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Author: Wolkonsky A.
Tags: relations internationales histoire de l'ukraine histoire politique nationalisme ukrainien
Year: 1920
Text
PRINCE ALEXANDRE WOLKONSKŸ
LA VÉRITÉ HISTORIQUE
I
ET
LA PROPAGANDE UKRAINOPHILE
Traduit du russe par G. L. B.
ROME
IMPRIMERIE DITTA E. ARMANI
}920
Dépôt de fédition à Rome’.
Chez Fratelli Bocca, 26 via Marco Minghetti.
(La correspondance an nom de l’auteur pourrait être envoyée
à la même adresse1.
Le démembrement de la Russie fut un des buts du
monde germanique dans la grande guerre. Les puis-
sances de b Entente suivent dans cette question la voie
tracée par V Allemagne: il ne leur reste plus que de
reconnaître /’indépendance de tout le sud de la Rus-
sie (arbitrairement * appelé par V Allemagne — Ukrai-
ne), et le rêve germanique sera réalisé.
Quand on médite une injustice, on accepte volon-
tiers comme certain tout ce qui paraît la justifier. C'est
ainsi que la légende de l'existence d'un peuple ukrai-
nien et du joug russe qui pèserait sur lui, a trouvé
du succès dans la presse des pays de l'Entente. Si l'on
cherchait un exemple pour démontrer la façon dont
la presse crée une opinion publique fausse, on n'en
trouverait pas un meilleur que celui de la propagande
du parti ukrainophile.
Aujourd'hui même les journaux donnent la décla-
ration de M. Petlioura au «peuple ukrainien ». M. Pet-
(*) V'. le schéma de la page 122.
— 4 —
/t0Mr« V énonce que les « Moscovites » sont les e/).
nemis séculaires des Ukrainiens. La vérité est toul
j/ H' v »
autre: les Russes de Moscou n oui jamais été les en-
nemis des Russes de la Petite-Russie; bien au con-
traire. __ ce ne sont que les guerres de Moscou con-
tre la Pologne qui ont libéré les Petits-Russes de la
domination de leurs ennemis séculaires les Polonais,
et ont ramené Ukraine dans l'orbite politique russe. •
Qui lira ces pages connaîtra la vérité historique: ce
n'est pas par manque de modestie que je le dis, car ce
ne sont pas mes opinions que j'expose, — je ne fais .
que citer les autorités sur la matière, depuis les écri-
vains et chroniqueurs grecs, arabes et occidentaux du
IXe siècle jusqu à ïhistorien contemporain de l'art
russe. Le chroniqueur Nestor de Kiev (XIe siècle) est
notre meilleur allié pour la. période pré-mongole, et ce
nest pas moi, mais Véminent historien Klioutchev-
qui vous répondra ici, s'il existe ou non un peu-
ph ukrainien, et qui vous expliquera comment s est
lormée la branche petite-'russienne de l'unique peuple
russe. 4
Citations de documents, faits historiques,
précises, — j'ai fait de mon mieux pour être RersUa^
A/ats je ne me fais pas d'illusions: il n'y a de pi^e 5
que celui qui ne veut pas entendre.
le u exprime mon opinion personnelle que lo^O-
K Parle de
publiciste absolument libre, ne dépendant d aucun
parti politique, que je parle. Un nombre bien minime
de mes compatriotes coudront approuver les lignes où
je touche la question de religion; en revanche, je suis
persuadé queux tous partageront mon opinion sur
l'impérialisme polonais *, tous sans différence de par-
tis, depuis les tsaristes jusqu'aux chefs des bolsché-
viks, ou — pour mieux préciser — jusqu à ce petit nom-
bre d'entre eux qui sont russes de naissance.
' A. W.
10 Mai 1920.
Rome.
(*) V. le schéma n. 1.
Les trois croquis joints à cette <édit,ion française portent les
noms géographiques écrits en langue anglaise. Nous avons été
obligé de conserver ces croquis préparés précédemment pour
l’édition anglaise, afin de hâter l’édition française et de la
rendre moins coûteuse.
Mr. G. L. B., un des russes fort- rares qui ont eu la chance
de sauver une partie de leur fortune, a bien voulu nous offrir
les moyens nécessaires pour publier cette brochure. Ce n’est
que grâce à cet acte de patriotisme que notre travai1 a pu
voir le jour.
Un des phénomènes les plus inattendus qui s’est
manifesté à la suite de la guerre mondiale a été le
séparatisme ukrainien (1). Ce phénomène, préparé par
nos adversaires, mais inattendu même pour nous autres
Russes, prit l’opinion publique de l’Europe occidentale
complètement au dépourvu. On vit apparaître dans les
journaux occidentaux des noms peu familiers aux
lecteurs: ukrainiens, ruthènes, lithuaniens, petits,
yrands et blancs-russes, et l’on vit surgir toute une
série d'affirmations sans aucune preuve' à l’appui, par
ex. : que, dans les temps anciens, le midi de la Russie
aurait vécu d’une vie particulière, que Kiev aurait été
la capitale non pas de la Russie, mais d’une certaine
« Ruthénie ». qu'il y a eu au xvne siècle un Etat Cosa-
que indépendant. Les lecteurs ne savaient comment ac-
(I) Bien (pie les encyclopédies françaises écrivent-
nous adoptons la forme ukrainien qui. aujourd’hui, est complè-
tement- entrée dans 1‘usage. Larousse dans son édition com-
plété donne: « rkranieii, n<’, personne née dans l’Ukraine, ou
qui habite ce pays ». (Note du traducteur).
— 8 —
cueillir ces affirmations. Les uns crurent vraiment à
l’existence d’un peuple ukrainien et a la nécessite lo-
gique de le voir délivré, comme le polonais, du joug
«étranger», c’est-à-dire russe. D’autres se demandaient
avec étonnement: «Qu’est-ce donc que ce peuple de 30
millions d’âmes qui habite non pas les espaces infinis
de la Sibérie, mais aux confins de l’Autriche? Sur son
territoire est située la ville de Kiev qui nous est bien
connue et, paraît-il, aussi Odessa, d’un accès si facile
pour nous? Comment se fait-il donc (pie nous n'ayons
rien su plus tôt de son existence? ».
Il y a des personnes qui croient encore que le prin-
cipe Wilsonien du droit d’autodécision des peuples
pourrait être appliqué dans la vie réelle dans toute
sa pureté théorique. Quant à nous, nous sommes con-
vaincus, au contraire, que dans l’application de ce prin-
cipe à l'ex-empire de Russie, l’idée de nationalité per-
dra ! acuité de son importance: d’autres facteurs (avan-
tages économiques, nécessité d'une défensive commune
tentre le monde germanique, habitude séculaire de
' "habitation avec le peuple russe, etc...) lui feront con-
trepoids, nous pensons que le détachement de certaines
parties — même non slaves — de la Russie, comme par
v'-’ inple ia Lithuanie. l'Esthonie ou la Géorgie, sera.
’Jll‘’ u alise sous la forme plus adoucie d’auto-
cho^-\1OfdllS ^aiS re^ardons» pour un instant, les
- ’ u point de vue susmentionné des gens qui les
— 9 —
envisagent d'une manière exclusivement théorique;
dlois suigiia pour 1 Ukraine le dilemme suivant!
si le peuple ukrainien existe réellement et vit de*
puis des siècles sous le joug de la Russie septentrionale,
alors son avenir est fixé: connue les autres «oppri-
més», il doit former un état indépendant dans ses li-
mites ethnographiques, véritables, mais certes non exa-
gérées;
si, au contraire, les Petits-Russes (Ukrainiens) ne
sont qu’une branche d’un seul peuple russe, qui ne
diffère de la branche grande-russe que par une petite
différence de langage (différence survenue au cours des
siècles récents) et par des détails de coutumes; si au
cours de certaines époques de son existence, les des-
tinées de cette branche ont pris par suite de circon-
stances extérieures, internationales, une direction dif-
férente de celle du reste de la Russie; si, de plus,
l'Ukraine, arrachée au corps uni de la Russie, n’a
jamais été indépendante, alors sa constitution en un
Etat séparé ne serait plus l'application du principe na-
tional, mais une infraction à ce principe.
Actuellement le principe national s'applique non par
démembrement des parties constituantes des grandes
nations, mais par l’acquisition — par chacune de ces
nations - de leur complète unité. Les nouveaux Etats
slaves unifient des peuples de même race, mais d id«>
mes. et même de langues différentes: l’Allemagne
— 10 —
vaincue est elle-même en bon chemin d'atteindre son
unité nationale; l’Italie voit s’accomplir brillamment
son unité; il serait pour le moins illogique que l’idée
nationale’se traduise pour le peuple russe par le déta-
chement de' son MezzogioTuo.
L’auteur a pris à tâche de suivre les destinées
du midi de la Russie, pour présenter aux lecteurs de
l’Europe occidentale un essai sur les vrais rapports
entre les parties méridionales et septentrionales de la
Russie et pour lui procurer ainsi les données indispen-
sables à la solution du dilemme susmentionné; il s’est
basé, dans ce but. sur les témoignages indubitables de
sources premières et sur les opinions des grands his-
toriens russes.
L’exécution de cette tâche devait nécessairement se
composer :
1° de l’examen de la période pré-tartare, c’est-à-
dire de la période de l’unité russe primordiale, qui s’est
terminée par l’arrachement de la Russie méridionale
et occidentale par les Tartares, les Lithuaniens et les
Polonais, et par l’apparition de la branche petite-russe
dans la nation russe unique;
2 du récit des évènements des xvie et xvn° siè-
clés, cest-à-dire de la période où la Petite-Russie,
(draine) faisant partle de rEtat PoIonaiS) a lutté polir
, , ”dép6n^ance> et qui s’est terminée par son retour
volontés au de la
— 11
3 de la caractéristique du mouvement littéraire
ukrainien dans la seconde moitié du siècle passé et du
travail austro-allemand entrepris dans le but de déta-
cher de la Russie sa partie méridionale.
L’essai sur la première période a (à cause d’une ma-
ladie de l'auteur) tardé d’un an; un plus grand retard
le priverait de toute valeur pratique; il faut donc se
hâter de publier, ne fût-ce que ce premier essai. Pour
répondre d’une manière plus complète, si ce n’est mi-
nutieusement approfondie, aux questions posées ci-des-
sus, nous avons dû dépasser parfois les bornes de la
période choisie. Dans ces cas nous en sommes réduits
à nous limiter aux données les plus générales; les
lecteurs s'apercevront sans doute que la teinte légère-
ment journalistique de ces digressions ne porte au-
cune atteinte à la sévérité de la méthode suivie par
nous dans l’étude des questions de la période pré-
mongole.
Le présent essai contient donc la période pré-tar-
tare de l’histoiire de la Russie et est consacré principa-
lement à l’exnmen critique de cette affirmation fantas-
tique que l’Ukraine aurait existé déjà du IXe au xme
siècle; il fournit en même temps, dans leurs traits les
plus généraux, les éléments réels pour<l éclaircissement
de la question ukrainienne aux siècles suivants et de
nos jours.
Nous avons tâché de nous borner à un nombre de
noms géographiques des plus restreints. Un atlas dé
- 12
“ara i”Ur “ “,,re 1'“M
sition.
Une terminologie imprécise est toujours avantageuse
à celui qui défend quelque prémisse injuste, aussi com-
mencerons-nous par déterminer le sens exact des dé-
nominations ethnographiques se rapportant à notre
sujet.
— 13 —
CHAPITRE I.
LA TERMINOLOGIE.
*
Le. mot « UKRAINE ».
Le mot russe ukraina (1) (en polonais ukraina)
veut dire «terre de bordure», «marche»; l’adjectif
russe ukrâinnij veut dire: ce qui gît au bord, à la li-
mite (prêt, du bord: u — près; krâj — bord). Ce
sens du mot est fort significatif, car il est clair que
ce qui s’appelle Ukraine n'est pas quelque chose d’in-
dépendant; une telle dénomination ne pouvait être don-
née à une région de terres que de l’extérieur, par un
gouvernement ou un peuple qui considérait cette région
comme un certain corollaire de son Etat. Et, de fait,
les terres de Kiev sont devenues pour la Lithuanie
une marche (Ukraine) méridionale depuis qu elle les
conquit à la fin du xive siècle; pour la Pologne, ce
fut une marche (Ukraine) orientale depuis l’union de
la Lithuanie à la Pologne dans la seconde moitié du
xvie siècle; pour la Russie Moscovite, elle devint la
marche (Ukraine) sud-ouest depuis la réunion de la
(1) L’a se prononce en russe ou.
— 14
Petite-Russie au milieu du xvii" siècle. Il est peu pro-
bable qu’on rencontre ce nom d’L/ftmne dans les chro-
niques d’avant la fin du xiv‘ siècle (1).
La Russie Moscovite avait d’autres ukraines encore,
ce furent les terres, situées aux confins de la steppe du
Don et du Bas-Volga, occupées pai les J?aitaies nonia-
des. Cette frontière (si tant est qu’on puisse parler de
frontière dans la steppe aux xive-xvne siècles) descen-
dait successivement vers le sud au prix de lourds et de
séculaires efforts; parallèlement ont varié aussi les ter-
res auxquelles on donnait la dénomination d’ukrainien-
nes (2). Notons que l’adjectif ukrâinnij ne s’applique
(1) Les ukrainophiles citent 2 textes des chroniqueurs des
années 1187 et 1213; mais cette citation est faite de mau-
vaise foi. Le texte de la chronique ne contient pas le 'nom
Ukraina, mars la parole ukraina. V. Annexe I.
(2) On lit dans les chroniques de Novgorod de l’an 1517 :
« Sur le conseil du roi Si'gismond, les tartares vinrent contre
l’ukraine grand-ducale près de la ville de Toula... et com-
mencèrent à faire une guerre insensée », En 1580, en raison
de nouvelles alarmantes, Je tzar ordonne « comment doivent
être départis les voïvodes et les gens sur la rive (c’est-à-dire le
long de la rivière Oka), dans les villes ukrainiennes, depuis
u laine de la Crimée jusqu’à celle de Lithuanie». (« Biblio-
thèque Antique», vol. XIV, 368). En 1625, de Valujki (au sud
<u gouvernement actuel de Voronège) on écrit qu’on s’attend
far*imn+'^n\le tartares contre nos ucraines»; une missive
Ur>Zar.e^ û^01’1116 aussitôt tes voïvodes de Voronège
XZ', voL 1063> uo6>1133 «Actee de
idée de l’aven ’ ^'es “<>ms soulignés donnent une
1 avance consécutive de la frontière Moscovite vers le
— 15 —
pas seulement a la Russie méridionale: le classique
Dictionnaire raisonné de la langue russe de Dahl (édi-
tion 1865) en expliquant ce mot (1), cite les exemples
suivants : « Les villes sibériennes s’appelèrent jadis
ukrainiennes; la ville de Solovetzk (dans une île de la
mer Blanche) est un lieu ukrainien» (2).
Etant donné ce sens du mot Ukraine, l’application
du nom d’Ukraine à la Russie méridionale d’aujour-
d’hui est une faute grave lorsqu il s’agit des temps re-
culés du Xe ou du xme siècle. Cette dénomination ne
s'appliquait point et ne pouvait point être appliquée
alors à ces terres parce que son sens ne convenait au-
sud durant ces cent années. Nous aurions pu aisément multi-
plier des citations analogues.
11 y a eu ainsi les ukraines (marches): de Séversk (les gou-
vernements actuels de Kiev et de Tchernigov), celles de
Voronège, de Bi'élgorod (gouvernement de Koursk), de Slo-
boda (gouvernement de Kharkov), celle appelée Polskàia (du
mot polé — champ), située au nord de celle de Séversk Voyez
Bagalei, Précis de l'histoire de la colonisation des steppes li-
mitrophes de l'Etat Moscovite, Moscou, 1887. Dans cette mono-
graphie on rencontre constamment le mot Ukraine (avec u mi-
nuscule). Ce même mot se trouva aussi fréquemment dans ce
sens chez d’autres historiens, chez Soloviev, Klioutchévsky,
Pla.tonov et d’autres encore.
(1) V. plus loin dans les notes de l’Annexe 1.
(2) (( Dans l’ukraine de Sibérie,
Dans le pays du Daour...»
ainsi commence une chanson populaire parlant du fleuve‘Amour;
c.-à-d. une chanson qui n’a pas pu «voir 'etc composée
la fin du xvne siècle.
— 16 —
unement à leur rôle politique i’alors: elles n’étaient
peint ukrainiennes «le bordure), car elles formaient le
centre, le noyau même, de l’Etat russe.
Principautés russes et non pas « Ukraine ».
L’Etat dont il s’agit n’était pas du tout une prétendue
Ruthénie ou Ukraine, c’était au contraire cette princi-
pauté russe do Kiev qui fut le berceau du peuple russe
et de son Etat. C’est là, sur le Dniéper seule voie
alors praticable pour le commerce entre la mer Bal-
tique et Byzance — que naquit a la fin du ix siècle
une force (pii, par les armes et par le commerce, se
mit à réunir les tribus slaves qui habitaient les forêts
et les prairies du liassin du Dniéper. Le chroniqueur
de Kiev, Nestor (au milieu du xr siècle) cite les noms
de ces tribus; je puis affirmer aux lecteurs qu'il ne s'y
trouve ni «ukrainiens», ni «ruthènes» — pour cette
simple raison qu'alors les premiers n’existaient pas et
que la petite tribu slave à laquelle les Hongrois don-
naient le nom de ruthènes, habitait par delà les Carpa-
thes, à 700 kilomètres de distance.
On ne trouve aucune mention du prince Rurik, en
dehors des chroniques russes, mais pour son fils, le
prince Igor, il existe un témoignage indiscutable: en
1 an 944 ce prince russe et l’empereur byzantin Romain
Lé( apène conclurent un traité de commerce; il serait
oiseux de chercher dans son texte une allusion à des
- 17 -
a Ukrainiens » ou à des « Ruthènes» quelconques, mais
on y trouve au contraire l'expression Ho us s (dans le
sens de tribu), roùssine (un russe), «pays russe»,
«grand prince (1) russe»» (2). De même en 988 lorsque
sous le petit-fils du prince Igor, St. Vladimir, eut heu
le baptême de la population de Kiev, cet évènement est
connu dans les monuments anciens sous le nom de
baptême de la Houss précisément, «des Russes», non
pas de quelqu’un d’autre.
Quand son fils Jaroslav l,r le Sage (1019-54) créa a
Kiev le premier code, ce dernier n’eut pas d'autre
nom que «La Vérité Russe» (Housskaia Pràudo . La
fille de Jaroslav I"', mariée à Henri Tr, roi de France,
est. connue dans l’histoire de France sous le nom d’Anne
de Russie. Tout écolier russe sait qu'à la diète des
princes russes en 1103, le petit-fils de ce laroslav, \ la-
dimir Monornaque, exhortait son cousin a «penser a
la terre russe » et a s'unir à lui contre la peuplade asia
tique des Polovtzy; celui-ci consentit enfin. « I u fera>
un grand bien a la terre russe, mon frère», dit Mono
maque en réponse à cet acquiescement. Il est clair
(1) En rus*e le mot «duc» n'existait jm<m. H } I» met
k"ia*, prince, et véhk'j k**», grand prince. Mais noua empli-
rons le terme généralement admis de »<gian«-<’H
(2) Dana un traité plus ancien du princ»- O «g a'»*
(911) on trouve aussi « peuple russe ». /én/.w, « pf*
« loi» russe*» », routine, « terre russe ».
— 18
qu’alors déjà les tribus qui habitaient le bassin du
Dnieper étaient conscientes de former un certain tout
— la « Terre russe ».
Ce terme «Terre russe» se retrouve depuis le
xie siècle comme expression stéréotypée courante, et
dans les chroniques, et dans les autres monuments
littéraires. Ainsi le grand-duc de Kiev «pensait, cher-
chait à prévoir l’avenir de la terre russe»; le devoir
des princes est de « sauvegarder la terre russe et de
guerroyer contre les infidèles»; si quelqu’un ne se
soumet pas à notre décision, dit la diète des princes
(1097), «que la Sainte-Croix et toute la terre russe
s’élèvent contre lui»; un tel a «déposé sa tête pour la
terre russe»; le métropolite de Kiev s’intitule «métro-
polite de toute la Ilouss », et ainsi de suite.
En 1006 un missionnaire allemand, Bruno, visita le
prince Vladimir le Saint; dans sa lettre à l’empereur
Henri IL Bruno appelle Vladimir Senior Ruzorum.
Toutes ces expressions se rapportent aux xie et xne
siècles (1).
(1) Citons encore des témoignages étrangers sur le nom de la
Russie originaire. Sous la date de 839. la chronique Bertinienne
nous apprend qu'avec les ambassadeurs de l’empereur Théo-
phile sont arrivés de Constantinople à Ingelsheim plusieurs
hommes qui se, id est geutern, suant, Rhos vocari dicebant.
Ixi missive circulaire du patriarche Photius en 866 parle du
baptême de la tribu des russes, toûto ôi) xa/.oépFvov rô fP(ùç.
Sous la date de 946 Constantin Porphyrogénète mentionne le
- 19 -
Mais si c’est ainsi que parlent tes sou^,
se fait-il, demandera-t-on, qu’il y ait des geng
nient que les antiquités de Kiev appartiennent au peu-
ple russe? La logique de parti n’a, comme on sait, que
bien peu de commun avec le raisonnement humain
normal, et le papier, selon une locution russe « suri-
k K/
porte tout», surtout lorsqu’il doit servir à une propa-
gande politique anonyme et d’autant plus à une époque
aussi orageuse que la nôtre.
Le parti ukrainophile possède son historien M. Hrou-
szewski, qui est fort au courant des faits de la période
de Kiev — qu’en fait-il? Oh! c’est fort simple; dans son
livre (1) le mot «russe» est conservé lorsqu’il s’agit
d’un évènement historique précis; mais il se permet
à côté de généraliser tous les évènements et les faits
russes, qui eurent lieu dans les limites géographiques
de la Petite-Russie future, en leur appliquant, tout à
baptême de la liouss ('Pcîjç) qui était au service de Byzance
(probablement connue troupe mercenaire). En 967 une bulle
papale mentionne le rite slave du service divin chez les russes.
L écrivain, arabe du ixe siècle Ibno-Khordâdhbeh parle de mai-
ehands russes; son contemporain Al-Bekri — de la tiibu des
1 tisses. Chez les (écrivains arabes et dans les sources occiden
(p. ex. dans le traité des Génois avec les grecs en 1170)
a ville de Kertch est appelée Rosia L’empereui Manue °
lnuène (1143-80) considère une ville ePtooia aux bouches u
((>uinie lui appartenant.
(1) Michaïlo Hrouszrwski, Histoire illustiée e
kiev-Lwov (Léopol, Lemberg), 1913 (en ukrainien).
y Ukraine.
- 20 —
fait arbitrairement, des noms qui, à cette époque-là;
n’existaient pas — c’est-à-dire les noms d’« Ukraine »
et d’« Ukrainiens ». Les multiplicandes et les multi-
plicateurs restent russes, mais les produits sont ukrai-
niens. N’est-ce pas une arithmétique originale?
En voici un exemple. Il n’existait pas à Kiev de
lignée particulière de princes: comme on le verra plus
loin, le trône de Kiev, était « acquis » par des princes
de différentes lignées de la descendance de Rurik —
tous membres d’une seule famille répandue dans
toute la « Terre russe». Mais qu’est-ce que cet antique
Etat qui n'a pas sa dynastie propre? Comment faire?
C’est bien simple. On prend la généalogie des descen-
dants de Rurik jusqu’au xiv° siècle, on en exclut les li-
gnées qui ont ensuite acquis un caractère local dans
d’autres parties de la Russie, et on intitule la généalo-
gie ainsi épurée: « généalogie des princes Ukrainiens
de la dynastie de Kiev»! Il fut un temps où je m’inté-
ressais particulièrement à la généalogie des descendants
de Rurik; je connaissais assez bien la littérature vaste
et sérieuse touchant ce sujet et j aurais pu nommer des
principautés des xive et xve siècles tellement minuscu-
les qu’on n’en connaît rien, sauf le nom. la situation
géographique et la généalogie princière (1); je connais
(1) Afin de ne pas paraître parler à la légère, citons eom-
njp exemples les subdivisions de la principauté de Tchernigov.
Sous les petits-fils de Michel de Tchernigov., martyrisé par
- 21 -
.aussi les dénominations des «grands-duchés» des
«terres», des «apanages» (oudel), des «territoires»
(vôlost) et des «patrimoines» (vôtchina)- mais il y a
une chose que je n’ai jamais rencontrée dans aucune
des dizaines de volumes que j’ai parcourus, — c’est
« l’Etat ukrainien » et la « lignée ukrainienne » de prin-
ces. Il ne me reste qu’à remercier M. Hrouszewski pour
sa découverte «scientifique», dont il a enrichi mes
co un a i s sa n ce s gé néa log i qu es.
L’Etat russe eut un début brillant. La famille de
Rurik, dont le chef occupait le trône de Kiev, régnait
aux xi'' et xne siècles, au nord sur la terre de Novgorod,
I
les 'Partares en 1246 pour refus de saluer leurs idoles, c’est-à-
dire depuis la fin du xm® siècle la principauté de Tchernigov
se divise eu apanages (oude/.s) de: Briansk, Gloukhov, Ka-
ratchév, Taroussa, Obolensk, Mychaga, Konin, et Wolkona.
Au xive siècle surgissent encore ceux de: Novossil, Odoev,
\ orotynsk. Selon la théorie de M. Hrouszewski ces principi-
cules auraient été « ukrainiens » (Voy. la carte, p. 107 de son
//i.sfoi/c). Mais certains d’entre eux ont remis d’eux-mêmes
leurs apanages entre les mains du grand-duc de Moscou; les
apanages des autres furent absorbés par Moscou par la force
même des choses; leur nombreuse descendance passe à Moscou
dans les xve et xvi® siècles où ils entrent dans la classe des ser
'iteurs de l’état. (Certaines lignées de ces princes ont con
servê leur dénomination territoriale sous forme de nom e a
mille par ex. les Obolensky; d'autres ont pris le surnom
Personnel • de quelque ancêtre. par exemple les Bana nsy»
08 Gorthchakov, les Dolgorouki, les Répnin, es e
— 22 -
à l’est sur celle de Rostov (1), au sud-est sur une co-
lonie russe, la principauté de Tmoutarakan (sur la mer
d’Azov) (2), à l’ouest sur celle de Galitch (3). La Terre
russe comprenait donc alors non seulement le quart
occidental de l’Ukraine allemande nouveau-née, mais
encore une grande partie du reste de la Russie d’Eu-
rope.’ La Russie vivait alors d'une vie commune avec
l'Occident; le schisme d’Orient (1054) n’avait pas en-
(1) Rostov (du nord), ville située sur l’un des affluents de
droite du haut Volga, fut depuis les temps les plus reculés
de l’histoire russe le centre d’un vaste rayon, qui, dans les
siècles à venir devait s’étendre sur tout l’espace entre le haut
Volga et l’Okà. Ce rayon — centre géographique de la future
Russie d’Europe — est la source des principaux fleuves rus-
ses (le Volga, la Dvina occidentale, le Dniéper) et la nature
même l’a prédestiné à en devenir aussi le centre politique.
Successivement ce centre se transporta plus au sud, à Souzdal
(lère moitié du XIIe siècle), Vladimir (2e moitié du XIIe siècle et
enfin à Moscou (xive siècle). C’est ce rayon, divisé en de nom-
breuses principautés, qu’on est convenu d’appeler jusqu à la
période de l’élévation de Moscou, du nom générique de «terre
de Rostov-Souzdal ».
(2) La principauté de Tmoutarakan était probablement si-
tu’ée sur la presqu’île de 'l'aman ; elle n'eut pas de durée.
(3) La Russie de Galitch (Galicie orientale actuelle) faisait
partie de l’Etat Russe depuis St. Vladimir; vers la fin du
xie siècle il s’y installe une lignée particulière des descendants
de Rurik; leur capitale est Galitch; la principauté fleurit
sous Daniel (1249-64) qui reçut du pape le titre de roi ; il
transféra la capitale à Kholm. Le dernier prince indépen-
dant de’Galitch, Yurij 11, mourut en 1340. Depuis 1349 (défi-
nitivement depuis 1387) la principauté fut conquise par la Po-
logne et resta sous sa domination jusqu’en 1772, quand d’après
Iw deuxième partage, la Galicie fut réunie à l’Autriche.
core ébranlé ses liens, le joug mongol ne les avait nas
encore rompu. Citons comme symptôme que laroslav I"
était marié à une princesse suédoise; sa sœur était ma-
riée au roi de Pologne; un de ses fils épousa la sœur
d'un roi de Pologne aussi, un autre — la fille de l’empe-
reur de Byzance (1); ses trois filles furent reines —
de Norvège, de France et de Hongrie; son petit-fils
épousa la fille du roi d’Angleterre Harold. Kiev, «mère
des villes russes», faisait l’étonnement des étrangers
par ses richesses et sa culture; on y comptait quatre
cents églises; il y avait des couvents, des écoles, une
forteresse en pierre; Adam de Brême appelle Kiev la
rivale de Constantinople. * .
N’est-il pas étrange de discuter sur le nom d'un tel
Etat, comme s’il s’agissait d’une horde semi-barbare de
nomades et d’inventer pour Lui des dénominations alors
n'existant pas comme «Ukraine» et «Ruthénie»?
r
Le mot « RUT1IÛNIB ».
« H y a de cela mille ans», lisons-nous dans un jour-
nal italien, « Kiev était la capitale-de la Ru thème mé-
ridionale... Aux Xe et XIe siècles, la Ruthénie fut un
H Ut puissant... ». Ni au x-, ni même au xx" siecle, le
An QHît do SOI!
(1) Ce fut lu mère de Vladimir Monomaque.
’uari qu'il parlait cinq langues.
— 24 —•
nom de Ruthénie n'est connu en Russie: vous ne le
trouverez — comme vous ne trouverez pas non plus
le substantif « ruthène » — ni dans le dictionnaire déjà
mentionné de Dahl, ni dans les 40 volumes de \'Ency-
clopédie Russe (édition de 1902), ni dans les 29 volumes
de YHistoire Russe depuis les temps les plus anciens,
de Soloviev (1). Je le répète: ce mot n’existe pas en
langue russe et s’il vous est arrivé de le rencontrer
dans les livres édités par les bureaux ukrainiens, mê-
me dans les textes des documents du gouvernement de
Moscou, ce n’est que parce qu’auteurs et traducteurs
trouvent avantage, dans l’intérêt de leur parti, à tra-
duire les mots « russe » et « petit-russe » par le mot
« ruthène ». Se permettre une telle liberté en tradui-
sant des documents équivaut à les avoir falsifiés (2).
(1) Dans Y Encyclopédie russe, le mot «ruthène» est noté
dans l’article lioussine comme traduction ou plus exactement
comme altération étrangère de ce mot.
(2) Ainsi par exemple la lettre patente du 27 mars 1654
du tzar Alexis Mikhaïlovitch a Bogdan Chmelniteky, parle de
K-connaissance « de droite et franchises antérieurs de l’armée
(roi.droi y4) tels qu’ils ont été depuis jadis, au temps des Grands-
Ducs liasses (pu V elîkdi h nriâseh, lioùskili) et des Rois Polo-
nais». (liecxpûl d< lirec. et Traités d’Etot, 1W2, t. 111. p. 512).
(»u\j<-z, maintenant, fa brochure Z/ê /ninie sous le protectorat
publie*- 1915 par la rédaction de « L’Ukraine », a l^au-
«anne; à la page 51 rou« trouver*-/ la traduction de cette mêm<J
er^uon. ainsi conçue " droite et franchie** (tes mots « de Par-
*f* -> *Mni») anterieur*-» comme ils (étaient de v*ut ternpf
" ruthem» et h-s rout ptAonaib ». Si
— 25 —
Le terme ruthenus se rencontre pour la première
fois chez Jules César; il désigne ainsi une tribu Gau-
loise qui habitait au sud de l’Auvergne actuelle; le sou-
venu de ce nom \ laissa longtemps des traces dans de51
dénominations comme Augusta Rulenorum; cette tribu
n’a évidemment aucun rapport avec les Slaves, ce n'est
qu’une consonnance fortuite (i).
Dans la Hongrie du temps de la dynastie d’Arpad
(997-1301) on désignait sous le nom ruteni une tribu
slave qui habitait (et habite encore aujourd’hui) les
pentes méridionales des Carpathes, celle-là mêmp qui
en mai 1915 a vu déjà, pour trop peu de temps hélas!,
les avant-gardes de l’armée russe dévaler pour sa libé-
ainsi que l'on cite, faut-il s’étonner de lire sous les portraits
joints à la traduction, des inscriptions fantastiques, comme par
exemple, que Vygovsky a été hetinan non pas seulement des
Zaporogues, mais encore «du grand-duché de Ruthénie-(!) ».
ht tout cela est couvert, avec une insigne mauvaise foi, par le
nom d’un auteur sérieux, le baron Nolde, puisque la brochure
n’est que la traduction d’extraits de son livre russe Essais sur
(e Droit Public ruste (St. Pétersbourg, 1911).
(1) Dans la Catholic Encyclûpfdia à 1 article Ruthenians,
des noms comme Aïo/usto Ruttnorum sont expliques par la
méridionale de slaves faits prisonniers
la défaite des Huns, lors de ia bataille de Cha-
n’y a |<aa le moindre fondement pour r™'""
* une explication aussi compliquée, vu que dans e e
il .,t lols ^on de gauloia-rutbèn**- D““' "
*' * 1 M ..........influence de la projwauwe
, peut que remuer une toile inadvertance
des noms
déportation <*n !rance
par AétiiiK î
(451). J
C précité, on w-nt «n général F
ufj sérieux.
ration. Dans les cas semblables, c’est-à-dire s’appli-
quant à des peuples slaves, le mol ruteni ou rulheni
n’est autre chose qu'une altération du mot russe roùs-
*
sine, qui se rencontre, quoique rarement, dans les mo-
numents russes antiques, mais aussi bien dans ceux de
Kiev (v. plus haut au sujet, des traités du xe siècle avec
les Grecs) que dans ceux de Novgorod (p. ex. dans le
traité de 1195 avec les Allemands); dans ces monu-
ments, le mot roùssine n’a aucun sens national par-
ticulier, il est svnonvme du mot «russe». (Singul.
rousskij ou roàssine, plur. 'rousskié, collectif tous s).
Au moyen-âge le terme «rulhenus» apparaît chez
les chroniqueurs (d'abord chez le chroniqueur polonais
du xr xir siècle Martinus Gai lu s) avec un sens fort va-
gue: l'historien danois Saxo Grammaticus (1203), l'eni
ploie pour designer les Slaves chrétiens riverains de
la Baltique, afin de les distinguer de leurs compatriotes
païens; on le trouve aussi comme dénomination latine
du moyen-âge pour les Russes en général (I). Les écri
vains qui suivirent, mieux informes des affaires russes,
l'évitent. \insi. le célébré Herberstein, ambassadeur
imperia! à Moscou I.M7 . en discutant dans les premiè-
res pages de -es mémoires, sur l’origine du nom « rus
st's ». remarque qu'en allemand on les appelle KHssein
en latin rutheni. mais n'emploie ensuite nulle part et'
(L Comme nous le verrons plus loin, une dénomination en-
vorv plus fréquente était pour nous, en latin: iw», liussia.
— 27 -
mot (!)• Pnolo Giovio da Como, qui écrivit sur la Rus-
sie en 1525, ne le cite pas non plus. Et à quoi bon en
effet renouveler des noms vagues, désuets? Nous n’al-
lons pourtant pas appeler la Chine — « Cathayum ». la
mer Baltique — « Mer Varangienne », ni chercher en
Russie les monts Rythiques de Ptolémée. De plus le
mot « Ruthènes » a encore l’inconvénient de servir à '
désigner en même temps un principe religieux et na-
tional.
La tribu ruthenorum en Hongrie se trouva être, en
vertu de sa position géographique, la première où fut
introduite l’union religieuse (xiir siècle). Et le lan
gage latin ecclésiastique s'empara du mot rutheniis
pour designer le rite uni avec le service divin en
langue slave (2) chez les autres tribus slaves voisines
aussi, et petit à petit il transporta l'application de ce
terme de plus en plus loin vers l'Orient, en («alicic.
en Pologne, et en Petite Russie. Cela n est pas étonnant
l'Eglise est conservatrice en <on langage, et scs buts
relèvent au dessus du souci dos distinctions de uue.
U) Sur la carte de l'édition Hùlowe de ee» mémoire» (15Ô61
!' cours supérieur de la Ih iua Occidentale est inarque
'•/fenùa», son cour» central— i/t'rinuHÙu. . a'S
est aussi nommé Po/jw ruthciueu. DM*
(2) Strictement parlant, il n’existe pas h .
pulier; il <v „ ‘u,. des variations introd.ntes.
'Jzantin par ic® populations des GMjmthes e
P<u le clergé polonais latin.
— 28 —
Dans la bouche du gouvernement autrichien ce
terme a acquis un tout autre sens encore: depuis la
moitié du siècle passé, il est devenu un instrument
pour détruire chez les Galiciens russes la conscience de
leur parenté avec le peuple russe qui vivait sous le
sceptre de l’empereur de Russie : « Là-bas ce sont des
Russes — quant à vous, vous êtes des Ruthènes ». Les
dénominations arbitraires des différents peuples, l’in-
troduction d’alphabets divers, le changement d’ortho-
graphe — tout cela constituait les instruments pré-
férés du gouvernement autrichien dans ses luttes po-
litiques (1).
Pour définir la personnalité d’un peuple, l’impor-
tant est de savoir non pas comment l’appelait un chro-
niqueur étranger, qui a peut-être appris pour la pre-
mière fois son existence par les écrits de son prédé-
(1) On a introduit en Galicie l’orthographe phonétique : on
a rejeté de l'alphabet russe trois lettres et on en a ajouté deux
nouvelles; — différence de cinq lettres entières — que faut-il
de plus/ Et c est justement dans cette langue factice u ukrai-
nienne » qu est écrite 1 histoire de I Ukraine de H rouszewskn
qui s efforce par tous Jets moyens de la rendre distincte du
russe. Mais il n’atteint pas son but: tout Russe cultivé, après
etre venu à bout, avec quelque effort, des 2 ou 3 premières j)«-
ges. lit ensuite le livre assez aisément. Le paysan petit-russe en
revanche ne comprend pas la langue
troduction obligatoire de cette h
correspondance officielle, æ
contentement. ’
« ukrainienne » : l’in*
- angue, l’année 1918, dans la
a causé en Ukraine un grand-mé*
censeur, ni -comment en général rappellent les autres
peuples, mais comment il se nomme luimiême. Selon
la terminologie autrichienne, tous les peuples slaves
(sauf les Polonais et les Slovaques) qui habitent en
Galicie, en Bukovine, et le nord-est de la Hongrie (en
tout près de cinq millions) sont appelés Rutenen, mais
eux-mêmes s’appellent: en Galicie — Russes ou Rous-
siny, en Bukovine — Roussiny, Russes et Petit s-Rus-
ses, en Hongrie — Russes, Petits-Russes, et Rousniaki,
On s’est acharné à tuer chez ces races le senti-
ment national; la classe cultivée peu nombreuse était,
jusqu’aux temps derniers, soumise à une germanisa-
tion ou polonisation systématiques; il n’est donc pas
étonnant qu’il ne se soit pas formé pour eux de dé’.'.o-
mination générale; le nom le plus répandu pourtant
est — « roussine » et « russe » (1) — fait peu agréable
(1) Voici les subdivisions des roussines (en allemand Riissi-
ne» et R u theneri) •
1° en Galicie (dans sa partie orientale, au delà du fleuve
’^nn): les Pokutianes (arrondissements des villes de Kout et Ko-
Gmya), les Guzulcs (Kolomya, Stanislavov, Kossov), les Podo-
^xines (au nord du Dniester), les Boïkis, qui «appellent eux-
•uèines Gorianes (arrondissement de Stryj), les Li’mGis, qui
s‘Appellent eux-mêmes Roussniaks ; ils parlent tous la même lan
pUe divisé© en 4 patois
kien ; •
2° ,
A/unuvmv luaus ocv v, -z —jt- .
arrondissements de Kotzman, Tchernovo, yc ni
heret): les Podolianes ou Polianes et les Giw
Gagnes de la Bukovine occidentale);
— podolien, guzulien, boîkieu et lem-
eu Bukovine (dans sa. partis septentrionale et
Vychnitz et
utes (dans les
— 30 —•
au oouvernement autrichien, et ce n’est certes pas par
dévouement au langage scolastique et moyen-àgeux
qu’il a préféré assigner à ces peuples comme dénomi-
nation collective le nom de «rutènes» (1).
Dès la. fin du siècle passé on voit apparaître dans
les plans austro-allemands le projet alléchant d’arra-
cher au corps entier de la Russie sa partie méridio-
nale. C'est alors que changea aussi la propagande gou-
\ernementale: «là-bas. au delà des frontières, à Kiev,
ce ne sont pas des Russes qui y habitent, mais des
Rutènes comme vous-mêmes ». Que la ressemblance
entre les populations des deux côtés de la frontière
devienne parfois une identité — cela est juste; mais
3° en Hongrie: 400,000 environ le long des pentes sud des
Carpathes. dans la partie nord-est, dans les comtés de Charit,
I szgorod, Bercez, Ugosz et Marmarocz: les Verhovinzy ou Go-
céehanes — dans le» montagnes; Dolinianes et Doléchanes,
I l/ikhy (Bfakky idem) — dans les vallées; les Spichak’s ou
A rainu»/i.-; qui sont des Roumains s la visé s; la majeure par-
tie de cette population est issue du nord de la Petite-Russie
rusw*, (de» gouvernements de Tchernigov et voisins). iïncyilo-
yé.die ruue. 1
U) (les rutènes (rouMiny) changés au cours de ex-s deux der-
hierea années e»n ukrainiens, i
« irrédimé# n. Ils trouvent depuis
d étrangers, et sont véritablement
point de, vue des principes Wilsoni
ne sont autre chose que. des rus-
530 ans en pijis«anr<’
un « peuple opprimé ». Au
r , _ ions il ne peut y avoir doux
’P nions sur son avenir: entré dans l’orbite du peuple russe,
ineo politique de sa branche petite-Hi*'
nous ne pouvons que saluer Pieuvre d«®
d doit partager la deeti
sienne. Dan» ce sens r
nkraini...» <|anB
— 31 —
que le sud de la Russie soit habité par des «Rutènes»
_ c’est une invention: prononcez ce mot dans le gou-
vernement de Tchernigov ou de Poltava — on ne vous
comprendra pas: on ne saura pas s’il s’agit d’une
plante, d’un animal ou d'un minéral. En Ukraine le
paysan se dit Petit-Russe, Khokhol ou « Russe »; le mot
«ruthène» n’existe pas (1).
Et maintenant voilà qu’il se trouve tout à coup que
l'antique Russie de Kiev n’a jamais existé — il y a de
cela mille ans même, il n’y a jamais eu qu’une « Ru-
thenia »! C’est ainsi qu’on fausse l’histoire quand cela
convient à la politique austro-allemande.
Le mol « RUSSIE » (Rossia).
Nous venons d’examiner les deux passeports rédi-
gés avec le bienveillant concours du gouvernement
autrichien dans ces derniers 20 ou 30 ans pour la Rus-
sie de l’époque de Kiev; le lecteur n’aura sans doute pas
manqué de se convaincre de leur fausseté. Parlons
maintenant un peu du passeport légal.
tl) !a> mot roùssine, ne sera compris en dedans des fron-
tières do l’empire russe, que dans le voisinage immédiat de
*’Autriche — dans la partie ouest du gouvernement de Voly-
ri*<4> dans Je gouvernement de Kholm et dans le district d-
khotine, du gouvernement de Bessarabie, «où on parle vrai
,n°nt |0 patois routine du dialecte petit-russien ». (Encyclo-
russe).
Rouss et Russes - voilà les seuls noms génériques
qui impliquaient le sens des peuples et des terres de la
Russie antique. Le mot Rouss a deux sens. le pre-
mier est ethnique, l’autre, territorial. Selon le chro-
niqueur de Kiev, c’est du nom de Rouss que s’appelait
la tribu varangienne (variague, Scandinave) d’où étaient
issus Rurik et les siens, appelés en Russie par les
Slaves. Soloviev suppose avec beaucoup de logique
que cette tribu a joué un rôle important sur la « voie
des Variagues aux Grecs » bien avant l’appel des prin-
ces (1).
(1) La théorie ukrainophile ne veut naturellement pas ad-
mettre le fait de l’appel des princes varangiens: pour elle la
Rouss doit être une tribu ukrainienne et le mot Rouss doit
être n'é (comme aussi ia dynastie de Rurik) en « Ukraine ».
C'est facile à arranger: le témoignage de la chronique (voyez
page 42) est simplement nié par M. Hrouszewski. Mais voila
le malheur: nous connaissons les noms des ambassadeurs du
prince Oleg à Byzance en 911; de 14 noms il n’y en a que 2
qui pourraient être slaves, les autres sont indubitablement
norvégiens. Il y avait alors à Kiev beaucoup de Normanns, c’est
donc eux qu’Oleg envoya — voilà le sens de la naïve expli-
cation de M. Hrouszewski. Mais comment un •prince non Scan-
dinave aurait-il pu envoyer à Byzance comme ambassedeuis
des Scandinaves seulement? Et comment explique]’ les noms
Scandinaves des premiers membres de la famille de Rurik?
Ruiik (Hrorekr), Sinéous (Signiutr), Trouver (Thorvardtr),
()lga (Helga), Igor (Ingvarr) et Oleg (llelgi), et que la légende
a mœt de ce* dernier, à la suite de la morsure d’un serpoih’
mnv'1°lne<^î5a^emen^ ^aiLS ironique russe et dans la s"l/"
norvégienne?
toiien n a pas le droit de bâtir l’histoire sans aucu°
- 33 —
Comme nom territorial, la dénomination Rouss
s’employait doublement: dans un sens qui générali-
sait toutes les terres russes (« métropolite de Kiev et de
toute la Rouss »), et dans un sens plus restreint — pour
désigner la principauté de Kiev proprement dite (xne
siècle); peu à peu cette dénomination s’étendit à d’au-
tres terres (à Tchernigov, à la Volynie, à Novgorod (1),
à Galitch et autres). «Le territoire (yolost) de Novgo-
rod est le plus ancien dans toute la Terre Russe », nous
dit la chronique en date de l’an 1206. Gédymin, grand-
duc de Lithuanie (1316-41), a pour titre à Vilna «Grand
Prince Lithuanien, Jmoudien et Russe». La Russie
du nord-est n’avait point d’autre dénomination col-
lective que Rouss et Rcssta (2); en russe* 1 le mot « mOS-
égard pour les témoignages des chroniqueurs » dit Soloviev,
comme s’il prévoyait l’apparition d’historiens du type ukrai-
nophile.
(1) Le traité de paix de Novgorod avec les Allemands (1188
ou 1195) oppose les Allemands aux Rouss et parle de villes
russes.
(-) Du mot Rossia il existe un adjectif rare rossîjskij; il
s emploie actuellement dans le langage officiel cérémonieux et
s employait en littérature dans le style ampoulé du xvm
siècle; ou le trouve pour la. première fois, si je ne me tiompe,
(laiis le document sur l’élection au trône du premier tzar de la
maison des Romanov (1613). Dans la Russie moderne, on met
6ans le mot Rouss un sentiment d’amour, de chagrin, de joie,
dans le mot rossijskij on sent une idée impérialiste, e mo_
^ssia semble une dénomination calme, d affaires, e mai
^'te à ces détails, parce que la propagande ukiainopne
3
covite » (1) n’existe pas; il est né en occident lorsque
la puissance du grand-duc de Moscou eut éclipsé aux
jeux de l’étranger le reste de la Russie (2).
Pour en finir avec la nomenclature, je donne en
not e une série de citations latine- qui prouvent que
dans cette angue aussi on a de tout temps dit Jiussia
d Bwôsî 3. Comme le mot rufeni, ces deux mots
cil.- a jour! -ut ce- différés^- de nom.- et sur cette richesse
de notre langue en assurant les étrangers, connue quoi Jiouss
et wùsskij se rapporteraient à Kiev et liussui et roussijskij — à
Moscou et Pétersbourg!
(1) Du mot J/c >/.ru (Moscou) il n’existe qu'un substantif dé-
rivé, c’est '/.ovmcA, qui désigne l'habitant de Moscou, et qui
est exempt de toute teint.- :-«utique (et. un Bordelais). Mosco-
vite sonne à l’oreille russe contemporaine comme quoique
chose de légèrement dédaigneux, comme le polonais niosl.àl,
qui d’ailleurs est passé dans la langue russe avec le sens de
« soldat, recrue » (homme pris par le gouv.t de Moscou).
(2) Paolo Giovio écrit en 1525: « Ce n’est que récemment
qu’on a su que ce peuple s’appelait «les Moscovites»; et
Marc Foscarino en 1557: «ce nom « Moecovia » et « mosco-
vites » est né récemment ». 1
(3) Il se trouve dans la chronique de Béginon la nouvelle
qu auprès de 1 empereur Othon rr vinrent b'gati IIe.lftiue (nom
chrétien d Olga) Heginae liussorurri. (x‘ siècle). Un bref du pap®
Grimoire VII en 1075 appelle Iziaalav (fils d’Jaroslav i’r)
/< >/i<'//u/a; un autre bref du même et de La même V-poquo i,J'
vite le roi de Pologne a n^tituer à Iziadav, //< 7/ IlutcOTUtih
i+‘ torn-s qu il lui avait enlevées. [Z?uj*cûrum est plus oor-
i»*;t que ruxMrum; on peut supposer que cette forme corrcH4*
<*t le résultat de la présence a Borne d’un des fils d’Izia«l*v’
ItTr IrUr-°‘!nr ** U,rr<* <,n fief «" st- 8»^; 1* PnnCtf
1 \ cHtifu nt a la qu<*tion comment s’appelait *>,t
», npomre, < onium nous le ferions aujourd’hui cncoT®'
— 35 -
étaient appliqués indistinctement et à la Russie mé-
ridionale (par exemple, à la Galicie) et à celle du nord-
(par exemple, à Novgorod) (1) et à l'Etat russo-lithua-
nien (2). Parmi ces citations faisons remarquer parti-
culièrement le document de l’an 1335 de Yourij II de
Galicie: il témoigne que, dans les dernières années de
l'existence de la principauté de Galitch, lorsque les
hautes classes de sa population étaient déjà entraînées
en plein par le courant de la culture occidentale, sa
dénomination officielle n'était pas Ruthenia, mais
Russia. C'est de plus le premier cas d’emploi dans les
documents du nom Malorôssia Petite-Russie) (3). C’est
.l/y roiix.s/, je (Nous sommes russes) ; de là le génitif ruscorum].
Piano Carpini (xme siècle) décrit Æiotna, quae est Métro poli s
Russiae. Une bulle du pape Innocent IV de l'an 12-16 prend
Daniel de Galicie, Regem sous le patronage du Saint
Siège. Dans le tome 1 des documents réunis par A. Tourguéneff
aux archives du Vatican (f/istoriae Riissûie MonuinCnta, éd.
^41), on peut trouver plus de dix écrits adressés a Daniel
de Galicie, tous avec le mot de Russiu. Il nous est aussi par-
v°nu un document du prince Yourij II de Galicie et Volynie
de I an 1335, où il s’intitule: 7)f< gratta natus >lu.r totius Au>-
Minons. \ . aussi «annexe 1.
(I) Ihst. Russ. Monumrnta, t. I, doc. CXIX.
(2) Ibid., doc. LXX1X et XC.
1'0 H nous est parvenu de date anterieure le sceau e
V°Ur>j I prince de Galicie-Volynie (mort fort âgé, pas plus tard
QUe 1316) ; il porte l’inscription suivante:
w‘»ni (;Rorilli /
'^nieriae i ___ _ _____
C îl d. |a Volynie). Yourij 11 *' servait du «a»u
I’‘uo(,teo - .
« S’. (c. à d. sceau) Do-
legis Russiae », et « X. Domini Gcorgtt * l) 2'‘r,s
» (Lndinierui — terre» de la ville de la< mur- o »
1 de son granu-
n’etiiit point un anachronisme; le régent Dmi-
(jusqu’en 1349) qui lui accéda, fut un bojar
— 36 —
d© c© mot « Pctite-Russic», (et pns du tout de lu. soi-di-
sant petite taille des habitants) qu’est provenu le nom
de « Petit-Russe » qui a été la dénomination courante
de la population de l’Ukraine jusqu’à l’année 1917, lors-
qu’on lui a imposé le nom d'ukrainienne pour arracher
du nom même le témoignage de l'unité du peuple
russe. Quoique le mot « ukrainien » (ukrâïnetz) existât
(depuis le siècle dernier, il me semble), on s’en servait
pourtant si rarement, que lorsqu’on le mit en circula-
tion en 1917, nous autres Russes (et parmi nous les
Petits-Russes eux-mêmes) nous demandions où il fal-
lait y placer l’accent.
Dans le même but d’expulser du nom l'indication
d’unité du peuple russe, on a ces jours derniers lancé
dans les journaux d’oceident, pour désigner les Rus-
ses-blancs, la dénomination ridicule de « Ruthènes
blancs»!
tri qui s’intitulait Provisor seu eapitaneus terre llussie; Ladis-
las Opolski, dernier prince, quoique non indépendant, de Ga-
licie (1372-78) avait un sceau avec l’inscription: Lddisl^is
I). (initia Ihix Opolient... et terre llu/ssie domin. et heres-
C est pour nous un témoignage que pendant presque un siècle
entier la Galicie s’appelait Russie. Elle continua, à s’a.pp0ler
ainsi, non seulement sous un prince d’origine polonaise (1®
pèie de, 'i ourij •était un prince de Masovie), mais alors eI1'
<<>ie qu elle était complètement tombée sous l’influence et b
(omination polonaises. Ceci n’a qu’un rapport indirect avec n°'
SU , ’ mais vu les prétentions polonaises sur la Galæ*e>
n t st pas dépourvu d’un certain intérêt d’actualité.
- 37 -
On publiera un jour les réponses aux questions po-
sées à nos soldats revenus des prisons austro-alleman-
des. On apprendra alors comment nos ennemis se sont
appliqués à inculquer dans des écoles spéciales de pro-
pagande à des dizaines de milliers (!) de nos «gars»
illettrés l’idée qu’ils ne sont pas des Russes, mais un
peuple particulier ukrainien, pas des Russes-Blancs —
mais des Ruthènes, et comment avec un art satanique
et une méchanceté démoniaque ils ont semé dans leurs
âmes la haine de leurs frères et de leur mère-patrie.
Le but de nos ennemis est clair. Mais quel doit être
l’aveuglement de parti pour courir au devant de
leurs désirs de diviser la Russie et de garantir ainsi
aux Germains la sujétion et de la Grande-Russie, et
de la Petite-Russie, et de la Russie-Blanche.
★
★ ★
%
Résumons ce (pie nous avons dit, en tant que cela
se rapporte à la période ancienne, pré-tartare.
Nous nous sommes presque abstenus de toute opi
nion personnelle; les citations» des documents ont parlé
pour nous. La voix de ces témoins impartiaux et véné
râbles d’antiquité donne à notre question une répons
parfaitement définie, à savoir: , ,
1. Le pays habité par le peuple russe depu
^arpathes et jusqu’à la Mer Blanche et à Sou
- 38 —
puis Novgorod jusqu’à Kiev — n’était autre chose qUe
la Russie;
2. Le peuple qui habitait ce pays s’appelait lui-
même russe, en Galicie comme à Novgorod, et appelait
sa terre Rouss;
3. Les étrangers appelaient la Russie Rus sia et
nommaient les Russes — Russi, se servant aussi parfois
de l’altération Rutenia et Ruteni (Rutheni). Les étran-
gers ne faisaient dans l'application de ces noms au-
cune distinction ni pour le nord, ni pour le midi de
la Russie: ils appelaient les Russes de Kiev, comme
ceux de Novgorod, également et alternativement, tantôt
Russi, tantôt Ruteni;
4. Enfin il n’y a pas la moindre trace du nom
d'Ukraine ni dans la période pré-tartare, ni 150 ans au
moins après. Le nom ukrainien n’est né que quelques
siècles plus tard encore.
N’est-il pas clair que la tendance des ukrainophiles
à se servir de la différence des noms (Russie et Ruthé-
nie) pour affirmer qu'au nord de la Russie il existait
un autre peuple qu’au midi, n’a rien de commun avec
la vérité historique. L'affirmation de l’existence d’um'
Rulhenia de Kiev, comme d’un Etat distinct de lfl
Russie, ou de l’existence d’une Ukraine dans la période
pié-tartare, n est qu’une pou scrupuleuse uiystificuli^
politique, menée et fondée sur le peu de notions ql,e
— 39 —
la société étrangère a de l’histoire et de la langue rus-
ses (!)•
Dans cette question des dénominations nous avons
dépassé les bornes chronologiques que nous nous étions
fixées. Revenons à la Russie de Kiev.
(I) Il est fâcheux de voir l’influence cio cette mystification
daais un domaine où des inventions tendancieuses n’auraient
point dû avoir place: dans la Dublin Review (octobre 1917) le
père A. Fobtbscue, dans un intéressant article The U niât
Chureh in Roland and in Russia, donne un tableau triste
et circonstancié do F intolérance des gouvernements de ces deux
Etats envers les Russes catholiques; malheureusement dans les
trois premières pages l’auteur répète, sans la moindre critique,
les principales inventions ukrainiennes sur La. période pré-tar-
tare. Le malentendu s’explique facilement: la propagande po-
litique ukrainophile édite ses brochures en plusieurs langues,
tandis (pie nos glorieux historiens qui ne recherchaient que la
vérité n’ont écrit leurs ouvrages pondérés qu’en russe, langue si
difficile pour les étrangers.
— 40 —
CHAPITRE II.
L’UNITÉ DE LA RUSSIE PRÉ-TARTARE
ET LE SAC DE KIEV PAR LE PR DE SOUZDAL
EN 1169 (1).
En affirmant que la terre de Kiev aurait formé aux
premiers siècles de l’histoire russe un Etat indépen-
dant d’Ukraine on de Ruthénie, le parti ukrainophile
est obligé de passer sous silence la communauté de vie
entre cette terre et les autres parties de la Russie
jusqu’à la fin du XIIIe siècle. Ce problème n’est pas
îacile à résoudre, mais on le résout pourtant aussi tout
simplement: on soumet la vie nationale à la même
opération que celle qu’on a appliquée à la généalogie
des descendants de Rurik. L'Histoire de M. Hrousze-
wski sépare en la tranchant, pour ainsi dire, tout le
noid de la Russie, d’avec le midi; il renforce dans son
üvie toutes les teintes de la vie locale méridionale
de Vv6 S”uzdal <*t située à 200 Km. au nord-est
• Moscou (V. note 1, page 22).
— 41 —
(dans le pays de Kiev, de Volynie et de Galicie), et ne
parle du nord (pie pour 1 époque des premiers grands-
ducs de Kiev (lorsqu’à Novgorod régnaient leurs frères
et leurs fils); ensuite le nord disparaît, pour ainsi dire
de la scène historique et seule la. lutte, au milieu du xne
siècle, du prince de Souzdal pour la possession du
trône de Kiev, contraint l’auteur à se souvenir du nord,
dans l’unique but de le présenter comme une force ho-
stile au midi. Entre les mains de la propagande ukrai-
nophile, la prise de Kiev par le prince André de Souz-
dal (1169) devient un des principaux atouts qui doit
servir aux yeux des étrangers comme témoignage de
ce que la suprématie subséquente du nord (Moscou et
Pétersbourg) a été une domination étrangère! L’opinion
publique étrangère est prête à accepter cette assertion
sans autre examen. Exposons le point de vue commu-
nément admis par la littérature historique sur la pé-
riode de Kiev de notre histoire et arrêtons-nous sur
l'épisode particulier de l’an 1169.
Kiev était le foyer de la vie d’Etat russe, mais cette
vie n’irradiait pas seulement de ce centre. Elle ne fut
point créée par l’épée, elle fut un produit de la grande
voie fluviale commerciale qui conduisait du Golfe de
Finlande à la mer Noire; Kiev se trouvait place près
l’un de ses bouts, près de l’autre était Novcorod
G est de Novgorod que fut apporté le pouvoir
- 42 -
par les Normans (1); c’est par Kiev qu’arriva de Grèce
le christianisme. Le même peuple habitait à Novgorod;
le nord et le midi faisaient œuvre commune. Nov-
gorod s’affermissait de plus en plus sur les rives fin-
noises et s’étendait à l’est sur tout l’extrême nord de
la Russie, dans la direction de l'Oural (2), et au sud-est
vers les terres de Rostov-Souzdal, territoire du futur
grand-duché de Moscou. A l’est Kiev se défendait con-
tre les barbares de la steppe, tâchait de percer au sud
jusqu’à Byzance, s’étendait vers la Galicie, et au
nord-est vers cette même Moscou de l’avenir. Sur tout
l’espace de cette région peuplée, on parle une seule
(1) Comme nous l’avons dit plus haut, les ukrainophiles
nient le fait de l’appel des princes variagues. Soloviev, ayant
minutieusement examiné le récit des chroniqueurs sur ceti ap-
pel des Variagues, a prouvé d’une façon circonstanciée que
celui-ci est ethnographiquement, géographiquement et psycho-
logiquement probable, et qu’il est en plus confirmé par les
témoignages des étrangers. Trois ans après la mort de Rurik
(c’est-à-dire à en croire la chronologie du chroniqueur en 872),
son successeur Oleg, ayant réuni une troupe de Variagues et
de toutes les tribus soumises par lui, se mit en marche par h
voie fluviale ordinaire (dite varangienne) vers le sud ; il s011'
mit en route les peuplades riveraines et s’empara de Smolensk,
de Lioubetch et de Kiev. « Cette circonstance (la marche
midi avec les forces réunies du nord) est le fait essentiel <lc
notre histoire primordiale» dit Soloviev. Mais il n’existe PaS
poui M. Hrouszewski, et d’après les dernières nouvelles âes
joui naux italiens, Novgorod était une colonie ukrainienne!
\ J!. Xl,G siècle le pouvoir de Novgorod s’étendait déj}l
jusqu a Viatka; à La même époque Novgorod prélève le tribut
sur les rives septentrionales de la mer Blanche.
langue: la langue russe; elle est la même dans la
chronique de Novgorod et de Kiev; une seule famille
princière règne sur toutes ces'terres. Ce fut une créa-
tion à demi-inconsciente mais commune d’une seule na-
tion sur toute l’immensité de la plaine russe; les fleuves
puissants furent les voies de sa colonisation, les forêts
vierges, les marais et les grandes distances: sa pro-
tection. Seule une étroitesse de parti peut tendre à
réduire ce procédé à l’action du centre de Kiev exclu-
sivement.
L’unité de population, la communauté de la vie na-
tionale, n’excluaient évidemment pas certaines dif-
férences dans la vie locale, ni la naissance de centres
locaux sur ces vastes espaces peuplés. Quand Kiev se
fut affaibli sous la poussée des ennemis de la steppe,
le foyer des forces d'Etat semble chercher (depuis la
fin du xne siècle) dans lequel des centres locaux il va
s’établir. Un temps (aux xne et xme siècles) on put
croire que la vie russe allait se concentrer a Galitch,
mais l’accroissement de la. Pologne et de la Lithuanie
mit fin à l’existence de cette principauté. Au xne siecle,
le siège du grand-duché de Russie passe par Souzdal,
' Vladimir, et se fixe enfin au commencement du xiv*
siècle à Moscou. C’est ainsi qu'en a décide 1 histoire,
’nais, que l'hégémonie fût restée acquise à Galitc
il Moscou, — Kiev ne se serait en aucun des e“x
trouvé en puissance d’étranger, cai »
- 44 —
de ces deux centres ne représentait pour Kiev des for-
ces extérieures; elles étaient au contraire, jusqu’à un
certain point, engendrée^ par lui-même. L’heure sonna
au xiie siècle et les enfants dépassèrent la. taille de
leur mère, mais ils n’en étaient pas moins ses enfants
et ils ne l’oublièrent jamais, quoique parfois ils la trai-
tassent sans tendresse. Une domination étrangère pour
Kiev aurait été celle des Tartares ou de la Pologne,
et non celle de Moscou.
Si la population des terres du Dniéper (Kiev) était
proche parente de celle du bassin de l'Okà (Souzdal),
les souverains de ces parties de la Russie l’étaient
d'autant plus. « Le prince de Souzdal prit et saccagea
Kiev». A la lecture de cette phrase l’Européen occi-
dental se figurera aussitôt une lutte de deux maisons
souveraines, d'origine, de traditions et de visées diffé-
rentes. se rapportant à tel ou tel territoire. Mais le
tableau des luttes de l'époque féodale n’est pas appli-
cable aux luttes des anciens princes russes. En Russie
il y a eu un phénomène original : elle n’a pas connu
d’autres princes que les membres de la famille de
Rurik li. A cette famille appartenait collectivement
le pouvoir suprême (2); le grand-duc n’était que Ie
(1) Dans 1 Etat russo-lithuanien seulement il v a eu une
dynastie différente (celle de Gédymin).
1Uest*on yétché qui partageait parfois le P°u'
pleine a\ec le prince, dépasse les limites de notre sujet-
- 45 -
primus inter pares; en principe c’était l’aîné de la
famille qui devait jouer ce rôle, mais le droit d’aînesse
n’était pas juridiquement établi. Qui est l’aîné: le
neveu ou l’oncle? le fils du frère aîné mort sans avoir
été grand-duc, ou le fils d’un frère cadet qui a occupé
le trône de Kiev? C’est pratiquement que se résolvaient
nombre de questions semblables. Les historiens ont
vainement tenté d’établir exactement le système adopté
par les descendants de Rurik : la vie était plus com-
pliquée qu’aucun système. Une seule chose est*certaine :
c’est que lorsqu’un nouveau prince 'montait sur le
trône de Kiev, les princes qui le suivaient par l’ancien-
neté se transportaient aussi des villes moins impor-
tantes dans d’autres plus en évidence, et que le dernier
droit juridique à l’obtention du trône de Kiev était...
l’épée. De là deux conséquences: luttes continuelles
*
entre les princes pour la possession de Kiev et un mou-
vement, pour ainsi dire nomade, des princes d une
principauté à l'autre, ce qui excluait à son tour, du-
rant la période de Kiev de notre histoire, toute possi-
bilité de formation de lignées princières locales dan
la famille de Rurik. Et en effet des lignées de ce genre
n’apparurent qu'au xme siècle (1).
. (D Font exception seulement la lignée qui panées de
lointain Polotzk dams le Ier quart du xie siede » siècie;
Khernigov et de Galitch, qui se confiohderen de
de Rostov-Souzdal s’ébauche à la moitié du ,
Moscou depuis la fin du xine siècle.
— 46 —
Ainsi donc, la. lutte intestine pour la possession de
Kiev est dans la famille de Rurik, aux XIe, XIIe, xur Siè.
des, un phénomène habituel, et la campagne d’un
prince contre Kiev n’est nullement une preuve d’hosti-
lité politique de la part de ce prince, ni de la popula-
tion de sa principauté envers celle de Kiev. Ces con-
sidérations générales nous permettront d’envisager le
cas du prince André de Souzdal avec l’objectivité né-
cessaire.
Le prince André n’était pas seulement un descen-
dant de Rurik, il appartenait encore à une branche
particulièrement populaire à Kiev: il était le petit-
fils du grand-duc de Kiev, Vladimir Monomaque. Le
père du pr. André, le pr. Yourij I (1090 à 1157) fils de
Monomaque, reçut en apanage la terre de Rostov-
Souzdal; la jeunesse de Yourij s’écouler au midi et
toutes ses sympathies appartenaient à la Russie de
Kiev; la « mère » des villes russes gardait à ses yeux
tout son charme et tout son attrait, obtenir le trône de
Kiev était son rêve; il le réalisa par la victoire sur son
adversaire, et régna à Kiev de 1149 à 1151, et depuis
1154 jusqu’à sa mort. Le prince André (1111 à 1174),
il est vrai, ne connut le midi qu’à l’âge de 38 ans et ne
1 aimait point; sa nature autoritaire se sentait mieux au
i nd, où son père et lui avaient beaucoup travaillé P°UI
libéiei de 1 influence des «meilleures gens» (nota'
blés) des villes). Son père étant mort, et se considérant
— 47 —
lui-même comme l'aîné de l’autre prétendant, Mstislav,
il envoya an sud la milice de Rostov-Souzdal, a laquelle
9e joignirent là-bas les contingents de plusieurs des
princes méridionaux mécontents de Mstislav. Les alliés
prirent Kiev. André devint de fait grand-duc de toute
la Russie, mais continua à résider au nord, à Vladi-
mir (1).
En soi-même le fait de la prise de Kiev par les
troupes d’André de Souzdal, n’aurait fourni aucun
prétexte pour accuser le nord d’intentions hostiles vis-
à-vis du midi. Nous avons vu qu’il suffisait souvent
d’ambitions personnelles, ou de la conviction de son
droit au trône de Kiev, pour qu’un prince se servît,
pour s’en rendre maître, de tous les moyens et avant
tout de sa « droujina» (leudes); mais il arrivait pire:
l’adversaire du père du prince André, le prince méri-
dional Iziaslav, ne se gêna pas pour conclure, dans le
même but, un traité avec les rois de Hongrie et de Po-
logne (1149). Pourtant il y a dans la prise de Kiev
on 1169 deux traits qui distinguent cet évènement des
luttes intestines précédentes — c’est le sac de cette
ville et le fait que le vainqueur continua à résider au
nord.
«Jamais encore pareil malheur n’est advenu en
Russie », dit l’historien, « que Kiev ait été détruite par
(1) Vladimir sur la Kliaama, par opposition au Vladimir
Méridional de Volynie; il est situé à 20 km. do Souzdal.
ses congénères». La destruction pouvait être une cir-
constance fortuite, provoquée par l’ardeur du cOm.
bat (i), mais elle a pu être aussi un acte de politique
intentionnel. La résidence d’André à Vladimir et le
sac de Kiev — s’il fut intentionnel — témoignent d’un
certain dédain d’André pour Kiev. Nous savons déjà
que ce dédain n’était pas héréditaire; c’est une manifes-
tation de ses penchants personnels; ce fut peut-être
la conséquence d’une situation politique nouvelle. La
soif inextinguible du pouvoir ne connaissait! point
chez André de bornes; ce n’est pas pour rien qu’elle
lui a valu dans la chronique le surnom d'autocrate et
l’a amené ensuite à une mort tragique. .Mais il fut en
même temps un homme à «idées neuves»: dans sa
politique intérieure, dans sa tendance tenace à s’af-
franchir de l’antique influence des notables des villes,
on peut reconnaître le germe d’une conception nou-
velle de la puissance princière, les premiers indices
de cette autocratie qui s’implanta, a. Moscou plus de
deux cents ans plus tard. Il avait à agir dans des cir-
constances nouvelles; a son époque l’émigration de la
population des rives du Dniéper central vers le nord-
(1) Hrouszewski dans son Essai de Vhistoire de la terre de
iev (Kiev, 1891; en langue russe, p. 224) exprime avec a*
fiance la supposition, que le sac eut lieu parce qu’on en avait
omie 1 automauon aux troupes. N’a-t-il pas une trop hau‘e
°n e a discipline chez les milices du XIIe siècle?
donné l’autorisation aux troupes.
— 49 —
est (1) avait déjà commencé, et parallèlement à cette
émigration, le centre de gravité politique avait com-
mencé à se déplacer de Kiev vers les terres de Souzdal.
On pourrait aller loin dans les suppositions sur les lut-
tes politiques du prince André; on peut se demander
si ses idées sur Kiev n’étaient point influencées par un
vague pressentiment que le rôle du midi était terminé,
mais une seule chose est inadmissible — il est impos-
sible d’affirmer que sa manière d’agir lui ait été dictée
par quelque inimitié nationale entre le nord et le sud.
Le prince lui-même était originaire de Kiev; son père,
son grand-père et ses autres aïeux, avaient été grands-
ducs de Kiev depuis sept générations déjà, et les phé-
nomènes (pii produisirent la bifurcation de la nation
unie en deux! branches - en celle des Grands et des
Petits-Russes venaient, comme nous Je verrons plus
loin, à peine de naître et n’ont pu encore, a son épo-
que, avoir produit leurs effets: ceux-ci ne se manifes-
tèrent que plus d’un siècle, si ce n’est deux siècles,
plus tard.
♦ Nous trouvons dans l’histoire russe d’autres exem-
ples de luttes arrivées entre la force centrale mûrissante
€Î les centres locaux. Ce même André de Souzdal fit
,a guerre à Novgorod. Moscou imposa son empire a la
Principauté de Tver et à Novgorod par des guerres
G) Sur cette émigration voyez en détail au chapitre
4
— 50 —
1
prolongées. La lutte avec cette dernière ville dura deux
siècles et est pleine dépisodes sanglants (1).
Mais il n'est pourtant jamais venu en tête à per-
sonne de nier à cause de cela la similitude des popula-
tions de Novgorod et de Moscou; au contraire, on dira
certes que la lutte de Moscou avec Kiev et Novgorod
a amené après elle l'unification de la branche grande-
russe.
La destruction de Kiev a-t-elle laissé après elle dans
la mémoire populaire des souvenirs pénibles dans le
sens de rapports d'inimitié entre les méridionaux et
les septentrionaux? Le chroniqueur décrit ces évène-
ments en termes touchants, mais on n'y trouve aucune
trace d'inimitié de race. On cherche en vain une allu
sion semblable dans les chansons épiques (bylines) de
Kiev. 1
Il existe dans la littérature héroïque russe un chant
magnifique: Le récit de la campagne d'Igor, compose
probablement au xnF siècle. C'est notre « Chanson de
Roland». Elle nous parle de la campagne du prince
de Séversk 2) Igor avec ses frères, en 1185, dans les
-teppes au delà du Don contre les Polovtzv.
'1 En l a
i,- nuée du grand-duc Basile occupa Novgorod:
<n 14elle fut prise par è* troupes de Jean III, qui aboli*
tontes iMtîtutior» libres de Novgorod; en 1570 Novgorod
rut faaccagee par Jean le Terrible
de T,.?I'aUU <le ^-Séversk
errngor, entre œlle-ei et celle de Péréîaslav-
était située au s
— 51 —
L’ardeur juvénile et le premier combat heureux
ont entraîné trop loin les princes. « Les Polovtzy vin-
rent du Don et de la mer et entourèrent de toutes parts
ies régiments russes». Ce fut une bataille terrible:
(, la terre noire-, semée d’os sous les sabots des chevaux
et arrosée de sang, fit naître une moisson de douleur
de par la Terre russe ». Et les « vaillants Russes tombè-
rent pour la Terre de Russie ». Immense fut la douleur:
« l'herbe se fane de pitié et l’arbre se ploya vers la terre,
de chagrin »; laroslavna, l’épouse d’Igor, pleure en con-
templant du haut des murs de la ville la steppe loin-
taine: «Pourquoi, ô vent, as-tu emporté et disséminé
dans les herbes de la steppe ma joie! ». Alors le grand-
duc de Kiev Sviatoslav « laisse tomber une parole d’or
arrosée de larmes », et commence à convoquer tous ses
princes-parents « pour tirer vengeance de l’injure faite
a la Terre russe et des blessures d’Igor. le fils intré-
pide de Sviatoslav». Il appelle Jaroslav de Galitch,
Hurik et David de Smolensk, il appelle Romain et
Mstislav de Volynie, et le prince Vsévolod : « Grand
prince Vsévolod, dit-il à ce dernier, vole vers nous de
T/jri lointain pour défendre le trône paternel. Tu peux
;üirt tarir le Volga à coups de rames, épuiser le Don
tes casques... ».
Quel est-il donc ce prince qu’on appelle ainsi au
C/>urs de Kiev, exagérant poétiquement sa puissance'.
Cest Vsévolod III le «Grand Nid» (mort en 1212;, le
- 5*2 -
frère* de ce 'meme Andié qui déliuisit Ivrev5 Ig contî
nuateur autoritaire de la politique de son frère,
dant à raffermissement du centre septentrional
la Russie. Et qui est ce poète inconnu, si doué, quj
appelle le prince du Nord? Il est du midi: c’est un
droujinnik (leude) du grand-duc de Tchernigov. Son
âme déplore les discordes des princes « au milieu des
quelles périssent les vies des hommes», mais il n’émei
aucune accusation de dissensions nationales: le prince
de Vladimir — prince de la terre de Souzdal — lui
apparaît aussi proche que le prince de Galicie ou.de
Volynie. Et pourtant, ce chant où s’entremêlent la
gloire et la douleur de la patrie, il le composait au
xme siècle déjà, lorsque la distinction entre le sud d
le nord devait certes se manifester plus fortement quà
l’époque du prince André. «
Au xiie siècle il ny avait aucune différence ethnique
</
il ne pouvait partant y avoir aucune dissension natio
nale. Disons tout de suite que lorsque cette distinction
V
fut créée, elle ne produisit aucune discorde: jusqu8
l’époque des germano-bolchévistes, il n’y a jamaiseb
entre les Grands et les Petits-Russes, ni de guerres,11,
d inimitié: il y a eu des erreurs de la part des o0li
xernements de Moscou et de Pétersbourg; il Y
depuis la seconde moitié du xvif siècle, ainsi que
te mps de Mazeppa, un certain penchant des chefsc
saques vers la Pologne dans des buts intéressés 1
- 53 -
castes, æais dans le PeuPle même il n’a pas plus exis-
té qu’ailleurs la moindre allusion à une inimitié,
car les deux branches se rendaient à peine compte '
' nliïl existe entre elles une différence. Et de nos jours
enfin, le mouvement séparatiste n’est pas issu des
profondeurs populaires: il a fallu un coup habile
d’un ennemi extérieur pour enfoncer la cognée dans
l'interstice à peine visible entre les deux branches d’un
seul peuple, et pour le faire déchirer à vif par les
mains de bolchévistes, de petites gens vaniteuses et de
la pauvre tourbe du peuple, trompé et abruti.
— 54 —
CHAPITRE III.
LES TROIS BRANCHES DU PEUPLE RUSSE.
Nous avons vu que jusqu'à l'invasion tartare, une
seule nation dominait sur tout le territoire de la Russie
d’alors — la nation russe. Mais nous avons vu égale-
ment que cent ans environ après cette invasion, depuis
le xive siècle, on trouve (pour la Galicie) la dénomi-
nation officielle de « Petite-Russie », d’où, avec le temps
surgira pour une partie de notre population méridio-
nale la dénomination de « Petits-Russes ». Cette popu-
lation se créera un idiome propre, de propres coutumes,
et nous verrons apparaître au commencement du xvif
siècle un semblant rudimentaire d’indépendance poli-
tique. De tels faits historiques ne s’improvisent pâ-
leurs racines s’enfoncent dans le lointain des siècles
et n’avons-nous pas le droit de supposer qu’à lépo
que pré-mongole déjà certains changements se dessi-
naient dans les profondeurs populaires, qui devaient
préparer de loin le dédoublement d’un peuple russt
unique?
En 1911 niourut à Pétersbourg, à un âge vénéra^’
1 éminent professeur Klioutchévsky, le plus récent deS
coryphées de l’histoire russe, homme doué d’une bæ
— 55 —
bileté extraordinaire à pénétrer les secrets de la vie
passée des peuples.
Au contact de son scalpel critique les figures histo-
riques se dépouillent de leurs traits conventionnels, qui
leur furent prêtés par des jugements superficiels tra-
ditionnels, répétés de bonne foi. Vous ne trouverez
dans son œuvre ni des personnificatons de vertus
d’Etat, ni des monstres d’infamie- vous ne verrez
défiler devant vos yeux que des êtres vivants — mé-
lange d’égoïsme et de bonté, d’esprit d’Etat et d’absur-
des aspirations personnelles. Mais ce ne sont pas seu-
lement André de Souzdal ou Jean le Terrible qui res-
suscitent à son souffle vivifiant — c’est aussi l’artisan
innommé, presque muet de son histoire, — le simple
homme russe qui revit. Il lutte pour la vie sous l’é-
treinte des rigueurs du climat, se défend contre des voi-
sins plus puissants et en absorbe de plus faibles; il la-
boure. trafique, ruse, souffre avec soumission et se
révolte avec férocité; il aspire à sentir au-dessus de lui
un pouvoir — et le renverse; il s’anéantit dans des dis-
cordes, s’en va dans les forêts-vierges, pour y enfouir
en une contemplation religieuse le reste de ses jouis,
°u bien il s’enfuit dans les espaces illimités des step-
Pos cosaques; il vit sa petite vie grise de petits intérêts
Quotidiens — de ces irréductibles moteurs dont le tia
Vail continuel forme la charpente de l’édifice national,
aux heures des lourdes épreuves il s élève jusqu a
— 56 —
élans sublimes d’un amour actif pour la patrie en dé-
tresse. Ce simple homme russe surgit des pages de I
Klioutchevsky tel qu’il était, avec toute la diversité de I
ses aspirations et de ses gestes. Les grandes personna- I
lités, les faits éclatants, ne sont chez Klioutchevsky que |
les points de repère de l’exposition historique: c’est ।
vers eux! que se dirigent et d'eux que partent les mil- .
Hors de fils vers ces unités inconnues qui. sans le sa- j
voir, tissent journellement la trame de l’histoire natio-
nale. La pensée de Klioutchevsky, née dans les hautes
régions de l’amour de la vérité, a, au cours de dizaines
d’années de travail scientifique, pénétré les gisements !
profonds de la matière première de l’histoire, l'a trans- :
formée, et se répand maintenant en un courant d’une
valeur intrinsèque exceptionnelle, calme, impartiale, li-
bre. Jamais de phrases; nulle part il ne s’abaisse jusqu’à
se laisser entraîner par des considérations unilatérales,
partout nous voyons chez lui, comme dans la vraie vie,
le jeu combiné de la lumière et de l’ombre, et partout
une appréciation équilibrée, désintéressée, des gens,
des classes, des peuples et des époques. En notre siècle
de serviles pensées de partis et de paroles fausses, ce
livre est pour 1 esprit une douceur et pour l’âme un
repos. Nous pouvons nous fier à lui. Et voici ce quO
dit sur la différenciation du peuple russe.
C est au milieu du xi" siècle que la Russie de K’eV
atteignit son plus beau développement. Son déclin gra-
- 57 -
duel commence à la mort de laroslav Ier (1054); la
cause essentielle en fut la lutte ininterrompue avec les
peuplades asiatiques dont la pression s’exerçait sur la
Russie méridionale du côté de l’est et du sud (1).
La Russie se défendait et passait elle-même à l’offen-
sive; souvent les troupes des princes réunis s’enfon-
çaient profondément dans les steppes et infligeaient
de cruelles défaites au Polovtzy et autres nomades;
mais de nouveaux ennemis venaient de l’orient re-
layer les premiers. Les forces de la Russie s’usaient
à cette lutte inégale et enfin elle fut à bout, et com-
mença à céder. La vie dans les provinces frontières,
à l'est le long de la rivière Vorskla, au sud le long
de la Ross, devint par trop dangereuse, et depuis la
fin du xie siècle, la population commença à abandonner
ces régions. Il nous est resté du XIIe siècle toute une
série de témoignages irréfutables sur la dépopulation
de la principauté de Pérïaslav, c’est-à-dire de 1 espace
et la Vorskla. En 1159 il y eut une
dispute entre deux cousins germains — le prince Izia
slav qui avait récemment occupé le trône de Kiev, et
Sviatoslav, qui l’avait remplacé à Tchernigov. Aux re
proches du premier, Sviatoslav répond que « ne \oulant
IMs verser de sang chrétien» il s est humblement
entre le Dniéper
. <1> Au sujet de la lutte avec la steppe, voyez ci-dessous,
cllaP. IV.
c*
- 58 -
tenté de « la ville de Tchernigov avec sept autres villes,
et celles-là même vides: elles ne sont habitées que par
les valets de chiens et par les Polovtzy ». 11 n’était donc
resté dans ces villes, que les familiers du prince et des
Polovtzy pacifiés, émigrés en Russie. Au nombre de ces
sept villes vides nous trouvons, à notre grand étonne-
ment, une des villes les plus anciennes et les plus riches
de la Russie de Kiev, — Lioubetch sur le Dniéper. Si
donc les villes étaient abandonnées au centre même du
pays, qu'étaient devenus les villages sans défense? Avec
ce reflux de la population hors de la Russie de Kiev,
nous constatons simultanément des signes de sa déca-
dence économique. Son commerce extérieur était de
plus en plus restreint par les nomades triomphants.
« ...Et voilà que les infidèles nous ôtent aussi les voies
(du commerce) » dit en 1167 le prince Mstislav de Voly-
nie, pour tacher de pousser les princes, ses parents,
a une offensive contre les barbares de la. steppe. Ainsi
donc le dépeuplement du midi de la Russie de Kiev,
dans la seconde moitié du xir siècle, est hors de doute.
Reste à répondre à la question: de quel côté allait la
population qui évacuait ainsi la Russie de Kiev?
Des bords du Dniéper, le reflux de la population
piit aux xii -xiv1 siècles deux directions — vers le nord-
est et l’ouest. Le premier de ces deux mouvements
donna le jour a la branche grand-russienne du peuple
ussc, le second a la branche petite-russienne.
— 59 —
Les Grands-Russes.
L’émigration au nord-est se dirigeait vers l'espace
compris entre le haut Volga et l’Okà, dans les terres
de Rostov-Souzdal. Ge pays était séparé du sud (de
Kiev) par les forêts vierges du haut Okà, qui recou-
vraient la surface des gouvernements actuels d’Orel et
de Kalouga. Il n’y avait presqu'aucune communication
directe par terre entre Kiev et Souzdal; on communi-
quait par les voies fluviales. Vladimir Monomaque
( -J- 1125) ce cavalier infatigable qui, sa vie durant,
parcourut la terre russe dans tous les sens, dit dans son
Instruction à ses enfants, avec une certaine teinte de
vantardise, qu’il est allé une fois de Kiev à Rostov en
traversant ses forêts. C’était donc à cette époque une
entreprise peu facile. Mais au milieu du xir siècle, le
prince de Rostov-Souzdal, Yourij (Georges) Ier, dans
sa lutte avec son concurrent au trône de Kiev, Iziaslav
de Volynie, a fait passer par cette même voie des ré-
giments entiers. Donc, il a dû se produire durant cette
période quelque mouvement de la population qui a
commencé à aplanir la voie dans cette direction. A la
même époque où l’on commence dans le midi de la Hus
sie à se plaindre de la dépopulation, nous voyons da
le pays éloigné de Souzdal une exubérance de travaux
de construction. Sous Yourij et son fils André <
Souzdal, surgissent là-bas l’une après 1 autre
— 60 * •
velles villes. Dès Il u apparaît le nom de la. ville do
Moscou; Yourij accorde des subsides aux immigrants;
ils remplissent, ses domaines yxir « milliers nombreux ».
Les noms des nouvelles villes témoignent des lieux
d'origine de la principale masse des immigrants: ils
sont les mêmes que ceux de la Russie méridionale (Pé-
réïaslav, Zvénigorod, Starodoub, Vichgorod, Galitch';
les cas les plus curieux sont ceux du transport d’une
paire de noms, c’est-à-dire la répétition du nom de la
ville, et de celui de la rivière sur laquelle elle se trou-
ve (1). Un autre témoignage en faveur de cette émigra-
tion du bassin du Dniéper nous est fourni par nos an-
ciennes chansons épiques populaires (bylines). Elles
naquirent au midi à l'époque pré-tartare; elles racon-
tent les luttes avec les Polovtzy, exaltent les prouesses
des héros (bogalyrs} qui défendaient la terre russe.
Ces chansons-là sont oubliées maintenant par la po-
pulation méridionale — elles ont été remplacées par
les récits des cosaques, qui chantent la lutte des co-
saques petite-russiens avec les Polonais aux xvi0 et
xvir siècles. Les chansons de Kiev se sont en revanche
conservées avec une fraîcheur remarquable au nord,
près de 1 Oural, dans les gouvernements d’Olonetz et
ïad??.0îlH0On”?i.t danH J’ailcienne Russie trois villes de Péré-
les trni«e J68 6 sur trois rivières portant toutes
les trois le nom de Troubège.
— 61 —
d’Arkliangel. Il est évident que (,es h,..
tes ont émigré dans le nord lointain
........... k’ -M. «
\T !" " “ "“k '* *. l,
’’ ' 0 0111lls’ 'Jlllirlu^ dans ms chansons h nsst h.
mais question de ces ennemis futurs de la Russie.
•- - - - -- -- -- - -- -
Quelles sont les gens que nos émigrants trouvèrent
dans la terre de Souzdal? La Russie du nord-est pa-
raît dans l’histoire comme un pays finnois; plus tard
nous la retrouvons slave. Cela dénote une forte colo-
irisation par les slaves; celle-ci eut lieu dès l'aube de
l'histoire russe; Rostov existe avant l'appel des prin-
ces (862); sous St. Vladimir, son fils Glèbe règne à Mou-
rom. Cette première colonisation du pays par les Rus-
ses venait du nord, des terres de Novgorod, et de
l'ouest. Les immigrants du Dniéper arrivaient donc
ainsi dans une terre déjà russe. Mais il y avait aussi
quelques restes des anciens aborigènes — les Fin-
nois (1). Les tribus finnoises étaient encore à un ba»
les Fin-
, i iqq7 il v avait dans 1 empira
(1) D’après le recensement de 189/, H 5 nrincipaux
(la Finlande exceptée) 3,500,000 1 innO16‘ Finnois
peuples et tribus sont: les Esthoniens: le g0Uv.
proprement dits, 140,000 habitant , tre la Finlande
de St. Pétersbourg; les Kadéliens: gouverne-
et la. mer Blanche) et La Mordra, LUJU’W ut la Mordva
monta du Volga central. Les Karehens et su.t»
se sont presqu’ entièrement lussifies.
— 62 —*
degré de culture, elles n’étaient pas sorties encore de la
période patriarcale, elles restaient dans l’obscurité pa-
ïenne primordiale et elles cédèrent facilement sous la
poussée pacifique des Russes. Cette poussée fut vrai-
ment pacifique; on ne trouve aucune trace de lutte. Les
Finnois orientaux étaient d’humeur douce, les nou-
veaux venus n'étaient pas non plus animés d’un esprit
conquérant; ils ne cherchaient qu’un coin sûr, et puis
surtout il y avait ici de la place pour tous. Actuelle-
ment les localités portant des noms russes alternent
avec d’autres dans les noms desquelles on peut recon-
naître une origine finnoise; ceci prouve que les Russes
occupèrent les espaces restés libres entre les établisse-
ments finnois. La rencontre des deux races ne provo-
qua aucune lutte opiniâtre, ni nationale, ni sociale,
ni même religieuse. La cohabitation des Russes avec
les Finnois a amené à sa suite presque partout une
complète russification de ces derniers et un certain
changement du type anthropologique chez les Russes
du nord : les pommettes larges, les nez larges, — sont
le» derniers héritages du sang finnois. La faible cul-
ture finnoise ne parvint pas à altérer la langue russe;
— on ny rencontre que soixante mots finnois; la pro-
n >n .i.ition pourtant subit une certaine altération !)•
O Lorsqu'un étra„K,-r commence
» étonné generaienmnt qn’on doive si
" o, lorsqu'elle n’a pa.
a apprendre le russe, il
souvent prononcer la let-
comme a. Lo antique
Ainsi donc, c’est sur la terre de Rostov-Souzdal.
que se croisèrent et s’unirent les courants de l’inmii
gration des éléments russes du nord-ouest, du côté de
Novgorod, et du sud-ouest du coté de Kiev; les peupla-
des finnoises sombrèrent dans cette mer russe sans
laisser de traces, ayant à peine légèrement teinté ses
eaux. Ce sont les études des spécialistes qui ont noté
une certaine influence finnoise; pratiquement elle n’e-
xiste pas; aucun grand-russe ne sent et ne reconnaît en
soi la présence du sang finnois et le simple peuple ne
la soupçonne même pas. Voici l’un des facteurs ethno-
graphiques de la formation de la branche grande-russe.
L'influence de la nature sur la population mélangée
— en fut un autre (1).
est resté darus l’orthographe niais a dans la conversation une
tendance vers l’a. C’est la distinction la plus typique de 1 i-
diome grand-russe ou plus exactement de son sous-idiome mé-
ridional, devenu la base principale de la langue littéraire russe.
H est peu probable que cette distinction soit un effet de 1 in-
fluence finnoise, parce que dans le sous-idiome septentrional
(au nord de Moscou — à Novgorod, Kostroma, perm, etc...)
prononce l’o; apparemment, c’est un effet de 1 m uence
occidentale, car chez les Russes-Blancs nous trouvons l a au
lieu de l’o même dans le cas où il porte 1 accent.
(1) La presse étrangère aime à répéter avec les u
que les Grands-Russes sont issus d un me nge e .
les Tartares: cest dans le sang tartare q<ron
naïvement une des causes du bolchevisme. * *
du vuga (de Kaaan), ferrenu ad^
sont jamais mélangés arec la popu a lIception «au-
de nos jours en villages sépares, faisait txcep
Klioutchevsky consacre plusieurs belles pageg x
décrire comment la rudesse du climat — gelées, pluies
abondantes, forêts, marais — a influencé les coutu.
mes domestiques du Grand-Russe, comment elle pa
éparpillé en petits groupes d’habitations, et lui a rendu
difficile la vie sociale, comment elle l’a habitué à la so-
litude et à la concentration, et comment elle a déve-
loppé en lui l’habitude d’une lutte tenace contre les
déboires et les privations. « Il n’y pas en Europe de
peuple si peu gâté et exigeant, habitué à attendre
moins de la nature et plus endurant». Un été court
l’oblige à une tension immodérée et brève de ses for-
ces, l’automne et l'hiver le condamment à une longue
et involontaire oisiveté et « aucun peuple de l’Europe
n'est capable d'un tel effort de travail dans un court
laps de temps comme peut le faire un Grand-Russe;
mais nulle part aussi en Europe on ne trouvera, je
lement la noblesse tartare: le gouvernement moscovite cher-
chait à l'attirer parmi la classe des « serviteurs de l’Etat », en
assurant à ceux qui se faisaient baptiser des situations avan-
tageuses; et k-s princes Ouroussoff par exemple avaient rang
au-dessus de plusieurs des familles descendant de Rurik (par
ex. de celles des Bariatinsky. des Gagarine. des Dolgorouki,
^olkonsky. etc.). Remarquons que l’idée qu’ont les étrange*’
des 1 artares actuels, qu’ils s’imaginent être un milieu absolu'
ment barare, ne correspond nullement a la réalité. Les Tartar*
du \ olga sont un peuple tranquille et resjxxrtable, ayant bea#
coup de qualités: ils «ont sobres. casaniers, propres. discipl*®***
remplis de resp^-t pour ks traditions
crois, une telle incapacité pour un travail égal et con-
tinu, comme dans cette même Grande-Russie». «Le
Grand-Russe a lutté contre la nature seul à seul, au
fond des forêts, la hache à la main ». La vie en de15
villages isolés ne pouvait pas l’habituer à agir en gran-
des unions, en masses coordonnées, et «le Grand-Russe
vaut mieux que la société grande-russienne ». 11 faut
bien connaître la nature de ce pays et de ces gens-là,
pour estimer à sa juste valeur l'esprit de Klioutchevsky,
qui brille dans ces pages, empreintes de ce véritable
amour de la Patrie, qui n'aime pas à se manifester,
mais se fait jour, involontairemant, entre les lignes.
Jetons les yeux sur les conditions politiques, dans
lesquelles s’est formée la branche grande-russienne. Les
Russes pénétraient et s'établissaient sans difficultés dans
les terres de Rostov-Souzdal, mais ensuite leur expan-
sion, hors de cette région, rencontrait des obstacles. Au
nord il n'y avait point de puissants voisins étrangers,
mais là, le long des rivières du bassin de la mer Blan-
7
i;he. s'ébattaient de temps immémorial les bandes libre?
de Novgorod; il était inutile de s'enfoncer dan? les
si l’on ne possédait
s de l’embouchure de
profondeurs infinies des forêts,
pas les cours d'eau. A lest, prè
la Karna et de 10kà, habitaient, outre les tribus fin-
“oises, les Bulgares du Volga, qui présentaient une
certaine force d’Etat hostile aux russes. Au nn
— 66 —
régions libres étaient bloquées par les peuplades asia.
tiques nomades, et à l'ouest commençait à se former
au xm" siècle l’Etat lithuanien. La possibilité d’expan-
sion n'était certes pas absolument exclue, mais nous
ne nous éloignerons guère de la vérité en disant que
l’histoire s'est appliquée à placer la imputation des
terres de Rostov-Souzdal durant deux siècles (1150-1350)
dans une situation particulière; elle semble avoir voulu,
qu'abandonnée à ses propres forces, cette, population
s'apparentât, se soudât et formât un certain tout na-
tional. C'est ce qui arriva, et ce fut en grande partie
en dépit des idées des nombreux représentants de la
puissance d'Etat d'alors.
Renfermée dans les limites indiquées ci-dessus, la
population de la partie centrale de la Russie d’Europe
faisait partie de tout un conglomérat de principautés:
Tver, Jaroslav, Kostroma, Rostov, Souzdal, Riasan,
Nijni-Novgorod, étaient les capitales des plus impor-
tantes d'entre elles. Ici régnaient les descendants de
Monomaque, petits-fils du frère d’André de Souzdal,
Vsévolod-le-Grand-Nid, déjà mentionné ci-dessus. Dans
le grand-duché de Vladimir l’ordre d’hérédité au trône
était le même que dans la Russie de Kiev, c’esit-a-dir^
que «c’était l'ordre familial avec de fréquentes res
tiictions et de fréquents écarts» (1). Aux facteurs
(1) Platonov, Cours d’histoire russe, p. 108.
— 67 -
qui amenaient ces écarts de l'ordre familial de l’héré-
dité au trône il vint, a la< moitié du xnr siècle s’en
ajouter un nouveau, — l’acquiescement du khan tarta-
re. La multiplicité des princes amène l’institution de li-
gnées princières locales et l’apparition d’intérêts dvnas-
tiques locaux des plus grandes de ces principautés (de
Tver, de Riasan, etc.). Avec l'affaiblissement des liens
du sang, la conscience de l'unité nationale s’affaiblit
aussi au sein de la famille princière. L'ensemble de ces
conditions a pour résultat de donner le pouvoir grand-
ducal dans la principauté de Vladimir au plus adroit
et au plus fort de ces princes locaux; il se contente
pourtant alors du titre de grand-duc de Vladimir (par
fois aussi « de Kiev ») tout en continuant à résider
dans sa capitale familiale (par exemple à Kostroma,
à Tver). En 1328 c’est le prince d'un apanage insigni-
fiant, de celui de Moscou, Jean Kalità (la Bourse) qui
se trouve être le plus fort. Depuis cette année le ta-
bleau change, — la dignité grande-ducale reste à ja-
niais dans les mains accapareuses de Kalità et de ses
descendants.
L’apanage 'de Moscou était jeune en tout: la lignée
'unie die ses princes commence en 1283 seulement J),
nage était de dimensions fort petites. (Kalità n avait
*
. (1) Ub premier du nombre fut le père do Kabta, le prince
Baniel Alex and rovitch (1262-1303).
— 68 —
des terres le long de la rivière Moskva et de la ville de
Péréïaslav-Zalessky). Les princes de Moscou étaient de ia
ligne cadette des descendants de Monomaque. Quelles sont
donc alors les causes de leur premier succès sur leurs con-
currents qui ont jeté les fondements de la future puissance
de cette principauté de Moscou?
Enumérons ces causes telles que les a établies la litté-
rature historique, a) Moscou était située, au centre ethnique
de la branche grande-russe; ici se croisaient les deux courants
de l’immigration — celui de Kiev et celui de Novgorod; elle se
trouvait au •nœud de plusieurs grandes routes et sur la
voie commerciale qui, de Novgorod, menait par Riasan, à
l’Extrême Orient d'alors — au bas Volga. 0) L’apanage Mos-
covite était couvert contre les attaques et les influences étran-
gères par les principautés voisines: les premiers coups des
Tartares étaient reçus par les principautés de Riasan et
de Tchernigov; la poussée lithuanienne était considérable-
• r
ment émoussée par la principauté de Smolensk. c) Les pre-
miers princes de Moscou furent d’excellents propriétaires et
administrateurs: ils surent, par des achats ou par des ma-
riages, ajouter à leur apanage de petits apanages voisins, ils
savaient attirer l’argent et le thésauriser, d) Dans leurs rela-
tions avec les Tartares ils firent preuvedfune flexibilité extraor-
dinaire. Par des voyages à la Horde d’Or ils obtenaient habi-
lement le firman du khan pour la. dignité grande-ducale.
levèrent eux-mêmes le tribut pour les l'art ares, l’envoyè-
) eut a la Horde et les « leveurs d’impôts » tartares n’inqu^'
lurent plus par leurs déprédations la population moscovite,
r) Dans les autres principautés nous voyons des luttes po,,r
- 69 —
la primogéniture, mais dans la famille peu nombreuse de
Moscou, une hérédité régulière au trône. La principauté de
Moscou est plus tranquille que les autres, les colons venus
de Kiev et de Novgorod s’y établissent volontiens; c’est vers
elle aussi que tend et afflue la population des parties orien-
tales de la terre de Souzdal, qui souffre des dévastations tar-
tares et ides .incursions des allogènes orientaux. Le calme et
l’ordre attirent auprès du prince de Moscou des « serviteurs
de l’Etat » marquants des autres principautés, f) Le haut
clergé, élevé dans la conception byzantine du pouvoir, de-
vina avec perspicacité en Moscou un centre d’Etat probable
et se mit à le soutenir. Abandonnant (depuis 1299) Kiev as-
soupi, et émigrant au nord de la Russie, les métropolites
préfèrent Moscou à Vladimir — la capitale officielle. Un
foyer de pouvoir politique et ecclésiastique se forma à la fois
à. Moscou et cette ville, récemment encore toute petite, de-
vint le centre « de toute la Russie ».
Les autres princes de cette époque vivaient de lems
petits intérêts, apportant au peuple troubles et discoï-
des, et le peuple exténué avait soif de tranquillité et
de repos. Moscou lui donna ce repos: « de ce joui (de
l’avénement de Jean Kalità), il y eut une grande
tranquillité de par toute la Terre Russe pendant qua-
rante années », a
noté la chronique. Le peuple prit
ta voie de l’unification ethnique; «vers le milieu du
W siècle parmi le démembrement politique une non
• zn Ri Moscou
velle formation nationale s’organisa» ( L
tl) Klioutchevsky, il, P*»-
— 70 -
était en train de créer l’unification politique: jUs
qu’au milieu du xive siècle elle avait déjà englobé
nombre d’apanages et était devenue si forte, que,
comme dit le chroniqueur, « tous les princes russes
étaient, placés sous la haute maijn » de S'iméon le
Hautain (1341-53), fils de Kalità. Il se passera 30 ans
encore et le prince de Moscou unira contre les Tar-
tares les forces russes et les emmènera intrépi-
dement loin de Moscou, sur la plaine de Koulikovo.
car ce ne sera pas pour la défense de son apanage seul
qu’il les aura levées, mais pour en faire' un rempart
à toute la Terre russe. Ce sera là, sur les champs de
Koulikovo, que naîtra l'Etat national de Moscou. Un
V • •
siècle encore, et Moscou entreprendra encore une haute
œuvre nationale: la libération du joug étranger des
parties soumises de la Terre russe: en 1503 les ambas-
sadeurs lithuaniens vont reprocher à Jean III d’avoir
accueilli les princes de Tchernigov de la maison de
Rurik (riverains de la haute Oka) qui étaient pas-
sés à lui de la Lithuanie avec tous leurs apanages:
«Et moi, leur répondra Jean, croyez-vous que je ne
regrette pas mon patrimoine qui reste à la Lithuanie
Kiev, Smolensk et autres villes! ».
C est ainsi qu’au tour de Moscou se forma et s’unit
la tiibu des Grands-Russes. Le pouvoir du prince de
Moscou perdit les traits distinctifs de droit privé d’un
principicule sur la propriété d’un petit apanage; il se
sentit devenir le chef d’un Etat national, et le peuple
sentit venir son unité d’Etat. Quelle idée d’Etat natio-
nale vivait donc dans ce peuple? Les espoirs de quelle
nation incarnait ce souverain? De la nation grande-
russe? Quiconque connaît la vie russe ne pourra que
sourire à cette supposition. De sentiment grand-russe,
d’idée graude-russienne, il n’en existe et n’en a jamais
existé ni comme but, ni comme problème. Il serait ri-
sible de parler par exemple d’un patriotisme grand-
russe. Le sentiment national, qui inspirait la Russie
de Moscou, n’était pas grand-russe, mais russe, et son
souverain était souverain russe. La langue officielle de
Moscou connaissait l’expression : la Grande-Rouss, mais
rien (pie par opposition à d'autres régions de la Rus-
sie, — la Rouss-Blanehe et Petite; elle ne comprenait
cette Grande-Rouss que comme une partie intégrante
d’une Russie une, entière: «Par la grâce de Dieu
Grand Souverain, Tzar et Grand Duc et Autocrate
de toute la Grande, Petite et Blanche Rouss» telle
est la formule qui correspond a cette idée dans le
litre des tzars de Moscou (1). Mais il est peu probable
que Moscou ait connu le terme « Grand-Russien ». ce
umt artificiel, lettré, est né probablement après la réu
(D Remarquons, à ce propos: «de toute la, lement à
Pais «de toutes les Russies », comme on 1 eci g
a l’étranger.
- 72 -
nion de la Petite-Russie, comme contre-partie à la dé-
nomination de sa population. Ce n'est que de nos jours,
depuis la révolution, qu'il est devenu d’un usage cou-
rant. Le paysan de Kostroma a, jusqu’ici, aussi peu
soupçonné qu'il est Grand-Russe, que celui d’Iékatéri-
noslav d'être Ukrainien, et à la question : « qui es-
tu?», il répondait: «je suis Kostromitain », ou bien
« je suis Russe ».
Les Petits-Russes.
Revenons à l’exposé des conclusions du professeur
Klioutchévsky.
Gomme nous l'avons déjà dit, une autre vague du
reflux de la population du bassin du Dnieper, la porta
vers l’occident, sur les rives du Boug Occidental, dans
la région du haut Dniester et de la haute Vistule, au
fin fond de la Galicie et de la Pologne. Les traces de ce
reflux se manifestent dans les destinées! des deux
principautés frontières, celles de Galicie et de Vo-
lynie; celles-ci. dans la hiérarchie des principautés
russes, prenaient rang parmi les plus jeunes. Mais
dans la seconde moitié du xir s., la principauté de Gali*
( ie devient tout a coup l une des plus puissantes et dé-
plus influentes du sud-ouest. Depuis la fin du Xll
siecle, sous le prince Romain Mstislavitch qui réuni»
la Galicie à sa Volynie, et sous son fils Daniel, >eS
principautés ainsi réunies prospèrent à vue d’œil, 36
— 73 —
peuplent, et ses princes s’enrichissent rapidement,
malgré les dissensions intestines, et deviennent les ar-
bitres des affaires de la Russie sud-occidentale et de
Kiev même; la chronique (1205) salue Romain du ti-
tre d’« autocrate de toute'la Terre russe».
La dépopulation de la Russie du bassin du Dniéper,
commencée au xne siècle, fut parachevée par l’inva-
sion tartare du XIIIe siècle (de 1229 à 1240). Depuis
cette époque, ces anciens territoires russes, jadis peu-
plés d’une manière très dense, restèrent déserts du-
rant un long laps de temps, avec seulement quelques
faibles restes de la population de jadis. Plus impor-
tante encore fut la destruction de l’édifice politique et
économique die dette région. ;Et Kiev lui-même ne
comptait plus, après le siège de 1240, que 200 maisons
dont les habitants gémissaient sous un joug terrible.
Le long des frontières dépeuplées des steppes de la
Russie de Kiev rôdait le reste de ses anciens voisins
nomades: Pétchénègues, Polovtzy, Torks et autres al
logènes. Les provinces méridionales, celles de Kiev, de
héréïaslav et une partie de celle de Tchernigov res
tèrent dans cet état désert et désolé jusque ver- la
nioitié du xv° siècle. Quand, au xvT siècle, la Russ
sud-occidentale avec la Galicie eurent été conquis
l)ar la Lithuanie et la Pologne, les déserts du ^nieP
^vinrent V ukraina, les «marches» mendiona es c
'il Rithuanie et plus tard les « marches » sud or
- 74 —
de l'Etat Polono Lithuanien). Dans les documents du
xiv” siècle, nous voyons apparaître pour la Russie sud-
occidentale une nouvelle dénomination, mais ce nom
n’est pas «Ukraine», c'est «Petite-Russie».
«C’est par les suites de ce reflux de la population
vers l’ouest, dit Klioutchevsky, que s’explique
un érànemenl important de (ethnographie russe, la
pu mal ton de la tribu (plrni.ia) pet île russe » La popu
lalion des rives du Dnieper qui trouva au xin” siècle,
au fond de la Galicie et de la Pologne, un refuge sûr
contre les Polovlzy et autres nomades, y séjourna
durant toute la période de la domination tartare. Lé
loignement du centre du pouvoir tartare, l’organisa-
tion oins occidentale de ces Etats, les châteaux de pier-
re. les marais et les bois de la Pologne, les montagnes
de la Galicie, tout cela protégea les méridionaux
contre une soumission complète au joug mongol. Ce
séjour dans la Galicie consanguine et en visite chez les
Polonais, dura 2 a 3 siècles. Depuis le XVe siècle, on voit
se manifester une seconde repopulation du bassin cen-
tral du Dnieper. Ce fut la conséquence du nouveau re-
flux de la population paysanne « auquel concoururent
deux circonstances: P les frontières des steppes de lft
Russie méridionale devinrent plus sûres à la suite de ly
dissolution de la Horde tartare et de la puissance crois-
ante de la Russie de Moscou; 2° dans les limites de
Etat 1 olonais, le système des redevances fut rempli
pour les paysans par relui de la corvée, et ce droit de
servage se développe rapidement, excitant dans la po-
pulation rurale asservie le désir de s’éloigner du joug
des seigneurs polonais et d’allei vers des lieux plus
libres ».
Dans le chapitre suivant nous citerons quelques
données chronologiques qui caractériseront ce retour
de la population russe aux terres qui furent son ber
ceau (1), mais pour l’instant nous nous en tiendrons 'e
plus possibile à notre auteur.
« Quand V Ukraine (marche) du Dniéper eut ainsi
commencé a se repeupler, il arriva que la grande ma-
jorité de la population, nouvellement arrivée, était
d'origine [jurement russe. On peut en conclure que la
majorité des colons arrivés ainsi de la profondeur de
la Pologne, de la Galicie et de la Lithuanie, étaient
les descendants de ces Russes qui avaient quitté le
Oniéper aux xn” et xui® siècles pour se diriger vers
l occident et qui, durant 2 à 3 siècles, surent con-
server vivace leur nationalité au milieu des Lithua-
liens et des Polonais. Ces Russes, en retournant
‘dors à leurs anciennes habitations, s’y rencontrèrent
(!) Le ehapUre IV **
celui-ci, comme ait»c < nUi expÜQue a + \e IA •
lûQÛt de février 1919, (< chaP’tie e
tisfaisairte des données en
- 76 -
avec les restes des anciens
chénègues. Berendeïs et autre
nomades: Torks, pét
s Je n'affirme pas
tégoriquement que ce soit du mélange de ces
ses revenus à leurs anciens loyers du Dniéper et
ceux qui y étaient restés, avec ces allogènes orien.
taux, qu'est issue la tribu (plémia) petite-russienne-
‘ * 6 ni ne trouve
la littérature historique des raisons suffisante^
accepter ou pour rejeter cette supposition; je ne
également affirmer qu'on ait suffisamment élu-
quand et sous quelles influences se sont tor-
ies particularités dialectiques qui distinguent
parce que je ne possède pas moi-même
dans
pou r
puis
cidé
niées
le dialecte petit-russien de l'ancien langage de Kiev,
comme du dialecte grand-russien. Je dis seulement que
le reflux croissant au xvF siècle, vers le Dniéper. de
la population émigrée à l'occident aux xne et xnF siè-
cles vers les Carpathes et la Vistule, a été l'un </es
] acteurs de la constitution de la tribu plémia des Pe-
tits-Iius$es comme une des branches du peuple rus-
Tout -’e que nou- avons dit «usqu’ici sur les Petits-
Russes n est qu un extrait presque littéral du cour5
i‘h toiredu profes^ur Klioutchevsky (t. I. p. 351 -3ô5>
4 -» ivmmer.t.que nous avons eu recours à
e nous.
- 77 -
Lxposition aussi simplifiée. Le parti ukrainopbile ne
gêne pas pour accuser ses adversaires de menson-
ges et de substitutions (1). Qu’il ne s’en prenne donc
pas à moi, mais au professeur Klioutchevsky. Il y a
des morts qu’il est plus malaisé de calomnier que les
vivants.
La dernière phrase de cet extrait contient la né-
gation complète de toutes les affirmations sans fonde-
ment de la propagande ukrainophile actuelle, à savoir
qu’il existerait un «peuple ukrainien» différent par
dessus le marché du russe d’origine.
Klioutchevsky ne s’est pas cru en droit d’affirmer
o catégoriquement »> quand s’est formée la branche pe-
tite-russe, ni quand a commencé à se former l'idiome
petit-russien. 11 savait quelle valeur on prêtait à ses dé-
ductions et ne se décidait pas à les rendre définitives,
lorsqu’il n'avait pas un moyen certain de baser cha-
cune de ses paroles sur des faits précis. Mais, il ny
a pas le moindre doute que les choses se soient pa>
sées exactement comme il le dit. La population se-
ntie du Dniéper en Pologne aux xnc et xnT siècles,
y est arrivée en fugitive, malheureuse et ruinée. Elle
dut se disperser à la recherche de son pain quotidien i
travers tout le territoire étranger, et ne put occuper
1-e chef de la « Mission
(1) \ oyez, p. ex., F interview avec —
’ * rai n i en ne » à Rome, le cte Tyszkiewicz dans le Corner
du 9 juin 1919.
dan-s un pays, étranger qu'une position très humbie
La différence de religion empêcha, jusqu’à un certain
point, le mélange des sangs russe et polonais.; maiç
la langue du colon russe dut céder a l’influence du
peuple qui l’entourait; elle emprunta beaucoup de
mots polonais et c’est certainement alors que sa pro.
nonciation commença déjà à s’altérer. C’est ainsi
qu’apparut l’idiome petit-russien (1). Le séjour, en
visite, chez les voisins occidentaux, a en outre ap-
porté au lexique petit-russien pas mal de mots hon-
grois et moldaves. Revenus dans leur patrie, les des-
cendants de ces russes y retrouvèrent également les
descendants des anciens nomades et des tartares: c’est
le sang de ceux-ci qui parfois se fait jour dans l’aspect
extérieur du Petit-Husse, dans le teint basané de sa
peau et dans son caractère. ’ -jl
Qu’il est beau ie pays où se forma définitivement
aux xivp et xv‘‘ siècles le rameau petit-russe; qu’il est
beau : .
(1) La principale* différence entre l’idiome petit-russien d
l< grand-russien, réside, au point de vue de la vie pra*tiquei
De prime abord on ne co®
mais s’il ouvre un livre j)Ctd
isément. Contrairement
-i intad
presque PflI'
justement dans la prononciation,
pi end pas le patois petit-russien,
russe, un grand-russe cultivé le lira a
a 1 idiome grand-russien, le petit-russien a conservé
< ij aspiié du russe ancien, mais a, en revanche,
tout substitué le son i à l’ancien e.
— 79 -
... le pays où tout respirée l’abondance,
.011 coulent des fleuves plus brillants que l’argent
Où le zéphyr fait ondoyer les herbes de la steppe
Et les chaumières se cachent au fond des cerisaies... (i\
Ici le soleil est éclatant, la neige ne recouvre la
terre que durant trois mois (2); ici on ne trouve ni les
marais du Polésié, ni les sables du Don, ni les localités
arides des steppes de la mer Noire. Jadis les herbes
touffues, qui recouvraient jusqu’à la tête le cavalier
ukrainien, le cachaient aux yeux avides du Tartare de
Crimée; de nos jours, des espaces infinis sont cou-
verts de lourds épis de froment doucement ondulants
au souffle de la brise et du large et bas feuillage des
plantations de betteraves à sucre. Les chênes de
l’Ukraine, ses hauts peupliers, sont splendides et ses
vergers sont riches! La nature a tout fait pour rendre
plus dure la vie du Grand-Russe; elle na rien oublié
pour faire à son frère méridional, plus fortuné, un en-
tourage d’abondance et de joie. Aussi, il sait, lui, ap-
précier les dons de la, nature: ses chansons sont pour
la plupart composées en tons majeurs et disent l amour
et le bonheur; il aime dans la vie la beauté et lin
limité. Ses chaumières blanches sont pleines de poé
sic et entourées de Heurs; les fréquentes réunions
( D Comte Alexis Tolstoï.
Contre cinq mois à Moscou.
— 80 —
soir sont empreintes de gaieté dans ses villages pOpu.
leux; ses costumes sont beaux et lésistint plus long-
temps que dans les autres parties de la Russie à ia
poussée nivelante de la pacotille vulgaire du vêtement
industrialisé. Une gaieté d’esprit charmante est propre
à la nature même du Petit-Russe et ne le quitte ni dans
ses récits, ni dans d’inattendues remarques occasion-
nelles, ni dans d’aimables moqueries sur soi-même.
Mais, au milieu de toute cette gaieté, sa pensée est mar-
quée au coin d'une certaine lenteur et d'une certaine
immobilité orientales: quand un Petit-Russe est arrivé
à quelque conclusion, si absurde soit-elle, vous ne le
ferez changer d’opinion par aucun raisonnement lo-
gique, et ce n'est pas sans raison que les autres Russes
disent: « Entêté comme un Khokhàl » (1). Mais cet en-
têtement, cette persistance, joints à de bonnes qualités
physiques, font de lui un des meilleurs soldats de l’ar-
mée russe. C’est un laboureur excellent et intelligent,
qui ne ménage pas l'engrais, même à ses terres noires,
pourtant si riches. Ce n’est pas seulement l’abondance
naturelle qui a développé ses qualités agricoles, ce
sont aussi des causes d’ordre économique et social: le
(1) Khokhàl, dénomination donnée au Petit-Russe dans P
as peuple des Grands-Russes; provient de l’habitude qu’a-
i eo^a<iues ukrainiens des siècles passés de porter su* 1
e e ,a's<e une longue mèche (khokhàl) au sommet de lfl
— 81 —
paysan petit-russe est presque toujours le propriétaire
iniCOntesté de sa terre, tandis que la masse des paysans
russes végétait jusqu’à ces dernières années (réforme de
Stolypine 1907) sous le joug socialiste de la commune
rurale (Vobchtchina, le mir), qui, il y a déjà quelques
siècles de cela, a presque réalisé l’idéal du socialisme
c’est-à-dire l’égalisatibn de tous au niveau du plus
faible.
Il se peut que cette caractéristique puisse paraître
quelque peu factice; mais cela est compréhensible —
nous avons taché de souligner les différences des deux
branches du peuple russe. Dans la vie, ces différences
sont réellement bien moins apparentes. Elles ont com-
plètement disparu dans les classes cultivées. Emigrant
au delà du Volga et en Sibérie ou colonisant avec
les Grands-Russes les steppes de la mer Noire et ha-
bitant dans les mêmes conditions naturelles queux,
les Petits-Russes perdent «fieu à peu, quoique lente-
ment, leurs traits distinctifs; leur dialecte, après avoir
enrichi le langage du Grand-Russe, cède petit à.petit
la place à la langue russe générale, et à la question.
(( Qui es-tu?» cet émigré répondra, soit: «Je suis
Russe», soit: «Petit-Russe», mais personne na ja-
mais encore reçu comme réponse dans ce cas un.
" Je suis Ukrainien ».
Les conditions politiques dans lesquelles se con t^
^branche petite-russe ont été fort lourdes. Depu '
— 82 —
prise de Kiev par les Tartares fl 240) la principe
Kiev avait perdu jusqu aux signes extérieurs de son in
dépendance: cent ans durant on ny trouve plus trace
d’aucun prince de Kiev. M. Hrouszewski lui-même a
été forcé d’exprimer des doutes sur leur existence : cette
région désolée devint en 1363 la proie facile dé la ]n.
thuanie; et des princes de la Maison de Gédymin s’in-
stallèrent à Kiev et dans les autres villes méridionales
lorsque les Russes revinrent sur les rives du Dniéper
ils y trouvèrent un pouvoir étranger et leurs destinées
depuis cette époque (et jusqu’au milieu du xvue siècle)
se trouvèrent entre des mains étrangères. Depuis le mi-
lieu du xvr' siècle, le pouvoir Lithuanien complai-
sant fut remplacé par le dur pouvoir polonais; sous
son joug économique et religieux, la, conscience natio-
nale du peuple qui jusqu’ici végétait passivement,
s éveille: la lutte contre les Polonais et le catholicisme,
personnifié pour lui par « la fui polonaise », remplit la
\ ic de la population petite-ru ssienne pendant plus de
cent ans. Nos lecteurs trouveront plus loin les points
fondamentaux de cette lutte; pour l’instant notons un
lait historique indliscutable : depuis ses .origines et
jusqu au jour où elle s'est réunie politiquement à l’E'
fat d( Moscou, la branche petite russienne du peuple
'“sse n’a jamais été mdéfændante. C’est une prescrip-
on peu.mptoiie de J histoire aux trois branches
Pe"P'e russe que .l’être eor.liale.nenl liées, sans quoi
— 83 —
l’étranger les déchire et les foule aux pieds pendant
des siècles.
Les Russes-Blancs.
On trouve parmi les tribus slaves citées dans la
chronique de Nestor, celles des Crivitchis et des Dré-
«ovitchis. Ces noms mêmes indiquent le caractère des
O
lieux où ces tribus s’installèrent (1). Cette corrélation
entre le nom des tribus et les lieux — phénomène pro-
pre aussi aux autres tribus de l’époque pré-nestorien-
ne (2) peut servir à corroborer la proche parenté de
ces tribus: il faut croire qu’avant de s’être dispersées à
travers les plaines de la Russie, elles n’avaient pas de
dénomination particulière; le chroniqueur le confirme
indirectement quand il affirme qu’elles parlaient toutes
la. même langue: le slave. Les Crivitchis habitaient
vers les sources du Volga, de la Dvina occidentale et
du Dniéper; Izborsk, Polotzk et Smolensk étaient leurs
plus antiques villes. Les Drégovilchis occupaient la ré-
gion entre la Dvina et la Pripiet; leur ville principale
étaiil Minsk. Ces tribus se confondirent bientôt avec
(I) Dneprn, nuirais, endroit fangeux (Voyez chez Dahl, le
“u>t « trœnbler », drojat)-, le mot lithuanien Kirlm a\
d’où probablement eet dérivé le nom dos Crivitchis C -
“ovieff, t. j, 47). T ,
(2) Dnevliané, Poïianié, Polofchanir, Novgorodzy, o-
duaé et Bougeanié,
— 84 —•
toutes les autres qui constituèrent le peuple russe et
leurs noms disparurent vite des pages des chroniqueurs I
Après avoir approfondi les 2 ou 3 passages où Nestor
nomme ces tribus, Soloviev n en parle plus. Ce ne sont
que des antiquités archéologiques qui n’ont qu'un in.
térêt de musée, et personne n'aurait cru, il y a trois
ans de cela, que les ennemis de la Russie s en souvien-
(Iraient pour poursuivre des buts pratiques de la vie
et les retirer des musées pour des spéculations à la
bourse politique.
Les Russes-Blancs occupent, à peu de chose près, la
même région qu’habitèrent jadis Crivitchis et Drégo-
vitchis, et comme il n’est resté aucune trace de grands
mouvements migratoires dans cette région, il y a lieu
de supposer que les Russes-Blancs en sont les descen-
dants. Nous n'allons pas approfondir ici les différences
de coutume et de langage de cette branche du peuple
russe d’avec celles des Grands et des Petits-Russes,
mais nous tenons à montrer clairement que les Rus-
ses-Blancs ont toujours été et passé pour n’être qu’une
partie intégrante du peuple russe et que leur terre est
une partie essentielle et inaliénable de la terre russe.
Dans la question des Russes-Blancs, comme dans celle
des Petits-Russes, il y a, pour les ennemis de l’unit
russe, un auxiliaire précieux et puissant, c’est 16 Peu
de notions qua l’opinion publique étrangère sut
* la t>éo0iaphie, 1 histoire et l’ethnographie russes. H
— 85 —
sCra donc pas inutile d’en énumérer ici les principales
données.
Il est difficile de déterminer exactement les limites
de la région habitée par les Russes-Blancs; (et d’autant
plus celles des Crivitohis et des Drégovitchis de Nestor)
_ il sera plus bref et plus simple de suivre les des-
tinées des principautés qui formèrent dans l’antiquité
toute la partie occidentale de la Russie, de Pskov au
nord, jusqu'à la principauté de Kiev au sud.
a) Pskov existait déjà avant l’appel des princes (862\
Sainte Olga, grand'mère de St Vladimir, était née à
Pskov, dit la tradition. Le territoire de cette ville faisait par-
tie de la terre de Novgorod. Sa position sur la frontière, sa
lutte avec les Estlioniens, puis avec J'Ordre teutonique donnè-
rent une importance particulière à ce « faubourg » de Novgo-
iod, et petit à petit il arriva à se rendre indépendant de cette
dernière: dans ce but, il appelle parfois (depuis le xme siècle;
des princes lithuaniens pour gouverner dans ses murs. Cette
circonstance n’entraîna pourtant aucune dépendance de la
Lithuanie pour Pskov où prédomine le vétché (assem-
blée populaire) : le pouvoir princier y avait peu d impor-
tance. On sait que la constitution politique de Pskov était
un exemple typique d’un Etat républicain en Russie, il réus-
sit mieux ici que dans les vastes terres de Novgorod. La lutte
avec les Allemands et les querelles a\ec. Novgorod poussé
rent Pskov à tourner les yeux vers Moscou et, dès 1*01,
reçoit des princes envoyés par le grand-duc de cette
cent ans plus tard il fut complètement absorbe par Moscou.
En 1509 le grand-duc Basile III abonna de dissoudre le vUctie
— 86 —
et d’enlever la cloche qui y convoquait les citoyens. Etthnique
ment la région de Pskov a de tout temps été une terre russe-
avec la formation de la branche grande-russienne elle ent^
dans l’orbite de celle-ci.
b) Polotzk passe -pour être une colonie de Novgorod. pu_
rik distribuant les villes à ses « hommes », la donna à run
d'entre eux. La terre de Polotzk se constitua tôt en priaçi.
parité particulière: St. Vladimir donne Polotzk à son fiis
Iziaslav flOOl) qui devint par la suite l’ancêtre de la plus
antique lignée locale des princes du sang de Rurik. Origi-
nairement -cette principauté comprenait les territoires occupés
par les Crivitchis qui prirent ici le nom de Polotchanes; ils
habitèrent le cours moyen de la Dvina Occidentale, les bords
de la rivière de Polot et les sources de la Bérésina Au xi«
siècle la principauté de Polotzk étend son pouvoir à. l’ouest
sur les territoires voisins — non slaves — des tribus lithua-
niennes, Jettones et finnoises. Les xte et xne siècles sont la pé-
riode de la plus grande puissance de cette principauté: ses
princes bataillent contre Novgorod et contre les princes de
Kiev. Lu des petits-fils d’Iziaslav devint, pour un court espace
•die temps, le grand-duc de Kiev. Le Kiévien Mstislav, fils de
Monomaque, dévasta en 1127 les terres de Polotzk, exila ses
princes et plaça dans Polotzk même l’un de ses fils. Le prin-
cipe du vetché avait acquis dans Polotzk un développement
assez considérable. Au milieu du xu° «siècle, les princes de
Polotzk dominent tout Je cours de Ja Dvina Occidentale, mais
ce même siècle voit les Allemands débarquer et s’établir
dans son estuaire. Au xni* siècle, la frontière occidentale de*
tciiiitoiies de Polotzk commence à reculer de plus en pluH
- 87 -
vers l’orient, à mesure que se forme l’Ordre des chevaliers
gerjnaniques de l’Epée et que naît -l’Etat lithuanien, de sorte
qll’a.u moment où paraissent les Tartares, elle coïncide avec la
frontière russe ethnographique. Avec le démembrement de
l’Etat russe, la terre de Polotzk ipasse sou« la domination li-
thuanienne et enfin sous Vitovt (1392-1430) elle entre complète-
ment dans l’Etat lithuanien. La terre de Polotzk comprenait
plusieurs principautés dont les principales furent celles de
Vitebsk et de Minsk.
A
c) On rencontre déjà le nom de Vitebsk au xe siècle.
En 1101 l’apanage de Vitebsk se sépare de la princi-
pauté de Polotzk; il existe sans interruption jusqu’aux derniè-
res années du xne siècle, quand, à la .suite de dissensions in-
testines, il tombe au pouvoir des princes de Smolensk. Au
xine siècle on ein parle de nouveau comme d’une principauté
indépendante. Dans la première moitié du xme siècle, il est
attaqué par les princes lithuaniens; à la mort du dernier
prince de Vitebsk dtu sang de Rurik, l’apanage passe par
droit de succession à Olgerd et est englouti >par la Lithuanie.
d) Minsk apparaît en 1066 comme appartenant à la princi-
pauté de Polotzk; les grands-ducs de Kiev, et parmi eux Vla-
dimir Monomaque, s’en emparent plusieurs fois au cours
leurs luttes avec les princes de Polotzk (en 1087 et 1129 pat
•exemple). Depuis 1101 Minsk devint siège princier; trois gé-
nérations d’une branche de la maison de Polotzk \ iéenèren .
Hans la seconde moitié du xuie siècle, le pouvoir lithuar
Prend leur place. A la fin du xiie et au commencement du
xi no siècle, la principauté .se divise en de nombreux ap,
(jusqu’à 14); parmi, 'eux nous trouvons ceux de Pinsk. ion
et Mozyr _ n,s «.ont situéb dans le bassin de la ri ne
- 88 —
pripiet. Nous voici arrivés aux frontières de la principe
de Kiev.
Les principautés de Polotzk et de Minsk formatent
« marche « occidentale de lia Terre russe; derrière elles sa
trouvait la principauté de Smolensk; lorsque la Lithuanie
< onnnença à s’étendre vers l’orient, c’est Smolensk qui devint
l’Etai-frontièa-e.
e) On parle de la terre de Smolensk dès le x° siècle,
elle était située à l’est de celle de Polotzk et s’étendait pr0-
fondement vers l'orient, de sorte que l’endroit où devait iplas
tard grandir Moscou s<e trouvait être dans ses domaines.
Originairement elle fut gouvernée par des lieutenants (<pos-
sadniks) des princes de Kiev, mais à la moitié du xne siècle
elle se constitua en principauté particulière; en 1054 laro-
slav Ier mit à Smolensk son fils Wsévolod. Plus tard y régnè-
rent le fils de Wsévolod, Vladimir Monomaque et ses descen-
dants. Ils étaient en lutte contre leurs parents de Polotzk qui
aspiraient à englober Smolensk dams leurs domaines. La voie
fluviale entre Novgorod et Kiev et entre Kiev et la terre de
Souzdal, traversait la terre de Smolensk; une autre source
dm bien-être de la principauté était le commerce avec l’occi-
dent. Elle atteint l’apogée de sa puissance .sous le petit-fils
de Monomaque Postislav Mstisslavitch de 1128 à 1161). De-
puis 1180 la principauté commence à se diviser en apanages
.et nous voyons naître les luttes intestines pour le pouvait
grand-ducal. Parmi ces apanages il faut citer ceux de T°'
topetz et de \ iasma comme les plus remarquables (tous
les deux dès le commencement du xm® siècle). Dans le se-
>.jd qiuut du xitr siècle commencent les incursions des D*
fijanime, eu 1 invasion tartare est repoussée, mais
•— 89 —
gloire de la principauté commence à décliner: petit à petit
elle perd son influence sur Polotzk et sur Novgorod; le lien
avec Kiev se rompt. En 12,4 Smolensk se soumet au khan
tartare. Vers 1320 commencé à se manifester l’influence li-
(lniaiiieniie; la. piincipaïuté devient une pomme de discorde
entre Moscou et la Lithuanie. Elle lutte tantôt avec l’une,
tantôt avec l’autre. En 1395 Vitovt s’empara par ruse de tous
les princes de Smolensk et y établit un gouverneur; les princes
de Riazan entrent en lice pour cette partie de la terre lusse,
niais en 1404 Vitovt prend Smolensk et son indépendance
prend fin. A cette époque les limites de la principauté ont été
réduites à celles du (gouvernement de Smolensk actuel.
Sur ces terres qui, quelques siècles plus tard, de-
vaient devenir la Russie-Blanche les flots slaves se
répandirent de bonne heure. On y parlait le slave
«et la langue slave et le russe sont une langue» a
déjà noté Nestor. Jusqu’à la conquête du pays par
des puissances étrangères, la dynastie régnante y fut
celle de Rurik; la vie y coulait dans les formes ha-
bituelles à la Russie de l’époque princière. «Au xif
et XIIIe siècles, dit un historien du dT,oit russe, un
seul droit coutumier régnait dans toute la Russie,
celui-là même dont l'expression est «la Vérité Ru
se» (j). Les principautés luttaient entre elles, m
(1) Vladim iicsky-Boudanov
droit russe
i ! i ,877 Voir ses comn>ente,r« sur le
. ;..-, larœlavl, 1877. von ^invitch avec Riga, Got"
du x>ruice de Smolensk Mstislav
— 90 —
ces luttes se passaient «entre soi», entre ad versai^
politiques, et non pas contre un ennenri étranger-
quand un danger venant d'orient menaçait toute |;1
Russie, les princes de cette région conduisaient leUrs
droujînas et leurs milices locales sous les bannières
grande-s-ducales eontre l’ennemi commun et péris-
saient -lorieusiment pour la Russie unie dans les cam
pagnes contre les Polo\ tzys, comme sous les sabres des
Tartares. Nous voyons ainsi la milice de Smolensk
prendre part à la première rencontre désastreuse des
Russes avec les Tartares sur la petite et lointaine ri-
vière méridionale de la Kalka (1224) (1). Les deux cé-
lèbres Mstislav, le Brave (mort en 1180) et l’intrépide
(mort en 1228), qui prirent une part si glorieuse aux
guerres russes dans toutes les régions de la Russie,
étaient aussi originaires de Smolensk.
Mais l’adversaire le plus proche de cette partie de
la Russie — les Estlioniens. les Lettons, les Lithuaniens
et les Allemands, — était à l'occident et c’est vers l’oc-
land et les villes ah -mandes d<- l’année 1229. D’après la der-
nièie clause de ce traité ces décisions « semblables en tous
points a celles de la Jfoùs.skaïa Prdvda » avaient force de l°*
pour les principautés de Smolensk, Polotzk et Vitebsk ; comme
tes mêmes décisions de la Ifoùtskaïa Prdvda (originaire <1°
vie\) composent aussi la base d'un traité entre Novgorod et
<** . ( mands en I année 1195, il en désulte encore une coiît*1’"
mat ion tort sérieuse et solide de l’unité juridique do toute 1»
KoihSkS. J 1
( ) ii\ièie Kalka so jette dans la mer d’Azov.
— 91 -
cidciit i|"'a> ,le 10,11 le,llps’ été tourné ici son front prin-
cipal. Au début la puissance russe ne s’étendait pas
;|ll (teià des frontières ethniques; niais elle les dé-
asse avec le développement de l’Etat russe: laroslav
p, Sage fonde en 1030 dans la terre des Esthoniens la.
ville de Youriev (Dorpat); dans ce même xr siècle Po-
lotzk commence à soumettre les Livoniens à son pou-
voir (I). Au milieu du siècle suivant, la principauté de
Polotzk domine dans la région du bassin central de la
Dvina occidentale. Elle y possède les forteresses de
Koukonoïs et Herzig; plus au sud les tribus lithua-
niennes sont aussi soumises à la domination de Polotzk,
et Grod.no est englobée dans le territoire russe. La li-
mite approximative de cette expansion nord-occidentale
de la Russie, clans la période pré-tartare, est marquée
sur le croquis N. 2 ci-joint par une ligne pointillés
qui commence près de la ville de Youriev.
A partir du xme siècle, le tableau change. En 1201
les Allemands fondent Riga; l'année suivante voit naîtie
l Ordre des chevaliers Livoniens (de LEpée) instru-
ment sanglant de germanisation. Dans leur avance
systématique Vers l'Orient, les 1 entons réussissent,
dans l'espace d'un demi-siècle, a substituer leur do
branche du peuple
à s’appeler la Livonw au
plutôt la actuelle .
(1) lx\s Livoniens sont une
P;(ys habité par eux commence
sièolc (c'est la Courtaude ou L
- 92 —
uiiuation à celle des Busses dans les terres des Let-
tons et des Esthoniens; ils s'y établirent en conque
rants et n'allèrent pas plus loin. Mais c’est en revan.
die le pouvoir lithuanien qui pénétra profondément
dans les terres russes.
Dans le sens ethnique, les Lithuaniens sont une race par-
ticulière, distincte des slaves comme des germains. Leur
pays est le bassin du Niémen; ils y vivaient -depuis des siè-
cles de leur vie particulière. Au xme -siècle, la vie « inter-
nationale » s’empara aussi d’eux: de l’occident venait l’Ordre
teutonique. de l’est et du sud les Russes. Mindlovg (fl263) est
considéré comme le fondateur de l’Etat Lithuanien; il vain-
quit l’Ordre teutonique et régna sur Vilna, Grodno et même
sur les villes russes de Volkovysk et de Pinsk. Le christia-
nisme et la culture venaient aux Lithuaniens d’orient, des
R >-.'es. Mindovg est le premier prince lithuanien devenu
> !.rétien. Après sa mer, la Lithuanie est en proie aux lut-
tes es pars lanien païens et russe 'chrétiens . Vers 1290.
h dynastie lithuanienne connue ensuite sous le nom de celle
9- Gedymin s’empara i ; pouvoir. Sous le règne de Gedy-
rawi la i*niK.ipaijté s’affermit: elle arrête tW
s'empare des pf-c'
..pactes P--; et de quelque- régions avofe-*
- du temtcarç Lwuaalen son* d-s terres russes
"*'* sont Russes qui jouent le rôle piinctpal a '£lnJ-
< grand prince Lituanien. Jmoudien 1
v --îr: tnbu nihuamenne qui habitait entre *
-v—Ç* \ LECira.
— 93 —
ût Russe ». Après la mort de Gedymin, et profitant du par-
tage ite la Lithuanie entre ses huit héritiers, les Allemands
re,commencent leurs attaques, unis cette fois aux Polo-
nais: niais Olgerd (+1377) fils de Gedymin, remporte !a
victoire sur F Ordre. Toutes les pensées d’Olgerd, chrétien et
marié deux lois a des princesses russes (l’une de Vitebsk, l’au-
tre de Tver) se portent vers la Russie. Il tâche d’acquérir de
l’influence sur les affaires de Novgorod, de Pskov, veut s’empa-
rer de Tver et entreprend dans ce but des expéditions —
d’ailleurs malIwureuses — contre Moscou. Vers 1360, il réunit
des principautés russes die Briansk (1) Tchemigov, Novgorod-
Séversk (2), s’empare de la Podolie et enfin, en 1363, de Kiev.
C’est ainsi que, dans l'espace d’un siècle (de la moitié
du xme à celle du xive) l’Etat lithuano-russe — s'éten-
dant en une lars’e bande de la Dvina Occidentale au
nord jusqu’au delà de Kiev au midi — réunit toutes
les principautés russes de l'occident, tout le bassin des
effluents de la droite du Dnieper; un demi-siècle plus
tard il engloba aussi Smolensk
Le commencement de ce processus coïncide 1 af-
faiblissement de la Russie causé par 1 invasion tartare.
son développement rapide a été favorisé par toute au
série d'autres causes. Rappelons-nous que la puissance
de la principauté de Galicie s éteignit un nècle plu
fût (à la mort du prince-roi Daniel en Î254 -
1 Au sud de Smolensk»
Au bud de Tehernigov.
— 94 —
principauté de Moscou était du vivant d’Olgerd encore
très faible, que ses frontières s’étendaient à l’ouest en
demi-cercle autour de Moscou, dans un rayon de cent
kilomètres à peine; que le processus de la constitution
de la branche Grande-Russe était loin d’être achevé, que
la soumission à la Lithuanie, délivrait les princes des
principautés dévastées du midi et de l’occident du
joug tartare, et les succès d'Olgerd s’explique aisé-
ment.
Mais il y a encore une raison pour laquelle la Li-
thuanie n'a rencontré que peu de résistance: l’Etat li-
thuanien, dès son origine, se développe sous l'influence
de la politique et de la civilisation russes; la langue
officielle était le russe, la famille de Gédymin, alliée
aux descendants de Rurik, se russifiait; ils furent des
princes russes, seulement d une dynastie nouvelle, la li-
thuanienne I); la. vie ecclésiastique était inspirée et
dirigée par Moscou; dans les prixicipautés soumises à
la Lithuanie, celte autorité n’offensait ni l’étal politique,
ni les cou lu mes populaires. Et vers la fin du XIVe siècle
la. Lithuanie, conmre population et comme culture, est
plutôt une principauté russe «pie lithuanienne; elle est
connue dans 1 histoire sous le nom d Etal russo-lithua-
। . '«.mie ueaynjin réiniérent dans
es pr.ne.p.les; wux ,l(. I(„rik (.((||b(,nb.|. (k> ville»
moins i ni portantes. • 4
- 95 -
nien. on dirait que le centre de gravité de la vie d’Etat
russe balançait, incertain, entre Moscou et Vilna," et
nous voyons suigii (oiinue un long duel pour cette
suprématie; il dura deux siècles. Les puissants souve-
rains de Moscou: Jean III (1462-1505) et Basile 111
(1505-33) commencent à reprendre à la Lithuanie les
provinces russes et formulent leurs prétentions à tout
ce qu’il y avait de russe appartenant à la Lithuanie.
Au milieu du x\T siècle (dans les années 60) les trou-
pes de Jean le Terrible (1533-84) prirent Polotzk et
agirent en maîtres en Lithuanie. Mais ici Moscou se
trouva face à face aussi avec la Pologne: et Moscou dut
céder devant leurs forces réunies.
Nous avons retracé les destinées politiques de la
population russe-blanche jusqu’à la fin du xiir siècle,
sans y avoir encore rencontré I influence de la Polo
gne. C’est compréhensible: dan< la partie septentrio-
nale de la Russie-Blanche, entre la limite occidentale
du peuple russe et la frontière ethnique oriental»,
de la Pologne, il existait une 3Mne nation les Lithua-
niens - étrangère à la nation russe, comme a la polo-
naise; elle séparait ces deux dernières lune de la
Par un espace de 150 à 300 kilomètres. Le peuple p
nais s'étendait à l’est jusqu’au méridien de Lu
viron. Au sud du parallèle de Minsk-Mohilev,
tes des deux peuples polonais et russe se u
— 96 —
mais ici même, dans le midi de la Russie-Blanche, elles
ne pouvaient s’unir qu’après que la force de l’Etat h
thuanien eût été absorbée par l'Etat polonais. (voir
carte N. 1). x
En 1386, le grand-duc Jagaïlo (fils d’Olgerd) épou.
sait Hedwige, reine de Pologne, et devenait catholique
Depuis ce moment-là, Vilna tombe et demeure sous l’iri.
fluence polonaise et catholique et, petit à petit, l’esprit
d'Etat polonais se substitue aux institutions démo-
cratiques lithuano-russes. Le xve siècle voit se former
la classe des seigneurs pourvus de larges privilèges; les
magnats siègent à la Diète-, détiennent entre leurs mains
les dignités et les fonctions à vie, comme en Pologne,
et reçoivent en fief d'énormes espaces de terre; on voit
se former la chliakhta — petite noblesse; les paysans
deviennent de plus en plus fortement asservis, les
propriétaires obtiennent le droit‘de justice sur les pay-
sans dans leurs domaines, et vers le début du xvf siècle
(c'est-à-dire un siècle plus tôt que dans la Russie Mo-
scovite), le droit de servage revêt des formes précises.
Au commencement tous ces privilèges ne sont distri-
bués qu’aux catholiques et il faut une lutte opiniâtre
pour arriver à ce qu’ils soient étendus aussi aux ortho-
doxes. Les innovations polonaises se heurtent à une op-
pontion du coté de l’esprit national lithuanien et russe,
teitdiub des grands-ducs lithuaniens (comme Vitovt
et son fièie Swidrigailo) s’efforcent de sauver l’indépo11'
— 97 -
dance lithuanienne. Vifovt parvient à atteindre une in
dépendance presque complète; il devait être couronné
roi, mais la couronne envoyée par le pape fut expédiée
à travers la Pologne et... n'est jamais parvenue à Vihia
Ce désir d’indépendance est soutenu par les seigneurs
qui, une fois qu’ils eurent obtenu les droits et privilèges
à la polonaise, n’avaient aucune envie de voir la petite
noblesse acquérir de l’importance, à l’exemple de la
chliakta de Pologne. La niasse des paysans qui ne pou-
vait goûter ni la conversion forcée au catholicisme,
ni l’ordre social polonais qui menait au servage, se
prononça aussi pour l’indépendance L'influence et le
sentiment national russes étaient très puissants; la
langue russe est reconnue comme langue officielle jus-
que dans le statut de 1566. C’est dans cette langue, et
plus précisément dans l'idiome blanc-russe, qu’est
écrite la législation lithuanienne. C’est en celui-ci que
sont écrites les chroniques lithuaniennes et qu a été
publiée la Bible (1).
(1) Ex: Le. statut de Kasimir Jageliïn (1492); Le statut
lithuanien de .1505 modifié pour la. dernière fois en lo ,
Chronique de Danilovitch ; la Bible de Skarina, ' i ions
«b 1585. La langue de ces écrits contient pourtant pa
1 nots étrangers, du slavon ecclésiastique, du . patois
du tchèque, et elle diffère oonsidérablemen < a aucuue
l°oal du temps. L’idiome blanc-russien n a ]
hnportance littéraire indépendante.
— 98 —•
Mais à la thi rinllut'iirv polonaise eut le dessus
•poutc une série de Diètes établirent au xv“ siècle l’Uni(>n
politique des deux pays: les deux trônes restèrent dnns
la famille des Jagellons et depuis le milieu du xv° sièch
le pouvoir des deux monarques fut, presque sans excep
lion, exercé par une seule et même personne. L’Etat
russo-lithuanien se transforme petit à petit en un Etal
polono-littiuanien et en 1569 l’union personnelle entre
la. Pologne et la Lithuanie devient une union réelle.
*
Depuis cette époque les destinées de la plus grande
partie de la population blanc-russe restent entre les
mains du pouvoir polonais.
Le duel entre Moscou et la Lithuanie fut remplacé
par celui avec la Pologne; la lutte devint plus âpre; il
n’était plus question maintenant de préséance, — on se
battait à mort.
Sous la bourrasque, plus d’une fois
Plia tantôt leur côté, tantôt le nôtre (1).
Quand, à la fin du xvie siècle, avec la mort du der-
nier tzar de la dynastie de Rurik, Moscou vit dispa-
raître le pouvoir national (inné), la Russie se trouva,
comme de nos jours, au bord du gouffre. Les Pol°'
nais crurent que la lutte était terminée à jamais par
leur victoire — il semblait que le roi de Pologne allai*-
<1) I ovchkine. Aux calomniateurs de la Russie.
99 —
devenir tzar de Russie. Mais aussitôt qUe l’Etat mosco.
vito se fut remis «les troubles éprouvés, il recOm.
mença sous les premiers Romanovs, l'ancienne lutte
pour les terres russes soumises à la Pologne et celle-
ci, affaiblie, commence à les céder à Moscou. Sous Pier.
re |e Grand, lai suprématie politique de la Russie sur
la Pologne devient évidente, mais le problème histori-
que (Te la rédemption de la Russie subjuguée n’est pas
encore résolu : il passa en héritage au xvme siècle et ne
fut réalisé — sauf la Galicie — que par les « trois par-
tages de la Pologne ».
En Europe occidentale, on croit généralement que
dans ces trois partages de la Pologne, la Russie aurait
pris sous sa domination une certaine partie du peu-
ple polonais. Il suffit d’ouvrir un atlas historique quel-
conque pour se convaincre qu’à ce moment l’empire
russe ne s'est pas annexé un seul morceau de terre véri-
tablement polonaise. Dans le partage du territoire po-
lonais, la Russie a :
</) délivré les terres foncièrement russes sauf la
Galicie passée à l’Autriche) et
/>) substitué sa domination à la domination étran-
gère sur des terres non russes 'comme la Gourlande et
‘d bithuanie proprement dite).
ba faute d'avoir pris une partie des terres du peu
1 *' polonais a été commise par la Russie, non pas lors
trois partages, mais en 1815, au Congrès de Vie
— 100 —
ne, où toute l’Europe — la France exceptée — fut
plice de ce crime.
Cette énumération brève et simple des principe
faits historiques qui ont déterminé le destin de la Russie
Blanche, suffit pourtant parfaitement pour pouvoir cn
tirer les conclusions générales suivantes.
Une partie du peuple russe est tombée, aux siè-
clés du relâchement de l’unité russe (xme et XIVe), sous
le pouvoir du peuple lithuanien, elle forma avec lui
un seul Etat, mais, grâce à la supériorité de sa cul-
ture. elle acquit en Lithuanie une influence domi-
nante et ne perdit pas la conscience de sa nationa-
lité. A mesure qu’augmentait la puissance de Mos-
cou, les régions limitrophes russes de la Lithua-
nie passèrent, en partie de leur plein gré, sous la
domination du grand-duc de Moscou. La concurren-
ce entre Vilna et Moscou était près d’aboutir au
triomphe de cette dernière, mais ici paraît sur la scène
un nouveau facteur— l’impérialisme polonais — et la
marche naturelle des évènements, l’union (national
du peuple russe, fut interrompue. Les I lusses-Blanc’
se trouvèrent sous la domination des Polonais, be
sont ni les armes, ni la colonisation, ni le coinna*111'
qui ont livré les Blancs-J lusses aux mains de la
gne : lu lelix... Polonia, nube! On ne trouvera
dans toute 1 histoire un autre mariage dynastique 1 I
— 101 —
ait été aussi riche de conséquences (1), comme le ma-
riage d’Edwige avec Jagaïlo, arrangé par les magnats
polonais. La Pologne reçut la Lithuanie et avec elle
une partie de la Russie, comme dot; restait à attendre
je moment pour prendre possession de cette dot. Cette
prise de possession eut lieu, de fait, dés la moitié du
xvfc siècle, après l’union personnelle, mais les forma-
lités ne furent terminées qu’en 1569.
Au lieu de la constitution autocratique et démocra-
iique de l'Etat russe, la Russie Blanche eut à subir la
constitution oligarchique et de classe de la Pologne. Le
servage, sous les seigneurs étrangers, agit déplorable-
inent sur le caractère de la population qui est resté
jusqu'à nos jours humble et opprimée (2). Mais ce qui
nous intéresse ici ce n’est pas le caractère de la domi-
nation, c’est la question du droit même de cette do-
mination. Il nous importe d’établir l’absence complète
(1) La puissance de la Pologne des xve, xvi° et xvue s., 1 as-
sujettissement de la. Petite-Russie et de la Russie-Blanche, le
•etard dans La croissance de la Russie Moscovite, l’arrêt dans
' expansion germanique vers l’est et de celle des Tuics mis
1 Europe centrale, tels sont les facteurs positifs et négatifs
(t»n.s l’histoire de l’Europe, qui résultèrent du mariage de
l’an 1386.
(^) Les lourdes conditions naturelles de la m< dans >
0,éts vierges, marécageuses et dépourvues de joutes <
’^ié sont une autre raison du retard dans a eu uie
^•sses-Blancs. f
— 102 —
d’un fondement national quelconque en faveur (je
cette domination de la Pologne sur la Russie-Blanch^
elle a été le fruit d’un impérialisme, elle fut pratiquée
en son nom, et ne pourrait renaître aujourd’hui qu>a
nom de ce même impérialisme. . J
De nos jours l'impérialisme n’est plus de anode (en
paroles du moins et pour justifier leur aspiration aux
terres essentiellement russes, les chauvins polonais
en sont réduits à imaginer une assertion ethnique
fausse. Et voilà qu'ils assurent le public étranger que
les Russes-Blancs ne sont pas des Russes, mais des
« Ruthènes blancs ». Mais nous avons vu déjà que «Ru
tène » n'est qu'une altération du mot Roùssine et par
conséquent synonyme du mot « Russe »; nous avons
dit qu'on appliquait en latin ce nom à toutes les parties
de la Russie et à tous les Russes. Ainsi le Volga (en
tood était apjielé « Volga mthenica » et Jean le Ter-
rible UHirersiTrum Ruthenorum bnperator, De plus
il existe des documents qui désignent le gouvernement
de Pierre le Grand, et même celui de l'impératrice An-
ne (morte en 1740, comme le gouvernement ruienorwn>
Nous rencontrons dans beaucoup de cas des transcrip-
tions ainsi faussées, mais ce n'est pourtant pas une rai
son d assurer que dans la ville « Rom a » un des
bourgs s'appelle «Rome». Appelez les Allemands: Al-
lemands, Schwabes, Nemtzy, Tedeschi. ou Germans
vous ne les diviserez pas de cette manière en cinq Pa
— 103 —
ties et ils resteront quand même ce qu’ils en réa
jité : un seul peuple, et son seul nom effectif et vérita-
ble est: Deutsche. Vous pouvez inventer pour nous le
nom d’Ukrainiens ou de Ruthènes, nous n’en resterons
pas moins ce que nous sommes: des Russes.
Je souhaite sincèrement à notre peuple-frère polo-
*
nais une heureuse existence — mais dans ses bornes
nationales. Varsovie a toujours été pour moi, même
sous la domination russe, une ville polonaise; je ne
puis donc avoir deux poids, ni deux mesures, et par
suite Minsk ou Polotzk resteront pour moi toujours
des villes russes, même si elles étaient au dedans des
frontières polonaises. Nous avons commis une faute
à .votre égard au Congrès de Vienne en prenant sous
notre tutelle une partie de votre peuple: mais nous
avions des circonstances atténuantes. Vous aviez été
l'un des douze peuples qui venaient de parvenir au
cœur même de la Russie; néanmoins 1 empereur de
Russie vous accorda à Vienne une large autonomie et
la constitution la plus libérale de cette époque-là. Alois
nous étions des ennemis: maintenant vous voulez poilei
atteinte à l’unité de ce peuple même qui a le premier
par la voix du manifeste du grand-duc Nicolas Nico
laïevitch, proclamé votre unité et votre libellé et par
la déclaration du gouvernement Provisoire votie
pen dance.
Vous profitez de l'heure de nos tortures morne,
pour démembrer le peuple qui, un an dînant,
- 104 —
d'arroser des flots de son sang votre terre en h dé
fendant pied à pied contre votre principal, votre na.
turel ennemi. Il y a cent ans c’étaient les rois et une
dizaine de seigneurs qui disposaient des destinées des
peuples; actuellement cest toute la démocratie qui
responsable d’un faux pas. Alors, c’était l’époque où
l’on pensait que les ciseaux des diplomates étaient li-
bres de découper dans les masses impersonnelles des
peuples les festons les plus fantaisistes et que les peu-
ples n’en devaient ressentir aucune douleur. Aujour-
d’hui, les droits des nations sont hautement proclamés
à travers le inonde comme principe immuable d’équité;
à l'heure qu'il est, chacun de vous sait que vous les
enfreignez. Votre faute est plus grave, vous la com-
mettez en toute conscience prenez garde qu’elle ne
devienne pour vous un péché mortel.
b arbre du peuple russe pousse et croît depuis plus
de mille ans. Ses racines sont les tribus slaves qui vin-
’enl b établir dans notre plaine à l’époque qui précéda
huiik. hiles étaient proches parentes tes unes des au-
bes et elles ont naturellement produit-un seul tronc,
fmt homogène, dans lequel il est impossible de détei-
unu hb mollécules qui ont été apportées par telle o11
telle racine.
limites ethnographiques des peuples russe
Schéma N- I
LIMITES ETHNOGRAPHIQUES DES PEUPLES RUSSE, POLONAIS. LITHUANIEN, LETTON ET ESTHONIEN
•MxnsK.
KarsAN
IEV
Russes
unMC
Polonais
Lithuaniens
ODE
Esthoniens
de Russie, 191J
Frontière
Frontière
F Empire
Pologne,
EXPLICATION DE LA CARTE SCHÉMATIQUE N. I
(D'après les données de 1897)
Pol
Nous avons établi cette carte en nous fondant sur 1 atlas Y Europe. Ethni*
pie rf Linguistique^ édité en 1917 par l’institut Géographique de Novare.
Que les terres de Polotsk. Vitvbsk. Smolensk, Minsk, Pinsk aient été ethno-
graphiquement des terres russes des rantiquité — c est ce qui est rendu évident
par la notice historique qui les concerne (voir pages 79-86): les autres ter-
res teintées de vert, du Dniéper â l’oues*» jusqu’aux pentes méridionales <los
Carpathes étaient aussi dès l’antiquité peuplées de russes.
A “l'époque des troubles.. (1398-1613) la Pologne profita des désordres qnj
régnaient en Russie et étendit ses frontières vers l'orient. Durant le règne du
premier des Romanovs (1613-45) Smolensk, Briansk. Novgorod-SéverskfTch 1
nigov, Kiev, Poltava restèrent entre les mains de la Pologne. Sous In ♦
Alexis Mikhaïlovhch (1645-76) commence le retour des terres russes au poi
de Moscou Par la paix d‘Androusov (1667) la frontière russo-polonaise fut °îr
lôe ver* l’occident jusqu’à 1» ligne, marqué® en rouge sur la carte, et resta
jusqu'au 1*’ partage de la Pologne (1772). a:n*’
te trois partais de. la Pul^nc la Russie recouvra:
en 1772: 1) la région depuis la frontière de 1667 jusqu’à la Dvina (Pol
’) Viubsk, S) U région depuis la même frontière jusqu’à la BérésinaC ; ’
terres russe.*, et en partie, lettones: ’ de.
en 1798 : uno large bande jusqu'au méridien de Pinsk, do'Rorti? que Minsk.
•k Kaménctz-Podolsk, renvinrentii la Russie. Sur la carte toute entt<i bande
P’t si’aéfl dans la partie coloriée en vert
flS en 1795: 1) la Courlande et lu Lithuanie jusqu’au Niémen (Kovno et
dno (*) 2) une bande jusqu’à la ligne Grodno-Brest (ce dernier inclus),
(,r0 . loin la frontière se dirigeait en remontant le Boug jusque vers la fron
3- P ostérieure de 1911 et la suivait jusqu’aux sources du Boug Méridional.
tierP/’«r conséquent dans ees trois partages, la Russie n’a pas même touche les
polonaises (couleur rose). (Côci arriva plus tard, au congrès de Vienne)
^r,<l(ecréer la Pologne dans les frontières de 1772. comme l'exigent des bolehi*
les Polonais, équivaut à vouloir refaire l’Autriche en lui incorporant Ve-
V^t0 >t Milan. H est impossible d’imaginer une injustice plus criante, plus il|o-
D*S0 t>t un acte politique international plus myope: tôt ou tard, la Russie sera
d’eliminer do chez elle la domination polonaise.
. firroncnient indiquée sur la rire gauche. lut* faute; u'v'-t pas marque
fout petit cercle rose autour de Licoe qui aurait indiqil' ht polonisation
cette ville et de ses alentours.
(LV *
- 105
H avait grandi ainsi durant 4 ou 5 siècles déjà lors-
qu’au xiii6 siècle un ouragan brisa ce tronc on trois
parties. L’arbre dépérit. Ses parties disloquées furent
contraintes à vivre chacune sa vie particulière, mais
elles tenaient solidement à leurs racines communes et
l’attraction réciproque ne les quittait pas. L’une des
trois branches, plus forte, plus au large, se remit plus
rapidement et couvrit ses sœurs de son ombre pro-
tectrice; une autre, après trois cents ans de souffran-
ces, tendit d’elle-même, épuisée, ses bras vers elle, et
celle-ci la soutint et l’attira; la troisième, attendait,
faible et asservie, et son attente fut enfin récompensée
— et ses deux sœurs la couvrirent aussi de leur puis-
sant feuillage. Puis ces trois branches se soudèrent de
nouveau en croissant, et si solidement, qu’il n’était
presque plus possible de distinguer les traces de la
soudure.
De nos jours un ver rongeur s’est installé dans
l’arbre, et des parasites — de ceux qui n’épargnent
pas un seul arbre dans les bois — l’ont entouré de
leurs pousses étouffantes. Et voici qu’arrive un autre
ouragan plus fort que le premier; il commence a cour-
ber et à secouer sans pitié le géant malade. Celui-ci
gémit, il se déliât... Nos ennemis, et même nos amis,
s’ôn aperçoivent et des mains avides et anxieuses se
tendent vers lui pour le fendre a nouveau... Renon
œz-y! la racine est profonde et puissante, vous ny
réussirez pas!
- 106 —
En lisant ce chapitre, on remarquera que chaque
parole de notre métaphore est basée sur des faits et
des données historiques, qu’elle reproduit exactement
l’essence du processus ethnographique de notre peu
pie: triple et un.
Passons maintenant au côté territorial des aspira-
tions ukrainophiles .
I
— 107 -
CHAPITRE IV.
A QUI APPARTIENNENT LES STEPPES
DE LA MER NOIRE?
La Russie et. l'Asie.
La Russie de la période de Kiev avait en orient et
au midi un ennemi terrible: la steppe, arène constante
des ébats des hordes asiatiques rapaces.
Depuis les époques les plus reculées de l'antiquité,
l'Asie, de temps en temps, vomissait de ses entrailles
des tribus de féroces nomades. Elles pénétraient par
la large porte ouverte entre l’Oural et la mer Caspien-
ne, se rassemblaient quelque part dans les steppes du
bas Volga, et tout à coup, comme un nuage de saute-
relles poussées par la tempête — elles s’élançaient sui
l'occident à travers les steppes de la mer Noire, par
dessus le bas Don, le Dniéper, le Dniester, par delà
les Carpathes et le Danube, pour détruire et régénérer
ensuite l’héritage caduc de la domination romaine.
Tels, au v” siècle, les Huns qui balayèrent sur leur
route, dans le bassin du Dniéper, 1 empire des Got
d’Hermanrich. A leur suite vinrent a passer
giires qui laissèrent une partie de leur peuple pou
- 108 —
toujours sur les rives du \ olga mo\en, cent ans après
les Huns, vint la vague des Avares; elle submergea les
premières tribus orientales des Sla\ es du Dniéper et
porta le trouble parmi leurs autres congénères établis
dans leurs vieux foyers, les Carpathes. Alors, au vie
siècle, commence une migration plus dense des tribus
slaves des Carpathes vers le sud, lest et le nord. Le
siècle où naissait la Terre russe fut une époque d’ac-
calmie relative dans la steppe — il n’y avait pas de
tempête, mais les vagues continuèrent à rouler, inces-
santes: les Khozars (au IXe et xe siècles), les Pétché-
nègues aux xe et xT siècles, ; puis les Polovtzy (aux xie,
xne et xnT siècles déferlèrent durant 300 ans et leur
ressac continuel inquiéta la Russie de Kiev, ne lui per-
%
mit pas de s’éloigner du Dniéper vers l’orient, et ne la
laissa pas descendre jusqu’à la mer Noire. Alors, la
jeune Russie, bastion avancé de l’Europe civilisée et
chrétienne, lui rendit un service immense: repoussant,
contenant, absorbant les tribus nomades, elle couvrait
laile gauche de l'Europe croisée. L’Occident ne recon
naissait ni alors, ni maintenant, ce service; mais il
coûta cher à la Russie, surtout à celle du midi qui
subit le choc principal des vagues constamment renou-
velées.
H y eut encore d’autres causes d'affaiblissement de
la Russie au xir siècle, causes d’ordre intérieur: leS
luttes intestines des descendants de Rurik dont nous
- 109 -
avons pai lé plus haut et les défauts d’ordre social qui
sont en dehors de notre sujet. L’organisme encore ado-
lescent de la Russie de Kiev, ne put supporter cette
double épreuve et les habitants tendirent à émigrer
des lieux menacés. C’est alors que commença (dès la
fin du xiie siècle) sa dépopulation, tandis que le centre
de gravité de la vie de l’Etat tendait à se transporter
plus au nord, dans les forêts, loin de la steppe dange-
reuse, vers les lieux; où allait naître la principauté
de Moscou. Et quand, au xme siècle, la 9ème vague vint
à déferler sous la forme d’une invasion tartare 1224-39 .
le sud fut vaincu; Kiev fut pris (1240) après une dé-
fense héroïque, et brûlé. En 1246, le moine franciscain
Piano Garpini y passa, allant prêcher aux Tartares la
parole du Christ, sur les bords du Volga. Sur sa route,
de Vladimir-Volynsk à Kiev, et plus loin, il ne reri-
contra presque pas de gens russes, mais il vit en re-
vanche une quantité innombrable de squelettes et d-~
crânes parsemant les champs.
Ce fut une heure de crise tragique pour 1 histoire
russe. Sur le Dniéper, la vie périclitait, mais son
germe s'était transporté au nord et s y développait
lentement, relativement en sûreté: on vit Moscou, te
nace. lever graduellement la tète au milieu
efforts. f
Les lecteurs voudront bien noter combien, _
diffèrent de l’idée qu’on se fait en occiden
— 110 —
sie, qu'on considère généralement comme une puis,
sance asiatique qui menaçait l'Europe, le rôle his-
torique de la Russie, à travers les siècles, a été non
pas de la menacer, mais de la protéger contre l’Asie (1|
D'ailleurs c’est maintenant une autre déduction de ce
F
qui a été dit qui nous intéresse: ce sont les contours de
la frontière orientale et méridionale de la Russie, ou
plutôt de son front oriental, à l'époque de l’invasion
tartare.
4. «
Après avoir quitté les Carpathes au vi° siècle, et
s'être établies au ixe siècle sur la grande voie fluviale
de Novgorod à Kiev, les tribus slaves qui ont formé le
peuple russe n’arrêtèrent pas leur tendance à se diriger
vers l'orient, mais cette tendance rencontra divers de
grés de résistance sur différentes parties du front. Au
nord, le mouvement n’était ralenti que par la nature,
et ici les Russes s'étendirent à l'orient bien loin, au delà
de \ iatka; dans la Russie centrale, sur le Volga moyen.
(1) L année 1918. le prince Max d<
« s discouis. 1 affirmation stéréotypée que L_________
un nnipait contre 1 Asie: lisez « Russie». A travers t<
son histoire, La Russie est enta
trirhi*'1? i*' c° I)nr «n alliance
triche et la Franco- an isiq i
Prusse et 17 - • • ’ -1813j «inand, entraînant a sa
napoléonienne; et dam
cas, celui où la Russie
e Bade a Répété dans l’un
. que l’Allemagne
[>ute
’ée trois fois en Allemagne: 1<)1S
avec l’An-
,_____, „..v .. ....... suit» à'
Autriche, elle a libéré l’Europe de la. domination
s cette guerre-ci. Quel est, de ces trois
a agi en qualité de puissance asiatique
- 111 -
je chemin était barré aux Russes par l’Etat Bulgare
(futur royaume de Kazan); la Russie ne parvint" ici,
jusqu’à l’invasion tartare, qu’à atteindre l’embouchure
de l’Ok'à et à s’y fortifier en bâtissant Nijni-Novgo-
rod (1221); au midi enfin les forces de l’Asie eurent le
dessus et la Russie ne parvint qu’avec peine a se main-
tenir sur le Dniéper. Conformément à cela sa frontière,
au nord, commençait à l’est de Viatka, descendait sur
Nijni, contournait la principauté de Riazan, la terre
d’Orel, la principauté de Koursk, et se rapprochait du
Dniéper le long de la rivière det-Soulà: elle n’était di-
stante, vis-à-vis de Kiev, que de 100 à 200 kilomètres
du Dniéper; elle coupait ce fleuve près de la rivière de
Ross, affluent' de droite de Dniéper. à 150 verstes à
peine au sud de Kiev, et continuait à angle droit le
long de la Ross et plus loin vers les limites sud de la
Bukovine (1).
. Kiev naviguaient librement
(1) Les Russes de l’époque de Kw dises et
sur le Dniéper inférieur, t,rajDSp.°.. do Byzance, mais es
faisaient des incursions sur e i ajlis, des Asiatiques-
deux rives ont toujours été en ie Moscou) n’a jamais P
Russie do Kiev (comme aussi << < exceptiens en sont a
sédé les rives de l’Euxinn Les (près géb^)
Ionie Byzantine de la un an (987)> c , J xl«
que St. Vladimir posséda- Pent ‘ ' ouvelle depuis la in
rakan, dont on n’a plus no- q<
siècle ; cette principauté a
que invasion asiatiaue.
— 112 -
Ce contour de la frontière- prouve que dans l’anti
quité le domaine de la future Russie d’Europe s’était
partagé, non pas dans la direction des parallèles
(comme l’ont fait les Germano-bolchevistes à Brest-Lp
tovsk), mais dans le sens du nord-est au sud-ouest'
la partie nord-ouest, c’est la Russie (Europe), celle du
sud-est, c'est la steppe (Asie). La lutte incessante entre
ces deux parties est l'un des faits fondamentaux de
l'histoire russe. Ce phénomène séculaire de rélargis-
sement de la frontière sud-orientale ne se termina qu’à
l'époque de l’empire, lors de l'acquisition d’Azov par
la Russie, et par l'occupation des rivages de la nier
Noire sous la grande Catherine.
Si l’on jette maintenant un coup d'œil sur la carte
de l'Ukraine germanique, on verra que presque tout
l'espace de l'ancienne steppe asiatique, situé à l’ouest
du Don et jusqu'aux frontières de la Roumanie, a été
englobé par les créateurs de la paix de Brest-Litovsk,
dans les limites de l'Ukraine, et l’on est involontaire-
ment amené à supposer que cette steppe a été conquise
sur les lartares par les cosaques ukrainiens, quelle
n’a été colonisée que par les Petits-Russes, et que Ie
centre où fut conçue l’idée de rétablissement de la-
Russie sur les rives de la mer Noire, a été Kiev, — ap-
position erronée s’il en fût. Seul le coin nord-ouest
cet espace adjacent à la rive gauche du Dniéper (c’est-
a-dire le gouvernement de Poltava, les portions
— 113 —
sines du gouvernement de Tchernigov et la partie sud-
()liest de celui de Koursk) a été acquis pour ainsi dire
lu côté de Kiev; c’est cet espace qui aux xvie et xvii6
siècles a formé l’Ukraine de la Rive gauche (du Dnié-
») Tout le reste de la superficie a été réuni à la Rus-
sie par les efforts de Moscou et de St Pétersbourg (1).
Conquête de la steppe.
Râle de Moscou.
En 1239-1241, les Tartares de Batyï saccagèrent et
brûlèrent la terre de Souzdal et la Russie occidentale,
pénétrèrent en Lithuanie, où ils détruisirent Grodno,
(1) Nous prions aussi nos lecteurs de considérer la frontière
<xt i enta le de la Russie. Sur la partie septentrionale de cette
ion ieie, nous avons tracé en pointillé (sur le plan n. 2) une
qui contourne à l’occident Youriev et Grodno; elle fi-
puie <*• frontière russe vers l’an 1100. Youriev fut fondé par
( gland-duc de Kiev Jaroslav Ier en 1030 dans les terres de la
* >u 1 innoise des Esthes; en 1224 il fut pris par les Germains
b* ^* l 11 * * V^re teutonique et devint Dorpat. Grodno fut fondé (pro-
enient au xi® siècle) par les Russes, au milieu, si je ne me
1 °nipe, de la population lithuanienne; en 1270, la ville passa
sous la domination de la. Lithuanie. L’espace compris entre le
pointillé et la frontière du milieu du xine siècle, correspond à
a pression exercée durant ce temps sur la Russie par les Or-
11 < s tou tonique et livonien et par la IJthua.nie.
Au midi la ville de Lwow (fondée en 1241 par le prince-roi
,lniel de Galicie) et Kholm (fondée avant le xie siècle) .sont
,tl,ll’quees d’un cercle noir; elles ont été fondées par des Ru.v
V ,s’ on terre / us.se, parmi une population russif, faits qui d?p ai-
s,*nt a certains de mes amis polonais, sed mugis arnica i"> as-
8
- 114 —
mirent à feu et à sang toute la Russie 'méridionale 1
éprouvée déjà, envahirent la Pologne, la Silésie ]a
ravie, la Hongrie, battant toutes les années qu’ils ren
contraient, et dévastèrent la Transylvanie. Mais la
fortune sauva l'Europe occidentale: le grand khan vint
à mourir au fin fond de la Mongolie et Batyï rebroussa
chemin vers les steppes du Volga. Dans la steppe se
formèrent alors des Etats Mongols: la horde des No-
gaïs à l'ouest du Dniéper, la horde d’Or et d’autres,
dans les steppes du Don et du Volga.
La Russie, épuisée, était étendue sans forces, brisée,
décapitée, aux pieds du conquérant. La nature ne lui
avait accordé comme aide et comme rempart au midi,
ni montagnes, ni fleuves, ni même de la pierre, pour
se créer des forteresses. Les xme et xive siècles furent
des siècles de tristesse, d'appauvrissement physique et
intellectuel, mais au fond du peuple, des sources de
renaissance coulaient et le jour tant désiré arriva.
Le 8 septembre 1380, les forces réunies des princes
russes sous la conduite du grand-duc de Moscou, bat-
tirent dans la plaine de Koulikovo (dans le gouverne
ment actuel de Toula; les nombreuses hordes du kban
tartare Marnai. La bataille de Koulikovo marque Ie
point de virement du joug tartare: depuis ce
la balance desi .'forces pfënche du côté russe.
victoire est due a l’action de la Russie du nord T
sut, pendant les 150 ans écoulés depuis l’invasion t*r'
- 115 -
.,rP amasser des forces et les réunir autour de la
RH
jeune Moscou. Le sud de la Russie n’a pas pris part à
cette lutte, il était en puissance d’étrangers: Tarta-
res (1), Lithuaniens (2) et Polonais (3).
Cent ans plus tard, en 1480, le'grand-duc de Mos-
eou déchire un décret du khan tartare en présence de
e et
en 1363, le grand-
; en 1380 son fils
(1) En 1239 et 1240, les Tartares dévastèrent tout le sud
de la Russie: Péréïaslav, Tchernigov, Kiev, Kholm, Galiteh.
furent brûlés. Pendant un siècle et demi Kiev ne fut pas en
état de se remettre et végétait humblement; on ne sait même
pas s’il a eu des princes en propre; en 1363 il devint une proie
facile de La Lithuanie. Les principautés de Péréïaslav les par-
ties méridionales de celles de Tchernigov et de Koursk, restè-
rent dévastées et sous le joug tartare.
(2) A La suite de l’invasion tartare, comme pour remplacer
la Russie affaiblie, c
tête. Nous avons vu
XIVe
duc de Lithuanie
et successeur Jagailo marchait au
il arriva trop tard. ..
(3) Vers l’époque de la. bataille de ou i ’
saillie méridionale de la Russie se -, । Volvnie
de la. Pologne. l(a principauté unie de a
se remit vite de l'invasion tartaie <
prince-roi Daniel (1241-1264) une péi
Plie tend à décliner dans les cent ans qui
de la lignée galicienne ।
-U'ut— oui
plus liant son «sor W ]e gralld.
.,, Un territoire russe, fils
siècles, au detrinien ^ia Kæv; en .. niqis
Olgerd possédait JMajnalj mais
,3 l’extrême
'Vit êti-e’aux mains
trouvait
ffiO et eut a»’ k
? florissante; >"’,s
tmle i’extinction
SU”Xn de B-rik, la
, de® princes de to »£ Wn8 p„fewnU.
------------------- i la pression o . son m-
hitte entre princes et bo> aipo]ogne, miren identale de
la Hongrie, U Lithuanie et a J pîvrtie occ
•ises Par
dépendance. La- Gj,Hr S ‘du"reste de la
U Voivnio. la terre de h'£ é (en en 1387-
Pologne; la Lithuanie «W défin,tivemen
Volvnio. Cette distribution fut t
- 116
ses envoyés; par cet acte le joug tartare fut SMnpleinenl
déclaré aboli. En 1552, Jean le Terrible s’empare (lv
Kasan, en 1554 d’Astrakhan: les deux principaux Etat
mongols sont détruits et tout le Volga tombe aux niam<
des Russes. L’afflux des forces asiatiques du côté de
l’Orient paraît déjà cesser dès le xve siècle, mais l’Asie
avait trouvé une autre voie et s’avançait maintenant du
midi, par Constantinople. Les Turcs s’emparent des
anciennes colonies grecques et génoises des rives de
la mer Noire et d'Azov et en 1775 do la Crimée: les
Tartares de cette péninsule deviennent l’avant-garde
de la Turquie. La Crimée de cette époque fut un
nid de brigands: pendant tout le xvie siècle, d’année
en année, sa cavalerie pénètre, suivie des nomades de
toute la steppe, dans les parties limitrophes de la Rus-
sie, pille et brûle les villages, saisit les paisibles labou-
reurs occupés aux travaux des champs, enlève les
femmes et les enfants: Gaffa, la Théodosie actuelle,
devient le marché où l’on vend les femmes russes, po-
lonaises et lithuaniennes, aux pays riverains de la mei
Noire et de la Méditerranée.
Les rencontres annuelles entre Moscou et les Gu-
inéens prennent quelquefois les proportions de grand15
guerres. En 1556, un détachement moscovite descend
le Dniéper, bat dans son embouchure une troupe tuic0
tartare et prend la forteresse de Otchakov (1); en ffl59’
r (|Ue <‘<*tte troupe a construit des enibarcati(>llh ®
ære l siol, au centre même de P Ukraine de la Rive êaUC
— 117 —
farinée de Moscou passe par la même voie en pleine •
mer, envahit pour la première fois la Crimée et la sac-
cage. En 1571 et 1572 le khan de Crimée attaque Mos-
cou deux fois avec une armée de 120,000 hommes:
mais il n’importe pour nous que de signaler le progrès
continuel vers le midi dé la frontière moscovite.
Pour protéger ses frontières méridionales, l’Etat mos-
covite créé des lignes de défense. Vers 1500, la prin-
cipale ligne de ce système suivait la basse Okà, passait
à Riasan, tournait vers Toùla et se terminait près du
cours supérieur de l’Okà (où commençait déjà le terri-
toire lithuanien); dans sa partie la plus rapprochée de
'Moscou, cette ligne n’en était éloignée que de près
de 150 kilomètres, tellement était étroite encore l’en-
vergure de la faible Moscou. Mais 60 ans plus tard,
sous le règne de Jean le Terrible, une seconde ligne
est encore créée à 150 kilomètres au midi de la pre-
mière; elle passe par Orel. Enfin, à la fin du xvr siècle
on voit apparaître une 3e ligne bien plus au sud. elle
consiste en un groupe de villes fortifiées (1); les plus
(1) Voici les principales de ces villes, de 1 ou^ ®
Krùmy (haute Oka), Livny (fondée en 1586)
’Ui sud, Koursk (rétabli 1586), Oskôl et X oione^e _
1586). Encore plus au sud. Biélgorod (fondée en 1^)
loùïki (fondée en 1593). La fortification <e ^le]nent aUSsi
bas Volga, mentionnée dès 1589, se rapp<n • 1
a cette époque de constructions.
- 118 —
méridionales d’entre elles (Biélgorod et Valoùïki)
situées sur la limite sud des gouvernements actuels^
Koursk et de Voronège, de sorte que vers 1600 la
de défense de Moscou s’est avancée presque jusqu’.',
toucher les lieux où commençaient les territoires des
Tartares nomades (1). Cette création de villes nouvelles
et la fortification de celles qui existaient déjà, conti-
nuent au xvnie siècle. Vers le milieu de celui-ci, encore
avant son union avec la Petite-Russie (1654), Moscou
possède Khàrkov et d'autres villes plus méridiona-
les (2).
C’est le long du fleuve Don, cpie le pouvoir de l’Etat
moscovite pénétra le plus loin au sud. Ici, les cosaques
du Don, en 1637, prirent aux Turcs Azov. Les cosa-
ques du Don ne perdaient jamais les rapports avec
Moscou; reconnaissant leur impuissance à conserver
leurs conquêtes sur la forte Turquie, ils prièrent le
(1) Nous avons indiqué ici les lignes fondamentales des sys-
tèmes; mais devant chacune d’elle; s’étendaient des litgnes
<1 abatis, de fossés et de blockhaus, et les postes de vedettes
s’avançaient encore de 100 à 150 kilomètres plus en avant.
Pc cette façon, la domination de Moscou s’étendait de fa-it
bien plus au sud et dépassait a chacune de c«» époques la hgD<
fondamentale.
(2) Ainsi Vaiki, près Kharkov, est mentionnée comme dH
moscovite en 1042; Koupiar.sk a 60 Km. au midi de Valoir’
c-'t mentionnée de même dès la moitié du xvu" siècle; k’0'1 2’’*
K,u c bonetjj, à cent kilomètres au sud-est de Khaik°'
ou au xvr Siècle il n’y avait qu’un poste-vedette de
transformée en forteresse on 1681.
— 119 —
tzar de Moscou de prendre la ville sous sa haute
protection, Le tzar Michel Fédorovitch convoqua ad
/l(,r le Zémsky-Sobor (assemblée nationale, 1642). Le
Sobôr se déclare prêt à accomplir la volonté du tzar,
niais il attira son attention sur létal intérieur précaire
du pays et le tzar ne se décida pas à risquer une guerre
avec la Turquie; les cosaques s’offensèrent et abandon-
nèrent la ville, et ce n’est que Pierre le Grand qui la
reprit (1696) avec l’aide de la flottille d’Azov, créée par
lui; et en 1736 seulement Azov, pris encore une fois
par les troupes russes, fut incorporé pour toujours à
la Russie.
Sur le plan N. 2 marquez un point sur la rivière de
Séïm à 150 km. de Koursk en en descendant le cours;
tracez de là un arc de cercle qui. contournant Kharkov,
passe à 50 kilomètres à l’occident de celle-ci; tracez
ensuite une ligne au sud-est, jusqu’au haut bassin
hou il 1er du Donetz. et puis à l’est, vers le Don; descen-
dez enfin le Don. Tout ce qui restera au nord de la
ligne ainsi tracée forme l'espace conquis par Moscou
sur la « steppe » : ce sont là les acquisitions que la
Russie moscovite a laissées au sud en héritage a 1 Em-
pire de Russie (1721).
Moscou ne fut pas de force à acquérir la rive de
la- mer Noire et cela se comprend, car à côté de cette
lutte ininterrompue contre la «steppe» asiatique,
Kussie moscovite est contrainte de mener ~ur le
- 120 —
européen la lourde lutte contre ses puissants voisins
— contre la Suède et la Livonie pour les rives de ।
Baltique, contre la Lithuanie et la Pologne pour ia
Russie occidentale subjuguée. Dans les 103 années de
1492 à 1595 il y a eu 3 guerres avec la Suède et 7 guer
res avec la Lithuanie, la Pologne et la Livonie; ce»
guerres n’ont pas duré moins de 50 années: donc,
en chiffres ronds nous avons guerroyé à l’occident un
an et nous sommes reposés un an (1).
Pour résister à cette lutte pour la vie, il a fallu une
tension extraordinaire des forces de la nation, il a fallu
subordonner les intérêts et les droits particuliers à la
toute-puissance de l’Etat et créer l’autocratie moscovite
si rude, mais salutaire et indispensable pour l’époque.
Il n’y a guère un autre Etat dont la croissance ait été
le fruit d’une plus lourde lutte séculaire internationale
que celle de l’Etat moscovite.
Voyons maintenant ce qu’a fait la Russie occiden-
tale pour la pénétration des steppes tartares.
Le rôle de V Ukraine de la Rive Gauche.
« Kiev renaissant après la dévastation tartare
trouva ii être plus qu’une petite ville-frontière de ly
steppe dans un Etat étranger» (2) (Lithuanie). La Pnr1'
Cours d’IIistoire russe, t. II, P- 268'
G) Ibid., tome 1, p. 417.
- 121 -
cipauté de Péréïaslav qui jadis le couvrait à l’ouest,
avait cessé d’exister après l’invasion tartare: la partie
méridionale de la principauté de Tchernigov était dé-
serte aussi. Les noms des antiques villes situées sur le
Dniéper et la Soulà, disparaissent pour plusieurs siè-
cles des.pages des chroniques et dès la fin du xne siècle
une forêt recouvre la place où s’éleva jadis la ville de
Kou rsk.
La Russie occidentale et méridionale supportait ai
sèment la domination lithuanienne. Nous avons déjà
vu que le pouvoir lithuanien ne dérangeait guère la
vie du peuple dans les principautés russes soumises à
la Lithuanie; elle continuait à être russe de formes
comme de coutumes dans la terre do Kiev et seule la
politique était dirigée par Vilna.
Sous la protection de la force de l’Etat lithuanien et
des succès de Moscou dans sa lutte avec la steppe, la
population russe commence à retourner au delà du
Dniéper et à repeupler lentement entre le Dniéper, le
Séïm et la Vôrskla, les terres abandonnées par elle dans
les années d’épreuve (1). A partir de l’an 1430 on trouvé
(1) Ce triangle entre le Dniéper, le Séïm et la X _
'orme le territoire véritable de l’Ukraine de la 1U'< '
XVI« 6t xvn® siècles. Sur la rive droite, le nom d’Ukrame n est
justement appliqué qu’aux terres de l’ancienne pr
de Kiev et à la bande de terres adjacent au md> (JaJ»
s® trouvent les villes de Brazlaw et de enigor ’
dent, c’étaient déjà la Volynie et la Podol.e. Kegardez
122 —
dans les documents le nom de la ville de Poltâva si
tuée sur la Vorskla. Mais les Tartares de Crimée
encore puissants et en 1482 leur khan Mengli-Gui^.. !
* 1
carte, par exemple, jointe à l’article «Russie» de l’encydo-
p’édie italienne de Vallardi et vous constaterez que du nom
Les vraies dimensions du territoire
auquel on donnait le nom d’Ukraine au XVIFs.
ompaic.es a^ec 1 Ukraine Germanique d’aujourd’hui-
peu ann* Y* placée sur la rive droite (
I nord-ouest de Kiev), que les six autres lettres pa^
?nt
— 123 -
dévaste toute l'Ukraine de la Rive gauehe
qu’au commencement du xvr siècle que les incursions
des Criméens diminuent d intensité; la vie devient pins
sûre dans le pays: les familles des fugitifs, parties
devant l’invasion de Mengli-Guirèï, rentrent du nord;
à leur rencontre vient de la steppe la colonisation par-
les peuples touraniens qui changent leur genre de vie
nomade dans la steppe pour s’établir à demeure dans
l’Ukraine; d’au delà du Dniester viennent les Valaques.
Et cependant au temps de la domination lithuanienne
à la rive gauche, et que le dernier a est placé un peu au
nord-est de Poltàva. On trouvera la même disposition de cette
inscription dans tout atlas sérieux contemporain et c’est par-
faitement juste, car La. région à laquelle aux xvie et xvne siè-
cles on donnait le nom d’Ukraine (à l’époque où aurait soi-
disant existé un Etat ukrainien) comprenait justement les su-
perficies correspondantes. 11 existe, il est vrai, la carte de l'an
1650 sur laquelle les frontières de l’Ukraine s’étendent bien
plus au sud (voyez le rectangle pointillé du croquis) jusqu’à
celles mêmes de l’Empire Ottoman, qui possédait alors les
rives de la mer Noire. Mais cette carte est évidemment la
résultante des victoires de Bogdan Chmelnitzky on 1648, quand
d’indépendance et réelle-
remts d'un Etat. Cet état de choses
- seulement, jusqu’en 1654.
que toute la portion méridionale du
i fond non pas une partie
aurait appelé de nos jours sa
1 Ukraine eut acquis son /iwxiwuin
ment reçu les germes appa
ne dura pas longtemps — six ans
Uette même carte montre <
territoire était un désert: c’était au
de l’Ukraine mais ce qu’on ।
« sphère d’influence ».
E’applfcation du nom d’Ukraine a
prenant à l’ouest la Galicie et au -
pautés de Pinsk et de Toùrov, comme
u est pas autre chose qu’une nu _
\ d’autres territoires coin-
nord les anciennes prmci-
. le fait M. Hrouszewski,
égalomanie rétrospective.
— 124 —
le repeuplement du pays a progressé si lentement qUe
la ligne de défense, lithuanienne la plus 'méridionulv
coupait le Dniéper près de Tcherkâssy, au nord de
l’embouchure de la Soulà, sans même couvrir les pays
riverains de cette rivière (1). Comme conclusion géné-
rale, on peut admettre qu'au milieu du xvie siècle la
Russie de Kiev — l’Ukraine de l’Etat lithuanien _
avait atteint ces mêmes limites qui furent jadis celles
de la Russie de Kiev indépendante à l'époque où elle
florissait sous laroslav le Sage (1019 à 1054). L’U-
kraine n’a fait aucune autre acquisition territoriale:
les Petits-Russes qui s’en allaient plus à l’est, arri-
vaient déjà sur le territoire moscovite et non pas en
conquérants, mais en fugitifs qui fuyaient la domi-
nation polonaise pour chercher le repos sous les ailes
de l’aigle moscovite (2).
L’avance de la population dans la steppe et les in-
cursions des Criméens créèrent au xvr siècle, dans
des buts défensifs, les cosaques petit-russiens (ukrai-
et s’infléchissait vers
î passait par Jitomii
première, ligne était située
et compren..
qui est chronologiquement la troisième, P<»r'
Bielaia-1 zerkov et Tchcrkàssy
deuxième ligne lithuanienne
(sur la basse Désnà). La
D i z . z l'• vjiij h;j t: jj
ol«ie, dan» |a vallée, de la PHpet, Bv W1
aux forte de Gvroutch, Mozir et Lioùbétch. '
PetiRl/"SI premiers habitants de Khàrkov
etate-Hu^ VWU8 de u r.vc dro.t)i <iu Dttiépw
tait de Vînnitza sur le haut Boug Méridional, passait par la
............ le nord. U
-, Kiev et Ostei
___। dans 1(’
ait les cha-
furent <1«
- 125 —
niens). Dos le xvi siècle les cosaques commencent eux-
niêines à attaquer les Tartares; mais cette lutte n’amena
à sa suite aucune acquisition de territoires à l’est de
la Vôrskla; dès la seconde moitié du xvie siècle, l’at-
tention principale des cosaques est attirée d’un tout
autre côté.
Nous avons vu que dès l’année 1569, après l'union
complète de la Pologne et de la Lithuanie, ou plus
exactement, après que l’Etat polonais eût absorbé la
Lithuanie, la Pologne devint l’héritière de toutes les
terres lithuaniennes. Le territoire de Kiev n’échappa
point au sort commun : depuis cette année et jusqu’en
1654, durant 85 ans, l’Ukraine de la Rive gauche tom-
be sous la domination polonaise.
Après 1569, le repeuplement de l’Ukraine prend
l’aspect d’une colonisation préméditée; on distribue
d'énormes espaces aux magnats polonais, qui les peu-
plent d’émigrants venant des régions plus occidentales
de l’ancienne Russie. D’abord on colonise la rive droite,
à.la fin du xvie siècle on passe à la rive gauche, mai>
on ne pénètre pas profondément au cœur de la steppe.
Le roi Etienne Bathory fonde la ville de Bathoùrine
(1575); elle est située à l'ouest de la ligne de la Soûl ,
dès le xvie siècle la famille polonaise des piinces
nowiœki à laquelle appartenait presque tout le gou
vernement actuel de Poltàva prend des mesure p
lo repeuplement des rives de la Soûla,. |.æ g0UVA
ment polonais ne se préoccupé pas de voir cette ™
1 • J 1 .
irisation pénétrer plus au loin dans la steppe,
s’efforce au contraire de contenir cette pénétration (]('
la population petite-russe. Car le repeuplement est étroi
tement lié à la lutte contre les Crimée n.s et les incur
sions des cosaques ne provoquent pas seulement les
représailles des Tartares, mais amènent à leur suite
des menaces du côté de la Porte Ottomane; ce sont les
cosaques ukrainiens qui font le mal — « du grabuge » —
mais c’est le roi de Pologne qui en est responsable. De
là la tendance continuelle du gouvernement à restrein
dre le nombre des cosaques petits-russes.
L'influence, puis la domination polonaise, n’étaient
pas de celles qu'on supporte aisément. L’introduction
du système des classes d’abord, la distribution des
terres à la chliàkhla polonaise, l’introduction du ser-
vage, la limitation du nombre des cosaques, et la con-
version de tous les surnuméraires en serfs — provoque
1 animosité des cosaques. Une série de révoltes com-
mence depuis la fin du xvr siècle. Les relations sont
envenimées par des dissensions religieuses. Le grand
défaut intellectuel de la Russie et de tous les Etats
slaves la confusion de l’élément national avec 1 élé-
ment religieux — est profondément enracinée même
dans la Pologne catholique; pour la Pologne, répand^
le catholicisme, veut dire poloniser, et vice-versa — (lul
- 12? -
n’est pas bon catholique, et utin avec cela, n’est pas
bon polonais. La coïncidence des animosités nationales,
de classes, et de religion, rend la lutte extrêmement
opiniâtre; elle se prolonge — persistante, dure — pres-
qu’uii siècle entier. Impérialisme (pour parler le lan
gage 'moderne) diu coté de la Pologne; lutte pour la
liberté démocratique du côté des cosaques; des deux
côtés — victoires et défaites, intolérance et cruautés.
Par moments les opérations militaires heureuses des
cosaques se portent sur la. rive droite, mais ceux-ci ne
sont pas de force à obtenir l’autonomie. Même quand
sous Bogdan Ghmelnitzky la révolte prend le caractère
d’un mouvement national général et entraîne en 1648
toute la population petite-russienne, son succès, mal-
gré toute une série de victoires au début, n’aboutit pas
au but final. Mais c’est alors du côté de la Russie mos-
covite que le secours vient aux frères opprimés, et
en 1654 l’Ukraine de la Rive gauche reconnaît de son
plein gré le pouvoir du tzar et se libère ainsi du joug
é t ra n ge r tri- ce n te n a i re.
Absorbés par leurs luttes pour 1 indépendance, les
cosaques petits-russes se sont vus réduits à recourir
souvent au secours des Tartares de Crimée contre
Polonais et ils ne pouvaient naturellement songei à de.,
acquisitions territoriales dans la steppe.
L'Ukraine de la llive Droite.
Passons à la rive droite du Dnieper. Nous pourrn,
être brefs: ici il n'y a heu de parler d'aucune eX'pail
sion spontanée des Petits-Russes vers le midi, i/p
krame de la Rive droite n'est qu'une province p0.
lonaise. et suivre les changements de sa frontière équi-
vaudrait à exposer la marche ascendante et descendant
de l'Etat Polonais, selon les succès ou les revers des
armes polonaises. Aux w* xviT siècles la. Pologne par-
tage avec la Russe l’honneur de défendre l’Europe
contre l'Asie. La Bukovine, la Moldavie, la Podolie,
la Volynie, et en partie U kraine deviennent le théâ-
tre constant de guerres entre Polonais et Turcs. Ne
•
nous engageons pas dans ce labyrinthe de guerres et
de traités de paix: cela ne ferait qu'allonger inutile-
ment notre récit. Aux époques de succès, les troupes
polonaises s'approchaient de la mer Noire (par exemple
en 1497 les Polonais firent une expédition contre-la ville
d'Akkermann), et les troupes turques parvenaient jus-
qu’à Sandomir, Cracovie (1498) et Lwov (1672). Mais
c’est toujours la Turquie qui possède les steppes rive
raines. Depuis la fin du XVe siècle, c’est elle encore qui
s empare de la Moldavie et de la Bessarabie actuel-
les (1), de sorte que même la partie occidentale e
(l) La ville de Khot’.n, située tout au nord de La Bessaialu >
était aux xvie et xvn° siècles une forteresse turque avec u
garnison ottomane permanente.
— 129 —
la «stoppe» est solidement tenue p6r les Asiati.
ÇfllOS. , • , .«M
Sous la protection du pouvoir lithuanien et polo-
nals, l'Ukraine étendit sa frontière au midi de la ri-
vière Ross à 150 kilomètres environ le long du Boug et
à 50, le long du Dniéper (1).
Domine nous l’avons vu déjà, l’Ukraine de la Rive
droite a pris part aux soulèvements des cosaques de
la Rive gauche, mais en vain; et Moscou ne fut pas de
force à délivrer toute la Petite-Russie. Sur la droite,
seul Kiev et ses environs passèrent à Moscou (1667),
tout le reste de 1'1 kraine de la Rive droite reste aux
mains des Polonais; ses destinées varient selon la mar-
che des guerres entre la Turquie, la Pologne et Mos-
cou. En 1665 Vhetman de l'Ukraine de la Rive droite,
Dorochénko, se soumet aux Turcs; en 1667, il recon-
naît de nouveau la Pologne; le traité de paix de 1672
oblige la Pologne à céder 1T kraine de la Rive droite
et la Podolie à la Turquie, et Dorochénko y est reconnu
vassal du sultan; en 1675, Jean Sobîeski s empare de
nouveau de la Podolie et de l’Ukraine; la paix de 1676
laisse 1 3 de cette dernière aux cosaques sous le pro-
tectorat turc, le reste en est de nouveau soumis à la
(1) Ce territoire nouveau forma le 1 eïei ochti o de‘
K dénomination d’« Ukraine », toujours comme n
s.v étendait aussi.
9
130 —
Pologne. Moscou n’oublie pas H.kraine: par le |.r
<ie paix entre la Turquie et Moscou en 1681, VUkra^
de la Rive droite est reconnue pour neutre. c’esUà^
en quelque sorte indépendante, niais deux ans p]^
tard la Pologne se la soumet à nouveau rx)Ur pJ
de cent ans encore. Et ce n’est que le 2e partage de |4
Pologne (1793) qui a délivré cette partie de la Tei*
russe de la domination étrangère.
Les Zaporogues.
Nous avons suivi les variations de la frontière sep-
tentrionale de la steppe jusqu'au milieu du xvir siè-
cle, c’est-à-dire jusqu’à l’époque de la réunion de la
Petite-Russie à l’Etat Moscovite. Cette frontière com-
mençait au Dniester, à deux cents kilomètres envi-
ron de la mer, coupait le Boug Méridional à la même
distance de son embouchure, et atteignait le Dniéper
au-dessus de l’embouchure de la Vorskla; sur la nv?
gauche du Dniéper, elle s'infléchissait en arc vers k
nord, redescendait au sud de Kharkov et se dirigeai
ensuite vers le bas-Don. Ethnographiquement, cétait
la frontière du peuple russe, politiquement —- 11101
lié occidentale formait la frontière du royaume de
logne, l'orientale - celle de l'Etat Moscovite.
A 100-200 kilomètres au midi, parallèlement à
ligne, s étendait, du Boug au Don, la frontière des
131 -
gsiatiques: du bas-Boug au bas-Dniéper, allait celle .le
l’Empire Ottoman, du bas-Dniéper au bas-Don. celle du
khanat de Crimée (1).
Entre ces deux frontières parallèles, une large ré-
gion de la steppe restait presque inhabitée, une sorte
de res nuUius. Ici vaguaient les restes négligeables
des peuplades nomades tourarronnes qui jadis nou>
avaient été si dangereuses. Ils paraissaient toujours ne
pas pouvoir se décider à rejoindre ni l’un ni l'autre
des Etats voisins, et préféraient vagalxjnder librement
dans la -teppe seini déserte. A l’ouest, celle région était
limitée, le long du Boug, par l’empire Ottoman, à l’est
— par les terres des cosaques du Don.
La partie du cours du ba>- Dniéper où celui-ci po-
lie lékalérinoslav tou nie brusquement vers le sud » t
coule dans cette direction sur un parcours de cent kilo
mètres environ, se trouve placée juste au centre de
l’espace neutre sus-mentionné. Sur ce parcours de cent
kilomètres se trouvent les rapides pvrôgui} du Dniéper
et, plus en aval, là où son cours reprend la direction
sud-ouest, sont situées plusieurs îles, cachées <ian?> d—
roseaux; a cette époque elles étaient boisées. C était un
excellent point pour observer la steppe, pour pré un r
(1) Sur la partie entre le Dniester <4 k J jcj
llér<*s |M>lonaise et turque coïncidaient. - «>«»»
^turellement les frontière que d’une manière approx.m*
deti que pour en donner une idée généra
— 132 —
le pays des incursions tartares et, dès la fin du xv® S^C|
les cosaques petit s-russes y entretiennent un poste d'o)3
servation. Ici - c'est la chasse, la pèche, et Fon y
libre: aucun pouvoir établi, ni propriétaires, nj
ni tribunaux. C'est ici que se réfugient tous ceux qüj
ne peuvent s'accommoder aux lourdes conditions lé-
gales et économiques de la vie d’Etat d’alors, et ceux
qui n'ont pas «réussi», les intrépides aventuriers. An
dernier quart du xvie s., il y a déjà un poste stable dans
une de ces îles, et en été il s’y rassemble des forces plus
considérables de cosaques dans le but d’exécuter des
incursions en Crimée et en Turquie. Après que l’U-
kraine eût passé sous la domination polonaise, le nom-
bre des fuyards en Zaporoguie augmente rapidement.
Il s’y forme une association cosaque indépendante, qui
ne reconnaît aucune autorité polonaise. Elle prend les
formes d'une commune républicaine originale et repré-
sente comme une protestation contre les nouvelles ins-
titutions — contre le servage et les mesures qui ten-
daient à empêcher le développement libre des cosaques
— et devient en même temps un instrument de lutte
contre les Turco-Tartares. Abstenons-nous d’exposer la
constitution de cette étrange république, les P^115
droits de « citoyen » de laquelle pouvait acquérir tout
célibataire de quelconque nationalité (1), pourvu qu’
(1) U plupart des Zaporogues étaient des Petits-R^'
— 133 -
qfit réciter le Credo orthodoxe; ce qui nous intéresse,
c’est uniquement le rôle des Zaporogues dans la con-
quête de la steppe:
Egalement intrépides à cheval comme en bateau, les
cosaques de la fin du xvie siècle font des incursions sur
les rivages turcs de la mer Noire; s’emparent d’Otcha-
kôv (1585), attaquent Varna (1605) où ils détruisent la
flottille turque; en 1613 ils prennent Sinope, en 1616
Trébizonde. où ils battent encore une fois la flottille
ottomane; en 1607, ils descendent tout à coup sur Otcha-
kov et Pérékop; en 1612, sur Kaffa (Théodosie). Mais
ce ne sont que des incursions : ils arrivent en coup de
vent, pillent, délivrent des prisonniers, incendient et
disparaissent. Ils sont impuissants à s’établir tant soit
peu à demeure dans les lieux où s’est exercée leur in-
trépidité, et cela est compréhensible — ils ne sont
qu'une poignée de braves. En 1594, ils ne sont que
1.300 et, plus tard, durant toute leur histoire, ces Zapo-
rogues ne seront jamais plus de 13.000. N’exagérons
pas non plus leur importance morale dans le sens de
la lutte contre les forces asiatiques: ils sont tantôt les
ennemis des Tartares de Crimée, tantôt leurs alliés
contre les Polonais.
C’est toujours dans le but d’éviter des complications
avec la Crimée et la Turquie que le gouvernement po
lonais prend une série de mesures (1er quart du xviie
siècle) afin d’empêcher les gens de s en aller chez
- 134 —
les Zaporogues. Il construit sur le Dniéper en ani
des rapides, la forteresse de Kodak pour couper ies
Zaporogues d’avec les autres cosaques (1635) et ie
empêcher de déboucher dans la mer Noire; mais K
dàk est pris et détruit la même année. La Pologne est
impuissante à maîtriser les Zaporogues: ils sont beau
coup trop loin. En aval des rapides nous voyons se
produire le même phénomène que nous avons déjà
noté dans le développement des cosaques ukrainiens-
à mesure qu'augmente la domination polonaise, la lutte
contre la steppe faiblit et toutes les forces des cosaques
se retournent contre les Polonais. Les Zaporogues pren-
nent part à toutes les révoltes contre la Pologne; c’est
dans leur île que se forme le foyer moral de cette
lutte. C’est ici que sont couvés et organisés, dans la
période entre 1625-1650, les soulèvements des cosaques
petits-russiens. En 1654, les Zaporogues reconnais-
sent à l’égal de toute la Petite-Russie l’autorité du
tzar de Moscou. C’est alors que cette partie de la-
steppe, où les Zaporogues étaient les maîtres effectifs,
grâce à leurs incursions, passe sous la domination
moscovite; c’est cette région qui, élargie par les victoi
ics de 1 Empire jusqu'aux rives de la mer Noire, 3
formé au xvni' siècle ce qu’on appelle la Nouvelle
Russie.
La Nouvelle-Russie.
La partie orientale de la steppe reste presqu’inha-
bitée encore durant cent ans environ après qu’elle
fût passée sous l’autorité de Moscou. Les états limi-
trophes ne se décidaient pas à peupler leurs « mar-
ches », de crainte que les voisins ne colonisent aussi les
leurs; ainsi le traité russo-turc de 1681 stipule que
l’espace entre le Boug Méridional et le Dniéper doit
rester désert durant vingt ans. Au milieu du xvne siècle
on y voit surgir les premiers villages de cosaques petits-
russes et de fugitifs issus des autres parties de la
Russie; la charrue retourne pour la première fois la
lourde terre vierge de la steppe. Le gouvernement de
SI. Péter sbourg y admet facilement tous ceux qui le
désirent : d’Autriche il y vient des colons serbes, des
Bulgares, des Valaques et d’autres encore. On com-
mence à organiser administrativement la région (11.
Sous Catherine II, on y donne des terres à des colons
allemands, on y voit paraître des gens de la Grande-
Russie, il y vient nombre de raskolniks (dissidents).
(1) La partie occidentale, du Boug Méridional au Dmej
reçoit (vers 1750) le nom de Nouvelle Serbie; celle d orien
du Dniéper aux cosaques du Don — celui de S missie-
J"64, la région s’appelle gouvernement de la i ouvt ( CTaUver-
à mesure qu’elle augmente, on y crée de nouveai g
moments.
— 136 —
Le gouvernement se préoccupe de bâtir des vilies
celles-ci sont à l’origine des forteresses de défense con
tre les frontières turques et criméennes. Actuellement
le pour-cent des Petits-Russes dans la population
de certains districts de la Nouvelle-Russie est très
considérable, mais il ne faut pas croire que les villes
aient surgi du milieu de ce peuple : elles furent fon-
dées dans un demi-désert. En 1760, la population de
cette région s'élevait à 26,000 hommes (sic), en 1768 -
à 52,000; en 1787, lorsque Catherine II la visita, il
y en avait plus de 700,000. Le gouvernement distri-
buait les terres à des officiers, des soldats, des pro-
priétaires fonciers: certains seigneurs furent dotés de
cent mille hectares; les propriétaires transportent
dans ces terres nouvelles « leurs » paysans de leurs
autres propriétés, c'est-à-dire de tous les coins et re-
coins de la Russie. L’expansion des frontières de cette
région jusqu’à la mer a été la suite des brillantes guer-
res russo-turques du règne de Catherine. En 1770 nos
troupes prennent Akkermann (2), en 1784 la Crimée,
en 1788, Otchakov; en 1789, elles occupèrent la locah^
(1) Citons les années de fondation do quelque** villes-
J pays: lékatérinoslav et Kherson «ont ff
1779, Niko**,
fort
la R'1'*’*
térieur du
i?81,7^liSabet!lgIa4 en 1754> Pavlograd
le littoral: Odessa en 1794, Sébastopol en
«X".17"’ Rostov s>1 * * *'- *><"' ™ 1761. ' '
w “Vait été fondé ™ 1731-
en 1806 Urnann a ®té définitivement annexé
a
EXPLICATION DU SCHEMA N. 2
La partie retouchée du croquis marque la région
occupée par le peuple russe vers la moitié du XIIIe
siècle.
Pour la direction de la frontière sud-est voir
pages 110-112. Au delà de cette frontière habitaient
des peuples asiatiques nomades, qui étaient dans
le courant des Xe, XIe et XIIe siècles en état de
guerre permanent avec la Russie méridionale. Ces
luttes constantes épuisèrent la Russie du Dniéper,
en firent une proie facile à l’invasion tartare du
XIIIe siècle et furent cause ainsi de son dépeuple-
ment qui dura plus de deux cents ans.
Vers la moitié du XIIIe siècle la frontière ethno-
graphique de l’ouest correspondait à peu près à la
frontière politique des principautés russes La ligne
pointillée passant près de Youriev et de Vilna
indique la limite que la domination russe at-
teignit vers l’année 1100. (v. page 113, note).
L’extrémité sud-ouest de la zone où habitait
le peuple lusse embrasse la Russie des Carpathes,
celle du pays de Cholm et celle de la Galicie;
Lwov (Leopoli), Galitch et Cholm étaient des villes
russes depuis leur fondation.
La partie marquée en noir sur la rivière Donetz
indique l'emplacement de la région houillère.
Per. signifie Péréïaslav.
L’échelle est en kilomètres.
«UOO
u rom
Voronez
Kharnov
S/Ash-afihari
Russie à L’époque de l’invasion des tartares
p.g.V.w/.
•• • y.* C. <s
SCHEMA N
(Moitié du XIIIe s.).
ÿ&Xôg-XJ-X.
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AvX‘X*X -% - X<’X< ZZ.'l.’Zv? ML 7
Villes, fondées au>c époques postérieures ' q d’autres origines.
137 —
où s’élève actuellement Odessa. Ce même règne voit
naître la flotte de la mer Noire et en 1784 le prince
potemkine, lieutenant tout puissant du midi, présente
à l'impératrice dans la rade de Sébastopol 15 grands
et 20 petits navires de guerre. Les limites de la Russie
continuent à s’étendre encore au détriment de la
Turquie dans les règnes suivants: en 1812 la Bessa-
rabie est annexée, 'foute la vie du sud, que ce soit la
création de chantiers à Kherson, ou la fondation et le
développement d’Odessa, l’exploitation de la houille du
Donetz (1849), la construction de voies ferrées, la créa-
tion d’une flotte de commerce — est le fruit du travail
commun de tout J’Empire russe.
Ni l’ancienne Russie pré-tartare de Kiev, ni Mos-
cou ou l’Ukraine — parties de la Russie démembrées
par l’effort étranger — ni la Pologne, ni la Lithuanie,
n’avaient été de force à expulser de la steppe méri-
dionale la domination asiatique et à s’établir sur la
mer Noire. Seul l’Empire, c’est-à-dire tout l’ensemble
du monde russe, a été assez puissant pour s’emparer
du midi de la plaine russe. L’intoxication révolution-
naire passera, et ce midi appartiendra de nouveau à
son souverain unique et national — le peuple russe uni.
Nous aurions pu clore ici ce chapitre. Mais les
faits historiques cités par nous, nous donnent la possi-
bilité — d’une manière inattendue pour nous-mêmes
— de répondre à la question: l'Ukraine a-t-elle jama^
- 138 —
été indépendante? La propagande ukrainophile afft
me (et certains journaux le répètent après elle) que pp
kraine fut un Etat indépendant (Etat Cosaque) dans les
xvie et XVIIe siècles.
Nous avons vu que durant ces siècles FUkraine
n était qu’une partie de l’Etat polonais. Le pouvoir
d'Etat polonais disposait des territoires de l’Ukraine et
en cédait des parties à ses ennemis; il y bâtissait des
villes, introduisait dans le pays les lois polonaises
et le droit de Magdebourg dans les villes; c'est lui
encore qui fixe le nombre des cosaques: 60.000 hom-
mes en 1575, 6000 en 1627. 1200 (!) en 1638; il intro-
duit le servage et y soumet même une partie des co-
saques: la liberté de conscience octroyée à la population
petite-russe est telle que le métropolite orthodoxe de
Kiev prie (en 1625) le tzar de Moscou de prendre l'U-
kraine sous sa souveraineté et que les propriétaires po-
lonais afferment leurs terres à des juifs avec droit d<J
patronage sur les églises orthodoxes; les hetmans
laits prisonniers sont considérés comme rebelles et
* sont en cette qualité, soumis à Varsovie à des supplia
en place publique, parfois fort cruels (1). Les LJkrai-
niens de 1 époque ne se considéraient pas comme libres
et, durant tout un siècle, ils ont avec ténacité sacrifié
lems vies dans le vain espoir de secouer le joug étran-
dima et 1 avlioùk, par exemple, au XVIIe siècle.
— 139 -
ger. Si le parti ukrainophile appelle «Etat» un pays
qui se trouvait dans une situation semblable et le consi-
dère comme indépendant, il ne nous reste plus qu’à sup-
poser que pour ce parti-là les mots de « Etat, Liberté
et Indépendance » ont un autre sens que dans la lan-
gue française.
C’est en vain que l’on chercherait dans l'histoire de
la Russie ou de sa partie- petite-russienne, des fonde-
ments pour les aspirations territoriales ukrainiennes ou
pour la constitution de l’Ukraine en un Etat indépen-
dant. Ouvrez plutôt les mémoires de Bismarck. Il vous
dira comment les libéraux allemands ont. après 1848,
élaboré le plan de détacher de la Russie sa partie méri-
dionale. Jetez les yeux sur la carte schématique que
nous trouvions dans les sacs des soldats allemands déjà
en 1914: on v voit la Russie démembrée, une petite
V
Pologne, et une grande Ukraine. Contemplez aussi une
carte quelconque des plans pangemianistes, celle par
exemple qui est jointe au livret du ministre des af-
faires Etrangères tchécoslovaque M. Benesc (1): on
y voit clairement combien, pour la sécurité du grand
projet de Bagdad, il est important de créer une Ukrai-
ne indépendante... et reconnaissante.
L’immuable (livide et impera allemand, voilà où
gît le germe du séparatisme ukrainien. L^t il <oan
geux pour les Alliés de faire le jeu de 1 Alleinag
•Ol>tro PA.u^-0-U^heria, Roma, 191 o
(1) La Hue ni la <
— 140 —
CHAPITRE V. *
CULTURE « BUSSE EN GÉNÉRAL »,
F AS UKRAINIENNE.
«
Dans son désir de convaincre tout le monde que de
tout temps, presque depuis Hérodote, il y a eu un
peuple ukrainien particulier, la propagande ukrai-
nienne ne recule devant rien: puisqu'il y a un peuple
particulier, il doit- y avoir, évidemment, une culture
spéciale. Et voici que l’année passée a vu paraître un
certain nombre de brochures anonymes pour appren-
dre aux lecteurs surpris que la cathédrale de Ste So-
phie de l’époque d’Iaroslav, à Kiev, a été l’origine d’une
architecture ukrainienne particulière. A l’étranger on
fit des conférences sur l’art ukrainien et le public, peu
versé dans la vie russe, écoute en toute confiance les
affirmations les plus extravagantes de conférenciers
peu scrupuleux. A les en croire, le peintre moderne
Riépine serait un représentant marquant de « la peifi'
turc ukrainienne», probablement parce qu’il a peint
un tableau de la vie des Zaporogues. Il paraîtrait que
le win siècle fut à St Pétersbourg une époque floris-
sante de 1 « école ukrainienne ». Un magnifique tcm-
ple des dits fut créé alors dans la jeune capitale sur
— 141 —
l’ordre de la cour Impériale. Encouragés par notre
aptitude à pénétier dans les domaines de l’esprit étran-
ger, les dieux de 1 Olxmpe obéissants descendirent sur
les froids iixages de la Néva et leurs images furent
immortalisées sur les toiles des élèves de lacadémie
des beaux-arts; les héros de l’antique Rome, sortis des
pages de Racine, y apparurent sévères et graves; les
grands seigneurs de l'époque de Catherine II y furent
représentés pour leurs descendants en habits brodés
et sur des fonds de somptueuses tapisseries et les « jeu-
nes filles nobles » de l'institut de Smolny faisaient —
extra raffinées — de gracieuses révérences dans leurs
robes à cerceaux évoquant le souvenir de Versailles. Et
voici qu’on veut nous assurer maintenant qu il y a
eu dans cette académie des représentants de « 1 art
ukrainien », pour cette seule raison que les parents
de quelques-uns des enfants qui y furent admis, étaient
originaires de la Petite-Russie (1).
Ne perdons pas notre temps à regimber confie ce>
assurances grotesques. Elles sont une preuve écla
tante soit d’ignorance dans les questions de 1 histoire
de l’art, soit d'une profonde mauvaise foi avec des
buts politiques. Passons des démarches impiudente
d’adeptes trop zélés au faussaire plus fin et plu
bile de la vérité historique, à M. Hrouszewski e P
(1) Voir annexe 3e.
— 142 —
sonne, que le parti ukrainophile qualifie de « grat)
historien ». niais que nous ne nous gênerons pas
peler «falsificateur de l'histoire russe», et cela pie-
nement conscients de notre responsabilité.
Nous avons sous les yeux son livre: « L'Histoire de
l’Ukraine» avec de bonnes illustrations et des plans
géographiques. Notre exemplaire appartient au neu-
vième mille: on n’ignore pas que la propagande au-
trichienne savait travailler en grand. Nous devons l’a-
vouer: au premier coup d'œil jeté dans le livre, on
est impressionné: la Russie de Kiev y paraît comme
un monde particulier, vraiment différent du reste de
l'autre Russie pré-tartare. En le feuilletant on y
trouve des monuments de sa culture «particulière»:
des cathédrales avec des peintures sacrées, des coiffu-
res, des monnaies, .dos miniatures reproduites d’an-
ciennes chroniques, des extraits des chansons épiques
populaires, et l'auteur nous parle longuement de dif-
férentes périodes de la «culture ukrainienne» Mais il
Miflit d y regarder d'un peu plus près, et le brouillard
se dissipe aussitôt. S il nous a paru que ce sont des
monuments de 1 antiquité «ukrainienne», ce n'est que
puni que nous n avons pas considéré avec assez d at-
h ntion les inscriptions grecques et slaves gravées sur
les monnaies et les sceaux.
( i( i (page 77) une reproduction de monnaies; au-
SSOlIS- texite d®M.HroUszeWSki: Sribmmoneti... Volo-
— 143 —
5
dimira s iogo portretom (littéralement: « monnaie d’ar-
gent... de Vladimir avec son portrait »); et sur la mon-
naie même on lit: Vladimir na stolé a cé égo sérébrô
(littéralement: « Vladimir sur son trône et ceci est son
arg’ent»). D’où il est clair pour tous ceux qui lisent
le russe que l’inscription de la monnaie est écrite en
langue russe, tandis que la langue de M. Hrouszewski
en diffère (1). La fille d'Iaroslav le Sage signe (page 89)
en France « Ana » selon la phonétique russe; et le texte
de M. Hrouszewski nous apprend que c’est la signa-
ture de « Hanna » laroslavna. Voici un sceau de Théo-
pliano, princesse... ’Paxjidnvn (xie siècle), 'foute une
série de fac-similés qui suivent témoignent de l’iden-
lité do langage entre le nord-est et le midi. L inscrip-
tion sur une cloche fondue à Lwov en 1341 (page 143)
aurait pu appartenir à une cloche de Moscou du xvn*
siècle. Prenez une loupe et vous verrez que le fac-si-
milé du traité conclu entre Liubart et Casimir en 1366
(p. 145) est écrit en pure langue russe. On ne com-
prend absolument pas pourquoi M. Hrouszewski af-
firme que le document bst écrit en «langage vheil
ukrainien», quand il est simplement écrit en vieux
russe. Les fac-similés des sceaux (p. 128 cl 146) et
U) Cette monnaie russe porto un emblème.^ timbres-
un trident. En 1918 ce signe a ‘etc tianspm v _ Qn ne peut
postes ukrainiens comme emblème < < *• • ne.
pas dire que cola, ait 'été partieulièiemen
141 -
monnaies (p. 147) frappées par le mi de Pologne Qa.
sirnir le Grand, certifient que, durant tout qe
siècle la Galicie s’appela en latin llussia. Vous pou
vez feuilleter à volonté cette histoire d’Ukraine
jamais vous n’y trouverez avant le xvie siècle un seul
document qui contienne le mot dont fourmille le texte
de Hrouszewski lui-même, pas la moindre trace de
ce mot tant désiré, d’Ukraine, — ni sur les monnaies,
ni dans les chansons épiques, ni sur les fresques..,
Vous croirez peut-être encore à « l’ukrainité » des mo-
numents artistiques, mais ce ne sera que parce que
vous aurez été trop paresseux pour ouvrir la chronique
et y vérifier qui a bâti telle cathédrale, ou sur quelles
terres ont régné les membres de cette famille prin-
cière, que Vlzbornik (recueil) de Sviatoslav a si naïve-
*
ment portraiturés en 1073. Souvenez-vous bien que
dans toute la chronique de Nestor (que les ukraino-
philes osent appeler chroniqueur de l’Ukraine) on ne
trouve nulle part ni le nom d’Ukraine, ni le mot
“ukrainien» (1).
« Admettons, dira-t-on, que tout cela soit des mo-
numents d’une antiquité non ukrainienne, mais russe;
Laurent, O111
continuation ju^u *l
se trouvent 176 f°lS’
. mais les non,S
nicine dans le manuscrit du moine
ohroni,,u6 de Nestor <* «•
î’îdiit ,nots Bouss et Terre 'u8se. - -
Ukraine et" ' ^es centaines de fois,
ukiatne et nkrarnien, jamais.
- 145 —
ce ne sont pas moins des documents d’une culture par-
ticulière de Kiev de l’époque pré-tartare ». C’est bien
en cela que consiste la principale tromperie de Hrous-
zewski. Il s’est servi, pour la culture, du même truc
que pour la composition de la généalogie des princes
de la •maison de Rurik et que pour l’exposé de la vie
d’Etat de la Russie méridionale. Nos lecteurs n’auront
pas oublié en quoi a consisté ce procédé. De l’arbre
généalogique il a retranché toutes les branches, qui se
sont étendues au nord, et a donné arbitrairement aux
autres le nom de « lignée ukrainienne»; de l’organisme
commun de l’Etat et de la nation russes il a détaché
artificiellement la région du sud, a pris à tâche de
cacher aux lecteurs les fils vivants qui la reliaient au
reste de la Russie et lui a assigné arbitrairement le
nom, inexistant alors, d’« Ukraine». De même ici: on
parle de cathédrales et de fresques de Kiev, mais on
se tait sur les cathédrales identiques du nord et sur
des fresques semblables à Novgorod.
La Russie, l’antique Russie en particulier, est un
pays de forêts. La vraie architecture nationale est en
bois. Au nord lointain, dans le gouvernement de Vo-
logda, on trouve encore des églises de bois, trapue^,,
pleines d'un charme particulier de modestie, sous de.
toits en planches. Cette architecture de bois était ré-
pandue dans tout le territoire du peuple russe et
10
— 146 —
soldat russe, venu en 1915 en Galicie, y retrouva >„
6 siècles, des églises, toutes pareilles à celles qu’il •> .
quittées dans son village natal de Vologda (1). p
eu des églises en bois aussi dans la principauté
Kiev, mais nous ne le savons que par 2 ou 3 inqica
tions fournies par les chroniques; les églises elles-mê
mes ont disparu sans retour. Notre architecture de
pierre est d’origine étrangère; elle nous est venue
comme le christianisme, de la Grèce/ et ce n’est qu’a-
près 1 ou 2 siècles que le caractère national lui a im-
primé son sceau. Elle nous est arrivée presque en même
temps à Novgorod qu’à Kiev. La S te Sophie de Kiev
fut terminée en 1037, et déjà en 1045 on jette sur le
même plan les fondations de la Ste Sophie de Novgo-
rod. Il est clair qu'il n’y a aucun sens à vouloir voir
dans la Ste Sophie de Kiev une manifestation de l’art
< ukrainien», comme le font certaines brochures ano-
nymes de la propagande ukrainienne. Cette cathé-
drale n’est même pas une création russe, mais
grecque; de russe il n’y a eu en- elle que la volonté
d Jaroslav et les mains des ouvriers. Que ce soit pour
avoir été plus éloignés de Byzance ou pour d’autres
raisons, mais le lait est, que les architectes novgoro-
russt/J)aS UHe prpiIV<‘ éhxpiente do l’unité du poupk
depU,s 1 Qu'aux Carpathc^
— 147 —
diens se sont libérés de la tutelle des maîtres byzan-
tins plus tôt que ceux de Kiev. A la fin du xne siècle
le maître novgorodien Milonègue, ’ qui avait déjà bâti
dans sa patrie l’église de l’Ascension, «était occupé
à la construction des murs du couvent de Vydoubitzky
à Kiev. Jusqu’ici il n’y avait eu là-bas que des archi-
tectes byzantins et il paraissait incroyable aux habi-
tants de Kiev, qu’un maître russe pût être si habile.
En effet — remarque l’historien de l’art russe —
Novgorod qui jadis avait reçu son art de Kiev, l’avait
surpassé depuis longtemps et aurait pu lui appren-
dre pas mal de choses maintenant» (1). Dans les ré-
gions de Novgorod et de Pskov on voit bientôt les
œuvres des architectes se différencier des modèles by-
zantins et « prendre des formes tellement frappantes et
inattendues, qu’on sent déjà dans les monuments les
plus anciens, ces particularités locales, ces goûts et ces
idéaux indigènes, qui aboutirent plus tard a 1 art si
brillant de Novgorod et de Pskov » (xive et xve siècles).
Mais ce n’est pas le nord seul qui a dépassé Kiev dans
l’époque pré-tartare; le nord-est a fait de même. «Ce
sont les monuments des terres de Novgorod et de
Souzdal qui ont une importance principale», dit Hra-
bâr. L'architecture ecclésiastique a dès la 2 moiti
♦
171
(1) Hrabak, Histoire de l'art rus.s», t. 1 (1909), P
- 118 —
du xiie siècle créé les magnifiques monuments
sont la cathédrale de l’Assomption à Vladimir (ack ”
en 1161 sous André de Souzdal), la cathédrale djr
Nativité de la Ste Vierge à Rostov et cette église ? j
l’intercession de la Ste Vierge sur la. Nerlia (i^)
près de Souzdal, pleine d’un si noble charme, et quj
est peut-être la plus parfaite des œuvres architecturales
de l’antique Russie.
Il y a plus de simple grandeur dans les solennelles
surfaces planes des murs de Novgorod; il y a plus
d'élégance et de perfection dans les détails des églises
de la terre de Souzdal, mais c'est toujours, ici comme
à Novgorod, comme à Kiev, le même motif byzantin
fondamental des constructions, qui se répète; c’est la
forme du cube et de la croix grecque. Cette forme by-
zantine est devenue commune à toute la Russie et a
longtemps prévalu partout en Russie, à Vladimir,
comme à Biélozersk, à T ver et à Youriev-Polsky comme
à Moscou.
Cette communauté de formes architecturales, avec
certains écarts locaux dans leur exécution, est toute
naturelle, fout cet art fut créé et se développa sui
terrain ecclésiastique. Or l’église était la même dans
toute la Russie. Et là tout était en commun — la
le pouvoir, et Je clergé et la langue ecclésiastique.
éléments matériels et les conditions de culture étaient
partout identiques: bois, brique, tissus, climat.
— 149 -
Eaure de I étchcisk a Kiev était un sanctuaire révéré
dans toute la Russie. Etant donné' ces conditions il est
étrange de parler de l’art de Kiev comme de la mani-
festation d’une culture particulière. Partout les saintes
images, les enluminures des chroniques, les boucles
d’oreilles et les bracelets sont d’un même type, et c’est
la même langue qui est parlée d’un bout à l’autre du
pays.
« Dans les premiers moments de son existence, la
peinture russe fut simplement une branche de l’art
byzantin », dit Hrabâr. Nulle part l’influence artistique
de Byzance n’a été aussi exclusivement prononcée que
dans la création de l’art russe. En Italie et dans l’orient
musulman elle se heurtait à une certaine résistance des
éléments nationaux locaux, mais en Russie pré-tartare
cet élément national était encore trop faible, les forces
créatrices du peuple russe ne se sont manifestées dans
la peinture que bien plus tard (aux xive et xve siècles).
On ne trouve presqu’aucun trait national, aucune
particularité natipnale dans les fresques et les images .
de la période Kiévienne. Les motifs fondamentaux de
l’ornementation des églises, le style des mosaïques —
tout était byzantin. On peut reconnaître à quel point
était toute-puissante l’influence de Byzance à ce que
même les sujets des fresques de la cathédrale de Sv
Sophie à Kiev sont puisés exclusivement dans
quité byzantine et n’ont aucun rapport direct
— 150 —
coutumes de 1 antique Russie» (.(). «Le sens inc I
de la peinture de l’époque pré-tartare, dit Hrabâr |
est plus important pour un historien de l’art byzanf ’ |
que pour l’historien de l'art russe ». Qu’est-ce qUe J’ |
kraine a à voir dans tout cela? I
Mais cet art byzantin n’aurait-il pas peut-être acqiUjs I
plus tard au midi de la Russie un développement par
ticulier indépendant? Ceci n’a pu et ne pouvait avoir ’
lieu, car avec l'invasion tartare presque tous les mo-
numents de l'art byzantin du midi ont disparu. Des
villes entières furent réduites en cendres et les églises I
de pierre en ruines. C'est ainsi que fut détruite de fond I
en comble, en 1240, l'église de la Dîme de Kiev. Seules I
5 églises à Tchernigov et la cathédrale de Ste Sophie I
de Kiev, restaient debout, quoique cette dernière ne I
présentât plus, dans certaines de ses parties, qu’un
tas de pierres. Elle nous est restée comme un monu-
ment d architecture; ses peintures n'ont pas pu servir |
de point de départ pour le développement futur, per-
sonne ne les appréciait et, lors de la restauration delà
cathédrale dans la lre moitié du xvile siècle, ces frcs
ques furent blanchies à la chaux. Elles n’en ont été
uébaiassées qu en 1848. «Aucune réminiscence byM11
dp ' *Sl// ^es f,es(lues des escaliers dt Ste
pixlroim1’ I "n CeS f,es<lues représentent des scènes d©
pixirome de Byzance
<2> T- VI, p. lü6>
— 151 —
fine (x”-xii6 siècles) n’a outrepassé la borne historique
de l’invasion taitaie. Lart de la Russie de Kiev est
resté comme un cycle fermé, — un épisode, sans aucun
lien direct avec les époques qui suivirent» (1).
Kiev fut la capitale de l'a culture artistique russe
durant cent ans, de 1050 à 1150. Depuis cette époque
et durant les cent ans suivants, c’est Vladimir qui de-
vient le centre de la culture russe conformément au
transfert du centre de la vie politique à la terre de
Rostov-Souzdal. Et quand l’Orient se mit aussi à fai-
blir sous les poups des Tartares, le rôle de capitale in-
tellectuelle passe (depuis 1300) à Novgorod, protégée
contre les mongols par la distance, les forêts et les ma-
récages. « Après avoir vécu durant deux siècles de la
même vie que Kiev (dit Hrabâr) (2), elle continua à
vivre de cette même vie même après le sac de Kiev »
et elle est devenue, comme l’a noté Klioutchévsky, la
gardienne de bien des traditions de la culture russe
de Kiev.
Telles sont les données fondamentales sur l’archi-
tecture et la peinture dans la Russie antique. A côté
des citations tirées de l'œuvre d un éminent historien
de l'art russe, elles sont des témoins éloquents du fait
que dans la Russie méridionale de 1 époque pré
(1) Hrabâr, VI, p. 63.
(2) Id., p. 156.
tare il n’a existé aucun art indépendant, et elles son
lignent une fois de plus la communauté de vie
tre le nord et le midi. De plus, elles sont comme une
confirmation indirecte de la destruction et du déclin
de la Russie de Kiev dans la période suivante, où elle
cesse d’être un Etat. C'est cette même période floris-
sante de l'art byzantin (xc-xnc siècles) qui a servi de
base à Novgorod pour créer en architecture et en pein-
ture. bien plus de choses que Kiev, et pour produire
plus tard, s'étant assimilé les nouveaux principes by-
zantins de l'époque des Paléologues (xive s.), une admi-
rable école d'imagiers. Moscou aux xive et xve siècles
a aussi fait preuve de plus d’esprit créateur national
.toujours sur la même base byzantine). Si le midi est
resté en retard sur le nord sous le rapport de l’art, la
cause n’en est pas, certes, à quelque infériorité de ca-
pacité de sa population, mais aux tristes conditions
politiques de la région. L’esprit créateur artistique
ne peut se développer librement que sous la protection
d un pouvoir national, et non sous celle de l’é-
tranger; or tout l’art de l’Ukraine, depuis la fin du
xvr siècle, s’est développé sous l’influence de la do-
mination polonaise.
« La Russie du sud, dit Hrabâr, était entièrement sujette
à la domination de la Pologne. C’est par la voie de la P^'
gne qu y airivait largement et y était assimilé tout ce
sui des éléments occidentaux, avait pris (en Polo^ne^
des formes nouvelles». Le style baroque, toujours fastidieux
et le même partout, fit ûe tour de l’Eur>pe, s’empara idfe la
Pologne et de la Lithuanie; de là il pénétra en Russie, mais
y prit (aussi bien à. Moscou qu'en Ukraine) une teinte locale,
particulièrement originale à Moscou. Il suffît de regarder- la
reproduction d'une quelconque des églises de pierre de la
petite-Russie de cette époque-là (du xvn® siècle) pour se con-
vaincre de sa provenance étrangère, tellement le sceau du
baroque y est fortement empreint, tellement elles sont loin
des antiques formes byzantines, devenues si chères aussi à
la Russie du sud. Seule l’architecture des anciennes églises
en bois avec d’étranges coupoles et une charpente particu-
lière de tout l’édifice, pourrait éveiller quelques doutes. « L'ar-
chitecture (petite-russienne) est-elle un prcduit tout à fait
national du génie petit-russien, élevé sous l’éternelle influence
de Byzance, ou bien a-t-elle vu le jour sous l’influence de
quelques formes architecturales d’autres peuples et d’autres
pays? », -demande le livre de Hrabâr. Et aussitôt il répond
qu’il faut « reconnaître une influence incontestable des mo-
dèles occidentaux sur le développement ides formes de 1 ar-
chitecture ukrainienne en bois» (1). L’influence du baroque
changea la forme quadrilatérale des coupoles en multilaté-
rale, les suréleva de plusieurs étages et les petites coupoles
surmontantes reçurent des contours plus compliqués. Bientôt
un autre courant y vint du nord. Des dissidents (vieux cro
yants) commencent à venir chercher refuge en Ukraine
tre les poursuites de la Moscou officielle; les foi mes de
(1) T. H, p. 338.
— 154 —
églises ont aussi influencé 1 architectuie de bois de la pg-j-
Russie. Après l’union de la Petite-Russie avec Moscor
chitecture de pierre s’y développe avec le concours
maîtres moscovites; ainsi Mazeppa a bâti ses églises
laide d’un architecte que lui avaient envoyé les
Aléxievitch et Pierre le Grand.
Le seul genre d’art. qu’on peut (en Ukraine)
ite.
îu> l’aæ.
des
avec
tzars Jean
U
l’an polonais », est la peinture d'église. I e peu
encore resté des époques qui précèdent le xvne
présente que Ion peu d’originalité » (1).
siècle... Kiev végétait tristement, entièrement soumis à l’in-
fluence de la Pologne conquérante ». « Depuis le milieu du
séparer de
qui en est
siècle « ne
« Avant le xvip
xvne siècle on sent comme un réveil de nouvelles forces, la-
tentes jusque-là €e réveil est une conséquence de la con-
science nationale qui commence à se développer par la lutte
avec la Pologne et de l’union avec Moscou. Dès lors deux
principes sont constamment en lutte en Ukraine, et pas seu-
lement dans la vie politique; mais même dans l’imagerie:
ce sont Je principe byzantiiio-russe et le principe polono-
latin. Cette peinture n'a rien produit de tant soit peu remar-
quable. Quelques-unes de ces œuvres paraissent à llrabâr (2)
être une triste décadence, après les sublimes œuvres de Novgo-
rod, aussi tristes que certains spécimens de l’iconograph^
moscovite de la tin du xvn« siècle. On peut noter comme I)al‘
(1) Nous avons tiré cette citation du c
I krani^nne du XVlh siècle, écrit poui
par une personne encline à exagérer
peinture.
<2> T. VI, p. 4g],
1-hapitre 7x/
• le tome \ I <le
l’i in portance de 06
— 155 —
ticularité des maîtres de Kiev une certaine inclination ve^s
-4 V’il * vX U
la nature, 1 iutioduction de détails séculiers dans des sujets
sacrés, et une tendance a la peinture de portrait, — résultat
d’une plus «grande influence de l’Europe occidentale.
Nous pouvons passer sous silence la sculpture ukrai-
nienne et faire le résumé de notre brève esquisse. La
Russie grand-ducale de Kiev accueillit l’art byzantin
avec une effusion juvénile; durant cent ans elle en est
devenue le centre en Russie, mais elle n’a pas eu le
temps de la transformer et de lui donner des traits na-
tionaux: avec la chute de la puissance politique la vie
artistique meurt aussi et les monuments du passé som-
brent dans la tourmente de l’invasion tartare. Après
la dévastation tartare, 3 siècles durant, le pays semi-
désert n’est plus que le théâtre d une lutte pour la plus
prosaïque des existences; et dans les couvents seuls
vacille encore une petite flamme de vie intellectuelle.
Les circonstances ne permettent pas au peuple de tour-
ner son esprit vers les beautés artistiques et il n existe
pas un pouvoir national et fort, pour faciliter la nais-
sance d'un art créateur et le soutenir. Au xvie siecle,
sous la domination polonaise, la vague de tultuie o.
cidentale atteint les rives du Dniéper. Le fait davoi
accepté un art étranger, ne diminue en lien la \al(
artistique d'un peuple ni de ce en quoi il a tram
ce qu'il a emprunté. Mais cette fois eiuoie.
de la Russie n'eut pas le temps de transformer dune
manière marquante les principes occidentaux, car n
y vint bientôt du nord une autre influence et les ar-
listes petits-russes tendirent à abandonner le provin.
cial baroque, pour atteindre par St. Pétersbourg iés
larges arènes de l'art mondial. C'est ici, dans la capi-
taie de toute la Russie, que leur esprit créateur s’est
au xviiie siècle, complètement uni à l'œuvre des autres
fils de la Russie, et seules les personnes contaminées
»
par l’esprit politique maladif du moment actuel peu-,
vent prendre à tâche de rechercher dans leurs œuvres
de prétendus « traits nationaux d'art ukrainien ».
« D'art ukrainien », comme tel — il n’en existe pas.
Il n'y a aucune peinture particulière de cette sorte, ni
d'architecture, ni de sculpture. Cette désignation n’au-
rait pu être appliquée peut-être comme le fait Hrabâr)
qu à la brève période polonaise de l'art du midi de la
Russie (xvir s.). Les éléments de caractère local de
lart petit-russe se sont manifestés dans l’art paysan
appliqué. — les broderies, les tapis, les poteries, etc.
Mais les ftaschi toscans ou les broderies des Abruzzes
ne sont pourtant pas une preuve que la population de
provinces soit un peuple particulier, non italien.
I teneurs beaux monuments littéraires nous sont
parvenus de l’époque pré-mongole. — des chroniques,
I Instructwn. de Vladimir Monomaque, les descriptæ”5
'Je pèler*na"es en Terre Sainte, quelques sermons H
157 —
cette «Chanson sur la campagne d’Igor» dont nous
avons parlé plus haut et qui est à la fois populaire et
littéraire. Ce qui a vu le jour au midi a une valeur
artistique plus grande, car c’est ici, à Kiev, vers le
centre intellectuel de la Laure de Pétchersk, que ve-
naient se concentrer les rayons de lumière littéraire is-
sus de Byzance, de même que ceux qu’envoyaient les
ê
pays slaves méridionaux, dont la culture, à cette époque
de leur liberté, avait atteint déjà un degré de développe-
ment fort élevé. Nous n’avons pas besoin de nous ar-
rêter à caractériser notre littérature antique. 11 nous
importe seulement de noter que les monuments en
sont écrits en langue russe. Nous tous, qui avons
étudié dans les écoles russes, les avons lus dans leur
texte original et nous n’avons pas, croyez-le bien,
eu besoin pour cela de dictionnaire, et il n existe
même pas de dictionnaire pareil. Il s’y rencontre peut-
être dans chaque page 2 ou 3 mots ou noms archaï-
ques d'objets désuets: cela demande explication, mais
c’est la langue russe, le russe ancien, un intermédiane
entre la langue russe moderne et le slavon ecclésias-
tique. Et quand les ukrainophiles prétendent que
Instruction de Vladimir Monomaque est un modèle
de « littérature ukrainienne », ce nest quune plaisa
terie inconvenante, calculée sur le manque de
gnements du public étranger.
Hrouszewski cite dans son livie plusieur
épiques populaires « en langue ukrainienne >. i a
— 15b ---
avons vu déjà que ces contes ont disparu, au midi, f|e
la mémoire du peuple et n'ont été préservés que dans '
le nord; avec le temps les formes antiques du
dans lefjiiel ils furent écrits n’ont pas pu ne pas s'adâp.
ter, en se transformant, à l’idiome grand-russe. Parcon.
séquent le texte cité par Hrouszewski n’est pas autre
chose qu’une traduction, une restau ra tion artificielle
et manquée en plus car la langue primordiale de
ces contes la langue ancienne russe commune (|jf.
ferait de l'idiome grand russien, comme du petit-russe.
La mention de ces contes nous oblige a, une digres-
son. Le parti ukrainien prétend que le midi a été sé
paré du nord et n’a pas eu de vie commune avec lui.
Mai' la voix de res contes populaires, nés au midi, à
Kiev, va justement nous prouver le contraire.
En sa bonne ville de Kiev le prince Vladimir « Beau-
Soleil » festoie dans sa salle des festins: il traite ses
compagnons d’anmes et les héros « champions et dé-
fenseurs de la sainte 'l’erre russe ». Eh bien qui sont-ils
ces héros? Sont-ils nés au midi seulement, ou bien sont-
*
ils venus de tous les coins de la Russie? Voici assis a
la table du festin Stavèr, de Novgorod, Duk Stépano-,
vitch, de Galicie, Dobrynia Nikititch, fils d’un riche
marchand de Ilïasàn, le boyard Permiàta, de Perhi,
Aliocha Popôviteh, fils d'un archiprêtre de Rostôv, ot
Ichtourila Plénkovitch, le riche élégant de Kiev. W
prince est également gracieux envers tous: à tous il
— 159 -
offre de l’hydromel, il a pour chacun une purole ai
.nable. Mais quel est celui qu’il accueille avec des hon-
neurs particuliers, qu il prend par la main et fait as-
seoira la place d’honneur? C’est Ilia Moùrometz, le mo-
deste paysan; le héros du Mourom lointain... pour un
peu c eût été cette meme Moscou, tellement haïe tics
ukrainophiies! Incarnation des meilleurs traits de ca-
ractère du peuple russe, héros doux, magnanime,
pieux, saris avidité pour l’argent ni pour le pouvoir,
généreux même envers ses ennemis, Ilia fort sans
vante rie, calme, tranquille et invaincu est le héros
favori de la poésie épique populaire comme aussi l’hote
préféré du bon prince Vladimir.
Peu nous importe qu'une partie do ces héros -oit
inventée, que Perm ait été à cette époque encore fort
éloignée des frontières de la Russie, que Stavèr ait été
le contemporain de Vladiimir Mononiaque et non de
son arrière-grand-père. Ce qui est essentiel, c’est que
dans l’esprit du peuple ces héros appartiennent en
commun à toute la Russie, que leurs vies (surtout celle
d llià Moùrometz) sont vouées à servir la Terre russe.
Nulle part dans ces contes populaires vous ne ti ou
verez l’expression d’aucune animosité envers les lé
ëions du nord. Ce sentiment est étranger au peup
il a cédé «l’honneur» de cultiver cette idée
i • • rin i çpulc des Par"
,l "krainophiles » contemporains. bne mui
t'es de la Terre russe n'a pas eu de chance, ( est a pa>
— 160 —
vre Galicie qui est décorée quelque pnrt «huis Unn ,
brimes de l’épithète « la païenne». C est certes U)1(. é
Lliclo d’origine plus rérenie., provoquée par |;i
tion en Galicie de la, culture occidentale. Mais elle '
tion en Galicie de la culture ______
fait pas non plus la joie des ukrainophiles, qui })r,
tondent (pie la Galicie est le Piémont du mouvement
ukrainien. G’est dans les chancelleries de Berlin et de
Vienne qu’il faut chercher le Piémont Ukrainien, et
non dans cette Galicie si chère à nos cœurs, qui a
su conserver la conscience de ra nationalité russe à
travers cinq siècles de domination polonaise et autri-
chienne et (pii, actuellement, par la voix de ses meil-
leurs fils repousse avec indignation les intrigues ten-
tantes, mais peu propres, des ukrainophiles.
La voix du peuple témoigne dans ces contes de
limité de la Russie pré-mongole. La chronique de Nes-
tor, « Récit des années successives, d’où est provenue
la Terre russe», comme Y Instruction de Vladimir Mo-
* K
nomaque, sont remplies de l’amour de la terre natale
et de la pleine et entière conscience de son unité. L idée
fondamentale de la « Chanson sur la campagne d Ig°r”
est encore un témoignage de l’unité de la Terre russe, et
les « Patériques » (vies des saints) prennent a tâche d
montrer (pie la Terre russe, elle aussi, n'est pas p&uVf
en saints et eu justes, agréables au Ciel. Vers la
née 1010 un « higoumène Daniel de la Terre russe
- 161 —
vint en pèlerinage en l’erre Sainte. Il vint auprès du
roi Baudouin, le salua. » Le prince Baudouin l’appela
avec douceur» et lui demanda: «que désires-tu, bi-
goiimène russe?». Kl Daniel pria qu’il lui permit d’al-
lumcr une lampe pour la Terre russe devant le Saint
Sépulcre, De roi octroya cette demande. Et le samedi-
cnint Daniel plaça sa lampe. Et cette lampe s’alluma
et brûla pour la Terre russe.
CHAPITRE VI.
ETAT ACTUEL DE LA QUESTION
On nous posera tout naturellement cette question:
« S'il n'y a dans le passé aucune donnée relative au
séparatisme ukrainien, comment alors expliquer son
apparition actuelle, et comment les partisans d’une
Russie une et indivisible se représentent-ils l’avenir
de la Petite-Russie?».
La provenance austro-allemande de la légende de
l'existence d'un peuple ukrainien particulier est hors
de doute. Démembrer la Russie, l’épuiser et la soumet-
tre économiquement, tel est l’un des buts de la guerre,
provoquée par les Allemands. Le plan de la création de
l’Ukraine a été préparé à Vienne et à Berlin de longue
date; les méthodes de culture d’un séparatisme artifi-
ciel ont été étudiées en Galicie longtemps avant la
guerre.
De 1772 à 1848 le gouvernement autrichien a reconnu
officiellement l’identité nationale des Galiciens avec le
/ •
reste du peuple russe; on les appelait Russen. Ma>s
en 1848 le gouverneur de la Galicie, comte Stadion, fit
remarquer à Vienne le danger d'une telle appellatl°n
— 163 —
et on introduisit pour la première fois l’emploi du mot
nulhenen au lieu de Russen pour désigner la popula-
tion russe des Garpathes. On trouva des gens qui s’ap-
pliquèrent à utiliser des provincialismes du patois local
pour tâcher d’en tirer une nouvelle langue littéraire,
différente de la langue littéraire russe. On commença à
persécuter le livre russe, à poursuivre les partisans de
l'unité nationale de tous les Russes; on mit en scène des
procès politiques de prétendue haute trahison»(1). Sous
la tutelle du gouvernement le parti Ukrainien réussit à
se constituer; en 1890 il conclut un accord avec les polo-
nais de la Diète de Galicie. Les ukrainophiles commen-
cent à appeler la population « Ukraino-Russes » et, de-
puis 1907, ils appellent leur club « ukrainien » tout
court. Le parti fait preuve d’une intolérance extrême
envers tous ceux qui se considèrent comme russes, c’est-
à-dire, au fond, contre toute la population; à toute oc-
casion il suscite contre ses adversaires des accusations
de haute trahison. L’héritier du trône Austro-Hongrois,
l’Archiduc François-Ferdinand, protège vigoureusement
ce parti : on voit germer l’idée d’une Ukraine indépen-
dante avec un trône Habsbourgeois à Kiev. En 1912 le
gouvernement appelle pour la. première fois la popula
(1) En 1882 contre l’écrivain N^um0V1^h’0]^bHrlbâr et
d’autres, connu plutôt comme procès con i »
autres.
- 164 -
tion a Ukrainiens» (1). L’oppression contre tout ce qui
est russe augmente: apprendre la langue littéraire misse
ou lire un livre russe de provenance étrangère, est am
lifté de haute trahison; on ferme les sociétés d’instruc-
tion, d’économie rurale et autres; les procès de soi-di-
sant haute trahison deviennent de plus en plus fré-
quents (2); en 1913 on ferme près de 12 écoles de la
fraction russe. Là-dessus survient la guerre et l’action
austro-ukrainophile se montre dans toute sa beauté:
plusieurs dizaines de milliers de victimes innocentes
ont été pendues ou martyrisées jusqu’à la mort sans
aucun jugement (3}.
Telles sont les méthodes. Avec le commencement de
la guerre, l’Allemagne aussi a pu commencer son tra-
vail préparé de longue main dans ce même sens. Son
rayon d’action était plus vaste : il s’agissait d’arracher
tout le midi de la Russie avec la houille du Donetz et
(1) Dans l’acte de l’empereur François-Joseph sur 1 011V
ture à venir de l’université ukrainienne. _ ^a.
(2) Procès contre les frères Guérovsky, contre le Peic efc
balovitch et 93 paysans en 1913 ; et contre Bendassiou
ses compagnons en 1914. . on
(3) Par exemple, pendant les transferts des prison»1 2 3^
les chassait devant soi comme du bétail, et parfois 1 o-s(°\1,sün-
tuait à coups de sabre; c’est ainsi que furent tuées oO P
nos à PéPémysl en 1914. Il y a eu des cas, où
locale magyare et polonaise les a massacrés à coups do P
de bâton et de baïonnette, par exemple à Mezôlaborcz.
— 165 -
même avec le naphte de Bakou. On voit surgir l’idée
de mettre chez nous à Kiev non plus un Habsbourg mais
un Hohenzollern. Pour cela il fallait commencer par
amener les Petits-Russes à changer de nom. Qu’importe
que Bogdan Chmelnitzky lui-même ait eu l’habitude
d’appeler la population de son Ukraine « peuple russe »,
— on se mit à assurer qu’il n’est pas russe. Il fallait
rompre le lien linguistique du Petit et du Grand-Russe,
• *
puisqu’en éloignant les cercles cultivés du midi de la
Russie de la langue russe littéraire et scientifique, il
serait plus facile d’imposer au pays sa propre culture
germanique, — on se met à encourager le langage
artificiel ukrainien par tous les moyens. On agit à
l’allemande, systématiquement et sans perte de temps.
Dès la première année de la guerre les prisonniers de
guerre petits-russes furent concentrés dans des camps
spéciaux où on se mit à les « ukrainiser »; on créa,
pour les plus aptes, une sorte d’académie d « ukraini-
sation » à Kœnigsberg. Et ce sont plus de cent mille
de ces prisoinjniers, ainsi «travaillés» qui, revenus
dans la Petite-Russie en 1918, sont devenus l’instru-
ment principal de la propagation de l'idée ukrainienne
dans le milieu paysan. U fallait poser les bases dune
armée ukrainienne, — et, dès les premiers jours de a
révolution, on voit exiger la réunion des soldat
gine petite-russienne en des unités particulières
une mesure d’autant plus habile, qu’elle poi ai
- 166 -
sorganisaliotii dans l'année russe, qui était précisé
ment prête à commencer dans deux mois, une grandio-
se offensive de la Baltique à la Mer Noire. Cette me-
sure, comme aussi le « prikaze N. I », si génial de
simplicité et qui a porté dans les rangs de l'armée
russe le venin mortel pour elle de l'égalité, n’a cer-
tes pas été inventé dans le Conseil des ouvriers tt
soldats de Pétrograd, mais dans le grand état-ma-
♦
jor allemand. Ce qui suivit est encore présent à la
mémoire de tout le monde. Les Allemands ont mani-
festé une disposition extraordinaire à entamer des
pourparlers avec un petit groupe d’Ukrainiens « self-
made». Ceux-ci signèrent un traité trois fois traître:
traître envers le<s Alliés, envers toute la Russie et en-
vers l’Ukraine en particulier; elle fut livrée à 1 Alle-
magne pieds et poings liés, n’ayant acquis que le droit
éphémère de s’appeler Etat indépendant. Les Allemands
contribuèrent à l'avènement au hetmanat de Skoro-
padsky; c'est par leurs baïonnettes qu’il était soutenu,
ils parlaient dans le pays en maîtres, comme s ils e
taient chez eux. Ce sont eux encore qui assurèrent
plus tard le premier succès de Pétlioura.
Il faut avoir l’incroyable désinvolture des ukraino
philes pour déclarer que l’Allemagne ne les aurait Pa'
soutenus. Ils sont bien plus véridiques dans les chan
sons soi-disant populaires qu’ils ont composées, coin111
par exemple dans celle qui dit:
- 167 -
« L Ukraine indépendante vivra en liberté
«Chaque Ukiainien servira les Habsbourg»
Ou dans cette autre qui invoque:
« Que le Bon Dieu et la Sainte Vierge aident »
l’empereur Guillaume, « le glorieux César allemand »
« A chasser les Moscals (Russes) au plus vite de la
Galicie ».
Mais ce sont les allemands eux-mêmes qui parlent
avec le plus de franchise. « La question russe, a dé-
claré à la Constituante le ministre Erzberger, — n’est
autre chose qu’une partie intégrante du grand litige
entre les Allemands et les Anglais pour la domination
mondiale. Nous avons besoin de la Lithuanie et de
l’Ukraine, qui doivent devenir les avant-postes de l’Al-
lemagne. La Pologne doit être affaiblie. Si la Pologne
tombe aussi entre nos mains, nous aurons fermé tou-
tes les voies d’accès à la Russie et elle nous appartien-
dra complètement. N’est-il pas clair pour tous que
c’est la seule route pour l’avenir de l’Allemagne».
Ainsi donc, « l’avenir de l'Allemagne » voilà la
solution du rébus du séparatisme ukrainien.
La victoire des Alliés a rendu impossible à 1 Aile
magne un travail à découvert en Ukraine. Mais en Eu
l’ope les projets allemands ont eu plus de chance,
bureaux ukrainiens, qui avaient déjà comme ' ,
oeuvre dans les pays neutres depuis 1915, et pa
- 168 —
quent avec de l’argent allemand, continuent ie,Ur
pagande. L’opinion publique européenne y Croit
fait semblant d’y croire. Quoi qu’il en soit, lorL
Lloyd George et Clémenceau mentionnent devant l0
Conseil des Quatre « le peuple ukrainien », ils ne font
en cela que suivre la férule allemande, car, s’il n’v
J
avait pas eu de propagande allemande, ces messieurs
auraient ignoré jusqu'à l’existence même du mot
« ukrainien ».
La France qui nous doit tant, a montré une bonne
volonté extraordinaire à emboîter le pas de l’Allemagne.
11 est parfaitement possible que les grandes masses du
public français, prennent la propagande ukrainienne
pour la vérité vraie. Mais nous ne pouvons admettre
que des hommes politiques n’en remarquent point la
fausseté. Aujourd’hui on vous assure que le peuple
ukrainien est la plus haute incarnation de toutes les
vertus républicaines; trois mois plus tard (durant les-
quels quelque membre d’une mission ukrainienne aura
eu des négociations secrètes avec tel ou tel archiduc),
vous lisez que les ukrainiens sont des monarchistes
convaincus. L’histoire n’a pas connu d’armée ayant ac
compli tant de hauts faits que l’armée ukrainienne, et
qui ait surtout, fait preuve d’une telle omniprésence-
aujourd hui elle prend Odessa, 5 jours après Kiev, trois
jouis plus tard, elle s’empare à nouveau d’Odessa. Dans
les journées où Dénikine avait atteint l’apogée 005
- 169 -
succès et où les télégrammes annonçaient l’occupation
par ses troupes de villes sur tout le front, quelques
journaux publiaient soudain un télégramme qui an-
nonçait la prise de ces mêmes villes par l’armée ukrai-
nienne; le télégramme était indiqué comme provenant
de Taganrog, où se trouvait alors... le quartier général
des forces armées de la Russie méridionale. On publie
des illustrations de l’entrée à Kiev d’une armée ukrai-
nienne forte de 300,000 hommes; mais en réalité elle
n’a jamais dépassé le chiffre de 45,000. Les journaux
français donnent à Pétlioura le titre de généralissime;
je ne suis pas français, mais il m’est pourtant désa-
gréable d’entendre donner à un obscur aventurier le
même titre qu’au maréchal Foch. A en croire la pro-
pagande, le « Directoire » ukrainien serait le modèle
d’un gouvernement progressiste. Quels bienfaits n a-t-
il pas apportés à son peuple! Et un programme démo-
cratique, et une grande tolérance religieuse. Mais en
fait l’Ukraine a été le théâtre d’effroyables massacres
de juifs, et ces massacres n’ont pas seulement été sim
plement exécutés par les masses paysannes, ils ont,
au contraire, été réglés et effectués aussi selon les
dres des « atamans » de l’armée ukrainienne. La des-
cription du « bain de sang » de Proskoùrov fait dre
les cheveux sur la tête (!)• Et quel peut être,
<+ii‘nnrien Sémésenko (â-
(I) Le 4 mars 1919 l’ataman P6*11®"1 , à sa bri-
sé de 22 ans) cantonné près' de Proskoùrov, donna _
— 170 —
le programme d’un «gouvernement» composé d’ave
turiers demi-instruits,* * qui n’ont pu s’emparer du n
voir que grâce aux mots d’ordre démocratiques et aa
cri de ralliement de « toute la terre aux paysans »? q
cri peut, chez nous, réunir pour un bref laps de temps
les paysans autour de qui que ce soit. Mais ce qui règne
actuellement en Ukraine comme dans toute la Russie
c’est le chaos, la guerre de chacun contre chacun. Le
gouvernement français qui a eu de ses agents au midi
de la Russie, peut-il ne pas savoir au moins une partie
de la vérité? Mais comment expliquer alors les sympa-
gade Zaporogue l'ordre d’exterminer la population israélite.
Cet ordre disait que « tant qu’il restera un seul juif chez nous
• en Ukraine, il n’y aura pas de tranquillité ». Le 5 mars toute
la brigade — composée de 500 brigands indisciplinés et ivres —
s’étant divisée en trois troupes, avec des « officiers » à leur
tête, entra dans la ville et se mit à massacrer les Israélites;
ils entraient dans les maisons et exterminaient parfois des
familles entières. Du matin au soir on tua 3000 personnes.
Un seul homme fut tué par une balle — un prêtre orthodoxe,
qui avait tenté d’
égorgés. (Voilà
révolutionnaire,
l’arbitraire, et
« démocratisé »,
niée Impériale,
extraord i nai re).
arrêter les monstres, — les autres furent
ce qu’est devenu, sous l’influence de l’ivresse
de l’atmosphère du manque d’autorité et e
dirigé par les «officiers» du nouveau gem®
ce même simple paysan russe qui, dans 1al
a donné tant d’exemples d’une noblesse d aIlie
Quelques jours plus tard Sémésenko exigea
de la ville le payement de 500,000 roubles, après quoi un °r'
ie du jour remercia les «citoyens ukrainiens» Pour ,eU.
. -, * * l’« armée nationale », qui s©
manifestés par leur contribution volontaire de 1/2
pour les besoins de la brigade.
- 171 —
tliies françaises pour l’idée ukrainienne? Par le désir de
voir garanti le remboursement de ses milliards, dit-on.
Mais je me refuse à comprendre comment une partie
d’un pays pourrait payer la dette plus facilement que
tout le pays? Les idées actuelles nous présentent parfois
des énigmes de ce genre de logique. Ne voyons-nous
pas des personnes en apparence sérieuses, rêver de
créer une menace à l’Allemagne par un conglomérat
de petits Etats de l’Europe orientale. Au lieu de l’en-
treprise enfantine de se garder contre l’Allemagne par
la coalition de 4 -ou 5 petites armées nouveau-nées, ne
serait-il pas plus pratique de travailler à la recon-
struction. de la Russie une et indivisible, à laquelle
ces Etats-là se joindraient naturellement et de leur
plein gré?
Il n’est pas facile de préciser les intentions de la
Pologne envers l’idée d’une Ukraine indépendante. On
dirait que son gouvernement n’a pas encore adopté une
manière de voir et des principes définis. Il est encore
en proie à des appétits impérialistes inassouvis, mais il
est enserré entre le bolchévisme russe et le sien propre,
et ne dispose que d'une armée dont les différentes par
ties ont des idées politiques diverses; il est par suite,
contraint de louvoyer aussi dans la question uk
nienne. Au moment actuel (février 1920) il protè0
tlioura, qui a, pour cette protection, vendu, d
léger, à la Pologne, la Galicie orientale. Une c
- 172 —
claire : la ligne de conduite polonaise dans la qUeslj
ukrainienne sera toujours basée sur le désir d’affai]/
la Russie.
Un autre puissant facteur du séparatisme ukrainien
et de tous les autres en Russie, c'est le bolchévisme Us
forces du mal qui l'ont enfanté ont fait leur nid pria
cipal dans la Russie centrale. Toutes les régions de
frontièré, désireuses de se préserver de la contagion
sont obligées de renier la «Russie». Il y eut des pé
riodes où un pur patriote russe pouvait en toute paix
de conscience servir les gouvernements locaux: en les
servant il protégeait une partie de la Terre Russe contre
la débâcle spirituelle et matérielle, dans le but de tra-
vailler un jour à la reconstitution de l’unité de la
Russie. Actuellement le rôle du bolchévisme comme
force désagrégeante est, on pourrait le croire, passé:
son caractère mondial, et non pas seulement russe,
frappe déjà les yeux des plus aveugles et les hommes
cesseront bientôt d’identifier les mots « bolchéviste » et
‘ russe»; d'un autre côté la politique soviétistc de Mos-
cou paraît encline à se poser des problèmes d’unifica-
tion nationale.
Quels sont les facteurs intérieurs de l’idée de 1^
dépendance ukrainienne? Sur quel terrain tombent^
influences extérieures susdites? Qui y fait écho sur leS
deux et, en fin de compte, le séparatisme ukrain’cn
existe-t-il réellement?
- 173 -
« Nous sommes élus par la volonté d’un peuple de
45 millions d âmes», prétend le Directoire; « nous som-
mes les représentants du peuple », disent différents
« ambassadeur s » ukrainiens dans des interviews avec
des journalistes, comme dans de fastueux banquets
donnés en l’honneur des représentants de la presse.
Mais, serions-nous tentés de leur répondre, nous vi-
vons à une époque révolutionnaire, et ces époques-là
sont celles des faux prétendants. Par qui et quand
avez-vous été élus? Est-ce que ces Radas (assemblées
du peuple) composées de quelques centaines d’ouvriers,
mandataires de personne, et votant sur les instigations
de dix à vingt agitateurs, peuvent représenter la vo-
lonté du peuple? Certains de nos lecteurs pourront me
soupçonner d’un parti-pris contre une assemblée aussi
démocratique. Alors, que ce soient les représentants
des socialistes-révolutionnaires qui parlent pour moi.
En décembre 1919 ils ont présenté au Bureau Socialiste
International un mémoire. « Le peuple ukrainien, y est
il dit, n’a pas une seule fois exprimé clairement le dédr
de se séparer de l’Etat russe» (1). Le 20 Novembre 1917
la Rdda, élue sans le suffrage universel... s’est déclarée,
par son 3° universal, pour la fédération avec la Rus
Mais 2 mois plus tard (le 22 Janvier 1918) ap
défaite des troupes ukrainiennes et la prise de
(1) Nous citons d’après
Ig texte anglais.
— 174 -
les bolchévistes, « les restes de la Rada proclamé^
par le 4e universal, la séparation complète de FUkr ’’
ne». A cette époque «le peuple avait déjà complètement
abandonné la Rada; elle n’était soutenue que par |es
séparatistes ukrainiens et par les cercles qui espéraient
un rétablissement de leurs privilèges de classe à l’aide
de l’empire d’Allemagne». Les agissements de la Rada
Centrale, présidée par un étudiant de 24 ans Goloubô-
vitch, « menaient vers une sujétion totale de l’Ukraine
à l'Allemagne». «Lorsque le 12 Mai 1918 un major
allemand dispersa la Rada Centrale et arrêta les mi-
mstres ukrainiens (1), pas un bras ne se ]eya à
pour defendre cette assemblée, qui avait su gagner
une impopularité générale». Le professeur Maillard,
1 l’i-i roc'lure A01 Ajustement intitulée « Le mensonge
en ra*ne séparatiste » (1919, Paris), s’exprime en-
brièvement et catégoriquement sur l’auto-
DifrAOn|C<e |la Tiada' 11 y a dans cette brochure un cha-
10 1 U é délégation ukrainienne veut induire
citeTffî1 U Conférence de la Paix» (2). L’auteur y
rmation de la « Délégation » que le « peuple
^oiis eu r -
dcr,»^Xde
d’aPX aPri œHe-ri
Une trach r ' oc^'lon de Phetman.
‘'iadncf>jOn
- 175 -
ukrainien » aurait irrévocablement décidé de se sépa-
rer de la Russie, ensuite, ayant posé ]a question de
savoir comment, où et quand ce « peuple » aurait
exprimé son désir, il démontre que la Rada de 1917 et
1918 n’a été autre chose -qu’un « ramassis de compa-
gnons » sans aucun plein pouvoir. Il termine par la
phrase suivante à l’adresse de la « Délégation » : « Je re-
viens de la Petite-Russie, où j’ai vécu 20 ans et que
j’aime comme une seconde patrie, et je vous le dis en
face : « en écrivant cette phrase vous en avez indigne-
ment menti et vous avez essayé de tromper la Confé-
rence de la Paix». Mais laissons «les représentants
du peuple » et passons au «gouvernement».
C'est la force physique qui commande actuellement
en Russie. Rassemblez et armez 30 hommes, prêts à
vous obéir, et vous serez le maître dans votre village,
vous édicterez des décrets d’abatage de bois dans le
village voisin et prélèverez les impôts pour votre propre
compte, jusqu’à l’arrivée d’une bande plus forte; celle-ci
vous vaincra ou bien vous vous unirez à elle. Rassem-
blez 300 hommes, trouvez une mitrailleuse, et vous se-
rez temporairement le maître dans toute la commune.
Au lieu de 300, Pétlioura en a rassemblé 30,000 et agit
en maître dans 2 ou 3 gouvernements. Il les a rasseon
blés par la promesse de leur donner la terre, son P
mier succès a été assuré par les Allemands. «Des qu
. • ait le meme
la. domination allemande eut pris ?
--------—
— 176 -
mémoire des socialistes-révolutionnaires, les ma^_
des paysans et les ouvriers abandonnèrent le Directoire
de Pétlioura. malgré tous ses efforts pour surpasser par
la démagogie de son programme jusqu'aux bolchevik
tes eux mêmes ». A la campagne il n’y eut plus aucune
autorité; les représentants du pouvoir de l’hetman Sko-
ropadsky furent fusillés ou s'enfuirent. Ils ne furent
remplacés par personne. « Au moment actuel le pou-
voir douteux du Directoire ne dépasse pas d’un centi-
mètre la ligne des baïonnettes » de son armée. Il ne
peut être question d'aucune action gouvernementale re-
constructrice. En Ukraine, c’est le chaos. « De vraies
bandes de brigands détruisent en Ukraine les villes,
aujourd’hui sous le drapeau du Directoire, demain sous
celui des bolchévistes, plus souvent aux risques et pé-
rils du chef de bande, comme par exemple celle de
l’ataman Grigoriev ». Les bandes exigent des village
des vivres; les paysans les (Sachent, désarment
pétliouriens et les massacrent; il est arrivé qu’un non
veau détachement de pétliouriens a bombardé le
lage insurgé avec de l'artillerie. Tout le système *l
gouvernement pétliourien est purement bol'chévist®
Aux yeux de l’Europe, il tâche de se poser en b°ule
vard contre le bolchévisme, en réalité il n’en est quun
-variété. Mêmes phrases mensongères sur la démoe
lie, même mépris en fait pour te peuple. Les tro«P^
ukrainiennes ne se sont jamais battues sérieuse®6
- 177 -
contre l’année rouge. Ce n'est pas pour rien que quel-
qu'un a dit que Pétlioura a une tête ukrainienne, mais
une queue bolchéviste. Le peuple est pillé sans misé-
ricorde: la vénalité y règne tout aussi largement que
parmi les commissaires. Pétlioura est entouré de quel-
ques dizaines d'aventuriers de l’espèce qui surnage sur
les eaux bourbeuses des époques révolutionnaires. Il
s’y trouve beaucoup de ceux qui ont appris « l'ukrai-
nien » en Autriche; comme personne d’autre ne le con-
naît en Ukraine, ils y sont assurés de faire une belle
carrière, si le séparatisme réussit: il .est naturellement
plus agréable de devenir gou-verneur. que de redevenir
débardeur ou clerc, c’est ce qui explique qu’ils soient
des «séparatistes convaincus».
« C’est justement pendant le peu de temps que ces
séparatistes ont été au pouvoir, quon a \u s
tester la variété la plus sauvage du chaminL J v
persécution de la langue). Il faut distinguer i
vues; la russe, la petite-russe et la pseudo-lan^it
ukrainienne. . , , rAînniof
«Les journaux russes furent >upprime,’
des caractères russes interdit; dans les branches d ad
nistration où le service pouvait etre fait < ”'1 ,
, mpmPS COniinc
suffisante par les ukrainiens eux , hemins de fer.
exemple à la poste, au télégraphe, aux 1 , $ écoles;
la langue russe fut abolie »: elle fut eX^ ainsi qu’on
ies manuels russes furent détruis
12
— 178 —
traitait la langue que comprenait tout Petit-Russe j
langue dans laquelle étudiait tout enfant netif
i vii i USSc
dans laquelle étaient imprimés presque tous les ’
° jour-
naux, conclues toutes les affaires importantes et qUe
parlaient dans Ici famille même tous les « intellec-
tuels». qu’ils fussent d’origine petite-russienne ou au-
tre indifféremment.
Noirs avons vu plus haut (p. 74-77) sous quelles influences
l’idiome petit-russien a commencé à se dégager de la langue
russe ancienne. Il existe depuis 4 ou 5 siècles. La science le
considérait comme un dialecte (1), il n’était reconnu comme
langue que par les ukrainophiles seuls. Mais le 20 février 1906
la section de la langue russe et des belles-lettres da l’Aca-
démie Impériale des Sciences a reconnu l’idiome petit-rus-
sien comme langue. Cette décision fut prise à la majorité
d'une voix seulement (sur 5, si je ne me trompe). Certains
sont d'avis que cette détermination a été la suite de considé-
rations scientifiques 'mais il y a des savants, comme lacæ
démicien Sobolevsky, qui la combattent vivement); d’autre-
pensent que, prise dans les journées de la répétition géné
raie de la révolution russe, elle a été le reflet involontaire
du désir de protestation politique contre la .manière pou C1
lisée du gouvernement central’ de traiter les idialectes locau
Quoi qu n en soit, cette décision porte le sceau de 1 Acadétu
elle est sans appel, et depuis 1906 il faut dire « laî,gUe
Au point de vue des us et coutumes, personne ne PeU
1) L jpinion d<- Miklosich fait exception.
- 179 -
pendant nier que cette langue n’ait tous ]& caractères distinc-
tifs d’un dialecte: elle n’est parlée que par le peuple, sa
littérature porte l’empreinte de ce qui s’appelle en Italie
h tter<i'.ura dialettale, elle se borne à quelques drames et co-
médies de couleur locale, à des contes populaires et à des poé-
sies traitant des sujets de la vie du simple peuple local L’idio-
me petit-russien ne s’est pas encore développé en une langue
littéraire et scientifique. Il est probable qu’il en a été empê-
ché en partie par les difficultés que le gouvernement lui a
faites dans la dernière moitié du siècle dernier. Mais ce n’est
certes pas la raison principale. Chaque idiome peut, à la fin,
acquérir le développement d’une langue particulière, mais il
faut pour cela un génie, comme Dante, ou des siècles de cul-
ture indépendante. Jusqu’ici un seul homme, qui soit digne
du nom de poète, a écrit en petit-russien — c'est Chevtchenko.
Si cher qu’il soit à la population locale, vu sur l’arène de ra
critique mondiale, internationale, il ne peut être placé qu’au
rang des poètes de troisième ordre (1). La Petite-Russie na pas
(1) Des souvenirs de famille nous relient avec Chevtchenko.
11 habitait souvent chez mon grand oncle, le prince Repnme-
Wolkon.sky (dernier gouverneur-général de la Petite-Russie),
dans sa propriété du gouvernement de Polta^a. Chei tc en o
bonnes relations avec la famille Repnine et jouissait
hôte. La fille du prince avâit
__ celui de poète. II parlait
‘‘ Ü était‘rempli de protestations eoo-
.. dont il connaît la ngueur £
: "et contre le service
. tendance vers æ .
------------ n. • de la ranime
c<æt grâce aux soüic* ta ;
rentrer de ex
était en.
de l’entière bienveillance de son . .
une excellente influence morale sur lui- Lui-meme app
plus son talent pour la peinture que.
la famille en russe. _
tre le. servage des paysans
83 propre expérience.
*dors; mais il ne démontrait aucune
tiame. Il parait que c
lî^pnine que Chevtchenko 3
— 180 -•
en de culture indépendante : sa caill lire
a été iuiKii-vlsibie^
liée durant cent ans à la culture polonaise et diuram 2^n
diijj
à la culture russe en général. C’est a la culture russe géiié
raie que la culture ukrainienne venait puiser et en elle qu’elie
grand Petit-Russe,
génie ne peut
grand musicien ne
en choisissant un
déposait ses plus beaux dons: le plus
Gogol, a écrit en russe. Un écrivain de
rétrécir artificiellement ses horizons et un
voudra pas restreindre son art créateur
instrument imparfait 1,. L’idiome petit-russien a cédé la
préséance a la langue russe tout naturellement, car tout pro-
vincialisme est tenu de s’effacer devant les intérêts de tout
♦
l’Etat e; de toute la nation. Langue ou dialecte, le langage
pelit-rhssien est en tout cas digne de voir manifester à son
egard par le gouvernement local au moins autant de respect
que lui en a montré le pouvoir impérial. Que voyons-nous
en fait?
4
La démocratique Rada Centrale, qui travaillait soi-
d<>:ant à des buts de renaissance nationale, ne s’est pa-
ge née pour
sienne, l’exemple du gouvernement autrichien.
La langue petite-russienne n‘a pas de termes suffi
sants pour exprimer les besoins modernes d’une vie o
• suivre a régard de la langue petite-rus-
(lj Ix» ukrainophiles ne se gênent pas pour affii *
Gogol a écrit en russe a cause de la censure. Gogol aimait
pa\-, de naissance (1 Lkraine;, mais encore plus sa Patlie
Rusffle). Seul un homme, russe jusqu’à la moelle des os’ a L
exprimer une idée tellement surfaite de la mission eXC„’’.ie
^’n peuple. \ ou s rappelez-vous sa comparaison de kr
une troïka irrésistiblement lancée en avant et e
laquelle do. vent s’écarter tous ks peuples?
— 18* —
vjliséc, de plus, elle est bien trop proche du russe
et voici qu’à Lwov, où il prépare le séparatisme ukrai-
nien, le pouvoir autrichien se donne la tâche de créer,
sut la base de I idiome petit-russien, une nouvelle lan-
gue artificielle, «ukrainienne»: et cette langue doit
avant tout différer le plus possible du russe. Dans ce but
on a a) supprimé trois lettres et ajouté deux autres a
l’alphabet russe; b) inventé des mots ridicules, au lieu
d’employer les mots existant en langue russe; c- intro-
duit le plus possible de mots étrangers: polonais, al-
lemands et autres. Il en est résulté une langue lourde
et fastidieuse, si l’on peut appeler « langue» un produit
artificiel sur les termes et les formes duquel ne peuvent
pas tomber d’accord ceux-là mêmes qui la fabriquent.
La Rada Centrale a désiré imposer cette langue aux
Petits-Russes et en a torturé dans les écoles les cerveaux
des enfants. Ainsi, dans ces deux dernières années on
• /
a commencé à dire au lieu de l’antique mot russe
< straia » (garde), « wàkhta »... « Die XV acht am... Dnié-
per »? Et c’est au nom de la « renaissance nationale »
que s’accomplit tout ce travail destructeur de la langue
natale. Le peuple proteste contre ce « volapük » et ne
l’acceptera jamais, à moins que les enfants ny soient
contraints dès leur bas âge par un gouvernement de.-
Potique.
La politique extérieure du gouvernement a consisté,
selon l’expression peu élégante du mémoire de. soci
- 182 —
listes-révolutionnaires, à être les laquais de la réaction
allemande. Les séparatistes ont assuré le baron MuwU1
qu'ils étaient prêts à « renier leur programme social
pourvu que l’Allemagne consente à les laisser au pOll.
voir ». Il a montré le même manque de dignité vis-
à-vis des Français: «dans la déclaration présentée
au printemps de 1919 au commandant français à
Odessa et signée par Pétlioura et le Directoire, cette
institution consentait à remettre entre les mains du
•
consul général de France le contrôle de la politique in-
térieure et extérieure de l’Ukraine, la direction des
finances, des voies de communications et de toutes les
branches du gouvernement et de la vie économique du
pays». Leur politique «n’est qu’une trahison ininter
rompue des intérêts des grandes masses de la popula-
tion ». Il va de soi qu’en s’adressant à la Conférence
de la Paix ils apparaissaient sous le masque de défen-
seurs zélés de mute la phraséologie du catéchisme dé-
mocratique moderne.
« Quel est donc alors le fondement social du sépa*
ratisme et sur quelle classe s’appuie actuellement L
Directoire ukrainien? », demande le mémoire des so-
cialistes, et il répond : « Avant tout, ce n’est pas sur 1
vrier qu il s’appuie. Car en Ukraine la classe ouvrière
est presque totalement grande-russe et nettement
traire au séparatisme ukrainien. Les séparatistes 0
été obligés de convenir, que dans les administratif
— 183 —
des villes ils n ont pu obtenir que des minorités et que
dans les grands centres industriels ils ne représentent
qu’une minorité infime ». «Ils disent qu’ils sont soute-
nus par les paysans. La classe des paysans en Ukraine
est unie à celle des paysans du reste de la Russie par
une communauté historique d'intérêts, de liens écono-
miques, une similitude de civilisation et l’unité de la
foi ». A de certains moments les paysans « se sont joints
aux séparatistes, mais seulement parce que ceux-ci
avaient caché leur nationalisme militant sous le masque
de l’exigence d'une réforme agraire, à l’unisson de toute
la démocratie russe. Dès que l’essence de leur nationa-
lisme se fut découverte entièrement, les paysans leur
ont tourné le dos et le séparatisme a perdu parmi eux
toute son influence». Et si maintenant, après la révo-
lution, vous entendez chez les paysans de Poltava des
appréciations peu favorables contre les Grands-Russes,
la cause en doit être cherchée dans le fait qu ils sont les
propriétaires fonciers locaux et que les paysans défi-
rent garder les terres, qu’ils leur ont ravies; la propa-
gande les assure que si la Russie une et indivisible
renaissait, les propriétaires reviendraient.
«Ce n'est qu’une partie minime de la population
née en Ukraine, qui professe 1 idée d un Etat ukra’,
indépendant. Le noyau de ce groupe est composé du
Poignée d’intellectuels; petits commerçant*, ind
et employés, pour lesquels la perspective dune
- 1.84 —
mation de l’Ukraine en un Etat indépendant compre
les avantages du pouvoir, même s’il était fondé au pr,x
d’une dictature nationaliste des classes privilégiées,
Ainsi, l’opinion des socialistes-révolutionnaires coin
eide entièrement avec ce que nous avons énoncé dans
les premières pages de notre brochure. Comme mouve-
ment populaire, le séparatisme ukrainien n’existe pas
du tout, il n’est l’œuvre que d'un parti politique, issu
du milieu intellectuel, et semi-intellectuel surtout; ce
travail, généralement intéressé, s’est excessivement in-
tensifié sous l’influence de l’atmosphère révolutionnaire
malsaine, de l’influence austro-allemande et... des Al-
liés.
L’existence de la soi-disant armée ukrainienne et la
possession par les ukrainophiles de foi tes sommes d’ar-
gent. ne contredisent pas ces déductions.
Les troupes ukrainiennes sont complétées par des
volontaires; une bonne paye (300 roubles par mois,
5 roubles de paye journalière dans les marches, d
20 les jours de combat) ne sont pas une mince attrac
tion. Les tentatives de mobilisation, n'ont pas abouti-
En 1919 parut un prikaze de Pétlioura, disant que
officiers ukrainiens ne sont pas sûrs, parce qu ils
presque tous partisans de l’union à la Russie, et QU1S
doivent être remplacés par des officiers allemands-1 e
<)n’ logiquement, appeler «nationale» une telle 31111 &
Comme organisation aussi, elle ne ressemble
- 185 -
une année, cei laines parties en méritent plutôt le nom
(Je bandes, te pillage, le massacre des juifs, sont de-
venus une habitude. Sa force numérique est bien in-
férieure à celle qu’annoncent les sources ukrainophiles.
Au milieu de Juillet 1919 l’armée ne comptait pas plus
de 12,000 baïonnettes, avec 130 canons environ. Dans
e
ce même mois de Juillet elle fut renforcée par des déta-
chements. de l’armée galicienne, qui avaient traversé
l’ancienne frontière autrichienne au nombre de 25,000
baïonnettes. Ce sont les meilleures troupes ukrainien-
nes: elles ont été formées par mobilisation pour la
lutte contre les Polonais, et se composent d’anciens
soldats de l’armée autrichienne; la majorité des offi-
ciers, surtout dans les états-majors, sont des Autri-
chiens et des Allemands. Comme on sait, ces troupes
(moins les officiers austro-allemands) sont passées au
général Dénikine. Les ukrainophiles citent les bandes
de Makhnô, comme manifestation du patriotisme ukrai-
nien. Mais ce n’est qu'une mystification. Que Makhnô
ait reçu de l’argent des Pétliouriens comme des bolché-
vistes, pour causer du désordre sur les derrières de
l’armée de Dénikine, cela est fort probable, mais ses
bandes ne sont pas un produit de tendances nationa
listes; elles sont nées des souffrances produites par la
guerre, de la ruine, du manque de tiavail, de la fa
et de la dissolution de l’Etat. Actuellement le mot .
dre des gens de Makhnô est: «Le pouvoii
- 186 —
terre au peuple». Cela ne sonne pas à 1 ukrainienne
mais bien à la pan-russe.
Soufc Skoropadsky on avait amassé un certain fonds
produit de l'exportation d'une partie des 60 millions
dv pouds (960,000 tonnes) de blé, qui devaient être
exportés selon le traité de Brest-Litovsk. C'est ce fonds-
la qui est devenu la source des richesses des Pétliou-
riens. En 1919 le Directoire a ordonne à la population
de rendre le papier-monnaie de l'époque de lEmpire,
qui avait encore quelque valeur à l'étranger, contre, en
échangé, du papier-monnaie ukrainien absolument
sans valeur; il réquisitionna en plus les pierres précieu-
ses dans les magasins. Tout cela fut transformé en
valeurs étrangères. Les sommes ainsi obtenues sont
dépensées pour l'entretien de l'armée et pour la propa-
gande à l'étranger: la presse et « la représentation di-
plomatique». Au commencement de l'année courante
les sommes, transférées à Vienne, ont pris fin et e
nombre des articles publiés à l'étranger dans les in-
térêts du « peuple ukrainien opprimé » a considérable-
ment diminué.
Ukraine il de situation actuelle en
un phénomène tout ‘ dU séParatisme — est
Les leaders du m nouvoau, importé par nos ennemis.
Passé, protestaient/”0"1 htUraire ukrainien du siècle
gouvernement errait æ" W>ntr<‘ ,es difficultés que le
développement libre de la lH"
187 -
térature petite-russienne, mais ils n'ont jamais son-é a
un séparatisme. Pas plus qu'eux n’y ont pensé n° la
« Société des SS. Cyrille et Méthode» 1846?, ni l’histo
rien Kostomarov (mort en 1885), ni l'émigré politique
Dragomanov. Dragomanov préconisait la décentralisa-
tion de la machine gouvernementale russe et la création
d'autonomies locales régionales, mais ne se représentait
pas l'Ukraine autrement que comme partie d une Russie
unique. Mr. Hrouszewski lui-même n’a pas parlé de sé-
paratisme avant la guerre; ceci est admis par les bro-
chures mêmes des agitateurs ukrainophiles. Donc, mê-
me dans le milieu qui, comme tous les intellectuels rus
ses, sentait peser sur lui l’oppression gouvernementale,
V •
l idée du séparatisme n’était pas née. Si regrettables
que puissent avoir été les fautes de l’ancien régime
envers le mouvement littéraire ukrainien, la vérité n’en
est pas moins que les difficultés ne touchaient qu'un
groupe de personnes insignifiant par le nombre, et que
le peuple ne les soupçonnait même pas. Les phrases
sur « l’oppression du peuple ukrainien » ne sont bonnes
que pour des meetings; un homme sérieux et conscien-
cieux ne les prononcera pas et reconnaîtra que dans les
milieux paysans de l’Ukraine il n’y a jamais eu le moin-
dre indice d’aucune tendance séparatiste.
188
CONCLUSION.
Il n'existe dans le passé aucune cause en faveur di
séparatisme politique de l’Ukraine, rien n’y tend actuel
lement chez la population petite-russienne. Mais peut,
on être tranquille pour l'avenir?
Nombre de Russes ne veulent y voir aucun dan-
ger. Le mensonge et l'artificiel de tout ce mouvement
sont, disent-ils, tellement évidents, qu’il est condamné
à l’insuccès. Nous croyons, au contraire, que le danger
existe, et qu’il est menaçant.
Nos ennemis, comme les Alliés, désirent notre dé-
membrement. Les Alliés aiment à répéter à satiété le
.vieux principe de la non intervention, mais, en pra-
tique, nous n’avons absolument aucune garantie que
demain à Londres, à Paris ou à San Remo, on ne pro-
9 f . « 1 •
clame l’existence d’une Ukraine indépendante et d’une
Russie-Blanche particulière. Les Alliés ont proclamé
le principe d’auto-disposition des peuples, mais pei-
sonne n’a encore demandé à tout le peuple russe, s il
désire être mis en morceaux; personne n’a encore
mandé a la population petite-russienne si elle se 0011
sidère comme un peuple russe ou ukrainien. On a
— 189
Llne nouvelle idole — la Démocratie — tous les gou-
vernements l’encensent, et toute la presse du monde,
en chante, bassement, les louanges; et, dans le fait, la
décision du partage de la Russie sera (et est déjà en
partie) prise par le Conseil tantôt de dix, tantôt de qua-
tre autocrates, qui disposent — pour le moment — des
destins du inonde. Ne nous appesantissons pas sur
• f
l’hypocrisie de la politique contemporaine (qui ne la
reconnaît pas en son for intérieur?); n’essayons pas de
prouver aux Alliés qu’ils démembrent la Russie au
profit de l’Allemagne, donc à leur propre péril; mais
soulignons comment cet acte arbitraire — la reconnais-
sance de l’Ukraine — se répercuterait en Petite-Russie.
Là-bas le peuple est exténué; le paysan n’a que faire
des partis politiques; il voudrait être sûr seulement
que la terre restera définitivement en sa possession,
que la récolte ne lui sera pas enlevée; il lui faut une
autorité qui puisse lui garantir la sécurité. Comme
dans toute la Russie, il a en ( kraine une soif latente
d’autorité. Et cette autorité-là — qu’elle s’appelle répu-
blicaine ou tsarienne, russe ou ukrainienne, — il s em-
pressera de la reconnaître. La proclamation par 1 Lu
rope de l'indépendance de LUkraine-, ciéeia aux yeux
de la .population, une auréole autour du Directoire a
to-élu; le paysan croira que l’Europe a soutenu ce p
voir et ne s’attardera pas à réfléchir, si 1 indépen •
sera utile à son pays, ou si elle le rendra 1 esclave
— 190 —
de l’Allemagne. Il ne faut pas oublier que voici trois
ans qu’on lui parle d’indépendance; le nom d’« ukrai-
nien » à peine usité avant la révolution, est déjà de-
venu familier à son oreille et les phrases des joUr.
riaux, qui, au commencement, lui paraissaient in.
compréhensibles et étrangères, se sont, à force d’avoir
été tant répétées, imprimées dans les cerveaux pares-
seux. Au moment voulu, par exemple au cas d’un plé-
biscite ou d'une convocation de l'Assemblée Consti-
tuante, on verra affluer de l’étranger aussi bien l'in-
dispensable littérature de propagande, qu un moyen
encore plus persuasif : l’argent. Où sont, sur les lieux,
cêux qui auraient pu ouvrir les yeux a la population?
Les personnes cultivées ont été massacrées, ou bien elles
ont fui à l’étranger. Il sera extrêmement difficile aux
quelques personnes restantes de lutter contre « 1 op1
nion générale»; je dis «opinion générale» parce que
tous les journaux seront partisans de l’indépendante
pour cette simple raison que les journaux d’une opin10
différente seront tout bonnement supprimés, be Pr0
blême des partisans de l’unité sera difficile a résoudre
ils n’auront ni argent, ni presse, ni sécurité PcrS^
«elle. Si en Europe, sous le manteau de 1 idole
mocratie, l’opinion du pays est, en réalité, reg*
une oligarchie de démagogues, bien qu’ils ne
° • thU*
pas même encore arrivés au pouvoir, combien
facile ne sera-t-il pas de falsifier la volonté du Pa-
I %
- 191 -
dans la Russie actuelle? Voilà pourquoi nous disons
que le danger est grand.
Au passé il n’y a point de retour. La Russie unie
de Pave/rir nous apparaît comme un Etat fédéré. Mais
il ne faut pas abuser du principe fédératif. Partager
]a patrie en morceaux, selon les intérêts du moment,
les considérations de carrière personnelle, établir des
douanes pour presque chaque arrondissement, afin de
donner des possibilités de profits à un plus grand nom-
bre de fonctionnaires des Etats fraîchement pondus
tout cela peut être une chose naturelle aux époques de
révolution, aux jours de la chute terrible du niveau mo-
ral; mais la vie normale de l’avenir exige une base
plus solide, lue particularisation ne saurait être lé-
gitimée que pour des régions vastes, ayant des parti-
cularités ethniqueszet économiques, par suite de causes
imirnanentefc. Etant donné le mélange de national.'tés,
le principe ethnique cédera inévitablement le pa» aux
considérations économiques. L’infinie richesse de la
Russie gît en l’infinité de son espace: divisez-la, et
chaque partie deviendra pauvre — le midi restera an.
bois, le nord sans pain et sans houille, le nord et
midi sans le coton du Turkestan. La fédération 1^
pose une ligne douanière commune, une aimé
mime, une représentation commune à 1 étrano
côté de corps représentatifs régionaux, un r
— 192 —
Une itelle constilulkhi
d’Etat commun.
pondrait réellement à la conception (Tune i’édémii^
ne non pus i.Hiv pviu <lua uv m. nnssie pJ1(1
et Indivisible, l/idév d’une décentralisation régionale
a été déjà soulevée dans les cercles gnuverne,mentaux
du temps de F Empereur Nicolas II, et rien d’étonnant
a cela: dans son essence la décentralisation aurait pu
cohabiter même avec l'autocratie de Nicolas Ier. Dans
ces formations régionales l'Ukraine occupera une place
d'honneur.
La seule faute du pouvoir impéruil envers la po-
pulation petite-russienne, comme telle, a été d’avoir
créé des difficultés à la littérature petite-russienne.
donc, indirectement, à l'idiome petit-russien. Il est
inadmissible de revenir à cette faute: il faut que dans
la littérature, comme dans la vie, une concurrence libre
s établisse entre les langue- russe et petite-russe: il
faut que cette dernière se développe librement, en
rapport avec le besoin naturel qu'en éprouve la popu-
lation. Il ny a pas de doute que la victoire ne re?k*
1 la langue russe. Et au point de vue de la culture
mondiale, cela n'est pa- a regretter: «La transforma-
tion de l'idiome petit russien en une langue littéraire
et scientifique, dit le savant français A. Meillet. se»'1
«ne perte pour la culture générale, qui est intéressé
— 193 —
à ce qu une langue (dans ce cas le russe) unisse le plus
grarxl nombre d’hommes possible» (i).
La langue d’Etat doit être le russe. Us ukraino-
philes s’indignent de ce qu’en Petite-Russie l’instruc-
tion se donnait en langue russe. En Italie il existe
jusqu’à 12 idiomes principaux, et dans les limites
mêmes d’un seul et même idiome, le citoyen de Mi-
lan ne cornfirend pas le montagnard de la Haute-
Valteline. Dans toute l’Italie l’instruction se donne en
langue italienne. L’unité de l’Etat et du peuple, les
intérêts de la culture et des considérations pratiques
de l’école l’exigent impérieusement. Mais personne
n'a encore pour cela accusé « de barbarie » le gouver-
nement italien. Pourquoi, alors, marque-t-on le mê-
me fait, pour la Russie, du sceau de toutes sortes d£
mots effrayants? Je le répète encore une fois: il y a
moins de différence entre le russe et le petit-russe, que
par exemple entre l’italien et les idiomes vénitien ou
napolitain, qu'entre l'allemand du nord Plattdeutsch-
et celui du sud iOberbayerisch}. Le conscrit petit-russe,
arrivé dans une caserne de 1 armée impériale, parlait
le russe facilement au bout d’une semaine. De pim o
connaît la facilité qu'ont les Russes et les Sla^o en
néral pour apprendre une langue, même tout
. dans le
citation prise dans une
(1) «Le Petit et le Grand Russe»
3 ex 4, 1919. Nous citons d'après une
revue italienne.
13
— 194 —
étrangère; pour l'enfant petit-russe l’instruction 6n
langue russe ne présente aucune difficulté.
Recherchant avec instance l'appui du monde catho
lique, le parti ukrainophile cite les difficultés qu'ont
éprouvées en Petite-Russie les catholiques-unis, connue
une preuve qu'il est indispensable de délivrer l’Ukraine
du joug de Pétrograd. L'intolérance religieuse est la
faute fondamentale du gouvernement russe. Mais c’est
une faute passée. C’est à un prix terrible que nous avons
été guéris de cette maladie. Le bolchévisme, il est vrai,
s’acharne actuellement contre le clergé orthodoxe russe;
il a massacré jusqu'à 20 évêques, fusillé, pendu et cru-
cifié des centaines de prêtres et il continue ses sacri-
lèges dans les églises; mais cette haine ne sort, cer-
tainement pas de l’âme russe. Lorsque sera finie la
danse satanique du bolchévisme et qu’il y aura enfin
une autorité quelconque, tant soit peu'digne de ce nom,
la liberté de conscience sera garantie par les lois fon-
damentales de la Terre russe. Ceci est absolument hors
de doute. Dans le peuple russe il n’y a aucune intolé
rance. Il vit depuis mille ans en rapports journalier5
avec des personnes et des peuplades appartenant au-x
icligions les plus diverses et il vit en paix parfaite a'eC
elles (1).
Q?. lu’fs sont la seule exception, mais ce n’est r**1
pas intolérance religieuse qui est la cause des pogroms.
— 195 —
Le parti-pris de la société russe contre le catholi-
cisme est connu. Mais il n’existe pas seulement au
nord ou à l’orient de la Russie, — c’est un fait général.
Lorsque la propagande ukrainophile affirme que le
«peuple ukrainien» nourrirait une inclination parti-
culière pour le catholicisme, elle invente de toutes
pièces. La vérité, c’est justement le contraire: dans les
autres parties de la Russie le peuple soupçonne à peine
l'existence de l’église catholique; en Ukraine, au con-
traire, la défense fie la foi orthodoxe a été, durant des
siècles, un des facteurs fondamentaux de la lutte des
Petits-Russes contre les Polonais et, en Russie-Blanche,
— le facteur de la lutte politique. La compréhension
polonaise de la liberté de conscience n’a pas changé a
travers les siècles. Voici ce qu'on écrit dans une lettre
du 30 décembre de l’an passé, de la Russie-Blanche.
« Dans les localités occupées, une polonisation effré-
née continue à être pratiquée: on ferme les églises
ou bien on les transforme en temples catholi-
ques, on arrête les prêtres (les PP. Zabrodny et Lé-
vitzki)... » (1). Le gouvernement russe n’a pas lait pire
n dehors de fa
(1) Voici la continuation de j^Etat deviennent
question religieuse. .. Toutes les f!ussœ au serv.ee
polonaises, les employés et en g appartements aU**
sont congédiés avec orrlre d’evacue. 1«> M^,); on arrête
lape do 8 jours (et cela ™ publique <!>• '‘“"‘/manière
toutes les personnes de .nies polonaise* d
le temps, manifesté de syn.patln'-
- 196 -
même à l’époque du procureur général du St. Synode
Pobiédonoszev. Le catholicisme a en Russie, deux en-
nemis: l’un, le St. Synode orthodoxe, ce qui est dans
l’ordre des choses, l’autre, le catholicisme, polonais
un fait tellement « hors de l’ordre des choses » que
l'union même de ces deux mots — de l’idée de natio-
nalisme et de l'idée d’universalité — est une contra-
dictio in adjecto.
En Russie il existe, de nos jours, un puissant mou-
vement spirituel. La propagande de l’athéisme et de
la haine contre le christianisme, donne des résultats
effrayants, mais, à côté de cela, les églises orthodoxes
sont pleines de gens qui prient. Ce n’est plus la foule
de jadis, chez laquelle le maintien des coutumes spi-
rituelles des ancêtres avait un sens prédominant; main-
tenant toute l'église retentit parfois des pleurs de ceux
qui prient : les âmes martyrisées cherchent passionné-
on recherche les officiers russes et, sous diih
* dans des camps de concentra tio’b
on détruit les enseign®®
» russe elle-même est i®
. éluni-
on d’une autre
1
i ente prétextes, on les envoie
on supprime les journaux russophiles,
en langue russe. L’emploi de la langue
connue indésirable. On prend des mesures indigne*» pou J
n°i e la .Russie-Blanche les Russes, originaires d’auto*
gions ac la Russie; on n'accorde aucun secours materiel a
00™+°^ e 1 Etat, chassés du service; on leur propose, <_
î™ soit d’aller en Russie Soviétiste, soit de vivre <1**
oavsan^8 ( e conc*ontration. On réquisitionne tout chez;
h uis terres ,,J) fWüe l)roPriéta ires fonciers à
- 197 -
ment dans leur confusion la vérité du Christ et les
corps épouvantés le secours de Dieu; on prend part
aux processions après s’être préalablement confessé,
dans l’attente, toujours possible, d’être fusillé par les
mitrailleuses des bolchévistes. Tel est le terrain que
l’Eglise catholique trouvera en Russie, lorsque sera
établie la liberté de conscience.
Et ce n’est que de la liberté de conscience que le
catholicisme a besoin pour son succès. Il n’y a. aucune
raison pour cela de démembrer la Russie. Les grecs-
unis resteront à leurs places en Volynie ou en Gali-
cie, qu’ils soient citoyens de tel ou tel Etat, indiffé-
remiment. Il serait bien plus important de modérer
l'intolérance polonaise qui nourrit la haine russe contre
le catholicisme. En tout cas, il n’y a aucune nécessité
de soutenir, dans ce but, le séparatisme ukrainien:
le lecteur se sera sans doute convaincu que sa propa-
gande est basée sur des idées et même sur des faits
mensongers, et, s’il est catholique, il sait que 1 Eglise
n’a pas besoin, pour le succès de l’œuvre du Christ, de
soutenir le mensonge.
★
★ ★
•l’achève d’écrire ces lignes au moment où,
Kenio, vous partagez la Russie.
Vous comprendre est impossible. Le peupk
a donné deux millions de vies humaines pour
— 198 -
garantir les deux années nécessaires aux prépara^
militaires; plus d'une fois il vous a tirés d’embarra.
c’est lui qui le premier a ébranlé les forces ennemi^
et il a posé les bases de votre victoire, et vous, — Vou
nous avez soupçonnés de vouloir vous trahir. Lorsque
survinrent de vrais traîtres — les Bronstein {alias
Trotzki) et G.ie, — qui ont trahi la Russie et vous-mê-
mes avec, — vous avez accusé de trahison toute la Russie
et vous avez commencé à décider de son sort, sans nous
consulter, nous, vos alliés. Des Russes survinrent qui, de
quatre cotés à la fois, marchèrent contre ceux qui vous
avaient trahis et qui sont prêts à vous contaminer de
leur venin bolchéviste; mais ces Russes, qui vous tes-
taient chevaleresquement dévoués à travers toutes les
épreuves et toutes les tentatives, vous les avez aban-
donnés à leur propre sort, et cela.au moment même
ou le succès était déjà si proche (1). Vous n'avez pas su
vous décider à entreprendre une croisade universelle
contre le danger universel aussi de la barba rie bolché-
viste. et vous avez imperturbablement regardé péril
ceux qui auraient pu servir d’avant-garde- aux croisés,
maintenant luttez vous-mêmes! Vous avez regardé de
remplis de reconnaissance envers l^s
> réfugiés et pour les soins humain
ais il s’agit ici de tout 1 enselcütl,
_ .n»s la question de la lutte
(1) Nous sommes i
liés qui ont sauvé nos
qui leur ont été prodigués. Mai,
de la politique de l’Entente da
tre Je bolchevisme.
- 199 -
haut les officiers russes criblés de balles allemandes et
martyrs de la révolution, et vous êtes prêts à recon-
naître comme pouvoir légal une bande de monstres
qui vous ont trahis à Brest-Litowsk. Vous êtes prêts
à accepter cette humiliation pour avoir du pain et du
blé, mais en fait, vous ne recevrez pas un wagon de
blé, car la Russie bolchéviste est impuissante à vous
’ vendre autre chose que des bijoux volés; et si jamais
vous en recevez — ce sera du pain enlevé de force à
des affamés.
Impossible de vous comprendre. Vous craignez la
renaissance de l’Allemagne et vous nous poussez dans
ses bras.
Vous partagez la Russie et vous divisez le peuple
russe. Est-ce que ces dernières années n ont pas montré
combien les nations, même les petites, sont vivaces,
comme elles renaissent après des siècles desclavage? Et
nous sommes cent millions; nous avons déjà, des siècles
durant, été divisés, mais nous nous sommes pourtant
réunis; la Galicie, arrachée depuis 500 ans, continue
à se sentir russe. Séparez-nous de nouveau, nous nom
réunirons encore. Vous avez décidé que le peuple russe
est mort et vous vous hâtez de partager son héritage.
Mais il n'est pas mort. La grave maladie pa^seï ,
peuple reprendra ses forces, se redressentde to _
taille énorme et vous demandera, terrible
vous fait de «na Patrie, tandis que dans ma demence
— 200 —
je me flagellais moi-même, que je me débattais
les griffes du monstre, que mon sang coulait et
faim me torturait? ».
entre
Que la
Soit! partagez la Russie! Mais souvenez-vous nilft
vos décisions ne sont nullement obligatoires pour nous
Par bonheur, vous ne nous avez pas invités à vos con-
férences. Redevenus forts un jour, nous serons libres
de décider de notre sort selon notre volonté! Souvenez-
vous encore que l'exemple est contagieux et que de nos
jours on ne peut impunément éveiller ou soutenir des
instincts subversifs dans un pays étranger, même éloi-
gné. Vous n’avez pas tué chez nous le bolchévisme lors-
qu'il venait à peine de naître; moins de deux ans se sont
écoulés et voilà que ses effrayants tentacules s’intro-
duisent dans vos demeures par toutes les fissures. Vous
soutenez chez nous les forces centrifuges, — elles s éveil-
leront dans vos pays aussi. Qui sait si vous n'aurez pas
a déplorer dans les années les plus prochaines d’avoir
attenté à l’intégrité de la Russie et même à l’unité du
peuple russe!
ANNEXES
— 203 -
Annexe /.
DONNEES GOMPLE
DENTAIRES
SUR LA TERMINOLOGIE.
Dans le chapitre Ier, nous avons déjà dit qu’il est peu
probable qu'on puisse rencontrer le nom iï Ukraine
dans les documents avant la fin du xive siècle. Nous
n’avons réussi à le trouver ni dans les documents de ce
xive siècle ni dans ceux du suivant. La propagande
ukrainienne affirme que ce nom est fixé dans les chro-
niques dès la fin du xiie siècle. Il suffit d’analyser les
textes les plus élémentaires qui s’y rapportent pour
démontrer l’erreur de cette assertion. Nous avons
éclairci la question dans une lettre ouverte adressée
au cte Michel Tyszkiewicz. président de la « Délégation
ukrainienne» auprès de la Conférence de la paix à
Paris. Cette lettre est un résumé succinct de ce que
nous avons exposé dans le chapitre Ier au sujet de la
nomenclature ethnique et territoriale, mais elle donne
en même temps des renseignements complémentaires-
tirés des chroniques. Elle a été publiée dans le journal
romain le Carrière (Tltalia du 25 septembre 1919. Non.-»
la donnons traduite de l’Italien :
« Comte'
, 3 Juin, du Corriere ïl'atia contient
ivec. Parlant de résonne-%.
Jées différentes de celles du part
ont recours a des preu
une interview avec vous
expriment des i<L
nien, vous auriez dit quelles »
— 204 —
ves, qui ne sont autre chose que des insinuations m
songères et calomnieuses ».
La question ukrainienne est trop vaste pour Po
voir être discutée en entier dans une gazette. je
veux pas suivre en cela l’exemple de la propagande
ukrainienne: elle écrit le mot Ukraine, mais elle ne
dit pas à quel territoire ni à quel siècle il se rapporte-
elle se sert du même procédé pour le mot « les Ukrai-
niens» et pour les phrases sur «le joug russe», sur
« la lutte pour la liberté » etc., toujours sans définir
ni le lieu, ni le temps. Ce n’est pas là le moyen d’ar-
river à la vérité; et c’est justement la vérité que je
veux établir. Il est donc dans mon intérêt de préciser
la question.
Pour aujourd’hui je choisirai clans ce sujet si vaste,
la première affirmation de l'école ukrainienne, à savoir
qu’à l'époque pré-tartare (ixe-xme siècles) Kiev n'a pas
été la capitale de toute la Russie une et entière, mais
le centre d’un Etat, nommé « Ukraine », habité par un
peuple «ukrainien». Les adversaires du parti ukrai-
nien affirment au contraire, qu’à cette époque il n’y a
eu aucun peuple, ni aucun Etat ukrainiens.
Voyons ce que disent les témoins séculaires et nous
saurons alors laquelle de ces opinions répond à la vé-
rité historique, et laquelle présente — je ne veux pas
dire des insinuations calomnieuses — mais, disons —
inexactes.
siècle. — En 911 le prince de Kiev Oleg a conclu
un traité avec Byzance; il y est parlé de « princes rus-
ses», de «lois russes», de «famille russe», de «
Ferre russe»; pour l’homme isolé on y voit ^?ureI’rne
erme de tous sine, au pluriel roùsskié, et, c°nl
su jstantif collectif on y rencontre le mot R°uSS' ng
mot Bovss y est employé, en tout, dans le 96
- 205 -
ethnique 18 fois, dans le sens territorial 5 fois- les
formes roùsskié et roùssine, 7 fois chacune. Un traité
semblable fut conclu en 944 par le pr. Igor: nous y
trouvons les mêmes expressions « Terre russe », « prin-
ces russes», roûssine, roùsskié et Rouss. Les chroni-
ques occidentales nous apprennent qu’auprès de l’em-
pereur Othon Ier arrivèrent des legati Rellenæ (nom
chrétien de la princesse Olga) Reginæ Russorum; (So-
loviev, t. I, p. 141, éd. 2).
_\7e siècle. — En l’an 1006, le missionnaire allemand
Bruno était en visite chez St. Vladimir et, parlant de
celui-ci dans sa lettre à l’empereur Henri II, il l’appelle
Senior Ruzorum. Le premier code composé à Kiev
porte le nom de Roùsskaia Prâvda (La Vérité Russe);
la fille d’Iaroslav Tr, épouse d'Henri Ier, roi de France,
est connue dans l’histoire sous le nom d’Arrnc de Rus-
sie. Un document du pape Grégoire VII, en 1075, ap-
pelle Iziaslav, fils d’Iaroslav Ier, Rex Ruscorum. Dans
un autre document de la même époque, ce même pape
conseille au roi de Pologne de rendre a Iziaslav Régi
Ruscorum les terres qu’il ©lui avait enlevées.
A7C et XII6 siècles. — Le terme «Terre russe» est
si fréquemment employé dans les chroniques de Kie\,
qu’il est devenu, comme l’a dit le professeur Khou -
une expression stéréotypée». Ainsi le prince
à la Terre russe et cherchait a en
‘ ‘ Jr des princes consistait
JIKIIW la iwre contre un tel «sele-
w la Sainte Croix et toute la Terre russe » et
perdu sa tête pour la ^erryUSj„ fonte la
' métropolite de toute ta
chévsky, «
V '
de Kiev « pensait à —
prévoir les destinées»; le devoir
à «soigner la Terre russe»'
vera i
« un tel a
tropolite
Russie »,
de Kiev s’intitule «
etc.
(1) En cas de parjure.
(Note, du traducteur).
— 20b —
,\7//“ siècle. - Le moine franciscain P|<
Chanson sur la campagne dT»0r))
H4io Garnir •
qui visita Kiev en 1246, décrivait Kiooia, quae est ’’
tropolis llussiae. Nous voici donc arrivés à la péri T
tartare. Et, abandonnant les chroniques, passons à p
poésie épique. . ÎXa
Dans la célèbre « Chanson sur la campagne d’lgor))
(xm° siècle) qui raconte un épisode (1185) de la lutte de
la Russie avec la steppe barbare, nous retrouvons les
mêmes expressions. De plus nous y trouvons: «et ils
tombèrent tous, les braves roussatchis (russes) ». Toute
la poésie épique (bylines) du cycle de Kiev et celle du
cycle de Novgorod jusqu’au xiv° siècle, sont pleines de
ces mêmes expressions.
Le parti ukrainien affirme que les habitants de
l'Etat de Kiev de cette époque étaient des Ukrainiens,
et voici que du fond de tombes millénaires parvient
jusqu’à nos oreilles leur cri : « nous sommes Russes,
Russes, Russes! ».
Quelle arme possède donc le parti ukrainien pour
combattre la déposition de ces témoins ensevelis depuis
tant de siècles et dont le témoignage ne saurait être
changé « même pour tout l’or sous la lune»? L’artil-
lerie lourde ukrainienne qu’on met en batterie aussitôt
qu’on voit venir un adversaire sérieux, ne consiste
qu’en 2 pièces: l’une porte la date de « 1187 », l’autre
de « 1213». Exécutons un petit travail de précision sur
ces canons, qui, aux yeux d’un lecteur peu versé dans
1 histoire russe, pourraient paraître avoir une gran
importance.
L/ 1187. l ne feuille de propagande ukrainien11
cite sous cette date le passage su i van4, tiré des c^r(>Ih
ques de Kiev et de Galitch: « L’Ukraine pleur^.111{
mort du prince Vladimir Glébovitch ». 306 ans s’é^’e '
écoulés depuis le jour où Kiev était devenu en 881
— 207 —
capit'dc de 1 B»tôt que vous appelez «Ukraine» et (e
n’est qu’alors qu’apparaît son vrai nom? Cela ne vous
semble-t-il pas un peu étrange? Mais approfondissons
les citations. Vladimir Glébovitch était prince de Pé-
réïaslav, situé sur la rive gaüche du Dniéper, presqu’en
face de Kiev; la principauté se trouvait placée entre le
Dniéper et la steppe des nomades; elle était la dernière
principauté frontière. A la fin du xnc siècle la Russie
du sud était déjà en train de péricliter; «la steppe»
commençait à la vaincre. La principauté souffrait des
Polovtzys bien plus que les autres; sa moitié orientale
était déjà tombée aux mains des nomades; l’occidentale
était devenue le dernier lambeau oriental de la Russie
du sud et représentait, par conséquent, aux yeux des
chroniqueurs de Kiev et de Galitch la «région-fron-
tière ». 11 est alors naturel qu’ils disent: Xukraina pleu-
rait: ukraina n’est pas ici un nom propre; mais un
substantif commun (1). Dans un ouvrage scientifique le
mot ukraina (avec un u minuscule) aurait dû être rendu
ici non en transcription (Ukraine) mais en traduction,
c’est-à-dire «la région frontière pleurait». Et en effet,
nous lisons dans Soloviev, t. Il, p. 637: «...et ainsi
mourut le célèbre défenseur de Vukràina (u minuscule)
contre les Polovtzys, le prince de Péréïaslâv Vladimir
Glébovitch, et tous les habitants de PéréïaslavMe pleu-
rèrent... ». Qu’est-ce donc que la citation de 1 an
sous la forme où la donnent les ukrainophiles? n o
cornent fabriqué. .. niAQ
An 1213. — A cette date il est dit (nous P.
un journal ukrainien) que «le prince ' i.Tjkrai-
roi de Galicie) occupa. Bérest e r|“e ukrame.
ne». Ce cas est identique et il faut lue
(1) Voyez l’explication pâges
^licteur).
13 et 213-214. (Note tra
- 208 —
et, en langue étrangère, « terre de frontière ». Béresf
c’est Brest-Litowsk, où se réunissaient les frontières?
trois Etats: la Russie, la Pologne et la Lithuanie o
gorsk, d'après Soloviev, est probablement le villaU
actuel d'Ougroùïsk, à 100 kilomètres de Brest.
L'artillerie est une arme puissante quand elle ti^
des obus explosifs; mais elle ne vaut rien, lorsqu'elle
n'envoie sur l'adversaire que... des documents faussé?
Je vous serais reconnaissant. Comte, si vous étiez
assez a niable pour répondre — et cela avec la plus
grande précision possible aux questions suivantes,
fort précises également.
a) Les citations faites par moi, ci-dessus, sont-elles
exactes?
b Si non, laquelle est inexacte et dans quelle de
ses parties? Dans ce cas. je vous propose de nommer
un arbitre, choisi par exemple parmi les professeurs
d'histoire russe des universités italiennes; je désigne-
rai le mien: ils choisiront ensemble le troisième.
c) Si mes extraits sont exacts, trouvez-vous logi-
<tues ou illogiques, véridiques ou mensongères, les dé-
ductions suivantes qui en découlent: .<
1) L’Etat dont Kiev était la capitale, s’app°lai
dans la période pré-tartare Rouss;
2) Le peuple qui y habitait s’appelait « nlS
(rouss et roùsskié} ; . j|g
3) La propagande ukrainienne, lorsque parfoc
admet que le peuple s’appelait Rouss et nie Q111.
nommât roùsskié (russe-adjectif), affirme yne ces
mensongère, puisque nous trouvons déjà dès
deux formes du mot; . iai«
4) Ni cet Etat, ni son territoire ne se sont
appelés, Ukraine;
- 209 -
û) A cette époque il n’v a i
pique indication de l’existence dhn™ P US micr°sco-
lassent « ukrainiens ». Sommes qui s-apptf.
Si vous reconnaissez l'exactitude de - .
vous vous verrez obligé de reconnaître quTj’ai
son — au moins pour ce qui re°arde 1» (J .
tartare - - en disant dans le'journal Ejtoca (du 3*Juin)
que le p.u i ukrainien «s’occupe de mystifications no
htiques » et « fausse l'histoire ». ‘ p
Agréez, Comte, l’expression de ma parfaite consi-•
deration. .
P.ee Alexandre Wolkonsky».
★
★ ★
J'espère avoir posé la question d'une manière assez
précise et définie. Mais les ukrainophiles redoutent la
précision. Voici la réponse du comte Tyszkiewicz dans
la Petite République (30 octobre 1919) sous le titre
« l’Ukraine et la Moscovie». Nous divisons le texte en
points: a, b, c... pour abréger nos commentaires.
« Prince,
(( a) Le Giornale (sic) dltalia du 25 septembre m'a
apporté une lettre ouverte de vous, à laquelle je me
l’errnets de répondre. En laissant de côté les expressions
( 11 genre de « documents falsifiés», «artillerie lourde»,
que je n’emploie pas ordinairement, je vous dirai
ce qui suit:
« ô) L’expression de Russes ou Rulhènes a certai-
,1('Jnent été employée au xc siècle et même plus tard
’ les princes et leurs guerriers Normands
। l’Ukraine et même les
Peuples qui leur furent soumis.
U
pour désigner
qui ont conquis à cette époque
- 210 —
ces russes » (Histoire de Russie, tome I, p. 53)
— a « 1 J A 1 X 1 / '
I
tité des Russes avec les Normands: les écrivains ,
leur dissemblance avec les Slaves. (Solowiev, T
p. 51-56).
((
ils disparaissent dans l’élé-
« c) Le chroniqueur Nestor et l’historien Soio •
que vous citez sont des plus explicites là-dessus: «
le terme russe, le chroniqueur (Nestor) entend toin^
peuples slaves qui se trouvaient sous l'autorité des
« d) Luitprand, évêque de Crémone, constate ri(p
• ' avec les Normands: les écrivains arabes
’oine f
I
e) Ils jouent le même rôle parmi eux que leurs
frères en Angleterre, en Normandie et en Sicile; en tout
cas, conquérants ou non, ils disparaissent dans l’élé-
ment indigène de chacun des deux groupes qui se cris-
tallisent au nord et au sud et (pie séparent non seu-
lement l'immensité des territoires incultes, mais Inut
un monde de dissemblances ethniques et géographi
ques. ' AI
«/) Et cela d’autant plus que nos deux pays s’ap-
pelleront 1; toujours autrement. A l’époque où on ap-
pelait 1 I.'kraine (expression populaire qui veut dire
pays, patrie, Z/vo, employée aussi dans les chroniques
de 1187 et en 1213) Russie ou Sarmatie l'autre pays
était, vous le savez, cflnnu sous le nom de Moscovie.
Comte Michel Tyszkiewicz ».
Ixi partie omise de cette lettre ne se rapporte pas a
l’époque pré-tartare (2), et n’est pas, par conséquent,
une réponse aux questions posées.
(1) Le futur est évidemment une erreur de typ°giaP
A. JV.
(2) L y est dit que les tzars et Catherine la Gi an(lt|ran-
iai* n nijours traité les Petite-Russes comme un peiip e
h,I 2-’,+°n ' Parl° de la « prison» (russe) des peuples, 011 tjo-
nalRés i>U* feU ( ° 1>laœ pour ifiS autres cultes, les autl<?.aDcbe'
-, ni pour aucune civilisation. Il n’y aurait eu
- 211 -
Le comte Tyszkiewicz a répondu par un «oui» «.
ninle aux 3 premiers points et a prudemment éludé la
réponse aux deux autres. Examinons un Wu opq v '
m» । • I •j •*5 V ( 1“
irrn-ations:
a} L’expression «docmncnts falsifiés» est em-
ployée par moi avec raison, car citer le texte de la
(•lironiîpie avec le mot «Ukraine» en affirmant que le
chroniqueur parle de l’Etat «Ukraine», constitue pré-
cisément une falsification du document.
b) Je ne connais aucun cas, ou les descendants de
Rurik, ou leurs troupes, se soient appelés, dans la pé-
riode pré-mongole « ruthèncs». Les Normans du x‘ siè-
cle n’ont, pas conquis l’Ukraine, car à cette époque il
n’existait aucune Ukraine.
c) La citation de Soloviev explique d’où est venue
l i dénomination «russe», mais ne parle pas du tout
d'une distinction entre la population du nord et celle
du -midi. Ce nom est appliqué à toutes les tribu- slaves
qui ont formé le peuple russe, voilà la déduction a tir -r
de la citation. Ce que j’affirme est précisément la même
chose. Mais le cte Tyszkiewicz a tort de traduire So-
loviev inexactement : Soloviev dit «tribus», et le cte
Tyszkiewicz traduit «peuples». Il y avait, il est vrai,
bien des tribus, mais un seul peuple — le russe (1).
ment rien en Russie, absolument rien, que «le ( espo
une barbarie asiatiques». La lettre finit pai um me <
sortie contre les personnes, qui aiment leui assit
divisible. , « > • „ Dans la
(1) Voici la citation exacte de Soloviev ...__
partie de Japhet, dit-il (c.-à-d. Nestor), m 1 Jes tribus
ici le chroniqueur sous-entend par ce n uis il énumère
slaves soumises au pouvoir des princes iu T„+tone. qui Pa-
les. peuples étrangère, d’origine Fmno.sert .., „
Valent tribut aux russes a son .poqiæ-lisent comme suit:
Les passages correspondants de Nretoi se
r
d) Je n’ai jamais nié l'origine normanne de R
rik. Il est vrai qu'une tribu immigrée peu nombreu
{Rouss) a été absorbée par la population indigène. M f
la cristallisation de la population méridionale en £
traits extérieurs différents de celle du nord ne s'est
du tout produite à l'époque où cette Rouss a fonction-
né peut-être comme une force dominatrice étrangère
ixe siècle), mais 4 ou 6 siècles plus tard. Je pense que
l’opinion des Klioutchévsky et des Platonov a plus
de poids qu'une phrase du cte Tyszkiewicz.
e) En quoi consistait « tout un monde de dis-
semblances ethniques et géographiques » du nord
avec le sud à l'époque pré-tartare, — le cte Tyszkie-
wicz ne nous l'apprend pas. Moi — je ne le sais
pas non plus. J'ai tâché dans le chapitre III d’expo-
ser ?e plus consciencieusement possible les différen-
ces entre les deux parties de la Russie, mais je con-
viens que je n'y ai réussi que faiblement — tant il
y a entre elles de traits communs. Il est vrai que
d immenses forêts séparaient la Russie de Souzdal de
» (suit l’énumération des
n’y a on Rouss que la langue (pellP ®
______________________________, les Novgorodiens, les
i, les Drégovitchis, lesgérers, les Rougeanes, parce q
ensuite les Voly viens. Et
autres langues (peuples) qui payent tribut a
L <_
U a’y a que deux manières do comprendre
« en Rouss »: ou dans un sens territorial, ou dans
1° « Dans la partie de Japhet habitent lp Rouss, la Tchoud e
toutes les langues (peuples): Méria:
tribus finnoises). 2° « Il
slave: les Polianes, les Drévlio nés,
lotfhanes,________„„„„_____
j J • J y
habitent le long du Boug
sont d’autres langues (peuples) qui payent tri on t »
la l'choud, la Méria... » (suit l’énumération des tribus I111,1
H n’y a que deux manières, de comnrendre cette eXl,1(’limo-
lë sens eilj
graphique. Dans le premier cas Nestor témoigne, quf
ti ibus slaves, celles fin nord, comme celles du midi, -±s coni'
partie de la 7 erre, russe et même comme membres a di»1 se-
ient tribut). du
.ulemcnt,
l’un °u
ire Q,1C
et même comme membres a_
plots (puisque les finnois leur payait... -
tond, quelles faisaient partie toute»s, et elles se -
IKuph'. russe. [m ,,t,, Tyszkiewicz doit choisir entre
I niitro Ix» ukrainophiles n’ont pua de pire irdver.-
Nestor! 1
— 213 -
celle de Kie\ ; mais il est vrai aussi, que de magnifique s
rivières les réunissaient et que la population æ pressait
sur leurs bords et restait ainsi en communication cons-
tante.
/) Sous le-rapport des dénominations territoriales
le cte Tyszkiewicz s’est laissé aller à des erreurs tel-
lement incroyables, qu’il est impossible de les débrouil-
ler, sans leur consacrer quelques pages,
1) Et tout d’abord il est faux que le mot ukraina
signifie «pays», «patrie», «région». Le cte Tyszkie-
wicz, qui parle le russe, ne peut pas l’ignorer. Le nom
likrâïna est une réfutation évidente de toute la théo-
rie ukrainienne; c’est pourquoi la propagande ukrai-
nophile à l’étranger s’efforce constamment de tourner
autour de ce mot en en donnant aux étrangers une
traduction inexacte. Le. sens du mot ukraina dérive
non pas du mot krâj (territoire) mais des mots krâj
(bord) et ou (près de) et veut dire «ce qui est près du
bord, près de la limite», c’est-à-dire pays le long de
la frontière., pays de la bordure, marche. A ce pro-
pos: le mot krâj ne signifie pas non plus «patrie»,
par exemple l’expression : « je vais dans le krâj », ne si-
gnifierait rien du tout; pour figurer la patrie, il fau-
drait dire: «je vais dans mon krâj rodnoj, nata ».
Le cte Tyszkiewicz doit le savoir tout aussi bien que
moi (1).
; Blanche)
z • .ni hnrel do le tut*
- re^°n aU village® de
! nnvraae l’auteur donne le
(1) Dans l’édition russe de oetox 6d. 1865, con-
texte complet du Diction naye ia .s r quelques extraite,
cernant le mot ukrâïna. Ici nous en situté près du
«Ukrâjnij (adjectif) et ukrâtnh /• ‘ de frontière, situe
bord do quelque chose, vj’]es de Sibérie s’apP';
aux derniers confins de 1 L < • • , ,gUf ja moi
jadis ukrâïnnié. La y*lk\ ( e,1 région au b
un lieu vkràïnnij. l'krdj, "''T' nl.;rent quelques
terre .le bordure. 'VenteS
Vukrâïna do Pskov («nt.qno). . Wli mW fr0Kle (ant.que)
moldave (antique). Sur M**
- 214 -
2) Dans ma lettre j'ai prouvé qu’en 1187 et en 1213
la chronique ne se sert pas. du mot « Ukraine» comme
d’un nom propre. Le cte Tyszkiewicz aurait dû ou bien
me réfuter (ce qui dans ce cas est impossible), ou bien
cesser de se servir de ce document falsifié. Au lieu de
cela, il cite dans sa réponse à ma lettre ces mêmes
dates, fort prudemment, il est vrai, mais de telle façon
pourtant que le lecteur en peut garder l’impression
que la Russie du sud s’était aux xne et xme siècles
appelée «Ukraine». Je m'abstiens die commentaires
ultérieurs.
3) « Ukraine — expression populaire ». Nous avons
plus d'une fois rencontré cette idée — mais clairement
et entièrement énoncée — dans les pages de la propa-
gande ukrainophile. N'ayant aucune possibilité de nier
que la terre de Kiev se soit appelée Rouss, les ukrai-
niens cherchent à sortir de cette situation embarrassée
en affirmant que la Russie du sud pré-mongole aurait
eu encore une dénomination, populaire, vulgaire, «U-
kraine». Mais où sont les preuves? Où sont les textes?
On ne trouve ce terme ni dans les chansons populaires
épiques, ni dans les autres monuments littéraires. Le
cte Tyszkiewicz et Cie ne posséderaient-ils pas quel-
que^ lettre privée de l’époque ou quelque compte
d’hôtel de Kiev du xne siècle?
U n’est pourtant pas honnête de donner à un PaYs
un nom fl invention et de profiter de ce que les étraa
toute "L"” «PPofe C7., ..
... Privé,. ,1^"''^ (Suit chez.
fP"' «-«,?♦ 9«’uné . ns Pour dont l’énu-
P onr./)e dire „ f,n autre fo,m !’ or<-ille ôtraiigèro'l.
T1'' P'*Hiïn?,Pa3 bout “ ,"'ot «krdïm, subst.
bn'- Bord " l<- Ixird au ’ ^"knnnr, dr h
n, tu risques de tom-
— 215 —
gers ignorent la langue russe, pour les tromper inso
lemmenl, et se moquer ainsi du lecteur français an-
glais, italien! Est-il honnête encore de tromper la’sim-
plicité de son propre peuple? — n’appuyons pas.
* 4) L’affirmation que le nord et le sud « s’appe-
lèrent toujours autrement» (parce que le nord s’ap-
pelait Moscovie) est incroyable d’aplomb. Le cte Tysz-
kiewicz sait parfaitement qu’en russe le mot « Mosco-
vie » n’existe pas du tout. «L’Ukraine et la Moscovie;.,
par exemple, ne peut être traduit en russe autrement
que par « l’Ukraine et la Russie de Moscou » (1). Tout
aussi incroyable est l’expression : «A l’époque où on
appelait l'Ukraine Russie ou Sarmatie... » car il n’y a
jamais eu de pareille époque : ce sont deux époques et
elles sont séparées par un intervalle de 7 siècles.
Nous laissons au lecteur le soin de décider si le
cte Tyszkiewicz dit des choses aussi incroyables par
erreur ou sciemment, et nous allons tâcher de nous
débrouiller définitivement au milieu de ces dénomina-
tions. Précisons: Ce qu’on appelle, qui appelle, et
quand on appelle.
Le monde ancien désignait par les noms imprécis de Scythie
et de Sarmatie l’espace qu’occupent la Pologne actuelle, la Rus-
sie d’Europe et une certaine partie de celle d’Asie. Leurs fron-
tières septentrionales et orientales étaient indéfinies, . o
Hérodote (v s. av. J.-C.) «a Scythie s’étendait du
•Carpathes jusqu’au Don, et des mers Noire et zov
nord jusqu’aux gouvernements centraux de ,a
Mais l’orient du Don il y avait encore la
la géographie de Ptolémée (11’ s. après M sont pas un
qu’à la Mongolie, la Chine et 1 Inde. Les désigner de
peuple particulier; c’était un nom collecté pou. desig
.. aurait été inexacte; car
(1) L’expression ((État moscovite» documents l’arron-
au xvne siècle ce terme désignait ( pIÎS ov (Jours d’histotre
dissement de la ville de ce nom. (
pag. 263).
- 216 —
nombreux peuples à peine connus, et il se rar ’-f.
époque... plutôt, éloignée. On mentionne pour h ,°l1eJr
*' - ---•* - -----a T . _ C Pi jy -
J occupai^
. Depuis le no s. aprè y --
— — * T~X J - 1 ' r 1P
:i une
ces Scythes au vue s. avant J.-C.; au vi« s. ils occupait
l’Asie mineure; depuis le ne s. av. J.-C. leur nom est remnl
par celui de « Sarmates ». Depuis le ne s. après J.-C.
de Scythie d'Europe disparaît. Ptolémée la décrit sous le no^
de Sarmatie. Les Sarmates non plus ne sont pas un
particulier; déjà pour Strabon (Ier s. av. et après J.-c.)
nom est plutôt un tenue collectif. Il est impossible de démêler
le rapport entre Scythes et Sarmates: on ne comprend pas
trop bien si ce sont des peuples parents, ou si les Sarmates
né sont qu’une partie des Scythes. Au ive >s. après J.-C. la Sar-
matie fait partie de l’Etat des Goths et son nom, comme celui
de Sarmates, disparaît. Les Goths, les Avares et les Huns ont
passé .sur ces terres et ont fait place aux Slaves.
Il est évident que les noms de Scythie ou de Sarma-
tie n'ont aucun rapport avec la question ukrainienne —
ils ne peuvent être cités que par ceux qui tiennent à em-
brouiller la question et à frapper l’esprit des lecteurs de
gazettes par leur érudition douteuse. « Les Sarmates
(Ukrainiens) »... lisons-nous sur la première page d’une
brochure ukrainophile anonyme; ces parenthèses ren-
ferment dix lettres seulement, mais elles renferment
aussi une erreur de 10 siècles, au moins.
Au territoire qui formait aux xvme et xixe siècles k
sud de l’empire de Russie appliquons le ternie
“ midi »; celui où se forma au xiv® siècle le grand-duc
de Moscou, et la région de Novgorod, — appelons^
«nord». Alors nous aurons le tableau suivant.
nous empressons de faire noter que les données en so
^PproxiTnatives. Pour le composer avec une exac 1 nig
e c’ *1 aur'dt fallu feuilleter un tas de monuin
dteraires, de documents historiques, de rnénwires
œ nWUrS’ MaiS tout 0St relatif dans ce baS “Xlr 88
tmmno SanS prod*' <Iue ceux qui, de cœur le© ’
naissance \C 7 ?U de' 10 sæcles pourront prendr
aissance de notre tableau (Voir pp. W-W-
- 217 —
Quelqu incomplet que soit notre tableau on peut
en tirer cependant les conclusions incontestable» sui
vantes : a) La population appelle elle-même son pays
au sud comme au nord, principalement Houss et Rossia.
b) L'affirmation que les « deux pays» se soient appelés
«toujours autrement», est une invention, c) A une
certaine époque, la population elle-même a appelé une
petite partie du midi (le pays de Kiev et de Poltava)
«Ukrâïna». d) Elle n’a jamais appelé «Ukrâïna» la
Galicie et n’a jamais eu connaissance des mots Mosco-
via et Ruthenia. e) Il est absolument faux que le nom
de « Petite-Russie » (Malo-Rossid) ait été imposé au
midi par Moscou : cette dénomination est née au midi
pas plus tard qu’au xine siècle, puisqu’elle était déjà
le nom officiel de la principauté de Galicie-Volynie en
1335 (1).
Dans la terminologie russe, qui ne connaît pas le
mot Moscovie, tous les noms locaux (que cela soit
celui de la Terre de Novgorod ou de l’Ukraine) étaient
couverts par le ^iom générique de Rouss et Rossia. La
différence tranchante de dénominations du midi et du
nord {Ukraina et Moscovia) n’existait que dans la bou-
che des étrangers; elle ne témoigne pas d’une différence
ethnique, mais seulement d’une différence de destinées
politiques du « sud » et du « nord ».
Ce ne sont pas les aspirations des partis politiques
contemporains qui déterminent comment des pays e
des peuples s’appelaient jadis, mais uniquemen es
citations de documents des siècles correspondait s..
5) «Nos deux pays»... Pour le cteJ^kiewaz
ce sont deux pays, mais pour moi ce n q
_ - rVnnirefois « Ukraine-
(1) Hrouszewski appelle la I’““iæ| is‘ir. on ne trouve pas
Russie », mais ceci n’est que son bon plaisir, ox
pareil nom dans les documents.
218 —
»
XIV
SIÈCLE
i
DÉNOMINATIONS
®0US8 <BoUss)
1 Oïvfa '
Rossia
Russia
(Ruthenia) *j
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les
les
les
les
les
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Petite-Russie
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les
les
Russes
Ryzanting
Russes
Européens Occid,
Européens Occid.
Byzantins
Russes
Russes
Russes
Européens Oocü
Russes
ia propagande
nophile et >Tt< A
Européens Oce:-
ec&P oie "jœ fort rarement, -urtout p
> t**00™ d'après Jeun apanagesjP**/*
>f?nnorum et kuthen&rum mu
Terrioie en J5âO le titre de . je
pneieuee daaiie terme rut^ni d un *ens de co »
— 214 —
SIÈCLE
x-xx..........
X3)-XV........
XVI ‘)-XX.....
XIII 3 et 6)-XX. . .
p.XVII........
XVI ®)-XVITI....
< SUD »
DÉNOMINATIONS
Rouss (Rouss) *)
.'Pcooia
Rossia
Russia ।
(Ruthenia) *) >
Moscovia I
DONNÉES PAR:
les Russes
les Byzantins
les Russes
les Européens Occid.
1) Nous écrivons Rouss et (Roussi pour distinguer l’emploi de ce mot dans les
temps anciens, quand il était le nom unique du pays, d'avec son emploi ultérieur (resté
dans la coutume ou comme expression poétique), parallèlement avec le mot .Rossia.
2) Dans le réglement de l’emp. Léon le Philosophe (886-911) sur « Les églises
métropolitaines soumises au patriarche de Constantinople > on trouve dans la liste
des églises l’église russe Pointa.
8) Constantin Porphyrogénète (901 -952) appelle Xovgoroi. Pû)(Jia
Russie extérieure).
4) D'après des documents de l’éooqae de Jean le Terrible.
5) Bulle du pape Honorius III (1227) universis Regibus Russie: elle se rapporte
aussi aux princes du nord, puisqu’elle parle de relations avec les chrétiens de
Livonie et d'Esthonie. __ , , _ , . , .
„ 6) Bulle du pane Grégoire IX (1231) au gr.-duc Georges  sevolodo^tch de
Vladimir (sur la Kliàsma) Régi Russie, f HisU Rus. Monum. •, I. doc. XXAin et
pa»e 9).
7) Ecrit du roi Louis de Hongrie du 20 mai 1344 à Dmitri Diadka, gouverneur
Q- la Russie de Galitch. . ^ ... -r> - j . en
Ecrit de Yourij II dernier prince de toute la Petite-Russie t -> >-
1335 au grand-maîtr • de l’Ordre Teutonique **.•
Voyez ici pag. 34. note 2. x, . , ,, nne 1370s.
Ecrit du roi de Pologne au patriarche Phüothée (pas p » rainophile qui
, 11 J'écris "XtV" par pfecaution. Je serais reconna.ssaot a I ÿra°°1£> ' «ou
-s donnerait un. citation des XIV ou XV s. arec le nom t.rama
langue étrangère. -------------------
--contre plus fréquemment lorsqu’il s
^Ihuanie). mais son emploi dans le titre
y^îÇfrait dans le sens ethnique tous __
’ra55e? et ^es russe s-blancs.
) Le fac-similé eu est joint au recueil
^.Russie,______________ • ~ ’ f
• recueil contient plusieurs remarques
’agit de la Russie occidentale (Gâta* «
________________________1:
^-Ru^ieV7ÏÏté7arrAc4id* Jtnp. des Sciences’ *rSK>^wsld
™ P^- U1 ei
Prouvant la tendance voulue de ses déducUO -
— 220 —
pays, et il restera ainsi même si l’aréopage e I
daignait décider, avec le concours d’aventurier^0^611
tieux, qu’ils sont deux. Je sais que c’est un
je le sais par la raison et par le sentiment C’
compréhensible pour le cte Tyszkiewicz. 11 est f f *n'
turel que pour un Lithuanien polonisé, les deux
lies de la Russie soient également étrangères* ai P?r'
moi, tous les membres de ma Patrie souffrante me sn ♦
également chers; je ne sais pas pourtant si dans sn
passé le temps de St. Vladimir et de laroslav le Sa-e
mes ancêtres, n e>t pas plus près de mon coeur ciue°la
lourde grandeur de Moscou. ‘ ’ 4
— 221 -
Annexe &
ENCORE UN MOT SUR L’UNITE DE LA RUSSIE
PRE-MONGOLE.
La propagande ukrainienne se plaît à assurer au
public étranger que l’Etat de Kiev n’aurait compris
que le sud de la Russie et que ce sud (« Ukraine ») est
infiniment plus ancien que le nord (« Russie »). Lorsque
Kiev — disent les ukrainophiles — était déjà sous la-
roslav Ier la capitale d’un puissant Etat, Moscou (qu’on
nomme pour la première fois en 1147) n’existait même
pas encore. Pour qui ne connaît pas l'histoire, la dé-
duction paraît convaincante; dans le fait ce n’est qu’une
mystification évidente.
La ville de Moscou est vraiment de 500 ans la ca-
dette de Kiev, mais le territoire où devait plus tard
naître l’Etat moscovite, était déjà peuplé de Slaves
avant l’époque de Rurik. Rostov était une ville slave
et -inclinait même vers Novgorod ayant 1 appel des
princes. Dès les premiers temps de 1 Etat de Kiev ce
territoire fait partie de la Terre russe: parmi les vi es
auxquelles les Grecs s'étaient obligés, pai e laie
d’Oleg en 911, de payer une redevance,
Rostov; Saint Vladimir gouverne a
'('à 'pest de^ivioscou). N’oubhons pas
que le pouvoir d'Etat russe a vu le J0*1*?11]g°nouveau-
les premiers langes de Novgoroc on p un berceau
né au sud, où on avait irouv P Olga,
eommode. C’est du nord que composée des
Oleg arriva en guerrier avec avec des émi-
tribus du nord. Saint Vladimir peuple
auxquelles les
d’Oleg en bu, ue v,Xi~ rîpv et ses fils
Rostov; Saint Vladimir ?0U\eLp ia future Moscou), et
sont - l'un à Rostov (au nord de la futur ----------
l'autre à Mourom
— 222 —
grants du nord les villes de frontières qu’il con.J .
au midi. laroslav a bâti la ville d’Iaroslav sur ie i.
Volga. Nous avons déjà parlé de l’unité de race^1'
langue, de religion et de culture de toutes les ré^’ide
à l’époque pré-mongole. Vouloir prouver l’unité de°nS
entre le nord et le sud équivaudrait à récapituler 1 h'e
toire russe de- ces temps. Citons seulement la liste de'
grands-ducs jusqu'à André de Souzdal, c’est-à-dire jus-
qu’au moment où le pouvoir central passa de Kiev à
Vladimir sur la Kliasma, et notons où chacun d’entre
eux a gouverné avant d’être devenu grand-duc. Nous
soulignons les noms des villes du nord.
Saint Vladimir .... 972-1015 régna
Sviatopolk...............1015-1016 „
laroslav I...............1019-1051
Iziaslav I laroslavitch . 1054-1078
Vsévolod laroslavitch . 1078-1093
Sviatopolk II Iziaslavitch 1093-1113
Vladimir Monomaque. . 1113-1125
Mstislav I Vladimirovitch 1125-1132
à Novgorod
à Tourov
à Rostov et Novgo-
rod
à. Tourov et Novgo-
rod
à Péréïaslav,Tcher-
nigov
à Polotzk, Novgorod,
laropolk Vladimirovitch. 1132-1139
Vsévolod Olgovitch . . 1U9-1146
Iziaslav II Mstislavitch. 1146-1154
*
a
a
%
a
Tourov
Smolensk, Tcher-
nigov, Rcstoy
Novgorod et Biel*
gorod (sur le
Dnieper)
Péréïaslav
Tchernigov
Pinsk,M«A.2.
rov,
Volynsk et r
réïaslav
Iziaslav Davidovitch . .
Yourij I Vladimirovitch.
Rostislav Mstislavitch
J1154, 1157-
/1159 et 1161
'1149-1151
/1154-1157
1159-1168
Mstislav II Iziaslavitch. 1168-1169
11
*
a
à
%
a
*
a
Tchernigov
Rostov et
Smolensk
T interrègne
Novgorod^
Péréïasl^olyoSk
11
n
n
a
*
a
- 223 -
Des 15 grands-ducs cités, 9 avaient été auparavant
princes dans les régions éloignées du nord. laroslav Ier
qui personnifie la grandeur de la Russie de Kiev, a
vécu dans le nord durant 28 ans.
.Enumérons encore les lieux, où régnèrent les fils et
les frères, lorsque le père ou le frère aîné était grand-
duc à Kiev.
1) Sviatoslav Igorévitch (964-972) plaça ses fils
avant son départ pour la Bulgarie:
laropolk à Kiev.
01 eg en la terre des Drévlianes.
Vladimir (le Saint) à Novgorod.
2) Saint Vladimir en 988 envoya ses fils:
Vycheslav à Novgorod.
Iziaslav à Polotzk.
Sviatopolk à Tourov.
laroslav à Rostov, puis à Novgorod.
Vsévolod à Vladimir-Volynsk.
Sviatoslav en la terre des Drévlianes.
Mstislav à Tmoutarakan.
Stanislav à Smolensk.
Soudislav à Pskov.
Boris à Rostov {Mourom).
Glèbe à Mourom {Souzdal).
fils eurent:
et Kiev).
Pozvid à?
3) laroslav Ier. Après sa mort ses
Iziaslav. Tourov, Novgorod et Kiev.
Sviatoslav, Tchernigov.
Vsévolod, Péréïaslav (puis Tchernigov
Viatcheslav, Smolensk.
Igor, Vladimir-Volynsk (puis Smolens>). s res.
4) Iziaslav I”. Cette distnbn ion même
te la même durant le grand-duce dépendance
temps on remarque à Kiev une c rom jusqu’à
de Novgorod et de tout l’orient (depuis Mourom ]u
- 224 —
Tmoutarakan de Ichèinigox ; et la dépendance 5
de Souzdal, de Biélgorod et du cours supérieur d7 *
Volga — de Péréïaslav. u j
5) Les petits-fils de laroslav gouvernent:
Sviatopolk à Kiev et Tourov. H
Vladimir Monomaque à Péréïaslav, Smolensk et ROs- !
tou (ses fils: Mstislav à Novgorod, Yourij à Rostov}
6) Les fils de Sviatoslav à Tchernigov, l’un d’en-
tre eux à Mourom, j
A mesure que se multiplie la. famille des descendants
de Rurik, le nombre des villes où ils gouvernent dans
toute la Terre russe*, augmente constamment. Ces prin- '
ces sont assez peu liés à la région donnée; la formation ;
de lignées locales est un fait postérieur (1); à travers j
deux siècles tous ces princes se sentent membres d’une ;
seule famille unie, celle de Kiev; ils se transfèrent con- }
tinuellement d’une ville à une autre; une partie de
leurs compagnons d’armes les suit dans ces pérégri-
nations; la mort d’un des principaux princes, provoque
un transfèrement de toute une partie des autres mem-
bres de la famille. Les villes du futur grand-duché de
Moscou v entrent comme les autres. :
V
Liant donnés ce- faits, peut-on, tout en restant con-
sciencieux, affirmer que la Russie du nord ne faisait ‘
pas partie d’une Rouss unique de l’époque de K:cv? ;
Après l’invasion tartane les liens entre le nord et. le sud ne ,
furent pas tout a fait brisés. Dans les premiers temps le ii,)J
moral ne fut pas rompu, la vie ecclésiastique était commune-
Les métropolites de Kiev, après être passés (1299) au no j
s’intitulent les uns, métropolites de « toute la Russie»,
autres * de Kiev et de toute la Russie ». Saint Pierre, inétro-
polite de toute la Russie (1308-26), qui a tant fait, pour l’exa-
Voyez pag, note.
225 -
talion intellectuelle de Moscou, était fils d’un paysan de Volv-
nie; il naquit en Volynie et fut higoumène d’un couvent de
la légion. Peut-on établir une limite exacte entre le sud et
nord? Les fleuves les réunissaient; j’Okà, qui était alors plus
profonde, paraît avoir été créée exprès pour réunir la région
de Tchernigov à Moscou. La principauté de Tchernigov s’éten-
dait au loin vers le nord; nous savons qu'en 1174 Lopasnia
(actuellement une station du chemin de fer- Moseou-Koursk)
entrait dans son territoire, mais elle n’est qu’à 75 kilomètres
de Moscou. Lioubetch, au contraire, appartient au xve siècle
à Moscou; il est situé sur le Dniéper à 140 kilomètres seule-
ment en amont de Kiev. En 1500 le prince Siméon de Staro-
doub .se soumit à Jean 111 avec Tchernigov, Starodoub, Liou-
betch et Homel, et le prince Vassili Chémiatchich avec Rylsk
et Novgorod-Sévensk. L’idée d’unité ne s’éteignait jamais; la
littérature et les titres des princes en témoignent. Ainsi au
midi le cliromiqueur appelle Romain de Galicie-Volynie (1205)
« autocrate de toute la Terre russe »; au nord les princes de
Moscou, depuis Jean Kalità (1328-41) s’appellent princes «de
toute la Russie »; depuis Vassili le Sombre (1425-62) on trouve
le titre de « Grand-Duc de Moscou et de toute la Russie ».
La. séparation a été la conséquence de causes extérieures,
elle arriva à la suite de la dépopulation du midi. Ces cauœs
,,„e fols disparues, l’unité se rétablit d’une manière naturelle.
- 226 —
Annexe 3e.
NOTE SUR LES ARTISTES PETITS-RUSSES.
Voici quelques données pour confirmer ce que nous
avons dit à la page 103 de l'existence d'une école fictive
t. ukrainienne » d’art à St. Pétersbourg au xvme siècle.
L'école russe de peinture de l'époque de Catherine n
et d'Alexandre Ier était toute saturée de l’influence fran-
çaise. L'origine du peintre de l une ou de l’autre partie
de la Russie n'apportait aucune modification à la façon
dont il incarnait les dons de la culture française et, —
qu’il soit né à Archange! ou à Poltava, — il faut tou-
jours également comparer ses créations à celles de por-
traitistes comme Duplessis, Rosslain, Drouet ou La.mpi,
ou de sculpteurs comme Bouchardon et Pigalle. Parmi
les grands talents, élevés à l'Académie de St. Péters-
bourg de cette époque, il y en a plusieurs originaires
de la Petite-Russie. Le peintre Id’histoire Lossenko
(1737-73) fut pris au chœur des chantres de la cour à
St. Pétersbourg à l’àge de 7 ans, d’où il fut bientôt mis
.en apprentissage chez le peintre Argounôv. A 20 ans
il entra à T Académie et passa toute sa, vie au nord ou
à l’étranger. Le célèbre portraitiste Lévitzky (1735-1322)
appartenait à une famille méridionale, toute russe de
sentiments (l), a joui do l'estime de trois empereurs m
était porsona g rata dans leur entourage. Le portraitis
Borovikovsky et Vénézianov arrivèrent dans la eapi
(1) Raconté par
khine.
son <loscoii(l;int In publiciste M. G. Peivou
- 227 -
taie à un âge déjà mûr (le premier à 30 ans le second
à 26 ans); \ enézianov habitait dans sa propriété du
gouvernement de Tver, où il fonda une école de pein-
ture. Les sculpteurs Kozlovsky (mort en 1802) et Mar-
tos (mort en 1835) étaient dès leur enfance (Martes
depuis l’âge de 13 ans) élèves de l’Académie, puis
ses pensionnaires *à Paris et en Italie; sur la fin de
leur vie ils furent tous les deux durant de longues
années professeurs à l’Académie; leurs créations re-
flètent l’influence des maîtres étrangers et de l'esprit
du temps; ils ont exalté dans le marbre la Grande
Catherine, ses compagnons et sa cour, comme aussi
les dieux et les héros de l’antiquité. Leurs lettres par-
ticulières sont écrites dans le russe le plus pur et
il ne nous est parvenu que deux ou trois lettres de Koz-
lovsky, écrites en une autre langue, et ce n’est pas le
' petit-russien, mais la langue française (de Paris en
1791) (1).
(1) A l'instant le Times nous apprend, qu’en musique aussi
ce sont les « ukrainiens » qui tiennent la tête en Russie 1 y a
eu à Londres un banquet organise par les « u < • •
on v a déclaré que Tchaïkovsky était ukrainien. lehaikoxsk}
kèlans roulai, il « été élevé à St
travaillé à Moscou et dans sa piopix ®.<u niais ne l’ai
Tver. J’ai connu son frère, qui fut son biogiai ,
jamais entendu parler de 1’1 kiaine.
jamais <
— 228 —
Annexe 4.
QUELQUES TRAITS CARACTERISTIQUES
DE LA PROPAGANDE UKRAINOPHILE
«
Dans cette annexe nous citons quelques exemples,
pris au hasard, qui démontrent à quels moyens recourt
la propagande ukrainophile. Le lecteur étrangler ver-
ra d’après eux jusqu'à quel point elle arrive dans ses
assertions tendancieuses; le lecteur russe y trouvera du
matériel pour la contre-propagande.
Le Dr. Levitzki « membre du soviet ukrainien » a
publié à Berne en 1919 une brochure sous le titre de
«La guerre polono-ukrainienne en Galicie». Cette bro-
chure affirme très justement que la Galicie et la Vo-
lynie ne sont pas des terres polonaises, mais elle pré-
tend en même temps que ce seraient des terres ukrai-
niennes.
A la brochure est jointe une reproduction d’une carte
de la Pologne du xvir siècle. Une note particulière
(page 74) explique que cette carte a été composée par
le géographe Levasseur de Beauplan « qui connaissait
parfaitement les pays en cause pour les avoir visités
lui-même». Cette carte prouve — affirme Mr. Levitzki
— 1) que les terres de Cholm (Kholm, Chelm) sont
terres ukrainiennes; 2) que la Galicie orientale actuel-
le tonnait alors une « Voyvodie ruthénienne » parti-
culière, avec une population ukrainienne (1).
(1 ) Voici les paroles du Dr. Levitzki :
ette carte a une certaine importance, car elle prou-
ic a soi-disant Galicie orientale actuelle formait une pr<>
particulière (« Voyvodie »), de laquelle ________
• relevait entr’au-
îsous ouvrons la carte, nous cherchons le «Cholm
ukra.men » et la « voyvodie ukrainienne » (car c’est da“
le sens d« ukrainienne» naturellement, que l’autan
prend le mot « ruthénienne ») et qu’est-ce que nous
trouvons? Sur la parallèle de Vladimir-Volvnsk s’éteni
sur un espace de 800 kilomètres, l'inscription en gran-
des lettres Russia Ruhr a. (Le premier R sur le méri-
dien de Cholm, Va final sur la rive gauche de la Soulà).
Mieux que cela, à l’ouest de Cholm, dans la région en-
tre le Boug Occidental et le San, on lit, écrite du nord
au sud, l’inscription Russia. Pour tout homme normal
ces inscriptions démontrent que le pays de Cholm est
une terre russe.
Ensuite, l’inscription Voyvodie rutheitica ne se
trouve pas du tout sur la carte. Partout est écrit
Russia. Le nom de l’Ukraine n’est écrit qu’une seule
fois et là justement où il devait se trouver, précisé-
ment dans la partie orientale du large espace occupé
par l’inscription Russia Rubra; ici, du cours moyen du
Boug méridional jusqu’à la Desnà on a écrit Vkrania
(le premier l sur la rive droite du Boug Méridional,
le dernier a sur la rive droite de la Desnà, près de
Tchernigov, au sud-est) (1).
très pays
carte montre en outre que
vodie ruthénienne » (ici en
(« terra ») le pays de Cholm
la frontière occidentale de la « ' oy
note.: Russia Rubra} était alors re-
portée beaucoup plus a l’ouest, deii jj population
le cas aujourd’hui. une P’'w*'e J autochtone dès
ukrainienne (1) sur la tene de G , ou’elle fut refoulee
l’origine et que ce n’est déments polonais, comme
<lu Wislok vers le San a l est pa .s notre expose»,
nous l’avons déjà fait remyquei thoo-raphe du nom (Lfcra-
(1) On peut considérer 1 erieuii d î1 peu usité >
nia au lieu (VUkraind) comme ui généralement Russie,
évidemment on appelait ces end.o.te gene
— 230
Le d.r Levitzki n’a-t-il pas supposé que ses lecteurs
n’auraient pas le loisir de déchiffrer en détail une carte
ancienne et mal imprimée?
Si des ukrainophiles qui signent de leur nom entier
ont recours à des moyens pareils, alors que peut-on
attendre de tout le reste de la grande propagande ukrai-
nophile anonyme?
Les Ukrainiens ont existé du temps d'Hérodote.
Saint Vladimir était ukrainien et a baptisé les Ukrai-
niens. Les Ukrainiens sont un peuple slave, mais
• d'une autre origine que le peuple russe. La langue
ukrainienne (sous-entendu l'idiome petit-russien) «est
tout autre », que la langue russe (1). Les Ukrainiens
gémissent depuis des siècles sous le « joug russe ».
Telles sont les bêtises qu’on offre aux lecteurs étran-
gers dans des dizaines de brochures et des centaines
d’articles et que ceux-ci avalent en toute confiance.
Faisons quelques brèves remarques en réponse aux
thèmes préférés de la propagande ukrainienne.
(1) Cette dernière affirmation d’ailleurs n’est pas anonyme;
c est encore le c.te Tyszkiewicz qui l’affirme dans ses inter-
views.
Toute la Russie chante une romance populaire petite-rus-
sienne: «Des vents violents soufflent». En voici la transcrip-
tion phonétique :
1-er vers: En petit-russe:
En russe :
2-d vers : En petit-russe :
En russe:
•j-e vers: En petit-russe:
En russe :
4-e vers: En petit-russe:
En russe:
Et l’on veut appeler celt
ferente >1
Viiout vitri, viiout boùini.
Véiout vétri, véiout boùiny.
làj dérévia gnoùtsia, /
Aj dérévia gnoùtsa,
Qy, kak bôlit môe sérdze.
Oy. kak bôlit môe sérdze,
Sâmi slézi lioûtsia.
Sârni slézy lioûtsa.
* une langue complètement dit-
- 231 —
1) On b est adresse a 1 anthropométrie pour prou-
ver 1 existence cl une race Ukrainienne distincte- des
tableaux comparés de crânes « russes», ukrainiens »
et polonais, doivent nous démontrer que la Petite-Rus-
sie est habitée par un peuple à part. Cette preuve ne
saurait convaincre que les naïfs : les différences anthro-
pométriques des Brandebourgeois et des Bavarois ne
prouvent pas que le Bavarois ne soit pas un Allemand.
Les boîtes crâniennes des Toscans et des Lombards,
des Provençaux et des Picards peuvent différer, sans
prouver que les habitants de Milan et de Florence ne
soient pas Italiens, ni que ceux d'Amiens et d’Aix ne
soient pas Français.
en-
2) ün croit apercevoir une différence fondamentale
trc les « Ukrainiens » et les « Russes » en ce que le paysan
de la Petite-Russie est en grande majorité propriétaire du soi
qu'il cultive, et que la propriété communale subsiste encore
au nord comme forme plus répandue de propriété; mais ce
n’est pas là une particularité de la race: la situation géogra-
phique, une population plus dense et d'autres raisons secon-
daires ont précipité dans le midi de la Russie 1 évolution iné-
vitable du système de.la propriété foncière. Voilà toute 1 expli-
cation.
3) O.n
siens sont
graphiques se
d’un monarque
que le mot n
1 e sens* et 1i n ogr ap h i q u e
tion d'une région géogr
pie dans l'expression:
sa diligence au travail .
cite un mot de Pierre le Grand: « Les Petits-Rus-
un peuple intelligent ». Mais les questions ethno-
résolvent par la science et non par la phrase
fût-il le grand Pierre lui-même; d'autant plus
usse narôd (peuple s’emploie non seulement dam
mais aussi pour désigner la popula-
’aphique déterminée (comme par exem-
le peuple de Riasan se distingue pai
4? On cite encore une instruction
ri ne la Grande au prince \\ :azem> >.' < petits-Russiens »,
soi-disant de la nécessité de “ inopI1iles, ils ne sont
donc, concluent triomphalemen tîe piuase
pas russes, puisqu'il faut les russifier. Mais
— 232 —
rImpératrice parle non pas de la. population, niais des pr
vinces,-et non seuleineiivt de la Petite-Russie mais encore q°' jI
la Livonie, de la Finltunde et de Smolensk. n est impossible •’ii
de russifier les habitants de Smolensk. et d’nn autre côté la '
géniale Catherine pouvait-elle songer à russifier les I-'inlan
dais, peuple d'une tout autre origine que les russes, sur le
territoire duquel ne se trouvaient que quelques centaines de
russes? Elle parlait de la russification politique et non ethno-
graphique, de l’abolition des privilèges locaux pour la plu-
part de provenance étrangère (polonaise) et de l’introduction
dans ces provinces d'un ordre adaninistratif identique à celui
de tout l’Empire (1). L’Impératrice exécuta ses projets par
rapport à la Petite-Russie avec beaucoup de ménagements;
l'abolition de l’hetimanat ne provoqua aucun mécontentement
dans le peuple.
5) Pour attirer les sympathies du public italien,
si avide de phrases, on vous assure dans certaine in-
terview que Mazeppa « déploya l’étendard de la li-
berté ». Mais Mazeppa ne pensait à aucune liberté, et
l’étendard qu’il fit flotter était celui de la trahison
la plus basse. A la veille de la bataille de Poltava Pier-
re le Grand était à un doigt de sa perte, et c’est alors
(1) Voici le texte correspondant de la lettre.
« La Petite-Russie, la Livonie et la Finlande sont des pro-
vinces qui se gouvernent par les privilèges qu’offi leur a con-
firmes: il ne serait pas du tout convenable de les violer en les
supprimant tous tout d’un coup:
étrangers et les traiter ।
peut dire à coup sûr que c’est de la bêtise*. Tl
provinces, comme aussi colle de Smolensk. par les métho-
des les plus légères, à ..........J‘
loups dans les bois.' Tl <«t très
hommes raisonnables chefs de ces provinces; pour ce qui est de
travoin " • n^S1P’ *1 n *v anra Pas d’hetman. il faudra
t nrn & ,ai»e disparaître Je temps et le nom des hetmans
dignité PTnent vp’^Pr aux personnes promues à cette
néanmoins, les appeler pays
comme tels, c’est plus qu’une faute; on
I importe d’amener
à se russifier et à cesser d’avoir l’air de
-j aisé d’y arriver en élisant des
e ces provinces
ipie MaZeppa Iraliit son bienfaiteur en passant du côté
de Charles XII. « Lhetman Mazeppa connue ligure his-
torique ne représente aucune idée nationale (1). C’é-
tait un égoïste dans le vrai sens du mot. Polonais d’é-
ducation et de manière de vivre, il émigra en Petite-
Russie et là il se fit une belle carrière en s’introdui-
sant dans les bonnes grâces des autorités russes et ne
s’arrêtant jamais devant les procédés les plus immo-
raux. La meilleure qualification de sa personnalité est
de dire qu’il était le mensonge personnifié». 11 trahit
son Ukraine, séduit par les offres polonaises: on lui
composa un écusson princier et il s’agissait de lui cé-
der des territoires en Russie Blanche. Il méditait une
troisième trahison contre Charles XII pour recouvrer
la bienveillance de Pierre le Grand, mais il n’eut pas
le temps de réaliser son projet.
Ce n’est pas moi qui parle ainsi, c’est Kostoma-
roff (2). Kostomaroff n’est pas un de nos plus grands
historiens, mais dans ce cas, son jugement est spécia-
lement précieux. Fils d’une paysanne petite-russien-
ne, il aimait tendrement sa chère patrie et son passé,
les contes et les chansons populaires: de plus, dans la
science, il était partisan de l’étude des partwulant»
locales, et il se spécialisa dans l’histoire de la Pebte-
RUSSiôj Le gouvernement, disent les
poursuivait le mouvement littéraire < “ "urement lit-
Cela est vrai. Mais ce mouvement éta t- P<
téraire? Comme base du progiamm fédération des
Cvrille et Méthode» (1846) entrait la fédérât
ni avec Maz-eppa du cote
(1) 1200 cosaque® seulement p
(le Charles XII. ^îo+x-s » n. 585.
(2) «Mazeppa et les mazepp.stes», P
234 —
pays slaves, c’est-à-dire le démembrement de l’Autri-
che. L’empereur Nicolas Ier se considérait comme la
sentinelle placée au seuil de la Sainte Alliance et aper-
cevait partout la révolution. D’un tel point de vue
pouvait-il s’empêcher de persécuter une association de
ce genre, sans égard à ce Qu’elle fût petite ou grande
russienne? Dans ce mouvement se manifestaient des
tendances socialistes et des protestations contre le ré-
gime existant. U1 thème fonda mental de la poésie de
Chevtchenko était la protestation contre le servage des
paysans; dans ces temps-là cela voulait dire être «ré-
volutionnaire», et si Chevtchenko a été exilé à Oren-
bourg (1847), cette peine lui a été infligée pour sa. par-
ticipation à une société secrète, ainsi que pour la ten-
dance révolutionnaire de sa poésie, mais non pas bien
entendu, pour avoir écrit en petit-russien. C’est l’op-
position au gouvernement que l'on persécutait, mais le
Petit-Riissien ne souffrait pas plus que le Grand-Rus-
sien.
La liberté d’impression des livres écrits en petit-
russien a été limitée durant les trois dernières années
du règne pourtant si libéral d’Alexandre IL Sans
doute il est humiliant de l’avouer. Mais il y a. des cir-
constances atténuantes: la main dirigeante du gou-
vernement autrichien se sentait derrière le mur du
mouvement littéraire ukrainien. C’était une mesure de
défense nationale, mal choisie.
è Toutes les assertions du parti ukrainophile qui
tendent à affirmer que Pétersbourg était le centre du
gouvernement «russe» (dans le sens d’étranger au
P^'Ple ukrainien' ne sont nullement fondées. Le gou-
vvrnement de Pétersbourg était russe dans un sens tout
autie dans un sens commun, comprenant dans son
sein des personnalités de toutes les parties de la Russie.
235
de nationalités 1) et de classes (2) différentes. En ce oui
regarde les représentants des trois branches du peu n
russe, il n est jamais.arrivé un moment, ou l’on r,e ôf
nommer plusieurs .ministres d'origine petite-russien
ne. Les comtes lUzoumovsky et le prince Bezborodko
dans la seconde moitié du xvîii* siècle, le prince Kot-
cIiouIhw dans la première moitié du’xix' siècle le
liaient a Pétersbourg les rênes du pouvoir Dans tout ce
qui s’accomplissait de bon ou de mauvais sous l’ancien
régime, les natifs de I Ukraine prenaient leur part et
ils en portent devant l’hislmre la responsabilité avec le
reste du gouvernement.
S; La propagande ukrainienne est imprégnée de
haine envers les «russes», mais de lait la population
n’a jamais partage ce sentiment. .Jamais il n’y a eu de
différend ou do conflit. armé ou autre, entre les trois
branches d’un peuple homogène. Durant 260 ans d’une
existence conjointe, ayant le même gouvernement, la
même religion, les mêmes intérêts intellectuels cl. éco-
nomiques, h* sud et le nord de la» Russie se soûl sou
monde sait qu’un grand pour-cent d’Allemands
Baltiques faisait partie des milieux gouverne-
-i, le c<>iiiii‘ Dèlifittow>
’ , III ministre do
: l’arménien comte Lo-
e H,
•"'Nicolas II. ta- prmoe
- • ,, était aide-dwmmp général du meme
empereur, et le téké, général Alikhanov musulman lu. •
i Asie centrale. ,
inbassadeur à Constantinople l’attention en
.serf, ta- comte W.tte attira su. Iw
‘I ue gare ««y i ' . ... v„n petit employé de
Publique Bogolépov était t.ls « »» '
monde sait qu un grand
(I) Tout le
des provinces
mentaux de l’ancien régime,
a été sous le règne do l’empereur
l’instruction Publique pendant 15 ans;
ris-Mélikoff, sous le règne d’Alexandre
dictateur de la Russie. Ue roumain ( asso
l’instruction Publique sous I hmpeieui _
Tcüi ngis-Khan, ni usulman
adninistrateur important en Asie c< n ia <
Un arménien
Alexandre
tenait le rôle de
était ministre de
d’un paysans........ — . ,
étant- chef de gare d une petite ,sL‘a?.1
traction
police, etc.
. lui l’attention en
— 236 —
clés. La fabrique, le service militaire obligatoire de-
puis quarante ans, où les habitants de tout pays se
coudoient, les laboureurs que les provinces surpeu-
plées du midi envoient par centaines de mille dans les
steppes peu habitées du Volga, achevèrent la fusion,
au point que vous entendrez la chanson du nord en
Petite-Russie et vice-versa. Chez les classes instruites
il n'y a plus aucune distinction entre l'habitant du nord
et celui du midi, les qualités, les défauts, les convic-
tions sont identiques. Le nord et le midi ont la même
culture. Les Petits-Russiens éduqués ne parlent que
le russe entre eux et n'emploient le patois, quand ils -
le connaissent, qu'en s’adressant aux paysans. Les em-
ployés du gouvernement, les officiers, les adeptes des
professions libérales, passant d’un endroit de la Rus-
sie à un autre, ont perdu tout cachet local. « Qui est-
ce? » demandez-vous dans un restaurant de Milan ou
de Rouen : «Un méridional sans doute», vous répon-
dra-t-on; mais en Russie, dans un milieu correspon-
dant, il n’est pas possible de distinguer à première vue
un habitant du nord d’un Petit-Russien. Bien plus, ça
révolution: s’agissait-
de l’élection d’un di-
recteur de banque ou de la nomination d’un ministre,
n'intéressait personne avant la
il de la promotion d’un sergent,
I idée ne venait a personne de se demander de quelle
partie de la Russie, de Kiev, ou de Moscou, le candi-
dat était originaire; cela n’avait pas plus d’importance
que la couleur de ses cheveux.
La propagande assure que la Douma de l’Empire
^menait 74 représentants du peuple ukrainien qui en
défendaient vaillamment les droits. Aux* élections
pour a Douma de l’Empire il existait des collèges (eu-
Ai' Grd,.lx P°{°uais et juifs, mais il n’y avait point
en PHI?’6 ukrainien, ni Personne ne songea jamais à
J 11 ’ Q1Jdnt à la question ukrainienne, elle ne fut
ukrainien qui en
Aux* élections
237 —
musique ukrainienne en tant que sé-
symphonique, ni d'ensemble, mais les
populaires de la Petite-Russie ont
jamais soulevée dans la Douma, et son dernier orési
dent fut le Petit-Russe Rodzianko.
10) En comtnuiriquaut. la nouvelle de l'arrivée prochaine
du chœur ukrainien, un des journaux romains a déclaré que
le public italien aura la possibilité d’entendre, pour la pre-
mière fois, les chansons de ce peuple, qui sous le joug des
tsars russes n’avait pas la liberté de les chanter. Il n’y avait
pas un chœur de chanteurs de régiment dans toute l’armée
Russe qui ne sache quelques chansons petites-ruissiennes. Dans
plusieurs théâtres, entre autres dans les théâtres Impériaux,
se donnaient des comédies de mœurs; elles commençaient
généralement et finissaient par des chansons et des danses
,petites-russiennes. La
parée n’existe pas: ni
charmantes chansons
grandement contribué à l’imagination créatrice des compo-
siteurs russes, et les sujets de mœurs populaires petits-rus-
siens ont servi de thèmes à plusieurs opéras de Rymsky-Kor-
sakoff, Telia ikovsky, Moussorgsky et Kotchetoff.
11 est intéressant de remarquer que quand le directeur
russe de symphonie Pomerantzeff, assez connu en Italie, a
voulu réhabiliter la vérité par une notice courte, mais pleine de
noms et d’autres données précises et portant sa signatuie, cet
article n’a pas paru, tandis que. pour la seconde fois le
même journal a fait remarquer que seulement maintenant
le peuple ukrainien peut chanter librement.
11) Dans une feuille ukrainienne furent cites les vers de
Pouschkine |sur la nuit d’Ukraine (composes c
que russe connaît ces vers d’une beauté saisissa
les présentait de telle façon que le lecteur ie^al a té dei ]a
pression que œs vers étaient un exemple de la beauté
littérature ukrainienne. Boulba »: or
Gogol a écrit un récit tort connu: que le gou-
un journal autrichien communiquai jg ce récit dans
vernement russe avait défendu la chevtchenko.
la langue en laquelle il avait été' eul nkrainophile6. dark>
En 1919 le général Denikin, disen Kiev < la mère des
nommei £ 01eg
sa manie de tout russifier, a
villes misses ». Nestor répond a^a
— 238 —
« s’asseoit pour régner
« villes russes ».
à Kiev et dit
Ceci sera, mère
<U1 x
12) On parle de l'état de la question scolaire
Petite-Russie (les écoles y sont organisées par le
nistère de l'instruction publique de Pétersbourg et par
•les zemstvos exactement comme partout dans le reste
de la Russie et on présente ces faits comme des mani-
festations d'une certaine culture particulière, « notre
culture ». • 3
La statistique de la partie du réseau des voies fer-
rées de l'Empire, qui s'étend sur les gouvernements
méridionaux, est sensée devoir prouver le haut degré
de perfection des voies de communications en Ukraine,
et la statistique du port de l'Empire, Odessa, la puis-
sance d'exportation du commerce ukrainien.
Pour au connaît bien la vie russe, tout cela est cousu
• le fil blanc: mais les brochures quelquefois avec
des couverture- harmante- sont distribuées aux mem-
bres de tous les parlements et... font impression.
13) Depuis 1915 les bureaux ukrainiens ont com-
mencé à éditer des cartes, sur lesquelles le nom « U-
kraine » s'étend de la Galicie centrale jusqu’au Kou-
ban, c.-à-d. qu'il occupe juste 4 fois plus de place qu’il
n’aurait dû /v. page 122). Si l’on allongeait 4 fois sur la
carte le mot « Italie ». il engloberait la France, l’Angle-
terre, et 17 initial se trouverait placé en Islande. Ces
cartes ne sont pas moins fantastiques, mais sous 1 in-
fluence de la propagande ukrainienne les mots «Ukrai-
ne» et «Ukrainiens» s’impriment non seulement sur
les plans schématiques des jpurnaux étrangers, niais
aussi sur les schémas des états-majors étrangers, le
oh2 de toute la Russie méridionale, contrairement <4
a géographie. à l’histoire et au bon sens. Les publicis-
, €S ministres de la guerre des
ie$, travaillent sans s’en douter, sur des cartes faus-
— 239 —
rnancT101’ inStrUCtionS de l’état-major austroalle-
i . N est-ce pas un temps étrange que celui où nous
vivons?
On pourrait multiplier ces exemples sans limites.
Que ce soit des citations, des allégations de docu-
ments ou des indications de faits des temps passés* ou
des évènements de nos jours, que ce soit une traduction
de la langue russe ou l’explication philologique des
noms russes, — partout vous apercevez dans les mots
des ukrainophiles soit des affirmations tendancieuses,
soit un mensonge évident. Et cela ne peut être autre-
ment : on ne peut défendre le mensonge par des mo-
vens non mensongers.
ERRATA
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219 8
Imprimé
serviteurs de l’état
moskovttch
russe
villes).
l’un des facteurs ethno-
graphiques
à la polonaise
dialettaie
de Kiev et
Corrigez
serviteurs de l’Etat
moskviïch,
« russe » (rouss, roùsskié
roùssine '
villes.
le facteur ethnique
à a nation polonaise
dialettale
de Kiev, de Tchernigov et
TABLE DES MATIÈRES
Pag.
Avant-propos............................................ g
Introduction...........................................
Ch. I. La terminologie....................................
Le mot « Ukraine »...............................
Principautés russes et non pas «Ukraine» . . 16
Le mot « Rutenia ».............................23
Le mot « Russie »..............................30
Conclusion.....................................36
Ch. II. L'unité de la Russie pré-tartare et le sac de Kiev par
le prince de Souzdal en 1169.............................40
Ch. III. Les trois branches du peuple russe..............53
Le dépeuplement de la Russie de Kiev ... 53
Les Grands-Russes..............................59
Ethnographie (59); nature (64); conditions po-
litiques (G5).
Les Petits-Russes........................
Ethnographie (72); nature (78); conditions po-
litiques (81).
Les Russes-Blancs........................
Ethnographie (83); destinées politiques (89);
impérialisme polonais (100).
„. . ... 103
Résumé ..........................
Ch. IV. A qui appartiennent les steppes de la mer Noire? . 100
La Russie et l’Asie......................
- 242 —
Conquête de la steppe...............
Rôle de Moscou....................
Rôle de l’Ukraine de la Rive Gauche
Rôle de l’Ukraine de la Rive Droite.
Les Zaporogues....................
Nouvelle-Russie...................
L’Ukraine a-t-elle jamais été indépendante?
Ch.
Pag.
113
-
120
128
130
135
137
V. Culture « russe en général », pas ukrainienne . . . 140
Les affirmations du parti ukrainophile. ... —
Architecture....................................145
Peinture........................................149
L’art à l’époque postérieure fpolonaise) ... 151
Conclusion......................................155
Littérature.....................................156
Ch.
VI. Etat actuel de la question
162
Les facteurs extérieurs du séparatisme: l’Au
triche (162): l’Allemagne (164): la France (167)
la Pologne (171); le bolchévisme (172).
Les facteurs intérieurs: la représentance sans
mandat (172); le « gouvernement » de Petlioura
175): la persécution contre les langues russe
et petite-russe (177): la politique extérieure
(181); le point de vue des paysans (182). Ré-
sumé (183).
Conclusion..........................................
Appréhension (188).
La Russie fédérée (191).
Question de la langue d’Etat (192).
Le séparatisme et le catholicisme (194).
Quelques paroles aux Alliés
197
ANNEXES:
1 . Données supplémentaires sur la terminologie .
- 243 -
Pag’
Le mot Rouss dans les chroniques (203); cita-
tions (203), traduction (213) et explication (214)
de mauvaise foi du mot ucraïna-, tableau des
dénominations de la Russie du nord et du
sud (217).
2* . Encore un mot sur l’unité de la Russie pre-mongole. . . 221
3e. Note sur les artistes petits-russes.......................226
4e. Quelques traits caractéristiques de la propagande ukrainophile 228
Etrange application d’une ancienne carte (228);
preuves imaginaires de l’existence du peuple
ukrainien (231); exemples d’affirmations gro-
tesques du parti ukrainophile (236).
. . . 240
Errata..................................
1. Count Alexander Koutaïsoff, " Ukraina Co-
penhagen, Jensen et Ronager, 1918. 2 kr.
♦
2. Maurice Maillard, 11 Le Mensonge de l’Ukraine
Séparatiste J,. Paris, Berger-Levrault, 5 rue dos
Beaux-Arts, 1919. 2 fr.
3. GL L. B., “ Souvenirs d’Ukraine, 1917-1918 Ve-
vey, Klansfelder, 1919.