eftoit permis de quitter fon eftat, pluftoft que de palier vn
edit approuué des autres, on feroitvne perilleufe ouuertureàtousles
{ugets, de refufer, Ôc regetter les edits du Prince : 8c chacun en fa char¬
ge, pourroit quitter la République au danger, &l’expofer à la tempe-*
fte, comme vn nauire fins gouuernail,foubsvmbre dvnc opinion
de Iuftice, qui, peut eftre , feroit affe&ee d’vn cerueau bifàfre (ans Sain&e or*
propos, finon pour faire contre-carre à l’opinion commune. G’eft donnance
pourquoy entre les loiiables ordonnances faites par Loiiys x i ï. il y de Loiiys
en a vne qui porte , que fi les luges font de trois ou plufieurs opi- xix«
nions, ceux qui tiendront la moindre > feront contraints fereduire,
ôc ranger du cofté de l’vne des plus grandes , pour conclure les ar¬
refts. la cour fe trouua empefehee fus la vérification de l’ordonnaiv
ce , par ce qu’il fembloit fort dur , Ôc bien eftrange à plufieurs, de
forcer la confcience des luges, es faits qui font remis à leur pruden¬
ce ôc religion. Toutesfoisaprès auoir confideré rinconuenient, que
on voyoit ordinairement reiiflir, pour la variété d’opinions 3 êc que
le cours dé la Iüftice, ôc la conclufîon des arrefts eftoit fouuent cm-
pefchee , la court vérifia l’ordonnance , laquelle par fucceffion de
temps a efté trouuec fort iufte ôc vtile. auffi eftoit-ce la couftume
des anciens de fe reduire , ores qu’ils ne fuffent contraints comme
Ion peut voir en1 Pline d3vn iugement où partie des luges auoyént** lib cPift
condamné le coupable à mort : l’autre l’auoit abfoulz à pur ôc à plein;
l’autre l’auoit banni pour quelque temps, ceux quiauoyentabfouls*
ôc condamné à mort fe reduifirent au banniffement. Et en telles
difputes, la reigle des fages ne peut faillir , qui veut que de deux
chofes iuftes, on fuyue la plus iufte , ôc de deux inconuenicns*
quon fuye le plus grand, autrement il ny auroit iamais de fin mx
a&ions des hommes. Aufli peut on dire,que la iuftice d’vile loyncft
34î DE la repvbliqjve„ point proprement naturelle, fi elle eft obfcurc, & reuoquee endou-
te. car la vraye iuftice naturelle,eft plus luy fante que la fplendeut du fo-
leil. Er neantmoins depuislotdonnâcedeLoüysxn.ien’ay point en¬
tendu qu’il y ayt eu Magiftrat, qui fe foit voulu demettre de fon eftat,
craignant d’eftre forcé de tenir vne opinion contre fa confcience, alors
mefoies que les eftats de Iuftice eftoyent donnez à la vertu, l’ordonnâ-
ce de Loüys xit. n’a pas contraint les luges de iuger contre leur con-
fcicnce, ains tacitement leur a permis de fe demettre pluftoft de leure-
fta't.mais ie dy qu’ilpouuoit iuftementlefaire.Pourmefme caufe les
procureurs du Roy fouuent ont contraint les luges dc garderies ordo-
nances,ores que tous les luges fuffent de contraire aduis. & me fouuiéc
que le prefident d’vne des chambres des enqueftes de Toulouze nom¬
mé Barthelemi, voyant tous les Confcillers de fa chambre de mefme o-
pinion en vn proces,& diredement contre l’ordonnance, illes contrai-
rrnit après auoir fait affembler toutes les châbres de changer d’opinion,
& iuger félon l’ordonnance.Toutesfois en ce cas, ou l’iniuftice feroit e-
uidente au fait qui fe prefenteroit, les fages Magiftrats ontaccouftumé
d’éaduertir le Roy,pour declairer fon ordonance:qui eftl’vn despoints
concernans la Maiefté: & n’appartient pas au Magiftrat de paffer par def-
iu fus l’ordonnâce %ny difputer d’icelle,eftant claire & fans difficulté, ains
il la faut bien eftudier,pourl’executer de point en point.autrement fi le
Magiftrat iuge.contre l’ordonnance feiemment, la loy le note3 d’infa¬
mie: & s’il fait par ignorance, ou ne p enfant p oint que fon iugement foit
contraire à l’ordônance,il n’eft point infame pour cela, mais neâtmoins
fon iugement demeuroit4 nul de foy. de forte qu’il n’eftoit point be-i. cum proiatîs foinf anciennement d’en appeller. Or la différence eft bien notable en-
J‘ tre les edits, & ordonnances publiées, & celles qui font enuoyees pourpublier, car tous Magiftrats parle ferment qu’ils font, quand on les re¬
çoit, iurent garder les ordonnances,& s’ils font autrement, outre la pei¬
ne appofèe aux edits qu’ils encourent,ils font aufsi fugets a la note d in¬
famie,comme * pariures. mais aux edits, & mandementsnon publiez,
& qu’on leur apporte pour vérifier, ils ont liberte de les examiner, & fai¬
re leurs remonftrances au Prince deuant que les publier, commenous
auons dit cy deffus ,encorcs qu’ilne foit queftion que de l’intereft par¬
ticulier de quelqu’vn : à plus forte raifon s’il y va de l’intereft,& dom¬
mage que peut foufrir, ou dc l’vtilité qui peut reüffir à la République :
laquelle fi elle eft fort grande,comme aucunement l’iniuftice dc le¬
dit, comme difoyent les anciens, mais il ne faut pas procéder fi auant
d que le profit pour grand qu’il foit commande àlaraifon,nyfuiureles
Lacedemoniens quin’auoyenrautre iuftice,que l’vtilité publique,ainfi
v que dit7 Plutarque, pour laquelle il n’y auoit ferment, ny raifon, ny
iuftice,ny loy naturelle qui tint en leur endroit,quâd il alloit du public.7,Wuiar.inAl- 5 1 1 1 1 TlcftJibiad.2. Uplacuitde iudic. C.1.x. de 1c-
gib.C.j. l.i.adTurpil.de reiudicat.
f. 1. Ci exprefïïm
quando appellare
noneftnecef.6. can.infames.il
LIVRE T R O I S I E S M E. 345Il eft beaucoup plus expedient pour la République, & plus feantpour II vaut
la dignité du magiftrat, de fe demettre de tcftatfcomc fift le chancelier mieux qui-
de Philippe n.duc de Bourgongne) que de pafTer vne chofe inique:co- ter l’eftat
bien quele duc voyant la confiance inuariable defon chancelier, qui qued’obeir
vouloir quitter les féaux, reuoqua le mandement par luy fait, ôc fouuet à chofe qui
cefte confiance ôc fermeté des magiftrats,a fauué l’honneur des Princes, foit cotraire
ôc retenu la republique en fa grandeur:quand il y va de l’equité naturel- à la loy de
le.Mais s’il ny a plus de remede aux fautes du Prince fouuerain, ôc qu il nature,
mande aux magiftrats que fes a&ions foy ent exeufees enuers les fugets,
il vaut beaucoup mieux obeyr,& en ce faifànt, couurir, ôc enfeuelir la
memoire d’vne mechanceté ia faite, quen le refufant l’irriter pour faire
pis, &geter, le manche après la coignee: comme fift Papinian grand
Preuoll del’Empire,& tuteur ordonné aux Empereurs Caracala,& Ge¬
ta,par le teftament de l’Empereur Seuere: auquel Caracalamanda d’ex-
eufer enuers le Sénat le meurtre par luy commis en la perfonne de Geta
fon frere:il n’en voulut rien faire, ôc trencha fa refponfe courte, difant8 g.sPanian.
qu’il n eftoit pas fi facile d’excufer,que de faire vn parricide. l’Empereur
irrité de cefte refponfe l’enuoya tuer,& ne ceffa deflors en auant de tuer
meurtrir, &tyrannifer fans contredit. Et fi Papinian euftcouuert,ce qui
ne pouuoit plus fe corrigerai euft fauué fà vie, & fait contrepoix aux ty¬
rannies, & cruautez de l’Empereur qu’il auoit toufiours eu en grand ho-
neur, ôc refpeélé bien fort. I ay bien voulu remarquer cefte faute que
fift Papinian, laquelle plufieurs ont haut loué, fans prendre garde, que
la refiftence qu’il fift ne profita rien, ôc apporta vn dommage irrépara¬
ble aux affaires de l’Empire : eftant priué d’vn fi grand perfonnage, ôc
qui pouuoit plus que nul autre pour eftre Prince du fang, ôc le plus grad
magiftrat. Si les chofes euflent cfté entieres ,& que l’Empereurluy euft
mâdé de faire mourir Geta,ou qu’il ne trouuaft point mauuaiss’il tuoir,
alors il y euft eu iufte caufe de mourirpluftoft, que d’obeir,ny confen-
tir le Parricide fraternel.MaisSeneque,&:Burra£ouuerncurs de Néron, ^ .r r 11 r • r-n/o'\?r i r j.Traquil.mNe-ieront toufiours blalmez d auoir conleille^ aNeron de tuer la mere., ronc& Tac«. iib.
ayant failly à la faire noyer, ôc le confeil, ôc le mandement, &l’exe-*4'
cution d’vn tel adle toufiours feront iugez deteftables. Mais pofons
le cas que le Prince ayt donné mandement, qu’on ayt ia commen¬
cé à executer, s’il vient à reuoquer fon mandement, le magiftrat
doibt il differer à pafTer outre? on diroit de prime face qu’il faut fur-
foir fans pafTer outre , fuiuant les maximes de droit : le di que cela
fouffre diftindion,c’eft à fçauoir fi la chofe fe peut laiffer fans domma¬
ge du public: mais fi elle eft tellement achcminee, quon ne lapuifle
laifler fans danger euident de la République, le magiftrat doibt pafTer
outre: comme nous auons dit cy deflus au fait de la guerre: &à ce
propos le conful Marcel0 difoit^ multa magnis ducibus jïeut non aggre- ©.Liuiasiib.i*.F iiij
344 DE la repvbliqve1} dienda : itafemelaggrejjis non dimittenda. Mais fi le magiftrat fuiuant le
mandement à luy fait, a commancé d’executer les condamnez ou
ceux que lePrince à commandé mettre àmort, il doibt furfoir l’exe-
cucion 3 fi le mandement eft reuoqué: &ne faire pas comme le con-
fui Fuluius lequel ayant pris Capoue , comme il faifoit flaiftrir &
puis decapiter lesfenateurs Capoüans on luy apporta lettres du fenat
Romain, quil euft àdefifter, ôc furfoir 1’execution: il mit les lettres
au fein fans les lire, fe doubtant bien du contenu d’icelles, &conti-2.Liuiusiîb.i^. nuade faire mourir 'le furplus iufques àlxxx. Vray eft que le fenat j
n’auoit aucune puiffance de rien commander aux Confuls, comme 1
nous auons dit cy deflus : ôc toutesfois le plus fouuent on obeiffoie ?
au fenat. La caufe principale pour laquelle les Gaulois firent mourir
les x x x v i. hommes de leur loy , après la mort de Charle Duc dc !
Bourgongne fut pour auoir condamné vn homme àmourir depuis *
,, la mort du Duc, fans confirmation de leur office, iaçoit que cela ne 1
fuft point neceflaire. Or tout ce que nous auons dit s’entend feule- }
ment des lettres de commandement , ne portant aucune cognoif- 1
fance de fait, mais que dirons nous quand les lettres au narratif d’i- P
celles emportent quelques faits, qui ne font point notoires, ou pour ï
le moins qui font incognus au magiftrat ? Il faut diftinguer, sil eft I
mandé au magiftrat de cognoiftre de la vérité du fait , ou non , ou f
bien fila cognoiffance du fait luy eft deffendue expreffement parles ï
4-I.vntucrfa de di- lettres. Quant au premier , il n’y a doubte 4 que le magiftrat doibt
cap^^ar^'dc cognoiftre fi le narratif des lettres eft veritable . quant au fécond, J
jxicript.exc. ^ quelques vns en ont doubté, mefmement s'il eft porté , que le ®ftrardoibt ^r*ncc e^ant ^en informé de la vérité, a commandé qu’on pafïaft ]ft a ^cxccut^on ^es lett:res : toutesfois la plus faine opinion eft , que :îidefaverité ^ ma§^rat en ^vn 5 ^ lautre cas doibt cognoiftre de la vérité du *du fai£t C Car °luan^ ^ nY any deffenfe, ny commandement decognoi- Jftre du fait, ores quil foit porté qu’on pafle à l’execution,le magi- Pftrat doibt cognoiftre du fait, 3c affîn que les magiftrats n’en pre- %vci* vtükaum c * tendiflent caufè d’ignorance, l’Empereur Conftantinx en fift vn edit foicÔnfiLi^AtxTn- cxPrcs * & <luant à lautre p°m£t s’il eft porté qu’on procede à Texe* fc,dcpan°oHa ca cut*on e^anc ^ Prince bien informé de la vérité du faid : neantmoins iis,audientiam col. j. le magiftrat doibt cognoiftre de la vérité, nonobftant la claufe que hnocent.in cap. in-i’ay dit, qui ne doibt empefther la cognoiflance, ny faire aucun pre- m
fenfentmcxcom-C iu^ice3 àvn tiers, & beaucoup moins au public^ encores moins à la
muni. vérité ôc generallement en termes de droit les claufês narratiues des Ljmandemens, commiffions, loix , priuileiges , teftaments, fenten- Lo._i.epiftoiadcpa- ccs^ ne pCUUent faire aucun preiudice àla vérité0. Et combien quç ^
Meloknenfator Pendant la tyrannie des Sforces, ils firent vne ordonnance 4, que foy, iCo
ac prittcipc. ôc creance entiere feroit adiouftee aux mandemens, ôc lettres du Pri#*Ct y fi
LIVRE TROISIESME. 345ce, fieft-ce quelle fut cafTee,depuis que les Sforces furent chaflezde
leftat de Milan, parles François. Et s’il faut adioufter foy au narra¬
tif des lettres, & mandemens du Prince, cela ne fc peut entendrer
que de la déclaration de leurs edits, commuions, mandemens, ou
iugemens : que nul ne peut6 declairer que eux mefmes : combien œïtîr fT
que telles déclarations, font pluftoft difpofitions , que narrations. lininCi,P'C“mvc-• r 1 r» • rC r 1 i • i niflent deiudic.mais 11 le Prince afterme parles lettres, que celuy qui les aimpetrees coi.2.nu.7.cur-
eftfçauant ou homme de bien, le magiftrat ny doibt auoir aucun7 ““f&fbq"' c°aûl
efgard, ains doibt s’enquerir de la vérité, car le Prince entend qu’il LmXmdek'1’
foit tel. maisfilc Prince a donné vn eftat, ou vne commiffionàquel- gjb-c.1 vk.eod.i.
qu’vn, ceftui-là eft eftimé digne, & n’appartient pas au magiftrat de 71 vtgraVadmdc
s’en enquérir8: file Prince, ncle permet ou que la couftume ne foit "“rfàptbtîTfi
telle , comme elle fut depuis en Romme 0, ôc par tout maintenant, cenrinLp’/fuper
mefmement pour le regard des iuges. ce qu’on faifoit anciennement c refcr!pc*
pour les fenateurs du temps de Theodoric Roy des Gots, lequel $.fticho.deliberat,
fermant au Sénat Romain pour rcccuoir vn nouueau Senateur, dit, s'gîdde
Admittendos in Senatum , examinare coritfollicitus honor Senatus.com- c!T quidam cL
jne nous lifons en Cadiodorc. Et s’il y a chofc qui foit fauiTe, por- «tertia,
tee parle mandement du Prince, ottroyé au profit des impetrans, le o. 1. vt gradatim.
magiftrat les doibt du tout caflcr : Encorcs feroit-il bien requis en
toute République , que l’ordonnance» de Philippe de Valois pour ÎS.jSte
le regard des dons, &de Milan pour toutes chofcs, fuft entretenue:
par laquelle il faut que l’impétrant donne à entendre ce qu’il a au
parauant obtenu , ou autre que luy , touchant le fait porté par les
lettres s’il ne l'auoit ignoré. Et d’autant que les mandemens qui por¬
tent plus grande confequence au publie , font les priuileges, def-
penfes, exemptions, &immunitez, les magiftrats doibuent fur tout
y veiller. Et principalement és eftats populaires, ou l’incqualité cau-
fee par priuileges , tire après foy les feditions populaires, & bien
fouuent la ruine des Republiques. Et pour cefte caufe, il y auoit vne
loy aux douze tables qui defendoit d’ottroycr aucun priuilege , ny
difpenfe fus peine de la vie , finon par les grands eftats du peuple: præsl>yter.Andr.
Privilégia nificokmitiis centuriatis ne irroganto1, qui feeus faxit capitalefto. ””o°in cap Ca3£
Depuis l’Empercur Conftantin* referiuant au peuple difoit, qu’il ne
faut pas obtenir mandement qui foit dommageable au fifquc , ou
contraire aux ordonnances. combien que touts priuileges font di- f'fcrîto J*qui(*
rc&ement contraires aux ordonnances , autrement ce ne feroyent /• iTu°5 wb ïïus
pas priuileges. Et s’il eft queftion de les paffer après la fécondé iuf- é.AectirfBarc.An-• °n » cncor« faut il y donner coup, & les declairer le plus eftroitc-
ment que faire fe pourra’, comme chofe odieufe 4, & contraire; au ~Pd- T°iof- 4*-Jrrx^ O l » n Panor.incap ohirjai oit commun : oc non pas les tirer en conlequence, comme par cy dercfimu.&in
deuant ont fait les gens de iuftice, ôc les elers , qui ont 6 tiré à leur “^I,dc clcr)c- **
346 DE LA REPVBLIQVEproficies priuileges ottroyez aux gendarmes : vfanc de ces beaux mots
gendarmerie forenfe, gendarmerie celefte, &ont chargé tout lefaiz
fus les pauurespay fans, aufquels on debuoic pluftoft communiquer
les priuileges. Il n’eft icy befoin d’encrer en la difpuce des priuileges,
qui feroic xrhofe infinie : mais il fuffift generallemenc en paffant d’ad-
uertir les magiftracs, de prendre garde aux leccres qui porcenc quel¬
que priuilege, ôc les examiner plus diligemmène quon ne fait y quel¬
que bon rapport que face le Prince de celuy qui obtient le priuile-
ge : car on fçayt affez que les Princes bien fouuent nont iamais
cogneu ceux qui arrachent les priuileges. combien qu’il n’y a rufe
ny fubeilité qu’on nayt cherchee pour frauder les loix, ôc abuferde
la religion du prince , ôc des magiftrats, comme ils’eft inuenté vne
claufe à Rome, DE MOT F PROPRIO, quiacoulé en
toute l’Europe : car il n’y a Empereur , ny Roy , lors qu’il eft que¬
ftion de rompre vne loy , ou caffer vn edi& , ôc faire place aux dit
penfes, ôc priuileges qui n’adioufte ces mots,de noftre propremouuc-
ment : ores que les Princes ayent efté importunez , ôc quafi forcez
Claufe per- d’ottroyer ce qu’on leur a demandé. On fçait affez qu’il y a tout
nicieufe De iours des tefmoins au camp Fiori, quidepofent de la vertu, probité,
motu proprio fçauoir, &prud’hommie d’vn qui fera au bout du monde, pourfai-7rioPacflSPiib' re g^acer ^ c^au^e D E M O TV P RO P R 1 O , qui exeufe
Tcicmcminj!1 ' touts impétrants de lettres, ores quelles fuffent trefiniques7, ôc en
dc" vertu de c^fte claufe,la cognoiffancedes fubreptions, &obreptions
Lmi'.dinupfn" ceffe: finou;s rccçuons. l’opinion de quelques8 vns trefpernitieufe ôc
Un cod «tn°r'Fc* ^angereufe 3- vn eftat, ôc à laquelle en ce Royaume on n’a iamais eu ef-5. caj>. picrunque gard, qu il n ayt toufiours efté licite s’enquerir de la vérité du faift.
lia in cap. eam te Et d’autant qu’il eitoitfacile de circonuenir le Prince, ôc les magiftrats
Panormi?!iiicap!' quand les mandemens, lettres patentes, ôc referipts auoyent traitper-
benfUMafucrr^n PctucW a faintement ordoné quelles nc feroyent receuablesaprcs
pratic.titui.de iitc- Pan reuolu9, ôc quelles n’auroyent aucun effedl, iufques à la v-erifica-
tcræ.°cap. vt debi- tion ou execution d’icellcs. Et me femble que l’ordonnance deMilan
vtnoftrüPeod^ap.’ encores meilleure, c’eft à fçauoir que les mandemens, ôc lettres pa-
ccff'pïb iC C°n*Centcs adreffees au fenat,nc foyent rcceuables Pan reuolu :ny celles qui
i. AccurCin gio. s’adreffentaux magiftrats après le mois expiré: ôc que non feulementvit. in.Lfi ex pluvi- o 1 • • r * , r- ^ • r ■bus §. vit.de foiut. on mette 1 an ôc leiour, ains aufli 1 heure, comme il le fait quafi par
koperator!^*com- toucen Almaigne,fuiuant l’opinion deplufieurs1 Iurifconfultes.pour
clorreles proces,& differens qui furuiennent pour les dons, offices, &
c io Andfpanôr bénéfices 5 ottroyez en mefme iour à plufieurs. Le troifiefmc point de
imoi Bucnomcap noftre diftin&ion eftoit, quand le Prince défend expreffément par fes
fc^p°t”«. text.'in lettres patentes, de prendre aucune cognoiffance des faits portez au
cap.fi à fede. narratif d’icelles : ores que les faits foyent faux, ou doubteux : fçauoir
fi le Magiftrat en doibtprendre cognoiffance. il femble qu'il en doibtcognoiftre
LIVRE T ROIS I E S M E. 347■ cognoiftre : car nous auons die qu’il peur & doibt cognoiftre, & s’en-
^ quérir des faits portez parles referipts, ores que le Prince declaire fça-
t noir la vérité, le dy neantmoins qu’il n’appartient pas au Magiftrat,^ de pafler par deffus les defenfes du Prince lbuuerain. car il y a bien
différence, quand le Prince declaire qu’il cognoift la vérité , ôc quand
il defend de s’en enquérir : car en luy, il eft à prefumer qu’il a efté cir-
1 conuenu, &: que s’il euft bien fçeu, qu’il n’euft pas affermé le vray pour
(,i: le faux, comme s’il donnoit vne iudicature à vn foldar, ou vn eftat de
1 capitaine à vn aduocat, ny Tvn , ny l’autre ne doibt eftre receu par le
I' magiftrat, nÿiouirdu bien-fait, s’il eft ainfi que le foldat s’eft dit ad-
’■ uocat, ôc l’aduocat s’eft dit foldat: attendu que la qualité pretendue
auroit donné1 occafion au Prince de s’abufer. Mais quand le Prince
1 defend au magiftrat, de prendre cognoiffance du fait, on doibt pre- i.Bart,ini.fipatérI fumer qu’il a bien entendu ce qu’il faifoit, ôc qu’il n’a pas voulu que fjg^c.Bbaid!ini'
le magiftrat en print cognoiffance. mais bien pourra-il vferdu reme-
® de que nous auons dit cy deffus, ôc remonftrer au Prince la vérité, & cüîïî taie de con-
ilf l’importance defon mandement: &s’eftant aquité, de fon debuoir, §!quodau?em. ra‘
il obéir fi luy eft mandé de rechef : autrement la maiefté du Prince fou¬
it! uerain feroit illufoire, &fugette aux magiftrats. Combien quil n’eft
« tant à craindre que la maiefté foit diminuée , que les autres magi-
g ftrats foyent induits, ôc puis le peuple à defobeir au Prince, qui ti-
r rc après foy la ruine de l’eftar. Si 011 me dit quil ne faut pas que le
| Prince commande rien qui foit inique, ie le confefle, ôc ne faut ial
j£l mais s’il eft poffible que le Prince commande rien qui foit fuget mef-
ok mes à reprehenfion ^ ny à calomnie : où s’il cognoift que fes ma-
i; giftrats foyent de contraire aduis, qu’il faudra vfer de contrainte
en leur endroit. Car par ce moyen le peuple ignorant eft efmeu à* defobeiffance, ôc àmefpris des edits ôc ordonnances, comme eftant
|£i, publiées , ôc receues par force , ôc impreffîon . Mais il eft queftion
n de fçauoir que doibt faire le magiftrat, fi le Prince contreucnant à
{j fon debuoir commande quelque chofe contre Fvtilité publique, ôc
t| contre la iuftice ciuile , pourueu qu’il n’y ayt rien contre la loy de
| Dieu ôc de nature. Et s’il eft ainfi que le moindre magiftrat doibt
eftre obéi, ores qu’il commande chofe inique , ne P ratons maieftas
j, contempta videatur , comme dit la loy , combien plus doibt on o- ^.î.pmor.ait.ç.m
^ beir au Prince fouuerain de la maiefté duquel dependent touts les peri^ptnukde"
j magiftrats? Or cecy eft répété en plufieurs3 loix, qu’il faut obéir au ^tia I'reru^§-
magiftrat, foit quil commande chofe iufte, ou iniufte : fuiuantl’ad- Trebei ff.
uis de touts les fages t, qui en ont efeript. Et à ce propos difoit Ci- nê.cf«ronpmUto"
i ccron f., qu oy qu’il fuft ennemi capital des tribuns du peuple, quil ^î&Xkgik
' faut obéir a 1 oppofition inique des Tribuns quo nibilj inquit ipra-,i-.
34^ delarepvbliqveflantia* impediri enim bonam rem melius eft, quàm concedi male. & aun
auant il auoit dit, nihil exitiofius duitatibus , nihil tam contrarium iur]
ac legibus, nihil minus ciuile eft, & humanum, quam comporta, & Co„
ftituta Repub. quicquam agi per vim. Et qui eft celuy qui nêfçaytqu’'on
aveu les lugets samier contre le Prince fouuerain,voyans la defobeit
lance 6c refus que faifoyent les magiftrats de vérifié/, 6c executer fcs
edits 6c mandemens ? Toutesfois on crie , l’edid eft pernicieux au
public, nous nepouuons, ny ne debuons le verifier : cela eft bon à
remonftrer: mais voyant le vouloir, du Prince ferme 6c immuable
faut il mettre vn eftat auhazard ? faut-il fe laifler forcer? il feroit plus
lionnefte de quitter l’eftat 6c l’office. Mais y ail chofe plus dangereu-
fe ny plus pernicieufe, que la defobeiflance 6c mefpris du fuget en¬
uers le fouuerain ? Nous concilierons donc qu’il vaut beaucoup
mieux ployer foubs la maiefté fouueraine en route obeiffance, qu’en
réfutant les mandemens du fouuerain , donner exemple de rébellion
aux fugets : gardant les diftin&ions que nous auons cy de-flus po-
fées : 6c mefmement quand il y va de l’honneur de Dieu , qui eft
6c doibt eftre à touts fugets plus grand , plus cher , plus pretieux,
que les biens, ny la vie, ny l’honneur dc touts les Princes du mon¬
de. Et pour fçauoir comme il s’y faut porter, entre plufieursvexem¬
ples , nous auons celuy de Saul qui commanda de mettre à mort
les preftres (ans caufe : il ny eut pas vn qui vouluft obéir, horf-
jnis Doeg , qui tout feul en fift l’exécution. Nous auons vn tref
bel exemple Petronius gouuerncur de Surie, qui receut mandement
de mettre la ftatuc de 1 Empereur Caligula au plus beau lieu du
temple de Hierufalem , ce qui auoit efté fait en touts les temples
Exemple ^ Empire : mais les luifs ne lauoyehtiamais fouffert en leurs tem-
memora- ^ auo7enc getté , rompu , 6c brifé toutes les images , 6c iuf-ble de la ^UCS aUX boucliers ^cs Empereurs qu’on y auoit mis par force. De-
prudéce du *rr^ Caligula v^a de mandement expres , 6c rigoureux. Pe-
nwiftrat tronius Semble les vieilles bandes , des garnifons , 6c met fus vne
6c coftance Pu^ance armce pour executer fa commiflion. Les luifs Iaiffant les
d’ü peuple v^cs ^ cu^urc de la terre s’en allèrent à grandes trouppes luy* remonftrer qu’il ne debuoit pas tant craindre vn homme mortel,
que de commettre vne mefchanceté fi detcftable contre la maiefté
de Dieu , 6c le fuppliant receuoir en bonne part leur confiance, qui
eftoit de mourir deuant que de voir cela. Petronius toutesfois leur
dift qu. il y alloit defa vie, &pourles eftonner fift marcher fonarmee
àTyberias, où le peuple accourut de toutes pars defarmé, 6c refolu
de mourir deuant que voir l’image mifèau remple baiflant les reftes
deuant l’armee de laquelle il auoit enuironné tout le peuple, niaisvoyant
LIVRE t r O I S I E S M E. 349voyant cefte fermeté, ôc laffeCtion fi ardente d l’honneur de Dieu, il fat
tout changé. ôc leur promit qu’il enuoyeroit fes remonftrances à l’Em-
pereur,& mourroitpluftoft, que d’executerla commiffion, en rachep-
tant fà vieau pris du iang innocent de tant de peuples. Nonobftant les
remonftrances, l’Empereur luy enuoya mandement itératif, auec me¬
naces rigoureufes de luy faire foufrir tous les tourments dontil fe pour¬
rait aduifèr , s’il riexecutoit la commiffion.mais le nauire qui portoit la
commiffion fut deftournee par la tempefte, ôc ce pendant les nouuel-
lesarriuerent à Petronius que l’Empereur auoit eftéoccis: & en cefte
forte le fige çouuerneur s’eftant aquité fa confcience enuers Dieu, ôc de
fon deuoir enuers fon Prince, ôc enuers les fugets d’vne pitié grande,fut
diuinemétguarentides cruautez dot il eftoit menacé. Mais auffifaut-il
bien predre garde,que le voyle de côfcience ôc de fuperftition mal fon¬
dée, neface ouuerture à la rebellion. car puis que le Magiftrat a recours à
fa côfcience fus la difficulté qu il fait dexecuter les mâdemes, il fait fini-
ftreiugeméc de la côfcience de fon Princeùl faut donc qu'il foit bien at
feurédelaloy de Dieu : qui ne gift pas en mines. le mettrois d autres
exemples, fi ie ne craignois que ceux qu’on appelle Payens, ne nous fif-
fent hontexar l’amour feruent de l’honneur de Dieu, eft tellement atie-
di, ôc puis refroidy par fucceffion de temps, qu il y a danger qu’en fin il
negeledu tout.DE LA PV1SSANCE DES MAG/- . fflrats fur les particuliers»C H A P. V.O v s auons dit quele Magiftrat eft l’officier qui a com-
mandementpublic. or celuy a commandement, lequel
a puiflance publique de contraindre ceux qui ne veu¬
lent obéir à ce qu’ilenioint, ouquicontreuientàfes de-
fenfes,&quipeut leuer les deféfes par luy faites.car la1 loy
ce des loix gift à comâdcr,defenâre,permettre,ôc punir: i.Uegis
eftplus propre aux Magiftrats que à la loy,, qui eft muette :& le Magi- Iegib*
ftrat eft la viueloy,qui fait tout cela: veu que la loy en foy ne porte
que les comandemens ou defenfes,qui feroiét illufoires,fi la peine & le
Magiftrat rieftoyent au pied de la loy, pour celuy qui contreuient,
combien que à parler proprement la loy n’a rien que la prohibition*& les menaces à faute d’obeir: attendu que celuy qui commande, dé¬
fend de contreuenir à fon commandement. ôc quant à la permiffion}G
3j0 DE LA REPVBLIQVEcc ncft pas loy : car la pcrmiflîon leue les defenfes, ôc ne porte ny pei¬
ne, ny menafle , fins lefquellcs la loy ne peut eftre: veu que loy ne
fignifie autre chofe que le commandement du fouuerain , ainfi que
nous auons dit:ôc quelque menace,ou peine qui foit appofee en la loy
iamais pourtant la peine ne s’enfuit la defobeiffance, qu’il ne foie dit
parla bouche du Magiftrat. de forte que toute la force des Ioix}gift;
en ceux qui ontlecommandement, (oit le Prince fouuerain,foit le Ma¬
giftrat, c’eft à dire, puiffance de contraindre les fugets d’obeir, ou de
i.y&y'cQtMi les punir :enquoygift l’exccution des commandemens,que 1Demoft-
™&aïxïx6 llcne appelloit les nerfs de la République. I’ay dit puiflance publique,
ms xÿ t%J*- pour la difFerence qu’il y a de la puiffance domeftique, I’ay ditpuif.
Lafforce du e contraindre, pour la difFerence de ceux qui ont congnoiffan-
cômande ce descaufes,quiiugent, ôc donnent fèntences, & font citer par dc-
uant eux, mais ils n’ont point de puiffance de contraindre, ny de mec-en la con tr° Cl1 execuc*on leürs ^cntences 5 & commandemens : comme les an¬
ciens Pontifes , ôc maintenant les Euefques:ôc anciennement les com-
miffaires deleguezpar les Magiftrats ,auoyent bien congnoifTance de
cognoiftredcscaufes qui leur eftoyent commifes,ôcdecondamner,
& mefmes fouuent ils appclloycnt les parties par deuant eux, mais ils
n’auoyent puiffance de contraindre, ains ils enuoyoient leurs fente 11-
fcIiudicUO'prin'de ccs aux Magiftrats,pour les ratifier,ou cafler,& les faire6 executer
i .1. j. ne quis cum fi bon leur fembloit. c’eft pourquoy la loy 3 dit, que celuy q ni auoicQuimiusTocat. À i / i , 1 , 1 ' . J 1 . -r- . 1 ,par force enlcue quelqu vn qu on menoit aux comnnllaires donnez
par les iuges, n’eft point fugetàlapeinedela loy : qu’il euft encourue,
file commiffaire euft eu commandement: comme à prefent par nos
couftumes, ôc ordonnances, les iuges, commiffaires ont puiffance de
commander, Ôc faire executer leurs fcntences, par les fergens ôc autres
perfonnes publiques, en vertu des commifïions qu’ils decernent, feel-
leesdeleur cachet, mais les Euefquesn’ayan s aucune puiffance de con¬
traindre,enuoyent leurs fentences pour executer aux Magiftrats, corne
font en tout l’Orient les Cadis, qui ont cognoiflance de tous proces, &
n’ontaucune puiflance de contraindre, ains ils enuoyent leursiugemes
aux Soubachis,quiontle commandement,ôc laforce en main.Nous fl¬
uens dit, que la première contrainte de tous ceux qui ont puiffance de
commander, eft la main-mife, tant fur les perfonnes, que for les biens,
que les anciens appclloyent Prehenfîo : car ce n’eft rien de faire appeller
par deuant foy, ny deiuger,ny de condamner à l’amende, qui n’a la
main-mife pour faifir les biens, ou laperfonnede celuy qui defobeift.
Nous auons monftré que tel a main-mife, qui n’a pas puiflance de faire
appeller par deuant foy, ny de cognoiftrc, ny de bailler main leuee, ny
d élargir ceux qu’il a mis en prifon:comme nous auons monftré des Tri¬
buns du peuple, des x i. Magiftrats en Athènes, du Triumuir capital
t LIVRE TROISIESME. 35*i; en Rome, des Auogadqurs en Venize,desgés du Roy,&procurcurs dei; ceux qui ont droicb de fïfqucés autres Royaumes,ôc Republiques,ôcIl des commiffaires du Chaftelet de Paris, qui peuuent emprifonner, ôct fài(îr,& ne peu Lient toutesfois bailler mainleuce : qui appartient feule-J mentanx Magiftrats, qui ont pouuoir de condamner, ôc abfouldrc,&:jj. cognoiftre les vns des biens, les autres des biensôc de l’honneur, lesI autres des biens de l’honneur, ôc des peines corporelles iufques à laj)’ mort exclufiuement: les autres inclufiaement:& qui fuget àl’appel,quiJ cxecute nonobftant l’appel, le dernier degré eft la puiflance de la vie,&de la mort, c eft à dire puiffance de condamner a mort, & donner la
vie a celuy qui a mérité la mort, qui eft la plus haute marque defouue- La pl9hau-f' raineté, ôc propre à la maiefté, priuatiuement à tous Magiftrats, com- te marque■j me nous auons dit cydeflus. Ainfi peut oniugerqu’ily a deuxfortesde de la Maie -1 commander par puiffance publique : l’vne en fbuueraineté, qui eftab- fté.n!: foin c,infinie, & par deffus les loixjes Magiftrats,& lesparticuliers. l’au-j tre eft legitime,fugette aux loix,&aii fouuerain,qui eft propre aux ma-:“i! giftrats,& iceux quiontpuiffance extraordinaire de commander, iuf-^ ques à ce qu’ils foyent reuoquez, ou que leur commiffion foit expirée.M Le Prince fouuerain ne recognoift, après Dieu, rien plus grâd que foy-rsl! mefmesde Magiftrat tient après Dieu,du Prince fouuerain fà puiffance,fit ôc demeure toufiours fuget à luy, ôc a fes loix : les particuliers reco-f gnoiffentaprès Dieu(qu’il faut toufiours mettre le premier)leur Princesi fouuerain,fes loix,&fes Magiftrats,chacun enfonreffort.Soubslenomi de Magiftrats, l’entends aufli ceux qui ontlaiudfdidion annexee auxitf fiefs: attendu qu’ils la tiennent aufli bien du Prince fouuerain, commeI les Magiftrats. deforteqiuifemble,qu’iln’ya que les Princes fouue-iti rains, qui ayent puiffance de commander, Ôc qui puifîent vfer propre-n£i ment de ces mots, Imperoideo, qui fignifioient4 anciennement, fnXdTn°d"S"LJ volo#imperium,volonté, puis que le vouloir d’vn chacun Magiftrat ôc nim?iâmnunc)1 . . ,-p -1, , - . fc> } onoio elle iriipe-l| de tous ceux qui ont puiffance de commander, eft lie,& depend en- 10-^cftvoio.&
fl( ticrement du fouuerain, qui le peut alterer, changer, & reuoquer à iftXltbcod
fon plaifir.&pour cefte caufe,il n’y a pas vn Magiftrat ny tous enfemblepuiffent mettre en leurs cômiflîons,Tel eft noftre plaifir:& la claufe ^uif^nqi4iu-
fus peine de la mort, qu’il n’y a que le Prince fou lierai n qui puilïe vfer en n”.Ta£mp»°’
jj fes edics, ôc ordonnances. Et delà eft iiTu vne queftion notable,qui n’eft Ychm'£,: point encore decidee:à fçauoir fi la puiflance du glaiue, q la loy appelle
Mer/iimperiu , eft propre au prince fouuerain,& infeparable de la fou ue-
| raineté:&q les Magiftrats n ayent point merumimperiü,ains feulemétl’e- Notable
j recutio delà haute iuftice : ou bié fi telle puiflance eft propre aux Magi- queftion
c| ftrats,aufqls le prince lacômuniquee. Cefte queftion fut difputec entre difputec dc
; Lothaire, & Azon, les deux plus grands Iur.ifcon fuites de leur aage, ôc uant l’Em-* çhoifirent pour arbitre l’Empereur Henry vu. lors qu’il eftoit à Bou- pcreurHe-
$ longne la Grâce, a la peine d’vn chenal, que debuoit payer celuy qui fe- ri vu,G ij
3Si DE LA REPVBLIQVEroic condamné par FEmpereur Lotaire emporta le pris d’honneur: mais
la plufpart, &‘prefque tous les autres iurifconfultes, tenoient l’opinion
d’Azon,difant que Lotaire Equum tulerat, fed A%o œquum. Et depuis il
s’enc^trouu^ quiont; tenul’opiniô de Lotaire, de forte que la queftioi.Moiinæ.§.i.gio. eft demeurec indecife , qui toutesfois doit eftre bien entendue pour la
Pariif^ confequence quelle tire après foy. La difficulté eft venue de ceque Lo¬taire & Azo n ont pas eu cognoiffance del’eftat des Romains, defquels
ils expofoyent les loix, ôc ordonnances, ny pris garde au changement
furuenu,foubs les Empereurs. Car il eft bien certain que auparauant,il
n’y auoit pas vn Magiftrat en Rome, ny touts enfemble, qui euffent la
puiffance du glayue furies citoyens-. &, qui eft beaucoup moins,ils na-
uoient pas feulement puiffance de condamner vn citoyen aux verges,
cicSopr^Rabi- depuis la loy Portia, publieeàla6 requefte de Catonle Tribun du peu--
inCadiin'Saluft’ P^e’ ^an de la fondation de Rome c cccLim.par laquelle le peuple
ofta, non feulement aux Magiftrats cefte puiffance, ains auffi s’en def-
pouillafoymefme,entant qu’il pouuoit,permettant aux condânez,pour
quelque crime que ce fuft, de vuider le pays. ôc qui plus eft, il n’y auoit
pas vn feul Magiftrat, qui euft pouuoir de iuger vn citoyen, s’il eftoit
queftion de l'honneur, ou d’vn crime publiacar le menu peuple s’en e-
ftoit referuéla cognoiffance: Ôc s’il y alloit de la vie,ou de perdre le droit
de bourgeoifie, il n’y auoit que les grands eftats du peuple qui en euf-7. ciceroproRa- fent la cognoiffance, comme il eftoit7 ordonné par les loix qu’on ap-
domoPruad &F° pelloit Sacrees. ôc iaçoit quelles ne fuffentgardeesà la rigueur, fi eft-ce
que Ciceron pour y auoir contreuenti fut banni,&perdit tout fon bien.
Depuis le Di&ateurSullapubliales loix des iugemens publiques, par
lefquelles on erigea en titre d’offices ordinaires certain nombre de Prê¬
teurs,qui debuoient iuger ce que le menu peuple iugeoit8 auparauant,
s i.i je origine on deputoitcommiffaires pour iuger: comme des meurtres, descocuf-
iuris- fions,du peculat, de leze maiefté : mais de telle forte que lesPreteurs a-9 Afioniusin co- uoient leur leçon par eferit,& n’en ^pouuoient paffer vn feul poin&.carmentariisad Ci- .1 r3 ■ I i • • t- i •ceronem ck. Pro iis tiroiet au lort ceream nombre de iuges particuliers* de ceux qui pou-
ciucntioan Verre uoicnt eftre iuges par les loix iudiciaires.&: après auoir ouy deuanttout
le peuple les accufations,&defenfes de part, ôc d’autre,on portoit à cha¬
cun iuge trois tablettes de diuerfes couleurs, en Fvne il y auoit vn A. en
i. abfoiuo, condé- l’autre vn C. en la troifîefme N. L. pour1 abfouldre, ou condamner,ou
appointer au confeil,auec vn vafe,dans lequel ils iettoient Fvne des trois
tablettes fans mot dire, & cela fait on contoit, ôc s’il y auoit plus de ta¬
bles contees par C.le Preteur veftoit fa robe tiffue de pourpre, ôc mon-o. Feftus în rerbo toit en vn haut fieo;e en place publique,Ôc au veu de tout le peuple0 pro-parÜ cauiffc. quel* . & r _ r 1 5 1 n'J;cjues vns ont vou- nonçoit ces quatre mots,REv s parvm cavisse videtvr.c eitaai-
5îiïï?;fal7p?bpos; re,qu’il fembloit que Faccufe ne s’eftoit pas gardé de mefpredre.c eftoit
l’ancienne modeftie ôc forme de parler, de peur d’eftre trouuez men¬
teurs : comme en ces mots, S i qjid mei ivdicii e sT,foudainla
LIVRE TROISIESME. 353la peine des loix eftoit cxecutee : le condamne vuidoit le pays, les rece-
ueurs faififloient fon bien. ôc s’il n’obeiffoit aux loix, le Triumùir capi¬
tal le mettoit en prifon. Voyla la forme ordinaire des condamnations
publiques faites par les Magiftrats:par laquelle on peut iuger,que les iu¬
ges n’eftoyentque fimplesexecuteurs des loix, fans pouuoiradioufter
! ny diminuer vnfeul poin&. Mais quand le peuple iugeoit, qui eftoit
toufiours extraordinairement, comme font tous ceuxquiontlafouue-
J raineté,la peine eftoit portee par la fèntence: comme en cclle-cy, S i m.J Poflhumius ante cal. matas non prodnjjet neque exeufatus effet, vide ri eum in
exilio ejfc: ipfe aqua & igni placere interdici, qui n’eft oit pas la peine des loix,■ mais du peuple.ôc dura cefte forme quelque temps, après quela Repu¬
blique fut changee de populaire en Monarchie: comme on peut voir du11 temps de Papinian,qui a dôné occafion a Lothaire,ôc Azon de difputer:
c: z car il pofe cefte maxime, Que tout ce qui eft attribué aux Magiftrats i.i;T.deoflSc.dai
Si par ordonnance,ou loy fpeciale, il n eft pas en leur puiffance de le com- cui maüdat'® mettre à perfonne : & pour ce les Magiftrats, dit-il, faillent en ce qu’ils
■J commettent cefte charge à d’autres,fî ce n’eft qu’ils foyét abfens:ce qui
si n’eft pas, dit-il, de ceux qui ont la puiffance fans aftri&io de loix fpecia-
les, ains feulement en vertu de leur office, qu’ils peuuent commettre,
é ores qu’ils foyet prefens. Voyla ce que dit Papinian,vfant du mot Excr-
liji citionempubliciiudicij: commes’rl difoit,que ceux qui ont la maiefté fou-
|i[ ueiainc, fe font referuez la puifîance du glaiue, ôc en ont donné par loy
t,! fpeciale l’executio aux Magiftrats,c’eft 1 aduis de Lorhaire: ôc Azon en-
fi tendoitparces mots, queledroidt, ôc puiffance du glaiue,eftoit attri-
iiji bue aux Magiftrats. Or il n y a doubté que l’opinion de Lothaire,eftoit
[Et véritable,quand il n euft parle que des anciés Prêteurs Romains,ôc qu’il
p fuft demeuré és termes delà reigle de Papinian. mais il a failli en ce qu’il
I, a tire en comequenee cefte maxime a tous Magiftrats, qui depuis ont
,[(t efté, & qui font par tontes les Republiques, ayant la cognoiffance des
pi rneur’t:tes,voleries,concuflions3ôc autres crimes (emblables,qui leursot
pari eredlion de leur office,attribuez.Carles Empereurs,& Iurifconfub
^ tes ayant cognu à veüe d’œil, les inconueniens, ôc iuftice. qui fefaifoir,
tûi[ de codaner tous les meurtriers à mefme peine,ou les abfoudre du tour,^ & faire le femblable des autres crimes,qu’ils appelloiet Publiques, adui-- feret pour le mieux d’çriger certains Magiftrats,quipourroiét félon leur
À' c^clf^&rellgi55Croii:tre^ diminuer les peines,ainfi qu’ils verroiéc
eftre a faire par raifôn.Et le premier ce fuft Augufte,qui outre les tablet
\ tes cotees A.C.N.L.ordona vne quatrième tablette,par laquelle il eftoic
' licite au iuge depardÔneràceux qui auoiet failli par la fraude d autruy,T. &fuyuat vn faux teftamét:come nous lifons en Suetone. Ainfi peu à peu
u °n ^Ultta ? 1 ordre>&circuit encicfn porté parles loix iudiciaires,demeu- 5.i.ordo.dc public.rant encores la peine eftablie par chacune, fans qu’ô la peuftcroiftre ny ludlc*# diminuer+, hormis ceux que l’ay dit. ôc fouuent les Empereurs cornet- 4>1, ad TurpilG iij
354 DE LA REPVBLIQJvEj.Tacit & Tran- toi£t i ou]e Sellât,ou les pl9 dignes MagiftratSjpour cognoiftre exttaor-quil inTiberio.ni ^ ^ , r 1 1 1 ‘-*•<*^1Vcfpafiano. dinairemctaes plus grads perionnages,ou des crimes les plus qualifiez
& les.punir ainfi qu’ils verraient, ôc iugeroient pour le mieux, fans les
obliger aux loix penales, &: ordinaires. & du temps de PapinianJ’Empe-
61 r.dcoffî.præ- reur Seuere/ dona puiffance au grand Preuoft de Pvome, de cognoiftre
fcc.vrbî. extraordinairement de tous crimes quels qu'ils fuffent , qui k commet-toient dedans, ôc hors la ville quarante lieues à la ronde. Ôc mefmes les
Prêteurs, qui riauoiét cognoiffance que des caufes ciuiles, ôc des crimes3.tototitui.deex- particuliers,1 cognoiffoiét de plufieurs crimes extraordinaires parpre-
traordinar. uetion auecle grand preuoft:ôc encor' plus lesgouuerneurs des prouin¬
ces,qui auoient, comme dit la loy iurifdidion trefample, Ôc la puiffance
du gîaiue,qui pourcefte caufe eftoyent appellezPoteftats.d’autant qu’il
n’y auoit auparauant l’eredion du grand Preuoft, que les gouuenieurs• de prouinces qui euffent la puiflance duglaiue: ôc qui s’appellent encot
àprefent Podeftats.Or il cft tout notoire parles maximes de droid3que
les Magiftrats quicognoiffent extraordinairement,peuuent condaner à
telle peine qu’ils voudrot,fansfraude:commedit YAoy^Hcdie Je Poenis.Il faut donc conclure que le grand Preuoft, ôc lesgouuerneurs de pays, :
ôc touts ceux qui cognoiffentextraordinairement de crime public,foit
par comiflîon,foit en vertu de leur office, ont la puiflance de iuger, co-
dâner,ouabfoudre.ôcnonpas l’execution de la loy feulement,à laquel¬
le ils ne font point fugets pour ce regard. Mais pour efclarcir cepoind, I
il faut refoudre deux queftioSjàfçauoir fi l’office eft à la République, ou 3
biéau prince fouuerain,ou propre à celui qui en eft pourueurou comun lit
au public,ôc au fuget.le fecôd poind eft,à fçauoir,fi la*puiffance qui cil
otroyee par Feredio du Magiftrat,cft propre à celuy qui en eft pourueu
en qualité de Magiftrat, ou fi elle eft en la perfonne du Prince, demeurât
l’execution au Magiftrat: ou commune au Prince,ôcau Magiftrat. Quant
à la premiere queftion, il eft fins difficulté, que touts les eftats, Magi¬
ftrats, ôc offices,appartiennent à laRepublique en propriété (hormis cil
la Monarchie fcigneuriale ) demeurant la prouifio à ceux qui ont la fou-
ueraineté,come nous auons dit cy deflus : ôcnepeuuét eftre apropriez |jt
aux particuliers 3 fi ce rieft par l’ottroy du fouuerain, ôc contentement ^
des eftats,confirmé d’vne longue poffeffion à tiltre de bonne foy.come
il s’eftfiit des Duchez, Marchifats, Comtez, ôc de tou tes les iurifdidios
feudales,qui anciénement eftoiet commiffions reuocables au plaifir du £1
Les duchés, fouucrainjôc peu à peu ont efté otroyees aux particuliers à vieipuis à eux J
cotez,Mar- & à leurs fucceffeurs mafles:Ôc par fuccellion de temps âuxftfnelles:ea
quifats,e- fin elles ontpafféen forme de patrimoine en plufieurs Royaumes. Si
ftoientan- doneques on parle de la puiffance du glaiue , ou autre iurifdidion L
ciennemet des feudataires, il riy a doubte que la propriété eft à eux, cn rendant 5|
fimples co- la foy & hommage, ôc auoüant tenir du fouuerain : fauf le reffort ^
miflions. ôc droids de fouueraineté . Il y a d’autres offices qui n’ont iurifdi- Jj.dion,
LIVRE TROIS IE SA/1 E. 355.&ion,ny commandement, ains feulementvnefimple charge publique
ôc feruile, comme les quatre offices des chaufècires en cc Royaume : les
autres fierez, comme plufieurs fergenteries en Normandie. on a voulu
auffi faire les Conneftables de Normandie, & de Champaigne,&les
grands Chambellans héréditaires, mais les pourfuiuans en ont efté dé¬
boutez par plufieurs arrefts, Centre autres il y en a vnfolcnnel es régi-
{1res de la Cour,doné fan m. c c l x x i i.ôc deux ans après Sy mon Com¬
te de Montfort, fut débouté du droidt fucceflîf, qu’il pretendoit pour
l’eftat de Marefchal de la foy : que les feigneurs de Mirepoix s atribuent
en leurs qualitez. Et dautat qu’il y auoit certains Marefchaux de Fran¬
ce,qui vouloient continuer leurs eftats en leurs fucceffeurs, ils en furent
déboutez par arrePc donné en Parlement le x x 11. lanuier m.ccclxi.
comme il fc trouué es regiftres de la Cour, où il eft: expreflemet dit, que
les eftats de Marefchaux de France font du domaine de la Cou tonne, &;
l’exercice ottroyéaux Marefchaux tant qu’ils viuroient. or combien
que la puiflance des Marefchaux ne foit que pour lefaitde la guerre,
comme il fut iugé par arreft du x v. iou r d’A o uft l’an m.ccccli x.neât-
moinsla difeipline militaire emporte auec foy la puiflance du glaiue,
ores qu’elle ne foit attribuée par edit, ou loy exprefle: ôc n’a rien de co¬
rnu n auec les edits ôc ordonnances de la police, ny des autres Magi¬
ftrats. Car combien que la puiflance du glaiue, êc mefmes des verges
fuft: oftee à tous Magiftrats Romains,par la loy Porcia,que nous auons
cotteecy deflus: neantmoins le Coilful auoit toute puiflance de la vie
ôc de la mort fus les gendarmes, fans qu’il y euft aucun moyen d’appel,8 comme ditPolybe,&: pour cefte caufe, dit-il, les Confuls ont puiffan- s.iife.y.&sniiit*.t . .1 > 1 i î-ta r-v-n ri ac domcftica.ce royale : mais il n a pas pris garde, que les Prêteurs, Dictateurs, Que- Rom.
fteurs,& tous autres capitaines en chef,auoiet mefme9 puiflance, Aufli ^scMciub^.’dc
parles lettres du Conneftable de ce Royaume,la puiflance du glaiue ne ^ciceroPin-
luy eft pas otroyee, mais ayant la côdui&e de la guerre,Ôc en fon abfen-
ce,les Marefchaux de France, la puiflance du glaiue leur eft attribuee,
fans laquelle la difeipline militaire ne peut eftre maintenue : de laquelle
pui|£ince, par cy deuantabufoient les fimples capitaines, tuant les fol-
dats fans forme ny figure de^roces,iufques à ce que le Roy Henry leur
euft fait defenfc d’en vfer plus en cefte forte par edit expres, publié à la
requeftedu fieurDandelot, lors qu’il eftoit Colonel des gens de pied.Si donc les Magiftrats militaires, & capitaines en chef, ont en toute Re¬
publique puiffance du glaiue, fans aucune limitation, ny rcftri&ion de
la forme de proceder,ny des peines, pour la variété des crimes, ôc for¬
faits, le tout à leur difcretion, &iugement, on ne peut dire qu’ils foient
fimples exccuteurs de laloy, attendu qu’ils n’ont point de loy à laquel¬
le pour ce regard ils foient fugets : ôc par confequcnt, il faut conclure,
que la puiflance du glaiue eft transférée en leur perfonne, fuiuant larci- ^ î
gle de Papinian : ôc que par mefme fuite,ils peuuent1 commettre cefte ûmfdi&G ÿi;
if 6 DE LA REPVBLI QV Epuiffance,ores qu’ils foient prefens, & en retenir ce que bon leurfem
i.i.i.§.'vit.adTur blera : ce qu’ils ne1 pourroient pas, G par loy fpeciale ils eftoient coi"
traints d’en cognoiftre eux mefmes , & fuiurc de mot à mot les folenni'«z^&pcines porteesparles ordonnances. C’eft pourquoy la loy dit'dicet.j.q.y.i.n que k Preteur Vrbainauoit puiffance dc commettre qui bonlnvf^quis reum de eu- i i . »*’ r n f » i * u/ ^lîl-ftod. reor.Anto. bloît^ores qu U fuit preieiit, ce que n auoient pas les Prêteurs des cauf
normit! Fdin.^c- publiques : carie Preteur Vrbain cognoiffoit de toutes caufes ciuiC
fedeôSetega3" f es criminelles ( excepté les caufes qu’on appelloit Publiques ) entré
Baid.îni.&fifeue- les bourgeois de Rome : comme auffi ïàifoit le Preteur eftablv nnnr Unor. ex quib. eau- r iV i n - 0 , . ^ ^UULICSfis.Baid.conr.44j. caules d entre les eltragers,& bourgeois,& codanoient,ou renuoyoiec
abfouis ceux qui eftoient conuenus par deuât eux félon leur diferetion
ployant, fuployant, & corrigeant la rigueur, & douceur des loix. mais
quand laloy leur attribuoit quelque caufe particulièrement, ores que
cefuftà leur confcience,neantmoins ils ne pouuoient commettteencecasxomme on peut voir en plufieurs1 exemples, cotez parles Iurif-cofultes. Ce poinét efclarcy nous achemine à la decifion de l’autre,c’eft
*£££*£?■ àfçauoir que la puiffance otroyee aux Magiftrats enverra del’ereàionLandam/ditr/f C v 6 *CUr °®cc ProPre à l’office,ores que l’office ne foit pas
SS propreàlaperfonne:carPapinian5 difant que lescommiffaires &lieu-
eiuscuimand. tenans n’ontricn de propre, ains qu’ils vfent de lapuiffance, & iurifdi-tam deoffic “fus" ^°n deceux C1LU 1« ont commis,&deputez,monftre affez que la puif-
cuîmad. cod. fance eft propre à ceux qui ont commis, & député, foient Princes fou-
' uei ains, ou Magiftrats. & en cas pareil la loy difoit que le o'ouucrneurdepaysatoutepuiffance,apreslePrince,enfongouuernernét,elle n’eftdonc pas feulemêt au Prince. Mais le neud de la queftion d epend prin¬
cipalement de cefte diftinétion, a laquelle les Docteurs n’ont pas pris
garde,c’cft à fçauoir,qu’il y a grande différence de dire,que lapuilTancc
ou iurifdidion eft propre au Magiftrat,en qualité de Magiftrat ,ou bien
en qualité dc particulier.car il ne s’enfuit pas fi la iurifdidion eft propre
au Preteui,que laPreture foitpropre a la perfonne: ains au contraire la
4loy dit,qu il a en depoft,&qu il en eftgarde.ainfidifonsno9,Gardede
la preuofté,qui eft parler propremét, ôc monftrer que les Eftats,& Ma-4.i.ynica. deofîîc. giftrats demeurent enpoffeffion,& propriété à la Republique, cômcle
prarfedxauguft. depoft au feigneur, Ôc q la garde en eft baillee à ceux qui enfontpour-
ueus.& pour mefme caufe les Baillifsfont ainfi appeliez du mot de Bail,
c eft a dire gardien : ôc la Baillie ancienne de Florence des dix deputez
eftoitgarde de 1 eftat Ôc fouueraineté. c’eft pourquoy la Cour dePar-
lemêt en 1 arreft des Marefchaux de France cy deffus coté, dift que leurs
eftats eftoient du propre dommaine de la Couronne, ôc l’exercice â eux
tant qu ils viuroient.Par ainfi nous pourrons decider la queftion gene¬
rale,& fortir des termes de Fypothefe de Lothaire Ôc d’Azon, qui n’ont
parle que de la puiflance du glaiue,& conclure,que toutesfois Ôc quan-
S£s que les Magiftrats, ou commiflaires font obligez parles loix Ôc or-
LIVRE TROISIESME. u?\ i ■5 donnâces,de commander, & vfer de la puiflance quileur eft baillee, en
la forme Ôc maniéré qu5il eft prefcripc, foit en la forme de procéder, foit, enlapeine,fansypoiiuoiradioufternydiminuer,en cecas ilsne fonti que fimples executeurs,& miniftres des loix,&: des Princes, n’ayans au-|“ cü poimoirpource regard, foit pou rie fait delapolice^ ou de la iuftice,
oudeiaguerre,ou des traitez entre les Princes, ou des charges des Am-1 bafladeurs. & en ce qui leur eft permis, & laifle à leur difcretion, en ce
cas le pouuoir ôc puiflance gift en eux. Et tout ainfi qu’il y a deux pointsï principaux en toute Republique, que les Magiftrats doiuenc auoir de-'Ie liant les yeux,c’eft à fçauoir la ioy,& l’équité : auffi dirons nous quil y a( l’execution de la loy, ôc le deuoir du Magiftrat : que les anciens appel-01 loient Legisa£lionem3& indicis officium : lequel confifte à commâder,ou^ decreter, ou executer. ôc tout ainfi que le mot Iudicium, s’entend pro-^ prement de ce qui eft ordonné par le Magiftrat, fuiuant les termes de larki loy:aufli le mot Decretum, s’entend proprement, de ce que le MagiftratI a ordoné fuiuant l’equité fins loy :ôc pour cefte caufe tous les arreftsdu(tt Prince s’appellent proprement5 Decreta,Ôc non pas ludicia: car le Prin- i-^conftitu.r ■ » CL • r ' 1 1 » i r • princip.& Pauliïî-itlt celouuerain neltpomtlugcta la loy. en quoy s abulent ceux qui ont bri deeretoruminest appellé Decreta autre chofe,que la fentence du Sénat és délibérations re- iSTduùSxâtfa folues de fon aduis:ou l’arreft du fouuerain Prince.ou de ce que le Ma- rd PrinciPera re-• n j- , r - ii n ii fertur,cuius pro-i£|j giitrata ordone,lans obligation deloy,ny couftume. Or telle propor- pnaiunfdiaiodi-lu tion qu’il y a de laloy, à l’exccution d’icelle: femblable ya-ildelequi- ctbatur co8m"°-int té,au deuoir du Magiftrat. Et en cas pareil les Magiftrats, és cas où ils■j, n’eftoient point fugets àla Ioy,relfcmbloient aux arbitres : & 4ceux qui 4roc<j£[°tclc^tctl(|j. eftoient du tout attachez aux loix, reffembloient aux iuges comispour j.offic.diftinguitlt cognoiftre du fait feulement: qui n’auoientaucun pouuoir de cognoi- SfSrVda^yti ftre du mérité ny de la iuftice de la caufe. O r l’vn eft feruil, l’autre eft no- ^foot-^ciç-cU^ ble : l’vn eft obligé à la loy,l’autre ne l’eft point : Tvn gift en fàid, l’autre ^J en droidt: l’vn eft propre au Magiftrat,l’autre eft referué à la loy: l’vn eftj eferit és loix,l’autre eft hors la loy: l’vn en la puiflace,l’autre hors la puif-^ fin ce du Magiftrat. Et pour mieux remarquer cefte differéce la loy dit,
j n’cft P^s licite1 d’appeller de la peine portée par les loix pronon- i.i.cum promis.I ; cee par le Magiftrat:ains feulement de cc que le iuge a déclaré coupable;>( l’acufé :mais il eft permis d’appeller de lapcine decerneepar leMagi- hominc.deia&ocl ftrat. par ce que la peine de la loy eft du Prince, duquel il n’y a point
d appel. Voila fommairement la diftindion, par laquelle non feule-: | ment la queftion d’Azon, ôede Lothairc font decidees, ains auffi vneII ! infinité d’autres, qui concernent la charge,Ôc debuoir des Magiftrats,
f efquelles plufieurs fe font fort enueloppez: les vns pour auoir mefpri-
ÿ fe la prattique, les autres pour n’auoir rien veu en la Theorique, la plus
oif part pour n auoir entendu l’eftat des Romains, ores qu’ils fuflent bien
(jûil exercitez , ôc refolus en toutes les parties du droid, neantmoins au
■$f faid des Magiftrats, deleurpuiflance ôc audorité ils fe font trouuez
$
5»35S DE LA REPVBLI QJV E !ic f‘nu J8< ^orc cmpefchcz. Car mefme du J Moulin, l’honneur aeslurifcon-
fuites, a fuiuy i’opinion d’Alciat,ôcde Lochaire,fans lesdiftin£lioris
que nous auons pofees, où il adiouite , que la puiffance de faire
Lieutenansence Royaumeaefté oftee aux Senefchauxôc Baillifs5par
ce qu’ils ne font que fimples viagers: ôc quel’viager ne peut faire autre
que luy viàgeriqui eft vne raifonfans apparéce:côme nous auons mon¬
ftré cy deflus:ioint aufli qu’il n’y a pas cet ou fix vingts ans pour le plus,6. caroi.7.ar.io/. que Charte v 1i.ôc v 11 i.ont les premiers6 érigé les Lieutenans des Bail-
aro. n.7}. ^ Scncchaux en tilcre d’offiee.Etfi CCfte raifori auoit lieu^pourquoy
cûflfôfetÆorc! e^'ce que 7 Papinian dit expreffément, que les Magiftrats peuuent de-
dciurifdia. puter^ôc commettre en leur prefence^tant ôc fi longuement,ôc auec tel¬
le limitation qu’ils voudront, des chofes qu’ils ont en vertu de leur offi¬
ce,^ qui font propres à leur eftat ? or les eftats, & offices eftoient beau¬
coup moiens propres, ôc moins affedez aux perfonnes qu’ils nefontà
prefent: car ils font perpetuels, & en Rome ils ne duroient qu’vnan.ôc
neantmoins ils commettoient qui bon leur fembloit, Ôc mefme les lu,
offi dusaü0- de rifconfLlltes ontfiit8 Jiures expres,de ceux à qui la iurifdidion eft com-
mife:ôc qui euflétefté inutiles,fi la raifon de l’vfager au Magiftrat eftoit
receuable . Quant aux anciens D odeurs, ils fe fontenuelopez de telle
9. Barc.Fuigof.A- forte,qu’il appert^euidemmét qu’ils n’ont rien veu en f eftat ôc gouuer- :
ft7eaf.iJj?iUdçof- nement de la Republique des Romains, fans lequel,il eft impofliblç de
ifi vn^UqC4ynqùni r*en décider,touchât ces queftions. Car en ce que les Romains auoient i
c°Baid tft ProPremellt feparé l’oflicc du Lieutenant en titre,du commiflâire parti- f
quicquam. §. vbi culier,ôc de celuy à qui la puiflance eftoit baillee par le Magiftrat de co- sdecrctum dc ofô. j > I il • / • /• i f 7procofui io.andr. mander,qu ils appeiioient legatum,ludieem daturn.eum cuimandataw- kiil.dtiudfcïeieg. rifdittio eft, les Dodeurs ont tout confondu enfemble, foubs le mot de «sdi^RoSnînT délégué : qui feroit chofe longue, & fuperflue à refuter, n’ayant autre |iimperium, de iu- but, que traitter ce qui concerne feftat, Ôc debuoir des Magiftrats en trildid. om. iudic. \ ^ • r • » rC 1 t- C1Anto.imoi.Panor, gênerai. (Jr tout ainli qu anciennement on s errorçoit de lier les mains su,
&e!tfcapCquodfe- aux Magiftrats, Gouuerneurs, AmbaiTadeurs, Capitaines, Lieutenans, i
des de offi.de !cg. ÔC les obliger de fuiureles loix, l’inftrudion, la forme preferiote, ôc les ABal.inl.gcft» col. . r O . 3 F i 3i.dereiudic. c.& peines lans rien y adiouiter, ny diminuer: maintenant on raittoutle Uin ticul. deoffî de . 1 > ti I ! • \ 1 • r • 1>kg. dd in d. cap. contraire,car il n y a près que République ou les peines ne loient en 1 ar- %
quodicdes. bitrage,ôc puiffance des Magiftrats. Ôc près que en toutes caufes ciuilcs,- ÿ
tous les interefts font arbitraires, fins auoir efgard aux peines portees L
par les anciennes loix des Romains,ny aux decifions del’intereft ciuil,». i. vnica. dc fen- que l’Empereur luftinian voulant refoudre en vne1 loy,pour contrain- ^
quodlmereft! c° dre les Magiftrats foubs la puiflance des loix, a efté caufe de troubler
tous les luges ôclurifconfultes qui ont voulu fuiure fiiloy,impoflible,Ôc incompatible auec les loix anciennes : ôc en fin on a efté contraint de
laifler le tout à la confcience, Ôc religion des iuges, pour la variété infi¬
nie des caufes, des temps, des lieux, des perfonnes : laquelle infinité lie ^
peuteftre comprifeenloix,ny ordonnances quelconques. Etiaçoit ^qu’il
LIVRE TROISIESME. 5f9i qui! y a quelques peines, ôc amendes portees par les edits, auecdefenfej de les diminuer, neantmoins les Magiftrats fouuent partent outre: com-| me pour l’edit des fàuiïaires, que le Roy François r. a fait, y mettant laj peine de mort,foit en caufes ciuiles ou criminelles, les Parlemens, Bail-I Iifs & Senefchaux qui Font publié, vérifié,& enregiftrépuremét ôc fim-j[| plement,nele gardent point,ayant cognu parerait Ôc fuccefîion dei temps, quil eftoit inique, pour la variété infinie des caufes, qui ne fou-^ frent iamais femblable decifion. Iay dit cy de/fus qu'on erigea vn offi-‘ cier nouueau à Rome,qui eftoit lePreuoft de la ville, auec puiffance de' corriger,fuployer,& amender les couftumes ôc ordonnances, en ce qui, concernoit fi iurifdi<5hon.& chacun an le nouueau Prêteur en la Tribu-; neaux harangues, après auoir remercié le peuple de/Honneur qu’il8 ^5^I auoit receu, faifoit entendre les edits qu’ilauoitprogetez: puis il les fai-
' foitpeindre eniieu public .Toutesfois cen’eftoientpasioix, carnylesII Eftats,ny le menu peuple,ny le Sénat, ny les Confuls, ny les autres Pre-
teurs,ny les Tribuns,ny les fucceifeurs au mefme office,n’y eftoient au-j® cùnement obligez:ains feulement les particuliers,& en ce qui touchoith la puiflance du Prêteur. Ceft pourquoy difoit Ciceron,6 Qmplurimum 6 inPrsmraVrba^ edi cio tribuunt : legem annuam appellantitu plus edi flo comple 61eris quam lege. na-
car le Magiftrat, pour grand qu’il foit, ne peut deroger à la loy, Ôc moinset encores iceile abreger,&nefautpas entédrequele7Iurifconfulte,quâd 7.lpcnuir.acin.l il dit que le Prêteur pouuoit corriger,améder,ou fuployer les loix: qu’il ftituci cuftpouuoir de derogerà icelles,ou les caffer: qui eftoit le plus haut
il poind de la fouueraineté : mais cela s’entend de la déclaration des loix
il obfcures,& en ce qu’elles pouuoient eftre equitablement ployees, fansIci toutesfois les rompre, ny contreuenirà icclles. C’eft pourquoy la’8 loy 8. i.no„ eft .»«,3I dit generalemét, quele Preteurne pouuoit iamais donner la pofTeflion,j des biens à ceux qui par les loix ôc ordonnances nepouuoient eftre he- P°jjji ritiers. aufli n’efloit-il pas en la puiflance des Prêteurs,ny de toits les Ma£t| giftrats enfemble faire aucun héritier: car cela cc faifoit en "vertu des rcmora.i*% loix feulement: parlcfqucllesle^Magiftratdcclaroitlafucceflîonapar.^ tenir a tel,ou tel. Et combien que plufieurs editsfufîent bien plus equi- ^^Lerfof tables que les loix,fî eft cc que le premier Preteur qui vouloir (fans auoir dcreivcndic.ÿ cgat*d aux edits de tous fes predeceffeurs ) en pouuoitfaire de tous nou-' ueaux,ou bien remettre en vfiige les loix qui ia eftoient enuieillies. Qui[Ci; füt lacaL»rcquelc TribunÆbutius1 prefenta requefte au peuple, qui j.GeUüuKb.u,
palla en force de loy,à ce que lesarticles des loix des douze Tables, qui
n eftoient plus en vfige par traid de temps, fufTent par loy expreffe> cafTez Ôc abolis.ce qui n’euft pas efté fait,fi les Prêteurs en vertu de leursj cdits,cuffent peu deroger aux loix. Et mefmes les Prêteurs qui auoientIII fait les edits ny eftoient aucunement fugets, ains ne laiffoient pas de iu-
$ ger toutlec5traire:ce que Ciceron reprochant à Verres difoit,IllenulUii religione motus>contra quam edixeratjecernebat.Combien que cefte repro-
36o DE LA REPVBLIQVEcheneuft pas grande apparence : car tour ainfi que nul n*eft fuget à la
loy qu’il donne, aufli peut-il pour bonne ôc iufte caufe deroger à icclle2. Afconius Pædi. mais quelques années au parauant il auoit efté ordonné par le 1 peuple
Dioï* 2(JanDm' a ^ reclue^e ^L1Tribun Cornelius, que chacun Magiftrat feroit con¬
traint de garder fes edits en iugeâncequi retrachea beaucoup des ports
& faneurs, que faifoient les Magiftrats a qui bon leurfembloit. Tou-
.Afcon.cod.ioco’ tesfois cefte loy eftant publiee,contre l’aduis de3 plufieurs, ôc contre la4.Autio j.nuiu. 4 nature des loix,qui ne peuuent iamais obliger ceux qui les ont faidquede vcrb.oblig. w ^ ^ T M i^UCS,fut bien toft aneatie : auffi cefte loy ne fe trouue point en tout le droidt
j.i.i.quodquif- iaçoitJ que les Magiftrats pour leur fait particulier fuffent cot raines de
foufrir les mefmes edits, iugemens ôc ordonnances qu’ils auoient don¬
nez,&: feit pratiquer aux autres: mais nonobftât cela, toufiours la liber¬
té demeuraaux Magiftrats de derogera leurs edits, foit qu’ils fuffent
publiez pour Tannes qu'ils eftoient Prêteurs, ou pour vn mois,ou pour
peu de iours. Etgeneralementla6 loy dit, que le Magiftrat peut reuo-
quer fon mandement, ôc defendre ce qu’il a commandé : iacoit qu il ne-/T. >:1 - / o / rr" 7(. 1.quodiuffit.de
reiudic.l.fi opus.qui vetamc! dcrc- puifTe reuoquer ce qu’il a iugé, ôc prononcé auec cognoiffance de cau¬
fe. En quoy fe font mefpris plufieurs, qui ontappellélefimple commâ-
dement du Magiftratprœceptum, ôc non pas editfum, qui n eft autre cho-7. in iib.de lingua fe5difoit7 Varrontfuam Magiftratus iufj'um: Ôc ont penfé que tel coman-8.Bartoi.ini.pater dement verbal n’obligeoit point, fumant8 l’opinion des anciens Do-
fegaw!c“iiumde &eurs. Si cela eftoit véritable,pourquoy la loy ?commanderoit elle
?museptDumndus d’obeir au fimple mandement du Magiftrat,fans auoir égard fi le man-
intit de fentécüs. dement eft iufte ou iniufte. Etlelurifconfulte1 Metian difoit, Reipulli-§.mma.iecutus . ■ ■ n- Jri i • tiacobum Rauen- cœ mtere]je3rutiniujri$)& ambitiojîsaecrettspareatur> combien que tousies
”TpBttora«s. 1 anciens Phiiofophes, & Legiflateurs, n ont rien plus cftroitementre-
:X°r-den0Ui commandé. Gril y a plus d’apparence d’obeir au fimple mandementïoraTTrebeiT' VCI'^a^ 411*ne^ P°ur vn *our5 qu’aux mandemés qui font pourvu
curp veniffent. de an, comme eftoient tous les edits des Magiftrats : d’autant que lvn eft
jCpiatoTndmo-' de plus facile execution que l'autre. Qui plus eftles loix,les ordonnan-
tio&HbP5r°dekg" ces,les decrets, les fèntences de foy n obligent perfonne,fi la comiffion,
c’eft à dire le commandement n eft au pied. Et les Magiftrats Romains3.cicer0)nurnPræ s’empefchoientfort3 peu à iug;er,ainsfeulement commandoient qu’ontor mdxcare lolet î -n r I » ! o- ideben? obeiitaux lentences de ceux qu ils commettoient pour iuger. Sjdon-ques leur mandement verbal n'euft obligé perfonne,ils n’euffent point
cenci non’Xem- efté obéis. C’eft pourquoy la 4 loy permet à tous m agiftrats, de codam-
perauent. ner a ramcnde5fi on ne leur obeift,fans diftindion du mandement ver¬
bal,ou de la commiffion quiatrai&,ou des ordonnances qu’ils font,ou
vimard?iuftïïaUt des iugemens qu’ils donnent. De ceft erreur en eft iffu vn plus grand,
dmpH dea£Hon* car^cs vlls auec les autres,ontJ tenu, qu’il eft licite de refîftcrdd.in i-memine- de fait ôc de force aux Magiftrats, vim inferentibus ( c’eft le mot dont ils
în^.q”. iafo.ad L vfent) foit en iuftice, foit hors iugemet. or la différence eft bien grandeqdseüq^Hnius! entre 1’ \ n ôc l’autre. car le Magiftrat hors iugement, Ôc hors la qualitéde
LIVRE TRO I S I E S ME/ 3 àde Magiftrat, rieft rien plus qu vn particulier : & s'il outrage per¬
fonne , 011 luy peut refifter, ainfi que la loy le permet : mais en ex¬
écutant (à charge j en fon reffort, & riexcedant point fa iurifdidion,
il riy a doubte quil faut obéir : foit à droid , ou à tort, comme 6 * d 1 pra:torait.
dit la loy. s’il excede fon reffort, ou fon pouuoir , on rieft pas7 te- S-aitpKto.de non1 I • r t> n • 1 r -n • 1 r r 1 • ui°Perls-nu luy obéir , 11 lèxces elt notoire de raidt : ains il ie raut pouruoir 7. vit.de hmf-
par oppofitions, & appellations, s’il riy a point lieu d’appel, ou que
il paffe outre , fans y auoir efgard , ny deferer au fuperieur , en ce
cas-il y a diftindion , ou le grief eft irréparable , ou bien il fe peut
reparer : fi le grief fe peut reparer , il n’eft pas licite de faire aucune
reliftancerfi le cas eft irréparable,comme s’il eft queftion de la vie ou de
peine corporelle , ôc que le Magiftrat vouluft paffer outre à l’exe-
cution fans deferer à l’appel, en ce cas il feroit licite de refifter,non
pas pour offenfer le Magiftrat, ains feulement pour defendre la vie s. Baid.inl.fi q<ii$
de celuy qui feroit en danger, ôc que la defenfe fuft fans fraude.8 au- ftôrupto.’Bar^n”
trement il rieft pas permis de refifter au Magiftrat en l’execution fltortionaire des biens , ores qu’il excedaft (on pouuoir , ôc quil ne ji^ndo.&m «p.
deferaft à l’appel, ou qu’il fift iniurié : attendu quon {è peut pour- deiegan.èxt.1.1. ‘
uoir par appellations, par requeftes ciuiles, par actions * d’iniures, Jnwmagiftra-
ôc autres moyens iuftes , ôc légitimes. Mais il riy a loy diuine , ny “^p^un^rde
humaine , qui permette de reuanger fes iniures, de fait &:de force, citat.§.fed nun-1 A n 1 t rr • r quid Fehn.in cap.contre les Magiitrats , comme quelques vns ont penle : qui ront e* literis de «m-
ouuertu-re aux rebelles > pour troubler tout vn eftat: car s’il eft per- confiu^.'Afflia!
mis au fuget de fe reuanger de fait, ôc de force contre les Ma-1^1;-^“uct7^ea
giftrats , 011 vfera des m cimes aréumens pour refifter aux Princes £art.ini;Prohibi:v? r \ 11- .111 r tum. deiure fifej.iouuerains, ôc rouler les loix aux pieds. Or les loix ont tounours x.i i.i fi defundo.eu la voye de fait en fi grand horreur , que mefines elles ont 1refti-tué les voleurs , ôc brigans * és lieux qu’ils auoyent iniuftement oc-cupez , fi par force ils en eftoyent chaffez : ôc ont débouté3 les vraysSeigneurs de leui^ droits, quand ils ont procédé paçvoye défait, ôc vei^Kdo.cômod.mefmes en cas d’exploits domaniaux , le Seigneur doibt faire pro- ad 1 juTdcTi!c!lceder par fes luges. Car la plus faine opinion eft , que les Seigneurs Quemadmodum.particuliers, quelque iurifdidion qu’ils ayent, ne 4 peuuent exploi-ter que par leurs officiers , s’il eft queftion de leur fait; Et la 5 loy qair.veiamitt.pof.. j. >1 r t n. 1-vnic.defuffrag.qui dit quil ne raut pas permettre aux particuliers,ce qui pcuteltre C.l.doris. foludo.
fait par le Magiftrat , porte la raifon , ne occajïo fit maioris tumultus d^.r<?,clclp'c’
jaciendi, Auffi la loy des x 11. tables qui dit 1 S I N
P V L O i_A B E S T O , ne s’entend pas feulement de la force,
ôc violence par armes, ains auffi quand on 6 veut auoir fes chofes, fuetuipanï
autrement que par la voye de iuftice. Et s’il rieft pas licite aü vray Lieregui.1 "rjU
Seigneur, dapofter mefme fon cachet aux chofes qui luyappartien- vipkuaàiTnrcb*
nent, eftans cn la poffeffion d’autruy , comment feroit-il licite au deluledor*c-H
36z de la repvbli^eSeigneur féodal , de faifir , & exploiter le fonds duquel la proprie
fuacaufaqcs m t(^ a autruy • Dauantage la 7 maxime de droid naturel ne fouffre
pas que perfonne foir iuge en fon fait. Or de cefte queftion en dé¬
pend vne autre , touchant la puiffance , ôc audorité du Magiftrat
à fçauoir s’il peut condamner celuy qui luy fait iniure : qui eft en!
g Bart.Baid.Ai- cotes 8 indecife. Toutesfois fans entrer plus auant en difpute, il eft
qüHur^aion”.1* & a toufiours efté licite à.touts Magiftrats9 exerceans leur eftat, ou
t r fo^Fe u n Bar- commiffion de condamner ôc chaftier ceux qui parlent à eux teme,
bar.Dccîus in cap. rarement, ôc procéder contr’eux par amendes, ôc faifies de cornecumvemflentde . , • r i t -n' • Tl o- n piudk.oidrad.c6- ôc de biens , leion la puillance , ôc îuriididtion a eux donnée: fi
5Vh1.fiquis ius Fini ure n’eftoit telle , qu’elle meritaft punition corporelle, alors les
fadiicimfde^' Magiftrat s doibuent dcpoüiller la perfonne publique , ôc receuoir
ianis.Angciiii i. Iuftice de la main 1 d’autruy : fi ce n’eft que Fmiure foit faide à vnquuunididiom. » r ' -l vudeiurifdid.cap.i. corps , Ôc college de luges louuerains : en ce cas ils pourroyent co-
i.CdPKqdiurifdi. gnoiftre , ôc iuger le crime : non pas pour vanger l’iniure faide à
qùîsinfuacaufa. eux , ains à la Republique , qui eft offenfee beaucoup plus, que
ceux qui fouftiennent la perfonne des Magiftrats. Et iaçoit que la
loy dit , que l’adion d’iniures fe remet aifément, ôc par fouffran-
ce quelle eft bien toft enfeuelie , cela s’entend des particuliers, &
non pas des perfonnes publiques, ôc mefmement des Magiftrats,
2.13 adi.iui ma- lesquels on ne peut outrager , fans encourir crime de leze 2 maie-
icft* fté. Et pour cefte caufe le crime commis en la perfonne du Magi¬ftrat , l’indignité du fait, ôc la peine croiffent. ie dy en la perfonne
du Magiftrat, non pas feulement quand il exerce fon eftat : ains auf¬
fi en quelque lieu qu’il foit portant les marques de Magiftrat, ou
qu’il foit cognu pour tel, il doibt eftre inuiolable , ôc comme
difoyent les anciens Latins Sacrofanflu* : auffi la loy publiee pour la
feureté des Magiftrats , s’appelloit Lfomtid de Sacrofanflis Magiflra-
Liuiusüb.j.Di- tibus , conceue en ces termes \ Qui Triburirftlebi$\ Aedilibus, Judici-
anno'ab v. c.ata bus nocuerit 3 eius caput Joui Jacrum eflo : jkmdia adœdem Cereris Liberi
ccd m. Liberœque njenum ïto. les Vns ont voulu dire, que le mot de Iudices
s’entend des Confuls , qui eftoyent feuls luges alors entre touts les
Magiftrats : en quoy il y a bien quelque 4 apparence: car ils s’appel-
a.deiinguaiar.Fc- Joyent premièrement Prêteurs, Ôc puis luges, ôc après que leur iu-ftushb.14.RegK> . it r 1 \ ^ r ■ 1 -i rimperio duofunto rildidio pour la ville rut attnbuee a vnPræteurlpecial, ils rurentap-
dS^onfuiado peliez Confuls: mais toutesfois il femble que la loy ayant mis les luges
confoTesjppeUâ- aprcs ^cs Tribuns, & les petits voyers ( car les grands voyers, qu’ils ap-
to. Liuius iib j. pclloyent Aediles curules* 11’eftoyent encores erigez) a voulu comprédrcNodum illis tem- I J % r il > n 1 1- ' 1 A-poribus Confuics tous les iuges,attendu mclmes que laloy n elt pas publiée a la requeite
ccs/eïïrxtorts. d’vn Tribun, au mefpris dés Confuls, ains par le Conful Horace, car
l'iuMbïcicc- x L i i i i. ans au parauant la loy Iunia s facrata auoit efté publiée
to prosenia, p0Ur feureté des Tribuns : ioint auffi que la perfonne des luges,qui
LIVRE TROIS IESMË* ^3qui ont la puiflance des biens, de là vie , ôc de l’iionileur,eft beau-l coup plus iugette aux dangers, que des autres officiers. ôc pour ce-1( fte caufe la loy n’a pas dit qui tuer oit les luges , ains qui les outra-| weroit tant foit peu , c eft à dire notuerit, ôc fait bien à noter , qu ilI n’eft pds dit en exerceant leur eftat feulement, car ce feroit ouurir
i la porte , pour les tuer en tout autre lieu. Et celuy s’eft abuzé , le-':ü quel ayant recueilly les arrefts de la cour, a penfé qu vil gentil-hom-j1 me auoit efté condamné par arreft , d’eftre tràyné fus vne claye, Ôcpuis auoir le poing coupé, & fon corps mis enpieces, fon biencon-3ll| fifqué , & cinq cens liures d’amende enuers le Confeiller , pour l’a-! uoir frappé fus le bras d’vn coup defpee lors qu’il l’interrogeoit. Car,Iîi: on fçait allez que ce n’eft pas la couftume de venir pour eftre inter-1,li rogé l’efpeeau côfté. Mais fi le Magiftrat eftoit en habitdeguifé, ou°)5 incogneu, ou fi la nuid il rodoit les rues comme faifoit Aulus Ho-^ ftilius Ædile, qui4 fut mal traitté faifant effort à la porte d’vne cour-tifane : ôc renuoyé auec fa courte honte quand il en fift fa plainte au 4* GeIllus^)lt! peuple : en ce cas l’outrage à luy fait, ne doibt pas eftre puni coin-
fe me fait au Magiftrat. car mefmes vn certain Tribun du peuple ayant
i voulu attenter à l’honneur d’vne fille , fut pris par le Triumuir capt¬
if tal, ôc par luy6 puni, comme vn efclaue ou eftranger, ôc delaiffé par
r les autres Tribuns fes collègues, iaçoit que lés loix facrees portoyent *<Valcr max llb-8
à! defenfes fus la vie d’offenfer le Tribun, ny Commander qu’il fuft pu-*-
p nypour chofe que ce fuft. ôc en cas pareil fi le Magiftrat eftoit mat
:;i que , ôc les particuliers mafquez portant les marques de Magiftrats:É comme il fe faifoit en Rome1 durant la fefte de Cybelle l’iniure fai- i Hcrofan- tak t* • r* commodae^ te au Magiftrat ne leroit point punie comme faite au Magiftrat. hors
£C|i ces cas là, le Magiftrat doibt eftre tenu pour tel, en quelque lieu que
j/. il foit. Et non feulement il n’eft pas licite d’offencer, ny outrager les
j Magiftrats de fait, ny de parole , ains il eft necelfaire , de les refpe-
der, ôc honnorer , comme ceux à qui Dieu donne cefte puiffan-
j£! ce. Ce que les Romains anciennement faifoyent bien d’autre forte,
qu’il ne fe fait à prefent : car mefmes les cenfeürs îioterent d’igno-
minie , ôc aegraderent vn bourgeois Romain de fon ordre, pour a-
uoir refpiré Ôc baaillé vn peu trop haut en leur 7 prefence. & au Se- 7« vaier.ma*.II nat des Areopagites il eftoit defendu de rire : comme dit l’Orateur s.Viutar.ipvitàIl Æfchine contre Timarque. Vn autre nommé Vediüs fut tué fus le ^“hor‘Vctuda.champ , pour ne s’eftre leué , lors que le Tribun 8 du peuple paf-
>f foit deuant luy. Et de fait l’Empereur Valentinian appelle facrilege
n de ne faire honneur aux Magiftrats „ Auffi lifons nous, que le fils
de Fabius Max. voyant fon pere de loing venir à luy , ôc que les
f maffiers, pour la reuerence paternelle , n ofoyent le faire defeendre3 Hlj
364 DE LA REP VBLI QVEde cheual, luy fift commandement 9 de defcendre : le pere obeif
fant ambraffa fon fils , leftimant d’auantage , que s’il euft fait autre-9. piutar.in Fabio ment-.car la puiflance domeftique, doibt ployer, dit la loy,1 fouhsi. l.namquod at- . , »V - r ^ , n. i r 1ùnci.adTrebci. dorite publique. Vray elt que les eltars alors, le donnoyent à
la verru , ôc non pas au plus offrant, mais pourtant s’ils font ache-
ptez, il ne faut pas que foubs ce voile, on vienne àmefprifer le Ma¬
giftrat *. ce qui ne fe peut faire fans vn mefpris de Dieu , qui donne
cefte puiffance en quelque forte que ce foit. Et pour cefte caufe
Dieuparlant à Samuel,ce n’eft pas toy dit-il, ains c eft moy qu’ils ont
mefprifé. Et fi les moqueurs ne font touchez de la crainte de Dieu
fi eft-ce qu’ils ne peuuent nyer, qu’il ne foit plus que neceffaire de
obéir, refpeâ:er, ôc honnorer les Magiftrats pour la tuition des Ré¬
publiques , 6c focieté des hommes, ce que les anciens ont figuré,
comme dit Æfchine, par la Deeffe Pitarchie, qui lignifie l’obeilTan-
ce des fugets aux Princes ôc Magiftrats, laquelle ils ont appellee fem¬
me de Iuppiter Sauueur: duquel mariage fut engendree félicité.A.uC
fi doibt le Magiftrat donner fi bonne opinion de luy , de fà Iufti¬
ce,prudence , &fuffifance, que les fugets ayent occafion de l’honno-
rer, ôc nc fouffrir pas que pour fon indignité, l’honneur de la Repu¬
blique foit foulé : car le crime en la perfonne d’vn Magiftrat dou¬
ble. Et de fait Solon en vn article 4 de fes loix permift de mettre à4.Laertius. moït ^ Magiftrat, qui feroit trouué yure. qui monftre combien le
vice eftoit alors blafmé , ôc la bonne opinion requifè és Magiftrats.
ce que plufieurs s'efforcent d’euiter par trop grande rigueur Ôc feue-
rité de peines : les autres veulent gaigner la faueur en pardonnant,
jcpœniscicndura ma*s ^vn & l’autre eft reprouué par la 1 loy. En quoy plufieurs fe
font mefpris , lefquejs ayans la puiffance des peines fans loy , ontEenfé que l’equité gift en douceur, contre la rigueur des loixrcom-
ien que l’equité eft de telle nature, qu’elle n’a rien de commun auec
la rigueur , ny auec la mifericorde : mais elle reffemble la reigle Lef*
bienne , laquelle eftant de plomb , ployé auffi bien d’vn cofté que
d’autre. Si le forfait eft plus grand que les peines apofecs aux loix
ordinaires, le Magiftrat qui cognoift extraordinairement, doibt
croiftre la peine : fi la faute eft moindre , il doibt adoucir la peine:
ôc non pas affe&er3 le tiltre de Magiftrat pitoyable, qui eft l’vn des vi-
h dlïcfpîcicndu. ces à fuir autant, voire plus que la cruauté, caria cruauté, bien quelle
foit à blafmer, retient les fugets en l’obeiffance des loix:6c la trop gran¬
de douceur,fait mefprifer les Magiftrats,& les loix, & le Prince qui les a
eftablies. c’eft pourquoy la loy de Dieudefend expreffement d’auoir
pitié dupauure en iugement. Il y en a d’autres,qui iugentbien,&ne
fe lâchent point aller à la pitié,à laquelle les hommes naturellemétfontplus
LIVRE TROISÏESME. 36$' plus enclins, qu’à la rigueur, mais ils ne fçauent pas tenir la grauitéï:; feante au Magiftrat : comme il s’eft trouué dc noftre aage Tvn des' premiers Magiftrats de ce Royaume , lequel au plus haut fiege de
iuftice, ôc alors mefmes qu’il condamnoit à mort, il donnoit quel-111 que traift de rifee. Augufte faifoit bien autrement, car combienî! qu’il fuft cftiméfott entier j&droid: en Iuftice, fi eft-ce qu’il ne con-' damnoitiamais à mort, qu’en foufpirant, comme dit Seneque.Les au-très au contraire, fecholerent, menaient, &iniurient, ceux quils iu- Tran. uil ia|| gcnt : comme faifoit ordinairement Claude 4 l’Empereur, qui getta vn ciaudio,J1 ’mif jour le tranche-plume aux yeux de celuy qu’il iugeoit, auec vn vifageI plus beftial qu Impérial, non pas que ie vueille blafmer les cohorta-
il tions, & reprehenfions acerbes, que le Magiftrat doibt faire aux accu-
(: fez, alors mefmes qu’il veut vfer de punition plus douce, enuers ceux
oj qui par erreur ont failly, car c’eft vne des chofes les plus requifes au Ma¬
in, giftrat, de faire entendre la grauité des fautes, tant affin que les coupa-
d bles cognoiffent ce qu’ils ont mérité, que pour les induire à repentan-
5} ce. ôc en ce faifant la punition a moins d’accrbité,&plu$ de profit, com-
| nie Papirius ;Curfor, que TiteLiue met par deffus tous les hommes dey fon aage, qui auoit vne dignité incroyable de bien commander, ôc 1 '9>|r neantmoins la feuerité dont il vfoit, eftoit entremeflee d’vne grauité| douce, ainfi qu’il fift cognoiftre à vn capitaine des Preneftins qui eftoit
venuau fecours après la bataille, Papirius luy monftrafon vifage auec•, vne parole qui faifoit trembler vn chacun, Ôc foudain commanda au| maffier de dellier la maffe. le capitaine n’attendoit que la mort,& neant-, moins Papirius dit au maflier qu’il coupaft vn efcot, qui empefchoit •f de fe pourmener : Ôc condamna le capitaine à vne bonne amende, quilîl paya trefvolontiers, penfant qu’on luy euft donné la vie : Ôc fi on l’euft {! fait mourir il y auoit danger de faire reuolter les alliez, ce qu’il n’euftII pas pardonné à vn Romain, mais tput ainfi qu’il y a grande différence11 entre les fautes qui fè font en guerre, ôc ailleurs : car, comme difoit
f vn ancien capitaine, 011 ne peut faillir deux fois en guerre : auffi faut
^ il que les Magiftrats militaires, vfentbien d’vne autre façon de com-
311 mander, de punir, d’executer les peines, qu’on ne fait en paix : d’au-
tj tant que la difeipline militaire doibt eftre beaucoup plus feuere, que
tf la domeftique. Non pas toutesfois que la rigueur doibue pafTer en
pl cruauté : comme il s’eft trouué plufieurs capitaines, qui ne fe mon-
flf ftroyent iamais vaillans qu’à tuer les foldats fans les ouyr. comme Se-o|[ neque 6 met vn a£te de Pifon proconful., pour vn exemple de cru- 6
auté fignalee enuers les foldats : ayant veu vn fcldat qui retournoit
ti feul au camp , le condamna à mourir pource qu’il eftoit retourné
il au camp fans compaignonpreiugeant qu’il l’auoit tué :1e foldat affer¬
mi! moit qu’il venoit après luy : Pifon ne voulant receuoir cefte exeufeH iij
36C DE LA REPVBLIQJel’enuoya au fupplice:fus le point quon eftoit de l’executer, fon compa
gnon feprefente plein de vie.alors le capitainequi auoit charge de j£jrç
executer retourne auProconful auec les deux foldatsile proconful irrité
les fait tous trois mourinle premier parce qu’il auoit efté condamné • le
fécond parce qu’il auoit efté caufe de la condemnation : ôc le capitaine
parce qu’il n’auoit obei.de forte que pour l’innocence d’vn homme il
en fiftmourirtrois.ee n’eft pas vfer iuftement,mais abufer trefcruelle,
ment de fà puiflancermais la cruauté d’autant eftoit plus deteftable, que
il n’y auoit moyen d’appel,ny de requefte ciuile,obftantla rigueur de la
difeipline militaire.DE LA rFVlSSANCE QFE LES JliAGUftrats ont les njns contre les autres.Chap. y i.N t o y t e Republique bien ordonnée il y a trois de-greZ de Magiftrats. le plus haut eft de ceux qu’on peut
appeller fouuerains:qui ne recognoiflent que la maiefté
fupreme.les moyens obeiflentaux vns,& commandet
aux autres, le plus bas degré eft de ceux qui n’ont aucun
commandement fur les Magiftrats, ains feulementfur
les particuliers fugets à leur reffort.Et quant aux Magiftrats fouuerains,
les vns ont puiflance de commandera tous Magiftrats fans exception:Il eft dange les autres ne recognoiflent que la maiefté , & n’ont pouuoir que lus les
reuxde fai- Magiftrats fugets a leur iurifdidion. Quant aux Magiftrats fouuerains,
re vn Magi- qui ont pouuoir fur tous les autres: &ne recognoiflent que le fouue-
ftrat quiayt rainai y en afort peu,&moins àprefènt que anciennemet, pourledan-
commande ger qu’il y a que l’eftat foit enuahipar celuy qui tient foubs là puiflance
met fur to9 tous ^cs fugets, & n’a plus qu’vn degré pour monter à la fouuerainete:
les autres. & principalement fi le Magiftrat, qui a cefte puiflance, eft feul, ôc fans
compagnon, ayant la force en main, comme le grand Preuoft de l’em¬
pire, qu’ils appelloyent Prœfettum Prœtorio, lequel auoit commande-i. Fiauius vopif- ment fur tous les Magiftrats par tout l’empire, ôc cognoifloit des1 appel*
étions de tous Gouuerneurs, ôc Magiftrats, & n’y auoit point d’appel
prxcor. Je lUy ’-.iaçoit que les premiers qui eurent ceft eftat, n’eftoyent que ca¬pitaines des légions Prætoriaines : comme Seius Strabo ^ le premier qui
fut pourueu de ceft office foubs Augufte: ôc Seianus foubs Tibere.
Mais les Empereurs qui furent après, leur donnèrent peu à peu toute
puiflance, comme à leurs lieutenans généraux &amis plus intimes, fe
defehargeant fur euxdelacognoiflancedetoutes affaires, ôc des caufes
qu’ils auoyentaccouftumé deiuger.Qui fut la caufe d’en pouruoirlesplus
H LIVRE TROISIESME. ^plus gratis Iurifconfulccs , comme Martian foubs Othon , Papinian
foubs Seuere, Vlpian foubs Alexandre, deuant qu’on euft diuifé les
\ armes, d’auec les loix , & les gens de iuftice, d’auec les capitaines.
t| Depuis l’eftat de grand Preuoft fut diuifé; en deux, & puis en trois, 5'ub l C‘I pour amoindrir leur puiffance. Autant pouuonsnous dire des grans
ii( maires du palais, & des Princes deFranceençe Royaume, & du lieu-
| tenant général du Roy : aufquels on pourroit aucunement aparager le
premier Bafcha en Turquie, & le grand Edegnare enÆgypte, foubs
laprincipauté des Sultans: mais le premier Bafcha cède aux enfans du
Prince, qui commandent,&prefidenr en Pabfence du pcre- & le grand
i( Edegnare n’auoit point de commandement fur les capitaines des forte-
refles,non plus qu’en Turquie, ny en ce Royaume, ny en l’eftat de Vc-
nife,ny enEfpaigne.Auffilapuifl'ancefouueraine decommâder àtous
magiftrats, & officiers fans exception,ne fe doit donner à vn feul, fi ce
n’eft en cas de neceffité,& par commiffion feulement,comme on faifoit
anciennement aux Di&ateurs : & maintenant aux regens en Pabfence
; fureur,ou bas aage des Princes fouuerains. le di en Pabfence, car il eft
?' bié certain qu’en la prefence du fouuerain, toute la puiffance des magi-
ftrats, & commiffaires ceffe, & n’ont aucun pouuoir de commander,* ny aux fugets, ny les vns aux autres. Et tout ainfi que touts fleuues per-I dent leur nom, & leur puiflance àl’amboucheure de lamer: &les lu-* mieres celeftes en la prefence du fouleil,&auffi toft qu’il s'approche de■ Phorizon, perdent leur clarté, en forte qu’ils femblent rendre lalumie-
re totale qu’ils ont empruntee: ainfi voyons nous, qne celuy qui portep la parollepourle Prince fouuerain, foitau confeil priué, foitencour» fouueraine,foit aux eftats, fe mettant à fes pieds, vfe de ces mots, L e■ ROY v o v s d i c t . Et file Roy eftoit abfent, le Chancelier, ou £n prcfécc
ml Prefident tenant la place du Roy par deflus touts les Princes, pronon- JL1 fouue_
fi ceroit fuiuant l’aduis de la pluralité,aunomdela cour, ou du corps & rainc0ucela
B college ayant puiffance de commander, & iurifdi&ion ordinaire. Et puiflance1,1 d’autant quele Chancelier PoyctPrefident au grand confeil, enl’ab- Jesmao-i-II fence du Roy vfoit fouuent de cefte forme de parler,Le roy v o vs ftratsiij D ict , futaccufé del’eze maiefté, outre les autres poinârs daccufà- nuc cnfou_
non' En quoy plufieurs s’abufent, quipenfent que la vérification des fralice
(jj edits, lettres, ou priuileges, eft faicte par lacour, quand le Roy y eft
y prefent, veu que la courales mains liees, & qu’il n’y a que le Roy qui
commande. C’eft pourquoy celuy qui porte laparolle pour le Roy,
j; dit en cefte forte, Le Roy vous dict, que fur lereply de ces lettres fe-
i ramis, quelles ont efté leues, publiées, & enregiftrees, ouy force
f°n procureur : fans y mettre,ce requérant, ny confentant : car l’aduis
ny prefence du procureur ne fert de rien, le maiftre prefent. Auffi li-
fons nous que en l’affemblee des eftats du peuple Romain, touts les
i.Plutar.in Pho¬
cione.03^8 DE LA REPVBLIQJEmagiftrats baiffoient les faiffeaux &maffes,enfignedliumilité, &par~
loient debout au peuple affis ; monftrant qu’ils riauoient aucum pou¬
uoir de comander. Et tous Magiftrats procedoientpar requcftes vfanc
de ces mots, VELITIS Et le peuple quand il don-noit fon confentement à haute voix,deuatlaloy Caffia tabellaria, vfoit
de ces mots, Omnes quibicafjident, volumus iubemüjque. Et les tablettes
portoient ces lettres A, & V> R, antiquo, njti rogas. Et en cas pareille
peuple d’Athenes eftoit affis, alors que les magiftrats parioyent1 tout
debout. Mais dira quelqrivn , s’il eft ainfi que les magiftrats rieuf-
fent aucun pouuoir de commander aux particuliers, ny les vns aux
autres en la prefence de ceux quiauoyent la fouueraineté , pourquoy
eft-ce que le Tribun du peuple enuoya fon huiffier au Conful Ap- :
pius,pourluy impofer filence? & le Conful pour luy rendre la pareille
luy enuoya fon maffier,criât tout haut quil rieft oit pas magiftrat?Iere- 1
Ipons, que fouuét tel débat aduenoit entre les magiftrats mefmemenc
entre les Confuls, ôc Tribuns : mais ilne faut pas pour tant conclure, ï
que Tvn euftpuiffance de commander àl’autre,en prefence dupeu-
ple: comme il fut bien rem.onftré au premier prefident le maiftre, fus
le différend des habits, entre le parlement, ôc la cour des aydes, qui
debuoyent accompagner le Roy, il aduint au prefident de faire def- !
fenfes, ôc vfer de commandement enuers la cour des aydes : Ôc iaçoit à
que le Roy ne fuft pas fi près, qu’il peuft ouyr le commandement: i
toutesfois on dift au prefident, qu’il riauoit rien à commander, au
lieu où eftoit le Roy , quand ores il euft eu commandement fus la i
cour des aydes. Encores peut-on dire, que fi les magiftrats riauoyent |
puiffance de commander^ ils ne feroyent plus magiftrats: ôc la præ- j,
rogatiue des preffean ces ne feroit pas fi foigneufement gardee en la J
prefence du Roy comme elle eft. le di que les magiftrats demeu- |lt
rent cn leurs offices, ôc par confequent en leurs dignitez ôc hon- fl]
neurs : ôc riy a que la puiffance de commander fuipendue : comme ^
en cas pareil ledidateur eftant nommé, touts les magiftrats demeu- j
royent bien en leurs eftats, ôc offices , mais la puiffance de com¬
mander eftoit tenue en fouffrance : ôc auffi toft que la commiffion C
du didateur expiroit, ilscommandoyent : ce qu’ils rieuffent fait , fi f
le magiftrat, ôc office , leur euft efté ofté réellement, ôc defaid.Qui feruira de refponfe à ce qrion pourroit tirer en argument ce
qu on lift és anciens autheurs , Creato diÛatore , magiftratus abdicant: '1
qui ne s’entend que de leur puiflance „ qui eftoit fuipendue pour ^
vn peu de temps. Et la raifon eftgeneralle, que la puiffance du moin- ^
dre foit tenue en fouffrance, en la prefence du fuperieur: car autre- ^
ment, le fuget pourroit commandercontre la volunté du feigneur: %
le feruiteur contre le gré du maiftre : le magiftat contre laduis du [MPrince: fini
LIVRE TROISIESME. 3*9Prince: chofè qui feroit preiudicc ineuitable à la maiefté fouueraine,
ficen’eftoit quelePrince depouillaft laperfonne de fouuerain, pour
voir commander fes magiftrats : comme l’Empereur Claude fouuent
alloic voir les maeiftrats en public, 6c fans fe deguyfer, femettoitau _i - « o i i i. ri* i i r» • iTranquil.iiideffoubsd eux j leur quittant le plus digne lieu: ou bien que le Prince ciaud.
vouluftfouffrir iugement defes officiers,luy prefent. Caria 5maxime de iurifdic.^
de droit qui veut quele magiftrat efgal,ou fuperieur puifle eftre iu-
gé parfoncompaignon, ou inférieur, quand il s’eftfoubmis àfàpuit
lance, a lieu en laperfonne de touts Princesfouuerains, pour eftre iu-
gez non feulement par les autres Princes : ains aufli par leurs fugets.Car iaçoyt que ceux-là peuuent iuger en leur caufe,à qui Dieu à don¬
né puiflance de difpofcr fans iugement, comme difoit Xenophon 4: 4.ut> •t- cutcl£l&
neantmoins il eft beaucoup plus feantàleur maiefté de fouffririuge- hçrcdib.infti.Æcr*
ment dc leurs magiftrats, que fe faire iuge de foy-mefme . Mais af- uidcfurtisff.
fin que la maiefté ne fouffre aucune diminution de fà grandeur , 6c
que la fplendeur du nom Royal n’eblouifle les yeux des iuges. Il a
efté figement aduifé en ce Royaume, que le Roy ne plaideroit que
par procureur , c eft à dire qu’il ne feroit iamais en qualité, ce que
depuis les autres Princes ont fuiuy : Vray eft que le procureur du
Roy plaidant pour le Roy en qualité de particulier, comme s’il ob¬
tient lettres en forme de recifion, il doibtlaifler la place du procureur
du Roy 6c fe mettre au barreau des Pairs de France. Ce que i’ay did
que les magiftrats iïont point de puiflance en la prefence du Roy:
s’entend aufli quand leurs commiffions s’addreflent aux fugets de leur
iurifdidion, lors qu’ils font à la cour, fuite, 6c pourpris dicelle : ce
qui eft gardé bien eftroidement. Mais on peut demander, fi le ma¬
giftrat peut defFendre au fuget d’approcher de la cour, au reflort de
fon territoire. Cela n’eft pas fans difficulté, toutesfois fans entrer plus
auant en difpute , iedi que le magiftrat banniflantle coupable hors
le territoire de fi iurifdidion, oii le Prince peut eftre alors, il luy de»
fend aufli d’approcher de la cour: mais il ne peut fpecialemcnt luy
faire deffenfe d’approcher de la cour: en quoy la reigle de Papinian
alieu qui dit, Exprejja nocent, non exprejja non nocent. Et me fouuient
qu’on trouua bieneftrange à la cour, 6c mefme le Chancelier de Fo£
pital 3 que les commiffaires deputez au iugement du prefident Laie-
mand, luy firent defences d’approcher dc dix lieues à la ronde de la
cour. & fut dit qu’il ny auoit magiftratny cour fouueraine qui peuft
faire telles defences. Et peut eftre ce fut l’vne des principales caufes,
pour laquelle le Prefident L’alemand, au confeil duquel i’eftois, ob¬
tint lettres de reuifion. Car non feulement il feroit trop dur, 6c in¬
humain, d’ofter la voye dc requefte au fuget enuers fon Prince, qui
eft de droid diuin , 6c naturel : ains auffi ce feroit faire vn preiudicc
3?0 DE LA REPVBLIQVEà la maiefté fouueraine , comme i ay dit cy deffus. Et combien que
ji.rcic^atorumdeks coursfouueraiiies banniflenthors du Royaume, &aux lieux oùils11 ont point de puiffance, contre le droit 'commun : fi eft-ce que Far-
reft nauroit point d’effea, file Roy, au nom duquel les parlemens
iugent, ne donnoit la commiflion : aufli touts les arrefts en forme
commancent par le nom du Roy. Or tout ainfi quen la prefcnce
En la pre- Prince la puiffance de tout s magiftrats eft tenue en fouffrance:aufli
fence des cllc en laprefence des magiftrats fuperieurs, ôc commiffaires 5 qui
plusgrans ont puiflance décommander aux inférieurs, comme on peut voir en
magiftrats ce Royaume, ou les prefidens,&: confèillers,chacun en leur reffort, ôc
les moin- ^cs maiftres des requeftes3en touts les fieges de iuftice,horfmis es cours
dres n ont fouueraines, ont puiflance de commander aux fènechaux, baillifs,pre-
point de uofts , ôc autres magiftrats inférieurs : femettans en leur fiege de iufti- 1
puiflance. ce,&peuuent iuger,ordonner,&commander,comme fupericurs aux $0.1.1udicm rdui- inférieurs,Ôc leur faire deffenfes de pafler outre: cc qui eft général à tous Imagiftrats fuperieurs, commeditlaloy, ° Judicium foluitur, vetanteeoqui iudicare mfjerat, a>elqui maius imperium in ea iurifdiflione babet. Le mot !imperium nè fignifie pas feulement puiflance de commander, ains auffi us.ad atticum îib.z. magiftrat mefines. ôc quand Ciccron ' a dit, maius imperium a minore firogari ius non eft: il vouloir dire, que le magiftrat, ou commifîaire égal 1en puiffance,oufuperieur, n’eft tenude rcfpondre par deuant foncol- Jlegue,ou moindre que luy. qui eft la maxime des anciens, que leiurif *confulteMeflala declaire par exemples. A minore imp erio 3 maius: auto, |maiore, collega rogari iure non poteft. quare neque Confule s, aut Pmtorcs, tCenJoribus:neque Cenfores, Confulibus, aut Prœtoribus turbant, aut retinent >
aufficia : atC enjbres interfe.rurfus Prœtores^Confuléfqueinterfe,&vitianty& obtinent. Voila les mots de Meffala,qu’il dit auoir tranferipts du xiiii.liure de C.Tuditanus.maisily afaute en ce qu’il ditaprcs,Prœtor&Jîcol- 1
kga Cojulis eft^neque Prœtore^neque Confulem iure rogare poteft. 11 faut met-tre Prœtor & fi collega Prêtons eft fi ce n’eft oit que on vouluft fiuuer cc- lfteledture en difant,queles Confuls,Præteurs, &Cen{eurs eftoyétcol- £legucSjquiaJoli iijdem aufticiis JiJJcm comitiis idefl maioribus creabatur:cœtc- ^ri minoribus auffiiciis &r comitiis, mais ce mot dc collega,où il eft queftio de !"!
comandement,ne (e peut ainfi prédre. aufli iamais il ne fe trouuera que
le Piæteui fuft collègue,ny copagnon du Conful. mais bien au contrai-re,Fap pel d u P rxte u r,alloit au C onful :comme n ou s 1 ifons que le CofuI ^ÆmIlius LePidus cogneut de l’appel intergeté du Præteur Orefte, ôc Î!î»f
iiiverbo pic taxi * ca^a fo11 iugement. n ous voyons aufli c|uc le triumphe 7futadiugcau , %7. vaicr.hb.2.cap. Côful Lu£tatius,pour auoir comandement fur le Prêteur Valere, coni- jUi1. 1.3. $ * vic.i nam me celuy qui eftoit foubs la puiflance. Or il ne fufKftpas de fçauoir que %
dcS^Lapad.les magiftrats égaux en puiflance, n’ont rien à commander Fvn fus lau- !|
iCcTm“noUcmttre;& moins encores à leurs fuperieurs, par la reigle de droit8 : mais il \
norib* faut. y%
LIVRE TRÔI S TES ME, 371faut auffi fçauoir, fi le collègue, ou le moindre, ou celuy qui n’eft pas
collègue ayant toutesfois mefme pouuoir en fon redort ,peut empef-
cher les ades de l’autre. car fouuent les Magiftrats tombent en diffé¬
rend pour telles prerogatiues. & la différence eft bien grâdeentre com¬
mandement^ empefchemet,ouoppofirion.les collègues n’ont point
de puiflance l’vn fus l’autre, ôc toutesfois l’vn peut enipefeher l’autre,
comme le Preteur Pifon, qui eftoit iuge entre les eftrangers, & bour¬
geois, fift apporter fon fiege près celuy de Verres iuge entre les bour¬
geois,pour s’oppofer auxiniques, ôc iniurieuxiugemens* qu’il don- * Afcônius&cl.
noit: deforteque les bourgeois procedoyent volontairement par de- “roainPr«tufaŸr-
uant Pifon,comme il eftoit alors permis. C eft pourquoy Ciceron en Antimonie
îvne de fes loix di t,Magiftrat us nec obedientem, & nociuum ciuem 3 multa, accordée
verberibus ,vinculîjquecoerceto3nifi par,mai6ruepoteftatprohibent. Encores {^ns ofterla
nefuffift il pas dc dire prohibent, car le magiftrat efgal en puiffance,ne neo-ation.
peut rien faire deuant fon collègue , s’il ne confent expreffement, ou
qu’il fe foumette à fa puiffance:comme il appert en ce que dit Paul Iurif-
confultc \ Apudeum cuipar imperiumeft3manumitti' nonpofje. ledodeur l l apud demanll_
Cuias a tranché la négation, commeen plufieurs autres lieux, &tou- !^Pudd,c, O ' l manumilhsvina.testais il eft dit en autre lieu, Prœtorem apud Prœtorem manumittere non 2;u.dcoffi.«mfu-
pojje. Ôcriy apointd’antimonie en ce que dit1 Vlpian, que le Conful 1$
peut affranchir enprefence del’autre conful : veu que celàs’entend au
iour que celuy qui affranchift,a le commandement, Ôc les maffiers : par
ce qu’ils n’auoyent iamais puiffance en mefme iour: comme ditFefte T. . , _1 r i- r • >1 r rr t* i LmiusdeClau~Pompee, Ôc ce peut voir en pluiieurs lieux 5:loit qu ils ruflent d accord, dio Ncronc & lui1./' t y * r / l r ■ 1 • 1 uiofalinatorc.PJa-ouen dilcord. carLiuius lurnomme lelaunier, emporta le triumphe tar.in Æmilio.Fc-
par deffus Néron fon collègue au Confulat, d’autant qu’il commandoit forcmConfdemï
cciourlà,ditTitcLiue, ôc neantmoins la bataille fut donnee ducom- CxCar diciPutacr 11» 1 tj r - cum pcncS cjucmmun contentement de l’vn, ôc de l’autre, ôc mefmes les dix commiflai- fafccs fmt-
- \res,qui drefferent les loix desxn.tables,commâdoyent Tvn aprèslau-tre 4 feulement. Or lareigle qui veut que les collègues s’empefehent ^ Lmiusljb-3'l’vn l’autre,eft fondee en raifon generale,dc touts ceux qui ont quelqueçhofe en commun,celuy qui empefcheaplus de force fà condition de rcgul.l.Sabinusen ce cas eft meilleure,que de celuy qui veut pafler outre : qui fait auffi fundümliicondd.que entre plufieurs loix?celle qui defend eft la plus forte. Quand ie dy en ^nftku:T£d/puiffance efgale,celi s’entend aufli en noriibre egahear en touts corps ôc vrbanomm Prx-colleges,foyent magiftrats,ou particuliers,la plufpart l’emporte. Et par
ainfi le moindre nombre du college des magiftrats,ne peut empefeher
la plus grand part. Et quand touts les collègues eftoyent d’vn aduis, 011
mettoit ces mots PRO COLLEGIO. Mais s’il eft vray ce que nous a-
Uons dit,pourquoy Meffaladit-il, Conjule ab omnibus magiftratibus cocio¬
nem auocarepoJJe3ab eo nemine:deinde Prœtorem ab aliisprœter cjuam à Cojuli-
bus\ minores magiflratus nujquam 3 nec contionem nec comitiatum auocaffe. Il
s enfuit querempefchement,& oppofiton des moindres magiftrats5ou
37i DE LA REFVBLIQVE'cfgaux en puiflance, nepouuoit empefeher les adions des plus grands.Il y a refponfe que l’euocation gift en commandement^ non pas l’0p- ,
position : comme nous dirons tantoft: mais deuant que paffer outre.eeMagiftrats queditMefl'alan’apointdclieupourlc regard des Tribuns du peuple: !'
égaux s’em- quenousauons monftré auoir qualité de magiftrats, &puiflance dépefchent conuoquer le menu peuple, & contraindre les Confuls de deferer à î
par oppofi- ^eur oppofition, non pas par puiflancede commander, mais parern-riôn. * prifonnemenc de leurs perfonnesj&faifie de leurs biens, comme nous jlifons que le fenateur Seruilius adreffant la parolle aux Tribuns dift ■.Vos Trïbunipleb. Senatus appdlat, vtintanto diferimine ücipublica diflato- \
rem dicere Confulespro vefira poteflate cogatis. Tribunipro collegio pronun¬
tiant,placere Confides Senatus di flo audientes effe,aut in vinculafeduci wf-furos.Et tant s’en faut que les Confuls euflent puiflance d’empefeher l’af '
i'emblee du menupeuplecuoquépar les Tribuns,qu’il n’eftoit pasfeu-pionjfias iib-7- lement en leur puiflance de les interrompre quand ils parloycnt au peu- t
pie,fus peine de la vie, par la loy Icilia6, ficeluy quiauoit interrompule Tribun enfa harangue ne payoit l’artende au vouloir du Tribun: J.comme le Tribun Drufus fift cognoiftre au Conful Philippe , qu’il ?L’oppontiô fiftmetCreenPrif'on,Pour 1 au°irinterrompu. Encoresy ailvneexce- *du Tribun PnonPour Ie regard des Tribunsdu peuple, en ce que nous auonsdic Fempefehoit ClUC *a P'u*Parc d vn collège de magiftrats emporte la moindre : carvn 1touts les feul Tribun pouuoit empefeher les ades de touts fes compagnons,en f’magiftrats vcrtudcfonoppofition:&lcsadesd'vnfeuI,auoyentleureflcds'iln'y 11&fes colle- auo*t °pp°firion des autres: comme on peut voir en TiteLiue7, ou il ‘ifo-ues met- ^ 4ue ^es fermiers du domaine furent defehargez, rogationefub vniusmes. Tribuni nomine promulgata: ScQïicc que dit le Tribun Sempronius, Ego ï(7 ,iib.4 j. teJnquitjAppiJn vincula duci iubebo^nifi A Emyliœ legiparueris: approbanti- ®bus fex Tribunis aélionem collega, tres auxiliofuerunt 3fummacpue inuidia otn- ®nium ordinumfolus cenfuramgejjit. Auffi voit-on que neuf Tribuns dvii Ji|commun contentement , furent d’aduis qu’on enuoyaft quérir les for-* Vces de Pompee,pour reprimer la puiflance de Cicero, qui eftoit redou- Ipltable à la Republique, après qu’il eut donc la chafle à Catilina,mais Ca- h8. Plutar.iü Cicer. ton Tribun du peuple s oppofa8, ôc luy feul empefcha l’execution du ïïiiiiî.prouinc. confit-decret de fes collègues. Et alors que Scipion l’Afiatlqucfut accufé,iln’y 4
eut que Sempronius Gracchus quiempcfcha qu on nc l’emprifonnaft.Comment, dira quelqu vn, vn feul Tribun pouuoit-il empefeher, les ^adions du Sénat,ôc des Confuls,& mefmes de touts fes collegues?Il eft ^certain,fi les autres Tribuns ne prefentoyent requefte au peuple,tendat LGuC a fin que le Tribun fuft deftitué de fon eftat : comme il fut fait à Marc1 ^Qdaue T ribun du peuple, pour l’oppoiltion qu’il forma contre lare- ^quçfte de Tiberius Gracchus,aprouueé de tous fes compagnons,&rc- kccuc du peuple. C eft pourquoy TiteLiue difoit, Faxo nçmuetvoxifta ^Fcto/p* iJi
t LIVRE TROISIESMË. 373J Veto3qua collegas nofiros ta lœti concinnentes auditis. Conteni iam TribuftoJJ>le~| lis y quippe pote Bas tribunitiafiuam ipja vim frangat intercedendo. Mais cela
| ‘ s’entend quâd 1 oppofition du T ribun regard oit le public: car s’il eftoit
J queftion de fon fait particulier en ciuil , ou criminel, on n y auoit point
d’egard,& foufroit condemnation, fi lvn de fes compaignons ne l’em-
' ' pefchoit : comme on peut voir du T ribun L. Cota, qui 11e vouloit plai-
^ der,ny payer, fiduciafacrojanftœ pote fiatis : mais fes collègues luy denpn-
?! cerent,quils ayderoient aux créanciers,s*il ne vouloit payer:autrement
l’oppofitiô d’vn collègue empefchoit de pafTer outre. Vray eft que peu
à;peu par couftume,on pratiqua lamaxime vfitee en tous corps &col-
!!1f lcges,à fçauoir que la plufpart des Tribuns eftant d’accord,ne fuftem-
j pefchee par l’oppofition d’vn,ou de la moindre partie: comme on peut
1(ï voir eu ce que dit TiteLiue, Ex aufloritate Senatus latum efi ad populumj
oit) ne quis templum aramve iniufiju Senatus3 aut Tribunorumplebis maioris partis
Eli dedicaret. ôc par laloy3 Attilia, il eftoit porté, que le Preteur, ôc la pluf- *.Lmiusiib.j*.ia-
litt part des Tribuns du peuple, decerneroient tuteurs aux femmes, ôc aux toTe!inftitu^'tu"
.al pupilles. Et cefte couftumeprinttellemét force,que le 4 Sénat fift met-
I treen prifonQ_. Pompeius Rufus Tribun du peuple, voulantempef
il cher laflemblee des Eftats : qui eftoit enfraindre les loix facrees, corn-
mI me nous auons dit cy deflus. autrement on n’euftpas eu la raifon d’vn
Ji1: feditieux Tribun, s:’oppofàntaux a&ions des autres Magiftrats. C’eft
ji51: pourquoy le Confui voulant affembler les grands Eftats faifoit publier
fon edit à fon de trompe, portant defenfes à tous Magiftrats moindres
jf que luy de prédre garde aux aufpices: c’eft à dire à la difpofition de l’air,[ ôc au voldesoifcaux,pourconied:urerfi la chofe qu’on entreprenoit
^ eftoit agreable à leurs Dieux : car s’il tonnoit tant foit peu, ou que Tvn
{ des aflifh\ns tombaft du mal caduc, qui pour cefte caufe eftoit appellé1- Mal comitial,le peuple s’en alloit (ans riéfaire.c’eftoit la charge desAu-
J gures.qui pouuoient bien denoncer,mais ils n’auoient pas droiâ: d’op-
1 j pofition, comme les Magiftrats égaux en puiflance, ou plus grands. ôc4,Dio.Iib 40,fi les Magiftrats eftoient inférieurs à celuy qui tenoit les Eftats, leur op-
t0i pofition ne pouuoit empefeher qu’on ne pafTaft outre: mais lesa&es
13f eftoientvicieuxôc fugets à Trecifion: de forte que Caius Fieulus Con- ^.Yarrovitîoracocrut C 1 r 11 -n/n .n / r mina, vitiocrea-lui auec ton collègue, après auoir elte elleu, prefte le ferment, ôc mené
tfj1 l'armee iufques en Efpaigne,furent rappeliez, ôc deftituez par6 arreft
du Sénat: parce que les Augures auoient dénoncé à Tibere Gracchusmitia, vitio crea¬
tos magiftrarus.
Ciccro Phil.i.Au¬
gures nuntiationê
habentjcarteri ma-„ giftrarus fpedtio-)tP Conful,que les aufpices eftoient contraires alors qu’il tenoit les Eftats "em •fed Fcftu*. 1 rt* r / t > Pompeius ait fpe-f ôc ne laifla de palier outre. Et afin que la pluralité desoppofîtiôs,&: de- aj°ncm,fiucafpc-
|ltj! nonciations n’empefehaft l’vne l’autre : îlneftoit pas licite de prendre habuiffe, nô^amc
ÿ! garde aux aufpices, ny denoncer, ny s’oppofer plus d’vne fois en vn
4 iour. Mais quant aux autres adionsdes Magiftrats, loppofition des
j! Tribuns les arreftoit : & fi on vouloit pafTer outre, ils procedoient par lcÿ- Ub s
01' voy e de £iit : ôc quelquesfois il s’y faifoit des meurtres: comme le Pre- 7 °fi I0
8. l.j.fiaduer(us
rem iudic. C.I.mi¬
nor. aurem, de mi¬
nor.!.?.§. fi quis, de
appel.ï.l.iudiciumfol-
uit.ur.de iudic.t. m îuHsv374 DELA REP V B L I QJV EtcurAfçllius portant faueur aux debteurs,fut tué en facrifiant, par la fc*
dition des creâciers,ayant pour chefvn Tribun du peuple. Et tout ainfi
que pendant,& au parauât Fade,les oppofitions des Magiftrats égaux,
ou fuperieurs rcmpcfchent:aufli après les a&esJe moyen d’appel eft,&
a toufiours efté en toute Republique, du moindre au plus grand Magi-
ftrat,chacun en Ton reflort,&: iurildidtion. Et s’ilneft pas en la puifTan-
ce du moindre Magiftrat de comander ^u plus grand, ny d’empefeher
fes actions : auffi ne peut il8 reftituer, contre le iugement du fupericur,
ny corriger Tes ades,ny cognoiftre des9 appellatiôs intergetees deluy,
non plus quedefon collègue: ains au contraire (île commis, ou lieute¬
nant d’vn Magiftrat eft pourueu d vn eftat en pareil degré que le Magi¬
ftrat, lacommiffion,&charge de lieutenant ce(Ie:&les a&esparluy en-
commencez, font interrompus &1 refolus. Et iaçoit que cela neft pas
gardé à la rigueur, fi eft- ce que s’il y va de la vie, ou de l’honneur, on y
doit prendre garde. Et s'iladuient au moindre Magiftrat, ou collègue,
ou égal en puiflance, de prendre cognoiflance, & receuoirles accufa-
tions defon collègue ou fuperieur, il peut prendre à partie, & faire ap¬
peller en adtion d’iniure le Magiftrat,&l’accu(àteur. Et pour ceftc caufe
Cefar neftant q Preteur,accufépar deuât vn Quefteur d’auoir eu part à
la coniuration de Catiline,fift mettre en prifonle iuge& l’accufàteur,
& les fift condamner en grofles amendes : & mcfmement le Quefteur,
quodapudfemaiorempoteflatem compellaripajfus ejjet, dit1 Suetonne. Mais
on peut icy doubter,fi le Magiftrat inferieur^qui peut eftre commandé
par le fuperieur,peut auffi eftre comandé par le lieutenant du fuperieur.
Plufieurs penferoient que cela eft fans difficultéiattendu queles lieute¬
nans ne comandent rien en leur nom,&ne le peuuent auffi,ains au nom
du Magiftrat duquel ils tiennent la place, auquel le Magiftrat inférieur
doit obeiflance. ôc s’il eftoit permis aux Magiftrat? inférieurs defobeir
aux lieutenâs desiuperieurs, les particuliers par rnefme raifon s’en vou¬
draient exempter,qui (eroitrenuerièr tout l’eftat.Toutcsfois on pour-
roit dire auffi, que leslieutenans desMagiftrats érigez en tiltre d’office,
ont puiflance de commander en leur nom, & en cefte qualité contrain¬
dre les Magiftrats inférieurs, neâtmoins ie dy que les lieutenans ne peu¬
uent commander,ny decerner commiftion en leur nom propre, & s’ils
le font,les Magiftrats inférieurs ne font tenus d’y obéir. cela a efté iugé
par arreft de la Cour deParIemet,à la requefte du Senefchal de Tourai-
ne cotre fon lieutenant, qui fut contraint d’otroyer les commiffions au
nom du Senefchal. cela eftoit bien (ans difficulté au parauant l’ordon¬
nance de Charle v 11. que les lieutenans eftoient inftituez , & defti-
tuezpar les Senefchaux:mais le doubte furuint, quand ils forent éri¬
gez en tiltre d’office, ayant puiflance du Roy,& non du Senefchal.
Mais il ne faut pas pourtant prefumer que lePrince ait voulu ofterla
puiflance aux Scnefchaux. ôc Baillifs,ce qui ne pouuoit eftre fait que
L I V R E T R O I S I E S M E. 37*paredit de fuprcflîon: ains au contraire ,l’ere6tion des lieutcnans en
qualité de lieutenans eftablift déplus en plus ^puiffance des Senef-
chaux ôc baillifs. Et combien que le Sénat de Rome, ôc puis les. Em¬
pereurs s’attribuèrent lau&oritéde donerlieutenans aux gouuerneurs
de paysineantmoinslaloy dit, Apud legatum Procafults^non efilegtsafho.
auffi pouuons nous dire que la force de commander n eft point en la
perfonne des lieutenans. Et cela eft fi certain que le Magiftrat fe innec¬
tant au fiege d’autruy n’a pas puiffance de 5 commander en fon nom, offic&cfST j ^
Qui fait qu il n y a4iamais d’apel du lieutenant,à celuy duquel il tient la de offic. Procôful*
place :iaçoitqueleMagiftratpuiffe cognoiftre del’iniure ôc entreprife
de fon lieutenant: carie lieutenant n’a pas toute la cognoiffance du Ma¬
giftrat duquel il tient la place. & moins anciennement qu a prefent : ou
les lieutenans des gouuerneurs de pays n auoient aucune puiffance de
punir Jcorporellement. AuffileslieutenansduPrince en guerre,bien ^.Protonfu^
qu’ils ayent commandement fur les Princes du fang, fi eft-ce que s’ils
çontreuiennent aux loix militaires, la cognoiffance en appartient au
fouuerain, ou bien au chapitre des Cheualicrsde l’Ordre, s’il y va de
l’honneur,ou de la vie. Et en plus forts termes,quand il eft queftion de
la difeiplineeeelefiaftique,feulement les Euefques ne font pas tenus de
refpondre pardeuant les Officiaux, ou Vicaires généraux des Arche-
uefques:commeilaeftéiugé pour les Euefques de Troye & de Neuers
par arreft du6 Parlement de Paris: par lequel il futdit,qu’ils 'n eftoient 6'lanl;j0&w‘
tenus d’obeir finon aux A rcheuefques en perfonne. Cequei ay dit de
la puiffance des Magiftrats fuperieurs aux inférieurs, s’entend en leur
territoire, en leur fiege, & au fait de leur iurifdidtion :hors laquelle ils
font7 priuez & particuliers, fans puiffance, ny commandement. Mais afST
on peut demander fi les Magiftrats égaux en puiffance, ou collègues,
font auffi égaux en honneurs, & prèffeances. Iedy quel’vn n’a rien de La P^eroga
commun auec l’autre : &fouuent ceux quifont les plus honorez ont r*Llc ^ bon-
moins de puiflance , qui eft I’vn des plus beaux fecrets d’vne Republi- neur narie
que, ôc mieux gardé à Venize qu’en lieu du monde. entre les Confuls comun
le premier defigné Conful eftoitle premier nômé aux a£tes publiques, aueclapuif-
& aux faftes,& auoit la preffeâce: autremét c’eftoit le plus aagé, iufques fançe.
à la loy8 Pappia, qui donna la prerogatiue d’honneur au Conful marié, s.Niccphor. iib.7.
ou s’ils eftoient tous deux mariez,à celuy qui auoit le plus d’enfans, qui capTiTdc inre
fuployét le nombre des ans. Et entre les Prêteurs,celuy qu’on appelloit ^ quUuieilu-
Vrbanum eftoit le premier,&tenoit la place des Confuls,affembloit le ber.c.Tacn.iib.C • 1 ' o " 1 n 1 t 1 r> 56" Trancî- m Au-oenat,tenoit les grads eftats entre les dix Archontes égaux en puif-
fance,il y en auoit vn qu’ô appelloit Arcboneponymos, qui paffoit deuat maiorem,
tous les autres, ôc les ades publiques eftoient au&orifez de fon nom.Ainfi pouuons nous dire, qu’entre tousies Parlemens de ce Royaume,
le Parlemét de Paris a la prerogatiue d’honneur par deffus tous, ôc s’ap¬
pelle encores la Cour des Pairs deFrance, ayant cognoiffance des Pairs,üj>. Fcftus in verb®
37 g DELAREPVBLI QV Epriuatiuemét à to9 autres.Ôcmefme entre cous les procureurs du Roy,ce¬
luy du parlemêt de Paris a toufiours eu la prerogatiue d’hôneur par def-
fus tous autres, qui doiuéc tous fermer aux cours fouueraines, hors mis
le procureur général au parlement de Paris, qui ne doit fermétfinonau
Roy. Aufli voit-on q le Côneftable de Frâce ôc le Châcelier, ores qu’ils
n ayent rien à commander Tvn fus l’au tre, ôi qu’ils foient vis à vis Tvn dç
l’autre en fcance,ôc en marchât cofte à cofte, neantmoins le lieu d'hon¬
neur eft referué au Conneftable, qui eft à la dextre deuant le Roy, & le
Chancelier à la feneftre. fi ce n’eft qu’on vouluft dire qu’il a ce lieu pour
tenir à dextre l’efpee du Roy.mais outre cela au {acre Ôc couronnement
du Roy,ôc aux ceremonies., où il y alieu depreccdence, le Conneftable
pafle deuant le Chancelier, quieftfuiuy du grand Maiftre de France.
Ce que i’ay mis en paflant pour exemple, ôc non pas pour traiter des
honneurs. Mais d’autant que nous auons dit que les Magiftrats égaux
en puiflance, ou qui ne tiennentrien l’vnde l’autre,ne peuuent eftre
commandez les vns par les autres : on peut doubter fi entre plufieurs.
y.i imperialem §. Princes,ou confeigneurs, l’vn peut eftre corrigé par l’autre ayant offen-
ç-e.. ^.Pro~ fé.car la iurifdidion de fa nature eft9 indiuifible, ôc les feigneurs d’vne
mefine iuftice, ont autant de puiflance l’vn comme l’autre, ôc chacun
ww^adminiftî Pour l^tout a puiflance entiere.ee quin’eft pas entre les Princes,ou Ma
tllt* giftrats, qui ont leurs charges, ou territoires diuifez, ôc qui n ont rien a2.Félin.in cap. pru commander l’vn à l’autre : ôc beaucoup moins quand plufieurs Magi-
offic.ddcgU 4'dc ^rats cn corps,& college ont vne charge to9 enfemble:car pas vn d’eux
}•Rotæ dcciC »j-;. n’a puiflance, ny commandement, fi ce n eft par commiflion du colle-mnoms.Angcl.m r -1 r • J rr' Tl 1 r . , .i.eftrecepmm.de ge, quiluy loit donnee exprellement. 11 y en a plulieurs qui tiennentarbitr. idem tenet. i * i r • n • t r r •4.1. nimisprope-quel vn des ieigneurs peut eitre corrige parles conleigneurs: comme
ludfcCûd.u£ ayant perdu fàiufticeparfa£iute:commeila efté iugéàla Rote de5Ro-
j.i.x.de confef c. me. le iugement fe peut bien fouftenir, mais la raifon n’eft pas bonne.6. Bart.m d.l.in- O I rr r/ r *ter tutores An Jr. car de dire qu il a perdu la iuftice ayant oficnfe,ce feroit4 execu ter de-
Îumkaconfuimf- uant que iuger, ôc defpouiller le feigneur, ou le Magiftrat de fon eftat
dVmidndC§.præBal deuant que l’auoir ouy. Et quand bien les menaces, peines, ôc decrets
fe nt em fa mcô fi r- ™tans Porcez parles loix, auroient force dc chofe iugee, comme quel,
mat ex i. fi vt cer- ques vns ont pen(é,fi eft-cc qu’il faut toufiours cognoiftre du fait: ôcs’il
Panorm. Butrio, eft confefle, encores faut il que la; fentence foit prononcee par la bou-
demiam feqûiun^" c^c du iuge : qui ne peut eftre competent de celuy qui eft égal à luy cn
cftre^puid'eiu- pul^ance jComme nous auons monftré cy defllis, fuiuant la plus faine
rifdia.&inLc*- opinion,ôede la plufpart des6Iurifconfultes:(àns auoir égard à ce que les
fegaf.i. Domini- autres difent,qu’il faut que chacun foit iuge où il a failly,car cela7 s’en-
capÇdearburîs. tent s’il n’y aempefehement legitime. Cela ne reçoit point de difficul-
té, fi plufpart du corps Ôc college des Magiftrats eft d’accord, car en ce
fow compet. Cas ils pourront iuger ôc chaftier Tvn des collègues, ou la moindre par-
prudentiam.&cpa- tic du college,comme il fe faifoit au SenatRomain,apres l’ordonnance
ïmatoritafe.1101’ del’Empercur Adrian. ôc ce fait en toutes les cours de ce Royaume.mais
LIVRE TROISIESME. 377cela ne fe peut faire entre plufieurs feigneurs : car ayant chacun iurifdi¬dion 8pourle tout,ils ne peuuét iuger finon Tvn après l’autre,& ne peu- 8 l- fi„vnus i«dica-1 * . n . /-V /* . , L - I tumfolui. d.l.z.§.ex iis.9. Molin.in con-uent auoir qu vn fiege de iuftice,fi le feigneur ^dominant ne le permet,
qui eft la differéce de la iuftice à la feruitude que chacun peut ioüir pour LSd.1
le tout,&en mefme tépsrmais non pasde la iuftice, comme Quelques *• isan.ind.i.inter✓v /1 _ t . /- A •* riirnrM. Rnfrinvns ontpenfé, qui ont excepté les Duchez, Marquifàts ôc Comtez, qui imoia.Panor.Do-
1 ne foufrent point de diuifion parles anciens droits des fiefs, mais il rieft! pas icy befoin de rejeter l’opinion de ceux qui ont attaché la iurifdi- tiam Btald in«p' * C r C \ r • \ 1 n vno.delegatorum.dion aux hers,ahn de ne lortir des termes de noltre traite.Il luhra de di- «fc offic.ddegan.' re cn paflànt, que la iuftice tient fi peu du fief, que le Prince fouuerain
3fi vendant ou donnant vn fief de quelque nature qu’il foit, rieft point re-
puté donner ny vendre la iurifdidion.come il a efté iugé plufieurs fois,H ôc paffé en force d’edit fait par Philippe le Bel : encores que la donation* fuft pitoyable,ce que1 plufieurs auoiét excepté. Puis donc que les Ma- a.Baid.m caP. quï
t giftrats égaux en puiflance, ou qui ne tiennent rien les vns des autrcs,nc t0-d5,iud-oldrad'A. 1 *i 1 conlil.iji.£f peuuent eitre commandez, ny corrigez les vns par les autres, ny les fei-
|t gneurs iufticiers d’vne mefme iuftice,il faut que le Magiftrat fuperieur,
itt ou le feigneur iufticier dominant en prenne la cognoiffance: ou s’il eft
,S queftion d’executer les iugemens des vns fur le territoire des autres, ils
itti doiuent vferde prières honneftes, comme font les Princes fouuerains
,’ï entr’eux par commiffions rogatoires, n’ayans puiffance nycomman-
E1[: dement hors leurs frontières, & beaucoup moins queles Magiftrats en-
K tr’eux,quipeuuent,en cas de refus,cftre contraints par le fuperieur. Les
commiffions rogatoires peuuét eftre du moindre au fuperieur, ou égal
1]; en puiflance,pour executer, oufoufrirexecuterle iugemécdonnéhors
r.; fon territoire,offrant en fon endroit,où 1 occafion fe prefentera,faire le
fcmblable. c eft la forme qui eft, & a efté gardee de toute3 ancienneté. i.cpUcopaie.dc
j Toutesfois il femble que foubs J’Empire Romain, il eftoit befoin,pour yifcoPal1 c.V r ' t ^ z' 1 t 1 , ’r , Komana §.cotra-1 faire executer vn mandemer,ou lentence hors le territoire, obtenir let- henje-dcforo <5-
1 très de l’Empereur:veu que la 4 loy dit, Sententiam liomœdiflam3fojJmt Scfidc^Sc”’Prajtdes inprouinciisji hoc iujfi fuerintjxequi.czt combien que le mot lu- i?b^d;.' bere5 fignihe proprement vouloir, fi eft-ce qu’il ne fe peut ainfiprendre o$c|§^afti‘de
aupaffif. mais il eft beaucoup plus feantd’vlèr deprieres, que de com- 4 I.àdiUo^.rcn.
‘“î mencerpar contrainte, commedifoitMarc Aureleàceluy qui fe plai- ^tiam deiem*
gnoit de fon compaignon, fans luy en auoir parlé : Alloquere illiï, ‘dit-il., / Donat iniIIudne rem imTcrent.quisfcisiuflamfaciat, d’autant que la contrainte du fuperieuren tel cas,f donne occafion de querelles,& ialoufies entre les Magiftrats, qui taur¬
in ncntbienfouuentau grand dommage des fugets, ôc deshonneur delà
République : caries vns,en defpit des autres,déchargent leurs paffions
F furies innocés : côme le Conful Marcel,qui en defpit de Cefar fift foiie-
I/ *er quelques habitans de Nouocome, pou r leur faire cognoiftre,c6mc
'§> il difoit^, que Cefar n auoit peu leur donner le droit de bourgeoifie Ro¬
ui maine. Et fi le different fùruient entre les Magiftrats fou uerains, c’eft au
é I iijdior.
37s DE LA R-EPVBLIQJV-E !grand dommage des pauures (ugets. comme i ay veu vn different entre
le Parlement dc Paris & de Bourdeaux fur l’execution d’vn arreft don¬
né au Parlement de Paris,que le parlement dc Bourdeaux permift eftre
exécuté en Ton reffort, à la charge que s’il y auoit oppofition, le parle¬
ment de Bourdeaux en cognoiftroit. l’executcur voulant pafler outre
»pardeffusroppofition,ily eue appel du condamné^quifutpar luy rele-
uéau parlement deBourdeaux,&fut neantmoins anticipé au parlemét
de Paris. le different des deux parlemés fut renuoyé par le Roy au grâd
Confeil : qui iugea que le parlement de Paris deuoit cognoiftre de l’ap¬
pel . car chacun doit eftre interprete de fa volonté: ôc tout ainfi qu’iln’y• a que le Prince qui peut declarer fes7 loix,& mandemens: auffi le Magi-
t.dcpra:- ftrat doit declarer fa8 fentéce. Et fi les Magiftrats ne vculétauoir égard
aux requeftes ôc annexes, ny foufrir Pexecution des mandemens d’au-
^.Aicxan.Bart. truy en leur reffort,il faut auoir recours au9fuperieur.Enquoy plufieurs7.1.1.1.non dubiu
dc legib.C8.1.x.§.vlt,cuma.mLa diuo. f*e f*ont abUfeZ 5 qu i ont penfé quVn Magiftirat peut contraindre lafor*Sx^Toiôf. ^ors f°n reffort,de foufrir l’execution des mandemens d’autruy : appli-
Feim.incap.vit.de quent les mots delà1 loy [fihociujfifuerint) auxMagiftrats-.quis’enten-
i.in d§.fcntédam. dentdel’Empereuraux gouuerneurs de pays, car la maxime dedroid
touchant les mandemens, & commiffions,s’entendent des lieux,où ce¬
luy qui commande a pouuoir de commander. or eft-il qu’il n’y apoint
de commandemër hors le reffort,ou hors le pouuoir de celuy qui com¬
mande. par cy deuant on auoitaccouftumé de prendre lettres Royaux,
qu’ils appellent Pareatis,quand il eftoit queftion d’executer les mande¬
mens des Magiftrats Royaux au territoire des feigneurs iufticicrs, mais
z. Arrefts de Bour- cefte couftume eft abolie, ôc fouuent les Cours de1 parlement ontde-
fendu d’en vfer,par ce que la maiefté du fouuerain eft en cela diminuéebre j.&i/ij.Iuierz3. &de _ _ausq 5^uid°Pa” peuuent faire executer leurs mandemens fans le congé du fuperieur,au-
Erreur du quel l’appel eftoit deuolu, Ôc ce après la defertion d’iceluy, ôc le temps
mot Fata- coulé, qui eftoit prefix pour releuer,&faire la pour-fuite: qu’ils appellet
lia. fatalia, mal à propos d’vn erreur enuieilly, ôc faute inueteree, de ceuxj.ciceroiib.j.of- qui ont tourné le Code ôc les Authentiques de Grec en Latin,ayant leufie.fi flatus dies cü 1 f r f \ , > n \ j • r . v rChofte/ic appeiu- ^u-e^pour v^^^c elt a dire îours prefix, ôc îours d ailigna-
bat tion, que la loy des douze ’ Tables appelloit ftatosdies , fiata tempora.me dc parler. & toutesfois ceft erreur eft demeuré iufques icy à corri-decreta. pro quo —. /> « - ». . . - J .brej.&i;i;.ian-^ aucunement. Mais quelques vns ont doubté5fîles Magiftrats inférieursxajcacl SiyfML- au® iarnais Iurifconfulte, ny homme parlant Latin n’a vfé de ceftefor-rfâ rata & certager. Or pour refoudre noftre queftion ,iedy qu’il n’eft point neceflai-
rccllie^e Magiftrat inférieur ait licence, comme il fe faifoitparcy de-
fîcat: fed in opti- uant par lettres qu’ils appelloient dc iuftice 3 abolies par l’ordonnance
de Charlefcpticfme, (îce n’eft que le Magiftrat fuperieureuft fait de-
fenfes particulières d’executer : en ce cas il eft befoin que les defen-
4.Feiin. incap. ex fes foyent leuees, deuant que pafler oultre. car autrement il neft
ext.col.j.nu.9. ^ ' point4 requis que l’apcl foit declairé deferc par le Magiftrat fupericur,pour
LIVRE TROISIESME' 37?pour Fexecution clc la fentéce : d autant que la defertion eft acquife par
laloy, &: non pas en vertu de la fentence du Magiftrat. Et la dignité des
Magiftrats fuperieurs,n’eft point offenfee par les inférieurs., quand il ny
a point defenfes particulières,pour la reueréce defquelles les Magiftrats
inférieurs doibuent furfoir Fexecution, fî la retardation n’eftoit péril-
leufealaRepublique:auquelcasonpeutpa(reroutre5ores qui! fut que¬
ftion de la vie,puis apres,ditla;loy,il faut en efcrire : autrement fi le Ma- j.U quisfiiM.
giftrat ne defere à lapel, quand il eft queftion de la vie, il merite peine tuddiaos.dcF^6 capitale, ôc mefmes par la loy7 Sempronia, le Magiftrat eftoit coulpa-
ble de leze maiefté,pour n’auoir déféré àl’apel,ores qu’il ne fuft queftio confaub.de aP-
que des verges.Tout ce que nous auons dit des Magiftrats,&de l’obeif- 7.ciccro.Pro Ra-
fance qdoyuentles vns aux autres,s’entëd des Magiftrats d’vne mefme binopmiud'
République. Que dirons nous donc des Magiftrats de diuerfes Re¬
publiques, fî les vns ont condamné leur fuget, les autres aufquels il
s’eft retiré, doyuent-ils executer la fentence, fanscognoiftredu merite
de la caufe?I’ay veuce differend aduenir au Parlement de Paris,pour vn
marchant François condamné à Venize par defaux ôc contumaces, à la
requefte d’vn Venitien,qui vint en France demander l’execution du iu¬
gement, ayât obtenucommifTïon rogatoire de la feigneurie, comme les
Princes, feigne u ries ont accouftumé d’en vferentel cas, par vn de-
uoir mutuel,que tous Princes ont à la iuftice,de laquelle ils tiennét leurs
fceptres,ôc courones. La caufe eftoit ciuile, & fembloita plufieurs qu’il
n’eftoit befoindes’enquerirs’il eftoit bien iugé, ôc qu’on feroit tort à la
feigneurie de Venize, qui pourroit vfer de femblable circuit, ôc exami¬
ner les arrefts des Magiftrats de France, ôc les cafTer,pluftoft par ialoufie
de l’eftat, que pour l’iniquité d’iceux. Mais d’autant que le marchant g.uiuus Adrian*.
François eftoit condamné pardefàux: on voulut fçauoir s’il auoit cotra- ^^fd^inu' de
de a Venizejous’ils’eftoit fubmisàlafèi2neurie,&iurifdidiondesVe- ferius fagit. c.o-dn r \ 1 r n • t • t t . dofred. inauthen.,& il les deraux eftoient bfcn ôc deuëment acquis qua in prouinda.
félon les ordonnances de Venize,&rienplus.Toutesfois s’il eftoit que- ïacot.Suk?n
ftion de 1 honneur, ou de la vie, on ne doibt pas executer lesiugements § cont5ahentes (lcj n n r ■> roro copet. nu II/.des Magïitrats eftrançrersai on n’a cognu du merite de la caufe,& veu les Aflic- inconftîtut.JL 0 r 0lJT-, o p. . , ’ . Neapol.lib.z-.tif,j.cnaiges. car meimes 1 Empereur Adrian manda aux gouuerneurs de nu.SS.Chaflan. in
proumce,qii’ilseuffentâcognoiftre derechef (ce qu’il appelle kraxaiw)
de ceux qui eftoyêt codânez par les Irenarches fugets à vn mefme Prin- PBoefdeST?
ce.Ce que i’ay dit eft bien eftroittemét garde és Republiques de Suiffe, Paui.Eiea«r.
Gencue, Venize,Luques,ôc Genes. Car tous les * Iurifconfultes depuis paftoraUs.dere
trois cens ans,ont dit qu’il ny eft point tenu, c eft bien dit fi on parle de addk^pfuoior1 obligation ciuile,de laquelle tous Princes fouuerains font exêpts: mais £'pXKefe?U1
ils tranchent tout outre fans aucune diftindion : ôc n’y en a que1 vn qui
mette vne condition, pourueu quele Prince oùs’eft retiréle coulpable, abfens de ïudic.
en îace la iuftice. Or s’ils confeflent que tout Prince eft tenu dc faire foro' côpet.nu.n!
iuftice,par obligation diuine ôc naturelle, il faut auffi confeffcr qu’il eft c^lne.c.vbl’dc
2. allégué par
Boycr in confuet.
Biturig.§.ii.dc
iurifd.j.Oldrad.notat
confil. n+. Faber.
alium quoque no¬
tat tempore Bene-
didi vi. Pap.in §.
eft & inter, de pu¬
blicis.4»Boer.dccif.2?.jgo DE LA REPVBLIQJEtenu rendre le fuget d’autruy à fon Prince naturel : non feulement pour
auerer le fait plus ailement, ôc defcouurirlesconiurez, ôc participans,
enquoyle recollement, ôc confrontation eft neceffaire ; ains aufli pour
la punition exemplaire, qui fe doit faire fur les lieux.car c eft du moins,
quon doit chercher que la more du coulpable en maticre de iuftice. Et
files Magiftrats en mefme Republique, font tenus par obligation mu¬
tuelle prefter l’efpaule, ôc tenir la main forte à la pourfuyte, ôc punition
des mefchâs: pourquoy les Princes ferot-ils exépts de l’obligation,à la-
quelle la loy de Dieuôcde nature les aftraint?Muhamed furnomélegrad,
eftant aduerty que le meurtrier qui auoit aflafiné Iulian de Medicis en
pleine Eglife,s’eftoitretiréàConftantinople,ille fift prendre,ôc rêuoya
pieds,ôc poings liez à Floréce.Ce n’eftoit pas pour crainte qu’il euft des
Florentins.Et toufiours en ce Royaume on a de couftume renuoyer les
coulpables fuitifs aux Princes, ôc feigneuries qui en font inftance, s’il ny
va de l’eftat.car en ce cas le Prince n y eft pas tenu.à quoy fe peu uent ra¬
po rter trois arrefts,l’vn du parlemét1 de Paris,l’autre de5 Rome,contre
le Roy d’An^leterre,qui demâdoit fon fuget fuitif, ce qui luy fut dénié:
le troificfme eft du parlement de 4 T ouloze. quant à celuy deRome, il
eftoit alors fondé en la fouueraineté du fiege de Rome fus le Royaume
d’Angleterre.Mais hors les termes d’eftat,&quand il n’eft qu/eftion que
delapeine publique,il n’y a prince qui ne foit tenu rendre le fuget dau-
truy, comme il fut iugé par arreft du Parlement de Bourdeaux,l’an
m.d.xviii. le xxi m. Decembre, prononcé enrobes rouges. Et
pour cefte caufe le Roy Henry, après auoir vfé de prieres enuers les fei¬
gneurs de Geneue par fon Ambafladeur,pour luy renuoyer Baptifte
Didato receueur général de Roüan, qui auoit emporté les deniers de la
recepte, il protefta aux feigneurs de Berne, en la protedion defquels e-
ftoit alors lafeigneuriede Geneue, qu’il vferoitdu droid dereprefail-
les.les Geneuois aupatàuant auoient refolu au grand confeil des deux
cens,de ne le renuoyer aucunement:mais depuis ils changèrent d’aduis,
le renuoy erent,eftant fommez par les Bernois. le tiens que c’eft vne in-
iurefiiite à l’eftat d’autruy, s’il appert que le fuitif foit coupable. Etpour
cefte caufe nous trouuons que les H ippoteseftans requis de rendre les
meurtriers de PhocBeotien,pour en auoir fait refus aux Thebains, fu¬
rent par eux afliegezjprisjpillez^eur ville rafec de fond en comble,&:lcs
habitans réduits en feruitude, ôc vendus comme efclaues. Mais fi le
Prince auquel s’eft retiré le fuitif,trouue qu’il foit iniuftement pourfuy-
uy, il ne doit pas le rendre, car mefmes il eft defendu par la loy de Dieu
de rendre l’efclaue, qui s’en cftfuy en la maifon d’autruy, pour euiterla
fureur de fon maiftre.DES
LIVRE TROISIESME.DES CORPS ET COLLEGES,Eslats j & CommunautéCH A P. VII.PRES auoir parlé delà famille, &-de Tes parties,il£iutdire des corps,& collèges,qui par l’ordre de nature fui-
uent la famille, fource, & origine de toutes comniu-
nautez. Difons donc premièrement de la caufe desr corps & collèges : ÔC puis de leur puiffance, & priuile-ges en général : & la manière delespunir. ilsoffenfent:
en dernier lieu fi laRepubliqucs’enpeutpaffer. La différence delà fa- Différence
mille, aux corps & collèges,& de ceux-cy a la Republique, eft telle que de famille,
du tout à fes parties:car la communauté de plufieurs chefsde famille,ou college,&
d'vn village,ou d'vne ville,ou d’vnecotree, peut eftre fans République, Republ*
aufli bien que la famille fans college : & tout ainfi que plufieurs familles que.
alliees par amitié, font membres d’vn corps,& communauté : auffi plu¬
fieurs corps, & communautez alliezpar puiffance fouueraine, font vneRf*nnK 11/^111“ 1-1 11 1 « ^ ~ ^ / 11 1 il „i ' 1, jjiuui-uii laminesï alhees par amitié, font membres d’vn corps,& communauté : auffi plu¬
ie fieurs corps, & communautez alliezpar puiffance fouueraine, font vne
« Republique.la famille eft vne communauté naturelledecolleo-e eft vne
Si communauté ciuileda République a cela d’auâtage, que c’eft vne com¬
f1 munauté gouuernee par puiiTance fouueraine,&qui peut eftre fi eflroi-» te,qu’elle n’aurany corps, ny collèges, ainsfeulemet plufieurs familles.Et |>ar ainfi le mot de communauté,eft commun à la famille,au coilecre,
j! & à la Republique:& proprement le corps s’entend, ou de plufieurs fa¬
it milles, ou de plufieurs collèges, ou de plufieurs familles,&colleges.Et Origine
® 1 or'gnic des-corps & collèges eft venue de la famille, comme du TVe des colle
if Pnnc,P^> duquel eftant forty plufieurs branches,il fut neceffairede ba- o-es!|(f itirmaifons,puis hameaux,&: villages,&voifiner en forte,qu’il fèmblaft13I que ce ne fuft qu’vne £imillc:iufques à ce que la multitude ne fe pouuat
é Plus *°ger,ny viure en mefme lieu,fut contrainte de s’efca.rterplus loin:Ji &PCU àpeu les villages eftans faits bourgs,&feparez de biens, & de voi-
il ,ln^ge>‘ansloix/ansMagiftrats,fins principauté fouueraine, entroient
■;i.' al eracnt cn querelles, & débats, qui pour vne fontaine, qui pour vn
b puys,commes nousliionsmefmesés'faincfes Efcritures,ou les plus
^ forts apiportoient ,&chalToicnt les plus foibles de leurs maifons, &
f \*gcs:quifijtcaufc d’enuironnerles bourgs de foffez, & puis de mu-
railles tcl.es qu onpouuoit:& s’allier enfemble parfocietez,les vns pour
t détendre leurs maifons,biens,& familles,de l’inuafion des plus fondes
tres pour a/TaiIlir, & thaffer ceux qui s’eftoyent accommodez,piller,
o er, & bngander.carle plus grand poindd'honneur & de vertu quiÎÏ““,C tprCmierS h?mmcs/dlt ° Plutarque,eftoitde maflàcrer, tuer, 0. .nla,Me
Jinerles hommes,ou les rendre efclaues. Auffi nous lifons en Thucidi- Theftc-
ae qu il k falloir,mefmes cn toute la Grece vn peu auparauant fon aao-e:
3gl DE LA REPVBLIQJ/Eauquel temps le brigandage n’eftoit point mefprifé: & quand on ren-
controit quelques voyagers allas par mer ou par terre,la premierecho-
fe qu’on faifoit,ditle mefme autheur,deuant qu’approcher, c’eftoit de¬
mander les vns aux autres,Eftes vous brigans meflieurs?Et mefmes Pla¬
ton & Ariftote ont mis entre les efpeces de chaffe le brigandage, corne
iiudtiSdcCOll^US auffi les Hebrieux,qui1 appellent les grands voleurs , puiflans veneurs
tel que fut Nimroth : à quoy il femble que la loy de Solon, qui a fait des
corps & collèges, a eu efgard, quand il permet généralement toutes for¬
tes de collèges, & communautez, mefmes à ceux qui prœdantur’QÙ
or^Vor.pourueu que ce ne fuft pointenuersles(ügets.&au premier
traité fait entre les Romains & Carthaginois il fut dit, queles Romains
ne pafleroient point le beau promontoire, pour trafiquer, ny pour bri-
gander, vitrapromontoriumpulchris,prœdœ aut mercaturœ gratta 'Romani ne
navigante: comme ditPolybcliure 111. & Cefar de fon temps, mefmes
> parlât desAlemans dit,LzttQcinianullamhal?entinfamiam,quœextfd fines
cuiufque cïmtaùsfiunt>atqite ea iuutntutls exercendœ, ac defidiœ minuedœ cauf-
fafienprjtdicant. Cefte licence,& impunité de voler,contraignit lesho-
mes qui n auoient encores Princes ny Magiftrats,de fe ioindre par ami-
tiez,pourla defenfe les vns des autres, & faire communautez, & con-
frairieSjque les Grecs appellét <p&Tçfa>ôc<pyi'mfîsoufratres, ceuxquipui-
foyent en mefme puys,qu’ils appellent Freancomme paganos, qui fonto. Fcftus in rerbo villageois vfans de mefme fontaine,que les ° Doriens appellent Paga.&
pagU commeflatio s’appelloit de eft à dire village, par ce qu’ils man-geoient ordinairement enfemble, comme ditFeftePompee. Ainli lafo-
cieté,& communauté entretenoit l’amitié, comme la flamme (acrce,
qui montra fa premiere ardeur entre le mary & la femmerpuis des percs
ôc meres aux enfans, & des freres entr’eux, ôc de ceux-cy aux proches
parens, & des parens aux alliez, & peu à peu fe fuft refroidie, & du tout
eftainte,fi elle n’euft efté ralumee, nourrie, & entretenue par alliances,
comunautez, corps, & collèges :rvniondefquels a maintenu plufieurs
peuples, fans forme de République, ny puiflance fouueraine: comme
». Fcftus inverbo on voit auliure des 4 luges,où il eft efcrit que le peuple Hebrieu fut lon-
^TuTcü^ap. i s. guement fans Princes ny Magiftrats, viuant chacun à fon plaifiren tou-
& infiac.xi. tJC liberté: mais ils eftoyent entretenus par communautez de familles &
lignees : & lors qu’ils eftoyent pourfuyuis des ennemis, les eftats des li-
gnees &: communautez s’aflembloyent, &faifoyentvn chef, auquel ils^cap.j.tf.9.19.JO. donnoientpuiflance; fouueraine, àfçauoirceluy que Dieuauoitinfpi-n.iudicum. ré: ainfi de plufieurs lignées, & familles vnies enfemble, fe faifoit vne
Republique, par le moyen de la puiflance fouueraine. C eftpourquoy
les premiers Princes, & Legiflateurs, qui n’auoient pas encores defeou-
uertlesdifficultezqu’ilyade maintenir les fugcts pariuftice, entrete-
noicntles confrairies,collèges,& communautez, afin que les parties,& fll'$
membres d’vn mefme corps de Republique eftans d’accord, il fuft plus %
LI VRE TROIS IE SME. 385aifé de reiglcrtoute la Republique: comme nous voyons que fîft Ntima
Roy,& Lcgiilateur des Romains, qui eftablit confrairies, & collèges de
tous meftiers,& à chacune confrairie ordonna patrons, & facrifices par¬
ticuliers,après auoir aboly le nom desSabins, qui fe diuifoyent aucune¬
ment des Romains. Et depuis on fift auffi vne confrairie des marchans*
&Jeurfu/lbai!IéMercurepourpatron:àrexempIede Solon,qui fift par
fa6 loy,que toutes confrairies, &: communautez feroyentpermifes, a*
uecpouuoirdefaireftatutstelsqiulsvoudroient,pourueuquilnefuft 1,vlt-decolIcs*
rien.fait cotre les loix publiques. Lycurgueauffi non feuleméc permift,
ains encorcseftroittement commanda, d’entretenir telles communau-
tez,tant générales, que particulières, &: que tous lesfugets prinfent leur
refeftion cn collèges de quinze à quinze, qu’ils appelloiéc8 çlArâ*,pour ,e] çuSi™ à
l’amitié iuree qu’ils auoient les vns aux a litres: comme auffi en toutes les Pa,fimonia-Pla-villes delà Grece,ilyauoic de femblables confrairies, qu’ils appelaient tar'mLycorg'imJifeiuç, come en Italie les mefmes collèges eftoyent appeliez Sodalitia,
pour l’vnion,fréquentation, & amitié qu’ils auoient entre eux,beuuâs,&mangeans enfemble la plufparc du temps: & n’auoient autres iugesq
eux mefmes, s’il y auoit quelque differend entreles compaignons afTo-
ciezicognoiffantqucramitiéeftlcfeulfondcmentdetourc focieté,&
beaucoup plus requife entre les hommes quclaiufticc:carlaiufticc,qui
iamais n’eft ployable,retenant fa droidure,fait bien fouuen t les amis en¬
nemis: & l’amitié cédant de fon droiâr, eftabfift la vrayeiuftice naturel-
le:atrcndu que le feul but de toutes les loix diuines, ôc humaines, eft de
entretenir 1 amour entre les hômesj& des hommes entiers Dieu : ce qui
ne fe peut mieux faire,que par fréquentation &vnion ordinaire. les
’ Candiots anciennement beuuoient & mangeoiét tous enfemble, jeu¬
nes & vieux, hommes & femmes, pôurentretenir 1 amitié que i’aydit:
mais depuis pour euiter à confufion,les aages.Sc fexes furent feparez.Et
mefmes nous voyons cn la loy de Dieu, les feftins de Pafques auoir efté
cômandezen compaigniesde dixà dix perfonnes : outre les feftins despauiilons,&banquets ordinaires des facrifices, que Dieu commandcc-ftre folennifez en toute ioye & liefferce qui fut bien entretenu en la pri-
mitiue Eglife des Chreftiens, quifiifoientfouuent tels feftins, qu’ils ap-
pelloientiytOTs, pour les baifersdepieté,&embrafTemens charitables,
que les vns donnoient aux autrcsîoutre la fraction, & communication
ordinaire.Et tout ainfi que les artifans, marchans, preftres, pontifes, &
toutes fortes d’hommes auoient leurs côfiairies,&collèges,auffi auoiét
les Philofophes entre eux: &’ principalemét les Pythagoriens, quis’af- ..i^Michusm
lembloient ordinairement, & viuoient la plufpart du temps enfemble.
Voylaquantala caufe, origine, & progrez des corps,&communautez,
qui depuis parfucceffiondctempsontefté reiglez par loix, ftatuts, & Diuifions
connûmes en toutes Republiques. Et pour entendre plus facilement deto’corps
ce cmacieiCjonpeut dire que touts corps ôc collèges font inftituez & collèges.J.Arift.in Polit.
3è4 DELA REPVBLIQVEpour la religion,ou pour la policc.quât à la police,les collèges fontefta-
□lis pour dillribuer la iuftice, ou départir les charges : ou donner ordre
aux prouifions & marchandifes qu’il faut apporter,ou enleuer:ou pour
lesmeftiersneceffairesàlaRepublique:ou pourl’inftitution &difcipli~
ne. Et ce peut faire que le college fera particulier d’vn meftier, ou d’vne
fcience3ou d’vne marchâdife,ou d’vne iurifdi&ion: & ce peutfaire auffiqu’il y aura plufieurs collèges vnis en vn corps* come tous les meftiers, !
ou tous les marchans,ou tous les maiftres des fciencesrou tous les Magi¬
ftrats. Etfe peutfaire encores, que tous les collèges particuliers, auront
droi£t de comunauté generale,ou bien vniuerfité. Et que non feulemëctous les collcges, & communautez, ains auffi tous les habitans, ioints 1
auec les corps & collegcs d’vne ville,ou d’vne contree,ou d’vne prouin-ceaycntdroi&decômunauté,pourtenirles eftats. D’auantage le droit jdecollege peuteftre permis à chacun meftier en particulier,ôc defendu !ilcn général. Et chacun peut auoir diuers reiglements.jftatuts,^ priuile- 1ges particuliers.Par ainfi nous pouuons dire^ue tou t corps, ou college feftvndroi&de communauté légitimé foubs la puiflance fouueraine. Ile mot de légitimé,emporte 1 autorité du fouuerain, fans la permiffion 1<duquel,il n’y a point de college. il emporte auffi la qualité des collèges, 1(le lieu,le temps,la forme de s’aflembler,& ce qu’on doibt traiter en l’at jifemblce. & le mot de communauté fignifie qu’il n’y a point de college, jss’il n’y a rie commun, auffi n’eft- il pas neceiïairc que tout foit commun: til fufift que laffemblee foit commune à tous les collègues, qu’il y ait vn ifyndic commun, & quelque bourfc commune, car il n’eft pas neceflai- j|eou^g Accurlifn re 4UC ^v*c> & conuerfation foit ordinaire : comme1 quelques vns ont |l.i.in quod cuiuf- appelle collcgc,quand trois perfonnes demeurent enfemble,ayans leur J^ evmuerfir. cn COmmun.cnquoy ils s’abufent doublement, car il fe peutfaire q ^trois ou plufieurs perfonnes auront leur bien cn commun, & viuront ::enfemble : & ne fera point collegc, ains vne focieté contra&ee de tous :|I|bicns:&; au contraire les collègues demeureront feparez de maifon,& ^neantmoins aurot droit de collegc: comme les confrairies des meftiers, ^j.l.l.fedrcligio- que la loy ’ appelle Collegia. Quant au nombre des collègues,il oc peut LT.'dc&crofaK^c. chaloir quel il foit, pourueu qu’il n’y en ait pas moins de’trois. Quand ^
cTcônïSfde ’c dy collègues, i’entends qu’ils foy et égaux en puiffance, pour le regardhxrcdibuf inftitu- dc la communauté, ayants chacun voix deliberatiue. combienqu il/ê |()TOh”fig.lïï' ' peutfaire que le college, ou le Prince elifel’vn des collègues pour com- ^mander,corriger,& chaftier chacun des collègues en particulier : come ^il Ce fai t des Euefques, & Abez, qui ont pouuoir d e chaftier les Chanoi- ^
ncs,& Religieux.mais fi le chef a celle puiflance fur tous en corps, & ennom collectif, ce n’eft pas droidtemcnt college, mais pluftoft famille: ^comme les collegesinftituez pour la ieunefle, où il n’y a point de bour- ^fiers collègues qui ayent voix deliberatiue: car s’il y a bourfiers ayans ^
droid de college,& voix deliberatiue cn l’afTemblee/eft college : ores
sf. LIVRE TROISIESME. j85\ ^uelefurplusdelàieuneffe,foit fouslapuifsâce, & corre&iô du princi- s-1 , r,lu, pal. c’eft pourquoy on a doubté fi l’Euefque,ou l'Abbé (ont collègues, 1 n ^Hj ayant la mefme qualité, &prerogatiue de collègue, &£iifant partie du co eSecltt|t college,hors la qualité d’Euefque, ou Abbé. & lachofeeftantdifputee JeSuc-lt| départ & d’autre, eft dcmeurceindecife. maislaiflantladilputeàpart,il
femblequeceluy qui eft efleu du college,ou du Prince,pour comman-^ derà tous les collègues en particulier^ double qualité, l’vne pour le re-(( gard de chacun : l’autre pour le regard du college. il s’appelle principal,Euefque, Abbé,Prieur, Prefident,ayantpouuoir, & puiflance de com-
mander à chacun: mais en corps & college, il n’eft rien que collègue, o-^ res qu’il ayt lieu de prefeance. c’eft pourquoy on met ces qualitez diui-| fées,Euefque,chanoines,& chapitre:Abbé,religieux,&conuent : Prin-| cipal,bourfiers,&college. En quoy s’eftabufé l'vn despremiersJ Iurif-1 confuItes,qui a dit quelesPhilofophes appellent college, les perfonnes|Sf d’vn collegeùln’y a point de Philofophe quil’ayt dit: attédu que le col-0,1 legeeft vnnomde droit,qui peut refider en vne ‘ perfonne, eftant touse les autres collègues morts. & côbien que tous les collègues fuflet morts, xaTcŸa°“'. a?:: fi eft-ce que le droit de college7 demeure, & les biés du college ne peu- g™""11 caMlk-* uent eftre occupez du fifque,ny des particuliers,fi le college n’eft fupri- '» mé par autorité du fouuerain. Carl’vndesprincipaux priuilegesdesU corps & collèges eft,qu’on leur8 puiffelaifferpar teftament:autrement ÎJK&Ϋ fi le college eft fuprimé,ou reprouué,ce n!eft plus college, ains afséblee 6 i 'ft fiko-adil illicite, & n’eft permis de rien laiffer par teftament à telles aftembleesùa- <■h çoit qu’on puifle faire laiz à chacun des* collegues.& affin que les colle- <kf»c«^laoksi gcs,& affemblees illicites ne foyent entretenues par les teftamétaires & !u‘,f fifcu' .V't,iji fuccelfions,il eft befoin interdire & defendre de rien leurlaifTer. Com- 1 ','dedl-i*i bien que le college peut eftre permis, auec defenfes d’y rien laifler part, teftamentxomrnel’Empereur Antonin.qui le premierpermift delaif-[«I feraux corps,&colleges,ne voulut pas que le college,ou finaguogue des ^|S;Ull-de
luifs, peu ft demander les laiz teftamentaires1 qui luy feroy ent faits : &8. l cû fénatus de$ neantmoins ilsauoyet permiffion de s affembler en leurs fynaguogues, n^usadTrcbci.j|, * comme on peut voir en la harangue de I’AmbaffadeurPhilonà l’Em- ’uïïudï’c!j( pereurCaligula. Etmefmes Auguftedecernafeslettrespatétesaddref- d*“ci'ulo<leitt'irI(l jatauxgouuerneurs des prouinces,delaiffer,&foufririoüir les luifs dejij leurs co.leges.& Norbanus procoful d A fie,fi ft defenfes aux Magiftrats! d’Ephefèjde les empefeher aucunemét. Qui plus eft Augufte fonda vn|( facrifice perpétuel en Hierufalé d’vn veau, d'vn bouc, & d’vn mouton, .Paf chacun iour,& voulut qu’on fïft vne aumofne,& diftribution ordi- lonis.de legatione' mire aux luifs à fes propres * courts & defp£s.I[ y a auffi des corps & col ^jj| {eges>aeluges5& Magiftrats:& neantmoins ils neferoiét pasreceuables dlffétirc videatur*ji|! t emandervn laiz tellamentairejs’ils n'auoyét permiffion expreffe^parjjf ere^0*J 4u*en fer°it faiteicome il fut iugé cotre le Sénat Romain, au-• quelRunms Cepiolvn des Senateurs,auoit fait vn laiz teftamen taire de
4. Sucton.inDo-
miriano.La puifsâcc
des collè¬
ges.y.Dioia Adriano,386 DE LA REPVBLIQVEcertaine fome qu'il vouloir eftre diftribuee à ceux qui viédroyent au e<L
feil. On fift inftâce de ce laiz:L’heritier s’y oppofa-.l’Empereur Domitiâ
dôna fon arreft au profit de 4 l’héritier, & en débouta le Senar.ores que
ce fuft le plus ancié, & le plus neceflaire corps de toute la Repub. L’ori¬
gine , & definitiô des collèges & cômunautez efclarcie, il faut parler de
leur puifsâce en général, & dece qui n’eft point determiné par lafonda-
tio,ftatuts, & priuileges particuliers, qui fot diuers pour la diuerfité des
communautez,& prelque infinis, les premiers corps,&collèges, Sc qui
plus ont de puiffance en laRepublique,font les collèges des luges &
Magiftrats : car non feulement ils ont puiffance fus la moindre partie
du collegc en nom colledif,& fus chacun de tous les collègues en parti-
cülier:âins aufli fus les autres fugets àleuriurifdiâ:iô,hors leur collegc.& la différence de ceux-cy,aux autres collèges, eft notable en ce que les
autres font eftablis chacun pour le gouuernement,decequileureftco-
mun: & les collèges des luges,& Magiftrats font principalement erigez
pourles autres fugets : &c mefines pour reigler les autres collèges, & les
corriger s’ils mefprennent contre les loix,& ftatuts.mais tout ainfi qu’il
faut que l’homme debien, eftabliffe premierementluftice en foy-mef-
me, deuant que la diftribuer aux autres:comme difent les Hebrieux en
leurs prouerbes,que la charité doibt commencer à foy mefme, s’elle eft
bié reiedee : aufli faut-il que les collèges des luges eftabliffent la premiè¬
re Iuftice entr’eux mefmes, affin de lamieux départir aux autres fugets.
Mais on peut douter,s’il eft plus expediét,que les collèges de Magiftrats
foientluges des collègues, ou bien qu ils foient iugez des autres, pour
lesraifons particulières que iededuiray cy après cn fon lieu. &pourIe
trancher court,on peut faire vne diftinàion: fi le college eft compofe
pour la plulpart d'hommes vicieux :il ne feu t pas leur laide r le iugement
de leurs forfaits, mais s’ils font gés de bié,il n y a doubte qu il ne foit plusvtile,&aucollege,&à la Republique,que les collègues foient iugez parles collèges,que par aut res Itigesipar ce qu’il y a ie ne fçay quoy de parti¬
culier en chacun collegc,qui ne peut eftre fi bien entendu, ny iugeque
par les collègues du mefme corps : ioint auffi que par ce moyen l’vnion
des collègues eft mieux entretenue. Et pour celle caufel Empereur A -drian voulut que les Sénateurs Romains fuffent iugez par le Sénat feule¬
ment s Et pour mefme raifon la iurifdidiô ciuile entre marchas,& pourk fait de marchandife, a efté fagement en toute l’Italie,puis en Frace at¬
tribuée à certains Magiftrats, & Confuls du corps, & college des mar-chans-.pour decider fommairemet les différends qui furuienent a cauledes conuétions,qui ont ie ne fçay quoy de particulier^ qui n’eft point
commun aux autres. Quant aux autres corps, & collèges, ores qu îlsne
foient point fondez en iunfdidi5,ny puiffance de commander,li elt.ee
neantmoins qu’ils ont toufiours quelqu e coërtion limitee par leurs1a-
tuts,& priuileges:& quelquesfois fans limitation eft laifleealad k c
don, & prudence du corps ,& college, ou du chef; auec telle mode-
LIVRE TROISIEME; 387ration, que le pere doibt auoir iur fes enfans:qui ne doibt pas eftre * ir-Muau»„ 1 1 - r T 1 6 ^ v qui 1.1. item quæri-çruellëment exercee aucc rigueur, car 11 la loy condamne a payer tur.s.kcmbcad.
le prix de l’efclaue tué, par celuy qui auoic pns charge de Penfei-l.i. de cmendat,^ propin.C.gner, ores que ce fuft en le corrigeant: à plusforte raifon ferokeon- 7ürj/'utar.inîy-8. authent.habita,
nefilius pro pacrc.
C.9.contra Bald.ha-
Iic.Caftrenfemdénableccluy, lequel ayant la corredion modérée furies hommes de
franche condition, auroit vfé de telle rigueur, que mort s’en feroit en-
fuiuie .-come il aduenoiten Lacedemone, oùlesicunes enfans eftoient
flaitris fi rigoureufemétpar le grâd maiftre de la ieuneffe, qu’ils redoient f a™curf.in i fi eX7 quelqucsfois l’efprit fus l’autel de Diane, pendât qu’on les feffoit.car la caufa-§• p.apinia«'11 r 1 , r . r « . j.î .v } j n- ni deminor.fequüturplulpart 11 oioit crier,de crainte qu ils auoiet qu on les eltimalr de cueur Ban.Baidi.Aiexâ.
lache.Etcombie quel’Empereur8 Frideric n.donaaux Redeurs desv- lobgnîintuthlt
niuerfitez iurifdidion,& que les principaux des collèges ay et toufiours rcef Aibe-
eu lacorredio fus leurs difciples,cela toutesfois ne s’entéd que des cho- ric;ibid.nu.i^ait
fes legeres, quoy que plufieurs Iurifconfultes9 eftendêt ce pouuoir à la Û01Û.& archidia-
iurifdidion telle que les Magiftrats ont par ottroy du fouuerain. ce que cadsL!q.î’.&°ai"
P£mpereur,ny le Pape ne peuuent faire fi non au pays qui releue d’eux. fùrpTno^&Fdin’
car cobien que Gregoire xi.Pape,en vne bule ottroyee pour les priuile- pproges de l’vniuerfité de Paris,confirmatiue des bulles des Papes Vrbain v. fi^ui^.Ban.in '’
& Innocent vi. veut que fi vn efcholier commet crime digne de puni- qu“]/bcntc°Bar.
rion^que la cognoiffance en foit feulemét referuee àl’Euefquc^defendac tSü deüïqu?
que déformais on emprifonne pour debte quelconque: toutesfois les
Roys de France, non plus que les Magiftrats n ont pas obligatiô à telles rum.domin.Bocrj,
bulcs: Vray eft queles collèges inftituez pour la religion, ont ordi- inTfibcondïionc
nairement la corredion d’autant plus grande, que leur reigle eft plus e- fthimJ15 & p°"
ftroite : c eft pourquoy ils font exempts de la puiffance1 paternelle, & *• ^^oni/^æ
corredion des peres : iaçoit que plufieurs tiennent1 le contraire, mais Andr. m
leur opinion n’eft pas fuiuie: & neantmoins il eft certain que la reueréce, £ .argu.l. vlt.§„
& debuoir naturel des enfans entiers les peres 5 demeure toufiours en fa q4uiLtbcnsPcforce,& vertu,quelque obligation,&veu qu’on face aux corps ,& col-leges:carles loix humaines, ny les ftatuts , & priuileges des Princes necul.in tic.de ftatu
monachor. ver.n.
Iacob. Butrig. inpeuuent deroger à la loy de Dieu, & de nature,qui a difertement obligé «ri.&Tbiffiîdc
les enfans àl’obeiffance des peres & meres, de laquelle ne fc peuuéc exé- fn u£bco^clt
ptedes enfans,fi ce n’eft par émancipation expreffe,ou taifible, ayant le ^Lfd^uûbconditione. de lib.
& pofthu.4. Batt.in aürher.contentement des peres pour faire veuz aux corps, &coIleges: demeu¬
rant toufiours neantmoins l’honneur, & reuerence filiale:ores que lçsenfans foyent eftimez tantoft comme5 enfans de famille du college4,Sc ctôr.ccckf.c.Bai.S^p Hi'n Ci i C J jC, ^ ^ ^ i * /YV _ o ^ . . n_ c f* ifi qua mulier de faj * j crof.ccclefiC.Bàl.le droit fucceflif des enfans à eux laiffé : & tantoft comme J efclaues.ceft pourquoy les Canoniftes donnent aux Abbez iurifdidion fusleurs Religieux , priuatiuement6 aux Eue(ques,ce qui a cftéconfîr->Upudhoftes.deme pararreft 7 du Parlement de Paris : de forte qu’ils ne8 peuuent eftreappeliez eniuftice,dece qu’ils auroy ent fait au parauant qu’entrer cn «ro^tcftib.stelquifepatns vndeliberi. C.j.Bal.in L1.nu.41.qui a^mitti.C Innocé.in cap.
a 11 n*1-4-depnuiIcg.Iaro inl.i.nu.4x.de vulgari&inl.cû fundus §. 1.nu.17.ficertü Ludo.Roma.in l.is qnihæres §. ncqüe. de
noi n caP;Paftoralis deoffi.ordin.& Panor.eod contra 1.vit.de iurifd. C.&cap.cû ecclefiarü.deofîî.ordinar.7. aiî-won^7 Uar‘ 17-tex. in cap.ea qua^cap.fingulis.ds ftaturegul.dccif.capel.Tolofa.?oS>.Guido.Pap.decif.ddphi./;9 8. cao. ad-
‘e.ij.q. 2.çap. lcripturx de yoco 5c ibiIo.andr.Bart.inauthent.ingrc/ïïnu.34.Panor.in e.cum ecclefiarumcol.i.de offi.ord.K ij
p. annoij£o. en3-88 DE LA R E F V B L ï QJV Emonaftere:ce qui doibt eftre èntedu des icunefies,& fautes legeres, au¬
trement ce feroit faire ouuerture aux voleurs , & meurtriers de fe
retirer en tels collèges comme aux forefts, pour euiter la peine : com¬
me de fait il eft aduenu fort fouuent;à quoy les fages magiftrats doibuét
obuier, & fuiuant la loy de Dieu, tirer les meurtriers de lautel pour en
faire iuftice:comme la cour de parlement de Touloze fift condemnant
deux religieux de laurade d’eftre trainez fus vne claye au fupplice, auec
leurs habits,&mis en quartiers, pour auoir meurtri leur9fupcricur.AufIi
T Abbé peut eftre appelle par fes religieux deuant le luge ordinaire,tant
i. argu.1 î.depre- en matière criminelle,que1 ciuile:& fe peuuent porter pour appellâs de
înbnô«Snca^‘ lafentencedeleur Abbéaufuperieur.commeilaefté iouuentiugé par
rMvxi vo^ enteslc lcsarrefts du parlement de Paris : & mefme Nicolas Abbé de Palerme a
cap.monachi.de tenu ,que l’adiournement fe peut faire fans demander congé,comme ilaltatumonach. t * i -r» i r- r -r7. ann01j44.De- eftéiugé ''par arreft du Parlement deBourdeaux.Etpourmelmerailon
rSâ’ïi^. fi le college veut cha(fer,ou priuer Tvn des collègues de fes droits,priui
leges, & libertez,la cognoiffance en appartient au iuge ordinaire du col¬
lège.Combien qu’anciennement les corps, & collèges dartifans, mar-
chans,&autresfemblables,auoyét cefte puiffance,ainfi que nouslifons5 ad Qjiatrem cn Ciccron5 des marchans Romains,Mercuriale j-, dit-il,Capitolini m.4. Piutar.in Ly- f unum>hominem nequam3equitem Romanum3de collegio eïecermt. & en La¬
cedemone,il eftoit 4 permis châtier hors les ademblees, & collèges que
i’ay dit cy deffus, celuy qui auoit decouucrt les fecrets de la compagnie.
Mais onpeutdoubter fi le college peut faire ordonnance, que nul des
collègues fepouruoye par deuât autres iuges que le college:&fi au pre-
iudice des defenfes,on fe peut addreffer au Magiftrat, fans eftre tenu de
ab ordine^dend! la peine ciuile appofee aux defenfes. Sceuola nurifconfulteeft d’aduis,
quon nefe peut addreffer aux Magiftrats, obftantles defenfes du colle¬
gc, finon en payant la peine portee au ftatut du collegc.Mais cefte reigle
n’eft pas generale:& ne peut auoir lieu en cas de crime, non plus queles
peines conuentionelles appofees aux arbitrages,n’ont point de lieu/s il
mus”§ iuUami^de y va du crime.En fécond lieu ie tiens que l’ordonnace du college en cas
rccept.arbur. c—j ne doibt auoir lieu, fi tous les collcgûes n’y ontprefté confente-
ment,comme il fe fait és arbitrages.Car en toutes communautez, quâd
il eft queftion de ce qui eft commun à tous en particulier,& diuifemét,
7-^^ je contentement expres d’vn chacun y eft7 requis:mais s’il eft queftion
per fundum.ruftic. de ce qui eft comun à tous par indiuis,& conioin&emet, il fufift que la
îum. de rerum di- plutpart foit d’vne opinion, pour obliger le furplus : pourueu qu ilne
uif.mmftitur. rjcn ordonné contre les ftatuts du college,eftablis parle fouuerain,ou bié par le fodateur du corps & college,audorifé par le fouuerain.de-
meurât donc les ordonnâces de la Republique,& les ftatuts en leur en-
U& 4.quod tier,le college peut faire ordonnâce,qui oblige la moidre partie cn nom
°uiuf<iue Ynîuerfi- collc&if,& to9 les collègues en particulier, ° pourueu que les deuxtiersayét affifté àl’afleblee,ores qu’ils n’ayét pas efté to9 d’vnaduis, és chofaquico-
LIVRE TROIS IES ME,qui cocernét la comunauté : mais lapl9 part de tous affemblez en corps*
font point tenus à leurs ftatuts, & beaucoup moins tout le college : nonj plus que le Prince8 à fa loy,ou le teftateur à fon 5 teftamet. ouïes parti-| culiers à leurs1 couentions,defquelles ils fe peuuét départir d vn comun gibîà[ contentement. 5c fufift des deux tiers du collcgc,pour caffer l'ordonna-l*' jcfiveibobI^3;
ce faide de tout le1 college. ce qui eft général à toutes fortes de com- îegat. i.I munautez eftats corps 5c collèges,s’il n’eft queftio que des chofes com-munes à tous en nom colle&ifiores que toute la comunauté euft ordo- L^usfdemaio!! né ÿ que les ftatuts ne fuflent caffez,fi tous les collègues n eftoy et de ceft J“;î^uaJ{jj*-°ïh'( aduis : car toufiours la plulpart de la comunauté l’emportera, mefmes la cûl1^) loy a voulu,q celuy qui fera efleu du college * ou de la comunauté pour3|[ traiter,& decider les affaires comunes,puiffc obliger vn chacun du col-l: lege.En quoy s abufent ceux la qui ontj cfcrit,que les deux tiers du col- *•. pan°rm. ^ fmCt: lege ne peuuent rien faire,fi le college a fait ftatut que tous y fuflent car]lï fi cela auok lieu, vn feul pourroit empefeher en ce cas les ad uis,arrefts, & d<^.™Ue£l! délibérations de toute la communauté:qui eft contre la difpofition for- 4j1 qi,od T?io\:mu 11 j. J 1 1 • , i r * ad municipal.lj.l.j melle + de la loy, qui veut que la plulpart cn tous a£tes concernas la co- noipinatira.dc dc-33 ni anauté,foit la plus forte: & que laplufpartMes deux tiers,puiffe doncr tutor.i.j.de dccrc-« loy à cous cn particulier/oit qu’ils ayet efté prefcns3ou abfes. & mefmes “uu.-i.it™.fe és chofes legercs il n’eft befoin q tous foiet prefens, pourueu que tous ElIf foycnt * appeliez : mais és chofes de poids, & confequence,il eft befoin ^f^panr'rïï|e que les deux tiers loyent prclcns,ores qu ils ne p relient pas tous leur cô- *ncap paftoraiîs.« fentement:s’il n’y a loy,ou ordônance fpeciale, qui vueille que les deuxiï tiers foyent d’vn aduisxomme il eft requis és corps &colleges des iuges “““ p. r, M a=II dece Royaume par l'ordonnance deLoüis xn.quand il eft queftion des a*
lli caufesciuiles,&parl ordonance de Grcgoire x.pour leledlion du Pape, e'ec-Panor-i» cap.III il faut que les deuxtiers des cardinaux foyée d’vn aduisxomme cn plu- cap.cum omnes de
Jîî fieurs dédions des chefs de collegc, il eft neceffaire que les deux tiers conftitut’usj du college foyent d’vn aduis. Et quelquesfois il eft neceffaire queclin tous ^es collègues foient d’accord > comme il eftoitrequis que tous les.y Tribuns fuffent d’accord,autrement vn feul empefehoit tout le collègecot! ^es Tribuns. 5c s ils eftoyent tous d’accord on mettoit en !a<5te ces mots0 PRO COLLEG10. autrement s’il ny a ftatut ou ordonnance|ltt| fpeciale, la plufpart des deux tiers fufift cn tous a&es, concernas la com-^ munautedes corps, 5c collèges. Mais auffi eft-il neceffaire, que Icccit-jj fentement duquel nous parlons, foit prefté en aflemblce du corps,^ ou collège : car combien que tous les Collègues euffenteonfenti fepa-y ^ment a quelque chofe,concernant ce qui eft commun à tout le colle- 7. i.1.ae&énr.c^ Sc fi cft_cc que 1 a dre ne peut auoir7 aucun effedt, ny pour, ny contre cAa‘vj ceuxquilont confeiiti,iaçoitqucccfiiftdeuant notaires, car le college cum omne*. de co11 a pas fait, ce que tous les collègues ont faitg feparément. &c ne fufift s.1 Accurf ini.y Pa^uc tous ceux d’vn corps foyent appeliez,fi ce n’eft en temps, &lieu, °tdonne par les ftatuts. En quoy plufieurs fe font trauaillez > à feauoir p“^ortn caPP-ra-
’ ; ^cla celuy 4ui ^mblera le college:&: font d’auis, que le plus ancien t,lde poft,Jfe--K iij
39o DELA REPVBLIQVE5. Tnnocët.in cap. du college a puiflance 5 de faire appellcr les autres,& les contumacer,no
BurdolmoU Pa- Pas toutesfois qu’il puifle les condamner à l’amende : qui eft chofe ridi-
nor in cap. cü no- cule,fî lacotumacene peut eftre punie par luy. ny par ceux du collègebisoItm.declc£t. 5 n , . 1 • a /T 1 ir / j • J n 6 5Ban.in î.i.dcaibo comme il eit bien certain. Aulli les vns te iont départis de celte opj,
nion,& ont tenu queles deux tiers du college, pour faire appellcr les au-
iorT1 ane^rfn *res, fe doibuent affcmbler. mais ils ne difent point qui feraappeller les !
1,1,dec&infrob deuxtiers. combien que s’il fufift dedeux tiers pour'faire, ôc arrefter J
Sruarc.’de decu- [es affaires du corps,&1 comunauté, il ne fe faut point trauailler du fur-
m°ânCiniUfiy«o'$. plus. Toutesfois la couftume gardeeprefque en tous corps, & collèges 1
fdutfm^rTcat eft,que les plus anciens font appeller les autres, ou bien ils s’aflemblent 1
dînai, in cap. licet. au j?G11 ja doche.ou de la trompette3comme il fe faifoit ancienneméc 1dexledl Imol.in I . n Jcap.cü omnes. de en Grecc,& en Rome,quand lesMagiltrats, quiauoyet celtepuiüances°?uh qwefit Cuid ' de faire aflembler le peuple ou le Sénat , faifoyent publier leurs mande- !i"coî! !adèniCu-'' ments à fon de tronipe,à tous cn particulier, & no pas en nom colledif. fdic.Tiraq: intrac. & ce]a pr0preméts’appelloitconcio,commc ditFeftePompce °. & pou- ;Eide jure prmugen. ri II . 0 rr J l! 1nu.n6.117. uoit le Magiftrat procéder par amendes, ôdaiiie de meubles cotrc ceux ftus in cap.cum om quiferoyentrefus, ainfi voyons nous1 que Marc Antoine Conful me- *"adcCpaftoîaiiri.s nacea Ciceron de luy faire ruiner fa maifon,s’il ne venoit au Sénat. Il n’y *kcmquo'dciliîfç a P°'nt difficulté,quand les Magiftrats ont puiflance de commâder. ®vniuciiîtat. .Mais fi le college n’apoint de chef ny de Magiftrat qui aytpouuoir de *concio” v“ “ contraindre ceux qui ne voudront obéir, celuy qui aintereft àfaire af- 4in cap. fi fébler le college, doibt obtenir comiftion du Magiftrat, pour vfer de4 luprS=n°d=c5ce<r côtrainte.Dôc pour coclure cefte queftio de la puiflace des eftats corps ®& comunautez licites,nous diros que laloy de Solonalieu generalemét nen toute Republique, & eft aprouuee des ’ Iurifconfultes &6 Canoni- a/ inl.vlt.de colle- ftes,c’eft à fçauoir,qu’il eft permis à tous corps, <k comunautez licites, i>fpanor’ in caP faire telles ordonnâces qu’ils aduiferôt pourle mieux, pourueu que par *|cum omnes.de cS- jceues ^ nc f0jt dérogé aux ftatus du college faits, ou homologuez par Siftitut.incap.nuper b O ! 11 > /I •de decimis. Baid. Je fouuerain, ou contre les edits, & ordonnances de la Repub.il n eitoit
7° î.Scteéds point defendu anciennement aux corps & collèges de faire ordonnâce, ^
gb Panof.in cap. fans deroger aux loix publiques, & y apofer telle, & fi 7grâde peine qu il ;;;jl
de^oftituf A%i. plaifoit au collegermais depuis par les ftatuts, & ordonances de chacun ^
confii.2tf7.Bart.in college ôc Republique, ce pouuoir a efté ordinairement retracheacer-1. omnes populi ex £> . I 1 rf . 1 1» 1 • 1 S • •§.inhoc.z4.q.2.in taine petite amende. Et ne fuis pas de 1 aduis de ceux qui tiennent que le ^
acccffiïentïS- collège peut eftablir ordonances,fans toutesfois peine quelconque, car ^
ftitUrnm'nmnesm la loy,rordonance,le ftatut eft inutil, &: ridicule,fi la peine n eft appofec -acap cum oiuiici. j * j ^ a. • 1 ^cod.Ancaran.m cotre ceux qui dcfobeironr.ou pour le moins que celuy quirait 1 ordo- ^dePprobat.cau arn* nance,ii’ayt la puifiance delà faire entretenir par peines arbitraires. Aulfi ^voit-on en plufieurs lieux que les corps des meftiers, qui ont droift de ^communauté, ont toufiours quelque forme decocrtion, &devifiter ^les ouurages, & marchandifes, les faifir, gafter, ou confifquer, s il eft ^rien fait contre les ordonnanccs:fauftoutesfois la cognoiflance du Ma- Lgiftrat, s’il y a oppofition, Quand iedy droit de communauté, i en- ^
LIVRE TR.OIS.IESM E. 391rends queles corps, 5c collèges puiflent traiter en leurs affemblees feu¬
lement ce qui leur eft commun9 : mais il n eft pas permis traitter autres
affaires,foubslapeine1 eftablieauxcorps, & affemblees illicites. Voila £d.cnsac°n'
quant à la puiffance,droits,& priuileges des corps, & communautez en dV« J«S!çri-
general. difons maintenant delà forme deles punir, s’ils ont offenfé. ^burdaSLc
Combien qu’on peut dire quil n’echet point de peine, ou il n’y a point Bar“d’offenfe.or eft-il que le college,ou la comunauté ne peut offenfer : VeU 2-l.?.§.i.de acq.
mefmes que le college ne peut1 confentir,ny rien faire par dol,ou frau- vnSrfit?'hbc£tls
de, comme dit la3 loy, & qu’il n’y a point d’adion de dol contre vn âcdo\^imoc!l
corps, ou communauté, ores que tous les collègues d’vn mefme colle- *ncaP graucmdc111- i, -il 1 n i> & ^ remcc- Çxcommu-ge, ou les habitans d vne ville, ou les eitats d Vn pays euüent confenti: nicat.Angd. &
chofe toutesfois qui eft impoffible és corps, 5c communautez de villes, a rcwm ’§’1'
contrées,prouinces,ou Republiques-.attendu que les enfans, & furieux
ne peuuent côfentir. mais d’autant que les a&es faids par la pluralité des ,
collègues affemblez collegialement,ou d Vn corps de ville en affemblee
légitimé,font reputez comme s’ils eftoyent faits par tout le college, ou
par touts les habitas d’vne ville,ceft pourquoy en ce cas toute la com»
xnunauté eft punie : comme il fe fait és rebellions des villes, & feditions
des communautez. qui font punies en corps par priuatio de priuileges,
droit de communauté,amédes,charges,feruitudes, 5c autres peines fé¬
lon la qualité du forfait.mais telle punition ne doibt auoir lieu, fi la ré¬
bellion , ou autre crime ne s’eft commis par l’adueu de la communauté, vfTS^d
&arrefté enraffemblee:commeilfutiugépararreft 4 de la cour de par-
lement,pour la communauté de Corbeil. 5c neantmoins s’il echet pu¬
nition corporelle,on ne doibt punir que ceux qui ont prefté confente- . .r 1 1 / 1 n r . 1 , J. mi.aut faâa.dement , ores que la communauté, ou college foit condamné en corps, p^nis & ibi Ban,
car mefmes pour fimple delid fait par plufieu rs fans college, ny cornu- gmtZdc pcLi.
nauté,il n’y a fino adion cotre vn chacun en particulier, & pour le tout, 5!^^£per-
de forte que l’vn ayant fatisfait,les autres font quites:mais fi la chofe s eft
faide par quelqu vn fuiuant I’aduis.confeil, & délibération d e touts, ils
peuuent touts eftre appeliez & chacun folidairement, iaçoitquel vn
cftantappellé les autres nefontpas quites^.Mais 011 peut dire qu’il n’y a 6M.CcmVa,
pointd’apparece que plufieurs,voire la plufpart d’vn college,ou com-
munauté/oyent declairezinnocens, & neantmoins qu’ils foyent punis
en corps,és cas que i’ay dit cy deffus. A cela ie refponds, qu’il eft encores
plus eftrange,queles innocens foyent tirez au fort auec les mefehans, 5c
que ceux là foyent punis fur lefquels tombera le fort: comme il fe faifoit
quand l armee eftoit decimee,pour s’eftre portée lâchement contre les
ennemis,les plus hardis 5c vaillans,eftoyent bien fouuent tirez,5c com¬
me lâches executez.c’eftl’exéple duquel vfa le Sénateur Caffîus7, quâd 7.Tadt,iifM4,
ilperfuada en plein fenat qu’on mift quatre cens efclauesàmort, ores
qu il n y en euft pas vn qu’on peuft dire coupable du meurtre commis
en la perfonne de leur maiftre.adiouftant ces mots,Omne magnum excm-K iiij
59* DE LA REPVBLIQVEplum habetahquid ex inïquo3quodpnblica njtihtate compenfatur. Ce n’eft pas
dira quelqu vn,payer la debrc,d alléguer vn inconuenient. ie refponds
que la plus belle iuftice qu’on peut feire,c’eft d’echeuir de plufieurs in-
conueniens le plus grand,quand il eft queftion des forfaits, qu’il ne faut
laifferimpunis.car nous voyons queles plus fages &aduifez lurifeon-
fuites ont décidé y que s’il y a quelqu vn tué , frapé, ou dérobé par plu.
fieurs,touts cn font tenus folidairement,encores qu’il n’y ay t qu’vn qui
ay t fait le coup,ou qu’il foit du tout incogneu qui c’eft: éc neâtmoins les
i.l.ic« vtiiieAtw Iurifconfultes8n’ont point d’autre raifon,que l’inconuenient qui aduiêt
finciéi.aquii. pjus gran<j J’vn cofté, quand on veut fuir l’autre : qui eft ie plus fortar-
gument qu’on puifie auoir, pour efclaircirla vérité de toutes chofes,
quand touts les autres défaillent. Nous ne parlons pas icy de ce que font
les ennemis aux villes alficgces,&: prifes par force,pillas,tuans,faccageâs
auffi bien rinnocent,quele mefchant:mais de ce que doibt faire le Prin¬
ce enuers fes fugets rebelles.côbien que les Romains, lors qu’ils eftoyét
cftimez les plus iuftes peuples de la terre,n’ont pas toufiours fuiui la rei~
gleque nous auonspofee:maisfouuent ils ont puni, non feulement cn
corps,ains aulïi en particulier touts les habitans des villes rebelles, api'qs
les auoir prifes. & neantmoins ils ont toufiours gardé ce point, queles
chefs ont efté punis plus griefuement, & conferué ceux quiontrefifté
aux mutins:ayans efgard, fi en corps & communauté la rébellion eftoitdélibérée,ôcarreftee. Valerius Lcuinus9 Agrinvento capto, ditTite Liuc.^ . . r r ô r , / ». ».
qui capita rerum erat/uirgis cajosJecuri percujjit^cateros pradamque mendiait.Ôc en autre lieu ,Quoniam aüthores defeflionis3inquityméritas panas a diis im-
mortahbus&à'VobishabentyP.C.quid place t de innoxia multitudinejicri tan¬
dem ignotû eftillisy&ciuitasdata.& le Conful Fuluius,après auoir pris Ca-
poue,punitcapitalement quatre vings Sénateurs, outre xxvn. quis’e-
ftoyent empoifonnez:& trois cens gentilshommes moururentprifon-
niersde furplus des habitans furent vendus comme efclaues. Et quant
aux autres villes, qui eftoyét foubs l’obeiffance des Cap ou as,il n’y eut q
les chefs punis.AtelU Calatiaque,àït Tite Liue in deditione accepta j&quo-
que in eos qui capitarerüeratdnimaduerjum. L’autre Coful Appius vouloit
aullî quon s’equift des alliez,qui auovet eu fecrettemét part à la côiura-
tion : mais Fuluius 1 empefcha difant que ce feroit folliciter les fideles &
loyaux alliez à fe rebeller,cn adiouftât foy aux trahiftres Capouâs. cvuoy
que ce foit,nous trouuôs que les Romains ont laifle bié peu de rebeliios
impunies,tât que la Repub. a efté populaire. Et quant aux Empereurs
Romains,les vns ont vfé de grâce,les autres de cruauté extreme. L’Em¬
pereur Aurelian ayât mis le lïegc deuâtla ville de Thyane, iura quil n’e*
chaperoit pas vn chié,qui ne fuft mis à mort,ayât forcé la ville, il défen¬
dit de tuer perfone & lors qu’il fut fomé du fermet qu’il auoit fair, il dift
qu’il n auoit entédu parler que des chiens, qu’il fift touts mettre à mort.
tcikno.rcusinAu’ Iau& Henri v.EmpereurayantcodamnéBrefleà eftre rafee,&mifc en
friche,leur pardonna neantmoins affin que les iuftes neporraffent lapei-ne cfcs
LIVRE TROIS! ES ME. 35,5f ne des iniuftes:fuiuant en cela la bonté de Dieu, qui promet pardonner
à tout vn pays s’il y cn a dix iuftes. les autres ont vfé de cruautez barba-
' res,tuâs fans difcretion bons,& mauuais,pour la faute de quelques vns.comme l’EmpereurCaracala,lequel pour vâger fa douleur de quelques■ chanfons quon difoit en Alexandrie contre luy,fift entremeller les fol-
dats auec le peuple,pendât qu on regardoit les ieux: & au fîgnal doné ils
1 tuerent vne infinité de peuple: ce qui auoit eftéauparauantexecuté en
Hierufalem, ôc depuis en Theflalonique, ou l’Empereur Theodofe le
ll! grand,fift tuer fept mil habitans peflemefle, pour le meurtre comisen
la perfonne de quelques magiftrats, fans l’auoir délibéré, nyarreftéen
cl: corps,& comunauté. Xerxes Roy de Perfe vfa d’vne autre vengeâce no
ï1 pas fi.grande,mais bien plus contumelieufe,faifânt couper le nez à tous
les habitas d’vne ville deSyrie, qui depuis fut appellee Rhinocura quafî
tl! pour femblable faute de quelques vns.Come aufli le didateur Sulla fift
mourir tous les habitas de Pcrouze,&nc pardona qu a fon hofte,lequel
Ü voulut aufli mourir, difant qu’il ne vouloit pas tenir la vie du meurtrier
de fo patrie,come dit Plutarque. Cela pourroit eftre fuportabIe,quâd les
k, \jaincus ayment mieux mourir que d eftre fugets:& no pas s’ils font co-
:,f tents de feruir,ou d’obeir. come les Pifans s eftans rebellez cotre les Flo-
iiti rentins leurs feigneurs, foubs la faueur de Charle vm. s’abandonnèrent
\i auCote Valétin,quinelespeutguarentir : & puis aux Geneuois quin’é
fiitl voulurét point,non plus que les Venitiés : & neâtmoins après vn log af
i fiegemét fe rédirent aux Florétins, qui les traiterét doucemét, & depuis
à fot demeurez bos fugets.mais Loüys Cote deFlâdres dernier de fa mai-
iEjfe fo,car après fa mort le Coté toba en la maifo de Bourgogne,ayât réduit
l(|! lesGâtois à telle neceflîté pour leurs rebellios,de demâder grace&pardo
n,0 ne voulut pas les receuoir, ains leur fift dire qu’ils vinffét tous deuât luy
la hard au col luy demâder pardo,& qu’il auiferoit ce qu’il auroit à faire.Et) Ce qui meitcepauure peuple en tel defelpoir, qu’ils allèrent iufques au
lu'l nobre de cinq milaffrôter l’armee du Cote de XL.mil ho mes,qu’ils def-
)W| firét,& rédirent toutes les villes de Flâdre foubs leur obeiffâce, excepté
r,;;; kulemét Andenarde: ôc le Comte s’eftât fàuué de la defâite s’alla mufler
j|J(j foubs lelid d’vne pauure femme,qui le fift efchaper en cueilleur de po¬
li depuis n’ont iamais efté obeiflans aux Cotes. On apercent alors
mil ^11Y a r*cn plus vaillant cotre fon feigneur,que le fuget defefperérny
|cl| guerrc plus iufte,que celle qui eft neceffaire, come difoit vn ancié fena-
teur Romain. Ce peuple duquel i’ay parlé, outre la peine ineu itable, e-
11(j reduit afouftrir vne cotumeliepire que la mort. Caria contumelic
pf tou^lours P^us grade enuers les homes genereux,que la mort. Et ad-
|{ji u^ent c]uel4uesfois,qu’ils doublétlacotumelie, &la cruauté enfemble:
fjii Cornc ^ Federic11. Empereur,enuers les Milanois: après auoir tué les
1 ^ principaux,ôc rafé la ville, il vfa d’vne peine plus cotumelieufè q cruelle1 enuers les autres:come aufli fiftDagobertRoy de Frâce,enuers les habi-
i tas de Poitiers,pour auoir doné fecours à fes ennemis, il ne fe cotéta pas
394 DE LA REPVBLIQVEde tuer les habitas, ains auffi fift rafer laville, &l’enfemâcerdefeL
tout ainfi queles Prîces qui paffet par fouffrâce, les feditiôs,& rebellios
des corps,& comunautez de villes ou ^ùinces,d6nét exéple aux autres
de les fuiure-auffi ceux-là q exercét leur cruauté fâs mefure,nô feulemét
ils emportent la qualité de tyrans barbares,&: cruels,ains auffi hazardent
leur eftat.Celuy meritera la louage de iufte Prince &: coferuera fo eftat,
quitiédrale inoyé de p unir les chefs, ôc autheurs des rebelliôs.comefift
Charle de France,qui depuis fut Roy de Naples: lequel ayant la comiffio
pour chaftier les habitas deMot-pellier leur oftatout droiddecomu-
nauté cofulat Ôc iurifdidiô:&: ordôna queles murailles feroyétrafees,les
cloches abatues,& les codana à fîx vings mil fracs d’or. Il y en a qui ont
efeript q la m oitié des biés des habitas furet cofifquez: ôc entre les bour¬
geois 600. partie noyez,partie pédus,&le refte bruflez. Neantmoins la ,|
chofe fut depuis moderee en forte, quil n’y eut que les coupables exe-
cutez:côme en cas pareil il fut fait à la rebcllio de Paris foubs Charle v r. !
qui fut encores plus douceûaçoit qu’il n’y euft eu àMotpellier ny affé- i
blee de ville,ny coiuratio delibereeen corps. Et quâd bié tous les habi- 1
tans d’vne ville,en particulier,ôc en corps auroyent deliberé,cofenti,aij- ~
refté vne rébellion, ou coiuratiôn, fi eft-ce qu’il ne faut pas que le fage 3
Prince s’auâce de les punir tous:attendule dâger qu’il y apourl’eftat. Et t
pourcefte caufeleConfulT. Quindius voyant le péril quil y auoit de m
vouloir punir l’armce qu’il auoit foubs fa conduite, pour la rébellion, i
âpres auoir apaifé les chofes,il s’en retourna à Rome, &prefentareque~ 1
fteau peuple,par lad uis dufenat, qui fut entérinée fus le champ, Ne cul ïl
militüfraudi effet fecejjïo. Et en cas fêblable la rébellion des foldats à la ville il
de S ucrone,rut punie par l’executio de xxx.homes feulemét. certabatur, 1
dit T ite Liue, njtrüin Mores lantuÇeditionïs xxxv. animaduerteretur^rt 3
pluriü fupplicio njindicada defcéîio magis effet quamfeditio.'vicitfèntetia lettior, I
fut -onde orta culpa effet jbipœna coJiJleret3ad multitudinis cafhgationejatis ejje, !jo
ôc peu après en la harâgueqScipio fift à l’armee,il dit ces mots, Senofe~ i(
cm cjuam uijeera: fècantefùa cum gemituy & lacrimis xxx.bommû capitibm,ex- |a
piaffeoflo miüiu «o^.Mais quand le Conful Appius,fuperbe,& haut àla
main,voulut vfer de fa puiflance fus l’armee,les capitaines, ôc lieu-tenâs, ^
l’en deftournerét.luy remoftrâs,qu’il eftoitfort dâgereux d’eprouuerfo ^
puiflace,qui 11’eftoit fodee qu’en robeiftâccdesfugets.Et cobien que la iS(
punitio fe peuft faire fâs çrainterfi eft-ce qu’il n’en faut pas vfer, ôc fuffift c
en la punitio des corps,& comunautez,^/-pœna adpaucos^mctus ad omnes ^
perueniat:come difoit vn ancié orateur.Encores ne faut-il pas q le Prince |t£l
fouuerain foit executeur de telles punitios-.s’il (e peut faire en fon abféce: i;|f
affin q le cueur de fes fugets ne foit aucunemét aliéné de luy. ains au co- ^
traire il eft befoin qu’il modéré lapeine,que fes lieu-tenâs aurot impo- ^
fee.Nous en auos l’exéple d’AntioquelegrâdRoy d’Afie,lequel donna ^
commiffion à Hermeas Conneftable de chaftier la rebcllio des habitas | ,deSeleucie
LIVRE T r O I S I E S M E.condâna le corps de la ville à fîx ces mil efcus d’améde.Le roy Antioque
r’appella touts les bânis3& fe cotenta de lxxxx. mil efcus:ôc reftitua la
ville en touts fes priuilegesJ. Et fins aller plus loing,le Roy Henry ayant '•Polybltt8ilb*
donné comiffionau Duc deMont-morécy Conneftable de chaftier la
rebelüon du pays de Guyënc, ôc mefmemét des habitas de Bourdeaux,
otroya depuis abolitio generale,& remift le rafemét de la maifon de vil-
le^laméde de deux ces milliures,ôc les frais delà coduite del’armee, en
; quoy les habitas de Bordeaux eftoyét condânez: ôc reftitua le droit deI corps ôc college de villerexceptât feulemét ceux qui auoyét mis la main
fus les officiers, & quelques priuileges, ôc domaine déjà ville qui fut re-f trâché.L’Empereur Charle v. en via tout autremét, cotre les habitas de
: Gâd,car luy mefme en preféce voulut faouler fon appétit de la végean-II ce qu’il print de mil feditions,& rebellions qu'ils auoyét accouftumé de
faire de toute anciëncté q eftoyét iufques alors demeurees impunies1 parla fouffrâce,ou impuiffance des Cotes de Flâdre. Et quafi au mefme! téps,leRoy Frâçois i. alla en perfone,pour chaftier la rebellion des Ro-:i chcllois^aufquels toutesfois il pardona.sâs faire mourir persône, difantil qu’il n auoit pas moins d’occafio de véger fa douleur que l’Empereur: ôci neâtmoins qu’il aimoitmieux accroiftre fes loüâges à coferuer,qu a rui-:l ner fes fugets.Si on fait iugemét de ces trois Princes on dira peut eftre qI l’vn a efté trop feuere en la punitio d’vne comunauré,lefecôd apartropU affe&é la douceuricar vne rebcllio pafTeepar fouffrâce^toft après en at-v: tire vne aùtrerle troifiefme a modéré l’vn Ôc l’autre, tenât la médiocrité; entre la douceur ôc cruauté, qeft le moyé de la vraye iuftice quclaloyil veut6 eftre gardé en la punition des forfaits, mefmemét où il eft queftio <r. i.refpicienduMn; de punir vne multitude,en comunauté, ou fans comunauté. Le mefme dcpcciuî"Ti Empereur Charle v.pardona vne faute capitale au premier chef de l’ezc(|!| maiefté,quâd tous les eftats d’Efpaigne fe rebellerét cotre luy,lors qu’il
ptit pour aller prédre poffeffio de l’épire, cobien qu’ils euffét ia tiré dej prifon, voire elleuleDucde CalabrepourRoy,qne le voulut accepter.’ il n’y en eut pas vn puni:qeftoit figemét fait,car la maladie eftât vniuers, felle,il euflr’éflâméle feu qui eftoit mal eftaït. Refte à voirfî la Repub.fepeutpafler de corps Ôc collèges. Nous auos dit que les homes par fo-' f cietcz ôc copagnies mutuelles,s’acheminerét aux alliâces, &comunau-
tezdeseftats,corps,,&colleges:pourcopofèrenfin les republiques quej nous voyôs:qui n’ont point defondemétplus feur,après Dieu, que la-1 mitié ôc bienueillâce des vns enuers les autres : laquelle amitié ne fe peut1 maintenir que par alliacés,focietez,eftats,c6munautez,cofrairies,corpsr, Ôc collèges. Et par ainfi demâder fï les comunautez ôc collèges font ne-)û ' ceffaires àla Repub.c’eft demâder fi la Repub.peut eftre maintenue sâs^ amitié^sâslaqlle mefme le mode ne peut fubfîfter.Ce qie dy,pour autât
y en a qui ont efté,& font d’aduis que tous corps,ôc collèges foyeç^ aboliziôc ne regardét pas que la famille ôc laRcpub.mefme,ne font rienI "
- ' / ' ( ■ ■ " ‘ 1 ■ '■ "'•V - ' ' . - p39<î DE LA REPVBLIQVEau tre chofe,finô cômunautez. Qui eft l'erreur auquel les plus grâds ef.prits s’aheurtét leplusfbuuet.carpourvneabfurdité qui aduieptd’vncbône couftume,ou ordônance,ils veulét rayer,& bifer l’ordônance: sas
auoir efgard au bien qui en reufcift d’ailleurs.le côfeffe bié que les colle-
ges,& cômunautez mal reiglees,tiret après foy beaucoup defadiôs,fe!
ditiôs,partialitez,monopoles,& qlquesfois la ruine de toute la Repub& qu’au lieu d’vne amitié facree,& biéueillâce charitable,on y void liai- '
ftre des côiurations,& côfpirations des vns enuers lesautres.Et qui pluseft,on a veu foubs vmbre de religiô,q plufieurs collèges ont couué vne :execrable, & deteftable impieté, il n’y a point de meilleur exéple que la i!côfrairie des Bachanales en Rome,où iiy auoit plus de fept mille perfô- :
nés accufez,attaints,côuaincus, & plufieurs executcz & bânis, pour lesmefchâcetez abhominables qu’ils cômettoyent foubs voile de religio: 17.Uu» Ub.jj. qui a la plus belle,& la plus diuine apparéce qu o fçauroit imaginer:cô- 1!
me difoit leCôful,parlât au peuple Romain desimpietez qu’il auoita-uer ces,Nihil inJfeciem 7fallacius praua religio ne, vbi DeorÜ numeprœtendi- *« Liuius eod. Ub. turfceleribusfubit animum ftraor.Quifut la caufe d’abolir les côfrairies des *Bachanales par toute l’Italie,par arreft du Sénat, qui fu t homologué pat *le peuple,& pafla en force de Loy8, que deflors en auât on ne feroit au- *cunsfacrificesfinô en public. CequelongtépsauparauâtvnfàgeGrec iauoit fuadé aux A theniés,difât que les facrifices no&urnes, luy eftoyét jjtmerueilleufemétfufpeds.AuIfi eft-ilbeaucoup plusexpediét entoutc i)
Repub.de permettre en plublic les afteblees,collèges, & côfrairies, quipretédent le fut de religiô,oùles ofter du tout,q lès fouffiriten fegret,& J?& à ladefrobee.&côme difoit Caton le cenfeur, Jbnullogenerenofum- siiInumpericulum efl,ficœtns,& cocilia.&fecretas confultationes ej]e finas.Car il - fbn’y a côiuration qu'on ne puiffe faire en telles affemblees legrettes, qui |croiflet peu à peu,& cn finl’apoftumecreue,quiinfede toute la Repub. tcôme il aduint en la ville de Munftre,où les Anabaptiftesmultiplierét fi febien en fegret,qu’ilsenuahirétl’eftatde Vveftphalie.& en Italie lescol- Ü,]leges,& côfrairies des Pithagoriés, attirerét à leur cordelle tant de difei- kpies,que les plus grands feigneursy coururét:&lors ils voulurent chan- iger les eftats populaires en Ariftocraties,maislepeuple courut àlus, & U,.M,bius.nb.). en bruflafort grand nôbreaffemblez en vnlieu.ee qui troubla,ditPoly- L
be ’,prefque touts les eftats d’Italie, & de la Grece. Et pourcefte caufeles Empereurs,&prefque touts les Princes reftituant aux luifsledroid j(t|]des corps1 & collèges,que Tibere,Claude,& Domitianleur auoyét o- c...lié anciennement,ils voulurent queleursprieresfefiffentenpublic.ee (||que le Roy Pharaon leur vouloit bié ottroyer,mais Moyfe luy dift,que ^
les Ægyptiens les lapideroyent. Etpour en direla vérité c’eftchofefort
malailèe,d’entretenir corps & collèges, pourquelque religiô quece foitquand elle eft co traire à la religion du peuple,ou delaplulpartd’iceluy: ,
qui bien fouuent nepeut eftre contenu,ny parloix,nyparmagiftrats,fi la force -,
LIVRE TRO I'SIES M E. 397fi la force des gardes n’eft bien grade, car mefme on a veu Thomas Em¬
pereur de Conftantinople, eftre cruellement tué par le peuple en pleine
Eglife,parce qu’il vouloir abolir les images. On a veu aufli en la ville de
Francfort quatre corps ôc collèges de diuerfe religion publiquemët ap-
prouuees,& exerceesià fçauoir celle des luifs,des Catholiques, des pro-
teftans,& de la confeflion de Genefue:mais il adüint l’an m.d.lx i i. au
mois de May,que les proteftans,safleurans des forces, ôc delafouuerai-
neté de leurs partifaus/e ruerét fus ceux delà cofeflion de Genefuerqui
[ fut caufe quelle fut oftee. ce qui n’eft pas tant à craindre, quâd les fcttes
font receuës d’ancieneté,come celle des luifs,aufquels les princes d*Eu-
! rope,& de Barbarie, ont prefque toufiours accordé leurs anciês priuile-
1 ges, ôc des corps, & collèges,pour l’entretenement de leur religion : en
payant par eux certaines charges,come ils foifoient aux Empereurs Ro-
I: niains Timpoft qu’on appelloit1 Aurum coronarïum, que les Empereurs narioxaur°côr6
; d’Almaigne donnent ordinairementaux3 Imperatrices;pour laconfir- {^"4 dcpdnc'
,£ rnation de leurs priuileges,qui font encor’ plus grads en Poloignc& Li¬
fe tuanie qu’en lieu du mondejdepuis qu’ils furent ottroy.cz par 4 Cazimir 4.aux ordonnâce*
| le Grâd,Roy de Poloigne^lafuafiô d’vne Dame Iuifue nômee Hefter: dcI olois,lCr
: come ils auoient eu anciennement du Roy de Perfe,par le moyen d’vne
f Iuifue de mefme nom:où ils multiplierét fi bien qu’il n’y auoit prouince
t àla grande Afie,quin’euft vne colonie de luifs, come nous lifonsen lo¬
ti feph,&Philo.Il fe peutfaire aufli,que les collèges desfe&es font fi puif-
i fans,qu’il fcroitimpoflible,ou bien difficile de les ruiner,finon au péril,
i? Ôc dager de Feftat. En ce cas les plus aduifezPrinces ont accouftumé de
i £iire come les fages pilotes,qui fe lafehet aller à la terapefte, (achat bien
? que la refiftance qu’ils feroient,feroit caufe d’vn naufrage vniuerfel, ce-
I las’eft veu fous l’Empire de CoftansJequelmaintenoit les corps,6c col-
m ges des Arriens,non pas tant pour l’affedion qui leur portoit, ainfi que
j. plufieurs ont efcrit,que pour coferuer les fugets,& fon eftat.car mefme
j, Teodofe le Grad,qui ru t toufiours cotraireà leur opinion, maintint les
j vns,ôc les autres en paix,& obeiflance,&plus encor’ Valens,& Valenti-
t|, nian,iaçoit que l’vn fuft Arrian,l autre Catholique:& depuis Zenon qui
| fift publier ledit de paix,& vnion qu’ils appelloient Hcnoflicon:ôc à (on
j exemple Anaftafe fift publier l’editd’oubliace: cheriflant les prefeheurs
l fao-es ôc modeftes,& chaflant ceux-là qui eftoient trop 0 vehemés.Mais o.Euagriujiib.j.c,l![ i • i • * r \ r ’r> r ■ * i> îp.Nicephor.cal-■ iielt certain que le Prince portât raueur a vneledte, ôc melpnsat 1 autre, iinusub?i6.c.i<;.^ l’anéantira fans force,ny contrainte,ny violence quelconque:fi Dieu ne
j la maintient.carPefprit des hommes refoluz,plus fe roidift, tant plus on
j luy rcfifi;e,&:[e lafche fi on ne luy fait tefte.Ioint aufli qu’il n’y a rien plus
^ dangereux à vn Prince,que défaire preuuedefes forces cotre les fugets,
lion n’eft bien a fleuré d’en venir à chef, car c eft armer, ôc monftrer les
J, griffes aulyon pourcombatre fon maiftre. Et fi les plus fàges Princes y
fontfortempefchez, que doit-on attendre d’vn Prince qui fe voit affie-
j gé deflateurs, ôc de calomniateurs, qui foufient à toute puiflance le feu
3?B de la repvbli qv ede (édition, pour embrafer les plus grandes maifons? Comme foubs
les premiers Empereurs,on trouua des calomnies fi lourdes,& impude'-
tes,qu’il n’en fuft onques auparauât inuété de plus eftrâges, pour abolirles corps,&colleges des Chreftiés:car on les chargeoit d’eftre Atheiftesinceftueux,& parricides,& manger le fruid qui5 prouenoit deleurs inl
ccftes : ainfl qu’on Pcuc voir aux Apologies de l’Orateur Athenagoras,
rociïc&UaToniaSs & ^ crtuM*an- la mefme accufation fut intentee contre les templiers
contundcrcac foubs le regne de Philippe le Bel, qui fut caufe d’en faire brufler grand
placentas faccrcC nôbre,Ôc abolir tous leurs collèges: mais les Almans ont laifTé par efcrit,
Wcfc^m^id- (îue c’eftoit vnc Pure calomnie, pour auoir leurs grans biens, ôc richcf-
aue facramcntum fes. On fift le femblable enuers les corps ,ôccollèges des luifs tantenfuiflc corporis & r t . . . r 7 fc> M Wjwuicufanguinis. France foubs Dagobert,Philippe Augufte, ôc Philippe le long, que de¬
puis en Efpaigne foubs Ferdinand Roy d’Arragon^ôc de Caftille,lequel
par pieté impitoyable les chafla de tout le païs,ôc s’enrichit de leurs biés.
Donc pour refoudre cefte queftion, s’il eft bon d’auoir des eftats,collè¬
ges, ôccommunautez,Ôc fi laFvepublique s’en peut pafTerton peut dire,à
mon aduis,qu’il n’y a rien meilleur pour maintenir les eftats populaires,
ôc ruyner les tyrannies, car ces deux Republiques en foy contraires, fe
maintiennét,& ruy nent,par moyens tous contraires.ôc par mefme fuy-
te de raifons,les eftats Ariftocratiques,ôc iuftes Royautez,font mainte¬
nus par la médiocrité de certains eftats, corps, ôc comunautez bien rci-
glees. ôctoutainfi que l’eftat populaire reçoit, ôcembrafle tous collè¬
ges,corps,ôc communautez, comme nous auos dit que fift Solon, efta-
bliffant l’eftat populaire des A theniens : aufli le tyran s’efforce les abo¬
lir du tout:fachant bien que l’vnion, ôc amitié des fugets entr’eux, eft fa
ruyne ineuitable.le bon Roy Numa, fut le premier qui erigea les collc-
gesjôc confrairies des meftiers.Tarquin l’orgueilleux fut le premier qui
les ofta,ôc qui empefcha les eftats du peuple de s’a{fembler,ôc s’efforcea
i1b?!°nyr*H*IyC‘ me^mes 6 fu prime rie corpsdu Sénat, par la mort des Senateurs, fans
vouloir pouruoir de nouucaux Senateurs: mais aufli toft que les fugets
luy donnèrent la chaffe, on reftablit les eftats du peuple, on fuploya le
nôbre des fenateurs, on reftituales collèges abolis: qui furent toufiours
maintenus,iufques à ce que le fenat eftant multiplié au nombre de cinq
ces ou enuiron,ôc ayant tiré à foy prefque la fouueraineté,abolit la pluf-7. Afeomusin partdes7 confrairies. Neantmoins Claude le Tribun,pour maintenir leorat. Portij Latro-peuple,en contrecarre de la noblefle, à laquelle il renoncea, ôc fe faifant
ms' adopter par vn home roturier,pour eftre Tribun,reftitua tous les colle-8.cicero in Pifon. ges ôc8 confrairies,ôc les augméta. mais fi toft que Cefar fut *Di6tateur,
^.Tranquii.m iui. ]cs ab oli t p o U r maiii te ni r fa puifsacc,&raualler Celle du petiple.depuisl.Tranquil. in An- Augufte ayant afleuré fon eftat,les1 remift par edit expres.ôcz Neronle
rfacit.iib.14. tYran 'cs ftprima. ôc toufiours les tyrâs ont eu en haine les eftats, corps,Ôc communautez des peuples, ôc mefme Denys le tyran, ne vouloir pas
feulement q les parens fe vifitaflent l’vn rautre,Ôc permettoit,dit Plutar-
q de les voler quâd ils rctournoiét au foir de voir leurs amis: Ôc Nero al-
t LIVRE TROISIESME. $99k loic fouucnt par les rues la nuic,frapant,& bleffant tous ceux qui retour-
\ noiétde fouperauec leurs amis,tant il craignoit les aftemblees, pour les
![ coniurations qui fe peuuent faire cotre la tyrannie des mauuais princes.
It| Et neantmoins la iiifte Royauté ira point defondemet plus affeuré, que
i; les eftats du peupIe,corps,&:collcges.cars’iIeftbefoindelcuerdeniers,
I; aflembler des forces,maintenir Peftat cotre les ennemis, cela ne fe peut
| fiire,que parles eftats du peuple,& de chacune prouince,ville,&cômu-
t nauté. Auffi voit on que ceux-là mefmes qui veulct abolir les eftats des■ fu ge ts, n’o n t autre r e co u rs c n 1 e u r n c c effi t é, fi n o 11 a u x e ft a ts, &: c o m m u-
i(‘ nautez,lefquelseftantvnis enfemble,fe fortifient pour la tuition &de-
' fenfe de leurs Princes: &mefmementaux eftats généraux de tous les fu-
| gets,quâd le prince eft prefent.là on comunique des affaires touchant le
j corps vniuerfel de la République, &des mebres d’icelle:là font oüy es,&
»' entendues les iuftes plaintes, & doleâces despauures fugets, qui iamais
autremét ne viennét aux oreilles des Princes: là font defcouuerts les lar-
l!l cins,concuffions,& voleries qu’on fait foubs le no des Princes qui n’en
yi fçauet rien.Mais il eft incroyable,cobien les fugets fontaifes de voir leur
^ Roy prefider en leurs eftats:cobienils font fiers d’eftre veuzdcluy:&s’il
]î oyt leurs plaindles,& reçoit leurs requeftes,ores que bien fouuent ils en111 foyét déboutez, fi font-ils bien glorieux d’auoireu accès à leur Prince.ce cjui eft mieux gardé en Efpaigne qu’en lieu du monde, où les eftats
® par cy deuant eftoyent tenus de deux ou trois ans Pvn:&: en Angleterre
k auffi affez fouuet. Toutesfois il y en a qui fe font efforcez par tous moy-
i ens,de changer les eftats particuliers de Bretaigne, Normandie, Bour-
'» gongne, & Languedoc, en élections, difânt que les eftats ne fe font qu’à
ils la foule du peuple.mais ils meritent la refponfe que fait Philippe de Co-
[£! mines à ceux qui difoient que c’eftoit crime de leze maiefté d’afietnbler
;sï les eftats. le ne veux pas nier qu’il n’y ait de labus,& des larcins,qui ont
t! efté bien auerez par les extraits des eftats de Bretaigne, Pan m.d.lx vu.
ÿ'iéfçay bien auffi que les penfions des eftats de Languedoc reuenoient à
[l plus de xxv.mil francs,fans les frais des eftats, qui ne couftoient gueres
I moins.mais on ne peut nier, q par ce moyen le pais de Languedoc, n’ayt
l[(i efté defehargé fous le Roy Henry de cet mil liures tous les ans:& le païs
jl de Normandie de quatre cens mil,qui furent égalées fus les autres gou-
jjl uernemens qui n’ont point d eftats . & neantmoins il eft bien certain,I que les ele&ions couftent deux fois autant au Roy & aux fugets, q les e-
,|(!i ftats:&en matiere d’impofts,pl9 il y a d’officiers,pl9 y a de pilleries. & ia-
j mais les plaintes,^doleâces des païs gouuernez par ele£Uo ne sot veucs
! leuësjny prefentees,ou quoy que foit on n’y a iamais d’égard,comme e-
:jj ftâs particulières. & tout ainfi que plufieurs coups d’artillerie Pvn après
f 1 autre,n ont pas fi grâd effe6î:,pour abatre vn foi t,que fi tous enfemble
i font delafchez : auffi les requeftes particulières s’en vont le plus fou-
nent en fumee:mais quand les collèges5les communautez,les eftatsi 1 l‘i
4oo DE LA REPVBLIQVEdVn pays, d vn peuple, d'vn Royaumefont leurs plaintes au Roy, iHgy
eft mal-aifé de les refufer. Combien qu’il y a mil autres vtilitez deseftats
en chacun pays, c’eft à fçauoir le bien concernant la comunauté de tout
le pays^’i^eft queftion de faire leuee d’hommes, ou d’argent contreles
ennemis, ou bien de baftir fortereffes, vnir les chemins, refaire les pots ‘
nettoyer le pays de voleurs, & faire tefte aux plus grands, tout celas’eft
mieux fait par cy deuant au pays de Lâguedoc par les Eftats,qu’en autre '
prouince de ce Royaume.Ils ont ordonné douze cens liures par chacun
an, pour Pinftitutionde la ieunefle de tout le pays en la ville de Nymcs
outre les autres collèges particuliers: ils ont bafti les belles fortereffes
duRoyaumeâls ont fait executerBuzar,le pl9noble voleur quiaefté de
noftre memoire.duquel ny iuge,ny Magiftrat, ny le parlement mefmes
deToulouzen auoient peu auoir la raifon:caril faifoitfes voleries par
forme de iuftice:fi hardi de s’attacher à luy. Ils ont aufli ordonné douze
cens liures d’eftat pour vn Prcuoft des Marefchaux, &: outre cela x x v.
liures pour chacun procès qu’il rapportera des exécutions par luy faites,
f ay bien voulu coter en paflant ces particularitez, pourfaire entedre le jj
grand bien qui reuflift des eftats, qui font encores mieux reiglez és Re- ;
publiques des Suifles,&del’empire d’Almaigne, qu’en autres Republi- I
ques de l’Europe, car outre les eftats de chacune ville, & canton, ils ont 1
leurs eftats generaux.les dix circuits de l’empire,ont leurs eftats feparez, I
aufquels fè raportentles eftats particuliers des villes impériales, & con-
trees:&les eftats des circuits,feraportentaux eftats de l’empire:quifiift M
long temps-a ruyné fans cefte police. I’ay dit que la médiocrité, qui eft 11
loüable en toutes chofes,fe doit aufli garderés eftats Ariftocratiques,^ 1
iuftes Royautez,pour le regard des corps, ôc collèges, car d’oftertous ^
les corps,& communautez, c’eft ruynervneftat, ôc en faire vne barbare i
tyranieiaufli eft-il dangereux de permettre toutes affemblees, & toutes :ïJ
confrairicsxar bien fouuet on y couue des coniurations,ou des mono-
poles-.nous enauostrop d’exemples, qui a efté la caufe d’ofter plufieurs it
fois les confrairies,par edits expres:qui toutesfois n’ont iamais peu eftre i
cxecutez, il vaut beaucoup mieux arracher les abus, cornes les mauuai-
fes herbes,q d’arracher les bonnes ôc mauuaifes tout enfemble. Et pour }t
cuitcrauxmonopolesjileftexpediétdediuiferlesartifinsendiuerscn- |i
droits des villes,ôc non pas les ranger tous en vn quartier, come il fe fait ts
es villes d’Afrique,& en plufieurs villes d’Europe.car outre les incomo- |
ditez qu’il y a és grades villes, de n’auoir en chacun quartier les artifans, ^
qui font ncceflaires ordinairemét,il faut qu’il y ait des monopoles, pour
furuendre Iamarchâdifc,ôclcsouurages:ou delà iaIoufic,ôcdesquereI- \{{
les,fi l’vn en fait meilleur marché que l’autre,deuâtles yeux de celuyqui k
cn a fait refus.lay dit des attisas ordinairemét requis:car quat à ceux qui \
font moins requis, comme les gens de marteau, on les peut ranger en ^
mefme quartier, pour ne les meflerauecles gens de lettres, ôc de repos. ^
DE LA NAISSANCE, AC¬
CROISSEMENT, ESTAT FLEVRISSANT,DECADENCE, ET R Y Y N E Sdes Republiques.CH A P. LO V T E République prend origine delà famille, mul¬
tipliant peuà peu : ou bien tout à coup s’eftablift d’vne
multituderamafïcc,oud’vnecolonie tirée d’autreRe~, publique:commevnnouuel effeind abeilles: ou bien• comme vn rameau pris d’vn arbre pour planter : le¬
quel prenant vne fois racine, eft pluftoft preft à por¬
ter fruid, que celuy qui vient de femencc. Or l’vne, Ôc 1 autre Re¬
publique seftablift par la violence des plus forts : ou du contentement Naiflance
des vns, qui afTugetifTent volontairement aux autres leur pleine, ôc en- des Repu-*
tiere liberté , pour en eftre par eux difpofé par puilfance fouueraine bliques
fans loy, ou bien à certaines loix, & conditions. Ainfi la Republique %ayant pris fon commencement,fi elle eft bien fondée,elle s affeurc con¬
tre la force extérieure, & contre les maladies intérieures: & peu à peu
croift cn puiffancc, iufques à ce qu elle foit venue au comble de fa per-
fc&ion:qui eft reftatfleurifTant:qui ne peut eftre de longue durée,pour
la variété des chofes humaines: quifont fi muables, ôc incertaines, que
les plus hautes Republiques, bien fouuent viennent à tomber tout a
coup de leur pefanteurdes autres par la violence des ennemis font alors
ruynees, qu elles fe penfent plus alfeurees : les autres vieillirent à la lon¬
gue,& de leurs maladies intérieures viennent âprendre fin. Et aduient
ordinairement, que les plus belles Republiques, foufrent les plus grans
changemens: ôc ne font pas à blafmer pour ccla,,fi le changement vient
d vne force exterieurc : comme il aduient le plus fouuent : car les beaux
eftats font les plus enuiez. Ettoutainfique Demetrius l’aflîegcur n*c- m
ftimoit rien plus malheureux, que ccluy qui n’a iamais fenti aduerfite: ,<
comme fi fortune iugeoit vntel homme fi lafche, ôc fi poltron, quil
ne mérite qu’elle s’attache i luy : auffi voyons-nous des Républiques fiL iij
4oi DE LA REP VBLÎQ^VEmal conduittes , qu elles font pluftoft pitié aux. autres, que enuie
, • C’eft pûurquoyiicftbienbefoing,devoir douyientle changement
d’vne République, au parauant que d’en iugerjOulamcttrcenexem-
plepour eftre fuyuie. l’appelle changement de République,change¬
ment d’eftat: quand la fouueraineté d’vn peuple vient en la puiflance
d’vn Prince : oulafeigneurie des plus grands au menu peuple : ou bien
au contraire, car changement de loix, de couftumes,de religion, de
place : n’eft autre chofe qu’vne altération:fi la fouueraineté demeure.
&au contraire, il fe peut faire que la Republique changera d’eftat de¬
meurant les loix , ôc, couftumes, hormis ce qui touche la fouucraine-
té : comme il aduint quand l’eftat populaire de Florence fut changéenIl ne faut Monarchie. ôc ne faut pas mefurer la duree d’vne Republique, à lafon-
mefurerlaa dation d’vne ville: comme a fait Paul Manuce, qui efcrit que la Repu-
gc dcsRe-^ blique de Venize a duré xn. cens ans: ores quelle a changé par troisfubliquesa fois-.comme nous dirons tantoft. Il fe peut faire aullî, que la ville,ny
aage des Je peuple, ny les loix, n’auront aucun changement, ny dommage: Ôc
villes. neantmoins la République périra : comme il aduient, quand vn Prin¬
cefouuerain,fe rendfuget d’autruy volontairement : ou quepartefla-
mentille fait héritier de fon eftat vne Republique populaire : comme
Roys qui Attalus Roy d’Afîe, Codius Roy des Alpes, Polemon RoyDamafie,
ont rait les fîrentL^Republique des Romains heritiere de leurs eftats. les Royau-
ro mains mes furent cftaints auecles Roys, ôc changez en prouinces. qui n'eft
entiers. pas changement d’vn eftat 'ch autre : caria fouueraineté eft du tout abo¬
lie. ôc au contraire fî d’vne cité, ou cfvne prouincefe fait vn,ouplu-
Diuifîo des fleurs eftatspopulaires., ou Royaumes, ce n’eft pas changement de rc-
châgemés. publique,mais origine, &naiflanced’vne, ou plufieurs Republiques
nouuelles. comme il aduint quand au pays de Suifle, ôc des Grizons
(qui eftoyent vicariats, Ôc prouinces de l’Empire) fe formèrent dix-
huid Republiques, tenâs chacune fon eftat fouuerain.Et quelquesfois
deux Republiques font reduites en vne : come les Republiques desRO-
mains, ôc des Sabins, furent vnies en vn eftat, ôc afin d’ofter 1’occafion
des guerres ciuiles, ils ne furent appeliez ny Romains, ny Sabins, mais
Quirites:& les deux Roys quelque temps furent aflez bons amis,iu£
ques à ce que l’vn euft fait tuer lautre. Ce n’eftoit donc pas qu’vn peu¬
ple deuint fuget de l’autre : comme il aduient quand l’vn eftant vain¬
cu fe rend à l’autre,&foufre la loy du vainqueur. Quieftpour la refo-
lutioil de la queftion de Cuneus Iurifconfulte, qui demande fi vne
Republique vnie à l’autre eft fugette d’icelle. ce que Bartole en la loy
Jïconuenerit. de f ignorât, att. a nié fans diftindtion, ôc le veut monftrer
par l’exemple de Raymond CôtedeToulouze: n’ayant pasbien regarj
dé le traité fait entre luy ôc les eftats de Languedoc d’vne part, ôc Loüys
i x. Roy de Frâce d’autre, où il fut dit q la fille vnique du Cote Raymod
efpouferoit Alphons Côte dePoidtiersfrerc duRoy : Ôc s’ils mouroiencfans
LIVRE QV A TRI ES ME, 403| ,( fans hoirs légitimés procreez d’eux, le pays de Languedoc retourneroit' „ de plein dro'iét àla Couronne, fans toutesfoisqu’onpeuft changer les!| „ couftumes du pays, ny pareillemét impofer tailles, fins le confentemëcJ „ des Eftats du pays. Ce qui a toufiours cftégardé:demeurataufurplusla
maiefté fouueraine aux Roys fur le pays,& habitans de Languedoccô-
me il auoit eftéauparauantqueleComte s’en fuft exempté, mais il efti bien certain qu’vn eftat aflugety à l’autre ne fait point Republique,ainsJ feulement partie desfugets. Or tout changement eft volontaire,où ne-1 ceffaire,ou méfié de l’vn & de l’autre. & la neceffité eft naturelle,ou vio1 lente, car combien que la naiflince foit plus belle que la mort, fi eft- cc1 toutesfois que cetorrent dénaturé fluiderauifîant toutes chofes, nousit fait cognoiftre que 1 vn ne peut eftre fans l’autre: mais tout ainfi qu’onil iuge la mort la plus tolerable celle qui vient d’vne vieillefTe cadu que,ouf: d’vne maladie lente, & prefque infenfible: aufli peut on dire, que le châ-i gement d’vne Republique, qui vient quafi.de vieillefTe, & après auoirï duré vne longue fuite de fieclcs,eft neceflairc,& non pas toutesfois vio-t lent:car on 11e peut dire violent,ce qui vient d’vn cours ordinaire,& na-ie turelà toutes chofes de ce monde. Ettoutainfi que le changement peutt eftre de bien en mal,aufli peut-il eftre de bien.cn mieux: foit naturel,ou)i violent, mais ceftui-cy fe fait foudainement, l’autre peuàpeu.Quantauit changemét volontaire,c’eft le plus doux,&le plus facile de tous: quandI celuy qui tient la puiffance fouueraine s’en defpoüille, &change l’eftat! cn vne autre forme:comme le changement d’eftat populaire en Monar-: chie,foubs la dictature de S u lia, fut violent, & fànglâtà merueilles: màisni 1e changement qui fe fift de Monarchie, couuerte foubs la diétature, en,| eftat populaire,fut doux &gracieux: car il fe dcfpoüilia volontairemétq de la fouuerainete,pour la rendre en peuple,fans force ny violence,&auU grand contentement d’vn chacun. Ainfi l’eftat Ariftocratique de’ Sie-
l ne fut châgé en populaire,au parauant la tyrannie de Pandulphe:dû co-
fentementdes Seigneurs, quis’en deflaifirententreles mains du peu-j( ple,& quittèrent la ville.Et tout ainfi quele changement de maladie en.f fànté, ou de fanté en maladie, peutaduenir des qualitez élémentaires,
i 011 nourriture : ou bien des qualitez intérieures du corps, ou de lame:, ou bien par la violence de celuy qui bIece,ou qui guarift.-ainfi la Repu-
^ blique peut foufrir changement, ou ruine totale parles amis, ou enne-
mis,exterieurs,ou intérieurs : foit de bien en mal, ou de mal en bien : &■ bien fouuent contre le gré des citoyens, qu’il faut contraindre, & for-(( ccr)c]llîd on ne peut mieux,, comme les furieux & forcenez:qu’ongua-1 ri fi contre leur gré. comme fift Lycurgue,qui changea les loix,& l’eftat* Royal en populaire, contre le gré des fugets, ou de la plufpart d’iceux:. eombien qu en ce faifant il fut bien battu,& perdit l’vn des yeux, iaçoit1 qu il quittaft la part que luy & fes fucceflèurs auoient au feeptre Royal,R comme Prince du fà'ng,&des plus proches de lacouronne. Et d’autant“ L iiij
404DE LA REPVBLIQVEqu’il n’y a que trots fortes de Republiques,comme nous auonsmonftréSix change Cy defliis, aufli n’y a il que fix changemés parfaits : ceft a fçauoir de Mo¬
rnes de Re- narchie, en eftat populaire: ou de populaire cn Monarchie: & pareille-
publique. ment de Monarchie, cn Ariftocratie : ou d’Ariftocratie cn Monarchie:
& d’Ariftocratie,en eftat populaire : ou d’eftat populaire,cn A riftocra-
tie.Ôc de chacun eftat fixehangemens imparfaits: c’cft à fçauoir d’eftat
Royal,cn feigneurial:de feigneurial ,cn tyrannique:de tyrannie,eu
Royahde Royal,en tyrannie: de tyrannie,en feigneurial: dd feigneurial,
en Royal. autant peut-on dire de T Ariftocratie légitimé, feigneuriale,
ou fadieufe : ôc de Teftat populaire,légitimé, feigneurial, ôc turbulent,
l’appelle changement imparfait, d’Ariftocratic légitimé cnfà&ion : ou
deftat Royal cn tyrannique: par ce qu’il n’y a que changemct de quali¬
tez de bons feigneurs,cn mauuais : demeurant toufiours la Monarchie
en Tvn, &1’Ariftocratie en l’autre. le ne fay point mention du change¬
ment de MonarchieenDuarchic, ayant compris la Duarchicoudeux
Princes fouuerains commandent en vne République, en l’efpece d’oli-
garchie:autrcmcnton pourroit aufli faire vne triarchie de trois Princes:
comme il aduint feubs IcTriumuirat de Marc Antoine, Augufte, &
Lcpide. car puis qu’on laifle l’vnité indiuifible, on entre en nombre,&
k nombre pluricr eft contenu cn deux, comme difent les1 lurifconful-
tcs.Enquoy Ariftotcscft me(pris,qui appelle Royaume de Lacede-
moncoù deux Princes fouuerains commandoicnt au parauant Lycur-
guc. Mais outre ces changemens que i’ay dit, il aduient quelquesfois
que lcftat eft tenufen foufrâcexômc après la mort de Romu!e,le peuple
Romain fut vn amans Monarchie,ny eftat populaire, ny Ariftocratie:
car les cent Sénateurs, qui cômandoient l'vn apres l’autre, n’auoient pas
puiflance fouueraine, ôc ne commandoient que par commiflion.vray
eft qu’on peut dire que lafouucrainctéeftoitrctournecau peuple :&Ia
charge de commander aux Sénateurs. Et quelquesfois il aduient que
leftatRoyal, Ariftocratiquc, ou populaire eftaind, ils’enfuit vne purç
anarchie : quand il 11*ya ny fouueraineté, ny Magiftrats, ny commiflai-
rc, qui ait puiflance décommander: comme il aduint entre le peuple
fcwSrcap î7‘ Hebrieu,apres la1 mort de Icphtc : cn Syracufe, apres la mort de Dioa:
cn Florence, après que la Nobleflefutchaflec du peuple,qui demeura
quelque temps fans gouucrnement, comme le nauirc fans patron ny
gouuerneur : ôc apres la mort d’Abufahit Roy de Fez, le Royaume fut
nuit ans fans Roy, comme dit Léon d’Afrique : comme aufli apres les
meurtres de plufieurs Sultans d’Egypte, les Mammeluchs efleurét Ca-
pfon Roy de Caramanie, ayans efté quelque temps en pure anarchie:
lf ôc les Rufliens eftans las ôc recruds de guerres ciuiles par faute de Prin-
M ce fouuerain,enuoyerét quérir trois Princes d’Almaignc l’an D.ccc Lxr.
Le dernier poin&eft quand lcftat s’eftaintauec tout le peuple: com¬
me il aduint au peuple ôc feigneurie de Thebes,qu Alexandre le Grandexter-
L ï VR E -^V Â T R I E S M E. 4ojextermina au ec leur ville :& aux Madianites5Amorriens, &autrespeu~
pies exterminez parles Hebrieux : qui firent périr, non feulement les
Républiques, ains aufli les peuples de la Palefline : qui n eft pas chan¬
gement d’vn eftat en autre, ains la ruine d’iceluy , ôc du peuple en-
lèmble. car il fe peut bien faire , qu vn membre de la Republique,
vneProuince foit exterminee , vne ville rafee , ôc tout le peuple d’i-
celle tué, que la Republique demeurera, comme il aduint de la ville
d’Arzilleau Royaume de Fez, que les Anglois raferent, mettant tout
le peuple au trenchant du } couftcau : & Sebafte au Royaume d’A- î Lcona,Afti^
mafie, que Tmerlan Roy desTartares traita de mefmes : ôc la ville de
Bizance, membre de l’empire Romain, apres auoir foufert trois ans
le fiege de l’Empereur Seuere,en fin futprife,facagee,rafee,tout le peu¬
ple tué, ôc le territoire donné aux Perinthiens : qui y baftirent derechef
la ville depuis appellee Conftantinople,& maintenant Stambola. Aufli
la Monarchie a cela de fpecial, que les Monarques fouuent chaflez par
violence les vns par les autres,ne changent point l’eftat : ainfi quen peu
de mois il aduint de noftre memoire au Royaume de Teleufin,oùle
Roy Abuchemo fut chatte par le peuple, ôc Abyamein efleu Roy : qui
toft après en fut chafle par Ariaden Barberoufle: qui n’en fut pas long
temps feigneur.-carAbuchemoretournantauec les forces de Charlev»Empereur,chaflà Barberoufle, & fift vne cruelle végeance de fes fugets,
fe côftituant vaflal ôc tributaire de l’Empereur: mais tantoft il en fut de¬
rechef chafle par Barberoufle: fans que l’eftat de Monarchie changea#*
non plus que l’Empire Romain,pour auoir eu quatre Empereurs erivri
an,l’vn tué par lautre: demeurât neantmoins l’eftat de Monarchie, pour
le pris,& loyer du plus fort. Et quelquesfois le Monarque y eft tiré par
force, Ôc contre fa volonté : comme Claude,& Gordian l’ayeul, qui fu¬
rent trainez,& forcez d accepter 1 Empire Romain:& de noftre mémoi¬
re les habitans de Tripoly cn Barbarie, après s’eftre reuoltez du Roy de Hermitc
Thuncslachia, efleurentMucamen, qui toftaprcsfutempoifonné:& efleu,&cou
foudain ils forcèrent vnhermite d’accepter la couronne ôc le Royau- ronné Roy
meroùil commanda contre fon gré, iufques à ce que Pierre de Nauar- contre fon
re fe fuft emparé de la ville, Ôc pris le Roy, qui fut enuoy é en Sicile, ôc vouloir*
depuis réuoyé en fon hermitage par l’Empereur Charle v. Et tout ainfi
que les hommes bien fouuent meurent deuant qu auoir attaint la vieil-
lefleiles autres en la fleur de leur aage,plufieurs cn ieunefle : aufli voy os
nous quelques Republiques eftre eftaintesau parauanr qu elles ayent
fleury en armes,ou en loix:& quelques vnes auorter,ou mourir dés leur
naiflance : come la ville deMunftrc, membre de l’Empire d’Almaignc,
aemebrec quelle fut de l’empire, par la fa&ion des Anabaptiftes, efleut
Ican de Lcidan Roy, qui changea l’eftat,les loix, la religion : ôc fut trois
ans Roy,pendant lefquels il fut toufiours afliegé,iufques à ce que la vil¬
le fut forcee,&le Roy executépubliquemét.Et quand iedy leftat fleu-
4o6 DELA R E P V B L I QJV Eriflant d’vne République, ie n encens pas qu’elle vienne au comble de
perfection, car îi n’y a rien de parfait es chofes caduques, ôc moins aux
L*cffcat fleu- ac^ons humaines,qu’en autre chofe qui foit en ce monde:mais Rappelle
riffant de Pefetfieunffantd’vne Republique, quand elle atraintle plus hautde-
Romee- gr^^e^a perfection ,& beauté:ou pour mieux dire,alors quelle eftftoitau téps m°insimParfai£e:cc quinc peut eftre cognu,qu’apres la déclination,ôcdePapirius ^ngement, ou ruine d’icelle. comme les Romains ont fait preuue deCurfor leftat Royal,tyrannique, Ariftocratique,ôc populaire: mais iis n’ontia-mais efté plus illuftres qu’é l’eftat populairc.*ôc Feftat populaire ne fleu¬
rit onques d’auantage en armes,& en loix,que du téps de Papirius Cur¬
for. Ilia œtate^qua nulla njirtutum j'eraciorfmt^nemo erat qito magis innixa rcs
4,lib.^ Romana^udm in Papirio Curforefiaret. voila le iugement,dit4 Tite Liue,qu’on fàifoit dece temps là. car iamais dep uis la difeipline militaire, ôc
domeftique, les loix ôc ordonnances ne furent mieux executees, la foy
mieux gardee, leur religion plus faintemét entretenue, ôc les vices plus
feuerement punis:auflî ne fut-il onques de plus vaillans hommes. Si on
me dit qu’ils eftoient pauures, qu’ils n’auoient point encores forty d’I¬
talie :ie dy qu’il ne faut pas mefurer la vertu aupieddesrichefles:nyla
L’cnirc de Perfc^on d vne Republique à l’eftendue de pays. Iamais les Romains
Rome n’a nc^Lirent P^L1S puif&'ns, ny plus riches,ny plus grands que foubs Pempi-
point effé rc ^ra*an> Pa^a l’Euphrate, côquefta grand part de l’Arabie heu-
plus o-rand rcu^e>^ kaftit ce grand pont fus le Danube, où les ruines fe voyem en-
que foubs corcs>& dompta les plus barbares, Ôc farouches natios qui fuflentalors:
Traian ^ neancm°ins Ambition,-l’auarice, les voluptez ôc delices auoient tel¬
lement vaincu les Romains, qu’ils n’auoiét rien que l’ombre de l’ancien¬
ne vertu. Auffi Feftat fleuriffant des Lacedemoniens ne fur pas foubs les
premiers Roys, ny foubs l’eftat populaire, mais apres la route des Per-
fes, iufques a ce qu’ils furent feigneurs de la Grece, ôc qu’ils onurirent
les portes de leurs villes,pour y faire entrer l’or ôc l’argent. Voila les di-
ftinétions qu’il eft befoin de remarquer, pour mieux comprendre les
changcmés des Republiques.-qu’on n’a point touchees.Quant aux cau-
fes des changemens, combien qu’il y en ait plufieurs, fi eft- ce qu’on les
peut reduire à certain nobrex’eft a fçauoir^quad lapofterité des Prin¬
ces ayat failly,les plus gras font entrez en guerre pour l’eftat,ou bien à la
pauureté trop grande de la plufpart des fugets, ôc richefles excefliues de
peu de gés: ou bien à la diuifion inégalé des eftats ôc honneurs: ou bien
à l’ambition extreme de commander,ou àla vengeance des iniures:ou
bien à la cruauté,Ôc oppreflion des tyrans,ou à la crainte qu’on a d’eftre
chaftié l’ayant mérité : ou bien au changement de loix, ou de religion:
ou bien pour ioüir à plein fouhait des plaifirs qu’on demande : ou bien
pour chafler ceux quifoüillentlelieu d’honneur par voluptez excefii-
ues,ôc beftiales. le deduiray ces caufes par le menu, ôc s’il eft befoin ic
leséclarciray d’exemples. I’ay monftrécy deflus,que les Républiquesont
j LIVRE qy A T R I E S M E. 407\ ont commencé par tyrannies violentes, & puisque lesvnesontconti- n
j nue en Monarchies feigneuriales : les autres en Monarchies royales par u
droid fucceflif. Depuis les changemens diuers font aduenus pour les
î{ caufesqueiay touchees. Et qu’ainfi foit, toutes les hiftoires facrees,&
prophancs font d’accord,que la première fou ûeraineté,& forme de Re-
! publiques commécé par la Monarchie des Aflyriens,& que le premier
{ prince Nimroth, que la plufpart appelle Ninus, par violence 6c tyran- ^es
l(| nie fe fift fouuerain: 6c apres luy fes fùccefleurs ont continué la Monar- Vç*ty[o.na^
j,[ chie feigneuriale,s attribuant Pentieredifpofitiondesfugets,& deleurs
S! biens .-iufques à ce que Arbaces gouuerneur desMedois,chaflaSarda- /[;: napale dernier Prince des Aflyriens, 6c fe fift Roy fans forme ny figure 1^d’eledion. La caufe fut,pour ce que Sardanapale eftat fondu en plaifirs ^ V1° eCC‘
s 6c delices, eftoit plus fouuent entre les femmes, qu’entre les hommes:’ qui eft la chofe que les hommes de cueur portent plus impatiemment,■ de fe voir fugets deceluy quin’ariende l’homme quela figure. Nous
j' voyons aufli que les Princes Medois defeendus d’Artubazus, les Roys
de Perfe,d’Egypte,des Hebrieux,Macedoniés, Corinthiens, Sicioniés,' Athéniens^ Celtes, Lacedemoniens, font venus par droid fucceflif aux
^ Royaumes 6c Principautez fondees pour la plufpart parforce 6c violen- 1/
ce:& depuispolicezpar iuftice,& bônes loix, iufques à ce que leur po- ^
l; Hérité vint à faillir,qui fouuent tire apres foy changemét d’eftat: ou que
P les princes abufans de leur puiffance,& mal traitans leurs fugets,eftoient
â chafTez,ou tuez : 6c les fugets craignans retomber en tyrannie,s’ils don-
Jt! noient la puiflance fouueraine à vn feul, ou bien ne voulâs foufrir com-
® mandement de leur compaignon, fondèrent les eftats A riftocradques, Comencc-
» fefouciâs peu du menu peuple, ôcs’il s’en trouuoit quelques vns des pau ment des
t lires, 6c populaires, qui vouluft aufli auoir part à la feigneurie, on leur Ariftocra-
é chantoit la fable des heures qui vouloient comanderauxlyons.ou bien tics*
ik fi la Monarchie changeoit en eftat populaire, fi eft-ce neantmoins que
les riches, ou nobles emportoient tous les eftats, 6c offices : comme de
A 6it Solon ayant fondé l’eftat populaire, ne voulut pas que lespauures,
f 6c le menu peuple euft part aux eftats : ny les Romains ayans chafle les
ts! Roys,ores qu’ils euflent eftably vn eftat populaire,fi eft ce que les eftats
lüf 6c benefices eftoient referuez à laNoblefle feulemét.Auffilifons7 nous y.Ariftot.poiitk.|j! que les premiers tyrans eftans chaflez, les hommes d’armes, 6c Cheua- Ub,4,cap,IJ‘
mil liers de faid, eftoient toufiours eflcus aux eftats, 6c le menu peuple de-
ÿ bouté : iufques à ce que Ariftide 6c pericle en Athenes, Canuleius en
jjl Rome,&autres Tribuns ouurirét la porte des offices& benefices à tous
(jf ^ugets. Et depuis les peuples ayans decouuert à veüe d’œil, 6c par logue
fuite de fiecles aperceu, que les Monarchies eftoiét plus feures,plusyti-
1$ es> P^us Mutables que les eftats populaires, 6c Ariftocraties, 6c entre les
|| Monarchies celles qui eftoient fondees en droid fucceflif du malle le
ml P'usproche,ils ont rcceu prefque par tout le monde les Monarchies
4o8 DE LA REPVBLIQVEfuccefliues : ou cfaignansla more du Monarque fans hoirs mafles, ont
donnécôfeil aux Princes de choifirvnfucccffcuncommc plufieurs Em¬
pereurs de Rome ont fait, & ce fait encores a prefent en plufieurs lieux
g.Lcon d’Afrique. * d’Afrique.ou bien le droit d’cle&iô demeure au peuple, apres la more
desPrinces fans fuccefleursiou bien ayans puiflance d’cleCtion,ores que
„ les Princes ayent enfans mafles:comme les Royaumes de Poloigne,Bo-
n heme,Hongrie, Dannemarc, Suede,Noruege, fi les peuples ont eu vn
1t cruel tyran,ils elifent vn prince iufte,6c debonnaire:s’ils ont eu vn prin¬
ce lafche, ou effeminé, ou contemplatif, ils cherchent vn vaillant capi¬
taine : comme firent les Romains apres la mort du Roy Numa(quine
fift autre chofe que reigler la religion 6c la police ) ils efleurent Tullus
i< Hoftilius bon capitaine. Et aduient ordinairement,qu’aux plus forts,<3c
( cruels tyrans fuccedent les Princes équitables 6c iuftes,ayans veu l’ifliic
^ miferable des tyrans, craignans tomber en mefme inconuenient:foit
pour eftre ainfi apris 6c enfeignezifoit que venant à la Courône, on leur
baille leur leçon par efcript,retrenchant leur puiflance. Ainfi voyons
nous quapres la fin malheureufe de Marc Antoine fucceda le grâd Au-
Les bons gufte,6c gouuernal’empire fleuriflanten armes, 6c en loix trcflàgemét,
Princes or &vertueufernent* après la mort mifetable de Néron,fuiuit la bonté de
dinairemet Galba:apresTiflîiecftrâgedu cruel Vitellius,fucceda le fage Vefpafian:
font fuccef- aLl mon^re Heliogabale,tué, & traifné à la mefme façon que Vitellius,
feurs des t ^UCCC(ia vertueux Alexandre Seuere : chofe bien eftrange, veu qu’il
rans eftoitfon coufin germain, eflcué, 6c nourryauec luy, 6c que la puiflan-1( ce de commâder cn fouueraineté a cela de malheureux, quelle fait fou-M uent l’homme de bien deuenirmefchant-.rhumblc,arrogant: le piteux,ü cruel : le vaillant,poltron. Et qui fut onques le Prince mieux nourryjôc
plus fage les premières années que Néron ? qui pourroit-on cgaler au
commencement de Tibere, qui eftoit fi honnefte, fi fage, fi vertueux,9. in Tibcrio. qu’il fembloit vn fimple citoyen, dit? Suetone: car parlant au Sénat, l’ay
eUjdifoit-' il, ce bon heur de vous auoir pour maiftres fauorables, 6c tant
que ie viuray, ie vous recognoiftray pour bons feigneurs: car ilfaut, di-
foit-il, que le bon Prince foit efclaue non feulement du Sénat, ains auffi
de tous les citoyens en gênerai, 6c bien fouuent de chacun en particu¬
lier . 6c ne faifoit rien au commencement, non pas les moindres chofes,
fans l’aduis du Sénat: 6c neantmoins il deuint apres auoir goufté la puif¬
fance fouueraine,le plus detcftable tyran qui fut onques en cruautez,&
filles voluptez. Aufli lifons nous,qu’Herodes l’aifné régna fix ans en iu¬
fte Roy,comme dit Philon,6c trente ôcvn an en cruel tyran,qui fift tuer
i.iofcph. foixante 6c dix Senateurs delamaifon de Dauid,qui eftoit tout le'Sé¬nat,horfmis Semncas-.ôcpuis fift mourir la plus noble femme qu’il euft," 6c trois de fes enfans,6c dona charge de tuer tous les plus grands 6c ver¬
tueux hommes de tout le pays toft après fa mort, afin qu’il fuft pleure:
6c plufieurs autres cruautcz dctcftables. l’ay remarqué ceux cy entre
r f plufieurs
LIVRE QJV A T R I E S M E. 409plufieurs autres,defquels le cômancement eftoit trop beau,pour conti¬
nuer log téps. & la raifon,à mo aduis, eft que le Prince quifemoftre au
cômancement fi fàge, & fi vertueux,difîimule,mettât vn beau voile fur
fon vifàge,come on difoit que TÎbere faifoit mieux qu’homedumode.
or il ne faut rie attédre quefeintife de celuy qui s’eft foit maiftre de fo vi-
fàge.mais celuy qui decouure bié toft l’imperfedio qu il a,bien qu’il ne
foit pas fige,fi 11e peut-il eftre fort mefchât : ôc peut on efperer quil fera
rod,& entienainfi qu o difoit de Ica roy de France, qui auoit le cueur fi
genereux,qu il ne pouuoit voir celuy qui luy deplaifoitraufli iamais 011
na remarqué de luy vn tourlache.il ne faut doc pas s’emerueiller,s’il y a
, peu de veitueuxprinces-.cars’ily a peu de vertueux homes,ôc que de ce
petit nobre les princes ordinairemét 11e font pas choifis, c’eft grâd mer-
ueiile s’il s’é trouue quelcü fort excellét entre plufieurs; ôc quâd il fe voit
fi haut efleué,qu’il ne cognoift rien plus grand que foy apres Dieu,eftâc
affiegé de tous les allechemés qui font trebufeher les plus affeurez, c’eft
vn miracle s’il connue en fa vertu. AufTilafplédeurde Iuftice eftat en vn
prince,come en vne haute guette,eft fi claire,quelle reluift encores bié Laboté des
fort lôgtéps apres fà mort: & fait que fes enfans, quoy qu’ils foyétmef- p^0js faita^
chas,font aymez pour la mémoire du pere: come Câbyies cruel ôc mef- mer jeLîrs
chat,fut toufiours aymé, ôc adoré des fugets, ôc redouté des autres,pour cngs quoy
l’amour du grâd Cyrus fon pere,duquel l’amour,&afFedio eftoit fi bié qu’jlsfoient
grauee au cueur du peuple,que mefmes ils aimoyét,ainfi que dit Plutar- tyrans
que,les grâds nez*& Aquilins,parce que Cyrus l’auoit ainfi. Etl’Empe-
reur Comode,quoy qu’il fuft cruel tyrâ, ôc qu’il euft vn iour comandé
au grâdPreuoft de Rome,de mettre à mort tous les fpedateurs du thea
tre,qui n’eftoiét pas moins de Lx.mil perfonnes,les voyât rire dequoy il
faifoit fi dextremét l’eftat d’vn vray gladiateur:neâtmois il fut toufiours
aymé pour l’amour qu’on portoit à la memoire de Marc Aurele fon pe~
re.ceft pourquoy les Républiques ne prénent pas changement pour la
tyrânie du prince,s’il eft fils d’vn vertueux pere.car fon eftat eft come vn
arbre trefgros,qui a autant de racines quedebranchesrmais le nouueau
prince fâs predeceffeur eft come l’arbre haut efleué fâs racine,qui doibe
fa ruine au premier vét impetueux : de forte que fi le fucceffeur ôc fils de
vn tyrâ,fuit la trace du pere,luy ôc fon eftat font en grâd dâger de pren¬
dre changement : car le fils n’a point de garend, Ôc eft mal voulu tant
pour fa mechante vie, que pour celle de fon pere: ôc s’il n’a fupport de
fe voifïns, ou qu’il ne foit bien appuyé de fes forces, ou que fon e-
ftatfoit fondé fus vn droid fuccefTifde plufieurs Roys, il eft mal-âifé
quil ne foit dechaffé. i’ay dit droid fucceflif de plufieurs Roys : par¬
ce que la vertu d’vn Prince nouueau , ne fuffift pas pour garentir,
fo fils tyrâ en fon eftat,qu’il ne préne changcmét : come il aduint à Hie-
rofme Roy de Sicile,qui fucceda à Hieron fon ayeul nouueau Prince,Ôc
qui de fuget s’eftoit fait fouuerainja vertu duquel eftoit fi grande, qu’ilM
4IO DE LA REPVBLIQVEVn nou- fébloit digne d’eftrc Monarque, alors mefmes qu’il n eftoit que üm pjc
ueau roy de bourgeois:ainfi que dit Plutarque,ôc traita fi doucemét les fugets, qu’^
bas lieu dif- maintint fon eftat près de lx. ans,(ans parade, ôc fâs gardes :/affeurâc pl9
ficilemét fe de l’amour des fiens,que de la puiflance des Romains,quiraymoiëtpi9
maintient, qUC tous leurs alliez. Ôc neâtmoins fon fuccefleurayât rehaufle fon eftat
s’ihVeft bié fes gardes,fes forces/es popes incognuesauparauât:futautâthay pour
fage Ôc ver- faryrânie,& mefpris des fugets,ôc1 arrogâceinfuportable,que fon prc-
tueux. decefleur eftoit aymé: ôc pour le coble de fes malheurs,ne fift cote du fe-
j.Limus hb.14. nat clefon pays,auquel fon ayeul auoit toufiours demâdécofeil:&après
auoir quitél’alliâce des Romains,qui eftoit le feulappuy de fa maifô,fut
tué cruellemét par fes fugets,auec tous fes parés ôc amis, ôc la monarchie
aufli toft changée cn eftat populaire. Il en print autant au ieune Denis,
prince du mefme pays,& fils de Denis laifné,qui auoit aufli empiété l’e¬
ftat par force, aÿât cotinué la ty rânie,{àns apui, ny alliacé d’aucun Prin¬
ce,fi toft qu’il fe fut declairé ennemi de Dio fon oncle, il fut chafle, &la
monarchie bié toft apres châgee en eftat populaire.Nouslifons pareille¬
ment qu’Herodes Faifné,fils d’Antipater fimple capitaine,eftabli roy de
Iudce foubs la prote&io, ôc à la faueur de Cefar,& cotinué par Marc An¬
toine,& Augufte, baftit plufieurs forterefles pour afleurer fon eftat, &
pour gaigner le cueur des fugets employa tous fes trefors, iufques à là
vaiflelle pour foulager la pauiircté du menu peuple au téps de famine,&
relafcha la tierce partie des charges ôc cognoiflat que pour tout cela il ne
gagnoit rié. print le fermet de fidélité des fugets,gaignas les plus grands
parfaueurs,&:biéfaits,& neantmoins il eftoit fi hay des fugets, qu’eftat
tombé malade il fccut que chacun s’en reioüiflbit : mais les luifs apresfa
mort enuoyeréteinquâte Ambafladeurs à Rome pour eftre fugets des
Romains. & quoy que l’Empereur Augufte portail:faueur à Herodes,
ayât eu neuf cens mil cfcuzpar teftament:fi eft-ce queles fuccefleurs de
Herodes, & tous fes parés qui eftoiét en bié grâd nobre,periréttousen
pauure eftat,en moins de Lx.ans:par ce qu’ils n’auoiét point de prede-
cefleursRoys,& quefàprouefle ôc vigueur failloit en fes fucceffeurs.Or
ces châgemens aduiennent d’autant pluftoft,fi le tyran eft par trop exa-
6teur,ou cruel,ou effeminé en voluptez illicites:ou s’il eft le tout enfem
ble:come eftoit Nero,Tibcre,Caligula. mais lapaillardifcaplus ruiné de
Princes,que toutes les autres caufes:aufli eft elle beaucoup pl9 dâgereufe
à vn Prince pour fon eftat que la cruauté: car la cruauté retiét les homes
timides, ôc lâches, ÔC donc vne terreur aux fugcts : mais lapaillardife tire
apres foy la haine, &le me{pris du tyrâ:dautât q chacü iuge,que PliSmc
effeminé a toufiours le cueurlafche:& qu'il eft indigne de commadcr a
tjftut vn peuple,n’ayant pas lapuiflace fur foymefmes. Aufli voit-on que
Sardanapale roy d’Aflyrie,Canadcs roy de Pcrfe, Denis le ieune Ôc Hie-
rofme Roys de Sicile:Heliogabale,Amyntas,Childeric,Pcriandre,Pifi-ftrate,Tarquin, Ariftocratc Roy des Mefleniés,Timocrate Roy de Cy-rené
LIVRE QV ATRIESM E; 411relie, Andronic Empereur de Coftâtinople,Roderic d’Efpaigne, Appi9
Claudius,Galeace Sforce, Alexandre de Medicis Je Cardinal Petruce ty~
rade Siene,LugtacJ& Megal Roys d’Efco(fe,ont tous perdu leurs eftats
pour leur paillardife;ôc la plufpart tuez fur le fait. Èt n y a pas long temps
que les villes Dalmendin,&Delmedine furent demembrees du Royau¬
me de Fez,& reduites foubs la puiffâce des Portuguez,pour vne fille ra-
uie à fon mari parle gouuerneur,qui depuis fut tué:&Abufahid Roy de
Fez,fut maÜacré, auec fix de fes enfans par vn fien fecretaire, pour auoir
abufé de iafemme,comme nous lifons en Léon d’Afrique. ôc de noftre
memoire le peuple de Conftantine ayma mieux foufrir le commande¬
ment Delcaied Chreftien renié, que d’obeir au fils du Roy de Thunes: ÔC
pour mefme caufe Mulcafles Roy de Thunes,perdit fon eftat: Ôc neant¬
moins il eftoit fi fondu en delices,que mefmes retournant d’Almaigne
fans efperance quel’Empereur Charles v. luy deuft aucunement ayder,
ôc banni quil eftoit de fon Royaume, il dependoit iufques à cent efcus
pourapprefter vn pan,comme dit Paul loue, ôc pour mieux goufter le
plaifir de la mufique,il fe faifoit bander les yeux:toutesfois le iugemenc
de Dieu fut tel, que les enfans laueuglerentauec vne barre de fer chaud.>iais pour la cruauté d’vn Prince,l’eftat ne chagera pas aifement,s’il n eft ,
plus cruel que les beftesfauuages:comePhalaris,AlexâdrePhereâ, Ne- aPal aL 1 ®
roiijVite^DomitianjComodejCaracal, Maximin, Ecelin depadouë, rLllne
îeâMarie deMila,qui tous ont efté tuez,ou chafiez, Ôc leurs eftats tyra- C nnces
niques,pour la plufpart chagez cn eftats populaires. Ce qui aduient, no * acru-
pas tât pour la cruauté enuers le menu peuple, (duquel on ne fait ny mi-
fe,ny receptc en l’eftat ty rânique ) que pour la cruauté comife en la per-
fonne des grâdsj& des mieux alliez: ôc quelquesfois auffi pour la contu-
melie,qui eft plus odieufe aux gés d’honneur que la cruauté:come il ad¬
uint au roy Childeric,qui fut tué auec fa féme enceinte par Bodile, qu’il
auoit fait fouetter de vcrges.Etluftin 111. Empereur fut tué par Atelie
général de fon armee duquel il auoit tué le fils, Ôc proftitué la femme par
côtumelie.Et pour mefme caufe Archelaus roy de Maccdoine,fut tué p
çeluy quil auoit mis entre les mains du Poete Èuripide3pour lefoüeter:
ôc l’eftat Ariftocratiquc de Metelin fut changé en populaire, parce quil
aduît à quelques gétilshomes allas par les rues fraper à coups de baftos,&par moquerie tous ceux qu’ils recontroient\*ilfe trouua vn Mcgaclcs Ariftot.poïk./.Sprint cefte occafio d’emouuoirlacomunc,pourfc gettcr furlanoblef-fe, & la tuer. &l’occafion qu’on print de chaflcr Héri Roy de Suede, futqu’il tua d’vn coup de dague vn gétil home luy faifant requefte : alors lanoblefle ôc le peuple émeu le coftitua prifonnier donnant le royaume afon ieune frere,qui regne à prefent. Et prcfque toufiours les meurtriersdes tyrans, ont emportéPcftat,ou les plus hauts magiftrats pour loyerde leurs faits : commcrvn& l’autre Brütus emportèrent les plus grandseftats de Rome : le premier pour auoir chafle le Roy Tarquin : lefecondpourauoirtuéCefar. Et ArfacegouuerncurdesMedois,ayantM ij
412. DE LA REPVBLIQVEréduit Sardanapale Roy d’Aflyrie à telle extremité, quilfebrufla tout
vif, auec fes femmes, Ôc trefors, pour loyer emporta le Royaume. Et
Loüys de Gonzague ayant tué Bonarolfe tyran de Mâtoüe,fut efleu fci-
gneur parles fugets: ôc fapofterité depuis deux cens cinquante ans a co¬
tinué enleftat. Et les Vénitiens emportèrent la feigneurie dePadoiic
-ayant tué le tyran Ecclin. Les autres n’ont rien que la vengeance deuant
les y eux,n’ayant ny la crainte de Dieu,ny le refped de leur patrie, ny la.
mour de leurs parens : comme celuy qui pour fe vanger du Roy Rode-
rie, qui auoit raui fa femme, fift venir les Maures Mahometans enEfpai-
gne qui chaflerent le Roy, ôc vferent de cent mille cruautcz,apres auoir
empiète l’Efpaignc qu’ils ont tenue fept cens ans. Et quelquesfois l'am¬
bition eft fi grande,que les meurtriers des tyrans,n efpcrent, ôc n’atten¬
dent autre loyer que l’honneur,fçaehans bien qu’ils ne pourront cfcha-
per la mort;commc Armodius, ôc Ariftogiton en Athènes,& les meur¬
triers deDomitian & dc Caligula Empereurs. Chofe qui aduient le plus
fouuent és eftats populaires, où les tyrans nouucaux s’ils nont grandes
forces,ne font iamais afleurez. On a veu Alexandre deMedicis, auquel
fut donné leftat de Florence eftant gendre de l’Empcreur Charle v. ne-
ueu du pape Clement,enuironné de grofle garnifon>& toufiours arme,
de forte qu’il n’y auoit moyen d’en venir à bout, comme il fembloit:
neantmoins fon propre coufin Laurensde Medicis,quicommandoit
après luy auec toute puiflance, pour le defarmer, luy fuborna fa propre
feur, ôc la fift coucher auec luy pour le tuer, comme il fift, fans autre ef-
perance d empieter l’eftat,& auec le danger extreme de (a vie, s’iln euft
efchapé foudain apres le coup: (combien que depuis il fut tué à Venize)
ôc n efperoit autre fruit du meurtre de fon proche parent, &amy fami¬
lier, que de rendre la libertéau peuple.S on fucccfl'eur Cofine,ayant em¬
piété i’eftat auec force ôc puiflance,quoy qu’il emportait le bruit d’eftre
î’vn des plus (âges Princes qui fuft de fon aage, nylog temps au parauat
luy:ptmiflant à toute rigueur les blafphemcs, les Sodomies ,&aflafi-
nat s,& qui eftoit au fait de la Iuftice droit, & entier, au raport mefmes
de fes ennemis meantmoins il a efté cent fois cn danger de fàperfonne,
pour les coniurations contre luy drefleespar fes fugcts:qui nepou-
uqy ent endurer de maiftre,quoy qu’il fuft iufte ôc vertueux : ôc depuis
que fon fucccfleureft venu à leftat, il a défia defcouucrt plufieurs con¬
iurations contre fàperfonne, & fon eftat. Etpour ccfte caufe Denis de
Syracufe, eftant efleu capitaine fc fift maiftre, & changea l’eftat popu¬
laire cn Monarchie, mais il auoit quarante mil hommes d’armes touf¬
iours prefts a marcher, ôc grofle garnifon autour de fa perfonne, ôc
plufieurs fortes places, pour tenir feulement le peuple de Syracufcfc
partie de la Sicile enfugetion. Ôc neantmoins il n eftoit pas tyran, ainfi
que nous appelions les tyrans,ceftà dire cruel, vitieux,&mcfchant:
ôc ne fut onques attrait des femmes d’autruy:ains au contraire,il tanû
LIVRE QVATRIESMË. 4*3! bien aigrement fon fils come die Plutarque,pour auoir enleiié là fille de
l! 1 vn deVes .fuo-ets,difât qu’il irauroit iamais fuccefleur en leftat, s’il coti-
;; nuojt j’é vfer ainfi;come il aduint:car il fut chafle bié toft apres la mort
i; ju pere> si on me dit que la force, ôc la crainte font deux maüuais mai-
ï ftres pour maintenir vn eftat, il eft bien vray: mais fi eft-il befoin d’en
[ vfer ainfi au nouueau Prince qui par force change l’eftat populaire en
,1] u Monarchie, chofe qui eft du tout cotraire à la Monarchie Royale, quiIl u moins a de gardes, ôc plus eft afleuree. c’eft pourquoy le fage Roy Nu¬
it " ma chaffa les trois cens archers que Romule auoit pour fa garde, difantl M qu’il ne fe vouloir point défier d’vn peuple qui s’eftoit fié en luy , ny
il; co mander a vn peuple qui fe defyroit de luy.Mais Seruius,d’efclaue se-
lil U ftant fait Roy, s-enuironna de bonnes gardes, car pour iufte, doux, ôc
ij gracieux qu’il fuft, il eft impoflible qu’il fe maintienne longuemét fans
il forcés,garnifons, & fortereffes. Et iamais y eut-il Prince plus gracieux,4 plus magnifique, plus noble, plus généreux, 3c bening que Cefiir ? ÔC
J neantmoins toutes ces grandes vertus n’ont peu le maintenir, ny le ga-
\ rentir que fon propre fils naturel, auec plufieurs autres coniurez, ne le
jt! tuaflent cruellement. Quand on l’aduertit d’auoir gardes autour de (à
lt 'perfonne : il refpondit franchement qu’il aymoit mieux eftre vne fois
t( tué,que de languir toufiours cn crainte, ôc ne pouuoit faillir aufli, ayant
pardonné à fes. plus grands- ennemis, ôc voulant changer en Monarchie
™ la liberté du plus belliqueux peuple qui fut onques. Augufte fon fuc- Augufte eli
ceffeur n’en vfa pas ainfi : car premièrement il fift mourir tous,les coniu- effet eftoit
! rezdeCefar fans aucune mercy (.non pas tant pour vangerla mort de Vray Mo-
!! fon oncle, que pour garder fa vie ) ayant autour de fa perfonne bonnes narque.
i gardes : ôc après la defaide de Marc Anthoine, il retint quarante le-
^ gions és prouinces, &gouuernemensdes frontières, defquellcs il di^
f fpofoit à fon plaifir : ôc commcttoit au gouuernernent d’icclles, non pas1 de grands Seigneurs,mais des moins nobles,remettant en la difpofition
lf du peuple,ôc du Sénat, Pinftitution de quelques Magiftrats, ôc Pot-
troy des moindres prouinces,ce qu’il faifoit en apparence : car en effeCfc
il difpofoit de tour, prenant par la main, ôc recommandant au peuple
]!1^ ceux qu’il vouloir auancer aux eftats,ôc honneurs : Ôc fe mettoit finis re-
llf: lafche à faire Iuftice,receuoir,&: refpondreles requeftes d vn chacun
P luy-mefmes auoit les regiftres des finances, des forces, ôc de tout 1 eftat
$ deuant fes yeux,faifant refponfe aux gouuerneurs de fà main propre, fi
P|: lachofele meritoit:ayant neantmoins toufiours les forces de tout 1 em-
[lif pire en fa puiffance ; 'Ôc près de fa perfonne trois légions. En quoy il ap-
mS pert aflez euidamment qu’il eftoit feul Monarque,ôc Prince fouuerain,|ÿ quelque belle qualité de Prince qu’on donaft aux vns, Ôc aux autres en
jllt apparéce.Encores auec tant de puiflance, de fagefie,& de Iuftice que ce
([Ii grâd Prince auoit,011 luy dreffa plufieurs embufehes, quoy que les plus
pii furieux fuflent morts, mais les fugets ayâtpeu àpcucognu fa iuftice, ôc
4*4 DE LA REPVBLIQJ/EfagefTe, 3c goufté la douceur d vne haute paix, 3c trâquillité afleuree
lieu des cruelles,& fanglates guerres ciuiles:& qu’ils auoient à faire pb
toft à vn pere,qu’à vn Seigneur,comme dit Seneque,ils commëcercnt
à l’aymer, 3c reuerer : & luy de fa part chaflafes gardes, allant tantoft
chez Tvn,puis chez l’autre fans compagnie : &getta les fondements
de la Monarchie , auec le plus heureux fuccezque iamais a fait Prince-
Or toutes les Monarchies nouuellement eftablies par le changement
Les eftats d’Ariftocratie, ou d’eftat populaire, ont quafi pris commencement a-
populaires lors que l’vn des Magiftrats,ou capitaines,ou gouuerneurs ayât la force
changet or en main. s’eft fait de compagnon,maiftre 3c fouuerain -. ou quel’eftran-
dinairemét ger les aaflugeties : ou bien que voluntairement ils fè font foubmis aux
en monar- loix,&commandemcnsdautruy. Quant au premier point, 3c qui eft
chies pour le plus ordinaire changemét,nous en auons aflez d’exemple comme les
la puiflance Pihftratides cn Athenes-.les Cypfelydes en Corinthe-.Thrafibule,Gelo
trop grade Denis,Hieron,Agathocle enSyracufciPanecc,&IceteenLeonce: Pha-
donee à vn laris à Girgenti:Phidonen ArgosrPeriandreen Ambrace: Archelausen
magiftrat. Candie: Euagore cn Cypre : Polycrate en Samos : Anaxilaus en Rhege:
Nicocle en Sicyone: Alexandre cn Phcnee:Mamerque en Catane:les dix
commiflaires en Rome, 3c apres eux Sylla 3c Cefar : la maifon de Lefcale
à V eronne:les Bentiuolles à Boulongnedes Manfrois à Fauence: les Ma-
En matière lateftes à Arimimjles Baillos à Perouzedes Vitelles à Tiferne : les Sforces
d’eftat celui au Duché de Mila:& plufieurs autres,qui de fimples capitaines, & gou-
eft maiftre uerneurs fe font faits feigneurs par force. Car,en matière d’eftat,on peut
de la Repu- tcnir pour maxime indubitable, que celuy eft maiftre de Peftat, qui eft
blique, qui maiftre des forces. C’eft pourquoy és Republiques Ariftocratiques,&
eft maiftre populaires bien ordonnées les grands honneurs font ottroyez fans au-
de leftat. cune puiflancc de commâder:& ceux qui ontplus de puiflance,ne peu¬
uent rien commader fans compagnon, ou bien s’il eftimpofliblededi-
uifei le commandement a,plufieurs, comme il eft fort dangereux en
guerrede temps de la commiflion,ou du Magiftrat eft court. Ainfi fai-
foient les Romains mettant deux confuIs,& les Carthaginois deux Suf-
fctes,quiauoyent puiflance de commander chacun fon iour: car com-
bié que la diflenfion qui eft ordinaire entre ceux qui font égaux en puif
lance,empcfche quelquesfois rexecurion des chofes vtiles, fi eft-ce que
telle République n’eft pas fi fugette d’eftre tournée en Monarchie, que
s il n y a qu’vn fouuerain Magiftrat,comme le grâd Archon d’Athenes,
le Pritanne des Rhodiots,lc capitaine des Acheans,& des Ætoles,le Go-
falonnier des Florentins, le Duc des Genes. Pour mefme caufe le dicta¬
teur en Rome^ne duroit finon autant que la charge le requeroit,qui ne
pafloit iamais fix mois pour le plus: 3c quelquesfois n’a duré qu’vn iour.
Et le téps expire,la puiflance décommander cefloit: & fi plus long téps
le di dateur retenoit les forces,il pouuoit eftre accufé de leze maiefté.Et
mefmes en Theb es, tât que l’eftat fut populaire, la loy vouloir que le gê¬
nerai
LIVRE QV AT RIES ME. 415il neral de l’armee fuft mis à mort,fi plus d’vn iour il auoit retenu la force,
apres fon téps,qui fut la caufe c] le capitaine Epamynondas & Pelopidas
k forêt condanez à mort,pour auoir retenu kforce quatremois apres le
(| temps,quoy quelaneceflîtél’euftcotraint dece faire. Et pour la mefme
[ raifon prefque tous magiftrats eftoiét annuels es Républiques populai-
res, & A ri Socratiques. Et encores à Venife les fixconfeillers d’eftat qui
aflïftentau Duc,ne font quefixmois en charge. &celuy quiauoitla gar-
j , de delà principale forterefle d’Athenes,n auoit les clefs que vniour feu-
| „ lemenf.nonplus que le capitaine du chafteau de Rhagufe,qui eft pris au
^ „ fort, ôc mené la tefte enueloppee au chafteau. Et fe faut garderie plus
, qu’il eft pofïible, que les loix, ôc ordonnances, touchant le temps des
J magiftrats,ne foyent changées, ny leur charge prorogée, fî la neceffité
} n’y eft bien grande : comme les Romains feirent à Camil, auquel la di-
E)l daturefut prorogée pourfixmois : cequin’auoit onques eftéottroyé
lctl à perfonne. Et mefmes par la loy Sempronia, il fut eftroitemcnt defen-
du que les gouuernemés, ôc prouinces ne fuflent ottroyccs plus de cinq
lfl ans.Et fila loy euft efté gardee,Cefàrn’euftpasempieté leftat, comme
^ il fift ayant eu le gouuernemcnt des Gaules pour cinq ans dauantage
ici que l’ordonnance ne vouloir, àlaquelle ilfut dérogé pour fon regard*
cl Qui fat Vne faute notable: veu qu’ils auoyent affaire au plus ambitieux
hommequi fut onques, & qui fonda fi bien fa-puiflancepourlaconti-
nuer, qu’il donna pour vnefois àPaul Conful neuf cens mil efeus, affin
qu’il ne s’oppofaft à fes entreprifcs:& au Tribdn Curion quinze cés mil
tjf M efcus, pour tenir fon parti. Dauantage onluy donna dix légions fou-
if doyces,tant qu’ilferoit la guerre. Cefte grande puiflancc, eftoitiointe
à au cueur le plus hardi qui fuft alors,& le plus vaillant qui fuft onques,ÔC
:c,i de fi noble maifon,qu’il olàbien dire deuant le peuple Romain, qu’il e-III ft oit extrait des dieux du cofté paternel, ôc des Roys du cofté maternel:
j®u ôc fi fobre, que fon ennemi Cato difoit qu’il n’y auoit point eu de fobre
Ji n tyran que ceftui-là:& fî vigilant, que Ciceron qui coniurafamort, l’ap-
Id „ pelloit en vne epiftre monftre de prudence ôc diligence incroyable i aaArtiCBra-
icf &aufurplusmagnifique,&populaires’ilenfutonques : &: qui n’cfpar-
ijl gnoit rien en ieux, tournois, feftins, largefles ôc autres apafts. enquoy
efi faifant,il voloit la faueur du menu peuple aux deipens du public,& gai-
dfi, gn°irl’honneur d’homme gratieux ôc charitable enuers les pauures.
fi Et neantmoins ayant gaigné par ce moyen la fouueraineté, il nepenfa
jjiJ qu aroigner les forces du peuple, ôc leur ofterleurs priuileges : car de
ÿ trois cens vingt mil citoyens,qui prenoyent blé du public,il n en retint
$ que cent cinquante mil,& enuoya quatre vings mil citoyens outre mer
^ en diuerfes colonies:& ofta la plulpart des confrairies,corps, ôc collèges.Jolj effe(^3on a toufiours veu en tous changemens de Republiques,que
J eeux-la ont efté ruinez,qui ont doné trop de puiflance aux fugcts pour
s efleuer„ qui eftoit la diuife delulianl’Empcrcur, figurant quon arra-M iiij
4îé DE LA REPVBLIQVE{ choit les plumes àl’Aigle,pour les coler aux flefches qu’on leur dcbuoic
tirer. Ainfi. font les gouuerneurs, ôc magiftrats fouuerains des eftats po¬
pulaires,principalemét quâd 011 donc trop grade puiflance à celuy quia
le cueur haut ôc ambitieux. V oila quât à la caufe d u changemét de l’eftac
populaire cn Monarchie , quand Tvn desfubietsfe fait feigneur. Maisle
châgemét de leftat populaire enAriftocratie,fe fait ordinairemét,quâd
on a perdu qlque grade bataille,ou que la Republique a rcceu quelque
perte notable des ennemis:&au cotraire leftat populaire fe fortifie,&af-
feure,quâd on a eu quelque vidoirc.Celà fe peut voir en deux Républi¬
ques d’vn mefme temps c’eft à fçauoir Athenes Ôc Syracufe,les Athenies
eftans vaincus des Sy raeufains par la faute du capitaine Nicias, changè¬
rent auflitoft d’eftat populaire en Ariftocratie,de quatre cens hommes,
qui neâtmoins s’appelloyét les cinq mil, par la rufe de Pifandre : ôc quâd
le menu peuple voulut refifter, il fut rembarré parlaforce queles qua¬
tre cens auoyent en main,qui en tuerent plufieurs,cc qui eftonnales au¬
tres. Et les S y raeufains enflez deleur vidoire,changèrent d’Ariftocratie
j|.xenopon Piutar. en cftat populaire5. Et quelque temps apres les Atheniens ayans oüy la
biadc^a* A nouuelle de la vidoire d’Alcibiade contre les Laccdemonicns,ehafleréc
ôc tuerent les quatre cens feigneurs, & changèrent l’Ariftocratie cn eftat
populaire foubs la conduite deThrafilus. Aufli les Thebains après la
iournee des Oenophites, qu’ils perdirent, changera leftat populaire en
Ariftocratie. Etcombien queles Romains ayans perdu dcuxbatailles
contre Pirrhus ne changeaflent point leftat populaire : fi eft-ce toutes¬
fois qu’en effed c eftoit alors vne belle Ariftocratie de trois censfena-
tcurs,qui gouuernoy ent leftat : ôc en apparence vn eftat populaire : car
le peuple ne fut onques fi doux,ny traidable qu’il eftoit alors:mais aufli
toft que les Romains eurent gaigné l’eftat deTarente,le peuple leuales
cornes & demanda qu’on leur fift partage des héritages quc la nobleflc
auoit occupez.Et neantmoins depuis que Annibalcut réduitl’eftat des
Romains à l’extremité, le peuple deuint humble au poflible: ôc après
que les Cartaginois furent vaincus, le Royaume de Macedoine ruiné:
Antioque mis en route: onnelepouuoit plus tenir en bride. Nous li¬
ions aufli que les Florentins,ayans nouuelles de la prife de Rome, ôc du
Pape Çlement,qui auoit changé leftat de Florence en Oligarchie, s’efle-
uerent aufli toft, ôc apres auoir chafle, tué, banni les Partifans de Mcdi-
cis.,arraché leurs ftatues,biffe leurs armoiries, efface leurs noms par tou¬
te la ville, reftablirent l’eftat populaire. Et la raifon de cc châgcment eft
Tinconftance ôc témérité d’vn populace fans aucun difeours nyiuge-
mentj&muable à touts vents : ôc tout ainfi qu’il s’eftonne d’vne perte,
u aufli eft-il infupportable apres (à vidoire, Ôc n’a point d ennemi plus
„ capital,cjue le fuccez heureux de fes affaires:ny de plus fage maiftre, que
m celuy qui le tient fort en bride: c’eft àfçauoir l’ennemi vainqueur, alors
n les plus fages, ôc les riches, fus lefquels le hazard du danger doibt toflV*
hLIVRE QV ÂTRIESMË. 4*7ber, voyant les orages &tempcftes de touts coftez, prennent legou-
ucrnail abandonné du peuple, de forte (juelefeul moyen d’entretenir
l’eftat eft de faire guerre, & forger des ennemis s’il n’y cn a. Ce fut la rai-
fon principale qui meutScipion le ieune d’empefeher tant qu’il peut, Guerres des
que la ville deCartage ne fuft razee: preuoyant fagement, que fi le ennemis
peuple Romain guerrier ôc belliqueux,n’auoit plus d’ennemis, il eftoit neceffaires
force qu’il fe fift guerre à foy-mefmes. Etpour mefme caufe Onoma- pour entre-
J defme capitaine en chef de la République de Chio, ayant apaifé la guer- tenir les e-
reçiuile,& chafle les plus mutins, ne voulut pas bannir les autres, quoy ftats popu-
c n qu’on luy vouluft perfuader dccefairc : difantquily auoit danger que laires*(, apres auoir chafle touts les ennemis, 011 fift la guerre aux amis, commeI dit Plutarque. Toutesfois cefte raifon qui a lieu pour les ennemis e-
|f ltrangers, ne feroit pas receuable entre les citoyens:& neantmoins il fift
r ce qu’il debuoit: car celuy quia l’auantage cn guerre ciuile, s’il ban-
u, nift touts les partifans de la fadion contraire à la fienne, il n’a plus d’o-
C , ftages, fi les bannis luy dreflent nouuelle guerre, mais ayant tué les
î plus furieux, ôc banni les plus mutins, il doibt retenir le furplus : au-
trement il eft à craindre, que touts les bannis faifans guerre fans crain-
E te de leurs amis, ruinent leurs ennemis, Ôc changent leftat populai-
f re en Ariftocratie : comme il cn print aux Hcracleans, aux Cumans,
j &aux Megarcnfes, qui furent changecs de populaires cn Ariftocra-
ties : par ce que le peuple auoit entierement chafle la noblefle, qui r a-
stt lia fes forces, ôc s’eftant emparée de fes trois Républiques, oftala puif
fancc au peuple. Toutesfois le changement de l’cftat populaire cnmo-
£ narchie c ft plus ordinaire, s’il aduient par guerre ciuile : ou par l’igno-
:;i rance du peuple, qui donne trop de puiflance à l’vn des fugets : come
^ i’ay dit cy deflus. Et pour ceftc caulc Ciccron difoit, Ex viéloria cùm
^ multajum certè tyrannïs exiflit : parlant de la guerre ciuile entre Ccfar, ôc pourquoy
i'A Pompée. Etau contraire, le changement de la tyrannie qui aduient jc ^nvc-
par guerre ciuile, fefait ordinairement cn eftat populaire, car lepeu- mcntc|ety..
ft, pie qui n’a iamais de médiocrité, ayant chafle la tyrannie, pour la hai- rannjc cn c-
lkM ne qu’il a contre les tyrans, ôc la crainte qui le tient d’y tomber, le rend ^ popu-
)£]i fi paflioné, qu’il court d’vne extrémité à Pautre, comme à bride aual- jajrc cft. jc
tiîf lee: ainfi qu’il eftaduenu en Athcnes, apres la mort des Pififtratidcs: jus ^
il en Florence, après que le Duc d’Athènes ( qui depuis mourut Connc- ^ucntfl
sj) ftable àla iourneede Poitiers ) en fut chafle. à Milan, après que le ty-
$ ran Galuaigne fut dépouillé de fon eftat , la République fut gouuer-
pî nec populairement cinquante ans, iufques à cc que d’eftat populaire,
incf elle fut changcc en tyrannie par les Tore&ns. le femblablc aduint a
jjiflî Romc^apres que Tarquin l’orgueilleux enfut chafle r&:cnSuifle, a-
jjltj m près que le vicaire de l’Empire fut tué, les fugcts eftablirent leftat po-
jlj m pulaire 3 qui a duré iufques à prefent , ôc continué depuis trois cens
p cinquante ans. On voit le femblablc eftre aduenu enSyracufc, apres
4*8 DE LA REPVBLIQJEque Denis le tyran en fuft chafle : en Theflalie, apres que Alexandre ty-
ïan desPhecæans ,eut efté occis: ôc en Sienne, apres que AlexandreDichi nouueau tyran fut tué par Hierofme Seuerin, ôc les Partifans de j
Monte nom ,chaflez, tuez , & bannis, le peuple print la feigneurie : ôc
n y a doubte que les Florétins,apres le meurtre d’Alexandre deMedicis
nouueau tyran de Florence, n’euflent reftabli leftat populaire, fiCofme n’euft eu la force en main. I’ay dit que le changement d’eftat popu- ’
laire en tyrannie eft ordinaire, quand il aduient par guerre ciuile: car fi
l’ennemi eftranger fè fait feigneur d’vn eftat populaire,il reiinift au fien:ou bien il le fait femblablc au fien, luy laiflant le gouuernement d’ice- 11luy. comme faifoyent les Lacedemoniens, quichangoyent touts les e- l£ftats populaires en Ariftocraties: ôc les Atheniens touts les eftats Ari- :iTh ’d'i x ^:ocrat^clucs en populaires, quand 4 les vns, ou les autres auoyent coiv $noPhon.pwe' quefté quelques peuples. C’eft pourquoy il faut noter la différence 6entre les changcmens extérieurs, Ôc intérieurs. Et quelquesfois aufli 1le peuple eft fî bifàrre, qu’il eft prefque impoflible de le tenir cn vne- :fftat, que toft apres il n’en foit ennuyé-com me on peut dire des anciens }\Atheniens, Megariens, Samiens, Syracu&ins, Florentins, ôc Genne- lofuois : lefqucls apres auoir changé d’vn eftat, en vouloyent vn autre. |n ôc cefte maladie aduient le plus fouuent aux eftats populaires, ou les u() fugets ont l’efprit trop fubtil : comme eftoyent e-eux que i’ay dit : car j[t,„ alors chacun penfe eftredigne de commander : oufiles fugets font plus tlgrofliers, ils endurent plusaifementd’eftre commandez, ôc font plus |Sl
„ aifez à fe refoudre, aux délibérations,que ceux qui fubtilizent tellement
„ les raifons quelles s’en vont en fumee : ôc qui par ambition ne veulent„ iamais ccder l’vn à l’autre: d’ou vient la ruine d’vn eftat. On peut aifé- |
met voir en Thucidide,Xcnophon Ôc Plutarque,queles Atheniens ont1T en moins de cent ans changé (ix fois d eftat : ôc les Florentins fept fois: ^, ce qui n’eft pas aduenu aux Vénitiens, qui n’ont pas l’elprit tant fubtil. ■On fçait aflez combien le pays Florentin a produit de bons, ôc gentils |Sefprits:& quelle différence il y a entre les Florentins, & les Suiflcs: & ^„ neantmoins on voit que ces deux peuples ayant changé de monarchie ’!,, en eftat populaire depuis trois cens foixante ans: les Suiffes fe font main- Jtenus en l’eftat populaire : ôc les Florentins bien to# après changèrent :îl|
en Ariftocratie : alors que la noblefle ne pouuant voir les a r titan s s’ega-Les châge- ^er a eux : & les-nobles ne pouuans fouffrir les vns des autres s’affoiblt tmens eftra- rent fi f°rt ? 4ue les plus grands.du peuple chaffcrent, ôc bannirent le ^ges de î’e- furplus. Et depuis ceux cy ayant prins en mainlegouuernail,entrerent 'iftat de Flo- au^ c°ft en p^rtialircz, ôc guerres ciuiles : de forte que les moyens ( car >renc c " faifoy ent trois eftats de roturiers ) leur ofte rent la puiffance :ôc ne fu- ts|m rent pas long temps qu’ilsnentraflent en guerre ciuile, ce qui donna :jfoccafîon au rebut du peuple de les chafler, ôc en tuer la plulpart. Le >„.populace fe voyant maiftre, ôc n’ayant plus d’ennemis, s’attacha à foy ^mefmes: ,,
1( LIVRE QV ATRIESMË. 415?\ mefmes: &fe fift la guerre fi cruellement, que lefang couîoit parles
l| rues, ôc les maifons pour la plufpart furent bruflees : en forte que les
:i Luquoys ayant pitié d’eux les vindrent feparer : &fut arrcfté d’enuoyer
| ambafladeauPape pour leur enuoyer vn Prince de fàng Royal, ôcà
» la bpnne heure fe trouua lors à Rome Charle de France frere de
Jt Louys 1 x. qui leur fut enuoyé : entre les mains duquel ils rendirent les
|t; armes ôc 1 obeifTarice volontaire : mais d’autant qu’il eftoit diftraitpour
entendre au Royaume de Naples, fî toft qu’il fut party, les Florentins
H' reftablirent l’eftat populaire : ôc retomberent en guerre ciuile : ôc pour
^ y remedier derechef, ils enuoyerent quérir le Duc d’Athenes, auquel
j,, ils donnèrent la fouueraineté: ôc neantmoins deuant que l’an fuft re-
uolu, ils en furent fî {àouls, qu’ils dreflerent contre luy trois coniura-
j| dons, ôc l’aflîegercnt fî viuement, qu’il fut trefaife d’efehaper la vie
| fauue. Et recommancerent à changer d’vn autre eftat, puis d’vn autre:
trouuans toufiours denouueaux noms aux officiers, ôcmagiftrats : ôc
ne cefïbyent de changer, ôc rechanger, comme vn malade, qui fe fait
^ porter d’vn lid en l’autre, cuidant fuir fon mal qui le tient aux entrail¬
les de fon corps. Ainfi la maladie d’ambition, ôc de fèdition, n’a ia-11 , mais ceflé delestrauailler, iufques ace qu’ils ont trouué vnmedecin
S) „ qui lésa guaris de touts ces maux, eftabliffant vne monarchie, auec
J , trois fortereffes cn la ville, ôc bonnes garnifons: ôc en cefte forte les
K a maintenus quarante ans. Voila l’hiftoire en brief des changement
aduenus en l’eftat de Florence, qui ne feroit pas croyable : fî les Floren-
“ tins mefmes ne l’auoyent mis par efeript. Nous voyons de femblables
tvc tragedies iouees par les peuples d’Affrique ( qui paffent ceux d’Europe
f® cn fubtilité d’efprit ) lors qu’ils ont eu Peftat populaire, ie n’en mettray
n® qu’vn ou deux exemples entre plufieurs, c’eft à fçauoirdes habitans
| de Segelmeffaau Royaume de Bugie, lefquels s’eftans reuoltez contre
m' le Roy, eftablirent vn eftat populaire: ôc toft après entrèrent en fa^
dions, ôc guerres ciuilesfî cruelles, que ne pouuans endurer de fei-
ni gneur, ny fouffrir les vns des autres, d’vn commun confentement ra-
ÿlf ferent toutes les maifons, ôc les murailles de la ville, pour eftre Roys
lit aux champs chacun en fa maifon à part. &le peuple de Togoda ville
If és frontières du Royaume de Fez, ne pouuant fouffrir l’Ariftocratie de
$ la nobleffe, quitta 0 le pays. Aufli les peuples d’Afrique cognoiffant
î’| leur naturel, ôc les dangers del’eftat populaire, fe gouuernent quafi
$ touts cn forme de monarchies. Et combien que les eftats Ariftocra-
$ tiques foycnt plus affeurez que les populaires, &plus durables : fi eft-* ce queles feigneurs font cn double danger s’ils ne font bien d’accord:
;|is 1 vn eft de la fadion d’entf eux : l’autre eft de la rébellion du peuple.
,j|{ s ils ont guerre entr’eux, le peuple ne faudra pas à fe ruer fur eux : com-
u me nous auons monftré des Florentins : ôc le femblable aduint à Sic-
c|j: ne,à Genesôc en plufieurs autres Republiques d’Almaigiie. comme ilii.Leon «TAfnçjU*
4zo DE LA REPVBLIQVEaduient auffi pendant la guerre Peloponefiaque à toutes les villes de
Grece qui eftoyent gouuernces parla noblefle,ou parles riches.Ce quiIl eft dage- cft encores plus dangereux,quand les feigneurs font ouuerture à touts
reuxaux A- eftrangers, pour venir habiter enleurpays,quipeuàpeufèmultipliet:
riftocraties & n’ayâs part aux magiftrats,s’ils font lurchargez, ou mal traitez dps fei-
où il y a peu gneurs,à la moindre occafionils fe foubsleuent , ôc chaflentles naturels
de fei- feigneurs.xommeiladuintàSyenç^àGenneSjàSurichjàConloigne^oiî
gneurs,dc lcs eftrangers s’eftans multipliez,&fe voyans furchargez,&mal traitez,
receuoir fans auoir part aUx eftats,chaflcrent les feigneurs, ôc en tùerét la plufpart.
touts les e- & mefme ceux de Lindaue apres auoirtué les feigneurs, changerét l’A-
ftrangers. riftocratie en eftat populaire : comme aufli firent les habitans de Straf-
bourg,qui en horreur del’Ariftocratie,qu’ils ont châgé en Démocratie,, apres auoir banni,chafle,tué les feigneurs,ne fouffrent pas que perfonne
puifle auoir les grands eftats, ôc charges publiques,s’il ne vérifié que fon
ayeul fuft roturier. Qui n’eft point chofe nouuelle: car nous lifons que
les eftrangers en la republique de Corfou multiplièrent fi bië, quen fin
ils fe faifirent de tous les gentilshommes quils coftituerentprifonniers,
ôc les maflacrerent touts en prifony,&changèrent leftat Ariftocrati que
I'. Arîftot.pôiît./. en populaire. Le femblable6 aduint aux Républiques Ariftocratiques
des Samiens,Sybarites,Trezeniës,Amphipolites,Calcidenfes,Thu ries,
Cindiens,& à ceux de Chio: qui furet changées cn populaires par les e-
ftrangers, qui en debouterent les naturels feigneurs. Qui eft la chofe la
plus à craindre cn l’eftat de Venize, que nous auons monftré eftre vne
pure Ariftocratie, ôc l’abord de touts eftrangers, qui ont fi bien multi-
pliez,que pour vn gentilhomme Veniticn, il y a cent Citadins iflus d’e-
om ic^ ftnmgers.ee qui peut eftre vérifié par le nombre qui en fut leué il y a xx*
es iaoltas ans ou enuiron. Ilfetrouua cinquante neuf mil trois cens quarante ôc
e y enize. ncuf Citadins au defliis de x x. ans. lxvii. mil cinq cens cinquante ôc
feptfemmesrdeux mil cent l x x x V-religieux: deux mil lxxxii. reli-
gieufes:vnze cent cinquante ôc fept luifs. qui font cn tout cent trente ôc
deux mil trois cens trente perfonnes : &adiouftant vn tiers dauantage,
f.Uuerediuwad pour le nombre deceux quifontaudefloubs dex x. ans : prenant Paage
ordinaire, Ôc la vie des hommes à lx. ans, comme la loy veut6 : ilfe
trouuecent lxxv i.mil quatre cens quarante perfonnes: fans les eftran¬
gers furuenans. Or les gentilshommes Venitiens,ne fçauroy et eftre que
trois à quatre mil tout compris,abfens, ôc prefens.Et me fuis emerueillé
pourquoy ils ont publié,&qui plus eft,fouffert quon imprimait le no¬
tre qui en fut leué. les Atheniens firent vne faute femblablc, ôc trouue-
rent vne fois qu il y auoit au dénombrement faid des habitans x x. mil
citoyens, dix mil eftrangers, ôc quatre cens mil efclaues. Ce que les
Romains ne voulurent faire des eftrangers , ôc moins encores des efcla¬
ues, ny les remarquer à la différence d’habits , craignans, dit Senc-
que, s’ils venoyent àfe conter, qu’il leur print enuie de fe faire maiftres.Nous
LIVRE QJ ATRIES E. 411Nous lifons en Phiftoire du Cardinal Bembe, que la plus grande affem-
blee degentilshomes Venitiens de fon aage, ne fut que de quinze cens.nus offices, nont point d’occafion de fè remuer pour changer l’eftat:) comme auoient ceux que i’ay dit cy deffus, qui eftoient non feulementdéboutez de tous les offices, ains auffi furchargez des Seigneurs, &: mal Les chage-
: traittez. Or tous ces changemens de feigneuries en eftats populaires, mes d eftats
\ ont efté violents,&fanglants: comme il aduient prefque toufiours: Ôc populaires
\ au contraire, il aduient que les eftats populaires changent en feigneu- en feigneu-• ries Ariftocratiques,par vn changement doux & infenfible : quand on fonc
1 faitouuerture aux eftrangers, Ôc queparfucceffion de temps ilss’habi- moins vio-
3 tuent, ôc multiplient, fans auoir part aux eftats ôc offices: il fetrouue en lens,&plus
I fin que les familles des Seigneurs, pour eftre employez aux charges pu- doux que
t bliques,& à la guerre,fe diminuent:& les eftrâgcrs croiffent toufiours: les autres,I qui fait que le moindre nombre des habitans tient lafeigneurie : que
j nous auons monftré eftre la droite Ariftocratie. les Republiques que
ni iaycottees cy deffus,eftoient telles : ôc defaitl’eftatde Venize, deLu-
ques, de Rhagufe, de Gènes eftoit anciennement populaire : ôc peu a
j, peu ils ont changé en Seigneuries Ariftocratiques infenfiblement: ioint
H auffi que les plus pauures bourgeois ayans bien à faire à viure, quit-
j toientles charges publiquesfans profit :&parfucceffionde temps,ôc
j prefeription leurs familles en eftoient fordofes.ee changement eft bien
le plus doux qui foit, &le plus fuportable. mais pour empefeher qu’il
f n’aduienne, ilfaut receuoir les enfans des eftrangers, s’il n’y a autre em-
j* pefchement, aux charges ôc offices : ôc mefmement fi le peuple eft ad-I donné à la guerre:autrement il eft à craindre que les Seigncurs,qui no-II fent armer les fugets, eftans contraints cux-mefmes d’aller en guerre,11 ne foient tout à coup défaits, & que le peuple n’empiete la Seigneu-i®‘ rie: comme il aduint en lafeigneurie de Tarente, qui perdit en vne ba- ^es change
1: taille contre les Iapiges, prefque toute laNoblelfe : alors le peuple fe m^s ^ Ari-
'& voyant le plus fort, changea PAriftocratie en eftat populaire, au temps ftocratics
:fc de rhemiftocle. Et pour cefte caufe les Seigneurs d’Argoseftants près cn Démo¬
li quetous défaits, par Cleomenes Roy de Lacedemone, le furplus crai- craties ad-
| gnans la rebellion du peuple donna droid de bourgeoifîe à tous les ha- uicnn^tfou
ôtants iflusd’eftrangers,&leur fift part des charges, & offices .-telle- u^c Pour k
sj! ment que l’Ariftocratie changea doucement en eftat populaire. Etl’v- Refaite des
ync des chofes qui plus donna dauantage au peuple Romain fus la No- n°bles.c^eÆt vne vidoire des Veientes, qui tuerent vne grande partie des
j;l gentilshommes : ôc mefmes trois cens Fabiens d’vne race tous nobles.,>1 Nencores font ils remarquez a l habit . Mais ce qui plus a maintenu leur
Seigneurie contre Peritreprife des Citadins, eft l’amitié concorde
mutuelle des Seigneurs entr’eux, ôc la douceur de liberté, qui eft plus
grande en cefte ville là qu’en lieu du,monde:.de forte queftants fon¬
dus en plaifirs ôcdelices,ayantsaufïrpàrÉa quefqueshonneurs & me-
4il DE LA REPVBLIQJE& des plus anciennes maifons. Les Venitiens donnent ordre à cela,
vlans ordinairement de genfdarmes eftrangers, s’ils font contraints de
faire la guerre , ce qu’ils fuyent le plus qu’ils peuuent. Ceft inconue-
nient de changer l’eftat pour la perte de laNobleffe,ne peut aduenir
cn la Monarchie,fi tous les Princes du fang n’eftoient tuez, auec le refte
de la Nobleffe : comme les Turcs ont fait par tout où ils ont voulu
commander, ils n’ont pas efpargné vn gentilhomme mais ce change-
ment, ou pluftoft vnion, & accroiflement d'vn eftat à l’autre eft' exté¬
rieur. Onaveuprefque toute laNobleffedeFrancetuee à la iournec
de Fontenay près d’Auxerre, par guerre ciuile entre Lothaire fils aifné
de Loüys Debonnaire, d’vn cofté : & Loüys & Charle le Chauue d’au- ;
tre cofté: toutesfois les trois Monarchies demeurerent en leur nature. 1
„ & mefmes la Champaigne perdit tant de Nobleffe en guerre, que les !
wentils femmes eurent priuilege fpecial d’anoblir leurs maris : néant- |
moins la Monarchie n’en fentit aucun changement. auffi les grands & ■■
notables changemens fe font és feigneuries Ariftocratiques, & popu- ï
Iaires. Et n’y a point d’occafion plus ordinaire, que l’ambition des plus f
hautains, qui fe font amis du peuple, & ennemis de laNobleffe, quand :(
ils ne peuuent obtenir les eftats qu’ils prétendent: comme fift Mar- i
-*ius & Cefar en Rome, Thrafyle & Thrafibule en Athènes, François j|
lleft dange V elori en Florence, & infinies autres femblables. cequi aduientenco- ,|
feu x en l’A- rcs plusaifément, <i les hommes indignes fontpourueus des grands |s
riftocratie eftats,& ceuxquilcs méritent rebutez: quieft la chofe quiplus cre- „
de pour' uele cueur aux gens de bien . Pour cefte caufe la Seigneurie des Ori- ,,
uoir les mef tes fut changeeen eftat populaire, pour auoir pourueu Hcradeodo- J,
chans des re mefehant homme, du plus honorable office. Et la chofe qui plus ay- X:
plus grands da à la ruine de Néron, & d’Heliogabale Empereurs ,fut qu’ils efle- i
eftats* uoient les plus deteftables hommes aux plus hauts eftats : mais princi- |j
paiement cela eft à craindre en l’Ariftocratie, où le peuple n’a point de ,
part aux offices.car ceft double douleur fe voir non feulement fru- j
ftrédetous offices, & benefices: ains auffi qu’ils font départis aux plus
indignes,aufquels il faut obeyr,& faire ioug. Alors celuy des Seigneurs '
quife fera chefde partie, s’il eft tant foit peufauory du peuple, change- ‘
ra l’Ariftocratie en eftat populaire . ce qui n’aduiendra pas fi les Sei- l1
gneurs s’accordent bien entre eux : car la fedition, & diuifion des Sei-
gneurs, eft la peftelaplus à craindre enl’eftat Ariftocratique, com- ? ■
Lapefte la me i’ay dit cy deffus : & quelquesfois delamoindre occafion, comme *
plus dâge- d’vne eftincelle s’embraze vn grandfeude guerres ciuilesxommc il ad- t
reufedel’A uint à Florence, pourle refus que fift vn gentilhomme delamaifon de
riftocratie Boudelmonti,d’efpoufervnedamoifelle,ayantdonnélapromeffc.-cela^t
eftladiui- donna occafion à vne fadion entre les Nobles qui s’cntretuerent,n |ii
fio des Sei- bien que le peuple aifément donna la chafle au furplus .Et pour mel-itisrneurs. me occafion furuint vne forte guerre ciuile entre les Ardeates, pour j,(
b vnc^m
LIVRE OVATRIESME. 4*3[,■ vne hcriticre que la mere vouloit marier à vn gentilhomme : ôc lesI, tuteurs à vn roturier : ce quidiuifa le peuple delà Nobleffe , en tel-
Hj le forte que la Nobleffe eut recours aux 7 Romains, & le peuple aux 7.Liuiusiib.4.
iE(j Volfques : qui depuis furent vnis par les Romains, aufli laRepubli-
)f que de 8 Delphes print changement d’Ariftocratie en eftat populai- g Paufan ,}b 4
Ç[ re pour mefme occafion : ôc celle de Metelin fut 9 changec pour la tu* ^Arifiot.poiit.C(j telle de deux orphelines :& la Republique des Heftiens, pour vn pro- [)e peude
^ ces en matiere de fucceflion . Et la guerre facree, qui ne changea pas, cl10fe vien-
ains ruina de tout poinâ leftat des Phocenfc, fut fondee fus le maria- n£t jcs ar5s
^ ge d’vne heritiere entre deux feigneurs à qui l’auroit. Et qui plus eft, les châgemesT
Ætoles&Arcadess’acharnerent fort longuement en guerres mutuelles —f! pour la hure d’vn fanglier: ôc ceux de Cartage Ôc de Bizaque pour le fuit
dVn brigâtin:& entre les Efcoffois&Ies Pidtes s’efmeut vne guerre tref-
s cruelle pour quelques chiens que les Efcoflois auoient oftéaux putes,^ dre compte de leurs adions, foit à tort ou àiufte caufe : car ceux làmef-
i,1£ïmes qui font entiers craignent toufiours les calomnies ôc l’iffue doub-
t n teufe des iugemens, qui tire apres foy bien fouuent la vie, les biens ôc
ulf w l’honneur des accufez. Nous en auons l’exemple de fraifche memoire,
de ceux qui ont embrazé tout vn Royaume de guerres ciuiles, quand
® on parla de les faire venir à compte de quarante deux millions. Ce fut
aufli l’occafion que Pericles craignant le hazard du compte quon luy
:fin demândoit des finances d’Athenes qu’il auoit maniees, ôc generale-
nii|n ment de fes a£tions,getta le peuple d’Athenes en guerre, qui ruina plu-
A|i fieurs Republiques, Ôc changea entièrement leftat des autres eftats de
Ici toute la Grece : or tous les Hiftoriens,ditPlutarque,s accordent en ceft
lisS/i article.&neantmoins il ne fe trouuapeut eftre en toute la Grece home
isSIm qui euft efté plus entier,au iugemêt mefme de Platon ôc de Thucidide,1,1 quoy qu’il fuft fon ennemy capital5l’ayât fait bannir du banniffemét de
jsli! loftracifme-.ioint aufli qu’il 1n>ameda rien de toutes les charges publi- i P1»tar.inPcri-
îoil quesqu il auoit manié cinquate ans.Nous lifonspareillemêtq les Repu
jji: bliques de Rhodes ôc de Coos furet châgees d’ariftocratie en eftats po~
ûD|i'i pulaires. Et l’vne des caufes qui meut Cefar às'eparer de leftat,fut q fes
cnnemis le menaflbiét fi toft quil feroit priué,de luy faire rendre copte
}Ii des charges qu il auoit 5eües.& cornent iefuft-ilaffeuré,ayat memoire } Cic adi Ajtîcum
^ j] Scipion 1 Africain,! honeur de fon aage,&Scipionl’Afilitique,&:Ruti inepiiioi-
ité Cicerôn furent codamnez? Si les homes vertueux fonttobezen^ ces dangers, qui doubte que les mefehans ne troublent pluftoft l’eftat
^ public, que d expo fer leur vie, ou leurs biens au hazard ? car outre FatN ij& ne peurent onques fe ralier, combien qu’ils euffent vefeu fix cens an
en bonne paix: ôc la guerre entre le Duc de Bourgongne ôc les Suifles
print origine pour vn chariot de peaux de moutons qu’on print à vn
Suifle. Quelquesfois aufli les changemens, & ruines des Republiques
aduiennent quand on met les plus grands en procès pour leurfiire ren-
4M DE LA REPVBLIQVEfeurance quilsont d’cfchaperparce moyenleiugemcnt des hommes,
encores ont-ils ceft aduantage de pefcher en eau trouble. on fçait allez
que les guerres ciuiles font toufiours voile aux mefehans, qui ne crai¬
gnent pas moins la paix que la pefte: ayans en tout euenement deuât les
ty yeux la refol utiô de Catïlina, lequel dift qu’il n’auoit peu par eau eftain-
drelcfeu pris en fa maifon,&qu il eftaindroit en la ruinât. & de fait il futIl eft dâge- vnpoindpresdcchâgerreftatdesRomains/ileCofulCiceronn’y euft
reuxen tou remédié, ou, pour mieux dire, couuertla faute qu il auoit faite,de (ou-
te Republi- frir que Catilina fortift de Rome ayant decouuert fa coniuration.Car ilque de ba- ne faut pas efperer, que celuy qui fe voit banni de fa maifon&defon
nir vn grâd pays,s'il a la puiffance qu’il ne fe mette en armes, come il fift,: & s’il euft
feigneur. gaigné la bataille contre C. Antonius,ilauoitmisl’eftat en danger ex-
treme : eftant l’vn des plus nobles feigneurs, & des mieux alliez quifuft
en Rome. les plus aduifez eftiment que de tels ennemis, il en faut faire
de bons amis, ouïes tuer du tout,fi ce n’eft qu’on les vouluft bannir par
honneur: comme on faifoit en la ville d’Argos,en Athènes & en Ephe-
fe, où les grands feigneurs puiflans en biens,ou cn faueur, ou en vertu,
eftoiét pour quelque temps, & qui toutesfois ne pafloit iamais dix ans,
4. piutar.in Ari- cotrains de s’abfenter,fans rien perdre de leurs biés, qui eftoit vn4 ban-
ftidc' « niflement honorable : aufli pas vn de ceux qui eftoient ainfi bannis, ne
fift iamais guerre à fon pays.mais de bânir vn grâd feigneur, auec dom¬
mage & contumelie,ce n’eft pas eftaindre,ains allumer le feu de guerre
contre fon eftat, duquel le banni quelquesfois fe fait maiftre : comme
fift Dion banni de Syracufe par le ieune Denys:& Martius Coriolanus,
qui conquefta bonne partie du domaine des Romains, & brufla iuf¬
ques aux portes de Rome, & meit le peuple Romain cn telle extremitc,
que c’eftoit fait de leur eftat, fi les femmes ne fuflent venues vers luy
pour l’appaifer. On me dira, peut eftre, que c’cft plus fagement fait de
getter la guerre hors,que d’eftre contraint de combattre dedans les en¬
trailles de la Republique : ie l’accorde, mais c’eft bié le plus feur de met¬
tre la main fus l’ennemi,& par cc moyen eftouffer vne coniuration,que
lafeher celuy qui toft apres fera guerre : comme fift le ieune Cyrus, que
le Roy fon frere auoit fait emprifonner, & lier de chaînes d’or, pour a-• uoir voulu attenter au Roy eftât efchappé à la requefte de fa mere meit
fus vne puiflante armee, & à peu qu’il n’emporta la couronne, i’ay dit
qu’il faut tuer telles gens,ou en faire de bons amis: comme fift Augufte
ayant decouuert la coniuration de Cinna, & le tenant entre fes mains,S Scncc.in îib de attaint &c conuaincu par fes lettres mefmes,luy 'pardonna,& ne fe con-
cicment tenta pas, ains encores il luy toucha cn la main, ôc iura amitié auec luy,
Sagcfle de ^ deflors lu^lonna degrands eftats. il auoit fait mourir vne infinité de
Augufte. cçux ^ auoient iuré fa mort: il voulut aufli eflàyer fi par douceur il
pourroit gaigner les cueurs des hommes, depuis il ne fetrouua iamaisperfonne
L I V R E QV A T R I E S M E. 415perfonne qui ofaft rien attéter contre luy. Aufli les Vénitiens ayans pris
leDuc de Mantoüe leur ennemy capital, au lieu de luy ofter foneftat
en firent leur capitaine général : ôc depuis ils ne trouuerent plus loyal
amy. Ceft ce que difoit Pontinus vieux capitaine des Sam nites, qu’il
falloit mettre en liberté l’armee des Romains fiirprife aux deftroits de
l’Apenin: ou faire tout mourir: oftant vne grande force à fon ennemy,
ou bien en faifant vn loyal amy par obligation d’vn fi grand bienfait.or
ces changemens aduiennent pluftoft, &plus fouuet quand la Republi¬
que eft de petite eftédue,ques’il y a beaucoup de pays,&: de fugets : car
vne petite Republique eft bien toft diuifee en deux ligues: mais vne
grande Republique eft plus malaifeeàdiuifer : d’autât qu’entre les gras
feigneurs ôc les petits, entre les riches &les pauures, entre les mefehans
Ôc les vertueux hommes,il s en trouue grand nombre de mediocres,qui
lient les vns auec les autres, par moyens qui tiennent des vns ôc des au¬
tres,& s’accordét auec les extremitez. c’eft pourquoy nous voyons ces
petites Republiques d’Italie,& les anciéncs Republiques des Grecs,qui
n’auoient qu’vne, ou deux, ou trois villes, auoir foufert plufieurs,& di-
uers changemens. Car il ne faut pas doubter que les extremitez ne foiet
toufiours cotraires,&en difcord:s’il n’y a quelque moye qui puifle vnir& allier les vns auecles autres:ce qu’on voit à l’œil, non feulement entre
les Nobles ôc roturiers,les riches ôc les pauures,les vertueux ôc vicieux:
ains aufli en mefme cité, la diuerfité des lieux feparez donne fouuet oc¬
cafion au changemét d’vn eftat. La ville de Faiz n’a iamais efté cn repos,
nylescruautez ôc meurtres appaifez, iufques à ce que IofephRoy de
Faiz continua les baftimens,& de deux villettes en fift vne grande ville.
Aufli les Clazomeniens furent en perpetuelle fedition,pour ce que la
ville eftoit partie en ifle,partie en terre ferme : ôc toufiours les vns en a-
uoient aux autres. Et mefmes nouslifonsenPlutarque,que la Republi¬
que d’Athenes eft tombee en plufieurs feditions ôc changemens,par cc
que ceux du port,& gens de la marine eftoient efloignez de la haute vil¬
le^ toufiours les vns en auoient aux autres: iufques à ce quePericles
cotinua les longues murailles pour enclorre le port. Et pour mefme oc¬
cafion l’eftat de V enize tomba en extreme danger,pour les feditions,&
querelles des pilotes ôc gens de mer, contre les habitans de la ville : ôc fî
1 autorité de Pierre Loredan ne fuft interuenue,l’eftat eftoit au hazard
de prendre changemét. Et fouuent il aduiét,que les feditions intérieu¬
res donnent le changement exterieur: car le Prince voifin ordinaircmét
vient a fe ruer fus Peftat,apres la defaidte de fes voifins:comme firent les
Normans apres la iourneede Fontcnay ,ou la Nobleffe de France fut
prefque eftainte: ôc le Roy de Fez s’empara de laRepublique de Tefza*
Voyant que les habitans s’eftoient pour la plufpart entretuez: ôc Philip¬
pe ii. Duc de Bourgogne afleruitaifémentDinan &Bouuines au pays
duLiege,qui n’eftoient feparees que d’vne riuiere : apres qu’ils fe furentN iij
4l6 de la repvbliqj^eeux-mefmes ruinez: Ôc lequel au parauanc n auoit iamais peu en venir à
boutûacoit qu’il ne fe faifoit quafi mariages que des vns auec les autres:
comme dit Philippe de Comines. Et pendant que les Roys de Maroc fe
faifoient guerre pour leftat, le gouuerneur de Thunes ôc deTeleufin
fe fift Roy, Ôc defmembrafes deux Prouinces pour en faire vn Royau¬
me. Par mefme moyen Lachares, voyant les Atheniens en combuftion
au temps de Demetriusrafliegeur,empietala feigneurie. Et qui plus eft,
nous lifons que quatre mil cinq cens efclaues, ôc bannis enuahirent le
Capitole,&: à peu qu’ils ne fe firent feigneurs de Rome : pendant que la
f.LiuiusHb.j. Nobleffe, ÔC le menu 6 peuple eftoient en fedition ôc partialitez-.mais
auffi toft ils s’alieret en bonne amitié, comme les dogues acharnez lvn
contre l’autre,s’ils voy ent le lo up,ils fe ruent fur luy. Or ce changement
exterieur, caufe pour les feditions intérieures, eft plus à craindre,fi les
proches voifins ne font amis & alliez: caria proximité du lieu donne
appétit à l’ambition de s’emparer de leftat d’autruy,au parauant qu’on
y puiffe remedier. De quoy il ne fe faut pas emerueiller : car ceux de qui
la mer, les montaignes, les deferts inhabitables, nepeuuent arrefter le
cours d’ambition,Ôc d’auarice, comment fe contenteroient-ils du leur,
fans entreprendre fur leurs voifins,quand les frontières s’attouchent,& t
que l’occafion fe prefente ? Et cela eft d’autant plus à craindre,quand la \
Republique eft petite : comme celle de Rhagufe, de Genefue, de Lu- ::
quesrqui n’ont qu’vne ville, ôc le territoire fort eftroit: celuy qui aura I
gaigné la ville,gaignera l’eftat:cc qui n’auient pas és grandes,& puiffan- 1!
tes Republiques,quiontplufieurs Prouinces ôc gouuernemcs :carl’vn i
eftant pris,eft fecouru des autres : comme plufieurs mébres d’vn puif- j
(ant corps,qui fecourent les vns les autres au befoin .Toutesfois la Mo- »
n narchie a ceft aduantage fus les eftats Ariftocratiques, Ôc populaires, !:
M qu’en ceux cy,il n’y a qu’vne ville où giû la feigneurie,qui eft comme le ll(
domicile, ôc retraite des feigneurs : laquelle eftant prife,s’eft quafi fait ;i[£
,, de l’eftat:mais le Monarque change de place en autre : ôc fàpnfe n ern-
porte pas la perte de leftat. Quand la ville de Capoüe fut prife, tout leur ||
eftat fut aufli toft enuahi par les Romains : ôc n’y eut pas vne feule ville,
ny fortereffe qui fift refiftâce : par ce que le Sénat,ôc le peuple,qui auoit ^
lafeigneurie,eftoit tout captif, aufli la ville deSiene, eftant gaignee par ^
le Duc de Florence, les autres villes ôc fortereffes, fe rendirent au mef-
me temps.Mais le Roy captif, le plus fouuent eft quitte pour fa rançon:
ôc fi l’ennemy ne fe contente, les Eftats peuuent procéder à nouuelle ,
ele£tio,ou prédre le plus proche du fang,s’il y a d’autresPrinces:&mef ‘
mes leRoy captif aime mieux quelquesfois quiterl’eftat,ou mourir pri- ‘
Refolution fonnier,q de trauailler les fugets, &de fait ce qui plus eftônal’Empereur J
du Roy Frâ Charles v.fut la refolution du Roy Frâçois prifonnier, qui luy fift ente- '11
çois i. eftat dre qu’il eftoit fus le poind de refigner le Royaume à fon fils aifné, fi on ^
prifonnier. nevouloit accepter les coditiosqu’Uoffroit0Car le Royaume,&toutle- ^
LIVRE QVATRIESME, 4*7ftat eftoit demeuré en fon entier,fans prédre aucun changemér,ny fou-
frir altération. Et cobien que l’Efpaigne,l’Italie, l’Angleterre,tout le bas
pays,le Pape,les Venitiens,&tous les potétats d’Italie fuflent liguez co¬
tre la maifon de France,fi eft-ce qu’il n’y en eut pas vn qui ofaft entrer en
Frâce pour la coquefter:(àchans les loix,&la nature de cefte Monarchie»Et tout ainfi qu’vn baftiment appuyé fus hauts fondemens,&conftruit
de matieres durables, bien vny, ôc ioint en toutes fes parties, ne craint,
ny les vents, ny les orages, ôc refifte aifément aux efforts, & violences:
aufli la Republique fondee fus bones loix, eftant vnie, ôc iointe en tous
fes membres, ne loufre pas aifément altération. Et au contraire, il y en a
de fi mal bafties, ôc fi peu vnies, qu elles doy ueift leur ruine au premier
vent. Et neantmoins il n y a point de Republique, qui par traid de téps
ne foufre changement, ôc qui ne vienne en fin à ruiner. mais le change¬
ment qui fefutpeuapeu, eft beaucoup plustolerable: foit demal en
bien,foit de bié en mieux, i’en ay touché l’exemple de l’eftat de Venize,
qui eftoit du commencementpopulaire,&peu a peu s’eft tourné en Chagemec
Ariftocratie-.fans qu’on laitapperceu,que leftat ne fuft tout châgé. l’en infenfible
mettray vn autre de l’eftatd’Almaigne, qui eft vne pure Ariftocratie, delà Monar
comme nous auonsmonftrécy deffus, iaçoit qu’il n’y a que trois cens chied Al-
ansou enuiron,que c’eftoit encores vne vraye Monarchie, mais d’autât maigne en
quapres la lignee de Charlemaigne faillie, qui venoit à l’eftat par droid: Arikocra-
lucceffif, leftat fui deuoulu aux Princes quiprocederentparele&ion: il tie.
fut aifé petit à petit,de rongner les plumes aux Princes qu’on elifoit : en¬
cores eftoit-il bien heureux, qui pouuoity paruenir à quelque condi¬
tion que ce fuft : de forte qu’à prefent les Empereurs n ôt quafi rien que
letiltre,&:lenom d’Empereur: demeurant la fouueraineté aux eftats de
l’empire. Et n euft efté qu’il y en a eu plufieurs d’vne maifon,qui ont au¬
cunement fouftenu la dignité Imperiale,les Empereurs fuflent mainte¬
nant réduits au pied des Ducs de Venize. Ce mefme changement eft
aduenu és Royaumes de Poloigne, ôc Dannemarc, depuis que la lignée ^
delagellon eft£ullie:&: que ChriftierneRoy de Dannemarc fut confti- Chagemec
tué prifonnier : fon frere pour eftre efleu,iura les coditions telles q vou- ^es R°yau~
lut la noblefle:6c depuis Federic,quiregne à prefent,a efté contraint les mfs
confirmer:comme i’ay remarqué cy deflus:&par lefquelles il appert eui- l°|gne 5 &
demment, que la nobleffe tient quafi la fouueraineté : ôc que peu à peu Danemarc.
le Royaume changera en Ariftocratie, fi Federicmouroit fans enfans,
car combien queles eftats d’Hongrie, Boheme, Poloigne, Dannemarc,
ayent toufiours pretédu le droit d’ele&ion, ores qu il y ait enfans,com¬
me ils gardent encores cefte prerogatiue:fi eft-ce toutesfois,que les en¬
fans ordinairement, ôc le plus fouuent efleus au lieu des peres, gardent
mieux les droidh de la maiefté, qui font toufiours retranchez aux eftrâ-
gers: de forte que peu à peu la Monarchie prend fa force, ôc fe reftablift
par ce moyen (ans violence-.comme il s’eftoit fait en Poloigne iufques àN iiij
7-P0lyb.lib.4-41g DE LA REPVBLIQJ/ECazimir le Grand, qui eftoit Monarque fouuerain de ce payslàtmais
LoüysRoy d’Hongrie fon nepueu, pour eftre auflîRoy de Poloigne,
fift tout ce que les eftats voulurét : ôc apres luy Ia'gellon efpoufant l’vne
des heritieres de Loüys auec le Royaume,diminua encores plus des
droids de la maiefté : laquelle neantmoins auoit repris fa force iufques
à la mort de Sigifmond Augufte, dernier mafle de cefte maifon là-.au¬
quel fuccedant par droid d’eledion Henry deFrance, les eftats l’obli-
gerent à plufieurs fermés, qui femble déroger aux droids de la maiefté
d’vn Monarque. Encores puis-ie dire, qu’ayat efté enuoyé à Mets pour
aflifter à ceuxqui receurent les Ambafladeurs de Poloigne, il me fut dit
par Salomon Sborofchi, Pvn des Ambafladeurs 3 que les eftats de Poloi¬
gne ^ euflent bien retranché dauâtage la puiflance du Roy efleu, n euft
efté le refped qu’ils auoyent à la maifon de France. Voyla comme les
Monarchies changét doucemét en A riftocratiesrfi ce n eft que la Monar¬
chie foit maintenue en fa maiefté par les loys anciennes, Ôc couftumes
immuables:comme il fe voit en la création du Pape, où le confiftoire ne
diminue point fa maiefté fouueraine, qu’il a en tout le domaine de l’E-
glife, ôc fiefs dependans d’icelle : non plus que l’ordre des Cheualiers de
Maltene diminucenrien qui foitla puiflance du grand maiftre,quia
puiflance de la vic,& de la mort:& difpofer des deniers,eftats,& offices
« du pay s, cn rendant la foy & hommage au Roy d’Efpaigne pour Plfle
, de Malte, que Charle y. Empereur leur bailla à cefte condition. ôc ne
peut y auoir (édition ny changement, pour l’eledion, pour la rigueur
des loix,qui font encores plus precifes,quen l’eledion du Pape.Cobien
qu’après la mort du Pape Iule 11. le confiftoire des Cardinaux arrefta au
coclaue de moderer la puiflance du Pape: mais toft apres les Cardinaux
fe départirent de ce qu’ils auoient arrefté: de forte que Léon dixiefme
print plus de puiflance que Pape n’auoit eu au parauât luy. Mais le chan¬
gement eft perilleux,quand le fang des Princes,aufquels la fouueraineté
eft affedee, vient à défaillir tout à coup ,fil’vn des fugets a la force en
main,ou que celuy qui peut y afpirer par droid fuccefTif, eft abfent, ou
foible „ ou fans crédit : comme il aduint à Charle Duc de Lorraine, qui
debuoit fucceder à la couronne. ôc qui neantmoins en fut débouté par
Hue Capet,qui auoit la faueur,& la force en main, car il eft bien certain
que celuy qui eft maiftre de la force, eft maiftre de l’eftat. ce qui eft bié
à craindre en la maifon des Ottomans, car combien que les familles des
Michalogli,dcs Ebranes,&Turacanes,foient aufli du fang,pourfucce-
deràl’empiredesTurcs,fîeft-ce que fî Amurat venoit à mourir fans
hoir mafle.le premier Bafcha qui auroit la faueur des Ianiflaires,empor-
teroit lcftat:attendu que les autres Princes des familles que i’ay dit,font
foibles, ôc fort efloignez du grand (eigneur. Nous en auons l’exemple7 memorable du changemét de l’eftat de Laccdemone,qui aduint apres
la vidoire d’Antigonus,ôc ia fuite de Cleomenes Roy de Lacedemone :
«ALIVRE Q^V A T R I E S M E. 4zs>l la Monarchie fut changee en eftat populaire, qui dura trois ans,pendâsj lefquels le peuple élifoit cinqPreuofts : mais fi toft que la nouuelle futl' venue de lamort de Cleomenes, deux des preuofts coniurerent contre
|es ^ois autres, & les firent tuer en fàcrifiant:& cela fait il fut procédé a|; nouuelle ele&ion du Roy Agefipolis,qui eftoit Prince du fang.Ët d’au-f tant quils auoyent accouftumé d’auoir deux Roys, vn nommé Lycur-, gUe ayant le vent en poupe,qui autrement n’eftoit point Prince du fàng,u’ le fift élire par argét: & Chilon,qui eftoit Prince extrait du fàng de Her-: Cules, n’ayant les biens,ny la puiffance, ftit rebuté, dequoy eftant irrité,'• tua tous les Magiftrats, & n efchapa que Lycurgue,qui depuis demeura’| maiftre,apres grande effufion de (àng.* S'IL T A MOT EN DE SC AVOIR LES CH AN-J* gemens & ruynes des Républiques a ïaduenir,C H A P. II.Vis qu il ny a rien de fortuit en ce monde, ainfi qtous Ilnyarien
les Théologiens, & les plus fages Philofophes ont refo- fortuit
lu d’vn commun aduis inous poferons en premier lieu ence mon-
cefte maxime pourfondement:Queles changemens, & Je.
ruines des Republiques, font humaines, ou naturelles,
ou diuines : c’eft à dire quelles aduiennent ou par le feul
^ confeil,& iugement de Dieu: ou parle moyen ordinaire & naturel,qui
irI!l eft vne fuite de caufes enchainees, & dépendantes l’vne de l’autre, ainfi
1!“! que Dieu les a ordonnées: ou bien par la volonté des hommes,que les
k Theologiensconfeffent eftre franche,pour le moins aux a&ions ciuiles:^ combien qu’elle ne feroit pas volonté, en quelque forte que ce fuft, fi0 elle eftoit forcee. Et de fait elle eft fi muable, & incertaine, qu’il feroit
k impoffible d’y affeoiraucun iugement, pourfçauoiràl’aduenirlescha-
è gemens,&ruines des Republiques. & quant au confeil de Dieu, il eft in-
tk fcrutable : finon entant qu’il declaire quelque fois fa volonté par infpi-
jofl1: ration : comme il a fait aux Prophetes, leur faifant voir plufieurs fiecles
$ auparauant la cheute des empires,& monarchies:que la pofterite a tref-
jiiil bien auerees.Refte donc feulement à fçauoir,fi par les caufes naturelles,Hit on peut iuger de l’iffue des Républiques. Quand ie di caufes naturelles,J ie n’enteds pas des caufes prochaines, qui de foy produifent la ruine ou
oui1 le changement d’vn eftat : comme de voiries mefchancetez fans peine,
ÿlj &les vertus fans loyer envne Republique,on peut bien iuger que de
!j| cela viendra bien toft la ruine d’icellc-.maisi’entends les caufes celeftes,[£jd &plusefloignees.En quoy plufieurs sabufentbienfort, depenferque
iii!l recherche des aftres,& de leur vertu fccrette, diminue quelque chofc
,Jd de la grandeur, & puiffance de Dieu: ains au contraire fa maiefté eft
43o DE LA REPVBLIQVEbeaucoup plus illuftre, ôc plus belle, de faire fi grandes chofes partes
creatures,que s’il les faifoit par foymefmeJ& fans aucun moyé. Oril n y
a perfonne de iiin iugement, qui ne confeffe les merueilleux effe£ts des
corps celeftes en toutelanature:oùla puiffance de Dieu femonftrc ad¬
mirable:^ neantmoins il la retire aufli toft quand il luy plaift. En forte
que Platon, n ayant pas encores cognoiffance des mouuemens celeftes,& beaucoup moins de leurs effe&s, a dit, que la Republique qu il auoit
Republi- ordonnée,&qui fembloit fi parfaite à plufieurs,qu elle deuft eftre eter-
ques fou- nellc ? prendrait fon changement, ôc puis feroit ruinee : ores qu elle ne
frent chan- changeait fes loix: comme toutes autreschofes, difoit-il, qui font en ce
gement par monde, de forte qu’il femble que toutes les belles loix ôc ordonnances,
nature. ny toute la fageffe, ôc vertu des hommes ne fçauroient empefeher la
ruined vne République. Quifut le feul poindt qui plus confolaPopce
le grand, après la iournee de Pharfale, eftant refolu parles difeours de ;
Secundus Philofophe, qui luy meit deuât les yeux l’opinion de Platon: !
leqln’atribue pas la ruine des Republiques auxinfluêces celeftes, ny aux
mouucmés des aftres,ains à la diffolutio de l’harmonie, de laquelle no9
diroscy après.plufieurs depuis aiât reprouué l’aduis de plato,ont voulu i
iuger desRepubliqucs par les mouuemes celeftes:maisily a beaucoup t
de difficultez:qui ne feroyent pas fi grandes,files Republiques naiffoiët i
come les homes&autres chofes naturelles.Et quâd ores elles depédroiét ;
totalemét du cieLapres Dieu,fi eft-ce qu’il feroit mal-aifé d’é faire iuge- |
mét:veu qu’il y a tant d’erreurs,&de contrarietez entre ceux quifont les u
Ephemerides, q bien fouuet on voit és vnes lesPlancttes dire6tes, és au- §
tresretrogrades:ôc mefmes au mouuemét de la Lune, qui eft le plus i(£
Erreurs in- toire,il n’y en a pas vn qui s’accorde à l’autre. Et mefme cypriâ Leonice,
fuportables quiafuiuy les tables dJAlphons,defquelles Copernic auoit monftré
des Aftro- l’erreur euident, a fait des fautes fi apparentes, que les grandes conion-
logues. étions fe voyent vn ou deux moys apres fon calcul.Et quoy queMerca-tors’eft efforcé par les Eclipfesde rechercher plus foigneufementquc' J(J
nul autre: fi eft-ce que toutes fes recherches fontappuyees fus vneHy- ...
pothefè, qui ne peut eftre veritable : carilfuppofe qu’en la création du / ^
monde le Soleil eftoit au Signe du Lyon : fuyuant lopinion de Iulius .
Maternus, ôc contre l’aduis des Arabes, ôc de tous les Aftrologues,qui ^
cfcriuent que le Soleil eftoit au Signe d’Aries. Oril eft tout certain que
ceux-cy fe font mefpris de fix, Mercator de deux Signes. car il eft difer-2 Exodi i} temét commâdé en la loy de1 Dieu de faire la folennité des pauillons àla 1
fin de l’an, au xv. iour du fepticfmemoys, qui eftoit au parauât le pre-
in co conueniut mier :5 commeaufli eftoit-il conuenablequeDieu ayant créé l’homme ^
^fephus'capfrxi &tous^CS animaüxetl aagc parfait, leur donnaft auflî les fruits, tous 1
iib.?anriqu«îabi mfcurs,& depuis les faifons n’ont pas chagé, comme Plutarquedifcourt r
fimTabinAb?aha gentillementaux Sympofiaques. Or s’il eft ainfi que l’an commence Je
où il fmift,& que la fin eft le x 1111. du feptiefme moys, il faut bien co- l£dure \
LIVRE QJVA TRIES ME. .1-431dure que le Soleil eftoit en la libure: car laloy de Dieu porte ces 4mots,
que le mois Abib deflors en auant feroit le premieriparce qu'il auoit tiré
fon peuple d’Ægÿpte ce mois là, qui eft le moys de Mars : ôc Tifri le fe-
ptiefme, qui eft le mois de Septembre : ôc quant à'ccpoindt,.il eft fans
difficulté entre les Hebrieux.Ét de fiit les Ægyptie ns , toufiours ont te¬
nu les mois de Septembre pour le premier de Tan. Encores moins y a-il
d’apparence de iuger les changemens d’eftats par la fondation des villes,
come plufieurs font aufli des maifons deuant que getter les fondemens,
pour empefcher qu’elles 11e foiet bruflees^ou rafees,ou qu’elles ne tom¬
bent du malcaduciquieft vne folie extremercomme fi la nature deuoit
obéir aux chofes artificielles. la loy dit bîen, qu’il faut prendre garde à
l’aage des maifons,pour en faire l’eftimation : ce que le Docteur5 Cuias
a pris pour la grandeur des maifons,quand la6 loy dit deduflis œtatibus ^
quoy le Iurifconfuke ne penfa onques: car il veut dire que les maifons
félon leurs eftofes eftoyent eftimees à plufieurs aages : comme fi la mai¬
fon eftoit de blocage, duiourdefàconftru&ion, on eftimoit qu’elle
dureroit lxxx. ans:de forte que fi elle auoit coufté cent efcus àbaftir,
quarante ans apres eftant bruflee 011 diminuoit le pris de moitié, ôc cel¬
le de tuille eftoit iugee comme perpetuelle. cbmme ilfe peut voir en
Vitruue,ôc en7 Pline,qui appelle les murailles de tuille cuite au feu Pa-
rietes œternos.mais il y a vne abfurdité plus grande, de prendre le Thefme
celefte d’vne muraille * pour iuger d’vne Republique: comme Marc
Varron, qiû fift drefler lTIorofcope de la ville de Rome, par L. Tarnu-
tius Firmianus, ainfi que Plutarque, ôc Antimachus Lyrius ont efcrit:
mais ce fu t en rétrogradant, ôc iugeant, comme il difoit,la caufe par les
effe&s, ôc les diuersaccidensaduenusen fepteens ans : ôc parce moyen
il trouua que la ville eftoit baftie l’ânee troifiefme de la fixiefme Olym¬
piade le xxi. iour d’AuriljVn peu deuanttrois heures apres midy: eftat
SaturnejMars, §c Venus au Scorpion, Iupiter aux poiflons, le Soleil au
Taureau,la Lune en la libure,lors que Romule auoit dixhuictans : & la
Vierge au Leuant, ôclesIumeauxaucœurduCiel, qui font les deux Si¬
gnes deMercure, ôc qui monftrent les adios des hommes mercuriaux,
qui naproche ny près, ny loin du peuple le plus belliqueux du monde,
combien queTHorofcope n’eft pas feulement faux, ains aufli impofli-
ble par nature: car il met Venus oppofite au Soleil j qui ne s’efloigne ia-
mais du Soleil de x l y i 11. degrez. ce qui feroit excufable,fi cela ceftoit
faitpar oubliance,come il eft aduenu a OgerFerrier, excellét Iatroma-
thematicié,lequel auliure des Iugemés Aftronomiques,a mis Venus ôc
Mercure oppofites, ôclVn,Ôc l’autre au Soleihchofe incôpatible parna-
ture:carluy mefme eft d’accord que Mercure ne s’efloigne iamais de
xxx vi. degrez du Soleil. Vray eft q Iean Pic Prince de la Mirade fondé
fur cefte maxime, a repris fans caufe Iulius Maternus, de ce qu’il pofe le
Soleil enlapremiere,ôc Mercure en la dixiefme,quiferoit,dit-il5reculer
Erreur du
thefme ce-
lefte des
villes.Miifi11432. DE LA REPVBLI QJV E.Mercure loing du Soleil de trois fignes, fans prendre garde a l’inclina¬
tion de la boule,qui peut eftre telle,que Mercure foit en la dixiefme, &
le Soleil en la premiere,& ne ferôt pas efloignez Tvn de l’autre de xxxvi.
degrez. Encores y a-il vne abfurdité plus grande au thefme deTarnu-
ce,en ce qu’il met le folcil au taureau le x x i. Auril, qui n’y entroit pas a-
lors le xxx. Auril.Combien que c’cft chofe encore plus ridicule, de pré-
dre rhorofcope dvne ville, pour iuger d’vne Republique: veu que nous
auons monftré, que fouuent les villes ont efté rafees, demeurant laRe-
publique en fon entier: come fut Carthage: ôc les Republiques ruinees,
demeurât les villes en leur eftat. Et neantmoins Lucas Gauric a recueilli
plufieurs horofcopes des plus grandes villes, fans propos, ny apparen¬
ce: ôc mefmes il eftdu tout differend en celuy de Rome au thefme éri¬
gé parTarnuce. le ne marrefteray donc pointa telles opinios:& moins
encores au dire de Cardan, qui fouftient que la derniere eftoille de la
grand Ourfe,à caufé tous les grands empires : ôc quelle fut verticale à la
naiflance de Rome:&puis qu elle a tranfporté l’empire à Conftantino-
ple:& delà en France:puis en Almaigne : ôc plufieurs s arreftent là, fans
regarder de quel cerueau procédé cefte refuerie. Et d’autant qu’il veut
clbloüir les yeux de ceu* qui n y prennent pas garde,, il eft befoin de re-
gctter fon dire par vne abfurdité qui s’en enfuit. car il veut que l’eftoille,
qu’il dit, foit verticale, ôc le foleil à midy, come il fuppofe quelle eftoit 1
à la fondation de Rome. Or il eft bien certain, puis que cefte eftoille eft j
maintenantau xxi. de la Vierge,quelle eftoit alors au xix. du Lyon, »
prenant la proportion du mouuement des eftoilles fixes. ôc tous font :•
d’accord, que la fondation deRome eft au xxi. iour du moys d’Auril, $
qui tient le i x. degré du Taureau,& alors le x i x. du Belier. Il eft donc ,jt
impoffible qu’elle fuft verticale,le foleil eftant au Meridien de Rome,ôc j
s en failloit quatre figncs entiers,ôc xx. degrez dauantage: qui eft vn er- j£
reurnotable.Etneâtmoins il ne peut nier,que cefte eftoille depuis cinq y
mil cinq ces ans,n’ait efté verticale àplufieurs peuples.Mais pour obuier j
à cela,il dit que l’empire n’eft deu qu a vne Republique : pourquoy doc ;
àl’vne plus qu a l’autre? Encores eft-ce chofe plus eftrange de dire, que j’
la mefme eftoille a donné l’empire à Conftantinople : veu que la ville e-
ftoit baftie plus de neuf cens ans au parauant que l’empire y fuft tranfla- >
té.Ioint aullî que l’horofcope de la ville de Conftâtinople, trouué en la
librairie du Pape au Vatican en lettres Grecques, ainfi que Porphyre le
calcula, extrait par l’Euefque Lucas Gauric, portelefoleilauxvn. du f
Taureau,laluneaucinquiefmeduLyon:Saturneauxx.duCancre:Iup- (
piter,ôc Venus conioints au mefme figne: Mars au x 11. Mercure au pre- “
mier des Iumeaux:le cueur du Ciel au Verfean:&le x x 11 i.des Iumeaux \
au Leuant : ôc met que ce fut au Lundy, deux heures apres le foleilleuât. 4|
Ils’entrouuevn autre extrait auffi du Vaticâ,pour la mefme ville,drelfe Jiij
par Valés d’Antioche, plus tard dexi.minutes.Enquoy le bo Euefque %Gauric, \
LIVRE QJ/ATRIBSME; 433Gauric,pour venir à fon compte,fupofequ’ elle eft baftie d. C. xxxvm.
ans apres lefus Chrift: &■ neâtmoins,tous les hiftoriés (ont d’accord que
elle.fleuriffoit plus de cinq ces au parauât que lefus Chrift fuft nay : 8c
fait tomber la prife de Côftantinople parles Turcs lan m.ccccxxx.&
neantmoins chacun fçait queMehemetle grâd la força l’an m.ccccliii.
le xxx. iour de May. Et la mefme ville fut dixhuit cens ans au parauât pri-^rr^
fe par les anciens Gaulois, qui lors y eftablirent le Royaume de Thrace,
come ditPolybe gouuerneur de Scipion FAFriçain^&.dura ce royaume
eftabli des Gaulois iufques au temps de Clyarus : Et depuis elle fut aufli
prife par Paufanias4 Roy de Lacedemone: ôc encores depuis elle fut
afliegee, 8c forcée par Alcibiade : comme nous lifons en Plutar- 4, Thuddide.
que: 8c long temps apres afliegee trois ans entiers, &forceeparl’ar-
mee de 1-Empereur Scuerus, qui la rafade fond en comble, & meit au
tranchant de l’efpee tous les habitans, donnant le territoire aux Perin-
thiens. 8c depuis elle fut rebâtie, 8c repeuplee, 8c apres le fîege de l'empi¬
re y fut tranflaté par Conftantin le grand: 8c depuis encoresaffiegee 8c
forcee par Galien Empereur, 8c tous les habitans tuez : 8c en fin les Em¬
pereurs d’Orient y continuèrent iufques à ce quelesFrançoys, &Fla-
mens,foubs la conduite de Baudouin Comte de Flandres,s en faifirent,
y tenàntl’empirecinquanteans.Et toutesfois Gauric n a fait nymife,ny Erreur je
receptedetousces changemens:&nes’accordcaucunernétny auec les Gardan
hiftoires,ny auec Cardan.Mais c’feft bien merueille que l’eftoile de Car¬
dan a eu tant de puiflance d’ottroyer les empires du monde,en Italie,en
Grece,en France,en Almaigne,loirs qu elle a efté verticale, 8c qu’elle n’a
eu aucune puiffâce fus les royaumes de Noruege,& deSuede,où elle eft,
no feulemét verticale leSoleil eftant au midy au mois d’Aouft:ains aufli
perpédiculaire:& neâtmoins eloignee deRome,& deConftâtinople en
latitude de douze degrez pour le moins. Mais pourquoy Cardan don¬
nera il plus de puiilâce à cefte eftoile là,qu’aux plus illuftres? pourquoy
le roitelet ou le cueur du Lyon,la plus grande qui foit,le grand chien, la
Medufe,l*efpi de la vierge,le Vautour, 8c autres infinies n’auront rien ? il
ne rend aucune raifon. Il fufira pour cefte heure, d auoir regetté ces er¬
reurs fi greffiers,quon y voit le iour au trauers. Et dautât que ce feroit
chofe infinie,d’epelucher tous les autres par le menu:ie toucheray feule¬
ment,ceux qui ont efté en reputatio d’auoir mieux entédulesiugemés
du ciel,pour les cbâgemens des Republiques:entre lefquels a efté pierre
d Arliac Chancelier de Paris,&depuis Cardinal l’anM. ccccxvi. quia
r apporté les naiffances,changemens, 8c ruines des Republiques y 8c des
religions ,aux coniô étions des hautes planettes:& duquel îean Pic Prin¬
ce ae la Mirande,prend leshypothefes pour certaines,fans autrement fè
enquérir plus auant de la verité.-combien que de tréte 8c fix grandes co-
jondtions que le Cardinal a remarquez depuis cent 8c quin ze ans après
a nation du monde iufques à l’an de lefus Chrift , ir.il trois censO
434 DE LA REPVBLIQVELxxxv.ilnes’entrouuepasfix véritables,Leupolde, Alcabice, &Ptole-
mee, ont aufli attribué les mouuemens des peuples,les guerres,peftes,
famines, deluges, changemens d’eftats, &de Republiques aux gran¬
des confondions des hautes planettes : comme à la vérité elles n’ad-11 uiennent iamais, que les efteds ne fe cognoiflent au doigt , ôc à l’œil,< auec vn eftonnementdes plus (âges : ores que cela ne tire apres foy au¬
cune neceflité : mais quelque chofe que ce foit il ne faut pas fuiure le
Erreurs du Cardinal d’Arliac , qui prend la racine des grandes confondions au
cardinal temps de la création du monde, fuppofant à fon compte qu il y a fept
d’Arliac cellt cin4uantc & huit ans : fuiuant l’erreur d’Alphons, qui eft re-prouuédetousles Hebrieux,& maintenant d’vn commun confente-
ment de toutes les Eglifes , qui s’arreftoyent anciennement au compte
de Bedas, Ôc d’Eufebe, où il y a faute de plus de x v. cens ans : ôc à pre-
1t fcnt, on tient le calcul de Philon Hebrieu, qui porte cinq mil cinq cens
,, xl n.ans,come celuy qui eft moyé entre Iofeph,& les autres Hebrieux.
Et par ainfi ceft vn erreur infuportable,de fupofer la grade coniodion
des trois hautes planettes,l’an de la création cccxx. ôc pofer quil y euft à
prefent fept M.c.xvm.ans : c’eft à dire douze ces ans deuant que le mo¬
de fuft creé:& pofer en l’horofcope de la création du monde le premier
degré du Caere,le Soleil auxix.du belier, la Lune au troifiefme du Tau¬
reau, Saturne au xxi.du ver(eau:Iuppiterauxxvni. des poiflons,Marsau
xxviii.du Scorpion, Venus auxxvn. du Taureau, Mercure au x v. des
Iumeaux. qui fe trouuera du tout faux; prenant la vérité de Fhiftoire fa-
cree.mais bien peut on en rétrogradant, & prenant les coniondions de
l’ordre, continuer iufques au comencemét du mode,tenant le cote des
Hebrieux,&vfer des tables de Copernic,qui a diligément corrigé les er¬
reurs d’Alfons ôc des Arabes.Et ne fe faut pas arrefter àla grande conio-
dio des deux plus hautes planettes,au premier point du belier ce qui ia¬
mais 11 eft aduenu:ny par le calcul d’Alphos, ny aux coiôdios raportees
par le Cardinal d’Arliac:cobien q l’a mil neuf ces ôc neuf de IefusChrift,
au degré neufiefme du belier fe fera la grand coniondion. Etl’an m.d.
lxxxiiii. Saturne 5cMars feioindront au premier point,ôcxlvi.minu¬
tes du belier:&Iuppiter aumefme figne,mais toutesfois efloigné de
xii.degrez.auec le Soleil,&Mercure.Et ne retournent au mefmepoint,
finon en neuf cens cinquante 5c trois ans, 5c x ci. iounlequel nombre fi
on tire en rétrogradant des ans du mode,quandvnegrandec6iondion
eft aduenuë,on trouuera quafi femblables effeds,&châgemens. come
fi nous prenons queranM.D.xxiiii. l’annee delà création fuft cinq mil
ccccxcvi.qui eft celuy de Philon Hebrieu,en tirât neuf cens liii. ans ôc
xci.iour quatre fois on trouuera que feize cens Lxxxn.ans ôc trois mois
(è fift la coniondion grande de Saturne, Iuppiter, Mars, au figne des
poiflons-.lors que le deluge du monde aduint, Ôc telle qu’elle fut l’an m.
<1 d.xxiiii.alors que tous les Aftrologuesd’Afie, d’Afrique, &:d’Europe
„ pdifoiét aufli le deluge vniuerfel: Ôc s’é trouuaplufieurs mefereâs g. firetdes
LIVRE QVATRIESMH; 43;des arches pour fe fauuer,&mefmes à Touloze le Prefidét Auriol,quoy
qu’on leur pçefchaft la promeffe de Dieu fon ferment de ne faire pé¬
rir les hommes par deluge. Il eft bien vray que 1’annee apporta de grâds
orages, & inondations d’eaux en plufieurs pays, ôc toutesfois pas vn A-
ftrologue n’a pris garde àla coiondion que i’ay dit eftre aduenuë l’aiv
nee du deluge:qu’ils penfoient eftre aduenuë deux mil deux cens xlii.
ans apres la création, &fuppofent que cela aduint apres la troifiefme
coniondion grande,chofe impofIîble:car les ans du monde iufques au
deluge font bien iuftifiez parle texte de la Bible, c’eft à fçauoir xvi. censl v i.mais l’erreur, ôc obfcuritédes ans, eft depuis le deluge iufques àla
premiere Olympiade, fi donc nous adiouftons au nombre de Philon
xxxv 1. ans dauantage, la grande coniondion fe trouueraTannee du de¬
luge. Iofeph met deux cens ans plus quePhilomles autres Hebrieux cet
lx.ans moins.Si les Arabes, ôc Alfons, euffent pris le vray calcul des ans
dumonde ôc cn çeftefaçon remarqué les grandes côiondions en rétro¬
gradât, de raporté l’vn ôc l’autre à la vérité des hiftoires,peu teftre qu’on
euft plus exadement vérifié les ans du monde, ôc la fciéce euft efté plus
certaine des châgemens,&ruines des Republiques par les mouuemés
celeftes.Mais ceux qui ont fuppofé l’horofcope du monde à leur plaifir,
come i’ay dit, &fodé leurs coiondios fus vn faux principe,il eft impof-
fible qu’ils puifiémy bié fçauoirles coniodions,ny rié affeurer des châ-
gemés des Republiques. Cc q i’ay dit des grades coiondios,fe peut au£
fi dire des moyénes,quiaduiénétendeuxcés quarâteans, ôc des moin¬
dres, quiaduiénent de xx.enxx.ans,qui ondes effeds plus grands,fi les
, regards des autres planettes,eclipfes,ou coniodions y font meflees. Les
, anciés ayât remarqué les châgemens notables des Republiques, mou¬
uemés de peuples,inondatios,peftes,maladies famines eftrâges quiad-
uenoyét apres telles coniodios,en vn pays pluftoft qu’en vn autre,ont
par ce moyé decouuert la propriété des lignes,& la triplicité couenablc
aux regios:mais il eftoit impoflible,en fi peu de téps qu’il y a que le mo¬
de a pris origine, ôc en fi peu d’obferuations en auoir la demonftration.
Car mefme Ptolemee n’a peu rien auoir des Caldeans & des mouuemés
celeftes,que depuis Senacherib Roy d’Aftyrie,qui n’eft que fix cens ans
deuant lefus Chrift • ôc auec peu d’affeurancc des hiftoires. C’eft pour¬
quoy il ne fe faut pas fort arrefter au libure quadripartite attribué à Pto-
lemee, qui toutesfois ne tient rien de fon ftile, où il donne la triplicité
de feu a l’Europe, ôc à la partie dumonde qui eft entre lePonent, ôc
la bize : ôc à l’Afie Orientale ôc Septentrionale la triplicité de l’air : ôc à1 Affriquela triplicité de l’eau : Ôc à l’Afie Méridionale la triplicité de la
terre, d autat qu’il fe voit par le difeours des hiftoires,que les effeds des
hautes coniodions n’ot pas refpodu aux regios qu’on auoit defignees.
Car de dire q les eftoiles fixes ayâs châgé leurs fîgnes, ont châgé les tri-
plicitez des régions,c’eft abufer delafcience, ôcfaudroitaufîl ruiner lesOij
Rencontre
de Caflius
contre vn
Caldean.S. Plutar. in CrafNotablesconion-dions.45s DE LA REPVBLIQVEprincipes, ôc maximes d Aftrologie, qu on voit eftre femblables és ho-
rofcopes humains,& tels qu’ils eftoient il y a deux milans-.comme Car¬
dan mefme confefle,prenant les maximes de Ptolemee,qui les auoit des
Ægyptiens,ôcCaldeans. & toutesfois il a bien ofé efcrire,que pour ce
changement les Efpaignols,Anglois,Efcoflois,& Normâs,qui eftoiét,
dit- il,anciennement doux, ôc humains, font à prefent larrons, ôc ma¬
licieux,d’autant qu’ils eftoyent fugets à l’archer, & maintenant au Scor¬
pion. mais il mérité qu’on luy refponde ce que fift le capitaine Cat
fius à vn Aftrologuc CaldeanJquiluy confeilloit de ne combattre point
les Parthes,iufques à ce que la Lune euft parte le Scorpio:Ie ne crains pas
dift alors Caflius,les Scorpios,mais bien les archers : d’autât que l’armee
des Romains auoit efté défaite en la pleine de Caldee par les archers des
' 5 Parthes.Et fi l’opinion de Cardan eftoit veritable,la nature de ce mon¬
de , ôc de tous les peuples feroit aufli alteree. Et neantmoins on voit que
les proprietez attribuées parles anciens aux natios, n’ont point changé. ^
Les homes de Septentrion font beaux,gaillards,robuftes,hauts, blôds, ^
velus,belliqueux, grofliers d’efprit, grands beuueurs, ayans les yeux '
verds, la voix grofle, fugets aux goûtes, furditez, ôc aueugliflémens. *
Vitruue, Tacite, Pline, Cefàr, Strabon,rendent ce telmoignage de leur ;
temps, au cotraire les peuples d’Afrique, ôc Méridionaux,font comme f
ils ont toufiours efté,petits,noiraux,meigres, crefpus ayans les y eux, & g
cheueux noirs, ôc peu de poil,foibles,fobres,mélancoliques, fugets aux 31
frenefies, efcroüclles, ôc ladreries, ôc au refte fort ingenieux, Aufli voit k
on quatre ou cinq ans deuant le changement de la Republique Romai- »
ne en Monarchie foubs la puiflance de Cefàr, & alors que toute l’Euro- fi
pe eftoit en armes que la grande coniondion fe fift au Scorpion, la met 2,1
me coniondion fe fift l’an d. c. x x x. alors que les Arabes publiant la i,o!
dodrine de Mehemet, fe rebellerent contre les Empereurs de Confia- ts
tinople,& changeret les Republiques,les langues,les meurs,les rcligios 4
en lAfie Orientale, où Ion voit euidammét que la triplicité aquatique, ÿ
a aufli bien fes effeds en l’Europe qu’en l’Afie Méridionale, régions co- ^
traires.Etla mefmecoiondioféfiftaumefmefigneranmilcccc.Lxiiii.' ^
après laquelle plufieurs châgemés de Princes,plufieurs guerres s’efmeu- ^
rét par les fugets cotre leurs princes,en plufieurs pays d’Afie,d’Affrique, ,{(
&d’Europe.Zadamach roy des Tartares fut chafle parles fies,Heri v.roy j’
d’Angleterre fut pris,& décapité par fon fuget.Edouard iin.&Frideric 1
111. Empereur chafle d’Hongrie par Matthieu Corbin Roy efleu fils de ^
vn fimple capitaine.Loüys xi.Roy de France afliegé par fes fugets en fa
ville capitale, ôc prefque réduit à Pextremité de perdre fon eftat. au mef¬
me temps Scâder efclaue du Roy des Turcs,fe reuolta, ôc luy vola deux ^
gouuernemés. mais la coniodion des hautes planetes, môftre les effets C(
plus au Scorpion,qui eft vn figne Martial, qu’aux autres : ôc mefmemét
s’iladuiétq Mars y foit,ou pour le moins,ql’vne des autres planettes foit ^. conioinfle, %
LIVRE QJVATRîËSMË.' 4s?^ coioiiide,ou oppofite.Nous voyons auffila grande coniondion au fi-
^ gne de l’archer l’an Lxxmi.apres Iefus-Chrift, que toute laPaleftinefut
Ci faccagee,la ville de Hierufalem rafee, & mife à feu & à fang,& vnze cens
J mil morts en cefte guerre, au mefme téps on Voit en Europe les guer-
[ res ciuiles,la mort violente de quatre Empereurs en vn an, ôc deux cens
^ xi.ans apres, on voit la coniondion des mefmes planettes au mibouc:^ Ôc les changemens notables de l’empire faid par Conftâtin le grand, le*^ quel apres auoir tué quatre Empereurs, & auoir châgé l’empire d’Occi-
dent en O rient,arracha la fuperltition Payéne. On voit auffi qu’après ta
^1 coniondion des mefmes planettes au verfeau l’ail ceccxxx. les Goths*^ Oftrogoths,Frâcons,Gepides,Herules,Hogres,& autres peuples de Se-
h ptentrionfedeborderent, ôc occupèrent les gouuernemens de l’empire
:ct Romain, &fàccagerét mefmes l’ltalie,&la ville capitale. On voitenco-
res la grande coniondion qui fe fift l’an m.d.xxiiii. ôc au mefme temps
^ tous les Princes liguez contre le Roy deFrance, quifutpris: les peu-
pies d’Almaigne armez contre les Seigneurs, ou il fut tué cet mil hom-
t mesdarmee des T urcs contre les Chreftiés àl’Ifle de Rodes, qui fut pri~Ici fe,&les debordemens eftrâges des eaux,qui fe firent en plufieurs lieux,
d:; Outre cela,011 peut voir, qu’après la grande coniondion au Lyon, l’an
ci dcclxix. Charlemaigne ruina leftat des Lombars, print leur Roy, a£
i|ti fugetit l’Italie. Etau mefme temps on voit les peuples de Pouloigne eC-
i|î5j leurentlepremierRoy,&plufieursautres changemens notables, & fi¬
lé gnalez.Et quarante ans après,la mefme coniondion aduint au figne de
lu l’archer,lors que les Mores fàccagerent plufieurs pays,enuahirent partie
el’i de la Grece, coururent l’Italie, ôc les Danois eurent plufieurs guerres ci-
oji; uiles,&quafi au mefme temps Charlemaigne fe fift Seigneur des Aimai-Il gnes,ofta la fupcrftition des Payans en Saxe, ôc châgea toutes les Repu-
.Çj bliques,&: principautez d’Almaigne, ôc d’Hongrie, qu’il affugetit à fà
,SI(| puiffance. Il aduint auec cefte grande coniondion quatre eclypfes, ce
p, qui n’eft depuis aduenu que fèpt cens xxx v i. ans apres,c’eft àfçauoir la
‘l M.D.xLiin. auquel temps peut eftre on euft veu de plus notables chan-
[(]î gemens,fi la grande coniodion,qui aduint l'année fuiuante,au Scorpio
,fuft aduenüe la mefme annee. Et neantmoins toute l’Almaigne fut cn
guerre,qui dura fept ans.Brief s’il y a quelque fcience des chofes celeftes
jjl M P°ur les chagemens des Républiques, il faut voir les rencotres deshau**$ M tcs planettes depuis quinze cens Lxx.ans, les coniodions,eclypfes,&rc-
|£| p §arc^s des bafles planettes,ôc des eftoiles fixes,lors que ce font faides les
^ ft grandes coniondions, ôc les raporterà la vérité de l’hiftoire, ôc des
J j tetnPs > & aux coniondions precedentes:&; ne s’arrefter du tout à l’opi-
.jji n^°J1 ceux ont déterminé les triplicitez aux régions,que i’ay ve-rifîe cy deffus par exemples euidens, n’eftre pas affeurcermais bien à la £rreürI jlature des fîgnes, ôc des planettes. Et toutesfois raporterlcs caufes, ôc Leonice»
| les effets d’icelles au grand Dieu de nature , Ôc lion pas l'affermi* àO iiiP y. ' - J/
43s DELA REPVBLÎQJEfes creatures,comme Cyprian Leonice,qui afleure par fos efcripts, quc
la finde ce monde viendra l’an m.d.lxxxiiii.Proculdubio,dit-i\3alterum
aduentumfilij Deiy&homink inmaieftateglorïœfuœprœnuntidt.Puis qu’ilat
{cure fi fort,qu’on n en doit aucunemét douter, pourquoy a il taillé des
ephemerides pour trente ans après la fin du monde?Les Hebrieux tien¬
nent, que de fept en fept mil ans routes les Republiques, aucc le monde
elementaire perift,& fe repofe mil ans: puis apres que Dieu renouuelle
-ce qui eftoit péri :& que cela fe fait parfèptfois, quifontxLix milans
complets : & alors quele monde elementaire, &celefte, prend aufli
fin auec tous fe corps demeurant la maiefté du grâd Dieu, eternel auec
tous les efprits bienheureux. Et de fait les Arabes, & Mores ont decou¬
uert depuis quatre cens ans^que le mouuemét tremblant de Phuitiefme
orbe n’accompiift fa reuolution finon en fept milans prccifément : & le
ix.en XLix.mil ans,&Iean de Realmot en a fait la demôftration depuis
quatre vingts ans, duquel mouuement,ny les Caldeâs,ny les Ægypties,
n’auoient peu fçauoir la verité.& neantmoins cela nous eft clairemét fi¬
guré tant parles dix courtines du tabernacle,quifignifientles dix deux
mobiles,qu’on 11e mettoit anciennement que pour huit:que par le tex¬
te formel de la loy de Dieu,parlant dureposde l’an feptiefme, ôc du re¬
tour des héritages apres quarante neuf ans. que Léon Hebrieu rapor-
te à fept ôc quarante ôc neuf mil ans. Mais quoy que les Hebrieux
«yent eu les beaux fecrets de Nature , ôc que leur opinion retranche
l’impieté de ceux qui tiennent Pérennité du monde, ou Poyfiueté du
„ createur, fi n’ont ils iamais afleuré ces chofes là, pour donner place au
vouloir de Dieu,qui tient les caufes,& deftinees en fa main : ainfi qu’il a
bien monftré par le deluge vniuerfel aduenu feize cens cinquante ôc
fix ans après la création du nouueau monde. Mais Leonice ne voit pas
que depuis la création du monde iufques à l’an m. d. l x i i i i. il y a
deux cens foixante ôc dixhuit coniondions des deux hautes planet¬
tes : entre Iefquelles il y en a xx i i 1. grandes, ôc plufieurs notables
•coniondions des moindres planettes, 8: Pan m. d. x x i i i i. la con¬
iondion fe fift au mefme figne, qu’elle fe fera Pan m. d. lxxxiii.
car Panriee fuiuante il n’y a point de coniondion , quoy qu’il die,
des trois hautes planettes,ains feulement de Mars, ôc Saturne au fé¬
cond degré dubelier, &ïuppiter en eft éloigné de douze degrez, qui
n’emporte coniondion ny par centre , ny par extrémité des globes,
ioint aufli que Leonice s’abuze fuiuant l’erreur vulgaire, qui a tout
La création jours embrouillé les Aftrologues és predidions de l’annee : d autant
du monde qu’ils fuppofent que la création fe fift au figne du belier : ce qui eft
ce fift le So- impoflible ,fi on ne veut arguer de faux la loy de Dieu , ôc mefmes
leil eftât en lesantiquitez des Ægyptiens,comme nous auons monftré cydeffus.&
la Liure. fi bien on prend garde aux grands,& notables châgemens des eftats, ôc
Republiques, on trouuera que la plulpart fe fait enuiron le mois deSeptembre
LIVRE QVATRIESME. 439Scptembrcoula loy de Dieu metlecommancement du monde au fi- ^ ^ d<
gnedelalibure.la vidoire d’Augufte contre *Marc Antoine, fut lefe-
cod iour de Septembre : où il eftoit queftion du plus grand empire qui
fut iamais, ôc debatu auec les plus grandes forces, qui furent onques at
fembleesen guerre quelconque.PaulÆmyl changea le grand Royau¬
me de Macedoine, cn plufieurs eftats populaires, & emmena prifon¬
nier le Roy Perfeus captif eu Rome, ayant eu vidoire le troifiefme
iour7 deSeptêbre.Sultan Suleyman au mefme iourprint Bude, ville pi^aTinÆmfi
capitale d’Hongrie, &la plufpart du Royaume, au mefme8 iour Ro- ® £*1^ ue&W
deric Roy d’Efpaigne, fut vaincu, &chaffé defon eftat parles Mores. cc-
ce qui apporta vn notable changement en toute l’Efpaigne. au mefme
iour Loüys x 1 i.Roy de France print la ville de Milan, & le Duc Loüys
Sforce &le dépouilla de leftat. au mefmeiourl’Empereur1 Charles v.
print la ville dAlger. le iour quatriefmc Septembre Sultan Suleyman I-Bcmh‘
mourut deuant Seget, &le feptiefme la ville fut prife. Hierufalem fut iIofe h
auffi prife le feptiefme1iour du mois de Septembre : & le iourfuiuant3, j.cromer.
Sigifmondpere dAugufte,Roy dePouloigne,miten routelarmeedes
Mofchouites. le iour 4 d après Jaques Roy d’Efcoffefut tuéparles An- 4-L-Sur*
glois en bataille,& la plufpart de la nobleffe d’Efcoffe. Auffi lifons nous
que Tonziefine iour de Septembre, les Paleologues prindrent la ville de
Coftantinoble,&en chafferentles comptes de Flandres,qui auoient te¬
nu 1 empire cinquante Ôc fix ans. ôc la iournee deMarignan, où larmee
des Suilles fut defaite,eftoit le x 11 i.Septébre. ôc au mefme iour l’armee
des Turcs mit le fiege deuant la ville de Vienne. ôc le x v 1 i.iour Septem¬
bre le Roy îan fut pris, ôc larmee de France mife en route paries An-
glois, ôc le iour precedent fut la paix arreftee, ôc conclue à S oifTons en¬
tre le Roy de France, Ô^l’Empereur, eftant l’vn ôc 1 autre au hazard
de fon eftat : ôc ce qui fait encores plus à remarquer, eft que la grande Traité de
coniondion aduint le mefme iour,mois, & an du traidé. Nous trouuos paixme-
auffi que lan m. c l x xx v i. au mois de Septembre les hautes Ôc baffes morable.
planettes furent coniointes-.alors queles Aftrologucs d’Orient, par let- Le Roy
très eferiptes de touts coftez,comme dit la chronique S. Denis, menât Charles 1 r.
ferent touts les peuples des changemens de Republiques^qui depuis ad- ôc Henry
uindrent. vray eft que l’hiftorien a failli en ce quil dit qu’il eutauffie- RoydeSue-
clipfe deSoleillexi. AuriL,&lev.dumoisecIypfedelune,chofe impôt deen met
fibleparnature.Nous voyosaufliquelexxvn.iourdeSeptébre,Charle me iour,
ix.Roy de France fut affailli près de Meaux,&àgrâde peine fe fàuua.au mois,& an,
mefme iour,moisJ& an, Héry Roy de Suede fut dépouillé de fon eftat, furet en cx-
&conftitué prifonnier par fes fugets. le xxviii.oùileftencores.Payazet treme dan-
defift larmee des Ch reftiens detroiscens mil hommes à la iournee de ger.
Nicopolis,& le mefme iour,Saladin print la ville de Hierufalem,au téps
quel Empereur Vefpafianl’auoit prife. Auffi trouuons nous plufieurs
grands Princes, ôc monarques morts en ce mois,à fçauoir Augufte, Ti-O iiij
440 DE LA REPVBLIQVEberc,Vefpafian,Tite,Domitian3Aureliaîi,Theodofe le grand, Gratiaix
Bafile,Conftantin v.Leo 111 i.Rol,Frideric 11i. Charles v.Empereurs*
Charles y. furnommé le fage,Pépin,Loüys le ieune,Philippe iïi. & infi¬
nis autres des plus illuftr es monarques queielaiffe. Encores eft-il nota¬
ble que Sultan Suleyman, ôc Charle y. Empereur, les deux plus grands
Princes qui ayent efté de plufieurs fiecles3fontnaiz en mefme annee, ôc
morts auffile mois de Septébre. AntoninDebonairc,&Frâçois i.touts
deux grands monarques,& des plus illuftres nafquirent ce mefme mois
ôc touts deux moururent en Mars qui a le figne dire&cment oppofité à
la Liure :ôc Augufte O&aue y naquit, &ymourucf. Nous lifons auffi
que les plus grands tremblemens de terre qui ont iamais efté, font ad-
uenus au moys de Septembreicome celuy qui adiiint l’an M.D.ix.à Co-
ftantinople,où moururent6 xin.mil hommesrce qui eftoit auffi adue¬
nu en la mefme ville,au mefine mois l’an cccclxxix .7 ôc ce grand tré-
blemcnt qui efbranlatoute la terre habitable l’an d x L v. aduint le v i.
iour de Septembre, ôc le fécond iour de Septembre lors delaiourneca-
diaque,le tremblemét de terre en la Paleftine tua dix mil perfonnes °.Ec
quelquesfois ces notables changemens aduiennent fus la fin du mois
d’Aouft,quand la Lune de Septembre preuientTentree du Soleil^au fi¬
gne de la Liure. qui font touts arguments,qui monftrent que tout ainfi
que le monde futcrcéaumois de Septembre le Soleil eftant en laLi-
ure i. degré comme nous auons dit, auffi les changemens notables ad¬
uiennent au mois de Septembre, ôc non pas au mois de Mars, fus lequel
Leonice a fondé la fin du monde. La loy de Dieu appellefaux prophè¬
tes ôc défend de craindre ceux qui predifcnt,& affeurent les chofes, qui
guis apres n’aduiennent point. Or Leonice auoit prédit pour chofe af
ieuree que Maximilian Empereur feroit monarque de l’Europe , pour
chaftier la tyrânie des autres princes (defquels il pouuoit eferire plusmo-
deftement)ce qui n’eft point encores aduenu, ôc n’y a pas grande appa¬
rence qu il puifleaduenir.mais il n auoit pas prédit, cequiaduintvn an
apres fa prophetie,queSuItâSuIeymâdeuoitaffieger,&forcerlapl9for^
te place de l’épire, voire de l’Europe ôc àla veue del’épereuiv&de larmee
de répire, fans aucun empefchemét.moftrât bié qu’il ne fè falloir pas af-
feurerfus la prophétie de Luther, quialaifléparefcript que la puiffance
des Turcs iroit deflors en auant en diminuant, qui croiftplus quelle ne
fift onques.Mais c’eft merueilles,que Leonice n’auoit,& s’il n a rien veu,
au changement eftrange,de trois Royaumes de fes proches voifins,co¬
rnent pourroit-il auoir cogneu la fin du mode, qui ne fut onques reue-
lee aux anges?Car pour toute raifon il ne dit autre chofe,finon qu’il faut
que la religion de lefusChrift, & le monde prenne fin foubs la triplicité
aquatique, puifque lefusChrift nafquit foubs la triplicité aquatique;
voulât inferervn autre delugeren quoy il n’y a pas moins d’impieté, que
d’ignorâceifoit qu’on tiéne la maxime des Aftrologues, qui difent queiamais
LIVRE QV ATRI--ESME. 44*jamais planette ne--ruina fa maifon: or il eft certain que luppicereftaux
poiffons en la grande coniodion de l’an m. d.lxxxi i i. &lxxxiiii,&
que la coniodion de fes deux planettes eft toufiours amiable:foit qu’on
prenne l’audorité de Platon au Timee,& des Hebrieux, qui difent que
la corruption dumonde,fefaitfucceffiuementparcau,puisparfeu: foit
que nous arreftons,comme il faut,àla promeffe de Dieu 8, quine peut 8*âencr*^
jnentir.Mais tout ainfi qu’il ne faut pas affeurer temerairement des châ-
cremcs,& ruines des monarchies,&Republiqucs;au{fi ne peut on nyer,
qu’il n’y ait de grands, ôc merueilleux effeds aux rencontres des hautes
planettes,quand elles changent de triplicité, &mefmement files trois
hautes font conioindes,ou qu’il y ait cocurrence d’ecly pfes : comme il ^
aduint le iour precedent la prife dePerfeusRoy deMacedoine: &dcla —
iournee d’Arbellaen Caldee: qui emporta la ruine de deux grands mo¬
narques , ôc le changement de plufieurs Republiques: il apparut deux
grandes eclypfes. Et ceux qui mefprifent, ou ignorent les mouuemens
celeftes, s’efbahiffent, &mefinemeiït Polybe en fon hiftoirescfmer-
ueille, que la cent & trentiefmc Olympiade en vn mefme temps, on
apcrceut tout foudainnouueaux changemens de Princes prefque en
tout le monder a fçauoir Philippe le ieune eftre fait Roy de Macedoines
Achæus Roy dAfte,qu’ilenuahitfur Antioque : Ptolemee Philopator
Roy d’Egypte:Lycurguele ieune,Roy de Lacedemone: Antioque Roy
deSurie : Annibal capitaine en chef des Cartaginois: ôc quafi cn mefme
inftant touts ces peuples en guerre Tvn contre l’autre. Les Cartaginois
contre les Romains? Ptolemee contre Antioque: les Acheans, & Macé¬
doniens contre les Ætoles, ôc Spartiates. Ces grands changemens fe
voyent plus euidens apres la coniondion des trois hautes planettes,aux
fîgnes du Soleil, ou de Mars:comme il aduint l’an m.d« l x i i ri.que les
trois hautes planettes fe trouuent conioindcs au Lyon auec le Soleil, ôc
Mercure:ce qui n’eftoit aduenu il y apres de huid césansiauffi on a veu
depuis les mouuemens eftranges en toute l’Europe. 011 a veu en mefme Cas eftratt*
temps,cn mefme année, cn mefme mois, en mc(me iour, que le xxvii. gc ôc me-
Septébre M.D.Lxvn.LeRoy deFrâce enuironé desSuiftes,affailli, &en morablc.
dâger deftre pris par fes fugets: & le Roy Héri de Suede dépouillé de fô
eftat, &conftitué prifonnier par les fiens.& quafiau mefme temps la
Royne d’Efcoffe prifonicre de fes fugets,^ par eux codamnee àla mort:& le Roy de Thunis chafle par le Roy d’Algenles Arabes efleuez cotre le
Turc:les Mores de Granade,& lesFlamens cotre le Roy Catholique: les
Anglois contre leur ROyne : toute la France cn armes.. La mefme conio-
dion des trois hautes planettes eftoit bien aduenue cent ans au parauât,
à fçauoir l’an m. cccc. lxiiii. mais elle n’eftoit pas fi precife,ny au figne
de Lyon:ains feulement au figne des poiffons. ôc neâtmoins on apcrceut
tantoft apres,touts les peuples en armes,non feulemét des Princes entre
cux,ains auffi des fugets cotre les Princes,comc i’ay dit cy deffus. Quant
44i DE LA REPVBLIQVEà ce que dit Copernic,que les châgemens & ruines des monarchies ,fot
caufecs du mouucmét de Leccétriquc : cclà ne mérite point qu o en fa¬
ce ny mife,ny recepterçarilfuppofedeuxchofes abfurdes:lvnequeles
influences viennent de la terre, & no pas du cicld’autre que la terre fouf-
freles mouuemés,q tous les Aftrologues ont toufiours donéaux deux
horfmis Eudoxe. encores eft-il plus eftrange,de mettre le Soleil au cétrc
d u mode; & la terre à cinquâtc mil lieues loing du cétre: ôc faire que par¬
tie des cieux, ôc des planettes,foy ent mobiles, & partie immobiles.Pto-
lemee regetta l’opinion d’£udoxe,par argüméts vraiféblables, aufquels
Copernicusabien relpodu:àquoy Melan6thon feulemét a réplique de
ce ve rfet9, D ieu au ciel apofé, Palais bien composé, Au Soleilpur & munde:
h?- D ont ilJort ainfi beau j Comme <vn ef]?oux nouueau^ Dejon paré pour pris: Se-
ble vn grand Prince a voir, S'ejgayantpour auoir, D\ine courte le prix:D\n
haut des deux ilpart3 Et attaint l'autre part, En njn iour tant eflvifte. Aufli
Erreur de pouuoitildirequelofuécomanda au Soleil, Ôc àlaLuned’arrefterleur
Copernic. COUrs. mais à tout cela on peut refpondre que l’elcripturesaccomodeà
noftre fensicôme quand la Lune eftappclleelc plus grand luminaire, a-
pres le Soleil, qui neantmoins eft la plus petite de toutes les eftoilles
horfmis Mer cure, mais il y abien vne demoftration,de laquelle perfon¬
ne iufques icy n’a vfé contre Copernic: c’eft à fçauoir, que iamais corps
fimple ne peut auoir que vnmouuement,quiluyfoit proprc:commeili. Anftoc. hb.i.dc ar r. , * . . jir - i 11 J- icocio, elt tout notoire par les principes de la lciece naturelle : puis doc que laterre eft Tvn descorpsfimples,commc eft le ciel,&les quatre clemensûl
faut neceflairement conclure, quelle ne peut auoir qu’vn feul mouuc-
ment qui luy foit propre: ôc neantmoins Copernic luy enafligne trois
touts differens:defquels il n’y cn peutauoir que vn propre : les autres fc-
royent violéts:chofe impoflible: Ôc par mefme fuite impoflible que les
châgemés des Republiques viénent du mouucmét de l’ecccntr ique de
la terre. Mais voyos l’opinio de Plato, qui dit que les Republiques vié-
nét à fe ruiner,quand l’harmonie défaut : ôc l’harmonie défaut quâd on
fe départ de la quarte,ôc de la quinte,au nobre nuptial, lequel comcncc
par l’vnité qui demeure vierge inuiolablc, ôc s’eftend és coftez cn pro¬
portion double,ôc triple,par nombres,pairs,&impairs,ccux-cyinafles,
ceux-là femelles: ôc le milieu réply de nobres parfaits, imparfaits, quar-
rez cubiques,(pheriques,furfolides, Ôc en toute forte de proportiôs au¬
tant qu’on les veut eftendre,car la diuifion du ton eft infinie. Ainfi donc la République bié eftablie, fe maintiédratât que durerotlcs accords deAduis de à dextre qui eft le hui£tiefme,&: de deux à trois,qui eft la quinte,Platon tou- ^ tro*s ^ cluatrc quarte, & de l’vnité à trois, qui eft la quin-chant les ziefme,ou le (yfteme de touts accords eft compris.mais fi on pafle outre
châoxmens qiiatrc à neuF^iVeftant la pr°p°rtion de ces deux nobres harmonieu-
de Repu- scnfuic vn difeord mal plaifant,qui gaftel’harmonie de la Republi-
bliques. que. V oilà à mon aduis,cc que Platon a voulu dire,car nous n’auons cn-corcs
LIVRE (VV ATRIESME. 443i cores perfonne, qui ay t efclarci ce point. ôc non fans caufe on fe plaint,I qu’il n y a rien plus obfcur que les nombres de Platon. Car Foreftier A-
tîj leman qui apris laproportion triple ôc quadruple aux coftez , eft bien
u! Joing de fon contercar en ce faifant il ruine les fondemés du nombre nu-
^ ptia^qui eft en raifon double ôc triple: & met femblable proportion en-II tre xxvii. ôc lxiiii.comme entre trois ôc quatre, chofe impoffible par
](s nature, & contre les fondemens de mathématique. Or il eft bien certainque fi on pafle la quarte, ôc la tierce, l’harmonie fe perdra : mais qui em-
[] pefchera de remplirle triangle du nombre nuptial, & cotinuerl’harmo-
fJ nie?carles mefmes accords fetrouuerot que nous auospofezésquatres
premiers nombres, ioint auffi que du mariage de deux, & trois, sengé-
■Jj dre fix, qui fe trouue entre quatre, ôc neuf,en mefme raifon que deux à
I trois,qui eft la quinte- ôc pareillemét entre huit*,Ôt xxvn.nous trouuos
I la proportio ôc douceur harmonique^ entre leize& Lxxxiiè trouue- Nombre
rottouts bons accords:&continuât toufiours en eftédant les coftez du nuptial.
triâgle,il n’y aura iamais difcord: en quoy faifât les Republiques lèroyét
I immuables,& immortelles,fi l’hypothefe de Plat o eftoit veritable, que
de l’harmonie dçs fons,depend le changement, ou ruine de laRepubli-
f que:&queparneceffitéle difeord eft caufe:ains pluftofton doiterain-
1 dre cela quâd les citoyés viénent àforuoyer de l’harmonie naturelle des
M loix bien accordees,ôc des meurs bien côpofez, aux loix, ôc couftumes
lCt iniques,& pernicieufes.Ie ne veux pas toutesfois nyer, que l’harmonie
iVaytgrâd effedt à châger vne Republique,ôc cn cela Plato, ôc Ariftote
1 s accordéttrefbié,quoy que Ciceropéfe qu’il foit impoffible,que pour La mufique
F les branles d’vne Repub. changez, la Republique prene châgement car a p}aj,
|M nousenauosvnexéplememorabledela Republique des Cynethenfes fjf àchâeer
:! en Arcadie,laquelle ayâtlaifle le plaifir de la mufique, qui bié toft apres ou retenir
I!f tomba en feditions „ ôc guerres ciuiles, aufquelles il ne fut oublié aucu--l*cftal:
f ne forte de cruauté. zôc comme vn chacun s’eftonoit.pourquoy ce peu- x.Poiyb.iib.4.
f pie là deuint fi reuefche, ôc fi barbare, veu que touts les autres peuples
$ d’Arcadie,eftoyent doux,trai&abIes,& courtois à merueilles:Polybe a-
^ perceut le premier,que c’eftoit pour auoir laiflé la mufique, laquelle de
f toute ancienneté auoit toufiours efté honoree,& prifee en Arcadie plus
:i)f qu’en lieu du monde-.de forte que parles ordonances, & couftumes du# pays,chacun debuoit s’exercer en icelle iufques à xxx.ans fur grades pei~0!) nes.qui futle moyen,dit Polybe,que les premiers legiflateurs de cepeu-# pie la trouuerent pour l’adoucir, ôc apriuoifer, eftant de fon naturel\f barbare, come touts habitâs de montaignes,&pays froids. Nous pou- Le peuple
|if uos,peut eftre,faire femblable iugemét des Gaulois, que Iulianl’Empe- de France a-
P. reur appelloit barbares5 de fon téps: ôc qu’on à veu depuis les plus cour- douci par la
$ tois3^traitables qui foyent en l’Europe,dequoy les eftrangers mefines mufique.
ijji s emerueillent : car chacun fçait quil n’y a peuple, qui plus s’exerce à la AnSum* **0 mufique: Ôc qui chante plus, doucement, ôc qui plus eft, il 11’y a prefque
444 DE LA REPV-BLIQVEbranle en France qui ne foit Ionique,ou Lydien, c eft à dire du cinq ou
feptieme ton,quePlato,& Ariftote défende t 4 àlaieuneflè, parce qu’ils
ont grade force & puiflance d’amolir,& lafcher les cueurs des hommes*.
8c vouloy ent exercer les enfans au Dorien,qui eft le premier ton, pour
les maintenir en certaine douceur accompagnee de grauité, qui eft pro¬
pre au Dorien: 8c pour cefte caufe,iieftoit defendu en la primitiue Egli-
le,de chanter les P film es d’autre ton.La defenfe feroit meilleure cnl’A-
fie mineur,qui n’auoit autres b râles que du cinq 8c feptiefme ton, met
memétaupays de Lydie, & Ioniermaisles peuples du pays de Sep rétrio
froid s .ou montueux,qui font ordinairement plus fauuages, ou moins
courtois que les peuples de midy, 8c habitans és plaines, ne fe peuuent
■mieux apriuoifer,&: adoucir, qu’évfant de l’harmonie Lydiene,& Ioni¬
que : qui eftoit aufli deféndue en la primitiue Eglife, 8c n’eftoit permis
chantetiouanges,& Pfalmes,que du premier ton: qui eft encores à pre-
lent le plus fréquent és Eglifes. Et tout ainfi que les hommes de(arment
les beftes {àuuages, pour en venir à bout : aufli l’harmonieLydiene, 8c
Ionique,defai me les plus farouches,& barbares nations du naturel fail¬
li âge 8c cruel, 8c les réel doux, <5-: ployablesrccme il eft aduenu aux Fran¬
çois,qui peut eftte n’euffcnt pas efté fi domptables, 8c fi obeiflans aux
loix, 8c ordonnances de cefte monarchie, fi ce naturel,que l’Empereur
luliaii dit auoir efté fi haut, 8c fi peu fouffrant laferuitude, n’euft efté a-
molli parla müfique.Mais de toutes les reigles,foit de lAftrologie, foit
de la mufique, qu’on a trouuees pour iuger à l’aduenir des changemés,
8c iflues des Républiques, il n’y en a point de neccflaire. Et toutesfois,
c’eft bien chofe merueilleufe de la fagefle de Dieu5qui a tellement dilpo-
fé toutes chofes par nobres,que les Republiques mefmes, après certai¬
nes aiinees,prennent ordinairement Rnxome il eft befoin demonftrer
Si on peut ce ^ue perfonnc n*a fait parcy deuant,pour auoir quelque iugemét des
preiumer changemens,& cheutes des Républiques: pour faire entendre, queles
les c ange- /Chofes humaines ne vont pas fortuitement. 8c neantmoins Dieu parfois
mens par }aiffac le cours ordinaire d es caufes naturelles, pafle par deffus, affin qu o
nomoies. nc pen{^qUe toutes chofes viennent par fatale deftinee.Ie mettray feu¬
lement fix, ou fept nombres entre dix mil,-qui le plus fouuent donnent
changemét aux Republiquesx’eft à {çauoir les nombres quarrez, 8c fo-
lides de fept,& neufy& ceux qui font engendrez delà multiplication de
•ces deux nobres, 8c le nobre parfait de quatre cens nouante & fix. Car
tout ainfi que nous voy ons entre les nobres doigts,le nobre de fix , qui
eft nobre parfait,doner changement aux femelles,&le nobre de 7. aux
males:aufli le nombre folidc de fept, 8c les quarres multipliez parlesfe-
ptenaires font fignificatifs des changemens ou ruines des Republiques,
&tout ainfi quele nobre de fept 8c 11 euf, done c c m m écem ent à la naif-
fance humaine: & le n ombre refultât de la m ultiplicatio de Tvn par l’au¬
tre,le plusfouuet met fin à la v ie des homes:aufli le nobre d.ccxxix. quieftfolide
LIVRE QVATRIESME. 445eft folidc de neuf,tire apres foy bien fouuent la fin ou changemét nota¬
ble des Republiques.Quât au premier poin^Scncquc dit,fiptimus quif-
que annus Jttati notam imprimiticehs entend des mafles feulemét: carlex-
perience nous moftre à veüe d’œil,que le nobre de fix aporte châgemet
& donne quelque marque aux femmes. & mefme la puberté, qui eft és
homes à xim. n’eft aux filles qu’à douze ans: ôc continuant de fix,en fix,
il fe trouue quelque changemét notable en elles pour la difpofition du
corps ou de l’efprit.ioint aufïî que Platon au nombre nuptial,attribue le
nobre pair aux femelles, & le nombre impair aux mafles. Et pour cefte
caufe;Plutar.dit,qu’on nomoit les mafles au neufieme iour,parce que le />aux demandes
feptiemeeftoitplusdangereux:&lcs filles lchui&ieme: d’autant quele Ronuin«-
nobre pair,dit-il,eft propre aux femelles.Pline dit aufli,que epux qu’on
faifoit mourir de faim cn prifon,ne pafloiét iamais le feptieme iour. no9
auons en Ariftote plufieurs animaux quil racote, qui ne pafloiét iamais *TC nomt>re
le feptieme an. Et tous les anciés ont remarqué,que le nombre de lxiii. c*' ^an~
qui eft multipliee de fept par neuf,tire apres foy ordinairemét la fin des Scr^u* aux
vieillards.& mefme l’Empereur Augufte efcriuât à fes amiSjPrenos^dit- v*e^ards.
iljCouragejpuifqueiay elchapélefoixâte ôc troifîeme an,qui6 emporte *.au1gci.
quafi tous les vieillards.depuis il vefeut iufques au feptante & feptieme,
corne aufli fift Atticus. Il s’en trouue vn nobre infini qu’on voit mourir à
ceft aage,& me fouuient entre les do&es (qui font morts cefte année là)
iemettray Ariftote, Cicero,Chrifippc,Bocace, S. Bernard, Erafme,Lu~
thcr,Melachthon,Syluius,Aleandre,le Cardinal Cufan,Linacre, laques
Sturme. ôc femble que cela eftoit fignifîé par les anciés qui auoient con-
facré,fept à Appollô,&:neufaux Mufes,corne dit Plutarque.Et qui vou¬
dra voir en la Bible,ou és hiftoires,on trouuera la mort ordinaire aux fe-
ptcnaircs,ou nouenaires,Plato mourut à lxxxi. an, qui font ne ufnoue-
naires,Thcophrafte à Lxxxim.quifont xn.feptenaires:qpeu deperfon-
nes efchapét:ou bien ils vont au xiii. feptenaires, come S. Hierofme ôc
Socratc qui vefcurét xci.an-.Pline&Bartole cinquâte ôc fix,qui font huit
feptenaires.-Lamech fept cés feptante.-Mcthufalah neufeés feptante ans.
Abrahacentfeptâtc Ôc cinq,qui font xxv.feptcnaircs,Iacob centxlvii. Laforccdes
qui font xxi.feptenaires: Ifaac cent lxxx.qui font xx.noücnaires.Dauid nobres fc~
feptante. Il s’en trouue és hiftoires nombre infini de fèmblables. Pour- ptenaires.
quoy pluftoft aduiendroit-il en ces nombres là qu és autres? Pourquoy
le feptieme mafle guerift-il des efcroüelles ? car mefme les Grecs ayant
defcouuert cefte merueille de nature appelloiétle feptieme mafle Heb-
domagene. ôc la loy de Dieu n’a rien plus frcquent,que le feptenaire:foic
pour les feftes du feptieme iour,ôc du feptieme mois: foit pour afranchi
*cs bruiteurs,ôdaifler la terre fans culturelcfepticmean:foit pour le re¬
tour des héritages,après fept fois fept ans, qui eftoit l’an Iubilé. Les He-
brieux pour cefte occafion l’ont appelle nombre fàcré, non pas parfait,
comme dit Caluin parlant du Sabat: car il eft impoffible par nature queP
y.Iib.l. dc csclo.446 DE LA REPVBLI QJ/ Eles nombres parfaits foy et impairs: veu qu’il faut qu’ils fe diuifent égale-
met des parties qui les copofent. Plutarquc aux fympofiaquesafait vne
mefme fuite, quand il dit que trois eft nombre parfait , combien qu’il a
grade puiflance en toute la nature,come7 Ariftote mefme confefle. Or
il ny a que quatre nobres parfaits depuisvn iufquesàdixmil,c’eftàfça'
uoir V1.XXV111.CCCCXCV1.& huid mil cet xxvm. entre lefqüels, le der¬
nier ne peut feruir aux changemens des Républiques,d’autant qu’il pat
fel’aage du monde: ny les deux premiers,qui font moindres. Et les no¬
bres touchansles changemens des Republiques, fè peuuent entedre des
Princes, ou des ans : comme qui diroiç qu’vn Royaume, ou vn Empire
prendra fin, après que foixante Ôc trois Monarques (nombre multiplié
de fept par neuf) y auroitregné. ou bienapresque l’empiredepuis fa
naiffance aura duré xu.cens. xxv.ans,corne celuy des Romains: qui font
fept cens feptante ôc cinq fèptenaires: ou bien que le nombre des ans>&
des Roys eft quarré,oufolide du feptenaire,ou nouenaire : cômeEfàye
qui prédit que neuf Roys regneroient encore en Iudee, ôc le dixiefmc
feroit emmené captif,auec le peuple,ôda Republique ruineede nombre
des ans qu’ils regnerenteft de cent lxxxii. qui fontxxvi. feptenaires.
HÎeremie,qui veit l’execution de cefte prophetie,prédit que feptate ans
apres la Republique feroit reftablie,ôc le peuple remis en liberté : ce qui
fut fait. Mais pour monftrer que cela n’apporte point deneceflité,nous
voyosvn grand Roy,qui eft le Lxm.&Roy de deux grands Royaumes
que Dieu par fa faueur maintiét contre la puiflance humaine, &la force
desfiens &des eftrangers.Nous voyos que leftat d’Athenes aeftégou-
uerné en forme de Monarchie par fept iuges,qui ont comâdél’vn apres
l’autre feptate ans.&l’eftat populaire,depuis la fuite des Perfes,&laiour
neede Salamine,queles Atheniens eurent la fouueraineté prefque de
toute la Grece,iufques à l’euerfion d’icelle dura feptate ans, comme dit
Appian:& qui plus eft la vidoire de Salamine,& la prinfe de la ville d’A¬
thenes fut en pareil moys, ôc iour,ainfî que Plutarquc a remarqué. La
Monarchie de Rome fous les Rois,dura cent quarâte,& quatre ans, qui
eft le nombre q uarré de xii .racine du grâd nobre, que les Académiques
appelloiet Fatal,ceft à fçauoir,dixfept ces xxvm. ans, qui fetrouuentac-
coplis depuis Ninus premier Roy dAflyrie,iufqua Darius dcrnierRoy
de Perfe tué à la fuite apres la iournee Darbela,ou Alexâdrele grâd gai-
gria la bataille, car Herodote,Diodore,Trogue,Pompee,Iuftin ôc
Gtefîas commencent à Ninus. i’ay fuiuy le calcul de Philon Hebrieu.
ce mefme nombre fe trouue depuis le Deluge , iufques à l’cuerfîon
du Royaume de Iuda,dela ville capitale rafee, & du Temple bruflé.
Ôc au mefme teps les Ægyptiens fe reuolterent contre les Rois dAflîrie:
les Atheniés fecouerent le ioug des tyrasFififtratides : les Romains aufli
chaflerent les Roys. Or tout ainfi que ce grand nombre,que les Acadé¬
miques appelloyentFatal,eftantaccomp!y3le changement aduint l'an¬
née
L I V R E QJV ATRIESMË. 447lice fuyuante au deux cens quarante & feptiefme feptenaire,qui eft Xvn.
ces xxix. aufli voyons nous que le nombre parfait de ccccxcvi. accom¬
plies changemens ordinaires ad uicnnéi: Tannée fuyuante, qui eft le fe¬
ptante & vnieme feptenaire, Et pour les verifier encore plus clairement,
ic prendray les Faftcs des Romains, qui ne peuuent mentir : où Ion voit
quedepuislefondemétdela vi!!e,&de la Republique Romaine iufques
à la iournee A6tiaque,où Marc Antoine fut vaincu par A ugufte,& tout
l’empire réduit fous la puiflance d Vn feul Monarque, & la paix eftablic
par tout,il y a D.ccxxix.ans, qui eft le nobre folide de neuf & ce met
me nobre d années fe trouue depuis la conquefte du Royaume des Lo-
bards par Charlemaigne,iufqu’à la recoquelte du mefme païs par Louis
xu. fus l’eftat des Venitiens,&desSforces.&ce mefme nobre d’annees
fetrouuc depuis queles Efcoflbis eurent vaincu les Fi£tes,& fondé le
Royaume d’Efcofle iufques a Marie Stuart Royne d’Efcofle, emprifon-
nee, & côdamnee par fes fugets. Et qui plus eft ce mefme nombre foli¬
de fut accompli, depuis que Egbert Roy des Saxons d’Occident, fe fift
feigneur abfolu d’Angleterre, & appella le peuple Anglois, ayant chafle •
les Saxos Orientaux,iufques a Marie Royne d’Angleterre, quifut lapre-
miere femme qui empieta la fouueraineté de ce peuplelà, depuis qua¬
torze ces quarâte ans:ainfi que fift Marie Stuart en Efcofle. Depuis Au¬
gufte, iufques à Auguftule dernier Empereur Romain, qui fut tué par
Odouacre Roy des Herules, il y a ccccxcvi.ans : qui eft le nobre parfait
q i’ay dit,encor’ eft-il notable,que le premier s’appella Augufte,c’eft à
direCôquerâtj&le dernier Auguftule,qui fut diminutif, & du nom,&
delempirejComeil aduint de Côftantin legrâd, qui eftablitlefiege de
1 epireà Coftantinople, & de Conftâtin le dernier, quifut defpouillé de
leftat,& tué par Mehemet Roy des Turcs furnômé le grand.Nous trou-
uos aufli q depuis le fondemet de la ville de Rome, iufques à Auguftule
dernierEmpereur,il y a douze ces xxv.ans,nobre quarré,&copofé de fe-
ptenaires entiers. cequeVedliusgrâd Augur auoit prédit,come Cenfo-
rinefcrit,q Marc varronrauoitentêdudeluy.Ietrouuele mefme nom¬
bre depuis Ninus RoydAfly rie, iufqu a la mort de Sardanapale, duquel Prédiction
leftat fut enuahi,par le gouuerneur des Medois .Füdfcius y met trois ans de Vedtius
dauantagejes autres fix ans moins:& coupât le difFerend par moitié, ce aueree.
grand nobre y eft entier,& depuis que Arbaces gouuerneur des Medois
fe fift Monarque,iufques au dernier qui fut chaflé par Alexâdre le grand,
fe trouue lenombrede ccccxcvi.ans. Ce mefme nombre parfaitfe voit Le nombre
non feulement depuis Augufte, iufques â Auguftule : ains aufli depuis parfait de
Auguftule iufques à Charlemaigne, lors qu’il fut appellé Empereur de 45>4.propre
Occidétenlaville deRome. Ceque i’efcrieftiuftifiéparles Faftesd’O- aux châge-
nophre, qui n auoit aucun foin des nombres,ains feulement de la vérité mens des
precife des ans.Nous trou Lions encor’ce nombre parfait de ceccxc vi. Republj-
depuis la fondation dAlbe , iufques au rafement d’icelle , & ruine ques.P ij
448 DE LA REPVBLI QV Ede la République des Albanois défaits par Tullus Hoftilius. Genebrard
Profeffeuren langue Hebraïque efcrit auffi, qu’il y a c c c c x c v i. ans
depuis Saül premier Roy des Hebrieux,iufques au dernier Sedechie,qui
fut emmené captif, apres auoir veu la ruine de fon eftat, & captiuité de
fon peuple. Garcæus y en met dix d’auâtage:les Talmudiftes beaucoup
moins.mais bien tous s’accordét, que depuis le retour des Hebrieux, &
le reftabliffement de leur Republique foubs Zorobabel, qui ramena le
peuple de captiuité, iufques à l’annee que Herodes Idumean fut nômé
Roy parle fenat Romain,il yaccccxcv i. ans, & font auffi d’accord,
que le premier, &: fécond temple furent bruflez en pareil iour,& moys,
c eft à fçauoir,le neufiefme iour du cinquiefme mois:ce que Iofeph a re¬
marqué pour vn7 miracle.ce mefme nombre de c c c c x c v i.fe trou¬
ue depuis Caran premier Roy de Macedoine, iufques au dernier an du
regne dAlexandre le grand, qui fut le dernier Roy de cc pays là, iffu du
fang de Hercules,&de Æacus. Funccius y met huid ans moins: les au¬
tres y en adiouftent xi i. dauantage. Ce mefme nombre parfait de
ccccxcvi.fe voit depuis que Syagrius, dernier Proconful, & lieu¬
tenant des Romains cn France fut tué,iufques à l’annee que Huet Capct
fe fift Roy de France. & ce mefme nombre fe voit depuis Huet Capct,
iufques à lannee que Charle vin. paffa les Alpes,& remua, non feule¬
ment tous les eftats d’Italie, ains auffi efmeut tout l’Empirc d’Oricnt. i
Toutesfois il n’eft pas fî bien vérifié que les autres,pour la variété des i
Hiftoriés,& le peu d’aiTeurancc des Hiftoires.car celuy qui eft le mieux i
fuiuy, à fçauoir Paul Æmyl, ayant pris la charge d’eferire l’Hiftoire de
France,a failli de dix ans entiers pour vnarticle,commeduTilletamô- j
ftré.mais il fufift des exemples que i ay propofez,pour entendre laforcc
occulte de ces nombres aux changemens notables des Republiques:&
files ans eftoyent bien calculez en chacune Republique,on pourroit
voir vne infinité d’exemples, auffi bien come il le cognoift à veuëd’œil J
aux Faftes des Romains : où Ion voit outre ce que i’ay dit, que depuis la 1
chaffe des Roys de Rome,iufques à la prcmicre fedition du peuple &de i
la nobleffe,il y a x v 11 i.ans:& iufques à la fecôde,il y a Lxm.ans:&iuf- |
quesàla feditio deTiberiusGraccus,il y a ccclxviii.& depuis cefte I
cy, iufques à la guerre de Sylla, & Marius x l v. ans : & d’icy iufques au
comencement de la guerre entre Cefar & Pompee xxxvi.ans: & depuis
la chaffe du Roy Tarquin l’orgueilleux,iufques au meurtre delulle j
Cefar ccccLXvm.ans:tous nobres copofez de nouenaires.& depuis la ^
fondation de Rome,iufques à la prife, & bruflement d’icelle parles an- ^
ciés Gaulois, il y a cccLXim.qui eft compofé de Septenaires entiers. & ^
depuis la fondation de Rome,iufques à la iournee de Cannes, où l’eftat ^
des Romains fut cn extreme dager,il y a cccccxxix. ans, qui font feptate ,,
fept feptenaires: & depuis cefte perte, iufques à la defaite des legios ro- 11
mainesparles Almans,fous Augufte,il y a ccxxim.ans, compofé defe- ;1ptenaires lt(
LIVRE QVATRIESME. 445?ptenaires entiers: Ôc Tvne Ôc l’autre defaite des Romains aduint le fécond
iourd’Àouft.& depuisTembrafement de Carthage la grande, iufques à
l’embrafement de la ville de Rome foubs Totilas Roy des Gots,iIya
fept ces ans. Aufli lifons-nous en Roderic Hiftorien d’Efpaigne, que les
Mores fe firent feigneurs d’Efpaigne lan de Chrift fept cens fept, la fe-
ptiefme annee de Roderic Roy d’Efpaigne: & fept ces feptate ans apres,
ils en furent du tout chaflez par Ferdinand d’Aragon, felonle vray cal¬
cul de f Hiftorien T araphe.Nous auons auffi vn exemple affez notable,
de la vidoire des Hebrieux cotre Aman, iufques àcelle deludasdc-Ma-
chabee contre Antioque le noble,Roy de Surie, ou il fe trouue trois ces
quarate & trois ans,qui eft le nombre folide de fept, c’eft à dire fept fois
fept feptenaires:& l’vne ôc l’autre vidoire aduint lex 111.iour du moys
Dadar. Ce mefme nobre dannees eft accompli, depuis Tannée que Au-
gufte eut vaincu Marc Antoine, ôc reüny tout l’Empire Romain fous fa
puifTance,iufques à Conftantin le grand:ce qui eft bien notable pour les
changemens eftranges qui aduindrentalors en tout TEmpire, tant au*
loix Politiques, comme aux Religions. Mais cc feroit chofe infinie d’ef-
pluchcr par le menu les Hiftoires, ôc toutesfois on pourroit par ce
moyen recueillir la vérité plus certaine, & coniedurer aucunement les
changemens des eftats Ôc Republiques qui peuuent aduenir, auec Tvfà-
gedes grandes coniondions: autant que la fcience de telles chofes peut
auoir de feureté.QTE LES CHANGEMENS DES REPVBL1-cjuts, & des loix^nefe doit faire tout a coup.C H A P. III.> O v s auons,le plus fommairement que faire ce pouuoit,
rdifeouru des changemens,&ruines des Republiques, ôc
j des caufes d’icelles: ôc des coniedures qu’on en peut tirer,> a Taduenir. Mais d’autant que les prefomptios que nous
 Jouons remarquées, ne font pas ncceffaires, pour en fairedemonftration certaine: & quand ores la fcience des influences celeftesferoit bien cognue,& Texperience arreftee, cela n’emporteroit point deneceflité,il s’enfuit bien que par la fagefle,& prudence que Dieu a dpnéaux hommes, on peut maintenir les Républiques bien ordonnées eiileur eftat,&preuenir les ruines d’icclles. Car tous les Aftrologues metnies demeurent d’accord, que les fages ne font point fugets aux aftres:niais bien que ceux-là qui lafehent la bride aux appétits déreiglez,& Les fàges necupiditez beftiales, ne peuuent efchaperleseffeds des corps celeftesy font pointcomme Salomon Pentend en vnprouerbe, où il menace les mefehans, fugets auxQuant que Dieu fera pafler la roüe par deflus eux. Sidoncques on a de- influencescouuert q la force des aftres,qu’onpenfoitineuitable, fe peut affoiblirF celeftes,P iij
450 DE L A REPVBLIQJTE5c que les fages Medecias, ont trouue des moy ens pour châger les ma¬
ladies, 5c altérer les fiebures, contre leur cours naturel, afin de les guérir
plus aifément : pourquoy le fage Politique, preuoyant les changemens
qui aduiennent naturellement aux Républiques,ne preuiendra par co-
teil,& remedes conuenables la ruine d’icelles? où fi la force du mal eft fi
grande,qu’il foit contraint luy obéir: fi eft-ce neantmoins qu'il fera cer¬
tain iugement, par les Symptômes qu’il verra au iour critique, de liffuc
qui en aduiendra, 5c aduertira les ignorans de cc qu’il fait faire,pour fau-
uer cc qu’on pourra. Et tou t ainfi que les plus fçauans Medecins aux ac¬
cès les plus violents fi les fymptomes font bons, ont plus d efperance de
la fanté,que fi l’accés eft doux 5c languide: 5c au côtraire,quand ils voyét
l’homme au plus haut degré de fanté qui peut eftre,alors ils font en plus
grande crainte, qu’il ne tombe en extreme maladie,comme difoit Hip-
pocrate : aufli le fage Politique voyant fa Republique trauaillee de tous
coftez,& prefque accablcc des ennemis,fi dailleu rs il apperçoit que les
fages tiennent le gouuernail,que les fugets obeiflentaux Magiftrats, &
les Magiftrats aux loix,alors il prend courage, & promet bonne iflue:au
lieu que le peuple ignorant perd patience, 5c fe getee au defefpoir vo¬
irie il aduint après que les Carthaginois eurent emporté la troifiefmc vi¬
ctoire contre les Romains àla iournee des Cannes : plufieurs des alliez
quiauoycnt tenu bon iufques là fuyuirét le parti d’Annibal, 5c prefque
tous les quittèrent au befoin:car on n’attendoit autre chofe que leur rui-
Iugement ne: mais celuy qui plus gafta leurs affaires/ut Tcrcntius Varrus Conful:
de l’eftat lequel ayant rechapé de la défaite, qui n’eftoit pas moindre de foixante
des Romais hommes, efcriuit à Capoüe, que c’eftoit fait de leftat, que toute la
au pl9 grâd flcur,& la force des Romains eftoit perdue.ee qui eftonna fi fort les Ca-
danger. poüans, qu’ils fe refolurent de fe ioindre au parti d’Annibal, qui eftoit
le plus fort,& d’autant qu’ils eftoyent les plus riches, 5c opulens d’Italie,
ils tirerent plufieurs autres peuples à leur cordellc: au lieu qu’il debuoit
les afleurer, 5c diminuer la perte des fiens enuers les alliez : comme
fift Scipion l’Africain,enuers fes compaignons, qui lors auoyent refolu
de quitter la ville, il les contraignit tous par ferment qu’ils firent, de ne
bouger, &defendre la patrie. Aufli le Sénat ne s’eftonna point, ains il
monûra fi prudence plus que iamais. Et combien qu’en toutes les vil-
ksd’Italie le peuple muableàtous vens,fàuorifoit le parti dAnnibal,
l’ayant veu tant de fois vi&orieux, neantmoins le Sénat de chacune ville
portoit les Romains. V'nus'veluti morbus omnes luliœ populos inuaferaty
njtplebs al7 optimatibus dijfentiret: Sénat us Romanisfaueretyplebs ad vœnos rem
t traheret.v oilales mots de XT. Liue.Et mefme HieroRoy de Sicile, efti-çnclors le pl9 fage Prince de fon aage,ne voulut iamais fe départir de l’a-
liâce des Romain s,ôdeur aida tât qu’il peut,cognoifsat bié leur coftâce
& prudéce au maniemét dès affaires:&entre plufieurs prefens,il leur en-
uoya vneftatue d’or delà victoire. Enquoy on peut voir,qlesfages voiâsles;îO‘ï W
L I V Pv E QJ A T R I E S M E. 451; Jcs Romains fi auifez, ôc fi confias en lextreme neceflité,& q les loix n’a-
j uoiéc iamais efté gardees pluseftroitemét, ny ladifcipline militaire plus
I: fcueremét entretenue,comme dit Polybe, alors ils firent iugement, que
\ l’ifTue de leurs affaires feroit bonne : comme le fige medecin voyant les
il: fymptomes fauorables au plus fort de l’accez de fon malade,a toufiours
Ht bonne efperance. Et au contraire en Cartage ce n’eftoient quepartiali-
:| tciyÔc fa&ions,ôc onques les loix n’auoient efté fi peu prifces,ny les Ma¬
li giftrats moins eftimez, ny les meurs plus gaftez : qui eftoit vn certain
il; prefàge,que du plus haut degré de leurs felicitez, ils deuoient bien toft
>. eftre précipitez ôc ruinez, comme il aduint aufli. Donques la premiere
j| reigle quon peut auoir pour maintenir les Républiques en leur eftat,(1, ceft de bien cognoiftre la nature de chacune Republique, Ôc les caufes
)ii| des maladies qui leur aduiennent. Ceft pourquoy ie me fuis arreftéa
difeourir iufques icy Tvn Ôc l’autre, car ce n’eft pas aflez de cognoiftre
c laquelle des Républiques eft la meilleure, ains il faut fçauoir les moy és
i de maintenir chacune en fon eftat, s’il n’eft en noftre pouuoirde lacha-
I ger, ou qu’en la changeant elle foit au hazard de tomber en ruine, car il
0[[ vautbeaucoup mieux entretenir le malade par diete conuenable,qu’at-*
tenter de guarir vne maladie incurable,au hazard de fa vie. ôc iamais ne
Q; faut eflay cries rem edes violents, fi la maladie n’eft extreme, ôc quil n’y
ait plus d’efperâce. Cefte maxime a lieu en toute Pvepublique, non feu-
lementpour le changement de l’eftat,ains aufli pour le changement des
ç loix,des meurs,des couftumcs: à quoy plufieurs n’ayans pris garde,ont
|.. ruiné de belles & grades Republiques, foubs lapaft d’vne bone ordon¬
nance qu’ils auoient empruntee d’vnc Republique du tout cotraire à la
’f leur : nous auons monftré cy deffus, queplufieurs bones loix qui main-1 tiennent la Monarchie font propres à ruiner l’eftat populaire : ôc celles
Ç qui gardent la liberté populaire feruent à ruiner la Monarchie. Et com-
! bien qu’il y en apluficurs indifférentes à toute forte de République , fi
“£l eft-ce que l’ancienne queftion des fàges politiques n’eft pas encores . „£ft bien refolue: c’eft à fçauoir fila nouuelle ordonnâce eft preferable, ores cs c aSc~
n!I' quelle foit meilleure que l’ancienne. caria loy pour bonne qu’elle fait, *j1CnS iOU~|
[r nevaut rien, fi elle porte vnmefpris de foy mefme: oreft-ilqueïanou- . alns Pcn *
ucauté, en matiere de loix, eft toufiours mefprifce: ôc au contraire lare- eux*
à uerence de l’antiquité eft fi grande,qu’elle donne aflez de force à la loy,1# pour fe faire obeyr de foy-mefmes fans Magiftrat : au lieu que les edits
w nouueaux,auec les peines y appofees,& tout le debuoir des officiers,ne
4 & peuuent entretenir,finon auec bien grande difficulté : de forte que le
frui£b quon doit recueillir d’vn nouuel edit n’eft pas fi grand que le
ÿ dômage que tire apres foy lemefpris des .autres loix, pour la nouueau-
jil ted’viïe. Et pour le trancher court, il n’y a chofe plus difficile à traitter, 1Piato.uk7.de
f ny plus doubteufe à reiiflir,ny plus perilleufe à manier, que d’introdui- neg3 mSRipub!7u-
$ rc nouuellesJ ordonnances. cefte raifon me femble fort confidérable. ^eflc pcrnici°“4. P iüj
45i DELAREPVBLIQJ/El’en mettray encores vne,qui n eft pas de moindre poids : c’eft: que tout
changement de loix qui touchent l’eftat.eft dangereux : car de changer
les couftumes ôc ordonnances,concernans les fuc ce {fions, contrats,ou
Reigle poli fcrüitudes de mal en bien,il eftaucunement tolerable : mais de changer
tique des ^cs ^olx °lu^ touchent l’cftat,il eft aufli dangereux comme de remuer^les
anciens. fondements ou pierres angulaires, qui fouftiennent le fezdubaftimét:
lequel en ce faifants’ebranle, &: reçoit bien fouuent plus de dommage
(outre le danger de fi ruine) que de profit de la nouuelle eftofe:mefmc-
ment s’il eft ia vieil ôc caduc. ainfi eft-il d’vne Republique iaenuieillie,
fî on remue tant foit peu les fondemens qui la fouftien nent, il y a grand
danger de la ruine d’icelle : car la maxime ancienne des fages politiques
doit eftre bien poizee, c’eft à fçauoir, qu’il ne faut rien changer és loix ;
d’vne République,qui s’eft longuement maintenue cn bon eftat, quel¬
que profit apparent quonvueille pretendre. Et pour ces caufes, Tedit
des Atheniens,qui depuis fut receu en Rome, ôc pafle en force de loy,
publiee à la requefte du Di&atcur Publius Philo, eftoit le plus neceflai- 1
re qui peut eftre en vne Republique, c’eft à fçauoir, qu’il ne fuft licite à !
perfonne de prefenter requefte au peuple fans l’aduis du Sénat : ce qui 1
eft mieux gardé à Venize qu’en lieu du mondercar il n eft pas feulemét f
permis de prefenter requefte au Senatfansl’aduisdcsfagcs. Mais cn la 1
République des LocrienSjl’ordonance eftoit bien encores plus eftroit- 1
te: c’eft à fçauoir,que celuy qui vouloit prefenter requefte pour lafaire 1
pafler cn force de loy, eftoit contraint de venir deuant le peuple la cor- ;'c
de au col,de laquelle il deuoit eftre eftranglé fus le champ, s’il eftoit de- 1
bouté de (à requefte. qui fut caufe que cefte Republique là fe maintint f
fort long temps fans rien ofterny adioufteraux loix anciennes, iufques J
à ce qu’vn citoyen borgne prefenta requefte au peuple, tendant à fin, ^
que deflors en auant ceux là qui aueugleroient les borgnes de propos 1!f
délibéré,auroient les deux yeux creuez:d’autât que fon ennemy le me- ^
nafloit de luy creuer l’œil qui luy reftoit, pour le rédre aueugle du tout, f
àla peine d’en perdre l’vn desfiens, fuiuant la loy delà pareille, qui lors
eftoit quafi commune à tous peuples, fa requefte fut entérinée,& pafla Ji
en force de loy,&non fans difficulté. Sionmeditque le changement Ici
de loix eft fouuent neceflaire, ôc mefmemcnt celles qui concernent la .^1
police ordinaire: ic dy que neceflité en ce cas n’a point de loy: mais par- lit
lant des edits ôc ordonnances volontaires, encores qu’elles foient tref ïf
belles&vtilescn foy, neantmoins le changement eft toufiours péril- iiijj
leux,-mefmcment en cc qui touche l’eftat. non pas que ie vueille que la iis
République ferue aux loix, qui ne font faites que pour la conferuation ^
d’icelle. car tout ainfi queThemiftocleperfuadaaux Atheniens deba^ ^
ftirforterefles&: murailles autour d’Athenes pourla tuition &defenfe ^
des citoycs:aufliThcramcncs pour la mefme caufe fut d’aduis qu’on les ^
ruinaft . & n’y a loix fi excellentes foient elles, qui ne foufrent change- Lment,
LIVRE qv A T RI E S M E. 453\ ment,quand la ncccflicélc requiert, &nonautrement. C’eftpourquoy1 Solonapres auoir publié fesloix,fift iurerles Atheniens deles garder1:! cent ans,comme dit Plucarque: pour faire entendre qu’il nefaut pas les^ faire éternelles,ny les changer aufli tout à coup. ôc Lycurgue print auflî1 le ferment de fes citoyens de garder fes loix, iufques à fon retour, qu’il1JI deuoitraporter l’Oracle: ôc ne voulut depuis retourner,febaniffant vo-k lontairementdefon pays naturel, pour obliger fes citoyens à garder fes;;t loix autât qu’il feroit poflîble. Et iaçoit que l’iniuftice d vne loy ancien-% ne foit euiden te,fi vaut-il mieux endurer quelle vieilliffe perdant (à for-Jij ce peu à peu,que de la cafler par violence foudaine. Ainfi firent lesRo-i mains des loix des x n. Tables, qu’ils ne voulurent pasabroger, ains les;t[(i pafferparfoufrance, en ce qui eftoit inique, ou inutile: afin que cela ne\\{ caufift vnmefpris de toutes loix. mais lors que par trait de temps elles4 furent defacouftumees, quifut fept cens ans apres qu’elles auoient efté;î|, publiées,il fut ordonné à la requefte du Tribu n Æbutius,que celles quisn(t eftoient comme aneanties par non vfance,feroient tenues pour caflees, Tern vi| & annullees, afin que perfonne n’y fuft abufé. Mais d’autant que le na- ch^crutij turel des hommes, ôc des chofes humaines eft lubrique a merueilles, al- Je loix &;y lant en precipice continuel de bien cn mal,& de mal en pis, ôc que les vi-Ki ces fe coulent peuà peu, commelesmauuaifes humeurs qui s’accueil-us( lent infenfiblemcnt au corps humain, iufques à ce qu’il foit plainralors il^ eft bien neceflaire d’y employer nouuelles ordonnâces: ôc neantmoins1 cela fe doit faire petit à petit, ôc non pas tout à coup, comme s’efforcea| de faire Agis Roy de Lacedemone-.lequel voulant reftablir l’anciennej[; difeipline de Lycurgue, qui eftoit prefque aneantiepar foufrance desMagiftrats, il fift apporter tou tes les obligations ôc cedules des particu-j’, liers, ôc les fift brufler en public : ôc cela fait il voulut procéder à nou-L, ueau partage des terres,afin d’egalcr les biens, comme Lycurguc auoit1 fait:& combien que fon intention fuft dcfiree de plufieurs en la Repu-I j blique de Lacedemone, quiauoit ainfi efté fondee : fî eft-ce que pourauoir précipité l’affaire,non feulement il decheut de fon efperance,ains’■ aufli il embrafa vn feu de fedition, qui brufla fa maifon : ôc apres auoirII efté defpoüillé de fon eftat,fut eftranglé auec fa mere,ôc autres fiés par-
3Î tifans, faifant pont aux plus mefehans, qui enuahirent la République, ôc
CÎ|E fruftrant fa patrie d’vn bon ôc vertueux Prince. Car ilfalloit premiere-
$ niet fe faire maiftre des forces:ou s’il eftoit impoffible, fonder les cucurs
31‘ & gaigner les plus grands l’vn après l’autre,comme Lycurgue auoit fait.&puis defendrelamonnoye d’or&d’argent: & quelque temps apresles meubles precieux: mais d’vfer d’vne faignee fi violente deuant que¥ purger,ôc d’vne fi forte medecine, deuât que préparer, cc n’eft pas gua-f rir les maladies,ains meurtrir les malades. Ilfaut donefuiure auxgou-uernemens des Republiques ce grand Dieu de nature, qui fait toutes# chofes petit a petit, ôc prefque infenfiblement. Les Venitiens pendant
{I
f
454 DELA REPVBLI QJV E.ÿaçon des la vie dAugufKnBarbarinDuc,nevouIurentrienretrancherdefapuitVenitiens. Tance, afin de ne rien etnouuoir : mais apres & mort, ôc au parauant que
procéder àla nouuelleeledtion de Loredan, la Seigneurie fift publier
nouuelles ordonances, qui diminuerêt bien fort la puiffance des Ducs.
Nous auons monftré que cela s’eft auffi fait és eledtions des Empereurs
1 d’Almaigne, Roys dePoulongne, ôc de Dannemarch, qui de Monar¬
ques fouuerains font réduits au petit pied de capitaines en chef, les vns
plus,les autres moins. & pour faire aualer cela plus doucemét on a lait
fé les marques impériales aux habits,aux qualitez, aux cercmonies,ôc en
effedt bien peu de chofe. Et tout ainfi qu’il eft périlleux de retrancher
tout à coupla puiflance d’vn Magiftrat louuerain, oü d’vn Prince qui a
la force en main:auflin’eft-ilpas moins dangereux au Prince de chaffer
ou'deCipointer tout foudain les anciens feruitcurs de fon predeceffeür,
ou deftituer tout à coup partie des Magiftrats, ôc retenir le furplus : car
ceux qui font efleus ôc retenus d’vn cofté, demeurent chargez d’enuie,
ôc les autres de maluerfàtion ou ignorace, ôc priuez de l’honneur ôc du
bien qu’ils ont acheté bien cher. Et peut eftre que l’vn des plus beaux
foiidemensde cefte Monarchie eft, que le Roy mourât, les officiers de
là Couronne demeurét en leur charge: qui par ce moyen maintiennent
la Republique en fon eftat:& combien que les officiers de la maifon du
Roy font muables au plaifîr du fuccefleur,fî doit il en vfer auec telle dit
cretionjque ceux qui aur5t congé,n ayent occafio de rien mouuoinouf>our le moins qu'ils n ayent la puiflance,quâd bien ils auroient la vo-
onté. A quoy l’Empereur Galba ayât failly, ôc rebuté Othon de l’efpe-
rance qu’il auoit à l’Empire, pour adopter Pifon, fans toutesfois defar-
mer Othon, bien toft apres il fe trouua affafliné, Ôc meurtry auec celuy
quilauoit adopté pour fuccefleur. Tout cela n’eft point à craindre és
eftats populaires,& Ariftocratiques, d’autant que ceux qui ont la fou¬
ueraineté ne meurent point, mais le péril n’eft pas moindre,quâd il faut
changer les Magiftrats fouuerains, ôc Capitaines cn chef, comme i’ay
monftré cy deffus; ou quâd ii faut faire quelque loy qui n’eft pas agrea-
ble au peuple, ou que la Nobleffe en tire profit,&Iemenu peuple le
dommage : ou que les viurcs ôc prouifions défaillent, ou que la charte
eft par trop grande: en ce cas il y a toufiours danger d’emotions,&fedi-
tions populaires.Etgeneralement quand il faut ofterjes Magiftrats,ou
les corps, Ôç collèges : ou retrancher les priuileges des particuliers : ou
diminuer les gages , ôc loyers : ou croiftre les peines : ou ramener
le gouuernement des affaires des politiques, & de la religion à fapre-
miere fource & origine,qui par fucceflion de temps fuiuant la naturelle
corruption de l’hommeauroit efté altéré, ôc changé,il n’y a meilleur
moyen que d’y venir peu àpeu,fans rien forcer,s’il eft poflible, comme
par forme de fuppreflion. Nous en auons vn notable exemple de Char¬
le v. lors qu’il eftoit encores Regent en France,par mauuais confeil fut
L i V R E Q_V ATRIESMH. 455ijj pendit tout a coup, &ftiprimala plufpart des officiers eftabliflans desjj comnTiflaires,auflî toft la France fut en grandes feditions pour le nom-dj b$ infîny des malcontents. Oui fut caufe que peu après il doua fon ar-I reft en Parlement tel qui s'enfuit ;0 Nous de noftre pur,& noble office o.Arteft de ctiàr-:u ^ Royal,auquel appartient rapelcr, & corriger tant noftre fait,comeTau- e7i’fn0î5/9FeT’f[ tmy,toutes les fois que nous cognoiflonsqu’éiceluy iufticea eftéblef- Maylei8-3’ fce,fpccialcm-cntcngrcuant l’innocent: Auons dit5declaré,&pronocé:* ' difons, déclarons, ôc pronoçons ladite priuation, ôc les publicatiôs d’i-;t[’ celle, ôc tout ce quis en eft enfuiuy, auoir efté de fait feulement, ôc ob-
tenues par imprcflîon , ôc à noftre trefgrand deplaifir, ôc n*auoir eu dej droid: aucun effeddepriuation,fufpenfion,oulefion quelconque def-j( dits officiers en leurs perfonnes, eftats,offices,honneurs,gages,droids:& neantmoins icelles priuationsanullons,cafîons,&:codamnonsàpcr-V petuité. Charle i x.venantà la Couronne, ôc voyant le nombre effrenéJ ! d’officiers,procéda par fupreffîon,aliénant la mort des officiers,ou col-
lègues,ou priuilègiez:& non pas de leur viuant.car outre la difficulté du
rembourfement que1 faire ce doit: encores eft-jl plus à craindre que 1. §. nos auto*, hiltl: ceux là remuent leftat, qui font defpotiillez de l'honneur, qui eft plus Sdfàupr°kib?*111(1 cher aux ambitieux que les biens ny la vie. Si on me dit qu’il 11e fuit pas® craindre cela, quâd le Prince a la force en main : ie dy neantmoins qu’il:® ne fe doit pas faire, ores qu’il peu ft d’vn clin d’œil foire trembler tous« fes fugets : car non feulemét celuy qui a rcceu l’iniure, ains auflî tous les'A fugets s’en reflentent:& plus vn Prince eft grand ôc puiffant,p!us il doitW eftre iufte ôc droid,mefmement enuers fes fugets,aufquels par obliga-» tion il doit la iuftice. La Seigneurie de Bafle ayant changé de religion*nsi ne voulut pasfoudain chaflerles religieux des A bayes & Monafteres,®j ains feulement ordonna qu’en mourât ils mouroient pour eux,ôc pourJ leurs fuccefïeurs : de forte qu’il fe trouuavn Chartreux qui fut longue-ê mcnt tout feul cn fon contient,& ne fut onques forcé de changer,ny de011 lieu, ny d’habit, ny de religion . Ôc quafi tous les autres volontairementui| s en allèrent. cefte mefme ordonnâce fut publiee à Coïre à la diette despf Grifons tenue au mois de Nouembre m. d. l v i i i. où il fut arrefté queii lesMiniftres delà Religion réformée feroiét entretenus des bienspro-is,§ yenans des benefices, demeurans les religieux en leurs conuents, pour
eftre fuprimez par mort: comme i’ay apris des lettres de l’Ambafladeurj|j de France, qui lors eftoit à Cor ce. En quoy faifant., les vns & les autres^ eftoiét côtés, ôc qui euft ofté l’efperâcede lavieàceuxquieftoiétnou-tjjj' ns cn oifiueté, Ôc n auoient rien apris, outre l’iniure qu’on leur cuft fait,^ encor y auoit-il danger, qu’eftâs réduits au defèfpoir,ils euflentattentépli c°ntre la Seigneurie, ôc peut eftre tiré apres eux tous leurs alliez. Pour$ ame^me occafion, le Roy ayant permis en cc Royaume l’exercice de laj(É nouuelle Religion,ôc voyant que ceux qui eftoient fortis des Monafte-,„(! les demandoient partage à leurs parens, il fut ordonné quils retourne-
f
45* DE LA REPVBLIQVEroicnt aux Monafteres,fus groffes peines:qui fembloit eftre dire&emét
contraire àla permiffion quon auoit donnee,mais obliquemét c’eftoit
clorre la bouche à ceux, lefquels ayant forty des Monafteres vouloient
troubler vn eftat, remuât toutes les plus grâdcs,&les plus nobles mai-
Lavoye de fonsdece Royaume, foubs voile de religion .ioint auffi quileuftefté
fupreffion neceffaire de rayer en toutes les couftumcs de ce Royaume l’article tou-
tolcrable. chant ^cs religieux,qui font déboutez de tout droit fucceflif. Ce que ie
dy que la multitude des officiers,ou des collèges,ou des priuilegiez,ou
des mefehans qui font accreus peu à peu, parlafoufrancedes Princes,
ôc Magiftrats, doit eftre (uprimee par mefme moyen, a lieu en toutes
chofes qui concernent le public : & feraporte àla nature des loix, qui
Meges.d« legib. n’ont force n’y effed que pour6 l’aducnir. Et iaçoit que la tyrannie foit
.wandatifcf°* vne chofe cruelle, & deteftable : fi eft-ce que le plus feur moyen de l’o-
fter,fi le tyran n’a point d’enfans, ny de frères, c’eft de fuprimer la tyran¬
nie aduenant la mort du tyran: ôc non pas s’efforcer par violence de luy
ofter la puiffance, au hazard de ruiner leftat, comme il eft aduenu fou-
Ruze des uent. Mais fi le tyrâ a des enfans, & qu’il s’efforce défaire mourir les plus
tyrans. grands l’vn apres l’autre, comme les tyrans ont de couftume,ou de fu¬
primer les Magiftrats & officiers, qui peuuent empefeher le cours de faIl faut que tyrannie,afin qu’il face tout cc qu’il luy plaira fans contredit,alors les rc-
le fage poli medes violents pourraient feruir:felon les diftinâions que nous auons
tique fuiue pofees cy deffus: autrement non. Il faut doncaugouuernementd’vn
les œuurcs eftat bien ordonné fuiurc ce grand Dieu de nature,qui procédé cn tou-
de Dieu au tes chofes lentement,& petit à petit : faifant croiftre dvne femence me-
gouuerne- nue vn arbre en grandeur & grofleur admirable, ôc toutesfois infenfi-
ment de ce blement: & conioingnant toufiours les extremitez par moyens, mettât
monde. le printemps entre l’hyu er Ôc l’efté : ôc l’automne entre l’efté & l’hyuer:
vfant de mefme fageffe cn toutes chofes.S'IL EST BON QJTE LES Of¬
ficiers £njne République foientperpetuels.C H A P. I I I I.* A v T a n t qu il n*y a peut eftre chofe,quiplus aporte
de changemens de Républiques* que changer fouuet,
ou perpetu er les Magiftrats, il femblc q cefte queftion
ne doit pas eftre laiffce, par cc quelle eft des plus vtiles,
ôc neccffaircs qui peut eftre formée en matière d’eftat,
ôc des plus dignes d’eftre bien entendue. Non pas que
i’entreprenne la decider, ains feulement toucher les raifons qu on peut
mouuoir de part ôc d autre, laiffant la refolution à ceux-là,qui plusauât
ont fondé la fuitte,& confcqucnce d’icelle. Ic n encens pas auflî mettre
cefte queftion cn auant,pour donner pied à ceux qui voudroient chan¬
ger
LIVRE QJATRIËSME, 457gerlesloixiareceuës, que les fugets doiuenttrouuer belles en chacune
Rcpublique^ny pour defir d’alterer Te ftat des Republiques ia eftablies,& qui ont pris leur ply par longue fucceffion d années La plusforte
raifon quon peutauoir de faire les officiers annuels eft, que le premier, mon^çr
& principal but de toute Republique, doibt eftre la vertu, & la fin du ucjes
bon Ôc vray legiflateur,eft de rendre les fugets bons ôc vertueux.pour y ^l!f CS ma
pai‘ucnir,illuy conuient de mettre en veuë de tout le môdeles loyers de j0-uent
vertu,comme le blanc,auquel chacun s’efforce dattaindre à qui mieux ^ e~
mieux. Or eft-il certain,que l’honneur n’eft autre chofe, que le prix, ôc
loyer de vertu,Iaquelle ne doit,&ne peut eftre eftimee au cotrepoix du ^ ^
profitons au contraire,la vertu na point d’ennemy plus capital, que le ' e
profit diuifédel’honeur.Si donc les eftats, offices, &comiflions hono- VCr U Com
rables,font enleuees d’vn lieu public,pour eftre à toufiours enclofes, ôc
muflees és maifons particulières des plus indignes, qui les emportét pat*
faueur, ou par argent, il ne faut point faire eftat que la vertu foit prifee,
veu qu’il eft bié difficile,quelque prix qu’on en face, d’y attraire les ho¬
mes. Voila lepremier point qui doit mouuoirles princes,ôc legiflateurs
de mettre les eftats.,offices,& to9 autres loyers de vertu, en veuë de tout
le mode, & en faire part aux fugcts,felo les mérités d’vn chacunrce qu’ils
ne pourrot faire les ottroyâtàperpetuité.L’autre point que le Cage prin- * ç
ce doit auoir deuant les yeux, eft de trancher les racines, &ofterlesfe- auC Par^
mences des guerres ciuiles,pourmaintenirles fugets cn bonne paix, ôc toUsj^°yes
amitié les vns enuers les autres, cela eft de tel poids , que plufieurs trallc™jlla
ont penfé , que c’eftoit le feul but , auquel doit afpirer le bon Iegit *acuie c*e~
lateur. car cobien qu’o aytbânifouuét la vertu des Repub.pour viure en 1 Ion*.
vne licéce.debordee à to9 plaifirs:fi eft-ce q tous fot d’accord, qu’il n’y a
pefteplus dâgereufeaux Repub. que la feditio ciuilerd’autât quelle tire
apres foy la ruine comune des bos ôc des mauuais.Or eft-il q lapremiere
ôc pricipale caufe de feditio eft l’inégalité: & au cotraire la mere nourrice
de paix,& amitié eft l’equalitérqui n’eft autre chofe que l’equité naturel
le,diftribuât les loyers,les eftats les honeurs,&les chofes comunes à cha
cnn des fugets,au mieux q faire ce peutrde laquelle equalité, les voleurs
mefmes,ôc brigâs ne fçauroiét fe pafler,s’ils veulent viure enféble.celuy
doc qui départ les honeurs ôc offices à vn petit nobre de perf5nes,come
il eft neceffaire,quâd ils fot donez à vie,ceftui-Ià,dif ie alurne les flâmef-
ches de ialoufie des vns enuers les autres, & le plus grand feu de fedition
qui peut eftre en la Repub. Quâd il n’y auroit que ces deux points là,il fé-
ble qu’ils doiuét fuffire,pour empefeher qu’o face les offices perpctuels,
affin que chacun y ay ât quelque part, ait auffi occafio de viure en paix.Mais il y a encores d’autres moyés : c’eft que non feulement l’vnion des lmpunite
fugets,& les vrays loyers de vertu font oftez:ains auffi les peines abolies. .^e mag*~
combien qu’il y a plus grand danger en ceftuy-ci,qu’il n’y aaux loyers: ftlats Pei>
car 1 homme fage Ôc accomply , n’attend autre loyer de fes adions pctuels*CL
45* DELA REPVBL IQVEVertueufes,que la vertu mefmc:ce quon ne peut dire du vice,ny des vi~
deux : ôc pour cefte caufe les loix diuines, ôc humaines , depuis la pre¬
mière iufques à la derniere, n’ont rien plus recommandé, que la pu¬
nition des mefehans.Et quelle punition feroit 011 de ceux qui font touf¬
iours fi haut montez,quil eft impoffible de leur toucher?qui les accufe-
ra?qui les emprifonnera?qui les condénera?feront-ce leurs copaignons?
couperont ils les bras eux-mefmes ? ils ne feront pas fi mahaduifez. ôc fi
les plus grands font attains de larcins, ôc concufhons, comment puni¬
ront-ils les autres? pluftoft ils rougiroy ent de honte, ôc s’il y a quelqu’vn
fi hardi d’accufer, ou déférer feulement l’vn de fes dieux, il y va de la
vie du délateur, s’il ne vérifié plus clair que le Soleil, les mefchancetez
faites en tenebres : ôc ores que le tout foit bien aueré, que le Magiftrat
coupable foit preuenu, attaint, conuaincu, fi eft-ce que la claufe^ordi-
naire,Frafrr«oy?er^,fufirapour couurir,&renfèuelir toutes lesmefeha-cetez,fauffetez,&concuffions du plus iniufte magiftrat qu’on pourroitimaginer, ôc n’aduiendra pas, peut eftre, en cinquante ans qu’il en foit
faid execution d V11 entre mil, qui l’auront mérité. Mais fi les Magi¬
ftrats font annuels, il eft bien certain que la crainte d’eftre mis à l’e¬
xamen , les tiendra toufiours en ceruelle : ôc trembleront toutesfois
ôc qualités qu’ils orront les menaces que firent les tribuns du peuple
1. Liuius lib.41. à Manlius, ‘Triuatum rationem rerum ab fegettarum reddïturum,1 quo-
niam Conful noluïjjet. Et que pourroit on voir plus beau, que ceux
qui ont manie la Iuftice,les finances, les chargespubliques,apresauoir
piutar m ^ep°üiHéla robe de Magiftrat,viennent en habit priué rendre copte de
Lucuiîoar”m leurs adions?c eft dequoy1 Plutarquc a fi haut loüé la couftume des an¬
ciens Romains,qui poufloyent les ieunes hommes,pour accufer en pu¬
blic ceux là qui s eftoyent mal aquitez de leurs charges,les lachans com¬
me leuriers apres les loups, &beftes fauuaiges. cn quoy faifant, non
feulement les mefchancetez eftoyent punies, ains auffi par émulation^
ôc ialoufie chacun s’efforçoit à bien faire, ôc mefmemét ceux qui auoiét
accufé quelques vns, eftoyent efclairez de fi près, qu’ils eftoyent con¬
traints en qlque forte que ce fuft,de charrier droidt toute leur vie.Tout
cela celle,quand les eftats font dônez a vie. C eft pourquoy l’Empereur
1 Dio.iib.6o; Claude renouuellal ancien edit,qui defendoit de continuer deux eftats
en vne perfonne:affin quelescocuffions,& maluerfàtios des Magiftrats,
parcontinuationdepuiffancc,&devoyages,nefuffent? impunis. Car
quelques loix, & ordonnances quon face,toufiours les mauuais Magi-
ftiats fe tiendront la main, ôc feront les vns pour les autres, fe fortifias en
iudïumSoSo3îca forte, qu il fera impoffible d’en auoir la raifon.Ce fut la caufe qui meut le
nab«utacarSgi- caP*taine 4 Annibal,depreféter requefte au peuple de Cartage,pourfai-
qaodTde “«T rclcs iuSfS al™uels % auoiét leur eftat à vierce qui fut pafle par le peuple,
tuiîudiccs étant: auec deféfes a to9 de cotinuer deux ans l’office de iudicaturerparce qu’il
que eftoit impoffible de les chaftier,& qu’o auoit tous les iuges pour enne-
LIVRE QV A T,R I E S M E/ 4 59mk rmad on s’atachoit à Pvn. car les Maçriftrats eftat perpetuels, & ordi- omnium in niomt •] Ti • rn 1 J’ r 1 poteftacecrat. quinaireméc alliez les vns auec les autres,ileit impoflible d en eipercr la pu- vnum cius ordims
nition. Ôc moins encores d auoir iuftice, fi on a quelque chofe à derael- habShoruïîn
1er auec eux. &fi on en veijt reeufer vn,il faut par mefme moyen reçu-
fer tout le fiege:comme il eft aduenu depuis peu d annees,quepourvn ^nqnui^oc!rj-a
différent entre deux luges, on reeufà d’vne feule alliance foixante lu- pro n&iio habuit
ges, ôc x L11. d’vne autre en vn mefme fiege. Ceft pourquoy il fur ar- ftionis crat : &
reftéaux eftats du pays de Languedoc, tenus a Mont-pellicr l’an m. d. SîSïjSf.
L v 1. où i’eftois alors, & l’inftru&idn baillee à Iean Durand Syndic du ®““^°rr4|ncm rc
pays, pour remonftrer au Roy qu’il luy pléuft ordonner, que les pro- futtm? mo* opa¬
cités parens, ôc alliez ne fuffelit admis en vn mefme fiege, ny en vne Sgnummus
mefme cour, & quatre ans après, les mefmes rem on ftrances.furent adSLTS
faites au Roy, parles eftats de France tenus à Orléans, mais il eft
poflible d’y remedier , tant que les eftats feront perpetuels. carilya in concionem
deux cens cinquante ans quele Roy Charl e v. ôc au parauant luy Philip- quLlp0?dTne3!
pe le Bel, auoyent ordonné, que nul ne fuft luge au pays de fa naïf- rup^ia^TquTo-
fànce : comme en cas pareil MarcJ Aurele fift vn edic,que nul ne fuft
o-ouuerneurde fon pays: Ce qui fut depuis eftendu aux Confeillers, & necmagiihatus/o. r j A • 1 „ r n • / accufauit:& vt fe.aüeüeurs des gouuerneurs de prouince, ôc rut trclbien execute comme cundis auribusac-
ileftauffi enEfpaigne : Ôc enla plufpart des villes d’Italie le luge ordi- maducrih^Ugem
naire eft eftranger. & fut requis auffi parles Ambafladeurs de Maflo- g^TplnuSqui'
nie aux eftats de Poulongfie. mais l’ordonnance de nos Roys fut auffi g^n-
toftenfeuelie, pour la raifon que i’ay dit. Et fans chercherlesedits des renturrne quis bi--, • 6 • J r* C ennium continuüEmpereurs Romains, nous trouuonsaux mémoires de Celar , que iude*effet,
les anciens Gaulois, & mefmes ceux d’Autun, auoyent vne loy inuio- tônïpiüoroph’
lablc, qui defendoit queles Magiftrats fuflent continuez plus d’vn an: *•lib- ?•&que deux d’vne famille, ne peuffent eftre Magiftrats, ny enfemble:
ny l’vn, tant que l’autre, qui ia auroit eu Magiftrat, feroit en vie : ôc qui
plus eft, il eftoit expreffement defendu,que deux d’vne famille,ne
peuflène eftre Senateurs enfemble : ny l’vn, tant que l’autre,' qui l’au-
roit efté , viuroit. Dauantage la chofe qui plus doibt eftre recom-
mandee à tous fugets en général, ôc à chacun en particulier , eft la
conferuation du bien public. Et quel foing, quel foucy du bien pu¬
blic auroy ent ceux-là, qui n’y ont aucune part ? ceux qui en font rebu¬
tez, ôc qui voyent donner en proyeàpeu de gens les eftats à perpé¬
tuité, comment auront-ils foin de ce qui ne leur touche ny près, ny
loin ? Et fi quelque homme de bien veut dire, veut faire, veut entre*
prendre quelque chofe pour l’vtilité publique, eftant priué, qui l’et
coûtera?qui le portera?qui le fauorifera? Auffi voit-on que chacun
laiffant le public, entend à fa befoigne, & feroit moqué, voire mis en
curatelle, celuy qui feroit plus foigneux du bien public , que du fien.
car quant àceux qui iouïffent des eftats, ôc offices, ils n’en ont pas
grand foing pour la plufpart, ayant pour iamais ce qu’ils ont prêt end 11.
4*>° de la repvbli QJV EO combien feroyent, ôcks fugets , ôc la Republique plus heureufe fi
après auoir chacun en fon rang, Ôc félon fà qualité, iouy des eftats &
apris la vraye prudence en maniant les affaires, ils fe retiroy ent pour e-
ftudier à la contemplation des chofes naturelles ôc diuinesi car il eft tout
certain , que la nourrice de toute fagefle, ôc pieté , eft la contempla-
tion, que les hommes enuelopez d’affaires, n’ont iamais fauouree nv
gouftee. & neantmoins ceft le but,c eft le comble,ceftlc plus haut
point de la félicité humaine. Combien qu’il y avnautreinconuenient
de ce que les eftats font ottroyez à vie : c’eft à fçauoir, que peu d’hom-
T. AriftotnpoBc. mes veulent tout ambrafler, ôc quelques vns s empeftrer de plufieurs
charges, Ôc offices : comme il eftoit anciennement permis en7 Carta-
ge : îaçoit que Platon en fes loix reprouue cela, ôc cn toute République
bien ordonnée il eft defendu : mais Pambition des hommes pafle tout
iours par fus les defenfes : car les plus indignes, bruflent ordinairement !
d ambition , ainfi que le mauuais eftomac eft toufiours plus auide 1
de viandes, que celuy qui les;digère bien : ôc iamais ne veulent rab- J
baifler leurs eftats Ôc qualitez : ains au contraire , monter de plus en 3
plus : de forte que la Seigneurie de Venize , pour fatisfaire aucune- 1
ment a 1 ambition des fugets, a voulu qu’il fut permis refufer le moin- >
dre eftat, a celuy qui cn auroit eu vn plus grand, qui eft vne or- 1(3
donnance pernicieufe : comme fi les charges, ôc offices, fe debuoycnr «
reigler au pied de l’ambition des fugets , ôc non pas au bien public. »
Combien donc eft-il plus pernicieux, de perpetuer les eftats, pour i
fàouler 1 appétit des ambitieux ? car il y a danger , que s’ils veulent ’w
çluftoft creuer a la table d’ambition , que s’en retirer, ceux qui en
lont affamez leur dient, retirez vous , ou s’ils n’en veulent rien fai- ig
re, qu on les arrache par force, non fans troubler le repos de la Re- ira
Les vieillars Pu^liclue; En ^«nblec des eftats à Rome,il y auoit des ponts et 1
p-ettez des ui°^ > conucnoit paflcr pour donner fa voix , en iettant fa ta- «
ponts blette, &pour la foule qui y eftoit,on aduertifloiteeux quieftoient ifi
P ia fexaginaires, de le retirer des ponts, pour n'eftre oflfenfez, non pas |qu on les gettaft des ponts en la riuiere , comme quelques vns ont
penfe : combien donques eft-il plus feant à ceux qui ont iouy paifî- ^
blement des eftats, fc retirer doucement des hauts lieux , que fout ^
frir qu on les face crôuller, veu mefme qu’il n y aprecipice plus glit |
fant que les lieux d honneur ? mais le pis qu’il y a , c’eft que bien j?
fouuent en tombant, ils tirent apres eux la ruine de la Republique. J
comme fift Marius , lequel ayant paflé par tous les degrez d’hon- ^
neur, & fix fois pourueu du Confulat, ce que iamais Romain na- ; |
uoit eu , non content il voulut encores ofter la charge de la guerre J'
Mithridatique , efcheuë a Sulla par fort , ores qu’il fuft ia recrud de y1
vieillefle,affin d obtenir le feptiefme Confulat, &perpetuer les eftats jj!
en fà perfonne. mais Sulla aduerti qu’il fut, qu’on auoit decerné 0(fi corn-
LIVRE QJVATRIESM E. 4**fàcommiffio à Marius,auffi toft il retourne en Rome auec fes partifans
& fift vn carnage qui continua depuis en telle forte, que toute l’Italie,
ôc FEfpaigne en fat enfanglantee, Ôc leftat populaire réduit cn extreme
tyrannie.Pour la mefme occafion, trois cens ans au parauant leftat po¬
pulaire eftoit changé en fadion oligarchique, non pas pour auoir per¬
pétué à vie, mais feulement pour auoir continué deux ans la charge aux
dix commiflaires, deputez pour corriger les couftumes, qui voulu- pjufîcurs
rent continuer la troifiefme annee , ôc perpetuer leur commiffion, ont cmpjc<
par force, & par armes, fi on ne les euft defemparez. Par mefme moyen ja jfol[uc<
les eftats populaires furent changez en Monarchies, pour auoir don- rajnct£par
né les charges ôc commiffions plus long temps quil 11 eftoit befoin: c5tinuatio
comme à Pififtrate, en Athenes : à Phidon, en la ville d*Argos : à Cyp- ^'offices
fele, en Corinthe : à Denys, en Syracufe : aPanece, enLeonce : àPha-
laris,en Ionie, ce que preuoyant le didateur Æmilius Mamercus, pre-
fenta requefte au peuple, quipafla en force de loy8 ,par laquelle il fut 8.Liuiusiib.j.
ordonné,que la cenfure deilors enauant prendroitfin en x v 111. mois,
qui eftoit eftabliepour durer cinq annees : & le iour fuiuant il depofà la
didature, ne la voulant continuer plus d’vn iour, ôc adioufta cefte rai¬
fon, Vt fciatis qua mibi diutuma Imperia non placeant. Et pour mefme
occafion,la loy Corneliapubliee àla requefte d’vn Tribun ,pourueut
à ce quil 11e fuft licite demander vn mefme office plus d’vne fois eu
dix ans. Et àpeu queleTribunGabiniusnefuttuéenplein Sénat par
les Senateurs mefmes, comme nous lifons en Dion , pour auoir fait
decerner à Pompee la commiffion de la guerre Piratique pour cinq
ans : ôc rend la raifon pourquoy il eft fort dangereux d’ottroyer les
charges honorables trop long temps,parce que, dit-il,le naturel de
i’home eft tel,qu’il meprife vn chacun, & ne peut viure en fuget,depuis
qu’il a trop long temps commandé, ce que difoit Caffiodore qualî
en mefme fens, ^Antiquitasvoluitproinnciarttm dignitatem anntia Juccef-
fione repararij njt nec diutina poteflate njnus injolejceret3 & multorum pro-
ueflus gaudia reperirent. Et peut eftre que ce fut l’vn des plus grands
moyens de conferuerl’eftatdes Affyriens,,&Perfans,quichangeoyent
tous les ans les capitaines, ôc lieutenans. Et combien s’en faut-il, que
les enfans ne forment complainte, pour eftre maintenus, ôc gardez en
lapofleffion des eftats que leurs peres, ôc ayeulx ont eu ? Cela de fait
s’eftveuésConneftables de Champaigne, de Normandie , & de Bre¬
tagne , és Marefchaux de la foy , és grands chambellans, Ôc infinis
autres, iufques aux fergens fiefez de Normandie .-commei’ayremar-
qué.cy deffus. ôc mefmement en Anjou, Touraine, ôc le Mayne,la
maifon des Roches auoit fait les offices de Baillifs, ôc Sénéchaux hé¬
réditaires , fi Loüys neufiefrne ne les euft reuoquees, Ôc rendues
muables, Ôc Syndicables par fon ordonnance Fan m. cclvi,
D E LA REPVBLIQVE
Le femblable s’eft fait des prindpautez,Duchez,Marquifats,c5tez queceux ont perpétué, qui les auoyent pet forme de commiffion •&iVva
prefque lieu en toute l’Europe,excepté l’Angleterre, où fes dicmiteznc
foient maintenant hereditaires:de forte que la puiflance de commâder
& la diftribution de Iuftice,eft cfcheuë aux femmes, & aux enfans par
droit fucceflif: & de publique rendue particulière,&venduë au plus of.
frant-.comme il eftoit neceffaire,eftant reduite en forme de patrimoine,
ce qui a doné occafion de trafiquer plus hardimét tous eftats, & offices-
quad on a veu,que par loix,& couftumcs la iuftice facree,eftoit prophâ
nee aux plus offrans, & derniers encheriffeurs. duquelinconuenientÆrSt eftiffuJlaC®UÎTe de PerPctucrtouscftats> & offices. ° Car on feroit
lie. iniure d oiterl office su marchant , fi on ne vouloit rendre l’argent parluy defbourfé. Voila les dangers,&abfurditezenchefiiecsJIesvnesauec
les autres,pour auoir voulu perpetuer les eftats, ôc offices.Mais outre les
raifons que i’ay cotees, nous auons l’au&orité des plus grans legifla-
teurs,Philofophes,Iurifconfultes,&prefquetoutesles anciennes Répu¬
bliques,mefmem ent celle des Atheniens, Romains, Celtes, ôc infinies
autres, qui ont fleuri, &fleuriflent encores en plufieurs lieux d’Italie,
Suifle, ôc Almaigne ,& mefmes de Thomas le More Chancelier d’An¬
gleterre qui fait tous les offices annuels en fa République : les autres de
fix, en fix : les autres, de deux, en deux m ois.-pour euiter aux inconue-
Les incoue- niens que i’ay dit. D autre cofté,onfouftiendra quil eft plusexpedient
niens de fai pour le bien public, de faire les eftats ôc offices perpetuels. Car il faudra
re les offices fortir de chaige,au parauant qu on foit informé de fon debuoir:& quâd
annuels. on commêcera d’entendre le deu de fon office,il s:en faudra départir, ôc
faire place à vn tout nouueau: de forte quela Republique tobera touf¬
iours entre les mains de gens incapables,ôc fans experience.Maispofons
le cas queles nouueaux venus foyent capables,ôc bien experimentezen
leur charge:fi eft-ce que le peu de iours de l’annee,qui fè pafîent pour la
plufpart en feftes, ôc ieuz, tire apres foy de grandes incommoditez
au changement d officiers, car il aduient queles affaires publiques ôc
priuees, demeurent indecifes, les guerres encommencees, imparfai¬
tes, les procès, Ôc difierendsaccrochezrlespeines, &fupplicesdelayez
lesacculations abolies. Nous en auons vn million d’exemples,en tou¬
tes les hiftoires des Grecs, ôc Latins, qui auoyent les offices annuels.
ôc fe trouue fouuent que les Magiftrats ôc capitaines , ayant char¬
ge de faire , ôc parfaire la guerre , foudain eftoyent reuoquez , ôc le
tout demeuroit cn arrierercomme il aduint, quand il fut queftion d’en-
uoyer vn fuccefleur aScipionl’Affricainde peuple,le Sénat, ôc les Magi¬
ftrats fe trouuerent bien fort empefehez. multis,dit Tite Liue, contentio-
ritbusfe in ScnatH 3 & adpopulum aeîa res ejl.poflremo eo de du êla^njtjenatui
permitteret. patres igitur iurati 3jicenim conuenerat, cenjuerunt > njt Conjules
prouincias interje comparèrent, c’eftoit chofe bien nouuelle d’adiurer leSénat
LIVRE QV A TRI ES ME. 463Scnât pour cela. Scipion ayant entendu l’arreft du Sénat par lequel' l’vn des Confuls luy debuoitbien toft fucceder, traita la paix , com-î xnc il fe vanra plus à Faduantage de Fennemi qu’il n’euft fait, s’il ne( euft craint que fon fucceffeur luy volaft Fhonneur de fa vidoire. Ëtla: guerre contre Mitliridate fut delayee plus de xx.ans, pour la variété, ÔC1 changement concinuçl des fuccefleurs : Ôc ce pendant Fennemi fe forci- .î fïoic.Ec quelquesfois mefmes fur le poinc de donner la bataille, le capi-1 raine en chef eft oie concrainc de quiccer fa charge : comme il aduint auxî capicaines Epamynode,&: Pelopide,la charge defquels expira, lors queJ!l ilseftoyenc furie poinc deliurer la bacaille aux ennemis : toutesfois co-t: gnoifTant quelaRepublique eftoic perdue,s’ils manquoyenc au befoin,ï!i & qu’ils aüoyencFauancage fur Fennemi,ils donneréc la bacaille,&rem-S: porceréc vue crefbelle vidoire,qui fàuua leurs alliez, ôc maintint les The-111 bains en leur eftat.Eftant de retour,au lieu d’eftre gratifiez, ils furent ac-? cufezde leze maiefté, pour auoir paflé le temps limité à leur office: ôcleur procez fait, & parfait furent condamnez à mort1 par les commiflai-1 yenopîl0 lib ^^ res,bien que le peuple leur donna grâce. On fçaitaufli combien de pla- «ruingwcar.ci-.V r '■ n.' r • i / j . • 1*1 c«o.hb.i.dediui*li( cesrortes ont elte prîtes pour auoir change de capitaines, combien de nac.piutar.inEPa-^ villes forcees pour y auoir mis de nouueaux gouuerneurs : mefines au Ssn°riac!'Appiana
IItl; temps que Fennemi eftoit preft d’y mettre le fiege, comme iladuienc
1 fouuent que les fauoris emportent ceft honneur, &les vieux capitaines
i deboutez,quibien fouuéc pourfe vanger vont aux ennemis ôudegar-
^ niffent la place de viures, ôc chofes neceflaires. Ericoresy a-il vne autre
raifon,qui peut empefeher que les eftats, ôc offices foyent muables, la¬
it quelle Tibere auoit en la bouche, quand onfeplaignoit que c’eftoit le
fi premier quiauoit cotinué les eftats, & offices à longues annees,affin die
fé il,que ceux qui feroc pleins du fàng du péuple,cômefàngfuesiafaoules,
nitii luy donnent quelque relafchercraignant que les nouueaux venus touts
f affamez fans trefue ny refpit quelconque acheuét de humerle fàng,ron-
i gerles os, ôc fuccer lamouele qui peut refteraux fugets. ÔC mefemble
pl que c’eft Fvne des raifons, qui doibt auoir grand p oids. Nec enimpartit
ipl populis regnum breue,com me dit vn ancien autheur. Or Tibere parloir du
m temps que les offices eftoyent donnez,non pas vendus:impetrez 110 pas
(jl àcheptez • referuez aux plus gens de bien, non pas expofez aux plus vi-
^ deux à prix d’argét.à plus forte raifon laduis de Tibere doibt auoir lieu
[t| és Republiques, où les eftats ôc offices font vendus aux plus offrâs: car il
I eft à prefumer difoit FEmpereur Alexandre,& apres luy Louys xii. que
j les marchans d’offices védront en détail,&le plus cheremét qu'ils pour-
$}!l ront,ce qu ils aurot achepté en gros.Mais outre ce que i’ay dit, cornent
^ eft-il poflible5que celuy commande auec telle audorité que doibt vn-
u Magiftrat,qui voit que toft apres il 11e feruira que de chifre, comme Ion
iJ(t ^itjfans pouuoir ny puiflance quelconque?qui fera le fuget qui le refpc-
^ &era?quile craindra? qui luy obéira, ôc au contraire fî leftat eft perpe-il QJ")
4?4 DE LA REPVBLIQJEtuel,il s alTeurera,&: commandera auec dignité,il fera tefte aux mcfchas
il preftcra Fefpaule aux gens de bien,il vangerales outrages des affligez*
il refifteraà la violéce des ty ras,fans peur,fans crainte,fans frayeur quon
le dépouillé de fon eftat,s’il n’a forfait: com me il s’eft veu des plus grâds
Princes eftonez,delacoftance,& fermeté immuable des magiftrats n’a¬
yant que leur reprocher, ôc n’ofant les deftituer,craignans aufli le mal-talent des fugets,enuers lefquels la iuftice, ôc fplédeur de vertu eft tout '
iours redoutable. Et pour le faire court, s’il eft ainfi qu’on doibt defirerauoir des officiers,& magiftrats aduifez, fages, prudens, ôc rompus en 1la charge qu’on leur donne il faut fôuhaiter qu’ils foyent perpetuels:car ‘
il eft impoffible que les nouueaux magiftrats foyent expérimentez enleur charge dés la premiere annee,veu que la vie de l’homme y eft bien ’courte, foit pour mener les fugets en guerre, foit pour les maintenir en 3paix,foit pour le fait delaiuftice,foitpourlemanimentdes finances, ôc ;tout ainfi que la ruine des familles, vient ordinairement des nouueaux :iferuiteurs:aufli la decadence des Republiques, prouient des nouueaux imagiftrats, quiaportent nouueau confeil,nouueaux dedans, nouuelles 'Àloix,nouuelles couftumes,nouueaux edits,nouueau ftile, nouueauxiu- sigemens,nouuelles façons,nouueau changement de toutes chofès:mef- iprifans les anciennes couftumes,les ancienes loix, les anciés magiftrats. t|Cela fe peut voir és Republiques des anciens Grecs, ôc Romains: ou les îlmagiftrats nouueaux n’eftoy ent pas fi toft inftallez, qu’ils forgeoyet de Inouueaux edits,de nouuelles loix, pour fè faire nommer, fans auoir et igard selles eftoyent vtiles,ou non,pourueu qu’on parlaft d’eux. Com- ilbien qu’il neft pas befoin d’vfer de tant d’arguments, pour verifïer, ÔC imonftrer comme à veue d’œil,que les magiftrats,ôc officiers doibuent Jeftre perpetuels,puifque nous auons la loy de Dieu, qui n’eft point .fiat- ®tacheeaux lieux,& aux perfonnes,qu’on n’en puifle tirer l’exemple:or il ine fe trouue point que les magiftrats, ôc officiers eftablis en la loy de tuDieu fuflent annuels:il ne fe trouue point,que ceux qui furent pourueus ^des eftats, ôc charges honorables, en fuflent onques deftituez, pour fai- ^re place aux nouueaux, ôc donner à l’ambition ce qui eft deu à la vertu. ^
aufli trouuoiis nous que Platon,qui aemporté le pris d’honcur entre lesPhilofophes,a voulu que les offices fuflent perpetuels.Briefnous voyos ^que Pautàorité diuin e eft fondee en raifon, ôc lvn, ôc l’autre co firme par ^cixperiéceJ>& par vne longue fuite, 110 pas de petites Republiques, ains ydes plus grandes, ôc fleuriflantes monarchies qui foycnt, ôc furent on- ^ques en toutle monde.-comme des Aflyriens %Perfes,Ægyptiens, Par- ^thes,Æthiopiens,T urcs,T artares,Mofchouites, Poulonois, Alemans, JFrançois, Danois, Suedes, Anglois, Efcoflois, Efpaignols, Italiens, >horfmis quelques Républiques,qui font en perpetuelles fadions,pour ‘la brigue des offices.Or il n’eft pas vrai-femblable, que tant de peuples, , Jayent eu faute de lumière naturelle,de iugement, de raifon, d’experien- .’ce:veu ^
LIVRE QVATRIESME* 4*5J, ce: veu la conduite de leurs eftats maniez fi fagement, & qui ont fleuri fil longuement- Voila les raifons départ & d’autre,qui pourroy ent emou-
l|' uoir les vns d eftablir,les magiftrats perpetuels : les autres de les faire ail-
|; nuels,& n’y a iugement (î fubtil,qui ne fuft ébloui de prime face, oyanÊ
f les raifons d’vne part,s’il n’y prend garde de près,ôc qu’il ne prefte les o-
rcillcsaux arguments contraires, c’eft pourquoy i’ay bien voulu brief-
uemét, & en peu de parolles mettre en veuë d’vn chacun les principales
t: raifons.Mais il y a deux fautes notables qu’on voit fouuent aduenir és a -irions humaines,foit pour eftablir & drefler, foit pour maintenir ôc af- £)cuxfalli
ili feurer les Republiques/amilles, & focietez des hommes : ôc aufquelles ^ nota^jcg
ltîl: on voit treb ufcher les plus grands efprits.L’vnc eft de regarder fort près ^ _: les inconueniens d’vne loy/ans poizer le bien qui en reüfcift : l’autre eft jjeu ^ £onc
!tt de courir d’vne extremité vicieufe,à l’autre extrémité, fans s’arrefter au ^ p-ouuer^1 milieu: &■ fuir l’eau, pourfegetteraufeu. Platon avoulu que les magi- ncI£entdes
01 ftrats foyent perpetuels: voila vne extremité.Son difciple Ariftote layât p^p^^01 releué de ceft erreur,a couru à l’autre extrcmité,difant que c’eft ambra- ^
zer le feu de feditio en la Republique : fans que l’vn ny l’autre aytfait di- *
ftindion des Republiques:quieftoitle point,duquel dépend la refolu-»
tionde cefte queftion. Nous auons veu de noftre aage l’vndes plus
$ grâds perfonnages de ce Royaume, & le premier de fa robe, ayant am-
ffiit brafle l’opinion d’Ariftote,s’efforcer par touts moyes, de changer touts
jtot les offices en commiflions, & n’auoit autre chofe en la bouche, fans di-
i ftinguer en quelle forme de Republique ce changement eft receuable.
ml Oril eft certain que les Republiques contraires , fe doibuent gouuei-
i ner par moyens contraires:& que les reigles, qui lont propres à mainte-
il nirles eftats populaires, feruentàla ruine des monarchies, leseftats po-
p; pulaires,font maintenus par continuel changement d’officiers,affin que
f chacun félon fa qualité,ayt part aux offices,tout ainfi qu’ils ont part à la
jjj!; fouueraineté: &querequalité, nourrice de l’eftat populaire , foit au
mieux qu’il fera poffible entretenue , parfucceflîon annuelle demagi-
r ftrats, & quelacouftume décommander longuement, ne donne appe-I tit à quelqu’vn de s’emparer de la fouucraineté.mais és monarchies il ne
^ faut pas queles fugets, qui n’ont c[ue voir en la fouueraineté foyent
nourris d’ambitio-.ains il fuffift qu’ils aprénent à bien obéir à leur Prin-
ce : & mefmementfî la monarchie eft feigneuriale, ou tyrannique, car3 puis qu’en l’vne les fugets font efclaues naturels de leur feigneunen Tau-
f- tre efclaues du tyran par force, il feroit du tout impoffible au monar-
■f ; que feigneurial, ôc au tyran de retenir leur eftat,Ôc doncr puiflance aux
Jî[ fugets de commander parfucceflîon. C’eft pourquoy les tyrans,qui ne
^ font pas moins hais, ôc craints des fugets,qu’ils les craignent, & haiflent, Ruze des
) ayant peu, ou point de fiance en eux, s’accoftent feulement des eftran* Tyrans.
lCl1 - gers, ôc de bien petit nombre de leurs fugcts, qu’ils cognoiflent leur
t eftre plus loyaux ôc fideles,aufquels ils donnent la garde de leur corps*&. *
466 DE LA REPVBLIQVEde leur eftat, de leurs forces,de leurs biens:(ans les vouloirchanger:non
feulemét par cc qu ils fe defiét des autres, ains auffi pour ne les afriander
à la douceur du comandement, affin qu’il ne prenne enuie à quel qu vn
de fe depefeher du tyran,pour occuper faplace, ou gratifier aux fugets.
Le monarque feigneurial, auquel les fugcts obeiffent plus volontiers
comme efclaues naturels, n eft pas fî empefché au chois des officiers
que le tyran, qui n’eft obéi que par force : ôc ne laiflé pas les eftats à per¬
pétuité, ains à fà diferetion, ôc tant qu’il luy plaift, en faifant part à plu,
ïieurs, felô fon bo plaifîr, fans loy ny ordonance. Le monarque Royal,
qui traitera fes fugets comme le bon pere fes enfans, iaçoit qu’il n’eft no
plus tenu aux loix humaines, que les autres monarques, neantmoins il
eftablira loix,ôc ordonnances, pourfinftitution,&deftitution des offi¬
ciers, affin quelles foy et entretenues,faifant part des honeurs y & loyers,
non pas à touts, mais feulement à ceux qui le meritent, ayant plus d’ef-
gard à Fexperience, ôc à la vertu,qu’ala faueur de ceux qui luy font plus
recommandez, ôc neantmoins la médiocrité louable en toutes chofcs,
fera par luy gardée, en forte qu il fera plufieurs offi ces p e rp etu els, &: au¬
cuns muabies de trois, en trois ans, ôc quelques vns par chacun an. &
neantmoins en casde neceffité,ilncferapas tellement attachéà fes pro¬
pres loix, qu’ilne deftitueceux qu’il aura ordonnez pour eftre perpé¬
tuels,s’il cognoift quepourlafoibleffe d’efprit, ou de corps, ceux qu’il
aura mal choifis, foyent incapables de la charge qu’ils fouftiennent : ou
pourcouurir lahonte de ceux qui font incapables, leur donnera hon-
nefte moyen defe defairede leur eftat, comme fift Augufte àgrand
nombre de Sénateurs qui fedeftituerent parce moyen, lans force: ou
pour le moins députera commiflaire pour exercer leur charge , lait
fant les officiersiouir du tiltre d’office, ôc des priuileges. Et affin que
la iuftice, qui eft le fondement principal d’vn eftat,foit diftribuce fain-
£tement,il ordonnera qu’elle foit donnee aux corps, & collèges à perpé¬
tuité,non feulement affin que les iuges foycnt plus experimentez oyant
les opinions de plufieurs, ôc par longue vfànce de iuger: ains auffi pour
affoiblir leur puiffance, de peur qu’ils n’en abufent, & affin qu’ils ne
foyent pas fi aifement corrompus °, ainfi que beaucoup d’eau eft plus
; • lH~ difficile à corropre: ôc fouuent vn bon, ôc vertueux iuge,releuera tou-
nior . Nemo te vne Compagnie,& rompra les fa&ions Ôc fecrettes pratiques des iu-
omncs^nemi- ges corrompus: ou qui font fort gens de bien, mais toutesfoispreuenus
nem vnqua ^cs calumniateurs, ôc tricoteurs de procès ne peuuent congnoiftre la
omnes f eh e- verit£. comme i’ay feeu , qu’vn iuge feul fift changer d’aduis tourte
runt.me tus^ yne compagnie,qui auoit refolu, &arreftéde faire mourir vne femme
omm us tjud illnoCente, ôc la fift abfoudre àpur, ôc à plain. ceftui-là mérité eftre
Jingtiis cre- 110mmé. ce fut le Confeiller Potier ficur du Blanc Menil, qui a laifle à
la République deux enfans, l’vn maiftre desrequeftes, Fautrefecre-
taire des finances, quinecedent en rien à la vertu du pere. C’eft pour-quoy
LIVRE QJATRIESME. 4*7j quoy la iuftice d’Afie, & d’Afrique, neft pas fi entiere que celle d’Eu-
.1 rope : par ce qu’il n’y a le plus fouuent qu vn iuge en vn reflort, ou iu-
' rifdidion. comme au grand Caire d’Egypte, il y a quatre iuges , qui
i ont diuerfcs iurifdi&ions &fcparees , & chacun plufieurs lieu-tenans,! qui iugent àpart : & les appellations reflortiflent au premier iuge, chef
des quatre, qui dccidc les appellations (ans compagnon, qui n’eft pas
' difficile à gaigner, à ccluy quiplusade faueur, ou de prefens pourluy11 faire. & font àla difcrction des Cadilefquers, pour les fouffrir en leur
? charge, ouïes deftituer: & touts enfemble tant qu’il plaift au grand
D| feigneur. I’ay dit que le monarque Royal ne fera pas touts les officiers
'J perpetuels, ny touts muabies aufli : parce qu’il n eft pas befoin de chan-
| ger les menus officiers, comme greffiers/ergens^uifliers, notaires, &
autres femblablcs, qui pour n’auoir aucun pouuoir de commander,
f ne peuuent nuire àl’eftat : & neantmoins Pexperiencc de leur charge,Cf qui ne s aquiert que par longue vfance, veut qu’ils foyent perpetuels.^ Autant peut 011 dire des menus magiftrats qui font fugcts àlacorre-
^ dion des grands. Mais quant à ceux qui ne recognoiflent que le Prin-
^ ce fouucrain,foitaufait des armes, ou de la iuftice, ou des finances,fi le
^ monarque royalles retient en charge vn,ou deux, ou trois ans pour le
:[£f plus, il fera ouucrturc de fà iuftice,pour examiner leurs a&ions, & par
mefme moyen,il fera trembler les mefehans,qui aurot toufiours crain-
w te de l’examen. Et affin que le changement d’officiers ne fe face tout à
m coup, ( d’autant que tout changement foudain eft périlleux ) & que les
ci} aftions publiques ne foyent interrompues, le changement des magi-
foi ftrats qui font en corps & collèges fe fera par fucceflion, les vns apres
ifjv les autres : comme il fe fait en la Republique de Rhagufe où le fenat eft
:é perpetuel, & les fenateurs, qui font auflî iuges fouuerains, ne font que
totti -chacun vn an en charge, mais ils ne changent pas tout à coup, ains fuc- Collèges de
sijE cefliuement, & infenfiblement, &puis en leur tour, après auoir efté iuges &fe-0 quelque temps priuez, ils retournent plus frais en la mefme charge, nateurs
mfj Mais généralement en toute Republique, cefte reigle a toufiours lieu, muable par
& ne fouffre quafi point d’exception : c’eft à fçauoir, que les officiers fucceflion.
ni perpetuels, n ayent point,ou peu de puiflance de commander,ou bien
qu’ils ayent compagnon : &c ceux aufqucls on donnera lapuiflance plus
jjjj grande, quelle foit briefue, &limitee par loy àpeu de mois, ou d’an-
pI(l nees. Par ce moyen céderont les difficultcz qui aduiennent au change¬
ai ment foudain de touts magiftrats, pour les interruptions des actions
^1, publiques : & ne faudra point craindre, que la Republique demeure
ÿ fans magiftrats,comme le nauire fans Pilote : ainfi qu il eft aduenu fou-
uenten Rome, pour les brigues des magiftrats, qui s’empechoyent
les vns les autres, oubienentroyent touts en charge en mefme iour,(f & en fortoyent touts en mefme inftant. Ilne faudra pas craindre auflijlf; '
DE LA REPVBLIQVEque les mefehans montez par argent, ou par faueur aux plus hauts de¬
grez d’honneur ne foyent chaftiez : ou que les ignorans emportent les
eftats : car ceux qui auront eu charge, s’eftans repofez quelques annees
y retourneront beaucoup plus expérimentez. Car qui voudroit faireque chacun des fugcts fuft concilier d’eftat, ou iuge en fon rang, outre -1plufieurs inconueniens qui en reüfciroyent, il faudroit des maçazins ;fd’hommes fages, vertueux, experimentez, & fçauans. Mais cn faifant jIl n y a fi ce 4ue : ^ n cn Rendra Pas aifément faute : ôc neantmoins les fu- jbonne lov §cts nauroncdequoy & plaindre: carlesloyersd’honneur ferontexpo- tqui n’ay t fes cn vcu^ ^ vn c^acun>commc Ie blanc auquel chacun vife, ôc peu y iincommo- frapent. ôc moins il y aura d’officiers ,& de loyers, & plus ils feront pri- mdirez fez,plus ils feront defirez,quand vn chacun y fera appelle pour fa vertu, jôc n’y aura matiere de fedition, 11 eftant perfonne exclus du mérité, ôc 11
loyer de fa vertu, ôc fuffifance. Et fî meftier eft, on vfera de findicatspar forme de commiffiomcomnie ils’cft fait au tcmpjs de Philippe le 1BeHaiiM.cc ci 1. &M.CCCIH. pour chaftier les officiers : &iefçay jjbien qu’on mettra quelques difficultez en auant : i’en fuppoferay enco- -13res dauantage : mais ce n’eft pas la raifon que les inconueniens d’vnc loy 3|foyent misen auant, fans faire eftat des vtilitez. veu qu’il n’y a loy fi |Sbonne, difoit Caton lecenfeur, qui ne tire apres foy fes incommodi- ^
tcz. C’eft beaucoup, que-le bien, qui peut reiifcir d’vne loy, foiteui-dent, ôc plus grand que le dommage qu’on en peut attendre. Toutes- ;ofois les Princes mal confeillez, fouuent caffent vne bonne loy, pour |vn inconuenient qu’ils auront veu. le n’.vferay d’autre exemple au cas .jJ(quis’offire, que deLouys x 1. lequel venant à la couronne delapointa y(
tout à coup les anciens feruiteurs de fon pere qui le manierent fîbienqu’il futàvn point près de quiter, comme il confcffa depuis, ou de gperdre fi couronne , ôc fon eftat : ôc craignant que fon fils ne tom- ^baftau mefme precipice, il luy enioignit de ne chager ceux qu’il auoit ^
auancez;&non content, il fift ordonnance par laquelle il declaira tousles offices perpetuels:& que ceux qui cn feroyent pourueus,n’en pour- ?royenteftredeftituez, queparrefignation, mort, ouforfaiture: &par 1autre edit déclaratif du premier^ publie ôc vérifié le x x 1. Septembre, m. ^
ccccLxxxi 1. il eft porté
n aura lieu,fila forfaiture
defonregne,queduregneni ains à fon fucceffeur:fî eft-ce toutesfois que l’ordonnance a efté de- ^puis gardee inuiolablement, iaçoit que la claufe ancienne, Tant qu’il Isinous plaira,foit demeuree és lettres d’office qui de foy n’éporte pas vn %temps perpetuel, comme dit Alexandre 1 urifconfulte en la loy princi- ÎE(f;
fdlïbus, de rébus crédit, ains au contraire la claufe de droit emporte vnefouffrance feulement s’il n’y auoit ordonnance au contraire. Car com- %bien que au regne de Philippe le Bel, l’an m. c c c i i. on euft tou- \
ché cefte corde, fi eft-cc que la chofe eftoit demouree indccife.Mais, que la deftitution des officiers ayans forfait, ,1
11’eft iugee : ôc veut que fon edit ait lieu tant J[jf
: de fon fils.Et combien qu’il ne peuft Ivcr les
il LIVRE qy A T R I E S M E. 4<r?\ Mais Philippe de Valois reuoquales commiflïons, & ordonna que les
\ offices Royaux deflors en auant feroient perpetuels. qui monftré bien
\ qu’ils eftoient muabies au parauant au plaifir des Roys, ores que les o£\ ficiers n’euflent forfait. & f vne des plus grandes louanges qu’on donne
k au Roy Robert eft, quil ne deftitua onques officier s’il n auoit forfait.peut eftre il femblera, que fi la claufe audit lieu, les Magiftrats saquit-
i\ teroient mieux de leur charge, pour l’efperance qu’ils auroient par ce
I, moyen d’eftre continuez,allant de bien en mieux,8c fe gardant de met
'j prédre,pour la crainte qu’ils auroient d’eftre deftituez. I’accorderay ce-
[(!| {a, en la Monarchie feigneuriale bien ordonnée: mais le danger feroit
!( plus grand, fi on faifoit cefte ouuerture foubs vn Prince afliegé de fla-
jjj teurs, 8c enuironné de corfaires,caril n’y auroit homme de vertu qui
|fj, euft part aux eftats : ioint aufli que la Monarchie royale doit eftre gou-
| uernee par loix, tât que la loy pourra s’eftendre. caries fugets en la Mo-
s,| narchie feigneuriale, comme efclaues naturels, adorent la maiefté de
leur feigneur fouuerain, 8c tiennent fa volonté comme vne loy de na-
ture : mais la Monarchie Royale,où les fugets font comme enfans,il eft
, befoin de reigler les chofes par loix le plus qu’on pourraïautrement fi le
r Roy fans caufe débouté d’vn eftat pluftoft lvn que l’autre, celuy qui fe-
raforclos fe tiendra iniurié,& fera mal cotent de fon Roy, qui doit eftre
J’. aymé des fugets:& pour ce faire, il faut ofter toute occafion de mal ta-1 lent qu’on pourroit auoir contre luy. or il n’y a moyen plus grand, que
d’enlaifferladifpofition aux loix 8c ordonnances. Le dodle Budéjqui
mJ eftoit d aduis que les eftats 8c offices fuflent changez, fans prendre gar-
L deàl’ordonnance de Loüys onziefme,a tenu,qu’anciennement lesPre-
:ÎEf fidens &Confeillers du Parlement, eftoient annuels : 8c que le ferment
f quife faifoit le douziefme Noucmbre,& les lettres patentes qu’il falloit
fc auoir du Roy pour l’ouuerture du Parlement, monftroient aflez que
tf leurs eftats eftoiét reuocables an plaifir du Prince. & les autres ont pafle
il plus outre,en cequ’ils ont fouftenu,quece n’eftoient que commit'Sjii'l fions. S’ils auoient fueilleté les regiftres dclaCour,&de la chambre
jur. desComptes, ils trouueroient que le parlement, qui eftoit au parauantambulatoire,&n’auoit puiflance que par commiffion,fut érigé en Cour ■ C(-^°
jjul' ordinaire par Philippe le Bel,auec puiffance, reffort, & iurifdi£tion or- ^a“en]ent
jjf dinaire. l’ere&ion porte qu’il y auroit vn ou deux Prefidens. le premier Pafis*
lt|| ^efident fut le Comte de Bourgongne, Prince du fang: comme cn la
;(J| Chambre impériale, le Prcfident eft toufiours l’vn des Princes de l’Em-
^ pire. & dura quelque temps la couftume,quc le premier Prefîdét eftoit
joli |lomrne d armes: 8c défait encores à prefent au roollcde meflieurs de
|Jf[ a,^our 5 ^ premier Prefidentprend la qualité de gendarme, ores qu’il
J Nartiamais tiré coupd’efpee,neantmoins il sappelle^/^.enoutre
j; 1 yau°ithuit clercs ôcdouzelaiz, quatre perfonnes aux Requeftesdu
 R
47° DE LA REPVBLIQVEfang, deux chambres des Enqueftes, où il y auoit huit laiz, huit clercs
iugeurs, Ôc vingt quatre rapporteurs. Ils appclloicnt Clercs les hom¬
mes de robe longue,mariez,de non mariez:& les autres laiz. En quoy il
appert , que le Parlement eftant fondé en iurifdi&ion, Ôc puiflance or¬
dinaire,n’a que faire deJcttres pour lounerture. Combien que leRoy
Henry deuxiefme, eftant venu en Parlement, pour la difficulté qu’on
faifoit de vérifier quelques edits, embouché de quelqu vn dift, quele
Parlement n auroit point de puiflance, s’il ne luy plaifoit enuoycr fes
lettres patentes, pour faire ouucrture de parlement par chacun an: qui
cn eftonna quelques vns, mais il eft tout certain que les lettres patentes
qu’on cnuoyoit à cefte fin, & le ferment annuel que les Prcfidens & t
Confeillers faifoient,n’eftoit queparcouftume, qui eftoit neceflaire au
temps que les Parlemens ne fe faifoient que par commiflions : mais de-
puis qu’ils ont efté erigez en forme de Cours ordinaires, les folennitcz il
anciennes ne font plus neceflaires. Les Magiftrats annuels doiuent le j
ferment annuel : mais ceux qui font perpetuels ne le doiuent qu’vne -
fois. les Magiftrats Romains faifoient tous les ans nouueaux fermens, jci
par ce que leur puiflance eftoit annuelle: mais les Senateurs ne le faifoiét (
quvne fois pour iamais, ayans la dignité de Senateur pour toute leur
vie. Autant peut-on dire de la forme des commiflions &arrefts delà q
Cour,conceus foubs le nom, ôc fecl du Roy : ôc mefmes les mifliues de ,,
la Cour, ores qu’elles foient conccües au nom de la Cour, font ncant-
moins fcellees du petit fecl Royal à vne fleur de lis : iaçoit que tous les ’
autres Magiftrats, Scnefchaux,Baillifs, preuofts, Gouuerneurs de pays, j
ayans puiffance de commander ordinaire ou par commiffion dccer- ,
nent foubs leur nom, & foubs leur feel. ce qui eft retenu de l’ancien- 1
ne forme, alors quele parlement eftoit leConfeil priuédes Roys,le- j
quel Confcil pour n auoir puiflance ordinaire, ne fait rien de foy : & les "
commiflions toufiours font ottroyeesau nom du Roy, comme ayant 1
feul puiflancc de commander en fon Confeil,ainfi que nous aiios mon- e
ftrécy deflus. laquelle forme depuis a efté fuiuieen l’erediion des au* ?f
très Parlemens, & iufques aux Cours des Aydes, qui deccrncnt tou- le
tes leurs commiflions foubs le nom du Roy. cc qui a meu quelques lts>
vns de dire, que les Parlemens nont que puiflancc extraordinaire, ôc lrs
par commiffion: mais il appert aflez par ce que i’ay dit cy deflus, qu’ils ^
font ordinaires des ordinaires : ôc leRoymort,demeurentenlcurpuiP ^
fançç ( iaçoit que tous mandemens, ôc commiflions expirent par la ¥1
mort de celuy qui les a ottroyees) ôc ne porter point le dueil: ôc qui plus H
eft, les premières confirmations du nouueau Roy font toufiours oc-
troyces aux Parlemens, comme il a toufiours efteprattiqué depuis le ^
Rpy Loüys onziefme, de forte que leur puiflance non feulement eft or- ki
dinaire,ains auffi perpetuelle : non feulement cn corps, ains aufli en %chacun
1LIVRE Q_V ATRIESME. 471\ chacun des mébres,officiers & miniftres des Parlemens. le ne veux pas
s!î: toutesfois rcprouuerlacouftume des au très Roys & Monarques, qui
\ reuoquét les officiers à leur difcretion. Car combien que les anciennes,i| modernes Républiques,mefmes populaires ôc A riftocratiques,ay et||| eu les officiers annuels pour la plufpart,&que perfonne nefuftdeftitué
:ulij, fins l’auoir mérité: fi eft-ce neantmoins q le peuple lesreuoquoit quel¬
le quesfoisj y mettant les plus propres à la charge qu’il edgnoifloit. com-.:H| me il fe faifoit en eftabliflant les Dictateurs, Ôc autres Capitaines ôc go u*
uerneurs, auec reuocation des Magiftrats ordinaires : comme il fift au
^ Confi.il1 OÆtacilius, qui fut deftitué de fa charge, à la requefte de Fa- t uuiu$ubi4
'I(| bius Maxim us : parce qu’il n eftoit pas pour faire tefteaux ennemis, &^ naiToit pas égard feulementfile Magiftrat auoit forfàidt, pour le reuo-
Uj quenains auflî à l’incapacité d’iceluy, foit quelle fuft cognueouin-
s[c| cognue quand onlesreceuoit en leftat, ou que depuis elle fuft furuc*
j. nuc:eftimansauffi que lafoibleffe,ou vieilleffe.ou fureur,ou autres ma-
' Ladies femblables, qui empefchétles droites «iétions des hommes, font
]x|; fuffifantes pour deftituer les Magiftrats. Et mefmes Lucius Torqua-
^ tus efleu Conful pour la troifîefme fois, s’exeufa deuant le peuple,pour
^ la maladie des yeux, difant que ce n eftoit pas la raifon quon meit la •^ République entre les mains de celuy qui ne voit que par les yeux d’au-
^ truy. O combien d’aueugles, de fourds, de muets, &qui n’ont aucune
lumiere de nature,ny de prudence, ny d’experience, pour fe guider eux
01 mefines, qu i ne fe contentent pas de manier les voiles & cordages, ains
f auffi empoignent le gouuernail de la Republique ! Ce que nous auons
® dit de la médiocrité, qu’il fautgarderau changement, ôc continuation
® de Magiftrats, n’a pas feulement lieu és-Monarchies Royales, ains auflî
^ es eftats populaires ôc Ariftocratiques:oùles offices pourlaplus gran-
ciJ[_ de part,ôc prefque tous doiuét eftre muabies par chacun an, ou de deux
A en deux ans, comme il fe fait en Suifle ôc plufieurs autres Republiques:® il fout neantmoins pour la conferuation d’icelles, qu’il y ait quelques
eftatsperpétuels : mefînement ceux defquels l’experience ôc fageffe eft
ioi‘ neceffaire, comme les Confeillers deftat. c’eft pourquoy en Rome,en
tliü Athènes, en Lacedemone le Sénat eftoit perpetuel, ôc les Senateurs
iif toufiours continuez en leur charge tant qu’ils viuoient : ôc tout ainfi
[Ii 411 ^ &lît que les gons ôc piuots fus lefquels fe meuuent les grands far¬
ci . deaux foient immobiles : auflî le Sénat d’Areopage Ôc des autres Repu-
^ h)iques,eftoiét come piuots fermes ôc ftables, fus lefquels tous les offi-
i[£ii: tiers muabies,& tout i eftat de la Republique fe repofoit. Le côtraire fe
|| doit faire és Monarchies,où la plufpart, ôc prefque tous les eftats fedoi-
|jcntperpetuer:hormis quelques vns des premiers,Ôc principaux,c6me11 fe fait au Royaume d’Efpaigne, qui a bié feeu garder cefte médiocrité
$ P^pre a 1 eftat royal.Pous la mefme caufe, les Venitiens, quiontl’eftat
I^ ariftocratique,font to91er officiers muabies par chacun an,ôc quelquesi R i j
Raifons
pour mon
ftrcr que
les Magi¬
ftrats doi¬
uent eftre
d’accord.472. DE LA REPVBLI QV Evns de deux en deux mois : ôc neantmoins le Duc, les procureurs fainâ:
Marc,le Châcelier,les fecrecaires d’eftat font perpetuels. cc queles Flo¬
rentins ordonnèrent en leur eftat, après que Loüys douziefme les eut
afranchis de la tyrannie du Comte V alentin, ôc voulurenr que le Duc
deflors en auant fuft perp etuel: afin que la Republique,en vn perpetuel
mouuement Ôc changement de tous eftats ôc offices, euft quelque cho¬
fe de ferme ôc ftable fur quoy elle fe peuft repofer.mais rordonnâce toft
apres eftant abolie, ils rctomberct plus auant en guerre ciuile qu’ils n’a-
uoicnt iamais fait. Et s’ils eufTent eu pour le moins le Sénat perpetuel,
ôc les Senateurs continuez en charge, qui eftoient changez ôc rechan¬
gez de fix en fix mois : ôc qu’ils euffent gardé quelque moyen entre ces
deux extremitez de changement vniuerfel, ôc continuation de tous of- j
ficiers,leur eftat fefuft afleuré, & n’euffent pas efté en continuelles fe- #
ditions,& guerres ciuiles. |1(3S'IL EST EXPEDIENT QJfE |le s Ojjiciers joient d'accord.C H A P. V. J14Este queftion, à fçauoir s’il eft bon que les Magi- iftrats foiet d’accord entr’eux,ouen difeord peutfem^ kbler friuole. Car qui a iamais doubté qu’il ne foit ex- ts’pedient, voire neceffaire à toute Republique, que les |Magiftrats foient vnis cn mefme volôté, afin q tous en- pfemble d’vn cueur & d’vn confentement embraffent le ®jbié public? Et s’ilcft ainfi que la Republique bien ordonee doit reffem- ||bler au corps humain,auquel tous les membres font ioints, & vnis d vne ^liaifon mcrueilleufe: Ôc combien que chacun fait fa charge,neantmoins ^quand il eft befoin,l’vn ay de toufiours à l’autre:Pvn eft fecouru par lau- ^trc:& tous enfemble fe fortifient pour maintenir la fanté,beauté ôc aile- ^greffe de tout le corps. mais s’il aduenoit qu ils entrafTent en hayne lvn ycontre l’autre:ôc qu’vne main coupaft l‘autre:quc le pied dextre fùplan- ^taft le feneftre : que les doigts crcuaffent les yeux, ôc chacun mébre em- ^pefchaft fon voifin : il eft bien certain que le corps en fin demeureroit ^tronqué ôc mutilé, &manqueroit en toutes fes adtions. autant peut-on ...,iuger de la Republique, le falut de laquelle depend de l’vnion ôc liaifon . ^amiable des fugets cntr’eux,& auec leur chef, ôc comment pourroit-on ^efperer telle vnio,fi les Magiftrats qui font les principaux fugets, ôc qui ^
doiuent allier les autres, font en diuorce?ainsau contraire , les fugetsdeuiendrot partifans,ôc bien toft fe feront la guerre pour fouftenir cha- ^
cun le chef de fa fadion.&toufiours aux a&ios publiques, les vns em-pefcherot les autres : ôc ce pendât pour l’ambition mutuelle des Magi- |Clftrats la Republique en foufrira: ôc luy aduiendra ce qu’il fift à la pucel- jsj
[ji' LIVRE Q_v A T Pv I E S M E. 473I le,pour laquelle comme dit Plutarquc,les pourfuiuans entrerent en tel-
t\ le ialoufie ôc paflion, qu’ils la demembrerent en pieces. Et quelle iflue
t|i| peuton attendre d’vne armee,où les Capitaines font en difeord? quelle
t| iuftice doit on efperer des iuges qui font diuifez en factions ? on aveu
|l fouuent les vns opiner, contre l’aduis des autres, par ialoufie, &hayne
]j5 qu’ils auoient enfemble: & ioiier au hazard la vie,fhonneur Ôc les biens
|n{ des fugets.xomme AgefylausRoy des Lacedemoniens,quoy qu'il fuft
!f|t des plus illüftres qui furent onques, pour raualler le crédit ôc autorité
:i![. Je Lyfandre, calToit toutes fes fentences, ôc iugeoit tout le contraire,
{||i come il5 dift,en defpitdeluy feulemét. Et pour le faire court,il eft cer^
:t[ tain que les diflenfions, & guerres ciuiles ,pefte capitale des Republi-
uj ques,prennetpied,racine, nourriture ôc accroiffementdesinimitiez ôc
haynes des Magiftrats. Il eft donc neceffaire pour la tuition Ôc defenfe
delaRepublique,que les Magiftrats foient vnisen bonne amitié. Voi-
laies raifons d’vn cofté . Mais d’autre cofté on peut dire, que l’inimitié
des Magiftrats entr’eux eft le falutdela Republique . car la vertu n’a ia¬
mais fon illuftre,fï elle n’eft combatue:& l’homme ne fe monftré iamais
vertueux,finon alors qu’il eft piqué d’honnefte ambition, pour faire de
grads Ôc beaux exploits: ôc toufiours vaincre fon ennemy en mieux fai¬
ts!, fant:commedift Alexandre legrad àTaxilas Roy des Indes,quioffroit
p fes biens ôc fon Royaume fans combatre, fi Alexandre n’eftoit aflez ri¬
de che:& s’il en auoit trop,eftoit preft d’en receuoir : de quoy tout ioyeux
Alexadre dift:Sifùut-il que nous combattions enfemble: ôc ne ferapas
jl dit que vous me volerez ce point d’honneur, d’eftre plus magnifique,
lié plus ciuil,plus royal que moy. ôc alors il luy donna vn grand pays,& de
il! lorinfiny.fi donques entre les hommes vertueux,la diflenfion produit
il de beaux effets^quad ils ont à qui combatre de l’honneur,que doit-on
f iuger des hommes lafches,&poltrons de leur nature,s’ils ne fontpoin-
i| çonnez viuement d’ambition, &: de ialoufie ? c’eft le plus beau fruit
iij qu on peut recueillir des ennemis, d’aller de mal en bien, Ôc de bien en
Ujj mieux ^ non feulement afin quïls n’ayent aucune prinfe fur nous : ains
:[£(l aufli pour les furpafler. Si cela a lieu, quâd tous les Magiftrats font gens
^ de bien,à plus forte raifon s’il y en a de mefchâs,aufquels il n’eft pas feu-
nd ^mcnt expedient, ains aufli neceflaire que les bonsfacent la guerre : ôc
^ s ils font tous mefehans, encores eft-il beaucoup plus neceffaire quils
foient ennemis : autrement s’ils demeurent en pofleflion de leur tyran-
J nle>ils butineront entr’eux le public,& ruinerot le particulier:& ne peut
;[i;! ac^enir mieux aux fugets,& à toute la Republique, fîno alors qu’ils s’en
|d treaccuferont& decouuriront leurs larrecins & concuflîons : comme
|£f;: es brebis qui ne font iamais plus afleurees, fîno alors que les loups s’en-
^ tremangent. comme il aduient,dit Philippe de Comines, en Angleter-I1 rc,que lcs grands feigneurs s’entretuent, ôc le pauure peuple demeure
j;; a euredeIeurinuafion .Cefutlefageconfeilde Cincinat, voyant queR iijj.Plutar.in Lyfaa-
dro.Raifons co
trairespour
monftrer
que les Ma¬
giftrats doi
uent eftre
en difeord.
474 DE LA REPVBLIQJ/EleConful Appius refiftoitouuertemëtau peuple, pourempefcherque
le nombre des Tribuns ne fuft doublé, laiflez les faire, dift Cincinat,
plus ils feront,moins ils s’accorderont. car il n en fàlloit qu vn feul pour
empefeher tous les autres: qui fut le moyen de conferuer la Républi¬
que, iufqu’à ce que Clode Tribun du peuple quatre cens cinquante ans
apres,prefenta requefte au peuple,qui pafla en force de loy, par laquel¬
le il fut ordonné,que l’oppofition d’vn T ribun ne pourroit empefeher
les autres. C’eft pourquoy Caton le Cenfeur, auquel on donne la pre¬
mière louange de fagefle, & vertu entre tous les Romains j fiifoit en4. Piutar. in Ca- fa Republique comme en la famille:car il mettoit4 tou fiours diflenfiontoncMaiorc. r r • i • 1 • ^ i • »entre les leruiteurs,pour dccouurir leurs pratiques,&les tenir en ceruel-
le: ôc fans cefle poufloit quelque Magiftrat,ou particulier afin d accuferfon compaignon malverfant cn fon eftat:& luy mefme accufa cinquan- |te fois, & quarante fois fut accufé : craignant que les efclaues de la mai- ,
fon, ôc les Magiftrats de laRepublique, s’ils demeuroient trop bonsa-
mis,ne pillaflent,ceux cy le public,ceux là le particulier, aufli iamais de-puis la Republique ne fut plus fleuriflànte que d e fon aage. & mefmes 1
le Sénat Romain ordonna vne bonne fomme d’argent à MarcBibule,Sourachapterle Confulat, ôc la voix du peuple, afin qu’il peuft faire te- :)le à Cefar Conful fon ennemi, ôc en débouter Luceius amy de Cefar, (comme dit Suetone.Et fans aller plus loing,nous auons le tefmoignage ds-de lulle Cefar,qui dit en fesJ Mémoires,que les Gaulois auoiét couftu- 1me de toute ancienneté de mettre les grands feigneurs en pique les vns :iUcontre les autres : afin que le menu peuple, qui eftoit,dit-il, come efcla- ?
ue, peuft eftre garenty de leurs outrages, Ôc pilleries. car lesvnsfaifanstefte aux autres Jesmau uaiscontreroollez par les bons,ôc les mefehans kpar eux-mefmes, il n’y adoubteque la Republique n’en foit beaucoup ilplus afleuree,que s’ils eftoient d accord, qui fut aufli la caufe que le fage i!Lycurgue Legiflatcur mettoit diflenfio entre les deux Roys deLacede- tmone : ôc vouloit aüfli qu’on cnuoyaft toufiours deux ennemis en am- «rbaflade,afin qu’ils ne trahiflent la Republique,Ôc que les vns fuflent co- ptreroollez par les autres.Car de dire que les parties du corps humain,qui Ufigure la Republique bien ordonee,ne font iamais en difeord: c’eft tout tale cotraire: car fi les humeurs du corps humain n’eftoient bien fort con- |ctraires, l’homme periroit bien toft,la conferuation duquel dépéd de la ttcontrariété du froid,auchaud:dufec3àl’humidité: du fielamer,àlapi- %tuitedouce:de la cupidité beftiale,àlaraifon diuine: come aufli la con- îjf,feruation du monde dépend,apres Dieu,de la cotrarieté qui eft en tout ^I’vniuers,& en toutes fes parties. Ainfi faut-il que les Magiftrats en vne ^
Republique foiet aucunemet contraires, ores qu’ils foient gens de bien:
par ce que la vérité, le bien public, & ce qui eft honnefte,(e deeouurepar aduis contraires, Ôc fe trouue au milieu des deux extremitez. Et s’ils ^font tirees de part ôc d’autre. Et femble queles Romains auoient ce but jprincipal
LIVRE QV A TRI ES ME. 47J■ principal deuant les yeux d’eflire ordinairement les Magiftrats enl,; mefme change,ennemis Tvn àl’autre,ou pour le moins côtrairesenhu-
meurs, & façons de faire,come il fe voit en toutes leurs hiftoires. QiundI on apperceut que Claude Néron emporteroit le confulat,d'autant qu’il
eftoit ard an t,&adif, ôc au refte vaillant, & courageux Capitaine j pourlIt faire tefte aHannibal ,1e Sénat aduifadeluy faire bailler pour compai-
ï gnon Liuius furnomméle Saunier, vieux Capitaine, & bien entendu
ft aux affaires: & neantmoins autant froid, ôc atrempé en fes a dirions, com-4 me l’autre eftoit bruflant ôc terrible : ôc toutesfois propre à refchaufer4 l’aage de Liuius, vnpeu trop refroidie pour la guerre. Ôc par ce moyen
Hit eftants vnis, &ioints enfemble, ils remportèrent la vidoire mémo ra¬
il: blecontreHafdrubal,quifutlaruine des Cartaginois,ôc laconferua-
ciii tion del’eftat des Romains, ôc depuis le peuple les fift auffi Cenfeurs, Ôc
Ici: toufiours eftoyent en difeord, de telle forte que l’vn dona la note à l’au- /|t tre,chofe qui iamais ne s eftoit veuë. ôc quoy qu’ils fuffent en perpetuelil difcord,fî eftoyent-ils des plus vertueux quifuffenc alors en Rome.OnU: fift le femblable de Fabius Max. ôc de Marc Marcel, aufquels on donna[C|j la commiffion cotre HannibaM’vn eftoit froid,l’autre ardant-.l’vntouf-H iours vouloit cobatre : l’autre toufiours differoit : rvns’appelloitrefpee|t| des Romains,l’autre le J bouclier:l’vn guerrier, l’autre mufeur, ou /-Piutar.inMpni couard:& parles humeurs contraires de ces deux perfonnages,l’eftat fut Cdl°’ts preferué de fa ruine,qui autrement eftoit ineuitable. Si donc le difeordp des plus vertueux Magiftrats, aporte vn tel fruid à la Republique, que(|i doit-on efperer quand les bons feront contre-carre aux mauuais? Voila' les raifons qu’on peut deduire d’vne part, ôc d’autre. Et pour les refou-0.1 dre, il ne faut pas feulement confiderer la qualité des Magiftrats, ains
td au® ^a^orme des Republiques, mais on peut dire qu’il eft bon en touteRépublique,que les menus officiers,& Magiftrats, eftâs fous le chaftie- Refolution^ met des plus grands,foyent en difeord,ôc plus en l’eftat populaire qu’en Je ja que„^ nul autre:d’autant que le peuple n’ayant que les Magiftrats pour guide, ftjon. j eft fort aife à piller,fi les Magiftrats ne font contre-roolez, les vns par les^ autres. ôc en la Monarchie il eft expedient que les plus grands Magiftrats, foyent auffi quelquesfois en difeord, attédu qu’ils ont vn fouuerain qui'j, les peut chaftier, pourueu q le Prince ne foit ny furieux,ny enfant, mais1, en 1 eftat populaire,il eft dangereux que les plus grands Magiftrats foy et
î; en difeord, s’ils ne font gens de bien, qui n’ont iamais débat, qui puifTe
| rmire àl’eftat, ny au bienpublic:comme eftoit le différend honorable
J de ScipionPAffricainl’aifné auec Fab.Max.&du ieune,auec Caton: du
- Cenfeur Liuius auec Néron fon collegue:de Lepide,auec Fuluius: d’A-
ll|, r^ide,auec Themiftocle:de Scaurus,auec Catule.mais fi les plus grads
f Magiftrats en leftat populaire font mefehans,ou que leur ambition foiema ‘011dee,il y a danger, que leurs differéds ne foyent caufes des guer-ii .res ciuiles: comme il aduint entre Marius, & Sulla : Cefar, & Pompee;II ’ R iiij
476 DE LA REPVBLIQJEAugufte,& Marc Antoine.encore eft-il plus dangereux en l’Ariftocra-
tic,quen leftat populaire: d’autant que les feigneurs,qui font toufiours
moins en l’eftat Ariftocratique, ôc commandent au furplus, ont affaire
au peuple,qui à la premiere occafion prend les armes cotre les feigneurs,
s’ils entrent en querelles : car peu de feigneurs en l’eftat Ariftocratique,
font auffi toft diuifez par les grâds Magiftrats en deux parties:& s’ils font
en fedition entr’eux ôc auec le peuple, il ne fe peut faire que l’eftat ne
change.ce qui n’eft pas à craindre en la Monarchie, où le Prince tient en
bride les Magiftrats foubs fa puiffance.mais il eft expediet en toute Re¬
publique , que le nombre des Magiftrats fouuerains, ou qui aprochent
de la fouueraineté foit impair: afin que la diffenfion foit accordée par la
pluralité, ôc queles adions publiques ne foycnt cmpefchees. ceft pour¬
quoy les Cantons d’Vry, Vnderuald,Zug, Glaris, qui fontpopulaires,
ont efté cotraints de faire trois Amans Magiftrats fouuerains:au lieu que 1
Schuuits en a quatre,comme Genefue quatre Syndics: & Berne, Lucer-
ne, Fribourg,Soleure deux auoyers : ôc Surie, Bafle ôc Schatuze deux
Burgomaiftres : fi ce n’eftoit qu’ils euffent puiffance de comander alter-
natiuementcomelesCôfuls Romains,ainfi que nousauosdit.EnlaMo- î
narchie le difeord eft moins à craindre:car tout ainfi que Dieu maintiét (
la contrariété des mouuemens celeftes, ôc des elemens, en vn difeordât k
accord,comme de voix contraires,en vne trefplaifante, ôc douce har- :p
monie, empefehant qu vn element ne foit opprimé par l’autre : ainfi le S(
Prince qui eft l’image de Dieu, doibt maintenir, &reigler les querelles, J,
ôc différends de fes Magiftrats, en forte qu’ils demeurent aucunement 131
contraires,àcequeleursinimiticzpuiffentreüffiraufalutde la Repu- JE(
blique. Ainfi faifoit Cefar, ayant deux Capitaines en fon armee, qui a- j,)
uoient inimitiez capitales l’vn contre l’autre, prenant plaifir à leurs def- g
feings contre les habitans de Beauuais, contre lefquels ils employoient :i,
leur cholere.mais s'ils neufsét eu vn Colonel, qui les euft tenus en crain- ^
te,leurdiffention euft donné la vidoire aux ennemis, comme il aduint
à Loüys xii. Roy de France, lequel gaigna l’eftatde Boulongne, ôc ^
vaincutl’armee Ecclefiaftique,pour le differend du Cardinal de Pauic,
ôc du Duc d’Vrbin,lefquels par ialoufie l’vn de l’autre, s’empefcherétde
telle forte,qu ils donnerét la vidoire auxFrançois.auquel danger eftoit
tombé Peftat des Romains, fi Fabius Maximus euft efté auffi peu aduifé
comme fon compaignon.il eft donc perilleux en leftat populaire, où il
n’y a point de chef,hors la multitude, que les plus grâds Magiftrats foyét |
ennemis, fi l’ambition leur commande plus que le falut de la Republi- 1
que.C’eft pourquoy le fenat Romain voyât Marc Lepide, ôc QJFuluius i
qui eftoyent ennemis iurcz,efleus Cenfeurs,alla en grand nombre leur ||
faire d’honneftes remonftrances, afin que leur inimitié print quelque |jj
fin, ou trefues, pour vaquer à l’eftat le plus beau, ôc le plas important a
toute la Republique. Et fouuent le Scnat s’entremelloit d’accorder les M
r 1 Confuls, S
LIVRE QVATRIESME. 477Confuls,& Tribuns, quand il voyoir que leurs diflentions eftoyent pe-
rilleufo à leftat. Mais tout ainfi qu’il n’eft pas bon queles plus grands
Magiftrats en l’eftat populaire,foyent fort ennemiSjauflï n eft-il pas me¬
ftier qu’ils foyent trop amis, s’ils ne font gens de bien, pour les raifons
que i’ay dit cy deflus. ceft pourquoy le ieune Caton voyant Pompee,Cefar, ôc Craflus eftroitcmeat alliez, & qu’ils auoyent plus de puiflance
uqe tout le refte du peuple,s’eferia, que la République eftoit vendue,
vray eft quode deux extremitez., il vaut mieux que les plus grands {ci-
gneurs,& Magiftrats en l’eftat populaire,ôc Ariftocratique foyent d’ac¬
cord, qu’en difeordrear eftant d’accord, ilsay meront toufiours6 mieux 6 nui’dccaïuinio
commander aux autres,&conferuer leftat en quelque forte que ce foit» !amPa"0>h°™1 1 1 r» fi- „ 1 rr * v 1 t * , lmProbus>(ed nonquedeperdrc ia Rcpublique,&leur puilianceja quoy les inimitiez les *de«r«numPcr-
conduifent, quand ils ont vne fois lafché les voilesàla tempefte. Et incoIumi,quam
quand Ciceron eut veu que l’alliance de Cefar ôc Pompee, eftoit ropue 5^-.^
par la mort de lulia fille de Cefar, ôc que le moyéneur Craflus eftoit tué,
alors il dift,7 Vtinam Cn.Pompei^amicitiam cum C'œjarenunquam coiffes>aut 7-pkiliP-2-
nttnc[uam diremifjes. car leur amitié diminua beaucoup la puiflance po¬
pulaire : ôc leur inimitié la ruina d u tout. Et quoy que dift Cefar des an¬
ciens Gaulois, i’accorderois qu’il fuft expedient, s’il n’eftoit tout notoi¬
re, que par les factions des plus grands feigneurs de France, qui eftoit
compofee d’eftats Ariftocratiques,Cefor afleruit les Gaules aux Ro¬
mains: car les vns appellerent les Almans,& les autres les Romains:&fu-
rent longuement donnez en proye aux vns, ôc aux autres enfemble. ôc
en fin aux vainqueurs. Et quoy que dift Philippe de Comines,qüen la
guerre ciuile d’A ngleterre,il ny auoit que les grands feigneurs qui por¬
taient la perte, c’eft vn paradoxe mal-aifé à croire. Ôc de fait les A nglois
cognoiflant le fruid des guerres ciuiles, font fouuent aflembler le par¬
lement pour rompre les fadions,comme i’ay apris de M.le Comte Ro-
teland vertueux Seigneur.S'IL EST EXPEDIENT QJfE LE PRINCE
iuge les fuget squilfe communiquefouuent a eux.C H A P. VI,«p L femblcra peut eftre à quelques vns,que cefte queftion
qui n’a point efté mife en difpute, ne reçoit aucun dou¬
ble^ qu’il n’eft befoin d’y entrer plus auât:attendu que Les Rois e-
tous les anciens,& fages Politiques/ont d accord, que ftablispour lesRoysnefurentonqueseftablispourautrechofe,que iugerlesfu-pour faire iuftice, comme difoit Herodote parlant des gets.
edois,&Ciceron parlant des Romains: comme aufli nouslifons que
es premiers Roys de la Grece Æacus^Minos, ôc Rhadamâtc, n’auoient
478 DE LA REFVBLIQJ/Equalité plus honorable que de Iuges:& quoy que Homère appellaft les
\ Princes pafteurs des peuples: fi eft-ce que la qualité de luges a continué
long temps apres luy,en la perfonne des Princes d’Athenes, qui auoient
le gouuernement fouuerain pour dix ans. & non feulement les Princes
Medois, Grecs, & Latins, ains encores les Capitaines en chef, &qui e-
ftoient comme fouuerains entre les Hebrieux, n auoient autre qualité 1
que de Iuges:&: lors quils demandèrent vn Roy à Samuel, ia recreu de
vieillefTe,ils adioufteret pour nous iuger comme les autres peuples.qui 1
monftré aftez que la principale charge qu’ils auoient, eftoit de faire iu¬
ftice en perfonne. Et la raifon principale qui peut mouuoir les Princes à ;il
iuger leurs fugets, ôc l’obligation mutuelle, qui eft entre le Prince , & le j
fuget: car tout ainfi que le fuget doibt obeiffance, ayde,& cognoiflance l!i
à fon feigneunauffi le Prince doibt au fuget iuftice,garde,& prote&ion. :l
Et ne fufift pas qu’il rende iuftice par autruy : veu que le fuget doibt en a
perfonne prefter la foy, l’hommage,& le feruice :ôc que l’obligation eft 11
réciproque.Cobien qu’il y a moins d’intereft, que le vaffal prefte la foy,Ôc hommage à fon feigneur par procureur, que le feigneur face iuftice #par fon officier : d’autant que l’obeiffance du fuget en ce cas n’eft point *reuoquee en doubte : mais le fuget n’a point de garend, que l’officier !ralne fe laifTe corrompre par prefens : ce que ne feroit pas le Prince, lequel ®eft refponfable deuant Dieu, auquel il ne peut dire qu’il en a chargé la ®confcience de fes luges: car la fienne n’eft pas defehargee pour cela. kiMais en outre,il y abiengrad, ôc notable intereft, pourlaconferuation hdes Republiques, que ceux, là qui tiennent la fouueraineté facent eux ;ilmefmes iuftice :c’eft à fçauoir lvnion, ôc amitié des Princes auec les fu- |iigets,qui ne peut mieux eftre nourrie,& entretenue,que par la commu- îpnication des vns,& des autres :qui fe perd,& s’aneantift,quand les Prin- ®Le bien qui ces ne font rien que par ofïiciers:car il femble aux fugets qu’ils les dedai- itup]reuiétquad gnent,&mefprifent : chofe qui eft plus griefue, que fi le Prince leur fai- jjeles Princes foit iniufticc:& d’autât plus griefue, quelacontumelieeftplusinfupor- jp
font iuftice table,que l’iniurefimple. Et au contraire, quand les fugcts voyent queenperfon- leur Prince feprefente à eux,pour leurfaire iuftice, ils s’en vont à demy fcne. contents,ores qu’ils n’ayent pas ce qu’ils demandent : pour le moins, di- j|efent-ils,le Roy à veu noftre requefte,il a ouy noftre différend, il a prins ^la peine de le iuger. Et fi les fugets font veus, ouys, ôc entendus de leur ^Roy,il eft incroyable combien ils font rauis d’aife, & de plaifir, s ils ont ^vn Prince tant foit peu vertueux, ou qui ait quelque chofe d amiable en ^luy.iointaufli qu’il n y a moyen plus grand pour autorifèr fes Magiftrats, ^& Officiers, & faire craindre ôc reuererla iuftice,que de voirvnRoy i
fèantenfon throfne, pour iuger. D’auantage les Officiers bien fouuent
font iniuftice aux fugets, s’arreftansauxclaufes,aux mots, aux fyllabesde la loy,qu’ils n’ofent franchir e flan ts liez, ôcaffe ru is à icelle:&s ils font ,^(confcience de iuger félon la loy,il faut quils enuoyent leurs remonftra- ^
LIVRE ÇTV A T R I E S M Ë. 47?ces aux Princes,& qu’ils attendent les refponfes,& declaratiosdes edits,
faire félon lad u is des autres officiers, lefquels bien fouuent/veulent voir
au fonds du fac:de forte que plufieurs procès viuécplus long temps que
les parties, & quelquefois demeurent pour iamais pend us au croc: ou fî
' le Prince iugeoit,luy qui eft la loy viue,&par deflus toutes les loix ciui-
‘ leseftantaccompaigné de fon confeil, ilferoicbône, & briefuc iuftice:I ayàtefgardau fond fans beaucoup s arrefter aux formalitez. Auffi parce
moyen les oppofîtiôs^ppellations, requeftes ciuiles euocatios, infinité1 d’arrefts les vns fus les autres,qui rendêc les procès immortels,cefferoiér,
I|; & la iuftice f>rendroit fon cours fins aucun empefehement. Ioint auflîque la République feroit releuee degrâds frais, ôc gros gaiges qu’ilfauc0| ür l«n : f* -n^ pices:de forte que les fugets,au lieu d’auoir boue & briefuc iuftice, queaux luges, & les particuliers des efpiccs, qui font afp res àmerueilles, ou-
t!i tre les corruptions ôc prefens qu’il faut faire, qui fouuent paflent les ef-# ri /n i ► m* • i 4% I o o 1 i i />« a ■ « 1 • <-v ■ n • . — . _ Y _ _ O _ î ! C* * *■® le Prince leurdoit, font contraints la payer, comme la chofe du monde
^ la plus precicufe: encores aduient-il trop fouuent que le marchant eft
payé,& la marchâdife qui eft liuree ne vaut rien. Encore il y a vn poind
i confîderable,c’eft que les parties quelquesfois (ont fi illuftres, qu’ils neIl voudraient iamais refpondre deuant plufieurs iuges, qui font deferiez,
t); ou pour leur indignité,ou iniquité, ou autre qualité femblable : dont il
i| aduient fouuent, qu’ils vuident leurs différends à combats, &: coups
i; d’efpee:oii le Prince de fa prefence,d’vn regard, d’vn clin d’œil les met-
H troit d’accord. Etquand il n’y auroit autre chofèqueJe prince faifant
Kt| iuftice à fes fugets, s’accouftume luy mefmes à eftre iufte, droit, ôc en-
lEti tier ( qui eft le plus haut poind dcfelicité qui puifle aduenir à vne Re-
g publique) doit-on pas defirer d’vne affedtion ardante, que le Prince ne
lit cc^e Ornais de faire iuftice ? Auflî la vraye fcience du Prince eft de iuger
y, fon peuple:les armes luy font bien fèantes contre l’ennemy : mais la iu-
jd ftice luy eft neceflaire en tous lieux, ôc en touttemps. Combien quil ne
sj| fcfàu t pas tant arrefteraux raifons,&:argumcns,qu a l’exemple des plus
}p' fagesPrinces. Et qui fut onques le Prince pareilà Salomon en fagefle?nouslifons toutesfois que la lcule priere qu'il fift a Dieu, fut pour obte-
j/jt n*r ^agcflc,afin de bien iuger fon peuple.auflî ces arrefts eftoiét publiez
I j,, par toute la terre,auec vn eftonnement de tous les peuples. Qui fut on-
’ ques femblable à ce grand Augufte en prudence politique neant-
ï moins nous lifôns de luy, qu’il eftoit fans cefle empefche à iuger, Ôc s’il
^ eftoit malade,il fe faifoit porter cn fa litiere,pourfàire iuftice, combien
que c eftoit la vacation ordinaire des Empereurs Romains,qui ont era-
y porte le prix de iuftice par deffus tous les Princes de la terre: iufques à là5, quil y eut vne pauure vieille,à laquelle l’Empercur Adrian refufà refpo-
are vne requefte, s exeufant enuers elle qu’il n’auoit pas loifir : Quittez
Jî °nc, dit-elle,Iachargequevousaucz:àquoy l’Empereur n’ayant que c
P. re pondre, s arrefta pou r luy faire iuftice. Si ce Prince, qui auoit le plus ?
4$o DE LA REPVBLIQVEgrand empire qui iamais auoit efté,& cnuelopé de tant d’'affaires, rcco-
gneut l’obligation à laquelle il eftoit tenu,que doiuét faire tant de Prin¬
ces,qui ne tiennent que les échantillons de ceft empire là?ne faut-il pas
que chacun d’eux en fa perfonne s'efforce, en fon efprit s’eftudie, ôc de
tout fon pouuoir s’employe àfaire iuftice? attendu mefmcmcnt quil
*.iib.i.cpiftoi. n’y a p oin t, difoit Pline1 le ie u ne, d e plus noble philofophie que traiter
les affaires publiques, ôc faire iuftice, mettant cn vfage ce que les Philo-
fophes enfeignent. Autant peut-on dire des affaires d’eftat,ôc à plus for-
s te raifon que de la iuftice, veu que les affaires d’eftat touchent de plus
près au Prince,que la diftribution de la iuftice : de laquelle il fe peutau-
cuncmét defeharger fus les Magiftrats:mais non pas des affaires d’eftat,• fi ce n eft au hazard d’en eftre defpouillé.car de parler,voir, ouyr, par la !
bouche,par les y eux, parles oreilles d’autruy-.c’eft àfaire aux muets,aux
aucuçlcs^aux fourds. Nous auons moftrécydeffus,que cela a tiré après
foy la ruine de plufieurs Princes, ôc le changement de grandes Monar-
r| n. r chies. le dy neantmoins que ccs raifons ne font pas fufîifantcs pour re- !e ncce - pou(jrcCefte quefti0n,&fouftenirqucle prince doit faire iuftice cnper-
^îi Vd’cn ^onnc* ^en cft"il vray, que cela feroit fort vtile, voire neceffaire, 11 les î
tendre aux* pr^nccS eftoient tels que difoit S cylax de ceux des Indes, c’eft à dire,au- jc
1 ffai ^d’e tant ^^crcnc^s ^cs autres fugcts,que les Dieux font par deffus les hom- 1
ftatlfeS C~ mcs‘car ^ nV a r^en P^us beau,ny plus Royal,que voir vn prince faire les i
Raifons exploits de vertu deuant fon peuple, & de fa bouche blafmcr, ôc con- ®
31 °nS damner les mefehans, doncr louange, ôc loyer aux bons, tenir fages pro- j
ftrer Pos’ ^ graues difeours deuantfcs fugets. cartout ainfi qu’il faut que cc- ]£» n luy foithomme de bien,quiaymcles gens de vertu, & hait les mcfchâs;ncdietaS Te au^1 ^aut"^>cllic ce^uy Prince, ôc droit, qui iuge bien. Mais di- faFes PrincesC ronsnousclue ^cs princcs viticux fc doiuent mettre en veüe du peuple, «& communiquer leurs viccs aux fugets? car le moindre vicc envn pria- y1L(f fonne cc >tout a^n^ quv110 rongne en vn trcfbcau vifage : ôc que feroit-ce aPCr * autre chofe que mettre en vifiere au peuple, vn exemple de vicc pour ^1’attirer,pour l’acheminer,voire pour le forcer d’eftre mcfchât? car il n y ^arien plus naturel,que les fugets fe conforment aux meurs,aux faits,aux ^
paroles de leur Prince : & n’y a gefte, a&ion, ny contenance en luy, foitbonne ou mauuaifc, qui ne foit remarquée ôc contrefaite par ceux-la ^
qui le voy entrayât les y eux,les fcns,ôc tous leurs efprits tendus â l’imiter.Le fage Hebrieu, Platon,Ciceron, Titc Liuc, ont laiffé a la pofterité cc- "fie maxime,come vne reigle infallible d’eftat. Encore Theodoric Roy rI des Gots,efcriuant au Sénat Romain paffe plus outre, vfant de ces ter- ^
exemp e pacihmejlcrrarc naturam x quarn difîimilemfui Prince f s pojüt Rfyubli-U °UU^ camformare -.voila fes paroles raportees par Cafliodore, c’eft a dire, que ^1raingui e ]_ecours -jç nature m'anqueroie pluftoflb v que le peuple fuft autre que les %tout epeu- pr-nccs/Onaveule Roy François premier cncc Royaume, ôcManfor VP C* furnomméle Grand, Empereur d’Afrique, ôc d’Efpaigne, qui comme-ccrcnt
LIVRE QVATRIESME; 48ïceret tous deux en diuers temps,& en diuers lieux, de priferles gens de
fçauoir : foudain les Princes, la nobleffe, les Ecclefiaftiques, le peuple
s’addônerent fi bien auxfciéces, qu’il ne fe trouua iamais fi grâd nom¬
bre de fçauans hommes en toutes langues, & en toutes fciences que de
leur cemps.Si 011 me dit, quil ne fautpas pour cela que le Prince laiffe
à fe montrer, iuger fon peuple, communiquer auec fes fugets, qui
Sauront bien choifir, ôc imiter, fes vertus, mefprifer, &fuyr les vices,Iedy qu’il eft plus aifé de fuiure,& contrefaire les vices, que la vertu,& d’autant plus aifé, que noftre naturel eft plus enclin aux vices, qu^
aux vertus, Ôc qu’il ny a qu vn chemin droit, qui nous guide à la ver¬
tu, & cent mil qui font tors, &nous conduifènt aux vices. On fçait af-
fez qu’AIexandrele grand eftoit accompli de vertus grandes, ôc héroï¬
ques , fi eft-ce qu ilfoiiiîla bien fort la beauté de fes exploids, par v-
ne cou ftu me qu’il au oit d’y uroigner, iufques a tenir le prix,& mettre
fix cens efcuz pour celuy qui boiroit le mieux: voyant creuer deuant fes
veux celuy qui auoitgaigné le prix, & quarante de fes compaignons.Mithridate Roy d’Amafie imitant Alexandre le grand le furpafîa,car
ayant mis le prix à qui plus boiroit, ôc mangeroit, il gaigna Tvn, Ôc
l’autre, comme dit Plutarque : lequel racompte auffi que à la venue de
Platon en Sicile, Denis le ieune commencea aie goufter, ôc s’amou¬
racher de la beauté des Mufes , quittant peu à peu les yuroigneries,
mommeries , ôc paillardifes : ôc tout foudain fà cour fut changee, com¬
me inCpiree du Ciel, ôc quand Platon fut débarqué de Sicile,.tout auffi
toft le Prince retourna à fes façons de faire : ôc au mefme infiant les
baladins, meneftriers, maquereaux, ôc autre telle vermine qu’on auoit
chaifez furent rappeliez : Tant le Prince vicieux a de puiflance pour
changer tourner à fon plaifir les cueurs de fes fugets ! mais toufiours t * °Y
pluftoft aux vices , ôc chofes ineptes , que non pas aux vertus. Yen todu^
xnettray encores vn exemple du Roy François, lequel fe fift tondre,
pour guarir d’vne playe quil auoit receue en la tefte: foudain le cour-
tifan ,■& puis toutle peuple fut tondu: tellement que deflors en auant
on (c moqua des longs cheueux , qui eftoit l’ancienne marque de beau¬
té , ôc de nobleffe • car mefmes il fut defendu aux roturiers de por¬
ter les cheueux longs, couftume qui dura iufques.au temps dcPier-
re Lombard Euefque de Paris , qui fift leuer les defenfes par la pui£
fance que lors auoyent les Euefques fus les Roys. Vray eft que lesfla-
teurs des Princes aydent beaucoup à conformer les meurs,& façons du
peuple,à celles du Prince, parce qu’ils fe contreferoyent pluftoft, quils
mnritaffent le vicenaturel du Prince,ôc de tât loin quils le voyet rire,ils
fe pfénènt à rire fins fçauoir pourquoy :come nous lifos auffi d’Alexâdre
le grâd, ôc d’Alplios roy d’Arragô,ayâs tous deux le col tors,ceftui-cy p
4?x DE LA REPVBLÏQJ/Enature, l’autre par couflumc : les flateurs tournoyent le col de trauers
pour contrefaire ce vice, comme efeript le courtifan, & Plutarque en
la viede Pirrhus. Puis donc que le naturel des hommes eft fi enclin à
fuiure les vices du Prince ,ne feroit cepas perdre vn peuple , ôc rui¬
ner vn eftat, de vouloir mettre en veuë des fugets vn Prince mal nour¬
ri , pour exemple ôc pourtrait de vices ? Encores eft-il plus dange¬
reux, que pour vil vice que le Prince, aura, bien fouuent ceux de fa
fuitte en auront cent, ôc par tout où ils pafleroyent, ils pourroy ent al- 1
terer , & gafter la bonté naturelle d’vn peuple , comme les chenil¬
les , apres auoir brouté , laiftent encores leur femence pour infc&er 1
les plantes. Mais pofons le cas que le Prince ne foit point vicieux ( cho-
le qu’on repute à grand vertu : combien qu’entre la vertu, ôc le vice,
le chemin foit large, ôc fpacieux) fi eft-il mal-aifé, ôc prefque impôt *
fible, quil ne luy efchappc quelque trait qui fera bien remarqué:ôc f
s’il eft inepte, ou ridicule deuant fon peuple,combien perd-il de la I11
réputation qu’on doibt auoir de luy ? Toutesfois donnons qu’il ne 13
foit point inepte, ny ridicule ,ny vicieux : pofons qu’il foit vertueux, ^
ôc bien nourri: fi eft-ce que la communication ordinaire , ôc fami- ft
liarité par trop grande des fugets, engendre vn certain mcfpris du b
fouuerain *. Ôc du mcfpris, vient la defobeiftance enuers luy, ôc fesman- pl
démens, qui eft la ruine de leftat : ôc au contraire, fi le Prince fe mon- i
ftre ordinairement à fes fugets tenant fa grandeur, auec vn port ter- &
rible , il fera peut eftre plus redoubté , mais il y a danger qu’il foit !t[
moins aymé. or l’amour des fugcts, enuers le fouuerain , eft bien plus ï
neceflaire à la conferuation d’vn eftat que la crainte : ôc d’autant plus iji
neceflaire, que l’amour ne peut eftre fans crainte d’offenfer celuy que ::t[
on ayme : mais la crainte peut bien eftre , ôc eft le plus fouuent fans loi
amour. Et femblc que cc grand Dieu fouuerain Prince du monde, a
monftré aux Princes humains,qui font fes vrayes Images, comme ïnc
il fe faut communiquer aux fugets :car il ne fe‘communique aux hom- *(.|
4. aumen iu mcs ? qUe par5 vifions, ôc fonges, Ôc feulement à bien petit nombre 4
des efleuz , ôc plus parfaits. Et entre tous les peuples, il ne s eft ia- w
mais apparu qu’aux Hebrieux, quand il publia de fa voix le decalo- |1C(
gue, faifant voir fon feu iufques au ciel, ôc de fes foudres ôc tonnerres ^
trembler les montaignes, auec vn fon fi effroyable de trompettes,que ^
le peuple pria fe tapiffant fur fa face, que Dieu ne parla plus à eux, au- L>
trement qu’ils mourroyent tous, encores eft-il dit, qu’ils 11’ouyrent ,,
que fa voix : affin qu’ils euffent a iamais crainte de l’offenfer : ôc néant- ^
moins pour inciter les homes à l’aymer ardâment,il les comble afiduel- ^
lement de fes grandes faneurs, largcfles, ôc boutez infinies. Si donc le
fage Prince, doibt au maniement de fes fugets,imiter la fàgeffe de Dieu ^
au gouuernement de ce monde : il faut qu’il fe mette peu fouuent en jeveuë 1
LIVRE QJV ATRIESME. 4s3veuë des fugets, ôc auec vne maiefté conuenable à fa grandeur, &pui£
lance : ôc neantmoins qu’il face chois des hommes dignes, qui ne peu¬
uent eftre qu’en petit nombre,pour declairer là volonté au furplus: ôc
inceffamment combler fes fugets de fes grâces, &faueurs. Leliure du
monde dcdié à Alexandre le grand, (attribué fans occafion àArifto-
tene tenant rien de fon ftile ) fait cefte comparaifon du Prince fou¬
uerain à Dieu : difant que le grand Roy de Perfe eftoit en vn cha¬
fteau fuperbe, Ôc magnifique , enuironné de trois hautçs murailles,
ne fe communiquant finon à bien petit nombre de fes amis :ôc néant-
moins qu’il auoit nouuelles en vn iour, de tout fon empire, depuis
le deftroit d’Hellefpont, iufques à l’Indie Orientale, par feux, &fen-
tinelles aflifes és hautes guettes. Auffi iamais il n’y a eu Princes foubs
le ciel plus 4 adorez, plus reuerez, plus aymez de fugets que ceux là,
&qui plus longuement ayent conferué leur puiflance. Ceft aufli
pourquoy les Princes qui font efclaues de leurs plaifirs, ôc voluptez,
doibuent fe retirer de la veuë du peuple, comme faifoit Tibere l’Em-
pereur, lequel fut plufieurs annees caché en vne Ifle : car en ce fai-
lant l’exemple ne gafte point les meurs des fugets , ôc ne peut cau-
fer le mefpris du Prince : lequel fe doibt préparer quand il viendra
en public, Ôc alors accompaigner fa maiefté d vne certaine douceur,
ôc non feulement parler peu, ains aufli que fes propos foycnt graues,
ôc fententieux, & d’vn autre ftile que le vulgaire: ou s’il n’a pas la grâ¬
ce de parler , il vaut mieux qu’il fe taife. car fi le prouerbe du fage
Hebrieu eft veritable, que le fol mefme en fe taifant, a réputation d’e¬
ftre fage, combien doibt eftre le Prince accort, ôc aduifé, quand il
ouure la bouche pour parler en public ? veu que fes paroles , fes mi¬
nes , fon regard , font eftimees bien fouuent loix , oracles , arrefts?
Ceft pourquoy l’Empereur Tybere amena vne couftume de parler
au Prince par efeript, ôc refpondre par efeript, pour quelque chofe
que ce fuft. Morts erat eo tempore prïncipem etïam prœpntem non riifîferi-
pto adiré : affin qu’il ne luy efchapaft rien qui ne fuft bien penfé. Et
neft poflible qu’en parlant beaucoup, &fecommuniquantpartrop,
il ne face plufieurs fautes qui le ferontmefprifer, ou moins eftimer.6c ne faut iamais, comme difoit vn ancien Grec, que le Prince par¬
le deuant le peuple autrement qu’il feroit en la tragedie. Mais dira
quelqu’vn, n’eft-ce pas le vray eftat d’vn Prince de faire Iuftice à fon
peuple , ouyr les plaintes des fugets , voir les requeftes des fiens ôc
entendre delà bouche d’vn chacun leurs iuftes doleances , qui font
ordinairement fupprimees , ou deguifees par autruy ? pourquoy fe
cachera il de fon peuple? le ne fuis pas d’aduis qu’il fe cache tellement
quilne fe monftré du tout point: comme font encores à prefent les
î'oys des Indes Oriétales, ôc mefinement le Roy de Borney,qui ne parleS ij4. Plutar.in The-
miftocle & Ale¬
xandre».
434 DE LA REPVBLIQVELa couftu- qu’a fa femme, & à fes enfans, & aux autres il fait parler vn gentil-hôme
me du Roy par vn trou,tenant en fa bouche vne farbatane,comme il fift àl’Ambaf-
de Borney. fadeur du Roy Catholique,ainfi que nous lifons és hiftoires des Indes.mais bien qu’il fe montre peu,tenant fa grandeur & maiefté i ayant tou¬
tesfois efgard à fa qualité,&à fapuiflance.car il ne feroit pas feât à vn pe¬
tit prince contrefaire les grands Roys d’Ethiopie,de Tartarie, dePerfe
& de Turquie,qui ne veulent pas mefmes que les fugets gettent la veuë
droit fur eux, ôc ne font pas tant redoutez pour leur puiflance,quepour
ja maiefté qu’ils tiennent, quand ils fe monftrent aux fugets. Et fi on dit
que les peuples d’Orient, ôc de Midi fe doibuent ainfi gouuerner, ôc
non pas ceux d’Occident, ôc de Septentrion : ie dy que c eft tout vu
pour ce regard:car on fçait aflez que les Roys d’Angleterre,Suede,Dan-
nemarc, Poulongne tiennent beaucoup plus leur grandeur enuers les
fugets, que les Roys de France : ôc le Roy de Mofchouie plus encores 1
Dâger que que tous les autres : ôc ne font pas moins, ôc peut eftre plus obéis. Le !
leftat d’vn plus grand danger qui peut aduenir au Prince pour faire tout par au- '
Prince ne truy, eft que ceux aufquels il fe defeharge, luy volent fon eftat : ce qui ;oi
foit volé toutesfois n’eft point aduenu en ce Royaume , finon foubs le Roy 1
par le fuget Childerich ,furnommé le lourdaut : alors que les Roys de France ne iy
qui plus a fe monftroyent qu’vne fois Tan enleurmaiefté.Etnefaut pas tirer en
de crédit, confequence l’exemple d’vn Roy depourueu de fens, pour en faire v- F
ne maxime. Mais il y a bien vn moyen pour obuier à cela, c’eft quele 10
Princeaulieu d’vn lieu-tenant, ou d’vn grandmairedu Palais,enayt $
deux ou trois, en puiffance ôc faueur égalé ; car en ce faifant il ne fera ia- coi
mais circonuenu eftant toufiours Tvn efclairé, ôc controollé par les au- ®
très, comme firent les Empereurs de Conftantinople , qui diuiferent ^
leftat du grand Preuoft du Palais en deux ou trois preuotez égalés en A
puiflance : ôc lafurintcndance de la Iuftice, &des loix, attribuee à vn i
chancelier, car Tibere ayant fait Seian trop puiflant, Commode Peren- p
nius, Theodofe 11. Eutrope, Iuftinian Belliflaire, Xerxes Artaban, les i o
Merouingues,& Carlouingues leurs grands maires du palais, furent au itiii
hazard de leur eftat. Et quant au fait de la Iuftice, ôc des plaintes, Ôc do- 4;
leances des fugets , il y fera toufiours mieux pourueu par bons, ôc |ij
fuflifàns Magiftrats, que par le Prince. Car on fçait combien de parties
font requifes à vn bon luge, qui ne fe trouuent pas mefmes és plus 1^
fuffifans hommes du monde. Et fi on dit que le Prince peut auoir au
tour de luy de fçauansConfèillers, pour iuger par leur aduis, &con- ^
feil : comme Traian, Augufte, Adrian,Marc Aurele, Alexandre Seuc^ ^
re , ôc autres Empereurs, qui eftoyent toufiours accompaignez des ^
plus dignes perfonnages. tout cela eftoit facile à ceux qui eftoyent ^
ainfi nourris : mais on voit combien il eft ennuyeux aux luges de voir j
les fuites,les trauerfes, les longueurs qu’on tient aux procédures, de-uam r
LIVRE QV A T RI ES M E. 485* uant qu’on mette vn procès en eftat die iuger : ôc comment vn Roy,I vn Prince fouuerain porteroit-il cela patiemment? vep qu’il eft bien\ cmpefché d’entendre les affaires de trefgrande confequence , ôc qui\ touchent leftat: S’il entreprend de iuger , ôc qu’il 11e s’en aqu ite,il fait in-X iureaux fugets. En quoy Demetrius laffiegeur a efté blafmé àiufte cau-\ fe, lequel ayant receu grand nombre de requeftes les meit au repli de1 fon manteau, ôc quand il pafia fus le premier pont d’vne riuiere, il fe-| coiialetoutenl’eau,comenQUslifonsenPliitarque: dequoy les fuo-etsI fe voyans mcfprifez conceurenr vne haine capitale contre luy, Ôc peu a-iti), près il fut delaiffé de fon armee qui fe rendit à Pirrhus auec le royaumeail- qu’il gaignafans combattre. Il faudra toufiours auoir recours aux com-:Ji imirairespourinftruire,&puisauprincepouriugerles procès: combleKl, qu’il eft quelquesfois difficile , ôc fouuent pernicieux de feparcr l’in-!» ftrudion du iugement.Mais pofons le cas, que le Prince ay t beau loifir,iti; quil puiffe, Ôc quil vueille voir, ouyr, ôc iuger les procès de tout fon|l peuple: fi eft-ce chofe indigne à la maiefté d’vn Roy, de faire vne co-
hue ordinaire de fa court: car outre les menees, ports, ôc faueur s, qui|{( 11efont point fugettes à recherche, ôc la contrariété de lettres, commif-U fions, arrefts, ôc prouifions qu’on y depefche foubs le nom, ôc fans leiK feeu du Prince, duquel on fait voile bien fouuent pour faire iniuftice:| encores eft-il infuportableaux fugets, aufquels la Iuftice eft deuë auxy lieux ou ils font, la chercher à la cour, ou il eft plus expedient quel-^ quesfois de quitter fon droid que de plaider. Dauantage la plus di-tj,. gne cognoiffance d’vn Princc qui s’entremet de iuger, eft touchantuk 1 honneur, ôc la vie : ôc qui fèroyent les accufàteurs qui voudroyenclE tomber en fi grands fraiz à la fuitte de la cour, ôc au danger d’eftre
tuez des accufez , file Prince pardonne le crime ? car on fçait allezil (îue les Princes cn pardonnent plus qu’ils n’en puniflént, chofe quij£l tire apres foy la ruine ineuitable du Prince , ôc de fon eftat. Pour à^ quoy obuier, les délations fecrettes ont efté introduites, par l’an-(ifÉ C*en c^t(^c Conan Roy d’Efcoffe, qui eft auiourd’huy pratiqué cn^ Efeofle, ôc s’appelleludid, ôc mieux encores par l’ordonnance deMi- “y ^an(4ui meriteroie eftre faindementgardee en toute Republique) 011 il ^ Efœf-I fau: qu en toutes les villes il y ait vn tronc percé cn la principale Egli- jC ^ c^ej fe, duquel les gouuerneurs ayent la clef, où il foit loifible à chacun^ de getterfecrettement le libelle d’accufàtion, auquel le crime commis,[ le temps,le lieu,les coupables,les tefmoings foyent compris,auec loyer]I(f îjC!a de la confiscation au delateur : qui eft vn grand moyen derf; kcilicerla, punition des crim es, par deuant les luges ordinaires, chofe{ qui feroit impoffible de pourfuiure deuant le Prince. Pour fes difficul-£‘ tez, ôc raifons que i’ay remarquees, l’Empereur Tibere eftat venu à l’e-^ at, protefta en plein S enat, ôc depuis le fift àJ fçauoir par lettres aux s. Tarira»,S iij
4&S DE LA REPVBLIQVEofficiers, qu’il ne vouloit rien entreprendre fus la iurifdi&ion des magi*
ftrats.Ec à dire vray, l’occafion principale pourquoy les premiers Roys
ôc Princes,fe m eftoient de iuger,eftoit d autant qu il n’y auoit point en¬
cores de loix ôc tout le droit dependoit de la v olonté du fouuerain: mais
depuis quon eut eftabli loix félon lefquelles le magiftrat eftoit oblige
de iuger la neceffité de ce faire ceffa en la perfone des princes fouuerains.
Si on me dit que le Prince peut eftre fi fage,fi iufte,fi bien accopagné de
fçauoir, qu’il ne donera iugemet qui ne foit équitable: & que fon refforc
peut eftre fi eftroit,qu’il fuffira pour iuger tous les procès, comme il y a
plufieurs princes aux bas pays,& en Almaigne, ôc mefmes cn Italie, fe-
roit-ce pas chofe belle, ôc vtile,que luy-mefmes fift Iuftice ? ledy quil
n’eft pas expedient, ny pour le Prince, ny pour les fugets. le ne diray
pas que pour la reuerence de fà maiefté les parties n’oferont parler fran¬
chement faire entendre leur droid : ou qu elles ne pourront y auoir
accez pour la multitude des procès qu il y auroit faifant cefte ouuerturc:
mais d’autât qu’il n’y a rien plus couenable au fouuerain que la douceur,
au prince que la clemence,au Roy que la mifericorde : ôc pour cefte oc¬
cafion l’Empereur Tite fe fift grâd Pontife,affin de ne foüiller fes mains
du fang humaimores que plufieurs Pontifes de fà qualité, ôc Empereurs
ne fuflent pas fi religieux que luy. Or la douceur, ôc mifericorde, font du
tout contraires àla vraye Iuftice,& au bon Iuge:auquel non feulement
la loy ciuile, ains aufli la loy diuine defend d’auoir pitié (mefme du
pauurc en iugement. Et Tvn des principaux points de la maiefté fou-
uerainc gift à donner la grâce aux coupables.il faudra donc quele Prin¬
ce ioüe deux perfonnes cotrai res,ceft à fçauoir,de pere mifericordieux,
ôc de magiftrat entier : de prince treftenin,& de luge impaflible.Etfi le
naturel du Prince eft doux,& pitoyable,il n’y aura fi mefehant qui n ef
chape à force de pleurs, ôc de pricres, defquelles les plus cruels bien
fouuent font vaincus. Nous lifons que l'Empereur Augufte commeri-
cea l’interrogatoire contre vn parricide en cefte forte : le m’afleure que
tu n’as pas tué ton pere. & mefmes Néron, quand on luy prelenta la con-
demnation d’vn homme pour la figner , ic voudrois, dit-il, ne fçauoir
point eferire.C’eft pourquoy Ciceron plaidant deuant Cefàr, quiauoit
refolu à quelque prix que cc fuft de faire mourir Ligarius, dift qui!
ne plaidoit pas deuant le luge,ains deuant le pere du peuple : Ôc que ce
n’eft pas la façon de parler aux luges quand on dit, Pardonnez luy,
il a failly, il s’eft mefpris, fi iamais il y aduient : cela eft bon à dire de¬
uant vn Prince fouuerain , deuant vn pere : mais on dit aux luges
que le crime eft fuppofé, les tcfmoings font faux, qu’il n’en eft rien.
Et cn cefte forte remonftrant taifiblcment à Cefàr qu’il ne debuoit
eftre luge, tenantlelieudc fouuerain :ôc puis haut loiiant les faits, la
prouëfle, la douceur de Cefàr * lcfbranla fi fort, qu’il le fift changer
LIVRE QJVATRIÊSMË* 4$?de couleur, ôc de contenance, & fur raui en telle forte qu’il ne peut ouyr
la moitié du plaidoyé ( quieftleplusbrief de touts ceux que Ciceron a
laide par efeript ) qu’il n’accordaft à Ciceron plus qu il n’efperoit. S’il
eft ainfi que Cefar, l’vn des plus grands orateurs qui fut onques au iuge-
nicnt de Ciceron, Ôc des plus aduifez hommes qui fuft de fon aage, à
efté accablé de la force d’eloquence, pardonnant à celuy quil auoit re-
? folu de faire mourir : qui fera le prince moins accort, ôc tant foit peu fu-
!i get à pitié, qui fe pourra guareritir du babil d’vn aduocat affetté, de la
f! pauureté d’vn vieillard,des larmes d’vne femme, des cris d’vn enfant?Le
! R°y Agefilaus fut eftimé plufquc Prince de fon aage: ôc neantmoins im-
3! pommé de prieres efcriuit aux iuges en cefte forte,Si tel n’eft point cou-111 pable du fait dont il eft accufé,quil foit abfouls:&s’il eft coupable, qu’il
t foitabfouls pour l’amour de moy:& quoy qu’il en aduiéne qu il foit ab-
fouis : Et s’il eft mal-aifé à vn Prince d’en efchaper, encores eft-il beau-
t. coup plus difficile en leftat populaire, ou le peuple felaiffe mener àla
! baguette,ôc beffler de parolles : ainfi quon peut voir prefques en toutes
i les accufàtions faites ôc en Athenes, ôc en Rome, quand le peuple iu-
ti!i geoic : les innocens eftoyent condamnez , ôc les coupables abfouls-
toutes les hiftoires font pleines d’exemplesxomme nous lifons que Fo-
:|i rateur Sergius Galba accufé, attaint, ôc conuaincu de leze maiefté par
i deuant le peuple Romain, n’ayant plus que dire amena des enfans en
é iugement, pour emouuoir le peuple à pitié, & en cefte forte rechapa.! alors Caton dift, que s’il n euft eu recours aux pleurs, ôc aux enfans, il
i! euft eu des verges6. Et tout ainfi que le peuple eft fouuent pipé par les * vakr.m«.üte
:g harangueurs :aufti font plufieurs Princes par lesflateurs, &nes’enpeu-
v;; uentfauuer. C’eft pourquoy la nobleffe de Pouloignc obtint de Loüys
ij!: Roy de Hongrie,& de Poulongne, priuilege que les nobles ne pour¬
ri roy ent eftre iugez que par le Roy, quand il y va de la vie, ou de l’hon-
^ neur: voyant qu’ils pourroyent aifement efchapper le iugement du
|f Roy,& non pas des iuges:1e priuilege eft l’an m- c c c l x x i i i. couché
dB| aux ordonnances de Poulongne. de cela il eft aduenu,que le noble n’eft
i;;; iamais condamné à mort, quelque mecjianceté qu’il face : ôc en recha-
^ pe toufiours par argent, Ôc au pis aller en tenant prifon vn an, ôc fix fe-
’jj, niaines:ce qui apaffé en force de loy,ôc fe garde encores à prefent,com-
^ nie i’ay apris de l’Ambaffadeur Zamqfchi. Et fi le Prince n’eft doux, ôc
^ pitoyable,il fera rigoureux, ôc cruel : car on fçait affez combien la me-
, diocrité fe trouue en peu d’hommes, ôc moins encores és Princes, qui
j felaiflent ayfément porter à l’vne, ou à l’autre extremité. Et fi le Prince
eft vertueux, il aura les homes vicieux en horreur, ôc les plus fages alors
B| font efmeus d’vn iufte courroux, ôc fouuent tranfportez de cholere. Il
' n y a point de meilleur exemple que d’Augufte, qui a emporté le prix
J d eftre l’vn des plus fages, Ôc vertueux Princes qui fut onques, Ôc quiII portoit la peine des condamnez, ôc ne fouffroitpas moins,dit Seneque^,S iiij
9. TranquiJ. inClaudio.l.Tranquil.Eftrangc i-
niquité de
Caligula.i.I.refoiciendum
de pœuis.Le Prince fe
doibt faice
aymer des
fugets.48B DE LA REPVBLî(VVEque ceux la mefmes qu’on exccutoit. Et neantmoins ce Prince debo-
naire par accouftumance de iuger,ôc condamner ceux qui eftoyent co-
uaincus,corne il eftoit neceflaire deuenoit cruel, & par trop rigoureux
fè laiflant tranfporter de paflion,ôc indignation contre les mefehans : de
forte que tenant vn iour le fiege, ôc condamnât plufieurs accufez en di-
uerfes peines,fon amyMecenasne pouuât approcher luy gettavn bil¬
let de papier,par lequel il FappeBoit bourreau : foudain Augufte fe tint
coy, recognoiffant que lacholere le tranfportoit,& qu il precipitoitfes
mgemens.Etpour cefte caufe nos peres ont treffagement ordonné,que
la chambre criminelle des parlemens, changera de trois en trois mois,
qui pour cefte caufe s’appelle tournelle, parce que touts les iuges des
autres chambres y iugent chacun en leur tour:affin que Faccouftuman-
ce de condamner,ôc faire mourir les hommes, n’alteraft la douceur na¬
turelle des iuges, Ôc les rendift cruels, ^ inhumains. Ioint auffi qu’il eft
fort difficile, ôc prefque impoffible, dit Theophrafte,que f homme de
bien n’entre en cholere,voyant les crimes deteftables des mefehans, ôc
quelquesfois il en deuient furieux,Ôc hors du fens : come Claude l’Em-
pereur,fut fi outré de rage qu’il auoit, oyât vn iour reciter les mefchan¬
cetez d’vn homme accufé,qu’il print vn coufteau ôc luy getta contre le
vifage9. Or fi le Prince qui s’entremefle de iuger, eft cruel de fa nature,
il fera vne boucherie de ia councomme l’Empereur Caligula \qui con¬
damna par vne feule fentence, ôcàmeftnepeine cinquante perfonnes
pour diuers crimes,ôc prenoit plaifir,à couper les teftes des plus gens de
bien,tantoft pour effayer vn cimeterre, tantoft pour faire preuue de fa
proiieffe. Si donques il eft difficile aux plus fages,de garder la médiocri¬
té doree entre douceur, & rigueur,qui eft neceflaire2 aux iuges : il ne fe¬
ra pas aifé de la trouuer és Princes, qui font le plus fouuent extremes en
leurs a£tions:car la fafcherie d’vn particulier,eft indignation en vn Prin¬
ce, Ôc le courroux d’vn fuget,eft appellé fureur en vn Roy. Mais paffons
plus outre, ôc pofons quele Prince ayt la fâgefTe,le fçauoir, la prudence,
la diferetion, lvfage, la patience, Ôc toutes les vertus requifes à vn bon
iugeifi eft-ce qu il n eft pas fans difficulté s’il doibt iuger fes fugets. Car
la plus belle reigle qui peut entretenir Feftat d’vne monarchie,c’eft que
le Prince fe face aymer de touts fans mefpris,ôc hay rde perfonne, fi faire
fè peut.Poury paruenirily a deux moyés, Fvneft que la peine iuftefoit
decernceaux mefehans, ôc le loyer aux bons. Ôc d’autant quçFvn eft fa-
u o rable, l’autre odieux, il faut bien que le Prince qui veut eftre aymé fe
referuela diftribution des loyers,qui font les eftats, honneurs, offices,
benefices, penfions, priuileges, prerogatiues, immunitez, exemptions,
reftitutions,ôc autres grâces,ôc faueurs,que tout Prince bien auifé doibt
kiy mefmes ottroyer. ôc quant aux condamnations,amendes,confifca-
tions, ôc autres peines, il doibt les renuoyer à fes officiers, pour en fai¬
re bonne, & briefuc iuftice. En quoy faifant s ceux qui receurontlesbienfaits,
LIVRE QJV A T R I E S M E, 4^bienfaits,feront coti^ints cTaymer,relpeder, & reuererlebienfaideun
& ceax qui feront condamnez n’auront occafion quelconque de le
hayr : &regetterontIeur cholere furlesluges. car le Prince faiiant bien
à chacun ôc mal à perfonne fera bien voulu de touts, ôc de nul hay : ce
q iienaturc nous a figuré au Roy des abeilles, qui n’a iamais d’aguillon.
{[ ôc quoy qu’en la iàinde eferipture on trouue qu’il n’y a pelle , fa¬
it mine,guerre,ou autre affiidion que Dieu n’enuoye: fi eft-ce que routs
,t font d accord, que cela fe fait paria feule permiffion:&la nature du ver-
be tranfitif en Hebrieu le monftré affez. auffi lifoiis nous que Iuppiter* auoit trois foudres,qu ils appelloyent manubiasalbasyrubras atras: le pre-
jnier eft blanc qui fert d’aduertiffement, ôc ne blece perfonne,qui fe fait’ du feul aduis de Iuppiter, donnant vn regard au Soleil doux ôc bening.ôc pour cefte caufe Seneque diCoit,idfolumfulmenplacabdeeJî-, quodmittir■ Iuffliter-L’autre fe fait par le regard de Iuppiter aux baffes planettes,queI ils appelloy ent les dieux inférieurs,qui bleffe ôc gafte,mais il ne tue per-, fonne. le troifiefme fefait parle regard de Iuppiter aux deux hautes pla-I nettes,qui tue deftruit, bruine: qu’ils appelloy ent les hauts dieux.Car
8 laTheologie des anciens s’accommodoit aux Pontifes, auxPhilofo-* phes,&aux Poètes, ôc touts s’accordoyent que le grand Dieu qu’ils pe-
31 foyent eftre Iuppiter,,n’oftenfoit,ny ne bleçoit,ny ne condamnoit per-
î fonne. le penfe quant à moy, que c’eftl’vn des plus beaux fecrets qui a
01 maintenu fi longuement cefte monarchie: car nos Roys ont trefbien
f feeu pratiquer de toute anciérieté cefte reigle: ottroyant touts les bicn-II faits & loyers, &laiflans les peines aux officiers,fans relped des perfones.
® Quand le Roy François premier,fift conftituer le ChancelierPoyet pri-
$ fonnier,il ne voulut pas eftre fon iuge,ny mefines affifter au iugement,
i® 4 ains le renuoya au parlemet de Paris:& comme le Chancelier euft recu¬
it fé touts les prefidens,&confeillers de la cour, le Roy luy permit d’auoir
isp deux iuges de chacun parlement. En quoy chacun peut iuger,combien
[il la iuftice a eftéfincerement adminiftree en ceRoyaume au prix des au-iii très : car au mefme temps les Chanceliers du Roy d’Angleterre, ôc du
g(i Duc de Milan,furent preuenus auffi deleze maiefté, c’eft àfçauoirTho-
edi mas le More, ôc Hierofme Moron ; ceftui-cy fut iugé par ceux que le
1()ji Marquis de Pefquierre nomma, qui eftoit chef de la coniuration faide
j| contre l’Empereur: & Thomas eut fa partie aduerfepourluge, qui auoit
$ empiété fon eftat,& donné commiffaires àfon plaifir,pour l’inftrudio
,, du procez, ôc le Roy nomma douze iuges,pour donner aduis fuiuant la
l couftume du pays,qui n’eurent pas fi toft dit g i t h i,c’eft à dire coupa-
^ ble de mort, que le nouueau Chancelier ne prononceaft l’arreft : ainfi
I que i’ay veu par les lettres du légat Caiedan au Pape, cefte condamnatiodonna trefmauuais bruit au Roy d’Angleterre, tant enuers les eftran-
^ gers 5 que enuers fes fugets, plus pour la forme de procéder, que pour
^ le fonds en foy :ce qui ne fuft aduenu, s’il ne fe fuft non plus méfié da
'p
490 DE LA REPVBLIQVEiugement quele Roy de France fift cn ccluy de fon Chancelier. Peut e-
Le Roy ne ftre on me dira,que la qualité des Princes,& grands feigneurs, quand il
doibt eftre y va de l’honneur,requiert la cognoiffance du Roy,& de fait la cour de
iuge,&par- Parlement fiftrefponfe au Roy Charle vu. l’anM. cccc.Lvm.le
tie,ou il y xxvi. Auril, que IeanDucd’Alençon, ne pouuoit eftre iugé de crimeva de fon de leze maiefté,finon en la prefencedu Roy, &: des Pairs de France, fans
intereft. quil leur fuft licite de fubftituer: & en cas femblable, fus lad uis requis
parLouys xi. quand il fut queftion de faire le procès à René d’Anjou
Roy de Sicile, la cour fift mefme refponfele xxvi. Auril m.cccclx
x v. & que mefmes il nefe pouuoit donner arreft interlocutoire con¬
tre vn Pair de France,quand il y va de l’honneur,que le Roy ne fuft pre¬
fent. le dy toutesfois que ce n’eftoit pas pour iuger:car il fepeut vérifier
que le Roy anciennement n’affiftoit pas melmes au iugement des cou¬
pables de leze maiefté : 8c fe trouue és regiftres de la cour vne protefta¬
tion du troifiefme Mars m. ccc.ixx xv i.fai&e par le Duc deBour-
gongne,comme premier Pair de France, au Roy Charle vi. par laquel¬
le ileft porté, quele Roy ne debuoit affifter au iugement du Roy de
Nauarre,& que cela n’appartenoit qu’aux Pairs, difant qu’il y auoit vne
femblable proteftation faite au Roy Charle y. affin qu’il ne fuft prefent
au iugement du Duc de Bretaigne : & oii il voudroit palfer outre, les
Pairs de France demandèrent en plein parlement, qui leur fuft decerné
ade de leur proteftation: 8c dellorsfutenioint au greffier par arreft de
la cour,deliurer aux Pairs, & au procureur général du Roy ade de leur
proteftation. Et mefmes quand il fut queftion de iuger le procesdu
innolSinfa* Marquis de Saluffe,ilfut fouftenu par viues raifons?, 8c audoritédiui-
Vetr cac°i~ ne?^ humaine,que le Roy de Frâce ne pouuoit affifter auiugemet,puis
de clcric. côiugat. qu’il yalloit delà confifcation du Marquifat : 8c combien qu il fut paflé
SE outre,ce requérant le procureur général, 8c quele marquis fut condâné
8c fes biens confifquez:fi eft-ce toutesfois que les autres Princes le trou-
uerentmauuais. Auffi Alexandre leGrandne voulut onques fe porter
iuge,ny melmes affifter au iugement donné contre Philotas, Califthe-
ne,& autres coniurez contre là perfonne,comme nous lifons en Quin-
4.1.1. ne<}uis in te Curfe. Car fi c’eft contre la loy naturelle 4, que la partie foit iuge, 8c
en c"CC- cluc ^ Part*e entoures caufes ou il y va du public, ou de fon<aioni.deiurifci^. propre patrimoine en particulier, auquel cas il ne peut eftee iuge,à plus
forte raifon cela doibt auoir lieu au crime de leze maiefté, mefmement
au premier chef,ou il eft queftion de l’honneur, ou de la vie du Prince.
Et pour cefte caufe Louys ix.ne voulut point donner fentence au iuge¬
ment de Pierre Mauclerc Comte de Bretaigne, encores qu ilfuftpre-
fent quand on le iugeoit : ny pareillement au iugement de Thomas
Comte de Flandres:ny Philippe le Bel en la caufe de Robert Comte de
Flandres,attaints de leze maiefté, 8c qui plus eft lesarrefts font donnezau
LIVRE QJVATRIESME. 45>rau nom des Pairs,ôcnon pasau nom duRoy,qres qu’il fuft prefent:ain-
fi qu’on peut voir cn l’arreft de Mauclerc, par lequelilfut priué de la
garde, & baillic du Comté de Bretaig;ne, donné par vn Archeuefque^
deux Euefques, huid Comtes,Matthieu de Montmorancy,Ie Vicom¬
te de Beaumont, ôc Iean de Soiffons : qui porte ces mots, Notumfaçi-
1 mwi}(\uoà nos coram carijjimo domino noftro Luàouko Rege Francia iudicaui-*' mus y &c. où il appert que le Roy, ores qu il fuft prefent, ne donnoit
point fentence : comme on peut voir auffi en la caufe de la fucceffion
[ d’Alphons Comte de Poitiers,iaçoit qu’il ne fuft queftion que du do-
!,t( maine, le Roy neantmoins 11e donnapoint fon aduis : ny pareillement
ï; le Roy François 1. bien qu’il fuft prefent au iugement de Charle de* Bourbon Conneftable. Etfile Princcdoibt faire difficulté de iuger les
caufes des fugets, ou il n’y va que du particulier, ôc auquel il ne peut
auoir aucun intereft, affin qu’il ne donne occafion de maltalent à ceux
t qu’il aura condamnez, foit à tort ou à droid, ains qu’il fe doibt entre-
i tenir en lamour,& vnion des fiens, comme en vne forterefle treshau-
k te &c feurexombien plus fe doibt il garder, quand il a partie que celuy
» duquelil fe fait iuge ? I’ay veu au procès de Charle Duc de Bourbon,
If que faint Valier examiné en la tour de Loches par le Prefident de Selua,
! & l’Euefquedu Puy,tefmoin examiné àTarrarepar IeanBrinon prê¬
ta inicrprefident deRouen,M.D. xxiii.depofercntqueroccafionqui
i fift rebeller le Duc eftoit la refponfe que fift le Roy François, auxarti-
di des que le Duc auoit enuoyez à la cour de Parlement, fus le procès1 qu’il auoit contreleRoy, &laregente touchantle domaine. Ets’il nei s’en fuft point méfié aucunement, ôc qu’il euft laiffé faire fes iuges, ôc
î procureurs,il n’euft pas donné occafion à vn tel fuget de mettre le Roy
(i[ & le Royaume en l’eftat où il fut bien toft apres.Car quelque bonne iu-
g ftice que face le Prince, toufiours celuy qui fera condamné penfera
s|Et qu’on luy a fait tort. De dire que fî le Prince faifoit iuftice luy mefines,
îj on auroit bonne ôc briefue iuftice, ôc que tant d’appellations, oppofit-
$ tions,requeftesciuiles, & autres longueurs deiuftice, feroyent retran*
;n| chees. Cela ne mérité point de refponfe: car les parties qui font à la fuite
delà cour.pour quelque procès, fçauent affez quelles difficultez,&lon-
J gueurs il y a, deuant qu’on puiffe auoir vne audience,& à quels frais il
^ faut plaider. &: quantaux appellations c’eft vn moyen pourcorriger,& amender les iugemens iniques, Auffi la plus briefue iuftice n eft pas0 lameilleure: car quoy que Thucidide, leplus illuftre quifuftde fon
^ temps au fenat des Areopagites,a dit qu’il faut chaudement chaftierles
[J( or^a^s (opinion fuiuie prefque de touts) neantmoins Plutarquc a bien
Confire le contraire, aulibure qu’il a fait delà vengeance diuine qui
Va lentement : En quoy Dieu fait cognoiftre aux hommes s’ils font
y Vlais imitateurs de fa iuftice, qu’il faut procéder peu à peu : foit pour
ttueux cognoiftre la vérité, foit pour tirer quelque fruit des mefehans
49X DE LA REPVBLIQVEdeuant qu’ils meurent,foit pour les amener à recognoiflance, foit pour
les punir plusgriefuement (d’autant que celuy fouffre dauantage qu’on
tiét en crainte &en lâgueur) foit pour iuger plus iuftemét: car il eft mal-
aifé quele iuge preffé de cliolere,hafté des vns,précipité des autres, face
iuftice qui vaille: quelque fçauoir, & crainte quilaytdemaliuger. que
fera donc le P rince, qui n’au r a ny Tvn ny l’autre ?Lesiugemeiis des ma¬
giftrats font corrigez les vns par les autres, en vertu des appellations,
ëc file Prince fe melle de iuger, qui feraceluy qui corrigera fes arrefts?
car la partie qui n a pas bien donné fon fait au iuge, qui lia pas allez
produid, a toufiours -efpe rance de fupployer en caufe d’appel: mais fi
Cas auquel lc Royfe faitiugejaporte luy eftclofe. Et toutesfois ie ne veux pas di-
le Prince re ^ue }e .prince «e doibue quelquesfois iuger affilié de fon confeil
doibt iuger mefmcmcnt s’il eft fage, & bien appris:pourueu que lachofe foit gran¬
de^ qu’elle mérité fa cog-noifiànce-fuiuant <en celàle confeil de lerko,
lequel voyant Moyfe empefchédu matin iufquesau foir àfaire iuftieç.
à toutes perfonnes, ôc de toutes caufes,Vous vous tuez,dit-il,de pren¬
dre tant de peine : choififlèz moy les plus fages,&appareils du peuple,
pour vous defehargen ôc s’il y a chofe qui foit haute,& difficile à iuger,
T ilfuffirabien d’en prendre la cognoiflànce. Moyfe fuiuit le confeil de
£S?Ha 7 fon beau pere. Nous lifons* que Romule ayant donné au Sénat, ôc aux
magiftrats la iuftice,referua feulement à fa cognoiflànce les chofes d im¬
portance. Et combien que les Empereurs depuis eftendirent plus ou¬
tre leur cognoiflànce, fieft-cequil y auoit certains cas, qu’ils appel¬
loy ent extraordinaires, dont ils iugeoyent : ores quilsiugeaflent quel¬
quesfois de chofes fort legeres, & ordinaires, comme Claude 1 Empe¬
reur,le plus lourdaut qui fut onques,& qui neantmoins toufiours vou¬
loir iuger, duquel parlant Suetone, Alium> d i t-il, negantem remeogni-
tiortk jfëd ordinarij iumejje 3fuhito caufam apudfe agcrccoegit: chofe qu il
fiifoit fiineptement, queles aduocatsfemoquoyent deluy ouuerte-
ment,iufques àla qu’rl y en eut vn qui luy dift, Pour vn vieillard tu es
g.Tranqmî. ^ grand6 fot. vn autre en forrant du fiege luy bailla la iambe ôc lefift
tomber, ôc en fin les pages ôc laquets luy bailloyent des nazardes, ÔC1 eb a vb o ü il lo y en t. A i n fi en prend il aux Princes abeftis, ôc mal appris,
qui veulent s’entremcfler de toutes chofes, & fè faire appeller veaux
deuant tout vu peuple : chofe comme i*ay dit, qui eft la plus dange-
reufè qui foit en vne monarchie , que les fugets viennent a mefpri*
fer leur Prince. Si le Prince eftoit auffi fage que Salomon , ou bien
aufli prudent que Augufte, ou fi modéré que Marc Aurelle, il
pourroît bien fe monftrer en public , ôc iuger fouuent : mais puif
que ces grandes vertus font fi rares entre les Princes, il eft bien plus
expedient quils fe communiquent le moins qu’ils pourront, mef*
moment s’il y a des eftrangers : car les fugets, pour la reuerence, ôc
J ° amour
LIVRE QJV A T R I E S M E. 45>3amour qu’ils doibuent à leur Prince naturel, fupportent beaucoup de
petites imperfe&ions, que l’eftranger n exeufe iamais : ôc s’il a veu cho¬
fe mal feante envn Prince, il va publiant partout , iufques aux moin¬
dres mines, contenances, ôc façons de faire. Le bruit du Roy Age-
filaus auoit remplyl’Afie Mineur, la Grece, ôc l’Afrique : mais le Roy
d’Egypte l’ayant veu veautré en vn pré, veftu dvne (impie cape de mef-
chant drap, Ôc que de fa corpulence il eftoit maigre, petit, ôc boiteux,
ilncn fift point de conte: non plusquon fift du Roy Loüys vnzicfme, Entreueuë
lequel eftant efleu arbitre pour iuger le différent, d’entre les Roys de des Princes
Nauarre, ôc de Caftille,les Efpaignols d’arriueefe moquoient des Fran- eftperilleu-
çois,ôcdc leur Roy, qui fembloit quelque pelerin fàindt laques,a- fc.
uec fon chappeau gras bordé d’images, ôc fa iaquette de drap tanné, Ôc
qui n’auoit aucune maiefté en fa face, non plus qu’en fes façons de fai¬
re, ôcfafiiitteaccouftrcede mefmcs:aulieu quele Roy deCaftille, ôc
fatroupe eftants venus parez de fomptueux habits, & leurs cheuaux
richement caparafonez, monftroienc vne certaine grandeur Hefpai-
gnolc,& telle qu’il fembloit que les François ne fuflent que leurs var¬
ie ts. vray eft que les Efpaignols ayant tantoft apres defcouuert en la
pleine vne armee de François forte & puiflante,& prefte à bien faire,
accordèrent au Roy de France les conditions telles qu’il voulut. Tou¬
tesfois depuis le Roy Loüys vnzicfme cognoiflant bien que la plufpart
dumonde mefure les hommes aPexterieur, àla mine,ài’habit, quand
onluy dift que les Ambafladeurs de Venize eftoient venus brauement
accouftrez, ôc bien fuyuis, il fe fift auflî reueftir magnifiquement en
habit Royal,ôc fe mettant en vn haut fiege, fift entrer les Ambafla¬
deurs. A plus forte raifon doibt-on fe monftrer aux Princes eftrangers,
en telle forte qu’il n’y ait rien de fordide,& moins encores és paroles,& contenances, qu’és habits, c’eft pourquoy Philippe de Comines,parlantdePentreueue des Princes, dit qu’il faut les fuyr le plus qu’onpeut:car toufiourslaprefcnce diminue le bruit, & l’opinion qu’on aconceu des perfonnes,les fait moins eftimer,chofe qui cftàcraindreencores plus enuers les eftrangers, qu’entiers les fugets. Or cc que i’aydit que les Princes ne doibuent pas faire meftier d’eftre iuges, fe doibtencores mieux garder en leftat populaire, pour les difficultez grandesqu il y a d’aflembler le peuple, Ôc de luy faire entendre raifon : ôc apres II ne fautlauoir entendue de bien iuger. CefutPoccafionquiplus engendra de pas def-guerres ciuiles entre les Romains, iufques à ce que le Di&ateur Sulla pouillcr leseut renuoyé la cognoiffance de toutes caufes par deuant les Magiftrats, Magiftratshormis le crime de leze maiefté au premier chef Outre les incoueniens de leur puifcjue i ay remarqué cy deffus, ccftuy-cy eft encores des plus grands,c'eft fance, poura fçauoir, qu’il n’y a chofe qui plus ait ruiné les republiques, q defpouil- l’attribuerlerle Sénat, ôc les Magiftrats de leur puiflancc ordinaire,ôc légitime, auPrince.T
4P 4 DE LA REPVBLI QV Epour attribuer tout à ceux qui ont la fouueraineté. car d’autant que
la puiffance fouueraine eft moindre (referue les'vray es marques de ,i
la maiefté ) d’autant elle eft plus affeuree : comme dift Teopompe R0y j
de Lacedemone,ayât acreu la puifsâce du fenat,&fait eriger cinq Epho- a
res en titre d’office,comme Tribuns populaires, fa femme luy reprocha J
qu’il auoit de beaucoup diminué fa puiffance : auffi, dit-il, ie lay bien -
plus affeuree pour laduenir. car il eft bien difficile qu vn baftiment |
efleué trop haut, ne ruine bien toft. Et peut-eftre ceft Pvn des poinds
principaux quia conferué leftat de Venize : veu qu’il n’y a,& ny eut
onques Republique , ou ceux qui ont la fouueraineté s empefehent
moins de ce qui appartient au confeil, & aux Magiftrats.Le grand con¬
feil ne s’entremefle quafi d’autre chofe qu’à faire les Magiftrats, & les
En Peftat ordonnances générales, & donner les grâces : qui font les principales
populaire, marques de la maiefté fouueraine : le furplus des affaires d’eftat fe de-
ôc Arifto- pefche par le Sénat, & par le confeil des dix, & des fept : & la iurifdi-
cratique il dion parles autres Magiftrats. Sicelaeftloüable, & bien ordonné és
n’eft pas ex- eftats Ariftocratiques, à plus forte raifon doibt-il auoir lieu és eftats
pediét que populaires : d’autant que plus y a de teftes, moins y a de confeil, moins
le peuple, de refolution. Et nepuis eftre de l'opinion de Xenophon., lequel par-
ny les Sei- lant des Atheniens, dit, que les loix les plus populaires, maintiennent
gneurs em- la Démocratie, quand, dit-il, le peuple prend cognoiffance de toutes
pefchét des chofes, & que letoutpaffeaufort,&au poix: ce qui fut fait en Athe-
affaires. nés,après qu’on eut ofté au7 Sénat des Areopagitesla cognoiffance &
7^piutar.in Pcn- manjement fes affaires, pour la renuoyer au peuple : aufli la Républi¬
que tantoft apres fut ruinee. Mais en Suiffe, où les eftats populaires
ontia fleuri deux cens (oixanteans, & continuent de bien en mieux,’
le peuple ne s’entremefle quafi d’autre chofe que de pouruoir aux offi-^
ces. Aufli liions nousque Peftat populaire des Romains n’a iamais efté
plus beau , qu’alors que le peuple ne s’empefehoit que desprincipaux
poinds de la maiefté: qui a efté depuis la premiere guerre Punique,iuf¬
ques à ce que le Royaume de Macedoine fut mis foubs la puiffance
des Romains. mais depuis que le Tribun Caius Graccus eut retran¬
ché la puiffance du Sénat & des Magiftrats, pour donner au peuple la
cognoiffance de toutes chofes, il n’y eut que feditions,meurtres, &
guerres ciuiles : & en fin cefte licence debordee de populace fut fuyuie
d’vne extreme feruitude. le mefme inconuenient aduint aux Mega-
riensylefquels tombèrent d’eftat populaire en vne forte tyrannie, com¬
me dit Platon, pour la licence effrenec, & cognoiflànce de toutes cho¬
fes qu’entreprenoit le peuple fusPaudorité,iurifdidion,&puiffancedu
fenat&des Magiftrats.mais Peftat ne peut faillir à profperer,quad le fou-
uerain retiet les points qui concernent fa maiefté, le fenat garde fon au¬
torité, les Magiftrats exercent leur puiffance, Ôc que la iuftice a fon.coursi
LIVRE QJVATRIESME. A9$cours ordinaire: autrement fi ceux-là qui ont la fouueraineté veulent
entreprendre fus la charge du Sénat, & des Magiftrats, il font en dan¬
ger de perdre la leur. Et ceux-là s'abufent bien fort qui penfent re-
hauflèrla puiflance du fouuerain, quand ils luy monftrent fes griffes,& qu’ils luy font entendre que fon vouloir, Ca mine, (cm regard, doibteftre comme vn edit, vn arreft, vne loy : à fin qu’il n’y ait perfonne desfugets qui entreprenne aucune cognoiflànce, qui ne foit par luy ren-uerfee, ouchangee. comme faifoit le tyran Caligula, qui ne vouloitpas mefines que les Iurifconfultes donnaflent leur aduis, quand il dift,facUm vt nihil. rejpondeant nifi 8 eccum, ceft à dire, ceftuy-là eft feul à' * Alla,Î0“'&'S*qu’il appartient de donner aduis, parlant de foymefmes. Or tout ^cela engendre vne arrogance,& tyrannie infuportable cn vn Prince.SI LE PRINCE ES F ACTIONS CIVILESfe doibt ioindre à l’vne des parties, &filc fuget doibt eftre Jcontraint defujuret vne ou l’autre, auec les moyens f Sde remedier aux feditions. ICHAT. VII.V^ O vs auons difeouru quel doibt eftre le Souuerain ati
fait de la iuftice : & s il Ce doibt porter iuge, quand, Sc
cornent, & cn quelle forte de Republique, voyons main-
tenant Hors les termes de iuftice, quand les fugets font
j^a^^diuifez en fanions,&pardalitez: & que les luges,&Magiftrats font auflî partifans, file Prince fouuerain fe doibt ioindre
al vne des parties : & fi le fuget doibt eftre contraintdc fuyurel’vneou
lautre. Premièrement nouspoferons cefte maxime, que les fadions partiali-
.. &PWiaIitezlont dangereufes, & pernicieufes en toute forte de Re- cezr°ncdâ-
publique, &qu’il faut s’ileftpoflîblelespreuenir,par bon confeil ■& gcrc“fcseni on n y a pourueu au parauant qu’elles foyent formées, qu’on cherche toute Re*
lesmoyens deIesguarirtoupourle moins employertous les remedes Pub,i4ue>
conuenables, pour adoulcir la maladie. Icneveuxpasdireque desfe-
ditions & partialitez.il n’aduienne quelquesfois vn grand bien,vne
onne ordonnance, vne belle reformation :quin’euft pas efté fila fe-
oition ne fuft aduenue : mais ce n’efl pas à dire que la/édition ne foit
permcicu(c,ores qu’elle tire apres foy quelque bien par accident,&
ueUemem:comme au corps humain,la maladie qui furuient,eft■ ie qU on vfe de faignees, & purgations, & qu’on tire les mauuai- >-humeurs : ainfi les feditions bien fouuentfont caufe, que les plus
C .ans > & vitieux ('ont tuez, ou chaflez & bannis, à fin que le fiir-
VIUe cn rcPos : ou <luc mauuaifes loix, & ordonnances foientT ij
45)6 DE’ LA REPVBLIQVE 4caflees, ôc annullees, pour faire place aux bonnes : qui autrement
n enflent iamais efté receües. Et fi on vouloit dire que par ce moyen
les feditions , fa&ions , Ôc guerres ciuiles font bonnes : on pourroit
aufli dire que les meurtres , les parricides, les adultérés, le$ fubuer-
fions des eftats, ôc empires font bonnes : car il eft bien certain que
ce grand Dieu fouuerain fait reüflir à fon honneur mefmes les plus gra¬
des impietez, ôc mefchancetez quifefacentjlefquelles ne fe font point
î.in îib.fapiemi*. Contre fa volonté,come dit le fage Hebrieu.aufli pourroit-onloüer les
maladies,comme Fauorin loüa grandemét la fiebure quarte : qui feroit
confondre la différence du bien ôc du mal, du profit ôc dommage, de
l’honneur ôc deshonneur, du vice ôc de vertu : Brief ce feroit mefler le
feu ôc l’eau,le Ciel ôc la terre.Tout ainfi donc que les vices, ôc maladies
font pernicieufes au corps ôc à lame : aufli les feditions, ôc guerres ciui¬
les, font dâgereufesôcpernicieufes aux eftats ôc Republiques. Peut eftre
on dira qu’elles font vtiles aux Monarchies tyranniques, pour mainte¬
nir les tyrans, qui font toufiours ennemis des fugets, ôc qui ne peuuent
longuement durer, fi les fugets font d’accord : l’ay monftré cy deflus, ”
que la Monarchie tyrannique eft la plus foible de toutes, comme celle j
qui n eft entretenue, ôc nourrie, que de cruautez, ôc mefchancetez : ôc
neantmoins on voit ordinairement qu’elle prend fin par feditions ôc ?
guerres ciuiles : ôc fî on prend garde à toutes les tyrannies qui ont efté ,
renuerfees,il fe trouuera que cela eft aduenu le plus fouuent parfa&ios,
ôc guerres ciuiles. Et mefmes les plus ruzez tyrans, qui peu à peu font 1
mourir les vns, ôc puis les autres, pour s’engraiffer du fang des fugets, ÔC l!
fàuuer leur malheureufe vie, qu’ils tirent en peine, ôc en langueur : nef- i>:
chapent iamais les aflaflinemens des coniurez,qui fe multiplient d’autât f
plus qu’ils font mourir de fugets, qui par neceflîté eftans alliez, font ?
toufiours prefts à vangerlamortde leurs parens. Et de s’enrichir des n
biens des fugets,s’eftprocurerfaruine, ôc fon mal : car il eft impoffible 10
que la rates’enfle, ou que les excroiflances de chair vitieufes s’engraif 1
fent, queles autres membres ne feichent, ôc que bien toft le corps ne 41
periffe du tou t. Et par ainfi les Florentins s abufoient, de penfer que leur ^
eftat fuft plus afleuré tandis qu’ils nourriffoient les partialitez entre les ;511
fugets de Piftoy e:car ils perdoient autant de force,ôc de bons fugets,qui ®
feruinoientlesvnsparlesautres.Orfïlesfa£l:ions,ôc feditions font per- ^
nicieufes aux Monarchies, encores font-elles beaucoup plus dangereu- lîf|
fes és eftats populaires, ôc Ariftocraties. car les Monarques peuuent
maintenirleurmaiefté,ôcdecidercomme neutres les querelles, ou fe %
ioignants àPvne des parties, amener l’autre à la raifon, ou l’opprimer 4
du tout, mais le peuple eftant diuifé en l’eftat populaire, n’a point de tie
fouuerain : non plus queles feigneurs en l’A riftocratie diuifez en par- ij
tialitez,n’ont perfonne qui leur puifle commanderifi ce n’eft que la plus |(
grandepartie du peuple, ou des feigneurs ne foient point de la fadion, tcf3
LIVRE QJVATRIESME. 4*7qui puiffe commander au furplus. Quand ie dy fadion, ie n entends
pasvnepoignee de peuple,ou quelque petit nombre de fugets : mais
vne bonne partie d’iceux bandez contre les autres, car s’il n y a que bien
petit nombre, ccluy qui a la fouueraineté, doibt y obuier, pour les re-
duireila raifon,mettant leur differend entre les mains de luges non
paffionnez : ou fi la chofe requiert la déclaration, & volonté du fou¬
uerain, cela fe doibt faire auec fage confeil, & me ure délibération des
plus aduifez Confeillers, & Magiftrats, qui ne foyent aucunement fuf-
pe&s, de fauorirl’vne des parties: afin que le Prince, ou ceux qui ontlafouucraineténeportentPenuie,&mal-talentdeceuxquiferontcoi:udamnez. Etfionvoit quon ne puiffe appaifer la fadion par iuftice, ôc
jugements, le fouuerain y doibt employer la force, pour Peftaindre du
tout, par la punition de quelques vns,des plus apparens : ôc mefmemeif?
des chefs de partie : ôc n attendre pas qu’ils fe foyent tellement fortifiez,
qu’on ne puiffe leur faire tefte. Cela s’entend des fadions qui ne tou¬
chent point àl’eftat : car fila fadion eftdiredement contre Peftat,ou
laviedu fouuerain, il ne faut pas demander s’il fe fera partie,puis que
c’eft luy qu’on prend à partie formelle. ôc s’il endure qu’on attenteàfa
perfonne, ou à fon eftat fans fe remuer, il inuitera les autres àfaire le
femblable. mais la différence fera en la forme de punir: car fi le nom¬
bre eft petit des coniurez contre fà perfonne, il doibt en pourfüyurela
punition par fes luges, ôc Officiers, ôc d’au tant plus foudaincment,que
moins il y aura de coniurez, Ôc deuant que les autres foyent defeou-
uerts: afin que la punition d’vn petit nombre contienne les bons fu¬
gets en dcbuoir,& deftourne ceux qui ne font pas decelez:fans v&r
de gènes, & tortures, cn cherchant ce qu’on ne voudroit pas trouuer:
auffi ne faut-il pas diffimulerfile coulpable eft defcouuert auoir con-
iurécontre la vie du fouuerain, ou mefme l’auoir voulu : comme il ad¬
ianta vn gentil homme de Normandie , confeffer à fon Cordelier,
qu’il auoit voulu tuerie Roy François premier, le Cordelier en aduer-
titleRoy,qui enuoyalegentil-homme àlaCourde Parlement,où il
fut condamné à la mort-.comme i’ay aprins de M. Canaye,Aduocaten
Parlement,des premiers hommes qui furent onques en fon eftat. Et
peut-eftre qu’on euft mieux fait d’en faire la punition, fans en aduertir
le Roy pour le defeharger de l’enuie d’vn tel iugement. come fiftl’Em-
pereur Augufte de Q^Gallius,1 qui s’eftoit efforcé de le tuer. Augufte i.AppianJib,*.
diffimulade n’en rien fçauoir,& mefmes après Parreft de mort don¬
ne par le Sénat, illuydonnafagrace,lerenuoyantàfon frere gouucr-
neurde prouince : en quoy chacun loüafa douceur, & bonté:& neant-
rcioins il fut tué par les chemins, parle fecret commandement d’Augu-
Itc, ainfi que plufieurs iugcrent: qui eftoit la mefme façon de laquelle
vfa Cefar, ayant donnéla grâce à Marc Marcel, lequel bien toft apres
kit tué, par ce qu’il eftoit cnnemy capital de Cefar, mais la plufpart quiT iij
4^8 D È L A R E P V B L I QJ/ Eauoit bonne opinion de là clémence naturelle de Cefar, Ôc de la dou*
ceur d’Augufte, n eftimoitpas qu’ils euffent voulu en vfer ainfi: Ôc le?
plus fins exçufoient cela, comme eftant fait pour la tuition, & defenfe
de leur vie. mais fi les coniurez font en grand nombre,& quils ne foient
pastousdefcoüiierts,lefage Prince doibt bien fe garder d’appliquer à
là torture ceux qu’il punira, ores qu’il foit leplus fort, ôc qu’il peuft en
veniràbout fans danger : car pour vn qu’il fera mourir, il s’en leucra
cent des amis > ôc alliez, qui auront peut eftre affez de puiffance,pour
le moins la volonté ne leur manquera iamais, de vanger la mort de ceux
là qui leurattouchent de coiifanguinité. & quand tout cela ny feroit
point 5 le Prince doibt euiter le blafme de cruauté, tant des fugets, que
des eftrangers. A quoy Néron faillit grandement, lequel ayant def
Tràli quif* ia *n e- côuuert 1 coniuration contre fa perfonne, & fon eftat, voulut fçauoir
roHe. par gènes, & tortures tous ceux qui y auoiét part:& s’en trou.ua fi grandnombre d accu fez à tort, ou à droid, que les vray s coniurez fe voyans
condamnez, defehargeoient leur cholere fus les plus loyaux amis de
Neron^qu’ilfift cruellement tuer: ce qui fut depuis caulè de la rébel¬
lion ouuerte de tous les Capitaines ôc gouuerneurs des prouinces. Et
pour cefte caufe Alexandre le grand ayant fait punir ceux qui auoient
iuré fa mort, fift publier vn edit, par lequel il derogea à la loy des
Leplusfeur Macédoniens, qui vouloir qu’on fift mourir cinq des plus proches
moyen de- parens de chacun des coniurez. Maisleplus fureftdepreuenirlacon-
uiter vne iUration, diffimulant ne cognoiftre point les coniurez. Optimum reme-
coniuratio. diuminfîdiarumeftj fi non intelligantur jdit Tacite : ainfi fift la feigneu-
i.iuftin.iib.xi. rie de1 Cartage, ayant defcouuert que le Capitaine Hanrio auoit déli¬
béré de faire mourirtousles plus-grands feigneurstoutle Senatde
Cartage aux nopces de fa fille, fift publier vn edit portant le nombre
des coniurez, & la defperice qu’on feroit aux nopces, qui eftoit fortl petite. Et en3 cas femblableEteonique Capitaine Lacedemonien,te-j.Xcnophon lib.i. F , , f . I l .ieism Graccarum. nant garnifon en 1 Ille de Chio , pour les habitans alliez des Lacedemo-
niens , fut aduerty que la plufpart des foldats aüoiét délibéré de tueries
habitans, &fefaire feigneurs : ôc lefignaldes coniurez eftoit de porter
Vne canne: il prend auec foy vne douzaine4 de fes plus intimes, ôc le
premier qu il apperceutentre les foldats porter la canne, il le tua : difant
qu’il en prendrontainfi auxaütresqui porteraient lacanne:ôc cependat
donna bon ordre de faire payer les foldats, de forte que par la mort
d’vnfoldat,lefcude coniuration fut eftairit au parauant qu’il fe peuft
embrafer. carfi vnefois l’eftincelle du feu de (édition eft fouffleedvri
vent impetueux,on n’y viendra iamais à temps, à quoy les gouuer:
neurs ôc Magiftrats doybuent tenir la main : car les Princes & feigneurs
fouuerains font ordinairement ceux qui fçauent moins des affaires qui
leur touchent de plus près. Et bien forment les Princes,& peuples
eftrangers font abreuezdes ligues ôc menees qui fe pratiquent contreles
t î ÿ R E Q5 A T R <t B S M E, 499les autres, Ôc ne fentént pas le feu qui s’allume en leurs Royaumes,
ailleursmi?ifôliSjen*leurs cabirîets.La4coniurationdepelopidas pour 4.f»itttar.
châfferlesLacedemoniensdeThebeseftoit-euenteeen Athènes,dêuât
qü’jl en êüftrien decouuert: de forte quele capitaine de la Cadmee n’en
fut aduerti que par le grand Pontife d’Athenes* On dit que l’Empereur
Charle v.fcauoit tout ce quifè faiibiten Frâce:&neantmoins il fut pre-
uenu d’vne coniuration contre fon eftat, qui fe brafToit en Almaignd
près de fa perfonne, ôc qui fut executeeau parauant qu’il en euft fenty
la fumée. & fans aller plus loin,la fi&iôn d’Amboife eftoit diuulguce eii
Almaigne, Angleterre ôc Italie, au parauant qu’il en fuft rien cognu par
ceux là côtre lefquels elle s’eftôir dreffee : de forte que le premier adüer-
tifTement en fut doné par le Cardinal Granuelle.Et neâtmoins il fe trou*
uaplus de dix mil perfonnes qui auoient part a l’entreprife. Auflieft-il
& a toufiours efté bien difficile de venir à chefd’vncentreprifefecrctte
qui fe doit executer par force, fi peu d’hommes y ont part: ôc encores
plus difficile fî plufieurs en font aduertis: car la force mâque d’vn cofté, ♦& leifecret eft decouuert en l’autre . & aduient fouuent queles femmes
en font les premières aduerties,ô: decouurent tout: comme il en print à
Philotas, qui decouurit la coniuration contre Alexandre à fa mie : ôc
l’vn des foldats de Catilina decouurit la coniuration à Fuliria, ôc le feni-
blable fut fait à Venize parvnfoldatqui dift l’entreprife du prieur de
Capoüe,qu’il auoit faite de prendre la ville de Venize,à vne courtifàne,
laquelle aufli toftenaduertit le Sénat .Toutesfois il eft mal aifé quele
Prince,pour fin &ruzé qu’il foit,puifle garder la vie d’vn homme refo-
lu quia iuré fà mort.carlefecret& l’execution eft contre vn home feul,&envn feul hommequi facrifîera toufiours fa vie à quelque prisque
ce foit pour auoir celle d’au truy, fuft-il enuironé d’vne armee : comme
eftoit le Roy porfenna delà fienne,lors qu’vn foldat Romain s’efforcea
deie tuer, ce qui fu t executé par vn varlet de chambre de Lazare Roy de
Seruie,quePaiazet feigneur desTurcs auoit fait mourir,apresl’auoir
defpoüillé de fon eftat, ôc pris fà femme Hirene mere deMuhamed le
grand. ce varlet pour venger fon maiftre, alla tuer Paiazet au milieu de
fonarmee:comme fiftPaufanias à Philippe Roy deMacedoine. &Pier-
reLoüys Duc de plaifàncefutaflàfliné,& meurtry en fà fortereflepar
deux meurtriers au veu de fa garde, ôc ccluy qui tua l’Empereur Domi-
tian 1 alla chercher iufques en fon cabinet ayant le bras en echarpe:cn la
mefme forte que lecapitaine Aod tuaEglon Roy des Moabites. Et fi
Gofine Duc de Florence n euft toufiours efté bien maillé quand ilem-
pietalafeigneurie,onreuft tué cent fois, car il fetrouua entre plufieurs
vn affaflin qui alla iufques en la chambre du confeil où il eftoit, ôc luy
donna vn coup de dague,penfant qu’il fuft defarmé: il fçauoit bien que
c eftoit fait de fa vie : aufli fut-il getté par la feneftre fus le champ. Mais
puis que nous auons touché quelques moyçnspar cy deuant, quipeu-^
i500 DELA REPVBLI Q_V EuentgarentirvnPrince de tomber en ces difficultez, ôc empefeher les
eoniurations qu’on peutfaire contre fa perfonne: difons maintenant
comme il fe doit comporter és fadions ôc côiurations qui ne font point
droitement contre luy nycontrefon eftat: ains entre les feigneurs,ou
eftats, ou villes, ou prouinces fugettes à luy : lefquelles il doit par tous
moyens preuenir : Ôc ncmefprifer chofe pour petite quelle foit pour y
obuicr. car tout ainfi queles grands orages & tempeftes font caufecs
d’exhalations ôc vapeurs infenfibles, aufli les feditions ôc guerres ciui¬
les commencent le plus fouuet par chofes fort legeres, ôc qu on ne pen-
ttî iamais qui euffent telleiffue. Soubs leregne de Iuftinian5 toutes
ras miuftiniano. \cs villes eftoient diuifees en fadions, pour maintenir les couleurs de
D vne eftin vcrcj & bleUj qLl>on prcnoit aux jeuXs & tournois par émulation, ôc ia-
celie s em- ]0L1fie les vns des autres : qui prindrent telle force, que les iuges ôc Ma-
vn giftrats de Conftantinople voulant punirles feditieux,furentcmpef-
grad feu de cjîcz jcs autres Jeur fa&i0n qui s’efleuercnt,& arracherent des mains
iedmon. jes bourreaux ceux qu on menoit au fuplice:& apres auoir brifé & for¬
cé les prifons,firent euader tous les prifonniers,bruflerent le téple fainte
Sophie, ôc pendant que l’Empereur fe tenoit caché auec fa famille, ils
cfleurent Hypatius pour Empereur : pour lequel on combatit fi fort,
qu’il y eut pour vn iour tréte mil hommes tucz,& fi le chef de la fadion
n’y fuft mort,l’Empereur Iuftinian euft eu bien àfaire à cofèruerfavic.
ôc toutesfois au commencement, luy ôc fes courtifans y prenoient plai¬
fir : comme il aduint auflî en Sy raeufe, où deux Magiftrats par ialoufie
d’amours cn mefme endroit, apreftoient du commencement à rire, ôc
toutesfois ils diuiferent toute la Republique en deux fadions, qui s’at- ai
tf.Ariftot. in Polit. tacherent fi cruellemét l’vne contre l’autre, que le peuple changea6 TA- ]
riftocratie, & fe fift maiftre. Il faut donques au parauant que le feu de fe¬
dition foit embrafé par telles eftincelles, y getter de l’eau froide, ou bie
reftoufcr:c’eft à dire procéder par douces paroles ôc remonftrances,ou
par force ouucrte:comme fift Alexandre le grand, voyant Epheftion &
Craterus fes amis cn diflenfion, & qui tiroient après eux le furplus, vfa
de remoftranccs douces,&puis de menaces enuers Tvn ôc l’autre à part,
difant qu’il fe banderoit cotre le premier qui offenferoit l’autre. depuis
ils vefcurét en bonne paix. En quoy noftre faint Loüys fcmonftra fort
fage,car il n’y eut onques différent de fon regne entre les Princes, quil
n’accordaftamiablement : comme nouslifons en l’hiftoire du feigneur
de loinuillc. Et pareillement Archidamus Roy des Lacedemoniens,
voyant deux de fes amis en querelle,les mene en l’Eglife,& leur deman¬
da quelarbitre ils vouloient choifir de leurs diffcrcnts:& comme Tvn ôc
l’autre le vouluft pour iuge : lurez moy donc, dift-il, que vous ferezce
que diray : cela fait il leur défenditfortir de l’Eglife, qu’ils n enflent iurc
paix & amitié l’vn à l’autre .qui eftoit fagcmcnt fe retirer de la preffe, ôc
de 1,1 dimrnîrrrln fe^ftttif ««.J r»^rnfianti * ** —vikui», t> i L lv"de la difficulté du iugemét, & emporter le fruit de l'accord, fe fortifiantde
LIVRE QJV ATRIESME. 5oi! Je leur amitié, car il n’yaforterefle plus haute, pour maintenir leftat! d’vn Prince, que laminé des fugets. le parle du bon Prince, & non pasf du tyran,qui prend fon plaifir à voiries plus grands fe ruiner les vns par■ les autres: ôc n’a autre but que d acharner les plus grands cotre eux met\ mes. mais iladuient fouuentqueles dogues s accordent, & fe ruent fur)|; le loup: comme firent les Colonois ôc Vrfîns, ayans de cou uer tqu’ Aie-31 xandre v i. Pape les mettoiten riottes ôc querelles, afin de rehaufler la^ maifon de fon baftard delà ruine des autres,ils s’accordèrent enfemblelt| pour faire tefte à l’ennemy commun.Et fi le tyran voit q les plus grands^ defes fugets ne fevueillent ruiner, il fe ioint à lvne des parties^l’obli- L’obliga-^ géant par quelque mefchanceté irremiflible, pour defaire l'autre : com- ^5 me{i^ me fift Iean Bentiuoglio, quon appelloit tyran de Bouloigne, lequel ^ ^5.^ craignant queles plus grands s’accordaflent, tint la main aux vns, ôc leur mcs defef-!»î fift tuer les Marifchots, qui eftoient les plus riches, ôc mieux fuiuis de percz
tout le pays, afin que par ce moyen il fuft depefché des vns „ ôc fü porté^ des autres:& neantmoins toutes fes ruzes tyranniques ne le peurét gua-^ rancir qu’il ne fuft chaffé de fon eftat. Et d’autant que l’obligation d’vne\ fignalee mefchâceté eft la plus forte, aufli eft elle plus à craindre en tou-t teRepublique, par ce qu’elle tranche toute efperance d’accord,Ôcami-^ tiéenuers ceux qui ont receu l’iniure. comme il aduint de l’armee dé^ Cartage, laquelle par faute de payement fe reuolta contre la Seigneu-4 rie,foubs la conduite de deux ou trois capitaines,qui fe fàifirent de plu-»i fîeurs villes & places fortes : Ôc craignans qu’ils ne fuflent en fin liurez,i & trahits par les foldats, ils perfuaderét aux chefs ôc principaux de tuerpii les Ambafladeurs de la Seigneurie, & pendre le capitaine Afdrubal, ôcA tous les Cartaginois qui tomboiét entre leurs mains : afin que par obli-& gation de telles cruautez ils n’euflent aucune efperance de fauuerleur,01! vie par compofition.en ce cas il n’y a autre moyen que de la force,pourictf exterminer ceux qui ne peuuent eftre guaris, comme fut alors larmeelii des Cartaginois,qui fut defaite par vne guerre longue ôc cruelle : car ilslu? s’eftoient directement bandez contre la Seigneurie : auquel cas nous;k auos dit que par neceflité le fouuerain fe doit faire partie.mais fi la que-if relie eft entre deux feigneurs, ôc que le Prince ne les puifle accorder,ny|[ilf par douceur de paroles, ny par menaces, il doit leur donner arbitres Lefouue-
non fufpe£ts, Ôc tels qu’ils accorderont eux mefmes. car en ce faifant le rain doitÿf Prince eft déchargé du iugement,ôcdelahayne ou mal-talent que peut bailler arbifliiï auoir celuy qui fera codamné. car puis que ce moyen eft, ôc a toufiours tre aux gras$ efté louable entre les Roys & peuples, de remettre à l’arbitrage des au- feigneurs.y très Princes leurs différents: ôc que ceux qui font efleus arbitres choifif-f fendes plus fages, ôc moins fufpe£ts aux parties, à plus forte raifon doit$ le fage Prince,comme il peut de droi6fc faire 0 condefcendre fes propres ^^aclSir"
fugets, mefmement ceux qui luy touchent d’alliance, ou de fàng, a fin ^Jfuits0,dl'I qu on ne forte iamais, s’il eft poflibledes termes de raifon, pour venirt
J01 DE LA REPVBLIQVEaux armes. Et fur tout,quele Prince ne fe moftre point plus affedé àl’vn
qu’à l’autre : ce qui a efté caufe de ruiner plufieurs Princes. Philippe i.
Roy de Macedoincne fut tué que pour la faueur qu’il portoità Anti-
s.Tiut»i.mAi«5. pater contre Paulanias fimple gentilhomme,qui dechargea fa ‘cholere
fur le Roy. Il en print autant à Henry v i. Roy d'Angleterre,lequel por-
tant faueur aux partifans delà maifon de Laucaftron contre la maifon
d’Hyorch, meit fon Royaume en telle combuftion, queles partifans
de la Rofe rouge prindrent les armes contre luy, & dura la guerre ciuile
vingt huit ans,pendant lefquels ilfut tué quatre vingts princes du fan»,
côme dit Philippe de Comines,&le Roy enfin delpoüillé de fon eftat]& mis àmortparfes fugets. Et laconiuration que dreffa le Marquis dé
pefquierrc contre l’Empereur Charle v. eftoit fondée fur la faueur que
l’Empereur portoit au Viceroy de Naples contre le Marquis. Ceferoit
temps |>erdu de mettre par efcrit les guerres cruelles & lànglantes qui ’
ont efté fufeitees en ce Royaume par Robert d’Artois, Loüys d’Eureux
Roy deNauarre,Iean deMontfort,Iean de Bourgongne, & plufieurs
autres de noftre aage, qu’il n’eft pas befoin demettreau long : & le tout 1
pour les faueurs des Roys qui ont voulu faire l'office d’aduocats,eftans
iuges & arbitres, & oublians le degré de maiefté où ils eftoient mon- 1
tez, font defoendus au plus bas lieux, pourfûiure lapafltonde leursfu- ;
gets,fefaifans compaignons des vns, & ennemis des autres. Et fi on dit 1
que parce moyen le Roy fçaura des nouuelles, & ticndrales parties cn J
crainte : ie feray bien d’accord qu vn ieune Roy le face entre les Dames !»
pourcn auoir du plaifir,& fçauoir des nouuelles aflez : & non pas entre >
les Princes & grands feigneurs. Mais on me dira, que le Prince quelque «
fois y eft contraint, quand celuy qui atort ne peut eftre vaincu, ny par ®
remonftranccs,ny par iugemens, ny par arbitrages. le dy en ce cas que i»
neceflîté n’a point de loy : mais lePrince au parauant que d’en venir là, #
doit efliyer tous les moyens qu il fera po(fible,& au befoin tenir la for- i
ce de fon cofté. car celuy qui fera fi reuefche,& fi outrecuidé de ne cou- »(
cheraraifon,netrouuerapasbeaucoupd’hommes quifoiuentfotipar- *1
cy. Encore peut-on dire,que 1 occafion de la querelle fera fi cachee,c]ue v
la preuue ne s en pourra faire, ny iugement quelconque.Et neantmoins iij
ccluy qui aura receul’iniure demandera réparation: auquel cas les Prin- itn
ces fetrouuent bien empefohez: car le prince pourra bien difpofer delà j»e
vie & des biens du fuget, mais il na point de puiflance fus fon honneur. »t|
Auflî le Prince peut dire, qu’il ne peut reparer l’honneur, n’ayant preu- L
uefoffifantedu tort qu ontiétàceluy qui (e dit offenfé,bien qu’il y euft
quelque grande conjecture. En ce cas,les peuples de Septentrion dcccr- L
L occafion noient les combats, comme on peut voir aux loix anciennes des Lom- :ï
du cobat. bards,SaIiens,Ripuaires,AngIois,Bourguignons,Danois,Almans:que :
chUmT^x?*’ 7p^uficursoncreprouué,comme chofe beftiale,&qui nefut onques j,
receuëny pratiquée des AlTyriens, Egyptiens, Perles, Hebrieux, Grecs«y
LIVRE OV ATRIESME, 5o3! ny Latins,hormis cn fait de bonne guerre: d’vn fuget contre fennemy*
auec permiffion du général de larmee: ou mefme d’vn généra! contre
I l’autre, pour épargner le fàng des fugets : comme Coflo Ôc Marcel, qui
i cobatirent chacun vn Roy des ennemis:ou d’vn Roy cotre vn Roy, co-
[ me Romule cotre vn Roy Latin, ôc Hundig Roy de Saxe cotre RoëRoy
I deDânemarc:ôcCharledcFrâceRoy deNaples cô tre Pierre R.oy d’Ar*
I ragon.vray eft que ceux cy ne combatirent point. Toutesfois fî vaut-il
(j mieux entre les fugets decerner les cob.ats felô la forme ancienne ôc le-*
\ gitime,quand les perfonnes font de mefme qualité, qui font profeflion
{ d’honneur,ôc qu’il y a quelque apparente coiedure du tort; qu’on a re-I ceu (car les loix anciennes n’ont iamais permis le cobat quand il y auoic
i( preuue ) que déniant le combat, nourrir vn feu de guerre ciuile aux en-
[ failles,qui puis apres embrafe tout le corps de la Republique.-pofint le
:i; cas que les parties fuffent fî grandes ôi fîpuiffantes, ôc Ci enHâmees d’ini¬
is initiez, qu’il fuft impoffible les pourrir en paix : car toufiours des deux
t maux il faut fuyr le plus grand . Iointauffi qu’il eft bien dangereux d’o-
tiî fier vne couftume,qui a efté trouuee neceflaire douze cens ans.Rotaris
i Roy des Lombars la voulut ofter à fes fugets : mais il fut contraint la re¬
lit mettre en fon entier, proteftant quelle eftoit inhumaine &mauuaife,
il come on peut voir aux loix des Lombars : ôc toutesfois neceflaire,pour
i euiter de plus grands inconueniés: car pourvu meurtrefait en prefence
;e de deux Magiftrats, il s’en faifoit cent en trahifon . Philippe le Bel en ce
lu Royaume fift aufli publier femblable edit,par lequelil defèndoit les co-
d bats:mais deux ans apres les auoir interdits,il fut contraint les reftituer
à la requefte & iuftâce des fugets, pour les meurtres &aflaflînats qui fe
jjj commettoient partout. Philippede France, furnomméle Hardy, Duc
j. deBourgongne, fift femblables defenfes en Holande, où les combats
ni[; auoiét lieu fans caufe,Ôc fans difcretion des perfonnes. maisiln’oftapas
i du tout les côbats. c’eft bien chofe plus barbare q Froton Roy de Dan-
J nemarch, ordonna le combat pour decider tous differens, comme dit
g S^on rhiftorienxouftume qui eft générale en tout le pays deMofcho-
^ me. Mais de noftre mémoire le Prince de Melphe lieutenant pour le0 R°y en Piedmon t, ne trouua moyen plus expedient pour eftaindre les
jjj meurtres ôc feditions qui eftoient ordinaires entre les foldats, que de
| préparer vn lieu entre deux ponts, où les combats fe feraient, à la char-
i(i pque levaincu feroit tué parle vainqueur, ôegetté en l’eau du haut en
} bas. Le péril ioint au deshonneur rendit les foldats plus fages, & parce
y moyen les feditions ceflerent. Ioint auffi quele dementir, entre ceux
^ qui font profefîîon d’honneur, emporte vne infamie : ôc de fait le Roy0 i ran<*°*s 11 ^ vn iour en l’aflemblee des plus grands feigneurs,que ca-4 n Cit01t Pa§ homme de bien, qui enduroit vn dementir : ce qu’il di-°it ayant dementy l’Empereur Charle v.par fes hérauts d’armes, pour
es parolles qu il auoit dites contre fon honneur: toutesfois il fut tiré en1 \
5Q4 DE LA REPVBLIQJVEconfequéce^iifques aux moindres varlets, ôc fut caufede beaucoup de
meurtresrpour à quoy obuier,Charle i x. en enfuiuant ledit fait par fon
perefusladefenfedes combats, déclara qu’il prenoit fus foy l’honneur
de ceux,qui autrement penfèroient eftre greuez s’ils n’auoient comba-
tu: ôc neantmoins on n’a iamais veu tant de meurtres. car ccluy qui de-
manderait en iugement réparation d’vn dementir,feroit expofé en rifec
dvn chacun: ôc à l’opinion de plufieurs, il eft deshonoré, s’il fait profef-
lîon de nobleffe, ou d’honneur .peut eftre toutesfois à la longue ceft«
opinion pourra changer. Mais quand ic dy que le combat eft quelques-
Forme de fois expedient, ic n’entens pas que cela foit permis par edit, ains qu’il fe
deccrnet doit ottroyer feulement cn cas de neccffité, ôc par lettres expreffes du
les cobats. fouuerain,apres auoir ouy les parties, ôc pour euiter aux meurtres ôc fe¬
ditions qui en pourroient reüflir. ioint auflî,que les amis ôc partifans de t
ceux qui font en queftion feront hors du danger, ôc ne ferôt point con- I
trains d’epoufer les querelles d’au truy. Mais cela fe doit permettre quad ffl
il eft queftion de crime capital,qui foit commis, ôc dot la preuue ne foit §
fufifante,fuiuant les anciennes ordonnances,qui veulent encores que le il
vaincu foit declairé infâme, ôc dégradé de tous eftats ôc honneurs, ôc Ji
condamné à mort ignominieufe,fi mieux il ne veut mourir de la main %\
du vainqueur.ee qui en degoufteroit plufieurs qui en font ieu. car met îK
mes après que Philippe le Bel eut leué les defenfes qu’il auoit faites,il fut jjj
neantmoins dit par arreft de l’an mil trois cens fept, que les combats ne
feroietottroyez fans cognoiffance du Magiftrat:ôc par autre arreft don- IS;
né deux ans apres entre les Comtes de Foix ôc d’Armignac,ilfut dit que ç|
les combats n’auroient aucun lieu, quand il ne feroit queftion que du j.
poind de droid, qui eft la couftumc de Bear: ôc mefmes il fut ordonné ;[,
parles premiers Roy s de Naples, queles combats n auroient lieu, finon .
i. m.j2.dc pugna cn cas de leze maiefté, ôc de1 meurtre cafuel. combien que0 Faber dit ^
t ut!ncapoUt.n^'lr qu’il y auoit lieu dc cobatspour tous crimes,fors le larrecin. Voila quant 1
rium^dc hçrcdita- aux quereMcs particuliercs,ôc les moyés de les appaifer. Mais fi les que-
ùb. qux abinte- relies font cntreles familles, ou entre les corps ôc col!egcs,la voyedesFranci*lt combats ne doit point auoir lieu,ains il faut par voy c de iuftice mainte* >
cxcept/furdcau- nir les parties en bonne paix,ou les ranger par force, & vfer de peines ri- e
r*. fed voiuntarm p-oreufes Cnuers ceux qui contreuicndront aux defenfes : en forte tou- Jducllumvbjquc £> T. . r r » kvcùtum cft.Pctr tesfois que la iuftice loit en armes aux exécutions qui ic feront : commcil fut fait à Rome,quand par arreft du fenat il fut ordonné qu’on cxecu-Xtf teroit à mort quatre cens efclaues innocensrdc quoy tout le menu peu- ^pie eftoit forcené, ôc preftàfemettreen armes, fi l’Empereur Néron dn euft fait mettre les légions Prétoriennes parles rues. à quoy Iuftinian k\ayant failly, la fedition que nous auons remarquée cy deffus aduint. & \pour la mefme faute, le peuple Romain arracha des mains de laiufticevn feditieux nommé Volero, quand on le defpoüilloit pour luy bailler ^des verges: ôc le fift Tribun, pour faire tefte au Sénat Ôc à la Nobleffe.ô r vray ^
LIVRE QVATRIESME. 505! vmy cft que la nobleffe, ôc le menu peuple, eftoyent en mauuais me-1 naee & toufiours y auoit quelque fedition , fi l’ennemi neftoit enli: armes. Et le feul moyen qu’on trouuoit pour appaifer les feditions,I eftoit de faire guerre aux ennemis, ôc s’il n’y en auoit, d’en forger deII tous nouueaux. Et fi toft que les Cartaginois eurent traître la paix a-
^ uec les Romains, apres la premiere guerre Punique, ils entrerent en
'!l'; vneforte guerre ciuile‘:ce qui aduenoit toufiours aux Romains .s’ilseftoyent vn moment fans guerre , aufli voit-on qu’ils n’ont iamais\ clos le temple de Ianus que deux fois en fept cens ans. Et fi bien ont remarque les hiftoires, on trouuera qu’il n’y a iamais rien eu de plus*!! .pernicieux à vn peuple vaillant, ôc guerrier que la paix, car les hom-ï1 mes acçouftumez à la guerre, Ôc duits aux armes, ne cherchent quellli; diffenfions, & querelles , ôc n’ont rien plus contraire que le repos.< Ceft pourquoy on difoit de Marius qu’il eftoit le meilleur capirai-rtf ne en guerre qui fuft de fon aage: & le plus mutin ôc feditieux bour-geois en temps de paix. Toutesfois nous dirons cy apres en fon lieu,s’il eft expedient en vne République, de nourrir le peuple à la guer-® re. Nous auons touché quelques moyens pour preuenir des feditions,^ & partialitez : mais tout ainfi qu’il eft beaucoup plus aifé d empefeher1 fentree à l’ennemy, que le chaffer quand il eft entré : aufli eft-il bien^ plus aifé de preuenir les feditions , que les appaifer : ôc plus difficile^ en leftat populaire,qu’en tout autre, car le Prince en la Monarchie,^ & les Seigneurs en l’Ariftocratie, font, ôc doibuent eftre , comme _^ luges fouuerains, ôc arbitres des fugets : ôc fouuent de leur puiffance Les radiosf: abfoluë, ôc autorité, appaifent tous les différends, mais en leftat po- plus dange-ir® pulaire,Ia fouueraineté gift en ceiix qui font diuifezen fàdions, qui teulesese-4 ne recognoiflent point les Magiftrats, comme fugets à leur puiflan- ^ats Arifto^ ce. Alors il eft bien befoing que les plus fages s’en mettent, & sac- pratiques &H commodent doucemét à l’humeur du peuple,pour l’attirer à la raifon. populaires.It!f Et tout ainfi que ceux-là qui font malades d’vne furie , qui les fait'f danfer, ôc fauter làns cefle, ne peuuent eftre guaris ,fi le Muficien ne0* accorde fon violon à leur mode, pour les attirer à la fienne, ôc ape-^ zantir peu à peu la cadence, iufques à ce quils fe foyent rendus coys,^ & raflis : aufli faut-il que le fage Magiftrat voyant le peuple forcené,# fe lafche aller premièrement à leur appétit, affin que peu à peu il puil-
i£lI‘ fe les attirer à la raifon. car de refifter à vne multitude irritee , n eft
iflf autre choie, que s'oppofer à vn torrent précipité des hauts lieux. Mais
'P ceft bien chofe plus dangereufe,de faire preuue de fes forces contre
§ les fugets , fi on n’eft bien affeuré de la vidoire. car fi le fuget eft
If vainqueur, il ne faut pas doubter qu’il ne donne loy au vaincu. Etores que le Prince ne foit vainqueur, s’il ne vient à chef de (on cn-# treprife , il fe rend contemptible , Ôc donne occafion aux autres fu¬
ît gets de fe reuolter, & aux eftrangers de l’affaillir, &à tous de le m efprifer.\T
j 06 DE LA REPVBLI QJV Ecela eft encores plus à craindre es eftats populaires, ôc s eft cognéu
euidamment és feditions aduenuës en Rome, où ceux qui ont voulu
procéder par force, ôc refifter ouuertement aux volontcz dvn peuple
e fine u, ont tout gaftéion au contraire ceux là qui ont procédé par dou¬
ceur, ont réduit le peuple à la raifon. Appius cÔful voyant que le peuple
Romain demandoitla recifîon des obligations de preft( où les riches
ôc vfuriers auoyent notable intereft) ne fut pas d’aduis qu’on lafehaft
rien : ôc vneautresfois le menu peuple s’eftant diftrait de la nobleffe
fut d’aduis quon le traittaft à la rigueur , fans le refpeder : autrement
que le peuple s’enfleroit, ôc feroit infupportable : mais à la premie- 1
re fois Seruilius, à la fécondé Menenius Agrippa luy refifterent, ^
l'emporterent par deflus luy. ôc mefme Agrippa par le moyen dvne
fable du corps humain, ôc de fes parties, qu’il mift deuant les yeux 1
d vn chacun , fift tomber les armes des mains du peuple ôc le rallia f
auec la nobleffe. Et tout ainfi que les beftes fauuages ne s’appriuoi- 1
fent iamais à coups de bafton, ains en les -amadoüant : auffi le peu- )
pie efmeu, qui eft comme vne befte à plufieurs telles , ôc des plus 1
lauuages qui foit, ne fe gaignera iamais par force , ains par doux trait- h
tement. Il faut donc accorder au peuple quelque chofe, ôc fi la fedi- i11 ne faut tion vient pour la famine, ou pour difette qu’ils ayent, faut ordon- i
pas refifter ner foudain quelque diftribution aux plus pauures : car le ventre n’a -
ouuerte- point d’aureilles, comnp difoit Caton le Cenfeur, parlant du peuple Ü
met au peu Romain. & ne faut point efpargner les belles paroles, ny les promet il
pie efmeu. fes : car en ce cas Platon, Ôc Xenophon permettoyentaux Magiftrats, 11
ôc gouuerneurs de mentir, comme on fait enuers les enfans, ôc mala- I
des. Ainfi faifoit le fage Pericle enuers les A theniens,pour les achemi- if
ner a la raifon : il les apaft oit de feftins 3 de ieux, decomedies,dechan- ifu
fons, ôc dances : ôc au temps de charté faifoit ordonner quelque diftri- ip
bution de deniers, ou de blé. Et par ces moyens apres auoir pris ce-
fte befte à plufieurs teftes, tantoft par les yeux, tantoft par les aureil- ®
les , tantoft par la pance , il faifoit publier les edits, ôc ordonnances c
fàluraires, ôc leur faifoit les fages remonftrances, que le peuple mu- 3]
tine, ou affame n efeouteroitiamais. Toutesfois ce que i’ay dit,qu’il auj
fautamadoiier le peuple, Ôc luy quitter quelque chofe,mefmes luy
accorder chofes illicites , s’entend alors qu’il eft efmeu de fedition: ^
ôc non pas qu on doibue fuiurc les appétits , ôc paffions d’vn peu- i0j
pie infàtiable , ôc fans raifon ains au contraire il faut tellement luy te- :]ç
nir la bride, qu elle ne foit ny forcee, ny lafehee du tout, car combien ^
que c eft vn precipice gliffant d’obeir au plaifir d’vn peuple, fi eft-il
encores plus dangereux de luy refifter ouuertement, comme faifoit jj.|.
Appius, Coriolan , Metel, Caton le ieune, Phocion,Hermodore; ^
lefquels voulant auoir tout de haute luite , ôc pluftoft rompre que ^de
LIVRE QjyATRIESME.- jo7li de ployer, ils ontmis les Republiques, & leurs perfonnes en danger." vray eft que cemoyen de mefler lamaiefté auec la douceur, eft fort dif-■ ficilc j enuers vn peuple eftre né fans iugement & fans raifon : mais auffi
1,1 c’eft bien le plus grand point qu’on peut gaigner, mefmement en l’eftat
î' populaire,de ne flater.ny par trop rudoyer le peuple.Et tout ainfi que le
j'j Soleil fe va couchant,& leuantauec tous les aftres,&planettes, courantJa mefme carriere dumouuement raui, & neantmoins il nelaiflepas de* parfaire fon cours en arriéré, reculât peu à peu, & biaifant entre les eftoi-^ les : & d’autant qu’il eft plus haut monté, plus il fe monftré petit : ainfi’X doibt faire le fage gouuerneur,fuiuant en partie les affedions, & volon-1 tez d’vn peuple efmeu, pour atteindre à fes deflèins. Et ores qu’on euft>1 bien la force,pour reprimer, & ranger vn peuple mutiné, fi ne faut il pas: en vfer, fi autrement on le peut adoucir. & qui feroit le medecin fi malH apris qui vferoit de fe&ions & cauteres, fi la maladie autrement ne fe} peut garir ! qui feroit le Prince fimalconfeilléde procéder par voye dei«l fait,fi auec vne douce parole il peut tout appaifer? & mefmement en l’e-t| ftat populaire, où il faut vn bien fage maiftre pour adoucir lespaffionsW d’vn peuple efmeu, luy faifant cognoiftre à veuë d’œil & groffierement1 l'ilTuc malheureufe qui peut aduenir d’vne mauuaife entreprife.Nous en;* auosvn exéple memorable deCaIauinCapoüâ,hômepopulaire,&tou-■ tesfois fage,&aduifé, pour amener le peuple de Capoiie a la raifon : qui
ifs eftoit refolu defaire mourir tous les Senateurs:à quoy le Capoiiâ,com-
p meTribundu peuple, ne refifta point, ains au contraire leuraccorda,«| ayant au parauant aduerty le Sénat, de l’intention du peuple, & de ceSi qu’il auoit afairepour les fauuer, &apres les auoir tous enfermez en vni lieu pour les garder de la fureur prcfentc,s’addrefTant au peuple,dift ain-y fi:Puisquevousauez arrefté de fairemourir tous les Senateurs, il faut, j au parauant choifir les plus fuffifans d’entre vous,pour fucceder à leur e-p ftat : & commenceant au Senateur le plus hay, premièrement, dift-il,si nous ferons mourir vn tel. alors tout le peuple s’eferia, c’eft bieng dit, c’eft bien fait, voyons dift le Tribun, qui nous mettrons en fonp; !‘cu- les chaircuttiers, & maneuures fe prefenterent,quiça,quilà,à■ 1 enui les vns des autres : & s’attachèrent en querelles, ne voulans cederccft honneur l’vn à l’autre, ainfi firent ils à chacun des Senateurs qu’on Ru& d’vn
nommoir. de forte qu’il n’y auoit pas moins de trouble entr’eux, qu’il tribun fort^ y auoit eu contre les Senateurs : qui fut caufe, qu’ils aymerentmieux louable.Jf S116 ^cs Sénateurs anciens demeuraffent en leur eftat, que de fouf-
“'r c]ue l’vn du peuple fuft préféré à l’autre. Le confeil du Tribunjj| *Ui;greffage,&dexrrement executé:apres qu’il eut fait toucher au doigt,I ^> 1 inconuenient eftrange qui deuoit reuflir faifant mou-p 11 r les. Senateurs, qui eftoit que non feulement le meurtre feroit à^ Jamais iuge cruel, & inhumain : ains aufli que cela fait la République
5ô8 de la rëpvbliqjvë' demeuroit fans confeil, comme vn corps fans ame, ôc le feu de fcditioii
s’embrafoit entre le peuple pour laprefcrcnce.Mais quand le peuple eft
vne fois efchaufé, ayant les armes au poing, il eft bien difficile de larre-
fter : ôc s’en eft trouué n’a pas long temps vnqui miftle feu en fa mai¬
fon , pour deltourner ceux qui s’entrebattoyent à courir au feu. Or en
ces meurtres, & méfiées de peuple, s’il fe trouue vn vertueux ôc fage
homme qui ayt gaigné la réputation d’honneur ôc de Iuftice. alors
©. virgti. m>.ï. ^ pcuple éblouy de la fplendeur ôc lumicre de vertu fe ° tient coy: com-xncià me il aduint à Venize lors que ceux de la marine s attachèrent aux habi-Ac vcluti magnô 1111 » rin popuio cum fç- tans de la ville, ôc s entretuerent de telle forte, quil n’y auoit nyDuq
cft.feuitque ani° ny Sénat,ny magiftrat,qui ne fuft rebuté par force,ôc violence, iufques
go».Limquc faccs à ce que Pierre Loredan fimple gentilhomme Vénitien fans eftat, fc
& faxa Yoiant fu- j110nftra au miüeu des combats, &leuant la main haute, fift tomber lesror arma miniltrat ^ ’ 3 * ÜV* »Tum pietatc gra- armes des poings a chacun , pour la reuerence qu’ils portoyent à lauem ac merius h 1» • 1 r ■ rn n 1 1forte virum quem vertu d vn tel perloniiage : qui hit cognoiftre que la vertu a plus de 1a^vedifque aurib* puiffance Ôc de maiefté, que les armes ny les loix: comme il aduint claïaLfmos&ïc- au& d’vne guerre ciuile qui aduint à Florence entre les habitans, qui llfàoramuket s’eftoyent tellement acharnez , qu’il n’y auoit puiffance humaine ny fLe peuple jQjx ^ ny Magiftrats qui les peuft arracher les vns d’auec les autres, iuf fs appaiie ^ucs ^ ce ^uc pranç0js Soderin, Euefque de Florence , vint reueftu ?,
voyant vn Pontifical , ôc auec fon clergé fe prefènta deuant le peuple,lage viei - qUjfe tint coy, ôc fe retira chacun en ü maifon, pour la reuerence de flaid, ou ver ja religion, qui fut vn moyen duquel auoit vfé laddus Pontife de 101tueux pei- Hierufalem enuers Alexandre le grand le voyant venir en furie auec 1lonnage a- çQn armce pOUr rafer Ja ville : ayant veu ce perfonnage en l’habit Pon-* F
rauonner. y [\ fut tout eftonné, ôc tourna fà fureur, en crainte, ôc reueren-ce, qu’il fift au Pontife, luy ottroyant* tout ce qu’il demanda. Ainfi 1f(fift le Pape Vrbain au Roy des Hongres Attila. Mais quelquesfois la ;t|
hayne eft fi capitale des vns contre les autres, qu’il faut interpoferleseftrangers, pour en venir à bout, ainfi fift vn autre bon vieillard de ®Florence lequel voyant fes cytoyens fè maflàcrer, ôc brufler les mai- s)àfons de tous coftez , alla quérir les Luquois , qui s en vindrent en i /grand nombre , pour appaifer la rage des Florentins, chofe qui eft ïMfort loiiable, ôc vtile non feulement à ceux quonmetdaccord,ains jraufli à ceux la mefmes qui le moyenncnr.car ils en rapportent grand 4]honneur , auec la faueur de ceux qu’ils ont accordez. Et bien fou- |auent les partifans font fi las, ôc recruds de meurtres, ôc de feditions |ioqu’ils ne cherchent que l’occafion de s’accorder : mais ayans cefte o- ji(pinion qu’il y va de l’honneur de celuy qui demande la paix, ils tjecontinuent de s’entretuer, iufques à ce que l’vn ayt ruiné l’autre, fi vn \tiers ne fe met entre deux.Ce qui aduiét pluftoft és Republiquespopu- iI1:laires ôc ariftocratiques, qu’en la Monarchie,pour la raifô quei’ay ditcÿ ^deffus
LIVRE qVATRIESME: ( jo<>^ deflus. Mais s’il aduient au Prince fouuerain de fe faire partie, au lieu de% tenir la place de luge fouuerain,il ne fera rien plus que chef de partie, &fe mettra au hazard de perdre fa vie : mefmement quand l’occafion des II ny a rienS feditions n’eft point fondee fus leftat : comme il eft aduenu pour les plus dange-J l guerres touchant le fait de la religion depuis cinquante ans en toute reux au'*i l’Europe. On a veu les Royaumes de Suede, Efcofle, Dannemarc, An- Prince que:e'i gleterre, les Seigneurs des ligues, l’empire d’Almaigne auoir changé de & faire par-
religion, demeurant Teftat de chacune Republique , ôc Monarchie, tifan.% vray eft que cela ne s’eft pas fait,finon auec extreme violence, ôc grande
I!ll effüfion de fang. Mais la religion eftant reccuë d vn commun confente-
iil| iiient,ilnefautpas foufrirqu’ellefoitmife en difpute : car toutes chofes
\ niifes en difpute, font aufli reuoquees cn doubte : or c’eft impieté bien
mi* grande,reuoquer en doubte la chofe dont vn chacun doibt eftre fefo-
f «j ln&afleuré.car il n’y a chofe fi claire, &fi véritable qu’on n obfcurcit
pt fe, ôc qu’on n efbranle par difputeimefmemcnt de ce qui ne gift en dé¬
lai monftration, ny en raifon, ains en la feule creance. Et s’il n’eft pas licite Ileftperni-
:ai]; entre les Philofophes, ôc Mathématiciens, de mettre en débat les prin- deux de
ni cipes deleurs fciences, pourquoy fera il permis dedifputerde lareli- difputer de
mj gion qu’on a reccuë, ôc approuuee ? Ariftote difoit , que celuy mérité Ce qu’on
m la peine des loix, qui reuoque en doubte s’il y a vn Dieu fouuerain, doibt tenir
iji(i cl10fe qui eft par luy 9 demonftreG. Aufli eft-il certain que tous les pour refolu
r® Roys,& Princes d’Orient ôc d’Afriquedefendentbieneftroittement iib.<?.Phyfic.
il C1LÎ °n difpute de la religion : ôc les mefmes defenfes font portées par u!capaa?tyf‘É ics ordonnances d’Hefpaigne,& du Roy de Mofchouie : lequel voyantlit! *on peuple diuifé en fedes ôc feditions, pour les prefehes, ôc difpti-rci tes ^CS Miniftres, fift defenfe de prefeher, ny difputejr de la religion,y fur peine de la vie : mais bien il bailla aux preftres leur leçon, ôc cre-£ ance par efeript, pour la publier aux profiles les iours de feftes , a-j uec defenfe d y rien adioufter. Et par la loy de Dieu il eft exprefle-ij|iji nient commandé de l’efcrire par tout, ôc la lire au peuple, à tous aa-Ifjl Ses 3 a tQus fexes, ôc (ans cefle : mais il n’eft pas dit qu’on en difp-u-jiîi tCla* fut-il eftroittement defendu fus peine de la vie, Ôc depuis, execute a la rigueur en plufieurs villes d’Almaigne, apres la iourneej; ^mPcr^e l aa M* D* L v. que perfonne n’euft à diiputerde la reli-. gion. Et d’autant que tous les Atheiftes mefmes font0 d’accord, que o. Poiybiasiib.*.} 3lp.a chofc qui plus maintienne les eftats, & Republiques, que laIi rcilgi°n, ôc que c’eft le principal fondement de la puiflance des Mo- rumdi%lina-I narques,de 1 exécution des loix, de Pobeiflance des fugets, de la reue-i IeCC ^CS ma§iftratS’ crainte malfaire,ôc de l’amitié mutuelle en-j uers vn chacun,il faut bien prendre garde qu’vne chofe fi facree, ne foit^ ^eipnfecjQu reuoquee en doubte par dilputes: car de ce point là depéd!l a miüC ^CS Républiques. le ne parle point icy laquelle des religions
IJ V iij
. conÆlio Tyri,
Sardis.Mcdiolanij5io DE LA REPVBLIQVEeft la meilleure, ( combien qu il n y a qu vne religion, vne vérité, vne
loy diuine publiée par la bouche de Dieu ) mais fi le Prince , qui aura
certaine affeurance de la vray e religion, veut y attirer Tes fugcts , diuifez
en fedes Ôc fadions, il ne faut pas à mon aduis qu’il vfe de force, car
plus la volonté des hommes eft fore ce, plus elle eft reuefche : mais bien*
en fuiuant & adhérant à la vrayereligion fans feinte,ny difïïmulation,
il tournera peut eftre lescueurs &volontez des fugcts à la fienne , fans
violence, ny peine quelconque, en quoy faifant non feulement il eui-
tcrales émotions, troubles, Ôc guerres ciuiles, ains auffi il acheminera
les fugets deuoyez au port de falut. Theodofe le grand cn monftra l’ex-
perience,ayanttrouuélempireRomain plein d’Arrians, qui auoyent
pris telle puiflance ôc accroifîement foubs la faueur de trois, ou quatre
Empereurs, qu ils auoyent eftabli leur opinion par fept Conciles1, ôc
Tar~ niefmement par celuy de Rimini, où il fe trouua fix cens Euefques,dc
leur aduis, ôc n en reftoit que trois de nom qui leur fuflent contraires:
en forte qu’ils puniffoyent ceux d’opinion contraire par exécutions*
confifcations, ôc autres peines rigoureufes. Il ne voulut pas forcer, ny
La raifon punir les Arrians, quoy qu’il fuft leur ennemi, ains au contraire, il per~
pourquoy de vjure cn liberté de confcience, ôc fift ordonner deuxplufieurs le- Euefques en chacune ville,iaçoit qu’il euft fait quelques edits contre les
des s accor Arrians, qu il tint en foufrance, ne voulant qu’ils fuflent executcz: ôc
dent mieux neantmoins viuant félon fa religion, Ôc inftruifantfes enfans à fa mode,
que deux, jj diminua bien fort les Arrians cn Europe : ores qu'ils ayent toufiours
continué en Afie,& en Affrique. Mais le Roy des Turcs qui tient vne
bonne partie de l’Europe,garde fa religion auffi bien que prince du mo¬
de^ n’esforce perfonne: ains au contraire permet à chacun de viure fé¬
lon fa confcience : ôc qui plus eft il entretient auprès de fon ferrail à Fe¬
ra, quatre religions toutes diuerfes, celle des luifs, des Chreftiens ak
Romaine j ôc àla Grecque, ôc celle des Muhametiftes, &enuoyelau-
mofhe aux calogeres du mont Athos Chreftiens, affin de prier pour
luy : comme faifoit Augufte enuers les luifs. Et quoy que Theodoric
Roy des Goths fauorifaftlcs Arriens,fi eft-ce qu’il ne voulut onques
forcer la confcience des fugets, & rend la raifon par ces mots, religio-
nem imperare non pojjumtts, quia, nemo cogitur vt credat inuitus 3 comme
nous lifons en Caffiodore. Mais on s’efmerueille fans caufe pourquoy du
temps de Theodofe, veu les fedes qui eftoiét alors qu’il n’y auoit point
de guerres ciuiles : car il y auoit pour le moins cent fedes, au com¬
pte de Tertullian ôc d’Epiphanius :ce quitenoit cn contrepoixles v-
nes, ôc les autres. Or en matière de feditions, ôc tumultes, il n’y arien
plus dangereux que les fugets foient diuifez en deux opinions,foitpour
i’eftat,foit pour la religion,foit pour les loix, ôc couftumcs. &au con¬
traire s’il s’en trouue de plufieurs opinions, les vns moycnncnt la paix,
& accordent les autres: qui nes’accorderoyent iamais entre eux. C’eftpour-
LIVRE QJV A T K I E S M E. piI pourquoy Solon publia vne loy,Air le fait des troubles, ôc feditions ci-
‘ uiles,qui toutesfois femble à plufieurs ïniufte : c eft à fçauoir, que cha-II cun euft àprendre 1’vn,ou l’autre parti, & qu’il ne fuft licite à perfonne■ d’eftre neutre : veu que la plus loüable vertu,eft la modeftie du bon fu-
$ get,quidefïre,&s'efforce deviureenpaix.-iointaufli queparcemoyenla confcience de l’homme de bien eft forcec de tenir l’vn ou l’autre par-C|^ ti^quand il iuge que touts deux font vicieux, & touts deux ont tort. Et
qui pluseftiladuiendraque s’il veut fuiureleparty qu’il iugeralemeil-^ leur jilfaudra faire guerre à fon pere,à fes freres, à fes amis,qui feront enll\ armes de l’autre cofté qui feroit le contraindre à commettre parricides,& meurtrir ceux defquels il tiendroit la vie. Brief la loy de Dieu defendfî à celuy qui cognoift la vérité, de fuyure la commune opinion de ceuxEri qui font dcfuoyez : à quoy il femble que la loy de Solon contreuient.\\ Toutesfois on peut dire au contraire, quelle eft tref vtile, ôc neceflaire,^ mefmcment és eftats populaires,ôc Ariftocratiques, ou il n y a point de Loy deSoloi fouuerain qui puiffe,eftant neutre, iuger les différends de ceux qui ferot de iuiure«| en feditio. Car on fçait aflez que les plus rufez enguerre ciuile, fe retirent l’vn despar-jl| tât qu’ils peuuet de la prefle, s’ils ne font bien affeurez de la vidoire du tis.fij parti qu’ils tiedront:& ne hazarderont iamais ny leur vie, ny leurs biensI: pour vncfadion;fice n eft qu’ils voyent le danger, & quele feu public,w brufle leurs maifons particulières, ôc bié fouuent les plus fins, ôc les plusi mefehans mettent les autres en querelles,pour pefcher en eau trouble,)é & faire pont d’aurruy pour paffer,& empiéter leurs biens,& offices:ain-i® fi que faifoyent anciennement les preftres de Mars, qui gettoyent lesil flambeaux entre les deux armées,pour les faire cobattre,&feretiroycnti de la meflec. Or fi la loy de Solon a lieu, les boutefeux n’oferont mettre
if diflenfion entre les citoyens, puis qu’ilfaudra courir le mefme danger, ôcj® quant aux gens de bien, quiaymentlapaix,& quin’approuuentny IV-0jj ne,ny l’autre fadion,s’ils font contraints de prendre parti,ils s’efforcerotJ par touts moyens de preuenir les feditions, ôc d accorder les troubles jJ ioint auffi que leur crédit^ audorité,pourra tirer à la raifon,ceux qui5I autrement ny viendroyent iamais .car les fols fe batront fans relafche, fif les fages ne s’en meflent. Voila ce me femble la raifon que Solo auoit de({J; faire cefte loy. Combien que fi la maxime,que nous auôs tenue au cha-f pitre de la feurté des alliances, eft veritable, que les Princes, voyans leurs^ voifins cn guerre,doiuent eftre les plus forts,ou des plus forts, ou pour
le moins s’efforcer de mettre d’accord ceux qui fot cn guerre,affin qu’ils
ne foyent en proye des vainqueurs : elle eft beaucoup plus veritable en,, guerre ciuilc,ou ccluy qui eft neutre, eft en plus grand danger, queleÿ Prince qui ne tient rien d’autruy. Pendant la guerre Peloponefiaque,&:s' les troubles des Atheniens, Theramenes fe tint coy, fans fe bander n'yIjl pour les vns,ny pour les autresrauffi fut il delaiffé de tous,à la mercy des^ f tyrans, qui le firent mourir. Celuy donc qui veut eftre neutre, foit en'f . ~ y
5it DE LA REPV.BLI QJEguerre ciuile , foit contre 1 e ft rang e r , doibt pour le moins s’effor¬
cer de mettre les autres d accord : ou s’il voit queles querelles,guér¬
ies ôc ruines d’autruy foyent la feurté defoneftat, defes biens, de fa
perfonne ( comme il aduient quelquesfois que les tyrans, ôc niau-
uais citoyens ne s’accordent, que pour ruiner les bons ) encores
faut-il du moins, que ceftui-là s’efforce en apparence demoyenner
laccord: ce que plufieurs ont Élit alors qu’ils nourriffoyent, &entre-
tenoyent les querelles le plus fecrettement qu’ils pouuoy et : quieft vne4 Proueib fepte ck°fe que D i eu a en abhomination, comme dit Salomon * : fi cc n eft
funt que odit aucas que i’ay dit,que le repos des mefehans,quâd ilsfe fonteuerre fuftDeus, & odauunj i ... ■1111 • r 1 3quod abhomîna- la ruine ineuitabie des bons, car tout ainii que pour vne vertu il y a plu,
tto îoîo ^nk'.côs fieurs vices cotraires les vns aux autres,&pour vn homedebie,ily en a
kir £c/erunt ^1X qui ne vallent guetes : auffi Dieu a donc bon ordre à ce que les mef¬
ehans fuflent ruinez les vns par les autres : le me vengeray ( parlant en la
bouche de Hieremie) de mes ennerhis, par mes ennemis. I’ay dit qu’il
faut que les bons princes enuers les tyrans, & les bons citoyens enuers
les mefehans diffimulent leur aife,faifant beau femblant de les accorder:
car il n’y a rien qu’on ayt plus a contrecueur,que la refiouiffance,& plai-
Autres fir que prennent les vns,à voir en toute feureté la ruine des autres. Voi-
moyens la donc quelques m oyens d appaifer les feditions,entre plufieurs,qu’on
pour pre- peut reciter par le menu:comme on peut auffi dire, d’ofter les cloches
uenir les fe- aux rebelles,ainfi qu’il fut fait à ceux de Montpellier Fan m. c c c. l xx
dirions. un. ôc à Bordeaux Fan m.d.lii.& qui depuis furent reftituees,ores que
la plufpart des habitans de Bordeaux fiffent inftance qu’elles ne fuffent
remifesiayant fenti le fruidl qui en reüffift.fi bien ou mal, i en laiffela re¬
folution à tout home de fain iugemcnt:mais quoy qu’il en foit, le grand
feigneur, & touts les Princes d’Orientont donné bon ordre queccfte
inuention, qui eft fortie de Noie en Italie, ne fuft receue en leur pays,
auffi ne voit-on point les troubles, ôc feditions fi ordinaires, comme en
tout l’empire d’Occident.car non feulement le fon des cloches eft pro¬
pre à merueilles pour mettre en armes vn people m utin à la mode quo
les fonne, ainsaufli pour effrayer les écrits doux &paifibles, Omettre
les fols en furie:comme fift celuy qui fonna le toefain auec la groffeclo¬
che à Bordeaux pour inciter dauantage le peuple : auflî fuft-il pendu au
batand de la cloche comme il meritoit. L’autre moyen eft auffi d’ofter
les armes fi on craintla (édition,qui eft leplus ordinaire, combien que
les Princes d Italie, & d’Orient n’endurent pas qu’on porte les armes,
s.inPoiyî. comme les peuples de Septentrion, ôc d Occident, non plus qu’on fâi-
foit anciennement en Grece, &en A fie. car mefmes Ariftotef parlant
des Barbares,tient pour chofe eftrange, qu’on portaft efpee, ou dague
ch temps de paix par la ville, quieft caufe d’vne infinité de meurtres,
car celuy qui porte 1 efpee,ou la dague ou la piftolle,deuietplus fier, Sc
infolent à faire vne iniurc: ôc s’il eft iniurié à faire vn meurtre. s’il eft def-armé
LIVRE QVATRIËSMË. p}arme il na point d occafion de faire ny Tvn ny l’autre : ôc ne porte l’in-
\ famie,qui fuit ceux là, qui n ofent degaigner quand ils font outragez.; Les Turcs y procèdent encores plus eftroi&ement, non feulement en
'} puniffantlesfeditieux , & mutins à toute rigueur .-ains auflî en deffen-
dant de porter les armes en guerre mefines, finonalors quil faut com-
^ battre:& {î l’ennemi n eft proche, ils mettent les armes es pauillons, ou
^ cn chariots : ôc toutesfois ils furpaflent en l’art militaire les plus braues
1 peuples de la terre,fi cela fe fait en guerre ôc au camp> que doibt on faire
^ és villes,& en temps de paix ? Il y a entre les ordonnances louables de la
|Ifî police de Paris vne fort bonne,& bien cxecutee, c’eft à fçauoir que nul
!v faquin,ny crocheteur,ne porte efpee,ny dague, ny coufteau, ny autres
; armes oiîenfiues:pour les meurtres qui feferoyent és querelles ordinai-
lt!î res, qu’ils ont l’vn contre l’autre, fi celàauoit lieu en toutes perfonnes,
mil meurtres & affaflinats fe commettent qui n’aduiendroyent iamais:® ny les feditions „ qui s allument en plufieurs lieux pour cefte occafion.Car ce n’eft pas fait enfagePolitique,nyenbongouuerneur d’attendre
que le meurtre foit fait, ou que la fedition foit venue pour deffendre les
t armes, mais tout ainfi que le bon medecin preuient les maladies , & s’il
£î' aduient qu’vne partie foit affligee foudainement d’vne douleur violen-
Bif teilappaife le mal prefent : ôc cela fait il applique les remedes aux caufes
i de la maladie: aufli le fage Prince doibt preuenir tant qu’il luy eft pofli-
M ble les feditions, &quand elles fontaduenuës, lesappaifer àquelque
« prix que cefoit: &puisvoirles caufes des maladies plus efloignees des
à effe&s , Ôc y appliquer les remedes conuenables. Nous auons parlé des L’impunité
I caufes qui donnent changement aux eftats, ôc Republiques : des mef- <]es n^ef_If mes caufes procèdent les {éditions,& guerres ciuiles.le deny de iuftice, c\£s t]re a-
[i Ïoppreflion du menu peuple, la diftribution inegalle des peines, ôc prcs foy ]a
uf loyers, larichefTe excefliue d’vn petit nombre, l’extreme pauureté de fujnc jese,
% plufieurs, 1’oifiueté trop grande des fugets, l’impunité des forfaits : ôc ftâtSoi peut eftre que ce dernier point eft delà plus grande confequence, ôc
if duquel on fait le moins de cas. ie l’ay touché par cy deuant, & faut fou¬
it: uent en rafraichirla memoire : d’autant que les Princes, ôc magiftrats,
o(it qui affedtent la gloire d’eftre mifericordieux verfent fus leur tefte la pei-
Ji lie que les coupables ont deferuie.C’eft ce quele fage Hebrieu a répété
||t! tant defois, quand iladuertift de ne cautionnerautruyrce n’eft pas qu’il
jdj defende la charité enuers le pauurermais qu’il n aduienne à perfonne de0 faireeuaderlesme(chans,caril{èpeuta{Teurer quilenportera lapeine:ii commeilfutditauRoy Achab, quiauoitfiuué lavieàBenadab Roy La puifïàn»
f Surie au lieu de le faire mourir, Dieu luy fift dire qu’il auoit cautioné ce des harâ-
|f autruy, laiffant viure le mefehant, &que cela luy coufteroit la vie. Ce gueurs,qui eft dit en particulier,(e vérifié en generalfür touts les Princes,&Re-
publiques,qui n’ont point de caufe plus certaine de leur ruine, quel’in-
jjj lice. La punition des rebelles eft aufli Tvn des moyens pour preuenir
5r4 DE LA REPVBLIQVEles feditions àladuenirmous Panons touché auchapitre des corps 6c
collèges, & la forme qu il y faut tenir.Ce qui doibt auoir lieu quand vu
corps où la moindre partie des fugets a failli, 6c non pas fi tout le peuple,
ou la plulpart font coupables : car ce n eft pas à dire fi on coupe vn bras
ou vneiambe pour conferuer tout le corps, qu’on doibue couper les
membres principaux s’ils fontinfe£fc:ains ilfaut fuiure le cofeil d’Hyp-
pocrate, qui defend d’appliquer medecine aux maladies incurables.Mais outre les caufes des feditions que i’ay dit cy deffus,il y en a vne qui
depend de la licence qu’on donne aux harangueurs, qui guident les
cueurs, & voluntezdupeuple où bon leur femble. Car il n’y a rien qui
plus ayt de force fur les ames, que la grâce de bié direicomme nos peres
anciens figuroyent Hercules Celtique en vieillard, qui trainoit apres
foy les peuplés enchaînez, Ôc pendus par les aureilles, auec chaines qui 1
fortoyent defaboucheipour monftrcr que les armees ,&puiflancedes fl
Roys,&monarques, ne font pas fi fortes que la vehemencc, & ardeur i
d’vn homme eloquent,qui brufle,& enflamme les plus lâches à vaincre ».
les plus vaillans, qui fait tomber les arm es des mains aux plus fiers, qui I
tourne la cruauté en douceur ,1a barbarie en humanité : qui change les .t!
Republiques, 6c fe ioue des peuples à fon plaifir. Ce que ie ne dis pas sf
pourlalouanged’eloquéce,mais pour la force qu’elle a,qu’onemployc il
plus fouuent à mal que a bien. Car p uifque cc n’eft autre chofe qu’vn m
deguifement de la vérité, ôcvn artifice de faire trouuer bon, cequieft i
mauuais, 6c droit ce quieft tort, & faire vne chofe grande de rien,& du jp
formi faire vn Eléphant, c’eft à dire l’art de bien mentir : il ne faut pas les
doubterque pourvn quivfe bien de c’eft art, cinquante en abufent. bc
auffi eft-il mal aifé entre cinquante Orateurs en remarquer vn homme ^
de bienrcar ce feroit chofe contraire àlaprofelfion qu’ils font,qui vou- ÿ
droit fuiure la vérité. Veu que la plus belle reigle que Ciceron baille ioj
foubs la perfonne de Marc Antoine POrateur y c’eft de ne rien dire con- j,
tre foy. Qu*on regarde bien touts ceux qui ont eu bruit d’eftre nobles j’j,
harangueursjon trouuera qu’ils ont efmeu les peuples à fedition,& plu- ^
fieurs ont changé les loix,les couftumcs,les religions, les Républiques: .
les autres les ont du tout ruinees.aulfi ont ils prefque touts fini par mort ^
violente. Iln’eftpas icy befoin deverifier cela par l’exemple des Ora- ^
teursd’Athenes, ou de Rome, mais bien par ceux de noftre aage, qui
ont fi bien befongné,que toutPEmpire d’Afrique, 6c d’Occident en a
efté, 6c eft encores en armes. Ets’en eft trouuéquipar leur eloquence ?
ont dôné la chafle aux Roys,& empiété leur eftat: ce qui eft aduenu aux
Roys d e Maroc,qui eftoyent de lamaifon de Iofeph, aufquels vn prêt
cheurfoubs voile de religion ofta le (ceptrc,& la couronne:& combien
*Xcon d*Afrique. qu’on Pappellaft le cheualier de l’Afiie, fi eft-ce qu’il prefcha fi bié qu’il
aflembla vne armée de fix vings mil hommes *,en cas pareil celuy quile
premier fut appellé S ophi, empieta le Royaume de Perfe, n’apas longtemps,
LIVRE Q5 AT RIES ME. 515| temps > ÔC en chafla les enfans du Roy légitime Vnfinicaffam, foubs le
' mefme voile de religion.ôc Iean de Leidan(qui de reuandeur fe fift prêtçheuryenuahit Mioiftre ville capitale d’V veftphalie7, ôc fe fift cour on- 7.Sieidatlns,
ner Roy fouuerain, fouftenât le fiege par trois ans côtre l’Empire d*Al-
| jnaigae. Et par mefme moyen Hierofme Sanonarola8 prefcheur, fufci- g.Gmchardin:
) té par Antoine Soderin,fus le débat qui aduint à Florence entre les habi-
^ tans,a qui tiendroit Peftat Ariftocratique, ou populaire, tourna lepeu-
ple àprendre Peftat populairèrtout ainfi que Pericles sayda de POrateur
E|1 Ephialces pour rendre Peftat dés Atheniens du tout populaire- Brief 011
[ltllî a veu toute PAlmaigne en armes, & cet mil hommes tuez en moins dvn
an,depuis queles prefcheurs mutins efm eurent le peuple contre la no-
^ bleffe.onaouy des harâgueurs enflammerlesPrincesàtuer,maffacrer,& brufler leurs fugets : comme faifoit Neftorius prefchant a Conftanti-
^ nople deuant l’Empereur en cefte forte,Donne moy,Empereur,la terre
vuide d’heretiques,ôc ie te donneray ie ciehabifme auec moy les hereti-
^ ques, ôc ie ruineray auec toy la puiflance desPerfes. pour cela il fut ap-
H pelle boute-feu : car fi l’Empereur Peuft creu, il euft mis à mort la plat
«f parc & prefque touts fes fugets, & Neftorius le premier. Ceft donc vn* coufteau fort dangereux en la main d’vn furieux homme, que Peloqué-
Jf ce en la bouche d’vn harangueur mutin. Et neantmoins ceft vn moyen
fi à ceux qui en veulent bien vfer, de reduire les peuples de Barbarie à hu-
£f[ inanité,c eft le moyen de reformer les meurs,corriger les loix, chaftier
‘4i les tyrans,bannir les vices, maintenir la vertu, ôc tout ainfi qu’on char-
fit; me les afpics,les viperes, les ferpens par certaines parolles, ainfi les Ora- ,
ài teurs charment les plus fauuages, ôc cruels hommes parla douceur d c-
M loquece:comme difoit Platon.Et ny a point de moyen plus grand d’a-
|à paifer les feditions,ôc contenir les fugets en Pobeiflance des Princes,que
d auoir vn fage, ôc vertueux prefcheur, par le moyen duquel on puiffe
ji((| flefehir,&: ployer doucement les cueurs des plus rebelles : mefmement
J en Peftat populaire, ou le peuple ignorant eft maiftre, ôc 11e peut eftre
retenu que parles harangueursrqui pour cefte caufe ont toufiours tenu
ili le premier degre d honneur,& de puiffance és eftats populaires, faifant
0î donner les charges,ôc commiflions, les dons, ôc loyers, à qui bon leur
(jJ fembloir.brief la paix, & la guerre,les armes, & les loix dependoyent des
J harangueurs: Et au contraire il n’y a rien plus à craindre au tyran, que le
>0 harangueur qui a la vogue dupeuple.
ff i
î
DV REIGLEMENT QLYILEAVT TENIR. POVR ACCOMMODERLA FORME DE REPVBLIQVE A LA DI-uerfité des hommes^ le moyen de cognoiftre
le naturel despeuples.CHAP. LV s qv E s icy nous auons touché cequi concernoit
Peftat vniuerfeldes Republiques : difons maintenant
ce qui peut eftre particulier à quelques vnes pour la
diuerfité des peuples : à fin d accommoder la forme
de la chofe publique àla nature des lieux, & les ordo¬
nances humaines aux loix naturelles. A quoy plu¬
fieurs n ayant pris garde, & s efforçant de faire feruir la nature à leurs
edits,ont troublé, ôc fouuent ruiné de grands eftats. Et toutesfois ceux
qui ont efeript de la Republique n’ont point trai&é cefte queftion. Or
tout ainfi que nous voyons en toutes fortes d’animaux vne variété bien
grande, ôc en chacune efpece quelques différences notables, pour la di¬
uerfité des régions: aumpouuons nous dire quil y a prefque autant deI es villes variet^au naturel des hommes, quil y a de pays, voire en mefmes cli-
. ' i mats, ils fe trouue que le peuple Oriental eft fort différent à POccidetal:
k" ôc en mefme latitude, ôc diftance de lequateur,le peuple de Septentrion,
eft differend du Méridional Et qui plus eft en mefme climat, latitude,
ôc longitude,& foubs mefme degré, on apperçoit la différence du lieu
raontueux,à la plaine: de forte qu’en mefme ville, la diuerfité des hauts
lieux aux valees,tire apres foy variété d’humeurs, ôc de meurs aufli:qui
fait queles villes affifes en lieux inégaux font plus fugettes aux feditions
Ôc changemens,que celles qui font fituees, en lieu du tout égal. Auffi la
villedeRome, quiafeptmôtaignes, ne fut iamais gueres fans quelque
fediti5.DequoyPlutarq n’ayât pas recherché la caufe, s’efmerueille que
Athenes il y auoit trois factions de diuerfe humeunceux de la cité hau¬
te,qu’ils appelloyét Aftu demâdoyet Peftat populaire, ceux de la baffe
ville demadoy et Peftat d’oligarchie: ôc les habitas du port de Piree de-
firoyét vn eftat Ariftocratique,entremefié de la nobleffe &dupeuple.Nousôc vallees
fugettes à
fedition.iaiiiinKlK.klt|F.!$fi,n|2!jtii:.ï4Ii
«
' jjtrije,\\\IctHtj.fc|oNtl/
LIVRE C I N QJ I E S M E. Si7} jsïous dirons tantoft la caufe qui eft naturelle. Et fïTheophrafte 'trou-
| ueeftrage,que le peuple de la Grece eft fi différent en meurs&fàçons de C?*1™?6*"I faire,qui ne s’efbahiroit de voir en vne mefme ville des humeurs fi con-traires?On ne peut imputer cela àla meflange des peuples,qui long teps:i apres y aborderent de toutes parts, veu que Plutarque parloit du temps
*i deSolon,alorsqueles Athenies eftoiétfi peu meflez,qu ontenoitpour
|| certain qu’ils eftoient iffus de la terre Attique, de quoy mefme fe glori¬
fie Po rate ut1 Ariftide. Audi voyons nous les Suifies, peuple originaire 2. in panathen*iS.
I de Suède,fort différents d’humeurs,de nature,& de gouuernementtcar
cobien qu ils foient pluseftroitemét alliez que ne fut onques peuple,&
qu’ils ayent tous choifi leftat populaire,fi eft-ce neâtmoins que les cinq
petits Cantôs des môtaignes,& les Grifons auffi font eftimez plus fiers,&p!us belliqueux, & fegouuernent du tout populairement: les autresfont plus traitables,&fegouuernent plus ariftocratiquement,eftâc leurnaturel plus enclin a 1 Ariftocratie, qu’à l’cftat populaire : auquel natu-itt! rel il eft bien befoin de prendre garde, fi on veut changer tout à coup:111; comme il aduint à Floréce ily acentans,quelaRepublique par fuccef- Pour for-i|i fion de temps eftoit quafi chagee en Ariftocratie,eftant accreüe des ci- mer vn e-i( toyensdeladeuxiefme & troiiiefmeceinturede murailles, le Sénat fut ftatilfefâut(t; affemble pour y donner ordre,ôc la chofe mife en délibération,le Sena- accommo-I teurVefpuceremoftra par viues raifons,que leftat Ariftocratique eftoit derau natu£| fans comparaifon plus feur,&beaucoup meilleurque leftat populaire, rel des fu-[l & meit en auant pour exemple Peftat de Venize,fleuriflànt foubs la Sei- gets.|i gneuriede peu de gentilshomes.mais Antoine Soderin fouftint pour
t ^ftatpopulaire, Ôc le 5 gaigna, difantque le naturel du Venitien eftoit j. Gukhardi»,
proportionne a 1 Ariftocratie,& les Florentins à Peftat populaire. Nous
, dirons tantoft fi ion fondemét eftoit vray. Nous Iifons auffi qles Ephe-
I fiens,Milefiens ôc Syracu(ains eftoiét prefque dePhumeur des Floren-
^ tins, car ils ne pouuoient endurer autre eftat que populaire, ny foufrir
^ que pas vn d entr eux furmontaftPautreen rien qui foit, iufques à batt¬
is, nirceux qui auoient plus de vertu, ôc neantmoins les Atheniens,Ephe- Liuiuslib
. îens ôc Milefiens eftoient beaucoup plus doux &plus traitables : auffi Genres alia: ira-
; eftoietils beaucoup plus orientaux:ôc au contraire les Syracufains,Flo-• retins ^Cartaginois eftoiét plus félons,& plus rebelles:qui eftoiét pTus fcm pToliio"c»'
occidentaux .le peuple oriental a beaucoup de iafibance, ôc de parolles,£ au iugemét de tous les anciens, & mefmes de 4FAmbaffadeur des Rho- famlTftPccPielcS
iots,qui exeufa la faute de fes maiftres fus la naturelle inclinatiô qu’ils da^Sadconanr
Jjj alléguant auffi les vices naturels des autres peuples, le peupleI thenes, dit Plutarquc, eftoit cholere, ôc mifericordieux, prenant rcm=nonncg*ue-
‘ P aiur aux flateries, ôc foufrant aifément vn trait de moquerie : mais le regioncm inanio-
.v ^CllP e Cartage eftoit cruel, & vindicatif, fouple aux fuperieurs, & & uXoVum'u-3’II lmpeneux aux fugets, couard en fon defaftre, & infolent en fa vidoire. S™c“n’°-1® V'f
5I8 DE LA REPVBLIQVEDifférence pcupk Romain au contraire des deux eftoit patient en fa perte, con-
notable des ftanten fa vidoire, modéré en fes pallions, rebutant les flateurs, 6c pre-
Atheniens nant plaifir aux hommes graues 6c feueres : iufques àlà que Caton l’ait
Romains & demandant la cenfure au peuple,dift qu il eftoit befoin d’vn Cenfeur
Cartao-i- feucre, menaffant de bien chaftier les vices : toutesfois le peuple4 aima
nois^ mieux ellire celuy qui les menafloit, qui eftoit daffez bas lieu, queles4.piutâr. in Cato- plus nobles & grans feigneurs qui le flatoient. Ce qui peut eftre aiféniét
neCenforio. co(Tnu pal* la différence des harangueurs Atheniens, 6c Romains: car
ceux-cy refpedoientbien autrement la maiefté du peuple,que ceux
d’Athenes qui fe ioiioyent du peuple auec telle licence, quel’vn d’eux
avant faitafïembler le peuple pour les affaires d’eftat 3 apres Pauoirfort
long temps fait attendre,s’en vint monter en laTribune aux harangues
auec vn chapeau de rofes,&leur dift qu’il auoit délibéré ceiourlàfe-
ftoy er (es amis,8c puis s’en va. le peuple print cela en rifee.vne autre fois
Alcibiade parlant au peuple, lafcha vne caille qu’il auoit en fon fein, ôc
le peuple courutapres, & luy raporta. s’il euft fait cela en Cartage de¬
uant le peuple, dit Plutarquc, on Peuft lapidé, les Romains n’euffentpas
lai fie cefte fottie impunie, veu mefme qu’vn citoyen Romain fut pnué
du droit de bourgeoifie, pour auoir baaillé trop haut deuant vn Cen¬
feur, comme dit Valere-Maxime. Il faut donc que le fage gouuerncur
d’vn peuple fçache bien l’humeur d’iceluy, 6c fon naturel, au parauant
que d’atenter chofe quelconque au changement de Peftat, ou des loix.
car Pvn des plus grans, 6c peut eftre le principal fondement des Repu¬
bliques,eft d’accommoder Peftat au naturel des citoyens,& les edits de
ordonnances à la nature des lieux,des perfonnes, 6c du temps.Car quoy
que dieBalde que la raifon, & l’equité naturelle n’eft point borneeny
attachée aux lieux, cela reçoit diftindion, c eft à fçauoir, quand larai-
foneftvniuerfelle,&nonpasoù la raifon particulière des lieux &dcs
perfonnes, reçoit vne confideration particulière . Qui fait auffi qu’on
doit diuerfifïer Peftat de la République^ la diuerfité des lieux:à l’exem¬
ple du bon architede,qui accommode fon baftiment à la matiere qu il
trouue fus les lieux. Ainfi doitfaire le fage politique, qui n’a pas à choi¬
fir le peuple tel qu’il voudroit,comme dit Ifocrate aux louanges de Bu-
fyris Roy d’Egypte, qu’il eftime beaucoup, pour auoir bien (ceu choi-
Lc boarchi fir le pays, & le peuple le plus propre qui foit au monde pour régner.
tç£le acco- Difons donc premièrement du naturel des peuples de Septentrion, &
mode' fon de midy : puis des peuples d’Oricnt,6c d’Occident : 6c la différence des
baftiment à homes montaignars àceux qui demeurer en la plaine, ou és lieux mare-
kmatiere cageux,ou battus des vents impetueux:apres nous diros auffi cobien la
qu’il trou- dilcipline peut châgerlc droid naturel des homes: cn regetât l’opinion
ue fus les de Poly be 6c de Gaîicn,qui ont tenu q le pays,& la nature des lieux em-
lieux. porte neccffité aux meurs des homes. Etpour mieux entedrela variété
LIVRE CI NQVIESME. p9infinie qui peut eftre entre les peuples de Septentrion &de Midy, nousdiuiferons tousles peuples qui habitent la terre par deçà L’equateur entrois parties: la premiere fera des trente degrez depuis L’equateur en çà,' que nous attribueras aux régions ardantes,& peuples méridionaux : & DiuifiS des■ les trente degrez fuiuans, aux peuples moy es, & régions temperees, iuf- peuples.‘ ques au foixantiefme degré vers le pole:&: de là iufques au pôle feront[ les tren te degrez des peuples Septentrionaux, & regios de froideur ex-* cefliue.la mefme diuifion tbpourrafaire despeuples delàL’equateur,ti¬
rant vers le Pôle antartique.puis nous diuiferonsles xxx. degrez des' lieux ardens par la moitiétles quinze premiersplus modérez, entre L’e-
| quateur & les tropiques : les autres quinze plus ardents foubs les tropi-
1 ques.&parmefme moyen nous prendronslesquinze degrez fuiuans®: de la région temperee,quis’eftcndentiufquesauxLv.degré,quitien-' nent plus du méridional, & les quinze autres iufquesau lx. degré,qui
font plus diftemperez en froidure, & tiennent plus du Septentrion. &' aux quinze fuiuans iufques au L x x v.degré, ores que leshomes y foient! fort affligez de froidure, fi eft-ce qu’il y a plufieurs peuples & Republi-' ques. mais quant aux autres xv. degrez iufques au pôle, il n’en fautfaire"j ny mife ny rccepte , par ce qu’il n’y a point, ou fi peu d’hommes, qu’ils1 viuent comme beftes fauuages és cauernes : comme les marchas ont ra-* porté, & les! hiftoires nous le certifient. I’ay rendu la raifon de ces diui- olau, & s«o-
® fions en vn liure particulier de la Méthode des hiftoires, & n’eft befoin' <fy entrer plus auant. Ces poinds arreftez, il fera plus aifé de faire iuge-" ment de la nature des peuples, car ce n’eft pas affez de dire, que lespeu-® pies de Septentrion ont la force,grâdeur& beauté de corps,&peud’ef-* prit:&au côtraire que les peuples Meridionauxfontfoibles,petits,noi-
® raux,& qu ils ont la viuacite d efprit grande: veu que 1 experiencenous* aprend,q les peuples qui font bienfortSeptentrionauxfont petits, mai-
«I gres,& bafanez du froid: ce q mefmes Hippocrate confeffe : qu’il fautIf accorder auec les autres,cnpofant ces limites que i’ay dit:&s’entendra Ariftote &I Je dire d’Hippocrate,dcs peuples qui font outre le Lxx.degré tirât vers HiPpocra-f ‘cspoles.nousferôs mefme iugemét de ce que Hippocrate,&apres luy teaccordezi Ariftote ont efcrit,que les peuples de Septétrion ont la'‘cheuelureblô-^ & neantmoins Galien dit qu ils ont le7 poil rouge. ce qu il ^$ «ut entendre de ceux qui font fituez enuiron le l x.degré.& de fait il y:<( «nagrad nobre en Angleterre, que les habitas difent eftre iffus des Da-ij( nois& Suédois, qu ilsremarquétaupoil rouge, ayant occupé l’Anglc-jf tc>re.Mais depuis la cofteBaltiq,iufqu’auxi.v. degré tirât en çà,les peu-é P|es ont ordinairement le poil blond, & anciennement queles peuples3# nettoient pas fi meflez comme depuis ils ont efté, on recognoiffoit
1 ornnie Septentrional au poil blond & aux yeux vers : ainfi que Plu-é *arque,Tacite,Iuuenal,&denoftrememoirelcBaron°d’Herbeftain c.c„rhiftoirea,
ii( "t îemai que. mais ceux qui font enuiron le foixantiefme degré ont Mofc*‘ouic’
51Q DE LA REPVBLIQVE.I prefque tous les yeux de hibouz, & la couleur d’eau fe blanchift en
peup es yeux s aufli ont-ils la veüe fort debile le iour, & voyent mieux en
de Septen- 0kfcuric£ COmme les hibouz & autres beftes femblables, quon appelletrio ontNi6talopes.ce que ie dy m’a eftéaffeuré del’Ambaffadeur PruinfkiLi-
yeux vers, manien ? & d’Holfter commiffaire des guerres,natif d’Oftolcome en
& le p01 Suede : qui aie poil de vache & les yeux de hibouz , laquelle couleur,
blond & £rancjeur vicnt comme dit8 Ariftote, de la chaleur intérieure:8. In problemat. t i • 1 i 1 1comme ceux d’Afrique ont les yeux noirs,pour le peu de chaleur qu ils
ont aux parties intérieures, eftat humee de la chaleur ôc plus encores de
la feichereffe du foleil, au lieu quele froid refferre la chaleur du peuple
de Septentrion,fî elle n’eft fi vehemête quelle vienne prefque à l’eftain-
dre,qui fait que les homes quihabitent outre le lxxv. degréfontfoi-
bles,petits,ôc tous bazanez defroid extreme,qui eft fi exceflif,que plu¬
fieurs en meurent,comme les marchans raportent: ôc mefmes le Baron
?. En rhiftoire de 9 d’Herbeftain efcrit quelafaliue tobe quelquesfois glacee, chofe qui
Mofchouie. j^mbler incroyable : mais il eft bien certain qucla mer Baltifqueglace fi bien que les armees paffent de terre ferme aux ifles,iaçoit que la
chaleur en efté y eft quelquesfois fi ardante,qu’elle brufle non feulemét
La chaleur jcs fru ja terre^ ajns aL1f|i jcs maifons ôc villages, comme le mefme
elt plus ar- efcrit eftre aduenu en Mofchouie l’an m.d. xxv.ee qui aduintdante en aL1ffienpoulongneranM.D.Lii.ainfî que ThomasCronier Hiftorien,
efte aux ^ je Comte Gorcha,qui vint Ambaffadeur en France^m’a affeuré: ôc le
pays froids mcfme cas aduint en Angleterre lan m. d. l v i. comme i’ay veu parles
qu auxpays jcttres fejgneur d’A ques Ambaffadeur en Angleterre pour le Roy de
chauds. France, où il affeure la chaleu r auoir efté fi veheméte, que la flamme al-
lumee par le foleil brufla en toute vne contree les fruidts ôc les villages,
c’eft ce que dit Ariftote, que l’ardeur eft plus grande aux pays froids,
qu’aux pays chauds : mais cela s’entend és lieux aquatiques, & où il y a
quelque motaigne qui redouble la chaleur par reuerberation, comme
il aduint à la ville de Naim en Gafcongne, qui brufla entieremét de l’ar¬
deur du foleil en plein midy l’an M. D. x L.car la fituation d’icelle eft co¬
me i’ay dit. ôc la vapeur grofle retient la chaleur : ce que les maiftres des
eftuues cognoiflant trefbien, & pour efpargner le bois, gettent de l’eau
dedans les eftuues. eftat donc le pays de Septentrion garny de riuicres,
de lacs,de fontaines,les vapeurs efleuees reçoiuent ôc retiennent la cha¬
leur plus ardante en l’air, comme aux régions méridionales elle eft plus
vehem ente en la terre, car tout ainfi que la chaleur eft plus violente cn
métal qu’en bois,& en gros bois que menu, auflî le foleil a plus deffed
cn terre qu’en l’air, & en l’air vaporeux és regios aquatiques,que non pas
en pays fec,où l’air eft fubtil ôc fans corps fenfible: qui peut eftre la cau¬
fe que Dieu a fait le pays méridional,peu pluuieux ôc peu aquatique:&
les lieux plus aquatiques qui fe trouuent au pays méridional, font ordi¬
nairement expofez au Septentrion,& couuers desmontaignes du coftedu
LI VRE CINqVIESME. 5zth midy: co me 1’Aquitaine, qui eft ainfi dite pour Pabondâce des eaux,| a les monts Pyrenees,Ia Barbarie a le mont Atlas, haut à merueilles,du-| quelles fources ôc riuieresfortéc toutes vers le Septentrion, côme nousî lifons en Léon d’Afrique. autrement le foleil gettant fes rayons droite-)| niée fus ce pays là,le rédroit inhabitable, qui eft des plus plantureux qui\ foit au monde, ôc des mieux peuplez. Or tout ainfi qu’en hyuerles lieuxIl foubterrains, & les parties intérieures des animaux retiennét la chaleurI qui eh efté seuapore:ainfi eft-il des peuples fituez au pays Septêtrional,I qui ont la chaleur intérieure plus vehemete, que ceux du pays meridio-l'( nal: laquelle chaleur fut que les forces Ôc puiflànces naturelles font plus Pourquoy5, grandes és vns que non pas és autres: qui fait auffi queles vns font plus les arméesj; affamez, deuorét, ôc cuifent mieux que les autres, pourla froideur delà des peuples|t( région,qui refTerre la chaleur naturelle. en forte que les armees qui tiret de Septen-|| du pays Méridional au Septentrion, font plus vigoureufes &plus gaiL trion sallc-j| lardes:comme il s’eft veu des fept mil Efpaignols q uj pafTerét en Aimai- o-oriffentllf gne foubs l’Empereür Charle v. & des quatre mil Gafcons qui allèrent venant auy aufecours du Roy de Suede,qui emportèrent de belles vidtoires. Et au pays Meri-contraire les armees d u peuple Septentrional s’afoibliffent Ôc alengorif- dional
il fent,tant plus elles tirent au pays Méridional, mefmemét en efté, come
I ilfecogncuteuidemmentésCymbres, defquels Plutarquetefmoigne
qu ils eftoient tous fondus en fueur, &aîengoris delà chaleur qu’ils len-
tirent en Prouence, quiles euft bien toft fait mourir, quâd ores ils neuf-.‘ fentpoint efte vaincus des Romains : come il en print aux François de-
^ uant Naples,& auxLanfquenets, quipaiïerenten Italie foubs lacodui-
^ te de Charle de Bourbon Ôc de Georges Fronfperg, apres qu’ils curent
^ faccagé Rome il en mourut dix mil deuant que Tan fuft reuolu,comme
efcrit Guichardin. Cela fe cognoift aufli clairement és troupeaux qui
™nt du de Septentrion au midy, qui perdent leur graiffe, ôc leur
> lai6t,& nefontqu’empirerrce que pline a noté, ôc les marchansexperi-
j; mentent tous les iours. Et tout ainfi que l’Efpaignol redouble fon appe-
j tit & fes forces, pafTant d’Efpaigne en France : auffi le François deuient
«nguide,&dcgoufté pafTant en Efpaigne: ôc s’il veut boire ôc manger
comme en France,il eft en danger de ne la faire pas longue. Et mefmes* ^ peuplesde Septentrion fentent vne1 langueur ôc foiblefTe de cueur, x.Ariftot.inpro-
m. quand le vét de midy foufle. la mefme raifon nous enfeigne pourquoy blemat‘
j1 es îommes ôc\cs beftes,& mefmemét les oifeaux, qui fentent plus fou-
if; aain ce changement, s engraiffent en hyuer, ôc maigriffent de chaleur,
if. ûiLcon d’Afrique,^ Fraçois d’Aluarez, qui ont efcrit les hiftoires d’A-
ÜJ llquc&d Ethiopie, euffent pris garde à cefte raifon, quieft naturelle, Pourquoy
[( .sneu ent pas fi hautloiiel abftinence incroyable de ces peuples là:car les peu pies
I) snepeuuétauoird appétit,d’autat que la chaleur intérieure leur man- de midy
J nlT* ff11 ^lLlt~^Pas blafmer les peuples de Septentrion, pour eftre fontabfti-I F sa amez, & deuorer plus auidement que ceux de midy, veu la cha- nens.X “j
si% DE LA REPVBLIQVEleur,grandeur ôc grofleur des hommes. Les mefmes effeds fe trouuen*
en la regio antartiqueïcar nous lifons és hiftoires des Indes,que Magail-
lan trouua enuiron le deftroit, quil appella de fon nom Magallien, des
Geans Patagones, fi gras ôc fi puiflans, q huit Efpaignols armez eftoient
bien empefehez d’en tenir vnrgens au reftefort fimples ôc lourdaux.Or
tout ainfi que le peuple de Septentrion le gaigne par force, ôc le peuple :
de midy par finefles-.auflî ceux du milieu participent médiocrement de j
Tvn ôc de 1 autre,ôc font plus propres à la guerre, au iugement de V ege- -
cc ô: de Vitruue. c’eft pourquoy ils ont eftably les grands Empires,qui j
ont fleury en armes Ôc en loix.Et la fàgefle de Dieu a fi bien diftribué fes
grâces,quelle n’a iamais vny la force grande, auec vne grande ruze d’ef- „j
prit,ny aux hommes ny aux belles. car il n’y a rien plus cruel que l’iniu- (
T t ftice armee de puiflance. Donques les peuples des régions moyennes fj ont plus de force que ceux de midy, ôc moins de ruzes : ôc plus d’efprit ;;® que ceux de Septentrion,ôc moins de force :ôc font plus propres à cor»- j
font ks mi- man<^cr & gouuerner les Republiques,ôc plus iuftes en leurs adions. EtS fi bien on préd garde aux hiftoires de tous les peuples, on trouuera que '
C^X jC’^rCjt les grandes armees ôc puifTances font venues de Septetrion: les fciences* occultes,la Philofophie, la Mathématique, ôc autres fciences cotcmpla-* ’ tiues font venues du peuple Méridional : ôc les fciences politiques, lesloix, la iurifprudence, la grâce de bien dire, ôc de bien difcourir ont pris |
leur commencemétôc origine aux régions metoyennes: ôc tous les gras f
Empires y ont efté eftablis : come l’Empire des Afly riens,Medois, Per- ,IS1
fans,Parthes,Gregeois,Latins,Celtes. Et cobien que les Arabes ôc Mo- r
res pour vn temps ont empieté l’empire de perfe, de Surie,d’Egypte,ôc ::c
de Barbarie, ôc afTugety vne bonne partie d’Efpaigne , fi eft-ce qu’ils f
nont peu affugetir la Grece,ny l’Italie,ôc lors qu’ils voulurent afleruirla 1!1
France,ils furent vaincus, ôc l’armee de trois cens mil hommes qu’ils y i
auoient amené fut defaite .Auflî les Romains ont bien eftendu leur ®}1
puiffance fus les peuples de Midy ôc d’Orient: mais ils n’ont pas beau- i
coup gaigné fus les peuples d’Occident ôc de Septentrion, quoy qu’ils Uj
fuflent vidorieux de tous les autres peuples: neâtmoins ils employoiét lit
toutes leurs forces,ôcauoientbien affaire à fouftenir l’effort,ôc parer les ly
coups des peuples de Septentrion, qui n’auoientny villes murees,ny ^
fortereffes,ny chafteaux,comme dit Tacite parlant des Almans. Et co- |j|j
bien qTraian euft fait vn pont admirable fus le Danube, ôc vaincu De- |fL
cebabe Roy des Daces, fi eft-cc que l’Empereur Adriâ fon fuccefleurlc ^
fift démolir,craignât que les peuples de Septetrion ne vinflent accabler | '
Peuples de l’empire & la puiflance des Romains^ome ils firét apres ql’Empereur ^
Septétrion Côftatin eut cafle les legios Romaines quigardoiét les riuieres du Rhin ^
efpars en ôc du Danube.car bié toft apres les Almans, puis les Goths, Oftrogoths, ^tout l’empi Vandales,Franques.BourguignonSjHerules^ogres^epides^obars,
reRomain. ôc par fucceflion de temps les Normans,Tartarcs, Turcs, Ôc autres na-
LIVRE C IN QJV 1ESME. jojdons Scy chiques enuahirent les prouinces,que les Romains auoient te¬
nues. Et combien que les Anglois ayent eu de grandes vi&oires fus lest François,ôc coquefié le Royaume,qui leur eft méridional, fi eft-ce que\ depuis neuf cens ans ils nont peu chaiTer les EfcofTois de Tlfle : ôc néant-I moins on fçait combien les Frâçois ont plus d’hommes que les Anglois,
j & ceux-cy que les EfcofTois. On peut voir le femblable des Turcs, peu-
it| pie Septentrional,qui a eftendu la grandeur de fon empire aux plus bel-
!i les régions d’Afie, d’Afrique, ôc d’Europe, & prefque fus toute la mer
tel mediterranee : fi eft-ce qu’ils ont efté défaits par les Tartares, ôc fontII bien empefehez à refifter aux Mofchouites. Auffi lifons nous de toute
ni ancienneté que1 Dieu menafle toufiours les fiens des peuples de Se-t|t ptentriomeomme de gens belliqueux.violents,impudents, impitoya- ^Efày'c^T^)]l bles. Car combien que les hommes foient de beaucoup diminuez de 4I'4/‘IHlIcliûc^'|| nombre,de force, de grandeur,de vigueur, d’aage, eu efgard aux anciés, V-lit fi eft-cc que les peuples d’A quilon font ordinairement plus grâds, plus DaSei.ii.Zach.».il forts,& plus puiflans.Et par ainfi la loy militaire des Romains,qui n’ex-](l eufoit point le foldat d’aller en guerre qu’il n euft} attaint L v. ans, Ôc(j quelquesfois le contraignoit ayant patte cefte aage, n’euft pas efté con- j.Poiyb.ift.tf.I uenabicaux Lacedemoniens,quoy qu’ils fuflent autant bien excercitezp1 aux armes que les Romains, car eftant plus Méridionaux, ils n’eftoienti pas fi vigoureux, auffi exeufoient- ils le foldat ap res 4 quarante ans/car laI force, & la vigueur ne vient que de la chaleur intérieure: qui fait que les £uur‘ÎQAg^œ peuples de Septentrion font, ôc onttoufiours efté grands beuueurs, tef-s|, moing le prouerbe Grec; boire en Scythe,ce que Tacite n’apas oubliéparlant des meurs des Almans,mais il s’abufe de dire qu’ils boiuent plus s- Athen*us <üp-" & mangent moins, pour la froideur, ôc fterilité du pays, ains au contrai- proI rc,puis qu’il eft ainfi que la foif n’eft autre chofe quvn appétit de froi- quodnowfiGne-“ deur^ d’humeur: ôc la faim appétit de fcicherefTe,&de chaleur, ôc que c*pcrciplpdt,ft-J les peuples de Septentrion ont la chaleur intérieure beaucoup plus. grande fans comparaifon,que ceux de midy, il faut bien quils boiuent
dauantage. auffi ont les peuples de Septentrion le cuyr plus mol, plusj, velu,&fuget àfuer, & refpirer l’humeur, que les peuples de midy, quiI ; ont le cuyr dur,peu de poil,ôc fe recoquille de feicherefie, foufrant aifé-r ment la chaleur (ans fuer : mais ils ne portent pas aifément la froideur:' comme il fut cogneu des Efpaignols, qui moururent de froid en grand l'hiftoirc dess nombre fus les hautes montaignes du6 Peru : car ayant peu de chaleur ondAg«thias&
au dedans,s’ils font combattis du froid exterieur, ils fucombent: quieft porfon"oQrsinhiftor-£i laraifon pourquoy tous les peuples de midy hyuernent és garnifons, 7* i*» epiftou!£[' alors queles peuples de Septentrion fontla guerre plus ° ardemment,l Portant la froideur exterieure,à caufe de la grandechaleurinterieure.Et Preuue des1 mefmes Galien efcrit, qu’ils plongent les enfans en l’eau froide, fi toft baftards
|| ont forcy du ventre de la mere. vray eft que7 l’Empereur Iulian auxlegiti-5 difoit qu il auoit veu mette les enfans fus le Rhin, pour faire la preuue mes.“i x "ij
m D E LA REPVBLIQVEdes baftards aux legitimes:eftimant ceux-lalegimes, qui furnageoient,
& les autres baftards,qui alloient au fonds. Et tout ainfi que les peuples
deSepcentrion font aifément allengoris de chaleur, auffi font-ils bien
toft las,& rccreuds de labeur,en pays Méridional,ou en téps chaud.Ce
qui fot premièrement apperceu à la iournee de plombin, où les Celtes
enuironnez de deux armees des Romains, combatirent à double face:
ôc apres auoir getté leur premiere furie,furét bien toft vaincus.Il ne faut
dit Polybe, que parer les coups quelque temps pour vaincre les Celtes,
qu’on penfoit inuincibles.Cefar depuis fift mefme iugemét, difant des
Gaulois, qu’ils eftoient plufque hommes, au commencement de la ba¬
taille , ôc fus la fin moins que femmes. Chofe qui eft encores plus natu¬
relle aux Almans, ôc autres peuples de Septentrion,comme dit Tacite,
qui les auoit cogneus par longue experience. car les Gaulois ,mefme-
ment ceux de Languedouich, tiennét la moyenne région entre le froid,
& la chaleur extreme,bien que la qualité du lieu Occidental, réd le pays
plus froid. Or ceux qui font au milieu, font impatients du froid & du
chaud,'ce que tefmoigne Cefar des Gaulois: ôc foufrent neantmoins pl9
aifémét le froid que les Efpaignols, & la chaleur queles Almans.Et tout
ainfi que les peuples des régions moyennes tiennét des deux extremitez
en humeur,auffi conuiennent-ils auec les vns,& les autres,en meurs, ôc
complexions:& comme Dieu par vne fageffe efmerueillable a lié toutes
chofes par moyens conuenables aux extremitez,auffi voyons nous qu’il
a gardé ceft ordre entre les peuples de Septentrion, ôc de midy, qui ne
fe peuuent compatir, pour la contrariété de meurs, & d’humeurs qu’ils
ont entr’eux.Qui eft vn poindt bien fort confiderable, quand il eft que¬
ftion de moyennerlapaix^ou traitteralliance entre deuxnationsfi con¬
traires , ou les mener cn guerre, afin de mettre entre deux la nation mc-
toyenne,ôcceux qui ont les affe&ions moderees,auec les autresiqui ont
les paffions de 1’ame immodérées.comme Galien dit,queles Almans,&
Arabes, ne tiennent rien de la temperature louable qui eft és hommes
de l’Afie Mineur,qui eft non feulement au milieu du PoIe,& deLequa-
teur, ains auffi entre l’Indie Orientale, & la France Occidentale. C’eft
pourquoy Ciceron difoit, que la ciuilité, ôc courtoific a pris fa naiffance
cn l’Afie Mineur, & cn a remply toute la terre.Mais Ariftote, à mon ad¬
uis , s'eft abufé de dire, que les peuples batus de chaleur, ou de froideur
extreme,font barbares,veu que lé contraire fe vérifié par les hiftoires,&
par l’experience qu’on fait ordinairement des peuples de midy,qui font
beaucoup plus ingenieux que les peuples metoyens. Herodotenousa
laifle par efcrit, que les Ægyptiens eftoient les plus ingenieux hommes
du monde, apres luy fept cens ans Cefar és mémoires de la guerre ciuile
en a fait mefme iugement, difant que ceux d’Alexandrie contrefaifoiét
fi dextrement les machines des Romains,qu il fembloit que les Romains
n eftoient que leurs fugets. il vfe de ces mots, Jffi homines ingeniojîpimiac
LIVRE CINQVIESME. 515: ac fubtilifîmi. 6c neantmoins l’Egypte eft en partie foubs le Trof)ique,! où iîfiit plus chaud,- que foubslequateur, au iugement de Poffîdonius,I & des Efpaignols. Les Romains ont fait mefme iugement des peuples
' Afrique,qu’ils appelloient/^rcoj-,qui ont.fouuentabufé les Romains,
t! & rompu leur puiflance parla dexterité de leur efprit. Auffi Columelle
^ les appelle Gentem acutifîimam : mais ils n’ont pasl’efprit figentil que lesEgyptiens, auffi ne font-ils pas fî auant au Pays Méridional comme les^ Egyptiens. Et fans aller fî loin,nous en auons la preu ue en cc Royaume,
ou la différence des efprits fe defcouure, eu efgand aux Anglois, qui feî: plaignoient à Philippe de Comines,ôc s’efmerueilloient,que lesFrâçois^ pcrdoient le plus fouuent les batailles contre eux, Ôc qu’ils gaignoienta toufiours aux traittez qu’ils faifoient. nous pouuons dire le femblable'4 des Efpaignols, qui n’ont fait traitté depuis cent ans auec les François, Naturel du[î oùilsn’ayenteu Faduantage, ce qui feroitlong a difcourir par lemenu. François.maisie prendray feulement le traitté deCambrefîs fait Fan m.d.lix.^ On ne peut nier que la force du Roy de France ne fuft: grande, 6c pourk faire tefte aux ennemis.-neantmoins l’Efpaignol gaigna plus en ce traitté
là fans coup fraper, qu’il n’auoit fait en quarante ans au parauant, 6c n a-« uoit iamais efperé,come il confeffa depuis,tirer la Sauoye,ïiy le PiemodII d’entre les mains des François. Car combien quele Duc de Sauoye,
t Prince vertueux, &^enereux,meritafl beaucoup, tant pour l’equité de
Uîi fa caufe,que pour l’alliance de la maifon de France, fi eft-ce qu’il natté-
f doit pas fi heureufe iffue de fes affaires : ce qui fut manié fi dextrement
Bf par l’Efpaignol,qu’il emporta toute la grâce du bié-£iit, 6c lefruidl prin-
:lf cipal d’iceluy, ayant autant diminué l’eftat de France, qui s’eflédoitiuf-
il ques aux porter de Milan, & mis le Duc de Sauoye, come vne barriere
« entre l’Italie, ôc la France,pour clorre le paffage aux François de plus af-
(ji pirer,nyrien quereleren Italie. On ne peut nier,que ceux qui auoient
ni- charge de capituler du cofté des François, n’ayent employé toute la
01: difcretion,foy,ôc loyauté qu’ils pouuoiét: mais ie tiens de bon lieu qu’il
Itf fut refolu au confeil d’Efpaigne, qu’on debuoit tirer les affaires en lon-
J gueur, Ôc que le naturel du François eftoit fi foudain,ôca&if, qu’il quit-
lifc tefoit ce qu’on luy demanderoir,ennuyé des allees,ôc venues, ôc des 16-
J gueurs propres à FEfpaignol, ôc qui nefurentpas oubliées en ce traitté-
[0| la.Encores fut-il bien remarqué, qu’en toutes les fèances, ôc affemblees
jiKf faites par les deputez, toufiours les François furent les premiers au con-
jiifc: feil, ôc quoy qu’ils employaffenttous leurs gés pour efpier,afin d’entrer
:# au^ quelquesfois les detniers, fi eft- ce qu’ils furent toufiours trompez
^ parla ruze des Efpaignols, Ôc impacience des François, qui fembloientpar ce moyen demander la paix. Etn’eft pas faute qu’on doiue impu-
Jii ccu* qui auoient charge de traitter la paix, ains àla nature qui eft
A difficile a vaincre: car nous lifons le femblable des Ambaffadeurs Fran-
Çois coferans auec les Ambafladeurs de l’Empereur de Venize, d’EÏpai-
52.6 DE LA REPVBLIQJEgne /dcFerrare, deuant le Due de Milan : ncftre façon, dit Philippe de
Comines,n’eft point de parler pofément, comme ils font,car nous par¬
lions quelquesfois deux ou trois enfemble, & le Duc difoit,ho, vnàvn.
A quoy on peut iuger,comme en beaucoup d’autres marques, le natu¬
rel de l’Efpaignol, qui, pour eftre beaucoup plus méridional, eft plus
froid,plus melancholic,plus arrefté.jplus contemplatif,&par confequét
plus ingenieux que le François: qui eft bilieux ôc cholere, ce qui le rend
plus adif,prompt, 6c diligét, voire fi foudain qu’il femble à l’Efpaignol
courir quand il vafon pas. qui fait que l’Efpaignol ôc l’italien aymét le
feruiteur François,pour fa diligence^&r alegreffe en toutes adions. auffi
tous les ans il en paffe vn nombre infini en Efpaigne, comme i’ay veu
eftant à Narbonne, mefmement du pays d’Auuergnc, 6c du Lymoufin,
pour y baftir,plâter,defricher les terres,&faire tousouurages de main,
que l’Efpaignol ne fçauroit faire,& pluftoft mourroit de faim,tant il eft
parefTcuXj&pefantaux adions. Et de faitl’Efpaigne ri eft quafi peuplee
que de François, comme il fut bien vérifié quand le Prieur de Capoüc
fe voulut emparer de Valence, par le moyen des galeres Françoifes, on
voulut alors chaffer les François de Valence, mais ils’entrouuadixmil
qui furent tous cautionnez parles Efpaignols. Etne fàutpas doubter,
que les hommes qui prouiennent de la meflange de ces deux peuples,ne
foyent plus accomplis que l’vn, 6c l’autre. Car on defire en l’Efpaignol
vne alegreffe,ôc promptitude plus grande qu’il n’a : ôc au François lesa-
dions,Ôc paillons plus moderees : comme il femble que l’italien a l’vn,
6c l’autre,auffi eft- elle en l’affiette la plus temperee qu’il eft poffible,en¬
tre le Pole,Ôc l’Equateur : 6c au milieu de l’Afie, de l’Afrique, 6c de l’Eu¬
rope,biaifant vn peu vers POrient,6c le Midy.Et tout ainfi que ceux qui
font aux extremitez des Pôles font pituiteux, ôcle Méridional melan-
cholique: auffi ceux qui font trente degrez par deçà le Pôle font plus
D’oupro- fanguins: 6c ceux qui approchent du milieu plus fànguins, 6c choleres:
uient la va- 6c puis tirant vers le midyjplus choleres, 6c melancholiques : auffi font-
rieté de cou ils plus bafannez de noir, 6c de iaune : qui font les couleurs de la melan-
leur aux vi- cholie noire, 6c de la cholere iaune. Or Galien confeffe que la pituite
fages. réd l’homme pefant,Ôc lourdde fang coüeux,Ôcrobufte:la cholere adifj
6c difpos: la melacholie coftant,ôc pofé: ôc félon qu’il y a plus ou moins
des quatre humeurs meflez enfemble,autant y a de varieteZj que Théo¬
dore Duca, de la maifon de Lafcare Empereur de Conftantinople,, s’eft
efforcé de comprendre en xcii. efpeces,compofantauec les quatre
humeurs,la raifon, 6c les deux parties de l’ame beftiale, c’eft à fçauoir, le
p-Xoy>v$i>iJüQvt courage,ôc la9 cupidité.mais d’autât que ces opinions ne font fondees,
YiJiJv/McLt. ny en preuue d exemple quelconque,ny en raifon neceffaire, 6c qu’il ne
fait aucune diftindion desparties dumonde, ny des lieux aquatiques,
montueux, venteux,ny de la dodrine,ny des loix, qui feroiet vn nom¬
bre infîny, auec la comparaifon de plus ou moins, ie fuiuray ce que laraifon
LIVRE CINQVIESME. 517raifon apparente nous monftré, ôc l’experience nous fait cognoiftre à
veüe d’œil, ioint aufli que les hiftoires anciennes s accordent, cjue les
peuples deSeprétrion ne font poinc malicieux, ny rufèz, comme les na¬
tions méridionales parlant des Almans. Ceft,die-il, vn peuple qui n’eft
point fin, ny rufé, defcouurant fes fecrets par maniéré de paffe-temps,
puis aifément ils fe departent de leurs promeffes. nous trouuons cemef-
ineiugementdes Scythesen Hérodote,1 Iuftin,ôcStrabon.C’eftpour- ^odoîe^fine'
quoy les anciens Princes auflî bien qu a prefent n’ont eu autre corps de Tacite.Herôdote.
gardes que de Scythes,Thraces,Alemâs,Suifles,Circafliens. Et mefmes LeTpeupîes
lafeigneurie de Rhagufe, n’a garde que d’Almans ôc de Suifles. Et qui de Septen-
plus eft les Roys d’Afrique par deçà le mont Atlas, n’ont garde que des trjon ne soc
Soldats d’Europe. & quoy qu’ils foyent Mahometans,fî eft- ce qu’ils ay- pas mfez
nient mieux fe fier aux Chreftiens reniez, qu’à ceux du pays: ce qui fut
premièrement fait par le grand Manfor,Empereur d’Afrique Ôc d’Efpai-
gne:& par cy deuâc le Roy de Thunes auoit quinze cens cheuaux legers
de Chreftiens reniez, ôc (àgarde d’efclaues Turcs ôc Chreftiens,comme
dit Léon d’Afrique,cognoifîant bien que le peuple Septentrional a plus
deforce,que de fineffe, ôc tirant la paye du Prince, luy demeurent touf-io u rs affedtio n n ez à gard e r fa v ie, ôc vanger fes ii 1 i u res fa ns afp i re r à fo n
ellar, quelque tyran que ce foit. C’eft pourquoy Cherea, Capitaine des
gardes de l’Empereur Caligula, ayant tué fon Prince, fut auffi toft mis a
mort par les Archers de lagarde, qui eftoient Almans, qui ne pouuoiét,
die1 Iofeph, retenir leur appétit,ny leu r vengeance. Aufli ont les anciés Ulb-XIX-c-1-
remarqué és peuples de Septetrion vne barbarie,ôc cruauté: ôc mefmes
Thucidide, fils d’Olorus Roy de Thrace, appelle les Thraces nation0 trefcruelle:ôc Tacite parlant des Almans,Ils nefont pas, dit-il, mourir G.
les coulpables par forme de iuftice, mais par cruauté, comme ils feroiéc /
leurs ennemis.le me cotenteray d’exemples nouueaux fans chercher les ^V°5
anciens. Nous en auons vn notable en 1 Fhiftoire de Poloigne; executé z.iouius&Crant.
parceiïx de Tranfyluanie, en la perfonne de Georges Capitaine des re¬
belles: l’ayant pris, ils firent icufner troisiours entiers fes foldats, ôcleur
firent manger leur Capitaine demi rofti,ôc puis encores fes entrailles
boiiillies, deuant que les faire mourir. le laifle les cruautez eftranges de
Dracula Duc de Tranfyluanie,ôc d’Otton Trucces, qui fift roftir apetit Eftranges
feu le meurtrièrde fonlieutenant^pendantla guerre des payfàns. ôc de- cruautez
puis n’agueres le Capitaine Grombach Alman, fut condamné d’auoir le des peuples
cueur arraché,viuant,ôc le vilagebatu d’iceluy.leiugementfut executé. deSepten-
Auffivoyosnousj quelefupplicedelarouës’efttrouué en Almaigne, trion.empalement des hommes tous vifs en Tartarie. combien qu’il n’eft
Pas m°ins cruel cn Lituanie, de contraindre les condamnez à fe pendre
°yniefme, ou bien les fouëter, ôc gehenner, ôc neantmoins en fin les
pendre.Qui me fait penfcr,que les cruautez du Roy de Mofchouie,pu-
^es,ôc irnprimees,font vray-femblables. Car moins les hommes onc
52,8 D E L A R E P V B L I QV Ede raifon ; ôc de iugement, plus ils approchent du naturel brutal des be- j
fies,qui ne peuuent fe ranger àla raifon, ny fc commâder, non plus que
beftes. Au contraire le peuple méridional eft cruel,& vindicatif pour la
nature de la melancholie,qui prefle les paflions de l’ame d’vne violenceextreme,&employe fon efprit à vanger fa douleur. Polybe parlant de *la guerre des Spêdiens & Cartaginois,peuples d’Afrique,dit qu’il ne fut 1
onques ouy,ny veu guerre,où la perfidie,& cruauté fuft plus grande, ôctoutesfois ce n eftqueieuau prix des boucheries racontees par Léon Lj.iouius. d’Afrique,ôc de noftre aage entre Muleafles,&fes3 propres enfans. Et 1Cruautez mefmesle Roy de Tenefmcfolicité par Iofeph Roy de Maroc à fe re- 5jternb es duire foubs fon obeilTance, de laquelle fon aycul s’eitoit diftrait, tua fes ::1des peup es Ambafladeurs: dequoy irrité le Roy de Maroch, tua vn million de per-* ^
4 Lc^!d’Afrique &nnes au Royaume deTcnefmeJ& n'y laiffa,ny ville, ny chafteau,nyj.ub.x. maifon,ny befte, ny4 arbre.EncoresLéonJ d’Afrique paffeplus outre, >I£I
parlât de Homar Effuein miniftre Mahometâ, qui fe vouloit faire Roy,après auoir forcé la place d’Vngiazen, il ne fe contenta pas de faire touc flmourir,ains il arracha les enfans du ventre,& les demébra fus l’eftomac f;desmeres. Etlemefmeautheur efcrit que Ifaac Roy dcTombuten A- ilfrique, ayant prins le Roy de Gagao j foudain le fift mourir, ôc chaftrer iptous fes enfans, pour luy feruir d’efclaues, faifant le femblable à tous les gRoys qu’il prend. Nous lifons les cruautez pareilles,ou plus grâdes aux ^Indes nouuellement defcouuertes:carlesBrefilians ne fecontentétpas jj,de manger leurs ennemis, s’ils ne baignent aufli les petits enfans en leur y
fang. Mais la cruauté eft encores plus remarquée, quand il eft queftion
des hommes executez par forme de iuftice: chofe qui fe doibt faire fanspaflion,&de fàin iugement:neantmoins nous trouuons des fuplices qui ’jxcrx^&HcroaJr eftoyent anciennement vfîtez en Perfe, qui paflenc toute6 cruauté. ôc ^lib-7* en Ægypte encores a prefent on efcorche les voleurs tous vifs, puis on jremplit de foin leur peau,qu’o met fus vn afne à cofté de celuy qui eft ef- ^corché. Orles peuples metoyens ne fçauroient voir, ny mefmes ouyr, ((ans horreur,telles cruautez. ôc femble que les Romains pour cefte caufc îllclaifloient mourir de faim les condamnez : ôc les Grecs leur bailloient le 11
breuuage de Cygne, qui eft la plus douce poifon: encores ceux de Chio
y mefloient deleau,pour ofter lacerbité,comme dit Theophrafte.Nous pouuons donc remarquer la cruauté différente des peuples de ]01rPourquoy Septetrion,& de midy:en ce que ceux-là y vont d’vne impetuofité bru- ^les peuples tale,ôc comme beftes fans raifon:& ceux-cy comme regnards emploiét Acde midy sot tout leur efprit à fouler leur vengeance, ôc tout ainfi que la melancho- kplusvindi- lienefepeüttirerdu corps qu’à bien grande difficulté: aufli les paflions k\catifsque de l’ame qui font caufees par la melancholie abradente ne font pas faci- t'tijles autres,ôc les à appaifer.qui fait que ceux qui font fort fugets à ceft humeur là, de- ^plus fouuet uiennent plus louuét furieux que les autres, s’ils n’ont moyen d’affouuir jC2infenfez. leurs affections. C’eftp ourquoy il y a plus de furieux aux régions meri- Ldionales,
LIVRE CINQVIESME; Sz?dioiiales,que vers lepays Septentrional. Auffi Léon d’Afrique efcrit que
les Royaumes de Fez ôc de Maroch,en ont fort grand nombre. Et met
mes vers la Granate, quieft plus méridionale, il y a plufieurs hofpitaux
eftablis pour les furieux feulement. Or la variété des infenfez,dcfcouure
l’humeur natureldu peuple, car combien qu’ilyaytboneprouifion de
fols par tout, Ôc de toutes fortes,fi eft-ce qu’ordinairemét les fols du païs
lïleridional,ont plufieurs vifions terribles,prefchent,&parler plufieurs
langues, fans les auoir apprifes,& font pofledez quelquesfois des malins
cfprits, ayant le corps atenué ôc approchant plus près à la nature des ef-
prits incorporels,que les hommes plus corpulents, ôc fmguins vers le
Septetrion,qui ne font que danfer,rire,& fauter en leur folie, ôc s’appel¬
le en Almaigne la maladie faint Vitus, qu’on guerift auec inftruméts de
mufique. foit que la cadence harmonieufe, ôc mefuree, réduit la raifon
efgaree à fon principe:foit que les malins elprits, qui agitent quelques- P°urquoy
fois aufli bien les vns que les autres, ont en horreurrharmoniediuine: ^a mufique
comme il fe lift que le malin efprit oyant le fon de la harpe s’en fuy oit, & guarift les
laiifoit le Roy Saiil en repos, qui femble auoir efté la caufe que Michee, furieux ôc
quandil voulut prophetizer fift entonner vninftrument. de mufique, c^affe les
ailaprefencedesRoysdeSurie, ôc de Samarie. ôefi toft que Saül eut cibles,
rencontré la troupe facree des Prophetes ioüans des inftruments de
mufique : auffi toft Fefprit de Dieu le faifit. Auffi fe peut-il faire que les
malins efprits s’accommodent à l’humeur du fuget qu’ils ont. Car on
voit les homes d’humeur cholerique, frapper en leur furie, ce quin’ad-
nient pas aux fànguins : ôc moins encores aux pituiteux,qui ont vne le-
targie, qui eft vne fureur ftupide, ôc endormie. Et d’autant quele me-
lancholique eft plus fage, s’il deuient furieux, fa furie en eft plus incura¬
ble : car l’humeur melancholique, ne fe laiffe pas manier comme les au-
tres:ou les fanguins, ores qu’ils ne foyent pas fi fouuent furieux,fi font-
ils bien fouuent infenfez, ce quin aduient iamais aux7 figes. Or ce que
nous auons dit que le peuple Méridional ordinairement eft plus pofé, tetn cadcre poreft.
plus aduifé , plus modéré en toutes fesadions , cela fe congnoift à & fo?oro°cPUrlcoc
Veuë d’œil, non feulement en diuers peuples, Ôc diuers Royaumes: aftCic«o-qu[ab’
ains aufli en ce Royaume il fè cognoift aflez euidemment. qui fem- c*nas d|jcuur q«
ble auoir efté la caufe , que ceux qui ont fait les couftumes, ont li- ^aueaeCcu^
mite la maiorité és lieux tirans plus au Septentrion , à vingt ôc cinq
ans > ôc és autres à x i x. ou x x. ans : excepté les pays maritimes,
ou les hommes pour la trafique , ôc négociation , font toufiours
plus ruzez. Encores auons nous vne différence notable entre le peu¬
ple Méridional, ôc Septentrional, c’eft à fçauoir que ceftui-cy eft plus
chatte , ôc pudique , ôc le Méridional fort lubrique : ce qui leur ad-
Ulent a caiffe de la mefme melancholie fp'umeufe , ôc abradente.
xuirait que les monftres viennent ordinairement d’Afrique, que Pto-Y
53o DELA R E P V B LI QVElemee dit eftre foubs le Scorpion, & Venus adiouftant que route l’Afri¬
que adoroit Venus.Et Tite Liue parlant des Numides, qui eftoit le plus
Méridional de tous les fugets Ôc alliez des Ro mains, omnes Barbaros
s. Herodot. lib.j. Jsfumidœ in Venerem ejfujî. Aufli lifons nous8 que les Roys d’Afrique, ôc
ftpkub^ntlqû. de Perfe auoiet toufiours des harats defenimes.ee qui ne peut eftre im¬
puté aux couftumcs deprauees,veu qu’ésifles nouuelles Je Roy Alcaza-
res auoit quatre cens femmes, Ôc le pere d’Atabalippa dernier Roy du
Peru,quifut défait parles Pizarres auoit deux cens femmes:aufli auoit- il
cinquante enfans: & le Roy de Gilolo fix cens enfans : autant que Hero-
tinusRoy des9 Parthes,qui auoiet aufli fort grand nombre de femmes: '9. iuftiji.hb.44- carmefme S urenus général de larmee des Parthes, qui vainquit Craflus,
en auoit dix1 mil. les Scythes, ôc Almans, fe trou uent bien empefehez
d’vne femme :Ôc mefmes Cæfar en fes mémoires dit que les Anglois de
i, plutar.in Craf. tcmpS n auoyent qu’vne femme à dix ou douze, ôc plufieurs hom¬
mes de Septentrion congnoiflansleurimpuiflàncc, fechaftret par beau
dépit,cn fè coupant les veines parotides foubs les aureilles, comme dit f
Eftrange fa Hippocratedequel cherchant la caufe de cefte impuiflance, il conclud '
çondecha- que ccft pour la froideur du ventre,Ôc pour cltre ordinairement àche- 11
ftrcrles ho- ual:&neantmoins Ariftote dit tout le contraire pour le regard del’agi- £0
mes. tation ducheual. Et quant à la froideur du vétre, il eft bien certain que 01les peuples du pays froid,bruflent de chaleur intérieure,comme nous a- :llt
uons monftré : & que le peuple Méridional eft froid. Ceft donques la ®
nature delà melancholieabradente, qui a plus de force au peuple meri- 1
dional,comme Ariftote efcrit au problème, où il demande, pourquoy ^
les melancholiquesfont plusfalacesxe qu’on peut voir au Heure,qui eft Jî)[
le plus melancholique de tous les animaux, ôc fèul qui conçoit eftant ia 111
plein,ôc autant le mafle quelafemelle:comme les 1 anciens ont bien re- fe
marqué,&l’experience nous Fcnfeigne.Ainfipouuonsnous iuger que ta
Strab.Plin.Oppiâ. les hiftoriensfefontabufez,haut-loüanslachafteté,&pudicité de Scy- k
thes,Alemans,&autres peuples de Septetrion:comme Cefàr en fes me- fie
moires,C’eft,dit-il,chofe deshonnefte, ôc bien vilaine entre les Aimas, 11:
de cognoiftre femme deuant 1 aage de x x v. ans : toutesfois ils ne s’en tet
cachent point. Ôc Tacite , Il n’y a, dit-il, que les Alemans entre les i|]C
Peuples de peuples Barbares, qui fè contentent chacun d’vne femme, encores
Septetrion quelquesfois viuent ils enfemble cn perpétuelle virginité,comme fift %
ennemis Henri fécond Empereur, ôc Cafimir.i.Roy de Poulongne,ôc Lancelot ij
desfémes. R°y de Boheme ne voulurent onques fe marier, ce n eftoit pas par |te
chafteté, mais pluftoft par impuiflànce naturelle : car mefme Iean ii. L
grand Duc de Mofchouie, auoit les femmes en fi grand horreur, que ^
il s’efuanouifloit au feul regard des femmes , comme efeript le bâ- L
^ sîgîfmondi a- ron d’herbeftain } parlant des Mofchouites , qui ne voyent, dit-iî, ^
Mofcholft°na leurs femmes que le iour des nopces , ôc ne danfent iamaîs.Aufli 1
LIVRE CINQVIESME. 531Auflî font les peuples de Septentrion fi peu ialouz, que Altomcr
Alman ôcIrenicus efcriuent pour loüange de leur pays, que les hom¬
mes, & les femmes en toutel’Almaigncfe baignent cn mefmes lieux
pelle-melle,&auec les eftrâgers, fans aucune atteinte de ialoufie qui eft,
dit4Munfter,dutoutincognuëen Almaignc. ôc neantmoins lespeu- 4. en la deferiptiôpies de Midy en font fi paflionez,qu ils meurent fouuent de cefte mala¬
die. Et mefmes nous lifons en l’hiftoire des Indes,que le Roy de Puna e-
ftoit fi ialouz, qu’il coupoit les parties honteufes, ôc le nez, ôc les bras
aux Eunuques quigardoyent les dames. Les peuples des régions me-
toyenries tiennent quelque médiocrité en tout cela, vray eft que la plus
part n’ont foufert qu’vne femme légitimé :& combien quelulle Cæfàr s .
fufcitaHeluidiusCinna, pourpublierlaloy; de Polygamie, affin que c*fare.°nei“
Cæfarion,qu’il auoit de la Royne Cleo pâtre,fuft légitimé, fi eft-ce que
laloyfut regettee. Ôc la mefme loy publiée par6 Iean de Leidan Roy de 6- sieidan.
Munftre cn Vveftphallie, troubla plus leur eftat, que toutes les autres
loix, ôc changemens qu’il fift. Au contraire les Empereurs0 Romains fi-
rent loy generale à tous peuples fans diftin&ion que celuy feroit infâme
qui auroit plus d’vne femme : ôc depuis la peine d’infamie a efté chan¬
gée en peine capitale en ce royaume, mais la loy des Romains n’a pas te¬
nu coup aux peuples d’Afrique pour les inconueniens qui en adue-
noicnt. comme ii en prend à tous ceux qui veulent accommoder toutes
les loix du peuple Méridional, au peuple Septentrional, fans diferetion
de leur naturel: au iugement duquel plufieurs fe font bien fort abufez,& mefines Cardan qui dit, que l’homme eft le plus fage de tous les ani¬
maux,parce qu’il eft le plus chaud,ôc le plus humide:chofe du tout con¬
traire ace qu’il debuoit conclure : veu qu’il n’y a rien plus notoire, que
les plus lages beftes font plus froides que les autres, au iugement de
Ariftote7. auffi entre les peines militaires, il y en auoit vne de feigner8 7niIik2-de Partib-
Icfoldatqui auoit failli, pour le faire plus fage, en diminuant ce qui eft 8- Sus.1*1*
le plus chaud, Ôc humide, ôc entre les beftes, le prix de fagefle eft don- piimus^aeLÏTn
neàl’Elephant, parles anciens* qui cn ont fait plufieurs liures, ou ils Mrobuîo^feiîdîf-
difent chofes admirables de fa docilité : Ôc toutesfois ils afleurent1 qu’il fpc^^n8c*
nya que cefte befte là qui ayt le fàng froid, ôc la plus melancholiquede
toutesx hofes qui le rend ladre,comme auffi font les peuples de Midy,
qui font fort fugets à ladrerie, qui s’appelle des anciens Elephantiafis,
maladie incognuc cn Grece deuant1 Plutarque > ôc en Italie deuant
Pompee, comme dit Pline : mais ils’abufe de dire qu’elle eftoit propre w°nacis-
aux Ægyptiens:car toute la cofte d’Afrique5 en eft pleine, &enEthio- Lcon d’Afrique
piec eft vne maladie pop ulaire, &fi'Commune que les ladres 4 ne fontIiuri-
point feparez des autres. Et peut eftre que ceft humeur melancholi- ftoirc d’Ethiopie,
que eft caufe de la longueur de vie : car tous les 5 anciens font d’ac- Aiiftot.Phlloftrar'
Wd, que les Elephans viucnt trois ÔC quatre cens ans : &les corneil-Y ij
53* DE LA REPVBLIQVEles dauantage, qui toutesfois ont bien peu de fàng, ôc fort melancho¬
li que. & de noftre memoire Frâçois Aluarcz dit auoir veu Ab una Marc,
Pontife d’Ethiopie,aagé de cent cinquante ans,qui fe portoit bien : qui
eft l aage la plus grande qui fut onques6 trouuee anciennement aux pa¬
piers cenfiers de Rome, ôc ne fe faut efbahir fi Homere dit, que Mem-
non Roy d’Ethiopie vefeut cinq cens ans,car Xenophon long temps a-
près, efeript que au mefme pays il y auoit des hommes qui viuoy ent fix
cens ans. combien que le peuple Méridional eft fort fuget au mal caduc,
aux fiebures quartes, ôc aux efcroiielles. Par ce difeours on peut iuger
que le peuple Méridional eft fuget,quant au corps, aux plus grandes
maladies, ôc quant àlefprit aux plus grands vices: & au contraire, qu’il
n’y^i peuple qui ayt le corps mieux dilpofé à viure longuement, ôc l’e-
fprit plus propre aux vertus grandes. Aufli Tite Liue ayant haut loüé
Annibal pour fes vertus heroïques, Ces grandes vertus,dit-i^eftoyenc
accompaignees de trefgrands vices,de cruauté inhumaine, de perfidie,
d’impieté,& mefpris de toute religion.parce queles grands efprits font
fugets aux vices & vertus grandes. En quoy fefontabuzez les7 anciens■ hiftoriens, loüans la vertu, l’intégrité, ôc bonté des Scytes, ôc autres
peuples vers le Septentrion : car celuy ne mérite point de loüange de (i
bonté,qui n’a point d’efprit ôc qui ne peut eftre mefehant, pour ne fça¬
uoir aucun mal : mais bien celuy qui le fçait, Ôc peut eftre mefehant, ôc
£ neantmoins eft homme8 de bien. Aufli Macciaucls’eftbienabuféde
dire , que les plus mefehans hommes du monde eftoyent les Efpa-fjnols, Italiens, ôc François, n ayant iamais leu vn bon liure,ny pratiqué
es autres peuples.Mais fi bien on prend garde au naturel du peuple Mé¬
ridional,Septentrional,& metoyen,on trouuera que leur naturel fe ra-
porte aux ieuncs hommcs,aux vieillards, ôc à ceux qui ont aage moyen¬
ne: & aux qualitez qui leur font attribuees:aufli chacun de ces trois peu¬
ples au gouuernement de la Republique vfe de ce quil a le plus à com¬
mandement. le peuple de Septentrion parforce,le peuple moyen par
Iuftice,le Méridional par religion.Le Magiftrat dit Tacite,ne comman¬
de rien en Almaigne,qu il n ayt 1 efpee au poing, ôc Cefàr en fes mémoi¬
res efcrit, que les Almans n ont aucune religion, ôc ne font eftat que de
la guerre Ôc de la chaffe. Et les Scythes, dit Solin, fichoy ent vn glaiuc
cn terre, qu’ils adoroyent, mettant le but de toutes leurs a&ions, loix,
religion, & iugemens en la force, ôc aux coufteaux. Aufli voyons nous
que les cobats (ont venus des peuples de Septentrion,come nous auons
•.die cn fo lieu,que toutes les loix des Salies, Flacons, Anglois,Ripuaires,
ôc autres peuples de Septetrion cn font plcines:mefmes l’ordonnâce de
Proton Roy de Danncmarch,vouloit que tous différents fuflent vuidez
au combanlefquellcs loix iamais on n’apeu oftenquoy que les Papes ôc
autres princes s’y foyét efforcez,fans auoir cfgard q le naturel du peupleScptcn-
LIVRE C I NQJV I ES M E/ 533Septentrional eft tout autre que celuy du peuple méridional Et encores\ à prefent cn Almaigne on fait grand eftat du droit des Reiftres,qui n eftïj diuin,ny humain,ny canonique,ains c’eft le plus fort,qui veut quon fa-h. ce ce qu’il commande:comme dift le capitaine des Gaulois au Treforier^ Sulpice.Les peuples moyens,qui font plus raifonnables,& moins forts,^ ont recours à la raifon, aux luges aux procès. Aufli eft-il certain que leslk loix, & forme de plaider font venues des peuples moyens, come de l’A-\ fiemineur(ou les grands Orateurs & harangueurs ont eu la vogue)dèlaI Grece,deritalie,delaFrance,delaquelleparlât vn certain poëte dit3Gal-
*4 liacaujidicos docuitjhçunda Britannos. car ce n’eft pas dauiourd’huy que
fl la France eft pleine de procès, ôc quelques loix ôc ordonnances qu’on
ftj face pour les ofter, le naturel du peuple y retournera toufiours. cobien
« qu il vaut beaucoup mieux decider les différends par procès fi faire (eII peut,que par coufteaux. Et pour le faire court,tous les grands Orateurs,
t: Legiflateurs,Iurifconfultes^iftoriens,Poetes,Farceurs,Sarlatans,&au-
sli très qui allechent les cueurs des hommes par difeours ôc belles paroles,
îcitj font prefque tous des régions moyennes. Aufli voyos nous és hiftoires
® Greques ôc Latines deuant que d’entreprendre la moindre guerre, le
lit droit debatu,& plufieurs harangues,dénonciations,&proteftations fo-
Ht| lennelles:ce que ne font point les peuples de Septentrion,qui s atachent
l,| bien toft aux armes. Ôc tout ainfi que les vns employent la force pour
m toute produdion comme les lyons : les peuples moyés force loix ôc rai-
ï| fons:aufli les peuples demidy ontrecoursaux rufes ôc fineflès, comme
iij les regnards, ou bien à la religion : eftant le difeours de raifon trop gen¬
til til pour Pefprit groflier du peuple Septentrional, & trop bas pour le
Us peuple Méridional, qui ne veut point s’arrefteraux opinions legales ôc
lOj'üj coniedures Rhetoriques, qui balancent en contrepoix du vray ôc du
isp faux, ains il veut eftre payé de certaines démonstrations, ou d’Ora-
|C5}: des diuins, qui furpaffent le difeours humain. Aufli voyons nous
^ que les peuples de Midy, Ægyptiens, Caldeans,Arabes ont mis en e-
p uidence les fciences occultes, naturelles, ôc celles qu’on appelle mathe-
Kg; manques, qui donnent la gefne aux plus grands efprits, ôc les contrai-
^ gnent de confefler la vérité. Et toutes les religions ont prefque pris leur
g|j; e°urs des peuples de Midy, Ôc de là fe font efpanduës par toute la terre:^ non pas que Dieu ayt acception des lieux ou des perfonnes, ou qu’il ne0 face luire fa lumiere diuine fur tous *. mais tout ainfi que le Soleil fe voit.juif beaucoup mieux en l’eau claire ôc nette, qu’en eau trouble,ou en bour-^ bierfangeux:aufli la clarté diuine,ce me (emble luift beaucoup plus ésJ efprits nets ôc purifiez,que ho pas en ceux là quifot foiiillez Ôc troublezvüjJJ: ^ affedios terreftres.Et s’il eft ainfi que la vraye purgatio de lame fe faitJ Par k rayon diuin, ôc par la force de la contemplation au fuget le plusJ beau, il eft croyable que ceux là y paruiendront pluftoft qui aurontJ *£S a^cs qui ratifient lame au ciel, ce que nous voyons aduenirf Y iij
,34 DE LA REPVBLIQVEaux perfonnes d’humeur meIancholique,qui ont l’efprit pofé, ôc addo-
né à contéplation,qui eft appellee des Hebrieux,&: Académiques mort
precieufe,par ce quelle tire lame hors du corps terreftre aux chofes fpi-
ei de ricucllesjl ne faut d5c pas s cmcrueillcr fi les peuples de midy fot mieux
Moyen e p0jjCGX par rcligion que par force, ou par raifon. qui eft vn point bien
gouuernei con(]jcrai:)]e ^ pOUr attirer ces peuples là, quand la force & la raifon n’y
les peup es peuucnt r-çn. COmme nous lifons és hiftoires des Indes, que le capitai¬
ne mi y. ne Colombe ne pouuant gaigner certains peuples des Indes Occiden-
uze genti (jefcouuert ^ ^ ]eur m0nftra' la Lune qu’ils adoroyent,,C ? & leur fift entendre que bien toft elle perdroitfa clarté, trois iours a-om ~ près voyant la Lune eclypfer,firent tout ce qu’il voulut de crainte qu’ils
eurent. Aufli plus on tire vers le midy,on y trouue les hommes plus de-
uots,plus fermes, & conftans en leur religion, comme en Efpaigne, ôc
plus encores en Afrique,où François Aluarez,& Léon d’Afrique difent,
que la religion y eft bien traitteeplusreueremment qu’en Europe, ôc
entre autres marques Léon a noté,qu’en vne feule ville de Fez il y a fept
cens temples, & le plus grand tient mil cinq cens pas de circuit,tren¬
te 6c vne porte, & au dedans neuf cens lampes, & le reuenu annuel
du temple, eft de foixante, ôc treize mil ducats. Mais Aluarez racomp-
te bien chofes plus eftranges de la grandeur des temples, des ieunes in¬
croyables, ôc deuotiondu peuple d’Æthiopie. & mefme que la plut
part de la nobleffe, ôc du peuple fait veu de religion merueilleufement
eftroitte. Et le plus grand point qui a fi longuement coferuél’eftat d’E¬
thiopie , floriffant, ôc beau, ôc qui maintient les fugets en l’obeiffancc
du Prince, ôc des gouuerneurs, eftla perfuafion trefeertaine qu’ils ont,
comme dit Aluarez, que tout le mal, ôc le bien ne leur aduient point
par leurs amis, ou ennemis, ains feulement par la volonté de Dieu,
Quant aux procès il y en a moins qu’en lieu du monde : encores eft-il
plus eftrange, qu’ils ne mettent aucuns arrefts, ny iugemens, ny te-
ftaments, ny contrats par efeript, hormis les comptes de la recepte,
Abarczcnrhi- ôc de la9 defpence. Qui voudroit gouuerner ces peuples par loix, &:
ftekedÆthiopic. ordonnances vfitees en Turquie, Grece,Italie,France, & autres ré¬
gions moyennes, il ruineroit bien toft leur eftat. comme en cas pa¬
reil qui voudroit accouftumer les peuples du Septentrion aux plai¬
doiries de France, & d’Italie, il fe trouueroit bienempefché:comme
v„ 9 il en print à Matthieu Roy d’Hongrie , qui1 enuoya quérir en I-
talie des luges pour reformer la iurifdidtion d’Hongrie : cn peu de
temps le peuple fe trouua fi enuelopé de chiquaneries canoniques,
que le Roy fut contraindt, à la requefte des eftats, r’enuoyer les lu¬
ges Italiens enleurpays. Aufli Ferdinand Roy d’Hefpaigne, enuoyanr
Pedrarias gouuerneur aux Indes Occidentales nouuellementdefcou-
uertes ,luy defendit de mener Iurifconfulte,ny aduocat,affin de ne por¬
ter la femence de procès, où il n’y en auoit point. Et qui voudroitarra-
LIVRE CINQJ/IESME. j3y( arracher touts les procès de la France, ôc d’Italie, il mettroit les peuples\ ellfe£Jirionperpetuelle.& mefmes les iuges trouuât peu, ou point d’ap- La France\ parence ésproces,ounepouuant s’en demefler, ou pour la difficulté, propre à ;^ & contrariété de raifons de part ôc d autre, deputent des arbitres, ou plaider.\ bien ils aloiigent les procès de propos délibéré, pour donner occafionI1ï| aux parties de s’accorder amiablement,& décharger leur chçlere fus les
ju(res,&radùocats. autrement ils auroyent recours aux armes. En quoyk on peut iuger, que les peuples de la région moienne font plus habilesp| àgouuernerles Republiques , comme ayant plus de prudence natu-li relie , qui eft propre aux adions humaines, qui eft comme la pierre de|1 touche , qui iuge la différence du bien, & du mal, de la iuftice, ÔCii de l’iniure : des chofes honneftes, & deshonneftes. Or la prudence eft Les trois
propre à commander, ôc la force à executer : qui eft propre au peuple vertus pro-lit Septentrional, mais le peuple Méridional moins habile au gouuerne- près aux| ment des Republiques, s’arrefte àla contemplation des fcieces naturel- tr°is peu~é les & diuinestpour feparer le vray du faux. Et tout ainfi que la prudence ples,Septé-ijtl du bien & du mal eft plus grande aux peuples metoyens, & la fcience trional, Me-1: du vray ôc du faux aux peuples de midi : aufli lart qui gift és ouurages ridional, ôcci de main,eft plus grande aux peuples de Septentrion que aux autres, en moyen,rntsj forte que les Efpaignols ôc Italiens s’efmerueillent de tant d ouurages de ScTa?’|îj main, ôc fi diuers qu’on apporte d’Almaigne,de Flandre, & d’Angleter- Ars*(J re. Et comme il y a en l’homme trois parties principales de l’ame,c’eft ày fçauoir Pimaginatiue oufens communrla raifon:& la partie intelleduel-t| le : auffi en la République, les Pontifes, ôc Philofophes font empefehezJ; a la recherche des fciences diuines,& occultes:les magiftrats, & officiersJ à commander,iuger, &pouruoir au gouuernement de Peftat :1e menut| peuple, au labeur, &auxars mechaniques.Nous pouuonsdirelefem-
blabledelaRepubliquevniuerfellede ce monde:que Dieu a tellement-, ordonné, par vne fageffe efmerueillable, que les peuples de Midi font’(' ordonnez pour la recherche des fciences les plus occultes, affin d’enfei-]i £ner ^es autres peuples : ceux de Septentrion au labeur, ôc aux ars me-0i Uniques: & les peuples du mylieu pour negotier,trafiquer,iuger, ha-; ranguer, commander, eftablir les Republiques, compofer loix ôc or-^ donnances pour les autres peuples:à quoy l’homme Septentrional, par^ faute de prudence,neft pas fi propre: & le Méridional, foit pour eftre
par trop adonné aux contemplations diuines,& naturelles,foit qu il ayt, faute de cefte promptitude, ÔC alegreffe,qui eft requife aux adions hu~i, maines, foit qu'il ne peut ployer en fes aduis, ny diffimuler, ny por-| ter la fatigue, quieft neceffaire à l’homme Politique,qui s’ennuye bien, toft des affaires publiques, où bien fouuent il en eft chaffé par ceux-làjjf ambitieux, ôc courtifans. comme il aduint aux fages de Perfè,
qui furent auffi toft déboutez de l’eftat qu’ils auoyét entre mains, apresÏ ' Y iiiji
53S DE LA REPVBLIQVEla mort deCambyfe: &auxPythagoriens cn Italie. Et femble quecclà
'foit figuré par la fable de Iuppiter,qui chafla Saturne de fon eftar.c’eft à
dire l’homme c-ourtifan, & Politique defampara le Philofophe. car qui
La propor~ prendra garde a la nature des planettes, 011 trouuera ce me femble que
tio des pla- la diuifion d’icelles s’accommode aux trois régions que i’ay dit, dôn-
nettes aux nant la plus haute planette,qui eft Saturne,à la région Méridionale,Iup-
peuples. piter à lamoyenne,Mars à la partie Septentrionale, demeurant le Soleil,
comme la fourcede lumiere, commun à toutes également: apres le¬
quel eft Venus, propre au peuple méridional, puis apresMercure au
peuple moyen, &la derniere qui eft la Lune,au peuple de Septen¬
trion. qui monftré l’inclination naturelle du peuple de Septentrion,
à la guerre, & à la chaffe, propre à Mars, ôc à Diane, ôc au peuple
Méridional la contemplation , ôc en outre l’inclination Venerienne:
ôc aux peuples du milieu , la qualité de Iuppiter, ôc de Mercure, pro-
près aux gouuernemcns Politiques, ce qui a vne merueilleufe conue-
nance au corps humain, qui eft l’image du monde vniuerfel, &dela
Republique bien ordonneexarpofànt la dextre de l’homme vers le Se¬
ptentrion, marchantd’Orient en Occident, félon le naturel mouue-
mentdel’vniuers,&: vrayeconftitutiond’iceluy, comme i’ay monftié
, , ,. en fon lieu 4 : la partie dextre qui eft la plus robufte ôc mafeuline,ayant4. in methodoiii- 1 ; 1 i \ i T ' t» /lkmar.cap.jv leiOye ôc le fiel,que les Hebrieux; donnent a la Lune, ôc a Mars, mon-
ftre euidemment la propriété du peuple Septentrional fanguin, ôc bel¬
liqueux: la feneftre qui eft la partie féminine, ainfi appellee par les Phi¬
losophes,la plus foible, ayant la rate,& l’humeur melancholique mon-
ftre affezla qualité du peuple Méridional Auffi il fe trouue beaucoup
plus de femmes au pays Méridional, ôc plus de mafles aupaysSepten-
trional: car autrement il feroit impoffible que chacun euft plufieurs
femmes au Pays Meridional.ee que ie di fommairement ayant plus am¬
plement difeouru ailleurs ce poindicy .Voila quant aux qualitez gene-
ralles de touts les peuples, car quant au particulier, il fe trouue en touts
lieuxj& en tours pays des hommes de toutes fortes d’humeurs, fugets à
ce que i’ay dit plus ou moins. Dauantage lafituation particulière d’vn
lieu,change beaucoup le naturel d’vn pays. Car cobien qu’il n’y a point
de lieu ftablc, où Ion puiffe remarquer l’Orient de l’Occident, comme
il fè fait du Midy au Septentrion : fî eft-ce que tous les anciens ont tenu,
pi^strâbo °crat' <lue les peuples Orientaux font plus doux, plus courtois *,plus traida-
Awîiumkad kles, & P^L1S ingénieux que ceux d’Occident, ôc moins belliqueux.Voyez^dit Iulian l’Empereur 7, combien les Perfes, &Suriens font do¬
ciles , Ôc traittables ? ôc la fierté des Celtes, Ôc Almans : ôc combien ils
font ialoux de liberté ? les Romains courtois, ôc belliqueux:les Ægy-
ptiens ingenieux, ôc fubtils, ôc au demeurant effeminez. Les Efpai¬
gnols ont remarqué que les peuples de la Sina, les plus Orientaux,quifoienc
LIVRE C I N QV I E S M Ë» 573foycnt, font bien les plus ingenieux hommes, &lcs plus courtois du
monde, & ceux du Brefil les plus Occidentaux, font les plus Barba¬
res , & cruels, Brieffi on prend garde de près aux hiftoriens, 011 trou- Le peuple
ucra que le peuple d’Occident tient beaucoup du naturel deSepten- Oriétalplus
trion, &lepeuple Oriental, du naturel de Midy, cn mefme latitude, humain, ôc
Auffi la bonté naturelle de l’air,&du vent Oriental fait que leshom- P^Lls ingé¬
niés y font plus beaux, ôc plus grands, ôc s’iladuient que la pefte ou nieüxque
autres maladies populaires preignent cours d’Occident en Orient, ou le peuple
de Septentrion vers le Midy, elles ne feront pas longues, mais fi elles occidental *
commancent en Orient,ou bien au quartier Méridional, elles feront
longues, & contagieufes àmerueilles: comme il a efté appcrceu d’an¬
cienneté, ôc encores à prefent cefte coniedture eft infaillible au pays de
Languedoc, où la pefte eft frequente. i’en ay remarqué ailleurs plu- g. in methodo to-
fleurs exemples8, queie laiffepour abreger. Toutesfois la différence ftoriar-C2P^
des*meurs, &du naturel des peuples, eft bien plus notable entre le
Septentrion, ôc le midy , qu’elle n’eft entre l’Orient ôc le Ponent. Mais
le plus notable changement particulier,eft la différence des lieux mon- Particulari-
tueux, ôc des plaines: ôc des valees tournées vers le Septentrion, ou jjcuxvers le Midy en mefme climat, cn pareille latitude, voire en vn mefme i*clmrqua-
degré, qui caufe vne merueilleufe différence entre les vns ôc les autres:
comme il fecognoift à veuë d’œil és montaignes quis’eftendent d’Oc¬
cident en Orient : comme Lapenin, qui diuife prefque toute l’Italie
en deux : le mont faindt Adrian cn Efpaignc, les monts d’Auucrgne
en France: &les Pyrenees entre la France ÔC l’Efpaigne; le ment Tau¬
reau en Aile» le mont Atlas en Afrique, qui continue depuis la mer
Atlantique, iufques aux frontières d’Ægypte plus de fix cens lieux : le
mont Irnaus, qui feparelaTartarie del’Afie Meridionaledes Alpes,qui
commancent enFrancc & continuent iufques en Thrace, &le mont
Carphat, qui diuife la Poulongne de l’Hongrie. qui fait que ceux qui
font en Tofcane font d’humeur contraire à ceux de Lombardie , ôc
beaucoup plus ingenieux: comme auffi on voit ceux d’Arragon, de
Valence, Vautres peuples delà les Pyrenees denaturel du tout diffé¬
rent à ceux de Gafcongne, &du Languedoc, qui tiennent bien fort
du naturel Septentrional. &les peuples dcçale mont Atlas ,font beau¬
coup moins ingenieux , que les Numides, Ôc autres nations delà le
mont Atlas, auffi les vns font prefque blancs, les autres du toutnoirs:
les vns fugets à plufieurs maladies, les autres fains, aleigres, Ôc de fort
longue vie. Il ne faut donc point s’efmerueiller, fi le Florentin,qui eft
expofé au Leuant, ôc au Midy, ayant les montaignes àdos du cofté
de Septentrion , &de Ponent, a l’efprit beaucoup plus fubtil que le
Vénitien, & plus aduiféenfes affaires particulières : ôc neantmoins les
Florentins affemblez pour la fubtilité de leur efprit gaftenttout, où le
confeil desVenitiensrefoult treffagement, ainfi qu’on a remarqué de-
574 DE LA R EP VBL I QJV Epuis deux cens ans. car les hommes qui ont moins d’efprit, couchent à
faifon,changent d’aduis , fe rapportent aux mieux entendus : mais tant
de bons efprits fubtils,& ambitieux ., veulent que leuraduis tienne , ôc
mal aifement Te departent de leur opinion : ôc d’autant qu’ils s eftiment
touts dignes décommander , ils veulent reliâtpopulaire: qu’ils ne peu¬
uent maintenir fins querelles, ôc feditions ciuiles, pour vne opiniaftre-
té naturelle propre au peuplcMeridional, ôc melancholique, Ôc à ceux
qui pour la fituation particulière du lieu, tiennent du naturel Meridio-
Vne mon- nal.Et tout ainfi que ceux qui vont de Boulongne laG rafle à Florence,
taigne fait ou ^e Carcaffonne à Valence,trou uent vn merueilleux changement du
notable dif- fioid au chaud,enmefme degré delatitudepourla diuerfité du val tour
ference deslle au Midy,& au Septentrion raufli trouueront-ils pareille diuerfiteaux
peuples qui esprits- Ceft pourquoy Platon rédoit grâces à Dieu,qu il eftoit Grec,ôc
font aux va- non Pas barbare, Athenien,& non pas Thebain : cobien qu’entre The-
lees oppo- bes,& Athenes iln’y a pas xx.lieues.mais laffiette d’Athenes eftoit tour-
fites. -neeau midy,baiflant vers le Pirenee,ayant vne petite môtaigne à dos:&la riuiere d’Afopus entre les deux villes.aufli les vns eftoyent du tout ad-
donnez aux lettres, ôc aux fciences : les autres aux armes : Ôc combien
qu’ils eu fient mefme gouuernement populaire, fi eft-ce qu’il n’y auoit
point de feditions enThebes: ôc les Athéniens auoyent bien fort fou¬
uent querelles, ôc différends pour l’eftat. ainfi voit-on les feigneurs des
ligues,maintenir figement leur eftat populaire,ce que les Florentins,ÔC
'Genneuois, auec la fubtilité deleur efprit,iront peu faire. Et au contrai¬
re les peuples de Septentrion, ou qui demeurétaux montaignes fiers ôc
guerriers,ay ment mieux les eftats populairesrou du moins monarchies
ele&iues : ôc ne peuuent pas aifement fouffrir qu’on leur commande.
Auffi touts les Roys qu’ils ont,font eledtifs, ôc les chaffent s’ils tyranni-
fent,comme i’ay monftré des Roys de Suede, Dannemarc, Noruege,
Pourquoy ;Poulongne,Boheme,Tartarie, qui font touts ele&ifs.Ce que i’ay dit du
les peuples naturel du pays Septentrional,fe cognoift aufli aux motaignes,qui font
de Septen- bien fouuent plus froides que la région fort Septentrionalerauffi les nei-
tiion ont ges,&glaces en plufieurs lieux y font perpetuelles:& mefmes foubs l’e-
Royaumes -quateurlesmotaignes duPeru font fi hautes, ôc fi froides, que les Efpai-
ele&ifs. gnols en grâd nombre y moururêt de froid, & furent long téps morts,
fins pouuoirfe corrompre, comme nous lifons es hiftoires des Indes
Occidentales.Et fins caufe Léon d’Afrique s efmerueille,que les habitas
du haut mont Megeza en Afrique font blâcs,hauts,ôc robuftes:&ceux
de la plaine petits,foibles,& noirs, car generallement les homes, les be-
ftes ? & Jes arbres des montaignes font de beaucoup plus forte nature6
que les autres. & de faidlles vieillars de cent ans au mot d’Atlas font en¬
cores vigoreux,comme dit Léon d’Afrique, la force & vigueur fait que
les montaignars ayment fiiigulierement la liberté populaire, comme
bous auons dit des Suiffes, ôc Grizons : ÔC en cas pareil les peuples desmonts
LIVRE CINQVIESME. 539jïionrsdeBugie,dc Fezde Maroc, & d’Arabie,viuent en toute liber¬
té fans feigneur : nonpas pour laffeurance des lieux naturellement for¬
tifiez : mais d’autant que leur naturel eft fàuuage ôc ne fe peut appriuoi-
feraifement: cequidoibtferuirde refpofe à ce que Plutarquc deman-
depourquoy les habitans delà haute cité d’Athenes demandoyent le-
ftat populaire,& ceux de la baffe ville la feigneurie de peu de gês, atten-
dula raifon que i’ay dit.Celuy donc sabuferoit bien fort, qui voudroit
changer leftat populaire des Suiffes,Grifons, & autres montaignars enmonarchiexariaçoit que la monarchie foit beaucoup meilleure en foy,fieft-ce que lefuget n y eft pas fi propre. Etpourcefte caufe Polybe7 7,lib,*;
dit, que les anciens legillateurs d’Arcadie,auoyent eftroi&ement obli¬
gé, ÔC contraint les habitans des monts d’Arcadie,d’apprendre la mufi¬
que foubs grandes peines,pour adoucir le naturel fauuage de ce pe uple
là. Auflî TiteLiue parlant desÆtoles,habitans és montaignes, ôc les plus
guerriers, & rebelles qui fuffent en Grece, il dit, Ferociores AEtoli^uàm
proingeniis Grœcorum. ils donnèrent plus d affaires aux Romains, ores
qu’ils n’euffent que trois villes, que touts les autres Grecs. Et en cas pa¬
reil les habitans des montaignes de Gennes firent la guerre, ôc repouffe-
rent la puiffance des Romains plus de cent ans, ôc iamais ne fut poffible
auxRomaiiïsde lesaffugetir, qu’ils ne les euffent tranfportez de leurs
montaignes au plat pays5depuis ils furent bos fugets,ôc paifibles, com¬
me nous lifons en TiteLiue. Au contraire les habitans des valccs,font
ordinairement effeminez, ôc dcIicats:ioint auffi que les valees fertiles de
leur naturel, donnent occafion aux habitans de s’enyurer en touts plai- Habitas des
firs. Quant aux habitans des lieux maritimes, ôc des grandes villes mar- valees effe-
chandes,touts les anciens ont remarqué qu’ils font plus rufez,plus fins, minez.^ plus accorts, que ceux-là qui font efloignez des ports de mer,& de la
trafique. Aufli Celàr parlant des habitans de Tournay,Ces hommes là,
dit-il,pour eftre reculez des ports de mer,ne font pas amollis,ny cffeipi-
nez des marchandifes, Ôc delices des eftrangers. Et à ce propos Ciceron
difoit,que les habitans de la riuiere de Gennes, eftoyent appeliez trom¬
peurs, ôc impofteurs,& ceux des montaignes de Gennes agreftes,& ru-
ftaux:par ce que ceux cy n eftoyent pas accouftumez à trafiquer, men¬
tir,tromper, pour furuendre. C’eft pourquoy lofcph hiftorien parlant
des habitans de Hierufalem,& de Sparte, dit qu’ils eftoyent reculez de.
la mer, &moinscorrompusquelesautres. Et femble que le prouerbe
quidit, que les hommes infulaires, font ordinairement trompeurs, fe
oibt r apporter à ce qui eft ditcy deflus. dautant quils font plus addo-
nez ala traffique.il y a encores vne variété notable pour la differéce des
leux fugcts aux vêts impetueux,quifait les peuples differéds en meurs, Variété no-
oresqu ils foyent en mefme latitude,ôc climat queles autres.car on void table pour
Rudement,que les homes font plus pofez, ôc arreftez, ou l’air eft doux, la violence
tianquille,qu ils ne font és régions batues de vents violéts:comme la des vents.
auc &FrincipalementlepaysdeLâguedoc,la haute Almaigne,rHo-
54o DE LA REPVBLIQVEgriejTlirace^Circaflîe^Ligurie^Portuga^Pcrfe , oùléshcrrmes ontlef*
prit plus efmeu,&turbulët,que ceux dltalie5Natolie3Afï'yrie,Ægypte,
où la tranquillité de l’air, rend les hommes beaucoup plus attrcmpez..
Auffi és lieux marecageux,on voit vne autre différence d’hommes con¬
traires en humeur aux motaignars.Et mefmes la fterilité, ou fertilité des
lieux,change aucunemét la naturelle inclination d u ciel.c’eft pourquoy
ufJoi in Hu- difoit TiteLiue 8,que les homes du pays gras,&fertile, font ordinaire-tcfpe.putatefle fa-ment poltrons,& couars. au contraire,la fterilité du pays,rend les hom-
gauorcs‘ mes fobres par neceflité5&confcquemment foigneU:, vigilâs, & indu-
ftrieux-.comme eftoyent les Atheniés, où Foifiueté eftoit punieeapita-
lemét,aufli le pays eftoit fort fterile,quieft caufe de peupler les villes qui
y font bafties: comme fut Athenesdes plus grandes, ôc mieux peuplees
villes qui fut onques:car les ennemis ne veulét point d’vn pays infertile,
& les habitans viuans en feuretéfe peuplent, ôc font contraints de traffi-
quer,& trauailler. aufli voit-on Nuremberg,qui eft en aflietelaplusfte-
Les euplcs n*e 4u>on ^auroic voir,eftre laplus grade ville de tout l’Empire.&r plei-
es pe ip ne cjes pjus gentils artifans du monde,comme aufli font les villes de Li-
u pays e- mogCS^Gcnnc^Gand.Or tout ainfi que les peuples maritimes, pour la11 einge- ^gq^&ceuxdupays fterile,pour lafobrieté,font induftrieux : aufli
ceux qui font la frontiere de deux eftats, ôc peuples ennemis font plus
belliqueux,& plus farouches que les autres, par ce quils font en guerre
perpetuelle, qui rend les hommes barbares mutins ôc cruels : comme la
paix rend les hommes courtois,&traitables.Et pour cefte caufe les An-
glois,qui parcy deuant eftoyent reputez fi mutins,ÔC indoptables, que
non feulement leurs Princes n en pouuoyent venir à chef, ains encores
il eftoit neceflaire de loger les marchas Anglois feparémetreome la ville
d’Anuers fut contrainte de faire, ayant vne maifon commune pour les
marchans de toutes natios,& vne feparee pour les Anglois, par ce qu’ils
eftoyent incompatibles,maintenant depuis qu’ils ont traité paix, & al-
li ace, auec laFrâce &rEfcofle,& quils ont efté gouuernezpar vnePrin-
Peuples ad- cefledouce,&paifible,ilsfèfontbienfortappriuoifez. &aucotraireles
donnez aux François,qui ne cedoyent anation quelconque en courtoifie,&huma-
guerres, fa- nité,font bié fort alterez de leur nat urel, ôc deuenus farouches depuis les
touches, & guerres ciuiles,come il aduint,dit Plutarque 9,aux habitas de Sicile,qui
fauuagcs. par ]e moyen des guerres cotinuelles,eftoyét deuenus côme beftes fàu-t ïn vua Timoleo uaees.Mais qui voudra voir cobien la nourriture,les loix,les couftumesLa nourri— & . \ , ^ , m r* * iturc Dalle onc puiflance,a chager la nature , il ne faut que voir les peuples d Ai-nature maigne,qui n’auoyent du temps de Tacite ny loix,ny religio,ny fciéce,ny forme de Republique, ôc maintenant ils ne cedent point aux autrespeuples en tout celà.les habitans deBugie, qui eftoyét reputez ancien-ï. Le©n d’Afrique, nemét les pl us belliqueux de toutelAffrique *,par vnelôgueur de paix,& exercice de la mufique,qu’ils ont en fingulierc recomandation, fontdeuenus fî lafches,& fi poltrons,que Pierre deNauarre y eftant alléauccquatorze vaifleaux,touts les habitans auec leur Roy s’en fuyrent, ôc fanscoup ferir
LIVRE C I N QJV I E S M E. 541coup ferir quitterét la ville, où les Efpaignols baftirét de belles forteref-
fessâs aucun empefchemét.O n peut bié dire le femblable des Romains,
c^ont du tout perdu la fplédeur,&vertu dés leurs peres, par vne oifîueté
lafche&coüarde.Ly eu rgue fift la preuue de ce q i ay dit,ayât fait nourrir
deux chiés de mefme race,l’vn a la chaffe,l’autre àla cuifine,&p uis en fift
faiflày deuât tout le peuple de Lacedemo. vray eft q fi les loix.&couftu-
mes ne font bié entretenues, le peuple retournera bié toft à fon naturel.& s’il eft trâfporté dvn païs en autre,il ne fera pas fi toft changé q les pla¬
tes g. tirét le fuc de la terre.mais en fin il châgera: come on peut voir des
GOths,qui enuahirét l’Efpaigne,&le haut pays de Languedoc:&des an¬
ciés Gaulois,qui peuplerét de leurs colonies le pays d’Almaigne autour
delàforeft noire,& deFrâcfort,Cefardit,qdefon téps, qui eftoit enui-
ro cinq cés ans apres leur paffage,ils auoient changé leurs faços, ôc natu¬
rel à celuy du pays d’Almaigne.Mais il eft befoin d’ofter vn erreur auql
plufieurs font tobez,ayant taxé les Frâçois de legereté, fuyuant en cela
Cefar,Tacite,Trebellius pollion.S’ils appellét legereté vne certaine alai-
greffe,& proptitude en toutes chofes,l’iniure me plaift,& no9eft comu-
neauectouslespeuplesdes regios moyénes:car mefme T. Liueappellc
en cefte forte les Afiatiques,Grecs,Sy nés Jeuiflima homïnûgénéra,&1’Anv
baffadeur1 des Rhodiots le confeffa en plein Sénat. Et mefmes5 Cefàr a.hb.
interprète ce qu’il vouloit dire,recognoiilàntq les Gaulois ont l’efprit }M 6'
fort gentil, prompt, Ôc docile, ôc Scaliger 4 Veronois efcrit, qu’il n’y a 4.iaBb.eônw
point de nation qui ait l’efprit plus vif à fiire tout ce quo voudra que le Car£lanum.
François,foitauxarmes,fo'itauxIettres,foità!a marchandife,foit à bien
dire:maisfur tout ils ont,dit-il,le cœur genereux& candide,& gardet la
foy plus conftammét que peuple qui foit. voila le iugement d’vn home
réputé le premier de fà qualité,qui moftre aux François l’humeur coleri-
qlie,à laquelle Galien donne la prudence propre aux aétions:&fi elle eft
<iifteperee,elle fe tourne en témérité,qu’on appelle proprement legere-
te. maisl’inconftance ôc perfidie eft beaucoup plus grande aux peuples
de Septentrion. Nous auons dit parlât generalement que le peuple mé¬
ridional eft cotraire au Septentrional: ceftuy-cy grâd ôc robufte, l’autre
petit ôc foibled’vn chaud&humide,l’autre froid ôc fecd’vn a la voix graf
fc ôc les yeux vers, l’autre à la voix grefle, ôc les yeux noirs : l’vn a le poil
blond,& la peau blanche, l’autrea le poil, ôc la peau noire : l’vn craint le
froid,IVn craint le chaudd’vn eft ioyeux,l’autre eft trifte: l’vn eft craintif
& paifîble, l’autre hardi ôc mutin: l’vn eft fociable, l’autre folitaire: l’vn
eftvurogne, l’autre fobred’vn ruftique, Ôc lourdaut,l’autre aduifé,& ce-
remonieuxd’vn eft prodigue, & rapace, l’autre tenant, ôc auare : l’vn eft
°^at,l’autrephilolopheîlVn eft duitauxarmes,&au labeur,l’autreaux
Pièces,&au repos.Sidoc le méridional eft opiniaftre, come dit Plutar.
parlant des Africains,& tenât fes refolutios pour la vie,il eft bien certain
1 autre eft muable,& n’ayât point de tenue, ceux de la regio moyé-
ne)tiennent de la vertu moyenne entre l’opiniaftreté,& legereté-.n’eftâs\ Z
54* DE LA R E P V B LI QV Epas muabies en leurs aduis fans propos,come le peuple feptêtribnal: ny
auffi tant arreftez en leurs opinions, qu’ils ne changent pluftoft, que de
renu-erfer vn eftat. le n’allegueray point Tacite qui dit, que les Aimas fe
dedifent ordinairemét fans deshonneur. mais il n’auoit pas encores co-
gneu les Anglois,Danois,& Normâs ifliis de ce pays là,qui tirent encor
plus vers le Septetrion.Et quât aux Mofcouites, le Baron d’Herbeftaindit en leur hiftoire,qu’il n’a point cogneunatio plus liefloy aie,qui veutdit-il qu’on luy tienne la foy^&r iamais n’en tient cote.Or la perfidie viét |
ou delà defiace^ou delà crainte: & l’vn,&l’autre de faute d’efprit,ou de i
hardieffe. car l’home prudent ôcafleuré come le peuple du milieu n’eft 1
point défiant,d’autât qu'il pouruoit tout ce qui peut aduenir, & auec le j
courage bon execute ce qu’il a refolu:ce que ne fait pas fi bien le peuple ;
méridional qui eft craintif,ny le feptêtrional,qui a peu d’efprit. Et pour j
monftrer combien les homes de Septentrion font defians, ôc foupçon- [
neux,on le peut cognoiftre en cc qu’au Royaume de Dannemarc, & de 1(
Suede,on fait cacher des homes és hofteleries pour ouyr tous les propos 3i
qu’on dit. Quand ie parle des peuples de la région moyéne,il faut enté- t£
dre toufiours plus ou moins, & attribuer les proprietez des extremitez f
au milieu par moyen:ayât égard aux particularitez des vés, des eaux,de
la terre, des loix, Ôc couftumes : & ne s’arrefter pas du tout aux climats. (f
car on voit en climats du tout pareils,& mefme eleuation, quatre diflfc- ...
réces notables de peuple à autre en couleur,fans parler des autres quali-
tez:d’autâtqueles Indois occidentaux,font generalemét de couleur de ..
coing cnit,hormis vne poignee d’homes noirs, q la tempefte y porta de
lacofte d’Afrique^en Seuiled’Efpaigne,les hommes blancs:aucap de
bone efperance noirs: au fleuue de l’argent caftaigniers: tous en pareille ^
latitude ôc pareils climats,come nous lifons és hiftoires des Indes, q les j
Efpaignols ont laiffé par efcrit.la caufe peut eftre d’auoir châgé de pays à es
autre:& q le Soleil au Capricorne eft pl9 près de la terre de tout l’eccétri- "
que de fon cercle,qui eft de plus de quatre cet mil lieües.Il ne fefaut pas
auffi arrefter du tout au châgement des colonies,qui emporte bic quel¬
que differéce remarquable,come i’ay dit.maisla nature du ciehdes vés,
des eaux,de la terre,le gaigne àla logue.La colonie des Saxos* qCharle-
maigne amena en Fladres,eftoit du tout differéte aux autres peuples Fra |j
çois,mais peu àpeu ils fe font tellemét adoucis, qu’ils ne tiennét pl9 rien
du Saxo,hormis la lâgue,qu’ils ont biéfortadoucie, coulât les afpiratios
plus legeremétJ&: entrelaftant les voyelles aux cofones: come fi le Saxon
appelle vncheualFert, leFlamendiraPert: ^infi de plufieurs autres, car ||
toufiours le peuple de Septétrion ou motagnart,ayât la chaleurinterieu
re plus grâde,iette la voix,ôc la parole auec plus de veheméce,&plus d’a- %
fpiratiô q le peuple d’Oriét&de Midy:qui entrelafTe doucemétles voyel 4s
les,&regette les afpiratios le plus qu’il eft poffible:car pour mefme raiso
la femme qui ala coplexion beaucoup plus froide que l’home,parle plus
doucemét.cela fe vérifia bien cn vn mefme peuple Hebrieu, ôc en mef- %
LIVRE ÇINQVIÈS ME. s 43melignce:car ceux delàligneed’Hfraim qui demcuroiéc enlamotaigne
& vers la partie de Septetrion qu’on appelloit Galaad,eftoiét non feule-
mentplus robuftes que les autres de mefme fin g ôc voifins,ains auffi
prononçoient les confones ôc afpirations,que les autres ne pouuoienc
prononcer : de forte qu eftans vaincus, afin de recognoiftre les vns des
autres, les vainqueurs faifoient prononcer Schibolet, ôc lesfuyars pro-
nonçoient Sibolet, qui furent tuez au nombre de quarante ôc deux.
rnil.il eft bien certain que le peuple Hebrieu tenoit lors plufque iamais
lapuritédefonfarig inuiolable:ôc qui plus eft c’cftoit vne mefme li-
gnee.Ce que i’ay dit que la nature des lieux chage bien fort la prolationnaturelle des hommes,cela ce peut voir partout, & mefme en Gafcon-gnc au pays qui s’appelle Labdac,parce que le peuple met vne L.au lieu
des autres confones. Auffi voit-on le Poulonnois, qui eft plus Oriental
qucl’Alman,prononcer beaucoup plus doucemét : ôc le Geneuois plus
méridional que le Venitien:ceftuy-cy,dit Cabre,l’autre Crabe, quifut
la marque par laquelle les Ve nitiens recogneurent les fuyars,après la vi¬
doire qu’ils eurent cotre les Geneuois, en leur faifant pronoccr Cabre,
tuant tous ceux qui n’en pouuoiét venir à bout : come en cas pareil firét »
ceux de Montpelier àla fedition qui aduint au temps du Roy Charle v.
pour recognoiftre ôc tuer les Frâçois de Lâguedouy,on leur faifoit pro¬
noncer Haue,&ils difoiét jebue:à la forme des Sabins qui pronôçoient
FircuSjFædus^u lieu de Hircus,Hedus,comme dit Marc Varron. Voila
quant aux naturelles inclinations des peuples, lefquelles toutesfois n’é-
portent point de neceffité,côme i’ay déduit: mais qui font de bien gra¬
de confequence pour Peftabliiïement des Republiques, des loix * des
couftumes, ôc pour fçauoir en quelle forte ilfaut traitter ou capituler
auec les vns ôc les autres.LES MOTENS DE REMEDIER AV X CH AN-gemens des Républiques, qui aduiennent pour les richejjes
excefîiues des rvns>&pauuretéextreme des autres.C H A P. II.E toutes les caufes des feditions,& changemens de Re- La principa
publiques, iln’y enapointdepl9 grades que les richef- le occafion
fes exceffiues de peu de fugets, ôc la pauureté extreme deschage-
de la plufpart.Les hiftoiresenfi)ntpIeines:oiilon peut mentsqui
voir que ceux-la quiontpretendu plufieurs caufes du aduiennent
^ mefeontentement quils auoient de leftat, ont touf- aux Repu-
jours empoigne la premiere occafio qui s eft prcfentee,pour defpoüiller bliques.riches de leurs biens.Toutesfois ces changemens,ôc feditions eftoiét
pus frequétes anciennemét qu elles ne font à prefent, pour le nobre in¬
uni d efclaues,qui eftoiét tréte, ou quarâte pour vn qui eftoitlibre. ôc le
pl grâd loyer de leur féruice,eftoit de fe voir afrâchis,ores qu’ils n’épor-Z ij
Les deux
peftes de
toutes Ré¬
publiques.o.Plutar.in Solon.544 DE LA REPVBLIQVEtafient bien fouuent autre chofe que laliberté,que plufieurs acheptoiêt,
de cequ’ils auoiét peu efpargner toute leur vie,ou emprunter, Ôc s obli¬
ger à le rédrejOutre les coruees qu’ils deuoiët à ceuxquiles auoiét afran-
chis: & neantmoins ils auoient nombre infîny d'enfans, qui viennent
ordinairement à ceux qui plus font trauaillez,& qui font plus continés:
de forte que fe voyans en liberté,& aflîegez de pauureté, il falloit, pour
viure, emprunter, ôc payer aux créanciers quelque profit en deniers, ou
frui(5ts,ou coruees:& plus ils alloient en auant, plus ils eftoient chargez,
ôc moins s’aquittoient : car l’vfure, que les1 Hebrieux appellent morfu-
re,non feulement ronge le debteur iufques aux os: ains auflî fîicce tout
le fang,&la mouëlle des os.qui faifoit en fin que les pauures eftans mul¬
tipliez, ôc affamez, s’efleuoient contre les riches, ôc les chaffoient des
maifons,ôc des villes,ou viuoient fureuxàdifcretion. C’eft pourquoy j
Platon appelloit les richefles,& la pauureté, les anciennes peftes des Re- t,
publiques. Pour à quoy obuier, on cherchoit vne equalité, q plufieurs j
ont fort loüee, l appellant mere nourrice de paix, Ôc amitié entre les fu¬
gets: ôc au contraire, Tinequalitéfource de toutes inimitiez,fa£Uons, 1
haynes,partialitez.car celuy qui a plus qu’vn autre,ôc qui fe voit plus ri- J,£
che en biens,il veut auffi eftre plus haut en honneur, en delices, en plai-
firs,en viures,en habits:il veut eftre reueré des pauures,qu’il mefprife,& 1
foule aux pieds, ôc les pauures de leur part, conçoiuent vne enuie, ôc ia- :l
loufie extreme de fe voir autant,ou plus dignes que les riches, ôc néant- ®
moins eftre acablez de pauureté,de faim,de mifere,de cotumelie. Voi- E(
la pourquoy plufieurs anciés Legiflateurs diuifoient les biens egalemét !e
à chacun des fugets: comme de noftre memoire Thomas leMoreChâ- ^
celier d’Angleterre,en fa Republique,dit, que la feule voyedefalut pu- ^
blic eft, fî les hommes viuent en communauté de biens : ce qui ne peut i(
eftre fait où il y a propriété. Et platon ayant pouuoir d’eftablir la Repu- lfC!
blique, ôc nouuelle colonie des Thebains, ôc Phocenfes, s’en alla fans h
rien faire, par ce que les riches ne vouloient point faire paît de leurs biés II
aux pauures.Ce que Lycurgue fift auec le dager de fa vie:car apres auoir fe
banni l’vfàge d’or, ôc d’argent, il partagea egalerrçent tous les héritages. fol
Et combien que Solon ne peuft faire le femblable, fi eft- ce que la volo- %
té ne luy manquoit pas, attendu qu’il0 ottroya la recifion des obliga- lian
tionsjôc vne generale abolition de debtes.Et depuis que l’or,& l’argent 4
fut receu en Lacedemone,apres la vidoire de Lyfandre,& que la loy te-
ftamentairefut introduite,qui cauferent en partiel’inequalité de biens: ^
le Roy Agis voulât reduire tout àl’equalité ancienne, fift apporter tou-
tes les obligatios,qu’il ietta au feu, difant qu’il n’auoit iamais veu fi beau j0(|
feu.puis il commença à fes biens pour les partager auec les autres égale- ||e
ment. Auflî Nabis le tyran ayant pris la ville d’Argos,publia deux edits:
l’vn pour quitter toutes les debtesd’autrepourdiuiferles héritages à cha ^
cun : duos faces j dit T ite Liue., nouantibus res ad plcbem in optimales accen- v,dendm. ^
LIVRE CINQVIESME. 54j
| dcndam. Et quoy que les Romains ayent efté plus équitables, & mieux
(k entendus au fait de la iuftice que les au très peuples, fi ont-ils fouuet oc-
I troyé la recifîon generale des debtes, tantoft pourvn quart,tantoft
tit: pourvn tiers, & quelquesfois pour le tout. &n’auoiét moyen plus ex¬
il pedient 2d’appailèr foudain les troubles, ôc feditions. En forte que les 2. Liuius lib.7 .&R; 3 feigneurs des Thu riens,ayant acquis tous les héritages,le menu peuple d^LTranquiul!i| fe voyant endebté,& dénué de tout bien, chaflàles riches de leurs blés, Cfrare-APPiallb-J & maifons. Mais dautrepart on peut dire, quel’ec|ualité de biens eft ?’SoUib.j.tt(l trefpernicieufe aux Républiques,lefquellesn ont appuy,ny fondement cap'7'il plus affeuré que la foy,(ans laquelle ny la iuftice,ny focieté quelconquelj ne peut eftre durable: or la foy gift aux promettes des conuentions legi-t| times.Si donc les obligations font caflees,les cotra&s annuliez,les deb-|J tes abolies,que doit-on attendre autre chofe que l’entiere euerfion dvngj] eftat?car il ny aura fiance quelconque de Tvn à l’autre. D auâtage tellesJj.; abolitions generales, nuifent bien fouuent aux pauures, ôc en^ruinentjy beaucoup.caries pauures vefues,orphelins,& menu peuple,n’ayant au-
trebien qu’vn peu de rantes, font perdus aduenant l’abolition dedeb-J tes:&au contraire les vfuriers preuiennent, & quelquesfois y gaignent:,1 comme il aduint quâd Solon, & Agis firent publier l’abolition des deb-,J tes : car au parauant les vfuriers en ayant fenti la fumee,3 empruntèrent ?. pw in soio-œ argent detous coftez,pour frauderles créanciers. Ioint aufli que l’efpe- ne&As1*j rance quon a de telles abolitions,donne occafion aux prodigues d’em-^ prunter à quelque prix que cefoit,&puisfeioindreauxpauures defef-J perez,&: mal-contents, pour efmouuoir vne fedition: ou fi l’attente dei telles abolitions,ny eftoit point,chacun penferoitàmenager fagemét,]£‘ & viure en paix. Or fi les inconueniens de telles abolitions font grands,I encores font-ils plus grands du partage efgal des terres, & pofleflions,j- qui font loyale efcheute,ou iuftemetacquifes: car és debtes, on pre- Lesincon-
ten^ 1 vfure,& la fterilité d’argent: ce qui ne peut eftre és fucceflions le- ueniens desj gitimes. tellement qu on peut dire que tel partage du bien d’autruy eft abolitions^ vnevolerie foubs le voile d’equalité. Et de mettre en fait que lequalité des debtes.j eft nourrice d amitié,c’eft abufer les ignorâts:car il eft bien certain qu’ilI nyaiamaishayneplusgrâde,ny plus capitalesinimitiez, qu’entre ceux, la qui font égaux: ôc la ialoufie entre égaux eft la fource des troubles, fe-u ditions Ôc guerres ciuiles. Etau contraire le pauure, le petit Je foible,Pl°ye & obeift volontiers au grand,au riche,au puifTaiit.-pourlayde ôc^ profit quil enefpere. qui fut l’vne des occafions qui peuft mouuoir
(Il |pp°damus LegiftateurMilefien, de faire que les pauures efpoufe-^ Soient les riches,afin que l’amitié en fuft plus ferme. Et quoy qu’on die
î e Solon, il appert aflez par 4l’inftitution de (à Republique, quil a fait i.Plutar.in Solon., quatre degrez de citoyens, félon le reuenu qu’ils auoient, & autant de
/ çfl^ts,& hon neu rs .Et mefme Platon a fait trois eftats en (a rc-; Pu lique fécondé les vns plus riches que les autres. Et quât à ce que fiftZ iij
54s DE LA REPVBLIQVELycurgue, qui voulut garder lequalité des héritages à toufiours, en di-
uifant les biens par teftes, c’eftoit chofe im poflible, attendu quil peuft
voir deuant fes yeux, ôc toft apres Lequalité du tout alteree, ayât les vns
douze^ou quinze enfans:les autres vn,ou deux,ou point du tout, chofe
qui feroit encore plus ridicule és pays où la pluralité des femmes eft per-
mife: comme en l’A fie, ôc prefqu en toute l’Afrique, & aux terres neuf-
ues, où il aduient fouuent qu’vn homme à cinquante enfans. ôc de fait
Iuftin efcrit que HerotimusRoy de Parthe auoit fix cens enfans. Il y
en a bien q ui ont voulu obuier à ceft inconuenient, comme Hippoda-
mus LegiflateurMilefien, qui ne voulut point qu il y euft plus de dix
mil citoyens, cequ’Ariftoteatrouuéfort bon: mais il faut par mefme
moyen bânir le furplus,ou bien executer la loy cruelle de Platon,lequel
ayant limité le nombre de citoyens à cinq mil quarante, ordonna quon
tuaft le furplus au prix qu’ils naiftroient. EtThomas le More Chancelier
d’Angleterre qui vouloit quil n’y euft point plus de dix, ny moins de
feize enfans en vne famille: comme s’il pouuoit commâder à nature. Et
combien que Phidon Legiflateur Corinthien en vfa plus fagement, fai¬
fant defenfes expreffes de baftir enCorinthe : comme il s’eft fait defen¬
fes de baftir aux fàuxbourgs de Paris,par edit du Roy la m.d.x l v i i i.
fi eft-ce que les fugets multiplians,ilfaut qu’ils dreffent vne colonie, ou
qu’ils foient bânis.Or il ne fàutiamais craindre qu’il y ait trop de fugets,
trop de citoyens:veu qu’il n’y a richefTe,ny force que d’hommes. Ôc qui
plus eft la multitude des citoyens (plusils font) empefche toufiours les
feditions,& fadions:d’autantqu’iIy en a plufieurs qui font moyens en-
Les grandes tre les pauures,ôc les riches: les bons, ôc les mefchans:les fages, Ôc les fols,
villes mois & n’y a rien plus dangereux, que les fugets foient diuifez en deux fans
fligetes aux moyen : ce qui aduient és Republiques ordinairement où il y a peu de
changemës citoyens. Laiffant doc en arriéré l’opinion de ceux qui cherchet l’eqtia-
que les au- lité és Republiques ia formees,prenât le bien d’autruy,au lieu qu’ils de¬
ttes. uoient conferuer à chacun ce qui luy appartient, pour eftablir la iuftice
naturelle : ôc regettat auffi ceux-la qui ont voulu limiterle nombre des
citoyens,nous tiendrons,que la diuifion des partages ne fe doit faire, fi
ce n’eft en formant vne nouuelle République és pays coqueftezdaquel-
le diuifion doit eftre par Iignees, & non par teftes, en referuant néant-
La forme moins quelqueprerogatiueàrvnedesIignees,&:quelquedrôitd’aine£-
dediuifer fe en chacune maifon ,fuyuant la loy de Dieu, qui nous a monftré au
les pays co- doigt,ôcà l’œihcomment il y faut procéder.Car ayât choifi la lignee de
queftez. Leuy pour luy donner le droit d aineefle par deffus les autres ^ ne luy
donna point d’heritages,hormis des maifons és villes: ains luy affigna la
Diuifio des difme de chacune lignee,qui eftoiét douze dixiefmes sâs main mettre,
terres por- qui reuiennét pour le moins a deux fois autat que chacune lignee auoit
tecs par la toutes chofes deduites:ôcentre les Leuites,le droit d’aineeffe fut referue
loy de Dieu, à la maifon d’Aaro,qui auoit la difmc des Leuites,ôc toutes les oblatios,
LIVRE C I N QJV I E S M E. 547& premices,& à chacune maifon particulieremét, aflïgna pour le droit
d’aineefle deux fois autât que chacun des autres héritiers auoir en meu¬
bles^ immeubles,déboutât les filles de 0 tout droidfucceflif, fîno en ©.Numéris?,
défaut de mafles cn mefme degré.En quoy on peutiuger,quelaloy de
Dieuaregeté l’equalitéprecife, donnant plus aux vns qu’aux autres: Ôc
neantmoins a gardé entre les x 11. lignees, hormis celle de Leui, le par¬
tage égal des héritages; & entre les puifnez le partage égal de la fucceA
fîon,hors le droid d’aifné, qui n’eftoit pas des deux tiers, ny des quatre
cinquiefmes, ny du tout : afin que telle inequalité ne fuft caufe des ri-
chelfes excefliues de peu de fugets, ôc de la pauureté extreme dvn no¬
bre infiny: d’où viennent les meurtres entre les freres, les troubles entre
les lignees,les feditions & guerres ciuiles entre les fugets. Et afin que les
partages ainfi faits demeurent au contrepoix, ôc médiocrité de trop ôc
peu, il ne faut point faire defenfe d’aliener, comme il fefait en quelques
lieux/oit entre vifs,ou par teftaméts : fi on garde la loy de Dieu,qui or¬
donne, que tous héritages alienez retourneront lan cinquantiefme aux
maifons, familles ôc lignees d’où ils auront efté diftraits : outre le droit
duretrait lignager,introduit par la loy de Dieu.En quoy faifant les pau¬
ures affligez, Ôc contraints de vendre pour fubuenirà leurs neceflitez,
auront moyen de vendre les fruits ôc leuees de leurs héritages iufques au
cinquâtiefme an,qui retourneront après eux,ou â leurs héritiers : ôc les
mauuais menagers feront cotraints de faire vie qui dure: ôd’auarice des
conquerâs fera retrâchee. Quant à l’abolition des debtes, c’eftoit cho- Abolition
fe de mauuaife exemple, comme dit eft, non pas tant pour la perte des cje Jebte
créanciers, qui ne feroit pas fort confiderable quand il y va du public, pcrnicjcil-
que pour l’ouuerture qui fe fait de rompre la foy des iuftes couentions,&poiir l’occafion queles mutins empoignent, pour troubler vn eftat
foubs l’efperance qu'ils ont toufiours de la recifion des debtes. fi ce n’e-
ftoken diminuant les interefts ôc rentes quiont longuement couru, en
lesreduifànt au denier xxv. comme il s’eft fait és vieux mots de Venize.Auffi voit-on que la loy de Dieu ne quitte pas les debtes des créanciers,mais elle donne le feptiefme an refpit, Ôc tient la pourfuite des debteurs J ^|euiin caP*en ffoufrâce. Mais le vray moyen d’arrefter le cours des vfuriers,& don- ]j befoinner ynfoulagement perpetuel aux pauures,&garder les obligations le- deretran-gitimes,eft de fuiure la loy de Dieu, quia6defendu toute forte d’vfure, cherlesvfu-quçlle qu’elle foit,entre les fugets: car la loy feroit iniufte,pourle regard res.des eftrangers,G leur eftoit permis de bailler à vfure aux fugets, defque) s Ddutero ij.ils tireroient la fubftance,& tout l’or & l’argent,fi les fugets n’vfoient de pfXuj.niefme prerogatiue enuers les eftrangers. Cefte loy a toufiours efté fortcftimee de tous legiflateurs,& des plus grands politiques:c’eft â fçauoir7C] 8r TA -n& r Z' 1 7.PIutar.in Solon.^oion, Lycurgue, Platon, Ariftote, ôc mefmes les dix commiflai- Piutar. int7.députez pour corriger les couftumes de Rome, ôc faire chois des ™lnubrisde ie-
*°U les plus vtiles, ne voulurent pas que l’vfurefüft plus haute que d’vn f/iô poiicic.Z iiij
548 DE LA REPVBLIQVErJusIib'iV* denier pour* cent par an,quils appelloient V nciaire, par ce que l’vfure
de chacun mois ne reuenoit quà vne once, qui eftoit la douziefme par¬
tie du centiefme efeu ou denier qu’on auoit emprunté, ôcl’vfurierqui
j.catoiib.i.cap i. tiroic plus grand profit, eftoit condamné à rendre le3 quadruple : efti-
mant, dit Caton lvfurier plus mefehant ôc glus vilain que le larron, qui
n’eftoit condamné qu’au double.cefte meîme loy fut depuis republiee
à la requefte du Tribun Duilius,l’an delà fondatiô de Rome cc ex c vi.
4. Liuius lib.7. ôc dix ans après foubs le 4 Confulat de TorquatusôcPlantius ellefutre-
duite à demie once par mois,ôc par an demy denier pour cenr.tellemét
qu’elle ne pouuoit egaler le fort qu’en deux cens ans. ôc toutesfois lan-* j. Liuius iib.7. neefuiuantel’vfare fut entièrement interdite par la loy ;Genutia, pour
les feditions ordinaires quiaduenoiét du mefpris des loix vfuraires. car
quelque modération qu’011 face des vfures, s’il eft permis tant foit peu,
on montera bien toft iufques au plus haut poind. Et ceux qui fouftien-
nent foubs voile de religion, que les vfures moderees, ôc rentes confti-
tueesà quatre ou cinq pour cent font iuftes, attendu que le debteur en
tire plus de profit quele créancier, abufent de la loy de Dieu quilede-
fend fi difertement qu’on ne la peut reuoquer en doubte. combien que
fî quelqu’vn en vfe moderémét,cent mil en abuferont. Et tout ainfi que
le coin ne fait du commencement qu’vne petite fente, puis apres I’ou-
uerture plus grande met tout en pieces:auffi la permiffion des chofes il¬
licites,pourpetite qu’elle foit,s’en va peu à peu en vne licecedebordee.
comme ceux qui ont defendu l’vfure entre les Chreftiés, ôc neantmoins
l’ont permis pour l’Eglife Ôc pour les hofpitaux, Ôc quelques-vns aufli
l’ont trouué bon pour la République, ôc pour le fîfque. Or il n’y a rien
qui plus donne d’occafion d’enfraindre laloy aux fugets, que defendre
vne chofe,ôc contreuenir à fa defenfe. Et toutesfois c’eft la faute la plus
ordinaire que font les Princes & Prélats, fe voulât licencier ôc exempter
des chofes qu’ils defendét aux fugets. ôc qui trouueroitmauuais en par¬
ticulier ce qui eft trouué bon en public ? Et d’autant que la defenfe
Loy inutile en matiere de loix,eft inutile fans peine : ôc la peine allufoire, fi elle n’eft
fans peine, executee: auflî la loy Genutia eftant mal executee,fut auflî peu à peu
aneantie. ôc la couftumedeprauee, qui eft toufiours plus forte que les
bones loix,alla fi auant, qu’on preftoit àvfurcà vingt-quatre pour cet,
iufques à la loy Gabinia,qui reigla la plus haute vfure ( hors le faid de la
marine,où le créancier prend le danger fur foy) à douze pour cent: co¬
bien quelle eftoit mal executee és prouinces,où Ion preftoit à x l v i i r.7. Ciccroin epift. pour7 cent par an. Car la neceflité extreme de celuy qui emprunte, ÔC
l’auarice infatiable de celuy qui prefte, ont toufiours fait, ôc feront mil¬
le fraudes aux loix. La peine des vfuriers eftoit feuere cn la Republique
de Candie : mais celuy qui vouloit emprunter faifoit contenance de ra-
uir Target au creâcier, en forte que fi le debteur ne payoit l’vfure,qu’on
s.piutar.înapoph. ne pouuoit demander par iuftice, il eftoit8 accufé comme voleur.-quieftoit
LIVRE cinqviesme.eftoit vne tromperie trop groffiere, au prix de ce quon fait es achapts à
perte de finance,& de la claufe des notaires,qui porte ces mots,Le reftei enmonnoye.lleft bien vray qu’au premier concil de Nice, les Euef-i ques firent tant enuers l’Empereur Conftantin, qu’il9 defendit les vfu- 9, Rufin.iib.j.I res en deniers ôc en fruits, qui eftoient, pour le regard des fruits, autant,
t; &demy:c eftà dire cinquante pour cent, mais la defenfe'ne fut pasgar-
1 dee:mefmementpour les fruits,ou celuy qui emprunte en téps de char-
t té, eft bien aife d’en rendre autant, ôc moitié dauantage après la moif-i f0n:& femble qu’il y a grande apparence, attédu que celuy qui a preftel pouuoit autant ou plus gaigner s’il euft védu au temps de charte, com-
H me il fe fait ordinairement, ioint aufliqu’iln y arien plus cher que la
ti nourriture^ny debte plus neceffaire que celle là. Ceft pourquoy l’Em-
üi pereur Iuftinian,ayant reigle les vfures enuers les payfans à quatre pour
it: cent en deniers, ordonna que l’vfùre en fruits enuers eux feulement, ne
il feroit qu a douze pour'cent, & non pas à cinquante pour cent :ôc fans
us caufe M. Charles dux Moulin a voulu corriger le texte Grec,&Latin de hæIc'<Jebvjnsrc'
:t la loy, contre la vérité de tous les exemplaires,s’arreftant à l’ordon-
Ü nance de Loüys x 11. ôc aux arrefts de la Cour,qui ont égalé l’intereft en
i| fruits,ôc en deniers, mais la différence eft bien grade des vns aux autres,
ti car par l’ordonnance de Iuftinian lepauurepay£in,receuoit bien grand
t profit d’eftre quite de treize mines de blé apres la moiflon, pour douzei qu’il empruntoit en temps de charte, ôc neantmoins par la corredioni que baille du Moulin,il en feroit quite pour vn tiers de mine,qui eft cho
f[ le abfurde. veu qu’au parauant l’ordonnance de Iuftinian, il eftoit per¬
lé T mis ordinairement de bailler a cinquante pour3 centen fruits. Ilvaut
il beaucoup mieux s arrefter à la loy de Dieu, qui defend totalement Tv- eedefiaft.; fure : Ôcle bienfait du créancier fera beaucoup plus meritoire ôc hono-| rable de prefter fans profit, q de receuoir des pauures payfans, en quali-
ted vfure vnepoignee de blé, pourvn bienfait fi grand, Ôcfi neceflaire.|J ceft pourquoy Nehemie, apres le retour du peuple, fift defenfe déplus;iJ 4 receuoir vfure entr’eux,comme ils faifoient au parauant, prenant dou- 4.Nehcmi*j.j ze pour cent en argent, ôc en fruits, ôc fuiuant ceft exemple le decretdem Nice a efté inféré aux decrets : mais depuis que Califte i r i. ôc Martin v.(4 Papcs, ont donné la vogue aux rentes conftituees, qui eftoient peu en;l[ v%eau parauant,lesinterefts ont milité fihaut,que les vfures limitées[;(t parluftinian, ôc en partie pratiquées és Republiques des ligues, fontfI,i beaucoup plus douces, ôc plus fuportables : iaçoit que les ordonnancesI()| ; Qe.France ôc deJ Venize ne foufrent pas qu’on puiffe demâder plus de jU[^yccnçtdefta'*:i( cinq annees d’arrerages echeuz: car cefte fbufrance d’interefts fans inte-
||ji pafle en force de loy : ôc de là eft aduenu que les vfuriers fuccent|{U c|ang des pauures en toute licence: ôc mefinement és villes maritimes,iii’l j0u^yahourfecommune,Ôcbâque:commeàGenesily a tel quia vail-
a^t quatre ou cinq cens mil ducats, les autres plus d’vn million d’or,H
Rentes co-
ftituees pi¬
res queles
modéré es.La nobleflc
ruinee par
lemoyédes
rentes con¬
flit uecs.L’eftat ec-
clefîaftique
enrichi, &
les autres
apauuris.g. lib.4. C.J6. de
ftatut. Vcnet.Ancie droit
desDucs de
Normadic,
ôc Comtes
de Poitou.550 DE LA REPVBLIQVEcomme Adam Centenier.encores dit-on que Thomas Marin en a deux
fois autant: de forte que le marchant,pour la douceur du profit, deuiét
cafanier, l’artifân melprife fàboutique, le laboureur quite fon labeur, le
berger (on beftiail, le noble véd Tes héritages, pour tirer quatre ou cinq
cens liures de rentes conftituees, au lieu de cent liures de réte foncière:
Ôc p uis la rente conftituee s*eftaint,& l’argent s’en vole en fùmee: de for¬
te que ceux qui ne fçauent aucun meftier pour gaigner ^s’addonnent à
voler, ou femer des feditions & guerres ciuiles, pour brigander cn feu-
reté:ce qui eft d’autant plus à craindre quand Tvn des eftats de la Répu¬
blique, ôc le moindre en force, & en nombre, a prefque autant de bien
que tout le refte: comme il s’eft veu parcy deuant en Teftat ecclefiafli-
que, oûlacentiefme partie des fugets és Republiques d’Occident, faiT
fantle tiers eftat, auoient les difmes de quelque nature quelles fuflent,
ôc tous laiz teftamentaires, tant meubles comme immeubles, Duchez,
Comtez,Baronnies, fiefs, chafteaux, maifons aux villes ôc aux champs,
rentes de toutes fortes, oblations gratuites, ôc neantmoins prenoient
fucceflions de tous coftez, vendoient,efchangeoient, acqueroiét,&nc-
gotioicntdu reuenu des benefices, pour l’employer en autres acquifî-
tions:& le tout fans tailles, impofts ny charges, aux lieux mefmemét où
les tailles font perfonelles : de forte qu’il a efté neceflaire foire iniodion
aux Ecclefiaftiques,vuider leurs mains des héritages & biens immeu¬
bles delaiflez à l’Eglifeen certain temps,fur peine d’eftre confifquez:
comme il s’eft fait en Angleterre par edit du Roy Edouart 1. qui défen¬
dit aufli à tous gés d’Eglife d’acquerir aucuns immeubles, ainfi quil eft
porté cn la grande charte d’Angleterre. ce qui depuis a efté renouuellé
par l’Empereur Charle v.au bas pays,fur peine de cofifcation:ce qui fem
ble auoir efté auflî defendu anciennement .-car nous trouuons que les
Comtes de Flandres eftoient héritiers des Preftres: couftume abolie par
lePape Vrbain v.Età* Venize ilya ordonnance^ qui enioint aux gens
d’eglife de vuider leurs mains des immeubles,auec defenfes d’apofer au
teftament aucun laiz à fiance dvne perfonne eccleflaftique, ny faire te-
ftamet par la bouche d’vne perfonne d’Eglife:pour les abus qu’on y fai¬
foit,en vertu du chap. Cum ejjes.de teftam. Et mefmes il n’y a pas cet ans,
quJo n’euft pas enterré en ce Royaume vn mort en lieu faind, s’il n’euft
laiffé quelque chofe àl’Eglife par teftament: de forte qu’on prenoit co-
miflîon de l’official adreflant au premier Preftre fus les lieux,lequel ayât
égard aux biens du defund mort inteftat, laifloit à l’Eglife ce qu’il vou¬
loit au nom du defund.ee qui fut reprouué par deux arreftsdu parle¬
ment de Paris, l’vn de l’an m.ccclxxxvii 1.1 autre de l’an m. cccci.
I'ay auflî vne déclaration extraide du trefor de France, par laquelle les
x x. Barons de Normandie nommez en Fade daté de l’an m. c c 11. de-
clairentau Roy Philippe le Conquérant, queles biens de celuy qui
meurt fans tefter luy apartiennent, ayant efté trois iours malade deuantque
LIVRE CIN Qjy I E S M E. 551quemourir.ôcparlacofirmationdes priuileges de laRochellcjOtroyee
par Richard Roy d’Angleterre Comte de Poitou, il eft dit,que les biés
des Rochelois ne feront point confîfquez,s’ils meurent fans faire tefta¬
ment,. ce qui eftoit commun auffi en Efpaigne, iufques à l’ordortnâce de
Ferdinâd de l’an m.ccccxcii. portant ces mots, Que nofellauen quin-
tosdalos que mueren finfa^er teflamento dexando hit os 0 par tentes dentro del
quartogrado quepueden bauer & heredarfusbienes.c’eft à dire,que le quint
ne fera point leué de,ceux qui meurent (ans tefter, pourueu qu’ils ayent
enfans ou parens habiles as accorder iufques au quatricfme degré.Il ne
fautdonc pass’efbahir,fî leftatecclefiaftique auoit tantdebiens, veu
qu’vn chacun eftoit cotraint de tefter fous peines fî rigoureufes:ôc qu’il
eftoit defendu eftroitement9 d’aliener, ny *arenter à longues annees le 9.de rcbus ecclcn
bien de f Eglifc,fur peine de nullité. Et de fait on fift vn eftat abrégé l’an ”&^canntd-^
M.D.LXüi. des biens que tenoit l’Eglife: ilfetrouua douze millions ua.de rébus ccd.
trois cens mil liures de rente, fans y comprendre lès aumofnes ord inai¬
res & cafuelles. Mais l’AlemantPrefîdent descomptes à Paris, faifoit
eftat, que l’ordre ecclefiaftique tenoit des douzeparties dureuenude
Fiance les fept. le ne parle point fî les biens font employez côme il faut:
mais ie dy que l’inequalité fi grade,a peut eftre dôné occafion destiou- Occafion
bles ôc feditions aduenues prefque en toute l’Europe, contre leftat ec- qu'on a pris
clefïaftique, ores qu’en apparence on faifoit voile de la Religion : car fi pour ruiner
cefte occafion là n’y euft efté, 011 en euft trouué quelqu’autre: comme l eftat eccle
on fift contre les Templiers,& cotre les luifs ; ou bien on euft demandé fiaftique.
nouueaux partages des terres:ce que Philippe Tribun Romain deman-
doit pour le menu peuple, luy remonftrant à haute voix qu’il ny auoit
que deux mil hommes en Rome qui7 enflent tout le bien: quoy qu’ils Ciçeroinoffic
fuflent plus de trois cens mil par le nombre qui en fut leué. ôc peu à peu &ad Amcum. ^il s en trouua de fi riches,que le bien de M.CrafTus baillé par déclaration fo.
aux Cenfeurs, fut eftimé fix millions d’efeus8 couronne : ôc cinquante
ans apres il fe trouua que Lëtulus Preftre Augurai, auoit valât dix * mil- p. Scneca lib. i.
lionsd’efeus couronne. les Romains s’eftoient efforcez d’y remedier, cm!i7'de bcndî'
faifant publier plufieurs loix touchant la diuifion des héritages : entre
lcfqu elles lvne vouloit qu’on diuifaft au menu peuple les pays conque-
ftez.-comme laloy1 Quin6lia,ôclaloy Apuleia. Et fi on euft toufiours ,-PofiW«in>.a.;f 1 • m 1 r 1 r f ^ annoab v.c.dxxi.oien execute ces loix, come on hit quelque temps, les feditios qui trou¬
blèrent 1 eftat,ne fuflent pasaduenuës:maisle mal fut,que les pays con-
queftez furentadiugezau domaine delà Republique :Ôc depuis affer¬
mez a certains particuliers par faueur, à la charge d’en payer la difme
jfcs grains, ôc la cinquiefme des autres frui&s, ôc quelques deniers pour
kspaftures.1 neantmoins ces deniers, ôc debuoirs n’eftoient ny leuez, t. Appun.ub.iv
ny payez, par l’intelligence des plus grands quiles tenoient foubs main WuA.
tlerce. qui fut caufe q Sextus Titius Tribun prefenta 8 requefte au peu- s. ckero lib. 2. de
P ^ tendant afin qu’il fuft enioint aux receueurs du domaine deleuer vïwfub.^cT^t-
Sjz DE LA REPVBLIQVEles arréragés qui eftoient deubs. la requefte fut entérinée: mais n’ayant
pas efté bien executee, donna occafion de prefenter autres requeftes au
peuple , afin que les terres, ôc domaine de laRepublique, que tenoient
quelques particuliers fans rien payer,fuflent diuifez au menu peuple:ce
qui eftona fort les riches^ lefquels firét foubs main interuenirS. P. Tho-
rius Tribun du peuple, a ce qu’il fuft ordonné, que les terres demeure-
roient aux poflefleurs, en payant les redeuances aux receueurs du do¬
maine . ôc cela fait ils firent aufli abroger la loy Thoria, pour demeurer
p. Appian. îib.i. quittes des ?charges.car les Senateurs,Confuls,Cenfeurs,Receueurs,ôcBrutoClcer°m autres Magiftrats qui eftoient executeurs des loix, tenoient eux-mef- (i.annopcxx mes le domaine de la Republique. En fin laloy Sempronia fut publiée JGrlc.Fio^cpko!" àtouteforce,àla requefte de Tiberius1 Gracchus, qui eftoit différente 1j b g de laloy1 Licinia, par laquelle il eftoit defendu à toutes perfonnes, de f
Appian.iib.i.cm- quelque eftat ou qualité qu’ils fuflent, d’auoir plus de cinq ces iournauxcap .^3 !p lut a r î î^c a- de terre, cent beftes à corne, cinq cens beftes blanches, fur peine que le fomüio.iau anno furplus feroit confifqué. mais laloy Sempronia ne parloit que des ter- »res du domaine de la Republique, ordonnant qu’il y auroit par chacun fan trois 'commiflaires deputez par le peuple, pour diftribuer auxpau- ilures le furplus de cinq ces iournaux du domaine public qui feroit trou- jkué en vne famille. Mais le Tribun fut tué le dernier iour de la publica- à
tion, parla fedition qui fut emeüe de la part des Nobles : ôc neantmoinsfon frereCaius Gracchus dix ans après eftant Tribun du peuple, lafift 3CIexecuter: vray eft quilfut aufli tué à la pourfuite : bien qu après fa mort !2ile Sénat pour apaifèr le peuple, fift executer la loy contre plufieurs : Ôc ,,,afin que les terres ne demeuraflent en friche,à faute queles pauures n’a- Luoientle moyen d’auoir beftail, ôc autres meubles pour labourer, ilfut ^ordonné, que la loy Sempronia de Tiberius Gracchus, touchât les tre- j
forsduRoy Attalus,quiauoit faitlepeuple Romain héritier, feroientdiftribuez aux pauures aufquels on auoit baillé partie du domaine. ce- 1la fift que plufieurs des pauures furentaccomodez: ôc pour empefeher à Jc1 aduenir qu il ne fe fift plus de telles feditions, on enuoyoit partie du 1menu peuple en colonies,aufquelles on diftribuoitles pays conqueftez ! 1? Apnianiibi ci- fuslcs ennemis. Mais il y auoit vn article en la loy de C. Gracchus, qui 11mi. c " 1 eftoit le plus neceflaire,& neantmoins il fut! abrogé:ceft à fçauoir,que ^defenfes eftoient faites aux pauures de vendre,ny vuider leurs mains des ^héritages qui leur eftoiét aflignez. car les riches, voyant que les pauures ^n auoiét pas le moyen d’entretenir les terres en bon eftat, les rachetoiéc. toLoy tefta- Vne autre caufe y auoit aufli de l’inégalité des biens, ceftà fçauoir la imentaire a puiflance à chacun de difpoferentierement de tous fes biens,à quelque |i|faid’inequa perfonne quecefuft par laloy des douze tables..To9 les autres peuples, fylité. hormis les Atheniens, où Solon premièrement publia cefte 4 loy, n’a- 4[(wuwrinSo" L10^enc pas la puiflance de difpofer des héritages. Et mefme Lycurguc, %ayant diuife les héritages des habitans delà ville en fept mil parties ( les ^vns \\{
LIVRE CINQJVIESME. SS3vns difent plus,les autres moins) ôc des habitans du plat pays en x 11. mil
parties efgales,ne donna puiflance à perfonne d’en difpolerrains au con¬
traire,affin que par fuccefliô de temps,les fept mil parties d’heritages,ne
fulTent vendues,ou diminuées cn plufieurs mëbres,il fut depuis ordon¬
né qu’il ny auroit queraifnédelamaifon,oule plus proche, qui fucce-
deroit à tout l’heritage,& ne pourroit auoir pl9 d’vne partie des fept mil& falloir qu’il fuft Spartiate naturel, les autres eftoyent déboutez entie- /.Wat«.îoAgeG-
rement de la fucceflion:c5me dit Plutarquc; parlant d u Roy Agefilaus,
qui du commécement fut nourri eftroittement,& en cadet,par ce qu’il
eftoit yflii des puifnez. ce qui entretint fort long temps les fept mil mai¬
fons en equalité, & iufquesà ce qu’vn Ephore, irrité contre fon fils
aifné, prefenta requefte à la Seigneurie, qui paflaen force de loy, par
laquelle il fut permis à chacun de difpofer de fes biens parteftamenr.Or ces loix teftamentaires eftans receuës en Grece , & depuis pu¬
bliées en Rome , ôc enregiftrees és douze tables, donnèrent occa¬
fion de grands changemens. car les peuples d’Orient, ôc d’Occidcnt,
ne pouuoyentdifpofer par teftament des immeubles,couftumequi
eft encores gardee en partie, en France, Almaigne, & autres nations de
Septentrion.C’eft pourquoy Tacite efeript que les Alemans n’auoyent
point les teftaments cn vfàge,cc que plufieurs ont mal à propos attri¬
bué à ignorance, ôc barbarie. Et mefmes en Poulongne il eft cftroi- /
renient defendu parles ordonnances des deux Sigifmonds conformes
aux anciennes couftumes, de dilpoferpar teftament des immeubles,
de quelque naturel qu’ils foyent. Les Oxiles, ôc Phy taies auoyent enco
res vne couftume plus exprefle, qui defendoit6 meimes d’hypothe- *.Anft.in polit ML-
quer les immeubles. Et par la couftume d’Amiens, & autres couftu¬
mes du bas pays de Flandres, il eft defendu aux nobles d’alicner leurs
fiefs, fi (e n’eft apres auoir folcnnellement iuré pauureté : ce qui eft
auffi eftroittement gardé en Efpaigne. Nous auons ditcy deflus, que
laloy de Dieu, defendoit aufli toute aliénation, des immeubles, fuft
entre vifs, ou par teftament : referuant le droit d aineefle en cha¬
cune maifon fans diferetion dunoble au roturier. Oril femble, que les
aifnez fuccedans pour le tout, comme les fept mil Spartiates en Lacede-
monne,& ceux de Caux en Normandie, conferuét beaucoup mieux la
fplendeur ôc dignité des maifons, & familles ancienncs,qui parce moyê
ne font point demembrees:&:en général tout l’eftat de la repub. quieft
dautât plus ferme,ôc ftable,eftat apuyé fus les bones maifons, come fus
gros piliers immuables:qui ne pourroyent pas fupporter la pelanteur de
vngrand baftimenr,s’ils eftoyent grelles,ores qu’ils fuflent en plus grâd
nombre. Et de fait il femble que la grandeur des royaumes de France ôc
Efpaigne, n’eft fondee que fus les grottes maifons nobles,&illuftres,&iusles corps,Ôc collèges,lefquels cftâs demebrez cnpieces viénent à
neac,Toutesfois cefte opinion a plus d’apparece que de veritéifi ce n’eft
554 DE LA REPVBLIQJVELes maifos enl’eftat Ariftocratique. car il eft bien certain que le monarque n a rien
grandes ôc àcraindre queles grands Seigneurs,& les corps,& collèges,&principa-
illaftres fot lement leMonarque Seigneurial,ôayrannique.quant à Teftat populai-
bones pour re,qui demande l’equalitc en toutes chofes /comment pourroit-il fup-
maintenir porter lïnequalité fi grade entre les familles,que Tvn emportait tout,&
l’Ariftocra- queles autres mouruffent de faim? veu que toutes les feditions qui font
tie, &: con- aduenuës en Rome,&: en Grece,n’eftoyent fondees que fur ce point là.
traires à le- refte doc l’eftat Ariftocratique, ou les Seigneurs font en tout ôc par tout
ftat popu- inégaux au menu peuple : ôc en ce cas le droit d’aineefle peut conferueir
laire & à la l’eftat Ariftocratique, come cn la Seigneurie Ariftocratique de Lacede-
tyrannie. monne,oii les fept mil Spartiates aifnez,égaux aux parties d’héritage,ne
pouuoyent rien entreprendre Tvn fus l’autre: & quât aux cadets, la ver¬
tu les pouffoit aux eftats, & charges félon leurs mérités,&fe trouuoit or¬
dinairement, que ceux là eftoyent les plus illuftres, n’ayant comme dit
Plutarque,autre moyen des aduancer que parla vertu. Ceft oit auffi la-
cienne couftume des Gaulois,qui fe pouuoit aucunemét entretenir fi la
defenfe d’aliener les fiefs euft bien efté executee, fuiuâtle droit des fiefs
Ôc des ordonnances de ce royaume,ôc de l’empire,où elle eft mieux gar-
dee qu’en autrelieu.les mefmes defefes ont eftéfai&esenPolongne,par
ordonnance des Roys Albert ôc de Sigifmod Augufte l’an m. ccccxcv.
ôc m.d. xxxv iii. ôc en Bretaigne par edit de Pierre duc de Bretaigne qui
meit la peine de côfifcatio des fiefz-& cobien que Loüys xn.leuales de¬
fenfes Ta m.d. v.neâtmoins le Roy Frâçois i.renouucllal’editM.D.xxxv.
foubs la mefme peine de côfifcatio.Ce pourroit encores pl9 lier eftroi
tement la nobleffe auec le menu peuple en l’eftat Ariftocratique, quand
les pauures puifnezelpouferoyent les plus riches du peuple,comme il fe
fift en Rome apres la loy Canuleja,&fe fait encores à Venize, & prefque
en toute Republique, ou la nobleffe a quelque prerogatiue fusles rotu-
riers:qui eft le plus feur moyen, pour entretenir la nobleffe en biens,ho-
neurs,& dignitez.Et neantmoins il eft befoin de reiglerles doüaires des
femmes en quelque eftat que cefoir,affin queles maifons mediocresne
foyent du tout apauuriespour enrichir les nobles. En quoy les anciens
legiflateurs fe font trouuez empefehez, pour garder requalité que nous
auons dit,& obuier à ce queles maifons, & anciennes familles ne fuflent
demembrees &aneatiesparles filles. Laloy de Dieu ne vouloit pas que
les filles fuccedaffent,tât qu’il y auroit freres:& encores qu’il n’y euftfre-
res, il eft commandé aux filles heritieres d’efpoufèr les plus proches de
la famille,affin, dit la loy, que les héritages ne foyent diftraits des mai¬
fons par les filles.Cefte loy eftoit gardee en Grece,où le prochain ligna-
ger epoufoit rheritiere 3 qu’ils appelloyentWxM/’ov> Ôc ne pouuoit la8. Demoffhen.co- fille en efpoufer8 d’autre. En Perfe,&Armenie,la fille n’emportoit rien
^m&aU: dc la maifon que des meubles: couftume qui eft encores gardee en
tout l’Orient, ôc prefque en tou*c l’Afrique: quoy que l’EmpereurIuftinian3
LIVRE CINQV1ESME; 565Iuftinian, ou pluftoft fa femme Théo d ora, ayant toufiours fauori fon L’inequali-
fexe,reforma la couftume d’Armenie^appellât barbare pour ce regard, té de biens
fans auoir égard à Pintention des anciens legiflateurs. Hippodamusle- prouiéc par
giilateur Milefien, ne vouloit pas ofter les fucceflions aux filles : mais il lcs g]Jes Jle_
ordonna que les riches feroyent mariees aux pauures : en quoy faifant il ritiéres ma-
gardoit l’equalité de biens, & l’amour entre les combines., & entre les riees aUx
pauures, & les.riches. Or il eft certain, que fi les filles font égalées aux plus riches,
mafles en droit fucceflif,les maifons feront bien toftdemembreesrcaril
y a ordinairement plus de filles que de mafl es, foit és Republiques en
gênerai,foit és familles en particuliers qui fut premièrement vérifié en
Athcncsioü la pluralité des femmes* donna le nom à la ville: & depuis 9- Pauraninat^
xx.ans en ça à Venize,où il aborde vn monde d’eftrâgers,il fe trouua de cis;
compte fait! deux mil femmes d’auâtage: foit pour n eftre expofees aux
dangers des guerres, & voyages : foit que nature produit des chofes qui
font plus parfaites,moins que des autres. Ceft pourquoy vn1 ancien po- *’Aaftot ln pohc
litique difoit,que des cinq parties d’heritage,les femmes de Lacedemo¬
ne tenoiécles trois:cequiaduintapres que la permiffion de difpofer des
biens fut receuë: & pou r cefte caufe, dit-il, elles comandoicnt0 abfolu-
mentaux maris,qui les appelloyér dames.Mais pour obuier à ce que tel Poiit-
incouenient n aduint en Rome, Voconius Saxa Tribun,prefenta reque¬
fte au peuple , àla fuafion de Caton le cenfeur,qui paflaen force de loy,
par laquelle il fut ordo né1 queles femelles deflors en auant ne fuccede- PauUib^mea.
royent point,tant qu’il y auroit mafles portant le nom, en quelque de- &i[ncr°bvejreinfia^b
gré de confànguinité que ce fuft: & quelles ne pourroyent auoir par te- Dio îib.^.Geiiiu»0. ' 1 J I j 1 . t r 1 J -jfi hb.iy.Auguft. lib.itamet plus delà quarte partie des biens,ny plus quele moindre des he- 3.deciuitate.
riders du teftateur. cefte loy retint les anciénes maifons en leur dignité^& les biens en quelque contrepoix d’equaljté : ioint aufli queceftit vn
grand point pour ranger les femmes à la raifon.toutesfois on trouua vn
moyen de la frauder aucunement par laiz fiduciaires, & faits aux amis a-
uec priere de rendre les fucceflios,ou laiz aux femmes:qui ne pouuoiet
les demander par voye d adtion :ny mefmes par voye de requefte, au
parauant A ugufte.Depuis que la loy fut aneantie, & quil fe trouua des
femmes qui portoyent deux riches fucceflions pendues aux deuxau-
reilîes, comme ditSeneque, & que la fille d’vnProconfulfe moftravnc
fois ayant fuselle en habits, & pierreries la valeur de trois millions d’ef-
cus,eftant l’inequalité des biens au plus haut point:onques puis l’empi-
teRomainne fift que decliner demalen pis iufques à ce qu’il fuft du
tout ruiné. Par l’ancienne couftume 3 de Marfeille,il n’eftoit permis strab.iib.4:
de bailler aux filles plus de cent efcus en mariage , & plus de cinq *
efcus en veftements. 5c par les ordonnances de * Venize , il eft dé¬
fendu donner plus de feize cents ducats à la fille noble *. & fi le gentil-
nome Venitien efpouze vneroturiere, il ne peut prendre que deux mil
ducats: ny les femelles fucceder, tant qu’il y aura mafle de la famille.A a ijin ftarut.Yc-
necor.
5u DE LA REPVBLIQVELoiiablc or vray clue l’ordonance y eft auffi mal gardee que celle du Roy Charle
donnâce de ix.quidefedde bailler à la fille cn mariage plus de dix mil liures.&neât-
Venize* moins l'ordonnance du Roy Charle v. ne dône aux filles de la maifon de
France,quedixmilliurcs.&combien qu’Elizabet de Frâce,fille de Phi¬
lippe le Bel,fuft mariee au Roy d’Angleterre, fi n’eut elle que douze mil
liures en mariage. On me dira que c’eftoit beaucoup, veu la rarité d’or,
ôc d’argent:mais auffi la différence eft bien grande entre dix mil liures, ôc
quatre cent mil efcus.Et fi nous cherchons plus haut, nous trouuerons
en la loy de Dieu que le mariage d’vne fille au plus haut, n’eft taxé finon
Ordonna- à cinquante ficles, qui font quarante liures de noftre monnoye. cela me
ce de Frâce fait croire que la couftume ancienne de Perfe, eft vray-femblable en ce
pour le ma- que les commiflàires députez par chacun an pour marier les filles, bail-
riage des loy ent les plus honneftcs,& plus/belles^u plus offrât : ôc dç l’argent qui
filles. en prouenoit, on marioit les moins eftimees au rabais : affirHjue pas v-
nenedemeuraftdefpourueuë. à quoy le fage legiflateur doibt prendre
garde, comme trefbien a fait Platon, car d’ofter tout moyen aux filles,
de cc pouruoir félon leur qualité,c’eft donner occafion de plus grâd in»
conuenicnt. ôc femble que les couftumes d’Anjou,& du Maine, ont do-
né le tiers és fucceffions nobles en propriété, qui n’eft laiffé aux mafles
que par vfufruit,affin queles filles nedemeuraffenttotalemet defpour-
ueuës, n’ayantpas moyen de s auancer comme les mafles qui ont fait
par cy deuant plufieurs plaintes pour reformer la couftume, ce qu’on
pourroit auffi bien faire, comme il s’eft fait du quint viager en la cou¬
ftume de Montdidier, ôc par force en la couftume de Vandofine, (an¬
cienne chaftelenic3 du pays d’Anjou,au parauant quelle fuft erigee en
Comté , ny Duché) oùlvn despuifnez de la maifon d’Anjou ayant
crûmes pris fon aifné prifonnier , luy fift changer la couftume d’Anjou pour
d’Anjou. je rcgarcj je ja chaftellenie de Vandofme , qu’il auoit eu par vfu¬
fruit. le n’ay parlé que des fugets cy deflus : mais il faut auffi pren¬
dre garde, que les eftrangers ne prennent pied au Royaume, ôc que
ils n aquicrent les biens des fugets naturels : Ôc qu on ne fouffre les
vagabons, qui fe deguifent en Ægyptiens, &eneffe& ne font rien
que voleurs : contre lefquels l’ordonnance faite à la requefte des eftats
d’Orleans porte inionâion aux magiftrats, ôc gouuerneurs de les chat
fer hors du Royaume : comme il fut auffi ordonné en Efpaigne par edit
de Ferdinand l’an m. c c c c x c i i.portant ces mots, Que los Aegyptianos
con ferionsfalgan del Rejno dentro fejjantadids. cefte vermine fe multiplie
aux monts Pyrenees,aux Alpes,aux monts d’Arabie,ôc autres lieux mô-
tueux, & infertiles. Voila fommairement les moyens qui m’ont femblé
expédients pour obuicr à la pauureté extreme de la plufpart des fugets,
ôc aux richeffes exceffiues d’vn petit nombre, laiffant à parler cy apres fi
les fiefs deftinezpour le feruice de la guerre,doiuent eftre demembrez,
ou aliénez.
LIVRE CINQVIE«ME. 557SI LES biens des condamnez voie-uenteske applique-^ au fifaue , ou a ÏEglife > ou bien Uip
fe^aux héritiers.C H A P. III.E chapitre dépend du précèdent : car F vne des caufes
qui reduift les fugets à pauureté extreme, eft d’ofter les
biens des condâiiezaux héritiers légitimés, & mefme¬
mét aux enfans,quin ont autre appui n y efperâce qu’é
lafucceflio de leurs peres &meres. & d’autât fera grade
la pauureté,plus fera grâd le nombre d’enfans,aufquels
par droid1 naturel la fucceflion des peres appartiét. ôc par droid1 diuin
nedoibuentporterlapeine de leurs peres. Et non feulement la loy de damnat.Dieu, ôc naturelle femblent eftre violees en telles confifcations : ains DeutSo!^*’*encores la difette,&pauureté ou fe voy ent réduits lès enfans,mefmemét Res-4.H:erc.3i.ceux là qui font nourris en delices,les met fouuent en tel defefpoir, qu’iln’y a mefchanceté qu’ils ne facent ,foit pour vanger, foit pour finir lapauureté qui les prefle. car il ne faut pas attendre, que ceux-là qui fontnourris en Seigneurs, feruent en vne boutique,ôc s’ils n’ont rien a-pris, ils ne commanceront pas alors que tous moyens leur font oftez.Ioint auffi que la honte qu’ils ont, foit de mandier , foit de foufrir
lacontumelie des infâmes, les force de fe bannir volontairement, ôc
fe ranger auec les voleurs , ou corfaires. en forte que pour vn con-
fifqué , il en fort quelquesfois deux ou trois, pires que celuy qui a
perdu les biens, ôc la vie : au lieu que la peine qui doibt feruir,non
feulement pour la vengeance des forfaits, ains auffi pour diminuer
le nombre des mefehans, ôc pour la feureté des bons, vient à pro¬
duire deseffeds touts contraires. Ces raifons briefuement touchees,
qu’on peut amplifier d’exemples, femblent neceffaires, pour mon-
ftrer que l’ordonnance * de l’Empereur Iuftinian , receuë , ôc pra- 5da^ra^^na
tiquee en plufieurs pays , eft trefiufte, ôc vtile: c’eft à fçauoir, que
les biens des condamnez feront laiffez aux héritiers, finon en cas de
leze maiefté au premier chef Au contraire,on peut dire que cefte or¬
donnance eft nouuelle , ôc contre toutes les loix anciennes, ôc or¬
donances des plus (âges Princes, & legiflateurs:qui n’ont pas voulu fans
caufe bien grande, que les biens des condamnez fuflent adiugez au pu¬
blic: foit pour réparation des fautes, qui bien fouuent n’emportent
que l’amende, qui doibt eftre payeeau public qui eft offenfé : carau-
trement il n’y auroit aucun moyen de punir pécuniairement, quieft
toutesfois la peine la plus ordinaire : foit pour la qualité des crimes, ôc
de ceux qui ont defrobbé le public, qui doibt eftre fatisfait desA a iiji
558 D E L A R E P V B LI QV Ebiens de celuy qui a mal prix : foit pour deftourner les mefehans, qui
font tous les maux du monde pour enrichir leurs enfans,& bien fouuét
Il n’y a rien il ne leur chaut de perdre la vie, voire fe damner, pourueu que leurs Cli¬
que les me- fans foient héritiers de leurs pillcrics, & concuflions. Il n’eft pas be-
fchans ne fa foin de vérifier cccy par exemples, qui font infinis : & me conten-
cent pour teray d'en mettre vn + feulement, de Caflius Licinius lequel #ftant
enrichir accule , attaint, & conuaincu de plufieurs larcins, & concuflions
leurs enfas. voyant que Ciceron, alors prefident veftoit la robbe tiffue de pour-
4phTt1inXct Pre’ a®nc^e prononcer f arreft portant confifcationde biens,&ban-
ccrna, ni fleincnt : il enuoya dire à Ciceron qu’il eftoit mort pendant le pro¬cès , & au parauant la condamnation : & fus le champ deuant tout
le monde il s’eftoufa d’vne feruiette, affin de fauuerlesbiensàfes en-
fàns. Alors Ciceron , dit Valere , ne voulut prononcer 1 arreft. Il e-
ftoit bien ai la puiflance de laccufé de fauuer fa vie en quittant fes
biens, & iufques à la concurrence des fins , & conclufions des ac-
Cicero pro ia- eufateurs, commc fift Verres , & plufieurs autres en cas femblable:
bitio perdue-1, Car par la loy Sempronia, il eftoitJ defendu decondamner le bour¬
geois Romain à la peine de mort,ny mefines de le flaitrir par la loy
Portia. Et combien que Plutarquc , & mefmes Ciceron efcrit à fon
ami Attique, qu’il l’auoit condamné,cela fe peut entendre del’aduis
& opinion , de tous les luges, & non pas qu’il euft prononcé l’ar-
reft. car les loix dernieres touchant la peine de ceux qui ont pillé le
public , ou qui fe font mourir, eftans preuenusn’eftoyent pasenco-
\ res faites. Et plus de cent cinquante ans apres , les coupables, & ae-e. Paul ra>.;. fen- eufez , qui s’eftoyent tuez par defefpoir, ou d’ennuy, eftoyent enfe-tentiar. de iure n- l o i n ( 1 , \ 1fci.Tacit.iib.j. uens , & leurs teltatnents renoyent, ores qu ils fuflent coupables:
prœtium feflinandi, dit Tacite : c’eft à dire que les homicides cn leurs
perfonnes auoyent ceft aduantage fus les autres. Mais foit qu’il fuft
condamné après fà mort, foit qu’il mouruft de regret, on peut co¬
gnoiftre euidemment que plufieurs ne font pas dificulté de fe dam¬
ner pour enrichir leurs enfans. Et peut eftre que l*vn ides plus grands
fouets, qui empefchc les mefehans doffenfer, eft la crainte qu’ils onto. 1. bona fides que leurs enfans foyent beliftres, eftant leurs biens confifquez. C eft
pourquoy laloy °dit, que la Republique a notable intereft, que les en-
rans des condamnez foyent indigens, 3c foufreteux. Et ne peut on dire
que la loy de Dieu, ou de nature, foit enfrainte, attendu que les biens
du pere ne font point aux enfans : & n’y a point de fucceffi on de celuy
auquel iuftement les biens font oftez au parauant qu’il foit mort. De di¬
re aufli que les enfans defpoüillez de tous biens, feront induits à fe ven¬
ger , il n y a pas fi grande apparence, qu’ils ne facent encores pis ayans
e. i. qnifqmi. ad ^es kicns > les moycns 3 & ta puiffance de fe vanger. & de fait la loy 6
î.iui.maieft.c. # débouté les enfans des condamnez au premier chef de leze maieftéde
LIVRE C I N Qjy I E S M E. JS9de toutes fucceflions directes, & collatérales, &laiflfe aux filles, qui ont
moins de puiflance defereuanger, lafalcidicés biens maternels. Mais
il y a bien vnplusgrand inconuenient, fi les biens des condamnez font Loyers ne-
laiflez aux héritiers, c’eft que les loy ers desaccufàteurs, & delateurs de- ceflairesaux
meurent eftaints, & ne fe trouuera perfonne qui face les frais de proce- accufateurs
dures* ainfi les mefchancetez demeureront impunies. Voila des incon- ■
ueniens départ,&d’autre. Et pour en refoudre quelque chofe,il eft bien
neceflaire que les iuftes debtes publiques ou particulières, &les frais
du procez foyent.pris,& déduits fus les biens des condamnez, s’ils ont
dequoy. autrement ilne s’en feroit pas grande pourfuite. Et pareille¬
ment que les amendes foyent prifes fus les biés de ceux qui ne font con¬
damnez qu’en fomme pecuniaire: pourueu toutesfois que cela fe pren- t > r.
ne feulement fus les meubles, Ôcacquefts : ôc quant aux propres , qu’ils lCi^UC
demeurée aux héritiers. Et en crime capital,que les meubles, Ôc aquefts °e” it°’ Jiesfoyentconfifquez,&vendusauplusoflrant,pourlesfraisduproces,& t 1 ~ j
loyers des accufateurs & delateurs, & que le furplus foit employé en œu- ” C° am'
ures publiques ou charitables : demeurant les propres aux héritiers lé¬
gitimés. En quoy faifant on pourra obuieràla pauureté extreme des
enfans,à l’auarice des calumniateurs,à la tyrannie des mauuais Princes à
l’euafion des mefehans, & à l’impunité des forfaits. Carde confifquer
lespropres héritages affe&ez aux familles,il n’y apas grande apparence,
ou il n eft pas permis de les aliéner par teftament, ny en plufieurs lieux
pardifpofition entre vifs : ioint aufli que de làs’cn enfuit l’inégalité de
biens excefliue. Et pour ccfte mefme caufe ilfaut que les meubles,& ac-
quefts foyent vendus, & non pas confifquez à l’Eglife ny au publicraflin
!s queles biens des particuliers en fin ne foyent touts appliquez au fifque,* ou à l’Eglife : attendu qu’on ne veut pas que les biens vnis au domaine
de la Republique,ou del’EglifefepuiflTentaliener. Et puis il faut que les
» delateurs:&accufateurs, foyent premiez,& falariez,non pas despoflef
» fions des condamnez ( qui pourroit les incitera calumnier lesgens de
g bien)ains de quelque fomme d’argent, car le defir d’auoir la maifon, ou
« 1 héritage d’autruy, qu’on n’a peu auoir pour argent, donnerait grande
occafion aux calumniateurs de ruiner l’innocent. Et faut neantmoins
donner quelque loyer aux delateurs, & accufàteurs : autrement il ne faut
pas efperer,qu’vn procureur fifcal, ny le Iuge encores moins face gran-
(l <jc p oui-fuite des mefehans. Ettoutainfî que le bon veneur n’agarde
défaillir à donnerlacuree aux chiens,qui ontprislabeftefauuage,p;our
î “amorcer, & rendre plus alaigres : aufli faut-ilquelefàgelegiflateur,
i onne loyer a ceux qui attachent les Loups, & Lyons domeftiques. Et
i autant qu il n y arien apres l’honneur de Dieu, de plus grande confc-
quence,que la punition des forfaits, ilfaut chercher touts les moyens
: qui eft poflible d’imaginer, pour paruenir à ce point là. Mais la diffi-Aa iiij
5*0 DE LA REPVBLIQJ/Eculte n eft pas petite, d’ofterles confifcations au public, pour les em¬
ployer comme nous auons dit : <k principalement en la monarchie,
toutesfois il y a tant de raifons que le fage, & vertueux Prince en fera
plus deftat pour {à réputation, que de touts les biens du monde acquis
Les inc on- par confifeation. Car fi le domaine public eft de grand reuenu, où les
uenicsd’ad- charges leuees fusle peuple font fuflifantes, la confifcation ne doibt a-
iuger la co- Uoir lieu pour le fifque. fi la République eft pauure,encores moins faut
fifeation au fl l enrichir de confifcations. autrement c eftouurir la porte aux calum-
public. niatetirs de trafiquer le fang des pauures fugets à prix d’argent : ôc aux
Princes d eftre tyrans. Auflî voyons nous que le comble de tyrannie
extreme, a toufiours efté és confifcations des fugets. Par ce moyen
Tibere l’Empereur fift ouuerture d’vne cruelle boucherie, laiffant la
valeur de l x v 11. millions d’efeus couronne acquis pour la plufpart des
confifcations. Et apres luy fesnepueux Caligula, ôc Néron Empereurs,
enfanglanterent leurs mains des plus vertueux,&apparens hommesde
tout FEmpire, & la plufpart pour les biens quils auoyent: Car on fçait
aflez que Néron n auoit aucune apparence defaire mourir fon maiftre
Seneque, finon pour auoir fes biens. Et iamais il n’y a faute de calum-
niateurs, lefquels fçauent trclbien qu’ils ne feront iamais recherchez,
de leur calumnie,eftans appuyez du Prince qui en tire partie du proffit.
Aufli Pline le ieune parlant de ce temps là, N ous auons dit-il, les iuge-
rnens des delateurs comme des brigans, ôc voleurs : car il n’y auoit ny
teftaments afleurez,ny l’eftat de perfonne. c’eft pourquoy il eft enioint
aux Procureurs du Roy, par les ordonnances de ce Royaume, de nom¬
mer le delateur, fi l’accufation en fin de caufe fe treuue calomnieufe :ce
qui eft neceflaire en Efpaigne deuant que le Procureur fifcal foit receuà
acculer perfonne, parreditde Ferdinand fait l’an m< c c c ex c i i. en ces
termes, Que riintrnfifcal puedaaccujar a conceioperfompariicular^ fin dar
primeramentedelator. Brieffi les confifcations ont toufiours efté odieu-
fes en toute Republique, encores font elles plus dangereufes en la mo¬
narchie , que en l’eftat populaire, ou Ariftocratique, ou les calumnia-
teurs nctrouuent pas fi aifément place. Si on mé dit qu’il ne faut pas
craindre ces inconueniens en l’eftat Royal, ayant affaire à de bons Prin¬
ces , ie relponds, quele droid des confifcations,eft l’vn des plus grands
moyens qui fut onques inuenté , pourfaire d’vn bon Prince vn tyran.
Car celuy qui n’a point d’occafion de faire mourir fon fuget, s’il efpere
Les tyrans auoir fon bien le faifant mourir, il n’aura iamais faute de crime,ny dac-
enrichispar eufateurs, ny de flateurs. &bien fouuet les femmes des Princes boutent
calumnies le feu,& enflamment leurs maris à toute cruauté, pour auoir le bien des
moyênant côdaipnez. Achab Roy de Samarie ne pouuoit arracher ny par prix,ny
les cofifca- par prieres la vigne de Nabot: Iezabel là femme luy fuborna deuxfaux
lions. tefmoins, pour faire condamner l'innocent comme coupable de leze
‘ ' maiefté
LIVRE CINQVIESMË. tftniaiefté diuine & humaine. &Fauftine necefla d’importuner l’Empe-
reurMarc Aurclle fon mari, pour faire mourir les enfans innocens de
Auidius Caflius, condamnjé de leze maiefté : les biens duquell’Empe-
rcur vouloit laifler aux enfans : comme il fè faifoit anciennement par
les Roys de Perfe7, mefmes au crime de leze maiefté : & s’eft fait en ce Hcrodotllb
Royaume quelquesfois. Etp'arles ordonnances de Poulongne la con- 7 cro otl • *
fifeation n’alieu finonau premierchef deleze maiefté: ôc leplusfou-
uent font rendus aux parens. Mais ceft chofe bien difficile de r auoir
les biens vne fois confifquez, foità tort,ou à droid: car mefmes on
tientpour vne reigle fifcale,que les amendes adiugees au fifque, ôc re-
ceué's, nefe rendent iamais, bien que à tort elles foyent adiugees. Et
combien quille peut compter autant de bons ôc vertueux Roys en cc
Royaume, quil cn fut onques en monarchie de la terre, fi eft-ce qu’on
ypeutvoirle domaine n auoir point eu plus grand accroiflementque
t par confifcations, ou par donations forcees, y eut-il onques Prince au
it monde pareil en vertu, pieté, intégrité à noftre Roy faindLouys? ôc
ii1 toutesfoisparles moyens que i ay dit, ayant fait condamner Pierre deDreux il coilfifca, puis réunit àfa couronnele Comté deDreux 8:com- àAn«Su^nê
i me il fift aufli à Thibaut Comte deChampaigne &Roy deNauarre,
il qui eftoit en mefme danger, s’il n’euft quitté9 Bray,Fortyone,& Mon- nj4.
f* ftrueil. ôc Raymond Comte de Touloze le pays de Languedoc: Les
j pays de Guyenne, Anjou, leMaine, Touraine, Auuergne,font ve-
X nus àla couronne par confifcations, du temps de Philippes le xconr
i. querant.Lc Duché d’Alençon, ôc le Comté dePcrche font aufli venus 1'.^™ uti*« au domaine par confifquation\ En cas pareil, Perigort5, Pontieu 4, m*-
il la MarcheJ, Angoulefme6, Pifle en Iourdain, le mai;quifat de Salu- w*
b ecs7, Ôc touts les biens de Charle de Bourbon, ôc plufieurs autres fèi-
t gneuries particulières, qui ont efté confifquees pour crime de leze
maiefté : fuiuant la couftume des autres Republiques, ôc les loix an-* ciennes. Et mefmes parla couftume d’Efcofle touts les biens des con-
ji- damnez font acquis au fifque, fans auoir efgard à la femme, ny aux cn-
ijj fans, ny aux créanciers, chofe trefcruelle & barbare. Si on me dit que
m* k R°y vuidant fes mains des fiefs, ôc terres, qui ne font pas tenues de
j luy fans moyen, fuiuant l’ordonnance8 de Philippe le Bel, ôc donnant 4*
la plufpart de celles qui nuement releuent de luy, comme il peut9 faire eft[nPsVn«u
î au parauant qu elles foyent reünies à fon domaine: il s’enfuit que le ïSScSS?!
t‘ Grince ne pourra reduire à fon domaine, ny approprier au public
i tours les biens des particuliers, comme ilfe pourroitfaire àla longue,
fc ^cP°ur obuier à ceft inconuenient, il n’eft pas permis au Roy d’auoir
pj par retrait féodal les terres qui releuent de luy fans moyen : carilpour-
! toit aufli fe faire feigneur propriétaire de touts les héritages des fugets.^laaefteiugépararreftdu ^v.MayM. D. xxxm. le refponds que
fcx DE LA REPVBLIQVEce moyen eft plus expedient, que de laiffer au public les cofifcations,co¬
rne il fe fift en Rome par la loy Cornelia1, que fift publier le dictateur
Sulla,apres auoir enrichi fes amis, ôc Partifans,de la depoüille de fes en¬
nemis: pour euiter l’inconuenient que i’ay dit : mais il n’y a pas aufli
grande apparence de les donner aux flateurs des Princes, & rats de cour:
comme il fe fait és monarchies mal ordonnées: qui eft faire vne ou-
ueftureaux calomniateurs, & donner aux indignes les loyers de ceux
qui méritent par ainfi, pour euiter les inconueniens de part, & d’autre,
autant qu’il fera poflible: iene voy moyen plus expedient que celuy
que i’ay dit : que prenant au preallable les frais du procès, les iuftes deb¬
tes „ publiques,ou particulières, &loyers des accufateurs le furplus des
propres foit laifle aux héritiers,& des aquëfts employé és œuures chari¬
tables: a la charge que ce qui fera adiugé aux accufateurs, ou aux corps,
ôc collèges par charité,fera feulement en fomme pecuniaire, ôc non pas
cn immeubles, pour les raifons que iaÿ touché cy deflus. Quant aux
œuures charitables, il n’y a iamais faute de moyens pour les exercer,foit
aux chofes diuines, foit aux œuures publiques, foit aux maladks, foit
d onyfms* Ha aux pauures* Anciennement en Rome les amendes eftoyent1 adiugees
îycamaf. ' au trefor des Eglifes, pour eftre employées aux facrifices : ôc pour cefte
ScSïï °aaa" caufe on appelloitlesamendespcr^we^, comme dit SextePompee °*
Qui fut la caufe que Titus Romilius refufà le bien fait du peuple, qui
auoit ordonné qu’on luy rendroit l’amende, en laquelle il auoit efté
condamné, difant que les chofes confacreesàDieu nedebuoyentluy
mukanc.ih?s° eftre oftees.Depuis onles adiugea au’fifque 3,c eft à dire au trefor pu-
ranTedc facr°" blic.Et neantmoins la loy permettoit aux luges d’en ordonnerparleur
fentence ainfi quils verroyent que la chofe le merïteroit, pour les œu¬
ures publiques, ou pitoyables: comme il fe fait de louable couftume
en ce Royaume. Ce que iay dit des propres, doibt principalement i-
uoir lieu quand il eft queftion des fiefs, pour laprerogatiue, ôc qua¬
lité feodale eftans affedtez aux anciennes familles,pour feruir au public.
A quoy les Almans ont bien pourueu: car en toutes confifcations les
proches parens font toufiours preferez 4 au fifque, quand il eft que-
^mttaaatftion de chofe feodale. Quifait aufli que les flateurs n’ont pas moyen
de calumnier, ny les Princes de faire mourirles gens de bien pourauoir
leurs fiefs. Qui femble aufli auoir efté la caufe, que par laloy Me Dieu
j.Numeri* 1 amende eftoit confàcree àDieu,&donneeaux Pontifes, ficeluyàqui
i’offéce eftoit faite ne fe trouuoit point, ou qu’il n euft point d’heriticr.
"LIVRE CINQJVIESME. jgjDV LQTER, ET DE LA PEINE.C H A P. III1.L eft befoin de traiter icy des loyers, &dcs peines fom-
mairement: car qui voudroit en difcourir au long,
on en feroit vn grand œuure : attendu que ces deux Les deux
poin&s concernent entieremét toutes Republiques: fondemens
de forte que fi les peines, & loyers font bien, &fage- principaux
métdiftribuez, la Republique fera toufiours heureu- de toute
fe, &fleuriffante: &au contraire,fi les bons ne reçoyuent loyer deleurs Republi-
merites,&les mauuais la peine qu’ils ont deferuie, il ne faut pas efperer, que.
que la Republique foit durable. Etpeut eftre qu'il n:ÿ âpoint d occa¬
fion plus grande, ny de caufe plus proche des troubles,feditions,guer¬
res ciuiles, ôc ruines des Republiques, quele mefpris des gens de bien,
ôc la faueur qu on donne aux mefehans. Quant aux peines, il n’eft pas
fineceffaire d en difcourir que des loyers : attendu que toutes les loix,
couftumes,&ordonnances en font pleines, & quil y a fans comparai-
fonplusde vices, que de vertus, &plus de mefehans, que de gens de
bien. Mais d’autant que les peines en foy font odieufes, ôc les loyers fa-
uorables:les Princes bien entendus ont accouftumé de renuoyer les pei¬
nes aux magiftrats, Ôc refèruer à foy les loyers,pour acquérir l’amour des
fugets, Ôc fuyr leur malueillance. qui eft la caufe pour laquelle les Iurif-
confultes, ôc magiftrats ont amplement traidé des peines, bien peu
toucheaux loyers. Etcombien quelêniot de mérité fe prend en bon- °* Aitmshîùti*o r «. /v quam mérita dc-nepart, comme dit Seneque, toutesrois nous en vferonsindifferem- frendunt.iib.i.de
ment, ôc félon la façon populaire de parler. Or tout loyer eft honnora- bendk*
ble,ou proffitable, oui vn,&l’autre enfemble : autrement ce n’eft pas
loyer, parlant populairement, ôc politiquement : puifque nous fom-
mes au my lieu de la Republique, &non pas aux efcholes des Acadé¬
miques, & Stoïciens, quin’eftiment rien proffitable qui ne foithon-
nefte, ny honnorable s’il n’eft vtile. qui eft vn beau paradoxe, ôc neant¬
moins du tout contraire aux reigles politiques,qui ne balançentiamais
le proffit au contrepoix d’honneur, car plus les loyers ont en foy de
proffit, ôc moins ils ont d’honneur : ôc toufiours le proffit raualle la
lplcndcur, ôc dignité de l’honneur. Et mefmes ceux-là font plus efti-
^ez, ôc honnorez,qui employent leur bien pour maintenir l’honneur.Par ainfi, quand nous parlons des loyers, nous entendons lestriom- Diuers io*
pbes,ftatues,chargeshonnorables,eftats, offices,0 benefices,dons, yers*
Jmmunitez,de toutes, ou de certaines charges.comme de tailles,d’im- beneficiis*L
^4 DE LA REPVBLIQVEDifférence pofts, de tutelles, daller en guerre : exemptions des iuges ordinaires,"
du loyer & lettres deftat, debourgeoifie, de légitimation, de foires, denoblcf-
du bienfait, fe de cheualeric, Ôc autres femblables. Mais fi l’office eft dommagea¬
ble, & fans honneur, ce n eft plus loyer, ains au contraire ceftehar-
Differenoe ge, ou peine. Et ne faut pas confondre le loyer auec le bien-fait : car
d’ottroyer le loyer fe donne pour mérité : &!le bien-fait pat grâce. Et tout ainfi
les loyers en queles Republiques font diuerfes, auffi la dift ribution des honneur^
leftat po- ôc loyers eft fort différente en la monarchie, & aux eftats populaires,
pulaire,& ôc Ariftocratiques. En leftat populaire les loyers fontplus honnora-
en lamo- bles que proffi tables : car le menu peuple ne cherche qu’à faire fon pro-
narchie. fit, fe fouciantpeu de l’honneur qu’il ottroye voluntiers àceux quile
demandent, le contraire fe fait en la monarchie, où le Prince quidi-
ftribue les loyers, eft plus ialoux de l’honneur, que duproflit:&met
mes en la tyrannie, le Prince n a rien plus àcontreeueur, que de voir
fon fuget honnoré, ôc refpedé : craignant que la friandife d’honneur
luy donne appétit d’afpirer plus haut Ôc d’attenter à leftat : ou bien que
le naturel du tyran eft tel, quil ne peut voir la lumiere de vertu:com¬
me nous lifons de l’Empereur Caligula, qui eftoit ialoux, & enuieux
de rhonneur qu’on faifoit à Dieu mefmes ; ôc l'Empereur Domitian,
ores qu’ilfuft leplus lafche, ôc couard tyran qui fut onques, fieft-ce
qu’il ne pouuoit porter qu on fift honneur àceux qui mieux lauoyent
gfUoLtmiaUA" mérité,ains il les faifoit Courir: Quelquesfois auffi les Princes au lieu
de rccompenfer les hommes illuftres , les font mourir, bannir , ou
condamnent auxprifons perpétuelles pour la feureté de leur eftat.
Ainfi fift Alexandre 1e Grand à Parmenion fon conncftable: Iuftinian à
Belliflàire : Edouard 1111. au Comte de Vvaruich , ôc infinis autres
lefquels pour loyer de leur prouefle ont eftétuez, ou empoifonnez,
i, iamoribusger. ou mal traitez des Princes. Et pour cefte caufe Tacite efeript1 queles
Alemans attribuoyent à leurs Princes tout rhonneur des beaux ex-!)loits qu’ils faifoient : pour fe defeharger de l’enuie qui fuit de près
a vertu. Auflî ne -voit-on point que les monarques, ôc moins enco¬
res les tyrans ottroyent les triomphes, & entrées honnorablesàleurs
Le rix ôc ^u§cts 5 4ueMuc grande vidoire quils emportent fus les ennemis
h~ neur de a^ns au contraire, le fage capitaine pour triomphe au retour de fa vi-
h vidoire ^°*rc baillant la tefte deuant fon Prince dit, Sire , voftre vidoire
des foldats ma ores 4UC k l>1^ncc n 7ay t aucunement affîfté. car ccluyeft au ca i comman^c > nierite k prix d’honneur des exploits qui fc font,
e au capi megïlES en populaire : comme il fut iugé entre le Conful Lu-
tamc* dace , ôc Valere fon lieutenant : fus le differend que ils auoyentf)our le triomphe, que Valere prétend oit luy appartenir, d’autant que
e Conful eftoitleiourde la bataille abfent. Auffi peut on dire , que lePrince
LIVRE C I N QV I E S ME.princeeft toufiours celuy auquel ertdeu l’honneur de la'viâoirc,orcs
qu’il s’abfentele iour de la bataille : comme faifoit Charle cinquiefme,Roy de France, qui baiiloit fes armes àl’wp defes gentilshommes, &fe
retiroitdelapreflè, craignant tomber entre les mains des ennemis :&
pour cefte caufe fut appelle Sage, ayant veu combien laprife de fon pe¬
reauoit .coufté à laFrance . Autant peut-on dire en l’eftat populaire,
quelles vidoires des Capitaines appartiennentau peuple, foubs les en-
feignes duquel on a combatu: mais le triomphe pour loyer eftdecre-
téau Capitaine : ce qui n’eft pas fut en la Monarchie .Quieft laprinci-
pale,& peut eftre la feule occafion pour quoyil y a toufiours eu plus
grand nombre de vertueux hommes és eftats populaires bien ordon- RaisS pour
nez, qu en la Monarchie: d’autant que l’honneur, qui eft le fèul prix de. quoy les e-
vcrtUj eft ofte, oubien fort retranché à ceux qui le meritent en la Mo- ftats popu-nirchie, &otroye en ieftat populaire légitimé, & bien reiglé, mefme- laires ontment au raid des armes: car d autant que l’homme de cueur haut & ge- plus d’hom
nereux,eftime plus 1 honneur que tous les biens du monde,il n’y a dou- mes illu-
te qu il ne faenhe volontiers fa vie & fes biens, pour lagloire qu’il en ef ftres que les
peie. Et plus grands feront les honneurs,plus y aura d’hommes qui les Monar-
meritetont. c’eft pourquoy la République de Rome a plus eu dé grâds chies.
Capitaines, de fàges Senateurs, d’eloquens Orateurs, & de fcanansTu-
nkon ul tesïqoe les au très Republiques Barbares, Greques ou Latines,
carxeluy qui atioit mis en route vne légion d’ennemis, il eftoit à fon
chois de demander le triomphe, ou pour le moins vn eftat honorable:& nepoDiuoit faillir à l’vnou à l’autre. Et quant au triomphe, qui eftoit
tepras hautpoind d’honneur, où pouuoit afpirer le citoyen Romainil iryauoit peuple foubs le eiel, où il fuft plus magnifiquement fôlenni-zequ en Rome .car celuy qui triomphoit faifoit vncentree plushono-
feroit en fon Royaume, traynant fes ennemissen-
ceinez apres fon chariot, oùil eftoithautefleué,& reueftu de pourpre
l; . *>aecûmpaigné de l’armee vidorieufe, braue des depoinlles:
auec vn (on de trompettes: & clairons rauifTans les cueursdes hommes
partie deioye & d’alegrefTeincroyable,.partie d’eftonnement& admi’
m n, partie de îaloèfie &ajipetLt d’obtenir les mefines hônneursi. Et
Polyèe, tîe qui plus enflambëit la ieuneffe au prix d’hon^
imitaientlesftarues triomphales tireesau vi^des.ôâFes.&ayeuls de x-cwUy.nin.triombKait.nmïr.lW^n.n««<>.^r?^;j^]..o 1 ■ n Roman,üm-vir* -c v w^ruwiyruuiji^Kijapiianiesîen^raon.Eej^à^moiqsceofeqai.rnouràiBtcftoi&loüézirabliqiicmôt-hornnW^811^ ^?n r dé leur vie paffee :&non îiuleiia'erit les t.u .
fcavl *ai^? a ^ernraes? commeinous lifons^n1 TiteLiue, le Matronis henor
f3 S P^effhèurs* mauunlsees prix^dlion-^ * ie ûerts qu,ilplus neceflaireèlaiieunefle, comme. [£nisIaud*tio ^
566 DE LA REPVBLIQVEdifoit Theophraftc , laquelle eft embrafee d’vne ambition honne-
fte:& lors quelle fe voit louer, alors les vertus boutét & prennent pied
ferme.aufli Thomas d'Aquin eft d'auis qu'il faut paiftre vnieunePrince
de vraye gloire,pour luy donner le gouft des vertus.il ne faut donc pas
s’efbahir s'il n’y eut onques peuple qui ait produit défi grands pcrfon-
na°-es,& en fi grand nombre : caries honneurs qu’on otroyoit ésautres
Republiques, n'aprochoient en rien à ceux là qu’on decernoit cn Ro¬
me. C’eftoit bien vn grand prix d’honneur en Athenes, & auxieux
olympiques d’eftre couronné d’vnecourône d’or, en plein theatre de¬
uant tout le peuple, & loue d’vn orateur: ou bien d'obtenir vne ftatue
de cuiurc, bouche à court cn l'hoftel de ville, & le premier, ou des pre¬
miers lieux aux feanccs d'honneur,pour foy & pour les fiés : cc que De-
mochares requiftaupcuplepour Dcmofthene, apres auoir fait récit de
fes loüanges. cn quoy il n'y auoit pas moins de profit que d’honneur,
mais les Romains pour faire entendre que 1 hôneur ne doit eftre eftime
au profit, n auoiét courSnc plus magnifique que celle de grain & d’her¬
be verde,qu'ils eftimoient plus precieufe que toutes les couronnes d'or
des autres peuples. Aufli iamais elle ne fut dccrctec finô a QJabius Ma-
ximus,furn5méCun<ftatcur,aucccetiltre,Patriæ s e r v a t o r i.
En quoy la fagefle des anciens Romains eft fort loüable, d’auoir par
mefme moyé chafle le loyer queftuaire, & l’auarice, & engraué l’amour
de vertu és cucurs des fugets auec le burin d honneur. ôc au lieu que les
autres Princes font fort empcfchczà trouuer argent, epuifer les finan¬
ces,vendre leur domaine,fouler les fugcts, confifquer les vns, depoüil-
ler les autres,pour recompenfcr leurs efclaues(côbien que la vertu nefe
peut cftimer à prix d’argent ) les Romains n otroyoient que les hon¬
neurs. Et la moindre chofc que raportoient les Capitaines eftoit le pro¬
fit . & mefmes il y eut vn foldat Romain, qui refùfa vne chaine d’or de
Labicnus lieutenant de Cefar, pour auoir hazardé fa vie couragcufe-
ment contre l’cnnemy, difant qu’il ne vouloit le loyer des auaricieux,
mais des vertueux, qui eft l’honneur qu’il faut toufiours mettre deuant
les yeux d’vn chacun : & toufiours on verra, comme difoit Thcophra-
fte,bouter,& fleurir les vertus : mais il ne faut pas faire que la vertu fui-
ue^ains qu elle pafle deuant l’honneur; comme il fût ordonne par le de-
cretdesancicns Pontifes, quand lcConfulMarc Marcel eut Fonde vn
temple à l’honneur, & à la vertu : afin que les veux, & facrifices de 1 vn
nefiiflentcofus auec l’autre, il futaduifé défaire vn mur metoyen,pour
feparer le temple eri deux, en forte toutesfois qu’on paflaft par le tem¬
ple de Vertu, pour entrer au temple d’Honneur. Aufli n’y auoit-il que
les anciens Romains, à bien dire, qui entendoient les mérites de ver¬
tu & le vray poin£t d’honneur. Car combien quele Sénateur Agnppa n’<auoitpaslaifle de quoy faire fes funérailles ,my le Conful Fabri-
LIVRE C I N QJV I E S M e. fëjcius, ny le Didateur Cincinat de quoy nourrir leurfamille, fi eft-ce
que IVn'flic tiré de la charrue à la Diclature: l’autre refufa la moitié
des Royaumes de Pirrhus, pour maintenir fà réputation & fon hon¬
neur. Iamais, dicTite Liue , la République ne fut mieux garnie de
grands perfonnages que de ce temps là: ny les eftats, ôc honneurs ne
furent onques mieux diftnbuez qu’ils eftoient alors . Mais quand ce
précieux ltfycr.de vertu eftant communiqué aux vicieux ôc indignes,
deuienc contéptible ôc mefprifé de tous, il fe tourne cn rifee ôc déshon¬
neur : ainfi quil aduint desanneaux d’or,que la Nobleffe de Rome get-
ta,voyantFlauius afranchi d’Appius,homme populaire, pourueu de
leftat de grand voyer,ou ÆdileCurule,qu on n’auoit accouftuméde
bailler finon aux Nobles qui plus eft à craindre,ceft que les gens debien ne quittet du tout la place aux mefehas, pour n’auoir part ny com¬
munication auec eux : comme fift Caton le ieune, lequel eftant pris au
fort auec plufieurs autres iuges pour iuger Gabinius, ôc voyant qu’ils
tendoient afin d’abfolution, eftâs corrompus de prefens, fe retira delà
rote deuant tout le peuple, & rompit les tablettes qu’on luy auoit bail¬
lées; Ainfi firent en ce Royaume les femmes pu diques, qui getterent les
ceindures d’or,defendues à celles qui auoient fouillé leur honneur, les¬
quelles neantmoins portoient laceindure d’or.&lors on dift,cjue bon-
nerenommee valoit mieux que ceindure doree. car toufiours les o-ens
/ devenu ont portéimpatiemment d’eftre egalez aux mefehans au loyer
d’honneur.'N’a Ion pas veu, que le feul moyen que trouua Charle v i r.
pour faire quitter l’ordre à mil perfonnes indignes qui l’auoient arraché
par prix ou par prieres,fu t l’ordonnâce qu’il fift, que les archers du crUet
deParis porteroient l’eftoile, comme ils font encores, qui eftoitla mar- t * i
que de 1 ordre (aind Oüan ?^Iors tous les Cheualiers du defordre quit- i j>j
terentl’eftoile. comme en cas pareil le peuple d’Athenes caffa la loy de o,1?loftracifme,parhquellelesplusgens debieneftoient bannis dupays °
pour dix ans,quand Hyperbolus,lVn des plus mefehans hommes d’A- VeItU‘thenes,y eut efté5 condamné. C’eft donc chofe fort dangereufe&per- ^WinNici*.
nicieufe en toute Republique,d’otroyer les honneurs,& loyers fans dif-
cretion,ou védusà prix d’argent: combien que ceux qui penfent aque-
nchonneur, en payant leurs eftats, s abufent autant, que ceux qui pen¬
sent voler auec les ailes d’or d'Euripide: faifant de la matiere la plus pe- Leprixd’ho
iante ceqLu doit eftre le plus leger. Et alors le plus precieux trefor, qui neur four¬
ni honneur, fe tourne en deshonneur: & depuis quVne fois l’hon- neencontu
aeur eft perdu, alors on fe débordé impudemmét cn tous vices ôc mef- melie quâd
enancetez: ce qui n’auiendra iamais, fi la diftrikution des loyers, & ileftotroyé
«s peines eft reigleé par iuftice harmonique, comme nousidirons fur aux ind i-
« ùn de ceft œuure . Si le triomphe eft decerné au Conful, c eft la gnes,
Conque les capitaines ôc lieutenans emportent les eftats & offices:Bb ij
568 DE LA REPVB11QJEles gens de chenal les couronnes 6c cheuaux : les foldats auffi ayent
Proportion partauxharnois,armes 6c depoüilles. 6c au département des offices,
harmoni- qu’on ait égard auffi à la qualité des perfonnes : aux Nobles les Con¬
que en ladi fulats, &gouuernemens: aux roturiers, lesTribunats, & autres menus
ftribution offices propresà leurs qualitez, 6c mérités.&neantmoins fila vertu eft fides loyers, grande, 6c illuftrc en vn roturier, en vn foldat, qu’il furpaffe tousles au- :j
très, ceft bien raifon qu’il ait part aux plus grands eftats, comme il futarreftéparla loy Canuleia, pour appaifer les feditions d’entre les rom- iriers Sc la Nobleffe Romaine, mais qui voudroit toutà coup d’vnrotu- >rier, qui n’a iamais veu les armes, faire vnConful, vn cheualier de l’or- Idre,vn Conneftable,il n’y a doubte qu’il effaceroit la dignité des loyers, ;6c mettroit tout l’eftat en combuftion. Anciennemét pour faire vn fim- £pie Cheualier,il n’y auoit pas moins de difficultez, qu’il y a maintenât à jifaire vn Colonnehil falloit bien l’auoir mérité, 6c fe préparer auec gran- jode folennité. Et mefmes les Princes du fang 6c les enfans des Roys, ne- $ftoient receus Cheualiers finon auec fort grade ceremonie, comme on -wpeut voir de faind Loüys, quand il fift cheualier fon fils aifné Philippe |11 i.qui depuis auffi paria cheualier Philippe le Bel,l’an m.cclxxxiih. ^&ceftui-cy,fes trois enfans, prefens tous les princes. & qui plus eft, le iCRoy Frâçois i.apres la iournee de Marignan, fe fift pafler Cheualier par &le capitaincBayard prenant l’efpee de luy.Mais depuis que les cafaniers J,& poltrons emportèrent auffi ce prix d’honneur,les vrais Cheualiers :[fn’en firent plus d’eftime : de forte que Charle vi. au fiege de Bourges, |en fift plus de cinq cens bannerets,& plufieurs autres cheualicrs,qui n’a- ^
uoient point de puiffance de leuer banniere qui cn leuerent, commedit Monftrelet. Ainfi aduint-il de la Ceindure militaire,quelesEmpe- jf ’
reurs donnoient par honneur commele Collier de l’ordre:& l’oftoientpar contumelie,comme fift l’Empereur Iulian a Iouinian, 6c autres ca- Jpitaines Chreftiens. 6c l’honneur de Patritiat, que les Empereurs d’O- ^rient eftimoient le plus hautpoind d’honneur , & de faueur,n’eftoit Jotroyé du commencement qu’aux plus grands princes 6c Seigneurs: ^comme nous lifonsquel’Empereur Anaftafe enuoyalordredePatri- 1tiat au Roy Clouis en la ville de Tours.mais depuis qu’on l’eut commu- ‘niqué à gens de baffe condition, & indignes d’vn tel honneur, perfon- ^ne n’en fift plus conte.qui fait que les Princes font réduits àccftenecet rfi té de forger de nouueaux honneurs,nouueaux prix,nouueaux loyers, ^
come ïdouart m.cn Angleterre fift l’ordre de fainft George. 6c quafiau mefme temps,c’eft à fçauoir le v i. Ianuier m. c c c L i. le Roy Iean in- ^ftitua l’ordre de l’Eftoilc au chafteau fàindOüan. & long temps apres J°|
philipp.es ii.DucdeBourgongne inftitua l’ordre de la Toifon d’or: ôcquarante ans après Loüys x i. Roy de France, l’ordre fâind Michel: ^
come auffi depuis les Ducs de Sauoye ont inftitucl’ordre de l’Annon-ciade. %M
LIVRE CI NQJ^IESME.
ciade,&autres princes ontfàitleséblable:pour honorer du titredeChe-
ual.erie ceux qui le méritée,ôcqu o ne peut recopenfer d’autres bienfaits.Mais le premierarticle de Tiaftitution de la Toifon,qui fut faite le x.Ian-
uier M.ccccxxix.porte qu’il n’y auroit cheualier de Tordre qui ne fuft gé-
tilhôme de nom,&d’armes,& fans reproche, le fecod article ne permet L ordre de
de porter autre ordre de quelque Prince que ce foit,fino du gré ôc con- Frâce d’An
lentement du chef de l’ordre. le v 11. article ne veut, que les diffenfions alcterre Ôc
perfonelles des Cheualiers entr’eux,foiet decidees par autres iuges que deBour^ô-
çeux de l’ordre:lequeI eft eftably en corps,&: college, auec Chancelier, ane. &
Treforier,Roy d’armes, greffier/ecl particulier de Tordre, &iurifdi&i6 &
fouueraine,fans appel ny requefte ciuile. Loüys x i. à l’exemple de Phi¬
lippe Duc de Bourgongne, quil’auoit nourry au temps de fa fu y te, in-
ftituant l’ordre S. Michel en corps, ôc college : le premier iour du mois
d’AouftM.ccccLx ix. employa les articles que i’ay touchez: & tous Articles no
lesautres articles portez en l’ordonnance delà Toifon :& en outre au tabjcs tjrcz
xxxvn. article, il eft porté que le iour que le chapitre de l’ordre fera te- Jes ordoa.
nu,qu il fera fait examen des Cheualiers l’vn apres l’autre, qui fe retire- nances de
root pendant la cenfure : ôc puis feront rappelez,pour ouyr les remon- Loüys x i>
ftrances,cenfûtes ôc condânations delà bouche du Chancelier de l’or- fus /ordre
dre: ôc au x x x v 11 i.article il eft porté, qu’il fe fera auffi examen, ôc cen- fe £rance
fure du fouuerain, ôc chef de Tordre, qui eft le Roy, comme des autres,
pour foufrir la peine,& corre&ion a Taduis des freres de Tordre,fi le cas
y efcliet,& s’il a commis rien quifoitcotre l'honneur, eftat, ôc debuoir
de cheualerîe, Ôc contre les ftatuts de Tordre :ôc auxuii. article il eft
porté,que fi le lieu de Tvn des Cheualiers viét à vaquer, le chapitre pro¬
cédera a nouuelle eledtion d vn autre:& ne fera la voix du fouuerain co¬
tée que pour deux : ôc fera tenu tant le fouuerain, que les autres cheua¬
liers de 1 ordre , faire ferment folennel à Tentree du chapitre, d’eflirele
plus digne qu’ils cognoiftront,fans auoir égard à hayne, amitié, faueur,
lignage,ou autre occafion qui peuft emouuoir le iugement de l’hom¬
me de confeil loyal, veritable, & non fufpedh lequel ferment fera fait en¬
tre les mains du fouuerain, depuis le premier iufques au dernier. &au
dernier article y a claufe expreffe, que le Roy, ny fes fucceffeurs, ny le
chapitre de 1 ordre ne pourra derogeraux articles de l’ordonnance.Voila fommairementl’inftitution del’ordre, ôc college d’honneur le
pl beau,ôcleplus Royal quifut onques en Republique du mode pour
attirer,voire pour forcer les cueurs des hommes à la vertu.Peut eftre on
pourroit dire,que le premier article portât le nombre de xxxi.en Tor-
re de la Toifon, ôc de x xxv i. en Tordre de France, ôc de x l. enTor-
re faind George,inftituéà Vvindefore, tranche le chemin à la vertu,Jjüil eft exprefTément defendu au dernier article des ordonnances de
oüysonziefmed accroiftre le nombre, ores que le Prince fouuerain,
tout le chapitre fuft de ceft aduis. mais i’eftime que c’eft Tvn desprin-B b iij
j7o DE LA REPVBLIQVEcipaüxarticles quil falloit garder, pour euiter aux inconueniens qu on
Nobre ef- auoir veu au nombre effrené de l’ordre faind Oiian. car le nombre eft
frené de 'aflez grand pour receuoir ceux qui mérit eront telhonneur: & moins il
Cheualiers y en aura,& plus il fera defiré de tous: come au ieu de prix, qui eft d’au-
de lordre a tant plus auidement fouhaité, que chacun l’efpere, ôc peu qui l’empor- (
ruiné l’or- tent.car en ce nombre n y font pas compris les Princes fouuerains, auf- ,
dre. quels on fait prefent de l’ordre par honneur feulement:autrementils ne (]
peuuent eftre obligez aux ordonnances, & retenir les droi&s, ôc mar- 3
ques de fouueraineté. Et combien que le nombre fuft petit, fi eft-cc j
quil ny auoit que quatorze Cheualiers quand l’ordre fut inftitué, qui '
font nommez en l’ordonnance:& du temps du Roy François premier, ■;
le nombre ne fut iamais remply. aufli eft-il certain, qu’il n’y a rien qui
plus raualle la grandeur du loyer,que le communiquer à tant de perfon¬
nes. Et pour cefte caufe,plufieurs voyans le peu de prix qu’on faifoit de •
l’ordre, ont obtenu que leurs feigneuries feroient erigees en tiltre de
Comtez,Marquifats,Duchez:& en peu de temps le nombre eft creuen r
telle forte,que la pluralité acaufé lemefpris,&laprouifionde Charle f
AouftIJé6,lcli?* neufiefme, par lequel il eft ° ordonné, que de lors en auant les Du chez, “
Marquifâts, ôc Comtez feront vnis à la Couronne, fi les Ducs,Marquis, 11
Ôc Comtes meurent fans hoirs mafles iflus de leurs corps : ores que lef-
dites feigneuries n’euflent efté anciennement du domaine. Qui eft vn 3ie
edit bié neceflaire pour réfréner l’ambition infàtiable de ceux qui n’ont £11
mérité ces tiltres honorables,defquels le Prince doit eftre ialoux. Et ge- ,13l
neralement en tous dons, loyers, ôc tiltres d’honneur, il eft expedient 131
pour donner plus de grâce au bien fait, qu’il n’y ait autre que celuy qui ®
tient la fouueraineté, qui l’otroye à celuy qui l’a mérité, qui s’en tient ^
beaucoup plus honoré,&plus fier, quand (on Prince mefme luy a don- j®
néfonloyerj’aveuj’aouyjacareffé. Aufli le Prince fur tout doit eftre
ialoux,que la grâce de fon bienfait luy demeure, ôc chaflerdefaCour i\
les vendeurs de fumees, ou les chaftier comme fift Alexandre Seuere, njf
qui en fift attacher vn au pofteau, comme dit Spartian, ôc le fift mourir ifi1
à force de fumee, faifant crier parla trompette, Ainfi periflent de fu- ïcj
mee les vendeurs de fumees. Il eftoit domeftique de l’Empereur,&fî lu
toft qu’il fçauoit le nom de celuy que l’Empereur vouloit gratifier d’vn üii(
honneur,d’vn eftat,il alloit au deuât luy promettre fa faueur, qu’il ven- ont
doit biencher, & comme vne fàngfue de cour,humoitlefang desfu-
getsau deshoneurdefbn Princedequelne doit auoir rien plus cher que
la grâce de fes dos,& liberalitez:au tremét s’il endure q fes dorneftiques ^
luy derobét les faueurs des fugets, il y a dâger qu’en fin ils ne fe facét de ^feruiteursmaiftres:comefiftAbfalon,lequelfem6ftrâtgracieux&courtois à to9les fugets,abufantdes charges honorables,offices,&benefîces, ^en les donant foubs lafaueur du Roy fon pere à qui bo luy fembloit,luy ^vola, dit l’efcriture, le cœur des fugets, & le chafla du throfne Royal. ^Nous
LI V RE GIN qvi ES ME* 571fsJoüslifonsauffi^d’Othonjqu’aVant receu deux mil cinq cens efcus f-Trân^uiUa
poar vue difpéfe q l’Empereur Galba dona à fa requefte, il les diftribua Vendeurs
aux Capitaines des gardes:&fut le principal fondement d’enuahir le- defumees
ftat, apres auoir fait tuer Galba. qui reffembloit à l’aigle, que l’Empe- pernicieux
rcur Iulian mettoit en fon blazon, laquelle arrache fes plumes, defquel- £ yn cftar
les On luy préparé des fléchés pourlatirer. Pour mefme occafion les
Roys iffus de Merouee, ôc de Charlemaigne furent chaffez de leur eftat,
parlesMaires duPalais^uidonnoiéttouslesoffices, & benefices à qui
bon leur fembloit, fans que les Roys s’entremeflaffent derien donner,
ccd pourquoy Loup Abbé de Ferrieres, efcriuoit à Charle 1 r i.Roy de
France quil fe gardaft fur tout,que fes flateurs, ÔC courtifans ne luy
rauiffentlagracedefesbien-£iits.Onme dira quil eft impoffible quvn
Prince refuie fesfreres, fa mere fes enfans, fes amis. Il eft bienmal-aifé
denefehapper. maisi’ay veu vn Roy, lequel fe voyant importuné de
fon frere pour autruy,luy dift en la prefence du pourfuyuât, Mon frere,
pour cefte heure ie ne feray rien en faueur de vous, mais bien pour l’a¬
mour de ceftuy-cy, auquel il ottroya gracieufement ce que demandoit
fon frere. Mais fi le Prince veut fe lafeher du tout au plaifir des fiens,on
pourra bien dire qu’il n’eft qu’vn chifre, qui donne toute fa force aux
autres, & ne referue rien pour foy. Ilfaut donc qu’il cognoiffe leso-ens
de bien,& de vertu.Et neâtmoins que les requeftes qu’on luy fait pour
obtenir quelque chofe, pafTent par les mains de quelques grands per-
fonnages,& de fes plus loyaux feruiteurs, lefquels deftournent les pour-
fuyuans,fi la chofe qu’ils demandent eft iniufterou pour le moins qu’ils
la communiquent au Prince à part,afin qu’il fè préparé d’y refpondre,&
qu’il ne foit furpris.Et par ce moyennes importuns feroient rebutez par
les gens de bien, & n’auroient point d’occafion d’eftre mal contents du
Prince qu’ils penferoient n’en auoir rien entendu; ou bien qui auroit
payé l’importun de raifon pertinente. En quoy 011 a,° loüégrandement
1 Empereur Tite, parce que iamais il ne laiffoit perfonne mal-content, °‘TraquiLln
foit qu’il ottroyaft, foit qu’il refufàft ce qu’on luy demandoit :& pour
cefte caufe fuft appelléles delices du gère humain. Ioint auffi que Pim- La raif^n
portun demandeur, fçaehant que fa requefte fera veuë, leuë, examinee pour
par vn Chancelier,ou maiftre des requeftes fàge,& entendu, ne fera pas L 3 jI-
du tout fi hardy de pourfuyure chofe iniufte. Car il n’y a iamais faute de neUr & de °
nateurs, & demandeurs impudents autour des Roys, qui n’ont autre vemifont
but,que de humer le fang,ronger les os.fuccerlamoüelledes Princes, ôc fmf
des fugets : & ceux qui plus ont mérité de la Republique, font ordinal- iuae<; in ■ rç
rement les plus eflongnez : non feulement pource que l’honneur leur oll^ m •
d deflater, ôc beliftrer les loyers de vertu, qu’on leur doibt offrir: ? n
juns auffi pour la difficulté des frais, ôc defpéces qu’il faut faire à la pour- C
uite,& bien fouuent fans aucune efperance.Et s’il aduient que leur pla-
cet foit regette, ils n’attendront pas le fecod refus, non plus que fift Cal-Rb iiij
57Z DE LA R E P V B L I QJV Elicratidas Capitaine Lacedemonien, des plus vertueux de fon aage .le¬
quel fut moqué des courtifans du ieune Cyrus, par ce qu’il neut pas la
patience de faire longtemps la cour: 5c au contraire Lyfandre flateur,ôc
s.piutar.inLyfan. COL]rtlfan s’il en fut onques , obtint tout ce qu’il8 demanda. L’homme
paifible, 5c honteux en ce cas fe trouue eftonné, ou les impudens rem¬
portent,&fçauent la couftume des Princes, qui ayment toufiours ceux
aufquels ils ont plus fait de bien, 5c la plufpart d’entr’eux hait ceux auf-
quels ils font plus obligez. 5c à dire vray, la nature du bien-fait eft telle,
qu’elle n’oblige pas moins celuy qui le donne, que celuy qui le reçoit:
&: au contraire l’a&ion de grâces, 5c recognoiffance eft fafcheufe,
Raiso pour- mefmemét aux ingrats: 5c la vengeance leur eft fort douce: dequoy Ta-
quoy on eft cite rend la raifon,quand il dit,Proniores ad'vinditfamJkmtis^uam adgra-
plus propt tîam:cjuiagrdtia oneri^ltio in quœflu ° habetur. Et combien que plufieurs
à fe vanger, Pnnces ne payent, ôc ne donnent rien que des paroles, neantmoins ils
qu’à remer- tiennent vne ombre de promeffe.qu’on leur afait, pour vne forte obli¬
ger. gation.Encores y a- il vn autre poind,qui empefthe ou retranche le fa-,
rnfunxquàmmc- laire des gens de biemc’eft que file fage Prince fait vn don, s’il accorde
madefeendunt. yn placet)Vnoffice, vn priuilege, vn beneficeà qui que foit, deuât quil
en puiffe iouyr, il luy couftera la moitié du bien- fait : encore bien fou¬
uet les promeiïes font bien cher vendues,5c Ion n’emporte rien : qui eft
vne maladie incurable^finon auec peines rigoureufes. à quoy il eft bien
neceffaire de pouruoir,p uis qu’il eft ainfi que'la peine, 5c le loyer font les
deux plus forts liens, qui puiffent retenir la Republique en fon eftat. Le
plus beau moyen d’y remedier, ce feroit que le Prince fift apporter 5c
deliurer le don, 5c s’il eftoit poflible qu’il en fift luy mefmes prefent
quand la perfonne eft illuftre:car le don venant en cefte forte de la main
du Prince, a plus d’efficace, 5c de puiffance que cent fois autant donné
parautruy à regret,ou retranché pour la plulpart. Il y a mefme iugemét
delaloüange que le Prince donne de fa bouche à celuy qui le mérité,
qui a plus d’effed, que toutes les richefles qu’on fçauroit donner : & le
blafme eft vn eftoc poignant à merueilles les coeurs des hommes genc-
reux pourles forger de bien faire. Mais il eft impoffible de voir iamais
La plus dan la diftribution des peines 5c loyers tant que les Princes mettront en véte
gereufe pe- les eftats,offices,& benefices : qui eft la plus dangereufe, &: pernicieufe
fte des Re- pefte qui foit és Republiques.Tous les peuples y ont pourueu par bon-
publiques nés loix:& mefmes en ce Royaume les ordonnances faind Loüys portée
eft la trafi- infamie à ceux qui auront interpofé la faueur de quelques vns,pour ob-
que des of- tenir offices de iudicature,qui a efté affez bien executee iufques au Roy
fices 5c be- François premier : ôcfe gardent en Angleterre à toute rigueur: comme
nefices. i’ay fçeu par M. l’AmbaffadeurRandon Anglois : ce qui eft auffi bien
eftroittement ordonné par l’edit de Ferdinand bifayeul maternel de
Philippe,faitlan m.ccccxcii. oiilaformcd’eflire lesofficesdeiu-
dicature eft portee: 5c que no Je pue dan fvenderinj trocar, officias de Alcalin
LIVRECIN QY I E S M E. 573ny algMZiladgo,fiy regimento ny vejntesquatria3ny fiel executoria>ny iurade-
ria. Il n’eft pas befoin de mettre par efcritles inconueniens & malheurs
quiaduiennecàux Republiques pourla trafique des eftats: carceferoit
chofe infinie,& par trop cogneuëd’vn chacun. Toutesfois il eft pl9 dif¬
ficile de perfuader en leftat populaire,que telle marchandife eft bonne,
qu’en leftat Ariftocratique, où les plus riches tiennent la fouueraineté:
car c eft le moyen qu’ils ont pour forclorre des eftats le menu peuple
qui veut auoir part aux offices en l’eftat populaire, fans payer finance. ôc
neantmoins il eft mal-aifé de bien garderies defenfes, quand le menu
peuple tire profit pour eflire les hommes ambicieux. Quant au Monar-
que,la pauureté quelquefois le contraint,de cafter les bonnes loix, pour
fubueniràfes affaires.Et depuis qu’vne fois on a fait ceft ouuerture,il
eft prefque impoffible d’y remedier.la loy 5 Petilia defendoit daller aux % anno ab v. c.
foires, & affemblees pour mandier la faueur, & la voix des citoyens: &
mefmes laloy1 Papiria ne foufroit pas quon portaft la toge blanche. la yTLSsTbab
loy1 Calpurnia declaroit incapables à iamais demâder office tous CeUX 2 anno DCtXXXVI.
qui feroiét condamnez d’ambition ;} hormis celuy qui en auroit accu- L. '
fé,& conuaincu vne autre : & celuy qui auoit fait condamner fon com- ,;.cS£0p»sÎL
petiteur comme ambitieux, il4 emportoitfon eftat. Depuis les peines cSro^roMu
furent augmentees par la loys Tullia, publice à la requefte de Ciceron:
car il fift ordon ner, que le Sénateur condamné d ambition feroit banny
pour dix ans. Toutesfois les plus riches ne laiffoient pas d’y contreue-
nir, & enuoyer leurs couratiers en lafTemblec des eftats, auec grandes
Tommes de deniers, pour corrompre le peuple. de forte que Cefàr pour
n auoir au Confulat homme qui luy fift cefte, offrit à fon amy Luceius
autât d argent qu’il en fàlloit,pour achcpter les voix du peuple, dequoy
leSenat eftant aduerty, ordonna vne grande fomme de deniers à fon
competiteurMarcBibulepourachcpterlavoixdu peuple,comme dit
Suetone. Cela fe fift fus le déclin de l’eftat populaire, qui fut renuerfé
pourcefte occafion. Car il eft bien certain que ceux-là qui mettent en
vente les eftats,offices,^ benefices,ils védent auffi la chofe la plus facree
dumonde qui eft la iuftice:ils vendentlaRepubliqueàls vendét lefang
des fugets: ils vendent les loix:& oftant les loyers d’honeur,de vertu,de
fçauoir,de pieté,de religion, ils ouurent les portes aux larcins, aux con-cuffions,à lauarice,à Tiniu ftice,à l’ignorance,à l’impitié,&pour le fairecourt a tous vices, & ordures. Et ne fautpoint que le Prince sexeufe fus
apauureté: cariln’y aexeufe du monde véritable, ny vray» femblable, t •
^chercherla ruine d’vn eftat fous le voile de pauureté. Combien que • ° •
c eft chofe ridicule à vn Prince de pretendre la pauureté, veu quil y a Dr cnS(l^1
|i°P m°yens d y ôbuicr,s'il y veut entendre. Nous lifons que iamais j i» jïant
Empire Romain ne fut plus pauure,ny plus endebte, que foubs l’Em- Je_ ^
pire de Heliogabale monftré de nature: Et toutesfois Alexandre Seuere ° CCS
°n uccefTeur, 1 vn des plus fages, & vertueux Princes qui fut onques,
tf.Sp&rtian.7 .Spartian-574 DE LA REPVBLIQVEn endura iamais la vente des offices:& dift tout haut en plein Sénat, n on
6 patiœrmercatorespotettatum. Et neantmoins ce bon Empereur rauala les
charges,Si impofts,de telle forte que celuy qui payoit x x x i.efcu fous
Heliogabale,ne payaqu vn efeu fous Alexandre: Encores auoit-il déli¬
béré nen prendre que le tiers,s’il eut vefeu. mais il ne régna que xi 111.
ans,âpres auoir aquité les debtes de fon predecefleur, ôc fouftenu les ef¬
forts des Parthes, & des peuples de Septentrion, taillant l Empire fleu-
riflant en armes,& en loix. Vray eft que fa maifon eftoit fagement rei-
gleéjlcs prodigalitez excelTmes retrâchces, les dons echarfemcntdiftri-
buez,leslarrons efclairez de fi près, qu il n’en refehappoit iamais vn dot
il euft cognoiflànce: aufli les auoit-il en extreme 7 horreur. Il eftoit fe¬
uere: mais cela non feulement rendoit fa maiefté plus grande, ains aufli
faifoit que les flateurs,& rats de Cour n ofoientapprocher de luy.Nous
auons monftré cy deflus,que la douceur dvn Prince, & niaife fimplici-
té eft pernicieufeàvn eftat.DepuisquelegradRoy François deuintfus
Taage auftere, & peu acceflible, les flateurs, Ôc fangfuës de Cour vuide-
rcn't, &: peu à peu il menagea fi bien qu’il fe trouua apres fa mort quitte,
ôc dixfept ces mil efcus en ïcfpargne,outre-le quartier de mars qui eftoit
preft à receuoir : ôc fon Royaume plein de fçauans hommes, de grands
Capitaines,de bons Archite&:es,& de toutes fortes dartifans,& les fro-
tieres de fon eftat iufques aux portes de Milan, ôc vne paix afleuree auec
tous les Princes.Et combié qu il auoit eu plus d’affaires, Ôc plus d’enne¬
mis que Roy qui fuft de fon temps, ôc payé fa rançon: fi eft-ce qu’il em¬
bellit ce Royaume de beaux ôc grands edifîces, villes,ôc fort erefles. mais
lafacilité,& trop grande bonté de fon fuccefleur, a fait, peut eftre, que
douze ans apres le Roy Charle i x. trouuareftat endebté de quarante ôc
trois millions, quatre cens quatre vingts trois mil neuf cens trente ôc
neuf liures,comme i’ay par Teftat des finances, & les pays de Piedmont,
de Sauoye,& tout ce qu’on auoit acquis en trente ans perdu : ôc le refte
bien engagé.Ie ne d’y point combien la France decheut de la fplendeur,
ôc dignité qu’elle auoit eu:combien les grands perfonnages furent eflo-
gnez de leur degré, les vertueux hommes rabaiflez, les fçauans mefpri-
fez. Et tous ces malheurs font aduenus, pour auoir prodigalemet don¬
né les eftats,offices, benefices, ôc finances aux indignes : ôc foufert l’im¬
punité des mefehans. Si doc le Prince veut laiffer la peine aux Magiftrats
ôc Officiers, comme nous auons dit qu’il eft expedient, ôc diftribuer lesloyers,à qu’il appartient deuant les biens-faits peu àpeu.-afinquela grâ¬
ce en foit plus durable, ôc les peines tout à coup : afin que la douleur
cn foit moins griefue à celuy qui foufre, ôc la crainte engrauee plus auat
au coeur des autres: en ce faifant il remplira non feulement fa Repu¬
blique de gens vertueux, & donnera la chafle aux mefehans,qui eft le
comble de la félicité des Republiques : ains aufli bien toft il aquitera fes
debtes,s’il eft endebté: & s’il eft quitte, il conferuera le trefor de fonefpargne.
LIVRE c I N QJ/ I E s m E. 575fpargne. Ec afin que le Prince ne foit furpris en donnant, il eft expediét
jeffîettre enexecution vnctrefbelle, & ancienne ordonnance de Phi¬
lippe de Valois, verifiee cn la Cour de Parlement, & en la chambre des
Comptes : par laquelle il fut arrefte, que tous dons du Roy feroiét nuls,
s’ils ne contenoiétlesdonsprecedens ottroycz auxdonataires,&aleursredeceffeurs. la vérification eft en date de l’vnziefme May m.cco
XX X n i. mais deux ans apres l’ordonance fut reuoquee, par le moyen
deceux qui auoient fenti combien cela leur portoit de p reiudicc, & fut
dit quil fuffiroit que la dérogatoire y fuft appofce5com me i’ay; apris des
anciens regiftres delà Cour. Il y a encores vne autre ordonnance de
Charle vin. qui porte que tout don au deffus de cent liures fera véri¬
fiée .mais depuis on y afait tant de fraudes, qu’il s’eft trouué homme fi
hardi en ce Royaume dece vanter en la plus belle aflemblee qui fuft
lors, auoir acquis outre les eftats qu’il tenoit, cinquante mil liures de
bonne rente, & toutesfois qu'il ne ic trouueroic pas en tous les regiftres
delà chambre vn feul don à luy fait: iaçoit qu’il fuft tout notoire qu’il
n’auoit bien que du Roy. Il ne faut donc pas s’efmerueiller des grandes
debtes,puis que les finances font efpuifees fi excefliuement,& dvne fa¬
çon fî eftrange, que celuy qui plus en a receu,£üt à croire qu’il n’a rien
eu.Combien que donner tant à vne perfonne, ores qu’il meritaft bien,
non feulement efpuife les finances d’vne République,ainsencores inci¬
te les mal-contents à feditions, &: rebcllions:& l’vn des moyensde con-
ftruervn eftat,en fagradeur^eft diftribuer lesdoâ, ôdoyers à plufieurs,
afin de contenter vn chacun, & queles vns facent contrecarre aux au¬
tres. Encores le Prince bien aduifé doit doner echarfement aux impor¬
tuns, & offrir à ceux qui ne demandent rien, pourueu qu’ils méritent,
car il y en a qui ne peuuent iamais rien demander, ny mefmes receuoir
quad on leur offre:comme difoit Antigon Roy d’Afie,qu’il auoit deux
amis, donc l’vn ne pouuoit eftre affouuy, & à l’autre on né pouuoit riert
Êire prédre.Et enuers telles géns,Denys le vieux feigneur de Syracufefe Dons faits
portoit fagement : car à nous,dit Ariftippe, qui demâdons beaucoup il enfeureté.
donne peu*.& à Platon qui ne prend rien, il donne trop, c'eftoit donner
feuremeiK, & retenir la grâce,&l’argent. Combien que les Princesont
plufieurs moyens de bien-faire* & gratifier, autrement que par argent,
qui eft moins eftimé en u ers les gens d’honneur, qu vn bon regard, vn
W vifage, vne alliance, Vn mariage, vne gratieufe recoghoifTancc. &
quelquesfois le bien-fait eft tel , qu’il apporte autant, ou plus de profit
àcebyquirottroye,qu a celuy qmlexeçoit.Çharle v.Empercur eftant Gentille ru
ta retour en Efpaignerpoùr rccognoifTance de ce qu il debuoitau Duc fe del’Emr
de Calabre(quiiÜauoit refufé/lacouronne, ôple Royaume d'Efpaigne à pereur
^y prefenté par les eftats, ores qu’il fuft prifonnier) il le retira de prifon, Charle y.maria à la plus*iehe Princeffé qui fuft lors^ veufue du Roy Ferdi-
tond.dequoy le peuple recoutgfand contentement: le Duc grans biés,
576 DE LA' REPVBLIQVEhonneurs, & liberté : l’Empereur l’amitié du Duc,l'amour du peuple, & 'la feureté de fon eftat, fans rien debourfer : & qui plus eft ilcmpefchoit 1par ce moyen la vefue d’efpoufer vn Ptince eftranger,& bailloit au Duc fvne femme aagee,& fterile, afin que la lignee du Duc, qui pretédoit le >Royaume de Naples luy appartenir, faillift en luy. C’eft donc l’vn des iprincipaux poin&s que le Prince fe doibt mettre deuât les yeux, que fes (<dons, ôdiberalitez lefacent d’vncœuragreable. Car il s’en trouue de fî fimal gratieux, qu'ils ne donnent iamais rien fans reproche : ce qui 0fte ifcdu tout la grâce au bien-fait: & mefmement fi le bien-fait tient lieu de *loyer, & recompenfe. Les autres font bien pis, c’eft qu'ils donneront ilpôner vne toufiours vn eftat, vn officëpvne confifcation à plufieurs, (ans aduertir cchoie à plu- ny les vns,ny les autresrqui n’eft pas vn bien-fait,ains vne iniurexar c’cft pfleurs eft setter la pommed-’onentreles fugets, pourle9 ruiner: auflî voit-on que jnpernicieux lesdonataires bienfbuuentferuinentenproces,ou fètuenr les vns les jjàvn eftat. autres. Et au lieu que le Brinceles deuoit entretenir en amitié mutuelle: [(& gaigner leur amour,&obeiflance, il perd le tout enfemble. Qui eft uvnclourdefauteen matière d’eftat, & neantmoins couftumiere à plu- j!fieürs Princes, &fbndee furvn faux principe, qu’on aprend aux jeunes 'jPrinces j Qu’il faut eftre libéral à tous, ne refùfer rien à perfonne, afin de |gaigner les cœurs d’vn chacun : &-neantmoins la fin eft du tout contrai- *re àce qu’ils ont propofé, donnant vnemefme chofe à plufieurs. Et de ™ne refufer rien àperfonne, cen’eft pas eftr.eliberal, ny fage : ainsau con- *traire,prodigue,&lndifcret. Le Prince doit eftre non feulementliberal, “,!maisaufli magn jfique : pou rueu que de magnifique, il ne deuienne pas îprodigue: car de prodigue,il deuiendrok bien toft exaéteur, & d’exa- ,T
deur tyran :&apres auoirdonné tontcequ’il auroit, il donnerait ce
Loix de li- ^u’ifn'auroitpasiLesloixdeliberalicéccsmmâdentqu’onregardcbienberalité. àqulon dohneicoènbicn oh donne,ên quel temps,en quel lieu,à quelle !ïfin, & la puilfànce de celuy qui donne, mais le Prince fouuerain doibt Jf«rçhïïaQ eBâutreregarderqueleloyer.foitprealkbleaudom&qu’ïlrecornpéfe ».'i: ;; : ï prçnricremét ceux qui ont m'erité , deuant que donner à ceux qui n’ont *§'rien mérité: & fur tou t mefurer fes largeffes au pied de fa puiflancc. Les *,1Romains pourïbulager la pauureté diiarace le borgne ( qui auoit tout fitlèul&uftenularmeedes!cmnemi$,& fàuuélaville du fie) luy donne- <»<Eenf^rn4ç,urnatutcrre;'CGftoitbeauicoup,carilsn’auoientalorsque ijtcîib.i. deuxtiedës;d'eftcndtiepo«r tout tetritoire. Mais Alexandre le grandy «ici«.Q^curfe. Plat. ^ donnoitlcS Royaumes, &fcs; Empires les talents à milliers : chofe top,-m ali:;.-*. > quifclWtbienfèàntcâfighindeur,8aiMiefté. Alphonsvi RoyideCa- >f0* ftilfedonhabienlëRoyauine de Pottugal à Henry de Boulonguedé fcj,des R&yi lân^fondëLomine, diiquçl£bntifrus.<lcs léoys de Portugal, depuii i, |deP'ottô^' ’ cinq^eaBcinquari teàns«s/eftoitpatjr loyer defàvertu , & en mariage ^gai. fit fiant défaille baflrardgaiuéc'luy.: MÂSs-xncorcSfuml blafmé d’auoii* w.
donné vn fi beléftat jVeuxjurlejfiéitalors.nxftoit gueres plus grand,Auffi ^
L IV R E C I NQV I E S M E/ 577Auffi peut on dire que la couftume des anciensRomains eftoitloüa-
ble,de nourrir aux defpens du public les trois iumeaux dvne portee,
pour loyer, ôc mémoire de l’heureufe vidoire des trois Hora-ces ju¬
meaux. mais la loy de Solon qui vouloit que les enfans de ceux qui
eftoyent morts en guerre, fuflent nourris aux defpens du public, 11e
fut pas long temps entretenue, ores quelle fuft pratiquée ancienne¬
ment en toute la Grece,comme nous lifons en Ariftote au liure 1 r.
chap. y. des politiques : parce que telle loy epuifoit les finances. Si
on die que la grandeur, ôc libéralité d’vn Prince ne feroit pas cognuë
s’il ne donnoit qu’à ceux là qui le meritent: ceft chofe bien feanteà
vn grand Prince, que la magnificence : & ne doibt Ion pas trouuer
jnauuais, fî vn Prince prend vnfingulier plaifir d’efleuervn petit com¬
pagnon , ôc en faire vn grand Seigneur : pourueu qu’il ait quelque .
chofe en foy qui le mérité ; autrement le Prince qui furhauffe vn hom¬
me du tout indigne par deflus les gens de bien, ou qui le met au rang
des plus grâds perfonnages, faifant bictt à Wnfil &it iniure à tous les au¬
tres : comme il fut rernonftré par le confiftoire des Cardinaux au Pa¬
pe Iule du Mont, lors qu’il donna fon chappeau de Cardinal à vil
ieune garfon qu’il aymoit, que c’eftoit grand deshonneur , de recc-
uoir celuy qui n auoit en foy ny vertu ^.ny fçauoir, ny nobleffe, ny
biens,ny marque aucune qui meritaft, comme ils difoyent d appro¬
cher d’vn tel grade. Mais le Pape s’addreliant aux autres Cardinaux,Quelle vertu, dift-il, quelle nobleffe, quel fçauoir, quel honneur a- _ « ^
liez vous trouué en moy polir me faire Pape ? alors ils cogneurent J. P0ry
qu’il auoit raifon. Or il eft bien certain , que le Prince vitieux , laf- ^acetieu*e
che, ôc indigne de la perfonne qu’il fouftient, n’en veut point d’au- . ^aPc
très que de fon humeur : comme l’Empereur Heliogabale monftra S 111*
lors qu’il donna les plus grands eftats, ôc enrichift les plus deteftables
vilains qui fuifent en tout l’impire. Qui fut l’occafion principale que
fes fugets , ôc fà garde mefmes irritez fe rebellerent contre luy ôc fà
mere,& les firent mourir dé la mort la plus vilaine qu’ils peurenti-
niaginer. Mais fans chercher fi loing, nous en auons veu la preuue de¬
uant noz yeux: où chacun a peu cognoiftre, que le defdain qu’on a
eu, que les iuftes loyers.|des fugets, ôc gens de bien, eftoient diftribuez
aux vicieux, eftrangers, & indignes, a mis le plus beau Royaume de
1 Europe en combuftion. car il s’eft trouué que l’an m. d. l x x 11. les
dons font reuenus à deux millions fept cens mil liures: ôc l’année fui-
uante deux millions quarante ôc quatre mil liures, ôc l’an m. t>. lxx-
1111. il fut donné cinq cens quarante ôc fept mil liures : ôc les fix
mois enfuiuant 011 donna neuf cens cinquante ÔC cinq mil liures : fans
y comprendre les penfions, qui n’ont point efté moindres de deux
Cens mil liures. & la plufpart de ces finances font prouenues de la ven-
tc des offices, au plus offrant, qui eft le comble de tous les malheurs:Cc
î7g DE LA REPVBLIQJVEau lieu que par les ordonnances de France, d’Angleterre, ôc d’Efpaigae
les achapteurs deuoyent eftre declairez infames:lefquelles ordonnances
Couftume ^ befoin de reftablir: ôc mefmes renouuellerla couftume loüable
loüable de Praticlu^e i°u^s l’Empcreur Seuere, qui faifoit publier par affiches le
Alexandre nom de celuy 4U ^ vouloitpouruoir de qlquegouuernemétpermettât
Seuere * chaeü de l’accufer,fur peine toutesfois de la vie au calumniateur: difât77. Lamprid. in que c’eftoit grande honte d’eftre moins foigneux de la vie d’vn gouuer-
Aiexandro. neur,que les Chreftiens eftoyent de la qualité de leurs furueillans, quivfoyent de telles affiches, &les examinoyent à toute rigueur, au para¬
uant que les receuoir. Quieft beaucoup plus expedient que lacouftu-
me de Syndiquer, de laquelle vfent les Venitiens, Geneuois, Luquois,
Florentins,apres que l’officier eft forti de fa charge. Car le mauuais Ma¬
giftrat , Ôc concufïionaire en donnant vne piece de pain aux chiens qui
l’ab oy ent, pour leur clorre la bouche, fàuuera fes larcins, ôc là vie par
mefme moyen. Il feroit beaucoup plus expedient de preuenir la mala¬
die, que d’atendre quelle foit venue pour la chafle r. Toutesfois il vaut
mieux tard que iamais : affin pour le moins que la crainte du Syndicat
retienne les officiers en leur debuoir. Mais l’ordonnance de Solon c-
ftoit encores meilleure, par laquelle la vie des officiers eftoit exami-
nee deuant ôc apres l’office, comme nous lifons aux plaidoyez deDe-8. Demofthen. m mofthene 8. Ayant donc fait l’examen de la vie, ôc des meurs de ceux
Tcg«0&cQûwaTi qui afpirent aux eftats, offices , benefices, cheualeries,exemptions,
mareum. immunitez , dons , ôc loyers : fi leur vie eft foüillee, ôc mefehante,non feulement on les doibt rebuter, ains auftl les doibt Ion punir: ôc
diftribuer les loyers aux gens de bien , félon le mérité dvn chacun,
ôc par proportion harmonique , bailler la bource aux plus loyaux,
Vraye di- les armes aux plus vaillans ,1a Iuftice aux plus droicfo,la eenfure aux
ftribution plus entiers,le trauail aux plus forts, le gouuernail aux plus fàges, la
des eftats ÔC prelature aux plus deuots : ôc neantmoins ayant efgardà la nobleffe,
offices. aux richeffes, à l’aage, à la puiffance d’vn chacun, ôc à la qualité des
charges & offices, car ce feroit chofe ridicule , de chercher vn luge
guerrier, vn Prélat courageux, vn foldat confcientieux.S'IL EST BON D3 J KM ER ET U-guerrir lesfugets > fortifier les villes, & entretenirU guerre *
oG h a p. v*
LIVRE CINQJIESME* ]79este queftion eft des plus hautes qu’on puiffe former
en matière d eftat, & peut eftre des plus difficiles à re¬
foudre pour les inconueniens quipeuuetrcfulter d’v-
ne part ôc d autre,que ie mettray le plus fommairement
que faire ce pourra,&ce qu’il me femble pour le mieux
laiffant toutesfois la refolutio aux plus fàges politiques»Car de fuiure l’opinion d’Ariftote Amplement^fouftenir que la vil¬
le doibt eftre bien munie,& fortifie^ ôc en affiete commode pour faire
fortir larmee, & d’acces difficile aux ennemis, ce n’eft pas decider les
difficultez qu’on peutfaire, afçauoir fi cela doibt auoir lieu en la Mo¬
narchie , auffi bien qu’en l’cftat populaire , ôc en la tyrannie autant
qu’en l’eftat Royal, attendu que nous auons monftré cy deffus que
les Republiques contraires les vnes aux autres , ou bien fort diffé¬
rentes , doibuent fe reigler par maximes contraires, ôc différentes.Ioint auffi que pour bien aguerrir les fugets, il n’y a rien plus contrai¬
re que fortifier les villes, veu que la fortification d’icelles, rend les habi¬
tans lafehes ,& couars, tefmoing Cleomenes Roy de Lacedemonne,le¬
quel voyant les hautes fortereffes d’vne ville, ô, dit-il, la belle retraite ^al^ospour
pour les femmes. Et pour cefte caufe Lycurgue legiflateur, ne voulut m°n^rer
onquesendurer qu’on fortifiaft la ville deSparte, craignant que lesfu- (lui^nc^iut:
gets, en s’affiurant de la force des murailles, perdiffent laleur : cognoif- ^olt^er ^cs
fant bien auffi qu’il n’y a point de plus belle fortereffe que d'hommes:
quicombatront toufiourspour les biens, pourla vie, pour l’honneur,
pour leurs femmes,&enfans,pourleur patrie, tant qu’ils n’aurontaucu-
ne efperance de recours à leur fuite, ny de retraite feure pourfe fàuuer.
ces deux chofes font doc cotraires,à aguerrir les fugcts, ôc fortifier leurs
places:carles hommes vaillâs,& duits aux armes,n’ont que faire de cha-
fteaux:& ceux qui font enuironnez de places fortes, ne veulet point de
guerre. Auffi voit-on encores que les Tartaresen Scythie, ôc lesÆthio-
pes Arabes en Afrique, font eftimez les plus belliqueux: & toutes¬
fois ils n’ont autres fortereffes que de pauillons, Ôc quelques bourgades
fans murailles nyfoffez. Et mefmes le grand Negus, ou Prefteian qui
eftle plus grand Seigneur de toute l’Afrique,&auquel cinquante Roys
ainfi1 qu’on dit,rendent la foy ôc hommage, pour toutes murailles, ôc v^n
chafteaux n’a que fon1 pauillon:hormis lafortereffe fituee fus la croupe i. François Alua-
dumont Anga,outous les Princes du fang font nourris foubs bonne îhiop^ucf0116^
garnifon,affin qu’ils ne diuifent les fugets les vns des autres par fa&ions.Neantmoins on tient qu’il n’y a Princes foubs le ciel plus reuerez, ny fu¬
gets mieux trai&ez , ny plus redoubtez des ennemis qu’en Æthio-
Ple 5 ôc en Tartarie. Combien que les fortereffes ne feruent pas de
grand chofe au iugement des plus grands capitaines , qui tiennent
que celuy eft maiftre des places , qui eft maiftre de la campaigne. On
vit allez apres la iournee d’Arbelle en Caldee, où le dernier DariusCe ij
$$o DE LA REPVBLIQVERoydePerfefutmis en route, quil ny eut ville ,ny fortereffe en tout
l’empire des Perfes qui tint vn feul iour 3 contre Alexandre le grand,
iaçoit qu’il y en euft vn nombre infini, & le vainqueur n’auoit que
trente mil hommes. Apres que le capitaine Paul Æmyl eut gaigné la
bataille contre Perfeus Roy de Macedoinc, il n’y eut pas vne feule vil¬
le qui fift refiftance : ains en vn moment ,ce grand, ôc puiffant roy¬
aume fe rendit. Apres la iournee de Pharfalc,ou Pompée fut vaincu,
toutes les villes, ôc places fortes d’Oricnt, qui au parauant eftoyent
clofes à Cefàr, luy furent ouuertes fans difficulté. Et fans aller fi loing,
on fçait affez que après la vidoire duRoy Loüys x 11. contre les Vé¬
nitiens, il fut aufli toft maiftre des villes : comme il aduint cn cas pa¬
reil, apres la iournee de Marignan, tout le pays Milanois, villes, &
fortereffes fe rendirent au Roy François, Ôc fi toft qu’il fut prisàPa-
uie,tout fut perdu pour luy par delà les monts. Mais il y a bien v-
ne raifon plus neceffaire , qui peut empefeher de fortifier les villes,
c’eft à fçauoir la crainte que l’ennemi entrant leplusfort au pays,naît
occafion de le retenir, par le moyen des places fortes, fans lefquel-
les il fe contentera de fourager, ôc palier outre. Ce fut la raifon pour
laquelle Ian Marie de laRouereDucd’Vrbin, rafa les places fortes de
fon pays, 8c fe retira à Venize , s affeurant bien que le Comte Va-
La plus bel- lentin y venant auec l armee Ecclefiaftique ne le pourroit garder, e-
le fortereffe ftant hay à mort, & le Duc aymé ôc adoré des fiens .-comme de fait
eft lamour aPrcs la mort d’Alexandre il y fut le trcfbien venu : ôc tous les autres
desfugets. feudataircs dcl’Eglife pris,ou tuez en leurs fortereffes. Et pour la met
me caufc,les Geneuois apres la iournee de Pauie s’eftans réuoltcz con¬
tre le Roy de France,aflîegerent,& forcèrent la lanterne ..puis la raferent:
comme aufli firent les Milannois du caftel lof, au parauant que les
Sforces en fuflent Seigneurs : affin que les Princes eftrangers deflors
en auant ne les affugetiflent par le moyen de la fortereffe. Autant en
fift le peuple de Syracufe , de la fortereffe de Laccadine : ôc les Ro¬
mains des villes de Corinthe, Carthage, Numance , qu’ils n’euffent
iamais rafees, fi la fortereffe de Lacrocorinthe, ôc les autres places de
leur nature fortes ôc fortifiables, ne les euffent pouffez à ce faire, affin
{ Ltuiui iib. h. °lue ^es hâbitans ne s* en peuffent preualoir, comme auoit fait Philippe
Les citadel- le ieune, quiappelloitles villes de Corinthe, Chalcide, ôc Demetrias,
les donnent les cntraues,& feps delà Grecc,defquelles T.Flaminius fift fortir la3 gar-
occafio aux nifon pourlesafranchirdelafêruitudedesMaccdoniés,& oftcrlacrain-
Princes de te des Tyrans.Qui eft vne autre raifon des plus fortes qu’on puiffe auoir,
tyrannizer, pour ofter l’occafio aux Princes de tyrannizerles fugets,come font ceux
ôc aux fu- qui s’affeurent des citadelles, que les anciens appelloycnt nids de tyran-
gets de fe re nie, Ôc les tyrans les appelloy ent chaftiuillains,par mefpris, ôc contume-
uolter, lie des pauures fugets. comme Salomon fut le premier qui fift vnecitadelle
MLIVRE CINQVIESMEv s%tcitadelle en Hierufalem , ôc commencea lors à mal traittcr les fugets
donnant occafion à fon fucceffeur de continuer, ôc aux dix lignees de
fereuolter ôc faire vn Roy àpart. car telles citadelles mettent toufiours
le Prince,Ôc le fuget en defiance îvn de l’autre, qui eft la mere nourrice
d’inimitié, crainte, & rébellion. Et tout ainfi queleschafteaux, ôc cita¬
delles donnent occafion aux mauuais Princes de trauailler les fugets:auf
files fortes murailles des villes donnent bien fouuent occafion aux fu¬
mets de rebellion contre leurs Princes,& Seigneurs,comme i’ay remon¬
tré cy deflus. C’eft pourquoy les Roys d’Angleterre ne foufrent pas vu
des fugets rem parer fa maifon , non pas mefme faire vn foffé : ce qui eft
encores plus eftroittement defendu en tout le pays de Mofcouie : pour
euiter les rebellions des fugets, qui font incitez à ce faire, fe fians en
leurs murailles : comme les habitans de Teleffeau Royaume de Thu¬
nes, qui s’afleuroyent tellement de leurs murailles, qu’ils tuoyent or¬
dinairement leurs gouuerneurs, ôc ne pouuoyentfoufrir de comman¬
dement. le Roy de Thunes y alla auec vne puiflànte arm.ee , ôc leur
demanda , Qm viue ? ils refpondirent la muraille rouge : mais ayant
forcé la ville, il la rafà , & fift paffer tout an tranchant de l’efpee tous 4-Léon d’Afrique
les4 habitans .-comme fift Annibalà Sagunte, Sulla à Athenes,l’Em-
pereur Seuere à Bizance, Dagobertà Poitiers,Nabuchodonofor, ôc
Vefpafianàla ville de Hierufalem, qui s’eftoyent aufti reuoltees pour
la fiance qu’ils auoyent aux fortereffes d’icelles: ôc vn nombre infini
d’autres, lefquelles ayans mangé iufques à leurs enfans, à la parfin ont
efté rafees, ôc les habitans exterminez , qui euffent compofé , fi les
places fortes ne les eufîentabufez: car Ion voit ordinairement queles
villes mal fortifiées, ôc qui ne peuuent longuementfoufrir le fiege, j^çs v|jj s
ont accouftumé de cheuir, ôc chaffer l’ennemi pour quelque fomme f0jk]es "
de deniers: fans infamie, ny reproche quelconque : comme il s’eft veu 0fenttouf
(fans aller plus loing ) de la ville de Paris, qui n’a point efté prife de- - . U
)( puis que Cefar la forcea, ôc qui fuft rafee long temps a, fi elle euft c- r j S P° vE
U fié fortifiée, veu que tant de fois les ennemis l’ont menacee : mais elle j *
j( seft maintenue par traittez Ôc compofitions : ce qu’elle n’euft fait e- • *[j ftant bien fortifiée, foit pour crainte de reproche, ôc du deshonneur, ^Ue CC
){ qui fuir ceux là qui accordent auec l’ennemi, quand ils peuuent re-
^ fifter : foitpourfopiniaftreté des habitans, ou dfs chefs partifàns, qui
j!( ayment mieux mourir que ployerfoubs l’ennemi, ou quin’efperentia-
^ niais en refehaper, ôc voyant le feu en leur maifon, ils s’efforcent en la
)fj r^nant, ou par le fang de leurs citoyens ,1’eftaindre. Combien qu’il
(j ny avilie ny place fi forte qui puiffe longuement refifter aux machi-
nes j ôc artilleries, ôc moins encores à la famine, car fi les afliegez
|[( font en petit nombre , ils feront pluftoft las , ôc recruds : s’il y en a
J{ grand nombre ils feront pluftoft afamez. Si donques les fortereffes
i Ce iij
pi DE LA REPVBLIQJ/Edonnent occafion au mauuais Prince de tyrannizer,aux ennemis des’emparer du pays:aux fugets deftre coüars enuers lennenmy 5 rebellesàleur Prince,& feditieux entr’eux-mefmes,on ne peut dire quelles foiet 1vtiles ou neceflaires,ains au contraire dômageables, ôc pernicieufes aux 1
Républiques. Quant aux autres points, à fçauoir s'il faut aguerrir les fu-
gets,& chercher la guerre pluftoft que la paix,il femble qu il ne faut pasreuoquercela endoubte.Carnous debuonseftimer la Republique bié "
heureufe,ou le Roy eft obeiffant à la loy de Dieu, ôc de nature, les Magi
ftrats au Roy,les particuliers aux Magiftrats,les enfans aux peres, les fer-
uiteurs aux maiftres, ôc les fugets liez en amitié entr’eux &tous auecleur Prince, pour ioüir de la douceur de paix, ôc de vraye tranquillité de Jf
efprit. or eft-il que la guerre eft du tout cotraire à ce que i’ay did : ôc leshommes guerriers,ennemis iurez de cefte vie là. A uffi eft-il impoffible 10de voir vne Republique fleuriffante en religion,iuftice,charité, integri- ftédevie,&briefentoutes fciences liberales,&artsmechaniques,files fcitoyens ne ioüiffent d’vne paix treshaute,& afleuree : qui toutesfois eft 301la ruine des hommes de guerre, defquels on ne fait ny mife,ny recepte, $non plus que de leurs outils quand on eft en bonne paix. Et qui eft plus fennemi d’vn homme paifible, que le furieux foldat, dupayfan debon- ^naire:que le guerrier fanguinaire, du Philofophe, que le Capitaine : des ®fages,que les fols?Carleplus grand plaifir que reçoiuentles hommes de iguerre,c’eft de fourager le plat pays, voler les païfans,brufler les villages Jaffieger,battre,forcer,faccagerles villes,maffacrer les bons ôc mefehans, üieunes ôc vieux, tous aages ôc tous fexes,forcer les filles, felauer au fang Mides meurtris,foüiller les chofes facrees, razer les temples, blafphemer le «1nom deDieu,& foulleraux pieds tout droit diuin ôc humain. Voila les ânfruits de la guerre plaifàns,& aggreables aux hommes guerriers, abho- ionminables aux gens de bien,& deteftables deuant Dieu. Et n’eft befoing fcd’amplifier de paroles ce qu’on voit effeduer,&pratiquer en tât de lieux ique la memoire feule fait drefler les cheueux aux plus afleurez. S’il eft Lilainfi,il fe faut bié garder d’aguerrir let fugets, & les acheminer à vne vie %fi execrablerny chercher la guerre en forte quelcoque, finon en repouf- Jfefantla violence en extreme neceftité. car ceux là qui prennent les moin- Ldres occafions pour faire la guerre, reffemblent aux mouches, quinefe ^peuuent tenir fus vn miroüer bien poly. Ôc ne s’attachent fino aux lieux ^raboteux.&ceux qui cherchent la guerre pour s’agrâdir de la ruine des ^autres feront en perpetuel torment,tirant vne vie miferable: caria cupi- ^dité n’a point de bornes, quoy qu’en apparence ont promet fe conten- ^ter quand on aura conquefté vn Royaume, tout ainfi que l’efclaue ne ^demande qu eftre deflié:eftant deflié il defire liberté:afranchi qu’il eft,il ^demâde droit de bourgeoifie : de bourgeois il veut qu’on le face ma- ^giftrat : quand ileftau plus haut lieu des magiftrats, il veut eftre Roy: |aeftant
LIVRE C I N QJVTE S M E,' 585eftat roy,il veut eftre feul monarque:en fin il veut eftre Dieu.Combien
donc eft plus heureux vn petit Prince,vne petite Repub. ( cobien qu il
n’y a rien de petit ou il y a contentement)iouiffant d’vn repos afleuré,&
d vnepaix fans ennemis,fans guerre,fans enuie ? veu mefmement que la
frontière d vne Republique bien ordonnée , eft la iuftice , comme
dit Pompeeau Roy des Parthes, & non pas la pointe de la lance, com¬
me difoit le Roy Agefilaus. Voila quelques raifon dvn cofté: mais
auffi on pe ut dire d autre part, pour le premier point que les villes fans
murailles, font expofeesenproyed’vn chacun, & la vie des habitans,
toufiours à la merci des vns, & des autres. Et qui plus eft, il femble que
la ville defnuee de murailles,ne fert que d’alechement à touts ceux qui
voudront Penuahir, qui autrement nen auroyent point d’enuie, ôc
moins encores de puiflance, fi elle eftoit bien munie: comme ceux
qui vont par pays fans armes, inuitent les voleurs, ôc brigands aies tuer,
pour en auoir la dépouillé, car on fçait allez quele fac des villes, eft l’a-
morce des gendarmes : &que tel fera ennemi voluntaire de ceux qui
fot foibles,.qu’il n’oferoit regarder, s’ils eftoyent armez. Ioint auflî que
lapremiere,&prefque feule occafion d’aflembler les hommes cn focie-
tez& communautez, aeftépourlatuition, &deffenfe de chacun en
particulier, ôc de touts en général, &des femmes, enfans, biens,& pot
feffions, qui ne peuuent eftre en feureté, fi les villes font fans murailles
car de dire que les hommes feront muraille aux ennemis, cela peut
feruir quand il eft queftion de combatre : mais ceux qui fe peuuent dé¬
fendre, ne font iamais la quarte partie des habitans, veu queles fem¬
mes font toufiours en plus grand nombre que les hommes & puis les
enfans, les vieillars ,les malades,& impotents ne peuuent auoir recours
> finon aux murailles. Auflî eft-ce chofe ridicule, ce femble de dire que5 les hommes fans murailles feront plus vaillans : car fi cela auoit lieu, il
i ne faudroitny bouclier ny armes deffenfiues pour affronter l’ennemi:
f ainsilferoit auflî neceflaire de faire inhibitions, Ôc deffenccs de com-
iî battre autrement que tout nud: comme fift Ifàdasl’vn des plus beaux,1 [ & des plus vaillans gentilshommes de Sparte, lequel voyant Epamy-
! nondas auec larmee desThebains, qui eftoyent aux mains contre les
j Spartiates, pour entrer dedans la ville deLacedemonne, fe dépouilla
ü tout nud, oftant mefmes fa chemife : puis prenant vnePartifàne en vne
|ts tfiain, vne efpee en l’autre, va donner de pieds ôc de telle contre les Les incon-
|j. ennemis, où il fift beaucoup de prouefles, pour lefquelles il eut vne ueniens de
£i couronne de la feigneurie: maisilfut condamné àramende,poura-nauoir
uoirfi temerairement abandonné fà vie aux ennemis, fans s’armer au- point de
cunement. Aufli debuoit les feigneursde Sparte eftre condamnez en fortereffe.I vne bonne amende, pour auoir expofé leur peuple „ & vne fi grande
f viHe a la mercy des ennemis fans murailles. Combien qu’il y auoit des
\iï Cc iiij
5§4 DE LA REPVBLIQVEfoffez ,& rempars, autrement s’en eftoit fait alors queles ThebainsPak
fiegerent. fi doncques il eft vtil-c d’y auoir des foflez, il eftoit auffi vtilc
d’y auoir des murailles : ôc fi les murailles rendent les habitans poltrons,
couars,mutins,rebelles,ilfalloit donc auffi combler les foffez deLacede-
monne.Et defaidCleomenes Roy de Sparte ayant perdu la bataille de
Selafie,& n ayât où faire fa retraite, fut côtraint de s’en fuyr en Ægypte,
Ôc quitter fon eftat,ôc fon pays àPénemi qui entra auffi toft en la villede
Lacedemonne, fans aucune refiftance. Et fi les murailles rendoyentles
hommes couars, Lyfandre n’euft pas fait rafer celles d’Athenes, que
Themiftocle, &Pericles auoyent fait baftir, pour la tuition, &de-
fenfe de cefte ville là, qui depuis fut la plus fleuriffante de l’Orient*
De dire queles ennemis ne prendront pas pofleflîon du pays , fi les
villes ne font murees , qui les cmpefcheia cc pendant de bruller les
maifons, piller, faccager les villes ? tuer, ôc mafiacrer les hommes,for¬
cer les femmes , emmener les enfans efclaues, fuy uant la loy des guer¬
res anciennes, c’cft à dire, le droid des plus forts, toutes les hiftoires
font pleines de telles calamitez. Auffi peu d’apparence y a-il, depen-
fer que les villes foibles, ôc fans murailles, ny fortereîles, compoferont
auec l’ennemi, ôc ne voudront s’opiniaft rer : ains au contraire, l’enne¬
mi voyant Pentree facile , ne receura iamais accord raifonnable .* ce
qu’il feroit cognoiffant la difficulté qui pourroit eftre d’aflîeger, ôc
forcer vne ville bien munie.Dauantage qui doubte qu’vne petitefor-
tereffe n’arrefte bien fouuent vne grande, ôc puiffante armee? nous
enauons trop d’exemples. Ôc bien louuentceux qui affiegent, (e trou¬
vent en fin affiegez de maladies, de peftes, de famines, ôc pour vn
quieft tué dedans , on en tue cent des ennemis. La villede Conftan¬
tinople a fouftenu lefiege des Turcs huid ans , iufques à ce que les
affiegez furent fecourus des Tartares, ôc Paiazet auectoute fonarmee
deffaite. En cas femblable, le Roy de Fez louftint le fiege fept ans
:iquc dedans la ville deFauzara contrelcRoy deMaroc, duquel Parmeeen
fin mourut6 de pefte Pan m.ccccxii. ôc la villede Mccna fouftint
auflî le fiege fept ans, où les ennemis moururent pour la plufpart, ÔC
furent contraints de partir auec la honte , ôc perte des leurs. Et de
noftre aage la ville dc Mets, iaçoit qu’elle ne fuft à beaucoup près fi
fortifiee comme elle eft, toutesfois elle fouftint longuement larmee
de l’Empereur Charle v. ôc fift bouclier à toute la France,qui eftoit en
danger,fi l’Empereur n’euft trouué la ville bien munie, d’où il fut con¬
traint de partir fetrouuant luy mefmesaflîegé de faim,de froid, ôc dç
maladies diuerfes. Nous lifons auffi qu’il n’y eut onques armee, qui
fouftint vn feul iour l’effort dAlexandre le Grand : ôc neantmoins
il fut fept mois à tenir le fiege deuant la ville de Tyr , pendant le¬
quel temps il eftoit aifé au Roy de Perfc de pouruoir à fon eftat.Et fi les
LIVRE CINQJIESME* jSjHt fi les murailles rendoyent les hommes couars Ôc poltrons,pourquoy
lesRomains euffentils fortifié leur ville? or il eft certain qu’il n’y eue
onques de plus vaillant peuple. &Ieur feruit bien d’auoir bonnes mu¬
railles , quand Martius Coriolanus,lesTarquins,Annibal, & autres les
affiegerent, & bruflerent iufques aux portes, ôc mefmes apres que les
Gaulois eurent forcé & entièrement bruflé leur ville, s’ils n’euflent eu
recoursauCapitolc’eftoitfaitde leur eftat: comme il en euft pris aufli
au Pape, & Cardinaux, apres quel’armee de Charles de Bourbon eut
faccagéla ville, s’ils n’euflent eu recoursau Chafteau faind Ange, ou ils
furent aufli longuement afliegez, que les anciens Romains au Câpidol.Et chacun fçait que les pays fans fortereffes,font aufli toft conqueftez, fi
l’cnneüligaignc la bataille dedans le pays, comme nous lifons de l’An¬
gleterre que les Saxons con quefterent fus les anciens Bretons,qui en fu¬
rent chaflez, &les ennemis en prindrent pofleflion : après les Saxons,
les Danois y entrerent, qui s en firent feigneurs pour la plufpartrdepuis
Guillaume le conquérant,par le moyen d’vne feule vidoire,s’en fift fei¬
gneur abfolu,& enprintpofleflio.Etpendât les querelles de lamaifo de
Lancaftren, ôc d’Yorch, le Royaume fut perdu, ôc conquefté par trois ^
foisen fix mois: comme fi Henri fixiefme, Edouart quatriefme, Ôc le e
Comte de Vvaruich eu fient ioué à boute hors. Et combien que le m.c n\
Royaume en fin demeura à Edouart, neantmoins toft apres fa mort, 8 et^re co~
Richard fon frere Duc de Glo c eft re ,s’eftant fait Roy, fut chaffe par le ^uc ^ Par
Comte de Richement banni en France, auec peu d’ayde que luy don- ^rois 015 en
naleRoyLouys xi.ee qui n’eft point aduenu és pays fortifiez, où il lxmo s*
a lieu de retraide,pendant qu’on rallie fes forces.Qui fut la caufe que
es Romains ne campoyent iamais, qu’ils ne fiffent tranchees tout à
l’cntourducamp de xxv. pieds de largeur, ôc le plus fouuent auec pal-
liflades : ôc ne donnoyent iamais bataille, qu’il n’y euft garnifon en leur
camp pour la retraite, fi l’ennemi eftoit le plus fort:chofe qui les a rele-
uezde grandes pertes : comme le Capitaine Paul Æmyl difeourut fa- 7- TiteLiue Hure
gement7 deuant que donner la bataille au Roy de Maccdoine. Et pour Maiorcs noftri ca-
abregeï1, l’experience de tant de fiecles, ôc de Républiques des anciens îaomheTiaSi”-
Perfes,Ægyptiens, Grecs,Latins, Gaulois, Vautres peuples, qui ont ^^aTpu-11'
toufiours fortifié, &cotinuent de fortifier,munir,artiller,enuitailler,les
villes,ports,& places fortifiables,pour defendre,& affeurer les amis,co- «pcumEercn?
battre, Ôc refifter aux ennemis, nous fait cognoiftre qu’il eft neceflaire LTrar*«îamfT
d’en vfer ainfi. Et mefmes les Tartares, baftiffentà prefent, ôc forti-
fient leurs places depuis cent ans en ça. Car pour vaillant, ôc foft quç kabebati».
foit vn peuple , il ne pourra pas faire tefte longuement, ny vaincre
celuy qui fera fans comparaison plus puiflant. Voila les raifons cjui
peuuent feruir pour monftrer qu’il eft befoin de fortifier les villes.Nous ferons donc aufli mefme iugement qu’il faut aguerrir fon peuple.i
'5U DE LA REPVBLIQVECar puis que la defenfe de la vie ôc pourfuite des voleurs, eft de droit
diuin, naturel, & humain, il faut donc conclurre, quil eft aufli be¬
foin de duire les fugets aux armes , non feulement defenfïues, ains
auffi offenfîues, pourfaire bouclier aux bons, ôc rembarrer les met-
La cruerre chans. i appelle voleurs, ôc mefehans touts ceux là qui font iniuftement
à l^ennemy guerre3 & 4ui rauiffent à tort les biens d’autruy. Et tout ainfi quil
eft vnmoié ^aut vengeance des fugets voleurs, &brigans: auflî faut il despour entre- eftrangers, quelque tiltre Royal qu’ils portent: Celà eft fondé enla
tenir les fu- W de Dieu,ôc de nature, il y a d’autres confiderations particulières ou-
^ets en a- tre celà: c’eft à fçauoir que le plus beau moyen de conferuervn eftat, ôc
mitié legarentirde rebellions, feditions, ôc guerres ciuiles ,& d’entretenir
les fugets en bonne amitié, eft d’auoir vn ennemi, auquel on puiffe
faire tefte. Cela fepeut voir par l’exemple de toutes les Republiques,
ôc mefmes des Romains, lefquels n’ont iamais trouué plus bel anti¬
dote des guerres ciuiles, ny remede plus certain , que d’affronter les
fugets à l’ennemi. Et mefmes eftant vn iour acharnez entr’eux, l’en¬
nemi fegetta en la ville, &fe va faifir du Capitol, foudain ils s’accorde-
s Dîonyf. Haiy- rent 8 pour le chafler. Et quelque temps apres les Romains retombe-car.lib.y.Liuius * -T 1 1 rlib.?. rent en guerre ciuile, dequoy les Vejens s eltant aperceuz , le gette-rent enlaRomaigne: mais aufli toft les Romains s’accordèrent, &dc-
chargerentleur cholere fus eux, ôc ne cefferent qu’ils n’euffentraféleur
pihicipcstiêtruriç ville,& affcruitles habitans. Et au mefme temps les Princes4, ôc les peu-
populorum freme- P' es de la Tofcane,ayant coniuré contre leftat des Romains,tafchoient
efle Romanorum nourrirentr’euxles troubles Ôc feditions, difant que leur puiffance e-
fos feditionib. fa:- ftoit inuincible, ôc croiftroit toufiours, fî elle n’eftoit affoiblie , ôc
nemmxI'inLa'bé anéantie par guerres ciuiles, qui eft la feule poifonqui peut rendre les
Empires, Ôc Republiques mortelles, qui autrement feroient eternel-
gna imperia mor- les. En cas femblable les peuples d’Efpaigne s’eftant reuoltez contre
l’Empereur Charle v. iufques à contraindre le Duc de Calabre de pren¬
dre la couronne, ôc lors qu’ils eftoyent en armes les vns contre les au¬
tres ,1e Roy François i. y enuoya vne armee, qui recouura le Royau¬
me deNauaïre, ôc Fontarabie : foudain les troubles s’appaiferent en¬
tre les Efpaignols, qui d’vn commun confentement fe getterentfus
Le Haure ^cs Franǰis > & les chafferent du pays qu’ils auoyent conquefté. Et
de a race euft encores attendu , c’eftoit fait de leftat d’Efpaigne, commeprisoar les pleurs ont iuge. Et fans aller plus loing, nous auons vn exemple
Anglois fut dcce Royaume, qui eftoit cn grand hazard l’an m. d. lxii. fîl’An-
caufed’ap- gloisn’euft pris pied en France, s’eftant fàifi du Haure de Gracertoft
paifer les après les guerres ciuiles s’appaiferent, ôc les fugets s’accordèrent, pour
troubles de feruer fus l’ennemi commun. Dequoy l’Anglois s’eftant apperceu,a
la France. refolu de laifler les François fe battre les vns les autres , ôc attendre
qu’ils foyent ruinez de tout point, pour après enuahir le Royaumefans
LIVRËCINQVIESMË, 587ut fans difficulté, ny refiftance aucune. Mais ie retourne aux exemples
t des anciens ( ôc pléuft or à Dieu, que nous enflions faute d exem-
iis nies domeftiques) pour monftrer qu’il eft bien difficile, Ôc prefque
i impoffible , de maintenir les fugets en paix, ôc amitié, s’ils 11e font
d, en guerre contre l’ennemi. Cela fe peut voir cn toutes les hiftoires
u] des Romains, lefquels apres auoir vaincu les ennemis, auflî toft com-
ts niançoyentils à fe mutiner, qui fut caufe que le Sénat entretenoitles
Ii guerres, ôc forgeoit des ennemis s’il n y en auoit, pour fe guarentir
1 des guerres ciuiles ôc continuèrent iufques à ce qu’ils eurent eftendu
,| leurs frontières aux Orcades, à la mer-Atlantique, au Danube, à l’Eu-
i phrate, ôc aux deferts d’Afrique. & n’ayant plus d’ennemi qui leur fift
lit tefte, ils s’acharnèrent cruellement entr’eux, ôc d’autant plus cruelle-
Ks, ment que moins ils auoyent d’ennemis, ôc qu’ils eftoyent plus puiÊ
I fans : comme la guerre ciuile entre Cefar ôc Pompee : de laquelle par¬
le lanç Ciceron, difoit, Bellum pium ac neceffarium, cïuihm tamcn exitia-
l lilc y nifi Pompeius njicerit : calamitofum eriam fi njicerït. Et neantmoins
t elle fut encores plus cruelle entre Augufte, & Marc Antoine, qui fut;
k caufe que ljEmpereur Augufte ayant fait de leftat populaire vne mo-
narchie ne fut pas fî mal aduifé de caffer les quarante légions, mais il
t les enuoya és Prouinces, ôc fus les frontières des plus barbares nations,
f pour entretenir la difeipline militaire , ôc chafler le plus loing qu’il Lapremic-
v pourroit l’occafion de guerre ciuile. Mais l’Empereur Conftantin le rc occafion
i Grand , ayant fuiui le confeil de quelques Euefques , ôc miniftres de ruiner
t* mal informez des affaires d’eftat, caffa les legionaires. qui fut caufe f Empire
& defaire perdre l’ancienne difeipline militaire, ôc ouurir les portes aux des Rom-
k ennemis , qui depuis enuahirent l’Empire Romain de touts coftez: mains,
i pour 11’auoir pas feeu iuger que les loix , la iuftice , les fugets , Ôc
® tout l’eftat eft en la prote&ion des armes, comme foubs vn bou-* f clier puiflant. Encores y a il vn autre point bien confîderable,pour
monftrer qu’il faut entretenir la difeipline militaire, ôc faire la guer-
M' re, c’eft qu’il y a toufiours eu , ôc n’y aura iamais faute de larrons,£ï‘ meurtriers, faitneants, vagabonds, mutins, volleurs en toute Repu-l'li blique , qui gaftent la fîmplicité des bons fugets, ôc n’y a loix, ny en-6 magiftrats qui en puiflent auoir la raifon, ôc mefmes on dit en pro- ur Jer Ja
uerbe que les gibets ne font dreflez que pour les beliftres : car lesf * dits, ôc ordonnances en plufieurs lieux , reflemblent aux toiles des ^ ^
araignes, comme difoit Acharnafis à Solori, d'autant qu’il n’y a que
ol les mouches qui s y prennent, ôc les grofles beftes s’en iouent. Il 11’y n°ftS j Va~3 a donc moyen de nettoyer les Republiques de telle ordure, que de ^ -°n ---
J1 les enuoyer en guerre, qui eft comme vne medecine purgatiue, ôc
fort neceflaire pour chafler les humeurs corrompus du corps vniuer-
^ W delà Republique, Ce fut la principale occafion, qui meut Char-V
5*3 DE LA REPVBLIQJElesle (âge Roy de France , d’accorderaifemènt, &enuoyer Iefecours
au baftard deCaftille foubs la conduire de Bertran duGuefclinCon-
neftable, qui purgea la France-d’vne infinité de voleurs, comme fift
aufli Louys xi. à l’endroit du Comte de Richement: de non feule¬
ment l’vn, de 1 autre.nettoya laFrancede faitneants : ains aufli raporte-
rent rhonneur d’auoir reftablideux Roys cn le n r e ftat, d o nt ils eft oy e nt
chaffez,Outre les raifoiis que i’ay déduites, celle cy neftpas depeude
La crainte poids, c’eft à fçauoir qu’il «y a moyen plus feur d’entretenir vil peu-
des enne- pie au debuoir d’honneur, de de vertu, que parla crainte d’vn enne¬
mis tient les mi guerrier.Iamais,dit Polybe *,onn a veu les Romains plus vertueux*
fugets en ny les fugets plus obeiffans aux magiftrats, ny les magiftrats aux Loix,fi-
debuoir. non alors que Pirrhus en vn temps, Annibal en l’autre eftoyent aux
acdoraoftkalitari Portes deRome. toft apres quePerfeus Ôc Antioque furent vaincus, de
n’ayant les Romains plus d’ennemi aflez puiflant pour les tenir en cer-
nelle , alors les vices commancerent à prendre pied . & le peuple fe
îaifla couler en delices, &fuperfluitez, qui gafterent entièrement les
bonnes meurs , de obfcurciret la (plcndeur de la vertu ancienne. O
combien ceft-ui-là fut eftimé fige, qui refifta ouuertement en plein fe-
nat, &empefcha tant qu’il peut, que la ville de Cartage ne fuft rafee,
predifant que la vertu des Romains s ancantiroit bien toft. Car tout
Preuoyan- a'nfj ^ue ja J|cence effrenee fait enfler , de déborder les hommes en
ce u ieune touts Y[ces. ^.{Ji la craintelesrerient en debuoir. Et ne faut pasdoub-
Scipiom tcrque ce grand politique, de gouuerneur de tout le monde,ainfi qu’il
adonné! toute chofe fon contraire, qu’il n’ayt aufli permis les guer¬
res , 6e inimitiez entre les peuples, pour chaftier les vns par les autres,
Se les tenir touts en crainte , qui eft le feul frein de vertu : comme
Sa mu elre m o n ftra bien en la harangue qu’il fift au peuple, que Dieui. Samuel cap u. . _ . O 1 r f J 1& iudic«cap.i.& j, leur auoit iulcite des ennemis, pour les teniren ceruelle, &pourles
tenter, fonder, &chaftier. Voila quelques raifons, qui peuuent fer-
nir, à monftrer que ceux là sabufent grandement, qui penfent que
le feul but de la guerre foit la paix. Et quand ores il feroit ainfi quel
moy en y a il plus grand d’auoir la paix en delpit des ennemis, que leur
faire cognoiftre qu’on amoycn de faire la guerre? iamais (aige Prince
ny bon capitaine nefift la paix dcfàrmé : de comme difoit Manlius Ca-
fizoiin^Ofiendite modo bellum „ pdeem habèbitis :ruidcant njosparatos ad ruîmi
tus ïpfirémittent. Or ces raifons font en partie véritables, en partie vrai-
femblables,& pourroyent départ, & d’autre cfblouir les yeux des plus
clairuoyans, fi on n’y prend garde de bien près. Et pour en refoudre
quelque chofe,ilfaut diftinguer les Republiques.Ie tiens doc qu’en le-
ftat populaire, il eft expedient d’aguerrir les fugets, pour euiter les inco-
ueniens que i’ay deduits5aufquels l’eftar populaire delànature eft fuget.&fi
LIVRE CINQJVIESME. 58^& (î les fugets font guerriers ou mutins de leur naturel, comme font les
peuples de Septentrion, eftans encores aguerris par laft, & difeipline
militaire,il eft expedicntde les affronter fouuent aux ennemis j& ne
rcceuoir la paix qu a bonnes conditions, comme chofe pernicieufe à
Vn peuple guerrier : & neantmoins la paix eftant conclue, il faut rete¬
nir les hommes d’armes, & les mettre aux frontières, comme fift l’Em-
pereur Augufte , iàçoit qu’il euft réduit l’eftat populaire cn Monar¬
chie: ou bien les enuoyer aux Princes alliez , pour les entretenir en
l’art militaire .-comme les feigneurs des ligues onttrefïàgementfaidb,
ayant vn peuple nourri aux montaignes, duicà la guerre, & qui euft
efté difficile: à maintenir en paix, iouïffant de la liberté populaire, ôc
parce moyen ils ont toufiours eu des hommes deguerre, nourris, Ôc
entretenus aux defpens d’autruy, outre les penfions publiques, & par¬
ticulières, qui ont efté grandes, comme iay monftré cy deffus : ioint
auffi la fçurcré de leur eftat, parle moyen des alliances contractées a-
uecvn puiffant Roy. Et quant aux fortereffes, il n’eft pasbefoin que Ufautauc
les villes foyent trop fortifiées ( excepté la ville capitale, ou eft le fiege ^ • j| 1 •
del’eftat populaire ) ôc moins encores qu’il y ait des chafteaux &cita- talcdeTe
déliés : car il ne faut pas doubter, que 1 ambition ne pouffe quelqu vn n
à prendre la fortereffe , ôc changer leftat populaire en Monarchie;
comme fift Denisletyran,ayant prins lacradine de Syracufeiou bien fortjgee
que l’ennemy s’en puiffe preualoir : comme firent les Lacedemoniens
ayant rafé les murailles dAthenes,iIs laifferent garnifon au chafteau:& faifant le femblable de leftat populaire de Thebes, ils empieterent
la Cadmee y laifiant garnifon. car il ny a moyen d afferuir Vn peuple,& changer la Démocratie en Monarchie que par citadelles : ainfi fai¬
foient touts les tyrans anciens : ôc de noftre aage Cofme de Medicis
Duc de Florence, auoit deux citadelles en Florence, auec la garni¬
fon d eftrangers : ayant efprouué qu’il eftoit impoffible de changer
leftat populaire en Monarchie, ôc s affeurer de fa vie au milieu dece
peuple là. c’eft pourquoy les Cantons d’Vry .Vnderuald, Glatis, Ap¬
pelle!, qui font du tout populaires, n’ont point de murailles, com¬
me les autres qui fontgouuernees Ariftocratiquement. Nousferons
mefme iugement de leftat Ariftocratique , pour le regard des forte-
refTes, q.u;e de leftat populaire : car il n’eft pas moins dangereux, que
lvn des feigneurs fe face fouuerain, ôc maiftre de fes compaignons,^ren leftat populaire, ôc d’autant plus à craindre, qu’il eft plus aifé
a lvn des feigneurs d’attraire le menu peuple à fa cordelle, ôc s’en pre-
üal°ir contre les grands. Mais quant aux Monarchies Royales, ôc
anciennes,fi elles font de grande eftendue ,il n’eft pas expedient que
e Grince baftiffedes citadelles,ny places fortes^, hormis fus les fron-Dd
z. Leou d’Afrique.n-qocpelDefïance
des Sei¬
gneurs en
leftat Ari-
ftocra ti¬
que.55>q , DE LA REPVBLIQVEtieres , à fin que le peuple ne prefume qu’on le veut tyrannizer, &
neantmoins ayant borné l’eftat des places imprenables, les fugets au¬
ront toufiours opinion que c’eft pour l’ennemy, ôc le Prince au befoin
s’en pourra preualoir, contre tous ennemis, eftrangers, ou fugets, au
cas qu’ils fe rebellent. Ce qui^pous eft monftré par la nature quiabien
arrAéla telle, Ôc les extremitez des animaux, laiflant le milieu , les en¬
trailles, ôDautres parties defarmees. Mais ç’eft mal aduifé à vn Mo¬
narque d’enuironner vne ville de puiffantes murailles,s’il ne veut par
mefme moyen y baftir de bonnes citadelles, car il n’y a rien qui plus
donne d’occafion aux fugets de fe reuolter: ce qu’ils ne feront pas fi
facilement, voyant deuant leurs yeux les citadelles bien munies. En-
cotes eft-il bien neceffaire , Ôc en la Monarchie, ôc en l’Ariftocratie/
que lè gouuerneur de la ville ne tienne rien du capitaine, ny le capi¬
taine du gouuerneùr : &: mefmes que le capitaine ne foit-Prince,ny
grand feigneur : comme il eft trefbien gardé en Turquie, fuyuant la
reigle des anciens Sultans d’Egypte , qui en 1 vfoient ainfi. comme
aufli font nos Roys ., & mieux encores les Venitiens que tous autres:
par ce qu’ils font contraints de fortifier leurs villes, pour defendre
leurs fugets contre les ennemis : ôc craignants la rebellion des fugets,
qui n’ont point de part aux eftats, ils ont de fortes citadelles,és vil¬
les, où ils enuoyent tous les ans nouueaux capitaines, outre les Po-
deftats, qui ne tiennent rien les vns desautres. Et ceux de Rhagu-
fe, qui n’ont qu’vne ville, ôc peu de territoire, font contraints de chan¬
ger tous les iou rs de, capitaine j qui eft mené en la fortereffe les yeux
bandez, Ôc la tefte afublee. Aufli les Atheniens changeoient touts
les iours le capitaine de la fortereffe, qui eftoit l’vn des neuf Arcon-
tes , pourla defiancc qu’ils auoient que l’vn des fugcts s’en fift Sei¬
gneur. Pour à quoy obuier, il feroit befoing d’ofter les citadelles des
villes capitales, en l’eftat populaire , ôc Ariftocratique , comme les
Venitiens ont fagement fait à Venize pour ofter l’occafion au Duc,
ôc le lier la fufpition aux Seigneurs d’vn changement d’eftat. Mâis
d’empefeher les fugets guerriers ou mutins, de fortifier leurs mai¬
fons aux champs, comme il fè fait en Turquie, Angleterre , Mofco-
uie,& en tout rOrient>c’eft bien le plus feur,pour les Monarques nou¬
ueaux: car fi le maiftre d’vn chafteau particulier, eft grand Seigneur,
il prend quelques fois occafion de fc reuolter: s’il eftpauure,de bri-
gander. Et pour cefte caufe,les villes Impériales d’Almaigne, bien
fouuent ont rafé les forterefles des gentiIs-hommes:àfîn que les re¬
belles , Ôc voleurs n’euflent aucune retraitte . Toutesfois cc feroit
chofe fort dangereufe en vne Monarchie , ou feigneurie ancienne,
de vouloir faire abattre les fortereffes particulières ia baftics, ôc quipeuuent
LIVRE GIN Q^VIES ME. 59tpeuuent refifter au canon, mais bien pour Paduenir on le petit défen¬
dre, fi ce n eft auec licence, & congé du fouuerain : qui ne le doibt
pas permettre facilement, car c’eft bien affez quvne maifon foit
baftie en forte , qu’elle fe puiffe guarentir des voleurs , ôc fourra-
geurs. voila quant aux fortificarions. Maisle doubte n’eft pas petit,
il en la Republique Ariftocratique, on doibt aguerrir les Seigneurs
feulement,ou bien s’il vaut mieux aguerrir auffi le menu peuple : olî
bannir du tout l’art militaire. Si le menu peuple eft vne fois aguer-
ri,s’il n’eft toufiours en guerre contre rennemy,ilne fuitpasdoub-
ter qu’il ne s’efforce de changer, ôc qu’il ne change l’eftat, pour auoit
part à la feigneurie : comme i’ay monftré cy deuant par plufieurs
exéples.Ets’i! n’y a que les feigneursaguerris,ilsferont bien toft défaits,
& cauferont vn changement neceffaire de leur eftat, ôcs ils veulent chaf¬
fe r de leur Republique l’art militaire, ils ferô t bié toft expofez en proye
a leurs voifins, s’ils ne font alliez bien eftroittement auec les plus forts:
ou bien s’ils n’ont des villes inaceeffibles,& fortereffes imprenables: co-
meles Venitiens, lefquels craignans les inconueniens quei ay dit, ont
bannideleur Republique Part militaire,comme dit Contarin Cardinal,
combien que cela s’eftfaitinfenfiblementdepuisdeuxcensans ouen-
nironrcar autresfois ils ont efté affez belliqueux,& longuement on t fait
laguerre, ôc vaincu les Geneuoisen bataille rangee, & par mer, ôc par
terre.mais depuis ayant iouy longuement d’vne paix affearee,peu à peu
ils ont delaifle Parc militaire,s’aydant du fecours des eftrangers. Et mef¬
mes ils ne peuuent endurer vn Capitaine de la feigneurie, & s’ils co-
gnoiffent quel’vndes gentils-hommes Venitiens afpire ala guerre, ôc
quil fùyuela Cour des autres Princes, ilsle rappellent àla maifon : ay-
mant beaucoup mieux vn Aluian, vn Bergamafque, vn eftranger pour
Capitaine s’il faut guerroyer par terre, que l’vn des feigneurs, & vfer
d vne armee d’eftrangers, que des fugets, enuoyant au furplus vn Pro-
uidadour, par le confeil duquel le Capitaine fe gouuerne. Et com¬
bien qu’il y ait beaucoup d’inconuenients qu’vn Prouidadour com¬
mande à vn Capitaine,vn citoyen aux eftrangers,vn qui n’entend rien à
la guerre, à ceux qui y font nourris, ôc qu’il puiffe les ployer à tous vens,
h eft-ce toutesfois que par ce moyen ils euitent d’autres dangers, qui ne
font pas moindres, ôc qu o a veu reiiflîr en leur République*, alors qu'ils
n vfoient que de leurs fugets,& de leurs forces, leurs hiftoires font plei¬
nes de coniuratios,de feditiôs,de guerres ciuiles, qu’ils ont eu au milieu
de leur ville. Et s’il eft ainfi, comme plufieurs penfentquela guerre ne
e doit faire, que pour auoir la paix, ôc qu’il fufRft pour rendre vne Ré¬
publique bien heu reufe,de garder le fien,bien munir,^fortifier fes pla-
contre 1 ennemy, ioiiyr du fruidt de la paix,la Republique de Venife
e pourrait dire bien heureufe,ayant Paillette de fâ nature inexpugna-Dd i)
592, DE LA REPVBLIQJ/Eble, & ne fe fouciant pas beaucoup de conquefter, ny alonger fes fron¬
tières. Auffi voyons-nous que les Venitiens fuyét les occafions de guer¬
re come la pefte,& ne lafont iamais que par neceflité extreme, ôc pour-fuiuent la paix à quelque prix que ce loit: auec la perte,^diminution deleur domaine : comme on peut voir au traitté qu’ils firétauec le Pape Iu¬
les i i.l’Empereur Maximilian,& le Roy de Naples l’an m.d.v i i i.aprcs
que leurs A mbaffadeurs fe furent gettez à leurs pieds, accordât tout ce
qu’on leur demâda, come ils firét auflî enuers Sultan Selin la m.d.lxx.
fedepartansles premiers delà ligue fain&e, pour achepter la paix, après
auoir perdu vn beau Royaume. Et tout ainfi que les animaux qui n’ont
point d’armes offenfiues, comme les lieures, ou qui n’ont point de fiel,
comme les cerfs, & pigeons, fe fàuuent à la fuyte deuant les oyfeaux de
proye,& beftes armées, les homes ne peuuent eftre blafmez, ny les Ré¬
publiques moins eftimees,qui ne veulent point de guerre,& qui demâ-
dent la paix, n’ayant pas grand moyen de refifter. chofe qui tourneroit
à mefpris à vn peuple guerrier, ou bien à vn Prince conquérant, qui ne
peut demâder la paix à fon ennemy fans rougir de honte. Aufli n’y eut-
Le prince qui plus empefcha la paix entre le Roy Henry 11. ôc l’Empereurecnereux Charle v.unon le bruit qu’on fift courir, que l’Empereur auoit demâ-
ne dcmâde dé la paix, qui eftoit gaigner le plus haut poind d’honneur, qu’vn Prin-
la paix ny la cc gencrcux Pcut defirenmefmcmcnt s’il eft entré au pays d’aucruy: co-
o-uerre me mefme Empereur la m.d.xliiii. ayât getté les forces del’Em-
pire,& les fiennes en ce Royaume, auec celles du Roy d’Agletcrre d’vn
autre cofté,qui auoient defia partagé entr’eux le Royaume, comme dit
Seleidan/i le Pape n’euft contraint l’Empereur à faire la paix:que le Roy
ne voulut demander,ny receuoir, finon à conditions honeftes : cobien
que Loüys x i.la demâda au Roy d’Angleterre Edouart im.fi toft qu’il
eut entré en Picardie, & l’achepta bien cher, fe fouciant peu, que le Co¬
te du Lude, ôc autres fes fauoris, l’appellaffent le Roy couard,ce que les
Romains ne firent onques. car il ne fe trouue iamais en fept ces ans qu’ils
ont eu guerre à toutes nations, qu’ils ayent demandé la paix, finon aux
Gaulois qui les tenoient aflîegcz au Capitohapres auoir bruflé leur ville,
ains au contraire,eftans vaincus par la puiflance du Roy Perfeus,nc vou¬
lurent pas receuoir le vainqueur à la paix, s’il ne foubmettoit luy, & fon
Royaume à leur mercy,iaçoit qu’il offrit leur payer tribut.Et commelc
RoyPirrhusaprcs auoir eu quelques vi&oires, ôc receu quelque perte,
enuoya fes Ambafladeurs à Rome, pour traitterlapaix, àla forme des
grands Seigneurs qui font au pays d’autruy, on luy fift refpofe qu’il for-
tift premièrement d’Italie, autrement qu’on ne parlaft point de la paix.
Qm eftoit la refponfe d’vn peuple magnanime, qui fentoit fes forces af-
fèz grandes,pour faire tefte à l’ennemy : chofc qui feroit mal feante a vn
Princefoible qui doibt,come le fage pilote, caler les voiles, Ôc obéir à la
LIVRE CINQ^VIESME. 55>3tempefte, pour furgirau port de falut ,& n’afleruir pas la neceflité à
l’ambition : comme fift le Vayuode de Tranfyluanie, qui dift haut, &
\ clair,qu’il aymeroit mieux eftre efclaue du Turc, que allié de Ferdinâd:
ce qui luy aduint aufli. Nous auons l’exemple du grand Kuez de Mot
1 chouie, lequel voyant le Precop de Tartarie entré en fon pays auec dix-
! huid légions, fçachant bien qu’il n eftoit pas pourluy faire tefte, alla
! au deuant defàrmé, Ôc s’humiliant deuant luy,fauua fon peuple, Ôc fon
eftat d’vne ruine ineuitablc : vray eft quil tenoit fon pays en foy, ôc hô-
1 mage du Precop: maisauiourd’huy^eftant égal en forces, ou plus grand
que le Precop, & s’eftant auflî exempté delaferuitude des Tartares ,il
1 feroit mefprifé de tous les Princes^s’il auoit demandé la paix.mefmemét
‘ quand on a rcceu l’iniure : carie Prince quifoufre vne iniure, endurera
; bien toft qu on luy donnelaloy: &r s’il endure qucTennemy luy donné
! loy,il fera bié toft réduit en feruitudc.Mais quoy que le Prince foit puif-5 fant, neantmoins s’il eft fage, Ôc magnanime, il ne demandera iamais la
1 guerre, ny la paix, fî la neceflité qui n’eft point fugette aux loix d’hon-
1 neur,ne le force,& ne donnera iamais bataille,s’il n’y a plus de profit ap-
;[ parent en la vidoire, que de perte, files ennemis eftoyent vainqueurs,
comme difoit l’Empereur Augufte, lequel pour cefte caufe ne donna
! iamais bataille,que par neceflité. Et n’eft pas malfeant a vn pauure Prin-
1 ce,ou bien à vne petite feigneurie,ou à celuy qui ne fait pas profeflïo de
1 guerroyer,de demander la paix cn fa perte: comme fift Iules m. Pape,
j1 qui demâda la paix au Roy Henry 11. l’appellantdeuâtDieu pour eftre
1 iuge du tort qui luy tenoit:leRoy l*accorda,&luy fift refponfe quil co-
paroiftroit deuant Dieu : mais quil doubtoit q le Pape ne fî trouueroit
® pas: les lettres furent hgnees du Roy au camp de Mets l’an m. d.I i i.dc
J quelle Pape fut bien aife,encèrcs qu’il fiftapparcncc d’eftre fafché, di-
J fant que ce n’eftoit pas le Roy qui auoit efcrit les lettres. Et tout ainfi q
! lagrandeur de courage,^magnanimité,eftlalumierc des autres vertus,
l! & qui efleue les Princes au plus haut poin&d’honeur, auflî eft- ce la feu-
f le vertu, qui plus abat le cœur aux ennemis, ores qu’ils foient puiflans ôc
aguerris,& bien fouuent donne la vi&oire fans combatre. cômcFurius
î Camillus ayant renuoyé aux Falifques leurs enfans,que le maiftre aüoit
amené cn fon camp, conquefta la ville fans coup ferir: ôc Fabricius ayât
renuoyé le medecin au Roy Pirrhus, qui promettoit 1 empoifonnéfy ôc
J refufé la moitié de fes Royaumes, quoy qu’il fuft des plus pauures gen¬
tilshommes Romains,& fait payer la râçon des prifonniers,que Pirrhus
01 auoit gratuitement deliurez, ne voulant pas que le moindre d’eux tint
{ rien dvn fi grand Roy : ou comme Scipion qui conqpefta fans peine
1 bonne partie des Efpaignes , pour auoir renuoyé vne Dame de beauté
1 r4rea fon mary Prince de Celtibcrie,à l’exemple de Cyrus: ces a&es la fi
vertueux ofterent le courage aux ennemis de plus faireia guerre a vn
peuple fi magnanime,qui ne pouuoit eftre vaincu par honneur, nyDd iij
Magnani¬
mité des
Romains.Refponfemagnani-medeSci-pion.Il ne faut
pas mettre
vn Royau¬
me au ha¬
zard d’vne
vidoire.55>4 D E L A R E P V B LI QV Evaincre par lafcheté. ce qui fut encores mieux cogneu apres la iournee
des Cannes, ayant Annibal mis à rançon huit mil prifonniers, à cent ef¬
cus pour tefte Tvn portant l’autre : auec efperance que les Romains, qui
auoiét perdu tant d’hommes,payeroient aufli toft la rançon : mais il fut
defendu par arreft du Sénat, de rachepter pas vn prifonnier. Dequoy
Annibal,dit Poly be,fut fi cftonné, qu’il perdit entièrement le courage:
&au contraire les Romains affeurerent leur eftat,qui eftoit fort cfbrâlé
Ôc quafi abandonné de tous les amis,& alliez.car le Sénat iugea trefbicn
que Annibal ayant humé le fang des Romains, vouloit aufli efpuifer i
l’argent, en tirant huid cens mil efcus : & par ce moyen lafeher les plus
coüards de toute larmee des Romains : ôc deflors chacun prenant refo- ^
lution de vaincre,ou de mourir, fe rendirét effroyables,ôc inuincibles. j
Et tout ainfi qu’ils ne perdoient iamais le cueur en leurs pertes,aufli n’e-
ftoient-ils vaincus d’arrogance en leurs vidoires. car comme le Roy
Antioque euft perdu vne bataille contre eux, ôc fift offre de receuoir 1
toutes les conditions que les Romains voudroient, Scipion l’Africain J
fift vne refponfe digne d’vn trefgrâd,& vertueux Prince, c’eft a fçauoir, !î
que les Romains pour eftre vaincus, ne perdoient rien de leur courage,
iiy deleurmodeftie pour eftre vainqueurs, & qu’ils ne demandoient 1
rien plus après la vidoire, que ce qu’ils auoient demandé auparauant. 11
Mais la du an cage quauoicnc les Romains pour eftre bien aguerris, e- 01
floit d’aller au pays des ennemis faire la guerre, ayant toufiours en Ita-
lie des magazins d’hommes d armes , s'ils perdoient la bataille : & s’ils
auoient la vidoire, ils gaignoient le pays , fus lequel, & aux defpens
duquel ils faifoient la guerre. Car iamais fage Prince n attend que l’en- 1111
jiemy foit entré en fon pays, s’il peut le rompre, ou l’empefcher, au pa- î1
rauajit qu'il y foit entré, ou du moins qu’il ait vne autre armee, ou la re- lrt(
traifte {bureaux places fortes, autrement c’eft ioüerfon eftatau hazard, 111
dyne vidoire,comme fift Antioque, Pcrfcus,Iuba,ôc Ptolemee le ^
dernier Roy d’Egypte çoiitre les Romains : Darius contre Alexandre:& contre les Anglois. EtpourceftecaufePhilip- ^pp. le Conquérant aduerti que l’EmpereurOthon i i. & le Roy d’An- -f
glcterre venoienten fon Royau me, il fortifia les places.,marcha hors ^
les frontières, ôc lés vainquit en bataille rangee. ôc pour mefme caufe le ^
Ro^Eraiîçois i.:mena .fon armee par delà les monts, pour defchaiger le lir
Royaume, &: leuer le fiege aux ennemis,en aflïegeantPauie. car outre le oui
degaft que deux puiffantes armees euffent feit en France,la prife du Roy ^
«iis Je Royaume en bien grid hazard. mais eftant la chofe aduenuë ic,
en ï talie, les vainqueurs fe corentoient de la vidoire, ôc neantmoins les ^
fugct&ce pédant rallierét leùrjs forces,&armerét les frontieres.Plufieurs iie
fbritd :aduis,q le prince fouuerain ne doit pas hazarder fà perfonne àla
batailjp^& mefmemét fi l’enncmy eft dedâs les entrailles de fon Royau-
me:ç.(çlacft bien vray, s’il eft couard ôc lafche de fa nature : mais ayant la ^
;>-j i- U réputation
L I V R E C I N Q_V I E S M E. wréputation de vaillant prince & genereux,il double le courage &lafor- Laprefence
ce de fon armee : & fà prefencea vn merueilleuxeft'ed quand il eftveu du Prince
dctous,& vn chacun ven de luy : & bien fouuent la honte a retenu l'ar- eft dégradé
mee fuyarde,voyat la °prcfence de leur Roy, & la crainte qu’il ne tom- cofequéce,
baft en danger ; comme il aduint à Cefar deuant Teroüannc, & en Ef- pour vain-
paigne contre les enfans de Pompee,oùla bataille eftoit perduepour crel’énemi.
luy,s’il n’euft efté prefent. Et de fait on tient, que les vidoires qu'auoit °- Vrg"F*i™-
obtenuës le Roy Edouart ii 11. en neuf batailles qu’il gaigna,furet cm- ***
portees par ce qu'il cobattoit toufiours àpied.iointauffi que plufieurs
Princes & grands feigneurs fuiuent ioyeufementla perfonne du Roy,
qui ne voudroiét marcher foubs les enfeignes d’autruy,ny afionter i’en-
nemy,fileRoy n’y eft en perfonne: de forte mefmes que 4£umenes fe ♦. iwù, Eu-
fift porter en litière,& fort malade, voyant que l’armee ne vouloit com- mc“c'
batre s’il n’eftoit prefent, tantelles’affeuroitde luy . Non pas toutesfois
qu’il faille quele Prince fouuerain, ou le général de larmee face les ex¬
ploits de foldat,mettant fa vie cn danger euident,comme fift Pelopidas,Marcel, Gafton deFoixDuc de Nemours, & plufieurs autres,lamort
delquels a tire après foy la perte dvn eftat .le ne veux point entrer au
faiétdelart militaire, que plufieurs ont traidé, mais feulement ce qui
touche leftat. le dy donc que le prince ayant bien muny & fortifié fes
frontières, s il a doubte que 1 ennemy voulult entrer en fon pays, doit
preuenir,& chafler la guerre le plus loing qu’il pourra.& s’il y eft entré,
nelmarder témérairement fon eftat ny/a perfonne à l’iffue d’vne ba¬
taille,& mefmemét s’il a afaire à gens belliqueux, qui emportent ordi¬
nairement la vidoire,eftans réduits au defefpoir, & fçaehant bien qu’ils
nepourront echaperlamortau pays d’autruy s’ils font vaincus, n’ayans
fortereffe,ny retraite,ny recours quelconque. Il ne faut point chercher
de meilleur exemple que de noftre Roy Iean, lequel aima mieux ioüer
au hazard fa Nobleffe, fa perfonne, & fon eftat au beau milieu de fon
Royaume, que de receuoir l'armeed’Angle terre à condition de paix, C’eft chofè
quine demandoit que d’echaper la vie fauuc, & qui ne mettoit rien en dangereufe
jftjfçoui le prix d.e la victoire, lladuint que dix mil, les vns dilentplus, que de com
leSautres moins,défirent larmee de France,qui eftoit de quaranteà cin- batregens
quante mil hommes,& emmenerent le Roy captif. Gafton de Foix fift defefperez.vne mefme faute, ayant gaigné la bataillèàlaiournee de Rauénc,quand^voulut pourluiurcvn elquadron d’Efpaignols quis enfuyoicnt,il per-
aitlavie, & meit cn proye dss ennemistouteequieftoit conqueftéen
talie.. Quant aiix exemples des anciés,les hiftoires en font pleinesmiais Neccflité
| ny enaponn de plus illuftre que de larmee de Cefar qui eftoit an eft vn enne
Jeriuerdefefpoir,quand Pompeedonnala bataille emPharfalie, ayant my inuin-
eux tois plus d’ho|îimes que Cefar, &c toutes les villes .& la mer à fa de- cible,
notion. Auffi lifons* nous, que le capitaine des Volfques ne dift rien de.P us grand a fon armee pour luy donner courage que ce mot, ^ArrnuùD d iiij
j. Plutar. in
chia.59c DE LA REPVBLIQJ/Earmatis obfiant, minute pare s 3fed necejjitatefuperiores eftïs. & vn autre capi¬
taine des Samnites difoit, luftum eft bellum cjuibus necejfarium,& fia arma>
quibtM nitlla nifiin armis relinquiturff>es. Ce fut la caulè que Fabius Maxi-
mus dernier de ce nom,endura pluftoft quo l’appellaft couard,& mil¬
le moqueries des ennemis, que de choquer contr’eux au mefpris qu’a-
uoicnt fait les autres capitaines, & en fin raporta l’honneur d’auoir fau-
ué la patrie. Et au contraire Annibal, ayât hazardelà bataille contre Set-
pion,qui eftoit allé affieger Cartage, pour tirer lennemy d’I talie,perdit
l’armee,& l’eftat. Et ne faut pas tirer en exemple, que les Romains don¬
nèrent trois batailles à Pirrhus, & autant à Annibal, au milieu d’Italie,
d’autât qu’ils auoient des magazins de gens de guerre, tant de leur pays,
que des alliez :& ne pouuoient faillir, veu que par les ordonnances ils
eftoient contraints dés l’aage de dixfept ans de porter les armes, & nc-
ftoient exeufe^ qu’à l’aage de cinquante ôc cinq ans: & fans quej^erfon-
Grac- ncfuftreceuàdemandercftatny benefice,qu’ il n’euft* pratique dix ans
les armes. & pour vne fois il y eut deux mil citoyens,qui furent débou¬
tez du droid debourgeoifie, pour auoir efté quatre ans fans aller àla
guerre, hormis ceux qui eftoient licenciez pour iufte caufe, comme dit
Tite Liue. à quoy premièrement ils furent contraints,eftans harcelez &
affaillis de tous leurs voifins, quiauoiét vne ialoufie extreme de leur ac-
croiflement, & depuis ayant attiré tous les peuples d’Italieàleur fuge-
tion,ou traité alliance auec eux. Et voyant qu’ils ne pouuoient viure en¬
tr’eux fans guerres ciuiles, ils trouucrcnt qu’il eftoit expedient pour le
falut de la Republique, de chercher, ou forger des ennemis : decernant
les triomphes, eftats honorables, ôc grands loyers aux vaillans capitai¬
nes. qui raifoit que les eftats & charges militaires n’eftoient point diui-
fecs des offices de iudicature, tellemét qu’vn mefme citoyen eftoit vail¬
lant capitaine,(âge Senateur,bon iuge,grand orateur, comme on difoit
de CatonleCenfeur, qui eftoit encores bien entendu en l’agriculture,
comme il a bien moftré par fes liures. & n’eftoit point mal feant delaif-
ferla cote d’armes,ponr prendre la charmc:ou laifTer la charrue,pour al¬
ler auocafTer, ôc tantoft iuger, ôc puisfacrificr, ou haranguer deuant le
peuple,ou au Sénat. &mcfmes Cefar eftoit grâd Pontife,ôc le plus clo¬
quent orateur de fon aage,au iugement de Ciceron, & au demeurant le
premier capitainedu monde. Il y en auoit grand nombre, qui plus,qui
moins,mais tous excelles en l’art militaire,& politique:non feulemeten
Italie,ains auflî en Grece, comme nous lifons en Iulius Pollux, que des
Taagc de quatorze ans les Atheniens eftoient tenus d’aller en guerre.
Aufli Ariftide,Periclc,Phocion,Leofthcne,Dcmctrius le PhaIerien,Al-
cibiade, Themiftocle eftoient femblables à ces Romains que i ay dit:
alors mefmes qiuls pratiquoientles armes autant les vns que lesautres-
. ce qui eftoit bien feant aux peuples guerriers,& coqucrans.Mais les plus
fages politiques feparoie l’art militaire des autres vacations, ôc n eftoitis
LIVRE CINQJVIESME. 597p as permis cn la République de Crete de porteries armes finon à certai¬
nes 4 perfonnes,non plus qu’en Frâce, ou les gés de chenal auoient cefte 4.^uta'r< inL
charge, les Druides en eftoiét exempts: & en Egypte s’il ny auoit que les cu£fcrodor
Calaïÿres qui fuflent gés de guerre: ce que Lycurgue6 trouua fort bon. 6’pWr.inty-
Et pour cefte caufe mefmes Platon diuiîa le peuple en crois eftats,c’eft a
fçauoiren phylaques,gendarmes, ôc laboureurs, à l’exemple des Egy¬
ptiens,qui fàifoiéc aufli trois eftats diuifez de vacation. Et peu à peu les
Atheniens feparerét le faid des armes de la police &de la7 iuftice:com-
me auflî firent les Romains foubs l’Empereur Augufte, qui retrancha
aucunement aux Senateurs, Proconfuls,&gouuerneurs de Prouinces,
la puiffance de porter les8armcs: fi bien que parfucceflîon de temps,on
appellales offices fans armes,dignitez., côme nous lifons en * Cafliodo-
re,auxlettres de prouilîon du gouuerneur de prouince.Et confequem- U C! / 1 J J 1curg.7. in Phecienc.8. Dion lib.jj.? in forma comi-"1 "n 1 r 1 r 4 tiuæ ' 9^uise:n-ment tousiespeupies,commealanle,ontfepareles gens de guerre des ^madignitatum
gens de lettres,& de robe longue, eftant chofe bien difficile d’eftre ex- cludanturarmata,
cellent,en vn aft,& impoffible en tous,ny dignement exercer plufieurs bas‘ïndaciv?dftMn
> vacations. Ioint auffi qu’il eftoit prefque impoffible d’aguerrir tous les “J jSS./il rvM ► P t T t*l A L? /d «A t t 1-V 1 1 /^| • « O « 1 Art A « ft. „ - — — - 1*1 rP 1 1 • r»U l i J J VAdes Magiftrats. Et fut, peut eftre:Ia principale caufe que le Roy Fran¬
çois caflaies feptlegions qu’il auoiteftablies en ce Royaume à fix mifugcts d’vne Republique, & les maintenir en lobeyflance des loix, ôc ccntur oPerari3tua, °~ i, ^ 1 J ’ tamen digniras àterrorib* cruatur,
quai gladio belli-w x 4 corcbusctiam.pa-, hommes de pied pour légion, l’an m. d. x x x i i i i. ôc combien que fon
fucceffeur dix huit ans apres les remiftfus,fi eft-ce neantmoins qu’on nonfurorisAc.
iesacaffez derechef, voyant les querelles, & rebellions fufeitees en plu-
fîeurslieux.Combien qu’au iugement mefines des eftragers,&de ceux
quiont bien digéré les belles ordonnances qui furent faites à cefte fin,
ilfl’yeut peut eftre chofe mieux reigleepour l’entretenement de l’art
militaire,qui eft autant neceffaire en ce Royaume qu’en lieu du monde,
pour le voifinage des nations puiffantes, ôc belliqueufes qui l’enuiron-
nent,qui font meftier de la fourrager comme vn pays de conquefte. Ôc
quand bien on euft ordonné quatre légions, c’eftoit bien aflez pour ce
Royaume,qui n’eft a peu près que la vingtiefme partie de l’empire Ro¬
main, qui n’a iamais eu plus de xl. légions, de cinq mil hommes pour
légion : ôc auec les hommes d’armes des ordonnances, qu’on euft auflî
diftribue aux garnifons les quatre légions de gés de pied, payez en téps
de paix,il n euft pas coufté de l’ordonnance de François i.Roy de Fran-
ee trois millions cinq cens mil liures : qui eft la moitié plus que n’auoiet
es légions par Teftatde PEmpereur Augufte. car tout le payement de
h gendarmerie de France l’anM. d. LX.ne reuenoit qu a deux millions
trois cens cinquante & trois mil liures, tant les vieilles bandes, que les
gens des ordonnances.& Augufte entretenoit quarâte légions moyen-
nespour douze millions par an, iaçoit qu’il fift plus cher viure qu’il ne
|ta prefent: ôc neantmoins la gendarmerie s’entretenoit de fa paye or-
inaire, fans piller ny brigander comme on fait à prefent. G’eftoit le
5?S DE LA REPVBLIQVEmoyen d’auoir toufiours des hommes de guerre, de pour défendre ce
Royaume,& pou r coquerir ce qui en eft diftrait,&pour ayder les amis:
au lieu qu’il faut au befoin ie feruir d’hommes tous nouueaux, qu'on fait
capitaines deuant qu’auoir efté foldats,ou par neceflité forcee mandier
de acheterbien cherle fecours des nations eftranges. Non pas que ie
fois d’aduis qu’o n’vfe point du fecours d’autruy,comme plufieurs pen-
fent qu’il feroit neceflaire. Car combien qu’vn peuple fuft aflez fort&
puiflant pour fe defendre,de vaincre fes ennemis,fi eft-il befoin d’auoir
de vfer du fecours de fes alliez, pourueu qu’ils foiet alliez en ligue offen-fiue,&defenfiue:comme font les Seigneurs desligues entr’eux,ou pourle moins cn ligue defenfiue,come ils eftoient par cy deuantauec la mai¬
fon dê France. Car par ce moyen non feulement on fe fortifie dauanta¬
ge,ains aufli on ofte le fecours à l’ennemy,qu’il en pourroit tirer,& l’oc-
cafio à tous de faire la guerre à Tvn, qui ne voudra eftre ennemy de lau-
tre. Mais ie defirerois que les alliez fuflent tenus par obligation mutuel¬
le,& du tout égalé,pour les reproches,querelles &incôueniensquiad~
lleftbo da uiennentàcaufede l’inégalité. Or l’obligation eft inégalé „ que les vns
uoir de puil foient tenus de payer les dietes de leurs alliez,quâd on ne leueroitqu v-
fansamis& neenfeigne, & neantmoins eftre obligé de leur payer penfion en tout
alliez en al- temps,& en outre la folde cn temps deguerre, de fecoursdegésdepied
liace égalé. &decheual au befoin,fans péfion ny folde: comme font les traitez faits
entre la maifon de France de des Seigneurs des ligues : cc qui toutesfois
fut accordé,pour ofter le fecours des ligues aux Impériaux. Aufli eft-il
neceflaire en ligue offenfiue&defenfiuej qui eft égalé, queles coque-
ftes foient communes : comme il s’eft toufiours fait entre les Seigneurs
des ligues,quand ils ont faitlaguerre en commun:^ que ce qui eft con-
queftéparl’vn foit particulier. A quoy les anciens Italiens, n’ayant pas
pourueu par les traitez qu’ils firent auec les Romains, furent deceus&r
circonuenus.Carles Romains,apreslestraitezen ligue offenfiue& de¬
fenfiue faits auec les Italiens, vfoient tellement de leurs gens tous payezi. Poiybiu* & u- & ftipendiez,que pourvue légion deRomains, il y en1 auoit toufiours
niusPafôiïü. deux légions des alliez,ôc le général de toute larmee eftoit Romain: de
neantmoins les alliez n auoient aucune penfion ny folde des Romains,
ny part aux conque/les faites en commun, ny aux eftats de offices,hor¬
mis quelques villes des Latins : qui fut caufe de la guerre fociale des Ita¬
liens contre les Romains, lefquels furent réduits à telle neceflité, que
force leur fut de doner droit de bourgeoifie Romaine de partaux eftats
de fufrages à tous les alliez Italiens^hormis à quelques villes. Les Athe¬
niens quafi pour mefme caufe perdirent leur eftar, ayant aflugety leurs
alliez contre les traitez,de conquefté beaucoup de pays : iaçoit qu’ils ne
donnèrent onques bataillefans l’ayde de leurs alliez,hormis vnefois,
inPhodonc. comifte dit} Plutarque: qui fut caùfe queles alliez d’Athenes pour la
plupart, fe tournèrent du cofté des Lacedemoniens, quand loccafionfe
LIVcRE CI NQVI ESME. 595>feprefenta. On peut auffi doubter s’il eft bon d auoir plufieurs alliez,
ou foldats mercenaires de diuerfes langues, po ur la difficulté qu’il y a deparlera eux,leurrem6ftrer,8des ployer par harangues:chofe qui eft ne¬
ceflaire en guerre. Toutesfois l'expérience a fait cognoiftre, que diuer¬
fes nations,ôc de diuerfes langues font plus aifees à comander, & à con¬
duire :commele capitaine Annibal moftra ayant vne armee compofee
deCartaginois,Maures,Num ides, Eefpaignols,Italiens, Gaulois, Gré¬
geois^ neâtmoins en quinze ans il n’eut onques fedition en fon camp,&eut de grandes victoires, mais fi larmee eft mutinee, il n’y a moyen
de i’apaifer: c’eft Je iugement de Polybe,capitaine expérimenté, & gou-
uerneur de Scipion l’Africain. Voila quant au fecours des alliez, mais il
ne faut pas apuyçr fon eftat fus les alliez,ains il fautque la République
bien eftablie foit fo ndee fus fes forces, &n auoir pas tant de fecours des
alliez,qu’on ne foit le plus fort : puis qu’il eft ainfi que celuy eft maiftre
del’efta^qui eft maiftre de la force:&pour la moindre occafion il fe fe¬
ra feigneur,fi luy en prend enuie, qui ne manque iamais au cueur ambi¬
tieux. Et fi les alliez font à craindre eftâs les plus forts au pays d’autruy,
quelle afleurance peut-on auoir des gens deguerre eftrangers,qui n’ont
auec nous ligue offenfiue ny defenfîue? Il ne faut pas dou bter qu’au 4a-
gerils n’ayment mieux fauuer leur vie que celle d’autruy : & s’il y adu
bon,s’atribuer l’honeur Ôc profit de la vidoire, epuifaïit pourle moins
les finances, Ôç s’aguerriflant aux defpens de ceux qui sen feruét. O que
fouuent on a veu les eftrangers fe voyans les plus forts,fe faire feigneurs
abfolus de ceux qui les auoient appeliez! Nous auons çje noftre aage
1 exemple de Cairadin, corfaire, appellé qu’il fut par les habitans d’Al-
ger,pour chafler les Efpaignols de la fortereffe,les ayâs vaincus,il tua Se-
lin Prince de la ville,& fe fift Roy,laifTant l’eftat a fon frere Ariadin Bar-
berouffe. Et Saladin capitaineTartare eftant appellé parle Cali£& les
habitans du Caire,pour chafler les Chreftiens de Sorie,apres la vidoire
tualeCalif,&fe fift feigneur abfolu. Et afin que ceux du pays nefiflent
quelqueentreprife contre luy, il vû toufiours deTartares & autres ef¬
claues Circaffiens pour le faid des armes,&pour fa garde,auec defenfes
a fous autres de porter aucunes armes, ôc parce moyen continua cefte
puiffance tant luy que fçsfuccefleurs, iufques à ce que Sultan Selins’en Lcs
nft feigneur. Par mefme moyen les Herules,Gots& Lombars fe firent Sers P,1lis
eigneurs d Italie, lesFrançois de Gaule, les Anglois de la grand Bretai- fontgne jes EfcofTois d’Efcoflc, ayant chafle les Bretons,& les Pides,quiles maifl:res de
foient appeliez au fecours: & les Turcs del’Empire d’Orient, & du ceuxquiles
Royaume d’Hongrie, eftant auflî requis des Empereurs de Conftanti- appellét au
nople>& des eftats d Hongrie. On ne peut auffi nier que Charle v.Em- lecours-
pereurn euft changé l’eftat d’Almaigne en Royaume hereditaireparle
^oyen des Efpaignols, Italiens ôc Flamens, queles Catholiques A Ilé¬
ons auoietappellez à leur fecours contre les Proteftans,fi le Roy Hen-
6oû DE LA REPVBLIQVEry 11. ne les euft deliurez auec les forces de France : qui pour cefte caufe
fut par les Alcmans appelle par liures publiez,& arcades erigees cn Al-
maigne,protedeurderEmpirc,& libérateur des Princes .Ce queles
Princes d’Almaigne ayant preueu,auoient obligé l’Empereur Charle v.
parle* 11. article des conditions,qu’il iura deuant que receuoir la Cou¬
ronne impériale, qu’il ne feroit entrer en Almaigne foldats eftrangers.
Et depuis les Princes ele&eurs ont refolu de n’eflire iamais Prince eftrâ-
crer. Et toutesfois fi les eftats du pays ne fc peuuent accorder dvn prince
iouuerain, il vaut beaucoup mieux auoir vn prince de pays loingtain
quevoifin. Ec pour cefte caufe les Ætoles firent Antioque Roy d’Afie
leur capitaine generàhceux de Cartage ôc de Syracufe enuoy oient qué¬
rir des capitaines Lacedemoniens, ôclesTarentinsle Roy Pirrhus: ôc
Léon Roy d’Armenie lvn des enfans d’André Roy d’Hongrie,pour luy
bailler fi fille,ôc fon eftat -.autrement il eft à craindre que le prince voifin
eftant efleu pour capitaine annuel ne fe face perpetuel, ou s’il eft perpe¬
tuel qu’il ne fe fice héréditaire,oftant aux fugcts le droit d’ele&ion : ou
fi l’eftat eft donné à vn qui eft Roy ôc aux fiens, qu’il ne face vne meftai-
rie de leftat d’autruy,pour dccharger fon pays de tailles ôc impoftsjqui
fut peut eftre l’vne des occafions,qui empefehaque le fils aifné de l’Em-
pereur ne fuft efleu Roy de Poulongne.car il ne faut pas cfperer qu’il ait
iamais telle affe&ion aux eftrangers qu’aux fiens, ôc qu’il n’abandonne
au befoin leftat d’autrüy pour garder le fien. Ec pour conclufion, il me
femble que la Republique bien ordonee,de quelque nature qu’elle foit,
doit eftre forcifiee aux auenues ôc frotieres, ôc afleuree de quelque bon
nombre de gés adroits ôc aguerris,qui ayent certains héritages affe&ez
aux gés de çruerre, ôcotroyez à vie feulement, comme eftoient ancien¬
nement les fiefs, Ôc feudataires, ôc à prefent les Trinars ôc Trinariots en
Turquie, afin de faire la guerre fans folde quatre,ou pour le moins trois
mois de l’an,fuiuât les anciennes ordonnâces: ôc tenir la main à ce qu’ils
ne foient héréditaires, engagez ny allienez, non plus que les benefices.
Et iufques à ce qu’on puifle remettre les fiefs en leur nature, ce pendant
qu’on eftabliflc quelques légions de gens de pied ôc dechcual, ielon l’e-
ftat,pourpris, ôc grandeur de chacune Republique, qui foient entrete¬
nus ôc exercez dés leur ieunefle aux garnifons, ôc frotieres en temps de
paix,auec la difeipline militaire,celle qu’elle eftoit entre les anciens Ro¬
mains,qui ne fçauoient que c’eftoit de viure à diferetion, ôc beaucoup
moins de fourager, voler,brigander, batre ôc meurtrir comme on fait a
prefent:ains leur camp eftoit refchole d’honeur, de fobrieté, de chaftc-
té,de iuftice ôc de toute vercu,(ans qu’il fuft liciceà perfonne de rcuan-
ger fes iniures,ny procederparvoye de fait. Et afin quon puifle garder
cefte difeipline, come fait encores l’armee des T ures, il eft befoin que
les bons capitaines ôc foldats foient recompenfcz, mefmemét furl aage
de quelques exempeions, priuileges, immunicez,ôc bienfaits. Ec quand
LIVRE CINQ^V IESME; Soi0rcs la tierce partie des finances,feroit bien employée au payement de
la gerid’armcrie,ce ne feroit pas trop : pour eftre affeuré d’auoir des ho- Les peuples
jnes au befoin qui defendent leftat : mefmement fi la Republique eft en pays fer-
enuiee,& enuironnee de nations belliqueufes : comme font les peuples riles &enui-
firaez aux régions temperees,&fertiles, de France, d’Italie, d’Hongrie, ronnez d’en
de Grèce,de l’Afiemineur,de Sorie,cTÆgypte,de Perfe,& des Ifles afli- nemis aflfà-
fes en la mer mediterranee. car les peuples fituez aux extremitez du mcz ont be
froid^ou du chaut,comme font les Æthiopes,Numides,Negres,Tarta- f°in d’eftre
rcs,Gots,Mofchouites, n ont pas befoin de grandes fortereffes, ny que aguerris,
on entretiéne des légions cn temps âc paix, n ayât point d ennemis,que
ceux qu’ils font eux-mefines,eftant aufli les peuples de Septentrion de
leur nature trop belliqueux^tous gens de cheual, ou la plufpart, ôc ad-
donnez aux armes,fans qu il foit befoin de les femondre dauantage à ce
meftier,ou les enuoyer à la guerrerfi ce n eft pour defeharger le pays, ou
bien, comme i’ay dit,qu’on ne les puifle nourrir en paix. Et affin quon
ne foit en danger des alliez peu fideles,ou que les eftrangers ne hument
le fang des fugets,s aguerriflant aux defpens d’autruy,& au danger d’en-
uahir leftat, que les alliances qu’on traittera ofFenfiues, ôc defenfiues,
foyent efgales, pour recçuoirau befoin autant d’ayde ôc fecours, qu’on
fera tenu d’en donner : ôc neantmoins que le fecours d’autruy ne foit fi
fort, qu’on ne luy puifle donner laloy. Et au furplus, qu’il ne foit per¬
mis aux autres fugets de porteries armes,affin que les laboureurs, ôc ar¬
tifans ne s’afriandent aux voleries, comme ils font biffant la charuë, ôc Q£s de mc
la boutique, fans auoir aucune experience des armes ,& quand il faut ftjer jnila|J
marcher contre l’ennemi , ils quittent l’enfeigne , ou s’en fuyent au
premier choc, mettant toute V armee en defarroy : ôc mefmement les re ‘ ^
artifans, ôc gens fedentaires nourris en l’ombre, que tous les anciens Liuius lib.s.sei-
6 Ôc fages Capitaines ont iuge eftre du tout inhabiles au fait de la guer-
re,quoy que die Thomas le More en fa Republique, «Joneumgenus.Ec
DE LA CENSYRE.CHAPITRE /.i. J-cftus lib.4.2. Ariftot.Kb.j.
cap 8 polit.3. Ariftot. lib. j.
cap.8.4, In orat.TCüf CrV&fM&CàV'Les Grecs a-
uoyent des
Cenfeurs.j. Dionyf. Haly-
carnaf. lib.4. Li¬
uius.Les Latins
ôc Romains
auoient Cé-
feurs.d. annocccx.ab
V.C.e n s y R e en bons termes, n eftoit rien àu«
tre chofe que Peftimation1 des biens d’vn cha¬
cun. Et d’autant que nous auons à traitter des
finances, il eft befoing de parler de laccnfu-
re, Ôc monftrer, que de tous les Magiftrats
d’vnc Republique, il n’y enagueresdeplus
neceflaire. & fî la neceflité y eft euidente, en¬
cores eft Pvtilité plus grande , foit pour le
nombre, ôc qualité des perfonnes, foit pour
Peftimation , ôc déclaration des biens d’vn
chacun 2', foit pour reiglcr , ôc morigerer les 3 fugets. Et m’esba-
his comment vne chofe fi belle , fi vtile > ôc fi neceflaire , eft de-
laiffee , veu que tous les peuples Grecs , ôc Latins de toute ancien¬
neté en ont vfé : les vns tous les ans, dit Ariftote, les autres de trois,
ou quatre , ou cinq , en cinq ans, faifant Peftimation des biens de
vn chacun en particulier, dequoy 4 Demofthene ayant fait extraid
aux papiers cenfiers difoit, parlant au peuple , que tout le reuenn
du territoire d’Atique montoit àfoixante mil talents, ou trente ôc. fix
millions d’efeuz couronne. Auffi les Romains imitateurs des Grecs
és chofes loiiables , feeurent trefbien empoigner cefte couftume,
ôc la porter en Rome : ce que fift le Roy Seruius, qui pour cefte
caufè eft fort loüé des s hiftoriens. Et iaçoit que le peuple euft a-
boli, ôc cafle tous les edits , ôc ordonnances des Roys , apres leur
auoir donné la chafle , fi eft-ce toutesfois que la cenfure demeura,
comme le fondement des finances, des impofts, ôc charges publi¬
ques : ôc fut continuée en la perfonne des Confuls. Et depuis que
les Confuls. furent diftraits , pour les affaires de la guerre , on éri¬
gea 6 l’office des Cenfeurs , foixante ôc fix ans apres que les
Confuls l’auoyent exercé : ôc les premiers appeliez Cenfeurs fu¬
rent
LIVRE SIX! ES ME. ' 603rent L. Papirîus, ôc L. Scmpronius , qui curent I’eftat pour cinq ans.jnais dix ans après, L Æmylius Mamercus retrancha7 le temps de la 7‘ UmnsUh-9'cenfure à dixhuid mois. Et toft apres la couftume fut fuiuie partoutes les villes d’Italie : & mefmement des Colonies Romaines8, quiapportoyent en Rome les papiers cenfters. Depuis ceft eftat fut tout Neron-m & lÙuuiours continué , ôc mefmes le Di dateur Cefar, print la peine d’aile;* fcrcXoTdm^de maifon en maifon faire l’office de Cenfeur , ores qu il s’appellaft loniar»mN. — r n ,, _ a n r 1 r recepme a femon-nutgifker morum. Et 11 toit que 1 Empereur Auguite rut de retour en bus coiouiarum:vç
Rome, apres la vidoire de Marc Antoine, le Sénat par arreft luy don- militum, quantum
na9 la charge de Cenfeur, lappellant Prœfettum morum : ôc fift trois fois fnpXiklftabuiis
le dénombrement des citoyens Romains, ÔC des biens d’vn chacun: teaxl:aî£nc
& non pas feulement des bourgeois Romains, qui eftoyent efpars en 9. nwiib. ,4. an-
tout l’empire: ains auffi de tous les fugets-de chacune Prouince. Aufli mv,*
n’y eut-il onques Empereur, qui laifTaftvn plus bel eftat de tout l’em¬
pire que ceftuyMà. Depuis l’eftatfut difcondnuéfoubs la tyrannie de T- Tranqmi.m au
Tibere, ôc repris par Claude l’Empereur qui fift le lx xi 111. luftre: S& delaiilé foubs Néron : ôc de rechef continué foubs Vefpafian , qui
lift le l x x v. luftre : ôc delailfé foubs la tyrannie de Domitian „ qui 2 T
fe nomma Cenfeur perpetuel, ôc ne fift pas vn feul 1 luftre. Cent Domina?™.‘m
cinquante ans apres ou enuiron, l’Empereur Decius fift declarer par 4.hretetS.pia--
le Sénat Valerian Cenfeur , auec vne puiflance 3 infinie : ôc depuis cïrfc'uon^Lji
que ceft office fut delaulé, l’empire ne fift plus que decliner. Vrav ltc.ft®tacn,t-dcïcfta.n î . . f 1 j- 1 l.in hac de donat.eit que les Empereurs de Grece engerent bien vn office , qu’ils ap- c.NoueU4.&7j.
pellerent magiflrum 4 cenfus > pour receuoir les infinuations, les tefta- paXquaX'c^nni
ments, les ades publiques,les noms, &aages d’vn chacun: non pas
toutesfois auec telle dignité, ny puiflance que les anciens Cenfeurs. jStfAk*àcenfori-
Mais il eft bien certain que toutes les villes fugettes à l’empire Ro- pecunfamno/k!
main , auoyent encores des Cenfeurs foubs l’Empereur Traian , ôc Agenda
queles Senateurs de chacune ville eftoyent efleuz parles Cenfeurs, tJ“ibuJ?iam1ci““a“. J f i _ * tibus lupcr lcgiti-comme 011 peut voir cn vne epiitrede Pline ie ieune ^ a Traian l’Em- “^Mmerumad
pereur. Ec fans aller plus loing qu’en ce Royaume,nousjifons que dc-&le Roy Ghildebert, à la fuafion & inftance d’Eufronius Eüefque de r„TZZtfapirêft
Tours, fift vn edit, par lequel il ordonna , qu’on leuaft le denom- 'rs°vtVc di{p‘-L J r i 1 • 1» < 1 i’ cias an ln omnibus.Drement des lugets, ôc des biens dvn chacun : comme ii ie fait en- ciuitatibus’certumcores quelquesfois à Venize,à Genes,à Luques,oùil y a des Cen-leurs en tiltre d’office. & mefmement à Venize l’an m. p. L x vi. onfift trois Magiftrats, qui furent appeliez , I S E 1 G N O R 1 6. Gregor.Turo-SOP^A 1 L BEN K ITERE DE L
cita, l’annee au parauant i’auois mis en lumiere vn 7 liure, au- h*"<}uel parlant de leur eftat , ie difois qu’en vn fi grand nombre d'of¬
ficiers qu ils ont, ils auoyent oublié le plus neceffaire, qui eftoyent lesE e i j
£o4 D E LA REPVBLIQJ/eCenfeurs : toutesfois ils n ont pas voulu les nommer Cenfeurs crai-
gnans-, peut eftre que la feuenté du nom , diminuait la liberté de ce¬
lte ville là fondue en plaifirs, ôc voluptez. On voit donc, qu’il n’y a
gueres eu de République bien ordonnée , qui n’ayt vfé de Cenfeurs
ôc de cenfure. En quoy plufieurs s’abufent, qui penfent que Dauid
fut repris , ôc puni d’auoir leué le nombre des fugets:veu que Dieu
g. Numcricap.i. mefines8commanda à Moyfe de lefàire .aprèsauoir forti d’Fp-vnrf»cap.2..j. 4.16.JI. . . . J tr^ 1 r». B/rlC>ôc depuis encores deuant que d entrer en la Paleftine : ôc non ieule-
ment le nombre, ains aufli les familles, ôc noms dvn chacun par le
menu, au parauant qu’ils euffent rien conquefté: mais la faute que fift
Dauid, fut d’oublier le commandement de Dieu qui portoit, quand
011 leueroit le nombre du peuple , que chacun orFrift à Dieu deux
cumce°nfumPcge°.‘ drachmes d’argent,comme Iofeph l’atrefbienremarqué: aufliletex-
risfecundumcapi- te de la loy y eft9 formel. Et peut eftre, que c’eftoit pour ofter l'im-ta nliorum lirael . / « tri J 11 1 r riuxtacefumeom, pieté des payans, lelquels en leuant le nombre des lugets , faifoyent
p iat ion em" a ni m offrir à leurs Dieux quelque piece d’argent pour tefte ; comme en
dTeSTaSÿt cas,pareil Dieu commande, qu’on efpande le fang des hofties facri-
cumfpfi'cenfcntlr ^ecs deflus , Ôc aux coftez de l’autel : parce qu’ils auoyent accouftu-
&c. me l’offrir aux 1 diables -cc qui leur eft expreflemenr defendu parlalib. j.ne-morc a ne- 1 loy. Et femble que le Roy Seruius auoit emprunté cefte ceremo-
x°Lemtid.cap.i7 nie des peuples d’Orient, quand il ordonna vn tronc dedans l’Egli-
facrificia rua'saty- Iuno Lucina, où Ion mettoit vn-denier pour chacun qui naifloit:
rispoftquo* fcor- & vn autre au temple de Iuucnta , où Ion mettoit aufli vn denier,
pour chacun qui auoit attaint dixlept ans : qui eftoit l’aage qu’on pre¬
noit la toge fimple fans pourpre : ôc le troifiefme eftoit au temple
de Venus Libitine, ou Ion mettoit vndenierpour chacun quimou-
dianoPltol'in G°r ro^ 3 : & Ce^e c°uftume demeura toufiours, ores que lacenfurefuft
ioueluC*r'inS°* delaiflee : tout ainfi qu’en Athenes on fe faifoit enregiftrer à xim.4 ans aux regiftres de la Republique. Mais le dénombrement du peu¬
ple que Dieu commanda eftre fait, n’eftoit que de ceux qui pou-
uoyent porter les armes, depuis x x. ans, ôc au deflus : où iîfemble
Denobre- que les vieillars fexagenaires n’eftoyent pas compris, ôc neantmoins
ment du il s’en trouua de compte fait par noms, ôc par teftes fix cens trente
peuple éleu mil cinq cens cinquante : outre la ligue de Leui qui en auoit vingt
de Dieu. ôc deux mil, depuis vn mois, ôc au deflus : qui eftoit en tout d c
lii. mil cinq cens cinquante, ôc quarante ans après que le nombre
fut leué , Ôc que tous ceux qui auoyent forti eftoyent morts hors-
mis Moyfe, Iofué, Ôc Caleb, ils’en trouua fix cens xxim. mil fept
cens feptente ôc trois, y compris les Leuites:(ànsJ les femmes, les efcla-
s. Exod.xn.cap. ucs^ les vieillars , ôc la ieunefle au defloubs de xx. ans qui eftoyent
pour le moins deux fois autant: car il y a toufiours plus de femmes,qu’il
LIVRE SIXIESME. 50;qu il n’y a d’hommes : comme i’ay die cy deuant. Mais Tire Liue,
parlant du nombre des citoyens qu’on leuoir en Rome , die >
en vn lieu au liure 111. cenfa funt ciuium capita centum quatuor & xx%
milhaprœtcrorbos orbafque. ôc Flore au liure l i x. cenfafunt àuïum capita
C C C. XIIL millia. TDCCCXXIÎl. prêter pupilles > 0* ‘viduas.
cinq ans après, il dit ccnfa funt ciuium capita C C C X C. millia. d c c,
xxxvi. ôc au luftre fuiuant c c c x c 1111. mil e c c x x x v i. ôc au luftre
fuiuant cccc l. mil. Ôc l’autre après c L. mil. ie laiffe les precedens lu-
lires qui font tous plus grands que ce dernier, mais il femble que les
bourgeoifès Romaines n’eftoyent pas exclufes, comme il appert cn ce
que i ay remarqué : attendu qu’il n’y auoit queles veufues ôc orphe¬
lins exceptez. Ôc neantmoins Florus dit au x x v 1 1. liure : Ccnfa funt
C XX X VI /. millia ciuium : ex quo numéro apparuït quantum bomi-
num tôt prAiorum aduerfa fortuna pop. Romani abflulifjes. ôc au luftre
preeedent il dit cenfa funt ciuium capita C C L X X. millia : comme
s’il vouloit dire que les pertes qu’ils auoyent reccuè’s contre Annibal a-
uoyent emporté cent trente Ôc trois mil bourgeois, car fi lesfemmcs y
euffent cfte comprifes, qui n’alloyent point en guerre, il n’euft refte
que desfemmes, veu quelles font toufioursautant ou plus qu’il n’y a
d’hommes : comme i’ay monftré cy deuant : ôc en Athenes il s’en trou¬
ua vne par deffus le nombre des hommesxomme ditPaulanias. Quant
aux efclaues,ils neftoient pas nombrez entre les bourgeois, mais entre
les biens meubles, qui eftoyent ordinairement cinquante pour vn: ôc
mefines en Athenes ilfe trouua cent fois ôc plus d’efclaues que d’hom¬
mes francs parle dénombrement qui enfutfaiticarpour dix mil eftran¬
gers, ôc x x. mil bourgeois il y auoit quatre cens mil efclaues. ôc du
nombre qui fut leué des habitans de Venize, il y a xx.ans ou enuiron,
ilfe trouua deux mil femmes plus qu’il n y auoit d’hommes, comme
i’ay remarqué cy deffus. Or les vtilitez quireuenoyentau public du
dénombrement qui fe faifoit , eftoyent infinies. Car premièrement
quant aux perfonnes onfçauoit &le nombre &: l’aage, & la qualité : ôc
combien on en pourroit tirer,fuft pour aller en guerre , fuft pour der Les vtilitez
meurer,fuft pour enuoyer en colonies,fuftpour employer aux labeurs, au’on DCUC
&coruees des réparations,&fortifications publiques,fuft pour fçauoir tçCUeilür
les prouifions ordinaires les viures qui eftoyent neceffaires aux ha- denom-
bitansde chacune ville: & principalement quand ilfalloitfouftenir Ie-bfermec des
fiege des ennemis: à quoy il eft impoffible de remedier, fion ne fçait fUp-cts
le nombre des fugets. Et quand il 11’y auroit que le bien qui renient ô
de Içauoir l’aage d’vn chacun , on retranche vn million de procèsôc
différends / qui font intentez pour les reftitutions, ôc a&es concer¬
tons là minorité, ou maiorité des perfonnes. qui fut la principale occa-
pourquoy le Chancelier Pov et, Centre les ordonnances lolia-Ee iij
€<& DE LA R E P V B L I OV Ebles qu il fift publier, voulut que les curez feroyent regiftre : de
ceux qui naiffentrmais d’autant que les regiftres ne font point gardez,
Moyen de cornme il faut, l’ordonnance eft auffi mal executee. Et pour le regard
retrancher ja qUa]ité , on voit vne infinité de procès pour la noblefle , qui
les procès, feroyent retranchez par ce moyen : 3c les procès de faufleté, pour le
de{guifement des noms, des parens , du pays, del’eftat, & qualité
d’vn chacun : ou , par faute de cenfeurs, 3c de papiers cenficrs, on
ne voit goûte, cela s’apperceut au nombre des bourgeois d’Athe¬
nes que leua Periclcs , pour les prerogatiues , 3c priuileges qu’ils a-
uoyent par deflus les eftrangers, il fe trouua 6 treize mil trois cens* jpiutir. in p«i- foixante bourgeois : 3c cinq mil eftrangers, qui feportoyent en qua¬
lité de bourgeois , qui furent venduz comme efclaues. Dauantage
pour reigler 3c ordonner les eftats, corpir, 3c collèges, félon les biens,
3c Paage d’vn chacun,comme il fe faifoit en Rome, 3c en Grece,il
eft plufque neceflaire de fçauoir le nombre des fugcts , 3c pour re¬
cueillir les voix és dédions , le nombre eft auffi requis, pour dé¬
partir le peuple en dixaines,centaines, milliers, il eft requis auffi de
Moyen de fçauoir le nombre du peuple. Mais lvn des plus grands, 3c princi-
chaffer les paux fru jts qU’0n peut recueillir de la cenfure, 3c dénombrement des
vagabos, 3c fugets , c’eft qu’on peut cognoiftre de quel eftat, de quel meftier
vermine de chacun fe mefle , deqüoy il gaigne fa vie : affin de chafler , des Re-
la Repub. publiq ues les mouches gueppes, qui mangent le miel des abeilles,
3c bannir les vagabonds,Tes raitneants, les voleurs, les pipcurs,lesru-
fiens , qui font au milieu des gens de bien , comme les loups entre
les brebis, on les verroit,on les marqueroit,on les cognoiftroit pat
tout, Et quant au dénombrement des biens, il neft pas moins re¬
quis que des perfonnes. CafGodore7 en parle ainfi. Orbis Roman us a-
7. cpift.8j.iib.i. gris diuifus, cenjuque dejeriptus eft, <vt pojjefeio Jua nulli haberetur incerta,
quam pro tributorum fujeeperat quantitate joluenda. Si donc tout le pour-
prix de Pcmpire Romain eftoit baillé par dénombrement, affin que
Moyen d’e- onfceuft les charges que chacun debuoit porter, eu cfgard aux biens
galcr les quil auoit : combien eft-il plus neceflaire à prefent, ou il y a mille for-
charges 3c tes d’impofts en toutes Républiques, que les anciens n'ont iamais co-
impofts fe- gneu?Cc point là eft de telle confequencc, qu il doibt fufirc, quand
Ion les bies il n’y auroit autre chofe, pour faire qu’vn chacun apporte par decla-
d’vnchacû. ration les biens, 3c rcuenu qu’il a. comme il s’eft fait en Prouencc
l’an M. c c c c l x x 1. ce qui depuis a decouuert à veuë d’œil que
le tiers eftoit opprimé par les deux autres, fi parce moyen on n’y
euft pourueu par Pcdidk du Roy François 1. fait Pan m. d. x x x x i i i,
ôc autre edit par fon fuccefleur : fur lequel les trois eftats de Prouen-
ce eftant entrez en grands procès euoquez au Parlement de Paris fut dit
par arreft prouifional que toutes perfonnes de quelquequalité quelles
’ LIVRE SIXIES ME. cojfartent payeroyent les charges & impofts fuiuant les Cadaftrcs faits lan
^cccc.ixxi. quil fe trouua trois mil feux diftribuez par propor¬
tion Geometrique,au fol la liure, fans auoir efgard aux familles, ny aux
perfonnes:ains aux terres contribuables. On fut contraint aufli l’an m.d
x v i. pour les décimés faire denombremens ôc déclarations de touts les
benefices de ce Royaume, ôc neantmoins les changemens furuenus re¬
quièrent nouueaux denombremens : car tel beneficier paye plus de la
moitié,lautre ne paye pas la trentiefme partie pour les décimés.Le fem¬
blable fut requis par laduocat du Roy Marillac pour les fouages de
prouence. Par ce moyen il feroit pourueu aux iuftes plaintes, & do¬
léances des pauures, que les riches ont acccvuftumé de charger, & s’e¬
xempter en tout le Royaume de France auflî bien qu’en Prouence,ôc
Languedoc.par ce moyen les feditions, qui font ordinairesen toute
République,pour l’inequalité des charges, cefleroient. car la iuftice
géométrique au fol la liure , fe pourroit aifément executer. Et qui
plus eft,tous les procez qui font par deuant les luges des aydes feroyent
coupez, ou retranchez pourla plufpart par les racines, parce moyen Moyen de
les concuflions, les ports, les faueurs de efleus, eflayeurs, & autres of- 0bujcr aLlx
ficiers,qui ont charge d’efgalerles impofts, feroient defcouuertes: ou concufljoS
j)our le moins,les procès feroyent aifez à vuider fus les regiftres des cen- ]arcjns ^ *
leurs : ou bien on pourroit mettre en auant la couftume des anciens A- faucur de
theniens,que s’il y auoit quelqu vnfurchargé, qui euftmoinsde biens ceux j
quvn autre,il pouuoit contraindre le moins taxé à prendre fà charge, font le dc-
ou à changer de biens: comme Ifocrâtequi le perdit contre Lyfima- DartemenC
chide, ôc le gaigna contre9 Megalide. Onfçauroit auffi par ce moyen, desirnoofts
qui font les prodigues, les ceflionaires, les banqueroutiers, les riches, ^ Tubfides
les pauures, les fafraniers, les vfuriers: & à quel ieu les vns gaignent tant Couftume
debiens, &les autres dépendent tout, pour y remedier, puis quil eft iouable jes
ainfi que de la pauureté extreme des vns, &richcflcsexceflîuesdesau- Atheniens
très, on voit tant de feditions, troubles, ôc guerres ciuiles. Dauanta-9.piatar.in ûw ©*.
ge, touts les edits, ôc ordonnances, ôc generalement touts arrefts, iu-ratorura'
gemens, &fentencesJ concernans les peines pecuniaires, & amendes,
feroyent reiglez àla vraye diftribution de iuftice, quand on fçauroit les
biens, ôc la portee d’vn chacun : attendu mefmement que la peine ne
doibt pas excederle péché. Auflî les tromperies qu on fait aux maria¬
ges , aux ventes, aux marchez, ôc en toutes les negotiations publi¬
ques &priuees, feroient defcouuertes ôc cogneues. le laifle vne infi¬
nité de procès, touchant les fucceflions, partages, ôc hypoteques, qui
font clofes,&cachees pour la plufpart, ôc quiferoient auèrees parles
regiftres fans enqueftes qui feroit obuier aux frais des fugcts, ôc aux
fauffetez 3 ôc faux tefmoignages qui fc forgent par tout. Peut eftre on i.i.î.quan(î0&
me dira, que c’eft chofe dure1, d’expoferen rifee la pauureté des vns, ^*us<iu«mEe iiij
5oS DE LA REPVBLIQVE&à îenuiela richefle des autres. Voilale principal argument duquel
on peut vfer, pour empefeheryne chofe ii louable, & fi fainde Mais
ie dy au contraire, que l’enuie ceflera contre ceux qu’en penfe riches
&qui n’ont rien: & la moquerie contre ceux qui ont les biens , quon
eftime pauures. Et faut-il que l’enuie desmalueillans, ou la moquerie
des plaifans, cmpefche vne chofe fi fainde, &fi louable ? iamais le fage
Prince, ny le bon legiflateur , n’ont fait mife,ny recepte de l’cnuie, ny
delà rifee, quand il eit queftion des bonnes loix,& ordonnances.Com-t «U.i.quan<lo& . . 11,» 1 1 i iquib.c. bienque la loy qu on met en auant, ne touche que les meubles, ôc
non pas les immeubles. De dire qu’il n’eft pas bon qu’on fçache le train
latrafficjue, la negotiation.desmarchans , qui gift bien fouuent en pa¬
pier, &cn crédit: qu’il n’eft pas bon aufli qu’on euente le fegretdes
maifons 3 Ôc des familles : le refponds qu’il n’y a que les trompeurs, les
pipeurs , & ceux qui ab ufènt les âU très, qui ne veulent pas qu’on def
couure leur ieu, qu’on entende leurs adions,qu’on fâche leur vie. niais
les gens de bien,qui ne craignent point la lumière,prendront toufiours
plaifir c]u’on cognoiffe leur eftat,leur qualité,leur bien,leur façon de vi-
Notable re- ure* Architede difoit vn iour au Tribun Drufus, qu’il feroitl’ou-
fponfe d’vn uerturc & rnaifon en forte, que perfonne n’auroit veue fur luy : Mais
tribun *e te pfie 3^ift alorsDrufus, fais en forte qu’on puifle voir de toutsco-
La cenfure ^czce 4UC en ma maifon. auffi Velleius Paterculus, qui recite
contraire l’hiftoire , dit que ceft homme là eftoit fandus, & integer. Et c’eft
aux met principalement contre les mefehans, qu’ilfaut que la cenfure ayt lieu,
chaiis *e trouucqulln,ya iamais eu que les tyrans, les vfuriers, les larrons,leseeffionaires, qui ont eu en hay ne la cenfure, ôc empefc hé, tant qu’ils
ont peu , que le dénombrement des biens ne fefift: comme i’ay re¬
marqué de Tybere, Caligula, Néron, Domitian. Auffi voit-on, que
parles menees des riches, bourgeois, Ôc vfuriers, de fix cenfeurs efleus
confccutiuement en vn an,pas vn feul ne peut vaquer à la cenfure ?.De-
Fu<rere i en at û^re- ^^y ^cs Tribuns faifant leurs pleintes deuant le peuple difoyent, que
fteftabulascenfus le Sénat craiemoitles regiftres,& enfeienemens publiques, qui defeou-cuiulque, quia no- -il- i> i i i i t riïm confptci fum- uroientles biens d vn chacun, & les debtes adiues, & pafli ues,par let-
quelles on euft cogneu que partie des bourgeois eftoit fouleepar l’au¬
tre^ rongee d’vfures. ôc deflors les tribuns declarerent qu’ils n’endure-
roy ent pas vn debteur eftre adiugéaux créanciers, ny enroollépoural-
atque aiiis hofti- 1er én guerre, qu’on n’euft veu par déclaration les debtes d’vn chacun,
affin d’y pouruoir ainfi qu’on verroit eftre à faire par raifon. Alorsles
debteurss’affemblcntau tour du Tribun, pourluy prefter confort, ÔC
ayde. Pourquoy donc le droit créancier craindroit il, qu’on veiftles
debtes par luy contradees ? pourquoy ne voudroit il, qu’on cogneuft
les fucceflions légitimés à luy deuoluës? pourquoy empefeheroit il,
qu’on apperceuft les biens iuftement acquis par fon induftrie.» & la¬
beur,mam a:ris alieni,
quæ iudicatura fit
demerfam partem
à parte ciuitatis,
cum intérim obie-
&am plebem aliis
LIVRE S I X I £ S M Ë, mbeur,celàluy tournera toufiours à louange,&honneur. &s’il eft hom¬
me de bien,s’il ayme la conferuation de la Republique, le foulagemcnt
des pauures,il ne fera point difficulté de bailler fes biens par déclaration
pour en àyderau public quand il fera befoin. Et s’il eft mefehant, s’il
eft vfurier, concuflionaire , larron du public , voleur des particu¬
liers, il a bien raifon d’empefeher, ôc des’oppofer tant qu'il pourra,
que fes biens, fa vie, fesaâions ne foient cogneuës. mais ce 11 eft pas
la raifon, qu’on demande l’aduis aux tauerniers s’ilfaut fupprimer les
cabarets, nyaux femmes diflbluës, s’il fautofter le bordeau, ny aux
vfuriers, s’il faut abolir les vfures, nyaux mefehans, s’il faut auoir des
cenfeurs.Or touts les anciens Grecs, ôc. Latins , ont toufiours parlé de
la cenfure, comme d’vne chofe diuine, ôc quiaconferué la grandeur
delEmpire des Romains tant que les cenfeurs ont efté encredit.Ti-
teLiue 4 parlantduRoy Seruius,qui le premier inftitua que chacun 4.Liuius
bailleroit fes biens par déclaration, Cenfum, dit-il, inftitmt, remJalu- Iugement
bemmam tanto futuro imperio. Maisdepuis que les cenfeurs furent eri- des anciens
gez cn tiltre d’office au lieu des Confuls, ôc que peu à peu ils com- couchant la
mancerent à prendre cognoiffance des meurs, de la vie d’vn cha- cenfure.
cun, alors on commancea àrefpedlerlescenfe&rs, &les reuererpluf-
que touts les magiftrats : dequoy parlant Tite Liue5, Hicanntis cenfurœ f Iib 4
initiumftuit 3 rei aparua origine ortœ, auœ deinde tanto incrément 0 aufta eft, Charge des
*vt morum, dijcipliriœque Romane penes eam regimen fénatus 3 equitumque anciens ce-
centuriœjecoris 3 dedecorijque dijerimen Jubditione eiws magiftrat us ,pubhco- feurs.
mm m, priuatorümque locorum3 •vefliralia populi Romani Jubnutu, atque
arbitrio ejjent. C’eftoit donc la charge des cenfeurs, de receuoir lede-
nombremet des biens,ôc des perfonnes, d’eftre furintendans des finan¬
ces: d’affermer les impofts j ôc péages, &tout le domaine de la Ré¬
publique : de reformer les abus id’inftituer, ou deftituer lés Senateurs:
cafter les gens des ordonnances, &de l’ordre decheualerie:decenfu- UûCltonenia'
rer,&noterla vie,&les meurs d’vn chacun. Plutarque* en parle cn-
cores plus hautement .appellantla cenfure office treffàcré, &trefpuif
fant. On dira , peut eftre , que la charge eftoit grande: toutesfois
cn vn fi grand empire deux cenfeurs y fuffifoyent. mais on peut diui- 'Eps 7*
fer les charges, car d’ulftituer, oudeftituerles fenateurs, celà fut bail-
léaux cenfeurs pour en decharger Jk peuple , dit Feftus:ce qui ne fe La cenfure
pourroit faire en la monarchie , où le Prince choifift fpecialement eft lemoyé
ceux de fon confeil. Toutesfois il feroit befoin que les furintendans derefor-
aux finances fuffent vrais cenfeurs , c’eft à dire gens fans bîafine,' ôc mer lesa-
fans reproche : car il faut toufiours bailler la bourfeau plus loyal : ôc bus en tous
la reformation des abus au plus entier. Quant à la reformation des eftats,
abus, ceft bien peut eftre lachofe la plus belle, ôc la plus excellente
qui fut onques introduite en République du monde, ôc qui plus,a
*IO DE LA REPVBLIQVEmaintenu îagrandeurde ceft empire là.Car tout ainfi que lescenfeurs* eftoyent toufiours efleus des plus vertueux hommes de toute laRepu-
blique,auffi s’efforçoy ent ils3de conformer les fugets au vray but d’hô-
neur, &de vertu. Cela fe faifoit de cinq en cinq ans, Câpres qu’on a-
uoitdrefïe leftat des finances, ôc afferme le domaine. Et fî on delaif-
foitla cenfure, comme ilfe faifoit quelquesfois pour la longueur des
guerres,on apperceuoit à veue d’oeil que les meurs du peuple fe ga-
ftoyent, ôc que la Republique deuenoit malade , comme vn corps
quidelaifle les purgations ordinares.celà s’apperceut pendant lafeccn-
de guerre Punique, quon n’ajuoit pas loifîr d’y vaquer commodé¬
ment: mais fî toft que Annibal fe fut retiré au territoire de Naples,
7.lit.14. alors lescenfeurs dit TiteLiue7, admores hominum regendos animum ad-
uerterunt > caftigandaque Hjitia>quœ velut diutinos morbos œgra corpora exje~‘ je gignunt 3nata bello erant. Et toutesfois ils ne s’arreftoyent que auxa-
bus,quine viennent point en iuftice : caries magiftrats, &Iepeuple
prenoit cognoiffance des meurtres, des parricides, des larcins,des con-
cufîîons: & autres crimes femblables , quifontpunis parles loix. Sut
fift-il pas, dira' quelqu’vn, de bien punir les crimes, & forfaits portez
parlesedits, & ordonnances ? le dy queles loix ne corrigent que les
mefchancetez qui troublent le repos de la Republique, encores les
plus fîgnalez en mefchanceté efchapent quafi toufiours la peine des
loix, comme les groffes beftes rompent aifement les toiles des arai-
gnes. Et qui eft l’homme fi mal aduifé, qui mefurera l’honneur , & la
vertu au pied des loix? Quis eft, difoit Seneque, quife profiteturlegibus
L^s lus QWinibus innocentem f njt hoc itafit3 quam augura eft innocentia adlegem bo-
rands num ejje : quantolatius patet ojjiciorum 3 quam lurïs régula f quant multapie-
l9 fre ues tdS J humanitas 3 liber alitas, iuftitia 3jide s exigunt, quœ extra publicas tahu-
vices Onfçaitafl^z queles plus deteftables vices, ôc quiplus gaftentfiiez ar la RePuklique 3 ne viennent iamais en iugement. la perfidie n’eft iamais
céfare^ ^. punie par laloy, qui eft Tvn des vices des plus abhominables. mais les
^e^re^U1 cenfeurs dit Ciceron , «eftoyent fi curieux de chofe du monde ,que
ar fouffrâ Pun*r^e Priure,lesyurongneries,lesieux dehazard, les paillardi-
ce deTîoi^ ^CS 5 ^ lubricitcz , font.permifes auec vne licence dcfbordee. ôc qui
Raifon * 11^ * Peucy rcmcdier que la cenfure? on voit auffi toutes les Republiques
ceVaire ^ remplies de vagabonds, de faitneants, de rufiens, qui corrompent, ôc
our refta ^ , ôc d’exemple touts les bons fugets : &toutesfois il n’y a moyen
bh^la^en cc^e vcrlrnne5 que Par ^ cenfure. Combien qu’il y a vnefure a CCl1 ra^on %ec^e qui monftré, que la cenfure eft plus neceffaire quelle
11e fuft onques, d’autant qu’il y auoit anciennement en chacune famil¬
le iuftice haute, moyenne, & baffe :1e pere fus les enfans, le feigneur
fus fes efclaues auoit puiffance de la vie, &dela mort en fouuerainete,
s’il fautainfi parler, ôc en dernier reffort, &le marifusla femmeauoit mefme
LIVRE SIX.IESMÊ. dujïi-eCnc puiffance, en quatre cas, comme nous auons dit en fon lieu,
jnais à prefent que tout cela ceffe, quelle iuftice peut on efperer de
l’impie^ des enfans enuers les peres ôc met es ? du mauuaîs gouucr-
netnent entre gens mariez? du mefpris enuers les maiftres? le ne par¬
le point icy de la confcience enuers Dieu, qui eft lapremiere ôc prin¬
cipale chofe, de laquelle il faut en toute famille, ôc Republique eftre
le plus foigneux : chofe quia toufiours efté referuee aux Pontifes, E-
uefques,& Surueillans, ôc à laquelle les magiftrats doibuent tenir la
jnain. Car combien que la loy de Dieu commande7, que chacun 7-Deütcrono‘Iér<
comparoiffe deuant luy aux trois grandes feftes del’anpourle moins:-
fi eft-ce qu’il s’en trouue qui n’y vont aucunement: &peuà peu du
mefpris delà religion, eft forti vne feâre deteftable d’Atheiftes, qui
n’ont rien que blafphemes en la bouche, &le mefpris de toutes loix
diurnes, ^humaines, dont il s’enfuit vne infinité de meurtres, parri¬
cides , empoifoniiemens trahifons, pariures, adultérés, inceftes, clos
&couuertspour la plufpart. car il ne faut pas attendre, queles Prin¬
ces ôc magiftrats rangent foubs l’obeifïance de leurs loix les fugets qui
ont foulé aux pieds toute religion : Toutesfois celà depend des furueil-
lans ou des cenfeurs. Et quant àl’inftituèion delaieuneffe, qui eft la
principale charge d’vne Republique, &de laquelle, comme desieu-
nes plantes, ilfaut auoir le premier foin : on voit qu elle eftmefprife©:& ce qui debueroit eftre public , eft laifle à la diferetion d’vn cha¬
cun, qui en vfe à fon plaifir, qui en vne forte, qui en vne autre : ce o.Wat. deinfti*. 1 * . . * ./ A. ri-n tuen^a in R epu-que ie ne toucheray point icy, ayant trâitte ce point en ion heu . blica iuuentutc ad
Et d’autant que Lycurgue difoit qu’en celà gift le fondement, de tou- ToioSm?' que
te la Republique, il ordonnna le grand Pædouonîe cenfeur de la ieu-
neffer pour lareigler félon les loix ôc non pasàla diferetion1 des pa- ï.Arift.iib.s.capj
ïens. Ce qui futauffiordonnnépar edit des Atheniens publié à la re- aTaSfopôïtw*
qtiefte de Sophocle1: cognoiifant bien, que pour néant on fait des cSacadoneS
loix, fi la ieuneffe , commc dit Ariftote5 n’eft informée de bonnes 2-^mius.
meurs. Or tout celà depend du foin, Ôc vigilance des cenfeurs, pour i*. J p °p
prendre garde premièrement aux meurs, ôc inftitution des maiftres de ^es come~
laieuneffe. le tais auffi l’abus qui fe commet en fouftrant les Comiques, ^es &^ar-
Ôc longleurs, qui eft vne autre pefte de la Republique des plus per- ccsperni_
nicieufes qu’on fçauroit imaginer : car il n’y a rien qui gafte plus les cicufes a
bonnes meurs, ôc la fimplicité , ôc bonté naturelle d’vn peuple, ce touteRe-
qui ad’autant plus d’elfed:, &de puiffance, que les parolles, les ac- publique*
cens, les geftes, les mouuemens, & a£tions conduites auec touts les
artifices qu on peut imaginer, ôc d’vn fuget le plus ord, &le plus def
honnefte qu’on peut choifir, laiffe vne impreflion viue en lame de
ceux qui tendent là tous leurs fens. brief on peut dire, que le thea*-
tte des ioüeurs, eft vn aprentiffage de toute impudicité , lubricité,
■*ii DE LA REPVBLiqVEpaillardife, rufe, fineflc, mefchanceté. Ec non fans caufe difoit Ari-
8 Iib.7.ca.:;.paiic. ftotc 8 3 qU’il faut bien garder les fugets d aller aux ieux des comiques*
il euft encores mieux dit, qu’il faut rafer les theatres,&fermer les por¬
tes de la villeaux loueurs : quia, dit Seneque , mhiltammoribusahenum
quam inJj?eéîaculo defidcre. Si 011 dit queles Grecs, & Romains permet-
toyentles ieux; ic refponds que c eftoit pour vne fuperftition qu’ils
auoyent à leurs Dieux, mais les plus fages les ont toufiours blafrnez
car combien que la Tragedie a ie ne fçay quoy de plus Heroïque, ôc
qui moins efféminé les cueurs des hommes, fi eft-cc toutesfois qucSolon ayant veuiouer vne tragedie de Thefpis, le trouua fort mau- 1
uais : dequoy s’exeufant Thefpis difoit, que ce n’eftoit que ieu, Non
dift Solon, mais le ieu tourne en chofe ferieufè, beaucoup plus euft-iî
blafméles comedies, qui eftoyent encores incognucs. & maintenanton met toufiours àlafïndestragedies, ( comme vne poizonés vian- 1des) la farce, ou comedie. Et quand ores les ieux feroyent tollerables !iaux peuples méridionaux, pour eftre d’vn naturel plus pefant,& me- flancholique, & pour fa confiance naturelle moins fuget à fo changer, ^rifi eft-ce que celà doibt eftre defendu aux peuples tirant plus vers le fSeptentrion, pour eftre de leur naturel fànguins,legers^ volages, &: ”qui ont prefque toute la force de leur ame en l'imagination du fens ^
commun, ôc brutal. Mais il ne faut pas cfperer, que les ie ux foycnt de-fendus, ou empefehez par les magiftrats.* car ordinairement on voit ?qu’ils font les premiers aux ieux. C’eft la propre charge des cenfeurs rgraues, ôc feueres, qui auront la diferetion d’entretenir les honneftes f1exercices de lagymnaftique pour maintenir lafanté du corps: & delà 1111mufique. pour ranger les appétits foubs l o’bciffancê de la raifon.i en- «niu^n rebu^duiu-tcns la mu%lc % qui fignific non feulement l’harmonie :ains encorestes conferuantnr toutes fcicnces liberales, ôc liomiettes : ôc prendront garde principa- F1la mufique naturelle ne foit alteree, ôc corrompue com- *5iJiatointimaco. me elle eft a prefent : puifqu il n’y a rien qui coule plus douccmentaux ^afFedHons intérieures de 1 ame. Et pour le moins fi on ne peut gaigner l0fcc point là, que les chanfons Ioniques, ôc Lydiennes, c’cft a dire, le cinq ^ôc feptiefme ton, foyent bannis de la Republique, &defendus àla ieu- ^nefle, comme Platon, ôc Ariftote difoyent qu’il eft neceffaire, pour ^moins que la mufique Diatonique,qui eft la plus naturelle,que la chro- Pmatique, ôc Enharmonique,nefoit corrompue parlamcflangedesau- 1!î,iitrès : ôc que les chanfons dorienes ou du premier ton, qui eft propre à î5c<la douceur, ôc grauité bien feante,ne foy et deguifees en plufieurs tôs, ÔC ^dechiquetees,en forte,que la plufpart des muficies en deuiennent fols, l£fiÔc infenfez: par cc qu ils ne fçauroyent goufter vne mufique naturelle, fenon plus qu vncftomac debifé, &corr6pudefriandifes, nepeutgou- mftervne 4,M
in Pifo—
proMilo-î.l.Clodia de cen-
proLIVRE SIXIESME.ftervne bône Scfolide viande.Or tout cela depéd du debuoir des Cen¬
seurs,attendu que les iuges & autres officiers n’y prendrôt iamais o-arde.On fcplaint auffi des haoits, des excez, Sc que les loix fumptuaire^ font
foulees au pied : iamais il ne s’en fera autre chofe, s’il n’y a des Cenfeursquifàcent executer les loix: comme eftoient anciennement cn AtheneslesNomophylaques. C’eft pourquoy vn ancien1 Orateur difoit,que le '• Ciccr°
Tribun qui premier rôgnala puiflance des Cenfeurs, auoit ruiné* la Re-
publiqu e: ce fut2 Clode l’vn des plus mefehans hommes qui fuft de fon riS^cic
aage.auffi fa loy fix ans apres fut calfee par la loy’ Ceci! ia.Puis donc que sf°'
la ce'fure eft vne chofe fi belle,fi vtilc,fi neceflaire, refte à voir fi les Cen- qffeurs doiuent auoir iurifdi<ftion.car il femble que la cenfure fera illufoi-
re fansîunfdiftion. Iedy neantmoins,qu’il nefautpasque les Cenfeurs
ayent iurifdidion quelcÔquc:afin que leur charge ne foit enuelop A de
procès,& de chiquaneries. Auffi les anciés Cenfeurs Romains n au 0j£t LesCéfeurs
aucune iurifdidtion : mais vn regard, vne parole,vn trait de plume qu’ils ne doiuent
donnoient,eftoit plus fanglant, & touchoit plus viuement que tous les ai,oir iurif-
arrefts & iugemés des Magiftrats.Ouâd onfaifoit leluftre,on euft veu didion.
quatreou cinq cens Senateurs, l’ordre equeftre, & tout le peuple trem¬
bler de crainte deuant les Cenfeurs,que le Senateur auoit qu’il fuft chaf¬
fe du Sénat: l'homme d’ordonnances, qu’il fuft priué de foncheual ou
mis au rang du peuple : & que le citoyen fuft rayé de fon ordre Sc de fa
lignee pour eftre misau nombre des ccrites & tributaires. come défait
Titeidueracôte pour vne fois LXvr.Sénateurs ravez du reojftre &for-clos du Sénat Et neantmoins afin que l’honneur,&autorite^fi aride desCenfeurs nefiftouuertureà la tyrannie, s’ils enflent efté armez de puiP 4-1*4- * w
ance & lurifdidmn.ou qu on fuft condamné fans eftre ouy: il fut tref- ctfcrSSm
îen aduife,qu ils n auroiét rien que la Cenfure. C’eft pourquoy difoit nihifec <tamna-
îceron,quele iugement des Cenfeurs fait rougirfculement:&d’->u-
tant que cela ne touchoit que le nom,la corredion du Cenfeurs’àppel-ouion7rnÏÏT n" dlffertTe de l'infamie.qui depend des iuges ZttTnl
• J?, junldiâion publique, & des cas pour lefquels on foufre rinfa- 3|nominia diftajpie.C eft pourquoy le6 Preteur notoit d’infimie ceux qui eftoient caf t”6”'- «fcpo-aeamm" 1Sn°mjnie:ce <Jui euft efté ridicule,s’ils euffen t efté infâmes. Et «fSdctis'^i no-ieno I01"5 a r V ? Iuriffnfultes faifoie"t, « les hommes
gnommieux doiuet foufnr la peine des infimes, monftreaffez nue l’i- 'j" ':Palamgnominie,& 1 infamie n’eft pas tout vn,comme plufieurs ont pefé l’an- ï-'TdëE"*».
eECaOU,ftTefdeGreCrCpen?eccoit à tous de mettre à morcceluyqui
^««dareinfame,&fesenfans:cômeditl’Orateur Libanius au nlii-tZ*°at 4^irotius< Car combien quele Cenfeur euft rayé le Séria-'au * CS.reS s Sénat , fi cft-ce que s’il vouloit prefenter reqi lefte Putant^‘ >crbo nec»&rnftrerlbnr0CenC-[yCft0kreCeU>&^re°u Que îeC ftUC ' m^1S S J auo*c acaifàteur qui fouftint la cenfure, n’eft pis iu-
Ccnfeur mefmes feportaft accufaceur en qualité departicu- gclï
6h DE LA REPVBLIQVElier, fil acCufé eftoit conuaincu, & condamné parle peuple, ou parles
commiffaires deputez du peuple : alors il eftoit non feulement ignomi¬
nie ux, ains auffi1 infâme, & déclaré inhabile à iamais tenir eftat. c’eft
vubUdsTu'dic s. pourquoy ceux qui eftoient cenfurez,n’eftoient pas iugez,mais toutef-
J.ii.de fcnat.fF. £Qjs jjs cft0icnt comme prciugez : & fi le Cenfeur eftoit homme elo-
Hfcprimum^iiud qUent,il fe conftituoit accufateur de ceux qui fe vouloient faire refti-
S^üquaK tuer contre fa cenfure : commc fift Caton contre L.Flaminius,contre
«nforUslîanc*ci- lequel il dreffa vn plaidoyé de la vie orde& falc de Flaminius,qu’il auoit
uitatem ita côtcn- raye dcs regiftres du Sénat, mais les mieux aduifez,& quiauoientqueU
«risTfiiriffe?Ppnam que opinion de leur fufifance, demandoient quelque office, ou com-
pium Vç aium^Gc- miffion honorable au peuple, & s’ils lobtenoient, l’ignominie, & cen-
'teibïcn.Domi- fure eftoit couuertc-.ou bien qu’ils fe fiffent rcftituer par les autres Cen-
liocenfonb^fe- £urs cjnq atis aprcs > mais s’ils nc faifoient ny l’vn ny l’autre, l’entreedu
cenforcm ï^fum Sénat leur eftoit du tout clofe : ôc de ceux là parlant3 Vlpian dit, qu’il
penfe qu’ils nefont pas receuablesen tefmoignage. iln’ofe paslaflcu-
^rSVunc1 rcr. Et pour confirmation plus claire de ce que deflus,4 Ciceron met
poftea,& populo v eXcmojc dc Caius Geta, qui fut rayé,8c forclos du Sénat par les Ccn-Romano &corum i . i. n r i »qui in ipfum ani- feUrs:& neantmoins depuis il fut elleu Ccnleur. ôc peu apres parlant de
ritapST' la cenfure ildit, que les Anciens ont voulu que la cenfure portaft vne2^“ certaine crainte, & non pas vne peine. Qui fut en partie la caufe pour
oncn turpi iu’di- [a joy j Claudia fut caftee, qui vouloit, quele Sénateur ne peuftcio danati in per- J / / / r » r» »• l > n • P Jpetnum omni ho- eftre forclos du Sénat, ny raye des regiftres, s il n eltoit accule par de-
p,T„?„tüdSh“ uant les Cenfeurs,& condamné de l’vn & de l’autre. car c’eftoitfaire de
la cenfure vne cohuë>& I'ancan«r: laquelle toutesfois eftoit fi venera-
honorc’madmis, m nue le Sénat Romain ne voulut pas foufrir, que les Cenfeurs, aprèsneque m curiam > J _ * il - J 1reditus edet, &c. leur charge expiree,fuffent accuiez,ny appeliez en iugement des cno-
fes qu’ils auoient fixités : ce qui eftoit licite contre tous les autres Magi-
ftrats. Et femble que Ie mpereur Conftantin lacera tous les libelles d ac-
caUtacanonTc£ cufàtion propofez contre les Surueillansau concil de Nicc, difant qu’il
aut îudieem îegi, nc vouloit pas iugcrdc ceux qui eftoient Cenfeurs delà vie dvn cha-
faUntc!hæc^noCmi- cun.Et pour mefme caufe Charlemaigne en fes7 Conftitutios, a mis le
SaeftiLT* canon,qui porte q le Prélat nc fera point iugé,s’il n’y a L x x 11. tcfmoins:
vif^œnfm^nrna & Sue le Pape ne fera iugé de pcrfonnc.ce qui a toufiours efté garde îul-
pouftate effe vo- qUes au Concil de Confiance, où le decretfut arrefte,que deflors cn
i«rd"niqwCfuJc- auant le Pape feroit iugé par le Concil. Ienedifputeray point fi laiu-
rifdidion Ecclefiaftique eft bien fondée: mais tanty a, que pour a-
cia appeiiari val- - entrepris, il y a danger qu’on perde ôc laiurifdi<5tion,& latis,non ftcteiunt. ï & n/1 U C;. Afcon.iu pifo- cenfure Ecclefiaftique , qui a toufiours elle de meruciileule corne-
«!îSs iib 59. quence. car tout ainfi que lçs anciens Druides, qui eftoient iuges fou-
7. rtp.de maiio. ucrajns ^ & Pontifes en Gaule cxcommunioient les Roys ôc Princes
taiÿrarmcômcn clL1i ne vouloient pas obeïràleurs 8 arrefts : auiffi la cenfure Ecclefia¬
ftique entre les Chreftiens, non feulemét a maintenu la difeipline & esbonnes meurs plufieurs ficcles : ains auffi a fait trembler les tyrans, & a
r range
LIVRE SI XI ES ME. CiSrancré les Roys Ôc Empereurs à la raifon : ôc fouuet leur a fait tomber les
Couronnes de la tefte,& les feeptres des mains,les cotraignansàfairela
paix ou la guerre : ou bien à changer leur vie diffolue, ou faire iuftice,&
reformer les loix. toutes les hiftoires en sot pleines:mais il ny en a point
de plus illuftre que de S. A min ois qui cenfura Theodofe le grâd,ôc Ni¬
colas i. Pape, qui cenfura Lothaire Roy d’Italie en partie. vray eft que
l’abus d’vne cenfure de fi grande confequence a fait mefpVifer ôc la
difeipline,& les miniftres, ôc leur céfure, qui eftoit en interdi&ion,fuf-
penfion, ôc excomunication.9 car plufieurs à propos, & fans propos, ôc
pour caufes legeres excomunioient : ôc mefmes ils'ontpoféxxxix.cas
efquelson encouroit 1 excommunication de fait, fins iugemét ny Sen¬
tence: Ôc qui plus eft on excomunioit auffi les corps,& collèges, les vni- L^îiclvcTbT
uerfîcez,lesEmpereurs,Roys&:Royaumes:rfànsdifcretionderaage,ny G^ômunicatiô ^
du fexe,ny des innocés,&: furieux: quoy q depuis,& bien tard,on "cor¬
rigea ceft abus,ôc à demy feulement. maisen cenoyaume,iIaeftéarre- 2 caP- Romana.§.ri r j i » > r • i> . vniuerfitatcm.deIteaux ordonnances d Orléans, qu on n vferoit d excommunications, rcnrent.iib.*.c.Tc-
fors en crimes Ôc fcandale public. Orlcs prélats,Euefques ôc Papes ont zc^twLnk.
toufiours pretedu la cenfure des meurs, ôc de la religion leur apartenir, Ylb'6'
come choie de laquelle les iuges ôc Magiftrats ne prennent aucune co-
gnoiffance,finon en cas d execution. Et depuis les Surucillâs ont vfé cn
plufieurs lieux de mefme prerogatiue : chofè qui eft bien neceflaire, s’il
n’y a des Cenfeurs : tant pour reformer les meurs du peuple, ôc y veiller
diligémcnt,que pour autorifer la dignité des pafteurs, Euefques ôc Mi¬
niftres, qu o ne fçauroit aflez honorer ôc prifer, pour la charge ôc digni¬
té qu’ils fbuftienn et : à quoy Dieu auoit pourueu fagemét,faifant chois
de fes Miniftres,ôc donnât la prerogatiue d’honneur à lalignee deLeui
par deflus toutes les lignees, ôc àla famille d’Aaron, de laquelle eftoient
les Preftres feulement, par deffus tous les Leuites, leur donnant tous les
j héritages,de grans biens, Ôc honneurs, ôc priuileges : ôc par vn articlede
| hloy de Dieu il eft porté, q celuy foit mis à mort qui n’obeyra àla fen-tence du ° grand P ontife. Ôc ceux qui veulent raualler leftat des Mini- 0 Dcuteron c ,7
ftres,Euefques ôc Surueillans, ôc leur ofter la cenfure ecclefiaftique, ôc
les biens ôc honeurs, pour les voir beliftrer,ôc foulleraux pieds, ilsmef-
prifent Dieu,ôc aneantiflent toute religion, quieft vnpoind fort cofi- L’indign i-
derable, ôc qui fut caufe en partie que le Miniftre principal de ioza- té, mefpris,J ne quitta la ville, parce queles Seigneurs des ligues ne peuuent por- & rnédici-
t0r la cenfure des meurs, enla perfonne des Miniftres. ilfaut donc par tédesMini-
| neçcflite qu on face des cenfures pour les meurs . Mais la Seigneu- foires fait
^ deGenefue a referué cefte prerogatiue aux Euefques, Miniftres, mefpnfer la
& Anciens, d’auoir droid de corps, ôc college ,ôc de cenfurer en leur Rc%ion.onfiftoire les meurs ôcla vie, ôc mefme de condamner à l’amende : ôc
Joutesfois fans iurifdidion, ny puiffance de commander,ny d executer
eursfcntences, foit par eux ou parles officiers de la Seigneurie .-mais àF f i j
6i6 DE LA REPVBLIQVEfaute d’obeyr,ils excommunient:chofe qui tire après foy grande confe-
quence: car l'excommunié apres certain temps eft pourfuiuy criminel-
lemét par l’inquifîteur delà foyrcomme ilfe fait aulli en l’Eglife Catho¬
lique: mais non pas fi toft.car il s’eft trouué tel auoir efté x v.ans excom¬
munié,& depuis conuenu par deuant l’inquifiteur de la foy, qui vou¬
loir procéder contre luyrdont il fe porta pour appellant comme d’abus
ic7.May1.f3fc en Parlemenr.oii il fut3 déclaré non receuable appellant, & condamné
à l’amende : Ôc ordonné qu’il feroit pris au corps, ôc mené prifonnier és
prifons de l’Euefque,& mandé à l’inqui fiteur de luy faire ôc parfaire fon
procès iufques à fentéce diffinitiue,& en certifier la Cour. c’eftoit alors
qu’il eftoit permis d’excommunier vn chacun, mefmes pour fimples
debtes,ores que les debteurs declaraffent qu’ils n’auoient rien, mais de¬
puis l’ordonnance publiee àla requefte des Eftats tenus à Orléans, &
.le j.iuiiietij6s. confirmee par arreft de 4 parlement,les Euefques & Surueillâs ne pour-
roient pas en ce Royaume vferde telles cenfures.Et defaitM.du Mou¬
lin fe piqua bien fort à Lyon cotre le Confiftoire, difant qu’il entrepre-
noit foubs couleur de cenfure la iurifdiction temporelle, ôc neâtmoins
qu’il blafmoit cela cn l’Eglife Catholique. Et toutesfois oftât la voye de
fufpenfion,interdidion ôc excommunication,la cenfure ecclefiaftique
eftaneantie, & par mefme inconueniét les bonnes meurs,& la difeipli¬
ne abolie. mais ce n’eft pas la raifon, que pour la defobeiffance en cho¬
fes legeres,on vfe de telles cenfures. les Cenfeurs anciens mettoient des
notes ôc marques fur les regiftres cotre ceuxqui le meritoient:pour ad-
uertir leurs fuccefleurs en l’eftat,de ceux qui eftoiet ia notez, s’ils ne s’a-
mendoient. il me femble que cela fufiroit bien,& non pas procéder par
amendes,& interdire,ou excommunier àfiute de payemét. le laifle icy
à decider aux plus fages, s’il vaut mieux diuifer la cenfure téporelle tou¬
chant les meurs, & autres cas cy deffus remarquez, d’auec la cenfure ec-
clefiaftique,ou bien cumuler l’vn à l’autre.Mais fî vaut il mieux permet¬
tre aux Euefques ôc Surueillâs l’vn ôc l’autre,que de leur ofterle tout, ôc
priuer la Republique de la chofe qui eft la plus neceffaire.car on voit les
Republiques qui en vfent fleurir en loix ôc bonnes meurs : on voit les
paillardifes,lés vfures,les momeries,les excès en toutes chofes retrachez:
les blafphemeurs,les ru fiens,les faitneans chaffez.& ne faut pas doubter
que les Republiques qui vferont de telles cenfures, ne foient perdura-
bles,& fleuriffantes en toutes vertus : ôc la cenfure delaifTee, les loix, les
vertus, & la Religion fera mefprifee:comme il aduint en Rome quelque
temps au parauât que ceft Empire là fuft ruiné: lors qu’au lieu des Cen¬
feurs on erigea vn office qu’on appelloit le Tribun des plaifirs ÔC volu-
ptez:ainfi qu’on peut voir en Cafliodore.
LIVRE SIXIESME.DES FINANCES.c H A p. II.Vis que nous auons parlé des dons* ôc loyers, qui le
plus fouuent font aflignez fur les deniers^ domaine Les fïnâces
de la Republique,difons auffi des finances.Car s’il eft finies nerfs
ainfî que les nerfs de la Republique font aux finances de la Repu-
d’icelle, come difoit vn ancien Orateu r, il eft bien re- blique.
quis d'en auoir la vraye cognoiffance,qu o peut met¬
tre en trois poindta: le premier eft des moyenshonneftes de faire fonds
aux finances : le fecondeft de les employerau profit, & honneur de la
Republique: le troifiefme d’en efpargner,& referuerau befoin quelque
partie. Nous toucherons ces trois poin&s chacun en fon ordre. Quant
au premier poin£t,il y a plufieurs grâds do&eurs en matiere d’impofts,
qui fçauent beaucoup de moyens de faire fonds aux finances : mais ils
n’ont iamais eu la vraye fcience d’honneur,nylaprudence politique.Et
pour cefte caufe laiffant ces maiftres de fineffes, ie fuiuray ceux qui ont
bien eu grand foin des finances, mais auffi ont-ils cherché les moyens
honeftes de fonder le reuenu de la Republique, afin qu’on ne fuft con¬
traint d’vfer de moyens deshonneftes& illicites, ou biffer la Republi¬
que au befoin:côme ilen print fouuent àceux là qui fembloient mieux
entendus aux affaires politiques : entre lefquels on1 met les Lacedemo- x. p0iyb.iib.«. <k
niens, qui nettoient pas contens de leur territoire , ainfi que leur mai- Sca RomanX*
ftre Lycurgue les auoit enfeignez, leur ayant oftétout l’vfaged’or ôc rdPlina-
à argent,en vaiffelle ôc en monnoye, ains fe vouloiét faire conquerans:& neantmoins fî toft qu’ils auoient forty des frontières ,ilsalloientaux
empruns,quiauRoy dePerfe,commeLyfandre,&CalIicratide:quiauxRoys d’Egypte, come Agefilaus ôc Cleomenes Roys de'Lacedemo- *.PiurarinLyfaa
ne. Quifut caufe que la Seigneurie de Sparte, auec le fecours des alliez, cie’omfnc1*0*
ayant bien toft coquefté, ôc auffi toft perdu la Grece, ordonna que l’or
& 1 argent qu’ils auoient gaigné fus les ennemis feroit gardé au trefor de1 épargne, pour s’en feruir au befoin, auec defenfes d’en vfer en particu¬
lier . mais le trefor fans fonds,eftant bien toft epuizé, ils furet contraints
de reto'.irner aux emprunts,pour faire la guerre,qui n’eft pas entretenue
par diette,comme difoit vn ancien capitaine. Il faut donc en toute Re- La guerre
publique donner ordre, queles finances foient bafties, ôc affeureesfur neft pas en
vn fondement certain, ôc durable. Or il y a fept moyens en général de tretenuc
f°naux finaces, efquels font compris tous ceux qu’on peut ima- par diette.
giner. Le premier eft au domaine delà Republique : le fécondés con- sept moyés
<]ucftes furies ennemis : le troifiefme fur les dons des amis : le quatrief- defairefods
fijr la penfion, ou tribut des alliez : le cinquiefme fur la traffique : le aux finâces.
taefrne fur les marchansqui aportent ou emportent marchandifes :1e
eptiefme furies impofts des fugets . Q^antau premier,qui eftledo-Ff iij
éi% DE LA REPVBLIQVELe domai- maine, il femble eftre te plus honnefte, & le plus feur de tous. Auffi li¬
ne eft le pl9 fons nous, que tous les anciens Monarques, & Legiflateurs, qui fon-
feurmoyen doient les Républiques , ou tranfportoient nouuelles colonies, afli-
de faire gnoient outre les rues, temples, &theatres, certains lieux propres à la
fonds. République, & communs à tous en général, qui font appeliez5 Com-
iel£S,‘dc munes : & certain domaine affermé, ou baillé aux particuliers à certain
temps,ou à perpétuité, pour en payer les rentes ou reuenus au trefor de
lcpargne-.annde fubuenir aux fraiz de la Republique. Et mefmes nous
Diuifio du lifons que Romule,fondateur deRome,& de la Republique Romaine,
territoire diuifa tout le territoire entrois parties, affignantvn tiers pour le tem-
de Rome, porel de l’Eglife: l'autre pour le domaine de la Republique : & le furplus4 Dionyfias Ha- fut diuifé aux 4 particuliers: qui eftoient alors trois mil citoyens,qui eu-
\y in Romùio.’ rent chacun deux iournaux de terre : de forte que de dixhuit mil iour-
Origine du naLÎX fe terre^ qU’il y auoit au territoire de; Rome, on en referuafîx mil
domaine. pGur les facrifices: fix mil pour le domaine de la République,^ entrete-
nement de la maifon du Roy, ôc fixmilpour les citoyens. Toutesfois
Plutarquc met deux fois plus de citoyens, ôc dit queRomule ne voulut
pas borner le territoire de Rome, afin qu’on n’aperceuftce qu’il auoit
depuis occupé: ôc que fon fuccefleur Numa diuifa le domaine aux pau¬
ures citoyens: mais la premicre opinion eft la plus vraifemblable,&la
plus commune:car mefines la diuifion des deux iournaux à chacun,de-
meura aflez long temps, comme dit pline parlant de Cincinat le Di&a-
6teur,qui eftoit deux cens foixante ans apres Romule, Arantifua duo in¬
géra Cincinato&c. ioint auffi que Denys d’HaIycarnas,qui tient la pre-
miere opiniô,eftoit domeftique de Marc Varron, vray regiftre de tou-
c. Dioâor.üb.t. tes les antiquitez Romaines. Et celafe faifoit par imitation des€ Egy¬
ptiens , qui diuifoient anciennement tout le reuenu d’Egypte en trois:
la première partie eftoit pour les facrifices, & facrificateurs : la fécondé
pour entretenir la maifon du Roy, ôc frayer aux affaires publiques : la
troifiefme pour les Calafyres, qui eftoient gens de guerre entretenus cn
tout temps, pour feruir au befoin. Auffi lifons nous que le Prophete
Ezcchiel, en reformant les abus des Princes Hebrieux, aduifa qu’oa
7.cap 4/, 7 auroit deflorsen auant certain temporel affe&é aux facrifices: & des
communes pour le peuple: & enoultrevn domaine fufifant pour en¬
tretenir la maifon du Roy, ôc fubuenir aux defpenfes publiques : afin,
dit-il, que les Princes negreuent plus mon peuple d’exa&ions & im¬
polis. Combien que les Roys auoiét eu quelque domaine de toute an-s.satdnti.i.cienneté,& longtépsau parauantEzechiel: caria8 ville dcZiceleg,qui
futdonneeàDauidpar leRoy Achis, demeura toufiours au domaine
Le domai- des Roys,& ne fut onques alienee. Et généralement en tous les Iurifco-
ne public fuites,ôc Hiftoricns,il n’y a rien plus frequét, que la diuifion du domai-
de fa nature ncen public,Ôc particulier. Et afin que les Princes ne fuflent contraints
inaliénable, de charger d’impofts leurs fugcts,ou chercher les moyés de confifqucr
LIVRE' SIXIESME... 6t)leurs biens, tous les peuples, & Monarques ont tenu pour loy 'gênera- protsî-]e,& indubitable,que le domaine public doibt eftre iaînd,facré, & ina- ^^d^cruf
Jicnablcifoit par concrads/oit par prefeription. Aufli les Roys,mefme- i .ex pKtftatione.
jnenten ce Royaume,deccrnant lettres patentes pour la réunion du do- Bai.^prlmi^fca.
maine, declairent qu'ils ont fait fermen t venants a la Couronne, de na-
liener aucunement le domaine:& s’il eft aliéné bien, & deuëmenr, ores
qu’il fuft dit à perpetuité^neantmoins il eft toufiours fuget a rachapt,en
forte que la prefeription de cet ans,qui donne tiltre à cours1 poflefleurs, ^ hoc iarc §
ne touchent poinc le domaine, les1 edits, arrefts, & ordonnances dece ^Uotf^dcac3ua
!î Royaume y font aflez notoires, non feulement contre les particuliers, 1 •^ram44o.
ains auffi contre les Princes du fang, qui ont efté 3 déboutez de Iadiui- j. contre le Roy de
fiondu domaine,& de la prefeription de 4 cécans. Qui n’eft point cho- ceSTAipilons
fe peculiaire à ce Royaume, ains auflî comune aux Roys; d’Efpaigne, Polciers-
de6 Poloigne, Ôc 7 d’Angleterre,qui ont accouftumé de faire ferment de 4-i‘Arreft de dreux
ne rien aliener du domaine: & fe garde auffi bien és Republiques popu- s- codkc H'SpÜ
laircs, & Ariftocratiques, ôc mefmement i Venizes l’ordonnance ne
reçoit prefeription quelcoquc (ce queplufieurs ont voulu limiteràfix jafStiuxJordon
{ xx.ans)ny les feigneurs des ligues.&mefmes le Roy Henry i i.ayatre- nanc« de Poioi-quis la feigneurie de Lucerne, s’obliger pour luy en q uelque fomme de :. Io carta magna
ji deniers, l’AuoyerHug fift refponfe al* Ambafladcur-, que le grand, ôc 2SVç.
petit confeil, & toute la communauté de Lucerne, auoit iuré de iamais neUlb-2*
nhypothequer,ny obliger leur pays* Aufli lifons-nous queles mefmes
ordonnances eftoient fàindemet gardees és deux plus belles Republi-
ques populaires qui furent onques,Athenes, ôc Rome, ou deuxgrands
perfonnagesTemiftocle, ôc Catonle Cenfeur,firétfaifirtout le domai¬
ne public vfurpé des particuliers par longue fuite d’annees, Ôc fôufran-
cc des Magiftrats,difans és harangues qu’ils firent au peuple,que iamais
les hommes ne prefcriuét contre Dieu,ny les particuliers contre la9 Re- 9.piutar.m catô-
publique. Et bien fou uent les traittez faits entre les Princes, n’ont autre
difpute, que pour laconferuationdu domaine, que les Princes ne peu-
uét aliener au preiudice du public. Et mefmes le Roy d’Angleterre au
traitté qui fut fait auec le Pape.,& les Potétats d’Italie l’an m . d. x x v 11.
fift adioufter cefte claufe, quon ne bailleroit rien du domaine de Frace
pour la deliurance du Roy. car fur ce poind-là eftoit fondee l’infradio
du traitté de Madric : d autant que la couftume ancienne de ce Royau¬
me conforme, aux1 edits, & aux ordonnances des autres peuples, re¬
quiert les confentemés des trois eftats,comme ilfe fait encores en1 Po- i.Edkderany**.
Joigne, par l’ordonnance d’Alexandre Roy de Poloigne, fuyuant la ml*^P°ficion du droid3 communique l’aliénation fe face en temps de
guerre,& lors que les ennemis font entrez dedans le pays : ôc que la for-
toe qu’on garde és aliénations des biens pupillaires,foit fuiuie de poind
^poind (eftatki Republique 4 toufiours eftimee comme les pupilles) y.ufLnnïum £
«s il y. a omiffion d’vn feul poind, le tout eftJ nul,ou du moins fuget à cdciurc R#i*F f iiij
6io DELA REPVBLIQJ^Erecifion, fans q les aquereurs puiffent repeter le prix des chofes alicnees
pour la reünion du domaine,que la Republique apporte au Prince ,co-
medotàfon efpoux pour la tuition,defenfe, ôc entretenementd’icelle
ôc que les Roys ne (e peuuent aproprier en forte quelconque. Et pour
celte caufe Pertinax Empereur Romain fift effacer fon nom graue aux
héritages domaniaux, difant que c’eftoit le propre domaine de la Ré¬
publique , ôc non pas des Empereurs: iaçoit qu’ils en prennent l’vfufruit
pour fubuenir àl’entretenement de la Republique, ôc de leur maifon.
Encoreslifons-nous qu’Antonin le Piteux s’entretenoit de fes biens, ôc
ne demeura qu’en fes propres héritages,comme auffi fift cc bon Roy de
France, appellé pere du peuple, qui nc voulut pas mefler fon patrimoi¬
ne , Ôc rcueriu, auec le domaine, crigeant la chambre de Bloys pour fes
terres de Bloys,Coucy,& Montfort.qui monftré bien queles deux do-6. Renat Chopin, maines ne font pas de mefme nature, commc *quelqucsvns ontpenfé.
Jl'dDmr5’*8' Aufli n’eft il pas licite aux Princes fouuerain s d’abufer des fruits, ôc re-
Le domai- uenus du domaine, ores que la Republique foit en bonne paix, ôc quite
nc public enuers tous:attendu qu’ils ne font pas vfufruitiers,ains vfagers feulemet,
Ôc le patri- qui doibuent (la Republique,Ôc leur maifon entretenue ) garder le fur-
moine du plus pour la neceflité publique, quoy que dift Pericles aux Ambaffa-
Princedif- deurs des alliez, qu’ils n’auoient point dmtereft à quoy les finances fuf-
ferends. fent employées,pourueu qu’ils fuffent entretenus, ôc affeurez en bonnepaix.-car il eftoit cônucnu par le traitté d’alliance,que les finances qui fe¬
roient leuees en temps de paix, feroient mifes en depoft au temple d’A¬
pollon , ôc qu’elles nc feroient employ ees que d’vn commun confente-
ment.Mais il y a bien différence entre le trefor de l’efpargne des Monar¬
chies , ôc des eftats populaires : car le Prince peut auoir Ion trefor parti¬
culier de fon patrimoine, comme i’ay dit, ôc de ce qui luy eft permis de7. Afconius & vi- prendre du trefor public, que les7 anciens appelloient Erarium, ôc le
fmcrïiaum^r particulier s’appelloit Fifcus^l’vn fèparé de l’autre par les loix8 anciénes:
co^cumfcruu^" Ce Su*nePcut àuoir lieu cn l eftat populaire,ny Ariftocratique.Toutes
conftat Ac legat. i. fois il n’y a iamais eu faute de flateurs,qui ont fouuent induit les Princes
t^afdamSfî” à vendrele domaine public,pour auoir(comme ils difent)d’vn fie deux
quaaricZpr*faiptC* mouftures:qui eft vne opinion tyrannique,pemicicufe, ôc neantmoinsappuyee fur vn fondement ruineux, car on fçait affezquele domaine,
ne gift pour la plufpart,qu en Duchez,Marquifats,Comtez,Baronnies,
Seigneuries5fiefs,quints,requints,reliefs,rachapts,lots,ventes, fâifînes,
cenfîues,amendes,aubeines,confifcations,&autresdfoitsfeigneuriaux,qui ne font fugets aux impofts, ôc charges ordinaires, ôc le plus fouuent
acquis par ceux-là mefmes qui font exempts de toutes charges.D auan-
tage les commiflions deccrnecs pour aliener le domaine, Ôc faire argent
du Ro7 promptement,9 permettent qu’il foit vendu à la raifon du denier dix,
^ançmsi. an JqUClcscerrc'sfcodalcsaucc iuftice foiet ordinairementeftimees:Ôc vendues au denier trente,ôcen dignitcz,au denier cinquante,&plus.
LIVRE SIX I ES ME. 6ziOr laiuftice, quand le domaine fe véd, n’eft eftimee que cinq fols pour Le domma-
cliacunfeu,&quelquesfois la moitié moins.ôc tel n’a payé que deux ces gegrad qui
liures de la iuftice,qui en leue plus grande (omme pour vn an. Les autres vient pour
n’en ont rie payé du tout,prenans l’eftimation du domaine^par extraits aliener le
de la chambre des Contes rendus par lesReceueurs en dixans, lefquels domaine,
fouuent n’en ont rien receu, parce que le profit de la baffe,& moyenne
iuftice, s’exerce au fiege principal, ôc royal. Ec quant aux los,& ventes,
lesaquereurs en ont plus de profit, que l’intereft de la fomme tocale
qu’ils en ont payé ne peut monter. ioint aufli que les receueurs du do¬
maine,n’auoient accouftumé de rendre conte des parties cafuelles que
pour vne petite partie. Or en affermant le domaine, les fermiers font
taiüables,& ne laiffent pas de payer les charges félon les biens qu’ils ont.Il y a infinis autres abus que la Republique foufre pour les aliénations
du domaine. Mais le plus grand eft, queles deniers qui en reuiennent,
ne font pas mis en rétes conftituees, comme font ceux qui penfent bien
menager : ains ileftdiflipé le plus fouuent, ôc donné à ceux qui moins
l’ont mérité. & puis par faute d argent pour rachepter le domaine, la
Republique tombe de fiebure en chaud mal, ôc vend aufli les commu¬
nes,qui eft la vie des pauures fugets,fus lefquels la taille eft fondee. Il y a Menap-erie'
bien quelque apparence de vendre les terres vaguesdu domaine,pour <]csterfes
faire argent en neceflité,fi on ne peut les affermer:au trement il n’eft pas vaaues
licite de bailler les terres vacantes du domaine à rente perpetuelle, ôc
prendre argent auant main:combien qu’Ariftote efcrit queles anciens
habitans de Conftantinoble en vferent ainfi, loüant leur menagerie fans
propos.car il eft bien certain que c’eft vne pure aliénation,& que l’argét
auant main diminue la rente,&: emporte la plufpart du prix. Aufli eft-il
expreffément defendu par ledit du1 Roy Charle ix. Et combien que ü’an i;«. article,
depuis il fift vn autre edit pour baillera cens, rentes, & deniers d’entree XII# & xv-“*
modérez les terres vagues du domaine, neantmoins il fut arraché à la
fuafîon de quelques vns,qui vouloient toucher argent:mais le parlemêt
de Paris fus la vérification de l’edit fift1 mettre, que les rentes nc feroiét *-lc 7. May i/**.
iacheptables, ôc qu’il ne feroit baillé argent dentrée : ôc fur ce que les
deputezà la vente faifoient inftanceau Roy qu’il fuft permis de bailler
argent d entree, la Cour donna fon3 arreft charpbres aflemblees,que j.iciUuilict ij/é.
lesacquereurs ne pourroient bailler plus d’vn tiers d’entree, eu efgard à
hvaleurdes terres, duquel tiers feroit faitrecepte par les receueurs du
domaine en chapitre feparé,pour eftre employez au rachapt du domai-
ncî fans qu’on peuft leuer aucune aflignation fur les deniers à peine du
quadruple, à prendre tant fur le receueur,que fus la partie qui auroit eu
affignation. Il n’eft pas icy befoin de dire combien le Roy,& le peuple
ont receu de perte pour telles aliénations des terres vagues. Et fi le Roy
rançois 11. decernant fes lettres4 patentes pour reuoquer les alienatiôs 4il.an I;J?>
u domaine, fe plaignoit à iufte caufe, que le domaine eftoit tellement
6ii DE LA REPVBLI QJ/ Edemembré, Ôc diminué, qu’il ne fuffifoit pas à payer les charges qui e-
ftoicnt deflus, noftre Roy a bien plus iufte caufe de s en plaindre main¬
tenant qu’il n’y a prefque rien:quoy que foit par Peftat général des finâ-
ces dreflé au moys de Ianuier m. d. L x x 11. il n’eft fait aucune recepte
du domaine : combien qu’il y auoit encores cent dix mil liures tous les
ans j & mefme au chapitre de recepte l’annee que le Roy François 11.Combien mourut,comme il fe trouue par Peftat des finances fait Pan m. d,lx.&
montée les par \c mefme eftat les aliénations du domaine, ay des, ôc gabelles mon-
alienations toient quatorze millions neuf cens foixante & vn mil quatre vingts fept
du domai- liures quinze fols ôc huidhfans y comprendre douze ces mil liures,pour
nc de Frâce. je quarc3& demi quart:& quatre cens cinquante mil liures,pour les xv.liures fus le muy de fel,que le païs de Guy que a rachepté Pan m.d.xlix.
ôc M. D. L111. Qui monftré aflez, que le Romaine du Roy demeure
prefque tout aliené,pour quinze ou lèize millios pour le plus, qui vaut
plus de cinquante millions:attendu que les Comtez, Baronnies, Ôc au¬
tres terres feodales, ôc droids feigneuriaux, n’ont efté aliénez finon au
denier dix,& moins. Et quand il feroit rachepté, ôc affermé, il s’en trou-
ueroit près de quatre millions par chacun an : qui feroit pour entretenir
magnifiquement la maifon duRoy, ôc payer la plufpart des gaiges des
Officiers,fans toucher aux autres charges ordinaires,^extraordinaires.
Et fi on doibt faire comparaifon d’vn petit à vn grand Royaume, il eft
L’eftat des certain que Peftat des finances du Royaume d’Angleterre, y compris le
finances du domaine, &r toutes charges,ne reuient pas à treize césmilliures par cha-
Royaume cun amencores y en a-il bonne part du domaine,Atemporel de pEglife.
d’Angle- ôc toutesfois la Royne entretient magnifiquement fa maifon, ôc Peftat
terre. de fon Royaume, le domaine rachepté. vray eft que la paix afleuree de¬puis xv. ans,a bie feruy pour maintenir Peftat d’Angleterre,ôda guer¬
re pour ruiner la France, fi Dieu n’euft enuoyé du Ciel noftre Roy Hé-
Lcdomai- ry m. pourlareftablir enfapremiere fplendeur. Mais ilfaitànoter,
ne mal me- pourlaconferuationdu domaine des Republiques, qu’il eft ordinaire-
nagé en 1e- ment beaucoup mieux ménagé en la Monarchie, qu’il n’eft en leftat
ftat popu- populaire,ôc feigneurie Ariftocratique : ou les Magiftrats ôc furintédâs
laire. aux finances, tournent tout ce qu’ils peuuent du bien public en parti¬culier; & chacun s’efforce à gratifier fes amis, ou bien achepter la faueur
d u peuple aux defpens du public: comme fift Cefàr en fon premier Co-
fulat,qui diftribua au peuple le territoire de Capoüe, Ôc fift rabaiffer les
encheres des fermiers d’vn tiers,apres auoir eu les mains graiflees.Et dix
ans apres Q^Metellus Tribu n du peuple, pour mandier la grâce popu¬
laire , publia vne loy,afin d’ofter les péages des ports d’Italie. En cas pa¬
reil Pericles, pour auoir crédit enuers le peuple d’Athenes, luy fiftfaire
diftribution de grands deniers, qui reuenoient de bon aux finances.
Cela ne ce fait pas en la Monarchie: caries Monarques qui n’ont reuenu
plus affeuré que du domaine, ôc qui n’ont droid de mettre impoft fut
LIVRE SI XI ES ME. Cz3les fugets > Ci non de leur confentement, ou en cas de neceflité vrgente,
ne font pas fîjprodigues de leur domaine. Il n’eft pas icy befoin d’entrer
plus auant au fait du domaine, duquel y a traittez; expres : ôc feroit im- ^oairT'chopiu
poiEble d’y mieux pouruoir qu’ilaefté parTedit duRoy 6Charle ix. 6-ra als“.
s’il eftoit executé. Le fécond moyen de faire fonds aux finances, eft par
conqueftes fur les ennemis: afin de remployer aucunement les finances Second
efpuifees en guerre.-çomme doibt faire le peuple guerrier,ôc conquerât, m°ycn
ainfi faifoient les anciens Romains. Car combien que le fie des villes re tonds
forccesfüft aux foldats,ôc capitaines, fi eft-ce que les trefors eftoiét por- aux finies,
tez àrcfpargnede Rome. Et quant aux villes rendues, ou prifes par ca¬
pitulation,larmee n auoit que la paye,Ôc quelquesfois double paye,au-
parauant que la difeipline militaire fuft corrompue, ôc les finances des
vaincus eftoient portées au trefor de Rome,s’il n eftoitautrement capi -
tulé.TourlW,& l’argent, dit7 T. Liue, ôc tout le cuyuregaigné furies 7-üb-9*
SainniteSjfut porté au trefor. & parlant des Gaulois delà les monts il dit,
s que le capitaineFurius porta au Capitol cent fbixante ôc dix mil liures 8'hb'*1*
d’argent,qu’il auoit gaigne fur eux. Et q 9 Flauinius fift venir à l’efpargne
deladefpoüilledeGrece, la valeur de trois millions, &hui& cens mil
eleus couronne: outre l'argent*# meubles precieux, armes, Ôc vaifleaux
de mer. Paul IÆmiI en raporta de Macedoine trois fois olus. Ceiàr en. -ii , 1 icltcrtium millicihit mettre plus de quarante millions au conte d’Appian. On peut voir &duccmics in*>
depuis le xxi 11. liure de TiteLiue, iufques au x x x i ni. des trefors in- ” mmi aum
finis apportez à l’efpargnede Rome delà defpoiiille dés peuples vain¬
cus. Et combien que tout ne fuft pas rendu, fî eft-ce que les capitaines
craignants la reprimende^ou d’eftre fruftrez du triomphe, apportoient
toufiours grandes fommes. car mefmes Scipion l’Afîatique fut accufé,
attaint, ôc 1 condamné en grofles amendes, ores qu’il euft rendu autre- x-LluuîsI,M‘
for de31 efpargne plus de deux milliôs d’or:ôc fon frere Scipiô l’Africain
futauflî compris cn l’accufkion,iaçoit qu’il euft fait entrer cn l’efpargne * ,8
plus de cinq millions d’or de fes conqueftes : outre la valeur de dix mil¬
lions, ôc cinq cens mil efcus couronne a quoy fut condamné le Roy An¬
tioque par le moyen de la vidoire qu’ils auoient obtenu contre luy : ôc
tous deux moururent pauures. Et combien que le capitaine Lucule fut
le premier, comme dit4 Plutarque, qui s’enrichit de la defpoiiille des 4.ia Lucuii®.
ennemis, fî eft-ce qu’il meit plus au trefor, que tous ceux que i’ay dit,
hormis Cefàr. Cequei’ay bienvoulu remarquer: d’autant qu’on em¬
ployé volontiers les finances pour les frais delà guerre, & neantmoins
de toutes les vi&oires, ôc conqueftes, il nen reuient iamais vn efeu à
efpargne:& bienfouuentlcfaceft donné 3u parauant que les villes
oient prinfes,ny rendues. Orles Romains ne fecontentoient pas des ^ ^
trefors, ôc defpoiiilles : ains ils condamnoient les vaincus à perdre vne j* Pclne
partie de leur territoire, qui eftoit5 anciennement la feptieime partie. ^ vaia*
epuis.il y en eut de condamnez à perdre le quart, oule tiers des terres:
614 DE LÀ REPVBLI Ecommc Htalie, eftant afleruie au Roy des Herules Odouacre. EtqucI-
que temps après Hortarius Roy des Lombards condamnales vaincus à
R£gm°onus,& lLiy6 payer tous les ans la moitié du 1-euenu des terres: comme aufli les7.Liuius iit>,16. 7 Romains auoient fait aux Boyens long temps au parauant. Mais Guil¬
laume le Conquérant, apres auoir coqueftéle Royaume d’Angleterre,
declaira tout le pays en général, de les héritages de chacun en particu¬
lier,à luy acquis, ôc confifquez par droit de guerre,traittant les Anglois
Le grâd biê comme fes fermiers. Toutesfois les Romains fe font toufiours môftrez
qui aduient en cela courtois., ôc bien aduifez,enuoyans colonies de leur ville habiter
des colo- les terres conqueftees,Ôc diftribuans à chacun certaine quantité. de par
nies. ce moyen ils chafloient de leur pays les pauures, les mutins,les faitneas,ôc fe fortifioient de leu rs gens,contre les peuples vaincus,lefquels peu à
peu contradoientmariages, ôcamitiez, ôcobeilfoient volontiers aux
Romains, qui par ce moyen aufli ont remply la terre de leurs colonies,
auec vne gloire immortelle de leur iuftice,figefle^ôc puiflance: au lieu q
la plufpart des Princes vainqueurs, mettent des garnifons de gendar-
mes, q u i n e fe r u e n t q u e de piller,ôc mutiner les fugcts. Si on euft prati¬
qué ce moyen apresla conquefte de NapleSjôc de Milan, elles feroient
encores enl’obeiflancedenosRoys. Et ne faut pas doubter quils ne fc
rcuoltcnt contre les Efpaignols, aufli bien que le bas pays de Flandres
àla premiere occafio qui fe prefentera,pour ny auoir que des garnifons
fans colonies. Encores trouuons nous que Sultan Mehemet Roy des
Ordonnan- Turcs,trouua moyen de faire fonds aux finances, par le moyen des co-
ce des Turcs lonies d’efclaues Chreftiens,qu’il enuoy a és pays conqueftez, baillant à
pour le fait chacun quinze arpens,ôc deux beufles,ôc delà feméce pour vne annee:
des finaces, & à la fin de douze ans,il print la moitié des fruits,&la feptiefme en l’au-
& de la tre moitié,continuant cefte rente perpctuelle. Au parauant Amorathi.
guerre. auoit fait 1’ordonnance des Timariots., leur aflignant certains héritages,
de rentes foncières,aux vns plus,aux autres moins,à la charge de fe trou-
ucrcn guerre quand ils feroient mandez, auec certain nombre de che¬
naux: ôcaduenantlamort duTimariot,quelesfruids feroient acquis
au Prince, iufques ace qu’il euft pourueu quelque autre du Timar par
forme debenefice. Etgeneralementqueladifme de toutes fucceflions
feroit au Prince : ce qui fut fait par droid de guerre, ôc par Princes con-
queranslés pays d’autruy, ôcnon parformed’impofition furies fugets
anciens. Quifait que les plus grands, plus clairs deniers des finances
deTurquie,font aux parties cafuelles : ôclaguerre conduite lans noul-
uclles charges.LesRoys de Caftüle ont fait quafi le femblable aux Indes
Ordonance Occidentales,ôc mefmement l’Empereur Charle v. ayant conquefte le
de l’Enipe^ Peru, donna les terres aux capitaines, Ôc (oldats Efpaignols, par forme
reur Charle de bcnefice feulement, ôc à la charge de fe trouuercn guerre: faifant les
y.au Peru. fruids fiens, comme parforrne de régale, iufques à ce quvn autre en
fuft pourueu:prenant au furplus le quint des perles, Ôc minières, dont ilvient
LIVRE SIXIESME. CiSvient de clair,&net aux finances d’Efpaigne de deux en deux ans près de
quatre millios d’or, qu on appelle le port de Seuille.Mais c’eft bien la rai¬
fon , que les conqueftcs qui le font fur les ennemis 3c qui acc roi (lent les
finances,defehargent auffi,& foulagent les fugets, come il fe fift en Ro¬
me apres la coquefte du royaume de Maccdoine,le peuple Romain fut
defchargé8detailles,impofts,&fubfides.Letroifiememoyé d’accroi-
ftre les finances, eft aux dons des amis, ou des fugets, foit par laiz refia- ^£lu“r' in Pauîo
inentaires,ou par donatios entre vifs, que nous trancherons plus court: Le troifief*
parce que ce n eft pas chofe affeuree. ioint auffi quil y a peu de Princes me moyen
qui donnent, 3c moins encores qui reçoiuent fans rendre la pareille, car d’accroiftre
fivn Prince donne au plus riche,ou plus puiflant, il femble que c’eft par les finances,
crainte,ou par obligatio:3c quelquesfois celuy quile reçoit, en fait eftat
comme d’vn tribut.Et de fait l’Empereur des Turqs fait eftaller en haut
lieu,& meten veuë du peuple,les prefens qui luy font faits parles amis,
auffi bié que par ceux qui luy font tributaires : pour doner à cognoiftre
combien il eft redoubté des eftrangers: 3c défrayé par magnificéce tous
les AmbalTadeurs des autres Princes qui font à fa porte: ce que Prin¬
ce, ny peuple ne fift onques. Auffi eft-il feul, à la porte duquel pref- Magnificé-
que tous les autres Princes tiennent leurs Ambafladeurs ordinaires, ce des Roys
Mais nous trouuons que les anciens vfoyent autrement des dons 3c de Turquie
largefles, qu’on ne fait pas à prefent: d’autant qu’auiourd’huy on ne
donne pas fouuent,finon à ceux qui font en grandeur, 3c profperi-
té : 3c les anciens donnoyent en aduerfiré. Lors que Annibalauoit pref¬
que aterré les Romains dominant en Italie, le Roy d’Ægypte en uoya
à Rome la valeur de quatre cens mil efcus en5 pur don. les Romains re- 5 Liuius itv ^
fuferent ce don en remerciant le Roy. Ils firent le femblable enuers Hie- >■ Liuius
ron Roy de Sicile,qui leur donna vne couronne d’or1 pezant trois cens Magnificé-
xx. liures,&vne vidoire d’or,&cinq mil muids de bled : ils n’accepte- cedesRo-
lét que la vidoire pour vn heureux prefâge.Ils en vferéc ainfi enuers les rnalns*
Ambraciotes,&plufieurs autres Princes,ôc feigneuries, qui leur firéta- lentille ru"
lors degrâds prefens,ores qu’ils fuffét en extreme neceffité:en forte qu’il . ^ïoZ
y auoit vn cobat d’honeur des vns à d5ner,& des autres à refufer. mais le ^lots\
peuple Romain n’a iamais eu fon pareil en aduerfité.car les autres Priées,& peuples n’eftoiét pas fi fuperftirieux à receuoir,& bien fouuet ils de-
mandoiét:come la feigneurie des Rhodiots,quand leur Coloffe toba, &
fi'oiiTaquelquesnauires, ils enuoyerér leurs AmbaffadeursauxRoys, 3:Princes pour madier,ayâs peu de moyé:&leur fucceda bié. carie Roy
Hieron leur enuoya en pur don e x. mil efcus : 3c plufieurs autres le fui-
Ulrét àPenui.& mefmemét le roy d’Egypte * leur donna en or la valeur
dexvm.cés mil efcus courone:& en argét beaucoup pl9:& xx.mil muis
de bled, 3c trois mil muids pour les fa,crifices:outre la matiere infinie 3c 2,Polyb,llkjGg1
*iS DE LA REPVBLIQVEMagnifiée- grand nombre d’archite&es, & maneuures, pour baftir vn college
ce des Ro- qu’il riourrifloir à fes delpens : de forte que la feigneurie de Rodes
mains. pour vne vieille ftatue brifee , Sc quelques vaifteaux froiffez fut
grandement enrichie des largefles des autres Princes. Nous lifons
quafi le femblable du premier Ptolemee enuers la ville, Sc commu-5 iofeph. inaeti- nauté des habitans de 3 Hierufalem , aufquels il enuoya la valeur de
quit. deux cens foixante Ôc feize mil efcus couronne, pour rachepter centmil efclaues de leur nation, & quatre vingts dix mil efcuzcouronne
pour les facrifices : outre la table d’or maffif pour mettre au temple
de Dieu , ôc les grands prefens qu’il fift aux lxxii. interprettes qui
tournèrent la Bible. Et tout ainfi qu’il eftoit „ ôc fera toufiours bien
feant aux petits Princes, ôc menues feigneuries, d’accepter les dons
honnorabîes des grands Princes , ôc Monarques : auffi eftoit-il bien
coauenable au peuple Romain de refufer telles largefles , & accepter
Six royau- Par donations , ôc laiz teftamentaires les grands Royaumes, ôc fuc-
mes dônez ceffions royales, que ceux là leur donnoyent, qui auoyent régné en
aux Ro- fc^reté foubs leur prote&ion , pour honnefte loyer de leur Iuftice,
mains par quand ils decedoyent fans hoirs mafles procreez de leurs corps. Par
teftament. ce moyen Ptolemee Roy de Cyrene, Attalus Roy d’Afie, Eumenes
Roy de Pergame , Nicomede Roy de Bithynnie , Codtius Roy des
Alpes , Polemon Roy du Pont biffèrent le peuple Romain héritier
4. Florent.în epît. 1eurs biens & 4 royaumes. Quant aux dons des fugets , que les
Dons gra- anciens appelloyent oblations, il y en a peu où point à prefent : car
tuits des fu- les dons gratuits, ôc charitatifs font demandez : ôc iaçoit que les Roys
gets. d’Efpaigne , d’Angleterre , ôc autres vfent de prieres pour les obte¬nir: fi eft-ce qu’il y a bien fouuent plus de contrainte en telles priè¬
res, qu’il n’y a de force aux commiflions, ôc lettres d* commande¬
ment. l’entends par le mot de don, ce qui eft libéralement offert au
Prince par fon fuget, commc l’or qu’on appelloits coronmum , que
dæ!s cT^ deau" ^es ^ u^s donnoyent aux Empereurs pour eftre maintenus és priuile-
rororonàræ.cod. ges de leur religion : ôc les Demrions des villes ôc communautez de
l’empire : ce qui tourna peu à peu en fubfide contraint, iufques à cc
que la contrainte fut oftee , demeurans les dons volunraires, pour
gratifier les 6 Empereurs , alors qu’ils auoyent obtenu quelque vi-
d .u. 6loire contre les ennemis, on peut dire le femblable de l’impoft qu’ils
Seruicede appellent en Efpaigne Service , qui fut voluntairement ottroyé
Efpaigne. aux R0yS d’Efpaigne,pour entretenir plus honneftement leur eftat,
ôc qui depuis a efté conuerti prefqu’en charge ordinaire. Nous trou¬
uons pareillement, que les Roys de Perfc fe contentoyent7desdons
gratuits, ôc prefens voluntaires de diuerfesefpeces, que leurfaifoyenc
les fugets. Mais Darius changea le premier les efpeces enmonnoyes dor,
ôc d’argent : Ôc les dons en tributs, ôc charges 11 eceffaires, ordonnanttreforiers,7. Herodot.in
Euterpe.
L î V R E S IX I E S M E.creforiers,&receueurs en chacun gouuernemét(qui eftoyent en nom- Eftatdes fi¬
bre de cxx v 11.) pourfaire le département des tailles , ôc impofts, qui nanccs du
reuenoyent alors àx un. mil cinq censfoixante talents Euboïque,qui royaume
valent dix millions cent quatre vingts douze mil efcus couronne. Mais de Perfe
la couftume ancienne de Perfe eft encores à prefent gardee en Ethiopie, foubs le pre
où les gouuerneurs des cinquante gouuernemens,aportent8 au grand mier Dan9.
Negus Roy d’Ethiopie, les dons, & oblations en grain, vin, beftail,8- François Aiua-artifices,or,&argent,fansautrecommiflion,nylettrespatentes:enforte Etkfop!^01^deque pour la grandeur de {à maiefté,il luy eft plus feant d’eftre obeï fans Couftume
mandement, que s’il decernoit commiflions pour exiger, &mâdier des d’Ethiopie,
fugets ce qu’ils doibuent aporter. Quant aux fucceflions, &les tefta-
jnentairesfaits aux Princes parleurs fugcts, c’eft maintenant chofe bien
rare, ôc neantmoins c’eftoit anciennement l’vn des plus grands moyens
duquel les Princes accroiffoyent leurs finâces. car nous lifons quel’Em-
pereur Augufte, ayant donné par teftament la valeur d’onze millions
deux cens mil efcus couronne,pour eftre diftribuèz au peuple Romain, T .
&auxlegios,il inféra vne proteftation, qu’il ne laiffoit à fes hcritiers que aiZ .j,e tre"
trois millions fept cens cinquâte mil efeus,iaçoit qu’il môftraft auoir eu ^ !0I\S
de fes amis peu d’annees au parauant que mourir,la fomme de trente & a 01 Z a
cinq millions d’efeus couronne5 : vray eft qu’il auoit accouftumé'laiffer 9 T™nquiHn
aux enfans des teftateurs les Iaiz,&fucceflions qu’on luy donnoit: & ne Ausufto-
print iamais rie des teftaméts de ceux qu’il ne cognoifl'oit point : qui fut ibiï^11*
la reproche que Ciceron fift à Marc Antoine en plein Sénat,qu’il s’eftoic
enrichi des teftamés de ceux qu’il n’auoit iamais cogneuz: ôc neâtmoins
Ciceron1 confeffe auoir eu des laiz teftamentaires de fes amis feulement 2. Phi%.z.
la valeur d vn million d efeus couronne. Mais les tyrâs prenoiét de tous
fans diferetion:car il n’y auoit moyen plus grâd d’afleurer fon teftament
que de faire quelque laiz au tyran: & fi le teftamét eftoit imparfait, le ty¬
ran prenoit toute la fucceflion : ce quieftreprouuéparla Moy. qui fut h t ex imperfea©
eau e que la couftume de faire les Empereurs &princes héritiers cefla. Le f,ctactfta'c-&de"
quatriefme moyen d’entretenir les finances eft aux penfions des alliez, ç^atriefme
qui (ont payées en temps de paix,aufli bié qu’en temps de guerre, pour moyen d’a-
laprotedion^ defenfe contre les ennemis: ou bien pour en tirercon- croiftreles
jèil, confort,&ayde au befoing, félon la teneur des traittez.Iedy que finances,
la penfion eft payee par les amys,&alliez : car le Prince fouuerain, qui a Différence
capitulé auec vn autre de luy payer quelque chofe par chacun an, de penfion
pour auoir la paix, fans traité d’amitié, ny d’alliance eft tributaire.xom- ÔC tribut,
wie eftoit Antioque Roy d’Afie : la feigneurie de Cartage : les Roys
de Sclauonie, Ôc plufieurs autres Princes ôc peuples tributaires des Ro¬
mains: les Roys d’Arabie , d’Idumeeà Dauid : ôc les Princes d’Afie
aux Roys de Perfe. Et pour cefte caufe les traittez d’alliance entre la
Raifon de France , ôc les Seigneurs des ligues , portent que le Roy
ouiera a chacun canton de penfion ordinaire mil liures pourP g ij
6iS DE LA REPVBLIQVEla paix :ôcdeux mil pour l’alliâce, outre les pëfions extraordinaires &!a
paye en temps de guerre ou bien pour luy faire feruice en fa maifon, ôc
feorte allant par paysrpour monftrer que les Suides,& Gnfons font pen-
fionnaires du Roy,attendu l’alliâce mutuelle, ôc le feruice qu’ils doiuét
pour la penfion. Auffi ccluy neft pas tributaire, qui corrompt les capi¬
taines de fes ennemis,comme faifoit Pericles enuers les capitaines de La*
cedemonne,non pas,dit Theophrafte,pour achapter la paix,ains pour
diflferer la guerre. Mais on peut dire que iamais les Seigneurs des ligues
nontfait traitté d’alliance,plus vtile àleur eftat:foit pour entretenir les
finances en général,ôc en particulier : foit pour aguerrir leurs fugets aux
defpens d’autruyrfoit pour donner moyen aux querelleurs, ôc fàitneâts
de vuiderlepays. Par les coptes du payeur des ligues,les penfions ordi-
naires,&extraordinaires reuenoiét par chacun anpourle moins àfix ou
Eftat des pé fepC yingts mil liures,ôc n’ont pas efté moindres de deux cens mil liures,
fios des Suif depuis douze,ou quinze ans:&par leftat des finâces de l’anM.D. Lxxm
fes ôc Grifos l’article des penfions des ligues,couché au chapitre de defpenfe, monte
deux cens dix ôc huit mil trois cens liures douze fols.les penfions des Al¬
mans fix v ingts douze mil liures: outre la paye cn temps de guerre, ôc les
gages pour la garde des Suiffes. Vray eft qu’il eft expedient aux grands
Penlios ne- prjnces donner penfions aux fecretaires,efpios,capitaines, harâgueurs,
ceflaires, &feruiteurs domeftiquesdes ennemis,pour deftourner,ou defcouurir
les entreprifes: ôc l’experience a monftré bien fouuent, quil n’y a moyé
plus grand pour maintenir fon eftat, Ôc ruiner fès ennemis : car la plus
forte place du monde fera toufiours prife,pourueu qu’vn mulet chargé
d’efeus y puiffe entrer,comme difoit Philippe i.Roy de Macedoine,qui
befoignafi bien par le moyen de fes penfionnaires, qu’il affugetit toute
la Grecc.Et les Roys de Perfe n’auoy ent autre moyen, pour deftourner
les armees d’Afie,finon 4 à belles penfions.car il eft bien difficile que ce-
fandl-b&A^efiiao ^uy 4U* Prer,d neface quelque chofe pour l’argent,foit pourrobligatio,
foit pour la honte ôc reproche qu il peut foufrir de celuy qui donne,foie
l’efperance du profit à Paduenir,foit pour la crainte qu’il a que celuy qui
. „ donne ne publie (à lafeheté. Caries Princes ne donnent gueres de pen-
U gatios fions notables aux eftrangers,s’ils ne font ferment contre leur patrie,co¬
des penuo- me dift vn Prince d’Almaigne à la diette de Vvormes,tenue la m d.lii
naues. Et de fait il y eut cefte annee là vn Prince depuis decedé, qui offrità vn
Ambaffadeur au nom de fo maiftre,pour deux mil efcus de péfion, luy
defcouurir tous les fecrets,pratiques,& negotiatios de fa Repub. &em-
pefcher de tout fo pouuoir qu’o fift rie au preiudice de celuy qui paye-
roit la pefion.Tels penfionaires font fort à craindre en l’eftat populaire,
d’autant qu’il eft gouuerné d’vn petit nombre des plus apparens, qui
vendent le public, pour leur profit particulier: chofe qui n’eft pas fî
facile en la Monarchie fondee en vn Prince,duquel l’intereft particulier,
giftenlacôferuation dupublic.Maisiln’ya trefors qui ne fuflent epui-fez, fi
LIVRE SIXIESME.fez,fi les pêfions particulières ne font fecrettes: Ôc né peuuét eftre fecret-
tes s’il y en a plufieurs.Les Roys de Perfe,ôc de Macedoine, ne donoient
péfions qu à vn petit nombre de harangueurs, ôc capitaines de la Grece:
ôc le Roy d’Ægypte,pour fept mil efcus de penfion qu’il donnoit au ca- ^
pitaine ° Aratus,auoit l’eftat des Acheâs à fa deuotion. Et toutesfois il fe
trouue par leftat des péfions des ligues,que des l’an m.d.l. le Roy Héri
n.donoit penfions particulières en Suiffe à plus de neuf cens perfonnes,
fpccifiees par nom &furnOm,quien bailloient acquits, outre les autres
penfionaires particuliers,qui eftoient payez par rooles, qui reuenoyent
par chacun an àxL. ôc neuf mil deux cens quattre vingts dixneuf liures.
peut eftre qu’on euft mieux fait de donner la moitié des penfions à peu
de gens d’autorité, &fecrettement,&aux plus grands fans acquit. Car le
penfionaire quelquesfois eft tel,qu’il ne voudroit pour tous les biés du
mode eftre defcouuert:come eftoit vn certain milord Anglois, auquel
le Roy Loüys xi. donoit deux mil efcus de péfionde porteurluy clemâ-
doit aquit,pour luy feruirde defeharge enuers le Roy feulement, come Penfions fâs
ildifoitde milord luy dift,qu’ilreceueroitbienlapéfion,mais qu’il nen aoujL
bailleroit point d’aquif.ce que le Roy demâdoit fort inftâment pour s’é A
feruir au befoin,come ii eftoit couftumier £c ioüer de fes ennemis,& les
mettre en defiance les vns des autres. Dauantage il y a des chofes n o feu¬
lemét fecrettes,ains auffi deshoneftes,pour lefquelles on paye la péfion,
qui ne viénent iamais en ligue de cote.En quoy Pericles fut lotie,lequel
rendât fes comptes coucha au chapitre dedefpéfe vn article de dix mil
efcus, fins aquit, ny mandement, ôc fans dire la caufe. leJ peuple alloiia reridcl’article fans vouloir s’enquerirplus auant, cognoi(lantlaprudence&
loyauté du perfonnage au manimét de la République. Auffi eft-il bien
certain, quelepéfionnaire fecret deliurât aquit,eft toufiours en crainte
d’eftre decouuert,ôc s’il eft declairéjil n’ofe,ou ne peut riéfaire en faueur
de celuy q donne la penfion-.ioint auffi que la ialoufie de ceux qui ne re-
çoiuét point de péfioneft caufe de les faire entrer en querelles &partia-
litez:comeil eft aduenu en Suiffe plufieurs fois : en forte que ceux qui a-
uoiét moins que les autres,ou qui n auoient rien du tout,firent inftance
que les péfions particulières fuflent mifes entre les mains des receueurs, Cinquième
auec les penfions generales : ce quele Roy empefcha difant qu’il retran- moy£
cheroit pluftoft fa liberté.Lecinquiefme moyen defonderles finances, jer[es £nj°
eft en la trafique quelePrice,ou lafeigneurie exerce par fes fadeurs.Co- ces af ja ^
bien qu’il y a peu de Princes qui envfent:& mefme: parles ordonances £qi^e
tant de ce Royaume, que d’Angleterre , & d’Almaigne, celuy perd la 6. iLus iib.ir. -
qualité de nobleffe qui trafique, ôc parla loy 6 Claudia, il eftoit de-
fédu au Senateur Romain d’auoir aucun vaiffeau de mer,qui tint plus de ^°il1TîmeIrciis C K
quarâte omnisTite \À\icÿa,tribus indecorus vifus eft. ôc vlt-de refcindçndàdepuis fut defendu generalement à tous gentilshommes de trafiquer,
par les7 ordonnances des Empereurs:comme parles canons8 il eft auffi ^c.ckrid xGg iij
n$o DE LA REPVBLI QV Eprohibé aux gens d’Eglife.Et les Perfes par vn trait de moquerie, appel-
loyent Darius marchant,feulement pour auoir changé les dons Gratuits
en charges neceffaires.Toutesfois fi eft-il plus feât au Prince d’efhe mar¬
chant que Tyran:& au gêtilhomme de trafiquer que de voler.On fçait
T affiauc affezquelesR°ysdc P°r™gal depuis centans, ayant fait voile en haute
jrR " , mer,apres auoir defcouuert les richeffcs d'Orient^ cotinué la route desP U 1 C IndcS 5 °nt ^ ^icn tra® 4ué > ^lu’lls ^ *°nt &its Seigneurs des meilleurs
Poi uga . ports d’Affrique , & occupé à la batbe du Roy de Perfe l’ifle d’Ormus
empieté grande partie du royaume de Maroc,& delà Guygnee,^ con¬
traint les Roys de Cambarrc,de Calecut.de Malache,de Canonoràleur
faire la foy,& hommage,traittant alliance d’amitié, & de cômerce auec
le grâd Cham Prince de Tartarie:& fi ont arraché aux Turcs,& aux Sul¬
tans d’Ægypte les plus grandes richeffes des Indes, & rempli l’Europe
des trefors d’Orient,pénétrant iufques aux Moluques, que les Roys de
Caftille prétendent leur apartenir,par la diuifio, & partage que fift Ale¬
xandre v i. Pape, neantmoins les marchans Geneuois, ôc Florentins les
ayâs voulu degager de trois cens cinquâte mil ducats,que Iean ni. Roy
de Portugal en Paya à l’Empereur Charle y. ôc donner encores cent mil
ducats:le Roy de Portugal la empefché,failànt eftat delà marchâdife,&
du profit qu il en tire,comme d’vn fond de finâces inepuifable,oultre le
grand profit qui en reuient à fes fugets en particulier,ayant d’autant di¬
minué les finâces des Princes d’Orient,& mefmemét des Venitiens, qui
en ont receu tel dommage, que de tous les malheurs quileur aduindréc
au temps que le Roy Loüys xn.leur fift laguerre , ils nc receurentpoint
tant de perte que des Portugais,qui leur ofterent le plus grand fonds de
leurs finances, qui reuenoyent delà trafique de9 leuant. parce queles
Uib!j!oflKior.' feigneuries,& la nobleffe d’Italie ne tiennent point à deshôneur de traf-
fiquer en gros,non plus que Ciceron *,qui toutesfois tient les marchans
en détail pour gens fordides.Quant àlatrafique,quc les Princes exer¬
cent fur les fugets, ce n’eft pas trafique , ains impoft , ôc exa&io:
c’eft à fçauoir de defendre la traite, ôc mettre les bleds, ôc vins des fugcts
entre les mains des receueurs, ôc les payer à vil prix, pour les vendre aux
eftrangers, ou aux fugets mefmes à fon mot. ce fut l’vnedes caufes qui
Trafique du renc^c P^us °dieux AlphonsRoy deNaplesrparcc qu’il bailloit fes pour*
rov Alphos ceâux * garc*er aux fugcrs pour les engraiffer,& s’ils mouroient, on leur
tv ranniq ue Payer-il achaptoit toute l’huile de lapouillc, ôc la pay oit à fon prix
ôc fordide fmmentc 11 herbe,&le reuendoitau plus haut prix qu’il pouuoit,a-
uec defenfe à tous d’en vendre iufques à ce qu’il euft vendu le fien.Mais
_ çç. de toutes les marchandifès que font les Princes, il n’y en a point de
b lus vilai ^US Pein^c^cu^e5ny de plus fordide,que des honneurs, offices, ôc bene-
ne & la lus ^CCS 5 commc i>ay ^ cy deffus. Peut-eftre yauroit-il exeufè quand
ernicieufe knecc®c^ grande, qu’il n’y a point d’autre moy en pour fâuuer la
Pel République : comme firent les Venitiens en fept annees que le RoyLoüys
LIVRE SI XIE S ME;loüys XI i. leur fift la guerre, il fe trouua par; l’extrait des comptes,
qu’ils auoyent dependu cinq millions de ducats, dont il y en auoit
cinq cens mil qu’ils auoyent tiré de la vente de certains offices, qui fue
la mefme occafion que print le Roy François i.l’an m. d. xxvi i.dedi-
uiferles iudicatures criminelles des ciuiles,expofàntles vnes, &rles au¬
tres, ôc generalement touts offices au plus offrant. Ce que le Pape A driafl
auoitfait trois ans au parauant,non feulement des offices,, ains auffi des
beneficesrcomme il fift del’Euefché de Crémone,qu’il védit vingt mil
ducats, ôc auoit en outre refolu leuer deux cens vingt mil ducats, à de-
my ducat pour chacun feu, du territoire faindt Pierre, s’excufantfur la
guerre des Turcs1 : mais puis que la neceflité paflee,on a veu & voit-on
continuer telle marc handife,ceft chofe de perilleufe confcquence d’en *ouurir la boutique. Le fîxiefme moyen de faire fonds aux finances eft e.fur les marchans,qui apportent, ou emportent marchandas : qui eft
l’vn des plus anciens, & vfitez en toute Republique, & fondé en équité. scar c’eft bien la raifon que celuy qui veut gaigner fur les fugets d’autruy
paye quelque droit au Prince. De là font venus les droits de refue:le .haut paflage,ou domaine forain : & la traite foraine, qui furent réduits ^ e? iau
enceRoyaumeàvnimpoft de xx. deniers pourliure par edit duRoy Pa.a8^ .
HenryJ11. & depuis reuoqué,affin que la traite foraine ne fuft confufe tIalte ora1-
auec le domaine forain, quele Roy Charle v. rabaifladVnfolàfixde- ^
niers pour liure : ôc depuis a efté remis à vn fol : qui eft cinq pour cent, 4-i’a»
autant que prenoyent les anciens Romains pour tout droit d’impofi-
tion foraine;. il y a outre celà huid deniers pour les deux autres impo- 4ra sicSeïïi^
fitions,qui eft tout compris huit pour cent.Le Roy de Turquie prend
dix pour cent fur touts marchans eftrangers fortans d’Alexandrie, Ôc
cinq pour cent des fugcts. Mais en ce Royaume tout le contraire fe fait
pour le regard du fel, pour lequel l’eftrangcr ne paye rien que le droit
du marchant & le fuget en paye plus de foixante ôc xvn.liures fus muid,
outre le droit du marchant, ôc depuis queles greniers, ont eftéafermefc
& les officiers de la gabelle fupprimez, lemuiddefel quele marchant
vendoit cent fols, eft monté à x xvi i. liures: ôc depuisccs guerres à
quatre xx. liures, outre le droit du Roy , & la voiture : en forte que le
tout compris, il s’eft vendu plus de trois cens liures le muy. en quoy le
pauure peuple eft ruiné, Peftrangcr enrichi. Ce priuilege fut donné aux
eftrangers par le Roy François i.afin qu’ils apportaient leurs danrees,&
deniers en ce Royaume, pluftoft qu’en Efpaigne. toutesfois il s’eft def¬
couuert à veuë d’œil, que l’eftranger ne fçauroit fe pafler du fel de Fran¬
ce. car fur la defenfe faite par l’Empereur Charle v.à ceux d u bas païs,de
prendre fel en France, les eftats remonftrerent que leurs faleures,qui eft
la marine du pays,& la plus grande marchandifc,fegaftoicnt au fel d’Efl
P^gne,& de Bourgongne.Or il eft certain qu il nc fe peutfaire fel d’eau
marine,outre le XLVii.degré pour la froideur: ôc que le fel d’EfpaigneGg iiij
c3£ DE L'A REPVBLIQVEeft trop corrofif : ôc fi l’eftranger pay oit feulement le quart, de ce que
paye le fuget pour le droit du Roy,il en reuiendroit aux finâces vn pro¬
fit incroyable Car on voit affez fouuent les hourques du bas pays, ôc
d’Angleterre,venir aux bornages chargées defable,& depierres,n ayât
dequoy croquer pour auoir du fel,du vin, ôc du bled de Frâce: quifont
. . trois efpeces abondantes en ce Royaume : ôc dcfquelles les fources font
Les mmie- jnepUifablcsrau lieu que les minières eftrangeres ic vuident en peu d an-
res de lan- nees^ne peuuent renaiftre qu’en plufieurs fiecles: encoresl’eftranger
ce ion t me- ^ ^ cherchant au centre de la terre pour les apporter en ce Royaume,
pu CS & emporter les chofes neceffaires à la vie humaine : defquelles le fage
Prince ne doibt permettre la traite, que fon peuple n’en foit fourni, ôc
foulage,ôc les finances acreuësxe qu’on ne peut faire (ans hauffer l’im-
pofition foraine, car plus grâde fera l’impofition foraine,plus y aura de
profit pour les finances r & fi l’eftranger, craignant l’impoften prend
moins, k fuget en aura meilleur compte : car toufiours les plus grans
trefors viendiot3où il y aplus de chofes neceffaires à lavie:oresqu’ilnÿ
ayt minière d’or,ny d’argéfeomme il y en a peu,ou point en ce Royau¬
me,lequel nearïtmoins nourrift vne bonne partie de l’Europe, comme
difoit le Roy Agrippa: ôc le Royaume.d’Ægypte, qui na point de mi¬
nières d’or,ny d’argent, ôc neantmoins l’Afrique, ôc l’Europe eft gran¬
dement foulagee des grains qu’il produit. Si on dit que parles traitez
de commerce entre les Princes , on ne peut hauffer rimpofition forai¬
ne , cela pourroit auoir lieu entre ceux qui ont traité de comerce à cefte
coditiommais il y en apeu:& neâtmoins on ny a iamais eu grâd efgard
car mefmes au bas pays,Ôc en Angleterre,les marchans Françoys furent
contraints l’an m.d.lv. payer vn efeu pour chacun tonneau de vin ar-
Impoft fur rjlîant au port,& le fuget huit efcus fol, Ôc huit gros pour l’impoft, fans
le vin arri- auo]r cfgarcl aux traitez de comerce,Et lannee fuiuante la Royne d’An-
uat en An- gjetenx hauffal’impofitio foraine d’vn tiers, & mift vn impoft de deux
gieterre, & cfcus trois gros, ôc vn denier fur chacune piece de drap, celà eft de
en Flandre. confcqUcnce bien grande.car i’ay efté affeuré d’vn marchant d’Anucrs,
que l’an m.d. lxv. il arriua au bas pays,en moins de trois moys,cent mil
pieces de drap, contant trois carizez, ôc autant dcfrizezpour vn drap.Il eft donc expedient de hauffer pareillement l’impofition foraine àl’e-
ft ranger des chofes, defquelles il ne fe peut paffer, ôc par ce moyen ac-
croiftre les finances,& foulager les fugets.Et quant aux matieres, qu’on
apporte des pays eftrangers,il eft befoin de rabaifler l’impoft,& lehauf
fer aux ouurages de main,ôc ne permettre qu’il en foit apporté de pays
Deféce d’e- eftrâge,ny fouffrir qu’on emporte au pays les dârees crues, comme fer,
leuer du cuiure,acier,laines,fil,foy e crue, ôc autres matieres femblables: affin que
pays les le fuget gaigne le profit de l’ouurage, ôc le Prince l’impofition foraine:
matieres comme il fut defendu par edit de Philippe Roy d’Efpaigne lan m. d.ix
crues, i ii' pour rendre la pareille à la Roy ne d’Angleterre qui auoit fait les mef¬mes
LIVRE SI XI ES ME.* étfnies defenfes trois mois au parauantxe qui fut aufli fait par edit du Roy
de France Henri ii.FaiiM-D Lii.pour le regard des lainesrmais il y eut vn
Florentin lequel ayant obtenu pa(Te-port en faueur dvn courtifan,enle-
ua plus de laines d’vne traite, que touts les marchas au parauât n auoyét
fait en vn an. Qui eft vne incongruité notable en matiere d’eftat, & de Traite de-
flnances:dedefendre la traite, ôc puis bailler permiflion à vn eftranger fendue aux
d’enleuerlesmarchâdifes defenduesxarleRoy,&la Republique en ge- fugets, ôc
1 neral y reçoit vn dommage irréparable, ôc les marchâs en particulier en permis aie-
1 font ruinez .Voila fix moyens de faire fonds aux finances, fans fouler les ftranger eft5 fugets,fi ce n eftoit que rimpofitionforaine fuft excefliue des marchâ- la ruine du
difes eftrangeres, ôc necefTaires àla vie humaine. Le feptiefme moyen pays.[' eft fur les fugets,auquel il ne faut iamais venir,fi touts les autres moyens Le feptiet
j ne défaillent, ôc que la neceflité prefle de pouruoir àla Republique, me moyen
auquel cas,puis que la tuition, ôc defenfe des particuliers, depend de la de faire
conferuation du pub lie,c’eft bié la raifon que chacun s’y employetalors fods aux fi-
f les charges, ôc impofitions fur les fugcts font tref iuftes : car il n’y a rien nances.plus iufte,que ce qui eft neceflaire,comme difoit vnancië fenateurRo^ Le plus ho-
s main. Et neantmoins affin que la charge extraordinaire impofee pen- neftemoyé
dant la guerre, ne foit continuée en temps depaix, il eft expedient d’y detrouuer
y procéder par forme d’emprunt:ioint aufli que l’argent fe trouue plus ai- argent en la
1 fement, quand celuy qui prefte efpcre receuoir,Ôc l’argent, ôc la grâce neceflité
du preft gratuit.commc il fe fift en Rome, alors que Annibal eftoit en publique
j Italie, les finances eftant prefques epuifees, le Sénat ne fut pas d’aduis fans impoft
qu’on vfaft d’impofitions nouuelles, ôc forcees ( chofe perilleufe quand fur lesfu-
l’ennemi eft le plusfort)ains d’vn commun confentement tours lesfena- gets.
teurs,& les plus aifez les premiers porteréd’or, &l’argét aux receueurs,
ôc furent fuiuis du peuple de telle allegrefle, ôc ialoufie du bien public,
qu’ils eftoyent en débat à qui feroit le premier enrollé: de forte que les
changeurs,& receueurs n’y pouuoyent fufKre. Apres la vi&oire contre
les Cartaginois,le fenat ordonna qu’on payaft les emprunts: ôc d’autant
J qu’il n’y auoit pas aflez d’argent en l’Efpargne,les créanciers prefenterécrequefte tendant à fin, qu’on leur baillaft partie du domaine,qui feroit Le cens c-
cftiméparles Confuls,à la charge de rachapt perpetuel, ôc de payer vn ftoitdc
aile de menu cens aux receueurs pour chacun iournau, qui feroit come toute aiv
la marque,que le fonds eftoit du domaine de la Republique : ce qui fut cienneté.’ fait.Et fi la Republique n’a dequoy rendre ny en deniers,ny en fonds, & 7 Liuiusiib.51.sc-
que l’ennemi prefle,il n’y a moyen plus prompt,que faire chois des plus a rri publici copia■ habiles aux armes,qui foyent armez, ôc foudoyez aux defpés des autres: confuTesagrumï
’ comme faifoy ét les anciens Romains.Ce fut,peut eftre,la premiere oc-cafion des charges extraordinaires,qui depuis continuèrent en charges gaies tdWi eau-
ordinaires:commenous lifons qucDenis le tyran cherchoit quelques- efl?™pubhcum
fois Toccafion des guerres, ou des fortifications, affin qu’il euft moyen 8 Llums-hb*^
de faire nouueaux impofts,qu’il cotinuoit apres auoir traité auec Tenue-
^34 DE LA REPVBLiqVEmi, ou delaiffé les fortereffes commencees.Si mes fouhaits auoyent lieu"
Deteftable iedefirerois qu vnefi deteftable inuention euft efté enfeuelie auec fon
inuention autheur.Par ce moyé il s’eft trouué trois natures de deniers leuez furies
des tyrans. fugets:les vns extraordinaires,les autres ordinaires, &la troifiefme forte
Trois fortes qui tiét de lvn, & de l’autre, quon appelle deniers cafuels foubs lefquel-
d’impofi- les efpeces font compris tant les deniers qui viennent des iurifdi&ions
tiofurles feel5monnoyes,poids,&mefures, que pareillement ceux qui font pris
fugets. furies chofes vendues,de quelque nature quelles foy et, ou furies dons
lais,& fucceffiôs efcheues:ou fur la véte des offices:ou par forme de tail¬
le/oit à caufe des perfonnes fimplement,qu’on appelle capitation,foit à
caufe des biés meubles,ou immeubles,ôc des fruits, qui viennét deffus,
ou dedâsla terre,come touts minéraux,&trefors:foit pour les ports, ôc
paffages,ou de quelque autre impofition qu’on puiffe imaginencar cô-
bien qu’elle fuft falle, ôc orde,fi eft-ce que les Princes exa&eurs la trou-
uerôt toufiours de bône odeur,côme difoit Vefpafian. defquelles char¬
ges ôc impofitions les plus anciénes font réputées domaines comelim-
pofitiôforaine:les autres ordinaires,côme la tailleiles dernieresfot extra
Deniers or ord^na^res^clue ks Latins appelloy et temerarium trihutum: côme font les
dinaires fokfides fur les villes frâches,& perfônes priuilegiees,décimés, dos cha-
êxtraordi gratuits equipollens à d ecimes, qui font leuez par commiffio.naires ca Et à parler propremet,la taille, le taillon, les ay des, l’equiualent, l’ottroy,
fuels * ^CS creucSj^a gabelle eftoyent vrays fubfides, ôc deniers extraordinaires
deuant Louys ix. qui le premier leua la taille,côme le Prefïdét le Maiftre
a remarqué,mais il n’a pas dit,que c’eftoit par forme de fubfide neceffai-
Teftament rc pendant la guerre : ôc qu’il n’en fift onques recepte ordinaire : ains au
deS.Louys. contraire s’adreffant à Philippe fon fils aifné, &fucceffeur dift ces parol¬
les en fon teftament,qui fe trouue encores au trefor de France, ôc eft en-
regiftré en la chambre des comptes. Sois dévot au feruice de
Dieuraye le cueur piteux, ôc charitable aux pauures, ôc les conforte de
' tes biensfaits-.gardeles bonnes loix de ton Royaume:neprens tailles, ny
aydes de tes fugets,fi vrgente neceffité, ôc euidente vtilité ne te le fait fai¬
re, Ôc pour iufte caufe, ôc non pas volontairement:fi tu fais autrement tu
ne feras pas réputé Roy,mais tyrâ &c.Ie laiffe les autres claufes du tefta¬
ment,qui mérité eftre graué en lettres d’or. On dira,que le Roy Clotai-
re exigea la tierce partie des rentes,ôc reuenu desEglifes: Ôc Chilperic la
nenrli?.°rcTjUo0& hui&iefme partie du vin du creu de chacun 9:ôc peut eftre que l’impoft
Aymoiib.i. del’huitiefme du vin en eft venu Ôc que Louys le ieune print par quatre
ans la vintiefine partie du reuenu defô peuple l’an m. clxvii. toutesfois
il eft bien certain que celà ne fut qu vn fubfide extraordinaire : non plus
que lamaletofte de Charles, car mefines il futarrefté aux eftats dece
Royaume le Roy Philippes de Valois prefent l’an m. ccc.xxxviii. qu’il
nefeleueroit aucun impoft fur le peuple,fans fon confentement,ce qui
a toufiours efté, ôc eft encores bien gardé en Efpaigne, Angleterre, ôcAlmaigne:
yLIVRE S I XI E S M E. 6}j^[m;1igne:&futremonftréauxeftatstenusàTours{oubs Charle vnr. i En fès mémoires
parPhilippe1 deComines^qu’il 117auoit Prince quieuft puiflance de le- SpSîbipo-U
uer impoil fur les fugets ny prefcrirece droit fino de leur confentemét. wft-c.nuiius.i q.i.
Encores voit-on éscomiffions decernecs pour les aydes,tailles,& autres angine
impofts que le Roy employé la proteftation anciéne de les ofter,fi toft ,c e C
que la neceffité le permettrait combié que Philippe le long fut le pre- U c ‘
niier qui mit vn double pour liure fus le fel védu, fi eft-ce qu’il protefta
deflors en decharger fes fugets. ôc depuis Philippe de Valois declaira par
lettres patétesderanM.cccxxvm.qu’ilne vouloit,&n’entédoit., que
le droit de gabelle,qui eftoit alors de quatre deniers fur liure,fuft incor¬
poré au domaine.car cobien qu’il femble,qu’il n’y ait impoft plus facile
à porter,eftât efgal à touts fugets,&; d’vne chofe qui eft aucunemét pu¬
blique: fi eft-ce qu’en l’eftat populaire des Romains, ôc auplusfort des
guerres,l’impoft du fel ayant efté mis fus par Claudius,& Liuius céfeurs
(qui pour cefte caufe furent appeliez Saonniers) fut ofté apres la guerre,
pour ce que c’eftoit lvne des chofes la pl9 neceffaire à la vie humaine. Et
neâtmoins l’impoft de la vintiefme , des biés de ceux qui eftoyent nou- La vintief-
uellemét afrâchis,demeura toufiours, iaçoit qu’il fuft mis feulemét par me des afrâ-
vn edit publié au cap de Sutriü,àla requefte du CofulManlius, parl’ad- chis.
uis du Sénat, ôc au defeeu du peuple,qui depuis fift defefezd'en vfer plus *• Li“iusn r r • J ! • x r n 1 • » noabV.C.596.en celte iorte lur peine de ia vie. Vray eit que les citoyens n auoyent pas La vintic{l
grâd intereft en ceft impoft: ôc les afrâchis payoiét beaucoup plus volü- me jajs
tiers la vintiefme, que les héritiers, ôc légataires eftrangers ne pay oient la f^its aux c-
vintiefme des lais,&fucceflios quileur eftoyét efcheues, comme d’vne [Rangers
chofe lucratiue,&no efperee:quifut vn autre impoft fait par la loy Iulia3 lors que l’eftat populaire eftoit changé.mais d’autât que les fuccefîeurs , Diolib ^PauI
d’Augufte tiroy et celà en cofequéce de toutes ob uétions teftamétaires, Kb^.fcnten m 6*
l’Empereur Traian 4 l’abolit,no pas fi bié toutesfois,que la marque n en gynco”’m
demeurait*. Auffi n auoyét ils pas la cériefme partie des impofts,que de- daiucrati™r<k.n"
puislaneceffitédes vns,&l’auaricedesautresatrouuez.EtquâdSamuel fcnpaoHG'c‘
dift au peuple,qu’il auroit des tyrâs exadeurs,Ils prédront, dit-il,la dif-
me des fruits.il ne met impoft que ceftuy-là pour tout. Et mefmesCyp-
fel°,premier tyrâ de Corinthe,ne leuoit pour toutes charges,que la dif-
nie du reuenu de chacu.il n’y auoit poit de fubfides,gabeîles,mal tautes £ Arifï0tcUn?0w
ôc mil fortes de charges féblables. Auffi la plufpart des impofteurs,& in- Impo-
uéteurs de nouueaux impofts y ont perdu la viexome vn Parthenius ou fteurs de
Procleres qui fut lapidé du peuple en la ville de Treues,pour auoir doné nouuelles
cofeilauRoy Theodebert de charger les fugets de nouueaux fubfides: charges mis
come de noftre aage Georges Prefcho,impofteur. quifuteruelieméte- à mort,
xecute a mort,& Héry Roy de Suede,duql il eftoit gouuerneur, chaffé
de fon eftat: vnPhiliftus à Denis le ieune.les autres y ont perdu leur eftat:& plufieurs Princes y ont perdu la vie :ôc entre autres AchæusRoy des
Lydiés q. fut pédu par les fugets pieds cotre mot, & la tefte cn la riuiere,
pour les fubfides qu’il vouloit exiger: & Theoderic Roy de Frâjce y per-
y. Travail, in Ne-
ronc.L’abondâ-
ce d’or ôcid’argent a
fait enché¬
rir toutes
chofes dix
fois plus
qu elles n’e-
ftoient il y a
cent ans.8. Piin.Plutar.9- Sucton. in C*'
iar-c*£36 DE LA ft- E P V B L I QV Edit la courone.Lcs hiftoires ne fot pleines d’autre chofercar ilne fe trou¬
uepoint de châgemens,feditios,& ruines de Republiques plus fre quê¬
tes, que pour les charges,& impofts exceflifs.Et n’y a moyen d’obuierà
ces incoueniês,quéoftât les fubfides,^charges extraordinaires, eeffât
la caufe pour laquelle on les a mis fus.mais il ne faut pas auffi courir d’v-
11e extremitéàl autre,&abolir touts les impofts,aydes,&tailles, come
plufieurs fefont efforcez défaire n’ayâtny,fonds,ny domaine pourfou-ftenir l’eftat de laRepublique:entre lefquels fut Nerol’épereur,Icq]ayâttout deuoré le domaine,voulut ofter tous les péages,& tributs:dequoy
leSenatauertile remercia de fon bon vouloir enuers le peuple,ôc neant¬
moins le diffuada de ce faire,difant q c’eftoit du tout ruiner la Republi¬
que 7.Et à dire vray,c’eft ofter les fondemés principaux fur lefquels elle
eft appuyee.-come quelques vns ont voulu faire en vn téps le plus incô-
mode qui fut on ques: veu que le domaine eft du tout aliéné, ôc la meil¬
leure partie des ay des,& gabelles: ôc la plufpart des fiefs en main morte,
ou bien entre les mains de ceux qui font exépts, ôc priuilegiez. Il y a bié
grande apparence de requerirqles dos exceflifs foyét retiâchez, les do-
natiôs imméfes reuoquees,& qu’o tiéne copte des finâces epuifeesrmais
de vouloir abolir les charges,au parauât q d’auoir rachepté le domaine,
&aquitéles debtes,ce n’eft pas redrefler,ny reftablir, mais ruiner leftat.
Et la plufpart de ceux là mefmes qui penfent mieux entendre les affaires,
eft abufee d’vne opinioinueterce,qu’il faut remettre les charges, & im¬
pofts cn leftat qu’ils eftoyét au téps de Loüys xn.sâs auoir efgard, q de¬
puis ce téps là l’or, & l’argét eft venu en fi grâdeabodance de terres neuf-
ues,mefmemét du Peru, que toutes chofes font encheries dix fois plus
quelles n’eftoy ét come i’ay monftré contre le paradoxe du feigneur de
maleftroit:tant par les couftumes dece Royaume, que par les anciés co-
tra&s,& adueuz,où l*o voit l’eftimatiô des fruits, ôc viduailles dix,voi¬
re douze fois moindre quelle n’eft à prefent. Ôc par confequét les fermes
ôc le prix de terres douze fois moindre qu’il n’eft pour le iourd’huy.I’ay
monftré que Charles v.Roy de France ne paya que tréte & v n mil fracs
d’or du Comté d’Auxerre : ôc que le Duché de Berri ne fut achepté que
foixante mil reaux d’or par Philippe premier:& le Comté de Venice, ôc
d’Auignon engagé pour quarante mil florins:brief i’ay vérifié que plu¬
fieurs Comtez,Baronies,& grandes feigneuries,ent efté prifees,& acha-ptees il y a cent ou fix xx.ans dix foix moins qu’elles ne font à prefent:
pour l’abodance d’or, ôc d’argét qui eft venu des terres neufues.xome il
aduint àRome, quâd PauPÆmil apporta l’or,&Pargét du Royaume
de Macedoine,l’eftimation des terres hauffa d’vn tiers tout à coup: tou
téps q Cefar fift venir à Rome les trefors,& defpoüilles d’Ægypte, 1 v-
fure diminua foudain&le prix des terres hauffa *:tout ainfi qu’il en print
aux Efpaignols après la coquefte du Peru,le botal de vin couftoit en ce
païs là trois cens ducats,la cape Efpaignole de frize mil ducats, legenet
LIVRE S I Xl E S M E. eS7d’Efpaigne fix mil ducats,come nous trouuons és hiftoires des Indes,&
deceux-là mefme en partie qui lors y accôpaignerét Frâçois Pizarre i r.& la caufe eftoit de PabSdance d’or,& d’argét qui fut lors trouuéau pé¬
ril, &aporté en Efpaigne: & mefmemét delà rançon du Roy Atabalip-
pa,qui paya pour (à râçô la valeur de dix mill os trois ces xx v i.mil du¬
cats en or,&:beaucoup plus en argent,outre lequint du Roy d’Efpaigne:
&neantmoins les receueurs du Peru demeurerét en débet de feize cens
milbezâs d’or,pari'extrait qu’en fift Auguftin de Zarate maiftre des co¬
tes du Roy d’Efpaigne. Depuis l’or & Target eftant cSmuniqué à là Frâ-
cepourlaneceflitédesviures, & marchâdifes qui vont fans celfe en Ef
paighc,Teftimation de toutes chofes a haufle;&par confequent les crai_ges des officiers,la payedes foldats,lapéfion des capitaines,les iourneeS& vacatiôs d’vn chacun: & par mefme fuite les fermes ontaugmété: ce¬
luy qui n’auoit que cent liures de réte, maintenant en a mil des mefmes
fruits qu’il recueilloit: car le muy de blé deréte qu’on auoit pour cet ou
fix xx. liures tournois l’an m.d.xxii. vaut prefqueautât en purachapt,
ainfi que i’ay remarqué parles regiftres du Chaftelet de Paris. & mefmes
le muy de bléfut achepté Tan m.d.i.xiih. & Tan m.dlxxiii. trois cens
xx. liures,&plus, lors qu’il y eut neceffité de blez.Et qui voudra voir les
couftumiers deFrance,il trouuera que le muy de blé mefure de paris va¬
loir deprixordinaire vn quart moins que Tan m.d.xxii. En quoy fe font
fort abufez ceux-là qui ont voulu reigler le p rix des chofes aux anciénes
ordonnàces. Il faut donc côclure que leftat des finâces fous Charle v i.(fins aller loin) qui reuenoit la M.ccccxLim. à quatre ces mil liures, y Eftat des fi
copns le domaine, n’eftoit gueres moindre, ayant elgardàl’eftimation mnees dedes chofes, que leftat des finâces de quatorze milliôs lannee que mou- France au
rut Charle neufiefmc,& les mefines plaintes qu’on fait à prefent, fu- temps de
rent faites par les eftats tenus à Paris, & laranzon que Loüys neufiefme Charle vr.
Roy de France paya au Sultan d’Egypte de cinq cens mil 'liures, ne- &rr
ftoitpasgueres moindre, que celle du Roy François i. de trois millions
defeüs.&quoy que leRoy Iean fut taxé à mefmerâçon,fi eft-ce quelle
rut iugee fi exceflîue, qu’on fut fix ans àla trouuer. nous ferons mefme
jugement de TApanagede ix.milJiures de rente,quifutafllgné à Char¬
ge Bel, qui n'eftoit pas moindre epe ta ^ de cent mil liuresbaille a Henry de France duc d’Anjou Tan M.DLxim.ny le mariage desMes de Henry 11. Roy de France, de quatre cens mil efcus alfignez à
-lacune, n’eftoit pas fi grand que le mariage de foixan te mil liures afll-
gneaux filles de France,par ordonnance du,Roy Charle v.Autantpou- L’eftat des
uons-nous dire des autres peuples, ou l'or, & l’argent eftoit en abonda- finâces d’E-
OKcomme anciennement en Orient,& àprefent en Occide't. Car nous <rypte fousf r !rnwSt!)a^jqU^PCOlrnCei1C(flailCUn,demier Roy d ^sypte) Icuo.t federnbr
Ml le pays d Egypte la valeurde lept millions cinq cens nul efcus cou- Roy Ptole-e par an : & Sultan Suleyman n’en tiroit que fept cens mil ducats mee.i.Le feigneur de
louinuillc en la vie
elle de Loüys ix.H h
Un Sulla,DE LA REPVBLIQVEpar l’extrait des finâces qu’en fift le Giitty V enitien 1 an M.D.xx.alors que
L’eftat des j»c{^at finances ne montoit finon quatre millions de ducats:car dou-
finances de zf ans cs x\ hauffa iufques à fix millios, come ditPaul Iouermaintenât
Turquie, jl tire plus de douze millions de ducats chacun an: qui eft hauffer les
charges plus des deux tiers en cinquante ans, pour l'abondance d’argent
quis’eft porté d’Occident en Leuant.&neantmoins nous lifons en1 Plu-
tarque, quele DidateurSulla taxa les charges de l’Afie Mineur, au pa¬
rauant les conqueftes de Luculle, & de Pompee, àla valeur de douze
millions d efcus couronne: qui n’eftàpeu près que la fixiefmc partie
des pays du Turc. le ne veux pas pourtât exeufer les Princes exa&eurs.
car on fçait affez que l’Empereur Charle v. tiroit plus de finances du
Duché de Milan,que le Roy François i.au mefme temps ne leuoit en ce
Royaume: ôc prenoitautant fur les bas pays, que le Roy d’Angleterre
en (on Royaume. Auffi ne faut-il pas prendre exemple aux Princes exa-
Eftat des fi- fteurs. comme quelqu vn en ce Royaume difoit, que Cofmc Duc de
nances du plorence> tiroit de fon eftat fix millions : chofe toutesfois impoffible,
duc de Flo- yeu qU>ji n’auoit de leftat de Florence que douze ces mil efcus: ôc de le-
rence, fl.at Siene deux cens mil pour le plus. Mais le nouueau Prince fera fa¬
dement à fa venue, de retrancher les charges extraordinaires de fon pre-
deceffeur, tant pour fon debuoir, que pour gaigner l’amour du peuple,
s’il en eft requis,& au parauant qu’il en foit requis: & nc fuyure pas le cô-
feil d’vn Roboan, qui perdit fon eftat pour auoir fait le contraire. Mais
de requerir que les tailles, & impofitios foiet du tout oftees,ou reiglees
aux anciennes charges, fans auoir efgard à l’eftimation des chofes, & au
chan ge m e t fu r u e n u, c e n’eft pas releuer come i’ay dit,ains ruiner leftat.
Or c’eft chofe ordinaire, és changemens de tyrannie en eftat populaire,
d ofter tous impofts,tailles,& fuÈfides,pour fignal de liberté: comme il
fe fift en Rome à la requefte d u Côful Valere,après auoir chaffe les Rois,
mais ils furent contraints d’aller en guerre chacun à fes defpés:puis apres
de payer les foldats,& fc cottifer pour fubuenir aux affaires^en leuat nou
j.üuiaiUb.4- iieaux * impofts. le femblable Cc fift enSuiffe & a 1 Indannc, apres auoir
chaffe les feigneurs.Les autres affrâchiffent les villes capitales,& les plusgrands feigneurs,pourfedefeharger fur lesfoibles:comeles Atheniens,lors qu’ils eftoient les plus forts, affranchirent leur ville, cotre la teneur
Eftat des fi- d’alliance faite auec les autres villes de la G rece, ôc au lieu de foixante ta-
nances d’A- lents,ils augméterent fi bié, qu’en moins de foixâte ans ils en firet payer
thenes. douze ces par chacun an,qui fot fept ces xx.mil efcus couronc>c6me dit
Plutar.Maisquad Themift.voulutleuer par force la creuë des tailles fur
les Adries,difant qu’il leur aportoit deux puilsâs Dieux,amour,& force:
ils refpodirent qu’ils en auoiét deux plus puiffans,àfçauoir,pauureté,&
4. piurar. înThc- 4 impoffibilité. Et ordinairement les grandes villes £e defchargentfurle
plat pays : ôc les plus riches payfans fur les plus pauures : commeil s eft
fait par cy deuant cn cc Royaume,ou les plus grandes villes cftoientaf-franchics: comme anciennement en Perfe la ville, ôcgouucrnemcnt de
LIVRE SI XIESM E. 639Babylonne eftoit* exempte:afin que les plus grans n’empefchétlesim- ^He»dot.i*E»-
pofts.maisiladuiétcomrneau corps humain^queles parties plus fortes,& plus nobles gettéc les humeurs fuperflus, & vicieux aux plus foibles:& quand lapofteme eft enflee fi fort que la partie foible n’en peut plus,il
faut quelle creue, ou quelle infe&e tous les membres. ainfi eft-il adue-
nu que les villes riches,la nobleffe, l’eftat Ecclefiaftique s’eftans du tout
defehargez fus le menu peuple, il eft tobé fous le fardeau, comme lafnc
d’Efope:& le cheual qui n’auoit rie voulu porter,c’eft à dire,la nobleffe,& les sjensd’Eglife font cotraints les vns de porter les décimés, ôc fubfi¬
des extraordinairesiles autres védre leur bien,pour faire la guerre à leurs
defpens: ôc payer les tailles,& autres impofts directement,ou indire&e-
mcnt.pour mefme caufe la nobleffe, & leftat ecclefiaftique ont efté co-
traints au Royaume de Dannemarc fe tailler, ôc cotizer, depuis l’an
m.d.lx i i i.pourfouftenir les frais de la guerre: mais ce fut à la charge q
le Roy ne toucheroit point les deniers. Or pour remédier à ceft incoue-
nientjes anciens auoiét fàgemét ordonné^ bien executé l’ordonnâce:
à fçauoir q les charges feroient rcelles,ôc non perfonnelles: come il s’eft
Ètit au païs de Lâguedoc:&depuis quelques annees aufli en Prouéce par
prouifiô6fuiuâtladi{pofitiondelaloy,afinqlerichc,&lepauure:leno- * tnc*spennam
ble,& le roturier,le preftre, ôc le laboureur payent les charges des terres !cvJcindfSion'eTai
taillablesila loy n’excepte ny potife^ny noble:ésautresgouuerneméss’jl ar.no. & tribut, c.
yavn benefice,vn gentilhôme,vncô(èiller,vn vigneron,ceftui-cy paye «>d. 1.rYfcriptô.§.
pour tous,& les autres font exépts, non feulemét pour les fiefs, ains aufli aemuncribuTffx
pourles terres roturieres. Si doc la neceflîté contraint deleuer quelque |0f0”"1cin<3M
impoft extraordinaire,il eft befoin qu’il foit tel,q chacü en porte fà part: IJ faüC qUe
come eft l’impoft du fel,du vin,& autres chofes séblables: Ôc les deniers Ies tailles
comuns pour les fubuentios q les villes leuent.Et pour ofter l’occafion foyent recl-
des fedidos, qui fouuent font aduenucs pourles impofts des chofes vé- ]cs pour fou
ducs en détail,il eft expedient de conuertir l’impoft en quelque fomme laveries
générale: comme 011 afait des aydes en quelques lieux, qui fuft mis par pauures.
Charle v.du cofentemét des eftats,pour la deliurâce du Roy Iean,qui e-
ftoiét douze deniers pour liure fur toutes les marchadifcs védues,quia
efté châgé en equiualét.,premierement au païs de Languedoc,au temps
du Roy Loüys xi. &pour iceluy impoft lx. mil liures par chacun an,co¬
rne il s’eft fait aufli en Auuergne pour le fel, q le païs a chagé cn certaine ;
sôme.Et pourmefme occafion les impofts qu’on leuoic fur chacune da¬
tée, ôc les iauclles qu’o prenoit de chacun feffeau, ont efté abolis en plu-
fieursrepubliques,pourles plaintes,feditios,& crieriesq faifoit le menu
peuple cotre les Iaueleurs, ou Gabeleurs (car le mot de gabelle eft venu Le mot de
de iauelle)quiprénent toufiours pl9 quineleurfautenefpece.Maisfion gabelle ve-
demâde les moiés de leuer impofts qui foiét àl’honeur de dieu,au profit nu de iaucl-
delaRepublique,au fouhait desgés de bien,au foulagemét des pauures, lc
c’eft de les mettre fus les chofes qui ne feruét fîno à gafter,&;corrôprc le*%ets:cômc font toutes les friâdifcs:&toutes les fortes d’affiqucts,pcr-Hh ij
64° DELAREPVBLIQJVELes impofts funs, draps d’or & d’argent,foyes,crefpes,canetilles,paffemés,tiflures ôcvtilcsjhono co9 ouurages d,or,d’argët,&d’email:& toutes fortes de veftemësfuper-
rables, ôc flus;& couleurs d’ecarlate^ramoifijcoucheuilj&autres femblables,qui
neceflaircs. ne faut pas defendre : car le naturel des homes eft tel, quils ne trouuent
rien plus doux,nyplus beau,que ce qui leur eft eftroittemët defendurôc
plus les fuperfluitez font prohibees,plus elles font defirees:mefmement
des homes fols, & mal nourris.il faut doc les enchérir fi haut,par le moyé
des impofts,qu’il n'y ait que les riches,&frians qui en puiffent vfer.C’eft
pourquoy les Princes de Septentrion chargétles vins de grâds impofts:
ôc neantmoins quoy qu’ils foient chers, les fugets en font fi frians, qu’ils
creuétàforce d’en boire. Etpour cefte caufe Caton le Cenfeurfutloüé,
d’auoir mis vn impoft fort grand fus la vente des efclaues qui pafferoiet
leprixde cinquante efcus: parce qu’on ne pouuoitlors defendre tellemarchâdife.pour mefme caufe l’Empereur Augufte,pour chaftierl’im-pudicité deteftable des fugets,&les contraindre de côtra&er mariages,
leual’impoftjpar forme d’amende,des laiz,ôc fucceffions caduques, fur
ceux qui ne fe mariroient apres x x y.ans: ou qui n auroient point d en-
Prudence ^ns : donnant de beaux priuileges, à qtii plus auroit d’enfans. Quifot
de^Ern e vnrra*t de maiftre, politique, car en ce faifant il chaftia bien fort
C mPc les paillardifes,adultérés, ôc fodomies: ôc remplit fà cité de bonsa¬
ïs 1 ^ toyens, qui en eftoit fortdefertee par les guerres ciuiles: Ôc par mefme
moyen il remplit le trefor de l’efpargne, qui eftoit vuide. à quoy l’Em-
7.i.vnic.princ.ac pereur Iuftinian,qui7 blafine cefte loy, n’a pas pris garde : non plus que
8* “deinfirmais l’Empereur8 Conftantin, qui oftala peine du célibat, ôc de ceux qui
KiSr n’auoiét point d’en£ms:&: qui plus eft les Empereurs Honoré, ôc Theo-
9. i. deiureHbero- dofe donnèrent le priuilege des enfans a tous9 fugets : qui eftoit remet-
ttefusles vices deteftables qu’on auoit retranchez: dont il aduint que
les mariages, ôc la procréation des enfans furent mefprifez, ôc l’Empirc
futoccupéparles peuples de Septentrion, qui auoient des magazins
d’hommes,ayant trou ué l’empire deferté.On auoit mis auffi vn impoft
de cent fols fus les procez ciuils, pour chaftier les plaidcrcaux, queplu-
fieurs ont trouué eftrange,& cn fin l’ont ofté : mais il n’y en eut onques
Conficrna ^US nece^rc en ce Royaume, où il y a plus de procez qu’en tout le
tion f irîes " ^uroPe* ^es anc^cns Romains faifoient bien grande difficultéde foufrir nouueaux impofts: mais ils receurenttrefvolontiers de toute
piocez. anciennetél’impoftfurles procez, qui eftoit la dixmeés caufes ciuiles,
i.FcftusPôpeius. ôc le quint és caufes publiques:commc les vns1 ont efcrit:les1 autres di-
dcii ngu'a la a a a e fentqueles deux parties confignoient chacune cinq cens afTes, qui re-
uiennét prefque à cent fols de noftre monoye: qui eftoit dix liures pour
les deux parties:&celuy qui gaignoit,emportoit l’argent qu’il auoit co-
figné:& cela fe faifoit outre la gaigeure,qu’on appelloitfyonjio& peu-
mentum, q chacune des parties confignoit,fi l’vne le requeroit, ou celuy
quine vouloit configner aquieffoit à l’autre. Et les Hebrieux faifoient
toufiours payer le double à celuy qui auoit feiemment nié la debte,co-
LIVRE SIXIESME. 641mc nous lifons cn leurs3 Pande&es.Et combien que les confignations, , Rabimaymon
qui fe faifoient en Rome pourles procez, ont efté diuerfes, fi eft-ce que1 Empereur4 Caligula leuoit encores le quarantiefme denier de ce qui J;-jTr^uUlas ia
eftoit demadé,fans autre prefixion,ny limitation. Ainfi peut-on faire de
toutes marchandifes inutiles,ou deshonneftes,ou fuperflues:comme il
fc trouue és ordonnances de rimpofition foraine quatre cens cinquante
efpeces de marchandifes,defquelles la moitié pour le moins ne fert fîno
à corrompre la fimplicité des fugets.laplus chere de toutes,qui eft l’am¬
bre gris,n’eft eftime qu’à fix x x. francs la liure,qui debueroit eftre prife
trois cens efcus. Or laJ loy ne met aucun impoft fus les marchandifes, j-i.intcrdum.de
hormis les efpiceries, ôc les marchandifes precieufes fpecifiees, a fçauoirvcaigahb c-
les peaux de Parthe,& de Babylonne, les foyes, ôc toiles deliees, le fard,
les cheueux indiques,les beftes fàuuages.,& les efclaues chaftrez. T elles
impofitios feront toufiours loüables,& beaucoup plus fuportablesfans
comparaifon,que le pied rond,le pied fourchéje tonlieu,& autres fem¬
blables : ôc mefmement la capitation, que tous bons Princes ont eu en
6 horreur, car de charger les perfonnes pour l’induftrie feulement, c’eft 6.1.1. de capirar.
decerner la guerre aux bons efprits : fi ce n’eftoit qu’ils font grande tra- clulumtollcda-c-
fique, & par ce moyen ont de grands biens meubles, pour lefquels ils
doibuent porter les charges: qui n’eft pas vraye capitation. Voylales
moyensquimefèmblentlesplusexpediensauxPrinces,&aux fugets,
pour maintenir leftat des finances. Hierofme Laski Polongnois,pere
du Palatin Laski,qu’onaveu AmbafTadeu r en France,trouua vn moyen Aduis de
autre que ceux-là que i’ay déduit pour faire fonds aux finances, donant Hierofme
confeil de faire trois impofts fur les fugets, pour fonder trois monts de Laskipour
pieté (ainfi les appelloit-il) le premier eftoit en prenât la moitié du reuc- le fait des
nu d’vn chacun fuget pour vne fois: l’autre eftoit de la vingtiefme partie finances,
du reuenu par chacun an:le troifiefme fus les chofes vendues en gros, ôc
en détail.Mais fon aduis fut regetté come pernicieux,& impoffible. car
en matiere d’impofts,il ny a rien qui plus allume les feditions, que d’en
charger les fugets de plufieurs tout à coup : ioint aufli qu’il n’auoit exé-
pled’impofitions fi eftranges, ôc mefmement fus vn peuple guerrier, ôc
nourri en liberté, comme eft le peuple de Polongne. Et neantmoins il
donnoit vn trefbeau nom, à vne pernicieufe inuention, appellant m5ts
de pietélefonds de telles impofitions. Caries monts de pieté inftituez
es villes d’Italie font vtiles, honneftes, ôc charitables, ôc foulagent gran- Les monts
dementles pauures :ôc ceux de Laski les ruine.Ily a des monts de pieté: de pieté v-
a Floréce,Luques,Syene,&autres villes,où celuy quia vne fille, au iour tiles, hone-
de fa naiffance met cent efcus au mont de pieté, à la charge d’en rece- ftes,&cha-
uoir mil pour la marier,quand elle aura x v 111. ans : fi elle meurt au pa- ritables.
tauantjles cent efcus font acquis au mot, fi le pere n auoit d’autres filles,
aufquelles fucceflîuemét fera gardé le mariage, s’il met au mont de pieté
deux cens efcus, la fille aura deux mil efcus: qui n’eft à peu près que cinqH h iij
6+z de la repvbliqvepour cent que paye la République, fi la fille ne meurt. L’autre mont de
pieté eft pour prefter argent aux pauures gens à cinq pour cent, en bail¬
lant gaigefuffifant,ôciufques à dix efcus pour le plus, file debteur ne
rend les dix efcus au temp* prefix, le gaige eft vendu au plus offrant, ôc
la plus value eft rendue au debteur.cela fe fait pour obuier aux plus o-râ-
des vfures,defquelles les pauures gens font ruinez en ce pays là : ôc pour
empefeher la faifîe ôc diftra&ion des meubles à vil prix. ToutesfoisicLoüable trouue que D’Empereur Antonin,furnomméPius,trouua vn autre motexpédient de pieté, ôc depuis fut fuiui par Alexandre Seuere, qui eftoit de bailler
d’Antonin ^argeiul'eueno^k°n aux finances,les charges payees,àcinq pour
le Piteux cent>en baillant caution fuffîfante, & foluable. En quoy faifant les mar-
pour faire chans>& pauures gés y gaignoient beaucoup à trafiquer, ôc le public en
ronds aux granc*e f°mmc y gaignoit auffi beaucoup : car fi on preftoit vn million,
finances au bout de l’an,on y gaignoit cinquante mil efcus pour le public :& les
particuliers y gaignoiéc bien deux fois autant à trafiquer, mais outre ce¬
la, le plus grâd bien qui en reuenoit, c’eftoit que largét du public eftoit
parce moyen affeuré delà griffe des larros,Ôc rats de Cour. Qui eftoit la
feule occafion, commc il femble, pourquoy l’Empereur Augufte long
téps au parauât, auoit accouftumé de prefter l’argent qui reuenoit bon
aux fi nances fans aucun intereft en baillât caution foluable, ôc à la peine
gufto. Au du double,fîonfailloitàpayerau8iour prefix:qui eft vne condition re-
briSPdevfùd*fT.nc' prouuee9 par laloy, comme faite cn fraude des vfures légitimés :fî la
Jomp^niusd^- condition eft appofee par vn particulier : mais la peine du double eft
ftion.cmpti ff. receuable, ôcpra&iquee pour le public : attendu que ceft pluftoft la
peine du peculat, que iVfure del’argent:fï celuy qui doibt largét au pu¬
blic en abufe. C’eftoit la prudence de laquelle les fages Princes vfoient
anciennement pour affeurer les finances, ôc fairefonds à toutes necef-
la ruine des fitez qui pourroientfuruenir. Mais tout le contraire fe fait à prefent:
Princes ôc caries Princes au lieu de bailler à intereft modéré, empruntent,& payét
de leurs fi- vfures exceffiues de tous coftez : ôc non feulement les Princes, ains auffi
nances eft les Seigneuries, ôc Republiques, qui plus, qui moins. ceux qu’on cfti-
de prendre me les meilleurs menagers, come les Venitiens empruntent à cinq pour
à in tereft. cent à.toufiours,ôc fans répétition du fort,ou à xmi.pour cent, tâtq du¬
rera la vie du crcâcier:la maifon S.Georges de Genes, préd l’argent d’vn
chacun à cinq pour cét,ôc le baille au plus haut intereft: Ôc n’y a que celle
làquife foit enrichie,ayant acquis l’Ifle de Corfe,ôc le plus clair domai¬
ne de la Republique de Genes,par le moyen de la traffique. les Venitiés
y ont toufiours perdu,ôc perdront tat qu’ils prendront àhuid pour cér,
ou plus:ou bien ilfaudra rabaifler l’intereft,come ils ont peu àpeu abo¬
li le mot Vechio,roignât fî court les créanciers, qu'ils n’y ofent pas met-
Origine de trefî facilement qu’ils faifoient au parauât. Ce fut aufli le moyen appor-
la bâquede té en France l’an m.d.xliii. par le Cardinal de Tourno,lors qu’il auoit le
Lyon. crédit enuers le Roy François i.auquel il fift entendre,à la fufeitation decertains
L IVRE SIXIESME. 645certains Italiens,qu’il n’y auoit moyen d’atirer en France les finances d e
tous coftez, ôc faire fonds à l’aduenir, pour en fruftrer les ennemis, que
d eftablirla banque à Lyon, ôc prédre l’argent d’vn chacun, en payant
1’intereft à huit pourcent. mais en effed: le cardinal vouloit affeurer cet
mil efcus, qu’il auoit en fes coffres, ôc en tirer tout l’intereft qu il pour-
roit.les lettres patentes decernees,& l’ouuerture de la banque ainfi faite
comme i’ay dit,chacun y venoit àl’enui, de France, d’Almaigne ôc d’I¬
talie, en forte que le Roy Frâçoisi.quand il mourut,fe trouua en debté
àla banque de Lyon de cinq cens mil efcus, qu’il auoit cn fes coffres, &
quatre fois dauantage :ôc la paix afleuree auec tous les Princes de la ter¬
re. Depuis que le Roy Henry eut affaire d’argent il empruntai dix, à
douze,àfeizepourcét,commeilfiftl’an m. D. L1111. des Caponis, Al-
bicis,&des participes d’Almaigne : ôcl’vfure fe payoit aux quatre foi¬
res, où l’intereft de l’vfure eftoit conuerty en fort, ôc ioint au principal
l’Empercur faifoit le femblable de fon cofté : vray eft qu’il ne prenoit
qu a dix,ôc douze pour cent au plus, ôc lannee mefmes le Rcy d’Angle¬
terre emprunta des marchans Almans cent mil efcus à douze pour cet.Etau lieu que le Roy Henry penfoit attirer plus d’argent en payant plus
d’intereft quel’Empereur5ôcleRoy d’Angleterre, il comméça à perdre
fon crédit : caries plus figes menagers faifoient iugemét, qu’il ne pour¬
roit en fin payer ny fort,ny v(ùre:d’autant q l’intereft de feize pour cent
reuenoit pour le moins à dixhuit pour cent, retenant l’intereft qu’il ne
pouuoit payer, au lieu que TEmpereur faifoit côtenance de vouloir s’a-
quiter, & bailloit les communautez, ôc corps des villes pour cautions,
payât les vieilles debtes des nouueaux empruntsiôc chacun luy preftoit,
voyant d’vn cofté qu’ils’aquitoit. Mais à prefent la plufpart veut quiter
rintereft ôc le fort principal,s’il fe trouue qui vueille dôner trente pour
cent : ce qui a bien fort aliéné les Princes ôc feigneuries qui auoient ar¬
gent à la banque de Lyon: car non feulement les Seigneurs des ligues,
les Princes Almans, Ôc autres y auoient part, ains aufli les Bafçhats ôc Les Bat
marchans de Turquie y eftoient foubs le nom de leurs fadeurs, pour chats de
plus de cinq ces mil efcus: Ôc n’y eut chofe qui plus empefcha le fecours Turquie a-
dugrand Seigneur au dernier voyage des François à Naples,que la fau- uoiét argét
te qu’on fift de payer quatre mil efcus d’intereft à Roftan Bafcha, outre à intereft à
les dix mil quela Vigne Ambafladeur luy portal’anM. D. lvi. ôclade- la banque
fiance de perdre le fort, comme i’ay apris par les lettres ôc mémoires de de Lyon,
la Vigne.car plufieurs n’acheptoiét pas les rentes à prix d’argent, ains ils
vouloient l’vfiire pure ôc fimple,ôc à la charge de retirer le fort : comme
font plufieurs Italiens aux particuliers, aufquels ils preftent purement
& Amplement, auec obligation de corps ôc biens, fans que lefcripture
porte rien des interefts, ôc neantmoins par conuention verbale ils ftipu- Ruzes fub-
lent feize ou vingtpour cet:ôc fi on faut à payer l’intereft,ils font execu- tiles des bâ¬
ter l’obligé pour le principal par faifie de corps ôc de biens : ôc encores quiers.H h iiij
Anciennes
ordonnan¬
ces contre
les Italiens
vfuriers.Debtes du
Roy Héry
i x.644 DE LA REPVBLIQVEquon pay e f vfure, s’ils ont à faire du fort, ils procedét par execution fus
le debteur :carilny a iamais quitance ny tefmoki des vfures qu’ils re-
çoiuent. Voilale moyen par lequel ils epuifent Target de ce Royaume.Il y a bien d autres rufes que ie ne touchepas, mais celle là donna occa¬
fion à Loüys i x.Roy de France l’an m. c c l i i i i.& à Philippe le Bel,l’an J
M. c c c. de bannir tous les banquiers, de marchans Italiens, confifeant
leurs biens:& pour decouurir les debtes,il fut ordonné que lesdebteurs f
feroient quites de tous arréragés de interefts, en payant le fort principal jf
aux treforiers. Et depuis encores l’an m. c c c x l v i i. Philippe de Va- i
lois,pour mefme caule,confîfqua tout leur bien : car il fut vérifié par les ?
procès qui en furent faits, que pour deux cens quarante mil liures, ils
auoient tiré profit en peu d’annees de vingt quatre milios& quatre ces 1
mil liures. & en hayne de telles vfures, nos peres ont toufiours taxé àla il
Chancelerie les lettres Lombardes au double.Depuis,& au parauât que i
la banque de Lyon fuft rompue, la plufpart des villes de ce Royaume in
ont preftéauRoy,fusle domaine, ay des, gabelles, de décimés,à intereft le
modéré. Et ceux qui penfoiét eftre plus aduifez en matiere d’eftat, de de
finances,confeilloientcelaàdeux finsd’vne pour auoir argent en necef- |i
fité : l’autre pour obliger dauantage les villes & communautez à leur fil
Prince, toutesfois on n’a iamais veu plus de rebellions cotre le Roy de- fci
puis l’eftabliffement de ce Royaume. Et quant aux finances on a fi bien lire
ménagé,qu’en moins de douze ans que le Roy Héry 11. régna,il deuoit irai
plus d’intereft, q fes predeceffeurs quarante ans au parauant ne leuoient leu
pour toutes charges. car par l’eftat des finances drefle l’an m. d. l x. le fa
Roy François i i.fucceffeur deHenry, debuoit deuxmillionstrois cés \u
douze mil fix cens dix liures dixhuit fols fix deniers tournois de prefts SU
gratuits, & dont il ne payoit point d’interefts : & quinze millions neuf ^
cens vingt fix mil cinq cens cinquante & cinq liures douze fols & huit, onl
dont il payoit intereft:& debuoit encores darrerages fept cens foixante ^
de qu inze mil neuf cens foixante de dix neufliures quatorze fols quatre L
deniers : outre la debte de Ferrare, de autres debtes pour les mariages, L
qui reuenoient à huit millions cinq cens quatorze mil cinq cens quatre
vingts douze liures huit fols onze dcniers:&autres reftes deuës iufques j
à la fomme de quinze cés foixante & quatre mil fept cens quatre vingts irej
fept liures deux fols fix deniers:en forte queparle dernierarticle,leRoy L
demeuroitredeuable de quarâte &vnmillion cent quatre vingts trois
mil cent foixante & quinze liures trois fols fixdeniers:ycomprinsqua-
torz e millions neufeens foixante de vn mil fept cens quatre vingts fept ^
liures quinze fols huit deniers, pourles aydes, domaine, de gabelles en- ^
gagees aux villes, corps de collèges, de aux particuliers : entre lefquclsla ^
ville de Paris en a par chacun an trois millions cent de tant de mil liures; ^
outre foixante millions,& plus, fournis par le Clergé du temps du Koy ^
François i. Henry n. François u.de Charle ix.CombienquelEmpe- . 1reur
LIVRE S IXIESME. <?45rcur Charle v. Sc fon fuccefleur ont couru le mefme hazard,pour auoir £)ebteS(j’E
pris à intereft, Sc font demeurez redeuabies de plusdecinquâtemillios: fpajanc
pour lefquels tout le domaine Sc reuenu de Naples &: deMilaneft en- * &
gagé aux Geneuois,&autres particuliers^qu on recherche à prefent da-
uoir preftéauRoy d’Efpaigne en neceffité a trente Sc quarante pour
ccntiôc ne faut pas eftimerqueles Efpaignols fe laiffent fi aifément cf-
cornerpar les banquiers d’Italie, cornmefoinles François, qui les fou-
frentioüyr des fermes, Sc du plus beau domaine de France, daces, ay-
des,gabelles,Sc d’oiiane de Lyonrpar le moyé defquelles fermes,ils ran¬
çonnent les fugcts,& emportent tous les deniers: contre les ordonnan¬
ces de ce Royaume, qui defendent de receuoir les eftrangers à enchérir
Jc domaine: encores eft-il plus infuportable,qu ils ont efté preferez aux
fugets naturels, qui en offroient beaucoup plus : Sc fi ont eu rabais de
foixante mil liures pour vne fois : &afin quon neles peuft molelter, ils
ont obtenu euocation de toutes leurs caufes au priué Confeil. L’origine
de tous ces malheurs eft venu,quand le Roy François i. commença dé
prendre argent à interefhayant x v 111. cent mil efcus en ces cofres,& la
paix en fon Royaume.iamais prince bien confcilléneferacela:car en ce
faifant il ruine le fondemét de fes finâces,s’il veut garder fa foy,& payer:& s’il ne veut, ou quil ne puiffe payer, il faut faire banque-route,&per¬
dre fon crédit, quieft la ruine del eftat : car il faut tailler, impofer, em¬
prunter,& en fin par calomnies,Sc tyrannies confifquer fes fugets. On
peut bien confèillera vn Prince, s il eft en hazard de perdre fon eftat,
d emprüter des alliez,& des fugets pour entretenir ceux qui font ebran-
lez:ou affopir la côiuration de ceux qui ne fontpas decouuerts: comme
fîltleRoy Eumenes, qui emprunta grande fomme de deniers de ceux Moye d’af-
qui auoient confpire fa mort : Sc Agrippa Roy deludee, qui recouura feurer Fé¬
lon Royaume par le moyen de fes créanciers, qui remuerent ciel Sc ter- ftat desprin
re,parlaffeurance qu’ils auoient d’eftre payez : qui fut auffi le principal cesdcfefpe-
moyen de reftablir Edouard 11 n. Roy d’Angleterre, eftat chaffé de fon rez.
Royaume, mais fi les créanciers du Prince ont affeurance d’eftre payez
pai les fucceffeurs,ou qu ils ioüylfent du domaine: ce moyen là eft inu¬
tile. l’ay déduit lesmoyesquimefembIoientvtiles,&honneftespour Moyen de-
faire ronds aux finances : qui eft le premier poindt de ce chapitre, le fe- ployer les
condpomdt eft de bien employer les finances delà Republique: que finances,
nous auons touché en partie au chapitre du Loyer,& de la peine: difons
icy ce qui touche le furplus. Anciennement le premierarticle couché
au chapitre de defpenfe des Finances,eftoit pour les aumofncs: le fecod
pour la maifon du Roy:le troifiefme pourles réparations. mais l’ordre
e tout change. Quant aux aumofnes,les fages6 Hebrieux ont vne ma- 6 la libris
^e, comme vne certaine demonftrationdes anciens Prophetes, qui
i oient, que la feule confcruation des biens gift és aumofnes, qu'ils ta¬
blent ala dixiefme partie du reuenu de chacun. Et fi bien on y prend
DE LA REPVBLIQVEgarde, on verra les plus grandes, & illuftres familles fleurir en biens, en
richefles,cn fanté,en lignee, quand les peres ont efté charitables Ôc au-
La charité moniers. Iln y auoit anciennemét Princes foubs le ciel plus charitables
des Roys que nos RoysdeFrance,depuis Robert fils de HuguesCapet,qui mon¬
de France ftrale premier exemple à fes fugets,& fuccefleurs d’eftre charitables en-
enuers les uers les pauures. A ufli peut-on dire à bon droit qu’il n y a maifon foubs
pauures. le ciel,qui ait à beaucoup près entretenu la grandeur de fa maiefté en ar¬
mes ôc en loix, ôc de laquelle foient fortis plus de Princes, ou qui ayent
régné fi longuement: n’en defplaife aux autres Princes Chreftiés,Tures,
Tartares,perfcs,Indois,Æthiopiens. Et qui fut onques Prince plus cha¬
ritable aux pauures que Loüys ix. qui a fondé xxv i u. corps, ôc col¬
lèges cncc Royaume: ôc nourrifloit à fa fuite ordinairement fix vingts
pauures,ôc en Carefme douze vingts, les nourriflans des viâdes de fa ta¬
ble . Aufli vefcut-il cn grand honneur, redoubté d’ennemis, reueré des
amis,adoré des fugets: ôc apres auoir regné quarante quatre ans,illaiffa
neuf enfans légitimés, ôc fon Royaume riche ôc fleuriffant à fon fuccef-
{cur: luy recommandant fur tout, qu’il fuft deuot enuers Dieu, ô<: cha¬
ritable enuers les pauures. Et au contraire on voit les maifons, les famil-
lesjes Royaumes, les e mpires tomber en ruine ôc pauureté, pour auoir
mefprifé les pauures, & abandonné les fugets aux voleries des foldats,&
larrecins des gabelleurs. Quand le taillon fut mis fus les fugets l’an mil
cinq cens quarante neuf^le Roy fift promefle de n’affe&er,n’employer
les deniers àautre vfàge,qu’au payemét de fa gendarmerie, fans les con¬
fondre auec les autres deniers ordinaires:comme il fut aufli dit quâd on
impofa la folde de cinquante mil hommes de pied, du temps du Roy
François i. quife deuoit feulement prendre fur les villes cloiesôc faux-
bourgs d’icelles, qui nereflentoientriende la foule des foldats : toutef-
fois depuis on l’a cgallee fus villes ôc villages, bourgs Ôc bourgades l’an
mil cinq cens cinquante cinq: en quoy les pauures payfans ont efté gre-
uez doublement: car ils payent ôcfont pillez de tous coftez. Encores
aucc toutes ces charges les pauures payfans fc tiendroiët bien heureux,
s’ils en eftoient quites en dreflant eftapesaux gendarmes, comme il eft
fait quelques annees. Et quelle ifliie peut-on efpcrer de voir les foldats
Pour refta- faccagcr,piller,bruflçr auec vne licence debordee les pauures fugets?Et
blir la difei- pour toute exeufe ils difent qu’ils ne font pas payez, ôc nc voudraient
plinc mil i- pas l’eftrc, afin quils ayent couuerture des voleries qu’ils font. Il n’y a
taire,ôc cm- donc moyen de remedieri tant de calamltez, ôc rcftituer aucunement
pefcher les la difeipline militaire,qui eft aneantie,finon en payât larmee : car com-
voleries des me difoitCafliodore, Dijciplinamferuare nonpotejlieiunusexercitm3àum
foldats, il quoddecftfemperprafumit armatus. La maifon du Roy entretenue, la gen-
faut payer darmerie,ôcies ofhciers payez, ôc les iuftes loyers donnez àceux qui le
la gendar- meritent, c’eft bien la raifon queles pauures s’en reflentent. Et s’il y a
merie. fonds aux finances, on cn doit employer vne partie à reparer les villes,munir
LIVRE SIXIESME. <r47munir les places fortes, baftir aux lieux fortifiables des frontières, apla¬
nir les paffages,rcleuer les ponts, freter les vaiffeaux de mer, edifier mai-
foiis publiques,eftablir des collèges d’hôneur,de vertu,de fçauoir. Car
outre la neceffité qu’il y a és réparations, il en reuient encores de gran¬
des vtilitez à toute la Republique:d autant que par ce moyen les arts ôc
les artizans font entretenus,la pauureté du menu peuple foulagee, l’en-
uie des tailles ôc impofts oftee,quand le Prince rend au public en géné¬
ral, &aux fugets cn particulier,les deniersqu’ilprédfureux.C’eftpour
quoy l’Empereur Alexâdre Seuere auoit accouftumé de laiffer plufieurs
impofts ôc péages aux villes, pour eftre conuertis és réparations necef- ... , ,
faires d’icelles. ce que i’ay dit,eft encores plus expedient enTAriftocra- v 1 lte„.cs
tie, & en leftat populaire, qu’il n’eft en la Monarchie : d’autant que les reparauos,
fugets font beaucoup plus difficiles à maintenir en paix &vnion:&afin ^ ortl ca~
qu’ils ne foient afriaridez auxdiftributionsdes deniers bons, comme il tl0ns*
fc faifoit anciénemét és eftats populaires, ôc mefmes en ccluy des7 Ta- i• Anftot.in poüt.
rcntins:chofe qui tire apres foy la perte des finances,& des fugets. Auffi
*Pericle fut blafmé d’auoir le premier accouftumé le peuple d’Athe- ^lutar mPcn
nés à telles diftributions : ce qu’il faifoit afin de gaigner la faueur popu¬
laire. Mais quand il fut maiftre du peuple,il employa les deniers bons à
rendre la ville d’Athencs non feulemét forte ôc puiffante, ains auffi ma¬
gnifique, & les fugcts bons artifans,alors qu’ils eftoient en paix, ôc qu’il
fetrouua pour vne fois au trefor de l’epargne cent9 mil talents, c’eft à 5>.Demofthc»eSfo
dire foixante millions d’efeus couronne. Et comme il euft quelques en¬
nemis qui Paccuferent d’auoir abufé des finances, il eut le cueur u braue
de dire au peuple, s’il n’eftoit content des murailles, fortereffes,& tem¬
ples qu'il auoit bafty,qu’il prédfoit la1 defpenfefur luy, àla charge que x. Plutar ,i» Pcd~
fon nom y fuft graué, auec le don qu’il en faifoit. le peuple aloüa la def-clc'
penfè,cognoiffant à veüe d’œil, que tous en général,& chacun cn parti¬
culier,y auoit profit,& honneur : attendu que les marchans gaignoient
a fournir les matieres,les voi&uriers,& gens de marine à la conduire,les
artizans,& braffiers à la mettre en œuure: en forte que le profit venoit à
fe dillribuer à toutes fortes de gés, ôc la gloire des œuures fuperbes, do-
navn perpetuel tefmoignage àlapoftcrité de la grandeur de cefte Ré¬
publique là.Mais encores le plus grâd fruit,& qui plus importe à la con¬
fection de l’eftat eft,que par ce moyen les deux plus grades peftes des
Républiques,c eft à fçauoir oifïueté ôc pauureté font bânics : chofe fort
neceffaires és Republiques populaires,ôc Ariftocratiques, & mefme¬
ment és pays où les efprits font grands,ou bien le terroir fterile,comme
eftoit celuy d’Athenes. en tels pays fi l’oifiueté a lieu iamais il ny aura
foute de mutins, ôc de larrons. Ce que preuoyant 4 Solon auoit dccer- 4-PWm soi*-
ne grandes peines contre les faitneants:come auffi fift Amafis Roy d’E- nc'
gypte,qui cpdamnoit à mort les hommes oifîfs, s'ils n auoient dequoy
viure,cognoiffant ler peuple d'Egypte le plus ingenieux du monde, Ôc fiS.t?0'** Cî
G 48 DE LA REPVBLI Q_V Ele plus facile à mutiner,s’il n’eftoit occupé. Auffi voit-on encores en ce
pays là des pyramides bafties il y a trois mil ans, qui femblent toutes
neufucs. Nous auôs auffi l’exemple des plus fàges Empereurs Romains
qui ont ainfi employé partie des finances, & donnéexempleauxfugets’
de les imiter: comme Augufte qui fe vantoit à bon droit, d’auoir trou¬
ué Rome baftie de tuile, & qu'il la laiffoit baftie de marbre : & de fait il
employa la valeur de quatre millions cinq cens mil efcus couronne au
feul baftimët du Campidol:& fut fuiuy de Velpafian, qui fift degrands
& beaux chefs d’œuures par tout l’Empire, pluftoft pour entretenir lemenu peuple,quepourautrechofe;car comme vningenieux& maiftrearchitecte luy ptomift de mettre au Campidol des colones d’exceffiuc
grandeur à peudefraiz, & d’ouuriers, illerecompenfahonncftemcnr,
6. Tianquîi. ia difant, Laifle moy, ie te prie,6 nourrir le pauurc peuple : combien qu’il
Yefpafiano* protefta cn plein Sénat venant à l’Empire,qu’il eftoit befoin d’vn miliartaSop”^8 d’efa,s’Pour"aC(îuitcr>&reftabllllaRePl'bl>que.Etl’EmpereurClaii-rcRofl«uUcftdc- deioüiflantd’vnc paix afleuree fift faire le canal Fucin, pour accômo-
cicscétum millio- der la ville de bones eaux,ayant tous les iours trente8 mil hommes l’ef-
rTr^Xnm* pace d onze ans entiers. Et fans aller aux anciennes hiftoires,on fçait af-
ei»ud. que la Seigneurie de V enize nourrift fans ceffe a l’arfenac trois à quatre mil perfonnes,qui gaignent leur vie au labeur de leurs mains.qui eft
la chofe qui plus contente les fugets voyant l’argent public employé fi
charitablemét. Mais/elles emploites font belles ôc honneftes à vn grâd
Prince, qui n’eft point endebté, quand le domaine n eft point engagé,
que la Republique eft en bonne paix, que la gendarmerie eft payee, les
iuftes loyers diftribuez à chacun : autrement de multiplier les fubfides
pourfaire de grands palais,plus fuperbefs que neceffaires, eftat endebté,
ou laiffer en ruine lesbaftimés des predeceffeurs, pour acquérir vne vai¬
ne gloire, c eft laiffer vn fignal de fa tyrannie, ôc vn perpetuel tefmoi-
Lestyrâsba Snagca^aP°^:er^e>clu onamaflonnédu fiing des fugets.combien que
ftiffent du les^ucceffeurs>&bicnfcllLlcnl:lesfugeCs ruinent les edifices des tyrans,
(àno- des fu- Pour c^ccr ^eur mémoire de laterre.au lieu qu’ils deuroiëtpar exploits
~ vertueux, ôc charitables grauer leur nom au ciel.le palais doré de Néron,
qui embraffoit grande partie de Rome,fut mefprifé des fucceffeurs qui
ne daignoient y loger, pour la cruauté ôc vilenie de celuy quilauoitba-
fty,ôc bien toft apres fut ruinéicomme eftant fait de pilleries, exactions
ôc confifcations, qui fuiuent de près le Prince prodigue : car il eft necef-
faire que de prodigue il deuienne exadreur, &d’exa6teur tyran: com-
^ nie de fait il ne s eft iamais trouué deux tyrans plus cruels, ny plus pro-
Eftiagc pio digues que Caligula ôc Néron : car il fe trouua que ceftui-cy cn moins
digalice de de quinze ans qu’il régna,auoit donné la valeur de cinquante ôccinq
Nci on ôc millios d’efeus courone:ôc ceftuy-là en vn an en auoit dépendu foixan-
9 Tra i n te ^ * m*^*ons : cn ^rte <]üe n’ayant plus dequoy défrayer fa mai-xonc & Caligula.fon,ilfe meit a beliftrer en perfonne, ôc mandier publiquement les of¬
frandes
LIVRE S I X I E'S M E. <r45>francs des eftreines. Ce malheur de prodigalité exceffiue,aduient auffi
bien fouuent aux princes par oubliance des biensfàits,& dons qu’ils ont
ottroyez,&pour ne fçauoir le fond de leurs finances.Et pour cefte cau¬
fe ,il a efté bien,&figement "ordonné en ce royaume, que par chacun
an les généraux des finances cnuoyroient au treforier de Pefpargne
deux eftats des finances de chacune généralité, l’vne par eftimation.au
premieriourdel’and’autreau vray de l’annee precedente : &en cas pa¬
reil que le treforier de l’efpargne feroit auffi deux eftats abregez des fi¬
nances en generahaffin que le Roy, ôc fon confeil puiffent cognoiftre à
veuëd’œille fond des finances,ôc par iceluy reiglerles dons, les biens-
faits,la defpenfe. mais le plus fouuent celuy qui en difpofe n’en voit
rien.Iemettray pour exemple l’eftat des finances qui fut dreffé parefti- Article des
mationau mois de Ianuier m.d. Lxxn.fans aller plus loing,ou il fe parties ca-
trouue que au chapitre de recepte, on coucha pourvn article des par- fuellesl’an
descafuelles deuxmillions : ôc par l’eftatfait au vray àla fin de lannee, m.d.lxxii
ilfe trouua qu’elles auoyent monté deux millions huit cens mil liures:& neantmoins il fut aueré qu’il n’en eftoit rien tourné au profit du Roy
que cinq cens mil liures. Il eft bien à prefumer que le Roy y euft mieux
donné ordre s’il euft veu leftat général des finâces,qui eft en deux fueil-
les de papier,&le regiftre des dons: ou fi les dons couuerts nes’enregi-
ftrent, qu’il euft eu vn petit memoire dece qu’il donnoit, ôc àqui, ÔC ,, n
pourquoy .-qui font les trois points principaux aufquels il faut que le , CXP^“
Prince prenne bien garde: affin pour le moins s’il veut eftre libéral qu’il 11C (1UC
foit enuers ceux qui le meritent.Et pour ce faire, il feroit bien expe- Pnnceay^
dient que le prince euft vn regiftre abrégé des affaires d’eftat,ôc vne lifte V1 ab^ege
des plus dignes perfonnages de fon royaume, autremét il n’y a memoi- “es affaires
re fi affeuree qui ne s’abufe fouuent, ôc qui ne face de lourdes incon- cf v~
gruitez en matiere d’eftat. car le regiftre des affaires abrégé feruira de n5™e<*cs
memoire des chofes qu’il faut faire,& des entreprifes qu’on fait, qui de- Ses mar”
meurent fouuent imparfaites, ôc mal executees par oubliance. Il n’y a ^Ue#
point de meilleur exemple que du Roy Loüys x i. lequel fut eftimé des
plus ruzez princes de fon aage: neantmoins il s’en alla du meilleur fens
qu’il euft, getter aux filets du Comte Charolois, oubliant qu’il auoit
cnuoyéfes Ambafladeurs au pays du liege, pour luy dreffer nouuelle
guerre :1e Comte aduerti de cela le retint prifonnier. Si on dit que le
regiftre feroit trop gros, que le prince feroit trop empefché,qu’il ne
viueroitpas longuement : cela n’a pas grande apparence, veu que les
plus grands Monarques de la terre , ôc qui plus ont eftudié , & va¬
qué aux affaires d’eftat, ont la plus part ataint Pextreme vieiljeffe:
comme Augufte,Tibere,Vefpafian ,Traian,Adrian, les Antonins, D j-
tous Empereurs Romains, ôc maiftres politiques : ôc toutesfois ils fai- d’Aifaufte1^ )• Tranquil. inAugufto.
65o DE LA REPVBLIQJV'Efoyent enx-mefmes les regiftres des affaires, fuiuant l’exemple d’Augu-
fte, qui vefcut lxxiii i.ans, ôc laiffa trois liures efcripts de fa main. Ic
premier eftoit de fes faits, ôc adions publiques : le fécond eftoit fou te-
ftament:au troifiefme eftoit leftat de tout l'empire Romaimou il auoit
compris en particulier l’eftat de chacune prouince, delà gendarmerie
des finances, fortereffes, armes, nauires, finances, munitions, auec vne
diligence digne d’vn grand Monarque : & ne laiffoit pas pour celade
faire bonne iuftice ordinairement, & donner audience à tous venans.
L empire de Perfe eftoit encores plus grand,& auoit cxxvii. prouinces:
ôc neantmoins les Roys de Perfe auoyent toufiours vn regiftre fur leur
table des affaires d’eftat, ôc des dons: ôc comme Darius longuemain
euft efchapé la main des coniurez contre fa maiefté,par raduertiffeméc
que Mardochee auoit donné : le Roy quelque temps apres lifant le 4 re-
4.Heftercap.<f. giftre |a nuit5 & trouuant que Mardochee n’auoit eu recompenfe dit
feruice notable qu'il auoit faitau Roy, luy fift de grands dons,,& luy
decerna les honneurs qu’il meritoit. Et fans aller plus loing , le Roy de
Efpaigne voit ordinairement le regiftre des affaires, portant mefmes
vn abrégé des lettres qu’on efcrit aux gouuerneurs, capitaines, A m-
baffadeurs , fi la chofe n'eft bien fecrette. Pour mefme caufe Charle
furnornmé le Sage , Roy de France fift vn greffier du confeil priué,
ôc le premier fut Pierre Barrier, qui n’eftoit pas empefché,comme à
prefent,aux expéditions, ôc adtes de Iuftice, ains feulementenregi-
ftroit les affaires d’eftat. Il fe frit bien encores au confeil du Rov,vn
regiftre des dons, offices, benefices, ôc exemptions : mais il eft le
plus du temps entre les mains d’vn fecretaire encores la centiefme par¬
tie des dons n’y eft pas couchee.Or fi le prince n'a vn regiftre des biens-
faits ,ou qu'il n'aytfouuenance des dons, le plus fouuent il donnera à
ceux qui n’ont rien mérité, ou qui ont mérité pluftoft peine que loyer.
Louables ^our à quoy remedier il y a deux anciennes ordonnancesj’vne de Phi-
ordonnan- ^PPcde Valois, que i'ay remarqué cy deffus , portant que les dons e-ftoyent reuoquez , fi le donataire ne faifoit mention des biensfaits
ccs (incâîi'" ^ .ottroyez à luy, ôcà fes predeceffeurs. l’autre eft de Charle viii. parlaquelle les dons, au deffus de cent liures, font declairez de nul effet, ôc
valeur, s’ils ne font vérifiez en la chambre des comptes, la premiere or-
donnâce fut bien toft enfeuelie par vne autre,portant qu’il fuffiroit que
par les lettres de don il fuft dérogé a la premiere ordonnâce Et quant a
l’ordonnance de Charle hui6tiefme,eile eftaneantiefoubsvmbredes
dons ôc penfions fècrettes , qu’il ne faut pas quon fçache : qui fait
j. éç charle 7.sc auffi.que les anciennes ordonnances5 portant que les articles couchez* au chapitre de defpence, ne feront aloiiez fans ordonnance, mande¬
ment, ôc aquit font prefques anéanties pour ce regard:car le treforier de
l’efpargne en eft defchargé,en raportat le fein du Roy fimplement : fansaucune
L IVRE SI XI ES ME.aucune fpecificatiô de celuy auquel le don eft fait,ny pourquoy. 11 y a-
uoit encores vne ordonnâce du Roy François i.cofirmee par fon fuccef-
feur,portât qu’il y auroit quatre clefs du cofre de l’efpargne, defquelles
le Roy en auroit vne,ôc que les autres feroiét entre les mains des comif*
faircsparluy eftabliz. ôc la diftribution des deniers fe debuoit faire par
mâdement du Roy,en preféce du treforier,ôc cotreroleur de l’efpargne.
mais le Roy Henri i i.par edit expres6 dechargea les cômiflaires,ôc offi- l'an ij/f.
ciers de l’efpargne, affin qu’on ne leur peuft à faduenir faire rédre cote,
tant y a que l’vn des comiflaires eut en pur don pour vne fois cét mil cC-
cuz fi le bruit qui en courut par tout eftoit vray .Toutesfois ledit fait en* fraude, ne doit empefeher que ceux qui auoiét touché les deniers de Fef
narine ne rédiifent cote, come il fut requis par les eftats tenus à Orleâs: Reuocatio
& que les dons exorbitas nefuflent reuoquez, ou du moins retranchez: des dons ex
come lift l’Empereur Galba °, qui reuoqua les dons faits par Néron, nc ceftîfs necef
lailfant que la dixiefme partie aux donataires:No pas qu’on fe doiue en- faire,
quérir ficurieufemét de toutes les donations qui fe font par les princes, °-Jbraan(iuiIIus in
pourles raifons que i’ay deduites:mais Charle vu. auoit par edit expres
limité la fomme qu’il pourroit prendre chacun an, pour en difpofer à fà
voluté.Et du furplus,les princes mefmes ont bien grâd, Sc notable inte¬
reft que leurs officiers cognoiflent en quoy il eft employé : parce que les
princes maintiendront toufiours leur faueur donnât überalemét : ôc les
officiers fot chargez de la haine,ôc mal-talét que reçoiuét ceux defquels
les dons font reuoquez,ou retrâchez: de forte que par le moyé du reçu-
peretur,l’argét retourne aux finâces,&qui plus eft il y en a qui ne demâ-
deroient iamais,s’ils fçauoiét que les dons fuflent examinez en lachâ-
bre des cotes.Or fi la magnificéce eft digne d’vn grand Sc riche Monar¬
que,aufli eft elle mal-feante à vn prince indigét:car il faut cfcorcher les
fugets,ôc les ronger iufques aux os:ôc le fifque ne peut enfler non plus q
la rate,que tout le corps ne feiche,côme diloitl’Empereur Adriâ.Le roy
rrâço.is i.laiflant la courone belle ôc floriflate en armes,en loix, ôc en to*
arts*, ôc fciences à fen fuccefleur,ôc dixfept cens mil efcus en l’efpargne,& le quartier de Mars preft à receuoir,ne fift onques la cènticfme partie
des dons en xxxn.ans qu’il régna,que depuis fa mort on afaits:car il n’a- Magnificé-
tioit quafi pas fermé les yeux,que le tilletage „ ou rachapt des offices fut ce
donné à vne feule perfonne. Et combien que le Roy François euft à fa Fraçois
penfion Almans,Anglois, Italiens,Suifles, Albanois, Efpaignols, Gri-
zons; neantmoins toutes les penfions, hors celles des ligues, n eftoient
au plus que de cent trente mil liures par air.comme i’ay veu par l’extraie
de la chambre des comptes , qui en fut fait lannee qu’il mourut :&
au mefme extrait il n’y a que quatre cens x x v 11. mil fix cens qua¬
tre vingts douze liures de penfion qu’il donnoit à fes fugets, princes du
fang,cheualiers delordre,capitaines en bien grand nombre,licute-
nans,côfeillers d’eftat,o;ens de iuftice, Ambafladeurs, efcholiers, eftu-
diâs,& plufieurs excellés artifans, ôc fçauans perfonnages qui ont réduIi ij
èft. DE LA R.EPVBLI QV EReferuatio &rëdrontâiamaisvnperpetudteftr.oignagcdefagmdeurA-magnifi-des finâces c^ce:Pour auo*r *ceu *airc C^01S ceux 4ui méritent qu’on leur donc,
es nace . ^ous auoils difcouru come ilfatit employer 1CS fînâCeS:refte le dernierpoint, delà referue qu’on en doibt faire pourlaneceflité:aflin qu’on nefoit pas contraint de commencer la guerre par emprunts,& fubfides. AEfpargne qUoy les anciés Romains auoient fàgement pourueu : car combié qu’ilsdes Ro- ne furét onques fâs guerre iufques au téps d’Augufte,apres la defaite demains. Marc Antoine:fi eft-ce qu’ils auoient toufiours le trefor de la vintiemeEfpargne des efclaues afranchisauquel on netouchapoint,finon quand Annibaldu grand les eut réduits à vn doigt près de leur ruine-.alors ilfe trouua la valeur deSeigneur, quatre cés cinquâte mil efcus au trefor de l’efpargne. les roys des Turcs
gardent trefbien cefte ordonnâce : car outre le trefor des receptes ordi¬
naires , qui eft au ferail du Prince, il y en a vn autre au chafteau des fept
tours à Conftantinople,ou les anciens deniers font referuez, auquel on
ne touche point,fi la neceflité des guerres n’eft bié grande.En ce royau¬
me on auoitaccouftumé en neceflité d auoir recours aux forefts, alors
qu’elles eftoiét fi figement menagees, quon droit plus de la coupe ex¬
traordinaire d’vn arpent de bois,quon ne fait à prefent de cinquante : ôc
les coupes extraordinaires font fi frequétes, que les forefts ne feruiront
plus par cy apres finon à fagoter.Encores le pis eft,que les coupes eftant
precipitees,le bois ne peut groffir, ny porter fruit,en forte que les paf-
querages ceflet,Ôc faut achep ter des lards des eftrâgers, ôc faire venir du
bois de Prufle,de Suede,& d’Angleterre,no feulement pour baftir,ains
aufli pour chaufer.celaaportevne perte incroyable atout le royaume.
Quât aux deniers de l’efpargne,d’autât que la garde des chofes pretieu-
fes eft difficile,& malaifé aux Princes d’echaper les importuns Jcs anciés
Roys de Perfe auoiét accouftumé de reduire grâde partie des finâces en
mafles: ôc les Romains en forme de briques efpefles:come on dit aufli q
du téps de Charle vi. Roy de Frâce on auoit fait faire le grâd cerf du pa-
t paigne ja^ jaforme duquel on en deuoit mouler vn tout d’or,des finâces qu’il
es P us auoit amaflfees E t pour s’afleurer dauâtage cotre les larrons, les anciens
gran s tre- mettoient les trefors de l’efpargne au téple:c5me les Grecsauxtépicsdc
ors qui u Appollo Delphique,&Deliaque:les Romains au téple de Saturne^ôc de
rec onques. Qp js;jes ancjeS Gaulois aux lacs dediezdes Hebrieux aux fepulchres:cô-,»7.iolcpn.ia antiq. i ^ ^ fme nous liions 7que le grad Potife,& Roy des luifs Hircanus trouua de
grâs trefors au fepulchre de Dauid. Et mefmes les Roys de Maroc ayât
Fondu grande quâtité d’or en forme de boule percee d’vne barre de fer,
s. Lcond Afnq. ja poferent8 fur le haut du grand téple de Maroc.Mais les Egyptiés crai-
gnâs donner occafion aux voifins Ôc ennemis d’enuier leur eftat,ôc leur
Efaycj?. faire guerre pour leurs finances,comme on fift au Roy9 Ezechias ayant
môftré fes trefors aux Ambafladeurs du Roy d’Aflyrie:les employoiét
pour la plufpart à baftir. Aufli peut on faire vnargumet tiré d’vn article
t. Deuteronp. i7. de la loy1 de Dieu,qui defend de faire grâd amas d’or ôc d’argent : foit
pour trancher l’occaiion de faire exactions fur le peupleifoitpour ofterl’enuie
LIVRE SI XI ES ME.l’enuiede faire fans propos ayâtle moyen : foie pour inuiter les Princesaux œuures charitables, aufli nc feroyf-ie pas d aduis qu’on fift fi grandimas d’or ôc d’argent que fift vn Pape lean xxn. aux coffres duquel ontrouuaxxm millions d’or,ainfi cjue plufieurs ont eferitrou come Sarda-napalc qui laifla valant quarante millions d efcus couronne: ou commeGyrus qui en laifla cinquante millions: ou com me les Atheniens qui efi»pargnerent iufques à foixante millions,ou comrneTibcre i.Empereur,quiamafla lxvii.millions,que fon fuccefleur deuora en vn an:ou comeDarius Ochus dernier roy de Perfe,aux trefors duquel Alexâdre le grâdtrouua quatre vingts millios d’or:ou come Dauid qui en laifla fix vingtsmillions,ainfi qu il fe trouue en la fainte 1 efcriture.qui eft le plus grand i-Paralippom. w itrefor quon trouue iamais auoir efté amafle. Car mefmes les Romains grâdqui auoiét vn fi grand empire n’auoiér pas tant efpargné que Dauid, co- tre^or quime on peut voir par5 l’extrait de leurs finances,Ôc chcuanccs foubs Tem- ^ut *amais.pire deTraian , lors qu il eftoit plus grand quil n auoit oneques efté au £icA0ppian-m ^0 parauant: toute la fomme qui eftoit au trefor de Pefpargne gardé en L’eftat desÆgypte n’eftoit que Lxxiin.mil talens,quireuiennent à xliiii.millios, £}lancesôc quatre cens mil efcus couronne:fi ce n’eft qu’il y euft outre cela d’au- i-pj ^ / Ciiciisnccs ^très trelors en Rome: mais 1 extrait n en porte rien :iaçoit qu n eft porte o,par l’eftat qu’ils auoiét deux cens mil homes de pied, & 40. mil homes jc‘
de cheual, és garnifons ôc frontières de l’empire payez par l’ordonnâce
des Empereurs.trois cés elephans aguerris:deux mil chars de guerre, ôc
munition pour en armer trois cens mihquinze cés galères,de trois,ôc de
cinq rames,outre deux mil vaifleaux de mer:& pour en armer, ôc freter
deuxfoisautât:&: quatre vingtsgrads nauires magnifiquement parees.Toutesfois les Roys de France n’ont point contrcuenu à la loy de Dieu
pour le regard de l’article qui défend d amafler trop grands trefors: & ne
faut auoir crainte qu’ils y contreuiennent par cy apres. Car ceux qui di-
fent que le Roy Charle v. laifla au trefor ael’efpargncdixhuit millions Leftat des
d’efcus,sabufent bien fort, veu qu'il raqui ta les debtes de fes predeccf- finances de
leurs,paya la râçon de fon perc,rachepta le domaine engagé, conquefta France fous
la Guyene fur les Anglois, acquift le coté d’Auxcrre, ôc grâde partie du Charle v. vi
coté d’Eureux;reftablit Héri Roy de Caftille en fon royaume,dont il e- v 1*• Loüys
ftoit chafférmaintint Ôc fecourut les Roys d’Efcofle cotre les AngIois:& x i-Charle
ne régna que dixfept ans:& neantmoins il ne leuoit pas alors par chacun v 111-
an trois cens mil liures pour toutes charges,y compris le reuenu du dom
niaine : iaçoit que de fon temps les aydes, Ôc lesfoiiagesa quatre liures
pour feu, furent mis fus les fugets. ôc fon fuccefleur x L. ans après ne
leuoit que quatre cens cinquante mil liures: Ôc Charle v 11. lannee qu’il
mourut ne leuoit pour routes charges, ôc dorqainc que dixfept cens
mil liures : comme on peut voir en la chambre des comptes: enco¬
res auoit-il mis fus les tailles en forme d’impoft ordinaire , qui n’e¬
ftoit que dudrnic mil liures alors : ôc vingt ans apres Tannée queIi iij
Cj 4 DE LA REPVBLI ÇTV ELoiiys xi. mourut,le chapitre gênerai de recepte eftoit de quatre millios
fept ces mil liures, pour toutes charges qui furent rctranchces à douzecent mil liures,à la requefte des eftats tenus à Tours à la venue de Char- :les vu i. outre le domaine cjui montoitvn million tous les ans par efti- j(mation : en forte quel’eftat des financés reuenoit pour le plus quanâ IDiminutiô Charle v 111. mourut,à deux millions cinq cens mil liures.La mefme re- ^de la moitié quefte fut faite par les eftats tenus à Orléans le Roy Charle i x.venant à ^des charges la couronne:mais la neceflité fe trouua fi grande,qu’il eftoit pluftoft be~ 1à la venue foin d augmenter que diminuer. Vray eft qu’il y auoit grande efperâce ^de Charle d aquiter leRoy,& ofter les fubfides,& charges extraordinaires,fi laca- 1vm. lamité des guerres ne fuft furuenuë, veu le bon reiglemët qu’on y don- fna la premiere annee:car les interefts furent moderez à cinq pour cent: ^les gages des officiers pour cefte annee là diminuez, & retrâchez parla <]
moitié:&neâtmoins le droit de rachapt des offices remis àto9 officiers.Et quant aux articles de la defpëce,le tout fut fi bien reiglé, que par le- iftat des finâces il fe trouua d’efpargne cefte annee là, deux rnillios trois tcens cinq mil fept cens foixâte dixfept liures : ôc en peu d’annees tout fe Éfuft aquité^fas diminuer les officiers domeftiqu es de la maifon du Roy, qqui eftoient fix cens.outre les officiers de la vennerie,&fauconnerie.car ton peut bien efpargner,fans diminuer la maiefté d’vn Roy,ny la dignité cde fa maifon,ny r auallerfàgrandeur:quifait quelquesfois queles eftrâ- &gers le mefprifent, & les fugets fe rebellent : comme il en print au Roy faLoüys xi. lequel ayant chaffe prefque les gentils-hommes de famaifon, dfe feruoitdcfô tailleur pour tous hérauts d’armes,&: de fo barbier pour eiAmbafladeur,& de fon medecin pour Châcelier ( come vn Antioque ni4 polybUb3. Roy deSy rie de fô medecin Apollophanes quil fift chef4defocofeil)&: c<par moquerie des autres Roy sil portoit vn chapeau gras ôc du plus mef tiichat drap, ôc mefme on trouue àlachâbredcs cotes vn article de fa de- -jfjpéce portât x x. fols pour deux mâches neufues à fon vieil pourpoint : ôc f0vn autre article de xv.deniers pour vne boëfte de greffe, pour greffer fes ftbottes : ôc neâtmoins il hauffa les charges plus que fon predeceffeur de gtrois millions par chacun an,& aliéna grâde partie du domaine. Quant ai]aux officiers de la couronne,il fut fagementaduifé aux eftats d’Orleans, |ejde les reduire à l’ancien nombre,tel qu’il eftoit au temps du Roy Loüys ^
xn.par fupreflion fans rien defbourfer. Mais ilfe trouua des mefnagersqui firent depuis entendre, que la fupreflion aportoit diminution des tjparties cafu elles :0c firent fi bien au lieu de diminuer, que le nombre fut ijcs. l’ani/tfÉ.ie io. augmenté de beaucoup.& mefmes il fe trouua vn prefident des contes, ^Ma?- faifant les remonftrâces de la chambre à faint Maurf des foffez, qui dift tau Roy haut ôc clair,qu#e la fupreflion des officiers eftoit pernicieufe au ^public,ôc dommageable à fes finâces:veu que pour trois augmétations ^
d’offices de la chambre des contes feulement,on auoit payé fix cens mil
liures &plus:mais il ne dift pas que c’eftoit de l’eau fraifche, qui redou-ble
LIVRE S IX I ES ME 6$$blelaccezde celuy qui ala fieure: car on fçait bien que ie Roy ou le
peuple paye les gaiges àlaplusfpart des officiers à la raifon de dix ou
xx pour cent : qui fut la principale caufe de la fupreflion des offi¬
ciers alternatifs portee par l’edidt du Roy François 11. Onneremonftra
pas aufli les prerogatiues des officiers de la chambre des comptes:à Droits des
fçauoir les gages ordinaires qu’ils ont:Ie droit de bufche, le droit de ro- officiers de
bede Pafque,le droit de Touffaints, le droit derofe, le droit de ha- la chambre
rends , le droit de Roys, le droit d’efcuyerie , le droit de verre , le des coptes,
droit de fel blanc : outre le papier, le parchemin, les plumes, lesge-
tons,les bourfes,la bougie,la cire rouge, 6c iufques aux trâche-plumes,
poinçons,raclons, & lacets, onneremonftra pas que les autres profits Ere&iode
des offices montoy ent beaucoup plus que les gages, on ne dift pas aufli la chambre
quau lieu de fept, il ri y auoit qu’vne chambre des comptes : & au lieu des coptes,
de deux cens officiers,ou enuiron, qui font en la chambre des comptes
de Paris, qu’il n’y auoit feulement qu’vn treforier de Frâce Prefident de
la chambre,quatre maiftres des comptes clers, par lere&ion qui en fut
faite à Viuiers en Brie l’an M.ccc.xix.depuis on y adioufta quatre lais*
quifufifoient pour tous les comptables, eftât le Royaume deNauarre,& tout le bas pays entre les mains des Roys de France. Et neantmoins
de noftre aage on aveu que ceux qui auoyentpillé les deniers du Roy,& les fugets fot efchapez, & entre autres,Herouel,Sapin,Maigret, Spi-
fame,Morlet,Carré,la Guette,'Tartereau,quifot demeurez redeuables
de grâdes fommcs:ôc infinis autres qui n’ont iamais compté.Et qui plus
eft il fe trouua n’a pas long temps vn comptable qui demeura faifi d’vne
notable 6c grande fome de deniers,defquels il demeura en refte par fon
compte 6c par collufion auec vn feigneur qui auoit part au tiers,on ob¬
tint don du refte:& pour fa defeharge prefentale breuet de don du Roy
fait au feigneur.de forte que pour auoir la raifon des comptables,il faut
fouuent deputer des commiflàires à double frais:& la faute n’en peut e-.
ftreimputee qu’à ceux-là qui font erigez en tiltre d’officiers à cefte fin.Et quant ores touts les treforiers,receueurs,commis,contrerolleurs, &
autres comptables,rendroient bon 6c loyal compte,Ôc qu’ils payeroy ec
les reftes-.fi eft- ce toutesfois qu’il y en a fi grâd nombre cn ce Royaume, ^ ,
que la tierce partie des deniers des receptes s’en vôt en leurs gages,frais, ~ es, es
vacations,cheuauchees,voyages,&conduites des finances: comme il a e a s u
efté bien vérifié aux eftats du pays de Languedoc l’an m. d. lvi. où i’e-
ftois pour lors,qui pour cefte caufe deputerentMartin Durand Syndic
du pays, affin de prefenter requefte au Roy pour eftre defehargez de
tousles officiers des finances : faifant offre de rendre aux coffres del’ef¬
pargne les deniers leuez fur le peuple, fans qu’il couftaft rien au Roy
pour les gages,ny pour le port des deniers: remonftrant aufli parle me¬
nu,que la tierce partie des receptes s’en va aux officiers, 6c promettant
rendre au Roy l’efçu entier, au lieu qu’il n’en reçoit pas quarante fols;Ii iiijpays de La-
guedocau
Roy Héry
ii.
Moyen de
faire les re-
ccucurs
loyaux»L ordre des
receptes de
T urquic.DE LA REPVBLIQVEqui eftoit deux cens mil liures qu’il gaignoit fur les deux generalitez de
Languedoc des charges ordinaires feulement par chacun an:car lors les
charges de Languedoc reuenoientà fix cens mil liures. Il fliut bien dire
que le peuple foit biéfoulé des larcins des officiers., puisqu’il fift fes of¬
fres: quon ne debuoit pastrouuer nouuelles, attendu qu’il ny auoit an¬
ciennement autres receueurs que les Vicontes,Baillifs, ôc Senefchaux.
Cefte requefte du Syndic de Languedoc pleut fort au Roy Henry: ôc
toutesfois elle fut regettee,pourlcsdifficultezfriuolesque firententen-
dre ceux qui y auoyét intereft*,qu’il n’eft pas ici befoin de toucher: tant
y a que la refolution fut queles receueurs, ôc treforiers eftoyent necef¬
faires. Puis donc que les comptables, ôc maiftres des comptes eft vn mal
neceflaire,comme difoit Alexandre Seuere Empereur,il faut en auoir le
moins qu onpourra:carl’argét du Roy diminura toufiours, plus ilpaf-
fera par les mains d étant d’officiers.C’eftoyét les plaintes., ôc doIeances,
que firent les eftats de France au Roy Charles vi. l’an m. ccçc. xii. de
ce qu’il y auoit cinq treforiers, ôc que anciennement il n’y en auoit que
deux:ôc qu’il ny auoit aufli que trois généraux de la iufticcilan m.ccc.
lxxii. ôc maintenant i! y en a près de trois cens en ce Royaume, ôcn’y
auoit qu’vn receueur général l’an M. c c c. lx. qui refidoitàParis: ôc
maintenant il y en a xxxim.Que diroyent ils à prefent d’en voir vne fi
grande multitude?Les Romains n'auoyent anciennement qu’vn fimplc
receueur en chacune prouince. tous les peages,eftoyent baillez àferme:
ôclcsfermiersapportoyentles deniers au receueur. auflî nefetrouuoit
il pas tant de parties fuperfcdces,ôcindecifes comme on voit a prefent.
carie premier office qu’ils donnoyent auxgentils-hommes de maifon,
ôc qui afpiroyent aux grands honneurs, c’eftoit leftat de receueur fans
contreroleur.pourfairceflaydcfaloyauté:ôc s’il y faifoit faute, il eftoit
rebuté pour toute fa vie,ôc declairé inhabile à iamais tenir charge hon-
norable, outre l’infamie, ôi la perte de fes biens.qui fut vn treflage moye
d’afleurer les finances.mais c’eft chofe bié eftrange en ce Royaume,que
tant de perfonnes baillent de l’argent à leur maiftre pour fouiller en fà
bourfe.Le Roy des T ures fait bien tout le contraire, car il ne véd iamais
oflîce:ôc pourvn fi grand empire,il y a fort peu de treforiers : car les a£
fayeurs, ôc colle&eurs quifontlesprotogeres, baillent les deniers aux
Soubachis, qui font quafi commeles Vicomtes en Normandie, ôc qui
auoient anciennement cefte charge: puis les Soubachis les baillent aux
Sangiacs:qui font come les gouuerneurs de pays, qui les font tenir aux
Bellerbeiz : ôc ceux-cy les font conduire cn feureté aux Defterderlers,
quifont deux généraux des finances,l’vn en Afie, l’autre en Europe : ôc
ceux-cy lésdeliurcntau grand contreroleur, qui les baille auCafman-
dar Bafchi grand maiftre du trefor,qui a dix commis foubs luy. ôc pour
les pay emens extraordinaires il n’y a qu’vn treforier, ôc pour touts offi¬
ciers des comptes il n’y a que xxv.cotreroleurs, qui examinent les com-
LIVRE S I X I E S M Ë.ptes. Quant aux treforiers de France,il eft plufque neceflaire que tels of¬
fices foyent donnez^ux gentils-hommes d’honneur, 6c de maifon no¬
ble &il-luftre comme ilfe faifoit anciénement,&:fefait encores en An¬
gleterre,pour la raifon que i’ay ditiioint auffi que par ledit du Roy He-
ry ii.fait en Septébre l’an M. d. liiii. il eft porté que les treforiers géné¬
raux precederont les maiftres d’hoftel du Roy, les confeillers des parle¬
mens,des comptes, des aydes,s’ils ne font en corps : 6c par ledit de fup-
preflion des officiers,& chambres des comptes,hormis celle de Paris, il
eft porté que les vaflTaux qui releuent du Roy fans moyen, rendront la
foy,& hommage aux treforiers de France : qui feroit irriter vn nombre
infini de Ducs.Comtes JBarons,& autres grands feigneurs, qui ne vou-
droientpour chofe dumonde sagenoillerdeuant vn petit marchand
d’offices,ou fils dvn artifan.LE MOTEN D* EMPESCHER QJf E LES
monnoyesfoyent alterees de prix, oufalfifices.Chap, ih,L me femble que ce point icy mérité d’eftre bien enten¬
du,par celuy qui veut eftablir fagement vne Republi¬
que,ou reformer les abbus d’icelle : d’autant qu’il n’y a
rie qui plus trauaillele pauure peuple que de falfifier les
monnoyes,ou varier le cours d’iceIles:combien que les
riches,6c les pauures chacü en particulier, 6c tous en gé¬
néral en reçoiuent perte, 6c domage incroyable, & qui ne fe peut remar¬
quer par le menu,tant il y a d’inconueniens qui en viénent à reüffir. Car
fi la monnoye,qui doibt reiglerle prix de toutes chofes, eft muable,ôc
incertaines! n’y a perfonne qui puiffe faire eftat au vray de ce qu’il a : les
contrats feront incertains-.les charges,taxes,gaiges, penfions, 6c vaca¬
tions incertaines-.les peines pecuniaires,Ôcamédes limitées par les cou¬
ftumes, 6c ordonnances,feront auffi muabies, 6c incertaines : brief tout
leftat des finances,& de plufieurs affaires publiques 6c particulières fe¬
ront en fufpens.chofe quieft encores plus à craindre fi les monoyes font
falfifiees par les Princes,qui font guarends,& debteurs de iuftice à leurs
fugets:Car le Prince ne peut alterer le pied des monnoyes, au preiudice
des fugets, ôc moins encores des eftrangers, qui traitent auec luy ,& tra¬
fiquent auec les fiens, attendu qu’il eft fuget au droi£t des gens:fans en¬
courir l’infamie de fiux monnoyeur:comme Philippe le Bel fut appellé
dupoëte Dante, falfficatore di moneta 3 pour auoir le premier afFoibli la
monnoy e d’argent en ce Royaume de la moitié de loy : qui dona occa¬
fion de grands troubles a fes fugets, 6c de trefpernicieux exemple aux
Princes eftrangers:dont il fe repétit bie tard, enioignant à fon fils Loüys
*58 DE LA REPVBLIQVEHutin par fon teftament,qu’il fe gardaft bien d afFoiblir les monnoyes.
Etpourcefte mefme caufe,Pierrei ni. Roy d’Arragon c on fifqua leftat
du Roy de Malorque, &Minorque, qu’il pretendoit eftre fonvaflal
pour auoir affoibli les monoyes.Combien que les Roys mefmes d’Ar¬
ragon en abu foy en tau (fi, de forte quelePape Innocent in.leur.fift de-
iumurTndo0'dc ^cn^c *commc a ^cs vaffaux, d’en vfer plus ainfi : fuiuant lefqutlles de-
i. Pctr.Bciiùg.in fenfes, les Roys d’Arragon venans à la couronne, proteftoyentdene
annp changer le couts,ny le pied des monnoyes approuuees. Mais il ne fuffift
pas de faire telles proteftations, fi la loy,& le poids des monnoyes n eft
reigle come il faut:affin que les Princes,ny les fugets ne les puiflent falfi-
fiertce qu’ils feronttoufioursayantToccafio,quoy qu’onlesdeuft rou-
ftir & boüillir.Or le fondement de tous les faux monnoyeurs, laueurs,
roigneurs,bilIonneurs,& des echarcetez,&:fbiblages des monnoyes ne
vient que de la meflange qu’on fait des métaux : car on ne fçauroit fiip-[)ofervn métal pur & (impie pourvn autrejobftantlacouleurjepoids,
e corps,le fon,Ôc la natu re de chacun différente des autres. Il faut donc
pourobuieraux inconueniens que l’ay déduits,ordonner en toute Re¬
publique, que les monnoyes foy ent de métaux fimples,&publier l’edic
vopifcusiaTa- ^ Tacite Empereur5 de Rome,portant defenfes fus peine de confifca-
tion de corps,& des biens,de méfier l’oraucc l’argent, ny l’argcntauec
le cuiure,ny le cuiure auec l’eftain,ou plomb. Vray eft qu’on peut exce¬
pter de l’ordonnance la miftion du cuiure auec l’eftain,qui fait le bron¬
ze ôc metail fonnant, qui lors n’eftoit pas en tel vfage qu’il eft : ôc la mi¬
ftion de Teftain doux auec le cuiure, pour la fonte des artilleries. Caril
n’eft pas neceffaire,de mefler la vintiefme partie de plomb auecl’eftain
lin,pour le rendre plus malleable puis qu’on le peut getter,& mettre en
ceuure (ans telle miftion,quigafte la bonté de Teftain., ôc qui ne fe peuc
iamais deflycr du pIomb.Et au furplus, que la defenfe tiennetant pour
le regard des monnoyes,que pour les ouurages des orfeures, ôc tireurs
d’or:où les fauffetez font encores plus ordinaires,que és monoyesidau-
tant que la preuue nen eft pas fi facile, ôc que bien fouuent l’artifice eft
prefque aufli cher que la matiere: en quoy Archimedes’abufa voulant
defcouurir combien l’orfeureauoit deirobé fus la grand couronne d’or
du Roy Hieronrqui ne vouloit pas perdre la façon: (lors ils ne fçauoyéc
pas Fvlage de la pierre de touche) Il print deux mafles l’vne d’or, Ôc l’au¬
tre d’argét,pour fçauoir combien l’vn & l’autre eetteroit d’eau hors vu
vaiffeau,plus ou moins que la couronne : ôc par la proportion deleauj,
il iugea le volume des deux métaux, ôc quel’orfeurc auoit defrobé 1m
cinquiefme partie.mais fon iugement eftoit incertain : caril fuppofoit
que Tallage n’eftoit que d’argent,iaçoit que les orfeures pour donner a
l’ouurage d’or plus de beauté,ôc de fermeté,& à moindre frais, font 1 a-
liage de cuiure pur,quand ils peuuent : qui eft beaucoup plus Ieger que
l’argent,qui rend l’or blafe*& pale de couleur:& le cuiure retiencla cou-
1LIVRE SIXIESME. c$9leur plus viue.ôc par confequent,le cuiure apIusdecorps,&devo!ume
que Tardent en poids égal, autant qu’il y a de treize à onze, ôc fi 1 aliage
cil de cuiure ôc d’argent, il eftoit impoffible d’en foire le vray iuge¬
ment fi on ne fçauoit combien il y a de l’vn,ôc de l’autre,6c encores qu’il
foit cogneu,fî eft-ce quel’erreur infenfible, qui fefakà mefurer les goû¬
tes d’eau y eft grand pour la différence du volume des métaux, ôc riy
afifubtilaffineur, n’y orfeureau monde qui puiffe iuger à la pierre de
toufche combien il y a d’argent, ôc de cuiure en l’or,fi laliage eft de F vn
ôc de l’autre.Et d’autât que les orfeures, Sc ioyauliersont toufiours fait
plainte,qu’ils ne pouuoyét befoignerfans perte en or à xxii. carats, sas
remede,ou d’or fin a vn quart de remede fuiuant l’ordonnance du Roy
François l’an m.d.xl. Sc que nonobftant toutes les,ordonnances ils font
ouurages à vingt, ôc bien fouuent à xix.carats, de forte qu’en xxmr.
marcs il y acinq marcs de cuiure ou d’argent, lequel par trait de temps
eft forgéenmonnoycfoible, parles fauflaires quiveulet y profiter, il eft
plufque neceffaire de faire defenfe qu’il ne fe fitceaucun ouurage d’or,
qui ne foit fiiiuantl’ordonnance,{us la mefme peine de confifcation de
corps ôc de biens.affin auflî que par ce moyen l’vfage de l’or en meubles
Ôc doreures/oit pur.Et d autant qu’il eft impoffible,comme difent les
affineurs , d’affiner l’or au x xi i r i. carat, qu’il n’y ayt quelque peu
d’autre metail,py l’argent au douziefme denier, qu’il n’y refte quelque
alliage,ôc mefmes que l’affînement précis fuiuant l’ordonance,de xxm.
ôc trois quars de carat à vn hui&iefme de remede, ôc de l’argent à onze
deniers deux grains ôc trois quars,tel qu’il eft és Reaux d’Efpaigne : ou
bié onze deniers dix huidt grains come il eft au poinçon de Paris, qu’il
n’yayt du dechet,qu’il ne coufté beaucoup, outre la difficulté, &lon-
gueur du temps,011 peut faire que l’or cn ouurage, Ôc en monnoye foit
a xxm. carats,Ôc l’argétàvnze deniers de fin,l’vn ôc l’autre fans remede:
6c en ce faifant la proportion fera efgale de l’or a l’argent:car en l’vn, ôc
en l’autre l’empirance eft efgale, c’eft à dire qu’en xxim.liures d’argent,
à vnze deniers douze grains,ôc en xxim.liures d’or à x x 111. carats il y a
vne liure d’autre metail qui n’eft point or, ôc vne liure de metail en l’ar¬
gent,qui n’eft point argent,foit cuiure,ou autre metail.ôc tel argét s’ap¬
pelle en ce Royaume argent le Roy:auquel la vint ôc quatriefme partie
eft de cuiure.Et par mefme moyen la monnoye d’or ôcd’argét fera plus
forte,ôc plus durable. En quoy fiiifant ongaigne aufli beaucoupàl ou¬
urage,au feu,au ciment, ôc on cuite le dechet, l’vfance,ôc la fragilité. Et'
affin quelaitifte proportion de l’or à l’argent, quieft en toute l’Europe,
Sc aux régions voifines a douze pourvn à peu près, foit auflî gardee au
poids des monnoyes, il eft befoin de forger les monoyes d’or ôcd’argét
8 amefmepoids^e feize £c xxxii.ôc lxiiii. pieces au marc: fans qu’on
puiffe forger la monnoye plus forte de poids, ny plus foible auffi: pour
euiter d vne part la difficulté de la forge, ôc fragilité de la monnoye d’or
66o DE LA REPVBLI QJ Eôc d’argent fin,quiferoit plus leger dvn denier de poids:& d’autre part,
lafacilitédé falfifierrvne&l’autre monnoye, pour l’cfpefleurd>iceile>
comme il fe fait és po rtuguefes d! or ôc d’allers d’argét qui ont vneonce
de poids,& plus.comme eftoit auflî la monnoye d’or pezât trois marcs
& demi,que fift forger l’EmpereurHeliogabaIeJ& cellequi futforgee f
au coing de Conftantinople d’vn marc d’or depoids^dont l’Empereur *£
Tibere fift prefent à noftre Roy Childeric de cinquante. En quoy fai¬
fant,ny les changeurs,ny les marchans,ny les orfeures ne pourront au¬
cunement deceuoir le menu peuple, nyceux qui necognoiflentnyla f
loy,ny le poids:car toufiours on fera contraint de bailler douze pièces
d’argent:pourvned or,&: chacune des pieces d’argent, poizera autant
quelapiece d’or de mefme marque: comme on voit és fimples reaux .
d’Efpaigne qui poizentautât que les efcus fol,quifont au poids delor- J01
donnance de l'an M.D.XL.à fçauoir deux deniers feize grains : ôc que les
douze reaux fimples valent iuftemét vn efcu. ôc aflîn qu’on ne fe puifle f
abufer au changement defdi&es pieces,tant d’or que d’argent, ny pren- f1
dreles fimples pour doubles, comme ilfe fait fouuent és reaux d’Efpai- F1
gne , il eft befoin que les marques foyent bien différentes, ôc non pas f
comme celles d’Efpaigne qui font femblables. Et toutesfois quantàl’ar- (e(
gent affin qu’on tienne les tiltres certains de fols,petits deniers ôc liures, Jo
à caufe du payement des cés,amendes, ôc droits feigneurianx portez és P
couftumes,& ordonances, le fol fera de trois deniers de poids argent le F
Roy,come dit eft,& de Lxim.au marcj&les 4 vaudrot la liure q court ~f
qui eft le plus iufte prix quonpeut donner, ôc chacune piece fe pourra lia
diuiferen trois:de forte q chacune poizera vn denier, & fera dequatre ^
petits deniers de cours: & s appellera denier comuniafEn que le fol vaille P
toufiours douze deniers: & que les plaintes que font les feigneurs, pour jou
le payement de leurs droits feigneuriaux, qui eftoyent anciennement jici
payez en forte monnoye blanche, ceflent, eftant remis fus la forge des h
fols tels qu’ils eftoyent au temps de faind Loüys, c’eftà dire de lxiiii. h
au marc argent le Roy.Et quant aux autres rentes foncières,& hypothe- L
caires conftituees en argent,quelles foyét payées, eu efgardàla valeur ici
que tenoit le fol au téps qu’elles furent conftituees,laquelle valeur n’a c-
fié que de quatre deniers de loy pour le plus depuis cent ans : qui n’eft Io
que la tierce partie du fol ancien,ôc tel qu’il eft neceflaire de remettre en L
vfàge.Telle eftoit la dragme d’argent vfiteeen toute la Grece, à fçauoir i(
rhuidefme partie de l’once,que nous appellos gros, ôc de mefme poids ^
que les fols que fift forger fàint Loüys,qui s’appelioyent gros tournois. k
Les Venitiens ont fuiuilesanciens,&font l’once dehuidgros ou drag- L
mes.ôcla dragme de xxim.deniers,& le denier de deux oboles, ouxx L
mi.grains,come nous faifons enFrace,&:ce fait en Efpaigne,&en Affri- * ^
que,de laquelle reigle il ne féïaut départir, comme eftant tref ancien- L
ne en toute la Grece, ôc régions Orientales. Vray eft que les anciens Ro- l£smains
LIVRE SI XI ES ME. 66tmains ayat l’once efgale aux Grecs, c’eft à fçauoir de cinq cens feptante
&fixgrains,ladiuifoyentenfept deniers de leur monnoye, ôc leur de¬
nier valoit vne dragme attique,& trois feptiefmes dauantage.En quoy
Bude s eft abufé,difant qu’il y auoit huit deniers en lonce, ôc quele de¬
nier Romain eftoit efgal à la dragme attique,& la liure Romaine, efga¬
le à la mine Attique:combien qu’il eft certain que la liure Romaine n’a-
uoitquexn.oncesJ&la Mine Greque feize onces, com me la liure des
marchans en ce Royaume:ce que Georges Agricola a trefbien monftré
parlecalcul de Pline,Appian,Suetone,& Celfe. Si donc on veutforger
les pieces d’or ôc d’argét de mefme poids, & de mefme nom, ôc de met
meloy.-c’eftà dire qu’il n’yayt non plus d’alliage en l’or qu’en l’argent:
ellesnepeuuentiamaishaufTerny baiffer deprix:fcomme ilfefaijtplus
fouuent que touts les mois,à l’appetit de ceux qui ont puiffance auprék
des Princes, lefquels amaffent ôc empruntent les monnoyes forces p&r
puis les font hauffer: deforte qu’ils’en eft trouué vn lequel ayant em¬
prunté iufques à cent mil efcus, fift hauffer le prix de cinq fols tout à
coup fus l’elcu&gaigna xxv. mil francs. Vn autre fiftraualler le cours
des monoyes au mois de Mars,& le hauffa au mois d’A uni, apres auoir
receu le quartier. On tranchera auffi toutes lesfalfîfications des mon¬
noyes, ôc les plus grofTiers, & ignorans cognoiftront la bonté del’vne,
&de lautre monnoye à l’œil, au fon, au poids,fans feu , fans burin j
fans touche.Car puifque touts les peuples depuis deux milans, Ôc plus,
ontprefque toufiours gardé,& gardent encores la raifon efgale de l’or
àl’argéc,il fera impoffible,&au peuple,&au Prince de hauffer, ny baif-
fer,nyalterer le prix des monnoyes d’or ôc d’argent eftant le billonba-
nide la Republique: &l’or au vint ôc troifiefme carat. Et neantmoins
pour foulager le menu peuple,il eft auffi befoin,ou de forger la troifief¬
me efpece de monnoye de cuiure pur, fans calamine, ny autre miftion
de metail ainfi qu’on a commécé, ôc comme il fe fait en Efpaigne,ôc en
l’Italie,ou bien diuifer le marc d’argent en quinze cens trente fix pieces
chacune piece de neuf grains.Car la Royne d’Angleterre ayant du tout,
décrié le billon,& réduit toutes les monnoyes à deux efpeces feulemét,
la moindre monnoye d’argent,qui eft le pené, vaut huit deniers ou en-
uiro,qui fait qu’on ne peut achepter à moindre prix, les menues dârees,
ôc qui pis eft, on ne peut faire charité à vnpauure moindre que d’vn pe-
ne, qui en empefche plufieurs de rien donner : comme i’ay remonftré
au paradoxe deMaleftroit,quel’Archeuefque deCanturbieChancelier
d Angleterre fift traduire en Anglois l’an m.d.lxix. efperant y donner
ordre. Mais il feroit beaucoup plus expedient de n’auoir autre mon¬
noye que d’or,& d’argent, s’il eftoit poffible de forger monnoye plus
petite que le pené,&qu’on vouluft diuifer le marc d’argent auffi menu
comme en Lorraine,qui en font huit mil pieces, qu’on appelle A ngeni-
nes, dont les deux cens ne valent que vnReal, ôc les quarante vn fol de.Kk
662. DE LA REPVBLI QV Enoftre billon : ôc font d'argent aflez fin. ôc en faifant la moitié moins
elles feront plus folides, ôc de laloy que iay dit,& fe pourront tailler ôc
marquer dvn poinçon tranchant envn mefme inftant, Car le prix du
cuiure,eftat variable en tout pay s,& en tout temps, n’eft pas bien pro¬
pre à faire monnoye, quon doibt tenir tant quon peut inuariable ôc
immuable de prix, ioint aufli qu’il n y a metail plus fuget à la roüilleure
qui ronge la marque ôc la matiere.Et quant au prix,nous lifons que du
temps de la guerre Punique laliure d’argent, valoit huit cens quarante
liures decuiure pur,à douze onces laliure.&lors le denier d’argét pur,
qui eftoit la feptiefme partie de l’once, futhaufle de dix liures de cuiure
quil valoit,à feize liures,comme dit Pline ^qui eftoit à la raifon d’tiuidt
cens quatre vings feize liures decuiure pourvne liure d argent,laliure
eftant dexii.onces, depuis lamoindremonnoye, quieftoitvne liure
de cuiu re,fut appetiflee de moitié par la loy Papiria ^demeurât en mef¬
me valeur,& lors que l’argent vint en plus grande abôdance, elle fut re-
duite au quart demeurât en mefme valeur,qui eftoit àla raifon de deux
cens xxim. liures de cuiure la liure d’argent:qui eft à peu près l’eftima-
tion du cuiure en ce Royaume,où les cent liures à feize on ces la liure,ne
valent que dix-huit francs:& en Alemaigne il eft encores à meilleurprix
ores que les meubles ôc les Eglifes mefmes en foyent couuertes en plu¬
fieurs lieux, mais il eft plus cher en Italie &c encores plus en Efpaigne, ôc
en Afrique,où il y en a beaucoup moins. Qui eft bien loin de l’eftima-
tiode cuiure,que fift l’Empereur Arcadius, qui aualua la liure d’orà cet
liures de cuiure,ce qui ne peut eftre fait que par maniéré deprouifion,
attéduque l’abodancede ce metail, eu efgard à l’argent, diminura. on
me dira que l’abondance d’argent peut aufli apporter la diminution de
fonprix: comme défait nouslifons enTiteLiue que par le traité fait
entre les Ætoliens & les Romains,il fut dit,que les Ætoliens payeroyét
pour dix liures d’argent, vne liure d’or : & neantmoins par l’ordonnan¬
ce J d’A rcadius la liure d’or eft eftimee quatorze liures d’argent,& deux
cinquiefmes dauantage: car il veut qu’on paye cinq fols d’or pour vne
liure d’argét: & fait foixante & douze fols d’or en la liure 4:de forte que
“ cinq fols eft iuftementla quatorziefme partie de laliure, ôc deux cin¬
quiefmcs dauantage. ôc a prefent le prix eft de douze pour vn, Ôc quel¬
que peu moins. Vray eft que par cy deuant le marc d’or fin eftoit eftimé
cent o&ante ôc cinq liures:& le marc d’argent x y. liures xv. fols tour¬
nois, de forte quil falloit pour vn marc d’or fin hors œuure, onze marcs
cinq onces, xxm. deniers cinq grains argent le Roy hors œuure.
vers les pays de Septentrion,oiï il y a plufieurs minières d’argent,ôc fort
peu d’or, l’or eft plus cher :ôc par l’eftimation fài&eenla chambre du
Pape,le marc d’or eft prifé douze marcs d’argent ôc quatre cinquief¬
mes. qui eftoit à peu près le prix de l’or à l’argent il y a deux mil cinq
cens ans: car nous lifons en Herodote que la liure dor valoit treizeliures
w~'L I V R E S I X I E S M E. ^3liures d argent: Scies Hebrieux en leurs pandedesmettent le denier in mifuaoth.
d’orpour vingt ôc cinq d’argét:lesmonoyes d’or eftans doubles à celles g'pfrag^p^
d’argent, qui feroit douze ôc demi pour vn. Auffi lifons nous qu’au
temps des Perfes,ôc lors que les Républiques de la Grece fleuriffoyent
ponce d’or valoit vne liure d’argét : car le ftater Darique du poids d’v-
ne once valoit vne liure d’argent , comme die Iullius Poilu x. En
quoy on peut iuger que le prix de ces deux métaux eft à fon ancien
pied. Mais l’eftimation de l’or fut augmentee foubs les derniers Empe¬
reurs,pourle degaft d’or qui fe faifoit à dorer toutes chofes, comme fift
Néron fon grandi palais tout doré quiauoit les galeries de mille pas: *.saet6.inVdrPaf.
ôc apres luy Vefpafian qui employa a dorer le Campidol la valeur de 7-Sucto.mVefpar,
fept millions7 deux cens mil efcus couronne : ôc mefmes Agrippa dora
toute la couuerture du temple Pantheo,pour garder le cuiure de roiiil-
lencomme on fait auffi du fer qu’on dore pour leguarentirdelaroüil-
leure:ôc mefme l’argent fouuent eft doré, iaçoit qu’il nefouffre iamais
roüilleure.ôc fî les Princes ne font defenfes de dorer,il faudra par necef-
lïté que le prix de l’or croifle,attendu que l’argent n’ayant point de te¬
nue,n’eft point ou peu employé pour argétet. ioint auffi que les miniè¬
res de Septentrion raportent beaucoup d’argenr,ôc point d or: ôc celles
des terresneufues, raportent beaucoup plus d’argent que d’or. Neant¬
moins le changement du prix qui (e fait par longerait de temps eftin-
fenfible,qui ne peut empefeher que la loy des monnoyes forgees de ces
deux métaux ne foit efgale en toutes Republiques, chaffant du tout le
billon. ioint auffi que la trafique communiquée à toute la terreplufque
’ iamais,ne peu t fouffrir variété notable du prix d’or, ôc d’argent, que du
|t comun confentement de rous les peuples, car mefmes du temps d’Au-
I gufte,la proportion d’or,Ôc d’argent eftoit efgale, aux Indes Orientales,
j ôc femblable à celle d’Occident : ce que ayant cogneu vn Roy des In-
r desjloüa la iuftice des Romains, comme dit Pline.Mais il eft impoffible
j d’arrefter le prix des chofes retenant le billon,qui eft par tout différent,
fi 5c inégal.car tout ainfi que le prix de toutes chofes diminue, diminuant
1{ la valeur des monnoyes comme dit la loy, auffi croit-il en augmentant
le prix des monnoyes. Et faut qu’il çroiffe ôc diminue, puis qu il n y
,| aPrince qui tienne loy de billon efgale aux autres Republiquesny en
\ lafiéne mefme.d’autant que la loy du fold, eft différente à celle des te-
ftons,ôc des petits deniers, doubles, liards, pieces defîx, ôc de trois
blancs : qui ne demeurent gueres en mefme eftat. La premiere ouuer-
' ture qu’on fift en ce Royaume d’affoiblir I argent monnoyé , ôc y■ meflerla vingt ôc quatriefme partie decuiure, futpourdonnerocca-
I fion aux marchas d’apporter l’argent en ce Royaume, qui n’en apoint:
f qui eftoit donner la vingt quatriefme partie d argenta l’eftranger: car
autant valoyenten France vnze deniers ôc demi d’argent, quedou-
{ ze deniers au pays d’autruy. mais il n’eftoit point de befoin : veu
îî Kk ij
66 4 DE LA REPVBLIQJVEles richefles de la France quon viendra toufiours chercher appor¬
tant For & 1 argent de touts coftez. Ce mal print accroiffemcnt au
temps de Philippe le Bel qui affoiblit la monnoye blanche de moi¬
tié, l’an M, c c c. y méfiant autant de cuiure que d’argent, quelque
temps apres on la diminua iufques au tiers, de forte que les nouueaux
fols ne valoyent que le tiers des anciens.& l’an m. c c c c. x x i i. laloy
des fols eftoit fi foible, que le marc d’argent valoit quatre vingts liures
tournois,&auoit fèize cens pieces pour marc d’œuure. Vray eft que
lannee mefme Charles vu. reprenant la couronne qu’on luy auoit
oftee, pour entretenir fon crédit, fift forger au mois de Nouembre
nouuelle monnoye forte & bonne,tellement que le marc d’argent fut
mis àhuidliures. mais enfin il fiftforger lesfolsàcinq deniers de loy
l’an m. cccc. lui. & depuis peu à peu ils ont toufiours diminué: telle¬
ment que leRoy François i. en fift forger l’an m. d. xl. à trois deniers
feize grains de loy :1e Roy Henry à trois deniers douze grains: de forte
que l’ancien fol d’argent le Roy, en valoit près de quatre, demeurant
toufiours l’eftimation pareille. Les autres Princes n’ont pas mieux fait,
car le creutzer d’Almaigne qui eftoit anciénement d’argent à onze de¬
niers quatre grains,eft maintenant à quatre deniers feize grains.lesfols
de Vvirtburg, &lc Reichs grofehen a fix deniers, c’eftà dire moitié
argent moitié cuiure. Le Scheflind leRapin,les deniers de Strafhourg
à quatre deniers douze grains. le Rapefemin à quatre deniers trois'
grains,& les florins d’argent à onze deniers quatre grains,comme auf¬
fi font les pieces de cinq,&dedixcreutzers.Les fols de Flandre ou pa-
tars dont les xx. valent vingt ôc quatre des noftres, ne font qu’à trois
deniers dixhuid grains de loy, &plus des deux tiers eft de cuiure. la
piece de quatre patarseft à fept deniers dix grains de loy. les brelin-
gues deGueldres font à huid deniers de loy: ôc le tiers eft de cui-
ure. Parcy deuant les fols, ou gros d’Angleterre, eftoyent à dix de¬
niers, vingt ôc deux grains. & iamais tout ce billon n’a efté plus de vingt
ou trente ans à mefme loy > ny à mefme poids. Et delà eft venu la dif¬
férence de la liure de gros tournois petits ôc moyens :1a liure de Nor¬
mandie, la liure de Bretaigne, laliure de Paris, qui font toutes diffé¬
rentes,comme on peutvoirencores auxtaxes delà chambre du Pape.
Et en Efpaigne la liure de Barcelonne, de Tolede,de Malorqucren An¬
gleterre la liure Defterlings en vaut huit des noftres. Et en Efcoffe il
y a deux liures fort différentes, l’vne d’Efterlings,l’autrevfigere.Etn’y
aPrince en Italie qui n ayt fa liure de monnoye différente aux autres,
comme en cas pareille marc par tout a huid onces.mais l’once du bas
pays eft plus foible de fix grains, que la noftre, ôc celle de Coulon-
gne de neuf grains : celle de Nuremberg de fix grains : ôc au contrai-
recelle dePariseft plus forte d’vne once: ÔC lemarc de Naples a neufgros:
L I V R E S I X I E S M E. c6$rrros : celuy Je Salerne en a dix : ôc n’y a prefque ville cn Italie qui n’ait
ion marc differend des autres : ce qui rend encores plus difficile le pied
du billon* eftant le poids Ôc la loy il différends, qui fait que le panure
peupleeft bien fort trauaillé,ôcperd beaucoup aux changes: Ôcgene-
ralement touts ceux qui n’entendent le pair, comme parlent les ban¬
quiers,c’eft à dire la valeur de la monnoye de change d’vn lieu à vn
autre : Ceft pourquoy on dit encores d’vn homme rompu aux affai¬
res, qu’il entend le pair, comme choie bien difficile. Car on a fi bien
obfcurcile fait des monnoyes par le moyen dubillonnage,qi:elaplu£
part du peuplen’y voitgoute:ôc tout ainfi que les artifans,marchans, 5c
chacun en fon art deguife bien fouuent fon ouurage,comme plufieurs
medecinsquiparlent Latin deuant les femmes, 5c vfent decharaderes
Grecs,de mots Arabes,Ôc de notes Latines abregees,& brouillent quel¬
quesfois leur efcripture fi bien qu’on ne la peut lire, craignant fi on de-
couuroit leurs receptes qu’on n’en fift pas fi grâde eftime qu’on fàit:auffi
les monnoyers au lieu de parler clairement, & dire que la maffe d’or,des
douze pars en a deux de cuiure,ou d’autre metail,ils difent que c’eft de
lor à vingt carats: & pour dire que la piece de trois blâcs eft moitié cui¬
ure,ils difènt que c’eft de l’argent afix deniers de fin, deuxdenicrsde
poids, 5c quinze deniers de cours:donnantaux deniers, ôcauxcarats,
effence, qualité, 5c quantité contre nature.Et au lieude dire, lemarca
foixante pieces,ils difent de cinq fols de taille. Puis après ils font vne
monnoye ftable,l’autre inftable,Ôcla troifiefme imaginatiueïiaçoit que
il n’y en a pas vne fiable. & le châgement, 5c imaginatiô viét pour auoir
affoibli le poids, 5c tricoté la purité d’or & d’argent. Car le ducat cou¬
rant de Venize,Rome,Naples, Palerme, ôc Meffine, qui eft vne mon¬
noye imaginatiue, eftoit anciennement la vraye monnoye d’or pefant
vn Angelot,ou bietwnMedin de Barbarie, 5c quatre deniers dauanta¬
ge. qui eft iuftement l’Imperiale deFlâdresde mefme poids,5c loy, que
1 ancien ducat valant dix carlins d’argent,&le carlin dix fouis du pays:
à quarante fix piecespour marc d’or & fixpouronce,qu’ils diuifenten
trente tari,ôc le tari en vingt grains, quieft vn gros fus l’once plufque1 once commune, quin a que huit gros. laloy appelle cefte monnoye
d orfolidus,tel que l’Angelot a quarâte huid pieces pour marc,ôc foi¬
xante ôc douze9 pour liure Romaine à douze onces, quia longue¬
ment eu fon cours porté par les loix des Grecs, Allemans, Anglois, 9-AA quotiefcaa-
Françoys, Bourguignons: & n’eft rien autre chofe que l’efcu folde qUC’France, c’eft à dire foÜdus, que les monnoyers n’ayant bien entendu
le mot folidus, ont depuis cinquante ans figuré par vn Soleil toutes-
foisle peuple maiftre des parolles, retenant l’antiquité l’appelle en¬
cores efeu Sol qui pefoit anciennement quatre deniers comme I’An-
gelon & depuis les Princes petit à petit, & grain à grain l’ont fait
venir à trois deniers, qui eft l’efcu vieil :& du temps du Roy Ian, l’efcuKk iij
6M DE LA REPVBLÏQJ/Evieil eftant diminuépeu àpeu,commc l’ancien efeu fol,de trois grains,
onfovgeales efcus à deux deniers xx.grains de poids de mefme loy que.
les anriens,qui furent appeliez francs à pied, ôc à cheual ( car lors ils ap¬
pelloy ent les François Francs, comme encores en toutl’Orient les peu¬
ples d’Occident font appeliez Franques ) auquel temps Tefcu deBour-
gogne, quon appelle Ride, fut auffi forgé de mefme poids ôc loy. ôc ont
duré iufques au téps de Charle vin. que refeu de Frâce fut diminué de
fix grains de poids,ôc de trois quarts de carat de fin:car les anciés eftoyét
à xxm. ôc trois quarts de carat, ôc les efcus couronne àxxm. carats. De¬
puis le Roy François i. corrigeant vn peu l’efcu couronne, fift forger les
efcus fol à deux deniers feize grains, ôc de mefme loy que l’efcu couron¬
ne,fors vn huitiefme de remede.-qui eft demeuré iufques au Roy Hen¬
ry qu’il fift fortifier de quatre grains depoids,ôc par Charle ix.diminué
de cinq grains lan m.d. lxi. Mais les efcus vieux ou ducats de Venize,
Gennes,Florence,Sennes,Caftille,Portugal,Hongrie, ont gardé la loy
de xxm.ôc trois quars de carat,Ôc deux deniers dixhuit grains de poids,
iufques à l’an m.d.xl. que l’Empereur Charle v.affoiblit la loy des efcus
d’Efpaigne d’vn carat, ôc trois quars ôc de trois grains de poids, faifant
forger à xxii.carats deux deniers quinze grains de poids les efcus de Ca-
ftille,Valence,Ôc Arragon,qu’on dit piftolets:donnant vn fort mauuais
exemple aux autres Princes defairele{èmblable,commefirent les Prin¬
ces d’Italie:qui ont fait forger à xxii.carats, ôc au deffoubs de fin, ôc de
poids deux deniers feize grainsrcomme font les efcus de Rome, Luque
Boul5gne,SaIuce,Gennes,Sennes,Sicile,Milan,, A ncone,Mâtoüe, Fer-
rare, Floréce,Ôc les nouueaux efcus de Venize.Vray eft que le Pape Paul
ni.comméça/aifànt forger des efcus foubs fon nom de xxi.carat,ôc de¬
mi, ôc de deux deniers xim.grainsiôc ceux d’Auignon forgez au mefme
temps foubs le nom d’Alexâdre Faruez légat petit fils du pape, font en-
corcs plus foibles de loy, ôc diminuez de cinq deniers de poids, ce qui
apporte vn dommage incroyable auxfugets: ôc profit aux fauxmon-
noyeurs,billonneurs,ôc marchans, qui tirent la forte monoy e du pays,
pour en forger de foible au coing d’autruy.Ce quieft encores plus ordi¬
naire en la monnoye blanche de haute loy, Ôc au deffus d’onze deniers
de fin:commeles reaux de Caftille,qui tiennent tous onze deniers trois
grains de fin : fus lefquelles les autres Princes ont gaigné beaucoup par
cy deuant: carmefmes eftanteonuerties en teftons de France fus cent
mil liures il y auoit profit de fix mil cinq cens liures, fans afoiblir la loy
du tefton de France, qui tient dix deniers dix fept grains de fin. Et par
mefme moyen les Suiffesqui conuertifloyent les teftons de France, en
teftons de Soleure,Lucerne, Vndreual, gaignoyentfus chacun marc,
quarante ôc vn fol vnze deniers tournois,ôc neux vingt fixiefmes de de¬
nier, car ceux de Lucerne,Soleure, ôc Vndreual, ne font que â neuf de¬
niers dixhuit grains, qui fontxx 111. grains de fin, moins que ceux deFrance
L IVRE SIXIES ME. C6jFrance pour marc,qui valaient x xv.fols tournois. Et quant au poids,
ceux de France font du moins à xxv. teftons, & cinq huitiefmes de te-
fton pour marc,qui eft trois huitiefmes de tefton pour marc,que les te¬
ftons deSoleure font plus foibles an poids,qui valoient quatre lois trois
deniers tournois. Et parce que lefdits teftons ne peuuent eftre aualuez
que pour argent de baffe loy,quon appelle billon, eftans au deffousde
dix deniers de fin, à Feftimationde quatorze liures dixfept fols quatre
deniers tou mois le marc de fin:& les teftons deFrance pour eftre plus
hauts de dix deniers de fin, font aualuez pour argent de haute loy, qui
vaut à mefme proportion quinze liures treize fols tournois le marc de
fin. Ôc pou r la differéce de l’argent de haute loy à baffe loy, lefdits teftôs
font moindres que ceux de France de douze fols huit deniers tournois
pour marc de teftons.Par ainfi les teftons de Soleure valent moins que
ceux de France de quarante ôc vn lois vnze deniers tournois pour marc,
reuenant pour chacune piece dcfdits teftons, vn fol vnze deniers tour¬
nois,& neuf vint ôc fixiefmes de denier, ceux de Berne, poureftreàneuf
deniers vingt grains de fin pour marc, valent vn denier tournois pour
piece dauan tage qu e ce u x d e S o I e u re. O r en gaign ât fe u I em e n t d îx fols
pour marc,c’eft vn profit bien grand. Les Fiâmes font le femblable, co-
uertiflans les teftons deFrance en reaux de Flandres. Les ordonnances
de chacun prince,ont bien pourueu que l’or, Ôc l’argent ne fuft trâfpor-
téaux eftrangers foubs grandes peinestmais il eft impoffible de les exe¬
cuter,qu’il n’en foit emporté beaucoup^ par mer ôc par terre.Et quâd
ores on garderoitfi bien,qu’il n’en fortiftriédutout,fi eft ce que les fu¬
gets auront toufiours beau moyen de billoner,difformer,altérer,ôc fon¬
dre les monoyes blanches,&rouges,s’il y a diuerfité de loy:foit en vertu
des permiffîons données àquelques orfeures,foit contre les defenfes.
car ils embourfent le défaut de loy qui fe trouue en leurs ouurages, tant
pour les remedes qui leur font permis,qpe de l’email,&foudeure,dont
ils vfent, employant en ouurage les bonnes efpeces, Ôc fe moquent des
loix,& ordonnances qu’on fût fus leprix du marc d’or, ôc d’argent, fai¬
fant porter fus la façon des ouurages tel prix que bô leur femble, en for¬
te qu’il eft toufiours plus cher vendu aux orfeures, qu’il n’eft porté par
les ordonnances: l’argent de quarante ou cinquante fols : l’or de douze
ou treize liures fus marc qui fait que l’or Ôc l’argent eft achepté plus cher
des orfeures, ôc marchans, qu’il n’eft des monnoyeurs, quine peuuéc
pafTer l’ordonnance duRoy pour l’achapt des matieres,ny pour la forge.Et fi toft que lamatiere eftforgee en monnoye plus forte de poids, ou ^
de loy que celle des princes voifins,elle eft fondue, & recueillie par les
affineurs^ orfeures pour la conuertir en ouurage,ou parles eftrangers,
p o u r e n fo rger m o n n o y e c a le u r p i e d : à qu oy les cha nge u rs fe r u e n t co m-
me miniftres,& foubs vmbre d’accommoderle peuple de monnoyes,
trafiquent auecles orfeures Ôc marchans eftrangers.Car il eft certain^Kk iiij
66Z DE LA REPVBLI Q^V Es’eft trouué que depuis xxv.ans que les petits fols furent defcriez,il a efté
forgé en ce royaume plus de xxx. millions deliures outreles pieccsde
trois, ôc de fix blancs,qui ne fe trou uent plus,parce que les affineurs &
orfeures y ont trouué profit. Qui fait que ceux qui ont beaucoup de
vaiffelled’or ôc d’argent ne s en peuuent ayder: car l’ayâtachaptce bien
cher des orfeures,ne la veulent bailler auec fi grande perte: ôc mefmes le
Roy Charle i x. perdit beaucoup,ayant réduit fa vaiffelle en monnoye.
On auoit trouué moyen d’obuier aucunement aux abus, en affermant
le reuenu des monnoyes,ôc des confifcations,ôc amendes qui prouien-
droyent des forfaitures, ôc la ferme deliurçe Tan m.d. lx i i i i. pour la
fomme de cinquante mil liures par an.Toutesfois cela fut aboli à Mou¬
lins l’an M. d. L x v i. ôc les monnoyes afermees à ceux qui offriroyent
deforgerplusgrandequantité de marcs d’or ôc d’argent: qui eft bien
couper quelques branches,ôc rameaux,mais la racine des abus demeu¬
rant,iamais on ne ceffera d’y faire fraude.La racine des abus eft la confu-
fion des trois métaux, or, argent, ôc cuiure, laquelle ceffant,ny le fuger,
ny Peftranger, ny pourrafairc aucune fraude,qui ne foit auffi toft def-
couuerte.Car tout ainfi que la monoye de cuiure,ou de rofete pure n’a
point eu de lieu en cc royaume, d’autant qu’on n’y en forgeoit point;
auffi le billon eftant deferié, auec defenfes d’en forger, le billon de Pe¬
ftranger en fera auffi du tout banni, ôc nc faut efperer que les eftran¬
gers, ôc fugets ceffent de billonner en particulier , ôc receuoir tou¬
tes monnoyes eftrangercs , tant que le Prince , ôc la Republique fe¬
ront forger du billon. Combien quil y a encores vn autre profit,
ôc en public , ôc en particulier, qui reuient de la defenfe que i’ay
dit de mefler les métaux, c’eft d’cuiteràTaduenirlapertede Pargenr,
qui n’eft compté pour rien en l’or de quatorze carats, ôc au deffus, ôc
feperd pour les fraiz de raffinement qui fe fait par voye de ciment
Roy al,ou par eau de part: car il faut du moins foixante fols pour départir
vn marc, ôc neantmoins la perte eft fort grande en quantité notable,
comme tous les florins d’Almaignc ne font qu’à feize carats,ou feize ôc
demi pour le plus, qui font du moins en cent mil marcs trente ôc trois
mil marcs de perte:ôc à quatorze carats quarante mil marcs Ôc plus. Ec
outre ce que i’ay dit,les abus des officiers des monnoyes cefferôt,pour
le regard des echarcetez,ôc foiblages,fus lefquels les gaiges des officiers
eftoyent pris : pour lefquels faire ceffer Henri u.Roy de France auoit
ordonné quils feroyent payez parles receueurs des lieux, laquelle or¬
donnance quoy qu’elle fuft fainte, fi eft-ce toutesfois qu’elle fut caffee
par Charle i x. fus la remonftrance de la chambre des comptes de Paris,
qui fift entendre que le Roy perdoit tous les ans plus de dix mil liures,
au lieu de tirer profit de fes monnoyes : d’autant que les officiers eftoiét
payez ôc ne faifoyent quafi rien. Mais le vray moyen pour y remedier,
eft de fuprimer tous les officiers des monnoyes hormis ceux qui feront
LIVRE SI XIESME. <?<?<,en i’vne des villes,pour forger toutes les monnoyes,&les faire payer par
le receueur des lieux.Demeurant le droit de feigneuriage,que les anciés
toutesfois ne cognoifloyent, & n'eftoit rien deduitfus la monnoye,
non pas mefmes le droit de braflàge. Aufli par ce moyen la variété du
prix du marc d’or,& d’argent,qui caufe vn million d’abus ceflèra.Et les
efpeces eftrangeres,nc feront receiies que pour mettre enfonte/ans riecompter pour le feigneuriage,ny pour le braflàge :nonobftât les lettresobtenues par les princes voifins, pourexpofer au prix d’autruy leurs
monnoyes,à tel prix qu’en leur territoire. Et pour ofter toute occafion
de falfifier,alterer,ny changer la loy reccuë des monnoyes d’or & d’ar-
genr,il fera befoin de forger toutes les monnoyes en vne feule ville, où
refideront les luges des monnoyes,& fuprimer les autres ( fi la Monar¬
chie, ou Republique n'eft de fi grande eftenduë, qu’il foit befoing d’en
eftablir dauantage) auquel lieu tous les affineurs befoigneront,auec de-
fenfesfus peine de la vie, d’affiner cn autre lieu : car de ceuxlà viennent
les plus grands abus:&donner la cognoiflànce aux luges ordinaires par
preuention de punir tous les abus qui s'y commettront, car on fçait a£
fez combien il y aeu d abus en la forge des monnoyes deceroyaume,
& aux boiftes, pour le peu de luges aufquels la cognoiflànce eft attri¬
buée priuatiuement à tous autres:&mefmement apres la fupreflion des
généraux fubfidiaires. Il eft donc bien neceflaire de fuiure l’exemple
des anciens Romains, quin’auoyent pour tous les fugets d'Italie que le
temple deIunon,oùfe forgeoyent trois fortes de monnoyes pures, &
fimples,afçauoir d’or,d’argent, & de cuiure,& trois maiftres des môn-
noyes,qui fai(oyent forger,&affiner en public,& en veuëd’vn chacun.
Et affin queperfonne ne fuft abufé auxprixdes monnoyes, on eftablit
aufli vn lieu pour faire PelTay des monoy es à la requefte de Marius Gra-
tidianus. Aufli lifons nous qu’en ce Royaume par ordonnance de Char-
lemaigne il fut defendu deforgerautre mônoye qu'en fon palais. Mais
depuis que les Roys Philippe le bel, Charle fon fils, & Iean eftablirent
plufieurs monnoyes en ce ro yaume, & plufieurs maiftres, gardes ,Pre-
uoftsj&autres officiers en chacune monoye, les abus fe font aufli mul¬
tipliez. Icy peut eftre on me dira que les Perfes,Grecs,& Romains, for¬
geoyent les monnoyes pures d’or,d’argent, & de cuiure à la plus haute
loy que faire fe pouuoit,& neantmoins onnelaifloitpas de les falfifier,commenouslilonsenDemoftheneauplaidoyécontre Timocrate. lerefpods qu il eft bien difficile d’en nettoyer du tout la Republique: mais
pour mil qu’il y en a,il ne s’en trouuera pas dix, obftant la difficulté que
i y aura.eftant la loy d’or,& d’argent cogneu àchacun,par le moyé que
iay déduit. Et s’il fe trouue prince fi mal confeillé d’alterer la bonté des
monnoyes pou r y gaigner, comme Marc A ntoine.qui fift forger mon-
noyt blanche de bafle loy, toft apres elle fèrareiettee, outre le blafme
qu u en rcceura d’vn chacun:& le danger de la rebellion des fugets : qui
<r70 DE LA REPVBLIQVEfut grande,au temps que Philippe le Belaffoiblitlaloy des monnoyes.
Quoy qu’il en foit, il eft bien certain qu’il ny eut onques moins de faux
monnoyeurs qu’il y auoit du temps des Romains,qui n auoyent mon¬
noye d’or.ny d’argent,qui. ne fuit de haute loy. Car mefmes le Tribun
Liuius Drufus,fut blafmédece qu’il auoit prefenté requefte, tendant à
fin qu’en la monnoye d’argent on meflaft rhuitiefme partie de cuiure,
ou comme nous di(ons,qu’onforgeaft à dix deniers x 1i. grains de fin.
qui monftré bien que deflors mefmes on ne vouloit pas fouffrir la con*
fufion d’or & d’argent,Ôc que l’argent eftoit de la plus haute loy, com¬
me eftoit auffi l’or, ainfi qu’on peut voir des médaillés d’or quifont à
xxni.ôc trqis quars de carat. ôc mefmes il s’en trouue de la marque de
Vefpafian Empereur, où il n y a à dire qu’vn trente ôc deuxicfme de ca-
rat.que l’or ne foit à xxmï.carats:qui eft le plus fin or qu’on puiffe voir.
Mais il fufift pour les caufes que i ay deduites,que lor foit à x x 111. ca¬
rats,ôc l’argentà onze deniers douze grains:affin auffi quon nayt point
d’occafîcn des excufer,qu’on n’eft pas maiftre dufeu,ôc qu’on deman¬
de vn quart,ou pour le moinsyn huitiefnle de remede : qui eft caufe de
beaucoup d’abus :laiffant toutesfois deux félins de remede fus le marc
de monnoye forgee au coing. Encorespeutondirequ’il feroit plus ex¬
pedient de forger pour le moins des doubles,ôc deniers de baffe loy,
pour euiter à la pefânteur delà monnoye de cuiure.le dy que fi on per¬
met de forger billon,pou r petit qu’il foit, qu’il fera tiré en con fequence
desliards, ôc fols,ôc fera toufiours à recommencer. Et encores quonnc
forgeaft que doubles, ôc deniers, neantmoins c’eft toufiours faire ou-
uerture aux faux monnoyeurs de tromperie menu peuple, pour lequel
cefte monnoye eft forgee, ôc en laq u elle il ne cognoift rien, ôc moins
encores fe foucie de la predre,pourle peu de prix qu’elle vaut, fans s'en¬
quérir de la bonté, ou valeur d’icelle.I’ay vne lettre de laques Pinatelau
Roy Henri ii.ou il y*a ces mots,Sire,ie veux bien vous aduertir,que de¬
puis fix mois on a forgé en vne devoz monnoyes des douzains foibles
pour chacun marc fus lepoids de xx. fols, ôc fus la loy de quatre fols,
quand il plaira à voftre maiefté ie vous fèray voir 1 ouurage, ôc vous fe¬
ra y entendre le grand dommage que vous,ôc voftre peuple en receliez,
& aurez encore plus grand,fi par voftre maiefte n y eft pourueu a tou¬
te rigueur. c’eftoit alors qu’il forgea les pieces de fix blancs par man-
demét du Roy,de quatre deniers de loy,Ôc deux grains de remede d ar¬
gent le Roy, ôc quatre deniers quatorze grains de poids : qui eftoit le
meilleur billon qui fuft lors cn France: auffi fut-il bien toft fondu, en
fortequ’on nen voit quafi plus. Or chacunfçait queledommage que
reccuoitleRoy ôc le peuple de vingt ôc quatre fols fus le marc, reuenoit
à plus de xxv.pour cent. Et neantmoins le mefme Pinatel, ayant arrache
foubs main vne commifliondela chambre dc^généraux des monoyes
l’an m.d.L11. fift forger des doubles,ôc des deniers, à Villeneufue d A-uignon,
L IVRE S I X I E S M E. c7iuignon, ôc à Ville-franche de Rouergue,qui ne furent eftimez que xi i.
folslemarc. &futverifié, quil auoit par ce moyen defrobé de clair &
net peu moins de quatre cens mil liures. ôc auoit rachepté fa grâce pour
cinquante mil liures quil donna à vne dame, qui fift difFerer le fupplice,
pluftoft que donner la grâce. le dy donc qu il ne faut aucunement fouf¬
frir le billon en forte quelconque, qui voudra nettoyer fa Republique
defauffes monnoyes. Aufli par ce moyen ceflerale dommage que re¬
çoit le pauure peuple au decri des monnoyes,ou diminution du prix de
icelles apres qu on les a affoiblies,& n aurôt plus de lieu auprès des prin¬
ces, ceux qui leur font entendre le profit qu’ils peuuét receuoir de leurs
monnoyes-.comme fift vn certain officier des monnoyes,qui faifoit en¬
tendre au confeil des finances,& Tefcnuit au Roy Charle i x. qu il pou-11 uoit faire vn grand profit de fes monnoyes,au foulagement de fon peu¬
ple : ôc de fait par fon calcul il fe trouuoit que chacun marc d’or fin mis
en œuure,rendoit au Roy huit liures tournois,aulieu qu il nen receuoit
que xxv. fols quatre deniers, & feize vingt & troifiefmes de denier:&:
pour marc dargent le Roy mis en œuure,quarante fols tournois,au lieu
que le Roy nen receuoit que feize deniers mis en œuure de teftons. Il
confeilloit de forger monnoye d’argent le Roy de douze fols tournoisi de cours,& de x x x. pieces au marc,du poids de fix deniers neuf grains
trebufchans,les demis, &• quarts à lequipolcnt: ôc la monnoye d’or à xx
mi.carats,vn carat de remede de xxx. pieces au marc ôc de mefme poids
que l’argent à fix liures tournois : ôc neantmoins il vouloit aufli qu’on■ forgeaft du menu billon de trois deniers argent le Roy,de trois cens xx.
pieces au marc ôc de trois deniers de cours, ôc toute autre forte de billo
au deflbubs de dix deniers fin, arreftant le marc à quatorze liures tour-
nois.Voila fon aduis quifutregeté,comme il meritoit. aufli eft-ce chor
fe fort ridicule de penfer que le Roy peuft tirer vn fi grand profit de fes
monnoyes au foulagement du peuple:s’il eft vray ce que dit Platon,que
il n’y à perfonne qui gaigne,qu’vn autre n’y perde, ôc laperte par necef-
fitéineuitabletomboit fus le fuget, puifquereftrâger n’en fen toit rien.
Bien eft-il vray qu’il feroit befoin que quelque grand prince moy énaft
cela par fes Ambafladeurs enuers les autres,affin que tous les princes de
vn commun confentement fiffent auffi defenfes de plus forger de billo,
mettant la loy des monnoyes d or & d’argent comme il a efté ditcy def¬
fus, ôc vfant du marc à huit gros ou dragmes,& de cinq cens foixante ôc
dixgrains pour once,qui eft la plus commune, ce qui ne feroit pas dif¬
ficile: attendu que le Roy Catholique ôc la Royne d’Angleterre ont de£
ia banni tout le billon: &mefmes que toutes les monnoyes dor d’Efpai-
| gne,hormis les piftolets,& la monnoye de portugal, font à plus haute
°y queie nay dit, & toute la monnoye d’argent à onze deniers trois
grains,qui eft la plusforteq foit. Et feroit bo faire la monnoye en forme
c médaillés moulees,comme faifoy ent les anciens Grecs, Latins, He-
6lt DE LA REPVBLI Q_V Ebrieux,Perfans,Egyptiens.carlesfraiz en feroyét beaucoup moindres,& la facilité plus grande,&: la rotodité parfaite,pour empefeher les tei¬
gneurse ne feroit pas fugette à eftre p!oyee,& rompue,ioint auffi que
la marque demeureroit à iamais. On n auroit point la tefte rompue àmarteller,& ne feroit befoin de tailleur,&n’y auroit aucun dechet pour 'flacifaille,ny de remede fus le poids,comme il eft neceffaire qu'on don- f
ne deux ferlins pour le moins fus le marc forgé au coing : ioint qu il s’enferoit plus en vn iour,qu’il ne s’en fait en vn an, on ofteroit aufli l’occa- •:fion aux faux monnoyeurs demeflerles métaux fi facilement comme iils font aux preffes,& au coing, où la piece s’eftend en largeur qui cou- J'ureiefpeffeur: & le moule feroit toutes les médaillés d’vn mefme metail ,#efgales,en grolleurs,poids, largeur,& forme : ou fi le faux monnoyeur i»vouloir mefler du cuiure auec l’or,plus que la loy de xxm. carats, le vo- iflume du cuiure quieft en poids efgal plus grand deux fois & vne huit- tiefme que n’eft pas le volume d’or,ou plus leger que l’or deux fois,& v- jene huitiefme en maffe efgale:feroit la médaillé plus groffe de beaucoup, jf& defcouuriroit la fauffeté.car il eft tout certain que fi la maffe d’or ef- igale àla maffe de cuiure,poize quinze cens cinquâte &vnferlin,la maf- fJfe de cuiure ne pùizeraque fept cens xxix. ferlins, qui eft comme dix- «fept à huit, en gros poids : comme i’ay apris de François M. deFoixlc mgrâd Archimede de noftre aage & qui le premier a defeounert la vraye «iproportion des métaux en poids & en volume. Nous ferons mefme iu- :ligement de l’argent qui a plus grand volume que l’or en poids efgal, ou hque l’or eft plus pezant que l’argent en maffe efgale vne fois , & quatre Icinquiefmes:qui eft comme m.d.li aM.ccc.Lxvi.ou neufa cinq. & du J»cuiure à l’argent comme x i. à xiu.ouprecifement comme M.cc.xxix.a %dccclxv i.qui aprochent de plus près au poids, & au volume que les iautres:hormisle plomb,qui eft plus pezant que l’argent, d’autant qu’il Ly a différence de xv.à xi ni.ou plus precifemét deDC cclx vi.a d cccc txxix. mais il ne s’en peuuent (èruir pour falfifier, d autant qu ilfedelie gde tous metauXjhormis de Teftain. Et moins peuuent ils vfer del’eftain Bquieftlapoifon de tous les métaux : & nepeuteftregettépour argét: iltattendu qu’il eft plus leger d’autant qu’il y a de neufa quatorze, ou pre- j{cilement de dc. à dccccxxix. & beaucoup moins peut eftre def- yguifé,pour or,qui eft plus pefantque l’eftain en maffe efgale, ou plus !t|jpetit de corps en poids elgal, d autant quil y aentre dixhuit & ept, (t(ou iuftement entre M. d. l i. & D c. qui eft deux fois & quatie ept- ^ielmes plus pefant. Quant au fer les fauffaires n’en peuuent aouler ^par fufion,d’autant qu’il ne reçoit meflange ny d’or ny d argent : Sc la L
continuité des lames fus fer, n’eft pas difficile à cognoiftre. Pline 1 ap-
pelle ferrumination , delaquelle vfoyentles faux monnoyeurs de iontemps : & de fait le Sieur de Villemor commiffaire des guerres mafait ^
voir vne ancienne médaillé de fercouuerte d’argent en cefte forta tou-
LIVRE SIX I ES ME. 673tesfois le poids,& le volume defcouure la fiuffeté y regardant de près,
car l’argent eft plus pefimt que le fer en maffe efgale, ou moindre de vo¬
lume en poids efgal,d’autant qu’il y a de quatre à trois, ou precifemét de
D c c c l x v 1. à d c x x x 111 i.Et quant aî’or il eft impoffible q la ferru- '
niination puifle de rien feruiraux faux mônoyeurs,veu que lor eft plus
petit de corps que le fer en poids efgal, ou plus pefant en mafle efgale,
d’autant qu’il y a de fix à neuf,ou m. d. L v i.à d C x x x x 11 ï. Auffi n’eft-
il pas à craindre que le vifargent puifleferuir à falfîfier ces deux métaux,
bien qu’il aprocheautât au poids de I’or que fept à huit,ou m. c l v i i i.
a m. d. l 1. parce qu’ils n’ont encores fi bien feeu l’arrefter qu’il ne s’en
vole enfumee. Voila quant à la forme des monoyes,le profit qui reuié-
droit d’eftre moulees: comme elles eftoyent anciennement ,8c iufques
à ce qu’il y eut fî peu d’or ôc d’argét apres que les mines furet efpuifees,
ôc ces deux métaux vfez, perdus, cachez,ou difeipez, on fut contraint
de faire la monnoye fî delice, qu’il ne fiilloit quele marteau pour la mar-
quer.-ce qui depuis a eftécaufe de beaucoup d’abus.mais toutainfî que
les premiers hommes qui auoyentpeud or & d’argent le marquoyent
au marteau.ôedepuis en ayantplus grande quantité commencèrent à le
mouler:auffi faut-il maintenant,retourner aux moules. On auoit com¬
mencé à forger au moulin : mais il s’eft trouué que la marque ne fc pou-s
uoit aflez bien imprimer, ôcqu’il y auoit toufiours tréte marcs de cizail-
le fus cét marcs de matiere,au lieu qu’il ny en a qu’vn ou deux au coing:
&mefmes que le fon eftoit différant auxmônoyes de coing.ôc qui plus
eft, on trouuoit que les pieces n’eftoyent pas toutes de mefines poids,
parce que les lames fefaifoyent plus deliees en vn endroit qu’en l’autre.
Quant à ce que i’ay dit,que le marc d’or,ôc d’argent, fe doibt diuifer en
pieces efgales de poids,fans fradüons de pieces fus marc, ny de deniers
fus piece:l’vtilité y eft fort euidente tant pourles changes desmarcs, &
des pieces^que pour Peftimation,poids,ôc cours indubitable. Ainfi fai-
foiét les anciens:car la piece d’or ôc d’argent pezât quatre gros ou drag-
mes,qui eft la moitié d’vne once,fera efgale au ficle des Hebrieux, ôc au
ftater de perfe. ôc la piece de deux gros, ou de xxxii. au marc fera efgale
au ftater Attique, ôc au Philippus ancien, ôc aux nobles à la rofe, Ôc aux
médaillés d’or. Ôc la piece d’vn gros ou dragme de L x 1111. au marc fe¬
ra efgale àla dragme Attique, ôc à la zuza des Hebrieux, qui eftoit en
Grece ôc en tout POrient la iournee des brafliers. Vray eft que le denier
d’argent des Romains,eftoit plus fort de poids de trois feptiefmes : qui
eftoit auffi la iournee du foldat Romain du temps d’A ugufte:qui eft vn
peu plus que real d’Efpaigne.Et fi les mutations, Ôc changemens qui fe
font tout à coup fo nt dommageables,Ôcpernicieufes,on pourra y pro¬
céder peu à peu,faifant forger les monnoyes comme i ay dit,affin qu’vn
chacun ait loifir de fe defaire d u billon à moindre perte.
i.In lib.de Repub.
&Ariftot.lib.j.cap.
io. polit.^74 DELA R EPVBLIQJEDE LA COMPARAISON DES TROIS /?£- fpubliques légitimés,c’eft a fçauoir de l'eftat populaire , Ariftocratique^& Roy al,& que la puiflance Royale efl la meilleure. ‘ f. - f
Ch a p. 1111.fv 1 s qv’ 1 l n’y a que trois fortes deRepubliques,ain-fi que nous auons monftré,c’eft à içauoir quand tout fle peuple, ou la plus grande partie .commande auec fpuiflance fouueraine : ou bien la moindre partie : ou !
vn feul:&que chacune des trois peut eftre loüable,
ou vicieufe,il ne faut pas feulemét fuy r la plus vicieu-fe,ains aufli choifir, qui pourra,la meilleure. La tyrannie d’vn Prince eft ?
pernicieufe:& de plufieurs encore pire : mais il n'y a point de plus dan-gereufe tyrannie que celle de tout vn peuple, ainfi l’appelle 1 Ciceron. 1,11Toutesfois elle n'eft point encores fi mauuaife que l’Anarchie,où il n’y ,(lta forme de Republique,ny perfone quic5mande,ou qùiobeifle. fuyôs ®
doc ces vices là, & faifons chois de la meilleure des trois formes legiti-mes,c’eft à fçauoir de l’eftat légitimé populaire,ou Ariftocratique^ ou f
royal. & affin quele tout (oit mieux elclarci, ie mettray les comoditez,& inc6moditez,de part & d’autre.Premieremét on peut dire que l’eftat ^populaire eft le plus louable,comme celuy qui cherche vne égalité, &: fdroidure en toutes loix,(ans faueur nyacceptio de perfonne:& quire- Mduift les conftitutions ciuiles aux loix de nature:car tout ainfi que natu- Fre n’a point diftribué les richeffes, les eftats, les honneurs aux vns plus ttt
qu’aux autres : aufli leftat populaire tend à ce butlà,d’efgaler tous leshommes.ce qui ne peut eftre fait, finon enefgallant les biens, les hon- uneurs, & la Iuftice à tous, fans priuilege, ny prerogatiue quelconque: ’®come lift Lycurgue apres auoir châgé l’eftat Royal en populaire, bruflé :P(toutes obligations,banni l’or & l’argent, & partagé les terres au fort ef- fe1gahalors il print grâd plaifir,voyât par les champs les tas de gerbes tous «efgaux:& par ce moyen l’auarice des vns retranchee, & l’arrogance des ,*<autres raualee:quifont deux peftes des plus pernicieufes qui Ibyent aux WRepubliques, combien que parce moyen il bannifloit encores les rapi- pnés,larcins,concuflions,calumnies,partialitez,& faôtios,quinepeuuét B>auoir lieu,quand tous font efgaux, & quel’vn ne peut auoir aucun auâ- S)tage fus l’autre. Et s’il eft ainfi que lafocieté humaine ne le peut entrete- ipnir que par amitié:& que la nourrice d’amitié eft l’t qualité,& qu’il n’y a t»point d’equalité hors l eftat populaire,il s’enfuit bié que c’eft laplus bel- Mle forme de Republique qu’o pourroit choifir.En quoy faifant la liberté 'Hnaturelle.& la Iuftice efgale eft toufiours rendue à chacun, fans crainte 4de tyrânie,de cruauté,d’exadlion:& la douceur de la vie fociable à tous T:-femble reduire les hommes à la félicité que nature nous monftré. Mais |tencores
LIVRE SIXIES.ME. <r75encores il y a vn point qui femble fort confiderable, pour monftrer que
leftat pop ulaireeftle plus beau ,1e plus cligne, ôc le plus parfaid : c’cft
qu’il y a toufiours eu és démocraties de plus grands perfonnnges^en
armes, ôc en loix : ôc de plus grands orateurs , lurifconfultes /ar¬
tifans , qu’il n’y a és autres Republiques, 011 la fadion depeudefei-
gncurscntreuxj&'la ialoufie d’honneur dvn Monarque empefche les
fugets de rien attenter de grand. Et qui plus efl, il femble que la vraye
marque de Republique, eft en l’eftatpopulaire feulement : car tout le
peuple ioiiift du bien public, partageant à chacun les biens communs,
les defpoiiilles,Ies loyers,les conqueftes:au lieu que peu de feigneurs en
P Ariftocratie, Ôc vn feul en la Monarchie femble tourner tout le bié pu¬
blic en particulier. Brief s’il ny a rien plus à defirer, que les Magiftrats
foyent obeiffans aux loix, les fugets aux Magiftrats, il femble aufli que
cela foit mieux gardé en leftat populaire, où il n y a que la loy qui foie
dame,ôc maiftreffe de tous. Voila les principaux points qu’on peut dire
pour fouftenir leftat populaire, qui ont beau luftre en apparence, mais
en effed ces raifons femblent aux toiles des araignes, qui font bien fort
fubtiles ôc deliees, ôc toutesfois n’ont pas grande force, Car en premier
lieu,il n’y eut iamais de Republique,où cefte equalité de biens, Ôc d’ho-
neurs fuft gardee,come nous auons monftré cy deffus. quant aux biens Raifonsco-
& quant aux honneurs, on feroit aufli contre la loy de nature, qui a fait traires à l’e-
les vns plus fàges,& plus ingenieux que les autres a aufli ordôné les vns ^at popu-
pourgouuerner,ôc les autres pour obeir.Et quant àla liberté naturelle, laire.
qu’on prefche tant en Peftat populaire, fi elle auoit lieu* il n’y auroit ny
magiftrats,ny loix,ny forme deftat quelconque : ôc neantmoins il n’y a
pas vne forme de Republique, qui ayt tant de loix,tât de magifters,tât
de cotrerolleurs que l’eftat populaire. Et quant au bien public, il efl:
tout certain qu’il n’y a Republique où il foit plus mal gouuerné,que par
lepeuple,comme nous auorismoftré en fon lieu. Mais veut 011 meilleur x inJ.bd
iugement,ou tefmoignage plus digne que celuy de1 Xenophon? le ne Athen.' c cpub“
puis,dit-il,approuuer Peftat des Atheniensrparce qu’ils ont fuiuila for¬
me de République en laquelle toufiours les plus mefehas ont du meil¬
leur,& les hommes d’honneur,& de vertu,fontfouIez aux pieds. Si Xe¬
nophon,qui a efté Pvn des plus grands capitaines de fon aage^ôc qui lors
emporta le prix d’honneur,dauoirheureufementconioint le manimét
des affaires, auecles armes,ôc la philofophie,àfait vn tel iugement de fa
République, qui eftoit la plus populaire, & entre lespopulaires la plus
eftimeeJ& la mieux eftablie,ou pour mieux dire la moins vicieufe, co¬
me ditPlutarque, quel iugement euft-ilfàit des autres Démocraties,ôc
Oçhlocraties?En quoy 1 Macciauel s’eft bien fort mefeonté,de dire que
leftat populaire eftle meilleur: Ôcneatmoinsayât oublié fa premiere o- fiwicsdiàot.M.
pinion,il a tenu en vn autre5 lieu,que pour rcftituer l’Italie en fi liberté, ch**'1 du pnnee*
il faut quil n’y ait qu’vn Prince, ôc de fait, il s’eft efforcé de for-Ll ij
DE LA REPVBLI Q_V E4. fus TùeUuc. mer vn eftat le plus tyrannique dumonde. & en autre 4 lieu ilconfefle
que leftat de Venize eft le plus beau de tous: lequel eft vne pure Ari¬
ftocratie s’il en fut onques: tellement qu’il ne fçait àquoy ie tenir. Si
nous prenonsl’aduisde Platon, nous trouuerons qu’il ablafmé l’eftat
populaire, lappellant vne foire où tout fe vend. Nous auons mef-
me logement'd Ariftote,qui dit que l’eftat populaire ny Ariftocrati-6. que n’eft pas bon, vfant de l'autorité d'Homere,chiyübmxw^.
Leltatpo- pt l’orateur Maximusé Tyrius, tient que la Démocratie eft pernicieu-
pulaire blal fC) blafmant pour cefte caufe l’eftat des Atheniés, Syracufains, Cartha-
me de tous ginois,Ephefiens. Car il eft impoffible, dit Seneque, que celuy plaifc
les grands au peuplc>à qui la vertu plaift. Aufli Phocion,lvn des plus fages, ôc ver-perlonages tueux hommes qui fut onques,eftoit toufiours contraire au peuple, &le peuple à luy:& comme vn iour le peuple trouuaft fon confeil bon, il
fe tourna vers fes compagnons difant, M’eft-il point efchapé quelque
mauuaife opinion?Et comment pourroit vn peuple,c eft a dire vne be¬
lle à plufieurs teftes, fans iugement, ôc fans raifon, rien confeiller debien? Et demander confeil au peuple,comme lonfàifoitanciennementés Republiques populaires, n’eft autre chofe que demander fagefîe aux
furieux. Ce qu’ayant veu Acharnafîs, ôc que les Magiftrats, & anciens
difoyent leur opinion cn pleine affemblee, puis apres le peuple donnoit
fa refolution,il dift qu’en Athènes les fages propofoyent, ôc les fols di-
fpofoyent. & quand ores on pourroit tirer quelque bonne refolution
d’vn peuple, qui eft l’homme fi dcfpourueude fens, qui trouuaft bon
d’efuanter en public le confeil d’vn eftat? eft-ce pas foüiller les chofes
facrees?encores les chofes facrees eftant prophanees peuuent eftre puri-
fiees:mais d’vn cofeil d’affaires concernant l’eftat,qui eft efuenté, il n’en
faut rien efperer,qui ne tourne au dommage,& deshoneurde la Repu-
blique.Et pour cefte caufe principale,l’eftat d’Athenes, de Syracufe, ôc
de Florence eft tombé cn ruine. Ic lailTe les difficultez qu’ily a d’afTem-
bler vn peuple en vn lieu,le defordre qui eft en vne multitude,la variété
Ôc inconftance des gens ramaffez de toutes pieces,. ôc toutesfois s’il nc
plaift au Magiftrat,ny le Sénat,ny le peuple n’eft point affemblé: com¬
me il aduint au confulat de Cefar,lequel pour venir à chefde fes entre-
prifes,ayant eftonnéBibulefon collègue,ne voulut que leScnars’af-
iemblaft, tant que dura fon office. Et fi laplufpart desTnbuns s’enten-
doyent auec le Conful , ny le Sénat, ny le peuple ne fe pouuoit at
fembler: de forte que l’au&orité du Sénat, Ôc la maiefté fouueraine
eftoit par ce moyen afferme à fix ou fept teftes.Et ce pendant,on fçait le
danger qu’il y a de ne pouruoir foudain aux affaires vrgentes. Car par7. t)cmofthen.c5- les l°ix de S°lo 7 ,ôc des8douze tables, il fàlloit par trois fois affembler le
? iaaob iofatur peuple>au parauant que l’ordonance publiée fut receuë. Oril aduenoitfouuet,que le vol dextre d’vn oifeau?ou le cri d’vn rat, ou le mal caduc,
peut eftre de quelque yuroigne,empefchoit l’afféblee, ôc à la moindredenon-
LIVRE SIX I ES ME. C17dation dvn bening augurai, ou l’oppofition dvn Magiftrat tout eftoit
caffé, dequoy 9 Ciceron ôc Caton mefmes fe plaignoient bien fort. scircretim,in-
car la puiflance ôcla faueur des competiteurs.qui eftoyent toufiours en
grand nombre,pour auoir les offices,Ôc ennemis les vns des autres, em- £
pefchoit l’aflemblee du peuple,ou le troubloit quand il eftoit affemblé, Profcripfit Marcel-
ôc les Magiftrats qui eftoyent en charge y tenoyen t la main, pour con-
tinuerleur puiffance : de forte qu’il paffoit quelquesfois vn an tout en- epncioiw rorbu
tier fans faire aucun Magiftrat, comme il aduint quand Pompee le lcntæ,Metdü, re-
Grand fut efleu Conful tout feul. c’eft pourquoy les Grifons, qui tien- rioHfsimæ Piiblij.
nent leftat populairejiies’aflemblent que de deux en deux ans à Coire Aflemblee
pour faire leurs officiers, ou publier nouuelles ordonnances. Or il n’y a ^es Grifons
rien plus dangereux,ny plus contraire à leftat populaire,que foufrir les Je deux, en
Magiftrats continuer longuement en leur charge, comme nous auons deux ans.
monftrécy deflus.Mais il y a bien plus grand danger, quand il eft que¬
ftion de prendre confeil,ôc refolution pour la République , qui eft en
péril extreme. caries Magiftrats ne peuuent rien faire, (ans l’aduis du
peuple, ôc n’eft poffiblede l’aflembler fi toft qu’il eft befoing , ôc les
plus fàges n’ofent rien dire en l’affemblee , craignans la fureur dvn
peuple, quidefeharge toufiours fes fiiutesfusles gouuerneurs: en for¬
te que Philippe 1. Roy de Macedoine, ayant couru, & fou ragé iufques
au pays d’Attique, il n’y eut pas vn Magiftrat qui ofaftaffembler les e- P°Putacce-
ftats, mais le rebut du peuple vint tout effrayé fus la place,ôc ne fe trou- ^0mié au
uaperfonne, dit Demofthene, qui ofaft porter la parole. Et le mefme ^anger.
cas aduint à Florence, quand l’armee doTEmpereur fift les aproches
pourraflieger, à l’inftance du Pape Clement v 11. tout le peuple eftoit
fieftonné, qu’ilne fçauoiten quoy fe refoudre. Car les ordonnances
de Florence vouloyent, que tous les citoyens s’affemblaffent deuant
la maifon de ville, pour deliberer tout haut, fus les articles propofèz
par le grand Magiftrat:alors le peuple eftoit efpcrdu. Ettoutainfique
lenatureld’vn peuple,ditTiteLiue,eft infolent, ôcdefbordéen toute
licence^quand les afairesfe portent bien : auflî eft-il tout foudain raua-
lé, ôcabatud’vne perte,come nous auons monftrécy deuant. Et com¬
ment feroit-il poflîble, que la maiefté fouueraine d’vn eftat fuft con-
feruec en vne multitude guidee par vn Magiftrat, ôc qu’il faut ran¬
ger bien fouuent à coups de bafton ? & in cjua regenda plus pœna>
quam objequium valet, difoit Tite Liue. auflî Phocion, voyant que le
peuple d’Athenes ne vouloit pas luy faire audience, alors il s’eferia, ô
foüetde Corfou, combien tu vaux de talents, qui monftré bren que La fin des e-
la maiefté perift en vn peuple, qui toutesfois eft le feul point, Ôc pi- ^at:s p°pu-
Uot ? lequel la Republique eft fouftenuë. Mais pafTant outre, laites ..eft de
tous ceux qui ont difeouru des eftats font d’accord ,que le butprin- bannir la
cipal, ôc la fin de toutes Republiques, eft de fleurir en honneur ôc vertu.
*78 DE LA REPVBLiqVEvertu : ôc neantmoins leftat populaire eft contraire aux eens fe
bien, car la conferuation d’vneRepublique populaire/i nous fuiuons
l’aduis de Xenophon,eft d’auanceraux offices^ôc benefices les plus vi¬
cieux, & les plus indignés:& fi le peuple eftoit fi mal aduiié de bailler aux
gens vertueux les charges honnorablc-s,&dignitez,il perdroit fapuiflâ-
ce,d’autant que les gens de bien neporteroyétfaueur finon àleurs fem¬
blables,qui font toufiours en fort petit nombre: & les mefehans, & vi¬
cieux, qui font la plufpart du peup’e, feroyent rebutez des honneurs,
feroyent condamnez,& chafle z peu à peu parles luges entiers, ôc in- [
corruptibles, ôc ence faifant les hommes fàges fefaifiroyent de l’eftat,
ôcl’ofteroyentau peuple, ceft.pourquoy le peuple A ihenien, du Xeno-
phon , donnoit audience aux plus mefehans, fçae hant bien qu’ils di- 11
royent chofes plaifàntes, ôc vjilcs aux hommes vicieux , qui font la P
plufpart du peuple. Voila, dit Xenophon, pourquoy ie blafme les A- f
Droit iuge- theniens , d’auoir choifi la forme de Republique la plus v'eieufe de ^
ment de Xe toutes, mais l’ayans choifîe, ie les eftime fort de fe gouuerner en la r(
nophon de forte qu’ils font : c’eft a fçauoir de rebuier, chafler , bannir les ho m-
l’eftat popu nies nobles, fages, ôc vertueux : Ôc aunneer lesimpudens,vicieux, ôc î
Lure. mefehans. car le vicc que tu blafmes fi fort , dit-il , eft la conferua-tion de l’eftat populaire. Et quant à la iuftice, le peuple , dit-il , ne c
s’en foucie aucunement, pourueu qu’il tire profit des iugemens qu’il
vend au plus offrant,ôc qu’il ayt moyen de ruiner les riches,les no- A
bles,les gens de bien , qu’il ha rafle lans caufe, pour la haine capi-
taie qu’il a contre telles gens, du tout contraires à fon humeur natu- [I
rel. c’eft pourquoy la Republique populaire eft la reflource, ôc le re- jfl)
fuge de tous hommes turbulens, mutins, feditieux, bannis, qui don- |ft
lient confeil, confort, ôc aydeau menu peuple, pour ruiner les grands. fc
car quant aux loix on n’y a point d’cfgard, veu qu’en Athènes le vou- |r
loir du peuple eft loy. Voila le iugement que fait Xenophon de la f:
République d’Aihenes , qu’il ditauoit efté la mieux ordonnée de tou- A
tes les Republiques populaires qui fuflent de fon temps, ôc ne vouloit b
qu’on y changeait rien,pour maintenir le peuple en fapuiflànce.Le^u- M
nfconfulte fait femblable iugement de la paillarde, difant que ce n’eft ||(
pas bien fait d auoir abandonné fon honneur: mais ayant perd.i fàhon- te
te, que ce n’eft pas mal fait de tirer tout le profit qu’elle pourra de fon L
meftier. ainfi conclud Xenophon, que leftat populaire ne vaut rien,
mais eftanttel,qu'il£iut pour fa conferuation,bannir des citez populai- ^
restout honneur, ôc veiîu : c’eft a dire que la plus forte tyrannie n’eft 10
Impunité pas fi dangereufe que l’eftar populaire ainfi gouuerné. Mais encores y a L
de vices cn il vne perte plus capitale , des Republiques populaires , c’eft l’im- L
l’eftat po- punité donnee aux mefehans, pourueu qu’ils foycnt citoyens, c’eft ^
pulaire. à dire petits Roys : ôc mefmes en leftat populaire des Romains,il \
L I V R E S I X I E S M E. *75>il eftoit defendu à tous Magiftrats fus la vie 1 , de condamner à
mort naturelle , ou ciuile , ny le priuer de fa liberté , ou droit de
bourgeoifie: nymcfme de batre3 de verges le citoyen Romain. Auffi J"duPeUbSb.
voit'On vn Verrés eftant accufé, attaint, ôc conuaincu d’auoir brigandé, J71fx1^rtia Cicc
voilé,& commis cent mil concuflions, ôc fauxiugemens, eftre quitte roprorabuio
en fortant de Rome,ôc abandonant partie de fes larcins.Et neantmoins jus
on bannifloit Rutilius.Metellus, Coriolanus, les deux freres Scipions, vertyeüx
Ciceron: comme en Athenes on chafla Ariftidc le iufte, Themiftocle [esDI*mourut banni,Miltiade en prifon,Socrate auffi fut executé.Et combien mefchaPs
quePhocion, le plus entier, ôc vertueux homme de fon aage,euft efté
quarâte ôc cinq fois efleu capitaine en chef,fans auoir receu aucun blaf- en i’cfl.aC
me:neantmoinsfansautremét inftruire fon procès,ny celuy de fes co- popuJajrc
paignons,vn harangueur feleua deuantle peuple, ôc demanda s’il leur
plaifoit qu’on fift mourir Phocion,ôc fes compaignons : tousfeleuerét,
fans qu’il en demeuraft vn feul affis, Ôc hauflant la main les condamne-
rent^ôc plufieurs portèrent des chapeaux de fleurs pourles condamner,
fans qu'il y euft efclaue,ny femme,ny eftrangerforclos du iugement4: 4 Piutar.inPho-
quant à moy,dift Phocion,pafle:mais ceuxcy pourquoy mourront ils? clonc-
le peuple forcené refpond,par ce qu’ils font tes amis: ôc furent tous exe-
cutez. Et toutesfois les plus mechâsordinairemét rechapoyencla main
du peuple: quoy voyant Demofthene, ôc quele peuple auoit abfouls
Antiphon,ilpourfuiuit neantmoins,ôclefiftcondamner, ôc depuis e- s PIutarinDc
xecuteràmort, pararreftdes Areopagites, ne fe fouciant; pas du peu-
ple,ôc n’en fut onques reprisrqui monftré bien qu il n’y auoit ny iuftice,
ny maiefté quelconque aux eftats du peuple.Et tout ainfi qu en la Re¬
publique populaire ainfigouuernee,tous eftats font vendus au plus of¬
frant,aufliles magiftrats reuendent endctail, cc qu’ilsontachepté en
gros.Et mefmes en Rome Mariusofi bié faire porter des minots pleins
d’argent *pour achapterles voix du peuple. Pompee fift le femblable. 6 PIutar-InMano-
Aufli c’eft chofe incroyable des concuflions quifefaifoycnt en plein 7.ciccro.Pro dùg-
iugemét,& en veüe d’vn 7 chacun,iufques à là que Stratocles,Ôc Demo- î^,!“ adatdcum
clides Atheniens,lors quMs prenoyentpofleffion de leurs offices,allons cPift°i
difoyent ils,à la moiflon d’or.Et fi les eftats, Ôc la iuftice eftoyent fi in-
dignement vendus eh ces deux grades Republiques, enrichies delade-
poüille des autres peuples,que doibt on iuger des eftats populaires, où
Iepeupleeft indigent? Nousauonsl’exemple desMagarenfes lefquels Eftatpopu-
ayant chafle leur Prince Theagenes, eftablirët vn eftat populaire fi de- laire dé¬
bordé,qu’il eftoit licite aux pauures d’aller viure en iamaifô des riches, bordé en
comme dit Platon. Mais ceux là qui font tant d’eftime de Peftat popu- toute Iicen-
laire des Romains,fedebueroyent mettre deuant les yeux les feditions, ce.& guerres ciuiles,qui ont toufiours agité ce peuple là : ôc fe reprefenter
tantoft le peuple d’vn cofté en vne montaigne,ôc la nobleffe d’autre co-
fte,diuifez par trois fois : tantoft vn Tribun Saturnin auec fa troupe deLl iiij
68o DE LA REPVBLIQVEgensramaffez,efclaues,Partifans,armez de baftons,ôc depierresvc-
nir en pleine afTemblee du peuple, ôc chafler la plus fàine partie,ôc tuer
celuy qui auoit emporté le Confulat â la voix du peuple. Qm neftoit
pas chofe nouuellc.-car les competiteurs venoyent ordinairemét armez-
foubs la toge,ôc bien accompaignez:Nous auons veu vdifoit Ciceron,
fort fouuent en pleine afTemblee des eftats, les coups de pierre ruez de
tous coftez,& les efpees aufli tirees,non pas fî fouuet,mais neantmoins
trop fouuent.Brief qu’on face recherche de toutes les Republiques po¬
pulaires qui furent onques, on trouuera qu elles ont prefque toufiours
euguerre^ou à l’ennemi,ou a leur eftat,ou bié qu’elles ont efté gouuer-
ncesen apparence par le peuple, ôceneffe&par quelques vns des ci¬
toyens,ou du plus fage d’entre eux,qui tenoit lieu de Prince, & de mo¬
narque. Tandis que la Republique d’Athenes fut belle, ôc fleuriffante,
elle futgouuerneeparleSenat des Areopagites:&lors que leurpuiflan-
ce fut retranchee,Periclcs,dit Thucidide, eftoit vray Monarque d’icel-
Pericle ÔC ^e>ores qu’en apparence elle fuft populaire.Et Pierre Soderin, en la ha-
Laurens de ranguequ ^fifl; au peuple de Florence pour changer l’eftat,dift que du
Medicis temPs de Laurens de Medicis, la Republique en apparence eftoit po-
mona es pulaire, ôc eneffed: vne pure tyrannie: parce que Laurens gouuernoit
d’Athenes tout feu^mais ^ ne dit pas quelle ne fut onques plus fleuriflante, ôc que
Ôc de Floré- au Parauant » auoyent iamais eu dix ans de relafche,des feditions,&
cc fadions les plus fanglantes quifurent onques en Republique 8du mon-8 Macciaud.cn de. Auflî pouuons nous dire, que l’eftat populaire des Romains a efté
rhiftoire de Flore- niajntenu par JeSenat, & lauthorité d’iceluy fouftenuepar vnMane-
nius Agrippa, vn Camil, vn Papirius Curfor, vn Fabius Maximus, vn
Scipion,vn Caton,vn Scaurus,quiretenoyentlafplendeur du Sénat,ôc
feruoiëtau peuple de frein, pourlerefTerreraucunemét entre les barrie-
rûb"vmbra Scîpio- res d’onneur5 .Ainfi lifons nous quePelopidas,ôc Epamynodas eftoient
msvrbem terra- comme feigneurs de l eftat populaire des Thebains9 : apres la mortrum dominam la- , . O y r • r \ ■ » -1 • i r • n -1tere:nmus cms ^ defquels, le peuple lentit loudain qu il auoit perdu les mailtre-pilotes:
pro^puiuX'm comme il aduint en cas parcilaux Atheniens,apres la mortde Pericles,5jHutar.inPclo- ’ alors,dit Plutarque,, le peuple flotoit comme vn nauirefans gouuer-
pîd nail:&commc chacun vouluftgouuerner,Ies vns faire voile, les autreslLTmPm- furgir au port, l’orage furuint, dit Polybe, qui fift périr le'nauire. Et
L’eftat po- combien que les Atheniens apres auoir perdu la fouueraineté de la
pulaire co- Grcce gouuernerent leur ville, & territoire populairement, fi eft-ce
feruépar vn queDemofthene difoit haut,& clair deuant le peuple, que l’cftat d’A-
petit nom- thenes, eftoit (oubs la puiflance des orateurs,& harangueurs defquels
bredefages dependoyent les capitaines, quiauoyent pourle plus trois cens hom¬
mes apoftez, pour faire paffer tout ce qu’ils vouloyent a prix d argent,
maladie commune, dit Plutarque,à toute Republique populaire: & de
celle de Tarente difoit vnAmbaflàdeur, Inpoteflate iuniorumplebem, in
manuplchis rem Tarentinam ejje. E t fus le déclin de leftat pop ulaire en Ro-
LIVRE SI XI ES ME. sBtme,Craflus,Cæ£ir,&Pompee,qu’on appelloitlaTriple-tefte, gouuer-
noyent,&tenoyent.tout le Sénat,&le peuple en leur puiffance:mais lesdeuxeftans.tuez, le troifiefme s’en fift feigneurabfolu. Ainfi voit-on
quel’eftat populaire ne peut fubfifter,s’il n’a de fages pilotes : & neant¬
moins laifTâcle gouuernail aux plus accorts, ils s’en font toufiours mai¬
ftres,& le peuple ne fert que de mafque. Mais dira quelqu vn, voit-on
pas les feigneurs des ligues auoir eftabli vn bel eftat populaire,& conti¬
nué le gouuernementd’iceluy plus de trois cens cinquante ans ? &par
ce moyen s‘eftreguarentiz,non feulemét de la tyrannie,ains aufli auoir
donné la chalfe aux tyrans deleursvoilîns?Ilyadouble refponfe, pre¬
mièrement le pays,& le naturel du peuple,qui n’a rien d’ambition, eft
conuenable à l’eftat populaire,commet'ay die cy deffus. en fécond lieu
les plus quereleux & mutinss’en vont au feruice des Princes eftrâçers:& le furplus du menu peuple doux,& facile à manier, n’a pas grâdïoin
de leftat. dauantage tous les feigneurs des ligues & Republiques popu¬
laires,(ont entrez en alliance offcnfiuc,& defènliue, Sc s’entretiennent
contre la puiflance desMonarques, commefaifoyentanciennement
les Athenies, & Thebains. En outre le fondemet de leur eftat populai¬
re,fut bafti,& cimenté du fang de lanoblefle, & des plus riches. Et non
feulement les feigneursdes ligues,ains auflî ceux de Straft>ourg,Syenne
Lyndavv,Gennes,Florence, pour eftablir vne IibertépopulairCjtuerét
ou chaflerent toute la nobleffe, comme ils ont faiten plufieurs villes
d’Almaigne. Encores ceux de Florence, apres auoir depefché les gen¬
tils-hommes, le diuiferent en trois fictions des grands, moyens, & po¬
pulace^ commelesgrands entrerent en faâion, & s’entretuerent, les
moyens fe vouloyent preualoir, & s’acharnèrent fi bien les vns contre
les autres,que tourelaville n’eftoit que fang,& feu, ô^necefferent’ de ft“:.nIhi'
tuer, & brufler, iufquesacequelaracaille, & rebut du peuple print le Couftume
gouuernementi&en auoyent toufiours aux plus grands,qui tranchent deStraf
des gentils- homes,quâd ils ont trainé vne efpee, ou monté à vn degré bourg,
d honneur.en quelque Republique que ce foit, ou qu’ils ont acquis du L’eftat po:
bié plufque les autres. Qui eft la caufe que ceux de Strafbourg ayât tué pulaire tédf
toute la nobleffe,ordônerent que ccluy qui voudroit eftre grâd Bur»o- à commu-
maiftre, verifiroit que fon ayeul eftoitlaboureur, arcifâ,ou boucherou nauté de
de coditioféblable. Et les anciés pour affeurer les eftats populaires,s’ef- toutes cho-
rorceoyét d’eigaler tous les cytoyés en bienSjenhôneurs,en puiffance, Tes.
en loyers:& s’il y auoit quelqu’vn plus vertueux,plus iufte,plus fage que
es autres. On lebanniffoit, comme nous auons monftré cy deuant:
voulant faire tout vn,autant qu’il feroit poflible, & mefmes Platon fut
bien d’aduis queles femmes &en£ms fuflent auflî communs à touts:*1”® perfonne ne peuft dire,cecy eft mien,cela eft tiemcar ces deux
root , it-il,{ont caufe de troubler, Sc renuerfer toutes les Républiques.Uont il refaite de grandesabfurditez:parcequenceftifant,lacité,fer-
DELA REPVBLIQVEruine, ôc deuient maifon, comme difoit Ariftote : combien qnela mai-
fon,ou famille,qui eft la vraye image de la Republique, n’a qu vn chef:ç .m ôc pour cefte caufe, vn ancien legillateur importuné de quelqu’vn deî,fl C faire leftat populaire en fon pays,fay le, dift-il en ta maifon. Et s’ils di-
A IT'0 ^ent qLîe c’eft chofe belle, d’vnir tellement les citoyens,ôc la cité,qu'on
ce a epu- en facc vnc maifon, ôc de la Republique vne famille, il faut donc ofter
1^UC* la pluralité de chefs,qui eft en l’eftat populaire,pou r eftablir vn monar¬
que,comme vray pere de famille: ôc trancher cefte equalité de biens,de
puiflance,d’honneur, de commandement, quon veut faire en l’cftac
populaire,attendu que tout cela eft incompatiole en la famille.Mais le
nf î P'L1S granc* inconuenient eft, qu’en oftant ces deux mots tien ôc
: a, m i e n , On ruine les fondehiens de toutes Republiques,qui font prin-
p ro p lie te c]pa[ement eftablies pour rendre à chacun ce quil luy appartient, ôc
des bies, on jcg,n(jrc jc ]arc jn jCOmme il eft porté par la loy de Dieu, qui a diferte-
ruine es mcm y0UlUjqUe la propriété des biens fuft gardee à chacun, ôcne faut
Repu i- pas dire que natureafaictouteschofescommunesicarlaloy delamere
clues* n eft point contraire au commandement du pere,comme dit Salomo,
figurant par allegorie,les commandemens de Dieu,ôc la loy de nature.
Et la vraye liberté populaire, ne gift en autre chofe,finon à ioüir de fes
biens en feureté, ôc ne craindrc quon face tort à l’honneur, ny à la vie
de fov,de fil femme,ny de fa famille,ce queles voleurs mefmes s’effor¬
cent de tarder. Et quant à la puiffance de commander, que les hom¬
mes populaires veulent efgaler, il y a moins encores d’apparence que
aux biens, car la fageffe ôc prudence,n’eft pas efgalementdoneeàtous
œ ôc faut par neceflité choifir en l’eftat populaire des plus fuffifans magj-
La lagefle fl.rats p0urc0mmander,&dillribuer la iuftice. Et qui plus eft,où il ny
n eft pasel- af0rtncaücimede fouueraineté,ny de République, le peuple efteon-
gale en tous trainC faite vn Magiftrat,ou capitaine pour commander, ôc faire iu-
pour taire ftice;commeeiVAfriqueaupays deGuzu]a,ouil n’y anyRoy, nyfor-
part atouts meqUe[conqUe de Republique, le peuple aux iours de foire eflift vn
des eftats Ôc c icaine p0Ur faire iuftice, ôcaffeurer le coursdela trafique: ôc aux
0LeondSÂfri ac ftontieres du Royaume de Fez les habitans de la montaigne deMa-
Reieledes gnan,qui n’ont point auflî de forme de République, arreftent les pat
eftats po- fans par force,pour receuoir deux iuftice '.Orlamaximc des eftats po¬
pulaires pulaires eft,quand les perfonnes font efgales, pour fouftenirla charge* qui feprefente, de geter au fort : ôc fi lvn pafle l’autre, de faire chois du
plus fuffifant.Et qui eft celuy qui ne cognoift à veue d’œil, qu’entre les
hommes il y en a qui ont moins de iugement que les beftes brutes?&
d’autres ouïes marques delalumiere diuine eft fî claire,qu ilsfemblét
pluftoft Anges que hommes ? ôc neantmoins ceux qui cherchent re¬
qualité,veulent qu’on baille au&orité fouueraine de la vie,de 1 honeur,
ôc des biens aux furieux,aux ignorans,aux infenfez,auflî bien que aux
hommes fages,ôc bien entendus, car les voix en toute afTemblee, font
D comptées,
LIVRE SI XI ES ME. 683comptees,fans les poizer:& toufiours le nombre des fols,des mefehans
& ignorans,eft dix fois plus grand que des gens de bien.Combien qu’il
y a vne raifon naturelle,qui nous monftré que ^qualité qu’ils cherchét
ruine les fondemens d’amitié,veu qu’il n’y a iamais de querelles, & ini-
mitiez plus grandes,qu’entre ceux là qui font efgaux,foit pour fupedi-
ter l’vn l’autre : foit pour ce que l’vnfe peut pafl'er de l'autre. Et femble
que Dieu adiftribué fes biés& fes grâces aux pays, &aux peuples par
telle mefure,qu’il n’y a perfonne qui n’aye affaire d’autruy,affin que par
les biensfaits,&plaifirs mutuels,chacun peuple en particulier, & touts
en général, foyent contraints de traiter alliances, &amitiez entr’eux.
comme ilfe voit au corps humain, quieft la figure delà Republique
bien ordonnée,il n’y a membre quine donne, &reçoiue fecours desautres: & ccluy qui femble eftre le plus oifif, digere la nourriture à tous
les autres:côme dift ce fage Senateur Romain au menu peuple, qui s’e-
ftoit départi de la nobleffe, &fe vouloit efgaler à icelle en puiffance, & t. ,
authorité.I’ay bien voulu vfer de c’eft exemple,& monftrer au doigt,& C(^u.a.*teàl’œilles inconueniens quifuiuentl’eftatpopuIaire:affin de reduireàla "amiue^raifon ceux-là,qui s’efforcent de fouftraire les fugets de l’obeiflâncede sot.j"com'
leur Prince naturel, pour vnefauffeefperancedeliberté qu’on leurdô- Patlbles-
ne,eftabliffâtles Republiques enferme populairer-qui n’eft autre chofe
en effe£t,que la plus pernicieufe tyrannie qu’on puiffe imaginer, fi elle
n’eft gouuernee par gens fages,& vertueux,qui manient le gouuernail,
comme ceux que i’ay dit. C’eft pourquoy entre lesfeigneurs des ligues,
ceux qui mieux font policez,iaçoit qu’ils ayent eftablila forme de Ré¬
publique populaire, fegouuernent neantmoins Ariftocratiquement,
ayant deux, ou trois confeils, affin que le peuple ne s’entremelle des
affaires d’eftat, que le moins qu’il fera poftîble : & ne s’affemblent
gueres que par quartiers, ou paroiffes, ou fchaffes, comme faifoyent
anciennement les habitans de Mantinee Republique popuIaire,crai-
gnansles tumultes & rebellions quiaduiennentordinairemét quand
ils font enfemble , Mais puis qu’il n’eft pas enla puiffance des bons
citoyens , & fàges politiques de changer l’eftat populaire en mo-
narchiede principal fondement de leftat populaire gift à garder eftroi-
tement les edits & ordonnances, car d’autant quel’eftat populaire eft
eftabn contre le cours,& ordre de nature, laquelle donne le comman-
dementaux plus fages, chofe incompatible au peuple: filepeuplequi
ne receuoit commandement,n’a de bonnes loix & ordonnances deuàt
les yeux,comme flambeaux pour le guider, l’eftat fera bien toft renuer-
le. C’eft pourquoy les feigneurs des ligues gardent eftroitement les e-
dits,&ordonnances:autrement leur eftat n’euftpasduréfilonguemét.& tout ainfi que les hommes foibles,&floüets tombent fouuent en ma-
ft M JllS ,delaiffent leur dicte & rciglemcnt ordonné du medecin : ainfi
c de leftat populaire s’il delaiffe à garder lesloix, & ordonnances.
*84 LA REPVBLIQ^VEVoila quelques raifonss pour payer ceux qui ne fe contentent pas , que
les plus grands perfonnages qui forent onques, ont reprouué leftat po-
Raifos pour pulaire.Voyos fi l’Ariftocratie eft meilleure que les autres, comme plu-
l’eftat Ari- fleurs font d’aduis, Car s'il eft ainfi qu’en toutes chofes la médiocrité
ftocratique eft louable, ôc quil faut fuir les extremitez vicieufes,il s’enfuit bien que
ces deux extremitez vicieufes eftant regetees,il fe faudra tenir au moyé
quieft FAriftocratie,où certain nombre des plus apparens entre vn, ôc
tous, a la feigneurie fouuerainexomme s’il y a dix mil citoyens, qu’on
face chois de centrqüiferaiuftementle nombre proportioné entre vn,
ôc dixmib&croiftre ou diminuer le nombre, félon la multitude des
fugets:en quoy £aifant,on tiendrala médiocrité loüable, ôedefiree en¬
tre la monarchie,ôc la Démocratie. Il y a vn autre argument qui n’a pas
moins d’efficace, pourmonftrer quel’eftat Ariftocratique eft le meil¬
leur de tous:c’eft que la puiflance de commander en fouueraineté,doic
eftre baillee par raifon naturelle aux plus dignesror la dignité ne peut e-
ftre qu’en vertu,ou en nobleffe, ou en biens:ou es trois cnfemble:fi do-
queson veut choifir l’vn des trois,ou conioindre les trois enfemble l’e-
ftat fera tou fiours A riftocratique-.car les nobles, les richesses fages, les
vaillâs homes,font toufiours la moindre partie des citoyés enqlquelieu
que ce foit5ilfaut donc par raifon naturelle, que la feigneurie foit Ari¬
ftocratique , quand plufieurs des citoyes,ou la moindre partie d’iceux
Legouuer- tient l’eftat:ou proprement quand les plus gés de bien feulement y font
nemét d’v- receus.Encores peut on dire que la fouueraineté doibt eftre bailleeaux
ne Repu- P^us riches feulement:comme aceux qui plus ont d intereft ala confer-
blique doit uation de toute la Republique,or il eft certain queles plus riches y ont
eftre baillé PlüS dmtereft, ioint aufli qu’ils portent plus grande charge que les pau-
àceux qui ures,lefquels n’ayant queperdre quittentla feigneurieau befoin. Qui
plus ont fut la feule occafio que Qjlaminius'laifla la feigneurie aux plus riches
d’intereft à és villes de Theffalie,comme à ceux dift-il, qui auoyent plus d’intereft
lacoferua- à la conferuation de l’eftat.Dauantage, il femble que la neceflité nous
tion d’ice- guide à leftat Ariftocratique: carcombien qu’en l’eftat populaire, ôc
juy en la monarchie le monarque,ou le peuple en apparence ayentlafou-ueraineté, fi eft-ce en effed: qu’ils font contraints de laiffer le gouuer-
nementau fenatjOii confeil priué, qui délibéré de grandes affaires: de
forte que ceft toufiours Ariftocratie. ôc file monarque, ou le peuple
fontfimal aduifez defegouucrner autrement,que par vn fage confeil,
il ne faut rie attendre que la ruine ineuitable de 1 eftat. le laifle les autres
raifons moins neceflaires, qu’vn chacun peut iuger.pour conclure que
l’A riftocratie eft la plus loüable Republique.Et neantmoins ie di, que
toutes enfemble ne font pas fuffifantes, Car quat a la médiocrité loüa¬
ble qu’on cherche,elle n eft pas reelle,pour diuifer les chofes par moitié
Ôc mefmes aux vertus elle ne gift qu’en raifon, comme tous lesPhilo-
fophes font d’accord.Or le moyen qu’on cherche entre yn,& tous ,eft6. Liuius lib.34.
LIVRE S IX I ES ME. 6S$rccl : & qui nc fera iamais femblable,veu qu’il y a des citez qui nont pas
mil citoyens,les autres en ont plus de trois cens mil : de forte que f eftat
Ariftocratique fera toufiours muable, Ô: variable pour le nombre in¬
certain. ôc aduiendra qu’vne grande feigneurie Ariftocratique, aura
plus de feigneurs, que leftat populaire d’vne petite ville n’aura de ci¬
toyens, ôc par confequence neceffaire, les inconueniens que nous auos
déduits en leftat populaire, feront auffi en l’eftat Ariftocratique, pour ■la multitude desfeigneurs. carplus il y aura de gouuerneurs, & plus y Lcs Anfto-
aurade fa&ions,&les délibérations feront plus difficiles à refoudre, & cratles- Swi
pluftoft euentees. Ceft pourquoy les feigneuries Ariftocratiques ont ™01I1S0nt:
efté beaucoup plus durables, ôc plus affeurees, qui moins ont eu de fei- de *cl"
gneurs,comme les Lacedemoniens auec x x x. feigneurs, ôc les Pharfâ- gncu^s i°nt
liens auec vne vintaine, ontlonguement entretenu leur feigneurie : ôc Plüs ^ura"
les autres ne l’ont pas fait longue. Ce nVftdoncpas lenombremoyen bie^*
entre vn,ôctous,qui faitla médiocritélouable:veu mefmement qu’il y tenatna,
aautant de fortes de Republiques vicieufes, comme ilyena deloüa- 4 aduis.
bies. Quant à l’autre point, qu’il faut bailler la fouueraineté aux plus
dignes,celà eft bien vray : mais ceft argument fait pluspour la monar¬
chie, que pourl’Ariftocratiercar entre lesplus.nobles, ou les plus fàges,
ou les plus riches, ou lesplus vaillans, il y en a toufiours quelquVnqui
furpaffe les autres:auquel la fouueraineté, par mefme argument, feroit
deüe: caril eft impoflible de les trouuer égaux en tout, ôc partout. Et
quant ali fenat, nous auons monftré qu’il n’a aucune puiflance de
commander en quelque eftat que ce foit:autremcntilperd le nom,&
la marque de Sénat,qui nefteftabli quepour donner aduis àceux qui
ontla fouueraineté,aufquels apartientla refolution,& decifiondu fo-
feil.Toutesfois Platon auoit encores vn autre argument pourl’eftatAri- ^ argumét
ftocratique,difant qu’il eftoit mal aifé de trouuer vn homme fi fàge,Ôe de Platon
fî vertueux quil fout, pour gouuerner vn eftat: ôcparainfiquelamo- captieux. ,
narchie n’eftoit pas feure:mais on peut vfer defemblableargument
contre luy : car s’il eft mal aifé de trouuer vn fi fage Prince qu’il defire,
comment pourroit on en trouuer vn grand nombre, qu’il faut en vne L’eftat de
feigneurie?Et défait Pierre Soderin Confalonier, parlant au peuple de peu de fei-
Florence,contre leftat Ariftocratique,vfa du mefme argument que fit gneurs eft
Mecenas deuant Augufte contre Marc Agrippa, difant que leftat de l’eftatde
peu de feigneurs,eft leftat de peu detyrans:&qu’ilvaudroitmieuxen peu dety-
tout euenement n auoir qu’vn tyran. Car fi on veut dire qu’entre rans.
plufieurs,il y en aura peut eftre quelque nombre de gens de bien: on
doibt donc pluftoft choifir leftat populaire , d’autant qu’en plus
grand nombre il s’en trouuera plus de vertueux qu’en vn petit nobre.Mais l’vn & l’autre eft inutile , car en toutes feigneuries Ariftocrati¬
ques,ôc populaires,comme en tous corps ô: collèges,la plus grade par¬
tie,emporte toufiours la plus faine^ôc la meilleure:& plus y a d’hômes*• Mm
?8<r DE LA REPVBLIQJ’emoins a d’effeâla vertu,la fageffeja prudence : toutainfi qu’vn peu de
en vn Iac Perd fa force.-en forte que les gens de bien, feront toufiours
En tous vaincus en nombre,par ceux quiferont les plus vicieux, & ambitieux:
corps,eftats & pourvntyranjilyen auracent, qui empefcherontlesrefolutions de
ôc collèges, 1 moindre,& plus faine parciercomme il s’eft veu toufiours,tant és die-
le plus grâd tevs ^cs cercles d Almaigne, que pareillement és diettes Impériales
nombre ou - Princes Spirituels de 1 Empire,pour eftre en plus grand nombre*
Temporte. ont tc*ufiours empefche les Princes temporels,en forte que l’Empcreur
Charle v.obtint *par leur moy é,quel’ Empire fe declaira ennemi delà
Les Princes maifon deFrance ce qui iamais n’auoiteftéveu,affin queles Princes té-
jpirituelsde porels, n’euffent aucune efperance du fecours de France en leur necef-
1 Empire fité,en laquelle toft apres ils tÔberent.Et pour le faire court, on a tout
lont en plus iours veu que plus il y a de teftes en vne feigneurie, plus y a de difputes
grad nom- &: moins de refolution.C’eft pourquoy la feigneurie de Venize, pour
bre. obuier aux inconueniens que i’ay dift, laiffe manier toutes les affairesd’eftat par vne douzaine de perfonnes,&le plus (ouuentparles fept:&
principalement pour tenir les affaires fecrettes,enquoy giftlefalut, ÔC
conferuation dvn eftat. Toutesfois pofons le cas quele confeil priué
cn 1 Ariftocratie foit fi fecret, qu’il n’en foit rien euenté : fi eft-ce chofe
bien difficile a peu de feigneurs, de maintenir leur eftat,contre tout vn
peuple,qui n’a part aucune aux eftats honnorables.-attendu m efmeméc
que les feigneurs mefprifent ordinairementle populace, ôc queles pau¬
mes ont toufiours hayne capitale contre les grands: tellement que pour
la moindre fedition des feigneurs entre eux,qui eft ineuitable s’ils font
L occafion gensdefait& aguerris,le plus fafcheux, ôc ambitieux fe retire au peu-
qui plus a m*nel Ariftocratie: quieft l’occafionquiplus arenuerfé de fei-ruine d’A- gneurics>comme iay monftré cy deuant,des feigneuries de Gènes,Sié-
riftocraties ne^^orence>Cou*ongne> Strafbourg,Lindavve,& des anciensPhocé-
P t 11 * ^es,Samicn^Trczeniens^rnP^iP°lytcs>Corcyreans)Cindiens,Mity-
crainte^ C ^en^etls»^e^:^n^es;01'1 P°Pll'ace a chaffe,bâni,tué,pillé les feigneurs*
defiace des Et quelque bonc ga.rde qu'ils faccnt, fi eft-ce quils viucnt toufiours cn
. defiance:&quelquesfois en telle cruauté,qu’ils n’ofcnts’affemblerfinoenfeftu5 011 ^ortere^es : comme en la ville de Benizenece fituee au Royaume de
Ariftocra cn barbarie,qui eft foubs le gouuernemét de peu de feigneursqui fe tiennent tous en la fortereffe craignans que le peuple ne fegette
tique. CUXjOU quc l’vll Jes feigneurs ne tue fes compaignons. ôc mefineleshabitans de Millet,apres auoir chaffé les deux tyrans s’atacherent cruel¬
lement entre eux, les grands contre le menu peuple, & en fin les riches
ayant vaincu les pauures eftablirét vne feigneurie Ariftocratique,mais
ils viuoyét cn telle crainte,ôc defiance,qu'ils motoyent és nauires, pour
tenir le confeil,craignât,dit Plutarque,d’eftre furpris,ôc tuez par le peu¬
ple: comme furent les feigneurs des Samiens, qui furent tous maffacrez
parle peuple lors qu’ils tenoyenteofeil. Et en cefte crainte les feigneurs
n ofent aguerrir, ny armer le peuple :•& ne peuuent aller en guerre,
LIVRE SI XI ES ME. <^7quils ne foycnt au hazard de perdre l’eftat, s’ils perdent vne bataille:Ôc nefe peuuent auffi affeurer des eftrangers ,craignans qu’ils foyent
par eux défaits. Aufquels dangers l’eftat populaire n’eft pas fuget,ayant
chacun part à i’eftat.Doncques la feigneurie Ariftocratique,non feule¬
ment eft en danger des ennemis eftrangers, ains aufli du peuple , qu’il
faut contenter, ou retenir parforce:de le contenter (ans luy faire part
des eftats, il eft bien difficile: Ôc impoffible de le receuoir aux charges
honorables,fas chager leftat Ariftocratique en populaire.de le retenir
parforce,ce n’eft pas chofe feure,quand ores il fe pourroit faire:car c’eft
entrer ouuertement en crainte, &defiance deceux qu’il faut gaigner
parbiensfaits, & amitié, autrement la moindre guerre des eftrangers
contre la feigneurie,ou des feigneurs entre eux, fera que le peuple pre-
dra les armes,pour fecouer le ioug. C’eft pourquoy les Venitiens, pour
maintenir leur eftat Ariftocratique, font part au peuple de quelques
menus offices,ôc contra&ent alliances auec eux, ôc empruntent d’eux
pour les obliger à maintenir l’eftat,ôc les defarmentdu tout: ôc affin de
les rendre plus doux, ôcployables, ils leur donnent pleine liberté, en
toutes fortes deplaifirs: ôc donnent quelquesfois droit de bourgeoise
aux plus riches citadins: ôc s’ils ont guerre contre l’eftranger, ils ap- Les moy és
pointentbien toft à quelque prix quece foit: ôc fur tout ils s’efforcent qui onteô-
d’eftaindre foudain les partialitez, ôc haynes, entre leurs gentils-hom- ferué leftat
mes: qui fait que les riches eny urez de plaifirs, ôc les pauures ay as moye de Venize.
de traffiquer, ôc s’exercer en tous arts mechaniques, auec la com¬
modité du lieu maritime, ôc fortereffe naturelle, n’ont pas grande oc¬
cafion, ôc moins encores de puiflance de fe rebeller. Voila les moyens
qui ont principalement maintenu leur eftat, ôc non pas la nature
de l’Ariftocratie, comme plufieurs penfent. Et combien que la nature
du lieu de Venize,l’humeur du peuplera prudence des feigneurs,ôc les
loix font propres à l’eftat Ariftocratique, fi eft-ce qu’il n’y a pas plus de
quatre censans qu’ils ontinftitué cefte forme de Republique, Ôc neant¬
moins ils n’ontpeu euiter plufieurs guerres ciuiles, ôc feditions Bocho-
niénes,Faleriénes,Tepoliénes, Baiamotaines, ôc les fa&ios cruelles des
Iuftiniens,des Sceuoles,Seliens,Baffiens, les meurtres de dixhuit Ducs,Scdegrand nobre de Senateurs, qu’on peut voir en leurs hiftoires. Enquoy s’eft abuzé Paul loue,qui tient que l’eftat des Venitiés a duré huitcensans, ôc plus encores Paul Manuce ôc du Moulin qui mettent x 11.cens ans:car il s’eft bien vérifié 5 par les regiftres anciés de leur feierneu-rie, qu’au parauant SebaftienCian Duc de Venize l’an m. c. lxxv. ce- de^R^^cftoitvne vraye monarchie: Ôc neâtmoins il n’y a iamais eu Ariftocratie, dcVcmzc-dontnous ayos cognoiffance, quiayt tant duré,ains la plufpartont bietoft changé en cruelles tyrânies,ou Démocraties fanguinaires, commcnous auons monftré en fon lieu. Et pour mieux le cognoiftre à veued œil, ie mettray pour exéple nouueau l’eftat de Gennes, auquel ayantMm ij
688 DELA REPVBLIQJEeu paix auec.les Veniticns,par le moyen de la prote&ion de France toft
api es les Ad ornes , &Fregofes diuifcrent la feigneurie, qui lors eftoit
Ariftocratique en deux fanions, dont ils en enfuiuit plufieurs meur¬
tres des principaux cn forte que le menu peuple print les armes,fecoüa4 l’an I/o* ^ ioü^5 & ^lafeigMuricaux gentils-hommes: & par fucceflion de
L’eftat de cemPs 4 vne ordonance, par laquelle nul ne pou uoit eftre Duc de Gen-
Gennes, Ôc nes>quinefuft roturier.Ôc depuisonpubliavneautre ordonnance, qui
changemét de&ncIoit qüe ^es gentils-hommes enflent plus delà tierce partie des
diceluy. autres offices. & toft apres pour quelque fedition le peuple chafladutout la nobleffe,elifimt huit Tribuns, ôc apres s eftre exéptez de la pro- 1te&ion de France, ilefleut pour Duc vnTainturier, quele Roy Loüys Iexii.fîftpendre, ayant repris la ville, mais depuis que André Doriefe F
fat reuolté,& qu’il pouuoit difpofer de la Republique à fon plaifir,ilfiftchois de tous ceux qui auoyent fix maifons en la ville, & de quelques ^autres de nom, Ôc démarqué, qui n’eftoyent pas fi riches, & diftribua îtous ceux la en xxvm.lignees,qu’ils appelloy ent Alberghi, leur don- Clnaht qualité de nobleffe , ôc le gouuernement de la feigneurie,& en de- Pbouta la refte du peuple,faut àfaire par chacun an dix roturiers nobles, :ttÔc les receuoir au nombre des feigneurs : ce qui ne fut pas toutesfois bié Pexecuté:en forte que de quatre vingt mil citoyens, qu’ils pouuoyente- «ftre,iln’y en auoit que douze cens, ou enuiron, qui euffent part à leftat: Fôc de ce nombre il fut ordonné,que par chacun an il s’en feroit vn grand ;Kconfeil de quatre cens, qui efliroyent le Duc > ôc les huit gouuerneurs, iquon appelle lafeigneurie, pour manier toutes les affaires deftat, en jfldeux ans qu’ils feroyent en charge:horfrnis, fi la chofe eftoit de grande f(importance,d’aflembler le Sénat de cent gentils-hommes. Et quant au PDuc,il ne pouuoit eftre efleu que des plus nobles familles,auec la garde Pde cinq cens Lanfquenets: outre le général de larmee, & les quarante lilicenteniers. le laifle les autres officiers, comme les procureurs delafei- -faigneurie,le podeftat,Ia rote, les fept iuges extraordinaires, les cinq fyn- Jbdics, les cenfeurs, ôcles officiers delà maifon faind Georges. L’eftat fei- jmcgiieurialaduré en cefte forte xliiii. ans, foubslaprote&ion de la mai- jtnfon d’Auftriche, depuis l’an m.d.xxvm. iufques à l’an m.d. xlix. que CoIeanFlifco eftant efleu Duc de Gennes apres Benedi£t Gentil, voti- Itplut perpetuer fa puiflance, & pour y paruenir il s’efforcea de remettre \xlafeigneurie de Gennes foubs la couronne de France, ayant ja défait !iflarmee de André Dorie , ôc tué fon nepueu : il tomba en la mer &0voulant fauter d’vne galere en l’autre : qui fut caufe de rompre fes Ldefleins. Depuis la feigneurie a repris la forme eftablie par André k
Dorie , ôi continué iufques à l’an m.d. lxxiiii. quelle a eftédiuifee en deux fadHons l’vne des anciens , l’autre des nouueaux L
gentils-hommes,qui font encores en guerres ciuiles, ôc les anciens, fe■ voyans L
LIVRE SIXIESME. *8*voyans chaflez des nouueaux,fe font faifis des lieux,& fortereffes hors
la ville: de font en danger de ruiner du tout, ou du moins retomber en
leftat populaire,comme ils firent l’an M. d. vi.La feditioneft aduenuë
pour la qualité de noblefie:car apres que André Dorie eut eftabli la fei-
gneurie,comme i’ay dit, Se clos l’entree du Duché de Gennes aux.ro-
turiersdes nobles des anciennes maifons (quin*eftoyent que quatre,à
fçauoirlesDories,les Spinoles,les Grimoaldes,& leFiefquesjfirentre-
ceuoirleurs généalogies, & icelles enregiftrer ésa&es publiques, fe
diuifant par ce moyen des roturiers nouuellement anoblis, lefquels fe
trouuentenplus grand nombre, Se les plus forts: Se ont chafle les an¬
ciens: Ses3 ils ne s accordent le peuple les chaffera tous. Tay monftré
par cy deuant,que le grand confeil ou le Sénat doibt eftre perpetuel
enl’Ariftocratie,affin quil y ait quelque point ferme , &ftable,fus
lequel le changement annuel de tous officiers fe puifle repofer. Ec
quant au Duc , il eft mal aifé qu’il n’empiete la fouueraineté, ayant
cinq cens hommes pour (à garde , attendu qu’il a deux ans pour e-
ftre en charge : ioint aufli les fa 6t ions qui fe font efleuees, pour at¬
teindre à ce degré d’honneur. On voit donc euidemment, que le
principal fondement de TAriftocratie , eft en l’amitié mutuelle des
feigneurs, car s’ils font d’accord ils fe maintiendront, Se gouuer-
neronc beaucoup mieux que le peuple: mais s’il y a fadion entre eux il
n’y a point d’eftat plus difficile a garder, pour les raifons que i ay dites:
& mefmement fi les feigneurs font aguerris: car telles gens n’ont rien
plus icontre-cueurque la paix. Ec ne faut pas s’efinerueiller, fi l’Ari-
îlocratie des Venitiens,Rhagufiens, Se Luquoys, a duré quelque fie-
cles,veu qu’ils ne s’adonnent aucunement aux armes,Se n’ont rien plus
en recommandation que la traffique Se l’intereft. Et pour dire en brief,
il n’y a forme d’Ariftocratie plus belle, ny plus afleuree, que celle qui
fait chois des feigneurs de réputation,&de vertu, ou du moins qui ne
foyent point infimes : quand celà fe fait en fubftituant à celuy qui
meurt vn autre en fa place par ele<5tion:comme ilfe fait àGenefue, Se
en la plufpart des feigneurs des ligues: Sil’vndes Confeillers dupriué
Confeil des xxv.meurt le plus ancien des lxxv.monte en fà place: Se
le plus ancien du grand Confeil des deux cens monte au confeil des
lxx. & les deux cens eflifentlVii des plus honneftes bourgeois fans
infamie.Enquoy faifmt leftat demeure à peu de feigneurs, Se neant-
moins tous ont efperance d’y paruenir non par argent, ny par ambitiô:
ains par honneur Se vertu.C’eft la vraye Ariftocratie en propres termes,Sc quieft moins fugette aux dangers, Se rebellion des feigneurs, Se des
fugets.Car telle feigneurie gardera fort biéles loix, & distribuera droi-
ftement laiuftice:pourueu qu’ils fe contentent de leur eftat,& qu’ils ne
foient ambitieux pour conquérir l’eftatd’autruy : comme firent les La¬
cedemoniens. car il eft prefque impoffible,qu’vne feigneurie de peu deMm iij
<r?o DE LA REPVBLIQVEfeigneurs,puifle acquérir ny maintenir vn grand Empire, comme peut
faire vn monarque.auffi la ruine ou changement d’vne petite feierneu-
rien'eft pas tant à craindre, que d’vne grande & puiflante monarchie
qui tire apres foy la ruine des plus illuftres familles, & bien fouuent des
alliez, & Republiques voifines, qui font enprote&ion : tout ainfi quevn baftiment haut efleué obfcurcift la veuë des autres,& tombant ruine 1de fa pefanteur ceux qui font dedans,& qui l’enuirônent.auec vn bruit 1effroyable à ceux qui l’oy ent. Voila les commoditez de leftat populai- 1re,& Ariftocratique,&lesincommoditezaufli.Rcftemaintenancàdi- 're de la monarchie, que tous les plus grands perfonnagesontpreferce Paux autres Republiques: nous voyons neantmoins qu’elle eft fugette à 1plufieurs dangers,ores quele changement du monarque foit de mal en fLes incom- bien,foitdebienenmieux:quandiln’y auroit autre chofe que le chan- fmooitez de gement 4 de celuy qui ala fouueraineté,qui eft à craindre en toutes Re- cla monar- publiques, comme nous auons monftrécy deflus. car on voit ordinaire- «chie. ment au changement des Princes, nouueaux deffeings, nouuelles loix F4. Plato.lib. 7-de jï: • • 9jegib.mutationes nouueaux omciers, nouueaux amis,nouueaux ennemis, nouueaux ha- ffcpRernkiofaref* bits,nouuelle forme de viure:cartous Princesfe plaifent ordinairemec îà changer, Ôc remuer prefque toutes chofes pour faire parler deux : ce nqui apporte fouuent de bien grandes incommoditez, non feulemét aux àfugets en particulier,ains auffi à tout le corps de la Republique. Et quâd ucela n y feroit point,&que le Prince fuft le plus fage quo peutdefîrer, fcfi eft-ce queles alliances, ôc traitez faits auec le predeceffeur, prennent jirfin auec luy.quifait que les alliances finies, lesPrincesfe mettent en ar- ifomes,& le plus fort a fia ut le plus foible,ou luy donne loy. ce qui ne peut leaduenir aux eftats populaires,& Ariftocratiques, quand ils font allian- le;ceperpetuelle, attendu que le peuple ne meurt point, qui fait que les 1 plautres Princes,&particuliers,ayment toufiours mieux contra&er auec ilivne feigneurie,que auec vn Prince: pour la feu reté des traitez, &obli- crigâtions, aufquelles les fuccefleurs des Princes ne fo nt pas tenus, s’ils nc el;font leurs héritiers, comme plufieurs fouftiennent, «^pratiquent de |e|fait. L autre inconuenient en la monarchie, eft le danger qu’il y a de to- loiber en guerre ciuile,pour la diuifion de ceux qui afpirent à la couronne, ;&0ôc mefinement s’il, y a droit d’ele&ion, qui fouuent tire apres foy la Lruine de l’eftat : veu mefmes que par droit fucceflif le péril eft grand, Ls’il y en a plufieurs en mefme degré , qui s’entretuent quelquesfois ,](les vns les autres, ou bien diuifent les fugets. nous en auons trop jctd’exemples deuant noz yeux : ôc fouuent le fucceffcur légitimé, eft |tlchaffé par celuy qui ne l’eft pas. Et pofé qu il n y ait aucun débat pour la tioiMonarchie,fi eft- ce que fi le Monarque eft enfant,il y aura diuifio pour ^le gouuernement,entre la mere,& les Princes:ou entre les Princes mef- ^mes. Auffi Dieu pour fe vanger des peuples,il les menaffe de leur bailler ^pour 1
LIVRE SI XI E S ME. <r?ipour Princes,des5 enfans. Ec ores que l’enfant ayt vn tuteur, par ordon- s.
nancc du predecefleur,ou par la couftume,fi eft- ce qu’il y a dâger,qu’il
ne fe face feigneuncomme fift ° Tryphpn,qui tua fon pupil Roy de Sy¬
rie,pour fe faire Roy. cc qui eft encore plus à craindre fi le tuteur efpou- °’ Iofe,?h-
fe la mere du pupi^comme fift Loüys Sforce, qui par ce moyéfift mou- ^GS tuteurs
rir le ieune Prince, & fe fift Duc de MilamEt combien que pour euiterà S
ce danger, on baille legouuernernentauplus proche, & la nourriture 4ues^îüet
de l’enfant à la mere,fi eft-ce toutesfois qu’il s’eft veu des meres, qui oçt *ont
vendu non feulement Peftat,ains aufli la vie de leurs enfans, comme fift f pfu^
la mere de * CharilausRoy de Lacedemonne.Et quelquesfois le tuteur ^rgoUtar'lnLy‘
continue le gouuernement,& nelaifle rien au Roy que le tiltre,comme
fiftleDuc deNorthumberlâdauRoy d’Angleterre Edouard v.& Ap¬
pelles 7 au ieune Philippe Roy de Macedoine, qui ne peut ioüyr de fon 7* Volyh‘hb-*'
eftat, qu’il n’euft tué fon tuteur. Et fi le Prince vient à la couronne eftat
ieune,hors de tutelle,il n’y a pas moins de danger : car lors qu’il debue-
roit auoir vne douzaine de fages maiftres, pour ranger à la raifon les ap¬
pétits,qui font alors plus violents que iamais,il eft du tout emâcipé:qui
faitordinairemét que la cour des ieunes Princes eft debordee en folies,
mafcarades,&lubricitez,& le refte du peuple, fuit l’humeur du Prince
àlafile:&pourvn vice,il en multiplie dix:comme nous auSs dit cy de-
uat. Si le Prince eft belliqueux,il hazardera fes fugets,fon eftat,ôc fa per¬
fonne,pour faire preu ue de fa valeur. Et ores qu’il vienne à l’eftat en aage
meure,& fage,qui eft le plus rare,& le plus grâd don de Dieu, que peut
fouhaiter vn peuple,neantmoins la fou ueraineté a cela de malheur,que
le plus fouuent,les {âges deuiennent fols,les vaillans deuiennét poltros,
les bons deuiennent mefehans. ce feroit teps perdu de reciter les exem¬
ples,qui font par tropfrequens.Brieffi leprince eft fubtil,& mefehant,
il eftablift vne tyrannie, & fait vne boucherie de la Republique s’il eft
cruel; ou biévn bourdeau s’il eft pailIard:ou l’vn & l’autre enféble. s’il
eft auare,il arrache le poil, ôc lapeau desfugetsrs’il eft prodigue,il fucce
le fâg,&la mouëlle,pourfàouler vne douzaine defâgfues, qui ferot au¬
tour de fa perfonne.Et fera pis encores,s’il eft fot, Ôc ignorant, comme
nous auons dit en fon lieu. Et d’autant eft la ty rânie plus à craindre, que
le tyran n any maiftre,ny compagnon,qui puifle luy faire tefte. Voila
les dangers de la Monarchie,qui font grands, mais il y a bien plus de pé¬
ril en 1 eftat feigneurial, ôc plüs encores en Peftat populaire. Car les dan¬
gers que nous auons pofezeeflent pour la plufpart,ou la monarchie eft
deuolue par droit fucceflif comme nous dirons cy apres.mais les fedi¬
tions,partialitez,& guerres ciuiles,font ordinaires, & quafi continuel¬
les voire quelquesfois plus grandes pour la brigue des offices en la Ré¬
publique feigneuriale,& populaire, que pour l’eftat en la Monarchie,
quine foufre point de fedition pourles offices., ny pour Peftat, finon a-Mm iiij
69l de la repvbliqveCommodi- pres Ja mort du prince,ôc peu fouuent. Mais le principal point de la Re-
tezdela Mo pLîb„ qui eft le droit de fouueraineté,ne peut eftre,ny fubfifter, à parler
narchie. propremét,fino en la Monarchie.car nul ne peut eftre fouuerain en vne
Repub.qu vn feul s’ils font deux,ou trois,ou plufieurs,pas vn n’eft fou¬
uerain: d’autât q pas vn feul ne peut doner, ny receuoir loy de fon com-
paign6.& combien quon imagine vn corps de plufieurs feigneurs, ou
dvn peuple tenir la fouueraineté,fi eft-ce qu elle n’a poit de vray fuget,
ny d’apuy,s’il n’y a vn chef auec puiffance fouueraine, pour vnir les vns
auec les autres : ce que ne peut foire vnfimple Magiftrat fans puiffance
fouueraine. Ets’iladuient que les feigneurs, ou les ligneesdu peuple,
foyent diuifees,comme il fcfait fouuent,ilfaut venir aux mains,, & àla
force,ôc prendre les armes les vns cotre les autres. Et encores que la plus
part foit d’vn aduis,fi eft-ce qu’il fe peut faire en vn peuple,que la moin¬
dre partie ayt plufieurs légions, ôc fiiifant vn chef, quelle face tefte au
plus grand nombre,& emporte la vidoire. Auffi voit on les difficultez
qui font & ont toufiours efté és Republiques populaires,&feigneuries
quand les vns,& les autres tiennent parties cotraires,& pour diuers Ma¬
giftrats les vns demandent la paix, les autres la guerredes vns veulét ce¬
fte loy,les autres celle là:les vns veulent ce chef icy,les autres ceftuy-là:
les vns veulent traiter alliance auec le Roy de France, les autres auec le
Roy d’Efpaigne corrompus ouattirez quiçà, qui là, fe faifant guerre
ouuertercomme il s’eft veu de noftre aage és Republiques des Grifons.
Et qui plus eft, il aduient quelquesfois par la couftume du pays, que la
loy,ou le prince,ou le magiftrat n’eft point receu, fi tous ceux qui ont
voix,nepreftentconfentemenr.commecnPoulongne,oùilfautquela
moindre partie change d’aduis, ôc fe ioigne à la plus grâde par force, ou
autrement:&pour cefte caufe.ils viennent armez en campaigne, pour
Es eftats o e^rcvn^°y> &forcerlamoindrepartiedecofentir.cequinepeutad-
ulaires &° uen*r>°ù iln’y aqu’vn cheffouuerain : duquel dependla refolution de
Ariftocrati toutcs chofes.Dauantage enl’eftat populaire,ôc feigneurial,la plus gra-I i departietoufiourss’enfaitcroire,combienquelesfàges,&vertueux,ques ap us £^nt par tOLlt en moindre n0mbre,en £orte quele plus fbuuêt,ôc laplus
aine partie meilleure partie eft contrainte de ployer foubs la plusgrandcae veincue pappCtjt j’vn impudentTribun * ou d’vn effronté harangueur, mais le
par a^p us^ MQnar<juc fouuerain?fe peut ioindre à la plus faine ôc moindre partie:
^T^M * ^ ^a*rc c^10^s ^es hommes fages, ôc entendus aux affaires d eftat, ou la
°nar neceflité contraint en l’eftat populaire, Ôc Ariftocratique, de receuoir
c ie aucon ^ confeil ôc aux eftats,les fages Ôc fols enfemble. Auflî eft-il impoffible
au peuple, & aux feigneurs de commander par puiffance fouueraine,
ny faire aucun a&e, qui nefe peut faire que par vne perfonne, comme
de conduire vne armee,Ôc autres chofes femblables : ains ilfaut eftablir
des magiftrats , ou commiffaires à cefte fin, qui n’ont ny la puiffance
(buuerainc, ny l’au&orité, ny la maiefté d’vn Monarque. Et quelquepuiflance
LIVRE SIX IESME. ^3puiffance qu’ils ayent en vertu de leurs eftats, fi eft-ce quç les eftats po¬
pulaires, & Ariftocratiques,fevoyans en guerre perilleufe contre les en- 6t Liuiuslit f
nemis6, ou contre 7 eux mefmes, ou en difficulté de foire le 8 procès à £ ^uius lib î*
quelque puiffant citoyen,ou donner ordre ala? pefte, ou1 faire les ma- 9. ijb.j.
giftrats5ou quelque autre chofe de confequence,faifbyéuvnDi£tateur, x‘ hb'4'
comme fouuerain Monarque:cognoiffans que la Monarchie eftoit l’a¬
cre facreejà laquellc.il fallait par neceflité auoir recours. Trepidi patres,
ditTitcLmc1 .adfummumauxilium decurrunt^Diêlatorem diciplacet.JLtlors x' Liuius l[hs'
que Annibal preffoit les Romains, Ad Diflatorem dicendum remedium
iamdiu defideratü/mitas5 confugit. Et la raifon eftoit, parce qu’ils tenoyét 3‘ llb,12‘
le Didateur pour quelque Dieu,& fes mandemens pour oracles. Di-
ttatorisediâumpro numine *'jemper objeruatum. Et mefmes les ennemis af- 4< Iib^v
fiegeansla ville de Rome,quittèrent le fiege,aufli toft qu’ils entendirét lib
qu on auoit fait vn dictateur. TantusJ erat Diclatoris terrorapudhottes>vt
eo creato ftatim a mœnibusdifcejjerint. Car bien fouuent, les Confuls mef¬
mes, ôc leurs mandemés eftoyent foulez aux pieds:&'ceux qui auoyent
offenfé fe retiroyent à leurs compaignons, c’eft à dire au peuple auquel
l’apel reffortiffoit.Ce que voyant le Conful Appius, dit Minas e/Je Con-
fulum,non Imperium/^bi ad eos qui vnapeccauerunt prouccare liceat : agedum
dittatorem a cjuo prouocatio non ejl6 creemus. Or l’impunité des vices,& le ** Llumslib*u
mefpris que fait le peuple des Magiftrats en leftat populaire,fufift pour
monftrer qu il eft neceffaire pour la coferuation de la focieté humaine,
auoir des Monarques:veu mefmes que les Romains, qui pour la faute
d’vn prince auoyent tous les Roys en horreur, faifoyent vn Di&ateur,
ppur venir à chef de toutes les grandes affaires : comme faifoyent aufli
les Lacedemoniens en l’extremité vn Magiftrat femblable en7 puiffan- Jj, ^ionyf'Haiic*
ce au Dictateur, qu’ils appelloy ent Harmofte;& les Theflaliens celuy
qu’on appelloitArchus:comme en cas pareil les Mytileniens leur grand
Æzymnete: auquel fe peut aucunement comparer le grand Prouida-
dourdesVenitiens:iugeansà veuëd’œil,quelapuiflance fouueraine
vnie en vn chefjeft beaucoup plus illuftre, Ôc de plus grand effe6t:& que
la mefme puiflance departie a deux,ou trois,ou plufieurs feigneurs, ou
à tout vn peuple s aneantift, & perd fa force: tout ainfi comme vn fet
feau deflié,ôc diuife en plufieurs parties. C’eft pourquoy Tacite difoit,
que pour faire de grands, Ôc beaux exploits, il faut que la puiflance de
commander foit en vn perfonnage.à quoy fe raporte ce que dit Tite Li¬
ne,que les trois Tribuns auec puiffance Confulaire,firent bien cognoi¬
ftre que la force du commandement attribuee a plufieurs,eft inutile:&
principalement au fait de la guerre.ce que monftra bien auffi Annibal,
ayant affaire a vne armee de foixante mil hommes, commandee par ,
deux Confuls,PauI Æmyl, ôc Terence Varus: ôc Amoratcontre les UVliU
princes Chreftiens a la iournee de Nicopolis :& Charle v.'Empereur ûe >acontre les deux chefs des proteftans.Etnefàut pass’efmerueillerjfile 'inUu c'
Opinio an¬
cienne des
peuples de
Afrique.S.Plutar iaArî-
ftide,DE LA REPVBLIQVEDuc d‘Vrbin auec bien peu de gens ramaflez de toutes pieces, fift tefte
ôcrefiftafort ôc ferme à vne puiflantearmeé, conduite par trois capitai¬
nes en chef, qui ne tenoyent rien lvn de l’antre : afçau oir Raufe Vitelli,
ôc Laurens de Medicis:car mefme Léon l’hiftoriert efeript, que les peu-■ pies d’Afrique tiennent pour maxime indubitable, que le prince ores
qu’il foit foible, déféra toufiours larmee plus puiflanteoù il y a deux
chefs. Et défait tandis quele Roy de Lacedemonne Cleomenesfut feul
en puiflance fouueraine, il eut de grandes, ôc belles vidoires, ôc ne fut
onques vaincu:mais après auôir rappelle le Roy qui eftoit banni, pour
luy communiquer fa puiflance,toft apres il fut défait, ôc ruiné. Etpour
cefte caufe, Anftide le iufte eftant efleu capitaine auec Miltiade,pour
commander8 àl’armee chacun fon iour,(comme faifoyent aufli les co-
fuis Romains)donnatoute fa puiffance à fon compagnon, qui empor¬
ta la vidoire fus les Perfes.Ily a mil exemples pareils,qui nous monftrét
euidamment la neceflité d’auoir vn chef, non feulement en guerre, où
le danger eft plus grand, ains aufli dobeir à vn prince fouuerain en vne
République, car tout ainfi quel armee eft mal conduite, & le plus fou-
uent defoite,qui a plufieurs generaux-.aufli eft la Republique quia plu¬
fieurs feigneurs : foit pour la diuifion, foit pour la diuerfité d’opinions,
foitpour la diminution de puiflance donnee. à plufieurs, foit pour la
difficulté de s’accorder,ôc refeudre, foit pource queles fugets ne fçauéc
à qui obeinfoit pou r euenter les chofes qui doiuent eftre fecrettes, foit
pour le tout enfemble.En quoy plufieurs s’abufent, qui penfent que la
feigneurie Ariftocratique eft meilleure,dautât que plufieurs feigneurs
ont plus de iugemét,de fagefle,de confeil, qu’vn feuhçarily a bien dif¬
férence du confeil au commandementtle confeil de plufieurs bons cer-
ueaux peut eftre meilleur qu’vn: comme Ion dit que plufieurs voyent
mieux que ne fait vn feul : mais pour refoudre,pour conclure, pour co-
mander, vn le fera toufiours mieux que plufieurs. Ioint aufli que l’am¬
bition eft fi naturelle entre les feigneurs égaux en puiflance, qu’il y a tel
qui aimeroit mieux voir perirla Republique, que recognoiftre plus fa¬
ge que foy. les autres le cognoiflent bien,mais la honteïes empefche de
changer d’opinion, craignans perdre vn feul point de leur réputation:
de forte qu’il eft neceflaire qu’il y ait vn prince fouuerain, qui ait puif*
fonce dereioudre, ôc decider les aduis du cofeil.Combien qu il eflini-
poflible que la Republique qui n’a qu’vn corps^ayt plufieurs teftes, co¬
me difoit Tybere l’Empereurau Senat:autrement ce n eft pas vn corps,
ains vn môftre hideux,& difforme:Mais on dit, que les nouueaux prin¬
ces cherchétlcs nouueautez:celafe peut dire de quelques vns,qui pour
foire congnoiftre leur puiflance,font des loix à propos, ôc fans propos,
fi eft-cc toutesfois que cela eft encores plus frequent és eftats populai¬
res,ôc Ariftocratiques : caries nouueaux Magiftrats, fi fouuent renou-
uellez, ôc qui tranchent des Roys en ces Republiques la, feroyent bienmarris
LIVRE SIXIESME.marris que leur armee fuftcoulee qu’ils n’euffem faitparler deux en
bierijOU en mal: & de fait, il fe trouue plus de loix publiées en Rome , Ôc
en Athenes,qu il ne s’eft fait en tout le monde : car toufiours les vns par
ialoufie, defaifoyent ce que les autres au oyent fait : ôc tous comme Iot>
dit.pourfe faire nommer,& voler l’honneur a leurs compaignons, aux
defpens de la Republique. De dire que les traittez ôc alliances meurent
auec le Prince : cela n aduient pas toufiours : car il fe peut faire que
les alliances porteront par claufe exprefte la vie des Princes, Ôc quel¬
ques annees apres leur mort: comme il s’eft toufiours fait entre la
maifon de France,ôc les feigneurs des ligues:qui ont toufiours porté la
viedes Roys, Ôc cinq ans apres. Ioint auffi quenous auons monftré cy
deuant,qu’il eft expedient,que les alliances ne foyent pas perpetuelles.
ôc pour cefte caufe mefmeles feigneuries ôc Republiques bien fouuent
limitentles traittez à certain temps. &quantaux obligations, & trait¬
tez de paix,on a de couftume pour les afîeurer, les faire paffer par les e-
ftats,ou publier és cours fouueraines,& bien fouuent y obliger en parti¬
culier les plus grands feigneurs. Combien qu’il y a beaucoup plus d’af-
fèurance en matiere d’obligations, & de promeffes que fait vn Prince,
que non pas d’vn peuple : & d’autant plus que les loix d’honneur font
beaucoup plus recommandees à vn Prince fouuerain > que non pas à v- Les loix de
ne multitude dartifans^ou de marchans, qui font Roys en nomcolle- honeur sot
<5ti£&riens en particulier. Etquantauxtroublespour le gouuernemét plus recom
d’vn ieune Roy,il n’aduient pas peut eftre en centans vne fois : ôc pour mandees à
eflire vn Gonfalonnier de Genes, pour deux ans feulement, laRepubli- vn Monar¬
que eft toute en combuftion. De mettre en balance les cruautez,&: vo- que qu’à vn
leries d’vn tyran, au cÔtrepoix des bons Princes, il n’y a point d’apparé- peuple.
ce.Car on fçait bien quVne Ariftocratie paifibje, ôc conduite fagement
fi faire fe peut, vaut mieux qu vne cruelle tyrannie: mais il eft icy queftio
de fçauoir,s’il ne vaut pas mieux auoir vn Roy iufte, ôc entier, que plu¬
fieurs bons feigneurs:& fi la tyrannie de cinquante tyrans, n’eft pas plus
dâgereufe que d’vn feul tyrâ.carfi plufieurs maiftres pilotes pour fages
qu ils foyent, s’empefehent l’vn l’autre, voulant tous enfemble tenir le
gouuernail : aufli feront plufieurs feigneurs qui veulenttous enfemble
gouuerner vne Republique,ores qu’ils foyent fages ôc vertueux. Com-
ien qu il n eft pas befoin dinfîfter beaucoup, pour monftrer que la
Monarchie eft la plus fe ure,veu que la famille, qui eft la vraye ima^e de
vne Republique,ne peut auoir qu’vn chefeomme nous auons monftré
ôc que toutes les loix de nature nous guidentàla Monarchie :*foit que
nous regardons ce petit monde, qui n’a qu’vn corps, ôc pour tous les
membres vn feul chefduquel depend la voIunté,le mouuement,& fen- LaMonar-
timent:foit que nous prenons ce grand monde,qui n’a qu’vn Dieu fou- chie eft na-
Uerain.foit que nous dreffons noz yeux au ciel, nous ne verrons qu’vn turelle.0 eil,ôc iufques aux animaux fociables,nous voyons qu’ils ne peuuent
DE LA REPVBLIQVEfoulfrir plufieurs Roys, plufieurs feigneurs, pour bons qu’ils foycnt.
t, l’an i//*, C’eft l'exemple duquel6 via Suleyman Roy des T ures ayeul de ceftuy-
cy,ayant ouy les hautes acclamations,& cris de ioye que fift toute l’ar-
mee à Sultan Muftapha fon fils retournant de Perfe, apres l’auoir fait e-
ftrâglercn fon antichâbre,&auffi toft getter mort deuât toute larmee,
il fift crier tout haut, qu’il n y auoit qu’vn Dieu au ciel, & vn Sultan en
la terre.& deux iours apres il fift mourir Sultan Gobé, pour auoir pieu-
ré fon frere, Sc Sultan Mehemct le troifiefme, pour s’en eftre fuy de
crainte:& n’en voulut laiffer qu vn feuhpour euiter les inconueniens de
plufieurs feigneurs. Auffi voyons nous tous les peuples de la terre de
toute ancienneté, & lors qu’ils eftoyent guidez d’vne lumière naturelle,
n’auoir eu autre forme de Republique, que la Monarchie, c’eft à fça¬
uoir, les Aflyriens, Medois, Perles, Ægypticns,Indois, Parthes, Macedo-
Excnlc des niens,Celtes,Gaulois,Scythes, Arabes, Turcs, Mofchouitcs,Tartares,
plus grades Polonois> Danois, Efpaignols, Anglois, Africains, Perufins, où il n eft
Monarchies P°^nt no-uuelle d’Ariftocraties,& moins encores d’eftats populaires. Et
du monde jmcf'mcs tous ^es anciens peuples de la Grece,& d’Italie,au parauant que
U C’ ils fuflent dep rauez, &corrompuz d’ambition, n’ont eu que Roys,&
Monarques,c’eft à fçauoir,les Atheniens,Lacedemoniens.Corinthicns,
Achcans, Sicyoniens,Candiots, Siciliens, Æthiopiens, Latins, Hetruf-
ques:qui ont fleuri en armes,& en loix quatre,cinq,fix,fept cens ans, &
quelques vns huit, Sc neufeens ansdes autres douze, & treize cens ans.
Et toutesfois on s eftne ru cille, que leftat populaire des Romains la fei¬
gneurie de Lacedemonne,Sc de Venize ont duré quatre cens ans ou en¬
uiron :Sc à bon droit on s’efmerueille de voir deux ou trois Républi¬
ques entre cent autres,auoir peu durer quelques fieclcs, veu qu’elles e-
ftoyent cftablies contre le cours, Sc ordre de nature, mais de voir plu¬
fieurs Monarchies grandes, & puiflantes, continuer mil ou douze cens
ans en mefine eftat,on ne s’en cftonne point,attendu que cela fe fait fé¬
lon les droites loix de nature. Et quoy que les Romains euflent les Rois
en horreur, fi eft-ce queplufieursledefiroyent en particulier. & défait
au parauant qu’Augufte fuft né ilfe trouua par les oracles que nature
Au- cnfantcr?it bien toft va grand Monarque des Romains :& pour cefte
caufe le Sénat ordonna que tous les enfans quinaiftroyentcefte ann£C
là feroyent tuez •• mais en particulier chacun empefehaque 1 arreft fuft
porté au téple de Saturne,par ce que dit 1 hiftoire, chacun efperoit que
fon fils feroit Monarque. Auffi les Princes de Perfe aflcmfrlez pour déli¬
bérer laquelle forme de République eftoit la meilleure, refolurent que
c’eftoit la Monarchie:&la mefme queftion fut mife en délibération par
Augufte entre fes amis, parce qu’il ne cherchoit qu’à viure en repos, Sc
t. Çionyfm* l’eftatmais il fut8 arrefté que la Monarchie eftoit la plus feure fanscomparaifon:& l’effed en fift la preuuexar les Romains au parauât na-
r uoycnc
LIVRE S IX I ES ME,uoyent peu viure dix ans fans guerre ciuile , 011 quelque fedition:& Augufte les maintint près de cinquante ans en bonne paix , qui
continua long temps apres fa mort. Aufli les Cappadoces ayant
perdu leur Roy , furent inuitez par les Romains à prendre reliât
populaire: mais ilsrefuferent, ôc demandèrent vn Roy:les Romains
leur donnèrent puiflance d’en choifir vn - ôc ils efleurent Ariobarza-
nes : cc quils firent voyant les calamitez des Republiques populai¬
res* Bricf, fi nous cherchons lau&orité , nous trouuerons que les
plus grands perfonnages qui furent onques, ont tenu que la Monar¬
chie eft la meilleure : à fçauoir Homere, Hérodote,Platon,* Ariftote,1 9■ inpoiitîco.
Xenophon,1 Plutarque, Philon,3 Apollonius, 4 faint Hierofme, Cy- ^***“
prian, Maximus Tyriusr, & plufieurs autres. Et mefmes enlaloyde
Dieu6 il eft: dit,quand le peuple fera vn Roy,côme les autres peuples,il tiônêtg!°decrca
nc rendra point deftranger. oùileft monftré non feulement que Dieu 4^adPhiloftra-
approuue la Monarchie,faifant la leçon au Roy comme il fe deb- *inoration-• rr i 11 6- ncurcron®.i7.uoïc gouucrner, ams aulh que les autres peuples de ce temps là 7.Dcut«ono.„.
n’auoyent que des Monarques, commc dit0 Samuel. Auffi elli-fïir
blit il Moyfe Roy de fon peuple : car il eft ainfi 7 appellé en la * ™"“c'.'I cap'
loy de Dieu. & iaçoit que Dieu gouuerna fon peuple quelque O’ rrènD
temps fans Roy , leur enuoÿant par vne faueur fpeciale toufiours »^ lc cap',? &
quelques Capitaines , comme Princes des luges, pour les aifran- w [”ucl : c,ap'u
chir de la fugetion de leurs voifins, que I’elcripture 1 appelle les * onalc lle
Meffics & fauueurs : fi eft-ce qu’il n’y eut onques forme d’Ari- aPP ouuec
ftocrade t ny d’eftat populaire : ains au contraire ils furent Ion- j ^ry
guement fans Prince, ny8 Magiftrat quelconque, eftans guidez feu- lCU'
lement parla grâce de Dieu,qui pour cefte caufe s’appelle leur Roy.Et depuis leur retour de Babylonne, ils furent toufiours fugets aux
Roys de Perfe, ou d’Ægypte,ou de Syrie, iufques à ce que‘ les Az-
moneans defeendus d’Aaron ( s’eftans rebellez contre Antioque le
noble Roy de Surie) fe firent Pontifes,& Roys fouuerains, qui de¬
puis furent affiigetis par les Romains. Car quant au Sénat qui eftoit
compofé de lxxi. perfonnes, le Roy faifant le feptente & deuzief-
me,& la plufpart de la lignee de Dauid, ils ne femefloyenc prefque
d autre chofe que de iugerïes caufes de grande confequence, comme
du grand Pontife , ou d’vne lignee , oli des crimes de leze maiefté, 4. &V>Mtï
& des faux Prophetes. &c pour cefte caufe ils s’appellovent 4 limes <luosetiam corru-1 _ n « { . 1 • t • j-i * * ^ D peaGræca. yoccîcuiement. I interprete Caldean , dit bien qu ils auoyent aufli pouuoir ianedrim vocanc.
defaire des ordonnances, mefmes foubs les Roys:mais cela n’emporte
aucune puiffance fouueraine. vray eft que le Rabin Maymons dit qu’ils
auoyent auffi puiffance d’eftablir xxim. luges criminels, qu’ils 6- a.).1’’là ,
appelloy ent luges des 7 ames : & fept luges pour les caufes ciui- ’Tlks> qu’on difoit luges3 des biens en chacune ville : & dix luges S-myiQ&nNn
DELA REPVBLI QV Epour la police 3 entre lefquels y auoit vn preftre , ou , comme dit
Iofeph,deuxLeuitesaflefleurs de chacun Magiftrat: ôc trois autres ar¬
bitres, dont les parties en choififfoyent chacun vn:ôc les deux efleuz
en nommoyent vn tiers. Ce que i’ay bien voulu mettre par le menu5 Hb tf.cap.6.an- pour leuer l1opinion de ceux5quiontvoulufouftenirauec Iofephl’hi-
tiquuat. ftorien9 queles Hebrieux ont vfé delà forme Ariftocratique, prenantles lx xi. pour feigneurs fouuerains, que Herodes l’aifné fils du capi¬
taine Antipater,fift tous mourir,parce quils lauoycnt condamné à
mort j & l’euftent fait mourir, n’euft efté la faueur d’Hyrcan Roy, ôc
cap°i6C.anii1q.*& ’ Pontife, qui luy donna fa grace,ou quoy que foit1 empefchal’arreft du
îuaios conque d' Sénat : bien que depuis il tua fon fauucur. qui eft bien pour monftrer
quod Hircanus & qUe le Sénat n’auoit pas puiflance fouueraine, ôc que ce n’eftoit pas {ci-Ariftobulus forma i il 1 i rRcipubiic* in re- gneurieAriltocratiquc.il meiemble que ces râlions,entre plufieurs
gnummuurent. autrcSjqU*iJ n’eft befoin de remarquer par le menu,font fuffi&ntes pour
monftrer qu’entre les dois fortes de Republique légitimera droite mo¬
narchie eft la plus excellente.-ôc entre celles qui font dereiglees,la Dé¬
mocratie eft la plus vicieufe. la Monarchie leg't'mc, comme vn corps
fort ôc puifTant,peutaifément s’entretenirmaisl’eftat populaire» ôcl’A-
riftocratie,comme foibles, ôc debiles, ôc fugettes a beaucoup de mala¬
dies,fc doiuent gouuerner, par diette Ôc régime. Et d’autant qu’il n’eft
pas toufiours en la puiffance des hommes fages, ôc entendus au fait de
la Republique, choifir la meilleure, ny chafler la pire, il faut cn ce cas
obéir à la tempefte, caler les voiles, faire get des chofes, ores quelles
foyent precieufes,pourfauuer le nauire,ôc furgirau port:ôc peuà peu
gaigner les plus grands, pour changer l’eftat de mal en bien , ou de
bien en mieux. Mais fi on n'eft bien afleuré d’y paruenir, il ne faut
pas en faire l’eflay, comme fift Dion qui ruina la tyrannie deSyracu-
fe pour en faire foudain vne Ariftocratie : par le confeil de Platon, ôc
n’en pouuant venir à bout, il fut tué ôc fe fift vn eftat d’vn populace
turbulent, beaucoup plus miferable que n’eftoit la tyrannie, commc
aufli firent les Pythagoricns qui s’efforcèrent tout à coup de changer
les eftats populaires d’Italie, cn pures Ariftocraties, fans auoir la force
en main, ôc furent tous tuez, ou bannis. Ce qui eft d’autant plus diffi¬
cile,quâd leftat populaire,ou la tyrannie d’vn ou de plufieurs feigneurs
font incurables:alors il nc faut rie attéter,fi on n eft bien afleuré d en ve¬
nir à chef; ains il faut attendre que les tyrans foyent motez au plus haut
Le tyran eft precipice,ôcau lieu le pl9 glifsât,affin qu’au premier orage ils foiet preci
infuporta- pitez,ou qu’ils tobetd’eux mefmes.autreméts ils demcurétvainqueurs
ble qui are- de ceux qui auront attenté à leurs perfonnes, ils cftabliflent vne ty-
chapé la rannie inuinciblc,car le tyran qui a refehapé les mains des coniurez,
main des deuientaufli furieux, ôc félon, que la befte fauuage qui voit fon fàng.
coniurez. nous en auons trop dcxemples. ôc fans aller plus loin, on a veu Cof-I11C
LIVRE SIXIESME.jnc de Medicis, (queles bannis de Florence appdloyent tyran, quoy c ^
quil fuft eftimé des autres bon , & fage Prince) baftir fes fortereffes, ~C\U§ftS
& accroiftre fa Monarchie de la ruine de ceux qui auoyent coniuré Dieneu-
contre fa vie, & fon eftat, ôc neantmoins pas vne coniuration ne reüf- reLlxlou^s
fit onques à effed. Ioint auffi que la tyrannie eft beaucoup plus in- ^ Sranci^
fuportable , fi le tyran n’eft grand terrien:car eftant afamé il ronge Monarque,
fans ceffe les fugets : ôc s’il eft cruel, il en vient bien à bout, ou le
Monarque riche , ôc puiffant a dequoy fouler fes appétits :& s’il eft
cruel, il craindra qu il ne s en trouue en vn grand peuple , quelcun
qui fe reuange. Tout ainfi donc que les fiigets font bien-heureux,
foubs vn grand & puiffant Monarque, s’il a tant foit peu la Iuftice
deuant les yeux : auffi vn petit eftat, eft bien feant à vne feigneurie
Ariftocratique: ôc maintient beaucoup mieux les fugets, que ne fe¬
roit vn pauure tyran, c’eft: pourquoy nous voyons quatorze Répu¬
bliques des ligues Ariftocratiques , ôc populaires fins y comprendre
les Grizons, qui n’ont en longueur depuis Genefue iufques à Con¬
fiance que deux cens quarante mil pas, ôcclx. mil de largeur, de¬
puis les Alphes iufques au mont Iura: Ôc la plufpart du pays en ro¬
ches , auoir maintenu leurs fugets fort long temps,affez heureufement.
mais fi leur prend enuie de l’eftat dautruy,ils perdront bien toft le leur.QJfE LA MONARCHIE BIEN Or¬
donnée, ne tombe en chois, nj en fortyny en quenoiüe : ains
queUeefchet par droit fuccejjtf au mafle le plus pro¬
che de l'eftoc paternelhors partage.C H A P. v.E neft pas affez de dire que la Monarchie Royale &
légitimé eft meilleure que la Démocratie, ou Arifto¬
cratie: fi on nc dit Monarchie deuolue par droit fuc-
ceffif au mafle le plus proche du nom, ôc horsparta-
ge:car cobien que la Monarchie légitimé foit toufiours
preferable aux autres Republiques: fi eft-ce qu’entre les
Monarchies, celle qui vietpar droit fucceffif aux mafles, du nom plus
proches ôc hors partage,eft beaucoup plus loüable, Ôc pl9feure q les au¬
tres, ç^viênent par fort, ou par chois:oubiéau mafle qui n’eft pas le pl*
proche:ou qui eft le pl9 proche,mais du cofté maternel: ou qui eft le pl9Nn ij
yoo DE LA REPVBLI QJV Eproche de l’eftoc paternel, mais qui doibt partage à fes cohéritiers de
toute la Monarchie, ou de partie d’icelle. ce quil eft befoin d’efclarcir
Le voile des par raifons neceffaires,& par exéples, pour leuerl opinion que plufieurs
rebellions impriment aux fugets dautruy ,&parce moyen entretiennent lesre-
contreles bellions,pour changerles Monarchies bien ordonnées,&remuer cielPrinces. & terre. Et tout cela fc fait foubs le voile de vertu , de pieté , ôc
de Iuftice.Et mefmes il s’en trouue qui ofent publier liures, &fou-
ftenir contre leur prince naturel venu à la couronne par légitimé fuc-
ceffion, que le droit de chois eft meilleur en la Monarchie : comme
il a efté [tait en Angleterre le v i i. Septembre m. d. l x v i . où la
Royne affifta à la difpute des efcholiers, à Oxefort, ce qui eftonna
les feigneurs qui eftoyent prefens, oyans cefte nouuelle dodrine de-
fcholiers. Or le pis eft que des paroles on vient aux prefehes publi¬
ques , ôc puis aux armes. Et qui eft celuy qui ne feroit pire , d’oyr
vn qui detefteles cruautez, les exadions dvn tyran, qui n’a ny l’hon¬
neur de Dieu , ny la vérité , ny la Iuftice en recommandation ? qui
chaffe les gens de bien, & fe ioint aux mefehans ? ôc qui adioufte à
la fin cefte exclamation , O que la Monarchie eft heureufe , où les
eftats du peuple font chois d’vn Roy iufte, &droi&urier: qui craint
Dieu fur tout:qui honnorela vertu, qui fut prix des bons, qui cha-
llie les vices: qui decerne le droit loyer aux gens de bien, ôc la peine
aux mefehans: qui a les flateurs en horreur : qui tient fa foy , & fes
promeffes : qui bannift les fàngfuesdecour, & les inuenteurs de nou¬
uelles exa£tions,qui efpargne le fang de fes fugets comme le fien : qui
vange les iniures d’autruy, ôc pardonne les fîennes : ôc qui fur tout à
la religion d’honneur deuant fes yeux. Ayant mis fesloüangesauco-
trepoix d’vne tyrannie comblee de tous vices , foudain le peuple fe
met en l’efprit, qu’il n’y a rien plus heureux que la Monarchie , qui
tombe en ele&ion. Et non feulement les fimples , ôc peu entendus
en la fcience politique, ains encores ceux-là qui font eftimez lesplus
fufifans s’abufent bien fouuent, ne prenant que le bien apparent a vn
cofté, Ôc laiflantles abfùrditez, ôc incommoditez qui fè trouuent d’au¬
tre cofté. Car mefmes Ariftote eft d’aduis^qu’on eflife les Monarques,
appellant Barbares ces peuples là , qui prennent les Roys par droit
fucceflif. ôc pour cefte caufe, il eftime les Carthaginois plus heureux
que les Lacedemoniens, parce que ceux cy prenoyent leurs Roys
Opinion par fucceflion de pere en fils, ôc ceux là les eflifoyent. Il faut donc
d’Ariftote appeller Barbares les Affyriens, Medois, Perfans, Egyptiens, Afia-
contraire a tiques, Parthes, Indois, AfFricains, Turcs, Tartares, Arabes,Mof-
touslespeu chouites , Celtes, Anglois EfcofTois, François, Efpaignols, Peru-
pies* fînSjNumideSjEthiopiens, ôc infinis autres peuples qui n’ont Roysque par droit fucceflif Et mefmes nous trouuons en Grece, quieftle
LIVRE SIXIESME. 701]e pays d’Ariftote, que les Atheniens, Lacedemoniens, Sicyoniens,Corinthiens,Thebains,Epirotcsa Macédoniens, ont eu plus de fix cens
ans Roys par droit de fucceflion ° légitimé, au parauant que l’ambitio o. Ita fcribit'Thu-
les euft aacaglcz pour changer les Royaumes en Demociaties, An- rîftotcils opinione
ftocraties. ce qui a pareillement eu lieu en Italie, où les Hetrufques, &Latins, ont eu plufieurs fiecles,des Roys venâs de pere en fils. Et fi.ihu- <w regnum a-rnanitéjôc douceur de vie n’a lieu entre tant de peuples,où la trouueros epîftoi,i. ad q_
nous? fera-ce enPolcgne.en Dannemarc,en Suede feulement?Ciceron fratrcm-1 difoit,quel’humanité, ôchonnefteté auoit prisfon origine en l’Afie
mineur, ôc de là s’eftoit communiquée par toute la terre, ôc toutes-
fois les peuples d’Afie n’auoyent point d’autres Roys que par fucceflion
de pere en fils,oü du plus proche.Et de tous les anciens Roys de Grece,
nous ne trouuons que Timondas, qui fut efleu Roy des Corinthiens,
&PittacusdeNegrepont. Et lors que le nom ,& la lignee Royalefail-
loic,bien fouuent le plus fort,ou le plus habile l’emportoit: comme il fe
fift après la mort d’Alexandre le grâd,qui eftoit defeendu de la maifon
d’Hercules en droite ligne,ôc desRoys de Macedoine, qui auoyent co¬
tinué cinq cens ans:alors feslieutenans fe fîrét Roys. Antipater de Ma¬
cédoine, Antigon d’Afie,Ptolemee d’Egypte, Nicanor des hautes pro¬
uinces,Lyfimachus deThrace.Et ne s’en trouue pas vn feul,qui foitfait
Roy paréle&ion. Et par ainfi les Grecs mefmes feroyent Barbares, au L’eftat en
iugement d’Ariftote.combien quele mot de Barbare, fe difoit ancien- pure Anar-
nementfans contumelie,de ceuxquineparloyent pas Grec. Mais en c]1je#
toutes Monarchies elediues,il y a vn danger qui aduiet toufiours, c’eft Troublesqu’après la mort du Roy, leftat demeure en pure Anarchie, fans Roy, ordinaires
fans feigneur, fans gouuernement, & au hazard de fa ruine, comme le p0Urles eje
nauire fans patron ,Cqui doibt fon naufrage au premier vent, ôc cepen- ftions>
dantlesvoleurs,&meurtriersaflaflinétcommeilleurplaift, auec efpe- Homicides
rance d’impunité, comme il fe fait ordinairement après la mort des Pa- £cs prjnces
pes,&desRoys deThunes, ôc Sultans d’Egypte, car il y a tel qui a fait e(]ellz#
cinquante homicides,qui a toufiours eu grâce des Papes, ou, quoy que
foit,il eft demeuré impuni, ôc défait il en fut exécuté deux à Rome l’an
m.d. x-xn. dont Wns'a.ppc\\oitpaternoflery\'autrcaue Afaria,qui auoient
afTafliné à diuerfes fois cet,ôc feize homes,come il futaueré.&la premiè¬
re chofe qu’onfait ordinairemét le fiege vacat,c’eft de brifer les prifons,
tueries geolliers,lafcher les coupables,vâger fes iniures par tous moyés:
ôc cela connue iufques à ce que le college des Cardinaux foit tobé d’ac¬
cord d’vn fuccefleur. Et quelquesfois il eft aduenu,que le fiege a vaqué
deux ans quatre mois:comme il aduint après la mort de Clemét v. ôrdix
ans apres l’eledliô du Duc de Sauoye furnomé Félix:&fouuent il s’eft c-
fleu deux ou trois Papes,& autant dEmpereurs:& puis tantoft l’empi¬
re demeura vaeât vn an,deux ans,voire bié dixhuit ans, apres que Guil¬
laume Duc de Holande Empereur, fut tué. ôc cobien que les ele&eursNn iij
701 DE LA R E P VB L I ÇTV Éfiffent offre de l’empire au Roy d’HefpaigneÀlphonsx. fi eft-ce qu’il
n’en voulut point, jjour l’euident péril qu’il y auoit, de prendre la char¬
ge d’vn eftat expofé au vouloir des fugets, à l’enuie des Princes, & à la
violence des plus forts. & ce pendant les mefehans font defbordezen
toute licence: pour à quoy remedier aucunement, les Polaques^qv.i efli-
fent les Roys, doublent les peines, pourles forfaits aduenus pendant l’e-
le&ion du Roy, & le péché veniel eft iugé capital : comm e i’ay apris du
feigneur ZamochiPolaque Ambaffadeur en France. Auffi lifons nous
que pendant les dédions des Sultans d’Egypte,le pauure peuple, & les
meilleures villes de tout le pays,eftoyent faccagees parles Mammelucs.
Sion dit que ce pendant on eftablira vn gouuerneur,ie dy qu’il n’y aura
pas moins de difficulté, qu afiire vn Roy. Mais pofons le cas qu’ilfe fa¬
ce fans contredit,fans affembler les eftats, auxquels apartiétde nommer
le gouLterncun qui fera garend delâfoy?quil’empefcherad’enuahirl’e-
ftat 1 ayant en fà puiffance? qui eft-ce qui le defarmera s’il ne veut ? On a
Veu comme s’y porta Goftaue,peredeIeanRoy deSuede, quidegou-
uerneurfe fift Roy,fans attédrel’eledion. Et fi on laide le gouuernemét
au Sénat, comme il fe fait en Pologne, & fe fcifoit en Rome ancienne¬
ment,^ danger n’eft pas moindre que ce pendant les plus forts ne s’em¬
parent desfortereffes:comme firent Pompee Columne, & Antoine Sa-
uelle, lefquels fefiifirent du Campidolcriâs au peuple Romain liberté.
Et ce pendant les guerres ciuiles, & feditions font ineuitables, non feu¬
lement entre lespeupies guerriers,ains auffi entre les Ecclefiaftiques: &
n’a iamais efté poffible d’y pouruoir fi bié,que vint & deux Papes n’ayée„ . .. eu la tefte1 tranchee,& plufieurs chaffez de leur fiege. Et mefmes en laPar les regiltres ... y 1-/'* i* -i r > rprimitiue Eglitc 1 an c c c L v i. il ruttue fix cens perfonnes en la ville dedu Vatican.plufieurs pa Rome,pour lele&iondeDamafüs,&: Vrficinus.Quantauxguerresdes
pes ôc Em- Romains,& puis des Aimas aduenuëspour les eledios des Empereurs,
pereurs toutes leurs hiftoires ne font pleines d’autre chofe:où chacun peut voir
tuez ôc em- le piteux fpe&acle des villes faccagees, des prouinces pillees,& fourra-
poifonnez gees desvnsou des autres. Encores y a-il vn autreincôuenienr, c’eft q le
pourlese- plusbeau domaine public,eft tourné en particulier: come il sefl: faitdu
jedions. domaine S. Pierre:&dePempire d’Almaigne : caries Princes efleuz fça-
chât bien qu’ils ne peuuét laiffer l’eftac à leurs enfans,font leur profit du
Le domai- public,par venditions & donations.comme Raoll’Empereur exempta
ne diflipe de l’empire toutes les villes de la Tofeane à prix d’argent : Robert aufli
par les prin Empereur donna trois villes Impériales à fon fils, Henry premier occu-
cesefleuz. palaSaxe.Friderichii.afranchitNuremberg:Othonin.afranchit Ifhe:
Loüys de Bauiere fift le femblable à la ville dEgre-.Henry v.vendit tout
cc qu’il peut: & Charle 111 r.ne polluant payer cent mil efcus qu’il auoit
promis à chacun des eledeurs leur vendit tous les tributs de l'empire,
pour faire eflire fon fils Empereur, comme il fut, ôc toft apres dé¬
bouté , par ceux là mefmes qui l’auoycnt efleu. Ayant ainfi cou-pé
LIVRE SIXIESME. yopé les plus forts nerfs de la Republique , tout le corps de l’Em-
pire refta fi foible , que Charles Duc de Bourgongne fift la guerre
auxPrinces d’Almaigne. Toutesfois ce ne font pas les plus grands in-
conueniensrcar il faut par neceflité choifir vn Prince effranger, ou qui
foit du pays. Et neantmoins fî la monarchie tombe en chois, chacun y
voudra afpirer,ôc entre plufieurs égaux,il eft impoffible qu’il n’y ayt de
grandes fa£tions,qui diuiferont les fugets, ôc les feront partifans:Ôc o-
res qu’ils ne foyent efgaux en vertu,ny en biens,fi eft-ce qu’ils prefume-
ront eftre efgaux,ôc ne voudront point obéir l’vn à l’autre, comme ditTacite,qu’il aduint en Armeniejôcfraicbement en Poulongne,où le Se-
natdeboutatousceuxdupaysde pouuoir entrerai! nombre des com- La ialoufie
petiteurs:Ôc les Mammelucs apres auoir tué plufieurs Sultâs,ôc ne pou- ineuitable
uans endurer que 1 vn d entr eux fuft plus grand que l’autre,enuoyerent entre fei-
AmbafTadeurs àCampfon Roy de Caramanie, pour eftre Sultan d’E- gneurs eP
gypte.Les Princes d Almaigne fouuent en ont ainfi vfé, apres plufieurs gaux,
meurrres des Empereurs du pays,iufques à choifir vn Guillaume Com¬
te de Hollande, vn Henry Comte de Lutzembourg: tantoft vn Roy
d Angleterre, puis vnRoy dHefpaigne: ôc quelquesfois mefmes lesPrinces eftrangers nen veulent poin^comme Alphons x. Roy d’Efpai¬
gne qui refufa la couronne Impériale, qui demeura vacante dix-huiâ:
ans,comeiay dit,ÔcSigifmondi. Roy de Poulongne refufa les Royau¬
mes d’Hongrie,de Boheme,& de Dannemarch,eftant femondparles
eftats. Auffi Loüys x 11. refufa lafeigneurie de Pife, ôc les anciens Ro¬
mains refuferent, dit Appian, plufieurs peuples, oui fe vouloyent fou-
mettre a leur obeïffance. ou bien fi le Prince eftranger accepte leftat, fî
luy en vient vn plus grand,il fera contraint de laiffer le premier.comme
fift Loüys Roy d’Hongrie,lequel eftant auffi efleu Roy de Poulono-ne,
s en retourna auffi toft en Hongrie laiflant vn lieutenant: comme la
raifon veut,que chacun foit plus foigneux des fiens, que des eftrâgcrs.
non pas qii il fuft débouté du Royaume, comme on a voulu fairë*con-
tre tout droit ôc raifon, depuis peu de iours : iaçoit qu’il n’y euft ny
claufe,ny c5dition qui dift rien de l’abfence: ôc que les eftats de Poulon¬
gne ont tranfporté tout le droit Royal en celuy qu’ilsauoyent efleu,ôc
quils ne peuuent reuoquer attendu qu’il n’y a contrauentionquelcon-queau traité:auquel onne peut appofer codition, non plus que àla do¬
nation parfaite, iointauffi que les Empereurs de Rome, Ôc puis d’Al¬
maigne efleuz en la mefme forme que ceux de Poulongne,ont gouuer-
ne fort long temps les Empires par lieutenans. ou bien fi le Prince e-
itranger retient l’vn ôc l’autre eftat,ce qu’il ne peut faire aifémet s3il n eft
proche voifin,qui doubte qu’il ne face vn Royaume des deux s’il peut?
ou quil ne face d vne Principauté Ariftocratique, vne droite monar-
° /^nousenauons vn ex^ple de Charles v. Empereur,qui auoit chan¬
ge Ariftocratie des Almans, en vn Royaume, ôc auoit fait venir Phi-Nn iiij
7D4 DELA REPVBLIQVElippe fon fils iufques en Almaigne, pour le faire Roy des Alcmans, fi le
Roy de France n’euft rompu les defleins.& fi le Prince eftrager ne peut
vnir l’eftat d’autruy au fien, fi enfera-ilvne métairie du fien tant qu’il
viuera,& en tirera tou t le profit qu’il pourra,pour feruir au fien: ou fera
confcntir les grands feigneurs, qu’il tiendra en fa puiflance, de choifir
celuy qu’il aura nommé,& auquel il porterafaueur, comme lesRoys
de Thunes ont quafi toufiours fait : ou du moins il en tirera quelque o-
blio-ation,pour feruir à fes enfans, ou proches parens, comme fift Lan¬
celot Roy de Boheme,& d’Hongrie fils Dalbert, frere de Federic 111.
Empereur, eftant mort fans enfans, les eftats d’Hongrie efleurent Ma¬
thieu Corbin fils de Huniad(par ce qu'ils ont toufiours prétendu, que
le droit d’efledion leur appartient, & que la fucceffion du plus proche
n’a lieu ) Federicproche parent, &quiauoirau parauant tirévnepro-
mefle d’eftre Roy d’Hongrie,y vouloit entrer, &: l’euft fait, fi Mathieu
neluy euft promis par traité expres, qu’ilne femariroit, affin quele
Royaume tombait à luy ou à fes enfâs: touresfoisapres la rnortdeMa-
thieufans hoirs de fon corps, les eftats d’Hongrie efleurent Lancelot
Roy de Poulongne,& de Boheme,fans auoir efgard aux conuentions,
& traitez faitsauec Federic: qui futcaufed’vne forte guerre, pourle
Royaume d’Hongrie,& ne fe trouua moyen d’en auoir la fin, iufques
à ce que les plus grands feigneurs,& barons d’Hongrie, declarerent le
Royaumefucceflif par obligation exprefle, & queauenantlamortde
Lancelot Maximilian fils de Federic,fuccederoit au Royaume,comme
il aduint. mais les eftats pretendans auoir droit d eflire gouuerneurs,&
que Ferdinand vouloit empietei le gouuernemét d Hongrie, & la gar¬
de de fon ieune neueu,le peuple d’Hongrie, & la feur mefme de Ferdi¬
nand,ont mieux aymé fe getter au giron du Turc : en forteque le peu¬
ple d’Hongrie,pour maintenir le droit defleétioneft tombe en (erui-
tude perpetuelle d’vn Prince,ayant perdu non feulement le droit d’ef-
leéHôn,ainsauflienhazard de perdre leurs loix,&religio : com me tous
Princes eftrangers font couftumiers de changer tant qu ils peuuent les
loix,couftumes,& religion du pays: & fut ce lemble la principale caufe,
pourquoy Dieu defendit+ i fon peuple de choifir vn Prince eftranger.
Et toutesfois en matiere d’efle£tion,l’ouuerture eftant faite a plufieurs
competiteurss’ily va de laforce toufiours les plus mefehans ,& caute¬
leux ou les plus téméraires, hazarderont tout poury paruenir: &ii le
plus vertueux eft efleu.fa vie eft en danger des autres competiteurs plus
puiflans:comme il s’eft veu en Almaigne depuis trois cens foixante ans,
que la monarchie eft tombee en efledion,ily ahuit ou neufmpereurs
tuez,ouempoifonnez,& entre autres, Guillaume de Holande, Raol,Homicides Albert,Henry vi i.Fridericn. Loüys de Bauieres, Charles nepueu dedes Princes Henri,Gonthier : outre ceux qui ont efte déboutez honteusement u* fiege Impérial. & de xv.Sultans qui ont efteefleuzRoysdÆgypte,i4.Deutcro.i7
LIVRE SI XI ES ME. 70;y cn a eu fept tuez,à fçauoir Turqueman, Melafchal, Cothos, Bando-
cader ,Mehemet,Cercafle,GiapaIat: Centre les Empereurs Romains,
après Iamortd’Augufte,ily en a fept tout de fuite,maflacrez, empoifo-
nez,oueftouffez,ôc trois pourvn an. Et bien fouuent les foldats tuoyée
les Empereurs,pour en auoir de nouueaux,foubs la feule efperance des
dons,& largeffes:ôc toufiours celuy qui eftoit efleu par le Senat,deplai-
foit aux légions : ôc bien fouuent chacune armee faifoit vn Empereur:
de forte quepour vn temps,il y euttrenteEmpereursRomainsefleus
en diuers lieux, & vne femme qui fut du nombre :ôc tout l’Èmpire en
guerre,& combuftion à qui remporteroit.Et n’y auoit aucune afleurâ-
ce en l’eftat, fi le fils légitimé,ou adoptifne fuccedoit au pere fans efle-
dion : comme Tibere,Tite,Trajan,Adrian, Antonin le piteux, Marc
Aurele,Commode, ôc fi l’Empereur nedonnoit ordre d’adopter vn
fuccefleur, au cas quil n’euft enfans3 toufiours laRepublique retom-
boiten guerres ciuiles. Et pour cefte caufe Adrian l’Empereur, crai¬
gnant quel’eftatne tombaft en chois,adopta Antonin le Piteux,ôc luy
fift adopter Marc Aurele, ôcÆlius Verus, fuiuant en celà l’exemple
d’Augufte,lequel pour obuier aux guerres quiaduiennent pour le fait
des eüedions,adopta fes deux petits nepueuz, ôc apres leur mort ado¬
pta Tibere,apres toutesfois qu’il eut adopté Germanie: & ceux qui e-
ftoy ent ainfi adoptez, eftoyent appeliez Princes de la ieunefle, ôc Ce-
(àrs,quipar fucceflion de temps,ont eftéappellez Roys des Romains:
affin qu’on fuft afleuré d’vn fuccefleur. En cefte forte Henri in.fift efli-
re fon fils de fon viuant,qui adopta fon petit fils, ôc Charle im.fift auf¬
fi eflire fon fils,qui eut fon frere Sigifmond pour fuccefleur,lequel ado-
ptafon gendre Fridericiii.auquelMaximilian fon fils fucceda. Etco-
bien queles eftats de l’Empire euflentalors, le fiege Impérial vacant,
plufieurs grands Princes competiteurs, fi eft-ce qu ilsiugerentquele
petit fils de Maximilian Charles y. meritoit eftre efleu come plus pro-che:comme ils’eft toufiours fait enPoulongne,Tartarie,Boheme,Hô-grie,Dannemarc,Suede,où les eftats prétendent droit d’efledion: affin
que le droit fucceflif, oftaftl’occafion des guerres ciuiles. Et pour ce¬
fte caufe Sigifmond Augufte Roy de Poulongne dernier de la maifon
de Iagellon,n’ayant que deux feursaflembla les eftats pouraduifer d’vn
fucceffcur ayant vny le Duché de Lituanie au Royaume de Poulongne:
mais les eftats n y voulurent confentir : craignans perdre le droit d’efle¬
dion, ou qui leur baillait vn Roy contre leur gré: & quafi au mefme
temps le parlement d’Angleterre fut tenu à Londres au mois d’Odobre
m.d.lx vi.oùles eftats firent vne requefte à la Royne,de pouruoir d’vn
fuccefleur a la couronne,pour euiter, comme ils difoyent, les dangers
euidens,aufquels le Royaume tomberoit,s’il n’y eftoit pourueu. ôc que
ils eftoyent refolus de ne parler de fubfide,ny de chofe quelconque,que
cela ne fuft arrefté. ôc combien que la Royne fe fàchaft de cefte reque-Le moyend’afleurerl’EmpiredeRome, ôcd’Almai-gne.
La ligue des
Roys dé¬
faillant faut
pouruoir
d’vnfuccef'
feur.Le Duché
de Milâde-
membré a-
pres que la
lignee des
Vifcontes
fut faillie.j Funcius.anno
1881.éOnuphrins.Erreur de
ceux qui
péfentque
le Royaume
de France
foit tombé
cn efledtio
regeté.7o6 DE LA REPVBLÏQJVEfte,difimt quon luy vouloit faire, fa fofle, au parauant quelle fuft mor¬
te: fi eft-ce quelle promift fuiure le cofeildes plus fages de fon Royau¬
me. Car le Royaume venant par droit fucceflif comme a toufiours eftele Royaume d’Angleterre,tombe en chois, quand il ny a proche parét,
ny du cofté paternel, ny du cofté maternel. & lors il eft neceflaire d’y
pouruoir au parauant que le cas (oit aduenu : autrementTeftat eft en
grâd hazard de ruiner:comme il aduint de l’eftat de Milan l’an m.cccc.
xlviii.aptes la mort de Philippe Marie,dernier mafle delà maifon de
Langlerie,laquelle auoit tenu Milan quatrecens ans par droit fuccefliÊ
alors le peuple fe voyant en pleine liberté fans feigneur, délibéra de
maintenir Peftat populaire,razfa le caftel loue,brufla leteftamët du der¬
nier Duc, choifit douze Senateurs, & apres auoir efleu pour capitaine
général Charle de Gonzague, fift vne cruelle boucherie de tous ceux
qui tenoyent le parti de François Sforce, qui afpiroit à la fouueraineté,
comme ayant efpouzé la baftarde de Philippe dernier Duc,& par ado¬
ption qu’il en auoit fait, au mefme tempsFridericm.demandoitle Du¬
ché, comme fiefdeuoluà l’Empire par faute de malles: Ôc d’autre cofté
Charle d’Orléans pretendoit luy appartenir,à caufe de fa mere Valenti-
ne,feur légitimé ôc naturelle du dernier Duc. Et pendant leurs querel¬
les,les Venitiens pefcherent en eau trouble,comme ils ont de couftume
ôc s’emparerent de Cremone,Lande,Plaifance, membres du Duché de
Milan :Ôc le Duc de Sauoye printNouarre,ôc Verfeil: Sforce, Pauie, ôc
Derthonne-.Charle d’Orleans Aft: ôc le peuple de Milan, ne fachant à
quel faind fe voüer,rendit la ville de Milan aux Venitiens: ôc en fin tous
les Princes Chreftiens fe font mis en guerre pourceft eftat là, parfaute
que le dernier Duc ne pourueut pas de fuccefleur comme il debuoit,ôc
fuiuant le traité de Mariage fait entre Loüys Duc d Orléans,ÔcValen-
tine,nappella pas Charle d Orleâs,fon nepueu,pour 1 adopter,Ôc nour¬
rir près de fa perfone,ôc non pas Sforce eftranger, qui eftoit le premier
gentil- homme de (a maifon.Catj il eft ordinaire que les monarchies ne
font tombees en chois, finon qùand le monarque mourant fans hoirs,
n’y a point pourueu.ainfi le Royaume d Almaigne tomba cn chois ait
temps que Henril Oifeleur Duc de Saxe,fut efleu,car au parauant il e-
ftoit efcheu par droit fucceflifà Charle fils de Loüys Roy d Almaigne,
fécond fils de Loüys le piteux. Auffi les hiftoires d’Almaigne ' commen¬
cent à compter les ans de l’Empire,depuis ce Charles fils de Loüys,qui
mourut fans enfans. combien que les Almans nefontpas d’accorden
ce point,car les vns mettent le premier Empereur Arnolph, les autres
difent que l’efledion n’a commencé6 quel’anM.cc.L.ainfi quelleeft:
ôc au parauant, queles Princes temporels, ôcfpirituelsauoyent droit
d’eflire,lors qu’ils n’eftoyent que Liin.Et de dire que les Roys de Fran¬
ce eftoyent eile&ifs, & que le Royaume tomboit en chois ancienne-
ment:cela ce fuft fait foubs la lignee des Merouingues, ou desCarlin-gL]es>
LIVRE SIX I ES ME. 707giics,ou des Capets. Quant àla premiere ligue, Agathius, autheur
Grec,&fins reproche, qui a efeript l’an d. dit que les Franques, ayant
choifi la meilleure forme de Republique qu’il eft poflible, Ôc en celà
ayant furpaflé tous leurs voifins,n’ontpoinr d’autres Roys que par droit
fucceflîf.Et le mefme autheur en vn autre lieu dit, que Theodebertfils
de Diethric ou Theodoric,ôc petit fils de Clouis,quoy qu’il fuft enco-
res foubs le gouuernement dvn pedagogue,fut appelle à la couronne,
fuiuant la loy,&couftume du pays. Nous auons vn autre autheur fort
ancien,aflauoirCedrenus,qui a efeript l’an M.LVii.du temps dcPhilip-
pei.Roy de France, qui dit auflî 5 que les Franques n’ont point d’autres
Roys,que par droit fuccefliffuiuant leur ancienne couftume. En quoy
il monftré que les trois lignes des Roys de France,ont vfé du droit fuc¬
ceflif. Et s’il eft aduenu que Charle, & Caroloman enfans de Pépin, fe
foyet faits eflire par la nobleffe, comme ils firent7, ce n’a efté que pour
affeurer leur eftat,& clorre la bouche à ceux qui reftoyent de la maifon
deMeroueeicommeen cas pareil ontfiit quelquesfois ceux de la mai¬
fon deCapet, qui auoyent débouté ceux de la maifon de Charlemai¬
gne: Ôc mefmdsOdetfe fift eflire par les Barons,cn labfence de Charle
fils de Loüys lebeguel’an D c c c. lxxxviii. ôc quelque temps après à
fçauoir l’an d c c c c. xxv. Raol fils du Duc deBourgongne fe fift aufli
eflire,pour en débouter Charle le fîmple,auquel Hebert CotedeVer-
mandois auoit arraché vnerefignation en faueur de Raol, & d’autant
qu’il y en auoit plufieurs qui en murmuroyent,regrettans la race fàin£t
Arnoulph,duquel eftoit yflu Charlemaigne, ils faifoyent couronner
leurs enfans de leur viuant, comme fift Huet Capetàfon fils Robert,
ôc ceftui-cy à Henri 1.iufques à ce que l’vnc des filles de Baudoüin Co¬
te de Holâde regent en France qui eftoit y flue de la fille aifnee de Char¬
le de Lorraine,fut mariee au Roy de France Philippe 1. laquellefut me¬
re de Louys le Gros,alors le mal talent qu’on auoit de voir la lignee de
faindt Arnoulph,fruftree de la couronne deFrance futappaifee,& les
feuz dVioye allumez. Et s’il y auoit argument, par lequel on peuft pre-
fumer que le Royaume de France fuft ele£tif, ce feroit à la forme qu’on
garde au facre du Roy deFrance, deuant qu’il foit receu àfaire le fer¬
ment, les Euefques de Laon, & de Beauuais, foubleuansleRoy defâ
chaire demandent au peuple qui eft là,s’il l’accepte pour Roy. Et ayans
receu le confentement de toute l’afliftance, l’Archeuefque de Rheims,
reçoit le ferment de luy.à quoy ceux qui ont efeript que le Royaume
de France tombe en chcns^n’ont pas pris garde, non plus qu’à la forme
d’eflire le Roy qui fe voit encores en la librairie de Beauuais,& que i’ay
aufli par extrait de la librairie deRheims. Elle mérité bien d’eftre mife
au long,pour trancher les difputesdeceuxquienont efeript à veuëde
pays, le liure deRheims fort ancien efeript à la main porte ces mots,
Liber Iulianï ad Eruigium Regem.Anno M.D. VI11. indiclion.XII. Hen-7. Aimo.iib.4
7oS DE LA REPVBLIQVErico régnante XXXI1. & IIIL cal.Iunij in die Pentecoftes 3 Philippus Rex
Forme d’e- foocordine in maiore Ecclejiaantealtarefanéîœ Mariœa njenerabili Archiepi-
le£Hon fi- Jcopo confecratus eft inchoata Mift a antequam epiftola legeretur . Dominas
mulee de Archiepifcopus njertitfe ad eum,&expofuitei fidem Catholicam3fcifcitans ab eo
Philippe i. ^trumhanccrederet3&defendere/vellet3quoannuente 3delataeft eiusprofeJJto>
Roy deFrâ- qtiamaccipiens ipfe legit,dum adbucfeptenniseffet3eique fubfcripfit : eratautem
ce. profeffto eius hœc. Ego Philippins Deo propiciante moxfutur us Rex Francorum,in die ordinationis meœpromitto coram Deoy&fanèlis eius3 quodvnicuique de
vobis commijjts canonicumpriuilegium, & debitam legem 3 atque iuflitiam con-
feruaboy& defenftonem adiuuante Domino3quatum potero exhibeboJicutRex
infuo regno vnicuique Epifcopo 3 & Ecclefiœfibi commijjœperreflum exhibere
debet: populo quoofue nobis credito me diffenfationem kgum , infuo iure confi-
ftentem3noftraauÛorïtate concefjurum. Quaperleéla3pofuit eam in manus Ar¬
chiepi feopi,ante flante Archiepifcopo Suefjionenfî&c. Il y a XX. Euefques ÔC
Efle&ion plufieurs Abbez y dénommez,puis apres,Accipiens Archiepifcopus bacu-
des Roys lumfancli Rhemigij3dijjeruitquietè3&pacificè^quomodo adeum maximeperti-
pretendue nereteleflio Régis 3&confecratio3ex quofanflus RhemigiusLudouicum (Il en-
parles Ar- tendleRoyClouis)baptifauit,&confecrauit.DiJJeruitetiam y quomodoper
cheuefques ilium baculum hanc confecrandipoteftatem 3 & totum Galliœ Principatum Or-
de Reims, mifdas Papa fantto dederit Rhemigio:& quomodo Ficlor Papa fibi 3 & Eccle-
fiœfuœ concefferit. Tune annuentepâtre eius Henrico 3 elegit eum in Regempoft
eum. Legati Romanxfedis3cum tdfine Papa nutufieri licitu non effet differtum
ibifit , honoris tamen 3 & amorisgratia tum ibi affuerunt legati Lotarius Sol.
Archiepifcopi,Epifcopi, Abbates3& Clerïci 3 Dux Aquitaniœ filins 3 & Lega-
tus Ducis Burgundi<eyLegati Marchiom3& Legati comitis Andegauenfis.poft>
comitésFadenfïs3Vermadenfis3 Ponticenfis3Suefftonenfis3Aruernenfis. H.de
ilia ManhiayFicecomes Lemouicenfis : poft 3 Milites 3 &populi tam maiores,
quam minoressvno ore confentientes laudaueruntyterproclamantes, laudamuss
*volumus fiat. Ceux qui ontfouftenu que les Roys eftoyent efleuzpar
les eftats,n’ont pas pris garde, queFArcheuefque de Reims pretendoit
ce droit luy appartenir priuatiuement à tous autresrcommeilapirtpar
ceftadle.Etqui plus eft,nous lifons que Charles le fimple fiiteileu, ôc
facré Roy par Fulcon Archeuefque de Rheims, fans auoir efgard a 1 cf-
lcdtionduRoy Odet,pratiquée par luy,des Barons deccRoyaume.Et
fur ce que le Roy Odet s’en plaignoit,lJArcheuefque luy referiuit, qu il
ne debuoit pas trouuer mauuais,de quoy il auoit efleu Charle le fimple,
ayant cefte puiflance, & que ce n’eftoit pas la couftume des François
d’eflire Roys,finon du fang des Roys. Guytard^ met l’epiftre de Fulcon
tout au long. En quoy ilapert, que s’il y a iamais eu droit d efledion
qu’il appartenoit à l’Archeuefque de Rheims, ou du moins qu ijen e-
ftoit cn pofTeflion. ôc neâtmoins, qu’il ne fe pouuoit faire efle&io d au¬
tre Roy que des Princes du fang.Mais pour monftrer que le droit de
couronne eftoit deuolu au proche mafle du fang,& du nom,il apert nofeulement
LIVRE SIXIESME. 7<§feulement parlaudorité de ceux que i’ay remarqué cy deffus, ains en¬
cores en la guerre fanglante,ôc cruelle entre Lotaire, Loüys, ôc Charle
le Chauue,qui eftoit fondee fur ce,que le pere auoit donné la meilleure
part à Charle le Chauue puifné: car tous trois eftoyét Roys fouuerains.Et d’autant que Henry premier Roy de France, fils de Robert, eftant
puifnéauoitefté efleu par le pere , ôc que fon frere aifné Duc de Bour-
gongne,auoit efté rebuté,craignant que les enfans de fon frere vouluf-
fent quereller la couronne,Ôc mettre la France en guerre ciuile,comme
elle auoir efté entre luy & fon frere, fi toft que fon fils Philippe eut fept
ans, il pratiqua qu'il fuft couronné Roy de France, mais il n y a aucune
forme d’efledion, fi ce n’eft qu’on voulu ftfouftenir qu’elle appartient
àl’ArcheuefquedeRheims,quipretédl’auoireu du Pape: qui n’y auoit
aucun droit. Or les inconueniens que i’ay déduit, ne touchent poinc
ceux qui doibuent eflire,& qui ne font pas moindres que les autres: car
fi tout le peuple y eft receu,il n’y aura que feditions,meurtres,ôc fadiôs,
s’il n’y a qu’vn eftat, les autres feront mal contens: & neantmoins c’eft
le plus expedient qu’ona trouué pour obuier aux meurtres qui fe fai¬
foyent, dereduire les efledeurs del’Empire à fept Princes, & les efle¬
deurs du Pape, au college des Cardinaux: ôc quoy queles efledeurs
foyent en petit nombre,fi eft-ce qu’eftansdiuifez ils ont efté caufe de
plufieurs guerres ciuiles,comme on peut voir és hiftoires d’Almaigne.
que Loüys de Bauieres, & Albert d’Auftriche furent tous deux cfleus
Empereurs, ôc firent la guerre huit ans l’vn contre l’autre, ruinas les vil¬
les, chaftdaux,ôc villages des Partifâs. ôc en cas pareil, les Cardinaux qui
n’eftoyent que douze apres la mort de Clement un. Pape, furent trois
ans às’acorder,ôc en fin efleurent l’Archediacrede Leode, qui depuis
fut nommé Gregoire dixiemedors qu il eftoit en Hierufalem:ôc lequel
pour cefte caufe fift plufieurs ordonnances touchant l’efledion: mais il
n’a fçeu fi bié faire,que les efledeurs depuis n’ayent fait trois Papes pour
vne fois:ôc bien fouuent deux : en force qu’on eft cotraint les enfermer,&les faire mourir de faim, files deux tiers ne tombent d’accord: ce qui
eft encores gardé plus eftroidement,pour eflire le grâd maiftre de l’or¬
dre faint Iean:car on emmure les xxim.efledeurs nommez par le col- ^om*c*des
lege des Cheualiers,ôc faut qu’ils en eflifent vn qui ne foit des xxim.Ôc ^ emP°*~
en vn briefdelay qu’on leur baille.On a veu aufli les fadions,brigues,Ôc ^onnemens
meurtres aduenusjpour les efledions des Euefques en ce Royaume: ôc Pour^es
le plus fouuent celuy qui eftoit Ieplus vicieux,Ôc le plus ignorant Tem- ^esportoit:comme le Chancelier duPrat remonftralors qu’il fut queftion ^aPes-
de vérifier en parlement le concordat fait entre le Roy François i. ôc
Léon x. qui eft la caufe, que les Euefques,ôc Abbez en Mofchouie font
tirez au fort. Et neantmoins la feule couuerture qu’on a pour foufte-
nir les efledions. c’eft de dire que les plus dignes font choifis pour eftreOo
DE LA REPVBLIQVEEmpereurs,Pap es, Euefques,Prélats. le m’en raporte aux hiftoires : qUi 1
difent bien tout le contraire,ôc quil n y en a gueres de plus vicieux*,quela plufpart de ceux qui font choifis : ôc n’eft ia befoin de le vérifier par [exemples:mais tant y a que fi le droit fucceflif euft eu lieu, Néron He- ^liogabale,Otton,Vittellius,ôc autres monftres de nature ne fuflentpas 3venus à l’Empire des Romains : ôc Augufte, Traian, Adrian, les deux 11Antonins, en euflent efté déboutez. Et quand ores il feroit ainfi quon fefl euft toufiours les bons,ôc vertueux Princes, fi eft-ce que la difficulté ‘fd’y paruenir,ôc les inconueniens qui feprefentent de tous coftez, fuf- tcfilent pour empefeher que les monarchies ne tombent en chois : tant ®que le droit fucceflif peut auoir lieu. Et quand la lignee des monarques ^eft fallie, ôc que le droit eft deuolu aux eftats, en ce cas il eft beaucoup fOvi.fecfcumambo. Plus ^ur d’y procéder par fort0,ayant fait chois des plus dignes, ou de kfecï^Muifergo' ceux <lui font d’entreraux termes d’efleftion: comme il fe fde fidei cômiflsar. fift entre les fept Princes de Perfe ; pourueu que Dieu y foit appellé, en 011îegat .î. i. quando gardant laforme des anciens Hebrieux, qui difoyent, Seigneur Dieu trcpsUCFehn"na donne 8 le fortiaffin que tout charme, & fortilege en foit hors, ainfi le pSum-^ardinaf" grancl Samuel,quand il fut queftio defairevn Roy nouueau,fift aflem- lUlFlorent, incap. ii- blertoutle peuple, ôc le fort fut tiré des douze lignees: ôc la lignee de f°8.Samuel.i.cap.14 Beniamin eftant venuë,ontirales familles de Beniamin:ôc en la famille p*Les pre- de Cis le fort tomba fus Saül,que Samuel auoit au parauant facré par le NmiersRoys mandement de Dieu,affin qu’on ne penfaft point que le Royaume fuft -Mtyrez au deuolu fortuitement. Mais depuis que la monarchiefuteftablie, on a Pfortpar la toufiours gardé la prerogatiue du droit fucceflif, fans vfer d’efledion, jncloydeDieu ny de fort.Or ce n’eft pas aflez que le droit fucceflifayt lieu: ains enco- Pôc leurs en- res ilfaut quele plus pioche du monarque fuccede, i’entens entre les mafans par mafles,ôc defon nom, quieft à parler proprement,l’aifné comme le pre- piedroit fuc- mierquieft ifludeluy : Et l’ordre de nature veut que l’aifné marchele Wceflif. premier apres le pere, & que les autres le fuiuent chacun en fon ordre, fit]Droit fuc- ôc par confequent qu’il foit préféré aux autres. Et peut on dire que ce- ïraceflifalaif- fte loy eft naturelle, Ôc qui eft, ôcatoufîours efté commune prefque à 'niné eft com- tous peuples. Ainfi difoit Perfeus,que par le droit de nature9 commun «temun a tous à toutes nations, ôc par la couftume gardee au Royaume de Mace* fit(peuples. doine inuiolablement, l’aifné fuccedoit au Royaume. Ôc pour mef- %beiuXcedonici.’ rne raifon, dit Diodore, Alexandre Me Grand emporta le diadefme jdd io dor lib" Par ^e^us tous ^es freres : comme il fe faifoit aufli au Royaume j4de Parthe, ou les aifnez de la maifon d’Arfàces premier Roy, ôc les :j[x. lib. i4. plus proches de fon fang fuccedoy ent, fuiuant, dit Iuftin1, la couftu- ji|me des Parthes. ôc pareillement entre les Hebrieux , le Royaume yo.Paraiipom.iib.2. Je Iudee fut baillé à Ioram , par 0 ce que , dit l’efcripture , il eftoit |tcy iib.7. aifné. ce que mefmes Herodote 3 le plus ancien de tous les Hifto- Mriens Grecs dit , que generalement en tous Royaumes la couftume L(
vouloit, que l’aifné euft le feeptre, ôc le diadefme par droid fucceflif.& plus
LIVRE SIXIESME. 7n& plus de quatre cens ans deuant Herodote, comme dit Coruin Met
fala,au liure dédié à l’Empereur Augufte,Illus futpreferéau Royaume
à fon frere Aflaracus puilné. Et mefmes il fe trouua aux Indes Occi¬
dentales,que les aifnez auoyent les Royaumes par deflus les puifnez.&
alors que François Pizarre, capitaine Èfpaignol, conqueftale Royau¬
me du Peru,il fift executer à mort le Roy A tabalippa, dequoy tous les
peuples fe refîouifloyent 4, de voir mourir celuy,qui auoit fait tuer fon
frere aifné pour eftre Roy : contre la couftume du pays, conformeau 4'hlftorîudlca'
teftament du pere,lequel ayant deux cens enfans, voulut que Gacafon
fils aifné luy fuccedaft au Royaume fans diuifion. &iaçoitqueles en- Différend
fans foyent iumeaux, fi eft-ce que la prerogatiue du Royaume eftgar- cju
dee au premier né.Et fur cela fefondoit le Duc d’AIbanie,frere iurneau d’aifnefle
delaques Roy d’Efcofle,difant qu’on luy auoitofté fon droit:& laques çntrc jcux
fouftenoit le contraire,qu’il eftoit le premier né. Et toutes les fois que jumeaux
on a voulu forcer, & violer ce droit naturel, il s’en eft enfuiui de grands cnfans
troubles,&guerres ciuiles: comme il aduint pour le Royaume d’Al- laques Rov
be,enuahi par Amulius,qui eftoit deu à Numitor* aifné. &au Roy de d’Efcofle
ludeeAriftobulus,quifut deboutéparfentence dePompee legrand, * Dionyf.Haiycat
pour mettre fin aux guerres, 5c feditions, &leRoyaume reftituéàfon
frere aifné Hyrcanusrfans auoir efgard ace que difoit Ariftobule,que
fon frere n’eftoit pas habile aux armes,ny propre à gouiierner vn Roy¬
aume. Qui eft vne couleur,que les peres,ou les partifans onrpris quel¬
quesfois,pour faire tomber la couronne fus la tefte despuifnez: com¬
me fift Ptolemee premier dece nom Roy d’Ægypte, lequel préféra le
puifné i l’aifné,contre le droit des gens, dit Iuftin, 5c fut caule que lvn Leshomi
tuai autre. 5c au mefme Royaume Ptolemee, furnomméPhyfcon, à la c]cjcs ^
prière de fa femme Cleopatre, préféra le puifné, à l’aifné: mais apres ^ S’ -
la mort du pere, le peuple r’appella l’aifné, &chafla le puifné: comme
ditPaufanias6. Encas pareil AnaxandridesRoy de Lacedemone, pre-
fera Dorieus à Cleomenefon frere aifné, parce qu’il eftoit plus gentil: feréle^uif
& nearmoinsl hiftoire7 dit quele peuples’éplaignoit, come de chofe n£ àPafl^é
faitecotreledroitdesges.EtcobienqueleRoyPirrhusdifoit,qu’ilvou- *.iib.i. ^ 1 ^
loit que celuy de fes enfans,qui auroit l’efpee mieux nichante, luy fuc- 7' Het0^-]i^4
cédait: neantmoins laifné qui eftoit moins vaillant l’emporta, car quel¬
que hardiefle,gentillefle, beauté, 5c fagefle qu’il y ait au puifiiépl9 qu’en
laifne:fi ne faut il pas qu’il efchappe au pere, de vouloir preferer le puif-
nea 1 aifné:comme fift le pere d’Atre9^& Thyefte,qui voulut preferer le
puifné,pour eftre mieux entédu aux affaires d’eftat:dot il s’é enfuiuit de
cruelles tragedies. Il s’en eft trou ué encores de plus mal aduifez,qui ont
cherché les natiuitez de leurs enfâsjpour doner le Royaume à celuy au¬
quel les aftres£uiorifoyët:comme Alphos x. Roy de Caftille qui par ce
moyen voulut preferer le pui fné à l’aifné:mais ceftuicy tua le puifné, Sc
mt mo urir le pere en prifon. Et fans chercher plus loing, on a veu tou t| Ôo ij
7i* DE LA REPVBLIQVEce Royaume ambrafé de guerres ciuiles,par ce queLoüysle piteuxà la
requefte de fa fécondé femme , auoit préféré Charle le ChauueàLo-
thaire fon frere aifné:comme auflî fift Robert Roy deFrance, qui pré¬
féra Henry i. à fon frere aifné,qui eftoit lafche, ôc coüard de fa nature
Ôcfe contenta de la Bourgongne. En cas pareil Gabriel puifné de la
maifon de Saluffe mit fon frere aifné enprifon, faifant entendre quil
eftoit infenfé, comme il fefait quelquesfois és plus illuftres maifons
d’Almaigne : mais fî toft quele puifné fut mortj’aifné. fortitde prifon,
ôc y logea fa mere qui auoit fauori lepuifné. Or tant s’en faut que la
coüardife,ou lafeheté de couragedoibue empefeher l’aifnéde fucce¬
der à la couronne, que mefme fil’aifnéeft contrefait, on ne doibt pas
pour cela luy ofter laprerogatiue d’aifnefle a la couronne: iaçoitque
la République ayt notable intereft, d’auoir des Roys qui ne foyent
point contrefaits, à quoy Lycurgue, ôc Platon vouloyent quon euft
grand efgard:ôcmefmes Lycurgue vouloit quon tuaftles enfanscon-7. Deutero.zi. trefaits : neantmoins la loy7 de Dieu a tranché cefte difficulté, ôcn’a
Laifne pre- p0intvoulu que le puifnéfuft préféré à l’aifné,^>our quelque faueur
tereaupuil- qUecefuft.Ce qui ne doibt pas feulement auoir lieu, quand il eft que-
ne parla ftion du droit d’aifnefle : ains auflî le plus proche mafle de l’eftoc pater-
loy de Dieu ne]jC[oibt fucceder àlacouronne, quoy quil foit contrefait : carpourvn inconuenient,on ne doibt pas enfraindre vne bonne loy,affin qu on
ne face cefte ouuerture fî dangereufe aux monarchies. Et de fait. cela8.Michael Ricc.& r . t • 1 n i iin cap.iîcet devo- fut îuge pour le Royaume d Hongrie par les eftats du pays:contrela
difpofîtion de Lancelot Roy d’Hongrie,lequel n’ayantpoint d enfans,
adoptaAlme fils puifnéde fon frere pour le faire Roy, ôcenuoyaCo-
loman fon frere aifné pour eftudierà Paris: ôc depuis luy fift prendre
les ordres de preftrife, ôc luy donna vn Euefchéj pour luy ofter toute
efperance de fucceder à la couronne : par ce qu’il eftoit louche, bofïu,
boiteux ôc beguerneantmoins les eftats chafferent le puifné,Ôc ne vou¬
lurent point d’autre Roy que l’aifné:qui fut difpenfé des ordres. Et en
cas femblable Agefîlaus le boiteux, ayant fait débouter Lcorichide,
comme baftardd’Alcibiade,luccedaau Roy: non come fils, ains com¬
me plus proche de leftoc paternel,ôc du fang de Hercules., i la pourfui-
tedeLyfàndre Princedu mefmefang, lequel neantmoins depuiss’ef-
forcea de faire publier vn edidrpar lequel le plus proche ne fuccederoit
pas au Royaume,ains q le plus fuffifât feroit efleu: mais il ne trouua per¬
fonne de fon aduis Ml y en a d’au eus ..qui ont voulu adiup;erlesRoyau-jj.Plutar. inLifan. r\ r » n " C J r» " -T C ■ '0.exi.fifenator. mes aux puilnez, lilesailnezn eftoyet enfans deRoys,comeilrutiuge
1e ubeTtist& êora pour Xerxes^qui fut declairé Roy cotre Artabazâfon frere aifné, fils de
cum faefs^de a'r!- Dari9ail parauât q leRoyaume de Perfe luy efcheuft.en quoy il y auoit
co.c.&exi.fiquis grâdapparéce°,attéduquele Royaumeeftoitnouuellemét tombépar1. diuæ de decurio. fort à Darius. mais fî le Royaume eft venu par fucceflion des ance-
&legiT*’dcfwS ftres^ ilfaut toufiours, que 1 aifné, ou le plusproche de l’eftocpaternelfuccede.
L IVR-ff SIXIESME.7*3paternel fuccede1.Car tout ainfi que les enfans des roturiers ne font pas desenaS*Ppf
nobles qui font nez au parauât q le pere fut anobli:ny celuy fils de pre- trus Cjnus Baid.
ftre,qui efl: néau parauât q le pere fuft prcftrc:auffi celuy qui efl: né d’vn Lji^riSïfjiûd
pere,au parauant qu il fuft Roy, ny habile d y venir par droit fucceflif, hlsdcnuPt C
ne peut pretendre droit à la couronne, ores quil foit laifne, ou le plus
proche, mais s’il efl: habile â y venir par fucceflion légitimé, le Royau¬
me luy appartient,ores qu’il ne fuft enfant de Roy : comme il fut gardé
au Royaume de Perfe,auquel Artaxerxesfucceda,iaçoit qu'il fuft né au
parauant que fon pere fuft Roy. Et combien que (a mere Paryfatis, mit
toute TAfic en guerre ciuile, pour faire choir leftat au ieune Cyrus, fi
eft-ce que par iugement diuin,il fut vaincu, ôctué. Et fur mefme diffi¬
culté,qui aduint pour la fucceflion du Royaume,d’H5grie,Geica 1 aif¬
né fut declairé Roy du confentement de tous les eftats.Et depuis n’a e-
fté reuoqué en doubte,en quelque Royaume que ce foit. Autrement il
s’enenfuiueroit plufieurs abfurditezintolérables. carfileRoyne laif-
foit qu’vn fils né au parauant que la couronne luy efcheuft Jlne.pour-
roitfucceder.Or quand on dit aifné,ou plus proche, cela s’entend auffi
du puifné,apres laifne mort,comme Demetrius apres la mort d’Antio-
qucRoy de Surye remonftraà Rome en plain Sénat : tout ainfi, dit-il,
que le droit des gens a donné le Royaume à mon frere aifné,par mefme
droit ie luy doibs maintenant fucceder au Royaume. Mais la difficulté
eft encores demeuree indecife,fi le fils de l’aifné, doibtfucceder au Roy
fon aycul:ou bien fila couronne appartient au frere puifné, comme il
femble, attendu qu’il eft le plus proche du Roy, ôc le petit fils reculé
d’vn degré. C’eft l’opinion de quelquesz vns. Et la difficulté aduint pour îûisB& £
le Royaume de Numidie °,où!e puifné vouloit fucceder à fon frere a if- c&né,fans auoir efgard aux enfans de laifné. Et défait Scipion l’Africain I.i.§.pro fecundo.
arbitre ne fachant que refondre fur cela,entre l’oncle, ôc Ienepueu,per- ^f.n£utcm dcca'
mit que le Royaume fuft ioüé au combat des deux: comme ileftadue- bcmpTnici.5’*
nu fouuent en Almaigne. Et encores à prefent le Royaume deMofco-
uie eft toufiours deferé au puifné,apres lamort dePayeul, fans auoir
efgard au fils de laifne. ôcqui plus eft le frere puifné fuccede au fre¬
re aifné au Royaume ; ores que l’aifné ayt enfans : comme Bafile le
Grand,Roy de Mofchouie,fucceda au Royaume apres fon frere aifné
qui auoit enfans. Et mefmes és fucceflions particulières, représenta¬
tion en ligne diredten’auoit point de lieu en tous les pays de Septen¬
trion: ny en Flandres, Artois,Picardie, Normandie, non plus qu’en
plufieurs couftumes de France, qui peu à peu ont efté changées. Ôc
principalement depuis la querelle du Comté d’Artois entreMahaut j.Aiexand.coru.6c fon nepueu Robert, ioint aufli la plus commune opinion des us’^ffdcwi11
Iurifconfultes3, ôc vfancc des peuples, qui deferent les feeptres, ôc ^]rdh*rfccL&
couronnes aux enfans des aifnez par reprefentation. Mais il nc fuffifi pas theat/poft frâtrâ.Oo iij
7i4 DELA REPVBLIQVEque les plus proches mafles du nom fuccedent: ains aufli il faut que la
fucceflion des monarchies ne fouffre partage, ny diuifion, nyrecom-
penfe:ôc que plufieurs ne fuccedent par indiuis : comme fagcmcnt in-o.procop.iib.j. ftituaGeric ° Roy des Vandales autrement fila monarchie eft diuifee,
ce neft plus monarchie,mais pluftoft Polyarchie. A quoy il n eftoit pas
pourueu par laloy Salique.car nous trouuons que Aribert,frere deDa-
gobert,fils aifné de Clotaire 11. fut aufli Roy auec fon frere, ne tenant
rien Tvn de l’autre, ôc Clouis fils aifné de Dagobert fut Roy de Paris : Ôc
SigebertRoy de Mets. Ôc apres Clouis, le Royaume fut diuife en quatre
monarchies: car Childebert futRoy de Paris: Clouis Roy d’Orleans:
Guerres ô£ Clotaire de Soiflons:Theodoric de Mcts:en fin Clotaire eut le tout : ôc
incoueniés f°n Cherebcrt fut Roy de Paris: Chilperic de Soiflbns : Gotrandu partage d’Orleans-.Sigebert deMets.Orcefte multitude deRoys,ôctousfouue-
des Royau- rains eftoyent toufiours en guerre. Aquoyfagement fut pourueu par
lesfuccefleurs de la maifon deHuetCapet, qui firent trois chofes demes.Prudence grande confequence,pour maintenir cefte monarchie en fa grandeur:
desfuccef- premièrement ils déboutèrent les baftards de la maifon de France, ôc
feurs de Ca- ne voulurentpas mefmes quils fuflent aduoüez-.combien qu’il foit per-
petRoy de m^s aux baftards des autres Princes du fang, ôc des maifons nobles
France. de porter le nom, les armes,le cri, & la qualité noble de leurs peres na¬
turels. Le fécond point,fut de retrancher la puiflance des grands Maires
du Palais, Ôc Princes de France: le troifiefme fut de ne rien bâiller aux
puifnez de la maifon de France en fouueraineté: ôc enfin ils ont encores
gaigné ce point, que les puifnez, quoy qu’ils demeuraflent fugets du
Roy leur aifné, que neantmoins ils ne tiendroyent rien qu’en appenna-
ge,ôc les filles paraflignat, Quant aux baftards de France,nous trouuos
qu’au parauant ils ont partagé le Royaume auec les enfans légitimés:
come le frere baftard de Charles le fimple eut part au Royaume. Vray
eftqueTheodoric baftard fut débouté parce qu’il eftoit filsd’vne ef¬
claue: ôc neantmoins il demandoit partage: mais on luy fift refponfe,
qu’il debuoit premièrement4 eftre afranchi. Et quant au partage de la
Monarchie,i’ay dit que ce n’eft plus monarchie eftant diuifee: non plus
que la couronne^ou la robbe diuifee en pieccs,n’eft ny robbe, ny c ou-
ronne. Aufli nous ne trouuons point que les anciens Roys de Perfe, Æ-
gypte,Parthe, Afly rie,ny autres vfàflet de partage en matiere de Royau¬
mes. IofaphatRoy des luifs ayant fix enfans laifla le Royaume entier à
Ioram fon fils aifné,& afligna quelque péfion aux autres, commc nous
lifons au chapitre xxi.du Paralipom.Le premier qui fift ccfte ouuertu-
re dangereufe,fut Ariftodcme Roy de Lacedemonne, quine diuifa pas
le Royaume à fes deux enfans Procle,Ôc Eurifthene:mais il leur laifla par
indiuis à tous deux,en forte que ny l’vn,ny l’autre n’eftoit fouuerain.Et
leféblable fut fait du Royaume desMefleniés0, queLeucippus,ôcAm-phareus,Vvitiquiadus4"Saxonic.o. Paufan.lib,4
LIVRE SIXIESME. 715phareus eurent par indiuis. Qui fut caufe de changer ces deux Royau¬
mes en Ariftocraties.il s’eft bien trouué qlquesfois de plufieurs Royau¬
mes,que le pere en a fait partage à fes enfans, au parauant qu’ils fuflent
vnis envn:comme laques Roy d’Arragon, inftitua * Pierre fon fils aifné ;-UîîI? ’®Roy d’Arrago : ôc laques puifné Roy de Maiorque:& neantmoins l’ait
né conftitua le puifné prifonnier,& vnit les deux Royaumes en vn. Ain¬
fi en print-il aux enfans deBoleflaüs 1 i.Roy de Poulongne,lequel ayât
partagé le Royaume à quatre enfans, & ne laiflantrien au cinquiefme,
alluma vn feu de fedition, qui ne fe peut efteindre quedufang des fu-
gets. Cela a bien quelque apparence, quand le partage des Royaumes,
eft fait par celuy qui les a côqueftez, qui peut doner fes aquefts au puif¬
né, &laifler à l’aifné l’ancien Royaume: comme fift Guillaume le Con¬
quérant,lequel laifla le duché de Normandie, Ôc autres pays qu’il auoit
eu de fon pere, àfon fils aifné Robert : Ôc au puifné Guillaume le roux
leRoyaume d’Angleterre quil auoit conquefté, ôc ne l’auoit point en¬
cores vniaux autres pays: ôc à Henri fon troifiefme fils,il ne laifla qu’vne
penfion. ôc neantmoins l’aifné voulant auflî auoir le Royaume, perdit
l’vn & l’autre,& mourut au euglé en prifon,eftant pris parle troifiefme
qui emporta tout.Et combien que cefte opinion foitequitable, ôc fon¬
dee en raifon, ôc 6 authorité: neantmoins elle n’a pas efté receuë entre
les enfans de Charle Comte de prouence,&de Philippe de Valoys Roy iiîuddenÙp. c!5
de France : ainslesaifnezonteuletout. qui eft beaucoup le plus feur
pour l’eftat, fans auoir efgard aux légitimés qui ne doibuent auoir7
lieu où il eft queftion de la fouueraineté, & du domaine vni à vne Mo- devoto.^RipaînL
narchie. ôc mefmes on ne veut pas fouffrir,quelesduchez,Comtez, 3uaïtâadl:falc,dBald:in auth.ex
tefta.Calderin.to-i — J 'l Marquifats tôbent en partage,ny.les Baronics en plufieurs lieux : pour- ---^
ueu queles puifnez foyent recompenfez en argent, ce qui ne doibt pasHoftienfis in fum-
ma de feu dis §.auoir lieu en vne Monarchie,qui ne foufreny diuifion, ny eftimation. qualité dedfio.
Mais bien on a long temps donné appénages aux puifnez de la maifon confiî^.&^d'
de France,lefquels ont efté adiugez à la couronne eux eftans morts Ancaran.cof1i.35p.
fans enfansrcomme il fut décidé pour l’appénagede Robert Comte de
Clarmont, frere de faint Loüys, auquel ledit appênage fut adiugé,& fes
freres Charles,& Alphos Comte de Poitiers déboutez par8 arreft: ôc le deïâng*.
femblable fut iugé pour9 la fucceflion d’Alphons auflî mort fans enfans Puifnez de
Et pour cefte caufe,les Roys fuccefleurs mieux confeillez,firent mettre France de-
es appénages des enfans de France, à la charge de reuerfion par fau te de boutez de
enfans mafles:commeilfutfait en baillât appênage â Loüys i.ducd’An- partage,ôc
ioufilsdu Roy Iean. vray eft que René fils puifné de Loüys 111. duc dclafuccef-
d Aniou fu cceda à fon frere,pluftoft par foufrace.qu’en vertu de la clau- Gon des ap-
fe exprefle touchant les mafles:attédu qu’il n’eftoit pas fils de Loüys m. pennages.
Autrement le Comte de Neuers,après la mort de Charle Duc de Bour-
gongne,euft peu iuftement querelerle Duché.attendu que la claufe de1 appennage fait a Philippe le hardi auoit trait perpetuel,non feulementOo iiij
vc DE LA REPVBLIQVELes filles de p0ur les mafles, ains auffi pourles fillesrmais il ny prétendit onques aü-
boutees de CUndroit.Il eft bié vray que les Roys deFrance fauorifent en cela quel-
la fucceflîo quesfoisles Princes de leur fang:comme Philippe de Valois fuccedantà*
des apenna ]a Courone,quita le Comté de Valois à Charle fon fiere puifné:& Char¬
ges de Frâ- leVi. Roy de France eflant mort, Charle d’Angoulefme fucceda au du¬
ce» chéd’Orleans, ôc neantmoins fon arriéré nepueu Iean d’Angoulefme
ne fucceda pas au duché d’Orleans, eftant Loüys xn. venu à la cou¬
ronne. Et ceux là sabufent qui ont efcrit, que Pierre de Bourbon
fieur de Beauieu/ucceda à fon frere Iean és terres del’appénage par fuc-
cefion légitimé: car le Roy Loüys xi.fe fuft aufli toft geté és terres de
l’appennage, comme il fift au duché de Bourgongncimaisilne vou¬
lut pas ayant marié fa feur Anne quil aymoit vniquement à Pierre de
Bourbon. &Loüys x 11. confentit que Sufmne de Bourbon,fille vnique
de Pierre de Bourbon,retint l’appénagejefpoufant Charle de Bourbon*
mais Sufanne eftant morte fins enfans, les appennages furent faifis, ôc
mis en la main du Roy : mefmemét les comtez d’Auuergne,^ de Clar-
mont, vray eft que la faifie du duché de Bourbon,n’eftoit pas de l’appé-
nage,ce qui echaufa dauantage Charle de Bourbon à fe rebeller contre
leRoy. Aufli trouuons nous,qu après la mort de Iean 11 i.ducd’Alen-
çon, le duché d’Alençon fut faifi par le procureur général du Roy, re~
ferué les acquefts aux deux filles du Duc. Et tout cela s’eft fait,afEa
détenir l’vnion de ce royaumeindiuifible, autant que faire fe pour¬
ra : comme il a efté aufli fagement pourueu es Duchez de Sauoye, Mi¬
lan, Lorraine,Mantouë, Cleues, qui appartiennent indiuifiblemcnt
au plus proche.Et combien que les Almans procèdent par diuifions es;
fiefs impériaux, fi eft-ce neantmoins que les eledorats, ôc principaux
Couftume tez y annexées parla bulle d’or, &decrets de 1 empire fo n t i nd iuifi bies,
ancienne demeurans les autres fiefs ôc biés diuifibles,qui eft toutesfois cotre 1 an-
d’/lmaigne cienne couftume d’Almaigne,où les aifnez,ditTacite,auoient tous les
par laquelle héritages,ôc les puifnez eftoiét partagez en meubles.Mais on peut dire
l’aifné auoit qu’il eft expedient fi la Monarchie eftuefgrande,&qu’il y ait plufieurs:toute la fuc- enfans d’vn Monarque, ou plufieurs competiteurs, que le plus feur efl:ccllion. departager:comme firent Augufte,Marc Antoine, ôc Sexte Pompée,i. App'ia». qui partagèrent au1 fort l’empire Romain, ôc d vne grande Monarchie
en firent trois. Ceft expedient me fembleroit bon, (i après auoir bor¬
né les frontières les Princes pouuoycnt bourner auflî leurs appétits:
mais il n’y a fi hautes montaignes, ny riuieres fi larges, ny mers a pro¬
fondes, qui piaffent arrefter le cours de leurs cupiditez infatiablestcom-me ces trois que i’ay dit en firent preuue,car toft après lvn des trois futtué:& les deux Monarques qui reftoyét ne ceflerent que 1 vn n euft rui¬
né l'autre. Ets’ileft aduenu, que quelques Empereurs ayent vefeu en
paix,en vn fi grâd Empire,il n’en faut pas faire confequence. ains au co-
traire,pour vn exemple de ceux qui ont gouuerne enconcordeil sen
r 1— trouuera
LIVRE SIX I ES ME. 7i7trouuera cent qui fefont maflacrez. Mais il n y en a point d’exemple
plus illuftre qu en la maifon des Ottomans,qui depuis deux cens ans ne
ceffent de s’entretuer iufques à ce qu’il n’y en ait qu vn. &c en flflede
Gerbo il y a eu plus de fix Roys tuez en moins de quinze ans les vns par
les autres,ne pouuant foufrir compaignon,ny partage de la fouueraine¬
té.Et combien que Galeace n.& Barnabé freres enflent efgalemét par¬
tagé le Comté de Milan, & qu’ils fuflent nourris enfemble des le ber¬
ceau, tous deux bannis en mefme lieu,tous deux eflablis vicaires de l’é-
pire,& toufiours compaignos d’armes : neantmoins en fin Galeace fift
mourir fon frere, de tous Tes enfans. Abimelec fift aufli tuer foixante de
neuf freres j pour commander toutfeul: &BerdebocRoy de Tartarie
fift tuer fes douze freres l’an m. c c c L x x. Et Sephadin Sultan d’Egypte
tua dix enfans mafles de Saladin fon frere:& les fuccefleurs d’Alexandre
le grand s’entretuoyent ordinairement iu fques à leurs femmes, meres,
de enfans-.car quant aux freres,c’eftoit,dit Plutarque,chofe couftumie-
re. Qui fut caufe que le Roy Deiotarus tua douze enfans mafles qu’ila-
uoit,pourafleurerletreiziefmedefon Royaume. Car toufiours entre
efgaux l’ambition d’eftre le plus grand, armera l’vn contre l’autre : mais
en vne Monarchie,où il n’y a qu’vn fouuerain, & auquel les autres Prin¬
ces du fang font fugets,eftans pourueuz de quelque penfion, ou appé-
nage,il eft certain q pour auoir toufiours quelque faueur du fouuerain,
ils luy prefteront plus d’obeiflance. C’eft pourquoy les Roys quiont
mieux efté confeillez,n’ont point donnéà leurs freres,ny aux Princes de
leur fang, l’eftat de lieutenant général, ny de Conneftable-.mais bienà
vn Bertrand du Guefchling, vn Oliuier de Cliflon, vn Symon Cote de
M6tfort,&autres de telle qualité quipeuflet maintenir la gédarmerie,
de foubs lefqls les Prince^ du fang marcheroyent, n’ayant toutesfois ef-
peranceaucune d’afpirerà la fouueraineté. Ainfi faifoyentlesanciens
Romains, & mefmement Augufte qui ne voulut pas bailler les capitai¬
neries, ô<: gouuernemét des frontieres^&d’Egypteaux nobles Senateurs
d’ancienne maifon,ains feulement aux hommes d’eftatmediocre. Et
combien que les Roys de Septentrion ont quafi toufiours appellé les
Princes de leur fang à leur confeil, fi eft-ce que les autres Monarques les
reculent tant qu’ils peuuent, foit pour la defiance, foit pourtenir leur
confeil en telle liberté, qu’elle ne puifle eftre diminuée par la grandeur
des Princesrfoit pour ofter l’ambition,& ialoufie, qui eft ineuitable en¬
tre les Princes d’vn mefme fàng, file Roy fauoriftl’vn plus que l’autre.
Et combien qu’il y a plufieurs Princes proches de fàngaux Ottomans,à
fçauoir les Michaloglis,les Ebranes,les Turacanes-.toutesfois ils n’apro-
chét iamais du confeil priue. Et en la Monarchie des Ethiopiens,qui eft
des plus grandes,& des plus anciennes qui foyent au monde,il n’y a pas
vn Princedufangquiaprochedelacour, mais ils font tous nourris en
tout honneur, ôc vertu dedans vne fortereffe trefpuiflante baftie fur le
?I8 DE LA REPVBLIQJEmont Anga,le plus haut qui foit en Afrique,auec la garnifon perpetuel-
le: ôc quand le Roy vient à mouriron prend vn fuccefleur en la montai-
gne.Ce qui fut ordonné premièrement par Abraham Roy d’Ethiopie,
r0ezen^hXiiAede par reuelation diuine, comme ils difent °, affin d euiter les fa dion s, ôc
Echiopie. guerres ciuiles des Princes entr’eux, Ôc les maffacres qui aduiennent es
autres Monarchies pour eftre fouueraimôcpourauoir toufiours dufang
de ces Princes là, qu’ils appellent enfans d’Ifraël, affin quel’eftatneIl eft dano-e tombaft en combustion la ligne venant à défaillir : ou bien que les
reuxen tou Princes du fang demeurans cn pleine liberté,ne chcrchentlles moyens
teRepubli- des’efleuerparforce:ou bien eftans efleuez qu’ils n’empietentleftat.
que de don car on peut tenir pour maxime,qu’en toute Republique,fi on dône trop
ner trop de de puiffance à vn Prince,ou grand feigneur, il y a toufiours hazard qu’il
puiffance à n’empieteTcftat: veu mefmes que les plus petits compaignons efleuez
vn^râdfei- en trop haut lieu font à craindre. Sultan Suleyman efleua fi haut
enëur. Hibray m Bafcha efclaue, qu’il fut contraint craignant fa puiffance de* luy faire couper la gorge en dormant:& trouua qu’il s’eftoit enrichi de
trente millions d’or.Iaques Appian feigneur de Syene, donna fi grand
crédit à Pierre Gambecourte, homme de bas lieu, qu’il chafla fon mai¬
ftre , ôc fe fift feigneur. Callippus ioüa vn mefme tour à Dion : Brutus à
Cefar : Macrin à Caracalla : Maximin berger à fEmpereur Alexandre:
PhilippeàGordiâ:&infinis autres efleuez de fort bas lieu,qui ont chaf-
fé leurs maiftres,ôc fe font faits feigneurs. Agathocle,fift d’vnçotier, de
foldat efleu capitaine en chef,fift tuer tous les plus riches de Syracufe ôci.Petrus Beiiuga. fefiftRoy. C’eft pourquoy plufieurs1 ont tenu en termes de droit, que
ticS* «cPquodP' les points referuez à la maiefté fouueraine, ne fe doibuent iamais com-
offi?dciie0g£!cra‘de muniquer au fuget, non pas mefmes par comifliomaffin qu’on ne face
ouuerture aucunemét au fuget d’étrer au lieu de fon Prince. I’ay dit auffi
que la monarchie doit feulement eftre deuoluë aux mafles : attédu que
la Gy necocratie eft droitement cotre les loix de nature,qui a donné aux
». Gcncf.cap.i. homes laforce,la prudence, les armes, le comandemcnt, ôc la ofté aux
femmes, ôc la loy de Dieu a difertement1 ordonné, que la femme fuft
fugette à l’homme : non feulement au gouuernement des Royaumes,
titemïL de & Empires:ains aufli en lafamille de chacun en particulier:menaffant aj
regui.fF. fes ennemis de leur donner des femmes pour maiftreffes, comme vne
malédiction execrable.Et mefmes laloy * a defendu à la femme toutes
les charges,ôc offices propres aux hommes,comme de4 iuger,J poftu-
ler,ôc autres chofes femblables. non pas feulement par faute de pruden¬
ce, comme difoit Martian, qu’entre toutes les deeffes il n y auoit que
Pallas qui n’eut onques mere (pour monftrer que la fageffe ne proce-
doit point des femmes ) mais d’autant que les adions viriles font con¬
traires au fexe,ôc à la pudeur,ôc pudicitéfeminine. Et n y eut chofe qui
plusirritale Sénat contre l’Empereur Heliogabalc, que de voir fà mere
entrer au Sénat, feulementpour voir,ôc non pas pour opiner.ee qui fut
 bipn4. l.cum prætoi.
de iudiciis.fE
j. l.i.de poftulan-
do.E
LIVRE SIXIESME. 7,9bié trouué eftrâge de ce que Mahaut belle mere de Philippe le log allî-
ftaau iugemét de Robert Comte d’Artois,& Marguerite Comtefle de
Flandre au iugement du Comte de Clairmont. Or fi cela eft mal feant,& contre naturels adions & charges publiques,à plusforte raifon eft-
il pernicieux en la fouueraineté. car il faut que la femme, à qui eft de¬
uolu la couronne,fe marie, ou bien quelle demeure fans mari, fi elle fe
marie,c’eft toufiours Gynecocratie,car le mariage fe fait à la charge que
la fouueraineté demeure à la femme: comme il fut arrefté au traittéde
mariage entre Ferdinand d’Arragon,& Ifiibelle de Caftille:& de noftre
aage entre Marie d’Angleterre,& Philippe de Caftille, qu’on appelloit
le mari de la Royne:& en cas pareil entre Sigifmond Archiduc d’Auftri-
che,qui depuis fut Empereur, & Marie d’Hongrie, qu’on appelloit le
Roy Marie. Auquel cas le mari eft chef de famille, & maiftre de la co-
nomie domeftique,& neantmoins demeure efclaue,& fuo-et de fa fem¬
me en publiccar la puiffance publique,dit la6 loy,n'eft iamais lyee à la ,nam dat.
puiffance domeftique : & pour cefle caiife le Con lit 1 Fabius fîft defcen- “n^adTicbeii.dre fon pere de cheual,pour luy faire honneur comme au Confulen pu-blic:qu’il pouuoit neantmoins en fa maifon faire mourir, en vertu de la
puiffance paternelle. SilaRoyne demeure fànsmari,quieftlecasdela
vraye Gynecocratie, l’eftat eft expofé au danger des eftrangers, ou des
fugets. car fi le peuple eft genereux,& de bon cœur, il portera impatié-
ment que la femme commande, oiil n y a rien qui foit plus dangereux
cn vne Republique,que le mefpris de la maiefté, de laquelle depend la
conferuation des loix, & del’eftat : qui feront foulez aux pieds à caufe
de la femme: contre laquelle il n’y aura iamais fautede moqueries ,dt
contumelies,delibelles diffamatoires:&puis de rebelIions,& guerres
ciuiles. Et fi luy aduienrde porter la moindre faueur àquelcun desfu-
gets, on en fera toufiours finiftre iugement. car mefmes les plus faces,&pudiques ont biéàfàire àfegarentir desfaux bruits.beaucoup moins
pourralaPrinceffe fouueraine couurirfesiâueurs,non plus qu’vn bran¬
don fus vne haute guette, qui fera caufe d’ambrazerle feu de ialoufie
entre fes fugets,&les armer les vns contre les autres.Si les fugets font lâ¬
ches, qu'ils foufrent par force ou autremét la Gynecocratie cn leftat fou-
uerainàl ne faut pas doubter,que chacun des fugets ne foit auffi cotraint
de la foufrir en fa maifon : carc’eftvnereiglepolitique,que ce quieft
trouué bo,& foufert en public, fera toufiours tiré en côfequéce en par¬
ticulier. Qui fut la caufe que les Princes de Perfe demâderent ° au Roy °* Efther.cap.i.Darius Mnemon,ou A(fuerus,queladefobeiffance deVafthifâfémene Ce
demeuraftimpunie:affin que les fémes des fugets ne fufTentdefobeiffâ- tr°uuébontes aux maris. Or tout ainfi que la famille eft renuerfee,où la femme cn public lecommandeau mari:attenduquelechefdefamilleperdfaqualité,pour ^cra touf:
euenirefclaue:auffila Republique,àparlerpropremét,perdfonnom, i°urs en paroufaremme tientlafouueraineté, pour fage quelle foit.Etfi elle eft im- tia’llcr-
71o DE LA REPVBLIQJ/Epudique qu’en doibt on fperer? On a veu Ieanne ( qui pour fa lubricité
fut furnômee lalouuette) apres auoir fuccedé à Carobert dernier Roy
Trois rovs de Naples,de la premiere maifon d’Aniou,fouiller la maiefté royale des
tuez par v- parricides commis en la perfonne de trois Rôy&qu elle auoit efpouzez:
ne femme, aufli fut elle eftranglee comme elle auoit mérité. On a veu depuis peu
d’annees destragedies non moins eftranges,&: tout vn Royaume en
combuftion pour cas femblable. le ne parle point des cupiditez bruta¬
les d’vne Semiramis: quifut lapremierequi empieta la Monarchie des
Afly riens,d’vne façon eftrange, car ayant obtenu du Roy quelle com¬
mandait en fouueraineté pour vn iour, elle commanda quon tuaft le
Roy. depuis Athalie Royne de Iuda voyant fon mari tué, fift mourir
tous les Princes du fang, ( hormis vn )& tint la fouueraineté par force,
iufques à ce quelle fut tuee par le peuple. Cleopatre vfa de mefmeIl n’y a poit loyauté enuers fon frere, pourfe faire Royne d Egypte. Il fe trouua
eu de peu- aufli vne Zenobie,quife fift nommer Impératrice auec les xxx. tyrans,
pie ancien, ôc fut chaflee parl’Empereur Aurelian:comme fift en cas pareil Hirene
qui ayt a- Emperierc de Conftatinople, laquelle fut renfermee en vn monaftere.
prouué la Brief Une fe trouue peuple fi effeminé, qui ait approuué la Gynecocra-
Gynecocra tie,iufquesàcequelalignedesNormansRoysde Naples fuft faillie en
tie. Confiance,femme de Henri : ÔC depuis encores en Ioland fille de IeanLe Royau- de Brenne,qui efpoufa Frideric n.Empereur : auquel Manfroy fon ba-^
me de Na- ftard ayant fuccedé,ôc marié fa fille Confiance en la maifon d’Arragon,
pies tombé alluma le feu des guerres,qui ont continue deux cens ans entie les mai-
en quenoil- fons d’A niou,& d’Arragon,pour auoir donné entree aux filles en la fuc-le. ceflion du Royaume de Naples.Mais depuis qu on eut aperceu tant deLe Royau- fcandales Ôc guerres aduenuës pour ce Royaume là entre tes Princes
me de pou- Chreftiens,il fut arrefté au college des Cardinaux,que deflors en auant
logne eft le Royaume de Naples ne tomberoit plus en quenoille:& en l’inuefture
tobéenque faite à Alphons Roy d’AarragonlanM. ccc ex lv.&a Ferdinand Roy
noille. d’Arragon M. c c c c L v 111. en Nouembre,il eft expreflemét porte, que
Les Royau- les filles ne fucccederont point au Royaume de Naples, tât qu il y auroit
mes de Sue- mafles en ligne diredte, ou collatérale, iufques au quatriefme degrein-
de, Norue- clufîuement. mais l’ouuerture eftant faite en Italie a la fucceflion des -ge, ôc Dan- les,fu t depuis pratiquée és Royaumes d’Hongrie,&de Poulongne. quinemarc to- efcheurentàMarie, ôc Heduuige filles de Loüys Roy d ongne, . e
bez en que- Polongne,ce qui iamais n auoit efte veu. Et quafi au mefme temps a
noille. • riaVolmarfuccedaaux royaumes deNoruege,Suede,&Danncmarch,
Les Royau- contrelesloix,8c couftumes anciennes du pays le mefme exemple tui
mes de Ca- fuiuiau Royaume de Caftille , auquel fuccedalfabel e de Caftille,ayant
ftille,& Ar- gakné les plus grands : & combien qu'elle fuft des plus fages Prince es
ragontom- qui fut onques, (1 eft-ce queles eftats du pays en rentpainte.bez en que- qu’on allega qu’au parauant Socine fille d’Alphons auoit aporte le roy-noille. aume de Caftille à Sillon fon maii.fi eft-ce qd il fut réplique par^
LIVRE SIX I'ESME. 711eftats, que cela s’eftoit fait par force, & que deflors les eftats de Caftil-
le auoyent protefté que c’eftoit contre les loix du 7 pays; ce qui hit ciardin.
h xfter le mariage de Ferdinand, & d’Ifibelle, pour tenir le peuple en
bride. Et combien que Henri Roy de Caftille,euft declairé par fon te¬
ftament ,™e: le Royaumeappartcnoit à Loüys v 1111. Roy de France,
à caufe de fa mere Blanche de Caftille, & que les Barons de Caftille
auoyent efcrit au Roy de France qu’il vint prendre pofleflïon du
Royaume , fi eft-ce que iamais il n’ofa entreprendre de quereller le
Royaume,quoy qu’il euft le confentement des feigneurs, du pays en
lettresfeellees, qui font encores au trefor de France. Nous trouuons
auffi que par force, & fineffe , Ferdinand fils de Leonor fe fiff adiu-
gér le Royaume d’Arragon: comme en cas femblable fift le Comte
de Barcelone,ayant efpoufé Periine fille du Roy cl'Arragon. ce qui
fut fait auflî au Royaume de Nauarre, auquel fucceda Henri le lar¬
ge, Comte de Champaigne à caufe de fa femme, & depuis Philippe
le Bel Roy de France, à caufe de Ieanne de Nauarre :& depuis il eft
tombé és maifons d’Eureux , de Foix , d’Albret, de Vandofme. de
fotte que ce Royaume là en moins de trois cens ans, a efté trans¬
porté en fix maifons eftrangeres. Quant au Royaume d’Angleterre,t . 18 • • M L 8. Tacitus in yxtanous trouuons bien au temps de Domitian , cju il tomba en que- Agricole.,
noille : & que les Anglois ne faifoyent point de différence entre les Les Royau-
mafles , & les filles pour la fucceflion du Royaume: fi eft-ce qu’il y mes d’An-
auoit plus de x v. cens ans que cela ne s eftoit fait, quand. Marie gieterre, &
fucceda à fon frere Edouart cinquiefme , non plus qu au Roy- d’Efcofle
aume d’Efcofle , auquel fucceda Marie Stuart : car il ne fe trouue tombez en
pas de cent & cinq Roys qu’ils ont en leurs hiftoires, qu vne feule quenoille.
fille ayt fuccedé à la couronne. Ainfi voit-on quatre femmes de mef¬
me nom , auoir fait ouucrture ala Gynecocratie es Royaumes de
Hongrie , Noruege , Suede , Dannemarc, Efcofle , & Angleterre,
ïl eft bien yray que Mahaut, fille de Henry premier 3 Roy d’An¬
gleterre , apporta le Royaume d’Angleterre à la maifon d’Aniou:
mais ce fut apres la mort d’Eftienne Comte de Boulongne ne-
pueu de Henry à caufe de fa feur Alix : en forte que le coufrn iflii
d’vne fille fut préféré à la fille propre du Roy. Encores ce ne fut
pas Mahaut, mais fon fils aifné Comte d’Aniou, qui fucceda au
Royaume d’Angleterre, qui eft le cas auquel Edoüard i i i. Roy
d’Angleterre, fus le differend qu'il auoit pour la couronne de Fran¬
ce , difoit que la loy Salique demeuroit en fa force, quand le ma¬
fle plus proche iflu d’vne fille , eft préféré à celuy qui eft plus recu¬
lé iflii des mafles. mais cela ne doibt iamais auoir lieu, fi ce neft que
les mafles du nom en quelque ligne , & degré que ce foit viennent
de la repvbliçrveà defallir,& quele Royaume rie foit point luget à ele&ion.Car comblé
quel Empereur Charle v. faiCiWle mariage de fafeurauer chM-
Nepueu du Roy de Dannemarc, euft fait inferer au contiaftla claufe portantterncl pre” ^ defai!lanSjlafillc aif"ee ifl'l!C mariage fuccederoit au roy au
fe éàhfilîe ^fC M CC neantmoln^clue es eftats du pay s n’y eurent aucunement
rerea efgard: attendu que le Royaume eft deftif.• & tant s’en falloir que la
du Roy. nobleffe receuft pas vne de fes trois filles, que mefme le Roy fut chaf¬
le, & banni de fon eftat, & depuis mourut en prifon.LesPolaques
au h après la mort de Sigifmond Augufte, non feulement ont débou¬
té la leur du Roy, ôc mefme fon nepueu fils du Roy de Suede qui
donnoit vn million d’or à la Republique -, en elifant fon fils : kçoit
que leurs predeceffeurs auoyent receu Heduuige fils de Loüys• &
qu il n y auoit aucun malle en ligne directe, ny collatérale de la mai-
ion de Iagellon:neantmoins ils efleurent Henri de France Duc d’An¬
iou. Gr combien queles eledions des Monarques foyent dancrereu-
les, pour les raifons que nous auons déduit cy deffus : fi eft-ce toutes-
Les incon- fois Tl'elles fontplus tolerables, venant la ligne des mafles à défaillir,
ueniensde clue vo*r le Royaume tomber enquenoille:j>arcequ’ilfautfoufrirvne
la Gyneco- PLlrc gynecocratie contre les loix de nature, la Princeffe heritiere fe ma-
cratie. ne (ce qui eft neceffaire,pour auoir vn fuccefleur affeuré ) le mari fera
fuget, ou eftranger. Quant au fuget, la Princeffe penferoit fe faire
grand deshonneur, d’efpoufer fon feruiteur: veu mefines que les Prin¬
ces fouuerains, font grande difficulté d’efpoufer vne fugette. ioint
aufli la ialoufie qui eft a craindre, fi elle efpoulè celuy qu elle aime¬
ra, laiffantles plus nobles, & plus grands feigneurs, qui meforiferont
toufiours ceux qui font de bas lieu. Et peut eftre, que celuy qui fe¬
ra aymé , n’en tiendra compte : comme de fait Marie d’Angleterre,
ayant tiré le Comte de Ducher hors de prifan , auec efperance de"
l’efpoufer,comme le plus beau Prince de fon aage, ôc des plus pro¬
ches de la couronne , & iffu de Loüys le gros Roy de France com¬
me duTillet a vérifié par les traittez deFrance: neantmoins il afpiroit
au mariage d Elizabet lors prifonniere, ôc à prefent Royne : qui fut
caufe que Marie lepourfuiuitpour le faire mourir, s’il ne fe fuft ban¬
ni à Venize, ou depuis ilaefteempoilonné, comme le bruit fut com¬
mun. Il y auoit bien encores le Comte de Vvorcefter,nomméSom-
meifet, Sc par fubftitution feodale Harbert le fils duquel fut en uoyé
au baptefme de la fille de Charles ix.Roy. au nom de la Royne d’Angle
terre l’an m.d. lxxiii. qui eftoit fils de Charlesgrand Chambellan de
Henri vn.petitfils deHenri,fils deleanComtede Mortaigne,qui e-
ftoit fils du Roy Edouart ni. côme i’ay apris d’vn gentilhome Anglois,
& porte d’Angleterre efearte de Frâce. toutesfois on n’y a pas eu égard.
LIVRE si XI ES ME. 723Et combien quil fe meur propos au parlement d’Angleterre tenu au
moys d’Aouft, l’an M. d. L x v. de frire declairer par les eftats du pays,
le Comte de Hutington pour fuccefleur après la Royne , ôc pour
fortifier le parti, nommer le Duc de Norfolc apres le Comte de
Hutington. (ce que les AmbaOadeurs &agens des autres Princes tra-
moyent foubs main , craignans que la puiflance d’vn fi grand Roy¬
aume vnie à l’vn des Princes voifins , ne raualaft les autres ) toutes¬
fois la Royne rompift leur fadion , Ôc fift entendre par fes AmbaC-
fadeurs aux Princes eftrangers, qu’elle ne sabaifferoit iamais iufques
à là d’efpouzer fon fuget : ôc qu’elle prendroit vn Prince eftranger fi
pauure , que les autres Princes n’auroyent occafion de fe defier de
luy : ôc qu’elle ne departiroit rien à fon mari de fes biens, ny de (es
forces , ne Voulant fe feruir de luy , que pour laiffer vn fuccefleur. Articles du
Et de fait, quand on traitta du mariage de l’Archiduc d’Auftrkhe, traitté de
aueclaRoyneElizabetjentrelesamclesilyauoiCjqtnl nc feroitpoint mariagedes
appellé Roy : ny qu’il ne ferait dire mefle en Angleterre : qu’on ne Roynes de
bailleroit office , ny benefice finon aux Anglois : & fi la Royne Angleterre
mouroit fàns enfans , qu’il 11e pourroit rien retenir en Angleterre. Auflî aueclesprin
le mariage nes’eft peu conclure, combien que les eftats d’Angleterre ces eftran-
ne font autre requefte à la Royne , tous les Parlemens depuis quin- gers.
ze ans, finon qu’il luy plaife fe marier , 011 pour le moins deelairer
vn fuccefleur : fçaehans bien qu’en perdant l’vne des plus fàges ôc
vercueufes Princeflesdu monde, ils tomberont en guerres ciuilesrauf-
fî d’autre part, en defignantvn fuccefleur, fon eftat eft en danger. Les
mefmes difliculrez,ôc plus grandes fepreienterent au traitté de mariage
accordé entre Philippe Prince de Caftille,ôcMarie Royne d’Angleterre:
oùl’articlepremier portoit, qu’on ne pourroit auanceraucim eftran¬
ger non naturel Anglois en office, benefice, ny charge quelconque: ôc
au quatriefme article il eftoit dit, que Philippe de Caftille ne pour¬
roit emmener hors d’Angleterre la Royne fa femme, fi elle n’en e-
ftoit defireufe , ny les enfims efleuez d’eux deux, les articles furent
verifiezpar les eftats du pays l’an m. d. l 1 1 1 1. le deuxiefme Auril:
qui porte, outre ce que i’ay dit, que la Royne, comme feule, &v-
nique,ioiiiroit de la Regalité, ôc fouueraineté defdits Royaumes,pays,
terres , ôc fugets abfolument, fànsque le mari peuft pretendre par la
courtoifie d’Angleterre, la couronne, ôc fouueraineté du Royaume,
ny autres droits quelconques : ôc que les lettres , ôc mandements fe¬
royent de nul effed , fi la Royne ne les auoit fignez, quelque feing,
ou confentement qu’il y euft du mary: ôc fans lequel neantmoins Te
confentement de la Royne fuflîroit. I’ay apris parles lettres de l’Am-
bafladeurde France, qui lors eftoit en Angleterre,qu’il futaufli arrefté,
qu’il n’y auroit aucun Efpaignol aiîx fortereffes d’Angleterre,deçà,ny
delà la mer : Ôc que les Anglois ne feroyent contraints d’aller en
7Z4 DE LA REPVBLIQVEguerre hors le Royaume. Et quoy queles conditions fuflent iniques, fi
eft-ce que les Anglois ne vouloyent aucunementvoir vn Éfpaignol
mettre le pied en Angleterre , ores que ce fuft pour efpouler vne
vieille.de laquelle on nc pouuoit quafi efpererlignee.Etpour la dé¬
fiance qu’en auoit l'Empereur Charlesv.il demandoit à la Royne cin¬
quante îeunes Milords pour oftages, & feureté de fon fils,pendant que
il feroit cn Angleterre, combien que telle defiance tiroit la haynedu
peuple, auffi ceft article fut ofté : mais pour attirer Philippe en An¬
gleterre, la Royne luy enuoya trois cens mil ducats, pour faire fon
voyage, le mariage fait, il y eut plus de dixhuit cens Anglois qui fe
bannirent voluntairement du'pays. Et neantmoins il fe defcouurit v-
ne coniuration en Angleterre contre les Efpaignols, pourles met¬
tre a mort tout a coup , d autant qu ils vouloyent, comme le bruit
eftoit, s’emparer de la fouueraineté: & n’y adoubte que coniuration
n’euft forti effed ou les Efpaignols fuflent paruenus a leurs defleins, fi
la mort de la Royne , n’euft mis fin aux entreprinfes des vns, & des au-
Le danger trcs- Car iamais Prince effranger ne pourra eftre afleuré de fa vie pour
auquel les commander au pays d’autruy,s’il n’a gardes, &forterefles:&s’il eft mai-
e 11 rangers ftre des forces> *’lera auffi maiftre de I eftat, & pour plus s’aifeurer il a-
font expo- uancera toufiours les eftrangers, chofe infuportable à toute nation du
fez, s’ils veu monde : & pour la moindre querelle, fi les eftrangers ne font les plus
lent coman ^orts ,on 'eLir coupera la gorge:comme il aduint en Poulongnedu-
der au pays rantle gouuernement de la fille de Cazimir le grand Roy de Polon-
d’autruy. gne,& femme de Loüys Roy d’Hongrie, efleu Roy dePolongneau
9. cromer.inhi- grand contentement de tous les eftats : neantmoins pour vn Polaquc
Troubles tué Par Vn gencllllommc d’Hongrie, tout le peuple de Cracouie fe »
du Roy ru- getta ^us ^es Hongres, & meit tout à mort, hormis ceuxqui fe fau-
e d’Hon- uerent au chaAeau > 4ui furent afliegez auec la Royne , & n’y eut
grie pour moyen d>aPPaifcr Ie peuple finon que la Royne heritiere & Dame
le crouuer- de Polongne '» vuidaft le pays, auec tous les Hongres. Mais il fe fift
nement encores de Plus grands carnages en Hongrie, quand Marie,filleaif-
nec de Loüys Roy d’Hongrie, eut efpoufé Sigifmond Archiduc de
Auftriche. car voulant entreprendre fus l’eftat, fa belle mere le fift
chafler, & vouloit mettreleRoyaumeenlapuiflàncedu Roy de Fran¬
ce, dequoy les Hongres aduertis, enuoyerentquerir Charles Roy de
Naples oncle de Marie,que la mere fift tuer toft apres:&ce parricide fut
vangé de femblable cruautépar le gouuerneur de Croatie, qui fift tuer,
Troubles &gettcr enl’caulamere. Et neantmoins Sigifmond retournaauecvne
d’Efcoflc bonne armee,&fe meit enpleinepofleffionduRoyaume,duquelildi-
pour le cou ^P°^a a ^on pla>flrJ& fift mourir ceux du pays qui luy failbÿent tefte. Et
uérnemet ^ans a^er^ loing,nous auons l’exemple des Eicolfois defraifche rae-i.Hiftoi.Scotor. moire, qui auoyent eftéalliez depuis fept censans ’auec lamaifon deFrance
LIVRE SI X I E S ME. 7zSFrance , de la plus eftroitte alliance qui peut eftre , ôc qui auoyent
receu toutes les faneurs de la maifon de France, qu’rl eftoit poflible
d’efperer ï neantmoins ils ont mieux aymé fegetter au giron des An¬
glois,&fe mettre en laprote&ion de leurs anciens ennemis, que voir
les François commander en leur pays : ôc nont iamais cefîé , qu’ils
ne les ayent veu hors d’Efcofle. depuis on a veu le fuccezdu maria¬
ge de Marie Stuart en fécondés nopces, auec le fils du Comte de Le-
nos: qui doibt feruir d’exemple à tous peuples. Et ne faut pas qu’vn
mari eftranger penfe ranger à la raifon les voluptez d’vne Princefle
fouueraine: car s’il veut la répudier , il faut que luy-mefmes fè ban-
nilfe. ôc qui fut onques plus fage Prince que Marc Aurele ? neant¬
moins quand 011 luy dift qu’il debuoit répudier Fauftine,pour fa vie
diflblue, il faut donc,dit-il,quiter le douaire, c’eftoit l’Empire Ro¬
main. combien qu’il auoit l’empire de fon chef par adoption d’An-
tonin le piteux, pere de Fauftine. Encores y a il vn autre danger, fi
la Princefle heritiere d’vn eftat fouuerain fe veut marier à vn cftran- Belle ven¬
ger : c’eft que les autres Princes entrent en ialoufies , ôc en guerres geance d’v-
a qui l’emportera , comme il aduint entre les purfuiuans de Vende nefemme.
Royne de Ruflie , qui fe getta en l’eau par beau defpit pour fe van- ben^'inîUob^ata-
ger de ceux qui la vouloyent auoir par force , n’ayant rien peu gai- r^§'pro^i£i:jdc
gner par douceur, car il n’eft pas fi aifé de trouuer mari à vne Prin- inc.vnaquæqu^.xj
ceffe fouueraine, qu’aux Princes, qui efpcufent le plus fouuent quL’iïneSLc
par Vidafmes , celles qu’ils n’ont iamais veu qu’en peinture : mais
les Princefles heritieres, veulent voir les perfonnes, ôc ne fe conten- Hofficnf.& Panor1 . T' "\ r • r 1 n • C ' C* ' ri mit. Odofre inl.i.tent pas des peintures. Et de rait lur la pourluitte que railoit Henry devxor müit. c.
Prince , ôc depuis Roy de Suède , d’auoir Elizabet Royne d’Angle- mimVmnruTd^o-
terre , elle luy referiuit, qu’il eftoit le Prince au monde qu’elle deb- angeiRomanï/c
uoit plus aimer , pour l’auoir demandee lors qu’elle eftoit prifon- «nd.ini. fî cum1 . ,. 1 . -^1 T y r r - -1 >1 dotem §.hmaritusmere : mais quelle auoit relolu , de n elpouler iamais homme qu el- foiuto innocent,
le ne l’euft veu : comme elle efcriuit aufli à l’Archiduc. qui fut en AmonînicaSinï.
partie la caufe, que l’vn , ôc l’autre n’y a peu paruenir, craignant, iVis“«.VcfponfI&
peut eftre 3 s’ils n’eftoyent agreables , qu’on les renuoyaft en leur inc.i.deconiugio/-x r 1 1 1 n • 1 / 1 • lcproior.Aufrer.inpays. Or u le droit naturel elt viole en la Gynecocratie , encores dedf. Toiofa. *6.
plus eft le droit ciuil , ôc le droit des gens : qui veulent que la fem- c^pa-v'eftlSsX
me fuiue le mari, ores qu’il n’euft ny feu, ny lieu : Sc cn cela tous les Ca-
noniftes Ôc Codeurs en loix font* d’accord, ôc les Theolo^iens? auf f- Aftefanus theo-C ’ 11 t i r • 1 r n i 1 1 log. m lutnma hb.11 : ôc qu elle doibt reuerer 4 fon mari: ôc queles rruictsdu doüairede s.w.io. amc.i.1 r . f 1 i l 4. Li. §. cumautcla remme,appartiennentsau mari, voire de tous les propres qui luy der« vxor. adio,
efcheent : ôc les droits de confifcation, quand les biens du condamné ^joUuo.mTrH.’§
vaudroyent cent fois plus, que le fiefde lafemrrie baillé en doüaire au l d.oce. J de rci vindic.l.do-man,ilsappartiennet neâtmoins ifa propriété au mari,quelque feigneu- tis.i.pie^unque. de
rie que ce foit, comme il a efté iugé par plufieurs arrefts : car mefmes ncribus eod.C.PP iij
7DE LA REPVBLIQVE
les droits de patronage,depédans du doüaire de la femme, font au ma¬
ri, comme faifans partie de6 l’vfufruit. Et neantmoins par le traitté des
c^et”dSPac mariages faits entre Philippe de Caftille,& Marie Royne d’Angleterre,
iurepatronat. on voit tout le contraire : quoy que7 plufieurs fovent d’aduis aur IV7. Bald.incap.fi- n n r- r ■ \ r • 1 . fignifîcante. dere- itranger elpoulant vne Royne tait les fruits, ôc droits du Royaume fiens*
Se“akf Ri. iaçoit que le Royaume, & fouueraineté d’iceluy demeure enlaperfon-
SS“f,cSr ne de la R°ync : & baillent pour exemple mal à propos le Royaume de
numéro.10. Caftille,qui demeura en la perfonne de Socine,ôc d’Ifabelle. Dauanta-8. Aiexâderin ca. ge on tient en termes de droit,que le vaflal de lafemme, doibt fecourspremièrement8 au mari, & pluftoft qu a la femme, fi tous deux font
en peine, qui eft directement contraire à tous les traittez de mariages,
cum omnes. a d sii qui ont efté îkits entre les Princes eftrangersôc les Princefles heritieres.tcr.§ fed& feruus.Aufli tous les peuples font d’accord,que la npblefle, la fplendeur, la di-
gnité depend du9 mari, ôc non pas de la femme. ôc fi le mari neft no-
incapapcr veliras^ fcmme Perd fa1 noblefle, & les enfans font roturiers, ce que Pier-
dedonat. intervi- re1 Ancaran dit auoir lieu ésRoynes,quiefpoufent des roturiers,ou qui
y. L(œmmx. de ne font pas Princes, ôc les autres Iurifconfultes font de mefme aduis.
vicdaenuptTi:vit Tous ces inconueniens, Ôc abfurditez fuyuentla Gynecocratie, qui
cap!vbicun^ie^dc a Pris lon origine 3 pour auoir permis aux femmes la fucceflion des
pœnis. hb.é.Bart. fiefs, les mafles defaillans cn ligne directe, & collatérale • puis quand
ïusYoc°c7piatnin on eutgaigné ce point, on obtint quelles fuccederoyentaux fiefs en li-
gnk°c'B&arto1Cfd gne direde, ôc feroyent preferees aux collatéraux. & peu à peu la per-
fni vïÆVerbo? m^l0n fut eftenduëaux dignitez,Comtez,Marquifats, duchez, prin-
rignific.Bai in i eu cipautez,ôc puis aux Royaumes, iaçoit que parles loix des fiefs, lesfem-
inTctTicgirim*'* mes fuflent deboutees des fucceflions feodales , encores quil n y euft
tLftreUxempio.f1 mafles.fuft en ligne direde,oucollatérale,s’ilneftoitfpecialement*
rlDeiurifdSia conuenu Par lmueftiture. mais laloy Saliquele tranche tout court, Ôc
cob.Beiiouifius.in defend expreflemét quelafemme puifle fucceder aucunemét aux fiefs 'l.Lucius.§. idé de , i r • » n 1 r •muneiib.Panor.in de quelque nature qu ils loyent:qui n elt pouit vne loy fainte, commciadefSb° Lucas plufieurs perifent. car elle fe trouue és plus vieilles, ôc anciénesloix descoi* 'Se proriSî Salions,és vieux liures eferipts à la main foubs le chap. de Allodé: ôc aufaerorum.c. Gui- chap.i .de matrimonio ad morganaticam > ÔC au trefor de France en ces ter-^deac“"fàtM» mes de mot à mot. D £ TERRA VERO SAL1CA NV L-PORTIO HAEREDITAT1S MVL1ER1 VE-brî.de mftîc. & iu- MI AT SED ^4 D V1R1LEM SEXVM TOT A TER-7.^,\MRAE HAERED1TAS PERVENIAT. Et au decret dutea.eod.col. i. cor- Roy Childebert inféré entre les loix Saliques, où il eft ordonné que re-wU^conaztf! prefentatio auroit lieu en ligne direde, il ny a quç les mafles appeliez.aVncMaaconfii Et nY a Pas l°ng temps que*1 vn teftament ancien d’vn gentilhomme33>.coi.j.Proxnaio de Guyene produit en procès au parlement de Bourdeauxde pere di¬
se confil.389. vifis. -r'C r i ni- ^ \ r r * CFiorian.ini. qui te uile a les enrans la terre Saliquerqtousinterpretet les nefs. ce qui atoui-
batmcxpda1nPtra" iours efté gardé enAlmaigne,iufquesàce queFrideric ri. Empereur euft&at. de imperator. milit. clig. t*. oppof. Raymund. in d. traét. nobilit. q. j. Félin,inc. fupereo.deteftib. Platca. inl.L CoL 1.
de dignit. 3. cap.i.§.filiar de fucceff.feud.cap.i.quid fainueftitut,donne
LIVRE SIXIESML 7i7doné ce priuilege fpecial à la maifon d’A uftriche, que défaillant la ligne
mafculine, les filles fuccederoyentimaisTEmpereur ne l’auoit peu faire
fans l’expres vouloir, & confentement des eftats de l’Empire. Aufli O-
thocharRoy deBohefmede la maifon d’Auftriche, fans auoir efgard à
la permiflion de Federic, querela le Duché d’Auftriche, ôc leua vne
puiifante armee cotre Raol, qui s’en portoit feigneur en vertu du priui-
lege.depuis celà c’eft aufli eftendu à la maifon de Bauieres. Mais enco¬
res il n’y auoit iamais eu peuple fî lafche, qui enduraft foubs le voile de
la fucceljîo feodale,que les fémes empietaflet la fouueraineté: ôc moins
encores enAfîe,& enAfFrique que Europe, quoy que foit, la Frace Dieu
mercy,s’en efl: toufiours guarentiexar laloy Saliquenefutpas feulemét
alleguee,&pratiquée foubs Philippes,& Charles le Bel, defquels les fil¬
les ne prétendirent rien au Royaume: ains aufli foubs Clotaire, Sige-
bert, &Childebert, qui furent preferez aux filles des Roys qui ne que-
rellerent onques la couronne. ôc mefmes la loy Salique a efté pratiquée
en la maifon de Sauoye: car Pierre de Sauoye fift débouter fil niepee
Confiance de la fucceflion de Sauoye, par fcntence des arbitres accor¬
dez l’an M.ccLVi.Combien que à la vérité,c’eft tout vn que les femmes
commâdent en fouueraineté, où bien que les Princes fouuerains obeif-
fent auxfemmesjcomme difoit Caton laifne,apres4 Ariftote. +-^^b'1-caPD£ LA 1VST1CE D1 STR1BVT1VE, CONNV-ptatiüe)& harmonique quelle proportion ily a cficelles a leftat,Royale Ariftocratique,èrPopulaire.C h A P. VI.Eftepour laconclufion de ceft œuure traiter delà Iu-
ftice, commele fondement principal de touteRepu-
blique,& de telle confequence que Platon mefmes à
intitulé les dix liures de la Republique, le traité delà
iuftice ores qu’il en ayt parlé pluftoft enPhilofophe,
qu’il n a fait en Legiflateur, oulurifcofulte. Mais nous
dirons en continuant que ce n’eft pas affez defouftenir que la monar¬
chie eft le meilleur eftat, ôc qui moins a d’incommoditez, fi on ne dit
monarchie Royale:& ne fuffift pas encores de dire que l’eftat Royal eft
le plus excellent, fi on ne monftré aufli qu’il doibteftre temperéparle
gouuernement Ariftocratique ôc populaire, ceft à dire par Iuftice har-
monique,qui eft compofee de la iuftice diftributiue ou Geometrique,
de commutatiue,ou Arithmétique,lefquelles font propres à l’eftat Ari¬
ftocratique,& Populaire. Et tout ainfi qu’étre les Monarchies la Roya¬
le ainfi gouuernee comme i’ay dit , eft la plus louable: aufli entre les
Royaumes, celuy qui plus tiendra^ou qui plus près approchera de la lu-Pp iiij
Le dire de
Plato &qui
ne fetrou-
uepoint en
toutes fes
œuures.yZg DE LA REPVBLIQVEftice harmonique, fera le plus parfait. Iappelle Iuftice le droit partage
des loyers, & des peines, & de ce qui apartient à chacun en termes de
droir.que les Hebrieux appellent proprement Credata: pour la diffé¬
rence de celle par laquelle nous fommes iuftifiez, qu’ils appellent Tfe-
daca. Or ce partage ne peut eftre accompli, finon par proportion de-
qualité,& de fimilitude enfemble, qui eft la vraye proportion harmo¬
nique, & que perfonne n’a touché iulques icy.Car platon ayant prefup-
polé^que la meilleure forme de République, eftoit celle qui eft com-
pofee de la tyrannie,& de l’eftat populaire, seft contredit foy-mefmes,
ayant eftabli vne République non feulement populaire:ains auflî gou-
u ernee du tout populairement, donnant àtouteraffembleedescitoyes:
lapuiffâce de faire, & cafîer lesloixvinftituer, & deftituer tous officiers*,
decerner la paix, & la guerre:iuger des biens, de la vie, & de l’honneur
dvn chacun en fomieraiqeté:qui eft le vray elht populaire, &go.uuer-
né populairement. Et combien quil euft ainfi ordonné faRepublique>
neantmoins il difoit,que laRepublique ne fera iamais heureufe, fiel le
neft gouuernee par proportion Géométrique, difant que Dieu touf¬
iours vfoit de la iuftice Geometrique au gouuernementde ce monde.
Auflî dit on qu il auoit fouuent en la bouche ces ti ois mots , G.&1 TCV ®to/
» c’eft adiré,que Dieu donnotoufiours quelque trait Geome-
trique:qui reflentent bien le ftile de Platon, iaçoit qu’ils ne fe trouuenc
point en toutes les œuures. Or il eft certain cjuela iuftice diftributiue
qu Geometrique eft du tout contraire aleftat populaire,qui ne cherche
que l’equ alité propre a la iuftice commutatiue, ou Ai ithmetique. Qui
fut caufe dequoy Xenophon ,copaignon de Plato, &. tous deux ialoux
de la gloire l’vn de l’autre,fift chaftier Cyrus, lequel eftant efleu Roy a-
uoit changé les robes des vns aux autres,ayant efgard à la bien fiance,&:àla proportion Geometrique:apresleqiielchaftimcnt,lc tnaiftieenfei-ene Cyrus de rendre à chacun ce qu’il luy apartenoit, difant qu il eftoit
Perfan, & qu’il ne failloit pas enfuiure les Medois, qui faifoyent del’e-
qualitéiuftice:mais bien les Perfans qui faifoyent laiufticeefgale. Pla¬
ton ayant leu les eferiprs deXenophon,& cognoiflànt bien que c’eftoit
à luy,& non pas à Cyrus,qu’on auoit donné des verges,reprouuala Cy-
ropedie fans nommer perfonne. Ces propos femez entie les Giecs, fu¬
rent caufe de deux fàâionsÆvnc des riches,& nobles,qui tenoy e't pour
la iuftice Geometrique, & pour leftat Ariftocratique: l’autre desrotu-riers,& des pauures,qui fouftenoyent la Iuftice comutatiue, ou Arith¬
métique,& vouloyent que les Republiques fuflent populaires.De ces
deux fictions il s’en fift vne troifiefme,qui fut d’aduis qu en toute Ré¬
publique on gardaft la iuftice Arithmétique parequahte,quand il feroit
queftion des biens d’vn chacun cn particulier, ou de reparer les often-
fes,& forfaits:mais quâd il feroit queftion de partager les deniers com¬
muns,oùles pays conqueftez,qu’on debuoit garder la iuftice diftnbu-
L I V R E S I XI E S M E. ' 7i9due ou Geometrique , ayant efgard aux biensfaits, &merites, &àla
qualité dvn chacun.Mais quant àla iuftice harmonique, pas vn des an¬
ciens Grecs,ny Latins,ny'autre, n’en fift onques mention : foit pou r ia
diftribution de la iuftice,foit pour le gouuernement de la Republique:
laquelle toutesfois eft la plus diuine, ôc la plus excellente, ôc propre à
leftat Royal,gou uerné en partie Ariftocratiquemét, ôc en partie Popu¬
lairement. Mais d’autant que ce point icy mal entendu tire apres foy
beaucoup d’erreurs foit à faire loix,foit à l’interpretation d’icelles, foit
en toutes fortes de iugemens:& aufli affin qu vn chacun puifle enten¬
dre que la troifiefme opinion,ne fe peut fouftenir,no plus que les deux
autres,il eft befoin d’emprunter les principes des Mathematiciés,& les
decifions des iurifconfultes. Car il femble que leslurifconfultesjpour Définition
n auoir vaqueaux Mathématiques,ôc les Philofophes, pour n’auoir eu des trois1 experienceiudiciaire,n ont pas efclairci ce point,qui eft de bien gran* proportios
de confequence, comme iay dit, tant pour la iuftice, quepour le ma- en termes
niment des affaires deftat, ôc de toutela Republique. Laproportion deiuftice.
Geometrique eft celle qui a fes raifons femblables: & la proportion A-
rithmetique,qui a toufiours mefmes raifons.Ia proportion Harmoni¬
que eft compofee des deux, ôc neantmoins différente de l’vne & de1 autre, la premiere1 eft femblabledafécondé1 eft efgale : la troifiefme3 ^oportionGeo.
eft partie efgale &femblable. commeon peut voir par l’exemple qui metriciuc- *?•
eft en marge:ou la proportion eft triple de 3. à <>. ôc de ?. à 17. &.de ce- ”p«pordô aha-
ftuicy a 71.&la proportion Arithmetiquefuiuatecommance parmef- “e"que-5,5M;-21,
me nombre, & mefme différence de 3. à 9. mais de ÿ.à15. elle neft pas
femblable, ains efgale.car il y a toufiours fix entre les nobres. & la pro- iM1*
portion haimonique commence par 3.auffi:maisles différences ne font
pas toufiours pareilles, ny par tout femblables aufli : ains Tvn ôl l’autre
y eft mefle doucement.comme il fe peut entendre par demonftrations4. inl.CIetncs pa¬
tron9.& inl. ex vn
dis de Hæredib.
inftituend. & in 1.mathématiques, aufquelles, iln’eft befoin d’entrerplus auant. combien
qu’il s’en trouue quelques marques affez claires és loix des Romains4 :&
raportees par nombres en proportion Geometrique. Mais la différen¬
ce delà proportion Geometrique,& Arithmétique eft bien remarqua — - -ble,en ce que cefte-cy a toufiours mefme raifons, & fes différences ef-
gales:&la Geometrique les a toufiours femblables,& nonpasdemef- milÆ
mes,nyefgaIes:fion ne vouloit dire que les chofes femblables font e£
gales:maisc'eft parler improprement, comme fiftSolon, lequel pour
gaigner les cueurs de la nobleffe, & du peuple d Athenes, dift qu’il fe-
roit les loix efgales ; a tous : la noblefle entendoit que ce fuft ^qualité
Geometrique: &lemenupeuple penfoitquecefuft l’equalitéArith- S'‘
metique:qui fut caufe que les vns, & les autres le choifirent pour Le-
gi ateur. Nous dirons donc que le gouuernement Geometrique eft
'c.uMui acc°mmode chacun àfonfemblablercomme pour exemple
loic laloy des mariages portee par les douze tables, qui vouloit queles.Plutar.in Solo.
73o DE LA REPVBLIQVEnobles fuffent mariez aux nobles feulement, Ôc les roturiers aux rotu¬
riers: ainfi qu’il fe garde encores eftroitement àRhagufe. autant pou¬
uoit on dire, s’il y auoit loy que les Princes ne fuflent mariez qu’aux
Princeffes.-lesriches aux richesses pauures aux pauures,les efclaues aux
efclaues. mais s’il eftoit dit, qu’on getteroit au fort pour faireles maria¬
ges, iifetrouueroit que 1 efclaue pourroit eftre mariee à vn Roy. les
pauures,& le menu peuple ne demanderoit pas mieux, pour faire tout
efgal. mais ces deux formes de gouuerner, tirent après foy plufieurs in¬
conueniens : car en l'vn les pauures font gettezarriere:en l'autre le-s no¬
bles font mefprifez.mais le gouuernement Harmonique,vnift les pro¬
portions efgales, ôc femblables autant qu il eft poflîble : ne voulant pas
confondre pefle mefletolftes fortes de perfonnes: & fans fortir de le-
y.emple des mai iages,qui voudroit garder le gouuernement Harmoni¬
que,on ne feroit pas les mariages des nobles de quatre quartiers de part& d’autre, comme ilfe fait en quelqueslieux d’Almaigne: car c’eft par
trop efloigner la noblefle,non feulemét des roturiers, ains aufli deloy-
mefme:veu qu’ils ne fe contentent pas quele gentil homme foit de pere
ôc tnere,ayeul& ayeule-.commeileft porté par l’ordonnance nouuelle
des cheualiers de Sauoye: mais ils veulent quegentil homme dequa-
tre quartiers,monftré qu’il foit iflu de deux cés foixante perfonnes no¬
blesses autres veulent iept degrez de noblefle en montant des mafles,
ôc femelles fans deparagèr. telles loix font pernicieufes, ôc pleines de
fedition :& pour cefte caufe la loy des mariages mife aux douze tables,
fuft caflee à la requefte du Tribun Camileius:& par le moyen desalliâ-
Loy des C€S d’entre les nobles,ôc roturiers,les feditions sapaifercnt.aufii voit on
mariages qüe }e rjclie roturier s acorde mieux auec la pauure Damoifelle, Ôc le
des douze pauure gentil homme, auec la riche roruriere, Ôc celuy qui a quelque
tables per- perfeaion d’efprit,auec celle qui a la grâce du corps, que s’ils eftoyent
nicieufe. efo-aux en tout,& par tout: comme entre les marchans il n’y a point de
Proportion fôcieté plus afleuree,que du riche parefleux,auec le pauure diligét:par-
Harmoni- ceqU4i| y a equalité,&: iîmilicude entre eux:àfçauoir equalite,en ce que
que en l’or- J*vn & l’autre a quelque cho(e de bon,& fimilitude,enceque tous deux
dre du fe- ont quelque defout. C’eftpourquoy lesanciens difoyent quel’amour
ftin. naquit dePorus,&dePenia,ceftàdire de richcflc,&de pauurete: iemettant 1 amour entre deux,conime la voix moyenne entre la bafle, &le deflus,pour faire vn accord doux, ôc melodieux. Et toutainiiquelc
maiftre du baquet,ne doibt pas mettre aux plus hauts lieux les premiers
venus pefle mçflc,fans diferetion des grands aux petits: aufli ne doiot ilpas ranger tousles plus dignes,aux lieux les plus honnorables,ny les la¬
pes au p*es des fages, ny les vieu*auec les vieux ny les femmes auprès
des femmes,ny les ieu nés auec les ieunes,ny les fols ensemble,fuiuan t a
proportion Geometrique, qui nc cherche rien que les femola es5cno¬
ie de foy fade,& mal plaifante.Maisie Sage Sympofiarqujaurele^jp
LIVRE SIXIESME. 73Igentillement vn follaftre entre deux figesdhomme paifible entre deux
quereüeux,&entre les Sophiftes,vnhommeattrempé,Ie vieux babil-
lart auprès d'vnieune aprentifjle pauure defireux,ioignât le riche libe-
rald’homme cholere,& foudain,entre deux hommes froids,& raffis:&
en ce faiiânt,non feulement, il euitera l’enuie des vns, & la ialouzie des
autres,qu’il n’eft pas aifé d’efehaper,quand il eft queftion du rang : ains
auffi d’vn fi bel ordre,refultera vne douce,&plailateharmonie des vns
auec les autres,&de tous enfemble.Car ce n’eft pas affez que les loix,&
magiftrats contraignent les fugets de viure en paix,s’ils n’ont amitié les
vns aux autres.auffi le fondement principal des mariages, & de la focie-
te humaine gift en amitié,qui ne peut eftre durable fans l’harmonie, &
concoi de mutuelle queiay dit: & laquelle ife (e peut faire par iuftice, Ôc
gouuernement Geometrique, ny Arithmétique, d’autant que la pro¬
portion de lvn, & de l’autre, le plus fouuent eft deiointe6: mais7 la
nature de la proportion harmonique vnift toufiours les ex tremitez,par
vn moyen qui s’accorde auec l’vn,& l’autre. Or le gouuernement efgal, ^& par proportion Arithmétique,eft naturel aux eftats populaires, qui ^2?,adoiMC>
veulent quon partage efgalement les eftats,les honneurs, les offices, les 7.proportion Har-
benefices,& les deniers communs, & pays conqueftez ,& s’il fcut faire ™T“C
loix,ou inftituer officiers,ou decerner delà vie,& delà mort,ils veulent
que tout le peuple foit appellé,& que la voix du pI5fol,& temeraire ayt
autant de poids, & d’cffcft, que du plus fage : brief les plus populaires
veulent que tout foit gettéàu fort,* au poids, comme les anciens qui
figuroyent l’eftat vrayement populaire en ces trois mots,
to,po7s • c eft a dire tout au fort,&à la balance. &tout ainfi quelareide
de Polyclete eftoit fidroite, & fi ferme, qu’cllene pouuoit ployer de
part, nyd autre: ôc fus le patron, & droiefture de laquelle tous les Ar¬
chitectes dreffoy ent leurs reigles: ainfi eft la forme du gouuernement
populaire,quand tout y vaparfort & par loix inuariables.&nsinterpre-
tation equal itable,fans priuilege, ny acception de perfonne : de forte
que les nobles,font fugets à mefmes peines que les roturiers : l’amende
cigale fus les riches,&/us les pauures:&mefme loyer eft decernéau fort ~ - .
&au foible.-au capitaine,& au foldat. Etau contraire,le gouuernement , S Iel'
Ariftocratique,quifefaitpar proportion Geometrique, eftfemblable Slcs f1
a la reigle Lefbknne,qui eftoit de plomb,affin qu’en ployant, & s’accô- ,moùftl.cnt
modant en tout fens,on peuft fau uer la pierre : au lieu que les autres ac- ks tr01S,
commodoyentla pierreà lareigle. Ainfi difoit-on quWalloitaccom- ProPortlos-
moder la loy en iugement. mais tout ainfi qu’il eft impoffible que la
reigle retienne fon nom,fi elle demeure torte, commela reigle Lefbié-
ne:auffi ne ce peut il faire,que la loy demeure loy, fi on s’en iouë com¬
me e cfte,& que celuy qui doibt obeiflanceaux loix, en foitmaiftre.Uraut doc pour euiter à la fermeté immuable delà reigle de Polyclete,
yl3 DE LA REPVBLIQVE&à la variété,& incertitude de la reigle Leffiienne, forger vnetroifief-
mereiglcjqui ne foit fi roide qu’elle ne puiffe ployer doucement,quâd
il en fera meftier,& fe redreffer auffi toit : C’eft à dire, qu’il faut fuiure
la iuftice harmonique,& accoller fes quatre points enfemble à fçauoir,
Loy,Æquité,Execution de la loy ,& le debuoir du Magiftrat-.foit en la
diftribution de la iuftice,foit au gouuernement de l’eftat. car tout ainfi
qu’en ces quatre nombres 4. 6.8.11. la mefme raifon qui fe trouue de
Ux. Æquitas, 4. à 6. fe trouue auffi de 8. à n. & y a mefme raifon de 4. à 8.que de C.i
Legis iJà, n. ainfi eft il de laloy à l’equité, & de l’execution de la loy au debuoir
aftio. officium. magiftrat : & mefme raifon y a de l’equitéaudebuoirdu magiftrat,
qu’il y a de laloy àl’execution d'icelle,Mais il ne fuffift pas d’auoir ain¬
fi difpofé ces quatre point»en proportion Geometrique, & en partie
Arithmétique , fi on ne.les couple enfemble par proportion Harmoni-
Laiuftice que,quiv.nift,& coniüint les deux nombres du milieu, 6. & 8. & lefe-
Harmoni cond au quart, & le premier au tiers : dont il refulte vne harmomeme-
lodieufe,compofee delà quarte,delà quinte,& desottaues-autrement
1 ' fî vousoffiz le lyen Harmonique delà quarte qui eft entre C.&8.Uproportion Geometrique demeurera defiointe. &fivousd.(polezles
quantitez en proportion Geometrique continue, l’harmonie périra
comme on peut voir en ces quatre nombres 1. 4.8.16. où les raifons (e
trouuent bien comointcî cn quelque forte quon les prenne: mais il nc
s’en peut faire aucun accord - & auffi peu fi vous difpofèz les nombresen proportion Arithmétique, car l’vn & l’autre font auffi différentes del’harmonique, commel'eau bouillante, & glacee font différentes a l’eau
tiede. En cas pareil nous dirons que h le Prince, ou le peuple,ou la no¬
bleffe ayant la fouueraineté,ioit en monarchie,ou eftat Ariftocratique,
ou Populaire/e gouuernefins aucuneloy, laiffantle tout à la diferetio
des Magiftrats,ou par foy-mefme diftribuant les peines,&loyers félon
la grandeur ou qualité d’vn chacun,iaçoit que cela foit beau en appare-
ce^ores qu’iln’y euft ny fraude,ny fu,eur(chofetoutesfoisim|,offible)
Gouuerne-' neantmoins ce gouuernement ne peu t eftre durable,ny afleure : par cc
met de Re- -j n’yapoint delyen des grands aux petits, ny parconlequcntac-
publique cor(1 aucun.beaucoupmoinsy aura de feurete fi tout fe gouuerne pat
parforme ctTalué,&loix immuables,-fans accommoder l'cquite a la variété parn-
Geometri- c„lieredes lieux, des temps, &des perfonnes Et tout ainfi quedeux
que. fimples en extremité de froidëu r & de chaleur,font autant de poizons,& neantmoins compofez,&temperezl’vn auec 1 autre fontcine fort ialutaire : auffi ces deux proportions de g°y,ue^nci
metique,& Geometrique: l’vn par loix feulement, larme larbicra
du gouuerneur fins loix ruinent les Républiques^ compofez enfe -ble par proportion Harmonique feruent à maintenu 1« eftats. Et parainfÎAaftous'eftabuféde dneque l’eftat feroit bienheureux qu,au-
LIVRE S IX IE S ME. 735roitvn fibon Prince,qu’il nefuft iamais vaincu de faueur ny de paflïon
quelconque.-on n’auroit,dit-il,que faire de loix. Or il efl: certain que la
loy n’eft pas faite pour ceux qui tiennent la fouueraineté, comme nous
auons monftré en fon lieu: ains pourles magiftrats principalement, qui
ont bien fouuent les yeux fi bandez de paflions,ou de concuflions, ou
dVnorance,qu’ils ne fçauroyent voirvnfêultrait delabeautédeiufti-
ce.Et quand ores ils feroyent Anges, ou qu’ils ne pourroyent aucune¬
ment faillir,fi eft-ce que les fugets ont affaire de loy,comme d’vn flam¬
beau pour fe guider ésrenebres des adions humaines: & mefmement
poureftonner les mefehans , qui pourroyent pretendre caufe d’igno- Hne fetrou
rance veritable, ouvraifemblable de leurs mefchancetez : ou pour le ue point de-
moins de la peine,qui neft point grauee en nos ames,comme les cho- uantlaloy
fes que nature defend. Combien qu’il n’y a point de plus fortargu- deDieuau-
ment pour vérifier cecy , que la publication de laloy de Dieu, non cunemen-
feulement des chofes politiques, ôc iudiciaires, ains auflî des chofes tiondeloy.
defendues par nature, au parauant laquelle publication, il n’y auoit iofeph. com»
iamais 8 eu Legiflateur qui foit venu en cognoiffance. ôc de fait en Applonem‘
tous les œuures d’Homere,ny d’Orphee, ny autre qui foit au parauant
Moyfe, lequel eft plus ancien que tous les dieux des Payans, il nefe
trouuepas vn feul mot de loy.mais les Princes iugeoyent,&comman- ong.iuris.
doyent toutes chofes par puiflance fouueraine. & la premiere occafion
de faire loix,fut le changemét des monarchies en eftats populaires, qui
fe firent premièrement en Athenes au temps de Dracon, Ôc puis de So- „t . „t t 1 it • 1 ! -rr 1 Plutar. in Lycur.lon:&enLaceaemonne au temps de Lycurgue,qui changea la puiflan- Les rjc[lcs
ce des deux Roys en eftat populaire1 : puis apres en Crotone , Locres, ^rpuiffans
Tarente, & autres villes d’Italie. Car le menu peuple demandoit eftre ne veulent
efgal aux riches, & nobles, ce qu’on ne pouuoit faire finon par loix ef- point de
gales : ôc les riches au contraire vouloyent eflire priuilegiez:par ce qu’ils \QiXt
fournifloyent auxfrais neceffaires de la Republique. &: d’autant qu’ils
auoyent les plus grands eftats,Ôc principales charges de la Republique,
ils portoyent toufiours faueur aux riches leurs femblables. Qui fut la l ^
caufe queTerence Arfà Tribun prefenta requefte au peuple Romain, Regem homincm
tendant à fin de prefcrire certaines loix aux magiftrats fuiuant lefquel- tresvbri^Xîn-
les on fe reiglaft, Alors toute la noblefle s y oppofa,deteftant les loix co- ^Socum' eË
me chofe qui les deuft ruiner, aymant mieux retourner foubs lapuif- bencfid^&iifci,
fance1 des Roys.la requefte du Tribun fut debatue fix ans : mais en fin interamicü &ini-
le menu peuple legaigna fus la noblefle. Alors.les loix des douze tables
furent publiées, ôc entre autres il y en auoit vne qui defendoit fur la vie ru,rd,amJ j r • 1 y r > 1 r ^ «bilan drc,falu-oe donner aucun pnuilcge a perlonne, linon du conlentement des brioron,meiioi-ê-
grands eftats. Suiuant ces loix les magiftrats furent contraints de gou- potVSiSSa-
uerner les fugets, en forte que l’equité, Ôc l’arbitrage n’auoit aucun lieu, JSeTJoaum
comme il aduint aufli apresque le Roy François 1. eutafluçretti la Sa- ««{Teris-pcricu-„ 1 r -n - " \-r îofam cfle in tôtuoye, les gouuerneurs, ôc magiltratsnouueauxiugcoyet bienlouuent humaniscrrori-
contreles couftumes;& droi6b efcript,ayant efgard à Tequité. alors les ^kcrc&T03'Qi
734 DE LA REPVBLIQVEeftats du pays enuoyerent leurs deputez au Roy, pourobtenirlettres
patentes, portant defenfes aux magiftrats de plus iuger d’equité. qui
n’eftoit autre chofe que les attacher aux loix, fans varier, ny çànylà
chofe qui eft bien fort contraire aux paflions des luges fauorables.
i.Diodor.iib.xi. Ltaffin d’yobuier,le legiflateur Carondas’fift defenfe àtous magi¬
ftrats fedepartiraucunement desmots de laloy, ores qu’elle femblaft
inique. Conan maiftre des requeftes s’eftona bien fort de l’inftance quefaifoyent les Ambafladeurs, comme iniufte & deraifonnable, &re- :ÿibutcap'dc*’ prend5 aufli le dodeur Faber, qui dit, qu’en ce Royaume il n’y a que 1les cours fouueraines qui puiflentiuger d’equité : Sc quand à luy qu’il :nelaifleroit pas de iuger d’equité,quand ores il feroit le moindre iuge VdeFrance. & auoit raifon aucunement, mais ilfailloit prendre garde fque le mot d’equité fe prend diuerfement: car l’equité cn vn Prince ic’eft: declarer, ou corriger la loy: en vn magiftrat c’eft: la ployer, & 2o. i. refpicicndum adoucir la rigueur, ouaigrir la douceur ° d’icelle, quand il eft befoin: pdeP«nisff. ou kjen fUppl0yer Jc défaut qu’il y a, quand la loy n’a pas pourueu !au cas qui s’ofFre : Sc alors les moindres iuges ont puiflance de iuger jed’equité, foit de leur office, foit quand on procédé par deuant eux opar voye de requefte:ou que le Prince leur enuoye quelque relief, ilou autres lettres de Iuftice, qu’ils peuuent entériner, ou cafler fi bon 8. . leur femble, fuiuant les ordonnances de nos Roys4, &la claufe des il4. ordon.de Char- 3 J *les 7.5c ï, lettres portant ces mots T ant qva svffire doibve. ou lebien des chofes defquelles le Prince difertement par fon edit leur itbaille puiflance par ces mots, Dont novs chargeons iL e v R cons cience: enquoylesmoindres luges ont autantdc e]puiflance, que les plus grands:& neantmoins ils ne peuuent commc ] 0les cours fouueraines, mettre les appellations au néant, ny enuoyer pabfoulsàpur&àpIeinlesaccufez,mais feulemcntjQJf O F S QJF E,à, Ula forme des Lacedemoniens, commc dit Plutarque, quand ils font paucunement attaints du crime-.&nepeuuentaufli releuer,ny tenirpour pbien releué l’appellantd’vnlugeRoyal: ny faire autres chofes fembla- Lbies plus queftuaires,que neceffaires. Nous lifons cn cas femblables es 1fQRabi May- Pandedtes des Hebrieuxqu’il n’y a que lacourdesfenateurs,ou des Lmon lib. î. J 11 rr î> • t 1NTXimn mv fages,qu’ils appellent Hacamin, qui puifle iuger d équité: & que cela ]j(nà.i8.& ^cuccro‘ n’eft pas licite aux moindres iuges.Ce qui eft aufli efeript quafi par tou- Ltes les couftumes d’Italie, où il eft commandé aux iuges, de fuiure la ,c
loy ainfi qu’elie eft efcripte.Sur quoy le docteur Alcxâdre enquis fi tel-s A1^nd confîL les couftumes debuoyent auoir lieu,fift refpofe* que noobftant la clau- f,fe,iamais l’interpretation equitable, Sc iufte n’eftoit exclufe, fuiuant en 17. Bart.ini.omnes celàl’aduis deBartole7, qui n’a point faitdiftindlion du grand magi- L,z.dcoffi de légat. ftrat au petit, pour cc regard, car à bien parler, laloy fans 1 équité, l
eft vn corps fins ame : d’autant qu’elle ne touche que les chofes
lus.#/ 6 dclcSl~ générales8,&l’equité recherche les circonftances particulières,qui font
infinies,aufquelles il faut tellement accomoder les loix, foit en termes
LIVRE SI XI ES ME. 73jde iuftice,foit en matière d’eftat,qu’il ne s’en enfuiue inconuenient, ny
abfurdité quelconque:mais il ne faut pas que le Magiftrat ployé la loy
fi fort quelle fe rompe,encore quelle femble fort dure % quand elle eft
aflez claire de foimefmes.C’eft autre chofe fî la loy eft inique an faiç qui
fc prefente, carence cas le Iurifconfulte difoit, qu’il faut moderer la
loy par ledecret du magiftrat. Quand il dit le magiftrat, il monftré
aflez que celànapartenoit pas aux luges particuliers, ains feulement ,.i.raiuï«.deicga-
auPræteur: ce quiluy fuft permis en l’eredion de (bn office, par la .loy Pretoriarpar laquelle il eut puiflance defuployer, declairer,&cor- vocand. (£ i. qUær
rizeries loix1. Mais d’autant que cela touchoit les droits de la maie- vX‘mufadLta
fté fouueraine,les Princes depuis s’attribuèrent5 la déclaration &cor- LTi^îutcm. dc
redion des loix, en ce qui feroit doubteux entre laloy, & l’cquité re- Iufici3-J 1 1 1 T ofultantla vraye interprétation de laloy. Ceit pourquoy les luges, 3c BaidusinU§.fîi,
gouuerneurs de pays anciennement demandoyent l’aduis des Em- qui
pereurs,quand le cas excedoit les termes d’equité refultant de la loy,&ce qui leur fembloit iufte, eftoit contraire à icelle : 3c Ci le Prince
eftoit filoing, qu’on ne peuft auoir fà déclaration, les Magiftrats fui-
uoyent4les termes de la loy; caril n’appartient pas au Magiftrat de 4U§> fiisquiÉÎC
iu^er de laloy, mais félon la loy, comme difoit vn ancien dodeur: «ercitor.L no aii-6» l r - 1 n - r 1 J • o T- N ter.de légat. j.I.ea&sil fait autrement,il eitinrame de droit commun : Eta ce propos qu*s.i.deregui.
il me fouuient,queBarthélémy l’vn des Prefîdens des enqueftesau par- deadui°sa
lement deTouloze,fur ce queles Confeillers de fa chambre vouloyent vilidiSpkc^
iueer contre l’ordonnance,fift dire par arreft chambres aflemblees 3c <}e;udicC-N o 1 s i 1» 1 6. I. carrerar famil.a la requefte des gens du Roy qu on fuiueroit 1 ordonnance. & quand erdfcund. panoi.
elle euft fefmblé inique à la cour, on euft eu recoursau Roy, comme repHmcnS.ver-
on a accouftumé en tel cas.En quoy ilapert, que le magiftrateft en la fn°iVfi Jando.dc1'
puiflance de la loy, & I’equité en lame du magiftratqui s’eftend à
fiipployer ce qui défaut à la loy,ou à tirer vne raifon d’icelleicarla droi- cap.i.deconftitu .
de interprétation de laloy, n’eft lien autre chofe que laloy mefmes. y^Âiexand.confii.
Mais quand ie dy que les cas oubliez par le legiflateur, 3c quine peu- rLrefpiciendum.i
uent eftre compris en loix ( pour la variété d’iceux qui eft infinie) Bafintne^quic-
font en la diferetion du Magiftrat, celà fe doibt raporter à l’equicé, quams.vbidccre-, .-ii n • • 6 r • îü. de offi.procôf-& que le luge, qui doibt eltre entier 3c innocent , ne race rien par Specul. rit. de oifi.
dol,nypar fraude, ny par concuflîon. En quoy Alexandre s’eft mef- cap^dreTc"'^
pris, difant que leluge qui a l’arbitrage de iuger àfa volunté, peutiu-
ger iniquement7 fi bon luy femble:qui eft vne opinion cotraire à la loy ^off. de^egat.
de Dieu,& denature&reprouueedetous,8 les Iurifcofultesrquifotbié paaum. detkfac.
d’aduis que lemagiftrat ayantla puiffance, 3c arbitrage de iugeràfa CcolYlt-
volunté,neft point tenu du mal iugé: mais ils adiouftent cefte condi¬
tion, pourueu qu’il ne face rien par dol,ny par fraude.3c par l’ordonan-
ce de Luitprand Roy des Lombars,il eft porté,que le magiftrat payeraQq JJ
73 ç DE LA REPVBLI QJ/ exl. fols d amende,s’il iuge contre la loy,moitié au Roy, moitié à la par¬
tie: ôc s il iuge iniquement en ce qui eft de fon office, il n’eft point fugetàl’amende,pourueu quil n’aytrien fait par dol,nyparfraude:comme ileft auflî gardé en tous les fîegesdece Royaume. Mais les anciens Ro-
9. Poiyb. lib. g. mains ne fe contentoyent pas de cela,ains ils faifoyent iurer lesluo-es,
S.con^S dc ne iuger contre leur confcience ■9:Ôc au parauant qu’ils donafTentleur& ÿ.zonaras.üb.i fentence l’huifliercrioit tout haut,Nefepaterenturfuidijjimileseffe, com¬
me dit Cafliodore1. & en cas femblable, les luges en Grece iuroyent
qu’ils garderoyent les ordonnances:& s’il n’y auoit loy,ny ordonnanceannal.
i.hb.ô.Yariar.t.Ariftot. lib.j.po-
lit. Pollux lib.i.
Demofthen. con¬
tra Timocratcm.au fut qui fe prefenteroit, qu’ils iugeroyent félon lequité vfant de ces
mots 1 iïwio&THyw/jui • ce qu’ils n’euflent pas permis aux iuges , s’il
euft efté poflible de comprendre tout enloix,commc quelques vns ont
ofédire, qu’iln’y auoit cas qui ne fuft au droit Romain : chofe qui eft
autant impoffible,que vouloir compter les indiuidus: ou comprendre
l’infini parce quieft fini. Aufli Solon fut blafmé à tort d’auoir fait fi
peu de loix: & toutesfois Lycurgue en fift encores moins, voire fi peu
qu’il défendit de les eferire : laiflant la plufpart àla diferetion des magi¬
ftrats. comme faifoit auflî Thomas le More Chancelier d’Angleterre
laiflant toutes les peines à la diferetion des magiftrats horfmis l’adulte-
re en fa Republique. Et combien que les dix commiflaires deputezpar
les Romains pour corriger les couftumes, &drefler les douze tables,
penfoyent auoir compris tous les incidens qui pouuoyent auenir:
neantmoins toft après il fe trouuerét bien loing de leur compte, en for¬
te qu’ils furent contraints de lâcher la plufpart des iugemens,touchant
Tintereft des particuliers, à la diferetion des magiftrats, comme nous
auons dit: ôc combien que pour le regard des caufes publiques, ils s’ef¬
forcèrent de reflerrer les iuges és barrieres des loix : fi eft-ce qu’en fin
voyant les inconueniens qui fe decouuroyent à tout propos,en voulant
faire iuftice par proportion Arithmétique,ils furenteontraints (apres
que l’eftat populaire fut changé cn monarchie ) de faire vn grand Prc-
j.i.i.deofTipræfe- uoft de Rome:auquel ils donnèrent5 puiflance de cognoiftre extraor-£ti Vrbi.niBm ini fiiiasfa R°mc* cequetousles gouuerneurs des prouinces auoyent chacun
mii.dedo*».Bal. en fon reffort. Or celuy qui cognoift extraordinairement, n eft point
inofsSc&m fugetauxloix, & peut donner telle fentence quebon luy femblera4,
cexl'1'de conftuut* pourueu qu’il n’excedele moyen,dit la loy :lequel moyen gift en la pro-
é.Fciîn.incap.i. portion Harmonique que i’ay dit. Mais cefte puiflance extraordinai-col.i7.copiofe. r J l .7 Bai.ini. aliode re de iuger d équité, ou souuerner vne prouince,ou vn eftat,emportealimentis. Barc. in1r.0t 1 -i l rC i r\ • r •i.cKditor.§.iucius plufieurs degrez. car il y a ditterence que le Prince loitpatcommu-
cm-a to rc ai*i ib c r a” fi°n 5 f°ic en vertu de l’ere&ion d’office donne toute; puiflance dcde procurât. Ro- gouuerner, ou ainfi qu’il plaira6 au magiftrat ou commiflaire:ou bienman.ml. liquis <0 r r n r *CCmihi.§.iuffura. de ainiî que le Prince melmes pourroit7 faire,qui eft prefque vncpuilian-
LIVRE SIX I ES ME. 737ce abfoIuc,& telle que le magiftrat pour grand qu’il puiffe eftre ne peutdonner à perfonne8. mais fi les lettres portent, quele magiftrat en or-donne ainfi qu’il verra eftre àfaire par raifon9: ou félon fa confcience x: f»p-ou à Ci difcretionl:ou felonlcquitéjou autre maniéré de parler fembla- Bmrb.in eapTdéble: en tous ces cas il eft certain, que la puiflance eft limiteei l’arbitrage ïTaUnuS^tasd’vn homme de bié,& aux termes d’equité a laquelle le Prince mefmes ^^deiSodoibt raporter fes iii2;emens. Et ceux 4 là s abufent, qui penfentque le mini-c.r r \ r " r • « \ r C * i. Iacob Butrig.inPrince peut iuger lelon la colcience,&: non pasle luget, rors en matiere 1 .properar.dum.de
criminelleJ, auquel cas ils font d’aduis , que le Magiftrat peut auflî !nty&i!dciùu.
bien que le Prince iuger félon fa confcience. mais s’il eft équitable “Bapoîinififi
en IVn, pourquoy nel’eft-il en l’autre ? & s’il eft inique en l’vo, pour- ^aiuf°£Ml,*4â
quoy feroit équitable enPautre?veu quele Singe eft toufiours fembla- tuseod. Baid>ï
ble à foy-mefmes, foit quon l’habille en pourpre ouenbureau. Mais |PBaTt‘&Bai.m
fi la vérité du fait n’eft cogneue finon au Prince, ou bien au Magiftrat, ^0^^^
ny l’vn ny l’autre ne doibt faire a£tede luge, ains de tefmoing feule- authent.
ment: comme refpondit Azo augouuerneur de Boulongne laGraf- fententiis ex bre-
fe , qui auoit veu foire vn meurtre , fans autre tefmoin, on luy dift ï1diub?lL
quil ne pouuoit eftre luge: & mefme refponfe fut farde au Roy de mdic*France Henry 11. parla chambre delà Royne eftant à Melun, fur ce
qu’il auoit fait mettre prifonnier vn Italien, layant furpris en cas digne
de mort qu’il ne vouloit dire : il commanda aux iuges de le condam¬
ner, lefquels n'en voulurent rien faire: commeiay feeud’Antoine de
Paul fécond Prefident deToulouze: qui eftoit des luges. &lemefine
Roy en caufe ciuile ne feruit que de tcfmoinau procès d’entre les hé¬
ritiers de George d’Amboife: oùfontefmoignage ne fut compté que
pourvn.Et fut blafmélePape Paul deFarneze, d’auoir fait mourir vn
gentil-homme,qui luy auoit confeffé vn meurtre fecret luy eftant Car¬
dinal,attendu que le gentil homme depuis nya Fatioir dit, ny fait.Ôr il
y a beaucoup plus d’apparence que le Prince,& le Magiftrat iugent fé¬
lon leur confcience en cas ciuil, que non pas en criminel, veu quil y va
fouuent de la vie, de l’honneur,ou des biens, & la preuue y eftrequife
plus claire que le iour.Mais la différence eft bien grande entre les lu¬
ges,qui font liez aux loix pour quelque chofe que ce foit, & ceux qui
ont puiffance de gouuerner fans loy:car l’vn ne gift quen fait, l’autre en
droit,en équité,en raifon:& mefmement quand il eft queftion de cho¬
fe de confequence où il faut declairer la loy: qui fut anciennement do-
né au Preteur^comme i’ay dinmais par laloy de Dieu celà eft referué Deutcrono ï7-
au grand Pontife,ou a celuy qui eftoit efleu de Dieu pour Iugefouue-
raih:ouenleurabfenceauxLeuites: ce qui fut en fin attribué au Sénat
foubs les derniers Princes de la maifon des Afmoneans : couftume qui
auoit auffi lieu en Ægypte, & en France, où les preftres,&: Druides*
eftoyent gardes de la iuftice, commeeftant la chofe du mondelaplusÔJï «j
73* DE LA RËPVBLI QJ/ Efacree:& le premier Prefident des Druides portoit,dit Amian-, vne pier¬
re precieufe pendue au col, où la vérité eftoit grauee. Et du ve encores
en toute TA fie, & en la plufpart d’Afrique la couftume, que les Preftres
ont la iuftice en main: ôc le grand Pontife la declaratio des loix, Sc deei^
fion des caufes les plus hautes,Sc plus difficiles:comme le Muphti grâd
Pontife enTurquie:&en cas pareille Sophiale fien à Taurin,&les Tar-
tares le leur à Smarcand:& les Roys de Fez,Caroan/Telmeflen ont auf¬
fi chacun le leunpour monftrer que l’equité, quand la loy manque, fe
doibt traiter,& manier par luges,Sc Magiftrats bien entendus. Et s'il e-
ftoit ainfi que la Iuftice, Sc le gouuernement par proportion efgale ou
Arithmétique deuft auoir lieu,quand il ny va que de 1 intereft particu¬
lier,il n y auroit difficulté aucune : car il ne refteroit q ue l’execution de
la loy.nous monftrerons tantoft que ceft opinion neft pas receuable.
mais il faut monftrer premièrement que la mefme opinion touchant la
Iuftice Geometrique,eft auffi peu fouftenable, quand il y va du public.
Cela fe vérifié en toutes les loix, qui portent amendes Sc peines pecu-
Iuftice A- niaires,qui fe trouuent en la loy de Dieu.ésloix de Solon,aux douze ta-
rithmeti- bies, Sc aux loix de toutes nations, mefmement des anciens François,
que eft ini- Anglois, Saliens,Ripuaires,où toutes les peines font prefque pecuniai-
que. res.Et en toutes les couftumes,& ordonnances de ce Royaume les amé-des font taxees:auquel cas,autant le pauure que le riche,payera l'amen¬
de par iuftice efgale,& Arithmétique. Et fi le dire d’Ariftote eftoit veri¬
table il faudroit rayer toutes ces loix, & laiffer à l’arbitrage, & pleine
puiffance des Magiftrats de hauffer,ou diminuer lapeine. Sc neâtmoins
laplufpart des edits, Sc ordonnances penales portent cefte claufe, Et
auons defendu ànos luges de diminuer lapeine. Etfilecondamné n’a
dequoy fatisfaire pour la faute par luy commifepardol, &parfraude,
laloy generale6, Sc commune à tous les peuples, veut qu il foit puni
6.11.§. generaiiter corporellement. Icy peut eftre on me dira,que ceft iniuftice de condâ-
ner vn pauure homme à LX.liures d’amende pour vn fol appel, Sc n’en
faire pas payer dauantage au plus riche.carla luftice Geometrique veut
que fi le pauure qui n’a que cent liures pour tout bien, payeLX. liures
d’amende,le riche quia valant cent mil liures en doibt payer foixante
mil pour l’amende: d’autant que la proportion eft femblable de cent
à foixante, que de cent mil à foixante mil. Voilal’effe&de la iuftice
Geometrique. ôclaiuftice Arithmétique eft le moyen au riche hom¬
me, de ruiner le pauure, foubs voile de iuftice. Et pour cefte caufe
les ordonnances ont permis aux luges de condamner à l’amende
extraordinaire, fi le cas y echet, outre l’amende ordinaire , comme
il fe faifoit anciennement en Grece , Sc appelloyent cefte amende
contraDiony extraorcIinaire 5 iTtz&iXfa , comme eleript Demofthene ° : qui
fiodorü.l.cos qui eft approcher bien près de la vraye iuftice harmonique : fi par les
s.nctcmctcdcap- mefmespcl.C.
LIVRE SIXIES ME. 739mefmes ordonnances il eftoit permis aux luges,ou du moins aux cours
fouueraines de diminuer l’amende,ayant efgard à la pauureté des rufti-
ques,ignorans:commeil s eft toufiours fait au parlement de Rouen, ôc
fur ce que les receueurs de amendes en faifoyent inftance au Roy pour
les contraindre d’obeir de point en point, à l’ordonnance, qui defend
de diminuerlapeine:leprefidentLifoire,&d’AmoursaduocatduRoy
députez du parlement de Rouen, pour faire plufieurs remonftrances
touchât le domaine ôc la reformatiô generale de Normandie,où i’eftois
partie pour le Roy rentre autres chofes requirét à ce qu’il pléuft au Roy,
ne les contraindre de condamner tous appelions temeraires à l’amande
efgale. ce que ie7 trouue auoir efté fait anciennement par l’Empereur 7. Traîquu.»
Claude. En quoy faifant la vraye iuftice harmonique feroit gardee,qui claud-
eft en partie efgale,en partie femblable. l’equalicé feroit entre les homes
mediocres plus ou moins riches:&la proportion géométrique entre les
grans feigneurs, & les pauures, qui feroit en ce cas lailTee à l’cquité ôc
diferetion des luges. Nous ferons mefmes iugement de l’ordonnance
de Charle ix. faite fus la prohibition des habits, qui porte mil efcuz de
peine,auec defenfe aux luges de diminuer la peine: qui eft vne ordon¬
nance concernant le public,& neantmoins faite fuiuant la iuftice arith-
metique.Mais8 l’ordonnance de Philippe leBel touchant les habits y & 8.pubfiéêrs'»**
fuperfluitez de banquets,qui n’eft: point imprimee, approche de la pro- eorcgiftrcc en iaI • ■ I n / i . ^ , T A ... chambre des con-portion harmonique.carilelt porte,que le Duc,le Comte,le Vers, & tes au liure intitu¬
le Prélat qui fera contre cefte ordonnance payera cent liures, le banne-
retcinquante,1e cheualier ouvauafleur quarante, les DoyensArche-
diacres,les prieurs,& autres clercs qui ont dignité ou perfonnage paye- "ront xxv.liures.les autres laiz qui contre ce feront,en quelque eftat que CC | R j ^
ils foyent,s’il a valant mil liures^payera xxv. liures, ôc s’ila moins payera PCie ^
cent fols, les autres clercs, qui font fans dignité, ou perfonnage foyent lultlce ar“
du fiecle, ou en religion, fera à rencontre payera cent fols aufli comme monlclue9
les autres. On voit icy les peines inégalés, â perfonnes inégalés, fuiuant
la iuftice geometrique:& neantmoins on voit aufli equalité de peines à
perfonnes inégalés fuiuantla iufticearithmetique:&l’vne, ôc l’autre te-
lementattrempee,que la iuftice harmonique en refulte. Le mefme rei-
glement eft gardé en la permiffion des habits, où il eft dit. Nulle bour-
geoife n’aura chefne.Item,Nul bourgeois ou bourgeoife ne portera or,
ny pierres precieufes,ny ceintures d’or,ny couronne d’or,ny d’argent,
ny fourreures de vair,de gris, ny d’hermines, cela n’eft pas defendu aux
nobles, ôc neantmoins il y a quelque différence,en ce qu’il eft dit,Que le
Duc,le Comte,le Baron de fix mil liures de terre, ou plus,pourront fai-
requatrepairesde robes par an,&non plus, ôc leurs femmes autant, ôc
pourles gens de robe longue, Clercs qui ne font en dignité,ou perfon¬
nage, ne pourront faire robes pou rieurs corps de plus de feize fols l’au¬
ne de Paris,& pour leurs compaignôs,douzefols.Ily a plufieurs autresois
74o DE LA REPVBLIQVEarticles femlMiles,mais il n'y a mention,ny près,ny loin de foye, ny develours,ny de chofe qui en approche. Et qui voudroit garder par le me¬
nu la iuftice geometrique,& appofer la peine eu efgard aux biens, & au
1„ rauh^Lid- delii5t,il ne faudroit iamais faire loy.car la variété des perlones,des faits,
nia, Cornelia, lu- du tcmps,du lieu eft infinie,&incomprehenfible. aufli feroit l’equalitélia. Macirob. lib. 5. I 5 . . - n • r 1 .cap.n .fatur. Gd- Je peines par iuftice arithmétique rniulte : comme on peut voir es loix
Ordonna- fumptuaires? des Romains, lors qu’ils eftoyent en eftat populaire, les
ces des Ro- morceaux font tranchez efgalement à tous,&la peine efgale fans difere-
mains fum- tion du richeaupauure,du nobleauroturier:encores que les biens d’va
Suaires par chacun fuffent enregiftrez aux papiers «fiers,ce qui n’eft pas à prefent,
iufticearith &quicaufcro.itvnedifficuItégrâde,fionvouloitvferdela iuftice geo-
■ g metrique. Aufli eftoyent efgales les peines des loix publiques, qui furet
metique. penj^nt populaire, & la iuftice diftribuee à tous citoyenspar proportion arithmétique : comme fi le medecin donnoit vne mef¬
me medecine,& en mefme dofeaux fors &aux foibles. Aufli depuis
que leftat populaire fut châgé,le gouuernemét efgal, & la iuftice arith-
, 1 i:adi Comei. metique changea, & la peine des noblesfut diminuée, comme on peut
d'eikar. / voir par le ■ refCript d’Antonin le piteux à vn gouuerneur de prouince,
La qualité uitenoitvn homme d’honneur conuaincu du meurtre de fa femme
delà perlo- trouuee cn adultere „ où il dit qu'il faut moderer la peine de la loy Cor¬
ne fort co- nc!ia. & fjjg meurtrier eftoit de baffe condition , qu’il debuoit eftre
fidcrable banni à iamais, & s’il eftoit en dignité qu’il fuffifoit de le bannir
en iuftice. r ÜCiqUe tempS. Ot c’eft vne différence fort notable en termes
de iuftice,que la qualité dc la perfonne porte trait mefme à la vie,ou à la
mort, car le meurtrier, dit laloy1, doibteftre mis à mort, s’il n’eft en
vcSÊf quelque degré d’honneur. & la loy Vifcellia vouloit que les lar-?■ , , rons de beftail,s’ils eftoient efclaues,fuflentgettez aux beftes lâuuages:Les nobles & ^ Sommes de franche condition punis par glaiue, ou condamnez
moins pu- minières : & fi la perfonne eft de maifon, ilfufira de le bannir pour
111s que les , t s_ & £n cas pardi ? ]es incendiaires des villes eftoyent get-
SE* tez aux beftes,s’ils eftoyent de baffe condition,& les nobles’ decapitez,
ou confinez.Et generalement les efclaues eftoyent toufiours punis plus
feuerement que les hommes de franche condition : car ceftuy-cy n e-i.capîtaiium.§. ftant batu que de verges, ou petits baftons, 1 efclaue eftoit4 foüette de
^~oCdn courgeesmuoy que dift Platon,quele citoyen doit eftre plus puni que
de oïdi.cognic. c. l'cfclai!e,parce qu’il n’eft pas,dit-il,fi bié apris. & pour cefte caule le pe-
îegib. re qui auoit foiietté fon fils de courgees, fut lapide de la commune en Ro¬me,côme dit Valcre:Et encre les hommes libres, le citoy é eftoit moins
punique l’eftranger, le noble que le roturier, le Magiftrat que le parti¬
culier,l’homme (age,& modefte,que l’homme vicieux,& diflolu,le loi
î.non debet de dat.que le pay fan. il ne faut pas,dit ’ Labeon,foufrir vn roturier intenter
dolM' action de dol,contre vn homme conftitué en honneur & dignité,ny auprodigue,contre vn homme bien reiglé.Et mefmes les ancies Romains
LIVRE SIXIESME. 741necondamnoyent6point les decurions,ouconfeillersde ville,ny les
gensdeguerre,pour quelque crime que cc fuft, aux minières, ny aux r^enim de Pœnis
fourches, le larron de nui£t,dit la loy,s eftant mis en defenfe, doit eftre
condamné aux minières: mais les gens de qualité7 bannis feulement: 7. 1 ,t.& vit.de ft-
pour quelque temps: ôc les géd’armes caflezauec ignominie. Et ne faut ^Ukh7o! vlt'de
paspenfer,que cefte forme de punir (bit particulière à quelque peuple,
car tous les autres en vfent ainfi : mefmes les anciens François, Salicns,Anglois, °Ripuaires, iufques aux Barbares Indois, qui pour mefmeo. auchap des in. 0 -/r L 1 • r " \ 1 11 iures aux loix descrime pumlient beaucoup plus gneruemet les roturiers que les nobles: saiiens.car ils coupent le nez,ôclesaureilles aux roturiers ,ôc pour mefme crimeils coupent aux nobles les cheueux, ou les manches de leurs8 chemifes. înd«!ftoitc descouftume qui eftoit commune en Perfe, ou lonfoiietoitles veftemensdes condamnez, & arrachoit on le poil de leur9 chapeau. Qui eft bien Ü' plmar-inKbro1-1 » a • n 1 • n • • 1 a numiaisloin de ce qu Anltote veut, que la îultice geometrique ayt lieu, quand vindida.
il faut partager les loyers, & ce qui eft commun :& quand il fautpunir
les forfaits,que la iuftice arithmétique foit executee également : qui eft
non feulement renuerfer le principe de philofophie, qui veut que les
chofes contraires comme le loyer,Sc la peine,foyent conduites par me£
mes reigles:ains aufli toutes les decifions des plus grans Iurifcôfultes &
legiflateurs quifurent onques,Et mefmes les1 dodeurs,canoniftes %&? Orateurs, hiftoriens4, Sc PoetesJ font de mefme aduis que leslu-
rifconfultes : ôconttoufioursmoinspuniles noblesqueles roturiers:la ^paaHoftLn?
noblefle ancienne de M.ÆmyliusScaurus, dit Valere, luy fauua la vie Àncaran.Panorm.
durant feftat populaire:ce qui fut encores beaucoup mieux gardé apres ^ in'cap.’ dudum.
le changement deftat: car lors 011 commenceapeu àpeu àdecapiter a- ^gb.dereSip?
uecvn cimeterre les nobles, à la mode des peuples de Septentrion, au qui contra 24>
lieu que les Romains au parauant vfoyentdedolouëres enuers toutes *. Clccro in asra-r i 0j» - ^ tia Pnma comifi-lortes de gens. ôca autant que le Centemerenuoye pour executer Pa- «usHb.i.adHe-pinian, qui eftoit parent de rEmpereurTraian,ôcdeclairé tuteur des {iebnn7lum FablusEmpereurs,ôc de l’Empire,luy auoit tranché la tefte auec vne dolouëre, feTil fut reprins aigrement par fEmpereurCaracaüa,difant qu’il falloit Te- f- ?xecuter par glaiue,qui auoit moins de douleur ôc d’infamie:au contrai-redeeequepenfoit le Iurifconfulte6 Gouean.Et par mefme raifon, ce-luy quia offenfé le noble,eft puni plus7 griefjemcnt, que s’il offenfoit did.Seneca Nul-vn roturier : ôcvn citoyen quvn eft ranger, ce qui eftoit encores mieuxgardé parles anciennes loix des f rançonsMaliens, & Anglois: où la loy ^cf-adiofc.a** dit, Quiaura offenfé le franc Salien, payera l’amende en foldes efti- 7. l.aut fa&a. §.mezàxL. deniers piece;ôc fi le Franc iniurie le Saxon,ou leFrizon, il fa- præterea.& fcq.demenderaen foldes eftimezà xn. deniers, ôc par l’ordonnance 9 d’Al- g" auchaP.d« in-phons x. Roy de Caftille il eft porté,que f iniure faite au noble, fera pu- lurfs- ,• I rit r ’l > r S. 1.7>f.&ijT.par-me de cinq cens to Ides, Ôc au roturier ccc. ôcaux chapitres de Char lema- ^ chap.4.gne,il eft dit,que ceux qui aurôt vn foudiacre,payerot ccc.foldes, pourvnDiacrccccc.pourvn preftreDC.pour vnEucfquefque dcccc. ôc
742, DE LA REP VBLIQJVEt. in coniïLTibu- lors qUe ]a dignité des ecclefiaftiques commençea à croiftre dauao-
q'r.ca.quTfubdia- tage,on1 doubla les peines.le ne parle point du mérité de ces loix,mais
eouuai. -en vfe feulement pour monftrer, que la iuftice arithmétique n’a pointeu,& ne doibt auoir lieu5quand il eft queftion de la peine : mais que les
§;ens d’honneur,& de qualité font toufiours moins punis. Dequoy fou¬
uent le menu peuple murmure,3c penfe qu’on luy fait iniuftice: Sc mef¬
mes André Ricce Polonois dit, que c’eft grand iniuftice d’auoir efgard
en iugement aux nobles,ou roturiers, pauures ou riches, bourgeois ou
eftrangers,&que la peine doibt eftre efgale à tous, quieft bien loin de
corriger les abus delà Republique, come il pretend. Ainfi difoit le peu¬
ple de Touloze quand le feigneur de Roifli condemna deFOrmeau
quart prefident,à perdre fes eftats,& fes biens, Sc eftre pilorié puis mar¬
qué au front d’vn fer chaut,3c confiné. 3c quât à fon clerc, qui auoit fut
le comandement de fon maiftre.il le fift pédre.le Roy François dift,que
les larros en foire s5entretenoyent,& qu il falloit chager la peine d u mai¬
ftre au clerc. Toutesfois ceux qui ont cogneu le feigneur de Roiffi pere
de celuy qui eft à prefent Châcelier duRoy de Nauarre, îlluftre en tou¬
tes chofes,eftoit le moins fauorable,& Tvn des luges de ce Royaume le
mieux entendu aux affaires de la Iuftice. le clerc euft mérité pardon s’il
euft efté efclaue du Prefidét:parce qu’il y euft eu neceffité d’obeir: mais
d’autant que le clerc n’eftoit pas contraint de fuiure le commandement
du maiftre,on ne pouuoit le punir que par monnayât mérité, Sc n’ayât
ny biens,ny eftats,ny aucun degré d’honneunqui font plus chers que la
pk 5ïf“Ln£ vie aux hommes conftituez en dignité. C’eft pourquoy on atoufîours
uorum depœnis. çy^xàè. cefte prerogatiue aux nobles s’ils font condamnez à mort, de ne
accuLe.c.Cpa-U1 ]es faire pend re,pour la contumelie d u fuplice, que tous les peuples ont
"«» qSd/ia eftimé,le plusz infâme,& en demeurent d’accord.combien qu’il ne s’a-
cordent pas des autres peines, car Seneque met la decolatio pour la plus
& ini. omnes po- J0UCe: Sc les Hebrieux en leurs pandedles foubs le tiltre des peines mct-
ScdeUt'aAngd-. tçnt le plus grief d’eftre lapidé, & le fécond bruflé vif ,1e troifiefme de-
lüre^colé,le quatriefme eftranglé. mais ils eftiment le plus infâme,Sc maudit
parla loy de Dieu, celuy qui eft mis au gibet. En quoy Bartole} ceft a-
de ùs qui notantur bufe5de dire qu’en France les gentilshommes eftoyent pendus, & que
dëpinisVin for- le fuplice n’eftoit pas réputé vilain-.veu que de (on teps^qui eftoit foubs
u^eTuLTad le regne de Philippe le long,la noblefTe eftoit autant illuftre,& honoree
SSbiiÆ que iamais. vray eft que le noble, qui feroit trahiftre à fon Prince, merir
cap.i9. & îib.z. teroit d’eftre pendu, affin d’eftre puni plus griefuementque le roturier,3. Barcind.§.in qui n’offenfe pas tant, comme celuy qui n’eft pas fi eftroitement oblige4.rr9eosqui.dep« 4 àcôferuer la vie,& l’eftat de fon Prince.C’eft pourquoy Tite Liue dit,
que les trahiftres durant la guerre Punique, furent punis plus griefue-Catefîmrtmentodc ment que les fuyars efclaues, Sc les trahiftres Romains plus aigrement
Feîin.iu,copnpaft0 traittez que les Latins:car ceux cyeurentla tefte trachee,ôc lesRomainsfalis.dciureiuran. ^ furent
LIVRE SIXIESME. 743furet pédus-cobié qu’en tous autres crimes, le Romain eftoit puni pîusdoucement.Scipion 1'African,dit Flore, trouuât le foldat Romain horsdes rangs ,lefaifoit battre de forment, &l’eftranger d’autre bois, car lebois de vigne, dit*Pline, oftoitle deshonneur de lapeine. c’eft pour- <; sa«onibG»'fquoy l’Empereur Galba fift6 blanchirle gibet, & commanda qu’il fuft bl-plus haut elleué que les^utres, pour amoindrir la peine du bourgeoisRomain,quife plaignoit qu’on lefaifoit pendre,iaçoit qu’il euft empoi-fonné fonpupil. Silemedecin,ou l’apoticairel’auoit empoifionné,lapeine euft efté encoresplus griefue. Et par mefme proportion de tufti-ce,leluge quifait iniure,le preftre qui rauift les chofes (âcrees,le notaireou greffier qui commet £iuffeté,l’orfeure qui fait de la faulfe monnoye,le Prince qui manque de la foy :&c generalement quiconques faitfauteen fon eftat, doibt eftre puni7 plus griefuement que les autres : carie ?■ î.prtfbyteri.deforfait eft plus grief, c’eft pourquoy Metius didateur d’Albanie,fut ty- 1réà quatre cheuauxpour auoir rompu la foy aux Romains: & Solon fal&C ‘ ii. . /'1*\ i poems. Thomasayant raitpublier,& îurerles loix a tous les citoyens d’Athenes, ordon- PI,ma /«md* q.na que les Areopagites en feroyent gardes, & interprétés. & qu’ils paye-royent vne ftatue d’or de leur pezanteur,s'ils y contreuenoyent. Or ce mod=&mma”ri-que nous auons dit de la iuftice harmonique, quand il eft queftion de la nit'c'peine corporelle, fe pratique auffi quand il eft queftion des amendes,ôc peines pecuniaires:mais par difpofition contraire : car les nobles, ôcgrands feigneurs, doibuent plus8 payer que les pauures , Ôc petits com- g ]pro eran(îumpaignonsicomme nous auons dit cy deflùs.Et d’autant que les richeffes s*4 c°SComplus grandes en vn pays qu’en 1 autre,& à preCent qu’anciennementles Princes, & legiflateurs bien fouuent font contraints de changer lespeines pecuniaires apofees és loix.Sous les Empereurs on eftimoit pau- ^•^diÇ)al-A^eeure celuy quin auoit pas cinquante efcus valant, qui eftoyent autant de tencndâi.odofcS?nobles àlaroferôc les Hebrieux en leurs pande£tes,ont-fuiui la decifion bSuScdes Romains, faifant defenfes à ceux làdemandier. les couftumes deFrance en plufieurs lieux appellét pauure celuy quia iuré pauureté aueci ' r ' i r* -m • 1 9" plcrique.dedeux ou trois telmoings de fa parroifle. mais toutes ces loix touchant puM.mdic.fF.
les amendes ôc peines pecuniaires, doibuent foufrir changement, Les ric^es
comme les ordonnances qu on appelle de la policerautrement il s’en cn- Pull*s
fuiuroit plufieurs inconueniens:commeil aduint anciennement en ro- °1uc îcsPau
me en leftat populaire,alors que les peines portees parles loix, ne pou- ures e? ma”
uoyét eftre haufTees,ny rabaiftees parles magiftrats, ilfe trouua vn Ne- ticfc ^ a~
ratius, homme riche pource temps là,ôcimpudent, qui donoit des fou- m<^es.^
flets^ôc des coups de poing a qui bon luy fembloit, ôc puis comman- ^mpuclece
doit à fon efclaue qui portoit apres luy vn fac plein d’afles ,*d’en payer Nerace
xxv. pour l’amende taxee parles douze tables, cela fut caufe de cafter fLlt/aüfe dc
laloy,ôc ordonner que deflors cn auant chacun eftimeroitl’iniureà luy châgerlaloi
faite, fauf au Magiftrat d’en ordonner ainfi qu’il verroit eftre à faire par ^es iniures*
o. In Inftitut. tit.
dc iniuriis.744 DE LA REPVBLIQVE° raifon.Ils aperceurent à veuë d’œil,que la iuftice arithmétique,eftoit
pernicieufe. comme il s’eftfait aufli en Normandic,où parla couftume
ancienne,qui eft encores en leur nouueau couftumier,vn coup dc poin
n’eft eftimé qu’vn fol, & vn fouflet cinq fols,hormis entre les nobles,où
il falloit reparer l’iniurc par pleines armes,&harnois auec le cheual.No*
ferons mefme iugement de l’ordonnance d’Athenes,quicondamnoità
cent efcus d’amende celuy quiferoit danferau theatre vne baladine:De-
mades l’orateur pourrédre fes ieux plus agreables,y entremefla des me-
neftriers pour danfer, & deuant que d’entrer en ieu, il paya1 cent efcus
' Plllt,r' d’amende-.c’eftoit fe moquer des loix, & les fouler aux pieds.c’eft pour¬
quoy és ordonnances de Pologne,où toutes les peines font prefquepe-
. r cuniaires,foit pour meurtre ou autre crime,il y a vne claufe portant cesLa orme motS;Ccfte ordonnance ne tiendra que pour deux ans,ou autre temps,
des oïdon- parcc qU’c]le eft penale. Les autres font contraints de changer les peines
nances pœ- pccuniaircsjen pcines capitales,quand le pays vient à s’enrichir, & que
nales cn o- ^ mefprife ies amendes:ou que le forfait eft trop fre^uent,en ce cas les
S,,, Iurifconfultes Hebrieux1 font d’aduis qu’on punilTe àla rigueur, com-
miO me la couftume deBrctaigne veut qu’on punifle les larros, parce qu’il y
JH enauroittrop.fc)ntles mots delà couftume anciéne:qui eft inique, &la
raifon inepte.auflï elle n’a point de lieu-.car il n’y a diftintf ion ny du lieu
ny de la qualité des perfonnes,ny de l’aage,ny du fexe,ny du temps, ny
du larcin. & quand il n’y auroit qucl’aagc.la loy équitable veut qu’on
t. î.fercinomnib. pardonne à la ieunefle quafi en tous ’ iugemes,ou qu on la punifle dou—J/* rpcrn 1. r* 1 r 1 - • ! D A- ^ m .. «a ! « ^ I U /> a4Cîerfql;i, i« gra- cernent:* toufiours la femme doibt eftre 4 moins punie que l’homme,
ui § ignofçitur ad £n a L10y on peut iueer que l’ordonnance de f Venize eft inique,qui c5-Sulan.l.z. de termi 1 ' ~ ^ ° i1 . \ r» r .. -TL-o.no. i. facriiegij ad damne la femme pour larcin,a eftre iouetee,* marquee au rer chaut,
dMtenuixi. s!ftU- auoir le poin coupé:& pour la fécondé fois le nez,& les lebures.Ôc 1 ho-nrfi S.inrpftam rie • 1 / „ 1 • L ' /L ^ fl 1 mniro H r* mirrnf>l‘ (o \ritiuun ^ym vuup.w v ,,me l’œil creué, & le poin coupétqui eft ofter le moyé de gaigner fa vie,
5|- & punir plus griefuement la femme que l’homme,contre toute équité:
attendu que la iuftice arithmétique ores qu elle foit inique en matiere
de peines,ne punift finon efgalement les perfonnes:& la iuftice geome-
trique aproche beaucoup plus près ala vraye iuftice ayant efgard par le
menu à toutes les circonftances. mais la loy ySc le luge eft bien fort ini¬
que,qui punift plus aigremét ceux qui font plus foibles, & plus tendres
que les robuftes Sc puiffans.Et generalement toutesloix portant peines
certaines fe trouuent iniuftes, s’il n’eft permis au Magiftrat de croiftre,
ou diminuer icelle félon la circoftance des lieux.En quoy les plus fages,
Sc mieux entédus au fait de la iuftice fe peuuent abufer, s ils n ont deuat
les yeux la iuftice harmonique. On fçait affez qu’il n’y a point en tout
le monde compaignie,où il y ait plus de Iurifconfultes, Sc plus rompus
aux iucremens qu’en la cour de parlement de Paris, Sc toutesfois elle pu¬
blia fans difficulté l’ordonance cotte les fauffaircs faite par 1c Roy Fran¬
çois i.
LIVRE si XI ES ME. 745çBis i. Iaquclfc decernoit peine capitale fut en procès ciuil, ou criminel,& fans diftinftiô des fauifaires luges,greffiers,notaires, ou pay fâs:mais
depuis la cour puudâment pafle la loy par foufrance,affin quela peine a-
pofee cn icelle eftônelesfauflaires, quelle punift toutesfois à fà difere-
tîô-car on apercent bié toft apres les incoueniés ôc abfurditez intolera-
blcs q l’ordônâce tiroit après foy :punifsat à mort,& celuy qui auoit fal
flfîéla moindre fcedule de.cet fols,&celuy q auoit falfifïé les arrefts, ou;
les féaux duF.oy,ou porté faux tefmoignage pour faire mourir Pinnocet
aufli bié que pour vne caufe pure ciuile: ôc le tout fans difcretio des per-
fonnes.L’ordônance de Venize 4 neft gueres meilleure, qui veut que la
peine du faufaire ne foit moidre que d’auoir la lâgue coupee,fâs aucune ^
diftin&io de fàufleté ny d’autres circoftances.Lordônance de Milâ cô- 6. au titre des pei-
treles fauffaires6 reflet plus la iuftice harmonique : car elle veut que ce- Milan,
luy qui aura faHîfié vn a£te, ou porté fiux tefmoignage pour chofe qui
n’excede point xx.efcus doit eftre codânépour la premiere fois au qua¬
druple^ trois iours porter la mitre en publiapour la fecôde fois, qu o
luy coupe la maintpour la troifieme qu’il foit bruflé. & depuis x x. efcuz
iufques à cinq cés qu’o luy coupe la main pour la premiere fois, pour la
fecôde bruflé: Ôc au deflus de cinq cés efcus, q le I uge en face à fa d ifere-
tiopourla premiere fois, ôc pour la fecôde que le fauflaire foit bruflé.Il y
aproportiô de iuftice geometrique entremellee de iuftice égalé aucune
xnét;mais ayât fubtilizé fur les fômes,il n’y a aucune diftin&iô du notai¬
re au laboureur,ny du luge au foldat, ny du vieil au ieune, ny du noble
auroturier.ôcfilafàuffetéeftdex.milefcus^&audeflus lapeinen’eftpl* auxftamrtJ.
grâde q de cinq cés efcus.Et ne faut pas refpôdre ce que fift Dracôlegit venize.
latcur Atheniê.enquis pourquoy il decernoit la mort à celuy qui auroit Lnef d^ficar?1’
defrobé vne pôme,aufli bié que pour auoir tué fon pere, il dift qu’il euft Jx°d&xge-neraîitcf
fait la peine plus grâde s’il y euft eu plus griefue peine que la mort, mais jU* caiumn.i. fi
Lycurguc laifla à la difcretio des magiftrats larbitrage des peines ôc des 1. ii.finedeextra-
intereftsjCraignant tomber en telles abfurditez,en voulât reftraindre la pœ-puiffâce des officiersxôme il fe fait ordinairemét és Repub.populaires:
ôc quafi par toutes les couftumes d’Italie.côme l’ordônâce de7 Venize,
qui veut q celuy qui a frapé iufques à l’effufiô de fang payera xxv.liures: iuris.l.aut fada. §.
ôc s’il tue il fera pédii. Or fi l’ordônâce auoit lieu par tout côbiéilfe trou ^inL&ff^uc-
ueroit d’hômes féblables àNeratius,qui donneroiét desfouflets, ôc des ^s^xmiia!’bu8
coupsde bafton àtelprix. l’Empereur Adrianiugea bié plusfageméc,
quâd il ordôna que celuy qui a voulu tuer,ôc n’a pas tué mérité la mort: Amon.Fior. in Pn.
& celuy qui a tué fans y penfer,doibt eftre 8 abfouls.car il faut poizer 1cap.i.§.i,mesfaits felô fa volôté,& nô pas felô9 reucneméf.iaçoit que 1 effort eft
1 moins puni ql’effed,&la perfuafiond’vnc mefchâccté moins quela lnj-adcacEuxfa^1cîl-
force.Sc cn cela les1 rrheologiés,ôc? canoniftes s'accorder auec les Iurif- +. Wt autcm. de
confultes. combien qu’àla vérité celuy quia perfuadc,a plus offenfétoni grauius pec-enuers Dieu:parcc qu’il alaifle vne viue 4 impreflion dc fa mefchanceté’ Rrt
74* DE LA RïPVBLIQJVEgraueeau cœur d’au truy :&ccluy qui a forcé la femme pudique, a Iaifféfô efprit pur&net de toute fouilleure.mais les homes ne puniiîét que cequ’ils touchétau doigt. En quoys’abufoit Thomas le More Chicelier
d’Angleterre,q.efgaloit l'effort àl’effc(a,&: la volîué à l’exploit d’icelle.
Or quand la volîué eft iointe à l'effed, il ne faut pas auoir efgard à la iu¬
ftice arithmétique, comme l’ordonnance de Milan , qui condamne
à mort le larron, qui a defrobé la valeur de demy elcu,&au deffus hors
les villes : & au deffoubs de demy efeu, laiffe lapcineà la diferetion des
luges. & neantmoins en ce Royaume, celuy eft puni capitalementcô-
me voleur,qui en chemin a defrobé autrui,foit qu’il euft argent fus luy,
ou non. & de fait i’en ay veu pendre vn,qui n’auoit trouué que dix-
huit deniers en la bourfe de celuy qu’il voloit. la mefme abfurdité fc
y K' voit prefque en toutes les ordonnances d’Italie : commc celle dc! Ve-» mifl.malet. m fta- • i 1 1 • ■ » \tut. veaet. sc Aie- nize, touchant les larcins, qui veut qu on creue vn œil a celuy qui a def-
xaadxonfij./.hb.i rob ' au defTus de cinq liures iufquesà x. ôc de dix iufques à xx. qu o luy
creue vn oeil, & quon luy coupe la main : ôc depuis x x. iufques à x x x,
qu’on luy creue les deuxyeux:&dexxx.iufquesà xL.qu’ilpcrde les
yeux ôc la main , ôc au deffus de x x x. il y va de la vie. chofe fort
inique : car celuy qui na pris que cinquante efcus ayant le moyen
Aiexaad. côfii. d’en prendre mil, fera puni de mort : ôc celuy qui a coupé la bour¬
fe n’ayant rien trouué dedans eft abfouls. l’ordonnance de Parme* eft
prefque femblable. Mais c’eft: chofe eftrange d’eftablir peines fi grief-
ues pour les fimples Iarcins,&de taxer paramendes le fang,& la vie d’au¬
trui, comme i’enay coté quelques vnescy deffus. caron voitcuidem-
mant que la peine de mort eft trop cruelle pour vanger vn larcin, ôc nc
fufift pas pour le refraindre:& la differéce de ccluy qui tuc,&qui defro-
be eft pareille*, en quoy faifant il yaplus’de feurtéàfaire vn meurtre,*
plus d’efperance de le celer. & s’en trouue encores déplus eftranges és
pays de Pologne, Suede,Dannemarch,&Mofchouie:mcfmemcnt [or¬
donnance de7Cazimir le grand Roy de Pologne, veut que le noble,
qui a tué vn autre home noble,foit quite, en payant xxx. efcus,& s’il Ta
rendu perclus dvn bras ou d’vne iambe x v. efcus. fi ceft vn roturier qui
ayt tué vn gentil homme l’amende eft double. & s’il tue vn roturier,l’a¬
mende n’eft que de dix efcus, fans aucune punition corporelle-.quifut
caufe d’vne infinité de meurtres dc guet à pend:car Fordonancc n’eftoic
faite que pour ceux là. depuis la peine fut8 doublee par Sigifmond i. ôc8. rani-fjtf. ordonné quele meurtrier tiendroit prifonvn an, ôc fix femaines. mais
le comble du mal fut, qu’on appofa preferiptio de trois ans au meurtre
quel qu’il fuft:& que le feigneur ne pourroit eftre appellé ny ciüilemét,
ny criminellement pour auoir tué fon fuget cenfier. Pourvn edit quafi
fcmblablejqui fe fift à Milâ lors que les Torefàns tenoyent la feigneurie,
par lequel il fut dit qu’on feroit quite pour le meurtre d’vn roturier en
payant certaine amende,le menu peuple fe mutina , & puis ayant chaffela7. l’an 1568. aux
ordon.de Polo¬
gne.
. Dcuwr«.t„qui cum re-
.cornel.dc1. capitalium §•
famoios.de pœnis.LIVRE SIX I ES M Ë. 747la noblefle s’empara de la feigneurie, & l’auteur de la loy Napus Tore-
fan mourut en prifon mage depouxrpour auoir ainfi mefprifé la loy de
Dieu, qui ° derendauoir pitié du meurtrier, ôc veut qu’on l’arrache de
fonautel (ac ré, pour le mettre à mort : laiflantau furplus àla diferetion
des Magiftrats la qualité de mort, félon la grautté du meurtre com¬
mis : affin que l’equalité du fuplice capital, commun à tous meurtriers
parproportionarithmétique,foit modéré par proportion geometri¬
que,ayant efgard aux circonftances infinies du lieu,du temps, des per¬
fonnes. car on fçait affez que le meurtrier deguet à^pend, doibt eftre ». i.û ,
puni plus griefuement, que celuy qui tue en cholere, & celuy qui tue i°caardl'
denui&;,queceluyquitueleiour:&I’cmpoifonneurplus que ceftuy- 1 ' ~
cy ; Sc le voleur plus que les1 atltres:& en lieu fiicré, plus qu’en lieu pro-
p liane,& deuant fon Prince,plus qu’en autre lieu ( qui eft le feul cas irre-
miifible par les ordonnances de Poulongne) & celuy qui tue le Magi¬
ftrat excrceant fon office plus que s’il eftoit particulier: & le parricide
plus que le Magiftrat: & celuy qui a tué le Prince plus que tous, qui
font les cas oùileftbefbing diuerfifierle fuplice capital, autant dirons
nous des perfonnes qui font en la garde ôc protection d’autruy, ou des¬
quels il feroit impoffible fe garder: comme le pupil au tuteur, la fem¬
me au mari, le malade aumedecin, & les hoftes entr’eux, où la foy,& loyauté eft beaucoup plus requife : en tels cas les meurtriers font
punis plus griefuement. comme cn cas pareilles brifeurs de murailles,
ou qui efchalent la nuit, meritent plus 1 grande punition , que s’ils *: i*-* «fo*.
attentoyent en plein iour.C’eft pourquoy en Tartarie, & en Mofcho¬
uie, le moindre larcin eft puni de1 mort, parce qu’il y a peu de villes,J-, SgifinMifitai
ôc dc maifons, pour garder fon bien : & aux Indes Occidentales, au ll“WMoii:ll°-
parauant la venue des Efpaignols le larron eftoit empalé tout vif,
pour quelque larcin que ce fuft. car leurs iardins, ôc terres, ne font
borneesqued vnfillet,& tiennent pour grand crime de paffer outre,Sc encores plus grande de rompre le filet, & en fècretplus qu’en veue
dvn chacun: combien qu’en autres crimes les forfaits commis en pu¬
blic font punis plus 4 griefuement qu’en fecret, pour le mauuaisexem- «airfdi.1 ^ f ia «J 1 . O — 1 _ _ î 1 r f"i “ î 1 • ^i i çy - J, -.-.j iv maviutuj vaviu * A . ^ n.’ ^6 çan • c : ^ en ce^a s accordent les * Theologiens , & Cano- s■ Tho
niftes% auec les Iurifconfultes.Toutes ces circonftances,&vn mil- ijion d autres femblables, ne fe peuuent tailler à vne forme,fuiuant t&10': î. J-l- -n- *1 • . 5 ~ &mcap.citcnore1 equalité inégalé delà iuftice arithmétique: & nc peuuent auffi eftre dcrcrop.ordin.5c
comprifes en loix, & articles, commc il eft requis en la iuftice geo- !ib“!'I'd',oto'
metrique: Et qui laifle tout à la diferetion des Magiftrats fans aucu¬
ne loy. Et toutesfois cefte cy eft moins inique que celle là, qui nc baille
rien aux luges que la cognoiffance du fait, ôc des balotes,comme à Ve¬
nize,ou des febues comme cn Athenes, ou des tablettes diuerfifiees de
couleurs,&delettresabfolutoires, ou côdamnatoircs.car tel, eftoit con-
amne, qui meritoit beaucoup moins que la peine de la loy efga-Rr ij
748 DE LA REPVBLIQVEleàtous, Ôc l’autre ab fouis ,qui meritoit dix fois plus. ôc quelquesfois
plufieurs crimes grands, moyens, ôcpetits font partez foubs vne mef¬
me loy-.comme on peut voir aux fept articles de la feptaine en laloy
Salique, où les voleurs, empoifonneurs, adultérés, incendiaires, Ôc
qui ont tué , ou vendu vn Franque , ou deterré vn mort, font con¬
damnez à deux cent fols d’amende: qui eft vne loy dire&ement con¬
traire à la iuftice , que tous les anciens ont cherchee, ceft à fçauoir
que la peine fuft efgale au péché: & qu’ils ont fignifié quand ils di-
foyent quil faut rendre la 7 pareille : eferipte en la loy de ° Dieu,7<70 'ctv,Tt'7rt7rov~ portee par les loix de Solon , tranferipte aux loix des douze tables,
t5Deufrono°^. loüee par les Pythagoriens, ôc pratiquée par lesTarentins,Tufcans,8* ^bd^eodctcn ôc Locriens, que 8 Fauorin, 9 Ariftote, & plufieurs autres ont blaf-
üb.i.&j. cthic.ad mee fans propos , prenant trop cruement ces mots dent pour dent,Nicomach. . * -i i r - 1 • imain pour main, œil pour œil. car on lçait bien que celuy qui a a-
ueuglé le borgne, ne peut foufrir la pareille, fi on ne luy ofte qu’vnLoix de a 00^: ^ ^aut ^onc ^aueuS^er au^ 3 c a ^re W renc^l'e ta pareille : ce
reüle ^ ^ 4u*ne ^ Pcutfairc qu’en luy oftant les deux yeux : comme il fut or¬
donné par le peuple de Locres à la requefte dvn borgne , que fon
cnnemy menaçoitde luy creuer fon œil, à peine d’en perdre vn au¬
tre. c’eftoit donc rendre la pareille d’aueugler celuy quiauoit faitvn
aueugle. car rendre la pareille n eft autre chofe , que punir griefue¬
ment les grandes mefchancetez , les mediocres médiocrement, les
moindres legerement : ce qu’ils ont fignifié quand ils ont dit main
pour main , dent pour dent : comme de fait les Hebrieux l’ont ainfi
entendu , efeript, ôc pratiqué , comme on peut voir en leurs pan-
dettes foubs le tiltre des peines. Et par ainfi Ariftote ayant blafméla
loy de la pareille, eft luy mefmes tombé en l’erreur quil vouloit e-
uiter :car il dit, qu’il ne faut pas auoir efgard fi celuy quia fraudé fon
compaignon eft bon ou mefehant, ôc fi celuy qui a commis vn adul¬
téré eft bon, ou mauuais, ains ilfaut quela iuftice qu’il appelle com-
mutatiuc ôc qui amende les fautes reduifant les chofes inégalés, à
requalité , fe traite par proportion arithmétique. Mais comment fe¬
roit la forme efgale à tous pieds, s’ils ne font tous de mefme groffeur,
grandeur, ou largeur, les créanciers efgaux en debtes inégalés procè¬
dent par deconfiture fus le debteur qui n’a pas affez dequoy payer, ÔC
n’ont rien que au fol la liure, qui eft du tout contraire à la iuftice com-
mutatiue, ôc proportion arithmétique, ôc neantmoins il n’eft queftion
que d’vn fait pur ciuil ôc particulier.ôc s’il y a dequoy payer chacun re¬
çoit fa debte par proportion arithmétique ôc fans auoir efgard au riche
ou au pauurerrnaisl’intereft, ôc vfure fe paye par proportion geome¬
trique ayât efgard fi le créancier eft noble ou marchât,comme nous di¬
rons tantoft de forte que des deux proportions concurrentes fe for¬
me la iuftice harmonique, Encores eft plus eftrange ce qu’Ariflotc
LIVRE SI XI ES ME. 745?dit qu’il ne faut pas auoir efgard en puniflànt les fautes, fi Paccufé
efl bon ou mefehant: veu que ceft le premier point auquel tous luges
doibuentprendre garde. Et défait Xenophon efeript, que les luges de
Perfe,deuant qu’afloir iugement fus Paccufation propofee,faifoyent in¬
formation de toute la vie de l’accufé:& fi les mérités eftoient plus grâds
que fes fautes,ilsl’enuoyoientabfouls àpur, &: àplein. Et pour mefme
caufe le larron furpris au troifiefme larcin, eft condamné à mort ordi¬
nairement, iaçoit que le troifiefme larcin foit beaucoup moindre que
le premier. Auflî peu d’apparence y a cn ce qu’il dit, que l’intereft du
particulier,doibteftre efgal à ce qu’on luy a defrobé :&pour le mon-
îtreril fait trois quantitez i. 4. 6. qu’il fuppofe auoir efté e/gales en
cefte forte 4. 4. 4. Ôc d’autant que celuy quia fix, cn a defrobé deux
au premier il a fait l’inégalité, que le luge ( qui eft au milieu ) reduift à
requalité. Or eft-il que les loix de Solon Jes douze tables 3 les Empe¬
reurs, condamnent celuy quia mal pris quelque chofe, rendre1 le dou- qU7d”pifdeS‘
ble, ou le triple 3ôc quelquesfois le quadruple : ôc la loy de Dieu veut a<ai7eI'fi^roffurc
quepourlebeufdefrobé on en rende cinq à celuy auquel on l’a defro- i.fi pignore. eodU.ï
bé. Et mefmes où il n’y a que l’intereft pur ciuil, pourvn mefme fait, vltde noxaIC
lvn gaignera fà caufe, l’autre la perdra, l’vn aura intereft de fa debte,
l’autre n aura rien:& entre ceux qui auront intereft pour mefme cas,l’vn
cn payera dix fois plus que l’autre, ôc parce que cecy eft affez notoire,
iene mettray qu vn exemple del’artifan qui a gafte Peftofe, ou du la- ». 1. fedadd«$.fi
pidaire qui a rompu le diament, qu’on luy auoit baillé pour enchaf-
fer,il payra la valeur entiere de la1 pierre,ores qu’il n’ait rien fait par dol, ^p^i dcoffi.prç
ny par fraudre:* neantmoins s’il n’eftoit lapidaire, il n’y eft pas tenu, l i.i.dcPignor«.
s’il n’a pris le3 péril fur foy, ou que par dol ^ il l’ayt rompue. Tout le ^.'VioSîSÎ'.s?;.
droit ancien, ôc nouueau j&l’experience des iugemensnous aprend,
quela iuftice harmonique doibt auffi bien auoir lieu, quand il n’eft C.cum auchent.ad
queftion que de Tintereft pur ciuil, que s’il eftoit queftion des pei - remduram.
nés. C’eft pourquoy Iuftinian publiant la loy des s vfures, ordonne
queles perfonnes illuftres ne prendront que cinq pour cent, les mar¬
chans huit pourcent, les corps ôc collèges dix pour cent,* le fur-
plus fix pour cent: Ôc particulièrement qu’on ne pourra receuoir des
païfans plus de cinq pour cent.On voit affez que cefte loy a la pro¬
portion harmonique : car l’equalité arithmétique eft entre les hom¬
mes nobles , qui font tous en vn article , grands , moyens , ôc pe¬
tits: ôc tous les marchans en vn autre, riches, ôc pauures :ôc les rufti-
ques en vn article, ores qu’ils foyent bien différends les vns des autres:& le furplus des autres fugets en vn article aufli, qui font de plufieurs
qualitez,* conditions, ôc la proportion géométrique eft entre les no¬
bles , marchans,païfans,collèges, * autres, cefte proportion de iuftice
harmonique eft aucunement gardee , ôc toutesfois tranchee plus
court par les ordonnances d’Orleans article foixantiefme , où ilRr iij
6. de l’an ijji.Ic
u.Iuin.auxque
loyers des
artifans750 DE LA REPVBLI Q^y Eeft dit,que les condamnez payeront les interefts des fommes deuës au
denier douze pour le regard des marchans, & au denier xv. à toutes au¬
tres perfonnes,hormis aux laboureurs vignerons, ôc mercenaires, auf
quels les condamnez payeront le double de la fomme en laquelle ils fe
trouuerontcondamnez:quin eft point pratiquée pour le dernier chef
parce quil n y a point diftin&ion fi le condamné eft noble, marchand,
preftre.ou artifantencores que l'ordonnance ne fe peut eftendre aux la¬
boureurs & mercenaires condamnez. Mais il y a bien plus grande ine-
qualité en l’ordonnance de Venize,6 qui defend de prendre intereft,ny
en fruits,ny en argent,plus haut que fix pour cent:aufli n’eft elle pas gar¬
dee,ny en public, ny en particulier. Et quant aux conuentions particu¬
lières , iaçoit que la proportion d’equalité y foit plus grande, fi n’eft elle
pas toufiours gardee : car mefmes les artifans, par vne raifon naturelle,
iugent bien qu’il faut prendre moins du pauure, que du riche pour leur
falaire : iaçoit qu’ils ayent autant de peine pour l’vn que pour l’autre, le
Proportion chirurgien qui prendra cinq cens efcus d’vn homme riche pour le tail-
harmoni- 1er > n’en prendra du faquin pas plus de cinq: ôc neantmoins il prend en
effed dix fois plus du pauure que du riche, car ceftui-cy qui a cinquan¬
te mil efcus en bien,nen paye que la centiefme partie :& le pauure qui
n’a que cinquante efcus valant,en paye cinq,qui eft la dixiefme. ôc fi on
vouloit exa&ement garder la proportion geometrique, ou arithméti¬
que,le patient mourroit delà pierre ôc le chirurgien de faim; & en tenat
la médiocrité harmonique, l’vn ôc l’autre s’en trouue bien , ôc les pau¬
ures s’entretiennent auec les riches.Et mefmes les luges font contraints
pour leur falaire en vfer ainfi: ôc le peuuent faire, pourueu qu’ils n’exce-
dent la médiocrité harmonieufe : comme fift vn certain lieutenant ciuil
qui taxa xxx. efcus d’efpices pour auoir adiugé la maintenue d’vn bene-
fice litigieux,oû il n y auoit que trois pieces à voir: on s’en porta pour
appellant:&fus la decifion de l’appel, le luge fut mandé, qui dift que
le benefice eftoit de grande valeur. Ranconet prefident de la cham¬
bre dift alors, que fon coufturier cn vfoit ainfi, luy faifant payer da¬
uantage pour la façon d’vn faye de velours, que de farge. maislelu-
ge fift refponfe, qu’il eftoit contraint faire plufieurs coruees pourles
pauures, fans aucun falaire. Car l’ordonnance de Milan qui veut que
les luges puiflent prendre pour leur falaire vn pour cent de chacune
partie, Ôc n’exceder iamais deux cens efcus, les eferiptures comprifes,
n’euft pas contenté Ranconet, parce qu’il y a tel procès de dix efcus,
où il y a fouuent plus de peine, qu’en celuy où il eft queftion de dix
mil efcus. Ainfi le marchât gaigne fus le riche,ce qu’il perd fus le pauure.Il faut donc, s’il eft poflible, que les loix foyent telles, qu’on y puifle
remarquer la proportion harmonique, foit pour les peines & loyers,
foit pour l’intereft particulier, foit pour le droit des fucceflions : au¬
trement il fera bien difficile qu’on ne face beaucoup d’iniuftice.Comme
LIVRE SIX I ES ME. .7jtComme la loy des fucceflios, quiadiuge tout à Paifné foit noble ou ro¬
turier,ainfi qu’il fe fait au pays de Caux,& fe foifoit par la loy deLycur-
<ruë, touchant les (ept mil portions d’heritages affedees aux naturels
Spartiates,eft iniufte. aufli eft la loy inique,quiadiuge tout à laifne no¬
ble^ le tiers,ou le quint a viage aux puifnez mafles,&en propriété aux
filles.& n’eft pas gueres moins inique la couftume d’Almaigne,& d’Ita¬
lie,qui fuit toutesfois le droit comun,faifât aifnez,& puifnez,efgaux en
fucceflîo,felô la proportion Arithmétique, fans aucune diftin&ion des La loy de
perfonnes.mais laloy de Dieu a retenuPvn,&;l’autre, donantaux maf- Dieu tiét la
les la fucceflion des immeubles,& aux filles quelques meubles pourles proportion
marier: affin que les maifons 11e fuflent demembrees par elles •. ôc entre Harmoni-
les mafles a donné deux portions à l’aifiné. en quoy on peut voir la pro- que.
portion Geometrique entre les puifnez,& Paifné,& entre les filles,& les
puifnez. & Pequalité entre tous les puifnez, & la mefme equalité entre
les filles.Quj nous eft vn trefcertain argument,que la vraye iuftice,& le
gouuernement le plus beau, eft celuy qui s’entretient par proportion
Harmonique. Et combien que l’eftat populaire ambrafle plus les loix
e{gales,& la iuftice Amhmetique:&au contraire l’eftat Ariftocratique
retient plus la proportion Geometrique : fi eft-ce que IVn & l’autre eft
contraint d’entremeflerla proportion Harmonique, pour fa conferua¬
tion.autrement fi la feigneurie Ariftocratique regettele menu peuple
loing de tous eftats,offices,ôcdignitez, ne luy faifant aucune part de la
dépouillé des ennemis,ny des pays conqueftez fur eux,il ne fe peut fai¬
re que le menu peuple,pour peu qu’il foit aguerri, ou que Poccafion fe
prefente, qu’il nefe reuolte, ôc change leftat, comme i’ay monftrécy
deuant,par plufieurs exemples. C’eft pourquoy la feigneurie de Venife
quieft vne vraye Ariftocratie s’il en fut onques,fe gouuerne Ariftocra-
tiquement,diftribuant les grands honneurs,dignitez,benefices,& ma¬
giftrats aux gentils-hommes Venitiens: ôc les menus offices où il n y a
point depuiflanceau menu peuple,fuiuant laproportion Géométri¬
que, des grands aux grands,& des petits aux petits:Et neantmoins pour
contenterle menu peuplera feigneurie luy alaifle Peftat de Chancelier,
qui eft des plus dignes,& des plus honnorables,ioint aufli qu’il eftper- L’eftat de
petuel: & en outre les offices des fecretaires d’eftat, qui font bien fort Venize eft
honnorables.&au furplus Piniurc faite au moindre habitant par les gen- Ariftocra-
tils-hommes Venitiens eft puni, &chaftié:& vne grande douceur,&li^ tique, ôc le
berté de vie donnee à tous, qui reflent plus fa liberté populaire, que le gouuerne-
gouuernement Ariftocratique.ôc qui plus eft la creatiô des magiftrats, ment Har-
fefait par chois, ôc par fort, Pvn propre au gouuernement Ariftocrati- monique.
que, l’autre à l’éftat populaire : fi bien qu’on peut dire que Peftat eft A-
nftoçratiqüe,&: conduit par proportion Harmonique : qui a rendu ce-
fteRepubliquelà fortbelle &floriffante. Nous auons monftrécy dé¬
liant que Peftat d’vne République Ôc le gouuernement d’icelle fontdif-Rr iiij
7p. DE LA REPVBLIQVEferents : car leftat peut eftre populaire,& le gouuernemét Ariftocrati-
que:comme il eftoit en Rome après que les Roys furet chaflez, le peu¬
ple auoit bien la puiffance fouueraine: mais tous les magiftrats, digni-
tez benefices,&commiflions honnorables n eftoyent donnez finon à
la noblefle, & les nobles n eftoyent mariez finô aux noblesses roturiers
àleurs femblables: & les voix plus dignes, & plus efficaces eftoyentdes
grands feigneurs, ôc des riches, mais d’autant quelegouuernemcntc-
lloit purement Ariftocratique,le peuple ( qui eftoit fouuerain ) en fut
bien toft las, &ne cefla iufques à ce que petit à petit le menu peuple
n’euft part aux plus grands honeurs,& benefices,ôc qu’il nc fuft permis
aux nobles, ôc roturiers desallier enfemble par mariages. & tandis que
ce gouuernement Harmonique,c’eft à dire entremeflé dc l’eftat Arifto¬
cratique , ôc Populaire dura, la Republique fleurifloit en armes, & en
loix : depuis que le gouuernemét du tout populaire le gaigna,par l’am¬
bition des Tnbuns, come le contrepoix d vne balance,ttop forte d’vn
cofté donna contre terre,ou comme l’harmonie melodieufc eftant di£
folue,& les nombres Harmoniques alterez en nombres de proportion
efgale en tout,& par tou t,ils’en enfuiuit vn difeord bien fort grand en¬
tre les citoyens,qui continua iufques à cc que l’eftat fuft changé. Ainfi
pouuons nous iuger de toutes Republiques : ôc n auons point dc meil¬
leur exemple,que des eftatspopulaires des feigneurs des ligues:car plus
ils font gouuernez populairement, ôc plus ils font difficiles a entretenir:
comme les cantons de la montaignc,& des Grizons:mais les cantons de
Berne,Bafle,Siirich,qui font gouuernez plus feigneurialement, ôc qui
retiennent ce moyen Harmonique entre le gouuernement Ariftocra¬
tique ôc Populaire,font beaucoup plus doux,plus traitables,& plus af-
L’eftat feurez en grandeur, puiflance, armes, Ôc loix. Or tout ainfi que l’eftat
Royal gou- Ariftocratique eft fondé en proportion Geometrique, eftant gouucr-
uerné Har- né Ariftocratiquement:c’eft à fçauoir qui donne aux nobles, & aux ri-
monique- ches les eftats, &honneurs:ne laiflant rien aux pauures que la fugetion,
ment eft le &obeiffance:& au contraire l’eftat Populaire gouuemé populairement
plus feur ôc Repart ^cs deniers,les dépouillés,les conqueftes,les offices,honneurs,&
le plus beau benefices également jfans diferetion du grand au petit,du noble au ro-
turier:auffileftat Royal eft parconfequencc neceffaire proportionné
aux raifons Harmoniques :&s il eft gouuerne, & conduit Royalement
c eft à dire Harmoniqueroentjon peut afleurer que c eft le plus beau, le
plusheureux,& le plus parfait dc tous.le ncparle^point delà monarchie
feigneuriale,quand le monarque tient commc feigneur naturel,tous les
fugets commc efclaues, ôc difpofe de leurs biens commc a luy aparté-
nans & moins encores de la monarchie tyrannique,quand le monarque
n eftant point feigneur naturel,abufe neantmoins des fugets,ôc de leurs
biens à fon plaifir,comme s’ils eftoyent efclaues,& pis encores, quand
il les fait feruir à fes cruautez. mais ic parle du Roy légitime, foicquilvienne
LIVRE SI XI ES ME. 753vienne par ele dion, fort,ou fucceflion, ou que de feigneur, de conqué¬
rant,il fe face Roy volontaire,traitant fes fugets, & leur diftribuant iu¬
ftice comme le pere fait à fes enfans. Et neantmoins ilpeutgouuerner EftatRoyal
fon Royaume populairement,& par proportion efgale,appeliant tous gouuerne
fes fumets, fans diferetion des perfonnes, à tous honneurs quels qu’ils populaire-
foyent/ans faire chois de leurs mérités ou fuffifance, foit par fort, foit ment & par
par ordre des vns apres les autres.mais il y a peu, ou point de telles mo- proportion
narchies. Auflî leRoy peutgouuerner fon eftat Ariftocratiquement, Arithmeti-
donnant les eftats,de charges honnorables,& la diftribution des peines, que.
de loyers par proportion Geometrique, faifant chois de la noblefle des EftatRoyal
vns,& de la richefle des autres : de rebutant les pauures roturiers (ans a- gouuerne
uoir efgard ny aux mérités,ny aux vertus d’iceux: mais feulement ace- Ariftocra-
luy qui plus a d’argent,ou plus de noblefle. Et combien que l’vn de lau- tiquement
tre gouuernement foit vicieux^ eft-ce que celuy quieft proportionné parpropor-
Geometriquement eft beaucoup plus tolerable, comme approchant don Geo-
beaucoupplus delà douceur harmonique. Car ilfe peut faire, quele metrique.
Roy pour afleurer fon eftat contre l’inuafion du peuple roturier, fe for¬
tifiera de la noblefle,à laquelle il approche plus de qualité,& condition,
que non pas aux roturiers,auec lefquels il n’eft pas fi fociable, de fa ma¬
iefté ne fe peut pas bonnement abaifler iufques à là,pour fe familiarifer
auec eux,comme il femble eftre neceflaire,s’il veut leur faire part des e-
ftats,de charges honnorables. Mais tel gouuernement eft auflî vicieux*
de pernicieuxjnon feulement au menu peu pie,ains auflî à la noblefle, de
au Prince. Car il faut qu’il foit en crainte du menu peuple mal content,
quieft toufiours en plus grand nombre, que la noblefle, de que les ri¬
ches: de s’il prend les armes,il deuient le plus fort, de quelquesfois fe ré-
uolte contre le Prince,chafle la noblefle,& fe fortifie contre fa puiflan¬
ce , comme il aduint en Suifle,&autres ançiennes Republiques,que i’ay
remarquées cy deflus.de la raifon eft euidente d’autât que le menu peü-
ple^n’eft lié par aucun accord,ny auec le Prince,ny auec la noblefle:non
plus que ces trois nombres 4.6.7. le premier fait vn bon accord auec le
fécond,c’eft à fçauoir la quinte:mais le dernier vient à caufer vn difeord
le plus fafcheux quil eft poflîble, & gafte entièrement la douceur du
premier accord,par ce qu’il n'a proportion aucune Harmonique,ny au
premier,ny au fécond, ny aux deux enfemble. Mais ilfe peu traire, que
le Prince donnera toutes les charges honnorables,les grands benefices,&dignitez, aux nobles, de grands feigneurs : & aux roturiers & menu
peuple,les menus offices feulement-.comme les greffes,fergéteries, no¬
tariats, receptes particulières,& autres menus offices des villes,ou quel¬
ques iudicatures : en quoy il gardera la proportion Geometrique, dc
gouuernement Ariftocratique: ie di neantmoins que ce gouuernemét
eft vicieux,ores qu’il foit plus fupportabîe que le premier,par ce qu’il y
a proportion femblable:car comme l’office du Conneftable eft propre
754 DE LA REPVBLIQVEà vn grand feigncunaufli eft l’office de fergét à vn pauure roturier: mais
d autant quil n’y a point de liaifon fociable entre le Prince,ôc le faquin-
auffi il n y a point de fimilitude de l’office de Conneftable, à vne fcro-gl
terie.-non plus qu’en ces quatre nombres difpofez par proportion Geo-
metrique deiointe 3.6. j.io.les deux premiers ont mefme raifon que les
deux derniers: ôc la raifon du premier au troifiefme,eft femblable à cel¬
le du fecod au quatriefme:tnais la raifon du trois au quatriefme,demeu¬
re différente des autres, ôcdeioint les extremitez. Ce qui peut auenir
Proportion encores que les offices des roturiers fuflent honneftes, ôc auec dignité
Geometri- fi la noblefle n'y a part: comeil fe fift en Rome apres quelemenupeu-
que en la pie eut obtenu qu’il pourroit faire des Tribuns de foncorps,ôcqui fe-
diftributio royent feulement roturiers, fans toutesfois que les nobles y fuflent re-
des offices. Ceus, finon en renonçant àleur noblefle:alors le Confulat n'eftoit don¬
né qu’aux gentilshommes: &letribunatauxroturiers:en quoylapro-
portionGeometrique eftoit bien gardee:car telle raifon quil y auoit duConfulat au Tribuna^femblablefetrouuoitjdu noble au roturier: & lamefme raifon qui eftoit du Tribunatau roturier, femblable fe trouuoit
du Confulat au noble.mais tou t ainfi que le noble ne pouuoit eftre tri¬
bun, ny le roturier Conful,la proportion des hommes, ôc des honeurs
difpofee Geometriquement, demeuroit deiointe ôc deliee : comme en
ces nombres z. 4.5?.18. ilfe trouue deux o6taues, par proportion Geo¬
metrique deiointe:ôc lefquelles meflees enfemble fot vn difeord le plus
dur qu il eft poflible pour la difproportion d’entre 4. ôc 9.qui eft intole-
La raifon rable>& qqi corromp t toute l’harmonie.auffi toufiours les Tribunss’a-
pourquoy tachoyent aux Confuls,Ôc les Confuls aux Tribuns, ôc fouuent à belles
les Confuls *n*uresJ& àforceouucrte, où ilfe commettoit plufieurs meurtres, aufli
ôc les Tri- r^uns ne ceflerent iamais,que la porte des grands honneursôc c5-
bus eftoyét fr^acs,ne foft-ouuerte aux roturiers: ôc s’ils euflent auflî bien £1 it part àla
toufiours n°Wefle du T-ribùnat y mettant plus de roturiers que de nobles, fàns
enquerelle fen°cerà laqualité denoblefle, il n’y a doubte que l’cftat ainfigouuer-
né Harmoniquem ent-n’euft efté beaucoup plus afleuré,mieuxgouuer-
né.,îk plüs durable qu il ne fi.it.car la liaifo Harmonique des quatre euft
cmpefché les feditions ôc guerres ciuiles comme on peut voir de ces
quatôfe nombres 4.6.8. i'z.oiî les deux quintes font aux raifons des extre-
mitez:lesô6laues du premier au tiers,Ôc du fécond au quart: ôc la raifon
du fécond au troifiefme eft vne quarte qui accorde le tout enfemble a-
uec vne Harmonie fort douce ôc plaifantc; Mais tant s’en falloit que les
gentils-hommes d’ancienne maifon fuflent reccusauTribunat, que
mefmes les roturiers ne paruenoyent quafi iamais au Confulat: fi fe n'e-
ftoitpourauoir attaint le plus hautpointd’honncurau fait dc la guer¬
re, comme vnMarius-.ou d’eloquence,comme Ciccron:ou de tous en-
femble comme Caton le Cenfeurrencoreseftoit-ce auec telle difficulté,7 in Agraria r. que Ciceron7 difoit,quil auoit ie premier rompu lacloftureque lano-blefle
LIVRE SIXIESME. 755blefTe auoit faite, pour empefeher les roturiers de pafler au Confulat:
d’autant qu’il n’y auoit que les Patriciens,ou les nobles qui iouifloyent ^ eftat
ordinairement de ces honneurs là. mais le fage Roy, doibt gouuerner Royal gou-
fon Royaume Harmoniquement,entremellant doucement les nobles uerné Har-
8c roturiers, lesriches, ôcles pauures, auectelle diferetion toutesfois, monique-
queles nobles ayent quelque aduantage fus les roturiers : car c’eft bien ment, eft le
la raifon,que le gentil-homme auffi excellent en armes,ou en loix com- plus beau
me le roturier foit préféré aux eftats de iudicature, ou de la guerre: 8c & ^ P^us
que le riche efgal en autre chofe au pauure foit auffi préféré aux eftats, parfait,
qui ont plus d’honneur que de profit: ôc que lepauurc emporte les offi-
ces,quiontplus de profit que d’honneunôc tous deux feront contens.Aufli faut il que les riches,quiportentles charges publiques, ayét quel¬
que aduantage fus les pauures : c’eft pourquoy cc fàgc Conful Romain
laifla le gouuernement 8c fouueraineté des villes par luy conqueftees
aux plus riches, iugeant8 qu’ils feroyent plus foigneux delà conferua- 8 Liuiüsllb-54.
tion d’icelles que les pauures,qui n’y auoyent pas fi grand intereft. Et fî
les eftats font aflbciez,Ôc doubles^! vaudra mieux coupler le noble, 8c
le roturiede riche,& le pauure;le ieune,& le vieux:que deux nobles,ou
deux riches,ou deux pauures,ou deux ieunes enfemble, qui font le plus
fouuent en querelles,& s’cmpcfchcnt l’vn l’autre en leur charge : com¬
me il aduient naturellement,qu’il n’y a ialouzie finon entre efgaux. Mais
encores il en rcuient vn bien grand fruit de la coniondion que i’ay dit:
car en cefaifant chacun garde la prerogatiue,& le droità Feftat duquel
il tient:comme il fe voit és cours fouueraines,corps 8c collèges compo-
fez de toutes fortes de gens, la Iuftice eft beaucoup mieux ordonnée,
que s’ils eftoyent d’vn eftat feulement. Or il n’y a moyen de Iyer les pe¬
tits auec les grands, les roturiers auec les noblesses pauures auec les ri¬
ches,finon en communiquant les offices,eftats, dignitez, 8c benefices
aux hommes qui le meritent, comme nous auons monftrécy deuant.
mais les mérités font diuers: car quine voudroit otroyer les eftats, 8c
charges honnorables, finon aux gens vertueux, la Republique feroit
toufiours en combuftion,d’autant que les hommes de vertu, font touf-
ioursen fo rt petit nombre, & feroyent aifément chaflcz, 8c déboutez
du furplus:mais en couplant les hommes dc vertu commc i’ay dit, tan-
toft aux nobles,tantoft aux riches,ores qu’ils foyent deftituez de vertu,
neantmoins ils fe fentiront honnorez d’eftre coioints auec les gens ver¬
tueux, 8c ceux cy de monter aux lieux d’honneur : 8c en cc faifant toute
la noblefle d’vn cofté fereiouift de voir que le feul point de noblefle eft
rcfpe&é en la diftribution des loyers : 8c d’autre cofté tous les roturiers
font rauis d’vn plaifir incroyable,& fefentent tous honnorez,quand ils
voyent le fils d’vn pauure medccin Chancelier d’vn grand Royaume:& vn pauure foldat eftre enfin Conneftable: comme il s’eft veu en la
perfonne dc Bertrand du Guefchling, ôc de Michel de l’Hofpital, ôede
75* DE LA REPVBLIQJ/Ebeaucoup d’autres, qui pour leurs vertus illuitres font montez aux plus
hauts degrez d’honeur. mais tous les eftats portent impatiemment de
voiries plus indignes aux plus hautslieux: non pas quil ne foit nccef-
faire de donner quelquesfois aux incapables & indignes quelques offi¬
ces, pourueu qu’ils foyent en fi petit nombre, que leur ignorance ou
mechanceté n’ayt pas grand effed en leftat où ils feront. Caril ne feu t
pas feulement bailler la bource aux plus loyaux,les armes aux plus vail¬
lans,la iuftice aux plus droits, la cenfure aux plus entiers, le trauail aux
plus forts,le gouuernail aux plus fages,la prelature aux plus deuots, co¬
me la iuftice Geometrique veut : ains il faut auffi pour faire vne harmo¬
nie des vns auec les autres,y entremeflerceux qui ont dequoy fuployer
en vne forte, ce qui leur défaut en l’autre, autrement il hy auroit non
plus d’harmonie, que fi on feparoit les accords, qui font bons en foy,
mais ils ne feront point de confonance, s’ils ne fondiez enfemble: carie2 ^ ^ défaut de lvn, eft fuployé par l’autre. En quoy faifant le fage Prince ac¬
cordera fes fugets lesvns aux autres j &tous enfemble auec foy : tout
Limage du ajnflcojmme 0n peut voir és quatre premiers nombres, qu’il femble
Roy,& des Dieu adifpofez par proportion harmoniquerpour nous monftrer
trois eftats ^ r'eftac Royal eft harmonique, Sc qu’il fe doibtgouuerner harmo-
conformcs niqUemcnt:car2..à 3.fait la quinte,3.à4. la quarte,deux à quatre l’o&a-
a la nature, ue;&: dercehefvn à deux fait lo&aue i.à 3.la douziefme,tcnât la quin¬
te ôc lo&aue,# i.à 4.la double o£aue,qui contient l’entier fyfteme dc
tous lestons, & accords demufique: ôc qui v0udrapaffera5.il fera va• A difeord infupportable.autant peut on dire du point,dc la ligne de la fil-* n’M perfide,ôc du corps.donques on fuppofe que le Prince efleué par deffus, . tous les fugets, la maiefté duquel ne fouffre non plus diuifion que l’vni-L image de téjCjUi n’eft point nombre, ny au rang des nombres, iaçoit que tous lesI ame fera- autres n>Qnt forcc?ny puiffance que de lvnitç:& les trois eftats difpofez
blable au commc i\s font j & quafi toufiours ont efté en tous Royaume?, ôc Re-
Royaume ^ ^ bkn ordônees,c eft a fçauoir l’eftat Ecclefiaftique le premier
bie ordone ürja dignitéquilfouftient,& prerogatiue du mtàiftereenuers Dieu:
qui eft compofé de nobles,ôc roturiers:puisl eftat militaire,qui eft auf¬
fi compofé des nobles „ ôc roturiers. Ôc le menu peuple de gens fcho-
laftiques,marchans,artifans, ôc laboureurs: ÔC que chacun de ces trois
eftats ayt part aux offices, benefices,iudicatures, Ôc chai ges honnora¬
bles, ayant efgard aux mérités, ôc aux qualitez des peifonnes. il le for¬
mera vne plaifanteharmonie de tous les fugets entre eux,Sc detous en-
fembleauecle Prince fouuerain.Ce que nous pouuons encores figurer
en l’homme, qui eft la vraye image de la Republique bien ordonnée:
carPintelled tient lieu d’vnité eftant indiuifible, pur, ôc fimple:puis la¬
me raifonnableque tous les anciens ont feparé de puiffance dauec Hn-
telleéfcla troifiefme eft l’appetit de vindifte, qui gift au cueur : commeles gendarmes,la quatriefme eft la cupidité beftiale,qui gift au foye, ôc
b 1 autres
LIVRE SIXIESME. 757autres inteftinsnourriffans tous le corps humain, côme les laboureurs. ^Et combien que les hommes qui n’ont point d’intelled, nelaiflent pas A6y>s- G^$.e-
de viure, fans voler plus haut à la contemplation des chofes diuines, ôc Y^telled: is
intellectuelles : auflî la Republique Ariftocratique, & populaire, qui n . 1 "
n’ont point de Roy, s’entretiennent & gouuernentleur eftat: néant- ia“0-ira-cu
moins ellesne font point vnies,ny lyees fi bien,que s’il y auoit vn Prin- P1
ce,qui eft comme l’intelled, qui vnift toutes les parties, ôc les accorde
enfemble : quand lame raifonnable eft guidee par prudence, l’appetit
de vindicte par magnanimité : la cupidité beftiale par temperance, Ôc
l’intellefteft efleué par contemplations diuines : alors il s’eftablift vne
iuftice tref-harmonieufe,qui réd à chacune des parties de lame ce qu’il
luy apartientrainfi peuton dire des trois eftats,guidez par prudence,par
force,& temperance, ôefes trois vertuz morales accordees enfemble,& auec leur Roy, c’eft à dire à la vertu intelleduelle ôc diuine, il s’efta¬
blift vne forme de Republique trefbelle,& harmonieufe. car tout ainfi
que de l’vnite depend lvnion de tous les nombres, ôc qui n’ont eftre ny
puifsance que d’elle: aufli vn Prince fouuerain eft neceflaire, delà piui-
fance duquel dépendent tous les autres. Et tout ainfi qu’il ne fe peut fai¬
re fi bonne mufique,où il ny ayt quelque difeord,qui faut par neceflî-
té entremefler^pourdonerplusde graceauxbonsaccords.ee que fait le
bon muficien pour rendre laconfonance de la quarte,de la quinte,ôede
l’odaue,plus agreable,coulant au parauant quelque difeord ,qui rend
la confonance que i’ay dit douce à merueilles. ce que font auflî les friâds
cuifiniers, qui pourdonnermeilleurgouftaux bonnes viandes,entre-
gettér quelques plats de faufles afpres,ôc mal plaifantes.& le dode pain-
tre pour rehaufïer fa peinture, ôc donner luftre au blanc, Pobfcurcift à
Tentour de noir ôcd’vmbrages.car la nature du plaifir eft telle en tou¬
tes les chofes de ce mode,qu’il perd fa grâce fionn’agoufté le defplai-
fîrÔc le plaifir toufiours côtinuant,deuient fade,pernicieux,ôc mal plai-
fant. auflî eft-il neceflaire,qu’il y ayt quelques fols entre les fages:qlques
homes indignes de leur charge entre les homes experimentez : ôc quel¬
ques vicieux entre les bons,pour leur donner luftre, Ôc faire cognoiftre
au doigt,Ôc à l’œil la différence du vice à la vertu,du fçauoir à lignorace.
car quand les fols,les vicieux, les mefehans font mefprifez.* alors les fa-
ges^es vertueux,les gens de bien,reçoiuent le vray loyer de leur vertu,
qui eft l’honneur. Et femble que les anciens Theologiens nous auoyent
figuré ce que i’ay dit:donnant à Themis trois filles,à fçauoir ^ gjeimxtEîfm: c’eft à dire loy droite, Equité, Ôc Paix : qui fe raportent aux jes x!-e
trois formes de Iuftice, Arithmétique,Geometrique, Ôc Harmonique: ^ ^ ^ôc neantmoins la paix, qui figure l’harmonique, eft le feul but, ôc com-i»i ii- o- o j i porter auxble de toutes les loix, ôc îugemens ,ôc du vray gouuernement royal: rcomme la Iuftice harmonique,eft le but du gouuernement geometri- no^; P10que,ôcarithmetique.Ce point là bien efclarci,refte à voir s’il eft vray ce P01 aOÜS'
7j8 de la repvblî qv eLe monde que difoit Platon,que Dieu gouuerne ce monde par proportion Geo-
eft fait ■,& mecriquerparcequila prins ce fondement, pour monftrer que la Re-
gouuerne publique bien ordonnée àl’image de ce monde, doibt eftre gouuerneepar propor pariuftice Geometrique.ray monftré tout le contraire par la nature de
tionharmo lvnitéraportee aux trois premiers nombres harmoniquement:ôcde
nique. l’intelle£t,aux trois parties de Pame:& du point, à la ligue,à la fuperfice,
ôc au corps.Mais ilfaut paffer plus outre:carfîPlat5 euft regardéde plus
près,il euft remarqué ce qu’il a oublié en fo Timee,que ce grâd Dieu de
a nature a côpofé harmoniquemét le mode de la madere,ôc de la forme:
par equalité & fimilitude. ôc d’autât que la matière eftoit inutile fans la
forme:& la forme ne pouuoit fubfifter fans la matiere,ny en tout l’vni-I1 1 ZA uers,ny en fes parties:il en compofa le mode,qui eft efgalà l’vne,& fem-
2* blable à Fautrenl eft efgal à la matiere,& femblable à la forme : comme
la proportio harmonique,eft copofee de la proportion Arithmétique,
ôc Geometrique,efgale à l’vne, ôc fébiable à l’autre, eftant l’vne feparee
de l’autre imparfaite. Et côme les Py thagoriês facrifîerét des heratom-
bes,nô pas pour la fouftendue de l’angle droit,qui pent les deux coftez:8 I fa demoftra- ma*s Pourauoirtrouué en vne mefme figure l’equalité, ôc fimilitude de
tio pcrfpicua fie deux autres figures:eftât la troifiefme figure égalé à la premiere, & fem-
niable à la8fecode:aufii Dieu a fait ce mode égal à la matiere,par ce qu’il
côprend tout, & n’y a rien de vuide:&(ébIableà]aforme,qu'il auoitfi-
ie redunguiiimi. guree au parauât que faire le monde.côme nouslifons en la fainûe9 eCper 13. fecundi erit 7,. i, ^ 1 „ . . _triâguium3.æqua' cnptmre..ct quat au mouuemés de ce monde,on voit que Dieu en a fait
fimiitSgulof? vn efgal,qui eft le mouuemét rauidautre inégal, qui eft le mouuement
Liaifon har planétaire,^ contraire au premier.le troifiefme eft le mouuement tre-
monieufe blant,quiembraffe &lyej’vn à l’autre. &fî nous cherchons parle menu
du monde les autres creatures, nous trouuerons vne perpetuelle liaifon harmoni-
&defespar que,qui accorde les extremitez par moyens indifTolubles qui tiennent
des. del’vn ôc de l’autre : comme on peut voir entre la terre, ôc les pierres,l’argille:entre la terre ôc les métaux, les marcafites, calamités 5 ôc autres
mineraux:entreles pierres, & les plantes, les efpeces de corail qui font
plantes lapifiees prenant vie, ôc croiffance par les racines : entre les pla¬
tes,& animaux,lesZoophytes,ou plante beftes : qui ont fentiment, ôc
mouuement,ôc tirent vie par les racines:entre les animaux terreftres,&
aquatiques,les Amphibies, come bieures, loutres, tortues,ôc autres fé-
blables.-entre les aquatiques,ôc volatiles, les poiffons volans:&: genera-
lement entre les beftes,ôc l’home, les fynges,combien que Platon met¬
toit la femme:entre ceux cy ôc la nature A ngelique, Dieu a pofé l’hom¬
me,partie duquel eft mortelle,& partie immortelle : lyantaufli le mode
elementaireauecle monde celefte par la région Etherec. Et tout ainfi
quele difeord donne grâce à l’harmonie : auffi Dieu à voulu que le mal
fuft entremeflé auec le bien,& les vertus pofees au millieu des vices, af-
fîri qu’il en reüfTift vnplus grand bien, ôc que la puiffance de Dieu parce
L I V R E S I X I E S M E. 75?ce moyen fuft cognue qui autremêt demouroit cachee,ou enfeuelie-
& tout ainfi que par voix,& fons contraires,ilfe compofé vne douce,&: 11 xo ca?>
naturelle harmonie: aufli des vices, ôc vertuz, des qualitez, des ele-
mens,des mouuemens contraires,& des fympathies,& antipaties, liees
par moyens inuiolables,fe compofé l’harmonie de ce monde, ôc de fes
parties :comme aufli laRepublique eft compofee de bons, ôc mauuais:
de riches,& de pauures : de fages & de fols : de forts, & de foibles alliez
par ceux qui font moyens entre les vns, & les autres : eftant toufiours le
bien plus puiffant que le nial:&les accords plus que les difeords. Et fî
on vient aux iugemens particuliers de Dieu,on trouuera qu’il ne punift
pas tous les forfaits,& ne les laifle pas tous impunis, on verra qu’il fait de
vn berger,d’vn afnier,d’vn potier vnRoy:& d’vn Roy vn pædate quel-
quesfois:&qui pourroit entrer aux plusfecrets iugemés,on trouueroic
come en toutes autres chofes la iuftice harmonique. Et tout ainfi q l’v-
nité fus les trois premiers nobres:l’intel!e£t fus les trois parties de lame:
le point indiuifible,fus la ligne,fuperfice,& le corps : ainfi peut on dire
quecegrandRoy eternel,pur,fimple,indiuifible, efleuépar deflusle
monde intelligible,celefte,& elementaire, vnift les trois enfemble, fai¬
fant reluire fa maiefté par vne harmonie diuine, à l’exemple duquel le
fage Roy doibt former,& gouuerner fon Royaume.F I N.
FAVTES TROVVEES EN L’IMPRESSION. PREMIEREMENT
le folio demonftre la page où fe trouue la faute/econdement fe trouue la faute en la li¬
gne commençant par la premiere fyllabe ou di&ion de chacune ligne.toi.ij\&,foubs la pui(Taacc.fol.io.mett.cfl:cri7.duimmaginaire,fol.j3 enfa.nciouyroient. ;o. te. fuiuans l’er¬
reur. 71 fils Rcjiy d'Èfcoffe. 74.quoy. abuze ccluy. 77 • lian.effacez les cinq mots quienfuiuent, Et dauantage il
fut dit que. 8o.tous.l’Abbé d’Orbez.81. munes. ne font.83.tira. tua. tenans. leur R0yaume.90.leurs.veuz.51.an.
trefor d’Appollon. 99.der.Florentins nc.iop.& caracala Empereur.iij.mes.fubtilizent.point. auoit deieunc.116
fe. aufli le côte. ijo. Roy. quad il n’y aura. 153. l’vn proche male.162.car.Comte de Bourgongne. 163.foy.& ad-
ueuz.i6y.fon.en face refuz. 175 prerogatiue.effacez ce qui s’ëfuit enparethefe. 193-nous. effacez depuis lieu iuf»
ques au point ainfi.207.Roy.print de faire la guerre au Roy d’Angleterre fut d’autant qu’il pafToit par deffus.
208.mefmes façon les.xxii i.que la giunta.21;.peut.xxx.lieues.217.veraineté.eftre propres. 138. runies ruinees.
239. aumes.effacez ces mots,foit que le Royaume fuft baillé au plus vieil, comme faifoient les Arabes leur Roy.
& les Cardinaux le Pape.240.& de.fort:le royaume.276.le.d’eftat au iugement d’Ariftote. j07.tes, outre celle,
341 laquelle.grandejC0uure.344.au.les Gaulois.381.apres.parties & de la fouueraincté,& des Magiftrats il. fol.
eod. dire.effacez depuis collèges iufques au point. 444. pre.effacez depuis dorien iufques au point. J07. apris,
autrement fe peut.pag.j68.au,de grain, degram.ead pag.les.effacez & toufiours on verra,comme difoit Thco-
phrafte,bouter & fleurir les vertus.pag._j76.de cala, qui n’auoit,qui auoit. pag. $96. le, au mefpris,au prix pag.
éoo.nement Timars & Timariots.pag 604.mil la ligue,la lignee.pag.622.ans.effacez & mefmes.pag. 626.ges.
Demirions. Decurions pag. 631. du.effacez ce qui s’enfuit plus de lxxvn.& mettez quarante & cinq, pag 638.
ueaux.à llndane,lindaue.pag.644.effacez cn la derniere ligne.Fra^ois 1.Henri 11.pag.6/2.du,Charle vi.Char¬
le v pag.6;3.1’enuie. faire guerre fans.pag. J77. ciation d’vn bening; béguin. pag._686.defian. cruauté,crainte.
(91.nl. effacez feigneurial, &lifez Ariftocratique.pag. 69$.marris,armee^anneer-,
TABLE DES MATIERES, ETCHOSES NOTABLES CONTENVES ENCES SIX LIVRES DE LA REPVBLI Q^V E.
AA,Notted'abfoudreiadis àRomt 351Aage du monde 446Aages de plufieurs hommes, qui ont vefeu qua¬
tre,cinq,& fix cens ans 532
Aagedevieillelle deshommesdemaintenat 44j
Aagez de quatorze ans tenus d’aller àla guerre
596Aage des Elephans de trois ôc quatre cens ans, &
les corneilles dauantage J31-331Aage des maifons comment fe doit confiderer en
droit 431Aage des Republiques ne faut mefurer à l’aage
des villes 402Abbé peur eftreappellé par fes religieux deuant le
luge ordinaire 388Abbé de S.Gai cn Suifle,Prince fouuerain 80
fil’Abbé eft collègue 385Abbez quelle puiflance ont fus les religieux 384
Abbez ont iurildidion fus leurs religieux 387
Abeilles ont Roys,qui n’ont iamais d’aguillô 485?
Abib aux Hebrieux,eft Mars,premier mois de l’an
431 ,Abimelec fift Hier foixantef& neuf de fes freres,
pour commandertôuffeul717
Abraham à quel aage mmirut‘ 44 jAbram Roy d’Ethiopie,par révélation diuine or¬
donna, que lfcs Princes du fang Royal d’Ethio¬
pie ferôient nourris en la montagne Anga,&
pourquoy 718Abfalon vola les cœurs des fu&ieds du Roy Da¬
uid fon pere,& le chafla de fon throfne 570
Abfolutions ôc condamnation comment fe fai-
foientiadis à Rome 351-355Abftinence des peuples Méridionaux d’où procé¬
dé 511Abuna Marc,Pontife d’Ethiopie,aagé de cent cin¬
quante ans , fe portoit fort bien 532.
Abus en tous eftats reformez par le moyen de la
cenfure 609
Académiques appeHoient contemplation, mort
plaifante 6
Accords diuers font l’harmonie 11
Accords harmorniques adaptez àla république
44*.Accufateurs non rémunérez,caufe de grands in-
conuemens en laRep. 559Achab Roy meurtrier, Ôc pource fa race extirpeedelà terre259Acheans appeliez corredeurs des tyrans 8$
Acheans comment îadis liguez 82 85Acheus Roy des Lydiés,pédu par fes fugets pieds
contre mont,& la tefte en la riuiere, pour vou¬
loir exiger trop de fubfides 635
Adiaque,Ueu où M. Antoine fut vaincu par Au¬
gufte ^ 447
Adionfe rapporte à la contemplation, comme à
fa fin 6
Adions ordinaires delaifFees deprauent la Rep.
6Adions humaines fedoiuét toutes référer à la rc-
ligion.comme à leur but ôc fin îyyActions humaines ordonnées en fix iours 7
Adions politiques fe rapportent aux morales ,ÔC
les morales aux intellectuelles 7Adions des Lacedemoniens pourquoy dides in-
iuftes 7Adions des Romains toutes referees à iuftice 7
Adhérant ôc vdïal en quoy différent 73-74Adherans ôc vafïàulx de diuerfes efpeces 74
Adoptez pourquoy fuccedent aux biens deleurs
propres parens 32Adoptifs en la puiflance de leurs peres d’adoption
3°*3IAdoption pourquoy introduide $rAdoptions font de grande confequcnce à tous
peuples 30Adoptions abolies par les Romains jrAdrian Emp.contraint par vne vieille, de luy faire
iuftice 475»Adultaires ineuitables,fi les femmes eftoiét com¬
munes 11
Adultérés infinis des Atheiftei 611
Adultérés comment punis 748
Adultères comment punis en Ægypte 17
Adultérés des femmes Romaines punis de mort
par leurs maris 16
Adultérés peuuent eftre tuez par le pere dc la fille
adulter® a$S iij
table.fille Adultère pouuoit eftre tuee par Ton pere, felô
la loy Iulia z7Adultérés excommuniez ôc lapidez 17Adultérés, demeurent impunis en France, contre
la loy de Dieu *7AduoCâts ne doiuent alleguer le droit efeript co¬
tre les couftumes 149
Ædiles deux enfemble à Rome *3°
Ædiles curules quelle puiffance auoyent 327
Ægypte fituee foubs le Tropique du cancer 5x5
Ægypte par qui receut le tiltre de Royaume apres
Alexandre 243Ægyptiens iadisdiftinguez en trois eftats ^ 72
Ægyptiens diuifoient tout le reuenu en trois par¬
ties,& quelles
Ægyptiens ingenieux, fubtils, ôc efFeminez 524Ægyptiens attrempez à caufe de l’air tranquille540Ægyptiens pouuoient auoir autant de femmes
qu’ils vouloient 3°Ægyptiens comment punifloientles peres, quia-
uoient tué leurs enfans 29Ælius Tuberon quelle famille auoit, ôc combien
grande / 10Ælius Verus Empereur auec fon frere Marc Au-
relie ^ 232Ælius Verus Empereur adopté par Antonin le Pi-
teuxEmp. f 32Æmile,général des Romains,depofa la qualité de
Roy ^7Paul Æmyle répudia fa femme fort fage, & biennoble, & vn bel apophtegme fur ce 19Ærarium ôc Fifcus comment différent 620Ærarium de-Rome combien grand , ÔC ample613 rÆciopie auoit cinquante gouuernemens en Ioneftendue Royale 10Æthiopiens tiennent l’vne des plus grandes
des plus anciennes Monarchies qui foient au
monde 7*7Æthiopiens habitent en pauillons ôc bourgades
fans murailles 579Æthiopiens retiennentles eftrangers malgré eux,
& les font bourgeois 63Ætoles ôc Archades f’entreruinerent par guerre
pour la hure d’vn fanglier 423Ætoliens commentliguez 84Æzymnete aux Mytileniens tel,que le di&ateur à
Rome 693Affranchis porroient vn bonnet pour couurir leur
tefte tondue & pour marque 192Affranchis Romains diftribuezen quatrelignees
5J-* 52Affranchis n’eftoient pas citoyens en Grece 51
Affranchis ne peuuent porter anneau dor fans le
congé de leur patron 44Affranchis reftituez en l’eftat d’ingenuité par Iufti-
nian 44AffranchifTemens faids en l’Eglife d’où procédez
4 2Affranchiffementperpetuel,efl contre la naturedes priuileges perfonnels
Africains plus deuots ôc religieux, que ceux d®1 Europe ^4Africains paffent ceux d’Europe en fubtilité d’ef-Prit , . „ 4'?Afrique pleine de moftres, pource qu’elle eft fous
le Scoïpion,& Venus
Agathoclés,fils d’vn potier,de foldat efleu capirai.
ne en chef,fift tuer tous les plus riches de Syra-
cufe,pourfe faire Roy 7$Agefilaüs eftimé plus q Prince de fon aage,&quel
le chofe efcriuit à la faueur d’vn criminel 487
Agehlaiis remplit de fa bonne renommee , I’a-
fie Mineur, la Grece, ôc l’Afrique 49$
Agefilaiis, Roy de Lacedemone,mis en l’amende
parles Ephores 249Agis, Roy des Lacedemoniens, getta les obliga¬
tions au feu, & dift que iamais n’auoit veu de
fi beau feu 544Agis,Roy deLacedemone,eftranglé auec fa mere,
& autres fiens parens,& pourquoy 455Agrippa Senateur rallia le peupleRomain par vne
belle fable 57l’Air félon fa variété caufe la diuerfité des mœurs
des hommes eh chacune région 539Aifnez preferez aux puifnez par la loy de Dieu
712Aifnez par droit doiuent auoir les Royaumes par
deffus les puifnez 711différent du droit d’Aifnaiffe entre deux iumeaux
enfans de Iaques,Roy d’Efcofle ynAifnefle a prerogatiue de droit à tous peuples
710homicides, ôc guerres ciuiles pour auoir préféré
le puifné àl’Aifné 711Aifnez d Almagneiadis auoiét toute la fucceflion716Alarbes fe firent feigneurs de tout l’Orient,en do-
nant liberté aux efclaues 41.42Alaric,Roy des Gots,defendit d’alleguer le droit
Romain contre fes ordonnances 149Alaudium que fignifié 154Albanois ôc leurkepublique defaifts par Tullus
Hoftilius ' 448Albert Marquis pourquoy appellé,le do&eur
mAlbert Marquis,le plus cruel voleur, qui fut on¬
ques 337
P. d’Albretchaffé de fon Royaume de Nauarre
166Alcæzarés,Roy desiflesnouuelles,auoit quatre
cens femmes 53®Alcete, tyran des Epirotes, miferablement maf-
facré par fon peuple 24^*Alcoran faidt de plufieurs autresAlcorans diuerfi-
fiez,apres la mort de Mahumet !?)'•Aldia que fignifié *54*Alexandre le Grand defeedu delà maifon de Her-
culés en droite ligne 240.241.701*Alexandre le Grand auoit le col tors, dont fes fia-
teursTimitoyent 4^ 4^*Alexande vouloit, que toute la terreluy fuft com¬
me
TABLE.nje vne cite: ôc Ton camp,le donjon d’icelle 60.Alexandre voulant rafer la ville de Ierufalem,fage-
menc empefché par le grand Pôtife laddus 508.
lin y eut onques armee, qui fouftint vn feul iour
l’effort d’Alexandre le Grand 580 584.Alexandre faid le grand bourgeois desCorinthicsAlexandre le grand donnoit Royaumes & Empi¬
res,& les talens à miliers 576.
Alexandre le grâd fift mourir cruellemct le meur¬
trier de fon ennemy Darius 263.
Alexandre le grâd fouilla fes vertus, ôc hauts faids
par fon yurongnerie, ôc mis prix, à qui boiroit,
& mangeroit le mieux ^ 481.
Alexandre 7. Pape ne faifoit rien de ce quil difoit:
& fon fils ne difoit rien de ce qu il faifoit 109.
Alexandre premier lurilconfulte de fon aage 170.
Alexandre,tyran des Phereâs,tué par Thebé,fem¬
me dAriftote le Dialeditien 247.
Alexandrie fondee par Alexandre , en vn inftant
peuplee,& la plus floriflànte du monde 65.
Alger,Royaume tributaire du Turc 186.
Alliance efgale,& alliance inégalé 76.
La foy plus afleuree eft celle,qui eft ratifiée par al¬
liance 87*
Alliances entre quelles perfonnes, & pour quelles
caufesfefont 76.
Alliancescomment fe doiuent afleurer 67.
Alliances pour auoir iuftice 78.
Alliances de protedion comment afleurees 91.
Alliances offenfiues ôc defenfiues font les plus e-
ftroides,qui foyent 78.
Princes fe departent ordinairement des Alliances
des vaincus 108.
Alliances par l’audorité de qui doiuent eftre con¬
traires 200.
cn Alliances eft bon d’auoir puiflans amis 597.
és Alliances le plus foible efgal au plus fort 78.
fuccefleurs ne font obligez aux Alliances de leurs
predecelfeurs 91.
fi Alliances peuuent eftre traidees entre fugets,ou
autres Princes, fans le confentement du fouue¬
rain 86.
es traidez des Alliances l’Empire toufiours exce¬
pté ^ 85.
Alliances de neutralité 77.
Alliances de trois efpeces,félon Tite liue 77.
Alliances des Princes Chreftiens auec le grand
T urc 10 6.
Alliance des Romains & Latins 79.
Alliance des treize villes Ioniques 84.
Alliance des fept villes Amphidioniques en Gre¬
ce 81.
Alliance des Acheans 82.
Alliances entre la maifon de France ôc d’Efcoffe,
durèrent trois cens ans no.
Alliance des Suifles entre eux 79.
Alliance des Grizons 86.
Alliances enfraintes exercees de facrifices ôc im¬
précations 115
Alliez des Romains faids bourgeois 61.Alliez des Romains quels degrez d’honneur ob-
feruoyentçntreeux 187.Alliez ne laiflent pas d’eftre eftrangers les vns des
autres 79.Almans fiers, & ialoux de liberté 536.Almans anciens ne cognoifloyent femmes deuant
l’aagede25.ans ^30.Almans femmes ôc hommes fe baignent pefle
mefle,fans aucune deshonnefteté 531.Almans ne font finsny rufez, defcouurent leurs
fecrets,&fe defpartent deleurs promefles 527.
Almans, Ôc Scythes fe trouuent bien empefehez
d’vne femme 530.Almans plufquhbmmes au commencement de la
bataille,& fus la fin moins que femmes 524.
Almans ne deliberent iamais des grandes affaires,
finon entre les gobelets 299.Almans iadis ne punilloyent qu’en cholere 39.
Almans n’ont aucune religion,& ne font eftat que
delaguerre,&delachafle 532.Almans fe dedifent ordinairement fans deshon¬
neur 542.
Alpes mons, qui commencent en France,ôc con-
tinuentiufques en thrace 537.
a1 phonfe Cardinal eftranglé en prifon 112.
Alphons, Roy de Naples , trafiqueur fordide ÔC
tyrannique 630.
Alphos aftrologue reprouué de tous les Hebrieux
434.Altefle,mot propre à tous Princes non fouuerains
217.Ambafladeurs-comment doiuent eftre afleurez, Ôc
quel danger il y a de les offenfer 123.Ambafladeurs comment fe doiuent comporter en
leur légation,ôc quel danger il y a d y faire fau¬
te 123 124.
Ambafladeurs comment, &par quireceus iadis
au lieu de leur légation 302.
Ambafladeurs cinquante bruflez tous vifs, ôc au¬
tant enterrez auflî tous vifs 123.
Ambafladeurs tuez, ôc pour ce vn million de per¬
fonnes mis à mort 518.
Ambiorix,Roy des Lyegeois, non fouuerain 256.
Ambition enflambe ordinairement les plus indi¬
gnes 460.
Ambition ordinairement entre égaux 717.
Ambition eft vne trefdangereufe maladie en vne
Republique 419.
Ambition premiere fource des guerres 49.
S.Atnbroife cenfura Theodofe le grand,& le bien
qui en aduint 615.
S. Ambroife feit faire vne belle loy àl’Empereur
Theodofe 338 339.
l’Ame de l’homme de bié, deifiee apres cefte vie G.
l’Arne de l’homme comparée à la Lune 7.
l’Ame a commandement fus le corps 14.
l’Ame a le corps pour fon feruiteur, & les vertus
intelleduelles pour fon fouuerain bien 6.
l’image del’Amé femblable au Royaume bien or¬
donné 756
l’Ame eft purgee par le rayon diuin, & par la force
delà contemplation au fuget le plus beau 533S iiij
table.Ame inférieure qu’eft-ce,& où gift l’a félicité 4
l’Amebeftiale a deux parties,le cou?age,& la cu¬
pidité 52.6
Ames des noyez eftimees n’aller iamais aux châps
Elyfiens 38.
Amendes font du domaine du Roy 620
Amendes adiugees au fifque &receues,ne fe ren¬
dent iamais,encores qu elles fuftent à tort adiu¬
gees 561
Amendes plus grandes contre les riches,que con¬
tre les pauures 743
Amendes par quidenoncees iadis à Rome, &de
leur qualité 324
Amende contre ceux,qui n’obeiflent au fenat 360
Amende vne fois payee à tort- ou à droit, n’eft ia¬
mais rendue,au Royaume de France 144
Amicitiam renuntiabant veteres,bellum indiduri
122.Amitié eft la mere nourrice de la paix 457Amitié ôc equalité font incompatibles 683Amitié mutuelle des Seigneurs,eftlefondement
de l’Ariftocratie 689Amitié entre les fugets,eft la ruine des tyrans 398
Amitié entre brigans appellee volerie 3Amitiez& focietez des hommes caufees parle bri¬
gandage 382
Amitié chaflee d’entre les hommes parlacommu-
nauté de biens 12
Ammonites facrifioientleursenfans 39
Amorriens facrifioient leurs enfans 39
Amour, fils de Porus ôc de penia, c’eft à dire de ri-
cheffe, ôc de pauureté 730
Amour d’vn elckue enuers fon feigneur de mefme
humeur,furpafte tout autre 47
Amours en mefme endroit ruinèrent la Rcpub. de
Syracufe 500
Amour du pere ôc mere enuers leurs enfans,eft in¬
compatible auec la cruauté 29
Amourdesfugets,eftlafortereflèdu Prince 580
Amour d’entre le mari ôc la féme furpafle tout au¬
tre 18
Amour plus eft commun, tant moins a de vigueur
12Amphidyons, fouuerain magiftrat iadis dc toute
la Grece 83Amymones quels bourgeois iadis aux CindiensllJAn iubilé en fept fois fept ans 445Ans du monde diuerfement comptez par diuers
chroniqueurs 435Anabaptiftes voulans viure en communauté de
biens,tombent en grande confufion 12Anabaptiftes multiplièrent fi bien en fecret, qu’ils
enuahirent l’eftat de Y veftphalie 396Anagadours quel eftat à Vemfe 303Anarchie qu’eft ce 54Anarchie fouuent furuient apres la mort d’vn mo¬
narque cl edif 701
Anaftafe encores fift publier l’edid d’oubliance
397Anaxarque rompu fur vne enclume 145.146
André Roy de Hongrie, cité pour comparoiftre àRome «Andronic Empereur tyran de Confbminobïe.
milerablement tué par les fugcts 1fl 'Anga,mont le plus haut d’Afrique, où les Princes
du fang Royal d Ethiopie font nourris 717.718
Angleterre,royaume tenu du PapeAngleterre,royaumefeudataire du Pape i7Sroys d’Angleterre , anciens valîaux des rovs de
Frace 1roys d’Angleterre quel fermet font à leur facrc 138Angleterre tombé en qucnoille ?llroys d’Angleterre, vicaires perpetuels dcl’Empira
173*174Angleterre conqueftee par trois fois en fixmoyt
,,585d Angleterre,de fon priué confeil, ôc de fon magi,
ftrat appellé la grande iuftice ?9JAngleterre fugette à grandes chaleurs Scbruflemée
pernicieux en efté
Anglois d’où fortis ,^zAnglois de qui ainfi nommez
Anglois n’oferoyent remparer leurs maifons par
ordonnance du Roy ^grAnglois n’oferoyent fortir de leur pays fans congé
64Anglois ne peuuent hypothéquer leurs biens à
leurs créanciers eftrangers ^Anglois anciens dix à vnze fe contentoyent d’vne
fein me ^Anglois vaflaux ôc tributaires du Pape
Anneau d’orn’appartient qu’au Prince feulement44Annibal tiré d’Italie par Scipion trefprudemment55,6Annibal perdit courage eftonne delà magnanimi¬
té des Romains ^4
Annibal dc quelles vertus, & vices accompagné53*Antigon*,Roy d’Afie,fait bourgeois d’Athenes 6r
Antigone repréd vn flatteur par vn bel apoththeg-
me _ 14^Antinomie accordee fans ofter la négation 371
Antiochus,Roy dA’fie, efpouuanté delahardiefle
de Popilius ambaftadeur Romain, parlant à luy
124Antioque,noble Roy deSurie 697Antipater capitaine,pere du Roy Herodes 658
m. Antoine vaincu à adiaque par Augufte 447
Antonin le piteux Emp. adopté par l’Emp. adrian
31Antonin le piteux Emp. quel bon expedient trou¬
ua pour faire fonds aux finances 642
Appel a toufiours efté en toutes Republiques 374
Appel ne peut eftre du Prince 357
Appellations pourquoy permifes 492
Appennages des enfans de France comment non
fugets à reuerfion 715
Apennin mont,qui diuife l’Italie cn deux 537
l’Appetit bcftial doit feruir à la raifon S
Appétits doiuent obeilTanceàlaraifon 414
Appétits humains infatiables 5
Appius le cenfeur diuifa lepopuJaireiiîudeftran-gers
TABLE.gcrs Sc d’cfclaues, par tGUtes les lignees de Ro¬
me 51
Apremont,comté aux enclaues de Lorraine, pré¬
tendant: fouueraineté 172
Apronius liuré aux ennemis pour eftre mis à
mort, pour auoir offenfé leurs ambafladeurs
123Aquitaine pourquoy ainfî di<5tc 521Arabes habitent en pauillons ,& bourgades fans
murailles 5/9Aramont,ambafladcur deFrance vers leTurc,deli-
ure deux cens Chreftiens 107Aratus furnommé lechaftieur & correcteur des
tyrans 255Aratus deliura Sicyone dc la tyrannie 261Aratus tyran miferablement maflacré 248Arbacés chaifa Sardanapalus , dernier Prince des
Aflyriens 407Arbitre libéral en l’homme 37Arcadiens doux,traiCtables,&courtois à merueil-
les 443Arcadiens contrains d’apprendrela mufique 539
Archelaus pourquoy,&par qui tué 411Archers trois censinftituez parRomule,chaflez
parNuma 413Archers de la ville deParis portent l’eftoile,qui eft
l'ordre S. Oiian $67Archeuefques de Reims prétendent l’eleCtion des
RoysdeF&ance yo8Archias le poëte,bourgeois Romain 68Archimedes comment defcouurit le larcin d’vn
orfeure 658ArchiteCte prudent accommode fon baftiment à
la matière,qu*il trouue fus les lieux 518Archus quel eftat à Malthe 126Archus auxTheflaliens tel,quele dictateur aRome
65)3Archon quel eftat iadis à Athenes 127Archon eftoit le grad Sc fouuerain magiftrat d’A¬thenes4*4Archon eponymos quelle auClorité auoit 375
Archontes dix égaux en puiflance 375Areopagites gardiens des loix de Solon à telle cô-
dition, que fils y contreuenoyent, qu’ils pay-
royent vne ftatue d’or de leur pefanteur 743
Areopagites eftoyent comme le piuot,fus lequel
toute ia Republique ferepofoit 471Areopagites feirent fleurir Athenes 680il eftoit defendu de rire au fenat des Areopagites563Areopagites,confeil perpetuel,par qui ordôné, &
de quels hommes compofé 291Argent Sc or en abondance a fait enchérir dix fois
dauantage toutes chofes 636Argent & or banny de la Repub. par Lycurgue
544.674difeours fur l’or Sc l’Argent 659.660Ariader décapité pour auoir graué fon image aux
monnoyes 21jAriftocratie quel eftat de République 218.219
Ariftocratie & monargie en quoy conuiennent
140Ariftocratie^ monarchie comment différent 264
en Ariftocratie les feigneurs nefe doiuent mefler
des affaires 494Ariftocratie plus afleuree Sc durable, que i’eftac
populaire ^cn Ariftocratie eft dangereux de bailler les eftats
aux mefehans 422.Ariftocratie a fon fondement en l’amitié mutuelle
des feigneurs ^Ariftocratie en grand danger , les feigneurs eftans
diuifez 422en Ariftocratie perpetuelle crainte Sc defiance des
feigneurs 686Ariftocratie quand & comment fe change en mo¬
narchie 251
raifons pour l’Ariftocratie 684
Ariftocratie de Venife,pure Sc excellente 420
Ariftocratie peu afleuree, où tous eftrangers font
receus 420
Ariftocraties quand, Sc comment commencèrent
407Ariftocraties de quatre fortes, faulfement mifes
par Ariftote 275Ariftocraties aians moins de feigneurs, font plus
durables 685Ariftocraties comment fe changent en Démocra¬
ties 421
Ariftote a baillé vnedefinitiô pernicieufeduRoy
240Ariftote a erré en la définition du citoyen 56
Ariftote a doublé d’opinion touchant la félicité 4
Ariftote met quatre fortes de Roys 241opinion d’Ariftote touchant l’eftat populaire 281
opinion d’Ariftote contraire à tous les peuples
700Ariftote repris,mettant quatre fortes d’Anftocra-
ties 275Ariftote reprins touchant le nombre ternaire 446
Ariftote &Hippocrateaccordez touchant le natu¬
rel des peuples 519
Ariftote à quel aage mourut 445
Ariftote le dialeCticien,tua le tyran deSynonie247
Arithmétique proportion definie 729
la fouueraineté du Royaume d’Arles acquife par
Philippesde Valois 173
Arliac Cardinal a grandement erré touchant la
création du monde 434
Arma capere contra patriam nullacaufa licet 259
Armee conduitte par deux à grande peine fera vi-
Ctorieufe 1 694
Armee deCarthagefereuoItapar faute dc paye¬
ment 501
Armees compofees d’hommes de diuerfes natiôs
Sc de diuers languages, plus aifees à comman¬
der & à conduire 599
Armes font le droit des voleurs 150
Armes n’ont lieu,où la iuftice peut 361
Armes portées contre fon Prince Si fon pays, ia¬
mais ne peuuent eftre iuftes ioz
Armes offenfiues neceflaires en vne Rep. 5
pour rien on ne doit prendre les Armes contre fon
pays 259
TABLE.Armes & cheuances des Romains 653Armes fcpare.es delà police, ôc non permis a tous
d exercer les armes 597Armes quand feparees d’auec les loix 367'Arragon héréditaire aux mafles 134Arragon,Royaume tombé en quenoille 720parlemens d’Arragon tenus de trois ans entrois, T,Arragon tenu du Pape 165.166Arragon,Royaume feudataire du Pape 170du Royaume d’Arragon,rendu au Pape 165Arrefts du Prince Rappellent décréta 357Arrefts des cours fouueraines quelquesfois caf-
fez au confeil priué 3CIArrefts différents des parlemens de Paris, Ôc de
TouloufeArrefts de Salomô publiez par toute la terre, auec
vn eftonnement de tous les peuples 479Arreft de Charle 5-Roy deFrance 455Arreft donné contre le Roy Charle 7Arface emporta le Royaume pour auoir fait bruf-
lerfonRoy 411.412Art militaire auflî neceflaire en France qu’en lieu
dumonde 597Art militaire banny de Venife 591Arts ne fleuriflênt qu’en temps de paix 582Arts mechaniques exercez parles peuples Septen¬
trionaux,félon l’ordonnance de Dieu 535
Arts mechaniques iadis non exercez àLacedemo-
ne,ny à Rome ? 41
Artifans font la plus grande richefle d’vn pay s 48
Artifans & leurs loyers confiderez à la proportion
harmonique 75°Artifans inhabiles à la guerre 601Artois eft de la couronne de France 162Artus de Bretaigne efleu conneftable de France
204 ,Àfellius præteur portant faneur aux debteurs,tue
en facrifiant,par les créanciers 374Afiatiques courtois,ciuils,ôc humains 524Afopus riuiere entre Athenes &Thebes 538
Aflyriens attrempez à caufe de l’air tranquille 540
Aftres quelle puiflance ont fus les hommes 436
Aftres ne font caufe des changemens des Republi¬
ques 43°
Aftres nont aucune force fur les hommes fages444Aftrologue Caldean brocardé facetieufement par
Caflius capitaine _ 43^Aftrologues tous abufez, predifans vn iecond ôc
vniuerfel deluge de tout le monde 435Aftrologues errent lourdement, ôc ne font d ac¬
cord en leurs calculs 431
maxime des Aftrologues 44°-44I
Aftrubal,capitaine général des Carthaginois 113
ciqu ôc ttoAis comment différent 54
Atabalippa Roy du Peru,paya pour fa rançon dix
millions trois cens mille ducats, ôc apres mis
à mort f
Atabalippa aiant tué fon frere aifné pour fe faire
Roy du Peru, perdit le Royaume, ôc fut mis à
mort 711Athalie Royne de Iuda, fon mary tué, fift mourir
tous les Princesdu fang,horfmis vn,pour com¬
mander,puis fut tuee y 10
Atheïftes ne croyent point dc Dieu 101
Atheïftes blafphemateurs, mefprifeurs de toutes
loix diuines ôc humaines 611
Athenes n’a point eu de pareille en liberté, auto¬
rité de peuple yj
Athenes la plus grande, ôc mieux peuplee ville,
qui fut onques * 540
Athenes & Rome, les deux plus belles Republi¬
ques quifurent onques 619
Athenes comment fituee, ôc combien loing de
Thebes 538
Athenes qm'tteede fes citoyens, quine pouuoit
eftre fauuee,finon auec murailles de bois 55
Athenes eftoit comme vne guette de toute la terre248Athenes deliuree de trente tyrans par Thrâfybule261Athenes pourquoy naturellement fugette à fedi¬
tions 51^v5I7
Athenes combien auoit d’habitans 420
Athenes prife le iour de la vidoire deSalamine
446Athenes combien de temps en monarchie, ôc en
eftatpopulaire • 446Athenes demâtelee de fes murailles par Lyfander,
que Themiftocle ôc Periclés firent baftir 584
Athenes fleuriflante eftant gouuernee parles A-reopagites680Athenes defnueedefes murailles par les Lacede¬
moniens 589
Athenes rafee par Sulla 581
Atheniens combien eftoyent en.nombre 606
Atheniens choleres, ôc mifericordieux, prenans
plaifir aux flateries 517
Atheniens iurerent àSolon,qu’ils garderoyent fes
loix cent ans 453
Atheniens fouuerains prefque de toute la Grece
446Atheniens diuifez premièrement en dix lignees,
depuis en douze ôc le peuple party en trente ôc
fixelaflesAtheniens exerçoient vne Republique Ariftocra¬
tiqueAtheniens en quoy différent des Romains 518
Atheniens faits bourgeois de Rhodes 61Atheniens affranchis"de tous impofts 67Atheniens aagez de quatorze ans tenus d’aller à la
guerre 597Atlas mont en Afrique,long plus dc lix cens lieues537Atlas,mont haut à merueilles, duquel les riuieresfortent toutes vers le Septentrion 511Attale,Roy d’Afie, efleu capitaine des Ætoliens 84
Attalus,Roy d’Afie, .fift les Romains fes héritiersAttila,Roy des Hongres, fagement empefché par
le Pape Vrbain de nepiller Rome 508Attilius Regulus combien religieux à garder foy
promife à l’ennemi 102cas
DES MATIERES.cas Atiantureux en confeil perilleux, & commentl'on f’y doit comporter 299Auarice premiere fource des guerres 49Aüarice vainquit les Romains 406Aubeine iuftement moderee en France 69Aubeine neft pas vn droit nouueau en France 68
droit d’Aubeine iadis commun aux Grecs,Latins,
ôc aux Turcs 68Aubeines font du domaine du Roy 62qAueugles maintenant gouuerneurs de la Repu¬
blique 471
Auguftales quels magiftrats à Rome 323
Augufte vray Monarque 413
Augufte,le plus grand Prince en prudence politi¬
que,iugeoit luy mefme fon peuple 479
Augufte j le plus fage ôc vertueux Prince qui fut
onques 487
Augufte Emp.Ie plus grand monarque de la terre235 , t/Augufte prophetife monarque au parauant qu’il
fuft né:parquoy il fut ordonné par le fenat, que
les enfans nez cefte annee là,feroyent tuez 696
Augufte Cefar adopté par Cefar le didateur 31
Augufte Cefar ialoux des priuileges 60Augufte fort fage à l’endroit de fes coniurez 424.
4Z5ade memorable d’Augufte Cefar enuers Croco-
tas,chef des voleurs ITIAugufte ne condamnoit iamais à mort qu’en fou-
fpirant 365Augufte fonda vn facrifice perpetuel en Ierufalem
3^5Augufte prudent en chaftiant l’impudicité des fu¬
gets 640
Augufte vainquit M.Antoine le fécond iour de fe-
ptembre 4^
Augufte contint les Romains cinquante ans en
bonne paix,lefquels au parauantnepouuoyent
viure fans guerre ciuile 697
Augufte vefeut foixante ôc quatorze ans 650
AulusHoft.Ædile demandant iuftice pourl’iniu-
re à luy faide,renuoy é auec fa courte honte, ôc
pourquoy ^
Aumofne eft la feule conferuation des biens 645
Aumofnes eftoyent iadis le premier article d’em¬
ployer les finances
Aumofnes des Roys de France enuers les pauures
646Auogadours de Venife quelle puilfance ont 351
Auoyers,magiftrats fouuerains de Berne,Lucerne
ôc Fribourg 476Aurumcoronarium,qu’eft-ce 397Aufpices comment fe faifoyent,& que c’eft 373
Authentiques mal tournées de Grec en Latin 378
Authoritas in fenatu Romano, imperium in rna-
giftratibus,maieftas in populo 195Aurunois bourgeois de Rome 61Autunois pouuoyent eftre fenateurs Romains 58
utunois tous les ans eflifoyent vn magiftrat,aiât
pumance Royale z^Azmoneans defeendus d’Aaron 697Azon ôc Lotaire, grands Iurifconfuîtes,difputentd’vne notable queftionB.■35WPBAbylone auoit trois iournees de tour,&eftoit
pluftoft vne nation qu’vne République,fé¬
lon Ariftote 10
Bahal en la langue fainde, fignifié le mari ôc fei¬
gne 20
Baldelurifconfulte Italien 1gg
Balie quel eftat à Florence I26
vn Banni Vénitien ayant, apporté la tefte de fon
pere auffi banni, remis en fon pays, biens , Ôc
honneurs 27,28
Bannis ne doiuent auoir loyerpour tuer les Bri-
gans 28
Bannis reuoquez ôc rembourfez de leurs pertes
15.1Bannis faids bourgeois d’Athenes 61Bànnir vn grand feigneur, dangereux à la Répu¬
blique 424
Banniffemens par honneur à Argos, Athenes, ôc
Ephefe ^ 424 .
Banque de Lyon d’où a pris origine 642
Banquiers combien rufez ôc fubtils 643
Banquiers Italiens bannis 644
Banqueroutiers comment peuuent eftre cogneus,
& reprimez 607
Banquets comment doiuét eftre faids, ÔC quel or¬
dre on y doit tenir 730
Banquets ordinaires des facrifices de la loy ancié-
ne comment celebrez 383
Banquets des premiers Chreftiens pourquoy ap¬
peliez çvAfaoi 383
Barbarejà quels peuples conuient ce mot 701
Barbares efclaues,& les Grecs libres 234
Barbarius efclaue fait Preteur de Rome,vendiqué
par fon feigneur 71
Barberoulfe,noble corfaire,fait Admirai du Grand
Turc 2.3
Barberoufle Empereur fift publier les liures des
loix Romaines i^o
Barbines quelles ordonnances 44
Barnabe,comte de Milan,tué auec tous fes enfans
par fon frere Galeace 717
Barons de Normandie quel droit auoyent iadis és
biens deceux quimouroyent 550
Bartoleje premier Iurifconfulte de fon aage 106
Bartole à quel aage mourut 445
Bafcha premier de Turquie,quelle puiflace ôc au-
doritéa 367
Bafchas de Turquie auoyent argent à intereft à la
banque de Lyon " 643
Bafilei Pappella grand chambellan de Dieu,&Roy
deMofcouie 186
Baftards prouuez aux légitimés par la riuiere du
Rhin 523.5 24
Baftards en quel degré doiuent eftre retenus par
leurs peres 30.31
Bataille contre gens defefperez 3 chofe dangereufe
595-596trois Batailles des Romains contre Pyrrhus,auuc
TABLEcontre Annibal au milieu d’Italie 596Batailles la plufpart données en Septembre 439
Beauté SdagefTe rare entre les hommes 285
Beauté en quoy confifte 4Beauté de nature combien excellente 5Beliftres chalfez de la République par le moyen
delà guerre 587Bellieure ambaffadeur de France,homme bien en¬
tendu aux affaires
Benefices trafiquez & vendus,eftla pefte plus per-
nicieufedes Republiques 572Benefices Ecclefiaftiques ne doiuent eftre conte¬
rez par gens laiz _^1
Berdcbdc,Roy de Tartarie, fift tuer fes douze fre¬
res pour regner tout feul 7*7S.Bernard à quelaage mourut 4*5Berne eft le plus grand Canton des Suiffes 186
Beftes les plus fages font froides 531Bien fouuerain gift en contemplation 6Bien fouuerain de 1 homme, Ôc d vneRepub. en
quoyconfifte 4Bienfait Ôc loyer comment différent^ 564Biens communs en vne Rep.chaffe 1 amour d en¬
tre les citoyens 12
Biens inégaux par les filles heritieres marieesaux
plus riches 555
Biens partis également àvnchacun par les Roys
Agis,Lycurgue,&Nabis 544
Biens faits propres par la loy teftamentaire 552oftant la propriété des Biens,ont ruiné les Repu¬
bliques ^2
Biens immeubles défendus de Dieu eftre alienezBiens vacans à qui appartiennent 215Biens confifquez font difficiles à rauoir,foit à tort
ou à droit 5^£Biens des condamnez comment confifquez, ôc
quel ordre on y doit tenir 559Ci les Biens des condamnez doiuent eftre appli¬
quez au fifque ou à l’eglife, ou bien lailfez aux
héritiers 557Binarchie qu’eft-ce 232Blazon de Iulian l’Apoftat 571Bodiletua Childeric auec la Royne enceinte 411
le Boire ôc manger à quelles gens iadis en com¬
mun 12
prix mis à qui boiroit Ôc mangeroit le mieux 481
Bonnets en tefte en figne de liberté 35
le Bonnet iadis eftoit la marque des affranchis,
pourcouurirleur tefte tondue» 162
Bôté des Roys fait aimer leurs enfans, quoy qu ils
foyent tyrans 4°9
Bordelois chaftiez de leur rebeller par Montmo¬
rency Conneftable 395
Bourbon faccageala ville de Rome 585
Bourbonnois de condition feruile affranchis par
le Roy Henry dernier decedé 44
Bourgs faits de villages 381
Bourgs pour quelles caufes enuironnez de foffez381Bourgeois fignifié roturier par les anciens edits
de France 53Bourgeois ÔC citoyen en quoy différent ^Bourgeois & municipe comment différent 57
Bourgeois tous fugets àla fouueraineté d’autruy
62Bourgeois eftrangers feretirans hors deFrance,
perdirent le droit de bourgeoisie 66Bourgeois Atheniés affrâchis de tous impofts 67
Bourgeoifie,tiltre d’honneur 61Bourgeoifie n’eft perdue,ny la puiffance du Prin¬
ce,pour changer de pays 65
Bourgeoifie Romaine comment, & en combien
d’efpeces diftribuee 58
BoUrgongne quand ôc comment perdit le tiltre de
Royaume 243
Bourguignons venus du Septentrion 522
Bourguignons & Suiffes fentreguerroyeretpour
vn chariot de peaux 423
Bourreaux de Rome logeoient hors la ville, cou-
ftumequieftencores gardee àToulouzc 331
Boutefeux comment punis 748
Bouuines venuëés mains du Duc deBourgongnc
par les feditions des habitans 42$
Brefiliens,barbares ôc cruels 537
Breiiliens mangent leurs ennemis, & baignentles
petits enfans en leur fing 528
Bretons anciens chaffez de leur pays d’Angleterre
par les Saxons 585
Bretons delà baffe Bretaigne faits bourgeois par
le Roy Edouard 63
ducs & comtes de Bretaigne, anciens vafTauxde
France 158
Brieueté Laconique requife en confeil d’eftat 300
Brigandage,efpece de chaffe félon Platon, Arifto¬
te, ôc les Hebrieux 382
Brigandage,caufe des côfrairies des hommes 382
Brigandage,non mefpriféenla Grece, vn peu de-
uantThucydide 381.382
Brigans ne font de la Republique 1
Brigans ne fçauroyent ie paffer de I’equalité 457
droit des gens ne doit auoir aucun lieu auec les
Brigans 7^
foy donnee aux Brigms doit eftre gardee 110
Biigans font tous cçux, qui font iniultement guer¬
re 5^6Brigans peuuent deuenir bons Roys ^ 1deux Brigans, l’vn nommé Pater Nofter, l’autre
Aue Maria 701Brigans efcorchez tous vifs à prefent en ÆgypteBrufler vn homme tout vif eft le fupplice le plusgnef f , 7AZBrufuich ville qui f eft affranchie contre fon fei¬
gneur 171
Brutus le premier emporta le plus grand eftat de
Rome,pour auoir challé le Roy Tarquinue fé¬
cond, pour auoir tué Cefar 411
Brutus ayant tué Cefar, fiftbatre la monnoye aubonnet t 1 'rilBudc ville capitale de Hongrie, prife par le Turc
au mois de Septembre 439Bulgares , légion de voleurs , défaits par le Roy
Dagobert ^
DES MATIERES.fiurgomaiftres, magiftrats fouuerains de Su rie,
Bafle, &'Schatize 47^Burgomaiftrede Strasbourg quelle puiflace a 681
Burraconfeillaà Néron de ruer fa mere 343Byzance rafee par l’Emp.Seuere 581C,Notte de condamner iadis à Rome 552
Caboche,homme furieux, pendu,pour auoir
tiré Icfpec contre le Roy Henry 11. 257Cadis,font les iuges de Turquie 203Cadis de Turquie quelle puiflance ont en Orient
307.350Cadileiquiers quels magiftrats en T urquie 203
Çaius adopté par Augufte Cefar, enfan c de fa feur31Calafyres.gens deguerre des anciens Ægyptiens
6l8Calecut,Royaume tributaire au Roy de PortugallS*Cadilefquiers quelle puiflace ont en T urquie 467
Caligula Emp. adopté par l’Emp.Tibere 31Caligula fift mettre fon image au temple de Ieru-
falem,&ce qui en-aduint , 348Caligula Emp.voyant tant de Roys à fa table,cui-
da châger la principauté Romaine en Royauté
231Caligula eftrangement prodigue 6 48Caligula extrêmement cruel, & inique 488
Caligula tué par ie capitaine de fes gardes5*7Caliph,nom du grand Pontife des Mahometiftes*37Calip.h,quelle puiflance a entre les Mahometiftes184Califthene,nepueu d’Ariftote,ayma mieux perdre
la vie,que fe mettre à genoux deuant Alexandre
le Grand 161Calomniateurs combien dangereux au tour du
Prince 35>7-35?8Calumnies fréquentes & dangereufes à caufedes
confifcations des condamnez 560Caluin reprins touchant le nombre feptenaire
445.446Caluiniftes défaits à Francfort 397Cambarre,Royaume tributaire au Roy de Portu-
gal 185Cambray,ville aflugettie foubs ombre de prore¬
dion 89
Cambyfes pourquoy appellé feigneur 239
Cambifes cruel 5c mefehant,aimé 5c adoré,pour
la vertu de fon grand pere Cyrus 409
Canaries Ifles tenues du Pape 166
Canaries feudataires du Pape 178
Candiots iadis viuoyenj:en commun 12.383
Canor> Royaume tributaire au Roy de Portugal185Cantons des Suifles treize en nombre 294 diuifez
en fept Catholiques, & quatre proteftans 63
font vrayes Démocraties 280 tous fouuerains
186. 258Cantons des Suifles ont diuerfes Republiques 8©
comment alliez entre eux 79.80Cantons des montaignes,fiers & orgueilleux 517
Capitaine en chef, eftoit iadis le nom des Empe¬
reurs Romains 231
Capitaine eftoit le fouuerain magiftrat des A-
cheâs & des Ætoles 414
Capitaines ne font fouuerains 141
Capitaine en chef,peut donner la bataille fansex-
pres commandement 3i8
Capitaine,qui donne la bataille apres defenfe à luy
faide,mérité la morr 318
Capitaine al’honneur des vidoires , nonles fol¬
dats 564
Capitaines de guerre, ennemis des Philofophes582Capitaine mangé tout rofti par fes foldats ayans
ieufné trois iours 527Capitaineries generales pourquoy non baillees
aux freres,ny aux Princes du fang Royal 717
Captifs iadis efclaues des vainqueurs 34Captifs perdent tousades légitimés 2Captifs fort cruellemét traittez en toutl’Oriet 38
Captifs plus de vingt mille tuez pour fçauoir Pris
auoyent auallé leur or&argent 37Caracala Emp.ne faifoit iamais bonne chere fînon
à ceux qu’il vouloit faire mourir 109Caracala tua fon frere Geta 343Caracala tyran,fift tuer fes plus fideles amis 248.249Caracala fift ruer vne infinité de peuple à des ieux,
pour des chanfons qu’on difoit contreluy 393
Caracala tua tous les grands feigneurs qui aflîfte-
rent à fes nopces 109Caracala eut la gorge coupes par vn de fes gens,
qui fefeit Empereur 109Cardan reprins,fouftenanr, quela derniereeftoile
de la grande Ourfea caufétous les grands Em¬
pires 432
Cardinal Alphonfe eftranglé en prifon 112
Caron combien inhumain enuers fes efclaues 37Carphat,mont, qui diuife Pologne de Hongrie537Carthage,l’vne des plus belles villes du monde,
bruflee 5c rafee, la cité demeurant en fon entier
43M5-56larmee de Carthage fereuolta par faute de paye¬
ment 501
Carthaginois perfides 116
Carthaginois cruels,vindicatifs, foupîesaux fu-
perieux , imperieux aux lugets , couards en
leurs defaftres, 5c infolens en vidoire 517
Carthaginois comment eflifoyent leurs cent Sc
quatre vingts magiftrats 203
Carthaginois en quoy différent des Romains 5c
Atheniens 518
Carchaginois tributaires aux Romains 185
Carthaginois & ceux de Bizaqueftntreruinerent
pour le fuft d'vn brigantin 423
Sp. Carmilius fut le premier, qui répudia fa fem¬
me 19Te ,
TABLECas eftrange & memorable 441Caflius brocarde facetieufement vn aftrologue
Caldean 43 6Caflius pourquoy fift mourir fon fils 23.24
Caftille Royaume tenu des Roys deFrance 167
Caftille Royaume tombé en quenoille 720Catilina coniurateur defcouuert par vn de fes fol¬
dats 499
Catilina banny cuida renuerfer l’eftat de Rome
424Caton le cenfeur,le plus fage,& vertueux entre les
Romains 474Caton le Cenfeur,bon agricole,vaillant capitaine,
grand orateur,& pontife 596Caton le Cenfeur harengue contre les habits des
femmes 1GCaton qu’on difoit eftre l’ennemyiuré des fem¬
mes,ne frappa iamais la fienne,tenant cela pour
facrilege 19Caufes Sc deftinees font en la main de Dieu 438
Ceinture militaire iadis donnee comme le collier
de l’ordre 568Celeftes influences n’ont puiflancc fur les hom¬
mes fages 44 9
Celtes fiers,& ialoux deliberté 53G
Celtes amoureux de leur liberté a & difficiles à
domter 4 G
Celtes furieux au commencement d’vnc bataille,
à la fin lafehes 524
le Cens eft de toute ancienneté 633
Cenfeurs efleus par les grands magiftrats 333
Cenfeurs erigez en tiltre d’office au lieu des Con¬
fuls 609
Cenfeurs quelle puiflancc Sc authorité auoient
328Cenfeurs anciens quelles charges auoient 609
Cenfeurs auoyent efgard fur la vie d’vn chacun
614Cenfeurs rayoient les fenateurs indignes 297
Cenfeurs n auoyent aucune iurifdidion: mais vn
regard,vne parole,vn trait de plume, qu’ils dô-
noyent,eftoit plus fanglant, que tous les arrefts
Sc iugemens des magiftrats 613le grand Cenfeur de la ieunefle, nommé Pædono-
me,ordonné par Lycurguc 611Cenfuræ initium 609Cenfure queft-cc,& quel eftoit l’office des céfeurs
Sc quand inftituez G01Cenfure eft contraire aux mefehans 608Cenfure eft le moyen de reformer les abus en tous
eftats 609Cenfure eft plus neceflaire, qu’elle nc fut onques
610Cenfure duroit vingt cinq ans 32Gla Cenfure delaiflee,les loix,les vertus,& lareligiô
feramefprifee 616Cenfure par quel moyen peut eftre reftablie610Cenfures Ecclefiaftiquesfonttremblcrmefme les
tyrans,Roys,& Empereurs 614.615Cerfs n’ont point de fiel 592Cefar,leplus gratieux, magnifique, noble, gene-Xmtnt'"‘H8 PrinCe,<1Ui fm on<lnes> cru-Cefar fut l’vn des plus grands orateurs,qui furent '
onques nCefar,grand pontife,grand orateur, & le premier
capitaine du monde gCefar appellé par Ciceron, le pere du peuple 486
Celar fe fift di&ateur par la loy Seruia iUCefar comment empieta l’cftat A*Cefar Sc Pompee ruinerent leftat de Rome 477
Cæfari cü omnia licét,propter hoc minus licet 146
Cefar tué pour auoir empieté la dictature perpe-
tuelle rCefar tué pour auoir mefprifé le fenat 286
Cefar Augufte adopté par Cefar le Dictateur 31
Cefar Augufte ialoux des priuileges 60Cefarion,fils baftard de Iules Cefar,& de Cleopa-tra „ 53iCeflîonaires,ennemis mortels des cefeurs 608 609
Ceflion naires comment peuuët eftre cogneus, Sc
reprimez 6o?Chaleur plus ardente en efté aux pays froids, que
aux pays chauds
Chaleur intérieure,plus vehemente és Septentrio¬
naux,qu’és Méridionaux
Cham le premier des hommes maudidfc 21Chambre criminelle des parlemens pourquoy
f appelle,Tournellc 488Chambre des comptes quand érigée, Sc les droits
de fes officiers 655Champanoifes pourquoy eurent priuilege d’ano¬
blir leurs maris 422
Chancelier en l’abfence du Roy eft par deflus tous
les Princes ^7
Chancelier Poyet accufé dc l’efc maiefté 367
Chancelier Poyet prifonnier, Sc comment Sc par
qui iugé ' 489
Changement de loix,qui touche l’eftat,eft dange¬
reux 4j2
Changement de loix comment peut eftre fait fans
danger 453
Changemens foudains font perilleux 451
Changemens des Republiques &des loix, nefe
doiuent faire tout à vn coup 449
principales caufes des Changemens des Rcp. 543
Changemens des Republiques comment fefont,
& leur diuifion 402
Changemens de Republiques de fix fortes 404
Changemens de Republiques ne peuuent venir
del’eccentriquedelaterre 442
Changemés grands aduiennent aux Republiques
de peu dc chofe 423
Changemens des Republiques demonftrez par
les nombres Platoniques ou Pythagoriques
442Changemens des Républiques aduiennent par
nature 430Changemens des Republiques la plus part adue-
nues au mois de Septembre 438.459Changemens des Ariftocraties en Démocraties
comment fefont 421Changemens des eftats populaires en
feigneuries
DES MATIERES.feigneuries moins violensque les autresChangement infenfible de la monarchie d’Alema-
gne en Ariftocratie 4^7Changemens eftranges de l’eftat de Florence 418
Changement des Royaumes de Pologne,& Dan¬
nemarc , 427
fil y a moyen de preuoir les Changemens des Ré¬
publiques 4Z5?
moyens de remedier aux Changemens des Répu¬
bliques, qui aduiennent par les richefles des
vns,& pauureté des autres 543
Changemens de Princes par tout le monde en vn
mefme temps 441
Charges de la Rep. trop longuement continuées
combien dangereufes 461
Charges diminuées de la moitié à la Venue de
Charles 8. 654
Charilàiïs Roy eftant enfant vendu par fa mere
691Charité doit commencer à foy-mefme 14
Charité ne fleurift qu’en temps de paix 582Charité des Roys de France enuers les pauures646Charité des voleurs 36Charle 5.Roy de France,pourquoy appellé le fage
56 5Charle 5.Emp.monarque feigneurial du Peru 237
Charle 5.Emp.n’auoit rien, où il fuft abfoluëment
fouuerain 167Charle 6.Roy déFracc, vicaire perpetuel del’Em-
pire 173Charle 8.Roy deFrance, le plus religieux Prince
quionefut v 108Charle Henry Roy de Suede, cn mefme iour,
moys,& an,furent en extrefme danger 439
Charle de Bourbon faccagea la ville de Rome585Charle,Roy de Nauarre, furnommé lcmauuais252Charle de France,frere de S.Loys,enuoyé aux Flo¬
rentins par le Pape 240
Charle le Bel defendit d’alleguer les loix Romai¬
nes contreles couftumes de France 149
Charolois, comté propre du Roy d’Efpagne, ôc
tenu de la couronne de France 167
la Chatte propre à Mars & à Diane,c’eft à dire,au
peuple Septentrional 546
Chafteaux non vtiles au tour des villes 581
Chafteçé rare dc Scipion 593
Chaftrement d’hommes par deflous les oreilles
55° ,Chef de famille, deuant qu’il fuft Republique, a-
uoit puiflance de la mort ôc vie fur fa femme ôc
enfans 49deux Chefs en vne armee,dangereux 694Cherea tua Caligula Ion Prince, des gardes du¬
quel il eftoit Capitaine 527
Cheualiers quels degrez d’honneur gardent entre
eux 189Cheualiers S. Michel quand ôc par qui inftituezCheualiers de S. Iean dc Hierufalem, feudataires
du Pape,& du Roy d’Efpagne 179Cheualiers de diuers ordres en diuerfes nations
567.568.565?Cheuances ôc armes des Romains 653Cheueux longs anciénemenc la marque de beau¬
té & de noblefle 481
Childeberr,Roy de France , teceut le tiltre de pa-
tricedel’Emp. Iuftinian 243
Childeric,Roy de France, furnommé le lourdaur,
defpoüillé de fon Royaume 484
Childeric, Roy de France déclaré publiquemenc
inhabile à commander 176
Childeric tué auec fa femme enceinde 411
Chlopes en Tartarie & Mofchouie, fignifié efcla¬
ues 235
Chofes nefe changentparleur qualité 219
Chreftiens affligez,félon la parole de Dieu,par les
peuples Septentrionaux 523
Chreftiens contraints peu à peu d’affranchir les
,386 efclaues 42
Chreftiens premiers fort foigneux des affranchif-
femens des efclaues 42
Chreftiens ne peuuent auoir efclaues de leur re¬
ligion 45
Chreftiens faids efclaues n’a gueres au nombre
de trois cens fix mille 46
Chreftiens chargez d’eftre inceftueux, parricides,
manger le fruid de leurs inceftes, ôc d’eftre A-
theïftes 398
ieunes Chreftiens appeliez enfans du tribüt,quels
priuileges ont chez le grand Turc 47
Chreftiens efclaues des Turcs font circoncis, ôc
catechifez 46
Chreftiens reniez,gardes des Roys d’Afrique 527
Ciceron pourquoy appellé nouueau Arpinois 57
Ciceron banny,fes biens confifquez, Ôc fa maifon
eftimee cinquante mille efcus,bruflee 55)
Ciceron à quel aage mourut 445
Cigoignes nourriflent leurs peres Ôc meres en
vieillefle 24
le Ciel eft vn corps fimple 442
le Ciel partie mobile,& partie immobile,félon au¬
cuns 442
le Ciel a vn mouuement terrible, & merueilleufe-ment harmonieuxle Ciel quelle puiffance a fus les chofes inférieures
436Cigüe, fupplice des condamnez à Athenes 518
Cincinat, didateur de Rome, n’auoitque deux
iournaux de terre,que luy mefme labouroit 11
Circôcifion defendue par l’Emp. Traian,&pour¬
quoy 46
Citadelle premièrement baftie en Ierufalem par
Salomon 580.581
Citadelles propres pour afleruir vn peuple
385)Citadelles mettent toufiours le Prince & le fuget
endefiancedel’vn &dei’autre 581Citadelles donnent occafion aux Princes de ty-
rannifer,& aux fugets de fe reuoker 580Cité que fignifié <4Te ij
TABLE.Cité queft-ce, félon Ariftote 53Cité ôc ville comment différent 53-54Cité & Republique en quoy différé 54Cité neft faite de la ville,ny des perfonnes 9.52
Cité peut eftre fans ville,&la ville fans cité 55
la Cité peut fen fuir hors la ville 55Cité neft point fans loix ny magiftrats 54Cité d’Athenes gardee par murailles de bois 55
CitédcCarthagcdemeuree cn fon entier, la ville
bruflee& rafee 55.56Citoyen queft-ce 49Citoyen fimple qucft-ce 53Citoyen mal defîny par Ariftote 56Citoyen ôc bourgeois en quoy différent 53Citoyen en quoy différé de l’efclauc, fuget, ôc c-
ftranger 51tout Citoyen eft fuget,& non au contraire 51
Citoyen comment & pour quelles côditions fait
61.67Citoyen tient de la fouueraineté d'autruy 50
Citoyen mefme ne peut eftre fuget à plufieurs
Princes 62Citoyens faits par trois moyens 52Citoyens font francs fugets,tenant dc la fouucrai-
neté d’autruy 60Citoyens naturels,&: citoyens naturalifez 52
Citoyens comment différent entre eux 71Citoyens d’vne Republique combien doiuent e-
ftreen nombre 546Citoyens diftinguez cn trois eftats prefque par
toute l’Europe 72Citoyés Romains diuifez cn trete ôc vne lignée 51
Citoyens fages font la République heureufe 5
Ciuilité ôc courtoifie venue d’Afie 524Ciuitas Ôc vrbs,comment différent 54Ciuitatibus nihil tam contrariü,quàm quicquam
agipervim 348Clarigatio qu’eftee 216Claude Emp.le plus lourdaut qui fut onques, qui
toufiours voulant iuger,eftoit apertement mo¬
qué mefme des aduocats 492
Claude Emp.getta vn trancheplumc aux yeux dc
celuy qu’il iugeoit 365.488
Clazouieniens pourquoy enperpetuelle fedition425 , .vCleomencs, Roy de Lacedemone difoit, quelesvilles fortifiées eftoyent retraites pour les fem¬
mes 579
Cleomcnés,Roy de Lacedemone, feit chager l’A-
riftocratie d’Aargos en Démocratie 421
Cleomcnes tua les Ephores, &ofta la puiflancc
aux 30. feigneurs 222
Cleomenes dernier Roy de Laccdcmorie cn fuite,
l’eftat changé en Démocratie 428.429
Cleomenés quitta fon eftat,& fen fuit en Ægypte
584Cleopatra fift mourir fon frere,pour fe faire Roy¬
ne d’Ægyptc 720
Clercs du parlement de quelles gens prcmiercmét
conftituez 470
Clercs du Greffe de parlement de Paris, erigez en
tiltred’officc,puis fupprimez 317Cliens,quefignifieClaude.feplus mefchât home de fon temps II
Clodius eftant noble, fe fift adopter par vn rotu
rier pour eftre tribun du peuple
Clouis rcceut les ornemens Confulaires Sdetil*
tre d’Augufte de l’Emp.Anaftafe 'Cotius,Roy des Alpes,fift les Romains fes héri¬tiers402le Code mal tourné de Grec en Latin ,7gCorrus Roy facrifia fa vie pour fauuer fon peupleCollege,famille,&Republique cômcnt différent381Collegc peut refider en vne perfonne 385College peut eftre fait de trois perfonnes 8
fi le chefdu College eft Collègue 38,Collèges d’où ontleur origine faCollèges pourquoy eftablis és Republiques 384
Collèges ne font ny familles,ny citez 8Collèges appeliez <p/A fodalicia 383chefs des Collèges comment efleus 389Collèges des magiftrats, & iuges pourquoy eri-
gf,z 385.386Collèges des luges,&fenateurs muabies par fuc¬
ceflion 4Ô7
Collèges quelle puiffance ont 386
Principaux des Collèges quelle puiflancc ont fus
les difciplcs
Collèges de tous meftiers eftablis par Numa382Collèges ne font fondez cniurifdition 386
Collèges des fetes combien puiflans,& difficilesà ruiner397Collèges des artifans quelle puiflance auoient ia¬
dis 388
Collèges des Pythagoriens 396
Collèges tantoft abolis,tantoft remis fus 398
Collègues combien doiuent eftre en nombre 384
Collègues doiuent eftre efgaux en puiffance
384Colombe Gèneuois par le moyen de l’eclipfedc
la Lune, fift queles Indiens fe rendirent à luy
534Colonies quel grand bien apportent à la Republi¬
que 624
Combatre contre gens defefperez, chofc dange-
reufe 595
Combat duel à quelle occafion defeerné 502
Combats duels par quelle forme doiuent eftre
decernez 504
Combats duels reprouuez commc chofe beftialc
502.503Combats poijr vuider tous differens enDanne-
march 531Comedies pernicicufes à toute Republique 611.6l2 vCommandemcntle plus ancien,quel eft 14
le premier Commandement de Dieu J4Commandemensde deux fortes 351Commandement public,& commandementpar-
ticulier en quoy différent Hlaloy n’eft autre chofe, que le Commandemét du
DES MATIERES.fouuerain 35°Commandement des mefnages fe prend en qua¬
tre fortes H
Commencemens font tous beaux: prouerbe prin¬
cipalement adapte aux Efpagnols 47
rexecution des Commandemcns, font les nerfs de
la Republique 35°
Commâderàîfoy-mefme,depend de fa volonté 133
Commander à foy-mefme, eft la premiere &plus
belle iuftice H
auant que pouuoir bien Commader aux autres, il
faut apprendre à commander à foy-mefme 14
fçauoir bien Commander combien profitable en
tout gouuernement 14
à Commander gift la force des loix 349
fi les magiftrats ôc cours fouueraines peuuent
Commander 301
Commerce traité entre les Roys de France,& les
OfterlinsCommifïàires cinquante reformateurs inftituez
en France 310CommifFaires Ôc officiers en quoy différent 305
CommifFaires quelle puiffance ont 307.350
CommifFaires du Chatelet de Paris quelle puif¬
fance ont 351
CommifFaires moins authorifez, queles officiers
3i7CommifFaires deputez pour gouuerner les pro¬
uinces 312.-313
CommifFaires iadis feuls gouuerneurs des Repu¬
bliques 311
CommifFaires quand, ôc comment peuuent com¬
mettre 314
Commiffion eft comme vne chofe, qu’on a par
fouffrance « 310
Commiffion & office en quoy différent 31
Commiflions extraordinaires font odieufes 311.312
Commiflions n’ont ny temps, ny lieu, ny charge,
qui ne fepuifTereuoquer 309
Commiflions trop long temps continuées com¬
bien dangereufes 461
Gommilfion expire auffi toft,que la chofe eft exe¬
cutee 310
Commiffion cefFc par la mort de celuy qui l’a ot-
troyee,& par reuocation 3I4*3I5
Commiflions de toutes fortes efclaircies 312
Commiflions rogatoires 377
Commode Emp.cruel ôc mefehant,aimé pour l’a¬
mour de fon pere M.Aurelle 409
Commode tyran, fift tuer fes plus fideles amis
248Commode tuépar fa garfe, ôc comment ôc pour¬
quoy ^ 249
Communauté de toutes chofes eft incompatible
en vne Republique 11
Communauté de biens combien pernicieufe àla
Repub. 12
Communautez des hommes d’où caufees 382
Comtes ont dignité fans charge 323
Comtes de Poitou quel droit auoyent iadis furies
biens de ceux qui mouroyent 550
Comtes de Bretaigne,anciens vaffaux de Frâce 15SComtes de Flandres iadis héritiers des preftïâ*55°Comtez anciennement eftoyent fimples commif-fions jConâ,Roy d’Efcoffe,fift vne belle ôc vtileloy;tou-
chant les accufations 4g^Conan chafTe d Angleterre par les Saxons 158
Conan,maiftre des requeftes, expliqué & corrigé
734Concorde, ville donnee au Pape par Othon*.
Emp.Concubine n’eft en la puiffance du concubin 15
Condamnations publiques comment fe faifoyent
iadis à Rome 352o53Condânez faits mourir de faim aux Romains 528
des Confédérations Ôc alliances en général,& fpe-
cial 76.77.78Confifcationsfontdu domaine du.Roy 620
Confifcations comment doiuent eftre faites > ôc
quel ordre on y doit tenir 559fi les biens des Condamnez doiuent eftre appli¬
quez au fifque,ou à l’Eghfe ,011 bien biffez aux
héritiers 557Confifcations adiugees au public quels inconue¬
niens apportent j6o
Confifcations enrichifFentles tyrans, moyennant
les calumnies * ^60
Confrairies appelleesè-ra-ipetoq 383
Confrairies eftablies par Numa 383
Confrairies des hommes caufees parles brigan¬
dages 382
Confrairies diuerfes félon la variété des eftats, Ôc
meftiers ^ 383
Confrairies des meftiers premieremét erigeespar
le bon Roy Numa 398
Confrairies des Pythagoriens 396
Confrairies tatoft abolies,tantoft remifes fus 398
Coniontionsdesaftresnotables 436
Coniurateurs comment doiuent eftre punis 424.
4*5Coniurateurs fugitifs doiuent eftre renuoyez à
leur Prince naturel 380Coniuration par quel moyen peut eftre plus feu-
rementeuitee 498Coniurationsordinairement cachees aux grands
feigneurs 498.499Coniurations comment cogneues parlefenat de
Rome 301Coniuration dePelopidas pour chaffer les Lace¬
demoniens de Thebes 498
Coniuration d’Amboife diuulguee en Alemagne,
Angleterre,&Italie,auât que ceux cotre lefquels
elle eftoit drefPee,cn feeuffent rien 499
Côiurez de Cefar tous tuez fâs aucune mercy 413
Conneftable de France comment efleu,& fon au-
thorité &: charge 204
Conneftable eft propre à vn grand feigneur 753
754Conneftable de France n’eft hereditaire, ôc quelle
eft fa puiflance 155Conneftable deFrance, efclaue ôc fuget du Roy
223T iij
TABLEConneftable & le Chancelier n’ont rien à com¬
mander Tvn à l'autre en feance, neantmoins
le lieu d’honneur eft referué au conneftable
376Conneftable peut donner la bataille fans expres
commandement 318pourquoy l’eftat de Conneftable neft donnéaux
freres des Roys , ny aux Princes de leur fang
7i7Confeil delaRep. doit eftre eftablyde vieillards
287Confeil des Areopagites par qui ordonnés Sc de
quels hommes compoféz 291grand Confeil de France 296Confeil priué auprès des Princes,fignifié par Pal-
las à la dextre de Iupiter 292Confeil priué trefvtile en la Republique de Fran¬
ce 25)4
Confeil priué duRoy de France,prefque réduit en
forme ordinaire,& de quels differens il cognoift2j)4fi le Confeil priué caffe les arrefts des cours fou¬
ueraines par fa puiffance 301
Confeil priué du Roy eftoit iadis le parlement
470le grand Confeil doit eftre perpetuel en l’Arifto-
cratie 681?Confeil, comment &par quçlle forme doit eftre
tenu 300Confeil n’admet iamais la deeffe fortune 300
Confeil de quelles chofes fe doit tenir 25)5?
Confeil doit tenir le matin,non apres difner 299
Confeil trop long, Sc trop précipité, eft perilleuxgrand Confeil de Venife 305Confeil appellé des dix à Venife 303Confeil de Venife fe fait en balotant 300Confeil priué d’Angleterre quand eftably 297
Confeil des Alemans toufiours entre les gobelets
2",Confeil d’eftat de plufieurs fortcs3felonladiuerfi-
té des Republiques 292.293Confeiller d’eftat penfionnaire d’vn autre Prince,
eft dangereux 288Confeillers d’eftat pourquoy inftituez 286Confeillers d eftat pourquoy ne doiuent auoir
puiffance décommander 305Confeillers du parlement iadis annuels 469
Confeillers du confeil priué peu cn toutes Répu¬
bliques bien ordonnées 307
Confeillers dc la feigneurie de Venife 308
Confeillers izsçjfèMXoi quelle charge auoyent 298
Confignation des procez 640
Conftance ville affuiettiefoubs ombre dc prore¬
dion 89
Conftans Emp.de quellefagefFe Sc prudence vfoit
en temps de diu ifes fedes ^27
Conftantin le grâd arracha la fuperftition Payen-
ne,&: fes autres faids 437
Conftantin fut le premier,qui fift ordonance pour
aider aux pauures mendians , 42
Conftantin le grand tranfporta l’Empire à Con-ftantinoble, & Conftantin le dernier le perditft Conftantin le grand donna l’Italie au Pape ,g, "
Conftantinoble quand baftie, & quand pnfepar
les Turcs rConftantinoble baftie plus de neuf cens ans
uant que l’Empire y fuft tranfporté 4UConftantinoble a fouftenule fiege du Turc huid
ansConftantinoble prife par les Gaulois, &y eftabh*
rent le Royaume de Thrace
Confuls cfleus par les grands magiftrats t il
Confuls feruiteurs Sc fugets du peuple 223
Confuls Romains quelleauthorité, & puiffance
auoyentConfuls auoyent puiflance Royale
Confuls n’auoyent puiffance,que pour vn an feu-
lementConfuls auoyent puiffance de la vie & delà mort
fus les genfdarmes .Confulem ab omnibus magiftratibus concionem
auocarepoffe,ab eo neminem ^Confuls quelle charge auoyent à Rome 297.298
Confuls Sc tribuns leplus fouuent en difeord 476
477Confuls Si Tribuns pourquoy toufiours en que-
rel,C 754Confuls mis en prifon parles Tribuns 225
Confuls exemptez de la puiffancepaternelle 16.
*7-Conful rencontrant fon pere, luy commanda de
defeendre de fon cheual 363.364Conful faid roturier 30^Contéplation appellee mort plaifante Sc precieu-
fe par les Hebrieux & Académiques 7.534
Contemplation, mere nourrice defageffe Sc pieté
460Contemplation eft la fin dadion 6Contemplation eft la fin principale delà Republi¬
que bien ordonnée 7
Contemplation, eft le comble de félicité 4
Dieu ioiiit du fruit eternel de Contemplation • G
Contemplation purge lame, à laquelle fontad-
donnez les melancholiques 533-534
Contemplation des chofes naturelles Sc diuines
en vigueur és Repub. 5
Contemplations humaines fe terminent en 1 ’ef-
fence diuine 5
Contrads des particuliers nc peuuent deroger
aux ordonnances des magiftrats 146
Contrads des Alemans ne tiennent iamais , f’ils
font faids apres boire 299
Conuention mutuelle entre le Prince, & fes fu-
gets 134
Conuentions du Prince doiuent eftreparluy en¬
tretenues 148
Copernic donne trois mouuemens àla terre tous
differens 442
Cordelier,qui déclara la confeflion d’vn gentilhô-
me,dont ledit confezfutpcndu 257.497
Coiiolanus banni cuida totalementrenuerferl’c-
ftatdeRome 424Cor-
DES MATIERES.Cornélius Balbus fift tuer Cefar, duquel il eftoit
le grand mignon &6Corps fimple ne peut auoir qu’vn propre mouue¬
ment 4 4 2
Corps fimples font cinq 442
Corps humain iuge du monde vniuerfel 536
Corps doit feruir à lame 6
en quoy confifte le bien du Corps 4.
Corps compofé ou de plufieurs familles, ou de
plufieurs collèges 381
Corps, ôc communautez toufiours hayes des ty¬
rans 398
diuifion de tous Corps ôc Collèges 383.384
Corps & collèges rendent la Royauté bié afleuree
399des Corps ôc collèges,eftats ôc communautez 381
Corfaires ne font du corps delaRepublique 2
Corfaires peuvent deuenir bons Roys 2Corfegue,Royaume tenu du Pape 165.166Corfegue feudataire du Pape 178Cofme de Medicis comment fe fift Duc de Flore-
ce 254Cofme de Medicis accreut fa Monarchie de la rui¬
ne de fes coniurez 698.699
Cofme de Medicis ayant enuahi l’eftat, euft efté
tué cent fois,fil n’euft efté toufiours maillé 499
Coup de poing en Normandie n’eft eftimé qu’vn
fol,& vn foufflet cinq fols 744
Coups de poing,&foufflets donnez pour de l’ar¬
gent par Neracius, homme riche 745
Cour de Parlement de Paris quand erigee 469
Cour deParlemét de Paris ala prerogatiue d’hô-
neur par deflus toutes les autres 375
Cour de Parlement de Paris f’appelle la cour des
'Pairs de France,ayant cognoiflànce des Pairs
375Cour de Parlement deParis,redoutee de Loys 11.Roy de France 340Cour de parlementa les mains liees enlaprefence
du Roy 367Cour de Parlement,eftant en contraires opiniôs,
comment fe doit accorder 341fi les Cours fouueraines peuuent commander 301
Cours de Parlement de France quelle forme tien¬
nent efcriuant au Roy / 227
Cours fouueraines feules peuuent iuger d’equité
734Cours d’Efpagne iugent fans appel 205Couronnes d’or, loyer des hommes vertueux à
AthenesCouxtoifie venue d’Afie 514Couftume n’a pas moins de puiflancc, que la loy
198Couftume ôc la loy en quoy différent 198Couftume peut eftre caflee parla loy, non la loy
par la couftume ^8Couftume change le naturel des hommes 540
Couftume comparée au Roy,& la loy au tyran
198Couftume,que celuy,qui auoit perdu fon procès,
ne fuft condamné aux defpens,caflee 140
Couftume louable des Atheniens touchant l’ega-.lement des impofts 607Couftume loüable de FEmpereur Alexandre Se¬
uere 57§
Couftume de Normandie,où vn coup depoing
n’eft eftimé qu’vn Col, Si vn foufflet cinq fols
744Couftume de Venife touchant les eftrangers, c5-
traire au droit commun £<>Couftume d’Almagne touchant les aifnez, Sc fuc¬
ceflionsCouftume de Strafbourg touchant le grand Bur-
go maiftre ^ <581Couftumes diuerfes d où ont pris origine 4
Couftumes ne peuuent déroger aux loix généra¬
is 146
Couftumes des Lacedemoniens tendoient toutes
à la difeipline militaire 7
Couftumes de France plus fortes,que les loix Ro¬
maines 149
Couftumes de la maifon de Laual 13
Couftumes diuerfesde diuerfes maifons feigneu-
riales ^
Crainte eft la mere nourrice d’inimitié, & de ré¬
bellion ^81
Crainte Sc force font deux mauuais maiftres pour
maintenir vn eftat 413
Crainte des ennemis tient les fugets en debuoir
588Crainte perpetuelle des Seigneurs en l’eftat Ari¬
ftocratique 686
Crainte tormente les tyrans plus cruellement que
mille bourreaux 260
Craflus auoit cinq cens efclaues, qui luy appor-
toient tous les iours leur gain des arts, ôc fcien¬
ces queftuaires
Craffus tué en Perfe 233
Creditur melius omnibus,quam fingulis 4 66
Crime de lefe majefté contre quelles perfonnes fe
commet 195.257
Crimes de quelles peines,félon leur qualité, doi¬
uent eftre punis 743.744.74 5
Criminels trop griefuement punis à Venife 744
Criminelscondamnez àfe pendre foymefme en
LituanieCrocotas,chef des voleurs ,feprefentant deuanu
l’Empereur,obtiet 25.mille efcus,pour fon loyer2Croix propofee pour iurer 115Croizillo marchant de T ours décédant, auoit en
biens vallant deux cens mil efcus, qui furent
donnez au Bafcha Hybraim 70Cruauté dangereufe en vn Prince pour fon eftat
410Cruauté plus à fupporter en vn Sénat,que la trop
grande douceur 364Cruauté eftrange de l’Empereur Caligula 488
Cruauté efpouuentable de la Royne de Ruflie,
faifant brufler, ôc enterrer tous vifs les Ambaf.
fadeurs,enuoyez vers elle 123Cruautez terribles des peuples de Midy 528
Cruautez des peuples Septentrionaux, non enco¬
res ouyes 3x7Tt iiij
TABLECruauté eftrange des Syluaniens, qui firent man¬
ger vn capitaine tout rofty à les foldats 527
Curatio fignifié commiffion 311Ædiles curules quelle puiflance auoyent 327. leur
abus reprimé 3Z&Cuyure monnoyé par le Roy Seruius 213Cynethe, villede Grece 108Cyprian Leonice a grandement erré touchant la
fin du monde 437.438Cyrus aimé ôc adoré apres fa mort en fon nepueu
Cambyles,quoy que cruel & mefchanc 409DD Aces contrains de feruir à leurs femmes 17
Damafiens annoblis par leurs femmes 20
Damiourges , fouuerain Magiftrat iadis aux A-
cheans 83Damon,maiftre de Pericles ^ 283Dannemarc quand, ôc par qui érigé en RoyaumeDannemarc tombé en quenoille 720Dannemarc fe change en Ariftocratie 427Roy de Dannemarc neft fouuerain ^ 142Roys de Dannemarc anciens vaflaux de l’empire
*57Danois fe firent feigneurs d’Angleterre 585Darbela ,lieu, où Darius perdit la bataille contre
Alexandre 446Darius efleu Roy par fort 242Darius appellé marchant par fes fugets 239.630
Darius tué à la fuite 446Darius tué, ôc fa mort vengee par fon ennemy A-
lexandre 262.263Dauid par fa harpe chafloit le mauuais efprit du
corps d|Saiil 529Dauid fift mourir celuy qui luy apporta la tefte de
fon ennemy mortel Saiil 258Dauid rendit tous les Princes de la Paleftine,&
circonuoifins fes tributaires 185Dauid puny d’auoir leué le nôbre des fugets 604
Dauid vefquit feptante ans 445Dauid,Roy d’Efcofle demeura neuf ans en prifon
157De motu proprio,chofe pernicieufe 346Debtes abolies apporteroient de grands dangers
à la Republique 545-547Debtes du Roy Henry n. 644Debtes du Roy d’Efpaigne 644.645Debteurs prifonniers iadis demembrez en pieces,
pourles diftribuer aux créanciers 34Decalogue comment publié aux Hebrieux 482
Decius facrifia fa vie pour fauuer fon pays 246
Décollation,eft la mort la plus douce 742Décréta ôc iudicia comment différent 357Decrets de leur nature, n’emportent aucun com¬
mandement 304
Decrets n’obligent perfonne, fi le mandement n’y
eft au pied 360
DeeflePitarchic,que fignifié 364
Defy du grand Roy Françoys,& du Roy d’Angle¬
terre contre l’Empereur Charles le quint 104Defiance perpetuelle des feigneurs en l’eftat Ari¬
ftocratique ; 59o68.
Définition qu’eft-ce j
Définition feule,& non plufieurs à vne chofe 307
Définition n’eft iamais diuifion ^
Deiotarus tua 12.de fes enfans,pour a (feurer le tre-
flefme de fon Royaume 7 17
Deliberations de quelles chofes fe doiuent faire299Délibérations des Alemans touchant les grands
affaires,fai tes entre les gobelets 2^9Delices mefprifez en la Republique heureufe 5.6
Delices mefprifezaux Lacedemoniens 7Delices vainquirent les Ronwins 406Delphiens annoblis par leurs femmes 20Deluge du monde quand aduint,& en quels lieux
du ciel eftoyent lors les Planetes 434Deluge vniuerfel aduenu feize cens cinquante
ôc fix ans apres la création du monde 438
Deluge combien de temps fut deuant l’euerfion
du Royaume de Iuda 446Deluge fécond vniuerfel faulfement prediâ: par
les Aftrologues 434.435Dementir combien deteftable,& dangereux 503
Demetriade,la douziefme lignee du peuple d'A-
thenes 290Demetrius,Roy d’Afie, fait bourgeois d’Athenes
61Demetrius eftabli Roy de Croatie, & SclauonieDemetrius blafmé à bonne caufe 485Demetrius l’Aflîegeurd’vn des plus vaillans Prin¬
ces,qui furent onques en prifon 262
Demetrius rAfliegeur,tyran -abominable 248
Demetrius pour auoir melprifé les requeftes de
fes fugets,perdit fon Royaume 485
Demetrius le corfiire pourquoy fait capitaine en
l’armee du grand Alexandre 2
Démocratie qu’eft-ce,& chapitre de ce 277
Démocratie quel eftat de Republique 219
en Démocratie le peuple nefe doitmefler des af¬
faires 494
Démocratie pourquoy a plus d’hommes illuftres,
quela Monarchie 565
Démocratie blafmee de tous les grandsperfonna-
ges . 676
la fin de Démocratie eft,de bannir la vertu 677
Démocratie debordee en toute licence 679
Démocratie non fi afleuree ny fi durable, que l’A-
riftocratie 419
fingularitez de Démocratie 140.^
Démocraties par quel moyen maintenues 398
Démocraties f entretiennent par les guerres con¬
tre les ennemis 4*7
Démocraties fe changent ordinairement en Mo¬
narchies par la puiffance trop grande donnee
au Magiftrat 4!4
Democritus efleu capitaine en chef, condamne à
trente mil efcus d’amende 242
Deniers ordinaires,extraordinaires>& cafuels 634
Deniers de S. Pierre J5^
Denis deSiracufe de capitaine ,fe fift Monarqueen
DES • MATIERES,en changeant l’eftat populaire 412Denis,tyran de Sicile, fait bourgeois de Syracuie
61Denis le vieux donnoit fagcmêt,&feurement 575
Denis le tyran auoit pour fa garde dix mille fol¬
dats,autant de gens de cheual,&quatrc cens ga¬
lères armees 245
Denis à la venue de Platon cn Sicile,f’amouracha
des Mufes ôc quitta les vices
Denis le ieune banny pour fa tyrannie, mocqué
bienàpointpar Diogencs 260
Dénombrement du peuple de D ieu 604
- Dénombrement des fugets qu'elle vtilité apporte
Dénombrement des fugcts quelle vtilité apporte
605Depoft facré entre toutes fortes de gens 2Dcfcription ne fçauroit efclatcir l’effènce Ôc natu¬
re de la chofe 307
Defpoiiillès des ennemis portees au trefor de l’ef¬
pargne 623
Deftinee n’a puiffance és chofes humaines 444
Deftinees font en la main de Dieu 438
Dhyorch rebelle à fon Roy d’Angleterre,décapite
ayant vne couronne de papier 116
Diables chaflez des corps par inftruments de mu¬
fique 529
Diadefme,bendeau Royal 243
Diane ôc fon temple,refuge des efclaues 39
Didateurpourquoy appellé,Magifter populi 322
Didateur eftoit le fouuerain Magiftrat de Rome,
&neduroitquefixmois 414
Didateur tenu comme fouuerain Monarque, ôc
pour quelque Dieu, ôc fes mandemens pour o-
racles 693
Didateur Romain quelle puiflance auoit 125.126
Didatoris terror tantus apud hoftes,vt co creato,
ftatim à mœnibus difeetferint 693
Didateur pourquoy en horreur aux Romains
246Didateur tiré à quatre cheuaux 743Dies ftati,& tépora ftata que fignifiét en droit 378
Dieu feul infiny &eternel 5Dieu, pere vniuerfel de toutes chofes 21Dieu fait toutes chofes petit à petit,& prefque in-lenfiblement453Dieu eft Prince abfolu dc tous les Princes du mo¬de147Dieu fouuerain ne peut faire vn Dieu pareil à foy
192Dieu immuable en fes ordonnances 37Dieu mefme eft tenu de fa promette 148Dieu n’eft cmpefché aux adions muabies,ioüif-
fant du fruid eternel de contemplation, ôc d’vn
repos treshaut 6Dieu ne fapparut qu’aux Hebrieux, quand il pu¬
blia fon Dccalogue 482
Dieu aucun n’eftoit receu à Rome, que par le dé¬
cret du Sénat 302
Deux Dieux pofez par les Manicheans ,1’vnbon,
l’autre mauuais 235
Dignitez des Magiftrats diuifees félon leur diuer-
fac 330.331Diligence d’Augufte 649Dion furnommé, le chaftieur ôc corredeur des ty¬
rans • 255
Dion banny de Syracufe, chafla Denis le ieune
424Difciples font fous la iurifdidion de leur maiftres
d’efchole 323Difeipline militaire comment doit eftre eftablie
646Difeipline militaire des Romains combien rigo-
reufe,exemple 365.366Difeord de l’harmonie de la République commet
fe perd 443Difpenfes de motu proprio,pernicieufes 346
Difpenfes defendues fur peine de la vie 345
Difputerde ce qu’on doit tenir pour refolu, eft
chofe pernicieufe 509Diuorce entre gens mariez en quels cas peut eftrefaid 18.19Dodrines d’où iiïiies 241Dodrines regetent l’infinité 231Domaine d’où a pris origine 618Domaine public,&le patrimoine du Prince, dif¬
férents 620
Domaine public faind ôc facré,& inaliénable 619
Domaine du Roy en quoy gift 620
Domaine eft le plus feur pour faire fonds aux finâ¬
ces 618
à combien montent les alienationsdu Domaine
deFrance 622
Domaine dc la Republique ne peut eftre acquis
par prefeription 217
Domaine diuifé aux pauures citoyens par Numa
618Domaine mal mefnagéen l’eftat populaire 622
Domaine diflîpé par les Princes efluz 702quel grand dommage vient d’aliener le Domaine621Domitia Empereur,fift mourir Epaphrodite, qui
auoit aidé à Néron de fe tuer 262Don de fix Royaumes fait aux Romains par tefta¬
ment 616
Dons gratuits, ôc dons volontaires diuerfes efpe-
ces _ 626
Dons gratuits des fugets enuers leurs Princes
626Dons cxccffifs des Princes fe doiuct reuoquer 651
Dons exceflifs des Princes à gens indignes, ôc de
nulle valleur 577Dons magnifiques des Roys eftrangers enuers les
Romains 625Donner vne mefme chofe à plufieurs,eft à vn eftat
pernicieux 576Donation comment peut eftre validee 65Douceur trop grande en vn Magiftrat,le fait mef-
prifer 364Douter d’vne chofe en confeil d’eftat,eft chofe pe-
rilleufe,& comment on f’y doit comporter 299
on ne doit faire vne chofe, dc laquelle on Doute
335>Dracon changea la Monarchie d’Athenes en eftat
populaire 735
TTABLEDràgut Reis,noble Corfaire>fait Admirai du grâd que que Triumuirati urcDroit,la loy en quoy différent^ 150Droit efeript ne doit eftre allégué contre les cou¬
ftumes H9
Droit des gens ne doit auoir lieu auec les voleurs
& pirates 78
Droit d’application qu’eft-ce 68
Droit de marque ou de repreflàilles 216
Droit de protection plus magnifique que tous les
autres 73
Droit deprotedion emprunté des Grecs par Ro-
mule 74
Droit des fiefs où & quand print origine 159
Droit des fiefs combien ancien 154
Droit d’aubeine iuftement modéré en France 69
Droit d’aubeine iadis communaux Grecs,Latins,
&; aux Turcs ' <58
Droit fucceflif à l’aifné eft commun à tous peu¬
ples 710
Droit fur le fel quand & par qui premièrement
impofé 215
Droit de vaflfelage quand commencea 74
Droit de la guerre _ 235
Droit Romain plus en vfage en Italie ,Efpagne,
Pjrouuence,Languedoc,& en Lyonnois, qu’auz
autres peuples 150
Droit des Prêteurs pourquoy appellé honorable
336Droit des Ducs de Normadie, Sc Comtes de Poi¬
tou fur les biens de ceux qui mouroient 550
Droit des Reiftres eftrange 533du Droit des alliances 87Droit des voleurs,font les armes 150Droits Royauxpropres àlamajefté,nepeuucnte-
ftreprefcripts,ny vlurpez 217Droits delà majefté fe peuuent gaigner par traid
de temps 214Droits de patronnage, vaflelage, Sc de protedion
ne doiuent eftre confondus 74Droids des officiers delà chambre des comptesDroids delà mer 215Druides Gaulois tels queles Amphidyones de la
Grece 82Druides eftoient luges fouuerains,& Pontifes en
la Gaule, Sc excommunioient les Roys Sc Prin¬
ces 614
Druides exempts de la guerre 597
le premier prefidét des Druides portoit vne pier¬
re precieufe au cc>l,où la vérité eftoit grauee 738
Duc eft le fouuerain Magiftrat de Genes 414
Duc de Bourbon,premier Pair de France 490
Ducs de Bretaigne anciens valfaux de France 158
Duc de Sauoye vicaire perpetuel defEmpire 172
Duc de Venife prëd fe mot,Sérénité, pour fa qua¬
lité 217
Ducs de Saxe Sc Palatin,vicaires de l’empire 172
Duc de Carinthe comment inuefty 130
Duchez anciennement eftoient fimples commif-
fions 354
Duumuirat moins compatible en vne Republi-2.3 Duumuirs quelle puiffance auoient233323.324ECcentrique de la terre ne peut changer les Ré¬
publiques 441
Ecclefiaftés,que fignifié ^22
Ecclefiaftiques ne peuuent condamner à mort 60
Ecclefiaftiques enrichis, Sc les autres appauuris
55°E ccleliaftiques indignes dc leur eftat, & beliftres,
font mefprifer la religion ^5leftat Ecclefiaftique pour quelle occafion ruiné
55r*Eclipfe de Soleil Sc de Lune aduenuë en vn mef¬
me mois 43c)
Eclipfe de la Luneadmiree des Indiens,par laquel
le ils fe rendirent au capitaine Colombe 53 4
Edegnare quel eftat iadis cn Egypte 203
Edid,qui caufa vne guerre fanglante 145
Edi6i de nalleguer les loix Romaines 149
Edid pour oublier les iniures particulières 151
Edidd’oubliance publié pari Empereur Anaffa-fe397Edid des Atheniens pafle à Rome en force de loy
452Edids des Magiftrats ne font appellezloix 194
Edids des Magiftrats ne peuuét deroger aux cou¬
ftumes 146
Edids des Prêteurs Romains par traid de temps
tenus pour loy 196
Edits plufieurs plus équitables,que la loy 359
Edids par maniéré de prouifion commentfaids,
Sc feellez au Royaume deFrance 144
Edids refembler aux toiles des araignes 587
Edidsdel’EmpereurTheodofefaidsdu confen¬
tement de rous les Senateurs 143
Ecîids pour abolir les debtes, obligations Sc de-
fertdre l’vfage d’or Sc d’argent 544. Sc que les
pauures efpouferoientles riches 545
Edids pour l’eredion des officiers 30S
Edids du Roy quelle claufe ont à la fin 133
Edids du Roy iniques ne doiuent eftre admis par
le Magiftrat 34^
Edids du Roy iniques comment annuliez 340
Edids des tyrans occis ne doiuent eftre annuliez
262Edids perpetuels 334Edids comment validez 145Edids quelle claufe expreffe contiennent,pour e-
ftre valables 152Edids par qui peuuent eftre corrigez 336Edids pendus aux colomnes,irreuocables 143.
144Edids peints en lieu public 359Edids tous reuocables,& comment 143Edoiiard 4. Roy d’Angleterre,vicaire perpetuel
de l’empire I73-I74Efraim & Manafle,fils de Iofeph, adoptez par Ia-
cob t 3°Efraim, l’vne des douze lignees des Hebrieux,pour-
DES MATIERES.pourquoy plus robuftes que les autres 542.543
Egalité de biens faite par les Roys Lycurgus,Nabis,&Agis 544Egbert,Roy des Saxons, fe fift feigneur d Angle¬
terre,& appella le peuple Anglois 447
Eeeznare quel eftat iadis en Egypte 367
l’Egîife tient plus de la moitié du reuenu de Fran¬
che t 55i
Eletion des Roys dc France pretenduc par les
Archcuefqucs de Reims 708
Elcmens font corps fimples 442
Eléphant eft le plus fage entre les beftes,&: fon hi-
ftoire naturelle 531
Elephans viuent trois ôc quatre cens ans, & les
corneilles dauantage ^ 53r* 532
Elephantiafis,ladrerie des elephâs, ôc des peuples
Méridionaux 531
Eloquence de quel pays venue 533
Eloquence a pris origine és régions metoyennes
522Eloquence, eft vn coufteau fort dangereux en la
main d’vn homme furieux, quand elle eft en la
bouche d’vn harangueur mutin 515Eloquence par fa douceur charme les plus fau ua-
ges,& cruels hommes 515Eloquence bien requife en vn gouuerneur de peu
pie,bel exemple 514Empallcment des hommes tous vifs par qui in-
uenté 527Empereur par qui efleu 226l’Empereur pretend commander à tous Princes85l’Empereur a preffeance par deffus tous les Roys
Chreftiens 135le Pape fe dit plus grand que l’Empereur 182
l’Empereur apres le Pape, obtient la prerogatiue
d’honneur entre tous les Princes Chreftiens
188l’Empereur tenir la couronne imperiale des hom¬
mes,& le Pape de Dieu 182
l’Empcreur nc pouuoir ceder la dignité impéria¬
le,finon au Pape 182
l’Empercur quelle puiffance Ôc prerogatiue a plus
que les autres Princes 175
l’Empereur n’eft abfoluemcnt fouuerain 168
l’Empereur fuget aux eftats del’Empire 188
l’Empereur appellé tributaire du Turc 186
le vaffal d’vn Prince ne doit eftre efleu Empereur
162TEmpereur Charle 5. n’auoic rien, où il fuft abfo-
lument fouuerain 167l’Empereur Léon brifeur des Images des Saints,
tué par le peuple au temple 1761 Empereur d Alemagne n’eft fouuerain 259
Empereurs Romains ne f’appelloient que Magi¬
ftrats,capitaines en chef,& Tribuns ' 231
Empereurs Romains iugeoient eux mefmes en
perfonne leurs fugets 479Empereurs Romains feferuoient des Roys pour
varlets de chambre 161.162Empereurs nouueaux comment, ôc quelles cho-
les iurent garderEmpereurs confirmez par le Pape, Ôc les cérémo¬
nies ygardees jSi
Empereurs de Conftantinoble quel beau tiltre de
honneur fattribuoient
Empereurs de Conftantinoble comment perdirét
lafeigneurie d’Italie 175*176
Empereurs la plus part morts au mois de Septem¬
bre 439*44°
Empereurs tuez,& leur mort vengee 262
Empereurs tyrans tous tuez 247.248
Empereurs,pour la plus part tyrans 141
Empire Romain eftably par la religion 299
Empire Romain changé de Monarchie en binar-
chie 232,
Empire Romain de quelle eftendue eftoit 587
Empire Romain n’a point efté plus grand que
foubs Traian 406
l’Empereur fuget à la loy naturelle 150
l’Empire par quels moyens peut eftre affeuré 705
Empire des Romains par quelles occafions ruiné
587Empire Romain enuahi des peuples Septentrio¬
naux 522.
l’Empire depuis quand eft en Almagnc 704
l’Empire d’Alemagne n’eft qu’vne principauté A-
riftocratique 256
Empire d’Alemagne infenfiblement changé en A-
riftocratie 427
Empire des Alemas n’eftre point Monarchie, ains
pure Ariftocratie S4.268.& des eleteurs 269
Empiresontefté eftablis es régions metoyennes
, S11l’Empire toufiours es traitez des Alliances 85
Princes de l’empire en la protetion du Roy de
France I2jEmpires les plus grands caufez par la derniere e-
ftoile de la grande Ourfe 432Empoifonnemens frequens par les Atheiftes 611
Empoifonneurs comment punis 747Empoifonnemens &homicidespour les eletiôs
des Papes 709Empoifonnereffes voulans empoifonner leurs
maris, executees au nombre de foixante ôc dix
19Enfant inceftueux tué par fon pere 22Enfant,qui auoit dit, ôc fait vilainie à fa mere,
bruflé tout vif à T oulouze 22.25Enfant,qui tua fon pere,pendu par les pieds, ôc v-
nepierreaucol,&puis bruflétout vif 22
Enfans obligez d’aimer, reuerer, feruir, & nourrir
leurs percs 21Enfans doiuent plus craindre la malcdition de
leur pere,que la mort 21pere priant pour fes Enfans,ou leur maldifant, eft
exaucé de Dieu 21Enfans frapans leurs peres ôc meres de quelles
peines doiuent eftre punis 21.22Enfans defobeiffans doiuent eftre lapidez par leur
pere ôc mere,félon la loy Seruia 22Enfans defobeifïans à pere &mere pourquoy non
punis parla iuftice publique 24.25Enfans non contraints d’obeir au pcre& mere,
TABLEcaufent vn million de vices en la Repub. 25
Enfans ayans trop de licence,veulent commander
aux peres Sc meres 26Enfans ne doiuent eftre nourris parleurs peres,
que iufques à l’aage de fept ans, félon les loix
de Romule 26hofpitaux pour les pauures Enfans ordonnez en
la primitiue Eglife 42peres en pays couftumier n’ont rien és biens des
Enfans 27Enfans n’ot propriété ny vfufruit en pays couftu-
mier 2.6Enfans quand obtindrent, queles biés maternels
leur demeureroienc 26peres pourquoy pouuoient inftituer autres que
leurs Enfans pour leurs héritiers 29.30Enfans aifnez preferez aux puifnez à la fucceflion
du Royaume 711Enfans des efclaues des Egyptiens auoient autant
de prerogatiue que les autres 30Enfans naturels ou baftards en quel degré doiuét
eftre mis par leurs peres 30.31Enfans des captifs reputez baftards 38Enfans baftards prouuez aux légitimés parla ri¬
uiere du Rhin 523.52.4
Enfans expofez faids efclaues de celuy qui les a-
uoit efleuez 43
maifons publiques pour apprendre les pauures
Enfans à diuers meftiers 48
Enfans mafles nommez le neufiefme iour,Scies
filles l’huidiefme 445
Enfans feptiefmes mafles gueriffét des efcrouelles445Enfans du tribut quels priuileges ont chez le grad
Turc 47Gaulois auoient puiffance de mort &de vie fus
leurs Enfans '23Enfans facrifiez parleurs peres 39Enfans font obligez à l’obeiffance des peres &me-
res 387peres,qui tuoient leurs Enfans,commet iadis pu¬
nis en Egypte 29
Enfans côceuzd’inceftes eus en abomination par
toutes loix 28
Enfans adoptifs pourquoy fuccedent aux biés de
leurs propres parens 32
Enfans Lacedemoniens chaftiez Sc feffez fouuent
iufques àla mort 386
Enfans plongez és froides riuieres, incontinent
qu’ils font for tis du ventre de la mere 513
Enfans naiffans enregiftrez 605.606
beauxexéplês delà pieté des Enfans enuers leurs
peres 24
Enfans des François ne font point en la puiffance
du pere 27
Enfans tirez du ventre, & demembrez fus l’efto-
mac des meres 5x8
Ennemy eftranger neceffaire pour entretenir vn e-
ftat en repos,& exempt de feditions 586
Ennemis autant que d’efclaues:prouerbe 47
Ennemis de la Republique comment doiuent e-
ftre punis 424.415aider aux Ennemis de la Rep.eft crime de haute
trahifonEnnemis prifonniers de guerre efclaues des vain-
cueurs à prefent en Pologne
Epamynondas condamné à mort,pour auoir rete¬
nu les forces quatre mois apres le temps 41J
Epaphrodite,qui auoit aidé à Néron de fe tuer, fait
mourirEphores erigez parTheopompe,commeTribuns
populairesEphores pnns du peuple comme Tribuns, pour
empefeher la tytannie 1Z1Ephores de Lacedemone figuroient l’eftat popu¬
laire,félon aucuns Z1I
Ephores regardoient au ciel, & fils voyent quel¬
que eftoille fauteler,ils mettoient leurs Roys en
prifon 222,
Ephores pouuoient condamner les Roys à mort
242Ephores tuez par Cleomenés 222Epidauriens,à prefent Rhagufîens fous quel eftat
gouuernez 265.168Epirotes de quelle fineffe vferent cotre les Acheâs,leurs alliez105Epirotes auec toutes leurs villes faccagez pour
leur perfidie JOjEqualité eft la mere nourrice delà pair 4C7
Equalité & amirié font incompatibles 683
Equalité mefme entreles voleurs 457Equateur moins chaud queles Tropiques 525
Equité & loy en quoy différent 735Equité fe prend diuerfement 734Erafme à quel aagemourut 445Ermite efleu,& couronné Roy 405Ermites mis à mort,& les ermitages defendus par
FEmpereur Valens,& pourquoy 43Erreur commun tenu pour loy 339Erreur du thefme celefte des villes 432Erreur de Cyprian Leonice touchant la fin du
monde 437.438Erreur de Cardan touchant les Empires du mon¬
de 435
Erreur de Copernic touchant les mouuemens ce¬
leftes 442
Erreur d’Arliac Cardinal touchant le temps de la
création du monde 434
Erreurs infupportables des Aftrologues 430
Efcheuins ou Ædiles deux enfemble- à Rome 230
Efclaue en quoy différé du fuget,citoyen, Sc eftra-ger , , 51l’Efclaue n’eft citoyen,Sc n’eft conte pour rien 5 o51Efclaue mefme peut eftre à deux feigneurs 62
Efclauetué pour auoircaffé vn voirre 38Efclaue,quififtle plus abominable crime contre
fon feigneur,qui fut onques commis 47*4^
rien plus infupportable , que l’Efclaue deuenu
maiftre 4^Efclaue des efclaues de Dieu,eftle Pape 17$Efclaues d’où & quand commencèrent à eftre 35
36toft apres Nemrod , le monde remply d.Efcla-ues
DES MATIERES.ues 234Efclaues de deux efpeces 51Républiques pleines d’Efclaues, mefme deuantAbraham . . 5°Efclaues par combien de maniérés font faits 33.34
Ifles Occidentales trouuees pleines d’Efclaues 50
Efclaues és ifles Occidentales tenus par le Roy de
Portugal,comme haras de beftes 46Efclaues iadis en tous pays dix pour vn homme
libre _ 40comment eft-il poflîble quele mode foit encores
plein d’Efclaues 45chofe trefpernitieufe d’auoir introduit les Efcla¬
ues 47
Efclaues nuls en France 43
Efclauesne pouuoient fe marier 38
Efclaues contreignét leurs feigneurs de les affran¬
chir 42
Efclauesne doiuent eftre affranchis fans le con¬
fentement de leur feigneur 2.35
Efclaues plus griefuement punis, que les affran¬
chis 740
Efclaues affranchis portoient vn bonnet , pour
couurir leur tefte tondue ôc pour marque 161
Efclaues ôc eftrangers pourquoy non marquez
aux habits à Rome 4 20
Efclaues affranchis Romains diftribuez en quatre
lignees 51
Efclaues ne doiuet tous eftre affranchis à vn coup48Efclaues ne peuuent eftre affranchis ny par le ma¬
giftrat,ny par le Prince 44
Efclauestous affranchis en Daufiné 44
Efclaues trois cens affranchis pour vn iour par
Milon,&pourquoy 40
Efclaues entrans dans Tholofe font affranchis45affranchiflemens des Efclaues faits par les Euef¬
ques és Egliles,d’où procédez 42 42
Efclaues quatre cens mille iadis à Athenes 40.
420Efclaues prenans les armes contre les Republi-
bliques 40Efclaues Romains affranchis,diuifez en toutes les
lignees 54defences de ne tuer les Efclaues 39Efclaues pris parles brigans ôc corfaires, demeu¬
rent libres 34
Efclaues doiuent pluftoft eftre corrigez de paroles
que battus xp
Efclaues en nul pays alloienten la guerre, finon
aux Parthes 4!
autant d’ennemis que d Efclaues,prouerbe 47
Efclaues foixante mille efleuez cotre les Romains
40Efclaues quatre mille cinq cens bannis , enuahi¬
rent le capitoledeRome 426
Efclaues en guerre plus de vingt mille tuez, pour
lçauoir, fils auoient aualé leur or ôc argentEfclaues de Caron trop inhumainement traitez
37-33Efclauesfortcruellementtraitezen tout l’Oriet
38 NEfclaues Lacedçmoniens tuez en vne nuit au
nombre de trois mille par leurs feigneurs
4iEfclaues mis à mort fi le feigneur eftoit tué en fa
maifon,& exemple de ce 38.39Efclaues où auoienc recours contre la fureur de
leurs feigneurs ^le Capitaine général des Ianilfiire du Turc , Ôc
tous les cadilefquiers ,ont chafcun trois cens
Efclaues à leurs feruices 47luifs faifoient circoncit leurs efclaues Chreftiens,
oupayens 46Chreftiens Efclaues des Mahometiftes font ca-
techifez ôc circoncis 46Efclauesluifs cent mille rachetez aux defpens du
RoyPtolomee 616Efclaues d’Aleinagneefbranlerent l’eftat des Prin¬
ces 42
des Efclaues & du feigneur, chapitre 33
Efclaues traitez bien doucement en Efpagne47amour des Efclaues enuers leurs feigneurs de mef
me humeur,furpaiîe tout autre 47luifs ôc Syriens bons Efclaues 46Elclaues réduits à la forme de main morte 43
permiffion de faire foy & fes enfans Efclaues 43
Chreftiens faits Efclaues n’a gueres au nombre
de trois cens fix mille * 46maiftres d’Ekholeont iurifdition fur leurs difei-
ples 323Efcolfe quand fondee en Royaume 447Efcolfe de quels troubles tormentee pour le gou¬
uernement 724
Efcoffe tombee en quenoille 7Z1
Efcolfois défaits en bataille par les Anglois 439
Efcolfois Ôc Pites l’entreguerroierent mortelle¬
ment pour des chiens 423
Efcolfois n’oferoientfortir de leur pays fans con-
gé 6 4
Efcroüelles familières aux Méridionaux 532
Efcroüelles guaries par le feptiefme enfant mafle
44 5Efpaigne auoit iadis quatre cens foixante & dix
villes j8Efpagne quad, ôc combien de temps occupee par
les Mores 449Efpagne n’eft quafî peuplee que de François52 6le Roy d’Efpagne, vicaire perpetuel de l’Empire
169Efpagnol fils d’vn François adiugébourgeois na¬
turel deBordeaux 66
Efpagnols pareireux,&r pefans auxations 526
Efpagnols plus froids, plus melancholiques plus
arreftez, plus contemplatifs, & plus ingenieux
queles François. 526
Efpagnols iadis doux ôc humains, à prefent m ali-
deux & larrons,&pourquoy 43 6
Efpagnols venans en France, redoublent les for¬
ces de corps JZIVil
T AB L EEfpagnols no feroient paflfer aux ifles Occidenta¬
les fans congé du Roy 64
Efpagnols traitent fort doucement leurs efcla¬
ues . 47
Efpagnols gagnent plus fur les François aux trai¬
tez de paix,quepar guerre 525
Efpargne des Romains , Ôc du grand Seigneur
651Efpargne des plus grands trefors, qui furent on¬
ques 652.
Efpions doiuent auoir penfion 618
Efponges des tyrans en grand danger 260
EfTæi, quelles faintes perfonnes iadis entre les
luifs 2j8
Eft,Marquifat vafTal du Pape 168
Eftat d’vne Republique qu eft-ce 218
l’Eftat de peu de feigneurs,eft l’eftat de peu de ty¬
rans 685
Eftat populaire & fes fingularitez 140.141
Eftat populaire blafmé de tous les grands perfon-
nages t 676
Eftat populaire débordé en toute licence 679
Eftat Ariftocratique comment diffère de la Mo¬
narchie , 2^4
Eftat des Princes defefperez comment peut eftre
afTeuré . ^45
pour former vn Eftat, ilfe faut accommoder au
naturel des fugets 5[7
Eftat Royal gouuerné harmoniquement, eft le
plus feur Ôc le plus beau 75i*755
Eftat des Lacedemoniens fimple, & non compo¬
fé 221
Eftat des Pharfaliens l’vn des plus floriflans de la
Grece 2^5
Eftat de Rome fimple,& non compofé 223. il eftoit
populaire t j 224
Eftat Romain HeuriiToit au teps de Papirius cur-
for 4°6
Eftat de France eft fimple , ôc pure Monarchie
22 6Eftat de Gennes,& changement d’iceluy 688
Eftat de Venize fimple, ôc non compofé
225enmatiered’Eftat,celuy eft maiftre delà Repu¬
blique , qui eft maiftre des forces 414
Eftats de diuerfes villes,pays,& Republiques 257
258.ÔC cæt.Eftats populaires, ôc Ariftocratiques ne meurent
point 92és eftats populaires & Ariftocratiques la plus fai¬
ne partie eft vaincue par la plus grande : ôc en la
Monarchie au ^contraire 69 2Eftats populaires pourquoy ont plus d’hommes
illuftres,queles Monarchies 565Eftats populaires ^entretiennent par les guerres
contre les ennemis 4X7Eftats populaires par quels moyens maintenus398]^a fin des Eftats populaires eft, de bannir la ver¬
tu 677
reigle des Eftats populaires 682Eftats de la Republique ottroyezàla vie,chofe
fort pemicieufë 459.450Eftats Amphitiomques de toute la Grece 82
Eftats grands , Ôc petits anciennement à Rome230Eftats ÔC offices à qui ôc comment doiuent eftrediftribuez578Eftats la plus part changez au mois de Septembre
438.439Eftats changez pour peu de cas 423Eftats ruinez par l’impunité des mefehans 513
Eftats populaires fe changent ordinairement en
Monarchies 4^Eftats à qui apartiennent en propriété 354
Eftats Romains en autorité de qui tenus
368Eftats du peuple rendent la Royauté bien afleu-
rée 399Eftats pourquoy, & à quelle fin doiuent eftre te¬
nus 399
Eftats ne diminuent en rien la fouueraineté du
Prince ^
Eftats de l’Empire font par deffus l’Empereur
259Eftats de Rome comment tenus 460Eftats annuels quels dangers ôc inconueniens ap¬
portent 462
Eftats toufiours hays des tyrans 398
Eftats reformez par le moyen delà cenfure 609
Eftats n’ontaucun pouuoir de rien decerner, ny
commander,ny arrefter 138
Eftats de France comment tenus , ôc comme le
Roy, ôc fes fugets Py comportent 136.227
Eftats combien couftent au Roy deFrance 399
Eftats de France,d’Efpagne,& d’Angleterre, com¬
ment aïïemblez 138
Eftats deFrance, d’Efpagne, ôc d’autres Royau¬
mes font fugets, ôc en la puiflance du Prince
137l’image du Roy ôc des trois Eftats conformes à la
nature 756Eftats des finances du Royaume de Perfe 627
des Eftats , communautez , corps, ôc collèges3SlS. Eftienne, premier Roy de Hongrie, couronne
par le Pape 178Eftoiles quelle puifTance ont fus les hommes436Eftoiles n’ont puiffance fus les hommes fages
449des Eftoiles tant fixes , que erratiques 434435Eftoile, marque des archers de la ville de Paris,
qui eft l’ordre S. Oiian j67Eftranger en quoy diffère du citoyen, efclaue , ôcfuget 51Eftranger n’eft point receu pour citoyen, ny ail
nombre des amis,ny alliez 5JEftranger Efpagnol , fils d’vn François, adiuge
bourgeois naturel de Bordeaux ^6Eftrangers comment différent des fugets 67Eftran-
DES MATIERES.Etrangers appeliez anciennement hoftes &enne-
mis 51Eftrangers comment,& à quelles conditions faits
citoyens d’vn Prince eftranger ^ 65.66Eftrangers par la loy de Solon, ne pouuoiét auoir
droit de bourgeoifie, fris n’eftoient bannis de
leur pays 61Eftrangers dangereux en l’Ariftocratic 420Eltrangers voulans commander au pays d’autruy,
f’expofent au danger 724Eftrangers plus forts fefont maiftres de ceux, qui
les appellent au fecours,exemples 599Eftrangers retenus malgré eux en Tartarie, Mof-
fcouie Sc Ethiopie,& faits bourgeois 63Eftrangers mourans en Lituanie, Mofcouie,&
Tartarie,leurs biens font confifquez 69Eftrangers tous receuz bourgeois à Athenes, par
l'ordonnance de Thefeus 65.57Eftrangers dix mille à Athenes 420Eftrangers à Vemic cent pour vn naturel citoyen
420Eftrangers ordinairement gardes des Tyrans
465Eftrangers marchas quels priuileges ont cn Frâce69Eftrangers comment naturalifez cn France69Eftrangers quels biens peuuent acquérir, Sc com¬
ment en peuuent difpofer en France, & ailleurs68.69Eftrangers fe retirans hors deFrancr, perdirent le
droit de bourgeoifie 66Ethnarques Sc Tetrarques quels Princes 187
Euagoras fait Roy deCypre parles Atheniens
61Euefchéde Cremone vendu vingt mille ducats
631Euefque de Mets en la protetion de l’EmpireEuefque de Valence a efté quinze fois Ambaf-
fadeur 188Euefque de Florence fagement appaifa le peuple
efmeu 508fil’Euefque eft collègue 385Euelques quelle puiffance ont en Iuftice
307E uefques ont puiffance de chaftier les chanoines
384Euelques quelle puiflance ont cn la République35?Euefques quelle iurifdition ont 325Euefques exemptez de la puiflance paternelle 26.
27Euefques nc font tenus de refpondre par deuant
les officiaux, ou vicaires généraux des Arche-
uefques 375Eumenés pourquoy entra au Sénat de Rome auec
le bonnet ^Eumenes,Roy de Pergame, affranchi du peuple
Romain ^Eumenés n’ayant plus qu’vn chafteau ^neant-moinsne vouloit recognoiftre plus grand que
foy ^ 186Euxithcnés bourgeois d’Athenes 68Exceés retranchez par les cenfures 616Excommunication du Pape furies Princes hereti.ques,Sc tyrans
Excommunication iadis donnee par les Drui¬
des Gaulois contre les rebelles, Sc defloyaux
82Excommunication des Druides contre les Roys
& Princes de la Gaule 614Excommunication contre les adultérés 17Excommunications,& cenfures Ecclefiaftiques
font trembler mefmes les tyrans a Roys Sc Em¬
pereurs 614615
Excommuniez nc tenans compte de la cenfure
contre eux gettee,comment Sc par quelles voy-
es peuuent eftre pourfuiuis 616
Exemple du fouuerain guide tout le peuple
480Excmplum malum habet aliquid ex iniquo, quod
publica vtilitate compenfatur 391392Exilez par honneur à Argos, Athenes ,& Ephefe
424Exprefla nocent,nonexpreflanonnocent 369FAbius Gurgcs eftant Conful, Sc rencontrant
fon pere,luy commanda delcendre de ton
cheual 29364Fabius pour quelle caufe Paquift le nom de grand
51Fabius liure aux ennemis pour faire mourir, pour
auoir offenfé leurs Ambafladeurs 123Fable des membres contre lfv entre rallia le peu¬
ple Romain 5*7
Fabricius ayant renuoyé le medecin au Roy Pyr¬
rhus , qui promettoit l’empoifonner, refufa la
moitié de fes Royaumes 593
Fations plus dangereufes en TAriftocratie Sc dé¬
mocratie,qu’en la Monarchie 505
Fations toufiours pernicieufes en vne Republi-
que 495
Faim, fupplice des condamnez à mort aux Ro¬
mains 528
Faim des pauures attire les maladies populaires48Faitneans chaflezdela Republique par le moyen
de la guerre 587Faitneans fuccent les villes , comme guefpes le
miel des abeilles 48Familiarité du Prince trop grande le rend côtem-
ptible 482Famille vient à famulis Sc famulirio 35Famille n’eft accomplie fans la femme 8Famille n’eft pas faite de la maifon 52Famille peut eftre faite de trois perfonnes, fans
le chef 8Famille eft entierement accomplie de cinq per¬
fonnes, outre le chef Sc fa femme 8Vu ij
TABLEFamille eft le Fondement de toute Republique49Famille bien conduite eft la vraye image de la Ré¬
publique ^ 8.682
Famille eft la vraye fource de la République 8
Famille, fource &origine de toutes communautez3SlFamille peut eftre fans cité , non au contraire49 ,chefde Famille,deuant qu il y euft Republique, a-
uoit puiflance de la vie ôc de la mort fur fa fem¬
me,& enfans 49
Famille,college,& Republiquecomment differét
381Famille en quoy différé de la République 12
Famille eft renuerfee où la femme commande au
mary 7^Familles feigneuriales diuerfes, vfans de diuerfes
couftumes 13Familles bien reglees, piltiers de la RepubliqueFamine prend toutes villes,tant fortes quelles
puiffent eftre 581Farces pernicieufes à toutes Republiques 611.611Faftes des Romains ne peuuent mentir 447
raftes d’Onophre véritables 447Faueur qu’on donne aux mefehans , principa¬
le cawfe des ruines des Republiques 563
rauorin loua grandement la fieure quarte
496Faur ôc Ferrier, les plus dignes Ambaffadeurs qui
furent onques 188Fauffaires comment punis 744745Faute en guerre ne fe peut amender 365Fautes notables,que plufieurs font au gouuerne¬
ment des Republiques 465
Fauxtefmoins comment punis 745
Fauzara,ville de Fez,fouftint fept ans contre le
fiege du Roy de Maroc 584
Federic Barberouffe Empereur, fift publier les li¬
ures des loix Romaines 150
Félicité de l’ame inférieure où gift 4
Félicité humaine meflee d’a&ion&: de contem¬
plation 4
le plus haut point de Félicité humaine gift en
fageffe 4
Felicicé de l’homme,& d’vne Rep. en quoy confi¬
fte 4
degrez de Félicité és Republiques 7
Femme ôc homme mariez légitimement, font l’o¬
rigine delà focieté humaine 15
fans la Femme la famille n’eft accomplie 8
obeiflàncedelaFemmeaumary plus grande que
toute autre chofe 19
batre fa Femme fans caufe extreme,eft facrilege19Femme par qui premièrement repudiee à Rome19Femme,qui contraignit l’Empereur Adrian de luy
faire Iuftice 479Femme, qui fe noya pour fe venger de ceux
qui la vouloyent auoir en mariage par forceFemme, qui efpoufa trois Roys, & les tua tous
troisvne Femme à dix ou vnze hommes iadis en An¬
gleterreFemmes annobliffans les homesen certains530paysFemmes roturieresannoblies parleurs maris no-
bles 2oFemmes Champagnoifes pourquoy eurent priui-
lege d’anoblir leurs maris
Femmes doiuent obeiflance aux commandemens
de leurs maris,fils ne font illicites 1($Femmes desDaces,maiftreJires, ôc dames de leurs
maris ^Femmes doiuent modérément eftre chaftiees par
leurs marisGaulois ôc Lombars ôc Romains iadis auoient
puiffance de la vie & de la mort fus leurs fem-m£S , , 17.23Femmes en quels cas peuuent demander fepara-
tion enuers leurs maris 18. ôc pourquoy elles
peuuent eftre repudiees ^haine entre le mari & la Femme ordinairement eftcapitale jg-Femmes reprouuees de tous peuples anciés pour
commander y20Femmes commandans,quels inconueniens apor-
tenc à la Republique jlzFemmes tenat la fouueraineté,la Republique pert
fon nom ji&Femmes ne doiuent entrer au Sénat 718Femmes maiftreffes en vne Republique, eft male-
didtion de Dieu 718Femmes en iugement doiuent toufiours eftre
moins punies que les hommes 744Femmes &hommes tropgriefuement punis à Ve¬
nife 744
Femmes pour quels cas pouuoyent eftre tuees par
leurs maris — 15
Femmes adultérés peuuent eftre tuees par leurs
maris,fans authoriré du Magiftrat 17
Femmes adultérés comment punies en Ægypte
i?les Roys de Perfe auoient toufiours des harats de
femmes, le Roy des ifles nouuelles en auoit
quatre cens,celuy de Gilo fix cens, Ôc Surenus
général des Parthes,dix mille 530deux Femmes,qui portoient deux trefgroffcs fuc-
cefïîons pendues aux deux oreilles 555Femmes ôc hommes fe baignent pefle mefle en
Alemaigne, fans aucune deshonnefteté
531Femmes haïes des peuples Septentrionaux 530
le Roy des ifles nouuelles auoit quatre cens Fenî-
mes ( 53-°Femmes , qui vouloient empoifonner leurs ma¬
ris, executees à mort au nombre de foixante ôc
dix *9Femmes
DESMATIERES.Femmes yurongnes ordinairement font adultérés
17Femmes Maffiliénes,qui auoiét beu du vin,tuees
parleurs maris 17Femmes dilfoluës, ennemis mortels des cenfeurs
609Ci les Femmes eftoiét communes,quels maux exe-
crables necelfairement aduicndroient 11Ferdinand,Roy d’Efpagne,faid Roy de Grenade,
ôc de Nauarre,& pourqifoy,&: par qui 166
Ferdinand d’Aragon chafîà les mores d’EfpaigneFerdinand d’Aragon par quel moyen vola le Roy¬
aume de Nauarre 96
Ferrare Duché tenu du Pape 168
Feftins comment doiuent eftre faits, &quel ordre
on y doit tenir 730
Feftins des feftes des Hebrieux comment celebrez383Feftins des premiers Chreftiens pourquoy appel¬
iez jFiancee n’eft fubiede au fiancé 15Fiancé rauüfant fa fiancee,doit eftre puny 15
Fides mala non diuturna 88Fiefs où,& quand prindrent origine 159Fiefs combien anciens j54Fiefs iadis eftoient benefices donnez à vie 236.237
Prince fouuerain védant ou donnant vn fief, n’eft
réputé vendre,ny donner la iurifdidion 377
Fieure quarte loüee parFauorin 4^6Fieures quaEtes familières aux Méridionaux
53*Fille mariee demeure en lapuifTance de fon pe¬
re , non du mary , félon les loix Romaines
J5Fille d’vn Proconful, qui portoit fus elle cn ha-
• bits vaillant trois millions d’efcus 555Fille, qui allaittoit fon pere condamné à mourir,
obtint fa grâce 24Filles nommeesl’huidiefmeiourde leur naiflàn-ce 445Filles deboutees de la fucceflion des appennages
deFrance 7I(jFilles heritieres mariees aux plus riches, font que
les biens font inégaux
Filles heririeres deuoyent par la loy de Dieu,
efpoufer les plus proches de la famille
554Filles par la loy de Dieu ne fuccedoient,frl y auoitdes freresFilles de France n ont rien que par aflînat 167
Filles adultérés peuuet eftre tuees par leurs peres
auec leurs adultérés
Fils,ne fignifié l’enfant adopté 33Fils inceftueux tué par fon pere 22Fin de la chofe propofee cogneue, combien v-
tile jFin principale de la Repub.bien ordonee, <rift aux
vertus contemplatiues 7Finances font les nerfs de la République 617
eltac des Finances 'de la referuation des Finances 652puiflance de difpofer des Fihaces, eft lvn dés plus
grands points delà majefté j0Zfept moyens de faire fonds auz Finances <17
623 5Finances par quel moyen peuuent eftre bien em-
PIo>’ees J 645Finances ruinées par l’intereft ' 642FinancesdeFrancefous Charles 6. 7. & Loüys n.ôc Charles 8
eftat des Finances deFrance au temps de Charle 6va9 63T1 eftat des Finances du Royaume d’Angleterre622Finances des Romains ^Finances du Turc comment ordonnées, ôc admi-
niftrees 624Finances de Turquie, de Florence, & d’Athenes938receueurs des Finances par quelmoyen peuuent
eftre rendus loyaux 656Finefle de Themiftocle enuers le Roy de Perfe105Finelfes defcouuertes entre les Princes, font bien
fouuent les amis ennemis 105Fifcus ôc Ærarium comment différent 620du Fifque & confifcations
Q^Flauinius fift tuer fon efclaue pour complaire
à fon bardache,qui difoit n’auoir iamais veui
tuer homme ^8Flandre, membre de la couronne deFrance 162
Flateurs au tour dvn Prince, chofe dangereufe
35)7.398.469Flateurs,pippeurs des Princes 487Flateurs des Princes aident beaucoup à faire tour¬
ner les fugets aux vices du Prince 481
Flateurs des Princes , font les fangfues de cour
574Flateurs du grand Alexandre, Ôc du Roy Alphons
imitoient ôc contrefaifoyent leur col tors 481Fleuues du mont Atlas fortent tous vers le Septé-
trion j2£Fleuues perdent leur nom en l’amboucheure de
la mer 367Florence,duché tenue de l’empire 170Florence eft en eftat populaire 202Florence a enduré d’eftranges changemens en fon
eftat,& belles hiftoires de ce 418Fœderisfub vmbra latetferuitus 93Fœderum tria généra 77Fœlicitatis eftpofte quantum velis, ôc magnitudi-
nis velle quantum poflîs 150Foy eft le feul fondement ôc appuy de Iuftice
101Foy ôc hommage qu’eft-ce 155Foy ôc hommage eftre feruitude d’efclaue 162
Foy ôc hommage par quelle forme ôc folénité doi¬
uent eftre faids 161
Foy & hommage du vaffal ne peuuent eftre acqui-
tez par procureur
qui tient à Foy & hommage d’autruy?ne peut e-
ftre Roy ny fouuerain Z43V 11 iij
TABLEFoy & hommage des vaflaux n’eft iamais preferi-
te contre leurs feigneurs 159Foy ôc hommage ne fe preferit iamais 171Foy la plus force,eft celle,qui eft ratifiée par allian¬
ce 87
Foy des alliez 101
Foyexadementgardee par les Romains,parles
Grecs au contraire 125
Foy eftroi&ement doit eftre aux Ambafladeurs
I23Foy des luifs gardee à l’endroit des Chreftiens107Foy donnee aux brigans doit eftre gardée 110
fil faut garder la Foy aux ennemis des Chreftiens
Catholiques 106Foy ne deuoir eftre gardee à celuy, qui a manqué
de foy 105.107Foy du Prince ne doit eftre tenue à Ton fuget re¬
belle in
Foy non gardee aux heretiques 106
Fol en fe taifant,réputé fage 483
Folie, nômmee la maladie de faint Vitus,guerie
parinftrumens de mufique 529
Fondement peut eftre fans la maifon,non au con¬
traire 49
Fondement principal de toute Republique 115
Force a donné origine aux Republiques 50
Force,premiere fource des guerres 49
qui eft maiftre de la Force, il eft maiftre des hom¬
mes , des loix , ôc de toute la Republiquela Force de la loy gift en ceux,qui ont le comman¬
dement 350
Force des loix gift à commander 349
Force ôc crainte font deux mauuais maiftres pour
maintenir vn eftat 413
de Force ne faut vfer pour attirer le peuple à la re¬
ligion 510
Force eft propre à executer, prudence à comman¬
der 535
Force Ôc violence en horreur aux loix 361
Force du commandement gift en la crainte 350
Force eft le droit des voleurs 150
qui eft maiftre des Forces, en matiere d'eftat,eft
maiftre delà Republique 414
Forterefle la meilleure d’vn pays,& d’vn Prince,
eft l’amour des fugets 580
Fortereffes combien neceffaires autour des villes583fi les forterefles font vtiles au tour des villes 579,
580Forterefles les plus puiflantes ne peuuent longue¬
ment refifter aux machines,artilleries,ou à la fa¬
mine 581
Forterefles ou citadelles propres pour afleruir vn
peuple 589.590
Fortifications quelle vtilité apportent 647
fil eft bon Fortifier les villes 579
Fortuit rien eft en ce monde 429
cas Fortuits en confeil perilleux, ÔC comme on fy
doit comporter 299
Fortune iamais introduitte aux confeils desDieux300les trois Foudres de Iupiter que fignifient 489
France abonde de minières inepuifables 632
France comment a tenu fi long temps fon eftat
entier _ H0en France l’art militaire aufli neceflaire qu’en lieu
du monde ^7en France iuftice a efté fincerement adminiftree,
ques autres pays
France ne pouuoir eftre interdite par le Pape
183 FFrance comment f eft toufiours garëtie de la fub-ie&ionduPape I81France pourquoy pleine deprocés
le Roy de France porte la couronne de gloire par
deflus tous les Roys 188le Roy dc France comment couronné, Ôc les folé-
nitezy gardees
le Roy de France ne tient rien de l’empire 173.174
le Roy eft par deflus fes eftats
Roys de France pourquoy inuiolables en leurs
perfonnesRoys de France fouuerains Monarques 256
Roys de France,les plus grands Monarques de
toute la Chrefticnté yjGque iurent ôc promettent les Roys de France, ve-
nans à la couronne 135Roys deFrance apres le Pape ôc l’Empereur ob¬
tient la prerogatiue d’honneur entre les Princes
Chreftiens 188Roys de France, anciens prote&eurs de l’Eelife
l87Roys de France combien charitables enuers les
pauures 646Roys de France n’eftreeletifs 706Roys de France ne fe monftroient iadis qu’vne
fois l’an 484le Royaume de France n’eft point déféré par heri-
tage ^ * 153le Royaume de Frace tranfporté au Roy d’Angle¬
terre par accord 167
le Royaume de France excommunié 183
François belliqueux,choleres, adtifs, prompts, Ôc
diligens à toutes actions 526
François ont l’efpnt vif à faire routes chofes 541
François trop atifs,& foudains en leurs affaires,
& accords 525
François adoucis par la mufique 443
François fideles fugets à leurs Roys 182
François en eftat fimple,& pure Monarchie nS
François 11e font point en la puiffance du pere
27François n’ont entr’eux aucuns efclaues ou ferfs
43François propres à plaider 53$François pourquoy tondus 481François Ôc Efcoflois demeurent en bonne allian¬
ce ôc amitié par l’efpace de trois cens ans ni
François mis en route,& leurRoy Iean pris par les
Anglois 45 9François vaincus,& chaflez du Royaume de Na¬
ples JI3
DES MATIERES.Françoys partent en Efpagne pour faire les ouura-
aes,& a étions ordinaires,tellement que l’Efpa-
ene n’eft quafi peuplee que dfe François 526
François paffans en Efpagne, deviennent langui-des , ■ j ' • 521
François perdent plus aux traittez de paix,que parguerre 525François 1. Roy de France, prifant les gens de lça-
uoir, remplit fon Royaume de toutes bonnes
fciences 48°* 48*François premier,Prince excellent & magnifique
régna 32.ans 651François i.f eftant fait tondre pour vne playe,qu’il
auoit en la tefte, incontinent tout le peuple fe
fift tondre 48rFrançois 1. Roy de Frâce,eftant prifonnier, fut fur
le poind de refigner fon Royaume à fon fils aif¬
né _ 42^
François 1. Roy de France , eftant prifonnier, à
quelles conditions deliuré 102
François i.Roy dc France,defye l’Empereur Char-
le le quint en combat,&pourquoy 104
François i.Roy deFrance, contraint de quitter la
fouueraineté de Flandres 162
François 1. fur l’aage deuenant auftere ôc peu ac-
ceffible, les flatteurs fanguifugues quittèrent
la cour 574
Fraries d’où&pourquoy ainfi dides 382
Frayeur tourmente les tyrans plus cruellement
que mille bourreaux 260
Freres Ôc feurs prefque caufe de tons les procès 25
Froton,Roy de Dânemarch,vouloit que tous dif¬
ferens fuflent vuidez au combat 532
Fugitifs coulpables doiuent eftre renuoyez à leur
Princenaturel 380
Fuluius fift mourir fon fils,pour auoir confenty à
la coniuration de Catilina 25
Furie propre aux peuples Méridionaux 518.515)
Furieux du Midy parlent plufieurs langues, pref-
chent,ont vifions terribles,& font polledez des
malings efprits 525)
Furieux guéris parinftrumens de Mufique 529/'"'i Âbelledu fel,d’où a pris origine 635Vjle mot de Gabelle venu deiauelle 635)Galaad,montaene de la Paleftine,comment fituee
542-543Galba fucceda à Néron à l’Empire 31Galba Emp.tué, &fes meurtriers punis de mort262Galeace 11.&Barnabé freres,nourris enfemble des
le berceau,tous deux bânis en mefme lieu, tous
deux eftablis vicaires de l’Empire, ôc toufiours
compagnons d’armes,à la fin Galeace fift mou¬
rir fon frere,& tous fes enfans 717
Galliacaufi dicos docuit facundaBritanos 535
Gaoga quand,côment, ôc par qui érigé cn Royau¬
té 50
Gaulois Celtes amoureux de leur liberté,& diffi¬
ciles à dompter 46Gaulois ont l’efprit fort gentil, prompt, ôc docile541 .Gaulois ont l’efprit efmeu,& turbulét,à caufe des
vens violens,qui y foufflent ordinairement 539
540Gaulois addoueis par la mufique 445Gaulois plufqu hommes au commencementd’v-
nebataille,&fuslafin moins que femmes 524
Gaulois iadis liguez enfemble, auoyét eftats tels,
que les Amphidioniques de la Grece 8z
Gaulois anciens pourquoy mettoyent en picque
les grands feigneurs les vns contre les autres
474Gaulois anciens auoient puiflance delà vie &de
la mort fus leurs femmes ôc enfans 174avne légion de Gaulois nommee la loüette, afran-
chie de payer tailles 60Gaulbis anciens facrifioient des hommes 37
Gaulois prindrent Conftantinoble, ôc y eftablirét
le Royaume de Thrace 433Gaulois bruflercnt la ville de Rome 585Gaulois faids bourgeois Romains 58Geans Patagones à prefent és Indes 522Gendarmes comment empefehez qu’ils nevolet,
ôc pillent 646Gendarmes Carthaginois fereuoltcrent par faute
dc payement 501Gennes foubs quel eftatgouuernee 266l’eftat de Gennes,& changement d’iceluy 688
Gennes tenuedel’Empire 170Genne tenue du Roy de France 169Genneuois appauurirent les Venitiens par leurs
vidjtoires 67Genneuois appeliez tributaires du Turc 186
Genneuois alliez auec le Turc 106Genefue exemptee de la protedion des Bernois
116Genefue changee de monarchie Pontificale en A-
riftocratie,& de fon eftat 267Gentilshommes fugets de prendre les armes pour
la deffenfe des autres 61Gentilshommes quelle puiflance auoyent iadis en
la Republique dc Rome 230Gentils-hommes diuifez dangereux en l’Arifto-
cratie 422Gentils-hommes ruinez par le moyen des rentes
conftituees 550Gentilshommes defaids , l’eftat fe change en Dé¬
mocratie 421.422
Gentilshommes de France prefque tous tuez à
Fontenay par guerre ciuile 422
Gentilshommes de Suifle tous exterminez 283
Gentilshommes n’ont pointplus de preeminence
en Suifle que le menu peuple 57
Gentilshommes de Hongrie ôc de Pologne iugez
queparleRoy \ 487
Gentilshommes Anglois ôc EfcofTois n’oferoyenc
f’abfenter du pays fans congé 64
Geometrique proportion qu’eft-ce 725)
Geometrique proportion en la diftribution des
offices 7 54
Gepites venus du Septentrion 522V u iiij
TABLES.George,patron des Cheualiers d’Angleterre 568 125
George"Prefchon,efponge du Roy de Suede, mis
à la fureur du Peuple 260George Prefchon,inueteur de nouueaux fubfides
executé à mort 63 5George,capitaine des rebelles,mangé toutrofty
par fes foldats ayans ieufné trois iours 527
Gerbo îfle & Royaume , où il y eue plus de fix
Roys tuez en moins de quinze ans les vns par les
autres 717Geta tué par fon frere l’Emp.Caracala 343Gibet,eft le fuppliceleplus infâme, & maudit par
laloy de Dieu 742Gibet blanchi par le commandement de l’Emp.Galba 743Gibets ne font drefïez que pour les beliftres, pro-
uerbe commun 587Gloire des Princes ne gift qu’en obeifTance 227
Godefroy de Bouillon conquefta le Royaume de
Hierufalem,&de Surie 179Gonfalonier pourquoy en horreur à Florence 246
Gonfalonier eftoit le fouuerain magiftrat des Flo¬
rentins 414
Gonfalezichef des rebelles,eut la tefte tranchee 4G
Gorgonides,ifles tenues du Pape 166
Gofen abbaye rient vingt cinq villages en tiltrede
fouueraineté 177
Golfe,ifle prife par le Turc, & les habitans Chre¬
ftiens emmenez efclaues 46
Goths venus du Septentrion 522
Gouuernement du pere& des enfans en quoy gift
21Gouuernement de la famille en quoy différé de ce¬
luy de la Republique 11.12
Gouuernemenr de la Republique à quelles gens
doiteftre baillé ^684
Go u uernement en gênerai depend de bien fçauoir
commander ^Gouuernemenr de République par forme Geome¬
trique 753
Gouuerneurs de Repub. doiuent eftre eloquens,
bel exemple 514
Gouuerneurs de Republique font ordinairement
deux fautes 4^
Gouuerneurs de Republiques en quoy doiuent
imiter Dieu 4^C. Gracchus tué à la pourfuite de la IoyAgraria
552Grâce ne peur eftre donnee parle Prince de la pei¬
ne eftablie par la loy de Dieu 210
Grâces comment,& quand peuuet eftre ottroyees
210.211lettres de Grâce comment doiuent eftre dreflees &
examinees par les iuges zuGrand maiftre de Francemarche après leConne-Æ.L I. rftable37^Grece eftoit toute comme vne Republique, com¬
bien qu’elle euft toutes fes Republiques fepa-
ree 82Grecs en pure Anarchie 701Grecs libres,& les Barbares efclaues 234Grecs infradeurs de foy,les Romains au contraireGreffiers,miniftres des magiftrats
Gregoirc Pape, le premier qui fappella, l’efclaue
des efclaues de Dieu
Grenade,Royaume tenu du Pape
Grifons naturellement fiers & orgueilleux 517
Grizons comment liguez
Grifons font en eftat populaire 2QZGrifons fous gouuernement Démocratique 280Grifons tenans leftat populaire, ne faifemblenc
que de deux ans en deux ans
penfions des Grifons ^gGrombacho capitaine Aîeman, codamnéd’auoir
le cueur arraché tout vif, & le vifage battu d’i-celuy 527Guerpque fignifie.&des droits dece iiGGuerre d'où a eu fa premiere fource 49Guerre plus vtilc q la paix à vn peuple mutin 589
Ja Guerre,eft medecinepurgatiue,& fort neceffai-
re,pour nettoyer la République de beliftres &
faitneants gGuerre iniufte,eft vraye voflerie & briganderie 3G
Guerre contre vn ennemy eftrager neceffaire pour.entretenu- vn eltat exempt de feditions 586
la Guerre n eftpas entretenuepar diete 6ij
à la Guerre on ne peut faillir deux fois 365la Guerre commentordonneepar leTurc 624
- fil eft bon entretenir la Guerre y7^Guerre contre fon Prince, & fon pays, iamais nepeuteftreiufte IOiGuerre fanglante pour vn edid l45Guerre Peloponefiaque dura2i.an 221Guerrefociale iureeparles Italiens ^8Guerrefunefte entre deux peuples pour la hure
d’vn finglier , 4^le droit de la Guerrela Guerre fuie des Venitiens comme la pefte 592
quelles gens inhabiles à la Guerre CoiGuerres quels maux apportent ordinairement 582
Guerres rendentles hommes farouches,& fauua-
ges,exemple - 540Guerres par l’authoriré de qui doiuent eftre encre-
prifes,&conduides 199.200Guerres des ennemis necefïàires pour entretenic
les eftats populaires 4yjGuerres ne doiuent eftre entreprifes par leRoy de
France,que par le confeil de fes cheualiers 143
Guerres & inconueniens du partage des Royau¬
mes 714
Guerres pernicieufes & fanglantes pour bien peu
de chofe 423
Guerres effranges aduenues par tout le monde en
vn mefme temps 441
Roys de Perfe denonceans la Guerre,demandoyée
l’eau & la terre 234
Guerres feruiles 40
Guerres ciuiles commencent le plus fouuet pour
chofes fort legeres,exemples 500
Guerres ciuiles pour auoir préféré le puifné à
l’aifn é 7ir
Guerres ciuiles dangereufes pour le mefprisdes
gens de bien 563es
DES MATIERES.és Guerres ciuiles filePrince, & le fuget fe doicioindre à l’vne des parties 495Guerres ciuiles doiuenc foigneufement eftre re-
tranchees dés le commencement 457en Guerre ciuile les mefehans craignent la paix,
comme la pefte 42.4cn Guerre ciuile fil faut fuiure l’vnc des parties 511
Guerres ciuiles euitees parla guerre concre vn en¬
nemi eftranger 586
Guerriers fanguinaires, ennemis des payfans dé¬
bonnaires 582
Guichard leNormand conquefta le Royaume de
Naples,& de Sicile _ 177
Guldres,duché cenu del’Empire 164
Fab.Gurges eftanr Conful, ôc rencontrant fon pe¬
re,luy commanda defeendre de fon cheual 29
Guynee, Royaume prefque tout occupé par le
Roy de Portugal 185
Gynecocratie d’où a pris origine 726
Gynecocratie quels inconueniens apportenr és
Republiques 722
Gynecocracie reprouuee de cous les peuples an¬
ciens 720HHAbits quocidiens d’vne fille d’vn Proconful,
valans crois millions d’efeus 5 55Hable de grâce pris par les Anglois,caufe d’Ap¬
paifer les croubles en France 586
Hacamim,fenaceurs des Hebrieux, ôc leur autho-
ritc 734
Haines incroduices enlaRcpub. par la commu-
naucé de biens 12
Hannon Carthaginois defcouuric les Ifles Made-
res 64
Hannon délibéra de faire mourir cous les grands
feigneurs ôc tout le fenat,aux nopces de fa fille
498Harangues quelle puiflance & vertu ont 513
Harangue de i’Emp. Tibere grauee en bronze à
Lyon 58Harangueurs de quel pays venus 533Harangueurs,pippeurs de peuple 487Harangueurs mutins dangereux,mefme au temps
des troubles 514.515Harangueurs Atheniens ôc Romains comment
differoyenc 518Harangueurs des grands feigneurs doiuenc auoir
penfion 618Harmonie fe faic d’accords diuers 11Harmonie ancienne de diuerfes efpeces, &dode
contemplation fur ce 444Harmonie du ciel merueilleufement melodieufe 5
Harmonie ceiefte défaillante, les republiques fe
changent 442Harmonie guerift la furie &fotife 529Harmonie fort conuenable au gouuernement de
leftat Royal y 52.Harmonie comm ent fe pere 443Harmonie de la Republique comment gaftee 442
Harmonique proportion definie 729Harmonique proportion approuuee par laloy dc
Dieu 751proportion Harmonique en la diftribution des
loyers 568Harmonique proportion en l’ordre du feftin 730
Harmofte, quel magiftrat iadis à Lacedemone
116Harmofte à Athenes auoit celle puiflance que le
didateur à Rome <593Haure de Grâce fondé par François ,Roy de Fran¬
ce,à prefent merueilleulemét peuplee, & pour¬
quoy 65
Haure de Grâce par qui fondé, & pourquoy en fi
peu de cemps fi peuplé 65
Hazardeux le plus fouuent le plus heureux atix ex¬
ploits 300
Hebrieuxfoubs quelle forme de Republique onc
vefeu 697
Hebrieux appelloyenc la côcemplacion , more pre-
cieufe 6
Hebrieux appellent & nomment les chofesfelon
leur propriété 9
Hebrieux errenceftrangement couchant le mon¬
de^ les Republiques 438
Hebrieux ne peuuent auoir efclaues de leur naciô
45.Hebrieux fortis d’Ægypte au nombre de fix cens
trente mille cinq cens cinquante portans armes604Helene,Royne deRuflie, feit enterrer, & brufler
tous vifs plus de cinquante Ambafladeurs, en-
uoyez vers elle 123Heliogabale,monftré de nature 573HeliogabaleEmp.enrichit les plus detcftables vi¬
lains,qui fuflent en tout l’Empire 577
Heliogabale,Empereur tyran, miferablemét maf-
facré 248
Heluetiens diuifez en quatre bourgs ou Cantons
54Henaut tenu delà couronne deFrance 161Henry à prefent Roy deFrâce,& de Pologne,quel
ferment fift à fa reception 136Henry 11. Roy deFrance, Prince fi doux & bénin,
que fa bonté endebta demeiurcement fon eftat
252Henry 2.Empereur vefquit en perpetuelle virgini¬
té auec fa femme 530
Henry,Roy de Suede,pour fa cruauté chafle de fon
eftat par fes fugers 116
Henry 6.Roy d’Angleterre côdamné par les eftats
à tenir prifon 139
Henry,duc de Pomeran, adopté par Marguerice,
Royne de Dannemarc,Nouerge,& Suede - 32
Herculés acquift merueilleufereputation pour a-
uoir la protedion des peuples affligez 116
Herculés Celtique trainoit apres foy les peuples
i enchainez ôc pendus par les oreilles auec chaif-
nes,quifortoyentdefabouche 514
Herculez alloit par le monde exterminant les mô-
ftres deTyrans 25 j
Heretiques Princes excommuniezpar le Pape 178
aux Heretiques foy non gardee 106
TABLEHéritages deuoir eftre partis également à vn cha- Homicides, & guerres ciuiles pour auoir préférécun 544 le puifné à 1 aifné ^Héritages defendus d’eftre aliener par la loy de deux Homicides,l’vn nommé Pater Nofter,l’autreDieu 553 Aue Maria *'Héritages alienez retournoient l’an cinquâtiefme Hommage eftre feruitude d’efclaue i 62aux maifons par la loy de Dieu 547 l’Hommage eft perfoncl l6oHermotimus,Roy de Parthe, auoit trois cesfem- foy Sc Hommage qu’eft-ce mmes,& fix cens enfans 9 Hommage par quelle forme & folennité doit eftreHerodes l’aifné,de fimple capitaine,eftablyRoy de faid ^Iudee à la faueur de Cefar & fes faids 410 forme d’Hommage fait par les Roys d’AngleterreHerodes, fils du capitaine Antipater, fift mourir aux Roys de France ü I(j0les 7i.luges des luifs,& pourquoy 698 foy Sc Hommage des vaflaux ne peuuent eftre pre-Heftiens perdirent ou changèrent leureftat pour lcrits contre leurs feigneurs j.»vn procez en matière de fucceflion 423 l’Hommage du feigneur rte fe preferit iamais 171Hibecnietenue du Pape 166 l’Hommeappellépetitmonde -jHibraym Bafcha efclaue, tue en dormant par fon 1 Home compofé d’vn corps mortel, & d’vne amefeigneur,craignant fa puiffance 718 immortelle qHieron,Roy de Sicile,Pnnce de grande vertu 409 l’Homme fage eft îamefure de iuftice 4Hieron eftimé le plus fage Prince de fon aage 450 l’Homme eft le plus fage de tous animaux, par ceHierofme de fuget deuint Roy de Sicile 409 qu’il eft plus chaud Sc humide,félon Cardan 5:1Hierofme,Roy de Sicile, tuépour auoir mefpnié l’Homme alechois du bien &du mal donné dele fenac 2.86 Dieu ^7Hierofme tyran mort, fes feurs cruellemenr de- Hommes diuifez félon les quatre humeurs dumembrees 260 corps ^Hierofme de Prague auec Iean Hus bruflé 106 Hommes diuifez felô les températures, & climatsS.Hierofme à quel aage mourut 445 delà terre ^Hierotimus,Roy des Parthes,auoitfixces enfans d’où prouientla variété de couleur aux vifages des546 Hommes ^Hierufalem rafee 74 ans apres lefus Chrift 437 Hommes différent de naturel félon les pays 518Hierufalem rafee par Nabuchodonofor,& puisa- peud’Hommes ferefïémblent 47près par Vefpafian 581 meurs de diuerfes nations d’Hommes 536Hierufalem prife le feptieme iour de Septembre Hommescogneus de quel pays ils font par la pro-'439 nonciation de mefmes mots 54$Hierufalem prife par Saladin au temps queVef- Hommes différent de meurs félon la diuerfité dcpafïan l’auoit prife 439 l air en chacune région 539Hierufalem conqueftee par Godeffroy deBouiliô Hommes doiuent pafler les femmes en fageffe ic179 vertu aoHierufalem feudataire du Pape 178 Hommes fages arreftent le cours de leurs contem-Hierufalem,Royaume tenu du Pape 166 plations enDieu 5Hippocrate & Ariftote accordez touchât le natu- Hommes fages non fugets aux influences celeftesrel des peuples 519 449Hippodamus legiflateur, diuifa fes citoyens en Hommes doux &paifibles fouuentesfois font latrois eftats 72 proye des mefehans 36Hippodamus,legiflateurMilefien,commâdaque Hommes premiers gouuernez fans loix 321les pauures efpouferoyentles riches 545 Hommes premiers aflociez à caufe des brigansHippotes refufans rendre le fuget fugitif d'autruy, 382fa,ids efclaues,& leur ville rafee 380 Hommes premiers n’auoyent point d’honneur nyHiftoriens de quelles régions ont efté 535 de vertu plus grâde, que voler, affecuir,& maf-Homar,capitaine des Alarbes , fe fift feigneur de facrer les hommes 50toutl’Orient, en donnant liberté aux efclaues Hommes premièrement aflugetis par Nimroth41.42 legrand veneur 50Homar, miniftre Mahometan, fe voulant faire Hommes quand Rappliquent principalement àRoy,arrachoit les enfans du ventre, & les de- contempler les chofes naturelles & diuines 5membroit fus l’eftomac des meres 528 Hommes de feruile condition affranchis en Fran-Homicide de volonté, Sc qui n’a peu tuer, mente : cc 44la mort 745 Hommes ne peuuent eftre vendus félon la loyHomicides comment punis 747 Chreftienne 43Homicides des Empereurs comment & par qui Hommes Méridionaux pourquoy fontabftinensfaits mourir 262 521Homicides Sc empoifonnemés pour les eledions Hommes Méridionaux pourquoy plus vindica-des Papes 709 tifs,Sc plus infenlez,que les autres 5i8Homicides de Princes vertueux 704 Hommes Septentrionaux belliqueux,violens,im-
DES MATIE RES.pudens,impitoyables, & fléaux du peuple de
Dieu 523Hommes Septentrionaux plus qu’hommes au co-
mencement delà bataille, ôc fus la fin moins
que femmes 514Hommes habitans és vallees efFeminez 535,Hommes des régions moyennes plus temperez
d efprit ôc de corps que les autres 522Hommes infulaires ordinairement trompeurs 539
Hommes du pays gras & fertile, ordinairement
poltrons,& couards 540Hommes de meftier inhabiles à la guerre 601
Hommes qui fe chaftrent par les veines parotides
fous les oreilles 530Hommes mangez &facrifiez iadis en toutes na¬
tions,& encores maintenant en quelques lieuxHongrie,Royaume tenu du Pape 166Hongrieaffugettiefoubs ombre de protection 89
Hongrie de quels troubles vexee pour le gouuer¬
nement 724
Hongrie penfionnaire,ou tributaire au Turc 89
Honneur Ôc vertu deïfiee à Rome 566
Honneur eft le feul prix de vertu 565
Honneur propoféfait ôc bouter,& fleurir les ver¬
tus {66
ialoufie d’Honneur entre les Princes eft ineuita-
ble,&: dangereux ' 89
prerogatiue d’Honneur entre tous les Princes
Chreftiens, eft deuë à l’Empereur 188
degrez d’Honneur entre les Princes alliez des Ro¬
mains 187
Honneur plus eftimé des Princes,que toute autre
chofe de ce monde 154
le plus haut degré d’Honneur eft, de pouuoir ce
qu’on veut: ôc de grandeur,de vo uloir ce qu’on
peut 150
Honneur des Princes ne gift qu’en obeiflance227
la prerogatiue d’Honneur n’a rien de comun auec
la puiflance yj5
beau tiltre d’Honneur des Empereurs de Conftâ-
tinoblel’Honneur plus recommandé à vn Prince qu’à vn
peuple 695Honneur tourne en contumelie, quand il eft ot-
troyé aux indignes 567l’ordre naturel d’Honneur & de vertu 567l’ordre naturel de vertu,& d’Honneur 567Honneur le plus haut,eftoit le triomphe, auquel
pouuoit afpirer ôc atteindre le citoyen Romain565Honneurs quand expofez en vente 631Honneurs par quels degrez obferuez entre les
Princes fouuerains 186Horaces nourris du public pour leurs vertus 577
Horofcopedu mondefait à plaifir • 435Horofcope d’vne ville n’eft fuffifât pour iuger d’v¬
ne Republique 432
Horofcope delà ville de Rome drefle par M. Var-
ronr 431
Horofcope de Conftantinoble trouué en la librai¬
rie du Pape 4^2.Horofcopes des villes fans propos recueillis par
Lucas Gauric
Hofpicauxordônez pourles pauures en la primi¬
tiue Eglife 42
Hoftés iadis appeliez eftrangers 51
Aul.Hoftilius Ædile demandant iuftice pour l’in-
iure a luy faiéte, renuoyé auec fa courte honte,
Ôc pourquoy ^6$
Huiétiefme iour delà naiflance heureux aux filles445Huiflîersjminiftres des magiftrats 332Humanité ôc courtoifie venue d’Afie 524Humbert Daufin affranchit tous les efclaues de
DaufinéHus auec fon compagnon Hierofme bruflé 106
Hyperbolus,le plus mefehant homme d’Athenes,
fut caufe que l’oftracifme fut aboly, pour ce
qu’il y fut condamné ^67Hyrcan,Roy ôc Pontife des luifs 698IAcob adopta Fphraim Ôc Manafle, fils de Iofep3°lacob le Patriarche combien vefquit 445laddus,grand Pontife des luifs,fagement réprima
la fureur du grand Alexandre, qui vouloit rafer
la ville delerufalem 508Ialoufie du tout incogneuë en Almagne 531Ialoufie extreme és pays Méridionaux 531Ialoufie ineuitable entre Princes égaux 703Ianot à mis en Iumiere le vray eftat de Venife 225
laques,Roy d’Efcofle,tué par les Anglois 439
Iean Pape priué delà Papauté par l’Emp. ‘ 181
Iean, Roy de France, pris le 17. iour de Septembre
435>Iean,Roy deFrance, fift tranfport de fon Royau¬
me au Roy d’Angleterre 167
Iean,Roy d’Angleterre, fefift vaflal du Pape, Ôc
pourquoy 17S
Iean de Nauarre condamné del’efe maiefté 183
Ieann.grand Duc de Mofcouie,Pefuanouiflbitau
feul regard des femmes 530
Iean furnommé, Digitoruma efcrit la donation
de 1 Italiefaide au Pape,par Conftantin 184
Iean Hus auec fon compagnon Hierofme, bruflé
106Ieanne d’Albret,Royne de Nauarre, citee à Rome179Iehu par le commandement de Dieu extirpa la ra¬ce d’Achab59Ieunefle incitee à vertu par honneurs & louange
honnefte 565.566à Ieunefle on doit pardonner en iugement 744
Ieunefle de Nymes entretenue au defpens de la
ville 408le grand cenfeur de la Ieunefle,appell é le Pædono-
me,ordonné par Lycurgue 611Ieufnes incroyables des Africains 534Ieux de Comedies,& de farces,pernitieux à toutes
Républiques 611.612Iezabel,femme du Roy Achab,par faux tefmoings
tablefift condamner Nabot de l’efe maiefté, pour
auoir fa vigne 560Iezabel,Royne d’lfraël,mangee des chiens 259
Ilienfes annoblis par leurs femmes ^ 20ilotes,ou efclaues de Lacedemone,tous affranchis
parle Roy Cleomenés - 41Ima^ede lame femblable au Royaume bien or¬
donné 756
Image du Roy ôc des trois eftats conforme à la na¬
ture 756
Images des Empereurs,refuge des efclaues contre
la fureur des feigneurs 39
Images des Empereurs, pieges pour attraper les
maiftres cruels enuers leurs efclaues 39
Image de l’Emp. Caligula mifeau temple de Ie-
rufalem>& ce qui en aduint 348
Imaüs,mont feparant Tartane de l’Afie 537
Immeubles defendus de Dieu d’eftre alienez par
aucun moyen que ce fuft 553
Impair,eft nombre mafle 442
Impairs ne peuuent eftre nombres parfai&s 445.
446Imperium en combien de fignifications feprend370Imperium merum queft-ce 351Imperium in magiftratibus Romanis, maieftas 111
populo,authoritas in fenatu 195Imperium plurium inutile bello 693Impieté extimee vertu & pieté parles hommes
deprauez 37Impofitions de trois fortesfurles fugets tyranni¬
ques 634
Impofitions des tailles quand commencèrent en
France213.quand, ôc parl’authorité de qui elles
peuuent eftre leuees 214
Impofitions nouuelles dangereufes,quand l’enne-
jny eft le plus fore 633
Impofts vtiles ,honorables,& neceffaires, quels
640Impofts par quel moyen peuuent eftre deument
egalez 606.607Impofts ne peuuent eftre leuez au plaifir du Roy138Impoft d’Efpagne appellé Seruice 626Impoft fur le vin arriuât en Angleterre ÔC en Flan¬
dres 630
Impofteurs de nouuelles charges mis à mort 635
Imprécations contre les infradeurs d’alliance 115
Impunité des vices en l’eftat populaire - 678
Impunité des mefchancetez,à caufe que perfonne
ne les pourfuit 559
Impunité des mefehans tire apres foy la ruine des
eftats 513
Impunité des magiftrats perpetuels 457
Incendiaires comment punis 748
Inceftes infinis des Atheïftes 611
Inceftueux ôc enfans procédez d’incefte reputez
abominables par toutes loix 28
Indiens horriblement cruels 528
Inégalité eft la principale caufe des feditions 457
Inequalité des biens eft venue par laloy teftamen-
taire 552549.550642Inequalité de biens prouientpar les filles heritie-
res mariées aux plus riches
Infamie ôc ignominie en quoy différent ^ 1
Infinité toufiours reiettee de toute fcience, Ôc do-
dri-ne ’Inimitié,fille de crainteIniquité eftrange de l’Emp.CaliguIa 4S8Iniures deuoir eftremifes en oubly par edid * i?
la loy d’Iniures changee par l’impudence de Nera-CC 745Iniures en Normandie comment punies 744Iniuftice des Lacedemoniens ^Infidiarum optimum remedium eft, fi non intelli-gantur 498Inftrumens de Mufique gueriffent les fots & fu¬
rieux 2 ;
Infulaires ordinairement trompeurs ^
Interefts des rentes conftituees pires quedes mo-
derees,& vfures,Interefts ruinent les Princes
Interrex quelle puiflance auoit 525Ioniens tenans treize villes commentliguez 84
Ioféph,Roy deMaroch,tua vn million de perfon¬
nes,pour la mort de fes Ambafladeurs 518
Iofué garda la foy aux ennemis,combié que deceu
par eux l0jIofué commanda au Soleil ôc à la Lune defarre-
fler 442Irenarches quels magiftrats 378Ifaac,Roy de Combut,print le Roy deGagao, ôc
le fift mourir,& chaftrer tous fes enfans , &tous
les Roys,qu’il print 528IfadaSjVaillantcapitainedeSparte, fiftgaigner la
bataille,combatant tout nud 583Ifles Occidentales trois fois plus grades quetou-
te l’Europe 36Ifles Occidentales pleines d’efclaues 43-5°Ifles Maderes defcouuertes par Hannon deCar-
thage 64Italie comment venue au Pape 175.17^Italie comment venue à l’Eglife Romaine 175.176'
tous les Princes d’Italie tiennent du Pape, ou de
TEmpire,ou deFrance 168fi l’Italie a efté donnee au Pape par Conftantin
184villes,ny potentats d’Italie n’ont fouueraineté 170
Italiens vfuriers,& ordonnances contre eux 644
Italiens immoloyent iadis les hommes 37Italiens d’ancienneté alliez aux Romains 58
Iubilé en fept fois fept ans célébré 445Iudj£iumfoluirur,vetanteeo,quiiudicareiuflerat
vel qui mains imperium habet 370Iudicia ôc décréta en quoy différent 357luge bon ôc vertueux quels bienscaufe à la Re¬
pub. 466^
luge nulpeutveftreenfonfaid 362
luges fages efleus par Moyfe 492
luges tenus degarder les loix 142
luges ne font côtraints de iuger félon le droit Ro¬
main H9
luges nefe deuoir départir de laloy, ores qu’eile
fuft inique,félon Carondas 734luges
DES MATIERES.luges fouuerains doiuent iuger félon la confcien-
cejnon T’attacher àla loy 737luges ne peuuenc reuoquer ce, qu ils ont pronon¬
cé auec cognoiflànce de caule 360
lucres des-particuliers font les magiftrats,des ma¬
giftrats l'ont les Princes , ôc des Princes ceft
Dieuluges criminels par tout le Royaume ae France
quand,ôc comment érigez 317luges du grand Caire quels font 467luges ne doiuent eftre diuifez en fadionsles^Iuges des luifs mis à mort par Herodes, fils
du capitaine Antipater 698Iuger,eft chofe haute & difficile ^ 45jzen Iugement on ne doit auoir pitié du pauure3Ô4Iugement fecret appellé c^cpuM.c«.(po£ioc 297lugemens des parlemens font au nom du Roy37 0Iugemés des cours fouueraines quelquesfois caf-
fez au confeil priué 301lugemens des Magiftrats corrigez les vns par les
autres 492.fi les lugemens doiuent eftre faids par les Roys Ôc
Princes 478Iugurtha adopté par Micipfa, Roy de Numidie31luifs foubs quel eftat de Republique ont vefcu697luifs captifs plus de vingt mille tuez,pour fçauoir
f’ils auoyent aualléleur argent 37luifs gardent leur foy promife aux Chreftiens 107
luifs auoyent du temps delefus Chrift, leur lenat
compofé de preftres ôc leuites 60luifs faifoyent circoncit leurs efclaues Chreftiens
ouPayens ’ 4 6luifs à quelles conditions foufFerts en leurs an¬
ciens priuileges par les Princes tant en l’Euro¬
pe & Barbarie 397
luifs pourquoy ôc par qui chaflez deFrance 46
luifs pourquoy chaflez de France, &d’Efpagne
398luifs bons efclaues 46luifs n’ont aucun efclaue de leur nation 45Iules 3.Pape,refpon d furieufement aux Cardinaux
qui l’a'uoyent efleu 577Iulian l’Apoftat gouuerneurde l’Empire d’Occi¬
dent,fe tenoit à Paris 56
Iulian l’Apoftat quelle chofe auoit en fonblazon
571Iulianj’Apoftat incite les Payés d’edifier des tem¬
ples à l’enui des Chreftiens ^.42
Iulian de Medicis fugitif, renuoyé à fa iuftice na¬
turelle,les poings & pieds liez 380
lupiter eftimé des payens eftre le grand Dieu 489.
lupiter a trois fouldres>&; ce qu’elles fignifiét 489
Iupiter domine aux peuples metoyens 536
Iurementdes Empereurs nouueaux 135
Iurement des Roys de France, venans à la courô-ne , T35Iurement du Roy Charle le Chauue entre luy
&fon frereven langue Romande 117.118Iurement de Philippei.qu’il fift à fon facre 135
Iurement de Henry à prefent Roy deFrance, ôc de
Pologne 136Iurement des Roys d’Angleterre à leur facre138du Iurement d’vn Prince defioyalonne doit fai¬
re eftat 116
qui Iure pour tromper ,fe moque de Dieu, ôc ne
craint que fon ennemy 101
Iurement des Magiftrats comment ôc pourquoy
fe fait 335>*340
plufieurs formes delurer 115
Iuri nihil tam côtrarium, quàm quicquam agi per
vim 348
Iurifconfultes neParreftent pas aux difeours des
Philofophes 35
Iurifconfultes de quelles régions ont efté 533
Iurifdi6tions de toutes fortes, lelon la diuerfité
des magiftrats 3z4.355.356
Iurildidion des Euefques,& Abbez 387.325
Iurifdidiondes Ædilés curulés 327. leur abus re¬
primé 328
Iurifdidion des maiftres d’efchole fur leurs difci-
ples 313
Prince fouuerain vendant ou donantvnfief, n’eft:
réputé vendre ny donner lalurifdidion 377
Iurilprudenceàpris origine és régions metoyen¬
nes 522
lus fenatum facere pofle , comment , f’entend
304lus familiare des Latins 13Iuftice,deefle aflife à la dextre du lupiter 14 5
Iufticeeft la fin de laloy 154Iuftice, eft la frontieredela Republique bien or¬
donnée 582
Iuftice appuyee par lafoy 101
Iuftice premiere ôc la plus belle,eft décommander
à foy mefme 14
Iuftice au Prince neceflaire en tous lieux, ôc tous
temps 479
Iuftice mefuree par l’homme fage 4
Iuftice toufiours redoutable 464
Iuftice d’vn Prince reluift lôg temps après fa mort
4 °9faire Iuftice eft la vraye Philofophie 480en Iuftice la qualité de la perfonne fort, confidera-
ble 740IufticedelaifleecaufedudefordredelaRepub. 6
Iuftice negligee en l’eftat populaire 678Iuftice des Romains 7Romains anciens maiftres delaluftice 110Iuftice mieux adminiftree par les Romains que
par les autres peuples 545Iuftice ne fieurift qu’en temps de paix 582Iuftice a efté plus fincerement adminiftree en Frâ¬
ce,qu’és autres pays 489
Iuftice maintenant deniee aux fugets 485
Iuftice paternelle eft vn trefleur fondement de loix
d’honneur,de vertu,& de toute pieté 24
Iuftice diftributiueou Geometrique du tout con¬
traire à l’eftat populaire 728
Iuftice Geometrique a de laquelle Dieu vfe auXx
TABLE4+armeegouuernement de ce monde 728Iuïtice harmonique,& iuftice comutatiue 727.733
Iuftice Arithmétique eft iniufte 738Iuftinian Emp.homme hebeté de fon fens 17
Iuftinian reftitua les afFrâchis enl’eftat d’ingenui-
téIuftin n.Empereur tué par le général defon411KKVez deMofcouie, Prince abfoluëment fou-
uerain 186KuezdeMofcouief’humiliant defarmé deuant le
Precop de Tartarie,fauua Ton peuple d’vne rui¬
ne ineuitable 593LAcedemone changee en Ariftocratie par vn
oracle 222Lacedemone quand & comment changee en eftat
populaire 428.429Lacedemoniens en quel temps fleurifloyent 406
Lacedemoniens magnanimes & iniuftes 7Lacedemoniens efclaues de leurs femmes 19.20
Lacedemoniens affranchis par les Romains
222 _Lacedemoniens prenoyent leurs Roys par fuccef-
fionde pere en fils 700Lacedemoniens combien de temps continuèrent
leur monarchie 232Lacedemoniens en eftat fimple, & non compofé
221Lacedemoniens en principauté Ariftocratique
256.198Lacedemoniens continuèrent leur Republique
cinq cens ans 222Lacedemoniens n’auoyét aucune iuftice,que l’vti-
lité publique 342Lacedemoniens raferent les murailles d’Athenes
&deThebes 589Lacedemoniens iadis viuoyent en commun 12
Lacedemoniens déboutez de la ligue Amphidio-
nique 82Lacedemoniens faids fugets des Acheans 83
Lacedemoniens n’exerçoient aucun art ny meftier
41Lacedemoniens tuerent en vne nuid trois mille
de leurs efclaues 41Ladrerie , maladie populaire aux Méridionaux
531Laiz de trente millions d’or, faids à Augufte 627
Lameth combien vefquit 445la Langue fainde a nome toutes chofes félon leur
propriété 20Languedoc,région bien temperee 524Languedoc agité devens violens, &c pour-ce les
habitans ont l’efprit efmeu, & turbulent 539.
540offres des eftats du pays de Languedoc 655Lapidation punition des adultérés 17Lapidation eft la plus griefue peine, félon les He¬
brieuxLargefles magnifiques des Roys anciens ennem¬
ies eftrangers 6i6
Larrons, ennemis mortels des cenfeurs 608609Larrons comment punis
Latrocinia nullam habere infamiam, quæ extra
fines ciuitatisfiunt gzLarrons faids efclaues,lefquels ils ont defrobé 43
Larrons efcorchez tous vifs à prefent en ÆgypteLatins quels fugets de Rome
Latins Iunians quels eftoyent
Latins eflifoyent les Roys de Rome pour capitai¬
nes de leur ligue 3^
Latins de quelles loix vfoyent iadis
Latins tenoient treize villes liguees, & feparees de
Republiques 3^
Laual quelle couftume obferue touchant fa fei¬
gneurie ^ 1}
Laudinia d’où vient,&que fignifié 154
Laurens de Medicis , monarque de Florence680Laurens de Medicis fift coucher fa propre feue
auec fon coufin,pour le tuer,& empiéterl’eftac412Ledore,colonie des Romains 45Légion de Bulgares voleurs, comment defaide
parleRoy Dagobert niLégions caflees en France,& combien d’hommes
contenoit vnelegion 597Legiflateurs de quel pays ont efté 333le premier des Legiflareurs eft Moyfe 733Legiflateurs nc doiuent faire mention des crimes
peu cogneùs nLéon Empereur furnommélconomaque, c’eft à
dire chafle image, tué par le peuple au temple
176Leonice a grandement erré touchant la fin du mo¬
de / 437-4#
Lepide defpoüillé par Augufte 42.233
Leiemajefté contre quelles perfonnes fe commet
I35,z57Letargie propre aux pituiteux 329Lettres patentes du Prince decombien de fortes
334-335Lettres parentes des Princes n’ont aucune force,
quependant leur vie 132.Lettres de commandement du Roy comme doi¬
uent eftre executees par la cour de parlement
344Lettres Royaux appellees Pareatis;&ietrres de iu¬
ftice abolies 378
Lettres de priuileges,ou de difpenfes pernicieufes346Lettres de grâce comment doiuent eftre dreflees,
& examinees par les iuges 211Lettres du Roy François aux Suifles 155Leude en langage lombard fignifié franc 154
Libéral arbitre en l’homme 37Libéralité excefllue d’Alexadre le Grand 576Liberté
DES MATIERES.Liberté naturelle eft, de n’eftre fuget qu'à Dieu
feulement *4Liberté quand ôc comment tournee prcmieremët
enferuitude 5°Lieures n’ont armes offenfiues 592Lieutenant général,& perpetuel d’vn Prince auec
p u iffan cea b toi u ë, neft pas fouuerain 128desLieutenans 375Ligue des P rinces contre la France 100Ligue des Acheans 82Ligue des treize villes Ioniques 84Ligue des Grifons 86Ligue de tous les Princes contre les Venitiens 98
Linacre à quel aage mourut 4 4 5Lituanie eft plus de deux cens lieues des limites
del’Empire ^ 174Lituaniens condamnent les criminels à fe pendre
foy mefmes 527Liuius le Saunier pourquoy emporta le triumphe
par de/fus Néron fon collègue 371Liure de Samuël de la maiefté des Princes3fuppri-
mé par les Roys 190le Liure du monde attribué fans occafion à Ari¬
ftote 483
Loy queft-ce 150
Loy ne fignifié autre chofe,que le commandeméc
du fouuerain 350
la Loy eftl’œuure du Prince: le Prince l’image de
Dieu 154
laLoy viue.eftle Prince 479
ce mot de Loy n’eft trouué en toutHomere321.733
Loy & équité en quoy différent 735
Loy,& le droit en quoy différent 150
Loyenquoy différédelacouftume 198
Loy de Dieu publiee premièrement que toutes
autres 733
Loy de Dieu eftre fainde ôc. inuiolable à tous peu¬
ples 23
Loy de Dieu eft par deffus tous les Princes du
monde 147
à la Loy deDieu les Princes font plus obligez,que
pas vn des fugets 145
Loy de Dieu retrenchee par la moitié par trois re
ligions 45
Loy de Dieu ne gift pas en mines 345?
Loy de nature nefe doit mefurer aux adions deshommes37tous Princes fugets à la Loy naturelle, félon Pin-dare150Loy plus ancienne, eft celle de l’obeiffance des en¬
fans enuers leurs peres ôc meres 23
la fouueraineté du Prince,apparoit principalemét
en donnant Loy aux fugets fans leur confenre-
ment 140
puiffance de donner, &caffer la Loy comprend
toutes les marques de fouueraineté 199
àlaLoy fouueraine le Prince fouuerain n’eft fu-T §CC , 147Loy emporte le commandement de celuy, quia
fouueraineté 131Loy on ne peut donner à foy mefme 133donnerlaLoy , eft la premiere marque de fouue-rainete j yjnuln’eftfugetàlaLoy,qu’il donne 360Loy eft le commandement du fouuerain touchant
tous les fugets en général 193qui reçoit la Loy, eft fuget à celuy, qui la donne
78Loy ne fut onques fi iufte, quelle ne fuft fugette à
plufieurs inconueniens 28.468la force de la Loy gift en ceux,qui ont le comman¬
dement 350
Loy, qui defend, plus forte que l’equité apparen¬
te 147
Ferreurcommun tenu pour Loy 339
la Loy pcutcaffer la couftume, mais la couftume
ne peut deroger à la loy 198
Loy des n.tables touchât les efclaues, pradiquee
és Indes Occidentales 48
Loy Salique doit neceffairement eftre gardee par
les Roys deFrance 136
Loy Saliqueen Sauoye 13
Loy,que fift faire S.Ambroife à l’Empereur Tlieo-
dofe 338.335?
Loy tref-iufte touchant les biens des condamnez
557Loy inuiolable des anciens Gaulois touchant les
magiftrats 459Loy pour ofterles peages des ports 622Loy generale à tous peuples,de n’auoirplus d’vne
femme 531Loy de Solon touchantles confrairies ,383Loy de Solon de fuiure l’vne des parties en fedi¬
tion 5ir
Loy d’oubliance publiee apres la mort des tyrans
261Loy de l’oftracifme chaffee d’Athenes 566Loy d’iniure changee par l’impudence deNeraces743Loy inique de Venife contre les criminels 744
Loytrefutile d'Efcoffe ôc de Milan, touchant les
accufarions 485Loy Tullia touchant l’ambition 573Loy teftamentaire a fait l’inequalité des héritages
55xLoy de Polygamie touchant la légitimation des
baftards 531Loy contre les vfuriers 548Loy Claudia touchant les vaiffeaux de mer629Loy de diuifer les héritages à tous également pu¬
bliée premièrement par Solon , ôc la diuerfité
d’iceux 553Loy des mariages des douze tables pernitieufe730Loy Pletoria comment fe doit entendre 199
Loy Iulia, appellee facree,dôna la chaffe aux Roys59 ,•Loy Iulia permettoit au pere de tuer fa fille auec
fon adultéré 17Loy Pappia touchant la prerogatiue d’hôneur 375
Loy Petilia touchant les foires 573Loy Calpurnia touchant la brigue des offices
573Xx ij
TABLELoy Sempronia touchant l’appel de caufe crimi¬
nelle 37 9
Loy Iunia facrata pour la feurete des tribuns362Loy Oppia contre les habits des femmes 16LoySeruia donne puiffance au pere &à la mere
de lapider l'enfant defobeilfant 22Loy de Mahomet affranchit to us fes obferuateurs43la Loy de foy eft muette fans le magiftrat 349
fin de la Loy,eft iuftice 154Loix non en vfage és premieres Repub. 321Loix diuerfes d’où ont pris origine 4.241Loix de quel pays venues 533Loix ont fondement de la iuftice paternelle 24
Loix quand feparees d’auec les armes 367le fuget ne doit contreuenir auxLoix defon Prin¬
ce i47
la force des Loixgiftà commander,defendre, per¬
mettre,& punir 349
Loix n ont force ny etfaid,que pour l’aduenir 455456Loix des douze tables quand premièrement pu¬
bliées à Rome 733
Loix perpetuelles par quelle claufe validees 144
le Roy ne peut eftre fuget à fes Loix 133
Princes ne peuuent deroger aux Loix,qui concer¬
nent leur eftat 136.338
Princes non tenus aux Loix Romaines 145?
Loix Romaines ne doiuent eftre alleguees contre
les couftumes 149
Loix Romaines plus en vfage en Italie, Efpagne,
Prouuence,Languedoc, ScLyonnois, qu’aux
autres peuples 150
Loix gardees par leurs autheurs, font les fugets
bien obeifians 145
Loix par quels mots authorifees 144
Loix des Princes n’ont aucune force,que pendant
leur vie 132
auxLoix diuines les Princes ne peuuent contre¬
uenir 133
tous Princes fubiets aux Loix de Dieu, & de na¬
ture 131
Loix de Dieu ne difpenfent perfonne tât foit hau¬
te en dignité 146
Loix de Dieu ne peuuent eftre alterees parcelles
des Princes fouuerains 146
Loix humaines d’où ont prins origine 733
Loix humaines ne peuuent deroger à la loy de
Dieu 387
le Prince peut deroger aux Loix humaines 338
Loix diuines ôc humaines recommandent par fus
tout la punition des mefehans 458
Loix du Prince peuuent eftre declarees feulement
par luy mefme 378
Loix nouuelles, bonnes, Scvtiles préférées aux
vieilles iniques- 144
Loix Ôc ordonnances reflembler aux toilles des a-
raignes 587
de l’obeifTance,que doit le magiftrat aux Loix 333.
334Loix contraires és Repub.contraires 220Loix contraires comment doiuent eftre accordées
Loix ambiguës interpretees par le PrinceLoix d’honneur plus recommandees à vn monar-
, que qu’a vn peuple 6Loix iudiciaires des Romains , *Loix des iugemens publiques, publiées par Suilla
352Loix teftamentaires d’où,& par qui prindrent ori-§inC ÇC3Loix plufieurs touchant la diuifion déshéritais
entre le peuple
Loix pofees par Platon en nombre de fept cens
vingt fix 22gLoix pour l’eredion des officiers 308Loix de pareillequi eft maiftre de la force, il eft maiftre des loix 231Legibus nihil tam contrarium, quàm quicquatn
agi per vim ^ 34gLoix de libéralitéLoix de Solon combien eftroidement gardees743Loix padionees, aufquelles les Princes font tenus134plus de Loix publiées en Rome , ôc à Athenes,
qu’au refte du monde 695Loix des Romains,qu’on appelloit facrees 352
Loix des Medes ,Perfes, & Atheniens, touchant
les edidsH3Loix des Lacedemoniés toutes referees à l’art mi¬
litaire y
Loix de Theodora à l’auantage des femmes 17
Loix de combat de Dannemarc n’ont peu eftre a-
brogees ^32
Loix diuerfes de diuerfes maifons feigneuriales
13Loix les plus populaires maintiennent la Démo¬
cratie 494
Loix mefmes ne fe peuuent accommoder à tous
peuples,exemple auec raifon 531
Loix mefprifees par riches & puiffans 735
Loix mefprifees,la cenfure delaiffee 616
Loixchangentle naturel des hommes 540
Loix comment peuuent eftre changées fans dan¬
ger f 453
Loix changées, qui touchent leftat font dange-
reufes 452
Loix ôc les Republiques ne fe doiuent changer
tout à vn coup 449
Loix inutiles doiuent eftre aneanties parle fouue¬
rain 132
Loix de Solon comment receues par les Atheniés453Loix font inutiles fans peine , 548Lombards venus du Septentrion 522Lombards auoyent puiffance de la vie ôc de la
mort fus leurs femmes 17Lombards vaincus par Pépin grand maiftre de
France *7^Londres ville d’Angleterre, pourquoy fipeuplee65Lorraine, Duché fief de l’Empire i7L17z
Lorraine
DES MATIERES.Lorraine quand & comment perdit le tiltre de
Royaume 243Lothaire apres auoir perdu deux batailles,contre
fes freres appella les efclaues à fon aide 42
Lotaire& Azon, grands Iurifconfultes^, difputent
d’vne notable queftion 35I-552Loiiange incite la ieunefFe à vertu 566Loyer & bien-fait comment différent 564Loyer promis religieufement doit eftre payé, bel
exemple de ce 2Loyers en foy font fauorables, & peines odieufes5^3Loyers de vertu communs 457Loyers pourquoy toîlis aux gens d’honneur ôc de
vertu 571Loyers neceffaires aux accufateurs 559Loyers de ceux,qui ont tué les tyrans 412Loyers des artifans côfiderez à la proportion har¬
monique 750
proportion harmonique en la diftribution des
Loyers 568
Loyers de diuerfes fortes 563.564
du Loyer & delà peine,chapitre 563
Loys 7.grand Roy, ôc victorieux de tous fes enne¬
mis 7
Loys 11.le plus rufé Prince de fon temps 649
Loys vnziefme,Roy de France,fut le premier, qui
fut bourgeois de Suiffe , 61
Loys ir.prifonnier du Comte Çharolois 151
Loys xi.tributaire àl’Anglois 186
Loysn.redoubtale parlemet de Paris, &acquief-
fa à fa iufte Ôc honnefte remonftrance 340
Loys xi.iuroit & confirmoit fon ferment par plu¬
fieurs formes ,ôc quelles 115
Loys n.mefprifé pour ne tenir fa maiefté Royale
45>3Loys Hutin,Roy de France,affranchit tous les ef¬
claues de mains mortes 44
Loys 12. quelle belle ordonnance fiftpourconci-
lier les opinions contraires de meilleurs de17544°ïo6445Parlement34iLoys deFrance Duc d’Aniou, adopté par Anne,
Royne de Naples,& de Sicile $2Loys, Roy des Almagnes, contraint d’affembler
toutes fes forces contre les efclaues 42Lucius adopté par Augufte Cefar, fils de fa feur
3iLa Lune eft la plus petite des planettes horfmis
Mercure 442la Lune entre les planettes aie plus noble mou¬
uement 430
la Lune enuelopee en l’ombre de la terre, pert fa
lumiere y
la Lune comparée à l’ame de l’homme 7
la Lune f’arrefta au commandement de lofuc
44*la Lune propre au peuple Septentrional 536
fi la Lune eftoit toufiours vnie au Soleil, ce mon¬
de penroit 7
la Lune a prefent adoree és Indes, ôc belle hiftoire
de fon eclipfe
Luques fous quel eftat gouuernee 268Luques vendue au Roy deFrance
Luther approuué faux Prophète
Luther declaré^ ennemy de la foy
Luther à quel aage mourut
Lyciens annoblis par leurs femmes
Lycurgue comment bailla fes loix aux Lacedemo-
niens ^Lycurguc n’eftoit vray legiflateur des Lacedemo¬
niens,ains feulement procureur en ce faid 198
Lycurgue compofa lefenat de vieillards .287
Lycurgue ne voulut, que Sparte fuft fortifieede
muraillesLycurgue pourquoy mettoit les deux Roys de
Lacedemonneen dilfenfion 474Lycurgue changea la puiffance des Roys en eftat
populaire 7^3Lycurgue ayant changé l’eftat Royal en populai¬
re,brufla les obligations, bannit l’or ôc largét,
Ôc partagea les terres au fort efgal 674.544
Lyon colonie des Romains 45Lyons blecez,& voyans leurfang,fen végent toft
ou tard n$Lyfandrefe vantoitde tromper les grands au fer¬
ment,commc les enfans aux ofî'elets 101
Lyfander fift rafer les murailles d’Athenes 584M\Æ Acciauel reprins 532J-VJLMacrin pourquoy ôc comment tua l’Empe-
reur Caracala 249Magifter populi,eftoit le Diéhteur 322Magiftrat qu’eft ^ 07Magiftrat eft la loy viue 349tout Magiftrat eft officier3non au contraire 321
Magiftrat eft l’officier, quia commandement pu-345>blicMagiftrat,le Prince,& le particulier commen/dif-
ferent 333-534que comprend ce nom de Magiftrat 351Magiftrat commande, auffi le mot le fignifié 321.322Magiftrat quel doit eftre 334Magiftratapres le fouuerain, eft la perfonne prin¬
cipale de la Repub. 333
Magiftrat tient apres Dieu, fa puiffance du Prince
351Magiftrat eftoit iadis le nom des Empereurs Ro¬
mains 231
Magiftrat quelle obeiffance doit au fouuerain
334Magiftrat ne peut contreuenir à la volôté du Prin¬
ce és loix humaines 338
Magiftrat n’eft tenu d’obeir aux commandemens
du Prince en chofes iniuftes 337
Magiftrat en quoy doit eftre obey, ôc en quoy non
3fïdel’obeiffance que doit le Magiftrat aux loix 333
Magiftrat & le Prince doiuent iuger félon la con¬
fcience,non fattacher à la loy 737
Magiftrat doit declarer fa fentence • 378Xx iij
TABLEMagiftrat ne peut reuoquer ce qu’il a prononcé
auec cognoiflànce de caufe 360Magiftrat aiant puiifance fus tous les autres ma¬
giftrats eft dangereux 366
Magiftrat defcouure, quelle eft la perfonne
354Magiftrat cruel plusvtileàla Rep. que trop doux364Magiftrat doux ôc pitoyable fe fait mefprifer364Magiftrat fe mettant au fiege d’autruy,n’a puiflan¬
ce de commander en fon nom 375
Magiftrat ne peut contraindre l’autre hors fon ref-
fort 378
Magiftrats inférieurs n’ont puiffance en la prefen-
ce des plus grands 370
Magiftrat de Rome n’auoit puiflance de iuger vn
citoyen 351
Magiftrat appellé la grande iuftice d’Angleterre
297Magiftrat yure doit eftre mis à mort félon la loy
de Solon 364Magiftrats comment creez,& trois poin&s à con-
fidererpource faire 332Magiftrats tirez au fort au temple de Thefee
333Magiftrats font les principaux fugets 472Magiftrats font iuges des particuliers, les Princes
des Magiftrats,& Dieu des Princes 14 5diuifion des Magiftrats 330.331Magiftrats de trois fortes ou degrez en toute Rep.bien ordonnée 366Magiftrats de combien d’efpeces iadis à Rome323Magiftrats receus à faire ferment 230Magiftrats iurent de garder les loix ôc ordonnan¬
ces 339*34°
Magiftrats a qui appartiennent cn propriété
354Magiftrats à quoy fe doiuent occuper 53 5Magiftrats quelle puiifance ont 351Magiftrats quelle puifsâce ont fur les particuliers
349Magiftrats quelle puiflance ont les vns contre les
autres 3 66Magiftrats égaux en puiflance,ou qui ne tiennent
rien les vns des autres ne peuuent eftre com¬
mandez,ny corrigez les vns par les autres 377
fi les Magiftrats ont la puiflance du glaiue 3 52.
353Magiftrats n’ont aucune puiffance en laprefence
du fouuerain 367Magiftrats aians trop grande puiflance, changent
fouuent l’eftat populaire en monarchie 414
Magiftrats ne doiuent eftre defpoüillez de leur
puiffance,pour l'attribuer au Prince 493
files Magiftrats doiuent eftre perpetuels 456457Magiftrats pour quelles raifons doiuent eftre per¬
pétuels 464
Magiftrats fagçs ôcprudens doiuent eftre perpe-464Magiftrats annuels doiuent le ferment470annueltuelsMagiftrats annuels quels dangers & incôuenien,
apportent 114Magiftrats ortroyez à la vie, chofe fort pernicieu-files Magiftrats peuuent commander 7/0t
Magiftrats doiuent donner bone opinion deleur
vie au peuple, & comment ils doiuent viure364Magiftrats militaires comment fe doiuent com¬
porter en leur eftat 6
Magiftrats municipaux & prouinciaux Romains
quelle authorite auoyent
les vnze Magiftrats d’Athenes'quellepuifTance L
uoyentMagiftratsd’Athenes parloyent debout,le peuple
eftant aflisMagiftrats des anciens Gaulois ne duroient qu’vn.
anMagiftrats des Carthaginois au nombre de cent
& quatre vingts ^Magiftratus maiores, de Rome, quels eftoyent328Magiftrats de Rome par qui, Ôc combien premiè¬
rement ordonnez ^7
Magiftrats Romains faifoyent tous les ans nou¬
ueaux fermens,&: pourquoy 470
Magiftrats Romains auoyent diuerfe puiflance,
félon leurs diuerfes efpeces 325
Magiftrats Romains quelle prerogatiue auoyent
les vns fus les autres ^70
Magiftrats de France n’ont aucun pouuoir de co-
mander lrj
Magiftrats deFrance ne peuuent procéder qu’en
qualité d’officiers du Roy ^16
Magiftrats de Vcnife quelle puiffance ont 196
Magiftrats de Genefue 2.67
Magiftrats comment fe doiuent comporter en iu-
geant les criminels 365
Magiftrats aucunemét doiuent eftre contraires
474raifons pour monftrer,que les Magiftrats doiuent
eftre en difeord 473Magiftrats contraires en opinions comment fe
doiuent accorder 341iugemens des Magiftrats corrigez les vns paries
autres 492Magiftrats doiuent eftre contreroolezles vns par
les autres 475c’eft facrilege de ne faire honneur aux Magiftrats363Q,n ne doit detra&er des Magiftrats quelques mef-
chans qu’ils foyent 258Magiftrats peuuent condamner à l’amende ceux,
qui ne leur obeiflent 360de quelles peines font punis ceux, qui offenfent
les Magiftrats 363quimefprifelesMagiftratS;ileftmefprifc de Dieu364
DES MATIERES.Magiftrats en quels cas font receuables à quitter
leurs eftats 341Masziftrats doiuent pluftoft quitter leur eftat que
faire chofe contraire à la loy de nature 343.348
Magiftrats mefehans combien dangereux en vne
République 337Magiftrats mefehans pourquoy ne font punis458 ,Magiftrats aians offenfé comment punis 363
Magnanimité des Romains eftonna, Ôc fift perdre
courage à Annibal 594Magnanime refponfe de Scipion 594Magnificence des Romains 626Magnificence des Roys eftrangers enuers les
Romains 625.626Magnificence tforiftante du grand Roy François
651Mahomet affranchit tous ceux de fa religion 43
Mahometans empieterent la fouueraineté abfo-
lue par deflus tous les Princes 184Mahometiftes ne peuuent auoir efclaues de leur
religion 45Mahometiftes circoncient leurs efclaues Chre¬
ftiens,& les cathechifent 46
Maieftas qu’eft-ce 115
Maieftas in populo Romano,imperium in magi-
ftratu,authoritas infenatu 195
Majefté n’appartient qu’au fouuerain 217
Majeftéen quelles perfonnes doit eftre confide-
deree 195
quelle eft la plus haultc marque de la Majefté 351
les marques de la Majefté ne fe doiuent bailler ny
en tikre d’office,ny par commiffion, fil n’y a iu¬
fte abfence 209
files droits de la Majefté fe peuuent gaigner par
trai£t de temps 214
Majefté du Prince apparoit principalement, en
donnant loy aux fugets fans leur confentement
140Majefté fouueraine ne doit iamais communiquer
fon fecret 718Majefté du Monarque neft en rien diminuée par
les eftats 139Majefté du Roy de France quand ôc où aperte-
ment bien cogneuë 136Majefté facree,qualité de l’Empereur 217Majefté excellente,qualité de la Royne d’Angle¬
terre . 217
lefe Majefté contre quelles perfonnes fe commet
257Main morte qu’eft-ce 43Mains mortes reftituees cn Peftat d’ingenuité par
leRoy deFrance 44Mains mortes toutes affranchies en France par le
Roy Loüys Hutin 44maifon ne peut eftre fans fondement, non au con¬
traire 49
la Maifon ne fait pas la famille 52
Maifons ne dépendent en rien de laconftellation
du ciel par leur fondation 431
les Maifons grandes ôc illuftres bonnes pour fou-
ftenir rAriftocratic,& contraires à la Démocra¬tie,&: tyrannie 554Maifons publiques pour apprendre les pauures
enfans à diuers meftiers 48Maifons comment doiuent eftre eftimees félon
leuraage 431Maiftres d’efchole ont iurifdiétion fur leurs difei-
ples - 323grand Maiftre de Frâce marche apres le Cônefta-
ble , 376Mal caduc pourquoy appelle,!e mal comitial 373
Mal caduc ordinaire aux Méridionaux 532la fource de tout Mal,eft mien ôc tien 228Malachie,Royaume tributaire au Roy de Portu-
gal 185Maladie de S. Vitus guerie auec inftrumês de mu¬
fique 529
Maladies populaires fengendrent par le mauuais
traitement des pauures 48
Malédiction premiere fut donnee à Cham 21
Malédiction du pere plus à craindre que la mort
21Malings efprits chafTez des corps par la mufique529Malte,ifle à prefent aux Cheualiers de S. Iean de
Hierufalem l79Malte à quelle condition baillee aux Cheualiers
de Ierufalem par Charles le quint 42.8ManafTé ôc Ephraim, fils de Iofeph, adoptez par
Iacob 30Mancipare,& manus,que fignifié 16Mancipium que fignifié 46Mandemens du Prince decombien de fortes 334
Mandemét du Prince n’eftant point contre la loy
de nature,doit eftre executé par le Magiftrat 337
338Mandemens du Prince peuuent eftre declarez par
luy feul 378le Mâger ôc boire des Candiots ôc Lacedemoniés
iadis en commun 12Manicheans pofoient deux Dieux égaux en puif¬
fance,l’vn bon,l’autre mauuais 233
Mantouë,duché tenu deTEmpire 168
Marc Aurelle Empereur furnômé le Philofophe,
adopté par Antonin le piteux 32
Marc Aurele le plus fage Prince, qui onc fut apres
Salomon 145
Marc Aurelle aimé apres fa mort en fon fils Com¬
mode,quoy que cruel,& mefehant 409
Marchandife fixiefmc moyen de faire fonds aux
finances 631
Marchandifes des Princesles plus vilaines ôc per-
nicieufes,font des honneurs, offices, ôc benefi¬
ces 630
Marchandifes font les hommes effeminez< 539
Marchans Italiens vfuriers bannis 644
Marchans eftrangers quels priuileges ont en Frâ¬
ce |^9
Marchans eftrangers mourans en Lituanie, Mo-
feouie, ôc Tartarie,leurs biens font confifquez
69Marefchaux de France font du domaine de la cou¬
ronne,& quel eft leur office 355Xx iiij
TABLEMariage efl: la fource delà focietè humaine 15
rien n’eft plus naturel que le Mariage 38Mariage n’eftoit permis aux efclaues 38Mariages deUoir eftre faids des pauures auec; les
riches,commandé par edid: 545Mariages des filles des grandes maifons, 8c ordô-
nances de ce 555.556Mariages des filles heritieres auec les plus riches,
font que les biens font inégaux 555Loy des Mariages des douze tables perniçieufes
53°Maris nobles annoblifTent leurs femmes roturiè¬
res 20
Maris ne doiuent traider leurs femmes comme
efclaues 19
Maris en quels cas pouuoiétiadis répudier leurs
femmes 18
Maris ont puiffance de chaftier moderémét leurs
femmes 18
Maris Romains auoient puifTancede la mort ôc
delà vie fus leurs femmes 23
Marie,Royne d’Angleterre, commet mariée auec
le Roy Philippe 139
Marius ambitieux exceffiuemcnt 460
Marius l’aifné efpouuenta le Roy Mithridate de
fon hardy parler 124
Maroc, Royaume prefque tout occupé par le Roy
de Portugal 185
Maroc par feditions vint és mains du gouuerneur
de Thunes 426
droit de Marque,ou de reprefiailles 216
Marquis ont dignité fans charge 323
Marquis Albert,le plus cruel voleur, qui fut on-
ques 337
Marquifats anciennement eftoient fimples com-
miflîons 354
Mars,félon les Hebrieux,eft le premier mois de la
43iMars domine aux peuples Septentrionaux <36
Marfeillefous quel eftat iadis gouueinee 266
Marfeilleexerçoit vne République la mieux or¬
donnée de tout le monde 3
Marfeilliens bourgeoü-de Rome 61
Mafles feptiefmes gueriffent des efcroüelles 445
Mafïagetes viuoient en communauté de biens 11
Mafîîliens anciens tuoient leurs femmes, quia-
uoient beu du vin 17
Maternus Aftrologue dift à Caracala celuy,qui re-
gneroit apres luy 249
Mathématiques venues du pays Méridional 512
Mathématiques venues des Caldeens,& EgyptiésWMaux aduiennent tous aux Republiques par ces
deux tpors,mien ôc tien 11Maximin berger chaffa l’Empereur Alexandre 718
Megalopolitains f en fuyrent hors de leur ville,n5
hors deleurcité 55Melancholie rend les hommes violents, ÔC vindi¬
catifs 528
Melancholiques ont l’efprit pofé, Sc addonné à
contemplation 533*534
Melancholiques font fages,fugets à la furie, Sc nô190445infenfezMelanchton f’eft abule touchant le droiû des
Roys-Melanchton à quel aage mourut
Memnon.Roy d’Ethiopie vefeut cinq censansSi1Menandie,Roy des Badrias, fi aimé dc fes filets
que toutes les villes futent en grand débat,pour
auoirl’honneur defâfepulcure
Mendians dés la primitiue Eglife zMerdes droids de la mer 4Mercatores poteftatum minime tolerandi 574
Mercesofficio non debetur
Mercure,patron des marchans ^83Mercure,planete propre aux peuples metoyens
53^Mercure eft la plus petite de toutes les eftoiles
442Mercure ne fefloigne iamais de3<j.degrez du So-431Méridionaux foibles,petits, noiraux, Sc vifs d’e-
fprit-.au contraire des Septentrionaux 5^
Méridionaux pofez,aduifez,& moderez en toutes
adions $l9Méridionaux deuots,& fermes en la religion 534
Méridionaux ordonnez dc Dieupour rechercher
les fciences occultes
Méridionaux pourquoy abftinens 521Méridionaux pourquoy plus vindicatifs, ÔC infen-
fczjqueles autres ^2gMéridionaux non aptes au gouuernement des Re¬
publiques ^5
Méridionaux fubieds à maladies eftrages,& quel-
^es 532
Méridionaux allans au Septentrion, font plus vi¬
goureux, & gaillards 521
Mérité feprent indifféremment,en bonne & mau-
uaife part ^
Mérités des hommes vertueux louez à leurs tref-
pas 5ô5
Merum imperium qu’eft-ce 351
Mefchancetezdemeurent impunies,à caufe que
perfonne #e les pourfuit 559
Mefehant,ce mot fignifié maigre,& fin 252
Mefehans menaffez de Dieu,qui fera pa/Ter la roue
par deffus eux 449
Mefehans pourquoy ne font incontinent punis deDieu491la punition des Mefehans recommandec par fus
tout par la loy diuine,& humaine 45$Mefehans non punis tirent apres eux la ruine des
eftats 513Mefehans non punis cn l’eftat populaire 578
Mefchâs fauorilez,caufe principale des ruines des
Républiques 563Mefehans manians les eftats, dangereux en l’Ari-
ftocratie 422Mefehans en guerres ciuiles craignent la paix, cô¬
me la pefte 42.4
Mefehans Princes ^attribuent les tiltres les plus
diuins *4^
Mefchans,cnnemis mortels des Cenfeurs 608.609l’obligation
DES MATIERES.l’obligatio des Mefehans,& homes defefperez 501
Mefehans par coûtes voyes tàfchéc à enrichir leurs
enfans 554de Mefehant homme bon Roy:prouerbe ancienqu/ne peut eftre Mefehant,ne mérité point de lou¬
ange de fa bonté 531Mefnage qu eft-ce, & en quoy différé du gouuer¬
nement de la République 8
Mefnage entieremét accomply de cinq perfonnes,
outre le chef& fa femme 8vn Mefnage ne fouffre qu’vn chef . 15trois Mefnages peuuent faire vne Republique 8.9
Mefpris des gens de bien, principale caufe des re¬
dirions^, ruines des Republiques 563
le Canon de la Mefte propofé pour iurer 115
Meftiers de toutes fortes eftablis par Numa 383
Meftiers ôc artifans font la plus grande richeffe de
vnpays 48
Meftiers iadis non exercez à Lacedemone,ny à Ro¬
me 41
Meftif qu’eft-ce 52
Mefure,eft Tvn des droids de la fouueraineté 213
Metelin & fon eftat changé pour la tutelle de deux
orphelines 423
Metius didateur tyré à quatre cheuaux 745
Meurtres frequens par les Atheïftes 411
Meurtrier de volonté,& qui n’a peu tuef,mérité la
mort 745
Meurtriers doiuct eftre tirez de l’autel pour en fai¬
re Iuftice 388
proportion Arithmétique,& Geometrique accô-
modee à la condamnation des Meurtriers 747
Meurtriers comment punis 747
Meurtriers des Empereurs comment ÔC par qui
faits mourir 262
S. Michel,Patrô des cheualiers de France,& quâd,
& par qui ceft ordre fut inftitué 569
Mien ôc tien,font les fondemens des Republiques
682Mien ôc tien bannis de la Republique par Platon11Mien & tien,fource de tout mal 228Mignons des tyrans en grand danger 2<?QMilan,duché naturel vaffal de l’Empire 168Milan pris par Loys u.Roy de France, au mois de
Septembre 439Milannois n oferoient changer de domicile fans le
congé du fouuerain 64Milon pour vn iour affranchit trois cens efclaues,
affin qu’ils ne depofaffent contre luy 40Minières de France inepuifables 632Miniftres indignes,&beliftres fôntmefpriferla re¬
ligion 615
Miniftres des Magiftrats 332
Minutius liuré à l’ennemy pour faire mourir, pour
auoir offencé leurs Ambafladeurs 123
Mithridate,Roy d’Amafie,miftprixà qui mieux
boiroit ôc mangeroit,& emporta le prix 481
Mitridate, Roy d’Afie, defaid par les Romains
1Mai
Modene donnee au Pape par Othon 4-Emp. 179Moldauiés pour leur rebellion, afïbgetis au Turc
62Mommeries retranchees parles cenfures 6.16
Monarchie qu’eft-ce 232Monarchie eft l’ancre facree de la Republique 693
Monarcliiequel eftat de Republique *218.219
Monarchieapprouuee par laloy deDieu 697
la Monarchie eft naturelle 695. preuue de ce par
l’exemple des plus grandes Monarchies du mo¬
de 696
Monarchie premiere fous la puiffance de Nemrod
*34Monarchie ne fouffre iamais de compagnon 223
232Monarchie feigneuriale la plus durable de tous
les autres 238toute Monarchie eft feigneuriale, ou Royale, ou
tyrannique 233. Ôc de leurs proprietez 233
Monarchie bien ordonnée eft hereditaire,Srne tô-
been quenoille 699Monarchie du tout contraire àl'eftat populaire
282Monarchie & Ariftocratie en quoy conuiennent
140Monarchie ôc Ariftocratie comment différent 264
Monarchie pourquoy a moins d’hommes iliu-
ftres,que l’eftat populaire 565Monarchie de quelles cômoditez accompagnee
592Monarchie à quelles incommoditez fugette 690
Monarchie pourquoy n’eft tant fugette à change¬
ment queles autres eftats 426
Monarchiedoucemencfechange en Ariftocratie
428Monarchie en danger, où il y a force grands fei-
grieurs 1 554Monarchie gou uernee harmoniquemet, eft la plus
feure,& la plus belle 752-755quel eft le plus beau fondement de la Monarchie454Tyran anciennement mot de la Monarchie tyran¬
nique,chapitre 245
Monarchie des Lacedemoniens combien dura232Monarchie Romaine changee en Binarchie 232
Monarchie d’Ethiopie, la plus ancienne de toute
l’Afie,& d’Afrique 238Monarchie des Ethiopiens, l’vne des plus grâdes,
ôc des plus anciennes,qui foient au monde 717
la Monarchie depuis quand eft en Almagne 704
Monarchie d’Alemagne infenfiblement changee
en Ariftocratie 427Monarchie Royale qu’eft-ce,& chapitre de ce 238
159Monarchies premieres ont commencé par violé-
ce 407Monarchies premieres ont efté feigncuriales 234
Monarchies feigneuriales demeurees és pays Se-
ptentionaux 237Monarchies pl9 feures que tous autres eftats 407
Monarchies changées en eftatpopulaire, furent
caufe de l’origine des loix humaines 735
TABLEMonarque doit eftimer les fugets , comme (es en¬
fans 4 69
les fugets font bien-heureux fous vn grand Mo¬
narque 699
Monarques nc doiuent ferment qu’à Dieu 141
Monarques eledifs morts,ordinairement furuic-
nent des troubles 701
Monarques ont toute l’authorité de la Republi¬
que par deuers eux 202
Monarques,quionteftudié, ÔC vaqué aux affaires
d’eftat,ontlaplus part atteint l’extreme vieillef-
fe 641
Monarques pupiles en danger de perdre la vie Ôc
l’eftat G 91
Marques vrays ôc fouuerains maintenant régnas25 Gle Monde créé,le Soleil eftant en Libra 438le Monde créé au mois de Mars, félon Leonice
440ce Monde eft la vraye image de la Republique bié
ordonnée Ôc de l’homme bien réglé 7le Monde comment diuifé, & contemplation dc
> ce 455l’horofcope du Monde fait à plaifir 435ce Modenepeut fouffrir des feigneurs égaux en
puiflance 233le Monde periroit,(î la Lune eftoit toufiours vme
au Soleil 7le Monde quand doit finir, félon Cyprian Leoni -
ce 437'438le Monde combien vieil,& erreurs du temps de fa
création 434le Monde fe corrompt fucceffiuement par eau,
puis par feu,félon Platon ôc les Hebrieux 441
leMonie/elon les Hebrieux,perift de fept en fept
mille ans ôc ferepofe milans 438Monnoyer eft vn des principaux droids delà fou-
uerainecé 215Monnoye de cuiure premièrement marquee par
leRoySeruius 213Monnoye au bonnet pourquoyainfi dide 35
Monnoyes anciennes de quelles chofes mârquees
ôc effigieés 213Monnoyes par qui doiuent ôc peuuent eftre faites
beau difeours fur ce: & des faux monnoyeurs
21 zMonnoyes par quel moyen peuuent eftre empef-
chees, quelles ne foyent alcerees, ou falcifiees
chapitre de ce 657des Monnoyes ôc finances,chapitre 617Monftres quand ôc comment f’engendrent 7
Monftres pourquoy plus frequens en Afrique,
qu’ailleurs 529.530Monftré à trois teftes 233Monftres, c’eft: à dire tyrans , accablez par tout le
monde par le grand Herculés 116Mont Appennin diuife l’Italie en deux 537Montagne,qui fait notable différence des peuples
qui font aux vallees oppofites 538Montagnes diuerfes font les hommes de diuers
naturel,& de meurs diffemblables 537Mores combien de temps furent feigneurs d’Ef-pagneMores chafifez de Granade par Ferdi nâd Roy à4ï
pagne ^Mort planante ôc preciéufe.eft la conteplation 6
Mort la plus tolerable,quelle eft 405Mort la plus.douce,la plus griefue, ôc la plus infâ¬
me,quelleMort la plus douce,eftla décollation 742Morts loiiez publiquement félon leurs mérités
5 6$Morus,Chancelier d’Angleterre,à efeript vne Re¬
publique fans effed ^
Morum præfedus, c’eftoit le Cenfeur, quand in-
ftitué,&r fon office
Mofcouie affligee de grandes chaleurs, Ôc brufle-
mens pernicieux en efté ^10
Mofcouites,nation fort defloyale, qui veut qu’on
luy tienne la foy,& iamais n’en tient côpte 542
Mofcouites retiennent les eftrangers mal gré eux,
ôc les tont bourgeois ^
Mofcouites n’oferoyét fortifier leurs maifons par
ordonnance du Prince
Mofcouites ne voyent leurs femmes que le iour
des nopces,ôc ne danfent iamais 530
Mofcouites peuuent vendre leurs enfans iufques
à quatre fois ^
Motu proprio,chofe pernicieufe 346
Moufches guefpes ,& faitneans par quel moyen
peuuént eftre chalfez de la Republique 606
Moutos d’or,eftoit mônoye du plus fin or, qui fut
onques trouué 211.213
Mouuemens eftranges par tonte l’Europe 441
Moynes fugets à laiurifdidiom de leur Abbé 388 '
Moynes fe peuuent porcer pour appellans de leur
Abbéaufuperieur 388
Moynes de France pourquoy renuoyez en leurs
monafteres 455.456
Moynes trainez fus vne claye au fupplice,auec
leur habit,&mis en quartiers 388
Moyfe fut fils adoptif du Roy d’Egypte 30
Moyfe premier legiflateur 733
Moyfe eftably de Dieu Roy de fon peuple 697
Moyle,fage legiflateur,iufte Roy,& grâd Prophè¬
te,aimoit mieux eftre damné,& que fon peuple
fuft fauué 24G
Moyfe vfa du côfeil delethrofon beau pere, pour
conftituer des luges 492
Muets,fours ,& aueugles,gouuerneurs de la Re¬
publique 471
la Mule de P allas viu oit en pleine liberté fâs qu’o
ofaft la charger ny encheueftrer 38
in multitudine regenda plus pœna,quàm obfc-
quium valet 677
Municipe Ôc bourgeois comment différent 57
Murailles faides de tuile,font parietes ærerni 431
Murailles des villes donner fouuent occafion aux
fugets de rebellion contre leur Prince 581
Murailles de bois fauuerent la cité d’Athenes 55
fi les Murailles font vtiles au tour des villes 579.58M84 , . , . oMurenes nourries de chair humaine 30Mufique a grande puiffance pour retenir, ou cha-ger
DES MA TIE RES.ger leftat de la République 443Mufiquegueriftles furieux,& fors 52.9Mufique pourquoy eniointe aux Arcadiens par
leurs loix 559Mufique dorienne propre aux enfans 444Mufique Ionique,ou Lydienne defendue à la ieu-
neffe,&àl’Eglife 444Mufique ancienne de diuerfes cfpeces , & belle
contemplation fur ce 444Mufulmans quels Princes, ôc leur puiffance en
Turquie 184NNAbis,premier tyran de Lacedemone,tué 222
Nabis le tyran abolit les debtes ,Ôc départit
les biens également à vn chacun 544Nabot condamné de lefe Majefté, pour n’auoir
voulu bailler fa vigne au Roy Achab 560
Nabuchodonofor, Roy de Babylone,quel tiltre
d’honneur f’attribuoit 185?Nabuchodonofor, le plus cruel, & abominable
tyran,qui fut onques 157-15^Naim,ville en Gafcongne,brufleeentierement de
l’ardeur du Soleil,en plein midy 520Nailfance eft plus belle que la mort 403Naples donnee à Charle de France 240Naples conqueftee par Guifthard le Normand 177
Naples tenue du Pape 163.166Naples feudataire du Pape 178Napus mourut en prifon mangé des poux, pour
auoir mefprifé la loy deDieu 747Narbone,vraye Colonie des Romains, ôc la plus
ancienne de la Gaule 45.58Nature combien que forcee,retourne toufiours à
fon premier eftat 35Nature prend plaifir en la variété des chofes 5
chofe contre Nature ne peut eftre de longue du-
ree 35Nature fluide rauift toutes chofes 403Nature des chofes n’eft changee par la qualité 219
Naturel des hommes châgé par la nourriture,loix
& couftumes 540Naturel diuers de diuerfes nations 536Nauarre,Royaume tenu du Pape 166Nauarre volé par Ferdinand d’Aragon 96Nauire de Thefee combien dura 9Nauires deuant Athenes, appellees murailles de
bois ^Necefli té,eft vn cnnemy inuincible 595Neceflité forcee n’eft fugette aux loix humaines 1
Negus,fouuerain Monarque d’Ethiopie 10
Negus Monarque feigneurial 236Negus,ou Prefteian,auquel cinquâte Roys obeif-
. fent,pour toutes murailles ôc chafteàux n’a que
vn pauillon 579-184Negus quel tribut exige de fes fugets 627Neigres efclaues des Efpagnols,faid:s Chreftiens,
neantmoins ferfs Ôc toute leur pofterité 46
Nemo omnes, neminem vnquam omnes fefelle-
runt : nullius omnibus, quàm fingulis credetur
466Nemrod fignifié Seigneur terrible 234Nemrod,premier Monarque feigneurial 241
Nemrod grand veneur, c’eft à dire, grand voleur
premier Monarque du monde 50.234Neracius donnoit des foufïlets,&coups depoin^
pour de l’argent 7^Nerace,homme riche,fut caufe, que la loy d’iniu-
res fut changee,& comment 743Nerfs de la Republique, eft l’exécution des com¬
mandemens ^50
Néron Empereur adopté par l’Empercur Claude
fon beau pere ^z
Néron fçauanr,&: fort cruel Prince 286
Néron eftrangemenr prodigue 6 + 8
Néron parricide 25
Néron .tua fon frere & fa feur 32
Néron tua fa mere par le confeil deSeneque Ôc
Burra fes gou uerneurs 343
Néron feit tuer tous fes parens ôc amis 248
Néron defendit qu’on ne tuaft les efclaues 39
Néron fouhaitoit,quand il mouroit,que le ciel ôc
la reire fuflent réduits en flamme 248
Néron fe tua,& celuy qui luy aida à fe faire,execu¬
té par fon fucceüeur Domidan 262
Neftorius en prefchant>dift àl’Empereür Conftâ-
tin,donne moy la terre fans heretiques, ôc ie te
donneray le ciel,&c,
le Neuf pourquoy confacré aux mufes, Ôc le fept à
Apollo 44j
Neufiefmeiour delà naiffance des enfans mafles
heureux ^4^
Neutralité Sangereufe 95
quand on doit eftre Neutres 96
Nigaries,ifles tenues du Pape 166
Ninus, premier Roy d’Affyrie 446
Noble deuoir,qu’eftTce 336
Nobleffe ruinee par le moyen des rentes confti¬
tueesNobleffe defai6le,l’eftat fe change en Démocratie
421.422Nobleffe Françoife fe tenoit iadis aux champs 53
Nobleffe de Frâce prefque toute tuee à Fontenay,
par guerre ciuile 422Nobleffe de Suiffe toute exterminee 2$3Nobleffe d’Efcoffe defaiéle en bataille par les An¬
glois 435)
Nobleffe de Strafbourg toute tuee 68i
Nobleffe de Hongrie ôc de Pologne iugee que par
le Roy 487
Nobleffe de Dannemarch a voulu affugetir les
Roys 229
Nobles n’eftiment rien le populaire 284
Nobles fugets à prendre les armes pour la defenfe
des autres 61
Nobles plus citoyens queles roturiers,félon Ari¬
ftote 56
Nobles quelle puiflance iadis auoiét à Rome 230
Nobles diuifez, dangereux en l’Ariftocratie 422
gobies moins punis,que les roturiers 740
Nobles Anglois ôc Efcoffois n’oferoient fabfen-
ter du pays fans congé 64
Nobles n’ont point plus d’authoritée que le me¬
TABLEnu peuple en Suifle 57Nombre nuptial 44M4?Nombre feptiefrae appelle facre par les Hebrieux445 ,Nombre de 494-propre aux changemens des Re¬
publiques 447
Nombre de 63.dangereux aux vieillards 4 45
Nombres diuifez en leurs efpcces,& belle côtem-
plation Pythagorique, ou Platonique fur cc,ac¬
commodée aux changemens des Republiques44*-446 „ _Nombres parfaits ne peuuent eftre impairs 445.446Nombres feptenaires quelles grandes forces ont445 t>.Nombres Pythagoriques, ou Platoniques acco-
modez auRoyaumebien ordonné 756Nombres mafles,& nombres femelles ^ 44*
Noms donnezaux chofes par les Hebrieux félon
leur propriété 8.20Normans lortis de Septentrion 52.Z.542Normans Roys de Naples 720Noruege tombé en quenoille 720Notaires,miniftres des Magiftrats 332Notaires fauflaires comment punis 745Nothos que fignifié 52Nourriture change le naturel 540Numa,Roy & legiflateur des Romains,eftablic
confrairiesjcolleges de tous meftiers 382.398
Numa pourquoy chafla les trois cens archers in-
ftituez par Romule 413Numidæ ante omnes Barbaros in Venerem effufi
53°Numidesjes plus Méridionaux de tous les fugets
& alliez des Romains 530Nummus eft did du mot Grec yoVeç 2.11Nuremberg foubs quel eftat gouuerne 273Nymes,colonie des Romains 45Nymes,ville en Lâguedoc, entretient les pauures
du pays 35)9.400OBeiflance de la femme au mari plus grande
que tout autre chofe 19Thôneur,gloire,& la puiflance des Princes ne gift
qu’en Obeiflance 227O bligatio nulla confiftere poteft, quæ à volunta-
tepromittentisftatumeapit 133Obligation des mefehans, Ôc hommes defefperez
501Obligations des debtes anullees, quels inconue-
niens furniennent en la Republique 545Obligations des debtes gettees au feu par le Roy
Agis 544.674decifion notable pour les Obligations du Roy, ôc
du tyran 250Oeconomie ne doit eftre feparee de la police 8
Office ôc commiffion en quoy différent 311Office de cenfeur 602lettres d’Office quelle claufe contenoient ancien¬
nement en France 32133iOffices diuifez félonleur diuerfité
Offices à qui appartiennent en propriété 354
Offices éc eftats à qui, Ôc comment doiuent eftre
diftribuez ^3Offices diftribuez félon la proportion géométri¬
que 754
Offices annuels quels dangers^ inconueniés ap¬
portentOffices font annuels,fi le Prince meurt deuât Fan316Offices Royaux de France quand,ôc par qui faids
perpetuelsOffices erigez depuis le Roy François, fupprimez317Offices quand expofez en vente £31Offices vendus quels inconueniens attirent à la
Republique 573-574Offices trafiquez & vendus, eft la pefte plus per-
nicieufe des Republiques 572Officionondebeturmerces 73Officier ne peut eftre eftably fans loy exprefle 321
tout Officier neft pas Magiftrat,mais tout Magi¬
ftrat eft officier 321
Officiers fontl’vne des principales parties de la
Republique 306
Officiers comment creez,& trois poinds àconfi-dererence33*Officiers ne doiuent auoir puiflance de comman¬
der 467
Officiers plus authorifez queles commiflaires 317
Officiers ôc commiflaires comment différent 305
Officiers à quoy fe doiuent occuper 535
Officiers,qui n’ont aucune iurifdidio, quels font
354-355*Pii eft expedient,que les Officiers foient d accord
472fi les Officiers d’vne Republique doiuét eftre per-
petuels 456Officiers des anciens Romains 230Officiers de la chambre des comptes quels droits
ont 655edids &loix pourl’eredion des Officiers 30S
Oger Ferrier,cxceilétIatromatHematicié, reprins
431Oifiueté defendue par l’ordonnance de l’Empe-
reurValens 43Oifiueté punie capitalement 540Oligarchie quel eftat de République 264Oligarchie toufiours prife en mauuaife part 264
OloreRoy de Thrace,contraignit les Daces de
feruir à leurs femmes 17Opiniaftreté pernicieufe en vn Senateur 288O pinion de l'homme deprauee pafle la force de la
loy 37O ppidum ôc ciuitas cn quoy différent 54Or & argent en abondance a fait enchérir toutes
chofes^lixfois dauantage 636Or ôc argent banny de la Republique par Lycur¬
gue 544.674
difeours furl’Or Sc l’argent 659.660
Oracle par lequel Lacedemone fut changee en A-
riftocratie ZZ1Oracles
DES MATIERES.Oracles diuins furpalfétles difeours humains 533O raifons du pere pour fes enfâs exaucees dc Dieu
21Orateurs de quels pays venus 533Orateurs charment les plus fauuages,& cruels
hommes par la douceur d’eloquence 515Orateurs rputins pernicieux,mefme au temps des
troublesOrateurs Atheniens & Romains comment diffe-
roient 518Orcades/rontiere de l’Empire Romain 587
Orcades ifles teniies en foy & hommage du Roy¬
aume de Noruege 157
Ordonnance deDieuimmuable 37
Ordonnance loüable de faire regiftre de ceux qui
naiflenc 605.606
Ordonnances du Roy quelle claufe ont à la fin 133
Ordonnance bonne & loüable de la police de Pa¬
ris 513
Ordonnance des Locriens fort eftroitte 452
Ordonnance dc Philippe le Bel par Iuftice har¬
monique 739
Ordonnance fort vtile d’Efcoflè ôc Milan,touchât
les accufations 485
Ordônance du Roy Loys n.pour accorder la cour
de Parlement eftant en contraires opinions 341
Ordonnances de Dieu nedifpenfent perfonne tât
foit haute en dignité 146
Ordonnances des Princes plus fortes,que les loix
Romaines 149
Ordonnances comment validees 145
Ordonnances quelle claufe contiennent exprefle
pour auoir force 132
Ordonnances n’obligent perfonne,fi le mande¬
ment n’eft au pied 36 o
Ordonnaces des Princes n’ont aucune force, que
pendant leur vie 132
Ordonnances des collèges quelle puiflance ont
388Ordonnancetouchantlesmariagesdes filles des
grandes maifons c 555.556Ordonnances par qui peuuent eftre corrigées 336
Ordonnances des Romains fumptuaires par Iu-
ftice arithmétique 740Ordonnances touchant les amendes 738.739
Ordonnances Barbines 44Ordonnances anciennes contre les Italiens vfu¬
riers 644
files Ordonnances du tyran doiuent eftre annu¬
lées apres fa mort 253
Ordonnances bonnes du tyran accis ne doiuent
eftre annullees 262
Ordonnances penales en Pologne 744
Ordonances refembler aux toiles des araignes 587
Ordonnances des Turcs pourlefaiâ: des finâces
& de la guerre • 624
Ordonnances louables aneanties 650
1 Ordre des Cheualiers S.Michel quâd ôc par qui
inftitué ^69
Ordre de France, d’Angleterre, Ôc de Bourgongne
& articles notables fur ce 569
Ordres diuers des Cheualiers,& de gens de vertuen diuerfesrfations 567.568.569Orfeure par quel moyen decouuert par Archime-
des,&beau difeours fur l’eftat des Orfeures 658
659Orfeures doiuent eftre corrigez 658Ormus, ifle appartenant au Roy de Perfe 185
Ornemens Royaux > 243Oftages pour deliurervn grand feigneur deprifô,
comment doiuent eftre baillez 109Oftracifme quel banniflemét à Athenes, ôc pour¬
quoy introduit
Oftracifmeaboly pour la mefchanceté d’Hyper-
bolis,quiy fut condamné 567OttonTruccesfift roftir à petit feu le meurtrier
de fon lieutenant ^27S. Oüan,patrô des archers delà ville de Paris 567.l’ordre de S. Oüan par qui inftitué 568Ouyr par les oreilles d’autruy , c'eft à faire aux
fourds 480PAcatius difoit à l’Empereur Theodofe, Tantü
tibi licet,quantum perleges licebit 146
rædonome,c’eft à dire le grand Cenfeur de la ieu¬
nefle,ordonné par Lycurgue 611
pagani,ou payfans,font ceux,qui vfent d’vne mef¬
me fontaine 382
raillardife a plus ruiné de princes, que toutes les
autres caufes 410.&pourquoy 411
paillardifes retranchees par les cenfures 616
Pair, eft nombre mafle 442
paix.fille d’amitié ôc d’equalité 457
paix rend la Republique bien heureufe sn toutes
chofes 582
paix par l’authorité de qui doit eftre accordec
200paix auec quelles gens eft ordinairement traittee 1
eftre arbitre de paix entre les autres , eft le plus
haut point d’honneur,qu’vn prince puiffe gai-?nrCr ' . r 5>5>paix louuentestois pratiquée par vn tiers fe mettar
entre deux,fufcité par ceux, qui ont honte de la
demander ^8.99paix,chofe pernicieufe à vn peuple guerrier 589
paix haye de$ mefehans comme la pefte en guerre
ciuile 424trai&édepaixmemorable 439palatin de Saxe,vicaire de l’Empire 172palerme,membre de l’Empire 173paleftine quand reduidte en prouince Romaine 59
paleftine toute faccagee 74.ans apres lefus Chrift437 vpallas à là dextre de lupiter,que fignifié 292
la mule pallas viuoit en pleine liberté fans qu’on
ofaft la charger ny encheueftrer 38pande&es des Hebrieux 734papes comment efleuz,&les homicides &empoi-
fonnemens,qui Oy commettent 709.18le pape eft feigneur fouuerain 170le pape fuget à la loy naturelle 150le pape fe dit plus grand que l’Empereur 182Yy
TABLEle Pape quelle puiflance a furies Roys ôc Princes
Chreftiens 175le Pape ne fe lie iamais les mains 133fi le Pape peut difpenfer du ferment 104le Pape comment obtint la feigneurie d’Italie 175
17 6Papes comment ontaccreu leur puiffance 177
Papes en la protection des Roys de France 176
le Pape Gregoire fut le premier, qui Pappella l’e-
fclauc des efclaues de Dieu 175PapeIule3.refpondfacetieufemét aux Cardinaux
qui l’auoient efleu 577le Pape Iean priué de la Papauté par l’Empereur
181Roys feudataires du P ape 178Papes morts,ordinairement furuiennet des trou¬
bles,& pourquoy 701
Papinian par fa trop grande rigueur fe fift mourir343 ,Papirius curfor auoit vne dignité incroyable de
bien commander,bel exemple de ce 365Papirius curfor fift mettre à mort fon colonnel,
qui auoit combatu contre fon congé, combien
qu il euft emporté la vidoire 318Parennius, grand mignon de l’Empereur Com¬
mode,décapité pour aupirgraué fonimageaux
monnoyes 213Parietes æterni faids de tuile 431Paris pourquoy diuifee en ville,cite, ôc vniuerfité
56Paris comment feft toufiours maintenue depuis
Cefar fans eftre prife des ennemis 581Pariure eft le crime plus deteftable,qui puifle eftre
en vn Prince 148Pariures plus execrables qu’Atheïftes 101Pariuremens frequens des Atheïftes 611Pariures miferablement tuez 108Parlement au commencement eftoit le priué con¬
feil du Roy 470
Parlement a les mains liees en la prefence du Roy
3^7Parlement eftant en contraires opinions commet
fe doit accorder 341Parlement deFrance iadis ambulatoire, ôc quand
érigé en cour ordinaire 469Parlement de Paris par qui érigé 149Parlement de Paris a la prerogatiue d’honneur
par deflus tous les autres 375Parlement de Paris iadis eftoitle Sénat des Pers,
Princes,& le confeil deFrance 99Parlement de Paris fappelle la cour des Pairs de
France,ayant cognoiflànce des Pairs 375Parlement de Paris redouté de Loüys 11. Roy de
France 340Parlemens font ordinaires des ordinaires 470
Parlemens iugent au nom du Roy 370Parlemens de France iugent fans appel 205Parlemens deFrance équitables 152Parlemens de France ne peuuent procéder qu’en
qualité d’officiers du Roy 316Parlemens de France quelle forme tiennent eferi-uant au Roy
Parlemens confirment toufiours le Roy nouueau470Parlemens pourquoy ont vne chambre apnelleP
Tournelle * ^Parlemens d’Arragon tenus de trois ans en trois
ansParler par la bouche d’autruy , c’eft à faire aux
muets oeftrange couftume de Parler du Royde Borney àfes fugetsle bien Parler fort requis en vn gouuerneur,bel
exemplele Parler du Prince quel doit eftre , Ôc plufieurs
beaux exemples de ce 485.484Parole du Prince doit eftre comme vn oracle 134
Parotides/ôt veines fous les oreilles,par lefquel-
{cs quelques peuples fechaftrent
Parricides communs du temps de Néron 25
Parricides ineuitables,fi les femmes eftoient com¬
mun es n
Parricidés commis par les Atheiftes eu
Parricides de quelles peines doiuent eftre punis
21.22Parricide falarié de la feigneurie de Venife 27.28
Parthenius inuenteur de nouueaux fubfides, lapi-
dé / 635Partialitez toufiours dâgereufes en vne Républi¬
que 49S
Particuliers ne peuuent faire ce,qui peut eftre fait
parle Magiftrat ^t
Pafques des Hebrieux comment celebrees383Patagones geans à prefent és Indes 522Patrices plus honorez,que les illuftres 313Patrices exemptez de la puiflance paternelle, 26.27
Patron,que fignifié 7$Patron tient profit ôc obeiflance,pour!a defenfe
des affranchis 73Patronus cliend fi fraudem faxit,facer efto 73
Patronage,vaflalage,& protedion ne doiuet eftre
confondus 74Paul Æmile,général des Romains,depofa la qua¬
lité de Roy 187
Paul Æmyle changea le grand Royaume de Ma-
cedone 439
Paul Æmyle répudia fa femme fort fage,& bien
noble,& vn bel apophthegme fur ce 19
S.Paul natif de Tharfe,appelle à l’Empereur,com¬
me bourgeois de Rome 59
Paulin,Euefque de Nebîe, vendit tout fon bien
pour racheter les Chreftiens efclaues,&luymef-
mefe vendit pour fes freres 41
Paufanias,Royde Lacedemone, condamné à la
mort 2.56
Peuure eft eftimé en France celuy, qui a iuré pau¬
ureté auec deux ou trois tefmoins 743
du Pauure en iugement on ne doit auoir pitié
364Pauures malementtraidez,caufentles maladies
populaires 48Pauures
DES MATIERES.Pauures deuoir efpoufer les riches, commandé
par edid , 545Pauures moins punis queles riches en maniéré
d’amendes 743maifons publiques pour apprendre les Pauures
enfans à diuers meftiers ^ 48refufer nourriture aux Pauures,ceft les tuer 48
Pauureté & richeffe, deux anciennes peftes des
Républiques ^ 544Pauureué extreme,principale cauie des change¬
mens des Républiques 543
Pays conqueftez comment doiuent eftre diuifez
546pour rien on ne doit prendre les armes contre Ton
Pays 259Pays gras ôc fertile rend les hommes poltrons, ôc
couards 54°Péages par l’authorité de qui eftablis 214Péché le plus petit,eft grand en vn Prince 480
Pechez fe commettroient execrables,fi les fem¬
mes eftoient communes 11
Pedanius tué en fa maifon,quatre cés de fes efcla¬
ues mis à mort,félon la couftume 38-35)
Peines en foy fon todieufes,& loyers fauorables
563Peines doiuent eftre moderces,ou augmentees fé¬
lon la qualité des perfonnes 740.741
Peine des vaincus parles Romains 622
Peine deuë pour vn crime quand,& comment re-
mifepar la grâce du Prince 210
Peines deuës aux enfans qui frappent leurs peres
Ôc meres 21.22
Peines deuës à ceux qui offenfent les Magiftrats363Peines prefque toutes pecuniaires en Pologne744Peines trop griefues contre les criminels à Venife744Peine la plus griefue,la plus douce ôc la plus infâ¬
me,quelle 742
des Peines,& loyers,chapitre 563
Pelopidas &toute fa lignee,fait bourgeois de Per¬
le ^ 61
relopidas condamné à mort pour auoir retenu les
forces quatre mois apres le temps 415
le pendre,eft la mort la plus infâme 742
Penfion & tribut en quoy diffère 61-7
Penfions fans aquit 629
Penfions neceffaires 628
Pentapole par qui donnee au Pape 176
Pépin grand maiftre de France,fut le premier, qui
fift part des feigneuries d’Italieau Pape 176
Pere,eft le vray image du grand Dieu fouuerain 21
Pere priant pour fes enfans,ou leur maldifant, eft
exaucé de Dieu 21
la maledidion du Pere plus à craindre , que la
mort xi
Pere de famille,deuât qu’il fuft Republique, auoit
puillance de la vie ôc de ia mort fur fa femme ôcenfans49Pere& mere peuuent lapider leurs enfans defo-beiffms,félon la loy Seruia 22Peres non tenus nourrir leurs enfans,que iufques
à l’aage de fept ans , par les loix de Romule26Peres pourquoy pouuoient inftituer autres que
leurs enfans pour leurs héritiers 29.30Peres en pays couftumier n’ont rien és biens des
enfans 27Peres pouuans vendre leurs enfans 23Peres,qui tuoient leurs enfans, comment punis
iadis en Egypte 29Peres vieils mangez par leurs enfans par charité
37Peres François n’ont leurs enfans en leur puifian-
ce 27beaux exemples delà pieté des enfans enuers leurs
Peres 24Peregrinus que fignifié 51Perfidie toufiours conioindeauec impieté & laf-
chetédecœur 101Perfidie couuerte par nouueau traidé ne fe doit
pas repeter 107Perfidie des Epirotes vengee & punie griefuemét
107Periandred’vn des fept fages de Grece, appellé ty¬
ran 245
Pericles,Monarque d’Athenes 680
Periclés &Themiftocle firent baftir les murailles
d’Athenes 584
Perpetuel,quelle puiffance a cc mot 132
Perfe auoit en fon eftédue Royale fix vingts gou-
uernemens 10
Roys de Perfe pourquoy adorez 235
Perfes ciuils,& traidables 536
Perfespouuoientefpouferautant de femmes que
ils vouloient 30
Perfes auoient toufiours harats de femmes
530Perfeus,RoydeMacedone,vaincu&pris par les
Romains 94Perfeus,Roy de Perfe, emmené captif à Rome,
au mois de Septembre 439les Perionnesnefontlacité 9Pertinax Empereur tué, Ôc tous fes meurtriers
punis de mort 261Peru Royaume conquefté par Pizarre capitaine
Efpagnol 711Pefte la plus dangereufe des Republiques, eft la
trafique des offices,& benefices 572.Pefte la plus dangereufe de l’Ariftocratie, eft la di¬
uifion des feigneurs 422.
Pedronius fift mettre l’image del’Empereur Cali¬
gula au temple de lerufalem,& ce qui en aduinc348Peuple peut eftre conftitué de quinze perfonnes9 . . . rPeuple fous vne feigneurie fouueraine faitla citePeuple diuifé en trois eftats par Platon 597le Peuple guidé par l’exemple du fouuerain 480
le menu Peuple à quoy fe doit occuper 555Yy ij
TABLEpeuple en Démocratie nefe doic mefler des affai¬
res 494
reuple efmeu eft comme vne befte à plufieurs te¬
ftes,& des plus furieufes qui foit,auquel ne faut
refifter par force 406
peuple efmeu fappaife voyant vn fage vieillard,ou
vertueux perfonnage l’araifonner 508
peuple frontier fuget à rebellion 61
Dauid puny d’auoir leué le nombre du peuple
604peuple Romain en quelles,& combien de lignees,
ôc clalTes iadis diuifé 278peuple Romain auoit puiflance fouueraine 230
peuple de Rome cognoifïoit des appeaux en der¬
nier reffort 204
peuple Romainfaifoit ferment de garder les loix
141Peuple Romain faifoit les loix,& officiers 191.195
peuple ne meurt iamais 8peuples premiers gouuernez fans loix 321peuples iadis trainez enchainez par Herculés Cel¬
tique, ôc pëdus parles oreilles,auecchaines qui
fonoient de fa bouche 514peuples addonnez aux guerres,font farouches, ôc
fauuages 540peuples 3 qui fe chaftrent par fous les oreilles
530peuples diuifez félon les climats, ôc temperatures
de la terre 519diuers naturel de peuples 536.537le naturel des peuples commet peut eftre cogneu
par les gouuerneurs 516peuples différent de naturel,félon les pays 518
peuples du pays fterile, ingenieux 540peuples Orientaux plus doux,plus courtois, plus
traidables,ôc plus ingenieux, que ceux d’Occi¬
dent 536
peuples du Midy par quel moyen doiuent eftre
gouuernez 534
peuples Méridionaux pourquoy abftinens 521
peuples Méridionaux vindicatifs, pofez, aduifez,
ôc modérez en toutes adions 528.529
peuples Méridionaux fugets à maladies eftrâges,
ôc quelles^ 532
peuples Septentrionaux ne font malicieux, ny ru-
fez,comme les Méridionaux 627
peuples Septentrionaux groifliers d’efprit 533
peuples du Septentrion fe manient par force, Mé¬
ridionaux par religion, & metoyens pariuftice
532-peuples Setentrionaux belliqueux,violens,impu-
dens,impitoyables,ôc fléaux du peuple de Dieu
5Z3peuples du Septentrion ennemis des femmes530peuples Septentrionaux chaftes,& pudiques, Mé¬
ridionaux lubriques 529
peuples du Septentrion peu Ialoux 531
peuples du Septentrion pourquoy ont Royaumes
eledifs 538
trois vertus propres à ces trois peuples, Septen¬trional, Méridional,Ôc moyen
retiples des régions moyennes mieux tempérez
d efpnc Ôc de corps,que les autres
peuples metoyens ont inuenté,exercé, ôc enfeigné
toutes jesfciences humaines
peuples habitans és vallees efféminez !rC6o!£S dCS PayS feItileS' doiuen! efoe aguerrisphalaris tyran miferablement faccagé par fon peu-pharfaliens iadis foubs l’vn des plus excellente-
ftats delà Grece z^Philippe,Roy de Macedone,tué pour auoir porte
plus de faueur à Antipater contre Paufanias502Philippe Roy d’Efpagne,vicaire perpetuel de l’em1 i65>Philippe le conquérant excommunie luy Ôc fonRoyaume de France par le Pape
p hilippe le Conquérant chaffa les luifs de France,
&pourquoy rPhilippe i.quel ferment fift à fon facre 13 çPhilippe le bel erigea le parlement de Paris 149
Philippe de Valois,Roy de France, efleu capitaine
en chefdel’Eglife Romaine 84Philippe de Valois,Roy de France, quels teftamës14 9philippus quelle monnoye ainfi noinmee 213
philon,le premier proconful 313.philopæmé tua le tyrâ Nabis dc Lacedemone 222
philofophes à quoy empefehez ôc occupez 535
philofophes auoient entre eux confrairies 383
Philofophie venue du pays Méridional 522
philofophie vraye,eft traiderles affaires publi¬
ques^ faire iuftice 480
phocenfes condamnez aux eftats Amphidioni-
ques à rcftituer l’argent pris au temple de Del-
Phe 82
phocenfes ruinez pourledebatd’vnmariage 423
phocion,l’vn des plus fages,& vertueux hommes
du monde,toufiours contraire au peuple 676
cp0$ fignifié homme ôc lumière : ôc eftoit iadis le
nom d’vn oracle fort célébré 37
Phraatés,Roy de Parthe,appellé le Roy des Roys
189Phylade,quel officiera Cumes 222Phylifte,efponge du tyran Denis le ieune, mis à la
fureur du peuple 260Pierre Gambeconrte, homme de bas lieu, chaffa
fon maiftre de fon eftat,& fe fift feigneur 718
Pierre d’Albret chafle de fon Royaume de Nauar¬
re . 166
Pierre d’Albretpar quel moyen perditfon Royau¬
me 96
Pieté,fille de contemplation 460
Pieté a fondement de la iuftice paternelle 24
mons de pieté vtiles, honneftes, ôc charitables
641pigeons n’ont point de fiel 592pilate contraind de condamner lefus Chrift 59
pirates de quelles gens fc font ordinairement 48Pirates
/DES MATIERES.Pirates ennemis du genre humain 3Pirates ne font de la Republique idroit des gés ne doirauoir aucun lieu auec les Pi¬
rates 78
foy donnee aux Pirates doit eftregardee 110
Pififtratus de fuget,& citoyen fe fift maiftre de la
République 254
Pifonadopté parGalbaEmpereur 31
Pifon proconful pour l’innocence d’vn homme
en fift mourir trois . 365.366
Pitharchie quelle deeffe,& ce quelle fignifié' 364
à Pitié les hommes plus enclins quà la rigueur
364.365Pitié impitoyable exercee contre les luifs 398
Pittaque,l’vn des fept fages de Grece, appellé tyrâ
14 $Pittaque,Roy de Corinthe 241Pizarre,capitaine Efpagnol,conquefta le Royau¬
me du Peru , Ôc mift à mort le Roy Atabalippa
711Plaifirs mefprifezauxLacedemoniens 71Tribun des plaifirs,&: voluptez 616Planetes en partie mobiles, Ôc en partie immobi¬
les ielon aucuns 442
des Planetes,& deleurs coniondions 434
Planetes en quels degrez eftoient au temps du
grand deluge du monde 434
Planettes accomodees aux trois parties de la terre,
& peuples d’icelle ^
Planettes quelle puiffance ont fus les chofes infé¬
rieures 436
Planettes n ont puiffance fur les hommes fages
449Planetes nc font caufe des changemens des Repu¬
bliques 430
Planeteaucune ne ruina fa maifon, maxime des
Aftrologues 440.441
Platon rédoit grâces à Dieu de ce qu’il eftoir Grec
ôc non pas Barbare:Athenien, Ôc non pas The-
bain 538
Platon ôc Xenophon compagnons, ôc tous deux
ialoux de la gloire l’vn de l’autre 728
Platon exceller cn toutes chofes, excepté en la cô-
munauté des biens n
Platon eftant en cholere, ne voulut chaftier fon
efclaue ^
Platon a fait deux republiques,ôc quelles 218
Platon a pofé fept cens vingt fept loix en fa Repu-
blique _ 228.229
Platon a diuifé les citoyens en trois eftats 72
Platon bannit de fa République ces deux mots,
mien ôc tien, n
Platon à quel aage mourut 445
Plufieurs ne peuuent eftre fignifiez par deux 8
Plutarque reprins touchant le nombre ternaire^é'na in multitudine regenda plus , quàm obfe-quium valet 677Poetes de quelles régions ont efté 533Poids eft l vn des droids de la fouueraineté 213I oitiers rai-par le Roy Dagobert 5811 olemon ,Roy d’Amafieafift les Romains héri¬tiers ^ 4oz7ro\iç ôc ctqv en quoy différent 54Politique a pris origine és régions metoyennes
522.Politique doit fuiure Dieu au gouuernemét dece
mondereigle Politique des anciens 452Politiques doiuent eftre eloquens, bel exemple
5r4Politiques en quoy doiuentimiterDieu 453
Politiques fages comparez auec les bons méde¬
cins 449.450
Politiques font ordinairemét deux fautes au gou¬
uernement de la Republique 465
Pollion fift tuer fon efclaue pour auoir caffé vn
voirre fi
Pologne ne tient rien de l’Fmpire 174
Pologne feudataire du Pape 178
Pologné affligee de grandes chaleurs, & brufle-
mens pernicieux en efté 520
Polognetombeeen quenoille 720
Pologne fe change en Ariftocratie 427
Polonois portent les cheueux tondus, ainfi qu’on
les voit,par le commâdemcnt du Pape, Ôc pour¬
quoy . 178
Polonois peuuent tuer leurs fugets cenfiers fans
reprehenfion 43
Polonois alliezauec leTurc 106
PolybeGrec naturel, & gouuerneur de Scipion
l’Africain I13
Polygamie defendue fus peine de mort 551
Pompeelegrand,efleu Conful tout feul 677
Pompee diîpenfé des loix pour cinq ans, par or¬
donnanceP opes m efprifees e n 1 a R ep u bli q 11 e h eu reufe 5.6
Pont admirable furie Danube faidpar l’Empe-
reurTraianPontifesà quoy fe doiuent occuper 53 jPontifes anciens eftoient luges ordinaires 325
Pontifes d’Afie ont la déclaration des loix,& deci-
fion des caufes les plus hautes, ôc plus difficiles
738PopiliuSjAmbafîàdeur Romain vers le Roy An-
tiochus,refpouuenta de fa hardieffe " 124
Populace eftonnee au danger 677Populaire rien eftimé des nobles ,ny des riches
284Populace de Rome pourquoy feparée des nobles
ôc comment ralliee 57de 1 eftat Populaire, & de fes fingularitez 140.
H1chapitre de l’eftat Populaire 277Portugais quels Royaumes, ôc régions ont con-
quefté en Orient <$j0Portugais eux ôc leurs Roys grands trafiqueurs630Portugal combien a de Royaumes feudataires, ôc
tributaires j8^Roys de Portugal d’où ifïùs 185.576Potentas d’Italie n’ont fouuerainetc 170Poteftatum mercatores minimé tolerandi 574
Poyet, Chancelier de France , accufé de lcfeXx iij
TABLEmajefté 3^7Poyet Chancelier prifonnier^ comment, & par
qui iugé489Præfe6fcus morum,c’eftoit le Cenfeur, fon office,
& quand inftitué 605Precop de Tartarie,Prince trefpuiflant 593Precop,grand feigneur de Tartarie,iadis fouue¬
rain de tous les Royaumes 186
Predi&ionde Ve&ius aueree 447
Prefcheurs mutins pernitieux, mefme au téps des
troubles 5I4,5I5
Prefcheurs trop vehemens chaflez^ 397
Prefchon inuenteur de nouueaux lubfides,execu¬
té à mort635Prefeription n'a lieu contre Dieu,ny contre la Re¬
publique ZI7
Prefeription n’a lieu contrele Domaine 619
Prefens gratuits &prefens volontaires de diuerfes
efpeces 626
Prefent de fix Royaumes faift aux Romains par
teftament 626
Prefens magnifiques des Roys eftrangers enuers
les Romains 625
Prefens exceflifs des Princes fe doiuent reuoquer651 ,Prefident des Druides portoit vne pierre precieu-fe au col,où la vérité eftoit grauee 738Prefident du côfeil des Grecs quelle charge auoit298Prefident en l’abfence du Roy eft par deflus tous
les Princes ^ 3^7le premier Prefident prend la qualité de gend’ar-
me,&f’appelle Miles 4^9Prefidens iadis annuels 4^9Prefidens de Paris fupprimez 3l6*3I7Prefteian,le plus grand Seigneur de toute l’Afri¬
que , auquel cinquâte Roys obeiflent,pour tou-
, tes murailles 8c chafteaux, n’a que fon pauillon
579.184Preftre,appellé le Roy des facrifices 2.2.2Preltres ne peuuenc condamner à mort 60Preftres de ludee pour leur qualité de preftrife fi¬
rent confcience de condamner lefus Chrift à
mort 60Preftres d’Egypte,& des anciens Gaulois, gardes
de la Iuftice 737Preftres d’Afie encores à prefent ont la iuftice en
main 738Preftres de Mars gettoient flambeaux entre les
deux armees,pour les faire combatre, &fe reti-Preteurs quelle iurifdi&ion auoient 330Prêteurs pouuoient donner la bataille fans expiescommandement 3^Prætoremab omnibus Magiftratibus concionem
auocarepofle,præter quàm àconfule 371
Preuoft de Rome quelle puiflance auoit 359
l’eftat du grand Preuoft pourquoy diuifé en deux,
8c puis en trois ^Preuoft de l’Empire quelle puiflance a 354.366
Preuoft des marchas de Paris doit eftre bourgeois
naturel delà ville ^Preuoyance du ieune Scipion 588Prince que fignifié Z2)lle Prince eft l’image dc Dieu :1a loy, l’œuure du
Prince 190.151.154Prince eft la loy viue 479Prince fouuerain comparé à Dieu 483quand ce mot de Prince fut mis en vfage 50
Princeabfolu de tous les Princesdu monde,eftroient delà meflee5irPrêteur eftoit le plus grand Magiftrat de Rome298Preteur Vtbain,preteur des caufes publiques, Sc
preteurpour les eftrangers comment différent356Preteur au lieu des fucceflions donnoientles pof-feflions29Prêteurs efleuz par les grands Magiftrats 333
quatre Prêteurs à Rome 3°9Prêteurs quelle authorité auoient 196Dieu147Prince,Magiftrat,&particulier comment différée333-334Prince fouuerain vendât ou donnant vn fief, n’eft
réputé donner ny vendrela iurifdi&ion 377
Prince fouuerain ne recognoift, apres Dieu, rien
plus grand que loy-meime 351tout Prince fou uerain,pour petit qu’il foit,tient le
premier rang par deflus tous les Princes venans
en fon pays : mais fî le protecteur vient, il eft le
premier en tous honneurs 79Prince fouuerain neft aucunement fuget aux cô-
mandemens d’autruy 132fi le Prince fouuerain eft fuget à la loy naturelle146 146Prince fouuerain n’eft fuget à la loy ciuile 147
Prince fouuerain doit eftre moins fupporté en Iu-
ftice,que fes fugets, quand il va de la promefle
148Prince fouuerain n’a puiflance de voler le bien
d’autruy,& de faire mal: veu que c’eft impuiflan-
ce,foiblelfe,& lafeheté de cueur 150Prince tenant d’autruy,n’eft pas fouuerain 159
Prince fouuerain par quelles marques différé des
autres hommes 197Prince fouuerain eft faind 8c inuiolable 263
Prince fouuerain ne doit iamais communiquer
fonfecret 7*8qui mefprife le Prince,il mefprife Dieu 190
c eftau Prince d’interpreter la loy 73JPrince peut deroger aux loix humaines 338le Prince feul peut declarer fes loix 378le Prince ne peut faire vn fuget égal à foy 192
le Prince tient profit & obeiflance, pour la defenle
des fugets 73le Prince eft obligé de defendrepar armes, 8c loix
fes fugets 7Zrien plus dangereux à vn Prince,que de faire preu¬
ue de fes forces contre fes fugets 397
n’y a iamais caufe iufte de prendre les armes con¬
tre fon Prince,& contre la patrie 101
forme de capituler entre le Prince, & Ces fu-gecs
DES MATIERES.gets iiC'conuention mutuelle entre le Prince & Tes fugets
134Prince de France iadis n’eftoit appelléRoy,deuant
qu'il fuft facré 316Prince doit eftre pere mifericordieux enuers fes
fugets 486Prince trop familier fe rend conterfiptible 4 82
Prince vicieux,& lafche, ne veut autres auprès de
foy,que ceux de fon humeur 577Prince vicieux eft pernicieux, Ôc mauuais exemple
à fon peuple 4^°Prince vicieux eft inepte, & ridicule deuant fon
peuple 4^2Princes ne commettent point de petits vices 480
le Prince tourne pluftoft le cœur du peuple à fes
vices,qu’à fes vertus 481le Prince guide tout le peuple par fon exemple
480Prince doit garder le fermet par luy fait à fon peu¬
ple 338
Prince fe faifant parafant fe met en grand danger5 °9Princes peuuent eftre iugez par autres Princes,
ou par leurs fugets \ 369Princes tenus par obligation diuine & naturelle
de faire iuftice 379fi les Princes iugeoient eux mefmes en perfonne
leurs fugets , ce feroit le plus grand bien, qui
puilleaduenir à la République 479le Prince & le magiftrat doiuent iuger félon leur
confcience,non fattacher à la loy 737Pii eft expedient, que le Prince iuge fes fugets , ôc
quil fe communique fouuent 477. 478la vraye fcience du Prince, eft de iuger fon peuple
479le Prince en quel cas doit iuger en perfonne 492
il n’y a point d’appel du Prince 357Prince doit auoir vnabbregé des affaires d’eftat,6 vne lifte des gens de Marque 649
le Prince ne peut pas donner l’intereft ciuil de lapartie offenfee ï48au Prince iuftice eft neceflaire en tous lieux, Ôc
tous temps 47c)raifons pour monftrer, qu’il n’eft expedient, que
les Princes iugent leurs fugets en perfonne 480
•Princes pourquoy ne doiuet iuger des caufes cri¬
minelles 487.488
Princes doiuent bailler arbitres aux grands fei¬
gneurs 501
Princes failans eux mefmes iuftice ,quel bien font
à leur Republique 47g
Princes premiers pourquoy fe mefloyent de iuger
486Princes iuges des magiftrats, magiftrats des par¬
ticuliers, ôc Dieu des Princes 145
le Prince doit eftre libérale magnifique 576
Prince genereux ne demande la paix, ny la guerrele Prince prefent,eft de grande confequence pour
vaincre l’enncmy
le Prince doit euiter le blafme de cruauté 498parole du Prince doit eftre comme vn oracle 134
le Prince tenu des conuentions de fes predecef-
feurs 152le Prince eft tenu de fes contra&s, ôc côuentions
147.148fi le Prince és fa&ions ciuiles fe doit ioindre à lv~
ne des parties 495file Prince eft defloyal, il ne faut iamais faire eftat
de Ion ferment u6Prince rigoureux ôc feuere meilleur,que trop bon
250n le bon Prince afllfté d’vn mauuais confeil, eft
moins dangereur, qu’vn mauuais Prince con¬
duit par bon confeil 285
lePrince n’eft point reftitué comme mineur 152
Prince eftranger ne doit eftre efleu, félon le com¬
mandement deDieu 704
Prince de l’Empire en la protection du Roy de
France 121
Princes de Perfe pourquoy adorez de leurs fu-gets 483Princes appeliez pafteurs des Peuples 478
Princés fouuerains comment obferuent entre eux
les degrez d’honneur 186Princes eftoyét pour toutes loix és premieres Re¬
publiques 321
Princes perdent l’honneur ôc tiltre de Prince, qui
commandent chofes côtraires aux loix de Dieu
337Princes tiennent leurs feeptres Ôc couronnes delàiuftice37 9Princes neceffairement doiuent entendre aux af¬
faires d’eftat 480
l’hôneur, gloire,& la puiffance des Princes ne gift
qu’en obeilTance 227
Princes fouuerains font les lieutenans de Dieu
l9° ,Princes fouuerains font les plus grands delà terre
apres Dieu 190peu de Princes abfoluement fouuerains 168
Princes fouuerains ne doiuent ferment qu’a Dieu
H1Princes fouuerains ne peuuent alterer les loix de
Dieu parleurs ordonnances 146Princes louuerains font exempts des loix de leurs
predecelfeurs 132Princes fouuerains prennent ce mot de maiefté,
pour leur qualité: ôc Princes non fouuerains ce
motaltelfe 217Princes fouuerains exempts d’obligation ciuile,&
non de la diuine,& naturelle 379Princes fouuerains quelques mefchâs qu’ils foyée
ne doiuent eftre tuez par les fugets 258deux Princes fouuerains ne peuuent regner en vn
mefme pays 232trois Princes en vn mefme pays fe comporteroyét
plus aifement que deux 233Princes font feigneurs de tout,comment fentend
celà " ' i5Ile Prince par quel moyen peut attirer les fugcts à
fa religion 510Princes nefe peuuent lier les mains, ores quâdilsYy iiij
TABLEvoudroyent *33Princes tous fubiets aux loix 4e Dieu,& de nature131Princes ne peuuent donner grâce delà peine efta-
blie par la loy de Dieu 210Princes moins priuilegiez,que les fugets 151
Princes ne peuuent rien,qui ne foit iufte 150
Princes doiuent mefurer leur pouuoir au pied de
iuftice *5°Princes non tenus aux loix Romaines 149Princes monftrent principalement leur maiefté en
donnant loy aux fugets lans leur confentement140Princes ne peuuent deroger aux loix, qui concer¬
nent leur eftat ]3^
Princes bien entendus nefont iamais promefles
de garder les loix de leurs predecefleurs 135
Princes font tenus aux loix pa&ionnaires 134
Princes ne peuuent eftre fugets àleurs loix 133
Princes ne doiuenc tenir leur foy à leurs fugets re¬
belles 111
Princes ordinairement fe departent des alliances
des vaincus 108
Princes fe departans deleurs promefles,voire def-
raifonnables,fontpariures 101
Princes comment fe doiuent prefenter au public
483Princes ne font obligez àla prote&ion de leurs
predecetreurs 91Princes prifans les gens de fçauoir, remplirent
leurs pays de toutes bonnes fciences 480.481
Princes efclaues deleurs plaifirs,& voluptez,doi¬
uent fe retirer delà veuë du peuple 483
ieunes Princes debordez en folies,mafcarades, &
lubricitez 691
Princes pour leurs rares vertus ne doiuent fouuét
fe communiquer au peuple 491
Princes mefehans fattribuent les tiltres les plus
diuins 246
Princes ne peuuent leuer impofts à leur plaifir 138
Princes paillards,effeininez,&' cruels non afl'eurez
en leur eftat 410 Sc pourquoy 411
Princes,quiauancent gens indignes, & de nulle
valeur 577
Princes affiegez de flateurs , chofe dangereufe
469Princes pippez par les flateurs 487la ialoufie ineuitable entre Princes efgaux 7031 enrreueuë des Princes eft perilleufe 493Princes ordinairement ignorent les affaires, qui
leur touchent de près 498Princes offenlézde leurs fugets,de quelle vegean^
ce vfent contre eux 35>3*394bons Princes ordinairemet fuccefleurs des tyrans,
408Princes doux plus à craindre,que les feueres 251
Princes Chreftiens cedenc tous la prerogatiue
d honneur à l’Empereur 188Princes heretiques Sc tyrâs excommuniez par le
pape 178Princes alliez des Romains quels degrez d’hon¬
neur obferuoyenc entre eux 187Princes d’Italie tiennenttous du pape,ou de l'em¬
pire,ou deFrance l6g
Princes ruinez pour prendre à intereft 641
changemens de Princes par tout le monde envn
mefme temps
Princes doiuent rédre le fuget d’autruy à fon prin¬
ce naturel Q
facilius eft errare naturam, quàm diflîmilem fui
Princeps poffit Rempub.formare 480
Princes fouuent en débat pour les peuples fron-
tiers 6l
Princefpirituels de l’Empire <;86
Princes tous liguez conrre les Venitiens 98
l’eftat des Princes defefperez comment peut eftre
afleuré 645
Princes les plus illuftres morts au mois de Septé¬bre435>princefle,qui fe noya,pour fe venger de ceux, qui
la vouloyent auoir en mariage par force 725
princefles,en cas de mariage veulent voir les per¬
fonnes, Sc ne fe contentent pas depeindures
725 ,principauté qu’eft-ce 14!principauté & Royauté comment différent 131
principaux des collèges quelle puiflance ont fus
les difciples 387principes des fciences ne doiuent eftre reuoquez
endoubre 509prifonniers de guerre iadis captifs des vaincueurs
34fi le prifonnier deguerre gardé, peut efchaper-fans
blafme 105prifôniers en guerre plus de vingt mille tuez,pour
fçauoir l’ils auoyent auallé leur or & argenc37prifonniers ayans liberté fous leur foy, font obli¬
gez de retourner prifonniers ’ 103
prifonniers Romains non rachetez eftortnerent,
Sc firent perdre courage à Annibal 594
pritanne eftoit le fouuerain magiftrat des Rho-
diots 414
Priuilege comment donnéiadis à Rome 131.132.
Priuileges nefont pas le citoyen 61
Priuileges ne peuuent eftre octroyez.* que par le
fouuerain 45>7»45^
priuileges des princes ne peuuent deroger à la loy
deDieu 3^7
priuileges des princes n’ont aucune force,que pé¬
dant leur vie 132
priuileges perfonelsne diminuét la puiflance des
fuccefleurs 13*
priuileges iniques du Roy comment annuliez 340
priuileges de motu proptio,pernicieux 346
priuileges defendus fur peine de perdre la vie 345
procès d où viennent ordinairement 25
procès de quel pays venus 533
eft chofe miferablemaintenât purfuiure fon droit
par Procès 4^f
procez comment rendus immortels 479
procès par quel.moyen retranchez 606
procès nuls enEthiopie 534
procle Académicien 11Pfocleres
DES MATIERES.procleresinuenteur de nouueaux fubfides, lapide635Proconfuls propreteurs, &proqueftcurs, quels
magiftrats 313Proconfuls auoyent autant de IurifdiCtion, que
tous les magiftrats de Rome enfemble 208
Procureur général au parlement de Paris ne doit
ferment finon au Roy 376Procureur du fifque, & procureur du particulier
216Prodigaliré de Néron ôc de Caligula 648Prodigues commentpeuuent eftre cogneus ôc re¬
primez 607
Promefte iniufte ne doit eftre tenue 133
Promefle fimple oblige 103
Promefle doic eftre gardee aux ennemis de la foy
106quelle Promefte eft la plus forte 73Dieu mefme eft tenu de fa Promefte 148promefles du Prince plus affeurees, que celles
d’vn peuple 695promefles du Prince doiuent eftre par luy entrete¬
nues 148
Promefles doiuent eftre félon le droit accomplies
73Prononciation de mefmes mots, marque de la di¬
uerfité des peuples 543
Prophetes faux quels font 440
PropheciedeLuter faulfe 440
Proportions de trois efpeces, Ôc leurs définitions
729Proportion Arithmétique, ôc Geometrique ada-
ptee à la condamnation des meurtriers 747
Proportion Geometrique en la diftribution des
offices 754Proportion Harmonique aux loyers des artifans
750Proportion Harmonique approuuee par la loy de
Dieu 7Proportion Harmonique en l’ordre du feftin 730
trois reigles des trois Proportions 731Protecteur venant au pays de fon allié, eft le pre¬
mier en tous honneurs par deftus tous autres
Princes 7pProteClion prife generalement,que fignifié 72
Prote&ion eft le plus magnifique droit que tous
les autres ^ProteClion doit eftre l’ancre facree des peuples in-
iuftement tyrannifez u6Protection ne dure que pour la vie du protecteur
75Protection n emporte point de fubieCtion, mais
bien prerogatiue d’honneur 76Protection empruntee des Grecs par Romule 74
penfion aux feigneurs pour Protection 89,90
de la ProteCtiô entre Princes,& beau,& vtile, dif¬
eours fur cc 75
fuccefleurs ne font obligez à la ProteCtiô deleurs
predecefleurs <,1
ceux,qui font en Protection, doiuent refpeCter la
maieftedes protecteurs <>4
roceCtions plus dangeçeufes pourles adherans,que tous les autres traiCtez
Protedions doiuent eftre à certain temps . 92
Prouidadour àVenife tel,que le dictateur à Rome693Prudence eft vertu intellectuelle 4Prudence eft comme la pierre de'touche, qui iuge
du bien ôc du mal,de la iuftice & del’iniure 535
Prudence Ôc fageffe non egalementdonnee à tous682.Prudence fort requife en vn magiftrat 464
Prudence naturelle propre aux aCtions humaines
535Prudence eft propre à commander, la force à exe¬
cuter 535
Prudence des fuccefleurs de Capet,Roy de France
711Prudëced’Auguftepour chaftier l’impudicité des
^gets 640Prufias,Roy deBithynie,fappella efclaue du fenat
Romain I(^2Ptolomees, Roys d’Ægypte, pourquoy appeliez
Philadelphe,PhiIometor,& Philopator 246
Ptolomee le premier Roy d’Ægypté apres Alexâ-
dre 243Ptolomee premier quels prefens fift à>la ville de le
rufalem pour racheter les captifs,& faire les fa-
crifices ^Public en quoy confifte IOPublic doit eftre référé au particulier 151Publius Valerius chafla les Roys de Rome 102.
Puifnez deFrance déboutez de partage, ôc de la
fucceflion des appennages 71 jPuiflans ôc riches ne veulent point de loix 733
Puiflance à quelles perfonnes eft propre 21
Puiflance abfoluë qu’eft-ce 129Puiflance abfoluë, &perpetuelle, eft la fouuerai¬
neté de la Repub.en Latin maieftas 115
Puiflance abfoluë des Princes ne fentend aucune¬
ment aux loix de Dieu 133
P u iffance fou uerainc d u Roy dc France, quand ôc
oùapertementcogneue 136
Puiflance Royale ne peut eftre en deux 223
Puiflance du monarque plus illuftre queles au¬
tres 2<$4
Puiflance du monarque n’eft en rie diminuée par
les eftats ' X39
P uiflance de caflèr la Ioy,& la donner, comprend
toutes les marques de fouueraineté 199
Puiffance armee de fcience,bien dangereufe 286
P uiflance n’eft de voler le bien d'autruy, ôc de mal
faire, ains pluftoft impuiflance, &Iafcheté de
cueur xjo
Puiflancc des magiftrats,cours fouueraines,& du
grand confeil deFrance 301
Puiflance abfoluën eft autre chofe, quederogatiô
aux loix ciuiles 150
Puiflace des maiftres d’efcholefur leurs difciples
3*3Puiflance des magiftrats Romains diuerfc, félon
la variété d’iceux 325Puiffance du magiftrat, apres Dieu, depend du
Prince 351
TABLEPuiffance,que les magiftrats oncles vns contre les
autres _ ,Puiffance des magiftrats ceffe en la prefence du
fouuerain 367Puiffance trop grande du magiftrat change fouuetl eftat populaire en monarchie 4*4Puiffance des magiftrats ne leur doit eftre oftee
pour l'attribuer au Prince 45>3Puiffance des Duumuirs 323-324de la Puiffance du lenat 284.285Puiffancedes confuls Romains 355Puiffance du grand prouoft 354Puiffmce des tribuns militaires 316Puiflace des Ædiles,Curulés w.km abus repri¬
mé > 32^
Puiffance de difpofer des finances,& 1 vn des plusgrands poin6ts de la maiefté 301Puiffance des Collèges . $6Puiffancedes harangues 513Puiffance publique en quoy gift 14Puiffance paternelle relafchee feuanouift toute
vertu 2.5Puiffance paternelle eft facree& inuiolable 24
Puiffmce domeftiquedoit ployer fous l’authori-
té publique 364Puiffance domeftique femblable à la puiflace fou¬
ueraine 8
delà Puiffance du Seigneur fur fes efclaues, cha¬
pitre 33
Puiffance des aftres fus les hommes 436
Punition des rrahiftres 742
Punition des melchans recommâdeeparfus tout
( par laloy diuine & humaine 458
Punition diuine pourquoy retardee fur les mef¬
ehans 491
Punition non faidle des mefehans tire apres foy la
ruine de l’eftat 513
Pyrenees,mons entre la France & l’Efpagne 537
Py'hagoriens auoyent des confrairies entre eux
383Pythigoriens attirèrent les plus nobles d’Italie à
leur cordeile,penfans changer les Republiques
265Py thagoriens feditieux bruflez en Italie 35/6CL,QValité facree, qualité propre à Dieu,priuati-
uemeiit à tous Princes humains 217
Qualité de la perfonne fort confiderable en iufti¬
ce ^ 74°
Qualité ne change point la nature des chofes 215?
Querelles entre les citoyens parla communauté
des biens 12
Quefteurs quelle iurifdi6tion,& puiffanceauoyét
328Quæftores parricidij quelle puiffance auoyent3°7Queftion notable difputee deuant Henry7. Em¬
pereur 351
Quint us Flam.fift tuer fon efclaue,pour complere
à fo Bardactie,qui difoit n’auoir iamais veu tuerhommeQuinze perfonnes peuuent eftre appellees vn peu-
pie oRAifon diuine & naturelle va par tout 49
Raifon doic auoir la puiffancede cômanderà l'appetit _ I4Raifon commâdant fus l’appetit beftial, eft le plus
ancien commandement
Raifon touiiours conforme àla volonté deDieu
14Rançon d’Atabalippa, Roy du Peru, de dix mil¬
lions trois cés mille ducats,& apres mis à mort
n5Ratification eft plus que la parole 113Rauennepar qui donnee au Pape 176Rebelles non punis tirent apres foy la ruine des
eftats 5I3-5*4Rebellion,fille decrainte 58cRebellion du Vaiuodde Yalachie i6tRebellions euitees par le moyen de la guerre con¬
tre vn ennemy eftranger 58 6
Rebellions contre les Princes de quels pretextes
voilees 700
Recepte de Turquie 656
Receueurs des finances par quel moyen peuuent
eftrerendus loyaux 656
Re&eurs des vniuerfitez quelle iurifdi&ion Sc au-
thoritéont 387
Reformation des abus en tous eftats parlemoye
de la cenfure 609
Regales referuees aux Ducs de Bretaigne 159
Rege donnee au Pape par TEmpereur Othon 1111.
179Regiftres de ceux qui naiffent fait par ordônance605.606Réglé Lefbienne 73°Reigle politique des anciens 452.Regnum breuerion parcit populis 461Regul us combien religieux à garder fa foy promi-
feàl’ennemy ïozReligieux fubie£ts à laiurifdidion del’Abbé 387
Religieux fe peuuent porter pour appellans de
leur Abbé au fuperieur 388Religieux ou moynes de France pourquoy ren-
uoyez en leurs monafteres 455.456Religieux trainez fus vneclaye au fupplice, auec
leur habit,& mis en quartiers 388Religion vraye eft verni inrellectuelle 4Religion eft le but & la fin de toutes les adions
humaines ^ 2-99Religion Catholique comment changee à Bafle,
& aux Grifons 45çReligion ne fleurift qu’en temps de paix 582
Religion, principal fondement, & fouftenemenc
deï’eftat mefme félon les Atheiftes 509Religion mieux traiftee en Afrique qu’en Europe534la Religion mefprifee,la cenfure delaiffee 616
Religion mefprifec par l’indignité, & mendicitédes
D E S M A T I E R E S.des miniftres 615Religion fouilleeaux pieds par les Atheiftes 611
ne faut vfer deforce pour attirer le peuple à la Re¬
ligion 5IQ
Religion receue& approuueene doit eftre reuo-
quee en doubte 505)
Religion nouuelle comment,& par quels moyens
permife en ce Royaume 455-45^
Religion Mahometifte à cours çar toute l’Afie,
Afrique,& en vne bonne partie de l’Europe 45
Religiô de Mahomet affrâchift tous fes obferua-
teurs 43
trois Religions célébrés par le monde 45
quatre Religions diuerfes publiquement approu-
uees,& exercees à Francfort 3577
plufieurs Religions f’accordent mieux enfemble,
quedeux 510
Relli orateur Harangue pour le peuple aux eftats
tenus à Tours 137
René d’Anjou adopté par Ieâne, Royne de Naples
3*René d’Anjou Roy de Sicile 237Rentes conftituees pires que les moderees,& vfu¬
res 549-55°
Réparations des forterefles, & des villes quelle
vtilité apportent 647
Reprefailles,quel droit,& que fignifié 216
Republique queft-ce, Sc explication de fa défini¬
tion 1.3
que c’eft de l’eftat d’vne Republique 218
Republique eft vn droit gouuernement de plu¬
fieurs familles 8.11
Republique a fa vraye fource de la famille 8*49
fondement principal de touteRepublique 115
Republique fondee fus bonnes loix,ne fouffre pas427Republique comment peut eftre bien ordonnée6Republique bien ordonnée a trois degrez de ma-
giftrat s c )66Republique bien ordonnée quelle chofe fepro-
pofepourfafin yRepubliq ue ne peut eftre fans officiers 306en toute Republique eft dâgereux de donner trop
de puiflance à vn grand feigneur 718Reipublicæ intereft, vt iniuftis, Sc ambitions de-
cretispareatur
Republique pert fa fplendeur , la puiflance pater¬
nelle relafchee 2^
la forme de Republique comme doit eftre accom¬
modée à la diuerfité des hommes 5^
en quoy confifte la félicité d’vne Republique 4.5.
582République heureufe,où les citoyés font fages 5
Republique à quelles gens doit eftre baillee à
gouuerner ^84de la Republique populaire 277Republique de Platon fimple, &non compofee
228Republique de Platon, la plus politique qui futonques228aifement altérationRepublique fe peut faire de trois mefnages 8.9
nulle Republique peut eftre meflee des trois 229
Republique petite eft autant Republique, que la
plus grande IOla perfedion d’vne Republique ne confifte en l’e-
ftenduedepays 406Republique en quoy différé de la famille 11.12
Republique Sc cité en quoy différent 53.54Republique,college,& famille comment différent
38ïRepublique nc peut eftre,fil n y a quelque chofe
de propre HRépublique ne peut eftre iugeé parl’Horofcope
d’vne ville ^République toufiours reputee comme vn mineur
1 152les nerfs de la Republique,eft l’executiô des com¬
mandemensnulle Republique peut fouffrir deux feigneurs^ e-
gaux en puiffance 253République fans puiffance fouueraine neft Répu¬
blique rRépublique depend de ceux, qui tiennent la fou^llPT'îl *ueraineté218qui eft maiftre de la force, il eft maiftre de toute la
République 1}lRepublique,de Platon,& deThomas Morus.fans
effed ^Republique d’Athenes,la plus populeufe du mo¬
de _ 228
Republique des Lacedemoniens fimple, Ôc non
compofee 221
Republique de Lacedemone affranchie par les Ro¬
mains 222
Republique des Lacedemoniens dura cinq cens
ans 222
Republique de Marfeille la mieux ordonnée de
tout le monde ^
Republique de Rome fimple,& non compofee 12 3
eftoit populaire 224
Republique de Rome a efté la plus illuftre, qui fuc
onques ' # 10>5G2
Republique de France eft fimple, &pure monar¬
chie 226
Republique de Venife Ample, &non compofee
225Republique de Venife bien heureufe 521.592
Republique de Genefue 267Republiques d’où ont prins fource 241Republiques auoir eu origine delaforce&violc-
ceRepubliques fondees fus ces deux mots, Mien ôc
Tien 682Républiques à quelle fin ordonnées de Dieu ir
Republiques feulement de trois fortes , toutes
les autres font corruptions d’icelles 190.119,
230miftion des trois Republiques enfemble, ne faid
point d’efpece différente 220les trois Republiques légitimés comparées 674
de toutes fortes de Republiques, Ôc f’il y en a plus
de trois 2i8Republiques premieres gouuernees fans loix 321
TABLERépubliques premieres feulement regiesparco-
miffaires 321Républiques, mefme deuant Abraham, pleines
d’efclaues 5®Republiques gouuernees par femmes, perdent
leur nom ^ 7l9Republiques gouuernees par femmes en quels in¬
conueniens tombent 722
Republiques peuuent demeurer en leur entier,les
villes rafees 432
Republiques fe gouuernent toutes par comman¬
dement,&obeiffance H
Republiques contraires requierent loix contrai¬
res 220
Republiques contraires fe doiuent gouuerner parmoyens contraires 465Republiques comment peuuct eftre maintenues
en leur eftat 451Republiques quand ont foin <les vertus & fcien¬
ces 5
Républiques maintenues par la religion 509
Republiques par quel moyé purgees de faitneans
ôc vagabonds 587
Républiques eftre en perpetuel mouuement 6
Republiques comment faccroiffent, &: comment
elles vont en decadance,chapitre de ce 401
Républiques de la Grece toutes feparees 82
Republiques des Grecs pourquoy aifees à mettre
en fedition 425
treize Républiques iadis feparees aux Latins 84
treize Republiques aux Suüfes,ne tenant rien l’v-
nedel'autre • 19
l’aage des Republiques ne fe doit mefurer à l’aage
des villes 402
Républiques fouffrét changemét par nature 430
Republiques fe changentpour peu de chofe 423
Républiques fe peuuent changer,les loix, ôc cou¬
ftumes demeurans 402
Rt-publiques fe changent par fix maniérés 404
Republiques ôc les loix nefe doiuent changer tout
àvncoup 44 9
Republiques fe chang'ent, l’harmoniecelefte de-
faillant,felon Platon 442
Republiques ne peuuent changer par l’eccentri-
que de la terre 442
le nombre de 494. propre aux changemcs des Re¬
publiques 447
changemens des Republiques demonftrez par les
nombres 442
Republiques la plus part changées au mois de Se¬
ptembre 438.435?
f’ilyamoyendepreuoir les changemens, & rui¬
nes des Republiques 429
moyens de remedier aux changemens des Repu¬
bliques 543
moyens de remédier aux changemens des Repu¬
bliques,qui aduienent parles richeffes des vns
& pauureté des autres 543
Repucliques ruinees pour l’impunité des mefchâs
5T3Republiques ruinees pour le mefpris des gens de
bien 565Républiques rainées oftant la prorieté des biens682Republiques ruinees par ces deux mots,Mien ôcTien uRepubliques periffent toutes auec le monde de
fept en fept mi|le ans, ôc fe repofent mille ans438opinion des anciens touchant l’eftat des Republi-qu? r • 2I*Repude en quel cas permis xgRepude pour quelles chofes pouuoit iadis eftre
fait l6Repude par qui premièrement fait à Rome 19
Requefte du fuget à fon Prince eft de droit diuin,
& naturel 3^Requeftes des fugets getteesdans l’eau par le Roy
Demetrius , dont il en perdit fon Royaume 485
Requeftes particulières f’en vont le plus fouuent
en fumee ^Requeftes pour receuoir vne loy en laRepub.pre-fentees la corde au col452Requefte d'Annibal prefentee au peuple deCar-
thage ^ 458Reffort eft l’vn des principaux droits de fouuerai¬
neté 204
Rhagufiens,iadis Epidauriens,fous quel gouuer¬
nement eftoyent 268
Rhagufiens tributaires du Turc 186
Rhinocura,pourquoy fut ainfi nommee la ville de
Syrie 35>5
Rhodiots faits bourgeois d’Athenes 61
Richard,Roy d’Angleterre.chaffé parle Comte de
Richemont banni en France 585
Riches n’eftiment rienle populaire 284
Riches &puiffans ne veulent point de loix 733
Riches deuoir efpoufer les pauures, commandé
paredict 545
Riches plus punis que les pauures en maniéré d’a¬
mendes 743
Richelfe ôc pauureté deux anciennes peftes des Re¬
publiques, 544
Richeffes excefîîues,principale caufe des change¬
mens des Republiques ' 545
Rigueur du magiftratne doitpaffer en cruauté3Ô5
Riuieres du mont Atlas fortent toutes vers le Se¬
ptentrion 5*1
Riuieres perdent leur nom en l’ambouchure de la
mer > 367
Robert fait mourir en prifon parleRoy d Angle¬
terre fon frere 2<%
Roderic Roy d’Espagne, chaffé par les Mores au
mois de Septembre 459
Romains courtois & belliqueux 53^
Romains iuftes & magnanimes ^ 7
Romains pour eftre vaincus neperdoyentrien dc
leur courage 594
Romains patiens en perte, conftans en vidoire,
moderez en paffions,rebutans les flateurs, pre-
nans plaifir aux hommes graues Ôc feueres
518 ,
Romains n’ont iamais eu leur pareil en aduerfite625Romains
DES MATIERES.Romains Ci eftroitementgardoyentleurfoy,qu’ils
reputoient leur parole pour ferment, les Grecs
au contraire 123Romains anciens maiftres de la foy ÔC de la iuftice
110Romains anciens n’exerçoient aucun art ny me¬
ftier 41
Romains anciens auoyent puiflance de la mort ôc
de la vie fus leurs femmes 23
Romains par la puiifance paternelle ont fleuri en
tout honneur & vertu 25
Romains fous vne Repub.Ia mieux ordonnée qui
fut onques 302
Romains en eftat fimple,& non compofé 225
Romains plus deuots à la religion,que toutes au¬
tres nations 299
Romains mieux entendus aux fait de iuftice, que
les autres peuples 545
Romains comment, & en combien d’efpeces di-
ftribuoient leur bourgeoifie 58
Romains citoyens diftribuez en trente ôc vne li¬
gnee: & les affranchis en quatre 51
Romains comment & quelles, & combien deli-
gnees,& clafles iadis partis,& diuifez 278
Romains plus libres en paroles , que les autres
peuples I24
le peuple Romain auoit puiflance fouueraine 230
le peuple Romain faifoit fermet de garderies loix141vn Romain mefme eftoit bon citoyen, vaillant ca¬
pitaine,fage fenatcur,bon iuge, Ôc grâd orateurRomains eftonnerent, & firent perdre courage à
Annibal par leur magnanimité 594Romains quelles cheuances auoient 653alliez des Romains quels degrez d’honneur obfer-
uoyent entre eux jg7Romains 1* alliez enfemble par la fable des mem¬
bres contre le ventre
Romains de quelle eftédue amplifièrent leurEm-
Pire • 587Romains vaincus par auarice,voluptez , ôc delices406Rome quâd,à quelle heure,à quel iour, ôc en quel
mois baftie 431/432Rome & Athenes, les deux plus belles Républi¬
ques,qui furent onques
Rome pourquoy naturellement fubie&e à feditio
516Rome combien d ansgouuernee par Roys 446Romeembrafeefous xotilasRoy des Goths 449Romule de quelle eftenduë limita fon Royaume
au comencement,& combié auoit de citoyens,& comment il les diftribua nRomule pourquoy ordonna les fugets 7,Romulus tue pour auoir mefprife lefenat 286
Roue defupplice par quiinuentee
Roy mal & pernicieulement definie par Ariftote24O rjeiioyeftrimagedu Dieu viuant 2URoy eft 1 image de Dieu, la loy lœuure du Royl’image du Roy ôc des trois eftats, conformes à la
nature ,à qui eft propre ce nom deRoy jLRoy pourquoy en horreur aux Romains 246Roy & tyran,deux mots incompatibles 20c
Roy comment différé du tyranil ne faut qu’vn Roy ' *l’office d’vn bon Roy 2 ?leRoy doit eftre pere mifericordieux enuers tes
fugetsRoy des facrifices iadis à Rome, eftoit preftre
222 rle Roy guide tout le peuple par fon exemple 480
Roy vicieux eft inepte ôc ridicule deuant fon peu-
ple r gle Roy doit eftre libéral ôc magnifique
le Roy obeiflantàlaloy de Dieu, laRepublique
eft bien heureufe g2fi leRoyiugeoitluy mefme fes fugets, ce feroitle
plus grand bien,qui leur puifle aduenir 474
le Roy en quel cas doit iuger en perfonne
4P2le Roy ne doit eftre inge,& partie, où U va de fon
intereftRoyrigoreux ôc feuere meilleur, que trop bon1 250 rleRoy tenu des conuentions de fes predecefleurs152parole du Roy doit eftre comme vn oracle 134
decifion notable pour les obligations du Roy, ôc
du tyran ;leRoy prefent eft de grande confequcnce pour
vaincre l’ennemi -Roy eftranger ne doit eftre efleu, félon la loy deDieu704Roy venu de bas heu difficilemet fe maintient 410
ermite,efleu ôc couronné Roy 4q5bon Roy de mefehant homme, prouerbe ancien
.25‘rien plus dangereux ï vn Roy,que de faire preuue
de fes forces contre fes fugets ^7leRoy n eft point reftituc commemineur 152
Roy de France comment couronné, ôc les folem-
nitez y gardees 1^Roy de France porte la couronne de gloire par
deflus tous les Roys ^8Roy nouueau confirmé par les parlemens 470
Roy de France ne recognoift rien plus grand que
foy apres Dieu
Roy dc France ne tient rien de l’Empire 173.174
Roys de France non tenus aux loix Romaines 149
Roy dc France non tenu des obligations de fes
predecefleurs
Roy de France eft par deflus fes eftats 137Roy de France quelles chofes ne doit entre¬
prendre fans le confeil de fes cheualiersRoys de France queiurcnt& promettent,venans
à la couronne
Roys de France pretendus efleus'par les.Arche-
uefques de Reims _cgRoys de France n’eftre ele&ifs 7q6Zz
TABLERoys de France les plus grands monarques de tou
te la Chreftiente ll6Roys de France, après l’Empereur ôc le Pape, ob¬
tient la prerogatiue d’honneur entre tous les
Princes Chreftiens ^ 1B8Roys de France,anciens protecteurs de l’Eglife
18BRoys de France combien Charitables enuers les
pauures 646Roys de Frâce pourquoy inuiolables en leurs per¬
fonnes -
Roys de France adminiftroyent iadis plus fin-
cerement la iuftice, que les autres Princes4B9Roys de France ne pouuoir eftre interdits par le
Pape >Roys de France ne fe monftroyent iadis qu vne
fois l’an 4B4Roys de France comment ont tenu fi longuement
leur eftat entier . 34°Roy d’Efpagne , vicaire perpetuel de l’Empire
169Roy de Perfe ne fe communiquoit finon à bien
petit nombre de fes amis 4^3Roys de Perfe denonçans laguerre,demandoyent
l’eau 5c la terre 234Roys de Perfe adorez desfubie&s, & pourquoy
2.35.485Roys de Portugal combien a de Roys feudataires
5c tributaires 1B5Roys de Portugal d’où iflus 185.176Roys de Portugal traffiqueurs 630Roy de Dannemarc n’eft fouuerain I42Roysde Dannemarc anciens vaflaux del’Empire157Roy de Gilo auoit fix cens enfans 530RoydeBorney ne parle qu’à fa femme & à fes en¬
fans, &aux autres il fait parler parvn gentil¬
homme par vn trou, tenant en fa bouche vne
farbatane 4^4Roy de Puna fi ialoux,qu’il coupoit les genitoires,
le nez,& les bras aux Eunuques, qui gardoient
fes femmes 531Roy de Cumes mis tous les ans en prifon 222
Roy des Tulcs pourquoy appellé le grâd feigneur
235Roys de Turquie combien magnifiques 615Roys premiers auoir efté choifis pour leur vertu,
chofe faulfe 5°Roys anciens venoyent par droit fucceflif 241
Roys premiers tirez au fort par la loy de Dieu, 5c
leurs enfans par droit fucceflif 710forme d’eflireles Roys en plufieurs Ôc diuerfes ré¬
gions ,129.130
Roys eledifs morts , ordinairement aduiennent
des troubles 7°l
la ligne des Roys défaillant, il faut pouruoir d’vn
fuccefleur 7°^
Roys quels ornemens ont couftume d’auoir pour
leur marque 243
Roys ne doiuent ferment qu’à Dieu 141
Roys doiuent eftimerles fugets comme leurs en¬fans 469Roys appeliez pafteurs des peuples 478Roys bien voulans à leurs fugets , comparez
au Rby des abeilles, qui n’a iamais d’aguillon489Roys doux plus à craindre que les feueres
251Roys font feigneurs de tout,comment f’entend ce¬
la 151
rhonneur, gloire, ôc puiffance des Roys gift en o-
beiflance 227
Roys de quatre fortes félon Ariftote 241
Roys monftrent principalement leur maiefté, en
donnant loy aux fugets fans leur confentement
140Roysne peuuent eftre fugets à leurs loix 133
Roys Chreftiens cedét tous la prerogatiue d’hon¬
neur à l’Empereur 188
Roys font tenus auxloix pa&ionnaires 134
Roys ne peuuent alterer les loix deDieu par leurs
ordonnances 14 G
Roys ne peuuent contreuenir aux loix diuines
133Roys plus obligez à la loy de Dieu,que pas vn des
fugets 145Roys tous fugets à la loy naturelle,félon Prindare
150Roys ne peuuent deroger aux loix,qui concernent
leur eftat 136Roy s moins priuilegez que lés fugets 151Roys heretiques excommuniez par le Pape 178
Roys ne fe peuuent lier les mains, ores quand ils
voudroyent 133Roys ne peuuent leuer impofts à leur plaifir
138Roys prifans les gens de fçauoir , remplirent
leurs Royaumes de toutes bonnes fciences 480
481Roys eftablis pour iuger les fugets 477*47$
Roys anciens eftoyent iuges,cap itaines, ôc facrifi-
cateurs 24rRoy s pourquoy ne doiuent iuger les caufes cri¬
minelles 487.488
Roys premiers pourquoy fe mefloient de iuger
486Roys ne doiuent iamais communiquer leur fecret
718Roys mefprifezpourne tenir leur maiefté Roya¬
lement 4 9}
Roys comment fe doiuent prefenter au public483Roys pour leurs rares vertus ne doiuent fouuent
fe communiquer au peuple A9%Roys pupiles en danger de perdrela vie, ôc l’eftat
G<) I IRoys efclaues de leurs plaifirs , ôc voluptez,
doiuent fe retirer de la veuë du peuple.
483Roys affiegez de flateurs , chofe dangereufe
4^9Roys pippez par les flateurs 7°7Roys paillards,effemininez,& cruels peu afleurezen
DES MATIERES.en leur eftat 410.411U bonté des Roys fait aymer leurs enfans, quoyqu’ils foyent tyrans * 409jeunes Roys debordez en folies, mafearades & lu-
bricitez 691Roys quelques mefehans qu ils foyent,ne doiuét
eftre ruez par les fugets *58Roys mefehans f’attribuent les tiltres les plus di¬
uins M6
il n’eft pas expedient qu’il y ait plufieurs Roysdeux Roys ne peuuent regner en vn mefme pays
151deux Roys iadis enfemble à Lacedemone 221.256
Roys feruans les Empereurs Romains devarlets
de chambre 161.162Roys,qui ont fait les Romains héritiers 402
Roys feudataires du Pape 178Roys pourquoy ne donnent à leurs freres, ny aux
Princes de leur fang, leftat de lieutenant géné¬
ral,ny de conneftable 717
Roys faifans eux mefme iuftice, quel bien font à
leur Republique 478
Roys ne doiuent tenir leur foy à leurs fugets re¬
belles m
Roys de Lacedemone condamnez à l’amende, ôc
quelquefois à la mort 222
Roys de Lacedemone n’eftoyent,que fimples fe-
nateurs fugers à la feigneurie 241
Roys de Lacedemone condamnez à mort par les
Ephores 242
Roys de Lacedemone pourquoy mis endiflentiô
par Lycurgue 474
Roys de Lacedemone pris par fucceflion de pere
en fils 700
Roys du peuple Hebrieu ne faifoyent aucun fer¬
ment à leur facre 136
Roys dePologne ne tiennentrien del’Empire 174
Roys d Ethiopie,Tartarie,Perfe ôc deTurquie nc
veulent pas mefmes, queles fugets gettent la
veuë droit fur eux 484
Roys d’Efcofle, anciens vaflaux des Roys d’An¬
gleterre I57
Roys d’Angleterre,Suede, Dannemarc, & de Po¬
logne tiénent beaucoup plus leur grandeur en¬
uers les fugets,que les Roys de France 484
Roys d’Angleterre , anciens vaflaux des Roys de
FranceRoys d’Angleterre,vaflaux & tributaires du Pape
156Roys d’Angleterre vicaires perpetuels del’Empi-Roys d’Angleterre quel ferment font à leur facre
138Roys de Lorraine Ôc de Bourgongne quand ôc co¬
rnent perdirent leur tilrre de Roy 243Roys de Tartarie comment efleus 129Roys Ethnarques,& tetrarques 187Roys fouuerains de maintenant,quels 256Roys font fainéts ôc inuiolables 263Roys condamnez à mort par les fugets 256trois Roy s tuez par vne femme 720Roys la plus part morts au mois de Septembre
439.440changemens de Roys par tout le monde en vn
mefme temps 44XRoyne de Nauarre citee parle Pape pour compa-
roiftre en perfonne à Rome 90Royne d’Angleterre d'a prefent comment futma-
rieeauec leRoy Philippes
Royaume bien ordoné relFemble à l’image de l’a-
me 75évn Royaume ne doit eftre mis au hazard d’vne vi¬
ctoire 524
Royaumes tenus de l’Eglife Romaine 165.166
Royaumes miferables,oùles Roys fôt trop doux,
ôc faitneants 251
Royaumes tombez en quenoille 720
Royaumes gouuernez par femmes, perdent leur
nom Jl9
Royaumes du Septentrion pourquoy font ele&ifs
558Royaumes ou monarchies doucemét fe changent
en Ariftocraties ^28Royaumes deferez par teftament 151fix Royaumes donnezaux Romains par teftament626guerres ôc inconueniens du partage des Royau-714le Royaume de France n’eft point déféré par heri-r>tagC , *55Royaume de Franceexcommunié 183Royaume deFrance tranfporté au Roy d’Angle¬
terre par accord 167
Royaumes de Naples & de Sicile tenus du Papela fouueraineté du Royaume d’Arles acquifepar
Philippe de Valois 173Royaume d’Aragon par quel moyen volé par Fer¬
dinand d’Aragon 96
Royaume d’Angleterre perdu ôc conquefté par
trois fois en fix mois 585
Royauté d’où prend fon fondement bien afleuré
395M54Royauté du tout contraire à la tyrannie 249
Royauté quelles marques a 243Royauté ôc principauté comment différent 231
Royauté ne peut eftre en deux 223Royauté gouuernee harmoniquement, eft la plus
belle,ôc la plus feure 752.755Royauté bien ordonnée eft hereditaire,& ne tom¬
be en quenoille 699
Royauté ou monarchie en danger, où il y a force
grands feigneurs 554
Rues,propres à la Republique 618
Rufiens reprimez par les cenfures 616
Ruines des Republiquesaduiennentparces deux
mots,Mien & Tien 11
Rufe d’vn Tribun fort loüable en vne efmeute
507Rufe gentille de l’Emp. Charle quint, à l’endroit
du Duc de Calabre 575Rufe fubtile des Rhodiens 625Rufe gentille de Colombe Geneuois,qui parZz lj
TABLEl’eclipfedelaLune fubiuga les Indiens 534
Rufes des tyrans pour fe maintenir en feurete
456.465.466
Rufes fubtiles des banquiers 643SAbins 8c leur nom abolis par Numa 383
Sacrifices contre les infraéleurs d’alliancen5Sacrifice perpetuel fondé en Ierufalem par Au¬
gufte 385Sacrifices particuliers ordonnez par Numa383Sardanajjalc.dernier Roy des Aflyriens,chafle par
ArbacésJ’vn de fes capitaines
Sardanapalefe bfufla tout vif,auec fes femmes 8c
trefors *Sardigne,Royaume tenu du Pape 165.166Sardigne feudatair e dr. Pape ^3Saturne domine aux peuples Méridionaux 536
Saiil, Roy des Ifraëlites, forcené du maling efprit,
fift ruer tous les preftres de Dieu fans caufe
quelconqueSaiil delaifle du mauuais efprit pour l’harmonie
des inftrumens de mufique ^Sauoye,vicairie perpetuelle de l’Empire 17*
Sauoifiens vfentdelaloy falique ^Saxons conquefterent Angleterre fus les anciens
Bretons 58^Sacrifices d’hommes iadis en toutes nations le Duc 8c Palatin de Saxe, vicaires de l’Empire37 171 .eft Sacrilege de ne faire honneur au magiftrat Schunits,l’vn des Cantons de Suifle 10363Sacrilege eft, de battre fa femme, fans caufe ex¬
treme 19
le Sageeftlamefure deiuftice 4
Sages négligez en l’eftat populaire 678
Sages de Grece à bon droit moquez par Laitan¬
ce *64
Sages non fugets aux influences celeftes 445?
Sages arreftent le cours deleurs contemplations
en Dieu 5
Sagefle 8c prudence non également donnee à tous681Sagefle,fille de contemplation 460Sagefle eft le plus haut point de la félicité humai¬
ne 4
Sagefle par plufieurs mefuree au pied de fortu¬
ne 300
Sagefle ioin6te à la iuftice, 8c loyauté doit eftre en
vn fenac 287
Sagefle fort requife és magiftrats 464
Sagefle d’Augufte à l’endroit de fes coniurez 424.
4MSagefle rare entre les hommes 285Sgunte rafee par Annibal 581Saintongeois alliez 8c citoyens de Rome 58Salaires des artifans confiderez à la proportion
harmonique * 750Salomon appellé le maiftre de fagefle 48S alomô 8c Marc Aurelle,les deux plus fages Prin¬
ces qui onc furent 145
Salomon,le plus fage de tous les Princes, iugeoit
luy mefme fes fugets 479
Samuel efcriuit vn liure de la maiefté du Prince,
queles Roys fupprimerent, à fin d’exercer leur
tyrannie . 190
Sancimus,mot propre à la majefté des Empereurs
196Sang rend les hommes benings 8c courtois329Sang humain refpandu pour confirmer les al¬
liances 115
Sanfe le grand conquefta le Royaume furies Mo¬
res 131Science eft vertu intellectuelle
Science armee de puiflance bien dangereufe
286vraye Science du Prince, eft de iuger fon peuple47 9Sciences quand receuës és Repub. 5Sciences regettent l’infinité 231Sciences fieuriflent où les Princes prifentles gens
de fçauoir 480.481Sciences occultes , naturelles , 8c Mathémati¬
ques venues des régions Méridionales 522.
533Sciences occultes recerchees par les peuples
Méridionaux , félon l’ordonnance de Dieu535Sciences ne fkuriflent qu’en temps de paix
582Scipion tira trefprudemment Annibal de Italie596Scipion affranchit trois censbôs homes apres la
iournee de Cannes 41Scipion le ieune,fils de Paul Æmyl adopté par Sci-
(pionl’aifné 3rScipion lAfricain de quelles vertus heroïques or¬
né 249
Scipion conquefta fans peine les Efpagnes, pour
auoir renuoyé vne dame de beauté rare à fon
mari 593
Scipion fait vne refponfe d’vn trefgrand 8c ver¬
tueux Prince 594
Scythes immoloyent iadis les hommes 39
Scythes 8c Almans fe trouuent bien empefehez
d’vne femme 53°
Scythes fichoyent vn coufteau en terre , quils
adoroyent, mettans le but de toutes leurs a-
dions,loix, religion, 8c iugemens en force,
8c autres coufteaux 531
Secrets des Princes fouuerains nefe doiuent ia¬
mais communiquer718Se<5tes plufieurs faccotdent mieux , que deux
510Se6tes combien} puiflantes, 8c difficiles a ruiner
3P7quatre
DES MATIERES.quatre Se£es diuerfes publiquement: approuuees
Ôc exercees à Francfort 397Sedition,trefdangereufemaladieen vne Republi¬
queSédition ciuile plus dangereufe , que la pefte
Sedmon vient principalement de l’inégalité
Sédition ayant pris racine, mauuaife à extirper498Sédition pour maintenir les couleurs deverd&
bleu # 500f’il faut en Sédition fuiure l’vne des parties5nprincipales caufes des feditions 543Séditions commencent le plus fouuent par cho¬
fes fort legeres,exemples 500
Séditions désla racine doiuent eftre retranchees
par bons moyens 457
Séditions plus dâgereufes enl’Ariftocratie & De-
mocratiejqu’en la Monarchie 505
Séditions dangereufes par le mefpris des gens de
bien 5 63
és Séditions ciuiles fi le Prince, ôc le fuget fe
doit ioindre à l’vne des parties 495
Séditions fréquentes és villes des montagnes ôc
vallees 516
Séditions font quelquefois caufe d’vn grand bien
495Seditionseuitees par le moyen delà guerre con¬
tre vn ennemy eftranger 586
Séditions comment peuuent eftre preuenuê's
512Seian,efponge de l’Empereur Tibere, mis à la fu¬
reur du peuple 260
Seigneur de famille, deuant qu’il fuft Republi¬
que,auoit puiffance de la mort&: de la vie furfa femme & enfans4Pquand ce mot de Seigneur fut mis en vfage
5°Seigneur tient profit &obeiffance,pour la defen¬
fe des efclaues yj
du Seigneur & de fes efclaues, chapitre 33
Seigneur féodal peut contraindre fon vaffal à
rendre la foy, Ôc hommage à fon procureur.
160Seigneur ne peut quitter la protection de fon vaf¬
fal,fans fon confentement 65
Seigneurs fouuerains ne doiuent ferment, qu’à
Dieu,Seigneurs ne doiuent point de ferment aux vaf-
fauxSeigneurs iufticiers d’vne mefme iuftice ne peu¬
uent eftre commandez ny corrigez les vns par¬
les autres 27 7
Seigneurs diuifez dangereux en l’Ariftocratie
422Seigneurs particuliers ne peuuent exploiter que
par leurs officiers, fil eft queftion deleurfaid
361grands Seigneurs contraires à maintenir l’eftat
Monarchique 554Seigneurs defians cn leftat Ariftocratique 590
Seigneurs Polognois peuuent tuer leurs fugets
cenfîers fans reprehenfion 4^Seigneurs anciennement eftoyent benefices don-
nezà vieSeel des droids ôc impofts fur le fel, ôc falines
2I?Semiramis, la premiere qui empieta la monar¬
chie des ,Affy riens par vne façon eftrange
720Sénat queft-ce 286Sénat doit eftre eftably de vieillards 287Sénat ne doit point auoir de puiffance de com¬
mander ,OI
Sénat pourquoy ne doit auoir puiffance décom¬
mander 305
Sénat n’a que l’aduis 685
Senatum ius facere poffe , comment l’entend
3°4Sénat doit eftre perpetuel en Ariftocratie 689
du Sénat,&: de fa puiffance 284.285Sénats efgaux f’empefchenr par oppofiiion372Sénat des luifs,du temps de lefus Chrift, compo¬
fé de preftres Ôc de Leuites (,o
Sénat de Lacedemone de28.fentoit l’Ariftocratie
félon aucuns 221
Sénats de France ne peuuent procéder qu’en qua¬
lité d’officiers du Roy * ‘316
femmes ne doiuent iamais entrer au Sénat 718
719au Sénat des Areopagites il eftoit defendu de rire365Sénat d’Areopage eftoit comme lepiuot, fur le¬
quel toute Rcpub.fe repofoit 471
au lieu où f’afîîed le Sénat ne doit eftre aucune
peinture,&pourquoy 286
Sénat Romain quelle puiffmce auoit 191*195
Sénat Romain comment cognoifloit des trahi-
fons,&coniurations 301
Sénat de Rome n’auoit aucune puiffance de com¬
mander aux confuls 344
Sénat Romain feul auoit puiflance de receuoir
quelqu’vn au nombre des dieux 302
Senateurs de Lacedemone à la parfin feigneurs
fouuerains 222
Senateurs fages nefarreftent iamais aux cas for¬
tuits 299
Sentences n’obligent perfonne, file mandement
neft au pied 360
Senateurs indignez rayez par les cenfeurs
297Senateurs opiniaftres fort pernicieux 288Senateurs ‘z&Po@%\oi & > quels’ [291conditions d’vn vray Senateur 288Senateurs Romains combien creez premieremét
& comment augmentez 357.290Senateurs de Rome efleus par le peuple 225
quelles perfonnes pouuoyent eftre S enateurs Ro¬
mains 60.
Senateurs Romains pourquoy ne faifoyent le fer¬
ment qu’vne fois pour iamais 470Zz iij
TABLESenateurs Romains iugez que par le fenat feule¬
ment 3^6
Senateurs Capoüans executez à mort au nombre
de quatre vingts \ 344
Senateurs fix cens à Athenes,changez tous les ans25>°Seneque confeiUa à Néron de tuer fa mere
543 ^Seny enfant de Noe *34Sentences du Sénat peuuent feulement eftre de-
clarees,parluy mefme 37^Sentences par qui doiuent eftre executees 35 o
Sephadin,Sultan d’Ægypte, tua dix enfans de Sa-
ladin fon frere 3 pour atfeurer fon Royaume
7i7Sergens quelle puifTanceont
foixante Sergens crigez tous en vncoup
Sergenteries fieffees en Normandie
des Serfs, ôc combien il en y a d’efpeces 33.
34* 51quand ce mot de Seruitçur fut mis en vfage
5° rSeruus àferuando ^6Serf en quoy diffère de l’eftranger,çitoyen,&fu-
gec 51rien plus infupportable que le feruiteur deuenu
maiftre 48de bon Seruiteur,bon maiftre 48Républiques pleines de Serfs , mefme deuancAbrahamSept appelle nombre facré par les Hebrieux 445
le Sept pourquoy confacré à Apollo,& le neuf aux
Mufes 445Septenaires quelles grandes forces ont 445
Septieme iour de la naifTance d’vn enfant dange¬
reux 445
le Septiefmc mafleguarift des efcroüelles 445
en Septembre font aduenus la plufpart des chan¬
gemens des Républiques , Ôc mefmement le
troifiefme iour ^ 43^-435>
cn Septembre le monde auoir efté créé 4 38439Septembre, félon les Ægyptiens, eft le premier
mois de l’an ^ 431Septentrionaux plufqu’hommes au commence¬
ment de la bataille, ôc à la fin moins que fem¬
mes 524
Septentrionaux chaftes,& pudiques 529
Septentrionaux pourquoy ont Royaumes eledifs
538Septentrionaux non malicieux nyrufez, comme
les Méridionaux 527Septentrionaux addonnez au labeur, &aux arts
mechaniques , félon l’ordonnance de DieuSeptentrionaux efpars en toutl’Empire Romain512Septentrionaux belliqueux , violents, impudens,
ôc impitoyables , fléaux du peuple de Dieu
523Septentrionaux barbares, & cruels, auec exem¬
ples de ce 527
Septentrionaux ont les yeux verds,&lepoil blod52°Septentrionaux forts, grands, & beaux de corps,
au contraire des Méridionaux 519Septentrionaux allans vers le midy, f’allégoriffent
521Septentrionaux, quife chaftrent par deflbus les
oreilles 530Septentrionaux plus chauds,que les Méridionaux
521Septentrionaux ôc Méridionaux comment diffé¬
rent 518
Sérénité, eft la qualité des Ducs de Venife 217
Sergent queft-ce 46
Sergens,miniftres des magiftrats 33215°Scruiteurs efclaues de tous temps és ifles Occi¬
dentales 36
Serfs iadis en tous pays dix pour vn homme libre
40Serfs Romains affranchis, diuifez en toutes les li¬
gnées 5Z
Seruiteurs domeftiques ne font efclaues 35
nuls Serfs en France 45
Serfs mettans le pied dans Tholofe, font affran¬
chis 45
Seruiteurs affranchis portoyent vn bonnet, pour
couurir leur tefte tondue,& pour marque i6z
quatre cens mille Serfs iadis à Athenes 40
trois cens Serfs affranchis pour vn iour par Milon& pourquoy 40
Serf tué pour auoir cafïevn voirre 38
Serfs en nul pays alloyent àla guerre, finon aux
Parthes 41
Serfs prenans les armes contre les Republiques
40Serf,qui commiftleplus abominable faidàl’en-
droitde fon feigneur,qui fut onques ouy 47.4S
foixante mille Serfs efleuez contre les Romains40trois mille Serfs tuez parleurs feigneurs Lacede¬
moniens en vne nuid 41
Serment nefe peut faire,que du moindre au plus
grand 141
Serment du Prince fait à fon peuple doit eftre par
luy gardé 33^
du Serment d’vn Prince defloyalon ne doit faire
eftat ^Serment de Traian Empereur H1Serment des Empereurs nouueaux 135Serment des Roys de France, venans à la couron¬
ne i35-7°7-7°8
Serment du Roy Charle le Chauue entre luy ôc
fon frere en langue Romande 117.118
Serment de Philippe 1. qu’il fiftà fon facre 135
Serment deHenry à prefent Roy de France ôc dc
PologneSermens des alliez 101Serment faid quand on prend oftages i°3Serment des Roys d’Angleterre à leur facre 13®
Serment des Magiftrats comment,& pourquoy fe
fait 33^-34°feigneurs ne doiuent Serment aux vaffaux H1a de
DES MATIERES.afte de ferment du Duc de Gueldres au Roy deFrance ,1^4Serment des luifs gardé à l’endroit des ChreftiensSermen s pour tromperies grands,& oflelets pourtromperies enfans 101plufieurs formes de Serment nfCi le Pape peut difpenfer du Serment , 104Seruice,quel impoft en Efpaigne ainfi appelle 626
Seruile condition reftituee en 1 eftat d ingénuité
par le Roy deFrance 44Seruitude quand print origine 35Seruitude d’où a eu fa premiere fource 50Seruitude vtile aux Republiques 35chofe trefpernicieufe d’auoir introduit: les Serui-
tudes 47Seruitude rauale Sc abaftardift le cueur bon Sc ge-
nereux 4^Seruitudes pourquoy renouuellees par tout le
monde 4^Seruitude n’a point de lieu par tout le Royaume
deFrance 45fi la Seruitude des efclaues eft naturelle ou nonSeruius,Roy des Romains, fils d’vne efclaue 39413Scruius fut le premier qui marqua monnoye 213
Setin,capitaine de Latins difoit, fub vmbra fœde-
risæquiferuitutempatimur 93Seuerus Empereur fift mourir tous les meurtriers
de l’Empereur Pertinax,parquoy perfonne n’o-
fa iamais attenter à fa perfonne 262Sicile conqueftee par Guifchard le Normand 177
Sicile feudataire du Pape 178Sicile donnee à Charle de France 240Siciliens faids citoyés de Rome par Marc Antoi¬
ne 60
Siciliens par continuation de guerres deuenus fa-
rouchesj&fauuages 540
Sicle des Hebrieux combien valoit 673
Siege du Turc huid ans deuant Conftantinoble,
Sc le Roy de Maroc fept ans deuant Fauzara 584
Sigifmond Empereur receu magnifiquement à
Paris 174
Simon Gerfon Iuif de petit compagnon deuint
grand feigneur,donnant liberté aux efclaues 41
SinanBafcha pourquoy rompit fa foy aux Chre¬
ftiens de Tripoli 107
Société humaine a fa fource du mariage 15
Société des pirates,ne font que voleries 37
Societez des hommes caufees par le brigandage
382Socratésàquelaagemoutut 445Sodalitia quels collèges 383Soixante Sc trois,nombre dagereux aux vieillards
445Soldat n’eft pas fi fuget,que le vaflal 158Soldat,qui rompit le bafton de vigne de fon capi¬
taine,mis à mort 27
Soldat,quiacombatu contre la defenfe à luy fai-
. de, mérité la mort 318
Soldat cafte par fa faute,n’eft infâme,ains ignomi¬nieux 3 29Soldat pour fon innocence condamné à mort a-
uec deux autres 365.366Soldats,ennemis des hommes paifibles 582
Soldats comment empefehez quils ne volent, ôc
pillent 466Soldats Carthaginois fe reuolterent par faulte de
payement 501Soldats ayans ieufné trois iours, mangerent leur
capitaine tout rofty 527le Soleil eftoit en libra,à la création du monde 438
le Soleil f’arrefta au commandement de Iofué 442
le Soleil au centre du monde,félon aucuns 442
le Soleil comme la fource de lumiere,eft commun
à tous peuples delà terre 536Solon compofa le fenat de vieillards 287Solon fift iurer les Atheniens, quils garderoyent
fes loix cent ans 455Solon changea la Monarchie d’Athenes en eftat
populaire 733Solon quelle peine impofa aux Areopagites » f’ils
contreuenoient à fes loix 743Solon pourquoy n’ordonna peines cotre les par¬
ricides 2.1
Solon n’eftoit vray legiflateur des Atheniens,ains
feulement procureur en ce faid 198
Sotife,& furie guerie par inftrumens de Mufique529 ,vn Soufflet en Normandie n’eft eftime que cinq
fols 744Soufflets,&coups de poing donnez pour de l’ar¬
gent iadis à Rome 745
Sourds Sc aueugles maintenant gouuerneurs de
la Republique 471
Souuerain eft celuy,qui ne tient rien, apres Dieu,
quedel’efpee 154 J55>
le Souuerain doit bailler arbitres aux grands fei¬
gneurs 5°i
Souuerain ne doit iamais communiquer fon fe-
cret 7j8
Souuerains par quelles marques différent des au¬
tres if>2
Souuerains ne doiuent ferment,qu’à Dieu 141
peu de Princes abfolument Souuerains 168
Souuerains comment obferuent les degrez d’hon¬
neur entr’eux 186
Souuerains ne font aucunement fugets aux com¬
mandemens d’autruy *32
puiffance de donner,& cafferlaloy, coprend tou¬
tes les marques de Souucraineté 199
troifiefme marque de Souueraineté 2.02
Souueraineté du Prince n’eft en rien diminuée par
les eftats i35>
Souueraineté du Prince apparoir principalement
en donnant loy fans leurs confentements 140
Souueraineté eft la puiffance abfoliie, Sc perpetu-
elle d’vneRepublique,en Latin Majeftas 115
premiere marque de Souueraineté, eft donner la
loy 197
quelle eft la plus haute marque de la Souueraine¬
té ^ 351
Souueraineté eft chofe indiuifible 220Zz iiij
TABLESouueraineté fouuent empietee par la continua¬
tion d’offices 461
Souueraineté du Royaume d’Arles acquife par
Philippe de Valois 173
Spartac affembla foixante mille efclaues neuf
cens voiles 48
Spartac,capitaine des guerres feruiles, vainquitpartrois fois les Romains40Spartac capitaine de foixate mille efclaues voleurs
vainquit trois fois les Romains, en fin vaincu
par Craflus mSpartains en quel danger furent,ne voulans point
de murailles au tour de leur ville 583.584Sparte non fortifiee de murailles 579Spurriuscarmiliusfut lepremicr,qui répudia fa
femme jpStaniflaüs,Archeuefque de Gnefne,tuéparIeRoy
deIJologne,&cequienaduint 178Stater des Perfes combien valoit 673Stati dies,& ftata tempora a que fignifient en droit
378Statues des tyrans morts,condamnees, executees
par les bourreaux, ôc iettees és egouts, & cloa¬
ques _ 248
Status des Princes ne'peuuent deroger à la loy de
Dieu > 387
Stuart,à prefent Royne d’Efcofle 447
Succeffions des eftrangers diuerfement ordonees
en diuers pays yQ
Suget en quoy différé du ferfcitoyen, ÔC eftranger
51franc Suget qucft-ce 50,51Suget naturel ^5le Suget ne peut eftre faid égal à fon Prince.enco-
re que ledid Prince le vouluft 192le Suget exempté de la p uiflance des loix,demeu re
en la puiflance de ceux, qui ont la fouueraineté
17,1fi le Suget és fadions ciuiles fe doit ioindre à I’vnedes partiesà Suget rebelle fon Prince ne doit tenir la foy m
quand ce mot de Sugets fut mis cn vfage 50
Sugets de fix degrez,ou defixefpeces 155Sugets de trois fortes 57Sugets de deux efpeces ^Sugets font comme enfans du Monarque 465?
Sugets comment différent des eftrangers 6y
Sugets principaux font les Magiftrats 472Sugets fuiuét pluftoft les vices de leur Prince, que
les vertusSugets font bien heureux fous vn grand Monar¬
que 6c>9
Sugets bienaifes ôc contens,quand leur Prince
leur fait Iuftice luy mefme en perfonne 478
Sugets doiuent eftre defendus parleur Prince par
armes ôc loix 72
Sugets doiuent obeiflance à leurPrince fouuerain
enuers ôc contre tous,referué la majefté de DieuI47Sugets ne fe peuuent exempter delà puiflance de
leur Prince naturel,encore qu’ils deuiënent grâds
Princes en pays eftrangers 71Sugets ont interefts de fouftenir la grandeur &
majefte de leurs Princes jSugets ne doiuent contreuenir aux loix de leur
PrinceSugets ne doiuent attenter* la perfonne de leur
Prince fouuerain, quelque mefehant quil foit
2.5SSugets outrageufement punis,pour auoir offencé
leur PrinceSugecs aimans leur Prince, luy font fa fortereffe58°faire les Sugets compagnons du Prince, eft crime
de lefe majefté 22(jfil eft bon d armer ôc aguerrir les fugets 578.579
rien plus dangereux à vn Prince,que de faire preu¬
ue de fes forces contre fes Suget* 397fi Sugets peuuent traider alliances entre eux, ou
autres Princes,fans le confentement du fouue-
rain g*fugets retenus en concorde enfemble par le moyc
de la guerre rontre vn ennemy eftranger 586
Sugecs liez par amitié, font caufe de la ruine des
ty^ns 39gconuention mutuelle entre le Prince ôc fes Sugetsr 134forme de capituler entre le Prince ôc fes Sugets
116Sugets peuuent iuger leur Prince 369Sugets nc peuuent renoncer au pays de leur naif-
lance 64.65aux Sugets guerriers la guerre plus vtile que la
paix 589Sugets plus priuilegez,queles Princes 151Dauid puny d’auoir leué le nobre des Sugets 604
il ie faut accommoder au naturel des Sugets pour
former vn eftat 517Sugets doiuent relafcher leurs iniures,vengeâces,
ôc leurs biens pour le falut de la Republique
I5ISugets cenfiers des Polognois peuuent eftre tuez
par leurs feigneurs fans reprehention 43Sugets tributaires des Romains quels eftoient 60
Sugets pourquoy ordonnez par Romulus 75
Sugets Anglois,Efcoflois, de Danemarch,& de
Suede.n oferoient forcir du pays fans congé 64
Suifles comment ordonnent leurs Cantons 186
Suifles diuifez en Cantons tous fouuerains 258
Suiffes diftinguez en treize Cantons 294Suifles ont treize Republiques,ne tenant rien l’v-
nedel’autrc 79Suiffes contenus en fept Cantons Catholiques,ôc
quatre Protcftans 63Suifles font cn eftat populaire 202Suiffes en gouuernemens Démocratiques 280
Suiflesfonteneftatpopulairey a deux cens foixâ-
te ans 494Suifles comment alliez entre eux 79Suiffes comment ôc à quelles conditionsalliez à
la maifon de France 77Suiffesontexterminétous leurs gentilshommesSuifles tant populaires que nobles tous égaux auxdignitez
DES MATIERES.dignitez 57Suiffes appeliez corredeurs des tyrans
Suiffes ôc Bourguignons f’entreguerroyercnr cru¬
ellement pour vn chariot dc peaux 423
penfions des Suiffes 6i8le Supplice le plus grief,le plus doux,& le plus in¬
fâme, quel , , 742
Supplices delà roue, ôc\ empallement des hom¬
mes tous vifs par qui trouuez ^ 527Supplices des Perfes furpaffent toute cruauté 528
Supplices doiuenc eftre moderez, ou augmentez
félon la qualité des perfonnes 74°-74iSulla rafa Athenes 5^rSulmanporte couronne en tefte 185Surenus,général des Parthes,auoit dix mille fem¬
mes 55°
Suric a la prerogatiue d’honneur entre les Cantôs
des Suiffes *86
Surie conquefteepar Godeffroy de Bouillon 179
Suriens ciuils,& traidables 53 6
Surueillans'Cenfeurs de la vie d’vn chacun 614
Surueillans ou Cenfeurs dequoy feruent, Ôc leurs
charges 611
Sylla offroit quinze cens efcus à celuy qui luy ap-
porteroit la tefte d’vn banni 40
Syluius à quel aagemourut 445
Syndics de Genefue,Magiftrats fouuerains 476
Synefius efcnt,que fes compagnons fe tuerent en
tempeftefurla mer,de peur que leurs ames fuf-
fent noyees 38
Syracufe prefque ruinee par deux amoureux 500
Syriens,leuiffima hominum généra 541
Syriensbons efclaues 46T Ablettes pour iuger Ôc condamner à Rome35*T ailles quand commencèrent à eftre impofees en
France 213T ailles quand,& par l’authorité de qui doiuent e-
ftreleuees 214Tailles doiuet eftre reelles pour foulager les pau-'
ures 539Tamerlan, P rince des Tartares,fift mourir le tyrâ
de Conftantinoble en cage 255Tarius fift le procès d’vn crime capital à rencon¬
tre de fon fils 25
T arquin l’orgueilleux,efleu capitaine en chef de la
ligue des Latins 84
Tartares fortis du Septentrion 522
Tartares extraits des dix lignees d’ifrael 49
Tartares en Scythie habitent en pauillôs,ou bour¬
gades fans murailles&foffez 579
Tartares comment eflifent leur Roy 129
Tartares peuuent vendre leurs enfans iufques à
quatre fois * 23
Tartares retiennent les eftrangers mal gré eux, ôc
les font bourgeois 63
Tartares ont fait n’y a gueres trois ces mille Chre¬
ftiens efclaues 46
Tauerniers,ennemis mortels des Cenfeurs 609Tàuru$,mont en Afie 537Tefza venue és mains du Roy de Fez par les fedi¬
tions des habitans 425
Teîefle,rebelle,rafeeparfon Roy de Tunes 381
Téméraires ôc hazardeux le plus fouuenc font les
plus heureux aux exploits 300
Temples fondez par les Chreftiens dés la primiti¬
ue Bglife 42
Templesjpropres à la Republique 618
Temples grands à merueiiles en Ethiopie 534
fept cens T emples en vne ville de Fez,de grandeur
admirable 534
T emples, refuge des efclaues contre la fureur des
feigneurs 39
T emples fondez à l’honneur & à la vertu 566
Templiers brûliez en grand nombre, pour auoir
leurs grandes richeffes 398
Tempora ftata,&ftatidies que fignifient en droit
378Teopompe,Roy de Lacedemone, erigea les cinq
Ephores comme Tribuns populaires 493
la T erre eft à cinquante mille lieues loing du cen¬
tre du monde félon aucuns 442
laTerre.auec fes peuples,diuifee en fes parties, ôc
remperatures 519
la terre diuifee en trois principales régions, accô-
modees aux planetes 536
la Terre ne peut auoir qu’vn propre mouuemenc
442la T erre a trois mouuemens tous differens, félon
Copernic 442la T erre eftimee par Alexadre eftre vne cité,& fon
cam p,la fortereffe d’icelle 60T erres departies au fort égal par Lycurgue 674
T erres portees par la loy de Dieu, comment diui-
fees 54 6Terres côqueftees cornet doiuet eftre diuifees 54G
Terres vacantes comment doiuent eftre mefna-
gees au profit du domaine 621Tefmoings faux comment punis 74 jTeftamens dedifpofer de fes biens à fa volonté,
d’où ôc quand prindrent origine,& la variété de
* iceux 552Teftamens ont faid l’incqualité des biens 552
T eftamens des particuliers ne peuuét deroger aux
ordonnances des Magiftrats 146Teftament de faind Loüys 634Teftament du Roy Philippe de Valois 149
Tetrarques ôc Ethnarques quels Princes 187
Tharfe,ville en Caramonie,naiffance de faind
Paul 59Theatres,propres à la Republique 618Theatres pernicieux à toutes Republiques 611.
611Thebains en danger pour eftre neutres 96Thebé,femme d'Âriftotele Dialedicien 3 tua Ale¬
xandre,tyran devs Phereans 247
Thebes comment fituee, & combien loing d'A-
thenes 538
Thebes demantelee de fes murailles par les Lace¬
demoniens 589
Themiftoclés &Periclcs firent baftir lesmurail-
TABLEles d’Athenes 584Themiftoclcs eftoit fort vtile au public,& routes-
fois deslionnefte ôc vilain 146Themiftoclés vfe d’vne bonne finette enuers le
Roy de Perfe 105TheodoraImpératrice feit toutes les loix, qu'elle
peut à rauantage des femmes 17Theodoric,Roy des Goths, comment eflifoit, ôc
confirmoit fes officiers 204Theodofe le grand fagement ôc prudemment fe
comporta en temps des fedes 397Theodofe Empereur faifoit fes edids du confen¬
tement de tous les fenateurs 143
Theodofe fift tuer fept mille ThefTaloniciés pour
le meurtre de quelques Magiftrats 393
Theodole le grand cenfure par faind Ambroife,& le bien qui en aduint 615
Theodofe Empereur, quelle belle loy fift à la fua-
fion de faind Ambroife 338.339
Theologie des anciens quelle eftoit 489
Thcophile Empereur publia lovera ceux, qui a-
uoient tué Léon,pour faire fon pere Empereur:
dontf’en prefenta aucuns,qui n’en eftoiét coul-
pables,qu’il fift mourir auec les autres 161
Thefeus ordonna droit de bourgeoifie à tous e-
ftrangers,qui viendroient demeurer à Athenes65fepulchre de Thefees,refugc des efclaues 39
Thefeus fut fils adoptif d’Ageus, Roy d’Athenes3°ThefTaliens outrageufemét punis parTEmpereur
Theodofe,pour leur rebellion 339Thibault,Comte de Blois,afFrâchit tous les efcla¬
ues de fon pays 44
Thomas, Archeuefque de Canturberi,tué parle
commandement du Roy d’Angleterre 178
Thomas Morus, Chancelier d’Angleterre a efcrit
vne Republique fans efFed 3
Thomas,Empereur dc Conftantinoble, tué parle
peuple,parce qu’il vouloit abolir les Images 397
Thraces mangeoient par pieté leurs parens vieils
37 •Thrafibule chafta trente tyrans d Athenes 151
Thunes,Royaume tributaire duTurc 186Tibere Empereur adopté par Augufte Cefar 31
Tibere ofta l’ombre de liberté,qui reftoit au peu-
ple ^ 57Tibere fut plufieurs annees caché en vneifle 483
Tibereleplus rufé tyran,qui fut onques 39harangue de l’Empereur Tibere grauee en bronze
à Lyon 58L.Tbullus,Iuge des meurtres 313Tien ôc mien3fondemens des Republiques 682
Tien &; mien,four ce de tout mal 228Tien Ôc mien bannis de la Republique par Platon11Tigillin,efpoge de Néron, mis à la fureur du peu¬
ple 160
Timar en langage Turquois fignifié vfufruit 154
Timoleon furnommé le Chaftieur& corredeur
des tyrans 255
T imoleon tyran miferablement maflacré 248Timondas,Roy deNegrepont lA1Tifri aux Hebrieux,eft le mois de Septembre 421
Tire Empereur fe fift grand Pontife, à fin de fouil¬
ler fes mains du fang humain .ggToga, ville és frontières de Fez 4I9Tonnerre,figne de mauuais prefage aux payens373Torquat fift-trancher la tefte à fon fils, quiauoit
batu Ôc défait les ennemis contre fon comman¬
dementTorquatus le ieune châtré de la maifon de fon pe¬
re,fe tua de regret 2I
Totilas,Roydes Goths,embrafa la villede Rome
449Tournélle,quelle chambreen çhafque Parlemet,
ôc pourquoy ainfi nommee 488Trafique.eft le fîxiefme moyen de fonder les finâ-
ces du Prince • 629Trafique du Roy de Portugal 630Trafique d’Alphons,Roy de Naples, tyrannique,
ôc fordide 630Trafique des Princes les plus vilaines ôc perni-
cieufes,lont des honneurs, offices, ôc benefices630Trahifons comment cognues par le Sénat de Ro¬
me 3 or
Trahifons fréquentes par les Atheiftes 6u
haute trahifon qu’eft-ce 27
Trahiftres de quel fuppliçe doiuent eftre punis
742Traian Empereur adopté par l’Empereur Nerua
32Traian ignare,&fort bon Prince 28GTraian l’vn des bons Princes 3 qui fut iamais au
monde 141Traian fift ferment de garder les loix 142Traian rendit l’empire Romain le plus fleuriflant
qu’il fut onques 406Traian diuinementloüé 249Traidé de paix memorable 439Traite defendue aux fugets, &permifeàl’eftran-
ger,eft la ruine du pays 635VTrefuesnedoiuenteftre enfrainres mTremblemes de terre la plus part,& les plusgrads
aduenus au mois de Septembre 440Trefor de l’efpargne de Rome combien grand ÔC
ample 623Trefor de l’efpar'gne du grand Turc, eft des plus
grands qui furent onques 652Tribun par fon oppofition empefehoit tous les
Magiftrats,& fes collègues mefmes 372Tribuns du peuple eftoient au nombre de djx,&
vingtquatre militaires 230Tribuns quelle puiffance auoient par deflus les
autres Magiftrats 372.325.326Tribuns,efpions du fenat 303Tribuns,gardes de la liberté 5 310Tribuns fouuent empefehoient les entreprifes du
fenat 3°4Tribuns mettoient les Confuls en prifon 223
Tribuns ôc Confuls pourquoy toufiours en que¬
relle 754*476-477
Tribuns
DES MATIERES.Tribuns de Rome, luges louuerains en dernierreflbrt 20 îTribuns militaires quand ôc par qui eftablis , &Tribu tumilitaires quelle authorité auoient 192.Tribun eftoit iadis le nom des Empereurs Ro¬
mainsTribun des plaifirs,& voluptez 016Tribuns ayans offenfé comment punis 363Tribut & penfion en quoy différent 627Tributum temeranum quel eft 634Trimariots quels gens en Turquie 154Triomphe eftoit le plus haut poind d honneur au
quel pouuoit atteindre le citoyen Romain 565
Tripoli,ville en Barbarie, à préfet fugette au Turc107.179Tripoli prife par le Turc,&les habitans emmenez
efclaues - 4 6Triumuir quelle puiflance auoit 35°-35ITriumuirat de M. Antoine, Augufte, Ôc Lepide404Triumuirat plus compatible en vne Republique
que duumuirat 233Trois n’eft nombre parfaid, contre Plutarque Ôc
Ariftote 44^Trois perfonnes peuuent faire vn college, & vne
famille,auec le chef 8Trois mefnages peuuent vneRepublique 8.9
Tromper les grands aux ferments, comme les en¬
fans aux oflelets félon Lyfander 101
Trôperies,quon faid aux mariages,aux marchez,
ôc en toutes negotiations,cornent peuuent eftre
cogneuës ^°7
Tronc aux temples 6°4
Tropiques plus chauds quel’Equateur 5*5
Troubles en vneRepublique comment doiuent
eftre appaifez 506.507
Troubles ordinaires pourles eledions des Roys
701Troubles du Royaume de Hongrie,ÔC d’Efcofle
pour le gouuernement 72.4en Troubles plufieurs fedes f’accordent mieux
enfemble,que deux 510.511en Trouble fil faut fuiure T vne des parties 511
Tryphon perfide, ôc cruel trahiftre enuers Iona-
thas,& fes enfans 109Thryphon tua fon pupil,Roy de Syrie,pour fe fai-
reRoy 691Æl.Tuberon quelle famille auoit,& combien grâ¬
de 10
Turcs fortis du Septentrion 522.
T ures de quelle eftendue ont amplifié leur em¬
pire 523
T ures croilfent de iour en iour en puiflance, con-
trela Prophetie dc Luter 440
Turcs alliez auec les Princes Chreftiens 106
Turcs ont bafty vn grand empire de la ruine des
Chreftiens,pour la foy à eux faide,rompue 106
T ures huid ans au fiege de Conftantinoble 584
le grand Turc pourquoy appellé le grâd Seigneur
*35le grand Turc comment oyt les gens de fon con~
féil 292le Turc garde fà religionaufli bien que Prince du
monde,Ôc n’efforce perfonne 510l’ordre des receptes de Turquie 656magnificence des Roys de Turquie 625Tuteurs des Monarques fouuent fe font feigneurs
691Tyr fouftint fept moys contre la force d’Alexandre
legrand 584Tyran qu’eft-ce proprement 253laproprefignificationdecemot Tyran, a trompé
plufieurs perfonnes 253Tyran ôc Roy,deux mots incompatibles 255
Tyran comment différé du Roy 246Tyran anciennement nom d’honneur, comment
vint en defdain 245fî le Tyran venu à l’eftat par bon tiltre peut eftre li¬
citement tué 2.54.255
Tyran prend plaifir à voir les plus grands fe ruiner
les vns par les autres 500
Tyrans f’attribuent les tiltres les plus diuins 246
Tyrans enrichis par les calomnies, moyennant les
confifcations 560
Tyrans baftifïent edifices fuperbes du fang des fu¬
gets 648
Tyrans hayiïent toufiours les eftats, communau¬
tez, ôc collèges 35)8
Tyrans tourmentez plus cruellement par crainte,
que par mille bourreaux 260.245
Tyrans en frayeur perpetuelle 248
Tyrans ont toufiours des efponges auprès d’eux
iGoTyrans ont mauuaife opinion de l’ame 248Tyrans ont ordinairemét des eftrâgers pour leurs
gardes 465l’eftat de peu de feigneurs, eft l’eftat de peu de Ty¬
rans 685
Tyrans de quelles rufes vfent 456
Tyrans excommuniez par le Pape 178
f’il eft licite de tuer le Tyrâ, ôc après fa mort annul-
ler fes ordonnances l 253
boucherie des Tyrans 247
Tyrans appeliez monftres,Ôc accablez par tout le
monde par le grand Herculés 1^455
Tyrans miferablement maflacrez 248
loyers de ceux,qui ont tué les Tyrans 412
meurtriers des Tyrans ont prefque tous emporté
l’eftat 411
Tyrans chaflez d’Athenes au nombre de trente 151
Tyrans,qui ont rechapé la main des coniurez infu-
portables 698
aux Tyrans fuccedent ordinairemét de bons Prin¬
ces 4°8
Tyrannie du tout contraire à la Royauté ^ 249
Tyrannie appellee la licence du peuple effrené 250
Tyrannie pourquoy ordinairement fe change en
eftat populaire Al7
Tyrannies par quels moyens facilement ruinees
398.456Tyrannie la plus dangereufe, quelle eft 674
tableYTAgabons fuccent les villes,comme font lesV guefpes le miel des abeilles 48Vagabons, Sc beliftres chaflez delà Republique
par le moyen de la guerre 587.606Vagabons faids efclaues par ordonnance 43
Vaincus parles Romains que payoient outre les
defpoiiilles 622Princes fe departent ordinairement des alliances
des Vaincus 108Valentin,fils du Pape Alexandre7. ne difoit rien
de ce qu’il faifoit,& fon pere ne faifoit rien de ce
qu’il diioit 109Vallees rendent les habitans cfFeminez 539Vandales venus du Septentrion 522Vaflal Sc adhérant en quoy différent 73*74Valfal fimple,& vaflal lige 155Vaflal mefme peut eftre à deux feigneurs 62
Valfal nefe peut exépter de la foy de fon feigneur,
fans fon confentement 65au Vaflal le feigneur ne doit ferment 141Valfal doit fecours à fon feigneur, fuft contre fon
pere,enfans,& fes freres 158Vaflal doit foy,hômage, & fecours à fon feigneur
‘ 7*Valfal peur eftre contraint à rendre la foy Sc ho-
mage au procureur de fon feigneur 160Valfal ne peut f’acquiter de la foy Sc hommage par
procureurValfal pour quelles caufes pertfon fief 74Vaflal d’vn Prince ne doit eftre efleu Empereur
162Vaflal,did homme lige, quelle obeiflance doit à
fon feigneur 74Vaflal pourquoy ne peut eftre exempté de la foy
Sc hommage qu’il doit à fon feigneur 74Vaflaux comment Sc par quelles folennitez doi¬
uent faire foy & hommage à leurs feigneurs 161
Vaflaux ne preferiuent iamais la foy ôc hommage
contre leurs feigneurs 159.17Iarriéré-Valfal doit ferment de fidélité à fon fei¬
gneur enuers Sç contre tous,referué fon Prince
fouuerainVaflaux Sc adherans de diuerfes fortes 74Vaflalage quand commencea 74Vaflalage,protedion , Sc patronage ne doiuent e-
ftre confondus 74Vaudemonr,Duc de Lorraine 171.172Vedius grand augure,& fapredidion aueree 447
Vedius tué fus le champ, pour ne f’eftre leué lors
que le Tribun pafloit par deuant luy 365Vedius Pollion fift tuer 15 efclaue pour auoir cafte
vn voirre 3gVendeurs de fumee pernicieux à vn eftat 571
Vengeance naturelle aux peuples Méridionaux
528Vengeance des Princes de I’iniure à eux faide 393
Vengeance diuine pourquoy va lentement à pu¬
nir les mefehans 49!
raifon pourquoy on eft plus prompt à fe Venger
qu’à remercier ^2Venife combien a d’habitans en nombre j10
Venize, feigneurie abfoluëment fouueraine 168170Venife comment ordonne fes Magiftrats.fc quel,
lepuiflanceils ont .à Venife faut demeurer i4.ans pour obtenir priui-lege de limple citadin ,Ducs de Venife prennent ce mot, Sérénité, pour
leur qualité rRépublique Venmennecommentpremieremen7teftablie ^Venitiens en eftat fimple,&non compofé 22c
Venidens ont l’eftat Ariftocratique, Sc le gouuer¬
nement harmonique _
peuple Venitien tient la fouueraineté de l’eftat 256
Venitiens en combien d’eftats diftinguez 7i
Venitiens ont de couftume choifir vn eftranger
pour leur capitaine en chef gç
Venitiens ont banny de leur Republique l’art mi-
litaireVenitiens fuyentla guerre comme la pefte 592
façon des VenitiensVenitiens fages à l’endroit de leur ennemy capital
425Venitiens confultent en balotant 300Venitiens appauuris par les vidoires des Gene-
uois 6?Venitiens trop exceflifs enpuniflànt les criminels7 44Venitiens alliez auec îeTurc io6Venitiens appeliez tributaires du Turc 186
ligue de tous les Princes contre les Venitiens 98
Vens diuers font la variété des meurs des hom¬
mes en chacune région 535>*54o
Venus adoree iadis par toute l’Afrique 530
Venus,planetepropre aux peuples Méridionaux536Venus planete ne fefloigne iamais du Soleil dc 48
degrez 45îV ercingentorix efleu capitaine général de tous les
Gaulois contre Cefar 82Vérité mefuree par l’homme fage 4Vérité plus eft nue,& fimplement deduitte, plus
eft belle 300Verité grauee en vne pierre precieufe,que portoit
le premier prefident des Druides à ion col 738
Vertu a fondement de la iuftice paternelle 24
le feul prix de Vertu,eft honneur 565Vertu toufiours redoutable 464Vertu ne doit eftre mefuree au pied des richefles
406Vertu combien excellente en toutes perfonnes
568entre la Vertu Sc 1 e vice le chemin eft large 482
Vertu Sc fuccez heureux,chofes contraires 5
Vertu bannie en l’eftat populaire 677loyers de Vertu communs 457Vertu Sc honneur deifiees à Rome 566trois Vertus propres aux trois peuples, Septen¬
trional,Méridional,& moyen 535
trois Vertus,lefquelles compofent la vraye fagef-
fea& quelles 4trois
DES MATIERES.Vertus contcmplatiues font la fin principale delà
Republique bien ordonnée 7is Vertus intellectuelles & contemplatiues confi¬
fte le fouuerain bien de 1 homme 4-6
vertus héroïques de Scipion 1 Africain 249
Vertus morales quand receuës és Repub. 5
Vertus morales Sc vertus intellectuelles en quoy
différent 4
Vertus boutent,& fleurilïent, 1 honneur propoie
5 66Vertueux hommes bannis, les mefehans retenus
en leftat populaire 679Veftales donnent grâce à celuy, que Ion va execu¬
ter,fi l’vne d’elles Oy tronuoit fortuitement 210
Veftemens ont toufiours efté propres à chacun 11
Vice le plus petit eft grand en vn Prince 480
Vices les plus grands,& les plus frequens chaftiez
par le moyen de la cenfure 610Vices ordinairesdes peuples Méridionaux 5*2.
Vices du Prince pluftoft fuiuis du peuple, que les
vertusVices infinis furuiennent, lapuifiance paternelle
relafchee z5Vices non punis en ü’eftat populaire 678Vidoires la plus part gaignees&perdues au mois
de Septembre 439Vi&oiresinfignes, gaignees letroifiemeiour de
Septembre 43 9Vi&oires Sc l’honneur d’icelles attribuées au ca¬
pitaine 564
il ne faut mettre vn Royaume en hazard d’vne vi¬
ctoire 594
Vie humaine a befoin d'adion Sc cotemplation 6
Vieillards ordônez pour le confeil de la Republi¬
que 285
aux Vieillards le nombre de 63.eft dangereux 445
Vieille,qui contraignit l’Emp. Adriandeluy faire
iuftice 479
Vienne,colonie des Romains 45
Vienne,ville alïugede fous ombre de prote&iô 89
Villages faids bourgs 381
Ville & cité en quoy différent 53-54
Ville ne peut eftre fans maifon 49
la Ville ne fait pas la cité 52.
Ville peut eftre fans cité,& la cité fans ville 55
Ville n’eft point cité fil ny a loix & magiftrats 54
Ville capitale de l’eftat doit cftrefortifîee 589’
le pourpris des Villes tradé auec la charrue 54
Villes foibles compofent toufiours pour efchaper
à quelque paix que ce foit 581
Villes ne dépendent cn rien de la conftellation du
ciel par leur fondation 431
Villes peuuent eftre rafees,demeurant la Republi¬
que en fon entier 432.
Villes grandes moins fugettes aux changemens,
que les autres 546
f’il eft bon fortifier les Villes 578.179
Villes fortifiées font retraites pour les fémes 579
Villes fans murailles Sc forterefTes en quel danger
font 383.584
Villes‘en montagnes &vallees fugettes à fedition
516Villes font les habitans rufez,fins,& cauts 539
erreur du thefme celefte des Villes 431Villes impériales fous quel eftat gouuernees 258
Villes impériales aflugetties foubs ombre de pro¬
tection 89
Villes impériales refortifîentpar appel à la cham¬
bre impériale jyo
Villes d’Italie n ont fouueraineté 170
l’aage des Republiques ne fe doit mefurer à l’aagedes Villes402Villes amphi&yoniques alliees au nombre de fept81Villes de Grece aflugeties foubs ombre d’alliance93Violence premiere fource des guerres 49Violence a donné origine aux Republiques 50
Violence en horreur aux loix 361Vis in populo abefto 361Vin defendu aux femmes Romaines,& Maffilien-
nes, fut peine de mort 17Vi quicquamagi,nihiltamcôtrarium ciuitatibus
348Viriatle pirate fe fift Roy de Portugal 41Vitellius Emp. fift mourir tous les meurtriers de
l’Empereur Galba 262Vlme ville,qui f’eft affranchie contre fon feigneur
171Vnion fait la cité,non la ville ny les perfonnes 9
Vnion des fugets,caufe de la ruine des tyrans 398
Vnité demeure vierge immuable 442Voir parles yeux d’autruy, c’eft à faire auxaueu-
/ gles 480Voix donnees par teftes ou lignees, & différence
dece 277V oler le bien d’autruy, eft impuifFance, Sc lafche-
té de cueur 150Voleurs de quelles gens fe font ordinairement 48
Voleurs appeliez grands veneurs^ félon Platon,
Ariftote,& les Hebrieux 382Voleurs ne font de la Republique 1Voleurs,caufe delacônfrairiedes hommes 382
Voleurs font tous ceux qui font iniuftemet guer¬
re 586
Voleurs n’ont point d’autre droit, queles armes
I5°droit des gés ne doit auoir aucun lieu auec les Vo-
leurs 78lapourfuite contre les Voleurs eft de droit diuin
naturel,& humain 586foy donnée aux Voleurs doit eftre gardee 110
Voleurs ne fçauroyentfe palier del’equalité 457
deux Voleurs, l’vn nommé Pater Nofter, l’autre
Aue Maria 701Voleurs comment punis 747Voleurs efcorchez tous vifs à prefent en Ægypte
528vne légion de Voleurs Bulgares comment défai¬
re par le Roy Dagobert m
Voleurs en quoy charitables 3^
Voleurs peuuent deuenir bons Roys 2
Voleries des foldats comment empefehee 646
Volontez des hommes forcees, fe rendent reuef-
'TABLEch es < 510Voluptez vainquirent les Romains 406tribun des plaifirs,& Voluptez 616Voye de fuppreffion tolerable 456Voye de fait en horreur aux loix 361Vrbain Pape fagement reprima la fureur d’Attila,
qui vouloit piller Rome 508Vrbs &ciuitas comment différent 54Vfure ronge le debteur iufques aux os, &fucce
tout le fang, pource appellee morfure par les
Hebrieux 544Vfures à quelle quantité modifiées iadis à Rome
547.548Vfures retranchees parles cenfures 61GVfures ne doiuent eftre permifes au fifque, nyà
la Repub.ny àl’Eglife,nyauxhofpitaux 548
Vfures de toutes fortes defendues par la loy de
Dieu 547*549Vfures defendues au concile de Nice 549Vfuriersfont plus mefehans , & plus vilains que
les larrons 54#Vfuriers par le moyen des rentes conftituees fuc-
cent le fang des pauures en toute licence 549.,55°Vfuriers commcnt.cogneuSj&réprimez 607
Vfuriers,ennemis mortels des cenfeurs 608.609Vfuriers bannis par ordonnances CaaVfuriers feueremen.t punis en Candie
Vtrech,ville aiFugetie fous ombre de proteOiô 8$TTAntiques annoblis parleurs femmes 10
./VXenophon 5r Plato copagnons, & tous deux
ialoux de la gloire l’vn de l’autre 728Xerxés fift couper le nez à tous les habitans de la
ville de Surie
Xerxés immoloit les hommes ^YVrongnerie exceflîue du grand Alexandre, &
du Roy Mitliridate
Yurongnerie en vn magiftrat doit eftre punie de
mort félon la loy de Solon ^64ZAcharie Pape comment & par qui obtint la
feigneurie d’Italie yjÇZenobie fe fift nommer impératrice aueclesso.
tyrans,puischafleepar Aurelian 710F I N.