Text
                    PRINCE ALEXANDRE WOLKONSKŸ
LA VÉRITÉ HISTORIQUE
I
ET
LA PROPAGANDE UKRAINOPHILE
Traduit du russe par G. L. B.
ROME
IMPRIMERIE DITTA E. ARMANI
}920

Dépôt de fédition à Rome’. Chez Fratelli Bocca, 26 via Marco Minghetti. (La correspondance an nom de l’auteur pourrait être envoyée à la même adresse1.
Le démembrement de la Russie fut un des buts du monde germanique dans la grande guerre. Les puis- sances de b Entente suivent dans cette question la voie tracée par V Allemagne: il ne leur reste plus que de reconnaître /’indépendance de tout le sud de la Rus- sie (arbitrairement * appelé par V Allemagne — Ukrai- ne), et le rêve germanique sera réalisé. Quand on médite une injustice, on accepte volon- tiers comme certain tout ce qui paraît la justifier. C'est ainsi que la légende de l'existence d'un peuple ukrai- nien et du joug russe qui pèserait sur lui, a trouvé du succès dans la presse des pays de l'Entente. Si l'on cherchait un exemple pour démontrer la façon dont la presse crée une opinion publique fausse, on n'en trouverait pas un meilleur que celui de la propagande du parti ukrainophile. Aujourd'hui même les journaux donnent la décla- ration de M. Petlioura au «peuple ukrainien ». M. Pet- (*) V'. le schéma de la page 122.
— 4 — /t0Mr« V énonce que les « Moscovites » sont les e/). nemis séculaires des Ukrainiens. La vérité est toul j/ H' v » autre: les Russes de Moscou n oui jamais été les en- nemis des Russes de la Petite-Russie; bien au con- traire. __ ce ne sont que les guerres de Moscou con- tre la Pologne qui ont libéré les Petits-Russes de la domination de leurs ennemis séculaires les Polonais, et ont ramené Ukraine dans l'orbite politique russe. • Qui lira ces pages connaîtra la vérité historique: ce n'est pas par manque de modestie que je le dis, car ce ne sont pas mes opinions que j'expose, — je ne fais . que citer les autorités sur la matière, depuis les écri- vains et chroniqueurs grecs, arabes et occidentaux du IXe siècle jusqu à ïhistorien contemporain de l'art russe. Le chroniqueur Nestor de Kiev (XIe siècle) est notre meilleur allié pour la. période pré-mongole, et ce nest pas moi, mais Véminent historien Klioutchev- qui vous répondra ici, s'il existe ou non un peu- ph ukrainien, et qui vous expliquera comment s est lormée la branche petite-'russienne de l'unique peuple russe. 4 Citations de documents, faits historiques, précises, — j'ai fait de mon mieux pour être RersUa^ A/ats je ne me fais pas d'illusions: il n'y a de pi^e 5 que celui qui ne veut pas entendre. le u exprime mon opinion personnelle que lo^O- K Parle de
publiciste absolument libre, ne dépendant d aucun parti politique, que je parle. Un nombre bien minime de mes compatriotes coudront approuver les lignes où je touche la question de religion; en revanche, je suis persuadé queux tous partageront mon opinion sur l'impérialisme polonais *, tous sans différence de par- tis, depuis les tsaristes jusqu'aux chefs des bolsché- viks, ou — pour mieux préciser — jusqu à ce petit nom- bre d'entre eux qui sont russes de naissance. ' A. W. 10 Mai 1920. Rome. (*) V. le schéma n. 1.
Les trois croquis joints à cette <édit,ion française portent les noms géographiques écrits en langue anglaise. Nous avons été obligé de conserver ces croquis préparés précédemment pour l’édition anglaise, afin de hâter l’édition française et de la rendre moins coûteuse. Mr. G. L. B., un des russes fort- rares qui ont eu la chance de sauver une partie de leur fortune, a bien voulu nous offrir les moyens nécessaires pour publier cette brochure. Ce n’est que grâce à cet acte de patriotisme que notre travai1 a pu voir le jour.
Un des phénomènes les plus inattendus qui s’est manifesté à la suite de la guerre mondiale a été le séparatisme ukrainien (1). Ce phénomène, préparé par nos adversaires, mais inattendu même pour nous autres Russes, prit l’opinion publique de l’Europe occidentale complètement au dépourvu. On vit apparaître dans les journaux occidentaux des noms peu familiers aux lecteurs: ukrainiens, ruthènes, lithuaniens, petits, yrands et blancs-russes, et l’on vit surgir toute une série d'affirmations sans aucune preuve' à l’appui, par ex. : que, dans les temps anciens, le midi de la Russie aurait vécu d’une vie particulière, que Kiev aurait été la capitale non pas de la Russie, mais d’une certaine « Ruthénie ». qu'il y a eu au xvne siècle un Etat Cosa- que indépendant. Les lecteurs ne savaient comment ac- (I) Bien (pie les encyclopédies françaises écrivent- nous adoptons la forme ukrainien qui. aujourd’hui, est complè- tement- entrée dans 1‘usage. Larousse dans son édition com- plété donne: « rkranieii, n<’, personne née dans l’Ukraine, ou qui habite ce pays ». (Note du traducteur).
— 8 — cueillir ces affirmations. Les uns crurent vraiment à l’existence d’un peuple ukrainien et a la nécessite lo- gique de le voir délivré, comme le polonais, du joug «étranger», c’est-à-dire russe. D’autres se demandaient avec étonnement: «Qu’est-ce donc que ce peuple de 30 millions d’âmes qui habite non pas les espaces infinis de la Sibérie, mais aux confins de l’Autriche? Sur son territoire est située la ville de Kiev qui nous est bien connue et, paraît-il, aussi Odessa, d’un accès si facile pour nous? Comment se fait-il donc (pie nous n'ayons rien su plus tôt de son existence? ». Il y a des personnes qui croient encore que le prin- cipe Wilsonien du droit d’autodécision des peuples pourrait être appliqué dans la vie réelle dans toute sa pureté théorique. Quant à nous, nous sommes con- vaincus, au contraire, que dans l’application de ce prin- cipe à l'ex-empire de Russie, l’idée de nationalité per- dra ! acuité de son importance: d’autres facteurs (avan- tages économiques, nécessité d'une défensive commune tentre le monde germanique, habitude séculaire de ' "habitation avec le peuple russe, etc...) lui feront con- trepoids, nous pensons que le détachement de certaines parties — même non slaves — de la Russie, comme par v'-’ inple ia Lithuanie. l'Esthonie ou la Géorgie, sera. ’Jll‘’ u alise sous la forme plus adoucie d’auto- cho^-\1OfdllS ^aiS re^ardons» pour un instant, les - ’ u point de vue susmentionné des gens qui les
— 9 — envisagent d'une manière exclusivement théorique; dlois suigiia pour 1 Ukraine le dilemme suivant! si le peuple ukrainien existe réellement et vit de* puis des siècles sous le joug de la Russie septentrionale, alors son avenir est fixé: connue les autres «oppri- més», il doit former un état indépendant dans ses li- mites ethnographiques, véritables, mais certes non exa- gérées; si, au contraire, les Petits-Russes (Ukrainiens) ne sont qu’une branche d’un seul peuple russe, qui ne diffère de la branche grande-russe que par une petite différence de langage (différence survenue au cours des siècles récents) et par des détails de coutumes; si au cours de certaines époques de son existence, les des- tinées de cette branche ont pris par suite de circon- stances extérieures, internationales, une direction dif- férente de celle du reste de la Russie; si, de plus, l'Ukraine, arrachée au corps uni de la Russie, n’a jamais été indépendante, alors sa constitution en un Etat séparé ne serait plus l'application du principe na- tional, mais une infraction à ce principe. Actuellement le principe national s'applique non par démembrement des parties constituantes des grandes nations, mais par l’acquisition — par chacune de ces nations - de leur complète unité. Les nouveaux Etats slaves unifient des peuples de même race, mais d id«> mes. et même de langues différentes: l’Allemagne
— 10 — vaincue est elle-même en bon chemin d'atteindre son unité nationale; l’Italie voit s’accomplir brillamment son unité; il serait pour le moins illogique que l’idée nationale’se traduise pour le peuple russe par le déta- chement de' son MezzogioTuo. L’auteur a pris à tâche de suivre les destinées du midi de la Russie, pour présenter aux lecteurs de l’Europe occidentale un essai sur les vrais rapports entre les parties méridionales et septentrionales de la Russie et pour lui procurer ainsi les données indispen- sables à la solution du dilemme susmentionné; il s’est basé, dans ce but. sur les témoignages indubitables de sources premières et sur les opinions des grands his- toriens russes. L’exécution de cette tâche devait nécessairement se composer : 1° de l’examen de la période pré-tartare, c’est-à- dire de la période de l’unité russe primordiale, qui s’est terminée par l’arrachement de la Russie méridionale et occidentale par les Tartares, les Lithuaniens et les Polonais, et par l’apparition de la branche petite-russe dans la nation russe unique; 2 du récit des évènements des xvie et xvn° siè- clés, cest-à-dire de la période où la Petite-Russie, (draine) faisant partle de rEtat PoIonaiS) a lutté polir , , ”dép6n^ance> et qui s’est terminée par son retour volontés au de la
— 11 3 de la caractéristique du mouvement littéraire ukrainien dans la seconde moitié du siècle passé et du travail austro-allemand entrepris dans le but de déta- cher de la Russie sa partie méridionale. L’essai sur la première période a (à cause d’une ma- ladie de l'auteur) tardé d’un an; un plus grand retard le priverait de toute valeur pratique; il faut donc se hâter de publier, ne fût-ce que ce premier essai. Pour répondre d’une manière plus complète, si ce n’est mi- nutieusement approfondie, aux questions posées ci-des- sus, nous avons dû dépasser parfois les bornes de la période choisie. Dans ces cas nous en sommes réduits à nous limiter aux données les plus générales; les lecteurs s'apercevront sans doute que la teinte légère- ment journalistique de ces digressions ne porte au- cune atteinte à la sévérité de la méthode suivie par nous dans l’étude des questions de la période pré- mongole. Le présent essai contient donc la période pré-tar- tare de l’histoiire de la Russie et est consacré principa- lement à l’exnmen critique de cette affirmation fantas- tique que l’Ukraine aurait existé déjà du IXe au xme siècle; il fournit en même temps, dans leurs traits les plus généraux, les éléments réels pour<l éclaircissement de la question ukrainienne aux siècles suivants et de nos jours. Nous avons tâché de nous borner à un nombre de noms géographiques des plus restreints. Un atlas dé
- 12 “ara i”Ur “ “,,re 1'“M sition. Une terminologie imprécise est toujours avantageuse à celui qui défend quelque prémisse injuste, aussi com- mencerons-nous par déterminer le sens exact des dé- nominations ethnographiques se rapportant à notre sujet.
— 13 — CHAPITRE I. LA TERMINOLOGIE. * Le. mot « UKRAINE ». Le mot russe ukraina (1) (en polonais ukraina) veut dire «terre de bordure», «marche»; l’adjectif russe ukrâinnij veut dire: ce qui gît au bord, à la li- mite (prêt, du bord: u — près; krâj — bord). Ce sens du mot est fort significatif, car il est clair que ce qui s’appelle Ukraine n'est pas quelque chose d’in- dépendant; une telle dénomination ne pouvait être don- née à une région de terres que de l’extérieur, par un gouvernement ou un peuple qui considérait cette région comme un certain corollaire de son Etat. Et, de fait, les terres de Kiev sont devenues pour la Lithuanie une marche (Ukraine) méridionale depuis qu elle les conquit à la fin du xive siècle; pour la Pologne, ce fut une marche (Ukraine) orientale depuis l’union de la Lithuanie à la Pologne dans la seconde moitié du xvie siècle; pour la Russie Moscovite, elle devint la marche (Ukraine) sud-ouest depuis la réunion de la (1) L’a se prononce en russe ou.
— 14 Petite-Russie au milieu du xvii" siècle. Il est peu pro- bable qu’on rencontre ce nom d’L/ftmne dans les chro- niques d’avant la fin du xiv‘ siècle (1). La Russie Moscovite avait d’autres ukraines encore, ce furent les terres, situées aux confins de la steppe du Don et du Bas-Volga, occupées pai les J?aitaies nonia- des. Cette frontière (si tant est qu’on puisse parler de frontière dans la steppe aux xive-xvne siècles) descen- dait successivement vers le sud au prix de lourds et de séculaires efforts; parallèlement ont varié aussi les ter- res auxquelles on donnait la dénomination d’ukrainien- nes (2). Notons que l’adjectif ukrâinnij ne s’applique (1) Les ukrainophiles citent 2 textes des chroniqueurs des années 1187 et 1213; mais cette citation est faite de mau- vaise foi. Le texte de la chronique ne contient pas le 'nom Ukraina, mars la parole ukraina. V. Annexe I. (2) On lit dans les chroniques de Novgorod de l’an 1517 : « Sur le conseil du roi Si'gismond, les tartares vinrent contre l’ukraine grand-ducale près de la ville de Toula... et com- mencèrent à faire une guerre insensée », En 1580, en raison de nouvelles alarmantes, Je tzar ordonne « comment doivent être départis les voïvodes et les gens sur la rive (c’est-à-dire le long de la rivière Oka), dans les villes ukrainiennes, depuis u laine de la Crimée jusqu’à celle de Lithuanie». (« Biblio- thèque Antique», vol. XIV, 368). En 1625, de Valujki (au sud <u gouvernement actuel de Voronège) on écrit qu’on s’attend far*imn+'^n\le tartares contre nos ucraines»; une missive Ur>Zar.e^ û^01’1116 aussitôt tes voïvodes de Voronège XZ', voL 1063> uo6>1133 «Actee de idée de l’aven ’ ^'es “<>ms soulignés donnent une 1 avance consécutive de la frontière Moscovite vers le
— 15 — pas seulement a la Russie méridionale: le classique Dictionnaire raisonné de la langue russe de Dahl (édi- tion 1865) en expliquant ce mot (1), cite les exemples suivants : « Les villes sibériennes s’appelèrent jadis ukrainiennes; la ville de Solovetzk (dans une île de la mer Blanche) est un lieu ukrainien» (2). Etant donné ce sens du mot Ukraine, l’application du nom d’Ukraine à la Russie méridionale d’aujour- d’hui est une faute grave lorsqu il s’agit des temps re- culés du Xe ou du xme siècle. Cette dénomination ne s'appliquait point et ne pouvait point être appliquée alors à ces terres parce que son sens ne convenait au- sud durant ces cent années. Nous aurions pu aisément multi- plier des citations analogues. 11 y a eu ainsi les ukraines (marches): de Séversk (les gou- vernements actuels de Kiev et de Tchernigov), celles de Voronège, de Bi'élgorod (gouvernement de Koursk), de Slo- boda (gouvernement de Kharkov), celle appelée Polskàia (du mot polé — champ), située au nord de celle de Séversk Voyez Bagalei, Précis de l'histoire de la colonisation des steppes li- mitrophes de l'Etat Moscovite, Moscou, 1887. Dans cette mono- graphie on rencontre constamment le mot Ukraine (avec u mi- nuscule). Ce même mot se trouva aussi fréquemment dans ce sens chez d’autres historiens, chez Soloviev, Klioutchévsky, Pla.tonov et d’autres encore. (1) V. plus loin dans les notes de l’Annexe 1. (2) (( Dans l’ukraine de Sibérie, Dans le pays du Daour...» ainsi commence une chanson populaire parlant du fleuve‘Amour; c.-à-d. une chanson qui n’a pas pu «voir 'etc composée la fin du xvne siècle.
— 16 — unement à leur rôle politique i’alors: elles n’étaient peint ukrainiennes «le bordure), car elles formaient le centre, le noyau même, de l’Etat russe. Principautés russes et non pas « Ukraine ». L’Etat dont il s’agit n’était pas du tout une prétendue Ruthénie ou Ukraine, c’était au contraire cette princi- pauté russe do Kiev qui fut le berceau du peuple russe et de son Etat. C’est là, sur le Dniéper seule voie alors praticable pour le commerce entre la mer Bal- tique et Byzance — que naquit a la fin du ix siècle une force (pii, par les armes et par le commerce, se mit à réunir les tribus slaves qui habitaient les forêts et les prairies du liassin du Dniéper. Le chroniqueur de Kiev, Nestor (au milieu du xr siècle) cite les noms de ces tribus; je puis affirmer aux lecteurs qu'il ne s'y trouve ni «ukrainiens», ni «ruthènes» — pour cette simple raison qu'alors les premiers n’existaient pas et que la petite tribu slave à laquelle les Hongrois don- naient le nom de ruthènes, habitait par delà les Carpa- thes, à 700 kilomètres de distance. On ne trouve aucune mention du prince Rurik, en dehors des chroniques russes, mais pour son fils, le prince Igor, il existe un témoignage indiscutable: en 1 an 944 ce prince russe et l’empereur byzantin Romain Lé( apène conclurent un traité de commerce; il serait oiseux de chercher dans son texte une allusion à des
- 17 - a Ukrainiens » ou à des « Ruthènes» quelconques, mais on y trouve au contraire l'expression Ho us s (dans le sens de tribu), roùssine (un russe), «pays russe», «grand prince (1) russe»» (2). De même en 988 lorsque sous le petit-fils du prince Igor, St. Vladimir, eut heu le baptême de la population de Kiev, cet évènement est connu dans les monuments anciens sous le nom de baptême de la Houss précisément, «des Russes», non pas de quelqu’un d’autre. Quand son fils Jaroslav l,r le Sage (1019-54) créa a Kiev le premier code, ce dernier n’eut pas d'autre nom que «La Vérité Russe» (Housskaia Pràudo . La fille de Jaroslav I"', mariée à Henri Tr, roi de France, est. connue dans l’histoire de France sous le nom d’Anne de Russie. Tout écolier russe sait qu'à la diète des princes russes en 1103, le petit-fils de ce laroslav, \ la- dimir Monornaque, exhortait son cousin a «penser a la terre russe » et a s'unir à lui contre la peuplade asia tique des Polovtzy; celui-ci consentit enfin. « I u fera> un grand bien a la terre russe, mon frère», dit Mono maque en réponse à cet acquiescement. Il est clair (1) En rus*e le mot «duc» n'existait jm<m. H } I» met k"ia*, prince, et véhk'j k**», grand prince. Mais noua empli- rons le terme généralement admis de »<gian«-<’H (2) Dana un traité plus ancien du princ»- O «g a'»* (911) on trouve aussi « peuple russe ». /én/.w, « pf* « loi» russe*» », routine, « terre russe ».
— 18 qu’alors déjà les tribus qui habitaient le bassin du Dnieper étaient conscientes de former un certain tout — la « Terre russe ». Ce terme «Terre russe» se retrouve depuis le xie siècle comme expression stéréotypée courante, et dans les chroniques, et dans les autres monuments littéraires. Ainsi le grand-duc de Kiev «pensait, cher- chait à prévoir l’avenir de la terre russe»; le devoir des princes est de « sauvegarder la terre russe et de guerroyer contre les infidèles»; si quelqu’un ne se soumet pas à notre décision, dit la diète des princes (1097), «que la Sainte-Croix et toute la terre russe s’élèvent contre lui»; un tel a «déposé sa tête pour la terre russe»; le métropolite de Kiev s’intitule «métro- polite de toute la Ilouss », et ainsi de suite. En 1006 un missionnaire allemand, Bruno, visita le prince Vladimir le Saint; dans sa lettre à l’empereur Henri IL Bruno appelle Vladimir Senior Ruzorum. Toutes ces expressions se rapportent aux xie et xne siècles (1). (1) Citons encore des témoignages étrangers sur le nom de la Russie originaire. Sous la date de 839. la chronique Bertinienne nous apprend qu'avec les ambassadeurs de l’empereur Théo- phile sont arrivés de Constantinople à Ingelsheim plusieurs hommes qui se, id est geutern, suant, Rhos vocari dicebant. Ixi missive circulaire du patriarche Photius en 866 parle du baptême de la tribu des russes, toûto ôi) xa/.oépFvov rô fP(ùç. Sous la date de 946 Constantin Porphyrogénète mentionne le
- 19 - Mais si c’est ainsi que parlent tes sou^, se fait-il, demandera-t-on, qu’il y ait des geng nient que les antiquités de Kiev appartiennent au peu- ple russe? La logique de parti n’a, comme on sait, que bien peu de commun avec le raisonnement humain normal, et le papier, selon une locution russe « suri- k K/ porte tout», surtout lorsqu’il doit servir à une propa- gande politique anonyme et d’autant plus à une époque aussi orageuse que la nôtre. Le parti ukrainophile possède son historien M. Hrou- szewski, qui est fort au courant des faits de la période de Kiev — qu’en fait-il? Oh! c’est fort simple; dans son livre (1) le mot «russe» est conservé lorsqu’il s’agit d’un évènement historique précis; mais il se permet à côté de généraliser tous les évènements et les faits russes, qui eurent lieu dans les limites géographiques de la Petite-Russie future, en leur appliquant, tout à baptême de la liouss ('Pcîjç) qui était au service de Byzance (probablement connue troupe mercenaire). En 967 une bulle papale mentionne le rite slave du service divin chez les russes. L écrivain, arabe du ixe siècle Ibno-Khordâdhbeh parle de mai- ehands russes; son contemporain Al-Bekri — de la tiibu des 1 tisses. Chez les (écrivains arabes et dans les sources occiden (p. ex. dans le traité des Génois avec les grecs en 1170) a ville de Kertch est appelée Rosia L’empereui Manue ° lnuène (1143-80) considère une ville ePtooia aux bouches u ((>uinie lui appartenant. (1) Michaïlo Hrouszrwski, Histoire illustiée e kiev-Lwov (Léopol, Lemberg), 1913 (en ukrainien). y Ukraine.
- 20 — fait arbitrairement, des noms qui, à cette époque-là; n’existaient pas — c’est-à-dire les noms d’« Ukraine » et d’« Ukrainiens ». Les multiplicandes et les multi- plicateurs restent russes, mais les produits sont ukrai- niens. N’est-ce pas une arithmétique originale? En voici un exemple. Il n’existait pas à Kiev de lignée particulière de princes: comme on le verra plus loin, le trône de Kiev, était « acquis » par des princes de différentes lignées de la descendance de Rurik — tous membres d’une seule famille répandue dans toute la « Terre russe». Mais qu’est-ce que cet antique Etat qui n'a pas sa dynastie propre? Comment faire? C’est bien simple. On prend la généalogie des descen- dants de Rurik jusqu’au xiv° siècle, on en exclut les li- gnées qui ont ensuite acquis un caractère local dans d’autres parties de la Russie, et on intitule la généalo- gie ainsi épurée: « généalogie des princes Ukrainiens de la dynastie de Kiev»! Il fut un temps où je m’inté- ressais particulièrement à la généalogie des descendants de Rurik; je connaissais assez bien la littérature vaste et sérieuse touchant ce sujet et j aurais pu nommer des principautés des xive et xve siècles tellement minuscu- les qu’on n’en connaît rien, sauf le nom. la situation géographique et la généalogie princière (1); je connais (1) Afin de ne pas paraître parler à la légère, citons eom- njp exemples les subdivisions de la principauté de Tchernigov. Sous les petits-fils de Michel de Tchernigov., martyrisé par
- 21 - .aussi les dénominations des «grands-duchés» des «terres», des «apanages» (oudel), des «territoires» (vôlost) et des «patrimoines» (vôtchina)- mais il y a une chose que je n’ai jamais rencontrée dans aucune des dizaines de volumes que j’ai parcourus, — c’est « l’Etat ukrainien » et la « lignée ukrainienne » de prin- ces. Il ne me reste qu’à remercier M. Hrouszewski pour sa découverte «scientifique», dont il a enrichi mes co un a i s sa n ce s gé néa log i qu es. L’Etat russe eut un début brillant. La famille de Rurik, dont le chef occupait le trône de Kiev, régnait aux xi'' et xne siècles, au nord sur la terre de Novgorod, I les 'Partares en 1246 pour refus de saluer leurs idoles, c’est-à- dire depuis la fin du xm® siècle la principauté de Tchernigov se divise eu apanages (oude/.s) de: Briansk, Gloukhov, Ka- ratchév, Taroussa, Obolensk, Mychaga, Konin, et Wolkona. Au xive siècle surgissent encore ceux de: Novossil, Odoev, \ orotynsk. Selon la théorie de M. Hrouszewski ces principi- cules auraient été « ukrainiens » (Voy. la carte, p. 107 de son //i.sfoi/c). Mais certains d’entre eux ont remis d’eux-mêmes leurs apanages entre les mains du grand-duc de Moscou; les apanages des autres furent absorbés par Moscou par la force même des choses; leur nombreuse descendance passe à Moscou dans les xve et xvi® siècles où ils entrent dans la classe des ser 'iteurs de l’état. (Certaines lignées de ces princes ont con servê leur dénomination territoriale sous forme de nom e a mille par ex. les Obolensky; d'autres ont pris le surnom Personnel • de quelque ancêtre. par exemple les Bana nsy» 08 Gorthchakov, les Dolgorouki, les Répnin, es e
— 22 - à l’est sur celle de Rostov (1), au sud-est sur une co- lonie russe, la principauté de Tmoutarakan (sur la mer d’Azov) (2), à l’ouest sur celle de Galitch (3). La Terre russe comprenait donc alors non seulement le quart occidental de l’Ukraine allemande nouveau-née, mais encore une grande partie du reste de la Russie d’Eu- rope.’ La Russie vivait alors d'une vie commune avec l'Occident; le schisme d’Orient (1054) n’avait pas en- (1) Rostov (du nord), ville située sur l’un des affluents de droite du haut Volga, fut depuis les temps les plus reculés de l’histoire russe le centre d’un vaste rayon, qui, dans les siècles à venir devait s’étendre sur tout l’espace entre le haut Volga et l’Okà. Ce rayon — centre géographique de la future Russie d’Europe — est la source des principaux fleuves rus- ses (le Volga, la Dvina occidentale, le Dniéper) et la nature même l’a prédestiné à en devenir aussi le centre politique. Successivement ce centre se transporta plus au sud, à Souzdal (lère moitié du XIIe siècle), Vladimir (2e moitié du XIIe siècle et enfin à Moscou (xive siècle). C’est ce rayon, divisé en de nom- breuses principautés, qu’on est convenu d’appeler jusqu à la période de l’élévation de Moscou, du nom générique de «terre de Rostov-Souzdal ». (2) La principauté de Tmoutarakan était probablement si- tu’ée sur la presqu’île de 'l'aman ; elle n'eut pas de durée. (3) La Russie de Galitch (Galicie orientale actuelle) faisait partie de l’Etat Russe depuis St. Vladimir; vers la fin du xie siècle il s’y installe une lignée particulière des descendants de Rurik; leur capitale est Galitch; la principauté fleurit sous Daniel (1249-64) qui reçut du pape le titre de roi ; il transféra la capitale à Kholm. Le dernier prince indépen- dant de’Galitch, Yurij 11, mourut en 1340. Depuis 1349 (défi- nitivement depuis 1387) la principauté fut conquise par la Po- logne et resta sous sa domination jusqu’en 1772, quand d’après Iw deuxième partage, la Galicie fut réunie à l’Autriche.
core ébranlé ses liens, le joug mongol ne les avait nas encore rompu. Citons comme symptôme que laroslav I" était marié à une princesse suédoise; sa sœur était ma- riée au roi de Pologne; un de ses fils épousa la sœur d'un roi de Pologne aussi, un autre — la fille de l’empe- reur de Byzance (1); ses trois filles furent reines — de Norvège, de France et de Hongrie; son petit-fils épousa la fille du roi d’Angleterre Harold. Kiev, «mère des villes russes», faisait l’étonnement des étrangers par ses richesses et sa culture; on y comptait quatre cents églises; il y avait des couvents, des écoles, une forteresse en pierre; Adam de Brême appelle Kiev la rivale de Constantinople. * . N’est-il pas étrange de discuter sur le nom d'un tel Etat, comme s’il s’agissait d’une horde semi-barbare de nomades et d’inventer pour Lui des dénominations alors n'existant pas comme «Ukraine» et «Ruthénie»? r Le mot « RUT1IÛNIB ». « H y a de cela mille ans», lisons-nous dans un jour- nal italien, « Kiev était la capitale-de la Ru thème mé- ridionale... Aux Xe et XIe siècles, la Ruthénie fut un H Ut puissant... ». Ni au x-, ni même au xx" siecle, le An QHît do SOI! (1) Ce fut lu mère de Vladimir Monomaque. ’uari qu'il parlait cinq langues.
— 24 —• nom de Ruthénie n'est connu en Russie: vous ne le trouverez — comme vous ne trouverez pas non plus le substantif « ruthène » — ni dans le dictionnaire déjà mentionné de Dahl, ni dans les 40 volumes de \'Ency- clopédie Russe (édition de 1902), ni dans les 29 volumes de YHistoire Russe depuis les temps les plus anciens, de Soloviev (1). Je le répète: ce mot n’existe pas en langue russe et s’il vous est arrivé de le rencontrer dans les livres édités par les bureaux ukrainiens, mê- me dans les textes des documents du gouvernement de Moscou, ce n’est que parce qu’auteurs et traducteurs trouvent avantage, dans l’intérêt de leur parti, à tra- duire les mots « russe » et « petit-russe » par le mot « ruthène ». Se permettre une telle liberté en tradui- sant des documents équivaut à les avoir falsifiés (2). (1) Dans Y Encyclopédie russe, le mot «ruthène» est noté dans l’article lioussine comme traduction ou plus exactement comme altération étrangère de ce mot. (2) Ainsi par exemple la lettre patente du 27 mars 1654 du tzar Alexis Mikhaïlovitch a Bogdan Chmelniteky, parle de K-connaissance « de droite et franchises antérieurs de l’armée (roi.droi y4) tels qu’ils ont été depuis jadis, au temps des Grands- Ducs liasses (pu V elîkdi h nriâseh, lioùskili) et des Rois Polo- nais». (liecxpûl d< lirec. et Traités d’Etot, 1W2, t. 111. p. 512). (»u\j<-z, maintenant, fa brochure Z/ê /ninie sous le protectorat publie*- 1915 par la rédaction de « L’Ukraine », a l^au- «anne; à la page 51 rou« trouver*-/ la traduction de cette mêm<J er^uon. ainsi conçue " droite et franchie** (tes mots « de Par- *f* -> *Mni») anterieur*-» comme ils (étaient de v*ut ternpf " ruthem» et h-s rout ptAonaib ». Si
— 25 — Le terme ruthenus se rencontre pour la première fois chez Jules César; il désigne ainsi une tribu Gau- loise qui habitait au sud de l’Auvergne actuelle; le sou- venu de ce nom \ laissa longtemps des traces dans de51 dénominations comme Augusta Rulenorum; cette tribu n’a évidemment aucun rapport avec les Slaves, ce n'est qu’une consonnance fortuite (i). Dans la Hongrie du temps de la dynastie d’Arpad (997-1301) on désignait sous le nom ruteni une tribu slave qui habitait (et habite encore aujourd’hui) les pentes méridionales des Carpathes, celle-là mêmp qui en mai 1915 a vu déjà, pour trop peu de temps hélas!, les avant-gardes de l’armée russe dévaler pour sa libé- ainsi que l'on cite, faut-il s’étonner de lire sous les portraits joints à la traduction, des inscriptions fantastiques, comme par exemple, que Vygovsky a été hetinan non pas seulement des Zaporogues, mais encore «du grand-duché de Ruthénie-(!) ». ht tout cela est couvert, avec une insigne mauvaise foi, par le nom d’un auteur sérieux, le baron Nolde, puisque la brochure n’est que la traduction d’extraits de son livre russe Essais sur (e Droit Public ruste (St. Pétersbourg, 1911). (1) Dans la Catholic Encyclûpfdia à 1 article Ruthenians, des noms comme Aïo/usto Ruttnorum sont expliques par la méridionale de slaves faits prisonniers la défaite des Huns, lors de ia bataille de Cha- n’y a |<aa le moindre fondement pour r™'"" * une explication aussi compliquée, vu que dans e e il .,t lols ^on de gauloia-rutbèn**- D““' " *' * 1 M ..........influence de la projwauwe , peut que remuer une toile inadvertance des noms déportation <*n !rance par AétiiiK î (451). J C précité, on w-nt «n général F ufj sérieux.
ration. Dans les cas semblables, c’est-à-dire s’appli- quant à des peuples slaves, le mol ruteni ou rulheni n’est autre chose qu'une altération du mot russe roùs- * sine, qui se rencontre, quoique rarement, dans les mo- numents russes antiques, mais aussi bien dans ceux de Kiev (v. plus haut au sujet, des traités du xe siècle avec les Grecs) que dans ceux de Novgorod (p. ex. dans le traité de 1195 avec les Allemands); dans ces monu- ments, le mot roùssine n’a aucun sens national par- ticulier, il est svnonvme du mot «russe». (Singul. rousskij ou roàssine, plur. 'rousskié, collectif tous s). Au moyen-âge le terme «rulhenus» apparaît chez les chroniqueurs (d'abord chez le chroniqueur polonais du xr xir siècle Martinus Gai lu s) avec un sens fort va- gue: l'historien danois Saxo Grammaticus (1203), l'eni ploie pour designer les Slaves chrétiens riverains de la Baltique, afin de les distinguer de leurs compatriotes païens; on le trouve aussi comme dénomination latine du moyen-âge pour les Russes en général (I). Les écri vains qui suivirent, mieux informes des affaires russes, l'évitent. \insi. le célébré Herberstein, ambassadeur imperia! à Moscou I.M7 . en discutant dans les premiè- res pages de -es mémoires, sur l’origine du nom « rus st's ». remarque qu'en allemand on les appelle KHssein en latin rutheni. mais n'emploie ensuite nulle part et' (L Comme nous le verrons plus loin, une dénomination en- vorv plus fréquente était pour nous, en latin: iw», liussia.
— 27 - mot (!)• Pnolo Giovio da Como, qui écrivit sur la Rus- sie en 1525, ne le cite pas non plus. Et à quoi bon en effet renouveler des noms vagues, désuets? Nous n’al- lons pourtant pas appeler la Chine — « Cathayum ». la mer Baltique — « Mer Varangienne », ni chercher en Russie les monts Rythiques de Ptolémée. De plus le mot « Ruthènes » a encore l’inconvénient de servir à ' désigner en même temps un principe religieux et na- tional. La tribu ruthenorum en Hongrie se trouva être, en vertu de sa position géographique, la première où fut introduite l’union religieuse (xiir siècle). Et le lan gage latin ecclésiastique s'empara du mot rutheniis pour designer le rite uni avec le service divin en langue slave (2) chez les autres tribus slaves voisines aussi, et petit à petit il transporta l'application de ce terme de plus en plus loin vers l'Orient, en («alicic. en Pologne, et en Petite Russie. Cela n est pas étonnant l'Eglise est conservatrice en <on langage, et scs buts relèvent au dessus du souci dos distinctions de uue. U) Sur la carte de l'édition Hùlowe de ee» mémoire» (15Ô61 !' cours supérieur de la Ih iua Occidentale est inarque '•/fenùa», son cour» central— i/t'rinuHÙu. . a'S est aussi nommé Po/jw ruthciueu. DM* (2) Strictement parlant, il n’existe pas h . pulier; il <v „ ‘u,. des variations introd.ntes. 'Jzantin par ic® populations des GMjmthes e P<u le clergé polonais latin.
— 28 — Dans la bouche du gouvernement autrichien ce terme a acquis un tout autre sens encore: depuis la moitié du siècle passé, il est devenu un instrument pour détruire chez les Galiciens russes la conscience de leur parenté avec le peuple russe qui vivait sous le sceptre de l’empereur de Russie : « Là-bas ce sont des Russes — quant à vous, vous êtes des Ruthènes ». Les dénominations arbitraires des différents peuples, l’in- troduction d’alphabets divers, le changement d’ortho- graphe — tout cela constituait les instruments pré- férés du gouvernement autrichien dans ses luttes po- litiques (1). Pour définir la personnalité d’un peuple, l’impor- tant est de savoir non pas comment l’appelait un chro- niqueur étranger, qui a peut-être appris pour la pre- mière fois son existence par les écrits de son prédé- (1) On a introduit en Galicie l’orthographe phonétique : on a rejeté de l'alphabet russe trois lettres et on en a ajouté deux nouvelles; — différence de cinq lettres entières — que faut-il de plus/ Et c est justement dans cette langue factice u ukrai- nienne » qu est écrite 1 histoire de I Ukraine de H rouszewskn qui s efforce par tous Jets moyens de la rendre distincte du russe. Mais il n’atteint pas son but: tout Russe cultivé, après etre venu à bout, avec quelque effort, des 2 ou 3 premières j)«- ges. lit ensuite le livre assez aisément. Le paysan petit-russe en revanche ne comprend pas la langue troduction obligatoire de cette h correspondance officielle, æ contentement. ’ « ukrainienne » : l’in* - angue, l’année 1918, dans la a causé en Ukraine un grand-mé*
censeur, ni -comment en général rappellent les autres peuples, mais comment il se nomme luimiême. Selon la terminologie autrichienne, tous les peuples slaves (sauf les Polonais et les Slovaques) qui habitent en Galicie, en Bukovine, et le nord-est de la Hongrie (en tout près de cinq millions) sont appelés Rutenen, mais eux-mêmes s’appellent: en Galicie — Russes ou Rous- siny, en Bukovine — Roussiny, Russes et Petit s-Rus- ses, en Hongrie — Russes, Petits-Russes, et Rousniaki, On s’est acharné à tuer chez ces races le senti- ment national; la classe cultivée peu nombreuse était, jusqu’aux temps derniers, soumise à une germanisa- tion ou polonisation systématiques; il n’est donc pas étonnant qu’il ne se soit pas formé pour eux de dé’.'.o- mination générale; le nom le plus répandu pourtant est — « roussine » et « russe » (1) — fait peu agréable (1) Voici les subdivisions des roussines (en allemand Riissi- ne» et R u theneri) • 1° en Galicie (dans sa partie orientale, au delà du fleuve ’^nn): les Pokutianes (arrondissements des villes de Kout et Ko- Gmya), les Guzulcs (Kolomya, Stanislavov, Kossov), les Podo- ^xines (au nord du Dniester), les Boïkis, qui «appellent eux- •uèines Gorianes (arrondissement de Stryj), les Li’mGis, qui s‘Appellent eux-mêmes Roussniaks ; ils parlent tous la même lan pUe divisé© en 4 patois kien ; • 2° , A/unuvmv luaus ocv v, -z —jt- . arrondissements de Kotzman, Tchernovo, yc ni heret): les Podolianes ou Polianes et les Giw Gagnes de la Bukovine occidentale); — podolien, guzulien, boîkieu et lem- eu Bukovine (dans sa. partis septentrionale et Vychnitz et utes (dans les
— 30 —• au oouvernement autrichien, et ce n’est certes pas par dévouement au langage scolastique et moyen-àgeux qu’il a préféré assigner à ces peuples comme dénomi- nation collective le nom de «rutènes» (1). Dès la. fin du siècle passé on voit apparaître dans les plans austro-allemands le projet alléchant d’arra- cher au corps entier de la Russie sa partie méridio- nale. C'est alors que changea aussi la propagande gou- \ernementale: «là-bas. au delà des frontières, à Kiev, ce ne sont pas des Russes qui y habitent, mais des Rutènes comme vous-mêmes ». Que la ressemblance entre les populations des deux côtés de la frontière devienne parfois une identité — cela est juste; mais 3° en Hongrie: 400,000 environ le long des pentes sud des Carpathes. dans la partie nord-est, dans les comtés de Charit, I szgorod, Bercez, Ugosz et Marmarocz: les Verhovinzy ou Go- céehanes — dans le» montagnes; Dolinianes et Doléchanes, I l/ikhy (Bfakky idem) — dans les vallées; les Spichak’s ou A rainu»/i.-; qui sont des Roumains s la visé s; la majeure par- tie de cette population est issue du nord de la Petite-Russie rusw*, (de» gouvernements de Tchernigov et voisins). iïncyilo- yé.die ruue. 1 U) (les rutènes (rouMiny) changés au cours de ex-s deux der- hierea années e»n ukrainiens, i « irrédimé# n. Ils trouvent depuis d étrangers, et sont véritablement point de, vue des principes Wilsoni ne sont autre chose que. des rus- 530 ans en pijis«anr<’ un « peuple opprimé ». Au r , _ ions il ne peut y avoir doux ’P nions sur son avenir: entré dans l’orbite du peuple russe, ineo politique de sa branche petite-Hi*' nous ne pouvons que saluer Pieuvre d«® d doit partager la deeti sienne. Dan» ce sens r nkraini...» <|anB
— 31 — que le sud de la Russie soit habité par des «Rutènes» _ c’est une invention: prononcez ce mot dans le gou- vernement de Tchernigov ou de Poltava — on ne vous comprendra pas: on ne saura pas s’il s’agit d’une plante, d’un animal ou d'un minéral. En Ukraine le paysan se dit Petit-Russe, Khokhol ou « Russe »; le mot «ruthène» n’existe pas (1). Et maintenant voilà qu’il se trouve tout à coup que l'antique Russie de Kiev n’a jamais existé — il y a de cela mille ans même, il n’y a jamais eu qu’une « Ru- thenia »! C’est ainsi qu’on fausse l’histoire quand cela convient à la politique austro-allemande. Le mol « RUSSIE » (Rossia). Nous venons d’examiner les deux passeports rédi- gés avec le bienveillant concours du gouvernement autrichien dans ces derniers 20 ou 30 ans pour la Rus- sie de l’époque de Kiev; le lecteur n’aura sans doute pas manqué de se convaincre de leur fausseté. Parlons maintenant un peu du passeport légal. tl) !a> mot roùssine, ne sera compris en dedans des fron- tières do l’empire russe, que dans le voisinage immédiat de *’Autriche — dans la partie ouest du gouvernement de Voly- ri*<4> dans Je gouvernement de Kholm et dans le district d- khotine, du gouvernement de Bessarabie, «où on parle vrai ,n°nt |0 patois routine du dialecte petit-russien ». (Encyclo- russe).
Rouss et Russes - voilà les seuls noms génériques qui impliquaient le sens des peuples et des terres de la Russie antique. Le mot Rouss a deux sens. le pre- mier est ethnique, l’autre, territorial. Selon le chro- niqueur de Kiev, c’est du nom de Rouss que s’appelait la tribu varangienne (variague, Scandinave) d’où étaient issus Rurik et les siens, appelés en Russie par les Slaves. Soloviev suppose avec beaucoup de logique que cette tribu a joué un rôle important sur la « voie des Variagues aux Grecs » bien avant l’appel des prin- ces (1). (1) La théorie ukrainophile ne veut naturellement pas ad- mettre le fait de l’appel des princes varangiens: pour elle la Rouss doit être une tribu ukrainienne et le mot Rouss doit être n'é (comme aussi ia dynastie de Rurik) en « Ukraine ». C'est facile à arranger: le témoignage de la chronique (voyez page 42) est simplement nié par M. Hrouszewski. Mais voila le malheur: nous connaissons les noms des ambassadeurs du prince Oleg à Byzance en 911; de 14 noms il n’y en a que 2 qui pourraient être slaves, les autres sont indubitablement norvégiens. Il y avait alors à Kiev beaucoup de Normanns, c’est donc eux qu’Oleg envoya — voilà le sens de la naïve expli- cation de M. Hrouszewski. Mais comment un •prince non Scan- dinave aurait-il pu envoyer à Byzance comme ambassedeuis des Scandinaves seulement? Et comment explique]’ les noms Scandinaves des premiers membres de la famille de Rurik? Ruiik (Hrorekr), Sinéous (Signiutr), Trouver (Thorvardtr), ()lga (Helga), Igor (Ingvarr) et Oleg (llelgi), et que la légende a mœt de ce* dernier, à la suite de la morsure d’un serpoih’ mnv'1°lne<^î5a^emen^ ^aiLS ironique russe et dans la s"l/" norvégienne? toiien n a pas le droit de bâtir l’histoire sans aucu°
- 33 — Comme nom territorial, la dénomination Rouss s’employait doublement: dans un sens qui générali- sait toutes les terres russes (« métropolite de Kiev et de toute la Rouss »), et dans un sens plus restreint — pour désigner la principauté de Kiev proprement dite (xne siècle); peu à peu cette dénomination s’étendit à d’au- tres terres (à Tchernigov, à la Volynie, à Novgorod (1), à Galitch et autres). «Le territoire (yolost) de Novgo- rod est le plus ancien dans toute la Terre Russe », nous dit la chronique en date de l’an 1206. Gédymin, grand- duc de Lithuanie (1316-41), a pour titre à Vilna «Grand Prince Lithuanien, Jmoudien et Russe». La Russie du nord-est n’avait point d’autre dénomination col- lective que Rouss et Rcssta (2); en russe* 1 le mot « mOS- égard pour les témoignages des chroniqueurs » dit Soloviev, comme s’il prévoyait l’apparition d’historiens du type ukrai- nophile. (1) Le traité de paix de Novgorod avec les Allemands (1188 ou 1195) oppose les Allemands aux Rouss et parle de villes russes. (-) Du mot Rossia il existe un adjectif rare rossîjskij; il s emploie actuellement dans le langage officiel cérémonieux et s employait en littérature dans le style ampoulé du xvm siècle; ou le trouve pour la. première fois, si je ne me tiompe, (laiis le document sur l’élection au trône du premier tzar de la maison des Romanov (1613). Dans la Russie moderne, on met 6ans le mot Rouss un sentiment d’amour, de chagrin, de joie, dans le mot rossijskij on sent une idée impérialiste, e mo_ ^ssia semble une dénomination calme, d affaires, e mai ^'te à ces détails, parce que la propagande ukiainopne 3
covite » (1) n’existe pas; il est né en occident lorsque la puissance du grand-duc de Moscou eut éclipsé aux jeux de l’étranger le reste de la Russie (2). Pour en finir avec la nomenclature, je donne en not e une série de citations latine- qui prouvent que dans cette angue aussi on a de tout temps dit Jiussia d Bwôsî 3. Comme le mot rufeni, ces deux mots cil.- a jour! -ut ce- différés^- de nom.- et sur cette richesse de notre langue en assurant les étrangers, connue quoi Jiouss et wùsskij se rapporteraient à Kiev et liussui et roussijskij — à Moscou et Pétersbourg! (1) Du mot J/c >/.ru (Moscou) il n’existe qu'un substantif dé- rivé, c’est '/.ovmcA, qui désigne l'habitant de Moscou, et qui est exempt de toute teint.- :-«utique (et. un Bordelais). Mosco- vite sonne à l’oreille russe contemporaine comme quoique chose de légèrement dédaigneux, comme le polonais niosl.àl, qui d’ailleurs est passé dans la langue russe avec le sens de « soldat, recrue » (homme pris par le gouv.t de Moscou). (2) Paolo Giovio écrit en 1525: « Ce n’est que récemment qu’on a su que ce peuple s’appelait «les Moscovites»; et Marc Foscarino en 1557: «ce nom « Moecovia » et « mosco- vites » est né récemment ». 1 (3) Il se trouve dans la chronique de Béginon la nouvelle qu auprès de 1 empereur Othon rr vinrent b'gati IIe.lftiue (nom chrétien d Olga) Heginae liussorurri. (x‘ siècle). Un bref du pap® Grimoire VII en 1075 appelle Iziaalav (fils d’Jaroslav i’r) /< >/i<'//u/a; un autre bref du même et de La même V-poquo i,J' vite le roi de Pologne a n^tituer à Iziadav, //< 7/ IlutcOTUtih i+‘ torn-s qu il lui avait enlevées. [Z?uj*cûrum est plus oor- i»*;t que ruxMrum; on peut supposer que cette forme corrcH4* <*t le résultat de la présence a Borne d’un des fils d’Izia«l*v’ ItTr IrUr-°‘!nr ** U,rr<* <,n fief «" st- 8»^; 1* PnnCtf 1 \ cHtifu nt a la qu<*tion comment s’appelait *>,t », npomre, < onium nous le ferions aujourd’hui cncoT®'
— 35 - étaient appliqués indistinctement et à la Russie mé- ridionale (par exemple, à la Galicie) et à celle du nord- (par exemple, à Novgorod) (1) et à l'Etat russo-lithua- nien (2). Parmi ces citations faisons remarquer parti- culièrement le document de l’an 1335 de Yourij II de Galicie: il témoigne que, dans les dernières années de l'existence de la principauté de Galitch, lorsque les hautes classes de sa population étaient déjà entraînées en plein par le courant de la culture occidentale, sa dénomination officielle n'était pas Ruthenia, mais Russia. C'est de plus le premier cas d’emploi dans les documents du nom Malorôssia Petite-Russie) (3). C’est .l/y roiix.s/, je (Nous sommes russes) ; de là le génitif ruscorum]. Piano Carpini (xme siècle) décrit Æiotna, quae est Métro poli s Russiae. Une bulle du pape Innocent IV de l'an 12-16 prend Daniel de Galicie, Regem sous le patronage du Saint Siège. Dans le tome 1 des documents réunis par A. Tourguéneff aux archives du Vatican (f/istoriae Riissûie MonuinCnta, éd. ^41), on peut trouver plus de dix écrits adressés a Daniel de Galicie, tous avec le mot de Russiu. Il nous est aussi par- v°nu un document du prince Yourij II de Galicie et Volynie de I an 1335, où il s’intitule: 7)f< gratta natus >lu.r totius Au>- Minons. \ . aussi «annexe 1. (I) Ihst. Russ. Monumrnta, t. I, doc. CXIX. (2) Ibid., doc. LXX1X et XC. 1'0 H nous est parvenu de date anterieure le sceau e V°Ur>j I prince de Galicie-Volynie (mort fort âgé, pas plus tard QUe 1316) ; il porte l’inscription suivante: w‘»ni (;Rorilli / '^nieriae i ___ _ _____ C îl d. |a Volynie). Yourij 11 *' servait du «a»u I’‘uo(,teo - . « S’. (c. à d. sceau) Do- legis Russiae », et « X. Domini Gcorgtt * l) 2'‘r,s » (Lndinierui — terre» de la ville de la< mur- o » 1 de son granu- n’etiiit point un anachronisme; le régent Dmi- (jusqu’en 1349) qui lui accéda, fut un bojar
— 36 — d© c© mot « Pctite-Russic», (et pns du tout de lu. soi-di- sant petite taille des habitants) qu’est provenu le nom de « Petit-Russe » qui a été la dénomination courante de la population de l’Ukraine jusqu’à l’année 1917, lors- qu’on lui a imposé le nom d'ukrainienne pour arracher du nom même le témoignage de l'unité du peuple russe. Quoique le mot « ukrainien » (ukrâïnetz) existât (depuis le siècle dernier, il me semble), on s’en servait pourtant si rarement, que lorsqu’on le mit en circula- tion en 1917, nous autres Russes (et parmi nous les Petits-Russes eux-mêmes) nous demandions où il fal- lait y placer l’accent. Dans le même but d’expulser du nom l'indication d’unité du peuple russe, on a ces jours derniers lancé dans les journaux d’oceident, pour désigner les Rus- ses-blancs, la dénomination ridicule de « Ruthènes blancs»! tri qui s’intitulait Provisor seu eapitaneus terre llussie; Ladis- las Opolski, dernier prince, quoique non indépendant, de Ga- licie (1372-78) avait un sceau avec l’inscription: Lddisl^is I). (initia Ihix Opolient... et terre llu/ssie domin. et heres- C est pour nous un témoignage que pendant presque un siècle entier la Galicie s’appelait Russie. Elle continua, à s’a.pp0ler ainsi, non seulement sous un prince d’origine polonaise (1® pèie de, 'i ourij •était un prince de Masovie), mais alors eI1' <<>ie qu elle était complètement tombée sous l’influence et b (omination polonaises. Ceci n’a qu’un rapport indirect avec n°' SU , ’ mais vu les prétentions polonaises sur la Galæ*e> n t st pas dépourvu d’un certain intérêt d’actualité.
- 37 - On publiera un jour les réponses aux questions po- sées à nos soldats revenus des prisons austro-alleman- des. On apprendra alors comment nos ennemis se sont appliqués à inculquer dans des écoles spéciales de pro- pagande à des dizaines de milliers (!) de nos «gars» illettrés l’idée qu’ils ne sont pas des Russes, mais un peuple particulier ukrainien, pas des Russes-Blancs — mais des Ruthènes, et comment avec un art satanique et une méchanceté démoniaque ils ont semé dans leurs âmes la haine de leurs frères et de leur mère-patrie. Le but de nos ennemis est clair. Mais quel doit être l’aveuglement de parti pour courir au devant de leurs désirs de diviser la Russie et de garantir ainsi aux Germains la sujétion et de la Grande-Russie, et de la Petite-Russie, et de la Russie-Blanche. ★ ★ ★ % Résumons ce (pie nous avons dit, en tant que cela se rapporte à la période ancienne, pré-tartare. Nous nous sommes presque abstenus de toute opi nion personnelle; les citations» des documents ont parlé pour nous. La voix de ces témoins impartiaux et véné râbles d’antiquité donne à notre question une répons parfaitement définie, à savoir: , , 1. Le pays habité par le peuple russe depu ^arpathes et jusqu’à la Mer Blanche et à Sou
- 38 — puis Novgorod jusqu’à Kiev — n’était autre chose qUe la Russie; 2. Le peuple qui habitait ce pays s’appelait lui- même russe, en Galicie comme à Novgorod, et appelait sa terre Rouss; 3. Les étrangers appelaient la Russie Rus sia et nommaient les Russes — Russi, se servant aussi parfois de l’altération Rutenia et Ruteni (Rutheni). Les étran- gers ne faisaient dans l'application de ces noms au- cune distinction ni pour le nord, ni pour le midi de la Russie: ils appelaient les Russes de Kiev, comme ceux de Novgorod, également et alternativement, tantôt Russi, tantôt Ruteni; 4. Enfin il n’y a pas la moindre trace du nom d'Ukraine ni dans la période pré-tartare, ni 150 ans au moins après. Le nom ukrainien n’est né que quelques siècles plus tard encore. N’est-il pas clair que la tendance des ukrainophiles à se servir de la différence des noms (Russie et Ruthé- nie) pour affirmer qu'au nord de la Russie il existait un autre peuple qu’au midi, n’a rien de commun avec la vérité historique. L'affirmation de l’existence d’um' Rulhenia de Kiev, comme d’un Etat distinct de lfl Russie, ou de l’existence d’une Ukraine dans la période pié-tartare, n est qu’une pou scrupuleuse uiystificuli^ politique, menée et fondée sur le peu de notions ql,e
— 39 — la société étrangère a de l’histoire et de la langue rus- ses (!)• Dans cette question des dénominations nous avons dépassé les bornes chronologiques que nous nous étions fixées. Revenons à la Russie de Kiev. (I) Il est fâcheux de voir l’influence cio cette mystification daais un domaine où des inventions tendancieuses n’auraient point dû avoir place: dans la Dublin Review (octobre 1917) le père A. Fobtbscue, dans un intéressant article The U niât Chureh in Roland and in Russia, donne un tableau triste et circonstancié do F intolérance des gouvernements de ces deux Etats envers les Russes catholiques; malheureusement dans les trois premières pages l’auteur répète, sans la moindre critique, les principales inventions ukrainiennes sur La. période pré-tar- tare. Le malentendu s’explique facilement: la propagande po- litique ukrainophile édite ses brochures en plusieurs langues, tandis (pie nos glorieux historiens qui ne recherchaient que la vérité n’ont écrit leurs ouvrages pondérés qu’en russe, langue si difficile pour les étrangers.
— 40 — CHAPITRE II. L’UNITÉ DE LA RUSSIE PRÉ-TARTARE ET LE SAC DE KIEV PAR LE PR DE SOUZDAL EN 1169 (1). En affirmant que la terre de Kiev aurait formé aux premiers siècles de l’histoire russe un Etat indépen- dant d’Ukraine on de Ruthénie, le parti ukrainophile est obligé de passer sous silence la communauté de vie entre cette terre et les autres parties de la Russie jusqu’à la fin du XIIIe siècle. Ce problème n’est pas îacile à résoudre, mais on le résout pourtant aussi tout simplement: on soumet la vie nationale à la même opération que celle qu’on a appliquée à la généalogie des descendants de Rurik. L'Histoire de M. Hrousze- wski sépare en la tranchant, pour ainsi dire, tout le noid de la Russie, d’avec le midi; il renforce dans son üvie toutes les teintes de la vie locale méridionale de Vv6 S”uzdal <*t située à 200 Km. au nord-est • Moscou (V. note 1, page 22).
— 41 — (dans le pays de Kiev, de Volynie et de Galicie), et ne parle du nord (pie pour 1 époque des premiers grands- ducs de Kiev (lorsqu’à Novgorod régnaient leurs frères et leurs fils); ensuite le nord disparaît, pour ainsi dire de la scène historique et seule la. lutte, au milieu du xne siècle, du prince de Souzdal pour la possession du trône de Kiev, contraint l’auteur à se souvenir du nord, dans l’unique but de le présenter comme une force ho- stile au midi. Entre les mains de la propagande ukrai- nophile, la prise de Kiev par le prince André de Souz- dal (1169) devient un des principaux atouts qui doit servir aux yeux des étrangers comme témoignage de ce que la suprématie subséquente du nord (Moscou et Pétersbourg) a été une domination étrangère! L’opinion publique étrangère est prête à accepter cette assertion sans autre examen. Exposons le point de vue commu- nément admis par la littérature historique sur la pé- riode de Kiev de notre histoire et arrêtons-nous sur l'épisode particulier de l’an 1169. Kiev était le foyer de la vie d’Etat russe, mais cette vie n’irradiait pas seulement de ce centre. Elle ne fut point créée par l’épée, elle fut un produit de la grande voie fluviale commerciale qui conduisait du Golfe de Finlande à la mer Noire; Kiev se trouvait place près l’un de ses bouts, près de l’autre était Novcorod G est de Novgorod que fut apporté le pouvoir
- 42 - par les Normans (1); c’est par Kiev qu’arriva de Grèce le christianisme. Le même peuple habitait à Novgorod; le nord et le midi faisaient œuvre commune. Nov- gorod s’affermissait de plus en plus sur les rives fin- noises et s’étendait à l’est sur tout l’extrême nord de la Russie, dans la direction de l'Oural (2), et au sud-est vers les terres de Rostov-Souzdal, territoire du futur grand-duché de Moscou. A l’est Kiev se défendait con- tre les barbares de la steppe, tâchait de percer au sud jusqu’à Byzance, s’étendait vers la Galicie, et au nord-est vers cette même Moscou de l’avenir. Sur tout l’espace de cette région peuplée, on parle une seule (1) Comme nous l’avons dit plus haut, les ukrainophiles nient le fait de l’appel des princes variagues. Soloviev, ayant minutieusement examiné le récit des chroniqueurs sur ceti ap- pel des Variagues, a prouvé d’une façon circonstanciée que celui-ci est ethnographiquement, géographiquement et psycho- logiquement probable, et qu’il est en plus confirmé par les témoignages des étrangers. Trois ans après la mort de Rurik (c’est-à-dire à en croire la chronologie du chroniqueur en 872), son successeur Oleg, ayant réuni une troupe de Variagues et de toutes les tribus soumises par lui, se mit en marche par h voie fluviale ordinaire (dite varangienne) vers le sud ; il s011' mit en route les peuplades riveraines et s’empara de Smolensk, de Lioubetch et de Kiev. « Cette circonstance (la marche midi avec les forces réunies du nord) est le fait essentiel <lc notre histoire primordiale» dit Soloviev. Mais il n’existe PaS poui M. Hrouszewski, et d’après les dernières nouvelles âes joui naux italiens, Novgorod était une colonie ukrainienne! \ J!. Xl,G siècle le pouvoir de Novgorod s’étendait déj}l jusqu a Viatka; à La même époque Novgorod prélève le tribut sur les rives septentrionales de la mer Blanche.
langue: la langue russe; elle est la même dans la chronique de Novgorod et de Kiev; une seule famille princière règne sur toutes ces'terres. Ce fut une créa- tion à demi-inconsciente mais commune d’une seule na- tion sur toute l’immensité de la plaine russe; les fleuves puissants furent les voies de sa colonisation, les forêts vierges, les marais et les grandes distances: sa pro- tection. Seule une étroitesse de parti peut tendre à réduire ce procédé à l’action du centre de Kiev exclu- sivement. L’unité de population, la communauté de la vie na- tionale, n’excluaient évidemment pas certaines dif- férences dans la vie locale, ni la naissance de centres locaux sur ces vastes espaces peuplés. Quand Kiev se fut affaibli sous la poussée des ennemis de la steppe, le foyer des forces d'Etat semble chercher (depuis la fin du xne siècle) dans lequel des centres locaux il va s’établir. Un temps (aux xne et xme siècles) on put croire que la vie russe allait se concentrer a Galitch, mais l’accroissement de la. Pologne et de la Lithuanie mit fin à l’existence de cette principauté. Au xne siecle, le siège du grand-duché de Russie passe par Souzdal, ' Vladimir, et se fixe enfin au commencement du xiv* siècle à Moscou. C’est ainsi qu'en a décide 1 histoire, ’nais, que l'hégémonie fût restée acquise à Galitc il Moscou, — Kiev ne se serait en aucun des e“x trouvé en puissance d’étranger, cai »
- 44 — de ces deux centres ne représentait pour Kiev des for- ces extérieures; elles étaient au contraire, jusqu’à un certain point, engendrée^ par lui-même. L’heure sonna au xiie siècle et les enfants dépassèrent la. taille de leur mère, mais ils n’en étaient pas moins ses enfants et ils ne l’oublièrent jamais, quoique parfois ils la trai- tassent sans tendresse. Une domination étrangère pour Kiev aurait été celle des Tartares ou de la Pologne, et non celle de Moscou. Si la population des terres du Dniéper (Kiev) était proche parente de celle du bassin de l'Okà (Souzdal), les souverains de ces parties de la Russie l’étaient d'autant plus. « Le prince de Souzdal prit et saccagea Kiev». A la lecture de cette phrase l’Européen occi- dental se figurera aussitôt une lutte de deux maisons souveraines, d'origine, de traditions et de visées diffé- rentes. se rapportant à tel ou tel territoire. Mais le tableau des luttes de l'époque féodale n’est pas appli- cable aux luttes des anciens princes russes. En Russie il y a eu un phénomène original : elle n’a pas connu d’autres princes que les membres de la famille de Rurik li. A cette famille appartenait collectivement le pouvoir suprême (2); le grand-duc n’était que Ie (1) Dans 1 Etat russo-lithuanien seulement il v a eu une dynastie différente (celle de Gédymin). 1Uest*on yétché qui partageait parfois le P°u' pleine a\ec le prince, dépasse les limites de notre sujet-
- 45 - primus inter pares; en principe c’était l’aîné de la famille qui devait jouer ce rôle, mais le droit d’aînesse n’était pas juridiquement établi. Qui est l’aîné: le neveu ou l’oncle? le fils du frère aîné mort sans avoir été grand-duc, ou le fils d’un frère cadet qui a occupé le trône de Kiev? C’est pratiquement que se résolvaient nombre de questions semblables. Les historiens ont vainement tenté d’établir exactement le système adopté par les descendants de Rurik : la vie était plus com- pliquée qu’aucun système. Une seule chose est*certaine : c’est que lorsqu’un nouveau prince 'montait sur le trône de Kiev, les princes qui le suivaient par l’ancien- neté se transportaient aussi des villes moins impor- tantes dans d’autres plus en évidence, et que le dernier droit juridique à l’obtention du trône de Kiev était... l’épée. De là deux conséquences: luttes continuelles * entre les princes pour la possession de Kiev et un mou- vement, pour ainsi dire nomade, des princes d une principauté à l'autre, ce qui excluait à son tour, du- rant la période de Kiev de notre histoire, toute possi- bilité de formation de lignées princières locales dan la famille de Rurik. Et en effet des lignées de ce genre n’apparurent qu'au xme siècle (1). . (D Font exception seulement la lignée qui panées de lointain Polotzk dams le Ier quart du xie siede » siècie; Khernigov et de Galitch, qui se confiohderen de de Rostov-Souzdal s’ébauche à la moitié du , Moscou depuis la fin du xine siècle.
— 46 — Ainsi donc, la. lutte intestine pour la possession de Kiev est dans la famille de Rurik, aux XIe, XIIe, xur Siè. des, un phénomène habituel, et la campagne d’un prince contre Kiev n’est nullement une preuve d’hosti- lité politique de la part de ce prince, ni de la popula- tion de sa principauté envers celle de Kiev. Ces con- sidérations générales nous permettront d’envisager le cas du prince André de Souzdal avec l’objectivité né- cessaire. Le prince André n’était pas seulement un descen- dant de Rurik, il appartenait encore à une branche particulièrement populaire à Kiev: il était le petit- fils du grand-duc de Kiev, Vladimir Monomaque. Le père du pr. André, le pr. Yourij I (1090 à 1157) fils de Monomaque, reçut en apanage la terre de Rostov- Souzdal; la jeunesse de Yourij s’écouler au midi et toutes ses sympathies appartenaient à la Russie de Kiev; la « mère » des villes russes gardait à ses yeux tout son charme et tout son attrait, obtenir le trône de Kiev était son rêve; il le réalisa par la victoire sur son adversaire, et régna à Kiev de 1149 à 1151, et depuis 1154 jusqu’à sa mort. Le prince André (1111 à 1174), il est vrai, ne connut le midi qu’à l’âge de 38 ans et ne 1 aimait point; sa nature autoritaire se sentait mieux au i nd, où son père et lui avaient beaucoup travaillé P°UI libéiei de 1 influence des «meilleures gens» (nota' blés) des villes). Son père étant mort, et se considérant
— 47 — lui-même comme l'aîné de l’autre prétendant, Mstislav, il envoya an sud la milice de Rostov-Souzdal, a laquelle 9e joignirent là-bas les contingents de plusieurs des princes méridionaux mécontents de Mstislav. Les alliés prirent Kiev. André devint de fait grand-duc de toute la Russie, mais continua à résider au nord, à Vladi- mir (1). En soi-même le fait de la prise de Kiev par les troupes d’André de Souzdal, n’aurait fourni aucun prétexte pour accuser le nord d’intentions hostiles vis- à-vis du midi. Nous avons vu qu’il suffisait souvent d’ambitions personnelles, ou de la conviction de son droit au trône de Kiev, pour qu’un prince se servît, pour s’en rendre maître, de tous les moyens et avant tout de sa « droujina» (leudes); mais il arrivait pire: l’adversaire du père du prince André, le prince méri- dional Iziaslav, ne se gêna pas pour conclure, dans le même but, un traité avec les rois de Hongrie et de Po- logne (1149). Pourtant il y a dans la prise de Kiev on 1169 deux traits qui distinguent cet évènement des luttes intestines précédentes — c’est le sac de cette ville et le fait que le vainqueur continua à résider au nord. «Jamais encore pareil malheur n’est advenu en Russie », dit l’historien, « que Kiev ait été détruite par (1) Vladimir sur la Kliaama, par opposition au Vladimir Méridional de Volynie; il est situé à 20 km. do Souzdal.
ses congénères». La destruction pouvait être une cir- constance fortuite, provoquée par l’ardeur du cOm. bat (i), mais elle a pu être aussi un acte de politique intentionnel. La résidence d’André à Vladimir et le sac de Kiev — s’il fut intentionnel — témoignent d’un certain dédain d’André pour Kiev. Nous savons déjà que ce dédain n’était pas héréditaire; c’est une manifes- tation de ses penchants personnels; ce fut peut-être la conséquence d’une situation politique nouvelle. La soif inextinguible du pouvoir ne connaissait! point chez André de bornes; ce n’est pas pour rien qu’elle lui a valu dans la chronique le surnom d'autocrate et l’a amené ensuite à une mort tragique. .Mais il fut en même temps un homme à «idées neuves»: dans sa politique intérieure, dans sa tendance tenace à s’af- franchir de l’antique influence des notables des villes, on peut reconnaître le germe d’une conception nou- velle de la puissance princière, les premiers indices de cette autocratie qui s’implanta, a. Moscou plus de deux cents ans plus tard. Il avait à agir dans des cir- constances nouvelles; a son époque l’émigration de la population des rives du Dniéper central vers le nord- (1) Hrouszewski dans son Essai de Vhistoire de la terre de iev (Kiev, 1891; en langue russe, p. 224) exprime avec a* fiance la supposition, que le sac eut lieu parce qu’on en avait omie 1 automauon aux troupes. N’a-t-il pas une trop hau‘e °n e a discipline chez les milices du XIIe siècle? donné l’autorisation aux troupes.
— 49 — est (1) avait déjà commencé, et parallèlement à cette émigration, le centre de gravité politique avait com- mencé à se déplacer de Kiev vers les terres de Souzdal. On pourrait aller loin dans les suppositions sur les lut- tes politiques du prince André; on peut se demander si ses idées sur Kiev n’étaient point influencées par un vague pressentiment que le rôle du midi était terminé, mais une seule chose est inadmissible — il est impos- sible d’affirmer que sa manière d’agir lui ait été dictée par quelque inimitié nationale entre le nord et le sud. Le prince lui-même était originaire de Kiev; son père, son grand-père et ses autres aïeux, avaient été grands- ducs de Kiev depuis sept générations déjà, et les phé- nomènes (pii produisirent la bifurcation de la nation unie en deux! branches - en celle des Grands et des Petits-Russes venaient, comme nous Je verrons plus loin, à peine de naître et n’ont pu encore, a son épo- que, avoir produit leurs effets: ceux-ci ne se manifes- tèrent que plus d’un siècle, si ce n’est deux siècles, plus tard. ♦ Nous trouvons dans l’histoire russe d’autres exem- ples de luttes arrivées entre la force centrale mûrissante €Î les centres locaux. Ce même André de Souzdal fit ,a guerre à Novgorod. Moscou imposa son empire a la Principauté de Tver et à Novgorod par des guerres G) Sur cette émigration voyez en détail au chapitre 4
— 50 — 1 prolongées. La lutte avec cette dernière ville dura deux siècles et est pleine dépisodes sanglants (1). Mais il n'est pourtant jamais venu en tête à per- sonne de nier à cause de cela la similitude des popula- tions de Novgorod et de Moscou; au contraire, on dira certes que la lutte de Moscou avec Kiev et Novgorod a amené après elle l'unification de la branche grande- russe. La destruction de Kiev a-t-elle laissé après elle dans la mémoire populaire des souvenirs pénibles dans le sens de rapports d'inimitié entre les méridionaux et les septentrionaux? Le chroniqueur décrit ces évène- ments en termes touchants, mais on n'y trouve aucune trace d'inimitié de race. On cherche en vain une allu sion semblable dans les chansons épiques (bylines) de Kiev. 1 Il existe dans la littérature héroïque russe un chant magnifique: Le récit de la campagne d'Igor, compose probablement au xnF siècle. C'est notre « Chanson de Roland». Elle nous parle de la campagne du prince de Séversk 2) Igor avec ses frères, en 1185, dans les -teppes au delà du Don contre les Polovtzv. '1 En l a i,- nuée du grand-duc Basile occupa Novgorod: <n 14elle fut prise par è* troupes de Jean III, qui aboli* tontes iMtîtutior» libres de Novgorod; en 1570 Novgorod rut faaccagee par Jean le Terrible de T,.?I'aUU <le ^-Séversk errngor, entre œlle-ei et celle de Péréîaslav- était située au s
— 51 — L’ardeur juvénile et le premier combat heureux ont entraîné trop loin les princes. « Les Polovtzy vin- rent du Don et de la mer et entourèrent de toutes parts ies régiments russes». Ce fut une bataille terrible: (, la terre noire-, semée d’os sous les sabots des chevaux et arrosée de sang, fit naître une moisson de douleur de par la Terre russe ». Et les « vaillants Russes tombè- rent pour la Terre de Russie ». Immense fut la douleur: « l'herbe se fane de pitié et l’arbre se ploya vers la terre, de chagrin »; laroslavna, l’épouse d’Igor, pleure en con- templant du haut des murs de la ville la steppe loin- taine: «Pourquoi, ô vent, as-tu emporté et disséminé dans les herbes de la steppe ma joie! ». Alors le grand- duc de Kiev Sviatoslav « laisse tomber une parole d’or arrosée de larmes », et commence à convoquer tous ses princes-parents « pour tirer vengeance de l’injure faite a la Terre russe et des blessures d’Igor. le fils intré- pide de Sviatoslav». Il appelle Jaroslav de Galitch, Hurik et David de Smolensk, il appelle Romain et Mstislav de Volynie, et le prince Vsévolod : « Grand prince Vsévolod, dit-il à ce dernier, vole vers nous de T/jri lointain pour défendre le trône paternel. Tu peux ;üirt tarir le Volga à coups de rames, épuiser le Don tes casques... ». Quel est-il donc ce prince qu’on appelle ainsi au C/>urs de Kiev, exagérant poétiquement sa puissance'. Cest Vsévolod III le «Grand Nid» (mort en 1212;, le
- 5*2 - frère* de ce 'meme Andié qui déliuisit Ivrev5 Ig contî nuateur autoritaire de la politique de son frère, dant à raffermissement du centre septentrional la Russie. Et qui est ce poète inconnu, si doué, quj appelle le prince du Nord? Il est du midi: c’est un droujinnik (leude) du grand-duc de Tchernigov. Son âme déplore les discordes des princes « au milieu des quelles périssent les vies des hommes», mais il n’émei aucune accusation de dissensions nationales: le prince de Vladimir — prince de la terre de Souzdal — lui apparaît aussi proche que le prince de Galicie ou.de Volynie. Et pourtant, ce chant où s’entremêlent la gloire et la douleur de la patrie, il le composait au xme siècle déjà, lorsque la distinction entre le sud d le nord devait certes se manifester plus fortement quà l’époque du prince André. « Au xiie siècle il ny avait aucune différence ethnique </ il ne pouvait partant y avoir aucune dissension natio nale. Disons tout de suite que lorsque cette distinction V fut créée, elle ne produisit aucune discorde: jusqu8 l’époque des germano-bolchévistes, il n’y a jamaiseb entre les Grands et les Petits-Russes, ni de guerres,11, d inimitié: il y a eu des erreurs de la part des o0li xernements de Moscou et de Pétersbourg; il Y depuis la seconde moitié du xvif siècle, ainsi que te mps de Mazeppa, un certain penchant des chefsc saques vers la Pologne dans des buts intéressés 1
- 53 - castes, æais dans le PeuPle même il n’a pas plus exis- té qu’ailleurs la moindre allusion à une inimitié, car les deux branches se rendaient à peine compte ' ' nliïl existe entre elles une différence. Et de nos jours enfin, le mouvement séparatiste n’est pas issu des profondeurs populaires: il a fallu un coup habile d’un ennemi extérieur pour enfoncer la cognée dans l'interstice à peine visible entre les deux branches d’un seul peuple, et pour le faire déchirer à vif par les mains de bolchévistes, de petites gens vaniteuses et de la pauvre tourbe du peuple, trompé et abruti.
— 54 — CHAPITRE III. LES TROIS BRANCHES DU PEUPLE RUSSE. Nous avons vu que jusqu'à l'invasion tartare, une seule nation dominait sur tout le territoire de la Russie d’alors — la nation russe. Mais nous avons vu égale- ment que cent ans environ après cette invasion, depuis le xive siècle, on trouve (pour la Galicie) la dénomi- nation officielle de « Petite-Russie », d’où, avec le temps surgira pour une partie de notre population méridio- nale la dénomination de « Petits-Russes ». Cette popu- lation se créera un idiome propre, de propres coutumes, et nous verrons apparaître au commencement du xvif siècle un semblant rudimentaire d’indépendance poli- tique. De tels faits historiques ne s’improvisent pâ- leurs racines s’enfoncent dans le lointain des siècles et n’avons-nous pas le droit de supposer qu’à lépo que pré-mongole déjà certains changements se dessi- naient dans les profondeurs populaires, qui devaient préparer de loin le dédoublement d’un peuple russt unique? En 1911 niourut à Pétersbourg, à un âge vénéra^’ 1 éminent professeur Klioutchévsky, le plus récent deS coryphées de l’histoire russe, homme doué d’une bæ
— 55 — bileté extraordinaire à pénétrer les secrets de la vie passée des peuples. Au contact de son scalpel critique les figures histo- riques se dépouillent de leurs traits conventionnels, qui leur furent prêtés par des jugements superficiels tra- ditionnels, répétés de bonne foi. Vous ne trouverez dans son œuvre ni des personnificatons de vertus d’Etat, ni des monstres d’infamie- vous ne verrez défiler devant vos yeux que des êtres vivants — mé- lange d’égoïsme et de bonté, d’esprit d’Etat et d’absur- des aspirations personnelles. Mais ce ne sont pas seu- lement André de Souzdal ou Jean le Terrible qui res- suscitent à son souffle vivifiant — c’est aussi l’artisan innommé, presque muet de son histoire, — le simple homme russe qui revit. Il lutte pour la vie sous l’é- treinte des rigueurs du climat, se défend contre des voi- sins plus puissants et en absorbe de plus faibles; il la- boure. trafique, ruse, souffre avec soumission et se révolte avec férocité; il aspire à sentir au-dessus de lui un pouvoir — et le renverse; il s’anéantit dans des dis- cordes, s’en va dans les forêts-vierges, pour y enfouir en une contemplation religieuse le reste de ses jouis, °u bien il s’enfuit dans les espaces illimités des step- Pos cosaques; il vit sa petite vie grise de petits intérêts Quotidiens — de ces irréductibles moteurs dont le tia Vail continuel forme la charpente de l’édifice national, aux heures des lourdes épreuves il s élève jusqu a
— 56 — élans sublimes d’un amour actif pour la patrie en dé- tresse. Ce simple homme russe surgit des pages de I Klioutchevsky tel qu’il était, avec toute la diversité de I ses aspirations et de ses gestes. Les grandes personna- I lités, les faits éclatants, ne sont chez Klioutchevsky que | les points de repère de l’exposition historique: c’est । vers eux! que se dirigent et d'eux que partent les mil- . Hors de fils vers ces unités inconnues qui. sans le sa- j voir, tissent journellement la trame de l’histoire natio- nale. La pensée de Klioutchevsky, née dans les hautes régions de l’amour de la vérité, a, au cours de dizaines d’années de travail scientifique, pénétré les gisements ! profonds de la matière première de l’histoire, l'a trans- : formée, et se répand maintenant en un courant d’une valeur intrinsèque exceptionnelle, calme, impartiale, li- bre. Jamais de phrases; nulle part il ne s’abaisse jusqu’à se laisser entraîner par des considérations unilatérales, partout nous voyons chez lui, comme dans la vraie vie, le jeu combiné de la lumière et de l’ombre, et partout une appréciation équilibrée, désintéressée, des gens, des classes, des peuples et des époques. En notre siècle de serviles pensées de partis et de paroles fausses, ce livre est pour 1 esprit une douceur et pour l’âme un repos. Nous pouvons nous fier à lui. Et voici ce quO dit sur la différenciation du peuple russe. C est au milieu du xi" siècle que la Russie de K’eV atteignit son plus beau développement. Son déclin gra-
- 57 - duel commence à la mort de laroslav Ier (1054); la cause essentielle en fut la lutte ininterrompue avec les peuplades asiatiques dont la pression s’exerçait sur la Russie méridionale du côté de l’est et du sud (1). La Russie se défendait et passait elle-même à l’offen- sive; souvent les troupes des princes réunis s’enfon- çaient profondément dans les steppes et infligeaient de cruelles défaites au Polovtzy et autres nomades; mais de nouveaux ennemis venaient de l’orient re- layer les premiers. Les forces de la Russie s’usaient à cette lutte inégale et enfin elle fut à bout, et com- mença à céder. La vie dans les provinces frontières, à l'est le long de la rivière Vorskla, au sud le long de la Ross, devint par trop dangereuse, et depuis la fin du xie siècle, la population commença à abandonner ces régions. Il nous est resté du XIIe siècle toute une série de témoignages irréfutables sur la dépopulation de la principauté de Pérïaslav, c’est-à-dire de 1 espace et la Vorskla. En 1159 il y eut une dispute entre deux cousins germains — le prince Izia slav qui avait récemment occupé le trône de Kiev, et Sviatoslav, qui l’avait remplacé à Tchernigov. Aux re proches du premier, Sviatoslav répond que « ne \oulant IMs verser de sang chrétien» il s est humblement entre le Dniéper . <1> Au sujet de la lutte avec la steppe, voyez ci-dessous, cllaP. IV.
c* - 58 - tenté de « la ville de Tchernigov avec sept autres villes, et celles-là même vides: elles ne sont habitées que par les valets de chiens et par les Polovtzy ». 11 n’était donc resté dans ces villes, que les familiers du prince et des Polovtzy pacifiés, émigrés en Russie. Au nombre de ces sept villes vides nous trouvons, à notre grand étonne- ment, une des villes les plus anciennes et les plus riches de la Russie de Kiev, — Lioubetch sur le Dniéper. Si donc les villes étaient abandonnées au centre même du pays, qu'étaient devenus les villages sans défense? Avec ce reflux de la population hors de la Russie de Kiev, nous constatons simultanément des signes de sa déca- dence économique. Son commerce extérieur était de plus en plus restreint par les nomades triomphants. « ...Et voilà que les infidèles nous ôtent aussi les voies (du commerce) » dit en 1167 le prince Mstislav de Voly- nie, pour tacher de pousser les princes, ses parents, a une offensive contre les barbares de la. steppe. Ainsi donc le dépeuplement du midi de la Russie de Kiev, dans la seconde moitié du xir siècle, est hors de doute. Reste à répondre à la question: de quel côté allait la population qui évacuait ainsi la Russie de Kiev? Des bords du Dniéper, le reflux de la population piit aux xii -xiv1 siècles deux directions — vers le nord- est et l’ouest. Le premier de ces deux mouvements donna le jour a la branche grand-russienne du peuple ussc, le second a la branche petite-russienne.
— 59 — Les Grands-Russes. L’émigration au nord-est se dirigeait vers l'espace compris entre le haut Volga et l’Okà, dans les terres de Rostov-Souzdal. Ge pays était séparé du sud (de Kiev) par les forêts vierges du haut Okà, qui recou- vraient la surface des gouvernements actuels d’Orel et de Kalouga. Il n’y avait presqu'aucune communication directe par terre entre Kiev et Souzdal; on communi- quait par les voies fluviales. Vladimir Monomaque ( -J- 1125) ce cavalier infatigable qui, sa vie durant, parcourut la terre russe dans tous les sens, dit dans son Instruction à ses enfants, avec une certaine teinte de vantardise, qu’il est allé une fois de Kiev à Rostov en traversant ses forêts. C’était donc à cette époque une entreprise peu facile. Mais au milieu du xir siècle, le prince de Rostov-Souzdal, Yourij (Georges) Ier, dans sa lutte avec son concurrent au trône de Kiev, Iziaslav de Volynie, a fait passer par cette même voie des ré- giments entiers. Donc, il a dû se produire durant cette période quelque mouvement de la population qui a commencé à aplanir la voie dans cette direction. A la même époque où l’on commence dans le midi de la Hus sie à se plaindre de la dépopulation, nous voyons da le pays éloigné de Souzdal une exubérance de travaux de construction. Sous Yourij et son fils André < Souzdal, surgissent là-bas l’une après 1 autre
— 60 * • velles villes. Dès Il u apparaît le nom de la. ville do Moscou; Yourij accorde des subsides aux immigrants; ils remplissent, ses domaines yxir « milliers nombreux ». Les noms des nouvelles villes témoignent des lieux d'origine de la principale masse des immigrants: ils sont les mêmes que ceux de la Russie méridionale (Pé- réïaslav, Zvénigorod, Starodoub, Vichgorod, Galitch'; les cas les plus curieux sont ceux du transport d’une paire de noms, c’est-à-dire la répétition du nom de la ville, et de celui de la rivière sur laquelle elle se trou- ve (1). Un autre témoignage en faveur de cette émigra- tion du bassin du Dniéper nous est fourni par nos an- ciennes chansons épiques populaires (bylines). Elles naquirent au midi à l'époque pré-tartare; elles racon- tent les luttes avec les Polovtzy, exaltent les prouesses des héros (bogalyrs} qui défendaient la terre russe. Ces chansons-là sont oubliées maintenant par la po- pulation méridionale — elles ont été remplacées par les récits des cosaques, qui chantent la lutte des co- saques petite-russiens avec les Polonais aux xvi0 et xvir siècles. Les chansons de Kiev se sont en revanche conservées avec une fraîcheur remarquable au nord, près de 1 Oural, dans les gouvernements d’Olonetz et ïad??.0îlH0On”?i.t danH J’ailcienne Russie trois villes de Péré- les trni«e J68 6 sur trois rivières portant toutes les trois le nom de Troubège.
— 61 — d’Arkliangel. Il est évident que (,es h,.. tes ont émigré dans le nord lointain ........... k’ -M. « \T !" " “ "“k '* *. l, ’’ ' 0 0111lls’ 'Jlllirlu^ dans ms chansons h nsst h. mais question de ces ennemis futurs de la Russie. •- - - - -- -- -- - -- - Quelles sont les gens que nos émigrants trouvèrent dans la terre de Souzdal? La Russie du nord-est pa- raît dans l’histoire comme un pays finnois; plus tard nous la retrouvons slave. Cela dénote une forte colo- irisation par les slaves; celle-ci eut lieu dès l'aube de l'histoire russe; Rostov existe avant l'appel des prin- ces (862); sous St. Vladimir, son fils Glèbe règne à Mou- rom. Cette première colonisation du pays par les Rus- ses venait du nord, des terres de Novgorod, et de l'ouest. Les immigrants du Dniéper arrivaient donc ainsi dans une terre déjà russe. Mais il y avait aussi quelques restes des anciens aborigènes — les Fin- nois (1). Les tribus finnoises étaient encore à un ba» les Fin- , i iqq7 il v avait dans 1 empira (1) D’après le recensement de 189/, H 5 nrincipaux (la Finlande exceptée) 3,500,000 1 innO16‘ Finnois peuples et tribus sont: les Esthoniens: le g0Uv. proprement dits, 140,000 habitant , tre la Finlande de St. Pétersbourg; les Kadéliens: gouverne- et la. mer Blanche) et La Mordra, LUJU’W ut la Mordva monta du Volga central. Les Karehens et su.t» se sont presqu’ entièrement lussifies.
— 62 —* degré de culture, elles n’étaient pas sorties encore de la période patriarcale, elles restaient dans l’obscurité pa- ïenne primordiale et elles cédèrent facilement sous la poussée pacifique des Russes. Cette poussée fut vrai- ment pacifique; on ne trouve aucune trace de lutte. Les Finnois orientaux étaient d’humeur douce, les nou- veaux venus n'étaient pas non plus animés d’un esprit conquérant; ils ne cherchaient qu’un coin sûr, et puis surtout il y avait ici de la place pour tous. Actuelle- ment les localités portant des noms russes alternent avec d’autres dans les noms desquelles on peut recon- naître une origine finnoise; ceci prouve que les Russes occupèrent les espaces restés libres entre les établisse- ments finnois. La rencontre des deux races ne provo- qua aucune lutte opiniâtre, ni nationale, ni sociale, ni même religieuse. La cohabitation des Russes avec les Finnois a amené à sa suite presque partout une complète russification de ces derniers et un certain changement du type anthropologique chez les Russes du nord : les pommettes larges, les nez larges, — sont le» derniers héritages du sang finnois. La faible cul- ture finnoise ne parvint pas à altérer la langue russe; — on ny rencontre que soixante mots finnois; la pro- n >n .i.ition pourtant subit une certaine altération !)• O Lorsqu'un étra„K,-r commence » étonné generaienmnt qn’on doive si " o, lorsqu'elle n’a pa. a apprendre le russe, il souvent prononcer la let- comme a. Lo antique
Ainsi donc, c’est sur la terre de Rostov-Souzdal. que se croisèrent et s’unirent les courants de l’inmii gration des éléments russes du nord-ouest, du côté de Novgorod, et du sud-ouest du coté de Kiev; les peupla- des finnoises sombrèrent dans cette mer russe sans laisser de traces, ayant à peine légèrement teinté ses eaux. Ce sont les études des spécialistes qui ont noté une certaine influence finnoise; pratiquement elle n’e- xiste pas; aucun grand-russe ne sent et ne reconnaît en soi la présence du sang finnois et le simple peuple ne la soupçonne même pas. Voici l’un des facteurs ethno- graphiques de la formation de la branche grande-russe. L'influence de la nature sur la population mélangée — en fut un autre (1). est resté darus l’orthographe niais a dans la conversation une tendance vers l’a. C’est la distinction la plus typique de 1 i- diome grand-russe ou plus exactement de son sous-idiome mé- ridional, devenu la base principale de la langue littéraire russe. H est peu probable que cette distinction soit un effet de 1 in- fluence finnoise, parce que dans le sous-idiome septentrional (au nord de Moscou — à Novgorod, Kostroma, perm, etc...) prononce l’o; apparemment, c’est un effet de 1 m uence occidentale, car chez les Russes-Blancs nous trouvons l a au lieu de l’o même dans le cas où il porte 1 accent. (1) La presse étrangère aime à répéter avec les u que les Grands-Russes sont issus d un me nge e . les Tartares: cest dans le sang tartare q<ron naïvement une des causes du bolchevisme. * * du vuga (de Kaaan), ferrenu ad^ sont jamais mélangés arec la popu a lIception «au- de nos jours en villages sépares, faisait txcep
Klioutchevsky consacre plusieurs belles pageg x décrire comment la rudesse du climat — gelées, pluies abondantes, forêts, marais — a influencé les coutu. mes domestiques du Grand-Russe, comment elle pa éparpillé en petits groupes d’habitations, et lui a rendu difficile la vie sociale, comment elle l’a habitué à la so- litude et à la concentration, et comment elle a déve- loppé en lui l’habitude d’une lutte tenace contre les déboires et les privations. « Il n’y pas en Europe de peuple si peu gâté et exigeant, habitué à attendre moins de la nature et plus endurant». Un été court l’oblige à une tension immodérée et brève de ses for- ces, l’automne et l'hiver le condamment à une longue et involontaire oisiveté et « aucun peuple de l’Europe n'est capable d'un tel effort de travail dans un court laps de temps comme peut le faire un Grand-Russe; mais nulle part aussi en Europe on ne trouvera, je lement la noblesse tartare: le gouvernement moscovite cher- chait à l'attirer parmi la classe des « serviteurs de l’Etat », en assurant à ceux qui se faisaient baptiser des situations avan- tageuses; et k-s princes Ouroussoff par exemple avaient rang au-dessus de plusieurs des familles descendant de Rurik (par ex. de celles des Bariatinsky. des Gagarine. des Dolgorouki, ^olkonsky. etc.). Remarquons que l’idée qu’ont les étrange*’ des 1 artares actuels, qu’ils s’imaginent être un milieu absolu' ment barare, ne correspond nullement a la réalité. Les Tartar* du \ olga sont un peuple tranquille et resjxxrtable, ayant bea# coup de qualités: ils «ont sobres. casaniers, propres. discipl*®*** remplis de resp^-t pour ks traditions
crois, une telle incapacité pour un travail égal et con- tinu, comme dans cette même Grande-Russie». «Le Grand-Russe a lutté contre la nature seul à seul, au fond des forêts, la hache à la main ». La vie en de15 villages isolés ne pouvait pas l’habituer à agir en gran- des unions, en masses coordonnées, et «le Grand-Russe vaut mieux que la société grande-russienne ». 11 faut bien connaître la nature de ce pays et de ces gens-là, pour estimer à sa juste valeur l'esprit de Klioutchevsky, qui brille dans ces pages, empreintes de ce véritable amour de la Patrie, qui n'aime pas à se manifester, mais se fait jour, involontairemant, entre les lignes. Jetons les yeux sur les conditions politiques, dans lesquelles s’est formée la branche grande-russienne. Les Russes pénétraient et s'établissaient sans difficultés dans les terres de Rostov-Souzdal, mais ensuite leur expan- sion, hors de cette région, rencontrait des obstacles. Au nord il n'y avait point de puissants voisins étrangers, mais là, le long des rivières du bassin de la mer Blan- 7 i;he. s'ébattaient de temps immémorial les bandes libre? de Novgorod; il était inutile de s'enfoncer dan? les si l’on ne possédait s de l’embouchure de profondeurs infinies des forêts, pas les cours d'eau. A lest, prè la Karna et de 10kà, habitaient, outre les tribus fin- “oises, les Bulgares du Volga, qui présentaient une certaine force d’Etat hostile aux russes. Au nn
— 66 — régions libres étaient bloquées par les peuplades asia. tiques nomades, et à l'ouest commençait à se former au xm" siècle l’Etat lithuanien. La possibilité d’expan- sion n'était certes pas absolument exclue, mais nous ne nous éloignerons guère de la vérité en disant que l’histoire s'est appliquée à placer la imputation des terres de Rostov-Souzdal durant deux siècles (1150-1350) dans une situation particulière; elle semble avoir voulu, qu'abandonnée à ses propres forces, cette, population s'apparentât, se soudât et formât un certain tout na- tional. C'est ce qui arriva, et ce fut en grande partie en dépit des idées des nombreux représentants de la puissance d'Etat d'alors. Renfermée dans les limites indiquées ci-dessus, la population de la partie centrale de la Russie d’Europe faisait partie de tout un conglomérat de principautés: Tver, Jaroslav, Kostroma, Rostov, Souzdal, Riasan, Nijni-Novgorod, étaient les capitales des plus impor- tantes d'entre elles. Ici régnaient les descendants de Monomaque, petits-fils du frère d’André de Souzdal, Vsévolod-le-Grand-Nid, déjà mentionné ci-dessus. Dans le grand-duché de Vladimir l’ordre d’hérédité au trône était le même que dans la Russie de Kiev, c’esit-a-dir^ que «c’était l'ordre familial avec de fréquentes res tiictions et de fréquents écarts» (1). Aux facteurs (1) Platonov, Cours d’histoire russe, p. 108.
— 67 - qui amenaient ces écarts de l'ordre familial de l’héré- dité au trône il vint, a la< moitié du xnr siècle s’en ajouter un nouveau, — l’acquiescement du khan tarta- re. La multiplicité des princes amène l’institution de li- gnées princières locales et l’apparition d’intérêts dvnas- tiques locaux des plus grandes de ces principautés (de Tver, de Riasan, etc.). Avec l'affaiblissement des liens du sang, la conscience de l'unité nationale s’affaiblit aussi au sein de la famille princière. L'ensemble de ces conditions a pour résultat de donner le pouvoir grand- ducal dans la principauté de Vladimir au plus adroit et au plus fort de ces princes locaux; il se contente pourtant alors du titre de grand-duc de Vladimir (par fois aussi « de Kiev ») tout en continuant à résider dans sa capitale familiale (par exemple à Kostroma, à Tver). En 1328 c’est le prince d'un apanage insigni- fiant, de celui de Moscou, Jean Kalità (la Bourse) qui se trouve être le plus fort. Depuis cette année le ta- bleau change, — la dignité grande-ducale reste à ja- niais dans les mains accapareuses de Kalità et de ses descendants. L’apanage 'de Moscou était jeune en tout: la lignée 'unie die ses princes commence en 1283 seulement J), nage était de dimensions fort petites. (Kalità n avait * . (1) Ub premier du nombre fut le père do Kabta, le prince Baniel Alex and rovitch (1262-1303).
— 68 — des terres le long de la rivière Moskva et de la ville de Péréïaslav-Zalessky). Les princes de Moscou étaient de ia ligne cadette des descendants de Monomaque. Quelles sont donc alors les causes de leur premier succès sur leurs con- currents qui ont jeté les fondements de la future puissance de cette principauté de Moscou? Enumérons ces causes telles que les a établies la litté- rature historique, a) Moscou était située, au centre ethnique de la branche grande-russe; ici se croisaient les deux courants de l’immigration — celui de Kiev et celui de Novgorod; elle se trouvait au •nœud de plusieurs grandes routes et sur la voie commerciale qui, de Novgorod, menait par Riasan, à l’Extrême Orient d'alors — au bas Volga. 0) L’apanage Mos- covite était couvert contre les attaques et les influences étran- gères par les principautés voisines: les premiers coups des Tartares étaient reçus par les principautés de Riasan et de Tchernigov; la poussée lithuanienne était considérable- • r ment émoussée par la principauté de Smolensk. c) Les pre- miers princes de Moscou furent d’excellents propriétaires et administrateurs: ils surent, par des achats ou par des ma- riages, ajouter à leur apanage de petits apanages voisins, ils savaient attirer l’argent et le thésauriser, d) Dans leurs rela- tions avec les Tartares ils firent preuvedfune flexibilité extraor- dinaire. Par des voyages à la Horde d’Or ils obtenaient habi- lement le firman du khan pour la. dignité grande-ducale. levèrent eux-mêmes le tribut pour les l'art ares, l’envoyè- ) eut a la Horde et les « leveurs d’impôts » tartares n’inqu^' lurent plus par leurs déprédations la population moscovite, r) Dans les autres principautés nous voyons des luttes po,,r
- 69 — la primogéniture, mais dans la famille peu nombreuse de Moscou, une hérédité régulière au trône. La principauté de Moscou est plus tranquille que les autres, les colons venus de Kiev et de Novgorod s’y établissent volontiens; c’est vers elle aussi que tend et afflue la population des parties orien- tales de la terre de Souzdal, qui souffre des dévastations tar- tares et ides .incursions des allogènes orientaux. Le calme et l’ordre attirent auprès du prince de Moscou des « serviteurs de l’Etat » marquants des autres principautés, f) Le haut clergé, élevé dans la conception byzantine du pouvoir, de- vina avec perspicacité en Moscou un centre d’Etat probable et se mit à le soutenir. Abandonnant (depuis 1299) Kiev as- soupi, et émigrant au nord de la Russie, les métropolites préfèrent Moscou à Vladimir — la capitale officielle. Un foyer de pouvoir politique et ecclésiastique se forma à la fois à. Moscou et cette ville, récemment encore toute petite, de- vint le centre « de toute la Russie ». Les autres princes de cette époque vivaient de lems petits intérêts, apportant au peuple troubles et discoï- des, et le peuple exténué avait soif de tranquillité et de repos. Moscou lui donna ce repos: « de ce joui (de l’avénement de Jean Kalità), il y eut une grande tranquillité de par toute la Terre Russe pendant qua- rante années », a noté la chronique. Le peuple prit ta voie de l’unification ethnique; «vers le milieu du W siècle parmi le démembrement politique une non • zn Ri Moscou velle formation nationale s’organisa» ( L tl) Klioutchevsky, il, P*»-
— 70 - était en train de créer l’unification politique: jUs qu’au milieu du xive siècle elle avait déjà englobé nombre d’apanages et était devenue si forte, que, comme dit le chroniqueur, « tous les princes russes étaient, placés sous la haute maijn » de S'iméon le Hautain (1341-53), fils de Kalità. Il se passera 30 ans encore et le prince de Moscou unira contre les Tar- tares les forces russes et les emmènera intrépi- dement loin de Moscou, sur la plaine de Koulikovo. car ce ne sera pas pour la défense de son apanage seul qu’il les aura levées, mais pour en faire' un rempart à toute la Terre russe. Ce sera là, sur les champs de Koulikovo, que naîtra l'Etat national de Moscou. Un V • • siècle encore, et Moscou entreprendra encore une haute œuvre nationale: la libération du joug étranger des parties soumises de la Terre russe: en 1503 les ambas- sadeurs lithuaniens vont reprocher à Jean III d’avoir accueilli les princes de Tchernigov de la maison de Rurik (riverains de la haute Oka) qui étaient pas- sés à lui de la Lithuanie avec tous leurs apanages: «Et moi, leur répondra Jean, croyez-vous que je ne regrette pas mon patrimoine qui reste à la Lithuanie Kiev, Smolensk et autres villes! ». C est ainsi qu’au tour de Moscou se forma et s’unit la tiibu des Grands-Russes. Le pouvoir du prince de Moscou perdit les traits distinctifs de droit privé d’un principicule sur la propriété d’un petit apanage; il se
sentit devenir le chef d’un Etat national, et le peuple sentit venir son unité d’Etat. Quelle idée d’Etat natio- nale vivait donc dans ce peuple? Les espoirs de quelle nation incarnait ce souverain? De la nation grande- russe? Quiconque connaît la vie russe ne pourra que sourire à cette supposition. De sentiment grand-russe, d’idée graude-russienne, il n’en existe et n’en a jamais existé ni comme but, ni comme problème. Il serait ri- sible de parler par exemple d’un patriotisme grand- russe. Le sentiment national, qui inspirait la Russie de Moscou, n’était pas grand-russe, mais russe, et son souverain était souverain russe. La langue officielle de Moscou connaissait l’expression : la Grande-Rouss, mais rien (pie par opposition à d'autres régions de la Rus- sie, — la Rouss-Blanehe et Petite; elle ne comprenait cette Grande-Rouss que comme une partie intégrante d’une Russie une, entière: «Par la grâce de Dieu Grand Souverain, Tzar et Grand Duc et Autocrate de toute la Grande, Petite et Blanche Rouss» telle est la formule qui correspond a cette idée dans le litre des tzars de Moscou (1). Mais il est peu probable que Moscou ait connu le terme « Grand-Russien ». ce umt artificiel, lettré, est né probablement après la réu (D Remarquons, à ce propos: «de toute la, lement à Pais «de toutes les Russies », comme on 1 eci g a l’étranger.
- 72 - nion de la Petite-Russie, comme contre-partie à la dé- nomination de sa population. Ce n'est que de nos jours, depuis la révolution, qu'il est devenu d’un usage cou- rant. Le paysan de Kostroma a, jusqu’ici, aussi peu soupçonné qu'il est Grand-Russe, que celui d’Iékatéri- noslav d'être Ukrainien, et à la question : « qui es- tu?», il répondait: «je suis Kostromitain », ou bien « je suis Russe ». Les Petits-Russes. Revenons à l’exposé des conclusions du professeur Klioutchévsky. Gomme nous l'avons déjà dit, une autre vague du reflux de la population du bassin du Dnieper, la porta vers l’occident, sur les rives du Boug Occidental, dans la région du haut Dniester et de la haute Vistule, au fin fond de la Galicie et de la Pologne. Les traces de ce reflux se manifestent dans les destinées! des deux principautés frontières, celles de Galicie et de Vo- lynie; celles-ci. dans la hiérarchie des principautés russes, prenaient rang parmi les plus jeunes. Mais dans la seconde moitié du xir s., la principauté de Gali* ( ie devient tout a coup l une des plus puissantes et dé- plus influentes du sud-ouest. Depuis la fin du Xll siecle, sous le prince Romain Mstislavitch qui réuni» la Galicie à sa Volynie, et sous son fils Daniel, >eS principautés ainsi réunies prospèrent à vue d’œil, 36
— 73 — peuplent, et ses princes s’enrichissent rapidement, malgré les dissensions intestines, et deviennent les ar- bitres des affaires de la Russie sud-occidentale et de Kiev même; la chronique (1205) salue Romain du ti- tre d’« autocrate de toute'la Terre russe». La dépopulation de la Russie du bassin du Dniéper, commencée au xne siècle, fut parachevée par l’inva- sion tartare du XIIIe siècle (de 1229 à 1240). Depuis cette époque, ces anciens territoires russes, jadis peu- plés d’une manière très dense, restèrent déserts du- rant un long laps de temps, avec seulement quelques faibles restes de la population de jadis. Plus impor- tante encore fut la destruction de l’édifice politique et économique die dette région. ;Et Kiev lui-même ne comptait plus, après le siège de 1240, que 200 maisons dont les habitants gémissaient sous un joug terrible. Le long des frontières dépeuplées des steppes de la Russie de Kiev rôdait le reste de ses anciens voisins nomades: Pétchénègues, Polovtzy, Torks et autres al logènes. Les provinces méridionales, celles de Kiev, de héréïaslav et une partie de celle de Tchernigov res tèrent dans cet état désert et désolé jusque ver- la nioitié du xv° siècle. Quand, au xvT siècle, la Russ sud-occidentale avec la Galicie eurent été conquis l)ar la Lithuanie et la Pologne, les déserts du ^nieP ^vinrent V ukraina, les «marches» mendiona es c 'il Rithuanie et plus tard les « marches » sud or
- 74 — de l'Etat Polono Lithuanien). Dans les documents du xiv” siècle, nous voyons apparaître pour la Russie sud- occidentale une nouvelle dénomination, mais ce nom n’est pas «Ukraine», c'est «Petite-Russie». «C’est par les suites de ce reflux de la population vers l’ouest, dit Klioutchevsky, que s’explique un érànemenl important de (ethnographie russe, la pu mal ton de la tribu (plrni.ia) pet île russe » La popu lalion des rives du Dnieper qui trouva au xin” siècle, au fond de la Galicie et de la Pologne, un refuge sûr contre les Polovlzy et autres nomades, y séjourna durant toute la période de la domination tartare. Lé loignement du centre du pouvoir tartare, l’organisa- tion oins occidentale de ces Etats, les châteaux de pier- re. les marais et les bois de la Pologne, les montagnes de la Galicie, tout cela protégea les méridionaux contre une soumission complète au joug mongol. Ce séjour dans la Galicie consanguine et en visite chez les Polonais, dura 2 a 3 siècles. Depuis le XVe siècle, on voit se manifester une seconde repopulation du bassin cen- tral du Dnieper. Ce fut la conséquence du nouveau re- flux de la population paysanne « auquel concoururent deux circonstances: P les frontières des steppes de lft Russie méridionale devinrent plus sûres à la suite de ly dissolution de la Horde tartare et de la puissance crois- ante de la Russie de Moscou; 2° dans les limites de Etat 1 olonais, le système des redevances fut rempli
pour les paysans par relui de la corvée, et ce droit de servage se développe rapidement, excitant dans la po- pulation rurale asservie le désir de s’éloigner du joug des seigneurs polonais et d’allei vers des lieux plus libres ». Dans le chapitre suivant nous citerons quelques données chronologiques qui caractériseront ce retour de la population russe aux terres qui furent son ber ceau (1), mais pour l’instant nous nous en tiendrons 'e plus possibile à notre auteur. « Quand V Ukraine (marche) du Dniéper eut ainsi commencé a se repeupler, il arriva que la grande ma- jorité de la population, nouvellement arrivée, était d'origine [jurement russe. On peut en conclure que la majorité des colons arrivés ainsi de la profondeur de la Pologne, de la Galicie et de la Lithuanie, étaient les descendants de ces Russes qui avaient quitté le Oniéper aux xn” et xui® siècles pour se diriger vers l occident et qui, durant 2 à 3 siècles, surent con- server vivace leur nationalité au milieu des Lithua- liens et des Polonais. Ces Russes, en retournant ‘dors à leurs anciennes habitations, s’y rencontrèrent (!) Le ehapUre IV ** celui-ci, comme ait»c < nUi expÜQue a + \e IA • lûQÛt de février 1919, (< chaP’tie e tisfaisairte des données en
- 76 - avec les restes des anciens chénègues. Berendeïs et autre nomades: Torks, pét s Je n'affirme pas tégoriquement que ce soit du mélange de ces ses revenus à leurs anciens loyers du Dniéper et ceux qui y étaient restés, avec ces allogènes orien. taux, qu'est issue la tribu (plémia) petite-russienne- ‘ * 6 ni ne trouve la littérature historique des raisons suffisante^ accepter ou pour rejeter cette supposition; je ne également affirmer qu'on ait suffisamment élu- quand et sous quelles influences se sont tor- ies particularités dialectiques qui distinguent parce que je ne possède pas moi-même dans pou r puis cidé niées le dialecte petit-russien de l'ancien langage de Kiev, comme du dialecte grand-russien. Je dis seulement que le reflux croissant au xvF siècle, vers le Dniéper. de la population émigrée à l'occident aux xne et xnF siè- cles vers les Carpathes et la Vistule, a été l'un </es ] acteurs de la constitution de la tribu plémia des Pe- tits-Iius$es comme une des branches du peuple rus- Tout -’e que nou- avons dit «usqu’ici sur les Petits- Russes n est qu un extrait presque littéral du cour5 i‘h toiredu profes^ur Klioutchevsky (t. I. p. 351 -3ô5> 4 -» ivmmer.t.que nous avons eu recours à e nous.
- 77 - Lxposition aussi simplifiée. Le parti ukrainopbile ne gêne pas pour accuser ses adversaires de menson- ges et de substitutions (1). Qu’il ne s’en prenne donc pas à moi, mais au professeur Klioutchevsky. Il y a des morts qu’il est plus malaisé de calomnier que les vivants. La dernière phrase de cet extrait contient la né- gation complète de toutes les affirmations sans fonde- ment de la propagande ukrainophile actuelle, à savoir qu’il existerait un «peuple ukrainien» différent par dessus le marché du russe d’origine. Klioutchevsky ne s’est pas cru en droit d’affirmer o catégoriquement »> quand s’est formée la branche pe- tite-russe, ni quand a commencé à se former l'idiome petit-russien. 11 savait quelle valeur on prêtait à ses dé- ductions et ne se décidait pas à les rendre définitives, lorsqu’il n'avait pas un moyen certain de baser cha- cune de ses paroles sur des faits précis. Mais, il ny a pas le moindre doute que les choses se soient pa> sées exactement comme il le dit. La population se- ntie du Dniéper en Pologne aux xnc et xnT siècles, y est arrivée en fugitive, malheureuse et ruinée. Elle dut se disperser à la recherche de son pain quotidien i travers tout le territoire étranger, et ne put occuper 1-e chef de la « Mission (1) \ oyez, p. ex., F interview avec — ’ * rai n i en ne » à Rome, le cte Tyszkiewicz dans le Corner du 9 juin 1919.
dan-s un pays, étranger qu'une position très humbie La différence de religion empêcha, jusqu’à un certain point, le mélange des sangs russe et polonais.; maiç la langue du colon russe dut céder a l’influence du peuple qui l’entourait; elle emprunta beaucoup de mots polonais et c’est certainement alors que sa pro. nonciation commença déjà à s’altérer. C’est ainsi qu’apparut l’idiome petit-russien (1). Le séjour, en visite, chez les voisins occidentaux, a en outre ap- porté au lexique petit-russien pas mal de mots hon- grois et moldaves. Revenus dans leur patrie, les des- cendants de ces russes y retrouvèrent également les descendants des anciens nomades et des tartares: c’est le sang de ceux-ci qui parfois se fait jour dans l’aspect extérieur du Petit-Husse, dans le teint basané de sa peau et dans son caractère. ’ -jl Qu’il est beau ie pays où se forma définitivement aux xivp et xv‘‘ siècles le rameau petit-russe; qu’il est beau : . (1) La principale* différence entre l’idiome petit-russien d l< grand-russien, réside, au point de vue de la vie pra*tiquei De prime abord on ne co® mais s’il ouvre un livre j)Ctd isément. Contrairement -i intad presque PflI' justement dans la prononciation, pi end pas le patois petit-russien, russe, un grand-russe cultivé le lira a a 1 idiome grand-russien, le petit-russien a conservé < ij aspiié du russe ancien, mais a, en revanche, tout substitué le son i à l’ancien e.
— 79 - ... le pays où tout respirée l’abondance, .011 coulent des fleuves plus brillants que l’argent Où le zéphyr fait ondoyer les herbes de la steppe Et les chaumières se cachent au fond des cerisaies... (i\ Ici le soleil est éclatant, la neige ne recouvre la terre que durant trois mois (2); ici on ne trouve ni les marais du Polésié, ni les sables du Don, ni les localités arides des steppes de la mer Noire. Jadis les herbes touffues, qui recouvraient jusqu’à la tête le cavalier ukrainien, le cachaient aux yeux avides du Tartare de Crimée; de nos jours, des espaces infinis sont cou- verts de lourds épis de froment doucement ondulants au souffle de la brise et du large et bas feuillage des plantations de betteraves à sucre. Les chênes de l’Ukraine, ses hauts peupliers, sont splendides et ses vergers sont riches! La nature a tout fait pour rendre plus dure la vie du Grand-Russe; elle na rien oublié pour faire à son frère méridional, plus fortuné, un en- tourage d’abondance et de joie. Aussi, il sait, lui, ap- précier les dons de la, nature: ses chansons sont pour la plupart composées en tons majeurs et disent l amour et le bonheur; il aime dans la vie la beauté et lin limité. Ses chaumières blanches sont pleines de poé sic et entourées de Heurs; les fréquentes réunions ( D Comte Alexis Tolstoï. Contre cinq mois à Moscou.
— 80 — soir sont empreintes de gaieté dans ses villages pOpu. leux; ses costumes sont beaux et lésistint plus long- temps que dans les autres parties de la Russie à ia poussée nivelante de la pacotille vulgaire du vêtement industrialisé. Une gaieté d’esprit charmante est propre à la nature même du Petit-Russe et ne le quitte ni dans ses récits, ni dans d’inattendues remarques occasion- nelles, ni dans d’aimables moqueries sur soi-même. Mais, au milieu de toute cette gaieté, sa pensée est mar- quée au coin d'une certaine lenteur et d'une certaine immobilité orientales: quand un Petit-Russe est arrivé à quelque conclusion, si absurde soit-elle, vous ne le ferez changer d’opinion par aucun raisonnement lo- gique, et ce n'est pas sans raison que les autres Russes disent: « Entêté comme un Khokhàl » (1). Mais cet en- têtement, cette persistance, joints à de bonnes qualités physiques, font de lui un des meilleurs soldats de l’ar- mée russe. C’est un laboureur excellent et intelligent, qui ne ménage pas l'engrais, même à ses terres noires, pourtant si riches. Ce n’est pas seulement l’abondance naturelle qui a développé ses qualités agricoles, ce sont aussi des causes d’ordre économique et social: le (1) Khokhàl, dénomination donnée au Petit-Russe dans P as peuple des Grands-Russes; provient de l’habitude qu’a- i eo^a<iues ukrainiens des siècles passés de porter su* 1 e e ,a's<e une longue mèche (khokhàl) au sommet de lfl
— 81 — paysan petit-russe est presque toujours le propriétaire iniCOntesté de sa terre, tandis que la masse des paysans russes végétait jusqu’à ces dernières années (réforme de Stolypine 1907) sous le joug socialiste de la commune rurale (Vobchtchina, le mir), qui, il y a déjà quelques siècles de cela, a presque réalisé l’idéal du socialisme c’est-à-dire l’égalisatibn de tous au niveau du plus faible. Il se peut que cette caractéristique puisse paraître quelque peu factice; mais cela est compréhensible — nous avons taché de souligner les différences des deux branches du peuple russe. Dans la vie, ces différences sont réellement bien moins apparentes. Elles ont com- plètement disparu dans les classes cultivées. Emigrant au delà du Volga et en Sibérie ou colonisant avec les Grands-Russes les steppes de la mer Noire et ha- bitant dans les mêmes conditions naturelles queux, les Petits-Russes perdent «fieu à peu, quoique lente- ment, leurs traits distinctifs; leur dialecte, après avoir enrichi le langage du Grand-Russe, cède petit à.petit la place à la langue russe générale, et à la question. (( Qui es-tu?» cet émigré répondra, soit: «Je suis Russe», soit: «Petit-Russe», mais personne na ja- mais encore reçu comme réponse dans ce cas un. " Je suis Ukrainien ». Les conditions politiques dans lesquelles se con t^ ^branche petite-russe ont été fort lourdes. Depu '
— 82 — prise de Kiev par les Tartares fl 240) la principe Kiev avait perdu jusqu aux signes extérieurs de son in dépendance: cent ans durant on ny trouve plus trace d’aucun prince de Kiev. M. Hrouszewski lui-même a été forcé d’exprimer des doutes sur leur existence : cette région désolée devint en 1363 la proie facile dé la ]n. thuanie; et des princes de la Maison de Gédymin s’in- stallèrent à Kiev et dans les autres villes méridionales lorsque les Russes revinrent sur les rives du Dniéper ils y trouvèrent un pouvoir étranger et leurs destinées depuis cette époque (et jusqu’au milieu du xvue siècle) se trouvèrent entre des mains étrangères. Depuis le mi- lieu du xvr' siècle, le pouvoir Lithuanien complai- sant fut remplacé par le dur pouvoir polonais; sous son joug économique et religieux, la, conscience natio- nale du peuple qui jusqu’ici végétait passivement, s éveille: la lutte contre les Polonais et le catholicisme, personnifié pour lui par « la fui polonaise », remplit la \ ic de la population petite-ru ssienne pendant plus de cent ans. Nos lecteurs trouveront plus loin les points fondamentaux de cette lutte; pour l’instant notons un lait historique indliscutable : depuis ses .origines et jusqu au jour où elle s'est réunie politiquement à l’E' fat d( Moscou, la branche petite russienne du peuple '“sse n’a jamais été mdéfændante. C’est une prescrip- on peu.mptoiie de J histoire aux trois branches Pe"P'e russe que .l’être eor.liale.nenl liées, sans quoi
— 83 — l’étranger les déchire et les foule aux pieds pendant des siècles. Les Russes-Blancs. On trouve parmi les tribus slaves citées dans la chronique de Nestor, celles des Crivitchis et des Dré- «ovitchis. Ces noms mêmes indiquent le caractère des O lieux où ces tribus s’installèrent (1). Cette corrélation entre le nom des tribus et les lieux — phénomène pro- pre aussi aux autres tribus de l’époque pré-nestorien- ne (2) peut servir à corroborer la proche parenté de ces tribus: il faut croire qu’avant de s’être dispersées à travers les plaines de la Russie, elles n’avaient pas de dénomination particulière; le chroniqueur le confirme indirectement quand il affirme qu’elles parlaient toutes la. même langue: le slave. Les Crivitchis habitaient vers les sources du Volga, de la Dvina occidentale et du Dniéper; Izborsk, Polotzk et Smolensk étaient leurs plus antiques villes. Les Drégovilchis occupaient la ré- gion entre la Dvina et la Pripiet; leur ville principale étaiil Minsk. Ces tribus se confondirent bientôt avec (I) Dneprn, nuirais, endroit fangeux (Voyez chez Dahl, le “u>t « trœnbler », drojat)-, le mot lithuanien Kirlm a\ d’où probablement eet dérivé le nom dos Crivitchis C - “ovieff, t. j, 47). T , (2) Dnevliané, Poïianié, Polofchanir, Novgorodzy, o- duaé et Bougeanié,
— 84 —• toutes les autres qui constituèrent le peuple russe et leurs noms disparurent vite des pages des chroniqueurs I Après avoir approfondi les 2 ou 3 passages où Nestor nomme ces tribus, Soloviev n en parle plus. Ce ne sont que des antiquités archéologiques qui n’ont qu'un in. térêt de musée, et personne n'aurait cru, il y a trois ans de cela, que les ennemis de la Russie s en souvien- (Iraient pour poursuivre des buts pratiques de la vie et les retirer des musées pour des spéculations à la bourse politique. Les Russes-Blancs occupent, à peu de chose près, la même région qu’habitèrent jadis Crivitchis et Drégo- vitchis, et comme il n’est resté aucune trace de grands mouvements migratoires dans cette région, il y a lieu de supposer que les Russes-Blancs en sont les descen- dants. Nous n'allons pas approfondir ici les différences de coutume et de langage de cette branche du peuple russe d’avec celles des Grands et des Petits-Russes, mais nous tenons à montrer clairement que les Rus- ses-Blancs ont toujours été et passé pour n’être qu’une partie intégrante du peuple russe et que leur terre est une partie essentielle et inaliénable de la terre russe. Dans la question des Russes-Blancs, comme dans celle des Petits-Russes, il y a, pour les ennemis de l’unit russe, un auxiliaire précieux et puissant, c’est 16 Peu de notions qua l’opinion publique étrangère sut * la t>éo0iaphie, 1 histoire et l’ethnographie russes. H
— 85 — sCra donc pas inutile d’en énumérer ici les principales données. Il est difficile de déterminer exactement les limites de la région habitée par les Russes-Blancs; (et d’autant plus celles des Crivitohis et des Drégovitchis de Nestor) _ il sera plus bref et plus simple de suivre les des- tinées des principautés qui formèrent dans l’antiquité toute la partie occidentale de la Russie, de Pskov au nord, jusqu'à la principauté de Kiev au sud. a) Pskov existait déjà avant l’appel des princes (862\ Sainte Olga, grand'mère de St Vladimir, était née à Pskov, dit la tradition. Le territoire de cette ville faisait par- tie de la terre de Novgorod. Sa position sur la frontière, sa lutte avec les Estlioniens, puis avec J'Ordre teutonique donnè- rent une importance particulière à ce « faubourg » de Novgo- iod, et petit à petit il arriva à se rendre indépendant de cette dernière: dans ce but, il appelle parfois (depuis le xme siècle; des princes lithuaniens pour gouverner dans ses murs. Cette circonstance n’entraîna pourtant aucune dépendance de la Lithuanie pour Pskov où prédomine le vétché (assem- blée populaire) : le pouvoir princier y avait peu d impor- tance. On sait que la constitution politique de Pskov était un exemple typique d’un Etat républicain en Russie, il réus- sit mieux ici que dans les vastes terres de Novgorod. La lutte avec les Allemands et les querelles a\ec. Novgorod poussé rent Pskov à tourner les yeux vers Moscou et, dès 1*01, reçoit des princes envoyés par le grand-duc de cette cent ans plus tard il fut complètement absorbe par Moscou. En 1509 le grand-duc Basile III abonna de dissoudre le vUctie
— 86 — et d’enlever la cloche qui y convoquait les citoyens. Etthnique ment la région de Pskov a de tout temps été une terre russe- avec la formation de la branche grande-russienne elle ent^ dans l’orbite de celle-ci. b) Polotzk passe -pour être une colonie de Novgorod. pu_ rik distribuant les villes à ses « hommes », la donna à run d'entre eux. La terre de Polotzk se constitua tôt en priaçi. parité particulière: St. Vladimir donne Polotzk à son fiis Iziaslav flOOl) qui devint par la suite l’ancêtre de la plus antique lignée locale des princes du sang de Rurik. Origi- nairement -cette principauté comprenait les territoires occupés par les Crivitchis qui prirent ici le nom de Polotchanes; ils habitèrent le cours moyen de la Dvina Occidentale, les bords de la rivière de Polot et les sources de la Bérésina Au xi« siècle la principauté de Polotzk étend son pouvoir à. l’ouest sur les territoires voisins — non slaves — des tribus lithua- niennes, Jettones et finnoises. Les xte et xne siècles sont la pé- riode de la plus grande puissance de cette principauté: ses princes bataillent contre Novgorod et contre les princes de Kiev. Lu des petits-fils d’Iziaslav devint, pour un court espace •die temps, le grand-duc de Kiev. Le Kiévien Mstislav, fils de Monomaque, dévasta en 1127 les terres de Polotzk, exila ses princes et plaça dans Polotzk même l’un de ses fils. Le prin- cipe du vetché avait acquis dans Polotzk un développement assez considérable. Au milieu du xu° «siècle, les princes de Polotzk dominent tout Je cours de Ja Dvina Occidentale, mais ce même siècle voit les Allemands débarquer et s’établir dans son estuaire. Au xni* siècle, la frontière occidentale de* tciiiitoiies de Polotzk commence à reculer de plus en pluH
- 87 - vers l’orient, à mesure que se forme l’Ordre des chevaliers gerjnaniques de l’Epée et que naît -l’Etat lithuanien, de sorte qll’a.u moment où paraissent les Tartares, elle coïncide avec la frontière russe ethnographique. Avec le démembrement de l’Etat russe, la terre de Polotzk ipasse sou« la domination li- thuanienne et enfin sous Vitovt (1392-1430) elle entre complète- ment dans l’Etat lithuanien. La terre de Polotzk comprenait plusieurs principautés dont les principales furent celles de Vitebsk et de Minsk. A c) On rencontre déjà le nom de Vitebsk au xe siècle. En 1101 l’apanage de Vitebsk se sépare de la princi- pauté de Polotzk; il existe sans interruption jusqu’aux derniè- res années du xne siècle, quand, à la .suite de dissensions in- testines, il tombe au pouvoir des princes de Smolensk. Au xine siècle on ein parle de nouveau comme d’une principauté indépendante. Dans la première moitié du xme siècle, il est attaqué par les princes lithuaniens; à la mort du dernier prince de Vitebsk dtu sang de Rurik, l’apanage passe par droit de succession à Olgerd et est englouti >par la Lithuanie. d) Minsk apparaît en 1066 comme appartenant à la princi- pauté de Polotzk; les grands-ducs de Kiev, et parmi eux Vla- dimir Monomaque, s’en emparent plusieurs fois au cours leurs luttes avec les princes de Polotzk (en 1087 et 1129 pat •exemple). Depuis 1101 Minsk devint siège princier; trois gé- nérations d’une branche de la maison de Polotzk \ iéenèren . Hans la seconde moitié du xuie siècle, le pouvoir lithuar Prend leur place. A la fin du xiie et au commencement du xi no siècle, la principauté .se divise en de nombreux ap, (jusqu’à 14); parmi, 'eux nous trouvons ceux de Pinsk. ion et Mozyr _ n,s «.ont situéb dans le bassin de la ri ne
- 88 — pripiet. Nous voici arrivés aux frontières de la principe de Kiev. Les principautés de Polotzk et de Minsk formatent « marche « occidentale de lia Terre russe; derrière elles sa trouvait la principauté de Smolensk; lorsque la Lithuanie < onnnença à s’étendre vers l’orient, c’est Smolensk qui devint l’Etai-frontièa-e. e) On parle de la terre de Smolensk dès le x° siècle, elle était située à l’est de celle de Polotzk et s’étendait pr0- fondement vers l'orient, de sorte que l’endroit où devait iplas tard grandir Moscou s<e trouvait être dans ses domaines. Originairement elle fut gouvernée par des lieutenants (<pos- sadniks) des princes de Kiev, mais à la moitié du xne siècle elle se constitua en principauté particulière; en 1054 laro- slav Ier mit à Smolensk son fils Wsévolod. Plus tard y régnè- rent le fils de Wsévolod, Vladimir Monomaque et ses descen- dants. Ils étaient en lutte contre leurs parents de Polotzk qui aspiraient à englober Smolensk dams leurs domaines. La voie fluviale entre Novgorod et Kiev et entre Kiev et la terre de Souzdal, traversait la terre de Smolensk; une autre source dm bien-être de la principauté était le commerce avec l’occi- dent. Elle atteint l’apogée de sa puissance .sous le petit-fils de Monomaque Postislav Mstisslavitch de 1128 à 1161). De- puis 1180 la principauté commence à se diviser en apanages .et nous voyons naître les luttes intestines pour le pouvait grand-ducal. Parmi ces apanages il faut citer ceux de T°' topetz et de \ iasma comme les plus remarquables (tous les deux dès le commencement du xm® siècle). Dans le se- >.jd qiuut du xitr siècle commencent les incursions des D* fijanime, eu 1 invasion tartare est repoussée, mais
•— 89 — gloire de la principauté commence à décliner: petit à petit elle perd son influence sur Polotzk et sur Novgorod; le lien avec Kiev se rompt. En 12,4 Smolensk se soumet au khan tartare. Vers 1320 commencé à se manifester l’influence li- (lniaiiieniie; la. piincipaïuté devient une pomme de discorde entre Moscou et la Lithuanie. Elle lutte tantôt avec l’une, tantôt avec l’autre. En 1395 Vitovt s’empara par ruse de tous les princes de Smolensk et y établit un gouverneur; les princes de Riazan entrent en lice pour cette partie de la terre lusse, niais en 1404 Vitovt prend Smolensk et son indépendance prend fin. A cette époque les limites de la principauté ont été réduites à celles du (gouvernement de Smolensk actuel. Sur ces terres qui, quelques siècles plus tard, de- vaient devenir la Russie-Blanche les flots slaves se répandirent de bonne heure. On y parlait le slave «et la langue slave et le russe sont une langue» a déjà noté Nestor. Jusqu’à la conquête du pays par des puissances étrangères, la dynastie régnante y fut celle de Rurik; la vie y coulait dans les formes ha- bituelles à la Russie de l’époque princière. «Au xif et XIIIe siècles, dit un historien du dT,oit russe, un seul droit coutumier régnait dans toute la Russie, celui-là même dont l'expression est «la Vérité Ru se» (j). Les principautés luttaient entre elles, m (1) Vladim iicsky-Boudanov droit russe i ! i ,877 Voir ses comn>ente,r« sur le . ;..-, larœlavl, 1877. von ^invitch avec Riga, Got" du x>ruice de Smolensk Mstislav
— 90 — ces luttes se passaient «entre soi», entre ad versai^ politiques, et non pas contre un ennenri étranger- quand un danger venant d'orient menaçait toute |;1 Russie, les princes de cette région conduisaient leUrs droujînas et leurs milices locales sous les bannières grande-s-ducales eontre l’ennemi commun et péris- saient -lorieusiment pour la Russie unie dans les cam pagnes contre les Polo\ tzys, comme sous les sabres des Tartares. Nous voyons ainsi la milice de Smolensk prendre part à la première rencontre désastreuse des Russes avec les Tartares sur la petite et lointaine ri- vière méridionale de la Kalka (1224) (1). Les deux cé- lèbres Mstislav, le Brave (mort en 1180) et l’intrépide (mort en 1228), qui prirent une part si glorieuse aux guerres russes dans toutes les régions de la Russie, étaient aussi originaires de Smolensk. Mais l’adversaire le plus proche de cette partie de la Russie — les Estlioniens. les Lettons, les Lithuaniens et les Allemands, — était à l'occident et c’est vers l’oc- land et les villes ah -mandes d<- l’année 1229. D’après la der- nièie clause de ce traité ces décisions « semblables en tous points a celles de la Jfoùs.skaïa Prdvda » avaient force de l°* pour les principautés de Smolensk, Polotzk et Vitebsk ; comme tes mêmes décisions de la Ifoùtskaïa Prdvda (originaire <1° vie\) composent aussi la base d'un traité entre Novgorod et <** . ( mands en I année 1195, il en désulte encore une coiît*1’" mat ion tort sérieuse et solide de l’unité juridique do toute 1» KoihSkS. J 1 ( ) ii\ièie Kalka so jette dans la mer d’Azov.
— 91 - cidciit i|"'a> ,le 10,11 le,llps’ été tourné ici son front prin- cipal. Au début la puissance russe ne s’étendait pas ;|ll (teià des frontières ethniques; niais elle les dé- asse avec le développement de l’Etat russe: laroslav p, Sage fonde en 1030 dans la terre des Esthoniens la. ville de Youriev (Dorpat); dans ce même xr siècle Po- lotzk commence à soumettre les Livoniens à son pou- voir (I). Au milieu du siècle suivant, la principauté de Polotzk domine dans la région du bassin central de la Dvina occidentale. Elle y possède les forteresses de Koukonoïs et Herzig; plus au sud les tribus lithua- niennes sont aussi soumises à la domination de Polotzk, et Grod.no est englobée dans le territoire russe. La li- mite approximative de cette expansion nord-occidentale de la Russie, clans la période pré-tartare, est marquée sur le croquis N. 2 ci-joint par une ligne pointillés qui commence près de la ville de Youriev. A partir du xme siècle, le tableau change. En 1201 les Allemands fondent Riga; l'année suivante voit naîtie l Ordre des chevaliers Livoniens (de LEpée) instru- ment sanglant de germanisation. Dans leur avance systématique Vers l'Orient, les 1 entons réussissent, dans l'espace d'un demi-siècle, a substituer leur do branche du peuple à s’appeler la Livonw au plutôt la actuelle . (1) lx\s Livoniens sont une P;(ys habité par eux commence sièolc (c'est la Courtaude ou L
- 92 — uiiuation à celle des Busses dans les terres des Let- tons et des Esthoniens; ils s'y établirent en conque rants et n'allèrent pas plus loin. Mais c’est en revan. die le pouvoir lithuanien qui pénétra profondément dans les terres russes. Dans le sens ethnique, les Lithuaniens sont une race par- ticulière, distincte des slaves comme des germains. Leur pays est le bassin du Niémen; ils y vivaient -depuis des siè- cles de leur vie particulière. Au xme -siècle, la vie « inter- nationale » s’empara aussi d’eux: de l’occident venait l’Ordre teutonique. de l’est et du sud les Russes. Mindlovg (fl263) est considéré comme le fondateur de l’Etat Lithuanien; il vain- quit l’Ordre teutonique et régna sur Vilna, Grodno et même sur les villes russes de Volkovysk et de Pinsk. Le christia- nisme et la culture venaient aux Lithuaniens d’orient, des R >-.'es. Mindovg est le premier prince lithuanien devenu > !.rétien. Après sa mer, la Lithuanie est en proie aux lut- tes es pars lanien païens et russe 'chrétiens . Vers 1290. h dynastie lithuanienne connue ensuite sous le nom de celle 9- Gedymin s’empara i ; pouvoir. Sous le règne de Gedy- rawi la i*niK.ipaijté s’affermit: elle arrête tW s'empare des pf-c' ..pactes P--; et de quelque- régions avofe-* - du temtcarç Lwuaalen son* d-s terres russes "*'* sont Russes qui jouent le rôle piinctpal a '£lnJ- < grand prince Lituanien. Jmoudien 1 v --îr: tnbu nihuamenne qui habitait entre * -v—Ç* \ LECira.
— 93 — ût Russe ». Après la mort de Gedymin, et profitant du par- tage ite la Lithuanie entre ses huit héritiers, les Allemands re,commencent leurs attaques, unis cette fois aux Polo- nais: niais Olgerd (+1377) fils de Gedymin, remporte !a victoire sur F Ordre. Toutes les pensées d’Olgerd, chrétien et marié deux lois a des princesses russes (l’une de Vitebsk, l’au- tre de Tver) se portent vers la Russie. Il tâche d’acquérir de l’influence sur les affaires de Novgorod, de Pskov, veut s’empa- rer de Tver et entreprend dans ce but des expéditions — d’ailleurs malIwureuses — contre Moscou. Vers 1360, il réunit des principautés russes die Briansk (1) Tchemigov, Novgorod- Séversk (2), s’empare de la Podolie et enfin, en 1363, de Kiev. C’est ainsi que, dans l'espace d’un siècle (de la moitié du xme à celle du xive) l’Etat lithuano-russe — s'éten- dant en une lars’e bande de la Dvina Occidentale au nord jusqu’au delà de Kiev au midi — réunit toutes les principautés russes de l'occident, tout le bassin des effluents de la droite du Dnieper; un demi-siècle plus tard il engloba aussi Smolensk Le commencement de ce processus coïncide 1 af- faiblissement de la Russie causé par 1 invasion tartare. son développement rapide a été favorisé par toute au série d'autres causes. Rappelons-nous que la puissance de la principauté de Galicie s éteignit un nècle plu fût (à la mort du prince-roi Daniel en Î254 - 1 Au sud de Smolensk» Au bud de Tehernigov.
— 94 — principauté de Moscou était du vivant d’Olgerd encore très faible, que ses frontières s’étendaient à l’ouest en demi-cercle autour de Moscou, dans un rayon de cent kilomètres à peine; que le processus de la constitution de la branche Grande-Russe était loin d’être achevé, que la soumission à la Lithuanie, délivrait les princes des principautés dévastées du midi et de l’occident du joug tartare, et les succès d'Olgerd s’explique aisé- ment. Mais il y a encore une raison pour laquelle la Li- thuanie n'a rencontré que peu de résistance: l’Etat li- thuanien, dès son origine, se développe sous l'influence de la politique et de la civilisation russes; la langue officielle était le russe, la famille de Gédymin, alliée aux descendants de Rurik, se russifiait; ils furent des princes russes, seulement d une dynastie nouvelle, la li- thuanienne I); la. vie ecclésiastique était inspirée et dirigée par Moscou; dans les prixicipautés soumises à la Lithuanie, celte autorité n’offensait ni l’étal politique, ni les cou lu mes populaires. Et vers la fin du XIVe siècle la. Lithuanie, conmre population et comme culture, est plutôt une principauté russe «pie lithuanienne; elle est connue dans 1 histoire sous le nom d Etal russo-lithua- । . '«.mie ueaynjin réiniérent dans es pr.ne.p.les; wux ,l(. I(„rik (.((||b(,nb.|. (k> ville» moins i ni portantes. • 4
- 95 - nien. on dirait que le centre de gravité de la vie d’Etat russe balançait, incertain, entre Moscou et Vilna," et nous voyons suigii (oiinue un long duel pour cette suprématie; il dura deux siècles. Les puissants souve- rains de Moscou: Jean III (1462-1505) et Basile 111 (1505-33) commencent à reprendre à la Lithuanie les provinces russes et formulent leurs prétentions à tout ce qu’il y avait de russe appartenant à la Lithuanie. Au milieu du x\T siècle (dans les années 60) les trou- pes de Jean le Terrible (1533-84) prirent Polotzk et agirent en maîtres en Lithuanie. Mais ici Moscou se trouva face à face aussi avec la Pologne: et Moscou dut céder devant leurs forces réunies. Nous avons retracé les destinées politiques de la population russe-blanche jusqu’à la fin du xiir siècle, sans y avoir encore rencontré I influence de la Polo gne. C’est compréhensible: dan< la partie septentrio- nale de la Russie-Blanche, entre la limite occidentale du peuple russe et la frontière ethnique oriental», de la Pologne, il existait une 3Mne nation les Lithua- niens - étrangère à la nation russe, comme a la polo- naise; elle séparait ces deux dernières lune de la Par un espace de 150 à 300 kilomètres. Le peuple p nais s'étendait à l’est jusqu’au méridien de Lu viron. Au sud du parallèle de Minsk-Mohilev, tes des deux peuples polonais et russe se u
— 96 — mais ici même, dans le midi de la Russie-Blanche, elles ne pouvaient s’unir qu’après que la force de l’Etat h thuanien eût été absorbée par l'Etat polonais. (voir carte N. 1). x En 1386, le grand-duc Jagaïlo (fils d’Olgerd) épou. sait Hedwige, reine de Pologne, et devenait catholique Depuis ce moment-là, Vilna tombe et demeure sous l’iri. fluence polonaise et catholique et, petit à petit, l’esprit d'Etat polonais se substitue aux institutions démo- cratiques lithuano-russes. Le xve siècle voit se former la classe des seigneurs pourvus de larges privilèges; les magnats siègent à la Diète-, détiennent entre leurs mains les dignités et les fonctions à vie, comme en Pologne, et reçoivent en fief d'énormes espaces de terre; on voit se former la chliakhta — petite noblesse; les paysans deviennent de plus en plus fortement asservis, les propriétaires obtiennent le droit‘de justice sur les pay- sans dans leurs domaines, et vers le début du xvf siècle (c'est-à-dire un siècle plus tôt que dans la Russie Mo- scovite), le droit de servage revêt des formes précises. Au commencement tous ces privilèges ne sont distri- bués qu’aux catholiques et il faut une lutte opiniâtre pour arriver à ce qu’ils soient étendus aussi aux ortho- doxes. Les innovations polonaises se heurtent à une op- pontion du coté de l’esprit national lithuanien et russe, teitdiub des grands-ducs lithuaniens (comme Vitovt et son fièie Swidrigailo) s’efforcent de sauver l’indépo11'
— 97 - dance lithuanienne. Vifovt parvient à atteindre une in dépendance presque complète; il devait être couronné roi, mais la couronne envoyée par le pape fut expédiée à travers la Pologne et... n'est jamais parvenue à Vihia Ce désir d’indépendance est soutenu par les seigneurs qui, une fois qu’ils eurent obtenu les droits et privilèges à la polonaise, n’avaient aucune envie de voir la petite noblesse acquérir de l’importance, à l’exemple de la chliakta de Pologne. La niasse des paysans qui ne pou- vait goûter ni la conversion forcée au catholicisme, ni l’ordre social polonais qui menait au servage, se prononça aussi pour l’indépendance L'influence et le sentiment national russes étaient très puissants; la langue russe est reconnue comme langue officielle jus- que dans le statut de 1566. C’est dans cette langue, et plus précisément dans l'idiome blanc-russe, qu’est écrite la législation lithuanienne. C’est en celui-ci que sont écrites les chroniques lithuaniennes et qu a été publiée la Bible (1). (1) Ex: Le. statut de Kasimir Jageliïn (1492); Le statut lithuanien de .1505 modifié pour la. dernière fois en lo , Chronique de Danilovitch ; la Bible de Skarina, ' i ions «b 1585. La langue de ces écrits contient pourtant pa 1 nots étrangers, du slavon ecclésiastique, du . patois du tchèque, et elle diffère oonsidérablemen < a aucuue l°oal du temps. L’idiome blanc-russien n a ] hnportance littéraire indépendante.
— 98 —• Mais à la thi rinllut'iirv polonaise eut le dessus •poutc une série de Diètes établirent au xv“ siècle l’Uni(>n politique des deux pays: les deux trônes restèrent dnns la famille des Jagellons et depuis le milieu du xv° sièch le pouvoir des deux monarques fut, presque sans excep lion, exercé par une seule et même personne. L’Etat russo-lithuanien se transforme petit à petit en un Etal polono-littiuanien et en 1569 l’union personnelle entre la. Pologne et la Lithuanie devient une union réelle. * Depuis cette époque les destinées de la plus grande partie de la population blanc-russe restent entre les mains du pouvoir polonais. Le duel entre Moscou et la Lithuanie fut remplacé par celui avec la Pologne; la lutte devint plus âpre; il n’était plus question maintenant de préséance, — on se battait à mort. Sous la bourrasque, plus d’une fois Plia tantôt leur côté, tantôt le nôtre (1). Quand, à la fin du xvie siècle, avec la mort du der- nier tzar de la dynastie de Rurik, Moscou vit dispa- raître le pouvoir national (inné), la Russie se trouva, comme de nos jours, au bord du gouffre. Les Pol°' nais crurent que la lutte était terminée à jamais par leur victoire — il semblait que le roi de Pologne allai*- <1) I ovchkine. Aux calomniateurs de la Russie.
99 — devenir tzar de Russie. Mais aussitôt qUe l’Etat mosco. vito se fut remis «les troubles éprouvés, il recOm. mença sous les premiers Romanovs, l'ancienne lutte pour les terres russes soumises à la Pologne et celle- ci, affaiblie, commence à les céder à Moscou. Sous Pier. re |e Grand, lai suprématie politique de la Russie sur la Pologne devient évidente, mais le problème histori- que (Te la rédemption de la Russie subjuguée n’est pas encore résolu : il passa en héritage au xvme siècle et ne fut réalisé — sauf la Galicie — que par les « trois par- tages de la Pologne ». En Europe occidentale, on croit généralement que dans ces trois partages de la Pologne, la Russie aurait pris sous sa domination une certaine partie du peu- ple polonais. Il suffit d’ouvrir un atlas historique quel- conque pour se convaincre qu’à ce moment l’empire russe ne s'est pas annexé un seul morceau de terre véri- tablement polonaise. Dans le partage du territoire po- lonais, la Russie a : </) délivré les terres foncièrement russes sauf la Galicie passée à l’Autriche) et />) substitué sa domination à la domination étran- gère sur des terres non russes 'comme la Gourlande et ‘d bithuanie proprement dite). ba faute d'avoir pris une partie des terres du peu 1 *' polonais a été commise par la Russie, non pas lors trois partages, mais en 1815, au Congrès de Vie
— 100 — ne, où toute l’Europe — la France exceptée — fut plice de ce crime. Cette énumération brève et simple des principe faits historiques qui ont déterminé le destin de la Russie Blanche, suffit pourtant parfaitement pour pouvoir cn tirer les conclusions générales suivantes. Une partie du peuple russe est tombée, aux siè- clés du relâchement de l’unité russe (xme et XIVe), sous le pouvoir du peuple lithuanien, elle forma avec lui un seul Etat, mais, grâce à la supériorité de sa cul- ture. elle acquit en Lithuanie une influence domi- nante et ne perdit pas la conscience de sa nationa- lité. A mesure qu’augmentait la puissance de Mos- cou, les régions limitrophes russes de la Lithua- nie passèrent, en partie de leur plein gré, sous la domination du grand-duc de Moscou. La concurren- ce entre Vilna et Moscou était près d’aboutir au triomphe de cette dernière, mais ici paraît sur la scène un nouveau facteur— l’impérialisme polonais — et la marche naturelle des évènements, l’union (national du peuple russe, fut interrompue. Les I lusses-Blanc’ se trouvèrent sous la domination des Polonais, be sont ni les armes, ni la colonisation, ni le coinna*111' qui ont livré les Blancs-J lusses aux mains de la gne : lu lelix... Polonia, nube! On ne trouvera dans toute 1 histoire un autre mariage dynastique 1 I
— 101 — ait été aussi riche de conséquences (1), comme le ma- riage d’Edwige avec Jagaïlo, arrangé par les magnats polonais. La Pologne reçut la Lithuanie et avec elle une partie de la Russie, comme dot; restait à attendre je moment pour prendre possession de cette dot. Cette prise de possession eut lieu, de fait, dés la moitié du xvfc siècle, après l’union personnelle, mais les forma- lités ne furent terminées qu’en 1569. Au lieu de la constitution autocratique et démocra- iique de l'Etat russe, la Russie Blanche eut à subir la constitution oligarchique et de classe de la Pologne. Le servage, sous les seigneurs étrangers, agit déplorable- inent sur le caractère de la population qui est resté jusqu'à nos jours humble et opprimée (2). Mais ce qui nous intéresse ici ce n’est pas le caractère de la domi- nation, c’est la question du droit même de cette do- mination. Il nous importe d’établir l’absence complète (1) La puissance de la Pologne des xve, xvi° et xvue s., 1 as- sujettissement de la. Petite-Russie et de la Russie-Blanche, le •etard dans La croissance de la Russie Moscovite, l’arrêt dans ' expansion germanique vers l’est et de celle des Tuics mis 1 Europe centrale, tels sont les facteurs positifs et négatifs (t»n.s l’histoire de l’Europe, qui résultèrent du mariage de l’an 1386. (^) Les lourdes conditions naturelles de la m< dans > 0,éts vierges, marécageuses et dépourvues de joutes < ’^ié sont une autre raison du retard dans a eu uie ^•sses-Blancs. f
— 102 — d’un fondement national quelconque en faveur (je cette domination de la Pologne sur la Russie-Blanch^ elle a été le fruit d’un impérialisme, elle fut pratiquée en son nom, et ne pourrait renaître aujourd’hui qu>a nom de ce même impérialisme. . J De nos jours l'impérialisme n’est plus de anode (en paroles du moins et pour justifier leur aspiration aux terres essentiellement russes, les chauvins polonais en sont réduits à imaginer une assertion ethnique fausse. Et voilà qu'ils assurent le public étranger que les Russes-Blancs ne sont pas des Russes, mais des « Ruthènes blancs ». Mais nous avons vu déjà que «Ru tène » n'est qu'une altération du mot Roùssine et par conséquent synonyme du mot « Russe »; nous avons dit qu'on appliquait en latin ce nom à toutes les parties de la Russie et à tous les Russes. Ainsi le Volga (en tood était apjielé « Volga mthenica » et Jean le Ter- rible UHirersiTrum Ruthenorum bnperator, De plus il existe des documents qui désignent le gouvernement de Pierre le Grand, et même celui de l'impératrice An- ne (morte en 1740, comme le gouvernement ruienorwn> Nous rencontrons dans beaucoup de cas des transcrip- tions ainsi faussées, mais ce n'est pourtant pas une rai son d assurer que dans la ville « Rom a » un des bourgs s'appelle «Rome». Appelez les Allemands: Al- lemands, Schwabes, Nemtzy, Tedeschi. ou Germans vous ne les diviserez pas de cette manière en cinq Pa
— 103 — ties et ils resteront quand même ce qu’ils en réa jité : un seul peuple, et son seul nom effectif et vérita- ble est: Deutsche. Vous pouvez inventer pour nous le nom d’Ukrainiens ou de Ruthènes, nous n’en resterons pas moins ce que nous sommes: des Russes. Je souhaite sincèrement à notre peuple-frère polo- * nais une heureuse existence — mais dans ses bornes nationales. Varsovie a toujours été pour moi, même sous la domination russe, une ville polonaise; je ne puis donc avoir deux poids, ni deux mesures, et par suite Minsk ou Polotzk resteront pour moi toujours des villes russes, même si elles étaient au dedans des frontières polonaises. Nous avons commis une faute à .votre égard au Congrès de Vienne en prenant sous notre tutelle une partie de votre peuple: mais nous avions des circonstances atténuantes. Vous aviez été l'un des douze peuples qui venaient de parvenir au cœur même de la Russie; néanmoins 1 empereur de Russie vous accorda à Vienne une large autonomie et la constitution la plus libérale de cette époque-là. Alois nous étions des ennemis: maintenant vous voulez poilei atteinte à l’unité de ce peuple même qui a le premier par la voix du manifeste du grand-duc Nicolas Nico laïevitch, proclamé votre unité et votre libellé et par la déclaration du gouvernement Provisoire votie pen dance. Vous profitez de l'heure de nos tortures morne, pour démembrer le peuple qui, un an dînant,
- 104 — d'arroser des flots de son sang votre terre en h dé fendant pied à pied contre votre principal, votre na. turel ennemi. Il y a cent ans c’étaient les rois et une dizaine de seigneurs qui disposaient des destinées des peuples; actuellement cest toute la démocratie qui responsable d’un faux pas. Alors, c’était l’époque où l’on pensait que les ciseaux des diplomates étaient li- bres de découper dans les masses impersonnelles des peuples les festons les plus fantaisistes et que les peu- ples n’en devaient ressentir aucune douleur. Aujour- d’hui, les droits des nations sont hautement proclamés à travers le inonde comme principe immuable d’équité; à l'heure qu'il est, chacun de vous sait que vous les enfreignez. Votre faute est plus grave, vous la com- mettez en toute conscience prenez garde qu’elle ne devienne pour vous un péché mortel. b arbre du peuple russe pousse et croît depuis plus de mille ans. Ses racines sont les tribus slaves qui vin- ’enl b établir dans notre plaine à l’époque qui précéda huiik. hiles étaient proches parentes tes unes des au- bes et elles ont naturellement produit-un seul tronc, fmt homogène, dans lequel il est impossible de détei- unu hb mollécules qui ont été apportées par telle o11 telle racine.
limites ethnographiques des peuples russe
Schéma N- I LIMITES ETHNOGRAPHIQUES DES PEUPLES RUSSE, POLONAIS. LITHUANIEN, LETTON ET ESTHONIEN •MxnsK. KarsAN IEV Russes unMC Polonais Lithuaniens ODE Esthoniens de Russie, 191J Frontière Frontière F Empire Pologne, EXPLICATION DE LA CARTE SCHÉMATIQUE N. I (D'après les données de 1897) Pol Nous avons établi cette carte en nous fondant sur 1 atlas Y Europe. Ethni* pie rf Linguistique^ édité en 1917 par l’institut Géographique de Novare. Que les terres de Polotsk. Vitvbsk. Smolensk, Minsk, Pinsk aient été ethno- graphiquement des terres russes des rantiquité — c est ce qui est rendu évident par la notice historique qui les concerne (voir pages 79-86): les autres ter- res teintées de vert, du Dniéper â l’oues*» jusqu’aux pentes méridionales <los Carpathes étaient aussi dès l’antiquité peuplées de russes. A “l'époque des troubles.. (1398-1613) la Pologne profita des désordres qnj régnaient en Russie et étendit ses frontières vers l'orient. Durant le règne du premier des Romanovs (1613-45) Smolensk, Briansk. Novgorod-SéverskfTch 1 nigov, Kiev, Poltava restèrent entre les mains de la Pologne. Sous In ♦ Alexis Mikhaïlovhch (1645-76) commence le retour des terres russes au poi de Moscou Par la paix d‘Androusov (1667) la frontière russo-polonaise fut °îr lôe ver* l’occident jusqu’à 1» ligne, marqué® en rouge sur la carte, et resta jusqu'au 1*’ partage de la Pologne (1772). a:n*’ te trois partais de. la Pul^nc la Russie recouvra: en 1772: 1) la région depuis la frontière de 1667 jusqu’à la Dvina (Pol ’) Viubsk, S) U région depuis la même frontière jusqu’à la BérésinaC ; ’ terres russe.*, et en partie, lettones: ’ de. en 1798 : uno large bande jusqu'au méridien de Pinsk, do'Rorti? que Minsk. •k Kaménctz-Podolsk, renvinrentii la Russie. Sur la carte toute entt<i bande P’t si’aéfl dans la partie coloriée en vert flS en 1795: 1) la Courlande et lu Lithuanie jusqu’au Niémen (Kovno et dno (*) 2) une bande jusqu’à la ligne Grodno-Brest (ce dernier inclus), (,r0 . loin la frontière se dirigeait en remontant le Boug jusque vers la fron 3- P ostérieure de 1911 et la suivait jusqu’aux sources du Boug Méridional. tierP/’«r conséquent dans ees trois partages, la Russie n’a pas même touche les polonaises (couleur rose). (Côci arriva plus tard, au congrès de Vienne) ^r,<l(ecréer la Pologne dans les frontières de 1772. comme l'exigent des bolehi* les Polonais, équivaut à vouloir refaire l’Autriche en lui incorporant Ve- V^t0 >t Milan. H est impossible d’imaginer une injustice plus criante, plus il|o- D*S0 t>t un acte politique international plus myope: tôt ou tard, la Russie sera d’eliminer do chez elle la domination polonaise. . firroncnient indiquée sur la rire gauche. lut* faute; u'v'-t pas marque fout petit cercle rose autour de Licoe qui aurait indiqil' ht polonisation cette ville et de ses alentours. (LV *

- 105 H avait grandi ainsi durant 4 ou 5 siècles déjà lors- qu’au xiii6 siècle un ouragan brisa ce tronc on trois parties. L’arbre dépérit. Ses parties disloquées furent contraintes à vivre chacune sa vie particulière, mais elles tenaient solidement à leurs racines communes et l’attraction réciproque ne les quittait pas. L’une des trois branches, plus forte, plus au large, se remit plus rapidement et couvrit ses sœurs de son ombre pro- tectrice; une autre, après trois cents ans de souffran- ces, tendit d’elle-même, épuisée, ses bras vers elle, et celle-ci la soutint et l’attira; la troisième, attendait, faible et asservie, et son attente fut enfin récompensée — et ses deux sœurs la couvrirent aussi de leur puis- sant feuillage. Puis ces trois branches se soudèrent de nouveau en croissant, et si solidement, qu’il n’était presque plus possible de distinguer les traces de la soudure. De nos jours un ver rongeur s’est installé dans l’arbre, et des parasites — de ceux qui n’épargnent pas un seul arbre dans les bois — l’ont entouré de leurs pousses étouffantes. Et voici qu’arrive un autre ouragan plus fort que le premier; il commence a cour- ber et à secouer sans pitié le géant malade. Celui-ci gémit, il se déliât... Nos ennemis, et même nos amis, s’ôn aperçoivent et des mains avides et anxieuses se tendent vers lui pour le fendre a nouveau... Renon œz-y! la racine est profonde et puissante, vous ny réussirez pas!
- 106 — En lisant ce chapitre, on remarquera que chaque parole de notre métaphore est basée sur des faits et des données historiques, qu’elle reproduit exactement l’essence du processus ethnographique de notre peu pie: triple et un. Passons maintenant au côté territorial des aspira- tions ukrainophiles . I
— 107 - CHAPITRE IV. A QUI APPARTIENNENT LES STEPPES DE LA MER NOIRE? La Russie et. l'Asie. La Russie de la période de Kiev avait en orient et au midi un ennemi terrible: la steppe, arène constante des ébats des hordes asiatiques rapaces. Depuis les époques les plus reculées de l'antiquité, l'Asie, de temps en temps, vomissait de ses entrailles des tribus de féroces nomades. Elles pénétraient par la large porte ouverte entre l’Oural et la mer Caspien- ne, se rassemblaient quelque part dans les steppes du bas Volga, et tout à coup, comme un nuage de saute- relles poussées par la tempête — elles s’élançaient sui l'occident à travers les steppes de la mer Noire, par dessus le bas Don, le Dniéper, le Dniester, par delà les Carpathes et le Danube, pour détruire et régénérer ensuite l’héritage caduc de la domination romaine. Tels, au v” siècle, les Huns qui balayèrent sur leur route, dans le bassin du Dniéper, 1 empire des Got d’Hermanrich. A leur suite vinrent a passer giires qui laissèrent une partie de leur peuple pou
- 108 — toujours sur les rives du \ olga mo\en, cent ans après les Huns, vint la vague des Avares; elle submergea les premières tribus orientales des Sla\ es du Dniéper et porta le trouble parmi leurs autres congénères établis dans leurs vieux foyers, les Carpathes. Alors, au vie siècle, commence une migration plus dense des tribus slaves des Carpathes vers le sud, lest et le nord. Le siècle où naissait la Terre russe fut une époque d’ac- calmie relative dans la steppe — il n’y avait pas de tempête, mais les vagues continuèrent à rouler, inces- santes: les Khozars (au IXe et xe siècles), les Pétché- nègues aux xe et xT siècles, ; puis les Polovtzy (aux xie, xne et xnT siècles déferlèrent durant 300 ans et leur ressac continuel inquiéta la Russie de Kiev, ne lui per- % mit pas de s’éloigner du Dniéper vers l’orient, et ne la laissa pas descendre jusqu’à la mer Noire. Alors, la jeune Russie, bastion avancé de l’Europe civilisée et chrétienne, lui rendit un service immense: repoussant, contenant, absorbant les tribus nomades, elle couvrait laile gauche de l'Europe croisée. L’Occident ne recon naissait ni alors, ni maintenant, ce service; mais il coûta cher à la Russie, surtout à celle du midi qui subit le choc principal des vagues constamment renou- velées. H y eut encore d’autres causes d'affaiblissement de la Russie au xir siècle, causes d’ordre intérieur: leS luttes intestines des descendants de Rurik dont nous
- 109 - avons pai lé plus haut et les défauts d’ordre social qui sont en dehors de notre sujet. L’organisme encore ado- lescent de la Russie de Kiev, ne put supporter cette double épreuve et les habitants tendirent à émigrer des lieux menacés. C’est alors que commença (dès la fin du xiie siècle) sa dépopulation, tandis que le centre de gravité de la vie de l’Etat tendait à se transporter plus au nord, dans les forêts, loin de la steppe dange- reuse, vers les lieux; où allait naître la principauté de Moscou. Et quand, au xme siècle, la 9ème vague vint à déferler sous la forme d’une invasion tartare 1224-39 . le sud fut vaincu; Kiev fut pris (1240) après une dé- fense héroïque, et brûlé. En 1246, le moine franciscain Piano Garpini y passa, allant prêcher aux Tartares la parole du Christ, sur les bords du Volga. Sur sa route, de Vladimir-Volynsk à Kiev, et plus loin, il ne reri- contra presque pas de gens russes, mais il vit en re- vanche une quantité innombrable de squelettes et d-~ crânes parsemant les champs. Ce fut une heure de crise tragique pour 1 histoire russe. Sur le Dniéper, la vie périclitait, mais son germe s'était transporté au nord et s y développait lentement, relativement en sûreté: on vit Moscou, te nace. lever graduellement la tète au milieu efforts. f Les lecteurs voudront bien noter combien, _ diffèrent de l’idée qu’on se fait en occiden
— 110 — sie, qu'on considère généralement comme une puis, sance asiatique qui menaçait l'Europe, le rôle his- torique de la Russie, à travers les siècles, a été non pas de la menacer, mais de la protéger contre l’Asie (1| D'ailleurs c’est maintenant une autre déduction de ce F qui a été dit qui nous intéresse: ce sont les contours de la frontière orientale et méridionale de la Russie, ou plutôt de son front oriental, à l'époque de l’invasion tartare. 4. « Après avoir quitté les Carpathes au vi° siècle, et s'être établies au ixe siècle sur la grande voie fluviale de Novgorod à Kiev, les tribus slaves qui ont formé le peuple russe n’arrêtèrent pas leur tendance à se diriger vers l'orient, mais cette tendance rencontra divers de grés de résistance sur différentes parties du front. Au nord, le mouvement n’était ralenti que par la nature, et ici les Russes s'étendirent à l'orient bien loin, au delà de \ iatka; dans la Russie centrale, sur le Volga moyen. (1) L année 1918. le prince Max d< « s discouis. 1 affirmation stéréotypée que L_________ un nnipait contre 1 Asie: lisez « Russie». A travers t< son histoire, La Russie est enta trirhi*'1? i*' c° I)nr «n alliance triche et la Franco- an isiq i Prusse et 17 - • • ’ -1813j «inand, entraînant a sa napoléonienne; et dam cas, celui où la Russie e Bade a Répété dans l’un . que l’Allemagne [>ute ’ée trois fois en Allemagne: 1<)1S avec l’An- ,_____, „..v .. ....... suit» à' Autriche, elle a libéré l’Europe de la. domination s cette guerre-ci. Quel est, de ces trois a agi en qualité de puissance asiatique
- 111 - je chemin était barré aux Russes par l’Etat Bulgare (futur royaume de Kazan); la Russie ne parvint" ici, jusqu’à l’invasion tartare, qu’à atteindre l’embouchure de l’Ok'à et à s’y fortifier en bâtissant Nijni-Novgo- rod (1221); au midi enfin les forces de l’Asie eurent le dessus et la Russie ne parvint qu’avec peine a se main- tenir sur le Dniéper. Conformément à cela sa frontière, au nord, commençait à l’est de Viatka, descendait sur Nijni, contournait la principauté de Riazan, la terre d’Orel, la principauté de Koursk, et se rapprochait du Dniéper le long de la rivière det-Soulà: elle n’était di- stante, vis-à-vis de Kiev, que de 100 à 200 kilomètres du Dniéper; elle coupait ce fleuve près de la rivière de Ross, affluent' de droite de Dniéper. à 150 verstes à peine au sud de Kiev, et continuait à angle droit le long de la Ross et plus loin vers les limites sud de la Bukovine (1). . Kiev naviguaient librement (1) Les Russes de l’époque de Kw dises et sur le Dniéper inférieur, t,rajDSp.°.. do Byzance, mais es faisaient des incursions sur e i ajlis, des Asiatiques- deux rives ont toujours été en ie Moscou) n’a jamais P Russie do Kiev (comme aussi << < exceptiens en sont a sédé les rives de l’Euxinn Les (près géb^) Ionie Byzantine de la un an (987)> c , J xl« que St. Vladimir posséda- Pent ‘ ' ouvelle depuis la in rakan, dont on n’a plus no- q< siècle ; cette principauté a que invasion asiatiaue.
— 112 - Ce contour de la frontière- prouve que dans l’anti quité le domaine de la future Russie d’Europe s’était partagé, non pas dans la direction des parallèles (comme l’ont fait les Germano-bolchevistes à Brest-Lp tovsk), mais dans le sens du nord-est au sud-ouest' la partie nord-ouest, c’est la Russie (Europe), celle du sud-est, c'est la steppe (Asie). La lutte incessante entre ces deux parties est l'un des faits fondamentaux de l'histoire russe. Ce phénomène séculaire de rélargis- sement de la frontière sud-orientale ne se termina qu’à l'époque de l’empire, lors de l'acquisition d’Azov par la Russie, et par l'occupation des rivages de la nier Noire sous la grande Catherine. Si l’on jette maintenant un coup d'œil sur la carte de l'Ukraine germanique, on verra que presque tout l'espace de l'ancienne steppe asiatique, situé à l’ouest du Don et jusqu'aux frontières de la Roumanie, a été englobé par les créateurs de la paix de Brest-Litovsk, dans les limites de l'Ukraine, et l’on est involontaire- ment amené à supposer que cette steppe a été conquise sur les lartares par les cosaques ukrainiens, quelle n’a été colonisée que par les Petits-Russes, et que Ie centre où fut conçue l’idée de rétablissement de la- Russie sur les rives de la mer Noire, a été Kiev, — ap- position erronée s’il en fût. Seul le coin nord-ouest cet espace adjacent à la rive gauche du Dniéper (c’est- a-dire le gouvernement de Poltava, les portions
— 113 — sines du gouvernement de Tchernigov et la partie sud- ()liest de celui de Koursk) a été acquis pour ainsi dire lu côté de Kiev; c’est cet espace qui aux xvie et xvii6 siècles a formé l’Ukraine de la Rive gauche (du Dnié- ») Tout le reste de la superficie a été réuni à la Rus- sie par les efforts de Moscou et de St Pétersbourg (1). Conquête de la steppe. Râle de Moscou. En 1239-1241, les Tartares de Batyï saccagèrent et brûlèrent la terre de Souzdal et la Russie occidentale, pénétrèrent en Lithuanie, où ils détruisirent Grodno, (1) Nous prions aussi nos lecteurs de considérer la frontière <xt i enta le de la Russie. Sur la partie septentrionale de cette ion ieie, nous avons tracé en pointillé (sur le plan n. 2) une qui contourne à l’occident Youriev et Grodno; elle fi- puie <*• frontière russe vers l’an 1100. Youriev fut fondé par ( gland-duc de Kiev Jaroslav Ier en 1030 dans les terres de la * >u 1 innoise des Esthes; en 1224 il fut pris par les Germains b* ^* l 11 * * V^re teutonique et devint Dorpat. Grodno fut fondé (pro- enient au xi® siècle) par les Russes, au milieu, si je ne me 1 °nipe, de la population lithuanienne; en 1270, la ville passa sous la domination de la. Lithuanie. L’espace compris entre le pointillé et la frontière du milieu du xine siècle, correspond à a pression exercée durant ce temps sur la Russie par les Or- 11 < s tou tonique et livonien et par la IJthua.nie. Au midi la ville de Lwow (fondée en 1241 par le prince-roi ,lniel de Galicie) et Kholm (fondée avant le xie siècle) .sont ,tl,ll’quees d’un cercle noir; elles ont été fondées par des Ru.v V ,s’ on terre / us.se, parmi une population russif, faits qui d?p ai- s,*nt a certains de mes amis polonais, sed mugis arnica i"> as- 8
- 114 — mirent à feu et à sang toute la Russie 'méridionale 1 éprouvée déjà, envahirent la Pologne, la Silésie ]a ravie, la Hongrie, battant toutes les années qu’ils ren contraient, et dévastèrent la Transylvanie. Mais la fortune sauva l'Europe occidentale: le grand khan vint à mourir au fin fond de la Mongolie et Batyï rebroussa chemin vers les steppes du Volga. Dans la steppe se formèrent alors des Etats Mongols: la horde des No- gaïs à l'ouest du Dniéper, la horde d’Or et d’autres, dans les steppes du Don et du Volga. La Russie, épuisée, était étendue sans forces, brisée, décapitée, aux pieds du conquérant. La nature ne lui avait accordé comme aide et comme rempart au midi, ni montagnes, ni fleuves, ni même de la pierre, pour se créer des forteresses. Les xme et xive siècles furent des siècles de tristesse, d'appauvrissement physique et intellectuel, mais au fond du peuple, des sources de renaissance coulaient et le jour tant désiré arriva. Le 8 septembre 1380, les forces réunies des princes russes sous la conduite du grand-duc de Moscou, bat- tirent dans la plaine de Koulikovo (dans le gouverne ment actuel de Toula; les nombreuses hordes du kban tartare Marnai. La bataille de Koulikovo marque Ie point de virement du joug tartare: depuis ce la balance desi .'forces pfënche du côté russe. victoire est due a l’action de la Russie du nord T sut, pendant les 150 ans écoulés depuis l’invasion t*r'
- 115 - .,rP amasser des forces et les réunir autour de la RH jeune Moscou. Le sud de la Russie n’a pas pris part à cette lutte, il était en puissance d’étrangers: Tarta- res (1), Lithuaniens (2) et Polonais (3). Cent ans plus tard, en 1480, le'grand-duc de Mos- eou déchire un décret du khan tartare en présence de e et en 1363, le grand- ; en 1380 son fils (1) En 1239 et 1240, les Tartares dévastèrent tout le sud de la Russie: Péréïaslav, Tchernigov, Kiev, Kholm, Galiteh. furent brûlés. Pendant un siècle et demi Kiev ne fut pas en état de se remettre et végétait humblement; on ne sait même pas s’il a eu des princes en propre; en 1363 il devint une proie facile de La Lithuanie. Les principautés de Péréïaslav les par- ties méridionales de celles de Tchernigov et de Koursk, restè- rent dévastées et sous le joug tartare. (2) A La suite de l’invasion tartare, comme pour remplacer la Russie affaiblie, c tête. Nous avons vu XIVe duc de Lithuanie et successeur Jagailo marchait au il arriva trop tard. .. (3) Vers l’époque de la. bataille de ou i ’ saillie méridionale de la Russie se -, । Volvnie de la. Pologne. l(a principauté unie de a se remit vite de l'invasion tartaie < prince-roi Daniel (1241-1264) une péi Plie tend à décliner dans les cent ans qui de la lignée galicienne । -U'ut— oui plus liant son «sor W ]e gralld. .,, Un territoire russe, fils siècles, au detrinien ^ia Kæv; en .. niqis Olgerd possédait JMajnalj mais ,3 l’extrême 'Vit êti-e’aux mains trouvait ffiO et eut a»’ k ? florissante; >"’,s tmle i’extinction SU”Xn de B-rik, la , de® princes de to »£ Wn8 p„fewnU. ------------------- i la pression o . son m- hitte entre princes et bo> aipo]ogne, miren identale de la Hongrie, U Lithuanie et a J pîvrtie occ •ises Par dépendance. La- Gj,Hr S ‘du"reste de la U Voivnio. la terre de h'£ é (en en 1387- Pologne; la Lithuanie «W défin,tivemen Volvnio. Cette distribution fut t
- 116 ses envoyés; par cet acte le joug tartare fut SMnpleinenl déclaré aboli. En 1552, Jean le Terrible s’empare (lv Kasan, en 1554 d’Astrakhan: les deux principaux Etat mongols sont détruits et tout le Volga tombe aux niam< des Russes. L’afflux des forces asiatiques du côté de l’Orient paraît déjà cesser dès le xve siècle, mais l’Asie avait trouvé une autre voie et s’avançait maintenant du midi, par Constantinople. Les Turcs s’emparent des anciennes colonies grecques et génoises des rives de la mer Noire et d'Azov et en 1775 do la Crimée: les Tartares de cette péninsule deviennent l’avant-garde de la Turquie. La Crimée de cette époque fut un nid de brigands: pendant tout le xvie siècle, d’année en année, sa cavalerie pénètre, suivie des nomades de toute la steppe, dans les parties limitrophes de la Rus- sie, pille et brûle les villages, saisit les paisibles labou- reurs occupés aux travaux des champs, enlève les femmes et les enfants: Gaffa, la Théodosie actuelle, devient le marché où l’on vend les femmes russes, po- lonaises et lithuaniennes, aux pays riverains de la mei Noire et de la Méditerranée. Les rencontres annuelles entre Moscou et les Gu- inéens prennent quelquefois les proportions de grand15 guerres. En 1556, un détachement moscovite descend le Dniéper, bat dans son embouchure une troupe tuic0 tartare et prend la forteresse de Otchakov (1); en ffl59’ r (|Ue <‘<*tte troupe a construit des enibarcati(>llh ® ære l siol, au centre même de P Ukraine de la Rive êaUC
— 117 — farinée de Moscou passe par la même voie en pleine • mer, envahit pour la première fois la Crimée et la sac- cage. En 1571 et 1572 le khan de Crimée attaque Mos- cou deux fois avec une armée de 120,000 hommes: mais il n’importe pour nous que de signaler le progrès continuel vers le midi dé la frontière moscovite. Pour protéger ses frontières méridionales, l’Etat mos- covite créé des lignes de défense. Vers 1500, la prin- cipale ligne de ce système suivait la basse Okà, passait à Riasan, tournait vers Toùla et se terminait près du cours supérieur de l’Okà (où commençait déjà le terri- toire lithuanien); dans sa partie la plus rapprochée de 'Moscou, cette ligne n’en était éloignée que de près de 150 kilomètres, tellement était étroite encore l’en- vergure de la faible Moscou. Mais 60 ans plus tard, sous le règne de Jean le Terrible, une seconde ligne est encore créée à 150 kilomètres au midi de la pre- mière; elle passe par Orel. Enfin, à la fin du xvr siècle on voit apparaître une 3e ligne bien plus au sud. elle consiste en un groupe de villes fortifiées (1); les plus (1) Voici les principales de ces villes, de 1 ou^ ® Krùmy (haute Oka), Livny (fondée en 1586) ’Ui sud, Koursk (rétabli 1586), Oskôl et X oione^e _ 1586). Encore plus au sud. Biélgorod (fondée en 1^) loùïki (fondée en 1593). La fortification <e ^le]nent aUSsi bas Volga, mentionnée dès 1589, se rapp<n • 1 a cette époque de constructions.
- 118 — méridionales d’entre elles (Biélgorod et Valoùïki) situées sur la limite sud des gouvernements actuels^ Koursk et de Voronège, de sorte que vers 1600 la de défense de Moscou s’est avancée presque jusqu’.', toucher les lieux où commençaient les territoires des Tartares nomades (1). Cette création de villes nouvelles et la fortification de celles qui existaient déjà, conti- nuent au xvnie siècle. Vers le milieu de celui-ci, encore avant son union avec la Petite-Russie (1654), Moscou possède Khàrkov et d'autres villes plus méridiona- les (2). C’est le long du fleuve Don, cpie le pouvoir de l’Etat moscovite pénétra le plus loin au sud. Ici, les cosaques du Don, en 1637, prirent aux Turcs Azov. Les cosa- ques du Don ne perdaient jamais les rapports avec Moscou; reconnaissant leur impuissance à conserver leurs conquêtes sur la forte Turquie, ils prièrent le (1) Nous avons indiqué ici les lignes fondamentales des sys- tèmes; mais devant chacune d’elle; s’étendaient des litgnes <1 abatis, de fossés et de blockhaus, et les postes de vedettes s’avançaient encore de 100 à 150 kilomètres plus en avant. Pc cette façon, la domination de Moscou s’étendait de fa-it bien plus au sud et dépassait a chacune de c«» époques la hgD< fondamentale. (2) Ainsi Vaiki, près Kharkov, est mentionnée comme dH moscovite en 1042; Koupiar.sk a 60 Km. au midi de Valoir’ c-'t mentionnée de même dès la moitié du xvu" siècle; k’0'1 2’’* K,u c bonetjj, à cent kilomètres au sud-est de Khaik°' ou au xvr Siècle il n’y avait qu’un poste-vedette de transformée en forteresse on 1681.
— 119 — tzar de Moscou de prendre la ville sous sa haute protection, Le tzar Michel Fédorovitch convoqua ad /l(,r le Zémsky-Sobor (assemblée nationale, 1642). Le Sobôr se déclare prêt à accomplir la volonté du tzar, niais il attira son attention sur létal intérieur précaire du pays et le tzar ne se décida pas à risquer une guerre avec la Turquie; les cosaques s’offensèrent et abandon- nèrent la ville, et ce n’est que Pierre le Grand qui la reprit (1696) avec l’aide de la flottille d’Azov, créée par lui; et en 1736 seulement Azov, pris encore une fois par les troupes russes, fut incorporé pour toujours à la Russie. Sur le plan N. 2 marquez un point sur la rivière de Séïm à 150 km. de Koursk en en descendant le cours; tracez de là un arc de cercle qui. contournant Kharkov, passe à 50 kilomètres à l’occident de celle-ci; tracez ensuite une ligne au sud-est, jusqu’au haut bassin hou il 1er du Donetz. et puis à l’est, vers le Don; descen- dez enfin le Don. Tout ce qui restera au nord de la ligne ainsi tracée forme l'espace conquis par Moscou sur la « steppe » : ce sont là les acquisitions que la Russie moscovite a laissées au sud en héritage a 1 Em- pire de Russie (1721). Moscou ne fut pas de force à acquérir la rive de la- mer Noire et cela se comprend, car à côté de cette lutte ininterrompue contre la «steppe» asiatique, Kussie moscovite est contrainte de mener ~ur le
- 120 — européen la lourde lutte contre ses puissants voisins — contre la Suède et la Livonie pour les rives de । Baltique, contre la Lithuanie et la Pologne pour ia Russie occidentale subjuguée. Dans les 103 années de 1492 à 1595 il y a eu 3 guerres avec la Suède et 7 guer res avec la Lithuanie, la Pologne et la Livonie; ce» guerres n’ont pas duré moins de 50 années: donc, en chiffres ronds nous avons guerroyé à l’occident un an et nous sommes reposés un an (1). Pour résister à cette lutte pour la vie, il a fallu une tension extraordinaire des forces de la nation, il a fallu subordonner les intérêts et les droits particuliers à la toute-puissance de l’Etat et créer l’autocratie moscovite si rude, mais salutaire et indispensable pour l’époque. Il n’y a guère un autre Etat dont la croissance ait été le fruit d’une plus lourde lutte séculaire internationale que celle de l’Etat moscovite. Voyons maintenant ce qu’a fait la Russie occiden- tale pour la pénétration des steppes tartares. Le rôle de V Ukraine de la Rive Gauche. « Kiev renaissant après la dévastation tartare trouva ii être plus qu’une petite ville-frontière de ly steppe dans un Etat étranger» (2) (Lithuanie). La Pnr1' Cours d’IIistoire russe, t. II, P- 268' G) Ibid., tome 1, p. 417.
- 121 - cipauté de Péréïaslav qui jadis le couvrait à l’ouest, avait cessé d’exister après l’invasion tartare: la partie méridionale de la principauté de Tchernigov était dé- serte aussi. Les noms des antiques villes situées sur le Dniéper et la Soulà, disparaissent pour plusieurs siè- cles des.pages des chroniques et dès la fin du xne siècle une forêt recouvre la place où s’éleva jadis la ville de Kou rsk. La Russie occidentale et méridionale supportait ai sèment la domination lithuanienne. Nous avons déjà vu que le pouvoir lithuanien ne dérangeait guère la vie du peuple dans les principautés russes soumises à la Lithuanie; elle continuait à être russe de formes comme de coutumes dans la terre do Kiev et seule la politique était dirigée par Vilna. Sous la protection de la force de l’Etat lithuanien et des succès de Moscou dans sa lutte avec la steppe, la population russe commence à retourner au delà du Dniéper et à repeupler lentement entre le Dniéper, le Séïm et la Vôrskla, les terres abandonnées par elle dans les années d’épreuve (1). A partir de l’an 1430 on trouvé (1) Ce triangle entre le Dniéper, le Séïm et la X _ 'orme le territoire véritable de l’Ukraine de la 1U'< ' XVI« 6t xvn® siècles. Sur la rive droite, le nom d’Ukrame n est justement appliqué qu’aux terres de l’ancienne pr de Kiev et à la bande de terres adjacent au md> (JaJ» s® trouvent les villes de Brazlaw et de enigor ’ dent, c’étaient déjà la Volynie et la Podol.e. Kegardez
122 — dans les documents le nom de la ville de Poltâva si tuée sur la Vorskla. Mais les Tartares de Crimée encore puissants et en 1482 leur khan Mengli-Gui^.. ! * 1 carte, par exemple, jointe à l’article «Russie» de l’encydo- p’édie italienne de Vallardi et vous constaterez que du nom Les vraies dimensions du territoire auquel on donnait le nom d’Ukraine au XVIFs. ompaic.es a^ec 1 Ukraine Germanique d’aujourd’hui- peu ann* Y* placée sur la rive droite ( I nord-ouest de Kiev), que les six autres lettres pa^ ?nt
— 123 - dévaste toute l'Ukraine de la Rive gauehe qu’au commencement du xvr siècle que les incursions des Criméens diminuent d intensité; la vie devient pins sûre dans le pays: les familles des fugitifs, parties devant l’invasion de Mengli-Guirèï, rentrent du nord; à leur rencontre vient de la steppe la colonisation par- les peuples touraniens qui changent leur genre de vie nomade dans la steppe pour s’établir à demeure dans l’Ukraine; d’au delà du Dniester viennent les Valaques. Et cependant au temps de la domination lithuanienne à la rive gauche, et que le dernier a est placé un peu au nord-est de Poltàva. On trouvera la même disposition de cette inscription dans tout atlas sérieux contemporain et c’est par- faitement juste, car La. région à laquelle aux xvie et xvne siè- cles on donnait le nom d’Ukraine (à l’époque où aurait soi- disant existé un Etat ukrainien) comprenait justement les su- perficies correspondantes. 11 existe, il est vrai, la carte de l'an 1650 sur laquelle les frontières de l’Ukraine s’étendent bien plus au sud (voyez le rectangle pointillé du croquis) jusqu’à celles mêmes de l’Empire Ottoman, qui possédait alors les rives de la mer Noire. Mais cette carte est évidemment la résultante des victoires de Bogdan Chmelnitzky on 1648, quand d’indépendance et réelle- remts d'un Etat. Cet état de choses - seulement, jusqu’en 1654. que toute la portion méridionale du i fond non pas une partie aurait appelé de nos jours sa 1 Ukraine eut acquis son /iwxiwuin ment reçu les germes appa ne dura pas longtemps — six ans Uette même carte montre < territoire était un désert: c’était au de l’Ukraine mais ce qu’on । « sphère d’influence ». E’applfcation du nom d’Ukraine a prenant à l’ouest la Galicie et au - pautés de Pinsk et de Toùrov, comme u est pas autre chose qu’une nu _ \ d’autres territoires coin- nord les anciennes prmci- . le fait M. Hrouszewski, égalomanie rétrospective.
— 124 — le repeuplement du pays a progressé si lentement qUe la ligne de défense, lithuanienne la plus 'méridionulv coupait le Dniéper près de Tcherkâssy, au nord de l’embouchure de la Soulà, sans même couvrir les pays riverains de cette rivière (1). Comme conclusion géné- rale, on peut admettre qu'au milieu du xvie siècle la Russie de Kiev — l’Ukraine de l’Etat lithuanien _ avait atteint ces mêmes limites qui furent jadis celles de la Russie de Kiev indépendante à l'époque où elle florissait sous laroslav le Sage (1019 à 1054). L’U- kraine n’a fait aucune autre acquisition territoriale: les Petits-Russes qui s’en allaient plus à l’est, arri- vaient déjà sur le territoire moscovite et non pas en conquérants, mais en fugitifs qui fuyaient la domi- nation polonaise pour chercher le repos sous les ailes de l’aigle moscovite (2). L’avance de la population dans la steppe et les in- cursions des Criméens créèrent au xvr siècle, dans des buts défensifs, les cosaques petit-russiens (ukrai- et s’infléchissait vers î passait par Jitomii première, ligne était située et compren.. qui est chronologiquement la troisième, P<»r' Bielaia-1 zerkov et Tchcrkàssy deuxième ligne lithuanienne (sur la basse Désnà). La D i z . z l'• vjiij h;j t: jj ol«ie, dan» |a vallée, de la PHpet, Bv W1 aux forte de Gvroutch, Mozir et Lioùbétch. ' PetiRl/"SI premiers habitants de Khàrkov etate-Hu^ VWU8 de u r.vc dro.t)i <iu Dttiépw tait de Vînnitza sur le haut Boug Méridional, passait par la ............ le nord. U -, Kiev et Ostei ___। dans 1(’ ait les cha- furent <1«
- 125 — niens). Dos le xvi siècle les cosaques commencent eux- niêines à attaquer les Tartares; mais cette lutte n’amena à sa suite aucune acquisition de territoires à l’est de la Vôrskla; dès la seconde moitié du xvie siècle, l’at- tention principale des cosaques est attirée d’un tout autre côté. Nous avons vu que dès l’année 1569, après l'union complète de la Pologne et de la Lithuanie, ou plus exactement, après que l’Etat polonais eût absorbé la Lithuanie, la Pologne devint l’héritière de toutes les terres lithuaniennes. Le territoire de Kiev n’échappa point au sort commun : depuis cette année et jusqu’en 1654, durant 85 ans, l’Ukraine de la Rive gauche tom- be sous la domination polonaise. Après 1569, le repeuplement de l’Ukraine prend l’aspect d’une colonisation préméditée; on distribue d'énormes espaces aux magnats polonais, qui les peu- plent d’émigrants venant des régions plus occidentales de l’ancienne Russie. D’abord on colonise la rive droite, à.la fin du xvie siècle on passe à la rive gauche, mai> on ne pénètre pas profondément au cœur de la steppe. Le roi Etienne Bathory fonde la ville de Bathoùrine (1575); elle est située à l'ouest de la ligne de la Soûl , dès le xvie siècle la famille polonaise des piinces nowiœki à laquelle appartenait presque tout le gou vernement actuel de Poltàva prend des mesure p
lo repeuplement des rives de la Soûla,. |.æ g0UVA ment polonais ne se préoccupé pas de voir cette ™ 1 • J 1 . irisation pénétrer plus au loin dans la steppe, s’efforce au contraire de contenir cette pénétration (](' la population petite-russe. Car le repeuplement est étroi tement lié à la lutte contre les Crimée n.s et les incur sions des cosaques ne provoquent pas seulement les représailles des Tartares, mais amènent à leur suite des menaces du côté de la Porte Ottomane; ce sont les cosaques ukrainiens qui font le mal — « du grabuge » — mais c’est le roi de Pologne qui en est responsable. De là la tendance continuelle du gouvernement à restrein dre le nombre des cosaques petits-russes. L'influence, puis la domination polonaise, n’étaient pas de celles qu'on supporte aisément. L’introduction du système des classes d’abord, la distribution des terres à la chliàkhla polonaise, l’introduction du ser- vage, la limitation du nombre des cosaques, et la con- version de tous les surnuméraires en serfs — provoque 1 animosité des cosaques. Une série de révoltes com- mence depuis la fin du xvr siècle. Les relations sont envenimées par des dissensions religieuses. Le grand défaut intellectuel de la Russie et de tous les Etats slaves la confusion de l’élément national avec 1 élé- ment religieux — est profondément enracinée même dans la Pologne catholique; pour la Pologne, répand^ le catholicisme, veut dire poloniser, et vice-versa — (lul
- 12? - n’est pas bon catholique, et utin avec cela, n’est pas bon polonais. La coïncidence des animosités nationales, de classes, et de religion, rend la lutte extrêmement opiniâtre; elle se prolonge — persistante, dure — pres- qu’uii siècle entier. Impérialisme (pour parler le lan gage 'moderne) diu coté de la Pologne; lutte pour la liberté démocratique du côté des cosaques; des deux côtés — victoires et défaites, intolérance et cruautés. Par moments les opérations militaires heureuses des cosaques se portent sur la. rive droite, mais ceux-ci ne sont pas de force à obtenir l’autonomie. Même quand sous Bogdan Ghmelnitzky la révolte prend le caractère d’un mouvement national général et entraîne en 1648 toute la population petite-russienne, son succès, mal- gré toute une série de victoires au début, n’aboutit pas au but final. Mais c’est alors du côté de la Russie mos- covite que le secours vient aux frères opprimés, et en 1654 l’Ukraine de la Rive gauche reconnaît de son plein gré le pouvoir du tzar et se libère ainsi du joug é t ra n ge r tri- ce n te n a i re. Absorbés par leurs luttes pour 1 indépendance, les cosaques petits-russes se sont vus réduits à recourir souvent au secours des Tartares de Crimée contre Polonais et ils ne pouvaient naturellement songei à de., acquisitions territoriales dans la steppe.
L'Ukraine de la llive Droite. Passons à la rive droite du Dnieper. Nous pourrn, être brefs: ici il n'y a heu de parler d'aucune eX'pail sion spontanée des Petits-Russes vers le midi, i/p krame de la Rive droite n'est qu'une province p0. lonaise. et suivre les changements de sa frontière équi- vaudrait à exposer la marche ascendante et descendant de l'Etat Polonais, selon les succès ou les revers des armes polonaises. Aux w* xviT siècles la. Pologne par- tage avec la Russe l’honneur de défendre l’Europe contre l'Asie. La Bukovine, la Moldavie, la Podolie, la Volynie, et en partie U kraine deviennent le théâ- tre constant de guerres entre Polonais et Turcs. Ne • nous engageons pas dans ce labyrinthe de guerres et de traités de paix: cela ne ferait qu'allonger inutile- ment notre récit. Aux époques de succès, les troupes polonaises s'approchaient de la mer Noire (par exemple en 1497 les Polonais firent une expédition contre-la ville d'Akkermann), et les troupes turques parvenaient jus- qu’à Sandomir, Cracovie (1498) et Lwov (1672). Mais c’est toujours la Turquie qui possède les steppes rive raines. Depuis la fin du XVe siècle, c’est elle encore qui s empare de la Moldavie et de la Bessarabie actuel- les (1), de sorte que même la partie occidentale e (l) La ville de Khot’.n, située tout au nord de La Bessaialu > était aux xvie et xvn° siècles une forteresse turque avec u garnison ottomane permanente.
— 129 — la «stoppe» est solidement tenue p6r les Asiati. ÇfllOS. , • , .«M Sous la protection du pouvoir lithuanien et polo- nals, l'Ukraine étendit sa frontière au midi de la ri- vière Ross à 150 kilomètres environ le long du Boug et à 50, le long du Dniéper (1). Domine nous l’avons vu déjà, l’Ukraine de la Rive droite a pris part aux soulèvements des cosaques de la Rive gauche, mais en vain; et Moscou ne fut pas de force à délivrer toute la Petite-Russie. Sur la droite, seul Kiev et ses environs passèrent à Moscou (1667), tout le reste de 1'1 kraine de la Rive droite reste aux mains des Polonais; ses destinées varient selon la mar- che des guerres entre la Turquie, la Pologne et Mos- cou. En 1665 Vhetman de l'Ukraine de la Rive droite, Dorochénko, se soumet aux Turcs; en 1667, il recon- naît de nouveau la Pologne; le traité de paix de 1672 oblige la Pologne à céder 1T kraine de la Rive droite et la Podolie à la Turquie, et Dorochénko y est reconnu vassal du sultan; en 1675, Jean Sobîeski s empare de nouveau de la Podolie et de l’Ukraine; la paix de 1676 laisse 1 3 de cette dernière aux cosaques sous le pro- tectorat turc, le reste en est de nouveau soumis à la (1) Ce territoire nouveau forma le 1 eïei ochti o de‘ K dénomination d’« Ukraine », toujours comme n s.v étendait aussi. 9
130 — Pologne. Moscou n’oublie pas H.kraine: par le |.r <ie paix entre la Turquie et Moscou en 1681, VUkra^ de la Rive droite est reconnue pour neutre. c’esUà^ en quelque sorte indépendante, niais deux ans p]^ tard la Pologne se la soumet à nouveau rx)Ur pJ de cent ans encore. Et ce n’est que le 2e partage de |4 Pologne (1793) qui a délivré cette partie de la Tei* russe de la domination étrangère. Les Zaporogues. Nous avons suivi les variations de la frontière sep- tentrionale de la steppe jusqu'au milieu du xvir siè- cle, c’est-à-dire jusqu’à l’époque de la réunion de la Petite-Russie à l’Etat Moscovite. Cette frontière com- mençait au Dniester, à deux cents kilomètres envi- ron de la mer, coupait le Boug Méridional à la même distance de son embouchure, et atteignait le Dniéper au-dessus de l’embouchure de la Vorskla; sur la nv? gauche du Dniéper, elle s'infléchissait en arc vers k nord, redescendait au sud de Kharkov et se dirigeai ensuite vers le bas-Don. Ethnographiquement, cétait la frontière du peuple russe, politiquement —- 11101 lié occidentale formait la frontière du royaume de logne, l'orientale - celle de l'Etat Moscovite. A 100-200 kilomètres au midi, parallèlement à ligne, s étendait, du Boug au Don, la frontière des
131 - gsiatiques: du bas-Boug au bas-Dniéper, allait celle .le l’Empire Ottoman, du bas-Dniéper au bas-Don. celle du khanat de Crimée (1). Entre ces deux frontières parallèles, une large ré- gion de la steppe restait presque inhabitée, une sorte de res nuUius. Ici vaguaient les restes négligeables des peuplades nomades tourarronnes qui jadis nou> avaient été si dangereuses. Ils paraissaient toujours ne pas pouvoir se décider à rejoindre ni l’un ni l'autre des Etats voisins, et préféraient vagalxjnder librement dans la -teppe seini déserte. A l’ouest, celle région était limitée, le long du Boug, par l’empire Ottoman, à l’est — par les terres des cosaques du Don. La partie du cours du ba>- Dniéper où celui-ci po- lie lékalérinoslav tou nie brusquement vers le sud » t coule dans cette direction sur un parcours de cent kilo mètres environ, se trouve placée juste au centre de l’espace neutre sus-mentionné. Sur ce parcours de cent kilomètres se trouvent les rapides pvrôgui} du Dniéper et, plus en aval, là où son cours reprend la direction sud-ouest, sont situées plusieurs îles, cachées <ian?> d— roseaux; a cette époque elles étaient boisées. C était un excellent point pour observer la steppe, pour pré un r (1) Sur la partie entre le Dniester <4 k J jcj llér<*s |M>lonaise et turque coïncidaient. - «>«»» ^turellement les frontière que d’une manière approx.m* deti que pour en donner une idée généra
— 132 — le pays des incursions tartares et, dès la fin du xv® S^C| les cosaques petit s-russes y entretiennent un poste d'o)3 servation. Ici - c'est la chasse, la pèche, et Fon y libre: aucun pouvoir établi, ni propriétaires, nj ni tribunaux. C'est ici que se réfugient tous ceux qüj ne peuvent s'accommoder aux lourdes conditions lé- gales et économiques de la vie d’Etat d’alors, et ceux qui n'ont pas «réussi», les intrépides aventuriers. An dernier quart du xvie s., il y a déjà un poste stable dans une de ces îles, et en été il s’y rassemble des forces plus considérables de cosaques dans le but d’exécuter des incursions en Crimée et en Turquie. Après que l’U- kraine eût passé sous la domination polonaise, le nom- bre des fuyards en Zaporoguie augmente rapidement. Il s’y forme une association cosaque indépendante, qui ne reconnaît aucune autorité polonaise. Elle prend les formes d'une commune républicaine originale et repré- sente comme une protestation contre les nouvelles ins- titutions — contre le servage et les mesures qui ten- daient à empêcher le développement libre des cosaques — et devient en même temps un instrument de lutte contre les Turco-Tartares. Abstenons-nous d’exposer la constitution de cette étrange république, les P^115 droits de « citoyen » de laquelle pouvait acquérir tout célibataire de quelconque nationalité (1), pourvu qu’ (1) U plupart des Zaporogues étaient des Petits-R^'
— 133 - qfit réciter le Credo orthodoxe; ce qui nous intéresse, c’est uniquement le rôle des Zaporogues dans la con- quête de la steppe: Egalement intrépides à cheval comme en bateau, les cosaques de la fin du xvie siècle font des incursions sur les rivages turcs de la mer Noire; s’emparent d’Otcha- kôv (1585), attaquent Varna (1605) où ils détruisent la flottille turque; en 1613 ils prennent Sinope, en 1616 Trébizonde. où ils battent encore une fois la flottille ottomane; en 1607, ils descendent tout à coup sur Otcha- kov et Pérékop; en 1612, sur Kaffa (Théodosie). Mais ce ne sont que des incursions : ils arrivent en coup de vent, pillent, délivrent des prisonniers, incendient et disparaissent. Ils sont impuissants à s’établir tant soit peu à demeure dans les lieux où s’est exercée leur in- trépidité, et cela est compréhensible — ils ne sont qu'une poignée de braves. En 1594, ils ne sont que 1.300 et, plus tard, durant toute leur histoire, ces Zapo- rogues ne seront jamais plus de 13.000. N’exagérons pas non plus leur importance morale dans le sens de la lutte contre les forces asiatiques: ils sont tantôt les ennemis des Tartares de Crimée, tantôt leurs alliés contre les Polonais. C’est toujours dans le but d’éviter des complications avec la Crimée et la Turquie que le gouvernement po lonais prend une série de mesures (1er quart du xviie siècle) afin d’empêcher les gens de s en aller chez
- 134 — les Zaporogues. Il construit sur le Dniéper en ani des rapides, la forteresse de Kodak pour couper ies Zaporogues d’avec les autres cosaques (1635) et ie empêcher de déboucher dans la mer Noire; mais K dàk est pris et détruit la même année. La Pologne est impuissante à maîtriser les Zaporogues: ils sont beau coup trop loin. En aval des rapides nous voyons se produire le même phénomène que nous avons déjà noté dans le développement des cosaques ukrainiens- à mesure qu'augmente la domination polonaise, la lutte contre la steppe faiblit et toutes les forces des cosaques se retournent contre les Polonais. Les Zaporogues pren- nent part à toutes les révoltes contre la Pologne; c’est dans leur île que se forme le foyer moral de cette lutte. C’est ici que sont couvés et organisés, dans la période entre 1625-1650, les soulèvements des cosaques petits-russiens. En 1654, les Zaporogues reconnais- sent à l’égal de toute la Petite-Russie l’autorité du tzar de Moscou. C’est alors que cette partie de la- steppe, où les Zaporogues étaient les maîtres effectifs, grâce à leurs incursions, passe sous la domination moscovite; c’est cette région qui, élargie par les victoi ics de 1 Empire jusqu'aux rives de la mer Noire, 3 formé au xvni' siècle ce qu’on appelle la Nouvelle Russie.
La Nouvelle-Russie. La partie orientale de la steppe reste presqu’inha- bitée encore durant cent ans environ après qu’elle fût passée sous l’autorité de Moscou. Les états limi- trophes ne se décidaient pas à peupler leurs « mar- ches », de crainte que les voisins ne colonisent aussi les leurs; ainsi le traité russo-turc de 1681 stipule que l’espace entre le Boug Méridional et le Dniéper doit rester désert durant vingt ans. Au milieu du xvne siècle on y voit surgir les premiers villages de cosaques petits- russes et de fugitifs issus des autres parties de la Russie; la charrue retourne pour la première fois la lourde terre vierge de la steppe. Le gouvernement de SI. Péter sbourg y admet facilement tous ceux qui le désirent : d’Autriche il y vient des colons serbes, des Bulgares, des Valaques et d’autres encore. On com- mence à organiser administrativement la région (11. Sous Catherine II, on y donne des terres à des colons allemands, on y voit paraître des gens de la Grande- Russie, il y vient nombre de raskolniks (dissidents). (1) La partie occidentale, du Boug Méridional au Dmej reçoit (vers 1750) le nom de Nouvelle Serbie; celle d orien du Dniéper aux cosaques du Don — celui de S missie- J"64, la région s’appelle gouvernement de la i ouvt ( CTaUver- à mesure qu’elle augmente, on y crée de nouveai g moments.
— 136 — Le gouvernement se préoccupe de bâtir des vilies celles-ci sont à l’origine des forteresses de défense con tre les frontières turques et criméennes. Actuellement le pour-cent des Petits-Russes dans la population de certains districts de la Nouvelle-Russie est très considérable, mais il ne faut pas croire que les villes aient surgi du milieu de ce peuple : elles furent fon- dées dans un demi-désert. En 1760, la population de cette région s'élevait à 26,000 hommes (sic), en 1768 - à 52,000; en 1787, lorsque Catherine II la visita, il y en avait plus de 700,000. Le gouvernement distri- buait les terres à des officiers, des soldats, des pro- priétaires fonciers: certains seigneurs furent dotés de cent mille hectares; les propriétaires transportent dans ces terres nouvelles « leurs » paysans de leurs autres propriétés, c'est-à-dire de tous les coins et re- coins de la Russie. L’expansion des frontières de cette région jusqu’à la mer a été la suite des brillantes guer- res russo-turques du règne de Catherine. En 1770 nos troupes prennent Akkermann (2), en 1784 la Crimée, en 1788, Otchakov; en 1789, elles occupèrent la locah^ (1) Citons les années de fondation do quelque** villes- J pays: lékatérinoslav et Kherson «ont ff 1779, Niko**, fort la R'1'*’* térieur du i?81,7^liSabet!lgIa4 en 1754> Pavlograd le littoral: Odessa en 1794, Sébastopol en «X".17"’ Rostov s>1 * * *'- *><"' ™ 1761. ' ' w “Vait été fondé ™ 1731- en 1806 Urnann a ®té définitivement annexé a
EXPLICATION DU SCHEMA N. 2 La partie retouchée du croquis marque la région occupée par le peuple russe vers la moitié du XIIIe siècle. Pour la direction de la frontière sud-est voir pages 110-112. Au delà de cette frontière habitaient des peuples asiatiques nomades, qui étaient dans le courant des Xe, XIe et XIIe siècles en état de guerre permanent avec la Russie méridionale. Ces luttes constantes épuisèrent la Russie du Dniéper, en firent une proie facile à l’invasion tartare du XIIIe siècle et furent cause ainsi de son dépeuple- ment qui dura plus de deux cents ans. Vers la moitié du XIIIe siècle la frontière ethno- graphique de l’ouest correspondait à peu près à la frontière politique des principautés russes La ligne pointillée passant près de Youriev et de Vilna indique la limite que la domination russe at- teignit vers l’année 1100. (v. page 113, note). L’extrémité sud-ouest de la zone où habitait le peuple lusse embrasse la Russie des Carpathes, celle du pays de Cholm et celle de la Galicie; Lwov (Leopoli), Galitch et Cholm étaient des villes russes depuis leur fondation. La partie marquée en noir sur la rivière Donetz indique l'emplacement de la région houillère. Per. signifie Péréïaslav. L’échelle est en kilomètres.
«UOO u rom Voronez Kharnov S/Ash-afihari Russie à L’époque de l’invasion des tartares p.g.V.w/. •• • y.* C. <s SCHEMA N (Moitié du XIIIe s.). ÿ&Xôg-XJ-X. $££‘x^:£>S • ÙA ’- Z., . - • ' Z 9.W.7.7AV? ’ * • • • • T * 1 • X » i • 1 r •• c Ky z- *X\ \ '*« .•?zzzz.«*..v •.vz/î ’ • • • • •'X r * » • fS-' XvX<«’>>X< vX\ r* '»V-*.v#ss*z< •;•.<•<.•;•: :••-•’’?' :•’<• • >W</A'.W zX%v.*-.-.% p-ê«W • \w.v -.D.v/»’xy-*.v. - zzj E3«i«£>’>x< y<' d z. v.jzZRvj.*2yr 1 ,*.• •.•-•X-zz.' •.yzX;z.-.\- -.>• •. £ AvX‘X*X -% - X<’X< ZZ.'l.’Zv? ML 7 Villes, fondées au>c époques postérieures ' q d’autres origines.
137 — où s’élève actuellement Odessa. Ce même règne voit naître la flotte de la mer Noire et en 1784 le prince potemkine, lieutenant tout puissant du midi, présente à l'impératrice dans la rade de Sébastopol 15 grands et 20 petits navires de guerre. Les limites de la Russie continuent à s’étendre encore au détriment de la Turquie dans les règnes suivants: en 1812 la Bessa- rabie est annexée, 'foute la vie du sud, que ce soit la création de chantiers à Kherson, ou la fondation et le développement d’Odessa, l’exploitation de la houille du Donetz (1849), la construction de voies ferrées, la créa- tion d’une flotte de commerce — est le fruit du travail commun de tout J’Empire russe. Ni l’ancienne Russie pré-tartare de Kiev, ni Mos- cou ou l’Ukraine — parties de la Russie démembrées par l’effort étranger — ni la Pologne, ni la Lithuanie, n’avaient été de force à expulser de la steppe méri- dionale la domination asiatique et à s’établir sur la mer Noire. Seul l’Empire, c’est-à-dire tout l’ensemble du monde russe, a été assez puissant pour s’emparer du midi de la plaine russe. L’intoxication révolution- naire passera, et ce midi appartiendra de nouveau à son souverain unique et national — le peuple russe uni. Nous aurions pu clore ici ce chapitre. Mais les faits historiques cités par nous, nous donnent la possi- bilité — d’une manière inattendue pour nous-mêmes — de répondre à la question: l'Ukraine a-t-elle jama^
- 138 — été indépendante? La propagande ukrainophile afft me (et certains journaux le répètent après elle) que pp kraine fut un Etat indépendant (Etat Cosaque) dans les xvie et XVIIe siècles. Nous avons vu que durant ces siècles FUkraine n était qu’une partie de l’Etat polonais. Le pouvoir d'Etat polonais disposait des territoires de l’Ukraine et en cédait des parties à ses ennemis; il y bâtissait des villes, introduisait dans le pays les lois polonaises et le droit de Magdebourg dans les villes; c'est lui encore qui fixe le nombre des cosaques: 60.000 hom- mes en 1575, 6000 en 1627. 1200 (!) en 1638; il intro- duit le servage et y soumet même une partie des co- saques: la liberté de conscience octroyée à la population petite-russe est telle que le métropolite orthodoxe de Kiev prie (en 1625) le tzar de Moscou de prendre l'U- kraine sous sa souveraineté et que les propriétaires po- lonais afferment leurs terres à des juifs avec droit d<J patronage sur les églises orthodoxes; les hetmans laits prisonniers sont considérés comme rebelles et * sont en cette qualité, soumis à Varsovie à des supplia en place publique, parfois fort cruels (1). Les LJkrai- niens de 1 époque ne se considéraient pas comme libres et, durant tout un siècle, ils ont avec ténacité sacrifié lems vies dans le vain espoir de secouer le joug étran- dima et 1 avlioùk, par exemple, au XVIIe siècle.
— 139 - ger. Si le parti ukrainophile appelle «Etat» un pays qui se trouvait dans une situation semblable et le consi- dère comme indépendant, il ne nous reste plus qu’à sup- poser que pour ce parti-là les mots de « Etat, Liberté et Indépendance » ont un autre sens que dans la lan- gue française. C’est en vain que l’on chercherait dans l'histoire de la Russie ou de sa partie- petite-russienne, des fonde- ments pour les aspirations territoriales ukrainiennes ou pour la constitution de l’Ukraine en un Etat indépen- dant. Ouvrez plutôt les mémoires de Bismarck. Il vous dira comment les libéraux allemands ont. après 1848, élaboré le plan de détacher de la Russie sa partie méri- dionale. Jetez les yeux sur la carte schématique que nous trouvions dans les sacs des soldats allemands déjà en 1914: on v voit la Russie démembrée, une petite V Pologne, et une grande Ukraine. Contemplez aussi une carte quelconque des plans pangemianistes, celle par exemple qui est jointe au livret du ministre des af- faires Etrangères tchécoslovaque M. Benesc (1): on y voit clairement combien, pour la sécurité du grand projet de Bagdad, il est important de créer une Ukrai- ne indépendante... et reconnaissante. L’immuable (livide et impera allemand, voilà où gît le germe du séparatisme ukrainien. L^t il <oan geux pour les Alliés de faire le jeu de 1 Alleinag •Ol>tro PA.u^-0-U^heria, Roma, 191 o (1) La Hue ni la <
— 140 — CHAPITRE V. * CULTURE « BUSSE EN GÉNÉRAL », F AS UKRAINIENNE. « Dans son désir de convaincre tout le monde que de tout temps, presque depuis Hérodote, il y a eu un peuple ukrainien particulier, la propagande ukrai- nienne ne recule devant rien: puisqu'il y a un peuple particulier, il doit- y avoir, évidemment, une culture spéciale. Et voici que l’année passée a vu paraître un certain nombre de brochures anonymes pour appren- dre aux lecteurs surpris que la cathédrale de Ste So- phie de l’époque d’Iaroslav, à Kiev, a été l’origine d’une architecture ukrainienne particulière. A l’étranger on fit des conférences sur l’art ukrainien et le public, peu versé dans la vie russe, écoute en toute confiance les affirmations les plus extravagantes de conférenciers peu scrupuleux. A les en croire, le peintre moderne Riépine serait un représentant marquant de « la peifi' turc ukrainienne», probablement parce qu’il a peint un tableau de la vie des Zaporogues. Il paraîtrait que le win siècle fut à St Pétersbourg une époque floris- sante de 1 « école ukrainienne ». Un magnifique tcm- ple des dits fut créé alors dans la jeune capitale sur
— 141 — l’ordre de la cour Impériale. Encouragés par notre aptitude à pénétier dans les domaines de l’esprit étran- ger, les dieux de 1 Olxmpe obéissants descendirent sur les froids iixages de la Néva et leurs images furent immortalisées sur les toiles des élèves de lacadémie des beaux-arts; les héros de l’antique Rome, sortis des pages de Racine, y apparurent sévères et graves; les grands seigneurs de l'époque de Catherine II y furent représentés pour leurs descendants en habits brodés et sur des fonds de somptueuses tapisseries et les « jeu- nes filles nobles » de l'institut de Smolny faisaient — extra raffinées — de gracieuses révérences dans leurs robes à cerceaux évoquant le souvenir de Versailles. Et voici qu’on veut nous assurer maintenant qu il y a eu dans cette académie des représentants de « 1 art ukrainien », pour cette seule raison que les parents de quelques-uns des enfants qui y furent admis, étaient originaires de la Petite-Russie (1). Ne perdons pas notre temps à regimber confie ce> assurances grotesques. Elles sont une preuve écla tante soit d’ignorance dans les questions de 1 histoire de l’art, soit d'une profonde mauvaise foi avec des buts politiques. Passons des démarches impiudente d’adeptes trop zélés au faussaire plus fin et plu bile de la vérité historique, à M. Hrouszewski e P (1) Voir annexe 3e.
— 142 — sonne, que le parti ukrainophile qualifie de « grat) historien ». niais que nous ne nous gênerons pas peler «falsificateur de l'histoire russe», et cela pie- nement conscients de notre responsabilité. Nous avons sous les yeux son livre: « L'Histoire de l’Ukraine» avec de bonnes illustrations et des plans géographiques. Notre exemplaire appartient au neu- vième mille: on n’ignore pas que la propagande au- trichienne savait travailler en grand. Nous devons l’a- vouer: au premier coup d'œil jeté dans le livre, on est impressionné: la Russie de Kiev y paraît comme un monde particulier, vraiment différent du reste de l'autre Russie pré-tartare. En le feuilletant on y trouve des monuments de sa culture «particulière»: des cathédrales avec des peintures sacrées, des coiffu- res, des monnaies, .dos miniatures reproduites d’an- ciennes chroniques, des extraits des chansons épiques populaires, et l'auteur nous parle longuement de dif- férentes périodes de la «culture ukrainienne» Mais il Miflit d y regarder d'un peu plus près, et le brouillard se dissipe aussitôt. S il nous a paru que ce sont des monuments de 1 antiquité «ukrainienne», ce n'est que puni que nous n avons pas considéré avec assez d at- h ntion les inscriptions grecques et slaves gravées sur les monnaies et les sceaux. ( i( i (page 77) une reproduction de monnaies; au- SSOlIS- texite d®M.HroUszeWSki: Sribmmoneti... Volo-
— 143 — 5 dimira s iogo portretom (littéralement: « monnaie d’ar- gent... de Vladimir avec son portrait »); et sur la mon- naie même on lit: Vladimir na stolé a cé égo sérébrô (littéralement: « Vladimir sur son trône et ceci est son arg’ent»). D’où il est clair pour tous ceux qui lisent le russe que l’inscription de la monnaie est écrite en langue russe, tandis que la langue de M. Hrouszewski en diffère (1). La fille d'Iaroslav le Sage signe (page 89) en France « Ana » selon la phonétique russe; et le texte de M. Hrouszewski nous apprend que c’est la signa- ture de « Hanna » laroslavna. Voici un sceau de Théo- pliano, princesse... ’Paxjidnvn (xie siècle), 'foute une série de fac-similés qui suivent témoignent de l’iden- lité do langage entre le nord-est et le midi. L inscrip- tion sur une cloche fondue à Lwov en 1341 (page 143) aurait pu appartenir à une cloche de Moscou du xvn* siècle. Prenez une loupe et vous verrez que le fac-si- milé du traité conclu entre Liubart et Casimir en 1366 (p. 145) est écrit en pure langue russe. On ne com- prend absolument pas pourquoi M. Hrouszewski af- firme que le document bst écrit en «langage vheil ukrainien», quand il est simplement écrit en vieux russe. Les fac-similés des sceaux (p. 128 cl 146) et U) Cette monnaie russe porto un emblème.^ timbres- un trident. En 1918 ce signe a ‘etc tianspm v _ Qn ne peut postes ukrainiens comme emblème < < *• • ne. pas dire que cola, ait 'été partieulièiemen
141 - monnaies (p. 147) frappées par le mi de Pologne Qa. sirnir le Grand, certifient que, durant tout qe siècle la Galicie s’appela en latin llussia. Vous pou vez feuilleter à volonté cette histoire d’Ukraine jamais vous n’y trouverez avant le xvie siècle un seul document qui contienne le mot dont fourmille le texte de Hrouszewski lui-même, pas la moindre trace de ce mot tant désiré, d’Ukraine, — ni sur les monnaies, ni dans les chansons épiques, ni sur les fresques.., Vous croirez peut-être encore à « l’ukrainité » des mo- numents artistiques, mais ce ne sera que parce que vous aurez été trop paresseux pour ouvrir la chronique et y vérifier qui a bâti telle cathédrale, ou sur quelles terres ont régné les membres de cette famille prin- cière, que Vlzbornik (recueil) de Sviatoslav a si naïve- * ment portraiturés en 1073. Souvenez-vous bien que dans toute la chronique de Nestor (que les ukraino- philes osent appeler chroniqueur de l’Ukraine) on ne trouve nulle part ni le nom d’Ukraine, ni le mot “ukrainien» (1). « Admettons, dira-t-on, que tout cela soit des mo- numents d’une antiquité non ukrainienne, mais russe; Laurent, O111 continuation ju^u *l se trouvent 176 f°lS’ . mais les non,S nicine dans le manuscrit du moine ohroni,,u6 de Nestor <* «• î’îdiit ,nots Bouss et Terre 'u8se. - - Ukraine et" ' ^es centaines de fois, ukiatne et nkrarnien, jamais.
- 145 — ce ne sont pas moins des documents d’une culture par- ticulière de Kiev de l’époque pré-tartare ». C’est bien en cela que consiste la principale tromperie de Hrous- zewski. Il s’est servi, pour la culture, du même truc que pour la composition de la généalogie des princes de la •maison de Rurik et que pour l’exposé de la vie d’Etat de la Russie méridionale. Nos lecteurs n’auront pas oublié en quoi a consisté ce procédé. De l’arbre généalogique il a retranché toutes les branches, qui se sont étendues au nord, et a donné arbitrairement aux autres le nom de « lignée ukrainienne»; de l’organisme commun de l’Etat et de la nation russes il a détaché artificiellement la région du sud, a pris à tâche de cacher aux lecteurs les fils vivants qui la reliaient au reste de la Russie et lui a assigné arbitrairement le nom, inexistant alors, d’« Ukraine». De même ici: on parle de cathédrales et de fresques de Kiev, mais on se tait sur les cathédrales identiques du nord et sur des fresques semblables à Novgorod. La Russie, l’antique Russie en particulier, est un pays de forêts. La vraie architecture nationale est en bois. Au nord lointain, dans le gouvernement de Vo- logda, on trouve encore des églises de bois, trapue^,, pleines d'un charme particulier de modestie, sous de. toits en planches. Cette architecture de bois était ré- pandue dans tout le territoire du peuple russe et 10
— 146 — soldat russe, venu en 1915 en Galicie, y retrouva >„ 6 siècles, des églises, toutes pareilles à celles qu’il •> . quittées dans son village natal de Vologda (1). p eu des églises en bois aussi dans la principauté Kiev, mais nous ne le savons que par 2 ou 3 inqica tions fournies par les chroniques; les églises elles-mê mes ont disparu sans retour. Notre architecture de pierre est d’origine étrangère; elle nous est venue comme le christianisme, de la Grèce/ et ce n’est qu’a- près 1 ou 2 siècles que le caractère national lui a im- primé son sceau. Elle nous est arrivée presque en même temps à Novgorod qu’à Kiev. La S te Sophie de Kiev fut terminée en 1037, et déjà en 1045 on jette sur le même plan les fondations de la Ste Sophie de Novgo- rod. Il est clair qu'il n’y a aucun sens à vouloir voir dans la Ste Sophie de Kiev une manifestation de l’art < ukrainien», comme le font certaines brochures ano- nymes de la propagande ukrainienne. Cette cathé- drale n’est même pas une création russe, mais grecque; de russe il n’y a eu en- elle que la volonté d Jaroslav et les mains des ouvriers. Que ce soit pour avoir été plus éloignés de Byzance ou pour d’autres raisons, mais le lait est, que les architectes novgoro- russt/J)aS UHe prpiIV<‘ éhxpiente do l’unité du poupk depU,s 1 Qu'aux Carpathc^
— 147 — diens se sont libérés de la tutelle des maîtres byzan- tins plus tôt que ceux de Kiev. A la fin du xne siècle le maître novgorodien Milonègue, ’ qui avait déjà bâti dans sa patrie l’église de l’Ascension, «était occupé à la construction des murs du couvent de Vydoubitzky à Kiev. Jusqu’ici il n’y avait eu là-bas que des archi- tectes byzantins et il paraissait incroyable aux habi- tants de Kiev, qu’un maître russe pût être si habile. En effet — remarque l’historien de l’art russe — Novgorod qui jadis avait reçu son art de Kiev, l’avait surpassé depuis longtemps et aurait pu lui appren- dre pas mal de choses maintenant» (1). Dans les ré- gions de Novgorod et de Pskov on voit bientôt les œuvres des architectes se différencier des modèles by- zantins et « prendre des formes tellement frappantes et inattendues, qu’on sent déjà dans les monuments les plus anciens, ces particularités locales, ces goûts et ces idéaux indigènes, qui aboutirent plus tard a 1 art si brillant de Novgorod et de Pskov » (xive et xve siècles). Mais ce n’est pas le nord seul qui a dépassé Kiev dans l’époque pré-tartare; le nord-est a fait de même. «Ce sont les monuments des terres de Novgorod et de Souzdal qui ont une importance principale», dit Hra- bâr. L'architecture ecclésiastique a dès la 2 moiti ♦ 171 (1) Hrabak, Histoire de l'art rus.s», t. 1 (1909), P
- 118 — du xiie siècle créé les magnifiques monuments sont la cathédrale de l’Assomption à Vladimir (ack ” en 1161 sous André de Souzdal), la cathédrale djr Nativité de la Ste Vierge à Rostov et cette église ? j l’intercession de la Ste Vierge sur la. Nerlia (i^) près de Souzdal, pleine d’un si noble charme, et quj est peut-être la plus parfaite des œuvres architecturales de l’antique Russie. Il y a plus de simple grandeur dans les solennelles surfaces planes des murs de Novgorod; il y a plus d'élégance et de perfection dans les détails des églises de la terre de Souzdal, mais c'est toujours, ici comme à Novgorod, comme à Kiev, le même motif byzantin fondamental des constructions, qui se répète; c’est la forme du cube et de la croix grecque. Cette forme by- zantine est devenue commune à toute la Russie et a longtemps prévalu partout en Russie, à Vladimir, comme à Biélozersk, à T ver et à Youriev-Polsky comme à Moscou. Cette communauté de formes architecturales, avec certains écarts locaux dans leur exécution, est toute naturelle, fout cet art fut créé et se développa sui terrain ecclésiastique. Or l’église était la même dans toute la Russie. Et là tout était en commun — la le pouvoir, et Je clergé et la langue ecclésiastique. éléments matériels et les conditions de culture étaient partout identiques: bois, brique, tissus, climat.
— 149 - Eaure de I étchcisk a Kiev était un sanctuaire révéré dans toute la Russie. Etant donné' ces conditions il est étrange de parler de l’art de Kiev comme de la mani- festation d’une culture particulière. Partout les saintes images, les enluminures des chroniques, les boucles d’oreilles et les bracelets sont d’un même type, et c’est la même langue qui est parlée d’un bout à l’autre du pays. « Dans les premiers moments de son existence, la peinture russe fut simplement une branche de l’art byzantin », dit Hrabâr. Nulle part l’influence artistique de Byzance n’a été aussi exclusivement prononcée que dans la création de l’art russe. En Italie et dans l’orient musulman elle se heurtait à une certaine résistance des éléments nationaux locaux, mais en Russie pré-tartare cet élément national était encore trop faible, les forces créatrices du peuple russe ne se sont manifestées dans la peinture que bien plus tard (aux xive et xve siècles). On ne trouve presqu’aucun trait national, aucune particularité natipnale dans les fresques et les images . de la période Kiévienne. Les motifs fondamentaux de l’ornementation des églises, le style des mosaïques — tout était byzantin. On peut reconnaître à quel point était toute-puissante l’influence de Byzance à ce que même les sujets des fresques de la cathédrale de Sv Sophie à Kiev sont puisés exclusivement dans quité byzantine et n’ont aucun rapport direct
— 150 — coutumes de 1 antique Russie» (.(). «Le sens inc I de la peinture de l’époque pré-tartare, dit Hrabâr | est plus important pour un historien de l’art byzanf ’ | que pour l’historien de l'art russe ». Qu’est-ce qUe J’ | kraine a à voir dans tout cela? I Mais cet art byzantin n’aurait-il pas peut-être acqiUjs I plus tard au midi de la Russie un développement par ticulier indépendant? Ceci n’a pu et ne pouvait avoir ’ lieu, car avec l'invasion tartare presque tous les mo- numents de l'art byzantin du midi ont disparu. Des villes entières furent réduites en cendres et les églises I de pierre en ruines. C'est ainsi que fut détruite de fond I en comble, en 1240, l'église de la Dîme de Kiev. Seules I 5 églises à Tchernigov et la cathédrale de Ste Sophie I de Kiev, restaient debout, quoique cette dernière ne I présentât plus, dans certaines de ses parties, qu’un tas de pierres. Elle nous est restée comme un monu- ment d architecture; ses peintures n'ont pas pu servir | de point de départ pour le développement futur, per- sonne ne les appréciait et, lors de la restauration delà cathédrale dans la lre moitié du xvile siècle, ces frcs ques furent blanchies à la chaux. Elles n’en ont été uébaiassées qu en 1848. «Aucune réminiscence byM11 dp ' *Sl// ^es f,es(lues des escaliers dt Ste pixlroim1’ I "n CeS f,es<lues représentent des scènes d© pixirome de Byzance <2> T- VI, p. lü6>
— 151 — fine (x”-xii6 siècles) n’a outrepassé la borne historique de l’invasion taitaie. Lart de la Russie de Kiev est resté comme un cycle fermé, — un épisode, sans aucun lien direct avec les époques qui suivirent» (1). Kiev fut la capitale de l'a culture artistique russe durant cent ans, de 1050 à 1150. Depuis cette époque et durant les cent ans suivants, c’est Vladimir qui de- vient le centre de la culture russe conformément au transfert du centre de la vie politique à la terre de Rostov-Souzdal. Et quand l’Orient se mit aussi à fai- blir sous les poups des Tartares, le rôle de capitale in- tellectuelle passe (depuis 1300) à Novgorod, protégée contre les mongols par la distance, les forêts et les ma- récages. « Après avoir vécu durant deux siècles de la même vie que Kiev (dit Hrabâr) (2), elle continua à vivre de cette même vie même après le sac de Kiev » et elle est devenue, comme l’a noté Klioutchévsky, la gardienne de bien des traditions de la culture russe de Kiev. Telles sont les données fondamentales sur l’archi- tecture et la peinture dans la Russie antique. A côté des citations tirées de l'œuvre d un éminent historien de l'art russe, elles sont des témoins éloquents du fait que dans la Russie méridionale de 1 époque pré (1) Hrabâr, VI, p. 63. (2) Id., p. 156.
tare il n’a existé aucun art indépendant, et elles son lignent une fois de plus la communauté de vie tre le nord et le midi. De plus, elles sont comme une confirmation indirecte de la destruction et du déclin de la Russie de Kiev dans la période suivante, où elle cesse d’être un Etat. C'est cette même période floris- sante de l'art byzantin (xc-xnc siècles) qui a servi de base à Novgorod pour créer en architecture et en pein- ture. bien plus de choses que Kiev, et pour produire plus tard, s'étant assimilé les nouveaux principes by- zantins de l'époque des Paléologues (xive s.), une admi- rable école d'imagiers. Moscou aux xive et xve siècles a aussi fait preuve de plus d’esprit créateur national .toujours sur la même base byzantine). Si le midi est resté en retard sur le nord sous le rapport de l’art, la cause n’en est pas, certes, à quelque infériorité de ca- pacité de sa population, mais aux tristes conditions politiques de la région. L’esprit créateur artistique ne peut se développer librement que sous la protection d un pouvoir national, et non sous celle de l’é- tranger; or tout l’art de l’Ukraine, depuis la fin du xvr siècle, s’est développé sous l’influence de la do- mination polonaise. « La Russie du sud, dit Hrabâr, était entièrement sujette à la domination de la Pologne. C’est par la voie de la P^' gne qu y airivait largement et y était assimilé tout ce sui des éléments occidentaux, avait pris (en Polo^ne^
des formes nouvelles». Le style baroque, toujours fastidieux et le même partout, fit ûe tour de l’Eur>pe, s’empara idfe la Pologne et de la Lithuanie; de là il pénétra en Russie, mais y prit (aussi bien à. Moscou qu'en Ukraine) une teinte locale, particulièrement originale à Moscou. Il suffît de regarder- la reproduction d'une quelconque des églises de pierre de la petite-Russie de cette époque-là (du xvn® siècle) pour se con- vaincre de sa provenance étrangère, tellement le sceau du baroque y est fortement empreint, tellement elles sont loin des antiques formes byzantines, devenues si chères aussi à la Russie du sud. Seule l’architecture des anciennes églises en bois avec d’étranges coupoles et une charpente particu- lière de tout l’édifice, pourrait éveiller quelques doutes. « L'ar- chitecture (petite-russienne) est-elle un prcduit tout à fait national du génie petit-russien, élevé sous l’éternelle influence de Byzance, ou bien a-t-elle vu le jour sous l’influence de quelques formes architecturales d’autres peuples et d’autres pays? », -demande le livre de Hrabâr. Et aussitôt il répond qu’il faut « reconnaître une influence incontestable des mo- dèles occidentaux sur le développement ides formes de 1 ar- chitecture ukrainienne en bois» (1). L’influence du baroque changea la forme quadrilatérale des coupoles en multilaté- rale, les suréleva de plusieurs étages et les petites coupoles surmontantes reçurent des contours plus compliqués. Bientôt un autre courant y vint du nord. Des dissidents (vieux cro yants) commencent à venir chercher refuge en Ukraine tre les poursuites de la Moscou officielle; les foi mes de (1) T. H, p. 338.
— 154 — églises ont aussi influencé 1 architectuie de bois de la pg-j- Russie. Après l’union de la Petite-Russie avec Moscor chitecture de pierre s’y développe avec le concours maîtres moscovites; ainsi Mazeppa a bâti ses églises laide d’un architecte que lui avaient envoyé les Aléxievitch et Pierre le Grand. Le seul genre d’art. qu’on peut (en Ukraine) ite. îu> l’aæ. des avec tzars Jean U l’an polonais », est la peinture d'église. I e peu encore resté des époques qui précèdent le xvne présente que Ion peu d’originalité » (1). siècle... Kiev végétait tristement, entièrement soumis à l’in- fluence de la Pologne conquérante ». « Depuis le milieu du séparer de qui en est siècle « ne « Avant le xvip xvne siècle on sent comme un réveil de nouvelles forces, la- tentes jusque-là €e réveil est une conséquence de la con- science nationale qui commence à se développer par la lutte avec la Pologne et de l’union avec Moscou. Dès lors deux principes sont constamment en lutte en Ukraine, et pas seu- lement dans la vie politique; mais même dans l’imagerie: ce sont Je principe byzantiiio-russe et le principe polono- latin. Cette peinture n'a rien produit de tant soit peu remar- quable. Quelques-unes de ces œuvres paraissent à llrabâr (2) être une triste décadence, après les sublimes œuvres de Novgo- rod, aussi tristes que certains spécimens de l’iconograph^ moscovite de la tin du xvn« siècle. On peut noter comme I)al‘ (1) Nous avons tiré cette citation du c I krani^nne du XVlh siècle, écrit poui par une personne encline à exagérer peinture. <2> T. VI, p. 4g], 1-hapitre 7x/ • le tome \ I <le l’i in portance de 06
— 155 — ticularité des maîtres de Kiev une certaine inclination ve^s -4 V’il * vX U la nature, 1 iutioduction de détails séculiers dans des sujets sacrés, et une tendance a la peinture de portrait, — résultat d’une plus «grande influence de l’Europe occidentale. Nous pouvons passer sous silence la sculpture ukrai- nienne et faire le résumé de notre brève esquisse. La Russie grand-ducale de Kiev accueillit l’art byzantin avec une effusion juvénile; durant cent ans elle en est devenue le centre en Russie, mais elle n’a pas eu le temps de la transformer et de lui donner des traits na- tionaux: avec la chute de la puissance politique la vie artistique meurt aussi et les monuments du passé som- brent dans la tourmente de l’invasion tartare. Après la dévastation tartare, 3 siècles durant, le pays semi- désert n’est plus que le théâtre d une lutte pour la plus prosaïque des existences; et dans les couvents seuls vacille encore une petite flamme de vie intellectuelle. Les circonstances ne permettent pas au peuple de tour- ner son esprit vers les beautés artistiques et il n existe pas un pouvoir national et fort, pour faciliter la nais- sance d'un art créateur et le soutenir. Au xvie siecle, sous la domination polonaise, la vague de tultuie o. cidentale atteint les rives du Dniéper. Le fait davoi accepté un art étranger, ne diminue en lien la \al( artistique d'un peuple ni de ce en quoi il a tram ce qu'il a emprunté. Mais cette fois eiuoie. de la Russie n'eut pas le temps de transformer dune
manière marquante les principes occidentaux, car n y vint bientôt du nord une autre influence et les ar- listes petits-russes tendirent à abandonner le provin. cial baroque, pour atteindre par St. Pétersbourg iés larges arènes de l'art mondial. C'est ici, dans la capi- taie de toute la Russie, que leur esprit créateur s’est au xviiie siècle, complètement uni à l'œuvre des autres fils de la Russie, et seules les personnes contaminées » par l’esprit politique maladif du moment actuel peu-, vent prendre à tâche de rechercher dans leurs œuvres de prétendus « traits nationaux d'art ukrainien ». « D'art ukrainien », comme tel — il n’en existe pas. Il n'y a aucune peinture particulière de cette sorte, ni d'architecture, ni de sculpture. Cette désignation n’au- rait pu être appliquée peut-être comme le fait Hrabâr) qu à la brève période polonaise de l'art du midi de la Russie (xvir s.). Les éléments de caractère local de lart petit-russe se sont manifestés dans l’art paysan appliqué. — les broderies, les tapis, les poteries, etc. Mais les ftaschi toscans ou les broderies des Abruzzes ne sont pourtant pas une preuve que la population de provinces soit un peuple particulier, non italien. I teneurs beaux monuments littéraires nous sont parvenus de l’époque pré-mongole. — des chroniques, I Instructwn. de Vladimir Monomaque, les descriptæ”5 'Je pèler*na"es en Terre Sainte, quelques sermons H
157 — cette «Chanson sur la campagne d’Igor» dont nous avons parlé plus haut et qui est à la fois populaire et littéraire. Ce qui a vu le jour au midi a une valeur artistique plus grande, car c’est ici, à Kiev, vers le centre intellectuel de la Laure de Pétchersk, que ve- naient se concentrer les rayons de lumière littéraire is- sus de Byzance, de même que ceux qu’envoyaient les ê pays slaves méridionaux, dont la culture, à cette époque de leur liberté, avait atteint déjà un degré de développe- ment fort élevé. Nous n’avons pas besoin de nous ar- rêter à caractériser notre littérature antique. 11 nous importe seulement de noter que les monuments en sont écrits en langue russe. Nous tous, qui avons étudié dans les écoles russes, les avons lus dans leur texte original et nous n’avons pas, croyez-le bien, eu besoin pour cela de dictionnaire, et il n existe même pas de dictionnaire pareil. Il s’y rencontre peut- être dans chaque page 2 ou 3 mots ou noms archaï- ques d'objets désuets: cela demande explication, mais c’est la langue russe, le russe ancien, un intermédiane entre la langue russe moderne et le slavon ecclésias- tique. Et quand les ukrainophiles prétendent que Instruction de Vladimir Monomaque est un modèle de « littérature ukrainienne », ce nest quune plaisa terie inconvenante, calculée sur le manque de gnements du public étranger. Hrouszewski cite dans son livie plusieur épiques populaires « en langue ukrainienne >. i a
— 15b --- avons vu déjà que ces contes ont disparu, au midi, f|e la mémoire du peuple et n'ont été préservés que dans ' le nord; avec le temps les formes antiques du dans lefjiiel ils furent écrits n’ont pas pu ne pas s'adâp. ter, en se transformant, à l’idiome grand-russe. Parcon. séquent le texte cité par Hrouszewski n’est pas autre chose qu’une traduction, une restau ra tion artificielle et manquée en plus car la langue primordiale de ces contes la langue ancienne russe commune (|jf. ferait de l'idiome grand russien, comme du petit-russe. La mention de ces contes nous oblige a, une digres- son. Le parti ukrainien prétend que le midi a été sé paré du nord et n’a pas eu de vie commune avec lui. Mai' la voix de res contes populaires, nés au midi, à Kiev, va justement nous prouver le contraire. En sa bonne ville de Kiev le prince Vladimir « Beau- Soleil » festoie dans sa salle des festins: il traite ses compagnons d’anmes et les héros « champions et dé- fenseurs de la sainte 'l’erre russe ». Eh bien qui sont-ils ces héros? Sont-ils nés au midi seulement, ou bien sont- * ils venus de tous les coins de la Russie? Voici assis a la table du festin Stavèr, de Novgorod, Duk Stépano-, vitch, de Galicie, Dobrynia Nikititch, fils d’un riche marchand de Ilïasàn, le boyard Permiàta, de Perhi, Aliocha Popôviteh, fils d'un archiprêtre de Rostôv, ot Ichtourila Plénkovitch, le riche élégant de Kiev. W prince est également gracieux envers tous: à tous il
— 159 - offre de l’hydromel, il a pour chacun une purole ai .nable. Mais quel est celui qu’il accueille avec des hon- neurs particuliers, qu il prend par la main et fait as- seoira la place d’honneur? C’est Ilia Moùrometz, le mo- deste paysan; le héros du Mourom lointain... pour un peu c eût été cette meme Moscou, tellement haïe tics ukrainophiies! Incarnation des meilleurs traits de ca- ractère du peuple russe, héros doux, magnanime, pieux, saris avidité pour l’argent ni pour le pouvoir, généreux même envers ses ennemis, Ilia fort sans vante rie, calme, tranquille et invaincu est le héros favori de la poésie épique populaire comme aussi l’hote préféré du bon prince Vladimir. Peu nous importe qu'une partie do ces héros -oit inventée, que Perm ait été à cette époque encore fort éloignée des frontières de la Russie, que Stavèr ait été le contemporain de Vladiimir Mononiaque et non de son arrière-grand-père. Ce qui est essentiel, c’est que dans l’esprit du peuple ces héros appartiennent en commun à toute la Russie, que leurs vies (surtout celle d llià Moùrometz) sont vouées à servir la Terre russe. Nulle part dans ces contes populaires vous ne ti ou verez l’expression d’aucune animosité envers les lé ëions du nord. Ce sentiment est étranger au peup il a cédé «l’honneur» de cultiver cette idée i • • rin i çpulc des Par" ,l "krainophiles » contemporains. bne mui t'es de la Terre russe n'a pas eu de chance, ( est a pa>
— 160 — vre Galicie qui est décorée quelque pnrt «huis Unn , brimes de l’épithète « la païenne». C est certes U)1(. é Lliclo d’origine plus rérenie., provoquée par |;i tion en Galicie de la, culture occidentale. Mais elle ' tion en Galicie de la culture ______ fait pas non plus la joie des ukrainophiles, qui })r, tondent (pie la Galicie est le Piémont du mouvement ukrainien. G’est dans les chancelleries de Berlin et de Vienne qu’il faut chercher le Piémont Ukrainien, et non dans cette Galicie si chère à nos cœurs, qui a su conserver la conscience de ra nationalité russe à travers cinq siècles de domination polonaise et autri- chienne et (pii, actuellement, par la voix de ses meil- leurs fils repousse avec indignation les intrigues ten- tantes, mais peu propres, des ukrainophiles. La voix du peuple témoigne dans ces contes de limité de la Russie pré-mongole. La chronique de Nes- tor, « Récit des années successives, d’où est provenue la Terre russe», comme Y Instruction de Vladimir Mo- * K nomaque, sont remplies de l’amour de la terre natale et de la pleine et entière conscience de son unité. L idée fondamentale de la « Chanson sur la campagne d Ig°r” est encore un témoignage de l’unité de la Terre russe, et les « Patériques » (vies des saints) prennent a tâche d montrer (pie la Terre russe, elle aussi, n'est pas p&uVf en saints et eu justes, agréables au Ciel. Vers la née 1010 un « higoumène Daniel de la Terre russe
- 161 — vint en pèlerinage en l’erre Sainte. Il vint auprès du roi Baudouin, le salua. » Le prince Baudouin l’appela avec douceur» et lui demanda: «que désires-tu, bi- goiimène russe?». Kl Daniel pria qu’il lui permit d’al- lumcr une lampe pour la Terre russe devant le Saint Sépulcre, De roi octroya cette demande. Et le samedi- cnint Daniel plaça sa lampe. Et cette lampe s’alluma et brûla pour la Terre russe.
CHAPITRE VI. ETAT ACTUEL DE LA QUESTION On nous posera tout naturellement cette question: « S'il n'y a dans le passé aucune donnée relative au séparatisme ukrainien, comment alors expliquer son apparition actuelle, et comment les partisans d’une Russie une et indivisible se représentent-ils l’avenir de la Petite-Russie?». La provenance austro-allemande de la légende de l'existence d'un peuple ukrainien particulier est hors de doute. Démembrer la Russie, l’épuiser et la soumet- tre économiquement, tel est l’un des buts de la guerre, provoquée par les Allemands. Le plan de la création de l’Ukraine a été préparé à Vienne et à Berlin de longue date; les méthodes de culture d’un séparatisme artifi- ciel ont été étudiées en Galicie longtemps avant la guerre. De 1772 à 1848 le gouvernement autrichien a reconnu officiellement l’identité nationale des Galiciens avec le / • reste du peuple russe; on les appelait Russen. Ma>s en 1848 le gouverneur de la Galicie, comte Stadion, fit remarquer à Vienne le danger d'une telle appellatl°n
— 163 — et on introduisit pour la première fois l’emploi du mot nulhenen au lieu de Russen pour désigner la popula- tion russe des Garpathes. On trouva des gens qui s’ap- pliquèrent à utiliser des provincialismes du patois local pour tâcher d’en tirer une nouvelle langue littéraire, différente de la langue littéraire russe. On commença à persécuter le livre russe, à poursuivre les partisans de l'unité nationale de tous les Russes; on mit en scène des procès politiques de prétendue haute trahison»(1). Sous la tutelle du gouvernement le parti Ukrainien réussit à se constituer; en 1890 il conclut un accord avec les polo- nais de la Diète de Galicie. Les ukrainophiles commen- cent à appeler la population « Ukraino-Russes » et, de- puis 1907, ils appellent leur club « ukrainien » tout court. Le parti fait preuve d’une intolérance extrême envers tous ceux qui se considèrent comme russes, c’est- à-dire, au fond, contre toute la population; à toute oc- casion il suscite contre ses adversaires des accusations de haute trahison. L’héritier du trône Austro-Hongrois, l’Archiduc François-Ferdinand, protège vigoureusement ce parti : on voit germer l’idée d’une Ukraine indépen- dante avec un trône Habsbourgeois à Kiev. En 1912 le gouvernement appelle pour la. première fois la popula (1) En 1882 contre l’écrivain N^um0V1^h’0]^bHrlbâr et d’autres, connu plutôt comme procès con i » autres.
- 164 - tion a Ukrainiens» (1). L’oppression contre tout ce qui est russe augmente: apprendre la langue littéraire misse ou lire un livre russe de provenance étrangère, est am lifté de haute trahison; on ferme les sociétés d’instruc- tion, d’économie rurale et autres; les procès de soi-di- sant haute trahison deviennent de plus en plus fré- quents (2); en 1913 on ferme près de 12 écoles de la fraction russe. Là-dessus survient la guerre et l’action austro-ukrainophile se montre dans toute sa beauté: plusieurs dizaines de milliers de victimes innocentes ont été pendues ou martyrisées jusqu’à la mort sans aucun jugement (3}. Telles sont les méthodes. Avec le commencement de la guerre, l’Allemagne aussi a pu commencer son tra- vail préparé de longue main dans ce même sens. Son rayon d’action était plus vaste : il s’agissait d’arracher tout le midi de la Russie avec la houille du Donetz et (1) Dans l’acte de l’empereur François-Joseph sur 1 011V ture à venir de l’université ukrainienne. _ ^a. (2) Procès contre les frères Guérovsky, contre le Peic efc balovitch et 93 paysans en 1913 ; et contre Bendassiou ses compagnons en 1914. . on (3) Par exemple, pendant les transferts des prison»1 2 3^ les chassait devant soi comme du bétail, et parfois 1 o-s(°\1,sün- tuait à coups de sabre; c’est ainsi que furent tuées oO P nos à PéPémysl en 1914. Il y a eu des cas, où locale magyare et polonaise les a massacrés à coups do P de bâton et de baïonnette, par exemple à Mezôlaborcz.
— 165 - même avec le naphte de Bakou. On voit surgir l’idée de mettre chez nous à Kiev non plus un Habsbourg mais un Hohenzollern. Pour cela il fallait commencer par amener les Petits-Russes à changer de nom. Qu’importe que Bogdan Chmelnitzky lui-même ait eu l’habitude d’appeler la population de son Ukraine « peuple russe », — on se mit à assurer qu’il n’est pas russe. Il fallait rompre le lien linguistique du Petit et du Grand-Russe, • * puisqu’en éloignant les cercles cultivés du midi de la Russie de la langue russe littéraire et scientifique, il serait plus facile d’imposer au pays sa propre culture germanique, — on se met à encourager le langage artificiel ukrainien par tous les moyens. On agit à l’allemande, systématiquement et sans perte de temps. Dès la première année de la guerre les prisonniers de guerre petits-russes furent concentrés dans des camps spéciaux où on se mit à les « ukrainiser »; on créa, pour les plus aptes, une sorte d’académie d « ukraini- sation » à Kœnigsberg. Et ce sont plus de cent mille de ces prisoinjniers, ainsi «travaillés» qui, revenus dans la Petite-Russie en 1918, sont devenus l’instru- ment principal de la propagation de l'idée ukrainienne dans le milieu paysan. U fallait poser les bases dune armée ukrainienne, — et, dès les premiers jours de a révolution, on voit exiger la réunion des soldat gine petite-russienne en des unités particulières une mesure d’autant plus habile, qu’elle poi ai
- 166 - sorganisaliotii dans l'année russe, qui était précisé ment prête à commencer dans deux mois, une grandio- se offensive de la Baltique à la Mer Noire. Cette me- sure, comme aussi le « prikaze N. I », si génial de simplicité et qui a porté dans les rangs de l'armée russe le venin mortel pour elle de l'égalité, n’a cer- tes pas été inventé dans le Conseil des ouvriers tt soldats de Pétrograd, mais dans le grand état-ma- ♦ jor allemand. Ce qui suivit est encore présent à la mémoire de tout le monde. Les Allemands ont mani- festé une disposition extraordinaire à entamer des pourparlers avec un petit groupe d’Ukrainiens « self- made». Ceux-ci signèrent un traité trois fois traître: traître envers le<s Alliés, envers toute la Russie et en- vers l’Ukraine en particulier; elle fut livrée à 1 Alle- magne pieds et poings liés, n’ayant acquis que le droit éphémère de s’appeler Etat indépendant. Les Allemands contribuèrent à l'avènement au hetmanat de Skoro- padsky; c'est par leurs baïonnettes qu’il était soutenu, ils parlaient dans le pays en maîtres, comme s ils e taient chez eux. Ce sont eux encore qui assurèrent plus tard le premier succès de Pétlioura. Il faut avoir l’incroyable désinvolture des ukraino philes pour déclarer que l’Allemagne ne les aurait Pa' soutenus. Ils sont bien plus véridiques dans les chan sons soi-disant populaires qu’ils ont composées, coin111 par exemple dans celle qui dit:
- 167 - « L Ukraine indépendante vivra en liberté «Chaque Ukiainien servira les Habsbourg» Ou dans cette autre qui invoque: « Que le Bon Dieu et la Sainte Vierge aident » l’empereur Guillaume, « le glorieux César allemand » « A chasser les Moscals (Russes) au plus vite de la Galicie ». Mais ce sont les allemands eux-mêmes qui parlent avec le plus de franchise. « La question russe, a dé- claré à la Constituante le ministre Erzberger, — n’est autre chose qu’une partie intégrante du grand litige entre les Allemands et les Anglais pour la domination mondiale. Nous avons besoin de la Lithuanie et de l’Ukraine, qui doivent devenir les avant-postes de l’Al- lemagne. La Pologne doit être affaiblie. Si la Pologne tombe aussi entre nos mains, nous aurons fermé tou- tes les voies d’accès à la Russie et elle nous appartien- dra complètement. N’est-il pas clair pour tous que c’est la seule route pour l’avenir de l’Allemagne». Ainsi donc, « l’avenir de l'Allemagne » voilà la solution du rébus du séparatisme ukrainien. La victoire des Alliés a rendu impossible à 1 Aile magne un travail à découvert en Ukraine. Mais en Eu l’ope les projets allemands ont eu plus de chance, bureaux ukrainiens, qui avaient déjà comme ' , oeuvre dans les pays neutres depuis 1915, et pa
- 168 — quent avec de l’argent allemand, continuent ie,Ur pagande. L’opinion publique européenne y Croit fait semblant d’y croire. Quoi qu’il en soit, lorL Lloyd George et Clémenceau mentionnent devant l0 Conseil des Quatre « le peuple ukrainien », ils ne font en cela que suivre la férule allemande, car, s’il n’v J avait pas eu de propagande allemande, ces messieurs auraient ignoré jusqu'à l’existence même du mot « ukrainien ». La France qui nous doit tant, a montré une bonne volonté extraordinaire à emboîter le pas de l’Allemagne. 11 est parfaitement possible que les grandes masses du public français, prennent la propagande ukrainienne pour la vérité vraie. Mais nous ne pouvons admettre que des hommes politiques n’en remarquent point la fausseté. Aujourd’hui on vous assure que le peuple ukrainien est la plus haute incarnation de toutes les vertus républicaines; trois mois plus tard (durant les- quels quelque membre d’une mission ukrainienne aura eu des négociations secrètes avec tel ou tel archiduc), vous lisez que les ukrainiens sont des monarchistes convaincus. L’histoire n’a pas connu d’armée ayant ac compli tant de hauts faits que l’armée ukrainienne, et qui ait surtout, fait preuve d’une telle omniprésence- aujourd hui elle prend Odessa, 5 jours après Kiev, trois jouis plus tard, elle s’empare à nouveau d’Odessa. Dans les journées où Dénikine avait atteint l’apogée 005
- 169 - succès et où les télégrammes annonçaient l’occupation par ses troupes de villes sur tout le front, quelques journaux publiaient soudain un télégramme qui an- nonçait la prise de ces mêmes villes par l’armée ukrai- nienne; le télégramme était indiqué comme provenant de Taganrog, où se trouvait alors... le quartier général des forces armées de la Russie méridionale. On publie des illustrations de l’entrée à Kiev d’une armée ukrai- nienne forte de 300,000 hommes; mais en réalité elle n’a jamais dépassé le chiffre de 45,000. Les journaux français donnent à Pétlioura le titre de généralissime; je ne suis pas français, mais il m’est pourtant désa- gréable d’entendre donner à un obscur aventurier le même titre qu’au maréchal Foch. A en croire la pro- pagande, le « Directoire » ukrainien serait le modèle d’un gouvernement progressiste. Quels bienfaits n a-t- il pas apportés à son peuple! Et un programme démo- cratique, et une grande tolérance religieuse. Mais en fait l’Ukraine a été le théâtre d’effroyables massacres de juifs, et ces massacres n’ont pas seulement été sim plement exécutés par les masses paysannes, ils ont, au contraire, été réglés et effectués aussi selon les dres des « atamans » de l’armée ukrainienne. La des- cription du « bain de sang » de Proskoùrov fait dre les cheveux sur la tête (!)• Et quel peut être, <+ii‘nnrien Sémésenko (â- (I) Le 4 mars 1919 l’ataman P6*11®"1 , à sa bri- sé de 22 ans) cantonné près' de Proskoùrov, donna _
— 170 — le programme d’un «gouvernement» composé d’ave turiers demi-instruits,* * qui n’ont pu s’emparer du n voir que grâce aux mots d’ordre démocratiques et aa cri de ralliement de « toute la terre aux paysans »? q cri peut, chez nous, réunir pour un bref laps de temps les paysans autour de qui que ce soit. Mais ce qui règne actuellement en Ukraine comme dans toute la Russie c’est le chaos, la guerre de chacun contre chacun. Le gouvernement français qui a eu de ses agents au midi de la Russie, peut-il ne pas savoir au moins une partie de la vérité? Mais comment expliquer alors les sympa- gade Zaporogue l'ordre d’exterminer la population israélite. Cet ordre disait que « tant qu’il restera un seul juif chez nous • en Ukraine, il n’y aura pas de tranquillité ». Le 5 mars toute la brigade — composée de 500 brigands indisciplinés et ivres — s’étant divisée en trois troupes, avec des « officiers » à leur tête, entra dans la ville et se mit à massacrer les Israélites; ils entraient dans les maisons et exterminaient parfois des familles entières. Du matin au soir on tua 3000 personnes. Un seul homme fut tué par une balle — un prêtre orthodoxe, qui avait tenté d’ égorgés. (Voilà révolutionnaire, l’arbitraire, et « démocratisé », niée Impériale, extraord i nai re). arrêter les monstres, — les autres furent ce qu’est devenu, sous l’influence de l’ivresse de l’atmosphère du manque d’autorité et e dirigé par les «officiers» du nouveau gem® ce même simple paysan russe qui, dans 1al a donné tant d’exemples d’une noblesse d aIlie Quelques jours plus tard Sémésenko exigea de la ville le payement de 500,000 roubles, après quoi un °r' ie du jour remercia les «citoyens ukrainiens» Pour ,eU. . -, * * l’« armée nationale », qui s© manifestés par leur contribution volontaire de 1/2 pour les besoins de la brigade.
- 171 — tliies françaises pour l’idée ukrainienne? Par le désir de voir garanti le remboursement de ses milliards, dit-on. Mais je me refuse à comprendre comment une partie d’un pays pourrait payer la dette plus facilement que tout le pays? Les idées actuelles nous présentent parfois des énigmes de ce genre de logique. Ne voyons-nous pas des personnes en apparence sérieuses, rêver de créer une menace à l’Allemagne par un conglomérat de petits Etats de l’Europe orientale. Au lieu de l’en- treprise enfantine de se garder contre l’Allemagne par la coalition de 4 -ou 5 petites armées nouveau-nées, ne serait-il pas plus pratique de travailler à la recon- struction. de la Russie une et indivisible, à laquelle ces Etats-là se joindraient naturellement et de leur plein gré? Il n’est pas facile de préciser les intentions de la Pologne envers l’idée d’une Ukraine indépendante. On dirait que son gouvernement n’a pas encore adopté une manière de voir et des principes définis. Il est encore en proie à des appétits impérialistes inassouvis, mais il est enserré entre le bolchévisme russe et le sien propre, et ne dispose que d'une armée dont les différentes par ties ont des idées politiques diverses; il est par suite, contraint de louvoyer aussi dans la question uk nienne. Au moment actuel (février 1920) il protè0 tlioura, qui a, pour cette protection, vendu, d léger, à la Pologne, la Galicie orientale. Une c
- 172 — claire : la ligne de conduite polonaise dans la qUeslj ukrainienne sera toujours basée sur le désir d’affai]/ la Russie. Un autre puissant facteur du séparatisme ukrainien et de tous les autres en Russie, c'est le bolchévisme Us forces du mal qui l'ont enfanté ont fait leur nid pria cipal dans la Russie centrale. Toutes les régions de frontièré, désireuses de se préserver de la contagion sont obligées de renier la «Russie». Il y eut des pé riodes où un pur patriote russe pouvait en toute paix de conscience servir les gouvernements locaux: en les servant il protégeait une partie de la Terre Russe contre la débâcle spirituelle et matérielle, dans le but de tra- vailler un jour à la reconstitution de l’unité de la Russie. Actuellement le rôle du bolchévisme comme force désagrégeante est, on pourrait le croire, passé: son caractère mondial, et non pas seulement russe, frappe déjà les yeux des plus aveugles et les hommes cesseront bientôt d’identifier les mots « bolchéviste » et ‘ russe»; d'un autre côté la politique soviétistc de Mos- cou paraît encline à se poser des problèmes d’unifica- tion nationale. Quels sont les facteurs intérieurs de l’idée de 1^ dépendance ukrainienne? Sur quel terrain tombent^ influences extérieures susdites? Qui y fait écho sur leS deux et, en fin de compte, le séparatisme ukrain’cn existe-t-il réellement?
- 173 - « Nous sommes élus par la volonté d’un peuple de 45 millions d âmes», prétend le Directoire; « nous som- mes les représentants du peuple », disent différents « ambassadeur s » ukrainiens dans des interviews avec des journalistes, comme dans de fastueux banquets donnés en l’honneur des représentants de la presse. Mais, serions-nous tentés de leur répondre, nous vi- vons à une époque révolutionnaire, et ces époques-là sont celles des faux prétendants. Par qui et quand avez-vous été élus? Est-ce que ces Radas (assemblées du peuple) composées de quelques centaines d’ouvriers, mandataires de personne, et votant sur les instigations de dix à vingt agitateurs, peuvent représenter la vo- lonté du peuple? Certains de nos lecteurs pourront me soupçonner d’un parti-pris contre une assemblée aussi démocratique. Alors, que ce soient les représentants des socialistes-révolutionnaires qui parlent pour moi. En décembre 1919 ils ont présenté au Bureau Socialiste International un mémoire. « Le peuple ukrainien, y est il dit, n’a pas une seule fois exprimé clairement le dédr de se séparer de l’Etat russe» (1). Le 20 Novembre 1917 la Rdda, élue sans le suffrage universel... s’est déclarée, par son 3° universal, pour la fédération avec la Rus Mais 2 mois plus tard (le 22 Janvier 1918) ap défaite des troupes ukrainiennes et la prise de (1) Nous citons d’après Ig texte anglais.
— 174 - les bolchévistes, « les restes de la Rada proclamé^ par le 4e universal, la séparation complète de FUkr ’’ ne». A cette époque «le peuple avait déjà complètement abandonné la Rada; elle n’était soutenue que par |es séparatistes ukrainiens et par les cercles qui espéraient un rétablissement de leurs privilèges de classe à l’aide de l’empire d’Allemagne». Les agissements de la Rada Centrale, présidée par un étudiant de 24 ans Goloubô- vitch, « menaient vers une sujétion totale de l’Ukraine à l'Allemagne». «Lorsque le 12 Mai 1918 un major allemand dispersa la Rada Centrale et arrêta les mi- mstres ukrainiens (1), pas un bras ne se ]eya à pour defendre cette assemblée, qui avait su gagner une impopularité générale». Le professeur Maillard, 1 l’i-i roc'lure A01 Ajustement intitulée « Le mensonge en ra*ne séparatiste » (1919, Paris), s’exprime en- brièvement et catégoriquement sur l’auto- DifrAOn|C<e |la Tiada' 11 y a dans cette brochure un cha- 10 1 U é délégation ukrainienne veut induire citeTffî1 U Conférence de la Paix» (2). L’auteur y rmation de la « Délégation » que le « peuple ^oiis eu r - dcr,»^Xde d’aPX aPri œHe-ri Une trach r ' oc^'lon de Phetman. ‘'iadncf>jOn
- 175 - ukrainien » aurait irrévocablement décidé de se sépa- rer de la Russie, ensuite, ayant posé ]a question de savoir comment, où et quand ce « peuple » aurait exprimé son désir, il démontre que la Rada de 1917 et 1918 n’a été autre chose -qu’un « ramassis de compa- gnons » sans aucun plein pouvoir. Il termine par la phrase suivante à l’adresse de la « Délégation » : « Je re- viens de la Petite-Russie, où j’ai vécu 20 ans et que j’aime comme une seconde patrie, et je vous le dis en face : « en écrivant cette phrase vous en avez indigne- ment menti et vous avez essayé de tromper la Confé- rence de la Paix». Mais laissons «les représentants du peuple » et passons au «gouvernement». C'est la force physique qui commande actuellement en Russie. Rassemblez et armez 30 hommes, prêts à vous obéir, et vous serez le maître dans votre village, vous édicterez des décrets d’abatage de bois dans le village voisin et prélèverez les impôts pour votre propre compte, jusqu’à l’arrivée d’une bande plus forte; celle-ci vous vaincra ou bien vous vous unirez à elle. Rassem- blez 300 hommes, trouvez une mitrailleuse, et vous se- rez temporairement le maître dans toute la commune. Au lieu de 300, Pétlioura en a rassemblé 30,000 et agit en maître dans 2 ou 3 gouvernements. Il les a rasseon blés par la promesse de leur donner la terre, son P mier succès a été assuré par les Allemands. «Des qu . • ait le meme la. domination allemande eut pris ?
--------— — 176 - mémoire des socialistes-révolutionnaires, les ma^_ des paysans et les ouvriers abandonnèrent le Directoire de Pétlioura. malgré tous ses efforts pour surpasser par la démagogie de son programme jusqu'aux bolchevik tes eux mêmes ». A la campagne il n’y eut plus aucune autorité; les représentants du pouvoir de l’hetman Sko- ropadsky furent fusillés ou s'enfuirent. Ils ne furent remplacés par personne. « Au moment actuel le pou- voir douteux du Directoire ne dépasse pas d’un centi- mètre la ligne des baïonnettes » de son armée. Il ne peut être question d'aucune action gouvernementale re- constructrice. En Ukraine, c’est le chaos. « De vraies bandes de brigands détruisent en Ukraine les villes, aujourd’hui sous le drapeau du Directoire, demain sous celui des bolchévistes, plus souvent aux risques et pé- rils du chef de bande, comme par exemple celle de l’ataman Grigoriev ». Les bandes exigent des village des vivres; les paysans les (Sachent, désarment pétliouriens et les massacrent; il est arrivé qu’un non veau détachement de pétliouriens a bombardé le lage insurgé avec de l'artillerie. Tout le système *l gouvernement pétliourien est purement bol'chévist® Aux yeux de l’Europe, il tâche de se poser en b°ule vard contre le bolchévisme, en réalité il n’en est quun -variété. Mêmes phrases mensongères sur la démoe lie, même mépris en fait pour te peuple. Les tro«P^ ukrainiennes ne se sont jamais battues sérieuse®6
- 177 - contre l’année rouge. Ce n'est pas pour rien que quel- qu'un a dit que Pétlioura a une tête ukrainienne, mais une queue bolchéviste. Le peuple est pillé sans misé- ricorde: la vénalité y règne tout aussi largement que parmi les commissaires. Pétlioura est entouré de quel- ques dizaines d'aventuriers de l’espèce qui surnage sur les eaux bourbeuses des époques révolutionnaires. Il s’y trouve beaucoup de ceux qui ont appris « l'ukrai- nien » en Autriche; comme personne d’autre ne le con- naît en Ukraine, ils y sont assurés de faire une belle carrière, si le séparatisme réussit: il .est naturellement plus agréable de devenir gou-verneur. que de redevenir débardeur ou clerc, c’est ce qui explique qu’ils soient des «séparatistes convaincus». « C’est justement pendant le peu de temps que ces séparatistes ont été au pouvoir, quon a \u s tester la variété la plus sauvage du chaminL J v persécution de la langue). Il faut distinguer i vues; la russe, la petite-russe et la pseudo-lan^it ukrainienne. . , , rAînniof «Les journaux russes furent >upprime,’ des caractères russes interdit; dans les branches d ad nistration où le service pouvait etre fait < ”'1 , , mpmPS COniinc suffisante par les ukrainiens eux , hemins de fer. exemple à la poste, au télégraphe, aux 1 , $ écoles; la langue russe fut abolie »: elle fut eX^ ainsi qu’on ies manuels russes furent détruis 12
— 178 — traitait la langue que comprenait tout Petit-Russe j langue dans laquelle étudiait tout enfant netif i vii i USSc dans laquelle étaient imprimés presque tous les ’ ° jour- naux, conclues toutes les affaires importantes et qUe parlaient dans Ici famille même tous les « intellec- tuels». qu’ils fussent d’origine petite-russienne ou au- tre indifféremment. Noirs avons vu plus haut (p. 74-77) sous quelles influences l’idiome petit-russien a commencé à se dégager de la langue russe ancienne. Il existe depuis 4 ou 5 siècles. La science le considérait comme un dialecte (1), il n’était reconnu comme langue que par les ukrainophiles seuls. Mais le 20 février 1906 la section de la langue russe et des belles-lettres da l’Aca- démie Impériale des Sciences a reconnu l’idiome petit-rus- sien comme langue. Cette décision fut prise à la majorité d'une voix seulement (sur 5, si je ne me trompe). Certains sont d'avis que cette détermination a été la suite de considé- rations scientifiques 'mais il y a des savants, comme lacæ démicien Sobolevsky, qui la combattent vivement); d’autre- pensent que, prise dans les journées de la répétition géné raie de la révolution russe, elle a été le reflet involontaire du désir de protestation politique contre la .manière pou C1 lisée du gouvernement central’ de traiter les idialectes locau Quoi qu n en soit, cette décision porte le sceau de 1 Acadétu elle est sans appel, et depuis 1906 il faut dire « laî,gUe Au point de vue des us et coutumes, personne ne PeU 1) L jpinion d<- Miklosich fait exception.
- 179 - pendant nier que cette langue n’ait tous ]& caractères distinc- tifs d’un dialecte: elle n’est parlée que par le peuple, sa littérature porte l’empreinte de ce qui s’appelle en Italie h tter<i'.ura dialettale, elle se borne à quelques drames et co- médies de couleur locale, à des contes populaires et à des poé- sies traitant des sujets de la vie du simple peuple local L’idio- me petit-russien ne s’est pas encore développé en une langue littéraire et scientifique. Il est probable qu’il en a été empê- ché en partie par les difficultés que le gouvernement lui a faites dans la dernière moitié du siècle dernier. Mais ce n’est certes pas la raison principale. Chaque idiome peut, à la fin, acquérir le développement d’une langue particulière, mais il faut pour cela un génie, comme Dante, ou des siècles de cul- ture indépendante. Jusqu’ici un seul homme, qui soit digne du nom de poète, a écrit en petit-russien — c'est Chevtchenko. Si cher qu’il soit à la population locale, vu sur l’arène de ra critique mondiale, internationale, il ne peut être placé qu’au rang des poètes de troisième ordre (1). La Petite-Russie na pas (1) Des souvenirs de famille nous relient avec Chevtchenko. 11 habitait souvent chez mon grand oncle, le prince Repnme- Wolkon.sky (dernier gouverneur-général de la Petite-Russie), dans sa propriété du gouvernement de Polta^a. Chei tc en o bonnes relations avec la famille Repnine et jouissait hôte. La fille du prince avâit __ celui de poète. II parlait ‘‘ Ü était‘rempli de protestations eoo- .. dont il connaît la ngueur £ : "et contre le service . tendance vers æ . ------------ n. • de la ranime c<æt grâce aux soüic* ta ; rentrer de ex était en. de l’entière bienveillance de son . . une excellente influence morale sur lui- Lui-meme app plus son talent pour la peinture que. la famille en russe. _ tre le. servage des paysans 83 propre expérience. *dors; mais il ne démontrait aucune tiame. Il parait que c lî^pnine que Chevtchenko 3
— 180 -• en de culture indépendante : sa caill lire a été iuiKii-vlsibie^ liée durant cent ans à la culture polonaise et diuram 2^n diijj à la culture russe en général. C’est a la culture russe géiié raie que la culture ukrainienne venait puiser et en elle qu’elie grand Petit-Russe, génie ne peut grand musicien ne en choisissant un déposait ses plus beaux dons: le plus Gogol, a écrit en russe. Un écrivain de rétrécir artificiellement ses horizons et un voudra pas restreindre son art créateur instrument imparfait 1,. L’idiome petit-russien a cédé la préséance a la langue russe tout naturellement, car tout pro- vincialisme est tenu de s’effacer devant les intérêts de tout ♦ l’Etat e; de toute la nation. Langue ou dialecte, le langage pelit-rhssien est en tout cas digne de voir manifester à son egard par le gouvernement local au moins autant de respect que lui en a montré le pouvoir impérial. Que voyons-nous en fait? 4 La démocratique Rada Centrale, qui travaillait soi- d<>:ant à des buts de renaissance nationale, ne s’est pa- ge née pour sienne, l’exemple du gouvernement autrichien. La langue petite-russienne n‘a pas de termes suffi sants pour exprimer les besoins modernes d’une vie o • suivre a régard de la langue petite-rus- (lj Ix» ukrainophiles ne se gênent pas pour affii * Gogol a écrit en russe a cause de la censure. Gogol aimait pa\-, de naissance (1 Lkraine;, mais encore plus sa Patlie Rusffle). Seul un homme, russe jusqu’à la moelle des os’ a L exprimer une idée tellement surfaite de la mission eXC„’’.ie ^’n peuple. \ ou s rappelez-vous sa comparaison de kr une troïka irrésistiblement lancée en avant et e laquelle do. vent s’écarter tous ks peuples?
— 18* — vjliséc, de plus, elle est bien trop proche du russe et voici qu’à Lwov, où il prépare le séparatisme ukrai- nien, le pouvoir autrichien se donne la tâche de créer, sut la base de I idiome petit-russien, une nouvelle lan- gue artificielle, «ukrainienne»: et cette langue doit avant tout différer le plus possible du russe. Dans ce but on a a) supprimé trois lettres et ajouté deux autres a l’alphabet russe; b) inventé des mots ridicules, au lieu d’employer les mots existant en langue russe; c- intro- duit le plus possible de mots étrangers: polonais, al- lemands et autres. Il en est résulté une langue lourde et fastidieuse, si l’on peut appeler « langue» un produit artificiel sur les termes et les formes duquel ne peuvent pas tomber d’accord ceux-là mêmes qui la fabriquent. La Rada Centrale a désiré imposer cette langue aux Petits-Russes et en a torturé dans les écoles les cerveaux des enfants. Ainsi, dans ces deux dernières années on • / a commencé à dire au lieu de l’antique mot russe < straia » (garde), « wàkhta »... « Die XV acht am... Dnié- per »? Et c’est au nom de la « renaissance nationale » que s’accomplit tout ce travail destructeur de la langue natale. Le peuple proteste contre ce « volapük » et ne l’acceptera jamais, à moins que les enfants ny soient contraints dès leur bas âge par un gouvernement de.- Potique. La politique extérieure du gouvernement a consisté, selon l’expression peu élégante du mémoire de. soci
- 182 — listes-révolutionnaires, à être les laquais de la réaction allemande. Les séparatistes ont assuré le baron MuwU1 qu'ils étaient prêts à « renier leur programme social pourvu que l’Allemagne consente à les laisser au pOll. voir ». Il a montré le même manque de dignité vis- à-vis des Français: «dans la déclaration présentée au printemps de 1919 au commandant français à Odessa et signée par Pétlioura et le Directoire, cette institution consentait à remettre entre les mains du • consul général de France le contrôle de la politique in- térieure et extérieure de l’Ukraine, la direction des finances, des voies de communications et de toutes les branches du gouvernement et de la vie économique du pays». Leur politique «n’est qu’une trahison ininter rompue des intérêts des grandes masses de la popula- tion ». Il va de soi qu’en s’adressant à la Conférence de la Paix ils apparaissaient sous le masque de défen- seurs zélés de mute la phraséologie du catéchisme dé- mocratique moderne. « Quel est donc alors le fondement social du sépa* ratisme et sur quelle classe s’appuie actuellement L Directoire ukrainien? », demande le mémoire des so- cialistes, et il répond : « Avant tout, ce n’est pas sur 1 vrier qu il s’appuie. Car en Ukraine la classe ouvrière est presque totalement grande-russe et nettement traire au séparatisme ukrainien. Les séparatistes 0 été obligés de convenir, que dans les administratif
— 183 — des villes ils n ont pu obtenir que des minorités et que dans les grands centres industriels ils ne représentent qu’une minorité infime ». «Ils disent qu’ils sont soute- nus par les paysans. La classe des paysans en Ukraine est unie à celle des paysans du reste de la Russie par une communauté historique d'intérêts, de liens écono- miques, une similitude de civilisation et l’unité de la foi ». A de certains moments les paysans « se sont joints aux séparatistes, mais seulement parce que ceux-ci avaient caché leur nationalisme militant sous le masque de l’exigence d'une réforme agraire, à l’unisson de toute la démocratie russe. Dès que l’essence de leur nationa- lisme se fut découverte entièrement, les paysans leur ont tourné le dos et le séparatisme a perdu parmi eux toute son influence». Et si maintenant, après la révo- lution, vous entendez chez les paysans de Poltava des appréciations peu favorables contre les Grands-Russes, la cause en doit être cherchée dans le fait qu ils sont les propriétaires fonciers locaux et que les paysans défi- rent garder les terres, qu’ils leur ont ravies; la propa- gande les assure que si la Russie une et indivisible renaissait, les propriétaires reviendraient. «Ce n'est qu’une partie minime de la population née en Ukraine, qui professe 1 idée d un Etat ukra’, indépendant. Le noyau de ce groupe est composé du Poignée d’intellectuels; petits commerçant*, ind et employés, pour lesquels la perspective dune
- 1.84 — mation de l’Ukraine en un Etat indépendant compre les avantages du pouvoir, même s’il était fondé au pr,x d’une dictature nationaliste des classes privilégiées, Ainsi, l’opinion des socialistes-révolutionnaires coin eide entièrement avec ce que nous avons énoncé dans les premières pages de notre brochure. Comme mouve- ment populaire, le séparatisme ukrainien n’existe pas du tout, il n’est l’œuvre que d'un parti politique, issu du milieu intellectuel, et semi-intellectuel surtout; ce travail, généralement intéressé, s’est excessivement in- tensifié sous l’influence de l’atmosphère révolutionnaire malsaine, de l’influence austro-allemande et... des Al- liés. L’existence de la soi-disant armée ukrainienne et la possession par les ukrainophiles de foi tes sommes d’ar- gent. ne contredisent pas ces déductions. Les troupes ukrainiennes sont complétées par des volontaires; une bonne paye (300 roubles par mois, 5 roubles de paye journalière dans les marches, d 20 les jours de combat) ne sont pas une mince attrac tion. Les tentatives de mobilisation, n'ont pas abouti- En 1919 parut un prikaze de Pétlioura, disant que officiers ukrainiens ne sont pas sûrs, parce qu ils presque tous partisans de l’union à la Russie, et QU1S doivent être remplacés par des officiers allemands-1 e <)n’ logiquement, appeler «nationale» une telle 31111 & Comme organisation aussi, elle ne ressemble
- 185 - une année, cei laines parties en méritent plutôt le nom (Je bandes, te pillage, le massacre des juifs, sont de- venus une habitude. Sa force numérique est bien in- férieure à celle qu’annoncent les sources ukrainophiles. Au milieu de Juillet 1919 l’armée ne comptait pas plus de 12,000 baïonnettes, avec 130 canons environ. Dans e ce même mois de Juillet elle fut renforcée par des déta- chements. de l’armée galicienne, qui avaient traversé l’ancienne frontière autrichienne au nombre de 25,000 baïonnettes. Ce sont les meilleures troupes ukrainien- nes: elles ont été formées par mobilisation pour la lutte contre les Polonais, et se composent d’anciens soldats de l’armée autrichienne; la majorité des offi- ciers, surtout dans les états-majors, sont des Autri- chiens et des Allemands. Comme on sait, ces troupes (moins les officiers austro-allemands) sont passées au général Dénikine. Les ukrainophiles citent les bandes de Makhnô, comme manifestation du patriotisme ukrai- nien. Mais ce n’est qu'une mystification. Que Makhnô ait reçu de l’argent des Pétliouriens comme des bolché- vistes, pour causer du désordre sur les derrières de l’armée de Dénikine, cela est fort probable, mais ses bandes ne sont pas un produit de tendances nationa listes; elles sont nées des souffrances produites par la guerre, de la ruine, du manque de tiavail, de la fa et de la dissolution de l’Etat. Actuellement le mot . dre des gens de Makhnô est: «Le pouvoii
- 186 — terre au peuple». Cela ne sonne pas à 1 ukrainienne mais bien à la pan-russe. Soufc Skoropadsky on avait amassé un certain fonds produit de l'exportation d'une partie des 60 millions dv pouds (960,000 tonnes) de blé, qui devaient être exportés selon le traité de Brest-Litovsk. C'est ce fonds- la qui est devenu la source des richesses des Pétliou- riens. En 1919 le Directoire a ordonne à la population de rendre le papier-monnaie de l'époque de lEmpire, qui avait encore quelque valeur à l'étranger, contre, en échangé, du papier-monnaie ukrainien absolument sans valeur; il réquisitionna en plus les pierres précieu- ses dans les magasins. Tout cela fut transformé en valeurs étrangères. Les sommes ainsi obtenues sont dépensées pour l'entretien de l'armée et pour la propa- gande à l'étranger: la presse et « la représentation di- plomatique». Au commencement de l'année courante les sommes, transférées à Vienne, ont pris fin et e nombre des articles publiés à l'étranger dans les in- térêts du « peuple ukrainien opprimé » a considérable- ment diminué. Ukraine il de situation actuelle en un phénomène tout ‘ dU séParatisme — est Les leaders du m nouvoau, importé par nos ennemis. Passé, protestaient/”0"1 htUraire ukrainien du siècle gouvernement errait æ" W>ntr<‘ ,es difficultés que le développement libre de la lH"
187 - térature petite-russienne, mais ils n'ont jamais son-é a un séparatisme. Pas plus qu'eux n’y ont pensé n° la « Société des SS. Cyrille et Méthode» 1846?, ni l’histo rien Kostomarov (mort en 1885), ni l'émigré politique Dragomanov. Dragomanov préconisait la décentralisa- tion de la machine gouvernementale russe et la création d'autonomies locales régionales, mais ne se représentait pas l'Ukraine autrement que comme partie d une Russie unique. Mr. Hrouszewski lui-même n’a pas parlé de sé- paratisme avant la guerre; ceci est admis par les bro- chures mêmes des agitateurs ukrainophiles. Donc, mê- me dans le milieu qui, comme tous les intellectuels rus ses, sentait peser sur lui l’oppression gouvernementale, V • l idée du séparatisme n’était pas née. Si regrettables que puissent avoir été les fautes de l’ancien régime envers le mouvement littéraire ukrainien, la vérité n’en est pas moins que les difficultés ne touchaient qu'un groupe de personnes insignifiant par le nombre, et que le peuple ne les soupçonnait même pas. Les phrases sur « l’oppression du peuple ukrainien » ne sont bonnes que pour des meetings; un homme sérieux et conscien- cieux ne les prononcera pas et reconnaîtra que dans les milieux paysans de l’Ukraine il n’y a jamais eu le moin- dre indice d’aucune tendance séparatiste.
188 CONCLUSION. Il n'existe dans le passé aucune cause en faveur di séparatisme politique de l’Ukraine, rien n’y tend actuel lement chez la population petite-russienne. Mais peut, on être tranquille pour l'avenir? Nombre de Russes ne veulent y voir aucun dan- ger. Le mensonge et l'artificiel de tout ce mouvement sont, disent-ils, tellement évidents, qu’il est condamné à l’insuccès. Nous croyons, au contraire, que le danger existe, et qu’il est menaçant. Nos ennemis, comme les Alliés, désirent notre dé- membrement. Les Alliés aiment à répéter à satiété le .vieux principe de la non intervention, mais, en pra- tique, nous n’avons absolument aucune garantie que demain à Londres, à Paris ou à San Remo, on ne pro- 9 f . « 1 • clame l’existence d’une Ukraine indépendante et d’une Russie-Blanche particulière. Les Alliés ont proclamé le principe d’auto-disposition des peuples, mais pei- sonne n’a encore demandé à tout le peuple russe, s il désire être mis en morceaux; personne n’a encore mandé a la population petite-russienne si elle se 0011 sidère comme un peuple russe ou ukrainien. On a
— 189 Llne nouvelle idole — la Démocratie — tous les gou- vernements l’encensent, et toute la presse du monde, en chante, bassement, les louanges; et, dans le fait, la décision du partage de la Russie sera (et est déjà en partie) prise par le Conseil tantôt de dix, tantôt de qua- tre autocrates, qui disposent — pour le moment — des destins du inonde. Ne nous appesantissons pas sur • f l’hypocrisie de la politique contemporaine (qui ne la reconnaît pas en son for intérieur?); n’essayons pas de prouver aux Alliés qu’ils démembrent la Russie au profit de l’Allemagne, donc à leur propre péril; mais soulignons comment cet acte arbitraire — la reconnais- sance de l’Ukraine — se répercuterait en Petite-Russie. Là-bas le peuple est exténué; le paysan n’a que faire des partis politiques; il voudrait être sûr seulement que la terre restera définitivement en sa possession, que la récolte ne lui sera pas enlevée; il lui faut une autorité qui puisse lui garantir la sécurité. Comme dans toute la Russie, il a en ( kraine une soif latente d’autorité. Et cette autorité-là — qu’elle s’appelle répu- blicaine ou tsarienne, russe ou ukrainienne, — il s em- pressera de la reconnaître. La proclamation par 1 Lu rope de l'indépendance de LUkraine-, ciéeia aux yeux de la .population, une auréole autour du Directoire a to-élu; le paysan croira que l’Europe a soutenu ce p voir et ne s’attardera pas à réfléchir, si 1 indépen • sera utile à son pays, ou si elle le rendra 1 esclave
— 190 — de l’Allemagne. Il ne faut pas oublier que voici trois ans qu’on lui parle d’indépendance; le nom d’« ukrai- nien » à peine usité avant la révolution, est déjà de- venu familier à son oreille et les phrases des joUr. riaux, qui, au commencement, lui paraissaient in. compréhensibles et étrangères, se sont, à force d’avoir été tant répétées, imprimées dans les cerveaux pares- seux. Au moment voulu, par exemple au cas d’un plé- biscite ou d'une convocation de l'Assemblée Consti- tuante, on verra affluer de l’étranger aussi bien l'in- dispensable littérature de propagande, qu un moyen encore plus persuasif : l’argent. Où sont, sur les lieux, cêux qui auraient pu ouvrir les yeux a la population? Les personnes cultivées ont été massacrées, ou bien elles ont fui à l’étranger. Il sera extrêmement difficile aux quelques personnes restantes de lutter contre « 1 op1 nion générale»; je dis «opinion générale» parce que tous les journaux seront partisans de l’indépendante pour cette simple raison que les journaux d’une opin10 différente seront tout bonnement supprimés, be Pr0 blême des partisans de l’unité sera difficile a résoudre ils n’auront ni argent, ni presse, ni sécurité PcrS^ «elle. Si en Europe, sous le manteau de 1 idole mocratie, l’opinion du pays est, en réalité, reg* une oligarchie de démagogues, bien qu’ils ne ° • thU* pas même encore arrivés au pouvoir, combien facile ne sera-t-il pas de falsifier la volonté du Pa- I %
- 191 - dans la Russie actuelle? Voilà pourquoi nous disons que le danger est grand. Au passé il n’y a point de retour. La Russie unie de Pave/rir nous apparaît comme un Etat fédéré. Mais il ne faut pas abuser du principe fédératif. Partager ]a patrie en morceaux, selon les intérêts du moment, les considérations de carrière personnelle, établir des douanes pour presque chaque arrondissement, afin de donner des possibilités de profits à un plus grand nom- bre de fonctionnaires des Etats fraîchement pondus tout cela peut être une chose naturelle aux époques de révolution, aux jours de la chute terrible du niveau mo- ral; mais la vie normale de l’avenir exige une base plus solide, lue particularisation ne saurait être lé- gitimée que pour des régions vastes, ayant des parti- cularités ethniqueszet économiques, par suite de causes imirnanentefc. Etant donné le mélange de national.'tés, le principe ethnique cédera inévitablement le pa» aux considérations économiques. L’infinie richesse de la Russie gît en l’infinité de son espace: divisez-la, et chaque partie deviendra pauvre — le midi restera an. bois, le nord sans pain et sans houille, le nord et midi sans le coton du Turkestan. La fédération 1^ pose une ligne douanière commune, une aimé mime, une représentation commune à 1 étrano côté de corps représentatifs régionaux, un r
— 192 — Une itelle constilulkhi d’Etat commun. pondrait réellement à la conception (Tune i’édémii^ ne non pus i.Hiv pviu <lua uv m. nnssie pJ1(1 et Indivisible, l/idév d’une décentralisation régionale a été déjà soulevée dans les cercles gnuverne,mentaux du temps de F Empereur Nicolas II, et rien d’étonnant a cela: dans son essence la décentralisation aurait pu cohabiter même avec l'autocratie de Nicolas Ier. Dans ces formations régionales l'Ukraine occupera une place d'honneur. La seule faute du pouvoir impéruil envers la po- pulation petite-russienne, comme telle, a été d’avoir créé des difficultés à la littérature petite-russienne. donc, indirectement, à l'idiome petit-russien. Il est inadmissible de revenir à cette faute: il faut que dans la littérature, comme dans la vie, une concurrence libre s établisse entre les langue- russe et petite-russe: il faut que cette dernière se développe librement, en rapport avec le besoin naturel qu'en éprouve la popu- lation. Il ny a pas de doute que la victoire ne re?k* 1 la langue russe. Et au point de vue de la culture mondiale, cela n'est pa- a regretter: «La transforma- tion de l'idiome petit russien en une langue littéraire et scientifique, dit le savant français A. Meillet. se»'1 «ne perte pour la culture générale, qui est intéressé
— 193 — à ce qu une langue (dans ce cas le russe) unisse le plus grarxl nombre d’hommes possible» (i). La langue d’Etat doit être le russe. Us ukraino- philes s’indignent de ce qu’en Petite-Russie l’instruc- tion se donnait en langue russe. En Italie il existe jusqu’à 12 idiomes principaux, et dans les limites mêmes d’un seul et même idiome, le citoyen de Mi- lan ne cornfirend pas le montagnard de la Haute- Valteline. Dans toute l’Italie l’instruction se donne en langue italienne. L’unité de l’Etat et du peuple, les intérêts de la culture et des considérations pratiques de l’école l’exigent impérieusement. Mais personne n'a encore pour cela accusé « de barbarie » le gouver- nement italien. Pourquoi, alors, marque-t-on le mê- me fait, pour la Russie, du sceau de toutes sortes d£ mots effrayants? Je le répète encore une fois: il y a moins de différence entre le russe et le petit-russe, que par exemple entre l’italien et les idiomes vénitien ou napolitain, qu'entre l'allemand du nord Plattdeutsch- et celui du sud iOberbayerisch}. Le conscrit petit-russe, arrivé dans une caserne de 1 armée impériale, parlait le russe facilement au bout d’une semaine. De pim o connaît la facilité qu'ont les Russes et les Sla^o en néral pour apprendre une langue, même tout . dans le citation prise dans une (1) «Le Petit et le Grand Russe» 3 ex 4, 1919. Nous citons d'après une revue italienne. 13
— 194 — étrangère; pour l'enfant petit-russe l’instruction 6n langue russe ne présente aucune difficulté. Recherchant avec instance l'appui du monde catho lique, le parti ukrainophile cite les difficultés qu'ont éprouvées en Petite-Russie les catholiques-unis, connue une preuve qu'il est indispensable de délivrer l’Ukraine du joug de Pétrograd. L'intolérance religieuse est la faute fondamentale du gouvernement russe. Mais c’est une faute passée. C’est à un prix terrible que nous avons été guéris de cette maladie. Le bolchévisme, il est vrai, s’acharne actuellement contre le clergé orthodoxe russe; il a massacré jusqu'à 20 évêques, fusillé, pendu et cru- cifié des centaines de prêtres et il continue ses sacri- lèges dans les églises; mais cette haine ne sort, cer- tainement pas de l’âme russe. Lorsque sera finie la danse satanique du bolchévisme et qu’il y aura enfin une autorité quelconque, tant soit peu'digne de ce nom, la liberté de conscience sera garantie par les lois fon- damentales de la Terre russe. Ceci est absolument hors de doute. Dans le peuple russe il n’y a aucune intolé rance. Il vit depuis mille ans en rapports journalier5 avec des personnes et des peuplades appartenant au-x icligions les plus diverses et il vit en paix parfaite a'eC elles (1). Q?. lu’fs sont la seule exception, mais ce n’est r**1 pas intolérance religieuse qui est la cause des pogroms.
— 195 — Le parti-pris de la société russe contre le catholi- cisme est connu. Mais il n’existe pas seulement au nord ou à l’orient de la Russie, — c’est un fait général. Lorsque la propagande ukrainophile affirme que le «peuple ukrainien» nourrirait une inclination parti- culière pour le catholicisme, elle invente de toutes pièces. La vérité, c’est justement le contraire: dans les autres parties de la Russie le peuple soupçonne à peine l'existence de l’église catholique; en Ukraine, au con- traire, la défense fie la foi orthodoxe a été, durant des siècles, un des facteurs fondamentaux de la lutte des Petits-Russes contre les Polonais et, en Russie-Blanche, — le facteur de la lutte politique. La compréhension polonaise de la liberté de conscience n’a pas changé a travers les siècles. Voici ce qu'on écrit dans une lettre du 30 décembre de l’an passé, de la Russie-Blanche. « Dans les localités occupées, une polonisation effré- née continue à être pratiquée: on ferme les églises ou bien on les transforme en temples catholi- ques, on arrête les prêtres (les PP. Zabrodny et Lé- vitzki)... » (1). Le gouvernement russe n’a pas lait pire n dehors de fa (1) Voici la continuation de j^Etat deviennent question religieuse. .. Toutes les f!ussœ au serv.ee polonaises, les employés et en g appartements aU** sont congédiés avec orrlre d’evacue. 1«> M^,); on arrête lape do 8 jours (et cela ™ publique <!>• '‘“"‘/manière toutes les personnes de .nies polonaise* d le temps, manifesté de syn.patln'-
- 196 - même à l’époque du procureur général du St. Synode Pobiédonoszev. Le catholicisme a en Russie, deux en- nemis: l’un, le St. Synode orthodoxe, ce qui est dans l’ordre des choses, l’autre, le catholicisme, polonais un fait tellement « hors de l’ordre des choses » que l'union même de ces deux mots — de l’idée de natio- nalisme et de l'idée d’universalité — est une contra- dictio in adjecto. En Russie il existe, de nos jours, un puissant mou- vement spirituel. La propagande de l’athéisme et de la haine contre le christianisme, donne des résultats effrayants, mais, à côté de cela, les églises orthodoxes sont pleines de gens qui prient. Ce n’est plus la foule de jadis, chez laquelle le maintien des coutumes spi- rituelles des ancêtres avait un sens prédominant; main- tenant toute l'église retentit parfois des pleurs de ceux qui prient : les âmes martyrisées cherchent passionné- on recherche les officiers russes et, sous diih * dans des camps de concentra tio’b on détruit les enseign®® » russe elle-même est i® . éluni- on d’une autre 1 i ente prétextes, on les envoie on supprime les journaux russophiles, en langue russe. L’emploi de la langue connue indésirable. On prend des mesures indigne*» pou J n°i e la .Russie-Blanche les Russes, originaires d’auto* gions ac la Russie; on n'accorde aucun secours materiel a 00™+°^ e 1 Etat, chassés du service; on leur propose, <_ î™ soit d’aller en Russie Soviétiste, soit de vivre <1** oavsan^8 ( e conc*ontration. On réquisitionne tout chez; h uis terres ,,J) fWüe l)roPriéta ires fonciers à
- 197 - ment dans leur confusion la vérité du Christ et les corps épouvantés le secours de Dieu; on prend part aux processions après s’être préalablement confessé, dans l’attente, toujours possible, d’être fusillé par les mitrailleuses des bolchévistes. Tel est le terrain que l’Eglise catholique trouvera en Russie, lorsque sera établie la liberté de conscience. Et ce n’est que de la liberté de conscience que le catholicisme a besoin pour son succès. Il n’y a. aucune raison pour cela de démembrer la Russie. Les grecs- unis resteront à leurs places en Volynie ou en Gali- cie, qu’ils soient citoyens de tel ou tel Etat, indiffé- remiment. Il serait bien plus important de modérer l'intolérance polonaise qui nourrit la haine russe contre le catholicisme. En tout cas, il n’y a aucune nécessité de soutenir, dans ce but, le séparatisme ukrainien: le lecteur se sera sans doute convaincu que sa propa- gande est basée sur des idées et même sur des faits mensongers, et, s’il est catholique, il sait que 1 Eglise n’a pas besoin, pour le succès de l’œuvre du Christ, de soutenir le mensonge. ★ ★ ★ •l’achève d’écrire ces lignes au moment où, Kenio, vous partagez la Russie. Vous comprendre est impossible. Le peupk a donné deux millions de vies humaines pour
— 198 - garantir les deux années nécessaires aux prépara^ militaires; plus d'une fois il vous a tirés d’embarra. c’est lui qui le premier a ébranlé les forces ennemi^ et il a posé les bases de votre victoire, et vous, — Vou nous avez soupçonnés de vouloir vous trahir. Lorsque survinrent de vrais traîtres — les Bronstein {alias Trotzki) et G.ie, — qui ont trahi la Russie et vous-mê- mes avec, — vous avez accusé de trahison toute la Russie et vous avez commencé à décider de son sort, sans nous consulter, nous, vos alliés. Des Russes survinrent qui, de quatre cotés à la fois, marchèrent contre ceux qui vous avaient trahis et qui sont prêts à vous contaminer de leur venin bolchéviste; mais ces Russes, qui vous tes- taient chevaleresquement dévoués à travers toutes les épreuves et toutes les tentatives, vous les avez aban- donnés à leur propre sort, et cela.au moment même ou le succès était déjà si proche (1). Vous n'avez pas su vous décider à entreprendre une croisade universelle contre le danger universel aussi de la barba rie bolché- viste. et vous avez imperturbablement regardé péril ceux qui auraient pu servir d’avant-garde- aux croisés, maintenant luttez vous-mêmes! Vous avez regardé de remplis de reconnaissance envers l^s > réfugiés et pour les soins humain ais il s’agit ici de tout 1 enselcütl, _ .n»s la question de la lutte (1) Nous sommes i liés qui ont sauvé nos qui leur ont été prodigués. Mai, de la politique de l’Entente da tre Je bolchevisme.
- 199 - haut les officiers russes criblés de balles allemandes et martyrs de la révolution, et vous êtes prêts à recon- naître comme pouvoir légal une bande de monstres qui vous ont trahis à Brest-Litowsk. Vous êtes prêts à accepter cette humiliation pour avoir du pain et du blé, mais en fait, vous ne recevrez pas un wagon de blé, car la Russie bolchéviste est impuissante à vous ’ vendre autre chose que des bijoux volés; et si jamais vous en recevez — ce sera du pain enlevé de force à des affamés. Impossible de vous comprendre. Vous craignez la renaissance de l’Allemagne et vous nous poussez dans ses bras. Vous partagez la Russie et vous divisez le peuple russe. Est-ce que ces dernières années n ont pas montré combien les nations, même les petites, sont vivaces, comme elles renaissent après des siècles desclavage? Et nous sommes cent millions; nous avons déjà, des siècles durant, été divisés, mais nous nous sommes pourtant réunis; la Galicie, arrachée depuis 500 ans, continue à se sentir russe. Séparez-nous de nouveau, nous nom réunirons encore. Vous avez décidé que le peuple russe est mort et vous vous hâtez de partager son héritage. Mais il n'est pas mort. La grave maladie pa^seï , peuple reprendra ses forces, se redressentde to _ taille énorme et vous demandera, terrible vous fait de «na Patrie, tandis que dans ma demence
— 200 — je me flagellais moi-même, que je me débattais les griffes du monstre, que mon sang coulait et faim me torturait? ». entre Que la Soit! partagez la Russie! Mais souvenez-vous nilft vos décisions ne sont nullement obligatoires pour nous Par bonheur, vous ne nous avez pas invités à vos con- férences. Redevenus forts un jour, nous serons libres de décider de notre sort selon notre volonté! Souvenez- vous encore que l'exemple est contagieux et que de nos jours on ne peut impunément éveiller ou soutenir des instincts subversifs dans un pays étranger, même éloi- gné. Vous n’avez pas tué chez nous le bolchévisme lors- qu'il venait à peine de naître; moins de deux ans se sont écoulés et voilà que ses effrayants tentacules s’intro- duisent dans vos demeures par toutes les fissures. Vous soutenez chez nous les forces centrifuges, — elles s éveil- leront dans vos pays aussi. Qui sait si vous n'aurez pas a déplorer dans les années les plus prochaines d’avoir attenté à l’intégrité de la Russie et même à l’unité du peuple russe!
ANNEXES

— 203 - Annexe /. DONNEES GOMPLE DENTAIRES SUR LA TERMINOLOGIE. Dans le chapitre Ier, nous avons déjà dit qu’il est peu probable qu'on puisse rencontrer le nom iï Ukraine dans les documents avant la fin du xive siècle. Nous n’avons réussi à le trouver ni dans les documents de ce xive siècle ni dans ceux du suivant. La propagande ukrainienne affirme que ce nom est fixé dans les chro- niques dès la fin du xiie siècle. Il suffit d’analyser les textes les plus élémentaires qui s’y rapportent pour démontrer l’erreur de cette assertion. Nous avons éclairci la question dans une lettre ouverte adressée au cte Michel Tyszkiewicz. président de la « Délégation ukrainienne» auprès de la Conférence de la paix à Paris. Cette lettre est un résumé succinct de ce que nous avons exposé dans le chapitre Ier au sujet de la nomenclature ethnique et territoriale, mais elle donne en même temps des renseignements complémentaires- tirés des chroniques. Elle a été publiée dans le journal romain le Carrière (Tltalia du 25 septembre 1919. Non.-» la donnons traduite de l’Italien : « Comte' , 3 Juin, du Corriere ïl'atia contient ivec. Parlant de résonne-%. Jées différentes de celles du part ont recours a des preu une interview avec vous expriment des i<L nien, vous auriez dit quelles »
— 204 — ves, qui ne sont autre chose que des insinuations m songères et calomnieuses ». La question ukrainienne est trop vaste pour Po voir être discutée en entier dans une gazette. je veux pas suivre en cela l’exemple de la propagande ukrainienne: elle écrit le mot Ukraine, mais elle ne dit pas à quel territoire ni à quel siècle il se rapporte- elle se sert du même procédé pour le mot « les Ukrai- niens» et pour les phrases sur «le joug russe», sur « la lutte pour la liberté » etc., toujours sans définir ni le lieu, ni le temps. Ce n’est pas là le moyen d’ar- river à la vérité; et c’est justement la vérité que je veux établir. Il est donc dans mon intérêt de préciser la question. Pour aujourd’hui je choisirai clans ce sujet si vaste, la première affirmation de l'école ukrainienne, à savoir qu’à l'époque pré-tartare (ixe-xme siècles) Kiev n'a pas été la capitale de toute la Russie une et entière, mais le centre d’un Etat, nommé « Ukraine », habité par un peuple «ukrainien». Les adversaires du parti ukrai- nien affirment au contraire, qu’à cette époque il n’y a eu aucun peuple, ni aucun Etat ukrainiens. Voyons ce que disent les témoins séculaires et nous saurons alors laquelle de ces opinions répond à la vé- rité historique, et laquelle présente — je ne veux pas dire des insinuations calomnieuses — mais, disons — inexactes. siècle. — En 911 le prince de Kiev Oleg a conclu un traité avec Byzance; il y est parlé de « princes rus- ses», de «lois russes», de «famille russe», de « Ferre russe»; pour l’homme isolé on y voit ^?ureI’rne erme de tous sine, au pluriel roùsskié, et, c°nl su jstantif collectif on y rencontre le mot R°uSS' ng mot Bovss y est employé, en tout, dans le 96
- 205 - ethnique 18 fois, dans le sens territorial 5 fois- les formes roùsskié et roùssine, 7 fois chacune. Un traité semblable fut conclu en 944 par le pr. Igor: nous y trouvons les mêmes expressions « Terre russe », « prin- ces russes», roûssine, roùsskié et Rouss. Les chroni- ques occidentales nous apprennent qu’auprès de l’em- pereur Othon Ier arrivèrent des legati Rellenæ (nom chrétien de la princesse Olga) Reginæ Russorum; (So- loviev, t. I, p. 141, éd. 2). _\7e siècle. — En l’an 1006, le missionnaire allemand Bruno était en visite chez St. Vladimir et, parlant de celui-ci dans sa lettre à l’empereur Henri II, il l’appelle Senior Ruzorum. Le premier code composé à Kiev porte le nom de Roùsskaia Prâvda (La Vérité Russe); la fille d’Iaroslav Tr, épouse d'Henri Ier, roi de France, est connue dans l’histoire sous le nom d’Arrnc de Rus- sie. Un document du pape Grégoire VII, en 1075, ap- pelle Iziaslav, fils d’Iaroslav Ier, Rex Ruscorum. Dans un autre document de la même époque, ce même pape conseille au roi de Pologne de rendre a Iziaslav Régi Ruscorum les terres qu’il ©lui avait enlevées. A7C et XII6 siècles. — Le terme «Terre russe» est si fréquemment employé dans les chroniques de Kie\, qu’il est devenu, comme l’a dit le professeur Khou - une expression stéréotypée». Ainsi le prince à la Terre russe et cherchait a en ‘ ‘ Jr des princes consistait JIKIIW la iwre contre un tel «sele- w la Sainte Croix et toute la Terre russe » et perdu sa tête pour la ^erryUSj„ fonte la ' métropolite de toute ta chévsky, « V ' de Kiev « pensait à — prévoir les destinées»; le devoir à «soigner la Terre russe»' vera i « un tel a tropolite Russie », de Kiev s’intitule « etc. (1) En cas de parjure. (Note, du traducteur).
— 20b — ,\7//“ siècle. - Le moine franciscain P|< Chanson sur la campagne dT»0r)) H4io Garnir • qui visita Kiev en 1246, décrivait Kiooia, quae est ’’ tropolis llussiae. Nous voici donc arrivés à la péri T tartare. Et, abandonnant les chroniques, passons à p poésie épique. . ÎXa Dans la célèbre « Chanson sur la campagne d’lgor)) (xm° siècle) qui raconte un épisode (1185) de la lutte de la Russie avec la steppe barbare, nous retrouvons les mêmes expressions. De plus nous y trouvons: «et ils tombèrent tous, les braves roussatchis (russes) ». Toute la poésie épique (bylines) du cycle de Kiev et celle du cycle de Novgorod jusqu’au xiv° siècle, sont pleines de ces mêmes expressions. Le parti ukrainien affirme que les habitants de l'Etat de Kiev de cette époque étaient des Ukrainiens, et voici que du fond de tombes millénaires parvient jusqu’à nos oreilles leur cri : « nous sommes Russes, Russes, Russes! ». Quelle arme possède donc le parti ukrainien pour combattre la déposition de ces témoins ensevelis depuis tant de siècles et dont le témoignage ne saurait être changé « même pour tout l’or sous la lune»? L’artil- lerie lourde ukrainienne qu’on met en batterie aussitôt qu’on voit venir un adversaire sérieux, ne consiste qu’en 2 pièces: l’une porte la date de « 1187 », l’autre de « 1213». Exécutons un petit travail de précision sur ces canons, qui, aux yeux d’un lecteur peu versé dans 1 histoire russe, pourraient paraître avoir une gran importance. L/ 1187. l ne feuille de propagande ukrainien11 cite sous cette date le passage su i van4, tiré des c^r(>Ih ques de Kiev et de Galitch: « L’Ukraine pleur^.111{ mort du prince Vladimir Glébovitch ». 306 ans s’é^’e ' écoulés depuis le jour où Kiev était devenu en 881
— 207 — capit'dc de 1 B»tôt que vous appelez «Ukraine» et (e n’est qu’alors qu’apparaît son vrai nom? Cela ne vous semble-t-il pas un peu étrange? Mais approfondissons les citations. Vladimir Glébovitch était prince de Pé- réïaslav, situé sur la rive gaüche du Dniéper, presqu’en face de Kiev; la principauté se trouvait placée entre le Dniéper et la steppe des nomades; elle était la dernière principauté frontière. A la fin du xnc siècle la Russie du sud était déjà en train de péricliter; «la steppe» commençait à la vaincre. La principauté souffrait des Polovtzys bien plus que les autres; sa moitié orientale était déjà tombée aux mains des nomades; l’occidentale était devenue le dernier lambeau oriental de la Russie du sud et représentait, par conséquent, aux yeux des chroniqueurs de Kiev et de Galitch la «région-fron- tière ». 11 est alors naturel qu’ils disent: Xukraina pleu- rait: ukraina n’est pas ici un nom propre; mais un substantif commun (1). Dans un ouvrage scientifique le mot ukraina (avec un u minuscule) aurait dû être rendu ici non en transcription (Ukraine) mais en traduction, c’est-à-dire «la région frontière pleurait». Et en effet, nous lisons dans Soloviev, t. Il, p. 637: «...et ainsi mourut le célèbre défenseur de Vukràina (u minuscule) contre les Polovtzys, le prince de Péréïaslâv Vladimir Glébovitch, et tous les habitants de PéréïaslavMe pleu- rèrent... ». Qu’est-ce donc que la citation de 1 an sous la forme où la donnent les ukrainophiles? n o cornent fabriqué. .. niAQ An 1213. — A cette date il est dit (nous P. un journal ukrainien) que «le prince ' i.Tjkrai- roi de Galicie) occupa. Bérest e r|“e ukrame. ne». Ce cas est identique et il faut lue (1) Voyez l’explication pâges ^licteur). 13 et 213-214. (Note tra
- 208 — et, en langue étrangère, « terre de frontière ». Béresf c’est Brest-Litowsk, où se réunissaient les frontières? trois Etats: la Russie, la Pologne et la Lithuanie o gorsk, d'après Soloviev, est probablement le villaU actuel d'Ougroùïsk, à 100 kilomètres de Brest. L'artillerie est une arme puissante quand elle ti^ des obus explosifs; mais elle ne vaut rien, lorsqu'elle n'envoie sur l'adversaire que... des documents faussé? Je vous serais reconnaissant. Comte, si vous étiez assez a niable pour répondre — et cela avec la plus grande précision possible aux questions suivantes, fort précises également. a) Les citations faites par moi, ci-dessus, sont-elles exactes? b Si non, laquelle est inexacte et dans quelle de ses parties? Dans ce cas. je vous propose de nommer un arbitre, choisi par exemple parmi les professeurs d'histoire russe des universités italiennes; je désigne- rai le mien: ils choisiront ensemble le troisième. c) Si mes extraits sont exacts, trouvez-vous logi- <tues ou illogiques, véridiques ou mensongères, les dé- ductions suivantes qui en découlent: .< 1) L’Etat dont Kiev était la capitale, s’app°lai dans la période pré-tartare Rouss; 2) Le peuple qui y habitait s’appelait « nlS (rouss et roùsskié} ; . j|g 3) La propagande ukrainienne, lorsque parfoc admet que le peuple s’appelait Rouss et nie Q111. nommât roùsskié (russe-adjectif), affirme yne ces mensongère, puisque nous trouvons déjà dès deux formes du mot; . iai« 4) Ni cet Etat, ni son territoire ne se sont appelés, Ukraine;
- 209 - û) A cette époque il n’v a i pique indication de l’existence dhn™ P US micr°sco- lassent « ukrainiens ». Sommes qui s-apptf. Si vous reconnaissez l'exactitude de - . vous vous verrez obligé de reconnaître quTj’ai son — au moins pour ce qui re°arde 1» (J . tartare - - en disant dans le'journal Ejtoca (du 3*Juin) que le p.u i ukrainien «s’occupe de mystifications no htiques » et « fausse l'histoire ». ‘ p Agréez, Comte, l’expression de ma parfaite consi-• deration. . P.ee Alexandre Wolkonsky». ★ ★ ★ J'espère avoir posé la question d'une manière assez précise et définie. Mais les ukrainophiles redoutent la précision. Voici la réponse du comte Tyszkiewicz dans la Petite République (30 octobre 1919) sous le titre « l’Ukraine et la Moscovie». Nous divisons le texte en points: a, b, c... pour abréger nos commentaires. « Prince, (( a) Le Giornale (sic) dltalia du 25 septembre m'a apporté une lettre ouverte de vous, à laquelle je me l’errnets de répondre. En laissant de côté les expressions ( 11 genre de « documents falsifiés», «artillerie lourde», que je n’emploie pas ordinairement, je vous dirai ce qui suit: « ô) L’expression de Russes ou Rulhènes a certai- ,1('Jnent été employée au xc siècle et même plus tard ’ les princes et leurs guerriers Normands । l’Ukraine et même les Peuples qui leur furent soumis. U pour désigner qui ont conquis à cette époque
- 210 — ces russes » (Histoire de Russie, tome I, p. 53) — a « 1 J A 1 X 1 / ' I tité des Russes avec les Normands: les écrivains , leur dissemblance avec les Slaves. (Solowiev, T p. 51-56). (( ils disparaissent dans l’élé- « c) Le chroniqueur Nestor et l’historien Soio • que vous citez sont des plus explicites là-dessus: « le terme russe, le chroniqueur (Nestor) entend toin^ peuples slaves qui se trouvaient sous l'autorité des « d) Luitprand, évêque de Crémone, constate ri(p • ' avec les Normands: les écrivains arabes ’oine f I e) Ils jouent le même rôle parmi eux que leurs frères en Angleterre, en Normandie et en Sicile; en tout cas, conquérants ou non, ils disparaissent dans l’élé- ment indigène de chacun des deux groupes qui se cris- tallisent au nord et au sud et (pie séparent non seu- lement l'immensité des territoires incultes, mais Inut un monde de dissemblances ethniques et géographi ques. ' AI «/) Et cela d’autant plus que nos deux pays s’ap- pelleront 1; toujours autrement. A l’époque où on ap- pelait 1 I.'kraine (expression populaire qui veut dire pays, patrie, Z/vo, employée aussi dans les chroniques de 1187 et en 1213) Russie ou Sarmatie l'autre pays était, vous le savez, cflnnu sous le nom de Moscovie. Comte Michel Tyszkiewicz ». Ixi partie omise de cette lettre ne se rapporte pas a l’époque pré-tartare (2), et n’est pas, par conséquent, une réponse aux questions posées. (1) Le futur est évidemment une erreur de typ°giaP A. JV. (2) L y est dit que les tzars et Catherine la Gi an(lt|ran- iai* n nijours traité les Petite-Russes comme un peiip e h,I 2-’,+°n ' Parl° de la « prison» (russe) des peuples, 011 tjo- nalRés i>U* feU ( ° 1>laœ pour ifiS autres cultes, les autl<?.aDcbe' -, ni pour aucune civilisation. Il n’y aurait eu
- 211 - Le comte Tyszkiewicz a répondu par un «oui» «. ninle aux 3 premiers points et a prudemment éludé la réponse aux deux autres. Examinons un Wu opq v ' m» । • I •j •*5 V ( 1“ irrn-ations: a} L’expression «docmncnts falsifiés» est em- ployée par moi avec raison, car citer le texte de la (•lironiîpie avec le mot «Ukraine» en affirmant que le chroniqueur parle de l’Etat «Ukraine», constitue pré- cisément une falsification du document. b) Je ne connais aucun cas, ou les descendants de Rurik, ou leurs troupes, se soient appelés, dans la pé- riode pré-mongole « ruthèncs». Les Normans du x‘ siè- cle n’ont, pas conquis l’Ukraine, car à cette époque il n’existait aucune Ukraine. c) La citation de Soloviev explique d’où est venue l i dénomination «russe», mais ne parle pas du tout d'une distinction entre la population du nord et celle du -midi. Ce nom est appliqué à toutes les tribu- slaves qui ont formé le peuple russe, voilà la déduction a tir -r de la citation. Ce que j’affirme est précisément la même chose. Mais le cte Tyszkiewicz a tort de traduire So- loviev inexactement : Soloviev dit «tribus», et le cte Tyszkiewicz traduit «peuples». Il y avait, il est vrai, bien des tribus, mais un seul peuple — le russe (1). ment rien en Russie, absolument rien, que «le ( espo une barbarie asiatiques». La lettre finit pai um me < sortie contre les personnes, qui aiment leui assit divisible. , « > • „ Dans la (1) Voici la citation exacte de Soloviev ...__ partie de Japhet, dit-il (c.-à-d. Nestor), m 1 Jes tribus ici le chroniqueur sous-entend par ce n uis il énumère slaves soumises au pouvoir des princes iu T„+tone. qui Pa- les. peuples étrangère, d’origine Fmno.sert .., „ Valent tribut aux russes a son .poqiæ-lisent comme suit: Les passages correspondants de Nretoi se r
d) Je n’ai jamais nié l'origine normanne de R rik. Il est vrai qu'une tribu immigrée peu nombreu {Rouss) a été absorbée par la population indigène. M f la cristallisation de la population méridionale en £ traits extérieurs différents de celle du nord ne s'est du tout produite à l'époque où cette Rouss a fonction- né peut-être comme une force dominatrice étrangère ixe siècle), mais 4 ou 6 siècles plus tard. Je pense que l’opinion des Klioutchévsky et des Platonov a plus de poids qu'une phrase du cte Tyszkiewicz. e) En quoi consistait « tout un monde de dis- semblances ethniques et géographiques » du nord avec le sud à l'époque pré-tartare, — le cte Tyszkie- wicz ne nous l'apprend pas. Moi — je ne le sais pas non plus. J'ai tâché dans le chapitre III d’expo- ser ?e plus consciencieusement possible les différen- ces entre les deux parties de la Russie, mais je con- viens que je n'y ai réussi que faiblement — tant il y a entre elles de traits communs. Il est vrai que d immenses forêts séparaient la Russie de Souzdal de » (suit l’énumération des n’y a on Rouss que la langue (pellP ® ______________________________, les Novgorodiens, les i, les Drégovitchis, lesgérers, les Rougeanes, parce q ensuite les Voly viens. Et autres langues (peuples) qui payent tribut a L <_ U a’y a que deux manières do comprendre « en Rouss »: ou dans un sens territorial, ou dans 1° « Dans la partie de Japhet habitent lp Rouss, la Tchoud e toutes les langues (peuples): Méria: tribus finnoises). 2° « Il slave: les Polianes, les Drévlio nés, lotfhanes,________„„„„_____ j J • J y habitent le long du Boug sont d’autres langues (peuples) qui payent tri on t » la l'choud, la Méria... » (suit l’énumération des tribus I111,1 H n’y a que deux manières, de comnrendre cette eXl,1(’limo- lë sens eilj graphique. Dans le premier cas Nestor témoigne, quf ti ibus slaves, celles fin nord, comme celles du midi, -±s coni' partie de la 7 erre, russe et même comme membres a di»1 se- ient tribut). du .ulemcnt, l’un °u ire Q,1C et même comme membres a_ plots (puisque les finnois leur payait... - tond, quelles faisaient partie toute»s, et elles se - IKuph'. russe. [m ,,t,, Tyszkiewicz doit choisir entre I niitro Ix» ukrainophiles n’ont pua de pire irdver.- Nestor! 1
— 213 - celle de Kie\ ; mais il est vrai aussi, que de magnifique s rivières les réunissaient et que la population æ pressait sur leurs bords et restait ainsi en communication cons- tante. /) Sous le-rapport des dénominations territoriales le cte Tyszkiewicz s’est laissé aller à des erreurs tel- lement incroyables, qu’il est impossible de les débrouil- ler, sans leur consacrer quelques pages, 1) Et tout d’abord il est faux que le mot ukraina signifie «pays», «patrie», «région». Le cte Tyszkie- wicz, qui parle le russe, ne peut pas l’ignorer. Le nom likrâïna est une réfutation évidente de toute la théo- rie ukrainienne; c’est pourquoi la propagande ukrai- nophile à l’étranger s’efforce constamment de tourner autour de ce mot en en donnant aux étrangers une traduction inexacte. Le. sens du mot ukraina dérive non pas du mot krâj (territoire) mais des mots krâj (bord) et ou (près de) et veut dire «ce qui est près du bord, près de la limite», c’est-à-dire pays le long de la frontière., pays de la bordure, marche. A ce pro- pos: le mot krâj ne signifie pas non plus «patrie», par exemple l’expression : « je vais dans le krâj », ne si- gnifierait rien du tout; pour figurer la patrie, il fau- drait dire: «je vais dans mon krâj rodnoj, nata ». Le cte Tyszkiewicz doit le savoir tout aussi bien que moi (1). ; Blanche) z • .ni hnrel do le tut* - re^°n aU village® de ! nnvraae l’auteur donne le (1) Dans l’édition russe de oetox 6d. 1865, con- texte complet du Diction naye ia .s r quelques extraite, cernant le mot ukrâïna. Ici nous en situté près du «Ukrâjnij (adjectif) et ukrâtnh /• ‘ de frontière, situe bord do quelque chose, vj’]es de Sibérie s’apP'; aux derniers confins de 1 L < • • , ,gUf ja moi jadis ukrâïnnié. La y*lk\ ( e,1 région au b un lieu vkràïnnij. l'krdj, "''T' nl.;rent quelques terre .le bordure. 'VenteS Vukrâïna do Pskov («nt.qno). . Wli mW fr0Kle (ant.que) moldave (antique). Sur M**
- 214 - 2) Dans ma lettre j'ai prouvé qu’en 1187 et en 1213 la chronique ne se sert pas. du mot « Ukraine» comme d’un nom propre. Le cte Tyszkiewicz aurait dû ou bien me réfuter (ce qui dans ce cas est impossible), ou bien cesser de se servir de ce document falsifié. Au lieu de cela, il cite dans sa réponse à ma lettre ces mêmes dates, fort prudemment, il est vrai, mais de telle façon pourtant que le lecteur en peut garder l’impression que la Russie du sud s’était aux xne et xme siècles appelée «Ukraine». Je m'abstiens die commentaires ultérieurs. 3) « Ukraine — expression populaire ». Nous avons plus d'une fois rencontré cette idée — mais clairement et entièrement énoncée — dans les pages de la propa- gande ukrainophile. N'ayant aucune possibilité de nier que la terre de Kiev se soit appelée Rouss, les ukrai- niens cherchent à sortir de cette situation embarrassée en affirmant que la Russie du sud pré-mongole aurait eu encore une dénomination, populaire, vulgaire, «U- kraine». Mais où sont les preuves? Où sont les textes? On ne trouve ce terme ni dans les chansons populaires épiques, ni dans les autres monuments littéraires. Le cte Tyszkiewicz et Cie ne posséderaient-ils pas quel- que^ lettre privée de l’époque ou quelque compte d’hôtel de Kiev du xne siècle? U n’est pourtant pas honnête de donner à un PaYs un nom fl invention et de profiter de ce que les étraa toute "L"” «PPofe C7., .. ... Privé,. ,1^"''^ (Suit chez. fP"' «-«,?♦ 9«’uné . ns Pour dont l’énu- P onr./)e dire „ f,n autre fo,m !’ or<-ille ôtraiigèro'l. T1'' P'*Hiïn?,Pa3 bout “ ,"'ot «krdïm, subst. bn'- Bord " l<- Ixird au ’ ^"knnnr, dr h n, tu risques de tom-
— 215 — gers ignorent la langue russe, pour les tromper inso lemmenl, et se moquer ainsi du lecteur français an- glais, italien! Est-il honnête encore de tromper la’sim- plicité de son propre peuple? — n’appuyons pas. * 4) L’affirmation que le nord et le sud « s’appe- lèrent toujours autrement» (parce que le nord s’ap- pelait Moscovie) est incroyable d’aplomb. Le cte Tysz- kiewicz sait parfaitement qu’en russe le mot « Mosco- vie » n’existe pas du tout. «L’Ukraine et la Moscovie;., par exemple, ne peut être traduit en russe autrement que par « l’Ukraine et la Russie de Moscou » (1). Tout aussi incroyable est l’expression : «A l’époque où on appelait l'Ukraine Russie ou Sarmatie... » car il n’y a jamais eu de pareille époque : ce sont deux époques et elles sont séparées par un intervalle de 7 siècles. Nous laissons au lecteur le soin de décider si le cte Tyszkiewicz dit des choses aussi incroyables par erreur ou sciemment, et nous allons tâcher de nous débrouiller définitivement au milieu de ces dénomina- tions. Précisons: Ce qu’on appelle, qui appelle, et quand on appelle. Le monde ancien désignait par les noms imprécis de Scythie et de Sarmatie l’espace qu’occupent la Pologne actuelle, la Rus- sie d’Europe et une certaine partie de celle d’Asie. Leurs fron- tières septentrionales et orientales étaient indéfinies, . o Hérodote (v s. av. J.-C.) «a Scythie s’étendait du •Carpathes jusqu’au Don, et des mers Noire et zov nord jusqu’aux gouvernements centraux de ,a Mais l’orient du Don il y avait encore la la géographie de Ptolémée (11’ s. après M sont pas un qu’à la Mongolie, la Chine et 1 Inde. Les désigner de peuple particulier; c’était un nom collecté pou. desig .. aurait été inexacte; car (1) L’expression ((État moscovite» documents l’arron- au xvne siècle ce terme désignait ( pIÎS ov (Jours d’histotre dissement de la ville de ce nom. ( pag. 263).
- 216 — nombreux peuples à peine connus, et il se rar ’-f. époque... plutôt, éloignée. On mentionne pour h ,°l1eJr *' - ---•* - -----a T . _ C Pi jy - J occupai^ . Depuis le no s. aprè y -- — — * T~X J - 1 ' r 1P :i une ces Scythes au vue s. avant J.-C.; au vi« s. ils occupait l’Asie mineure; depuis le ne s. av. J.-C. leur nom est remnl par celui de « Sarmates ». Depuis le ne s. après J.-C. de Scythie d'Europe disparaît. Ptolémée la décrit sous le no^ de Sarmatie. Les Sarmates non plus ne sont pas un particulier; déjà pour Strabon (Ier s. av. et après J.-c.) nom est plutôt un tenue collectif. Il est impossible de démêler le rapport entre Scythes et Sarmates: on ne comprend pas trop bien si ce sont des peuples parents, ou si les Sarmates né sont qu’une partie des Scythes. Au ive >s. après J.-C. la Sar- matie fait partie de l’Etat des Goths et son nom, comme celui de Sarmates, disparaît. Les Goths, les Avares et les Huns ont passé .sur ces terres et ont fait place aux Slaves. Il est évident que les noms de Scythie ou de Sarma- tie n'ont aucun rapport avec la question ukrainienne — ils ne peuvent être cités que par ceux qui tiennent à em- brouiller la question et à frapper l’esprit des lecteurs de gazettes par leur érudition douteuse. « Les Sarmates (Ukrainiens) »... lisons-nous sur la première page d’une brochure ukrainophile anonyme; ces parenthèses ren- ferment dix lettres seulement, mais elles renferment aussi une erreur de 10 siècles, au moins. Au territoire qui formait aux xvme et xixe siècles k sud de l’empire de Russie appliquons le ternie “ midi »; celui où se forma au xiv® siècle le grand-duc de Moscou, et la région de Novgorod, — appelons^ «nord». Alors nous aurons le tableau suivant. nous empressons de faire noter que les données en so ^PproxiTnatives. Pour le composer avec une exac 1 nig e c’ *1 aur'dt fallu feuilleter un tas de monuin dteraires, de documents historiques, de rnénwires œ nWUrS’ MaiS tout 0St relatif dans ce baS “Xlr 88 tmmno SanS prod*' <Iue ceux qui, de cœur le© ’ naissance \C 7 ?U de' 10 sæcles pourront prendr aissance de notre tableau (Voir pp. W-W-
- 217 — Quelqu incomplet que soit notre tableau on peut en tirer cependant les conclusions incontestable» sui vantes : a) La population appelle elle-même son pays au sud comme au nord, principalement Houss et Rossia. b) L'affirmation que les « deux pays» se soient appelés «toujours autrement», est une invention, c) A une certaine époque, la population elle-même a appelé une petite partie du midi (le pays de Kiev et de Poltava) «Ukrâïna». d) Elle n’a jamais appelé «Ukrâïna» la Galicie et n’a jamais eu connaissance des mots Mosco- via et Ruthenia. e) Il est absolument faux que le nom de « Petite-Russie » (Malo-Rossid) ait été imposé au midi par Moscou : cette dénomination est née au midi pas plus tard qu’au xine siècle, puisqu’elle était déjà le nom officiel de la principauté de Galicie-Volynie en 1335 (1). Dans la terminologie russe, qui ne connaît pas le mot Moscovie, tous les noms locaux (que cela soit celui de la Terre de Novgorod ou de l’Ukraine) étaient couverts par le ^iom générique de Rouss et Rossia. La différence tranchante de dénominations du midi et du nord {Ukraina et Moscovia) n’existait que dans la bou- che des étrangers; elle ne témoigne pas d’une différence ethnique, mais seulement d’une différence de destinées politiques du « sud » et du « nord ». Ce ne sont pas les aspirations des partis politiques contemporains qui déterminent comment des pays e des peuples s’appelaient jadis, mais uniquemen es citations de documents des siècles correspondait s.. 5) «Nos deux pays»... Pour le cteJ^kiewaz ce sont deux pays, mais pour moi ce n q _ - rVnnirefois « Ukraine- (1) Hrouszewski appelle la I’““iæ| is‘ir. on ne trouve pas Russie », mais ceci n’est que son bon plaisir, ox pareil nom dans les documents.
218 — » XIV SIÈCLE i DÉNOMINATIONS ®0US8 <BoUss) 1 Oïvfa ' Rossia Russia (Ruthenia) *j ^linor Russia données Pai!' les les les les les XIV 8). XIV1”] Mizqij P(ûoia Petite-Rouss 0,5 <D O les les Petite-Russie Malorossia) les Pas avant Je XIV ’ j-XX— (Ukraine ) Pas avant l / Pour pe- F*?-* ’"aocen$ II L™I*r'Wyr . Vu Ucraina I • une -* tite partie du la plus méndionaJe. t kraine , ’ Pour tout Je I ‘midi. < rsiir £> les les Russes Ryzanting Russes Européens Occid, Européens Occid. Byzantins Russes Russes Russes Européens Oocü Russes ia propagande nophile et >Tt< A Européens Oce:- ec&P oie "jœ fort rarement, -urtout p > t**00™ d'après Jeun apanagesjP**/* >f?nnorum et kuthen&rum mu Terrioie en J5âO le titre de . je pneieuee daaiie terme rut^ni d un *ens de co »
— 214 — SIÈCLE x-xx.......... X3)-XV........ XVI ‘)-XX..... XIII 3 et 6)-XX. . . p.XVII........ XVI ®)-XVITI.... < SUD » DÉNOMINATIONS Rouss (Rouss) *) .'Pcooia Rossia Russia । (Ruthenia) *) > Moscovia I DONNÉES PAR: les Russes les Byzantins les Russes les Européens Occid. 1) Nous écrivons Rouss et (Roussi pour distinguer l’emploi de ce mot dans les temps anciens, quand il était le nom unique du pays, d'avec son emploi ultérieur (resté dans la coutume ou comme expression poétique), parallèlement avec le mot .Rossia. 2) Dans le réglement de l’emp. Léon le Philosophe (886-911) sur « Les églises métropolitaines soumises au patriarche de Constantinople > on trouve dans la liste des églises l’église russe Pointa. 8) Constantin Porphyrogénète (901 -952) appelle Xovgoroi. Pû)(Jia Russie extérieure). 4) D'après des documents de l’éooqae de Jean le Terrible. 5) Bulle du pape Honorius III (1227) universis Regibus Russie: elle se rapporte aussi aux princes du nord, puisqu’elle parle de relations avec les chrétiens de Livonie et d'Esthonie. __ , , _ , . , . „ 6) Bulle du pane Grégoire IX (1231) au gr.-duc Georges  sevolodo^tch de Vladimir (sur la Kliàsma) Régi Russie, f HisU Rus. Monum. •, I. doc. XXAin et pa»e 9). 7) Ecrit du roi Louis de Hongrie du 20 mai 1344 à Dmitri Diadka, gouverneur Q- la Russie de Galitch. . ^ ... -r> - j . en Ecrit de Yourij II dernier prince de toute la Petite-Russie t -> >- 1335 au grand-maîtr • de l’Ordre Teutonique **.• Voyez ici pag. 34. note 2. x, . , ,, nne 1370s. Ecrit du roi de Pologne au patriarche Phüothée (pas p » rainophile qui , 11 J'écris "XtV" par pfecaution. Je serais reconna.ssaot a I ÿra°°1£> ' «ou -s donnerait un. citation des XIV ou XV s. arec le nom t.rama langue étrangère. ------------------- --contre plus fréquemment lorsqu’il s ^Ihuanie). mais son emploi dans le titre y^îÇfrait dans le sens ethnique tous __ ’ra55e? et ^es russe s-blancs. ) Le fac-similé eu est joint au recueil ^.Russie,______________ • ~ ’ f • recueil contient plusieurs remarques ’agit de la Russie occidentale (Gâta* « ________________________1: ^-Ru^ieV7ÏÏté7arrAc4id* Jtnp. des Sciences’ *rSK>^wsld ™ P^- U1 ei Prouvant la tendance voulue de ses déducUO -
— 220 — pays, et il restera ainsi même si l’aréopage e I daignait décider, avec le concours d’aventurier^0^611 tieux, qu’ils sont deux. Je sais que c’est un je le sais par la raison et par le sentiment C’ compréhensible pour le cte Tyszkiewicz. 11 est f f *n' turel que pour un Lithuanien polonisé, les deux lies de la Russie soient également étrangères* ai P?r' moi, tous les membres de ma Patrie souffrante me sn ♦ également chers; je ne sais pas pourtant si dans sn passé le temps de St. Vladimir et de laroslav le Sa-e mes ancêtres, n e>t pas plus près de mon coeur ciue°la lourde grandeur de Moscou. ‘ ’ 4
— 221 - Annexe & ENCORE UN MOT SUR L’UNITE DE LA RUSSIE PRE-MONGOLE. La propagande ukrainienne se plaît à assurer au public étranger que l’Etat de Kiev n’aurait compris que le sud de la Russie et que ce sud (« Ukraine ») est infiniment plus ancien que le nord (« Russie »). Lorsque Kiev — disent les ukrainophiles — était déjà sous la- roslav Ier la capitale d’un puissant Etat, Moscou (qu’on nomme pour la première fois en 1147) n’existait même pas encore. Pour qui ne connaît pas l'histoire, la dé- duction paraît convaincante; dans le fait ce n’est qu’une mystification évidente. La ville de Moscou est vraiment de 500 ans la ca- dette de Kiev, mais le territoire où devait plus tard naître l’Etat moscovite, était déjà peuplé de Slaves avant l’époque de Rurik. Rostov était une ville slave et -inclinait même vers Novgorod ayant 1 appel des princes. Dès les premiers temps de 1 Etat de Kiev ce territoire fait partie de la Terre russe: parmi les vi es auxquelles les Grecs s'étaient obligés, pai e laie d’Oleg en 911, de payer une redevance, Rostov; Saint Vladimir gouverne a '('à 'pest de^ivioscou). N’oubhons pas que le pouvoir d'Etat russe a vu le J0*1*?11]g°nouveau- les premiers langes de Novgoroc on p un berceau né au sud, où on avait irouv P Olga, eommode. C’est du nord que composée des Oleg arriva en guerrier avec avec des émi- tribus du nord. Saint Vladimir peuple auxquelles les d’Oleg en bu, ue v,Xi~ rîpv et ses fils Rostov; Saint Vladimir ?0U\eLp ia future Moscou), et sont - l'un à Rostov (au nord de la futur ---------- l'autre à Mourom
— 222 — grants du nord les villes de frontières qu’il con.J . au midi. laroslav a bâti la ville d’Iaroslav sur ie i. Volga. Nous avons déjà parlé de l’unité de race^1' langue, de religion et de culture de toutes les ré^’ide à l’époque pré-mongole. Vouloir prouver l’unité de°nS entre le nord et le sud équivaudrait à récapituler 1 h'e toire russe de- ces temps. Citons seulement la liste de' grands-ducs jusqu'à André de Souzdal, c’est-à-dire jus- qu’au moment où le pouvoir central passa de Kiev à Vladimir sur la Kliasma, et notons où chacun d’entre eux a gouverné avant d’être devenu grand-duc. Nous soulignons les noms des villes du nord. Saint Vladimir .... 972-1015 régna Sviatopolk...............1015-1016 „ laroslav I...............1019-1051 Iziaslav I laroslavitch . 1054-1078 Vsévolod laroslavitch . 1078-1093 Sviatopolk II Iziaslavitch 1093-1113 Vladimir Monomaque. . 1113-1125 Mstislav I Vladimirovitch 1125-1132 à Novgorod à Tourov à Rostov et Novgo- rod à. Tourov et Novgo- rod à Péréïaslav,Tcher- nigov à Polotzk, Novgorod, laropolk Vladimirovitch. 1132-1139 Vsévolod Olgovitch . . 1U9-1146 Iziaslav II Mstislavitch. 1146-1154 * a a % a Tourov Smolensk, Tcher- nigov, Rcstoy Novgorod et Biel* gorod (sur le Dnieper) Péréïaslav Tchernigov Pinsk,M«A.2. rov, Volynsk et r réïaslav Iziaslav Davidovitch . . Yourij I Vladimirovitch. Rostislav Mstislavitch J1154, 1157- /1159 et 1161 '1149-1151 /1154-1157 1159-1168 Mstislav II Iziaslavitch. 1168-1169 11 * a à % a * a Tchernigov Rostov et Smolensk T interrègne Novgorod^ Péréïasl^olyoSk 11 n n a * a
- 223 - Des 15 grands-ducs cités, 9 avaient été auparavant princes dans les régions éloignées du nord. laroslav Ier qui personnifie la grandeur de la Russie de Kiev, a vécu dans le nord durant 28 ans. .Enumérons encore les lieux, où régnèrent les fils et les frères, lorsque le père ou le frère aîné était grand- duc à Kiev. 1) Sviatoslav Igorévitch (964-972) plaça ses fils avant son départ pour la Bulgarie: laropolk à Kiev. 01 eg en la terre des Drévlianes. Vladimir (le Saint) à Novgorod. 2) Saint Vladimir en 988 envoya ses fils: Vycheslav à Novgorod. Iziaslav à Polotzk. Sviatopolk à Tourov. laroslav à Rostov, puis à Novgorod. Vsévolod à Vladimir-Volynsk. Sviatoslav en la terre des Drévlianes. Mstislav à Tmoutarakan. Stanislav à Smolensk. Soudislav à Pskov. Boris à Rostov {Mourom). Glèbe à Mourom {Souzdal). fils eurent: et Kiev). Pozvid à? 3) laroslav Ier. Après sa mort ses Iziaslav. Tourov, Novgorod et Kiev. Sviatoslav, Tchernigov. Vsévolod, Péréïaslav (puis Tchernigov Viatcheslav, Smolensk. Igor, Vladimir-Volynsk (puis Smolens>). s res. 4) Iziaslav I”. Cette distnbn ion même te la même durant le grand-duce dépendance temps on remarque à Kiev une c rom jusqu’à de Novgorod et de tout l’orient (depuis Mourom ]u
- 224 — Tmoutarakan de Ichèinigox ; et la dépendance 5 de Souzdal, de Biélgorod et du cours supérieur d7 * Volga — de Péréïaslav. u j 5) Les petits-fils de laroslav gouvernent: Sviatopolk à Kiev et Tourov. H Vladimir Monomaque à Péréïaslav, Smolensk et ROs- ! tou (ses fils: Mstislav à Novgorod, Yourij à Rostov} 6) Les fils de Sviatoslav à Tchernigov, l’un d’en- tre eux à Mourom, j A mesure que se multiplie la. famille des descendants de Rurik, le nombre des villes où ils gouvernent dans toute la Terre russe*, augmente constamment. Ces prin- ' ces sont assez peu liés à la région donnée; la formation ; de lignées locales est un fait postérieur (1); à travers j deux siècles tous ces princes se sentent membres d’une ; seule famille unie, celle de Kiev; ils se transfèrent con- } tinuellement d’une ville à une autre; une partie de leurs compagnons d’armes les suit dans ces pérégri- nations; la mort d’un des principaux princes, provoque un transfèrement de toute une partie des autres mem- bres de la famille. Les villes du futur grand-duché de Moscou v entrent comme les autres. : V Liant donnés ce- faits, peut-on, tout en restant con- sciencieux, affirmer que la Russie du nord ne faisait ‘ pas partie d’une Rouss unique de l’époque de K:cv? ; Après l’invasion tartane les liens entre le nord et. le sud ne , furent pas tout a fait brisés. Dans les premiers temps le ii,)J moral ne fut pas rompu, la vie ecclésiastique était commune- Les métropolites de Kiev, après être passés (1299) au no j s’intitulent les uns, métropolites de « toute la Russie», autres * de Kiev et de toute la Russie ». Saint Pierre, inétro- polite de toute la Russie (1308-26), qui a tant fait, pour l’exa- Voyez pag, note.
225 - talion intellectuelle de Moscou, était fils d’un paysan de Volv- nie; il naquit en Volynie et fut higoumène d’un couvent de la légion. Peut-on établir une limite exacte entre le sud et nord? Les fleuves les réunissaient; j’Okà, qui était alors plus profonde, paraît avoir été créée exprès pour réunir la région de Tchernigov à Moscou. La principauté de Tchernigov s’éten- dait au loin vers le nord; nous savons qu'en 1174 Lopasnia (actuellement une station du chemin de fer- Moseou-Koursk) entrait dans son territoire, mais elle n’est qu’à 75 kilomètres de Moscou. Lioubetch, au contraire, appartient au xve siècle à Moscou; il est situé sur le Dniéper à 140 kilomètres seule- ment en amont de Kiev. En 1500 le prince Siméon de Staro- doub .se soumit à Jean 111 avec Tchernigov, Starodoub, Liou- betch et Homel, et le prince Vassili Chémiatchich avec Rylsk et Novgorod-Sévensk. L’idée d’unité ne s’éteignait jamais; la littérature et les titres des princes en témoignent. Ainsi au midi le cliromiqueur appelle Romain de Galicie-Volynie (1205) « autocrate de toute la Terre russe »; au nord les princes de Moscou, depuis Jean Kalità (1328-41) s’appellent princes «de toute la Russie »; depuis Vassili le Sombre (1425-62) on trouve le titre de « Grand-Duc de Moscou et de toute la Russie ». La. séparation a été la conséquence de causes extérieures, elle arriva à la suite de la dépopulation du midi. Ces cauœs ,,„e fols disparues, l’unité se rétablit d’une manière naturelle.
- 226 — Annexe 3e. NOTE SUR LES ARTISTES PETITS-RUSSES. Voici quelques données pour confirmer ce que nous avons dit à la page 103 de l'existence d'une école fictive t. ukrainienne » d’art à St. Pétersbourg au xvme siècle. L'école russe de peinture de l'époque de Catherine n et d'Alexandre Ier était toute saturée de l’influence fran- çaise. L'origine du peintre de l une ou de l’autre partie de la Russie n'apportait aucune modification à la façon dont il incarnait les dons de la culture française et, — qu’il soit né à Archange! ou à Poltava, — il faut tou- jours également comparer ses créations à celles de por- traitistes comme Duplessis, Rosslain, Drouet ou La.mpi, ou de sculpteurs comme Bouchardon et Pigalle. Parmi les grands talents, élevés à l'Académie de St. Péters- bourg de cette époque, il y en a plusieurs originaires de la Petite-Russie. Le peintre Id’histoire Lossenko (1737-73) fut pris au chœur des chantres de la cour à St. Pétersbourg à l’àge de 7 ans, d’où il fut bientôt mis .en apprentissage chez le peintre Argounôv. A 20 ans il entra à T Académie et passa toute sa, vie au nord ou à l’étranger. Le célèbre portraitiste Lévitzky (1735-1322) appartenait à une famille méridionale, toute russe de sentiments (l), a joui do l'estime de trois empereurs m était porsona g rata dans leur entourage. Le portraitis Borovikovsky et Vénézianov arrivèrent dans la eapi (1) Raconté par khine. son <loscoii(l;int In publiciste M. G. Peivou
- 227 - taie à un âge déjà mûr (le premier à 30 ans le second à 26 ans); \ enézianov habitait dans sa propriété du gouvernement de Tver, où il fonda une école de pein- ture. Les sculpteurs Kozlovsky (mort en 1802) et Mar- tos (mort en 1835) étaient dès leur enfance (Martes depuis l’âge de 13 ans) élèves de l’Académie, puis ses pensionnaires *à Paris et en Italie; sur la fin de leur vie ils furent tous les deux durant de longues années professeurs à l’Académie; leurs créations re- flètent l’influence des maîtres étrangers et de l'esprit du temps; ils ont exalté dans le marbre la Grande Catherine, ses compagnons et sa cour, comme aussi les dieux et les héros de l’antiquité. Leurs lettres par- ticulières sont écrites dans le russe le plus pur et il ne nous est parvenu que deux ou trois lettres de Koz- lovsky, écrites en une autre langue, et ce n’est pas le ' petit-russien, mais la langue française (de Paris en 1791) (1). (1) A l'instant le Times nous apprend, qu’en musique aussi ce sont les « ukrainiens » qui tiennent la tête en Russie 1 y a eu à Londres un banquet organise par les « u < • • on v a déclaré que Tchaïkovsky était ukrainien. lehaikoxsk} kèlans roulai, il « été élevé à St travaillé à Moscou et dans sa piopix ®.<u niais ne l’ai Tver. J’ai connu son frère, qui fut son biogiai , jamais entendu parler de 1’1 kiaine. jamais <
— 228 — Annexe 4. QUELQUES TRAITS CARACTERISTIQUES DE LA PROPAGANDE UKRAINOPHILE « Dans cette annexe nous citons quelques exemples, pris au hasard, qui démontrent à quels moyens recourt la propagande ukrainophile. Le lecteur étrangler ver- ra d’après eux jusqu'à quel point elle arrive dans ses assertions tendancieuses; le lecteur russe y trouvera du matériel pour la contre-propagande. Le Dr. Levitzki « membre du soviet ukrainien » a publié à Berne en 1919 une brochure sous le titre de «La guerre polono-ukrainienne en Galicie». Cette bro- chure affirme très justement que la Galicie et la Vo- lynie ne sont pas des terres polonaises, mais elle pré- tend en même temps que ce seraient des terres ukrai- niennes. A la brochure est jointe une reproduction d’une carte de la Pologne du xvir siècle. Une note particulière (page 74) explique que cette carte a été composée par le géographe Levasseur de Beauplan « qui connaissait parfaitement les pays en cause pour les avoir visités lui-même». Cette carte prouve — affirme Mr. Levitzki — 1) que les terres de Cholm (Kholm, Chelm) sont terres ukrainiennes; 2) que la Galicie orientale actuel- le tonnait alors une « Voyvodie ruthénienne » parti- culière, avec une population ukrainienne (1). (1 ) Voici les paroles du Dr. Levitzki : ette carte a une certaine importance, car elle prou- ic a soi-disant Galicie orientale actuelle formait une pr<> particulière (« Voyvodie »), de laquelle ________ • relevait entr’au-
îsous ouvrons la carte, nous cherchons le «Cholm ukra.men » et la « voyvodie ukrainienne » (car c’est da“ le sens d« ukrainienne» naturellement, que l’autan prend le mot « ruthénienne ») et qu’est-ce que nous trouvons? Sur la parallèle de Vladimir-Volvnsk s’éteni sur un espace de 800 kilomètres, l'inscription en gran- des lettres Russia Ruhr a. (Le premier R sur le méri- dien de Cholm, Va final sur la rive gauche de la Soulà). Mieux que cela, à l’ouest de Cholm, dans la région en- tre le Boug Occidental et le San, on lit, écrite du nord au sud, l’inscription Russia. Pour tout homme normal ces inscriptions démontrent que le pays de Cholm est une terre russe. Ensuite, l’inscription Voyvodie rutheitica ne se trouve pas du tout sur la carte. Partout est écrit Russia. Le nom de l’Ukraine n’est écrit qu’une seule fois et là justement où il devait se trouver, précisé- ment dans la partie orientale du large espace occupé par l’inscription Russia Rubra; ici, du cours moyen du Boug méridional jusqu’à la Desnà on a écrit Vkrania (le premier l sur la rive droite du Boug Méridional, le dernier a sur la rive droite de la Desnà, près de Tchernigov, au sud-est) (1). très pays carte montre en outre que vodie ruthénienne » (ici en (« terra ») le pays de Cholm la frontière occidentale de la « ' oy note.: Russia Rubra} était alors re- portée beaucoup plus a l’ouest, deii jj population le cas aujourd’hui. une P’'w*'e J autochtone dès ukrainienne (1) sur la tene de G , ou’elle fut refoulee l’origine et que ce n’est déments polonais, comme <lu Wislok vers le San a l est pa .s notre expose», nous l’avons déjà fait remyquei thoo-raphe du nom (Lfcra- (1) On peut considérer 1 erieuii d î1 peu usité > nia au lieu (VUkraind) comme ui généralement Russie, évidemment on appelait ces end.o.te gene
— 230 Le d.r Levitzki n’a-t-il pas supposé que ses lecteurs n’auraient pas le loisir de déchiffrer en détail une carte ancienne et mal imprimée? Si des ukrainophiles qui signent de leur nom entier ont recours à des moyens pareils, alors que peut-on attendre de tout le reste de la grande propagande ukrai- nophile anonyme? Les Ukrainiens ont existé du temps d'Hérodote. Saint Vladimir était ukrainien et a baptisé les Ukrai- niens. Les Ukrainiens sont un peuple slave, mais • d'une autre origine que le peuple russe. La langue ukrainienne (sous-entendu l'idiome petit-russien) «est tout autre », que la langue russe (1). Les Ukrainiens gémissent depuis des siècles sous le « joug russe ». Telles sont les bêtises qu’on offre aux lecteurs étran- gers dans des dizaines de brochures et des centaines d’articles et que ceux-ci avalent en toute confiance. Faisons quelques brèves remarques en réponse aux thèmes préférés de la propagande ukrainienne. (1) Cette dernière affirmation d’ailleurs n’est pas anonyme; c est encore le c.te Tyszkiewicz qui l’affirme dans ses inter- views. Toute la Russie chante une romance populaire petite-rus- sienne: «Des vents violents soufflent». En voici la transcrip- tion phonétique : 1-er vers: En petit-russe: En russe : 2-d vers : En petit-russe : En russe: •j-e vers: En petit-russe: En russe : 4-e vers: En petit-russe: En russe: Et l’on veut appeler celt ferente >1 Viiout vitri, viiout boùini. Véiout vétri, véiout boùiny. làj dérévia gnoùtsia, / Aj dérévia gnoùtsa, Qy, kak bôlit môe sérdze. Oy. kak bôlit môe sérdze, Sâmi slézi lioûtsia. Sârni slézy lioûtsa. * une langue complètement dit-
- 231 — 1) On b est adresse a 1 anthropométrie pour prou- ver 1 existence cl une race Ukrainienne distincte- des tableaux comparés de crânes « russes», ukrainiens » et polonais, doivent nous démontrer que la Petite-Rus- sie est habitée par un peuple à part. Cette preuve ne saurait convaincre que les naïfs : les différences anthro- pométriques des Brandebourgeois et des Bavarois ne prouvent pas que le Bavarois ne soit pas un Allemand. Les boîtes crâniennes des Toscans et des Lombards, des Provençaux et des Picards peuvent différer, sans prouver que les habitants de Milan et de Florence ne soient pas Italiens, ni que ceux d'Amiens et d’Aix ne soient pas Français. en- 2) ün croit apercevoir une différence fondamentale trc les « Ukrainiens » et les « Russes » en ce que le paysan de la Petite-Russie est en grande majorité propriétaire du soi qu'il cultive, et que la propriété communale subsiste encore au nord comme forme plus répandue de propriété; mais ce n’est pas là une particularité de la race: la situation géogra- phique, une population plus dense et d'autres raisons secon- daires ont précipité dans le midi de la Russie 1 évolution iné- vitable du système de.la propriété foncière. Voilà toute 1 expli- cation. 3) O.n siens sont graphiques se d’un monarque que le mot n 1 e sens* et 1i n ogr ap h i q u e tion d'une région géogr pie dans l'expression: sa diligence au travail . cite un mot de Pierre le Grand: « Les Petits-Rus- un peuple intelligent ». Mais les questions ethno- résolvent par la science et non par la phrase fût-il le grand Pierre lui-même; d'autant plus usse narôd (peuple s’emploie non seulement dam mais aussi pour désigner la popula- ’aphique déterminée (comme par exem- le peuple de Riasan se distingue pai 4? On cite encore une instruction ri ne la Grande au prince \\ :azem> >.' < petits-Russiens », soi-disant de la nécessité de “ inopI1iles, ils ne sont donc, concluent triomphalemen tîe piuase pas russes, puisqu'il faut les russifier. Mais
— 232 — rImpératrice parle non pas de la. population, niais des pr vinces,-et non seuleineiivt de la Petite-Russie mais encore q°' jI la Livonie, de la Finltunde et de Smolensk. n est impossible •’ii de russifier les habitants de Smolensk. et d’nn autre côté la ' géniale Catherine pouvait-elle songer à russifier les I-'inlan dais, peuple d'une tout autre origine que les russes, sur le territoire duquel ne se trouvaient que quelques centaines de russes? Elle parlait de la russification politique et non ethno- graphique, de l’abolition des privilèges locaux pour la plu- part de provenance étrangère (polonaise) et de l’introduction dans ces provinces d'un ordre adaninistratif identique à celui de tout l’Empire (1). L’Impératrice exécuta ses projets par rapport à la Petite-Russie avec beaucoup de ménagements; l'abolition de l’hetimanat ne provoqua aucun mécontentement dans le peuple. 5) Pour attirer les sympathies du public italien, si avide de phrases, on vous assure dans certaine in- terview que Mazeppa « déploya l’étendard de la li- berté ». Mais Mazeppa ne pensait à aucune liberté, et l’étendard qu’il fit flotter était celui de la trahison la plus basse. A la veille de la bataille de Poltava Pier- re le Grand était à un doigt de sa perte, et c’est alors (1) Voici le texte correspondant de la lettre. « La Petite-Russie, la Livonie et la Finlande sont des pro- vinces qui se gouvernent par les privilèges qu’offi leur a con- firmes: il ne serait pas du tout convenable de les violer en les supprimant tous tout d’un coup: étrangers et les traiter । peut dire à coup sûr que c’est de la bêtise*. Tl provinces, comme aussi colle de Smolensk. par les métho- des les plus légères, à ..........J‘ loups dans les bois.' Tl <«t très hommes raisonnables chefs de ces provinces; pour ce qui est de travoin " • n^S1P’ *1 n *v anra Pas d’hetman. il faudra t nrn & ,ai»e disparaître Je temps et le nom des hetmans dignité PTnent vp’^Pr aux personnes promues à cette néanmoins, les appeler pays comme tels, c’est plus qu’une faute; on I importe d’amener à se russifier et à cesser d’avoir l’air de -j aisé d’y arriver en élisant des e ces provinces
ipie MaZeppa Iraliit son bienfaiteur en passant du côté de Charles XII. « Lhetman Mazeppa connue ligure his- torique ne représente aucune idée nationale (1). C’é- tait un égoïste dans le vrai sens du mot. Polonais d’é- ducation et de manière de vivre, il émigra en Petite- Russie et là il se fit une belle carrière en s’introdui- sant dans les bonnes grâces des autorités russes et ne s’arrêtant jamais devant les procédés les plus immo- raux. La meilleure qualification de sa personnalité est de dire qu’il était le mensonge personnifié». 11 trahit son Ukraine, séduit par les offres polonaises: on lui composa un écusson princier et il s’agissait de lui cé- der des territoires en Russie Blanche. Il méditait une troisième trahison contre Charles XII pour recouvrer la bienveillance de Pierre le Grand, mais il n’eut pas le temps de réaliser son projet. Ce n’est pas moi qui parle ainsi, c’est Kostoma- roff (2). Kostomaroff n’est pas un de nos plus grands historiens, mais dans ce cas, son jugement est spécia- lement précieux. Fils d’une paysanne petite-russien- ne, il aimait tendrement sa chère patrie et son passé, les contes et les chansons populaires: de plus, dans la science, il était partisan de l’étude des partwulant» locales, et il se spécialisa dans l’histoire de la Pebte- RUSSiôj Le gouvernement, disent les poursuivait le mouvement littéraire < “ "urement lit- Cela est vrai. Mais ce mouvement éta t- P< téraire? Comme base du progiamm fédération des Cvrille et Méthode» (1846) entrait la fédérât ni avec Maz-eppa du cote (1) 1200 cosaque® seulement p (le Charles XII. ^îo+x-s » n. 585. (2) «Mazeppa et les mazepp.stes», P
234 — pays slaves, c’est-à-dire le démembrement de l’Autri- che. L’empereur Nicolas Ier se considérait comme la sentinelle placée au seuil de la Sainte Alliance et aper- cevait partout la révolution. D’un tel point de vue pouvait-il s’empêcher de persécuter une association de ce genre, sans égard à ce Qu’elle fût petite ou grande russienne? Dans ce mouvement se manifestaient des tendances socialistes et des protestations contre le ré- gime existant. U1 thème fonda mental de la poésie de Chevtchenko était la protestation contre le servage des paysans; dans ces temps-là cela voulait dire être «ré- volutionnaire», et si Chevtchenko a été exilé à Oren- bourg (1847), cette peine lui a été infligée pour sa. par- ticipation à une société secrète, ainsi que pour la ten- dance révolutionnaire de sa poésie, mais non pas bien entendu, pour avoir écrit en petit-russien. C’est l’op- position au gouvernement que l'on persécutait, mais le Petit-Riissien ne souffrait pas plus que le Grand-Rus- sien. La liberté d’impression des livres écrits en petit- russien a été limitée durant les trois dernières années du règne pourtant si libéral d’Alexandre IL Sans doute il est humiliant de l’avouer. Mais il y a. des cir- constances atténuantes: la main dirigeante du gou- vernement autrichien se sentait derrière le mur du mouvement littéraire ukrainien. C’était une mesure de défense nationale, mal choisie. è Toutes les assertions du parti ukrainophile qui tendent à affirmer que Pétersbourg était le centre du gouvernement «russe» (dans le sens d’étranger au P^'Ple ukrainien' ne sont nullement fondées. Le gou- vvrnement de Pétersbourg était russe dans un sens tout autie dans un sens commun, comprenant dans son sein des personnalités de toutes les parties de la Russie.
235 de nationalités 1) et de classes (2) différentes. En ce oui regarde les représentants des trois branches du peu n russe, il n est jamais.arrivé un moment, ou l’on r,e ôf nommer plusieurs .ministres d'origine petite-russien ne. Les comtes lUzoumovsky et le prince Bezborodko dans la seconde moitié du xvîii* siècle, le prince Kot- cIiouIhw dans la première moitié du’xix' siècle le liaient a Pétersbourg les rênes du pouvoir Dans tout ce qui s’accomplissait de bon ou de mauvais sous l’ancien régime, les natifs de I Ukraine prenaient leur part et ils en portent devant l’hislmre la responsabilité avec le reste du gouvernement. S; La propagande ukrainienne est imprégnée de haine envers les «russes», mais de lait la population n’a jamais partage ce sentiment. .Jamais il n’y a eu de différend ou do conflit. armé ou autre, entre les trois branches d’un peuple homogène. Durant 260 ans d’une existence conjointe, ayant le même gouvernement, la même religion, les mêmes intérêts intellectuels cl. éco- nomiques, h* sud et le nord de la» Russie se soûl sou monde sait qu’un grand pour-cent d’Allemands Baltiques faisait partie des milieux gouverne- -i, le c<>iiiii‘ Dèlifittow> ’ , III ministre do : l’arménien comte Lo- e H, •"'Nicolas II. ta- prmoe - • ,, était aide-dwmmp général du meme empereur, et le téké, général Alikhanov musulman lu. • i Asie centrale. , inbassadeur à Constantinople l’attention en .serf, ta- comte W.tte attira su. Iw ‘I ue gare ««y i ' . ... v„n petit employé de Publique Bogolépov était t.ls « »» ' monde sait qu un grand (I) Tout le des provinces mentaux de l’ancien régime, a été sous le règne do l’empereur l’instruction Publique pendant 15 ans; ris-Mélikoff, sous le règne d’Alexandre dictateur de la Russie. Ue roumain ( asso l’instruction Publique sous I hmpeieui _ Tcüi ngis-Khan, ni usulman adninistrateur important en Asie c< n ia < Un arménien Alexandre tenait le rôle de était ministre de d’un paysans........ — . , étant- chef de gare d une petite ,sL‘a?.1 traction police, etc. . lui l’attention en
— 236 — clés. La fabrique, le service militaire obligatoire de- puis quarante ans, où les habitants de tout pays se coudoient, les laboureurs que les provinces surpeu- plées du midi envoient par centaines de mille dans les steppes peu habitées du Volga, achevèrent la fusion, au point que vous entendrez la chanson du nord en Petite-Russie et vice-versa. Chez les classes instruites il n'y a plus aucune distinction entre l'habitant du nord et celui du midi, les qualités, les défauts, les convic- tions sont identiques. Le nord et le midi ont la même culture. Les Petits-Russiens éduqués ne parlent que le russe entre eux et n'emploient le patois, quand ils - le connaissent, qu'en s’adressant aux paysans. Les em- ployés du gouvernement, les officiers, les adeptes des professions libérales, passant d’un endroit de la Rus- sie à un autre, ont perdu tout cachet local. « Qui est- ce? » demandez-vous dans un restaurant de Milan ou de Rouen : «Un méridional sans doute», vous répon- dra-t-on; mais en Russie, dans un milieu correspon- dant, il n’est pas possible de distinguer à première vue un habitant du nord d’un Petit-Russien. Bien plus, ça révolution: s’agissait- de l’élection d’un di- recteur de banque ou de la nomination d’un ministre, n'intéressait personne avant la il de la promotion d’un sergent, I idée ne venait a personne de se demander de quelle partie de la Russie, de Kiev, ou de Moscou, le candi- dat était originaire; cela n’avait pas plus d’importance que la couleur de ses cheveux. La propagande assure que la Douma de l’Empire ^menait 74 représentants du peuple ukrainien qui en défendaient vaillamment les droits. Aux* élections pour a Douma de l’Empire il existait des collèges (eu- Ai' Grd,.lx P°{°uais et juifs, mais il n’y avait point en PHI?’6 ukrainien, ni Personne ne songea jamais à J 11 ’ Q1Jdnt à la question ukrainienne, elle ne fut ukrainien qui en Aux* élections
237 — musique ukrainienne en tant que sé- symphonique, ni d'ensemble, mais les populaires de la Petite-Russie ont jamais soulevée dans la Douma, et son dernier orési dent fut le Petit-Russe Rodzianko. 10) En comtnuiriquaut. la nouvelle de l'arrivée prochaine du chœur ukrainien, un des journaux romains a déclaré que le public italien aura la possibilité d’entendre, pour la pre- mière fois, les chansons de ce peuple, qui sous le joug des tsars russes n’avait pas la liberté de les chanter. Il n’y avait pas un chœur de chanteurs de régiment dans toute l’armée Russe qui ne sache quelques chansons petites-ruissiennes. Dans plusieurs théâtres, entre autres dans les théâtres Impériaux, se donnaient des comédies de mœurs; elles commençaient généralement et finissaient par des chansons et des danses ,petites-russiennes. La parée n’existe pas: ni charmantes chansons grandement contribué à l’imagination créatrice des compo- siteurs russes, et les sujets de mœurs populaires petits-rus- siens ont servi de thèmes à plusieurs opéras de Rymsky-Kor- sakoff, Telia ikovsky, Moussorgsky et Kotchetoff. 11 est intéressant de remarquer que quand le directeur russe de symphonie Pomerantzeff, assez connu en Italie, a voulu réhabiliter la vérité par une notice courte, mais pleine de noms et d’autres données précises et portant sa signatuie, cet article n’a pas paru, tandis que. pour la seconde fois le même journal a fait remarquer que seulement maintenant le peuple ukrainien peut chanter librement. 11) Dans une feuille ukrainienne furent cites les vers de Pouschkine |sur la nuit d’Ukraine (composes c que russe connaît ces vers d’une beauté saisissa les présentait de telle façon que le lecteur ie^al a té dei ]a pression que œs vers étaient un exemple de la beauté littérature ukrainienne. Boulba »: or Gogol a écrit un récit tort connu: que le gou- un journal autrichien communiquai jg ce récit dans vernement russe avait défendu la chevtchenko. la langue en laquelle il avait été' eul nkrainophile6. dark> En 1919 le général Denikin, disen Kiev < la mère des nommei £ 01eg sa manie de tout russifier, a villes misses ». Nestor répond a^a
— 238 — « s’asseoit pour régner « villes russes ». à Kiev et dit Ceci sera, mère <U1 x 12) On parle de l'état de la question scolaire Petite-Russie (les écoles y sont organisées par le nistère de l'instruction publique de Pétersbourg et par •les zemstvos exactement comme partout dans le reste de la Russie et on présente ces faits comme des mani- festations d'une certaine culture particulière, « notre culture ». • 3 La statistique de la partie du réseau des voies fer- rées de l'Empire, qui s'étend sur les gouvernements méridionaux, est sensée devoir prouver le haut degré de perfection des voies de communications en Ukraine, et la statistique du port de l'Empire, Odessa, la puis- sance d'exportation du commerce ukrainien. Pour au connaît bien la vie russe, tout cela est cousu • le fil blanc: mais les brochures quelquefois avec des couverture- harmante- sont distribuées aux mem- bres de tous les parlements et... font impression. 13) Depuis 1915 les bureaux ukrainiens ont com- mencé à éditer des cartes, sur lesquelles le nom « U- kraine » s'étend de la Galicie centrale jusqu’au Kou- ban, c.-à-d. qu'il occupe juste 4 fois plus de place qu’il n’aurait dû /v. page 122). Si l’on allongeait 4 fois sur la carte le mot « Italie ». il engloberait la France, l’Angle- terre, et 17 initial se trouverait placé en Islande. Ces cartes ne sont pas moins fantastiques, mais sous 1 in- fluence de la propagande ukrainienne les mots «Ukrai- ne» et «Ukrainiens» s’impriment non seulement sur les plans schématiques des jpurnaux étrangers, niais aussi sur les schémas des états-majors étrangers, le oh2 de toute la Russie méridionale, contrairement <4 a géographie. à l’histoire et au bon sens. Les publicis- , €S ministres de la guerre des ie$, travaillent sans s’en douter, sur des cartes faus-
— 239 — rnancT101’ inStrUCtionS de l’état-major austroalle- i . N est-ce pas un temps étrange que celui où nous vivons? On pourrait multiplier ces exemples sans limites. Que ce soit des citations, des allégations de docu- ments ou des indications de faits des temps passés* ou des évènements de nos jours, que ce soit une traduction de la langue russe ou l’explication philologique des noms russes, — partout vous apercevez dans les mots des ukrainophiles soit des affirmations tendancieuses, soit un mensonge évident. Et cela ne peut être autre- ment : on ne peut défendre le mensonge par des mo- vens non mensongers.
ERRATA Page Ligne 21» 13 de la note 34 6 des notes 38 4 46 dernière 63 11 95 21 179 4 219 8 Imprimé serviteurs de l’état moskovttch russe villes). l’un des facteurs ethno- graphiques à la polonaise dialettaie de Kiev et Corrigez serviteurs de l’Etat moskviïch, « russe » (rouss, roùsskié roùssine ' villes. le facteur ethnique à a nation polonaise dialettale de Kiev, de Tchernigov et
TABLE DES MATIÈRES Pag. Avant-propos............................................ g Introduction........................................... Ch. I. La terminologie.................................... Le mot « Ukraine »............................... Principautés russes et non pas «Ukraine» . . 16 Le mot « Rutenia ».............................23 Le mot « Russie »..............................30 Conclusion.....................................36 Ch. II. L'unité de la Russie pré-tartare et le sac de Kiev par le prince de Souzdal en 1169.............................40 Ch. III. Les trois branches du peuple russe..............53 Le dépeuplement de la Russie de Kiev ... 53 Les Grands-Russes..............................59 Ethnographie (59); nature (64); conditions po- litiques (G5). Les Petits-Russes........................ Ethnographie (72); nature (78); conditions po- litiques (81). Les Russes-Blancs........................ Ethnographie (83); destinées politiques (89); impérialisme polonais (100). „. . ... 103 Résumé .......................... Ch. IV. A qui appartiennent les steppes de la mer Noire? . 100 La Russie et l’Asie......................
- 242 — Conquête de la steppe............... Rôle de Moscou.................... Rôle de l’Ukraine de la Rive Gauche Rôle de l’Ukraine de la Rive Droite. Les Zaporogues.................... Nouvelle-Russie................... L’Ukraine a-t-elle jamais été indépendante? Ch. Pag. 113 - 120 128 130 135 137 V. Culture « russe en général », pas ukrainienne . . . 140 Les affirmations du parti ukrainophile. ... — Architecture....................................145 Peinture........................................149 L’art à l’époque postérieure fpolonaise) ... 151 Conclusion......................................155 Littérature.....................................156 Ch. VI. Etat actuel de la question 162 Les facteurs extérieurs du séparatisme: l’Au triche (162): l’Allemagne (164): la France (167) la Pologne (171); le bolchévisme (172). Les facteurs intérieurs: la représentance sans mandat (172); le « gouvernement » de Petlioura 175): la persécution contre les langues russe et petite-russe (177): la politique extérieure (181); le point de vue des paysans (182). Ré- sumé (183). Conclusion.......................................... Appréhension (188). La Russie fédérée (191). Question de la langue d’Etat (192). Le séparatisme et le catholicisme (194). Quelques paroles aux Alliés 197 ANNEXES: 1 . Données supplémentaires sur la terminologie .
- 243 - Pag’ Le mot Rouss dans les chroniques (203); cita- tions (203), traduction (213) et explication (214) de mauvaise foi du mot ucraïna-, tableau des dénominations de la Russie du nord et du sud (217). 2* . Encore un mot sur l’unité de la Russie pre-mongole. . . 221 3e. Note sur les artistes petits-russes.......................226 4e. Quelques traits caractéristiques de la propagande ukrainophile 228 Etrange application d’une ancienne carte (228); preuves imaginaires de l’existence du peuple ukrainien (231); exemples d’affirmations gro- tesques du parti ukrainophile (236). . . . 240 Errata..................................
1. Count Alexander Koutaïsoff, " Ukraina Co- penhagen, Jensen et Ronager, 1918. 2 kr. ♦ 2. Maurice Maillard, 11 Le Mensonge de l’Ukraine Séparatiste J,. Paris, Berger-Levrault, 5 rue dos Beaux-Arts, 1919. 2 fr. 3. GL L. B., “ Souvenirs d’Ukraine, 1917-1918 Ve- vey, Klansfelder, 1919.