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Author: Guyotjeannin O. Pycke J. Tock B.-M.
Tags: diplomatie politique relations internationales histoire médiévale
ISBN: 2-503-52351-X
Year: 2006
Text
L’ATELIER DU MEDIEVISTE
Collection dirigee par
Jacques Berlioz et Olivier Guyotjeannin
BREPOLS
DIPLOMATIQUE MEDIEVALE
Olivier Guyotjeannin, Jacques Pycke et Benoit-Michel Tock
BREPOLS
Liste des credits photographiques
Academie des Inscriptions et Belles-Lettres (Paris): document n° 43
Archives de la cathedrale de Tournai: documents n° 10, 13, 15. 18. 19, 21, 36. 41a, 41b
Archives departementales du Rhone (Lyon): document n° 27
Archives departementales du Vaucluse (Avignon): document n° 31.
Archives departementales de la Vienne (Poitiers): document n° 20.
Archives generates du Royaume (Bruxelles) et archives de I’Etat a Mons: document n° 5
Archives nationals (Paris): documents n° 2. 3. 6. 7. 8. 9. II. 12, 14. 17. 22, 23. 24, 25. 28, 29a, 34. 35.
37. 38
Bibliotheque municipal de Valenciennes: page 5
Bibliotheque nationale de France (Paris): documents n° 1.16. 26, 29b. 30. 32. 33. 39
Staatsarchiv Koblenz et Lichtbildarchiv (Marburg): document n° 4
C 1993 Brepols, Iе edition
Q 2006 PUBLISHERS'З* PUBLISHERS. 3° edition revue et corrigee
All lights teseived. No part of this publication may be reproduced, sto-
led in a retrieval system, or transmitted, in any form or by any means,
electionic. mechanical, photocopying, recording, or otherwise, without
the prior permission of the publisher
D 2006- 0095 51
ISBN 2-503-52351-X
Le testament de saint Amand
(Bibl. mun. Valenciennes, ms 501, fol. 58v, XIIе siecle).
Le diacre Bctiidemundus met la main finale a facte que vient de lui dieter son maitre. On peut у
lire la souscription du saint, celle du scribe et, entre les deux, la croix autographe de validation
que le saint, plume en main, vient d'apposer.
AVANT-PROPOS
Conformement a Tcsprit de la collection L ’Atelier du medieviste, on n’a pas cherche
a donner un nouveau manuel sur la diplomalique medievale, mais plutol a montrer unc
methode а Г oeuvre, tout cn fournissanl conseils ct renvois bibliographiqucs de base. An
dogme el a la presentation dcs resullals acquis, lacilemeiil accessiblcs dans de num-
breux ouvrages, on a pi e fere le rappel de notions de base (chapitre 1), rouverture vers
de nouveaux terriloires d'enquete el Г analyse delaillec d'uiie selection de documents.
La seconde restriction tient au champ geographique pris en consideration: les com-
mentaires portent sur des documents de l’aire francophone, outre quelques actes
pontificaux et imperiaux. Devant faire bref, limites aussi par nos propres champs de
recherche, nous avons du renoncer a la presentation de documents provenant d’autres
zones. L’essentiel etait, en effet, moins de foumir une illustration exhaustive des
types documentaires et de leurs variantes nationals ou regionales, que de montrer une
demarche d’analyse et de comprehension. Et ce, on le verra dans certains cas, jusque
dans les doutes et les incertitudes, sans esquiver la part d’hypothese, voire les vides, qui
peuvent demeurer dans les identifications et les commentaires.
Mcme avec ces limitations, le programme suppose un ensemble d’operalions dont
on a voulii reproduire le mouvement. C’omprcndre un document en ecartant autant que
possible Ic risque de conlresens el d'anachronisme (chapilre 2), e'est loin d'abord
decrypter son ecriture el sa langue: domaines de la paleographic el de la philologie. qui
leront I'objel d'aulres volumes de la collection, mais dont nous avons voulu rappeler
les grands traits el la bibliographic de base: el sans oublier au 111 de Г expose qu'au-dela
de leur aspect uliliiaire. leur enquc'te recoupe souvenl celle de la diplomatique.
C omprendre le document, e'est aussi connailre les problemes et les solutions, toujours
miparlaites. lies a 1' iclenli Heat ion des noms propres de lieu et de personne, des insti¬
tutions. des poids et mesurcs, des monnaics cites: dans son Manuel. Arthur Ciiry a jadis
annexe ces domaines a la diplomalique (p. 315-452). Son expose, un pen vieilli. reste
loujours utile, surtout par fabondance des exemples; il a soluble opportun de se limi¬
ter, ici encore, a un bref rappel et aux instruments de travail. Une dilTieulte, sans
doute plus grande encore, regarde la datation des documents: laissant de cole la chro¬
nologic dilc historique (datation des actions et des \ ies). on a insiste sur la chronologic
dite diplomatique ou technique, sorte de “science auxiliairc" de la diplomatique, en rap-
pelant les divers systemes utilises au cours du IVloyen Age pour assignor au document
une place sur la ligne du temps, et les moyens pratiques pour convertir ces elements
dans noire systeme actuel de datation.
b.tudier un acte. e'est ensuite I'cxaminer. le critiquer au sens le plus lorl et le plus
positii du lerme. en appliquant le programme el les acquis de la diplomatique (chapilre
3). A chaquc cas partieulier. une branche de la diplomatique genera k\ Г etude de la
“lorme". lournit un questionnaire, une sorte de “check-list", dont on propose un
resume ct qui, on le verra. permet egalement de met I re en scrie des notations, utiles
aussi bien a la critique dcs faux qu'a Lhistoire de la culture cl du pom oir. C’et examen.
depuis fepoque des peres fondateurs de la diplomatique, porte taut sur les caracteres
externes de I'original (support, type et modaliles d'ecriture. ornementation. etc.) que
sur les caracteres internes du document (langue, vocabulaire et style: organisation
interne du discours) el sur les moyens juridico-diplomatiques tie validation des actes.
7
A vant-propos
Vingt-cinq cas precis sonl ensuile proposes (chapitre 4): a la Ibis exerciccs et
illustrations de la methode. ils sonl precedes d’une breve introduction typologique, qui
cherche a les replacer dans un cadre plus vaslc. I .a reproduction photographique de
chaque document esl accompagnce, en vis-a-vis, d'unc transcription qui a du adopter
un certain nombre de conventions, detaillccs plus bas. Le texte est suivi d'un com-
mentaire donl la presentation a ete volontairement normalisee pour reproduire au plus
pres les etapes succcssivcs de Г analyse et de la synthese: problemes pailiculiers de lec¬
ture et de transcription; comprehension du texte (langue et identifications); datation;
examen dcs caracteres extemes et internes; commentaire diplomatique tirant les legons
de cet examen. Des references bibliographiques complementaires sonl donnees lors-
qu'clles permeltcnt, ponctuellemenl, d'illustrcr le commentaire: on n'y trouvera done
ni les etudes plus generates citees ailleurs, ni les etudes d*ordre historique qui, indis-
pcnsables a la comprehension du document, auraient demesurement allonge la lisle.
A pres la “forme", la diplomatique generate a mis a son programme Letude de la
“genese" (chapitre 5): eelle-ei s'attachc aux etapes par lesquellcs passe la creation
d'un aete ccrit. Lxaminant les documents preparaloires, elle dcbouche sur Letude,
prosopographique et culturelle, des milieux de producleurs d'actes et sur Lanalyse des
processus de prises de decision: les enseignements son! d'aulant plus significalifs que
les actes produits sont plus nombreux el leur poids social plus lourd (“chancelleries" de
souverains. notariats).
Dernier volet de la diplomatique generale, la ‘’tradition” permel d'etudier la chaine,
parfois longue et complexe. qui relic Lacte original aux autres etats sous lesquels il
s'est transmis (chapitre 6). II s'agil done d'une troisieme etape de Г examen critique:
on у etudie, negativement, les laiblesses de chacun des chainons mais aussi, positive-
ment, les informations indirectement livrees sur la fagon donl chaque epoque a vu.
inlerprete et utilise le document. Connaitre Ic dernier ctat du document permel de le re-
trouver. dans les depots de conservation (archivistique) on dans une edition (chapi¬
tre 7): il a semble utile de regrouper a cc sujei quelques notations et une bibliographic
de base permetlant une premiere orientation.
A l’origine de la science diplomatique, le discrimen veri acfalsi, autrement dit la cri¬
tique des faux et falsifications, demeure un probleme d’actualite (chapitre 8): on
verra qu’ici aussi, separer fivraie du bon grain n’est qu’une premiere etape, necessai-
re mais insuffisante en soi, car le faussaire est lui aussi un temoin.
Un dernier chapitre, appuye sur quelques exemples nouveaux et surtout sur les
documents qui precedent, regroupe quelques reflexions generales sur les problemes
d’edition des documents (chapitre 9).
Un index bibliographique, renvoyant a la page ou les livres et articles sont cites avec
leurs references completes, un index des termes techniques et une table des documents
commentes figurent en fin d’ouvrage.
Avant-propos
Puissions-nous avoir reussi a faire partager lesjoies d’une discipline, austere au pre¬
mier abord, mais qui trouve sa pleine justification quand elle contribue, par un cxamen
critique au sens plein, a la fois lucidc et sympatliique, a mieux trouver l’homme dcr-
ricre quelques bribes de “paroles gelees”, conservees parfois par hasard, le plus souvent
parce qu'elles avaient des Porigine plus dc chance de nous parvenir, au prix done de
multiples deformations et d’une selection drastique.
Au lerme d'un travail plcinement collectif, ponctue d’echangcs constants, il nous est
agrcable de dire une triple reconnaissance. Celle, immense, que nous portons a nos
devanciers, maitres et amis. Celle aussi que nous devons aux collegucs qui, sollicites
pour aider a Pavancement du travail ou a la solution de problemes divers, ont toujours
repondu avec gencrositc a nos demandes: Peter Ruck, directeur du Lichtbildarchiv de
Marburg (R.F.A.) et ses collaboraleurs Frank M. Bischoff et Heinrich Meyer zu
Ermgassen; Frangoise Vielliard, Bernard Barbiche et Gerard Giordancngo, profes-
scurs a PEcole nationale des chartes (Paris); Jean Rigault, conservateur en chefhono-
raire d'archivcs; Michel Hayez, directeur des services d’archivcs du Vaucluse; Jean-
Marc Roger, conservateur en chef des archives de la region Poitou-Charente; Georges
Cucr, conservateur aux Archives departementales du Rhone; Pierre-Yves Le Pogam,
conservateur au Musee national du Moyen Age (Paris); Florence Clavaud, conservateur
aux Archives nationalcs (Paris); Frangoise Simeray, conservateur a la Bibliotheque
nationale (Paris), qui nous a aimablement signale Pillustration reproduite en page 5. La
reconnaissance enfin, collective mais non moins sincere, a de nombreux etudiants
qui nous ont aides a preciser questions et curiositcs quand ils if ont pas subi. avant le
lecteur, I'cpreuve dc certains des documents ici reproduits.
A vant-propos
CONVENTIONS PARTICULIERES DE TRANSCRIPTION
On trouvera ci-apres les normes particulieres adoptees pour la transcription des
documents reproduits dans ce volume. Ces normes sont en principe celles que i’on pro¬
pose au chapitre 9. p.402-411. On у fait un renvoi systematique sous la forme k‘Voir les
Regies ... d edition, n° N. \ pour ne justifier ici que les eventuelles adaptations
imposees par le genre specifique de notre manuel.
LA PRESENTATION DU DOCUMENT
1. Nl'MERO D'ORDRE
Un numero d’ordre scquentiel, courant tout au long du volume, correspond aux dos¬
siers. Silva differents etats d’un meme texte. ceux-ci sont individualises par des let-
tres (par exemple 39a et 39b). Les planches correspondant aux textes edites portent le
meme numero. - Voir au contraire les Regies ... d edition* n°l.
2. Type diplomatique
La precision du type diplomatique de cliaque document est une particularite de ce
manuel. qui entend presenter et faire comprendre les principaux types de documents
diplomatiques que le medieviste peut rcncontrer.
3. Annee
La date est strictcment limitee au millcsime de la date formelle ou reconstituee du
document (dans le cas d une conjecture de la part de Lediteur, la date est portee entre
crochets droits). Cette limitation sc justifie par la presence d‘un paragraphe specifique
consacre a la datation de chaque document. - Voir au contraire les Regies ... d edition
ir2.1.
4. Analyse
lei, le souci pedagogique etant la decouverte progressive du contenu de Lactc et des
moyens diplomatiques mis en oeuvre pour iui donner force de Ioi, on a Iimite au strict
minimum 1 analyse du contenu de Lacte, le rendant relativcment anonyme, a la manie-
rc d un formulaiie de notaire. - Voir au contraire les Regies ... d edition, n°3.1.
5. Tradition manuscritp.
On se Iimite ici a la source immediate (original ou copie) du document retranscrit (a
1 exception du document n°14, pour lequeT on signale de surcroit d’autres instru¬
ments de reference). - Voir au contraire les Regies ... d'edition. n°4.
a) Dans le cas d un original, d’une photographic qui en tient lieu ou d'unc minute
(sur les letties convcntionnelles qui les designent. voir les Regies ... d'edition, n°4.1),
une breve desciiption du support se Iimite au material!, au scellement et aux dimen¬
sions. Toute autie obseiTation de caractcrc externe est reprise dans la transcription (par
exemple les notes marginales et dorsales) ou est rejetee au paragraphe "examcn" ou au
paiagraphc commentaire (par exemple le renforcement de la queue de parchemin du
10
Avant-propos
document n°9; la version preparatoire d’un acte royal au document n°28a). - Voir au
contraire les Regies ... d'edition, n°4.2f.
b) Dans le cas d’une copie (designee de maniere conventionnelle par la lettre B\ ou
par la lettre C si un autre temoin connu la separe de 1’original), on la date, on en precise
la provenance (copie isolee ou dans un recueil) et on reproduit le titre (ou la rubrique)
qui introduit l’acte (qu’il soit ou non marginal). - Voir au contraire les Regies ...
d 'edition, n°4.4.
6. Localisation de la source. - Voir les Regies ... d'edition, n°4.2g et 4.4e.
7. Tradition imprimee
Contrairement aux Regies ... d'edition, n°4.5, on se limite a indiquer l’existence
d’unc seule edition, la plus accessible. Celle-ci est toutefois libellee suivant les normes
en usage.
8. Bibliographie complementaire
Elle est omise en cet endroit, mais on у fait appel dans le paragraphe intitule
“Comprehension du texte”. - Voir au contraire les Regies ... d’edition, n°4.6.
DISPOSITION ET PRESENTATION DU TEXTE
9. Nlmerotation des lignes. alineas et colonnes
a) Toute transcription, aussi bien d’un original que d’une copie, porle 1 ’indication
des numeros de lignes, entre crochets droits [2], [3], [4] ..., uniquement afin de facili-
ler les renvois. - Voir au contraire les Regies ... d'edition, n°5a.
b) Utilisation d’alineas. - Voir les Regies ... d'edition, n°5b.
c) Listes de souscriptions. - Voir les Regies ... d'edition, n°5c.
10. Utilisation de caracteres specialx. - Voir les Regies... d'edition, n°6.
11. Passages empruntes a un acte anterieur. - Voir les Regies ... d'edition, n°7.
12. Citations iextuelles. titres d oeuvres. insertions et mots etrangers. - Voir
les Regies ... d'edition, n°8a-c.
13. Presence d elements figures
Les elements figures sont signales et decrits a leur place, en italiques et entre
parentheses. Voir les Regies ... d'edition, n°9. - Pour simplifier la lecture, on les a indi-
qu6s en frangais (avec, ici, la version latine):
- (Bene valete monogrammatique), dans le cas d’un acte pontifical: voir document
13, 1.21.
- (Chrismon): voir document 2,1. 1 et 9; document 3,1. 1 et 14; etc.
- (Croix), pour (Crux), qu’clle soit initiate ou de souscription: voir document 10,1. 1;
document 13. 1. 22 et 23; document 15, 1. 1; document 17,1. 16: etc.
- (Monogrctmme), pour (Monogramma): voir document 2, I. 8; document 3,1. 13: etc.
Avant-propos
- (Rota), dans le cas d’un acte pontifical: voir document 13,1. 21.
- (Ruche), pour (Sign и m recognition is), dans le cas d’un acte royal du haut Moyen
Age: voir document 2,1. 9.
- (Sceau), pour (Sigillum), et (Emplacement du sceau), pour (Locus sigilli), dans le
cas d’un sceau plaque sur le support, respectivement conserve ou detache: voir docu¬
ment 3,1. 12 et document 2,1. 9.
- (Seing manuel), pour (Signum manuale), dans le cas d’un acte notarie: voir docu¬
ment 24,1.17.
- (Seing), pour (Signum), dans le cas de tout autre type d’intervention autographe,
qui n’est pas encore une signature au sens contemporain: document 17,1. 18 sq.
14. Mentions hors teneur. \dresse. signatures, notes dorsales,
NOTES POSTERIEURES
Leur position exacte par rapport au texte est systematiquement signalee, en italiques
et entre crochets droits. Par exemple:
- [Signe:] (suivi de la signature ou du paraphc en petites capitales): voir documents
7, 8 et 11.
- [Plus has:]: voir documents 9 et 11.
- [En dessous:]: voir document 23.
- [En haut:]: voir document 37.
- [Sams le rep/i:]: voir document 18.
- [Sur le repli.]: voir documents 7, 8 et 23.
- [A droite. ]: voir document 7.
- [Au dos:]\ voir documents 14, 18, 19 et 21.
D’autres elements, qui ne sont pas dcs mentions de chancellerie, peuvent egalemenl
etre signales de maniere cxplicite. Par exemple:
- [Dans la marge gauche, a hauteur des lignes 9-11, d'une main posterieure.]:
voir document 14.
Voir au contraire les Regies ... d’edition, n°10a.
TRANSCRIPTION DU TEXTE
15. Normalisation desgraphies. - Voir les Regies ... d’edition, n°l 1.
16. Transcription des nombres. - Voir les Regies ... d'edition, n°12.
17. Ponctuaiton et majuscules. - Voir les Regies ... d’edition, nc13.
18. La restitution des abreviations
Contrairement aux Regies... d'edition, n°14, dans les cas douteux de restitution des
abreviations, les lettres restituees n’ont pas ete inscrites entre parentheses parce que le
document transcrit est reproduit en vis-a-vis.
12
Avant-propos
19. Transcription des jambages. - Voir les Regies ... d'edition, n°15.
20 Transcription des documents en ancien francais. - Voir les Regies ... d'edition,
n° 16.
ETABLISSEMENT CRITIQUE DU TEXTE ET ANNOTATION
21. Les interventions de lediteur
Elies se limitent a completer les lacunes materielles de Poriginal, a signaler les
blancs, les interpolations et les additions interlineaires. Quant aux omissions et aux
repetitions, elles ne sont signalees que par une note qui attire ['attention du lecteur. -
Voir les Regies ... d'edition, n°I7a-g.
22. L APPEL de notes pour renvoi a l'apparat critique
a) Les notes qui constituent Г apparat critique sont indiquees par une petite lettre
d'appel suscrite, suivie d’une parenthese: ”, V* ... - Voir les Regies ... d'edition,
n°18a.
b) La place de Гарре! de note. - Voir les Regies .. d'edition, n°18b.
e) La presentation de la variante. - Voir les Regies ... d’edition, n°18c-d.
d) L’apparat critique regroupe en un seul paragraphe. en finale du document. -
Voir les Regies... d'edition, n°18e.
23. L’ANNOTATION HISTORIQUE
Contrairement aux editions classiques (voir les Regies ... d’edition, n°19a), les
identifications de personnages. de lieux, destitutions, etc. ne sont pas signalees dans
le texte par un appel de note suscrit, mais elles sont regroupees dans le paragraphe inti¬
tule “Comprehension du texte'’.
24. La DISSERTATION CRITIQUE
Contrairement aux editions classiques (voir les Regies ... d'edition, n°20), les docu¬
ments ne sont pas precedes d’une dissertation critique: celle-ci fait l'objet des para-
graphes intitules “Examen des caracteres externes et internes” et “Commentaire diplo¬
matique”.
13
CHAPITRE 1
INTRODUCTION GENERALE
Sict и опт is picturei vet us fate ohso/escit et. nisi novis subinde colon bus reparetur,
penitus obliteratin', sic otnnis rei gestae noticia, nisi litterarum liniainentis quihus-
dam depingafur, evanescit (“De mcmc que tonic peinture s'efface on vieillissant. cl
disparait eompletement a moins d'etre rafraichic de temps en temps par de nouvel-
les eouleurs, de memo la connaissancc de ionic action passee s'evanouit si elle n'est
dopeinte par les trails des letlres”: acte dc [1032-1064], Andre Salmon, Lin e des serfs
de Marmoutien Tours. 1864, n° 2).
Ferrutn rubigine consumitur et lapides vetustate deficiunt, inulto fortius institutio-
nes hominum a memoria iaberentur nisi scripti tesfintonio Jirmarentur (“Le ler esl
detruil par la rouille. et les pierres s'eflritent en vieillissant. Combien plus les insti¬
tutions des homines echapperaienl-elles a la memoirc si elles n'elaient rcnforcees par
le temoignage de ГёепГ: formulaire cl ordo judieiaire frangais, premiere moitie du
XIIIе siecle, ed. Ludwig Wahrmund. Quellen zur Geschichte des rbtnisch-kanonischen
Processes ini Mittelalfen t. I. Heidelberg, 1905 [repr., Aulcn: Seientia, 1962], p. 52).
Le Vloven Age. si fort penelre de la conscience de la vaniie des choses. de la fra-
gilite de Lhommc el de ce qu'il etablil. a aussi conscience de la force de 1’ccrit. qui
llge les paroles et les perennise. Aussi attache-l-il une importance extreme a la mise
par ecrit des actions juridiques. de crainte que la memoirc humaine. infidele, n’altere
Lexaetitude des tlecisions. voire memo ne les oublie. Un type de document a la Ibis
frequent et important au Moyen Age. important aussi pour les medievisles, eomprend
done les actes ecrits. Ceux-ci sont d'une extreme diversite. des rares preceptes mero-
\mgiens aux actes royaux du XVе sieele. delivres par di/ames de milliers chaque
annee: des notices du XIе sieele. faussement naives, aux actes notaries du bas Moyen
Age, savamment appreles... Ces textes sont ecrits en fonction de certains codes, avee
un langage implicite. cominc tout texle. mais plus encore que les autres textes. parce
qu’ils sont revetus d'un caractere ofliciel qui oblige a les eoiiler dans un certain moule.
plus ou moins conlraignanl. a sous-entendre ce qui ne peut se dire ouvertemenl on a
malmener quelque pen la \erite. Les chausse-trapes abondenl done sous les pas de
I'historien. Pour les dejouer. il est line science auxiliaire de Lhistoire: la diplomatique.
A. LA DIPLOMATIQUE: DEFINITION
La diplomatique est “la science qui etudie la tradition, la forme et ('elaboration des
actes ecrits. Son objel est d'en faire la critique, de juger de lour sincerile. d'appre-
cier la qualite de leur texte, de degager des formules to us les elements du coiitenu
susceptibles d'etre utilises par Lliislorien, de les dater, enfm de les editer" (Vocabtduire
international de la diplomatique). Fondamentalement. la diplomatique est done la
science des actes ecrits, e'est-a-dire des ecrits ou se trouvenl consignbs “soil Laccom-
plisscmeni d'un acte juridique, soil I'exislence d'un fail juridique. soil encore even-
tuel lenient un fail quelconque des lors que Г ecrit est redige dans une certaine forme
propre a Un donner validite" [ibidem).
Introduction generale
Reprenons ces definitions. La diplomatique etudie done les actes ecrits:
1° consignant des actions (ventes, donations, mises en gage, testaments...) ou des
faits (naissances, deces...) juridiques,
2° et leur donnant une certaine validite juridique: une chronique rapportant une
donation n’a aucun caractere diplomatique. Seuls entrent en ligne de compte les tex-
tes pourvus de moyens de validation appropries, comme par exemple le sceau, ou la
liste de temoins, qui leur permettent d’etre produits en justice. En outre, et du fait
meme de leur caractere juridique, ils doivent etre etablis conformement a certaines
traditions, d’ailleurs variables selon les auteurs, les periodes et les endroits, de maniere
a ne pas paraitre choquants au regard des juges. Concretement, il s’agira aussi bien
de chartes de donation que de testaments, de procurations que d’accuses de reception,
de lettres de nomination que de proces-verbaux, voire d’inventaires de biens (surtout
s’ils ont ete etablis en fonction de certains criteres diplomatiques, comme e’est le
cas des terriers) ou de toute sorte de “papiers administratifs”, meme quand il s’agit
de documents internes а Г administration: notes, brouillons, projets...
Et que fait, de ces documents, la diplomatique ?
1° Elle en fait la critique, e’est-a-dire qu’elle verifie qu’ils sont bien authentiques,
ct n'ont pas ete forges ou deformes par quelque faussaire.
2° Elle les passe au crible, afin de separer des elements propres a chaque acte ceux
qui sont communs a un ensemble de documents et peuvent relever de la langue de
bois, des traditions propres a une chancellerie ou d’un langage symbolique ou idco-
logique. Elle vise done a eclairer chacun des actes ecrits, de maniere a permettre aux
historiens de les utiliser sans s’abuser sur la portee des formules, du vocabulaire...;
mais elle veut aussi degager des actes les messages, ideologiques ou politiques, qu’ils
vehiculent souvent.
3° Elle les date, car beaucoup ne sont pas dates.
4° Elle les edite, de maniere a les rendre accessiblcs a tous les historiens.
Le nom meme de la diplomatique intrigue. Son origine est latine: diploma, ou docu¬
ment officiel (du grec diploma, [document] plie en deux). La diplomatique a donne
son nom a la diplomatic, parcc que celle-ci se fait avec des traites, lesquels relevent
evidemment de la diplomatique. Les specialistes de la diplomatique sont des diplo-
matistes.
La diplomatique depend evidemment des sources dont elle dispose. Au fil du temps,
du fait des guerres, des incendies, des negligences, celles-ci se sont amenuisees, payant
regulierement un lourd tribut a la folie, a l’ignorance ou a la maladresse humaines.
On n’a done conserve aujourd’hui qu’une faible partie des actes produits par le Moyen
Age. Et le taux de conservation n'est pas uniforme. Les archives ecclesiastiques ont
ete beaucoup mieux conservees que les archives laiques, parce que le plus souvent les
etablissements religieux n’avaient a craindre ni extinction d’une lignee, ni partage ou
division. Soumises, elles, a ces aleas, les archives laiques ne connurent de reelles chan¬
ces de conservation a longue duree qu’a partir du XIIIе siecle, avec la prise de cons¬
cience de Г importance de l’ecrit et de son role dans la procedure judiciaire, avec le
developpcment du notariat public et Г acquisition d’une personnalite juridique par les
villes.
16
Introduction generate
D’ailleurs, tous les actes ne meritaient pas d’etre conserves. La quittance de paie-
ment d’une dette, par exemple, perdait toute utilite apres quelques annees. Pourquoi
la conserver pendant 50, 100 ou 200 ans? La aussi, vers le XIIIе siecle, se developpe
un esprit nouveau, plus attache a conserver par prudence tous les documents. De sorte
que pour les periodes anterieurcs, dont les archives sont riches d’actes a effet perpe-
tuel portant sur des biens immeubles (donations, ventes...), nous risquons de perdre
dc vue Г existence d’actes de moindre importance. Prenons le “cartulaire” du prieure
Saint-Georges d’Hesdin (Pas-de-Calais) edite par Robert Fossier. C’est un manus-
crit de la fin du XIIе siecle qui comprend de nombreuses notices de mise en gage,
ou des donations portant sur des biens reduits. De tels manuscrits sont rares. Alors,
est-ce un cas isole, dont l’etablissement releve d’un contexte particulier, ou un manus-
crit conserve par le plus grand des hasards?
Un texte perdu ne peut etre remplace. Du moins l’historien doit-il savoir qu’il a
existc, ou qu'il a pu exister.
B. LA DIPLOMATIQUE: HISTOIRE ET EVOLUTION DE SON
PROGRAMME
Plongeant dc lointaines racines dans la periode medievale, la diplomatique n'est
recllement apparue qu’il у a trois siecles. Son histoire, au long de ces trois siecles,
se trouve dans tous les traites de diplomatique. II ne nous a pas paru necessaire de la
refairc. On a plutot voulu montrer le progressif elargissement que la diplomatique a
donne a ses missions.
ikv Voir Harry Brcsslau, Handbuch der Urkundenlehre..., t. I, p. 11-45; Arthur Giry.
Manuel de diplomatique..., p. 51-77; Alain de Boiiard, Manuel de diplomatique...,
t. 1, p. 17-32.
Heinrich Fichtenau, “Diplomatikerund Urkundenforscher’\ dans Mitteilungen des
Instituts fur osterreichische Geschichtsforschung, 100, 1992, p. 9-49: Phistoirc de la
diplomatique vue du cote de Fecole de Vienne jusqu’en 1940.
1. La recherche des faux
La diplomatique, comme etude des actes, nait au Moyen Age. Tres modestement.
et sans que personne en ait conscience. Mais les medievaux savaient Г importance des
faux (voir chapitre 8), ils ont cherche a les detecter, en focalisant leur attention sur
Fecriture, les sceaux, les formules... Toutefois, cela se faisait d’une maniere tout a
fait empirique, et sans jamais chercher a theoriser le sujet.
A\ec Fiivencmem de Fluimanisme. les critiques se font plus pertinentes, plus
acerees. Des faux imporiants. pouriant assez grossiers, tombent les premiers, comme
la Donation de Constantin, elaboree au VIIIе siecle et par laquelle 1’empereur romain
Constantin etait cense avoir jele les bases de FEtat pontifical. Elle avait deja ete con-
icstec au Moyen Age. mais sa I’aussete flit demontree par Nicolas de Cues en 1433,
et surtout par Lorenzo Valla vers 1440.
Mais au-dela des faux illustres. la critique des chartes s’attaque a de nombreux
documents. Parce qu’ils paraissent suspects, mais aussi parfois parce qu’ils derangent.
17
Introduction generale
Des debats virulents s’elevent aux XVIIе et XVIIIе autour de certains documents,
au point qu’on leur donnera par la suite le nom de bella diplomatica, les guerres de
la diplomatique.
La premiere theorie vint d’un jesuite, le pere Papebroch, decide a soumettre a une
critique rigoureuse les privileges des abbayes benedictines. II publia en 1675 un
Propylaeum antiquarium circa veri ac falsi discrimen in vetustis membranis, qui con-
testait Pauthenticite de nombre de privileges anciens, mais sans etayer suffisamment
ses arguments. Les historiens benedictins devaient rcagir. Ce fut le meilleur d’entre
eux, dom Jean Mabillon, moine a Saint-Germain-des-Pres, qui s’en chargea, en
publiant en 1681 ses De re diplomatica libri VI.
Avec Mabillon et son traite, la diplomatique trouve un pere, un nom et un acte de
naissance. Servi par une excellentc connaissance des archives, Mabillon posa les prin-
cipes essentiels, et qui n'ont plus change depuis, de la critique diplomatique. Cette
critique, Mabillon avait compris qu’on ne pouvait la mener que sur la base de Г etude
comparative d’un grand nombre de chartes, afin de distinguer ce qui ctait bizarre, et
done suspect. Dans cette perspective, Mabillon s’attachait a I’examcn des caractcrcs
externes des chartes (livre 1), des caracteres internes (lormulcs, langue) et des moyens
de validation (livre 2). L’ouvrage se terminait par de nombreux echantillons d’ecri-
tures diplomatiques (livre 5) et des publications de textes (livre 6). Le livre 3 conticnt
quelqucs etudes de cas, le livre 4 une liste commentee des palais royaux et autres
endroits ou les souverains francs avaient promulgue des diplomes. Malgre quelques
oppositions, les travaux de Mabillon furent rapidement considcres comme des clas-
siques, surtout sur le plan de la methode de travail. Les mauristes, moines benedic¬
tins de la congregation de Saint-Maur (fondee en 1618). furent evidemment les plus
fervents partisans dc Mabillon. Deux d'entre eux, dom Toustain et dom Tassin.
publierent cn frangais une nouvelle synthese qui innovait assez peu sur Mabillon, mais
disposait un materiau plus abondant dans un plan plus logique. C’cst ccpendant leur
ouvrage qui, plus que celui de Mabillon, devait servir de base aux etudes de diplo¬
matique, jusqu'aux grands manuels de Bresslau et Giry. Depuis Mabillon, la critique
des faux est restee une preoccupation constante de la diplomatique. Les methodes ont
quelque peu change, mais ce qui a le plus change, e'est qu’elle n’esl plus qu’une acti¬
vate parmi beaucoup d'autres.
взг Sur la critique des faux du Moyen Age a nos jours, voir au chapitre 8, p. 367.
Pas de travaux recents sur les bella diplomatica. Voir Arthur Giry, Manuel de
diplomatique..., p. 59-60; Harry Bresslau, Handbuch der Urkundenlehre..., l. I, p. 19-
21; et Particle d’Alfred Gawlik dans le Lexikon des Mittelalters ... t. I, col. 1843-1844.
Daniel Papebroch, “Propylaeum antiquarium circa veri ac falsi discrimen in vetus¬
tis membranis”, dans Acta Sanctorum aprilis, t. II, Anvers, 1675, p. I-XXXI.
Jean Mabillon, De re diplomatica libri Vf Paris, 1681, [14]-634-[28] p., ill. Voir
aussi, du meme, Librorum de re diplomatica supplementunu Paris, 1704. VIII-116 p.
Dom Charles-Frangois Toustain et dom Renc-Prosper Tassin, Nouveau traite de
diplomatique, 6 vol , Paris, 1750-1765.
18
Introduction generale
2. L’edition des textes et 1’exploitation de leurs donnees historiques
Л Fcpoquc de Mabillon, les actes medievaux avaient conserve toute leur valeur
juridique. IJn diplome de Charlemagne, an XVIIIе siecle encore, defendait validement
les droils de son detenteur. II en alia ainsi. en France, jusqif a la Revolution, et sur-
inut la suppression des privileges leodaux (4 aotit 1789) el la nationalisation des biens
du clerge (2 novembre 1789). Papebroeh ct Mabillon s'elaient aflrontes dans une pers¬
pective essentiellement juridique: lc probleme elait de savoir si les grands monaste-
res benedietins avaient ou non usurpc les privileges qiFils disaient avoir rev us des mis
francs et dont ils jouissaient encore.
Mais Fcpoquc modeme est atissi cede du developpement des etudes historiques,
parfois I ices d'ailleurs a des questions d’ordre juridique ou politique (d’oii vient la
noblesse 7 quels son! les pouvoirs tradilionnels de la monarchic ?). L’histoire des pays,
lies ordres religieux et des abbayes, des families seigneuriales. des villes... passionne.
Quelle meilleure source que les chartes 7 Datees el authentiliees (ccrlaines du moins)
par la diplomatique naissanle. dies donnent quantity de renseignements sur des per-
sonnages. des lieux. des institutions, des fails... Les maurisles ftircnl pendant pres de
deux sieclcs les principaux agents de eette passion pour Гhistoire. Membrcs d'une
congregation severe, ils voulaient chercher dans I "histoire de quoi nourrir leur fervour,
alimenter leur meditation. Ils multiplierenl les travaux. de theorie comme le De re
diplomatica de Mabillon, qui etait Fun d'eux. Mais surtout de pratique, en critiquant.
eopiant et en edilant de ties nombreuses chartes. en memo temps que d'autres textes.
L’Fglise ne les interessail pas seule. La France, leur patrie, elait aussi au centre de
leurs preoccupations, de memo que les provinces, auxquelles ils eonsacrerent de nom-
breuses eludes. Ils exploiterent done les chartes, nolamment en dressanl tin repertoire
prosopographique des e\eques. abbes el responsables de chapitres cathcdraux de la
France depuis les origines {Gallia Christiana). D'une maniere plus generale. il n'est
guere d'cludc hislorique au XVIIIе siecle qui ne s'assortisse, sous forme de pieces
justificatives. de Г edit ion de quelques chartes. L/l-iat \ a aller plus loin: la France se
dotera d‘un Cabinet des C harles (crec de 1762 a 1764). sous Fimpulsion du contro-
leur general Bertin et de Jacob Nicolas Moreau, qui centra I iscra des mill iers dg copies.
Les copies qu’ils effectuerent se trouvent aujourd'hui a la Bibliothcque nationale. dans
la collection Moreau pour celles qui ont ete faites dans le cadre du Cabinet des Charles,
dans les collections de provinces pour cellos qui furent etablies dans le cadre delu¬
des locales.
№ Pour la bibliographic sur les erudits, voir chapitre 6, p. 310.
Un exemple d'etude historique du XVIIе siecle, avec publication de chartes en
annexe: Jacques Doublet, Histoire de Vabbaye de S. Denys en France ... le tout
recueilly de plusieurs histoires, bulles des papes, chartes des roys, princes et autres
documens autentiques, Paris, 1625, 1377 [cn fait 1347] p.
Passee la Revolution, Finteret juridique des chartes s’evanouit devant le senti¬
ment d'une rupture avee un Regime que Fon commence a appelcr Ancien, tandis que
leur interet historique se renforce. Mais au siecle des nationalismes, le programme
d'edition des chartes ne pouvait rester desorganisc. En Allemagne se fonde en 1819
la Societas aperiendis fontibus rerum germanicarum medii aevi< et en France est insti-
19
Introduction generate
tuc en 1834 un eomitc pour“diriger Ics reeherches et la publication de documents ine¬
dits sur Fhisloirc de I-ranсe”, embryon de Factuel Comite des travaux historiqucs el
scientifiques. Les societcs savantes locales, alors en plein essor, collaborcnt a ce mou-
vement d’edition des chartes. toujours en vue de Fexploitation dcs donnees histori¬
qucs. Avec un souci croissant de qualite du travail d'edilion: on prend conscience,
peu a peu, que Fedition ne peut C'tre une simple transcription. Ce mouvement d'edi-
tion s'est. dcpuis, transforme. Son flux s'est malheurcusement ralenti. mais la qualite
du travail s’est globalement ameliorce. et une reprise se fait jour en Italic et en Espagne
el. plus timidement, en France. L'ouvragc ne manque en lout cas pas en la malicre
(voir chapitrc 9).
Quant a Futilisalion des donnees facluclles, elle atissi a fort evolue. Prendre les for-
mules au pied de la lettre avail induit trop d'historiens en erreur. Dans une charte. il
у a. on pent у avoir, des fails vrais. des faits faux, et des I aits deformes par la tradi¬
tion on la languc de bois. Que penser quand un chevalier “donne” une terre a une
abbaye qui, pour le recompense!', lui “donne” une somme d’argent? N'est-ce pas une
vente llalteusement dissimulee sous un torrent de generosite affectce? Л la fin du XIе
siecle, Feveque de Cambrai multiplie les chartes de donation d'autels a son chapilre
cathedral, Tam de bonte con fond. Mais Fobiluaire du chapilre revele que les vrais
donateurs sont des laics, Fevequc n'etanl qu'im intermediaire.
On pent ciler quelques exemples d'inteiprelations trop rapides, trop promptes a croire
les actcs a la lettre. Quand I'empcreur Frederic II parle de son felicissimus exe trims.
il ne veul pas dire que son armce est remplie de joie. d'autant qu'en la circonstance
ses succes avaient etc plutot inlermittents. mais qifelle est imperiale: felix est un attri-
bul de Г|/н/лт(№«'а la romaine qu'il veut etre. Quand Fempereur. au bas Moyen Age,
est dil Xtehrer des Reiches, cela ne veut pas dire qu'il dilate les frontieres de FEmpire,
mais que Foil se re fere a Fetymologie supposee d\*l/^/.s7//.v {augere = augmenter).
Traduite litleralemenl, une lournure rhetorique peut etre prise a contrcsens. On
trouve ainsi dans un ouvrage recent: k‘Urbain II porta remede a ce dernier abus de pou-
voir en concedant. sans enthousiasme (‘Nous ne refusons pas...' dit-il)...” C‘est igno-
rer que la ehancellerie pontificale utilise ici une ires ancienne figure de style, la litote.
II faut simplemenl comprendrc: “Nous oclroyons...”. sans aucune reticence ou man¬
que d'enthousiasme.
Dc nombreuses fonnulcs el clauses sont charriees par la tradition, sans qu'on puisse
les rapportcr litteralement au conlexte precis de Facte eludie. On sait que les histo-
riens romantiques ont appuye le mythe des “lerreurs de Fan mil” sur les actcs qui
disaient que “le mondc vacille”, que “le monde court a sa perte”. Vieux cliche, topos.
chretien. deja employe plusieurs sicclcs auparavant... Autre exemple avec les “for-
mules de pertinence” (ci-dessous. p. 82), qui accumulenl les enumerations d'elements
constitutifs d’une proprictc, sans donner a chaque Ibis une description pertinenle. Peut-
on des lors se fonder sur dies pour eerire: “Ce sont de ires prospcrcs villae que Foil
voit apparaitre dans les chartes de donation ou dans les testaments [du VIIе siecle]...
[Dans un acte. le donateur] recense les terres. vignes. paturages, forets. arbres IVni-
tiers ou non, maison, bctail. vaisscllc [sic pour ‘biens incudes'j, esclaves et colons...”?
Lc debat est encore ouverl.
20
Introduction generale
Clauses formelles et sans signification reelle, temoins en realite absents, dates de
la misc par ecrit et pas de faction juridique, voila quelques pieges que les historiens
evcntent mieux aujourd’hui. Sans doute en est-il encore d’autres a decouvrir...
Jean-Marie Duvosquel. “Les diaries de donation d'aulels emanant dcs eveques
de Camhrai aux XI°-XIIC siecles eclairees par les obituaires. A propos d'tm usage gre-
uorien tic la clianccllerie cpiseopale". dans Homniages a la Wallonie. Melanges d'his-
toire, de litlcrafurc el tie philologie wallonnes ofjerts a M.-A. A mould et P. Ruelk\
Bruxelles: lJni\ersite Libre, 19X1 [Fucu/te de Philosophic et Lettres* SO), p. 147-163.
3. L’elaboration des actes
Jusqifau XIXе sicclc. on ne s'elait gtiere interroge sur la fai;on dont les diaries
claient produiles: qui. quand. ou et comment. II re\ ini a Iheodor von Sickel (1826-
190S) d'ouvrir ce nouveau champ. Sickel s'apei\4it que certains des aeles que foil
avail classes coniine faux, parce qifabcrrants par rapport aux actes elabores par les
chancelleries, avaienl en fait etc elabores par les destinataires eux-memes. Cette decou-
verie. outre qifclle ameliorail el corrigeait les resullats de la critique diplomatique,
atlirail f alienlion sur la necessity dc coniprendre les mecanismes de la production dcs
actes. Les chancelleries souveraines out etc les premieres a benefieier de cct apporl
nouveau. D'abord la ehancellerie impcriale. sous la forme de fetude approfondie dc
cliaque document. Un modele tfdudcs de cc genre cst fouvrage dans lequel Julius
I ickcr montrail que ccrtaincs datations figurant dans les actes claient relatives a
faction juridique. d'aulres a la promulgation de facto. Mais il fallul attendre Harry
Hrcsslnu et Wilhelm Erben pour disposer de bonnes syntheses.
En France, la strategic retenue fut differente: les etudes se firent par regne. La
premiere, celle que Maurice Prou consacra a Philippe Ier, jetait les bases de la methode:
la substantielle introduction a son edition etudiait principalement la ehancellerie et
son personnel, et la forme des actes. Prou у envisageait explicitement le probleme
de f elaboration des actes.
Dcs chancelleries souveraines, on passa aux chancellories princieres cl episcopa¬
tes, d'abord grace a Pune ou fautre synthese, coinmc celle d*()tio Posse. Mais sur-
lout grace a des etudes monographiques. En Allemagne se multiplierent a la fin du
sieclc dernier et ati debut de cc siecle les theses sur la diplomatique de tel prince ou
lei evL4|ue. accordant une attention variable a la ehancellerie el a f elaboration des
itetes. En France aussi. dcs eludes, mais moins nombreusos. virent le jour. La plus
attentive a la question de f elaboration des actes fut sans4loulc celle que Clovis Brunei
consacra aux actes des comics de Ponticu. sur le modele des travaux dc Prou. dont il
avait d'ailleurs ele Feleve. avee une attention a la description des actes et a lour redac¬
tion.
Recueil des actes de Philippe /‘r, roi de France (1059-1108), ed. Maurice Prou,
Paris, 1908, CCL-567 p. (Charles et diplomes relatifs a Fhistoire de France publies
par les soins de FAcademie des Inscriptions et des Belles-Lettres).
Prou veillait aussi a ctablir les dates de la vie du roi, a classer les actes, a depister les faux...
Introduction generate
Otto Posse, Die Lehre von den Privaturkunden, Leipzig, 1887, VIII-242 p., 40 pi.
Centre son attention, comme le fera Bresslau, sur Г elaboration des actes et sur leur valeur
juridique.
Clovis Brunei, Recueil des actes des comtes de Pontieu (1026-1279), Paris, 1930,
CXV-778 p.
On notera aussi Texamen de la valeur juridique des actes.
Peter Aelil, Die Cancell aria in Metz. Pine Kanzlei- unci Schreihsclmle tan die Wende
des 12. Jlults. Diplomatische Bezielumgen zum Mittel- and Niederrhein and zum
franzosischem Wes ten. Franc lort. 1940. 93 p. el 10 pi. (Schriften des wissenschaftli-
ches Inst it uts der Elsass-Lothringen im Reich an der Un i vers i nit Frankfurt, N.F. 25).
LiUide pionnicrc en matiere de diplomatique episcopale. vuc sous Tangle de Pelaboration
des actes. Montre comment, des Ics premieres annees du XIIIе siecle, cl avant qu'il soit
question d'officialile. la cliancellerie episcopale messine fonctionne comme line sortc de
notarial public, mullipliant les actes pour des affaires qui ne conccment pas Tcveque, mais
que celui-ci garamil de son aulorile.
4. Les actes et leur contenu ideologique et politique
Cette ouverture a Telaboration ties actes, si importante qiTclle lul, n'empcchait pas
la diplomatique de concevoir son role de manierc foil etroitc : ctudier Tauthcnlicitc
des chartes, les ediler et meitre ainsi a la disposition des historiens. surtoui des insti¬
tutions, de Г economic et de TEglise. un important materiel documenlaire. C'ctait
insullisant. L'etudc des chartes permet aussi de nonrrir I'hisloirc de la pensee. reli-
gieuse et politique, voire Thistoirc cullurelle. La prise de conscience commen^a a la
fin du siecle dernier. Arthur Giry, dans son Manuel de Diplomatique. laisse sou vent
percer un interel pour cetle orientation nouvelle. sans cependant jamais la concretise!*
(voir par exemple ses p. 543-546 sur le prcambule). Petit a petit, des travaux virent
le jour, comme celui de Joachim Studtmann sur les clauses comminatoires (voir cha-
pitre 3).
Mais Timpulsion principale vint. voici une trentaine d'annees, des travaux de
Heinrich Fichlenau. En consacrant un livre entier au seul prcambule des chartes, il
montrail revolution de celte formulc, el comment celte evolution rellclait cel le des
mentaliles. II a montre ainsi la continuite entre la thematique du prcambule de
TAntiquite et du Moyen Age, et revele Timportance de ce qu'il a appele la langue
d'Elat. la langue politique, chargee d'idcologic et de propagande.
lei aussi, les etudes soul devenues legion. On cilera seulcmenl un bon exemple,
celui deJ'elude consaeree par Joachim Dahlhaus a la rota. ce dessin circulaire qui sert
de moyen de validation aux bullcs pontillcales depths 1049. Celte rota esl tradilion-
nellement considcrcc comme un element de critique assez important, du fail qu'ellc
connut une evolution parfois complexe, que les faussaires maitrisenl souvent moins
bien que Ics diplomatisles. Dahlhaus va plus loin el montre comment, en invcntanl ce
signe. l.eon IX a non seulcmenl cree un signe de validation aulographe (il ne rcslera
autographe que quelqucs annees), mais aussi comment il у a integre a la fois son pro¬
gramme de gouvernement et sa conception de la charge pontificale. manifestant son
role ile vicaire du Christ cl reprenant comme dev ise de cetle rota une phrase de la
Introduction generate
messc du deuxieme dimanche de Paques, jour souvent choisi pour la reunion des syno-
dcs romains et dont Pevangile est celui du bon pasteur. Mais tres vite, la chancelle-
ric pontificale ne donnera plus autant de charge symbolique a une rota devenue une
simple habitude, necessaire a 1’authentification des actes.
Autre exemple, plus ancien, celui de Г etude de Karl Schmitz sur les formules de
devotion: Pauteur en cherche les origines dans les textes les plus varies: conciles, let-
tres de saint Paul, textes anterieurs au christianisme meme.
Joachim Dahlhaus, “Aufkommen und Bedeutung der rota in den Urkunden des
Papstes Leo IX.”, dans Archivum historiae pontificiae, 27, 1989, p. 7-84.
Karl Schmitz, Ursprung und Geschichte der Devotionsformeln bis zu ihrer
Aufnahme in die frdnkische Konigsurkunde, Stuttgart, 1913, XVIU-182 p.
(Kirchenrechtliche Abhandlungen, 81).
5. La conservation des actes
Compicndre commenl les actes soul fabriques est eerles important. Mais line Ibis
qu’ils soul prodtiils. ces actes doivent etre conserves. L'inldet pour leur conservation
n’csl pas neuf. ne serait-ce que parcc qu'on devait sa\oir ou Гоп pouvait esperer trou-
\er des diaries. Cependant Pctude de la signification de cette conservation est asse/
ivccnle: commenl. mais surlout pourquoi conserve-t-on. au .VIoven Age ou aux Temps
Moderucs. des diaries, que ce soit sous la forme dans laquelle dies out etc emiscs
(originaux) ou sous forme de copies?
Voir la bibliographic du chapitre 6. Consulter aussi, par exemple, Th. Evergates,
“The Chancery Archives of the Counts of Champagne. Codicology and History of the
Cartulary Registers”, dans Viator. Medieval and Renaissance Studies, 16, 1985, p.
159-179.
Les premiers registres de la chancellerie (le tout premier date de 1211) sont elabores dans
les moments d'insecurite, pour servir d'aide-memoire.
6. Les documents administratifs
La diplomatique est nee. avec Mabillon, de Lctude des diplbmes des sou\crains
nierov ingiens el carolingicns. Cette origine La marquee, en ce sens que pendant deux
Modes, die a accorde plus d'atlenlion aux actes des souverains qifaux actes des prin¬
ces. plus a ces derniers quTuix produits du notariat. Depuis un siccle en\ iron. Lensem-
hle de cos documents a ele reluihilite. Les actes des princes el ccux des cvcques d'abord.
puis ions les types d'acles diplomatiques out benelicie d'etudes approfondies.
Void une trentaine d’annees, Robert-llenri Haulier langait un vigotireux plaidover
on lav cur iLune ouverture de la diplomatique a Lensemble des sources d'archives, el
done aux documents administratifs. “lanlbl rediges en vuc de la preparation, de la
notification ou de Lexccution d'une decision, tanlbl destines a informer Ladminis-
tralion elle-meme dans Laccomplissemenl d'une fonclion ou d'un mandat"
Memc si cet appel n’a pas encore regu tout Г echo qu’il meritait, la porte est ouverte.
23
Introduction generate
из- Robert-Henri Bautier. “l.egon d'ouvcrture du cours de diplomatique a PEcole des
cliarles". dans Bibliotheque de I'Ecole des diaries. I 19, 1961, p. 194-225. citation a
la p. 208; reimpr. dans, du mcnie. Charles, sceuu.x et chancelleries, 2 vol., Paris: Ecole
nationale des cliartes, 1990, 923 p. {Memoires el documents de Г Ecole des diaries,
34). l. 1. p. 3-33. Voir aussi le href catalogue deposition de C yriel Vlceschouwcrs,
Diplomatique, Bruxelles: Archives Generates du Royaume. 1985. 56 p., qui reprend
egalement des obituaires. des comptcs el des livres de ПеГ.
Un exemple: Ernst Pitz, Schrift- und Aktenwesen der stadtischen Verxvaltung im
Spatmittelalter. Koln-Niirnberg-Lubeck. Beitrag zur vergleichenden Stadteforschung
und zur spatmittelalterlichen Aktenkunde, Cologne, 1959, 483 p. (Mitteilungen aus
dem Stadtarchiv von Koln, 45).
7. Les extensions de la diplomatique medievale
An XXе siecle, de recents developpements soul venus prouver toute la valour metho-
dologique de la discipline, particulieremenl on des zones a production documentaire
riche en memo temps quo hicrarchisee el 1 ice a un Ibrnuilaire strict: Byzance. POrient
proto-historique (actes prives et letlres des rois). les contrats d'epoque hellenistique
el romaine: mais aussi les documents d’Aneien Regime, la production du Comite de
Saint Public. Jusqu'aux exportations les plus lointaines. au .lapon par exemple.
La documentation medievale reste pourtant au coeur de la discipline, non pas taut
parce qu'elle a vu ses premiers pas que parce qifelle se prete particulierement bien
a sa demarche et a un questionnaire donl clIc permel d‘obser\er les multiples tacet-
les. Line grande coupurc inters ient, on le verra. avec la generalisation de Pecrit “admi-
nistratiP' aux XIVe-XVc siecles. Par-dela memo les differences, lourdes de sens, entre
haul et bas Moyen Age. on pent cependant poser que, longtemps. la documentation
mc4lie\ale est:
- assez riche pour livrer des donnees nombreuses, susceptibles d’etre mises en serie,
- assez rare et done dans de nombreux cas assez lourde symboliquement pour cris-
talliser une forte charge de pouvoir, done de renseignements connexes pour l’histo-
rien.
iuv A. Babeau. “Les preambules des ordonnances royales et Popinion publique”, dans
Seances el iravau.x de ГAcademic des sciences morales et politiques, 146, 1896, p.
797-858 (et tire-a-part, Paris. 1896).
Superbcs e\i:mples du maintien du preambule dans des actes royaux frangais solennels
des X\r-XVlIIc siecles.
A. Joiion des Longrais, Age de Kamakura. Sources (1150-1330): archives, chartes
japonaises (Monjo), Tokyo-Paris, 1950, 449 p.
Voir a nouveau l’appel de R.-H. Bautier, “Legon d’ouverture...”
C. GLOSSAIRE GENERAL
En diplomatique abondent les termes techniques, au point qu’un volume de la
Commission international de Diplomatique, sous presse, est specialement consacre
24
Introduction generate
a ces problemes de definition, sous le titre de Vocabulaire international de la diplo¬
matique. Beaucoup seront precises au cours du volume, et pourront etre retrouves
grace a findex (p. 427 sq.). Quelques-uns cependant doivent etre definis des le depart.
On les trouvera ci-dessous. Les definitions sont inspirees de celles qu’a proposees la
Commission internationale de Diplomatique.
1. Les documents
Un acte public est un acte emane d’une autorite publique (pape, souverain, prince
territorial, autorite disposant d’une juridiction reputee publique), agissant en vertu
de cette autorite. Synonyme: instrument. Ce dernier mot est d’origine juridique et
notariale (instrumentum publicum). II n’est guere employe tel quel (= acte notarie).
L’instrumentation est f elaboration et la promulgation d’un instrument, d’un acte.
Un acte prive est un acte emane d’une personne privee, physique ou morale (une
abbaye, un bourgeois...), ou bien d’une personne publique agissant a titre prive ou
pour le compte de personnes privees.
Une bulle est, au sens large, un acte emane du pape, et scelle du sceau rond (bulle
de plomb) qui caracterise la chancellerie pontificale (sens etroit: voir p. 113).
Un diplome est un acte emane d’un souverain.
La charte n’est pas a proprement parler un terme technique, mais plutot un terme
generique, recouvrant une variete confuse de documents. N’etant pas technique, le
mot est assez flou. On f emploie generalement pour designer un acte ecrit, emanant
le plus souvent d’une autorite royale, religieuse ou seigneuriale, mais jamais a une
epoque ou f auteur multiplie les documents dans le cadre d’administrations ad hoc.
Une charte contient soit une concession de biens, de droits..., soit une decision judi-
ciaire.
Une notice est un lexte redige. en style objectif ou apparemment objectif, par le
beiuHiciaire d’une action juridique. Idle n est pas approuvee par une autorite publi¬
que (certames le soul, apres coup). De ce lait, elle n’a comme interet que de rappeler
une action juridique et de donner les noms des temoins qui pourront attester de la ve-
racite de cette action. Idle n’a done pas de valeur juridique intrinseque.
2. Les personnes
L’auteur d’un acte, ou auteur de 1’acte ecrit, est la personne au nom de qui l’acte
est dresse.
Le disposant, ou auteur de Paction juridique, est la personne qui cree faction
juridique consignee dans facte (e’est done celui qui donne, qui vend, qui teste ...).
I c destinataire est la personne qui reeoit un acte et qui, en principe, le conser-
vera dans ses archives a litre de preuve. On parle aussi de beneficiaire de facte, pour
designer la personne qui, plus que toulc autre, beneficie de facte. Mais beneficiaire
desiiuiitaiie peuvent etre dilTerents. far exemple dans le cas d’un mandement du
mi (utiteui et disposant) ordonnant a un bailli (destinataire) de mettre une abbaye
Introduction generate
(beneficiaire) en possession d’une terre. L’acte a toutes les chances d’aller dans le
chartrier de l’abbaye.
L’impetrant est celui qui obtient un acte apres l’avoir demande.
Le redacteur est celui qui redige l’acte (au Moyen Age, on dira “qui dicte”, com¬
poser un texte se disant dictare, et le redacteur dictator), le scribe celui qui le met
par ecrit dans sa version definitive et officielle.
3. Le traitement des documents
L’enregistrement est la copie systematique d’actes, effectuee pour leur auteur au
fur et a mesure de leur promulgation, et done dans l’ordre chronologique. Cette copie
se fait dans un livre relie, appele registre, ou sur un rouleau.
Le chartrier est, au sens strict, l’ensemble des chartes conservees par une per,sonne
physique ou morale, le plus souvent un seigneur, une institution ecclesiastique ou une
ville, pour faire la preuve de ses droits ou conserver la memoire de son histoire. Dans
un sens plus general, le mot peut designer un fonds d’archives remontant a i’epoque
medievale et comportant un certain nombre de chartes.
D. BIBLIOGRAPHIE GENERALE
1. Grands manuels
Arthur Giry, Manuel de diplomatique, Paris, 1894 (repr. Geneve: Slatkine, 1975),
XVI-944 p.
Les parties consacrees a la diplomatique generale, p. 3-*77 (objet et histoire de la disci¬
pline), p. 439-656 (langue et parties du discours) et p. 863-887 (faux), n’ont rien perdu de
leur interet; directement issues de l’enseignement de 1’auteur, elles sont illustrees de nom-
breux exemples; on peut aussi en faire une lecture historiographique et voir comment les
intuitions qui fourmillent (y compris sur l’interet de la diplomatique pour 1 ’histoire cul-
turelle) sont sans cesse bridees par le parti pris positiviste - On doit au contraire lire avec
prudence les parties consacrees a la diplomatique speciale (p. 661-862), qui ont inevita-
blement vieilli.
Harry Bresslau, Handbuch der Urkundenlehre fur Deutschland und Italien, 2e ed.,
2 vol., Leipzig, 1912-1932 (repr. Berlin, 1958), XVIII-746 et XII-664 p.
Equivalent allemand du Giry, assez difficile d’acces; utile pour la diplomatique imperiale,
depasse maintenant pour la diplomatique pontificale. S’interesse surtout aux conditions
d'elaboration des actes.
Alain de Botiard, Manuel de diplomatique frangaise et pontificale, t. I, Diplomatique
generale, Paris, 1929, 397 p. et 1 fasc. de planches.
L’auteur a voulu poursuivre l’oeuvre de Giry en integrant les nombreux acquis de la diplo¬
matique allemande et de l’histoire du droit. Le resultal est original, vieilli sur differents
points (par exemple la typologie des actes); toujours tres utile pour Г etude de la forme des
actes et des parties du discours; illustre de nombreux exemples (p 224-333). Lire cepen-
dant les critiques d’Auguste Dumas, “La diplomatique et la forme des actes’’, dans Le
Moyen Age, 42, 1932, p. 6-31, et “Etude sur le classement des formes des actes’’, dans
26
Introduction generate
Le Moyen Age, 43, 1933, p. 81-97, 145-182, 351-364 et 44, 1934, p. 17-41
Alessandro Pratesi, Genesi e forme del documento medievale, Rome: Jouvence,
1979, 157 p., 8 pi. (Guide, 3).
Synthese vigoureuse pour une premiere initiation, faisant largement reference a la docu¬
mentation italienne.
Leopold Genicot, Les actes publics, Tumhout: Brepols, 1972 (Typologie des sour¬
ces du moyen age occidental, 3), 50 p., + mise a jour 1985.
Aborde les problemes de definition et de tradition manuscrite, mais surtout les regies de
critique historique a appliquer pour utiliser les actes.
2. Bibliographic
II n’existe pas, pour le moment, de bibliographic retrospective de la diplomatique.
Une bibliographic 1945-1991 est en preparation, par les soins de R.-H. Bautier. En
attendant, pour la France, on regardera la bibliographic dressee par Olivier
Guyotjeannin dans Bibliographie de I'histoire medievale en France (1965-1990%
Paris: Publ. de la Sorbonne, 1992, 11-486 p., spec. p. 406-421.
Bibliographie courante dans la Revue d’histoire ecclesiastique... et dans VInter¬
national Medieval Bibliography...
3. Revues
II n’existe de grandes revues specialisees qu’en R.F.A. et en Autriche:
Archiv fur Urkundenforschung, 1908-1944, puis Archiv fur Diplomatik, Schrift-
geschichte, Siegel- und Wappenkunde (Vienne-Cologne), depuis 1955.
Mitteilungen des Instituts fur osterreichische Geschichtsforschung (Vienne), depuis
1880.
Tomes 39-55 intitules: Mitteilungen des osterreichischen Instituts fur Geschichts¬
forschung.- Publient en outre des volumes de supplements, Ergdnzungsbdnde. Cette revue
ne conceme pas que la diplomatique, mais la vigueur de l’ecole viennoise dans cette science
en fait une revue essentielle.
Nombreux articles de diplomatique dans des revues plus largement ouvertes aux
sources documentaires medievales: Archivalische Zeitschrift, Folge 3. (Cologne-Graz),
depuis 1915; Bibliotheque de I'Ecole des chartes (Paris), depuis 1839; Deutsches
Archiv fur Geschichte [Erforschung depuis 1950] des Mittelalters (Cologne-Graz),
depuis 1937 [succede a Neues Archiv der Gesellschaftfur altere deutsche Geschichts-
kunde (Berlin), 1876-1935].
Pour le reste, voir les revues specialisees en histoire medievale.
Introduction generate
4. Histoire et orientations de la discipline
Robert-Henri Bautier, “Legon d’ouverture...”
Heinrich l ichtciKui. “La situalion actiiclle des etudes de diplomatique en Autriche”,
dans llibliothcyue de FFeole ties ehartes, 119, 1961, p. 5-20.
Lc precedent I'aisait im plaidovcr pour une extension “quantitative” de la diplomatique a
d'autres epoquos el а Г ensemble des documents d’archives; celui-ci, resumant les travaux
de ее quo Гоп pourrait appeler Г‘ёсо1е de Vienne” dont il a ete Pun des animateurs. plaide
pour une extension “qualitative” des curiosites de la discipline, vers une histoire culturelle
au sens large.
R.-H. Bautier, “Les orientations de la diplomatique en Europe depuis la fin de
Seconde Guerre mondiale”, dans Cento anni di cammino: Scuola vaticana di pale-
ogrcifia, diplomatica e circhivistica, 1884-1984, Vatican: Scuola vaticana, 1986, p.
101-145.
Vaste panorama des etudes diplomatiques mais aussi des activites de publication de sour¬
ces documentaires.
Peter Ruck, “La diplomatique face a la codicologie triomphante”, dans Gazette du
livre medieval, n° 17, automne 1990, p. 1-7.
Ln peu d'iconoclasme et de provocation pour reveiller les energies.
Diplomatiea et xtgillograplnca travaux preliminaires de la Commission interna-
(iotutle de Diplomatique et de fa Commission Internationale de Sigillographie pour
une normalisation internntionale des editions de documents et un vocabnlaire inter¬
national ile la diplomatique et de la sigillographie, Saragosse, 1984 (Folia
(aesaraugustana. 1 ), spec. p. 1 15-101.
Гош* la diplomatique. nou\cllc edition sous presse a Valencia, prevue 1994. La section
eonsacree au\ pmblemcs du \ocabulaire sera ici citee: Vocabnlaire international de la
diploimtttqu e.
5. Fac-similes
Voir chapitre 7. p. 350. De meme pour les corpus photographiques d’originaux.
28
CHAPITRE 2
COMPRENDRE LE DOCUMENT
Plusicurs obstacles pemcnl rebuler Phistorien debutant qui aborde la lecture des
chartes. II ilevra dechittrer des ecrilures manuscrites, iraduire des textes cents dans
des langucs anciennes. identifier des noms de personnes et de lieux, reconnattre les
mosaics et les monnaies. daler enfm les actes. Tout cela pourtanl n est pas insur-
inonlable: de nombreux ouv rages existent, qui soul prels a faider. On en trou\era
ici une presentation, axce sur la Irancc. Pour les autres pays, on remerra simplement
le lecteur a des ouv rages generaux oil il pourra trouver la bibliographie specialisee.
Raoul C. Van Caenegem. Guide to the sources of medieval history. Amsterdam:
\orlh-l lollaiuf 1978, XVI1-428 p. (Europe in the Middle Ages. Selected Studies, 2).
lies ргёекчье inlmdueiion aux sources mediov tiles. prmcipalemenl au\ sources narraii-
\es. diploiiiaiiques et soeio-econumiques. Donne line bibliographie etendue a\ec ties eom-
menliiires de qualite. I.'ne traduction IVaneaise mise a jour esl anuoncee.
Heinz Quirin, Einfiihrung in das Studhtm der mittelalterlichen Geschichte, 4e ed.,
Stuttgart: Steiner, 1985, 363 p.
Centre sur PAllemagne, mais tres didactique. Insiste bien sur le traitement a reserver aux
sources, les precautions de critique a prendre pour les utiliset*.
Winfried Baumgart, Biicherverzeichnis zur deutschen Geschichte: Hilfsmittel,
Handhiicher. Quellen, 7e ed., Munich: Deutsches Taschenbuch, 1988, 282 p. (DTV.
3247).
Concerne en fait route fEurope. Tres precieux aussi pour le panorama des grandes col¬
lections de sources publiees sur Phistoire de PEmpire.
Edgar B. Graves, A Bibliography of English History to 1485, Oxford: Clarendon
Press, 1975, XXIV-1103 p.
A. L’ECRITURE
Declullrer les ecrilures mediexales - on modernes. puisqifil у aussi des copies
modernes demande un certain apprentissage. En attendant les volumes que consa-
CICI11 I muntiluel Poulle a la paleographic dans la presenle collection, le lecteur incx-
perimente pourra s'inilier an dechilTremenl des ecrilures tncdicxulcs et modernes dans
le Reared de fac similes d'ecritures du \ v au \Tflc siecle. public par Maurice Prou
en complement a son Manuel de paleographic, Une aide pent aussi etre tromee dans
les ouv rages sui\ ants:
Maurice Prou, Manuel de paleographie latine et frangaise, 4e ed., Paris. 1924, XII-
511 p.
Vieilli, mais encore utile.
Gabriel Audisio et Isabelle Bonnot-Rambaud. Lire le franqais d'hier. Manuel de
Paleographie moderne, XVе-XVIIIе siecle, Paris: A. Colin, 1991, 253 p., 49 pi.
(Collection U).
Pour apprendre a lire les ccritures plus tardives Tres didactique.
Comprendre le document
Adriano Cappelli, Lexicon Abbreviaturarum. Dizionario di abbreviature latine ed
italiane, 6e ed., Milan: Hoepli, 1979, LXI1I-533 p., 9 pi.
Indispensable pour resoudre les nombreuses abreviations.
L.-Alph. Chassant, Dictionnaire des abreviations latines etfrangaises, 3e ed., Paris,
1866, III-52-170 p.
A n’utiliser que pour les abreviations frangaises. Consulter aussi a ce sujet Ie Manuel de
Maurice Prou.
Leonard E. Boyle, Medieval latin Paleography...
Jacques Stiennon, Paleographie du Moyen Age, 2e ed., Paris: A. Colin, 368 p., ill.,
1991 (Collection U).
Essentiellement une histoire de Tecriture et de ses pratiques au Moyen Age. Propose des
exercices de transcription, mais surtout de manuscrits litteraires.
Bernhard Bischoff, Paleographie de I'Antiquite romaine et du Moyen Age occi¬
dental, Paris: Picard, 1985, 325 p., 23 pi. (Grands manuels Picard).
Perspective proche de celle du precedent, avec des planches de manuscrits litteraires, mais
sans transcriptions.
B. LA LANGUE
Lire un acte ne suffit pas, encore faut-il le traduire, du moins le comprendre. Nombre
d’actes medievaux sont en latin, mais dans la seconde moitie du Moyen Age les tex-
tes en langue vulgaire se multiplient.
Dans la collection L ’atelier du medieviste sont en preparation des volumes consa-
eres a la langue d’oc el a la langue d'oTI (Jacques MonlYin et Frungoise Vielliard),
au latin medieval (Paseale Bourgain et Vlarie-Clotilde Hubert), mais aussi aux lan-
gues italienne. iheriques. anglaise. germaniques. Pour Г identification des auteurs el
dcs extraits ou reminiscences d'ecrits diverses (essentiellement scripluraires, patris-
tiques, juridiques). que Гоп peut trouver cites aussi dans les acles. voir dans la col¬
lection L ’atelier du medic viste le volume Identifier les sources et citations, sous la
direction de Jacques Berlioz, sous presse.
7. Dictionnaires latins
ikt Charles (Dufresne. sieurl du Cange, Glossarium mediae et infimae latinitatis, ed.
par L. Favre. 10 vol., Niorl, 1883-1887.
Le classique des classiques, latin medieval-latin. Vieilli. mais toujours utile. Le t. 9 est un
glossaire d'aneien frangais, le t. 10 contient une riche collection d’annexes, entre autres
une lisle thematique du vocabulaire (vocabulaires des palais, des champs, de la famille...)
Jan F. Niermeyer, Mediae latinitatis lexicon minus, Leyde: Brill, 1976, XI-1138 p.
Latin-frangais et anglais. Centre sur le vocabulaire juridique et institutionnel du haut Moyen
Age jusqu’au XIL siecle.
L’Union Academique Internationale patronne la refonte du “Du Cange” sur une base
nationale (comites Du Cange); elle publie la revue Archivum Latinitatis Medii Aevi.
En France, le Comite Du Cange, installe dans les locaux de Flnstitut de France, met
30
Comprendre le document
a la disposition du chercheur ses fichiers preparatoires (sources “litteraires” au sens
large et sources diplomatiques), et a commence la publication de son dictionnaire:
Novum glossarium mediae latinitatis ab anno DCCC usque ad annum MCC,
Copenhague, 1957-
Lxcellent. Latin-frangais. A commence a la lettre L; actuellement a la lettre P
Parmi les autres entreprises nationales, on citera: Mittellateinisches Worterbuch bis
zitm ausgehenden 13. JhdtMunich, 1967-
Fxcellent aussi. Latin-allemand; actuellement 19 fascicules parusjusqu’a coniugium.
Albert Blaise et Henri Chirat, Dictionnaire latin-frangais des auteurs chretiens,
Strasbourg, 1954, 913 p. (reimpr. Turnhout: Brepols); Albert Blaise, Dictionnaire
latin-frangais des auteurs du Moyen Age, Turnhout: Brepols, 1975, LXX-970 p.
(Corpus christianorum. Continuatio Mediaevalis).
Pour le vocabulaire religieux. Le premier volume vajusqu’a la periode carolingienne, le
deuxieme couvre la suite.
Meme si le latin, de Ciceron au Moyen Age, a fort evolue, la base reste la meme.
Pour les mots deja existants dans la langue classique, et sous reserve de verifier que
lour sens est reste identique, on peut done utiliser un dictionnaire de latin classique,
comme Felix Gaffiot, Dictionnaire illustre latin-frangais, Paris, 1934, 1719 p. (et
les nombreuses reimpressions posterieures).
2 Dictionnaires frangais
Frederic Godefroy, Dictionnaire de l 'ancienne langue frangaise et de tous ses dia-
lectes du IXе au XVе siecle, 10 vol., Paris, 1880-1902.
Adolf Tobler et Erhard Lommatzsch, Altfranzosisches Worterbuch, Berlin (actuel-
Icment Wiesbaden). 1925-
Ancien frangais-allemand. Arrive a la lettre T. Plus approfondi que le precedent, mais
s'etend sur une periode mo ins longue (jusqu’au XI Vе s. seulement). Surtout, il ne se base
que sur les textes litteraires.
И у a des dictionnaires plus restreints, qui peuvent apporter les premiers secours:
Algirdas J. Greimas, Dictionnaire de Cancien frangais. Le Moyen Age, nouv. ed.,
Paris: Larousse, 1992, 630 p. (Tresors du frangais).
II ne faut pas oublier que les dictionnaires d’ancien frangais peuvent servir a re-
trouver de nombreux termes latins importes de la langue vernaculaire, et que Fety-
mologie des mots frangais peut aussi servir a elucider le sens de mots latins. L’outil
principal en ce domaine est:
Walther von Wartburg, Franzosisches etymologisches Worterbuch [cite FEW7],
Bonn, puis Paris, puis Bale: R. G. Zbinden, 1928-
Les tomes I (1928) a XIV (1961) presentent, dans l’ordre alpliabetique des etymons la¬
tins, les derives dialectaux. Fondes sur un richissime materiau, ils permettent souvent de
suivre [’apparition et 1’evolution de mots et expressions
Comprendre le document
3. Introductions a la langue
En attendant les manuels prevus dans la presente collection, voir Guy Raynaud de
Lage, Introduction a I’ancien frangais, nouv. ed., Paris: SEDES, 1990, 274 p. et Dag
Norberg, Manuel pratique de latin medieval, Paris, 1968: Picard, 212 p. (Connaissance
des langues, 4).
C. LES IDENTIFICATIONS
Les quelques references et suggestions ici donnees ne visent qu’a foumir une pre¬
miere orientation, qui devra etre completee au moyen des instruments generaux indi-
ques en debut de chapitre et, la plupart du temps, du depouillement de la litterature
historique.
1. Les identifications en general
Quelques instruments, de portee generale, rendront d’appreciables services, dont:
Dictionary of the Middle Ages, ed. Joseph R. Strayer, 12 vol. + 1 vol. de tables,
New York: Ch. Scribner’s sons, 1982-1989.
Lexikon des Mittelalters, Munich et Zurich: Artemis, depuis 1977.
Articles thematiques, mais aussi personnes et lieux; excellentes bibliographies. Arrive en
1993 a la lettre P.
Dictionnaire d’histoire et de geographie ecclesiastiques, Paris: Letouzey, depuis
1912.
Articles fouilles; inclut de nombreuses biographies de lai'ques, saisis dans leurs rapports
a l’Eglise; ne pas omettre de consulter les supplements en fin de volume. Arrive en 1993
au vol. 24 (Hubert).
Dictionnaire encyclopedique du Moyen Age chretien, sous la direction d’Andre
Vauchez, Paris: Le Seuil, sous presse.
II faut aussi saluer la reedition en format de poche de:
Sachworterbuch der Mediavistik, sous la direction de Peter Dinzelbacher, Stuttgart:
Alfred Kroner, 1992, XXII-941 p. (Kroners Taschenbuchausgabe, 477).
3000 notices suivies d’une courte bibliographic, qui permet de mesurer le degre de nou-
veautd, variable, de Г information proposee.
2. Les institutions, le vocabulaire juridique
Volontairement sommaire, le Lexique historique du Moyen Age, sous la direction
de Rene Fedou, 2e ed., Paris: Armand Colin, 1989, 176 p. (Lexiques U), fournira
une premiere orientation pour les termes les plus courants.
Toujours utile, en particulier pour les institutions seigneuriales: Frangois Ragueau,
Glossaire du droit frangois contenant Гexplication des mots difficilles qui se trouvent
32
Comprendre le document
dans les ordonnances de nos roys, dans les coustumes du royaume.... nouv. ed. par
Eusebe de Lauriere, 2 vol., Paris, 1704; reed. Leopold Favre, Niort, 1882.
Les dictionnaires de latin medieval (Du Cange, Niemeyer pour le haut Moyen Age)
sont souvent tres utiles, rarement pleinement satisfaisants.
Hormis les dictionnaires deja cites, deux remarquables ouvrages sont indispensa-
bles pour une recherche plus poussee, independamment meme des restrictions geo-
graphiques annoncees dans leurs titres:
Handworterbuch zur deutschen Rechtsgeschichte, sous la direction d’Adalbert Erler
et Ekkhard Kaufman, Berlin: E. Schmidt, depuis 1968.
Volume 5 (Straftheorie-) en cours en 1993.
Philippe Godding, Le droit prive dans les Pays-В as meridionaux du XIIе au XVIIIе
siecle, Bruxelles: Academie royale de Belgique, 1987, V-598 p.
Droit des personnes et des biens, regimes matrimoniaux, successions, obligations.
Comprend un index alphabetique des matieres, un index des adages, une traduction des
citations en moyen-neerlandais.
C’est pour les institutions ecclesiastiques que le chercheur est le mieux pourvu:
Dictionnaire de droit canonique, sous la direction de R. Naz, 7 vol., Paris, 1924-
1965.
Dizionario degli istituti di perfezione, Rome: Edizioni paoline, depuis 197 4.
Arrive en 1988 au volume 8 (-Spiritualita).
Histoire du droit et des institutions de VEglise en Occident, sous la direction de
Gabriel Le Bras et Jean Gaudemet, Paris: Sirey et Cujas, depuis 1965.
A signaler: t. VIII-2, Le gouvernement local, par Jean Gaudemet, 1979, 347 p. (eveque
et paroisse); t. X, L ’age classique (1140-1378), Les religieux, par dom Jacques Hourlier,
1974, 567 p.
3. Le vocabulaire technique
De nombreux termes sont repris dans le Lexikon des Mittelalters... et le
Sac hwdr ter buck... N e pas negliger les encyclopedies modemes, dont:
Encyclopedie internationale des sciences et des techniques, sous la direction de
Pierre Auger, Mirko D. Grmek et al., 10 vol. + 1 vol. d’index, Paris: Presses de la
Cite, 1969-1974.
Pour les techniques agraires, un plan systematique et de nombreuses citations ren-
dent commode la consultation de:
Roger Grand et Robert Delatouche, L ’agriculture au Moyen Age de la fin de
l Empire romain au XVIе siecle, Paris, 1950, 740 p. (L’agriculture a travers les
eges, 3).
Comprendre le document
4. L’identification des lieux
a. Les difficultes de Г identification
Dcs problcmes. souvenl complexes, se posenl quand il taut identifier les lopony-
mes cites sous une forme anciennc, a la graphic instable, dans les documents m6die-
vaux. Sans memc evoquer les habitats aujourd'hui deseries (parIbis sans trace lopo-
nymique. parfois attestes par un simple lieu-dit), les modifications qui les ont affectes
depuis le haul Moyen Age sont multiples. Certains ont etc rebaptises au corns des sie-
cles: tous ont subi une lente evolution phonetique. du lalin et ou de la langue vulgaire
au frangais conlemporain. Mais la documentation ecritc peut aussi enregistrer des
variantes dues aux seuls redactcurs: ceux qui ecrivent en latin doivenl en effet habil-
ler des formes vernaculaiies el leur intervention “savante" peut prendre, surtout
jusqu'au XIIIе siecle, des chemins assez inaltendus, parfois cocasses, souvenl a base
de fausses etymologies.
. I.usignan en Poitou est appelc en 1274/1275 Lizignon (document n° 20, 1. 21),
en 1388 Lezignen (document n" 11,1. 14), forme encore courante au XVIIIе siecle:
cette modesle variante d’une seule voyelle dans la pronociation peut contraindre a
de longues rccherches si Гоп parcourt une liste contemporaine des communes dont le
nom commence par Le- ou Li-.
. Lxemple d'habitat deserle: Boutenangle. dont le territoire s'etendait sur les ac-
tuelles communes de Saint-Remy-en-ГЕаи el Lieuv illers ((3ise. cant. Saint-Just-en-
Chaussee). est une loealite uttestcc dans la documentation du XIIе au XVIIIе siecle
(Butinanglum 1119. Boutenunglmn I 133, Botlenangle 1222. etc.). Aujourd’hui dis-
parue. el le est seulement allestee par des lieux-dits tadastraux: “La Motte de
Boultelangue", “Le Jardin de Boutenangle". “La Chapelle de Boutenangle".
. Exemple de modifications de formes: Lihus (Oise, cant. Marseille-en-Beauvaisis),
loponyme sans doute derive de la racine germ. *hus (all. “I laus": cf. a.lr. huis). appa-
rait dans les actes sous les fonnes: Lyhus (1035). I.clwtz (1146). Uhuis (1155). Lchus
(1172). Liehuez (I 189). Lilts (1252). Hints en Beauvoisis (1456). Liltit (1667). En
1677. des letlres palenles du roi Louis XIV erigenl la seigneurie en comte, sous le
nom de Manevillette. reprenant le nom d'une seigneurie normande (Seine-Maritime,
cant. Montivillicrs). On revient a Lappellaiion d'origine dans la sceonde moitie du
XVIIIе siecle. mais sous la forme Ulnts-le-GraiuL par opposition a Lihus-tc-Betit (anj.
ecart sur le territoire de la commune).
. Lxemples de fausses etymologies: Bonneuil-en-Valois (Oise. cant. Brelcuil). derive
de фBonos (?) et du eeltique *-ialo (clairiere). est appele dans des documents du haul
Moyen Age BonogHunu puis au XIIIе siecle Bonocultts (“bon ceil"). Miauroy (auj.
faubourg de Beauvais), se trouve dans des actes sous les formes Maalrcdum (I 157)
et Miauroy (1229) et derive peut-etre de *m<tlutn (?) et du eeltique *-/7w (gue). Des
scribes relatinisent tanlot en Medius rivux (\ers 1230, “mi-ruisseau"). tantot en Modinin
regis (vers 1210. “muid du roi": on trouve en 1362 Mnyanmv). tanlot en Medium
regts (vers 1230). Cet involontaire hommage a la royaute entraine une mesure revo-
lulionnairc: en 1794. la loealite est rebaptisee Thera in. du nom de la riviere qui la tra¬
34
Comprendre le document
verse. La Restauration rejette le toponyme jacobin au profit (Tune nouvelle etymolo-
gie populaire, issue d’un mauvais decoupage phonetique: La-Mie-au-Roy, nom actuel
(exemples empruntes a Emile Lambert, Dictionnaire topographique du departement
de I'Oise, Amiens: Musee de Picardie, 1982, XVI-623 p.).
b Les dictionnaires generaux de formes latines
II n’existe pas de dictionnaire satisfaisant des toponymes latins, dont la mise en
oeuvre serait tres lourde:
Johann Georg Theodor Gracsse, Friedrich Benedict el Helmut Plechl. Orhis lati-
nu\, I .exikon Uiteinischer gcogntphischer Nanien des Mittelalters urn! der Neuzeit. 4e
ed.. 3 \ol.. Braunschweig: Klinkhardt und Biermnn, 1472, 684-700 p.
Л consuller siirloiit pour les localites importantes. mais reserve parl'ois de bonnes surpri¬
ses. I ’edition en un volume, sous le litre Orhis latinus... Handausgahe, Uiteimsch-deuisi h,
deutschdaieinisrh. 1471. 574 p.. est plus qu'un simple condense.
Pierre Deschamps, Dictionnaire de geographie ancienne et moderne a l ’usage du
libraire et de Гamateur de livres, Paris, 1870, XIII-1591 p.
Supplement au Manuel du libraire de Brunet; noms latins des lieux d’impression, avec
identification.
c. Les recherches de toponymie
Les toponymistes sont evidemment plus interesses par les formes primitives que
par les formes intermediaires; mais lorsqu’ils donnent le resultat de leurs depouille-
ments, le chercheur peut en tirer de nombreuses pistes.
Albert Dauzat, Les noms de lieu: origine et evolution, Paris, 1928, VIII-264 p.
Auguste Vincent, Toponymie de la France, Bruxelles, 1937, 418 p.
Albert Dauzat et Charles Rostaing, Dictionnaire etymologique des noms de lieu en
France, Paris: Guenegaud, 2e ed., 1978, VIII-738-XXIII p.
Ernest Negre, Toponymie generale de la France: formations preceltiques, celti-
ques, romanes, 3 vol., Geneve: Droz, 1990-1991 (Publications romanes etfrangai-
ses, 193-195).
Pour la France, les recherches bibliographiques doivent partir de:
Marianne Mulon, L ’onomastique frangaise, 1.1, Bibliographic des travaux publies
jusqu 'en I960; t. II, Bibliographic des travaux publies de I960 a 1985, Paris: Archives
nationales, 1977-1987, XXIV-417 et XVI-454 p.
d. Les repertoires de formes anciennes
Beaucoup plus detailles, des dictionnaires ou repertoires ont cherche a recenser dans
*a documentation ecrite et sur les cartes Fensemble des formes anciennes, en les
regroupant sous les formes modernes.
35
Comprendre le document
- Le travail, essentiellement realise en France a l’echelon departemental, est loin
d’etre acheve. II juxtapose un certain nombre d’initiatives privees, disparates et
d’interet inegal, et une collection officielle:
Dictionnaire topographique de la France, Paris: Comite des travaux historiques et
scientifiques (C.T.H.S.), depuis 1861.
Un volume par departement. Parus: Ain, Aisne, Hautes-Alpes, Aube, Aude, Calvados,
Cantal, Cher, Cote d’Or, Dordogne, Drome, Eure, Eure-et-Loir, Gard, Herault, Isere, Loire.
Haute-Loire, Loire-Atlantique, Marne, Haute-Marne, Mayenne, Meurthe, Meuse,
Morbihan, Moselle, Nievre, Pas-de-Calais, Pyrenees-Atlantiques, Haut-Rhin, Sarthe, Seine-
Maritime, Seine-et-Mame, Deux-Sevres, Vienne, Vosges, Yonne; en preparation: Saone-
et-Loire.
- Pour le Benelux, mais aussi le nord de la France et I’ouest de l’Allemagne:
Maurits Gysseling, Toponymisch woordenboek van В el gw, Nederland, Luxemburg,
Noord-Frankrijk en West-Duitsland voor 1226, 2 vol., s. 1., 1960, 1407 p. (Bouwstoffen
en studiёn voor de geschiedenis en Lexicografie van het Nederlands, VI, 1-2).
- Pour l’Allemagne:
Hermann Oesterley, Historisch-geographisches Worterbuch des deutschen
Mittelalters, Gotha, 1883, 808 p. (repr. Aalen: Scientia, 1962).
e. Les repertoires de formes contemporaines
En I’absence de repertoire des formes anciennes, le premier outil d’identification
est constitue par les repertoires de formes contemporaines. II s’agit tantot de reper¬
toires administratifs, tantot de ces dictionnaires geographiques, geographico-histori-
ques, chorographiques, statistiques..., dont le XIXе siecle a ete si friand et qui sont
tres utiles, meme si Ton doit etre prevenu contre la qualite tres inegale de leur infor¬
mation historique.
- Pour la France, ou les communes sont nombreuses, l’un des nombreux diction¬
naires des communes (en dernier lieu Dictionnaire des communes, Paris: Lavauzelle,
1992, 1150 p.) fournira une premiere orientation et la localisation administrative
recente. On trouve aussi de nombreux ecarts et hameaux dans:
Dictionnaire des communes de France, Paris: Michelin, 1978, 966 p.
Tres pratique car il sert d’index aux cartes routieres Michelin au 1:200.000 et recense envi¬
ron 40.000 formes.
Dictionnaire des postes et des telegraphes, 4e ed., Rennes, 1905, 1796 p.
Prendre garde aux assez nombreuses mutations de geographic administrative survenues
depuis lors (fusions de communes, suppressions de cantons, redecoupage des departements
d’lle-de-France, modifications du nom de certains autres).
Limitee a une grosse soixantaine de departements et diffusee sous une forme
roneotee, la collection des Nomenclatures des hameaux, ecarts et lieux-dits de 1 ’Institut
Comprendre le document
national de la statistique et des etudes economiques (I.N.S.E.E.) a cherche a recen¬
ser tous les habitats contemporains; elle est en outre fort commode de consultation
(liste alphabetique des formes et recapitulation des formes par commune).
- Pour la Belgique depuis l’lndependance (1830), une vision complete et rapide
des communes creees, supprimees ou modifiees dans leurs limites, de 1831 a 1987,
est fournie dans Registre historique des communes beiges de 1831 a nos jours,
Bruxelles: Institut national de statistique, 1991, 188 p.
Etat actuel, posterieur a la grande fusion des communes beiges de 1977, dans
Communes de Belgique, Dictionnaire d'histoire et de geographie administrative,
4 vol., Bruxelles: Renaissance du Livre, 1980-1981.
- Pour le Luxembourg: Grand-Duche de Luxembourg, Ministere des Affaires eco¬
nomiques, Recensement de la population au 31 decembre 1947, Premiers resultats et
liste alphabetique des localites, Luxembourg: Office de la statistique generate, s. d.,
90 p., 3 cartes.
- Pour les Pays-Bas: H. J. Dammer-Vos, Vuga ’s Alfabetische plaatsnamengids van
Nederland, 5e ed. rev., La Haye: Vuga, 1986, 222 p.
- Pour la R.F.A.: Mullers grosses deutsches Ortsbuch, Vollstdndiges
Gemeindelexikon, 24e ed., Wuppertal: Post u. Ortsbuchverlag, 1991, 950 p. + suppl.
1992: Neue Bundeslander, 280 p.
- Principaux dictionnaires geographiques pour d’autres pays (incluant, avec un
detail inegal, les ecarts habites):
Cassell 5 Gazetteer of Great Britain and Ireland, being a complete topographical
dictionaiy of the United Kingdom, 6 vol., Londres, 1894-1898.
Geographisches Lexikon der Schweiz, sous la direction de Charles Knapp, Maurice
Borel et V. Attinger, 7 vol., Neuenburg, 1902-1910.
Special Orts-Repertorium..., 13 fasc., Vienne, 1883-1886 [fascicules par provinces
pour tout LEmpire austro-hongrois.]
Diccionario geografico de Espaha, 17 vol., Madrid, 1956-1961.
Augusto Soares d’Azevedo, Portugal antigo e moderno, diccionario geografico.. ,
12 vol., Lisbonne, 1873-1890.
Amato Amati, Dizionario corografico dell'Italia, 8 vol., Milan-Rome, 1867-1874.
/ Les cartes et les atlas
La consultation des repertoires de formes contemporaines donne souvent des resul¬
tats decevants au regard des recherches sur les cartes, anciennes comme modernes,
dont la consultation demeure indispensable pour une vraie comprehension de la loca¬
lisation du document. L’histoire de la cartographie est en elle-meme tres instructive
37
Comprendre le document
(voir par exemple le catalogue de Г exposition Espace frangais: vision et amenage-
ment, XVIe-XIXe siecle, Paris: Archives nationales, 1987, 192 p., pi.).
Pour la France, on recourt constammcnt aux cartes dc C assini (1744-1814, au
1:86.400) qui oft rent en outre line vision suggestive - quoique comentionnelle de
respace avant les grands houleversements de la revolution agricole; a eelles de ГFlat-
major (1853-1880, au I :X0.000); du Service vicinal (1887, au 1:100.000); de Flnstitut
geographique national (I.G.N.. en particulier au 1:50.000, et au 1:25.000, a raison de
4 feuilles pour chacune des feuilles precedentes); aux cartes routicrcs iVlichelin
(1:200.000), naturellement beaucoup moins detaillees, mais commodes pour un pre¬
mier reperage.
Les atlas historiques sont d’un apport tres inegal selon les pays (consulter a ce sujet
les bibliographies historiques).
- En France, les atlas detailles sont rares, la collection des Atlas historiques frangais
(Paris: Armand Colin, puis I.G.N., puis C.N.R.S., 1969-1979) s’etant malheureuse-
ment interrompue au quatrieme volume (Provence-Comtat Venaissin-Principaute
d’Orange-Principaute de Monaco; Anjou; Savoie; Agenais-Condomois-Bruilhois).
- Dans les pays germaniques au contraire, les cnlreprises, menees essentiellement
dans un cadre regional, sont tres nombreuses. Un fort utile hi Ian critique en a etc donne
par Michel Parisse, •'L'historien et ses outils: les instruments dc travail (suite)*’, dans
Bulletin de Ut Mission historique /rangui.se en Alleinagne (Gottingen). n° 21, decem-
bre 1990, p. 55-106 (en appendiee. carte des dioceses allemands a la fm du Moyen
Age). On devra aussi consulter le seul volume paru de la Bihliographie de rarto-
graphic ecclesiastiqttc, fuse. I. Allemagne-Autriehe. Leiden: K. J. Brill, 1968, Vlll-
352 p., mise en chantier par le Comile international des sciences historiques (rcccnse
1800 litres, avec table dclaillce).
- Pour l’Angleterre, orientation commode dans Information sources in Cartography,
ed. by C. R. Perkins et R. B. Parry, Londres-Melboume-Munich: Bowker et Saur, 2e
ed., 1990, XIII-540 p. (Guides to information science).
g. Les repertoires de paroisses anciennes
Lorsque la localite dont on recherche Videntification a ete, au Moyen Age, paroisse,
on est mieux arme. Des le XIIIе siecle en effet, l’extension de la fiscalite sur les bene¬
fices ecclesiastiques a suscite la compilation et la conservation de listes des benefi¬
ces et des paroisses (“pouilles” au sens strict), ou de comptes de levee (“pouilles” au
sens large); a Pinitiative des collecteurs pontificaux ou de l’ordinaire, mais toujours
par diocese.
- Pour la France, ces documents ont fait Fobjet d’une publication systematique par
les soins de l’Academie des Inscriptions et Belles-Lettres:
Recueil des Historiens de la France, Pouilles, Paris, depuis 1903.
Classe par provinces ecclesiastiques: I. Lyon (1904); II. Rouen (1903); III. Tours (1903);
38
Comprendre le document
IV. Sens (1904); V. Treves (1915); VI. Reims (1908); VII. Besangon (1940); VIII. Aix,
Arles, Embrun (1923); IX. Bourges (1961-1962); X. Auch, Narbonne, Toulouse (1972);
XI. Bordeaux (en preparation).- Jacques de Font-Reaulx en a tire une serie, inachevee, de
cartes (dioceses et cites), sous le tilre Atlas des anciens dioceses de France, Valence, s.d.
- Une entreprise de publication systematique a ete lancee en Italie; une autre, inter-
rompue en Espagne:
Rationes decimarum Italiae nei secoli XIII e XIV, Vatican; Biblioteca vaticana,
depuis 1932 (Studi e testi).
Dernier paru en 1990: Lombardia et Pedemontium (Studi e testi, 324).- Les volumes sont
accompagnes de cartes h.-t., parfois imprecises.
Rationes decimarum Hispaniae 1279-1280, ed. Jose Ruis Serra, I, Cataluna,
Mallorca у Valencia, \\, Aragon у Navarra, Barcelone, 1946-1947.
- A defaut de collection systematique pour la Belgique, on consultera:
Jean Deharveng, Circonscriptions ecclesiastiques, chapitres, abbayes, couvents
avant 1559, Bruxelles, 1948, VIH-520 p.
Volume complementaire a YHistoire de I'Eglise en Belgique d’E. de Moreau.
h. Les sysfemes de localisation
Une fois la forme ancienne identifiee, il convient de transmettre le renseignement
aux autres chercheurs sous une forme claire et homogene. Ici aussi, les pratiques
valient d’un pays a Tautre, sous I’influence de vieilles traditions. Les erudits alle-
mands et anglais preferent souvent donner une localisation topographique (distance
et orientation depuis une plus grande agglomeration). Les habitudes frangaises et bei¬
ges sont plutot de situer le toponyme dans son cadre administratif actuel (en France,
departement, arrondissement pour certains, canton, le cas echeant commune de rat-
tachement; en Belgique, province et, dans le cas frequent de commune fusionnee,
commune principale): le systeme n’est pas specialement commode (il faut ensuite par-
courir le canton sur une carte), ni sans risque de confusion (les remaniements de geo¬
graphic administrative sont incessants).
- On ecrit ainsi pour la France:
Beauvais (tel quel car suppose connu; mais penser aux lecteurs etrangers, on peut
alors ecrire: Beauvais, Oise, ch.-l. de dep.)
Clermont, Oise, ch.-I. d’arr.
Mouy, Oise, ch.-l. de cant.
Saint-Felix, Oise, cant. Mouy.
Fay-sous-Bois, Oise, cant. Mouy, comm. Saint-Felix.
La-Mie-au-Roy, Oise, cant, et comm. Beauvais.
Manevillette, aujourd’hui Lihus, Oise, cant. Marseille-en-Beauvaisis.
39
Comprendre le document
- Pour la Belgique:
Soye, prov. Namur, comm. Floreffe.
5. L’identification des etablissements religieux
a. Les instruments generaux
Dom Laurent-Henri Cottineau, Repertoire topo-bibliographique des abbayes et pri-
eures, 3 vol., Macon, 1936-1970.
Commode mais rapide et incomplet; indications succintes sur les sources et la biblio¬
graphic- Au t. Ill, precieux index des formes anciennes.
La cle indispensable qui permet de situer immediatement toute maison religieuse
dans son ordre est:
Max Joseph Heimbucher, Die Orden und Kongregationen der katholischen Kirche,
3e ed., 2 vol., Paderbom, 1933-1934.
Penser aussi, lorsque les documents sont publies et que l’etablissement n’est pas
exempt, aux pouilles evoques ci-dessus (qui parfois recensent aussi les exempts).
b. Les instruments nationaux
- France
Gallia Christiana in provincias ecclesiasticas distributa, 16 vol., Paris, 1715-1785
et 1856-1865.
L’ancetre, tres largement depasse sauf pour la prosopographie: certaines abbayes, certains
chapitres n’ont plus ete etudies depuis. Pour la Provence, remplace par J.H. Albanes et
L. Fillet, Gallia Christiana novissima, ed. revue par Ulysse Chevalier, 7 vol., Montbeliard-
Valence, 1899-1920.
Dom Beaunicr, dom Besse cl al., puis dom Jean Bccquet, Abbayes et prieures dc
Fancienne France: recited hisforicpte des archevcchcs, eveches. abbayes et priettres
de France, nottv. edition... par les Benedictins de Liguge. Liguge-Paris. depuis 1905.
Volumes progressivcmenl plus dclailles. avec bibliographic cl euu des sources. I. Province
dc Pans: II. Provinces d'Aix. Arles. Avignon, F.mbrun: 111. Provinces d’Auch. Bordeaux;
IV. Provinces d'AIbi, Narbonne. Toulouse: V. Province de Bourges: VI. Province dc Sens:
VII. Province de Rouen; VIII. Province de lours; IX. Province de Vienne. X-XII.
Province de I yon: X. anciens dioceses de Lyon et Saint-Claude: (XI: nnciens dioceses
de Macon. Auiun et Chalon. non paru); XII: anciens dioceses de Langres el Dijon. (XIII.
Prov ince de Besaneon, non paru); XIV. Prov ince de Camhrai, aciuel diocese d'Anas; (XV.
Province de C'ambrai. acluels dioceses de Cambrai el l.ille, non paru), XV1-XVI1L
Province de Reims: XV'l. aciuel diocese tLAiniens: X\rIL actuel diocese de Soissons:
XVI11. actuel diocese tie Beauvais.
Frangoise Poirier-Coutansais, Abbayes benedictines du diocese de Reims, Paris,
1974, XV-561 p. (Gallia monastica, 1).
Une ambitieuse collection, aujourd’hui interrompue.
40
Comprendre le document
Richard W. Emery, The Friars in medieval France, a catalogue of French mendi¬
cant convents, 1200-1500, New-York-Londres: Columbia University Press, 1962,
XIX-130 p.
De nombreux renseignements sont aussi a glaner dans Henri Stein, Bibliographie
generate des cartulaires frangais... et dans les Papsturkunden in Frankreich... (ci-des-
sous, p. 364 et 335).
- Belgique et Pays-Bas
J. Deharveng, Circonscriptions ecclesiastiques...
Repertoire commode des chapitres, abbayes, prieures et couvents, classes par villes et
par ordres.
Michael Schoengen, Monasticum batavum, 3 \ol. + 1 \ol. de supplement,
Amsterdam, 1941-1942.
Monasticon beige, 2 vol., Maredsous, 1890-1929 (t. I: provinces de Hainaut et
Namur; t. II: prov. Liege); Liege, depuis 1955 (t. Ill: Flandre occidentale; t. IV:
Brabant; t. V: Luxembourg; t. VI: Limbourg; t. VII: Flandre orientale).
- Suisse
Helvetia sacra, ed. par Albert Bruckner, Berne: Francke, depuis 1972.
Actuellement 7 t. en 15 vol.: cardinaux et eveques; chapitres cathedraux; benedictins, fran-
ciscains, capucins, Carmelites et jesuites, groupements religieux de laiques.
Allemngnc
Germania sacra, 3 vol., Berlin, 1929-1941; devient Germania sacra, Neue Folge,
Berlin: W. de Gruyter, depuis 1962.
31 vol. dans la nouv. serie, chaque volume couvrant une ou plusieurs institutions (abbaye,
chapitre, eveche.. ), Fouille mais encore tres partiel.
Germania benedictina, Ottobeuren: editeur, depuis 1970.
11 vol. prevus, dont 5 parus: t. II: Baviere; t. V: Bade-Wurtemberg; t. VI: Basse-Saxe,
Schleswig-Holstein, Breme; t. VIII: Rhenanie-Westphalie; t. XI: Basse-Saxe, Schleswig-
Holstein, Breme: couvents feminins.
Otto Grote, Lexikon deutscher Stifter, Kloster und Ordenhaiiser, t. I seul paru, Das
heutige Deutsche Reich [A.-L.], Osterwieck a. Harz, 1881, IV-316 p.
Italic
Monasticon Italiae, repertorio topo-bibliografico dei monasteri italiani, Cesena:
Badia Santa Maria del Monte, depuis 1981.
■II
Comprendre le document
- Grande-Bretagne
David Knowles et Richard N. Hadcock, Medieval religious Houses, England and
Wales, 2e ed., Londres: Longman, 1971, XVI-565 p., cartes.
Ian B. Cowan et David E. Easson, Medieval religious Houses, Scotland, Isle of Man,
2e ed., Londres: Longman, 1976, XXVIII-252 p., cartes.
c. Les instruments d'identification par ordres religieux
- Premontre
Norbert Backmund, Monasticon Praemonstratense, 3 vol., Straubing, 1949-1956.
Bernard Ardura, Abbayes, prieures et monasteres de Vordre de Premontre en
France des origines a nos jours, dictionnaire historique et bibliographique, Nancy:
Presses universitaires de Nancy, Pont-a-Mousson: Centre culturel des Premontres,
1993, 734 p., cartes et ill.
Perime le precedent pour la France actuelle - Resume historique, sources et bibliographic,
mais aussi listes d’abbes et index des noms anciens.
- Chartreux
Albert Gruys, Cartusiana: un instrument heuristique, 3 vol., Paris, 1976-1978, 506
p. (I.R.H.T., Bibliographies, colloques, travaux preparatoires)
Tome I, Bibliographie generale\ t. II, Maisons; t. Ill, Supplements.
- Cisterciens
Henri-Marie Rochais et Eugene Manning, Bibliographie generate de Fordre cis-
tercien: archivalia, Rochefort [Belgique], 1977, 64 p.
6. L’identification des personnes
Les systemes onomastiques medievaux out comui des mutalious plus importauies
encore que les toponymes. Sur les origines du “nom personnel" (noire acluel “pre-
nom”) et les evolutions regionales d’un memo nom, A. Guy. Manuel tie diplomati¬
que..., p. 351-376, donne des exemples varies. Plus largemcni. on se rappellera quo
Гhistoire du nom personnel et familial a etc recemmeni renou\elee. lanl a\ec I'appm-
che de Thistoire de la societe qu’avec celle de rhisioire du droit:
Genese medievale de Vanthroponymie moderne, sous la direction de Monique
Bourin, 3 vol. parus [Ie-IVe Rencontres d’Azay-le-Ferron, 1986-1990], Tours: Presses
de TUniversite de Tours, s. d. et 1992.
Anne Lefebvre-Teillard, Le nom. droit et histoire, Paris: P U.F., 1990, 247 p.
Mais un probleme beaucoup plus large reside dans Г identification exacte des per¬
sonnes, dans le controle des evenements biographiques, des titres detenus, des fonc-
42
Comprendre le document
tions exercees. Ces precisions sont souvent, en retour, Pun des meilleurs moyens pour
critiquer les documents et proposer une date pour ceux qui en sont depourvus.
a. Les instruments generaux
Ulysse Chevalier, Repertoire des sources historiques du Moyen Age, 4 vol.,
Montbeliard, Paris, 1877-1903, subdivise en Bio-bibliographie et Topo-bibliographie.
Truffe d’erreurs, depasse, impossible a remplacer, mais peut toujours apporter des ele¬
ments.
L 'art de verifier les dates, multiples editions dont Paris, 1783-1787, 3 vol.; augm.
par Nicolas Viton de Saint-Allais, Paris, 1818-1844, 44 vol.
Louis de Mas Latrie, Tresor de chronologie, Paris, 1889, VI-2 p. et 2.300 col.
Detaille pour les souverains et les princes, mais a utiliser avec autant de precautions que
le precedent; tres largement perime pour les ecclesiastiques.
b Les instruments nationaux
De grands dictionnaires biographiques nationaux existent pour la plupart des pays.
Inegalement utiles, ils doivent etre, pour les plus anciens, utilises avec la plus grande
prudence.
Pour la Belgique et les Pays-Bas, synthese commode (histoire de Part et des lettres
exclue) dans Nijhoffs Geschiedenislexicon, Nederland en Zte/g/ё, La Haye-Anvers:
Nijhoff, 1981,655 p., ill., plans.
On trouvera des donnees sures dans certains manuels de chronologie historique:
Pour les Pays-Bas: Eg. I. Strubbe et L. Voet, De chronologie van de middeleeu-
wen...
Pour PAngleterre: Edmund B. Fryde, D. E. Greenway, S. Porter et I. Roy, Handbook
of British Chronology, 3e ed., Londres: Royal Historical Society, 1986, XXXIX-605 p.
c- Les dignitaires ecclesiastiques
- Papes
Les deux instruments les plus commodes sont A. Cappelli, Cronologia... (indique
les principaux lieux de residence) et Eg. I. Strubbe et L. Voet, De chronologie van de
Middeleeuwen... (dates souvent plus precises).
Pour des renseignements biographiques et bibliographiques: Dictionnaire histori-
que de la papaute, sous la dir. de Ph. Levillain, Paris: Fayard, sous presse et J. N. D.
Kelly, The Oxford dictionary> of popes, Oxford-New York: Oxford University Press,
2e ed., 1988, 347 p.
43
Comprendre le document
- Eveques pour la Chretiente
Pius Bonifacius Gams, Series episcoporum ecclesiae catholicae, Ratisbonne, 2 vol.,
1873-1886.
Eveches suburbicaires romains puis eveches dans I’ordre alphabetique des sieges a I’inte-
rieur de grands groupes geographiques.- Perime pour la France avant le Xе siecle par
Louis Duchesne, Fastes episcopaux de Vancienne Gaule, Paris: t. I-II, 2e ed., 1907-1910;
t. Ill, 1915 - Pour la Chretiente avant 1198, ou il est faible, par une refection allemande
en cours. Series episcoporum ecclesiae catholicae occidentalism sous la dir. de Stefan
Weinfurter et Odilo Engels, Stuttgart: A. Hiersemann, depuis 1982; 4 volumes parus:
Ecosse, provinces ecclesiastiques de Cologne, Hambourg-Breme, Lund. Pour la periode
posterieure, par la publication suivante:
Conrad Eubel, Hierarchia catholica medii aevi, Munster, 2 vol. [1198-1431 et 1431-
1503], 2e ed., Munster, 1913-1914.
Eveques dans un ordre alphabetique unique des sieges (noms latins).
- Eveques et dignitaires d’etablissements ecclesiastiques par pays:
. Pour la France, la Gallia Christiana... fournit un point de depart utile, parfois
irremplagable (citation de documents aujourd’hui perdus), mais a controler de tres
pres.
. Pour TAngleterre, John Le Neve, Fasti ecclesiae anglicanae, ed. Thomas D.
Hardy, 3 vol., Oxford, 1854. Refonte en cours sous le meme titre: Fasti.. 1066-1300,
2 vol. parus, Londres: Athlone Press, depuis 1968; Fasti... 1300-1541, 12 vol. parus,
depuis 1962.
. Voir aussi ci-dessus Germania sacra... et Helvetia sacra...
- Cardinaux de l’eglise romaine
Devenant un rouage essentiel de LEglise avec la Reforme gregorienne, les cardi¬
naux sont repartis en trois groupes: cardinaux-eveques (eveques d’un siege suburbi-
caire: par exemple cardinal-eveque d’Ostie), cardinaux-pretres (pretres d’un ‘4itre”,
c’est-a-dire d’une paroisse romaine: par exemple cardinal-pretre du titre de Santa
Prassede), cardinaux-diacres (eux aussi rattaches a une eglise: par exemple cardinal-
diacre de Santa Maria in Cosmedin); liste historique commode des differents titres
et eglises dans L. de Mas-Latrie, Tresor de chronologie..., col. 1169-1178.
Les listes anciennes sont a peu pres fiables a compter du XIIIе siecle, mais des pro-
btemes ponctuels (identifications, dates precises) peuvent demeurer, que seule la biblio¬
graphic historique permet de trancher (les references bibliographiques sont ici limitees
aux titres essentiels). Utiliser de preference:
. De 1049 a 1130: Rudolf Hiils, Kardindle. Klerus und Kirchen Roms, 1049-1130,
Tubingen: Niemeyer, 1977, XLVIII-289 p. (Bibliothek des Deutschen historischen
lnstituts in Ronu 48).
. De 1130 a 1198: pour les cardinaux-eveques, P. B. Gams, Series episcoporum.
pour les cardinaux-pretres et diacres, L. de Mas-Latrie, Tresor de chronologie. ..
44
Comprendre le document
Precisions et complements: de 1130 a 1159 par Barbara Zenker {Die Mitglieder des
Kardinallcollegiums von 1130 bis 1159, Diss. Wurzbourg, 1964); de 1159 a 1181
par J. M. Brixius (Die Mitglieder des Kardinalkollegiums von 1130-1181, Diss.
Strasbourg, Berlin, 1912).
. Aprcs I I9X. Fuhel. Hierarchici caiholica... (donne en tete de chaque volume:
к-s promotions cardinaliccs classics par pontificat; les listes de cardinaux par sieges,
Hires et eglises; la lisle alphabetiquc des cardinaux). Precisions et complements: de
1191 a 1210 par Werner Vlalec/ck {Papsttum undKardinalskolleg von 1191 bis 1216,
Vienne, I9N4): de 1227 a 1254 par Agostino Paravicini-Bagliani (Cardinali di Curia
r 7ami/iae’ rardinalizie dal 1227 al 125*1. 2 vol., Padoue, 1972).
- Legats
Theodor Schieffer, Die papstlichen Legaten in Frankreich vom Vertrag von Meersen
(870) bis zum Schisma von 1130, Berlin, 1935, 243 p.
Wilhelm Jansen, Die papstlichen Legaten in Frankreich vom Schisma Anaklets II.
bis zum Tode Coelestins III. (1130-1198)y Cologne, 1961, VIII-207 p.
Hans Ollendiek, Die papstlichen Legaten im deutschen Reichsgebiet vom 1261 zum
Ernie des Interegnums, These, Fribourg [Suisse], 1976, 194 p. (avec vaste biblio¬
graphic).
d Les laiques
- Souverains et princes
Adriano Cappelli. Cronologia..., utile pour les empereurs (places aux cotes des
papes, p. 206 et suiv.), tres detaille pour Pltalie (p. 299-455), est commode pour les
monarchies medievales europeennes (p. 455-560), non sans imprecision. Pour toute
la moitie orientale de 1’Europe, V. Grumel, La chronologie...
- Officiers locaux du roi de France
Leopold Delisle, Chronologie des baillis et senechaux royaux depuis les origines
tusqu ’a Vavenement de Philippe de Valois, dans Recueil des Historiens de la France,
t. XXIV, Paris, 1904, p. *15-*38.
A completer, pour le regne de Philippe le Bel, par la Gallia Philippica (Fichiers en cours
d’informatisation), partie du Corpus Philippicum (I.R.H.T.) installe aux Archives natio¬
nals, et qui recense aussi le personnel des services centraux.
Gustave Dupont-Ferrier, Gallia regia ou etat des officiers royaux des bailliages
et des senechausees de 1328 a 1515, 6 vol., Paris, 1942-1961; un fascicule de table
des matieres et index geographique, Paris, 1966.
Approfondi mais malcommode du fait de Tabsence d’index onomastique - Informatisation
en cours par les soins d'Alain Demurger.
Comprendre le document
- Nobles et seigneurs
II est rare que Гоп puisse disposer d’un instrument aussi precis que:
Ernest Warlop, The flemish nobility before 1300, traduit du neerlandais par J. B.
Ross et H. Vandermoere, 2 t. en 4 vol., Courtrai: G. Desmet-Huysman, 1975-1976.
Pour la France, une riche orientation bibliographique, a completer par la biblio¬
graphic proprement historique:
Gaston Saffroy, Bibliographie genealogique, heraldique et nobiliaire de la France
des origines a nos jours, imprimis et manuscrits, 4 vol., Paris: chez Г auteur, 1968-
1979; tome V, Supplement 1969-1983, par Genevieve Saffroy, 1988.
A defaut de mieux, de nombreux renseignements sont a chercher (peniblement) et
a prendre (prudemment) dans:
Pere Anselme, Histoire genealogique et chronologique de la maison royale de
France, des pairs, grands officiers de la couronne et de la maison de France et des
autres barons du royaume..., continuee par du Fourny, 3e ed., 9 vol., Paris, 1726-
1733.
Pour 1’Allemagne, la seule identification des principautes et seigneuries de tout
type, foisonnantes des la fin du XIIе siecle, est souvent delicate:
Gerhard Kobler, Historisches Lexikon der deutschen Lander: die deutschen
Territorien vom Mittelater bis zur Gegenwart, Munich: С. H. Beck, 1988, XXXIV-
639 p.
- Ordres et societes de chevalerie
Holger Kruse, Werner Paravicini, Andreas Ranft, Ritterorden und Rittergesell-
schajien im spdtmittelalterlichen Deutschland, ein systematisches Verzeichnis,
Francfort sur le Main, Berne, New York et Paris: Peter Lang, 1991, 522 p., carte
(Kieler Werkstiicke, D, 1).
7. L’identification des sceaux
La sigillographie fera fobjet d’un volume special dans la collection L 'atelier du
medieviste, par les soins de Brigitte Bedos-Rezak. On trouvera les notions et la biblio¬
graphie de base dans Michel Pastoureau, Les sceaux, Turnhout: Brepols, 1981
(Typologie des sources du Moyen Age occidental, 36), 76 p.
8. Les poids et les mesures
En 1270, la superficie d’un pre est estimee a “6 journaux, au journal et a la verge
d’Emery”, un village picard (document n° 12,1. 6); dans le bois de Vincennes en 1399,
une autre superficie est evaluee a “3 arpents et demi et 8 perches” de bois, “ou envi¬
ron” (n° 25, 1. 2-3). Comprendre ces mesures, on en conviendra, est indispensable
46
Comprenclre le document
pour juger de la richesse d’un proprietaire, de forganisation du paysage, du prix de
la terre. Or le medieviste, en ce domaine, ne peut acquerir la plupart du temps que des
impressions.
La metrologie, depuis longtemps pratiquee a des fins utilitaires, fait depuis peu
Pobjet d’enquetes menees dans une optique d’histoire sociale et culturelle:
Introduction d la metrologie historique, sous la dir. de Bernard Gamier, Jean-Claude
Hocquet et Denis Woronoff, Paris: Economica, 1989, 376 p.
Helmut Kahnt et Bernd Korr, Alte Masse, Miinze und Gewichte, ein Lexikon,
Mannheim: Bibliographisches Institut, 1987, 349 p.
II n’cxiste nucunc solution saiislaisantc pour convertir de la«;on sure tonics les те¬
ми es medievales dans noire act не I systeme metrique el foil ne peut que suggcrer trois
directions et donncr quelques conseils et mises en garde (on trouvcra une orientation
inoins rapide dans La Gazette des archives, n.s. 139. 4e trimestre 1987, p. 233-247:
supplement ibid., n.s. 154. 3° trimestre 1991, p. 197-200):
- Rccourir avec prudence aux ouvrages generaux, proposant hativement de mira-
culeuses conversions dans le systeme metrique, surtout ceux du XIXе siecle.
• ’ four la fiance: Ronald E. Zupko. French weights and measures before the
Revolution, a dictionary of provincial and local units. Bloomingtoii-l.ondres: Indiana
l iimersily Press, 1978. XLVI1-208 p.
Appuyc sur de \asles depouillemenls bibliograpliiques et de sources impnmees: propose
ile nombrouses solutions (parfois coniradietoircs): la compilation esl ine\ iiableincnt plus
liable pour les mesures. par exemplc myales. a grande diffusion.
Pour la Belgique et les Pays-Bas, mais aussi le nord de la France et foucst de
f Allemagnc: Horace Doursther, Dictionnaire universel des poids et mesures anciens
et modernes.... Bruxelles, 1840, IV-603 p.
Pour ritalie: Angelo Martini, Manuale di metrologia, Turin, 1883, VIII-904 p.
fa ire la bibliographic des etudes rcgionales pour savoir s'il n’existe pas dejh
des travaux consacres a la question, sans oublier que les grandes eludes sur fliis-
toire eeonomique et sociale de la region au Moven Age et a fepoque moderne out
sou\cnt deblaye le terrain. II n’y a malheureiisemenl pas de bibliographic a jour de
I ensemble de ees etudes depuis:
Paul Burguburu, Essai de bibliographie metrologique universelle, Paris, 1932,
328 p.
Reprendre soi-mcme le probleme. Les equivalences proposces dans la docu¬
mentation medievale sont. par recoupement. ties utiles pour rcconstituer la grille Liti-
lisec outre les differentes mesures: inleressanles aussi les mentions de mesures loca¬
les et leur cartographic pour apprecier le ravonnement metrologique d’linc seigneurie
011 d’un marcho. les deux alhint souveul de pair. II imporle done de relever systema-
47
Comprendre le document
tiquement ces mentions, par exemple en annexe a la publication d’un chartrier ou d’un
cartulaire (entre autres parce qu’elles seront utiles a d’autres...).
Mais s’il est relativement aise de comprendre le fonctionnement d’une grille pre¬
cise (par exemple 1 journal, mesure d’Emery = 100 verges, mesure d’Emery: docu¬
ment n° 12), et assez souvent possible d’etablir les equivalences entre deux grilles
voisines, ou entre une grille repandue et une grille locale, le probleme devient beau-
coup plus ardu, en fait presque toujours insoluble, de la conversion certaine et pre¬
cise dans notre systeme metrique. Le seul raisonnement possible est, avec la marge
d’hypothese que Гоп imagine, d'appliquer au Moyen Age la conversion, bien connue
elle, lors de I’instauration du systeme metrique, et souvent deja a 1’epoque moderne
(les enquetes administratives se multiplient aux XVIIe-XVIIIe siecles en vue d’une
harmonisation, toujours repoussee).
Pour la France, on utilise comme source privilegiee les “tableaux de comparison”
ou “de conversion” officiels publies par les autorites departementales (parfois demeures
manuscrits) a partir de 1792 et a nouveau en 1839-1840. On fera attention toutefois
au fait que le systeme metrique n’a ete definitivement fixe que le 10 decembre 1799:
le “metre” de 1792 n’est pas le notre, et il lui faut subir une nouvelle conversion!
9. Les monnaies
On voit en 1290 des collecteurs apostoliques lever dans le diocese de Tournai une
somme globale de la valeur de 1272 livres 10 sous 5 deniers parisis; mais elle est com-
posee d’especes diverses: des deniers tournois “noirs” (piecettes qui component peu
d’argent), des florins d’or (dont chacun est estime a 10 sous tournois), des gros tour¬
nois (d’argent, dont chacun est estime a 10 deniers parisis et demi: document n° 19).
Des connaissances de base en numismatiquc sont indispensables, a commencer par
la distinction entre les unites de compte, simples grilles de calcul (le systeme caro-
lingien 1 livre = 20 sous, 1 sou = 12 deniers, 1 denier = 2 oboles; le systeme du bas
Moyen Age par florin et gros, plus complexe) et les unites monetaires effectives pour
lesquelles il faut connaitre Г autorite emettrice (ou, ce qui revient longtemps au meme,
le lieu de frappe) et le type de piece emise (du IXе au milieu du XIIIе siecle en France,
uniquement des deniers).
On comprend des lors pourquoi, dans la transcription des documents en latin, Гоп
doit ecrire: duo denarii parisienses, ou duo parisienses = 2 “deniers parisis” (frap-
pes a Paris, monnaie royale), mais duo solidi parisiensium, due libre parisiensium
(sous-entendu denariorum) = 2 “sous parisis”, 2 “livres parisis” (en fait, “de parisis”,
sous-entendu “de deniers parisis”): sous et livres ne sont que des unites de compte
des deniers.
Pour une premiere approche, en attendant le volume Numismatique medievale, en
preparation dans la collection L 'atelier du medieviste par les soins de Fran^oise Dumas
et Marc Bompaire:
№ Philip Grierson, Les monnaies, Tumhout: Brepols, 1977 (Typologie des sources du
Moyen Age occidental, 21), 49 p.
48
Comprendre le document
Du meme, Monnaies et monnayages: introduction a la numismatique, ed. fr. par
Cccile Morrisson, Paris: Aubier, 1976, 286 p.
Peter Spufford, Money and its use in medieval Europe, Cambridge: Cambridge
University Press, 1988. XIV-467 p., pi.
Etienne Fournial, Histoire monetaire de l'Occident medieval, Paris: Fernand Nathan,
1970, 192 p.
Introduction tres claire pour le bas Moyen Age, ou elle s’appuie sur le depouillement de
nombreuses sources d’archives.
Heinz Fengler, Gerhard Gierow et Willy Unger, Lexikon der Numismatik, Innsbruck:
Pinguin, Francfort: Umschau, 1976, 429 p.
Tres commode.
Le temps n’est plus ou les historiens cherchaient temerairement la conversion en
“franc-or” des monnaies medievales; la seule connaissance des taux de change entre
monnaies contemporaines suscite encore bien des doutes. Le probleme se complique
progressivement au cours des siecles (internationalisation des affaires), d’autant plus
quc: 1° les monnaies sont tres variees et leur expression dans la documentation allu¬
sive (un “florin” peut etre par exemple un “florin de Florence”, un “florin de la
Chambre [apostolique]”, ou une simple unite de compte faisant reference a un florin
bicn precis, mais variable); 2° les sources documentaires attestant les taux de change
(comme dans le document n° 19) sont lacunaires et terriblement eparpillees; 3° les
autorites monetaires comprennent tres vite (sOrement des Philippe Auguste et Innocent
III) qu’elles peuvent jouer, a leur propre profit, sur la difference entre le taux de change
officiel et la quantite de metal precieux qui entre effectivement dans la composition
de plusieurs especes monetaires en situation de concurrence. Plus precisement, il faut
done connaitre et Г equivalence entre les differentes grilles de compte, et la conver¬
sion (fluctuant avec le marche) d’un monnayage precis dans une grille de compte don-
nee.
11 s’etablit, courant XIIе siecle. un taux do change eniro ccrlaines grandes especes,
qui devient traditionnel. Ainsi, pour les monnaies royales IVanc;aises, le rapport 4 pari-
sis = 5 toumois (Tours); au sud du royaume. ret|ui\alenee I melgorien (Vlelgueil)
1/2 toulousain = 2 pougeoises (Poitiers) et 4 tournois - 5 \ iennois (Vienne en
Dauphine). Pour le bas Moyen Age, certaines eomersions qui seraient pourtant fort
utiles, demeurent inconnues: par exemple, on ne sait toujours pas raccrocher le “denier
corona”, unite de compte frequente dans les actes provengaux, a la grille de base
florin-gros.
On dispose d’un excellent guide, fonde sur de larges depouillements et proposant,
avec les precautions qui s’imposent, des listes de conversions entre grandes monnaies
europeennes:
^ Peter Spufford, Handbook of medieval exchange, Londres, 1986. XCII-376 p., pi.
{Royal historical Society Guides and handbooks, 13).
Comprendre le document
D. LES SYSTEMES MEDIEVAUX DE DATATION
Deux problemes peuvent se poser, en matiere de date, a Tutilisateur d’un acte. Soit
facte qu’il veut utiliser est date, et en ce cas il doit verifier que cette datation est cor-
recte. Soit le document ne Г est pas, ou Test insuffisamment, et en ce cas il doit essayer
de le dater.
Dans tous les cas, une bonne connnissanec ties systemes de datation medievaux et
de la conception du temps au Moyen Age. est requise. D’autant que. dans ses actcs
ecrits. le Moyen Age. eontrairemenl a ce que Гоп emit pariois. est extremement allen-
til’a la datation. C’esl memo un des rates domaines oil. par necessitc juridique, il a
du adopter des indications precises, alors que les oeuvres de Г esprit ne soul pas datces,
ni les oeuvres d’art. el que la duree des vies, des epoques. les dates de naissance sont
cslimees a d'autres aunes. Le legs des actes ecrits se marque bien dans le vocabulaire:
ce sont les formules Datum...(“Donne le...”) et Factum.Fait le...”) qui ont donne
les mots “date” dans nombre de langues europeennes (anglais “date”, italien “data”,
allemand “Datum'’, etc.; cspagnol “feclia”).
1. Les systemes de datation au Moyen Age
Il у a deux problemes de datation essentiels: situer Гаппёе, et situer le moment dans
Гаппёе.
Rome situait les anises d’apres les noms des consuls en exercice. Ce 5у51ёте sub-
sista vaille que vaille jusqu’a la fin du IXе siecle, sous la forme du postconsulat:
l’empereur devient, ou est cense etre devenu, consul le lcr janvier qui suit son ауёпе-
ment, et Гоп date a partir de cette аппёе.
Mais ce systeme no pouvait ibnetionner de fagon durable. Puisque les rois avaient
rcmplacc les consuls, pourquoi ne pas indiquer sous quel rogue Г acte avail etc donne?
Lt taut qu’a fa ire. en quelle аппёе de ce regno (document i Г ‘ 6. I. 14: regni vero nostri
tricesimo sexto: document n 22. I. 7: / an de grace ... et tie noire regne le treiziesme).
Ce systeme do fan dc regne dev ail connaitre un grand succes. Quiltant les chancel¬
leries souvoraines, il s'imposa a la chanecllcrio ponlificalc (document n3 14. I. 15:
pontijicutus nostri anno fercio). aux chancelleries prineiercs et opiscopalcs. L’an du
regne du mi fill cgaleincnt utilise dans des actes privos. a qui cola permettait de laire
reference a un pouvoir royal pariois loiutain (document n ' 16, I. 24: Data mense jnlio,
anno XX l/fotharii regis).
Cos datations par fan de regne ne sont cependant pas exemptes d’erreurs. (Jn com-
prondra que les scribes au service des deslinataircs puissent error. Mais тёте dans
les chancelleries, des erreurs sont possibles. Ln outre, le debut du regne if est pas lou-
jours eslime de la тёте lav'on: pour un mi. est-ce le jour de la mort de son р|^ч!ё-
cosseur. de son election, de son sac re? Pour un evoque. partira-t-on de son election
ou de sa consecration? D'une region a I’autre, d’uno epoque а Гашгс. la reponse a
cos questions pent v arier. 11 у a plus ennuyeux: la chancellerie d'un тёте personnage
pouvait hesitor sur la conduile a tenir.
50
Comprendre le document
Unc periode aitssi chrctienne que le Moyen Age ne pouvait pas ne pas tenir compte
do Pore chretienne. cello que nous utilisons encore, qui part de la naissance du Christ.
Mais Pusage de cette ere ne s’est impose quo tres progressivement. Fixee par un moine
romain. Denys le Petit, mort entre 526 et 556, elle ne se rcpandil que ties lentement.
sauTen Anglelerre. Flic est adoptee peu apres 875 par les rois de Germanic et de
Francie occidental, mais devra attendre le XIе siecle pour s’imposer dans les actes
episcopaux ou princiers. On la trouve dans les actes sous des formes diverses, comme
anno dominice Incarnationis (document n° 6, 1. 14), Van de grace (document n° 7,
1. 22), Van de VIncarnation nostre Seigneur (document n° 12, 1. 15-16)...
Ifcre chretienne ne supprime pas tous les problemcs pour Futilisateur des chartes.
Car le debut de Pannee (style) if est pas eommuncmcnt Fixe, au Moyen Age. au lei
janvier (style de la Circoncision). Bicn plus souvent, selon les regions, les epoques,
les chancelleries. Pannee commence le 25 decembre (style de Noel), a Paques (style
de Paques) ou le 25 mars (style de PAnnonciation). On appellc “style" un type de
datalion du debut de Pannee. On utilise Pexpression “nouveau style" (abregee en
“n. st.") pour indiquer qu'on a transforme la date du document pour la fa ire corrcs-
pondre a not re usage actuel du lcr janvier: P expression “ancien style" (abregee en
“a. si"; parfois en “v. st.". pour “vieux style") indique qu'on iPa pas touche a la dale,
laute d* in formation indiquant avec certitude dans quel sens le faire. Mais il laut dis-
siper toute ambiguTte: quand on edite un acte, on laisse dans le texte de Paele la date
telle qu’elle figure dans le document. Cost settlement dans la presentation de Paele
qu’on indique unc modification.
Prenons un exemple: Pannee 1025. Selon le style de Noel, elle commencera le 25
decembre 1024 de notre compul. et se terminera le 24 decembre 1025. Un acte dale,
scion le style de Noel, du 27 decembre 1025. devra done voir cette dale convertie en
27 decembre 1024. Cette conversion est indiquee par la mention, entre parentheses,
(n. st.), pour “nouveau style".
I*ii 1025, Paques tombait le 18 avril. Un medieval utilisanl le style de Paques et
ecrivant un acte le 17 avril de cette annee ecrira “17 avril 1024". puisque ce if est que
le lendemain que. pour lui. le millesime change. Comme Paques. Pannee suivante.
tombait le 10 avril. Pannee 1025 dans le style de Paques va du 18 avril 1025 (n. st.)
au avril 1026 (n. st.), et ne compte done pas de 10 oil de 11 avril. If annee 1024 ira,
idle, du 5 avril 1024 (n. st.) au 17 avril 1025 (n. st.), et comprendra done deux 5 avril.
deux (> avril...: le premier est parfois dit “apres Paques", le second “avant Paques".
Le style de PAnnonciation (il s'agit de Pannonce faite a Marie de la naissance pro¬
caine du Christ) repose sur une date 11 xe. le 25 mars, neuf mois avant la Noel. Mais
vette date pent etre lue de deux fagons. Selon le style llorentin. Pannee commence au
25 mars de notre annee. Ainsi. Pannee 1025, style llorentin, va du 25 mars 1025 (n.
SC) an 24 mars 1026 (n. st.). Mais selon le style pisan. elle commence le 25 mars de
I annee prcccdenle selon notre calendrier, et ira done du 25 mars 1024 (n. st.) au 24
mars 1025 (n. st.). II ex isle encore d’autres styles, mais comme ils sonl fort loeaux.
d n est pas necessaire d'en parlcr longuemenl.
Une autre maniere de situer Pannee est le calcul de Pindiction. L’indiction, au
depart, c’est l’impot fonder dans Pempire romain. Par extension, c’est la periode de
51
Comprendre le document
15 ans qui separait deux revisions de Lassiette de cet impot. On compte rindiction
au depart de Tan 313 dc noire ere. Mais attention! Lorsque des chartes sonl datees
d'apres I'indiction, le chi fire donne indique seulement la place de Гаппёе dans la
periode indictionnelle de 15 ans. Ainsi. un acle dale de I 122, indiclion 15, signifie
que Гаппее 1122 correspond a la I5e et dernierc annee d'unc indiclion.
Quand fallait-il changer le chiffre de Г indiction? Le Icr Janv ier ? Ce ne tut qifune
des possibilites, la plus tardivement et la plus raremenl appliquee. Le Ier septembre
d'abord, puis le 24 septembre, enfin le 25 deccmbre, iurent cgalement en usage, ce
qui veul dire qu'apres cede date it faut ajouter une unite au chiffre fourni par les dic-
tionnaires ehronologiques. Pour Гаппёе 812, par exemple. Lindiction donnёe par les
manuels est 5. Si Гоп est dans le style du ler septembre, eela veut dire en fail que
I'indiction 5 va du ler septembre 811 au 31 aout 812. Fixer I'usage sui\i par les dif-
lerentes chancelleries peut elrc extremement difficile, d'autant que les erreurs dans
les chiffres sonl ires nombreuses, mcme dans les documents originaux.
D’autres eriteres de dalation de Гаппёе elaient utilises, comme I'cpacte et le con¬
current. L’cpacte, e'est le chiffre qui indique Lagc dc la lune au 22 mars. Comme
Гаппее lunaire est plus courte que Гаппёе solaire de 11 jours, ce chiffre s'accroit de
11 unit6s chaque annee. jusqu'a un maximum de 30. Ainsi, le chiffre de Fepacte est
11 pour 1160. 22 pour 1161, 3 pour 1162 (22 plus 11 - 33, inoins 30 = 3). Le cycle
dure Iе) ans avant de re\enir a son point de depart, 0 (cpactu nulla)- L'cpaete change
soil au ler janvier, soil au ler septembre.
Le concurrent indique quel jour de la semaine tombe le 24 mars (dimanche = 1,
lundi = 2...).
II peut etre utile de se situer a I'intcrieur d'une annee. Trois m6lhodes sont possi¬
bles. La plus ancienne. en usage jusqirau XIIIе sieele. est le systeme romain, rytli-
mant le calendrier par les calendes. les nones et les ides (par exemple dans le docu¬
ment n° 5, 1. 12-13: data llll nonas J'ehruarii: voir au document n° 1 pour unc
explication du systeme). Un autre systeme donne uniquement le quantieme dans Ic
mois (par exemple dans le document n° 25. I. 12: Fait le vendredi XXfc jour de mars\
par I о is, comme dans Ic document n° 28. 1. 18. seul le mois est indique: on mois de
juing). Un troisieme se rcfere a des dates importantes du calendrier liturgique. une
gi*ande lete. la fete d'un saint, un dimanche, en pr6cisant eventuellement : le jeudi
{quinta feria) avant la Saint-Martin, le lundi isccunda feriu) apres Г Ascension. Le
systeme de la lerie commence la numerotalion de jours dc la semaine a compter du
dimanche. feria printa. On dit encore en portugais “segunda feira" pour lundi, etc. On
irouve des exemples au document n° 20. I. 21: Ce Jut Jet et done le dyemaine avant
la Chaere saint Pere eu moves de J'evrier: ou au document \C 23. I. 2: le mercredi
apres Jest e sain lx' C'rois en may.
2. Bibliographie generate
Une tres claire mise en perspective sur les problemes generaux du calendrier, due
a un astronome:
52
Comprendre le document
Paul Couderc, Le calendrier, Paris: Presses Universitaires de France, 4e ed., 1970,
128 p., Fig. (Que sais-je?, 203).
- Manuels
Hermann Grotefend, Zeitrechnung des deutschen Mittelalters und der Neuzeit, 2
t. en 3 vol., Hanovre-Leipzig, 1891-1898 (repr. Aalen: Scientia, 1970-1984).
Le tome I est constitue d’un tres riche glossaire alphabetique des termes en latin, vieil et
moyen allemand et allemand contemporain.
Du meme, Taschenbuch der Zeitrechnung des deutschen Mittelalters und der
Neuzeit, 10е ed., Hanovre, 1960, V11I-222 p. [Resume du precedent.]
Arthur Giry, Manuel de diplomatique..., p. 79-172.
1 gicd I. Simbbe ei Leon Voet. l)c C 'hromdogie van de middeleeuwen en de moderne
ujdt'n in ilc NedcrUuulcn. Anvers-Amslcrdam, 1960 (repr. Bruxelles: Commission
loyale d'llistoire. 1991), VII1-55I p.
Iraiic s\ntlioiicpie. p. 1-94. a\cc des passages pratiques sur les heures medievales et les
noms aiieiens des mois en lalin. lianeais. allemand et neerlandais.
Marcello Del Piazzo, Manuale di cronologia, Rome: Centro di ricerca pergamene
medievali e protocolli notarili, 1969, 148 p. (Fonti e studi del Corpus membranarum
italicarum, 4).
Centre sur les usages italiens, mais tres pedagogique grace a des tableaux comparatifs et
a de nombreux exercices commentes.
Venance Grumel, La chronologie, Paris, 1958, XII-487 p. (Trades d'etudes bvzan-
tines, 1).
Manuel de base pour les usages suivis en Europe orientale, chez les Slaves, a Byzance et
dans le Proche-Orient.
- Tables chronologiques et calendriers perpetuels
H. Grotefend, Zeitrechnung... et Taschenbuch der Zeitrechnung...
Les tables du tome I, tres generates, sont assez peu utiles pour les conversions. Les deux
volumes du tome II renferment des editions de calendriers medievaux et modemes (aire
germanique, ordres religieux), suivies d’un index des fetes de saints, qui renvoie aussi a
des calendriers diocesains de Laire francophone: e’est l’instrument le plus precis pour
retrouver des fetes locales, meme en dehors de l’Allemagne.
A. Giry, Manuel de diplomatique..., p. 173-314.
Liste des annees (n. st.) de 1 a 2000 avec leurs differentes caracteristiques (non seulement
indiction et date de Paques, mais aussi lettre dominicale, concurrent, regulier lunaire,
epacte, etc.); calendrier perpetuel (dont la clef est donnee par la lettre dominicale; per-
met de retrouver la concordance jour de la semaine-quantieme et calendrier romain); glos¬
saire des dates (fetes, noms de mois, etc.). La liste alphabetique des saints avec leurs fetes,
commode, est beaucoup moins complete que celle de Grotefend.
Eg. I. Strubbe et L. Voet, De Chronologie..., p. 95-197.
Plus ramasse que Giry: tableau des annees (n. st.) de 396 a 2000 avec leurs differentes
caracteristiques (comme Giry); calendrier perpetuel (comme Giry. mais ne donne que les
53
Comprendre le document
dimanches, indique en plus l’introit de la messe); calendrier des fetes religieuses dans
l’ordre de l’annee avec reference principale aux dioceses des Pays-Bas (Reims et Treves
inclus).
Adriano Cappelli, Cronologia, cronografia e calendario perpetuo, Milan: Hoepli,
4e ed., 1978, 606 p.
Sans doute le plus maniable, mais non exempt de quelques coquilles (corrigenda p. 605-
606). Concordance du calendrier romain; calendrier perpetuel (dont la clef est donnee
par la fete de Paques), permettant de retrouver la concordance jour de la semaine-quan-
tieme, mais donnant aussi les principales fetes; glossaire des dates; liste alphabetique des
saints (assez sommaire); liste des annees de 1 a 1929, poursuivie en annexe a 2000 (ne
donne que l’indiction et la date de Paques, mais ajoute des elements de chronologie his-
torique: dates des papes et des'empereurs, itineraire simplifie des papes).
Francois Maillard, “Tableau pour la determination de la date de Paques et du calen¬
drier ecclesiastique”, dans Bulletin philologique et historique, 1967, vol. 2, p. 903-
918.
Muni d’une planche depliante qui permet de retrouver immediatement la date de Paques
jusqu’en 2099.
- Exemples d'exploitation
Philippe Walter, La memoire du temps: fetes et calendriers de Chretien de Troyes
a “La MortArtu ”, Paris: H. Champion, 1989, 875 p. (Nouvelle bibliotheque du Moyen
Age, 13).
References au calendrier et systemes d’organisation du temps dans la litterature des romans
de chevalerie; tres riche bibliographie.
Marie-Therese Lorcin, “Le temps chez les humbles: passe, present et futur dans les
testaments foreziens (1300-1450), dans Revue historique, 1988, n° 566, p. 313-336.
Franco Franceschi, “La memoire des ‘laboratores’ a Florence au debut du XVе sie-
cle”, dans Annales E.S.C., 1990, p. 1143-1167.
References au calendrier et systemes d’organisation du temps dans et d’apres des sour¬
ces d’archives; renvoi a de nombreuses autres etudes.
3. Resoudre une datation
- Les annees de regne : se reporter a des listes chronologiques:
Louis de Mas-Latrie, Tresor de chronologie, Paris, 1889, VI-2 p. et 2300 col.
[A utiliser avec prudence].
Adriano Cappelli, Cronologia, cronografia...
L ’art de verifier les dates...
- Styles du changement de l’annee
. Consulter les grands manuels:
54
Comprendre le document
A. Giry, Manuel de diplomatique..., p. 105-119.
Presente, p. 112-119, line recapitulation par regions et pays des styles utilises et de leur
evolution, qui reste commode, meme si la bibliographic a evolue depuis lors.
Plus recent: H. Grotefend, Taschenbuch der Zeitrechnung..., p. 11-14.
A. Cappelli, Cronologia, cronograjia..., p. 11-22.
. Chercher s’il existe une etude monographique. Parmi les plus notables:
Damien Garrigues, “Les styles du commencement de Гаппёе dans le Midi: Гет-
ploi de Гаппёе pisane en pays toulousain et Languedoc”, dans Annales du Midi, 53,
1941, p. 237-270 et 337-362.
Bon exemple de la maniere dont on peut chercher a croiser les resultats tires de la data-
tion des chartes.
Charles Higounet, “Le style pisan: son emploi, sa diffusion g6ographique”, dans
Le Moyen Age, 58, 1952, p. 31-42.
Montre comment Г adoption puis le reflux du style de Г Annonciation pisane est Пё a Pin-
fluence des marchands italiens: interessant mёthodologiquement pour Pemploi combinё
de la cartographie et de la chronologie.
Walter Prevenier, “Un ргоЫёте de chronologie: la transition du style de Noel au
style de Paques dans la chancellerie des comtes de Flandre (1191-1205)”, dans Revue
beige dephilologie et d'histoire, 43, 1965, p. 556-571.
. Si ces consultations restent vaines, il faut examiner les documents.
Certains, extremement rares, donnenl une indication e.xplieite slit leur style do data-
tion. D'auires laissent echappor involontaircment une indication prccicuse. Ainsi. uu
document dale du 3 a\nl 1270. presentant sainl Louis (decode le 25 aotit 13*70) comme
etant mori. devra etre date du 3 avril 1271 (n. st.). et done du style de Paques (Paques
lombc le 5 a\ril en 1271) De темпе, un aele de lev rier 1200 eonllrmani en le rcco-
piani un aele de deceinbrc 1200, auquel il doit elrc postericur puisqifil le confirme.
sera dale de le\rier 1201 (u. si.): on saura alors qu’on suit un style de printemps. sans
Sllv°ir s'il s*agit de rAnnonciation (slvle florentin). on de Paques. II taut surlout
etre ties melianL et ne pas convert ir une date sans et re sur que e'est a bon escient
^e mclicr aussi des eiliteurs tie lexles du XIXе siccle. el темпе encore de quclques
editeurs actuels, qui convertissent d’office. Se тёАег enftn des faux, souvent trahis
par des dates erron6es (voir chapitre 8).
Les habitudes de quelques grandes chancelleries sont les suivantes. Chancellerie
pontificale: Noel du Xе siecle a 1088, ^ё1 et Annonciation (selon les deux calculs)
de 1088 a I 144. Annonciation florenline de I 145 a I 159. A partir de cetle dale.
Annonciation llorentine pour les privileges. Noel pour les peliles billies. Chancellerie
,oyale Irancaise: plulot la Noel sous les Caroligiens, lcl janvier, lCI el 25 mars aux
^L‘^le siecles: style de Paques peut-etre depuis le XIIе siecle, en tout cas au XIIIе
S|vclc: il est alors utilise par Unites les administrations royales. C hancellerie impcrialc:
style de Noel jusqu’au XVIе siecle.
Comprendre le document
- Indiction
Retrancher 312 au millesime, diviser le resultat par 15: ce qui reste est le chiffre
de l’indiction. Exemple: 1147 moins 312 = 835; 835 divise par 15 = 55, reste 10.
L’indiction est 10.
Ou se reporter aux listes d’A. Giry, Manuel de diplomatique..., p. 177-210; H.
Grotefend, Taschenbuch der Zeitrechnung..., p. 140; et du meme, Zeitrechnung des
deutschen Mittelalters..., t. I, p. (104)-( 146); A. Cappelli, Cronologia...
- Epactes et concurrents: voir A. Giry, Ibidem, et H. Grotefend, Zeitrechnung des
deutschen Mittelalters..., ibidem.
- Calcul du jour selon le calendrier romain: voir document n° 1.
- S’orienter dans le calendrier liturgique
. Pour les dates des fetes des saints et des grandes fetes liturgiques, voir A. Giry,
Manuel de diplomatique..., p. 257-273; H. Grotefend, Taschenbuch der Zeitrechnung...,
p. 30-110; A. Cappelli, Cronologia..., p. 109-124 pour les fetes liturgiques et 125-153
pour les saints. H. Grotefend, Handbuch der Zeitrechung..., donne au t. II-1 un calen¬
drier complet par diocese pour FAIlemagne, la Suisse, la Scandinavie et les suffra-
gants de Treves et Cologne en France et Belgique, et au t. II-2 un calendrier par ordres
religieux.
. Pour les dates de fete des saints:
Bibliotheca Sanctorum, 13 vol., Rome: Istituto Giovanni XXIII, 1961-1969, et
Prima Appendice, Rome: Citta Nuova, 1987.
Vies des saints et des bienheureux selon l ’ordre du calendrier, 12 vol. [un par mois]
et 1 vol. d’index, Paris, 1935-1959. [On utilisera avec precautions les premiers volu¬
mes, dont le contenu est plus proche de Thagiographie que de l’histoire.]
Lexikon der christlichen Ikonographie, ed. E. Kirschbaum et W. Braunfels, 8 vol.,
Fribourg-en-Br., 1968-1976.
Victor Leroquais, Les sacramentaires... surtout pour les saints locaux frangais.
. Les fetes liturgiques mobiles (Paques par exemple) constituent un cas plus com-
pliqu6. II en va de meme pour les dimanches, souvent designes dans les chartes par
VIntroit (premieres paroles) de la messe (par exemple Letare Jerusalem). Les diman¬
ches sont ordonnes dans le calendrier liturgique essentiellement en fonction de fetes
mobiles.
Dans A. Giry: chaque annee possede une lettre dominicale (tableau p. 177-210), de
A a G. Cette lettre indique quel jour tombe le dimanche de Гаппёе, a partir du ler
janvier (A = ler janvier, В = 2 janvier ...) II у a done en fait 7 calendriers possibles,
suivant la lettre dominicale de Гаппёе. Chacun de ces calendriers est donnё dans un
tableau (p. 217-258), lui-meme subdivisё en 5 colonnes, selon les dates possibles pour
Paques. Pour connaitre le jeudi avant le Letare Jerusalem, e’est-a-dire le 4e diman-
56
Comprendre le document
che de Careme, en 1147: la lettre dominicale de 1147 est E (p. 196), la date de Paques
le 20 avril (ibid.). Le calendrier E, pour les annees ou Paques tombe le 20 avril, indi-
que que le 4e dimanche de Careme est le 30 mars. Le jeudi en question sera done le
27 mars.
Dans H. Grotefend, Zeitrechnung des deutschen Mittelalters.., t. I, consulter p. (104)
a (146), le tableau general des annees, qui donne pour chacune d’entre elles, entre au-
tres, la date de Paques. Se reporter, p. (33) a (103), aux calendriers ordonnes selon
la date de Paques.
Dans A. Cappelli, Cronologia..., meme principe: table des dates de Paques p. 106
a 108, calendrier p. 35 a 105.
4. Dater un acte non date
Un grand nombre de chartes ne sont pas datees. Comment leur donner une date la
plus precise ?
D’abord, relever les personnages cites et leurs fonctions. Voir ensuite a quelle date
ils ont exerce ces fonctions. Exemple: un acte non date de Philippe Auguste sera data¬
ble du ler novembre 1179 au 14 juillet 1214, dates extremes de son regne.
Voir s’il est fait mention d’evenements connus et dates par ailleurs. Exemple: si
dans le meme acte Philippe Auguste precise qu’il est revenu de la Croisade, Г acte
sera posterieur au 27 decembre 1191, date de son retour a Paris.
S’il n’y a ni personnages ni evenements datables, les choses deviennent plus com-
pliquees, et le moindre indice permettant une datation, fut-elle approximative, doit
etre repris. Si le document est un original, datation par les caracteres extemes (sceau,
ecriture...). Dans tous les cas, datation par le formulaire (exemple: les actes com-
tnengant par l’adresse [comme Universis notum sit quod] n’apparaissent pas avant le
XIIIе siecle), la langue (pas de fran^ais avant le XIIIе siecle), par le vocabulaire
(I’hommage-lige n’apparaissant pas avant la moitie du XIе siecle au plus tot, un acte
comprenant le mot ligium ne pourra etre anterieur a cette date).
57
Comprendre le document - document 1
10
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58
Comprendre le document - document l
. Calendrier franciscain (seconde moitie du XVе siecle)
Le mois d’octobre.
Paris, Bibl. nat., lat. 882, fol. 5v.
[1] КL. October habet dies XXXaI, luna XXXa.
[2] XVI
A
Octobris
Remigii episcopi et confessoris
[31V
b
VI
Translatio beate Clare virginis
duplex minus
[4] XIII
c
V
[5] II
d
IIII
Francisci confessoris, fundatoris ordinis fratrum
minorum
duplex majus
[6]
e
III
[7] X
f
II
[8]
g
Nonas
[9] XVIII
A
VIII
[10] VII
b
VII
Dyonisii, Rustici et Eleutherii martirum
[П]
c
VI
Cerbonii episcopi et confessoris
[12] XV
d
V
Octava sancti Francisci
duplex minus
[13] IIII
e
IIII
[14]
f
III
[15] XII
g
II
Calixti pape et martiris
[16] I
A
Iddus a>
[17]
b
XVII
novembris
[18] IX
c
XVI
[19]
d
XV
Luce ewangeliste
duplex minus
[20] XVII
e
XIIII
[21] VI
f
XIII
[22]
g
XII
Undecim milium virginum martirum solenne
Hylarionis abbatis
[23] XIIII
A
XI
[24] III
b
X
[25]
c
IX
[26] XI
d
VIII
Crisanti et Darie martirum
[27] XIX
e
VII
Evaristi pape et martiris
[28]
f
VI
Ivonis confessoris.
solenne. Vigilia
[29] VIII
g
V
Symonis et Jude apostolorum
duplex minus
[30]
A
IIII
[31] XVI
b
III
[32] V
c
II
Vigilia
P3] Dominica proxima ante festum Omnium
sanctorum fit dedicatio hujus ecclesie
a) Sic A pom idus.
5(>
Comprendre le document - document 1
Comme en bien cTautres manuscrits, ce calendrier perpetuel vient en introduction
d’un livre liturgique, ici un missel, dont il constitue le repere chronologique condense.
Les clercs, en effet, avaient besoin de se situer precisement dans le temps, en raison
de la necessaire observation de Гаппёе liturgique.
L’epine dorsale, si Гоп peut dire, du calendrier (au sens de la chronologie) est cons-
titu6e par le calendrier civil romain: c’est la troisieme colonne du calendrier repro-
duit (on voit, dans la quatrieme colonne, les abreviations etirees No pour nonas, 1. 3-
7; Id pour idus, 1. 9-15; kl pour kalendas, 1. 17-32). Le mois d’octobre est, comme les
autres scande par les calendes (ler du mois: le terme donne son nom au “calendrier”),
les nones (le 5 des “petits mois”; le 7 des “grands mois”: mars, mai, juillet et octo-
bre), les ides (le 13 des “petits mois”, le 15 des “grands”). Les autres jours sont
comptes dans un calcul regressif a partir du prochain repere: nones et des ides du mois
en cours, ou calendes du mois suivant. Ainsi, le 2 octobre sera considere comme le
6e jour avant les nones d’octobre {VI No = sexto nonas: 6e parce qu’on compte le jour
de depart et le jour d’arrivee), le 12 octobre sera le 4e jour avant les ides, le 24 octo¬
bre sera le 9 des calendes de novembre. La veilie d’un de ces reperes est appelee
pridie, mais comptee et notee “II”. Transposer une date du calendrier romain dans
notre calendrier est tres facile. Pour les nones et les ides, il faut prendre la date des
nones ou ides (5, 7, 13 ou 15), ajouter 1 et retrancher le chiffre de la date romaine:
pour le 6 des nones d’octobre, cela donne 7+1-6 = 2, done le 2 octobre. Pour les calen¬
des, le principe est le meme, mais il faut prendre comme base le nombre de jours du
mois en cours et ajouter 2. Ainsi, pour le 9 des calendes de novembre, on fera 31
(puisque, quand on se situe par rapport aux calendes de novembre, on est en octo¬
bre) +2-9 = 24, soit le 24 octobre.
A gauche des jours romains, les lettres dominicales (col. 2): chaque jour de Гаппёе
se voit affect6 d’une lettre, depuis A pour le ler janvier, В pour le 2..., selon un cycle
en 7 lettres (le 8 janvier est de nouveau A, de meme que le 15...). Si telle аппёе com¬
mence par un mercredi, on saura done que, Гаппёе en question, tous les jours mar-
quёs A dans le calendrier seront des mercredis. Inversement, si Гоп sait que la lettre
dominicale de Гаппёе en cours est E (ce qui revient a dire que celle-ci a commence
un mercredi), chaque ligne du calendrier marqu6e d’un E sera, cette аппёе-la, un
dimanche. En cas d’annёe bissextile, il faut dёcaler le compte d’un jour apres Г inter¬
calation bissextilaire (dans l’exemple ci-dessus, la lettre dominicale de Гаппёе sera
dite “ED”: “E” avant et “D” apres Г intercalation). Ici, la lettre dominicale du ler octo¬
bre est A, parce que le Ier vient exactement 39 semaines apres le ler janvier.
А Г extreme gauche enfin, le nombre d’or (col. 1): il s’agit d’un nombre, de 1 a 19,
аПпЬиё a chaque аппёе. Lorsque Гоп connait le nombre d’or de Гаппёе en cours,
celui-ci permet de trouver aussitot, sur la ligne correspondante, le jour de la nou-
velle lune (selon un calcul tl^orique qui peut ne pas coincider exactement avec le
veritable calcul astronomique: mais cela importe peu pour les actes, car les redacteurs
de documents ont sous les yeux leur calendrier plutot que le ciel quand ils datent le
document d’apres 1’age de la lune...).
Toujours sur le plan civil et astronomique, le calendrier s’enrichit de notations rela¬
tives au mois, figurant avant la liste des jours: on donne le nombre de jours du mois
60
Comprendre le document - document 1
(October habet dies XXXaf) et ceux de la lunaison (luna XXXa: reflet d’une tentative
arbitrage de faire coincider calendrier solaire et calendrier lunaire de 29 et de 30 jours).
D’autres calendriers donnent aussi la repartition approximative des heures de jour et
dc nuit pendant le mois considere, et la calendrier astrologique.
Sur ce calendrier au sens chronologique se greffe un calendrier au sens liturgique
strict: la lisle des leles d’un ordre (mais ce pourrait etre un diocese, line eglise. line
abbave...). C e calendrier s'oppose an mariyrologc, qui est une compilation de letes a
Fechelle de la chreliente. Ln face dc certains jours, on indique les letes celebrees:
Rcmigii episcopi et confessoris au lcr octobre : Translatio beate Clare virgin is au 2...
On indique aussi le degre de solennitc avec lequel on celebrera la fete en question.
I.a plus solennelle, dans ce calendrier, est celle dc saint Frangois, le 4 octobre: clle
est duplex majus. duplex signifiant qu’on double les anticlines. Moins solennelles. les
fetes de Fevangeliste saint Luc (IS oct.) el des apotres Simon et Jude (28 oct.), qui
sunt duplex aussi. mais minus. Tout coniine I’octave de la Sainl-Frangois. e’est-a-dire
la fete si luce une semaine apres une fete ties importante. ici celle de saitii Frangois
(I I oct.). L’imporlance de ce saint dans ce calendrier s’explique evidemment par la
fail qu’il est le fondateur de Г ordre franciscain. Un peu plus has dans Fechelle. il у
:i les letes qtfon celebre solenne, solennellemenl: les onze mi 1 le vierges (21 oct.), et
saint Yves, le Breton. a\ocat des pauvres et. ce qui justilie la place qu’il occupe dans
ce calendrier. lerliaire franciscain (27 oct.). 11 у a aussi les fetes simples, coniine celle
de Denis. Ruslique et Lleuthere (9 oct.). Lnfm. certains jours, on cclebre deja la fete
dti lendemain (vigilia): c’esi le cas le 27. et surtout 1c 31. \eille de la Toussaint.
l es on/e mille vierges (compagnes de sainte Ursule) et saint llylarion soul notes au
22 octobre: e'est par Ferreur d'un copiste, qui a fail glisser d’une ligne une celebra¬
tion fixee au 21 octobre (pour s‘en assurer, on pent consullcr les listes de (irotclend.
tiirv. Uapelli. mais aussi les editions des grands martyrologcs medievaux: pseudo-
Jerome. Bede. Adon. Usuard...: par exemple Dorn Jacques Dubois, Le martyrologe
d L suurd. lexte et commentaire. Bruxelles: Socictes de Bollandistcs. 1965 |Suhsidia
Hagiographica, 40], p. 326). Ce type d’erreur n’est pas inusuel (de meme que les con¬
fusions de chiffres romains, en particulier entre II et V, III et IIII, etc.).
On comprcnd la dilTiculte qu’il у a a dater el localiser de tcls maiuiscrils. L’ecri-
ture pent fournir une premiere orientation, mais le sanctoral apportc de prccieux com¬
plements et permet aussi parfois de preciser une affiliation. On constate ici qtfa de
graiules letes univcrsclles se joignenl de plus particulieres. mais liccs a I’ordre Iran-
ciscain. L’ecrilure et la decoration font pencher pour une origine allemande. au XVе
stccle. Le sanctoral permet de le confirmer: au 20 mai, figure la fete de saint Bemardin
(niort en 1444: lete double chez les Franciscains a parlir de 1451) et. au 4 juillet. celle
de saint Ulrich d’Augsbourg. La remarque qui figure au has de la page permetlrait
Peut-eire de progresser. On у apprend que e'est le dernier dimanche avant la Toussaint
4l,c lete la dcdicace. e’est-a-dire la fete patronale. dc Feglise qui possedait ce
calendrier.
Sur le document ci-dessus, Victor Leroquais, Les sacramentaires et les missels
manuscrits des bibliotheques publicities de France, t. Ill, Paris, 1924, n° 702, p. 141.
- Sur les particularites du calendrier franciscain, H. Grotefend, Zeitrechnung..., t.
61
Comprendre le document
II-2, p. 37-41, et Paul Poindron, dans V. Leroquais, Les breviaires manuscrits des
bibliotheques publiques de France, t. I, Paris, 1924, p. CVI-CIX.
Sur les calendriers en general, on dispose maintenant d’un guide excellent: J. Dubois
et Jean-Loup Lemaitre, Sources et methodes de l ’hagiographie medievale, Paris: Le
Cerf, 1993, spec. p. 135-160. - Initiation pratique avec une belle etude de cas: Henri
Platelle, Un missel du XVе siecle a Vusage de Vabbaye de Saint-Amand (ms
Valenciennes n° 118), dans Litterature et religion: Melanges J. Coppin, Lille, 1966,
p. 119-155; reimpr. dans du meme, Terre et del aux anciens Pays-Bas, Lille: Faculty
libre, 1991, p. 69-108.
(>2
CHAPITRE 3
L’EXAMEN DE L’ACTE
Los actes constituent, on Га vu. line source tics riche pour I'liistoire medicvale. A
condition d'etre explodes a bon escient. et done d’etre eompris pleinemenl. Ce qui
suppose qu’on examine ehaque charte de la maniere la plus approlondie possible,
t ommeui mener cet examen? A quoi le lecteur doit-il etre altenliГ, dans les diaries?
i est ce quo le present chapitre vise a montrer, au moins a grands trails; ainsi le lec-
icur pourra-t-il degager les caracteristiques principales de I'acle qti’il utilise, en com-
preiulre la logique interne, el situer le cadre juridique. luimain el mental dans lequel
il a etc coin.41.
\lais. demaiulera-i-on. ne peut-il fa ire Г economic de cet examen, celiti qui n'entend
prendre dans les actes que des renseignements explicitcs: action juridique, iiom et
function des leinoins..? Prenons le cas de qui voudrait etudier rentourage d'un prince,
done les listes de leinoins de ses actes. Doit-il pour autant tenir comple des pream-
ImiIcs. du style..? De fail, memc en pareil cas. e’est preferable. Car il convient de voir
ч les actes sont des actes solennels. s'ils sont etablis par la chancellerie de ГаШеиг,
s’lls repondent a des circonstances precises, s'ils sont bases sur des formula ires...
Le document n 15 insiste sur la necessite pour les eveques de veiller sur ceux qui
leui sont sounds. Vlais esl-ce rentourage de ГаШеиг ou le deslinalaire qui a eerit
ccs mots? Dans le premier cas, ГаШеиг lui-menie est-il intervenu. ou le travail a-t-il
etc execute par de simples clercs? Delivrant une bulle en 1142. le pape I'adresse a
I ahhe el aux monies de I'abbaye de Saint-Feuillicn du Roeulx. Instrumeniani quelque
cinq ails plus lard en favour de la meme abbayc. rcvcque adresse sa charte a tous
les lidoles (documents riJ 13 el 15). Pourquoi cette difference ? Lst-elle de pure fomie.
on a-t-elle un sens? Les actes des rois de France sc repartissenl en plusieurs calego-
ties biens dislinctes (documents iГ 7-9). Quelle est la signification de ehaque cate¬
goric? Que peut-on comprendre du document par le simple fail qu'il possede telle
ou telle caracteristique?
Pour repondre a ces questions, et plus globaicnient pour mener Гехатеп des actes.
on distingue habituellement. dans line charte. les caracteres externes. elements de
tonne etrangers au lexle тёте de 1‘acte. et qui ne peuvenl se voir que sur les cliar-
tes originales. des caraclercs internes, elements de forme re I a t i Is au lexte de I'acte.
^ qui peuvenl done elrc etudies a partir d'un original, d'une copie ou d'une edition
hdeles. en tenant comple des regies qui scront precisces au chapitre 6 en ce qui con-
00,110 la liahilite et Fulilite des copies.
A. LES CARACTERES EXTERNES
Les caracteres externes sont essentiellement le support, le format, la mise en page
^ 1’ecriture. On peut у ajouter le sceau et le chirographe, que Гоп traitera cependant
°rs de Petude des moyens de validation.
D'une maniere generate, sur les caracteres externes, il s’impose desormais de con-
sulter Peter Ruck, “Die Urkunde als Kunstwerk”, dans Kaiserin Theophami.
63
L 'examen de l 'acte
Begegmtng des Ostens urn/ Wes tens uni die Wende des ersten Jahrtctusends, ed. Anton
von Euw el Peter Schreiner, t. II, Cologne, 1991, p, 31 1-333.
Imporlante contribution, un peu a Petroit dans son litre (il s’agil en fait dc I’ensemble
des caracteres extcrnes des actcs) et dans son livre (Papproche est fortement methodolo-
gique, el nullcment limitce a la fin du Xе siecle). Tres importante bibliographic. Traite
dc Pecriture, dc la mise en page, des signcs speciaux (chrisme, monogramme...) dont P.
Ruck demande un examen approfondi tenant comple dc leur caractere symbolique, du for¬
mat el de la proportion des actes.
S’imposera aussi, lorsqiPil sera paru, Pouvrage dirige par Peter Ruck, Graphische
Symbole in mittelalterlichen Urkunden, Sigmaringen: Thorbeckc. sous presse
(Historische Hi lfs\v i s sen sc h often, 3).
La description des caracteres cxterncs (comme Panalysc des volumes, tels que les
cartulaires et registres) emprunte souvenl son vocabulaire a celui de la codicologie.
11 faut desormais recourir a: Denis Muzerclle. Vocabulaire codicologique, repertoire
methodique des termes franca is relatifs a их manuscrits, Paris: CEMI, 1985, 265 p., pi.
1. Le support de Г acte
Au debut du Moyen Age, comme durant PAnliquite, e'est le papyrus qui est uti¬
lise. Peu couteux et pratique, ce support, fabrique a base de lamellcs de moelle de
roseau, n’a que deux inconvenients: sa fragilite, qui le rend tres sensible aux mouve-
ments brusques comme a Phumidite, et son approvisionncmenl ires mediterranean
(Egypte surtoul, Sicile aussi) qui peut rendre son importation difficile. Assez vite le
papyrus sera remplace par le parchemin. Peau animalc specialement traitee pour rece-
voir et conserver des ecrilures. le parchemin resiste mieux que le papyrus a Phumi¬
dite, et surlout aux mauvais traitements (sur les quelquc 4.000 actcs et lettres ponti-
ficales antcrieurcs a la moitie du XIе siecle, on n'a conserve que 25 originaux sur
papyrus, mais 27 originaux sur parchemin, pourtanl employes durant une periode beau-
coup plus restreinte: moins d’un siecle). Lc parchemin apparait en 677 a la chancel-
lerie franque, mais seulcment en 967 a la chancellerie pontificale (avec usage regu-
licr a parlir dc 1004). D’une manierc gencrale, lc papyrus disparait plus lentement
de PItalie centrale et meridionale. En Allemagne, des les premiers actes connus (VIIIе
siecle), e'est le parchemin qui est utilise.
Avec lc parchemin, on tient lc principal support de textes diplomatiques medie-
vaux. Le papier sera appelc a le rcmplaccr progressivement au bas Moyen Age. Mais,
moins solide, il n'est pas le support ideal pour rccevoir un sceau. En outre, les men-
talitds restent attachecs a Pidee dc perpeluite, d’authenticite qui emane du parchemin.
Le succes du papier dans la diplomatique restera done rcstreint, sauf pour la confec¬
tion de copies, ou pour dresser des actes non scellcs, comme les documents adminis-
Iratifs, ou auxquels un petit sceau ctait plaque, comme les lettres closes.
Tous les documents originaux reproduits dans ce volume ont etc ecrits sur par¬
chemin. (Test meme le cas de la version preparatoire du document n° 28. En revan¬
che, les registres dc notaircs (documents n° 30-31), les copies d’erudits (document n°
39), sont sur papier.
Leo Santifaller, Beitrcige zur Geschichte der Beschreibstoffe im Mittelalter, mil be-
wnderer Beriicksichtigung der pcipstlichen Kctnzlei. t. 1. Untersuchungen, Vienne,
64
L 'examen de l 'acte
1^53. 220 p. (Mitteilungen des Instituls f'iir osterreichische Gesc hichtsfor sc hitng.
I.ryanztingsbaiuf XVI-1).
Pierre Gasnaull, “Les supports et les instruments de I'ecriture a Lepoquc medie-
\dans Vocabulaire du livre et de I'ecriture an Mayen Age (Table-ronde, Paris,
\l-26 septembre 1987). ed. O. Wcijers, Turnhout: Brepols, 1989 (Civicima. 2), p. 20-
> }.
Cieiiiard Piccard. “Cher die Anfangc des Gcbrauchs des Papiers in deutschen
kan/.leien”, dans Studi in onore di Amintore Fanfani, l. HI, Milan, 1962, p. 345-
401.
Le premier acte sur papier en Allemagne cst une quittance du comte de Gor/ en 1287.
Pcrgament. Geschichte, Struktur, Restaurierung, Herstellung, ed. Peter Ruck,
Sigmaringcn: Thorbcckc, 1991. 480 p. (Historisehe Hiifswissenschaften, 2).
Presentc les rccherches, nombreuses actuellement, sur le parchemin lui-memc: animal uti¬
lise, iraitement subi par le parchemin...
2. Le format
Le format d’un acte depend bien sur de la longueur du lexle transcrit. Mais pas seu-
lemeiu. car I’ecriture peut se la ire plus petite on plus grande, les lignes d'ccriture et
les marges plus on moins larges. Aussi, ее que Гоп releve surtoul, e'est si I'ecriture
court parallelement an cole le plus court (carta transversa. par e.xemple le document
и 3). on parallelement au cote le plus long (carta non transversa, par exemple le
document n 2). Ce dernier eas est d'aillcurs le plus frequent, sauf aux XI°-X1IC sie-
cles. 13es etudes montrent qu'en Allemagne. la carta transversa n’est preponderante
que de 1076 a I 150.
I e tableau (p. 66) montre revolution des formats de documents reproduits dans le
present ouxrage, a la Ibis en fonction dc leur dale et de leur auteur. Ce schema doit
ctre pris avee certains reserves: les aetes choisis ne reprcscntenl qu’eux-memes; par
exemple. les aetes des eveques de Noyon au XIIе siecle sont de format ties variable,
et n out pas lous les mC*mes dimensions que notre document nJ 15. Ceci dil, il n'en
teste pas moins que le schema donne une bonne idee de la preponderance de la carta
transversa au XIIе siecle. A part le chirographe de I 159 (document n 1 IS), tons les
•tetes pris a cetle periode sont des cartae (ransversae. Ait XIIIе siecle, il subsiste quel-
ques exemples: les documents iC 6 (acte royal de 1215) et ir 12 (acte seigneurial de
1270). Mais au XIVе siecle on cst passe definilivement aux cartae non transversae,
sans exception, commc dans les aetes royaux du haut Moyen Age.
frank Michael BischolT, “Die Datenbank des Marburger ‘Liehlbildarchivs alterer
^^iginalurkundcn bis 1250'. Syslembeschreibung und Versuch einer vorlaufigen sta-
hstischcn Auswertung". dans Fotograftsche Sammlungen mittelalterlicber Urkunden
bi Europct, ed. P. Ruck, Sigmaringen: Thorbccke, 1989 (Historisehe Hilfhvissen-
^haftei?, 1), p. 25-70.
Le \oluiuc presentc les principales collections pholographiqucs d'actes medievaux (ci-
dessous, p. 348). L'article de 1:.\1. Bischoff est particulicrcment utile par les statisliques
qu'il presente sur le taux de sccllemcnt et le type d'auteur a travers plusicurs milliers
d aetes s'echelonnanl du VIIIе siecle a 1250.
10 cm
L'examen de l ’acte
*
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5
Formats de differenls documents reproduits dans le recueil.
66
Seigneurш! I i2~0 \ | 1290
L 'examen de l ’acte
3. La mise en page
l.a mise en page dos actes doit egalemenl retenir ratlention. La mise en page. c’esl
la fai;on donl le scribe a organise, sur Ic recto du parchcmin. le sen 1 cote qu’il uti¬
lise. la disposition des letlres el caracteres di\ers qu'il avait a eerire. Car le scribe
(l’ccrivait pas toujours Lensemble de son acte en caracteres uni formes et sans rupture.
Pai Ibis, il utilisail des caracteres differenls. C'est le cas des Hi ferae elon^atae. ou lol¬
lies allongees. qui sont des lettres etirees en hauteur (par exemple document nJ 2, I.
1). Souvenl employees pour Г invocation, elles s'etendenl parfois a I'cnscmble de la
premiere ligne. Parfois aussi. le scribe inlroduil des ruptures dans Гесптге. II va a
la ligne. crcant ainsi tin paragraplic, on le marque par un simple signe special. II pent
aussi ereer des marges latcralos importantes, ce qui n'esl pas coutumier. Enfin. par-
ibis. le souci de nc pas terminer Lactc an milieu d’une ligne amene le scribe a allon¬
ger demcsurement fun ou Lautre des mots de cctle ligne, ou a les espacer (docu¬
ment n° 14).
Prenons trois actes dans le dossier: ceux de Charles le Chauve (document n° 2, de
845), de Charles V (document n° 8, de 1367) et de Guillaume de Moislains (docu¬
ment n 22. de 1317). Le premier beneficie d’une mise en page ires soignee. La pre¬
miere ligne cst entieremcnl ccrite en caracteres allonges. II n’y a pas de paragraplic.
mais rinlervalle outre les lignes est grand. Ln bas de Г acte. la souscription. le mono¬
gramme, la ruche, la date, soul disposes de maniere claire el ordonnee. L'acte de
Charles V dispose aussi d'unc mise en page soignee, mais plus simple. La premiere
ligne benelicie de quelques majuscules assez grandcs, mais I’espacemenl entre les
lignes est reduit. lc lexte est eerit sans plus aucune rupture jtisqu‘a la date. Enfin, celui
de Guillaume de Moislains n'a fait I'objet d'aucun appret particulier. Tout cola doit
etre mis en relation d'unc part avec tine ccrtaine conception de Г importance de I’ecril
tun diplome carolingien est plus rare, done plus prccieux. plus exceptionnel, qu'un
acte d’un mi Valois), d'autre part avec une conception de la function de I'auteur
tmeine pour un acte de pen d'importance, Charles VI ne pent pas mettre entre
parentheses sa loud ion royale. el le prestige qui Ini est attache: toulefois. dans le docu¬
ment n 1 9. qui est un acte royal de 1387, mais un simple mandement. il n’y a plus
guere d’attention a la mise en page), d'un troisieme cote enfin avec (’importance de
I action j in icliqtie relatee (encore quo la, la comparaison entre deux actes de rois de
franco, les documents n > 7 et 8. n’indique pas de difference essentielle, si ce n’est
pour quelques lettres de la premiere ligne).
Jochen Gotze, “Die Litterae Elongatae. Ein Beitrag zur Formengeschichte und
Herkunft der mittelalterlichen Urkundenschrift”, dans Archiv fur Diplomatic 11/12,
1965-1966, p. 1-70.
Etude de Porigine romaine des lettres allongees, de leur evolution a Tepoque merovin-
gienne puis sous les Carolingiens, et description de la forme de chaque lettre. Le but de
ces lettres allongees serait de constituer un symbole magique pour le nom et le salut du
roi, a fin d'impressionner la foule, meme analphabete.
■Г L’ccriturc
L’ccriturc medievalc, dans son ensemble, fera I’objet d’autres volumes dans cette
meme collection. On ne traitera done pas ici du phenomene pour lui. On peut cepen-
67
L 'examen de l 'acte
dant rappeler ici les grandes ligncs de revolution dc Pecriture dcs actes. Lorsque
Pautorilc romaine fut remplacee, dans les provinces de Г Empire, par les autorites ger-
maniques, ces dernieres reprirent dans une large mesure les cadres administratifs
romains. Avcc eux, elles conserverent 1'usage d’une minuscule cursive qui devint seu-
lcment de moins en moins soignee, el done d’une lecture de plus en plus malaisee.
Lc vaste programme de reorganisation de 1'Occident par les Carolingiens ne pouvaii
evidemment ignorer le problemc de Pecriture. Des 780 environ, une nouvclle ecriture
faisait son apparition, sans doute a Pabbaye de Corbie: la Caroline. Promise a une heu-
reuse destinee, elle etait basee sur quelqucs principes simples: la regularite et la lisi-
bilite d'une part, la rotondite et la largcur d'autre part. Mais a vrai dire, les diplomes
nc Putilisaient pas commc telle. Ils connurent une evolution semblablc, a la fois plus
prccoce et plus tardive, parce que beaucoup plus lente: de 750 a 850 environ.
Ccla nous permet d'insistcr sur la difference entre les ecritures des livres (ecritu-
res livresques) et cclles des charlcs (ecritures diplomatiques ou documentaires). Ce
n'est pas qu'il у ait une difference radicale entre ces ecritures: ceux qui les utilisaient
etaient contemporains, voisins ou collcgucs; par fois meme, des scribes recouraient
aux deux. Mais e’est que la fonction dc ccs ecritures etait differenlc. Les chartes, de
par leur role juridique, dc par leur place dans un monde largemenl analphabete, de
par leur caractcre de propagande au service du pouvoir qui les emettait, devaient avoir
une ecriture particulieremcnt luxueuse, decoree. impressionnante. Concrctemcnt, en
quoi ccs ecritures sc distinguenl-elles? Prenons les documents n° 10 (Baudouin, comte
de Hainaut, en 1182) et 15 (Simon, cveque de Novon, en 1147). Dans lc document
n° 10. Pecriture n'est pas a proprement parler livresque: les hastes sont trop hautes
pour cela. Mais cettc hauteur dcs hastes, ainsi que cellc des majuscules, est le seul
element diplomatique de Pecriture (outre, bien sur, les lettres allongees de Pinvoca¬
tion). Dans lc document n° 15, les hastes nc sont pas settlement hautes, elles sont aussi
dccorees, de meme que les signes abrevialifs. Et les queues aussi sont prolongees.
Cette ecriture diplomatique entraine deux consequences: Pcspace entre les lignes est
beaucoup plus important que dans Pecriture livresque (et de lait, il est plus grand dans
le document n° 15 que dans lc document n° 10). Et Paccent est mis davantage sur la
vertiealite des lettres, sur le fait qifelles sont tracces en hauteur. Cette vertiealite est
intimement lice a la diplomatique: au moment ou se trouvent les ecritures Carolines
les plus pures dans les livres. les ecritures diplomatiques restent relativemcnt peu ron-
des (documents n° 2 a 5). Toutcs les chartes n’onl cependanl pas ete ecrites en ecri¬
ture diplomatique. D’une manicrc generate, on peut considerer que Pecriture livres¬
que est plutot caractcristique d’une mise par ecril par le beneficiaire, souvent une
abbaye. habituee a produire des livres bien plus que dcs chartes, Pecriture diploma¬
tique etant plus propre aux chancelleries, sensibles au surcroTt de prestige qui resul-
tait de cet usage pour Pautcur de Pactc. Mais il n'est rien d’absolu en la maliere (com¬
parer tout dc meme les ecritures, a peu pres contemporaines, du document n° 4, acte
imperial etabli en chanccllerie, ct du document n° 16. acte elaborc par Pabbaye de
Cluny. Le document n° 5, etabli par le beneficiaire, a une ecriture diplomatique, mais
il imite les actes de chanccllerie).
L’ecriture Caroline fut remplacee peu a peu par la golhique, plus anguleusc, plus
\erlicalc aussi. Cette evolution fut lente el progressive, incgale aussi suivant les
regions: des le debut du XIIе siecle dans Poucst de la Prance, apres 1150 seulement
en Allcmagne. Comment distinguer cette ecriture diplomatique? En rcchcrchant Pangu-
68
L 'examen de l 'ade
U»sitc ilc Lecriture. Prenons Ic document n° 17: on remarque mpidement Langulosite
Jc bien dcs lettres: le ”p" iposferonnn. I. I), le "c" (noficia/n. I. I). le ‘'n” (noticicun.
1 1). le "v" [infra, I. 1). Pen apres la vicloire de rccriturc goihique, line variantc dc
celle-ci s’alTirma: la goihique cursive. Pile esl goihique. parce qu'elle a garde tons
les trails de la goihique. el le est cursive parce que tracee plus rapidemcnl. par line
main qui lie se leve pas enlre chaque lettre. La forme des lettres devait s’en ressen-
ur: le corps des lettres. assez petit, est place an centre d'un balanccmcnt harmonieux
des hastes (vers la droite) el dcs queues (vers la gauche): voir le document n° 14 pour
ime version deja un pen alfadie de cette ecriture.
La dernicrc grande invention paleographique du Vloven Age Hit Lecriture liuma-
nislique. C ellc-ci voulait lutler contre une ecriture gothique qui. an fil du temps, s’etait
chargee de quantile d’elemenls inutiles, el avail perdu de vue la necessile imperieuse
d ime lisibilitc aisee. Cette ecriture ne pouvait guere servir aux luimanisles. dont une
des preoccupations majeures etail d’etablir des textes critiques el fiables des auteurs
antiques et medievaux. Apres plusicurs erremenls. une ecriture elairc el agreable,
inspiree en fail de la Caroline, flit invenlee vers 1402-1403 par le not a ire llorenlm
Poggio Bmcciolini. On en verra un bel exemple dans le document n° 27.
Jacques Stiennon. Paleographie clu Mayen Age...
Giulio Battel 1L Lezioni di paleografia, 3C ed., Vatican, 1949, X-274 p.
Vlais en quoi l'clude de Lecriture des actes peul-elle etre utile? D'abord. Lecri-
ture permcl de daler, fut-ce approximativement, un acle qui ne comporterait pas de
lomuilc de datation, cl dont le contcnu no donnerail pas assez d'elements. L.a com-
paraison de Lecriture de Lacte avec celle d'aulres actes permettra de situer plus on
moins Ic document dans Lechclle du temps. Meme quaiul Lacte est dale. Lettide de
son ecriture en fonction de sa datation est a faire. car cette datation pent etre en con¬
tradiction avec la date proclamee par le lexie de la clmrte. Cette contradiction pent
tnvr son origmc du fail qiLune copie I Icicle se presente coniine un original (sur les
topics ligurees, voir document n ' 17). Plus souvenl. elle sera Lindice d’un laux. Dans
cette perspective. Letude de Lecriture sen le cliscrinwn veri ac falsi, le jugement sur
I auihenticiie des cluirtes (voir chapitre S). Mais le plus souvent, les actes sont dales,
ct des lors leur ecriture aussi. Pile represente done un ties utile complement aux em¬
pires de manuscrits litteraires, qui nc sont presque jamais dates, ct revet done, pour
I histoire dc Lecriture, un tres vif intcret.
ii у a plus. Par Lecriture, on peut attcindrc les scribes, et par les scribes, les
wganismes qui claborent les actes. Peu d'actes donnent le nom de leur scribe. Aussi
comparaison des ccriturcs cst-clle necessaire pour reconnaitre les produits d'un
tPcmc scribe, ou au moins, d’un groupe dc scribes (il n'est pas toujours possible, sur-
101,1 a partir de la fin du XIIе siecle, d'identifier clairement chaque scribe), ou pour
distinguer, dans un meme actc, la main de deux scribes (document n° 5).
hlentilicr les scribes, ou les groupcs de scribes, ccla permet d’en suivre la car-
r,crc. Michel Parisse a ainsi pu dccrirc l'activite d’un moinc cistercien dc Trois-
hontaines (diocese de Chalons-sur-Vlarne), aclif de 1169 a 1196, e'est-a-dire pendant
l,nc Pcriode que Lon peut considcrer. s’agissanl d'un scribe, comme fort longue: beau-
c°up de scribes, du XIIе siecle. nc nous sont connus que par trois on quatre Charles.
69
L 'examen tie l ’acte
Certains des 43 actes attribues a cc scribe ne sont pas dates. Michel Parissc parvient
a combler partiellcmcnt ces lacunes cn sc fondant sur revolution de Pecriture de ce
scribe anonyme: il constate, par exemple, que e’est cn I 175 que le jambage final du
“m” devient casse.
L’ecriturc permet aussi dc deceler des influences. Ainsi la chancellcric pontificale
abandonne-t-ellc la vieille curialc romaine essentiellemcnl sous Г influence d’Gran¬
gers, notamment des papes allemands de la premiere moitie du XIе siccle. Plus
familiarises avec Pecriture minuscule, ils l'imposent ties progrcssivemenl, malgre les
resistances de papes ilaliens comme Gregoirc VII. Walter Koch a montre Г influence
dc la chancellerie pontificale sur la chanccllcrie imperiale au cours du XIIе siecle,
du fail dc la qualite des actes pontificaux, du fait aussi dc la victoire pontificale dans
la Querelle des Investitures. Cette influence penetrail aussi par le biais des voyages
effcctues en Italie par les empereurs. De тёте Thomas Frenz a-t-il montre com¬
ment la chancellerie pontificale a etc influencee, au XVе siccle, par Pecriture huma-
nistc: les sejours dc la curie pontificale a Florence, haut lieu de Phumanisme, en
1434/1436 et 1438/1439, furent le factcur deeisif de cette evolution.
L'ccriture. e’est aussi un barometre de culture et un enjeu de pouvoir. Armando
Petrucci et Carlo Romeo dccelent plusieurs types d'ccriturcs dans les jugements publics
du royaumc d’ltalie: ccllc, maladroite et simple, des grands seigneurs laics: celle, ele¬
gante et profcssionnelle des juges du Palais: celle, egalcmcnt elegante, mais d’origine
carolingienne et done etrangcrc - des ecclesiastiques dc haut rang, le plus souvent
Francs ou Germains. Giovanna Nicolaj explique Fapparilion de Pecriture Caroline
dans les actes d'Arczzo, au debut du XIе siccle. par unc volontc d’innovalion mani-
festec par des notaircs proches de Pcvcchc (ou Ton utilisait deja la Caroline).
Vlichcl Parisse, “Un scribe champcnois du XIIе siecle et revolution de son ecri-
ture", dans Archiv fur Diplomutik, 29, 1983. p. 229-241.
Walter Koch, Die Sell rift der Reichsktmzlei im 12. Jhdt (1125-1190). Untersuchim-
gen zur Diplomcitik tier Kcdserurkuntk\ Vienne: Oslcrreichische Akademie der Wissen-
schaften, 1979, 358 p., 94 ill. (Philosophisch-historische Klasse. Denkschriften 134).
Thomas Frenz, “Das Hindringcn humanistischer Schriftformcn in die Urkundcn und
Aktcn der papstliehen Kurie im 15. Jhdf\ dans Archiv fur Diplomcitik, 19. 1973, p.
287-418 et 20. 1974. p. 384-506.
Frangoise Gasparri, “Fcrilurcs livresques et ecriturcs diplomatiques", dans Les
manuscrits dates. Premier bilan et perspectives. Paris, 1985 (Rubricae. Histoire du
livre et des textes, 2), p. 53-57.
Rappel le, s’ il en cst besoin, la ncccssitc pour les paleographes de prendre en compte les
ecriturcs diplomaliques. sou\ent diffcicnlcs dcs ccrilures livresques. mais dalees precise-
ment. Voir aussi, dans le тете volume, p. 69-70, les rcgiets similaires de Viviana Jcmolo.
Armando Petrucci ct Carlo Romeo, “Scrivere *in judicio’: modi, soggetti c funzioni
di scrittura nei Placili del ‘Regnum Ilaliac' (secoli 1Х-Х1Г, dans Scrittura e Civiltd,
13, 1989. p. 6-48 ct 15 planches.
Dcs memes. “Scrittura e alfabclisino nclla Salerno del IX secolo". dans Scrittura
e Civiltd. 7, 1983. p. 51-1 12 et 18 planches.
70
L 'examen tie l 'acie
(iiovanna Nicolaj, “Alle origini della minuscola italiana e dci suoi caraltcri storici",
Jans Scrittura e Civilfd. 10, 1986. p. 49-82 et 15 planches.
Des aspects ires parliculiers de Pecriture ont retenu Pattention des diplomatistcs.
Dos recherches appro fondics ne pourraient fa ire Г economic de leur examen: les notes
limniennes, la poncluation, Pemploi de caracleres grecs pour un nom, ou pour amen.
(iiorgio Costamagna, M.F. Barni el L. Zagni, Notae tironiemae quae in lexicis et
in chart is reperiuntur now discrimine orclinatae, Rome: Centro Pergamene medie-
\ale, 1983, X-200 p. (Fonti e studi del Corpus membranarum italicarum, 2a ser..
Fonti medieval!. 10).
Maurice Jussclin, “Mentions tironiennes des diplomcs carolingiens utiles a la diplo¬
matique", dans Bulletin philologique et historique, 1951, fasc. 2. p. 1 1-29.
Michel Parisse, “Rcmarques sur la ponctuation des chartes lorraincs au XIIе sie-
cle‘\ dans Archiv fur Diplomatic 23, 1977, p. 257-268.
Posit if, mais prudent, sur les possibility d'utilisation dc la ponctuation pour critiquer les
actes, I'auteur est plus enthousiasle pour ce qui est de Г elude de la conception qu’un redac-
leur d'acte a de son oeuvre.
IL LES CARACTERES INTERNES
LES PARTIES DU DISCOURS DIPLOMATIQUE
Un acle est un discours, divise en plusieurs parlies. Ccs parties ne sonl pas unc crea¬
tion a posteriori des diplomatistcs modernes. Dcja les diplomatistcs medievaux. cer¬
tains d'entre cux du moins, avaient recours a ccs divisions. Chacunc de ces parties a
ime tonction bicn precise: hauteur est presente. Paction juridique est expliquee. les
moyens de validation sont annonces... Puisque les actes ont ete construits en fonction
d’un tel schema, il faut reconstituer celui-ci. en demontant la charte par parties, pour
niieux en comprendre la construction et done le sens. Egalement parcc que. menie si
I ordre des parties peut differcr, quelques regies suhsistent: les exceptions a ces re¬
gies devront lairc Pobjet, au point de vue de la critique d’authcnticile, d'une atten¬
tion toute particu 1 icre. Mais en outre, chacune dc ccs parties peut, par la forme ou par
L lond, donner d'utilcs indications sur hauteur dc Pacte. son entourage, la concep-
1,0,1 de son action et sa situation par rapport a ses contcmporains. L'ctudc des par¬
ties de Charles est done pleinemcnl legitime, et fait Pobjet dc nombreux iravaux depuis
bttelques decennies, sous Pimpulsion de Pecolc viennoise dc Heinrich Fichtenau.
Une synthese recente de ces travaux sc trouve dans Heinrich Fichtenau,
forschungen iiber Urkundenformeln: ein Bericht", dans Mitteilungen des Instituts
fir osterreichische Geschichtsforschung, 94. 1986, p. 285-339.
Les parties peuvent etre regroupccs sous onze rubriques, mais la plupart ne sonl
Pas tndispensables, et ne sont done pas systematiquement presentes. Dans !c cas d'une
eliarte, deux parlies seulemcnt sont presque toujours presentes: Pintitulation ct le dis-
positit (mais memo cctte regie souffre des exceptions): il faut dire qui fait quoi: on
71
L 'examen de / 'acte
peul dire aussi quand. pour qui, pour cjuoi, sw/v quelles conditions... Ces differentes
parties sont regroupecs en trois grands ensembles: le protocole (ou protocole initial),
le textc et fcschatocolc (ou protocole final).
On presentera rapidement chacune do ces differentes parties. L’ordrc choisi est
fordre classiquement adopte par les diplomatistes, e’est-a-dire fordre le plus fre-
quemment suivi par les documents, mcme s’il pouvait etre bouleverse. On citeraa
chaque fois fun ou f autre exemple, puise le plus souvent dans les documents n° 2
(Charles lc Chauve, 845) et 8 (Charles V, 1366).
1. Lc protocole
a. L 'invocation
En tele des documents, figure souvent une invocation, un signe ou quclques mots
qui placcnt la charte on faction juridique qu'ellc consignc sous le patronage de Dieu
ou plus rarement d’un saint. L'invocation peut etre symbolique (on dit aussi figuree):
une croix (document n° 15) eventuellemcnt ornee, ou un chrisme (“chrismon”), mono¬
gramme de Christ, constitue des deux premieres lettres de son nom en grec (X et P);
lc chrisme a ete particuliercment en usage a la chancellerie franque, puis germanique,
jusqifau Grand Interregne, mais aussi dans des actes prives (documents n° 2 a 5, et
un exemple un peu aberrant de chrisme mal compris au document n° 17, acte prive
Catalan de 989). L’invocation peut aussi etre verbale, composcc de quelques mots
(“Au nom de la sainte cl indivisible Trinitc”. document n° 2, 1. 1). Fort presente au
debut du Moyen Age, clle a tendance a disparailre a partir du XIIе sieclc, d’abord
dans les chancelleries laTques, ensuitc dans leurs homologucs ecclesiastiques.
Curieuscmcnt, pour une formule qui donne a la charte un caraclere rcligieux, clle
if a jamais ete utilisce a la chancellerie pontificalc. Ellc est d'ailleurs utilisee aussi
bicn dans des actcs relatifs a des matiercs ecclesiastiques que dans d'autres. La raison
de son succes renvoie peut-etre a la lecture publique qui eta it faite, jusqifau XIIе sie¬
clc du inoins, dcs actcs. Ellc permettait ainsi de placer facte et son action juridique
sous f invocation divine, et de renforcer fattention dcs auditeurs.
Dans notre dossier, on ne trouve d'invocation que dans trois types de documents:
les actes royaux jusqu'au XIIIе siecle (documents n° 2 a 6), les actcs de princes ter-
ritoriaux ct d’eveques au XIIе siccle (documents n° 10 et 15), et les actes de notaires
royaux aux XIVе et XVе siecles (documents n° 23 et 31). Ccla temoigne bicn sur de
la rarcte de cettc partie du discours au bas Moyen Age.
iwr* Leo Santifaller, Cher die Verbal-Invokalion in Urkundeiu Vienne, 1961
(Osterreichische Akademie der Wissenschaften, phiI.-hist. Klasse. Sitzungshcrichte,
237-2).
Sur lc chrisme, voir Alfred Gawlik, dans Lexikon des Mittelalters* t. II, col. 1905,
et d’unc manierc plus generale, le Dictionnaire d'archeo/ogie chretienne et de litur-
gie, t. 111-1, 1913, coU481-1534.
b. La suscripfion
La suscription, ou intitulation. suit ordinairement f invocation, ou, a defaut de cette
dernierc, se trouve en tele de la charte. Plus rarement, on peul la trouver apres f adresse
72
L 'examen de l 'cicte
<ui le prcambule. C'est line panic lout a fait essenticlle. cede an cours dc laquclle
Tauteur ilc la charte se presente: il n'y a done pas d'intitulation quand il n'y a pas
iFauteiir. e'est-a-dire dans les notices. L'inlitulalion est par consequent unc panic
extremement imporlanlc de Facte, parce qu'clle apprend qui cn est Fauteur. Mais son
mtcivt pour I’hislorien est beaucoup plus large. La titulature ulilisee par 1‘auleur dc
l actc esi le plus souvent revelalrice de la fagon dont il comprend cl presente sa tone-
lion. de Fetendue qu'il entend lui donner. Prenons quelques exemples dans nos dos¬
siers. Alois qu'en 1367 dans le document n' S Charles V s’inlilule par la grace de
I hen rov de France, en 845 Charles le Chauve se disait simplement gratia Dei rex
idouinent n 2): il est le premier Carolingien. comme ses freres. a ne plus regner que
Mir une parlie des Francs, et ne pent done pas s'inlituler rex Francorum. Son frere
Louis le (iermanique adopte d'ailleurs la memo titulature que lui. Si Lon prend dans
noire dossier le document n° 11, on constatera que le premier litre que Fauteur. le due
de Perry, met en avant. c'est qu'il est jib de rov de France. Cette attitude, normale
du reste. montre Г importance de la filiation royalc dans la France des apanages.
Une titulature rcmarquable est celle de “Baudouin. comte de Hainaul. 5C (Baudouin)
depuis ce Baudouin qui posseda la Flandre et Ic Hainaul et flit regent de France el
real ilia le monastere de Masnon dans lequel il est ensevcli" (document n° 10). Idle
renvoie a un predecesseur, Baudouin lL‘r de llainaut (= Baudouin VI. comic de
I laiulrc). 10.51-1070. Le redacteur de la charte. le ehroniqueur Gisleberl de Mons.
aimait a inscrer dans ses aeles des references hisloriques et politiques. Cos notes “si-
cncnl" Faction d'un redacteur, mais monlrent aussi Fattention a la continuilc dynas-
liquc. Descendons vers Ic sud: le comte d'Armagnac Jean IV (1418- v. 1450) utilise
la fonmile “par la grace de Dieu” comme signe d'independancc. Sous la pression du
roi. il doit у renoncer. A la memo epoque. Farchivistc du comic de Foix cssayc de
prouxei que son maitre a droit a la memo fornuile.
l a titulature des personnages est. dans les chancelleries souserailies, assez rigide.
Ailleurs, les regies sont moins conlraignantes. Ainsi. le comte de Flandre Robert II
( Ю93-1 III) est-il parfois appele comes, parfois tnarchio. ou memo princeps ou con-
vd. L'utilisation de ces litres n’est evidemment pas denuee d'arriere-pensees politi¬
ques. ehe/ un comte praliquement independant et aussi puissant que bien des dues.
Hans Fintitulalion figure souvent une formule de devotion comme Dei gratia.
aussi appelee formule de legitimation, parce qu'clle indique le Ibndement di\in de
la charge exercec par Fauteur de Facte. L.a seulc presence de celte formule est interes-
^anie: le roi se dit roi Dei gratia, parce qu'il tient son pouvoir de Dieu seul. Un prince
бет llieuriquemenl son pouvoir du roi, et pas direclemenl de Dieu. Des lors, s'il s’inti-
U|lc prince ou comte Dei gratia, c'est souvent pour manifester une volonte d'iiulo-
Pi'iulance a Fcgard du roi... D'autre part, certains actes reprennent des formules
d'humilite dans la suscriplion. Un evcque par exemple pourra se dire htnnilis epis-
{(tpus. dictus episcopus. hum His minister X. ecelesiae. nomine non merit is episco-
pus... l ormules ercuses. roulinieres ou hypocrites? Pas forcemeat! Liles peuvent reve-
dans certains cas une reel Ic distance par rapport a la fonclion exercee. VIeme si
°ur naissance est anterieure a la reformc gregorienne (pensons a и seirus servorum
papes depuis Grcgoirc le Grand), leur developpcment aux Xе et XIе sieclcs
julonne dans bien des cveches la reception de celte reformc.
7}
L 'examen de l 'ucte
»*"' On eonsultera surtout Infifulatio. ed. Ilerwig Wolfram, 3 vol.. Vienne-Graz-Colognc:
Bohlau, 1967-1988 (Mitfeilungen des Instituts fiir dsterreiehisehe Gesehiehts/orschung.
Ergdnzungshand, 21, 24 cl 29). Le l. I va jusqifau VIIIе siecle. lc i. II couvrc les
IXе et Xе siecles. Ic 1. Ill va du VIIе an XIIIе siecle. On notcra par cxcmple, dans lc
t. III. la conlribulion dc Bernd Schneidmiiller. *‘l lerrscher fiber Land oder Leute? Der
Kapetingisehe I Icrrschcrlilcl in der Zcil Philipps II. August und seiner Naehfolgcr
(I 180-1270)". qui rappelle comment, par rouline, la chancellerie royale franvaise a
garde dans ses aeles latins le litre de rex I'raneorum. alors que les lexles narratifset
les aeles en franca is parlaienl de rex Franciae el de "mi tie France".
Sur les fils dc rois dc France. Andrew W. Lewis, Le sang royal. La famille cape-
tienne et FEtat. France. Xe-XIVe siecle, Paris: Gallimard, 1986, 436 p. (Bihliotheque
des Histoires), spec. p. 232-234 (et index, s.v. ‘‘titulaturcs").
Fernand Vercautcren, "Note sur Gislebcrt de Vlons, rcdacteur de chartes”, dans
Mitteilungen des Instituts fiir dsterreiehisehe Gesehichtsforsehung. 62. 1954. p. 238-
253: rcimpr. dans, du meme, Eludes d'histoire medievale. Bruxelles: Credit Communal,
1978, 729 p. (Collection Uistoire Pro Civitate, serie in-8°, 53), p. 689-704.
Dominique Vondruss-Reissncr, ‘‘La formule ‘par la grace de Dieif dans les actes
de Jean IV d'Armagnac", dans Bihliotheque de FEcole des chartes, 151. 1993, p. 171-
183.
Fernand Vercautcren. Actes des comtes de Flandre, 1071-1/2Д, Bruxelles, 1938,
CXV-399 p., 13 pi. {Recueil des actes des princes beiges), ici a la p. LXV1II-LXIX.
Heinrich Fichtenau, "Zur Geschichtc dor Invokationen und ‘DevolionsformchF”,
dans, du meme. Beitrdge zur Medidvistik. Ausgewcihlte Aufscitze* 3 vol.. Stuttgart:
Hicrsemann, 1975-1986, ici l. II, p. 37-61.
Voir aussi la ties fine etude des formulcs de devotion des actes des comtes d'Anjou,
menec par Olivier Guillot, Le comte d'Anjou et son entourage an XIе siecle. t. I, Paris:
Picard, 1972, p. 354 sq.. qui у voil une reconnaissance du role de la providence plus
qifune insislance sur Forigine divine du pouvoir.
La valeurei la signification de Fintitulaiion changenl an bas Moyen Age, dans Facte
prive: eeux qui donncnl ces actes remplissenl, ce faisant, leurs obligations, dont sou-
vent tfailleurs ils viveni. Leurs actes ifonl done pas lc meme impact politique qu’un
acle royal on comtal. d'autani que leur personne cst bien moins imporlante. Certains
auteurs ne se nomment pas du lout: c*est le cas du garde du sccau de la chalellenie
de Lusignan en 1274. qifon ne connait que par son sceau cl par Fannonce qui en est
Lai le {cestes presentes lei f res seelees de nostre seau de la chastelerie de Lizignoih
document n 20, I. 20-21). Meme chose pour le brevet du Chatelet de Paris en 1399
(document n° 25). Les echcvins de Warcoing ne sc nommant pas, et ne scellant pas
leur acle. e'est seulemeni parce qu*ils signalent, dans lc textc de Finstrument, leur
intervention dans Faction juridique que Foil comprend que e'est d‘eux qu'emane le
chirographe (document if 21. de 1270. I. 15 el 19). Ces absences de suscriptions ne
doiveni cependant pas I a ire penser a des notices. Ici. Ics actes sont clablis par des
autorilcs iiulependanles. reconnues par lous el ayanl qualile pour instrumenter. On
se rappelle que les notices son! etablies par le beneficiaire de Faction juridique.
74
L 'ex a men cle l 'acte
Certains notaircs sc nomment a la fin dc Г acte. C'esl le cas dans le document n° 24
(I. |6: “cn presence de ... moi, Etienne du Puy, notaire public de noire seigneur 1c
loi"). Voir aussi le rcgislre d'ordonnecs (document n° 31). alors qif il n'y a pas d'inli-
mlalion dans le registre de breves (document n° 30). mais cela s'explique par la nature
du reuistre (1c nom du notaire figure une fois pour toules en tete du volume).
r L'adresse
L’adrcsse indique a qui la charte cst destinee. Л dire vrai, e'est une formule de
style, car la charte est par definition un document public, destine a ctre lu et rappele
cluiquc Ibis que necessaire. Aussi les adresses sonl-elles le plus souvent “generales",
e'est-a-dire atlressees a tons, ou a tons les chretiens, ou a tous ceux qui I iron! Г acte.
Uuelquefois, dies sonl “parliculieres". el s'adressent done a une personne (“indivi-
dnelles") ou a un groupe dc personnes (“collectives"), dont la principale peut ctre
nominee: par exemple а ГаЬЬё et a tous les Ircres d’un monaslere. C'esl la Ibrniulc
quo Гоп trou\c dans les grandes bulles pontificates, et dans d'autres actes a leur suite.
Idle trahit ici I'origine epistolaire antique des chartes. relayee par le succes. a partir
du XIIе sieclc. du lermc /i(ferae pour designer les chartes: il va de soi que les lettres
doivent ctre adressces a une personne precise, ou au moins a un groupe de personnes.
Les mniulcmcnts. eux. son! evidemmenl adresses a une personne precise (par exem¬
ple les documents ir 9 et I 1).
Heinrich Eichtcnau, “Adressen von Urkunden und Briefen". dans Romische
historische Mit/eilungen, 18, 1976, p. 15-29: rcimpr. dans, du mcme, Beitrcige zur
Medicivis/ik... t. 111. p. 149-166.
Dans noire dossier. Ladrcsse apparait singulierement tardive. A part dans la bulle
de 1142 (document n1 13. ou elle est parlicultere) et dans celle de 1267 (document ir
14. particuliere aussi). elle n'apparait qu'a partir tie 1290 (document n1 28). dans un
nniiulcmenl de Philippe le Bel. Mcme si Гоп compte que les Vlerov ingiens I'utiIise-
rent abondamment, et mcme s'iI n'est pas exceptionnel de trouver, ties le XIе sieclc.
des adresses. il est de lait que ce n'est giterc qu'a partir du XIIе sieclc qu'clle est
Irequemnient ulilisee. C'esl par le biais tie la correspondunce administrative que
I atlrcsse fail sa renlrce dans la diplomatique royale, ties le regne de Philippe ler (voir
Ceorges Fussier, Diplomttiicpie royale.,.. p. 229-231).
Dn exemple d'adresse se trouve dans le document ir 8, I. 1-2: .1 touz ceitlz qui
cev presentes lettres verront. L.es adresses particulieres el impersonnelles se deve-
teppeni dans les actes de routine administrative du bas Moyen Age. qui insistent par
necessity sur la continuitc des Fonclions. Si. dans le cas du document n: 9. le rece-
Vcur tleja etc nomine, on aurait eu sans doute “a noire receveur ctabli ...", el non
S()|1 itom personnel.
(L Le stdui
Le saint est presque inseparable de Ladressc. II ne se congoil pas sans elle (on ne
salue pas dans Ic vide; mais comme loujours, il cst des exceptions), et elle ne sc congoil
Pas sans lui (mais la, les exceptions sont plus nombreuses). 11 n'est gcneralemenl com¬
pose que dc quelques mots. II peut s'agir soit d’unc formule de perpetuite {in perpe-
75
L ‘examen de l 'acre
tuum), soit d’un salut propremcnt dit (salutem), eventuclleincnt assorti d'une bene¬
diction (salutem et apostolicani benediciionem). soit d’un souhait (salutem et gau-
dium).
2. Le texte
cl Le preamimic
Si Гоп prend cn excmple le diplome de Charles le Chauve (doL‘umem ir 2), on sera
pcul-ctre ctonne de voir quc, tout de suite apres rintitulalion. puisque il ifу a ni adrcsse
ni salut, le redactcur s’esl lance dans des considerations generates sur la lonction
rovalc. qui a premiere \ue nc paraissent pas necessaires dans le cadre de la mise par
ecrit d'une action juridique: "Les choses quc nous donnons largemenl a nos fidelcs
par la munificence de notre liberalite, et que ceux-ci ont soin d'offrir a f utilite des
serviteurs de Dicu; lorsque, a leur demande, nous acccptons de les confirmer a leur
devotion par le prcccpte de notre autorite, nous exergons la coutume des rois chre-
tiens^ (1. 1-2).
ft de fait, avec le prcambule ou arengcL on se trouve face a line pariie qui a nos
yeux if a aucune valeur juridique et qui if apporle aucun renseignement concrct, mais
a laquclle les diplomatistes out accorde beaucoup d’attention. Le prcambule, e’est
Г expose des motifs de la confection de la chartc ou dc la passation de facte juridi¬
que. Non pas fexpose des motifs precis et lies a facte lui-meme, mais fexpose de
motifs ties generaux: le souci du salut etcrnel, la necessite dc faide aux eglises, le
conlcnu de la fonction royale, episcopate ou autre, f utilite de f ecrilurc dans le cadre
de la lutte contre foubli (cxemples ci-dcssus, p. 15). Depourvu done de toute valeur
juridique, le prcambule ne figure pas dans toutes les chartes. Issu de f Antiquitc, il est
d'un usage ties large pendant les premiers siecles du Moycn Age, mais sous une forme
le plus sou\ ent assez breve. A partir des X°-XI° siecles, il est parlois fort long et
charge, mais disparait progressivement dcs les XIIe-XIIlc siecles, pour ne plus sub-
sister que dans des actcs a la solcnnitc particuliere, comme les privileges pontificaux.
Il connait, a la fin du XIIIе cl au XIVе sicclc, un regain de favour, notamment a la
chancellcrie royale, mais pour eertaincs categories d’actcs seulemcnt, comme certains
actes a effet perpetucl, les actcs d'amortissement gracieux, les lettres d'anoblissement
et de legitimation, les concessions d’armes (voir document n° 29).
Le but du preambule? Au depart, la captcitio benevolentiae des rhetcurs romains,
e’est-a-dire le souci dc susciter f intcrel du iecieur. Ln fail, il s'agil surtout d’affirmer
f interct et la legitimite de faction juridique posee dans le document en f inscrant dans
un contexle plus general. Son interct pour f historien reside a la fois dans sa pre¬
sence (f absence de prcambule a certaines epoques. comme au debut du XIIе siecle,
peut montrer une certaine modernite de facte: imersement, sa presence a la fin du
XIIе ou au debut du XIIIе siecle, re \ el era peut-etre une \olontc dc solcnnitc dans le
cadre d'un acte considcre comme important), dans son type (s’il est long el compli-
que au XIе siecle, il peut trahir une redaction par le bcneficiaire) el dans son contenu
(tous monlrcnt une certaine mentalile, mais ccux qui dccrivcnt les obligations liees a
la fonction de f auteur de la charle revetent naturellcmcnt un interct particulier).
L 'examen de l 'acte
j L'ouvrage de base cst celui de Heinrich Fichtenau. Arenga. Spdtantike and
Maielalter ini Spiegel von Lrkundenfornteln, Graz-Cologne. 1957, 244 p. (Л//7-
teihnigen ties Ins'iluls fur usterreichische Geschichtsfarschung, ErgiinzungshiuuL 18).
Presenle nil tableau general du prcambule et surtoul de revolution de sa ihcmntiquc, avec
une attention speciale au\ chancelleries souveraines et pontillcale.
II cxislc d’asscz nombreuses etudes consacrees aux preambules de tel ou tel type
d'iuiteur. Quclques excmplcs:
Michel Zitnmcrmann, “Protocolcs et preambules dans les documents Catalans du
Xе au XIIIе sicclc: evolution diplomatique et signification spirituelle’', dans Melanges
Je la Casa de VeUrzcptez. 10. 1974, p. 41-76 (pour les protocoles) et 11. 1975. p. 51-
T9 (pour les preambules).
Insisle sur la circulation des preambules, abondamment recopies en Catalogue, au point
memo qu’on en constiluc des formula ires (voir chapilre 5). Et bien eniendu sur I'impor¬
tance do la religion.
Joseph Avril. “Observance monastique et spiritualite dans les preambules des actes
(XC-XI1I1‘ sicelcs)". dans Revue d'histoire ecclcsiustiqne, 85. 1990. p. 5-29.
Passe en revue les differenles conceptions du monachisme et les altitudes religieuscs des
donaleurs, a tra\ers de nombreux preambules de ehaiies, et montre la grande culture bibli-
que el spirituelle des redacteurs.
Kiitlie Sonnleilner. “Die Darstellung des bischoflichen Selbsl\erlandnisses in den
Lrkunden des .Ylitielaltcrs, am Beispiel des Erzbislums Salzburg uiu1 der Bistiimer
Fassau mu! Gurk bis 1250“. dans Archiv Jiir Diplonwtik. 37. 1991, p. 155-305.
I.ong tableau, episcopal apres episcopal, du conienu des preambules des diaries cpisco-
pales. Monire quo les preambules out ties peu ele utilises comme moyen de propagande
dans la Querelle des Investilures: les eveques pa Hi.sans de fempereur elaient sans doutc
Hop pns par le sen ice de ce dernier pour regen ter leurs chancelleries, leurs adxersaircs
imp soucieux de sc cantonner dans la sphere spirituelle. C'est done la description de la
lonction episcopate qui recueille le plus d’ntleniion.
Fn exemple d* etude historique cxploitant les preambules: Lautenl Morelle. “Un
tticgorien' au miroir de ses Charles: Geolfroy. eveque d%Amiens (I 104-1115Г. dans
I propos des acres d eveeptes...* p. 177-218 .
Spec. p. 187-188 (sur la dignite el la lourdeur de la charge episcopate) el p. 195-196 (sill¬
ies missions de paix).
Les preambules circulent a travers FEurope. du fail des actes des souverains et des
papes, des formulaires. des actes et des documents connexes. Ils voyagent de maniere
parlois surprenantc. Ainsi. un prcambule se trouve-t-il. sous des formes partiellemeni
^eniiques. a la lois dans un acte d'Eric 111. roi du Danemark. pour Fabbave de
’ acshed cn I 140, et dans un acte de Philippe Auguste pour les habitants de
huscomnnm en I 196. Comment cxpliquer cela? Sans doute par la presence de ce
Pi&imbulc dans une collection de lcltres ecrile entre 1115 et I 145. el done sans doute
avani I 140, par Hilaire d‘Orleans (\. 1075 - \ . 1150).
\ nir Nanna Damsholl. '‘Kingship in ihe Arengas of Danish Royal Diplomas. 1140-1223".
dans Mediaeval Scandinavia. 3. 1970. p. 66-108. Nikolaus M. Haring. “Ililarv of Orleans
wul his Letter Colled ion", dans S/ttdi Medievali. ser.. 14. 197.3. p. 1069-1 122 (Lettre
p. 1092). La solution esi donnee par Charles Vullie/. “L'apprcnlissage de la redaction
des documents diplomaliqucs a traxers Го/ s diefaminis IVancais (el specialemenl ligcrien)
du X11° sicclc", dans (\im ellaria c adtnra m7 Media F.va.... p 77-95. a la p. 9|.
L ’ex a men de /' act e
Dans notre dossier, pcu d’aetes component un prcambule. C’est assez compre¬
hensible, puisque la plupart des actcs dalent des XIIIe-XVe sieclcs, quand le pream-
bule cst devenu rare. On en trouve dans les diplomes de Charles le Chauvc (document
n° 2 ct 1c faux document n° 3) ct d’Otton IC1 (documents n° 4 el 5). Dans les actes
de souverains, on n’en retrouve plus que dans le document n° 29. Le theme a change:
aux considerations pieuscs exprimecs par Charles lc Chauve ct Otton, Lacte de Charles
VI repond par un preambule rclatif au contenu meme de Lacte: la concession d’armes
LvDe multiples exemples nous instruisent ct nous in Torment qu’ils sont eleves aux plus
beaux insignes des dignites, qu’ils sont accompagncs par la retribution plus genercuse
des recompenses, ceux qui sont plus dignes. ccux que Lcxccllcnce plus immense de
leurs merites recommande et surtout ccux qui accomplissent des fails d'armes valeu-
reux, par lcsquels les rebelles sont places sous le joug de la justice. Ceux-la, s’expo-
sant eux-mcmes au martyre lerrestre. par un soin vigilant, des travaux assidus et des
vcilles, ont amasse le tresor inestimable de la noblesse”; version du document n° 29a).
Ce preambule figure d'ailleurs dans le fornnilairc de chancellerie, et a sans doute
figure dans de nombreux actes de contcnu similaire. avec pcut-ctre des variations
mineures dans la composition: les redactcurs leltrcs adorent se livrer a un tel exercice.
Le preambule de notre acte episcopal (document n° 15) concerne la charge episco-
pale. II n’est guere original: “L'ordre ainsi que Lofficc des bons prelats exigent qu’ils
pourvoient a Laccroissement de ceux qui leur sont soumis ct que, par une paternelle
providence, ils apporlent a leurs besoins le conscil ainsi que Laide dc leur sollicitude”.
Lc premier de nos deux actcs ponlificaux possede egalement un preambule (docu¬
ment n° 12). Son contenu est evidemment religieux. assez passe-partout (il appartient
au pape d’aider les religieux). Dans notre deuxieme acte pontifical (document n° 14),
le prcambule est transfonne en un expose historique farci de considerations morales.
Cela cst du a Limportancc du sujet trailc: Lorganisation d'une croisade. Enfin, deux
actes prives possedent un preambule: celui de 989 (document n° 17) el celui dc 1159
(document n° 18), qui a cn fail le contenu d’une corroboration. Dans Lacte Catalan de
989. le preambule, reproduit par routine, est incomprehensible en Lclat (1. 1-3); il
faut relablir une construction du type: Cum. Domino... ascendente. sancti apostoli...
constifuerent... et comprcndrc: "Lorsquc [lc Christ] seigneur et sauveur de tous
[les homines] cut rejoint lc tronc du Pere, les saints apotres et tous les autres peres
[de LEglisc] etablirent cettc loi que tous les homines, pour eux-memes et leurs descen¬
dants, devaienl prevoir d’authentifier [leurs actions juridiques] par un title ccrit; il est
clabli aujourd’hui et a toujours par des preuves ct des depositions manifestes que la
donation el vente ci-dessous cst parce dc Lautorite de cette loi [aposloliquc], que les
rois, les princes et les juges ont [ensuite] ralifiee, ct qu'ellc [la donation et vente] doit
elre en consequence fermement observee".
On peut ainsi constaler la grande diversite des themes traites dans les prcambules.
Voir aussi, de Charles lc Chauve a Philippe Auguste, la laicisation de la diplomati¬
que royale, qui a abandonne Lusage du preambule.
Mais il faut toujours se meficr, car les fonnules ercuscs et traditionnclles abondent.
Les lieux communs sont egalement frequents. Le preambule cite en debut de cet
ouvrage. tire du livre de serfs de Marmoulier (p. 15), nc fait ainsi qiLemprunter a un
topos litteraire comparant Lecriture a la restauration de peintures; par excmple, chez
Lhagiographe Etienne de Saint-Urbain: parem me pictori esse considero, cpii veteres
ac nebula caliginis obfuscata.s imagines reparare aggressus... (cite par Francois
78
L 'examen tie l 'cicte
Dolbcau, “Les hagiographes an travail: collectc et traitement des documents ccrits
11X°-XIIе siecle]", dans Manuscrits hagiographiques et travail ties hagiographes, cd.
Martin I lein/elmann, Sigmaringen: Thorbecke, 1992 [Beihefte tier Francia, 24]. p.
49-76, spec. p. 65).
Pour snivre les preambules a la trace, ricn de tel que les lisles d'incipit, reprenant
les premiers mots de chaque preambule d'un corpus donne. Pour les actcs pontibeaux
jusque 1198. voir Pindex de Philippe Jaffc, Regesla pontificum Romanorum..., t. II,
p. 775-822. I)e 1 198 a 1304, voir Initienverzeichnis... (Complements dans Rudolf
lliestand, Initienverzeichnis unci chronologisches Verzeichnis zu den Archivberichten
and Vorarbeiten tier Regesta pontificum Romanorum, Munich: MGH, 1983 [X1GH
HilfsmitteL 7), XIX-468 p. Pour les actcs des sou\erains francs, puis allemands, voir
1 iiedrich Hausmann et Alfred Gawlik, Initienverzeichnis and chronologisches
Verzeichnis zu den Konigs- und Kaiserurkunden von den Xferowingern bis Heinrich
I /, Munich: MGH, 1987 (MGI1 HilfsmitteL 9), X1I-838 p. Pour les actes des sou-
\erains IVangais, lien de tel jusqu'a present. Mais Pcdition des actes du roi de France
Louis VI, en \oie d'achevemcnt par les bons soins de Jean Dulour, sera dotee d'une
lisle des incipit des preambules.
/> La notification
l a notification (cxemplc: noverint universi presentes pariter et futuri, document
n 6) est. commc Padresse el Ie salul, une formule sans grande importance, absente
tie nombre de Charles (et nolammenl de tous les actes pontificaux), et qui n'a gucre
d'micret pour Phistoricn que parce qu'elle monlre Pactiv ite d'une chancellerie (par-
tois atiachec a une formulation bien precise), ou des relations entre chancelleries
(les formules circulenl et s'echangenl). Dans certains actes, il pent etre difficile de
distinguer Padresse de la notification. Par cxemplc, document ir 15, taut-iI lire: cunc-
//s Rdelihus tarn presentihus tfuam futuris (adresse). So turn facia quod (notification)
on cunctis fitlelibus tarn presentihus quam futuris notion facio quod (notification)?
I- hesitation est permise, mais la distinction a son importance. Un actc sans adresse
P()SC I’autcur en majeste. S'il a une adresse, le document est tire vers la catcgorie epis-
tolaire. Dans cc volume, nous a\ons opte pour la premiere solution. A partir du XIIIе
s,eclc, la notification sc met souvent en tele des actcs (documents n° 20 et 21; dans
^ document n° 24 el le est apres Pinvocation). Cc n'est loutefois jamais le cas dans
^cs «ictcs rovaux.
( l- 'expose
И serait temps mainlenant, pour le redacteur de la charle, de dire quelle est Paction
Ljiklique qui donne lieu a Paclc. Mais parfois cctte explication doit etre precedee
c нас sorte de presentation. L'expose est un recit (la terminologie medievale parle du
rWc de narratio). soil de type hislorique. relalanl par cxemplc les origines et les debuts
( l|ne abbave. on exposanl les origines el les motixations d'une donation, soil de type
.Midieiairc, raeontanl les raisons d'etre ilu proces ou les diHercules etapes deja ellec-
lllLCs. I requemmeni d'ailleurs. il commence par un cum hislorique. Dans le cas d'une
L’Mile de confirmation, il rclalc Paciiou juridique soumise a conlhmalion. On aura
C0|npris t|не la presence de l’expose n est i:\idommcnl pas requise: nombre de char-
L 'examen de l 'acte
tes s'accomodent fort bien de son absence. II ifa d’ailleurs pas de valcur juridique.
Mais sur le plan historique, il donne de precieux renseignements. A condition de savoir
s’en servir. C’cst-a-dire de ne pas oublier que le textc de fexpose est souvent etabli
sur la base du texte de la demandc inlroduite par f impetrant (voir chapitre 5), qui peut
ne pas etre lout a fait objective (certains auteurs, mefiants, ajoulcnt des incises comme
si itci est, ou si verum esset, qui sous-entendent que Г acte est de nulle valeur si f expose
a menti), ou etre modi flee par la chancel lerie.
Le textc qui suit est 1'expose du document n° 2. 1. 2-4: “Lcuto, notre fidele, venant
aupres de f excellence de notre hauteur, demanda que les biens que nous lui avions
donnes en propre, par lc prccepte dc notre autorite ct grace a la benignite de notre
generosite, ct que lui, touche par Г amour d'une inspiration divine, avait donnes con-
formement a la loi a saint Denis, notre tres precieux patron, ct aux moincs vivant dans
son saint monastere, nous les confmnions par noire autoritc commc donnes par lui,
dc sorte que la recompense que nous aurons pres dc Dicu augmentera par Г interces¬
sion dc notre susdil ties precieux protectcur, et les priercs des scrvitcurs de Dieu, et
que nous ayons soin de satisfairc plus plcinement a la devotion de notre fidele”.
cl. Le dispositif
Le coeur mcmc de facte, sa principale raison d'etre, c'esl le dispositif. C'est la que
sc trouve prcciscc la decision prise par Lauteur, e'est la qu’est notcc Taction juridi¬
que qui a donne lieu a la charte. C'est done une partie qui parail indispensable, sans
laquelle on ne conQoit pas de charte. Dans certains cas cepcndant, le dispositif est
implicite: il s'agit dc certaines chartcs dc confirmation, dans lesquelles faction juri¬
dique confirmee est relatee au coins de f expose, ct la confirmation dc Г auteur com¬
prise dans la corroboration (document nc 10). Sauf ces cas. f element essentiel du dis¬
positif est un verbe, exprimant la volontc dc fauteur: concedimus, conjirmamus,
vendidimus... Souvent, plusicurs verbes sont utilises, ren formant aussi fexpression
dc fautorite (statuimus et precipinius par cxemple).
Voici le dispositif du document n° 2. 1. 4-6: “Acquiescent Ires gencreusement a
cctte demandc, par fautorite de notre prccepte que voici, les biens, e'est-a-dire la villa
que fon appelle Morancy. situce dans le comic dc Chambly, sur f Oise, avee ses
dependanccs et biens attenants. a savoir deux petites villae situees la et appellees du
mcme nom, a\cc fcglisc qui у est sise, ct dans un autre lieu la villa que fon appelle
Ciouy, ct un troisieme lieu, dans le comtc de Beauvais, dans la villa que fon appelle
Trossy, deux manses; (tons ccs biens) par fedit dc notre confirmation que voici, nous
les concedons a la susdite maison de Dieu. selon la tencur et aux conditions qui sont
contcnucs dans la charte de donation de notre deja dit fidele Lcuto, ct nous les con-
firmons a jamais pour les temps futurs."
La declaration de faction juridique principale pent etre assorlie dc clauses secon-
daires, donl plusieurs sont assez frequentes pour etre mentionnees ici.
La clause injonctive ordonne a un ou plusieurs agents de veiller a f execution des
mcsurcs prises (document n° 7, 1. 17-19: Si dotmons en mandement d nozdictes genz
de nozdiz compies et fresoriers et a tons noz justiciars at cm (res officiers ou a lew's
lieuxtenants presens et uvenir et a chacun d'eulx, si comme a lui appartendra, cjue
nostre presente ordonnance et voulenfe facent, se mestier est, enregistrer ou il appav'
SO
L 'examen de l 'acte
icmlru et vccllc tcnir cl garder sanz enfraindre ne fairc nit souffrir est re fait aucu-
ncincnt an cn/itrairc ores ne on temps avenir).
La clause derogative prevail quo la mesure prise est duplication nonohstant oppo¬
sition. appcl ou document contrairc (document n° 7. I. 19-20: non obstant qitekon-
ques dons on (ranspors qui fail en feussent, conunc dit esl, ne ordonnances. mande-
nwns cl defences a ce contra ires).
La clause de rtserve. ou rcservative. present le respect des autres autorites el pou-
voirs (par exemple, dans les diaries royales Iran^aiscs a partir du XIIIе siecle. salvo
tin e nostro in ceteris et in omnibus alieno; sauf noire droit en autres cboses et l autrui
cn ionics).
Les clauses de promesse ou d'obligation voient rengagement du disposant el de
mi famille a exeeuter la disposition prevue (document n° 22, 1. 8-10: et promettant a
tcnir ferine et greable tout t he qui aura este consents grae et ratejie par les dessus
<//\ monseigneur Derieu et monseigneur Aitbert ou par Гип d'yaus. seur I'obliga-
cion de tons mes biens).
La clause de renonciation. ou renonciative, interdit de recourir a des ficelles juri-
iliques pour contester apres coup la disposition approuvee (document n° 20. I. 16-
IS: renontians li desus dit. en icest fet, Bone. Guillaume et Osane et chacun par sei.
v//.v lii relegion dou sacremenl done, а Г except ion de peccune non balliee, non nom¬
inee, a I'esception de menor aage. a I ‘exception de la moitie de avenant pris. a I'escep-
tion dotle et de dovare et a I'esception de droyt esen't et non escrit. a tonics leis. a
tout droyt. a tout privileige. a tout statu, a tonic costume fet et non fet. a ionics les
exceptions...: le texte de cel acte trahil Linllucnce du droit romuin tel qu'on le trouve
dans les actes du has VJoyen Age: plusieurs des renonciations citees sont direclement
iraduilcs du latin. remmeiatio exceptioni non tradite pecunie. non numerate pecunie.
minoris acta (is. dotis et dotalicii, omnibus exceptionibus...).
Le document nc 30 constituc un bon exemplc d’instrument notarie riche en clau¬
ses. C'est un acte contractuel. oil celui qui constituc la dot promel de la verser, sous
I obligation de sa personae el de ses biens (I. 29-30: constitution d'une hypotheque
^‘gale). et oil Lepoux recommit qif il en a deja regu une partie (L 36-37) et en donne
done quittance a son beau-pcrc (I. 40): les dommages eventuels seront repares (I. 41).
renonce anx exceptions (L 41): on s'engage a respecter le conlrat (1. 41). sous
serment (I. 42). On se soumet par avance aux juridictions ord inn ires (I. 42). On
demande an nolaire d'etablir un acte: cclui-ci n'est done pas gratuit ou imagine (1. 42-
d3): le notaire rcaffirme la nature synallagmatique du conlrat: Lepoux demande un
;№qui prom era la constitution de dot: le beau-pere. qui La constitute, demande un
;,cle 9l|i prouvera la recognitio (reconnaissance par Lepoux du versement d'une par-
lle de la dot) (I. 43-44). *
Dans la clause de consentement. on decline Lidentite de tous ceux qui ont approuve
^ action parce qu'ils avaient, a des litres divers, des droits sur le bien eoncernc. et pou-
Na,ent done exercer un "retrait" ou contester ensuite la validile de Laction: seigneur
le'oclal. seigneur ccnsuel. parents {laudatio parentum). Cette derniere categoric est ires
s°Hicitee aux XIe-XlIe siccles en liuropc du nord, les actes lournissant alors un puis-
sant nioyen de reconstitution genealogique. qui disparait ensuite. 1.'apogee du
sysieme" se \oil dans des actes du XIIе siecle oil la renonciation de elmque parent
[asL’cndani. descendant mais aussi collateral) esl scrupuleusement nolee. datee et loca-
,Scc' Cc qui donne parfois une \eritablc photographie de famille.
SI
L 'ex a men cie l 'cicte
Mais une des clauses finales se dctache des atilres par son importance ct par le grand
nombrc de chartes dans lesquclles ellc a ete employee, c'est la clause comminatoire.
Ellc \isc a menacer des peines les plus severes, surtout spiriluclles commc 1’excom-
municalion, ceux qui contreviendraienl aux dispositions prevues dans la charte. La
forme de ccs clauses comminatoircs est tres variable: certaines, composees dc quel-
ques mots sculemcnt. sont simples, ct presentes sculement pour la forme peut-etre.
D'aulrcs sont tres longues, ct detail lent a plaisir les chatimcnts qui s'abattront apres
leur mort sur les infortunes contradictcurs; ce sont parfois de \raics pieces liturgiques.
Ccs clauses etaient naturellemcnt plus employees dans les chartes ecclesiastiques,
puisque les autorites civiles n'avaient pas qualile pour les utiliscr. Mais on cn trouve
aussi dans les chartes laiques. у compris dans les diplomes royaux a fepoque dc Paffai-
blisscment de Г autorite royale sous les premiers Capetiens. La clause comminatoire
suivante est extraitc du document n° 14, 1. 13-15; clle est associcc a une clause pro¬
hibitive qui interdit de modifier faction juridique consignee dans facte: “Qu’aucun
homrne ne puisse enl'reindre la page de notre concession, ou aller a son encontrc par
une audace temeraire. Si cependant quelqu’un osait le tenter, qu’il sache qu'il encourra
f indignation du Dieu tout-puissant ct des bienheureux Pierre el Paul."
Les chartes laiques rccoururenl surtout a un autre type de clause comminatoire,
celui des clauses penales. C'est alors en general d'une amende, parfois d'une autre
peine, que les conlrcvcnants sont menaces. L'cxemplc suivant est extrait du document
n° 16, I. 18-20 : “Si quelqif un cependant voulait violer ou denoncer cet accord, qu’il
ne puisse revendiquer ce qu'il cherchc, et. conlraint par la puissance judiciaire, qu’il
pave trois livres d'or."
Dans un cas comme dans f autre, ces clauses, originaircs dc f Anliquite, disparu-
rent vers les Xlle-XIIIе siecles. L'abus mcme de la menace de Pexcommunication ne
contribuail pas vraiment a la rendre credible, et a un pouvoir foil il etait d’autres armes
possibles qu'une menace d'amende.
Les dispositifs sont, bien sur, d'une grande varictc. Aussi csl-il difficile de les etu-
dier cn tant que tels. Mais quelqucs etudes ont etc consacrccs a telle formule, telle
clause.
Dietrich Lohrmann. “Formcn der Enumeratio honorum in Bischofs-, Papst- und
Merrschcrurkunden (9.-12. Jhdl.)". dans Archiv fur Diplomatik. 26, 1980, p. 281-311-
Giles Constable, “Les Iistes dc proprictes dans les privileges pour Baume-Ies-
Mcssieurs aux XIе et XIIе siecles", dans Journal des saxants, 1986, p. 97-131.
Ces deux articles ctudient, fun d'une maniere gcncrale (cn distinguant plusieurs types
d'enumerations de biens: d’apres le type dc biens, d'apres la situation gcographique et
d'apres la provenance), fautre sui la base d'un cas concret. les enumerations dc biens,
de proprietes qui figurent dans les actcs de confirmation generalc. Les Iistes sont moins
un guide de la propricte et un invcnlairc exhaiislifde la possession reellc qu'une reven-
dicalion de certaines proprietes
Michel Zimmermann, “Glose, tautologie ou inventairc? L'enumcration descriptive
dans la documentation catalane du Xе au XIIе siecle", daav Colliers de iinguistique
hispanique medieval^ if 14-15, 1989-1990, p. 309-338.
Etude fondamentale des formules dc pertinence, enumerations lypologiques d'clcments
constitiilifs d'une propricte. A lire aussi pour sa melhodologic Insisle sur la mauvaisc coil'
naissance du latm che/ les redacleuis Catalans, cl ми Гinadequalion de cettc languc pour
L 'examen de I 'acte
exprimer les realites soeio-cconomiques nouvelles. D’oii ties enumerations destinees a
uaranlir quVm des termes utilises au moins recouvre la rcalitc designee. Une meilleure
connaissanee du droit permel, au XIIе siecle, d'apurer et alleger la langue.
B, Schwinckoper, “Cum aquis aquarumve decursibus: zu den Pcrtinenzformeln der
Henscherurkunden bis zur Zeit Ottos I.", dans Festschrift Helmut Beumamu
Sigmaringcn: Thorbecke, 1977, p. 22-56.
H. Meynial, “Des rcnonciations au Vloyen Age et dans notre ancien droit", dans
\ouvelle revue de droit franca is et etranget\ 1900, p. 108-142; 1901, p. 243-277 et
657-697; 1902, p. 49-78 et 649-670; 1904, p. 698-746.
Marie-Louise Carlin, La penetration du droit romain dans les actes de la pratique
(tmven^ale (XIе-XIIIе siecleParis: Librairie generate de jurisprudence, 1967. 11-318
p. {Bihliotheque d'histoire du droit et droit romain, 1 1).
Vlodelc d'etude sur Papparilion et le devcloppcment des clauses de renonciation dans les
acles de la pratique, commc marqueurs de la penetration du droit romain. Riche biblio¬
graphic sur les clauses de renonciation et les autres etudes regionales du metric genre.
Stephen D. White, Custom, Kinship and Gifts to saints: the "laudatio parentum "
in Western France, 1050-1150, Chapter Hill - Londres: L'niv. of North Carol. Press,
1988, XX-313 p. (Studies in Legal History)
Voii compte-rendu de Gerard Giordancngo dans Revue lustorique, n° 574, a\ril-juin 1990,
p 349-351
Joachim Studtmann, “Die Ponformel der mittelalterliehen Urkunden". dans Archiv
hir L'rkundenforschung, 12. 1932, p. 251-374.
Reliace revolution des clauses comminaloires dans les differents types d'aclcs, depuis
l'Anliquite jusqu’au XVIIIе siecle. mais surtout jusqu’au Xе siecle, cl montre comment
piogressivement les menaces s'etaient videes de toute icalile.
Michel Zimmermann, “Prolocoles et preambules...", au t. 10. 1974, p. 51-54.
Monlic comment le dev elopement des sanctions spiriluclles est parallcle a celui de l'anai-
chie, a parlir du Xе siecle, ct comment, au XIIе siecle, le rcnforcemenl du pouvoir com-
tal enlraine une rarefaction de ces peincs spirituelles. auxquelles se subsliiuenl des pei-
nes lemporelles.
La limite cnlrc Pexposc el le dispositif n'est pas toujours claire. II faul lenir compte
aotamment du role de hauteur de facte. Dans le cas du document n° 5, Otton Iе1 relate
<-1 abord la donation de Gislebert (expose; 1. 4-7, enchasse dans le recit de la demande
Mitroduite aupres de Гстрсгеш ), puis annonce qu'il la conflrme (dispositif, 1. 8-10).
Hans le document nc 20, le garde du sceau de la chatcllenie de Lusignan n’a pas le
pouvoir de confirmer: il ne peut que notiller faction juridique, a laquelle il ne prend
Pas Pai t: tout ее qui, dans le texte, conccrnc la velite effectucc par Bonne, apparlienl
iUl dispositif. et non a Pexposc. Dans le cas du document n° 15, les choses sonl moins
olaires. Car l'eveque a le pouvoir de confirmer des donations. Vlais il ne le fait pas
lc,: il se contente de notiller la donation, sans jamais dire cxplicilcincnt (e'est e\ i-
demmenl implicate) qu'il Papprouve. On peut considcrcr qu'ici, comine dans le docu-
nient ir 20, il n'y a pas d'expose.
L 'exctmen de l 'acte
e. La corroboration
Unc charte n'a dc valcur que si ellc esl revetue de moyens de validation. Ceux-ci
seront presenlcs dans la section C de ce chapitre (p. 86-92). Ce qif on peul relever des
a present, e'est que ccs moyens sont presentes par une annoncc des signes de valida¬
tion. Celle-ci est divisee en deux sous-partics, la corroboration et Pannonce propre-
ment dite.
La corroboration, absente dans beaucoup d'annonces, est contenuc le plus sou-
vent dans une proposition subordonnee et explique que e'est dans un souci de ren-
lorccr, dc corroborcr l’acle que les signes dc validation sont prevus. L'annonce des
signes de validation a un nom trompeur: elle n'indiquc pas forccment tous les moyens
de validation dont la charte a etc dolee. Ainsi, dans beaucoup de chartes scellees, le
sccau n'est pas annonce. La nature chirographique dc beaucoup d’actes est egalement
passec sous silence. Le contraire n’est pas vrai: un signe de validation annonce doit,
sauf irregularilc, figurer sur la charte.
L'annonce des signes de validation permet done de voir, memc lorsqiPon n’a plus
conserve que des copies, si les actes etaient scellcs ou chirographes. Mais elle permet
aussi de voir a quels signes de validation on accordait beaucoup d'importancc.
Voici la corroboration el Pannonce des signes dc validation du document n° 2,1.
6-7: “Et pour que Pautorilc de notre confirmation que voici obtienne unc vigueur plus
ferme, au nom dc Dicu, dans les temps a venir (= corroboration), nous avons decide
de la confirmer par notre main et nous avons ordonne de la signer par Pimpression
de notre sceau (=annoncc du monogramme et du sceau).''
3. L’eschatocole
a. La date
La datation des actes, au haut Moycn Age. ctait d'usage dans les grandcs chancel¬
leries commc dans les actes prives: les actes sont alors encore influences par Pusage
antique, pour lequc! (’indication de la date est obligaloire. Aux X°-XIe sieclcs, Pacte
privc, surtout quand il ctait redige par une abbaye, echappa a cette regie, ou n’utili-
sait qu'iine datation fort approximative (annee de regne, nom de l'abbc...). Un des
problcmes rencontres par les uli 1 isateurs du cartulaire de Cluny reside precisement
dans Pabsence dc datation de nombreux actes, qui a amene les historiens a multi¬
plier les essais de datation. Ce n'est que sous Pinfluence du droit romain, au XIIе et
plus encore au XIIIе siecle. que la date fut a nouveau consideree comme un element
indispensable, et que son cmploi fut generalise. Du moins en ce qui concerne la date
dc temps. La date dc lieu - c'esl ainsi qu’on designe Pindication du lieu ou a ete passe
un instrument - a toujours ete moins repandue, sauf dans certaines chancelleries,
comme la chancellerie ponlificale et la chancellerie rovale franvaise. La dale se place
generaiemenl a la I’m dc Pacte. Cependant, dans certains actes, dresses en forme de
proces-verbal (le plus souvent des actes dc notaires: par excmple document n° 24).
elle figure en tele. II laul noter aussi que. dans le eas frequent ou Paction juridique
et la promulgation de Pacte ccril ne concoitlaienl pas, la ilnle pomail remover soil i
Pune, soil a Pautre, sans !e plus souvent preciscr quel choix avail ete fait. On a vu
plus haut les differents modes dc datation et la fagon de transpose!' une date medie-
L 'examen de / 'ctcte
\alc clans notre calendrier. Mais on peul relever ici Firregularite de la presence de la
date. Futilite aussi pour Fhistorien des dates a contenu politique.
La date du document n° 2. 1. 10, est: “Donne le 21 lcvricr, regnant dans sa 5e annee
lc gloricux roi Charles, indiction 7. Fail au palais royal de Compiegne".
Sui le plan politique. Г importance de la dale \ ient d'une pari de la mention qui
est parfois faite du regne de tel ou lei personnage. Qu'un diplome royal menlionne
quelle esi Fannee de regne du roi. est normal. Mais si e'est un acte eomtal ou epis¬
copal cpii donne Fan de regne du roi, Cost qifil у a. de la part de cot eveque. line
volonle de marquer Г in П ucnce du roi. Dans le eontexle du dcvcloppcment du pou-
voir royal, du XIе au XIIIе siecle, cctte donnee doit susciter Fallention. En revan¬
che, I'expression Christo regnetnte signifie que lc redactcur de Facte refuse de recon-
nailrc Fautoritc royalc. Ainsi, dans le document n° 17, la datation regnetnte Hugo
nmgno rege vel duce Franchorutn trahit-elle pour lc moins quelques reticences quant
au litre royal de Hugues Capet.
Georg Scheibelrciter, “Die deutschc Thronstrcit 1198-1208 im Spiegel dcr
Datierungen von Privaturkunden". dans Mitteilungen des Institufs fiir osterreichische
(ieschichtsjorchung, 84, 1976, p. 337-377 et 85, 1977, p. 36-76.
Analysant les formules de datation des actes allemands pendant la guerre succcssorale
de 1198 a 1208, il peul voir qui soutenait quel camp, el quelle fut revolution des fidclites
Michel Zimmermann, “La datation des documents Catalans du IXе au XIIе siecle:
un itincraire politique", dans Annales du Midi. 93, 1981, p. 345-375.
Monlre que la dalalion des ados Catalans exprime la lidelite caroligienne de la region. Les
C atalans se monlrcnt particulieremenl sensibles a Fidee d'Empire. el lelifs a integrer les
Roberliens dans la succession royalc, quitte a substiluer parfois a la datation par regne la
datation par annee de FIncarnalion. Voir p. 383 sur la formule de notre document n° 17.
h L appree at ion
La date est parfois suivie de Fapprecation, petite formule d'origine romaine (feli-
ater)< christianisec cn feliciter in Domino, ou en amen, par exemple. Elle disparait au
XIIL siecle. On la trouve dans le document n° 2,1. 10, sous la forme “Au nom de Dieu.
heureusement. Amen".
( Mentions hors teneur
Lnlin. a partir du XIIIе siecle, les actes peuvent porter, au bas du parchemin. des
mentions hors teneur. Ce sont de courles mentions relatives, non a Faction juridique
consignee, mais a Felaboration de Facie. Le nom du scribe, de cclui ou ccux qui onl
donne Fordre ile fa ire la charte, peuvenl ainsi etre consigncs (voir chapitre 5).
Ainsi. dans lc document n II, on trouve la signature d'un membre de la ehancel-
^’Ие U\tgeraut). ainsi qu'une menlion inleressante pour Felaboralion de Facie
( Uttvcfoiz ainsi signe: "Par monseigneur le due. l eauee ” et reseripte \elon la ear-
u>itl()u du (‘(Hiseil). Enlln, unc dcrnic‘rc mention esl reside hi/arremenl inachevee:
\<>uhz notre sivl ordene en ah/settee du gram! seel/.
L 'examen de l ’cicte
C. LES MOYENS DE VALIDATION
Pour renforcer Tacte ecrit, chaquc societc, en un lieu et unc epoque donnes, metau
point un ensemble de "formalites", ou la part de I’oral, de Г ecrit, du symbole cst
enchevelree, ct done riche de maleriaux pour Tanthropologie historique. Le redacteur
peut ainsi:
- rapporter des gestes, dcs paroles, qui out sanctionne Taction juridique;
- annoncer les elements de validation propres de Tacte ecrit (corroboration).
A Rome, les ceremonies formalistes toumaient autour de la stipulation echange ritue!
de paroles (Spondesne ? Spondee)* mentionne dans les actes prives jusqu'au Xе sie-
clc (par la formule cum stipulatione subnixa). S'y ajoute, au Vloyen Age, le transfen
d'un objet symbolique, representant le bien transfere (gant, couteau, felu de paille.
motto de tone...) ou representant la donation clle-memc (la charle de donation, la
plume du notaire...). Celui qui se depossede marque ainsi symboliquement, rituellc-
ment et claircment qu'il abandonne (werpit, il jette) tout droit sur le bicn concede, ct
que ce droit, il le donne (investit) a Taulre parlie. L'Lglisc plaquera des symboles reli-
gieux sur ce systeme au depart a-religicux: elle proposera d’utiliscr un livre liturgi-
que ou la Bible comme objet symbolique, de placer les symboles traditionnels sur
un autel, ou de confirmer la werpitio par un sermenl.
D’une forte charge emotive, ces ceremonies, ccs "formaliles" au sens juridique.
peuvent etre precisement decritcs, surtout dans certains documents des XIe-Xlle sie-
clcs. ou la narration, loin d'etre anecdolique ou verbeusc, esl un clement fondamen-
tal de la corroboration de Tacte ecrit. Voici par exemple comment une notice de 1130
rapportc Tinvestiture d’unc dime, abandonnee an monastere de Fontemoy par le che¬
valier Adam de N overs:
De equo s no descendens et accept о и no e.\ lapi dibits in via jacentibus, dedit in
memum episcopi in signum et conjinnationem hit jus reliction is... Dei tide ipsum Ictpi-
dem ad Fontismense monasterium Adam ipse afjerens, obtulit super altare. dans loco
////... praedictam decimam et accipiens in capitulo per revestituram cujusdam libri
societatem et participationem loci ilHits, veluf in recompensationem hujus doni (ed.
Maximilien Quantin, Cartulaire general de FYonne, l. I, Auxerre, 1854. nD CLXII,p-
282-283).
[/attestation vaui d'abord pour la description precise dc Tinvestiture: une simple
pierre suffit (Tobjet ne prend sa valcur qu'avec la cercmonie et la construction gram-
maticale lapidem obtulit, dans decimam monlre la simultaneite dc celle-ci et du don).
La pierre cst d'abord remise a Tevcque (inlermediaire canonique de la restitution au
monastere), puis solennellement posee sur Tautcl. On decrit cnsuilc unc seconde cere-
monie car, dans le plus pur esprit du "doif-”contre-don". le donatcur regoit a son tour
une donation (recompensatio): ici. Tassocialion au.\ bicn fails spi ritucls de la conv
munaulc religieusc. Nouveau don. non voile investiture *‘en relour" {revestitura). Cette
fois. les religicux, reunis en cluipitre. ulilisent un "livre”. sans doute liturgiquc.
Lorsque, comme par exemple dans la Normandie du XIе siccle, aux textes d’une
richesse incomparable, la description de la eercmonic s'oi ne d'elcments annexes, on
dispose d'un veritable scenario. Ainsi quand en 1069 le due de Normandie (jiiillaume,
roi d’Angleterre. fail mine dc planter le couteau-objet de tradition dans la main d’un
86
L 'ex a wen cle l' act e
-,Mv pour significr. d'un “signe evident" (evidenti signo). l'enracinement de sa dona-
iu,n dans la perpcluite d'un patrimoinc inalienable:
/luce donatio facta est per unum cultellum; quern pruefutus rex joculariter dans
Muiti. quasi ejus palmae minatus in/igere. “ita. inquit. terra dari debel" {Ы. A.
Dc\illc. Cartulaire de I'ahhaye de la Sainte-Trinite-du-Mont de Rouen, appendice a
benjamin Guerard. Cartulaire de I'ahhaye de Suint-Bertin. Paris. 1840 [Documents
mviiits in-4 |. \V LX VII. p. 455).
I ’on rencontre aussi aux Xc-XIIe sieeles de multiples syncretismes: dans quelques
cas. Lobjet-symbole de la tradition (fragment de branches, deniers troues) est cousu
ou attache a Lacte ccril: par ailleurs. les etablisscmcnts ecclesiastiques ont pu elre
umencs a constituer de voritables “tresors" de ces objets. soigneusement “archives";
pour s'y rctrouver. on pouvait mcme graver ou ecrirc. sur un morceau de bois, sur
ни manche de couleau. une breve narration de Paction: I'objet devient alors support
iPune notice el sc voit aujourd'hui revendique a la fois par les conser\ateurs de in usee
Icomme objel). par les epigraphistes (comme inscription) et par les diplomatistes et
aichivistes (comme substitut d'acte ecrit). Un grave contresens serait toutefois de voir
ces pratiques limilces a une periode improprement consideree comme juridiquement
“primitive". II suffil. pour s'en convaincre. de rappeler les ceremonies de reddilion
(Pune \ illc par la remise de scs clefs, les vers de Moliere (“Une paille roinpue Rend
entre gens d'honneur une affaire conclue") ou encore nos modernes “lope la"; enl’m
et surtout. dc signaler combien. en cerlaines zones du moins. le notariat public a long-
temps maintenu les ceremonies d'investiture “reellc", d'autant plus volontiers sans
dome qu'il у rctrouvait Pespril du droit romain primitif. Ainsi. cctte ecremonie d'inves¬
titure d'un village entier el de scs habitants dans la campagne parmesanc en 1164:
Miserunt canonicos Pannensis matricis eedesie Sancte Marie in tenutam et ple¬
num eisdem dederunt tenutam de tota terra... per funes campanarum eedesie ipsius
Meletuli et per (ptasdam casus pro toto alio et hec tenuta data est per allodium et
pt’opnetatem... Et predicti canonici. preshiter Johannes et Guido suhdiaconus.
uhstraxerunt quosdam virus et mulieres de domihus in quihus manehant et postea
remisenmt cos intus ex parte eedesie et suu, at deinde starent per sanctum Mariam
ui ipsis domihus (ed. Giovanni Drei, Le carte degli urchivi parmensi del secolo XII.
Parmc. 1950. iv 317).
A lulle, au XVе siecle. les notaires ulilisent encore des materiaux varies: un livre
d lieures. un eouteau. un capuchon. Pour aller plus vite. mais aussi pour renforcer son
rnle d'intermediaire, le notaire. retrouvant des pratiques attestees au haul Vloyen Age,
pent aussi Гонгиir a ses clients, le temps de la ceremonie, la feuillc sur laquelle Lacte
scra transcrit, oil sa propre plume. Ainsi un notaire rouergat cxplique-t-iI en 1649:
Lt lesdits pred et champ ledit Eiguier s'esl dives feu et en a investeu /edit GHhodes
par le hail manud de та plume, faict de ses mains en cedes dudit Gilhodes en signe
de la reelle. uctudle et corporede possession (cite par J. Delmas, Repertoire nunte-
ri<Pte.... p. 29).
Sur les ceremonies du haut Vloyen Age, bons exemples dans A. Giry, Manuel de
diplomatique.... p. 568-570 et A. dc Boiiard, Manud de diplomatique.... t. II, Album.
pl. XVI1 el XIX: incomparable collection de cas dans Du Cange. Glossarium.... s.v.
"tvestitunt, t. IV, p. 410-418.
87
L 'examen de 1 ’acte
Jacques Le Goff, "Lc ritucl symboliquc de la vassalite". dans Simboli e simbolo-
gie nell'Alto Medioevo, Spolele: Centro italiano di studi sull'Alto Medio Evo, 1976
(Settimane di studio, 23). p. 679-788. dont lcs observations pcuvent etre ctenduesa
1‘ensemble dcs actes prives, car V investitura ne concernc pas que les fiefs.
Au-dela de cette symboliquc. il у a la neeessaire defense de faction juridique ct dc
la charte contrc foubli cl la malignite dcs homines. C‘ar la raison d'etre d'un acle,
e'est dc conscrvcr le souvenir d’une ou de plusieurs actions juridiques, mais en merne
temps que dc le conserve!*, de le prouver en justice. Pour que preuve il puisse у avoir,
il faut qu'il у ait ce qu'on appclle dcs moyens de validation, qui font cf tin morceau
de parchcmin une redoutable arme juridique. Ces moyens relevant parl'ois dcs ca-
racteres externes (sceau). parlois des caractercs internes (listc dcs temoins). Mais
fimpoilance el la speeificite dc lour fonction rend necessaire leur etude simultanee.
Lc premier de ces moyens, e'est la souscription, que Ton trouve sous une forme
subjective {Ego N. suhseripsi) ou objective (Signum N.). Son origine remontea
I'Antiquitc romaine. qui faisait obligation aux parlies el aux temoins de souscrire per¬
sonnel lement les actes juridiques ecrits par des tiers, a 11 n de renforcer la valcurpro-
bante de eeu.vci. Le Moycn Age en garda fhabitude. mais de manicre assez inc-
gale, ct scion trois types: ce sont, avec des eomhinaisons variables, l' les auteurs. 2'
les chanceliers ou des (onetionnaires de la chancellerie, 3M des temoins, qui souscri-
vent.
La pratique de la souscription par les auteurs d'actcs s'imposa an debut du Moycn
Age, comme clle s'etait imposee a Rome. Les somerains merov ingiens souscrivaienl
eux-memes leurs diplomes. A partir dc Charlemagne, la souscription est rcmplacee
par lc monogramme, deja present dans quelques diplomes merov ingiens. Le mono¬
gramme, e'est, au depart du moins, une croix dans laquelle sont tracces Unites lcs Ict-
tres qui composent le nom royal (documents n 2 a 6). Cue partie de ce monogramme.
un trail ou deux, cst traccc en principe de la main memo du souverain. 1/usage du
monogramme perdurera jusqu'au XIIIе siecle, mais le caraetere autographe. mcme
partiel, de ce signe sera alors nettement moins afllrmc. D'une maniere generale, s'il
est courant que les actes jusqu'au XIIе siecle soient revetus de la souscription de
leur auteur, parfois sous une lbrmc objective {signum Simonis Novionumsis episcopi*
document n° 15. I. 13), il est tres rare que ces souseriplions soient autographes. Quand
elles le sont. cela se remarque aisemenl. parce que Гceriliirc d'un eveque, d'une prince,
d'un roi, est malhabile, irrcgulierc, pen aptc a rivaliser avec la regularite de la superbe
ecriture des "prol'cssionnels" que sont les scribes de la chancellerie.
Kv Waldemar Schlogl, Die Unterfertigung deutscher Kdnige von der Karolingerzeit
bis zum Interregnum durch Kreuz und Unterschrift. Beitrdge zur Geschichte und zW‘
Technik der Unterfertigung im Xlittelaltei\ Kallmiinz: M. Lasslebcn, 1978, XIl-280
p., 57 pi. (Miinchener historische Studien. Abt. Geschichtliche Hiifsxvissenschttf
ten, 16).
Les redaeleurs d'actes prives apposent une formule, par definition autographe. Hs
у joignent asse/. \ ite un signum figure (document nc 17). qui cvoluc et se fixe au sud
et au bas Moyen Age, sous la forme du "scing manuel" propre a chaquc notaire et
88
L 'examen de I 'acte
soul, suffit a aulhenlificr Г acte (document n° 24). A cole de cela, le paraphe, veri¬
table ancetre de notre signature, sur la base du ou des noms personnels, a unc fonc-
tioM crauthentification mineure (document n° 26).
l,es souscriptions de cliancellcric sont liees. de manicre assez logique. a Texis-
tence de chancelleries imporlantcs ct hien organ isees. On les trouve done surioul dans
les chancelleries souveraines et aux Xlc-XIIc siecles. dans les grandes chancelleries
episcopates et princicres. Elies aussi eurenl tendance a disparailre a la fin du Vloyen
Age. Idles ne doivenl ccpendant pas etre prises an pied de la letlre; ainsi, la sous-
aiption du document n° 15 dit-elle: “Moi, Hugues. chanoine de Saint-Quentin et
chancelier de Noyon, j'ai souscrif. Mais celte souscription n'a lien d'autographe.
Infill, les souscriptions de tiers sont destinces a noter le nom de personnes qui
out assists soit a Taction juridique. soil a la promulgation de la chartc (ou aux deux
si Taction et la promulgation etaient simultanees), a fin qiTcn cas de contestation ils
puissent porter temoignage. On n’en trouve gucre dans les aclcs royaux. parce que
ccux-ci etaient garantis par le sceau. qui rendail les temoins superflus, surtout quand
le sceau appartcnail a un aussi haul personnage que le roi. Cela explique qu’on nc
irouve de souscriptions de tiers dans les aetes royaux Irangais que sous les
Merovingicns, puis de la fin du Xе a la fin du XIе sieclc (document n° 39). Sous Louis
VI et ses successeurs. Ilgurenl encore les souscriptions des grands officiers de la cou-
ronne. mais dies sont purement formelles (document n° 6). Dans les actcs princiers,
episcopaux et autres, en revanche, on trouve, surtout aux XIе el XIIе siecles. unc pro¬
lusion de temoins. La plupart des actes notariaux contiennent des noms de temoins,
memo en petit nombre: le notaire doit, par des temoignages. s'assurcr que ce qu'on
lui dit est correct. Les temoins doivenl d'aillcurs etre presents a la redaction de Tacte
(en lait, a la redaction de la breve, voire settlement du brouillard; voir chapitre 5).
he document n° 17 est un cas particuliercment riche, puisque on у trouve des sous-
eriptions. dont cerlaines autographes, accompagnees de croix et de seings.
l a pratique de la souscription des temoins commencera a s'attcnuer, puis a dispa-
raitre. aux XIIe-XIIIе siecles. apres le developpement du scellement des actes et du
notariat public.
■I.-It. Lemarignier, Le gouvernement royal aux premiers temps capetiens
Paris: Picard. 1965.
Monire que Tctudc de ecs lisles de temoins pemiet parlois de hien cerncr Tentourage d'un
auteur d'actes. L'evolution de Tentourage royal, haute aristoeratio de 987 a 1025 1028.
simples chatelnins, voire chevaliers, de 1025 1028 a 1077, concurrences a parlir de 1077
par les grands officiers de la Couroitne. Tillustre.
Heinrich Fichtcnau, “Die Rcihung der Zeugen in Urkunden des lrtihcn Mittelalters",
dans Mitteilungen des Instituts fiir osterreichische Geschichtsforschung, 87, 1979,
E 301-315. Reimpr., sous lc litre Die Rcihung der Zeugen und Konsentienten, dans
Mirage zur Medicivistik.... t. Ill, p. 167-185.
Patrick Demouy. “Synodes dioccsains et conciles provinciaux a Reims et en
_clgique seconde aux XIe-X11 Iе siecles", dans La Champagne et ses administru-
Ow/.v ц travers le temps, ed. Georges Clause, Sylvettc Guilbert et Maurice Vaisse.
Ii,r,s: La Manufacture, 1990. p 93^ 112.
Lhilise entre autres les souscriptions des actes archicpiscopaux pour recenser les synodes
teunis a Reims.
89
L 'examen de l 'acte
Chris Given-Wilson, “Royal charters witness lists 1327-1399”, dans Medieval
Prosopography, 12-2, 1991, p. 35-93.
Rappellc les precautions a prendre pour manicr des lisles de temoins, en prenant Гехет*
pie du Prince Noir, qui souscrit peu d’actes de son pere, Edouard III. Par manque d’impor-
tance et d’influence? Non, mais parcc qu'il clait le plus sou\ent. soil en France soil dans
les Gallcs.
Sur les diplomes francs et ottoniens figure aussi une ruche (documents n° 2 a 5).
II s'agit du dernier mot de la souscriplion, le plus souvent subscripsi, ccrit avec force
decoration et parfois avec des notes tironiennes. Sous Louis le Picux, le dcssin de ces
ruches, du au scribe тёте de Facte, atlcint unc grande regularite, mais apres lui la
decadence s’annonce, le sens de la ruche et Fusage des notes tironiennes se perdent.
Le sceau devait s’affimer, durant la deuxieme moitie du Moyen Age, comme le
principal moyen de validation, surtout dans la moitie septentrionale de FEurope, mais
aussi chez tous les souverains. II est d'origine anciennc, puisque connu deja en
Mcsopotamie. Le Bas-Empire romain connait un grand nombre de sceaux, mais a par-
tir du VIе siecle, Fusage comme signe de validation s’en restreint aux souverains. Au
Xе siecle, certains cveques se dotent d’un sceau, et a partir de ce moment, celui-ci
connait un usage de plus en plus intensif (XIе siecle: princes territoriaux, cveques;
XIIе siecle: seigneurs laics, abbes, chapitres cathedraux; XIIIе siecle: chanoines, cures,
bourgeois...).
Le role du sceau est dc confirmer que Fauteur de Facte est bien celui dont le nom
figure en tete du document. Par la, il authentific et valide lc document. D’une maniere
parfois trompeuse: les faux sceaux existent. Mais en general avec grande siircte. La
superiorite, comme moyen du validation, du sceau sur les temoins, vient du fait que,
si les actes sont manipulcs avec precaution, le sceau a une duree de vie nettement
superieure a celle des temoins.
Lc sceau a, pour son titulairc, un autre inlcrct, moins immediatement pratique, mais
pas moins important: celui d’affirmer son prestige ou son etat, par lc simple fait dc
posseder un sceau. Un seigneur peui refuser a ses sujets de posseder un sceau. C’est
ce que Farcheveque de Reims voulut fairc en 1280 a Fegard des bourgeois de sa ville,
en disant que // bourjois de Rains ne avoienl ne cars ne commugne, ne teil gent
n 'estoient que seel dussent avoir, ne useir de seeI (voir Pierre Desportes, Reims et les
Remois aux XIIIе et XIVе siecles, Paris: Picard, 1979, 743 p., spec. p. 511-512).
Mais le sceau est important aussi par les images et le texte qui у figurent.
ks* Robert-Henri Bautier, “Echangcs d'influences dans les chancelleries souveraines
du Moyen Age d’apres les types dc sceaux en majeste”, dans Comptes-rendus dc
/'Academic des Inscriptions et Belles-Lettres. 1968, p. 192-220, rcimpr. dans, du
тёте, Chartes, sceaux et chancelleries..., t. IL p. 563-591.
Montre comment Olton ICI adoptc on 962. quand il dexient empereur. un sceau !e repre-
sentant en busle dc majeste, de lace, en imitation d’un sceau bvzanlin. Moins dc quatre
ans plus lard, lc roi des Francs Lolhairc Fimitc. Puis, en 997. Otton 111 adoptc le sceau
imperial de majeste (empeieui assis sur un Hone, tenant le globe et le sceptre flcurdelise)-
II s’agit a nouveau de Fimitalion d'un modclc bvzanlin. mais comparant eelte fois Гетр6'
rcur an Christ. Tous les souverains europeons le copicnl alors.
90
L 'examen de l 'acte
Du mcmc. “Lc cheminemcnt du sceau et de la bullc dcs origines mesopotamiennes
;ui XIIIе sieclc occidental", dans Revue fra ngaise d 'hero l clique et de sigillographie.
54-59, 1984-1989, p. 41-84, reimpr. dans, du mcme, Charles, sceaux et chancelle¬
ries. ... t. 1, p. 123-166.
Suit revolution de I'usage du sceau dans les differentes chancelleries, particulierement
chez les eveques, les chapitres les seigneurs et les vi I les. C’est de I'tmpire, chaquc fois.
qu’esl venue Г initiative, et 1c Nord a precede le Slid.
C oncrclcmcnt, le sccau, c‘est rempreinle laissee sur unc matiere plastiquc (en
general, la cire: la chancellerie pontificale et d'autres institutions meridionales. sous
rinlluence byzantine puis pontificale, utilisent le plomb: Гог esl utilise pour dcs docu¬
ments tout a fait exccptionnels) par line matrice gravee de lettres el/ou d'images. La
Гоппе du sceau est gcneralement ogivale (on dit qifil cst “en navelte"), on ronde.
On parle aussi de contre-sceau: e'est fempreintc laissee au verso du sceau. par une
seeonde matricc. plus petite.
Comment fixer le sceau? Plusieurs famous se concurrencent. Le sceau peul etre pla¬
que on pendant. Dans le premier cas, le gateau de cire qui va recevoir fempreinte
ile la matrice et devenir le sceau, est pose sur le parchemin de facte. Une incision
dans le parchemin pcrmel a la cire de se repandre et se llxer des deux coles de celui-
u. ce qui fait lenir le sceau (par cxemple documents n° 2 et 4). Le systeme est ccpen-
dant assez fragile. Aussi voit-on apparaitre au XIе sieclc le sceau pendant, en imita¬
tion de la chancellerie pontificale donl les billies de plomb etaient pendantes depuis
forigine. Le sceau est llxe sur un support passe a travels le bas de facte, grace a
une lento crcee a cel elTet. Au prealable, le bas de facte a etc replie. de maniere a
supporter le poids du sceau. DitTercnts types de supports sonl possibles: suivant les
cas. on dira quo le sceau pend sur double queue de parchemin (par exemple docu¬
ments iL 20 et 22). lacs de soie (par exemple document n° 13). courroie de cuir (par
exemple tin des sceaux du document nJ 18). Au XIIIе sieclc apparait sur le continent
le sceau pendant sur simple queue de parchemin (par cxemple document n‘ 9. malgre
lc sceau perdu): Ic support est eonstitue d'une languctte de parchemin decoupee en
has de facte auquel el le tient encore par un cote. Co mode de scellement. d'usage
depuis au moins le XIе sieclc en Angieterre pour les writs rovaux. esl particuliere-
utilise pour des actes de petites dimensions, el necessite des sceaux eux aussi
Petits, mcme si certains, comme la chancellerie royale franvaisc. utilisent malgre tout
l|e viands sceaux. Une Гоппе particulierc de llxation du sceau sur simple queue est
I attache paiisienne: la languetle de parchemin est passce a travers une lento pereee
^lans Ic bas de facte, de maniere a renforeer la soliditc de la fixation (par exemple
document n' 25). Ces differentes techniques d'apposition du sccau nc sont pas une
s,mple curiositc diplomatique. Liles peuvent reveler factivite d’unc chancellerie. La
UHileur du sceau, celle de la soie. peuvent elles aussi, soil indiquer une chancellerie,
soit revetir une dimension symbolique. A la chancellerie royale. aux sceaux veils pen¬
dant sur lacs de soie rouge et vertc, caracterisliques des actes a valour perpetuelle.
s opposent les sceaux jaunes sur simple queue, propres aux mandements et actes admi-
,1,shatils; il у a une categoric intermediaire. les sceaux jaunes sur double queue de
Parchemin. Voir Cieorges Tessier. Diplomatique royale francaise.... p. 236.
D une maniere generalc. sur les sceaux, voir Michel Pastoureau, Les sceaux..., et
c volume qui sera consacre a la sigillographic dans la prcsenlc collection.
91
L 'ex a men cle l ’cicte
Ci. Bascape. Sigiflografia. II sigillo nella diplomatica, nel diriito, nella storia a
nell'arte, 3 vol. (t. 3 par Mariano Welber). Milan: Giuffre, 1969-1984.
Toni Diederich, “Prolegomena zu eincr neuen Siegel-TypologieA dans Archivfik
Diplomatic 29, 1983, p. 242-284.
Conseil international dcs archives, Comitc de sigillographic, Vocabulaire inter¬
national de la sigillographic; recommandations pour l 'etablissement de notices
descriptives de scectux [sous la dir. dc Stefania Ricci-Noe et Robert-Henri Bautier],
Rome: Ufficio ccntrale per i Beni archivistici. 1990, 389 p. ct pi. (Pubblicazioni degli
archivi di stato. Sussidi, 3).
Les conseils de description dcs sceaux qui у sonl donnes (p. 17-34) ont etc aussi publies
dans Revue jrangaise d'heraldicjLte et sigillographic, 54-59. 1984-1989, p. 15-29.
Un troisieme moyen de \ alidation a etc utilise, e’est le chirograplie. II s'agit d’un
aete ecrit en deux cxemplaircs (ou plus encore) sur une feuillc de parchcmin. Entre
les deux actes, le scribe ecrit un ou quelques mots, que Гоп appcllc la “devise (divisa)
chirographique11. En general, e'est CHIROGRAPHUM. Mais cc peut elre Ealphabet,
unc priere ou une phrase relative a la charte. parfois un dessin. On decoupe alors la
feuillc de parchcmin au milieu de la devise. On trouvera an document n° 18 un superbe
exemple de chirograplie dont les deux parties sont aujourd'hui encore conservees.
L'invcntion est anglaise, et remonte au Xе sieclc. Outre-Manche, la coupure se fait
souvent en dents de scic (chartae indentatae. “endentures”). Le chirograplie n'est utile
que lorsquc les deux parties souhaitent disposer chacune d'un exemplaire de la nieme
charte. Hn cas de litige, en rapprocliant les deux moitics. on pourra verifier qu’elles
viennent du meme parchcmin, que done on est en presence d'aclcs authentiques.
Attention ccpendant au tcrme chirographum: jusqirau XIе sieclc au moins, il peut
designer iTimporte quelle charte. П nc devient un terme technique pour designer les
chartcs-parties qirau XIIе sieclc.
osf* Michel Parisse, “Remarqucs sur les chirographes et les chartes-parlics antcrieures
a 1120 ct conservees on France”, dans Archiv fiir Diplomatik, 32. 1986. p. 546-567.
Base son elude sur fanalyse d'un corpus dc reproductions photographiques dcs actes ante-
rieurs a 1120.
Winfried Trusen. “Chirographum und Teilurkunde im Mittclalter1, dans
Archivcdische Zeitschrifh 75, 1979, p. 233-249.
D. LA LANGUE ET LE STYLE
1. Le choix de la langue
On trouve, dans les chartes mcdievales, dcs textes ccrits en latin, el d'autres ecrits
en langue vernaculairc, frangais, allcmand. italien... Quelle langue le redactcur d’une
charte choisit-il, et pourquoi? En fait, il a rarement le choix. L'cpoquc a laquelle il
appartient, Г institution pour laquelle il travaille, parfois le type de document qu’il
ecrit, lui dictcront la plupart du temps ce qu'il doit fairc.
Au debut du Moyen Age. les pcuples germaniques ne pratiquaienl guere Г ecrit.
Celui-ci resta propre aux Romains, aux anciens habitants dc Г Empire, et done fidele
L 'examen de l 'acta
a la lanuue latino. Deux exceptions: le grec. persistant dans les territoires controles
par Constantinople, et surtoul fanglo-saxon. puis fanglais, utilises sans diseontinuitc
Jurant tout le Moycn Age. malgre la concurrence du lalin et. apres 1066. du frangais.
muis la Гоппе dc ranglo-normand.
l.es mitres langues modernes, memo si dies sont atlestecs des le haul Moycn Age
(pL'iisons aux sermenls de Strasbourg, en 842). ne sont utilisees en diplomatique que
jurant la deuxiemc moitic du Moycn Age. Cost la langue d'oc qui a fail irruption la
premiere, an XIе siecle. surtout dans des actes d'hommage ou des donations a des
ordres militaires. Mais en fait, elle ne remplace pas directement le Intin: die se super¬
pose a lui, die vient au secours du redacteur qui marque mal la limite entre le latin
et la langue vernaculairc.
Un exemple de ce latin larei de provcngal: breve memorabile del mas del Pag da
Hnca d'Asan de Stmcio Ylario qua comprcd Agambert Cauda ad ah da Barnard Aural
el de sans ajants a da Dausdc Sicurd da I’ananc at post ac is turn mansion supra-
seriplmn da Baea d'Asan comparavit at acabtavif Bernardos Agambert de Gauzbarto
et de Ricardo, Jratres suos, et da Sager Emard et de sou Jilia at da lotos homines et
de iotas feminas re drat i avian: acte rouergal de 1090, ed. Clovis Brunei, Les plus
anaemias charlas en langue provan^a la: racueil des pieces originates antarieures au
XIIIе v/Vr/t\ Paris. 1926 [el un vol. de suppl., 1962]: reimpr. Geneve. 1973, n ‘ 6. p. 9.
On remarquera au passage la deformation du latin: ac pour hec. acabtavit pour aca-
guivii,jratres suos pour fra l re si to. da lotos homines at de tofas feminas pour de omni¬
bus viris at omnibus faminis. On nolera surtoul ('hesitation du redacteur. qui fait qu’on
ne sail plus guere si le texte est en mauvais latin ou en proto-provcngal. On relevera
enfm que la meconnaissance du latin if est en tout cas pas la settle raison qui expli-
que le recours au provcngal. puisque le memo mot est ccrit une fois en provcngal, tine
lois en lalin (comprcd el comparavit).
he frangais est utilise dans les lextes diplomatiques a partir du XIIIе siecle. L.'acte
ie plus ancien vient de Douai et date de 1204. C’esl dans la dccennie 1210 que le
Irungais se repand geographiquemenl (Plandre. Artois et Picardie d’abord. puis
I onaine) dans les diaries. I*ssentiellament dans les chartes urbaines. rapidement dans
les actes de modcstes seigneurs. Autre difference par rapport au provcngal: quand
an redacteur utilise le frangais. il le fait pour I'ensemble de la charte, et le frangais est
tl emblee une langue parfaitement maitrisee, de grande qualite. C’est au XIIIе siecle
;il,ssi que les autres langues \ernaculaircs eommenccnt a elre utilisees: I’italicn au
ilcbut du siecle (avec memc quelques documents au XIIе; mais Titalien sera vile
etoulie par le latin des notaires): I'allemand. l’aragonais. le portugais vers la moitie
dti siecle (avec parfois quelques exceptions anterieures). Le caslillan et le leonais son!
presents des la fin du XIIе siecle.
Jacques Monfrin, “L'emploi de la langue vulgaire dans les actes diplomatiques du
lcmPs de Philippe Auguste”, La France de Philippe Auguste: le temps des mutations,
(olloque international Paris, 29 septembra - 4 octobre 19SO, ed. Robcrt-Hcnri Bautier,
,>aris: C.N.R.S., 1982 (Colloques internationaux du C.S.R.S.. 602). p. 785-790.
brangoise Vielliard. “Les langues \ulgaircs dans les cartulaires frangais du moycn
tl^° ' dans Les cartulaires.... sous presse.
L 'examen de l ’acie
II existe cics corpus des plus anciens documents diplomaliqucs en langucs verna-
culaires, pour certaines de ces langues du moins. Le plus ancien de ces corpus, el
qui reste un modele en la matiere, est cclui de Clovis Brunei pour le provcngal, deja
cite. Pour les autrcs langues:
l:ran<;a is: collection "Documents linguistiques dc la France", sous la direction
generate dc Jacques Monfrin. Paris: Institui de recherche el d'hisioire des textes, 1974.
Cette collection est divisec en deux series: serie frangaise (t. 1: Introduction generate
ct Haute-Marne: t. 2: losges; l. 3: Aube. Yonne) et serie franeo-provcnvale (t. I: Fore::
t. 2: Lyonnais). Voir aussi Louis Carolus-Barre. Les pins anciennes chartes en lath
gue fran^aise. t. I: Prohlemes generaих et recited des pieces originates conservees
аил Archives de FOise. I24I-12S6, Paris, 1964, CXXIII-333 p. C ollections paralle¬
ls: ”Documents linguistiques de la Suisse romande" (en voie d'achevement) el
"Documents linguistiques de la Belgique romane". Paris: Institui de recherche et d’his-
toire des textes, 1984- (t. 1: L/ainaut: t. 2: Flandre).
- Allemand: Corpus der alfdeutschen Originalurkunden bis zum Jahr 1300, Lahr,
1932-.
Ursula Schulze, Lateinisch-deutsche ParaUelurkunden des 13. Jahrhunderts: ein
Beitrag zur Syntax der mittelhochdeutschen L'rkundensprache, Munich: Wilhelm Fink
Verlag, 1975, 214 p.
Sur le corpus d’environ 4500 actes en langue allemande anterieurs a 1301, a repere 30
actes en version bilingue latine cl allemande: memes conclusions qu’en France sur le
caractere ferme et bien forme de la langue employee par les scribes.
- Italien: Arrigo Castellani, La prosa italiana delle origini. I: Testi toscani di carat-
tere prc/tico, t. 1: Trctnscrizioni; t. 2: Reproduzioni, Bologne: Patron, 1982. XX-545
p. et 392 pi. Voir aussi, du mcme. Ipin antichi testi italiani. Edizione e commento.
Bologne: Patron, 1976, 245 p. (Storia delle lingua italiana e dialettologia, 9).
D’unc maniere generate, voir Les plus anciens textes romans non litteraires. Leur
apport d la connaissance de la langue an Moyen Age, ed. Georges Straka, Paris, 1963,
XI1-301 p. (= colloque de Strasbourg, 1961) [Voir les communications de B. Pottier
pour LEspagne, L.F. Lindley Cintra pour le Portugal, A. Castellani pour Fltalie.]
La recherche des plus anciens textes est compliquee par le fait que les copies ne
sont, le plus souvent, pas prises en consideration, par crainte d'avoir affaire a des tra¬
ductions tardives. Sur ce problemc des transmissions: Jacques Monfrin, "Le modccte
tradition des actes ecrils et les problemes de dialeclologie”, dans Les dialectes de
France an Moyen Age et aujourd'luti. Domaines (Foil et domaine franco-proven^ai
ed. Georges Straka, Paris: Klincksieck, 1972. p. 25-55 (= colloque dc Strasbourg.
1967).
Enfin. le grec apparait parfois en Occident. Le plus souvent, sous la seulc forme
d'un mot (amen, par exemple, ccrit en caractcres grecs). De temps a autre, ccpcndant,
il est plus utilise. Un cas cclebrc est celui dc Theotolon, archevequc de 'fours (931-
947), qui souscrit ses actes en ccrivant son nom et son litre cn caractercs grecs.
94
L ’examen de l'acte
Michel Zimmermann, “La connaissance du grec en Catalogne du IXе au XIе sic-
clc,\ clans Hunt woven age' culture, education et societe. Etudes ojfertes d Pierre
Riche, Nanlerre - La Garennc-Colombes: Publidix, 1990, p. 493-515.
A partir du corpus dcs chartcs calalanes, iraile d'anthroponymie ct de prosopographie,
mais aussi dresse cl critique la liste du lexique grec employe par les actes de la pratique.
2. La qualile dc la langue
Rcvenons au latin. Employe, seul ou en concurrence avee d’autres langues, du debut
a la 11 n du Moycn Age, il nc pouvait pas ne pas evoluer, reflelant ainsi en partie Petat
de la culture. Dc surcroil, un phcnomcnc majeur a touche le latin au haut Moyen Age,
le marquant dcfinilivemcnl: de langue \ivante, parlee et comprise par tous dans
l‘Umpire occidental, il est devenu une langue mortc, parlee et surtout ecrite par les
souls membres d'une elite intellectuelle. On connait mal la fagon dont le phenomene
s‘est produil, mais on a tendance aujourd’hui a le datcr du VIIIе siecle, quand les
Larolingicns. s'clTorgant de revenir au latin classique, onl creuse un fosse entre le
latin ecril dcs intclleclucls ct le roman parle par les populations.
Quoi qu'il en soil, cc qui est clair, e’est que le latin a souffert des invasions ger-
maniques. Celles-ci n'onl pas settlement affaibli les centres de culture qui existaient
dans les villes, dies ont aussi rompu les digues qui separaient la langue latine savante
et la langue dc la population. D'abord et tot attestees dans les inscriptions, ces phe-
notnenes transparaissent des les plus anciens actes conserves. Ils fournissent aux phi-
lologues un material! de choix, car bien date, mais limite par le lormulaire (champ
lexicographique rcstreint). par la tradition (seuls, ici aussi, les originaux peuvent etre
utilises) el par le mode d’elablissemcnt (moins qu’un reflet de la langue parlee, Lactc
ecrit est deja le produil d'une elaboration par un agent precis).
l es erreurs grammalicales abondent. mais aussi Г incomprehension de certains mots.
I usage maladroit tie lournures Iitlcrnires. De simples graphics dillerentes de celles du
lulin classique montrent seulement que le latin est prononce autrement: adestare pour
tiilsture. par exemple. Mais des erreurs de cas (ad usu pour ad nsurn). de genre (///
h>c<> quod est pour in loco ijui est), de conjugaison (ostendedit pour ostendit). nion-
,lcnt quo le latin n'est plus \raiment connu.
Prenons un exemple, un acte donne par Pabbe de Saint-Gall le 18 juillct 760. On
a aJ°iitc entre parentheses les corrections aux erreurs du texte: In Dei nomine. Ego
•lohannis (Johannes) ac si peccator vocatus episcopus sive abbas, dum cognitum est,
(Riod Rodsinda ad ecclesia (ad ecclesianu ou plutot ecclesiae) Sancti Gallonis, ubi
Ri'cciosus (preciosum) corpus eius requiescit, oinnes facilitates suas per cartani tra-
lhtioius Jinnavit, nos vero per concenso (consensu) frat rum nostrorum Rodperto pres-
hitcro (Rodperti presbiteri)... (cd. Chartae latinae antiquiores, t. I, n° 55, p. 57).
Sur le latin merovingien, voir Rudolf Falkowski, “Studien zur Sprachc dcr
^lerowingerdiplome'’. dans Archiv fur Diplomatik, 17, 1971, p. 1-125, moins pessi-
■Utslc quo Jeanne Vielliard, Le latin dcs diplomes royaux et des chartes privees de
с1>о(/ке werovingienne, Paris. 1927. XX-262 p.
Wo| 1-Dieter Lange, Philologische Studien zur La f ini tat vesthispanischer
1 ^-'uturkunden des 9.-12. Jahrhunderts, Leyde-Cologne: Brill, 1966, LX-291 p.
‘ 'hHellafeinische Studien und Texte, 3).
95
L 'examen de l 'acte
La renaissance carolingiennc tente dc remcdier a cela. Lentement: elle se meten
place vers 780, mais il faut attendre 820 environ pour que Ics diplomcs imperiaux
renoucnt complctement avec un latin correct et assure. C'cst cc que Гоп peut cons*
tater dans le document n° 2, de 845, par cxemple. A partir du IXе siecle, plus tard
dans ccrtaincs regions moins louchecs par la renaissance carolingiennc, lc latin sera
toujours correct, mcme si quelques errcurs, dues plus souvent au scribe qifau redac*
teur, peuvenl encore emailler les originaux (document n° 5). Lne nouvclle renaissance
marque lc XIIе siecle, qui profite grandement au latin diplomatique, toujours correct
mais ccrit avec plus dc style. Mais au bas Moyen Age, le latin devient de plus en plus
une languc morte, difficilement apprise et imparfailement connue. Du moins chez les
rcdacleurs peu lettres. Car dans les grandes chancelleries, cclle des rois de France par
exemple. la langue des redactcurs est souvent ties soignee, et devient a Foccasion
un vecteur d’humanisme.
11 faut enfin tenir compte des fautes d'inattention. Un exemple a ce sujet:
ks" Rainer M. Hcrkenrath, “Ein Legastheniker in der Kanzlci Barbarossas. Studien zum
kaiscrlichcn Notar Arnold II. D (1152-1 155)”, dans Archiv fur Diplomatic 33, 1987.
p. 269-291.
Montre que les scribes de Frederic Iе1 commettaicnl souvent plusicurs fautes par diplome
L’un d'eux etail sans doute dyslexique: 16,7 fautes par diplomes en moyenne.
3. L’effort litteraire
Une chose est d’ccrire correctcment, autre chose de donner un peu d’cnvolec a son
style. On pourrait croire que les chartes, de par leur caracterc juridique, nc sont pas
Fendroit reve pour fa ire du style. C’est vrai, dans F ensemble: les actions j uridiques
sont presque toujours decrites sobrement, et avee precision. A partir du XIIIе siecle.
on iFutiliscra souvent qu’une phrase pour ccrire tout lc dispositif, pourtant fort long,
ce qui ne manque pas de lourdeur. C’est lc cas du document n° 19: dc Noverit wii-
versifas а сотриtato (1. 1 a 11), il n‘y a qu’une phrase, qui couvre presque tout l’acte.
sauf lc protocole, la corroboration et la date. La langue est nclte et precise, sans fio-
riture inutile: les repetitions, les adverbes ont toujours un sens precis.
Mais le dispositif n'est pas lout dans Facte. L.'cxposc et la clause comminatoire.
le preambule surtout, permettront aux rcdacteurs qui le souhaitent dc briber. Et meme
le dispositif, si le redactcur est imaginatif, pourra ctre mis a contribution. D’autant
que le redactcur a lc choix entrc plusieurs armes. Il peut utiliser lc cursus, la prose
rimee, les figures litteraires.
Bcaucoup plus que le frangais, le latin est une langue musicale, ou les accents, la
quantite des syllabes, revetent unc grande importance. C'cst dire que les phrases,
lorsqif ellcs sont savamment agencees, possedent un rythme caracteristique. Ce rythme,
les lois qui le gouvernent, c’est cc qu’on appelle le cursus.
Dcja utilise anterieurement a la chancellerie pontificale. le cursus у connut son
grand developpement a partir de 1088, quand le pape Urbain 11 decida de le rendre
obligatoire dans ses actcs. Il lc resta jusqu’en 1288. Dans les autres chancelleries, son
utilisation fut moins reguliere.
96
L 'examen cle l 'acte
I e (ursus concerne essenliellemenl Ic debut et la fm dcs phrases. Jl suit les lois et
lL. soeahulaire de la prosodic antique. a ecci pres que Г accent (note par un accent aigu)
c-st dcsormais un accent d"intensity (tonique) dcs syllabes. Son emploi suit des re-
„k.N dc plus en plus conlraignantes. La phrase doit debater par un mot do 2 on 3 syl-
Lilvs. oil ГассеШ lonique doit etre mis sur Lavant-demiere syllabe (paroxyton). Ce
mot doit etre suivi soil d'ltn mot de 2 syllabes, soil d'un mot de 3 syllabes avec Гассет
ми la premiere syllabe (proparoxyton). Lxemple: Magisler initinim.
La lln de phrase ou de periode esl plus imporlante encore. Cl Ic pent prendre trois
tonnes:
• cursus velox: un proparoxyton suivi de un ou deux mots formant 4 syllabes,
I'accent etant mis sur I’avant-dernierc syllabe. Lxemple: gaudia pervenire.
• cursus planus: un paroxyton suivi de 3 syllabes (en un mot paroxyton, ou en un
mot monosyllabique ct un mot bisyllabiquc). Lxemple: perpetuitdte leteris.
• cursus tardus: un paroxyton suivi d’un mot cn 4 syllabes proparoxyton. ou par
deux mots, d’ 1 cl de 3 syllabes, ce dernier proparoxyton. Lxemple: operctri justitiam.
C os regies seront exposees et expliquees par Pascale Bourgain dans le volume
qifelle consacrera, dans cette collection, au latin medieval. II n'est done pas apparu
nccessaire d'entrer davantage dans une specialite mieux pratiquee par les philologues
que par les diplomatistes. Mais on a voulu insistcr des a present sur l’interet que Г etude
du cursus pouvait revetir pour le diplomatiste.
C'oinment faut-il proccder? La question essenlielle. on Laura compris, est de placer
I accent tonique. Les mots d'unc syllabe, s'ils sont dcs mots-outils {et, nec...) nc sont
lamais accentues. mais codes au mot suivant ou precedent; s'ils sont des mots pleins
ire.x), ils sont toujours accentues. Les mots de deux syllabes ont toujours I'accent
sW premiere syllabe. Les mots de trois syllabes, ou plus, ont I'accent sur l’avant-
dcrnicrc syllabe si la voyellc de cette syllabe est longue. Si cette voyelle cst breve,
I accent ira sur Lantepenulticme syllabe.
Comment savoir si unc syllabe est bre\e ou longue? La consultation des manucls
do prosodic ne s'impose que rarement. Souvent, les grammaircs latines elementaires
donnent les regies esscntielles, et les diclionnaires dc latin classique fournissent le
scours ncccssaire.
Lrenons quelques exemples, tires du document n° 14, unc bulle dc 1267. A la ligne
un fragment de phrase se termine par lace rat et enervat. Pour enervate les choscs
sont claires: e’est un mot de trois syllabes, il faut done en examiner Lavant-dernierc:
c ’ precede une double consonne “rv", et est done long: e'est des lors sur cette syl-
^be quo se posera Laccent.
Le et pout etre rattache a enervat sans modifier Г accentuation dc celui-ci (sauf sur
1111 point, mineur: les mots dc 4 syllabes dont la penulticme est accentuce prennent un
acccnt sccondairc sur la premiere: etenervat).
Uicerat est a nouveau un mot en trois syllabes. Cette lois, la penullieme esl breve,
01 ^ acce,it ira sur Lantepcnultieme, Idcerat.
On a done Idcerat etenervat, soit un cursus velox, dont I'emploi cst imperatif cn
1,11 de phrase.
Pterions un autre cxemple: subsidium profecturas (I. 12).
Le parlicipe futur entraine toujours une avant-derniere syllabe longue, ct done accen-
lllee: profecturas. et mcme profecturas avec I'accent secondairc.
_ 97
l >f H /. ’ L ; i ; J.
Bamberg
L ’examen de l 'tide
Pour subsidiunn la regie est la suivante: quand il у a deux voyclles consecutives.
la premiere est breve. Done, ici, le "Г final csl bref de sortc que Г accent remonte sur
le “Г precedent: subsidium.
On a done encore un cursus velox: sitbsidium projediiras.
Ccs subtilites nc sont pas interet. Lxaminons de plus pres le document n° 14, au
cursus plus intense ct rigide que dans le document n° 13, parce qifil s’agit d’unc
lettre, plus soignee a cet egard que les privileges. Les irois types dc cursus sont uti¬
lises. Mais alors que 1c velox precede unc ponctuation forte, le tardus ct le planus
(le velox aussi a foccasion) signalent line ponctuation faible. Voyons le debut du
preambule (le velox sera marque en caraclcres gras, lc tardus en souligne, le planus
cn italique):
In spiritu pietalis mentem tuam ad Christum, 11 li carissime, consccndisse percepi-
mus.
nam, dum in terris corpora militas, eolestem mililiam ad quam aspiras animo con-
templaris.
Lc tardus marque une pause mineure, le velox une fin de periode. La scconde phrase
cst encore plus riche. L'emploi repete du tardus ct du planus, appuye sur dc riches
assonnances, scande une serie de propositions breves, inclinant l'cditcur a ne pas
rompre le rytlime de la phrase. Un double velox marque la fin de cettc ample periode:
Hie pro lee to labores complectcris.
lit ibi quetis perpetuitdte leteris;
hie eliam indefessum et pugilem exlubes,
ut ibi perccpto glorie premio veluti magnificus triumphdtor exultes:
iu quidem olim terre sanclc pressuras oculo dementis propitiatidnis advertens,
illam, crucis assumpto signaeulo, pcrsonaliter visitasti
et inibi tarn in tc quam tuis gravissima personarum et rerum dispendia pertuli'sti.
Cet cmploi ties interessant montre a fediteur qif il ne convient pas de rompre par
unc ponctuation forte la sequence hie ... complectcris, ut. . leteris; hie etiam ... exhe
bes< ut... exu/tes..., qui forme unc suite. Il en va de memc a\ec triumphdtor exultes
(1. 3). Notons encore propitiatidnis advertens (1. 3-4), victoridsus exurgens (1. 6).
advenisse sperdtur (I. 6-7).
Mais ce n'est pas vrai de loules les billies. Celle de 1142 (document n° 13) est
etablie sur un schema moins parfait, ce qui est normal pour un pri\ilege. On re-
trouve le cursus velox a la fin de cerlaines phrases (omnibus prbpagare, 1. 2-3, par
cxemple). Mais il у a aussi, toujours a la fin des phrases, du cursus tardus
(Cameracensis episcopi, I. 9; cautidne suscipiat, 1. 12; ultioni subjacent, 1. 19). Parfois
memc, des fins de phrases ne correspondent a aucun cursus: exigere presumat, 1. Ю-
№ Noel Valois, "Elude sur le rythmc des bullcs pontificales", dans Bibliothecjite dc
l 'Ecole des chartes, 42, 1881, p. 161-198 et 257-272.
Tore Janson, Prose Rhythm in Medieval Latin, from the 9th to the 13th CentiU'P
Stockholm: Almqv ist och Wiksell. 1975, 133 p. {Acta Lniversitatis Stockholmiensis
Studia latina Stockholmiensia. 20).
98
L 'exa men de l 'cicte
\ ciiry, Manuel de diplomatique..., p. 454-462.
I a prose rimee. ties dilTerenle. est un moyen plus aise d'embcllir le texic. II s'agit
d'utiliser des terminaisons identiques. dcs rimes, en finale d'un gmupe de mots. Les
pcriodes de sucees de la prose rimee varienl d'line region et d’une chnneellerie a
ane autre. Rare dans les actes merovingiens el caroligiens. clIc se developpe en
Mlemagne sous Olton II. Mais dans les actes prices du sud de rAllemagne, elle est
auiranle dcs la I’m du VIIIе siecle. La France en revanche semble avoir ele moins
attirce par cetle parlicularite litterairc.
Karl Polheim. Die lateinische Reimprosa, Berlin, 1925, XX-539 p. (reimpr. Berlin,
l%3).
1;. I. Di Capua, II ritmo prosaico nelle lettere dei papi e nei documenti della can-
icllaria romana dal IV al XIV secolo. 3 vol., Rome, 1937-1946 (Laterammu n. s., 3,
ll-lll et 5, 11-IV).
Interrompii, avec le l. III. aux annees 461-523. Interesse aussi le style dcs chancelleries de
souverains “barbares,\ imitant les bureaux du Bas-Empirc, et les possibilites de critique
de laux sur la base du style: c‘esl vrai en particulier pour les faux de Jerome Vignier
conccrnant fhisloire merovingienne.
IL Griesscr, "Die Prosarythmen in den Bischoflichcn Urkunden von Halberstadt
uiul in den Gesta episcoporum Halberstadensiuni\ dans Senes Archiv dev Gesellschaft
liir ullere deutsche Geschichfskunde, 45, 1924, p. 82-101.
Un excmplc:
In nomine Dei summi geni/oris et geniti
et utriusque spiritus paraclyti.
Ouoniam Dei disponente dementia ad hoc pastor in ecclesia sublimatur
ad hoc judex populo praejicitur.
ad hoc denique princeps patriae principatur,
at quod populi ignorantia delinquitur,
aura pastoralis emendet,
quod stultorum imperitia molitur.
judicialis severitas enervet,
quod pravorum contumacia machinatur.
Principalis potentia conculcet,
quod autem piorum votis incipitur,
prelatorum pio consensu ad effectual actionis deducatur.
kgo Rodbertus per gratiam Dei, Flandrensium marchio,
pruesens praesentibus denuntio,
cf at notum fiat generationi omni quae venfura est Uteris annotari facia
quod Rogerus Islensis castellanus,
divini gratia respect us,
niulto rogatu,
digno etiam fcimuUitu,
a nobis quaesierit,
quaesiи mi inipetra i erit.
L 'exctmen de l 'acte
libertaiem dari ecclesiae de Falempin. quam antecessorum suorum devotio cons•
truxerat
ei haereditario jure ad se devenerat,
quamque quorundam malign cm tiiun tyrannide attritam
et pravitcttis consuemdine viderctf exinanitam.
(Acte tie Robert, comic dc Flandre, pour Pabbaye dc Phalempin. le 27 avril 1090.
cd. Fernand Vercauteren. Acies des comics dc Flandre...n° 10. p. 33-34).
On rclevcra egalemcnt le style recherche, avec usage noiammenl tie repetitions de moU
(quaesierit. quaesitnm impctraveri(...). On trouve aussi. plus loin dans le document, m/o
siuc illi concedimus, concessam firmamus, firmatam linens mandamus.
Л cote du cursus et de la prose rimee. il у encore I'usagc de figures litteraires.
comme la synonymic, la litote ou Fanlithese. II ne parait pas possible dc retracer This-
to ire dc Г utilisation de cos figures litteraires dans les chartes medievalcs: les mono¬
graphics sont encore beaucoup imp rares. Mais on pent insisicr sur Finteret quedc
tellcs eludes presentent. Heinrich Fichlenau a pu. grace a une etude de ce type, decc-
let* bien des influences exercecs sur la chancellerie imperiale. montrer aussi Г impor¬
tance dcs diplomes imperiaux par rapports aux autres actes. Ainsi, Feveque dc Verccil
Leon redigea dc nombreux actcs, dont plusicurs diplomes d'Otton III: ce sont ceux*
la qu'il soigne le plus.
в#4 Leonid Arbusow, Colores rhelorici. Fine Ausmihl rhetorischer Figuren und
Gemeinplcitze cils llilfsmitlel Jur Akademische Cbungen an millelallerlichen Tex ten
2C ed., Gottingen, 1963, 157 p.
Heinrich Fichlenau. « Rhctorische Llemente in der ottonisch-salischen I lerrscherur-
к unde», dans Milled ungen des Ins ti mis fur dslerreichische Geschiclilsforschung, 68.
I960, p. 39-62: rcimpr. dans Beiircige zur Mediiivistik.... t. II. p. 126-156.
Fomle sur la comparaison, point a point. a\cc les proscriptions de la rhetorique antique
dont il donne iin utile rappel.
4. La langue et le droit
Quel meilleur observatoire que les chartes pour suivre revolution du vocabulain?
juridique medieval? Lc vocabulaire utilise par les redactcurs revele la survivanceou
I'apparition de termes. et done de concepts, d'instilutions... De memo le poids du droit.
Fetendue ct le type dcs connaissances juridiques des redactcurs. montrcnl comment
une socicle etudie et connail le droit.
Pour le haul Moyen Age. le debat. qui esl cclui de la survivance du droit roniain.
et done de la conlinuite entre fAntiquilc ct le Moyen Age. cst ancien. Aux travail*
de M. Garaud et J.-Fr. Lemarignier, on ajoulera une elude recentc. de M. Rouche.
ITune maniere generalc, ccs traces de droit romain ne sont pas abondantes, et tir6es
surtout du Bresiairc d'Alaric. compilation du Code Thcodosien de 435-438 dressec
en 506 par le roi des Wisigolhs Alaric IL Reste a interpreter ccs donnees: preuve*
du maintien d'unc culture juridique antique, ou formules isolccs recopices de charts
en charte?
100
L ’examen de I 'acte
Marcel Garaud. “Le droit romain dans les chartcs poitevincs du IXе au XIе siecle",
dans Melanges cle droit romain dedies a Georges CorniL t. 1. Gand-Paris. 1926, p.
00-424.
Jean-Kiaii(;ois Lemarignier, “Les actes dc droit prive de Sainl-Bertin au haul Moyen
\це. Survivance el declin du droit romain dans la pratique franque". dans Revue inter-
muionale des droits de FAntiquite, 5, 1950, p. 37-72.
Michel Rouclie. “Les survivanccs antiques dans trois cartulaires du Sud-Ouest dc
la fiance [Beaulieu, Saint-Jean d'Angely. Nouaillc], aux Xе et XIе siccles". dans
( aiders de civilisation medievale, 23, 1980, p. 93-108.
Des la fin du XIе. et surtout au XIIе siecle, le droit romain est redccouvcrt a par-
tii de Bologne. Les actes, surtout dans les clauses, parfois dans les prcambules, four-
nissent alors dc bons jalons. mieux dates et mieux localises que les manuscrits, pour
Miivie les progres de la diffusion dc cette culture juridique renovee. La chose est claire
dans les actes imperiaux, puisque les empereurs se serviront du droit romain, revu et
corrige, pour defendre leur autorite et justifier leur politique. Mais elle apparait aussi
dans les actes prives italiens, non sans que quelques maladresses nc nous rappeient
qu'ime lormulc ulilisec n'est pas toujours une formulc comprise. C'est le cas d'un
lestament bolonais cite par P. S. Leicht, dont le preambulc est impregne de la diffc-
icnce inscrile dans le droit romain entre hcritiers et legataires, alors que le rcdaclcur
applique ensuitc la distinction a d'autres categories (les enfants de sexe respectiYe¬
meni masculin et feminin).
.lean Gaudemet, “Le droit romain dans la pratique et chcz les doctcurs aux XIе cl
ML siecles”. dans Culvers de civilisation medievale. t. 8, 1965, p. 365-380; rcimpr.
dans, du тёте. Eglise et societe en Occident au Moyen Age, Londrcs, 1984.
Heinrich Appclt, Die Crkunden Friedrichs /.. t. 5: Ein/eitung and Verzeichnisse,
Hanovre: Mahnsche Buchhandlung, 1990 {MGH Diplomatic regum et imperaforum
Mcnnuniae, X, 5), p. 123-129.
Pier Silverio Leicht, “La penetrazione del movimento bologncse nclla vita ginri-
dica delLLmilia e del 1 'Italia scltenlrionale, dans Studi e memorie per la storia
dell Lmvcrsitd di Bologna, n.s.. 1. 1, Bologne, 1956. p. 117-160. Testament cite p. 155.
I ernand Vercaulcren. "Note sur I'apparition des rcnonciations aux exceptions de
°ii ,4)niain dans les prineipuutes beiges au XIIIе siecle", dan.v Etudes historicpies d
nwnudrede Xoel Didicr. Paris. I960, p. 326-340.
I es exceptions appamisscni \l*ps 1220. se generaliscnt vers 1250, sous ('impulsion des
ullicialilcs, novairiees en la unit ten*.
П apres Gerard Giordancngo. Le droit feudal dans les pays de droit ecrit, Rome.
9KX {BihHtahcupic des Ecoles /ran^aises d'Athenes et de Rome, 266), p. XI11. au
*CUuir ^ l|o acte du comic de Provence du 7 avril 1153, la formule ahsurdum est enim
i ! (>nini equituti enntrurium esse cognoscimus, signe la presence d'un jurisle qui est
1,11 ^ la eoniroverse sur Requite, qui a delate a l'Universite de Bologne depuis
Nicnus. Or Lou irouve coinme temoin a cet acte un juge du comte, qui apparait aussi
l,llls L,n aGe de I 156 oil Lon lit juris et equitatis ratio persuadeat.
101
L 'examen de l 'acfe
D'autres exemples: analysanl le vocabulaire de Pavouerie, Leopold Genicot montre
quc Yadvocatia est Lavouerie retribuee, la defensio, gratuite, etant jusque Pan mil
Г apanage des rois. Leopold Genicot, “Sur le vocabulaire el les modal ites de Lavoue¬
rie avant Pan mil dans la Belgique actuclle”. dans L'avouerie en Lotharingie,
Luxembourg: Institut Grand-Ducal, 1984 (Publication de la section historique, 98),
p. 9-32.
Voir aussi, pour la methode, du mcme, “Sur la survivance de la notion d’Etat dans
PEurope du nord au haut Moyen Age. L’cmploi de publicus dans les sources beiges
anlerieures a Pan mil”, dans Institutional, Kultur und Gesellschaft ini Mittelalter.
Festschrift fur Josef Fleckenstein. Sigmaringcn: Thorbccke, 1984, p. 147-164.
Sur le mot bannus, Jcan-Luc Eray, “Rccherches sur la seigneurie banale au XIIе
siecle, d’apres le vocabulaire des actes des evcques de Metz (1058-1210)”, dans La
seigneurie rurale en Lotharingie, Luxembourg: Institut Grand-Ducal, 1986
(Publication de la section historique, 102), p. 75-101. On у voit le passage du sens
de “pouvoir” a cclui de “lerritoire”.
5. La langue et la propagande
Si unc cliarte sert essentiellenient a meltre par ecrit line action juridique afin que
cellc-ci rcste connue de tous, el le peul encore etre utile a d’autres egards. Par exem-
ple comme support d’une propagande.
Prcnons par exemplc le DF.I. 782, diplome par lequel Frederic Ier Barberousse tran-
chait le ler juillet 1179 une querelle entre les dues d’Autrichc et de Boheme sur les
limites de leurs terres. Le preambule est le suivant: ”11 est connu qu’il appartient a la
vigilance dc la dignite imperiale dc se tourner vers ceux qui tendent a Pobservation
de la paix el de la justice, et de couper court, par une prudente finesse, aux occa¬
sions de litiges. Et rien n’apparait plus efficace pour suscitcr dc grands litiges que des
homines puissants qui ignorent les limites de leur puissance ct de leur domination
propre, et qui veulent les etendre au-dcla de ce qui leur est du.” Le preambule permet
ici de rappelcr que Pempereur est au-dessus des dues, que e’est a lui qu'il appartient
de trancher des conflils. A cote de tels exemples, ou la propagande est cxplicite, il
cn est ou cl le est dissimulee. II en va ainsi, on Pa vu, pour les chrismcs.
Sur ce preambule, voir Heinrich Appelt, Die Kaiseridee Friedrichs Barbarossas,
Vienne: Osterrcichische Akademic der Wissenschaltcn, 1967 (Philosophisch-histori-
sche K/asse, Sitzungsberichte 252/4), p. 22. Et, du meme, Die L’rkunden Friedrichs
I. t. V, p. 108-109.
Heinrich Fichtenau, “Monarchische Propaganda in Urkunden”, dans Bullettino
delFArchivio paleografico ilaliano, n.s., 2-3, 1956-1957, p. 299-316; rcimpr. dans
Beitrcige zur Medidvistik... t. II, p. 18-36.
Reprend notamment Pexamen de Pccriturc tel qu’on Pa vu plus haut.
Un exemplc d’application pratique par Phistorien: Claude Fagnen, “Lc vocabulaire
du pouvoir dans les actes dc Richard Coeur dc Lion, due de Normandie (1189-1190)”)
dans Actes du I05e Congres national des societes savantes (Caen, 19(SO), t. 1, hes
poinoirs de comnumdementjusqu'd 1610. Paris, C.T.H.S., 1984, p. 79-93.
102
CHAPITRE 4
BREVE TYPOLOGIE DES ACTES MEDIEVAUX
La diversite des actes medievaux esl extreme cl il ne saarait etrc question de detail-
\ci ici chaque type. a chaque moment de son evolution. Le present chapitrc propose
done de paivourir rapidemenl les principals categories d’actcs et d’auteurs et, sur-
u>ul. d'appliquer a des exemples concrets le questionnaire de la “diplomatique gene-
rale” (chapitrc 3). A cet effet, on presente au lecteur 25 etudes dc cas, qui pourront
etrc eomplelces avee les documents disperses dans les chapitres suivants (chapitres
v-X). Auparawint. une introdiielion donne une premiere orientation dans les rccher-
ehes de “diplomatique speciale" (diplomatique imperialc et royale, princierc el sci-
eneuriale. enmmunale. pontifieale, episeopalc, diplomatique dc Facte privc); on trou-
\era, apres chaque section, une bibliographie d’orientation, que Гоп devra completer
avee les eludes relatives a la gencse des actes (chapitrc 5, p. 223-244) et avec celles
c|iii figurent le plus souvent en tete des recueils d’acles publies (chapitre 7, p. 333-
347). Quelques ambiguites terminologiques doivent ctre auparavant levees.
Acte public et cicte prire. Des Г Antiquite et le haut Moyen Age, on a trace une nette
demarcation entre Pacte emane du souverain et Pactc passe entre des particuliers.
l.e premier est par essence un ordre, cmis oralcment (verhum regis chcz les Francs.
omculum vive vocis a la Curie pontifieale). puis consignc par ecrit: preceptum. cntc-
toritas. edictum. Le second regoit des noms aussi divers, ou carta domine aux cotes
tie testamentum (au sens large d'ecril laisant foi, et non de testament, acte dc derniere
udonlc), scriptum, scriptura (voir par cxemplc document n° 2). A la fin du VIIе ou
an debut du VIIIе sieclc, le formulaire dc Marculf range ces deux domaines sous les
noms generiques de preceptio regalis (“acte royal") et de carta pagensis (“acte ecrit
dans 1 epagus"). ct il faut attendre la fin du XIе siecle, en France, pour que Facte royal
commence a etre dcsigne par des lermes comme carta, scriptum, bientot litterae.
Cette opposition a ete rcnduc au XIXе siecle par deux termes, “acte public" et “acte
pi ive’\ trop flous pour ne pas genercr de sterilcs polemiques. Car la demarcation entre
preceptum et carta, nette jusqu'au IXе siecle, se brouille bientot. Le pouvoir royal a
delate, des morceaux en sont recuperes, par delegation ou par usurpation, par des puis-
stmces locales, eveques. dues, marquis et comtes esscntiellemenl. S'estimant hcri-
ticrs/delegu6s du pouvoir royal, ils ont coule leurs actes dans le moulc de Facte sou-
verain et en les validant d'un sceau. Repugnant a qualifier de “publics" les actes de
princes et d’evcques, en thcorie delegues de Fcmpereur, les diplomatistes allemands
^aliens sont allcs jusqu’a les qualifier de “semi-publics". Le probleme s'est encore
C0111plique du fail que, comme deja le roi franc mais plus souvent. ces potenlats out
eIe bientot soliicites pour confirmer des actions juridiques de peu d'importance, relc-
vant a nos yeux de la sphere privec. Dans le chef des diplomatistes du XIXе siecle,
cIln lisaient Fhisloire des Xc-XIe siccles en terme d’anarchic (anli-centralisatrice et
antbnationale), il s'est opere une confusion entre des phcnomencs d'ordre diploma-
(lorme donnec a Facte ecrit. slalut de son auteur) ct d'ordre juridique (nature dc
action notifiee, degre de garantie apportee a Fexecution de Facte).
103
Breve typologie des actes medievaux
Qu’y a-t-il au juste dc “prive" dans Facte par lequel un prince londe Fabbaye qui
va devenir la necropole de son lignage? Et de “public", validation a pari, dans Facte
oil le prince, plus souvent l’eveque, est sollicite pour authenlilier la modeste donation
d’une terre? Que dire encore de la simple notice, encore plus evidemment “privee'’,
a laquellc on confere une garantie supplementaire par Fapposition de la souscription
ou du sccau du roi? L'extreme diversite des situations diplomaliques. comme le tr6s
faible niveau de Fautoritc royale, observes dans le royaume de France du XIе et encore
du XIIе siccle, ont done conlraini a abandonner le clivage, trop schcmatique, entre
“acte public" et “acte prive". ou pluldl a s'inierroger sur sa complexity L’acte mis
sous le nom d’un cveque du XIIе siecle. dans des formes varices, el seelle de son
sceau peut cn effet servir des interventions diverses, des plus “publiques" aux plus
“privees", et donl le prelat esl. selon les eas, 1' in it ialeiir. Fmtermediaire ou le simple
notificateur: gestion du diocese (qui. comme cliez le prince, passe rarcinenl par des
“ordonnances" ecrites), re forme d'un chapilre, fondalion d’une abbaye. restitution
d’une eglise privee ou donation d’un bien par un lai'quc a un etablissement eccle-
siastique.
Dans les trois derniers siecles du Moyen Age, 1’cxpansion du droit et plus encore
des juristes, le developpement des administrations, le recours toujours plus grand a
Fccrit rendent les distinctions plus aisees, entre I’ecrit produit par les organes admi-
nistratifs, a commencer par des chancelleries qui meritenl enfm ce nom (chapitre 5),
et Fccrit mis au service des particuliers, ou du rcste Fintcrvention des juristes et des
pouvoirs publics devient, ici aussi, prcponderantc.
Apres de longs debats, les diplomatistes sont done aujourd'hui plus prudents dans
leurs categories. 1 Is prelerent eviter Fexpression, trop large. d’“aete public", et par-
ler d'actc royal, pontilical. princier. episcopal... . a charge d'evaluer. pour chaque
periode. ce qui releve de la sphere de la puissance publique. et d'analyser les mani¬
festations de Yaucioritus. Quant a Fexpression d‘‘vacte prive". elle a etc preeisee par
Robert-1 Icnri I3autier el la C ommission internationale de diplomatique: avec cux, on
entendra par “aele prive" tout acte cmanant d'une personne privee, ou d'une personne
publique agissant pour le compte d'une personne privee.
Actes et lettres. Une autre confusion est possible entre les actes et les lettres, dont
les champs se recoupent largemenl au Moyen Age. L’acte, au sens strict, crce ou con-
firme une action ou une situation juridique; il est crcateur dc droit, le plus souvent
d’un droit particnlier (“privilege", privata /ex): e'est un title faisant foi (“charte" con-
servee dans un ‘vchartrier", fc4title deed" selon la belle expression anglaisc). Les lettres,
au sens strict, servent a adresscr a un destinatairc precis une salutation, des nouvel-
les. Mais si leur auteur est doue d’une autorite, clles peuvent aussi transmettre un
ordre, notifier une nouvelle situation juridique; appelant execution, ellcs demandent
validation. Ainsi devenucs credibles, au sens juridique du terme, elles sont, clles aussi,
dcstinces a la conservation par le beneficiaire. L'evolution s’accelere, sanctionnee par
les mutations stylistiques de Vars dictaminis: actes ei lettres nc cessent de sc rap-
prochcr au cours des XIe-XIlIe siecles. Plus exactement. de larges categories d’actes
prennent la forme d’une lettre. adressee a Funivers: el les lettres deviennent un outil
privilegie du fonctionncment des administrations renaissantes. Le critcre formel n’est
done pas specialement adapte pour delimiter le domaine propre de la diplomatique;
il est important, on le verra souvent. de notcr si Facte est coule dans un moule epis-
104
Breve lypologie cles acres meclievaux
lokiire; mais il faut, avant tout, prendre en compte le role et lc fond du document:
n a-t-il. ou non, creation, modification ou confirmation d’une action on d’une situa-
don juridique?
A - L’ACTE DE SOUVERAIN
Les actcs dcs souverains ont ete l’objet des premiers soins dc la diplomatique. Leur
connaissancc est pourtant loin d’etre parfaite et, surtout. bien repartie scion les perio-
dcs et les pays, evoluant cssenticllement au rythme des entreprises dc reperage et de
publication.
Dans lcs royaumes dits “barbares". Ic moulc dc Facte esi directcmcnl emprunte a
radministration impcriale. dont Ic mi cst un delegue et restc un imilatcur. Tvpologic
dcs actcs, ccriture. vocabulairc sont adaptes de Facte imperial, plus cxactement de
I'actedc haul fonctionnaire provincial. Mais Fextrcme dispersion et la pauvrete insigne
du material! permettent au plus de tracer une histoire en point i I le: on n'a conserve
aucim original dcs actes imperiaux romains. et settlement de rares fragments des aetes
dc hauls fonctionnaires. Des rois “barbares" du Continent, les Merovingiens sont les
seals donl on ait encore des originaux (il en reste 38, tous transmis par le chartrier
dc Saint-Denis). Cl des memos Merovingiens, seule une petite centaine d’actcs sinec-
rcs nous cst parvenue. dont aucun ne subsistc du VIе siecle.
II s’agit cssentiellement de pri\ ileges (“preceples"). continuant ou sanctionnant des
donations royales. octrovant Fimmunilc, conllnnant aussi les donations faites par des
particuliers. ainsi que dcs sentences du tribunal royal (placitu). Seuls quelques eta-
blisscmcnts ecclesiastiques les out conserves. Mais. commc a Fcpoque suivante. une
large gamme typologique e.xprime lcs inler\entions royales: sans mcme evoquer lcs
“edits". Fon sait. d’apres les formulaircs et quelques mentions, que les souverains
cement, la plupart du temps sous forme de lettres. des mandata (mesures en faveur
d'un plaignant. issues des “rcscrits" imperiau.x). des imliatH (lettres en matiere d’admi-
nistration courante. en particulier lors des nominations de hauls fonctionnaires ou dcs
elections d'evcques). dcs tractoriae (a Forigine convocations entrainant le droit de
requisition de la poste imperiale. devalues privileges d’exemplion de tonlieu).
De nombreux traits conimuns subsistent a Fepoque carolingienne. qui est un
moment Ibndateur dans Fhistoirc de Facte royal imperial (document n° 2). Fes lacu-
ncs sont aussi irrilantes qu’aux sieclcs precedents: la production du tribunal du palais
Iqui iravaille en dehors de la chancellerie) et les lettres d’administralion courante sont
liHijours aussi mal conserv ees. Mais la production est a la fois plus nombreuse cl mieux
arelmee par dcs destmataircs cu.x-memes plus nombreux. Fssenliellement Ibrmee
l*c preccptes. plus ou moins solennels (document iV 2), la documentation aujourd'hui
conservee se monte a cm iron 2.800 actcs sinceres ou a base sincere, integrau.x ou
e°nnus cn extraits, dont un millier d'originaux. outre environ 500 mentions d'actes
perdus et 350 faux, pour Fensemble des souverains “camlingiens" (dc 751 a 987 en
France et a 911 en Germanic, en у joignant les royaumes cFItalie. Provence et
Bourgogne avant la mainmise otloniennc ou salienne).
Les elements fondateurs de la synthesc carolingienne sont la normalisation de Fecri-
hire documentaire, la reforme grammaticalc du latin, Fimpcriale majeste de la pre-
105
Breve typologie cles actes medievaux
senlation ct dcs signcs dc validation, la cleriealisalion du personnel de la “chancelle-
rie" qui esl en fait, fondamentalcment, une chapelle. Sur le vicux fond mcrovingien
(donations, restitutions, protection, immunitc), les Carolingicns dcveloppent conside-
rablement lc domainc des confirmations: confirmations des donations faites par des
particuliers (document nc 2). dcs actes perdus (“pancarles"), du nouveau statut des
etablissemenls ecclcsiastiques (separation des menses, etc.), de la geslion de leurs
biens (echangcs). On comprend comment la politique rcligicuse des souverains du
IXе siecle marque de son einpreinle la typologie des actes, mais aussi en retour com-
bien ccs documents, fondateurs pour des clablisscments “restaures", out eu une chance
dccuplce de survie archivislique (au memc litre que les innombrables faux que les
interesscs commencenl alors a mellrc sous le nom de Dagobert...). On ne conserve
que par hasard quelques actes destines a des laiques.
Les solutions carolingiennes crcent en Europe une double tradition, cforganisa-
lion dcs chancelleries et de presentation dc facte, qui se prolonge partout jusqu’au
XIIIе siecle et dont seules, d’un royaume a f autre, varient les modalites. A Test, les
Ottoniens appliqucnt leur ideal de renovatio au domainc diplomatique commc aux
autres (document n° 4). A fouest, les Capelicns directs suivenl tant bien que mal le
modele carolingien, fadaplent par touches progressives: la synlhesc, ici, ne se stabi¬
lise qifau cours du XIIе siecle (document n° 6). Un large XIе siecle a vu, partout mais
surtout en France, la plus grande extension de phcnomcnes qui, pour n'etre pas nou-
veaux. ont pu sembler contradictoircs avec les solutions carolingiennes: reinlroduc-
1 ion. au bas de facte royal, dc souscriptions de tiers (document n° 39), etablisse-
menl if un nombre croissant d'acles royaux par les soins du destinalaire (document
n° 5). Encore ces phcnomcnes doivenl-iIs clrc evalues moins en lermes ifanarchic
que d'adaplation.
L'clcmenl le plus spectaculaire de cetle evolution, dans le royaume de France, est
la chute du nombre des actes conserves, dont. a la difference de la periode merovin-
gienne, seulc une baisse de la production ccrite peut rendre comple. Robert-Henri
Bautier a signale que les prodromes s'en voient des la fin du IXе siecle. La Germanic
ifArnulf (887-899) nous a conserve 237 actes, contrc 80 dans le royaume de Francie
occidentale aux memes annees. Alors que les Ottoniens maintiennent. voire elevent.
le nombre d'aclcs (document n° 5), la production de fouest decline, avant dc rernon-
ler lentement au XIIе siecle. Du roi de France Philippe Icr (1060-1108). on a conserve,
sans compter 9 mentions, 123 actes au nom du roi el 40 actes de tiers simplcment
souscrits par le roi: lout compris done, une moyenne annuel le de 3,6 actes. 11 faul
altcndrc le regne de Louis VI (1 108-1 137) pour rclrouver. avec environ 13 actes par
an, la moyenne atteinle sous lc regne de Charles le Chauve (840-877).
La production des actes royaux (on imperiaux) par les deslinataircs ne prend fi11
que dans un XIIе siecle tardif. En France, des 123 actes au nom de Philippe Icr, 56
au plus sont entierement composes a la chancclleric: autrement dil, sur la base du
material! conserve, moins d' 1.2 acte par an! Sous Fempcreur Lolhaire III (1125-1137).
la moitie seulement des actes serait produite par la chancclleric. Des 458 original!*
conserves de Frederic Iе1 Barberousse (1 152-1 190), 314 (69°o) sont surement des
produits dc la chancellerie, 35 (8%) surement attribuables aux deslinataircs. Le der-
nier acte royal frangais connu qui soit etabli par le destinataire esl de 1190.
106
Breve typologie des actes medievciux
Les XIlc-X11 Iе siecles sont unc epoque de gestation. oil Гоп \ oit sc preparer im Ibr-
nmlahle essor de Facte ccril ct sc ehercher des typologies (document n° 28) qui,
pronressivemenl. vont rcparlir dans des cadres rigides la production de chancelleries
plus stables, plus etoffees. Le royaume d'Anglcterre a lance le mouvcnienl: le deve-
ioppement de la lettre administrative ('‘writ", mandement) el de categories d'actes.
dislinguees avec fennete par leur scellemcnt. par leurs Ibrmules, par les personnels
mtervenant dans la redaction, va bicntdl de pair avec renregistrement des actes sur
de longs rouleaux. En I 130, environ 300 ordres ecrits servent a engager des depen-
ses royales: en extrapolanl, on a pu estimer a einiron 2.000 le nomhre d'actes qui.
eelte annec-la. out du elrc mis sous le nom du roi Henri Ier. La France suit, beau-
coup plus loin: de Louis VII (1 137-1180), on conserve, mentions comprises, envi¬
ron 950 actes (environ 22 par an); de Philippe Auguste (1180-1223), environ 1.900
actes (environ 44 par an). Pour Г Empire, la magnifique edition qui vient d’etre achcvee
des actes de Frederic Icr Barberousse (1 152-1 190) pennet de recenser, outre un maxi¬
mum dc 194 mentions d’actes perdus, 1.032 actes sincercs (en tout, environ 32 par
an): les categories les plus formes sont rcprcscnlecs par 553 diplomcs solcnnels, 230
prcceples simples, 102 mandements, 49 lcltres. 13 jugements, 21 traites. lei, comme
dans la France de Louis VII et Philippe Auguste, le faiblc chilTre des lettres en matiere
administrative laissc des doutes sur les chances de conservation de ces aclcs transi-
toires, mais aussi sur Faptitude de l’administration a les produire, comme bicntol, sur
une large echelle.
Preparee par eette lente genese, la diplomatique des actes dc sou\crain s'alTermit
dans les deux derniers siecles du Moyen Age. En de nombreux royaumes, comme a
la chancellerie pontillcale, le vieux “privilege" herite des temps carolingicns expire
an debut du XIVе siecle. Dans le royaume de France, la typologie, soulignee jusque
dans les variations du sccllcment. juxtapose “chartcs" ct “lettres", sur double ou simple
queue (documents n° 7-9: encore ne presenle-t-on pas ici le domaine des lettres scel-
lecs du sceau du secret, dc circ rouge el plaque). Un seclcur. numcriqucment laible.
est menage pour Faffirmalion d'une ideologic royale sans cesse approlbndie. par le
moyen d'actes plus solennels dans la languc cl la presentation cl qui out valour dc
maniIcstes. directs ou indirects (document n° 29). Par ailleurs. la production de l"ccril
iulministralif explose. Le personnel des chancelleries, dont le caraclere clerical dis-
paraii ou s'attenue. traduil ce double mouvement: ce sont des serviteurs du prince,
des letires (el done parmi les moil leurs agents de la diffusion de Flumianisme). mais
uussi des jurisies el des administraleurs (el done parmi les meilleurs cadres de la
^stmn du royaume). Le personnel subit en consequence un fort mouvement de spe¬
cialisation. inegalcinent marque scion les rovaumes. entre “clercs"-“nolaires". charges
la production de masse dans le cadre d*insliliitions Fixes, et “secretaires"(^“clercs
du secret"), plus prochcs du souverain. occupcs a sa propagandc el a sa diplomatic,
uux missions temporaircs.
Га quote des actes royaux du has Moyen Age dans les archives des destinataires
deinandc an chercheur des efforts disproportionnos, rendus decev ants par la mauv aise
conservation des archives laiques. Comme renregistrement est, la pluparl du temps.
llCs soleclif (chapilre 5, p. 236-237), il ne reste plus que des moyens delournes pour
P1 endre la mesure de I’explosion documentatre. On a mono des calculs, incvitable-
1110111 fciossiers. a partir de la consommalion de cire par les chancelleries. 11 en res-
107
Breve typologie des actes medievaux
sort que dans les premieres decennies du XIVе sieclc. en France cotnme en Angleterre,
on expedic an nom du roi entre 30.000 el 50.000 actes par an.
Le materiau, plus abondant et mieux reparli, el les formula ires renaissants per-
metlenl d’apprehender, avec tin moindre risque de biais, la diversite des interventions
du roi de France, que Гоп prendra ici encore commc exemple. Les lormulaires posem
des categories inegalemcnt opcraloires: lettres de justice (tout aele interessant le derou-
lenient d'une procedure: “lettres de sang” quand Faffaire cst criminelle), lettres dc
finance (a eommeneer par les mandats de paiement neeessaircs pour engager toutc
depense ne revenant pas immuablement chaque annee). lettres de gniec (toute gnlce,
prise de gratia spedali. memo si e'est a la suite d'une requete. en favour d'une pet-
sonne physique ou morale). Ли plus liaut ni\cau. la decision generate creatricc de
droit (edit, ordonnance) rcapparait lentement sous une forme cerile. depuis les plus
anciennes conservees (1144, 1155), mais emprunte encore des formes diplomatique*
incertaines. A Fautre oppose, le mandement (ordre ponetuel donne sous forme de let-
tie) regule et dirige concretement le travail administratif. Dans le domainc des graces
(mieux eonnues par les regislrcs dc la chancellerie quand cites sont perpetuclles, ou
par les archives judiciaires quand elles touchcnt la procedure), la typologie cst foi-
sonnanle. Les “lettres de remission” sont les mieux conservees (grace a Fcnregistrc-
ment) et les plus eelebres: le roi у intervient pour interrompre des poursuites au cri-
mincl (on parle. plutot par convention ear leur vocabulaire cst incertain, de “lettres
d'abolition” quand elles sont collectives, et de “lettres de pardon” quand le cas cst
moins grave que Fhomicide). Un etage au-dessous, la ehanccllerie peut dclivrerdcs
“lettres de commutation de peine” ou “de rappel de ban”. Ln matierc d'obligations.
les “lettres de usitris” permettent au debiteur de ne rembourser que le capital, sans les
interels juges usuraircs: mais les “lettres de dehitis” permettent aux creancicrs de le
contraindre au remboursement: les “lettres de rcpil” Ini offrent un moratoirc: les “let¬
tres d'etat” laisscnt ses affaires en Fetal, le temps d'une mission de service public.
Les “lettres de don” noli (lent une donation par le roi a un fidele: a ce secteur ancien,
Fextension du pouvoir royal ajoute d'autres types de concession: concession de foi-
res el marches, autorisation d'eriger des fourches patibulaires ou de fortifier line
demeure (domainc ou la monarchic anglaise avait plus lot et plus systematiquement
affirmc ses prerogatives regaliennes, avec les lettres de erenelate). D'autres privile¬
ges regardent la condition des personnes: annoblissemenl d'un roturier. “maintenuc
de noblesse” d'un noble au slatut douteux. legitimation d'un batard. naturalite ou bour¬
geoisie d'un etrangcr. concession d'armes royales (document n ' 29). Au secteur ancien
de la prise sous la protection royale (“sauvegarde”: “garde gardienne” avec sous-
traction aux juridictions ordinaires et nomination d'un juge special, conservateur des
privileges de I'ctablissement: “sauf-conduit” personnel), lu ehanccllerie royale ajoute,
en favour de personnes physiques ou morales, les “lettres de eomtnitfinws'\ qui auto-
risent le beneliciaire a plaider. des la premiere instance, devanl une juridietion spe-
ciale. Les “lettres d'amoilissement” autorisent un etablissement ecclesiastique a aeque-
rir un bien tombant en mainmorle. Les “lettres de non-prejudice” declarent qu'unc
action precise ne pourra crcer de precedent au benefice du roi. Le formidable essor
de Facte de souverain esl done autant qualitatif que quantitatif.
108
Breve typologie cieу acles medievaux
Bibliographic generate
l-n attendant la publication dcs actes de deux colloques dc la Commission inler-
njiionalc de diplomatique: Olmiilz (septembre-octobrc 1992) sur la diplomatique impe-
n;ile et royale avant 1200, Porto (septembre 1991) sur la diplomatique imperiale ct
,0vale aux XIII°-X1 Vе siecles (les deux volumes seront accompagnes de nombreuscs
icpi eductions):
[Roberl-Henri Bautier], Documents imperiaux et rovau.x cie VEurope medievale:
i dialogue de / 'exposition, Paris: Archives nationalcs, 1977, 96 p.
330 notices, suivanl un ordre geographique ct typologiquc, avec commentaires diploma-
liques mais sans reproductions.
Wilhelm Lrben, “Die Kaiser- und Konigsurkundcn des Vliltelalters in Deutschland.
Irankreich und ItalicrT, dans W. Erben, Ludwig Schmilz-Kallcnberg ct Oswald
Redlich, Urkundenlehrc\ t. IV, Munich-Berlin, 1907, p. 37-369.
liuivitablemenl vieilli. surtout pour la periode anlcrieure au XIIIе siecle. ou les etudes se
sont multipliees: utile pour revolution d’ensemble des chancelleries et suggestif par sa
mise en perspective comparaliste.
C'arlrichard Briihl, “Cdi alii sovrani". dans Atti del Congresso internazionale tenuto
in occusione del 90° anniversario deltaJondazione dell'lstituto storico ilaliano (1883-
19?3)% Rome: Istituto storico italiano per il Medioevo, 1978, p. 19-40.
Haul Moyen Age
Peter Classen. “Kaiserreskript und Konigsurkundcn: diplomatische Studien zum
rdmisch-germanischen Kontinuitatsproblcin", dans Archiv fur Diplonuilik, 1, 1955, p.
I-N7, et 2. 1956, p. 1-115: reed, a part. Thessalonique: Kenlron buzantinon ereunon,
1977, XXVII-254 p., pi.
t arli icliard Briihl, “Diplomatique comparce des royaumes barbares", dans Annua ire
{lc / keolepratique des Jlautes-Efudes. IVе Section, 109, 1976-1977, p. 507-537.
David Ganz et Walter GolTarl, “Charters earlier than 800 from French Collections*',
dans Speculum, 65, 1990. p. 906-932.
Discussion nourrie a propos de la publication des originaux anterieurs a 800: concerne
iuissi les actcs prives.
Anton Scharer, Die Angelsdchsische KdnigsurKunae im ,. ,.
icnne-Cologne-Graz: Bohlau, 1982, 309 p. {Veroffentlichungen des Institutsfur
dsierreichische Geschichtsforschung, 26).
Angel Canellas Lopez. Diplomatica hispano-visigoda. Saragosse: Institucion
^erdinando el Catolico, 1979, 283 p.. ill.
Concerne aussi les actes prives.
Carlrichard Briihl, Studien zu den langobardischen Konigsurkundcn. Tiibingen:
• demeyer, 1970, X-237 p. (Bibliothek des deutschen historisehen Instituts in Rom.
109
Breve typologie cies actes medievaux
Robert-Henri Bautier, k‘La chancellerie et les actes royaux dans les royaumes саго-
lingiens”, dans Bibliotheque de I’Ecole des chartes, 142, 1984, p. 5-8; reimpr. dans
Charles, sceaux et chancelleriest. II, p. 461-536.
Bibliogniphie des editions cl des recueils de fac-similcs: p. 76-80; p 532-536 de la reim¬
pression.
Etudes nationales
France.— Georges Tessier, Diplomatique royale frangaise, Paris, 1962, XI-340
p. et 23 pi.
Л completer, pour les Merovingians, des recherchcs cn cours de Jean Vezin el Hartmut
Alsma, et pour les Carolingiens de la synthese deja citce de R.-H. Bautier.
Ilya bcaueoup a liter, pour une comprehension plus large de Facte royal, d’enque-
tes eomme celles de Claude Gauvard, "De grace especial": crime, Etal et societeen
France d la fin du Moyen Age, Paris: Publications de la Sorbonnc. 2 vol., 1991.
LXXXV-1025 p., qui cxploitc le corpus des letlres de remission; ct de Gerard
Giordanengo, “Le pouvoir legislatif du roi de France (Xlc-XUIe sieclc): travaux recents
et hypotheses de recherche'1, dans Bibliotheque de FEcole des chartes, 147, 1989, p.
283-310.
Pour se lamiliariser avec les actes royaux du bas Moyen Age: A. Giry, Manuel de
diplomatique.. , p. 777-780, fournil de tres utiles definitions sur le contenu des actes
(se mefier des nomenclatures diplomatiqucs. perimees par G. Tessier, Diplomatique
royale...). Les premiers volumes du Recueil des documents concernant le Poitou con-
tenus dans les registres de la chancellerie de France, ed. par Paul Guerin, Poitiers,
a partir de 1881 {Archives historiques du Poitou, vol. XI, XIII, XVII, XIX, etc.) don-
nent lc lexte integral d’actes a valeur pcrpetuelle. au contenu tres diversific. Pour les
mandements ct autres letlres a contenu administratif el politique, Leopold Delisle.
Mandements et actes divers de Charles V (1364-1380), Paris, 1874, ХП-1036 p. (sc
meller de la nomenclature diplomatique car, comme Fccrit G. Tessier, Diplomatique
royale..., p. 235, n. 2, "M’illustre savant a malheurcusement perdu de vuc Finterct
diplomatique de ces documents”; on peul ajouler que Fillustrc bibliothccaire a mal-
heurcusement dedaigne les documents conserves aux Archives nationales).
Rots et emplrelrs Л11 em vnds — On не dispose encore d'aueunc bonne synthese.
et le problcme esl compliquc par le manque de stabilite de la chancellerie. En atten¬
dant, on doit completer par de nombreuses etudes ponctuellcs Fexposc classique de
Rudolf Thommen ct Ludwig Schmitz-Kallenbcrg, Urkundenfehre, t. I, Grundbegrijfc
Komgs- und Kaiserurkunden, 2e ed.. Leipzig, 1913, VI-116 p. (Grundriss der
Geschichts wissenschaft, 1 -2).
Bvzwce.—- 11 у a beaucoup a apprendre, dans une perspective comparatiste, de
Facte imperial byzanlin: Frantz Dolger et Johannes Karayannopulos. Byzantinisclut
Urkundenfehre, t. 1, Die Kaiserurkunden, Munich: С. H. Bcck'schc, 1968, XXXIV-
205 p., ill.; Particle de Peter Wirth, “Untersuchungen zur byzanlinichen Kaiserurkunden
des spaten Mittelaltcrs”, dans Archiv fur Diplomatik, 18, 1972. p. 399-412. apporte
des vues interessantes sur Finfluence du grec vernaculaire sur la langue des actes.
Breve typo logic des cictes medievaux
Лм.1 .iiiLRKi. Le mcillcur point tie depart pour la periotic anglo-normande est
Jans Peter Chaplais, English royal documents (King John-llenry 17, 1199-1461),
Oxford: Clarendon Press. 1971. Xll-84 p. dont 27 pi. On trouvera d'autres planches.
л\ее commentaire diplomatique, dans Facsimiles of original charters and writs of
kuni Stephen, the Empress Mathilda and Dukes Geoffrey and Henry (1135-1154). ed.
by II. A. Cronne anti R.II.C. Davis, Oxford: Clarendon Press, 1969. V111-3 I p., 50
pj Raoul C. Van Caenegem. Royal writs in England from the Conquest to Glanvill.
I entires, 1959, XUX-556 p., pi. (Publications of the Se/den Society. 11).
Pimnsi i.l шькк}1 l. - Le morcellemcnt politique e! Fcnormc masse tic la docu¬
mentation conservee entravcnl les syntheses. Pour les royaumes asturo-leonais et cata-
lano-aragonais. precieuses mises au point bibliographiques par Jose Trenchs, Angel
( anellas Lopez. Maria Jose Carbone» et Lraneiseo Gimeno, dans Bolletin de la
Suciedad castellonense de cultura. 58. 1982. p. 315-394 el 549-568: a completer du
volume collectif Folia hudapestina. Saragosse: Institution Fernando el Calolico. 1983,
S*7 p. cl 10 pi. (v compris la Navarre du XIе siecle, par Santt)s (iarcia Larragucta. p.
7-22) cl de Felutle tie Jose Trenchs el Antonio M. Arago. Las cancillerias de la corona
dc Aragon г Mallorca desde Jaime l a la muerfe de Juan If Saragosse: Institution
l ernaiulocl Calolico, 1984. 202 p. el pi. (Folia parisiensia. I). Pour la Castillc. Maria
dc la Solerrana Martin Posligo. La cancillcria castelLtna de los reyes catolicos.
Valladolid: Lniversidad de Valladolid, 1959. XVI-3S3 p.. pi. Pour le Portugal. Padre
Velino de Jesus da Costa. “La chancellcric royale portugaisc jusqifau milieu du XIIIе
ML'cle’', dans Revista portugesa de historic. 15. 1975, p. 143-168 et 22 pi.
11 M ir. 1)1 SLD— Pour la diplomatique dcs rois normands. point de depart d'une
\aste enquetc (poursuivie par Theo Kolzer et IIerbert Zielinski) dans Carlrichard Briihl,
I rkunden and Kanzlei Rogers ll. von Sizilien, Colognc-Vienne: Bohlau, 1978, VIII-
■'04 p., ill. (Studien zu den normannisch-staufischen Herrscherurkunden Siziliens. 1).
В - L'ACTE PRINCIER, SEIGNEURIAL ET COMMUNAL
l.c doimine dc l'aclc princicr. bientot seigneurial. s'ouxre a nos yeux t|iiaiul dcs
princes eoulent. dans Ic motile dc Facte royal. Г expression cl * nil pouvoir plus indc-
pendant. Lneore faul-il voir que cette affirmation est Ires longtcmps Ic fail, moins de
eluincelleries" princicres organisces. que ties dcslinataires: rappelons que Guillaume
*e iJatard. due de Normandie, n'a avant la complete de FAngleterre en 1066 ni sceau
111 memc Febauche cFune chancellerie. De son activitc (donations ou confirmations
II des etablissemcnts ecclcsiastiques) de 1038 a 1066, nous sont pourtant parvenus,
°tilre 23 mentions. 28 actes intitules a son nom el 81 actcs de fideles souscrits de sa
ma,n- Autre cas de figure avec le comte de Barcelone qui, deja puissant et largcment
^dependant a la fin du Xе siecle, recourt au systeme. bien rode, de Facte privc (docu¬
ment n° 17).
^ est en fait au cours du XIIе siecle que Foil voil se tleveloppcr tine diplomatique
Pnncicre plus forme, oil les destinnlaires conservent une part importanle. mais oil la
^‘ipellc princiere fournit nil embryon de chancellerie: dans ce cas. Facte introduil au
atl,r nieme tin pouvoir princicr. quand il lie permel tie sontler 1 'esprit du chapclain
‘tKHimeni n 10). Quant a Facte seigneurial. il ne merite la plupart du temps son nom
Ч11 11 ra*sou du statiil tie Fautcur de Facte ccrit: la redaction, qui pent tire le fait tin
Breve hpologie cies actes medievaux
chapelain, cst essentiellement le fait des dcstinataires. puis des ecrivains profession*
nels qui grouillent des le debut du XIIIе sieclc (document n° 12).
Les evolutions sont plus tranchees ensuite. Mais, quel que soit leur niveau effectif
d'indepcndance, les princes nc pcuvenl que reproduire les solutions de Facte royal,
qu’ils sc donnent un statut quasi-royal (dues de Bretagne, princes d'Empire...), ou
que leur pouvoir soit. comme dans les apanages frangais, un prolongcment de celui
du souverain (document n° 1 1). Typologie dcs actes, nature des interventions, solu¬
tions diplomatiques (formulcs, sccllement, mentions hors tcncur...): tout est la pour
le montrer, jusque dans le nombre croissant des actes. Les administrations princiercs
cn ont produit dcs millions, dont il ne rcste que des epaves, sauf dans des cas que le
hasard archivistique a rendus cxceptionnels: enregistrement systematique, conserva¬
tion des archives d'une chambre des comptes.
On peut enfin signaler pour memoire que les plus autonomes des communes (Italic.
Rhenanie, Flandre) ont pu dcveloppcr dans les trois derniers siecles du Moyen Age
une diplomatique communale. ou beaucoup rcste encore a ctudier, mais ou le gros
de la production se repartit entre lettres et documents de gestion.
Bibliographic
Lanclesherrliche Kanzleien im Spdtmiielalter (VI. internazionaler Kongrefi fib
Diplomafik. Miinchen, 1983). 2 \ol., Munich: Arbco-Gesellschaft, 1984 (Miinchener
Beitrdge zur Xledidvistik und Renaissance-Forschung. XXXV-1 2). On pourra com¬
pleter la consultation des actes de ce colloque par cellc du catalogue de Lexposition
preparee a la memc occasion, sur la base de documents dcs archives bavaroises: Die
Fiirstenkanzlei des Mittelalters: Anfcinge weltlicher und geistlicher Zentralverwaltimg
in Bayern. Munich: Degencr, 1983, 192 p.. ill.
Parmi les eludes ponctuclles, Walter Prevcnicr, “La chancellerie des comtes de
Flandre dans le cadre europeen a la fin du XIIе siecleA dans Bibliothecjue de FEcole
des cluirtes, 125. 1967, p. 34-93, ouvre de nombreuscs voies dans le domaine des
echanges d'inlluences entre chancelleries princiercs. Anne-Lise Rcy-Courtel, La chair
cellerie et les actes cFEudes IV due de Bourgogne (1315-1349)* dans Bibliotheque c\e
FEcole des diaries, 135, 1977, p. 23-71. et Chanlale Rcydellet-Guttinger. La chair
cellerie cF Humbert II dauphin de Viennois (1333-1349), dans Archiv fur Diplomatic
20, 1974, p. 241-383, donnent de bonnes illustrations dcs problemes du XIVе siecle.
Pour se familiariscr a\cc Facte princicr: editions citces ci-dessous, p. 345-346.
Pour les communes, Fouvrage de reference sur FItalie reslc Pietro Torclli, Studie
ricerche di diplomatica conumale, Mantouc, 1912-1915. Voir aussi ci-dcssous, chf
pitre 5, p. 244. Un ties beau corpus, avec une importante introduction: Angelo Bartoli
Langcli, Codice diplomatics del сопите di Perugia...* t. 1. 1139-1237. Perouse:
Deputazione di storia patria per FUmbria, 1983, CXXXV-356 p. {Fond per la sto-
ria del FUmbria. 15).
112
Breve typologie cles actes medievaux
C - L’ACTE PONTIFICAL
I hide pontifical constituc, on I'imagine, un material! essentiel pour fhistoricn
lommc pour I о diplomat isle, abundant surtout entre les deux grandes periodes que sont
hi Reforme gregorienne (centralisation a Rome du gouvernement de l'Eglise) et lc
Ncjour on Avignon (explosion des provisions de benefices). Thomas Frcnz a cvalue a
L-n\iron 25.000-30.000 le nombre total des actes qui auraient ete expedies par les papes
Hi4|ii‘en 1200: a un nombre scnsiblemenl egal les actes expedies durant le seul XIIIе
мсек*. A la fin du XVе siecle. la C urie, tons organcs confondus, aurail etabli environ
30.()()() actes par an. Si Гоп se 1‘onde sur le material! conserve, on connait environ 4.000
lettres et actes pontilicaux jusqu’au milieu du XIе siecle (donl seulemenl 52 originaux,
lc plus ancien de 788): une moyenne annuclle de 45 actes par an sous Gregoire VII
(1073-1085), 180 sous Alexandre III (1159-1181), 600 sous Honorius III (1216-1227).
D'apres les achats de plomb et de soie, la chanccllerie de Boniface VI11 aurait expe-
die 63.000 actes en 1299 (on prepare alors le Jubilc) et 11.000 actes en 1302.
(.‘existence d’exccllents manucls permet d’aller vite dans la presentation de ce mate-
tiau foisonnant, marque aussi par la pregnance du modele epistolaire, par Texccption-
nelle rigiditc dcs formulaires et des solutions diplomatiqucs, dont les exemples de la
rota el du cursus ont deja montre le raffmement et le traditionnalismc (ci-dessus, p.
22 el 96). Pour faire bref. on rappellera que le domaine diplomatique, comme chez les
piinces laiques. csl scinde entre les privileges, formule lourde abandonnee au XIVе sie-
vle (document n° 13). et les lettres. au sens diplomatique, qui se fixent et enflcnt au
XIIе siecle (document n° 14): la cesure majeure se fait entre lettres a valour perpcluellc
et lettres a valeur transitoire, principalcment dans le domaine judiciaire et administratif:
elle se lit a la nature de Tattache de la bulle (soie precieuse ou chanvre glossier).
Quelqucs types derives rcmplissenl dcs besoins marginaux: privileges mineurs du XIIе
siecle. alleges de la rota, du bene valete el des souscriptions cardinalices: lettres plus
solennelles: “bulles" stricto sensu (dont la solennite se marque dans une premiere ligne
cn e‘ttacteres allonges), “lettres consisloriales” ou renaissenl rota et souscriptions
cardinal ices. Seelies de cire rouge, mettant en vedette le nom du pape et rediges par dcs
Sv'ereiaires, les brefs. enfin. adaptcnt, mais seulemcnt a la fin du XIVе siecle, les actes
IX' par le roi" et “By the king" des grandes monarchies europcennes.
Bibliographic
foul est fait ici pour combler lc cherchcur, qui trouvera un expose d'cnsemble, ties
synthetique, et une admirable bibliographie dans:
fhomas Frcnz, Papsturkunden des Mittelalters und der Seuzeit. Stuttgart: Franz
Steiner, 1986. 114 p., tabl.. 15 pi. (Historische Grundwissemchaften, 2).
Gi traduction italienne de Sergio Pagano integre line misc a jour bibliographique ct de
nouvellcs planches sous le litre: / documenti pontifici net Medioevo e ncH’etd moderna,
Vatican: Scuola vaticana di paleografia, diplomalica c archivistica, 1989, 214 p.. tabl.,
27 pi. (Lit lera anfiqua. 6).
И nc perime pas lc manuel, plus analylique, de Paulius Rabikauskas, Diplomatics
f)(>nti/icia; praelectiomim lineamenta, Rome: Pontificia Univcrsita ercuoriana, 2e cd.,
233 p. ^ ^
Breve typologie des actes medievaux
Pour sc familiariscr avec facte pontifical: ime magnilique selection de documents,
etages de 819 a 1843, est donnee dans Exetnpla scripruranim. fuse. III. Acta pontifu
cum, par Ciiulio Battelli, 2e ed., Vatican: Biblioteca apostolica valicana, 1965, 50 pi,
I fasc. de transcriptions. 51 p.— Fes editions sont innombrables (ci-dessous, p. 333-
337). mais a partir du XIIIе siecle donnenl la plupart du temps des regesles ou dcs
lextes tires des regislres. Pour un premier contact avee la documentation antcrieurea
1 198. on pourra consulter les publications de la “Pius-Stillung" (par exemple Dietrich
Fohrmann, Paspturkunden in f'rankreich, Neue Polge. 1. VII, Xbrdliche Ile-de-France
and lerniandois, Gottingen: Vandenhocck et Ruprecht. 1976. 691 p., qui fournit une
edition, parfaile. de 371 privileges et lettres): pour la production du XIVе siecle, divers
volumes dcs Analecta vaficano-belgica... (par exemple Arnold Payen, Lettres de Jean
XXII /1316-1334/. 2 vol., Rome-Bruxelles-Paris, 1908-1912 [Analecta.... 2-3]. qui
a eu la bonne idee de commence!* par un "formulaire" ou il fournit des specimens des
types de lettres les plus frequents a fepoque).
D - CACTE EPISCOPAL
Rcpresente jusque-la par de rares specimens, facte episcopal explose, specialement
dans Г Europe septentrionale, au XIе et plus encore au XIIе siecle: deux moments ou
se liscnt d'abord fexercice de nombreux pouxoirs d'csscnce publique (imposant
comme modele facte de souverain), puis la reception du modele ecclesiologique gre-
gorien (dilTusant Pimitation de certaines solutions diplomatiques pontillcales). Au
XIIе siecle, son role ralTermi dans la gestion du diocese (document ir 32). feveque
s'impose ou se voit sollicite, comme inlermediaire, dans de nombreuses transactions
entre elablissemenls ct particuliers, leur offrant la garantie d'un sceau pleinement
authenlique (document n° 15). Delegucc dcs la fin du siecle a dcs officiaux, a des
doyens de chretiente, a des cures, cette fonction “notificatricc". donl f etude rcssortit
plutot au domaine de facte prive. fait de facte episcopal, dans cette periode precise,
fun des vecteurs privilegies des actionsjuridiques mises parecril. et done une source
historic|ue essentielle dans toutes les zones septentrionales qui ignorent ou negligent
le recours a fecrivain prolessionnel. A compter du XIIIе siecle. il dexienl plus cxclu-
sivement un outil de gestion du diocese, dont fetude, a vrai dire largement negligee,
devrait apporter des elements passionnants stir revolution du pouvoir episcopal comme
sur la formation uimersiiaire des redaeleurs.
Bibliographic
Hn attendant la publication des actes du colloque de la Commission internationale
de diplomatique (Innsbruck, septcmbre-octobre 1993), consacrc a la diplomatique
episcopale europcenne. on peul rccourir a deux etudes de cas ct a un recueil d’artf
cles conccrnant esscntiellemcnl la France (cf. aussi p. 22):
Christopher Robert Cheney, English bishop's chanceries. 1100-1250, Manchester:
Manchester University Press, 1950. XII-176 p. {Publications of the Faculty of arts oj
the University of Manchester, 3).
Breve typologie des actes medievaux
Benoil-Michel Took, L'ne chancellerie episcopcde au XIIе siecle: le ects d'Arras.
Louvain-la-Ncuve: Universite catholique, 1991, XVIII-309 p., 8 pi., 13 microfiches
(avec large bibliographie).
.1 propos des actes d'deques, horn mage a Lucie Fossier, etudes reunies par Michel
Purisse, Nancy: Presses universitaires de Nancy, 1991, 324 p.
Pour sc familiariser avec la production de la grande epoque: B.-M. Tock, Les diar¬
ies des deques d'Arras (1093-1203A Paris: C.T.H.S., 1991, LX11-420 p. (Documents
inedits in-<S°, 20).
I: - L’ACTE PR1VE
Par la definition elargie de facte prive. qu'on a rappelee ci-dcssus (p. 104). la diplo¬
matique a pu sonir du debat on ellc risquait de s'enliser, on prenanl en eompte tin
critere plus juridique (la nature de faction juridique et le slatut de ses prolagonistes)
quo diplomatique (la forme de facte el la nature de son authentification). La diplo¬
matique de facte prive a pu ainsi poser sa proWematique sur une base elargie autant
quo stimulante: dans une societe donnee, quels sont les moyens utilises pour donner
\alidite aux actions impliquant des partial Nets (dons. \ elites, echanges. concessions
a lerme ou pcrpetuelles contre redevances. devolution de biens lors d’unc union ou
aprcs un deces, conlrats commerciaux, etc.), pour leur e\iler les contestations ct les
tiansmeltrc aux generations suivantes sous une forme authentique (e'est-a-dire recon-
nuc commc telle par la societe environnante)?
Lc domainc est vaste, les connaissances inegalemcnt reparties. On nc pent ici que
I eiflcurcr. en degageant a ires grands traits quelques lignes de force de f evolution.
et on insistant une fois encore sur la documentation frangaise, particulieremcnt riche
par la juxtaposition des solutions septentrionalcs et meridionales.
lusqifau Xе siecle sc poursuivenl lant bien que mal. non sans adaptations et avec
plus ou moms de science, mais purloin, les solutions mises au point dans f Anliquitc.
nomuilisecs par fempereur Justinien (documents ir lb-17). La redaction est le lail.
м I on pent forcer le trail. iTecrivains "prolessionnels". plus ou moins specialises,
sou\ent qualifies de "notaires” (dans facceplion antique), parfois de "labellions" ou
de‘'scribes". Le moment carolingien ne change pas grand-chosc a f evolution de fond,
lu tenlative d’embrigadcmenl des ecrivains “prolessionnels" faisanl long feu
К harlemagne avail prescrit qu’il у ait un “chancelier** aupres du comic, de feve-
4ue. de fabbe). L’authenticite de facte (que fon peut renforcer jusqifau VIIе siecle
Par im enregistrement aupres des curies municipalcs, ensuite disparu) vient d'une con¬
junction if usages et de pratiques: le slatut mcme du "noiaire". special iste reconnu
coiume tel par la societe, le formulaire (qui remonle a f Anliquitc), f eschalocole sur-
ou, scion les prescriptions justiniennes, fauteur de faction, les lemoins et le
notaire” atlestent leurs diflerentes interventions. Comme dans f Antiquite tardive,
LCS ^stations sont autographes on. a do lain, manifestoes par line croix. un signum
tUl scns piopre (document n 17). Progrcssivemcnl, mute autographic disparail, sur-
l°ut au Nord. et les si gnu eux-memes sont plus souvcnl traces de la main du scribe
c°cunient n 16). La structure de facte et le formulaire sont tres largement unifor-
nies* *c redacieur. qui nc se nomine qu‘en fin il’actc. fait le plus souvcnl parler les
Breve /уроlogic cles actes medievaux
parties, dormant an lexle la forme d’line declaration on d’un dialogue: les nomsde
Paete, les formules de pertinence, la clause de stipulation sont. avec le systeme dc
validation, parmi les elements les plus diffuses. II resterait pourtant a dresser une car¬
tographic europeenne de ces solutions diplomatiqucs. partout adoptees, partom
adaptees, inllechies. gauchies. parfois memo mal comprises par les scribes.
Dans ce paysage pourtant. une fracture s'est vile manifestee. qui va conditionncr
revolution ulterieure, mais oil Pinegale repartition dc notre documentation risque
d'entrainer les plus graves contresens. Trcs lot en effet, dans les lerres septentriona-
les et orientalcs, Г acculturation (la reception du modele antique) s'est faite par le canal
de PPglise: a Saint-Gall an VIIIе siecle. comme a Cluny au X° (document n° 16),
les actes prives sont elabores a Pabbaye. par des "nolaires” qui sont aussi des moi-
nes el travaillent aussi aux manuscrits lilteraires de Pabbaye; a tout le moins par des
"notaires" laiques eduques a Pabbaye. qui elabore о и conserve des formulaircs.
Comme le reste du matcriau cst perdu (s'il a etc produil...). on en est reduit aux con¬
jectures sur les procedures de mise par ecril en dehors des micro-regions dominccs
au lemporcl ct au spiriluel par ces foyers ecclesiastiques. II n'en reste pas moins que,
memo moines, les redacteurs appliquent toujours les recettes antiques.
Dans le Sud, sud-ouesl frani'uis. peninsule iberique. Italic, celles-ci restent cn
vigueur au XIе, \oire au cours du XIIе siecle, et sous la plume d'un personnel plus
diversille: des clercs. mais issus surlout du clerge seculier a Pouesl. diacres, pretres
de paroisse. au latin souvent proclie du parler vernaculaire dc lours paroissiens; des
laiques plutol en Italic, oil Ileurissent de veritables dynasties de “notaires". “notaires-
juges”. sans memo evoquer des isolals (Venise, Ravenne, Rome. Naples...) encore
plus conservatcurs. Partout, pourtant, les solutions antiques, vehiculees par une lon¬
gue tradition, continuent a s’adapter par pciites touches, dont la specificite dcfinil
an tan l d’a ires regionales.
Au XIе siecle. la cassure est autremeni nette dans les regions septentrionales: les
actes prives (ou ce qui en tient lieu, comme les notices) sont toujours ctablis par les
elablissements ecclesiastiques, mais en abandonnanl radicalemenl les solutions anti¬
ques. ouvrant Page du particularisme. L'aete. pur produit du scriptorium, gagne en
liberte d’expression; le forniulaire antique saute, le vocabulaire el la narration gagnent
en richesse d'apei\4is. Vlais e'est toujours le moine ou le ehanoine qui parlc. Chaque
etablissement. centre de pouvoir, se cree sa tradition: ici encore, parler d,k'anarchie
serait commettre un grav e contresens. A Page de la seigneuric banale. Pacte tire sa
validite d’un nouveau consensus social, celui qui se definit a Pechelon de la seigneuric.
Certains redacteurs. comme a Marmoutier. out mis autant de savoir-faire et de rigueur
que d'ardeur a la redaction de notices: taxer leur production de "decadente” parce
qu'il у manque les modes d'aulhentifieation du XIIIе siecle est un anachronisme quo
les diplomacies du XIXе siecle out trop souvent commis. Л Cluny. le moine Giraud
qui nous a laisse des manuscrits et des actes de 1022 a 1026 tournc deja presque com-
pletcment le dos au formula ire antique encore employe une generation auparavant
(document iC 16). ne conscrvanl plus que les formules de pertinence el la vieille.v//-
pulutio: symptomc partout diffuse, on note Pintrusion pressanle du savoir el des con¬
ceptions monastiques: alors que le dispositil'cst dcpouille. les formules de date grouiP
lent d'elements chronologiques divers (jour, lime, evenements locaux etc.): la clause
comminaloirc s'ouvie a la coliorlc lies Pilate. Judas el autres Norodc: la clause penalc
Breve h'jwlogie des actes medievaux
siibit ime inflation caractcristique (50 livres d'or, a payer a la personne lesce). Un sic-
de pins tard, un autre moine de Cluny, A/hertus Teulonicus, dresse. de 1 107 a 1115,
uuijours pour le compte de son abbaye, des actes intitules an nom du comte de
Ikuiruogne, du comic de Montbcliard, et d'autres encore. Sa science est grande, son
Iwbilete aussi; comme scs predecesseurs, il travaillc an scriptorium de Tabbaye. Mais
il iremprunte plus aucun mot aux vieux formulaires, ecrivant, avec elegance el preci¬
sion, dans un style mo ins impersonncl. Lcs grands centres culturels sc donnenl done
unc nouvelle tradition. Que, plus tard et plus au nord. Гоп ajoule, a la validation de
Гacte, sceau et chirographe (document n° 19) ne change pas grand chose aux donnecs
de fond, a moins que Гоп ne rccoure a un “noli 1104110111'” superieur, princier ou epis¬
copal.
Dans le courant du XIIе siecle, les societes sc recomposent sur des bases nouvel-
les. Dcrriere les nouvelles exigences du droit et de Tauthcnlification, e'est, partout,
unc grande panic de pou\oir qui se jouc el qui balaye les solutions anciennes: acte
lici itc de TAntiquite au slid, acte “parliculariste” au nord. L'Hurope est alors le theatre
do deux grandes experiences, notariat public au sud. juridiction gracicuse au nord,
doni la simultaneite el la communaute d’espril sonl frappantes. et qui se diffusenl
progressivemenl dans lcs dernieres decennies du XIIе siecle et au XIIIе siecle. I/idee
de base, partout. est que I'auteur de Taction juridique (vendcur, etc.) emet un a\eu,
ime confession, dans laquelle il reconnail avoir lait Taction et qui, paravanee. le con-
damne a Tobserver. Le parti tire de la con/essio in jure, application d'un vieil adage
remain {con/essi pro judicutis huhentur. “ceux qui avouent sonl tenus pour juges")
est enormc. L/acte prive devienl. sur le mode du proces-verbal. le rccit d‘une “con-
lessioiT', dans une societe qui voil se diffuser Taveu et la confession auriculaire. La
parole est enlcvee aux parties, designees a la troisieme personne. De redaction plus
bhre. Г acte s'adaptc aisement a un besoin d'ecril diversifie (constitution de procu-
rcur: document n° 24: constitution de dot: n' 30: contrals commerciaux: n 31: etc.):
°n tail ainsi voler en eclat les vieilles typologies rudimenlaires: don. vente. echangc,
concession a lerme (voir par exemple comment en 989. dans le document n 17. le
redacteur devail fa ire entrer dans le moule d'une “donation". matinee d4me “vente",
11110 transaction instituant un rapport complexe, ou le comte de Barcelone faisait de
M)n 'teomie d'Urgell un oblige).
I- venture oseille entre les deux poles de la lisibilitc (partout s'affiche la volume
dc clartc et de transparence) el de la cursix ite (on c4'rit beaueoup): la langue. entre le
Drgon technique de qui connait son Code, el le latin limpide et a pure des grammai-
1 tens qui. des les premieres experiences bolonaises. out travaillc de pair avec les juris-
lcs- l-a 'alidite de Taele est renforcec par un apparat \ ite hypertrophic de droit savant
(clauses de renunciation, promesse. obligation), el par le nouveau staliit du redacteur
(Jc I acte. Celui-ci en eflel n‘est pas seulement un technicien qui a fait de longues ctu-
ues, e est encore une “personne publique". prise en mains el controlec par lcs aulo-
n,os: le pape et Tempereur. qui directement ou indireclement, “creent" des notaires
htpnsioliqucs. imperiaux) el leur conferenl la “main publique": les aulres souverains.
\°tre des seigneurs ou dcs vil les, donl les notaires (royaux. seigneuriaux, commu-
,laux) ne beneficienl pas de la nicme uimersalite. ou qui. autre possibility, dcHeguent
d°s juges.
Breve typologie cles actes medievaux
Car. sur ce fond commun, les solutions diplomatiqucs et inslitutionnclles sont en
eiTct, a nouveau, radicalemcnl differentes: le sud recourt a raulhentification parlc
seing manuel du notaire public (documents n° 24 ct 34); le nord. a Pauthentillcation
par le sceau (le sceau, roval des fepoque mcrovingienne, episcopal et princier a comp¬
ter du XIе siecle. scigneurial depuis Ic XIIе siecle, a d£ja perm is de ren forcer de nom-
breux ecrits). lei. le eatalyseur de revolution a £t£ double: f apparition des sceaux
d'institutions qui. par un progres de f abstraction, se s£parent des sceaux d'individus:
Г interpretation stride de la eonfessio in jure, qui se fait devant un veritable tribunal,
d'oii le nom de “juridiction gracieuse" (par opposition a la juridiction contentieuse)
d£cern£ а Г ensemble des inlervenants; le lout dans une diversite si riche qu’clle nc
pent £lre qifeffleuree: oHIeialites episcopates (document n° 19), juridictions royalcs
(n° 23), juridictions princicres et seigneuriales (n : 20), juridictions municipales. Tres
vile, le “jugc" nc prete que son nom a des actes “enlendus". “rapportes", couches
par £crit par un personnel de special isles aux noms el parfois aux fonctions diversi-
flees (“clcrc". “notaire", “jure", “labellion"): sous Philippe le Bel, il у a deja soixante
“notaircs" au Chatelel de Paris (qui ne sont ni des “nolaires du roi" de la chancelle*
lie, ni dcs “nolaires royaux" au sens du Midi) el lours actes £voluenl sous la pres-
sion d'unc enornic demandc d'ecrit (documents n° 23 et 25).
Ces differcnls intervenants, plus ou moins incit£s par leur aulorit£ de tutelle, enre-
gistrent les actes depuis des periodes tres variables, prccoecment dans le notariat meri¬
dional, plus tardivement et sdeclivemenl dans le Nord: on n‘en conserve plus que des
lambeaux pour les ofllcialites, de rares ensembles regionaux pour les tabellionagcs
royaux franca is (Normandie. Dunois...). de lardils temoins pour Paris.
II I’aul naturellement lemp£rer la rigidite du schema esquisse; le sceau personnel,
sans recoins a une juridiction. reste employe dans certains cas. toujours mieux pre-
cis£s par les l£gistes, qui pr£parent du coup la doctrine moderne de la signature (docu¬
ments n: 22 et 23: le sceau d'unc personne sans juridiction ne pent semr qifa enga¬
ger son possesseur el beneficie d'une aulhonticitc limitee): on peut aussi voir naitre
de surprenants syncreiismes (document nJ 26). Quelques isolats aussi se maintiennent
et prosperent, en Flandre, en Lorraine, cn Germanic, dans les grandcs villes conime
en de modesles cchevinages ruraux (document n° 21). La, avee des adaptations loca¬
les, la grande idee, sou vent li£e a un £lablissemenl de facte en cxemplaires multiples,
est fauthcntification par farchivage dans le “coffrc", f “arche" de la villc ou de l’eche-
vinage, dans les layettes do f "amandcllerie" (Metz), bientol par Гenregistrement
(Cologne. Lubeck, £che\inages): ici comme ailleurs. la diversit£ des solutions ne
fait que rcfleter la distribution multiforme de fautorit£.
Bibliographic generate
Alain de Boiiard, Manuel tic diplomatique fran^aise et pontificate, l. II, I 'acte pi‘b’e'
Paris. 1948, 317 p. ct 2 fasc. de 34 pi.
fundamental pour fassimilalion de fhistoirc du droit et son parti de considcrer la redac¬
tion de facte comme un marqueur d'hisloirc cullurelle : ires utile pour les planches; depasse
pour de nombreux types particulicrs d'aclcs.
Xotariado publico v doewnento privado: de los origenes a I siglo XIУ (Actas dd
VII Congreso infernacional de diplomdfica. Valencia. 19X6). Valencia: Generality
Breve typologie cles actes medievaux
Valcnciana, Conselleria c cultura, cducacio i ciencia, 1989, 2 vol., 1333 p. (Papers i
documents, 7).
I-iudes inegalenient synlhetiques sur les diffcrcnles parties dc F Europe.
Robcrt-I Icnri Bauticr, "LTiuthentification des actes prives dans la France medie-
\alc: notarial public cl juridiclion gracicuse", dans Notariado publico..., p. 701-772
(rcimpr. dans Chartes. sceaux et chancelleries.... 1. I. p. 269-340).
Synthese Ibndamenlale. qui donne pour la France loule la bibliographic utile, ici abregcc.
Pour Fllalie, un rccueil commode ct suggestif d'acles prives du ier an XIVе siecle
osl donne cn appendice a Kltorc Falconi, Lineamenli cli diplomutica nolarile e tabel-
honalc, Parme: CUSL Andrej Rublev, 1983, p. 241-397.
Bibliographic par periode
Aniiquii:.— Les etudes sont aussi foisonnanlcs et complexes que les actes sont
fares. En dernier lieu, Jean Macqueron, Contractus scripturae: contrats et cpiittan-
ces dans la praticpie romaine, Camerino-Nicc: Universite de Nice, 1982, 182 p.
(Materiali per lo studio e I'insegnamento del diritto romano), a base de documents
nanscrits, traduits et commenles. Un bon point dc depart est lourni par les “Tablelles
Alberlini", ensemble de 34 actes ccrits dans FAfrique vandalc dc 487 a 496: Christian
Lourtois, Louis Lesehi. diaries Penal, diaries Saumagne. lahlettcs Albertini. actes
privc.s de l 'Opaque vandalc. Paris. 1952. V11-344 p. ^ 1 fase. de XLVIII pi., don! le
commenlaire dexra etre complete par ceux dc Veikko Vaiinanen. Etude sur le texte ct
In languc des Tablettcs Albertini. Helsinki. 1065, 66 p. (Annalcs Academiac
Vietuianun Pennicac. B. 141-2) et de .1. Macqueron. Contractus...
Hai i Mm i \ Ac.l. jusqiFau Xе siecle. On manque encore d'une synthese a jour;
a delaut. mises an point suggeslixes par Ulrich Noun, ".VIcrowmgisclie Testamente:
Niudicn /uni Forllcben einer mmischen Urkundenrorm ini Frankenreich". dans Archiv
tiir Dip/oniatik. 18. 1972. p. 1-129: Peler Classen, "Fortleben und Wandel spairomi-
4*hen Urkundenwesens im fruhen Miltelallers". dans Rccht und Schrift im Mittelaltcr.
Sigmnringcn: Fhorbeeke. 1977 (lortrdgc und Forschungcn. 23), p. 13-54: D. P. Blok,
l-cs lormulcs de droil romain dans les actes prives du Haul Moyen Age", dans
Miscellanea medievalia. . J. l\ .\ienncver. Cironingen: .1. B. Wolters. 1967, p. 17-28.
Four les actes rediges dans les grandcs abbayes: Pierre (iasnault. "Les actes prixos
^ \ abhaye Saint-.VIartin de Tours du VIIIе an XIIе siecle". dans Bibliothcquc dc
l kcale des chartes. I 12. 1954, p. 24-66; Rosamond MacKitleriek. The Carolingians
wd the written word, Cambridge: Cambridge Unixersity Press. 1989. XVI-290 p.
lNPee- p. 77-134 sur les actes du charlrier de Saint-Gall). Pour C limy, xoir la biblio-
^rapliie donnee apres le comnientaire du document n 16.
I kansii in\s \i \ ni)i \ r 11 i:s iokmls. Le passage de Facte du haul Moyen Age
iHnixelles formes documentaires (notarial ilalien du XIIе siecle. notices de la
/anee inoyenne du XIе siecle) a suscite des enquetes. on histoire ct diplomatique
ll|si°iineiii dans une analyse globale: Pierre Touberl. Les struc tures du Ladiun medic-
ud, 2 \olt. Rome: Lcole Iranyaise de Rome. 1973 (Bibliotheques des Ecolcs fran^ui-
4s dc Rome et d'Athcnes. 221). 1. I. spec. p. 95-134: Dominique Barthelemy, La
Breve typo/ogie des actes me die v mix
societe dans le comfe de Vendome de Van mil au XIVе siecle, Paris: Favard, 1993.
spec. p. 19-127.
Noiariat public.— Tout commence en Italic: ici encore la bibliographie, foison-
nante, est difficile d'acccs pour le non-specialiste. Une bonne selection en est four-
nie dans A. Pratesi, Genesi e forme.... p. 148-149; du memc, “Appunti per una sto-
ria deirevolu7ione del notariato", dans Studi in onore di Leopoldo Sandri, Rome,
1983 (Pubblicazioni degli Archivi di Stato, 98, Saggi, 1), t. Ill, p. 759-772. Deux intro¬
ductions agreablcment illustrees au monde du notariat ilalien: Armando Petrucci,
Notarii . documenti per la storia del notarialo italiano, Milan: Giuffre, 1958, VIII-
313 p., 85 pi. (documents medievaux et modernes. avee transcriptions des actes); II
notarialo a Perugia, a cura di Roberto Abbondanza, Rome: Consiglio nazionale del
notariato, 1973 {Fonfi e strumenti per la storia del notarialo italiano, 1), LXIII-373
p., XII et 67 pi. (catalogue d'unc exposition, elargi a de nombreuses publications de
textes). Une etude monographique exemplaire montre toutc la richessc du theme: Ezio
Barbicri. Notarialo e documento notarile a Pavia (secoli Xl-XIV), Florence: La Nuova
Italia editrice. 1990, 242 p., 32 pi. (Pubblicazioni della Facoltd di lettere et fdosojia
dell'Universitd di Pavia, 58).
Pour s'inilier a la production notariale ct au contenu des actes, les editions recen-
les dc registres, d’exccllente qualite, abondent. On pourra consulted entre autres, les
divers volumes de la collection Fonfi e studi del Corpus membranarum italicarum
(Rome: Centro di ricerca Pergamene mcdievali c protocolli notarili) ct Anna Zaninoni.
// primo registro di imbreviature di Rufino di Rizzardo, 1237-1244, Milan: Giuffre.
1983. 619 p.
En dehors dc lTtalie, il cxiste encoie peu d'etudes approfondics sur Pintroduction
du notariat public en Espagne, dans Ic sud dc la France, dans le nord ct Test curopeens.
question qui souleve d'interessants problcmes d'histoire politique et culturelle. Pour
la France, la synthese est faite par R.-H. Bautier. “L'authentification.avec renvois
bibliographiques (p. 713 et suiv.); on trouvera dc tres bonnes introductions dans Roger
Aubcnas, Etude sur le notariat provengal au Moyen Age et sous l 'Ancien regime, Aix-
en-Provence, 1931,274 p., et dans Favant-propos de [Jean Delmas], Repertoire numV
rique de la sous-serie 3 E, Rodez: Archives departemcnlales de FAveyron, 198L
339 p. On pourra elargir le corpus dc fac-similes d’Alain de Boiiard, Manuel..., t. II.
par: Testaments proven^aux du Moyen Age : documents paleographiques, sous la dir.
d'Arnaud Ramiere de Fortanier, Marseille : Archives dc la ville dc MarseiIle/Institut
historique dc Provence, 1979. 167 p. (1 1 testaments); Rcmy Scheurer. Facsimiles
et transcriptions de reconnaissances, de comptes et de minutes d'actes notaries. XIVе'
XVIJe siecle, Neuchatel, [1976], planches XXIII-XXXIV (registres dc minutes de 1425
a 1689).
Histoirc instructive d'une difficile acclimatation en Anglctcrre: Christopher Robert
Cheney, Notaries public in England in the Xlllth and XIVth centuries, Oxford:
Clarendon Press, 1972, XI-205 p.
Pour FAllemagnc, Pcter-Johannes Schuler. Geschichte des siidwestdeutschen
\otariats, Buhl: Verlag Concordia. 1976. 362 p.. ill. {Vero/fetitlichungen des
Alemannischen Instituts Freiburg in Brisgau. 39); double d'une enquete du тёше.
Breve typo logic ties cictes medievaux
\oKire Siidwestdeutsch lands: ein prosopographisches Verzeichnis f'iir die Zeit von
I.WO bis ca. 1520. Stuttgart: W. Kohlhammcr, 1987, 2 vol. (Veroff. der Kommission
fiii ^esch. Landeskunde in Baden-Wurttemberg, B, 90).
Ji'RiDicnoNS GR \cif.ushs.— Paul Fournier, Les officialites cm Moyen Age... de ПВО
и 1528. Paris, 1880, XXXV-329 p.; Robert-Henri Bauticr, “L'excrcice de la juridic-
uon gracicuse en Champagne du milieu du XIIIе a la fin du XVе siecle”, dans
Bibliotheque de I’Ecole des chartes, 116, 1958, p. 29-106 (reimpr. dans Charles,
Mvaux el chancelleries..., t. I, p. 359-436); du meme, “Origine et diffusion du seeau
Je juridiclion", dans Academic des Inscriptions et Belles Lettres, Comptes rendus des
seances, 1971, p. 304-321 (reimpr. ibicl., 1. I, p. 341-358); Alain de Boiiard. Etudes
de diplomatique sur les actes des notaires du Chdtelet de Paris, Paris, 1900
[Bibliotheque de I’Ecole pratique des Hautes Etudes. Sciences philologiques et his-
loriques, 186).
Ilya encore beaucoup a faire pour le recenscment el Г etude des registres parve¬
nus jusqu’a nous. On est maintenant bien arme pour les officialites: Charles Donahue
Jr et coll.. The Records of the medieval ecclesiastical Courts, l. I, The Continent.
Berlin: Dunckcr et Humblot, 241 p. (Comparative Studies in continental and anglo-
american Legal history, 6).
fa diplomatique speciale, on Ганга compris, a deja bien balise le terrain, mais aussi
часе des directions de recherche dcmultipliees. Les enqucles de fond sonl encore en
dumber, mais onl vu s’adjoindre Febauchc d’une diplomatique comparatiste, qui vise
a operer une pesee globale de la documentation dans unc region donncc. ou a analy¬
ser, pour un type d’auteur donne, le rayonnement des solutions diplomatiqucs qu’il
pmpose a scs contemporains. Les premiers travaux mencs suggerent de parler moins
de production d’actes par Lauteur que de demande d'ecrit par les beneficiaires; et
i4oins d'imitation que de reception de modcles. C'esl au prix de cette enquete glo¬
bale, demclanl Pechcveau des traditions et dcs innovations, ponderanl les pertes archi-
^istiques par les motifs de conservation ou de non-conservation des documents, que
I on pourra tenter d’evaluer la place de l’ecrit dans la societe, el de faire enfin de
1 a^te, an qualitatif et au quantilatif, non seulcment un reservoir de donnees. mais
encore un reflet des cultures.
Cette nouvelle orientation a fait mettre au programme d'un prochain colloque de
bi Commission internationalc de diplomatique le theme de Г influence de Facte poli¬
tical sur les autres chancelleries medievales. Flic a deja produit, sur une base natio-
IU|le, deux etudes particulieremenl stimulanles:
H. Fichtcnau, Das Urkundenwesen in Osterreich vom 8. bis zum friihen 13.
'bdu'hundert, Viennc-Cologne-Graz: Bdhlau, 1971, 280 p. (Mitteilungen des Instituts
hir osterreichische Geschichtsforschung, Ergdnzungsband 23).
t Cammarosano. Italia medievale: struttura e geografia delle fonti scritte, Rome:
-‘t Nuova Italia scicntifica, 1991, 389 p., 30 ill. {Studi superiori, 109).
L’enquelc conccrnc Fensemble dcs sources d’archi\es et narratives, mais offre de gene-
,eux developpemenls sui Fade.
121
/У,
Breve typologie des actes medievaux - document 2
122
Breve typologie des actes medievaux - document 2
Acte royal (precepte ordinaire, 845)
Confirmation de la donation faite a Saint-Denis par un fidele du roi.
A Original, parchemin, 655/640 x 415 mm, jadis scelle d’un sceau plaque, Paris,
irch.nat.,K ll,n°2B.
a. Recueil des actes de Charles le Chauve, par Georges Tessier, t. I, Paris, 1943
Chartes et diplomes), n° 65, p. 184-187.
(Chrismon). In nomine sanctae et individuae Trinitatis. Karolus gratia Dei
rex. Cum ea quae fidelibus nostris muniflcentia liberalitatis nostrae largi-
mur, quae etiam ipsi ob amorem Dei sanctorum reverentiae et servorum
Christi utilitatibus tradere [2] procurant, nostrae auctoritatis precepto secun¬
dum L'orum pctilionem ad devolionem ipsomm confirnuire satagimus. chris-
tianomm rcgum consuetudinem exerccmus. Pminde noverii omnium ndelium Dei
ac nostrorum. presentium scilieel el fulurorum. iiulustria quia I.eulo. Ildelis nos¬
ier. celsitudinis noslrae adieus excellcnliam petiil [3| ul res, quas ei largitalis
nostrae bcingnilate per noslrae aueloritalis prcceptum in proprium tradidimus
qiuiscjnc ipse divinae inspirationis amore eonpimetus sancto Dionysio. prctiosis-
simo patrono noslro. monachisque in ejusdem sancto eoenobio consistentibns
legal iter tradideral. noslra auctonlale ab eo tradilas confirmaremus. qualenus el
merees nobis apud Deuiii [41 per inlercessionem jam died preliosissimi protec-
loris noslri el oraliones servorum Dei amplior adcrescerel el jam died lidelis nosln
devotioni plenius satisfacere studeremus. Cujus petitioni liberalissime annuentes,
per hoc nostre auctoritatis preceptum easdem res, villam scilicet quae nuncupa¬
te Maurinciagi curtis, sitam in comitatu camliacensi [5] super fluvium Isere, cum
adjacentiis ac pertinentiis suis, villulas videlicet duas ibidem suprapositas prefato
nomine nuncupatas cum ecclesia ibidem sita, et in alio loco villam nuncupatam
Croiacum et in tertio loco in pago belvacensi, in villa quae apellatur Trociacus,
mansos duos, hoc nostrae confirmationis edicto ad prefatam casam Dei eo tenore
[6] eaque condicione sicut in donationis vel traditionis carta jam dicti fidelis nostri
Leutonis continetur traditas vel confirmatas esse concedimus et in perpetuum per
fiitura tempora confirmamus. Et ut hec nostrae confirmationis auctoritas plenio-
rem in Dei nomine per ventura tempora obtineat firmitatis vigorem, [7] earn manu
nostra subterfirmare decrevimus et anuli nostri inpressione signari jussimus.
[8] Signum (monogramme) Karoli gloriosissimi regis.
[9] (Chrismon). Ragemfridus notarius ad vicem Hludowici recognovit et
(ruche) 4 (Emplacement du sceau).
[10] Data XII kalendas februarii, anno V regnante Karolo glorioso rege, indic-
tione VII. Actum Compendio palatio regio. In Dei nomine feliciter, amen.
a) Le s de subscripsit sert d’encadrement a la ruche, dans laquelle des notes tironien-
nes precisenv. Ragemfridus notarius advicem Ludowici recognovit.
123
Breve tvpologie des actes medievaux - document 2
Comprehension dl texte. Le souverain, a la demande de son fidele Leuton, con-
firme lc don, fait par ce dernier a Fabbaye de Saint-Denis (plus exactement a saint
Denis lui-memc: 1. 3), dc domaines quc lc souverain avait auparavant donnes a son
fidele: au comte dc Chambly (Oise, cant. Ncuilly-en-Thelle), la villa de Morancy
(ibid.. com. Boran-sur-Oisc) et ses dependances, deux petites villae dont Tune com-
prend une eglise; la villa de Crouy-en-Thelle (Oise, cant. Neuilly-en-Thelle); enfin.
dans le comte (ici pagus) de Beauvais, deux manses dans la villa de Trossy (Oise,
cant. Chantilly, com. Saint-Maximin).
Datvtion. La date, au bas du diplomc (1. 10), est double: une date de temps intro-
duite par data. une date dc lieu introduce par actum (lc palais royal dc Compiegnc.
promu par Charles lc Chauve en imitation du palais imperial d'Ai.x-la-Chapelle). Le
quanlieme. 21 janvier, est exprime d'apres le calendrier romain. rcinlroduit par la
“renaissance" carolingienne. L'annee est uniquement exprimee par Гаппёе de regne
du souv erain: souls Feeriturc el le nom des ofllciers dc chancellerie permettent d’iden-
tiller le roi avec Charles lc Chauve; la cinquieme annee de son regne (decompteea
partir de la mort de son pere) allant du 20 juin 844 au 19 juin 845, Facte est du 21
janvier 845. L’indiction est fautive: quel que soit lc style indictionncl suivi, I’indic-
tion est alors 8 et non 7. G. Tessier (op. cit.., t. HI, p. 121-123) a rclcvc quc les erreurs
de cc genre sont frequentes: jusqtFau 13 fevrier. les six premiers actes royaux qui
nous sont parvenus de Гаппёе 845, sont dates lautivement de Findiction 7; deux actes
(18 avril. 5 mai) passent ensuite a 8. mais un acte du 13 juin revient a I'indiction 6,
tin autre (12 aoiit) passe a 9. avant la reintroduction de I'indiction 8 a partir du 30
aoiit. L'indiction. introduite en 802 a rimilation de Byzanee. est mal maitrisce par le>
Francs.
Examen des caracteres externes et internes. Le plus manifeste est la volontc
de solennile. qui inspire la misc en page sur un fcuille plus large que haute. Lc texte
est habilement jnstiHe; si la marge dc droite est incxistante. cellc dc gauche est aussi
genereuse (de 35 a 45 mm) que les cspaces inlerlineaires (de 30 a 50 mm): la place
est ainsi laissee libre a un chrismon initial et aux longues hastes reeourbees qui pone*
tuenl le texte. On observe toutefois sur Foriginal que les lignes initialemenl prepares
(regime a la poinle seche) n'onl pas etc suivies par lc scribe, ce qui explique un leger
rctrecisscmcnt des dernieres lignes, quund il a fallu tasser la Un du texte. La disposi¬
tion des differents elements diplomatiques est tout aussi reguliere: lc texte, avec une
premiere ligne en caracteres allonges; d'une autre main sans doutc, les formules dc
validation (I. 8-9) et la date (1. 10). L’ecrilure est maitrisce et rcgulierc: on lit encore
dans quelques let! res et ligatures earactcristiques (a. e, o: ti. ct. et entre autres) Г heri¬
tage du passe, fige dans un canon striclemcnt respecte: une ecriture de chancellerie
ires typee. dont Femploi est deja en soi un element d'aulhenlifiealion.
Memo rigidite et mcmc regularite dans le discours: la languc. un latin tout droit issu
de “renaissance" carolingienne, est correclc et lourdc: le formulaire est slereotypc
(d’un diplomc a Fautre. seuls les noms pourraient changer). On lit encore Fheritage
antique dans Fusage du pluriel dc majeste (dont Forigine remonte a la Tctrarchie) d
de la periphrase: pour designer les Ildeles. /idelium...industria (I. 2). pour le sotivc*
rain, celsitudinis nostrae... excellenfiam (I. 2). L.cs parties du discours sont aussi regt1"
lierement alignecs: a Finvocation Hguiec du chrismon repond aussilol une invocation
serhale a la I rinile (1. I). La susenption. sans adresse. pose le mi en majeste
124
Breve typologie des actes medievaux - document 2
\kamlus rew 1. I). I.c prcambule (C'um ea—exercemus, 1. 1-2: traduit ci-dessus
p 70) rcprciul tin \ icux pone if, dont la formulation tranche un peu sur les preambu-
des mitres actes de Charles: cette recherche pent etre rapprochee de l'insistance
mise sur le ‘'patronage” de saint Denis, donnant un accent plus personnel a Pacte. Une
notification universelle (Proinde—quia, I. 2) ouvre Pexpose (Lento—staderemus,
I 2-4: cf. p. SO), qui narre la demande presentee au roi et detaille, en contrepoint au
preamhule. ties motivations sped Piques (devotion au saint patron, demande dc prieres).
I л mention de Pacquieseement royal (Си jus—annuentes, 1. 4) ouvre le dispositif (per
hoc—confirmamus, 1. 4-6; cf. p. 80). La corroboration perpetuclle (Et ut—jussimus\
I. 6-7) annoncc la mamtspropria du roi (le monogramme) et Yamili inpressio (1c sceau
on placard; cf. p. 84). Le monogramme est enchasse dans une formule descriptive
(I. 8); sur Poriginal, on distingue le chevron autographe trace de la main du roi, d'unc
encrc un peu plus pale, dans le losangc central d’unc composition dcssinee de la main
expertc du scribe. Le sceau est plaque a la fin de la ruche qui conclut la recognition
de chancellerie (1. 9). Date et application (In Dei nomine feliciter, amen) viennent
clore Pensemble.
Comment\ire diplomatique. Tout ici est dans la norme d'une production mise
au point sous le regne de Louis le Pieux. L’aflaire, de moyenne importance, appelle
le type dit “preccptc ordinaire’' par les diplomatistes: ni "solennel" (qui vajusqu’a
emprunter dcs elements orientaux, bulle de plomb, legimus trace a Pcncre rouge), ni
"mineur” (reserve a Padministration plus courantc, sans preambule ni monogramme).
De la majeste royale emane un ordre particulier (ici une confirmation): la chancellc-
iie insiste sur ces deux poles. Les circonstanccs, les biens sont detailles, le mot memc
do "confirmation’' revient six fois (1. 2, 3, 5. 6). Mais Pacte. redige par des clercs,
est aussi un miroir du prince. Le roi chretien est un liberal redistributeur de riches-
scs (mimificentia liberalitatis, 1.1: christianorum regum, 1. 2; largitatis benignitate.
I. 3; liheralissime, 1. 4); a un acte pieux (devotio, 1. 4) et conformc a la loi (legalite/\
I; tl ne peut donner que son assentiment. L’acte royal est dans une sphere bien dis-
tmete de Pacte prive: l'actc de donation de Leuto est appele donationis vel traditio¬
ns carta (1. 6), quand Pacte royal est dit nostrae auctoritatis preceptum (1. 2, 3, 4),
nostrae conjirmationis edictum (1. 5). nostrae conjirmationis auctoritas (1. 6).
Lc rccours a Pecrit est plus developpe que ne le laissent croire les epaves qui nous
sont parvenues: Paffaire est documentee par trois actes (don originel du roi a Leuton,
'• 3; don de Leuton, 1. 6; confirmation royale). La production dc la chancellerie est
wiiniisc a un ensemble de normes. dont la rigidite facilite la critique dcs falsifications
(document n° 3).
Breve typologie des actes medievaux - document 3
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126
Breve typologie des actes medievaux - document 3
. Acte royal faux (<845>, forgerie du XI' siecle)
Privilege sur le statut des serves de Saint-Germain-des-Pres.
A \ Pseudo-original, parchemin, 450/445 x 590/575 mm, scelle d’un sceau plaque,
iris, Arch, nat., К 11, n° 3.
a. Recueil des actes de Charles le Chauve, par Georges Tessier, t. II, Paris, 1952
Zhartes et dipldmes), n° <466>, p. 545-548.
(Chrismon). In nomine Domini et Sasalvatoris a) nostri Jhesu Christi.
Karolus divina b) ordinante providentia rex Francorum. Cunctis sancte Dei
Ecclesie fidelibus et nostris nonotum [2] esse volumus quemadmodum vene-
rabilis vir Gozlinus et abba monasterii sanctissimi presulis Germani Parisiacae
urbis nostrum adiit prcscntiam. innotescens nobis ingenlem [3] altercationem e!
scandalum quae era! inter suos milites el monachos ipsius sancti presulis Germani,
videlicet propter lemmas quo ducebantur de \ i 11 is abba-|4|-liae jam dicli abbatis
(iozlini suorumque lldelium in potestatem monachorum uxorandi causa, quas
postea repetere volebant et capitalitium ab eis [5| requircbant. Nos quoque ex hac
altercatione atquc tarn lorti jurgio consilium requirentes, nostrorum cum assensu
prineipnm hac c) nosln archicapellani |6| et abbatis Go/lini, tale repperimus con ¬
silium pro Dei amore el sancti Germani. quo oinni tempore luisset nobis propi-
lius el misericors. ut remine, que ex abbatia? [7] ducta: luerint n in monachorum
potatem a nullo uinquam ex ipsa potestale abbatis rcpetantur nec aliquod capi-
lalitiuni neque ullum munusculum eis rcquiralur ab |8| ipsis. Hrgo precipientes
juhemus \obis liunc pietatis preceptum omni tempore inconvulsum et intemera-
tum permanere. quemadmodum nostri anleeesso-|9|-rcs sua juserunt ln precepta
Mstere 11 mm. lit ut hoc aucloriias Urmior habeatur et per liitura secula melius con-
servetur, de anulo nostro sigillare jussimus. [10] Qui vero nostro tempore aliter
facere presubserit 0 sive post discessum nostrum hanconfirmationem ^ violare
voluerit, a Deo cujus extitit comtemtor ^ penis aeternalibus se damnandum [11]
cognoscat.
[12] Ebrehardus ad vicem Gozlini archicapellani recognovit (ruche; sceau).
[13] Signum Karoli serenissimi regis (monogramme).
[14] Data VI° idus julii, anno Christo propitio VI imperii domni Karoli sere¬
nissimi regis. Actum Aquisgrani palatii. In Dei nomine feliter m\ amen (chris-
won).
11) Sn- I pour Sakaiori.v b) l.u sv/hihc u и etc ajoutcc uu-Jes\u\ i/e dma. c) Sn
* P<nir iiolum. d) Sic I ‘ /7 fuui suns </oule rcstuttcr aiehieapellaiuis ct abba. < online
°'i le Ut plus hits. I 5-6. e) Sic .1 'pour ас. i) l n a e\t eerit uuifcssus Jit c Jc fueniit.
Ю Sii I pour potestatem. Ill .S7V 1'pour jtisseninl. i) Sn I 'pour presiimpsenl.
I pour bane conlumationem. k) Sn . I 'pour eontemptor. I) seremssimo cor
lige en serenissimi, A m) Sic A ’pour feliciter.
127
Breve typo logic des actes medievaux - document 3
Problemes de transcription. L'acte se presente a premiere vue comme un ori¬
ginal (il est scelle) ct non comme unc copie: l’cdition respecte done scrupuleuse-
ment ses graphics. L’examen diplomatique (ci-dessous) demontrant que, sous cette
forme, l'acte nc peut etre tenu pour un produit de la chancellerie royale en 845, on
est en presence d’un “pseudo-original”, affccte du sigle A ’ dans le tableau de la tra¬
dition.
Comprehension dl texte. A l'insistante demande de Gozlin, a la fois abbe du
monasterc du saint eveque (de Paris) Germain (Saint-Germain-dcs-Pres) et archicha-
pelain du roi (et done supreme rcsponsable de la chancellerie, d’ou sa presence dans
la recognition 1. 12), le roi decide de trancher en faveur des moines un litige (ingen-
tem altercationem et scandalum, 1. 2-3; et jurgium, 1. 5): si des femmes passentapres
leur mariage, de domaines affectes a la mense de Г abbe ou a des milites installes sur
des benefices de fabbaye, a des domaines de la mense conventuelle, elles n’auront
plus a payer dc redevances personnelles (capitalitium, 1.7 = chcvagc) a leur premier
seigneur, abbe ou miles.
Datation. Meme expression de la date que dans l’acte precedent, mais sans l’indic-
tion: nous serions le 10 juillet 845... a tout le moins si Гоп attribue l’acte a Charles
le Chauve et non a un souverain homonyme: seule la mention dc Г abbe Gozlin incite
a le faire, et ce non sans hesitation. Car si, en 845, 1'archichapelain du roi est bien
aussi abbe dc Saint-Germain, il se nomme Ebroin (G. Tessier, Recueil..., t. Ill, p.
42-46): Gozlin ifapparait que plus tard avec cette double lbnciion: archichapelain
en 867. il dcvicnl abbe en 872 an plus tard el conserve ees deux fonciions jusqu’en
881: a ее litre, il obtient pour Saint-Germain un important privilege de Charles le
Chauve (ed. G. Tessier, Recueil.... l. 11. p. 305-312). qui a pu inciter le laussaire a uti-
liser son nom. Mais il n'est pas exclu non plus que, par ignorance ou de propos
delibere. le laussaire ait laisse un doule sur la personne du souverain: la mention, dans
la date, de Vimperium du roi et du palais d'Aix-la-Chapelle fait planer I’ombrc de
Charlemagne.
Examen des caracteres externf.s et internes. Aux incoherences qui precedent,
et relcvcnt de la critique historique, la critique diplomatique permet d’en ajouter d’au-
tres. On utilisera comme pierre de touche le diplome precedent.
Quant aux caracteres externes, plusicurs elements son! coiTecls: chrismon (certcs
malingre). caracteres allonges de la premiere ligne. interlignes genereux et reguliers
(environ 35 mm), marge nelte a gauche (de 15 a 20 mm), disposition d'ensemble qui.
apres le texte. place le sceau, deux lignes en lellres allongees. une ligne avec dated
appreealion. Mais le passif Temporle: Tacte a la forme (Tune carta transversal Iе*
elements de I'eschatoeole sont renverses (la recognition avant le signnm du roi): K*
sceau est detache de la ruche (maladroile) et le monogramme (souffrelcux) cxtrail
de sa fomiulc d'encadrement. Quelques hastes sont allongees mais on a perdu la majes*
tueuse regulable de l'acte precedent. Meme incoherence dans le dessin des lettres
allongees (I. I, 12, 13) et dans I'ccnture: le scribe sail comment se tracent les lettres
a la chancellerie carolingienne. mais n'y parvienl que maladroilement: on peut, a titre
d'exemple. relever la lav'on dont il ouvre plus ou moins ses a. trace ses о el ses *'(!■
1-2): le t est caricatural {altercationem I. 3. ahhatis I. 4 el I. 5 etc.); la ligature ri n ^
pas faile [numasterii. I. 2): des lettres. des ligatures surprennent (g dc ergo. I.
128
Breve typologie ties actes medievaux - document 3
ilc fuerint, I. 7). Comme pour les signes de validation, le scribe a des connaissances.
mais il les applique en se contraignant, parfois a contretemps.
Ces consultations sc repetent quand on passe aux caraelercs internes. Dans ГаИиге
ucneralc, le ton surprend. I.e centre de gravite se deplace de la majeste royale vers
it monastere beneficiaire: son abbe prestigieux. ses difficultes presentes. Le latin. cer-
tes. esl correct, meme si le scribe commet de nombreux lapsus (voir notes critiques)
et corrige negligemment une erreur (note 0. Mais les redondanees el metaphores tra-
ditionnelles a la chanccllcrie n'y sont plus (sauf pictatis preceptum, I. 8). Le voca-
bulaire technique esl bien employe (preceptum pour Lacte royal; anulum pour le sceau.
I.9) quand tant de faussaires s'y laissent prendre (ainsi en employant sigillum). Mais
le vocabulaire juridique trahit le faussaire: des expressions sont trop precises ou con-
cises (monachos, monasterium tout court. fcminas quae ducebantur. iixaruridi causa,
aipitalitium): d'autres detonnent. comme celles qui montrent le mi s’entourant du
conseil des Grands {consilium requirentes. nostrorum cum assensu principum, 1. 5).
Milites el consilium. assensus principum, avec une signification differente, sont aussi
des mots du IXе siecle; mais Г ambiance, et leur cmploi mcme dans un acte royal, tra-
hissent le XIе plus que le IXе siecle. La structure du discours est bonne (invocation,
suscription sans adresse, notification presentant une requete: nostrum udiit presen-
tiuiiK dispositif). niais ici encore des elements suiprennent: Pinvocation au Christ et
la form и le de devotion enehassce dans la suscription (I. I) soul propres a Louis le
Picux; la corroboration, d’excellente facture {Et ut—jussimus, 1. 9), est suivie d’une
clause comminatoire parfaitement incongrue, qui sent son moine (Qui vero—co-
xnoscat, 1. 10-11).
CoMMiiNTAiRt diplomatique. De Pexamcn diplomatique qui precede, on doit con-
cltire que jamais la chancellerie royale. en 845. n’aurait pu produire un tel acte.
I hypolhese d’un etablissement contemporain par le destinataire nc lien! pas mieux:
Pepoque. il est encore limitc a de rares centres (Saint-Denis. Saint-Martin de Tours).
si proches de la chancellerie qu’ils sc tiennent bien mieux dans ses normes. La pre-
^ticre elape, eclle d'une critique que Pon pourrait dire “negative1', est ainsi franchie.
il taut ensuite cherchcr a determiner quand el pourquoi le laux a etc fabrique.
I cs constatations qui precedent tendent a montrer que 1c faussaire est suffisamment
^loigne du regne de Charles le Cliauve pour commettrc de grosses bevues, et assez
proche d'actcs royaux earolingiens pour en tenter une imitation parfois reussie. Seule
unc comparison avec d'autres actes du charlrier de Sainl-Cieimain, au travers des
s°ticis trahis par le faux (statul des serves de Pabbaye) et de certaines particularites
^tphiques et lexicographiques, pemiet d'assigner le XIе siecle. sans doute sa sccondc
,110itie. a la fabrication du faux: critique “positive", si Pon veut, qui reintegre le faux
^‘lns sa dignite de document, riche en informations... stir le XIе siecle.
129
Breve typologie des actes medievaux - document 4
130
Breve typoiogie des actes medievaux - document 4
4. Acte imperial (precepte, 966)
Donation a Farcheveque de Treves de terres confisquees sur des rebelles.
A. Original» parchemin, 530 x 430 mm, scelle d’un sceau plaque presque entiere-
ment disparu, Coblence, Staatsarchiv.
a. R. Foltz, dans Diplomata regum et imperatorum Germaniae, 1.1, Hanovre, 1879-
1884 (Monumenta Germaniae Historica), n° 320, p. 434-435. [Les diplomes des sou-
verains germaniques sont couramment designes par des sigles: D (initiate de Diploma;
aupluriel DD), Tinitiale du souverain, son numero d’ordre, le numero de Facte dans
I’edition des MGH\ ici DO. I. 320].
(Chrismon). In nomine sanctae et individuae Trinitatis. Otto, divina favente
dementia imperator augustus. Noverit omnium fidelium nostrorum tarn
praesentium quam futurorum industria [2] qualiter nos, interventu dilectae
conjugis nostrae Adalheidis fidelisque nostri archiepiscopi Vuillihelmi, venera-
bili sanctae Treverice sedis archiepiscopo Thiedrico quicquid praedii Megingaldus
et Reginzo fratres, antequam ob latrocinia [3] et malefacta eorum in publicum
regni vel imperii nostri jus et fiscum adjudicatum est, haereditarium habere visi
sunt, tertia tan turn parte excepta quae fratri eorum majori Landberto accessit, quo-
niam legibus in nostrum [4] jus et proprietatem redactum est, in proprium ex toto
et integro munifica largitate donavimus, ita sane ut [quicqui]d a) praenominati
duo fratres Megingaldus et Reginzo in duabus sibi hereditariis partibus in comi-
tatu [5] Nagouve in locis subnotatis habebant, videlicet in marca Kira, in Bergon,
in Puzuvilare, in Husonbahc, in Bettonfors[t cum] a) omnibus appenditiis et uti-
litatibus, tarn in mancipiis quam in curtilibus et aedificiis, terris cultis [6] et incul-
tis, pratis, pascuis, silvis, aquis, aquis aquarumve decursibus, molendinis, mobi-
libus scilicet et immobilibus, exitibus et reditibus, viis et inviis, quaesitis et
inquirendis vel cujuscumque modi rebus, prae-[7]-nominatus venerabilis archi-
episcopus Thiedricus teneat et possideat et liberam potestatem habeat donandi,
vendendi, commutandi vel quicquid sibi libuerit exinde faciendi. Et ut hoc auc-
toritatis nostrae [8] donum sive praeceptum firmum et stabile permaneat, cartam
hanc conscribi et anuli nostri impressione signari jussimus, quam et manu prop¬
ria subtus firmavimus.
[9] Signum domni Ottonis (monogramme) magni et invictissimi imperato-
ris augusti.
[10] Liudolfus cancellarius advicem Vuillihelmi archicappellani recognovi
{sceau; ruche).
[11] Data II non. februarii, anno dominicae incamationis DCCCCLXVI, indic-
tione VIIH, anno regni domni Ottonis XXXI°, imperii vero V. Actum Noviomago.
In Dei nomine feliciter, amen.
a) Lacitne dans A completee par a d 'apres une edition ancienne non precisee.
le commentaire est reporte apres la transcription du document n° 5.
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Breve typologie des actes medievaux - document 5
Actc imperial etabli hors chancellerie (precepte, 965)
Confirmation dc la donation a Saint-Ghislain de terres tenues dc l’empereur.
I Original, parchemin, 510 x 490 mm, scellc d’un sceau plaque tres endommage.
Ions, Archives de 1’Etat, fonds Saint-Ghislain. detruit en 1940.
a Theodor von Sickel, dans Diplomata regum et impercitorum Germaniae.... 1. I,
291, p. 408-409.
I- \c-siviii-1-1. Bruxelles, Archives generates du Royaume, Collection de photogra-
iies, n° CXXXVIIl (ici reproduite).
(C/irismon). In nomine sancte et individue Trinitatis. Otto, divina providentia I
providentia a) imperator augustus. Si circa divinos cultus sollicitut-[2]-dinem b)
gcrinuis el slipendia servorum Dei ad laudem divini nominis ampliare studemus,
acternam procul dubio renutnerulioncm a Domino condilorc nos recepluros esse ,
non diihi-|3|-lnmus. Quocirca noverit omnium fidelium nostrorum tarn praesenlium
scilicet quam fuluronim industria quod, inlervenientcs apud impcrialis noslrac muni-
ficenliam largitalis. [4] domnus scilicet Bruno sacne sedis Colonicnsis archiepis- .
copus. germanus noster 4 simul el Richarius comes, fidelis nosier, causas ad nos
(letulemnt pro quadam terra, decern [5] videlicet et octo mansoaim, sita in loco qui
Villarc dicilur, quam videlicet terram olim Godefridus d), bonae memoriae dux nos-
tcr, ad slipendia fratmm in coenobio sancli Petri quod Cel-|b|-la vocalur Domino |
liinuilantium. nbi videlicet sanctus Gislanus confessor Domini preliosus corpore
requiescit. ex beneficio quod ex nobis habuerat destinaverat pro remedio animae
suae [7| concedendam. unde cl noslram hi utrique supra diet i principes nostri el
dilccti pctierunl clementiam ut (radiiionis luijus cessimus c) nostrae imperatoria4 I
auctoritalis praeceplo corroborari [8| juberemus. Quod nos pro remedio aniline
noslrac ac dilecti quondam praedicti ducis nosln GodelVidi libenter annuenles, sla- i
hiinuis alque deeernimus et pracscnti auctoritale conUrmamus [9| eaiulem terrain I
m usus monachorum perpetualiter esse permansuram, ipsos videlicet decern et octo
mansos el sil\ am cum prato etiam quatuor jugemin super lluvium Truike eonjacente.
nLillusquc [10] sit qui eaiulem terram a IVatribus quodam modo auferat neque in |
hcnetlcium ilerum accipiat, sed monachorum usibus restaurata et cmeliorata per-
pcmaliter11 dcsemnt. Id ul liaec institu-[l I |-tio a cunctis lldelibus firm ins obser-
veitir. hoc praeceptum noslrac auctoritalis fieri jussimus el manu nostra subter fir-
иш imus anulique nostri impressione munire jussimus.
[12] Signum domni Ottonis (monogramme) magni imperatoris et invictissimi
augusti.
[13] Liudulfus cancellarius advicem Brunonis archicapellani recognovi. I
(Sceau; ruche).
[14] Data anno dominicac incarnationis DCCCCLXV, indictione VIII, anno regis
Ottonis XXX, imperii scilicet I III. Actum Coloniac palatio. In Domino feliciter. j
‘imen. Data I III nonas junii.
‘0 Sic A- b) Sic A pour soil icituclinem.— c) nostor corrige en nosier, A.— d) Gcdefridus
corrige en Godefridus. A. — c) Sic A pour cessionem.— 0 Sic A pour perpetualiter.- - g) I
he d initial cst corrige sur un a, A.
133
Breve typologie des actes medievaux - documents 4-5
Examen du document n° 4
Comprehension dl 11. xtf. . Le praedium, геи force ici par Ladjectif hereditarium.
e'est Lalleu. cn opposition done an benefice. Le /hats puNicits* e'est le patrimoinc
royal. Otton lor. roi de Germanic a parlir dc 935. empereur en 962. mort en 973, a
epousc Adelaide en 951. L'archcveque de Mayenee Guillaume (954-968) etait un fils
balard d'Ollon. Thierry, areheveque de Treves de 965 a 977. refill en 961. alors qu'il
etait prevot du chapitrc cathedral de Mayenee, les biens que I'empereur lui confirmc
iei apres sa promotion. Megingaldus et Rcginzo ne sonl pas autrement connus. Lc
Nahegau etait un eomte s'elendant a I'ouest et au sud du Rhin, entre Bingen et Kusel
(aeluellemenl en Rhenanie-Palatinat). Les biens concernes sont situcs a Kim, Bergen
bei Kirn et dans des villages aujourd'hui disparus. Battenhofen. Ilosenbachet
Potzweiler.
Dai ai ion. L'an de Г Incarnation esl indique, eomme e'est la regie depuis 876 a la
ehaneellerie germanique. Le mois el le jour sont donnes selon le calendrier romain.
generalemenl employe au Xе siecle. Nous sommes le 4 fevrier 966. C'est-a-dirc que
nous sommes bicn dans la 31e antiee du regne d'Otton (8 aout 965-7 aout 966), el
dans la 5C annee de son accession а Г empire (2 fevrier 966- lcr fevrier 967). L'indic-
lion 9 est correcte.
Examen des caractf.res externes et internes. De grandes dimensions, le diplome
n'est pratiquement couvert par le lexte que dans son tiers superieur, le reste etant
reserve aux signes de validation et a la date. Lc chrismon est forme d'un C legere-
ment decore et situe dans la marge. La premiere ligne de l'acte est ecrite en caracte-
rcs allonges, earaetcrcs que Ton retrouve pour la souscription et la recognition, l.c
lexte est eerit ensuite en minuscule Caroline diplomatique, sans aucime disposition
particuliere jusqu'a Lannonce des signes de validation (пиши propria subtusjir-
mavitnns. I. 8). Apres quelque lignes blanches, voici la souscription de Tempcreur.
puis la recognition du chancelier. en caracteres allonges. Le monogramme imperial
{OTTO autour d’une croix, les deux Tterminant les bras hori/ontaux de la croix, les
О les bras verticaux) est inserc dans la souscription: il ne porte plus dc trait auto-
graphe. A cote de ces souscriptions figurait le sccau, dont il ne reste plus qu'un petit
morceau. La ruche, desormais a droite du sceau, est tracee avee regularity et elegance.
Avec la date, on revient a une ecriture minuscule.
La construction du texte est classiquc. D'abord Tinvocation trinitaire simple (Л*
nomine—trinitatis, 1. 1) et la suscription (Otto—augustus, 1.1). Pas de preambule. Une
notification (Noverit—industria qualiter, 1. 1-2), classique elle aussi. precede 1’expose
(/70s interventu—donavimus. 1. 2-4), qui precise dans quelles circonstances la dona¬
tion a cte faite. Suit le dispositif (Ita sane ut~fadendi, 1. 4-7). Puis Lannonce des
signes dc validation {Et at hoc—firmavimus, 1. 7-8), les souscriptions (Signum domni—
recognovi. 1. 9-10) et la date, suivie de Tapprecation (Data—amen, 1. 11).
Examen du document n° 5
Get acte presente une tristc mais interessante particularity quant a sa tradition: l’o1"1'
ginal a brule en 1940 dans Lincendie des Archives dc LEtal a Mons. Fort heureuse-
134
Breve ppologie cles cictes medievaux - documents 4-5
menu il avait dcja etc cdite par lcs Monumenta Genmmiae Historicci, ct photographic
par les Archives generates du Royaume de Belgique.
Comprehension dl iexte. Ad sfipendia fratrum signific que la donation etait faitc
pour les moines ct non pour Tabbe, dans le cadre dc la dissociation cnlre la mensc
abbatiale ct la mense convcntuelle, e’est-a-dire entre la part dcs revenus affcctes a
I'abbc et celle dcs moines. Cette dissociation, qui date du IXе siecle, \oulail prote-
цег lcs moines contre lcs debordements de certains abbes. II s'agit d'un diplome de
confirmation d'une donation de 18 manses a Villers-Guillain, unc forcl et un pre dc
4 jugcres (environ 1 ha) le long dc la Trouillc. Le diplome a ete demandc par Labbayc
de Saint-Ghislain (Belgique, prov. Hainaul, arr. Mons), sur I’intercession de Larchcvc-
quo dc Cologne Bruno, frerc du roi (953-965) ct de Richer, comte de Hainaut et de
Liege (964-973).
Dwation. Le 2 juin 965 se situc bien dans la 30° annee du regne d’Otton Ier (8
aout 964-7 aout 965), et dans la 4e annee de son accession a Lempire (2 fevricr 965-
l01 fevrier 966). L'indiction 8 est corrcctc.
Lxamen dfs caracieres externes ft in iernf.s. Ici, seule la moitic inferieurc du
diplome cst reservee aux signes de validation et a la date. Le C du chrismon cst plus
abondamment decore que dans le document n° 4. Comme dans cc dernier, la premiere
ligne dc Lacte est ecrite en caracteres allonges, caracteres que Lon retrouve pour la
souscriplion et la recognition. Pour des raisons inconnues, sans doute une erreur. lc
scribe a laisse un espace plus important entre les deuxieme ct troisieme lignes du texte.
C'elni-ci est ensuite ecrit sans aucune disposition particulicre jusqu’a Lannoncc des
signes de validation (impressione muniri jussimus, 1. II). Apres une ligne blanche,
void la souscription imperialc et la recognition du chancel ier, en caracteres allonges.
Lc diplome est encore validc par le monogramme imperial, le sceau, malhcureusc-
Hicnt fort endommage, et la ruche. Avcc la date, on revient a une ecriture minuscule.
La construction du texte est classique. D'abord Linvocation trinitaire simple {In
HoiHine—trinitcttis. 1 1) ct la suscription (Otto -augustus. 1. 1). Apres un prcambule
eV circa duhitamus. I. 1-3). don! Г idee cst que ГаПепИоп an cullc di\ in ct a sa base
inalcriellc procure lc salut ctcrnel. line notilleation (Oaocirca— industria quod. I. H
Meat Lcxposc (intcrvcnicnics—juhcrctnus. I. 3-8). Suit lc disposili\'(Quod nos deser-
I. 8-10). Puis, Lannoncc des signes dc validation (lit ut huec—jussimus. I. 10-
* И. la soucription ct la recognition (Signum domin' i ccognovi. I. 12-13), enlm la
date- ^tins laquelle. on vena plus loin pourquoi, Lapprccation cst incluse (Data anno
HMiL I. 14).
Iai langue reste marquee par la renaissance carolingicnne. Idle coule avcc grace cl
Туапсе. Lc latin cst correct, sauf quelqucs Lautcs dc distraction, sur Icsquellcs on
tv-A icndra. La Icrminologie n'a pas change depths lcs Carolingicns: lc diplome cst
e,Ppclcpraereptum nosfrae auctoritutis (I. II). voire nostrac imperatorie am torifutis
I Accept о (I. 7).
Conimentaire diplomatique conjoint dcs documents n° 4 et 5
^ Ccs deux diplomcs presentent nombre de resscmblances avec le diplome dc Charles
0 Cliauve (document n° 2), du fail que la chanccllerie allcmandc continue a suivre
135
Breve typologie cles cictes medievaux - documents 4-5
les usages codifies sous Louis lc Pieux. Lmanant du memo auleur et fort proches dans
le temps (luiit mois les separenl), ils se ressernblent aussi d’assez pres, ce qui est nor¬
mal. Mais ils ne son! pas identiques. Aussi peul-il etre interessani de faire finventaire
de ce qui les oppose ct de les comparer a d'autrcs diplomes contemporains. On s’apcr-
cevra alors que le premier a etc clabore par la chancellerie, I’autre pas; et qu’une
fois expliquees. les bizarreries du second ne sulTisent pas pour suspecter une falsifi¬
cation (a la difference du document n° 3) mais proviennent d4me procedure particu-
here d'etablissement. qui sera cxplicitee plus loin (chapitre 5, p. 229).
1. Caracteres ext ernes
Ce qui frappe des fabord. e'est que la mise en page differe. Beaucoup plus aercc
dans le document n5 5, die domic plus de place au texte, qui dans le document n° 4
if occupe qu'un tiers du document. La recognition du chancelicr, deealee et plus petite,
la ruche placee plus haul que le sceau. choquent par rapport au bel ordonnancemem
du document nJ 4. La mise en retrait et en petits caracteres de la recognition du chan¬
cel ier ne sont en tout cas pas eoutumieres a la chancel lerie. On ne sera des lors pas
surpris de relever des differences dans fecrilure: si Гоп examine les s, la haste (lc
trait vertical) se termine par une simple boucle dans le document n° 5, alors que, dans
le document n° 4, la haste se prolonge (comparer Jus.sinw.w document n° 4, 1. 8 ct
document iГ 5, I. 11). Le a est, sauf rares exceptions, lerme (e'est-a-dire semblable
a noire "a" d'imprimerie) dans le document n° 5; il est loujours ouverl (e'est-a-dire
trace commc not re “a" manuscrit, mais ouverl vers le haul (un peu comine un ‘ЧП
dans lc document if 4 (comparer data, document if 4, 1. II et document if 5, I. 14;
c|uelqucs **a" ouverts dans le document n 5: par exemple perpetualiter, I. 9). La bou¬
cle du g est ornee dans le document if 4. pas dans le document if 5 (comparer con-
jugis, document n° 4. I. 2 et largitatis, document if 5. 1. 3).
Ce if est done pas la mcme personne qui a ecrit ccs deux actes. La position de la
ruche, en outre, invite a se demander si lc scribe du document n° 5 if est pas plus
ctranger que son confrere a fclaboration dc ce type de document.
2 Caracteres internes
L’invocation est la memc, mais pas la formule de devotion dans la suscription: le
document n° 5 parle de divina providentia. alors que la formule usuelle est divimi
favc’n/e (ou annuente) dementia. commc dans lc document n J 4. II if у a aucune con¬
clusion a lircr de Labsence de prcambulc dans le document if 4: frequent a la chan-
cellerie d'Otton lL‘r. le preambule if etait cependant pas obligatoirc (par exemple DDO.
1. 292, 298 et 308). Mais lorsqif il у avail preambule redige par la chancellerie, saul
ires rares exceptions (par exemple DO. I. 278), il у emit toujours fait mention dc la
dignite imperiale, ce qui if est pas lc cas dans le document n° 5.
La notification est la memc des deux cotes. Pour I'expose el le dispositif. il est evi-
demment difficile de mener une comparison approfondie: le texte change en fonc-
lion de faction juridique. Cependant. on peut relever dans lc document n" 5 une Icgcrc
insislance sur le saint patron dc I'abbaye (uhi videlicet sanctus Gislanus confessor
Domini pretiosus corpore retjuiescii, I. 6). Or on voil mul I*interct que la chancelle¬
rie imperiale pouvait trouver a souligner f importance du saint el la presence dc ses
136
Breve typologie ties actes medievaux - documents 4-5
reliqucs. En revanche, si e’est l'abbaye qui a redige le diplome, clle peut cn profiter,
Nj pon pent dire, pour fa ire sa publicitc. Mais Г argument n’est pas peremptoire.
d aiilant que la chancellerie peut etre influencee par des documents prepares ct pre-
scnlcs par lc futur bencficiaire.
La corroboration est fort differente. Or celle du document n° 4 se rctrouve, en des
termes assez proches, dans de nombreux diplomes (par exemple DDO. I. 285, 286,
2S7), alors que cclle du document n° 5 n’est prochc que dc celle du DO. I. 292. qui
lui cst posterieur de 6 jours sculement, et a pu etre influence par lui. Aucun problemc
pour la souscription, parce que tout a fait semblable dans les deux actes. Mais pour
la date, le rcdacteur du document n° 5 a cafouillc. II a oublie de preciser, des le debut,
apres data, lc jour et le mois. II a done fallu rajouter ccs mentions, presentes dans tons
les diplomes cTOtton Icr, a la fin de facte, en rcpetanl le mot data. De plus, lc docu¬
ment n° 5 parlc A'anno regis, ct non, selon la formule usuclle, d'anno regni.
Mais il у a plus: revenons aux caracteres externes, cn paiticulier a l’ccriturc de la
date du document n° 5. Deux scribes differents, deux mains dira-t-on, ont ecrit cette
date. La premiere, celle qui avait ecrit lc document, a ete jusqu’a indictione VIII. A
partir de anno regis, les a sont ouverts, les boucles des hastes des s prolongees. les
boucles des# decorces: l’ecriture a change, ct e’est en fait fecriture du document n° 4
que nous retrouvons.
Comment expliquer cela? Par le fait que lc document n° 5 a etc elabore hors de la
chancellerie. L'absence de toutc reference, dans notre acte, a la dignite imperiale dans
lc prcambulc ne peut s'cxpliquer que par une redaction hors chancellerie. Un scribe
de la chancellerie. anonyme, mais dcsigne par les lettres LK par les diplomatistcs alle-
mands, a complete le diplome pour Saint-Ghislain, et a fourni les modeles pour la
ruche ct lc monogramme. C’est lc memc qui, par la suite, ctablira notre document
n° 4.
Les souverains germaniques etaient itinerants, et, la monarchic etant elective, la
coniiiuiiie dynaslique n’etnil pas assurce. I.a chancellerie travaillait done dhme manierc
dc'centraliscc. avec un personnel accompagnanl fempereur Ires reduil. el des rclais
dans les principales cites, souxenl episcopates, de f L.mpire. Ccs rclais etaient I'aci-
btes par le lait que les deques etaient ires lies an pouvoir imperial. Plusieurs sortaient
d uillcurs de la chancellerie imperiale. presque tons etaient cfancicns chapelains impe-
r,aux. L'archichapelain. qui dirigeait la chancellerie avec le titre d'archichancelier,
L'Liit lui-meme un archevcque. souvent celui de Mayence, parfois celui dc Cologne,
comme ici. ou celui de Treves. Dans ce cadre decentralise, il etait courant que des
diplomes fussent en tout ou en partie claborcs hors de la chancellerie. Une chose peut
Conner dans ce diplome, e'est le grand nombre de fautes (sept, dont trois seulement
'°nt ^'orrigees). C“est a tort cependanl quo Lon impulerait ce nombre a f elaboration
ll0,s chancellerie: d'autres diplomes d'Otton lcl. elabores par la chancellerie portent
Cl1^ aussi tic nombreuses failles, mais presque toules corrigecs (par exemple DDO. I.
-(^5, 296. 297. 301; en revanche DO. I. 293. est impeccable, de mciuc que DO. I. 320.
IU)lrc document ii 4).
Breve typologie des actes medievaux - document 6
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15
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Breve typologie cies actes meciievaux - document 6
6. Acte royal frangais (diplome, 1215)
Notification d’lin accord entre Saint-Denis et les marchands de Paris sur la foire du
Lcndit.
/I. Original, parchemin, 280/275 x 365 360 mm (repli 35/40 mm), jadis scelle sur
lacs dc soie rouge et vertc, Paris, Arch, nat., К 28, n° 5.
a. Recueil des actes de Philippe Auguste, t. Ill, par Jacques Monicat et Jacques
Boussard, Paris, 1966 (Chartes et diplomes), n° 1385, p. 535-536.
In nomine sancte et individue Trinitatis, amen. Pn[ilippus], Dei gratia
Francorum rex. [2] Noverint universi presentes pariter et futuri quod hec est forma |
pacis inter dilectos nostros abbatem et convenlum Sancti Dyonisii et eorum eccle-
siam, ex [3] una parte, et universos mercatores Parisicnses qui venient ad nundi-
nas Indicti, cx altera. Duo vel tres ex burgensibus Parisiensibus prima die maii |
convenient prepositum Sancti Dyonisii [4] in loco in quo Indictum solet con ve¬
nire: et propositus debet ibi esse; el eidem preposito debent denuntiare quod ipsi |
volunt capere platens suas et signare logias suns ad opus [5J Indicti, quantum
eis necesse luerit: propositus autem. si voluerit, poteril videre quantum exinde
capienl ad opus logiarum: el si ipse, requisitus el inventus, in loco Indicti [6] inter- ]
esse aut videre noluerit. propter hoc non dimitlent quin infigant et assignenl ad
platens suas quantum convenerit ad opus dictorum mercatorum Parisiensium: el
illas non po-[7]-lerunl alicui locare nec assotiare sibi aliquem qui non sit ad idem
calallum cum eis; si vero preposilus Sancti Dyonisii ipsa die non luerit inventus
in loco Indicti, eadem die [8] ibunl ad Sanctum Dyonisium et denuniiabunt abbati I
vel priori vel portario lit venianl ad locum Indicti et vidcunt signari plateas. sicut
prediclum est; quod si nu 11 us illorum propter [9] hoc venire voluerit. dieti bur-
genses nichilominus capienl et signahunt logias suas. sicut superius dictum est:
et si abbas vel preposilus vel prior aut porlarius imponanl 1101 dictis burgensibus
ipiod exinde non fucrint ab eis requisili. duo vel tres ex predict is burgensibus I
super sacrosancta jurabunl quod ex hoc cos requisierint. secundum quod in pre-
senti scripto [ 1 11 conlinetur, et sic liberi erunt exinde ab omiii emenda, salva
tnmen jnstitia ecclesie Sancti Dyonisii: nullus autem. undecumque sit. in loco
Indicti potest capere plateam [ I2J ante primam diem maii; nundinc autem (lent
voiulendi et emendi in predicto loco Indicti eo tempore quo solent et sicut solenl. 1
Quod ut robur [ 13 J perpetue slabiIilatis oblineat, presentem cartam sigilli nostri
iiuctoritale et regii nominis karaetere inlerius annotato, salvo jure nostro, confir-
niamus. Actum 114] Parisius. anno dominice Incamationis M° CCn quinto decimo.
rcgni vero nostri tricesimo sexto, aslantibus in palatio nostro quorum nomina sup-
posiia sunt et signa. Dapifero f 151 nullo. Signum Guidonis bulicularii. Signum iU 1
Itortholomei camerarii. Signum b) Drogonis constabularii.
[16] Data vacante (monogramme) cancellaria.
a) ^ bane de deux banes obliques. A.— b) S bar re de trois banes obliques. .1. I
139
Breve typologie cles actes medievanx - document 6
Comprehension du texie. Le roi notifie un accord (pax, 1. 2) precisant les moda-
lites de la preparation et de la tenue de la foire (nundinae, 1. 3) du Lendit (du latin
indictum, jour fixe; ancien frangais lendit puis le Lendit). Ellc sc tient dans la plaine
entre Paris ct Pabbaye dc Saint-Denis, sur les terres de celle-ci, ct son developpement
suscite dcs frictions entre le monasterc et les marchands rcsidant (burgenses, 1. 3)a
Paris. La composition fixe precisemcnt les roles respcctifs des marchands et des di-
gnitaircs de Pabbaye (prevot; a defaut abbe, prieur, porlier). Point capital dans la pre¬
paration, le choix et le marquage dans le sol (injigant, 1. 6) des emplacements (pla¬
ten c\ 1. 4) ou seront edifies les baraquements (logiae, 1.4). Avantages dans cette
operation, les marchands sont par ailleurs soumis a des conditions strictes: on leur
interdit d’introduire dcs marchands qui ne soient pas associes a leur “capital” (catal-
lum, 1. 7: sur Pinterpretation, document n° 37a). L’assignation ne pourra avoir lieu
avant le Iе1 mai (1. 12: la benediction d'ouverture a lieu le deuxiemc mercredi dejuin)
et on maintient la date traditionnelle.
Dmaiion. Lc croisement du millcsime 1215 (a. st.), exprime dans le style de
Paques, maintenant employe systematiquement a la chancellerie royale (du 19 avril
1215 au 9 avril 1216), et de la 36° annee de regne, comptee pour Philippe Auguste a
partir de son couronnement, du vivant dc son perc, le lcl novembre 1179 (du ler
novembre 1214 au 31 octobre 1215), donne comme fourchctte la periodc du 19 avril
an 31 octobre 1215. Curiosite diplomatique qui dit bien Pirregularite dcs procedures
d’enregistrement a la chancellerie, encore balbutiantes: lc registre (Arch. nat. JJ 7, fol.
I8bis v) donne une date plus precise que Pexpedition originale: mai 1215.
Examen des c aracteres extf.rnes et internes. La comparison avec Pacte royal
carolingicn (document n° 2) montre comment cc dernier a cree une tradition, mais
aussi comment cclle-ci a ete retravail lee, par touches successives. La fin cst la meme:
lc roi, en majestc, dclivre un diplome, un privilege qui lc touche, mais indirectement
(les bourgeois de Paris sont bourgeois du roi, Saint-Denis est entre toutes abbaye
royale), car rien ne dit comment il est intervenu dans lc compromis.
La solennite sc lit dans la mise en page, meme si Гоп a abandonne le format caro-
lingien des la fin du Xе sieclc. Un large espace blanc est menage au bas dc Pacte pour
lc repli auquel cst attache le sceau, maintenant pendant. La soie bicolore, rouge et
verte, commence a ctre utilisee comme attache pour souligner la valcur perpetuelle
dc Pacte. Du diplome carolingien, on a conserve la pratique des lettres allongees: mais
cllc est limitec au debut de la premiere ligne, ou elle marque maintenant une partie
precise du discours, et a la derniere ligne. Les lignes sont regulicrcs (ecartement de
12 a 15 mm). Des lc XIе sieclc, Pecrilure a abandonne le canon fige de la chancelle¬
rie: on est ici a un moment charniere, ou Pccriture (une simple cursive gothique) com¬
mence a reprendre des traits particuliers, qui se cherchent encore mais vont se nor-
maliser, avant d’etre imiles par de nombreuses chancelleries europeennes. Un certain
manierisme se lit deja dans les capitales a traits redoubles, qui ponctuent lc texte, dans
les a et les a suscrits, les g, les deux types de tildes.
La langue s’est considcrablcment modifiiec: on note avant tout Pallegement de In
rhetorique (absence de prcambule, expose plus technique, plus resserre, plus riche
aussi pour Phistorien). La terminologie de Pacte royal emprunte au vocabulaire de
Pacte pri\c (scriptunu 1. 10: carta, 1. 13). Mais la structure generale dc Pacte rests
140
Breve typologie des actes medievaux - document 6
identiquc: invocation trinitaire (ici conclue par un amen), suscription (oil, depuis 911,
|e joi de Francic occidentale sc dit rex Francorum), notification universelle ct perpc-
niollc. tout juste simplifiee dans Г expression. Dans la mesure oil Facte esl une simple
notification par le roi, il n’y a pas de dispositif a proprement parler, a peine esquisse
dans le conjirmamus dc la corroboration (1. 13). Celle-ci, perpetuelle, renferme la seulc
Hour rhetorique de Facte (robur perpetue stabditatis, 1. 12-13) ct annonce toujours
les memes signes de validation, sceau et monogramme; mais leurs noms ont change:
sigillum remplacc cmulitm et a mantis propria s'est substituc, depuis Philippe I01, ka-
racter (le terme designe, au sens fort, un symbole de propriete, la representation d’unc
personne: fer a marquer le belail, champ d'un sceau, etc.). Dans la corroboration, on
enchassc unc clause dc reserve (salvo jure nostro), destinee au plus bel avenir.
Apres la date, reincorporee dans le texte, plus simplement introduite par actum et
d'ou Findiction est eliminee (1. 13-14), viennent les modes de validation. Toutc auto-
ginphie a maintenant disparu. Heritage d’une breve periode d'intervention de tiers au
has de Facte capetien, la souscriplion des quatre grands officiers (senechal. boutcil-
lei, chambrier, connctablc) est apposee par la chancellcrie (1. 14-15): leur caraclere
fact ice se lit a leur cnchassement dans la date (astantibus in palatio...), a Fabsencc
d'autographie et au fait que Fon garde une place pour la souscription du senechal,
dont la charge est vacante. Le S capital de signum commence a fa ire Fobjet d’un trai-
icment graphique. que Fon retrouve, plus accentue et toujours sans intervention aulo-
giaphc, dans le monogramme royal: son caractere ornemental (a rapprocher des ini-
liales du nom du roi, 1. 1) le dispute a sa valeur d’authentification. Rien ne saurait
mieux symboliser le melange dc tradition et d’innovations que la fagon dont Fancienne
urognitio dc chanccllerie (1. 16), factice puisque Foffiee dc chancelicr est egalcment
vacant, s’ouvre par le vieux data (= "donnee", “delivrec”) carolingien et rcmplace
1 annonce du signum royal pour servir d’ecrin au monogramme.
Commlni virf. diplomaiiquh. Aux lermes d’unc evolution tourmcntec aux XIе et
XIIе sieclcs, Facte royal est maintenant produit par unc chancellerie plus etoffee, au
uavail a nouveau mieux normalise. La synthese capetiennc est faite, ici comme dans
1 ideologic royalc, de la tradition carolingienne et de Fheritage des six premiers
(apetiens. L’actc est toujours ctabli par des clercs. il est toujours miroir d'une majesle,
,nais dans une langue plus technique: 1c temps des gestionnaires juristes a commence.
on trouvera ci-dessous (documents n° 37a-b) deux analyses du present acte rcalisecs
P‘H les archivistcs dc Saint-Denis aux XIIIе el XIVе sieclcs, ainsi que la reproduction de Fcdi-
11011 1966 (document n° 43).
141
Breve tvpo/ogie des acles medievaux - document 7
142
Breve typologie des actes medievciux - document 7
". Acte royal frangais (charte, 1392)
Mfcctation d'une lerre du domaine royal a l’entreposage dc bois.
I Original, parchemin, 395 390 x 320 mm (rcpli 70 mm), scelle d’un sceau dc cire
\L‘iic sur lacs de soic rouge et verte. Paris, Arch. nat.. J 151, n° 96.
Cuarles, par la grace dc Dieu roy de France. Savoir faisons a tous presens cl avc-
nir [2] que comme unc place seant en noslrc bonne ville de Paris sur la riviere de Saine
ompres les Barrez cl tenant d’une part a unc tour appellee la [3] Tour du Barbeau et
au\ inurs de noslredicte vilie et d’un hostel nomme du Barbeau d'autre part, et laquelc 1
place contient trcnle quatre toiscs on [4] en\ iron dc lone cl douze toises de lc a Lout
coniprendre ct compter, eust japiega cste baillicc a rente a feu maistre Thomas dc
Bouloingne, [5] phisicicn, lequel у fist edifier ct faire aucuns murs ct clotures, ct apres
son dccez ait cste a tiltre d'achat reprise pour nous des hoirs ou ayans [6] cause dudit
de 111 net et appliqucc a nostre domaine ct pour ce que en nostrcdiclc ville nous n’avions
place ou lieu ou Pen peust mettre ct tenir merrien et [7] autres choses necessaircs pour
no/ ouvrages en tant qu’il touche le fait et mesticr de charpcnterie et que en la cham-
hre de noz comptes a Paris [8] fu delibere et ad\isie la place dessus dictc estre Ires
propice, convenable ct moult neccessaire pour ledit fait, icellc place ait par no/ amez
et 19] feaulx les gens de nozdiz comptes cl tresoriers a Paris pour nous este ordonnee
a mettre ct tenir ledit merrien et autres choses neccessaircs pour [10] nozdiz ouvrages
icgardans ledit mestier et fait de charpcnterie et pour ccstc cause bailliee et dclivrcc
a nostre ame maistre Robert Fouchcr. maistre [11] charpenticr de nozdictes ocu\rcs;
nous, aians regart a ces choses qui sieent a nostre proufit et au bien, avanccmcnt, scurte
et aisemenl de no/diz [12] ouvrages, par meure deliberacion sur cc prccedanl et cue,
avons ordonne ct ordonnons par la tencur de ces presentes, dc nostre certaine science
et auctorite [13] royal, que ladicte place soil ct demeure dorcscnavanl a tousjours pour
mettre ct tenir les merrien et autres choses neccessaircs pour lesdiz ouvra-[ l4]-ges
de charpenteric, tant en nostre temps comme en celui dc noz successeurs roys de
I ranсe, ct a cc voulons ycelle place estre employee ct appliquee et [15] par ces pre-
rentes lettres la у appliquons, sanz ce que jamaiz cn soit ou puist estre ostcc nc trans- 1
pert ou don en estre faiz pour quclconque cause ou prejudice dc [16] ce ores nc ou
Dilips avenir. aingois se faiz en cstoient par importunile, inadvcrtance ou autrement,
voulons qu'ilz soient nulz ct de nulle valcur ct qu’il [17] n’y soit auncunement obey.
^i donnons en mandement a nozdictes genz de nozdiz comptes et tresoriers el a tous
Nozjusticiers et autres officiers ou a [18] leurs lieuxtenants presens et a\enir ct a cha-
cun d'eulx, si comme a lui appartendra, que nostre prcscnle ordonnance ct voulente
fioent, se mesticr csl. enregistrer ou [19] il appartendra et ycelle tenir ct garder sanz
ultraindre nc faire ou souffrir estre fail aucunement au contraire ores nc ou temps avc-
111 r; non [20] obslant quelconques dons ou transpors qui faiz cn fcusseni, comme dit
°rl, ne ordonnances, mandemens ct defences a ce contraircs. Et a fin que ce soil [21]
ienne chose el cstable a tousjours. nous avons fait mettre nostre seel a ces presentes
lettres. Donne en notredicte \illc de Paris, lc XIIIе jour [22] dc novembre. Fan dc grace
trois cens quatre \ ins ct douze, ct dc notre regne lc trei/iesme.
[Sur le rcpli: ] Par le roy, monsieur lc due dc Bourgoingne ct autres presens.
\Signe: ] P. Mamiac.
M c/roite: ] Visa.
143
Breve typologie cles odes medievaux - document 7
Problhmf.s dr transcription. Lc scribe ecrit toujours dee sans developper l’abrc-
vialion: on Га transcrite dicte comme у incilenl les documents n° 8 et 11. Le scribe
ecrivanl eust (1. 4), on a developpe nre en nostre.
Comprehension in, ггмI. L'aclc iraile d'lin terrain {place. I. 2), dont la localisa¬
tion csl encore preciscc par line analyse dorsale eontemporaine (Fmpcio cujusilwy
platee prupe Barralos et C'elcstinos site): sis a Paris, rive droile, il est proche dupon
des Barres (ou Гоп decharge des materiaux tie construct ion К pas li es loin dc Phoiel
royal tie Saint-Pol el till convent des Celeslins: iI jonxte I'holel Barheau el la tourdu
mcme nom, point extreme de Г enceinte dc Charles V sur la riviere; il fait 34 toiscs
de long et 12 de large (le. I. 4: la loise royale fail un peu moins de 2 m.). Ce terrain
avail etc cede conire redevance a nn metlecin du roi (phisicien, du Intin phisicusA
5): Thomas de Boulogne (Bologne en Italic), alias de Pisan (Pizzano. pres de Bolognei
medecin-astrologue de Charles V el Charles VI. arrive a la Cour en 1365, mort au
plus lard en 1390. pc re de la cclcbre Christine dc Pisan (Ernest Wickersheimer.
Diclionnaire biographiejue des medecins en France au Moyen Age, Geneve: Droz.
1979. p. 764-765; Danielc Jacquarl, Le milieu medical en France du XIIе au XP
siecle. Geneve: Droz, 1981, p. 480). Rachete aux heritiers de Thomas et rentre (appli¬
ance, 1. 6) dans le domainc royal, le terrain est maintcnanl affeclc a Pentreposagedo
bois de construction (merrien, l. 6) pour les travaux dc charpenleric du roi, sous la
responsabilite du maitre charpentier Robert Foucher; cclui-ci est en fonction aupres
du roi depuis 1388, apres avoir servi le due de Berry dans scs travaux du palais do
Poitiers (Jean Mesqui et Claude Ribcra-Pcrvillc, “Les chateaux de Louis d'Orleansot
lours architcctes, 1391-1407", dans Bulletin monumental, 18, 1980. p. 300-301; Pierrc-
Yvcs Le Pogam, article en preparation).
Datation. Lc 13 novembre 1392 correspond bien a la treizieme annee du regnede
Charles VI. qui court (a partir du jour de la mort de son perc, comme il est d’usage
apres le regne de Philippe Auguste) du 16 septembre 1392 au 15 septembre 1393.
F.xamrn des caracteres L-;xi ernes RT interni-:s. La solennite dc Pactc se lit a la
disposition du texte (larges marges, large repli; justification, un rien incertaine adroitc)
et au traitement graphique du nom du roi et du mol savoir (lointains heritiers de la
ligne en caracteres allonges), mais aussi des mots si donnons (1. 17). La perpetuity
de l’acte est indiquee par le scellcment dc cire verte sur lacs de soie rouge et verte
(noter, sur le repli, les oculi en forme de flour de lys, dessines par le scribe et qui indi'
quent au scelleur ou faire passer les attaches).
L’actc est ecrit dans un moyen frangais parfaitement maitrise; il est appele lettre*
(du latin pluriel litterae = “une lettre” en frangais modernc, 1. 15 etc.); lc mot ordon-
nance (1. 18) nc doit pas induire en erreur: il est pris au sens generique d’ordre royal-
La suscriplion (Charles -France. 1. 1) est immediatemenl suivie d'une notification
universellc et perpctuelle (Savoir—avenir. 1. 1). En une longue phrase, un expose cir*
constancie (come une place—oeuvres, 1. 2-1 1) precede lc dispositif, qui ne fait qilC
reprendre pesamment la decision deja annoncee, en insistant sur la volonte royal0
(nous aians regart—obey, 1. 11-17): on nolera lc nombre ct le poids des verbes exp*'1'
mant un ordre. Le dispositif integre diverses cxcroissances, qui iiennent lieu de clause
inlentionnelle (de nostre certaine science, du latin ex certa scientia, “en agissant en
plcine connaissancc de cause", 1. 12) el de clause prohibitive (sans —obew I. 15-1*7)-
144
Breve typologie des actes medievaux - document 7
I о dispositif est ensuilc renforce d'une clause injonctivc (Si donnons - temps avenii\
I |7-I9) et d'une clause derogative (non obstant—a ce contraires, 1. 19-20). L'acte
so clot par la corroboration (Et qfin—lettres, 1. 20-21) et la date (Donne—treiziesme,
I *4-22). L'absence de clause de reserve est normale, puisque la mesure est faitc cn
M\ciii de Г administration royalc. On appose cnsuitc sur le repli, a gauche, les men-
uons hors tcneur. mention dc commandement et signature du notaire cl secretaire du
mi. La relccturc et Lapprobation dc l'acte par le chancclicr sc traduisenl par un visa
,i droite du repli. qui precede 1c scellcmcnt.
C‘ommi-ntшп DirLOMMiQU-:. Cet acte appartient au genre de la “charte” stricto
M'lisu, qui s'esl substitucc au diplome: de celui-ci, el le a conserve la perpeluite (noti¬
fication, corroboration, cire verte) et attenue la solennite (souscription des grands offi¬
cers, monogramme et recognition onl disparu). La langue Inline n’est mainlenanl
employee que pour quelques types d'actes (lettres de grace sur le statut des person-
lies) ou de destinataires (ecclesiastiques). Dans le textc, Г absence d’adresse (l’auteur
de Lacte est pose en majeste) ct la corroboration perpctuelle (J'erme chose et estabie
II tons jours ^ 1. 21, decalque du latin ftrma et stabilis) sont les plus surs moyens de
leeonnaitre une “charte1'.
L’acte presente cette particularite d’avoir pour benelkiaire le roi lui-mcme. plus
exactemcnt le domaine royal. La clause injonctivc permet de voir dans la C’hambrc
des eomples (chargee de I’enregislremcnt dans ses propres registres) el dans les tre-
sonersde Lranсe (l. 17) les agents responsables de ('application de la mesure; ils I'ont
nnssi preparee (1. 8), mais la mention hors leneur du repli indique que I'ordre de redi-
ucr l'acte emane du roi en personae. et a etc donne en presence du due de Bourgogne.
Ic visa du chaneelier. introduil pour les Charles les plus solennelles en 1260. est
dcvenn de regie au bas de tonics les Charles.
Breve typologie des actes medievaux - document 8
146
Breve typologie des actes medievaux - document 8
8. Acte royal frangais (lettres sur double queue, 1367)
Assignation provisoire d’une rente au due de Berry.
A. Original, parchemin, 320 x 210 (repli 50 nun), scelle d’un sceau (fragment) de
cire jaune sur double queue de parchemin, Paris, Arch, nat., J 185A, n° 10.
CHarles, par la grace de Dieu roy de France, a touz ceulz qui ces presentes let¬
tres verront, salut. Comme par noz autres [2] lettres faictes et seellees en laz de
soye et cire vert nous soions tenuz de asseoir a notre tres chier et tres ame frere
le . . due de Berry [3] et d’Auvergne six mile livrees de terre a heritage pour li |
et pour ses hoirs masles au plus prez de sesdictes duchiez de [4] Berry et
d’Auvergne, mise hors la seneschaucie de Beaucaire, si comme en nozdictes let- !
tres est plus a plain contenu, savoir [5] faisons que nous avons promis et pro-
mettons par ces lettres en bonne foy a notredit frere de li rendre et paier et a ses I
hoirs [6] ou a leur certain commandement lesdictes six mile livrees de terre chas-
cun an et en telle valeur comme ladicte terre [7] de six mile livrees de terre a |
heritage li pourroit valoir chascun an si elle li estoit assise par coustume de pays,
sanz [8] rienz innover de notre premiere promesse et sanz faire aucun prejudice i
a notredit frere et a ses hoirs qu’il ne puissent [9] touz jours demander ladicte
assiete desdictes six mile livrees de terre selon le contenu de nozdictes autres let- 1
tres. En tes-[10]-moing de ce nous avons fait mettre notre seel a ces presentes let¬
tres. Donne au Louvre lez Paris le IIIIe jour de fevrier, 1’an de [11] grace mil CCC I
soixante et six, et de notre regne le tiers.
[Sur le repli: ] Par le roy en son conseil, ouquel vous estiez.
[Signe: ] Gontier.
147
Breve typologie des actes medievaux - document 8
Comprehension du texte. Jean, frere du roi Charles V, a une premiere fois tc\u
le Poitou en apanage en 1356, mais il Pa perdu quand ce territoire a ete cede au ru
d’Angleterre. II est apanage du Berry et de P Auvergne en octobre 1360; otagc ni
Angleterre plusieurs annees durant, il regoit du roi en 1365-1367 une serie de don*
et de pensions, destines entre autres a le dedommager de la perte du Poitou. Panm
ceux-ci, un acte de fevrier 1367, cit6 dans le present document, lui a donne “6.0(Hi
livrees de terre”, c’est-a-dire un ensemble de terres censees rapporter un revenu annuel
de 6.000 livres: elles doivent etre prises sur le domaine royal (mais pas dans L
senechaussee de Beaucaire, qui est mise hors: exceptee, 1. 4); ces terres seront d6tc
nues par le due en bien propre (a heritage, 1. 3), susceptible de transmission hire
ditaire a des heritiers males. L’acte ci-dessus precise les modalites duplication du
don, plus exactement il differe Yassiete de la terre (son assignation sur le terrain) ci
la remplace temporairement par le versement d’une rente de 6.000 livres, sans pre¬
judice pour le due et sans revenir sur le fond (sanz innover, c’est-a-dire sans intro
duire d’element nouveau, 1. 7-8)
Datation. Le 4 fevrier, puisque la chancellerie royale frangaise suit le style de
Paques, le millesime est encore exprime en ancien style: il faut done retablir 1367 (n
st.), ce que confirme 1’аппёе de r^gne du roi Charles V, comptee depuis le jour du
deces de Jean le Bon, le 8 avril 1364 (il n’y a pas d’interregne: “le roi est mort, vise
le roi”; la troisieme annee va done du 8 avril 1366 au 7 avril 1367).
I awii \ di s i \i<\( и ki.s i xii k\i s i i i\ i г км s. Par nippon ;i In “charle1' (docu¬
ment n ' 7). nous sommes dcscciulus d’lin cnm. I n solcnniic csl moiiuliv: les marge>
soul encore gene reuses, mais la justification a droile pins inceilaine; I'eci itiire. soignee,
lie met plus en exergue que quclques capilales (quatre lettres sur la premiere lignel
Toute manireslalion de perpetuite a disparu: si Гоп utilise le meinc grand sceau royal
(dont lie suhsiste plus qifun in lime fragment de legende. portant les lettres FRA A-
( OR), on emploie de la cire “jauiie" (dile uussi parfois “blanche” une cue sans colo¬
rant) Mir line attache de parehemiu (une “double queue”, baudelellc de parchemm ptb-
see dans une fenle du repli el presentant une double epaisseur. d'oii son nom) a la
place de la cue \ertc sur lacs tie soie.
La suscription reste identique (Charles—France, 1. 1); elle est maintenant suivie
d’une adresse universelle et d’un salut (a touz—salut, 1. 1). La notification perd son
caractere perpetuel et universel: devenue simple (savoir faisons, 1. 4-5), elle est
comme noyee entre l’expose, toujours circonstancie (Come—contenu, I. 1-4), et le
dispositif (nous avons promts—autres lettres, 1. 5-9): celui-ci, sobre, ne s’enrichitplus
d’aucune clause. La corroboration (En tesmoing—lettres, 1. 9-10) perd, comme la noti¬
fication, son caractere perpetuel: elle est dite “probatoire”, c’est-a-dire qu’elle com¬
mence par une simple formule annon^ant la validation de Г acte et la volonte de prou-
ver, de porter temoignage (la formule en tesmoin de ce est un decalque direct du latm
in cujus rei testimonium). Mais ni la date ni les mentions hors teneur (commande-
ment, paraphe du notaire et secretaire du roi) ne sont d’une autre essence que dans
l’acte precedent.
Commentaire diplomatique. La difference avec l’acte precedent, sensible dans
la presentation, radicale dans le scellement, est aussi radicale dans la structure du dis¬
cours diplomatique: l’acte est maintenant coule dans un moule epistolaire (trilogy
148
Breve typologie des actes medievaux - document 8
luscription+adresse+salut). A la difference de la “charte”, nous sommes ici dans le
domaine des “lettres”, plus precisement des lettres dites, d’apres l’attache, “sur dou¬
ble queue de parchemin” (pour les distinguer du type presente ci-apres, document
n°9). La typologie est ferme et consciente: l’acte lui-meme fait bien le depart entre
|a donation, perpetuelle (notifiee par des autres lettres faictes et seellees en laz de
soye et cire vert, 1. 1-2: autrement dit une charte, aujourd’hui encore conservee aux
Arch, nat., J 185a, n° 15), et une mesure d’application, dont on s’attache a dire et a
redire, pour rassurer le due de Berry, le caractere tout transitoire (le present acte, scelle
decire jaune). Dans le texte, la presence d’une corroboration probatoire, sans formule
de perpetuite, est le meilleur critere pour determiner le type diplomatique.
Les mentions hors teneur, redigees sous forme d’un message au chancelier, indi-
quent que Tacte, redige sous la responsabilite du notaire et secretaire du roi, a ete
commande par le roi, lors d’une seance du Conseil royal et en presence du chancelier
(vous). Ce dernier en realite n’a plus le loisir de controler la masse des lettres pro¬
duces en chancellerie: son visa, de regie sur les chartes, en est absent.
149
>287
Breve typologiedes actes - document 9
150
Breve typologie des cictes medievaux - document 9
o Acte royal frangais (lettres sur simple queue, 1387)
Mandat de paicmcnt d’indemnites a des collecteurs d’impot.
I Oiiginal. parchemin, 325 x 145 mm (queue 30 mm), jadis scelle sur simple queue,
Paris, Arch, nal., К 53. n° 72.
Charles, par la grace de Dicu roy dc France, au rcceveur qui sera ordonne es
sencchaucies dc Tholouse, de Carcassonne et de Beaucairc ou en aucune d’icel-
lcs pour rece-[2]-voir trois frans pour feu que nous avons impose cs dictes sene- |
chaucics pour leur part ct porcion de deux cens et cinquante mille frans d’or qui
sont ordonnez [3] a cstre baillez a notre trcs chicr et ame cousin le conte
d’Armagnac pour faire vuidicr et delivrer les fortercsses occupees par noz enne- i
mis es pays [4] de Quersy, de Rouergue, d’Auvergne, de Givaudan et dc Velay, |
saint. Come nous ayens ordonne et commis notre ame et fcal conseiller I’abbe de
[5] Saint Guillem du Desert, Pierre Mespin, chevalier, maistre de notre hostel,
ct certains autres faire lever et cuillir es dites trois senechaucies lesdiz [6] trois I
frans pour feu, sa\oir faisons que nous avons tauxe et tauxons audit abbe pour
scs fraiz et despens qiPil fera en alant, demourant [7] et retournant d’icelli voiage
la somme de six frans d'or pour chascun jour. Si vous mandons et commandons
que d’iceulx six frans [8] vous lui fades prest et paiement pour tant de jours qu’il I
vous affermcra par son serement avoir vaque oudit voiage, compris en ce les [9]
jours de son rctour par devers nous selon la distance des lieux raisonnablcment.
Ht nous voulons que par rapportant ces presentes et [10] quittance dudit abbe, i
cc que ainsi bail lie lui aurez soit alloue en voz comptes et rabatu de voire receptc '
partout ou il appartendra, [11] sans contredit. non obstans ordenances, mandc-
mens ou defenses faictes ou a faire au contraire. Donne a Rion lc VIIIе jour de
novembre. [12] Fan de grace mil CCC quatre vins et sept, et dc notre regne le !
VIIIе.
[Plus has• ] Par lc roy, a la relacion de monseigneur le due de Berry, de vous,
du chancellier dudit monseigneur, du conte de Sancerre ct de pluscurs autres. i
Breve typologie cles actes medievaux - document 9
Comprehension DL: гьхте. Eli juin 1387. sous Pautorite superieure du due de Berry,
oncle du jeune Charles VI et lieutenant de celui-ci en Languedoc, le comic
d'Armagnac negocie avec les Anglais le radial d'un certain nombre de chateaux. Pour
reunir la somme. le comic oblienl des juillet des I*tats de Languedoc Pautorisation de
lever un impol extraordinaire sur les habitants de la region, a raison de 2 francs ct
demi par feu (foyer fiscal), bientot augmente d'un demi-lranc: une somme lourde.
puisque le franc d'or est emis a Lorigine a la valeur d'une livre lournois (le premier
franc est frappe en deccmbrc 1360 a foccasion de la liberation du roi Jean: le roi.
libre, franc, у est figure a cheval. d'oii le nom de “franc a chcval" donne a la piece;
on frappe a parti г de 1365 des francs oil le roi est figure debout, d'ou le nom de “franc
a pied"). Commc les autres impositions, celle de 1387 gencre la mise en place d’une
administration specialisee. composee de eollecleurs et de reeeveurs. L'acle nomme
deux des commissaircs royaux (conunis. I. 4), charges du recouvrcmenl dans les
scnechaussees de Toulouse. Carcassonne et Beaticaire: un clerc. conseiller du roi el
abbe de Saint-Guilhem-du-Desert (Herault. cant. Aniane: on sail par ailleurs qu’il
s’appelle Renaud et n'aura pas grand succes a la tele de son abbaye): un laTquc, che¬
valier et maitre de Г Hotel du roi (il у a, a la tele de ITIotel. douze maitres, diriges par
un souverain-mailre, tous chevaliers ou fa its chevaliers a leur entree en fonction, el
cumulant line serie d'attributions. judiciaires et linanciercs). On connait par ailleurs
quclques autres commissaircs. dont le gouverneur de Montpellier et un chanoine de
Paris (l)om Claude Devic ct dom Jean Vaissette, Histoire generate de Languedoc.
nouv. cd. par Auguste Molinier cl al., l. IX. Toulouse, 1885. p. 930-033). Le present
aete est Гипс des multiples decisions, de pure routine administrative, prises a focca¬
sion de f imposition: le receveur charge d'encaisscr les fonds collcctes regoit fordre
de prendre, sur eeux-ci. de quoi payer a fabbe des indemnites de deplacement, le
temps de la levee, aller et relour, au laux journalicr de 6 francs: celle affectation
(“assignation") directe de depenscs sur la rccette est une operation courantc dans les
finances mcdievales. Commc toujours dans ce genre de document (I. 9-10), on pre-
\oil que le present acte (mandat de paiement), adressc au receveur. sera conserve
par lui et joint a la quittance que lui remettra fabbe au moment du paiement: f ensem¬
ble ser\ ira de piece justiIicati\e a f inscription de la depense dans son compte, quand
celui-ci sera controle. Mais tout ici est extraordinaire el provisoire: f imposition nc
recoil jamais de nom (on ne parle que des “trois francs par leu"), et foil se garde dc
preciser la Cour qui jugera les comples (partout ou il appariendra. I. 10).
Datation. Le 8 novembre 1387 est bien dans la huitieme annee de regne de Charles
VI (du 16 septembre 1387 au 15 septembre 1388: document n° 7).
Examen des caracteres f.xternes et internes. Par rapport a facte precedent, on
descend encore d’un cran. Plus aucune solennitc: le parchemin, plus petit, est allonge,
la presentation plus sommaire, les marges retrecies, inexistantes a droitc. L’ecriture,
plus cursive, ne menage plus que quelques capitales, d'un trait fin.
La redaction est technique el concise. Mais elle pent s'allonger quand le Ibrmulaire
Pimpose ou que les titulatures, aussi lemporaircs que f imposition, demandent de lon¬
gues precisions (I. 1-4). Le vocabulairc n’en est pas moins rigoureux et la hierarchic
des qualilicalifs est bien rcspeclee: le comtc d'Armagnac est un ires chier et ante со"’
sin (I. 3), le conseiller du roi est ante et fen! (I. 4).
152
Breve typologie des cictes medievaux - document 9
Comme Гаек* precedent, le document est une lettre. avee unc suscription et un salul
ulentiques. line adresse maintenant parliculiere (un receveur—de Velay. I. 1-4). La
not i Ilea lion, toujours simple puisqu’il у a deja une adresse (I. 6) est iei encore noyee
dans fexpose {Come nous ayens -rhascun jour. I. 4-7). Lc dispositiГ est tout aussi
precis, sans applet {Si vous numdons et comnunuions—niisonnahlement, I. 7-9), aus-
sitdt annonce comme un ordre: numdons et commamhns est au coeur du dispositif.
a la difference des "charles”, oil Lordre Si donnons en mundement ouvre une simple
clause injunctive (document n° 7, l. 17). A pres le dispositi!', unc clause сГ execution
prevoit les modalites du controle financier (Et nous voulons—appartendra, 1. 9-10);
cettc clause est еПе-тёте renforcee d’une clause prohibitive (sans contredit) et d’une
clause derogative (non obstans—au contra ire), destinees a briser toute opposition dans
unc administration financiere dont les procedures de controle, suraccumulees et incom-
plctcs, ont cru avec le тёте foisonnement desordonne que les ressources (1. 11). La
date et la mention hors-teneur de commandement sont de тёте nature que dans les
antics types d’acte. mais le notaire et secretaire du roi responsable de facte n’a pas
appose son paraphe.
0)M\n:\TAiRL diploma ngrn. Comme pour facte precedent, nous sornmes en pre¬
sence de “lettres", non perpetuclles parce que I ices a fexecution d'une affaire pre¬
cise. Le mode de scellemcnt leur donne leur nom de "lettres sur simple queue de par-
chemin". On parlc aussi dc “mandement”, au sens diplomatique, тёте si ее type
d’acte pent servir a autre chose qu’a des "mandements” au sens administratif (e’est-
a-dire a des ordres donnes a des agents du roi. ce qui est ici le cas). Dans le texte, le
plus sur eritere pour distinguer le type diplomatique est Г absence de toute corrobo¬
ration. On devrail trouver. sur la queue de parchemin, un grand sccau royal de eire
’’laune". Mais peu de mandements ont conserve leur sccau: les attaches sur simple
queue se dechirent facilement, sous lc poids de la cire: pom- у remedier, un archiviste.
a une date inconnue. a ici renforce fattache par une suture... cn pure perte. car le
recall s'est fmalemenl detaehe.
L'acte monlrc par ailleurs un aspect inleressant de la genese des actes a la chan-
cdlerie royale des XIVC-XVC siecles. II est en effet date de Riom en Auvergne: or
I on est assure par diverses sources qifcn novembre 1387 le roi se trouve a Beauvais,
t leriiiont-cn-Beauvaisis, Senlis (Ernest Petit, "Sejours de Charles VI. 1380-1400”,
duns Bulletin philologic/ue et historiijue, 1893. p. 35). Dc son cote, la mention hors
kneur de commandement comporte la formule par le row a la relacion de... Cette
relation” ne doit pas preter a contresens: loin d'indiquer que le roi a pris la decision.
m rappon d’un tel, elle signifie que les personnes nominees ont rec;u delegation
du roi pour trailer faffaire, et ont "apporte” elles-memes fordre d’ecrire facte. La
Went юн permet done de savoir qifen Г absence du roi, facte a ele commnndc par le
t l«c de Berry et le chancelier royal (ггнлу). le chancelier du due, le comte de Sancerre
^ litres qui. installes en Auvergne, gcrcnl la levee de fimpot. Le chancelier de
lance garde avec lui le grand sccau de majestc: tout est done en place, a Riom. pour
clivrer un acte royal sans que lc mi s’y trouve. Contraircment a la grande majorile
aclcs r°yaux. тёте commandos hors de la presence du roi, a partir du regne de
nihppc v| ce|ui-ci nc comprend pourtant pas de signature de notaire et secretaire
u ro^ ct fon ne sail a quoi il faut ici attribuer cctte absence.
153
Breve typologie ties tides medievaux document 10
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Г9 t Sfinmtn тДуспНцЬ втяиц»
rnmitm wte-or fmfonoj: усаЙяпГт^ид vs KL Ikc midxir'pcttcat капе ипплшхт
UmnnfJc ittuur «фм tlLim mficJr mitwr !ut rdfinumio komtmt tjjfiuf Limed и u;
Lmnr cc (uUuimiC(itt wAnnrmo kommi? meou ■ f: fictnmu 1^(гиГ 1хл и infer
Шиад tamtLwum ced? Lm fedLa m drtuofimduk am;a j cmfcvbfv^l Mtdwrm
кко пдпшыпfIhatu iofcu 1чцчмг balduuto cc kaxdik; сГfolun: doji*cSmu m maw mt L
-ГУ* сопи d a tic rraiLfcnmr. Balduit ш паср mdnl Itt; umf tn (\tc fit ct л v (IJfu
своего cmitt тикня- actum eft* cr ram amt qua аLamcc cr Ukfimie cona8uriv<fc» fflfcj
К ли fijywmi (w {A one fiinm ctonofm^m cpilita-pw fikno fuo tmtujiia fit * ptnr..i
oam out wkwcclilw tmmttfA (^tmcft’cnmncrunD^xftabafflM
umn (juam aw Wumo amentum A[» u Цдтти <cmhif tn axco mmrno fca
ftrudWdtfi a fcLrno^mmrcTtfuftttr (vdduuw ud Ltcdtlv niuftt fee non
Muenmv "o пшют unrwiTnmfcutdcmu urInuMcmoImAiifdmkmW mtu r.m
идкелшг- ccyw' тшп^тлпш*' трто лппелдтгп Гут Ik тп njpaftxumr mAnui
p ГиМспупГ kntwumtt^‘crl>ctnmmn ЦшгпГdc UiSur-a (almuu L i «Ц no
pm il. cmtfirtnaau* £Т*ВсдшаГ1>с (rnffur & Caufij dr сшгдсо. ^Vahnt dc lent.
{ ufcvJnj fill) ct. S’.Mbmfdt iwfmub^Vaiml dc finwnns. ^^tlcbnt
^fiuaomfdc ctxns.^BaUuuuтйтшиитемптпГГЬ'фппкi саМдт mamfii.S.
бдУ«1‘ dc dc ш1т.&и1чтртопсГ konunu b^mafdcbubi r
^alduimiamdtdi lurnmufis слйхЙлт • % (лата vamdteh bmaam cmtlbtu^ ltk
tfmvfidt kuB^umart#.SFaldumt He utlU-sM^ и At cu
mi5* Ь иЬ(ацпил\сб fainnc^2 dc ftit p 5>.I лтиатл* CY^ amerti .& waa
;S». Oenndt» y.bmfiati^ diT moimlvpnmn «згЯачт Гттапкхагц
wauuonti лш\о.о> c* [^^Idtuacuiftvma; anay
154
Breve typologie des actes medievaux - document 10
10. Acte princier (Hainaut, 1181-1182)
C onfirmation de la donation a Saint-Feuillien d’une terre tenue du comte.
.1. Original, parchemin, 265/270 x 415/410 mm (double repli, total 35 mm), scelle
,ur double laniere de cuir, Tournai, Archives de la cathedrale, Fonds Saint-Feuillien
lu Rieulx, Chartrier, n° 32.
a Leon Devillcrs, “Description sommaire du cartulaire de Tabbaye de Saint-
cuillien du Roculx”, dans Annales du Cercie archeologique de Mons, 21. 1889, p.
40-311, n° III, d’apres un cartulaire du XIIIе siecle.
{Croix) a). In nomine Domini. Ego Balduinus, Hainoensis comes, quintus ab
illo Balduino qui Flandriam et Hainoiam [2] possedit et Franciam procuravit et
llasnoniense cenobium in quo sepultus est reedificavit. Notum facio tarn [3] pre-
scntibus quam futuris quod Balduinus de Strepi quicquid possidebat in territorio
de Strepi et de [4] Brakeniis, sicut illud dividit allodium de Raez et allodium de
Parfontriu, et nemus de Nasta illud di-[5]-vidit, in terris, silvis, pratis et aquis,
quod a nobili muliere Beatrice de Bussut in feodo tenebat, libe-[6]-rorum suorum
Alardi et Nicholai concessu et ipsius Beatricis assensu et meo consensu, ecclesic
beati Fo-[7]-yllani in elemosinam et in censum V denariorum et XVI solidorum
annuatim in festo Nativitatis beati Johannis [8] baptiste Balduino et heredibus
ejus solvendorum, prout melius et discretius potuit, confercns, ut sane et [9] legi¬
time luijus elemosine fieret donatio, ipse Balduinus in presentiam meam venicns.
sub testimonio ho-[10]-minum meorum et scabinorum potestatis in qua posses-
sio hec jacebat, possessionem hanc in manum [11] Beatricis de Bussut, a qua
illam in feodo tenebat, sub testimonio hominum ipsius Beatricis resig-[12]-navit.
Ipsa vero Beatrix et Balduinus, sub testimonio hominum meorum et hominum
ipsius Beatricis et [13] scabinorum jamdictorum, ecclcsie beati Foyllani in ele¬
mosinam, sub annuo censu V denariorum et XVI solidorum in [14] festo
Nativitatis beati Johannis baptiste Balduino et heredibus ejus solvendorum, com-
muni manu, me be-[15]-nignc concedente, tradiderunt, Balduino itaque nichil sibi
juris in hac sepedicta possessione, [16] excepto censu, retinente. Actum est et tarn
a me quam a Beatrice et Balduino concessum quod ecclesia [17] beati Foyllani
bac possessione, sibi in elemosinam collata, pro libito suo tamquam sua propria,
[18] ad faciendum omnia que voluerit, libere utatur. Actum est etiam et utrobi-
qae tam ab ecclesia beati [19] Foyllani quam a Balduino concessum quod, si sepe-
dictus census in constituto termino Baldui-[20]-no vel heredibus ejus solutus non
fucrit, census ille Balduino vel heredibus ejus juste sed non lege [21] solvetur.
•'\d majorem igilur verilatis e\identiam. ill luijus elemosinaris donationis forma
n,la [221 habeatur et inconvulsa permanent, seripto annotatani sygilli mei appo-
s,hone llmiaxi [23| et subscriptis hominum meorum et hominum Beatricis de
Htissut et scabinorum scpediclorum no-[24]-minibus confirmavi. Signum
beatricis de Bussut. Signum Egidii de Cimaco. Signum Walteri de Lens. Signum
1-^1 I'ustachii. filii ejus. Signum llostonis de Trasiniis. Signum Walteri de
Imntanis. Signum Wilelmi, 1’ratris mei. [26] Signum llugonis de (’mis. Signum
balduini. caslellani Monlensis. Simuim llenrici. castellani Binciensis. Siunum
Breve typologie des actes medievaux - document 10
[27] Baldrici de Roisin. Signum Gozuini de Tulin.— Subscriptiones hominum
| Beatricis de Bussut: [28] Signum Balduini, jamdicti Montensis castellani.
Signum Henrici, jamdicti Binciensis castellani. Signum [29] jamdicti Hugonis
de Crois. Signum Balduini de Villa. Signum Iwani de Harven. Signum Ulbaudi
de [30] Loveniis.— Subscriptiones scabinorum de Strepi: Signum Lamberti.
Signum Mainerii. Signum Lam-[3 l]-berti. Signum Gerardi. Signum Lamberti.
Actum Montibus per manum Gislebcrti secundi notarii [32] mei, dominice
Incarnationis anno M° C° LXXX° 11°, dominationis vero mee anno ХГ.
| a) Croix cantonnee de quatre points.— b) Signum est systematiquement rendu par
I un S bane d'une bane oblique, A.
Comprehension du texte. Baudouin V accede au comte de Hainaut des la mort
de Baudouin IV, le 2 novembre 1171; il devient par ailleurs comte de Flandre, sous
le nom de Baudouin VIII, le 1er juin 1191, du chef de sa femme Marguerite, filledu
comte de Flandre Thierry d’Alsace (sur Fancetre de Baudouin, voir plus bas, com-
mentaire). Par son accord bienveillant (benigne: 1. 14-15), le comte autorise en meme
temps qu’il notifie unc donation faite a la jeune abbayc premontree de Saint-Feuillien.
sise au Roeulx (Ruez), dans Fancien diocese de Cambrai (auj. Belgique, prov. Hainaut,
arr. Soignies). Le donateur, Baudouin de Strepy (meme localisation), se propose en
effet de lui offrir divers biens-fonds, consistant en terres, bois, pres et eaux sur le
territoirc de Strepy et Bracquegnies, soigneusement delimites par rapport a d’autres
terres (Le Roeulx, Profondrieu, Naast. I. 4-5) mais non arpentes. 11 exige cependant
de Fabbaye le paiement annuel d’un cens, a la Saint-Jean-Baptiste (24 juin), de “5
deniers et 16 sous” (1. 7-8); Finvcrsion (les deniers avant les sous), surprenante.
denonce le caractere composite du cens: les 5 deniers represented Fancien cens fon-
cier, pergu jusque-la, tandis que les 16 sous (une somme pres de 40 fois superieure)
constituent le cens nouveau, reajuste a la realitc economiquc du moment, ce que seule
autorise la mutation foncicre. II s’agit bien d’une aumone (elemosina* 1. 7, 9, 13.
17), pcrpetuelle et irrevocable, et le texte insiste aussi sur le fait que Fabbaye sera
libre d’agir a sa guise (pro libito suo tamquam sua propria, ad faciendum omnia qW
voluerit, 1. 17-18), degagee des contraintes feodales. Pourtant, si Fon peut parler en
termes anachroniques. le donateur n’agit pas gratuitement et n’abandonne pas toute
la propriete eminente. L'ne belle illustration de la rencontre entre les lois de Fameet
celles de la terre, dans une societe regie par la coutume, est donnee dans Fexpres¬
sion juste sed non lege (1. 20): expression ambigue qui signifie que, si le cens n’est
pas paye a Fheure, il devra Fetre (quand meme) a juste titre, mais que cela ne sera
pas legal; en d’autres mots, que, par unc sortc d’aumone supplementaire, on ne pre-
voit pas 1’amende legale (lex) exigible en cas de retard de paiement, mais que Fabsence
de sanction n’entamera pas le droit (jus) du “donateur” a percevoir lc cens.
Le document offre en outre Fintcret de montrer une cascade dc consentcments (сои*
cessit, assensic consensu), dont les ctapes et les motifs sont clairement indiques. Au
consentement des heritiers du donateur, scs deux fils (1. 6-7), doivent en effet se joindre
ccux des seigneurs feodaux. Car Baudouin dc Strepy tient la terre en fief de Beatrice
dc Boussoit (prov. Hainaut, arr. Soignies) et cclle-ci, du comte dc Hainaut. Le dona-
156
Breve typo logic cles actes medievaux - document 10
teur a agi prout melius et discredits potuit (l. 8: “de la fa^on la meilleure et la plus
avisce qu’il pdf’); ses heritiers ne pourront done se dire leses. Encore lui faut-il obte-
nir 1c consentemcnt formel des seigneurs du fief; on organise done une ceremonic,
pour proccdcr sane et legitime (1. 8-9: “suivant les voix de la raison et les voies du
droit”). Tout se fait sous Г ceil et avec 1'accord du comte et en presence de nombreux
temoins. Les laudationes des seigneurs feodaux sont assorties de traditiones, ou le
bicn passe de main en main: de Baudouin dans la main de Beatrice (1. 11), et de la
•‘main commune” de Baudouin et Beatrice a l’abbaye (1. 14-15): Г unite des esprits sc
lit (metaphoriquement?) dans f unite des mains conjointes en une seule. Autant de sei¬
gneurs, autant de cours feodales, qui sont temoins des transactions successives: les
“homines de Beatrice” (1. 11, 12). pairs du donateur (1. 11, 12; six souscriptions, chif-
fre parfait, 1. 28-30: les chatclains de Mons et Binche, des homines de Croix, Ville,
llarveng, Louvignics); les “homines du comte”, pairs de Beatrice (1. 12; douze sous-
criptions, encore un chiffre parfait, 1. 24-27: on у retrouve trois hommes de Beatrice,
et des hommes de Chimay, Lens, Trazegnies, Fontaine ainsi qifun frere du comte,
tous connus grace au Chronicon Hctnoniense sur lcqucl on reviendra). Mais aux cours
feodales se superpose la cour territoriale des echevins, sollicites en raison de la situa¬
tion du lieu (il faut comprendrc potestas. 1. 10, ancien frangais poeste, dans son accep-
tion de “ressort”). Les echevins comtaux sont les heritiers des scabin 'r juges profes-
sionncls carolingiens, competents dans les causes personnel les et immobilieres. On
notera qu’a la difference des membres des cours feodales, les “echevins de Strepy”,
tous originaires du lieu, ne sont designes que par leur nom personnel (1. 30-31).
Datation. Au millesime 1182 est jointe fannee du regne de Baudouin V, exprimee
avec la formule lypique des chartes composees par le notairc comtal Gislebert: anno
dominationis. La 1 Iе annee de Baudouin en Hainaut se termine le lcr novembre
(1171 + 11 =) 1182. On sait par ailleurs que dans les Pays-Bas, jusqu’a la fin du XIIе
siccle, on suit le style de la Nativite (1182 [a. st.] = 25 decembre 1181-24 decembre
И82). Ces deux indications croisecs, la charte a ete delivree entre le 25 decembre
1181 (n. st.) et le lcr novembre 1182.
Examen df.s caracferes iixternf.s ft internes. L'ecrilure du document sc ca-
racterise par sa fcrmele. la rarete aussi des ahrevintions. Le trailenient des premiers
mots en caraeteres allonges et de quelques initiales, f elegance d'line ebauche de liga-
et (par exemple Actum. I. 18), fimpression generale de lisibilite et de regularite
Vl,nt dans le sens de la solennite. Pourlaiil. a la dilTerence de facte perpelucl de sou-
^Tain, on nole fabsence presque complete d'ornemenlation. et surtout f utilisation
loul fcspacc disponible: aucunc marge, tout juste la place ifun rep I i pas ties gene-
roilx- La formule actum per manitm (lislcbcrti (1.31) n’indique pas que (iislebert soil
1° Scrihc. mais lout simplemenl le redacleur. celni qui a compose le texte (commc a
l;l cliancellerie pontillcalc, et eapetienne du XIIе sieele, avec les Ibrmules de “date"
du type daut per manunr dont celle-ci semble derivee).
1- aele s'ou\re par une double imocation: symbolique d'abord. \erbule ensuile,
llla,s limitee aux trois mots In nomine Domini (I. I). Une longue suscription (Dgo—
[wdi/icavit). aussi diserle qifinusuelle, s'attarde. une ligne et demie. sur fancetre
eP<>nymc du comic, fondaleur du lignage. el conlribue a ancrer le pou\oir de Bau-
l,°uin V dans une memoirc longue. L’auleur ainsi pose en “majeste". le texte com-
llicnee. sans preambule. par line notification universellc [\otum futuris. 1. 2-3) et un
157
Breve typologie des actes triedievaux - document 10
long expose. Commc dans Facte royal carolingien (documenl n° 2). on pcinerail adis-
tinguer precisemenl expose et dispositif: lc fond de Facte comtal tient en deux ele¬
ments. Paccord donnc comme seigneur feodal (annonec dcs le meo consensu dc la I.
6) e! la decision consequent (igitur, I. 21) de confirmer Paction par un acte ccrit.
scelle du sceau comtal et garanti par les listes de tcmoins {Ad majorem —conjirmuvi,
1. 21-24): cc sont, ici. dispositif et corroboration qui sont fondus. On notera au pas¬
sage la richesse lexicale de la corroboration: majorem veritutis cvidcntium, rata a
inconvulsa, scripto annotatam: contrcpoint a la precision juridique dc Pexpose, mais
aussi substitut des clauses comminatoircs. qui out maintenant lurgcmenl dispant, dans
une societe oil Pccrit authentique esl roi. Suscription a part, e'est aussi le seul pas¬
sage qui se permette une recherche lilteraire avee Pelegante elemosinaris donations
forma (I. 21; forma au sens de “convention", “accord"). Annoncee et hierarchisce, la
triple lisle de souscriptions (I. 24-21) precede la formule de dale (I. 31-32): cclle-ci
comprend le mol actum (pris dans un sens different des actum du texte. I. 16 et IS.
qui renvoicnl a Paction juridique), la date de lieu, le responsable de Pcxpedition, et
la double annee.
Commf.n глии Dipt омлпед f. Le plus intcressant reside dans Pemprcintc person-
nclle mise par le “notairc" comtal Gislebert a la composition de Pacie. Ce dernier
ifest autre en elTet que Gislebert de Mons. connu pour son C/ironicon Hanoniense.
mais aussi pour les 116 actes qui nous rcstcnl de lui on sur lui. Compagnon de jeu-
nesse du prince Baudouin V. Gislebert lui cst succcssivemenl attache commc clw-
pelain, puis clerc, puis notaire (ici secimdus notarius. ce qui denote un debut d’orga-
nisation hierarchique de la chanccllerie), enfin comme chancelier. A son activite de
rcdacteur de chartes, il joint cellc d'ambassadeur dans les principautcs de Flandre, de
Hainaut, dc Namur, en Allemagne et en Italic. Toutes fonctions qu’il ne remplitque
jusqu’a la mort de son maitre, le 18 dccembre 1195, lui-mcme disparaissant vers 1224.
C'est la griffc de Gislebert que Pon peut voir dans la suscription de l’acte: il у
developpe un theme cher, repris dans son Chronicon Hanoniense, Phistoriographie
dc la dynastie dcs Baudouin. Le lignage a pour lointain ancetre lc fils du comte
Baudouin V de flandre, egalemenl prenomme Baudouin, qui a succedc en 1051 a la
dynastie hennuycrc de Renier et a ainsi rcuni. pour quclques dcccnnies. la Flandre el
le llainaut sous le double nom de Baudouin VI de Flandre [1036-1070] ct Baudouin
lcr du Hainaut [1051-1070]. Loin de s’arreter a ce rappel, Gislebert ehante deux hauts
fails de Baudouin ler de llainaut. Tout d'abord. Francium procuravit (I. 2: “il gou-
verna la France"). Lc Chronicon Hanoniense. qui reprend les mcmcs termes. est ega-
lement plus precis: pro nimia avunculi sui Henrici regis Francorum juveututc
Francium procuravit (ed. Leo Vanderkindere. Bruxelles, 1904, p. 3). Peu imports
qu'ici et la Gislebert commelte une confusion, car ce if esl pas Baudouin lcr du l lainaut
qui fut investi en France de la regencc pendant la minorite (1060-1067), mais son
pere, Baudouin V de Flandre. et ce roi mincur if etail pas Henri ler mais son fils
Philippe Ier. (iislebert precise aussi que Baudouin lcl rcedilla le monastcre dc llasnon
(bencdictihs, ancien diocese d’Arras; auj. en France, Nord, cant. Saint-Amand-les-
Eaux). Ici encore on retrouve les mots du Chronicon, qui ecrit: in monasterio
Hanoniensi quod reedificaverat sepultum fuit (cd. citee, ibid.). La restauration eut bien
lieu en 1065, et cet evenement est d’autant plus facile a connaitre sans risque d’erreur
qu’il est fondateur pour la dynastie (la sepulture de Baudouin Ier у est conservee).
158
Breve typologie des actes medievaux - document 10
Gislcbert affectionne de glisser, dans les chartes comtales qu’il compose de main
ile maitre, des allusions aux evenements politiques les plus importants ct les plus glo-
rieux du regne de son mailrc. En voici un autre exemplc: a partir de 1188, il evoque
|c niariage de la propre fille de Baudouin V, Elisabeth, avec le roi de France Philippe
Vuguste (la meme phrase reviendra 14 fois entre 1188 el 1195). Dans d’autres diar¬
ies, ces allusions pcuvent hypertrophier la notification, annoncee par les mots: Ut
uuicm pateat cunctis quis fuerit iste Balduinus comes et marchio, cum multi comites
in llainoia nomine Balduini fuerunt appellati, notum sit universis quod iste Balduinus
'owesdont la valcur de propagande est encore plus cvidente.
Ceci dit, Gislcbert est aussi homme de son temps. Le commentaire du document
pent, en cc sens, relever la science juridique deployee dans une rigoureuse expres¬
sion. La presentation de Г invocation verbale (mais pas ses termcs: document n° 6,
I. I) et la formule de date peuvent etre lus comme le produit d’un mimetisme de l’acte
royal capetien du XIIе siecle. Le plus important reside dans les signa: comme on Га
deja note dans un acte royal de 1215 (document n° 6), les signa sont, du point de
\uc paleographique, purement factices. Si Eexpression et la pratique remontent a
I'Antiquite, ils ne servent plus qu’a introduire une liste de noms de temoins de Taction:
le meilleur indice en est que les signa de trois hommes de la cour du comte sont repetes
paimi les signa des hommes de la cour de Beatrice, pour bien indiquer qu’ils parti-
cipcnt aux deux assembles.
II reste un probleme de taille, cclui de Tecriture. L’examen serait a reprendre sur
la base du corpus des originaux conserves. Pour Gabriel Wymans, Tacte n'est pas
do la main de Gislcbert, mais serait issu du scriptorium du destinataire, ce qui n’a rien
d’etonnant pour Tepoque. II serait done compose par un serviteur du prince (d'ou
les passages de "propagande”) mais ecrit par une main monastique (ce qui expliquerait
mieux, du reste, la mise en page tres tassee).
Bibliographil' coMPLEMENTAiRt. J. Pycke, "Gislebert de Mons”, dans Dictionnaire
(l histoire et de geographic ecclesiastiques, t. XXI (1985), col. 27-31.— G. Wymans,
"Per manum Gilleberli”. dans Scriptorium, 23, 1979. p. 17-24.
Breve typologie des actes - document 11
160
Breve typologie cles cictes medievaux - document 11
11. Acte princier (lettres sur simple queue, Poitou, 1388)
Mandement pour la prisee et l’achat d’une maison a Poitiers.
A Original, parchemin, 355/360 x 190 mm (queue arrachee, 30 mm), Paris, Arch,
nat.. J 182. n° 111.
Jehan, lllz de roy de France, due de Berry et d’Auvergne, contc de Poitou, lieu¬
tenant de monseigneur le roy esdiz pais, ou duchic de Guiennc et [2] es parties
de Languedoc, a nostre seneschal de Poitou ou a son lieutenant, salut. Commc i
nous aions entention de lere pluseurs ovrages [3] en nostre sale de Poicticrs et en
la tour de Mauberjon et pour ce soit necccssite d’avoir une maison davant nos-
iredit palaiz pour fere [4] la chambre aus traiz et mettre les moles et pluseurs util-
lemens necccsseres et aussi pour mettre les vidles charpentcrics qui sont [5]
cheues par faulte de fondemens, ainsi qu’il nous cst apparu, si avons fait advisicr
que certainne maison de Jehan Damau, [6] marchant de nostre ville de Poicticrs.
laquelle cst assise en la rue davant nostredit palaiz, joignant au cymitiere des
Jacobins d’une [7] part cl d’autre part a certainne maison de nostre ame Guiot de
Dampmartin, general maistre de noz cuvres, qu’il a nagueres acquise [8] dudit
Jehan Damau, tenant a l’ostel maistre Renier Armurier, nostre vallet de chambrc,
sera bonne et convenable a 1’usage [9] dessus dit. Pour ce est il que nous voulons
et vous mandons, en commettant, sc mestier est, que incontinanl ces lettres vcucs,
appelle [10] avec vous Jehan Masse, maistre de noz euvres de Poitou, les jures
de nostredicte ville de Poictiers et deux autres de noz bourgeois [I I] et habitanz
de nostredicte ville, vous transposes en ladicte maison et ycelle avee le verger et
appartcnances, voies et faictes veoir, [12] visiter et prisier par vous et les dessus
diz et, pour le pris que ainsi aura estc prisee, achates ladicte maison et appartc¬
nances pour [13] nous et en nostre nom dudit Damau et en donnez et passes cer-
tiffication suffisante. De ce fere vous donnons povoir et mandons [14] a vous
estre obei en ce faisant. Donne en nostre chastel de Lezignen, soubz nostre seel,
le XIXе jour de mars, Fan de grace [15] mil CCC quatre vins et septa).
[Plus has: ] Autrefoiz ainsi signe: “Par monseigneur le due, Vcauce” et rescripte
selon la correction du conseil.
[Signe: ] Paghraut.
a) Suit, de fa тёте main que les mentions hors-teneur. Soubz nostre seel ordene en
ab (sic)
161
Breve typologie des cicles medievaux - document 11
Problemes de transcription. Le scribe ecrivant dit (1.3) mais dicte (1. 11)} nj(il\
stre (1. 7) ct ostel (1. 8), on a developpe dee en dicte el me en nostre.
Comprehension du texte. Jean de Berry (document iL 8). qui a rccupere le Poitou
en novembre 1369, est Tun des oncles tout-puissants du jeune Charles VI: de noveni-
bre 1380 a septembre 1389, il est lieutenant du roi en Languedoc. Son fastc setradun
en de nombreux travaux, ainsi au vieux palais comtal de Poitiers, qu’il translbrnw
en une veritable residence princiere de 1385 a 1388. Le palais s'articule autourde
deux batiments: la Grande Salle et la Tour Maubergeon (I. 3). dont les noms rappel-
lent deux functions, le lieu de reunion et d'apparat [sula) el le tribunal (malherg). II
est ici question d'une maison particuliere qui doit servir a entreposcr les traiz {cor-
des. cables), les moles (“meules”. sans doute des rouleaux de cordes, plutot que dis
nioulcs), les utillemens (ustensiles, outillage) et les \ ici lies pieces do charpcnte (I. 4);
la designation de la maison se fait, normalemcnt. par le nom du proprictaire (.lean
Damau). par la rue (localisee par rapport au palais) et par ses confronts (joignam..
tenant.... I. 6 el 8). Pour Lacheter et. auparavant. Lestimer a son juste prix, le prince,
qui reside alors a Lusignan, s’adresse au senechal do Poitou, plus haul responsabledc
Ladministration ordinaire du eomte, ou a son lieutenant: il leur enjoint de sc faire
accompagner d’un expert des batiments comtaux (Ladministration des “oeuvres” est
imitee de ccllc du roi), mais aussi de representants du corps de ville (jures) et de la
population bourgeoise; il leur donne toutefois l’autorisation de se decharger surun
representant en cas de besoin (en commettant, se mestier est. 1. 9).
Datation. La chancellerie de Lapanagiste suit le style de Ladministration royalc,
celui de Paques. L'actc nc peut elrc place que le 19 mars 1388 (n. st.), puisque Paques
nc peut tomber avant le 22 mars: de fait, Paques cst celebree le 7 avril en 1387 (n. st.)
et le 29 mars en 1388 (n. st.).
Exami n des c \r.u ti.ri s exii rnls li internes. La parente est evidente entre la
presentation, Lecriture, la structure el les lormules de ce document et celles d’un man-
dement royal conlemporain (document n 1 9). L’examen doit done faire avant tout le
bilan des similitudes et de quelques differences. Le texte, ecrit avec regularity sur des
lignes rapprochees, laisse subsister une marge, relativemenl importante, a gauche uni-
quement. Les deux premieres lettres du nom Jchan sont capitales, quelques autres sont
un peu agrandies: les initiales de roy et lieutenant (I. 1) et, pour mieux scander le texte.
a (1. 2) et Linitiale de pour (1. 9). L’organisation du discours demarque d’aussi pies
le mandement royal: coule dans le moule de la lettre, Lacte commence par line
sequence suscription + adresse particuliere -i- salut (Jehan—saint, 1. 1-2). Comme on
pouvait s’y altendre, rien n’est laisse au hasard dans la longue titulature du prince: on
commence par la qualitc (se dire Ills “de roi de France”, et non “du roi de France” ou
“du feu roi de France [Jean]”, c’esl insister sur une qualite de “prince du sang”, depas-
sant les personnes, en bref sur un rang plus que sur une filiation biologique); on pour-
suit par les prineipautes (duehes. puis comte); on finit par la charge de lieutenant.
L’actc se continue par un expose qui. comme sou\ent chez le roi, commence par un
“comme” lemporel {Comme nous aions —dessus dit. I. 2-9): le disposili! (Pour c'c
est il que nous voulons et votts mandons -su/Jisante, I. 9-13). tout aussi type, voit sc
confirmer la tendance a redoubler les verbes {voulons et mandons, votes etJaidcs
veoir): sa force est garantie par une clause de delegation {f)e ce /ere ett ce faistW
I. 13-14). L'actc se clot par la date de lieu et de temps (I. 14-15). qui iiiclul une annoncc
162
Breve typologie ties actes medievaux - document 11
jc sccau simple (soubz nostre seei 1. 14). La presence de cette corroboration attenuee
cst avec Г absence dc clause injonctive, Tune des rarcs differences avec le mande-
nk'iit-typc de la chancellerie royale. L’influence de celle-ci se lit encore, et jusqifa
jcur emplacement, dans les mentions hors-teneur et la signature du notairc de la chan-
celleiic princiere responsable de Petablisscment de I’acte. Ellc se lit enfin dans lc
mode dc sccllemenl: une simple queue de parchcmin, comme souvent arrachce. On
distingue ties bien sur cet original la petite languctte, incisee sous la queue, et qui a
ser\i. facte une fois scelle et plic, a la cloture et a Pcxpedition du document.
Commlntaire diplomatique. De mcmc que les institutions de Lapanage sont
coulees dans le moule de Г administration royale, l’apanagiste dispose d’une chan¬
cellerie ealquee sur la chancellerie royale (si ce n*est alimentee par elle) et qui reprend
tout naturellement la plupart des formes et des usages de celle-ci: la diplomatique
fournit une belle illustration de la fonction fondamentalc dc fapanage, sorte de
domainc royal par procuration.
Les mentions hors teneur permettent ici aussi de decomposer la gencse de facte.
Le secretaire ducal (equivalent du “notaire et secretaire" royal) responsable de facte,
lel qu’il nous est parvenu, avant d’apposer son paraphe, a en effet indique que le man-
dement a cte precede d’un autre, modific (on ne sait en quoi: d’autres attestations
montrent qifil peut s’agir d’un changemcnt de fond, mais parfois aussi d’unc mau-
naise application du formulaire), puis detruit, sans doute avant scellement et surement
avant expedition, et remplace par une nouvelle version, le tout sur ordre du Conseil
comtal. Une nouvelle complication a surgi (ici encore, et jusque dans les formules.
f influence tie la chancellerie royale est evidente). C’omme le roi. le due a un grand
Nccaii dont il use normalement. Mais an jour du scellement. ce sccau a etc indisponi-
Ыс. Pour eviler un aller-relour enlre facte non encore scelle et fendroil ou se trouve
lc grand sccau. on recourt a un second sccau, le sccau “ordonne" (du latin ordimmun.
Ucsi-a-dire etabli. instilue) “en fabsence du grand", qui resle aupres d'une institu¬
tion stable ou du prince. Pour eviter tout elonnement quant a f absence du “grand"
^eau, on mentionne. an moment du scellement, cette pnrlicularilc en Un d'acte, done
apres la date. Comme en pnreil cas. Г original permet de bien voir la difference de
mains: cel le, d'un scribe anonyme, qui a etabli le lextc; cellc qui a porle Pannonce du
^ccan ordonne, el qui scmble identique a la main des mentions hors teneur. Mais il
landrail une elude des autres numdements poite\ ins de Pepoque pour comprendre
ponrquoi Pannonce tlu sccau ordonne s'est arretee, laissant inacheve le mot ahfseneej.
Lc document appartient a un dossier, integralenienl conserve et comprenant aussi
* Arch. nat.. .1 182, n 1 108-1 10): la priscc de la maison, sous le sceau au.x contrats du
^ Poitiers (15 avril): le mandat de paiement du due, adresse a son receveur. para-
pLc par Pageraul (15 avril): la quittance de Pancien proprietaire sous le sceau aux
contrats de Poitiers (10 decembre). Les documents, etablis scion un formulaire imile
llc I administration royale, renvoient precisement aux pieces qui les precedent. Ces
haincs de citation forment un dossier intellectuel. materialise en outre dans une
hliasse" (mis en Masse, les documents soul perfores |on voit encore deux trous dans
1 niarge gauche] el reunis par un petit torlil de parchemin).
163
Breve typologiedes actes medievaux - document
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Breve typologie des actes medievaux - document 12
12. Acte seigneurial (Picardie, 1270)
Vidimus confirmatif du don d’un pre a la Franchc-Abbaye.
A. Original, parchemin, 170 x 210 mm (repli 15 mm), jadis scelle sur double queue
de parchemin, Paris, Arch, nat., S 4410, n° 31.
a. W. VI. Newman, Les seigneurs de Nesle en Picardie (XIIе siecle-l286), t. II,
Paris: Picard, 1971. n° 209, p. 322-323.
Jon. Symons de Clermonl. sires de Neele, Inch snvoir a tons qui ehes leltrcs
scrront [2] quejou ai veu les leltrcs men chier ami maislre Gerarl de Belencourl.
coutre [3] de Peroune, en teus paroles:
“A tous chiaus qui ches presentes lettrcs verront et [4] orront, jou, maistre
Gcrars de Bctencourt, coutres de Peroune, fach savoir que [5] jou ai doune pour
Dieu cn aumosne perpetuel a le Franke Abbeie en coste Biaulieu [6] VI journeus
dc pre. au joumel et a le verge d’Esmery, en mcs pres qui sicent [7] entre Saint
Nicholai du Bos et Esmery, en chele praerie quejou tieng du noble [8] houme I
moil seigneur Symon de Clermont, seigneur de Neele; et chil VI joumel [9] de
pre a) dev ant dit sieent au coron plus prochain [10] par devers Esmery; en tel
manicrc quejou retieng les fruis et les pourfis [11] de ches VI journeus de pre
dcvant noumes toute me vie; et rendera le [12] Franke Abbeie devant ditte a mon
seigneur de Neele cascun an a le festc saint [13] Remi pour cascun joumel I denier
paresi de chens. Et en tesmoignage [14] de ches choses dcvant dittes, jou en ai
doune a le Franke Abbeie devant ditte [15] ches presentes lettres seelees de men
seel. Si furent faittes Fan de Flncarnation [16] nostre Seigneur mil CC LXX el
mois de may."
Et jou, Symons devans dis, chcl don [17] si coume il est fais et si come il cst
contenus cs lettres chelui maistre Gcrart, jou [18] vueil et grec come sires, sauve
me droiture et me justiche et me seignerie [19] en toutes choses. Et pour chou
que chou soit ferine chose et cslaule a tous jours [20], jou Fai confreme de men .
seel. Che fu fait Fan de Flncarnation nostre Seigneur mil [21] CC et LXX, le ven-
redi devant le Magdelaine.
a) et chil VI journel de pre repete par erreur, A.
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Breve typologie des actes medievaux - document 12
CoMPRhHhNSios Di. IHXTI-. Simon, issu d'une branche des comics de Clermont-cn-
Beauvaisis. seigneur de Nesle (Somme, ch.-l. cam.) de 1240 environ a 1286, esi le
ncveu et successeur de Jean II de Nesle. fondaleur de la Franche-Abbaye pres
Beaulieu: cet etablisscment de moniales cislerciennes (dioc. Noyon) a ete bcneficiairc
de nombreuses largesses du lignage des fondaleurs. у compris du present actc. Lc
donateur. Gerard de Bethencourt (Somme, cam. Nesle), est ehanoine de la collcgiale
de Sainl-Fursv de Pcronne. dont il esl coutre (I. 2), autrement dil tresoricr (du latin
custos. gardien). L'aumone de Gerard a Fabbaye portc sur six journaux d'un pre sis
pres d'Esmery (Somme, cant. Ham. com. Esmery-I lallon). dans le quarticr du finage
icomth I. 9) le plus proche du village: la mesure est locale (I. 6) et rien nc permet tie
la convertir avec surete: la verge (eenlieme du journal) varie dans la region, mais pour
des valeurs de peu supericures a 50 ccntiarcs a Fepoque moderne; le prc ici donne
pourrait done depasser les 3 hectares. La donation a etc assortie de conditions res*
trictives: d'une part, le donateur en conserve a vie PusuIruit. Faction ne prenant ellel
qu'a sa moil (I. 10-11): comme par ailleurs la terre meut du sire de Nesle, sans dome
a litre leodal, ce dernier la degage de sa seigneurie (die va en cITet lumber cn main*
morte eedesiastique) en conlrepartic d'un droit: celui-ci. qualifie de "cens” (chens,
1. 13, au sens vague de "redevancc"). s'apparente a une rente puisque la proprietc
passe a Fabbaye; son montant, simplement recognitif. sera d'un denier parisis par
journal, a verser cliaque annee a la Saint-Remi (ler octobre). Fun des grands temics
de paiemenl.
Datvtiov Si Facte de Gerard est date du mois el de Fannee (l. 15-16), cclui tic
Simon Fcst aussi du jour: mais celui-ci esl exprime par reference a la fete dc la Marie
Madeleine, celebree le 22 juillel. Comme nous sommes en juillel. le millesimcest
bien 1270 (il serait 1269 fn. st.J si Fon suivait le style de FAnnonciation pisane, qui
n'est absolumenl pas pratique dans la region a cette epoque). En 1270, le 22 juillel
tombe un mardi; le vendredi precedent est done le 18 juillet 1270.
Ex.\Mh\ oiis t ARAU LRhs [:xiu<\i:s ft ivrtRM-.s. Economic de moyens et maitrisc
sont les trails les plus evidents des caracteres, tanl externes qif internes, de Facte. Pas
de fioriture, mais une ecrilurc soignee et regulierc (sans juslillcalion a droite). Pour
la langue. un frangais parfaitement maitrisc. aussi ferine que Fexpression latinc a
laquelle il empmnte par decalque direct de nombreuses formules: J'enne et estaulc Ы
tons jours) (I. 19) vient ainsi du lalin ///•/;/<:/ et stuhilis (in perpetuum;. Aucune rheto-
rique. pas de preambule: on \a droit au but et cliaque mot, technique, compte.
La suscription {Jon—Neele. 1. 1) introduit directement une notification universelle
(fucli—verront. I. I). Suit un long expose, ouvert par jou ai veu (I. 2) et ensen*ant la
copie d'un actc anlerieur (I. 3-16), dont les limites ne sont du reste pas clairement
indiqtiees el dont les caracteres externes ne sont pas deerits (par comparison, docu¬
ment n° 34. I. 2-3). On parlera, dans un tel cas, dc •‘vidimus'* pour Facte de Simon
(qui dil bien jou ai veu. I. 2) et d''*acte vidime" pour Facte de Cicrard (du verbe \'Шт
mus. "nous avons vu". de\ enu un susbstantif. le latin medieval a en effet tire le verbe
vidimare puis le participe passe vidimatum). Dans le cas de figure le plus simple. Facte
pourrait s'arreter la et s'achever sur la corroboration (Et pour chon seel, I. 19-20) el
la date (C'hcJ'u Jdif—Magdelaine. I. 20-21): on aurail affaire a un vidimus simple
Mais ici le vidimus (I. 2-16) est double d'une confirmation, delivree comme seignouf
leodal (Et jou Symons —gree come sires. I. 17-18): elle constitue un veritable dispo-
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Breve typologie des actes medievaux - document 12
silif, rcnforcc d’une clause de reserve imitee de celles de la chancellerie royale
[sauve—en unites chases, 1. 18-19: documents n° 6, 1. 13 cl n° 29a, 1. 24). On parle
on cc cas de “vidimus confirmatif'\
C'ommeni aire diplomatique. Sur la donation, et les conditions auxquelles elle etait
soumise, on pcut verifier par la comparaison entre facte vidime de mai 1270 (lui aussi
conseivc jusqtfa aujourd’hui: Arch, nat., S 4410, n° 29) et le vidimus du mois de juil-
lei suivant, quc tout etait deja dit dans le premier acte, authentifie par le sceau du
donateur et depose au chartrier dc fabbaye. Mais les moniales, pour achever de se
premunir juridiquement, ont demande une confirmation ecrite cxplicite au sire de
Nesle. L’acte dc ce dernier ne s’est pas contente de mentionner la donation, mais il
cn a reproduit et confirme la teneur, suivant en cela une pratique courante a la chan-
cellcric royale frangaise. L'acte de Gerard a ainsi etc renforce sur deux plans: 1° par
la confirmation du seigneur feodal, qui aurait pu le contester; 2° par son insertion dans
un actc scelle d’un sceau juridiquement plus lourd, plus authentique que le sien. Affaire
modcste, mais pratique typique d’une epoque qui recourt toujours davantage a f ecrit,
ct ordonne la pyramide des auteurs et des sceaux comme elle hierarchise les rap¬
ports sociaux.
On peut par aillcurs signaler que facte de Gerard est etabli de la meme ecriture que
facte dc juillet. En toutc logiquc, plusieurs hypotheses pourraient etre avancees quant
au rcsponsable de f etablissement materiel des deux actes: le beneficiaire (fabbaye),
fauteur du vidimus (le sire de Nesle), un tiers (disons un “ecrivain professionneP).
Sculc la comparaison avec d’autres actes du chartier, voire d’autres chartriers de la
region et de f epoque, permet de trancher. En fonction de ce que Г on sait par ailleurs.
les deux actes dc 1270 sont trop tardifs pour la premiere solution; la seconde solution
n'est admissible qtf en imaginant aupres du seigneur de Nesle une ncbuleuse de scri¬
bes occasionnels, bicn plus qtf une veritable “chancellerie’'-burcau d’ecriture; la troi-
sicinc solution est la plus vraisemblable. II n'est pas non plus impossible de penser
4ll’cn depit de leur difference de date, les deux actes ecrits aient ete etablis quasi
simultanement en juillet 1270 et que la date de mai 1270, qui figure au bas de facte
de Gerard, soit celle de faction juridique (le don du pre) plus que de la mise par ecrit.
Les actes sont maintenant produits a grande echelle: ils gagnent en nombre ce qu’il
perdent en poids qualitatif ct prennent suitout du sens s'ils sont mis en serie. Le diplo-
niatiste peut bien decelcr ici quclque trace d’influence de facte royal, comme le re¬
lict d’unc rigide hicrarchisation de la societe: son examen critique parvient moins a
•wonder les coeurs qtf a degager les regies du travail, la genese du document et sa nature
juridique exacte.
BmuoGRAPHiF. compi F.MF.NTMRE. W. M. Newman, op. citdonne un bel exemple
dc corpus d’actcs seigneuriaux (environ 220 actes intitules au nom de sires de Nesle
Jusqu'en 1286).— Pour la comparaison avec d’autres originaux en langue frangaise
dc la region, Louis Caroltis-Barre, Les plus anciennes chartes...
^•IL: on irouvera ci-dessous line copie (document n° 35) el une analyse d'inventaire (docu-
1ПсШ nc 38), realisees au XVIIIе siecle, de facte ici examine; sur la place de facte dans le char-
lr,cr’ schema p. 326.
Breve trpologie des tides niedievciux — document 13
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Breve hpologie cles actes medievaux - document 13
13. Acte pontifical (privilege solenncl, 1142)
Confirmation gcneralc des biens dc Saint-Feuillien.
A. Original, parchemin, 485 x 600/595 mm (repli 40 mm), bulle sur lacs de soie,
rournai. Archives de la cathcdrale. Fonds Saint-Feuillien du Roeulx, charlrier, n° 11.
Iniioccntius, episcopus, servus servorum Dei, dilcctis filiis Nicolao, abbati
Sancti Foillani de Carboneriis, ejusque fratribus tam presentibus quam futu- I
ris regulariter substituendis, In Perpeilum. [2] Ad hoc universalis aecclesiac
сига nobis a provisore omnium bonorum Deo commissa est, ut rcligiosas diliga-
mus personas ct bene placentem Deo religioncm studeamus modis omnibus [3]
propagarc. Nec enim Deo gratus aliquando famulatus impenditur, nisi ex lcarita-
tis radice procedcns a puritalc religionis fuerit conscrvatus. Eaproptcr, dilecte in
Domino fili Nykolae [4] abbas, tuis justis postulationibus elementer annuimus
ct bcatae Dei genitricis semperque virginis Marias sanctique Foillani martiris aecclc-
siam, cui Deo auctore preesse dinosccris, sub [5] beati Petri et nostra protcctionc
suscipimus et presentis scripti privilegio communimus. Statuentcs ut quascum- i
que possessiones, quaccumque bona eadem ascclesia inpresentiarum juste [6] el
canonicc possidet aut in futurum, concessione pontificum, largitionc regum vel
principum, oblationc fidelium scu aliis justis modis, Deo propilio, potcrit adipisci,
firma tibi tuisque suc-[7]-ccssoribus et illibata permaneant. In quibus haec pro-
priis duximus exprimenda vocabulis: altare de Esterpi, allare de Archana, altare
de Wallers, capcllam de Burlafuntana, altare dc [8] Pcrona cum omnibus liber-
talibus suis et ceteris corum appendiciis, sicut a catholicis cpiscopis, Burcardo
videlicet et Lietardo, vestrae cccclesise rationabiliter concessa sunt, salvo sta-[9]-
luto censu et canonica reverentia Cameraccnsis episcopi. Sane laborum vestro-
mm quos propriis manibus aut sumptibus colitis, sivc de nutrimentis vestrorum
ani-[10]-malium nullus omnino clcricus vel laicus decimas a vobis exigerc pre-
smnat. Statuimus ctiam ne quisquam, post factam ibidem professionem, alicujus
[l 1J lcvilatis instinctu vel dislrictionis religionis optentu ex eodem claustro audeat I
sine abbaiis totiusque congregationis permissione discedere: disce-[l 2]-dentem
vern nullus omnino hominum sine comnumium litterarum caulione suscipial.
t iceal quoque \obis in gcnerali interdiclo ipsins episcopalus sum-f I3|-missa voce
di\ina о rile ia celebrare. clausis lamen januis el exclusis excommunicatis ac inter-
dietis. Obcunle vero le. nunc ejusdem loci abbale. vel luorum [14] quolibel suc-
cessorum. nullus ibi qualibet subreplionis astulia \el violent ia preponatur. nisi
quem fratres communi vel sanioris partis assensu secundum Deum regulariter
provi-[ 15]-derint cligcndum. Decernimus ergo ut nulli omnino hominum liceal
eandem ccclesiam temere perturbare aut ejus possessiones auferre. vel ablatas i
retine-[16]-re, minuere aut aliquibus vexationibus fatigarc, sed omnia integra con-
serventur. corum pro quorum gubernatione et sustentatione concessa sunt usi-
bus omnimodis profutura. Si qua igitur in [17] futurum accclcsiaslica secularisve
persona hanc nostra? constilutionis paginam sciens. contra cam temere venire
temptaveril, sccundo lertiove commonita, si non satisfactione con-[18]-grua
emendaverit, potestatis honorisque sui dignitatc careat reamque se divino judicio
existere de perpetrata iniquitate cognoscat ct a sacratissimo corporc ac sanguine
169
Breve typo logic des actes medievaux - document 13
Dei et domini redemptoris [19] nostri Jhesu Christi alicna fial atque in extremo
i examine districtae ultioni subjacent. Cunctis autem eidem loco justa servantibus
sit pax domini nostri Jhesu Christi, quatinus et hie fructum [20] bonae actionis
percipiant et apud districtum judicem premia aeterme pacis inveniant. Amen.
Amen. Amen.
1 [21] (Rotci). Ego Innocentius catholicac ecclesiac episcopus subscripsi a). (Bene
valete monogrammatique).
[22] (Croix) Ego Stephanus Prcnestinus episcopus subscripsi a).
I [23] (Croix) Ego Igmarus Tusculanus episcopus subscripsi a).
[24] Datum Laterani. per manum Gerardi, sancte Romanae aecclesiae presbi-
tcri cardinalis ac bibliothecarii, V kalendas decembris, indictione VI, Incarnationis
, dominicae anno M° C° XL° 11°, pontificatus vero domni Innocentii 11 pape anno
XI1I°.
a) Deux S barres.
Comprehension dl гехте. L'acte est adresse par Innocent II a Nicolas, abbe de
Saint-Feuillicn du Roeulx (document n° 10), abbaye dediee a Notre Dame et saint
Fcuillien (1. 4), dite aussi Scmctus Foillanus de Carboneriis (1. 1, du nom de la grande
Foret Charbonnicre). Le pape prend Fetablissement sous la protection pontificale (1. 5)
el confirme generiquement scs possessions (1. 5-7), nommant cinq autels ou chapel-
les (1. 7-8): quatre aujourd'hui en Belgique (prov. Elainaut: Pcronnes-lez-Binche et
Slrepy, arr. Soignies; Fontainc-de-Bourge, arr. Thuin, com. Momignics; Arquennes,
arr. Charleroi), et Wallers en France (Nord, cant. Valcncienncs-nord). Lc terme dc
“chapelle” indique unc eglise non paroissiale; cclui d'“autel", moins clair, designe
parfois unc eglise paroissiale. parfois une panic des droits de cclle-ci (par opposi¬
tion a la dime, ou a la dotation temporellc). Ces biens ont ete donnes par deux eve-
ques de Cambrai, Burchard (1 114-1120) el Lietard (1131-1135), dont les chartes sont
aujourd'hui encore dans le fonds dc Saint-Feuillien. L'abbayc est exemptee de la dime
pour les biens cultives directement (1. 9-10). Les profes ne pourront la quitter sans
autorisation (1. 10-12). On pourra en periode d'interdit у celebrer des offices prives
(a voix basse, portes fermees, sans cxcommunies ni interdits: 1. 12-13). L’election
de l’abbc sera libre, a Funanimite des freres ou, a defaut, sur Favis des “plus sages”
(Ibrmulc canoniquc: I. 13-15). Eos possessions de Fabbaye sont intangibles (l. 15-lb)-
I.'acte est souscrit par les cardinaux-cvcqucs Etienne dc Prenestc (il souscrit du lb
jam ier I 140 au 16 mai 1 143) cl Imar de Tusculum (du 19 avril I 142 an 14 mai 1143)
cl recount! par lc cardinal-prelrc Gerard, hibliothc'caire-chancelier alteste du 4 janvier
I 142 au 8 mars I 144. (il de\ ient alors pape sous le nom de Lucius II: e'esi le dernier
chancelier a prendre le vieux title dc “bibliothecaire").
Dai a non. La date (27 novembre 1142) est corroboree par F indiction (F indiction
6 commence le lcr septembre, scion le style alors suivi) et par Fannee du pontificat
(par exception a une regie asscz gencrale. Innocent 11 comple scs annccs a partir de
son election ct non de sa consecration: cela n'est pas sans arriere-pensee chcz un pape
170
Breve ty-pologie cles acres medievaux - document J3
oppose a un competiteur, Anaclet II, elu quelques heures apres lui par la majorite des
cardinaux et consacre le meme jour que lui. Sa 13e annee de pontificat s’achcve done
lc 13 fevrier 1143). La date de lieu esl reguliere, puisque e’est du Latran que sont
dates tous les actes pontificaux connus du 21 aout au 31 deccmbre 1142.
| \wii n i)i.s t \r u I lri s i xti u\rs l i internes. La premiere ligne est en caracte-
res allonges: des iniliales eapilales ponetuent le discours; les ligatures cl ct st sont
.illongecs (lour dimension variable pout, avec les blancs entre les mots, faciliter lajus-
iilieation: j)ar exemple I. 10). L’eeriture (“minuscule curiale”) ne conserve plus de
la \ieillc “curiale romaine” que le / plongeant des ligatures ri et //' (par exemple nntr-
uris. I. 4). Lc plus spectaculaire est dans les signes de validation qui se deploienl au
has de Facte, autour de la souscriplion du pape (seul semble autographe le SS llnal):
la rota (ci-dessus. p. 22-23: la eroix seule semble autographe: la devise d'Innocent II.
Adjuvct nos. Dens, salutaris nos ter, est empruntee au Psaume 78,0), le hene valctc
monogrammatique (sans aucunc autographic), les souscriptions eardinalices (auto-
graphes ou apposces par Pun de leurs familiers).
Lc texte s’ouvre directement par la suscription (Innocentius—Dei), suivie d’une
adresse collective (Micolao—substituendis) et d’une formule de perpetuite. Un pream-
bule banal {Ad hoc universalis—conservatus, 1. 2-3) ouvre logiquement (eapropter)
le dispositif, qui englobe fexpose et dont les verbes sont egrenes au fil du texte:
annuimus (1. 4), suscipimus, communimus (1. 5)... jusqu’a decerninms (1. 15). Lc tout
s’achcve sur une double clause, comminatoire (Si qua—subjaceat, 1. 16-19) puis de
benediction (Cunctis—invariant, 1. 19-20), ct trois amen. chacun dans des caractercs
differents. Un alinca special est consacre a la "grande date” (la “petite date” qui finis-
sait le texte a disparu en 1123): elle lait en meme temps fonction de recognition de
chancelleric. On notera qu’il n’y a ni invocation, ni formule de devotion, ni corrobo-
lation.
Commlntaire DIPLOMATIQUE. Le privilege solenncl a maintenant sa forme classi-
ф!е. II est produit a des milliers d'exemplaires, selon un formulaire lourdement stereo¬
type, dont seules les variantes sont instructives: la liste des biens et la structure de leur
enumeration, dont le mode de classement et les silences sont aussi lourds de sens; la
clause de reserve ou le terme reverentia (1. 9) indique que Letablissement est exempt
tie 1’ordinaire (dans le cas contraire, il у c\ma'\t justitia). La demandc croissant, la chan-
cellcrie n'est plus en etat de verifier la veracitc des dossiers qui lui sont soumis. Aussi
nuiltiplie-t-elle les restrictions (justis postulationibus, 1. 4; juste et canonice, 1. 5-6:
jnstis modis, 1. 6). Ce privilege inedit a echappc a Johannes Ramackers (ci-dessous.
P- 336), qui en 1931 n’a pu depouiller le riche fonds de Saint-Feuillien, alors non
elasse, puis depose de 1963 a 1993 aux Archives de l’Etat a Mons.
Biuliographie complementmre. Confirmations de biens: D. Lohrmann, Kirchengut
m nordlichen Frankreich...— Controle des dates, des devises et des preambules: Ph.
JaHe, Regesta pontijicum... et Rudolf Hiestand, Initienverzeichnis...
171
Breve typologie des actes medievaux - document 14
172
Breve typologie des actes medievaux - document 14
14. Acte pontifical (lettre sur fils de soie, 1267)
Concession au roi de France d’une decime en vue de sa prochaine croisade.
A. Original, parchemin, 345 x 275 mm (ivpli 35 mm), bulle par erreur sur fil de
chanvre, Paris, Arch, nat., J 450, n° 153bis.
Indique: A. Potthast, Regesta pontificumn° 19996; E. Jordan, Les registres de
Clement IV, Paris, 1893, n° 465, p. 142; B. Barbiche, Les actes pontificaux..., t. II,
n° 1418, p. 148-149.
Clemens, episcopus, servus servorum Dei, carissimo in Christo filio . . regi
Francorum illustri, salutem et apostolicam benedictionem. In spiritu pietatis men-
tem tuam ad Christum, fili carissime, con-[2]-scendisse percepimus, nam dum in
terris corpore militas, colestem ^ militiam ad quam aspiras animo contemplaris.
Hie profecto labores complecteris, ut ibi quetis b) perpe-[3]-tuitate leteris; hie
etiam indefessum et pugilem exhibes, ut ibi percepto glorie premio veluti ma-
gnificus triumphator exultes; tu quidem olim terre sancte pressuras oculo demen¬
tis propitiati-[4]-onis advertens, illam, crucis assumpto signaculo, personaliter |
visitasti et c) inibi tarn in te quam tuis gravissima personarum et rerum dispen-
dia pertulisti. Nunc autem ipsam solito durius [5] affligi conspiciens, quam manus
Agarrenorum impia usque ad intima lacerat et enervat, motus erga ipsam interne
compassionis affectu et ad vindicandam Redemptoris injuriam, [6] qui terram
eandem in proprium sibi patrimonium preelegit, tamquam princeps victoriosus
exurgens ut miserearis illius regionis oppresse cujus miserandi tempus adve-[7]-
nisse speratur, hujusmodi crucis signaculum cum tribus liberis tuis et copiosa tuo-
rum fidelium tarn baronum quam militum et aliorum multitudine resumpsisti, per¬
sonaliter illuc [8] in brevi, dante Domino, profecturi. Super que laudes et gratias
Altissimo, qui tibi hoc dinoscitur inspirasse, referimus ejusque clementiam ut
votum tuum pio dignetur favore [9] prosequi suppliciter exoramus. Ut autem
hujusmodi votum eo plenius et efficacius implere valeas, quo manum apostolice
potestatis magis tibi senseris adjutricem, vicesimam trium [10] annorum pro-
ventium d) et reddituum ecclesiasticorum Leodiensis, Tullensis, Metensis et
Virdunensis civitatum et diocesium ac illorum locorum provincie Remensis que
sunt extra regnum constituta [11] predictum, illis proventibus et redditibus qui ad
loca quevis Hospitalis Sancti Johannis ac domorum Militie Templi Jerusalimitani
et Sancte Marie Theutonicorum sive ad ecclesiasticas personas signo [12] crucis
assumpto in primo generali passagio in predicte terre subsidium profecturas, quas
ab hujusmodi prestatione vicesime a tempore suscepte crucis ipsius haberi volu-
nius excusatas [13] pertinent, dumtaxat exceptis, tibi de fratrum nostrorum con-
silio presentium auctoritate concedimus, juxta tuam providentiam in prefate terre
subsidium convertendam. Nulli ergo [14] omnino hominum liceat hanc pagi-
nam nostre concessionis infringere vel ei ausu temerario contraire. Si quis autem
hoc attemptare presumpserit, indignationem omnipotentis [15] Dei et beatorum
Petri et Pauli apostolorum ejus se noverit incursurum. Datum Viterbii III nonas
roaii, pontificatus nostri anno tercio.
173
Breve typo logic des actes medievaux - document 14
[Dans le bord superieur droit du parchemin, mention ensuite biffee: ] Non obstat
quod est cum filo, fiat cum serico.— [Si/r le repli, d droite: ] R. B. Jac. I et sta-
tim.— [Dans le bord superieur gauche de Vacte: ] R. VII.— [Aи dos: ] R.
I a) Sic A pour cclcstem.-- - b) Sic A pour quietis.— c) et corrige sur un grattage. A.— d) Sic
A pour proventuum.— e) La derniere lettre de prestatione et les lettres vice de vicesime sont
repassees a l 'encre sur un grattage.
Comprehension dl и х 1e. Dans le style fleuri dc la chanccllcric apostolique. la
lettre vante d'abord les merites du roi de Trance, qui a deja effectue un premier "pas¬
sage" outre-mer (croisadc de Saint Louis en 1248-1254) contre les Inlidelcs (Agarreni,
I. 5, vienl de la Bible: cc sont les descendants d'Agar, servante d'Abraham). Le roi
envisage une seconde expedition (il s'y est engage le 25 mars 1267. elle le conduira
en 1270 a Tunis) et la lettre lait panic d'une seric de mesures preparatoires: le roi
ayanl obtenu de gcrer les subsides leves sur le cl ergo du royaume. le pape Lautorisc
a lever, trois ans durani. une taxe (une "decime" au sens large: il s'agil ici d'un viiig-
tieme. vicesima) sur le revenu annuel des benefices ecclesiastiques dans les regions
d'Empire frontaliercs et francophones (Liege, Toul. Metz. Verdun et la partic de la
province de Reims sise hors du royaume, c'esl-a-dire principalement Cambrai). La
decision, presentee commc prise avec Laccord des cardinaux (fratrum nostromm.
I. 13), menage quelques exemptions, traditionnelles, en faveur de ceux qui paient deja
de Ieur personne: ordres mi I itaires (Hospital iers. Templiers. Teutoniques) el eccle-
siasliques qui, croises. vont participcr au "passage". La longue |)hrase qui notifie la
mesure (1. 0-14) donne un bon exemple de la constmction d'une phrase a la chanecl-
lerie ponlificale: a la trame s'agregent progressivement incises, relatives et subor-
donnecs: il faul construire: ///... implere valeas... votum eo plenius... t/uo... senseris
(1. 9). tihi... concedimus (1. 13) vicesimam (I. 9), dumtuxat except is... (I. 13) illis pro-
ventibns... qui... (I. I I) pertinent (I. 13) ad loco... et ad... personas... (I. 11) profec-
turas, quas... volumus Itaheri excusatas (I. 12).
Dai a non. Ce type d'acte pontifical ne recoit Г indication du millesimc qu'a partir
d'Engene IV (1431-1447. dans le style de LAnnoncialion florenline). et findication
de Lannee du pontifical quo depuis Clement 111 (1187-1191). Cela est du reste logi-
que: comme dans les mandements royaux primilifs. I'auteur el Lannee de la lettre sont
biens connus du destinataire, a qui Lon pense plus qu’a la postcrile. La suscription
et la date n'indiquent pas le numero d'ordre du pape, qui permettrail de resoudre aus-
sitot les cas d'homonymie: seule la bulle de plomb. non reproduite ici, precise Clemens
papa IIII (lorsque la bulle est perdue, il faul croiser la datation de Lecriturc et les don-
nees historiques du textc). Les annees de pontifical courent a partir du jour de la conse-
cration (le 15 fevrier 1265 pour Clement IV). Le quantieme, exprime d'apres lc
systeme romain, est celui du 5 mai. Cappclli. Cmnologia.... p. 263. permet de dater
rapidement la lettre du 5 mai 1267. mais aussi de verifier qu'a cette epoque le pape
reside bicn a Viterbe.
Examen des caractfres externfs et internes. La presentation du document est
soignee, Lecriture suit le canon de la chancellerie: noter le traitement du nom du pape
174
Breve typologie des actes medievctux - document 14
et dc certaines initiales (/ et /V, 1. 1, 13), les tildes en “8”, la raretc des abreviations.
C'oinme dans les privileges, Lecriture est etiree sur la derniere ligne. Le seul signe
dc validation est une bulle de plomb, ici attachee par un fil de chanvre.
L'acte est d'abord compose comme une lettre, s'ouvrant par line suscription
(Clemens—Dei), une adressc particuliere (carissimo—illustri), le salut apostolique tra-
ditionnel (salutem—benedictionem. avec son abreviation normalisee; 1. 1). II se pour-
suit par un long expose (In spiritu pietatis—exoramus, 1. 1-9), qui fournit Loccasion
tfuii beau morceau de style. On у releve Lusage, obligatoirc a Lepoque. du cursus
(ci-dcssus, p. 97), mais aussi une construction extremement raffinee: le roi est pre¬
sents en trois moments: ses qualitcs, au present (In spiritu—exultes, 1. 1-3): sa pre¬
miere croisade, au passe (77/ quidem olim—pertulisti, 1. 3-4); son nouveau projet, au
present, au passe (la prise dc croix), au futur (1c depart; Nunc autem—profecturi, 1. 4-
8) ; en contrepoint, une action dc grace du pape (Super que laudes—exoramus, 1. 8-
9) . L’enchainement des idees (efforts combatsvTctoire—>triomphe/gloire) s’appuie
sur un vocabulaire militaire et agonistique, antique mais christianise (militas, mili-
tiam, I. 2; pugilem [athlete, de la foi], triumphator, 1. 3). L’euphonisme du cursus
est rcnforcc de multiples assonnances (carissime-conscendisse, 1. 1-2; visitasti-pertu-
listi, 1. 4), qui s'enrichissenl d'un chiasme et d’une double antithesc dans Г admira¬
ble t err is corpore militas. c[e]lestem militiam animo aspiras (1. 2), ou soutiennent le
balancement entre terre ct cieux: hie., complecteris, ut ibi... leteris; hie... exhibes,
in ihi... exultes (1. 2-3). Mais la rhetorique n’interdit pas, a Toccasion, 1'emploi de ter-
mes en prise avec la realite institutionnellc, ainsi dans le clivage social barones-mili-
fes-alii (1. 7).
On abandonne le modele epislolairc avec la phrase suivante, qui constitue un dis-
positif a proprement parler, centre sur concedimus (1. 13), et avec les clauses, prohi¬
bitive (Nulli—contraire, 1. 13-14) et comminatoire (Si quis autem—incursum, 1. 14-
15: traduction ci-dessus, p. 82), qui precedent la date.
CoMMtNT airl DIPLOMATIQUE. La lettre, expediec ouverte (on voit sur Г original des
traces de pliurc, mais pas de cloture), assume aussi un role juridique (presentium auc-
toritate, 1. 13), qui en fait un titre. On donne done a ce pur produit de la chancellerie
tme forme solcnnellc ct, meme si Lon abandonne la lourde formule du privilege (rota.
souscriptions, bene valete), Lacte est bullc. Certains elements (forme du nom du pape
ct tics tildes, presence de clauses prohibitive et comminatoire) indiquent que nous
sommes ici dans lc domaine de la lettre sur ftl de soie, dont les caractercs, encore un
peu flottants, se font plus rigides au siecle suivant. La presence d’une attache sur fil
tie chanvrc resultc uniquement d'une erreur au moment du bullement (les mentions
bors-teneur seront analysees ci-dcssous, p. 239).
Breve tvpologie cles actes mec/ievaux document 15
10
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176
Breve typologie das actes medievaux - document 15
15. Acte episcopal (Noyon-Tournai, 1147 a. st.)
Notification сГип acccnsemenl dc lerres et d'un don post mortem a Saint-Fcuillien
da Ram lx.
./ Original, parchemin, 270 x 425-400 mm (repli 35/30 mm), jadis scellc dc deux
secaux sur languettes de cuir, Tournai, Archives dc la cathedralc. Ponds Saint-Feuillien
tin Ramlx, Charlrier, n° 13.
(Croix) In nomine sancte et individuae Trinitatis. Bonorum prclalorum ordo
parilcr et offitium exposcit ut subjectorum sibi pro-[2]-vectibus providcanl cl
comm necessilatibus paterna providentia consilium simul et auxilium suae solli-
ciiudinis impendant. [3] Quaproptcr ego Simon, Dei gratia Noviomorum epis-
copus, cunctis fidclibus tarn presentibus quam futuris notum facio quod Johannes
14] dc Moraincurt, prcsenle et conccdente uxorc sua Hadewide, partem commu-
nium allodiorum quam in villa Cru-[5]-cis dc ecclesia Sancti Quintini et dc manu
abbatis dc Sancto Foyllano in feodum tenet, eidem abbati sub nono manipu-[6]-
lo cxcolcndam, el quicquid in prefata villa excepta majoria habebal in cunctis
asentiis jure perpetuo concessit, exccp-[7]-to quod in agro quodam prcscriptae
terra; circa curtem suam, a stagno quo transitur alveus Summenue usque ad aliam
ripam ejusdem aquae [8] sito, quod juris ejus crat. sub censu quarUe partis unius
modii frumenti quotannis sibi in lcsto sancti Remigii solven-|0|-de conlradidil.
Prctcr ista prefato Johanni simul et uxori ejus placuit ut. si vel ipsi \el corum lie-
redes sine hcredibus [10] obicrint, omnia quit in prenominata villa possident ad
usiis fralrum ibidem commorantium libera et sine censu perpetualiler 11 11 redi-
gantur. Ut igitur ista concessio. in presentia nostra et capiluli Sancti Quintini
assensu corumdem facta, sit rata ct inconvulsa pcr-[12]-maneat, sigilli nostri et
capitali Sancti Quintini impressione corroboramus et, nc deinccps aliqua pre-
sumptione violetur. sub anathemale [13] prohibemus. Ilujus rei testes sunt sup-
positi. Signum a) Simonis Noviomcnsis episcopi. Signum Fulconis subdccani et
eancellarii. Signum Flberti [14] precentoris.
[15] Fgo Hugo, canonicus Sancti Quintini et cancellarius Noviomcnsis, sub-
scripsi. Actum aput Sanctum Quintinum. anno incarnati Vcrbi [16] VI° C° XLC
VIP.
a) Signum e.st systematic/uement rendu par itn S barre d'une barre oblique, A.
177
Breve typologie des actes medievaux ~ document 15
Problemes de transcription. On a choisi d’ecrire avec une double majuscule les
noms d’etablisscments ecclesiastiques, Scincti Quintini, Scmcto Foyllano (1. 4, 5, ц
15), parce quc le texte fait claircment reference a un nom de lieu, et non plus a la per*
sonne du saint patron, reposant dans l’eglise (document n° 5,1. 6). ou considere comme
son proprieta ire-patron (document n° 13, 1. 4; mais 1. 1).
Comprehension du texte. L’abbaye de Saint-Feuillien du Roeulx a poursuivi
Г extension do son temporel (documents n° 10 et 13), debordant en Vermandois depuis
son berccau hennuyer: au finage de Croix-Fonsommes (Aisne, cant. Bohain-en*
Vermandois), elle est associee a la collegiale de Saint-Qucntin (alors au diocese de
Noyon; Aisne, ch.-l. arr.), d’ou sans doute 1’expression d’“alleux communs” (1. 4).
Jean de Mericourt (comm. Croix), avec le consentement de son epouse, conclut une
transaction avec 1’abbaye: il lui cede la partie de ces terres, qu'il tient d’elle et de la
collegiale (1. 4-5), afin que I’abbaye les mctte en valcur contre une redevance a part
de fruit, legerc et typique du defrichcmenl (sub nono manipulo, 1. 5-6, “sous la 9°
gerbe’’); il cede aussi tout cc qu’il a, au meme finage, en droits d’usage (asentiis, 1.6,
de aisentia), sauf ce qui lui rcvient au titre de la “mairic” (majoria); en outre, il cede
contre une redevance fixe (un quart de muid de ble a la Saint-Remi, lcr octobre)
1’exploitation d’un champ, proche de sa residcnce/centre d’cxploitation (curtis, 1. 7)
et sis entre le marais ou Гоп traverse la Somme (a gue) et la rive du fleuve. Si les
epoux mcurent sans descendance, tous leurs biens et droits dans la localite passeront
en pleinc proprietc a l’abbaye. Derriere ce montage complcxe, la conjonction des ter-
mes feodum et majoria permct de voir en Jean un “maire”, intendant de I’abbaye, retri-
bue sur le mode feodal par des droits et des terres, qu’il estime a ce moment plus ren¬
table de faire exploiter, contre un cens. par l’ctablissement qui les lui avait concedes,
ou confirmes en prenant possession des lieux. L’evcquc de Noyon a un double titre
a notificr la transaction: comme ordinaire, mais aussi (on le sait par ail leurs) comme
tresorier de la collegiale de Saint-Quentin. L'acte, de fait, ne cite comme temoins quc
deux autres dignitaires de la collegiale (Foulque, sous-doycn et chancelier; Elbert,
chantre); quant au chancelier episcopal, il en est aussi chanoine.
Datation. La formulc de datation est ici reduite a sa plus simple expression: le lieu
suivi du millesime. Simon, clu en 1123, est le dernier e\cque du double siege de
Noyon-Toumai (la scission est definitive le 10 mars 1146). Croise, feveque meurt a
Seleucic le 10 fevrier 1148 et il est vraisemblable qu’il ait tres tot rejoint l’armee du
roi Louis VII (fils de son cousin Louis VI). lui-meme parti de Paris le 11 juin 1147.
Cela laisse peu de temps pour conclure les actes, rclativemcnt nombreux, qui nous
sont parvenus de lui sous la date de 1147 (a. st.: mais Гоп ignore le style suivi).
Examen des caracteres ex iernes et internes. L’acte se distingue par sa calli¬
graphic, sa regularitc (sans justification a droite), la generosite des interlignes et des
deux blancs finaux. Le systeme abreviatif est tres riche. A cote dcs types courants
(-or final: bonorum, 1. 1; -us final: -vectibus, 1. 2), il juxtapose: 1° des traits qui tra-
versent les hastes hautes (Dei, 1. 3), se muant en barre oblique pour les capitales
(Sancti\ 1. 12), 2° des tildes boucles (prelatonmu 1. 1), 3° plus rares, des tildes faits
d’un trait horizontal recoupe par deux legers traits obliques (^prefat a, 1. 6). Ces deux
derniers types servent indifferemment (paritci\ 1. 1; prefer. 1. 9). La recherche gra-
phique sc voit encore dans le У capital, utilise pour renforcer la graphie de noms pro-
pres (SimoW 1. 3; QuiNtiNi, FoyllaMo, 1. 5: SummeSa\ 1. 7; 1. 15), de formules phis
178
Breve Про logic des actes medievaux - document 15
Hiiportanies (i\. I. 1 I: aXXo iXcarnati. 1. 15) on cn composition dims lc groupe NT
\.mpenduXT, I. 2): dims Ics ireillis ajoutcs aux hastes des v (parfois maladmitcment
f.K'croches): dans les ligatures cl et st (sttbjectnrwn* 1. I): dans les lettres allongces
c\ trcmblccs des premiers mots dti textc (notcr qu'il n'y a pas ici. a la difference des
Jocuments n J 6 et l(). de points enire les mots, dans la tradition cpigraphique).
[/invocation figuree. usuelle dans les actes de Simon, precede une invocation ver-
bale trinitairc (I. I). Lc prcambule sur les vertus du bon pasteur, banal (Bonorum—
impendent, l. 1-2), est mis cn valeur par sa position. 11 precede en effel la suscription,
lihellcc ici sous sa forme la plus courante (Ego—episcopus, 1. 3; noter lc genitif plu-
riel Noviomensiunu “eveque des Noyonnais”, qui laissera bientot la place exclusive
a fadjcctif plus abstrait Xoviomensis, “eveque de Noyon”). L’abscnce de salut impose
de considerer cunctis—futuris (1. 3) moins comme une adresse que comme le com¬
plement d’tinc notification universelle. L’cvcque n’intervenant que pour valider
faction, il est naturel qu'il n’y ait pas de dispositif a proprement parler. La narration
(Johannes—redigantur, 1. 3-11) precede une corroboration (Ut—corroboramus, 1.11-
12), annongant un double sccllcmcnt et completee d’une clause comminatoirc, cou¬
rante ct de formulation lapidaire (et ne—prohibemus, 1. 12-13). Suivent les signet, cn
nombre reduit. ct sur une ligne a part, la recognition cancellarialc jointe a la date.
СОММГ.М*\irf. diploma I ique. Le chancclier episcopal Hugues de Roye, qui recon-
nait facte, est bien atteste. II a servi l’eveque de Noyon-Tournai comme chapclain
des 1119: comme chancelier. depuis 1130; il conserve sa fonction pour le seul diocese
dc Noyon jusqifa son propre deccs en 1163. Parmi ses tres nombreuses recognitions,
dont 24 entre 1148 et 1 163 (11 formulcs differentes), la formulc utilisee ici est un
liapax. Encore faut-il bien voir qu’on n’y lit aucune autographie et que cctte epoque
d’apogee des chanceliers episcopaux precede, comme dans les chancelleries souve-
raines. une periode ou leur role effectif connailra des limitations multiples, a la dif¬
ference des chancelleries princieres (document n° 10).
Les larges blancs du bas de facte, son double scellement. le nombre reduit des
vgna posent de defeats problemes d'interpretation. On peut у voir un evcque sur le
depart, sanctionnant une donation qui intcresse indirectement une collcgiale liee de
pres a son siege: ct facte attendant, sans la rcccvoir jamais, sa promulgation solen-
ncllc avec de nouveaux temoins. Le sceau de la collcgiale est la pour ratifier la tran¬
saction, mais d’autant mieux que f eveque va partir ct que son sceau (lie a sa personne)
mcritc un appoint. On peut pourtant suggerer une autre clef dc lecture. Le traitement
de f invocation verbale, mais aussi celui des signet (jusque dans f expression testes
Slmt suppositi, 1. 13) dcnonce une influence de facte royal (document n° 6,1. 1 et 14-
15), f
eveque souscrivant a\cc un nombre choisi de dignitaires qui, loin de Noyon. ne
peuvent etre pris au chapitre cathedral. Le preambule dit bien la synthesc instable dont
cst laite la diplomatique episcopalc: truffe de poncifs gregoriens (le tkbon prelat", les
c*tgences de son statut et dc sa fonction, ses soins paternels, sa sollicitudc) il en tire
les conclusions dans les termes feodaux d’un devoir d’^aide et conseil" aux abbayes.
Bibliogr\PHit complement\irl. Joseph Avril, “La fonction cpiscopale dans le
vocabulaire des chartes (ХС-ХШ° siecle)”. dans Horizons metritis, itinera ires spirt-
tl<els. Melanges Michel Mollat. 2 vol.. Paris: Publications de la Sorbonnc. 1987, t. I,
P- 125-133.
Breve typologie des actes medievaux - document 16
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Kfuu* p/)U Jr* Jrlf^wl «On trJumtttty.Lj
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Breve typologie des actes medievaux - document 16
16. Acte prive (Bourgogne, 974)
Echange de terre avec constitution de precaire par Cluny.
A. Original, parchemin, 180/190/100 x 380/510/460 mm, angle superieur gauche
inache (30 x 30 mm), Paris, Bibl. nat., nouv. acq. lat. 2154, n° 28.
a. Auguste Bernard et Alexandre Bruel, Recueil des chartes de Vabbaye de Cluny,
t II, Paris, 1880 {Documents inedits in-4°), n° 1396, p. 456-457.
Placuit atque convenit domno Maiolo abbati necne fra-[2]-fratribus Cluniensis i
coenobii atque cuidam viro nomine [3] Aimoni et uxori sue Girbegane ut inter
se terras scamiarent, [4] quod ita fecerunt. In primis donat domnus Maiolus et
fratres Clu-[5]-nienses duas colonias quae sunt sitae in pago matisconensi et in [6]
villa Lotchiaco, quas Ledaldus tenebat — una reddit III modios [7] de vino et alia
XII denarios in censu — et quicquid ad ipsas colo-[8]-nias aspicit; et in alia villa I
nomine Vincellam donant vineam quae [9] habet in longo perticas XXI, de uno
fronte V perticas, et de alio fron-[10]-te perticas IIII et pedes IIII; eo etiam tenore
ut quamdiu ipsi vivunt [11] Aimo et Girberga, teneant et possideant, posdisces-
sum vero amborum [12] ipse res ad Cluniacum locum perveniant. Donant etiam
prefatus vir Aimo [13] et Girberga uxor ejus pro hac ipsa terra res suas que sunt
sitae in pago matis-[14]-conense in villa Rufiaco et in Vetiscanevas quicquid c)
in ipsis vil-[15]-lis visi sumus habere, campis scilicet, pratis, vineis, silvis, aquis,
pascu-[16]-is, exitibus et regressibus, cultum et incultum, quesitum et ad inqui¬
rendum, totum [17] adintegrum; et faciant post hac die de ipsis rebus fratres
Clunienses quidquid [18] facere voluerint in omnibus. Si quis autem hoc sca-
mium violare vel calumniare [19] voluerii. non \alcai \ indicate quod repel it coac-
tusque judiciaria potestate auri [20] libras 111 persoKat cl c) haec curia lirnia cl
stabis ^permaneat, stipulatione subnixa. |2I| Actum Matiscono publico Sicilian
Aimoni et Girberge, qui fieri et firmaie mga-|22]-\enmi. Signuin Maniioui.
Signum Constantii. Signum Petroni. Signum Waldoni. |23] Signum Ailchaldi.
[24] Data mense julio, anno XX Hlotharii regis.
[25] Rothardus rogatus scripsit.
a) Sic A pour fratribus.— b) Sic A.— c) quicqid, le d barre d'un tilde, A.— d) voluerit,
corrigepar adjonction d’un n en interligne, A.— e) et ajoute en interligne, A.— f) Sic A
Pour stabilis.
181
Breve typo logic ties actes meclievaux - document 16
Comprehension nu геме. L'acte d'ecluinge recouwe unc iransaction complex
un couple dc laYques abandonne a Tabbaye de Cluny loul ce qu'il possede a RiilTc\
et Montaudon (ancicnncment Vetiscanevas), deux ecarls sur I'acmcHe commune h
Cluny (Saone-et-Loirc, ch.-l. cant.). En conlreparlie les epoux obiiennenl, leur ml-
durant seulement, deux exploitations (coloniae, qui a donne “colonges”) a Loclit
(comm. Cluny), ainsi qu'une \ignc a Vin/elles (Saone-ei-Loire. caul. Macon-sud).
Accessoirement, on peut signaler ici que I'original porte au verso des mcniioii*
archivistiques: sans doute du XIе siecle, unc biv\o analyse el line cole: “Scam. Aynin
in Rufiaco” et “G.e.”; du XVIIIе siecle, une analyse plus dc\ eloppee: “Eschange enirc
Maycul abbe de Cluny et un nomme Aymo qui relienl a lilre de piecaire qtielqucs
heritages dc I'abbe sis au village dc Losliz en Masconnois el leur donne pour lous-
jours tous ccs (sic, ecrit au-dessus de les. rave) qu'il a\oil a Rule el Vieuscouil auss)
en Masconnois. Environ 974. Cotte 64”.
Cette demiere mention montre 1c profit, prudent, que Гоп peut faire du savoirdcs
archivistcs d’Ancien Regime: connaissances historiques inegales, interpretation plus
ou moins bonne de l'acte (le mol dc “precaire” est juste, le terme d’“heritages” ana*
chronique), precisions importantes saulccs (omission de Vinzelles), date plus ou moins
bien restituee. A rinverse, cmanant de membres dcs ctablissements religieux, dc
gestionnaires ou de feudistes qui leur sont prochcs, les analyses permettent souvcnl
unc premiere orientation dans Г identification des loponymes (ici pour Rufc). Les iden¬
tifications ci-dessus proposees out ete faites par M. Jean Rigaull, qui prepare le
Dictionnaire topographique de Saone-et-Loire.
Dai ation. L'acte est date dc juillet, 20c annec du roi Lothairc: d'apres ГёспШгс,
Labbe cite, la localisation dcs biens en Maconnais (done dans lc royaume de Francie
occidentale), il ne peut s'agir que du roi de Fouest, Lolhaire, associc a son pere en
952. couronnc le 12 novembre 954. C’est ties vraisemblablcment ccltc derniere date
qui a ete prise comme point de depart du comput: l'acte serait done dc juillet 974.
Examen des CARACiiiRhS extfrnes ы IN I ERNES. L'acte est ecrit sur un parchc-
min assez epais, que Гоп nc se soucie pas d'appreter: on voit en bas a gauche le
bord dc la peau dans laquelle la feuille a ete decoupee. On nc sc soucie guere davan-
tage dc la mise en page, тёте si les lignes sont rclalivcmcnt rcgulicres et si des mar¬
ges ont etc mcnagees, sauf a droitc. L’ecriture n’a aucunc spccificile: clle sc retrouve
a I'idcntique dans des manuscrits dc l’abbaye.
Le latin est relativemcnt correct, mais montre, pour le plus grand profit du philo-
logue, quelques influences dc revolution linguistique: scamiare ct scamium (1. 3, 18).
au lieu de commutare ct commutatio. viennent dc “(e)x,cam(b)iare” el
“(c)x cam(b)ium”. et^repondent cxactemenl a l’ancien frangais eschangier ct eschew
dc mcmc post decessum se metamorphose et s’agglutine en posdiscessum (I. 1 0-
L'acte commence aussitot, sans fioriturc, par un “constat" objeclif qui forme dis-
positif (1. 1-17): le redacleur у decline succcssivemcnt la nature synallagmatique dc
l'acte {placin'! atejue convenit), 1'identile dcs deux parties, la nature de Taction jun-
dique {at inter se scamiarent), puis le detail dc la transaction. Notons au passage la
longue formule de pertinence {quictpiid—to turn adintegrum. 1. 14-17: quesitum ettfd
inquirendum cnglobe “tout ce qui a ete recherche" [sur lc terrain, par enquctc] et ‘‘pout'
Breve typologie ties tides medievaux - document 16
r J,( retro") el la succession de clauses: clause de libre disposition du bien cede (et
uuiant—in omnibus, 1. 17-18), clause penalc pronongant a favance la nullite d'une
jeiion on revcndication ct une amende au fisc (Si c/uis—permanent, L 18-20: ci-des-
p. 82), clause de stipulation (stipulatione subnixa, 1. 20). L'acte se clot par la date
de lieu (qui inclut f adverbe publice, caracteristiquc de facte prive: celui-ci a cte fait
an uiand jour, garantic essenticlle a sa validitc) et les soucriptions, dans fordre usuel:
auteur juridique; temoins; redacteur qui, apres la date de temps, affirme a\oir ecrit
I'acte a la demande des parties (regains, d'ou lc nom de rogatio parfois donne a sa
Muisoriplion, cquivalente dc la recognitio des actes royaux). Lcs sign a des laTqucs
soul depourvus de toutc intervention autographe.
Comm!-:ntairh dipi omatiql'R. Pour la periode 942 a 994, pendant laquelle Maieul
esi charge de la bibliothcque de fabbaye, puis associc a fabbe Aymar, et enfin abbe,
il nous rcstc environ 1.450 actes du chartricr dc Cluny. La plupart sont seulcment con-
mis par lcs cartulaircs, mais 125 sont encore conserves sous forme d'originaux ou
dc copies contemporaines, dont une centaine d'actes prives. Dans ce riche dossier, on
ictrouve de nombreux actes etablis par le scribe Rothardus: surement des 952/953 et
lusqu'en 989. S' il n’est pas cxclu que des homonymes aient travaille sinuillancment,
lc Rothardus de noire acte utilise parfois une rogatio plus cxplicite, du type Data
per nwnum Rotardi monachi qui ad vicem cancellarii scripsit. “Notaire" (au sens anti¬
que), Rothardus cst done aussi moinc de Cluny et travaille dans le cadre d'une "chan-
ccllcrie" abbatiale. dcfinic a fepoque carolingienne sur des bases publiques. 11 у a
plus: une enquete de M.-C. Garand a permis dc retrouver la main de Rothardus. commc
cello d'autres “notaires", dans plusieurs manuscrits produits par le scriptorium clu-
msicn. Le dossier jette ainsi une vivc lumiere sur la pratique dc facte prive dans
I oibile de fabbaye. Celle-ci tire de son sein les “notaires" qui rcdigenl une parlie des
netes destines a entrer dans son chartrier. mais pas tous. car d'autres actes prives pro-
Lcnncnt de "nolaires" jamais attestes comme moincs. Cc phcnomenc fondamcntal ne
doit pourtant pas cacher que lc “notaire"-moine Rothardus; comme ses confreres, a
pmlaitcment assimilc le formulairc herite de f Antiquite.
Ihm kx.r \piin cnvim \n w.mki . Dans fatlenlc de fed il ion en (ac-simile et de
1 etiule des originuux de C limv anterieurs a fAn Mil. par llarimul Alsma el Jean
^e/in, on pourra consulter divers articles qui jalonnent fevolution des actes pro-
dl‘its a fabbaye. en mettant faccent sur felude palcographique: Moniquc-Cceilc
Laraiul, "Copislcs de Climv au temps de saint Maieul (948-994)". dans Bibliotheque
/ Leole ties chartes. 136, 1978. p. 5-36: “Giraldus levita. copisle de eluirtes el de
l,v,Vs a Clunv sous fahbatiat de saint Odilon (t 1049)". dans Calumcs et eahiers:
Melanges,.. Leon GiHsseiu Uruxelles: Cenlre d'elude des manuscrits. 1985 (Les
f uhheutions de Scriptorium, 9). p. 41-48: Maria I lillebrandl, "Albertus i'eutonieus.
C(,pisle de chartes et de liчres a Cluny". dans Etudes d'histoire du droit medieval en
souvenir de Josette Met man = Memoir es de la Societe pour I 'histoire du droit et des
IllsfMillions des ancienspars bourguignons, comtois et romans, 45, 1988, p. 215-232.
on trouvera ci-dessous (document rf 33) une transcription du present acte au cartulaire
te I ahbaye, realise dans la seconde inoitie du XI° siecle: elle fournira f occasion de saisir la
Pu>loiule mutation qui a aflecle en un siecle le rapport a fccrii.
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Breve typologie cies actes medievaux - document 17
Breve tvpologie des actes medievaux - document 17
17. Acte prive (Catalogne, 989)
Ventc-donation de tcrres par le comte de Barcelone a son vicomte d’Urgel.
И c'opie figuree, parchemin, 265/260 x 195/185 mm, Paris, Arch, nat., J 879, n° 4.
</. Oom Claude Dcvic et dom Jean Vaissctte, Histoire generate de Languedoc, nouv.
cd. par Auguste Molinicr et al., t. V, Toulouse. 1875, Preuves, n° 146, col. 309-311.
(Chrismon) a). Cum b) dominus hac salvator omnium ad solium ascendens
patcrmim, sancti apostoli vel cctcri quicque palres hanc legem constituentes, ut
quicumque sibi an filiis suis [2] per scripture litulo lirmitatem obtinere previ- .
dissent, subnixam hanc donationcm vel vcndicionem per legis auctoritalem super-
scriptam ac roboratam a regibus vel princi-[3]-pibus sivc jutlicibtis d> constilu-
t,nn. inodo vel omnique tempore omnibus manifestis documentis vel asscrcionibus
eomprobalur deeorari hac sic firm iter teneri. Ilidcircho, [4| in Christi nomine,
ego Borrcllus comes et marchio facio cartam donacionis vel vendicionis libi emp-
tori mco. Gillelmo vicescomitc c) et uxori tue Sancia. Manifestum est [5] enim 1
quia placuit animis meis et placet ut libi scripturam donacionis vel vendicionis
faccrem, sieuli et facio, de ipsum meuin alaudium quern habco in comi-[6]-talu
Urgello !). in valle Castro Leoni, id est lerris, vineis, casas, casalibus, orlis, arbo-
ribus, molendinis. aquis. aquarum ductibus vel reductibus. silvis. garrieis. [7]
pomiferis vel mpomiferis. pratis. pascuis, qui mihi advenit per moos bcnelicios
vel per qualicumque voce; el alTronlat ipsi unus alaudes quern vocant La-[8]-guna
d^ una parte, id est aquilonis, in ipso lorrente ad ipsa GargaIJa, et de meridic in
rivo Fdonis. el de occiduo in ipsas Acculas. de parte [9] vero circi in Era Matemi;
et ipse alius alaudes qui est in Cereetulo affrontat similiter de parte aquilonis in
rivo qui discurril de Castro Leoni. de me-[ 10J-ridie in Cixe; et ipse alius alau¬
des qui est Manganorrone alTronlat de parte aquilonis in ipso Aehulo, de mcridie
in Petra Karicra. de occiduo in ipsa [II] Guardia, de circi in ipso rio qui discu-
ril per Albedeto; el ipse alaudes qui est in Mims affrontat de parte aquilonis in
Idexe. de mcridie in rivo qui dis-[ 12]-currit *** de occiduo *** ln, de circi in
•Nsula de Runnina; quantum infra istas affrontaciones includunt. sic vindo libi
[13] atque dono ipsos meos alaudes, qui mihi advenerunt per meum beneficium
vel qualecumque voce, in prccio placibilis solidorum v iginti. cum exiis et regre¬
ss eorum. et de mco jure in 1141 luo trado dominio et potestate. Quod 0 ego veil-
dilor atque donator an c) quislibel homo qui istud hec omnia inquictare volucrit.
Mn hoc valeal vindicare, sed componat [15] istud hec omnia in duplo cum omni
sua melioracione, el hanc -h vendicio vel donacio firmis et stabilis permanent modo
Vc) omnique tempore. Facta carta vindicionis vel [16] donacionis V111° idus octo-
bris, anno IIP regnantc Hugo magno. regc vel duce Franchorum. (Croix) k) Sig-
(ст/л )-пит k) Bokii.lls [ 17] comi.s et marciiio qui hanc cartam vindicionis vel
donacionis et testes firmare [ 18] rogavi. Salla, gratia Dei episcopus (seing). Sig- I
(<To/.v)-num k) Mirone. Sig-(m>/.Y)-num Radulfo. Sig-(m;/.v)-num k) Sanczo, ,
Sig-< c/Y)/.v)-iuim [19] ScnioIVcdo. (Seing) Bulsarus judice (seing). [20] |
^U-ML'ndls {deux seings). Sesulelus (seing).
185
Breve typologie des ctctes medievaux - document 17
[21] Ouba saccrdos qui hanc kartam donacionis vel vendicionis rogatus scripsi
et (ruche) die et anno quod supra.
[22] S\g-(seing)-mm A. cappellani dc civitate qui hoc translatum fideliter scrip-
sit.
a) Le chrismon initial cm dess ini' a hauteur ties Hynes 5-9 et encadre par fes Hynes 4
et 10. b) /. 7nitialc dc cum, grossie et filiyrancc. accupe la moitic droite d’un espace
large tic 20 mm. a hauteur des Hynes 1-3. — c) Sic, cantprcndrc auL— d) A pres judici-
bus, le mat esse a etc ecrit puis expouetue.— e) Sic В — f) Les (cures urgllo sont pour-
rues d’un double siyne abreviatif, un tilde snr le g et un second coupant les deux 1.— g)
Espace d environ 45 mm fais.se blane. h) /-’space d environ 35 mm laisse blanc- i)
Supplcer si. j) Sic B- k) Croix cantnnnee de quatre points.
CoMPRFiiiLNSioN oi; TEXTi. Lc debut du textc (I. 1-3) a deja etc truduil (p. 78). L’acle
est passe par Borrell. comic de Barcelone. Gerone, Ausone et Urgcl (t 992), an pro¬
fit de son vicomtc d'Urgcl Guillem (dont les descendants se disent vicomtes dc
Castellbo a compter dc 1126). II opere en sa laveur une dotation en lerre du domaine
public (dite en Catalogne terra deJeo, term henejiciule). Les biens, sis dans la val-
lee de Castellbo (8 km WNW de la Sen d'Urgcl), se rcpartissenl en plusieurs unites,
decriles juridiquement par lew* qualitc (aluudium, alleu). leur localisation “adminis¬
trative" et line longue formule de pertinence (I. 5-7), puis prccisement par leur loca¬
lisation topographique el leurs confronts (d'apres les points cardinaux: ctquilo, течь
die, occiduo, circi). Quelques reperes peuvent ctre retrouves sur une carte au 1:50.000
(Cartograjht milittir de Espaiht. feuille 215; les distances sont ici donnees a partir
de Castellbo): on у voit. dominant la vallce, L.a Gargallcra {6,5 km NW: I. 8); pro-
che du Rio de Castellbo, le hameau de Cercedol (1.7 km SL: I. 9); le Torrente d’Albel
(du nom d'un hameau a 4,5 km NNW: I. II); peul-cire aussi le Collado de Leix (5,5
km WNW: Elexe. I. 11).
Datation. Mai date dans f edition a (988), facte est, d’apres la reference au roi
Hugues Capet, du 8 octobrc 989 (sur la formule, ci-dessus p. 85).
Lxami-n dls c aracit.rls lxilrxls li ivilrxi s. Ce document se situe dans la
norme de facte pri\e meridional par son ecriture. son parchemin epais et fonce, Puli-
lisation de lout f espace an detriment des marges. Cette absence de solennite s’accoin-
pagne toutefois d'une recherche graphique dans le traitement de f initiale et du chris¬
mon (a noter que eelui-ci. par un Icger contresens, combine une croix. le monograninic
christique “XP" et les Jetties “RISTV[S]'\ comme si le “P" [rho grec] n'elait phlS
compris comme un “R"). Le plus instruetif reside dans les divers dessins qui acconi-
pagnent les souscriptions (croix. dessins geometriques, ruches diverses derivees du
S de scripsi ou suscripsi), et dans fautographic de certaines d'entre elles: fun des
points, plus appuve, qui cantonne la croix en bas a droite (les trois derniei*s signet), ou
f ensemble du nom (les trois derniers temoins, dont un juge).
Mais il у a mieux. La dernicrc ligne annonce ct authentific la copie (translation)
"fidclement" dressee par le scribe-chapclain A. (Amau?): nous sommes done en pre-
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Breve typologie des actes medievaux - document 17
scncc, non de Loriginal etabli en 989 par le pretre Oliba, mais d'une copie: une copie
Ikuree, de date inconnue (XIе ou debut XIIе siecle). qui s’est attachee a rendrc au
plus pres les caracteres externes de Loriginal, jusque dans les souscriptions. La fide¬
lity du rendu a pourtant ses limites: on ne peut ainsi decider si les souscriptions de
Boircll et de Leveque d'Urgel Salla etaient autographes, ni trancher en toute certitude
dans Lattribution des differentes ruches.
L’acte donne un temoignage interessant sur revolution du latin: pour les graphics,
rclcvons an (pour aut: 1. 1, 14) et les hypercorrections hac (pour ас: 1. 1,3) et hid-
circho (pour idcirco: 1. 3). Le demonstratif ipso, ipsa, ipsas (1.8 etc.) n’a plus guere
\aleur que d’arlicle defini. Les flexions sont constammcnt confondues: par exemple
iic ipsum meum alaudium (1. 5) ou vineis, casas (1. 6); istud hec omnia (1. 14, l. 15)
est compris comme un bloc, associant sigulier et pluriel (fcT ensemble de toutes ces
choses”); finnis pour firma (1. 15) et Hugo pour Hugone (1. 16) subissent l’influence,
rospcctivemcnt, de stabilis et magno.
Apres une invocation figuree et le preambule (Cum—teneri, 1. 1-3), Lacte sc pre-
sente comme le precedent sur le mode synallagmatique. mais ici sous la forme d’un
dialogue (ego... tibi...). On entre de plain pied dans un long dispositif, a double res-
soit: annonce de Lacte ecrit (verbc-clef: fucio cartam, 1. 4) et decision de le realiser
(vcrbe-clcf: placuit, 1. 5). L’annonce faitc, tout uniment, de Lacte et de Taction (une
“vente et don1'), precede une rigoureuse description des biens (1. 5-12). Une nou-
\cllc expression de Taction juridique, redisant Torigine des droits du detenteur, precede
ime declaration du prix (Quantum—viginti, I. 12-13), une nouvclle formule de perti¬
nence (cum exiis et regressiis eorum) et une clause de tradition, sans element sym-
bolique (et de meo jure—potestate* 1. 13-14). De la double formule de pertinence, on
notera une large communaute avec celle de Lacte precedent (document n° 16, I. 15-
lb) et quelques variantes regionalcs. Cum exiis et regressiis ici (I. 13) et cum exitibus
ct regressibus la (1. 16) sont delicats a comprendre: cum introibus et regressibus
dcsigne d'ordinaire les voies d'acces (d'entree et de sortie): il s'agirait plutot ici des
droits et rcdcvances “sortant" de la terre. Noter aussi, en Bourgogne, un simple acpiis
(!• 15) contre acpiis, aquarum ductibus vel reductibus en Catalogne (1. 6): “eaux [dor-
mantes, ou cours naturels] et aqucducs. quel que soit le sens de la course" (“conduits"
01 "leconduits" d'eau). Le dispositif est complete d'une clause penale, prescrivant la
classique restitutio in duplum cum emelioracione. \ersement a titre de dedommage-
n^ent du double de la valeur du bien, у compris les ameliorations entretemps apportees
P<ir Tacquereur (Quod—tempore* 1. 14-15). L'acte se clot par la date dc temps ct les
souscriptions.
(o\i\n\i \ i к i diiu o\i \ i ioi [. Le document illuslre la vigueur de Tecril dans
' l-tirope meridionale. Le Ibrnuilaire est mis an service d’un systeme juridique cohe-
ГС|П; le chrismon et le preambule campent solidemeiit Lacte dans le nmnde de la
^ °i. chivtieiine el civile: Linsislance est mise sur le caraclere consensuel {placuit...
placet, I. 5: p/acibilis. 1. 13) el la “transparence" de la transaction (manifestis. I. 3:
Wunifestum. I. 4). Qualre fois rev iennent les mots scriptura el carta et. comme dans
I tti’le royal carolingien (document if 2). le dispositif decrit Lacte meme de la redac-
ll°iU oil vient se Ibndre Taction juridique (tibi facia cartam wnditionis r<7 donutio-
,lls, pour tibi vendo vel dono).
187
Breve typologie cles cictes medievaux - document 18
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188
Breve typologie des actes medievciux - document 18
18. Chirographe scelle (Vermandois, 1159)
Accensement a Saint-Feuillien du Roeulx d’une foret a defricher.
A1 Original, parchemin, 200 x 230/235 mm (repli 40 mm), scelle de deux sceaux
fragmentaires, 1’un sur double queue de parchemin, Fautre sur courroie de cuir, sous
forme de chirographe par CIROGRAPHUM, Toumai, Archives de la cathedrale, Fonds
Saint-Feuillien du Roeulx, Chartrier, n° 24 (planche ci-contre).
A\ Autre moitie du chirographe, parchemin, 200 x 215/235 mm (repli 25/30 mm),
avec le meme scellement (un sceau de cire brune subsistant), meme fonds, n° 23.
Ad posterorum noticiam et presentium memoriam, et ut conventiones infra-
scriptae in suo statu permaneant, eas scripti aucto-[2]-ritate roborare utriusque par¬
tis assensu a) censuimus. Matheus de Driencurt et filius ejus Petrus donaverunt
in perpetuum [3] aecclesiae b) Sancti Foyllani c) totum nemus de Bechelanlu exstir-
pandum et in novale redigendum, eo videlicet tenore ut Ma-[4]-theus et heres
suits singulis annis de messione segetum predict! soli nonam garbam recipiat.
Factum est autem hoc donum [5] presente et concedente Gerardo de Seguncurte,
de cujus feodo predictum nemus erat, et presente majore illius terrae. [6] Statutum
est etiam inter ipsos quod, imminente messionis tempore, Matheus vel major suus
ad recipiendam nonam garbam [7] ex parte aecclesiae b) submonebitur apud
Fontanas, vel apud Sechehart, vel apud Saisnencurt et nusquam alibi et, si tunc
non [8] venerit, secundo sub testimonio duorum vel trium hominum similiter sub¬
monebitur. Quod si, secundo vocatus, non venerit [9] neque miserit, nona ilia
garba de qua predictum est ad opus Mathei sub testimonio segregabitur et con-
servabitur et ad [10] aliquam predictarum villarum et nusquam alibi, proprio
aecclesiaeb) vehiculo absque forisfacto deportabitur. Post sectionem vero frumen-
[1 l]-ti anno stipulae, aecclesia Matheo duos denarios persolvet. Decedente vero
abbate et alio succedente. abbas qui ex no-[12]-vo successerit, in primo ingres-
sionis suae anno, Matheo vel heredi suo pro requisitione sarti duos vini sesta-
tios, majori pro [13] wantis suis duos solvet denarios. Hoc autem inter aecclesiam
Sancti Foyllanic) et Matheum legitime factum et in capitulo [14] Sancti Quintini
recognitum, utriusque aecclesiae b) sigillo confirmatum est cum subscriptorum
testium attestatione. Signum e) Drogonis deca-[15]-ni. Signum Guidonis ^ can¬
toris. Signum Lamberti, signum Bcrnardi, presbiterorum. Signum Guinberti g),
signum Guerimbaldi, diaconorum. Signum Sy-[16]-monis. Signum Symonis majo¬
rs. Signum Godefridi de Rumalcurt. Signum Adae b) Butularii. Signum Drogonis
Taissun. [17] Signum Odonis Warchain. Actum anno incarnati Verbi M° C° LIX°.
[Sous le repli: ] Ad posterorum notici (sic).
[Au dos: ] Scripta est. De nemore de Bekelenliu.
a) assenssu sic A2.— b) ecclesiae A2.-- - c) Foillani A2.— d) ecclesia A2.— e) Signum
estVl vtematiquement renclu par un S barre d'une barre oblique, A1 et F.— f) Widonis
g) Guimberti A2.— h) Ade A2.
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Breve ty'pologie des actes medievcntx - document 18
Comprehension du texte. Mathieu de Driencourt (Somme, cant. Roisel) remet a
l’abbaye hennuyere de Saint-Feuillien du Rceulx (document n° 10) le bois de
Bechelanlu (non identified a charge pour elle de le defricher (exstirpandum et in по\ф
redigendum, 1. 3) contre une redevance a part de fruit du l/9e (document n° 15). Les
personnes qui pourraient elever une contestation donnent leur accord: Gerard de
Seboncourt (Aisne, cant. Bohain-en-Vermandois) comme seigneur feodal, et le maire
(intendant rural) du lieu (1. 5). A I’approche de la moisson, l’abbaye previendra
Mathieu ou son maire afin qu’ils assistent au partage des gerbes (l. 6-10); la citation
ne devra etre faite qu’en des lieux proches, formant un triangle de 2-3 km de cote
(Fontaine-Uterte, Aisne, cant. Bohain: Sequehart, Aisne, cant. Lc Catelet; Scnancoun.
comm. Sequehart) el par deux fois: faule de quoi Fabbaye proccdera seule, sans pena-
lile (Joris/dctum). au partage et au transport du cens dans Гипс des trois localites (ccns
“portable” et non “querable”: ces lieux sont done des centres, de residence ou d’exploi*
tation, de Mathieu ou de son maire). L’abbaye versera aussi la somme, quasi rcco-
gnitivc. de deux deniers apres la moisson, anno stipuke (1. 10-11). Le mot stipulacs\
delicat a interpreter: ignore par Niermeyer, rapidement traite par Du Cange, il designe
le chaume des le latin classique; le FEW (t. XII, p. 271-276) fournit de multiples
expressions dialeclales (dont le verbe chaumer): dans plusieurs actes medievaux
(llchiers du Comile Du Cange. Paris), on voit lc chaume employe ou requisitions'
comme liliere pour les animaux. Ce faisccau de citations permet de resserrer lc sens:
les annees ou Lon “chaume”. Fabbaye doit une redevance supplementaire, parce
qu'elle en tire alors un profit supplementaire. residuel. Quo se passe-t-il les annees oil
le chaume ne fournil pas de profit direct? Sans doute le briile-l-on pour fertiliser un
peu le sol (R. Grand. I.’agriculture..., p. 264; Isidore de Seville. Etymologies, livre
XVII, Pe /'agriculture, 3, 18, ed. et trad. Jacques Andre, Paris: Les Belles Leltrcs.
1981. p. 40-41, tail del iver sti/uda de usto, “bride”). On aborde ensuite les droits de
mutation (I. 11-13). Passant a une abbaye, personne morale eternelle, lc bien tombe.
comme Foil dira plus tard. en “main morte”. laisant perdre au seigneur les droits pervus
a la mort du tcnancier lai'que et a Finvestiture de son successeur. On agira fictivemcnt
de meme a chaque succession abbatiale. lorsque le nou\el abbe demandera Finvesti¬
ture de la terre essarlee (rec/uisitione sarti, I. 12): le seigneur percevra deux setiers de
\ in. el le maire deux deniers “pour ses gants' (objets symboliques de Finvestiture
reelle: Fexpression iFest pas forcement metaphorique).
On apprend quo la transaction, faite dans les regies (legitime. I. 13). a ete “rccon-
nue” (declaree solennellement) a la collegiale de Saint-Quentin en Vemiandois, dont
le sceau est appose avee celui de Saint-Feuillien et dont plusieurs membres sont cites
parmi les temoins (le doyen, le chantre. deux chanoines prc'tres. deux chanoines dia*
crcs). Des autres temoins. le premier est designe par son sail nom: s'il est menibre
de la collegiale. e’est qifil n’a pas regu comme les autres les ordres majeurs; si e’est
un laic, le chiffrc de dou/e temoins se repart it hamionieusement entre six clcrcs ct six
laics. Parmi ces derniers, Adam est dit hutularius (hutula. mot rare proche de huccitht
| Du Cange|, designe la bouele. la bouclette, la bossette des mors el des ueilleres de
chcvaux): ce peut etre ou une profession ou un sobriquet (interpretation ici marquee
par une majuscule).
Examf.n des caracteres externf.s f.t internes. Lc document est etabli sous forme
de chirographe, scelle de deux sceaux, sur des attaches de nature differente (cour-
roie de cuir pour Saint-Quentin. parchemin pour Saint-Feuillien). Or lc hasard a per-
190
Breve typologie des actes medievaux - document 18
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191
Breve typologie des actes medievaux - document 18
mis de conserver les deux expeditions, aujourd’hui reunies dans le chartrier de Saint
Feuillien (planche preccdente), ce qui autorise une etude approfondie de leur mode
d'etablissemcnt.
Contrairement aux procedures habituelles, chaque exemplaire cst ecril par un scriK
different. Certes, les variantes sont minimes (un emploi different des “e” ccdillcs.if.
llottemenls G IJ\ Gain- Guim-) et Fimpression retiree de Failure de Feeriture cst tnU
jours approximative. Mais. beaueoup plus objectivcment, les systemes abreviatils м>т,-
radicalement differents. La premiere ligne de A1 comprend IS mots: 9 sont abrci.\-,
et on totalise 13 abrevialions (cssenliellement par lettre suserile et par signe special
tilde bnuclc, -or4 p bane droit), bn A~\ des memos IS mots. 6 settlement sont abrci^
et en un seul endroit du mot (par lettre suserile et par signe special: con, p bane droit
-or et le tilde perdent leur boucle). D’autres passages sont encore plus eloquent*
(Statutum—submonebitur, 1. 6-8). Non moins exceptionnelle pour un chirographe
scelle est la disposition des deux textes icte-boche (de\ ise horizon tale) et non cole .
cote (devise verticale): on voit mal comment le second scribe a pu copier son modelc
sauf a disposer d’un brouillon (ce qui est fort pen vraisemblable), a Fentcndre dk-
ter, ou encore a travailler sur un parchemin deja decoupe, ce qui rfest pas moins cion-
nant mais s’accorde peut-etre mieux avec d'autres observations qui suivront.
Sans invocation, ni suscription, ni adresse. ni saint, ni preambule, Facte s’ouvrcpji
une sorte de petition de principe, mclant un preambule degenere (utilitc de Fecritjci
un semblant de notification (Ad—censuimus. I. I -2). sans identifier le “nous” qui parle
On est dans le domaine, ancicn, multiforme, de la “notice”: sur un fond de redaction
objective (“Notice que Mathieu a donne...”), s’est greffe le “nous” du notificateur
Ce n’est pas ici le beneficiaire (“Notice que Mathieu nous a donne...”) mais un tiers,
la collegiale de Saint-Quentin, qui apportc Fautorite de son sceau et son temoignage
(1. 13-15). On passe sans transition a la narration, circonstanciee (Matheus—denarios.
1. 2-13). L’absence de clause comminatoire peut s’expliquer par le caractere memedc
la notice (a usage interne), mais aussi et surtout par 1c fait que Fon est deja dans un
autre monde, celui de Fecrit, du droit (legitime factum, 1. 13), du sceau et du chiro¬
graphe qui se suffisent a eux-memes. La corroboration (Hoc—attestatione, 1. 13-14)
annonce les sceaux et les souscriptions mais pas le chirographe; la date est limitee
au millesime.
Commentaire diplomvtiquc. Dans Fetablissement de Facte, Saint-Quentin jouc
un role moteur. Consequence de sa position prestigieuse au sein de la societe locale?
Association d’interets avec Saint-Feuillien (document n° 15)? Rapports etroits avec
le donateur ou son seigneur feodal? Peut-etre tout a la fois.
Relisant les observations materiellcs deja faites, on peut tenter de restituer les eta-
pcs de la fabrication du chirographe (voir dessin): 1° on commence par un faux depart-
ou plutot par un essai de plume (les 3 premiers mots du texte, interrompus, caches
sous le repli); 2° on trace au milieu de la feuille, en grandes capitalcs ornees, la devise
CIROGRAPHUM\ 3° on ecrit Facte sous la devise, en 17 lignes (version Al)\ 4° on
letourne le parchemin pour у recopier Facte; la premiere transcription ayant Iaisse un
large blanc (pres de 7 cm), on tasse moins le texte, copie en 19 lignes sous la devise,
qui se presume inversee (\ ersion A~): >' on coupe la pcau par la devise; 6° on scelle
les deux cxemplaircs, les sccaux dans le ineme ordre (celui de Saint-Feuillien a gauche,
place plus honorifique) el avec la memo variation d’attache.
Breve typologie cles actes meclievaux document 1H
M.ns noire essni de “diplomatique-fiction” no rend pas comple do deux observa-
, >Пч: rimervenlion de den/ scribes, aux usages different*; Line note dorsnle de A1
npflt ,».*/). sLiperlelaioire pour qui a facie en main, a inoins qu’elle ne renvoie a la
fjn^riplion. pci. \ raison ibinble. dans un eariulaire. On peui alors stiggerer line autre
[s|c: | comme ci-dessus, a Saint-Quentin: 4 double seellemenl dn sceau de Saiiu-
(jucniin. sur eourroie de cuii (scion Ics usages de la eulleginlc) et a dmile (par C-Ouf-
wNe), pins expedition du toul n Saiul-I euillien: 5° eupie sur la moiiie encore vierge
ulccoiipce fi со moment?) du texle J~; 6 seellemenl des deux exemplaires du sc can
Saint Touillien (sur parchemin) Un exemplaire est archive а fabhaye. Гап1ге Ы^)
rctournc a Saint-Quentin, muni de la mention dorsale scripia est (“e'est ecrit: nous
avons copic notre exemplaire; le votre en retour”). Chaque exemplaire va en effet a
I'une dcs parties prenantes, la version A1 a Mathieu (die n’a pu integrer le fonds de
Saint-Fcuillien qu’a Г occasion d’une autre operation, eteignant les droits du seigneur
ccnsuel); il est possible que son archivage ait ete assure a Saint-Quentin. pour le
compte du laic
Quoi qu'il en soit des hypotheses, tout montre ici une etape fondamentale, et ultimo,
de Facte prive de Г age du “particularisme”. La notice est produite par une instance
locale, prestigieuse. On у soigne le produit graphique, on у connait son droit coutu-
mier (et, de tres pres, la vie des champs). Le fc‘systeme” est perfectionne par l’emploi
combine de deux techniques d’authcntification (chirographe et sceau).
Hypothese I : Hypothese II :
4 °
6°
X
1У1
Breve typo logic des notes medievau.x - document 19
194
Breve typologie des actes medievawc - document 19
19. Acte d’officialite (Tournai, 1290)
Quittance de sommcs collectees en vuc dc la croisade.
A. Original, parchemin, 295 x 160/155 mm (rcpli 20 mm), jadis scelle de deux
sccaux sur double queue de parchemin, Tournai, Archives de la calhedrale, Chartrier,
n° Л 695.
Universis prcsentes litteras inspecturis, . . officialis Tornaccnsis, salutem in
Domino. Noverit universitas vestra quod, coram nobis propter hoc [2] persona-
liter constitutus, Reginaldus dictus li Ventriers de Noviomo recognovit se, auc-
toritate littcrarum vcnerabilis viri domini [3] Johannis de Bullis, archidiaconi
Majoris Caleti in ccclesia Rothomagcnsi, vices gercntis reverendi patris et domini
J[ohannis], Dei [4] gratia tituli Sanctc Cecilie presbiteri cardinalis, olim apos-
tolice sedis legatL necnon et dc mandato discreti viri magistri Petri [5] de Trocha,
canonici Sancti Quintini in Viromandesio, Noviomensis dyoccsis, auctoritatc sedis i
apostolicc ad Remensem provinciam pro diversis [6] negociis tarn Terre Sancte
quam Aragonie Valencicque regnorum missi, recepisse et recepit a vencrabilibus
viris magistris Johanne [7] de Sancto Amando et Johanne de Muro, canonicis
Tornacensibus, olim collectoribus legatorum et aliarum obventionum tcrre in civi-
tate et [8] dyoccsi Tornacensibus auctoritate predicti deputatis, mille ducentas i
septuaginta duas libras, decern solidos et quinque denarios parisiensium, tarn de |
lcga-[9]-tis Terre Sancte pure et simpliciter relictis, quam dc legatis eidem Terre |
relictis per certas personas portandis, videlicet septies [10] centum libras pari¬
siensium in nigris turoncnsibus, trecentas et quadraginta libras in florinis aureis,
quolibet florino aureo pro decern solidis turonensium [11] computato, item in
grossis turonensibus ducentas triginta duas libras, dccem solidos et quinque dena-
nos parisiensium, quolibet grosso turonensi pro [12] decern denariis et obolo pari¬
siensium computato. In cujus rei testimonium, sigillum sedis Tornacensis ad
instantiam dicti Rcginaldi [13] unacum sigillo ejusdem Reginaldi presentibus lit- j
teris duximus apponendum. Et ego, Reginaldus prcdictus, confiteor [14] me a pre¬
dicts collectoribus mille ducentas septuaginta duas libras, decern solidos et quin¬
que denarios parisiensium, lam de legatis [15] Terre Sancte pure et simpliciter
relictis quam de legatis eidem Terre relictis per certas personas portandis, rece-
pissc in monelis et [16] sub valoribus prenotatis. In cujus rei testimonium, sigil-
him meum hits presentibus litteris apposui, unacum sigillo predicte [17] sedis
Tornacensis. Datum anno Domini M° CC° nonagesimo, sabbato post diem ani-
•uarum.
[An dos et de la тёте main: ] Plena solutio general is compoti de legatione
Terre Sancte.
195
Breve typologie des acles medievciux - document 19
Problemes de transcription. Les deux points preccdant un titre (1. 1) indiquent
unc intervention ex officio et non pcrsonnelle; ils sont reproduits tcls quels.
Comprehension du texte. L’acte est unc quittance, certifiant le versement d’une
somme d’argent (recognovit se... recepisse, 1. 2 et 6). Pour dcmelcr la redaction, tres
technique, il faut comprendre le role des intervenants (1. 2-7), la provenance (1. 6,7,
8-9) et la composition (1. 8, 9-12) dc la somme.
A l’origine, la collecte de dons pieux (legato) pour les “affaires de Terre Sainteci
dcs royaumes d’Aragon et Valence", certains faits “purement et simplement” (par
exemple pour les preparatifs) et d’autres “a porter [sur place] par certaines person-
nes” Meme si le mot if у est pas, e'est de croisade qu’il s’agit: pour le secours de la
Terre Sainte (les derniers lambeaux du royaume dit “de Jerusalem” sont en train dc
tomber), mais aussi contre Г Aragon. En 1283, Pierre III a ete excommunie par le pape.
qui lui a substitue Charles de Valois, fils du roi dc France Philippe III. Apres la desas-
treuse expedition de 1284-1285, le pape entend toujours lutter contre le successeurde
Pierre III. Alphonse III (1285-1291). Accordant au roi de France unc nouvelle decime
(31 mai 1289), il fait aussi collecter des dons. La levee s’en fait dans le cadre des
dioceses et repose sur dcs clcrcs commis par le pape. Le texte cite а Г echelon supe-
rieur le legat Jean Cholet, cardinal-prctre du titre de Sainte Cecile (cree le 12 avril
1281). Celui-ci a delegue a Jean de Bulles, archidiacre de Grand-Caux de f“eglise”
(= du diocese) dc Rouen (le diocese de Rouen est divise en 5 archidiacones: Jean
Laporte, Dictionnuire topogruphicpic de la Seine-Maritime, t. I, Paris: C.T.H.S., 1982.
p. XXVII-XXX). Pour la levee dans la province ecclesiastiquc de Reims, farchidia-
cre a commis un chanome de Sainl-Quentin en Vermandois, Pierre de Trocha. A
fcchclon de base, celui du diocese, il у a des collecteurs delegucs: deux sont ici cites
pour le diocese de Tournai. qui connaissent la region et travaillent a moindres frais.
puisqu'ils sont chanoines de la calhedrale: maitre Jean de Saint-Amand et maitre Jean
dc Mur (J. Pycke, Repertoire biographicpie des chanoines de Sotre-Dame de Tournai
1080-1300, Louvain-la-Neuve: college Erasme et Bruxelles: Nauwclaerts, 1988, XXX*
VIII-435 p.. n° 364 et n° 49). En vertu d’un pouvoir ecrit delivre par Jean de Bulles
(1. 2) et sur Lordrc de Pierre (l. 4), un dernier intervenant, Rcnaud “le Vcntrier” de
Noyon, recucille Г argent des deux chanoines tournaisiens. Cite sans titre, e’est sans
doute un laique, commcrgant ou changeur.
Les espcces effectivemcnt pergucs (ci-dessus, p. 48) comprennent de simples deniers
tournois, des florins d’or (vu la date et le contexte, ce sont des florins de Florence:
P. Spufford, Handbook..., p. 174, atteste dc 1285 a 1292 un taux de change assez
general a 10 sous tournois) et des gros tournois d'argent (les premiers gros ont ete
frappes par Saint Louis en 1266 a la valeur de 12 deniers tournois; ils rcstent aux
memes titre et poids jusqu'en 1322 mais se reevalucnt, precisement des 1290, passant
de 12 a 13 deniers tournois, soit de 9,6 a 10,4 deniers parisis: autrement dit 10 deniers
et obole parisis, taux de change qui permet de resserrer les attestations retrouvees par
P. Spufford, p. 185). Un rapide calcul permet de verifier que toutes les sommes portees
dans facte (ecrites, comme aujourd'hui, en toutes lettres pour mieux empecher les
falsifications) sont correctemcnt calculees.
196
Breve hpologie ties cities medievaux - document 19
[) \ ration. Le jour est exprime par reference au calendrier liturgique: le dies ani-
пшгшн (notre “jour des morts”) est fete, depuis le Xе siecle, Ic 2 novembre. En 1290,
lc samedi qui suit le 2 novembre tombe le 4 novembre.
Ex amen DBS caracteres externes ET internes. La cursivite de fecriture, la mul-
liplication des abreviations (sur les 16 mots de la lrc ligne, 13 sont abreges), les dimen¬
sions du parchemin, le peu de soin apporte a la presentation (on a utilise unc chute de
parchemin, cousuc dans sa partie infericure; les queues sont de largeurs sensiblcment
diffcrentes) sont, avec de nombreuses fonnules, caracteristiqucs de ce type de docu¬
ment.
L'acte (litfercie) commence par une adressc universelle stcreotypee (“A tous ceux
qui verront les presentes lettres”); la suscription, impersonnelle, ne vient qu'aprcs
(Lest une marque d'humilite); un “salut dans le Seigneur”, non moins courant, clot
ce court protocole (1. 1). La notification, ellc aussi universelle, introduit de plain-pied,
sans fioritures. dans le rccit precis de faction juridique, commande par les mots-clefs
de la recognitio in jure: coram nobis propter hocpersonaliter constitutus... recognovit
(1. 1-2). Sans inscrer le texte des actes cites (pratique qui va bientot se dcvelopper),
fofficial clot cette premiere partie de facte par une courte corroboration probatoire,
non moins stercotypce (In cujiis ret testimonium, 1. 12), avec annonce du sccau de la
eour d'officialite (1. 12-13). La quittance est rcnouvelee par Renaud, qui prend la
parole a son tour (Et ego—Torncicensis, 1. 13-17), repete la confessio et rcnouvelle
la corroboration. La date clot le tout (1. 17).
Commen гaire diplomai iqle. L'institution de fofficialite episcopate a derriere clle
un siecle d'activites. Ellc est toujours plus abstraite: a f origine, f official donnait son
nom et celui de f eveque, il nc donne maintenant plus que son titre suivi du nom de
la cite (les recherches prosopographiques sont done, paradoxalement, plus delicatcs
quo pour le debut du siecle). Les interventions dans le domaine de la juridiction
gracieusc, essenticllemcnt dans la moitie nord de f Europe, sont bien rodecs, entre les
mains d'un personnel de juristes-administrateurs de formation commune, qui suivent.
pour la procedure et pour la redaction des actes, des ordines et des formulaires large-
ment diffuses.
Mais cette epoque de perfection technique est aussi celle d’une concurence toujours
plus rude des juridictions laiques. au contenticux comme pour la juridiction gracieuse,
source de prestige mais aussi de revenus lucratifs f‘droits de sccau"). En de nombreux
dioceses, les officiaux imaginent une parade pour renforccr encore f authenticitc de
lours actes. Appliquant au domaine diplomatique f adage romain testis unus, testis
huIIus (“un temoin, pas de temoin”), ils munissent, en de nombreux cas, leur actc d’un
second sccau, appose par un autre ccciesiastique, par un laique on, comme ici, par
1 auteur de faction juridique: la force probatoire de facte est parfaite, puisqu'il a deux
temoins” (deux sceaux). Mais la solution impose de dedoubler la corroboration et
souvent, comme ici. de passer (tres fictivcment) la parole au second sigillant.
flM |( и ,|< \ |>| iii compi I mi \i \iri . M. Vleesehouwcrs-Vaii Mclkebcck, I)c оЦ'та-
hh'tl van Dnornik, oorspnmg cn vroege ontwikkcling (1192 1МЮ), Bruxelles: Palais
des Academies. 19X5. 210 p. (1 crhaiuiclingcn van de Koninklijkc Akadcmic voor
III’tenschappcn, l.cttercn cn Schonc Kunstcn van Bchiic. Klassc dcr Lcucrcn. XLVII.
117,.
197
;e typologie des acres medievaux - document 20
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/
Breve typologie des actes medievaux - document 20
20. Acte de juridiction gracieuse (Lusigan, 1274 a. st.)
VciHc entre particulicrs d’une maison et de sa terre.
I. Original, parchcmin, 315 x 405G85 mm (repli 50/45 mm), scelle sur double
i|iieiie de parchemin du sccau de la chatellenic de Lusignan, Poitiers, Arch. dep.
\’icnnc, Sceau.x 139.
Sachent mil que devant nos personaument establi en droyt Bone i'ou Pierre de |
Lczignon. fame jadis Pierre le Piquarl et si her [2] et her dou devant dit Pierre, ^
ensenibleement on Indite Bone ce est a saver Guillaume et Osane, fiz et her dou
devant dit Pierre et Bone, co-[3 |-nurent el confesserent devant nos que il avoient !
veiulu. Indite Bone et li subdiz si her. por eus el per lor hers el por lor suceers-
sors;U. et onquore [4| vendirenl devant nos por eus et por lor hers el por lor suc¬
cessors en pardurablete li devant dil Bone, Guillaume et Osane, a Richarl Lengleis
[5), clerc, et a ses hei^ el a ses successors, une meison о les porlenanccs, laquau
est asise a La f orest en la parroissc de Saint Sovnin. josle la meison au [6|
Naylaus, о la terre qui est entre la meison Hugues Berengier. valid, et ladile 1
meison vendue, о la vigne et о lo horl qui sont enlor ladile meison ven-|7]-duc
et toutes les aparlenances scan/ en ladile parroissc, a fere audit Richarl et a ses
hers el a ses successors unite sa playne volente et tot le droyt |8| et unite Paction, i
la segnorie, la propriete et la possession que li devant dit Bone foil Pierre,
Guillaume et Osane, si her et her Pierre le Piquarl desub dit, lie [9| lor her ne
lor successor avoient ou devoient aver ou poient en ladile meison. о le heberge- I
ment, о la terre et la vigne et о lo hort et as aparlenances [ 10], por le pris de dis
livres de la monoie corant, desquaus icil Bone. Guillaume et Osane. por eus et
por lor hers et por lor successors, se tindrenl enlrigneement [II] por paiez des i
devant diz dis livres et les orent et reccurenl enlrigneement en peccune nombrcc
doudit Richart. clerc, si q'il confesserent en droyt 1121 par devant nous; et adc-
cerle pramistrent li subdit Bone, Guillaume et Osane. por eus et por lor hers el
por lor successors, sus Lobligancc de toz lor biens. le sacrement [13] done de eus
et de chascun par soi corpora a) en noire mayn. ladile vencon ,u gardcr et tenir
encontrc toz et vers toz guarantir cl non encontrc venir par eus ne par au-| l4]-tre
eu tens qui est avenir. por aucune rcison ou par aucune acheison. ne par reison
de menor aage. audit Richart et a ses hers et a ses successors: lesquaus de-[ 15J-
sus dit Bone, Guillaume et Osane, presenz devant nous et confessanz les choses
desus dites a tenir et a gardcr et non encontre venir, les condampnon par le juge-
ment [16] de nostre cort: renontians li desus dit, en iccst fct. Bone. Guillaume et
Osane et chascun par sei, sus la relegion dou sacrement done, a Lesception de
peccune non balliee [17], non nombrcc, a Lesception de menor aage. a Lescep¬
tion de la moitic de avenant pris, a Lesception dotle a) et de doyare et a Lescep¬
tion de droyt escrit et non cscrit, a tou-[l 8]-tes leis. a lout droyi. a tout priveleige.
a lout statu, a loute costume let et non let. a mutes les exceptions, a toutes les
chouses qui contrc cestes [19] presentes leitres porroienl estre dites nc obiceies
ou por quoi ellcs porroient estre briseics ne dcstruites en tout ne en panic, f.n .
guarantic perpetuau de vcritc. [20] nous avon done audit Richart, a Linstance et
a la requeste des desus diz Bone, Guillaume et Osane, cestcs presentes leitres
199
Breve typologie des actes medievaux - document 20
seellees de nostre seau de la chastelerie [21] de Lizignon. Ce fut fct et done le
dyemaine avant la Chaere saint Pere eu moyes de fevrier, Pan de Г Incarnation
Jhcsu Crist mil et dous cenz ct sessante [22] et quatorze anz.
a) Sic A.
Problemes de i ranscription. Par convention, on a partout transcrit par “et” le
signe abreviatif z; de meme, developpe Guill. en "Guillaume”.
Comprehension du texte. L’ancien frangais de Lacte est ferine mais icintc de nom-
breuses particularites, dialcctales et graphiques; pour le formulairc, il procede sou-
vent par decalque direct du latin. Les vendeurs sont designes avec line precision qui
pent tromper si Гоп ne relablit pas la poncluation el les majuscules selon Г usage
moderne (1. 1-2): il faul eomprendre "Bonne, fille de leu Pierre de Lusignan, veuve
de Pierre le Picard el son heritiere, el, conjoinlement a Bonne, les heriliers de Pierre
le Picard, e'est-a-dire Ciuillaume el Osanne, enlanls et heriliers de Pierre el do Bonne”.
Le bien vendu se compose d*une maison, avec ses dcpendances (portenances, apar-
tenances): la terre sur laquelle elle est batie (hebergement, 1. 9, du latin medieval her-
bergamentum), une terre attenante (1. 6) et, jouxte la maison, une vigne et un jardin
(hort, I. 6, du latin hortus). Elle est sise dans la paroisse de Saint-Sauvant (Vienne,
cant. Lusignan). au lieu dil La Foret (aujourd'hui hameau, comm. Sainl-Sauvant). Au
plan linguistique. on peut encore signaler: on (1. 2), en concurrence avec о (I. 5 etc.)
= avec; potent (I. 9) - pouvaienl; si i/'il (I. I 1) ^ ainsi qu’ils; adecerte (1. 12) = cer-
tainemcnl: sacrement (I. 12) ~ sermenl (de saerantentum): ucheistш (I. 14) ^ occa¬
sion (d'occasio): religion (I. 16) = engagement sacre: dites ne ohicieies (1. 19) = elites
ni objectees (a Lenconlre).
Datation. La Chaire de saint Pierre est principalemcnt letce Ic 101 aout ("Saint-
Pierre es liens”), mais aussi le 22 fevrier (Cathedra sancti Petri), d'ou la precision ici
donnee du mois. L’acte en lui-memc ne comprend aucune donnec permellant de savoir
si nous sommes en 1274 (styles de LAnnoncialion pisane, de Noel, de la Circoncision)
ou deja en 1275 (n. st.). selon les styles de Paques ou de LAnnoncialion florenlinc,
les deux grands styles en concurrence a Lepoque en Poitou. Dans ce cas, le plus vrai-
semblable. Lacte ne serait pas du dimanche 18 fevrier 1274 (en meme temps pre¬
mier dimanche de Carcme, alias dimanche d'lnvoccivit), mais du dimanche 17 fevrier
1275 (n. st.).
Examen des caracteres exi ernes et internes. L’acte denote un souci de pre¬
sentation qui conlraste avec Laspect beaucoup moins soigne de nombreux actes de
juridiction gracieuse de Lepoque (ainsi dans les actes d’officialite episcopale). Le s
initial du texte est orne et llligranc: de nombreuses initiales ou hastes, surtout au debut
du texte. regoivent un debut de trailement graphique. L/ecriture posee. dans une jus¬
tification assez bien respectee a gauche comme a droite. est fermement guidee par des
lignes espacees, reglees a la mine de plumb. Le repli est tout aussi genereux. Les quel-
ques mots qiLon apergoil sous Lattache ["Lit(era fratris Riehardi Anglais.- De
I.esignan”) appartiennent a un ensemble de mentions dorsales et la forme de leur
redaction (qui ne mentionne pas les vendeurs) s’explique par le fait que Lacte, passe
200
Breve typologie des actes medievaux - document 20
entre particuliers, est ensuite cntre dans le chartrier de Pabbaye de Fontaine-le-Comtc,
qui a acquis le bien de 1’acheteur primitif.
Le texte traduit Г intervention d’un redacteur frotte de droit, mais prescnte aussi,
reirospectivement, quelque incertitude dans la structure du discours: le plus remar-
quable, on у reviendra, est l’abscnce de designation precise de Pauteur de Pacte ccrit
(qui use settlement de ‘‘nous” et “notre” avec autant d’insistancc que d’imprecision:
neuf occurences de ces deux mots) et la redaction malhabile de Pannonce de sceau
{de nostre seau de la chastelerie de Lizignon, 1. 20-21): seule cette dernierc men¬
tion, en fin de texte, permet d’attribuer la redaction de Pacte a la cour de justice sei-
gncuriale dc Lusignan. On commence abruptement par une notification, qui intro-
iluit aussitot Pidentification des vendeurs (1. 1-2), la narration de la confessio in jure
(1. 2-3), la description de Paction (ici une vente). de son objet, de son bcneficiaire (1.
3-6) et du prix (I. 10). On notera au passage que les vieilles formules de pertinence,
largement stercotypecs (voir commentairc des documents n° 16 et 17), ont fait place
a une description aussi precise et concrete que possible des dependances effectives
{portenances. apartenances) de la maison (1. 6, 9). Tout le reste, les deux tiers du texte
environ, n'est que formulaire, ou affleurent partout le droit romain et Pimportation
depressions latincs: on peut re I ire ainsi la definition des droits transmis au nouvel
acquereur (a fere... tonte sa playne volente... droit... action... segnorie... propriete ..
possession, P 7-8), la reconnaissance du paiement (1. 11), la clause de promesse (pra-
mistrent—successors. 1. 12-14) renforcee par un serment prete corporellement et assor-
tic d'une condamnation a exccutcr Pacte (1. 14-16), les clauses dc renonciation (1. 17-
19: ci-dessus. p. 81). Le texte se clot par Pannonce de la mise par ecrit, la corroboration
ct la date.
CoMMCNTxiRF diplomatiql'F. Les annees 1260-1270 \oient un cssor decisif des
interventions princieres dans le domaine de Pacte de juridiction gracieuse. En Poitou,
des avant 1270, des sceaux comtaux sont etablis a Poitiers, Fontenay-le-Comte. Saint-
Maixent. Lc comte est imite par les plus puissants de scs vassaux: des 1270 a
Panhcnay, 1274^ 1275 a Lusignan (lc present acte), 1277 a Thouars, etc. L'acte donne
a sentir la superposition dc deux phenomenes: d’une part, l’unite et la diffusion su-
pranationale des solutions juridiques (confessio in jure, renonciations, etc.) ct diplo-
matiques (sceau dc juridiction); d'autre part, les particularismes regionaux, tempo-
taires, qui se marquent ici dans Porncmentation et Pabsence de suscription (solution
qui se retrouve dans les actes sous le sceau de la cour royale de Loudun). On a le sen¬
timent que, dans cette periode d’implantation de la juridiction gracieuse seigneuriale,
le redacteur hesite: Pacte n’est pas assez personnel pour etre intitule au nom propre
du seigneur (Hugues XII, seigneur de Lusignan, comte de la Marche et d’Angouleme,
mort en 1282), dont les armes (ecu burele) sont rappelees sur le sceau; la solution
diplomatique et institutionnelle n'est pas assez rodee pour autoriser Pintitulation au
seul nom du justicicr seigncurial ou du garde du seel.
201
Breve typologie des actes medievaux - document 21
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202
Breve Wpologie des actes medievaux - document 21
21. Chirographe d’echevinage rural (Hainaut, 1270)
Bornage et mise en possession d’une terre.
A1. Original, parchemin, 295/290 x 210 mm, sous forme de chirographe par CYRO-
GRAPHUM, Tournai, Archives de la cathedrale, Chartrier, n° A 858.
Sacent tout cil ki cest escrit veront et oront ke Druars de Biaumont III bon-
niers et demi [2] de here, pau plus pau mains, ki li eskeirent de monsigneur Jehan
dc Genlaing sen oncle, liquele [3] tiere gist li une partie au Let Buret et li autre
cntre Duisempicre et Longesaut, si est assavoir ke [4] au Let Buret en i a bonnier
et demi, XX verghes mains, pau plus pau mains, et entre Longhesauc et Dui-
[5]-sempiere 11 bonniers et XX verghes pau plus pau mains, a partie, bonnee et
deseuree viers tous gaus [6] ki droit i sevent a demander par jugement des eskie-
vins monsigneur Evrart Radoul chevalier, signeur [7] de Niviele, de qui on tient
le tiere devant ditte, et meesment enviers l’abbeesse des Pres Porcins [8] et
I’abbeesse dou Saugoit, ki droit demandoient en le tiere devant ditte. Si est assa¬
voir ke cil bonna-[9]-ges et cil desoivres et ceste pargons sunt fait bien, loialment,
a droit et a loi par le gret et le con-[10]-sentement des II abbeesses devant dittes
ct par le jugement des eskievins ki ont a jugier le [11] tiere devant ditte. Et en est
Druars de Biaumont bien airetes et a loi por faire toute se volente [12] ct sen por-
fit, en quel manicre k’il volra comme de sen propre hiretage ki eskeus li est de
monsigneur [13] Jehan de Genlaing sen oncle devant nomet. A toutes ces coses
devant dittes faire, furent [14] Jehans de LEglise de par monsigneur Evrart Radoul
chevalier, signeur de Niviele, comme sire et [15] come ballius, et Willaumes
Benne ausi; et comme eskievin de Warcoing Gosses de Le Porte, Wil-[16]-lau-
mes Courtrais, Gosses li Bane, Gossars li Cos, Andrius dc Le Raspalle, Jakcmes
de Petit [17] Preut et Biernars de Hotentriesc. Et por go ke toutes ces coses soient
fermes et cstaules et [18] bien tenues et k’elles ne soient mises en oublit par aslon-
gement de tans, s’en sunt fait cyro-[19]-grafe doi, desquels li uns en est livres
as eskievins de Warcoing cl li autres demeure a [20] Druart de Biaumont. Ce fu
fait Pan del Incarnation M CC et LXX, le jour des Innocens.
[Au dos: ] Li eskievin de Warcoing wardent Pune partie.
203
Breve lypologie cies actes medievaux - document 21
Probi.emfs df. iranscription. Pour les graphics, ou il pcut ctre dclical de sc prtv
noncer (usage de la cedille, coupure dc Flncarnation oil del Incarnation, ...), 0I1 ,
suivi les partis adoptcs par Pierre Ruelle, Charles en langue francaise unteneure\<j
1271 conservees dans la province de Hainaut, Paris: C.N.R.S.. 1984, X-2l6p
(Documents linguistiques de la Belgique romane, 1л
COviprfhi nsion Di il mi. L*acle portc sur une terre d'uiie superficie d’environ
trois bonniers ct demi. en deux pieces: Гипс an Let Buret (non idenlilie), Pautre entre
Dusempierre (licu-dit a Suinl-Maur. prov. Hainaut. arr. Tournai) et Longuesauli
(dependance d'bre. prov. Hainaut, arr. Tournai). Ces terres sont echues (eskeireni,].
2) a Druart de Beaumont de I "heritage de son onele Jean de Genlaing. Mais Druan
nc pent en prendre possession libremcnt: la terre est en elTct tenue (on ne sail pas
mieux comment) d’bvmrd Radoul, chatelain de Courtrai Korlrijk, seigneur de Novell*
(prov. Oosl-Vlaandercn, arr. Gand Gent), alteste de 1250 a 1276 (T. Warlop, The
Flemish Mobility.... t. II. n° 121 33): en outre, deux etablissements ccclcsiastiquc*
revcndiquenl ou exereent sur la terre des droits (on ne dit pas lesquels): I’abbayc
eistercienne du Saulehoir. sise a Kain (prov. Hainaut. arr. Tournai), el Tabbayc tie
chanoinesses rcguliercs de Saint-Auguslin sise aux Pres Pore(h)ins. a Tournai. Lcs
parlies prenanies. sollicitecs, donnent lent* accord par rintermediaire de Jean tic
FFglise. representant dTvrard (comme sire et comme ballius, I. 14-15) et de Willaume
Bonne, sans doute mandate par les deux abbayes (I. 15). Cel accord permet a Druart
d'obtenir Г investiture de la terre "a loi", “a droit et a loi" (~- scion le droit et la loi:
airetes. I. 11. pail, passe de aheriter. “mettre en possession, en heritage*'). Auparavant,
il a fallu. sur le terrain, bonier et arpenler les deux pieces de terre: l ien non plus
iTesl iei laisse a и hasartl. pas memo le vocabulairc: aux parlieipes passes panic, bou¬
nce et deseuree (I. 5) correspondent les substantifs bonnages... desoivres... pardons
(I. 8-9: partir = [dejpartager, bonner = bonier, dessoivre = separer. arpenler). On
comprend ainsi la construction un peu tourmentce de la premiere phrase: Dinars (I.
I, cas-sujct, par opposition a Druart, I. 20, cas-rcgime) a (I. 5. indicalif present У
pers. sing., de avoir) III bonniers et demi de tiere... (I. 1-5. eompl. objet direct) par-
tie. bounce et deseuree (I. 5, part, passes commandos par a. accordcs par attraction a
“terre** el non a “trois bonniers").
L’institution-clef de ces operations est l’echevinage territorial dc Warcoing (I. 6,
15: liameau de Pecq. prov. Hainaut. arr. Tournai). Cette juridiction de base, ici sei-
gneuriale (I. 6), est eompetente ratione loci, en particulier dans toutes les affaires
imniobilicrcs. Sur elle repose ce qu'on appelle les “oeuvres de loi’* (ou “nantissement”),
procedure de transfer! de terre. permettant au seigneur de faire reconnaitre ses droits
au nouveau detenteur. On a deja rencontre un echevinage rural (document n° 10); ce
qui est id nouveau, e'est son intervention dans la redaction et l’archivagc de l’acte.
Datation. Le jour est indique d'apres le sanctoral: les Saints-lnnocents (Innocentes
pueri, festum Innocentium) sont fetes le 28 decembrc.
Examen dfs caraciEres externf.s ft ini ernes. On notera avant tout la mauvaise
qualite du parchemin. rugueux, et le peu de soin apporte a la mise en page: absence
dc marges, lignes apparentes et non-aligncment a droite. Memc rusticite dans Pecri-
ture: le scribe n’utilise qu’un nombre extremement rcstreint d'abreviations: 17 au total,
ce qui fait moins d'une abreviation par ligne. II n’a pas non plus de systemc abreviatif
204
Breve typologie des actes medievaux - document 21
rticulicr. ecrit ou abregc le тёте mot dc quatre manieres differentcs (comme, 1. 12,
14 et 15).
Certains traits rapprochent la structure de facte de celle du document n° 18. II
commence de manicre abrupte par une courte notification (Sacent—oront, 1.1), suivic
mimcdiatement d’une narration en style objectif. L’auteur de facte ecrit ne se nomme
jamais, et Гоп comprend seulement au fil de la lecture que tout le systeme tourne
autotir des echevins de Warcoing. On peut distinguer une partie exprimcc au passe,
qui a failure d'un expose (Ice Druars—devant ditte, 1.1-8), et une autre, au present,
qui forme dispositif (Si est assavoir—devant nomet, 1. 8-13). En contrepoint, la lon-
uueur dc f eschatocole est remarquable: liste hierarchisee dc temoins (A toutes—
llotentrie.se, 1. 13-17), corroboration incluant le topos du temps qui detruit la memoire
{Btpor—aslongenwnt de tans, 1. 17-18), annonce circonstanciee du chirographe, date
de temps.
Commentaire diplomatique. L’action juridique essentielle (le "nantissement”) est
le fait des echevins. Mais la preuve reside encore dans le temoignage de tous ceux
qui ont preside a f oeuvre de loi. Toutefois, devant la multiplication des transactions
foncieres, le besoin commence a se fairc sentir, jusque dans les villages, d’un rccours
a fecrit authentique. La corroboration, qui affiche lc souci de parer a f oubli, annonce
non moins clairement Г etablissement sous forme de chirographe: kken sont faits deux
chirographes, dont fun est remis aux echevins de Warcoing et Г autre restc a Druart
de Beaumont [bencficiaire]’' (1. 18-20). Pas besoin ici de sceau: f etablissement ct
I'archivage par les echevins, juridiction stable, omnipresente, sont des garants suffi-
sants (comparer avec lc document n° 18). Au XIVе sieclc, par imitation des echevi-
nages des grandes communes, on surajoutera une procedure d’enregistrement. a des
fins utilitaires puis dc supplement d’authentification.
Les echevins conservent f une des deux expeditions (dans le cas d’une triple expe¬
dition, ils gardent la partie centrale du chirographe). Une note dorsale (avec une ana¬
lyse de facte ou seulement lc nom de la ou des parties) у est inscrite. L’expedition
ici reproduite etait destinee au beneficiaire (avant de passer, a la suite d'unc nou-
velle mutation, a la cathedrale de Toumai). Puisque toute fauthenticite du chirographe
icpose sur la possibilite d'un rapprochement entre les deux expeditions, la note dor-
sale (reproduite ci-dessous) precise qu’en cas de besoin, f autre exemplaire du chiro-
giaphe devra etre cherche dans les archives de f echevinage dc Warcoing.
Bibliogr \PHIE COMPLEMENTAIRE. Ph. Godding, Le droitprive..., p. 236-239.
I *
205
Breve typo logic ties actes nwdievaux document 22
206
Breve typologie des actes medievaux document 22
22-24. Actes prives frangais (1317)
Procurations pour une reunion a la cour du roi.
Depuis la “grande eroiserie” de 1313, on parle beaucoup, dans lc royaumc de
I*ranсe, d'une expedition en Terre Sainte. Le roi Philippe V relancc le projet lors-
quc. le X mars 1317, il convoque a sa cour des centaines de barons et de prelats.
\ombre d'enlrc eux. occupes. se font representer. L’administration royalc archive
avee soin les actes de procuration, qui. parvenusjusqu’a nous, fournissent commc une
coupe des usages, ires divers, suivis dans le royaume en matierc d'actcs prives. Trois
J entre eux son! presentes ci-dessous.
22. Actc sous sceau personnel (Picardie)
.1. Original, parchemin, 210 x 115 (repli 15 mm), scelle d’un sceau de cire verle
Mir double queue de parchemin, Paris, Arch, nal., J 444, n° 61.
A tous chiaus qui dies presentes lettres verront ct orront, je, Wellaumes. sires
de Molleinnes et chanoinnes de Noyon. salut [2] en noslre Seigneur. Come je haic |
este ajoumes par un serjant de lc baillie de Scnlis que on apelle Pierre Guenne
et du [3| commandement nostre seigneur le roy. si commc il disoit, aveuc moult
d’autres et par devant nostre seigneur le roy a Paris au mois de Pasques [4] et |
cssoignes me soit venus puis le jour que je lui ajoumes, par quoi je no puis estre
presens a ledittc journce. [5] pour quoi je establis ct ordemne pour moi mes chiers
et airuis cousins monseigneur Dcrieu de Roye et monscigncur Aubert (6] sen Irere, \
ensamble et chaucun par soi, pour consentir. graer et ratefier pour moi et en men
non aveuc les a litres [7J apeles en chele convocacion tout che qui sera fail par
aus deuz ou par Tun d'iaus et leur en doins plain povoir [X] el chaucun par lui
d’autanl la ire coniine je feroie ou pourroie (a ire se je у esloie presens, et pro-
mettant a lenir [О] ferine el greable tout che qui aura este conscnti. grae et rate-
lie par les dessus dis monseigneur Dericu et monseigneur Aubert f 10] ou par Tun
d'yaus, seur Tobligacion de tous mes biens. Ln tesmoig ;1) de che. j'ai dies pre¬
sentes lettres scelecs de men [ll| propre seel. Donne Tan de grace mil trois chens
et dis sept, le dimanche premier jour de may an point [ 12] du jour. i
a) Sic A.
Probi i-vies Dt transcription. Par convention, nre a etc rendu par “nostre". et
Welles par “Wellaumes”.
GoMpKriiiiNsioN m ir.XTi.. La langue a une coloration picarde; Particle /e est aussi
bien leminin que masculin: le baillie (I. 2) ^ la baillie (“le bailliage"). L’exprcssion
nt°i.v de Pasques (I. 3) designe Lespace d'un mois suivant la fete de Paques. ici le 3
avril (de meme pour “mois de Noel”: L.l. Slrubbe el L. Voet. De chronalogiep. 27):
^es cssoignes (I. 4) sont des empechements legaux. L'auteur de I'acte. Guillaume.
cbanoine de Novon, a du etre convoque a raison de sa seigneurie (sans doute
207
Breve typo logic des cictes medievuux document 23
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Breve typo logic des actes medievaux - document 23
Moislains. Somme, canl. Peronne), mais ses cousins cle procureurs sont mieux con-
mis: fils de Malhicu, sire dc Rove, ils soni ires prochcs de la royautc, Aubert comma
Jerc du roi au Paiiement el fulur cveque de Laon (1324-1338), son frere Dreu commc
chevalier el conseiller du roi (Pcre Anselme. Histoire genealogic/ue..., t. II. Paris,
,712, p. 1220-1221).
Daiaiion. En 1317, le Iе* mai tombe bicn un dimanche.
23. Acte sous sceau personnel (Italie), vidime au Chatelel de Paris
/I. Original, parchemin, 250 x 175 mm (repli 15 mm), scelle d'un sceau de circ
\erie fragmenlaire sur double queue de parchemin, Paris, Arch. nal.. J 444, n° 613.
Л ion/ ecus qui ccs lettres verronl, Henri de Taperel. garde de la prevoste de
Paris, salul. Sachem luit que nous. [2] Pan de grace mil CCC dis ct sept, le mer-
credi apres leste sainte Crois en may. vcismes el diligement re-[3 |-gardames les
leilres ci dessou/ transcriples, conlenans la forme qui s'ensient:
“Universis presenies litleras inspec-[4J-luris, Neapoleo. miseralione di\ina
Sancli Adriani diaconus eardinalis. salutem in Domino. Noveril universilas ves- |
tra quod nos tenure [5] presentium laeimus. constituinuis el ordinamus pruden-
les viros Michaelem Bellii el Johannem de Reccaconirata a> [6]. familiares nos- 1
tros, licet absenles. et quemlibet eorum insolidum, ila quod non sil melior conditio
occupantis, nostros |7] veros el legilimos procuralores, adores, faclores el nun- 1
lies speciales ad comparandum coram serenissimo [8| prineipe domino nosiro,
domino Philippo, Dei gratia Francie et Navarre regc illustri. nostro nomine el pro
nobis: el nos eliam [9] excusandum ipsi domino regi super eo quod nos, sanctis- 1
simi pairis. domini noslri summi pontificis, obedientie aslridi et apostolice 1101 ,
sedis negotiis occupati. coram eodem domino rege juxta generalis citation is sen
evocalionis edictum que de baroni-[l l]-bus regni Francie et terras lenenlibus in j
codem dicilur esse lacta. ratione terre et reddituum quos in leudum el assi-J 12]-
siam lenemus ab ipso domino rege personaliler non possunuis comparcre: el ad
laciendum. promittendum et eonsenli-[l3]-endum el parendum in omnibus el sin¬
gulis ad que ratione terre et reddituum prediclorum dielo domino regi lenemur de
con-1 l4]-suetudine vel dc jure: promillenlcs nos ratum et lirmum habere et tencre
quicquid per dictos procuratorcs nostros [ 15] vel eorum alterum factum sen pro-
curatum fuerit in premissis, sub ypotheca el obligalione bonorum nostrorum. In |
pre-| 16]-missorum auleni testimonium, presentes litleras Fieri feci nuts et nostri
^igilli appensione muniri. Datum Avi-[17|-nione. XVIIF* die mensis aprilis. pon- 1
liltcatus domini Johannis pape XXII anno primo.”
Et nous en ce pre-[18]-scnt transcript avons mis le seel de la prevoste dc Paris.
Fct et donne Fan ct le mercredi dcssus diz.
[Signe: ] M. Donciieri.
[Sur le repli. a droite: ] Collation fete par H. de Roquemont.
a) Sic A pour Roccaconlrata.
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Breve typologie cles actes meclievaux - document 24
210
Breve typologie des actes medievaux - document 24
Comprehension du texte. La procuration a ici pour auteur un cardinal residant
auprcs du pape en Avignon: il s’agit d’un representant de la famille Orsini, Napoleone,
crcc cardinal-diacre de Sant’Adriano en mai 1288 (t 1342).
Datation. L’acte copie est du 18 avril 1317 (ce qui correspond bien a la premiere
annee du pontificat de Jean XXII, consacre le 5 septembre 1316); la copie est du mer-
credi qui suit la Sainte-Croix de mai, fetee le 3 mai (fete de Llnvention de la Croix
par sainte Helene, mere de Constantin): en 1317, la fete tombe un mardi, le mer-
crcdi suivant est done le 4 mai 1317.
24. Acte notarie (Quercy)
A. Original, parchemin, 245 x 180 mm, Paris, Arch, nat., J 444, n° 521.
In nomine Domini, amen. Noverint universi et singuli quod anno ejusdem mil- I
lesimo CCC° decimo septimo, octava die ab exitu mensis aprilis, [2] apud
Caturcum, regnantc domino Philippo, Dei gratia Francorum regc, in presentia
mci, notarii infrascripti, et testium subscriptorum ad hec specialiter vocatorum et
logatorum, [3] personaliter constitutus, nobilis vir Bertrandus de Gordonio, domi-
ccllus, dominus pro parte sua castri de Gordonio, fecit, constituit et ordinavit
[4] procurators suos certos et speciales, videlicet dominum Arnaldum Fabri, rec-
torem ecclesie de Godorio, et Durandum Maurandi, clericum, et eorum [5] quem-
libet insolidum, ita quod non sit mclior conditio occupantis, ad excusandum eun-
dem nobilem et comparendum pro eodem coram regia ma-[6]-gestate sen curia
sua seu aliis personis quibuscumque a dicta magestate regia deputatis et ad
audiendum voluntatem dicte regie [7] magestatis et ad omnia alia universa et sin¬
gula facienda, que ipsemet faceret seu facere posset si in premissis personaliter
presens [8] esset; et comparendi pro eo et excusandi et voluntatem dicte mages-
latis regie audiendi et omnia alia universa et singula faciendi, [9] que boni viri ac
legitimi procuratores faccre possunt et debent cl que ipsemet faccrcl seu faccrc
posset si in premissis personaliter [10] presens esset. dedit et concessit dictus
nobilis dictis procuratoribus suis et eorum cuilibet insolidum plcnam et liberam
potestatem [11] et mandatum speciale; ratum, gratum et firmum habens et per-
petuo habiturus quicquid per dictos procuratores suos vel eorum alterum actum,
[12] gestum, excusatum, deffensum fuerit seu alias quomodolibet procuratum;
promittens mihi notario infrascripto stipulanti pro omnibus illis quorum interest 1
[13] vel interessc potest, sub ipotheca et obligatione sui ipsius et omnium bono-
rum suorum. rem ratam haberi et judicatum solvi cum suis [14] clausulis uni-
versis; relevans dictus nobilis dictos procuratores suos et eorum quemlibet ab
omni honere salisdandi. Acta fuerunt [15] hec anno, die et loco quibus supra, |
testibus presentibus nobili viro domino Guillarmono Johannis. Bernardo de Podio
Doa [16] domicello, Arnaldo de Meychones et Ramundo de Bos, et me Stephano
de Podio, notario publico domini nostri regis, qui requisitus [17] per dictum nobi¬
lem costituentem a) hanc cartam inquisivi et recepi, concessi, scripsi signoque
meo sequenti solito consignavi (seing manuel). \
a) Sir l.
4 I
Breve typologie des actes medievaux - documents 22-24
CoMPRilHnNSioN DI TF.\Il. L’acle cst passe a Cahors [Caturcum. I. 2), ce qui oriente
I'interpretation de Gordonium (I. 3) et de (iodorium (I. 4): respectivemenl Gourdon
(Lot. ch.-l. arr.) cl Goudou (Lot. cant, cl comm. Lahastide-Mural: Г identification ^
aidee par un pouille, debut XIVе sieele. du diocese de Cahors. cd. Jacques de Font-
Reaulx. Bundles de la province de Bourses, l. II. Paris. I%l). Mais Podia Dim (I. |5|
et Podio (I. 16) n’ont pu etre identifies avee certitude parmi les nombreux “Peclf du
la zone. On notera les termes domicellus (damoiseau. non arme chevalier) et dominm
pro parte sun (I. 3. ce qui indique un parlage entre '*par<;onniers,\ co-seigneurs par
heritage ou achat). Comparemli... excusandi... audiendi... faciendi (I. 8) doivent etre
compris comme des genitifs singuliers commandos par potestatem et mandutum
(I. 10-11).
Datation. Dans la plus pure tradition du notariat italien, l’acte utilise le comput
bolonais (30 jours en avril + 1 - 8 = 23 avril).
Documents 22-24: examen et commentaire
Les irois actes. deposes par les procureurs lorsqu'ils arrixenl a la cour royalc, sont
clablis en forme authentique, sur parchemin et munis des validations requises. Precis
et concis. par essence utilitaires, ils obeissenl a des syslemes divers, mais lous ega*
lenient rbdes. Ce sont. a la veritc. quatre documents qui peuvent etre etudies. puisque
la procuration du cardinal est cnchassee dans un vidimus delivre par le garde de la
prevole de Paris (n° 23: intitule au nom du garde, il est etabli concrelemenl par un
nolaire du Chatelel, qui signe de son paraphe. un autre signalant sur le repli qu’il a
procede a la collation de la copie a son original).
Langue.— Que les homines du Nord, en Picardie et a Paris, utilisent le frangais
quand les homines du Sud emploicnt le latin, n’induit aucun ecart dans la maitrise
de la langue juridique (nolcr cependant, che/ le nolaire, la transcription phonctiquc
magestas). La finable des actes esl la memo, le fond juridique aussi: la nomination
des procureurs est assortie de Lidenlifieation precise, anthroponymique el socialc, des
personnes et. encore plus prccisement, de la definition de leur mission; en contrepoint.
Lauleur de la procuration s‘engage. dans les mcmes limilcs. a rati Tier ce qu’auront
fait les procureurs; cet engagement se fait sous forme d'une promesse (prometlunL
n° 22. 1. 9; promittentes. n° 23. I. 14: promittens. n° 24,1. 12), garanlie par une clause
d'obliuaiion (ohhgacion. iC 22. I. 10; v ipodieca et оЬИцапопе. n° 23. 1. 15 et n° 24,
I. 13).
Structure du discours.— Du strict point de \ ue diplomatique, on pent opposer la
structure des procurations du ehanoine et du cardinal (ir 22-23) a celle du seigneur
de Gourdon (n° 24). Dans les deux premiers eas, la procuration consiste en une let-
tre scellee d’un sceau personnel: coule dans le moule epistolaire, Lacte s’ouvre par
une adresse universelle. suivie de la suscription el d'un saint. Le dispositif vient aus-
sitol, precede a Noyon d'un expose {Come —journee, n° 22, I. 2-4), suivi a Avignon
d'une excuse qui en tient lieu (excusandum —non possumus comparere, n° 23. 1. 9"
12). Dans les deux cas, la corroboration probatoire, annom,:ant un sceau personnel,
fait basculer la leltre dans le domaine de Lacte authentique (n3 22. I. 10-11; n° 23,
I. 15-16). Les dates sont precises: la convocation royale portant sur la periode du 3
avril au 3 mai. le ehanoine. empeche au dernier moment, fait sa procuration /'// extre¬
212
Breve typologie des actes medievaux - documents 22-24
mis lc lel avril: d’oii sans doute la precision de Theure (au point du jour, n° 22,1. 11-
p) quo Гоп retrouve dans de nombreux actes commerciaux, ou elle a aussi son impor-
unce.
l oul ;iutrc la structure du troisieme acte, typique de la production nolarialc. Valide
p;lr lc scul scinu maiuiel du notaire (on у s oil la Пейr de lys, reprise par de nombreux
notaires royatix). facie est dressc eomme un constat, ou le notaire se designe a la pre¬
miere personne. met en place un decor spatial et temporal (if 24. I. 1-2) rappcle en
fin tl’acie (I. 14-15). et narre Taction juridique sur le mode du proces-verbaL
htnmiles juridiqites. Cost tine autre ligne de partage qui oppose les trois pro¬
curations du point de s ue des Tommies monies qui servant a definir Taction juridi¬
que el les pou\oirs des proeureurs: elle passe enlre 1’actc du chanoine (if 22) el les
Jcu\ actes meridionaux (if 23-24). On trouve bien quelques traits eommuns a Noyon
d a t ailors (nnn/ne je Jeroie ou pourmie fairc se je v estoie presens, if 22. I. N: qne
ipseniel fueeret sen facere posset si in premissis personaliter presens esset, n 1 24.
1. 7-X) et partoul la memo definition du consentement (ferine et greahte, if 22, I. ():
пиши et finnunr if 23. I. 14: ration, gratiun et fmmnn. if 24, I. II). Mais Г acte du
cluinoine de Noyon ignore le mot technique de “ртешеи!": son auteur “etablit et
onlunne" deux personnes (nn 22, I. 5), la oil le seigneur de Gourdon “fait, constitue
d ortlonne” des “proeureurs certains ct speciaux" (if 24, I. 3-4: ce sont, au sens du
droit romain. des proeurutores unius rei. dont la competence est limitee a tine affaire):
hi oil le cardinal romain “fait, constitue et ordonne'" de “vrais el legitimes proeureurs...
spcciaux'’. donnant une liste d'cquivalcnts qui sent TEcole (proeurutores, actores,
faciores et nuntios, n° 23, 1. 5 et 7). Outre la clause d’obligation, deja rappelee, les
deux actes meridionaux ont en commun d’autres formules: et quemlibet eorum inso-
lidum (n° 23. 1. 6: cf. n° 24, 1. 4-5: e’est-a-dire qif un procureur seul pourra assurer
la totalile de la mission; contre ensemble et cbaucun par soi, n° 22,1. 6); ita quod non
sit melior conditio occupantis (n° 23,1. 6; n° 24,1. 5: adage tire du Digeste, indiquant
a Torigine que celui qui occupe un bien est en position privilegiee pour le defendre
ou le revendiquer, et qui s'applique ici a celui des deux proeureurs qui occuperait
effectivcment la fonction); ad comparandutn... excusandum (n° 23,1. 7-9; n° 24,1. 5).
Les deux procurations meridionales puisent a la meme source, celle du droit romain.
cclle aussi des formulaires notariaux italiens. II suffit, pour s’en convaincre, de met-
tre en regard la formule de procuration donnee par Rolandino Passagieri dans sa
Sunvna artis notariae (achcvee en 1255-1256; ed. Turin, 1607, p. 334): Antonins fecit,
consdtuit et ordinavit Corradum, ibidem presentem..., et Antonium, licet absentem,
et quemlibet eorum insolidum, ita tamen quod non sit melior conditio occupantis, suos
pt'oeuratores, actores et nuntios speciales...
( redihjfiie.— On pent degager une troisieme ligne de partage, a propos de la recep-
Чоп des procurations par la cour royale. La lettre du chanoine et la procuration nota-
nee tin seigneur (if 22 el 24) participant de deux syslcmes fondamentalement diffc-
rcnts. nuns tons deux pleinemenl aiithcntiques pour le mi: la validation se fail la par
L1 seeau "ant hcnl iqtte" iTun seigneur son vassal, ici par un notaire royal. II if en va
Pas de meme de la lettre du cardinal romain. Pour renforcer son authenlieite, ou decide
done d'en donner un vidimus, qui fait recourir a un troisieme systeme: le sceau d’une
juridiction gracieuse royale, ici le Chatelet de Paris.
Breve typologie des actes medievcnix - document 25
214
Breve npologie cles cictes meclievaux - document 25
s. Brevet du Chatelet de Paris (1399)
Abandon par lcs Grandmontains de Vincennes d’arrcragcs dus par le roi.
.1. Original, parchemin, 395'390 x 145/135 mm (queue 10 mm), jadis scelle sur
simple queue (attache parisienne), Paris, Arch. nat.. J 151, n° 97.
Religieuse personne et honneste, Iren; Jehan de Chaucins, prieur des Bons
Homines du hois de Vincennes ou diocese de Paris, de Pordre de Grant Mont, i
con fosse [2] coinmc le roy Charles derrain trespasse, dont Dieux ait Tame, eust
a son vivanl fait prendre certaine quantile de bois, contenant trois arpens et demi i
et liuit perches ou [3] environ, quo les religieux dudit lieu des Bons Hommes a (
cause do la fondacion de leur eglise tenoient dedans et ou pourpris des fossez de
ladictc eglise. tenant [4] d'une part et d'aulre au bois du roy notre seigneur audit |
lieu de Vincennes, aboutissant de loutes pars aux murs d'icclle eglise: et laquelle
quantile de bois le [5| roy noiredit sire acheta d'iceulx religieux des Pan mil CCC |
soixantc el unze pour le pris de deux cons et einquanle livres tournois. parmi ce
toulcsvoies [6] que les arrerages de six muys et demi de blc de rente, que lesdiz ,
religieux a cause de leur fondacion avoient el ont acouslumc de prendre on et sur
la granche 17] et grenier du roy nostro seigneur a Gonnesse. montans a seize muys |
de blc ou environ, lesquelz arrerages estoient deubz a ladicte eglise au temps et
\ivanl du roy |N] Charles, dont Dieux ail Paine, que iceulx religieux seroient tenuz i
quitter enlierement. Lequel frere Jehan prieur dessus nomine, par le gre et con-
sentement. accort et voulcnle [9| des religieux de ladicte eglise, con fosse avoir *
tout cc que dit est transporte, quitte et delesse des maintenant pour le temps des¬
sus dit et des lors comme pour mainlcnanl f 101 a tous jours perpetuellemenl au
toy nostre seigneur, pour lui et ses successeurs. parmi et moiennant ladicte somme .
dessus dicte qu’il en confessc avoir eu du roy nostredil seigneur, et s'en tienl [ I IJ
pour content el pour bien paie el ou nom л) d’iceux religieux et de ladicte eglise; |
el jura icellui frere, sur le veu de sa religion et par ses ordres. avoir formes | I2J
et agreables les choses dessus dictes e! non venir conlre etc.: soubz Pobligacion i
des hiens et temporel dudit priorc etc.; renongant etc. Fait le vendredi XXIе jour
de mars. [ I3J Pan mil CCC IIIIXX el XVIII. i
[Signe: ] P. Paris.— J. Bkgunot. i
a) nom a joule de la тете main en interiigne, A.
215
Breve typologie des actes medievaux - document 25
Probi.cml-s иг i ra\s( ripi ion. Par comention et comparison avec des actes con-
lemporains (documents n° 7-9), les abreviation dee et me out ete developpees “dicte*
et “nostre". Mais e'est la gramniaire qui a commando la resolution de P abreviation
.v.: ’'sire" au eas-sujet et “seigneur" au cas-rcgime (evolutions phonetiques respecti-
ves du lalin senior *seior et seniorem).
Com PR I- iifnsion ni: i fxtl. L'action juridique intercsse un prieure installc a
Vincennes, pres du eelebre chateau royal (les “Bonshommes". ou “Grandmontains".
sont un ordre eremilique, developpe depths Cirandmont. ctablissemcnt fonde en 1074
en Limousin) et le roi de France (Charles detrain trespasser I. 2: le feu Charles V.
dernier du nom avanl Charles VI, alors regnant). Le prieur. avec le nccessairc accord
des freres (I. 8-9). rcconnail une transaction qui remontc a 1371: le feu roi avail acheie
aux religieux un bois bordanl le bois royal de Vincennes et attenant & Icur eglisc
(tenant... ahoutissant.... I. 3-4. sont les expressions usuelles de designation descon-
fronts de la terre); la supcrficic cst de 3 arpents et demi. 8 perches “ou environ” (les
arpentcurs de la fin du Moyen Age lolerent, dans cet “environ”, une variation du l/lftc
de Г unite de mesure employee). II doit s'agir ici des “arpenl" el “perehe" dits “des
eaux et forcts". ou encore “de roi": Farpenl. de 100 perches, cquivaul a Pcpoquc
moderne a 51.072 arcs: le bois ici vendu occupcrait done environ 1.83 ha. On indi-
que aussi le prix de la vente. 250 I. t., et une modalite de la vente (parmi ce loutes-
voies que. I. 5-6 = “a cette condition ccpcndant que"): les freres pei\oivent en efifet
une rente, aumonc royale qui. lors de la fondalion du prieure. a etc assignee sur les
grange et grenier royaux de Gonesse (Val d’Oise. ch.-l. cant.): cliaque annee, ils re<;oi-
vent environ 16 muids de ble (pour les grains. sauITavoinc. le muid parisicn cqui*
vaut a 18.732 hectolitres); mais le versement a ete assez irrcgulier, puisque des arre-
rages leurs sont dus du temps de Charles V (mort en 1380). C'est a ces demiers quails
renoncent. Le present acle permel done а Г administration royale de regulariser unc
situation cmbrouillee: les religieux reconnaisscnt que le prix, sans doute avantageux.
de la vente du bois emporte aussi abandon de toute reclamation sur ce qui leur ctait
du. a la grange de Gonesse, d'une rente dont ils ne doix ent plus mainlenant perccvoir
que les annuites couranles.
Data I ion. Ln 1398 (n. st.). Paques lombe le 7 axril el le 21 mars cst un jeudi
Nous sommes en 1399 (n. st.). ou le 21 mars lombe bien un vendredi. Dans Fabsolu,
cela veut seulement dire qu'au 21 mars, le millesimc n'esl pas encore change, cc qui
laisserait le elioix (pour le Moyen Age classique occidental), entre le style dc
PAnnoncation llorentine (25 mars) ou le style de Paques (puisqu'en 1399 n. st., Paques
tombe le 30 mars): c'est le second style qiPil faut choisir. puisque Pactc, on va le voir,
cst produit au Chatelct de Paris qui. avec toute Padministration royale. suit le style
de Paques.
Lxami.n oi-s carau i ri.s lxttrm s f.t in I'KRNfcs. Le document est bien un original
authentique, paraphe par les responsables de son elablissement et muni d'tin sceau
(on renforce la simple queue en la laisant repasser dans une fente: c’est Pattache
dite “parisienne"). Tout pourtanl, dans les caracteres externes et internes, traduit une
rapidite extreme. Les dimensions modestes et le format tres allonge disent Pabsence
de solennite. Une reglure a la mine de plomb cst certes la pour guider les lignes dans
une justification assez rigoureuse. Mais Pecriture est cursive et peu soignee; et sur-
216
Breve n-pologie cles actes medievaux - document 25
tout les abreviations s’etendent a des formulcs entieres (etc. a deux reprises, 1. 11):
mic solution qui peut scmbler contradictoire avcc la qualite d’original mis en forme.
La meme rapidite caracterise le fond. La base juridique est celle de tous les actes
Je juridiction gracieuse: un particulier se presente devant unc cour de justice, recon-
nait uiie action juridique ct se condamne ainsi а Г observer (confesse est repete trois
t'ois. 1. 1, 9 et 10), avec lc meme apparat de promesses (un serment simplement ver¬
bal, ct non “reel” ou “corporel” commc pour les laiques), d'obligations et de renon-
ciations (1. 11-12). Pourtant, ici, le responsable de la cour ne se met plus cn scene, ni
comme auteur de Pacte ecrit, ni comme auditeur de la confessio, ni comme scelleur
til n'y a pas de corroboration). L’acte est unc sorte d’epure, strictement limitee a la
narration objective de Paction juridique.
COiViMENTAiRE diplomatique. L’acte resulte d’une innovation diplomatique mise
ju point au Chatelet de Paris, dont le premier exemple actuellement connu sous sa
fomic definitive remonte a 1339, et qui, par imitation s’est repandu dans de multiples
juridictions gtacieuses royales et princieres. A Porigine, la lettre dc Chatelet (docu¬
ment n° 23) est grossoycc par un notaire du roi au Chatelet, mise (fictivement) sous
le nom du prevot (ou garde de la prevote) de Paris et scellee du sceau du Chatelet.
( cite solution etant lourde et couteuse, on imagina de la reserver aux cas ou une expe¬
dition en forme etait necessaire (par exemple dans le cours d’un proces) ct, pour le
resle, de se contenlcr d’un acte allege, qui evitait le recours au bureau du sceau du
C hatelet, et qu’on appela “brevet”. Imite des actes mineurs de procedure, le brevet
ifest plus redige au nom du prevot, ni scelle du sceau du Chatelet, mais seulement
4’cllc du contre-sceau du Chatelet et paraphe par le notaire puis (des 1352-1375) par
les deux notaires qui ont entendu la confessio (dans la pratique, le second notaire se
омнете \ile cPapportcr sa caution a un collogue qui a fait lout le travail). Au plan
lundique. le brevet a une simple valeur interne, puisqu'il sert lout juste a demander
plus lard, en eas de besoin. Pcxpcdition d'linc lettre de Chatelet en bonne et due forme,
tnuies formules de\eloppees. Mais celte garantie apparait sulTisamment forte a dc
lUMubreux benefieiaires (ici. Padministration royale). Au plan diplomatique, le bre-
^'l. par des \oies detoumees. tend a se rapprocher de la minute nolariale du Slid (ci-
‘Icssous. document n 30). surtout quand. a compter de 1405. il commence a etre de-
pourMi de lout sceau. Mais il resle une difference de taille. heritee de ses origiues:
toujoiirs etabli sur une feuille volante de parchemin. il n'est pas conserve par le notaire.
,nnis remis aux parties. II fanl altendre la I'm du XVL‘ sicclc pour voir s'amorcer a Paris
l‘t conservation de minutes a proprement parler: on imagine les nombreux dislonc-
•tunnomenis qui ont pu surgir des Pepoque (comment obtenir une lettre de Chatelet
л parlir (Pun brevet dont le sceau est perdu, les notaires disparus?) el. plus grav e, les
Partes ainsi subies dans la conservation du materiau, dissemine dans les archives des
dcsiinata ires.
Bibliographil compi f.mlm airf. R.-H. Bautier, “Les origiues du brevet notarial a
^ll'is: le brevet scelle du contre-sceau du Chatelet au XIVе sicclc”, dans Bibliotheque
ll(-J I Ecole des chctrtes, 139, 1981, p. 55-75 (reimpr. dans Chartes, sceaux et chan-
wlleries..., t. I, p. 437-457).
217
Breve typologie cles actes medievaux - document 26
2IX
Breve typologie des actes medievciux - document 26
4> Acte scelle de notaires apostoliques (1515)
Attestation dii deroulement du sacre de Frangois Ier.
I Original, parchemin, 330/345 x 315/300 mm (repli 50 mm), jadis scelle de deux
sceaiix sur double queue (dont subsiste a gauche F attache et un fragment de cire
nume), Paris, Bibl. nat., Clairambault 718, p. 109.
A tons ceulx qui ces presentes Icttres verront, saint. Nous Jchan Godart. chantre
d channoine de Fcglise [2| de Raims, et Jehan Cunelly, aussi chanoine de ladite
cglise ct secretaire de monseigneur Farcevesque dud. Raims, notaires du [3] Saint
Siege appostolicque cy dessoubz signez, savoir faisons et attestons que le jcudi
\ingt cinquicsme jour du mois de janvier, jour et [4] fesle de la conversion d a)
sainct Pol, Fan mil cinq eens et quatorze, lc tres chrestien roy de France Frangoys
premier de ce nom, auparavant [5] due de Valloys et de Bretaigne el conte
d'Angolesmc, lut sacre et eouronne en Feglise metropolitaine dudit Raims avec
les cerymonies [6J et solempnitez en tclz cas requises, au plus pres du contenu
es livres el ordinaires d'icelle eglise. Auquel sacre assisterent [7] et furent pre¬
sens pour les douze pers de France ceulx qui s'ensuivent, c‘cst assavoir pour les
six d'eglisc: monseigneur Robert [X] de Lenoncourt, archcvcsque et due de Raims,
premier per de France, faisant le service d’icellui jour au grant autel: Fevesque
[9] ct due de Laon; Fevesque et due de Langres; Fevesque et conte de Beauvoys:
Fcveque et conte de Chaallons; Fevesque [10] el conte de Noyon: et pour les
six ilucz el contes laiez: monseigneur Charles de Valloys, due d‘Alengon, seconde
[II] personne de France, au lieu du due de Bourgongne: monseigneur Anthoinc 4
due de Lorraine, pour le due de Normendie: [ 121 Frangoys, monseigneur de
Bourbon, pour le due de Guicnne: monseigneur Charles, conte de Vendosme.
pour le conte de Flandres; [13] monseigneur son frcrc, conte de Sainet Pol. pour
lc conte de Champagne: Loys. monseigneur de Vendosme. prince de La Roche
sur Ion, [14] pour le conte de Thoulose; et monseigneur Charles, due de Bourbon,
taisant office de connestable. Lesquelz seigneurs et [15] pers de France ont assiste
audit sacre et faict leur office et servy audit roy tres chrestien chacun en son en-
droit. ainsi que [16] Favons peu veoir et aparcevoir en noz presences et d'autres
plusieurs grans seigneurs, contes et barons, archevesques, evesques et [ 17] autres
prelalz illecques presens, voyans et entendans lc mistere ct ordre qui a estc tenu
ct observe aud. sacre. Lcsquelles choses [18] nous, notaires appostolicques cy-
dcssus nommez, certiffions et attestons avoir veu et oy en la maniere que dit est
d icclles [19] estre vrayes. En tesmoing desquellcs avons scelle c) et signe ces
presentes de noz seingz manuelz cy dessoubz mis, le vingl septiesme [20] jour
de janvier, Fan mil cinq ceils et quatorze.
[Signe: ] J. Godart.— J. Cunelli.
a) Sic A pour de.— b) Anthoine ecrit apres coup de la тёте main, d’une encre un
Peuplus claire et sur un espace un peu trop large. A.— c) scelle ecrit de la тёте main,
d un trait un peu plus jin, sur un grattage, A.
219
Breve typologie des actes medievaux - document 26
CoMPRrur.NsioN nr Г1ХИ-. Dresse cn forme authenlique. Facte csl line atlcstaii,^
sur le deroulemcnt dc la ccremonie du sacre du nouveau mi, Francois Icr. L’insisianc-
esl mise sur la regularity liturgiquc de la ccremonie (I. 5-6. I. 17), le role traditionr.c
de la metropole remoise (I. 5). el surtout la qualite exacte des intervenants direct.
(I. 7-14) qui tranehenl sur le rcste de ^assistance (I. 16-17): les roles, codifiesdepum
le XIIIе siecle. se repartissent enlre les dou/e pairs de France (six ccclesiastiquesc;
six laiques) el le connetable royal. Archcveque de Reims a part, les pairs ecclcsiasi:-
ques ne sont designes que du nom de leur У veche. II en va aulrement des laiquc-
d'autanl que Ics modifications inlervenues depuis le XIIIе siecle dans la geography
fcodale du royaumc obligent depuis longtemps les rois a fa ire jouer par d'autres CimniF
le role de princes territoriaux qui if existent plus que lorsqifils sont, avant la cere
monie, appeles par le chancelier du roi: en 1515, Ic comte de Flandre est, dessn
pairies laiques, le seul a exisler encore cffectivement: il est alors aux mains de Charts
de llabsbourg, le futur Charles Quint, qui ne rejoint le roi qifau rctour dc Reims. L
seule difficulty du document consiste done a identifier exactcment les doubluresdev
pairs (Femploi du mot monseigneur comme qualificatif honorifique, tantot avant.
tantot apres le nom, complique la ponctuation). Cette tache est facilitee par de nom-
breux instruments, dont le tome 1 de ГHistoire genealogique... du Pere Anselme (Paris.
1712). Les Grands sont ici exacrement cites dans l’ordre protocolaire d’appel park
chancelier de France au debut de la ccremonie (Theodore et Denis Godefroy, Lecere-
nwniulJi an^ois, 2e ed.. Paris, 1646. |. I. p. 251): C harles IV, comtc du Perclic et due
d'Alenv'on, epoux de la soeur du nouveau roi. Marguerite de Valois, nonime par
Francois lcr premier prince du sang (t 1525); Antoine, due de Lorraine, epoux dc
Renee de Bourbon ( + 1544): Francois de Bourbon, due de Chalellerault (e’est parcc
dernier litre que Fappelle le chancelier). Ire re du connetable (t 1515): Charles dc
Bourbon, comtc puis due de Vendome. grand-pere du futur Henri IV (t 1537); Fran<;oi>
dc Bourbon, comic de Saint-Ро! (t 1545); Louis de Bourbon, prince de La Rochc-sur*
Yon (t 1520 ea.). Charles, due de Bourbon ( + 1537). est connetable depuis 1514.
Datation. On pouvait s'atlendrc a voir ici observer le style de Paques, qifcn troi"
siecles la royaute fran<;uixc a diffuse. La necessity de la conversion du millesime I5N
(a. st.) en 1515 (n. st.) est confirmee par la coincidence entre le jour de la semainc
(jeudi) el le quantieme. exprime a la Ibis scion le svsteme moderne et d‘apres le sane*
loral (Conversion de saint Paul, (etee le 25 janvier).
Examcn des caracteres externes et internes. A l’importance de la ceremonie
repond la solennite de Facte, soulignee par la regularity de Fecrilure. son rafllnenient
aussi (noter en particulier Fheureux rendu des hastes, inelinees a 45°), le large reph-
les paraphes gmssis et ornementys. Deux observations mineures peuvent etre faiR>
pourtant: 1" le mot Ant hoi ne a etc complete plus tard (note b): 2‘ un repentir se lie
la fin du lexte (note c): on peut supposer que les notnires if out sans doutc d'aborJ
annonce quo leur seing manuel (uvons /eeritJ et signe ces presentes). puis, ayant
appose leurs sceaux. se sont rav ises el out fail figurer Fannonce de sceau sur un grat*
tage (uvons scelle et signe res presentes). I.a correction est visible a Foeil iiu 01
approuvee par un petit paraphe en lln de lexte (apres (/tuttorze): condition indispen¬
sable a la validity de l’actc.
Les caracteres internes ne sont pas moins intcressants. Lc fond juridique est uttf
attestation (1. 3, 18-19). Mais ce certificat notarie, normalement coulc dans le moul^
220
Breve typologie cles actes medievaux - document 26
juconstat, du proccs-verbal (avec date initiate) est pourvu de fonnules issues de Facte
roval et, plus largement, de Facte sous le sceau: une adresse universellc accompagnee
j'iin saint et precedant la suscription (1. 1), une corroboration probatoire (1. 19).
( ommi м \iki i>iim OMAiini e. Deux jours apres le sacre du mi. les deux ehanoines
V J’eulisc mclropolilaine de Reims, qui soni aussi notaircs aposloliqucs (inveslis attc-
,unite upostolicih c'csl-n-dire par le pape ou un dclegue) dressenl le cerliIleal, l.e
p!ib miercssanl. du point de vue diplomatique, est le temoignuge d’lin syncrelisme
putfomlentre deux systemes. septentrional de v alidation par des seeaux “authentiques".
meridional do validation notariale (mais le seing manuel tradilionnel est ici rem place
pjr demajestueux paraphes). Rien ne saurait mieux dire cetle svmbiose. un rien hesi¬
tate. quo la correction de la Ibrmule de corroboration.
Seulc une enquete archivistique permettrait de comprendre la finalite cxacte de
Facte. Son lieu actuel de conservation n'est d’aucune aide, puisqu'il se trouve.
detournc de son fonds d’origine, dans les papiers de Clairnmbaull. genealogiste des
ordresdu roi (1651-1740), au milieu de notes sur les pairs de I rance. Une copie. f’aite
par Ic meme erudit (Arch, nat., KK 595, p. 545). est dressee “sur Foriginal en par-
cheinin communique par M. de Fourny le 10 fevrier 1688”. On sail done settlement
que, des le XVIIе siecle, Facte a circulc entre des mains privees. suscitant Finteret
d erudits historiens de la monarchic frangaise: d'abord Monore C'aille du Fourny (qui
a continue Foeuvre, deja signalee, du Pere Anselme, ce qui explique les nombreuses
references indircctes au document dans celle-ci), puis Clairambault, dont les papiers
ont cte acquis par la Bibliotheque du roi, ancetre de la Bibliotheque nationale. Seuls
le rccours a dcs ehanoines de la cathedrale et Finsistance mise sur le role de Farcheve-
que et celui de la metropole commc sanctuaire du sacre et de sa lilurgic, laissent
Mipposcr que le veritable beneficiaire du certificat etait Farcheveque, aux archives
duquel il dut etre destine avant d'en etre detourne. Pour s'en assurer, il conviendrait
ilc poursuivre Fcnquete dans d’cventucls inventaires anciens des archives de
I'archeveche.
221
UBAPITRE 5
GENESE DES ACTES
f>
L’histoire de la diplomatique nous Га montre, voila plus d’un siecle que les diplo-
itttistes, grace a Sickel, ont vu a quel point il etait essentiel, pour comprendre les
£tes et bien les utiliser, de savoir de quelle fagon ils avaient ete elabores, selon quel¬
ls procedures, par quel personnel. Ce processus d’elaboration, depuis le moment ou
fftablissement d’un acte est envisage jusqu’a celui de sa promulgation, on ГарреИе
b gen^se des actes.
П n’y a pas une “genese-type”, valable pour Г ensemble des actes. Selon les perio-
dcs, les regions, les auteurs, les traditions et les matieres traitees, des differences nota¬
bles apparaissent. Reste que quelques aspects concement tous les actes ou presque:
bdemande, la preparation du texte, la mise au net, le controle et la correction des
butes, la validation et la promulgation, et, beaucoup moins generalise, l’enregistre-
ment.
Mais d’emblee, il faut rappeler que Г essentiel, au-dela des institutions ou des tra¬
ditions, ce sont les hommes: ceux qui demandent des actes, ceux qui ordonnent leur
ftablissement, ceux qui controlent leur elaboration et ceux qui les font.
A. LE CADRE: LES CHANCELLERIES
On songe d’abord aux chancelleries. Mais qu’est-ce qu’une chancellerie? La
question merite d’etre posee, et suscite actuellement un certain debat chez les diplo-
matistes. Faut-il imaginer, lorsqu’on parle d’une chancellerie, celle de Hugues Capet
par exemple, ou celle d’un comte de Flandre au XIIе siecle, une institution dotee de
locaux et de personnel propres et chargee, seule, de l’elaboration des actes? Bien sur
bunion, Prcnons un exemple: le roi des francs Raoul (Ч23-Ч30). De ses П amices
R' lOiznc. nous iTavons conserve quo 46 actes. suit moins d’un tous les trois mois.
M‘iis sopi nolaircs nous out laisse leur nom. Memo en laisanl la part des documents
^erdus. on ne pent guere imaginer une institution solidemenl inslallee. Toni au plus
dans I'cntourage royal quelques personnel doul tin responsable. chargees d'ela-
>orer, quand cela est nccessaire. des instruments. Changeons de decor, et saulons d’un
h|)|Hl sous le regne de Philippe V (1316-1322). Tn 1343 sa elianeellerie compte 6N
u>taircs on memo temps, el les actes rovaux se comptent par milliers eliaque annee.
'u< •! У a tine institution olTicicllemeni ctablie el reglementee, orgamsce. inslallee.
)|1 v'oit la difference qui existe etilre ces deux institutions. Si la deuxiemc merite
!nL,°iHesiahlemenl son nom de “chancellerie’'. la premiere Tusurpe quelque pen. On
‘^liscra quand meme le lerme. mais comme “wissenschaftliche HiHskonslruklion".
"0,nmc construction de I 'esprit, scientifiquemenl Ibiidee cl dcslince a aider a la
vU|tiprc*hcnsion cl а I’clude du probleme. On defmil done la chancellerie comme Porga-
J,ISln°* le regroupement de personnel qui travaille a (’elaboration, ou du moins a
aMlidatmn. des actes. Mais aupres de qui? Aupres de Tempereur, du roi et du pape.
^ elair. Mais peut-on parlor d’une chancellerie princieiv. episcopate, seignou-
? Pour comprendre les 1 unites qu’il faut apporter a 1' uti I isatioii du lerme. il faut
223
La genese des actes
regardcr clu cote des auteurs d'actes. Certains etaienl des personnalitcs import^
eiviles ou ecclesiasliques: le pape. Tempereur. tin mi. un prince territorial, un cvcquc
Revetus d4me auloritc publique, ils engageaient cette autorite quand ils donnaientu-
acle: sur le fond, parce qiuls conllrmaient Taction juridique mentionnee, mcnic
cola n'est pas dit explicitement dans le dispositi Г (document if 15): sur la forme, pan.-
que leur prestige, lour puissance, scraient juges a Taunc de la qualite de leursdocu
mcnls. Les instruments devinrent des lots un clement cssentiel de la politique dew
personnalitcs. Gela necessitail un rcsponsable: le chancelier. Cc sont ces different*
elements qui permetient de parler de chancelleries pour les princes territoriaux et le*
cvequcs.
La chanccllerie n'a pas loujours porte ce nom. Le terme. cunceltaria, apparutai
XIIе siecle. au moment oil cancellarius. le chancellor, ne gardait plus qu’un sens, cdu.
de rcsponsable de chanccllerie, abandonnant ainsi I'autre sens qu'il avail depuislc
IXе siecle, celui d’employe de chancellerie. Au moment aussi oil commengaient j
apparaitre. en Anglctcrre et a Rome d'abord. ties chancelleries comme on les congou
traditionnellement. e'est-a-dire des services administralifs, avec locaux ct personnel
propres, charges exclusivement de la preparation ct de la validation des actes.
L.’institution de la chancellerie se trouvait deja dans les monarchies germaniques
plus ou moins imilees et hcritces de la chancellerie imperiale du Bas-Empirc, ctsur-
lout des administrations provinciates. II n'y avail pas alors de direction unique ah
chancellerie, mais un travail eolleetif de lonctionnaires laics, appclcs referendum,
referenda ires. Les Carol ingiens modi Herein, dans ce schema, deux choses cssentiel*
les: ils firenl appel a des clercs. qui regnereni sur les chancelleries jusqiTaux XIIIе-
XIVе siecles (la chanccllerie eiait tTailleurs, au depart. rallachee a la chapelle impe¬
riale). et ils crecrcnl une direction, en la personne de Varchicuncellam^
Tarchichancelier. L'eclatement de Tempire carolingien causa Teelalcmcnt de la chan-
cellerie entre les differents royaumes. En Allemagnc. la lourdeur de Thcritagc caro¬
lingien. puis son aspect un peu mythique lorsque le pouvoir imperial eut cte vide tic
Tessentiel de sa substance, concoururent a figer la chancellerie dans une superb:
organisation hierarchique assez eloignee de la realitc. On peul en voir, dans le docu¬
ment n° 34. une belle illustration datant de Louis IV (1341): Tarchichancelier, prev
tigieux el lointain (Tarchevcque de Maycnce^v officio) est absent: il у a Tun destroy
"chanceliers de la cour", au role politique, lout aussi eloignes du travail effectil de
la chancellerie: le comte Albert V de Ilohenberg, cite avant deux autres princes qui
sont comme lui des temoins, le due de Teck el le comte de Graisbach: le protonotairc
(alias ‘'vice-chancelicr”), chef effect if de la chancellerie est ensuile cite: e’est Ulrich
Hofmeier d’Augsbourg: viennent enfin deux notaires (dits "secretaires”): un cheva¬
lier (Gcoffroy de Nancy) et un clcrc que Ton sait par ailleurs tres actif a la chancel*
lerie de Louis IV, Ludwig von Nortenberg.
En France, la chancellerie connut des periodes tres diffieiles, au XIе surtout, quant
nombre d'actes etaienl elabores hors de sa presence. Au XIIе siecle. les choses s апн*
liorerent, mais Philippe Auguste laissa la place de chancelier vacante a partir de 1 №
Cela donna toute la place au garde des sceaux (qui Unit par prendre, en 1314, le Wl
de chancelier). Son pouvoir ctail eependant deja plus modeme. II etait le chef dc a
chancellerie (R.-1L Bautier a bien monlrc. pour le regne de Philippe VI. a quel Poll1t
la personnalite du chancelier ctail imporlanle pour Tefllcacite et la rigucur de la chan*
224
La genese des actes
-'llerie), mais aussi conseiller influent, souvent une sorte de premier ministre, parti-
•ulierement attentif aux questions de justice, de diplomatic et a la nomination des offi¬
cers royaux. Ce phenomene se retrouve ailleurs aussi, des le XIIе siecle, avec Thomas
Becket en Angleterre, par exemple.
Quant a la chancellerie pontificale, elle connut son grand essor lors de la reforme
urcgorienne, et plus encore sous Innocent III (1198-1216). Des le XIе siecle elle devint,
pour toutes les chancelleries europeennes, une sorte de modele.
Lc role politique du chancelier apparait aussi lors de la vacance d'une chancelle¬
rie Ce iTest pas par hasard que le roi de France ou le pape laisserent a I’occasion la
chancellerie sans titulaire, ou que certains princes et eveques, bien que possedant une
chancellerie, s’abstinrent de donner le titre de chancelier a celui qui la dirigeait. II
s'agissait d’eviter de donner un pouvoir trop important a un individu. A la chancel-
leric pontificale, souvent vacante dans la seconde moitie du XIIе siecle, la charge de
chancelier fut supprimee en 1216; la fonction fut confiee a un “vice-chancelier” qui
devint un personnage-cle, mais ne retrouva le titre de chancelier qu’en 1908. Chez
le roi de France, apres diverses eclipses, l’office de chancelier fut vacant a partir de
1185 (sauf de 1223 a 1227). En tint lieu un “garde du seel”, qui reprit officieusement,
puis officiellement en 1314, le titre de chancelier.
A cote des chancelleries, il у a les abbayes. Les redacteurs et scribes de chartes у
travaillent souvent en liaison avec la bibliotheque, ou se trouvent les textes litterai-
res que les plus cultives d’entre les redacteurs peuvent vouloir utiliser, et les textes
historiques qui pourront eventuellement expliquer des actes anciens, ou eclairer les
antecedents d’une affaire. II у a aussi les villes, dont les clercs sont souvent pris chez
les notaires, et les officialites episcopates, grandes productrices d’actes, qui peuvent,
par Ieurs methodes de travail, etre comparees aux chancelleries. Ilya surtout les ecri-
\ains publics, notaires et autres. Mais a ces derniers, une section specialc sera con¬
feree.
ls Bibliographic generate sur la genese des actes dans R. Van Caenegem, Guide to
die sources..., p. 74-91.
" bibliographic sur les grandes chancelleries dans les differentes sections du cha-
pitre 4.
Synthese globule sur les chancelleries, et presentation de la bibliographic rccenle
Jans Part. Kunzlei, Kanzler du Lex ikon des Mittelalters. l. IV, col. 910-925.
-'w le probleme tcrminologique, voir llans-Walter Klevvitz. "Cam'ellariu. Fin
heitrag /иг (iesehichte des geistliehen I lofdienstes”. dans Deutsches Archiv fur
L'scliichtc des Mittelalters, I, 1937, p. 44-79. Voir aussi Heinrich Appell, “Die
Keichskan/lei Barbarossas, ein tenninologisches Problem?”, dans Rdmische historische
Vwcilungen. 28. 1986, p. 141-150.
(twce/laria e cultura nel Medio Evo. Communicazioni presentatc nolle giornate di
^dio della C'onunissione; Stoccarda. 29-M) agosto 19S5, Vatican: Archivio segrelo
'alicano. 1990, VI11-341 p.
225
La genese des ades
Sur la suppression du cancellariat, voir p. ex. Christopher R. Cheney, “The ofli
and title of the papal chancellor, 1187-1216”, dans Archivum hisioriae pontificiae ^
1984, p. 369-376.
- La chancel!erie pontificate
Th. Frenz, Papsturkunden des Mittelalters..., ou sont aussi signalees d’assez nom-
breuses etudes recentes sur le fonctionnement dc la chancellerie.
Presentation tres didactique ct tres claire de la procedure a la fin du XIVе sieclc
dans Javier Serra Estelles, Los registros de suplicas v letras pontificias de Cl степи
VII de Avihon (1378-1394). Estudio diplomatico, Rome: Iglesia nacional espanola
1988, 284 p. (Publicaciones del institute espanol de historic ecclesiastica, 29).
Ernst Pitz, Supplikensignatur und Briefexpedition an der romischen Kune im
Pontifikat Papst Calixts IIL, Tubingen: Niemeyer, 1972, VI-362 p. (Bibliothck des
deutschen historischen Instituts in Rom, 42).
Superbe elude, tres detaillee, du fonctionnement de la chancellerie pontificale dc 1455 a
1458.
Brigidc Schwarz, Die Organisation kurialer Schreiberkollegien von ihivr
Entstehung bis zur Mitte des 15. Jhdts, Tubingen: Niemeyer, 1972, IX-311 p
(Bibliothek des deutschen historischen Instituts in Rom, 37).
Elude du college des scribes elabli sous Innocent III: Г institution, mais aussi Г acquisition
dc la charge, les serments; comparison avec les notaires communaux italiens.
Leonce Celier, Les data ires du XVе sieclc et les origines de la Daterie apostolique.
Paris, 1910, IV-175 p. (Bibliotheque des Ecoles frangaises d'Athenes et de Rome.
103).
Ursmer Berliere, Suppliques de Clement VL Rome-Bruges-Paris, 1906, XXXIX*
953 p. (Analecta vaticano-belgica, 1).
Premier volume d'unc serie d'editions de suppliques conccrnanl les dioceses de СатЬгл
Liege, Therouanne et Tournai. L’introduclion donne, aux p. XVI1I-XX1X, une excellciuc
presentation des suppliques.
• Facsimiles
B. Katterbach, Specimina supplicationunu Vatican. 1927, 2 t. en 1 vol., XVIL-fi
p., 50 pi.
P. Bartoloni, Suppliche pontificie dei secoli XIII e XIV, Rome, 1955, 186 p. et pi
h.-t. (t.-a-p. de Bullettino dell'lstiluto storico italiano per il Xledio Evo, t. 67; c.-г. par
Georges Tessier dans Bibliotheque de FEcole des chartes% 114, 1956, p. 186-192.
- La chancellerie frangaise
Georges Tessier, Diplomatique royale frangaise...
Robert-Hcnri Bautier, “Critique diplomatique, commandement des actes et ps>*
chologie des souverains du Moyen Age”, dans Comptes-rendus de I'Academie
Inscriptions et Belles-Lettres, 1978, p. 8-26; reimpr. dans Charles, sceaux et chan¬
celleries..., t. II, p. 593-611.
Exemples d'enseignements tires des mentions hors-tencurs sur les melhodes de travail1
la part personnel le prise par le prince a l'expcdition de certains actes.
226
La genese des actes
Robert-1 lenri Haulier, “Rccherches sur la chancellerie royale au temps de Philippe
\\- Jans Bihliothetfue de ГЕсо1е des chartes, 122, 1964, p. 89-176; 123, 1965, p.
;i *-459; reimpr. dans Charles, sceaux ef chancelleries.... 1. II. p. 615-852.
\ ukIic surloiit le personnel de la chancellerie ainsi que le travail accompli, "du comman-
Jcmcnl des actes a Icur remise au dcstinutairc".
Rosie quand tncme encore O. Morel, La grande chancellerie royale et l 'expedition
.,л Litres royaux de l 'avenement de Philippe de Valois a la fin du XIVе siecle (1328-
jnill, Paris, 1900, Х1П-592 p. (Memoires et documents publies par la societe de
hole des Charles, 3).
l-ssai de recension et d'interpretation des mentions hors teneur, p. 571-577.
\pprochc prosopographique dans Andre Lapeyre et Remy Schetirer. Les notaires
4\ rvtHires du mi sous les ragues de Louis XL Charles 17// et Louis XU, 1461-
'4\ Paris: Acadcmie des Inscriptions et Belles-Lettres, 1978, XLIII-320 et 56 p„
d pi. {Documents inedits sur Fhistoire de France. serie in-4°). L'inlroduction de
К -II. Hautier. 1. I. p. IX-XXXIX, qui degage les lignes caracterisliques de ce per-
*>nnel. a etc reimpr. dans scs Chartes, sceau.x et chancelleries.... t. II. p. 879-909.
Robert-1 lenri Bautier, "Le personnel de la chancellerie royale sous les derniers
t .ipdiens'\ dans Prosopographie et genese de I ’Flat moderne (Tahle-ronde, Paris
IMP. Paris: Leole Normale Superieurc de Jeuncs Filles, 1986, p. 91-115; reimpr.
ihib Chartes, sceaux et chancelleries.... 1. II, p. 853-877.
(huncellerie itnperiale
Lonsulter les etudes par regne citecs dans le Lexikon des Mittelalters. t. V. col. 911-
02. Un cxemplc: Waller Koch. "Die Reichskanzlei tinier Kaiser Friedrich I.", dans
In hiv fur Diplomutik. 31, 1985. p. 327-350. Dans lc mcme volume, p. 383-442. Farti-
dede Paul-Joachim Heinig, "Zur Kanzleipraxis unter Kaiser Friedrichs 111. (1440-
•WT. eclaire bien le fonclionnement de la chancellerie.
B- LE PROCESSUS D’ELABORATION, DE LA DEMANDE A
L’ENREGISTREMENT
L La demande
l it premiere phase est celle de la demande. Car si I “on cherche une faveur. il laul
t-'tdcmineiu la demamler. Meme si Гоп demande simplemenl la eonlirmalion d'unc
,lltion juridique a laquelle Fauteur pressenti n'a pas pris part, il taut du moins qu*il
JCtcPlc d’y engager son autorite. En elTel, un comic ou un eveque, a fortiori un pape
°u ijn roi, sont des personnages importants, qui n’inslrumentenl pas pour n’importe
Si le sujet leur parail derisoire, ou si le demandeur Icur parait de trop mediocre
^'ndition, ils peuvent refuser d'agir. Dans lc document n° 13. le pape Innocent II si-
№le qu'unc demande a cte inlroduile aupres de lui: "C’est pourquoi, tres clier Ills
*Jns le Seigneur Nicolas, abbe, nous avons acquiesce avec bonte a les justes deman-
et nous prenons sous noire protection Feglise de la bienheureuse Marie, mere
lc Dicii. ton jours vierge. et du saint Feuillien. martyr, eglise que tu presides scion la
°lante de Dicu. el nous avons renforce cela par le privilege du present eerif' (I. 3-
227
La genese des actes
5). II est courant et normal que le pape delivre une bulle accordant sa protection a
un monastere dont il confirme, du тёше coup, les possessions. La demande portait
done ici seulement sur le fait de savoir si le pape accorderait aussi un tel privilege a
Saint-Feuillien du Rceulx. De ces demandes, qui n’etaient pas toutes ecrites, tres peu
ont ete conservees.
Au bas Moyen Age, plus tot en Italic et dans Ic slid de la France, les choscs chan-
geront quelque peu. Ce ne seront plus les autorites les plus elevees qui confirmeroni
par un acte ecrit les simples ventes, donations... qui ne les concrement pas. Dos notai*
res, des officiaux... s’en chargeront, dont ce sera la mission, le metier et, pour lev
notaircs, leurs commis et les clercs d’officialile. le gagne-pain: ils acccpteroni di«u
sans probleme d’etablir quelqu’acte que cc suit. Quani aux papes et aux rois, ils con-
tinueront a recevoir des demandes, que les premiers en tout cas appelleront “supph-
ques” et enregistreront (voir document n° 27). Mais sur le principe de delivrer un acte.
il n’y aura plus de probleme. Les types d'instrumenls se seront diversifies, cl ib
matieres plus insignifiantes pourront etre prises en compte.
uar Les demandes: sauf cas d’enregistrement, peu d’exemplaires conserves. Voircepen-
dant la belle etude de Dietrich Lohrmann, Kirchengut im nordlichen Frankreich.
Bcsitz. I’erjassung and Wirtsclutll der Papstprivilegien des 11.-12. Jhdts, Bonn:
Rbhrscheid. 1983, 375 p. et 7 pi. (Pariser historische Studien, 20).
Ftudie (p. 93-99) des suppliques dc I 138 de l’abbaye de Saint-Michel-en-Thierache (deja
ciudice par Maurice Pnui. "Supplique ct bulle du XIIе siecle”. dans Melanges Emile
Chatclain. Pans. 1910, p 614-631). I 147 pour l'abbaye de Chocques, v. 1145-1150 pour
la leproscrie Saini-Ciillcs de Ponl-Audemer.
2. La redaction
Pour les deux phases sui\antes. Ia preparation du textc et la mise au net, il fauttout
d'abord noter une caraclerislique propre aux actes theoriquement prepares par des
chancelleries: souvent ce ne soul pas celles-ci qui ont fait le travail. En effet, a par*
lir de la deuxieme moilie du IXе. el jusqu’au XIIе siecle, il arrive frequemment que
les actes soieni prepares par les benefieiaires. En d’autres termes, il se produitalors
ceci: unc institution, une abbaye par excmplc, desireuse d’obtenir un diplome royal
ou tout autre type d’instrument, redige et met par ecrit un diplome auquel manquent
seuls le sceau et la souscription royale, qui sont apposes par la chancellerie. Cet aban*
don d’unc partie des prerogatives qui sont siennes se trouve non seulement a la chan*
cellerie royale, mais aussi dans les chancelleries princieres ou episcopales. La chan¬
cellerie pontificate a ete epargnee par ce phenomene. L'interet du systeme? Pourle
beneficiaire, un controle du textc des actes qui le concernent. Pour l’auteur, a un
moment ou les chancelleries ne sont guere instituecs ni bien organisees, cela repre*
sente feconomie d’un travail difficile, fessenticl etant preserve du moment que
faiilcur continue a apposer son sceau (mais dans certains cas, 1’attache et la cire sont
тете lournies par le beneficiaire). Les inconvenients pour Г auteur sont la perte de
controle. ou pluldi la perte d’un certain controle, car il peut toujours refuser de seel*
ler un acte qui ne lui plairait pas, sur ses actes. Du jour ou les auteurs voudront repren*
dre cn mains leur diplomatique, le syslcmc commencera a disparaitre.
228
La genese des actes
les mantis diplomatistes du XIXе sieele out ainsi tlecouverl cl explore fopposi-
•4»n qui oxistc. avant la veritable naissanee des "chancelleries", outre facte etabli en
Juncellerie (on allemand "Kanzleiausfertigung") el I’acte etabli par le dcslinalaire
, t-iiipfangerausferiigung"). La distinction, on Ic com;oit, esl fondamentalc pour la
.riiique (voir chapilre X) el pour Lulilisation historique des documents: un acto du
uipelien Robcrl II. rodigo a Marmoutier. et oil le roi esl dit aiigustm. no traduit pas
une pretention imperiale du roi de Prance, mais la culture d'lin moine lolirc. eloigne
Jc la (bur. Aujourtfhui. non sans mal, les diplomacies en sent a ralTmer Petude.
Pans quelqucs cas en effel. on pout pressentir. plus que prouver. quo Ic dcstinataire
n’a fait que mettre par ecrit un acto compose (et ensuile. cn retour, valide) par la “chan-
^dlcrie"; c’esl sans dome le cas du document n° 10. Le temoignage dc I'acte. quant
aux caracteres externes, vaut pour le destinataire et, quant aux formules, pour la "chan¬
cellerie”. Autre cas de figure, chancellerie comme beneficiaire peuvent recourir aux
>ervices d’un tiers. C’est sans doute le cas du document n° 5, elabore hors de la chan-
cellcrie imperiale, mais en commun avec trois autres diplomes, vraisemblablement
par un clerc mandate par les differents destinataires des quatre diplomes concemes.
Cette pratique de Pelaboration des actes par les beneficiaires disparait done progres-
sivement au XIIе siecle. Les chancelleries reprennent desonnais, et pour longtemps,
Linitiative. Mais le recours au tiers peut se retrouver plus tard, chez des auteurs ne
disposant pas d’une vraie “chancellerie"; c’est sans doute le cas du document n° 12.
Vcnons-en au redacteur. Son probleme essentiel est de savoir comment il va redi-
ger son textc, quelles aides il va trouver. Car, tres frequemment, le redacteur s’aide
cn s’inspirant dc textes deja existants, voire en les reprenant tout simplement.
Lc redacteur peut composer librement son texte. Il peut aussi vouloir s’assurer de
la qualite de ce qu’il fait, en reutilisant des textes deja etablis. Dans les chancelle-
nes, on utilise souvent lespetitiones, e’est-a-dire les demandes ecriles, soumises par
Ics futurs beneficiaires, parce qu’elles comprennent deja une description complete
de faction juridique. Dans le cas des confirmations generales de biens, la petitio
s lnipose: comment sinon le clerc de la chancellerie pourra-t-il savoir quels biens
appartiennent a l’impetrant? Les beneficiaires recourent eux a d’autres actes, qu’ils
possedent deja dans leurs archives, et qui emanent du meme auteur ou d’un autre. Ces
actes - on les appelle, d’apres le terme allemand, des Vomrkunden - offrent au redac-
tcurdiverses formules, divers modeles, qu’il peut reprendre a son aise, pour le pro-
l°cole, 1’eschatocole ou les clauses, par exemple.
Un exemple en est donne dans un diplome de Charles le Chauve delivre le meme
№ que notre document n° 2 (meme edition, n° 66. p. 187-193). L’edition de cet acte
par Cj. lessicr monirc que ile nombreux elements du texte soul tires des diplomes
•tnicrieurs de Charlemagne el de Louis le Pieux. egalement concedes a fabbaye de
^aiiil-Denis pour le droit de lonlieu. Mais attention! I .'utilisation d'une \'orurkundc
11 •niplique pas forcemcnt une redaction hors chancellerie. ear le schema suixant est
ej>alcnieni possible: redaction d’une pc/ilio par le beneficiaire sur la base d’une
wurkwhlt'. puis redaction de I’acte par la chancellerie sur la base de la pet ilia el
0,1c\ indireclement. tie la l orurkinu/c. On nolera. tfaulre part, avec (i. lessier. que
c fcdiicteur a etc* distrait, maintenanl dans facte de Charles le Chauve quelqucs ler-
229
La genese des actes
mes utilises par Louis le Pieux mais injustifies chez son fils: la mention de Vimpe.
hum, par exemple.
Dans les chancelleries, les redacteurs peuvent aussi disposer de formulaires, e’est-
a-dire de recueils de formules destines a la redaction des actes et, eventuellement. a
la formation des redacteurs. Ils sont le plus souvent constitues de documents reels,
mis bout a bout pour former un large panorama de la production diplomatique. Onen
connait depuis le VIIе siecle (Marculf). Mais en fait, on en conserve fort peu avantlc
XIIIе siecle. Une exception notable est le Codex Udalrici, compose en 1125 a
Bamberg, sur la base entre autres d’un formulaire de la chancellerie imperialc
aujourd’hui perdu. Destine d’abord a la formation de redacteurs, il flit rapidement uti¬
lise a la chancellerie episcopate de Bamberg, et тёте a la chancellerie imperiale. On
trouvera au document n° 29 un formulaire de la chancellerie royale frangaise. Celle-
ci a d’ailleurs ete assez lente a se doter de formulaires, puisque le plus ancien connu
date de Philippe III (1270-1285) et le plus ancien conserve de Philippe V (1316-1322)
Mais тёте en 1’absence de formulaires, une pratique courante consistait a utiliserdes
copies d'actes anterieurement promulgues, copies effectuees tantot dans le cadre d’un
enregistrement, tantot de maniere plus libre.
Une dernierc source d’inspiration se trouve dans les artes dictaminis, qui sont des
manuels sur Part de composer les lettres. Nes au XIе siecle en Italie, ils vont etoffer
leur matiere en s’interessant cgalcment aux actes, en tout cas aux actes publics, lors
de leur arrivee en France a la moitie du XIIе siecle. Ce sont des livres scolaires, mais
dont Г influence ne peut guere etre niee. Les liens entre ces artes et ceux des fonnu-
laires qui sont etablis par des particuliers, comme e’est le cas du Codex Udalrici, sont
evidemment fort ctroits.
II faul bien voir quo I'ulilisation dc ces guides (formulaire, ars dictaminis...)
croissant au fil des sieclcs a parlir du XIIе siecle. alors que jusque la. mis a part le
role des l ortirkimden. les redacteurs trav aillaienl dans une asse/ grande liberie, lai-
sant de cltaque acle un document sui generis. Mais vers le XIIе siecle. le travail d’cla*
boration change: le nombre des actes croissant sans cesse. les connaissanccs juridi*
ques se developpant, les redacteurs n’ont plus guere le temps de rediger leurs actes
librement. En outre, cela n'est pas souhaitable: a un moment ou le sens juridique de
chaque mot doit etre soigneusement pese, il est prudent de reprendre des modeles qui
ont deja fait leurs preuves. Meme si cela peut etre difficile, il faut s’efforcer de re-
trouver les textes qui ont servi de base a la redaction d’un acte. Les brouillons ayant,
le plus souvent, ete perdus, e'est surtout la comparison du texte avec d’autres actes.
ou avec des formulaires, qui permettra de trouver la solution.
Y avait-il des brouillons? C’est probable, d’abord parce que les actes presentent
peu de r.'itures. d'autre part parce qu'il s’en est conserve, тёте si e'est except^11'
nel. C’est le eas du document n°28a. \ersion preparaloire d'un acte de Philippe le Bel.
De tels actes sont ires precieux, parce qifils permetlent de \oir comment telle ou telle
clause a etc ajoutee au texte. et done dans quel esprit celui-ci s'est peu a peu const»-
lue. DilTerente du brouillon est la minute, qui est la redaction definitive d'un acte nota¬
rial. mais sous une forme non solennelle: elIc se conserve dans les archives du notan^
et e'est a parlir d'elle que celui-ci tircra la ou les expeditions originates (documents
230
La genese des actes
n w-31). Sur le modele notarial, les chancelleries souveraines commenceront. mais
ires rarement et seulement a la fin du Moyen Age, a conscrver leurs minutes.
Sur [’elaboration des actes dans ou hors de la chancellerie, voir B.-M. Tock, “Auteur
vni impetrant? Reflexions sur les chartes des evcques d'Arras au XIIе siecle”, dans
Hibliotheque de VEcole des chartes, 149, 1991, p. 215-248.
Sur les formulaires et les artes diclam inis en general:
Voir Particle Formel, -sammlungen, -biicher, dans Lexikon des Nlittelalters, t. IV,
col 646-654.
Martin Camargo, Ars dictaminis, ars dictandi, Turnhout: Brepols, 1991, 59 p.
i Typologie des sources du moyen age occidental, 60).
Franz-Josef Worstbrock, “Die Anfange der mittelalterlichen Ars dictandF, dans
I'riihmittelalterliche Studien, 23, 1989, p. 1-42.
Guido Van Dievoet, Les coutumiers. les styles, les formulaires et les “artes nota-
nae'\ Turnhout: Brepols, 1986, 84 p. (Typologie des sources du moyen age occi¬
dental., 48).
Terriblemenl court sur les formulaires (5 p.) et les artes notariae (2 p.), mais utile pour
la bibliographic. Concerne surtout PEurope septentrionale.
G.F. Orlandelli, “Gencsi delP‘ars notariae’ nel secolo XIII”, dans Studi Medievally
3cscr., 6, 1965, p. 329-366.
Excellentc bibiliographie.
- Etudes et editions particulieres:
Voir aussi le Repertorium fontium..., t. IV, p. 495-520.
L. Rockinger, Briefsteller und Formelbiicher des elften bis vierzehnten
dahrhunderts, Munich, 1863, LXXII-1144 p.
Nombreuses editions de formulaires et artes dictaminis. Classiquc, pas encore remplace.
Charles-Victor Langlois, “Formulaires de leltres du XIIе, du XIIIе et du XIVе sie-
c*cs". dans Notices et extraits des manuscrits de la Bibliothecjue Nationale, 34-1. 1891,
P- I"32 et 305-322; 34-2, 1895, p. 1-29; 35-2, 1897, p. 409-434, 793-830.
Inclul des notes sur diveis formulaires d'officialites et de la chancellerie royale fran^aise.
Alf Uddholm, Marculji Formularum libri duo, Uppsala, 1962, 363 p. (Collectio
SCf'iptorum veterum Upsaliensis).
La plus imporlante collection de formules de Pepoque merovingienne. dans une excellente
edition, accompagnec d’unc traduction frangaisc.
^■ Bergmann, “Die Formulae Andecavenses: einc Formelsammlung auf der
Grcnze zwischen Antik und Mittelalter”, dans Archiv fur Diplomatik, 24, 1978,
P. 153.
Sans doute le plus ancicn formulairc merovingien.
Gilda Mantovani, //formulario vicentino-padovano di lettere vescovili (sec. XIV)^
adoue: Antenorc, 1988, XXXIV-303 p. (Fonti per la storia della Terraferma
Ve}ietay 2).
Revele le grand inlerct de la chancellerie cpiscopale de Vicence pour les affaires relatives
231
La genese des actes
a la dime, I'usure et, bien sOr, le mariage, mais aussi la diversite des matieres traitee>
(indulgences, lieux de culle...). Voir le compte-rendu d’O. Guyoljeannin dans Bibliotheque
de I'Ecole des chartes, 149, 1991, p. 492-493.
Leopold Genicot et Joseph Balon, Formulaire namurois du XIVе siecle, Bruxelles
1955, XII-446 p. (Coutumes de Namur, 3).
Montre l'interct porte par un notaire namurois de la fin du XIVе siecle pour de nombreuses
matieres, у compris en dehors de son activite strictement notariale: il travaille aussi pour
differentes cours seigneuriales.
Gerard Giordanengo, “Bertrand du Pont, notaire d’Avignon et son formulaire”, dans
Annales de VUniversite des sciences sociales de Toulouse, 24, 1976, p. 317-327.
Plus ancien formulaire de la France de droit ecrit, il date d’environ 1250, e’est-a-dire d’une
epoque dont il ne subsiste plus que de rares actes notariaux. Il constitue done une source
de premier ordre pour l’histoire du notariat.
R.L. Benson, "Protohumanism and narrative technique in early thirteenth-centun
Italian Ars dictaminis”, dans Boccaccio. secoli di vita (Congres Los Angeles, 1975).
ed. M. Cottino-Jones et E.F. Ruttle. Ravenne: Longo Angelo, 1977, p. 31-50.
Bruno Stehle, Uber ein Hildesheimer Fonnelbuch, vornehmlich als Beitrag zur
Geschichte des Erzbischofs Philipp /. von Koeln 1167-1191, Sigmaringen, 1878, 67 p.
Les documents contenus dans ce formulaire etant perdus par ailleurs, Г auteur montre
I’importance du recueil pour Phistoire de Farchiepiscopal de Philippe.
Hans-Ulrich Ziegler, “Der Kompilator des Codex Udalrici: ein Notar der Bamberger
Bischofskanzlei?”, dans Archiv fur Diplomatic 30, 1984, p. 258-281.
Richard Spence, “A twelfth-century treatise on the writing of privileges”, dans
Bulletin of Medieval Canon Law, n.s., 12, 1982, p. 51-63.
Traile de doctrina privilegiorum, date de 1160 environ, d’importancc reduite, mais uni-
quement centre sur les actes, la ou nombre de ses semblablcs accordent beaucoup d’atten¬
tion aux lettres.
- Les formulaires, comme les antes dictaminis, peuvent aussi servir de source his-
torique:
Charles Vulliez, “L’eveque au miroir de VArs dictaminis. L’exemple de la maior
compilatio de Bernard de Meung”, dans Revue d’Histoire de TEglise de France, 70.
1984, p. 277-304.
A cote des fonctions traditionnelles de l’eveque, le recueil montre les functions particu*
Нёгетеш importantes au XIIе siecle: la defense des biens de FEglise contre les laics, h
correction des moeurs du clerge, la promotion du sacrement de mariage.
Giles Constable, “The Structure of Medieval Society According to the Dictators
of the Tweltfh Century”, dans Law, Church and Society. Essays in honor of Stephan
Kuttner, ed. Kenneth Pennington et Robert Somerville, Philadelphie: University о
Philadelphia Press, 1977, p. 253-267.
Le respect du aux titulaires des charges ecclesiastiques ou laiques indique la place a laquel
ils se situent dans la hierarchie de la societe medievale. II en va de тёте pour le style uti
lise pour s’adresser a telle ou telle personne.
La genese des actes
Helene Wieruszowski. “Beitrage zur politischen Geschichte Italiens im spateren
I v Jhdt. (aus munizipalen Artes dictaminis)”, dans Quellen und Forschungen cuts
fnilietiischen Archiven und Bibliotheken, 38, 1958, p. 176-204.
Utilise des documents contenus dans des artes dictaminis pour preciser ou illuslrer divers
points d'liistoire italienne.
Charles Vulliez, “L’apprentissage de la redaction...”
- Sur les brouillons, les minutes ct les versions preparatoircs:
Voir Particle Konzept d’Alfred Gawlik dans le Lexikon des Mittelalters, t. V, col.
1427. De la bibliographic citee, voir particulierement Albert Bruckner, “Zum
Konzeptwesen karolingischen Privaturkunden”, dans Zeitschrift fur Schweizerische
(icschichte, 11, 1931, p. 297-315.
Martin Lcfevre, “Fragments de minutes du XIIIе siecle conserves aux Archives
departementalcs du Doubs”, dans Bibliotheque de I'Ecole des chartes, 133, 1975, p.
339-341.
Trois actes de 1233 a 1256 montrent la reutilisalion, comme double queue de parchcmin,
des minutes.
Deux cxcmples de brouillons:
Peter Acht, “Das Empfangcrkonzept eines unausfertigten Diploms Friedrichs I. (Ein
Beitrag zu den Reformen St. Gcorgens im Schwarzwald)”, dans Mitteilungen des
ln\tituts fur osterreichisehe Geschichtsforschung, ErgdnzungsbcuuL 14, p. 249-257.
Brouillon d'un projet de diplome imperial redige enlre 1155 el 1161 par un Romain. cor-
rige par un Allemand. Lc diplome n’a jamais ele expedie.
Jcan-Maric Cauchies, “Genese et vie d’une loi: Fordonnance de mai 1429 pour
1 administration du Hainaut”, dans Bulletin de la Commission pour la publication des
Miciemies lois et ordonnances de Belgique, 32, 1985-1986, p. 1-47.
Fditc la version preparaloire d'une ordonnance de Philippe le Bon. elaborec par trois con-
seillers du gouverncur du Hainaut. Comptc tenu de la nature legislative de Facie, cela per-
met de suivre la naissance de cettc loi, cn voyanl les modifications apportccs au textc
primitif.
^ La mise au net
fa ntise an net pose moins de problemes. mcme si clle aussi. on Fa vu, pent etre
c ,а11 du bencficiaire el pas de la ehancellerie. Dans ec eas, on trouvera plus sou-
11,10 cerilure livresque. Fecriture diplomatique etant plus caracterislique de la
^ •ancellerie. II taut surloul insisler sur le fail que les scribes sont de vrais profes-
S,°nnels. II est \rai que certaines ecriturcs pen rccherchees sont dues a des scribes
^*.ns ^°nte ties pen formes, comme e'est le eas du document tr 21 (echevinage de
urc°ing. 1270: voir aussi, mais c’esl plus comprehensible. Fecriture du document
‘I 39: il s’agit de breves notarialcs. e’est-a-dire d’un document interne a Felude memc
u ,U)Iaire. qui ne doit done pas etre apprete. ct qui ne constitue d’ailleurs pas tine
^Pt-'dition. une mise au net). Mais des ccri lures comme cel les des document n 2
: 1;irl°s lc Chauve. 845). 13 (Innocent II. 1 142) ou 9 (Charles V, 1387) ne s'impro-
,Se,1l pas. On a d’ailleurs conserve des publiciles de professeurs de calligraphic.
233
La genese des actes
Les scribes d'actes ecrivaienl-ils d'autrcs documents? Dans les chancelleries, i
ctaienl specialises dans les ventures diplomatique*. rnais ils tmvaillaient aussi a pr..
du ire d'autrcs documents, eomme dcs leilres. qui sonl sou vent traitces, dies, dans vie
dentures Ires pen soignees. [in revanche, dans les monastcies. ces ciladelles de kuu
lure livresque. les mcmes copisles senenl. on peuvenl servir, au\ livres eomme ,n
diaries (\oir document n 16. acte bourguignon de 974).
ваг Sur les scribes, voir quelques etudes de cas: Terence A. Bishop, Scriptores regis
Facsimiles to identify and illustrate the hands of royal scribes in original charters
of Henry I, Stephen and Henry II, Oxford, 1961, ХП-86 p. et 40 pi.
Michel Parisse, “Un scribe champenois...”
Sur les scribes monastiques, un exemple: Monique-Cecilc Garand, “Giraldus levitaS
Sur la technique de Pecriture:
Jacques Stiennon, Paleographie du Moyen Age.... p. 159-188.
Jacques Lemaire, Introduction a la codicologie, Louvain-la-Neuve: Universite
Catholique, 1989, Xl-256 p., 43 pi. (Publications de FInstitut dfEtudes MedievalesD)
Wilhelm Wattenbach, Das Schriftwesen im Mittelalter, 3C ed., Graz, 1896.
4. Le controle et la correction
Y avait-il un controle des actes, et, si oui. par qui et comment etait-il effectue? Ici
de nouveau, la reponse doit etre tres souplc. 11 est des cas oil le controle est certain
Ainsi a la chanccllcric pontificale au bas Moyen Age, oil, on va le voir bientot, les
correcteurs, qui sont en fait les redacteurs des textes, exercent un controle impitoya-
ble. Mais ce n’est а Г evidence pas le cas a la chancellerie d'Otton Ier, ou alors le con¬
trole est tres mauvais puisque, on Pa vu, il у a frequemment plusicurs fautes par
diplome (document n° 5). II est cependant courant de relever, dans des documents
medievaux, des corrections, souvent de la main meme du scribe, dans les marges et
entre les lignes. Mais est-ce du a une auto-correction ou ont-ellcs ete apportees sur
Pordre du chancelier ou de son homologue?
En fait, la situation change aux XlIe-XlIIe sicclcs. Car le bas Moyen Age support
moins bien les corrections sur les originaux que les epoques anterieures: Pesprit juridi-
que a progresse, et il est devenu delicat de presenter des actes modifies. On le sent a la
lecture de la formulc, classique, par laquelle le notaire Simon d’Anneville, vidimant
un diplome de Pempcreur Louis IV de 1341, precise que les lettres originales etaient
“seellees de leur sceau en cire blanche pendant sur lacs de soie, sans etre ni viciees, m
grattees [on grattait le parchemin pour appoiter des corrections], ni cancellees [e’est-a-
dire annulees d’un trait de plume ou de couteau], ni corrompues en aucune de leurs par*
ties, mais saines et intactes, privees de tout vice et de toutc suspicion’' (document n° 34.
1. 2-3). L’acte ne doit donner aucune prise a la critique.
взг Sur les corrections, Jose Trenchs Odena, “El cscribano у la correccion de origina*
les en documentos catalanes (siglos X-XI)”, dans Anales del Istituto de Estudi°s
Gerundenses, 22, 1974-1975, p. 219-230. л .
Les rcdactcurs Catalans sont terriblemcnt bavards. Cela nous vaut Paveu touchant lac
par Pun d'eux: cum lilteras rasas et suprapositas et correctas in divers is locis, quia осей
234
La genese des actes
puli ercmt occuli {sic) mei somno etpalpebre me dormilatione” (art. cite, p. 220). L’article
propose une classification des corrections.
5. La validation et la promulgation
Unc fois redige et mis par ecrit, facte doit etre valide et delivre. La validation, on
Га vu, se fait essentiellement par deux moyens: les temoins, en usage principalement
lusqu’a la fin du XIIе siecle, et le sceau. Les temoins, comme la date, peuvent con-
cemer soit faction juridique, soit la promulgation, et les deux ensemble si elles ont
etc cffcctuees simultanement. II arrive que les noms des temoins soient traces par une
autre main, ou avec une autre encre, que le reste du texte. Cela signifie sans doute que
les actes avaient deja ete prepares, de maniere a etre lus au grand jour de faction juri¬
dique ct de la promulgation. Comme e’est a ce moment seulement que f on sait quels
seront les temoins presents, il n’est possible de remplir la liste des temoins qif apres
la ceremonie. Dans d’autres cas, la liste est ecrite en meme temps que le reste du texte,
soit que facte est etabli posterieurement a faction juridique et sans plus de ceremo-
nie de promulgation, soit, mais e’est sans doute plus rare, que f on met les noms des
temoins qui seront vraisemblablement la, soit encore que facte a ete complete par la
suite, mais par le meme scribe utilisant la meme encre.
Le sceau est f element essentiel de la validation. Seul celui qui detient la matrice,
souvent le chancelier, toujours un homme de confiance, peut, en f apposant, donner
pleinc et entiere validite a facte. C'est done le moment de proceder a une derniere
revision du texte, de maniere a en verifier la qualite, avant de f approuver definitive-
inent. A la chancellerie royale frangaise, les actes sont scelles par le chancelier lors
tie faudience du sceau: il s’agit d’une vraie audience, au cours de laquelle le chan¬
celier “juge” les actes, “decide si les lettres qu’on lui presente seront scellees ou non”
(G. lessier, Diplomatique royale frangaise..., p. 127).
Quand le document est valide, il reste a le donner a f impetrant. Comment cela se
passe-t-il? Y a-t-il une ceremonie particuliere? Profite-t-on d'une ceremonie? Ou facte
cst-il donne, sans pompe aucune, par un clerc? Les travaux sur ce sujet sont tres rares,
01 011 doit avouer f ignorance dans laquelle on se trouve. On peut supposer que les
actes, quand ils etaient elabores avec beaucoup de solennite, etaient promulgues avec
cclat, par exemple lors du synode diocesain pour les actes episcopaux. Pour les actes
foyaux ou pontificaux du bas Moyen Age, on sait qu’ils etaient simplement remis aux
b^eficiaires. La seule chose qu’on peut faire pour illustrer ce propos est de citer quel-
ques-uns des rares actes un peu explicites sur les promulgations. Ces textes insistent
l0lls SU1’ la lecture publique, mais ils datent des XIе ou XIIе siecles.
Hacta est haec carta secundo anno Philippi regis regni, et recitata ac roborata
a'ite portas aecclesiae sancti Stephani, Drocis castro (“Cette charte a ete faite en la
euxieme annee du regne du roi Philippe, et recitee et corroboree devant les portes
e I eglise Saint-Etienne, dans le chateau de Dreux”; acte d’un certain Adrald, de
%1, ed. Benjamin Guerard, Cartulaire de I'abbaye de Saint-Pere de Chartres, t. I.
aris> 1840 [Collection des cartulaires de France, 1], p. 166-167).
Octavo idus aprilis, feria quart a t convenerunt rex et comes cum suis et nostris mili-
1 ,W‘V, civibus et Flandrensibus mult is in agrum consuetum, in quo scrinia et reliquiae
235
La genese des actes
sanctorum collatae sunt. Et silentio indicia, Iccta est charia U her tat is ecclesiae a ,,r
vilegiorum head Donatiani coram universis in presentia regis et comitis... Lead (
quoque chartula conventionis inter comitem et rives nostros ftetae de felonen ltlf
donato et censu... (“Le 6 avril, un mereredi. le roi [Louis VIJ cl Ic comic [de Hand-
Guillaume Cliton] se rassemblerent avec leurs chevaliers et les not res, et beauu^
de citoyens flamands, dans le champ habituel. Les chasscs ct les reliques des sain'
у furent transposes. Le silence ayant etc impose, la chartc de la liberie de I’euliv.
et des privileges de Saint-Donatien fut lue devanl tons en presence du roi et du comic
Une charte d’accord entre le comte et nos citoyens, conclue an sujet du tonlieu concoi.
ct du cens, fut egalement lue../’; Galbert de Bruges, llis/oire du meurtre de Chad,
le Bon* ed. Henri Pirenne, Paris, 1891, X 1.-205 p. \('ollection de testes pour sunn .
I'etude et a Venseignement de I'histoire, 10]. p. 86-87).
Conjirmata est hec carta anno Verhi incarnati M°C\X.Л'ЛТ,Г\ indie done XI IP, ,,
oratorio heati Petri apostoli quod est in ecclesia majore Ambianensi... Ego Anmlfi.
notarius in oratorio bead Petri legi et in sinodo reelegi (v/r) (“Cette charte lut con¬
firmee en Pan du Verbe incarne 1135, indiclion 13, dans Loratoire Saint-Pierre dt
Leglise cathedrale d’Amiens... Moi Arnoul. notaire. je Lai lue dans Loratoire Saint-
Pierre et je Lai rclue en synode”; acte de Leveque d’Amiens Garin, copie Amiens,
arch. dep. Somme, 2H4, fol. 10-11).
Et sciendum est quod predictus Ebrardus apud Sanctum Satirum venit et ibi tecta
est hec carta et vulgarihus verbis exposita in capitulo presendbus fratribus. Ipse vero
Ebrardus accepit cartam et manu sua obtulil earn super altare ecclesie et filius ejm
post cunt eutnque sigillo nostro muniri jusserunt (tkEt il faut savoir que le susdit Evrard
\ int a Sancerre: la, la presente charte fut lue et exposee en languc vulgaire, en cha-
pitre. les freres etant presents. Ledil Evrard prit la charte et Loffrit de sa main sur
Lautel de Leglise, et son Ills apres lui. et ils ordonnerent qu’elle soit validee parnotre
sceau”: charte de Larchev eque de Bourges Pierre, en 1143, ed. A. Gandilhon.
Catalogue des actes actes tie.s urcheveques de Bourges anterieurs a 1200, Bourges*
Paris. 1027. p. CLXVII).
Sur la lecture des chartes, et d’une manierc generate sur la lecture a haute voix de
la prose, voir Heinrich Fichtenau, kiBemerkungen zur rezitativischen Prosa des
Hochmittelalters”, dans Festschrift Karl Pivec, ed. Anton Haidacher et Hans Eberhard
Mayer, Innsbruck, 1966 (Innsbriicker Beitrdge zur Kultunvissenschaft, 12), p. 21-32.
Reimpr. dans Beitrdge sur Medidvisdk, t. I, p. 145-162.
6. L’enregistrement
L’enregistrement, e’est la copie systemalique et reguliere des actes par Linstitution
qui en est Lauteur. II s’agit d’une pratique peu repandue dans les premiers sieclesdu
Moyen Age, sauf a la chancellerie pontificale, qui, scion une antique tradition, enre-
gistrait les lettres des papes sur papyrus. II n’en restc plus que des epaves, ainsi que
des extraits, dans des collections canoniques par exemplc. En 1198 Innocent III reor-
ganisa cel enregistrement, otdonnant de Letablir sur du parchemin et veillant a ce que
sa conservation fut assuree. 11 crea ainsi une masse de documents considerable, estimee
a un million de documents pour les XIIIe-XVc siecles. La chancellerie royale fran<?atse
236
La genese des actes
. . dc tout temps, moins attentive a Lenregistrement. Philippe Auguste en Tut Г ini -
*j'eur, inais sans aucuiie pretention a Lexhaustivite et sans qu’il у eut de eontinuite.
niidra atlendre 1300 pour qu'un enregistrement “serieux'* (le mot est tie Ci. l essier)
pnitique. Le hut elait d'enregislrer tons les actes royaux, mais Ires vile on se limita
m\ actes a valour perpeluelle. peul-elre a la demandc du benelleiaire. Les actes a
\aleur pcrpctuelle pour L administration du royaume devaient etre enregistres par les
erandes Cours competentes (Parlement, Chambre des Comptes, etc.), donnant ainsi
naissance a la fameuse procedure de L “enregistrement”, qui leur permit ensuite d’emet-
tredcs reserves sur ces actes. Les memes Cours se chargerent naturellement de Lcnre-
nistrcment des actes administratifs, de procedure... qu’elles etablissaient au nom du
roi (et par le biais de notaires et secretaires du roi detaches de la chancellerie royale).
I'nfin, la chancellerie royale abandonna tres vite Lenregistrement des actes d’admi-
mstration courante envoyes aux agents du roi (baillis et senechaux), se reposant sur
cesderniers pour un enregistrement a Larrivee, tres cpisodiquement pratique.
En Angleterre, e’est Jean Sans Terre, sans doute stimulc par l’exemple d’Innocent
III, qui fait proceder a un enregistrement systematique sur des rouleaux (‘'rolls”), selon
la nature (“Patent rolls”, “Close rolls”, “Charter rolls”) ou le destinataire (“Gascon
rolls”, “Norman rolls”...). En Aragon, Lenregistrement commence en 1239. Le resul-
tat rassemble 6.300 registres (pour le seul Moyen Age) et sans doute un million d’actes.
и Michel Francois. “Note sur les lettres de remission transcrites dans les registres du
Trcsor des Chartes”, dans Bibliotheque de l 'Ecole des chartes, 103, 1942, p. 317-324.
Selon ses comptages, la serie JJ des Archives Nationals nc conserve plus que 244 regis¬
tres de 1303 (non debut mais reprise de Lenregistrement et archivage systematique) a 1568
(dernier versement de la chancellerie au Tresor des Chartes, la suite ayant ete detruite):
94.804 actes, dont 53.829 lettres de remission.
Georges Tessier, “L’enregistrement a la chancellerie royale frangaise”, dans Le
Cloven Age, 62, 1956, p. 39-62.
Rcmy Scheurer, “L’enregistrement a la chancellerie de France au cours du XVе
siecle", dans Bibliotheque de Г Ecole des chartes, 120, 1962, p. 104-129.
H. Bansa, "Zum Problem des Zusammenhangcs von Formular und Registereintrag.
Rcobachtungcn aus der Kanzlei Ludwigs des Bayerns”, dans Deutsches Archiv fiir
hrforschung des Mittelalters, 29, 1973. p. 529-550.
Sur Lenregistrement a la chancellerie pontificaie, voir la bibliographie donnee par
Raoul C. Van Cacnegem, Guide to the sources..., p. 81, n. 3 et Th. Frenz, I documenti
Witifici.... p. 52-59.
c- DEUX grandes chancelleries
Deux chancelleries meritent qu’on s’y attarde un peu plus longuemcnt, cellc des
Papes et cellc des rois de France. Elies ont connu un developpement beaucoup plus
lmPortant que les chancelleries princieres ou episcopales.
237
La genese des actes
1. La chancellerie pontificale
La chancellerie ponlificale connait plusieurs lypes d'claboration d’actes. Mais il
lain d’abord rappeler qu'clle instrumente le plus souvent en reponse a line demands
la supplique. Pour la plupart, ces suppliques soul adressees au pape par des clcrcsqm
lui demandent un benefice, une charge de cure, un canonical, une dispense..., ou pdf
des laics qui lui demandenl une dispense.
Le mode d'claboration le plus frequent est Vexpeditio per cancellariam. Les eta-
pcs essentielles de celle elaboration, au XVе siecle, sont les suivantes:
1° La supplique est presentee, ct approuvee (si elle ne l’est pas, Laffaire en resie
la) par le pape. par le re/endarius domesticus ou le vice-chancclier. A partir du XVе
siecle. il у a verification de Lexactitude des faits exposes dans la supplique paries
referendaires.
2° La date est apposee sur la supplique; il s’agit de la date a laquelle la supplique
a ete acccptee.
3° La supplique est enregistree.
4° L’acte est prepare: les abbreviatores redigent le texte, les scriptores le mettent
au net; les abbreviatores verifient la conformite du texte de l’acte avec celui de leur
brouillon et celui de la supplique; Lacte est encore verifie par le custos cancellariae,
pour verifier s'il n'v a pas de vices de formes, comme des ratures par exemple. La
date de Lacte est celle qui a etc portee sur la supplique.
5° L'acte est approuve par le chef de la chancellerie, bulle et enregistre.
b ’ 11 passe, sauf grace speciale, a L Audience des lettres contredites ou des tiers peu-
vent le lairc attaquer s'ils s'estiment loses.
Mais il у a d’autres modes d’expedition. Car Lexpedition per cancellariam impose
une procedure assez lourde. Aussi Lexpedition per cameram a-t-elle pour but de con-
tourner un obstacle trop frequent: les abbreviatores, ties sourcilleux quant au respect
des regies de la chancellerie, ont tendance a rejeter un peu vite les actes et a les faire
rccommencer. Quand cela parait abusif, ou quand Laffaire est pressante, le secre¬
taire transmet le dossier au pape qui, parfois, fait faire Lacte dans ses appartements
(per cameram), hors du controle de la chancellerie.
Pour les affaires judiciaires se developpc a partir de Jean XXII (1316-1334) Lexpe¬
dition per viam correctionis a partir d’une supplique signee ou d’un simple memo¬
randum. Ici, on evite les abbreviatores en faisant etablir le texte par le procurator el
en le faisant accepter directement par le chef de la chancellerie. Mais Lacte doit etre
lu au cours de Vaudientia publica.
Il у a enfin quelques modes d’expedition moins frequents. Per breve d’abord. Les
brefs sont, a Loriginc, des actes contenant la correspondance politique et administra¬
tive du pape. Ils ne repondent pas une demande, mais emanent de la volonte pontifi¬
cale. Leur grand avantage est d’etre plus informels, etablis plus rapidement que les
autres actes. Aussi, a partir de la moitie du XVе siecle, certains solliciteurs demande-
rent-ils un bref. Parfois, on inclut dans le bref le texte de la supplique (per breve, sup-
plicatione introclusa).
Lc motu proprio a connu la meme evolution. Lui aussi, commc son nom Lindique,
emanc de la propre volonte pontificale, nc repond pas a une demande. 11 connaitra 1^
238
La genese des actes
nicme derive que le bref, quand, a la fin du XVе siecle, il pourra etre obtcnu par des
Jemandeurs, qui obtienncnt cn fait qu’on taise Lexistence de leur supplique.
Toujours pour eviter la lourdeur et le cout de la procedure habituelle. un autre
Nvstcnie se met en place a la fin du Moyen Age. la supplique approuvce par sola si-
yuitum. l.c suppliant demandc an pape que la “scule signature" (par le pape on son
Jclegue) suflise. sans ctablissement do la let!re eorrespondante. La supplique est done
.ipprouvcc. enrcgislrce. et directemcnt retournee au suppliant. L'original de la sup-
pliquc fait loi el Гоп voil ainsi se reinimduiiv. mais ires controlee. la pratique de I'ela-
hlissemenl de l’acte par les soins du benefieiaire : ceci amene une presentation de plus
en plus soignee des suppliques, sur parchemin et avec des raffinements croissants dans
fecriture (un exemplc se trouve au document n° 27). Devant les risques potentiels
d une telle formulc (qui constitue en outre une faveur supplementaire du pape, epar-
gimnt les taxes de chancellerie), des limitations strictes furent apportees : Г interdic¬
tion de proceder ainsi pour des mesures qui puissent porter tort a un tiers (attribution
do benefice, etc.) ; Letablissement (comme la majorite dcs autres suppliques) par un
personnel specialise (“petitonnaire”. etc.), controle par la Curie, remplace en 1507
pour ccrtaines categories de “signatures” par un personnel issu de la chancellerie
[scriptores archivii). Thomas Frenz a pu calculcr que, de 1471 a 1527, Г administra¬
tion pontificalc aurait re<;u environ 900.000 suppliques, dont environ 10% approuvecs
sola signatura. Les plus grandes difficultes d’interpretation de ces actes, on va le voir,
resident dans leur formulairc, comme pour les autres suppliques. mais aussi dans leur
datation.
On voit done quelle place toute particuliere la supplique occupc dans la diploma¬
tique pontificate du bas Moyen Age. Aussi n'est-il pas inutile de revenir sur les pro-
blemes de conservation specifiqucs a cette institution. Les suppliques medievales ori-
ginales, on Га dit, sont conscrvees par exception ou par hasard. Les plus ancicnnes
suppliques ecrites adressees au pape ont pu etre retournees, une fois approuvees, avec
l'acte en decoulant. Mais a partir du moment ou se met en place a la Curie un circuit
plus ferme et plus lourd (fin XlIIe-debut XIVе siecle), les suppliques approuvees,
niunies de Lapostille du pape ou d’un dclegue, sont detruites apres etablissement
dcs lettres correspondantes, et, pour la plupart d'entre elles, enregistrees. Les rares
specimens parvenus jusqu'a nous constituent done des exceptions : originaux
approuves conserves dans les papiers d’un curialiste (et retrouves parfois en lam beaux
dans une reliure); suppliques sans traces d’approbation conservecs dans les archives
du demandeur (il peut alors s’agir d’un projet, d’une minute ou d’une copie de la sup¬
plique envoyec a Rome : parfois meme d'un original envoye a Rome, non approuve
retourne a Lcxpediteur).
La lenteur de la procedure, le grand nombre de personnes impliquees, font qu'a
certains moments il est necessaire de noter, sur l'acte meme, quelques indications
destinees a renseigner le degre suivant du processus. Voici quelques exemples tires
du document n° 14 (bulle de Clement IV, en 1267). 11s illustrent les dernieres etapes
d’une genese complcxe.
- La mention R. VII (en haut a droite), qui comprcnd peut-ctre deux elements dis-
l|ucts, lettre et chiffre, n'est pas comprise dcs specialistes; il ne semble pas pouvoir
2M)
La genese des actes
s’agir de la mention d’enregistrement, portee au verso de la lettre, d’un grand Rcani
tal. P*
- Sur le repli. la men!ion RJL Jar. I ei suuim csl le fait du responsable de la rcpar
lition du travail a la ehancellerie (dit distributor): il donne un ordre. a Pimpcratirc*
avec une apostrophe an vocatif: Recipe, Reniarde Jacobi, / et statim: autremeni du
le seriptor Bernardus Jacobi (cluinoine tie Mende, seriptor de la ehancellerie pontitV
cale attestc en 1267: Gcrd Friedrich Niiske. “Unlersuehungen iiber das Personally
papstliehen Kanzlei. 1254-1304". dans Archiv fiir Diplomatik. t. 20. 1974, p. 39-240
a la p. 176) recoil la lettre deja ctablic (le document reproduit ici) et, en memo temp.,
Fordre d'en ctablir une autre expedition... sans tarder.
- La тёте main, sans doute, a ajoute, au bord superieur droit du parchemin, une
mention ensuite biffee: Non obstat quod est cum fdo,jiat cum serico. Comme on Га
dit dans le commentaire de Facte, certaines caracteristiques dc la presentation laissent
attendre un bullement sur fils de soie, mais la bulle a ete attachee par un fil de chan-
vre: le bureau de bulle a commis une erreur. Par cette mention, on indique, a Bernardus
Jacobi ou au bureau de la bulle, que la lettre, mal bullee, pourra etre neanmoins
envoyee au roi de France mais que la nouvelle expedition, dressee par Bernardus,
devra bien etre bullee sur lacs de soie. De fait, le Trcsor des chartes des rois de France
nous a conserve deux autres expeditions de la lettre, correctcment bullees sur fils de
soie:
• Tune (Arch, nat., J 452A, n° 25 quater), sans doute celle qu’a etablie Bernardus
Jacobi et sur laquelle une mention hors teneur demande une nouvelle expedition a
un autre seriptor: R. Jac. Mut. et statim remittas mihi (e'est le seriptor Giacomo de
Modcne, atteste de 1256 a 1280: G.F. Niiske. “Untcrsuchungcn fiber das Personal...",
t. 21, 1975, p. 249-431, aux p. 256-257);
• l’autre (ibidem, n° 25bis), sans nouvelle mention et qui doit resulter de I’ordre
precedent.
On a ainsi une double illustration, des possibilites d’erreur dans le travail d’une
ehancellerie complexe et active, et des procedures d’expedition d’originaux multiples
(on peut supposer que le roi de France a besoin de plusicurs excmplaires, tous en
forme authentique: un pour ses archives, d’autres a remettre aux collecteurs qui se
rendront sur place).
Ajoutons pour finir que {’expedition originale, pourvue en ehancellerie de mentions
hors teneur, s’enrichit ulterieurement, chez le destinataire. dc signes de lecture qui
n'ont plus rien a voir avec la genese de Facte: la croix, d‘age incertain, qui figure en
marge a hauteur des lignes 9-10; les soulignements (au crayon rouge) qui doivent etre
le fait d’un archiviste du XIXе sieclc (par exemple sous les deux derniers mots de la
1. 8).
2. La ehancellerie royale frangaise
La ehancellerie royale frangaise recevait cgalement des suppliques, mais ne les enre-
gistrait pas. Les actes royaux sont ctablis par les notaircs-secretaires du roi, au nom-
bre de quelqucs dizaincs a parlir du XIVе sieclc. I Is sont membres du coips des “clercs,
notaires et secretaires du roi”. Parmi eux, les notaires sont charges des affaires cou-
rantes, cependant que les secretaires (ifcclercs du secret”) sont affectes plus directe-
240
La genese des actes
nienl au service du roi. A la difference de la chancellerie pontificalc, le travail est ici
plus honiogcne. chaque acte etant elabore apparemment par un scul notaire, qui reu-
nit les donnees necessaires, redige la minute et met facte au net (il pouvail aussi con-
ficr la mise au net a un do scs commis). Les lettres sont alors transmises a faudien-
cer, qui les presente au chancelicr lors de Laudience du sceau. L'acle est scelle aprcs
avoir revu 1‘approbation du chancelier.
Dans cettc procedure, un element a laisse des traces nombreuses: des la fin du XIIIе
чёс1е. les notaires prennenl fhabitude - ce devint une obligation en 1321 - d'indi-
queren bas dc I'acle original, hors leneur, le nom de la personne ou du service qui
ait donne fordre de redaction. Voyons le document n° 7: Par le ray, monsieur le
due tie Bourgogne et autres presens, ce qui signifie que Lord re d'etablir d'acle a etc
doime par le roi. en presence du due de Bourgogne et d'autres personnes. Le docu¬
ment n° 9 dit: Par le ray, a la relacion de monseigneur le due de Berry, de vous [le
chancelier]. du chancelier dudii monseigneur [de Berry], du conte de Sancerre et de
plusieurs autres. Parfois, cette mention fait reference a un premier original refuse par
le chancelier pour une raison non precisee, mais qui peut etre de fond ou de forme
(voir le document n° 11: Autrefoiz ainsi signe: ”Par monseigneur le due, l eauce "
et rcscripte selon la correction du conseih il s'agit ici d’un acte du du due de Berry,
oncle du roi, et pas du roi lui-meme, mais on a vu que cet acte etait cxtrememcnl pro-
che des actes royaux). Sous cette mention, le notaire signe (document n° 7: P.
Munhac). L’indieation presque systematique dc la mention de commandemcnt et la
signature du notaire cl secretaire du roi sont aujourd’hui dc puissants moyens d'inves-
tigation prosopographique et d'histoire du pouvoir. illustre en particulier par les etu¬
des deja citees de Robert-Henri Bautier. A fepoque. ils constituent tout a la fois un
moyen de luttcr contrc les faux, de remonter la filierc administrative en cas de pro-
hlcme (par exemple si le chancelier veut s‘informer de Lorigine de la decision, ou
fa ire recrire Г acte). et de comptabiliser les gages d us a chacun des notaires.
Meme si cette procedure est sensiblement moins lourde que celle de la chancelle¬
rie pontificalc. il s'averait parfois necessaire. pour le roi, dc la contourner. Pour ce
faire. le roi disposait, depuis Philippe le Bel au moins, d'un sceau du secret, e’est-a-
dired’un sceau dc petite taille, garde par le chambellan et utilise principalement pour
sceller des lettres non soumiscs au controle du chancelier. Ce sceau etait appose sur
plusieurs types de documents etablis par les secretaires, essentiellemenl les lettres clo¬
ses. petites fcuilles de parchemin (de papier a partir de diaries VII) pliees et scel-
Ices de telle maniere qu'il fallait briser le sceau pour ouvrir la Icltre. A la chancelle¬
rie rovalc fram;aise. ccs documents servaient essentiellemenl a la correspondance
administratixe et politique. Le sceau du secret etait appose egalement (mais sur simple
queue de parchemin) sur les lettres missives. Ccllcs-ci ctaient soit des lettres privees.
wit des lettres a earactere administralif: elles etaient ecrites par des secretaires oeca-
stonnels ou par des secretaires du roi detaches a cel office. Le roi les dietait souvent.
en ccrivaii meme parfois en personne. Enfm. le sceau du secret etait parfois plaque
sur des lettres dites de sceau plaque, et qui appartenaient essenliellement au domaine
comptable et financier.
241
La genese des actes
D. LES NOTAIRES PUBLICS
Les methodes de travail des redacteurs d’actes prives du haut Moyen Age sont tres
mal connucs. Quelques originaux d’actes montrent encore des memoranda, notes bre¬
ves ou etaient consignees, avant redaction dc l'acte en forme, le type d’action, le nom
des parties, la description du bien ou de la transaction. Souvent ecrite a la hate (par*
fois en notes tironiennes) dans une marge, cette partie etait ensuite coupee. Elle pou-
vait aussi figurer au verso du parchemin, ou, plus commodement, au verso d’un
deuxieme parchemin, dont le verso etait ensuite employe pour un autre acte (rogatio
bolonaise). L’original aujourd’hui conserve peul ainsi fournir, au verso, Г analyse d’un
second acte dont l'original a beaucoup de chance de s’etre perdu. Le passage a un
recueil de notes breves s’opere au moment ou le “notariat” devient une institution
publiquc. Une forte charge d'authenticite se deplace done vers le recueil de “notes”
conserve par lc notaire puis son successeur: il est a l’origine des minutiers notariaux.
Les premiers cxemples connus (sous le nom de “cartulaires”) remontent en Italiea
la seconde moitie du XIIе siecle.
Le notariat public proprement dit apparait dans la seconde moitie du Moyen Age.
Ici, les deux elements de redaction et de mise au net sont indissociables. Cela jus-
tifie qu’on examine d’une manierc distincte ces personnages. Les notaires sont des
professionnels de Г instrumentation. Mais il faut bien voir leurs conditions de tra¬
vail. Certains, fort heureux, travaillaicnt en collaboration avec une institution impor-
tante, une abbaye, un evechc, un prince, une ville, ou jouissaient d'une important
clientele. Mais beaucoup guettaient le client dans la rue, au marche..., ou on leur
demandait de noter immediatement une action juridique en train de se faire; ou bien
ils se rendaient chez les disposants. De surcroit, beaucoup cumulaicnt les investi¬
tures (apostolique et royale, par exemple), ou travaillaient aussi pour des cours de
justice. Bref, ils travaillaient souvent hors de chez eux, loin done des formulaires
et dc tout leur materiel, sujets aux hesitations, aux contre-ordres et aux desaccords
des parties. De sorte que les actes connaissaient une genese un peu longue, souvent
inachevee. Le notaire redigeait d'abord un “brouillard”, en presence des acteurs et
des temoins. C’etait un textc qui ne reprenait que 1’essentiel (noms, type d’action
juridique, incipit des clauses annexes), ecrit a la va-vite, d’une ecriture tres negligee,
au milieu d'abreviations en grand nombre. Ces "brouillards” etaient ecrits sur des
feuilies volantes ou dans un registre special, portatif, aujourd’hui le plus souvent
perdu. Rentre chez lui, Ic notaire passait tres vite a [’elaboration de la “minute”.
Celle-ci n’etait pas forcement beaucoup plus longue que le brouillard (d'ou son autre
nom de “breve”, ou “note breve”): elle indiquait, a la difference du brouillard, les
clauses annexes, mais en les abregeant considerablement. Elle ne comprenait par-
fois pas de protocole. Mais elle veillait a ce que Taction juridique fut relatee de
maniere complete et claire. Surtout, elle etait ecrite plus soigneusement. Car c’etait
elle, la minute, qui ferait foi, ayant en principe (et parfois dans les faits: il n’y avait
pas toujours de brouillard) cte claboree en presence des temoins (voir document
n° 30).
Dans beaucoup de cas, Taffaire s’arrctait ici. Car, puisque le notaire etait tenu
dc conservcr les minutes, pourquoi les parties auraicnt-elles du faire la depense inu¬
tile d’une expedition au net, si elles s’entendaienl bien? En cas de litige au con-
traire, ou simplement de mefiance profonde, cette expedition au net devenait neces-
242
La genese des actes
s4iirc\ Le notaire etahlissait alors I'instrument lui-meme, appele la “grosse" (expe¬
dition, nnmdum): le texte etait redige au complet. avee le devcloppement entier de
nuitcs les iormules possibles, il etait eerit d'une belle ccriture, signe du seing nota-
r,;i| C'c travail etait prepare par ('elaboration d’une ctendue (ou ordonnee), dans
laijuelle le texte etait clabore avee la plupart des clauses, sinon toutes, de maniere
л olTrir an notaire on a son scribe un guide sur pour Letublissement de la grosse.
Mais certaines clauses, surtout celles qui llguraienl dans le fornuilaire donl usait le
notaire, et qui seraient done lacilenient retrouvees, pouvaient etre omises ou
abregees (dies etaient parfois signalces par la mention ur in forma, comme dans
le formulairc). On trouve, au document n° 31, un exemplc d'ordonnee. II s*agit a
vrai dire d’un cas un peu special. Le texte du manuscrit parle bien d'ordonnee (voir
reproduction): Secimdus quafernus no/arum brevium c.xtensarum per me, Perrinum
dc Blengeriis, clericum Papiensis diocesis, publicum imperial! a uc fori fate not a-
riuin, de anno a Nativifate Domini M CCCC XI'Il. Mais ici, on relevc dans I’acte
deux oublis ensuite repares (сГ. notes critiques a et c), el surtout plusicurs repentirs
au 111 de la plume (rayes, ils sont sums, el non surmonles, d'une nouvellc ver¬
sion: сГ notes critiques: b, d, f-j). II est done vraisemblable que. sachant qu'unc
expedition serait suremenl demundee par le client, le notaire s’est epargne la peine
d’etablir line minute “breve" inlermediaire: cas de plus en plus frequent au 111 des
deeennies, et qui complique la taclie de Lhistorien et de I’arehiviste, puisque les
registres d’etendues ne conservent pas settlement une selection de breves (cedes
dont une expedition a ete demandee) mais encore des minutes qui ne se retrouvent
pas au registre des breves.
Pour rediger ses actes, le notaire disposait de Ibrniulaires, qui lui permettaient de
reprendre des modeles surs. A noter que ces formula ires etaient en general person¬
nels, constitues done petit a petit par Г experience. Ou hcrites d'un pere notaire. Proches
de ces formulaires etaient les artes notariae, plus didaeliques, paree que pourvues
d’une introduction sur le metier de notaire. Elies possedaient en deuxieme panic un
formulaire. La plus celebre est la Summa de Rolandino Passegieri, dite “Somme
rolandinc", utilisee et imprimee jusqu'au XVIIе siecle.
Sur le notariat: voir chapitre 4.
Un modele de reflexion (rabattant l’optimisme credule): Louis Stouff, “Les regis¬
tres de notaires d’Arles (debut XIVе siecle - 1460): quelques problemes poses par
•’utilisation des archives notariales", dans Provence historique, 25, 1975 (Melanges
•L nilard), p. 305-324.
Pour le second quart du XVе siecle. estime qu’il у a 60% de registres perdus, 40% de
registres conserves (moitie de proiocolcs de breves, moitie d'extensoirs qui ne reprennent
en moyenne que le cinquieme tie Pensemble des breves), en bref pas plus de 25% des actes
conserves. Belle demonstration sur la pretendue “evolution de la spiritualite” (d'apres les
testaments), qui pent n’eire que le relict de la conservation chaotique.
Un probleme connexe: le milieu des notaires qui vont former des chancelleries
urbaines au service des communes les plus independantes. Le cas de Florence est le
plus illustre, ou le milieu est un foyer d’humanisme.
243
La genese des actes
cv*- Les origines de la "chancellerie” communnlc d'Asli (dont la malrice est la chan¬
cel lerie episcopate) out etc scrutees dans une monographic exemplaire: Gian Giacomo
Eissore. Autonomici notarile e organizzazione cuncelleresca ntd commune di Asti, t
modi c le forme deU'intervenlo. Spolete: Centro ilaliano di studi sull'Alto Mcdioevo
1977. X11-227 p. {Bibliotheca degli Studi Mcdicvali. 9).
An nord des Alpes, un exemplc des imp rares etudes de diplomatique urbaine: Karl*
Heinrich Rexrolh, Die Entstehung dcr stadtischen Kanzlei in Konstanz, Constance.
I960, I 16 p. {Konstunzer Geschichts- und Rechtsquellen, 12), et dans Archivfur
L'rkundcnforschung, 5/6 1959, I960, p. 202-307.
C’ost en 1255 que Гоп irouve le premier aeie tlonne par le Const'll de la Ville. Le sui-
vant dale de 1282, ei inaugure une belle scrie. II у a alors un scribe de la ville, qui esl un
laic, marie, qui a fait des eludes et enseigne cgalemcnl. II u'est pas le seal scribe, mais
presque. An XVе siecle, le scribe communal esl le plus souvenl un nolaire. Ilanqu6 de scri¬
bes specialises (scribe judiciaire, scribe hospitalier...). L.ntrelemps, аих XIVе et XVе sie-
cles. la chanccllerie urbaine avait fort baisse, avec un personnel incapable. Mais on ignore
tout des modalites d’elaboration des actes. Voir aussi Peter Meisel, Die Verfassung unci
Verwciltung dev Stadt Konstanz im 16. Jhdt, Constance, 1957, 194 p. (Konstanzer
Geschichts- und Rechtsquellen, 8).
E. LA FORMATION DES REDACTEURS ET DES SCRIBES
On Laura constate, l’elaboration des actes devint, aux XIIIe-XlVc siecles, une proce¬
dure ties lourde, d’autant plus lourdc que la chancellerie etait plus importante. Quelque
chose, aussi, qui requerait Г intervention de professionnels. Comment ceux-ci etaient-
ils formes? Cela n'est pas facile a eclaircir, car il s’agit de personnes sur lesquelles
nous savons pen de choses. II laid dislinguer cependant la formation juridique et la
formation calligrnphiquc. Dans les grandcs chancelleries du reste, redacteurs et scri¬
bes different. Pour la formation juridique, il serait illusoire de croire a une formation
universitaire pour chaque redacteur d’acte, sauf pour les nntaires du slid de LEurope
(encore Lheredite des charges gena-t-elle Lapplication de cette exigence). Dans le
nord, cl le existe (on commit, des 1 170. le eas de Gautier de Chat i I Ion, engage a la
chancellerie arehiepiscopale remoise apres des eludes a Bologne). Mais la plupart,
surtoul chc/ les notaires et dans les echevinages, acquiercnt leur formation sur le
terrain. Quant a la formation calligraphique, ellc aussi peut se faire durant un stage.
Mais ellc peut aussi etre effectuee nupres de professionnels de la calligraphic, dont
nous avons conserve des publiciles.
Reste un dernier point: le prix. Car les actes medievaux n’etaient pas gratuits. 11 ne
peut etre question ici de dresser un tableau complet de prix multiples et variables,
mais il faut au moins mentionner le probleme. En France, sous Charles V. une lettre
sur simple queue est taxee 6 sous parisis, une lettre sur double queue 55 sous, une
charte 60 sous (auxquels peut encore s’ajouter une taxe d’enregistrement d’une livre;
le tout revient done a 4 livres). Les tarifs sont modules, les destinataires champe-
nois, les Juifs faisant les fra is d’une fiscalite detournee. Un Juif de Champagne doit
payer 42 livres pour obtenir une charte! La Iourdeur de ces tarifs (R.-H. Bautier a pu
calculcr que sous Philippe VI une charte pour la Champagne, taxee a 10 livres П
sous, coute cinq mois du salaire rnoyen d’un ma^on) est commune a toutes les chan-
244
La genese cies actes
celleries soitveraines, le Sceau”, la “BuIIe" (on parle en Angleterre du “Hanap”, du
now du iccipient ou le chancelier faisait a Torigine verser les taxes) est une section
jmportante des comptabilites princieres.
La gcnese des actes — document 21
2-16
La genese des actes - document 27
27. Supplique approuvee en Cour de Rome par “sola signatura” (1500)
Concession d'une indulgence a l'abbaye dc Saint-Antoinc de Viennois.
A Original, parchemin, 325 x 215 mm, Lyon, Arch. dep. Rhone. 49 H 4.
Beatissimf paier, ut animarum saluti devtorum a) * oratorum vestrorum reli-
giosorurn fratrum canonicorum [2] monasterii Sancti Antonii de Sancto Antonio,
ordinis sancti Augustini, Viennensis diocesis, non claustralium seu non convcn-
tualium in eodem monas-[3]-terio ad presens dumtaxat ratione divini servitii b) 1
degentium. salubrius consulatur, supplicant humiliter Sanctitati vestre prefati ora-
tores quatenus eos specialibus favoribus ct [4] graciis prosequentes, cis et eorum
cuilibet, ut vere penitentes et confessi, hoc anno jubilci durante, ambas ecclesias
dicti monasterii et majora [5] altaria ipsarum ecclcsiarum quatuor diebus con- |
tinuis vel interpellatis c) devote visitando et ante ipsa majora altaria septics ora-
tionem dominicam [6] et totiens salutationem angelicam devote dicendo, ipsam
plenissimam anni jubilei indulgentiam conscquantur, quam consequerentur si [7]
quatuor basilicas sive ccclesias Urbis et extra earn ad id deputatas personaliter
visitarent; et nichilominus prefatis oratoribus et [8] corum cuilibet, ut confessor
idoneus presbiter quem quilibet ipsorum duxerit eligendum ipsos et eorum quern-
libet a quibusvis cxcommunicationis. suspensionis ct interdicti [9] aliisque cccle-
siasticis sententiis. censuris ct penis a jure vcl ab homine quavis occasione vel
causa latis ct promulgatis, etiam si in vim judicali late [10] fuissent. ad cffectum
tamen consequendi dictum jubileum dumtaxat, ac votorum quorumcumque jura-
mentorumque et ecclcsie mandatorum transgressionibus ac [11] penitenciarum
injunclarum obmissionibus omnibusque aliis et singulis suis peccatis. criminibus,
excessibus et delictis quantumcumquc gravibus [12] ct enormibus. de quibus corde
contriti et ore confessi fuerint, hoc anno jubilei ct eo durante absolvcre et pro
commissis penitentiam salu-[ 13]-tarem injungere possit ct valeat concedere et
indulgcre misericorditer dignemini de gratia spcciali, non obstantibus constitu-
tionibus et ordinationibus apostolicis [14] cctcrisque contrariis quibuscumque.
[16] Et de indulto ct concessione predictis [17] ct cum facilitate eligendi con-
fessorem qui absolvat ut [18] prefertur et prout penitentiarii basilicc principis
apostolorum absolvunt, ad effectum dictum jubileum consequendi d) [19] el quod
presentis supplicationis sola signatura sufficiat.
[Л droite :] Concessum ut petitur, in presentia domini nostri pape. A. cardina¬
ls Sancte Praxedis. |
i
[21] Datum Rome, apud Sanctum Pctrum. quintodecimo kalendas decembris.
anno nono.
a) Sic A. pour devotorum- b) ratione divini servitii ajoute d la Jin du corps de la sup¬
plique. figne 15. d'une autre main, avec un signe de renvoi pour l 'inserer apres dumtaxat.
c )SicA. c/u 'il faut sans doute comprendre intervallalis on expression equivalenfe- d) ad
cffectum ... consequendi ajoute en fin de paragraphe. ligne 20. avec un signe de renvoi,
de ici тете main que i 'ajout signa/ё en note h.
247
La genese des actes - document 27
Comprehension du texte. Le fonds d'archives ou esi conserve I'original, mau
aussi les precisions donnees dans Ie texte (I. 1-3), permctlcnt de voir dans les sup.
pliants les chanoines reguliers, suivant la regie de saint Augustin, qui vivent a I'abbau1
dediee a saint Antoine, de Saint-Antoine de Viennois. chef d’ordre, cclcbre pour son
activite hospitaliere. Ils demandent une grace au pape (“ires saint pore". I. 1): durant
le jubile, obtenir la meme indulgence en restant stir place que s’ils s'etaient rendus,,
Rome; et pour ce faire, remplacer la visite des quaire basiliques majcures de la Vj||c
eternelle (1. 7) par une visite aux maitres-autcls des deux eglises de leur monastery,
quatre jours (se suivant ou non), en у disanl, a chaque reprise, sept Ibis У ova Ho dom\
nica (la priere du Seigneur = le Notre Pere), et sept fois la salutatio angelica (le salut
de l’ange = 1’Ave Maria: 1. 5-6). La scconde faveur regarde la possibilite de choisir
des confesseurs qui puissent aussi bien absoudre que les penitentiers de la basilique
du prince des apotres (= Saint-Pierre de Rome, 1. 18): Texpression est ici longue et
compliquee (1. 8-12); elle est bien sur faite d’un long formulaire, aussi precis que pos¬
sible, qui ne veut pas dire que les religieux aient, sur l’instant, besoin de se faire
absoudre de toutes les turpitudes et sanctions enumerees! Comme dans tous les actes
pontificaux, la langue est choisie; la construction, lourde, plaque de multiples deve-
loppements et incises sur un squelette grammatical rigide: supplicant oratores quate-
nus (1. 3): 1° indulgentiam consequantur (1. 6); 2° concedere et indulgere dignemini
(1. 13) oratoribus (1. 7) ut confessor... ipsos... (1. 8) absolverepossit et valeat (1. 12)
a quibusvis... (1. 8) sententiis... (1. 9) ...ac votorum... transgressionibus ас (1. 10)
...peccatis (1. 11). Un bon exercicc de construction grammaticale!
Datation. La supplique n’est jamais datee; la date n’est apposee qu’au moment de
Г approbation (et e’est aussi cette date qui sera reprise, la encore apres un intervalle
plus ou moins long, au bas de la lettre pontificale: on devtne les problemes d’interpre-
tation historique qui peuvent parfois en decouler). La “sola signatura” reprend le prin-
cipe, mais 1’aggrave pour l’historien, car nous ne disposons plus que de la date finale
(jour et annee d’un pontificat non precise) et de l’initiale de celui qui a approuve la
supplique. Notre document a ete approuve par un cardinal[-pretre du titre] de Santa
Prassede, dont le nom commence par A. Seul, en l’absence de documents comple-
mentaires, un croisement de donnees permet de proposer une date: l’ecriture (une
humanistique qui oriente vers les XV°-XVIe siecles), les donnees historiques du docu¬
ment (un Jubile romain qui, outre les jubiles extraordinaires, a desormais une perio-
dicite de 25 ans) et les dates d’exercice de 1’approbateur. D’apres les listes de cardi-
naux, toutes ces donnees se croisent sur la personne du cardinal Antoniotto Pallavicini,
cree le 9 mars 1489, transfere au siege episcopal de Tusculum le 10 avril 1503, et
dont on sait par ailleurs qu’il a ete dataire et referendaire du pape Alexandre VI. П ne
peut done s’agir ici que du Jubile de 1500, cc que confirme la datation par l’annee du
pontificat: Alexandre VI ayant ete intronise le 26 aout 1492, la supplique est approuvee
le 17 novembre 1500.
Reflets de la genese. On distingue bien le corps du texte (le corpus) et la
demande supplemental sur un petit alinea (clausulae). A la Curie, des places tout
aussi fixes sont assignees aux nouveaux elements (approbation et datation). La dis¬
position est traditionnelle mais la procedure de “sola signatura” suppose un soin par-
ticulier: on est encore loin de certains raffinements, mais on utilise un beau morceau
de parchemin, avec le souci evident d'une mise en page agreable a 1’ocil (voir aussi
La genese des actes - document 27
I'apostrophc “Beatissime Pater"). On a releve plus haul la part de la tradition cl du
lornuilairc stereotype dans la redaction. Vestige de Pepoquc ou la supplique etail pre-
4.*ntce oralemenl, le texte est eongu comme unc demande verbale declamec, avee apos¬
trophe. par des oratores (I. 3: le mot ne veut plus dire que “suppliants"); mais il ne
taut pas negliger des traces humanistiques (ecriture, Urhs pour designer Rome, I. 7),
de nouvcaiix usages abreviatifs (mir pour misericorditer. I. 13), ni deux negligences
<cf. notes a et c).
Lesetapes succcssives de la genese sont bien representees par les differences d'ccri-
turc. Quatre mains succcssives interviennent en effet; les deux premieres sur la sup¬
plique: le redacleur. puis un correctcur (avant expedition: cf. notes b et d); les deux
autres a la C'urie romaine: Papprobateur de la supplique dont la seule souscriplion
(sola signatura) suffit, par la mention de son approbation, a transformer la suppli¬
que en titre aulhentique et qui relie son apostille a la clausule commc au corps de la
supplique; le “dateur” qui appose la date (e'est la, on le sait, Porigine du mot
••Daterie"). Chacune des formulas est stcreolypee; la mention concessum in presen-
tia... pope indique que la supplique est (fictivement) approuvee en presence du pape,
parun delegue (dit referendaire): le Jiat est reserve au pape, le concession seul au vicc-
chancelier.
N.B.: on a cherche, en vain, Penregistrement du document dans les registres de sup-
pliqucs conserves a PArchivio segrcto vaticano. Une telle recherche est delicate, car
renregistrement ne sc fait pas dans Pordre chronologique strict des dates d’approba-
tion (cn outre le registre du 3 au 21 novembre 1500 est perdu et Pon n'a depouille
que les enregistrements du 21 novembre au 4 dcccmbre: a noter au Reg. suppl. 1113,
fol. I04v. une indulgence analogue a un marchand napolilain qui n'ose venir a Rome
de peur d’y rencontrer ses creanciers romains).
Bibliographie complementaire. Thomas Frenz, Die Kanzlei der Papste der
Hochrenaissance (1471-1527), Tubingen: Max Niemeyer, 1986, 562 p. (Bibliothek
des Deutschen historischen Instituts in Rom, 63).
249
La genese des actes — document 28
250
La genese des actes - document 28
28. Deux etapes de la redaction d’un acte royal frangais (1290)
Acte precisant les conditions imposees aux bourgeois du roi a Nonette.
28a. Premiere version
a.Version preparatoire, parchemin, 190/195 x 150 mm, Paris, Arch, nat., J 1046, n°
3bis.
a Hippolyte-Ferreol Riviere, Histoire des institutions de Г Auvergne, Paris, 1874,
i II, p. 337, n° XIX.
Les additions porlees en interligne sont signalees par les parentheses brisees <...>. les mots
rayes sont entre parentheses (...).
Phelippe, par la grace de Dieu rois de France, a touz ceuls qui ces presentes '
lettres veiTont et orront, [2] salut. Sachent tuit que nous voulons et ottroions par .
nous et pour touz noz successeeurs que tuit [3] cil qui sont et qui seront bourgois
de nostre chastel de Nonete <ou des apartenances>, qu’il soient tenut de fere les |
[4] choses qui s’ensuient. Premierement, que chescuns desdiz bourgois soit tenuz
d’avoir maison [5] oudit chastel ou es apartenances; <en> laquele maison nous
et noz sucesseeurs puissiens prendre VI deniers [6] de rente chescun an a touz
jourz mais. Et voulons que il soit tenuz de fere residence oudit chas-[7]-tel ou
es apartenances au comencement de sa bourgoisie I an et I jour tant solement.
Et s’il [8] avenoit qu’il eust a fere en marcheandise ou en autres besoignes dedenz
I’an et le jour desus dit [9], nous voulons que sa mesniee face residence pour lui
et^ qui autant li vaille comme sc il Favoit faitc [ 101 en sa prope persone cl aussi
bien soit tenuz pour noire bourgois. Et voulons (encore) qu’il soit tenuz 11 1] de
vcnir oudit lieu ehaseun an as 1111 fesles. c’csl asavoir au Noel, a Pasques, a
PeiUeeouste et a la [12| Toussains. Et voulons encores <auvcc tout ce> qu’il soient |
tenuz de paier les autres choscs qui sont acoustumecs f I3| a paier oudit chastel.
e est asavoir guiet et manovre. (Et aeomplies les choses dcssus diles) <1/1 ce fait i
9U1 est dessus dit> [14] par les bourgois desus diz, nous leur donons et ottroions !
les coustumes et les franchises dudit [15] chastel, ensemble о Unites les coustu-
ntes el les franchises que nous et nostre devancier avomes [16] ottroiees a la villc |
de Lorriz en Ciastinois. El (assovics Ic) ce let qui est desus dit. nous melons euls
117] el chescun de euls et touz leur biens et de chescun de euls en nostre garde
el cn nostre protection [18] et deffense. Ce flit fet et done a Paris, en Fan de grace |
Nil CC Illlxx et X, ou mois de juing.
K|'M.\kqu-s st к I л primilki version. leuille volatile tic parchemin. avec ratures
^additions, le document n’est pas scelle ni prepare pour Fetre: il ne s’agit done ni
d tin original, ni d’un original non scelle. II participc du brouillon (corrections suc-
^ssives) et de la minute (texte integralemenl developpe. pret a etre transcrit). On ne
s‘ttit'aii en dire plus avanl d’a\oir examine le texte suivant.
La genese des actes - document 28
252
La genese des actes - document 28
28b. Seconde version
A Original, parchemin, 205 x 195 mm (queue 40 mm), jadis scelle sur simple queue,
Paris, Arch. nat. J 1046, n° 3.
a. Maurice Prou, Les coutiimes de Lotris et leur propagation аых XIIе et XIIIе sie-
cles, Paris, 1884, p. 165-166, n° XXI.
PHilippe, par la grace de Dieu roy de France, a touz ceus qui verront ces pre- l
scutes leitres, salut. Sachent tuit que [2] nous voulons et otroions pour nous et
pour touz noz successeurs que tuit cil qui sont et qui seront [3] bourgois de nostre i
chastel de Nonneite et des apartenances, qu’il soient tenuz de faire les choses qui
s’ensuient. [4] Premierement, que chascun bourgois dudit lieu ou des apartenan¬
ces soit tenuz d’avoir maison oudit chastel ou [5] es apartenances; en laquele
maison nous et noz successeurs puissons prandre sis deniers de rente chascun [6]
an a touz jours mes. Et voulons que chascun desdiz bourgois soit tenuz de faire ,
residence au commancement [7] de sa bourgoisie oudit chastel ou es apartenan¬
ces un an et un jour tant seulement. Et se il avenoit que [8] il eust a faire en
marcheandises ou en autres besongnes dedans Pan et le jour desus diz, nous vou- I
Ions que [9] sa mesniee face residence pour lui audit lieu Pan et le jour desus diz
et que autant li vaille comme se il a) [10] avoit faite la residence en sa propre
personne et ausi bien soit tenuz pour nostre bourgois. Et voulons [11] encores
que il soit tenuz chascun an de faire residence oudit lieu ou es apartenances par
lui ou par aucun de sa [12] mesniee de la Touz Sains jusques a la Chandeleur. I
Et qu’il soit tenuz avec tout ce de paier les autres choses [13] qui sont acoustu-
mees de paier audit chastel, c’est asavoir guet et maneuvre. Et ce fait qui est desus i
[14] dit, nous li donnons, otroions et confcrmons les coustumes et les franchises
de la bourgoisie dudit chastel [15] de Nonneite, ensamble ou toutes les coustu¬
mes et les franchises que nous ou noz devanciers avons otroi-[16]-ees a la ville ,
de Lorrez en Gatinaz. Et assouvies les choses desus dites par les bourgois desus
diz, nous me-[17]-tons eus et chascun d’eus et touz leur biens et de chascun d'eus
en nostre garde et en nostre protection [18] et deffensse. Ce fut fait en Pan de
grace, le jeudi empres la Saint Jehan Baptiste, mil CC quatre vinz et dis.
a) Suit un 1 barre. A
Remarques sur la seconde version. Plus solennel (mise en page plus regulicre:
“N” capitale de “Nous”, 1. 5, 8, 14, 16), le document a ete prepare pour le scelle-
ment (une simple queue et, en-dessous, une mince languette servant a Pexpedition du
lout). On peut apercevoir la trace du sccau (a Pepoque de Maurice Prou, loc. c7/., il
susbsitait encore quelques fragments de cire “jaune”). Le nouvel etat du texte se pre¬
sente done avec tous les caracteres de Poriginalite.
Comprehension du texte. Acquise par le roi en 1169, la place de Nonette (Puy-
de-Dome, cant. Saint-Germain-Lembron) est devenue un point fort de Pavancee cape-
henne vers le sud. Pour accelcrer son peuplement, le roi Philippe Auguste lui concede
en 1188 les franchises prevucs dans les chartes accordees a Lorris-en-Gatinais par
253
La genese des actes - document 28
Louis VI ct Louis VII et etendues a de nombrcuses autres localitcs du domaine roval
le texte en esl si bien connu de tous qu’en 1188 comme en 1290, on se contentcd’v
rcnvoyer. Tout au long du XIIIе siecle, ces avanluges, qui font beneficier dc la qualitc
de “bourgeois du roi". plac£ sous la sauvegarde royale, permettent a des habitants dc
la region d'cchapper a leurs seigneurs primitifs, alors qu'ils ne resident pas effecti-
vemenl a Nonette. Suite a des plaintes, le roi Philippe le Bel decide de tranchcren
preeisant mieux les conditions de residence. L’acte du jcudi 29 juin 1290 (n° 28bi
pose, comme conditions prealables a Lacquisition de la “bourgeoisie", la possession
d'unc maison a Nonette ou dans son ressort. contre un cens perpetucl (a touz jours
mes, I. 6) de 6 deniers, et la residence d'un an et un jour (toutes prescriptions repri¬
ses de la charte de Lorris dc 1155). Ccci pourtant s'accompagne d'allegements appre-
ciables: le marchand en deplacement pourra iairc elTectuer la residence a sa “mes-
niee" (famille ct serviteurs. I. 9) sans у ctre lui-mcme tenu: le nouveau “bourgeois*
devra resider chaque annee a Nonette un minimum de trois mois de suite (dc la
Toussaint a la Chandcleur, soil du Jcr novembre au 2 fevricr. 1. 12). Le roi rappellc
enfin qiul faut aussi acquitter les taxes de remplacement des corvees de guet cldc
main d'ueuvre (I. 13: les coutumes de Lorris prevoyaient des corvees dc transport dc
vin et aucun guet, mais il s’agit ici d'une place-lorte).
Exami*n DiiM.OMATtQi l. Si Гоп reportc I'acte aux documents royaux deja examines
(n * 6-9), on voit que Lon cst encore en une phase de transition avant la tripartition
rigourcuse du XIVе siccle: le mode de see I lenient et Labsenee de corroboration fc-
raienl plus tard caracteriser Lacte de “mandement". mais Ladrcsse universellc, dc“let-
ires patentes sur double queue": la date enfin (28b. I. 18) est asse/ mal exprimee. La
forme correspond pourtant bien au fond: il ne s'agit pas d'edicler un privilege (Philippe
Auguste La deja fait en 1188). mais dc couler dans le moule epislolaire la notifica¬
tion des conditions precises de residence a Nonette.
Une fois admise Loriginalite de ce que nous avons appelc la seconde version, cl
reconnu le caractcre preparatoire de la premiere. Lexamen des variantes permetilc
saisir le travail de preparation du texte defmitif. Les modifications se font en plusieurs
etapes. Une fois ecritc, la premiere version (notcr I. 16 une reprise de son auteur) a
subi, peut-etre d'une autre main, une premiere scrie de modifications: additions inter-
lincaires (I. 3. 9. 12), raturc et remplacement (I. 13), qui ne portent que sur la fonne.
La comparison avec la seconde version prouve que les corrections portees sur la pre¬
miere version out etc reprises, sauf une (on revient, I. 16, a la formule plus longue
assouvies les chases dessus di(es). mais que Lon en a ajoute d'autres. La plupail nc
portent ici encore que sur la forme et le redacteur, an travers de formules plus lon¬
gues, juridiquement plus globales. cherche a premunir Lacte contre les contestations:
chescuns desdiz hourgois devient chascun Iwurgois dudit lieu on des apartenanccs
(I. 4; cf. aussi chascun desdiz hourgois, I. 6: audit lieu Г an et le jour desus diz41. 9.
de la hourgoisie. 1.14); le redacteur semble traxailler au fil de la plume, en suivant
la premiere version. Ainsi s'explique-t-on le passage /7 (/’ raye) avail faite (non cor-
rige en fait) la residence (I. 9-10). La date est maintenant precise au jour pres. Sur lc
fond pourtant, une difference de taille: la residence annuclle obligaloire de Toussaint
a la Chandcleur se subslitue a une residence lors dc qualre grandes fetes, ponctuellcs.
mais reparties au long Lannee (Toussaint et Noel. Paques ct Pentccote), condition
mise dans plusieurs autres actes royaux, comme dans une ordonnance de 1287, con-
254
La genese des actes - document 28
•‘.rina* en 12c->3. La portee tie la modification cst difficile a apprecicr, car fallonge-
monl dc la duree s'assortit d'une concentration sur trois mois au climat rigoureux.
l4i |cs doplaccmcnts des marchands sont limites. Elle traduit hien fhabilele du com-
nroinis impose par le roi: sous cou\ert de reprimer des abus. les conditions de re-
.[ikiwc demeiirenl ires lavombles aux luturs bourgeois.
fXAMEN ARCHiviSTiQUE. Cc qui precede suffil a condamner Г edition de H.-F. Riviere
qui, publiant sans avertissement la premiere version, a laisse croire qu’il s'agissait la
des decisions definitives du roi. M. Prou a peu apres publie, a juste titre, la seconde
version, expression definitive de la volonte du roi en 1290. Un fait pourtant intrigue:
le lieu de conservation de facte, non chez le destinataire, mais dans le Tresor des
diartcs du roi, oil il s’accompagne d’un epais dossier d’une quinzaine de documents
(Arch, nat., J 1046, n° 1-15). On у trouve deux listes de plaintes non datees, fune des
elianoines de Brioude contre un bourgeois de Nonette, Bernard Manant, qui serait
habitant de Brioude et clerc (n° 14); f autre, des bourgeois dc Nonette contre les
chanoines (n° 13). Or cette seconde liste est ecrite de la meme main que notre ‘‘pre¬
miere version”: on doit done supposer qu’en 1290, le conflit entre les chanoines et
certains bourgeois a ete porte devant le roi; que les bourgeois ont etabli ou, mieux,
fait ctablir par un expert, en rapport avec la chancellerie, un projet d’acte royal
(n° 28a); que celui-ci a ete revu par la chancellerie et a donne lieu a un acte en bonne
et due forme (n° 28b). Mais cela n’explique toujours pas le retour de facte definitif
a la Cour royale. On peut ici s’aider des mentions dorsales portees sur de nombreu-
ncs pieces (facte du 29 juin 1290 porte par exemple recepta per manum Philipi
(iurempo, burgensis Brivatensis) et d’une autre piece du dossier (n° 15), unc liste
d’actes que Bernard Manant a “emportes” (importavit) et dont le “Parlement” a
ordonne la restitution; la liste donne f analyse de quinze “lettres”, sans en dctailler
plures alias. Parmi les actes cites, on trouve: Septimo. litteram quod ipsi qui sunt et
umt deinceps burgenses Nonele, facta residentia unius anni, non teneantur residere
thidem nisi in IIIIor festis annualibus et quod dictam residentiam possint facere in
mandamento vel pertinentiis died castri; et est ista sigillata sigillo viridi; quam ven-
didit La libras Le mystere semble s’epaissir: la mention des quatre fetes et d’un
sceau vert prouve qu’il ne s’agit pas ici de notre “seconde version”, mais d’un autre
original, reprenant f idee de la “premiere version”. En fait, tout s’eclaire: l’ambi-
ticux Bernard Manant en tete, qui a beneficie de diverses autres faveurs royales, les
bourgeois de Nonette ont obtenu plusieurs actes de la chancellerie, dont Bernard a
мете fait le commerce. Apres 1290, le Parlement a tranche en condamnant Bernard
ct en faisant saisir une serie d’actes. Ceux-ci, revenus a Paris, ont ete normalement
‘‘fclnves au Tresor des Charles du roi. receptacle naturel, au long du XIIIе siecle. de
,0utes les archives d'une administration royale encore indifferenciee. alors que la sen-
lence du Parlement if a pas etc enregistree dans les “Olinf \ registres encore Ires selee-
,!L. Ainsi prend (In la vie plutdl mouvementee d'uii acte etabli par une “clmnccllc-
[,c r°vale aux methodes de travail encore assez Hones, aux marges inccrtaines de
^ЦиеПе facte subrcplice ou faux peut 1‘acilemcnt surgir.
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La genese des actes - document 29
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La genese des actes - document 29
29. Registre de la chancellerie royale frangaise (1387) et formulaire
d’Odart Morchesne (1427)
Concession d’armes par le roi de France, 1387.
29a. Version du registre de chancellerie
B. Copie contemporaine au registre de chancellerie, parchemin, Paris, Arch, nat.,
JJ 135, fol. 51v, n° 91; en marge: llllxxXL- Confirmatio donationis armorum cum
Uliis Bernardo Chini facta.
a Remi Malhieu, Le systeme heraldique frangais, Paris, 1946, p. j. nc 2, p. 263-264.
Karolus Dei gratia Francorum rex. Multiplicia exempla nos instruunt et infor¬
mant [2] ut illi pocioribus dignitatum insigniis atollantur eosque retribucio prose-
quatur uberior premiorum [3] qui digniores existunt et excellentia meritorum ingen- 1
tior recommandat et precipue illi qui strenua [4] gesta armorum peragunt, per que
rcbeles sub jugo justicie disponuntur, pariter et terrena a) seipsos [5] exponentes 1
martirio cura previgili laboribus assiduis atque vigiliis thesaurum inextimabilem [6] |
. nobilitatis collegerunt. Notum itaque facimus tarn presentibus quam futuris quod,
' cum olim carissimus [7] dominus ac genitor noster, cujus anima in pace requies- |
cat, donasset et concedisset dilecto et fideli nostro [8] armorum servienti Bernardo
Chini et sue posteritati perhenniter armorum insignia sive arma, [9] scilicet scutum i
coloris sereni celi sive asuris cum benda ejusdem coloris, liliorum flosculis auri
[10] rutilantis seminata, cum duobus filis sive tractis argenti, sicut hiis inserta lit-
teris pictura demonstrat, [11] quiquidem Bemardus denunc fecit nobis supplicari
1 per carissimum et fidelissimum patruum [12] nostrum. Bicturicensem et Alvernie 1
ducem Pictavensemque comitem, ut Nicolino de Lippe et Vannino de [13] Stagiis (
i consanguineis aut de parentela ejusdem Bemardi vellemus eisdem dare licenciam-
que [14] concedere portandi armorum insignia sive arma supradicta, nos, consi- i
deracione prehabita grata b) [15] et laudabilia obsequia prcdicto genitorique c) nobis
multimodis impensa per eosdem et que speramus [16] impendere in futurum ac 1
cx predicti patrui nostri contemplacione, eisdem Nicolino et Vannino prenomina-
tis [17] et eorum legitimis posteritatibus ab eisdem descendentibus, natis et nasci-
\ Inris, damus et concedimus per [18] presentes, de nostra auctoritate regia ac pleni-
tudine potestatis, certa scientia et gratia speciali, prefata armorum [19] insignia sive
; arma superius declarata et eisdem comparia, que dedimus prefato Bernardo, ut
hec [20] ubique teiTamm, tarn in hostilibus preliis quam tempore pacis, cum nobi-
libus cognamine d) et nomine nobilium [21] habeant atque portent et ex hiis armo- 1
•urn insigniis valeant decorari et proinde nostris concessione [22] gratie insigniis-
j Яие honoribus in ipsos ac suos perpetuo jugitcr memoria permaneat absque
contradictione quacumque. [23] Et quod ista durabile firmitatis robur obtineant,
i sigillum nostrum hiis litteris presentibus jussimus apponendum, [24] jure nostro
,n omnibus et alieno quolibet semper salvo. Datum in castro nostro de Luppera
Parisius, mense [25] januarii, anno Domini millesimo CCC1110 octogesimo sexto
et regni nostri septimo. Sigillata sub sigillo nostro in [26] absencia magni ordinato. 1
[Plus bas:] Per regem, dominis ducibus Bicturicense et Bourbonesii presentibus. |
G. Hangie.
a) Sic В pour terreno- b) Sic B, consideracione prehabita uppelle un ad, qui a etc amis
^wsfigiire dans C. c) Sic В pour genitori et.-- d) Sic B. comprendre cognomine.
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La genese des actes — document 29
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La genese cfes actes - document 29
29b. Formulaire.
C. Formulaire d’Odart Morchesne, parchemin, Paris, Bibl. nat., fr. 5024, fol. 18lv,
sous le titre "Don de fleurs de liz en armes”.
En gras Figurent les passages ou mots modifies par rapport au lexte du registre (sans relever
les variantes purement graphiques).
Karolus etc. Multiplicia exempla noz a) instruunt b) ut illi pocioribus [2] di-
gnitatum insigniis attollantur eosque retribucio prosequatur [3] ubcrior premio-
rum qui digniores existunt et excellencia [4] meritorum ingentior recommendat
et precipue illi qui gesta strenua [5] armorum peragunt, per que rebelles sub jugo |
justicie depprimuntur, [6] pariter et terreno seipsos exponentes martirio cura
pervigili laboribus assiduis [7] atque vigiliis thesaurum inestimabilem nobilita-
tis collegerunt. Notum [8] itaque facimus tam presentibus quam futuris quod, cum
olim carissimus [9] dominus ac genitor noster, cujus anima in pace requiescat, I
donasset et concessisset [10] dilecto et fideli nostro armorum servienti Bertrando
etc. et sue potestati a) perhenniter [11] armorum insignia sive arma, scilicet scu¬
tum coloris sereni celi [12] sive asuris cum benda ejusdem coloris, liliorum flos- j
culis auri [13] rutilantes a) seminata, cum duobus filis sive tractis argcnti, sicut
his inserta [14] litteris pictura demonstrat [dessin], quiquidem Talis denunc fecit
[15] nobis supplicari per carissimum et fidelissimum patruum nostrum, Bicturie
[16] et Alvemie ducem Pictavensemque comitem, ut Tali et Tali consanguineis |
[17] aut ex parentela ejusdem Talis vellemus eisdem dare licenciamque [18] con¬
cedes portandi armorum insignia sive arma supradicta, nos, [19] consideracione
prehabita ad grata et laudabilia servicia et obsequia predicto [20] genitori nobis¬
que multimodis impensa per cosdem et que speramus [21] impenderc in futurum 1
ac ex predicti patrui nostri contemplacione, eisdem [22] T. N. prenominatis et
eorum legitimis posteritatibus ab eisdem descendentibus, [23] natis et nascitu-
ris, dedimus et concessimus damusque et concedimus [24] per presentes de nos¬
tra auctoritate regia ac plenitudine potestatis, certa scientia [25] et gratia spe-
ciali prefata armorum insignia sive arma superius declarata [26] et eisdem
comparia, que dedimus prefato Tali, ut hec ubique terrarum, [27] tam in hosti- i
bus, preliis a) quam tempore pacis, cum nobilibus cognomine c) [28] et nomine I
nobilium habeantur a) atque portent et ex hiis armorum insigniis [29] valeant
decorari et proinde nostris concessione gratie insigniisque [30] honoribus in ipsos
ac suos perpetuo jugiter memoria permaneat absque [31] contradictione quacum-
Яие. Et quod ista durabile firmitatis robur [32] obtineant, sigillum nostrum hiis
litteris presentibus jussimus apponendum, [33] jure nostro in ceteris et in omni¬
bus alieno quolibet semper salvo. Datum [34] etc.
I
I
a) Sic C- b) et informant qui figurait dans В est omis dans C- c) cognamine, ensuite
corrige en cognomine. C
La genese des actes - document 29
Remarques sur l’acte. Ce privilege accorde a des particuliers et a valeurperpe.
tuelle (pas d’adresse, mais une notification universelle et une corroboration perpetuelle)
prend normalement la forme d’une “charte” (ci-dessus, document n° 7). Le roi, aprcs
une premiere faveur accordee par son pere a Bernardo Chini (c’est un sergent d’armes
“homme a tout faire” [Ph. Contamine] de f Hotel du roi) et a sa descendance, est
sollicite par son oncle Jean de Berry pour etendre la faveur (concession d’armoiries
fleurdelysees) a des parents collateraux. Quoiqu’interessant des Iaiques, facte est
redige en latin, langue qui se maintient dans les privileges les plus solennels (anno-
blissements, legitimations etc.). La date est naturellement exprimee dans le style de
Paques: janvier 1387 (n. st.). Le plus interessant reside dans le preambule (ci-des-
sus, p. 78): le service du roi est у presente (1.5) comme pouvant entrainer une forme
de martyre et permettant d’amasser un “tresor de noblesse”, qui fait irresistiblement
penser aux tresors de merites accumules aux cieux par la communion des saints: 1’exal¬
tation du pouvoir royal va ties loin, et la chancellerie est en prise directe avec une
reflexion ideologique et une propagande intenses, qui ont applique au royaume le con¬
cept de “corps mystique”, dont chaque membre doit porter une fidelite et un amour
inconditionncls au souverain. Noter aussi la mention de scellement par le sceau
ordonne, portee apres la date (n° 29a, 1. 25-26: cf. document n° 11).
Remarques sur le registre (n° 29a). Le registre (avec une ecriture assez rapide
et quelques inattentions de copie: voir notes critiques) est un instrument de travail
administratif, mis a la disposition des beneficiaires d’actes a valeur perpetuelle. On
numerotc et on analyse chaque acte (indications reportees dans une table initiale): ce
sont les sculs moyens de retrouver Г acte en cas de besoin, d’autant que fenregistre-
ment n’est pas strictement chronologique. Le registre note soigneusement les men¬
tions hors teneur relatives au commandement de facte, afin de pouvoir remonter la
filiere de son commandement en cas de besoin. 11 note aussi la particularite du scel¬
lement, ce qui prouve que sa transcription est etablie d’apres Г original scelle et non
d’apres une minute.
Remarques sur le formulaire (n° 29b). Odart Morchesne, clerc sans doute on-
ginaire d’Orleans, est notaire et secretaire du roi Charles VII des 1422; de nombreux
details de sa carriere sont connus par les actes le concernant qu’il a pris soin, comme
Cassiodore neuf siecles auparavant, d’integrer a son formulaire. Celui-ci, le plus reussi
cf line serie assez tardive a la chancellerie royale franchise, a sen i de base a de nom-
breuses compilations des XV° el XVIе siecles: il s'agil ici encore d'initiatives privecs.
on ofllcieuses, destinees a un pralicien on a ses collogues. Odart donne 275 formu-
les. assorties de precieuses remarques ( jusqif a ceriaines partienlariles orlhographu
ques), de conseils divers aux notaires et secretaires du roi, comme de divers instru¬
ments de travail (lisle des mis de fiance, des provinces et dioceses ecclesiastiqucs.
des “pays” du royaume en version bilingue latine-lranvaise, etc.), far chance. Odart
n’a pas gomme systematiquement les donnees ponctuelles des documents qu*il a choi-
sis comme modeles: la pi apart des actes. parfois lout recents. sont pris a son maitre
Charles VII. mais certains a Charles VI. Un hasard heiireux permet ici de faire la coin-
paraison. non certcs avec f original, mais avec le registre de chancellerie. qui donno
un lexte plus complet de facte (les references indiquees ci-dessous sont celles du
document n° 29b).
260
La genese des actes - document 29
C ompose clans un ordre systematique. le lormulaire met un titre explicite pour cha-
que type d'acte propose comine formule. La titulature royale, que chacun connait, est
jbrctice (I. I )• Surtout, les donnees ponctuelles sont “caviardees” ou simplifies, voire
modifiers: la date el les mentions hors teneur sont sacrifices; les personnes ne sont
plus que des figurants: Bertrando (sic pour Bernardo Chini, 1. 11) devient bientot
•*1*и1сГ\ Tatis (I. 16. 26): les beneficiaircs sont simplement appeles Tali et Tali puis
/* V. (sans dome pour Talihus: nomina. I. 16, 22).
Vtais le lexte subit aussi des modifications. Certaines sont volontaires et interes-
Nintes: on voit ainsi (1. 23) se confirmer la double tendance a multiplier les expres¬
sions redondantes (obsequia devient servicia et obsequia, I. Iе): damns devient dedi-
mtis et concessinnis damusque et concedimus. 1. 23) et a introduire des expressions
plus choisies {disponuntur devient depprimuntur, I. 5: doparentela devient exparen-
tela. I. 17: la clause de reserve est plus explicite, 1. 33). A la difference du registre.
Ic fori nu la ire donne aussi un dessin des armoirics qui avaient du etre peintes. sure-
ment plus luxueusement, sur facte original. Pourtant Odart (ou le copistc qui travaille
pour lui) commel des bourdcs. qui denaturent parlbis. sinon le sens, du moins la syn-
taxe de facte: posteritati est lu potestati, rntihmtis est troque conlre rutilantes et has-
lilibus preliis conlre hostibus [ancicn fram;ais “ost“] preliis. A f inverse, Odart inlro-
duit apres coup une bonne correction: cognomen (1. 27) est un lapsus pour cognomen,
influence par cognatio: or la le^on se trouve dans le registre comme a f origine dans
le lormulaire. ou elle est bientot corrigee. Ceci dit, il reste difficile de se prononcer
sur la source exacte utilisee par Odart (siirement pas le registre demeure a Paris, ville
ou C'harlcs VII ne rentre qu'en 1437): f original montre par les beneficiaires ou leurs
descendants? une minute demeuree chez un collegue?
Bibliographie complementaire. G. Tessier, “Le lormulaire d'Odart Morchesne
11427)“. dans Melanges dedies a la memo ire de Felix Graf, Paris, 1940, t. 11. p. 75-
102. Pour le preambule: Lrnst II. Kantorowicz, "Pro patria mori in medieval poli¬
tical thought'*, repr. dans Id., Mourir pour la putrie et autres lextes, trad. Laurent
Mayali el Anton Scluitz. Paris: P.L.F.. 1984. p. 105-141: Jacques Krynen. Ideal du
prince et pouvoir royal en France d la fin du Sloven . Ige (13N(FFLfO). Paris: Picard,
^•d., spec. p. 317-321.
261
La genese des actes - document 30
262
La genese des actes - document 30
30. Breves notariales (Quercy, 1454 a. st.)
Acte de constitution de dot.
A. Registre notarie, papier, Paris, Bibl. nat., nouv. acq. lat. 102, fol. 11.
[En marge:] Notatum est ad longum etc.
Pro P[etro] Guimonet et Johanna dal Puech conjugibus.
[2] Anno Domini millesimo III1C LIIIIt0 et die vicesima septima [3] mensis
januarii, apud mansum de La Fontada, parrochie de Vicano [4] etc., personali- I
ter constituti Guillelmus del Puech, latomus, [5] et dominus Petrus Veanha, pres-
biter rectorque ecclesie parrochialis de [6] Voussaco dicte diocesis a), ex una parte,
[7] et Petrus Guimonet junior, filius Petri Guimonet [8] senioris, ex alia parte.
Cum fuerit et sit tractatum [9] matrimonium per verba de futuro et consumma-
tum in sancta [10] matre Ecclesia more christiano per verba de presenti b) inter
dictum Petrum Guimonet [11] et Johannam dal Puech, filiam dicti Guillelmi c) ,
del Puech, [12] et quia expedit viris dari et assignari dotes, [13] et in contractu
dicti matrimonii non fuisset sibi assignata, [14] idcirco dictus Guillelmus, pater
dicte Johanne, et dictus dominus Petrus [15] in aumentum dicte dotis et eorum
quilibet, tarn conjunctim quam divisim, ut [16] onera nubsialia melius et faci-
lius possit et valea d) supportare [17] dictus Petrus sponsus ratione et ex causa
dicte dotis etc. [18], dederunt, constituerunt et assignaverunt in dotem et nomine
[19] dotis dicto Petro c) Guimonet ^ una-[20]-cum dicta Johanna sua sponsa, pre-
sentibus etc., videlicet: quatuordecim [21] libras turonensium; quatuor raupas,
videlicet unam quotam de [22] gris gamitam ho danisses d’orlhac, unam gonel-
lam [23] blanqueti grossi cum manicis coloratis, item unam aliam [24] quotam
de gris blanc et unam gonellam de vert\ [25] item unum puKinar g) munitum
plume, vcl XV duplas [26] pro valore; duas flassadas, ponderis qualibet XVIII
[27] librarum; et b) unum par linteaminum, trium alnarum quolibet, etc. [28]
Quasquidem ХШ1 libras dicte monete dicti constituentes nomine quo supra [29]
et eorum quilibet, tarn conjunctim quam divisim. sub obligatione sui et suorum
etc. [30] dictis conjugibus, prescntibus etc., solvere promiserunt, videlicet anno
quolibet [31] duos mutones auri aut XXX solidos pro valore donee [32] totalis 1
summa fuerit planaritcr exsoluta, et inciperc dictam [33] pagam in festo beate
Marie septembris d proxime [34] futuro in uno anno etc.; et omnia alia supradicta
ad volun-[35]-tatem dictorum conjugum, quam voluntatem pro terminis haberi
voluerunt [36] etc.; et ibidem dictus Petrus confessus fuit se habuisse de [37] pre-
niissis unam flassadam predicti ponderis, duo linteamina, [38] unam raupam de
gi'is et unam gonellam de vert etc.; [39] de quibusquidem dictus Petrus dictos
constituentes et corum [40] quemlibet et omnia bona sua quictaverunt P etc., cum
pacto etc., [41] unacum dampnis etc. Renunciaverunt etc. Promiserunt premissa
tenere etc. [42] Juraverunt etc. Voluerunt compelli etc. Petierunt instrumentum
etc., quod fuit [43] per me, notarium infrascriptum concessum etc., videlicet dic-
tus sponsus [44] de constitutione et dictus constituens de recognitione etc.
Pvesentibus [45] Johanne Varait de Sancto Proiecto, Guillelmo Caysshat [46] et
La genese des actes - document 30
Johanne Sitra, fabro, de Sancto Martino da Vert, [47] testibus ad premissis voca-
| tis etc.
a) Suit videlicet dictus (iuillelimis. aussitot rave, b) per verba de present! ajoute dan\
I'mterligne. c) Suit filia, aussitot rave. d) Sic pour valent. e) Suit (indie, ensuite rave
i 0 Suit et (?) cidem presenti etc., aussitot rave - g) pulvmar ajoute en interlignc apres qua
1 fe mot culcitrum a etc rave, h) el ajoute dans Гinterligne. i) Suit ш lino anno, aussitot
rave. |) Petrus est ie seal sujet exprime de ce verhe et des suivauts, mais il font snu\~
entendre cl uxor ejus.
Remarques sur l’acte. Le notaire enregistre et authentifie un accord entre deux
parties (un mari et son beau-pere, tailleur de pierre), eventuellement elargies (aux
cotes du premier, son epouse; aupres du second, un cure qui doit etre de la famille),
ce qui determine un emploi assez flottant du singulier et du pluriel. Au mari, on donne
parfois du dominus: simple titre de courtoisie, e’est deja “monsieur”.
Le mariage a deja ete conclu (par fian^ailles solennelles, echange de paroles de
futuro\ puis par engagement definitif a l’eglise. echange de paroles de presenti: I. 8-
10). Pourtant la dot n’a pas ete encore constituee ni versee. L’acte remedie a cette
lacune, fixe son montant et les modal ites du versement par les constituentes aux epoux.
Le pouille du diocese de Cahors permet d’identifier rapidement la plupart des topo-
nymes cites: Le Vigan, 1. 3 (Lot, cant. Gourdon); Boussac, 1. 6, et Saint-Projet, 1. 43
(Lot, cant. Livernon); Saint-Martin-de-Vers, 1. 44 (Lot, cant. Lauzes). Une fois Le
Vigan identifie, il est aise de retrouver, sur le teiritoire de cette commune, a mi-che-
min de Gourdon, l’ecart de Lafontade, 1. 3; mais impossible de localiser 1 e Puech
parmi les innombrables “Pech” de la region. Quant a la date, les autres actes du regis-
tre, assez lachement ordonnes, permettent de penser que nous sommes deja en 1455
(n. st.), le 27 janvier.
L’acte prend tout son interet par 1’inventairc des biens dotaux, exclusivement mobi-
liers. ou la langue d'oc vient souvent au secours du latin usuel (1. 20-27), et ou Pon
notera les difficultes d’interpretation d’un vocabulaire stereotype. Il у a d’abord une
somme d’argent (14 livres tournois), puis quatre pieces de vetement feminin, “cottes’
et “gonelles”: deux types de tuniques, la seconde de dessus; comme ailleurs dans la
region, on en note la couleur, qui correspond souvent a une qualitc voire a une pro¬
venance (on peut trouver du “gris de Rouen”, du “veil de Wervicq”, et des nuances
comme “vert noir”): elles sont en drap de laine, Г une de drap grossier (“gros blan-
quet”), “gris”, “gris blanc” et “vert”, mais parfois rehaussees de manches de couleur
ou a franges (? danisses dorlhac: cf. “ourler” et fancien frangais dais = bordure, fran-
ges). Autre element fondamental des dots paysannes, le lit nuptial: un edredon de
plume (pulvinar ou culcitrum) ou sa valeur en monnaie (quinze doubles: il ne peut
s’agir ici de la monnaie d’or castillane, mais du "double blanc”, piece raccrochee au
systeme de compte avec la valeur theorique de 10 deniers [tournois], soit ici 12 sous
t. et demi); deux couvertures, chacune de 18 livres de poids (une moyenne dans la
region: tres lourdes [la livre varie de 400 a 480 gr.], done bien chaudes); une paire de
draps (chacun de 3 aunes).
La genese des actes - document 30
On sc met ensuitc d'accord sur Ic versement du numeraire (I. 28-34), qu4>n peine
i assembler: ehaque annee. a compter de la prochaine Notrc-Dame de septembre (dite
u,picmhresche dans le nord du royaume = Nativile de la Vierge, 8 septembre), on ver-
ч'га а I'epoux 2 “moutons d’or” (monnaie royale, autrement dite florin a I'agncL
J'apres son type), soit en monnaie de compte 30 sous (on ne prevoit pas devolution
tjc la valour tie la piece): il faudra done quelque neul’ans pour tout \erser (I. 28-34);
Jraps et lileric scront remis a la volonte du mari, el certains out deja ete donnes (1.
U-31)). L'acte s'achevc sur line serie de clauses qui out deja ete etudiees (ci-dessus.
p. 81) et la liste des temoins.
Remarques sur le registre. Nous sommes ici en presence d’une minute notariale
tvpique, integree a un petit registre intitule: Sequntur note per me Anthonium de
Chiesa, clericum, notarinm regium habitatoremque loci de Gordonio”. L’ecriture
est cursive; le notaire se reprend au cours meme de la redaction (cf. notes a, e, f, i),
il sc relit ct corrige son texte par des adjonctions interlineaires (note b, h) ou des modi¬
fications (note g). Surtout, le formulaire est terriblement abrege (ailleurs le notaire
ecrit: Ш in forma, e’est-a-dire “comme dans le formulaire”): la minute est un docu¬
ment de travail, il lui suffira de developper le formulaire au moment de fexpedition:
l'abreviation drastique “v. com” (1. 42) est la pour une clause de soumission a juri-
diction (Voluerunt compel!i per curiam domini senescalli et bcijuli ressorti Caturcensis
et per omnes alias curias etc.)', on ne peut la reconstituer qu'en lisant d’autres bre-
u's tin registre. ой le notaire livre des bribes de reponse (par exemple aux fol. 0\ et
Ш); si tel n'avait pas etc le cas. il cut lallu recourir ou a des registres d'ordonnees.
ou a des expeditions. La minute n*a qifun usage interne: nul besoin. comme dans
I’c.xpedition remise aux parties, de prcciser le nom du notaire. qui ne figure qu'en tele
du registre: le notaire con^oit meme la minute comme un simple element du regis-
tre: I’exprcssion dicte diocesis (1.6) renvoie au diocese de Cahors, qui n’a pas ete cite
dans l’actc. mais dans une minute anterieure.
La mention marginale en tete (on trouve ailleurs dans le registre des expressions
du type ordinatum est ad longum) indique а Г util isateur (le notaire, son adjoint s’ il
ut a un, son successeur qui continuera a exploiter le registre pour la clientele) qu'une
expedition ayant ete demandee par les parties, facte a ete rctranscrit, ses formules
dcveloppees, dans le registre des tketendues” (appelees ‘‘ordonnees” dans le sud-oucst:
ef. ci-apres, document n° 31). Pour d’autres minutes du registre, le notaire indique
W'ossatum est. e’est-a-dire que la minute breve a directement servi a etablir une expe-
dition, une “grosse”.
On notera enfin que le present registre n’est pas dans son depot nature!, les Archives
dcpartementales du Lot; acquis par la Bibliotheque nationale, il est a rapprocher d'au-
lrcs registres de notaires dc Gourdon, anciennement passes dans des archives privees.
Bibliographie complementaire. J. Lartigaut, Les cctmpagnes du Quercy apres la
guerre de Cent a ns (v. 1440-v. 1500), Toulouse: Universite de Toulouse-Le Mirail,
1978, 606 p., largement fonde sur f exploitation des minutiers notariaux de la region.
265
La genese des actes - document 31
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266
La genese des actes - document 31
31. Ordonnees notariales (Avignon, 1417)
Protet apres refus de paiement d’une lettre de change.
A. Registre d’ordonnees, Avignon, Arch. dep. Vaucluse, 3 E 8/171, fol. XXXI-v.
Seul le recto est reproduit ci-contre, mais fensemble est edite ci-dessous.
In nomine Domini, amen 4 Anno a Nativitate ejusdem millesimo quadrage-
simo [2] decimo septimo, indictione decima et die vicesima secunda mcnsis [3]
madii, apostolica sede pastore vacante. Noverint universi quod in civitate [4]
Avinionensi, in presencia honorabilis viri Anthonii de Narducio de [5] Florencia,
mercatoris, civis et habitatoris civitatis Avinionensis, personaliter [6] constitu-
tus nobilis vir Joffredus de Venasca, dominus b) loci Venasce, [7] diocesis
Carpentoratensis, domicellus, quiquidem nobilis Joffredus presentavit [8] et exi-
buit eidem Anthonio de Narducio quamdam litteram [9] cambii scutorum centum
quinquaginta trium, alias per ipsum Joffredum eidem Anthonio ut premittitur pre-
sentatam c), que eidem d) Anthonio [10] pro parte providi viri Johannis de Petro
et fratrum, mercatorum habitatorum [11] Parisius, dirigebatur; cujusquidem lit-
tere tenor sequitur in hec verba:
[ 12] “Al поте di Dio, adi XXde aprile 1417. Paghatte a usanza [13] per questa
prima a Jufre de Vinascha scudi centocinquantatre, [14] sono per T 150, qui
da Antonio Logier. Fatene buono pacamento [15] e ponete qui; i Christo vctrdo
Et in fine ipsius littere ab una parte [16] erat sic scriptum:
“Giovanni di Petro etfratelli, in Parixi c*”,
et ab alia [17] parte erat sic scriptum manu alterius:
“Paghatte. chome di sopera [ 18] vi si diccie”.
A tergo vero ipsius ejusdem littere sic erat scriptum:
uAntonio [19] de Narduccio In Vignone. Prima
Et erat ipsa eadem littera tali vel [20] consimili marcha marchata \dessin: un
coeur surmonte d'une croix]\ dictaquc littera sic per dictum 12 I ] nobilem
Joffredum presentata, instanter, instantissime cl cum [22] ilia insiancia qua melius
potuit petiit et requisivit [23] ab ipso Anthonio qualmus sibi dare et sol\erc vel-
[24] et deberet dictos scutos centum et quinquaginta ties in [25] dicta littera
contentos et prout per ipsam eandem litteram cambii [26] scribitur et mandatur,
cum sit pacatus et pacatum [27] se obtulerit eosdem recipere, si sibi dentur, ipsis-
que habitis [28] et receptis, dictis Anthonio de Narduccio et Johanni de [29]
Petro ac fratribus suis et cuilibet alteri cujus interest vel [30] in futurum interesse
poterit, bonam facere quittanciam, cum [31] pacto solenni et perpetuo de ulterius
non petendo, ac ipsius [32] cambii litteram reddere et restituere in signum vere
[33] solucionis eorumdem. Quiquidem Anthonius, auditis et [34] intellects que
dictus nobilis Joffredus de Venasca ab [35] ipso Anthonio petierat et requisiverat,
respondit et [36] respondendo dixit se ^ dictos scutos [37] centum quinquaginta
267
La genese des actes - document 31
tres minime velle solvere, cum [38] de presenti non habeat de peccuniis sive bonis
dicti Johannis [39] et fratrum suorum. Et ipsa responsione sic facta et per dictum
[40] nobilem Joffredum diligenter audita et intellecta 8) [41], idem nobilis
Joffredus protestatus fuit et protestatur contra ipsum [42] Anthonium predic¬
tum, presentem, audientem et intelligentem, necnon [43] et contra dictos h)
Johannem et fratres suos, pro parte quorum [44] dicta littera cambii dirigebatur,
licet absentes, ac quoscumque [45] alium et alios qui ad predicta sive pro pre¬
dicts vel aliquo [46] predictorum tenerentur vel obligati esse quovismodo repe-
rirentur [47] de omnibus et singulis expensis, dampnis et interesse fiendis, [48]
paciendis et substinendis, tarn in dictam litteram cambii [49] retromittendo ac
hujusmodi protestum in publicam formam [50] extrahendo ac pro cambio et re-
trocambio cambiisque et [51] retrocambiis ob deffectum predictorum scutorum
centum [52] et quinquaginta trium, ut in dicta littera continetur, non [53] soluto-
rum fiendis, quam pro dando advocatis, procuratoribus, notariis, [54] nunciis mit-
tendis ac aliis quibuscumque occurrentibus [55] et que occurrere possent quo-
modolibet premissorum occasione. [56] De quibus omnibus et singulis premissis
prefatus nobilis [57] Joffredus de Venasca petiit et requisivit sibi et suis [58] fieri
et traddi per me, Perrinum de Blengeriis, notarium publicum [59] infrascriptum,
publicum et publica instrumentum et instrumenta, unum et [60] plura, unius et
ejusdem tenoris. Acta fuerunl hec omnia in [61] dicta civitate Avinionensi, an¬
te -i* portam magnam habitacionis [62] ipsius Anthonii de Narducio; presentibus
providis viris Ludovico [63] Mitrii de Carpentorato, draperio, et Johanne de
Cumbis, clerico Claro-[64]-montensis diocesis, habitatoribus ipsius civitatis
Carpentorati, testibus ad [65] premissa vocatis specialiter et rogatis.
[66] Grossata est.
a) amen ajoute en interligne- b) Suit de, rave - c) Lepassage alias. . presentatam ajoute
en marge - d) Suit un I, sans cloute initiate de Joffredo. ensuite rave.- e) Par. A- f) Suit
de presenti non posse, rave - g) Suit respondit, rave - h) Suit Petrum, rave - i) Ce mot est
precede, en debut de ligne, de deux lettres, rayees- j) ante est precede d'un I long ensuite
rave.
268
La genese des actes - document 31
Remarques sur l’acte
L’acte notarie se presente nomialement sur le mode de la narration: le notaire et
des temoins (1. 57-65) ont assiste a ce que Гоп appelle dans la langue technique un
••protet” (1. 41): un “tire” (ici Antonio di Narduccio, marchand florentin residant a
Avignon, dont il est citoyen) refuse, dans les formes requises, d’executer l’ordre qui
lui a ete donne, depuis une autre place (Paris), par des “tireurs” (Giovanni di Pietro
et ses freres), de payer pour leur compte une certaine somme d’argent (ici 150 ecus)
a un “preneur”: Jaufre, noble, damoiseau (c’est-a-dire non arme chevalier), seigneur
de Venasque (Vaucluse, cant. Permes-les-Fontaines), manifestement attire par les
affaires.
L’ordre est appele “lettre de change” (1. 8-9) car tire d’une place sur une autre;
comme il n’y a pas ici de change explicite, il participe aussi du simple cheque. Le
notaire note scrupuleusement, dans les formes voulues, les etapes solennisees du protet:
presentation de la lettre, lecture (et transcription), refus (dont les causes sont rarement
claires: dans le cas des changes, elles peuvent devenir un moyen de speculation ou
cacher un pret), annonce du renvoi de la lettre aux tireurs et de l’etablissement de
facte de protet (1. 48-50).
A cette epoque, les lettres de change sont des documents sous seing prive, acceptes
comme tels par Pinternationale des marchands (comme aujourd’hui les cheques par
les banques) et authentifies par la signature et la marque de commerce (1. 16, 20): on
ne passe plus devant le notaire qu’en cas de protet... et Гоп ne connait guere qu’ainsi
les lettres de change, a moins qu’un hasard insigne n’ait conserve les archives d’un
marchand. La meticulcuse transcription de la lettre par le notaire precise meme la
place de chacun des elements: sur une bande de papier, le texte (1. 12-15: noter que
la somme est ecrite deux fois, en toutes lettres et en chiffres avec le symbole de Г ecu,
un triangle pointe vers le bas), en-dessous la signature (1. 16) et un ajout (1. 17-18);
an dos, l’adresse (1. 18-19), accompagnee de la mention Primer, e’est le premier de
deux exemplaires identiques, envoye par des courriers separes pour ecarter les risques
de perte. On notera toutefois que le notaire a du commettre une erreur de transcrip¬
tion: derriere Г incomprehensible i Christo vardo (1. 15) doit se cacher un / Christo
dguardi (“que le Christ vous garde”).
RnMARQUES SLR LA DATE
La lettre est du 20 avril 1417, le protet du 22 mai (1. 1-3). On peut noter que l’indic-
ll°n (10) est correcte, et que le notaire indique la vacance du siege pontifical (nous
sommes en Avignon): il ne sera regulierement pourvu qu’avec l’election de Martin V
k И novembre 1417; le notaire suit loyalement les decisions concilaires consecuti-
'Csau Grand Schisme: Benoit XIII (inlronise le 1 I oetobre 1394) et Gregoire XII
bntronise le 19 deceit ibre 1406) ont ele deposes par le concile tie Pise le 5 juin 1409
(*° premier, irreduelible. sera une seconde Ibis depose au concile de Constance le 26
millet 1417: le second a finalemcnl resigne le 4 jnillet 1415); quant a .lean XXIII
'mtronise le 25 mat 1410). d a etc depose et a resigne le 29 mat 1415.
Remarques sur lf. registre notarie
, L’acte notarie est ici sous la forme d’etendues, comme le dit bien le titre porte en
tete (voir reproduction): “Secundus quatermts notarum brevium extensarum per me.
269
La genese des actes - document 31
Perrinum de Blengeriis, clericum Papiensis diocesis, publicum imperiali auctorituu
noturium, de anno a Nutivitate Domini M CC ’CC XI7Г. Le notaire. qui a rc\u son
investiture de Tautorite imperiale, ne proccde pas forcoment lui-meme a Petabliss^-
ment materiel de ('expedition ecrite sur parchemin (“grosse"), authentifiec de son
seing manuel et delivree au client: la minute “breve", truffcc d'abrevialions, risquant
d’engendrer des confusions, une version eloflee. loutes formules devcloppces ou pres-
quo, est “ctendue". Dans la plupart des eas, le notaire tire Petendue d'une breve. Mah
ici. Гоп releve deux oublis ensuite repares (cf. notes critiques a. c), et surtoul plu-
sieurs repentirs au П1 de la plume (rayes, ils sont suivis el non surmonles d’lmenou-
velle version: cf. notes critiques b, d, f-j). II est done vraisemblable que, sachani
qiPune expedition serait surement demandee par le client, le notaire s'est epargne la
peine d'etablir une minute “bre\e'* intermediaire: cas de plus en plus frequent au til
des decennies. el qui complique la tache de I’historien et de I'archiviste, puisque les
registres d'etendues ne conservent pas seulement une selection de breves (cellcsdont
une expedition a etc demandee) mais encore des minutes qui ne se retrouvent pasau
registre des breves.
Bibliographie complementaire. Sur les actes et documents commerciaux italiens,
recueil de fac-similes avec transcriptions et liste d’abreviations usuelles dans Federigo
Melis, Documenti per la storia economica dei secoli XIII-XVI, Florence: L. Olschki,
1972, 628 p. (Istituto internazionale di storia economica Datini, I, l).- Des rares
exemples edites ой le meme acte notarie est conserve sous plusieurs etats successifs,
on retiendra un acte de vente de 1490, dont Roger Aubenas a retrouve et publie le
brouillard, la minute et l’ordonnee: Etude sur le notariatprovengal..., fac-similes aux
pi. 3-8 apres la p. 82; edition, n° 21, p. 228-237.
270
CHAPITRE 6
TRADITION I: L’ACTE DANS TOUS SES ETATS
On nc s'esi luktc pmoecupe jusqiuci quo des originaux. Or, tout original peut avoir
JiMinc naissancc. unit on amoni qu’en a\al, a toutes sortes de brouillons, de copies,
JVtlilions. do iraduciions. do comnientaires, etc., ce que Гоп appelle la tradition
iniinuscriie cl imprimee (A. Lcs di/ferents etats d'un document). Apres en avoir fait
Licollccle. il oonvient do les sillier Tun par rapport а Г autre (B. Situer un temoin dans
hi tradition): tine operation qtii peui oxiger de representer schematiquement la tradi¬
tion du lexlc otudic. Panni cos dilTerenls etats, auquel accorder son credit? Peser sa
Jocumenlation. c’esl reconnaiire la hierarchic des differents etats, du point de vue
dc lour valour pmbante ((\ Travailler awe des copies).
I !ne question de vocahidaire. ( e quo Гоп designe commodement aujourd’hui du
sail nom d'original n'a pas d'equivalcnt au Moyen Age: ciutographum, originate
ccdcnt le plus souvenl la place a anthentieum. Le notariat italien du bas Moyen Age
diffuse exemplar, qui designe parlbis. do lagon indistincte. l’acte, quelle que soit sa
tradition, que Гоп a sous lcs yeux ot quo Гоп copie.
Meme ambiguite de vocabulaire - mais ici foisonnement - pour designer la copie:
lcs mots duplarium, duplicatum/duplicata ct copia sont tardifs; quant a scedula, e'est
line rarete du XIе siecle, sans parler de rescriptum, qui peut prendre un sens particu-
licr. On rencontre plutot transcription (du latin transcribere) et son equivalent, plus
meridional semble-t-il, translatum. Sumption (de sumere) et transsumptum (de trans-
sumere) apparaissent au XIVе siecle: deux exemples aux documents n° 35 et 41b. Par
opposition a exemplar, le notariat italien utilise le terme d'exemplum (d’ou exemplare
= copier).
Olivier Guyotjeannin, “Le vocabulaire de la diplomatique en latin medieval”, dans
Vocabulaire du livre..., p. 120-134, spec. p. 128-129.
A. LES DIFFERENTS ETATS D’UN DOCUMENT
Les problcmes qui, a ce niveau, se posent au chercheur sont d'ordre typologique.
Des circonstances precises ont donne naissance a chaque type de copies, qu’il faut
se garder de mettre sur un pied d’egalite. II faut envisager tour a tour les copies fai-
tes en amont, a la source, chez Lauteur de Lacte: elles ont une forte presomption
d’authenticite (on ne les evoque ici que pour memoire, puisqu’elles ont ete traitees au
chapitre 5); les copies faites chez le beneficiaire (sous la forme de notices dans les
Libri traditionum, d'analyses dans les inventaires, de fagon plus ou moins complete
dans les cartulaires, copies figurees. copies notariees et copies informes): enfin les
copies d'erudits.
271
Tradition I: l ’acte dans tous ses etats
1. Les copies a la source: chez Pauteur de l’acte
a. Les registres (pour memoire. Voir le chapitre 5).
b. Les formulctires (pour memoire. Voir le chapitre 5).
2. Les copies chez le beneficiaire
Di verses motivations, economiques, juridiques, archivistiqucs, politiqucs ou autr^
pcuvent amener les rosponsables des institutions souveraines, ecclesiastiqucs (sccu-
licres ou rcgulietcs). des corporations (dans les villes, universites), des adminisira-
lions (cours do justice, cours princieres, etc. ) ou mcme de grandes families а гёчи-
mer ou a recopier, en tout ou en partie. les actes diplomatiques de leur propre chartricr
ainsi que divers documents de leur Ibnds d'archivcs. Pour la commodity on distin¬
gue quatre situations: les copies d'acies sous la forme de notices dans les lihri truth-
tionum ou donafionum, cffectuees dans un but juridiquo ou de gestion economique
(a. Notices, * Lihri tnn/itionum " et "Lihri donationum *’): les copies souvent exhatb-
lives dans des recueils de diaries designes traditionnellement sous le nom de “cartu-
laires” (b. Les cartulaires): les copies integrates, authenlifiees ou non (c. Les capita
/igurees, vidimus, copies notariees, copies lihres): enlln les analyses systcmaliquo
des actes dans un but archi\islique (d. l.es inventaires).
a. Notices. "Lihri traditionum " et "Lihri donationum "
Le responsablc du temporel (prevol ou tresorier, parfois dit custos ou coutre) peut
etre amcne a proceder a un veritable enregistrement des diverses actions juridiques
(donations, achats, contestations, proces) touchant la gestion de son etablisseinent.
sous la forme de notices. L'ensemble peut donner naissance a un liber traditionum.
a un liher donationum ou a un cartulaire-chronique.
Par notice, on emend en premier lieu la transcription simplifies d’un acte. redigee
au 111 de la plume d'apres une “grille de lecture", qui conlient Lesscnlicl de son expose
et de son disposilif. Les notices, cchappant au formulaire ties actes (ce qui ne signi-
He pas une redaction libre. mais un autre angle de uie et de description), font la prin-
cipale richesse de ce genre de recueils. On aurail tort cependant de croire qu’il sc
limitc aux actes diplomatiques: on у trou\e encore des descriptions de biens ct d’au-
Ires lextes importants pour la gestion de la seigneuric foncicre. Ccci est i I lustre par
le document n° 32 qui concerne Labbayc des chanoines reguliers de Saint-Qucntirt dc
Beauvais: de 1105 a I 134. les rosponsables du temporel ont. par petits paquets de
transcriptions, compile de la maniere susdite un recueil qui occupe les fol. 19 a 10b
de Laclucl manuscril (Paris. Bibl. nat.. nouv. acq. lat. 1921).
Un defaut, ces notices ne sont generalemcnt pas datees, mais elles pcuvent l’etre
assez facilement grace aux copies d'actes, dates, au milieu desquels elles viennent
frequemment s’inscrer.
En cas de perte des documents originaux, il peut etre difficile de savoir jusqu’ou
et de quelle fa^on les actes ont etc abreges pour en rediger des notices. C'est ainsi que
pour Pabbaye luxembourgeoise d'Echternach, il a fallu la decouvertc fortuite d’une
copic dissimulee dans une rcliure de manuscrit pour pouvoir la comparer au Codex
aureus Epternacensis, qui tient a la fois du Liber traditionum et du cartulaire.
272
Tradition I: Tacte dans tous ses etats
c oinmcnl soul lies semblables lihri traditionnm. caraclcrises par ties copies (fades
!lvtuees sans grand respecl pour leur aspect formcl. quo Гоп rencontre dcs la pre-
Hcrc moilic dti IXе siccle a Freising, a Ratisbonnc cl a Fulda? Ces recucils naisscnl
me epot|iie oil. a Fexccplion dcs actes royaux cl ponlificaux. les actcs nc soul pas
Jks: lc moycn de validation par excellence en est la lisle ties lemoins. Nul besoin
v produire un document original en justice puisqu'en cas tie litige. cc n*est pas cel
,rii tpii fail loi. mais les lemoins appclcs a le corroborer. La transcription dc ces actcs
,,nU's dans ties recucils (elaborcs pour diverses raisons: en faciliter la consultation.
. лог les perlcs, constitucr un dossier dans le cadre d*une transaction particuliere. cla-
vrer im instrument historiographit|ue on liturgique). ne necessilait done aucim soin
particulier, ni meme le respect de leur integralite: un simple canevas limite au nom
Ju donateur, a l’objet de la donation et au rappel des temoins sufFisait; de larges pans
du protocole et de Peschatocole, du dispositif meme, purent etre abandonnes.
Par notice, on entend egalement un document presente de maniere impersonnelle
en tout cas jamais au nom du donateur redige (et non pas simplement resume)
par lc beneficiaire, qui se borne a notifier, relater, mentionner des actions juridiques
qui n’ont meme pas donne lieu a Fetablissement d’un acte ecrit: ici, les actes sont
directcment ecrits dans le Liber traditionnm, sans passer par Г intermediate d’un ori¬
ginal individuel sur parchemin. Les temoins sont evidemment notes. Constituant une
sortc de registre des donations, ce Liber traditionnm est ecrit par differentes mains,
lemoins des mises par ecrit espacees dans le temps.
Un bel exemple de ce type de Liber traditionnm - qui se cantonne en Bavicre aux XIе-
XIIе siecles - est fourni par les deux premiers folios du ms CCCVIII.6 des archives de
fabbaye Saint-Pierre de Salzbourg. On у trouve. de diverses mains, 18 “traditions*’ des
amices 1090 a 1100. Ce type de documents est par contre tres mal represente en France.
1' Voir, par exemple, Robert Fossier, Cartnlaire-chroniqne dn prienre Saint-Georges
<i Hesdin* Paris: C.N.R.S., 1988, 293 p. (Documents, etudes et repertoires pnbliespar
/ Institut de Recherche et d'Histoire des Textes).
Pour d’autres regions:
Stephan Molitor, “Das Traditionsbuch: zur Forschungsgeschichte einer Quellen-
gattung und zu einem Beispiel aus Siidwestdeutschland”, dans Archiv fiir Diplomatic,
^ 1990, p. 61-92.
Oswald Redlich, Die Privaturkunden des Mittelalters, Munich et Berlin, 1911
dlandbnch des mittelalterlichen und neneren Geschichte, Abt. IV: Hilfsxvissenschaften
und Altertiimer, Urkundenlehre III).
H. Bresslau. Handbuch der Urkundenlehre .... p. 89-91.
Pour Echternach: Pierre Gasnault, “Deux chartcs de Fabbaye d’Echternach retrouvees
a Bibliotheque Nationale de Paris”, dans Revue benedictine, 73, 1963, p. 48-56.
Pour Salzbourg, reproduction des folios du ms CCCVIII. 6: Anton Chroust, Denk-
Wciler der Schreibkunst des Mittelalters, Abt. 1: Schrifttafeln in lateinischen und deut-
Sche Sprache, lre ser., livr. 8, Munich, 1902. pi. 4.
Ernst Trcmp. Liber donationum Altaeripae ...
Une edition modcle.
273
Tradition T Tacte dans tons ses etats - document 32
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St пиши fihu 4ffunu (2шшп£’л muuftrtf fcdf yuukWiLi «пи
faciwnadxf* furrv mdcrtnr & ncccfPutk*\VJurr Kv truncjr
ftrmti *<'uwtn\iaVtlc2 ybtunutii Itttxf <vpEU tun (упд
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fvr-r- Ли pfuitl- Allu IvdbU'l «nAjlIU’ ijwll Дши* lrttUILUl и
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ctanif clnr. frcilrrcirii»2 tit beer incn*nic d£n&иtJb bdилиrtfVv ° rtotvn'fi'
*3
271
Tradition I: I ’acte dans tous ses etats - document 32
^ Notice copiee dans un cartulaire
(Saint-Quentin de Beauvais, debut du XIIе siecle)
B. Cartulaire de Saint-Quentin de Beauvais, Paris, Bibl. nat., nouv. acq. lat. 1921,
tol 30.
[En marge:] De dccima de Lata Aqua
[1] Amalricus de Altoilo, profecturus Jerosolimam, dedit Saneto Quintino deci-
mam de [2] Lata Aqua, eoncedente uxore sua Basil ia. Re versus autem de pere- 1
*ziinalione, [3] messis tempore accepil prefatam decimam, reclamante a) Radulfo ,
abbate ct contradiccnte [4] sed tamen diu sustinenle et expeetante, ut patientia
magis vinceret quam severita-[5]-le. Tandem vero Amalricus, in Angliam pro-
iecturus, venit in cameram abbatis et se peccas-[6]-sc cognoscens recognovit |
donum quod fcccrat ct concessit ut jure perpetuo [7] prediclam decimam b) lene-
rct aecclesia. Hujus rei testes sunt: Erardus miles, Huboldus [8] filius ejus, 1
Constancius coccus, Radulfus pistor; erat autem de c) parte Amalrici: Guarnerus |
[9] dc Воете!. Quando hoc idem concessit uxor cjus, de parte nostra fuerunt:
Drogo [10] cantor, Hugo presbiter et Odo; dc laicis: Radulfus pistor et I
Constanlius; dc parte [11] ejus: predictus Radulfus. I
[En marge:] De forestariis (
[12] Ego Gaufridus, Dei gratia Bclvacensis cpiscopus, volens dirimcrc con-
troversiam que [13] crat inter abbatem Sancti Quintini et mcos foreslarios. con-
vocavi utrosque in meam [14] presentiam ct, ulrimque narrationc cognita, statui !
cum assensu partis [15] utriusque ut abbas sancti Quintini aut aliquis dc parte ejus
donet forestariis per an-[16]-nos tres vini sextarios, eo tenore ut nichil amplius ■
cxigant forcstarii ab [17] aecclesia propter clausuram vincarum el curticulorum et i
escaraz cl lumalia, quae [18] dc mortua silva dc Parco sumunlur a ministris aecclc-
sicC quandocumquc vine-[19]-is el curticulis et lurno viderinl esse nccessaria. LTt 1
autem hoc mancat [20] firmum el incommutabilc, per hujusmodi litleras, sigilli ,
mei impressione signa-[21 ]-tas, firmavi el quorumdam nomina qui inlerfuerunt
subscribi precepi: Radul-[22]-lus abbas, Radulfus camerarius. Goscelinus 1
Halegrotus, Adam filius Goislani, [23] Guarinus prepositus, Richcrus frater ejus.
Pogerus filius Hubcrti. Franco, Burdinus, Amul-[24]-berlus ct alii plures. Actum
Belvaci in domo episcopali, anno incarnali Ver-[25]-bi M С X. indiciione 1111a, i
tempore Loduvici regis, anno tercio regni [26] ejus.
a) rcelante corrige par adjonction de ma en interligne. de la тете main. B- b) deei-
ninm est precede de ecclesiam. soidigne. В - c) dae corrige par exponctnation du a, B.
Tradition I: l 'acte dans tous ses etats - document 32
Deux mains: celle du scribe qui transcrit alors un petit paquet de notices et d’actes-
line autre, qui porte en marge des titres: cette seconde operation se fait peu de temps
apres, car on trouve, aux feuillets suivants, d’autres mains pour les transcriptions mais
aussi pour les titres.
Le premier lexte est une notice, a la redaction faussemenl objective (il lui echappe
un nostra. pour designer I'abbaye, 1.9). Le texte est ecril peut-etre d'apres un modclc.
mieux un memento qui contienl les elements esscntiels et dont on tire une redaction
sans doute laite au П1 de la plume, car non exempte de reprises (voir les notes criti¬
ques a-c).
Amaury. seigneur d'Auteuil (Oise, cant. Auneuil), qui a deja fait plusieurs dona¬
tions a I'abbaye, est revenu sur un don. jadis fait a son depart en Terre Sainlc (dime
du Val-de-l'Eau, ecart com. Auteuil). Apres avoir pergu a nouveau la dime, il aban-
donne finalement sa contestation, ce qu’approuve a nouveau son epouse: abandons
luudutio font 1'objel de ceremonies pas mieux deeriles, mais dont on enrcgislrc ava
soin les lemoins. Noter que Гоп scparc avec autant de soin les temoins de chacune
des deux parties: comme dans les listes de lemoins des aetes. mais encore plus pre-
cisement, on pent ainsi observ er les reseaux de fidelile, de voisinage. de parente tis-
ses autour des laTques: pour les eeclesiastiques, disposer d'un riche material! sur Ь
dignitaires el membres de Pelablissement mais aussi. dans ce cas precis, sur les
mmislcriaux de I’abbaye et sur les habitants du bourg developpe autour de I’etablis-
sement (un relcve complet des lemoins de Saint-Quentin fail apparaitre, comme ia
des metiers de ralimentation. mais aussi de la construction et du textile).
L.e deuxieme lexte est au contraire redige de I agon subjective: il у a un auteur de
I'aete, I’eveque de Beauvais: le lexte compreiul toutes les parties du discours que Гоп
peul s'attcndre a trouver dans un acte episcopal de I’epoque. une corroboration, une
date. II s'agit done bien ici d'un acte au sens strict, elabli et transmis a I'abbaye soih
forme d'un original scelle et ensuite (ties peu de temps apres) transcrit dans le fc‘regi$-
tre*\ De fait. ('original de I'aete est encore conserve dans le fonds d'archives de Saint-
Quentin (Arch. dep. Oise, G 75, n° 1: on peut a cette occasion constater l’excellente
qualite de la transcription du cartulaire). C’est aussi le cas du debut du troisieme texte.
dont Ia transcription commence au bas de la page.
L’acte episcopal rapporte une decision (statui, 1. 14), prise apres Tune des nom-
breuses contestations qui ont oppose I’abbaye, donataire de vastes droits d’usage dans
la foret episcopale du Parc (a l’ouest de Beauvais), a divers ministeriaux et fieffes
de l’eveche s’estimant leses par cette mesure: ici, les forestiers de l’eveque, qui aban-
donnent leurs pretentions contre une rente annuelle. On notera au passage la preci¬
sion de la description des droits d’usage, limite au “bois mort” (arbres morts, bran¬
ches tombees, mais aussi certaines essences inferieures), utilise comme materiau de
cloture des vignes et des “courtils” (petites pieces de terre annexes d’une maison)<
comme echalas (ici en ancien frangais) et comme combustible pour les fours.
La datation de I’aete episcopal, mise en rapport avec les plus proches transcriptions
d’actes dans le cartulaire, est riche d’enscignement. On trouve, en effet, dans le car-
tulaire une sequence d’actes cpiscopaux ainsi dates:
- fol. 29-v: 1110, indiction 3,
- fol. 30 (I’aete ci-dessus): 1110, indiction 4, 3° annee dc Louis VI.
Tradition l: / ’acte dans tous ses etats - document 32
. fol. 30-v (Pacte qui commence au bas de la reproduction): 1110, 16 des calen-
Jcsd’avril, indiction 4, 3C annee de Louis VI (suivi plus loin d’actes dates du 23 avril
cl du 21 mai 1111).
I ;i companuson avec roriginal dcjn cite cst un bon argument cn favour do la qualito
^ transcriptions: Lobscrvation de rcnsomblc du carlulaire plaide cn Га\еиг (Гип
vnregislremenf’ assez striclement chronologique; les rapports etroits enlrc Peveque
{\c Ikrauvais el Ic mi do Prance laissenl supposer quo les dales de regno du sottverain
чип correeicmenl calculees. Mais Гоп не sail rien des usages chronolugiqucs alors
jnigueura Beauvais quanl aux styles de 1‘annee de rincarnaiion el de Pindiction.
L’indiction 3 correspond a la plus grande partie de Гаппёе 1110 (n. st.). Selon les
styles suivis, le passage de Pindiction 3 a Pindiction 4 sc fait le lcr septembre (style
1c plus ancien, ici peu vraisemblable), le 24 septembre ou le 25 decembre 1110. Quant
;i la troisieme annee de Louis VI, elle va, a compter de la mort de Philippe Icr, du 3
aoiil 1110 au 2 aout 1111. Tout esl done reuni pour dater le premier acte cite dc 1110
(ii. st.); le troisieme du 17 mars 1111 (n. st.): autrement dit, le style suivi doit etre
a'lui de Paques ou de PAnnoneiaiion florentine. Le second acte (Paele ici public) cst
posicricur au moment de I I 10 (n. st.) oil Lon passe a Pindiction 4 [ires vraisembla-
blemcm 24 septembre ou 25 decembre] et aiUcrieur au moment de 1 I 1 I (n. si.) oil
Ian passe au millesime II I I [le 25 mars ou le 2 n\ril. jour de Paques cetle amice],
mais sans doule aussi anlerieur au 17 mars, jour du troisieme aele. copie a la suite. 11
cst done de la fin de 1110 ou du debut dc 1111.
L Les cartulaires
"Des sources de Vhistoire medievale, il en est peu qui ait ete autanl citee, com-
pitlsee, exploit ee, voire labouree, que le cartulaire. Objet precoce et privilegie des
wthousiasmes de Г erudition, des recensements archivistiques et bibliographiques,
des ardeurs de l 'edition, le cartulaire s ’est plus recemmenf attire un autre titre de
wconnaissance, pour avoir four ni d la statistique un rassemblement commode de don-
IWes- Dans Г exploitation parfois, dans Г edition sou vent, on a trop vite fait Гесопо-
mie d'unepesee globale de la documentation conservee, comme d’une etude critique.
sens large, degageant les fins et les movens de la confection du cartulaire".
C’est en ces mots que les responsables du eolloque Les cartulaires... invitaient, cn
decembre 1991, une serie de chercheurs a confronter leurs experiences et leurs
^flexions sur ce type de document. Sa complexite merite, en effet, qif on s’y attarde.
Definition. - On designe du mot cartulaire [liber c(h)artarum, c(h)artularium, codex
(Wrens, etc.] toute transcription organisce (selective ou exhaustive) dc documents
^Plomatiques, realisee par le detenteur de ceux-ci ou pour son compte, afin d’en
Usurer la conservation ct d’en faciliter la consultation (on le distingue du recueil de
furtes, etabli par un erudit, ancien ou moderne, et non pas par Pinteresse lui-meme
П1 aide de ses propres documents).
L interet des cartulaires provient notamment de leur masse, de leur varietc, dc leur
‘[fusion dans Pespacc et dans le temps, ainsi que du nornbre ctonnant de documents
nicdicvaux qui ne sont connus que par cette seule voie (quelques chiffres p. 319).
277
Tradition 1: l 'acte dans tous ses etats
Les types de cartulaires. - II existe toute une serie de cartulaires. Ceux, d’abord
qui sont a la limite des libri traditionum dont on vient de parler, a savoir les “cartu-
laires-chroniques” ou “cartulaires historiques”. Ici, l’auteur a dispose les notices/copies
dans un ordre plus ou moins chronologique, par episcopat ou abbatiat, en reliant sou-
vent les chapitres par des notations de caractcre historique, ce qui rapproche ce type
de cartulaire du type historiographique des gesta abbatum ou des gesta episcoporum.
Si le “cartulaire-chronique” dispose ses notices dans l’ordre geographique du tem-
porel de Г institution concernee, il se rapproche du genre des polyptyques, en lui ajou-
tant une dimension chronologique.
Un cartulaire peut aussi ne regrouper que les actes qui repondent a un objectif bien
precis. Ainsi en est-il du cartulaire appele “K” des archives de la cathedrale de Toumai
qui, a la difference des 12 autres, n’est pas une compilation d’actes regus pendant une
periode donnee, mais bien la retranscription de ceux qui concement exclusivement
l’exercice de la juridiction du chapitre. Ainsi en est-il cgalement du “livre du doyen”
ou liber decani, ou sont retransmits integralement les privileges, et sous la forme
d’extraits les statuta ecclesie Tornacensis en vigueur: une clause du serment du doyen
stipule, en effet, que ce dignitaire doit avoir a portee de main un recueil in quo stmt
transcripta privilegiorum, recueil qu’il doit legere et relegere ut, cum tractatur de ali-
quo negocio ecclesie, sciat quid secundum tenorem privilegiorum sit faciendum.
La valeur des copies con tenues dans les cartulaires. - De tels rccueils, etant eta-
blis par les interesses eux-memes, ne presentent pas necessairement une presomp-
tion de sincerite pour les actes qui у sont retransmits, et pas davantage de valeur
authentique (a moins, bien entendu, que, apres collation, des marques exterieures
d’authenticitc n'y aient ete portees par unc autorite habilitee a les leur conferer: le
cartulaire de Lezat, cite au chapitre 9, est lc type de cartulaire notarie). II est des lors
indispensable de juger du credit que Гоп peut faire au cartulaire que Гоп voudrait uti-
liser.
En regie generale, les copistes des XIIe-XIIIe siecles modernisent systematiquement
les toponymes, contrairement aux erudits des XVIlc-XVIIIe siecles. II est assez rare
que de telles copies affectent le fond du document. Toutefois, I’analyse meticuleuse
d’une copie retranscrite au cartulaire de Cluny, dont Toriginal subsiste, est pleine
d’enseignement (document n° 33).
La copie au cartulaire subvertit beaucoup d’observations que Г original permet de
faire sur 1’etat de la langue, mais aussi sur la structure diplomatique de I’acte (et encore
dans le cas du document n° 33, n’y a-t-il guere d’actualisation de toponyme, ni d’inter-
polation frauduleuse, ni d’erreur grave de copie). Le diplomatiste met done ici en
oeuvre une critique “negative'’ (la copie est regardee comme une alteration), indis¬
pensable lorsque Гоп voudra interpreter les actes, beaucoup plus nombreux, qui ne
sont plus conserves en original mais seulement au cartulaire.
Une fois “critiquee’Vla copie livre en retour de precicuscs informations et montre,
sur la base d’indices, certes tenus. qu’en un siecle, on est bien passe d’un systeme (de
culture, de pouvoir) a un autre. Le diplomatiste met done ici en oeuvre une critique
“positive” (les variantes de la copie deviennent, en elles-memes, un temoignage his¬
torique).
278
Tradition I: l ’acte dans tons ses etats
(л* cas tin cartulaire de Climy esl, il esl \rai. un cas-limite, caraeterislique cl'line
cpoqiic (XIе sieclc) oil le carlulaire esl aussi un produit de “scriptorium" cl unc piece
mailressc de I'historiographic monaslique. II risque, si on if у prend garde, de Га ire
illusion: une telle situation, loin d'etre genera lisce, semble circonscrite an milieu clu-
nisien du XIе sieclc (en outre, remarque Л. В rue I. “Note stir la transcription p. 446,
on ohseiNcra la coexistence peul-ctre unique, pour une epoque aussi reculcc. de car-
tulaires et d’originaux en grand nombre; par ailleurs, les modifications n’intervien-
nent, semble-t-il, que dans des actes prives).
Devenu strict objet d’archives et de gestion quotidienne, ic cartulaire lfapporte plus
guere, au niveau de chaque copie, que des alterations ponctuelles moins riches de sens.
II n’en restc pas moins un precieux temoignage historique au niveau de Г ensemble
du chartrier d’une part, au niveau de ^institution d’autre part.
Pour I'etude approfondie d'un cartulaire. - Des erudits ont mis au point des lis-
tes de questions (sous forme de plan-type) a poser au cartulaire. On reprend ici celle
qui a ete mise au point par R. H. Bauticr et appliquee entre autres pour Pontigny (refe¬
rences au chapitre 9). On la fait suivre d’un extrait du questionnaire elabore а Госса-
sion de la table-ronde sur les cartulaires en 1991, qui a trait a leur elaboration et a leur
utilisation et aux rapports quails entretiennent avec d’autres documents.
II ne saurait etre question d’y repondre ici, fesscntiel ctant d'attirer Paltention sur
l'etudc des cartulaires pour eux-memes, afin de ne pas prendre a la lettre leurs trans¬
criptions. II ressort egalement de ce qui precede que fedition d'un cartulaire nc pour-
rait se faire sans tenir coniptc des originaux qui subsistent, ainsi qu'on en rcparle au
chapitre 9.
PLAN-TYPL D'UNE NOTICE DESCRIPTIVE DE CARTULAIRE
Description materielle: matiere, forme, dimensions; repartition et agenccment des
cahiers, foliotation; etat materiel de conservation et lacunes; agencenient interne (repar¬
ation en chapitrcs, titres, rubriques, etc. ); ecriture. ornementation, etc.; reliure.
Contemn nombre d'actes, dates extremes, repartition des actes par periodes et par
auteur; nombre et repartition chronologique des actes en langue vulgaire.
Elaboration et histoire du manuscrit: compilation (identification des mains, date
de compilation, phases dc mises a jour, de gloses. etc. ); methode suivie (etablisse-
ment d’apres les originaux ou d’autres cartulaires, copie ou analyse, traductions, orga¬
nisation du travail: lien avec un reclassemcnt du chartrier, analogies entre les analy¬
ses du cartulaire et celles du dos des actes, indication de cotes, compilation de tables.
etc. ); histoire ulterieure (cotes anciennes, marques de proprietaires et ex libris, utili¬
sation par les erudits anciens, etc. ).
Notice critique: valeur du texte du cartulaire (soin des transcriptions, interpolations
et remaniements, etc. ), intcret historique (types d’actes transmis, periodes ou sujets
mieux documentes, etc. ), philologique et diplomatique; remarques sur la chronolo¬
gic des documents.
279
Tradition I: l ’acte dans tous ses etats
Questionnaire de la table-ronde sur les cartulaires (1991)
Les motivations: quand a-t-on commence a regrouper des actes sur un autre sup.
port et dans quel but; pourquoi a-t-on ouvert des cartulaires et pour quels documents*
у a-t-il des institutions sans cartulaires et pourquoi ?
La fabrication: responsable et executant; rapports avec le (rc)classcment du char-
trier, renvoi a des cotes; ordonnancement interne el presentation; types de document*
pris en compte (actes, documents de geslion. etc. ). role de filtre des cartulaires {pro¬
portion des actes pris en compte lors de Lelaboralion); qualite des transcriptions (lia-
bilite, raccourcissements, interpolations et modernisations, reproduction de caractc-
res externes); ecriture dans ses rapports a\ec les aulres productions (livres et aclcsi,
forme materielle (volume, rouleau, etc. ): cupiatio hcnevolcntie de I'auteur. prolo¬
gue sur le but et la methode de la compilation; adjonction de commentaires aux docu¬
ments; elaboration d’outils d’exploitation (rubrications, tables des matieres, index, lis-
tes chronologiques, etc. ).
Les ages du cartulaire: la phase de vie active (complements, mises a jour et re-
fonte); la phase de vie passive (utilisation, veneration, desaffection); la mort du car¬
tulaire (naissance et concurrence de nouveaux genres, a commencer par l’inventaire
d’archives).
Cartulaire et institution. - Temoin evident au niveau du chartrier, le cartulaire Test
par la date de composition, par les precedes de fabrication materielle (classement, pre¬
sentation, etc. ), par le degre d’exhaustivite dans la prise en compte des documents
alors conserves: autant de reflets de la science archivistique, du regard sur le passe
et du souci de gestion qui animent lc “cartulariste".
On aurait tort, cependant, de dissocicr la redaction d’un cartulaire des autres acti-
vites scripturaires d’une institution; voire meme de ses activates economiques, socia-
les, architecturales et liturgiques. C’est ce que Гоп a constate a quatre reprises pour
la cathedrale de Tournai au Moyen Age. La decennie 1170-1180 voit tout a la fois la
construction de la cathedrale romane, la reconstruction du cloitre, Laugmentation du
nombre des prebendes canoniales, la fondation des premieres chapellenies, la redac¬
tion du premier polyptyque et celle du plus ancien cartulaire. La decennie 1240-1250
voit de la meme maniere la consecration du choeur de la cathedrale gothique, la redac¬
tion d’un cartulaire, d’un martyrologe, d’un obituaire, d’un polyptyque et peut-etre
celle d’un missel du choeur. De 1270 a 1285, le chapitre cathedral commande de nou¬
veaux livres liturgiques et une nouvelle Vie du saint patron local, Eleuthere; il precede
a la redaction de deux cartulaires, d’un quatrieme polyptyque, du livre des rentes de
l’office du cellier, d’un nouvel obituaire et il fait dresser sur rouleau un inventaire
methodique de ses archives. Enfin, la redaction du grand repertoire de ses archives
en 1422 (voir document n° 36) est contemporaine de celle du coutumier. Tous ces
rapprochements ne peuvent etre fortuits. 11 est vrai que le demembrement des archi¬
ves, de la bibliotheque et du patrimoine culturel des institutions clericales et reli-
gieuses a la Revolution (entre les Archives, les Bibliotheques et les Musees) incite
plus aux etudes ponctuelles qu’elles n’invitent a observer ces institutions de maniere
globalisante.
Tradition I: l 'acte dans tons ses etats
и Les cartulaires, Actes de la table ronde (Paris, decembre 1991), ed. par O.
Guyotjeannin, L. Morelle et M. Parisse, Paris, sous presse (Memoires et documents
iel'Ecole des chartes).
Exemple de cartulaire sur rouleau: Saint-Florent-les-Saumur, Xe-XIe siecle, con¬
serve a Angers, Arch, depart. Maine-et-Loire.
Van Caenegem et Ganshof, Guide to the sources ..., p. 78-80.
Hubert Flammarion, “Une equipe de scribes au travail au XIIIе siecle: le grand car¬
tulaire du chapitre cathedral de Langres”, dans Archiv fur Diplomatic 28, 1982, p.
271-305.
Un modele d’analyse.
Bernard Delmaire, “Un recueil inedit de baux a ferme de Tabbaye d'Anchin au
milieu du XIIIе siecle”, dans Revue du Nord, 72, 1990, p. 443-469.
Attire l’attention sur le fait que les contrats a terrne etant renouveles regulierement, les
actes perimes n’avaient plus d’interet, sauf litige avec les fermiers. Aussi, on les reutili-
sait a d’autres fins. Le cartulaire en question a servi de formulaire pour l’abbaye d’Anchin
a cause de la nouveaute de ce type de contrats.
Jacques Pycke, Le chapitre cathedral Notre-Dame de Tournai de la fin du XIе a la
fin du XIIIе siecle. Son organisation, sa vie, ses membres, Bruxelles: Nauwelaerts et
Louvain-la-Neuve: College Erasme, 1986, XXIX - 391 p., spec. p. 4-13: Les matc-
riaux, le depot capitulaire.
Pour les instruments de recherche permettant de retrouver les cartulaires, on se
rcportera au chapitre 7, p. 364-365.
Tradition T I’acte dans tons ses etats - document 33
282
Tradition I: I’acte dans tous ses etats - document 33
33 Copie au cartulaire de Cluny (seconde moitie du XIе siecle)
On so propose ici d’cxamincr les modifications subies par le texte d’un acte ori-
n;il (ci-dessus. documoni ir 16), enire dans le chartrier de fabbaye de Cluny,
..rsqif environ nil siecle plus tard, les moines le copient dans leur cartulaire. On donne
:-ilcssous le lexie iranscrit au cartulaire. en imprimant en caracteres gras tous les
-notsdo foriginal qui sont conserves, mais sous une forme alteree, dans la copie.
B. Copie de la seconde moitie du XIе siecle dans le cartulaire “A'’ de Cluny, par-
chemin, Paris, Bibl. nat., nouv. acq. lat. 1497, fol. 295, au chapitre “Maioli”, sous le
n° DCCLXXXV et la rubrique (en 2 lignes): “Commutatio domni Maioli abbatis cum
Aimone in villa Lo-[2]-chiaco’\ D’apres A ?
Placuit atque convenit [2] donno Maiolo abbati et fratribus sibi commissis ut
cum quodam viro nomine [3] Aymone et uxore ejus Girberga terras aliquas
commutarent, quod et ita fecerunt. In primis [4] donat donnus Maiolus abba ,
predicto viro et uxori ejus duas colonias quae sunt sitae in [5] pago matisco-
nense in villa Lochiaco, quas Ledaldus tenebat — una reddit tres [6] modios
de vino, alia XII denarios in censu — et quicquid ad ipsas aspicit; et in alia [7]
villa nomine Vincella donant unam vineam quae habet in longum perticas XXI,
de una [8] fronte V, de alia IIII et pedes IIII; eo itaque eis donant monachi istas
res ut [9] quandiu vixerint, teneant, post discessum vero illorum ad sanctum
Petrum revertantur, nemine [10] contradicente. Econtra Aimo et Giberga I
donant pro hac terra res suas quae sunt sitae in [11] pago matisconense in villa
Rufiaco et in Vetiscanevas, videlicet quicquid in his [12] villis a) visi sunt habere
in campis, pratis, vineis, silvis, aquis, pascuis, exitibus et [13] regressibus, cul- j
tis et incultis, quesitum et ad inquirendum, totum abintegrum et Deo et sancto
[14] Petro et monachis Cluniensibus; et faciant ab hac die et deinceps quic¬
quid voluerint. [15] Si quis hoc scamium violare vel calumpniare voluerit, non
valeat vindicare quod repe-[16]-tit, sed coactus judiciaria potestate auri libras III 1
persolvat et inantea firma et stabi-[17]-lis pcrmaneat, stipulatione subnixa. Actum
Matiscono publice. Signum Aymonis et Girbergae uxo-[18]-ris ejus, qui fieri et
firmare rogaverunt. Signum Mannonis. Signum Constantii. Signum Petroni.
Signum Waldonis. [19] Signum Arlebaldi. Data mense julio, anno XX Lotharii
regis. Rothardus scripsit.
a) villis repete par erreur, В
283
Tradition I: I'acte dans tons ses etats - document 33
Examen des variantes. Ayant conserve Poriginal et la copie, on doit d’abord
proceder a Pinventaire des modifications que subit le texte (les lignes indiqueescn
reference sont cclles de B), avant de degager la typologie des variantes. Comme loui
copiste, le compilateur du cartulaire commet des bevues. il repete ainsi par erreur \Ц.
lis (I. 12), ecrit Giberga pour Girberga (1. 10). Mais, surtout, il procede a des modi*
fications de Poriginal: interventions variees, si nombreuses qu’elles apparaissent la
plupart du temps dcliberees, et que Гоп peut essayer de classer dans un ordre approxi-
matif de gravite croissante.
1° Le copiste corrige des bevues de V original: frafrati bus en fratribus (1. 2), sue
bis en stabilis (1. 16-17); ainsi qu’une hesitation: Girbergane en Girberga (I. 3).
2° 11 modifie des graphics: Lotchiaco devient Lochiaco (1. 5); des chiffres romaiib
sont a Poccasion transcrits en toutes lettres (1. 5); Pemploi des “e’' cedilles est un peu
amplifie.
3° Soucieux de belle langue, le copiste intervient profondement sur le texte de
Pacte, gommant les quelques temoignages interessants que Poriginal livrait sur Pin-
fl ucnce de In langue parlee.
a) Le genre est modifie. la morphologic revue: de uno frame devient de una /пт
(I. 7-8); les flexions sont retouehees: maiisconensi, employe dans Poriginal de con¬
currence a matisconense, est systematiquement ecrit matisconense (I. 5. 11): УтсеЧат
devient \lncella (I. 7); cumpis ... nil turn el incultum est normalise en in campis ... си/
tis et incultis (I. 12-13); des formes genitives de la troisieme declinaison sont intro-
duiles chcz les souscripleurs {Aynwnis ... Manmmis ... Waldonis, I. 17-18).
b) Vlcme regularisation de la syntaxe: sue devient ejus (1. 3): ipiandiu ... vivuni
devient ipiandiu vi.xerint (I. 9): la modification de in longo en in longum (1. 7) solu¬
ble inoins londee. sauf si Гоп veil! у lire le displacement de Parpenteur sur le terrain
c) Dans le memo esprit, le copisle apure des graphics: ipiidipiid devient quicquni
{I. 14), culumniare, ealumpniare (I. 15) et Ulolharii, Lotharii (1. 19). Le copiste
intervient mcme sur certains mots: posdiscessum redevient, etymologiquement, fwsi
tliscessum (1. 9), adinlegrum devient abintegrum (I. 13) et seamiareut est troque pour
commutarent (1. 3: mais plus bas scamium est laissc tel quel, 1. 15).
4° Le copiste introduit egalement des modifications stylistiques.
a) Il remplace des mots: necne devient et (1. 2), coactusque devient sed coactus(I.
16); il introduit des mots plus choisis: donant etiam devient econtra ... donanf (1. Ю);
inantea fait son apparition pour remplacer une repetition (I. 16).
b) II procede a de nombreux allegements: des et sont supprimes quand tine pom*
tuation peut les remplacer (I. 5 et I. 6): d'autres mots le sont, sans doute, pourevitcr
des repetitions: eohmias (1. 5). perticus (1. 8). [route et perticas (I. 8). ipsi... Ainto of
Girberga (I. 9). ipse res (I. 9). prefutus vir ... uxor ejus (I. 10): amhonnn est simpli*
fie en illonnn (I. 9), in ipsis villis en in his villis (I. 11-12). pm hue ipsa term on
pro hue terra (I. 10). de ipsis rebus ... quidquid facere voluerint in omnibus cn qwc~
quid voluerint (I. 14): le copiste supprime possideant (1. 9). aufem (1. 15), et menu'
rogatus. mot-clef essenlie! a la validation de Pacte prive. dont il ne pergoit plus In
neccssite (1. 19).
c) Mais il lui arrive aussi d’ajouter des mots: terras s'alourdit en terras aliquaf
(1. 3), quod cn quod et (1. 3). 11 semble souvent proceder ainsi dans un souci de clarte.
284
Tradition I: Vacte dans toils ses etats - document 33
jiiisi quaiid post hoc die devienl ab hue die et deinceps (1. 14), que eo etiam tenore
I sc iransfornic cn eo i tuque eis donum monachi ispas res ut (l. 8), on qu’il ajoute
wlelicet (1. 11 )• uxor is ejus (I. 17-18).
5° Plus graves encore sont ties modifications de structure du discours: atque
l uuhwi (viro nomine) Aimoni el uxori devient Ш cum quodam (vim nomine) Aymone
juxore (1. 2-3) et visi sunms domic visi sunt (1. 12): on pergoit ainsi une sortc d’ac-
lualisation juridique de I'acle: (fratrihus) Cluniensis coenohii devient (fratrihus) sihi
omtnissis (I. 2); Maiolus et fratres Clunienses devient Maiolus abba (I. 4): ad
Cluniucinn locum perveniant devienl ad sanctum Petrum revertantur, nemine con-
iruclicente (1. 9-10): il ajoute aussi Deo et sancto Petro (1. 13-14).
( ommhm airh. Avec une remarquable economic de moyens, Tacte vieux d’envi-
ron un siecle, une modeste transaction lonciere. lait dans le cartulaire Tobjet d'line
notivelle presentation, qui le reinsert dans un nouveau contexte: celui d’une abbayc
lout puissanle. complexe de pouvoirs religieux. publics, economiques. Les modifi¬
cations grammaticales el stylistiques (ci-dessus § 3-4) montrent un centre culturel llo-
rissant chatiant le latin vulgaire du siecle precedent. Les modifications dc structure
5) vont dans le sens d'une affirmation de Tabbe par rapport au monastcre, et plus
encore dc ce dernier par rapport aux donateurs: il n'est plus question “de Tabbe et des
Irercs du monastere de Cluny*’, mais “de ТаЬЬё et dcs freres sous ses ordres" (le mot
memo “Cluny’’ est implicitc, puisque tons les actes du cartulaire concernent Teta-
blissemcnt): dans la suite dc Tacte, on reintroduil les moines (I. 8 et 14: Texpression
designe alors tous ceux qui vivent et vivront au monastcre). 11 s’agit done moins d'un
renlbrcement du pouvoir hicrarchique de ГаЬЬё, que d’une rclecture liistoriographico-
hagiographique, glorillant le role de saint Maieul, dont le culte se devcloppe au mcme
moment. En meme temps qifon alourdit le prestige de Tabbe, on inlroduit Dicu ct
Miint Pierre: la donation leur est faitc, ils la prolegent avec toute la terrible saeralile
du ilivin. Non moins lourde de sens parait ce que Ton pourrait appeler la “subversion"
dc Tactc: Taction juridique n’est plus presentee (comnic normalemenl Tacte prive
dcchange) comme une convenlio entre deux parties, accord conclu (au moins llcti-
veinent) sur un pied d*ёgalitё. avec pour garants Tintervention d’un redacleur pro-
tcssionncl, le formula ire Ьёгпс de TAntiquil6 ct les structures publiques on un sem-
Ыаш de structures publiques. II s’agit maintenant d’une dispositio de Tabbe, qui decide
dc faire un cchange avec un quidani (le infer se dc Toriginal est supprime). avec pour
garant le divin. L'abbaye est maintenant au centre du territoire; a un rapport horizontal
(donateurs 4 ♦ monastcre) а ё!ё substitiul* un rapport vertical (Dieu > saint Pierre >
saint Maieul ► moines donateurs), aggrav6 par un retrait de la parole aux laiqucs.
Щ n’interviennent plus a la premiere (visi sumus). mais a la troisieme personne (visi
sunt).
BmuoGRAPHiE complementaire. Alexandre Bruel. “Note sur la transcription des
actes prives dans les cartulaires anterieurement au XIIе siecle", dans Bibliothequc
dePEcole des chartes\ 36, 1875, p. 445-456. Dominique logna-Prat. "La confection
des cartulaires et Thistoriographie a Cluriy’’. dans Les cartulaires.... sous presse.
285
Tradition I: l ’acte dans tons ses etats
c. Copies figurees, vidimus, copies notariees, copies litres
Parmi les copies executees par ou pour le compte du destinataire figurent tout a la
fois des copies figurees, des vidimus et des copies notariees, ainsi que des copies
libres.
Les copies figurees. - Par copie figuree. on entend une copie dont I'auteur s’efforcc
de reproduce matericllement l’ecriture el la disposilion d’un original antericur, ainsi
que certains elements figures tels les souscriptions ou tics carncteres spcciaux. (Vs
copies sur parchemin ont ete nombreuses aux Xc-XIIе siecles. plus particuliercmem
dans les etablissements mcridionaux et transpyreneens {Recueil des actes de Charlv^
le Chauve..., t. II, Introduction, p. 29). La presence des elements figures ne procure
evidemment pas a ces copies un caractere authentique.
Un superbe exemplc du XIe-XIIe siecle est donne au document n° 17. II faut un ceil
exerce pour sc rendre compte du decalage chronologique (989). II en va de memo
pour deux copies figurees du Xе siecle (aujourd'hui a Paris, Bibl. nat., ms lat. 8837,
fol. 59 et 60) d’un diplome dc Louis le Begue, du 20 juin 878 pour Saint-Martin de
Tours (ed. et references dans Recueil des actes de Louis II le Begue, Louis III et
Carloman, ed. Felix Grat, Jacques de Font-Reaulx, Georges Tessier et Robert Henri
Bautier, Paris: Academic des Inscriptions et Belles-Lettres, 1978 [Chartes et diplo-
mes], n° 12, p. 28-33).
Les copies vidimees. - Le vidimus est un acte par lequel une autorite atteste sous
son sccau avoir vu (vidimus, “nous avons vu”) un acte antcrieur ayant tous les ca-
racteres de I’authenticite, en decrit eventuellement les caractcres extemes et en repro-
duit integralement le texte sans en rien modifier, afin de donner authenticite a l’acte
vidime. II cherche en quelque sorte a valider une copie par son insertion dans un
acte scelle.
On cn a retenu quatre exemples: un vidimus confirmatif et contemporain d’un don
a une institution rcligieuse, en 1270 (document n° 12, I. 2-3: “que jou ai veu les let-
tres... en teus paroles”); un vidimus du 4 mai 1317 transcrivant une procuration du 18
avril precedent (document n° 23,1. 2-3: “veismes et diligement regardames les lettres
ci dessouz transcriptes, contenant la forme qui s’ensienf’); un vidimus scelle de cire
verte sur lacs de soie par lequel Philippe le Bel confirme, en fevrier 1291, un diplome
de son predecesseur Chilperic II, de l’annee 716 (document n° 42: litteras quasdam
... vidimus in hec verba); enfin un vidimus du vidimus precedent, par le gardien de
la ville de Tournai au nom du roi de France, en fevrier 1333 (document n°41b: “nous
avons veu et regarde et mot a mot diligentement parleu ... desquelles la teneurs est
tels come il s’ensuit”). Sculs les deux derniers (documents n°42 et 41b) sont atten-
tifs au mode de scellement et a l’etat materiel des documents qu’ils sont charges de
retranscrire (voir lc commentaire diplomatique du document n°41b).
L’orthographe des pieces vidimees peut etre modifiec tout autant que dans les car-
tulaires. On note cependant, a l’occasion, une conscience paleographique: dans le
document n°42, l’auteur d’un vidimus attire l’attention sur lc fait qu’il n’a pas repro-
duit les diphtongues. A la chancellerie pontificale du XIIIе siecle on note aussi le souci
dc rendre certains caractercs speciaux, ou des incertitudes de lecture, par des lettres
particulieres.
286
Tradition 1: l 'acte dans toils ses etcits
[ c’s copies viilimecs offrcnl plus de garantie d'exaclitude que cellcs qui sc Imuvcnl
l,ns les cartulaircs. Encore nc saurail-on аГПгтсг qu'on n’a apporlc, dc propos
jdibcrc, aucimc modification an texle. Sou vent les vidimus out etc dresses an cours
spruces el "dans le desscin de pmduire une copie authcnlique au lieu de foriginal
jtMit on ne voulait pas se dessaisir on qif on ifavail pas intcrel a montrer. De telle
4>rte qn'en raison du pen dc scrupule que se Taisaienl les gens du Moyen Age de
i.ilsiller leurs litres, on pent cm ire qu’ils out, a foccasion, requis la confirmation de
chartes dont ils avaient change le dispositif’ (Recueil des actes de Philippe ler ...,
p. XLVI-XLVII). C’est vraisemblabiement ce qui s’est passe pour la cathedrale de
Tournai: en fevrier 1291, les chanoines faisaient vidimer par Philippe le Bel le faux
diplome de Chilperic, leur accordant les revenus du tonlieu sur f Escaut et du marche
urbain; deux ans plus tard, ils offraient a la commune locale de percevoir elle-meme
cos revenus contre un revenu fixe de 300 livres parisis annuel (voir document n°4lb).
Les copies notariees. - On gagne un cran dans f authenticity lorsqu’on dispose d’une
copie notariee: celle-ci comporte un certificat d’authenticite de la main d’un ou de
plusieurs notaires. On en trouvera ici deux exemples foil proches: fun de 1333 (docu¬
ment n°41b), f autre de 1375 (document n°34). On у observe:
- le libelle precis de la date (document n°34, 1. 21-23: anno a Nativitate ... anno
quinto\ document 41b, 1. 467-468: anno Domini... anno XVIl°)\
- le lieu precis de Pexamen des pieces et de la collation (document n°34, 1. 21:
Parisius, in thesauro privilegiorum, carta rum et registrorum regis\ document n°41b,
1.467-468: partim in capitulo ecclesie Tornacensis ... partim in domo habitations ...
Tomacensem)\
- le vocabulaire technique utilise pour designer la copie (document n°34.1. 1: trans-
criptum seu transsumptum\ document n°41b, 1. 469: exemplum sen transsumptum);
- unc description minutieuse de facte qu’il s'agit d’authentifier: regularity du scel-
Icment et absence de lacunes et d’inteipolation (voir le commentaire diplomatique des
actes respcctifs);
- Pexamen materiel de f original (document n°34, l. 24: litteras predictas vidi, tenui
et palpavi; document n°41b, 1. 468: vidi, tenui et palpavi);
- f identification de celui qui a pris la copie (document n°34, 1. 25: типы mea pro¬
pria transcripsi; document n°41b, 1. 469: manu died curati de Pesc conscripto)\
- la collation (document n°34, 1. 24: et de eis collationem feci\ document n°41b, 1.
469: facta diligend collatione de eisdem de verbo ad verbum)\
- f apposition du seing manuel (document n°34,1. 25: sigmunque meum consuetum
he opposui; document n°41b, 1. 471: signoque meo consueto ... signavi).
Toutefois, toutes ces marques d’authenticite juridique, empruntant a un formu-
iaire largement stereotype, ne prejugent nullement de la sincerity dc la piece copiee.
On en veut unc nouvelle fois pour preuve la copie notariee du vidimus de Philippe
Bel, qui n’enleve rien a la faussete du diplome dc Chilperic (document n°41b).
Les procedures d’authentification du Moyen Age classique deealquent les formu-
les mises au point dans le domaine de facte prive:
* copie validee par insertion dans un acte scelle: le vidimus,
" copie realisee par un notaire public et authentifiee comme tel,
- “copie sous le sccau” de juridiction gracieuse, qui se contente d’une formule ini-
llale du type “Copie sous le sceau de ...” et de f apposition du sceau de juridiction.
287
Tradition T I'acledans tons ses document 34
288
Tradition 1: I 'acte dans tons ses etats
ч copies libras. - A cote do ces copies qui annonccnt plus on moins explicile-
. ic respect du modele, il cxistc loule une gamme dc copies in formes a usage
.- мне, qu'il est impossible de definir tant lour varietc cst grande, biles nc compor-
... Bienne marque d'aulhenticitc juridique apposcc par une autorite. L’hislorien nc
d’aucune garantie: certaincs peuvent, a Fcxperience, s'averer fiablcs, d'au-
• Jetcslables. C'cst le cas du document n°35, choisi pour les besoins de la demon-
•r.iiioii, dont on a deja examine I'original (document n°12).
Untie copie par le destinataire doit en definitive etre presume? mauvaise. - Ln exa-
-1| ила des copies, medic vale et moderne (ci-dessus, documents n°33 et 35), on a pu
,hi combien, dans des cas cerles extremes, le copiste alterail, volontairement ou non,
ic\ie de I'original. Mais, meme attache a line reproduction aussi fidcle que possi-
^••ct apres relecture (document n°34), il laisse passer des bevues. Au moins par pre-
.nttion de methode, toute copic doit etre presumce mauvaise; par ailleurs, un copiste
чллп( el consciencieux appartient a une cspece encore plus dangereuse, car il pent
,r..nicer, sans les signaler, des restitutions si ingenicuses qu'on sera mieux pris a leur
fuegc.
i.n consequence, toute etude diplomatique et/ou linguistique doit l° prendre pour
:\isc premiere des originaux, 2° n'accucillir que sous benefice d'inventaire les don-
rii-’cs transmises par dcs copies: cet inventaire est assure par la comparaison entre les
"iiginaux subsistant et leurs copies, a fin de tester ccllcs-ci, d'clablir, coniine ici, la
:>pologie de leurs erreurs: non, eertes, pour tenter de restituer le texte des actes dont
L’n originaux ont disparu, mais pour mieux etre mis en garde contre les distorsions
nsi crcees.
34. Copic notariee (1375) d’un acte imperial (1341)
liaile d'alliance de fempereur Louis IV avec le roi de France.
b. Copie notariee du 23 mai 1375. parchemin, 390/365 x 320 mm. Paris, Arch, nat.,
J 3«S6, n° 3.
In nomine Domini, amen. Hoe est transcriptum seu transsumplum litterarum
magnifici et potenli a) viri, domini Ludovici quondam imperatoris Romanorum
sniper [2] augusti, cjus sigillo in fillis sericis et cera alba sigillalarum, non vicia- 1
^itum, non abrasarum, non canccllatarum nec in aliqua sui parte corrup-[3]-tarum, j
sed sanarum cl ingrarum ^ ac omni vicio ct suspicione carentium, ul prima facie ,
itpparebal, continentium hunc tenorem: i
v "Nos Ludovicus, [4] Dei gratia Romanorum imperator semper augustus, pro-
blemur publice et constarc volumus universis quod nos ad honorem Dei, exalta- ,
cionem fidei [5] catholice et propter bonum pacis ac transquillitatis c) sacri impe- 1
l'd ct regni Francie ac lolius christianitatis in oppido nostro Wshoven, ducatus |
Bav-[6]-varie consliluti sub anno Nativitatis Domini millesimo tricentesimo
quadragesimo primo, vicesima quarta die mensis januarii, presentibus nobilibus l
| [7] viris Alberto comite in Hohenberg, imperialis aide nostre cancellario, el j
289
Tradition I: I'acte dans tons ses etats - document 34
Ludovico duce de Tegg, Barhtoldo comite in Graispach, sapientc viro [8] magis-
tro Ulrico de Augusta, aulc nostre prothonotario, et secretariis nostris Horamnno^
i mililc Joffrido de Nantzeio et Ludovico dc Nortenberg clerico, nobis [9] dilec-
tis, juravimus ad sancta Dei ewangelia manu nostra tacta, quod preclari Philippi
l regis Francorum, illustris nepotis et affinis nostri carissimi, [10] simus exnunc
et esse debeamus et velimus imperpetuum pro toto tempore vile nostre bonus,
fidelis ct perfectus amicus alligatus et confedcratus; et quod [11] omnia et sin¬
gula ipsius e) negocia que faccre habet vel habebit in futurum ubicumque et cum
, quibuscumquc promoveamus et procuremus et promovere lcne-[12]-amur pro
posse nostro, bona fide et absque fictione quacunquc, per meliores vias quas pos-
sumus dicere, cogitare vel invenire, ad ipsius et sui regni [13] ac status, honorem,
I utilitatem et profeclum; ct quod dampna ejus quelibet impediamus et evitemus
pro posse; nec contra premissa sic jurata vel [14] eorum aliquod veniamus vel ea
observare obmittamus nec nos tueamur vel defensemus per vel propter aliquod
auxilium vel defensionem [15] juris vel facti, dispensationis sedis apostolice aut
cujuslibet alterius qui super hoc posset dispensarc vel nos in parte vel toto ab
hujusmodi absolverc [16] juramento sive per vel propter aliquod beneficium resti-
| tucionis in integrum aut privilegia vel indulgcntias per nos aut nostro nomine
impetratas vel [17] impetrandas, canonum vel legum auxilia aut aliqua jura scripta
vel non scripta, que nobis quominus ad observacionem omnium et singulorum
[18] per nos juratorum teneremur possent aliquatenus suffragari; quibus auxiliis
et defensionibus omnibus ct singulis nominatim ct ex certa nostra scien-[19]-cia
renunciamus expresse. In quorum omnium testimonium et evidenciam, presentes
conscribi nostreque majestatis sigillo jussimus communiri. [20] Datum loco, die
ct anno Nativitatis Domini suprascriptis, regni nostri anno viccsimo septimo,
imperii vero quartodecimo.”
Factum fuit autem [21] presens transcriptum seu transsumptum per me nota-
rium publicum infrascriptum Parisius, in thesauro privilegiorum, cartarum et regi-
strorum regis, anno [22] a Nativitate Domini millesimo CCC° septuagesimo
, quinto, XXIIIй die mensis maii, indictione XIIIй, pontificatus sanctissimi in
Christo patris ac domini nostri, domini Gregorii [23] divina providentia pape
undecimi, anno quinto.
(Seing manuel) [24] Et ego, Symon d'Anneville de Parisius, clericus, auctori-
, tatc apostolica notarius, litteras prcdictas vidi, tenui et palpa-[25]-vi ct eas manu
mea propria hie transcripsi et de eis collationem fcci signumque meum consuetum
hie apposui, [26] requisitus, in testimonium veritatis. a)a) Sic В pour potenlis. - b) Sic В pour inlegrarum. - c) Sic B. - d) Sic B; Torigwal
porte strcinio, simple qualificatif'de milite. - e) Le passage omnia ... ipsius ecrit sur ini
grattage, B.
290
Tradition I: l 'acte dans tous ses etats - document 34
Problemes de transcription. La copie notariee, ici etudiee, a ete editee non comme
un jalon de la tradition, mais comme un original; Pediteur de Pacte imperial se con-
[entcra de publier le corps du texte (ici §2: pour plus de details, voir p. 322).
Ri marqits sur I Lute ot 1341. L'aclc copie. intitule an nom de Pempereur Louis
,|V le BavaroisJ, cst date de “Pan de la Nalivite 1341. 24 janvier” (1. 6) et de “la 27c
jrmce de regne. 14e cf empire” (1. 20). Louis IV deviant roi des Romains le 20 octobre
]; 14. || esl couronnc empereur le 17 janvier 1328: tine Ibis croisees, les deux referen¬
ts clironologiques donnenl la lourchette 17 janvier-20 octobre 1341. qui concorde avee
K* 24 janvier 1341 (n. si.). La chancellerie imperiale, qui use en effet du style de Noel.
Ы passee au millesime “1341” des le 25 decembre 1340 (n. si.): allcnlion toutelbis a
repression “an de la Nalivite”, qui peut ne pas indiquer l’usage du style de Noel mais
44ilemeiil celui de Pete chretienne (A. Giry, Manuel de diplomatique..., p. 109 n. 1).
L’acte jalonne Pun des nombreux reviremenis de la diplomatic imperiale de Pepo-
quc. Louis IV, qui s’etait allie au roi d'Angleterrc Ldouard III en 1338, se rapproche
a nouveau du roi de France Philippe VI au debut de 1341. Le “traite” prend la forme
juridique d’une promesse, melangeani (a nos yeux) public et prive: Pengagement, par
sennent (1. 9), se fait sur la base d’un lien personnel, unc “amitie” (amicus, I. 10). ren-
forgant des liens preexistants (nepos, 1. 9. expression traditionnelle qui affirme la pree¬
minence de Pempereur, mais sans soumettre le roi a sa puissance comme Paurait
fait 1 ejilius qu’utilise le pape). porlant obligation d’aide (I. 11-13) et interdiction de
causer du tort (1. 13-19). Engagement fort mais vague, qui prend la forme d’une decla¬
ration d’intention: Pempereur. aussitot apres la suscription (Nos ... augustus. 1. 3-4)
fait une “confession” (profitemurpublice, 1. 4), qui inelul une notification universelle
{constare volumus universis, 1. 4) et une motivation generalc qualifiee par les diplo-
matistes allemands de “preambule court” (“Kurzarenga”: ad honorem ... totius chris-
tianitatis, l. 4-5); il rapporte au passe son engagement sur le mode du proees-verbal.
s’ouvrant normalement par la date de lieu et de temps el la lisle des lemoins (in
oppido... nobis dilectis, 1. 5-9). L’acte se conclut par la corroboration avec annonce
dc sceau (In quorum ... communiri, 1. 19) ct la date de Pacte ecrit, qui est aussi celle
tlu serment (1. 20).
Au chapitre de la diplomatique imperiale, on notera, dans la suscription, le pluriel
de majeste nos, usuel depuis la fin du XIIIе siecle (Rodolphe de Habsbourg) et le sem-
per attache a augustus depuis celle du siecle precedent (Henri VI; la traduction, dans
les actes en langue allemande, du qualificatif augustus, pris au sens etymologique, est
“mehrer des Reiches”, litteralement “augmenteur de PEmpire”). Le “preambule court”,
тёте limite a un simple membre de phrase, renvoie a la thematique des devoirs de
I’empereur, chretien et catholique, promoteur de la paix, dans son royaume comme
dans Pensemble d’un Empire qui coincide avec la Chretiente.
Remarques sur la copie de 1375. La copie est datee de “Pan de la Nativite 1375.
23 mai. indiction 13, 5e annee du pontificat de Gregoire XI”: cette derniere reference
ие saurait etonner de la part d’un notaire apostolique. Nous sommes bien le 23 mai
1375: A. Cappelli, Cronologia..., p. 268, permet cn un coup d’oeil de constater la
coincidence entre l’annee 1375, Pindiction 13 (avant le jour de changement de l’indic-
hon, en septembre ou decembre) et les annees de pontificat (Gregoire XI est consa-
Сгё le 5 janvier 1371).
291
Tradition I: l 'acte dans tons ses etats - document 34
A cette date, le roi de France Charles V opcre Lin nouveau rapprochement avi\
l’empereur, Charles IV, qui sejournera a Paris ct Vincennes an debut de 1378.1|
eprouve ainsi le besoin de faire dresser uric copie authentique de Facte de 134L qu‘it
conserve en original dans son Tresor des chartcs. et rccourt. pour ce faire, a un notairc
frangais (originaire d’Anneville: il у a plusieurs localites de ce nom dans le royaume),
residant a Paris, mais qui a ete investi par Fautorite pontillcale: les actes qu’il etablii
sont de ce fait reconnus dans toute la Chretiente.
Les formules employees (1. 1-3 et 20-26) sont caractcristiques des authcntificatioib
notariees. Le notaire annonce la nature de la copie (designee par des termes techni¬
ques, transcription sen transsumptum% I. I) et Fautcur de Facte (dont il reprend en
grande partie la suscription). Il decrit ensuitc Foriginal, plus cxaetemcnt tout ce qui
prouvc que celui-ci ne souleve aucun soup^on: d'une part, la rcgularile du scellement
(il se limite a Fattache et a la couleur dc la circ. sans donncr. comnic cn d’autrcs eas
analogues, la description du type iconographique et de la legende); d’autrc part,
Fabsence de lacunes et d'interpolations. Commc a Fordinaire, le texte copie n'cst pas
separe des formules d’authentification par un alinca, mais par de discrets signcsde
ponctuation. La conservation de Foriginal (Paris, Arch, nal., J 611, n° 36) permetde
constater qu'a quelques bevucs pres, le notaire a ete attentif et respeclueux du texte
(il edit, I. 7, Burhfoldo pour BerhtohIo\ surtout, il ne comprend pas le ,S' eapitale. il
est vrai tres particulier. de la chancellcrie impcriale el transcrit strenuo par un
incomprehensible Hопито surmonte d'un tilde: voir la note “d” dc la transcription).
11 conclut sa copie par la date precise, de lieu et de temps, avant de Pauthentifier par
son seing manuel et une lormulc oil il decline son identile el atteste son interven¬
tion. eoncrctemcnt decrite dans ses trois phases successives d’examen, de copied
de verification par collation (vidi, tenui et pafpavi... trunscripsi... coUationem feci.
I. 24-25).
Bibliographie complementaire. Christa Fischer, Studien zu den Arengen in den
Urkunden Kaiser Ludwigs des Bayern (1314-1347), Kallmunz, 1987, IX-210 p.
(Miinchener historische Studien, Abteilung Geschichtl. Hilfswissenschaften, 22).
35. Copie informe (XVIIIе siecle)
Au XVIIIе siecle, un original du chartrier de FAbbaye-aux-Bois (ci-dessus, docu¬
ment iC 12) lait Fobjet d'une copie. elle aussi inlegree au chartrier. Copie informe a
usage interne (le numero reproduit en tele fait sans doute reference au plan de clas-
semenl reproduit dans Finventairc dc 1711, qui a vraisemblablement le meme auteur:
ei-dessous, document n°38), elle n'cst ni line copie d’erudit (sa qualite est detestable,
ce qui lui a valu d'etre iei selectionnee), ni une copie authentifiee. Pour les besoms
dc la demonstration, on a reproduit en gras tous les mots de Foriginal qui sont repro-
duits dans la copie avec line qucleonque alteration; quant aux omissions, elles ontete
indiquees en note. On a juge inutile de reporter les numeros de ligne du document.
292
Tradition /: / асte dans tons ses etats - document 35
W
Tradition I: Tacte dans tons ses etats - document 35
B. Copie informe du XVIIIе siecle sur une feuille volante de papier, Paris, Arch
nat., S 4410, n° 32.
| [En haut:] Juillet 1270.— 2e.
I Je, Simon de Clermont, sire de Neelle, salut. Savoir a) a tous qui ces lettres
verront que j’ay veu les lettres mon cher amy maitre Gerart de Betencourt, conte
| de Peronne en ces parolles.
I ‘'A tons ceux qui ces presentes lettres verront et oiront, je. niaitre Gerars dc
Betencourt, conte de Peronne, fait savoir que j’ay donne pour Dieu en aumone
I perpctucl a la Franche Abbaye pres Beaulieu 6 journeux de pre, au journel el
I a la verge d’Esmery, en mes pre/ qui sont entre Saint Nicolas du Bois ct Esmery,
en cette prairie que je tient du noble hoinine mon seigneur Simon dc Clermont.
I seigneur de Neelle; et ces 6 journeux de pre devant dit scant au canton plus
I prochain par devers Esmery; en telle maniere que je retiens les fruits et les pro-
I fits de ces 6 journeux de pre devant nomine/ toute ma vie; et rendra la Franche
I Abbaye devant dite a mon seigneur de Neelle chacun an a la feste saint Remy
• pour chacun journel un denier parisis de cens. Et en tenioignage de ces choses ,
devant dittes, j’en ay donne a la Franche Abbaye devant ditto ces presentes let-
| ires sceellees de mon seel. Si lurent laittes Tan de Plncamation notre Seigneur
, 1270 au mois de may." I
Et je, Simon devant dit, c) coniine il est fait et c,) comme il est contcnus cs
I lettres iceluy niaitre Gerards, je veut et grce comme sires, sauf mon droit et
I ma justice et ma seigneurie en touttes choses. El poure* que ce soil chose fermc
1 et stable a toujours, je Pay contirme dc mon seel. Ce fu fait Pan de PIncarnation i
J nostre Seigneur 1270. le vendredy devant la Madelaine.
a) Apres savoir. В a ecrit faisons, qu 'il a ensuite rave. — b) La repetition de et chil VI I
journel de pre n 'est ni reprise ni signalee dans B. — c) chel don si omis B. — d) si omis
I B. — e) chou omis B. ,
r
Examen des variantes. Comme dans le cas de la copie du cartulaire de Cluny (ct-
dessus, document n°33), on peut chercher a faire Pinventaire des variantes de la copie
par rapport a Poriginal, puis a les classer methodiquement pour en tirer les lemons (les
lignes citees en reference sont, pour plus de commodite, celles de Poriginal).
1° Certaines variantes sont des bevues purement involontaires. Les plus venielles
relevant d’unc pathologie de Pattention, evidente quand le copiste, plus distrait, arrive
en fin de travail: des mots sont alors sautes (voir ci-dessus, notes critiques c, d, e);
d'aulres, inverses {ferme chose devienl chose ferme, 1. 19).
Unc bevue. autrement plus grave si Poriginal n’etait conserve, est due a une mecon-
naissance lexicographique ou institutionnelle: coutre (1. 3 et 4) est lu a deux reprises
conte (pour “comte”), ce qui change tout au statut du donateur.
Un cas plus complique. mais que Pon peut assez bien dissequer, se trouve en debut
d'acte, au fetich savoir a tous (LI) est lu salut savoir faisons (ce mot ensuite гауё)л
tous. On pent restituer le mouvement plus ou moins conscient du copiste, qui a ete
maniiestenicnl influence par les lormules qu’il a lues dans d’autres actes (la science
294
Tradition I: l 'acte dans tous ses etats - document 35
n est pas toujours bonne!): d’abord unc mauvaise lecture (faich lu salut); trouvant
cnsuite le mot savoir, il a ete porte naturellement a computer Jdisons, puis s’est apergu
que ce dernier mot ne figurait pas dans foriginal; il Га done raye, mais sans revenir
assez cn arriere dans sa lecture pour comprendre que sa nouvclle phrase etait bancale.
Г D'autrcs interventions, pas forcement conscientes mais plus prolbndcs et assez
4ystematiques. alterent la languc. la graphic et le texte de foriginal.
a) Le copisle procede par une simplification et une modernisation massi\es de
rancicn fran<;ais:y7w devienl je: Symons ... sires (au cas-sujet. I. I) est iranscrit Simon
..sire: confreme (I. 20) devienl con firm c\ etc. II goiume egalemenl la coloration
picarde du texte: le Franke (feminin. I. 5) devient la Franche: il accorde la graphic a
la prononcialion de son epoque: Neele (I. 1) devient Neel/e. Dans certains eas, il
mterprctc mal un lerme: il rend sicent (du verbe seoii\ I. ft) par (du verbe estre):
mais il comprcnd bien fctymologie de estaule (du latin stahilis, I. 19). modernisant
le tonne en stable (que lui out revele, il est vrai. bien d’autrcs actes du chartrier).
Pourtant. coniine s'iI etait influence par les formes anciennes qu'il a lues, il fail une
Ibis plus •■medieval" que foriginal. et rend en fin de transcription Gerart (I. 17) par
fincongru Gerards. Autre simplification, purement graphique, les chiffres sont uni-
formement transcrits en chiffres arabes.
b) C ette modernisation grammaticale depasse le simple slade de la graphic et de
la morphologic de fancien IVanv'ais. Dans quelques eas. le copisle procede a de veri-
tablcs traductions, dont on pent du reste appreeier rexactitudc: sauve me droiture
(I. IS) de\ ient sauj mon droit: coron (I. 9) domic canton: Ahbeie en coste Bimdieu
(I. 5) se mue en Ahhuve pres Beaulieu (mcme modernisation pour Saint-Nieolas-du-
Bois).
c) Enfin, a bon droit, le copiste corrige une bevue de foriginal (la repetition d’une
expression, 1. 9): son tort, au regard de fediteur contemporain, est de ne pas signaler
qu’il a procede a cettc correction.
Commi-ntaire. Comme dans le cas du carlulaire de Cluny (ci-dessus. document
u°33), deux niveaux d’intervention du copistc soul a dcmelcr: les simples erreurs de
transcription, qui se reparlissenl au hasard: les modifications plus syslematiques. cons-
eienles ou non. Or. malgre des modalites el un contextc ires dilTcrcnis. le copiste, ici
eomme а Пипу. \ it dans le regime de la eontinuite. Iranscrit des actes qui servent tou-
juurs a fonder en droit la gestion de felablissement. II lui apparait done naturel el
upporiun de ■•ralraichir" leur expression. II le fait tout simplemenl avec moins de
science que le copisle de C luny. moins profondement aussi puisqu’il s'en lient a des
modifications presque exclusivement graphiques. Le bilan ifen est pas moins grave
quant a la connaissance et a fanalyse diplomatique des textes dont il serait le soul
temoin apres destruction des originaux.
295
Tradition I: l 'acte dans tons ses etats
d) Les inventaires d'archives
L’inventaire cTarchives - “description plus ou moins detaillee du contenu des series,
des fonds ou des documents, destinee a retrouver les documents” pour reprendre la
definition du Vocabulaire international de la Diplomatique - a essentiellement une
fonction pratique. En repartissant les documents suivant le lieu de leur classement
materiel, finventaire reflete en outre fordonnance materielle du locusprivilegiorum,
de la tresorerie d’une institution (on parle, en effet, du “tresor” des chartes). Le docu¬
ment n°36 atteste le parallele entre les inventaires, les cartulaires, les notes dorsales
et fordonnance du lieu de conservation. Si le plus ancien inventaire de Saint-Denis
(document n°37a) reproduit l’ordre du grand cartulaire dit “cartulaire blanc”, c’est
que ce dernier respecte scion toute vraisemblance celui du lieu materiel de conser¬
vation.
Quatre documents (n°36: Toumai, 1422; n°37a: Saint-Denis, XIIIе siecle; n°37b:
Saint-Denis, XIVе siecle; et n°38: Abbaye-aux-Bois, XVIIIе siecle) permettent de
comparer divers systemes de cotation medievaux et moderne.
Ils font comprendre en outre tout f interet des inventaires d’archives: en cas de dis-
parition de facte, original ou copie, ils en livrent la teneur, permettant de completer
le materiau disponible pour f histoire et pour la reconstitution du chartrier original
(recherche des actes aujourd’hui perdus, dits deperdita). Ces inventaires suggerent
enfin, par leur classement topographique, des pistes utiles pour f identification des
toponymes.
Mais on comprend aussi la prevenance systematique qui doit accompagner f exploi¬
tation de telles mentions: dans f identification des personnes, dans la datation, dans
finterpretation, dans ses remarques, fauteur de finventaire n’est pas a fabri d’une
ignorance ou d’une etourderie. lei encore, une comparaison avee les originaux sub-
sistants, visant a jauger la qualite du travail, permet de tirer plus shrement parti de
f analyse des deperdita.
Tradition I: I'acte dans tous ses etats - document 36
36. Inventaire des archives de la cathedrale de Tournai (1422)
“Grand Repertoire”, parchemin, Tournai, Arch, de la Cathedrale, Registre 42, fol. 1.
[Ли sommet du folio, au centre:] Primus lectus
Sequitur repertorium previlegiorum, cartarum, litterarum et munimentorum
venerabilis ecclesie Tornacensis, [2] a beato Piato glorioso martire primitus fun-
date et ministris nove regeneracionis provise et [3] ornate temporibus beati
Dionisii pape et inartiris, regnantibus sceleratissimis imperatoribus [4] Diocletiano I
et Maximiano circa annos dominice Incarnacionis CCXLV, et deinde per [5] sum-
mos pontifices, rcges, imperatores, episcopos, prelatos et viros ecclesiasticos pri-
vilegiate, [6] dotate, augmentate et continuate usque ad presentem annum dicte |
dominice Incarnacionis [7] M CCCC XX II, prout hec omnia et singula plenius
paterc possunt per registra [8] ejusdem ecclesie et inspeccionem dictorum privi-
legiorum dicti repertorii in quo sunt quinque lecti dumtaxat [9] et in quolibet lecto
sunt sexdecim capsc lignee, in quibus privilegia, carte, littere et munimenta [10] I
supradicta recunduntur per modum infrascriptorum.
[Une main posterieure a poursuivi. sur la тёте ligne:] Et deinde anno M
XXX III renovatum. 1
[Reprise de la main originate:] [11] Et primo sequitur repertorium primi lecti,
in quo sunt originalia privilegia, concemantia [12] dotationcm ecclesie ac insti-
tucioncm dignitatum personatuum et officiorum ipsius ecclesie ac beneficiorum
[13] plcno jure sub jurisdictionc capituli exentium cum testamentis, codicillis et
anniversariis personarum predictarum.
[14] In prima capsa dicti primi lecti.
[15] Littera gloriosi Celprici regis Francie, qui contulit domno Crasmaro, epis-
copo Tornacensi, [16] theloneum de navibus super fluvio Scald, tarn ultra quam
eciam citra decursum. de quolibet commercio [17] seu et de caragio vel de sa-
ginis, necnon de ponte super flumine Scald, vel de omnibus venalibus [18] ubi-
cumquc vendantur. seu infra muros seu in appendcnciis murorum predicte civi-
tatis, undecumque theloneus [19] exigitur, sicut fiscus et regia potestas evindicare
potest, necnon et justitiam de codem theloneo, [20] sicut earn libere possidebat,
ad ecclesiam ipsius pontificis domni Crasmari, que est in honore Sancte [21]
Marie in ipso Tornaco constructa, in stipendiis canonicorum eiusdem ecclesie
promerendis augmenlum [22] plene et integre concessit. Datum apud Bibrax. anno
dominice Incarnacionis circiter Vе LXX VIII.
[23] Littera de vidimus Philippi regis Francie super eadem, data anno M° af
[24] Item quedam antiqua copia supradictc donacionis.
a) La date n V/ pas etc precisee.
Tradition 1; l 'acte dans tons ses etats - document 36
La polrsute d’un modei.e ancien. - Au paragraplic des cnriulaires, on a soiili»nc
la redaction conconimittante et parallclc dcs cartulaircs ct dcs invcntaircs d’archi-
vcs. C'est le cas a la cathcdrale de Toumai a la fin du XIIIе sicclc oil. au cartulairc
"D” (qui comprend la transcription de 1.143 documents sur 400 folios de parchenuni
repond un inventaire sur rouleau, qui n’esi plus compose aujourd'hui quo de quatre
peaux cousues bout a bout (285 x 2940 mm): une premiere main, quo completent ilc
nombreuses additions (qui temoignent de Гшilisaiion de cet inventaire), mentionin'
brievement 223 documents. Ceux-ci etaient repartis cn au moins cinq rayons ou armoi-
rcs (lectus): lettres pontificales et royales, dignitaircs du chapitre, statuts, testaments,
proprietes capitulaires (la suite manque).
Cette presentation se relrouvc dans le cartulaire “D”. Qu'ellc reflete egalement
Tordonnance materielle du local d’archives, on en veut pour preuve une note margi-
nale qui accompagnc, dans le cartulaire susdit. la transcription de deux actes, de 1296
et de 1306: Collado facta aim litteris originalibns, iste due littere sunt in loco privi-
legiornm. in una pixida. in Vго lecto prime partis. Cette localisation - en rayons (lec-
tns) ct cn boites (pixida); plus tard, on dira en layettes (capsa) - est systematiquement
reportee en note dorsale des originaux routes ou replies, sceau protege a l’interieur.
Le ‘‘Grand Repertoire” de 1422. - En 1422, a la suite de circonstances non encore
eclaircies - mais on peut mettre le fait en parallele a\ec la redaction d’un nouveau
coutumier le chapitre fait dresser un nouvel inventaire general de ses archives
(Seqnitnr repertorinm ... per modnm infrascriptornm, 1. 1-10). Son rcdacteur en pro¬
file pour faire un couplet sur Fantiquite de la ville, christianisec par saint Piat au temps
de saint Denis, pape el martyr (1. 2-3): Tournai, premiere capitale de la France grace
a Childeric et a Clovis, plonge ses racincs chretiennes au IIIе siecle.
Cct inventaire nous est parvenu sous la forme d’un robustc volume relie sur ais.
comprenant 364 folios de parchemin de 320 x 440 mm, dont la surface ecrite n’occupe
qu’un tiers du folio. De larges marges et espaces entre les notices sont prevus pour
d’eventucls ajouts. Son ordonnance - qui reprend dans les grandes lignes celle de
Г inventaire precedent - est decrite ainsi: qninqne lecti... lignee (1. 8-9), les actes son!
classes dans 5 rayons ou armoires (lectns). divises a leur tour en 16 cases (capsa) de
bois. Le contenu de la premiere armoirc est precise aux 1. 11-13. Au sommet de cha-
que folio, la page de gauche indique l’armoire (Primus lectns), celle de droite la layet¬
te (in prima capsa). Ccs indications sont reportees. comme par le passe, au dos des
originaux.
Le chapitre cathedral s’etait efforce, tres tot, de rcunir a la trcsoreric tous les docu¬
ments qui le concernaient, comme en temoigne unc sentence capitulaire de 1294: Si
qnis canonicornm vet beneficiatornm in ecclesia habeat penes se aliqua scripta, out
cartas. sen privilegia spectantia ad prebendas vet beneficia, vel habeat in scriptis ali-
qnam ordinationem tangentem ecclesiam. reponat illam in thesanraria, et penes se
retineat transcriptnm sub sigillo capitnli ad cansas, vel decani, nisi forte sint testa-
men ta.
On peut ainsi denombrer 1.868 documents originaux anterieurs a 1300, et estimer
a 5.900 le nombre de ceux qui etaient conserves a la tresorerie a la date du renou-
vellement du "Grand Repertoire”, en 1533 (et deinde . renovation, I. 10).
Tradition I: l 'acte dans tous ses etats - document 36
Cet inventaire prend une importance particuliere avec le desastre survenu trcnte-
irois ans plus lard, lors des saccages iconoclastcs dans cctte partie du royaume, en
Handre. en Mainaut et dans le Tournaisis. Ksperanl en finir avec le regime en place,
|t»s insurges IIrent biider au milieu du choeur dc la cathedrale “les privileges, haul-
icurs, preeminences, auctoritez et lettriaiges ... quy estoienl fort beaulx, antieques,
rices et excel lens, et mis en bel ordre dedens les doyses ou layes de bois a ce servans,
<ins aulcuns en reserver” (A. Pinchart. Memoires de Pasipiier de le Barre et de Nicolas
Holdover pour servir d Thistoire de Toitrnai, 1565-1570, t. I, Bruxelles. 1859, p. 135-
138 [Collection de memoires relatifs a Thistoire de BelgiqueJ).
Lls она ments .wALV.srs. Le compilateur s'est donne la peine de decrire le con¬
tent! de chaque document: pour certains (notamment les statuts capitulaircs). il va
jusqu’a reproduire rensemble du dispositif; pour la plupart. il se contente d'en rete-
nir les donnees pratiques ou nouvelles (comparer dans ce sens le diplome de Chilperic.
I. 15-22 au vidimus de Philippe le Bel, 1. 23, el aux copies libres du memo diplome.
I. 24).
La perte du diplome original de Chilperic empeche de juger du degre detention
avec lequel il a travaille (voir au contraire les documents n°37a, 37b et 38). On a
reserve pour le chapitre 8 les conclusions de la comparaison entre cette analyse et la
copie du diplome dans un cartulaire du XIIе siecle (document n°41a: mots soulignes).
II s'esl egalement donne pour objeelif de presenter chronologiqitemcnt les litres
conserves dans ehacune des layettes: il a done cherchc a les dater. Si Loriginal porte
une dale (lieu, millesime. mois, quantieme). il la reproduit telle quelle; sinon. il lui
arrive de la conjecture!*. Cela donne. ici: “apud Bihru.x, anno circiter I * 1ЛХП1Г
d 22). L'archivistc du XVе siecle commet une double erreur: il con fond Chilperic lcl
ct Chilperic II (voir chapitre 8: les faux) et il introduit dans la date Гаппёе de Linear-
nation (qui n'est adoptee par les rois de Francie occidentale qiLapres 875. Voir cha¬
pitre 2). II est plus etonnant de constater qtLil n'est pas parvenu a lire la date du
vidimus de Philippe le Bel, pourtant donnee en loutes lettres dans les copies qui nous
cn sont conservees.
Originalx, in'ventairf.s fi cartulaires. - Comme on lc verra egalement pour les
documents n°37 et 38, les inventaires refletent - mieux que les originaux conserves
ct bien mieux que les cartulaires - Letat des chartriers medievaux. Voici les chiffres
Pour la cathedrale de Tournai, qui beneficie pourtant d’une serie impressionnante de
cartulaires.
Le tableau et le graphique ci-dcssous ventilent les actes en irois categories (d'apres
L Fycke, f.e chapitre cathedral.... p. 15 ct 14):
- Facte n'est connu que par une mention dans lc “Grand Repertoire" (l,e eolonne
du tableau, en blanc sur le graphique):
• Facte est incdii; sa teneur est connue soil par un original (dans quelques mres cas),
s°it par un cartulaire (2e eolonne du tableau, hachure sur le graphique);
' Facte est edite (3e eolonne du tableau, en noir sur le graphique).
Tradition I: l 'acte dans tous ses etats
Mentions
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Acies
inedits
Acies
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1868
Extrait de: J. Pycke, Le chapitre cathedral de Tournai..., p. 14.
300
Tradition I: l ’acte dans tous ses etats
La repartition chronologique des documents n’a rien de surprenant pour une insti¬
tution ecclesiastique situee dans l’Entre-Loire-et-Rhin: carence a peu pres complete
jusque vers 1050, demarrage vers 1080, point culminant entre 1280 et 1290. La dis¬
tinction entre les actes qui ne sont plus connus que par une analyse dans l’inventaire
de 1422-1533 et ceux qui sont recopies dans les cartulaires fait ressortir que, dans
l’ensemble, plus d’un tiers des documents (685 sur 1.868, soit 36,6 %) n’ont pas ete
retransmits. Ce sont pour beaucoup des testaments et des actes de nature economique
qui avaient perdu leurs effets a l’epoque de la redaction des cartulaires, ou qui n’ont
ete appeles a servir qu’un temps. On en concluera neanmoins qu’une etude basee
exclusivement sur les cartulaires, sans disposer d’un chartrier ou d’inventaires anciens,
ne se fait que sur la base d’une partie de la documentation.
Un autre ordre de grandeur, mais qui ne conceme que des documents conserves
aujourd’hui encore en original, est fourni par la phototheque de l’Universite de
Marburg (“Lichtbildarchiv alterer Originalurkunden bis 1250”) qui recense toutes les
chartes anterieures a 1251 provenant du territoire de I’ancien empire allemand au nord
des Alpes (voir au chapitre 7, les collections photographiques). Voici le nombre des
documents originaux deja photographies, avec extrapolation pour le chifffe de la pre¬
miere moitie du XIIIе siecle:
801 a 850
110
851 a 900
224
901 a 950
158
951 a 1000
389
1001 a 1050
585
1051 a 1100
507
HOI a 1150
L456
1151 a 1200
3.217
1201 a 1250
13.000
301
Tradition I:l 'acte dans tons ses - document 37
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302
Tradition /. Tcicte dans tons ses etats - document 37
37. Inventaires des archives de l’abbaye de Saint-Denis
On reproduit ici les extraits de deux inventaires successifs du chartrier de l’abbaye
de Saint-Denis, relatifs a un acte royal de 1215 (original ci-dcssus, document n°6).
37a. Inventaire des archives de Saint-Denis, fin du XIIIе siecle
“Ancien inventaire noir’\ parchcmin. Paris, Arch, nat., LL 1184, p. 79, sous la rubri-
que “de Indicto”, n° III.
Philippi secundi regis, quomodo [2] mercatores Parisienses debent mittere [3]
duos vel tres ex burgensibus Parisiensibus [4] prima die maii ad locum Indic-[5]-
ti pro assignatione logiarum suarum [6] coram preposito Beati Dyonisii, qui de-
[7]-bet videre quantum exinde capi-[8]-ent. Si vero prepositus, requisitus [9] et
inventus, ad assignationem lo-[10]-giarum esse noluerit, nichilomi-[l l]-nus tamen
possunt dicti burgen-[12]-ses signare quantum ad opus [13] mercatorum
Parisiensium convenerit. Nec pos-[14]-sunt sibi associare aliquem [15] qui non
fuerit de societate parisiensi nec [16] logias suas alicui locare. Si [17] vero pre-
positus ipsa die non inve-[l 8]-niatur ibidem, debent ire ad [19] Sanctum |
Dyonisium ut denuncianta) domino [20] abbati vel priori vel portario ut [21]
venicnt et videant assignati-[22]-onem logiarum suarum. Quod si [23] venire no-
luerint, dicti burgen-[24]-ses possunt signare sicut superi-[25]-us dictum est. Quod
si dominus abbas vel [26] superius nominati dixerint quod requisi-[27]-ti non 1
fuerint, si duo vel tres ex bur-[28]-gcnsibus juraverint quod eos de predi-[29]-ctis ,
rcquisierint. liberi erunt ex-[30]-indc ab omni emenda, salva tamen [31] justicia
ccclesie Beati Dyonisii. Nullus [32] autem, undccumquc sit, potest caperc pla- 1
[33]-tcain ante primam diem maii. [34] Debent nundine fieri eo tempore [35] quo
solent et sicut solent. 1
i
a) Sic pour denuncient.
tel inventaire a etc elabli de concert avec im grand cartulairc. dil "Carlulaire blanc"
U)n li’ouvera un Гас-simile de la page comporlanl la transcription de fade qui nous
nilcrcsse. dans Га1Ьиш de lac-similes d’A. de Boiiard, Manuel de diplomatique.... I. I.
pliinclic XXIX): de lait, il reproduit le plan de classemcn! du carlulaire (cliapitrcs lopo-
•iriiphieo-thematiques cl numeroiation continue des aeles а f interieur du chapilre: nous
sotrunes ici au 3e titre du chapitre “Lendit”).
L’analyse de l’acte (le mot тёте litterae est sous-entendu apres le genitif Philippi
esl devcloppee et at tent i\ e: с I le suit fordre de facte, ifon omet aucune
precision utile et cn importe directemcnt, au mol pres, de nonibreuses expressions.
Mais lc redacleur de I'inventaire tie se prive pas non plus d'ajouler et d'inlcrprelcr:
f •Htmero d'ordre du roi esl ainsi precise a bon escicnl (Philippi secundi. I. I):
expression de facte aliquem (pii non sit ad idem calalfum cum eis (I. 7 de foriginal)
tlevieni aliquem t/ni non fuerit de societate parisiensi (I. 15-16 de fanalyse). Cette
expression nouvellc permel de mieux compremlre facte de 1215 (il est question d*un
Tradition I: l ’acte dans tons ses etats
marchand de l’exterieur qui ne se scrait pas "mis on societe", autrcment dit "associL-
avec un Parisien). Cette interpretation est prccieuse pour riiisiorien et !e lexicograph
car elle facilite Г interpretation de catallum et jalonne chronologiquemeni I’usage dc
societas (qui est employe a la fin du XIIIе sieele. mais ne Test pas cn 1215). \u
chapitre de la tradition, il у a plus grave encore: I'nnentaire, doiiblon du cartulairc,
ne juge pas utile de donner la date de Г acte.
En bref, si l’inventaire etait le seul element de tradition subsistanl. on aurait unc
bonne idee du contenu de Г acte de Philippe Auguste, mais on risqueraii d'etre egarc
sur Ie vocabulaire employe et on ne pourrait lc dalcr que des annees d‘un long rogue,
[1180-1223]. On voit aussi qu’a cettc epoque, Pinventaire est. cominc le cnriulnirc
un instrument de gestion plus encore que do simple arclmistique.
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304
Tradition 1: l ’acte dans tons ses etats
37b. Inventaire des archives de Saint-Denis, XIVе siecle
“Ancien inventaire jaune”, parchemin, Paris, Arch, nat., LL 1185, p. 107.
Philippi regis, quomodo mercatores burgenses ville [2] Parisiensis debent venire |
prima die mai ad signandum [3] logias suas et plateas in loco Indicti et quomo- !
[4]-do debent vocare prepositum Sancti Dyonisii vel signifi-[5]-care abbati vel I
priori vel portario, si prepositus [6] recusaret, venire quia nullus debet accipere i
pla-[7]-team in Indicto nisi in die may. [8] Item voluit rex predictus quod nun- I
dine Indicti fient [9] eodem tempore sicut solent, videlicet emendi et ven-[10]- .
dendi, prout est consuetum ab antiquo. Cum [11] isto signo: C +
Les differences avec finventaire precedent sautent aux yeux. L’analyse, beaucoup
plus breve, est pourtant faite directement d’apres l’original et non d’apres le premier
inventaire (le mot plateas, qui ne figure pas dans celui-ci, ne peut etre repris qu’a
celui-la). Le redacteur de Г inventaire est aussi plus libre, et glose sicut solent en prout
est consuetum ab antiquo. Le moine-archiviste, beaucoup plus rapide que son prede-
cesseur sur les droits des bourgeois, et pas davantage interesse par la date exacte de
facte (il ne se donne meme plus la peine de rechercher de quel Philippe il s’agit),
reste precis sur les charges et privileges de son abbaye, pour dire quels dignitaires
doivent etre presents a l’assignation d’emplacements aux marchands. quel calendrier
iraditionnel doit restcr en vigueur.
Le plus important est dans fapparition d'une cote au sens propre. Le systeme est
encore fruste, mais, par fabstraction, gagne en commodite (“C+” au lieu de “3e titre
rclatif au Lendif'; un coup d’oeil aux analyses des autres actes montre que le classe-
nient a ete entierement refait). L*inventaire est devenu un instrument de recherche du
titre original et farchiviste ici ne cherchc pas a parer la perte du texte. Mais si cela
avait du survenir et que cette analyse fut restee le seul temoin de facte, on voit les
difficultes d'exploitation qui eussent surgi: sans autres elements de recoupement, la
Natation restituee de facte analyse eut hesite entre plusieurs regnes, de Philippe ler a
Philippe VI [1061-1350].
Peter Riick, "Die Ordnung des herzoglich-savoyischen Archive unter Amadeus
Vhl. (1398-1451)'’, dans Archivalische Zeitschrift, 67, 1971. p. 11-101.
Etude modcle sur les inventaires et les svstemes de classement - Voir le compte rendu
par J -Y. Mariotte, dans La Gazette des archives. 1972. p 33-39.
Peter Riick, “Die Anfange des Archivwesens in der Schweiz, 800-1400'’, dans
flittedungen der Vereinigung schweizerischer Archivare, 26, 1975, p. 5-40.
M.-D. Glesgcn, "Lo thesaur del Hospital de Sant Sperit". Edition eines marsei/ler
Urkundeninventars (1399-1511) mit sprachlichem und geschichtlichem Kommentar
llnter besonderer Beriicksichtigung des Rechtswortschcitzes, Tubingen: M. Niemeyer,
*989, XII-596 p. (Zeitschrift fur romanische Philo logic, Beiheft 226).
Edition ct etude modcles d'un inventaire, confronte aux originaux subsistanls; fauteur
s'cst aussi interesse a la philologic ct a f histoire du dioit.
Tradition I: l acte dans tom ses etats - document 38
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306
Tradition I: Tacte dans tons ses etats - document 38
38. Inventaire d’archives moderne (XVIIIе siecle)
Le premier inventaire moderne du chartrier de PAbbaye-aux-Bois est une bonne
illustration de la science arehivistique du debut du XVIIIе siecle. Les titles ont ete
analyses piece a piece, el repartis, dans un ordre essentiellement topographique, par
vies (71 en loul) et, a Pinterieur des sacs, par liasses. Sous la cote “3e sac, 3e liasse,
Hire 2e’\ so trouve Panalyse do facte original de 1270 commente ci-dessus (docu¬
ment nJ 12).
Inventaire des archives de PAbbaye-aux-Bois, 1711-1715, papier, Paris, Arch, nat.,
S 4414*, fol. 21 v.
2e. Autre titre, latin, par lequel Simon de Clermont, sire de Neelle, a agree la
donnation faitte a PAbbaye-aux-Bois par Gerard de Bethencourt de six jour-
neux de prez, sauf sa justice, son droit et sa seigneurie.
[En marge:] Juillet 1270. Confirmation par le seigneur de Neelle de 6 journeus
dc prez pres Esmery.
La comparison avee une copie anonyme du XVIIIе siecle (ci-dessus document
n’35) montre que le responsablc de cclle-ei csl vraisemblablement Pauteur de Pinven-
laire (similitude des eeritures et des mots “justice, droit, seigneurie"). La comparison
avec le texte de facte montre que farchiviste, meme s*il est relativcmenl concis, donne
mi resume intelligent, avec un soin part iculier dans P identification des noms de lieu,
utile au proprietaire du chartrier. 1.'expression sauf sa justice, son droit et sa sei-
Wurie deealque directemenl foriginal de 1270 {sauve me droiture et me justiche et
nw seignerie. I. IS). La date a ele coiTcelement convertic, ccrtes apres une reprise (on
'oil que farchiviste a surcharge juillet sur mai, qui etait le mois de facte vidime) et
sans indication du jour exact. Mais une inattention, celle-ci non corrigee, lui fail quali-
*,cr I'aete de latin, alors que foriginal etait ccrit en ancien Irangais!
Sur fhistoire de ce chartrier, Brigitte Pipon, Le chartrier de TAbbaye-aux-Bois.
1202-1341: etude et edition, these d’Ecole des chartes, 1991, a paraitre.
307
Tradition I: l'acte dans tous ses etats
3. Les copies d’erudits
“Л la difference des copies de cartulaires, dont on a ret eve pins hunt les juihU-,.
ses, cedes des erudits des XVIIе et XVIIT’ siecles of if sou vent ete faites d'upres /t>
originaux avec un soin particulier et le souci de conserver lorthographe. .1 qud
ques-unes de ces copies sont jointes soil des facsimile pari ids, soil des notes rela¬
tives a I’etat du parchemin et du sceau. Tel les sont par example les copies de Dan
Grenier on cedes que Gaignieres fit execute/-“ (Recueil des acles de Philippe ler
p. 45).
On ne saurait souscrire complement a cet cloge de Maurice Prou, ni utiliser dc
maniere aveugle les copies d’erudit et leurs campagnes de transcription. Les erudits
des XVIIе et XVIIIе siecles ont ete inegalement savants, habiles et honnetes. II est
indispensable de connaitre leurs objectifs, leurs difficultes et leurs centres d’intercts
et de reconstituer leurs methodes de travail.
Leurs objectifs. - Lc monde des erudits des XVIIе et XVIIIе siecles est fort vastc.
mais on peut у distinguer deux grands types. II у a tout d’abord des erudits locaux,
plus ou moins bien formes en palcographie, en diplomatique et en histoire, et souvent
passionnes: laics ou clercs, souvent moines, ils s’interessent a l’histoire par passion
personnelle ou sur I'ordre tie leur superieur. Ils ecrivent 1 ’histoire de leur famille. dc
leur abbaye, de leur \ ilie ou de leur province. Le ressort de leur passion est le pa-
Iriotisme, le leur ou eclui de leurs patrons. La qualite de leur travail s’en ressent: sou-
vent, ils ne copicnl que les aetes qui leur semblcnt importants, ou, d’un acte, ils ne
relienneni que les parties essentielles: dispositifet liste des temoins. Les travaux qu’ils
ont consacres aux genealogies et aux families nobles doivent ctrc utilises avec pru¬
dence, car on sait ces erudits locaux enclins a forger de faux documents pour satis-
faire l’orgueil de leurs commanditaires (on le verra au chapitre 8, a propos des faux
d’erudition).
Ce qui separe ces erudits locaux des autrcs erudits, e’est essentiellement unc
question d’echcllc: rindividualisme fait ici place a Tentreprise systematique de ras-
semblement de copies d’actes dans un but politique. A la fin du regne de Louis XV,
en effet, des erudits ont ete engages (souvent secretcment, car les Provinces у faisaient
obstacle) dans lc but de recolter tous les temoignages archivistiqucs susceptibles
d’affermir les pouvoirs d’une monarchic centralisatricc. Cette entreprise a ete confiee
en grande partie aux religicux mauristes, qui avaient regu dans ce but une formation
paleographique de base a l'abbaye de Saint-Germain-dcs-Pres. Ellc sc doublera bientot
d’une autre perspective, cclle de 1’histoire religieuse.
Leurs difficultes. - Elies ont d'abord ete d’ordre materiel: retrouver des archives et
les retrouver en etat. Voici deux temoignages eloquents, parmi beaucoup d’autres.
Le premier concerne Labbaye cistercienne d’Obazine ou s'etait rendu en 1712 dom
Jacques Boyer, lors de sa tournee monastique a travels la France meridionale. II Pl,t
у consulter le cartulaire, precieusement conserve par le prieur avec le manuscrit de la
Vita Stephani, hors chartrier. Mais l’expedition qu’il tenta dans le charlrier lui-menie
lui inspira un tel degout, qu’il renonga tres vite a en evaluer la composition comnie
a en exploiter les rcssources: “Nous eumes beaucoup dc peine d’ouvrir la porte, qu’on
n’avait point ouverte de trois ans. Nous en crimes encore plus de rester dans les archi¬
ves. Monsieur lc Juge s'y trouva mal. II у avait un scul monceau de plus de 300 chau-
308
Tradition I: l 'acte dans tons ses etats
lL-N-M)uris nttachees a la \oiite ... Leur odour infcctait, et, sans exagerer, il у on avail
un pied d’epaisseur... Nous no piimes gucro rostor dans los archives, lain olios elaient
nlccics. II fallul purler les papiers dans I'alloo du dorloir". D'apres lo Journal do dom
jluvor. cite par Bernadette Barridro. l.e cartnlairc dc Tahbaye cistercienne d’Obacine
\//‘-.\7//r sieclc). l.imogos: Lniversite do Clermonl-EerraiKl II, 1990. 089 p. , spec,
p 17 (Publications de Vlnstitut d'Etudes du Massif Central, XXXI11).
Lc second temoignage concerne la cathedrale de Tournai, ou se rend, en 1774, dom
Berthod: “Instruit des volontes du Ministre [vraisemblablement dans le cadre du
Cabinet des chartes] et charge de ses ordres, je partis de Paris le 27 septembre 1774
eij’arrivai a Tournai lc 30. Des le lendemain, je rendis visite a M. ГАЬЬё de Witry,
chanoine et bibliothecaire de Tournay, membre de l’Academie de Bruxelles, anti-
quairc de Son Altcsse le prince Charles de Lorraine et garde de son cabinet de phy¬
sique. Nous allames a la bibliotheque, ou Гоп entre par un des collateraux de l’eglise
cathedrale ... L’examen que je fis de ces differents manuscrits m’occupa plusieurs
joins [N.B.; tous ont brule en mai 1940]. Le reste du temps fut employe a voir les
archives ... Elies occupent trois chambres spacieuses: les titles principaux sont ins-
crils dans un cartulairc qui contient 13 volumes in-folio, dont l’ecriture annonce le
XIIIе siecle. Le grand Colbert en fit transcrire quelques-uns, qui se voient a present
a la bibliotheque du Roi [a Paris]... J’apergus dans un coin plusieurs caisses trop exac-
lement fermees, remplies de titres et de papiers sans ordre et sans inventaire. Je sen¬
ds a cc moment tout ce que pouvait sur mon ame Г amour des lettres. Je montrai a
Messieurs les Chanoines qui m’accompagnaienl combien il etait intcressant pour le
Chapitre de prendre connaissance dc ces titres, de les exposer au grand air et de les
sauver de la pourriturc dont ils etaient menaces. Je souhaite que ces raisons fassenl
impression sur Г esprit de MM. du Chapitre, et que Гоп travaille au plus tot a ranger
ccs titres dans les differentes armoires qui leur conviennent” (Jean Voisin. “Voyage
dc Dom Berthold a Tournai, 1774”, dans Messager des Sciences et des Arts de Garni,
6, 1868. p. 61-66).
En bravant toutes ces difficultes, les erudits des XVIIе et XVIIIе siecles ont avanl
tout contribue a sauvegardcr, quand ce n’etait pas tout simplement sauver, la memoirc
archivistique des institutions ecclesiastiqucs par Iesquelles ils passaient.
A ces difficultes d’ordre materiel s'est ajoutec la censure ccclesiastique. Deja Jean
Mabillon, dans ses Breves reflexions sur quelques regies d'histoire, s’est senti l’obli-
gation de repondre aux critiques qui l'accusaient d'avoir “retranche plusieurs saincts
que Гоп a tenu jusqu’a present dc I’Ordre”. Les erudits ne pouvaient en outre “rien
devoiler qui puisse porter atteinte aux droits et aux privileges des Provinces ny qui
puissent blesser aucun des ordres qui la composent”; ni porter prejudice aux famil-
*cs particulieres. Ces difficultes ont cu un impact inevitable sur la selection des mate-
haux retranscrits.
^ Leurs methodes de travail. - Les mauristes avaient l’habitude de travailler en equipc,
s adjoignant “un dessinaleur habile pour prendre les sceaux remarquables”. 11s trans-
cnvaient beaucoup, et beaucoup trop vite, et leurs transcriptions semblent avoir etc
rarement relues. Celles-ci ont sou vent ete prises sous la dictec de Tun des membres
Tequipc (M. -L. Auger. La collection de Bourgogne ..., p. 62), d’ou les erreurs de
c°pie (surtout pour les textes en frangais ancien), qui venaient s'ajouter aux difficultes
^cs ccriturcs, du latin et des abreviations paleographiqucs de leurs modelcs. 11 cst tou-
309
Tradition I: l 'acte dans tons ses etats
tefois injustc tie leur rcprocher tie nc pas avoir loujours respecte la graphie du momcm
ее souei du respect de la Гоппе d'un texte “leur etail etranger comme a la plupartik*
leurs contcmporains” (p. 62). Une “relatinisation classique” les a souvent aniencsj
employer syslcmatiquement. par hypercorrection, des diphiongues -ae- la ou, durant
le XIIе siecle. les medievaux ecrivaient “e" cedille ou “e". Par ailleurs, l'ecrilurc dcs
mauristes, souvent ties typee. pent eire d'une lecture Ires difficile.
II est plus malaise encore de savoir si les transcriptions d’actes (et plus encore les
dessins) sont faites, comme annonce, a partir des originaux, ou si elles sont une simple
mise au net de copies faites par d’autres, avec toutes les possibility d’introduce alors
des erreurs (p. 68-69).
Qu'en est-il. cnlin, de la llabilitc de leurs copies? On peut la conlroler quand elles
sont tirecs de manuscrits subsistant encore aujourd'hui. le plus souvent des eartulai-
res ou des neerologes. “Sur ce plan restreinl. deux d’entre eux (parmi les mauristes
etudies dans le volume de M.-L. Auger) seulement sont dignes de confiance” Tous
leurs papiers el les editions qui cn sont faites sont done a utiliser avec prudence.
csr Des references bibliographiques utiles pour ce vaste mouvement d’erudition ont
deja ete donnees au chapitre 1 (p. 17 sq.). On у ajoutera les suivantes:
Une etude modele: Marie-Louise Auger, La collection de Bourgogne (mss 1-74) a
la Bibljptheqiie nationale. Une illustration de la methode historique mauriste, Geneve:
Droz, 1987, 167 p. (Hautes etudes medievales et modernes, 59).
Jean Mabillon, Breves reflexions sur quelques Regies de l ’histoire, preface et notes
de Blandine Barret-Kriegei, Paris: P.O.L., 1990.
Madeleine Laurain, “Les travaux d’erudition des Mauristes: origine et evolution”,
dans Revue d'histoire de TEglise de France, 43 (= Recueil de travaux sur le monastere
et la Congregation de Saint-Maur), 1957, p. 231-271.
Dorn Y. Chaussy, Les Benedictins de Saint-Maur, t. I, Aperqu historique de la
Congregation, Paris: Etudes augustiniennes, 1989, 380 p.
Deux outils precieux pour l’identification des mains des plus celebres des erudits
frangais: Henri Stein, Album d'autographes de savants et erudits frangais et etran-
gers des XVIе, XVIIе et XVIIIе siecles, Paris, 1907, 2 p., 31 pi.; ainsi que les 17 plan¬
ches publiees en annexe a l’etude de M.-L. Auger.
Sur les motivations politiques de la “collection Moreau”, Keith M. Baker, Au tri¬
bunal de l ’opinion. Essais sur l 'imaginable politique au XVIIIе siecle, Paris: Payot,
1993, 321 p. (Bibliotheque historique).
Sur Pinlcrcl multiple de la correspondance des Mauristes et le projet d’un Repertoire
de la correspondance des benedictins de la Congregation de Saint-Maur: Daniel'
Oilon l lurel, “Une source pour IMiisloire politique et culturelle de la France ct de
PEurope occidental aux XVIIе et XVIIIе siecles". dans Revue d'histoire de l'LgHse
de France. 79. 1993. p. 139-144.
310
Tradition I: Tacte dans tons ses etats - document 39
39. Copie figuree d’erudit (XVIIIе siecle)
C’est a la pricre de Гeveque de Senlis Eudes et des chanoincs dc sa cathcdrale
Sotrc-Dame que lc roi de France Philippe Ier confirme solennellement, par un diplome
jelivre sur place, an palais royal dc Senlis (aula regia Silvanectis), en 1068, le 15
juin, jour ou PEglise eelebre les saints Vitus et Modeste, toutes les donations faites
par lc roi Henri, son perc, par les eveques de Senlis Frolland et Eudes et par l’archi-
diacrc Gautier.
Dc cette confirmation solennelle, Г original, conserve jusqu’a la fin du XVIIIе sie¬
cle parmi les “titles originaux” des archives de FEglise de Senlis, a disparu, tout
comme le cartulaire de la meme institution. II en subsiste plusieurs copies faites par
des erudits au XVIIIе siecle, qui ont generalcment repris la teneur du texte au cartu¬
laire, mais les souscriptions а Г original.
Meme lacune d'information en ce qui concerne le modele suivi par dom Grenier
pour feschatocole, tel qu’il est reproduit au fol. 206v de la collection de Picardie, vol.
233. On pent toutefois en deduire ce qui suit:
- cet erudit a voulu differcncier (en les imitanl scrupulcusemcnt ?) les differentes
mains qui ont souscrit en tragant des croix autographes;
- il a reproduit le monogramme royal,
- indique femplacement du sceau plaque,
- souligne le nom de I’eveque Gaufridus,
■ ct, comme il ne disposait pas d’assez de place pour reproduce cote a cote les trois
colonnes dc souscripteurs prccedant la recognition du chancelier, les a numerotees.
Cependant. malgrc tout le credit dont jouit cet erudit mauriste, qui a travaille d'apres
I original, on aurait tort de publier tel quel ce diplome, d'abord a cause d'une errcur
L'tomiantc dc transcription, qui fait de feveque Geoffroy un archeveque de Paris, alors
4l,’a Fepoque l’eglise dc Paris est gouvernee par un simple eveque. Plus fondamcn-
talcment parce que cette copie ne dit pas avec assez de precision les changements
d encre et de main que seul Г original permettait de voir (il faut se reporter pour cela
au;x autres copies, qui sont sur ce point plus explicites): un certain nombre de sous-
cnptions etaient d'une autre ecriture et d'une autre encre que les souscriptions dis-
posces en colonnes tracees de la meme main que le texte, a savoir cel les:
1° (a gauche du monogramme royal) de Pcvcque de Paris Geoffroy, d’un eveque
foulque non connu par aillcurs et du frere du roi, Hugues;
2° (a droite et en-dessous du monogramme) de 1’archeveque Manasses de Reims
ct de ses suffragants: Alard de Soissons. Roger de Chalons. Guy dc Beauvais et
Radbod de Noyon. dont e'est ici la premiere souscription, puisque son predecesseur
^audouin est mort le 28 avril precedent. On у trouve encore Fcvcque Gautier de
^eaux, le comte Thibaud et le comte Raoul.
П у a enfin des souscriptions, egalement autographes, des eveques de Senlis.
On reviendra plus loin sur les deux premieres series de souscriptions autographes
P°ur se conccntrcr d'abord sur cel les - forcement anachroniques - des eveques de
Senlis;
- 51. + Ingelardi, ipsius civitatis episcopi: Engelard, eveque en 1075 ct en 1076
{Gallia Christiana, X, col. 1393):
Tradition I: / ’acte dans tous ses etats - document 39
B. Copie du XVIIIе siecle par dom Grenier, Paris, Bibl. nat., Collection de Picardie
vol. 233, fol. 206-208. (ici fol. 206v)
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У llatitttti Vtecfomini.
3 Catifrtbi militia.
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B'Hcrntci /rntt f J t/Hj.
S 3ftf.it>*nj jtlti Zlttimhfci
3 U.m'rti'u fixitt'ij VVa/fftmnf
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3 ftt:\:/to! mififij.
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3’ 3r.yot/.~ 'hi i tit tills
3 d-wST/// / ; 'Uta'/i
b i^bensj vrc/ji'j/ti .
flCCd/clh' hwstt/a tit
312
Tradition I: Tacte dans tous ses etats - document 39
a. Recueil des actes de Philippe Ier, n° XXXIX, p. 110-114 (Chartes et diplomes).
D’aprcs quatre copies d’erudit (ici p. 113, sans les notes).
Modesti. anno incarnali Yerbi millesimo sexagesimo .VIll.(e rcgnitjue Philippi regis
octavo1". Si quis hoc preceptum(e) violavcrit, mille solidos denariorum regie poteslati
pcrsolval.
(Monogramma regis )
<+*S*. Petri. +>w»i
-S'. + Gaufridi
Parisiacensis episcopi.
+ A-S. Kulconis episcopi'"Ь
(Locos sigilli *".)
cSir.jMM + -ST. Manasses
Tlieo|hiiidi. Remorum archiepiscopi.
■S'. + Alardi
Suessionis(i' episcopi.
■S' + Rolgeriw
Catalaunensis episcopi.
<+ -S'. ClarenbaWi^ episcopi.:>;з) + *S. RnhndiW + *S. Walleri
Noviomensis episcopi. Meldensis episcopi.
+ -S'. Hugonis, fratris regis.
<r+-S' I\onis, episcopi <«6*. + l.’rsionis, +-S*. Widonis,
■•jvwlem eivitatis. :> *• ipsius eivitatis episcopi." Belvaccnsis episcopi
/■ • о/
+ -S'. Odonis. ipsius eivitatis episcopi.
<*Sr. + Ingelanli. ipsius eivitatis epis¬
copi. ^-■J'’
•5' Eustochii capellani
-S'. Gaufredi;'* capellani
■S'. Hugonis decani
•S' Ulberti,b> arcbidiaconi.
-S'. Warneri^ prepositi
•S'. W i<lonis preerntons
•S'. VVigeii’1 IcMte.
•S'. Reinauldi-" leritc.
•S' Rarlulfi:n lr\il<\
•S'. Teudouis levilc.
•S'. Hugonis subdiaeon i
-S' Waltcri subdi.icoiii.
•Sr. UiHermi'1'. comitis
Nivprnensis.
•S' Ruinauldr11, liiii ejus
•5* \\ aleranni * enmeram
•S'. RaduMi 11 dapifen
•S'. Ingenulii hutir.idnrii
-S'. Balditci, legis stabui.nii
'S'. Frideiin miliiis.
-S'. Mmnriri*' militia
'S'. \de pincerm:
•S'. Odonts panetnx 11
•S'. Bothcrti> ieodomni''
S', (iaiiliedi militis.
■S' CiU.u neri|f, Hlii ejus
Heinicii,>. fratus ejus
■S'. Beiengerii1** saeerdotis.
•S'. Giiardi1'" saeerdotis.
-Sr. Wisrelim1'1 capellani.
-S'. W alantii saeerdotis.
■S'. Theobauldi^ comitis.
■S'. Radulfi comitis.
С-S'. + Mmarici episcopi.
c8T + >
< + Henrici episcopi >{5)
<:+ Gaufridi episcopi >ie'
•S'. Hugonis. filir Rainboldilm>.
■ST Balduini, fratris Woleranni.
•ST Radulfi de Puteo.
•S'. Hainoldi, flatus Walnamn
■S'. \\ idonis liiii W altcri miliiis
•S'. \\ idonis mariscalli
•S’. Drogoiiis mai iscalli
•S'. Oscelinimariscalli
•S'. Odonis prepositi
•S'. Herberti momlam
•S'. Gaufridi 11111111-. ’
•S'. Ingelranni J. pedagogi legis
■S'. Hei bin ti. fratris •■jus
Ego Pctius cancellarius iclegendo sulv-спрм
313
Tradition I: Vacte dans tons ses etats - document 39
- -1- S. Ivonis, episcopi ejusdem civitatis: Ive, eveque en 1078 {ibid., X, col. 1393)
- S. -t- Ursionis, ipsius civitatis episcopi: Ursion, eveque en 1082, meurt en 1091
(ibid., col. 1 394);
- + S. Clarenbaldi episcopi: Claircmbaud, eveque en 1115, meurt en 1133 ou 1134
(ibid., col. 1398);
- + S. Petri Pierre, eveque de 1134 a 1151 (ibid., col. 1398);
- Signum + TheobaJdi: Thibaud, eveque de 1151 jusqu’en 1 154 ou 1155 (/Ш.,со1
1400);
- S. + Almarici episcopi'. Amauri, eveque en 1156, meurt en 1167 (ibid., col. 1401):
- + Henrici episcopi: Henri, eveque de 1168 a 1185 (ibid., col. 1403);
- + Gaufridi episcopi: Geoffroy, eveque de 1185 a 1213 (ibid., col. 1405).
Ces souscriptions successives attestent, chez les chanoines de la cathedrale de Senlis.
la tradition de faire souscrire tout nouvel eveque, lors d’une ceremonie liturgique que
Гоп peut imaginer prendre place au jour solennel de la consecration episcopate. Cette
tradition est par ailleurs si forte, qu’clle maintient - jusqu’a la fin du XIIе siecle (sacre
de Geoffroy en 1185) - la pratique de la souscription par la croix, qui a tout-a-faii
disparu de la France du nord a cette epoque (a moins que cette croix n’ait revetu.
entretemps, une autre signification).
Dans Г edition de Maurice Prou, en regard de la copie Grenier, ces additions postc-
licutes ont cte convcntionnellemcnt (voir chapitre 9: Regies et conseils d'edition) im-
primees entre crochets pointus < >.
II faut maintenant faire abstraction visucllement de ces dcrnicres mentions pour
imaginer le diplome tel qu’il est sorti de la chancellerie royale; ce qui permet de com-
menter Г organisation dcs souscriptions d’un diplome royal du XIе siecle (plancheci-
contre).
Quel brillant spectacle! Le roi (reprcsente par Fimposant monogramme), comnie
la reine des abeillcs, est entoure d'un essaim de fidcles et de ses chers cvcques, confre¬
res par Ponction: de Paris et de Meaux pour la province ecclesiastique de Sens; de
Reims, de Soissons, de Chalons, de Beauvais et de Noyon[-Tournai] pour celle de
Reims. Ainsi que son frerc Hugues, de sang royal.
Bcaucoup plus bas, dans un ordre hierarchique tres subtil:
- le comte Thibaud (il faut noter que, comnie souvent а Г epoque. on ne donne
le ressort territorial): e’est le fils du bouillant Elides II, comte de Champagne et de
Blois, mais aussi comic du palais (comes palatinus).
- Raoul, comte de Valois, egalement un proche du roi (la constellation politique
qu'il domine va bientot passer entre les mains du roi).
On a ensuile quclque clifficulle a comprendre exaclcmenl qui sont les autres per*
sonnes qui 011I souseril ее iliplome: eleres ifahord puis lines. Seuls dcs reeoupeniciit^
avec d'autres diploines grace nnlammeul a felude de Jean-l ranv’ois Lemarignier.
l.c gouvernement royal... permetlenl en panic ilc les identifier.
- II у a d'nhord qualre eleres du roi: I'icelini capeliuni esl le ehapelain Gitiscelit
qui a etabli plusieurs actes royaux;
- dans ce que dom Grenier appelle improprement “l^re colonne”, on rencontre
revcque de Senlis Eudes. a la demandc duquel s'est faite la confirmation royale,
314
Tradition I: Vacte dans torn ses etats - document 39
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~t~ S.cXviij ijofitUeiuUalie fpiJCcjji. % .VIflex mi Cotniho fliwrnenJiJ.
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ЦЗ^иуопи ~btcani.
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^fliibulfr /eritac .
3’Jntbt>nij A vitae,
$ y&iaanu fttibt'aconi.
3 Vlalteu' Jitfoiaeont -
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Зъ4Ъпе pi пса пас .
9 tiborhopane tv ui .
Я llcllcth Vicci\omifU .
S Caufiehi mi/itoj-
3'Ca ffiefit Jtlit %yits.
3 efen u'ei /mtnj c/uj.
[V. Ce/on/ie S>
3 fiuqeniJ j>i/ii tlal/nkoRt .
ЛЛЧА ttini/'mtt'tJ XVa/euwnt.
3 habitIfiet pnteo.
3 flatndfot ftahij Waletannt .
3 YCivc/uj hftt №alte?i mifthj.
3 * jl/n ujra/lt ’ •
ЗЗгл fan a Wawcal/l.
3 OJecl/lnt Ohi ii.'ca/lf -
3 c'Za'hs ijteuoJtii .
3Cfc:i'crti' tno/ieln iii.
315
Tradition I: Vacte dans tons ses etats - document 39
- puis deux chapelains, egalement attestes comme chapelains royaux,
- enfin des clercs dont Eagencement hierarchise (quatre dignitaires: doyen, archi-
diacre, prevot et chantre; quatre diacres [utilisation du terme cambraisien levita plutoi
que diaconus]; deux sous-diacres) montre aussitot que ce sont des chanoines de Senlis
Parmi les nombreux laics des “2^e colonne” et “3e colonne”, une preseance se laisse
egalement remarquer:
- le comte de Nevers (dont le ressort est donne) et son fils,
- les quatre “grands” officiers du palais - chambrier, senechal, bouteiller, conne*
table - que la chancellerie royale commence a distinguer (faccomplissement de cette
evolution se remarque notamment au document n°6, 1. 14-15),
- des chevaliers, des officiers domestiques ou se melent ministeriaux du roi et che¬
valiers, dont sans doute un bon nombre agissent pour le compte du roi a Senlis: le
vidame, le prevot, le monetaire.
Seule incoherence a cette belle ordonnance, la souscription de Eeveque (contem-
porain) de Senlis Elides, qui interrompt la suile des chapelains du roi. Si Eon admit
que cette souscription a egalement etc ujoutec aux souscriptions immediate (lor-
cl'une circonstance inconnue, qui a donne lieu a la tradition des souscriptions epiv
copalcs successives jusqifen 11X5 an moins). la colonne superieure non nutnerotiv
par dom (irenier est la veritable lerc colonne des souscriptions. Voici des lors rcta
blie Eordonnance des souscriptions de cet acte:
<Odonis>
<Ingelardi>
Theaubaudi
Walantii
Eustachii
Willermi
[(Y/tVJ/iV 1
t< Ire met
i
1
▼
1
col. 11
r 1
col :\
! н
Walleri
Henrici
llugonis
| ( h СП1СГ
,'nl.
Herberti
- comtes proches du roi
- pretres/chapelains de la
chapelle royale
- chapitre cathedral de Senlis
autres lai’ques:
- comtes
- grands officiers
- officiers, agents et
chevaliers du palais
de Senlis
316
Tradition I: l 'acte dans tous ses etats - document 40
40. Une mauvaise copie (XVе siecle)
|| s’en l’aut que tous Ics copistes aient un tel souci de reproduire “a Pauthentique”
iVschatoeole de lour nwdele. On en veui pour preuve une autre copie d’eschatocole
jaite par un scribe qui. visiblemenl. n'a pas porte attention a son modele. A moins
qu’il ifait lui-meme rccopic un mauvais modele, sans s’etre preoccupe de la liste aber-
rante dcs temoins.
L'acte ci-dessous, par lequel Feveque de Noyon et de Tournai Radbod II accorde
cn I0S5 a Fabbe de Lobbes le personal, e'est-a-dire le pouvoir de presenter un des-
uwant a la cure de Feglise d'Aarscle (Belgique, prov. West-Vlaanderen, commune
de Tielt), n’est plus connu que par une seule copie.
B. Copie du XVе siecle dans un cartulaire de Lobbes, Mons, Archives de FEtat,
Cartulaires, n° 33, fol. 293-v, sous le titre: “De Arcella”. D’apres ?
Le protocole et le dispositif sont volontairement ecourtes. On n’indique pas non plus les
numcros des lignes.
In nomine sancte et individue Trinitatis. Palris et Filii el Spiritus sancti. |
Omnibus qui sacris priscat noveque legis paginis ... Quapropter ego Radbodus. ,
gratia Dei Noviomensis seu Tomacensis ecclesie presul, notum volo fieri omnium
fidelium lam futurum quam presentium sagaeitati, quod dilectus nosier Ernullus. |
Lobiensis cenobii abbas, cum assensu et eonsilio Walteri archidiaconi fnostri] л), |
nostram adierit presentiam, devotissime obsecrans quatinus altare de villa que
Arcella dicitur sub personatu. pro anime nostre remedio, suo concederemus loco I
... Ut autem hec nostra largicio firma sit et slabilis, cam legaliter firmavi et cete- ,
ris firmandam tradidi. Actum Tornaci in synodo. XII kalendarum februariarum.
anno dominice incarnationis M LXXXV. indiclione VIII. regnanle rege Philippo
anno XXV, domno Radbodo episcopante anno XVII. Signum Radbodi episcopi. |
Signum Hellini presbiteri, Signum Waltelmi abbalis, Signum Balduini decani.
Signum Walteri archidiaconi, Signum Tietberti diaconi, Signum Lamberti abba- ^
tis, Signum Gunzelini decani, Signum Henrici decani, Signum Lietberli diaconi. \
Signum Alberti decani, Signum Berfridi decani, Signum Walceri custodis, Signum
Petri diaconi, Signum Rotberti prepositi, Signum Salefridi decani. Signum :
Widonis cancellarii, Signum Geldulphi subdiaconi. Signum Wlfrici decani, i
Signum Hermanni prepositi, Signum Alulphi clerici. Signum I'rederici decani.
Signum Sigeri cantoris, Signum Bernuini clerici. Signum Theoderici decani.
Ego Wido cancellarius relegi et subtusfirmavi.
a) II font vraisemblablement ajouter ce mot en В
II n’est pas possible de suppleer avee certitude aux nombreuses omissions de cette
copie (dans la partie du dispositif non reproduitc ici). Pis, la lisle des temoins prcsenle
^eux-ci sans tenir compte de la hierarchic clericalc en usage (voir au chapitre 5: Pordrc
Jles temoins). Si Foil garde present a Fesprit que Facte a etc proclamc solennellemeni
0,’s du synode episcopal, dans la cat bed rale de Tournai. on doit s’allendre a ce que
*! Plttpart des doyens mentionnes soient des iloyens de chretienle du diocese, dont les
317
Tradition I: Tacte dans toils ses etats ~ document 40
noms devaient necessairement etre regroupes a la suite des chanoines dans cette liste
de temoins.
II faut done conclure que 1’ordre initial des temoins a etc bousculc et chcrcherak
retablir. Comme la chancellerie episcopate de Noyon et de Tournai dispose regulic-
rement, au XIе siecle, les temoins en colonnes, on a cherche a disposer successive-
ment ceux-ci en 2, puis en 3, enfin en 4 colonnes. C’est cette derniere solution цш
s’est revelee exacte. On у trouve tout d’abord, dans les deux premieres colonnes, Icn
membres du chapitre cathedral de Tournai, puis dans la troisiemc colonne deux abbc>.
un doyen et un prevot (des collegiales et abbayes du diocese), ainsi que trois de>
sept doyens de chretiente presents au synode de janvier 1085, dont la liste se poursuit
dans la quatrieme colonne. N'ayant pas saisi cel ordre, le copiste a recopic les temoins
en suivant les lignes horizontales.
Voici la liste des temoins telle qu'elle figurait obligatoirement dans roriginal (pour
des raisons pratiques, Fabreviation S. n’a pas ete developpee en Signum). Une note
dans 1’apparat critique donnera la liste des temoins telle qu’elle figure dans l’unique
copie:
(Premiere colonne)a)
{Deuxieme colonne)
(Troisieme colonne)
(Quatrieme colonne)
Signum Radbodi episcopi
S Hellini presbiteri
S Waltelmi abbatis
S Balduini decani.
S Waited archidiaconi
S Tietberti diaconi
S Lamberti abbatis
S Gunzelini decani
S Ueniici decani.
S Lietberti diaconi
S Alberti decani
S Berfndi decani
S Walceri custodis
S Petri diaconi
S Rotberti prepositi
S Salefndi decani.
S Widonis cancellarii
S Geldulphi subdiaconi
S Vulfrici decani
S Hermanni piepositi
S Alulphi clerici
S Frederici decani
S Sigeri cantoiis
S Bcrnumi clerici
S Theodcnci decani.
a) Voici la lisle des temoins telle qu'elle figure en B\ Signum Radbodi episcopi, S.
Hellini presbiteri, S. Waltelmi abbatis, S. Balduini decani, S. Waited archidiaconi ...
II est aussi possible, pour plus de commodite typographique, d’editer les colonnes
en lignes juxtaposees:
(.Premiere colonne) Signum Radbodi episcopi. Signum Waited archidiaconi.
Signum Henrici decani. Signum Walceri custodis. Signum Widonis cancellaru.
Signum Hermanni prepositi. Signum Sigeri cantoris.
(Deuxieme colonne) Signum Hellini presbiteri. Signum Tietberti diaconi.
Signum Lietberti diaconi. Signum Petri diaconi. Signum Geldulphi subdiaconi.
Signum Alulphi clerici. Signum Bernuini clerici.
(Troisieme colonne) Signum Waltelmi abbatis. Signum Lamberti abbatis.
Signum Alberti decani. Signum Rotberti prepositi. Signum Vulfrici decani.
Signum Frederici decani. Signum Theoderici decani.
(Quatrieme colonne) Signum Balduini decani. Signum Gunzelini decani.
Signum Bcrfridi decani. Signum Salcfridi decani.
318
Tradition I: l 'acte dans tons ses etats
4. Les editions
Lcs editions ne sont jamais, du point de vue de la tradition, quc des copies im-
primces et diffusees de manierc uniforme. On doit les prendre en compte lorsque lcur
modcle immediat est inconnu ou a disparu.
Dans le cas evoque ci-dessous du recucil d’actes de Frederic Barberousse, sur les
1.249 documents delivres entre 1152 ct 1189, onze ne nous sont plus connus
aujourd’hui quc par unc edition ancienne.
L’historien doit des lors les rcchercher toutes, d'autant qu’elles sont souvcnt
enrichies de notes et de commentaires: le chapitrc suivant est consacre a celte recher¬
che.
5. Quelques chiffres
Dc ce qui precede, on aura deduit qu’etudier une institution a partir de ses seuls
cartulaires n’est pas plus justific que dc calculer des statistiques a partir de ce seul
type de documentation. Cinq graphiques visualisent la variete des situations et cclle
des traditions; ils montrent indirectement I’importancc du travail des erudits
(eopies/editions) et des archivistes (inventaires) de l’cpoque moderne. Dans les chif¬
fres donnes, il faut tenir compte du fait que Гоп a privilegic systematiquement le meil-
leur mode dc tradition aujourd'hui disponiblc pour un acte donne.
-№ 1. Abbave de Bouxieres- \lx-Dames. D’apres Robert-Henri Bauticr, Les ori-
gines de l 'abbave de Bouxieres-aux-Dames au diocese de Tout: reconstitution du
chartrier et edition critique des chartes anterieures a 1200, Nancy: Societc d’archeo-
Ingie Lorraine, 1987, 202 p. {Recucil de documents sur I'histoire de la Lorraine, 27).
• Cas exceptionnel par le nombre des inventaires d'archivcs: 11 successifs entre
1560 et 1788.
• Nombre total de documents: 64 - Deperdita: 29 - Originaux: 16 - Copies: 19.
" 2. Abbaye-aux-Bois. D'aprcs Brigitte Pipon. Le chartrier...
• Historiquc du chartrier: il est demcnage a Paris en 1654; il repart et est incendie
on 1661; reinstalle definitivement a Paris. Confisques, les actes et deux inventaires
(1711 et 1762) passent aux Archives nalionales; le cartulaire est egare: il cchouc en
•^ngleterre, est mis en vente publique a Drouot et part Chicago.
• Cas exceptionnel par le nombre d’originaux et Г absence de copies d'erudits.
•Nombre total de documents (dc 1202 a 1341): 363 - Deperdita: 31 - Originaux:
779 - Vidimus: 3 - Copies de cartulaire: 50.
\ 3. Ann \yi D! С (ж Ml f. D'apres I.aurcnl Viorel le, these University de Paris-1 V.
I9S<S, en coins de reprise pour publication.
• fas mieressanl par rinsigniliancc du role des inventaires d'archives anciens.
• Nombre total de documents (de 988 a I 196): 213 Deperdita: 7 Originaux:
Copies d'erudits: 34 Copies diverses de cartulaires: 119.
- N° 4. Fveqles di: Noyon de 1148 Л 1221. D'apres A. Rinckenbach, Les char¬
ades eveques de Mown (1148-1221), these dc l’Ecole des chartes, dact.. Paris, 1992,
Vo1- l p. 27-29.
319
Tradition I: I 'acte dans tons ses etats
• Actes episcopaux delivres a 77 institutions differentes.
• Nombre total de documents: 562 - Deperdita: 50 - Originaux: 120- Copies
d’erudits: 113 - Copies de cartulaires: 259.
- n° 5. Frederic Ier Barberousse, 1152-1190. D’apres H. Appelt, Die Urkunden
Friedrichs... p. 1-3.
• Cas interessant par le nombre extremement reduit d’actes qui ne seraient connus
quc par un seul temoin, vu l’activite notariale en Italie.
• Nombre total de documents (de 1152 a 1189): 1.249 - Deperdita: 194 -
Originaux: 458 + 13 en photogr. - Copies: 571 - Editions: 11 - Traductions: 2.
I CM CKIRIER (64 doc ) • 4BHWE 1)1 BOI NIERIS-AI \-D WIES 1-1200»
г С II VK I 111 Lit l.H.3 doc | - \Ш1Л\ K- VLA-nOIS (1202-1341)
9M*
76^6%
1177*
одза
8Д4%
3 С II 4R TRIER 1213 doc ) - U1IIAYK DE CORBIE <9Htt-l I%1
4 НЕС l I IL D \CTI.S (562 doc ) ГЛ EQL ES DL NOYON (I M8-I22I
3,29%
35,47»
5 REC L EM U’\( 1ES(1 249 doc ) Fill DCRIC I11 BARBKKOI SSL (1152-11891
I I Oi ii>niilin
J E0 Copies d’ei (Kills
В Vidimus
CD) Copies tie caitulaires
E3 Editions el li aductions
j 3 Depei tlila
320
Tradition I; I'acte dans tons ses etats
B. SITUER UN TEMOIN DANS SA TRADITION
La plupart du temps, par defaut d’original, l’historien cst confronte a Win ou 1’autre
ciat, manuscrit ou imprime, du texte recherche. Ceux-ci peuvent etre nombreux et
ne faire progresser en rien notre connaissance du texte original; ils peuvent au con-
traireetre d'un nombre restreint mais s’averer complementaires. Chaque situation est
particulicre.
Avant toute chose, et particulierement avant de pretendre etre en presence d’un
“excellent temoin du texte original”, l’historien doit en rechercher tous les temoins
inanuscrits, complets ou non, ainsi que les editions anciennes: ce qui constitue la tra¬
dition directe (ci-dessus: copies a la source, copies chez le destinataire, copies d’eru-
ilits et editions). II ne negligera pas non plus la tradition indirecte, a savoir les men¬
tions dans les inventaires (ci-dessus: les inventaires), les traductions anciennes (voir
document n°42), les commentaires, les extraits inseres dans d’autres documents, les
citations. Ccs differents temoignages peuvent aider a situer, a controler et a corriger
la tradition directe.
Cette chaine parfois longue des differents etats d’un meme document (on ne compte
pas moins de treize etats inanuscrits du faux diplome dit “de Chilperic” pour la cathe-
dralc de Tournai) doit etre ordonnee, soit sous la forme d’un tableau, soit sous la forme
d’un stemma, soit sous la forme d’une representation schcmatiquc. Tous ces temoins
sont objets d’histoire: chacun nous informe a sa maniere sur la diffusion dc I’acte, sur
sa “reception” et sur son utilisation. Certains d’entre eux, dument selectionnes, per-
mettront en outre l’etablissement critique du texte, e’est-a-dire de restituer le plus par-
t'aitement possible lc texte “tel qu’il a ete voulu par son auteur et mis par ecrit pour
la premiere fois d’une fagon definitive” (suivant le Vocabulaire international de la
Diplomatique).
I - Le tableau de la tradition
Le premier type d’ordonnancement des temoins porte le nom de tableau de la tra¬
dition. Generalement porte en tete d’une edition d’un document, ce tableau classe tous
Ls etats de la tradition, ou sont distingues - suivant des normes qui sont laissees a
I initiative de chaque editeur, collection ou pays - ceux qui ont pennis Tetablissement
critique du texte de ceux qui nous informent simplement sur sa diffusion et son uti¬
lisation. On en verra un exemple au document n°43. La, vu la conservation de 1’ori-
Smal, les deux groupes sont constitues comme suit: Toriginal d’une part, edite tel
Яис1; les temoins В а H d’autre part, signales a titre de “temoins historiques”.
Tous les documents reproduits dans ce volume ont, dans un but pedagogique, une
lradition manuscrite strictement limitee a la source reproduite et, le cas echeant, une
tradition imprimee limitee elle aussi a une edition de reference. L’exemple ci-dessous,
aPplique au document n° 34, attire Г attention sur la maniere de libeller le paragraphe
e la tradition consacre a Toriginal, selon que celui-ci est, ou non, conserve.
321
Tradition 1: Tacte dans torn ses etats
Exemple de tableau de la tradition: remarques sur le document n°34.
Dans le cas du document n°34, que nous avons edite ci-dessus de fa^on intci»r,iL
la copie de 1375 n’cst a considerer que commc un stade de la tradition, nous per-
mettant de connaitre le texte de Tacte imperial de 1341. On devrait done editer Ic texte
de ce dernier, integrant au tableau de la tradition les elements de description qui nois
sont connus par la copie, et rejetant en note les renseignemenls disponibles sui |j
reconstitution du texte (lemons aberrantes et propositions de restitution, etc. ). IL
tableau de la tradition se presenterait alors commc suit:
A. Original perdu, scclle d’un sceau de cire “blanche” sur lacs de soie, con¬
serve en 1375 au Tresor des chartes du roi de France.
B. Copie notariee du 23 mai 1375, par Simon d’Anneville de Paris, notaire
apostolique, Paris, Arch, nat., J 386, n° 3, d’apres A.
La question cst (heureusement) compliquee du fait que Toriginal est lui aussi con¬
serve, dans un autre carton du Tresor des chartes. L’editeur de Tacte imperial n’alla-
cherait des lors plus qiTune attention ires minime a la copie de 1375, devenue “inu¬
tile'* pour Tetablisscment du texte et ne constituant plus qu’un jalon dans Thistoire de
la tradition, de la "reception” et de la conservation du document (elle temoigne cn
effet utilement d'un moment du regne de Charles V oil Ton a eprouve le besoin dc
dresser line copie authentique). L.e tableau de la tradition devrait done etre presente
commc suit:
A. Original, parchemin. 405 x 270 mm (repli 60 mm), scelle d’un sceau de cire
brune sur lacs torsades de soie verte, Paris, Arch, nat., J 611, n° 36.
B. Copie notariee du 23 mai 1375, par Simon d’Anneville de Paris, notaire
apostolique, Paris, Arch, nat., J 386, n° 3. d’apres A.
2. Le stemma
Tout document dont la tradition manuscrite on imprimec comportc plusieurs temoins
impose leur classement scion un arbre genealogique (un stemma). qui donne la filia¬
tion des etats successifs du texte. Dans celui-ci. on distingue soigneusement. grace a
1 ’utilisation de crochets droits, les temoins conserves des temoins perdus ou meine
simplement supposes. En outre, alin d’ev iter toute ambiguite, les trails conlinus n’inili-
queront que les filiations assumes.
Un premier exemple est donne au chapitre 9, a propos du document n°43. On у
verra que ce stemma nlapporte rien a Tetablisscment critique du texte et qu’il n’avait
done pas a figurer dans une edition de texte: ici, le tableau de la tradition suffit ample-
ment.
Tel n’est pas le cas du faux diplomc de Chilperic pour la cathedrale de Tournau
dont le nombre dc temoins et d’intcrmediaircs disparus oblige a visualiser la tradition
sous la forme d’un stemma. On rcnvoic au numcro du document lorsque Tun de ces
temoins cst reproduit ct commcnte dans cel ouvrage.
322
Tradition I: l ’acte dans tons ses etats
Kxeniple: le faux diplome dit “de Chilperic”, pretendument de 716; faux forge a
Tepoque carolingienne ou au XIIе siecle, latin.
Tradition manuscrite
- [Diplome authentique date de Bibrax, ler mai 716]: peut-etre utilise par le faus-
viirequi en recupere le support et le sceau plaque; semble cependant n’avoir jamais
existc. - Edition Paul Rolland, “Le diplome dit ‘de Chilperic’..., p. 185-188 (docu¬
ment 41c)
- [Pseudo-original, au plus tard XIIе siecle]: Ьш1ё en aout 1566
- Copie du XIIе siecle du pseudo-original dans le cartulaire “C” de la cathedrale de
Toumai, fol. 1 -v (document 41a)
- Copie du XIIIе siecle du pseudo-original dans le cartulaire “D” de la cathedrale
de Toumai, fol. 1. D’apres la copie precedente
- Copie du XIIIе siecle du pseudo-original dans le cartulaire “R” de la cathedrale
de Toumai, fol. 1. Copie du cartulaire “C”
- [”Quedam antiqua copia supradicte donationis”]: copies bailees en 1566. Elies
sont signalces dans le Grand Repertoire des archives de la cathedrale, de 1422 (A pro-
pos du document 36)
- Analyse (et copie de l’expose) du pseudo-original dans le Grand Repertoire des
archives de la cathedrale, de 1422, fol. 1 (document 36)
- [Vidimus par Philippe le Bel du pseudo-original, fevrier 1291 n. st.]: brule en aout
1566
- [Copie du XVе siecle du vidimus de Philippe le Bel sur une feuille de garde (fol.
4v) du “Registre de cuir blanc” des archives communales de Toumai, Registre 32]:
brulee en mai 1940
- Mention au XIVе siecle du vidimus de Philippe le Bel, dans la table du cartu¬
laire “D” de la cathedrale (document 41a, commentaire)
- Mention du vidimus de Philippe le Bel dans le Grand Repertoire des archives de
la cathedrale. de 1422, fol. 1 (document 36)
- Vidimus de ce vidimus de Philippe le Bel par Pierre de La Marliere, le 17 fevrier
*333 n. st.; devient une copie notarice le 18 fevrier 1333: Tournai, Archives de la cathe-
^ale, Rotulus AA2, avec reproduction du monogramme de Chilperic (document 41b)
‘ Copie au XVIIIе siecle du vidimus de Philippe le Bel, Paris, Bibl. nat., Coll.
Brequigny, vol. 44, fol. 136 (pas de precision quant a la source)
Tradition imprimee
- Edition du vidimus de Philippe le Bel: [Poutrain], Histoire de la ville et cite de
Tournai, 1750. t. II, Preuves, p. 1-4. D’apres le “Registre de cuir blanc” des archi-
Ves communales de Tournai (document 42)
“ Les autres editions du pseudo-original ou du vidimus de Philippe le Bel sont men-
lionnees dans Paul Rolland, Le diplome dit "de Chilperic ”, p. 184.
323
I IXе чсЧ’1е Ou
| |! 13(>-11 M)|
^ [ Yer> I 175?
I
| (\ crs I2.S5)
Г
|XIIIе siecicl
1 -
^ i > *;
| | XVе Niedc]
_L t.XYlF sscdej
| !XVIIIе ml‘c!c|
[Diplome authentique]
MLIATION CERTAIN L
FILIATION PRLSUMLF.
[Pseudo-original]
MhNTION ANALYST
THMOIN PERDU
Carlulaire C
(Document -3 Ы
Cartulaire R
Cartuluire I)
Table ""
du Carlulaire I)
[Vidimus de Philippe le Bel]
/ i\
/
[Quedam antiqua copia]
\
/ Copie notariee
/ “Rotulus de Chilperic'*
(Documenl 4lb)
Grand Repertoire des Archives
(Document 36)
Pans, BN, Brequigny, 44
[Ксуыге ik cutr bljncj
Ынюп Chiflet
Edition Poutrain
(Document 42)
Tradition l: l ’acte dans tous ses etats
Tradition I: l ’acte dans tons ses etats
3. La tradition sous la forme d’une representation graphique
II est possible enfin de visualiser la tradition manuscrite et imprimee sous la forme
d’un graphique. C’est ce que Гоп a tente pour un second dossier de ce volume, dont
voici les elements.
Exemple: une donation du chanoine Gerard de Bethencourt a La Franche-
Abbaye pres Beaulieu, 1270; ancien fran^ais.
Tradition manuscrite
- Original (donation par Gerard de Bethencourt), 1270 (Paris, Arch, nat., S 4410,
n° 29)
• Vidimus de cette donation par le seigneur de Nesle, juillet 1270 (document 12)
- [Copie de Facte de donation dans un cartulaire de La Franche-Abbaye, des XIIIе-
XIVе siecles, signalee dans un inventaire du XVIIIе siecle]
- [Copie du vidimus dans le meme cartulaire, 185e charte, fol. 89]
- Mention de cette copie dans un inventaire du XVIIIе siecle des archives de
PAbbaye-aux-Bois, fol. 498
- Mention du vidimus dans le meme inventaire (document 38)
- Copie au XVIIIе siecle du vidimus, sur papier (document 35)
Tradition imprimee
- W. M. Newman, Les seigneurs de Nesle ..., t. II, n° 209, p. 322-323; d’apres le
vidimus en original.
325
C ACTION JURIDIQUE DANSTOUS SES ETA IS
Tradition I: l ’acte dans torn ses etats
LE STATUT DU DOCUMENT ►
Titres
authentiques Outilsdegestion domaniale Sources historiques
Tiadition oiale Tiadition manuscrite Tradition imprint®,
N / > ' 4
L’ACTE ECRIT DANS TOUS SES ETATS ►
326
Tradition I: Tacte dans tous ses etats
Ce schema, qui a notre preference dans un cadre pedagogique, deborde largement
la diplomatique au sens precis du terme. II tient compte des retroactes de Tacte, dis¬
tingue les copies in extenso des mentions ou analyses dans les inventaires et peut se
lire dans trois sens:
- Tacte ecrit dans tous ses etats (legende en bas de page): tradition orale/tradition
manuscrite/tradition imprimee;
- Taction juridique dans tous ses etats (legende. en marge de gauche): action/ins-
trumentation/[copies non authentiques];
- le statut du document (legende en haut de page): titres authentiques/outils de
gestion domaniale/sources historiques.
C. TRAVAILLER AVEC LES COPIES
Dans quelle mesure peut-on uliliser cos di Hercules copies pour Telablissemenl du
toxic original 7 C'cla revienl a juger de la qualite des copies. Le fond du probleme.
oo soul les omissions et les erreurs volonlaires, involonlaires que tout eopiste Tail subir
,111 lemoin quTI reproduit aussi bien au lexte et a la description de Toriginal. qiTau
lexte el a la description du lemoin reproduit. Teser sa documentation, e'esl en defini¬
tive recommit re la hierarchic ties differents etats d4m meme lexte, du point de \uc de
leur valeur probante.
Le volume prevu dans la meme collection sur Tedition des textes medievaux per-
met de faire Teconomie de la typologie des erreurs de scribe. On peut voir, en atten¬
dant la parution de ce volume:
№ J. Andrieu, “Pour Texplication psychologique des fautes de copiste”, dans Revue
des etudes latines, 28, 1950, p. 279-292;
L. D. Reynolds et N. G. Wilson, Scribes and Scholars: a Guide to the transmission
of greek and latin literature, Oxford: Oxford University Press, 1968, spec. p. 150-
On у renvoie egalement pour Texamen des methodes, anciennes et modemes, qui
ont ete congues afin de determiner la filiation des copies d’un texte.
Tous les temoins recueillis n’ont pas la темпе valeur probante: certains, on Та \u.
jouissent d’une plus grande presomption d'exacinude. C’ommeni le diplomatisie va-
f’il> en definitive, operer un premier choix parmi la masse ties cMais manuserits (ou
unprimes) d’un тёте texte? En Tabsence tf original, on suggere de se reporter prio-
ntairement aux temoins dans Tordre suivaiu. non sans gartler preseni a Tesprit que la
situation peut varier d’un dossier a Tautre:
1° Enregistrement a la source: formulaires - registres de chancellerie; mais en
Pfenant garde au fait que, dans certaines chancelleries, les registres peuvent contenir
texte d’actes non expedies (enregistrement avant scellement) et plus souvent que
c^rtains registres allegent systematiquement certaines formules (chapitre 5)
2° Copies d’erudit executees d’apres Toriginal
327
Tradition I: l ’acte dans tous ses etats
3° Copies notarises
4° Vidimus
5° Copies figurees
6° Copies libres, copies de cartulaires, copies d’erudit d’apres des cartulaires.
Quant aux editions, il importe de savoir sur quel chainon de la tradition manuscrite
clles ont ete realisees. Sinon, il faut les considerer comme n’ayant pas plus de valeur
qu’une copie de cartulaire.
*
* *
Les editions de textes diplomatiques dans les grandes collections scientifiques rap¬
pel lent systematiquement, en introduction, le mode de tradition des actes edites. Ces
considerations montrent combien la critique des actes est difficile; plus positivement,
elles soulignent le caractere vivant des actes medievaux: par leurs multiples repro¬
ductions au cours des temps, ils offrent autant de pistes pour en retrouver la teneur.
328
CHAPITRE 7
TRADITION II: RETROUVER LES ACTES
Retrouver les acles sous if importe quel elat de la tradition, manuscrite ou imprimee,
esl un art. On if improvisera pas. Aussi. on cherchera a profiler du travail des de\ an¬
gers. en parlant des editions ou des regestes (.1. Retrouvcr les editions). Si nccessaire.
on pous>era Г investigation \ers les archives {II Retrouver les actes duns les archi¬
ves ct les hihliotheques). On ifoublicra pas les corpus pholographiqucs el les corpus
informal isos, appeles a rendre des services ineslimables dans riieurislique (la recher¬
che documentaire).
A. RETROUVER LES EDITIONS
Experience et flair faciliteront la tache du chercheur en lui donnant acccs aux edi¬
tions des actes medievaux. Celles-ci sont a la mesure des differents etats de facte
(chapitre 6): il у a des editions, groupees, d’actes contenus dans des repertoires, des
rccucils de fac-similes, des corpus d’actcs originaux. des editions de carlulaires. de
copies d’erudits, de copies notariees, de faelums prescinds en justice, etc. II у en a
d’autres, egalcment nombreuses, en annexe a des monographies locales. II n’esl pas
dans notre propos de refaire f historiographic des grandcs enlrepriscs modernes d'edi-
tion de documents, dont on trouvera un excellent panorama dans R. Van Oaenegcm.
Guide to the sources..., p. 159-205.
Des le XVIIIе siecle, la France a innove en creant un repertoire des editions. La
Belgique et F Allemagne offrent aujourd'hui des repertoires informatises dont les pers¬
pectives sont a proprement parlcr exaltantes.
1- Quelques pistes qui menent immediatement a Г edition
Quelques trop rares pistes menent immediatement aux editions les plus recentcs
des actes medievaux, parfois тёте aux indications bibliographiques dcs etudes cri¬
tiques qui leur ont cte consacrces. C'cst le cas notamment du “Nouveau Wauters”
pour les documents diplomatiques beiges, dont faspcct novateur merite qu’on s'y
attarde. II s'agit d’un repertoire de tous les documents diplomatiques - tant edites
qu’inedits - dont le contenu concerne la Belgique historique (ce cadre comprend les
territoires du comte de Flandre у compris V Artois et les comtes dependants, le duche
de Brabant, la principaute de Liege, le duche de Limbourg, les comtes de Namur et
do Hainaut, le duche de Luxembourg. - Carte par Paul Bonenfant, “Le duche de
Lothier et le marquisat de Flandre a la fin du XIе siecle (I095f\ dans Leon Van der
Essen ed., Atlas de geographic historique de !a Belgique, carte HI, Bruxelles - Paris,
1932).
Les principes en ont etc exposes en 1987:
Georges Declercq, Philippe Demonty, Katrien Naessens, Guy Trifin, “L'informa-
hsation de la “Table chronologique" d'A. Wauters. Methodologie du nouveau reper-
329
Tradition II: retrouver les actes
loirc tics documents diplomntiques beiges anterieurs a 1200", dans Bulletin ih i
Commission royale d'llistoire, 153. 1087, p. 223-302.
Sur la base iPun ilocument de travail interne au Cetedoc (laboratoirc infonnatique p,
les Sciences humaines de PLmversilc catholique de Louvain, a Louvain-la-Neuve. s
Paul Tombeur) el rcste inedit: Jacques Pycke et Paul ГотЬеиг. Mcthodologie du imu,
mcnf infonmitique ties documents diplomaiiqucs beiges antcricurs a I200y Louvain-L-
Neuve. 120 p. Cette melliodologie a cgalenient servi de base а Г informatisation du гёра
toire dcs documents iraites par PA.R.TF.AL (Universile de Nancy II) dont il sera qucsiior
plus loin.
Une “publication-cssai", portant sur 6.400 documents anterieurs a Pan 1200 (acc
jour, la base de donnees en contient environ 13.000), realisee sur microfiches et sur
papier, a paru en mai 1989:
Walter Prevenier et Paul Tombeur, “Nouveau Wauters'\ I, Introduction, biblio¬
graphic, microfiches; II, Index topographique (cn 2 vol.); III, Index onomastique,
[Bruxelles]: Commission royale d’Histoirc ~ [Louvain-la-Neuve]: Cetedoc, 1989, non
pagine.
Sur papier: la bibliographic et les index topographique et onomastique; sur microfiches,
les fiches d’analyse de chaque document et Г index chronologiquc.
A moycn lerme. grace aux progres extraordinaires de Pinformatiquc. an dynamisme
du laboratoirc informalique C etedoc. a Pappui de la C ommission royale d’llisloircel
a la diffusion par les Kdilions Brepols. ce repertoire dcvrail etre public sous CD-Rom
et olTrir une gamine de services plus importante encore. Ln effet, seuls le traitement
informntique el la diffusion sur CD-Rom permettenl de mainlenir la documentation
“otiverle" (autorisant une aclualisation permanente dcs donnees: ajout ou retrait tic
documents on tPinformations critiques qui les concernent) et tie rencontrer tonics lev
interrogations ties utilisateurs. ('eux-ei pourront dorenavant interrogcr la base dc don¬
nees:
- de maniere chronologique: “Quels sont les documents delivres ou regus entre mars
et septembre 11777”;
- de maniere topographique: “Quels documents concernent la ville de Wavre?”;
- de maniere onomastique: “Quels documents ont etc delivres par le due Godefroid
III de Brabant?'’;
- et coupler instantanement ces informations: “Quels sont les documents delivres
par le due Godefroid HI de Brabant au profit dc la ville de Wavre entre mars et sep¬
tembre 11777".
- Mieux, on interrogera la base de donnees au depart de n’importe quel mot du
texte, cn fonction des parties du discours diplomatique: “Quels sont les documents
... ou apparaissent, couples, uniquement dans les prcambulcs, les mots potestas et auc-
t or itas au XIIе si eel e?".
- Au besoin, on visualisera la charte originate sur le meme ecran. Les plus opti-
mistes la revent deja en couleurs ...
Suivant partiellement les monies criteres cPinformatisatmn des donnees critiques
retenues pour chaque document, Palelier diplomatique de I’A.R.I L.M de PUniversity
de Nancy II a explode. de maniere experimentale. le dossier du departement dc
PYonne. en collaboration avec le C etedoc deja cite. Ce dossier livre tin choix com*
plel des Ihgon.s dont il esl desormais possible, grace a Pinlormaiiquc et au microli-
330
Tradition II: retrouver les actes
chaee, d’aborder un ensemble d’actes: du produit brut (le document) jusqu’au tra-
\aifde I’historien - depuis la reproduction de Г original (sur microfiches) jusqu’a
l’analyse historique en passant par Г edition des pieces, Elaboration de fiches descrip-
nves, le traitement documentaire et lexical des actes.
t5 Michele Courtois, Marie-Christinc Duchenne, Michel Parisse. Actes originaux con¬
serves dans le departement de TYonne, Nancy: Presses Univ. de Nancy, 1989, 139 p.
IDiplomafica: Textes et etudes, 1).
Sur le traitement informatise des chartes poitevines anterieures a 900, on peut con-
suiter Elisabeth Carpentier, “Les implantations humaines en Poitou d’aprcs les chartes
des VIIe-IXe siecles”, dans Cahiers de civilisation medievale, t. 36, 1993, p. 27-58.
Pareils instruments rendront caducs les repertoires generaux de documents publies.
donl Pimpression traditionnelle sur papier ne permet qu’un seul classement chrono-
logique (a vous de retrouver l’acte qu’un editeur aurait mal date ...) et un nombre
limite d’interrogations. Certains d’entre eux n’ont pas ete remplaces:
Pour memoire: L. G. O. F. de Brequigny, J. M. Pardessus, Ed. de Laboulaye, Table
chronologique des diplomes, chartes, titres et actes imp rimes concernant l liistoire
de France, Paris, 8 vol., 1769-1876.
J. F. Bohmer, Regesta chronologico-diplomatica regum atcpie imperatorum
Romanorum inde a Conrado I usque ad Henricum VII (911-1313), Frankfurt-am-
Main, 1831.
Ce sonl les futurs Regesta Imperii. Voir ci-dessous, p. 342
C’est sur leur modele que l’archiviste general du jeune royaume de Belgique (cree
en 1830) allait proposer, des 1834, la mise en chantier d'un repertoire semblable
(sur les vicissitudes qu’allait connaitre l’entreprise jusqu’a sa suspension sous sa forme
traditionnelle en 1980, voir G. Declercq et al., "L’informatisation p. 225-227).
En voici l’etat au seuil de l’informatisation dont il vient d’etre question:
Alphonse Wauters et al., Table chronologique des chartes et diplomes imprimes
(,oncernant Thistoire de la Belgique, 11 tomes en 16 volumes, Bruxelles: Commission
r°yale d’Histoire, 1866-1971.
La quatrieme partie du tome XI, donl les depouillements s'etendent jusqu'en 1946, a ete
publiee en 1965: elle couvre la periode 1339-1350. Corrections et index de ce tome XI
ont ele publics en 1971.
2- Quelques instruments generaux
Hermann Oesterlcy, Wegweiser durch die Literatur der Urkundensammlungen, 2
Vol-> Berlin, 1885-1886, VI-574 et VI-423 p.
Tome I. 1: Allgemeines, 2: Das deutsche Reich (par souverain puis par localite); tome 11.
dc 3: Frankreich all: Orient. - Sur la base des editions publiees.
Ulysse Chevalier. Repertoire des sources historiques...
Ensemble des sources editees disponibles, sur le modele precedent mais bien plus detaille
331
Tradition II: retrouver les actes
Leo Sanlifaller, Seuere Edifionen mitfelalterlicher Kdnigs- und Pupsturkundcn
Eine I'bersicht, Vienne. 1958, 70 p. (Osterreichisehe Akademie dvr Wissenselntftai
Mitteilungen der Wiener Diploniata-Abteilung der MG.II.. 6).
1 res utile et delaiHe: Edifionen und Regestcnwvrke von Rtuser- unit Ronigsttrkunden (p ы
37): Eilittonen und Regestemverke von Pap\turkumlen (p. 37-70)
Repertorium fontium historiae Medii JEvi (nouv. ed.), t. I, Series collectiomim.
Rome: lstituto storico italiano per il Medio Evo, 1962, XVIII-819 p.; Additamenta. I,
Series collectionum continuata et aucta (1962-1972), Rome: lstituto ..., 1977, XVI-
181 p.
Donne le releve systematique des grandes collections de sources medievales.
Robcrt-Hcnri Bautier, avec la collaboration de Bruno Galland et Anne Lejeune:
bibliographic 1945-1990 pour toute Г Europe occidental; en preparation.
Parmi les bibliographies courantes, trois meritent une mention speciale:
Revue d'histoire ecclesiastique, Louvain-la-Ncuve: Universite Catholique de
Louvain - Leuven: Katholieke Universiteit te Leuven, publication trimestrielle: sec¬
tions “Paleographie, chronologie, diplomatique” (etudes), “Sources d’archives et cri¬
tique diplomatique” (editions).
International Medieval Bibliography {Bibliographic relative an Moyen Age occi¬
dental / Bibliographic zur Erforschung des europaisehen Miltclallcrs Bibliografut
per lo studio delVEuropa medievale / Bibliografia para el estudio de la Euvopn
Medieval), Leeds: University, School of History: section “('barters and Diplomatics";
chaque parution semestrielle est pourvue de ses propres tables. Cette bibliographic
couvre I’ensemble de la civilisation medievale, de 450 a 1500, mais est limilecau
depouillement exhaustif des periodiques et des volumes de melanges.
Deutsches Archiv...: semestriel; section “Besprcchungen und Anzeigen: Hilfs-
wissenschaften und Quellcnkunde", subdivisions “Quellensammlungen” ct “Urkunden,
Traditionen, Regesten, Register”. De meme les “Berichtc” reguliers au sujet des
Papsturkunden et des M.G.H. Ainsi, pour l’annee 1992: Horst Fuhrmann, “Monuments
Germaniae Historica. Bericht fur das Jahr 1991/92", dans Deutsches Archiv, 48, 1992,
p. I-XIX; [R. Hiestand], “Bericht iiber die Tatigkeit der Pius-Stiftung fiir Papstur-
kunden-Forschung im Jahre 1990/91”, ibid., p. 421-424.
Pour FAngleterre:
E. L. C. Mullins, Texts and Calendars. An analytical Guide to serial publications,
Londres: Royal historical Society, 1958, XI-674 p. (Guides and Handbooks, 7); du
meme, Texts and Calendars, II. An analvtical Guide.... 1957-1982, Londres, 1983,
XI-323 p. (Guides .... 12).
Un index ires detail le en fait un instrument de travail de premier plan.
Pour la Toscane, un modelc du genre:
Maria Luisa Ceccarelli-Lemut, Repertorio delle fonti docunientarie edite del
medioevo. Italia-Toscana, Pise: Pacini Editore, 1977, VIII-211 p. (Biblioteca del
"Bolleltino storico Pisano ", Collana storica, 17).
Chaque publication a ete dcpouillee et le nombie de documents est uulique pardemi-stf'
332
Tradition II: retrouver les actes
cle; pour Г ensemble de la Toscane tout d’abord; pour chacune des villes ensuite. - Index
par noms de lieu.
Une piste de recherche indirecte: les listes de publications (recueils, corpus et car-
tulaires) depouillees par les dictionnaires de latin medieval:
Pour le “Nouveau Du Cange”: Index scriptorum novus mediae latinitatis ab anno
DCCC usque ad annum MCC, qui afferuntur in Novo glossario .... Hafniae: Ejnar
Munksgaard, 2e ed., 1973, XVII-246 p.
J. F. Niermeyer, Mediae latinitatis lexicon minus, Abbreviationes et index fontiunu
parC. Van de Kieft et G. S. M. M. Lake-Schoonebeek, Leiden: E. J. Brill, 1976, XIX-
78 p.: spec. p. 59-78: Index fontium, IV. Editiones documentorum.
Enfin, une source d’appoint souvent negligee: les pieces de procedure de nombreux
proces des XVIIе et XVIIIе siecles, et plus particulierement les factums d’avocat pro-
duits en grand nombre, souvent mcme imprimes, et qui fournissent genereusement
analyses, extraits ou editions integrates d’actes anciens. Pour s'en convaincrc:
Jean-Marie Duvosquel, “Histoire medievale et factums d'avocat: Feveque de
Toumai et le Chapitre de Comines”, dans Horae Tornacenses, 1171-1971, Tournai:
Archives de la Cathedrale, 1971, p. 95-110.
Pour la France, la plus riche collection se trouve a la Bibliotheque nationale.
Catalogues des factums et autres documents judiciaires anterieurs a 1790, 10 vol.,
Paris, 1890-1936.
On renvoie ici pour memoire aux bibliographies nationales et regionales qui recen-
^ent periodiquement toutes les editions de textes. II esL en effet, souvent indique de
travailler par type destitution ou par lieu. Dans ce cas, les instruments bibliogra-
phiques cites au chapitre 2 (p. 40-42) renseignent avec precision sur les travaux et les
sources editees disponibles.
3- Les entreprises modernes de publication
u- Publications d'actes pontificaux
On trouxera une ulile bibliographic clans 111. Frcn/. Paspfurkunden ... (ed. alle-
^iiiule 108b). p. 86-00 cl / doctuncnti pontifici ... (cd. ilaliennc 1089). p. 100-105:
ll,lc presentation plus detail Ice. mais an elec a 1958. dans L. Saul i fa Her. \cuerc
kditinnen .... p. 37-70. Ccs guides permellenl de resiimer Fetal cFavancemcnl des en-
l^priscs tie regeste el de publication (apres eliaque dale de parution. eonsuller les
bibliographies eourantes).
Depuis le XVIIе siecle. des editeurs ont chcrchc a collecter les actes pontificaux en
vastes recueils specifiques; les entreprises les plus monumentales sont celles de
Cocquelines-Maillard. Rome, 32 vol.. 1733-1762; du Bullarium romanum, Turin-
NaPles, 27 vol., 1857-1885; de Fabbe Migne, qui a alimente sa Patrologie latine a
Multiples sources, souvent mauvaises, et ventile entre de multiples volumes les
Pontificals, jusqu’a celui d’lnnocenl III (tableau recapitulatif dans L. Santifaller,
Neuere Editionen .... p. 57-62).
333
Tradition И: retrouver les actes
Les travaux proprement scientifiques cTedition el de regeste eommencent en (,,,»
dans les dernieres decennies du XIXе siecle el regoivent leur essor dccisi Г a focui-
sion de Touverture plus large des Archives valieanes. La comprehension de leur uni-
dilation est intimement liee aux progres de la diplomatique pontificale. On progro^
parallelement dans deux directions: le reeensemenl des editions existantes; la publi¬
cation ou le regeste des actes, sur des bases nouvelles el plus syslemaliques.
a. 1. Recensement des editions
Les diplomatistes allemands produisent des la fin du XIXе siecle des instruments
de travail qui sont aujourd’hui tres insuffisants mais non encore remplaces: leur con¬
sultation, malcommode (ils sont dans Lordre chronologique, sans index), reste done
indispensable.
— Pour les actes anterieurs a 1198:
P. Jaffe, F. Kaltenbrunner, P. Ewald, S. Loewenfeld, Regesta pontificum
Romanorum ...ad annum post Christum natum MCXCVIII, 2e ed., Leipzig, 1885-
1888.
La premiere edition, due a Jaffe seul, est citee d’apres l’initiale de son editeur, J, suivie
du numero d'ordre. — La seconde edition Lest d'apres les initiales conjointes de Jaffe el
de son successcur, suivies du numero d’ordre; on cite done: les acles anterieurs a 590 par
fabreviation JK (n° 1-1065); les actes de 590 a 882 par fabreviation JE (n° 1066-3386);
les acles de 882 a 1198 par fabreviation JL (n° 3387-17678).
Elle est desormais perimee:
* pour la periode 311-476 par Otto Seeck, Regesten der Kaiser und Papste fur die
Jahre 311 bis 476 n. Chr., Stuttgart, 1919, X-487 p.
* pour la periode 911-1024 par Harald Zimmermann, Papstregesten 91T1024,
Vienne-Cologne-Graz: Bohlau, 1969 (Regesta Imperii, II-5).
— Pour la periode 1198-1304:
A. Potthast, Regesta pontificum Romanorum inde ab anno post Christum nation
MCXCVIll usque ad annum MCCCIV, 2 voL Berlin, 1874-1875.
Cite P. ou Pott., suivi du numero de regeste.- - Bcaucoup moms complet que Jaffe.
L’emploi en est un peu facilite par une table des incipit:
Initienverzeichnis zu August Potthast, Regesta pontitijicum Romanorum (1198-
1304), Munich: M.G.H., 1978 (M.G.H., Hilfsmittel, 2),VII-176 p.
Pour les lettres des papes, mais aussi des nonces et legats, de 1198 a 1264, et con-
cemant VEmpire, on dispose aussi du t. V-3 des Regesta Imperii de Bohmer (Innsbruck.
1901).
a.2. Editions et regestes
Le travail s’organisc sur une constatalion de base: avant 1198, il if у a plus de re-
gistres (hormis quelques epaves ou blocs erratiques); apres 1198, il у a une conser-
Tradition II: retrouver les actes
\jtioii systemalique (sauf quelques lacunes) des rcgistres do chancellerie: cela permel
Jc prendre desormais la documentation a la source (Archives vaticancs) et non dans
ks archives des deslinataires. Mais les progrcs de Fanalyse diplomatique (ci-dessus
whapitre 5) montrenl bientot que la eoupurc if est pas aussi nette et surtout quc I’cnre-
jistremenl cn chancelleric est loin d'etre exhaust if: que done, meme apres I 198. il
laut recourir aux archives dcs destinataircs.
La cesure de 1198 reste fondamentalc pour comprendre Farticulation des grandes
series de publications (nous ne traiterons pas ici des multiples entreprises partielles
de publication d’actes juges interessants pour un theme, un pays, une region).
- Pour les actes anterieurs a 1198, les editeurs publient quelques corpus, dont les
plus hornogenes sont:
* la correspondance de Gregoire le Grand, ed. Dag Norberg, 2 vol., Turnhout:
Brepols, 1982 {Corpus christianorum, series latino, 140-140A),
* le corpus des actes pontificaux de 896 a 1046:
Papsturkunden, I. 896-996; II. 996-l046\ HI. Register, ed. Harald Zimmermann,
t. I et II, 2 ed.; t. III., Vienne: Osterreichische Akademie der Wissenschaften,
Philosophisch-historische Klasse. 1989 (Denkschriften, 174, 177 et 178),
* le registre de lettres et les actes de Gregoire VII (respectivement Erich Caspar,
Berlin, 1920-1923 [M.G.H., Epistulae selectae, 2] et Leo Santifaller, Vatican, 1957
[Sludi e testi, 190]).
Mats la grande entreprise, loin encore de Fachcvemenl. est laneee par Paul Fridolin
kelircl confiee a la wiPius-Stiftung fur Papsturkundeif'. qui lire son nom du patro¬
nage du pape Pie XI. Le but ultimo esl simple: la publication on le rc'gcste de lous les
neles anterieurs a I 198. [/application est compliquee. du fait que I'etape prealable
reside dans la \ isite de tons les depots susceptibles de conserve!* le lexte on la trace
tl’actes pontificaux (jusque dans les mentions anciennes ou la reference faite a une
delegation pontificate a des juges delegues). Cette demarche archivistique donne du
reste aux volumes un interet qui depasse souvent, et de loin, la seule diplomatique
pontificale. Deux series sont lancees:
(y- d'abord. des comples rendus tie mission (“Reiseberichte"): e'est la serie dile des
^psturkunden in .... I Is out presque lous ete publics dans les Sachrichten | puis
d)hundlunuen ] der (ieseflsclui/f tier Wissenschaften zu Gottingen, Phil.-hist. Klasse,
en ordre disperse puis sous forme de volumes de “supplements” (Reihefte). Les dif-
K'rentes series sont reparties entre entiles nationales: Italic, Espagne et Portugal,
\ngleterre. Pays seandinaves et Allcmagne. Pays-Bas. France. Suisse, Orient lalin.
^ entreprise de recenscmcnt el de description devient tie plus en plus raffinee.
Se sont ainsi succede pour la France:
* les Papsturkunden in Frankreich de Wilhelm Wiederhold, 7 vol., 1906-1913,
P°ur la Franche-Comtc et la moitie sud de la France actuelle.
F Franche-Comte; II. Bourgogne. Bresse, Bugey: III. Dauphine, Savoie, Lyonnais.
Vivarais: IV. Provence et dioceses d'Uzcs, Ales. Nimes. Nice: V. Berry, Bourbonnais,
335
Tradition II: retrouver les actes
Nivcrnais, Auxcrmis; VI. Auvergne. Poitou, Perigord. Angoumois, Saintonge, March**
Limousin; VII. Gascogne. Guycnne, Languedoc.— Reimpression anastatique avec «>г-
rcctions et tables par Louis Duval-Arnould sous 1c litre Papsturkmuten in Frankh'nh
Reiseherichfe zur Gallia Pomificia 1906-1913. 2 vol., Vatican. 1985 {Aria Romunorun*
ponn/icinn, 7-8). On у rcleve 933 documents entre 855 ct 1 197.
* la serie des Papsturkunden in Frcmkreich, Neue Folge, 8 vol. parus a partirdc
1932.
I. C'hampagne-Lorraine. par Heinrich Meinerl. 1932-1933.— II-V1, par Johannes
Ramackers: IL Normandie. 1937; III. Artois. 1940: IV. Picardie. 1942; V. Touraine, Anjou
Maine. Bretagne. 1956; VI. Orleanais, 1958. — VII-V1IL par Dietrich Lohrmann: V’ll,
Nord de Г Ile-de-France. 1976; VIII, Sainte-Genevieve et Saint-Victor dc Paris. 1988.
Ln preparation: IX. Saint-Denis, par RolfGrosse: X. resle du diocese de Paris.
* Noter que la Flandre esl integree aux Papsturkunden in den Niederlanden de J.
Ramackers (1933-1934): que LAlsacc a echappe aux Reiseherichte mais que le
diocese de Strasbourg figure au volume III de la province de Mayence (Germania
pontijicia, ci-dessous). paru on 1935; que deux volumes speciaux out etc eonsacnS
aux ordres militaires (Temple el Saint-Jean: R. Hiestand. 2 vol.. 1972-1984).
* Les volumes les plus anciens, trop rapides, font depuis peu Lobjct d’une campagne
de reprise, assuree actuellcment pour quelques dioceses: Langres (Benoit Chauvin).
Chalons (Maric-Clotilde Hubert), Reims (Ludwig Falkenstein), Provence, etc.
(}. Une Ibis les reperages archivistiques fails, on ouvre, pour le memc pays, unc
scconde serie, classce par destinataires dans Lordrc des pro\ inces cl dioceses, avee Ic
catalogue melhodique des actes par destinataires et la publication des inedits intcres-
sants. VIndia pontijicia (P. F. Kehr et coll.. 10 vol.. 1906-1975) est achevce. La
Germania pontijicia a vu para it re 7 volumes (A. Brackmann et coll.). Sont aussi panics
la Pontijicia hihernica (jusqu'en 1261 par derogation) el la Scotia pontijicia. La
Francia pontijicia vient lout juste d'etre lancce (actuellcment, a litre experimental,
preparation de I'archidiocese de Besangon avec les dioceses de Lausanne et Bale, par
Rene Locatelli. Gerard Moyse et al.). Stir I'entreprise: Dietrich Lohrmann, “Gencse
el perspectives d'une Gallia Ponti/tcia". dans L Fgli.se de France ct la papaute (Ax-
All Iе siecle). Actes du coUoque historkfue franco-allenunnL publics par RolfGrosse.
Bonn: Bouvier, 1993 (Studien and Dokumenren zur Gallia Pontijicia/Etudes et docu¬
ments pour servir d une Gallia Pontificia), p. 13-30.
- Pour les actes posterieurs a I 198. on sc lourne d'abord vers la publication (iatc‘
grale et plus sou vent par regeste) des registres de chancel leric. Fssentiellement assure
par I'Ecole frangaise dc Rome, le Iravail permet a d'aulrcs chercheurs el institute
historiques etrangers a Rome de compiler des recueils de “morccaux choisis". plus ou
moins systematiques, consacres a leur region ou a leur pays. Dans une demicre etape.
on se lourne a nouveau vers les actes conserves dans les archives des destinataires.
a. Pour les registres:
* Innocent III (1198-1216): Tedition de la Patrologie Inline de Migne (vol- 214-
217, Paris, 1855, d’apres Tedition Baluzc de 1682), sans index mais avec une table
chronologique, est progressivement periirtee par une edition scientifique, lancee a
336
Tradition II: retrouver les actes
rinstitut autrichien de Rome en 1964 et assuree par O. Hageneder, H. Haidacher,
\V. Maleczek.
* Honorius III (1216-1227): P. Pressutti, Regestci Honorii pupae III, 2 vol., Rome,
1885-1895, reimpr. Hildesheim-New York, 1978.
* De Gregoirc IX a Benoit XI (1227-1304): publication achevee, assuree de 1884
a 1958 par les eleves de I’Ecole frangaise (103 fasc. en 12 series, avec introductions
diplomatiques parfois detaillecs; index inegaux).
* Clement V (1305-1314): publication assuree par les Benedictins de Rome
(Regestum Clementis papae V, 8 vol., Rome. 1885-1892); Tables publiees par FEcole
frangaise en 1957.
* Papaute d’Avignon (1316-1378): publication en cours, editee par l’Ecole frangaise
depuis 1900, assuree par ses eleves et les chapelains de Saint-Louis-des-Frangais et
aujourd’hui par une equipe du C.N.R.S. installee aux Archives departementales du
Vaucluse.
La collection est d'abord separee cn deux series: lettres communes; lettres closes, secre¬
tes, curiales, etc., pour lesquelles on decide de ne publier que celles qui concement fhis-
toirc de France, dans la mesure ou de nombreux autres instituts etrangers a Rome ont deja
entame ou projete la publication des lettres interessant leur pays. Devant la dispersion el
I’inachevement qui en resulte, on decide en 1950 de publier aussi de fagon syslemalique
les lettres closes, secretes, curiales. etc. interessant d'autres pays que la France: elles vien-
nent done former une iroisiemc serie. A partir de 1959 (lancement d'Innocent VI), on
decide de reunir les deuxieme et troisieme scries en une unique serie de lettres closes,
secretes, curiales. etc., tous destinataires confondus. - Le travail se fait maintenant avec
Faille do Fordinateur qui gore une base de donnecs integrant aussi pour L'rbain V supph-
ques ei documents avignonnais. I.es demierx volumes parus soul les index lies /.cures
communes tl'L chain Let la premiere annee du pontifical de (iivgoirc XI (I UNO nume-
ros en 2 \olumcs). I es plus granites laeunos soul les lot Lies communes de (dement VI
et d'lnnocenl VI: les lei I res closes, secretes el curiales (liormis la France) de .lean XXII el
Dr bain V.
p. Pour les collections “nationalcs". les deux plus grandes entreprises sont:
* Repertorium germanicum, alias Verzeichnis dev in den pupstlichen Registern und
Kameralakten vorkommenden Personen, Kirchen und Orte des Deutschen Reiches.
seiner Diozesen und Territorial vom Beginn des Schismas bis zur Reformation, Berlin,
depuis 1916.
Vomme le litre Firulique. les volumes regroupent. par pontifical ou groupes de pontificals,
dans fordre alphabelique des nonis. I ensemble des mentions relatives aux personnages.
eglises. localifcs de Г Empire, irouvees dans les registres de la ( lianeellerie. les registres
de suppliques et les archives de la ( hambre aposlolique. depuis I37N. I es volumes soul
completes d'lin remarquable index onomaslique et par matieres. au|ouriFluu eomplele-
nient informatise. I e svsleme adople fail feeononue if impression ifun grand nombre de
volumes, si on le compare a fenlreprise frangaise des /.cures communes. Dernier volume
paru: Repertorium germanicum . VIII. Pins N.. N5R-N64. par Dieter Brosms. I I rich
Sehesclikew it/ et Karl Borcliardl. 2 vol.. I iibinuen: Max Niemever Verlag. 1993. LXVII-
836 et XI-900 p.
337
Tradition II: retrouver les actes
* Analecta vaticano-belgica, 17 vol. publies par Plnstitut historique beige de Rome
depuis 1906.
Couvrent la periode 1316-1431, avec lacunes. -- Repartis en trois series: Lettres pontifl
cedes, Suppiiques, Documents relatifs an Grand Schisme: a completer par divers volu¬
mes hors-serie dus a Dom Ursmer Berliere. - L'inventaire en est donne dans L. Santifallcr
Seaere Editionen .... p. 51-52.
y. Le recenscment et le regeste des actes pontificaux, de 1198 a 1415, consent
dans les archives des destinataires renouent avec la demarche de la “Piusstiftung", a
ceci pres que seuls les originaux sonl retenus. Plusieurs contributions sont parues en
ordre disperse, mais les volumes les plus importants sont edites par la Bibliotheque
vaticane, dans la collection ditc Index actorum Romanorum pontificum. Sontac*
tuellement parus les volumes consacres aux actes conserves aux Archives nationalcs
de Paris (Bernard Barbiche, Les actes pontijiciaux originaux des Archives nationu-
les de Paris, Citta del Vaticano: Biblioteca apostolica vaticana, 3 vol., 1975-1982),
en Basse-Saxe (Brigidc Schwarz, 1988), en Angleterrc (periode 1305-1415: Patrick
N. R. Zutshi, 1990), en Bade-Wurtembcrg (Tilmann Schmidt, 2 vol., 1993).
b. Actes de souverains (France et Empire): les editions
b. I. Pour les rois merovmgiens, la detestable edition de Karl Pertz {Diplomats
regum Fmncorum e stirpe merowingica. Hanovre, 1X72. VI-250 p. . reimpr. 192'
[M.G.H. l)i/)/omaf(t imperii. I |) resle dans les annales pour avoir donne lieu а Гипс
des plus sanglanles executions par voie de eomptes-rendus (Ci. lessier, Diplomatique
royale.... p. 5. и. I). Pile est reprise sur ties bases nouvelles par Carlrichard Britlilct
Thco Kolzer (en preparation).
Philippe Laucr et Charles Samaran, Les diplomes originaux des merovingiens. Fac¬
similes..., Paris, 1908, 48 pi.: voir aussi les ChLA (p. 353).
b.2. Actes de souverains carolingiens
On trouvera un bilan detaille dans L. Santifaller, Neuere Editionen ..., p. 6-18; mise
a jour dans R.-H. Bautier, La chancellerie et les actes royaux ..., p. 76-80 de Parti¬
cle (repr., p. 532-536), avec bibliographic des editions, des regestes et des fac-similes.
Les nationalismes du XIXе siecle finissant amenent a partager Ie travail entre les
trois nations qui revendiquent Г heritage:
- les Allcmands, bons premiers, у gagnent la periode pipinide et Charlemagne.
Pensemble de la Lotharingie ... et les actes de Charles le Gros meme quand ils mte'
ressent la Prancie de LOuest (M.G.H Diplomata Karolinorum):
- les Trancais prennent en charge les actes des souverains qui a partir de Charles
le Chauve rcgncnl en I raneie occidenlale, et s’emparent de la Provence de 855 a
928 {('harles et diplomes de PAcademie des Inscriptions el Belles-Lettres, Paris):
- les Italiens editent les actes des rois cl its “ilaliens” {Fonti per la storitt dTldli11-
serie Diplomi, publiee par lMstituto storico italiano per il medio evo, Rome).
Cela donne (entre parentheses, la date de partition la plus rccente):
Avant Lavenement de Pepin:
* Maires du palais (632-751) = MG H (1872)
338
Tradition II: retrouver les actes
|)e ravencmenl de Pepin a N40
* Pepin le Brcf (751 -768) - M.G.H. (1906)
* Carloman (768-771) - M.G.H. (1906)
* Charlemagne (768-814) = M.G.H. (1906)
* Louis le Pieux (814-840) - Recited des historiens des Gaules ... (1749), en cours
Jo reprise pour les M.G.H. avec collaboration franchise
Les Carolingiens “germaniques"
* Louis le Germanique (833-876) =- M.G.H. (1956)
* Carloman (876-879) = M.G.H. (1956)
* Louis III le Jcune (876-882) -- M.G.H. (1956)
* Charles 111 le Gros (876-887) = M.G.H. (1936-1937)
* Arnould de Carinthie (887-899) = M.G.H. (1955)
* Zwentibold (895-900) = M.G.H. (l%3)
* Louis Г Enfant (900-911) = M.G.H. (1963)
Les Carolingiens “Irangais"
* Charles II le Chauve (840-877) - Chartes et. dipt. (1943-1955)
* Louis II le Bcgue (877-879) Chartes et dipt. (1974)
* Louis III (879-882) ^ Chartes et dipt. (1974)
* Carloman (879-884) =- Chartes et dipl. (1974) + M.G.H. (1956)
¥ Charles 111 le Gros (885-888) - M.G.H. (1936-1937)
* Elides (888-898) = Chartes et dipl. (1967)
* Charles III le Simple (893-923) - Chartes et dipl. (1940-1949)
* Robert lcr (922-923) - Chartes el dipl. (1978)
* Raoul (923-936) - Chartes et dipl. (1978)
* Louis IV d'Outremer (936-954) ^ Chartes et dipl. (1914)
* Lothaire (954-986) - Chartes et dipl. (1908)
* Louis V (979-987) Chartes et dipl. (1908)
- Lotharingie
* Lothaire Ier (817, 840-855) = M.G.H. (1966)
* Lothaire II (855-869) = M.G.H. (1966)
; Royaume d’Aquitaine
* Pepin Ier (814, 817-838) = Chartes et dipl. (1926)
* Pepin II (838-848) = Chartes et dipl. (1926)
- Italie
* Berenger ler de Frioul (888-924) = Fonti, 25 (1966)
* Gui de Spolete (889-894) - Fonti. 36 (1960)
* Lambert de Spolete (891-898) - Fonti,, 36 (1960)
* Louis III de Provence (900-905) = Fonti, 37 (1960)
* Raoul II de Bourgogne (924-926) = Fonti, 37 (1960) + M.G.H. (1977)
* Hugues de Provence (926-947) -= Fonti, 38 (1924)
* Lothaire (931-950) - Fonti. 38 (1924)
* Berenger II d'lvrea (950-962) - Fonti, 38 (1924)
* Adalbert d'lvrea (950-962) - Fonti, 38 (1924)
" Provence
* Charles de Provence (855-863) = Chartes et dipl. (1920)
* Boson (879-887) = Chartes et dipl. (1920)
* Louis FAveugle = Chartes et dipl. (1920)
339
Tradition П: retrouver les actes
- Bourgogne
» Rodolphe Icr (888-912) = M.G.H. (1977)
* Rodolphe II (912-937) = M.G.H. (1977) + Fonti (1960)
* Conrad le Pacifique = M.G.H. (1977)
* Rodolphe III (993-1031 ) = M.G.H. (1977)
b.3. Actes royaux frangais (987-1223)
De Hugues Capet a Philippe Auguste (987-1223), le corpus est en cours d’edi-
tion, a la suite dcs Carolingiens “frangais” dans la collection deja citee des Charles
et diplomes.
* Hugucs Lapel (9X7-996) -- en preparation
* Robert II le Pieux (996-103 I) - en preparation
* llenri Iе1' (103 1-1060) = en preparation
* Philippe lcr (1060-1 108) - Charles et dipl. (1908)
* I .ouis VI le (Jros (I I OX-1137) - (hartes et dipl. (1992; intr. et index en preparation)
* l.ouis Vll (1 137-1 1X0) = en preparation
* Philippe II Auguste (11X0-1223) - Chartes et dipl. (1916-1979; supplements, intr
el index en preparation)
b.4. Actes royaux frangais apres 1223
- Le XIIIе siecle est desherite: dcs actes plus nombreux, et d'autant disperses; des
registres qui n’en sont pas encore vraiment:
* catalogue, ineomplet. des actes de Louis VIII (voir ci-apres);
* relevc des actes de Louis IX imprimes avant 1846-1850 dans O. de Brequignyct
al., Table ehronologu/ue ...
* catalogue des mandements de Philippe III dans Ch.-V. Langlois, Le regne de
Thilippe III .... p. 3X6-4IS;
* les sources arehi\ is!itjues du regno de Philippe le Bel sont recensees, mais encore
sans publication, dans le cadre du Corpus philippicum (C.N.R.S., installe aux Archives
Rationales, sous la direction de R.-ll. Bautier et la responsabilile d'Elisabeth Lalou).
La situation change du tout an lout avec Lapparition d’un enregistrement syste-
mntique (encore quo non exhausti0 des actes a valeur perpetuelle en faveur de tiers
(ci-dessus. chapitre 5). Les archivistes et diplomatistes out concentre sur eux leurs
efforts de publication (et, surtoiit, de regeste). On trouvera une bonne presentation
hibliographic|ue dans Archives Rationales. Etat des inventaires .. , t. I, p. 62-69. Pour
I a ire href, on pent distinguer trois types de publications:
* des editions, largement integrales, sur une base regionale;
l.cxemplc le plus achcve en est domic par les actes royaux interessanl le Poitou, de 1302
a 1505, publics <le IXXI a I95X par P. (iueiin cl L. Celier dans divers volumes des Archives
hisioriifucs iht TtHiau: abondammeiit commentee, Ledition est un excellent moyen de se
familiariser avec la lypologic et le Ibriniilairc des actes.
* des inventaires analytiques publics, dans Lordrc des cotes et des registres, paries
archivistes des Archives Rationales:
I a serie est unjoiud'luii complete pour la periode 1300-1350 (registres JJ 37-79B)»^
Гсчеериоп ties annees 1521-1328 (JJ Ы)-(>4), en coins d’achcvement. Les index des noins
propivs et de matierc ties actes tie Philippe VI sont un modelc du genre, interessanl pour
Unite publication d'actes. I c regne de Jean le Bon est en preparation sous Гоппе d’uue
base de doimocs in forma Usee. tlitc "Л.1Г
340
Tradition II: retrouver les actes
. un corpus tie regcsles. eompletanl les precedents, clabli sur une base geographi-
)w.f mais encore ires partiel.
I I ililee par le ( omile des I ravaux hisioriqucs el scienliIIqncs (Paris) dans la collodion des
IhHiinu'iiis medits. serie ш-Лю. la eolleclion compreiul les volumes relalifs a la (iaseogne
lC'liarlos Samaran, l%h). an Languedoc el Rouergue (Yves Dossal el aL I9K1) el a Lac-
uiclle region Centre (Bernard Chexalier. РЖ).
Hors registres, les editions systematiques sont tres rares; on trouvera un utile point
do depart dans A. Isnard, Catalogue general des livres imprimes de la Bibliotheque
nutionale, Actes royaux, t. I, Paris, 1910, col. L1X-CCXXII (recueils imprimes d’actes
royaux) et dans la bibliographic de G. Tessier, Diplomatique royale ..., p. 235.
b.5. Actes des empereurs et rois allemands apres 911
Les actes des souverains qui succedent aux Carolingiens a partir de 911 trouvent
naturellement leur place dans les M.G.H., section dite Diplomata regum et impera-
lonim Germaniae (entre parentheses, la date de parution la plus recentc).
* Conrad (911-918) et Oltoniens, de Henri ler a Henri II (919-1024) = M.G.H. (1903)
* Saliens, de Conrad II a Henri IV (1024-1106) = M.G.H. (1978).— Le volume
Conrad II contient des supplements aux actes de Henri II
* Henri V (1106-1125) = en preparation
* Lothaire de Supplinbourg (1125-1137) = M.G.H. (1927)
* Staufen, de Conrad III (1138-1152) a Frederic Ier (1152-1190) = M.G.H. (1990)
* Henri VI (1190-1197) = en preparation
* Constance, epouse du precedent, imperatrice, en fait commc reine de Sicile (1195-
1198) = M.G.H. (1990)
* Frederic II (1198-1250), competiteurs, succcsseurs et candidats du Grand
Intcrregne (1255-1273) = en preparation.- Seul est paru le premier volume des actes
des antirois (1246-1256) Henri Raspe et Guillaume de Hollande = M.G.H. (1989).
Les plus importants des actes de portee generate (911-1356) sont par ailleurs re-
groupes dans la serie Constitutiones et actapublica des M.G.H. (section IV des Leges).
La serie, commencee en 1893 et en bonne voic d'achevement, est particulierement
importante pour la premiere moitie du XIVе siecle.
four les deux plus anciens registres de chancellerie: Helmut Bansa, Die Register der
Kanzlei Ludwigs des Bayerns. Darstellung und Edition, 2 vol., Munich. С. H. Bcck'schc,
1971-1974 (Quellen und Erorterungen zur bayerischen Geschichte, N. F., XXIV).
c Actes de souverains (France et Empire): les regestes
A defaut d'editions critiques, I’historien doit s’enquerir de Fexistence de regestes
9l,i resument le contenu des chartcs et des diplomes. On a deja mentionne leur exis-
tence a propos des actes pontificaux. On les definit au chapitre 9, par rapport aux ana-
lorsqu'on parlc des Regies et conseils d'edition (p. 417).
II existc toute une variete de regestes, allant de Fanalyse plus ou inoins develop-
Pee d’un acle a Fedition in extenso de certains d’entre eux. Certains editeurs ne sc
contentent pas dc resumcr les actes diplomatiques du personnage etudic; ils en rele-
Vent toutes les attestations dans Fenscmble des sources disponibles. C’est le cas.
n°tamment, des Regesta Imperii.
U\
Tradition II: retrouver les actes
c.l. Regesta Imperii
Depuis qu'en 1831 J. F. Bohmcr a inaugurc la scrie dcs regestes des diplomes impc-
riaux et royaux, sous Ie litre Regesta ehronoiogico-dipiomatica, Fentrcprise a connu
des fortunes diverses. Kile cst patronnee aujourd'hui par la Kommission fiir <//(
Ncubearbeitung der Regesta Imperii de Г Academic autrichienne des Sciences, en col¬
laboration avcc la Deutsche Kommission fiir die Bearbeitung der Regesta Imperii
fondcc en 1967. Quatorze sections vont des Carolingiens a Maximilien ler (1493-
1519). Toutes en sont a des stades d’avancement on de recdition differents.
int On en trouvera la lisle dans L. Santifaller. Neuere Editionen ..., p. 12-15, dans
R. Van Cacnegem, Guide to the Sources ..., p. 258-259, et dans Paul-Joachim Heinig.
k‘Der gegenwartige Stand der Regesta Imperii'*, dans Dipiomatische wul chronologi-
sche Studien aus der Arbeit an den Regesta Imperii, Cologne-Vienne: Bohlau, 1991.
p. 9-35.
Chaque rcgeste comprcnd quatre types de donnees largement discutees: 1° data-
lion. 2° analyse, 3° tradition manuscrite et imprimec et indications de chanccllcric,
4,-‘ commentaire, bibliographie critique et identifications. Une dilficultc tienl au systcme
des abreviations utilisecs: les sources narratives et leurs auteurs sont cites suivant
les normcs du Mittellateinisches Worterbudu qu’il faut par consequent avoir sous la
main. Des tables de concordance elablissent systematiquement le parallele entre les
regestes et les editions des actes du personnage traite dans chaque fascicule.
En voici Pctat d’avancement, represente schematiquement (avec, entre parenthe¬
ses, la date de la derniere mise a jour):
- Merovingiens
Pas de regestes malgre un projet lance en 1970 (Karl-Ferdinand Werner, “Die wis-
scnschaftlichen Plane des deutschen historischen Instituts in Paris”, dans
Friihmittelalterliche Studien, 4, 1970, p. 417). - Voir ci-dessus, les editions.
- Carolingiens
* 751-918 (1966): apres 840, ne concerne plus que les Carolingiens ayant regne sur
les territoires imperiaux.
* 840-877: Die Karolinger im Regmtm Italiae (1991)
- Dynastie Saxonne: 919-1024
* 919-973 (1967)
* 973-983 (1950)
* 983-1002 (1956-1957)
* 1002-1024(1971)
- Hohenstaufen: 1125-1272
* 1165[1190]-1197 (1972)
* 1198-1272 (1970)
- Autrcs: 1273-1519
* 1273-1291 (1969)
* 1291-1298 (1933-1948)
* 1314-1330 (1922-1924; pas pour Louis de Baviere)
342
Tradition II: retrouver les actes
* 1314-1347 (1991; Louis de Baviere; seuls actcs de Wurtemberg)
* 1346-1378 (1877 et 1889)
* 1400-1410(1912-1939)
* 1410-1437 (1897-1900)
* 1438-1439 (1975)
* 1493-1495 (1990; selection de regestes)
c.2. Regestes des sou verains fret n да is (on nc reprend pas ccux pour lcsquels on a
signalc unc edition dans la collection des Chartes et diplomes):
* Hugues Capet (987-996) = pas d’edition. - Ferdinand Lot, Etude sur Je regne
deHugues Capet et la fin du Xе siecle. Paris, 1903 (Bibliotheque de l 'Ecole des Hautes
Etudes, 147).
* Robert U (996-1031) = pas d’edition. - W. M. Newmann, Catalogue des actes
de Robert II, roi de France, Paris, 1937.
* Henri 1 (1031-1060) = pas d’edition. - F. Sochnee, Catalogue des actes d'Henri
ler, roi de France (1031-1060), Paris, 1907 (Bibliotheque de VEcole des Hautes
Etudes, 161).
* Louis VII (1137-1180) = pas d'edition. - A. Luchaire, Etudes sur les actes de
Louis VIE Paris, 1885, VH-528 p., 6 pi.
* Louis VIII (1223-1226) = pas d’edition. - Charles Petit-Dutaillis, Etude sur la
vie et le regne de Louis VIII, roi de France, Paris, 1894 (Bibliotheque de VEcole des
Hautes Etudes).
* Louis IX (1226-1270) = ni edition ni regestes.
* Philippe III le Flardi (1271-1285) = pas d'edition. - Charles-Victor Langlois, Le
iegne de Philippe le Hardi. Paris. 1887, XIV-406 p.
* Philippe IV le Bel (1286-1314) = ni edition ni regestes publies.
* Philippe V le Long (1316-1322) = pas d’edition. - P. Lehugeur, Histoire de
Philippe le Long, roi de France (1316-1322). I, Le regne. Paris, 1897.
d. Actes d'autres souverains occidentaux
On se limite ici a quelques remarques. renvoyant une fois encore aux fort utiles
panoramas donnes par L. Santifaller, Seuere Editionen.... et R. Van Caencghem,
Guide to the Sources...
d. I. Angleterre
Comme el plus encore quo dans le eas de la chaneellerie ponlificale. la precocile
011 extension de la pratique de Feiiregistrement (ou plutdt de Fenrolement) en clum-
eellcric a fait concenlrcr les efforts sur la publication des “rolls” depuis le regne de
*can sans Terre. Point positif. le travail est Ires largemenl avance pour la pcrmde
Hedies ale. Aspects negalifs. les editeurs out ti es longlemps neglige la constituliou de
CorPus d’actcs d’apres les archives des destinataircs et ont cn outre cte marques par
^ vieilles traditions, elaborees en fait a la chaneellerie elle-meme (edition “fac-simile”.
Sans t*esolution des abreviations; pratique du regeste, dit “calendar’).
" Rois anglo-saxons
Tradition II: retrouver les actes
Les actes royaux sont traditionnellement fondus dans la masse des “chartes angfo.
saxonnes”. On partira desormais d’une liste critique: Peter H. Sawyer, Anglo-Saxon
charters: an annotated list and bibliography, Londres, 1968 (Royal historical Societ\
Guides and hanbooks, 8), XI11-538 p.
Sous les auspices de la British Academy, Lensemble des actes de Lepoque anglo-
saxonne est public a\ec soin, par destinataire, dans la collection des Anglo-Saxon
Charters (Londrcs: Oxford University Press, en cours, depuis 1973).
- Rois anglo-normands (1066-1154)
On ne dispose encore que de regestes: Henry William C. Davis et al., Regesta regum
anglo-normannorum (1066-1154), 4 vol., Oxford, 1913-1969.
Les deux premiers volumes sont vicillis; le troisieme (1968) concerne le regne d’Etienne:
le dernier est un precieux recueil de fac-similes: Facsimiles of original charters...
- Henri II et Richard Ier (l 154-1199)
La masse des actes n’a longtemps suscite aucune entreprisc. La collection frangaise
des Chartes et diplomes en a profite pour s’annexer environ 800 actes concernant le
Continent:
Leopold Delislc et Elie Berger, Recueil des actes de Henri IT roi d’Angleterre et
due de Normandie, concernant les provinces [ranRaises et les affaires de France, 4
vol., Paris, 1909-1927.
Pour lc reste. il faut attendre Lachevement du travail d’edition lance par James C
Holt et dont un premier guide est donne dans:
J. C. Holt et Richard Mortimer, Acts of Henry II and Richard I: Handlist of docu¬
ments surviving in the Original in Repositories in the United Kingdom, Richmond:
List and Index Society, 1986, 212 p.
- A partir de Jean sans Terre, comme on La dit, on doit recourir aux editions (inte-
grales pour les plus anciens, ensuite sous forme de "calendars”) des differentes series
de “rolls” conserves dans le fonds “Chancery” du Public Record Office de Londrcs
(noter que la chanccllerie, puis les archi\ isles anglais, les designent par le nom et
Lannee de regne du souverain, par exemple '*2 I leury \\\" pour la 2e annee de regne
de 1 lenri 111). Les plus anciens "rolls” onl etc edites sur initialixe personnelle ou sous
les auspices de la "Record Commission” Le relais a elc pris par le Public Record
Office, qui a donne (comme les Archives nalionalcs pour la chanccllerie fran^aise
du XIVе siecle). des inventaires analytiques, sous lc title general de Calendar of the...
mils preserved in the Public Record Office (avant “rolls”, on precise le nom de la
sous-serie: "charter”, “patent”, “close”, “fine”, “liberate”, “various Chancery”, etc.,
elle-meme subdivisee par regne).
Le nom usuel de Iri collection ("Chancery rolls”) ne doit pas engendrer de confu¬
sion avec Lcdition des documents financiers (publications de la “Pipe roll Society )
ni surtout avec les “Roll series''. grande collection de sources historiographiques (Htre
officiel: Chronicles ami Memorials., published under the direction of the Master o)
the Rolls).— Etat synihclique des di Here ales series dans R. Van Caenegem, p. 81, u-
4 et p. 260-261; etat detaillc dans f . Mullins, Texts and Calendars...
La grande masse des "rolls” generalises est ainsi disponiblc pour la periode medic-
vale. Mais la plupart des scries geographiques ("French”, "Norman”, "Almain’ •••
344
Tradition 11; retrouver les actes
•rolls”), moins volumineuses, ne sont pas encore couvertes. Une exception partielle
et importante pour Fhistoire du Sud-ouest de la France, avec les “Gascon rolls”, publies
on France pour les annees 1242-1255 et 1273-1317: Charles Bemont, Francisque
Michel, Yves Renouard, Roles gascons, 5 vol., Paris, 1885-1962 {Documents inedits
Quant au Gascon Register A (1318-1319J, edite par G. P. Cuttino ct J.-P.
Trabut-Cussac, 3 vol., Londres: Oxford University Press, 1975-1976, e'est en fait un
cartulaire de chancellerie, regroupant tous les documents importants de l’administra-
lion anglaise des decennies anterieures.
d.2. Ecosse
Lancee par Geoffrey W. S. Barrow, la collection des Regesta regum Scottorum
foumit, malgre son titre, des editions (Edinburgh: University Press, 4 volumes parus
depuis I960). Deux periodes sont deja disponibles: 1153-1214 (les plus anciens actes,
de Malcolm IV et William 1) et 1306-1371 (Robert I et David II).
d.3. Peninsule iberique
l.e marc magnum des archives et des regislres de chancellerie, irop bien consti-
tuescl trop bien conserves, cn particulicr en Aragon, explique largement la rarete des
corpus. Les editeurs iFont guere pu donner quo des recueils sur un theme ou des *‘llo-
rilcges”. par cxemple: Ambrosio lluici Miranda et al., Documentos de Jaime 1 el
(omjuistador. Saragosse: Anubar, 5 vol. pams de 1976 a 1988 (1216-1268): ou, pour
lc regne de Pierre IV (Г Aragon (1336-1387). les dilTerents recueils d'Amada Lopez
de Mencses.
SeuI fait exception le debut de corpus systematique des actes portugais: Rui Pinto
de Azevedo, Documentos medievais portugueses, Documentos regios, I, Documentos
dos condes portugalenses e de D. Afonso Henriques, 1095-1185, 3 vol. dont un de
lac-similes, Lisbonne, 1945-1962.
(J Actes princiers
U's corpus sont ici autrement plus disperses el les recueils de qualite. rares. Les
graiules collections nationalcs, trop absorbees par les actes des souverains, n'ont pas
encore pu developper leur programme de publication. Pour Г Empire, ou par ailleurs
*e multipliaient les “Urkundcnbiicher”. grands recueils composes sur une base regio-
nalc, tons auteurs confondus. un senl corpus est paru dans la scrie des Laienfursten-
uud Dynastenurkunden der Kaiserzeit des Xf.G.H. Ln France, la serie des Actes des
l)rimvs territorially de la collection des Chartes et diplomas n’a encore public aucun
des corpus en preparation (Bretagne jusqu'en 1148 par Hubert Guillolel: C hampagne
Xe-X I Iе siecles. incluant les actes des comtes de Blois lors de I' un ion. par Karl-
^erdinaiul Werner. Michel Bur et le regrette John Benton). La Belgique fail excep-
,I0,L avec la serie Actes des princes beiges. Akten der Relgrschen vors fen, publiee
Par la Commission royale d'hisloire, mais il est vrai que les editeurs у out mis aulant
de soin que leurs collegues elrangers aux actes de souverains.
e-l. Empire
Karl Jordan, Die Urkunden Heinrichs des Lowen, Herzogs von Sachsen und Bavern.
2 vol., Leipzig-Weimar. 1941-1949 (M.G.H.).
345
Tradition II: retrouver les actes
e.2. France actuelle
Parmi les meilleurs corpus:
C. Brunei, Recueil des actes des comtes de Pontieu...
Marie Fauroux, Recueil des actes des dues de Normandie (911-1066), Caen, 1961
(Memoires de la Societe des Antiquaires de Normandie, 36), 560 p.
O. Guillot, Le comte d'Anjou..., t. II [regestes, 975-1109.]
Actes des princes lorrains, par Michel Parisse et divers collaborateurs: ensemble
de “preeditions” multigraphiees (4 vol. parus, Presses de PUniversite de Nancy, 1972-
1979: comtes de Bar, 1033-1214; comtes de Salm, 1138-1247; seigneurs de Clefmont,
XIC-XIIIC siecles).
e. 3. Belgique actuelle
— Comtes de Flandre: sous-serie des Actes des comtes de Flandre/Oorkonden der
graven van Vlaanderen; volumes deja parus pour les periodes 1071-1128 (Fernand
Vercauteren, 1938), 1128-1168 (Thcrese de Hemptinne, 1989), 1191-1206 (W.
Prevenier, 3 vol., 1964).
— Comtes de Namur: 946-1196 (F. Rousseau, 1936), 1196-1212 (M. Walraet.
1949).
En 1980. la Commission royalc d'hisloire de Belgique a decide que, comptc tenu
de Faccroissement massif du nomhre des aeles au XIIIе siecle, de simples regestts
remplaceront les editions integrates a partir de 1205 pour les actes des comtes de
Flandre et de Hainaut, de 1261 pour le duche de Brabant, de 1263 pour le comte de
Namur, de 1229 pour la principaule episcopate de ! iege (Bulletin dr la Commission,
royale d'histoire, 46, 1980, p. LVl).
/.’ Actes episcopaux
Le paysage est encore plus contraste avec les corpus d’actes episcopaux (voiraussi
la bibliographic donnee p. 115). Les editeurs allemands se sont tot preoccupes de la
constitution de corpus, mais sans aucune coordination el en ehoisissant de prclereiKO
les regestes. En Belgique, les Actes des princes beiges se sont precocement otivert'
au domainc. En Angleterre, le travail a etc repris de lavon melhodique dans une та*
gnifique collection lancec par Cliristopher R. Cheney sous les auspices la Britisli
Academy, les English episcopal Acts. Ln France enlln, des efforts intermittents cl d»>*
perses sont depuis peu coordonnes par un Groupement de recherche dirige par Micne*
Parisse; le nord et le nord-est du pays, vraisemblablement les plus riches en actes epis¬
copaux, sont pour Г instant favorises.
f. 1. Empire
Parmi les meilleurs des corpus reccnts:
Regestes des actes des archeveques de Cologne pousses jusqu’en 1380: Die Reg&№1
der Erzbischofe von Koln im M it tel alter, Bonn: Hanstein puis Dusseldorf: Droste, 8 vo •
parus de 1901 a 1982 (Publikationen der Gesellschaft J'iir rheinische GeschichtskiW(i'
21; derniers volumes publics par Wilhelm Janssen et Norbcrt Andcrnach).
346
Tradition II: retrouver les actes
Edition des actes des archeveques de Mayence jusqu’en 1200 integree au Mainzer
irkundenbuch, par Manfred Stimming puis Peter Acht, 3 vol., Darmstadt: Hessische
historische Kommission, 1932-1971.
f.2. Belgique
Edouard Poncelet, Actes des princes-eveques de Liege, Hiigues de Pierrepont, 1200-
1229, Bruxelles, 1949, XCVII-314 p., pi.
Nombreux volumes en preparation.
f.3. Angleterre
Les English episcopal Acts (Londres: Oxford University Press, depuis 1980) ont
edite sept volumes juqu’en 1993 (Lincoln, 1067-1206; York, 1070-1154; Canterbury,
1162-1190 et 1193-1205; Norwich, 1070-1214; Hereford, 1079-1214).
II existe aussi des recueils isoles, dont Kathleen Major, Acta Stephani Langton,
Cantuariensis archiepiscopi, A.D. 1207-1228, Oxford: University Press, 1950, LI-200
p, 4 pi. (Canterbury and York Society).
II faut enfin mentionner les editions, particulierement nombreuses, des magnifiques
series de “registres episcopaux”, dont l’interet depasse largement, il est vrai, le domaine
de la stricte diplomatique episcopate puisque leur materiau est elargi a tous les docu¬
ments de la gestion du diocese et du temporel episcopal. Liste des manuscrits et des
editions jusqu'en 1981 dans D. Smith, Guide to the Bishops' Registers...
f4. France actuelle
Commode etat des lieux dans M. Parisse, “Importance et richesse des chartes epis¬
copates”, dans A propos des actes d’eveques... p. 19-43, spec. p. 42-43.
B. COLLECTIONS PHOTOGRAPHIQUES DE DOCUMENTS
ORIGINAUX ET FAC-SIMILES
Les corpus photographiques de documents originaux
Bes coll ections de reproductions photographiques de documents historiques exis-
l|n peu pnrtout en Europe (phototheques: Lichlhifdersanunlungen). On en denom-
ULijourd' hui pres de 400. Tonies iTont pas la meme ampleur ou le memo object if:
,0l,tcs if от pas obtenu le soutien des Ibnds nationaux tie la recherche scientifique; tou-
ICNCnhn ne sont pas accessibles aux personnes exterieurcs au laboratoire qui les pro-
11,11 ou conserve. C'elles qui le sont facilitenl eonsiderablement le travail des chcrcheurs.
^ ^initiative de Peter Riick, un colloque international reuni a 1’Universite de
Marburg a fait le point sur les centres qui possedent dans leurs collections des docu-
tTlents diplomatiques medievaux, publie dans Fotografische Sammlungen...:
Budapest, Nationalarchiv: 200.000 documents relatifs a Lhistoire hongroise.
nventaire informatise (p. 95-105).
347
Tradition II: retrouver les actes
Constance, Stadtarchiv: 5.000 documents de l’histoire rcgionale des VIIIe-x\0
siecles (p. 89-92).
Gand, Universiteit: chartcs concernant les principautes des Pays-Bas (limites
geographiques: celles qui concernent le “Nouveau Wauters’'; voir ci-dessus). 8.700
documents repertories; la moitie d’entre eux sont microfilmes ou cn reproduction pho-
tographique. Inventaire informatise (p. 131-136).
Graz: 4.397 actes royaux et actes prives de FEmpire germanique des XIе et XIIе
siecles; 3.409 actes relatifs a l’histoire des comtes de Ortenburg, XIIe-XIXe siecles;
19.000 actes relatifs a la Styrie, IXe-XVe siecles; 900 actes relatifs au Patriarchal
d’Aquilee, IXe-XIIIe siecles. Inventaire partiellement informatise (p. 77-82).
Maiwi kg. Universilat: “Lichtbildarchiv altcrcr Originalurkimdcn bis 1250": pho-
lographies de diaries anterieures a 1251 proveiiant du tcrriloire de Tancien empire
allemand au nord des Alpes. 13.000 documents reproduits en grandeur originated
classes dans trois scries: dironologique. par expediteur cl par dcstinataires. Inventaire
informatise portant sur 11.000 documents (p. 25-70). Le “Lichtbildarchiv" n’est pas
uniquement un institul de recherche, mais il a pour mission de mettre sa documenta¬
tion a la disposition des chercheurs, soit sur place, soil par Lexpedilion des photos
commandoes de rexterieur (L. M. Bischoff, “La gestion de la documentation ...”.
p. 115).
Munich, Bayerische Akademie der Wissenschaften: reedition en cours du “Corpus
der griechischen Urkundcn des Mittelalters und der neueren Zeit", 799 documents
(p- 87).
Nancy, Universite de Nancy II, Laboratoire informatique A.R.TE.M.: actes origi*
naux anterieurs a 1120 conserves dans les depots des archives departementales frangai*
ses (p. 115-121).
Palerme, Universita, Istituto di Storia Mcdievale: Collezione fotografica C. A.
Garufi. 700 documents latins, grecs ct arabes originaires de Sicile et des Etats nor*
mands de Sicile, 1080-1200 (noter Linteret de cette collection depuis la destruction
des archives de Naples en septembre 1943: p. 113-114).
Paris, Institut de Recherche et d’Histoire des Textes: actes originaux conserves
dans les depots publics de France, anterieurs a 1220 (Archives nationales, en cours).
4.000 fiches. Inventaire informatise (p. 123-129).
Pavie, Centro lombardo di ricerche “Fontes”: 17.000 documents lombards ante*
rieurs a 1300 (p. 107-111).
Prague, Karlsuniyersitat, Chaire des Sciences auxiliaires: 4.000 documents medie-
vaux (p. 93-94).
II faut a jollier la collection photographique des Rcgcstu Imperii, dont les docunttnls-
essentiellement du has Moven Age, sont mis a la disposition des chercheurs attache**
a ее projet iLedition (et done reparlis geographiquement entre Mayenee. Salzbourg-
Munich el (ira/); celle de la “Diplomat;! Abtcilung" des M.G.H. a Vienne (dipl^111^
des annees I 125 a I 1с)7. rant cn original qu'en copie): celle enfin de la b‘Pius-Sti
a Bonn (Collection des “(idttinger Papsturkunden" pour la realisation des Rcg<-'stl1
348
Tradition II: retrouver les actes
pontificum Romanorum). Enfin, cinq universites ne se sont pas fait representer au
Colloque de Marburg: celles de Briinn, de Cracovie, de Coimbra, de Zurich (Centro
Ji ricerca per la storia e Tonomastica ticinese: collection en couleurs des actes du
Tessin, XIIe-XIIIe siecles) et de Glasgow (Department of Scottish History: collection
des actes originaux du roi Robert Ier, 1306-1329).
и Peter Ruck. “Lichtbildarchiv alterer Originalurkunden Marburg: La filmotheque et
les phototheques des chartes medievales allemandes et suisses anterieures a 125 1”,
dans Recherche et Histoire des textes: Filmotheques, phototheques et techniques nou-
velles. Actes du Colloque du Cinquantenaire de Г Ins ti tut de Recherche et d’Histoire
lies Textes, Paris, 1987 (a paraitre).
L’interet de ces collections ne doit pas cacher leur principale faiblesse: a moins
dc faire partie du laboratoire en question, ou de se rendre sur place, il est generale-
ment impossible de connaitre avec precision les actes qui en font partie et l’etat d’avan-
cement du dossier (document simplement repertorie, ou simplement microfilme, ou
reproduit sur papier, ou retranscrit, ou accessible sur support informatique, ou com¬
plete d’informations historiques [liste des editions] et critiques [liste des etudes qui
lui sont consacrees], etc.). Aussi, la publication d’inventaires est-elle urgente. Nous
n’en connaissons qu’un qui donne l’etat precis du dossier (grace a une serie de sigles)
et qui soit public:
u Diplomatica. Inventaire des actes originaux du haut Moyen Age conserves en
Trance, Nancy: A.R.TE.M, Section des textes diplomatiques, s.d. [1987], XIX-355
P-
Le classement des reproductions photographiques en plusieurs series (et non en une
serie unique, comme e’est le cas, actuellement, dans la plupart des centres), permet
deja differentes recherches. A Marburg, par exemple, les documents sont ranges dans
trois series principales (plus une serie des faux): une premiere serie, chronologique.
permet l’etude comparative des caractercs externcs; une deuxieme classe les docu¬
ments par expediteurs (subdivisee en empereurs/’rois, papes, legats, eveques, monaste-
rcs/couvents, nobles seculiers, villes et notaires): elle facilite l’etude comparative des
chancelleries; dans une troisieme serie, appelee “destinataires”, les documents sont
classes topographiquement: elle permet la reconstitution des fonds primitifs.
^’informatisation de l’inventaire - qui tend, aujourd’hui, a se generaliser - n'a long-
^mps rendu possible que 1’elaboration de catalogues imprimes, au pro-rata des don¬
ees individuelles enregistrees ou saisies informatiquement: on pouvait des lors pro-
duire des listes indexees des archives, des expediteurs, des destinataires, etc. Une telle
mformatisation justifiait toujours Lexistence de plusieurs series de tirages photo-
8raphiques.
Aujourd'hui, revolution des techniques informatiques permet la transformation de
la banque de donnecs en base de donnees, avec traitement interactif. Elle depasse de
0ln les besoins immediats d’un laboratoire et rend possibles des etudes statistiques
SUr la production diplomatique medievale (ventilations chronologiques et geographi-
^Ues, formats, modes de scellement, actes faux. etc. ). Le memo colloque a chcrche
Tradition II: retrouver les actes
a confronter methodes de traitement de Г information et resultats. Ceux qui provien*
nent de la collection photographique de Marburg sont exposes dans:
cs" Frank Michael Bischoff, “Die Datenbank des Marburgcr..du meme, “La gestion
de la documentation diplomatique medievale a Marburg: Lichtbildarchivs alterei
Originalurkunden bis 1250. Etablissement d’une nouvelle banque de donnees”, dans
Histoire et informatique. Actes du Vе Congres “History & Computing ” (Montpellier.
Contact France, 1990), ed. Josef Smets, Montpellier, 1992, 673 p., ici, p. 111-137.
Un des principaux avantages de Г informatique en sciences humaines est d’obliger
indirectement le chercheur a multiplier ses informations sur le materiau edite (dans
ce cas-ci, les caracteres extemes des actes diplomatiques) et a utiliser pour chaquc
donnee retenue (on parle de “variables” ou d’ “attributs”) une terminologie univoquc.
En effet, puisque l’ordinateur permet de brasser et de combiner a l’infmi toutes ces
donnees, le chercheur est invite - voire stimule - a multiplier ses observations et a
tester les rapprochements: l’ordinateur lui montrera immediatement si ceux-ci sont,
ou non, pertinents; Fessentiel etant de poser les questions.
Prenons Fexcmple du sccau. La ou, dans les fielders manuels, on nc remplissait
qu'unc on deux cases par sccau. en relation exclusive avee le document auquel il est
(ou ils sont) appendu(s), on eonsiderera maintcnant ehaque sccau comme un objet
parliculier. lui-meme caracterisc par toute une serie de variables: celui-ci sera, plus
lard, soil considers pour lui-meme (dans une base de donnees sigillographiquc par
exemple), soit considere en relation avec le document auquel il est fixe.
Le sccau pendu ou fixe a un acte peut у avoir etc appose par la suite: il nc forme
pas necessairement une unite homogene: il peut n'circ imprimc qu'en lace, ou corn-
porter un signe caracteristique au dos (empreinte digilale ou autre), ou etre imprinw
des deux cotes (bulles), ou etre muni d’un contre-sccau (qui pent datcr d’une autre
epoquc ou provcnir d’un autre sigillant). On peut multiplier aussi les informations sur
I'enscmble du sccau (mode de scellement, maticre et coulcur des attaches; maliere
ct couleur du sccau), sur Г empreinte (forme, type), sur la legende. I'authcnticitc. le
degre de conservation, mentionner egalement des publications, des illustrations on
Ic numero du releve dans de grands reeueils sigillographiques, etc.
№ Toni Diederich, “Prolegomena...”
2. Les collections de fac-similes
A ce jour, des milliers d’actes diplomatiques ont fait I'objet d’une reproduction
en Гас-simile, accompagnee systematiquement d'une transcription rigoureuse, le pkh
souvent integralc, ainsi que d'un commenlairc plus on moins etendu: type d’acte, iden¬
tifications, particularilcs fonnclles. etc. I .a tendance actuellc est de respecter les dimen*
sions originalcs ct d'introduire la coulcur. Sans connaitre la vogue des Similicn nlk-
mauds (manuscrits litteraircs), les reproductions integrates et en couleurs de cartulaircs
apparaissent egalement sur Ic marche: plusicurs registres portugais ont ainsi ete repro-
duits “a rauthenlique” а Г occasion de divers ccnlenaircs.
350
Tradition II: retrouver les actes
A notre connaissance, il n’existe pas de releve systematique des actes diplomatiques
linsi traites (ceux qui interessent la Belgique avant Tan 1200 ont ete integres dans le
projct “Nouveau Wauters” dont il a ete question dans la premiere paitie de ce chapitre).
Los titres qui suivent devraient permettre d’attcindrc la plupart d’entre eux.
Rene Poupardin et Maurice Prou, Liste des recueils de facsimile de chartes... rap-
nort presente an Congres international pour la reproduction des manuscrits, des mon-
naies et des sceaux (Liege, 1905f Bruxelles, 1905,41 p.
Leonard E. Boyle, Medieval latin Paleography: a bibliographical introduction,
loronto: University Press, 1984, XVI - 400 p., spec. p. 23-66 et 175-195.
A. Pratesi. Genesi e forme ..., p. 143-144.
* Grands recueils gcneralistes:
S'lusee des Archives departementales: recueil de facsimile heliographiques de
documents tires des archives des prefectures, mairies et hospices, Paris, 1878, LXI
pi. [170 documents] et un volume de transcriptions, LXI-488 p.
A finalite esscntiellement paleographique, peu maniablc quand il est relic (les documents
sont reproduits aux dimensions d’origine). ce recueil somptueux. lance en souseription
pour celebrer l'Exposition universelle de 1878. esl partieulierement commode pour tine
initiation a la diplomatique: les editeurs ont en elTei veilIc a illustrcr tons les grands types
d'actcs, esscntiellement medievaux, se rencontrant dans les archi\es franeaises: le volume
d’accompagnement propose d’excellentcs irancriplions. mais aueun commentaire, — Stir
la non moins passionnantc gencse de Penlreprise. Vital ('home!. “A propos d'tm cenie-
naire oublie: le Musee des Archives departementales el I’onscignemeni de la paleographic
aujourd’hui”. dans La Gazette des archives. 19.40, non v. scr.. fa sc. 109, p. 125-136.
Recueil de facsimiles d Tusage de TEcole des chartes, Paris, 1880, 185 documents
[pl. non numerotees] et un fascicule de presentation, IV-44 p.
I:ac-similes cotes “Nouveau fonds 1-185": seule partie des collections mise dans le com¬
merce; les transcriptions sont limitees a quelques lignes et une panic seulement des docu¬
ments, tires dcs depots fran^ais. inlercsse la diplomatique.
Richard Seider. Paldographie der lateinischen Papyri, I. Urkunden, Stuttgart:
Nierscmann, 1972, 160 p. 40 pl.
66 documents diplomatiques anlerieurs au pape Leon IV (847-855), avec transcription.
* Recueils regionaux:
Album beige de diplomatique. Recueil de facsimiles pour servir а Гetude de la
diplomatique des provinces beiges au Moven Age, cd. Henri Pirenne, Jette-Bruxclles,
19°9, VIII p.,32 pl.
Gysseling et A. C. Koch, Diplomata belgica ante annum millesimum scripta,
" V°L, Bruxelles, 1950 (Bouwstojfen en studien voor de Geschiedenis en de lexico-
Wuphie van het Nederlands. 1).
Alain de Boiiard, Manuel de diplomatique .... t. I, Diplomatique generate. Album,
ai|s, 1929, LII pl. et un fascicule de transcriptions, 49 p.
Le choix des planches est original et extremcment judicieux. outre qu'il suggere la con-
hnuite avec I'epoque modeinc; les reproductions d'actes ou de certains de lours details
351
Tradition II: retrouver les actes
illustrent directement le manuel, dont elles suivent la plan. Les transcriptions, parfoispar-
tielles, ne sont assorties d’aucun commentaire.
Jacques Stiennon, L 'ecriture diplomatique dans le diocese de Liege du XIе au milieu
du XIIIе siecle, Paris, 1960, 358 pi.
Jules-Joseph Vernier, Recueil de facsimiles de chartes normandes, Rouen, 1919
34 p., XXXII pi.
Francois Galabert et C. Lassalle, Album de paleographic et de diplomatique. Fac-
similes phototypiques de documents relatifs a Vhistoire du Midi de la France et en
particulier de la ville de Toulouse, Paris-Toulouse, 1912-1923, 40 pi. et un fascicule
de transcriptions (non pagine).
Choix judicieux pour les actes prives meridionaux du XIе au XVIе siecle.
Remy Scheurer et Madeleine Bubloz, Facsimiles et transcriptions de reconnais¬
sances, de comptes, et de minutes d’actes notaries, XIVe-XVIIe siecle, Neuchatel,
[1976], 34 pi.
Pierre Chaplais, English Royal Documents... 27 pi. ; du meme, English Medieval
Diplomatic Practice, t. II, Plates, Londres: Her Majesty’s Stationery office, 1975,
21 p.,60 pi. (de 1197 a 1474).
* Deux recueils plus restreints:
Hans Foerster, Urkundenlehre in Abbildungen mit Erlauterungen mul
Transkriptionen, Berne: P. Haupt, 1951, 89 p. et XL pi.
Pour chaque planche, fournit une bibliographie developpee, un commentaire et une trans¬
cription.-- Surtout utile pour une premiere rencontre avec la tradition romaine du Bas-
Empire (jalons ravennates) et avec les actes imperiaux. - Documents des annees 57 a 1583.
Exempla scripturarum, fasc. II, Epistolae et instrumenta saeculi XIII, ed. Bruno
Katterbach et Carlo Silva-Tarouca, Vatican, 1930, 40 pi. et un fascicule de trans¬
criptions, 31 p.
Surtout interessant pour facte prive italien du XIIIе siecle.
* Pour les recueils n’illustrant que la production d’un type precis d’auteur (diplo-
matique speciale), voir au chapitre 4, p. 109-121. Quelques etudes sont exemplaires
par leurs recueils de planches:
Walter Koch, Die Schrift der Reichskanzlei...
Vincenzo Federici, La scrittura delle cancellerie italiane dal secolo XII al XVIL
facsimili per le scuole di paleografta degli Archivi di Stato, Rome, 1934, XV-81 p-
et CXIV pi.
* Recueil des actes d’un auteur: les grandes editions d’actes de souverains ou de
princes territoriaux s’accompagnent parfois dc reproductions (bibliographie dans ce
meme chapitre). A titre d’exemple, les fac-similes des actes originaux des souverains
carolingiens:
Heinrich Sybel et Theodor von Sickel, Kaiserurkunden in Abbildungen, Berlin,
1881-1901, 11 fasc. de pi. (361 doc.) et 1 vol. de texte, VIII-546 p.
Detail dans L. Santifaller, Neuere Editionen .... p. 9-10 et 17-18.
Tradition II: retrouver les actes
Ferdinand Lot, Philippe Lauer et Georges Tessier, Diplomata Karolinorum. Recueil
Je reproductions en facsimile des actes originaux des souverains carolingiens con¬
serves dans les archives et bibliotheques de France, Paris, 1936-1949.
Fasc. I: Pepin. Carloman et Charlemagne; II: Louis le Pieux; III-IV: Charles le Chauve;
V: Id.. Louis le Begue el Carloman: VI: Charles le Gros. Ludes, Charles le Simple; VII:
Charles le Simple; VIII: Raoul. Louis d'Outrcmei, Lothaire et Louis V, Pepin Iе1 el Pepin
II d’Aquitaine; IX: Rois de Provence et rois de Bourgogne.
Albert Bruckner, Diplomata Karolinorum. Faksimile-Ausgabe der in der Schweiz
liegenden originalen Karolinger Diplome, I-IV, Bale, 1970-1974.
Luigi Schiaparelli, Diplomi imperiali e reali delle cancellarie d'Italia pubblicati in
facsimile, Rome, 1892 (Societa romana di storia patria).
* L’etudiant peut aussi recourir a des recueils plus spccialement dedies a la paleo-
graphie, pour la plupart avec transcriptions, mais sans commentaire diplomatique (voir,
pour plus de details, les manuels de paleographie):
Archivio paleografico italiano, ed. E. Monaci, L. Schiaparelli et al., Rome puis
Turin, depuis 1882.
15 volumes a ce jour; detail dans L. E Boyle, Medieval latin Paleography .... p. 23-25. -
Ties nombreux documents diplomatiques.
Jules Flammermont, Album paleographique du Nord de la France, chartes et docu¬
ments historiques reproduits par la photographie et publies avec transcription par-
ticdle (1036-1655)< Lille, 1896, III-204 p. et LVI pi. (Travaux et memoires de
IVniversite de Lille, Atlas, 2).
Album palaeographicum XVII Provinciarum. Album de paleographie des Pays-Bas,
de Belgique, de Luxembourg et du Nord de la France, ed. Cornelis Dekker, Roland
Baetens et Suzanne Maarschalkerweerd-Dechamps, s. 1. [Turnhout]: Brepols et HES.
1992, XLV-404 p.,313 pi. et 1 microfiche de transcriptions.
Parmi les documents retenus, on trouve un large eventail de textes a caractere adminis-
tratif; jusqu’au XVIIIе siecle. - Aucun commentaire, mais une identification de certains
termes techniques.
Chartae latinae antiquiores. Facsimile edition of the Latin charters prior to the
Ninth Century, ed. par Albert Bruckner et Robert Marichal, Lausanne: Olten, 1954-
*967; puis Dietikon-Zurich: Urs Graf Verlag, depuis 1975.
Cette collection, abregee ordinairement ChLA, fail le pendant aux Codices Latini
Antiquiores edites par E. A. Lowe: 12 volumes, Oxford, 1934-1972, abreges CLA. - Les
originaux latins anterieurs a 800, sur papyrus ou parchemin, sont reproduits aux dimen¬
sions d’origine, accompagnes d’une transcription et d’un commentaire (en anglais, fran^ais.
italien ou allemand) et publies par pays de conservation: Suisse: I-II; Grande-Brctagne:
III-IV: Etats-Unis: V-IX; Allemagne: X-XII; France: XII1-XIX; Italie: XX-XXX; 10 au-
tres volumes concernanl fltalie sont en preparation. - Certains volumes comprennent de
remarquables introductions a la diplomatique: detail dans L E. Boyle. Medieval latin
Paleography .... p. 25-27.
Lancee par J. Vezin et H. Atsma, la collection Monumenta Medii ,€vi doit pour-
suivre selectivement les ChLA et accueillir une serie de volumes essentiellement con¬
acres a des corpus d’actes originaux anterieurs a fan mil (documents originaux en
^criture wisigothique, actes prives conserves aux Archives nationales, documents du
f°nds de Cluny jusqu’au milieu du XIе siecle, etc.).
Tradition IT. retrouver les actes
C. RETROUVER LES ACTES DANS LES ARCHIVES ET LES
BIBLIOTHEQUES
1. Que sont les archives medievales devenues? Des fortunes diverses
Lorsque, dans la premiere moitie du XIVе siecle, Parchevequc de Treves Baudouin
de Luxembourg fait compiler un cartulairc, le cartulariste ouvre, au livre I, une sec¬
tion (la cinquieme) consacrce aux litterae ... cctrtarum putrefactarum, dans laquelle
il rccopie unc trentainc de documents, en se plaignant de leur mauvaise conservation
et dc leur ecriture extranea et ignota. Or, ceux-ci sont parmi les plus anciens et les
plus prestigieux: ils vont de Dagobert ct de Pepin III a Frederic Ier. La collation fan
apparaitre que le scribe a tres bien travaillc, lu, transcrit.
Cela prouve, d’unc part, que les actes ne sont pas aussi “pourris” ct “etranges” quo
semblables rubriques ou colophons pourraient le laisser entendre; et que, d’autre pan.
le scribe conserve pour les besoins, pas pour Phistoricn (exemplc rapporte par Dietrich
Lohrmann. ‘'Evolution et organisation interne des cartulaires rhenans du Moyen Age",
dans Les cartulaires..., sous presse). Cet exemple medieval de fidelite et de confiance
a Pecrit cn general, aux archives en partieulier. pcul clrc rapproehe du souci d'cxhaib-
tivite dont on a parlc au clutpitre 6. a propos des types de cartulaires: deux attitude
medievales qui contrastenl avec la situation des archives aux XVIIе ct XVIIIе sioclo
ainsi qu'on a pu le constater au chapitre precedent, evoquant les investigations archi-
vistiques des erudils: bon nombre de "tresoreries" d'institutions. notamment cede*
siastiques, se tmuvaient alors dans un eta! lamentable. S'iI faut rendre un reel hom-
mage aux responsahles medievaux des archives, il n'en \a done pas neccssairemcnt
de meme pour les siecles poslerieurs. a la suite de negligences, d'un reel desintcret
pour ce qui n'avait plus d'utilite pratique ct de destructions.
Si Гоп pent postuler qu Y// principe. les actes recherches (en original ou en eopu>
de loule nature) se trouvent aujourd'hui encore dans le Ibnds d'archives de Finslitu-
lion concernee (sailI* lorsqubm bien en a etc aliene: voir dans ce cas la pratique du
tmminwn cxpliquee ei-apres), il n'en \a pas de meme pour le lieu de conservtituм
actual de ce Ibnds d'arelmes. a la suite des innombrables suppressions d'institutions
(essentiellement au XVIIIе siecle). de la passion des collectionneurs des XVIIIе el
XIXе siecles. et des lois contemporaines sur les archives. Rares sont des lors les fomls
d'archives medie\aux qui sont encore conserves par leur detenteur originel.
Le cas le plus celebre et le plus important esl celui des Archives Vaticanes. On peut
у assimiler les archives des monarchies, coniine le Public Record Office de Londrev
Dans des pays moins touches que la France par la secularisation, des archives cede-
siastiques en Italic el en Lspagne surlout. parlbis en Belgique - sont toujours coin
servees sur place. Cesl le cas. pour ce dernier pays, des archives de la cathedrals dc
Tournai, de celles des abbayes premontrees de Parc el de Tongerloo. D'autres cas sont
celebres, ainsi celui de Douai. dont la municipalile conserve encore ses ires richer
archives medievales.
C’est dire qu’il cst en general problematique de retrouver les actes des institutions
medievales: un minimum d’archivistique esl indispensable. II ne saurait ctre question
354
Tradition II: retrouver les actes
jcl'exposer dans tous ses details. Rappelons seulement que la quete des actes medie-
\aux suppose un minimum de connaissances, affinees par une longue pratique.
. рче evidence: la documentation medievale parvenuejusqu’a nous est presque tou-
ilurNa Petal d’epaves ou de blocs erratiques:
. 2emc evidence: la diplomatique doit s’associer a Farchivistique, definie au sens
ifs»e eonime la science (ou plutot Tart) de retrouver les documents, d’etudier leur
genii' au coins des siecles. Cette etude a un but pratique (deviner oil soul,
.ujourd’lnii. les documents) mais apporte aussi a rhistorien une precieuse contribu-
ГЦЩ (altitude de chaque epoque face a la conservation et a Fcxploilation de Tecril);
. 3cmc evidence: contrairemenl a ce que postulerait I’lhidcncc. les documents (ori-
iiinaux ou copies) se trouvent aussi bien dans des bibliotheques (et par Ibis des musees)
que dans des depots d’archives. tout particulierement on France.
I- Andree Chauleur, Bibliotheques et archives: comment se documentor?, Paris:
Hconomica, 1978, 147 p.
2. Une application pratique
Petite histoire archivistique des documents de ce volume
Pour introduce concretemcnt a ces grands mouvements des archives medievales,
on sc propose dc suivre les chemins parcourus par les 43 documents selectionnes pour
ce volume.
11 hes documents regus par des ecclesiastiques
Ceux-ci forment la grande masse des archives medievales jusqu’au XIIIе siecle.
Pertains, ont Га vu. ont pu se maintenir dans des depots de nature privee jusqu’a
aujourd’hui. C’est le cas notamment des Archives de la cathedrale de Tournai, dont
•0 documents sont utilises dans ce volume.
La cathedrale a conserve ses archives en raison de la permanence sur place, depuis
la fin du Vе siecle, de ses fonctions liturgiques. inlellectuelles et sociales. Le con¬
cept d’ “archives” у est d’ailleurs traditionnellement etendu а Г ensemble du patri-
m°ine mobilier de la cathedrale (archives, livres liturgiques et de chant, bibliothe-
qued’etude, vetements liturgiques, tableaux, dalles funeraires. orfevreries, tapisseries,
ctc-), toujours entretenu et enrichi par les fideles. Ce sont d’ailleurs ces fonctions qui
Ld ont valu et qui lui valent aujourd’hui encore et ses archives, et son patrimoine cul-
turel.
Du chartricr, on a utilise les documents n° 19 (acte de I'officialitc episcopalc. 1290).
21 (acte d’echevinage rural. 1270) et 41b {Rotulus dit “de Chilperic”. 1333); du lbnds
du chapitre cathedral, les documents n'36 (“Grand Repertoire’* des archives, 1422)
et4la (plus ancien cartulaire. vers I 175); du funds des abbayes (abbayes du diocese
SllPprimces a la Revolution fmngaise. dont le mobilier | vetements. boiscries. tableaux
ct archives] a etc soit achete par, soit offert au premier cveque conconlalaire. Mgr
j^riL proche de Napoleon), on a utilise cinq documents du XIIе siecle provenant de
uucienne abbaye de Saint-Feuillien du Rceulx (documents n° 10: acte comtal de I 182;
355
Tradition II: retrouver les actes
13: privilege pontifical incdit de 1142: 15: charte episcopate inedite de 1147; 18: deux
expeditions originales inedites d’un acte prive de 1159).
Comme dans le cas dc Saint-Fcuillien du Rueul.x, d'autres archives cTinstituiu»r^
ecclesiasliques beiges supprimecs en verlu de Implication des lois revolutionnairc>
ont ete tantot nationalisces el deposces aux Archives generates du Royaume ouauv
Archives de PEtat dans les provinces, tantot achetccs par des particuliers. Le docu¬
ment n°5 illustre la premiere situation: ce document original de 965 provient du char-
trier de Pabbaye hennuyerc de Saint-Ghislain. depose aux Archives de Г Elat a Moris
il у a brule lors de Pincendie de mai 1940 et Гоп a utilise, pour Г edition, unc bonne
reproduction qui avait etc rcalisec par les services photographiques des Archives gene-
rales du Royaume. Le document n°40 est unc copic d'un acte du XIIе siecle dans lc
carlulaire de Pabbaye hennuyere de Lobbes: celui-ci est entre plus tardivement au\
Archives de PEtat a Mons et у repose dans la collection dite "des cartulaires".
En Prance, les documents regus par des ecclesiastiqucs sont nationalises en I7)W
et passenl aux Archives nationales si les ctablisscmenls sont sis dans le departement
de la Seine: il en va ainsi. enlre autres. des fonds de Saint-Denis (documents n°2. 6.
37), de Saint-Germain-des-Pres (document n°3), de PAbbaye-aux-Bois (qui. dc
Picardic. s'esl transferee a Paris au XVIIе siecle: documents n° 12, 35. 38). Lcsarchi*
vistes parisiens du XIXе siecle ont eparpille les fonds entre de multiples scries:
- К ("Monuments historiques”) oil Pon mil lout ce qui paraissait le plus intcrcssant.
en eommenganl par une collection chronologique d'aclcs royaux (documents n°2,3.6).
- L ("Monuments ecclesiasliques") pour les documents reputes d'administration
spiriluelle (les volumes: cartulaires, invcntaircs, etc. ctanl classes en L.L: n° 37).
- S pour Padministration au temporel (document n°35: inventaire non classeen LI
document n°38).
- Sans evoquer davantage d’autres series factices (H5, comptabilites; QA, documents
domaniaux; Z% juridictions ordinaires; N, cartes et plans ...), dont le lecteur decouvrira
seul les attraits.
Si les etablissements sont en pro\ ince. Ictus archives passenl en principe au ctepo!
cParchives departcmenlalcs correspondant: ainsi pour Saint-Anloinc de Viennoisau'
Archives departemcntales du Rhone (document n°27, original de la supplique aprb
apostille: Penregistrcment du document par la Daterie apostolique doit etre rechcrchec
aux Archives vaticanes).
De nombreux fonds d’archives ecclesiastiqucs frangais sont disperses a la
Revolution (vendus ou cedes avec les Biens nationaux: delourncs). I Is passenl alors
entre des mains privecs. Un richissime colleetionneur anglais, sir Thomas PhillipP*-
acquiert ainsi plusietirs centaines dc volumes, avant que sa collection soit, en plusietif>
temps, vendue. Ea Bibliothcque nationale acquit, entre autres. le carlulaire dc Sant*'
Quentin de Beauvais en 1908 (document n°32).
L'histoirc des archives (et aussi de la bibliothcque) du monaslere de Cluny est cell?
d'unc dramatique dispersion, commencce pendant les guerres de religion, achevee
apres la Revolution. Plusietirs lots de diaries anciennes (en fait des epaves) et les car
tulaires ont etc patiemment regroupes lout au long du XIXе siecle a la Bibliothcque
nationale: les cartulaires (document n°33) et des chartes lin ont ete cedes en 1881 Par
la municipalite dc Пипу, qui les conseruiii elans sa bibliothcque depuis la R6volut,on
356
Tradition II: retrouver les actes
l)e 1829 ii IS75, ties centaines tic cluirlcs avaient deja etc acquises dc proprietaires
to divers: la premiere entree (280 diaries) fut rcalisce grace a un nolaire d'Aubusson.
^iji |es aurail tenues de la servante d'un vieux moine de Fancien monaslerc. retire
Jjiis la (’reuse: un autre lot de diaries (dont notre document ir 16) fut acquis cn 1875
Juproprietaire tlu chateau de Cliarly, p roc lie de C'luny, qui venait de les exhumer dc
<on grenier ...
Mais ies fonds d'archives ecclesiastiques ont ete aussi soumis aux convoitises des
crudits d’Ancien Regime, dont les papiers en livrent en assez grand nombre, au milieu
deleurs copies (document n°26. sans doute detourne des archives de la cathedrale de
Reims).
b Parmi les archives laiques
l.es documents ont cgalement etc rey’us dans des archives laiques: Ic document n°2
jtteste I'exislcnce d'embryon d'archives laiques au milieu du IXе sieele, mais seule
laCa’talogne (comte et ses fideles) a su conserver sur le temps long des archives impor-
tames (vicomte d'IJrgell des la fin du Xе sieele: document n° 17): mi de Prance (dont
Ic Tresor ties chartes. enlierement preserve a la Revolution, lie s’est stabilise et con¬
serve qu’a compter de la fin du XIIе sieele); due de Berry a la fin du XIVе sieele (a
sa mort, ses archives, avec Papanage, font retour au roi de France et passent done au
Tresor des chartes parisien).
Le Tresor des chartes des rois de France (nationalise a la Revolution, presque entie-
rement preserve dans une serie propre, la serie J/JJ) a fourni de ties nombreux docu¬
ments. Leur origine est neanmoins tres diverse:
-actes aussitot deposes parce qu’ils concernent la gestion du domaine royal (docu¬
ments n°7 et 25), le fonctionnement d'une assemblee reunie par le roi (documents
n°22-24). la diplomatic royale (document n°34);
- acte sans doute repris aux beneficiaires parce qu’il fait l'objet d'une procedure
jtidiciaire (document n°28b);
- actes integres a la reunion des archives du due de Berry: qu'il s'agisse a l'ori-
£,ne d’une acte royal destine au due (document n°8) ou d'un acte ducal adresse aux
agcnts de son administration poitevine (document n° II);
- acte remis en 989 au vicomte de Castellbo, puis copie et passe au comte de Foix
,Ф‘| cn 1202 acquierl la seigneurie en epousant son heritiere), puis dc cc dernier au
rmde France (quand Henri IV, devenu roi en 1589, fait passer le comte de Foix dans
^domaine royal): d'abord mainleiiu sur place dans le chartrier de Foix. Fade avec
4№lques autres a etc apporte au Tresor des chartes de Paris cn application d'une Ict-
,redc cachet de Louis XIV du 22 seplcmbrc 1692. alln de prouver les droits du roi
Sl|rdes terres espagnoles (Arch. nat.. J 879. n" I): une bonne fortune car tout ce qui.
du chartrier de Foix, clait resle sur place a Ilambe en 1803 (document n3 17)!
**es archives des administrations royales el princicres. el les aussi riches en actes.
°nt etc raremenl epargnees. Le Tresor des chartes n'a reyu de la chancellerie royale
icgistres d'enregislrement d’actes royaux anlerieurs a 1568 (document n°29a).
es nrchives des organes de condole financier ont etc ties inegalement conservees.
[rcs тл1 pour Fadininistration royale, ou ce sont plutot des epaves qui soul allees dans
cs collections privees. Ics bibliotheques. les archives (document n^O).
357
Tradition II: retrouver les actes
Les minutiers des notaires, tardivement dcllnis en France comme archives “scin*-
publiques" (1928), puis “publicities" (1979), son! normalement deposes (puis verscM
an depot d* Archives departementales correspondant (on aux Archives nationals pour
Paris): ainsi. pour Avignon, aux Archives departementales du Vaucluse (doeumcm
ir'3 I). Mais certains, specialises, ctaient remis a un gros client; d'autres enfm ont pu
etre detournes et se retrou\er dans des collections privees. evcntuellement aequisis
par des depots publics (document n°30).
c. La pratique du “munimen ”
Lorsqu’un bien change dc mains, les cents le documcntanl suiveni naturellemcm
le bien, les ecrits anciens constituant des munimina (“garanties") pour le nouvel acque-
reur. C’est de cette maniere que nous soul parvenus, integres a des fonds ecclcsiasn-
ques, presque tous les actes n’impliquant que des kuques avanl le XIIIе siccle (saut
le cas deja cite de la Catalogne). On en a une illustration avec le document n°20, nor¬
malement passe dans le chartrier de l’abbave de Fontainc-lc-Comte. puis de la au\
Archives departementales de la Vienne.
Une variante en cas dc legs pieux: d'autant plus intercssante que c’est alors tout
le fonds d’archives laiqucs qui passe dans le fonds ecclcsiastique (monastere, cha-
pitre, hopital).
d. La pratique du “locus credibilis "
Dans certains cas, on l’a vu (ci-dessus, p. 118), les actes prices sont, pour plus dc
securitc, archives, en exemplaire unique ou sous forme d’un exemplaire supplemen-
taire, dans un depot special (etablissement ecclcsiastique, archives communalcs.
amandellerie de iMetz, etc.): l'archivage garantit ou renforce rauthenticite. Du point
dc vue archivistique, cela permet dans certains cas de connaitre des series d’actes que
les parties ne nous ont pas conserves sur le long terme.
№ Ce depot peut etre selectif: dans le Laonnois ct le Soissonnais du XIIе siecle, Laurent
VIorelle a pu amsi suggerer que la conservation des chartes de constitution de douai-
re par des etablissements ccclcsiasliques pouvait etre attribuee moins а Г entree de
inuniininu dans leurs archives qu'a un depot, fait a titre de securite (“Mariage et diplo¬
matique: autour de cinq chartes de douaire dans le Laonnois-Soissonnais, 1163-118Г-
dans Bibliotheque de I'Erole des chartes, 146, 1988, p. 225-284).
3. Comment s’orienter dans les depots d’archives?
Sur l’histoire generate et la legislation, les plans de classement des depots curopeens.
avec apergu de leurs richesses:
Jean Favier, Les archives, Paris: P.U.F., lere ed., 1959, nombr. reed. (Que Sais-
Je'.\ 805) 128 p.
Eckhart G. Franz, Einfuhrung in die Archivkunde, 2C ed.. Darmstadt.
Wissenschaftliche Buchgesellschaft, 1977, 140 p.
Tradition II: retrOliver fes actes
Frangoise Hildesheimer, Les archives: pourquoi? comment?, Paris: Editions de
l erudit, 1984, 185 p.
International Director of Archives / Annuaire international des archives, Munich-
New York-Londres-Paris, 4e ed., 1992. XUII-427 p. (Archivum, vol. XXXVIII).
Renscignements pratiques et bibliographic des guides generaux.
International Bibliography of Directories and Guides to Archival Repositories ,
Bihliograohie internationale des guides et annua ires relatifs aux depots d'archives,
Munich-New-York-Londres-Paris, 1991, XXIX-195 p. (Archivum, vol. XXXVI).
Francn
Au temps du positivisme conquerant, Charles-Victor Langlois et Henri Stein ont
congu et realise un travail titanesque, qui n’a pas ete encore remplacc: presenter tous
les depots pouvant renfermer des documents historiques. L’ouvrage. on s’en doute.
est irremcdiablement vieilli et ses informations doivent etre mises a jour (nouvelles
acquisitions des depots publics, changement de statut de fonds prives). II n’en reste
pas moins un guide ties eclairant sur la diversite des pistes a explorer, comme sur la
repartition typologiquc et l’historique des depots, publics et prives
’ Ch.-V. Langlois - H. Stein, Les archives de l'histoire de France, Paris. 1891-1893,
998 p.
Le medieviste trouvera Г equivalent, considerablemcnt plus detaille mais loin d’etre
acheve dans: Robert-Henri Bautier el Janine Sornay, Les sources de l'histoire econo-
mique et sociale du Moyen Age, Paris: C.N.R.S., depuis 1968, 4 vol. pains: Provence,
Comtut Venaissin, Dauphine, Ftats de la Maison de Savoie, 3 vol., 1968-1974. - Etats
dela Maison de Bourgogne, vol. 1-2, Principautes territoriales, Fiord, 1984.
A Paris, des Archives nationales (qui ont aussi collecte la quasi totalite des archi¬
ves ancicnnes du departement de la Seine).
Plat general des fonds, 5 vol., Paris: Archives nationales, 1978-1988.
Fonds medievaux dans: tome I, L'Ancien Regime, 1978, 824 p.; tome IV, Fonds divers.
1980, 432 p.
Etat des inventaires, 3 vol. parus, Paris: Archives nationales, 1985-1991.
Congu pour etre consulte a\ec le precedent: tome I, Ancien Regime, 1985, 282 p ; tome
IV, Fonds divers, 1986, 313 p Signale les inventaires mais aussi les editions de docu¬
ments.
Dans chaque chef-lieu de departement, des Archives departementales; par ailleurs.
ties archives communales ou hospitalieres (deposees aux Archives departementales
ou conservees sur place) qui peuvent renfermer de beaux fonds medievaux. Une cin-
4l|antaine de departements sont couverts par des Guides d 'archives departementa-
ks, publies loealement mais dans le cadre d'une collection nationalc. Etat des ins-
hunicnts de recherche de tout type dans:
Etat des inventaires des archives departementales, communales et hospitalieres au
lei jamier 1983, 2 vol.. Paris: Direction des Archives de France, 1984, 1.275 p.
Tradition II. retrouver les actes
Tous ces etats publies peuvent etre mis a jour au moyen des Rapports annuels mul-
tigraphies de la Direction des Archives de France et. pour les seuls instruments de
recherche imprimes, grace a la bibliographic annuelle publiee dans la Gazette des
Archives.
Belgique
Sur le modele revolutionnaire frangais, des Archives generales du Royaume a
Bruxelles (qui regurent aussi les archives provinciates du Brabant).
csr M. van Hacgendoren, Les Archives generales du Royaume d Bruxelles. Apeiyu des
fonds et des inventaires / Het Algemeen Rijksarchief te Brussel. Overzicht van de
Fondsen en Inventarissen, Bruxelles, 1955, 440 p.
Des depots des Archives de l’Etat dans les provinces (avec par exemple, a Mons.
le Tresor des chartes des comtes de Hainaut; a Gand, une bonne part du Tresor des
chartes des comtes de Flandre).
№ Het Rijksarchief in de Provincien. Overzicht van de Fondsen en Verzamelingen I,
De Vlaamse Provincien, Bruxelles: Archives generales du Royaume, 1974, 405 p.
(depots d’archives a Antwerpen [Anvers], Beveren-Waas, Brugge [Bruges], Gent
[Gand], Hasselt, Kortrijk [Courtrai] et Rouse [Renaix]).
Les Archives de FEtat dans les provinces. Apeiyu des j'onds et collections. II, Les
Provinces wallonnes, Bruxelles: Archives generales du Royaume, 1975, 481 p. (depots
d’archives a Arlon, Huy, Liege, Mons, Namur, Saint-Hubert et Tournai).
Egalement des archives communales tres riches (Bruges, Bruxelles...), quand elles
n’ont pas etc ravagees par la derniere guerre (Tournai et Mons), des archives eccle-
siastiques moins systematiquement touchees qu’en France par les secularisations, des
archives des musees et des universites. Liste de ces depots, mais avec peu de ren-
seignements sur leur contenu, dans:
D3f* D. de Stobbeleir et Ernest Persoons, Guide des archives en Belgique / Gids van het
Archiefwezen in Belgie, Bruxelles, 1972, VI-117 p. roneot.
Mise a jour pour les seules archives communales (du moins, seulement celles qui
ont repondu a une enquete):
№ J. Debruyn, Gids van de Stads- en Gemeentearchieven in Belgie / Guide des arc hr
ves des villes et des communes de Belgique. I, Nederlandstalige en tweetalige
Gemeenlen; II, Communes francophones et bilingues, Bruxelles: Archives generates
du Royaume, 1985, X1V-541 p. et XIV-257 p. (Archives et Bibliotheques de Belgique'
Numero special, 26).
Donne la lisle des inventaires. Des richesses communales commc, par exemple: Albert
Schouleet, Regesten op de oorkonden van het Stadshestuur van Brugge, t. I et II, [iw '
1339]. Bruxelles, 1973-1978, 215 cl 362 p.; t. Ill et IV, [1340-1420]. Bruges, 1980-1982,
352 et 325 p. (Archives et Bibliotheques de Belgique, Inventaires - Inventarissen, VI).
360
Tradition II retrouver les actes
Pays-Bas
Meme schema d’organisation qu’en Belgique. Pour les Archives du Royaume a La
Haye (faisant fonction d’archives provinciales pour le Zuid-Holland):
и De Archieven in het Algemeen Rijksarchief Alphen/Rijn: Samsom, 1982, 559 p.
[Overzichten van de Archieven en Verzamelingen in de openbare Archiejhewaar-
phiatsen in Nederland, IX). Avcc resume anglais.
Les depots d'Archives de l’Etat dans les provinces sont presquc tous couverts, dans
cette meme collection, depuis 1979, a raison d'un fascicule par province.
ALLEMAGNE, AtlRlCIlE, SUISSE
En Allemagne, Archives federalcs et depots provinciaux (Hauptstaatsarchiv ct
Staatsarchiv). principaux heritiers des grands fonds princiers; riches archives com-
munales et privees. En Autriche, les plus grandes richcsses se concentrcnt au Wiener
Haus- Hof- und Staatsarchiv. En Suisse, Archives federates (tardives). Archives de
cantons et municipales.
*■ “A propos des archives publiques ct privees cn Allemagne”. dans Bulletin d'in/or-
mcition de la Mission historique franqaise en Allemagne. 20. juin 1990. p. 71-89.
Conseils pratiques, aujourd'hui partiellcmenl endues poutее qui eotieerne revKepuhlique
democralique allemande depuis la reunification des deux Allemagne. mats toniours \ala-
blcs pour la Republique federate d’Allemagne. Description de I'organisalion des archi¬
ves a quatre niveaux: archives centrales, nrclmes d'l-.lat (par Land), arclmcs communa-
les, a litres types d'archives.
Archive im deutschsprachigen Raum, 2e ed., Berlin-New York, 2 vol., 1974
(Minerva Handbiicher Archive).
On у trouve une description sommaire de tous les fonds.
lexikon Archivxvesen dev D.D.R , 2e ed., Berlin: Staatlichen Archiv verwaltung des
Ministeriums des Innern der DDR, 1977.
R. Wyler, Archive, Bibliotheken und Dokumentationsstellen in der Schweiz, 3e ed.,
Bernc, 1958.
Italie
Meme principc d’organisation, Г Unite tardive expliquant que la grande masse des
^ds anciens se trouve dans les archives provinciales (Archivio di Stato) et non natio-
nales (Archivio centrale dello Stato). Les archives des evcches, des chapitres calhe-
draux et de certains monastcres sont encore privees.
Guida generate degli Archivi di Stato, 3 vol. parus [provinces de A a R], Rome.
1981 -1986.
BbXIXSLI E IBERIQL’E
Les pays a Lorganisation la plus complexe. et a la richesse seulement cgalec par
Italic. Archives “de couronne”: a Vlad rid (Castille), Barcelone (Aragon), Pampclune
361
Tradition II: retrouver les actes
(Navarre), Lisbonne (Portugal: 'Torre do Tombo”). Archives regionales, municipa.
les, ecclesiastiques aux multiples ressources.
t&r Guia de los archivos estcitales espaholes: guia del investigador, 2e ed., Madrid
1984,244 р.
Censo-guia de archivos espaiioles, 2 vol. roneot., Madrid, s.d.
ROYAUMli-bNI
Une centralisation tardive: archives centrales dans les Public Record Offices pour
LAngleterre, LEcosse, Llrlande du nord (Londres, Edimbourg et Belfast). Archives
de comtes tard organisees. Archives municipales et privces.
kst* Guide to the contents of the Public Record Office. 3 vol., Londres, 1963-1969.
Janet Foster et Julia Sheppard, British Archives. A Guide to archive Resources in
the United Kingdom, 2e ed., New York: Macmillan, Basingtock: Stockton Press, 1989,
LVHI-834 p.
Se limitc. pour chaque depot, a quelques lignes sous le titre “Major Collections”.
David M. Smith. Guide to Bishops' Registers of England and Wales. A Survey from
the Middle Ages to the Abolition of Episcopacy in 1646, Londres: University College.
1981. XVI-286 p.
Vatican
Lc dernier depot europcen consacre a un seul fonds: les archives de la papaute ct
du gouverncment central de LEglisc. Ccs archives ont fait l'objet de deplacements
spectaculaircs. Napoleon avait reve de constitucr en France un immense depot de tou-
les les archives dc son empire: il decida. dans cette perspective, en 1810, lc transfer!
a Paris, au palais Soubise, des archives romaincs, tant les archives vaticanes propre-
ment dites que cellcs de certains ordres religieux etablis a Rome. Avcc la chute dc
Lempire, cette spoliation prit theoriquement fin ct le retour des archives fut effectue
entre 1815 et 1817 (un contre-ordre ayant d'ailleurs ete adresse au convoi qui com-
menga a faire demi-tour au moment des Cent Jours). Non seulemcnt il у eut des per-
tes, a Caller comme au retour, mais un nombre assez important de registres et de dos-
siers ne furent jamais rapatries. C'est ainsi que Lon trouve encore a la Bibliothequv'
nationale environ 2.000 volumes; aux Archives nationalcs, de nombreux registres.
Leonard E. Boyle, A survey of the Vatican Archives and of its medieval Holdings.
Toronto: Pontifical Institute of Mediaeval Studies, 1972, 250 p. (Subsidia mediaeva-
Ha, 1).
Giulio Battelli, Bibliografia dell' Archivio Vaticano, 5 vol., Vatican: Archivio vati-
cano. 1962-1992.
Signale. dans l'ordre des series et des cotes, les editions el etudes dc documents.
Tradition II: retrouver les actes
4. Comment s’orienter dans les collections de manuscrits
des bibliotheques?
Coniine chins le domaine des archives, les Etats sc soul dotes an XIXе siecle de
oiands elahlissements eenlrnux. qui prenaienl la plupart du temps la suite de biblio-
ihcques princieres, el d*un reseau, plus on moins lache, de bibliotheques publiques.
Lo paysage est pourlaiit extrememenl vatic. Lhistoire des collections complexe: la
British Library de Londres conserve ainsi de ires nombrcux documents d‘archives
J’origine frangaise, dont bcaucoup avaient etc disperses a la Revolution et qui out etc
jchctes par des collectionneurs: la Liiblioteca apostolica valicana a surtout herile de
loads cardinal ices, romains. princiers (ainsi la celcbre bibliotheque de la reine Christine
dc Suede), de manuscrils litteraires; tandis que la Bibliotheque nationale possede.
outrode nombrcux originaux relies sur onglets en volumes, une riche collection de
uirtulaircs, commencee des la fin de 1‘Ancien Regime par la collection de la
Bibliotheque du Roi: elle a recueilli de surcroit les copies d'un grand nombre d'eru-
dits du XVIIIе siecle et du Cabinet des Chartes.
Contrairement aux archives, fondees (en principe) sur la notion de fonds. les biblio-
theques sont le domaine de la collection: e'est done au gre des curiosites, des politi-
ques d’accroisscment, des possibility de financement que les bibliotheques ont, tres
incgalenient, incorpore des documents d’archives.
Les bibliotheques, nationales ou de province, renferment des sources d'histoire
mcdievale qui peuvent etre, tres synthetiquement, definies comme:
- des collections, formees des I’Ancien Regime, par des collectionneurs, erudits,
historiens, collectant autour d’un theme (genealogie, histoire du pouvoir royal ...) ou
d’une region, des copies (dont les originaux ont pu disparaitre depuis lors) et/ou des
originaux (achetes, voles, “empruntes” a leur depot d'origine),
■ des types dc documents que le lcgislateur, a certains moments, leur a confics (ainsi.
sous la Revolution frangaise, la decision, inegalement appliquee. dc deposer dans les
bibliotheques, parisienne ct provinciales, tous les cartulaires medievaux),
- des documents epars (originaux, cartulaires, etc.), de provenance privee et pas¬
ses en vente.
World guide to Libraries, Internationales Bibliothekshandhuch, 9e ed., New-York-
Muiiich-Paris: K. G. Saur, 1989, XXXV-1001 p. (Handbook of international docu¬
mentation and information, 8).
Complel mais succint: adresses cl chiffrage global des collections.
France
Leopold Delisle, Le cabinet des manuscrits de la Bibliotheque imperiale [puis]
nutionak\ Paris, 3 vol. et un vol. de pi., 1868-1881 (Histoire generate de Paris); un
V°L de table des manuscrits cites par E. Poulle, Paris, 1977.
La Bibliotheque nationale comple, en son departement dcs manuscrits. plus de 130 000
volumes, regroupes en divers fonds.
363
Tradition II: retrouver les actes
Bibliotheque nationale, Les catalogues da departement des manuscrits, Manuscrits
occidentaux, [par Lydia Merigot et Pierre Gasnault], Paris. Bibliotheque nationale
1974,102 р.
Catalogue general des manuscrits des bibliotheques publiques de France, Paris,
depuis 1849.
Sept volumes in-4°, puis series paralleles in-8°: Departemcnls (tome 65 paru en 1990),
bibliotheques parisiennes autres que la Bibliotheque nationale; volumes isoles consacres
aux bibliotheques des Archives departementales el des Societes savantes.
Paul Oskar Kristeller, Latin Manuscript Books before 1600. A list oj the printed
Catalogues and Unpublished Inventories of Extant Collections, 3e ed. New York:
Fordham University Press, 1965, XXVI-284 p.
Complements dans la chronique “Catalogues de manuscrits", a pcriodicite irreguliere, de
la revue Analecta Bollandiana. Voir aussi le precicux “Bulletin codicologique” de la revue
Scriptorium, qui nc separc pas les catalogues des autres publications, sauf dans le dernier
volume de Tables parties en 1987 (pour les t. 31-40, 1977-1986), entree “Catalogues” de
la “Table analytique"
5. La recherche specifique des cartulaires
Au XIXе siccle, la publication des cartulaires est apparue commc le moyen le plus
expedient de satisfaire rapidement l’appetit d'historiens qui retournaient aux sources.
Certains pays sont restes longtcmps relieents (ainsi FAllemagne, terre
d'"Urkundcnbiicher”, rccueils regionaux, tous auteurs ct tous chartriers confondus);
d’autres se sont lances lrenetiquemenl dans la publication, aiguillonnee par des en-
treprises offtcielles ct de grande envergure. On dispose alors de vcnerables et monu-
mentales collections, dont les premiers volumes sont aujourd'hui loin de repondre a
toutes les exigences scientifiques. Ainsi cn France, avec la serie Collection des car¬
tulaires de France de la collection des Documents inedits in-4° du tres offtciel Comitc
des Travaux historiques et scientifiques. De тёте en Flandrc avec la Societe d’emu¬
lation de Bruges, qui a integre line serie de cartulaires a son Recueil de chroniqaes,
chartes et autres documents concernant l 'histoire et les antiquites de la Flandre occi-
dentale, premiere serie, Chroniqaes des monasteres de Flandre (puis Chronique
generates des Flandres), Bruges, 31 vol., 1837-1878. Le reperage des cartulaires est
facilite par plusieurs guides.
H. Stein, Bibliographic generate des cartulaires franca is ou relatifs a l ’histoire de
France, Paris, 1907, XV-627 p. (Manuels de bibliographic historique, 4).
Conception assez large du “cartulairc", dont il indique aussi, malgre le litre, les inedits.-
Une mise a jour manuscrite, ainsi qu'une riche collection de microfilms de cartulaires,
sont disponibles a 1T.R.H.T., Orleans. De cette refonte generale, en cours sous le nom de
■‘Repertoire des eaimlaires IVancais". settle une laible panic en a ele impnmee: J. Le Bra/.
■‘Keperlnire ile eaitulaires de fancienne I ranee. I. Diocese de l non", dans Bulletin tie
Unstitut tic Rc( heretic </7listoirc des lc\(c\. 17, I9M, p. I I 5-1 25: “II. Diocese di
Soissons". ihuL, 13. 1964-1965, p. 101-I H): “111 Diocese de ( halons-sin-Marne". ibid-
14. 1966. p. 97-1OS 1 a Seeiion des sources doeumenlaires de Fl.R.11.1 (Paris-Orleaiisl
a entrepris une refonte du Stein (cn cours sous le nom de “Repertoire des cartulaires
frangais"), parallelemenl au microfilmage de tous les cartulaires frangais (le noyau initial
est constilue par les cartulaires de la province ccclesiastiquc de Reims, qui onl fah l’objct
Tradition II: retrouver les actes
do rcgestes. c'ux-memes indexes: la collection s’accmit rapidement; les microfilms sonl
dccrils dans la base inlormalisee Medium de I’l.R.ll.T.). Stir I'histoire des enqueles francai-
scs, du XVIIIе siecle a nos jours, on consultera la rcmarquable contribution collective don-
пёс par les membres tie la memo Section. “Les enlrepriscs franvaiscs dc recensement des
cartulaires‘. dans Les cartulaires.... sous presse.
F. Lot et aL “Liste des cartulaires el recucils contenant des pieces anterieures a fan
1000”, dans Bulletin Du Cange, 15, 1940, p. 5-24; “Liste des cartulaires ... а Г an
1100”, ibid., 22, 1952, p. 239-259.
L’arlulaires beiges, en Belgique el а Г et ranger: Inventairc des cartulaires conserves
(luiis les depots lies Archives de EEtat en Belgique, Bruxelles: Commission royale
(fllistoire. 1895, 123 p. - Inventairc des cartulaires conserves en Belgique, ailleurs
ijuedans les depots des Archives de f'Etat. Bruxelles: Commission royale d‘l listoire.
1X07. 66 p. Inventairc des cartulaires helges conserves а Г et ranger. Bruxelles:
Commission royale d’l listoire. 1899, 72 p.
Ln instrument de travail rapide et depasse qifil conviendrait de remettre a jour.
G. R. C. Davis, Medieval Cartularies of Great Britain. A short Catalogue, Londres-
New York-Toronlo: Longmans, 1958, XXI-182 p.
Un modcle du genre: Cartularies oj religious houses (p. 2-137); Secular Cartularies
(p. 139-156); avec index des lieux actuels de conservation, у compris les fonds ct les cotes.
On ifoubliera pas non plus les instruments generaux. signales en tele de ее cha-
pilre (dont H. Oeslerley, ll’egweiser... Crkundensanunlungcn et U. Chevalier.
Repertoire des sources historiques...) ainsi que ceux qui llgurenl an ehapitre 2 (p. 40-
*12). Bien stir, ces repertoires coneernent plus les “recucils d’aetes” an sens large que
les cartulaires proprement dils; ils permettent neanmoins de completer Г informa¬
tion.
365
CHAPITRE 8
CRITIQUER LES FAUX
A. BREVE HISTOIRE DE LA CRITIQUE DIPLOMATIQUE
On Га vu au premier chapitre, le discrimen veri ac falsi est en large partie a la
source du developpement de la science diplomatique, qui s’est d’abord appliquee a
constituer en series, par auteur, des observations sur les caracteres extemes et inter¬
nes, la langue, la datation des actes pour mieux appuyer la critique des elements
deviants observes dans les actes suspectes.
On Га dit aussi, les techniciens du droit et de la justice ont souvent ete capables,
tr£s tot dans le Moyen Age, de denoncer des falsifications a I’interieur d’un corpus
precis; ils font fleche de tout bois: irregularites du style (par exemple Гabsence ou le
mauvais emploi du cursus dans une lettre pontificate), du scellement, de la souscrip-
tion ou du seing notarial, des donnees historiques (parfois confrontees a des chroni-
ques), de Pecriture.
e* Emmanuel Poulle, “Les faux de Robert d’Artois et Phistoire de Pecriture”, dans
Clio et son regard. Melanges Jacques Stiennon, Liege: Mardaga, 1982, p. 519-534,
a pu ainsi deceler un debut de “conscience paleographique” dans la confection de faux
etdans leur critique a la cour royale frangaise dans les annees 1330.
Reinhard Hartel, “Falschungen im Mittelalter: geglaubt, verworfen, vertuscht”, dans
Falschungen im Mittelalter ..., t. Ill, p. 29-51: mentionne Г apparition, au XIIIе sie-
cle, de nouveaux criteres d’authenticite.
Michael T. Clanchy, From Memory to written Record. England, 1066-1307, 2e ed.,
Oxford: B. Blackwell, 1993, XVIII-407 p., spec. p. 318-327.
Les limites de la critique medievale sont done beaucoup moins celles de resprit
critique que celles des possibilites concretes de reunir un materiau de comparaison
solide, surtout quand I’ecart chronologique est de plusieurs siecles. II faut aussi у
joindre Tabsence de sentiment de coupure avec le passe et une confusion entre “auto¬
rite” et “authenticite”.
^ Bernard Guenee, “Authentique et approuve: recherches sur les principes de la cri-
tjque historique au Moyen Age”, dans La lexicographic du latin medieval et ses rap¬
ports avec les recherches actuelles sur la civilisation du Moyen Age, Paris, 1981, p.
215-229 (Colloques internationaux du C.N.R.S., 589); reimpr. dans Politique et his-
toire au Moyen Age, Paris: C.N.R.S.: Publications de la Sorbonne, 1981, p. 265-278.
Ces demiers sentiments progressent par а-coups, avec 1’humanisme, la Reformation
et la Reforme catholique, la mort de 1’Ancien Regime. Mabillon, systematisant le tra-
vail de ses predecesseurs, donne a la critique sa base methodologique, qui n’a plus
dcs lors progresse que par affinements progressifs et, surtout, par accumulation des
materiaux de comparaison (references au chapitre 1).
367
Critiquer les faux
Cependant, apres l’epoquc positivistc, un regard nouveau a etc* porte sur Ics faux
sous Г influence de fhistoire de la culture. Que reveler. en effet. pour les medievaux
les notions de vrai et de faux? Considereraient-ils eomme faux toils les document-
diplomatiques que notre epoquejugc coniine tels? Chaque epoque, chaque region avar
sa propre conception de la verite et du “mensonge pieux" (la pin fruits),
Les hisloriens redoublcnt aujourd'liui de prudence au moment de juger les acu>
faux. Ln outre, en critiquant le faux, en scparanl le bon grain de Livraie, et cn jetani
Livraie an feu on aux oubliettes de bhistoire. on ifavail fait qu'unc partie du cliemin
C ar le faux, une fois critique, pent etre rcinlegre dans sa dignile de document histo-
rique: un document, bien sur, sur le faussaire. ses motifs, sa conception du mondcct
de la societe. ses melhodcs de travail.
cs" Giles Constable, "Forgery and plagiarism in the Middle Ages’’, dans Archivfiir
Diplomatik, 29, 1983, p. 1-41.
Un echo quelque peu different dans Elisabeth A. R. Brown, "Falsitas pia sive repre-
hensibilis. Medieval Forgers and their Intentions”, dans Fdlschungen im Mittelalter....
t. I, p. 101-119, qui souligne que, dans ce debat, on a trop souvent mele l’intention.
la motivation et la justification du faussaire.
Les manuels de diplomatique (Bresslau, Giry, etc.) consacrent des developpemcnts
nourris a la question. On pourra leur adjoindre:
Maurice Prou, "Le^on d’ouverture faite a LEcole des Charles le 25 janvier 1900”,
dans Revue internationale de J'enseignement, 15 mars 1900, p. 1-27, spec. p. 10-27.
H. U. Kantorowicz, "Schriftvergleichung und Urkundenfalschung. Beitrag zur
Geschichte der Diplomatik im Mittelalter”, dans Quellen unci Forschungen am ita-
lienischen Avchiven und Bibliotheken, 9, 1906, p. 38-55.
Flans Fdrster, "Beispiele mittelalterlicher Urkundenkritik", dans Archivalische
Zeitschrijh 50-51, 1955, p. 301-318.
Hubert Silvestre, "Le probleme des faux au moyen age”, dans Le Moven Age, 66,
1960, p. 351-370.
Gilbert Ouy, "Les faux dans les archives et les bibliotheques”, dans Charles Samaran
ed.. L ’hisfoire et ses methodes. Paris: Gallimard, 1961, 1.792 p., spec. p. 1.367-1.383
(Encyclopedie de la Pleiade, 11).
Horst Fuhmumn. “Die Falschimgen im Mittelalter”, dans Historische Zeitschrijh
197. 1903, p. 529-554: repris el developpe par lc meme dans Einflufi und Verbreitung
der pseudoisidorisc hen Fdlschungen, l. L Stuttgart. 1972, p. 64-136 (Schriften der
Monumenta Germaniae Historian. XXIV-l); du meme, “Von der Wahrheit der
Falscher”. dans hdlschungen im MiucUdtcr...s t. 1, p. 83-98.
Alfred Gawlik, "Falschungen", dans Lexikon des Mittelalters\ t. IV, 1989, col. 246-
253, spec. col. 250.
Mis en scrie. Ics faux mis sous le nom de souverains carolingiens occidcntaux ont
permis de mesurer l’indicc de leur popularite au cours des sieclcs, au nombre des faux
mis sous le nom de chacun d'entre eux: Jean Dufour, “Etal ct comparison des actes
Critiquer les faux
faux on falsifies intitules au nom des Carolingiens frangais (840-987)", dans
fiilschungen im Mittelalter..., t. IV, p. 167-210.
B. QUELQUES DEFINITIONS
Les mots “acte faux" recouvrent une realite multiforme. Les definitions qui suivent
out pour but de donner a chacun des actes qualifies generalement dc “faux" un ordrc
dc grandeur dans la falsification, tout en tenant compte du vocabulaire particulier de
la critique diplomatique.
1. Une mise en garde: on nc confondra pas le concept d’authenticitc (sincerite)
diplomatique et celui d’authenticite (sincerite) historique:
- un actc cst considere comme diplomatiquement authentique s'il est regulierc-
ment pourvu des modes de validation requis; s’il est “etabli dans les formes requiscs
ct avec les marques de validation necessaires pour que pleine foi soit donnee a son
contenu", suivant la definition du Vocabulaire international tie la diplomatique. II est
done diplomatiquement sincere si. tel qu’il se voit, il est bien emanc de f auteur
annoncc. a la date donnee.
- Un actc est historiquement sincere s’il dit vrai, s’il ne presente pas des faits une
version non conforme a la realite historique.
Bien que tout actc diplomatiquement authentique soit, en principe. presume sincere,
il arrive qu'une autorite applique des marques de validation a un acte faux, le rendant
ainsi d’une ccrtaine maniere credible. (Test le cas du vidimus par Philippe le Bel du
faux diplome de Chilperic II pour la cathedrale de Tournai (document 42), ainsi que
de la copie notariee de ce meme vidimus (document 41b).
2. On definira facte faux comme un actc qui ne presente pas le caractere de
fauthenticite diplomatique (ou, selon la formule du diplomatiste allemand Bresslau:
“[ce sont des actes] die nach dcr Absicht ihres Herstellers sich fur etwas anderes aus-
geben, als sic in Wirklichkeit sind"): son auteur cst un faussaire.
3. On ne parle pas de Г “original du faux", mais du “pseudo-original", en ce sens
que facte faux sc presentc fictivement avec toutes les apparences d’un original, у
compris des marques de validation.
4. Un acte falsifie est un acte dont le texte a subi une transformation quelconque
sur son support ou qui, par rapport a facte sincere dont il est issu, presente un rema-
niement volontaire du texte lui-meme.
a. Cette falsification peut se faire graduellement au depart d’une copie figuree qui
u’a, en ellc-meme. rien d'un faux (document n° 17):
- que fon у plaque, pour la renforcer. le sceau detache d'un autre acte du meme
auteur, clle devient un faux au sens diplomatique: e'est-a-dire qu'elle perd sa since-
rile diplomatique, tout en gardant sa sincerite historique (elle veut se donner les appa-
rences dc foriginal, sans etre un produit dc la chancellcrie; mais fon nc fait pas men-
br le texte);
Critiquer les faux
- lorsque le faussaire remanie un passage par substitution de mots ou par interpo¬
lation (c’est-a-dire addition apportee au contenu) pour mieux appuyer une demande
ou un proces, on passe au faux caracterise (la “copie figuree” scellee et interpolee
perd egalement sa sinceritc historique).
b. La falsification pcut egalement se faire au depart d'un original, sur lequel on
gratte un passage pour substituer frauduleusement un tcxte a un autre (surcharge);
on peut aussi ajouter une precision en interligne; ou rayer simplement un passage.
Dans tous ces cas, le faussaire utilise comme base un acte qui a effcctivement existe,
qu’il conserve ou que, plus souvent, il detruit. On cst aujourd'hui en face d’actes
falsifies. La critique pcut done esperer retablir facte d’origine en separant les inter¬
polations (ajouts, modifications), parfois en suspectant fcxistence de lacunes (une
clause genante).
De beaux exemples de documents parfaitemenl sinccres qui ont subi une falsifica¬
tion a fepoque moderne dans R.-H. Bautier, “Forgeries ct falsifications dans
Falsos у falsijicaciones ..., p. 19-20.
5. Autre cas de figure, le faux sort tout entier de la tete du faussaire. meme s’il
est pourvu de signes de validation authentiques (le plus souvent un sccau) subtilises
a un acte authentique; au mieux, il nc reprend que des bribes de formules a des actes
originaux. On parle alors de forgerie.
6. On parle d'acte suppose dans le cas d'unc forgerie qui rf a aucunc intention de
tromperie: par exemple lorsque Г auteur d'un formulaire imagine un acte pour le don-
ner en exemple. 7 8 97. Un faux de chancellerie est faux sur le fond, bon dans la forme: e'est un offi-
cier de chancellerie lui-meme qui fa etabli dans les formes requises (mais en men-
tant sur le fond), ct fa fait valider a finsu de fautorite responsablc.
8. Un acte subreptice est bon dans la forme, mais arrache a une chancellerie sur
un faux expose - voire frauduleusement place (parfois avec des complicites) - dans
la pile des actes a sceller, echappant ainsi a la vigilance des officiers de chancellerie.
Ce type de faux se multiplie de fagon significative a des moments de croissance de-
sordonnec des chancelleries princicres (ainsi a la chancellerie pontificale au debut
du sejour en Avignon; ou encore en France sous Philippe VI de Valois: R.-H. Bautier,
Recherches...).
9. On parle enfin d’acte suspect ou d’acte douteux, quand la conviction intime du
diplomatiste penche pour la faussete mais que la critique manque d’arguments defini-
tifs. A propos de ces documents, on peut reprendre la formule de Pierre Chaplais:
“If no conclusive proof can be found, we must be content with probabilities” (dans
“Who introduced Charters into England? The Case for Augustine”, dans F. Ranger,
Prisca Monument a. Studies in archival and administrative history presented to Add
Hol/aender, 1973, p. 88-107. spec. p. 107).
m
Critiquer les faux
c. BREVE HISTOIRE DES FALSIFICATIONS
DE DOCUMENTS MEDIEVAUX
1. Lcs falsifications de Pepoque medievale ne sont pas limitees a la production abu¬
sive d’actes diplomatiques, ainsi que Pattestent les six volumes reprenant les actes du
Congres international Fdlschungen im Mit tela l ter, organise en 1986 par les Monumenta
Germaniae Historica.
i? Fdlschungen im Mittelalter. Internationaler KongreB der Monumenta Germaniae
Historica, Munich, 1986, Tome 1, Kongrefidaten und Festvortrdge. Literatur und
Fdlschungen, 780 p.; t. II, Gefdlschte Rechtstexte. Der bestrafte Fdlscher, 748 p.; t.
Ill et IV, Diplomatische Fdlschungen, 728 et 724 p.; t. V, Fingierte Briefe.
Frommigkeit und Fdlschung. Realienfdlschungen, 752 p.; t. VI, Register, 215 p.,
Hannovre: Hahnsche Buchhandlung, 1988-1990 (Monumenta Germaniae Historica,
Schriften, 33, I-VI).
Une somme desormais incontoumable: 150 auteurs el 3.730 pages de texte. Cela va des
fausses monnaies, bulles, sceaux el chartes, au vin trafique, en passant par les faux sei¬
gneurs ressuscites et les faux pelerins. Les falsifications portent egalement sur les indul¬
gences, les actes de fondation de maisons religieuses, lcs vies de saints, les medicaments,
les signes de verification des draps, lcs lettres, les textes juridiques. 11 esl encore question
des faux bruits colportes par les predicaleurs, des faux ancetres et fondateurs de dynas¬
ties, des fausses lombes d’eveques. L’cnsemble, cnorme, se termine par des articles fon-
damentaux sur la repression contre les faussaires (voir plus loin).
Tant de falsifications etonnent, on Га deja souligne. Mais pourra-t-on jamais savoir
si tout le monde etait dupe? mesurcr Г accord tacitc qui entourait des faux qui ne pou-
vaient tromper personne9 expliquer Pattitude d’un Guibert de Nogent qui, des siecles
avant Erasme, se gaussait des fausses reliques et de leur commerce? etre assure du
nombre des sceptiques qui. capables de falsifier, se mefiaient a leur tour?
2. Dans le domaine strictement diplomatique, les falsifications ont touche inflni-
aient plus les diplomes et les actes pontificaux que les actes prives: pres de la moitie
des actes conserves mis au nom des Merovingiens sont faux; pres de 15 % de ccux
qui sont mis au nom des quatre premiers Carolingiens le sont egalement (chiffres dans
A. Gawlik, "Falschungen”, col. 249); sur 270 diplomes de Charlemagne, cent sont
des faux ctablis en trois siecles. Pour les Carolingiens frangais, les pourcentages sont
du memc ordre: cela va de 7,5 % des actes conserves pour Louis IV, a 24,19 % pour
Lothaire, en passant par 12,30 % pour Charles le Chauve (pour 529 documents con-
uus et 455 d’entre cux encore conserves; chiffres dans Jean Dufour, “Etat et compa¬
rison des actes faux..?’, tableau p. 207).
Plus on s'eloigne du XIе siecle, et moins les falsifications mises au nom des sou-
drains regnant sont nombreuses. C’est ainsi que pour Frederic ler Barberousse, on
ue comptc plus que 4,4 % d’actes faux, 1,3 % d’actes interpoles et 2,8 % d’actcs dou-
teux (chiffres dans Michael Stephan, “Statistische Anmerkungen zu den Urkundcn
Liedrichs I. Barbarossa’4, dans Mabillons Spur. Zweiundzwanzig Miszellen... Walter
Heinemeyer, ed. Peter Ruck, Marburg/Lahn: Institut fur historischc Hilfswisscn-
schaften, 1992, p. 253-263, graphique p. 254).
371
Chtiquer les faux
3. Une question qui n’est pas resolue: с I a i I - i I facile do fabriqucr un document's
un grand nombre d’entre eux ont ete mis a racufdes souvcrains niiterieurs an X111L
siecle, c’est notamment parce qu’il ifу avail pas encore d’enregisirement sysieimti
que des actes, qui aurait permis de verifier si fauleur presume a\ail bien delivrc til
ou tel document place sous son nom. Si beaucoup d'actes oni etc aeceptcs pour vrai-
du Xе siecle a la fin du XIIе siecle, c’esl entre aulres parec que les regies de Ibm-
tionnement des chancelleries n'etaient pas encore lixees as ее eerlilude, de sortc qii’il
n’etait pas imperatif qu’un acte fut parfaitement en harmonic as ее ees regies pour elk
credible.
4. Les mobiles precis des falsifications sont quasi aussi nombreux que les falsifi¬
cations clles-memes, et lcur examen deborde l’aspect strictement diplomatique: il res-
sortit a la critique historique de Г institution qui les a produites.
On peut toutefois fa ire rcssortir, a cote de beaucoup d’autrcs, trois grands types
de falsifications diplomatiqucs. Les premieres sont le produit de “faussaires honne-
tes”, selon Г expression de C. Bruhl (“Der ehrbarc Falscher. Zu den 1 alsehungoiuh>
Klosters S. Pietro in Ciel d’Oro zu Pavia", dans Deutsches Arehiv filr ErforschwK
des Mittelalters, 35, 1979, p. 209-218, spec. p. 217-218): eeu\-ei enlendent uniquomcnt
faire valoir des droits legitimes, pour lesquels eux-memes ou lour instiluiion no pov
sedent pas (action juridique demeurec exelusi\emeni orale) ou plus (tines detruib
ou perdus) de titles sinceres. Tenant compte de la realite ct sans intention de trom-
pcr sur 1c contenu, le “faussaire honnetc” transformc abusivement une situation de
fait en un etal de droit. On parle encore, dans ce cas, d'actes refaits, d’actes recrils.
ou d’actes [qui ne seraient que] materiellement faux.
Un plus grand nombre de faux esl lie aux modifications en profondeur de la si¬
tuation economique, sociale, religieuse ou politique: une institution estime ses titres
insuffisants et les “adapte". On pourrait multiplier les cxemplcs pour chacune des cate¬
gories citees.
Enfin, il a de tout temps existe des faux utilitaires qui ont pour objct de procurer
au faussaire ou a son client des avantages personnels. Ceux-ci ont sans aucun doute
ete les plus nombreux. Ils n’ont bien souvent ete rendus possibles que grace a des
complicites, parfois en haut lieu.
Hincmar de Reims (845-892) rapporte, dans les Annales Bertiniani, la maniere dont
l’archevcque de Bordeaux et un ancien notaire de Charles le Chauve se sont enten-
dus pour forger, en 878, au profit de Saint-Denis, un faux au nom de l’empcreur decede
quelques mois plus tot. D’autres clercs devenus celebres sont connus pour avoir fal-
sifie a l’occasion des actes, ainsi le futur pape Calixtc II (1119-1124) et I’eveque
Pilgrim de Passau (971-991).
5. Certaines institutions peuvenl etre considerees commc des “centres de produc¬
tion de faux”: on у a mis a jour de veritables officines. Les plus celebres sont le Mont-
Cassin, Saint-Maximin a Treves, Reichcnau, Saint-Denis, Fulda et Saint-Pieire a Gand.
Georges Declercq, “Centres de faussaires et falsification de chartes en Flandre au
Moycn Age”, dans Falsos v jalsijicaciones ..., p. 65-74, a relcve 185 falsifications
pour Ics documents qui concernent la Flandre jusqu’a fan 1200. Celles-ci sont dues
cssenticllemcnt aux grandes abbayes bcnedictines d'originc mcro\ ingienne: Saint-
372
Critiquer les faux
Pierre a Gand (118 cas), Saint-Bertin a Saint-Omer (18), Saint-Vaast a Arras (7) et
Saint-Bavon a Gand (7). Saint-Pierre de Gand peut ainsi soutenir la comparaison avec
les grands centres de fabrication d’actes faux: 118 actes у ont etc forges, ou falsi¬
fies, ou interpoles, ou renoves a partir dc Pan 900; 85 d’entre eux sont toujours con¬
serves sous la forme d’un pseudo-original.
6. La science de ces faussaires est inegale, mais parfois tres poussee lorsqu’elle
pent s’appuyer sur un riche chartrier: a Saint-Denis, au Xе siecle, on sait que les actes
mcrovingiens sont sur papyrus, mais cette matiere est devenue introuvable depuis
jongtemps. Afin de fabriquer neanmoins un faux diplome de Dagobert accordant
rimmunitc a son abbaye. le faussaire de Saint-Denis colic texte contre texte deux
actes authentiques d’epoque mcrovingienne pour transcrire d’une ecriture soigneu-
sement imitee un faux acte royal merovingien. On a pu, decollant les deux feuillets,
retrouver des actes authentiques de Clotaire II et de Clotaire III.
G. Declercq, ‘"Centres de faussaires et falsification de chartes...”, rapporte Pemploi
d’une technique assez originale destinee a supprimer quelques mots genants dans une
charte: le faussaire les a dissimules complctement par une serie de taches d’encre
"savamment disposees”, rendant par la-meme la phrase inintelligible. Pour donner le
change et simuler un accident, il a macule le parchemin en d’autrcs endroits, prenant
toutefois bicn soin de ne pas nuire a la lisibilitc du texte, cn disposant soigneuse-
ment les taches entre les lignes ou sur les jambages des lettres!
Les techniques mises au point par les faussaires pour reutiliser subrepticcmcnt des
bulles ou des sceaux authentiques sont denoncees dans une lettre du pape Innocent
HI du 4 septembre 1198, inseree dans les Decretales dc Gregoire IX, au livre V, chap.
V, tit. XX, De crimine falsi, ou il est question de la falsification des bulles pontifi¬
cates (ed. A. Friedberg, Corpus juris canonici, t. II, Leipzig, 1881 [repr. Graz, 1959].
p. 818-819) Innocent III avait dccouvert cette annee-la une officine de faussaires dans
la Villc.
7. Les abus engendres par les actes faux etaient tels que Гоп comprend la severite
des peines a regard des faussaires. La plupart remontaient aux lois romaines: depor¬
tation ct confiscation pour les grands faussaires, crucifixion pour les faussaires-escla-
vcs. Il faut, bien sur, tenir compte de la nature, publique ou privee, de l'acte falsifie.
dc I’epoque, de la region et de l’etat, clerc ou laique, du faussaire. En regie generate,
la falsification d’actes et de sceaux royaux - tout commc cclle de la monnaie, car
I’une et 1’autre mettaient en cause le pouvoir supreme - est punie de la mort la plus
atl'oce, par !e bucher ou 1’eau bouillante. La peine la plus frequente - notamment pour
,es notaires - reste Lablation du pouce ou de la main. Mais on note aussi Tempri-
sonnement, I'cxil, Г amende et la privation des benefices ecclesiastiques. Il faut enfin
femarquer que, si le faussaire fait Tobjet dc severes reprcsailles, le client ne semble
Pas devoir etre inquiete. Parmi une abondante litterature, on retiendra:
^ Peter Hcrde, “Die Bestrafung von Falschern nach weltlichen und kirchlichen
^echtsqucllen*’, dans Fcilschungen im MittelaUer..., t. II, p. 577-605 (fondamental,
avec historique et bibliographic).
Til man n Schmidt, “Der ungetreue Nolar", ibid., II, p 691-711.
373
Critiquer les faux
Hermann Diener, “Strafvollzug an der papstlichen Kurie im 14. Jahrhundert. Aus
den Registern des papstlichen Kcrkermeisters und des GroBponitentiars”, ibid., II, p.
607-626; avec, en annexe, une liste impressionnante des faussaires entre 1343 et 1355;
sur 600 prisonniers des gcoles pontificates, plus de 90 sont des faussaires. L’auteur
souligne la severitc des peines encourucs par les clercs coupables de falsifications.
8. Avec les progres de Fenseignement, les falsifications se reintroduisent des Ic
XIIIе siecle chez les la’iques, en particulier chez les notaires et tabellions. Le faux
est maintenant dircctemenl interesse, porte souvent sur des epoques plus proches (et
facilite done la critique par les contemporains): on fait de faux actes royaux pourobte-
nir un degrevement d’impots; de fausses bulles pour obtenir un benefice, queter frau-
duleusement, vendre de fausses indulgences. Les registres de la chancellerie royalc
fran^aise, du Parlement de Paris, de la chancellerie pontificale livrent trace de bien
des affaires; mais les forgeries faisant Pobjet de procedures judiciaires sont plus sou¬
vent detruites par mesure de precaution.
9. On n’aura garde d’oublier que, bien apres Fepoque medievale, on a poursuivi
les falsifications. Aux XVIe-XVIIIe siecles, elles peuvent toujours avoir un mobile
interesse, impliquant des institutions ecclesiastiques comme des particuliers; elles sont
alors souvent tres maladroites (faux de I’abbaye de Tiron au XVIе siecle).
10. Mais la meme epoque voit surgir, en tout cas mieux s’individualiser, un nou¬
veau type dc falsification, qui progresse du meme pas que la critique historique, le
faux d’erudition, a mobile venal (“fournir” des ancetres carolingiens a un grand du
royaume de France est une activite aussi lucrative que perilleuse, comme le montre
Paffaire De Bar au tout debut du XVIIIе siecle) ou forge pour la seule gloriole (par
exemple POratoricn Jerome Vignier qui multiplie les faux sur Fhistoire merovingien-
ne: sa fausse lettre du pape felicitant Clovis de sa conversion a cte re^ue par les his-
toriens jusqifa la fin du XIXе siecle).
11. Au XIXе siecle, on a encore recours au Moyen Age, dans des affaires de mys¬
tification souvent tres interessees, souvent tres grossieres (faux autographes de Vrain-
Lucas, qui ne reculc pas devant la lettre de Charles Martel a Femir des Arabes devant
Poitiers; mais il у a aussi la correspondance de Jeanne d’Arc, de Lazare ressuscite,
etc.), parfois tres habiles: de fausses chartes de croisade, imitees d’actes du Tresor des
chartes des rois de France et utilisant parfois des sceaux authentiques, subtilises par
des complicites a Pinterieur meme des Archives nationales, ont ete forgees apres
que Louis-Philippe a decide, en 1839, d'ouvrir au Palais de Versailles une galertc
consacree a la glorification des families qui pourraient prouver, par des titres authen¬
tiques, que leurs ancetres avaient bien pris part aux croisades.
Robert-Henri Bautier, “Les faux dans Phistoire”, dans Le faux dans Fart et dans
Fhistoire [exposition du Comite des salons artistiques de la police7, Paris, 1955,
non pagine (8 p., 184 nos).
Les faux de Pepoque moderne ont suscitc une abondanle Literature, dont A. Giry>
Manuel de diplomatique..., p. 879-885, fournit de nombreuscs references. On pourra
aussi consulter, meme si elles sortent du domaine strictement diplomatique, deux etu¬
des, a la methodologie rigoureuse mais presentees comme des enquetes policieres, stir
des falsifications crudites moderncs en Italie:
374
Chtiquer les faux
Francois Menant, “La connaissance du iMoyen Age en Lombardie aux XVIIе et
XVIIIе siecles”. dans Le Moyen Age, 1981, p. 419-454; trad. ital. “La conoscenza del
Medioevo in Lombardia nei secoli XVII e XVIIP\ dans, du meme, Lombardia feu-
dale, Milan: Vita e pensiero, 1992, p. 3-38.
Jacques Dalarun, “La part du faux: les bienheureux Andrea et Giovanni, francis-
cains de Rimini au XIVе siecle, dans Melanges de l 'Ecole frangaise de Rome. Moxen
Age, 102, 1990, fasc. I, p. 79-129.
Pour la fabrication en serie des “diaries de croisade” au milieu du XIXе siecle:
Robert-1 lenri Haulier, “La collection des chartes de croisade ditc 'Collection
fourtois"\ dans Comptes rendus de E Academic de.s Inscriptions et Belles-Lettres,
liiillct-octobre 1956, p. 382-386: reimpr. dans Chartes, sceaux et chancelleries.... t. L
p. 243-246; du meme. “forgeries et falsifications de documents par une offieine genea-
logique au milieu dll XIXе siecle”, dans Bibliotheque de Г Ecole des chartes, 1974.
p. 75-93: reimpr. dans Chartes, sceaux et chancelleries.... t. I. p. 247-265: el dans
lalsos у falsi/icaciones .... p. I 1-27.
D. QUELQUES DIFFICULTES DE METHODE
1. La critique des actes medievaux est indispensable, mais ellc n’est guere aisce.
Lc principc de base en est simple: un acte dont le contenu comporte des eiTeurs, ou
un acte dont la forme ne correspond pas a ce qu'on attend d'ellc, compte lenu de la
(late allcguee ct de son auteur, est un acte suspect, qui doit faire Lobjet d’une etude
attentive.
Vlais il ne suffit pas de trouver une anomalie dans un acte pour pouvoir le con-
sid6rcr comme faux: il faut admettre que meme des documents authentiques peuvent
comportcr des erreurs de fond ou de forme.
2. Plus le materiau de comparaison est ample et plus Pauteur sous le nom de qui le
faux est mis, ou sa chancelleric. ont travaillc sur des patrons precis (format type, ecri-
ll,re normalisee, formulaire strict, mode de sccllement homogene, etc.), plus la criti¬
que sera aisee.
A Pinverse, les periodes ou les destinataircs des actes prennent une part importante
a I’etablissement de ces actes (les Xe-XIe siecles en France) accumulent les embuches:
format, Pecriture, les formulcs varient d’un destinataire a Pautre, au gre de sa science
diplomatique et de la richessc de son chartrier. Sous les deux derniers Carolingiens
ct les trois premiers Capetiens, on en arrive a ne plus pouvoir utiliser qu'une criti¬
que historique (incoherences chronologiqucs, lexicales, juridiques, etc.) pour juger de
!a sincerite d'un acte royal.
Rappclons, par excmple. que Pon releve 32 formules differentes de suscription dans
les 61 actes connus du roi Robert le Pieux: elles vont de Robertas Dei gratia rex a
Robertas divina ordinante clemencia rex Francorum semper august us. Etablissant en
uieme temps un acte au nom du roi. une grande ct ancienne abbaye lui donnera une
forme tres carolingienne (archaique meme au regard de la production contemporaine
la chanccllerie royale). alors qu'une collegiale de fondation rccente pcinera a don-
375
Critiquer les faux
ner a Facte royal un aspect plus soigne et un vocabulaire plus choisi qu’aux acics
prives qu'elle conserve dans son chartrier. Aucune de ces irregularites ne servira pour-
tant a critiquer un acte.
Les irregularites doivent done etre soigneusement pesees, car elles ne renvoient pas
forcement a une falsification, mais aussi bien a une incertitude de la chancellerie, a
une intervention du destinataire ou encore d'un tiers (voir dans ce sens le commen-
tairc du document n°5).
3. II laut partir du principe suivant: si habile que soit un faussairc et qucllcs que
soient les complicates d'erudits che\ mimes doin il pent benelicier. il у a toujoiirs daib
une forgerie des elements qui echappent a son attention (R. 11. Haulier. "‘Forgeries
et falsifications ...", dans Fulsns у falsifuacioiws .... p. IS, avee des exemples precis).
Se souvenir enl’m qifil n'v a pas de \ el ite absolue en la inaticre: il arrive qu’unacic
soit declare faux par tel diplomntislc. uniquement suspect voire authentique panel
autre.
4. Les interpolations (grattages, additions) visibles sur l’original sont-elles le fait
de Fauteur ? Il est parfois difficile de le savoir. Les prescriptions en la matiere devien-
nent de plus en plus severes, prccisement pour faciliter la critique.
Divers moyens ont ete inventes au cours du Moyen Age:
- le scribe doit signaler dc tellcs interventions: voir par exemple le document n°14,
note c; le document n° 16. notes d et c; le document n°26; le document n°41b: addi¬
tion du notaire au cinquiemc feuillet du rotulus;
- ecrire deux fois une somme, en chiffrcs et en toutes lettres (document n°31; voir
egalement le commentaire du document n° 19);
- maintcnir Femploi des chiffres romains dans la plupart des documents authenti-
ques (alors que les chiffrcs arabes servent depuis quelque temps deja pour les calculs).
car ils sont moins faciles a falsifier;
- de la meme maniere, ecrire les dates en chiffres romains (ce qui se fait aussi par
tradition) ou en toutes lettres.
S’il est done relalivemcnt aise de deceler une interpolation sur un original, il n’elJ
va pas de meme pour les copies. 11 faudra dans ce cas prendre garde que la faussete
d’un passage intcrpole ne prouve pas la faussete de Facte entier.
5. La critique d’un document conserve en original - a fortiori celle d’un docu¬
ment que Fon suspecte etre un pseudo-original - peut s'appuyer largcment sur les ca-
racteres externes, qui dcnoncenl plus facilement la falsification (exemple donne au
document n°3).
On portera une attention partieuliere aux signes de \aliilation: ruche, monogramiuc.
seing mamiel, sceau el mode de scellemenl. II est. d'une pari, possible aujourd’hui dc
deceler de faux seeaux: le sceau est. d'autre pari. sounciiI employe a mauvais escicnl
par les faussaires: un acle (Fun e\C'que d4 A ill un. du Xе siecle. scclle d'un sceau pen-
dani. doit iuspirer beaueoup de mellanee. L'ecrilure trahit egalement les faussaires.
meme doues.
376
Critiquer les faux
6. Mais la critique des actes (forgeries ou interpolations) conserves uniquement
4ius forme de copies ne peut plus s’appuyer que sur la critique des caracteres inter¬
nes (voir document n°41): formules de datation, lieu de datation et listes de temoins
seront scrupuleuscment examines. C’est souvcnt par la date que se trahissent les faus-
snircs, du fait d’erreurs dans Г indiction ou dans les annees de regne. Pour les papes
et les souverains, pour lesquels un itinerairc a pu etre reconstitue a partir des actes
authentiques. une date de lieu insolite doit inquieter; une bulle d’Innoccnt II datce
de Rome alors que le pape ctait, en fait, present a ce moment a Paris, suscitera de la
mefiance (a cent ratio, document n° 9).
La liste des temoins est un autre point faible des faussaires: ne connaissant pas bicn
la prosopographie medievale, ils puisent souvcnt leurs temoins dans des actes plus ou
moiiis contemporains de la date qu’ils ont assignee a leur forgerie. Cette approxima¬
tion peut leur etre fatale.
7. II convient cependant d’etre particulierement prudent, car aux risques ci-dessus
denonccs s’ajoutent ceux qui sont lies a la tradition: la presence de telle formule, de
telle date, peut etre le fait non du pretendu faussaire, mais d’un copiste qui a mal
lu... ou cru bien faire en enjolivant le texte d’un acte parfaitement sincere. 11 peut у
avoir interpolation, mais non falsification.
Excmple celebre: un acte de Charlemagne uniquement connu par une copie peut
etre date de Pan de Г Incarnation du Christ, une precision qui est absolument en dehors
des usages de la chancellerie de l’Empire. Cette precision peut etre le fait d’un copiste
erudit du XIе siecle (qui a pu, en outre, se tromper dans le calcul de l'annec), sans
que cet acte imperial soit un faux.
8. En dehors memc de Г acte, la tradition manuscrite doit etre prise en considera¬
tion: un diplome de Charlemagne connu uniquement par une copie du XVIе siecle.
alors que l'abbaye qui Га re^u a laisse des originaux et des cartulaires anterieurs, sera
suspect. Bien sur, ceci doit etre module en fonction de 1’idcntite de hauteur et du con¬
tent! du document: on a vu que les cartulaires etaient loin de retranscrire tous les actes
d’une institution.
On se mefiera enfin d’une edition faite aux XVIle-XVIIIe siecles d’un acte qui n'est
Pas autrement connu: certaines editions ont, а Г occasion d’un proces, purement et
simplement invente les actes qu’elles reproduisent.
9- A cote de la critique diplomatique et historique stricto sensu, un puissant moyen
de critique reside dans la detection des sources du faussaire, car les forgeries ne
s’invenient jamais de toutes pieces. Dans le cas typique des faux ecclesiastiques des
Xle-XUe siecles, les sources croisees du faussaire peuvent etre une gerbe d’actes
anciens, mais aussi des textes historiographiques et hagiographiques.
Le probleme sc complique quand e'est le faussaire (ou le groupe de faussaires) lui-
meme qui, parallelement a la confection de faux actes, a eu une production historio-
graphique et hagiographique. Les faussaires ont souvent chcrche a se garantir en croi-
Sant les pistes, en accumulant les references; mais cctte cascade de citations
entrecroisees permet parfois de mieux les confondre.
377
Critiquer les faux
10. En outre, les actes faux ou falsifies ne sont pas loujours des eas isoles: u*r
tains peuvent s’inscrire dans de veritables chaines se composanl de plusieurs |;i|4,|*,
cations qui se renforcent mutuellement. A fabbaye Saint-Pierre a (iand, O. Declcu
("Centres de faussaircs ...”, p. 70) a pu distinguer an moins cinq campagncs suuvx
sives de faux entre le milieu du XIе et la I'm du XIIе siecle; celles-ci onl cu, de чя
croit, a chaque fois un objectif bien parliculier.
11. La critique du faux doit deboucher sur la comprehension du travail du faussaire.
de ses motivations et sur fhistoire de la reception du texte. Ici le risque d’anachro-
nisme est multiple mais f etude, encore insuffisamment abordee, permet d’espererdes
vues plus larges sur les cultures medievales et la place qu’y occupe fecrit.
Des le Moyen Age, on a critique la fameuse "Donation de Constantin”, qui fondan
f independance des Etats pontificaux sur une concession de Pempereur romain au pape
Sylvestre. La critique a ete achevee par les humanistes du XVе siecle. Mais sculc>
des etudes recentes ont affine la question, en suggerant que le "faux” avait ete com¬
pose au palais du Latran au VIIIе siecle et, surtout, que le texte if avait guere ete regu
comme un acte, un titre, qu’avec la Reforme gregorienne; qu’a forigine, comme
“legende de fondation”, il avait un autre caractere (par certains cotes divertissement
de lettre; peut-etre texte historiographico-hagiographique, exaltant Rome et au moins
autant la basilique du Latran):
№ Nicolas Huyghebaert, "Unc legende de fondation: le Constitutum ConstantinГ, dans
Le Moyen Age, 85, 1979, p. 177-209.
12. II faut cgalement se demander si, au-dela du faux, la falsification n’a pas attcint
d’autres actes: des notices, des cartulaires, des livres de comptes; des textes hagio-
graphiques, des annalcs, des listes abbatiales ou episcopates, voire des epitaphes; se
demander enfin si facte faux ne “s’inscrit” pas ailleurs que dans Гecrit: sur le vilrail.
les peintures, les sculptures, les tapisseries ... C’est ce qu’illustre partiellement le dos¬
sier qui suit.
E. ETUDE DE CAS: FAUX SANS PSEUDO-ORIGINAL CONSERVE
41. Le faux diplome de Chilperic [II] pour la cathedrale de Tournai
Faux de l’epoque carolingienne ou du XIIе siecle.
Bien qu’il ait deja fait couler beaucoup d'encre depuis au moins 350 ans, le diploid
que Chilperic II aurait octroyc a la cathedrale de Tournai en 716 n’a pas encore trouve
de solution diplomatique satisfaisante. Les historiens sont aujourd’hui d’accord ро»г
affirmer que ce trop beau diplome est un faux, sans pour autant s'entendre sur la date,
les mobiles et les moyens de la falsification. Si on ouvre a nouveau le dossier, ce n est
certes pas pour resoudre tous les problemes en suspens, mais pour les poser plus cor-
rcctcmcnt qu’on ne fa fait et pour ajouter un temoin. En outre, ce dossier offre, entre
autres avantages, fabondance et la \ariete des temoins de sa tradition manuscrite et
imprimec (inventaire des 13 temoins manuscrits a la p. 323) ainsi que les opinions
contradictoires au sujet de son aulhcnticite.
Critiquer les faux - document 41
la [racJtlion manuscrite et imprimcc dc cc faux diplome tic Chilperic 11 Tail rcssortir
,1C sa copic dans 1c plus ancien cartulairc dc la cathedrale est Ic premier Icmoiii a
-reiuire en consideration. II cst ici reproduil (document n 41a) avec la photographic
и folio de ce cartulaire. La premiere question a se poser est celle de la valeur de la
■•.inscription (а). И cst, en elYcl. inutile de s'achnrner sur line copie batarde: on mul-
-iplie les inconnues sans pouvoir esperer aboulir a unc solution raisonnablc. I in fonc-
iiDiule colic valeur, on examine le formulaire du diplome (b). ainsi que les proble-
mes souleves par son contenu (c). La faussete aujourd’hui reconnue evidente de ce
diplome n'a pas empeche qu’il soit vidime et reconnu authentique par le roi de France
Philippe le Bel (document n°42): ce vidimus, aujourd’hui perdu, a fait a son tour
I'objet d’une copie notariee soigneusement collationnee, qui reproduit meme le des-
sin du monogramme de Chilperic (document n°41b). Cette derniere copie autorise un
certain examen des caracteres externes du pseudo-original disparu (d), qui ne per-
met toutefois pas de conclure veritablement a la reutilisation d’un document mero-
\ingien authentique. Une edition realisee en 1926 le “restitue” toutefois grace au jeu
des caracteres typographiques (document n°41c). II reste a se poser la question de la
date et des mobiles de la falsification: la perte du pseudo-original ne permet pas de
seprononcer en toute certitude; de nombreuses questions restent en suspens. Le faux
diplome n'en a pas moins etc tenu pour vrai par les chanoines de la cathedrale qui,
jusqu’a la fin du XVIIIе siecle, ont rendu annuellement un hommage solennel au roi
merovingien Chilperic (e).
41a. Premier temoin: une copie au cartulaire de la cathedrale
(XIIе siecle)
[A. Pseudo-original:] brule en 1566.
B. Copie de la seconde moitie du XIIе siecle. cartulaire C du chapitre cathedral de
fournai. Tournai, Archives de la Cathedrale, Registre 3, fol. I-v, n° I, sous le titre
"Privilegium Hilperici gloriosi regis”. D'apres A ?
C. Copie de la seconde moitie du XIIIе siecle, cartulaire D du chapitre cathedral
de Tournai, Tournai, Archives de la Cathedrale, Registre 4, fol. 1. D'apres B.
Seul le fol. 1 recto du cartulaire C est reproduit ci-apres, mais Г ensemble du lexlc est edite.
- Les interpolations posterieures ont ete signalees entre crochets aigus < .. >. Les mots
soulignes sont repris dans 1’inventaire des archives de la cathedrale. dit “Grand Repertoire"
de 1422 (document n°36). Les variantes de C n'onl pas ete reproduces, sauf celles qui
portent sur la formule de datalion.
In nomine omnipotentis Dei et salvatoris [2] nostri Jhesu Christi. Hilpericus, \
i divina preve-[3]-niente dementia rex Francorum. Quanto alios [4] regia celsi- i
I tudine preccllimus, tanto Christum [5] honorare et ejus aecclesiam impensius volu- i
[6]-mus et in Christi repetitionibus sacerdotum [7] et pontificum vel servorum |
| Dei qute pro eorum [8] utililatibus pertinct libenter prestamus vel [9] concedi- i
1Ttus, et hoc nobis ad laudcm vel [10] stabilitatem regni nostri in Dei nomine perti- I
| [1 l]-nere confidimus. Idcirco cognoscat omnium [12] fidclium sanctae Dei aeccle- |
j si& nostrorumque presentium [13] scilicet et futurorum humilitas seu 1
Critiquer les faux - document 41
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Hun ctiwimweiiiw ду1е
380
Critiquer les faux - document 41
mag-[14]-nitudo quod nos, apostolico \iro domno Chras-[15]-maro.
Noviomagensis vel Tornacensis [16] urbis episcopo, teloneum de navibus super
[17] fluvio Scalt, qui pertinet ad fiscum Tor-[18]-nacum, tam ultra quam et citra
Hecursum, [19] de quolibet commertio seu et de carri-[20]-gio vel de saginis. nec-
non de ponte su-[211-per flumine Scalt, vel de omnibus vena-[22]-libus ubicum- 1
qne vcndantur. seu infra mu-[23]-ros seu in appendiciis murorum predictae [24]
civitatis, undecumque teloneus exigitur [25] sicut fiscus noster el regia potcstas
gyin-[26]-dicare potest, necnon et justiciam de eodem [27] teloneo sicut earn libere
possidemus, [28] ad aecclesiam ipsius pontificis domni [29] Chrasmari. quae est |
in honore sanctae Mariae [30] in ipso Tornaco constructa. in stipen-[3 l]-diis cano-
nicorum ejusdem aecclesiam prome-[32]-rendis. nostri augmentum. plene [33] et I
integrc nostra gracia visi fuimus con-[34]-cessisse. Quapropter per hoc precep-
tum [35] specialius decernimus pro donando [36] quod perpetualiter circa ipsum i
dom-[37]-num Chrasmarum pontificem vel [38] ipsius sanctae aecclesiae
Tornacensi a) et suc-[39]-cessoribus suis pro tempore volumus [40] esse con- I
cessum ut neque nos nequc [41] juniorcs nostri vel successores nostri [42] nec
quelibet judiciaria potestas [43] teloneum de quolibet commertio tam [44] navi-
gio quam et de carrigio aut [45] de saginis vel de ponte, tam ultra [46] quam et
citra ipso fluvio Scalt, nec-[47]-non de omnibus venalibus ubicumquc [48] apud
Tornacum vendantur un-[49]-decumque teloneus exigitur et fiscus [50] noster
<et> evindicare potest, ab ipso dom-[51]-no Chrasmaro vel junioribus aut [52]
successoribus suis nec de eorum po-[53]-testatc contradicere v<el> c) auferre [54]
presumat, sed ipse teloneus et justi-[55]-cia de teloneo juxta quod supra per [56]
singula continetur, ipsi domno [57] Chrasmaro pontifici vel successo-[58]-ribus
suis ad partem ipsius sanctae aecclesiae [59] beatc Virginis Marie quae est in ip- |
[60]-so fisco constructa, omni tempore, [61] nostris et futuris temporibus, ad men-
[62]-sam canonicorum ejusdem aecclesiae perpe-[63]-tuo proficiet. Et ut hec auc- |
toritas [64] firmior habeatur, manus nostrae sub-[65]-scriptione firmavimus ct
anuli [66] nostri impressione consignare atque [67] corroborarc precepimus. |
Signum [68] Hilperici gloriosi regis. Halconinus [69] notarius recognovi et sig-
navi. <Data d) kalendas maii, anno primo regni Hylpcrici gloriosissimi regis, I
indictione XIIla <*).> [70] Actum apud Bibrax. In Dei nomi-[71]-nc feliciter.
Amen. ;
a) Tornacensi В Corrige d line main posterieure en Tornacensis - b) el est ajoute cl'une 1
Maw posterieure. - c) v[...] corrige en vel d'une main posterieure. - d) Data ... XIIIя ajoute
(l'line main posterieure en marge de B\ Data kl. maj anno primo regni Hilperici gloriosi !
regis, indictione XIII en marge de C, qui pour suit par les mots anno ut in cronicis habe-
Uir vC LXX VIII Incarnationis. I
Critiquer les faux - document 41
a. La valeur de la transcription
La premiere question a se poser est celle de la valeur de la transcription. Par chance
avant sa destruction en 1566. le pseudo-original a fait Pobjct d'une longue anal)че
dans Tinventaire dit "Grand Repertoire” des archives de la cathedrale (document
n° 36): la comparuison entre la version du cartulaire (vers 1175) el celle de Pinvcn-
laire (1422) est rendue iei par les mots soulignes dans le document nw41a.
Comme pour Г ensemble dcs actes inventories dans ce "Grand Repertoire”, le scribe
du XVе sieclc n’a retenu du privilege que Pexpose (domno Chrasmaro ... concessisw.
1. 14-34 du cartulaire; I. 15-22 de Pinventaire) ainsi que le lieu, Bibrax, oil il a etc
delivre. II resume tout ce qui precede (I. I a 14 de Pacle) par les mots utilitaircs sui-
vants: Lit (era gloriosi Celprici regis Francie, qui contulit, qif il n’a pas tires dc Pacte
lui-meme (il n'y est pas question de littera. ni de rex Francie. ni de Celprici); ct tout
ce qui suit (1. 34 a 70 de Pacte) par unc datation fantaisiste, dont on a deja dcnoncc.
au commcntairc du document n°36, la double erreur.
Relranscrivant Pexpose. le scribe commet une erreur de syntaxe: ayant introdim
Vactum juridique par contulit (I. 15 de Pinventaire). il repete a tort augmentum plcnc
et integre concesssit (I. 21-22 de Pinventaire). Par contre. il transforme a raison jws-
sidemus en possidebat (1. 27) et laissc tomber le noster de la 1. 25, le twstri de la I. 32
ct le nostra gracia de la 1. 33. Soules omissions: 1*incise qui pertinet ad ftscum
Tornacum. I. 17-IS, et le litre d'eveque de Noyon pour Chrasmar. I. 15.
La tcncur de Pexpose est dans Pensemble respectcc, mais on doit se demandersi
le scribe a encore ete capable de le lire dans le pseudo-original, ou s’il a repris tout
bonnement Pacte a Pun des cartulaires du chapitre cathedral.
Le cartulaire D, ccrit aux environs de 1285. recopie egalement le diplomc dc
C’hilperic. au premier folio, d'apres le cartulaire C puisqu'il possede le meme oubli
caracteristique de datation Data kalendas ... indictione XIIIй (I. 69) (cettc date sera
egalement ajoulee dans la marge par une main qu'il n'a pas ete possible de dater).
Mais cette date est suivie, ici, des mots significatifs: anno at in cronicis habetur
LXX П/1 incarnutionis. mots que Pon retrouve sous la plume du redacteur de
Pimentaire dcs archives de la cathedrale. Voila done la source du "Grand Repertoire
de 1422: il laut theoriquement. dans le stemma de la tradition au chapitre 6, p. 324.
ajouter une filiation entre ce "Grand Repertoire” et le cartulaire D.
Un premier element de critique reside dans la languc. Si nous avions affaire au
pseudo-original, le latin poli du texte. bien eloigne du latin merovingien. suifiraitilc
condamner: le redacteur ifa pu ecrire. dans un latin globalement aussi correct, avant
la Renaissance carolingienne. Or nous sommes ici en presence d'une copie et non
ne permet d'afftrmer que la qualite de la languc nc soit due a une remise en forme
par les soins du cartulariste. Par ailleurs, Pon nc pout ctre sur que les autres temoin>
du texte (le vidimus de 1291: documents n°4lb-42; Pinventaire dc 1422: document
nc36) n'aient utilise, comme source de leur transcription ou analyse, le cartulaire.
facile a lire, de preference au pseudo-original qu'ils avaient aussi sous les yeux. Lc
cartulaire demeuranl noire sculc source \ raiment fiable pour la critique du texte. I nn
ne pent done utiliser comme pierre de touche le critere linguistique ct Pon doit se tinn¬
ier a la critique du formulaire (yj b) el du conlenu (yj c).
382
Critiquer les fcmx - document 41
h Examen du formula ire
l.e diplome souffre de loute une serie de caracteres aberrants:
- [’invocation In nomine ... Christi (1. 1-2): semblable invocation verbale n’cst jamais
presente dans les diplomes merovingiens (il n’est pas non plus possible d’imagincr
quo les deux copistes aienl, tous deux, spontanement, transforme l’invocation mono-
arammalique en invocation verbale);
- la presence d’un preambulc est insolite dans un acte merovingien d’exemption de
lonlieu, ealegorie infcricurc de la production de la chancelleric franque;
- la formule de devotion Hilpericus, divina ... Francorum (l. 2-3) est egalcment
absente de tous les diplomes merovingiens authentiques;
- Tannonce du sceau et anuli nostri... corroborate (1. 65-67): non seulement celle-
ci n’intervienl que dans les documentci spurici, mais la formule est franchement caro-
lingienne;
- enfin la date Data ... indictione ... Bibrax (1. 69-70): ccllc-ci est absolument con-
traire aux usages de la chancellerie royale merovingienne, ne scrait-ce que par la pre¬
sence, insolite en cet endroit, du gloriosissimi regis, et celle, inusuelle, dc 1 ’indiction.
Lorsque Гоп compare cet acte avee d’autres productions merovingiennes authen-
tiques, on releve loutefois quelques usages typiques:
- I’adresse cognoscat... magnitudo (1. 11-14): mais cllc possede la legon erronnec
humilitas alors qu'on s'attend a у lire cognoscat ... (h)utilitas sen magnitudo; ainsi
qu’un complement mis a la deuxieme personne (or la teneur omnium fidelium ... pre-
seniiunr 1. 11-12, est typiquement carolingienne);
- Tarcnga sc rencontre dans d'autres diplomes merovingiens, mais alors, correcte-
nicnt, sous la forme Si (ou Se) petitionibus sacerdotum ..., et non, comme ici, un
incomprehensible in Christi (1. 6) sui\i d’un non moins comprehensible repetitioni-
his sacerdorum ... (I. 6);
- la corroboration Et at hec auctoritas ... (1. 63-64) est merovingienne, tout comme
I annonce de la main du roi: manus nostrae subscriptione (1. 64-65). Pourtant. ce der-
nicr mot precede, chez les Merovingiens lettres, une souscriplion autographe, et non
monogrammatique (il у a done, ici. une nouvclle contradiction). II faut, en effcl. rap-
Pdcrque les monogrammes ne sont utilises que par les souverains incapables d'ecrirc;
“ la presence de mots plus typiquement merovingiens: evindicare (1. 25-26) el sa-
&nis (1. 20).
Examen du contetut
Ces rares elements positifs (d'aillcurs discutcs) nc suffisent cependant pas a rcha-
biliter ce diplome: tout nous conduit a Pepoque carolingienne: on a deja cite Yamt-
^llm (f 64) et le complement de la notification (omnium fidelium ... presentiunu I.
II -12). Si Г on debordc ccttc fois Г examen strictement diplomatique pour observer lc
c°ntenu de l’actc, d'autres elements sautent aux yeux.
Selon cc diplome, le roi des Francs Chilperic II concede a Pevcque dc Noyon cl de
T°urnai Chrasmar, lc lcr mai 716, tous les tonlieux ct peages qui se levent dans cettc
inhere villc, ainsi que la juridiction qui s’v rattache, au benefice exclusif de la calhe-
383
Criticjuer les faux - document 41
drale tournaisienne et dcs chanoines dc Nolre-Dame qui у celebrent ГоГПсе divin. |
revenus du tonlicu sonl destines exclusivement in s/ipendiis canonicorum ejusthn
ecclesiae (1. 30-31) et ad mensam canonicorum ejusdcm aecclesiae (I, 61-62). (
revendications - soulignees d’aillcurs par un voeabulaire qui no se rencontre pas avam
la fin du IXе siecle -- rejoignent les conllits qui, en cc memo IXе siecle, ont орр<>ч
eveque et chanoines et abouti au partage des menses cpiscopale et canoniale.
Plus troublant, le notarius Halconinus if cst pas autrement connu: deja Pertz, fedi-
teur des diplomes merovingiens (M.GJL, Diplomuta Imperii. t. I. Hannovre, IX7|
[rcimpr. 1965], n° 14, p. 130-131), avait range cc diplome parmi les diplomuta spu
ria ct qualifie Halconinus de notarius fictitius Chilperici / regis (dans YIndex hisi<>
ricus dc son edition, p. 243). On ne retrouve d'ailleurs pas son nom, ni un nom qui
s’y rapproche, dans la precieusc kkProsopograp/iica Heustrica. Les agents du roi en
Neustrie de 639 a 840”, de Regine Hennebique-Le Jan (dans La Neustrie. Les pu\>
au nord de la Loire de 650 a 850, cd. Hartmut Atsma. Sigmaringen: Thorbeke, l№J.
p. 231-269 \lhjihefte dvr Francia, 16/1]). Bibrax ifesl pas autrement connu: Pert/
Га bien “identifie" a un Bibrax oppidum in pago Suessionensi (Index topographi-
c7/.v. p. 221), mais il hesite entre “Brayc el Fismes'’ et, de toutes fagons, e’est un hapax
dans la documentation merovingienne. Mais le lieu, mal identifie, se trouve chez Cesar,
Guerre des Guides, 11, VI. 1 (~ oppidum Remorum), dans un passage repris au Xе sie¬
cle par le Remois Flodoard (Historic Remensis ecclesie, 1, 2).
Tout cela nous amene a eonclurc que le document que nous avons sous les yeux
cst un faux. Ibrge au plus lot a Tepoque carolingiennc, vraisemblablement а Г occa¬
sion du con 11 it qui opposa Fevoque coinmun aux deux dioceses de Noyon et de
Tournai a ses chanoines lournaisiens, au sujet de la repartition du temporel. И a etc
forge au plus tard en 1178. date de sa plus ancienne copie dans un cartulaire du cha-
pitre cathedral. Le laussaire if est pas un ignorant. Certaines formules, quelques mots
sont typiquement merovingiens: sans Joule avait-i 1 sous les yeux un acte de l’epoquc.
Mais il semble avoir bati facte sur un cadre qui ne s’est defini qu’a fepoque caro-
lingicnne, et sur lequel il aura it plaque quelques elements merovingiens. La faiblesse
de la tradition nous empeche malheurcusement de tirer toutes les conclusions dc
fincongrue humilitas (pour utilitas) de fadresse: doit-on fattribuer au faussaire (qui
aurail mal transcrit une ecrilure merovingienne) ou au cartulariste (qui n’aurait pas
compris fecriture, deja eloignee de la sienne, d’un faussaire carolingien)?
Le caracterc frauduleux du document n’a pourtant pas empeche son authentica¬
tion au XIIIе siecle. Il faut ajouter, en effet, a cc dossier deja complexe, une copic
inconnue des editeurs de ce diplome.
384
Critiquer les faux - document 41
4lb. Une copie dans le rotulus dit “de Chilperic”
C. C’opie notariee du 18 fevrier 1333 (n. si.) du \idimus drcssc la veillc par Pierre
Jc La Marliere. gardien au nom du mi de France de la ville de Tournai, qui vidimait
.l son tour le vidimus du dipldme de Chilperic pour la ealhedrale de Tournai. elabli
par Philippe le Hel (levrier 1261 ). parehemin. 560 x 5180 mm. Tournai. Arch, de la
idthedrale. Rotulus AA2, premier document retranscrit.
A tous ceux qui ces presentes lettres verront et oiront, .. Pierres de La Marliere, |
sergens d’armes le roy de France notre seigneur et gardiens, depulez de par ledit i
seigneur, de la ville de Tournay, salut en notre Seigneur. Sachent touz que [2] 1
nous avons veu et regarde et mot a mot diligentement parleu pluseurs chartres 1
et lettres saines et entieres, saellees de pluseurs seyaus, desquels mentions est
faite ici empres, non viciees, non corrumpues, non effacees et non malmises [3]
et sanz aucune corruption ou suspiccion avoir en elles si come il apparoissoit en
la premere face. Et preincrement une letre saellee du grant seel de roy notre sei¬
gneur en cire vert et en laz de soye, desquelles la teneurs est tels come il s'ensuit: |
Philippus a), Dei [4] gratia Francorum rex. Notum facimus universis tarn 1
presentibus quam futuris quod nos litteras quasdem sigillo indite recordacio-
nis Hilperici, quondam regis Francic, in eisdem impresso litteris intus et foris sine
laqueo, cujus caracter est dimidia c) hominis [5] ymago, cum pileo in capite, cujus
littere sunt in circonferencia “Hilpcricus rex Francorum” sigillatas, vidimus in
hcc verba, diptonguis tamen in eisdem scriptis litteris in presenti transcripto non
expressis.
[Suit le dipldme de Chilperic, reproduit au document nc 4la, sans variantes
notables jnsqu'a la formule de corroboration:] vk... Et ut hcc auctoritas [15] fir-
mior habeatur, manus nostre subscriptione firmavimus et anuli nostri impressione
consignare atquc coroborare prccepimus. Signum [Monogramme] Hilperici glo-
riosi regis. Halconinus notarius recognovi et signavi. Data kalendas mai e) anno
[16] primo regni Hilperici gloriosi regis, indicione XIII. Actum apud Bibrax. In
Dei nomine feliciter. Amen.”
Quod autem vidimus hoc testamur. In cujus testimonium presentibus litteris
nostrum fecimus apponi sigillum. Actum [17] Parisius, anno Domini millesimo
ducentesimo nonagesimo, mense februario”.
Item une lettre saelles ... [Suivent 22 autres lettres],
[462] Et cn tesmoignage de le vision ct inspection des chartcs et lettres deseure
dites, .. nous, Pierres de [463] La Marliere deseure dis, avons faites sceller ces
presentes lettres et vidimus dou seel as causes de le cite de Tornay, duquel nous
usons cn cest cas ct en autres ct signer du signe .. Jehan de Spiere, clerc notaire
publique dcsous escript. Qou [464] fut fait a Tornay Tan de grace mil trois cens
trcnte et deus, le disseptime jour dou mois de fevrier.
[Cn peuplus has, d'une encreplus noire:] [Seing manuel] [465] Ego Johannes
dictus de Spiere, clericus Tornacensis publicus, apostolica et imperiali auctori-
Critiquer les faux - document 41
,Пч uib: 1|С4иим; . * icfbV.r смшши 'Y?*!-
■unmn ic'fhuin .ilUitcTci
*%*ic tt.unbj (uv pate л: * ymtix пъмдснт Пи^^/пч^и^глпп
*;11'Hi]С- *мщтг; ytAfiv аьн;ш uMui:\- \ые: ttfbncm* c4'«.^mir fair 'ifoul \\r Jr -&ш *
^ ^ | i \ О
i'rt'tC «1 тр'г!?И1ЛЛ* 'C-ttffcVHtrA Vi^fU«.\;t&(|£ r»t!^H4\tC CJ|»f&№ С*»** Vll U CV^lV^a- Шл $
’‘IwsAku^w^ r\niif\tiwЧ;Лrps."‘гк-v ГчГС ivi-цл Л1 *• fiiacffezih flue -j ivuinpnc ^
tt; **»w. Л лит tt*'iv ili ,мкгс rriinVtmv :;•«» / aiiv ;j\v f’мус Я»гЛг ^ ctton^cmu
fui£ i uTtV^ л V' Tk «jhг*ч*£ <.vtiгкг$чссгс wT 5t:fгг,. учи^Гтглг £«!%* ivc tcb >ucu6 cc\
- i u ■ ,;гчн~г cu*ttttCJiycz£w^£TfiVtsti& ;xiW«>.Tib «AVuburt «tuicrui
flUL^vei rtinii4 -viffiuy**** - | ^^ivia Vffi d\\Ki£ - { ltCrn\
iiCi^ •'Jt:«*■ % V&iir-it2 j ^ Jjff jwjf Г.Л Аымг V* мий *C
bSjcwiixA a* !\ki *. ЧЧ1-МХ c* iitpiitt ^Йд^гл.и а Vu Qc [<лтс-’Ickw l"
vt tii: |a!ttrCtt* cc л&1С*г‘ Y.vuit'» aij. l-.aiviicfn3pni
int Ч-i'c vWfuXMi.ii :да« ^чЛ Tto/; twu\£ is fcnxu^c pi^m&ib^cc.\.vob£(\Ui
vc ratifyи uc *ird .«»* лау.хскс V.Jt’a^nr • : ;,!«»■■-••. c>r$ rr i4tn ^ofucvw
Critiquer les faux - document 41
late notarius, presentibus viris discretis domnis Johnnnc dicto Popaut, presbi- i
tero curato parrochialis ecclesic dc Peso Tornacensis dyoeesis. Nicolao diclo
Marine. Christiano [466] de Vpra. perpctuis capellanis ecclesic Tornacensis et j
peiro diclo Tonsoris dc Scnogiis. presbitcro Cameraccnsis dyocesis. lesiibus ad 1
hec vocatis el rogaiis. prescripias viginti cl (res littcras originates in septem mtu-
lis hie conjunctis transcriptas, sanas el integras [467]. omni vicio et suspicionc i
carcnies. sigillis comm dc quibus in ipsis 111 mcnlio proul prima facie apparuit |
sigillalas, in forma prcnolala, parlim in capilulo ecclesic fornacensis predictc i
anno Domini millcsimo treccnlcsimo irigesimo secundo. indicione prima. men-
sis [468] februarii. die XVIR pontiilcatus sanctissimi in Chrislo patris ac domni ,
mei domni Johannis, divina providencia pape XXIIе*' anno XVIT\ cl parlim in 1
crastino subsequent! in domo habitationis dicli Christiani sita juxta eandem eccle- |
siam Tornacensem. vidi. tenui cl palpavi, easque cum [469] presenti cxcmplo scu
iranssumpto manu dicti curati de Pesc conscripto, facta diligenti collatione de eis-
dem de verbo ad verbum, concordare inveni, nil addens vel minuens quod sen- ,
sum mutet aut intellectum. Idciro ^ de mandato et consensu honorabilis [470] j
ac providi viri prclati Petri, gardiani fornacensis, presens cxemplum seu trans- ,
sumptum in lianc publicam lbrmam redegi. approbando in quinlo dictorum rotu-
lorum superscriptionem. videlicet "pro dictis decano et capilulo cl comm ccclc-
sia comparcnte et jus sibi dici sive difllnilcr [471 ] in dicta causa a nobis": signoque
meo consucto unacum sigillo dicte civilatis Tornacensis in lestimonium veritatis (
premissorum signavi, vocatus ad hoc special iter et rogatus. i
[An verso du rouleau:] Copia litterarum compositionum contra villain
Tornacensem.
a) Phs en C. - b) Sic Cpour quasdam. - c) Sic Cpour dimidiala (voir document n° 42).
- cl) L'edition de Poutrain ne clonne que les mots HILPERICLS Rex dans la version latine:
ce ejui est sans doute une erreur typographique puisque la tradition fran^aise en vis-d-
vis par/e bien de HILPHRIC ROI DLS FRANCOIS (voir document nc 42). - e) Sic Cpour
maii. - 0 Sic Cpour Idcirco.
Prorlcmls de transcription. - Le rouleau dit “de Chilperic’4 se presente sous la
lornie d'un vidimus de 23 documents originaux. realise sous Г autorite du nouveau
niaitre de la ville, Pierre dc La Marliere (voir ci-apres: comprehension du texte), avec
* «tide d'un notairc public - qui n'csl pas cite avant la I. 463 sans doute a la demande
du chapitrc cathedral de Tournai qui ne voulait pas se dessaisir de documents con-
scrves en original (\oir la note dorsalc). Parmi les 23 lettres rccopices le 17 fevrier
>333 llgurcnt tani Tacte d'achat. par la commune au chapitrc cathedral, de Lenscm-
ble des droits dc marche el de tonlieu (16 mai 1293). que Tacte par lequel Philippe
*e Bel vidimait, deux ans plus tot, le diplome de Chilperic II. Aucun sceau iTa jamais
Pendu a ce rouleau, bien que son auteur pretende avoir fait sccller "ces presentes let-
hes et vidimus dou seel as causes de la cite de Tornay” (1. 463: voir egalement 1. 471).
*1 nc pouvait etre question dc reproduce photographiquement le document etudie
ctunt donne sa taille: il est compose de sept fcuilles de parchemin collees bout a bout,
387
Critiquer les faux - document 41
pour une longueur de 5.180 mm, et compte 471 longues lignes de texte (largeur: 560
mm).
L’extrait photographique, centre sur le dessin du monogramme royal, fail touictni^
apparaitre le seul probleme de transcription que nous ayons du resoudrc, a savun
Temploi systematique (tic de notaire ?) de deux points juxtaposes sur la ligne
Conformement aux Regies et conseils d’edition (chapilre 9). n° 13c, on no les a main-
terms que dans la mesure ou ils precedaicnl le nom on le titre de fonctionnaircs, sti-
pulant par la qu’on s’adresse a eux ratione officii et non ratione personae.
Comprehension du texte. - sergens d'armcs (1. I ), sergent d'armcs ou officier
de justice, qui a en quelque sorte une fonclion de luiissier. gardicns (1. 1) cl gar-
dianus Tornacensis (I. 470): soucieux d’appliquer dans les marches septcntrionales
du royaume sa politique de centralisation, le mi de France fit supprimer la commune
de Tournai par arret du Parlement de Paris, le 4 juillel 1332: la ville esl mise clans Li
“main du roi”, qui en confie le gouvernement, avec titre de gardien, a un sergeni
d'armes nomme Pierre de La Marliere. La commune sera toutefois retablie par le roi
Philippe de Valois en mai 1333 (“ordonnance de Galetas”). - exemplum seu trans-
sumptum (1. 469 et 470): designe la copie notariee (on rapprochera cette expression
du transcription seu transsumptum du document n° 34, 1. 1).
Datation. - La transcription par Pierre de La Marliere est conclue par la date
precise, de lieu et de temps ((foufut fait... de fevrier. 1. 463-464). Celle du notaire,
pourtant du mcme jour ainsi que du lendemain, est datee de ‘Tan du Seigneur 1332,
indiction 1, en fevrier, le 17, la 17е annee du pontificat de Jean XXII, et du lende¬
main”. Tant de precisions sont bien dans la ligne d’un notaire apostolique. Les ele¬
ments de datation (annee du pape, indiction et style de Paques utilise a Tournai) con-
cordent pour situer cette copie au 17 et au 18 fevrier 1333 n. st.
COMMENTAIRE DIPLOMAriQUE.
Le vidimus par le gardien de Tournai.
Scion la tradition pour les vidimus, l’annonce de la transcription est assez deve-
1оррёе: tous les termes que Гоп у trouve sont la traduction de formules latines en
usage et qui attestent dc la regularite du scellement et de Labsence dc lacunes. Qu’on
en juge plutot:
- litteras sigillatas, sanas, integras, sigillo de quo fit mentio in eisdem / pluseurs
chartres et lettres saines et cntieres, saellees de pluseurs seyaus, desquels mentions
est faite ici empres;
- non rasas, non abolitas, nec in aliqua sui parte viciatas / non vicices, non cor-
rompues, non effacees et non malmises;
- sed omni suspicione carentes ut prima facie apparebat et sanz aucune cor¬
ruption ou suspiccion avoir en elles si come il apparoissoit en la premiere face;
- quorum tenor sequitur in hunc modum l desquelles la tcncurs est tels coninic il
s'ensuit.
On peut comparer ceci avec les termes utilises par le notaire public (1. 466-467),
lorsqifil parle dc ces memes 23 lettres: “sanas el integras, omni vicio et suspicion
388
Critiquer les faux - document 41
cu rentes, sigillis eontm de quibus in ipsis fit mentio prout primci facie apparuit sigil-
latas”. II у a la tout un langage stereotype et conventionnel.
On specific aussi le mode de suspension et la couleur du sceau puisque ces parti-
eularites sont en relation avec la nature de l’acte: “une letre saellee du grant seel...
en laz de sove" (1. 3).
Au contraire, les clauses finales sont breves: Г auteur de facte se bornant a annon-
cerque pour valider le vidimus, il fa scclle de son sceau (“en tesmoignage ... desous
escripf\ 1. 462-463).
Le vidimus de Philippe le Bel.
Philippe le Bel, vidimant le faux diplome - et lui conferant du meme coup Г authen¬
tic^ souhaitee - identifie le sceau de son predecesseur (sigillo inclite ... Francie, I.
4), en decrit avec soin le mode de scellement: sceau plaque (in eisdem impresso lit-
leris intus effort's* 1. 4), sans lacs ou queue de parchemin (sine lacjueo, 1. 4). II en
donne egalement une description de type iconographique: le sceau represente le buste
(fun roi revetu d'un bonnet ou d’un chapeau (cujus caracter... in capite, 1.4). et por-
lant tout autour la legende HILPERICUS REX FRANCORUM (1. 5). Autre particula-
rite, lexicographique cette fois, les diphtongues du diplome de Chilperic n’ont pas ete
reproduites.
Meme brievete dans les clauses finales: Г auteur de l’acte atteste son acte et le valide
par son sceau. Nulle part n’est donnee la raison du vidimus.
La souscription du notaire.
Les tabcllions ou notaires publics - a fortiori, comme ici. un notaire apostolique
ct imperial - avaient le privilege de dormer a leurs ecrits le caracterc d'authenticite,
par fapposition de leur seing manuel et par faddition d’une souscription, congue en
forme de certificat (completio).
Le seing manuel cst dessine a sept reprises: il chevauche les levres inferieure et
superieurc de chaque fcuillet, la ou un feuillet est colie sur le precedent (un peu a la
maniere d’une devise chirographique); il est egalement place en tete de la souscrip¬
tion notarialc.
Celle-ci cst transcrite d'une autre main (la copie du rouleau a ete faite par un des
tomoins. le cure du village de Pecq, voisin de Tournai, cf. 1. 469) et d'une autre encre.
Elle aligne une serie de formules qui, comme on fa vu deja dans fauthentification
notariee dc 1375 (voir document n° 34). sont typiques de ce genre de documents.
Apres avoir decline son identite (Ego ... notarius, 1. 465) et presente les temoins
(pf’esentibus ... rogatis. 1. 465-466), le notaire decrit tres concretement la premiere
Phase de son intervention: f examen des 23 originaux, pour laquelle il emploie la for-
^ule classique et tcllcment imagee “vidi, tenui et palpavF. C’est dans la description
de cette meme phase qu’il date son document. Apres f examen des originaux, il veri-
he grace a une collation la copie sur rouleau (casque ... concordare inveni, 1. 468-
469), signale une correction effectuec au cinquieme feuillet (approbando in quinto ...
sl{perscriptionem. videlicet "pro dictis .. causa a nobis ". 1. 470-471) et certi fie n'avoir
Critiquer les faux - document 41
en rien alterc ic contenu tics tlocumcnls ainsi retranscrits (nil addons ... intellcrtum
I. 469). La souscription se lermine par Гаппопсе dc son seing munucl destine a validcr
la transcription (sig/mquc ... signavi. l. 471) et par la mention qifil a ele requis par
les parties (iocutus ... rogatus, I. 471). C*cst, en elTet. a la demande Ibrmellc du non-
veaii gardien de Tournai qu’il a realise ect instrument public (dc manduto ... redci»i
I. 47(f).
Le vidimus de Philippe le Bel apporte sur le laux ties renseignemenls incgalenicnt
intcressants. Sa transcription etanl particuliercment proche de celle du cartulaire. on
ne pent savoir s'iI a lire sa copie du pseudo-original, ou s'i 1 a paresseusement copie
le lexte tlu cartulaire (il dil ne pas rep rod u ire les “diphtongues”: dans celte hypothesc.
cola ne peut visor que les **e ccdilles" de la copie du XIIе siecle, fort nombreux, mais
sortis de I'usage au siecle suivanl). Une chose esl sure, le responsable du vidimus dc
1291 a eu le pseudo-original en main, apportanl une description inedite ties caraclo-
res externes de I'acte. sceau et monogramme, qui vont maintenanl nous retenir.
d. Examen des caracteres externes du pseudo-original
Si Гоп introduit ce nouveau temoin dans le dossier du diplome de Chilperic II pour
la cathedrale de Tournai, e’est parce qu’il offre des details assez precis de ses ca¬
racteres externes; les premiers portent sur le sceau. les autres sur le monogramme royal.
- la description du sceau sigillo indite ... regis Francie ... cujus caracter... in
capite... sigillatas, 1. 4-5: un roi, en buste, deux rangees de cheveux prises, ici, pour
une coiffe ou un bonnet, ainsi que la legende circulate, coincident avec Puniquc
empreinte conscrvee du sceau de Chilperic II, C initial en moins; une des particula¬
rity ctant que les lettres etaient rctournees et lisibles de Pexterieur (Archives natio-
nales, Corpus des sceaux frangais du Moyen Age, t. II, Les sceaux des rois et de
regence, Paris: Archives nationales, 1991, 337 p., ill., p. 87: unique empreinte con-
serv6e sur un acte de mars 716, Paris, Arch, nat., К 3, n° 18);
- le mode de scellement in eisdem impresso litteris intus etforis* sine laqueo, 1. 4:
son caractcre plaque cst largement souligne; le gateau de cire est rive intus etforis.
ce qui pourrait laisser entendre que la cire a coulc de part et d'autre de la piece, par
Pouverture cruciforme faitc en vuc du scellement, sans lacs ou queue de parchemin.
ce qui est normal jusqu’au debut du XIIе siecle;
- le dessin du monogramme royal ainsi que son insertion dans la souscription.
Pourtant, ces sculs caracteres externes sont totalcment insuffisants pour determiner
si Гоп cst en presence d’une forgerie ou si le faussaire toumaisien a reutilise un docu¬
ment original authentique.
Son dernier editeur, Paul Rolland, etait convaincu de la deuxieme solution. Dans
son edition de 192b (document n° 41c), il reproduit meme en petits caracteres ce qu |
estime etre repris a un diplome merovingien authentique; en caracteres gras ce qu •
attribue a des interpolations de Pepoque carolingienne.
Cepcndant, pour cet editeur, eleve de Henri Pircnne et historien de la commune, cc
diplome devait s’inscrire dans les luttes contre le clerge local pour arracher Г auto¬
nomic communale. Selon lui, ce document a ete falsifie entre 1130 et 1146. Cette
390
Critiquer les faux - document 41
demonstration fait problcme: a cc jour, on ne connait rien dans 1'histoire tournaisienne
qui justifierait l’obtention d'un diplome merovingien authentique en 716 (celui-la
meme qui aurait ete falsifie); d’autre part, il n’est pas simple d’expliquer que le faus-
saire a “fait du merovingien'’ avec “du carolingien”. II semble plus judicieux de s'en
tenir a une falsification de I’epoque carolingienne.
ЗУ I
Critiquer les faux - document 41
41c. Edition du faux diplome de Chilperic (1926)
m
Critiquer les faux - document 41
e La survie du faux diplome merovingien
La donation mcmvingiennc a loujours etc considcrce commc la pierrc angtilaire dc
la puissance temporelle du chapitre cathedral: a la moindre contestation des droits
aipitulaires dc lonlieu et de "pontenage". le souvenir du mi merovingien est invoque.
Des le XIIе sieele (7). PelTigic de Chilperic figure - en lieu et place de Notre-Dame!
>ur le sceau capilulaire (donl la matrice, en ivoire, utiliscc an moins jusqu'en 1435
c't ton jours conservee au tresor de la cathedrale. est title des plus aiicieiine matrices en
noire conservecs en Occident). Le laux diplome “ouvre" en I 178, on Га dit, le pre¬
mier cartulaire du chapitre ainsi que lc plus ancien tarif du tonlieu sur EEscaut. La
scconde confirmation pontificale des biens du chapitre, cn 1190, reprend quasi mot
pour mot tout un passage du diplome. Les sculptures romanes de la cathedrale illus-
traient elles aussi, selon certains historiens d’art, la lutte fratricide opposant Chilperic
a son frcrc Sigcbert. II faut faire remarquer que les chanoines tournaisiens ont con-
fondu Chilperic Ier, dont e’est ici Thistoire (reprise a Gregoirc de Tours), avec
Chilperic II, auteur presume du diplome.
A partir du XIIIе sieclc et peul-elre plus tot , el jusqu’en I 797. le service anni-
versaire du roi merovingien est cok;bre solennellement au clioeur de la cathedrale. le
2X mars. Ce jour est bien celui dc fanniversaire de Chilperic II. Le coutumier avail
prcscrit d’v observer la memc solcnnile que pour le service funebre d’un pape. a celle
difference pres que les cekbrants. au lieu de revetir les ornements noirs. portateni
les vetements brodcs de fleurs de lys.
A la fin du siecle, au moment de la redaction du cartulaire "D" ouvert, lui aussi,
vers 1285, par le faux diplome, les chanoines elaborent un nouveau tarif du tonlieu
sur PEscaut: '4n Tornaco habet ecclesici pro aninw gloriosi regis Celprici et ex ejus-
(fem regis done quicquid in civitate Tornacensi polestas regia obtinebat'\ ce qui donne.
dans la traduction picarde de 1423: "En Tournay li Eglisc a pour l’amc du glorieux
roy Cclpris et par lc don dudit roi tout ce que li poissance royal obtenoit".
En fevrier 1291, le diplome de Chilperic est vidime par Philippe le Bel. On en
saisit mieux Einteret lorsqu’on sait que, deux ans plus tard, le 16 mai 1293, le doyen
el le chapitre cedent a la commune de Tournai. en ecus perpetuel et moyennant tine
rente annuel le de 300 I iv res parisis. les "vvinages. forages, pontenages el autres limits
^le tonlieu". Cette cession enlevail au chapitre la charge de percevoir Eimpol et le
deharrassait du earacterc odieux que celle charge entraine neccssairemenl. Encore fal-
toit-il que Г autorite communale vcrsal reguliererneiit la conirepartie fiiuinciere a
Inquol le cl le s’clail engagee. C’est pour cela que EEglise de Tournai continuera,
jttsqtfau XVIIIе siecle. a rappeler. dans Eeerit. lc vitrail et la pierre. I’origine de sou
Pouvoir temporcl.
Paul Rolland. "Lc diplome dit ‘de Chilperic' a la cathedrale de Tournai". dans
Bulletin de la Commission rovale d’Histoire, 90, 1926, p. 143-188; edition: p. 183-
188.
Jacques Pycke et Jean Dumoulin. “La donation du roi Chilperic a EEglise de
tournai" et "Lc souvenir de Chilperic a la cathedrale de Tournai", dans Chilperic-
Clovis. 1500е anniversaire. 482-1982. Tournai: Musce d’histoire et d’archeologie.
1982, p 215-220.
393
Critiquer les faux
F. QUELQUES AUTRES EXEMPLES POUR SE FORMER AUX
METHODES DE LA CRITIQUE
1. Outre le dossier du faux diplome de Chilperic II, le volume contient une sequence
de quatre documents qui peuvent etre lus Pun par rapport a I’autre:
- un acte dc Charles le Chauve de 845, matrice de Facte royal occidental (docu¬
ment n°2): tout ici est dans la norme d’une production misc au point sous le regncde
Louis le Pieux; les caractcres externes et internes obeissent a un ensemble de regies,
dont la rigidite facilite la critique des falsifications;
- un acte de Charles le Chauve, prelcnducment de 845: pseudo-original forge au
XIе siecle (document n°3). Muni d’un sccau plaque, il se donne mules les apparen*
ces de Foriginalite (validation); mais coniine nous sommes a une epoque oil les chan¬
celleries ont des normes rigides, la faussete a pu eire ctablic par comparaison auv
dcs actes du meme auteur pour des destinataires differenis. On a pu allcr plus loin
etablir la periode et les motifs dc la forgerie. au iraxers des soucis irahis par le faux
et de certaines particularitcs graphiques el lexieographiques. C'esi ici qifest intone-
nue la comparaison avec d'autres actes du meme charirier;
- un acte de Fempercur Otton Ier, de 966 (document n°4), ctabli en chancelleric.
- que Fon a compare avee une confirmation du meme (document n°5), fort pro-
che dans lc temps. Bien que les differences soient sensibles et que certaines caractc-
ristiques soient aberrantes (misc en page, souscriplion du chancelicr, differences dans
Fccriture, formule de devotion dans la suscription, absence de preambule, corrobo¬
ration, doublet dans la formule de datation), el les ne suffisent pas a declarer ce der¬
nier document faux; on est ici en presence d’une redaction hors chancellerie, com¬
plete^ pour certains signes de validation, par un scribe dc la chancellerie imperiale.
2. Dans le meme ordre d'idees, la meilleure initiation a Fart dc la dissertation cri¬
tique sera foumie dans les eommentaires des actes faux de souverains publies dans
les grands corpus nationaux (ei-dessus. chapitre 7). Pour la France, voir en particu-
Iicr dans la collection des (Inines et dipldmes, les volumes dus a Robcrt-Henri Bauticr
(F.iidcs) et Jean Dufotir (Robert et Raoul. Louis VI).
№ Fdlsclningen im Mittelalter...
Falsos у falsificaciones de documentos diplomaticos en la Edad Media [Actes dc
la Commission internationale de Diplomatique. Madrid, aout, 1990], Saragosse:
Comision Internacional de Diplomatica ct Real Socicdad economica aragonesa de
Amigos del Pais, 1991, 189 p.
Olivier Guillot, “La participation au duel judiciaire de temoins de condition serve
dans FIle-dc-France au XIе siecle: autour d’un faux diplome de Henri Icr [<1058>] •
dans Droit prive et institutions regionales. Etudes historiques offertes a Jean Yvet\
Paris: Presses Univfersitaires dc France. 1976, p. 345-360.
Philippe Wolff, “Note sur le faux diplome de 755 pour le monastere de Figeac ,
dans Bulletin de la Societe des etudes litteraires, scientifiques et artistiques du Lot,
91. 1970, fasc. 1, p. 83-122.
39 4
Critiquer les faux
Robert-Henri Bautier, “Les diplomes royaux carolingiens pour Peglisc de Langres
et l’origine des droits comtaux de Peveque", dans Cahiers Haui-Marnais\ 1986, fasc.
4 p. 145-177; reimpr. avec corrections dans Charles, sceciux et chancelleries..., t. I,
p’ 209-242.
Olivier Guyotjeannin, “Une interpolation datant des alentours de Tan Mil et pro-
venant de Marmouticr d’une notice perdue de 912", dans Francia, 13, 1986, p. 680-
686.
L’interpolaleur, par aillcurs fin letlre, comprcnd de travels Г expression jracfara archi-
episcopii dc l’acte qu’il inlerpole; il fait de la “ruine de la mense archiepiscopale" une
fracture (fractura archiepiscopi) qui, son imagination aidant, a failli coutcr la vie a
I’archevcque de Tours.
Theo Kolzer, Studien za den Urkundenfdlschungen des Klosters St. Maximin vor
Trier (10.-12. Jahrhundert), Sigmaringen: Jan Thorbeke, 1989, 351 p.. 51 ill. (Vortrcige
unci Forschungen, Sondcband 36); avec un bref apergu dans Fdlschungen im
Mittelalter..., t. Ill, p. 315-326; du meme, “Erfahrungcn bei der Bearbeitung eines
groBen Falschungskomplexes: Das Bcispiel St. Maximin vor Trier", dans Falsos y
faisijicaciones..., p. 145-159.
Dans ce dernier article. Pauteur suggere a la Commission internationalc de
Diplomatique de rassembler, de maniere systematiquc et par region, toutes les infor¬
mations obtenues a propos des falsifications de documents diplomatiqucs mcdievaux.
II propose lui-meme, p. 158-159, un exemple de tableau. Semblable panorama rc-
nouerail avec le tableau des falsifications drcsse jadis, pour la periode allant du Icr au
XVIIе siecle, par dom Charles-Frangois Toustain et dom Rene-Prosper Tassin,
Nouveau traite de diplomatique ... t. VI. p. 110-281.
CHAPITRE 9
editer LES ACTES
Ce qu’on attend aujourd’hui d’une edition de texte, e’est bien plus qu’une simple
retranscription de ce texte, car on peut s’attendre a ce que, dans un proche avenir, le
lecteur optique rivalise sur ce point avec l’historien. Le document n°42, reproduisant
une edition de 1750, introduit aux exigences nouvelles de Г edition et, par la, aux obli¬
gations de l’editeur. Celles-ci sous-tendent des Regies et conseils d'edition, basees
sur les 41 dossiers qui precedent et par ailleurs largement inspires des normes mises
au point par la Commission internationalc de diplomatique. Ccs regies sont confrontees
au dernier document du volume (document n°43), que Гоп propose comme modcle
de bonne edition d’un recueil d’actes. On passera enfin en revue les differents types
d’editions, necessitcs par la variete des situations.
En attendant la parution, dans la collection “A 'Atelier du Medieviste” d’un volume
specialcment consacrc а Г edition des textes medievaux, on tirera profit des observa¬
tions stimulantes de Pascale Bourgain, "Sur Г edition des textes litteraires medievaux",
dans Bibliotheque de VEcole des chartes, 150, 1992, p. 5-49.
Un parallele dans L 'edition des textes anciens * XVIе-XVIIIе siecle, dir. Bernard
Barbiche el Monique Chatenet, 2e edition, Paris: Inventaire general, 1993, 128 p.
A. PRINCIPES GENERAUX ET OBLIGATIONS DE L’EDITEUR
Une edition diplomatique est la publication d’un document, apres etablissemcnt cri¬
tique de son texte, compte tenu de la tradition de celui-ci et d’un examen critique de
sa sincerite et de sa datation. Cette definition entraine quelques principes generaux,
qui entrainent a leur tour des obligations pour tout editeur de texte.
•• Respecter le document retranscrit
L’edition est un compromis entre le respect du document retranscrit et les habitu¬
des modernes en matiere de presentation. En presence de l’originaL le respect du docu¬
ment doit tendre a etre absolu. On en respectcra en tout point les graphies, afin de
,le pas etre amene a introduire des legons fictives. L’intervention de Tediteur dans
quelques cas exceptionnels est signalee plus loin, dans les Regies . . d'edition, p. 409,
n° 17.
Lorsqu’un texte est connu a la fois par un original et par des copies, Г original prime
ct il if est pas besoin d’en relever en note les variantes presentees par la (les) copie(s).
Lin entend ici par “copie" aussi bien des manuscrits que des imprimes (= editions).
^ est bon cependant de les avoir parcourues, afin de verifier si elles ne presentent pas
des variantes historiquement significatives (mais on sc trouve la a la limite du tra-
vail d’historien et de diplomatiste).
Ecliter les acres document 42
Le«re CHILPERIC Roide France lous le vidimus de
Philippe le Bel, contenant certaine Donation a Chraimer
Eveque de Tournai, & \ fon Egliie.
I IILIPPUS Dei gratia Fran-
P ;,jl comm Re x Not am far anus uni-
verfts , tam prajentsbus у quam
futuris у quod nos Litter as auafdamyfr
gillo inclyra recorlatinnis lilLPE tll-
CI quondam Regis Fran eta, in etjdem
impreflo Lit ter is , intus & foris fin}
liquet): cujus cavatler eft dtmuhata ho-
mints imago у cum pileoin capite, cuius
Litter* Junt in ariuwfeicniiS HiL-
PERICUS Rex4figillatas vidimus tn
hare verba 9diphtongis tamen in cijdcm
OHlLIPPEjWf l:i Г ГШСС
de Dtcu Rui do Fun-
jcjis, fjavuir faiions A
ions prdfcns & a Venn 4quc nuns
afomvu cerMines I itrc , infix
Лт las Ic 1'ctau d'HILPERlC
dc glonculc manoiic autrodins
Roi dc France, fousl figuic d’un
hoinm cn bull .ivee unc clpctcdc
dvapt u Iiiг la tctc, aiant ccs incut
dans Ic гоп» IJlLPERlC ROI
DES FRANCOIS. ilcfqttc»ct
Leures hi icncui eft idle. fouf que
certain' earaderct cn diphiongucs
57»i
feriptis Litteris 9 in prafenti tranferip-
to non expreftis.
IN NOMINE OMNIPOTEN-
TIS DEI у ET SALFAT0R1S
AOSTRI JESUCHRISTIy HIL-
PERICUS dtvind Praveniente gra¬
tia Rex Franc or um. Quanto alios re-
gid ceftit udinc preeccllimuSy taut о Chrif-
tum honorarcy & ejus Eccleftam im pen-
pits volumus у & in Chrifti repen/wni-
bus Sacerdvtum „ & Pontificu/Пу velfcr-
vorum Deiyqu.e pro eortim utilttati-
bus pertinent ylibenter prerflamtts , vcl
concedimus ; & hoc nobis ad laudetn
vcl ftabtlitatem regni noftri , in Dei
nomine pertinere conftdimus. Idcirco
nojeat omnium ftdelium SantLv Dei Ee¬
rie f re y noftrorum quoque prafenti urn Jci¬
lices у &futurorum humtIttas yJeu mag¬
nitude у quod nos Apojioltco viro Dom•
no Chrajmaro Noviomagenfis yvelTor-
naccnjis Ur bis Epifcopo theloueum de
mvtbtts ftipcr FI wit) Seals y qui petti-
net ad fifcum Tomacum tam ultra quam
& atrd decurfum , de quoltbct com-
mercio у feu & dc carrigio , г tel de fa-
gents у пес non de Ponte Jupcr Flamers
Sc alt у vel de omnibus venalibus, ubi-
cumque vendantur, feu tntrd mnros9
fat in appendiciis Mur ovum prcedilla
Civitatis у undecumque the lone us cxi-
gttur у ficut lifcus nafter у & regia po-
t eft as vindicate potcfl; ncc non 0Г juf-
ttitam de eodem theloneo у ficut earn li-
berepofjidemuSyad Eccleftam ipfins Роя-
tipcis uomni Chraftneri, qua eft in
honore Beat* Maria: in ipjo Tornaco
conftrufla | in (Upendtis Canon icorurn
cjufdern Eccleftx promerendis , uoftri
qui s’y trouvent fuivflnt Fulagc*
deces tems-lanc font pas icircpris
AU NOM DE DIEU
TOUT-PUISSANT ET DE
NOTRE SAUVEUR JESUS-
CHR1ST, H1LPER1C par ladi-
vine Providence Roi dcs Fran¬
cois. Auttnt qua nous fommes
elevdi au-deflus dcs aucrcs horn-
roes par la Roiaute vd autanc plus
voulons nous honorer Jesus-
C h r i s t & fon Eglifie, en nous
prc'unc volumim a louc ce ^ui
pc ut ccMiinbucr au bicn & a 1 д-
v mage dcs Prdtics ,dcs Evdqucs,
& dcsScrvitcurtdc Dicu, peilua-
dd que eda nc peut lourn qu*a
notre bire,Cc a I'aflcriiitfl it
'dc noire Roi*дшпе. A ccs Cuufcj
f^aclicnc lous fidclet , qui font
fous notre obdiilincc , dc quelqiic
quabtd,ec condiliou qu'ilsiouiu
que nousiccomioillons avoir cctuf,
Й rranfporic plane mem, cnudi e-
mcm,5cdc Notre grace IfCtialc
л Ьоштс Aplloliquc Ic Seigneur
Chiafmcr Evdquc dcTournai, fie
dc Noyon le dro:t dcToidjcu,
<jui apparucni a nunc File , ijr
Its bateau* j>al]auc par l’Elcaut,
fit cclui dc Ion Pont ,Ac ccluidcs
oiturcs , dc quclquct marthau-
diles que cc foi 9 unt cn dc^a ,
qu’au dc-Li tic la Riviere f avee
Ic droic dc Peche m, couimc aulli
fur routes let denrdet, qui Ic fcn-
dent rjuclque part nu'cllcs foient
vtuducs. ioit dant 1 Enceinte de
U Vdlc, ou dans fa Dc?i>cadan-
cc , par-tout. ou ce droit eft uc-
couiutiid d’dtrc Icvd, Ac cn la ша-
nidre «ju’il Fell par notre Fifc.de
Notre ainoritc Roialle . avee la
Jurifdiflioo dc ccs mdmes droits,
telle que nous la poftddonj* Vou
398
Editer les cictes - document 42
momentum \ plenb & integre twflra
pntii vffifttimus <omr([fy. guaprop-
ttrpcr hoc pnectpiwu Jpccidws aster*
nimtis pro do о and о quodpcrpctualitcr
iitra ipjiim Damnum C/ix'jmarum,
vel tplms San[i(t Ecc leper Tornacenfisэ
cr Jticcclloribits (his pro tempore volu¬
tins efle concrffiwi ,ut ncaue nos^neque
jitfu kJ Hulks, nec qualwet judiciaria
pntrftas thcloncum de quolibet commcr-
(to) tarn navi%io , quam & carrigio ,
out de fagenis , vel de pome tam ultra
quam £r ettra ipjo Fluvio Scale, nee
non de omnibus venaltbus ubicumque
ijiud Tornacum vendantur j unde cum-
que thcloncus cxigitur, dr fifeus nojler
cue tub care potcjl^ab tpjo Dorn no Chraf>
того, vel juniors bus vel Jucceffortbus
Juts nee de comm potcJJaic contradice-
w, vel attferre prcvfumat : Se i ipfi
thcloncus, dr jujiitia de thcloneo jux-
bJ quad Juprd per fmgula conttnctur
ipft jUmno Chrafmar> PoWtiftci , vel
jucccjjortbus Jtasj ad partem ipfius Sane-
hr Ecclefia Beat a Virginis Maria ,
quit eft in ipfo ftfeo confirulla , omni
tempore, nojtris & futuris tempori-
hits ad ra nj ito Canonicorum ejujdem
Ecclefur perpetuo prtficiet. Et ut Jure
ШЬщш (irmior habeatur, matins noj-
fr<r fubfcrjptione ftrmavimus , rw-
««/i nojlri imprejjimc conpgnare, at que
roborarc puccepimus.
Signum HILPERICI Gloriofi
Regis.
Halcoinus recognovi , fignavi
*1*/“ Kal. Mali anno primo Regni
HWERiacim$R*;f7in№ivi*
Mllt/ltlum apud Bibrach m Dei no-
Jelsetter. Amen9
-Quod autem vidimus hoc tcflamurz
*n [UJIIS tcjhmjnium preefentibus Lit-
***** nojhum fecimus appont figilluw.
ScUnn Pariftis anno Domini millep-
?? ducnitefimo , nonage firm , menjc
Eebruario.
Ions, Sc f ntendons que unites eci
tholes арраШСПИСШ .1l'Egljlcdu-
dit Seigneur Eveque Glmifmcr
pour fervir de retribution tux
Clianoiucsdc laditc Eglife in gee
a Totmiai Tbomieur de la Bicn-
hcurcufc Vierge Mane.
C’cft pourquot Nous dcccr-
nons , ЙС ordonnims que la pre-
feme donation ait fan cfici , cn
famir dudi Seigneur Chraluier,
Sc de fes fuccclicurs , Sc de la
Siim: Eglife de Tournai perpe-
uu'Ucmcnr, irrdvocablcmcnt, Sc A
tou^ours,cn telle forteq.ic ni nous,
ni nos dccemUns, ou lu cfl urs,
ni aucune Juilicc , ou Puiflinoe
n’cmrcprcnnc d*6tcr audit Seig¬
neur Chraiincr, fie A fes fuLcefleurs,
ou de leur cmpSclicr la jouiflancc
du Tonlicu de la navigation, de»
voituro f Sc du Pont, taut t n de-
^’a, qu’au-dc-la de Tlifcauc t ni
de la PScIk , ni Ic mime Ton-
lieu de tout cc cm fe vend A
Tournai, Sc danslxcendue defon
Wiltrid par-tout,ou il elt exigi¬
ble , & ou noire Fife eft enpof.
fenion de Texiger : Mais que ce
droit Iclon qu'il eft Ct-deflus Грё-
ciiii demeure dis maimcnant#K a
toujour» au jH>uvoir dud it Seig¬
neur RvSque Chrafmer au prolic
de la Saiute Rgbfc de la flicn-
ЬсигеиГс V'icrgc Mane , qui ell
bade fur noire domainc.pour itre
appliqui ala mcnlc de fci Cha-
nouics, Scalin que ce loir civile fer¬
ine, t4* liable , nous avons figne
ccs prefemes , Sc у iaitappofcrno*
ire feel,
Signe IIILPEaiCRoi
imfours CilorieuX
Moi Hai.coin Garde - feel ait
vu, Sc (igni ces Prclcntes donnies
ftux Catendea de Mai Гаи I. du
Regne dTULPEiUC Roi Glo-
neux mdiShon XIII. ABibracli,
a U bonne bcurcau nom deDicu.
Amen.
Tel eft lc contenti de ce* Let-
tre*v guc пои» diclaroni avoir
ues r E foi de quoi поив avons
fiut appofer notre feel A ce* pri-
fente* v flit A Pans l*an de notre
Seigneur mil deux ccni quatre-
vingt-dix au mots de Fivricr.
399
Editer les actes - document 42
42. Une edition ancienne (1750)
Philippe lc Bel vidime une donation du roi de France Chilperic a Peveque de Noyon
et de Tournai Crasmar ct a son Eglisc de Tournai (1291).
a. [Joseph Alexis Poutrain], Histoire de la vil/e et cite de Tournai, capitale des
Nerviens et premier siege de la monarchic frangaise, t. II, La Haye: Moetjens [en rea-
lite Tournai: Nicolas Jovencau], 1750 [en rcalite 1743 et 1749], Recueil des lettrcs
et chartes, p. 1 -4.
Tout fail probleme dans cette edition ancienne du vidimus par Philippe Ie Bel du
faux diplomc de Chilperic (document n°4lb): son auteur, le lieu et la date d’impres¬
sion de Pouvrage, la source de Pedition et sa valeur.
Bien que Pouvrage ne soit pas signe, il a pour auteur un Tournaisien resolument
admiratif dc la France. Joseph Alexis Poutrain, qui le fit imprimer a Tournai, chapitre
par chapitre, duranl de longues annees (de 1743 a 1749), sur les presses de Nicolas
Jovenau.
Son admiration aveugle pour la France lui attira des ennuis, lorsque, par le traitc
d’Aix-la-Chapelle dc 1748, Tournai passa sous la domination autrichienne. II eut beau
s’adresser au Gouverneur general des Pays-Bas pour lui dedier son ouvrage et en obte-
nir lc privilege de debit, tout lui fut refuse le 24 novembre 1749. Toutefois, par egard
pour Pimprimeur qui en avait termine Г impression, le Gouverneur accorda que le livre
paraissc “sous lc nom dc quelque villc d’Allemagne et de Hollandc”. L’ouvrage fut
disiribue a partir du 30 mars 1751, jour auquel Pimprimeur Jovenau cn presenta un
exeinplairc au Magistral qui lui accorda 30 florins pour le remercier de son atten¬
tion (Emile Desma/iercs. Bibliographic tournctisienne. Recherches sur la vie et les
travuux des unpnmeurs et des Hhraires de Tournai, 2 vol. , Tournai. 1880-1881 [repr.
Nieuwkoop: Dc Graaf. 1973, 768 p.], p. 329-330, n° 869).
Cette edition nc rencontre pas, sur deux points cssentiels, les exigences minimales
d'une edition de texle. A noter en premier lieu les informations contradictoires en ce
qui conccrne la tradition: ou Poutrain a-t-il trouve son modele ? Dans le tome Iе1, par-
lant du roi Chilperic Ier, il signale indirectement la source de son edition: “Mais les
lettrcs de donation ... subsistent. L’Eglise les avoit conscrvees en original jusqu’a Pan
1566, qifellc eut le malheur de les perdre ... Mais Pusage aiant toujours ete dans ces
grands Corps Ecclesiastiques de transcrire les titles importants dans des registres,
celui-ci le fut dans un registre, qu’on sauva heureusement du naufrage avec quel-
ques autres. Comme e’est le plus ancien monument littcraire de cette vile, on a cru
qu'il la regardoit autant que son Eglisc, et il est rapporte a la Fin dc cette Histoire, a
la tete des autres titles, qui lui appartiennenf’ (t. I, p. 130). Toutefois, a la suite dc
Pedition proprement ditc, dans un commcntaire consacre a prouver Pauthenticite du
diplome dc Chilperic, Poutrain precise que “cellc-ci sous lc vidimus de Philippe le
Bel est rapportee par Chiflct dans son Thesaurus Sepulchralis Childerici regis... Ф”
Pa tiree, scion sa note marginale, a la tete des lettrcs ex Archivo Urbis Tornacencis
(t. II, Preuves. p. 4)/Vraisemblablcment done, du registre 32 dit “de cuir blanc” des
Archives communales de Tournai, ou Pon trouvait, au fol. 4v (fcuille de garde) une
copie du XVе siecle de ce vidimus. Celle-la meme que Jean-Baptiste Foppens a uti-
lisec a son tour pour son edition des Opera diplomatica (revision de Pedition dc
400
Editer les actes - document 42
Vliraeus). t. II. p. 1310: “Superest nihilominus copia illius sive vidimus anni 1290 a
PhilipP0 Pulchro Francorum regis; asservaturque in Archivis Magistratus Tornacensis*'
(cette copie du vidimus de Philippe le Bel a brule en mai 1940).
Ce qui surprend egalcment, e’est Fomission a quatre reprises d’un mot on d'un
uroupe de mots dans le texte latin. compare a la traduction frangaise. II faut vrai-
scmblablcment conclure a dcs oublis typographiques. Les mots omis sont places entre
crochets droits:
- HILPERICUS Rex [Francorum] = HILPER1C ROl DES FRANCOIS,
- Domnum Chrasmarum [pontificem] = dudit Seigneur Evcque Chrasmar,
- Nequc nos. neque juniores nostri, [vel successores nostri] = ni nous, ni nos decen-
dans, ou successeurs,
- HALCOINUS [notarius] recognovi = Moi Halcoin Garde-scel ait vu.
Le restc est a Favenant, graphics, mots tronques, etc. (comparer avee les documents
n°41a et 41b). On ne tiendra evidemment pas compte de ce temoin pour la restitution
du vidimus original. Et e’est d’autant plus regrettable, qu’il est le seul a reproduce
toutc une seric de lettres capitales, que Гоп aurait pu croire tirees d’un temoin manus-
crit inedit.
Lorsqu’on possede plusieurs originaux. on porte son choix sur Fun d’entre cux dont
on rcspecte scrupuleuscment la teneur, et on releve en note les legons des autres ori-
gmaux conserves.
En presence d'autres chainons de la tradition manuscrite ou imprimee, Fediteur fera
un examen critique de chacun d'entre eux et en choisira un comme texte de base.
Cclui-ci tiendra lieu de Foriginal et nc sera amende qu’en cas de neccssite. Toute
modification sera signalee en note. L'editeur portera en note les legons des autres tetes
de serie de sa tradition. Les passages trop divergents scront presentes en colonnes
para lie les.
2. Renseigner Futilisateur
Quel que soit le type d’edition, Fediteur est invite a mettre Futilisateur en etat de
juger de Faspect de sa documentation et des limites de son travail.
De Faspect de la documentation d’abord. On attend de Fediteur qu’il precise le lieu
actuel de conservation des documents cites et leur etat materiel. Dans certains cas,
une reproduction photographique en dira plus qu'un commentaire mal assure.
De son travail heuristique (e’est-a-dire de sa recherche systematique et methodique
des documents) ensuite. II importe a Fediteur de preciser Fctendue de ses prospec-
hons archivistiques. en donnant la liste des depots visites, des fonds depouilles et des
documents cffectivemcnt parcourus. Divers procedcs existent pour presenter ceux
d'entre ces documents qui ont donne des resultats, comme par exemple Femploi de
caracteres gras, d'un asterisque ou. a Finverse, du mot “/7ih/7". A defaut, on donnera
au moins une liste, classee par depots et par fonds, des documents qui contienncnt un
chainon de la tradition manuscrite de Fenscmble des documents edites, avec en regard
numeros de Fedition.
401
Editer les actes
Des modelf.s a suivre:
L'edilion. par W. Prevenier, des actes des comtes de Flandre pour la periodc allant
de 1191 a 1206 est suivie d’un \olume intitule "Documentation \ ou sont repris tous
les documents parcourus. Un grand nombre d'entre eux sont suivis de la mention
"nihil": Da oorkonden tier graven van Vlaanderen. t. 111. Documenfafie en indices, p
3-72.
- Listes des documents avec numero de Facte:
• Tous les chainons de la tradition confondus:
Framboise Tecomte, Regestes des actes de Jean d'Eppes, prince-eveque de Liege
I229-123R. Bruxelles: Academic royale de Belgique. 1991. XLV-120 p.: ici. p. XXXV-
XI.11I {Commission royale d'histoire. Regestes des actes des princes beiges).
• Certains editeurs allemands font suivre leur edition d'un “Ubersicht der Urkunden
nach Empfangern und L,berlieГerung,' qui remplil partiellement le mcme role. Ainsi
II. Appelt, Die Urkunden Friedrichs f p. 139-199.
• Seule indication des originaux:
C’yriel Vlceschouwers. De oorkonden van de Sint-Buafsahdij te Gent (R19-1321).
Bruxelles: Academic royale de Belgique. 1991. 2 vol. , XXXII - 136 p., et 793 p.
(Commission royale d 'Histoire), spec. I. Inleiding. p. X V11 -X XII.
B. REGLES ET CONSEILS D’EDITION
Les normes qui suivent conccrnenl tout a la fois la presentation du document (n°
1 a 4). la disposition et la presentation du texte (n° 5 a 10), la transcription du textc
(n° 11 a 16). cnfin Lctablissement critique du texte et son annotation (n° 17 a 20).
Ces normes sont largement inspirees de colics qui out ete mises an point par la
C ommission inlernationale de diplomatique, publices dans le volume Diplomatic d
sigillographica. p. 19-93. On у trouve. p. 19-20. sous le title “Regies el documents
concernant les methodcs d'edition des documents medievaux latins”. la bibliographic
des normes d'edition d’Allemagne. de Belgique, d’Espagnc. de France. de Grancie-
Bretagne. de Pologne et de Tchecoslovaquie. Toutefois, les Instnictions pour la publi¬
cation des textes historiques par la Commission royale d'Histoire de Belgique, ont
fait Eobjet d’une reedition en 1985. - Line version preparatoire et partielle. due a
Robert-Henri Baulier, avail paru sous le litre “Normalisation inlernationale des metho-
des de publication des documents latins du Moycn Age". dans Bulletin philologiqm'
et historique du Comite des travaux historiques et u ienti/iques. 1976 [1978], p. Ю-
53. - Une edition definitive est en preparation.
Lorsqu’on a du у deroger dans la transcription des 43 documents de ce volume,
afin de tenir comptc-de son genre specifique, on a fait un renvoi aux Conventions par-
ticulieres suivies dans la transcription des documents (en Avant-propos, p. 10-13).
402
Ed iter les actes
EDITER UN DOCUMENT: LES CONSIGNES DE BASE I
! Si on edite un document conserve en original, il faut le respecter dans toute la 1
; mesiire du possible, sans qu’il soit necessaire de relevcr les variantes des autres !
temoins de la tradition. i
^ Ce respect touche 1° la disposition generale du textc (y compris la disposi- I
lion des temoins en eolonnes), sans inlroduire d'alineas la ou Гоп ifen meltail
pas au Vloycn Age. sinon dans le but d’isoler un aete insere, lequel esl I mite
comme line citation et done mis enlre guillemets; 2° Torthographe que Гоп ne
dierchera pas a harmoniser.
Ce respect implique que Гоп indique scrupuleusement - par un appcl en note |
i (pour renvoi a I’apparat critique) - les lacunes. les blancs, les mots manifeste-
ment omis, les caracteres speciaux; les elements figures, les mentions de chan-
I cellerie et les mentions hors tencur. Le texte ne sera adapte qu’en matiere de pone- 1
I tuation et d’usage contemporain des majuscules. De la тёте manierc, toutes I
1 les abreviations seront developpees. I
| Dans le cas d’une ou de plusieurs copies, on en choisira une de reference, que I
Гоп amendera en cas de necessite. On vcillcra cependant a avertir le lecteur de |
! toutes ccs interventions. I
I L'edition proprement dite sera precedee 1 ° de la date du document, donnee ou !
conjccturee, convertie dans notre systeme actuel; 2° du lieu ou il a cte delivre, i
1 mentionne sous sa forme moderne; 3° d'un resume qui fait connaitre de maniere |
concise et precise le contenu du document edite; 4° d’un tableau de la tradition
! ou sont ordonnes tous les temoins, tant manuscrits qu’imprimes, grace auxqucls
ce document cst connu. Ceux-ci sont designes par des lettres conventionnelles.
_ l
La presentation du document
1. Numero d'ordre
Un numero d’ordre en chiffres arabes, courant tout au long du rccueil d’actes ou
ties pieces justificatives, individualise chaquc document. On facilite ainsi dans les
index les renvois qui, sauf actc tres long, peuvent etre faits au seul numero d’acte el
non aux pages imprimees. - Normes particulieres pour notre volume, p. 10, n° 1.
2. La datation
2.1. Les elements de datation. La datation d’une charte comporte a la fois des don-
nees chronologiques, converges dans notre systeme actuel (millesime, mois. quan-
heme), suivies des eventuelles donnees topographiques, mcntionnecs sous leur forme
officiclle moderne (lieu, precision topographique). - Normes particulieres pour notre
volume, p. 10, n° 3.
2.2. Les elements problematiques ou reconstitues. Toute datation ou localisation
Яш pose probleme (incertitude sur le style, sur Г indiction, sur les annees de regne,
approximations, etc. ) sera justifiec dans la dissertation critique (ci-apres, n° 20). Pour
Vindication du style, on utiliscra de preference 1’expression a. st. (= ancien style),
niais ['expression \ st. (= vieux style) cst cquivalente.
403
Ed iter les actes
A defaut de date precise, Pediteur doit s’efforcer de determiner le plus etroite-
ment possible les limites entre lesquelles l’actc qu’il editc a du etre etabli. Tout ele¬
ment de la datation ou de la localisation qui ne rcsulte pas de fagon evidente du docu¬
ment lui-mcme, mais d’une conjecture de Pediteur, sera portec entre [ ] crochets droits.
3. Analyse'regeste
3.1. L'analyse suivie du texte. L’analyse est lc resume de Pacte qui en fait con-
naitre, sous une forme aussi concise et precise quc possible, le contenu juridique et
historique, ainsi que Pauteur et le destinataire. - Normes particulieres pour noire
volume, p. 10, n° 4.
3.2. L 'analyse non suivie du texte (on parle alors de regeste). Les regestes com¬
ponent au contraire Unites les donnees biographiqucs, topographiques, metrologiques
et institutionnelles. Elies tiennent lieu de Pedition et sont appelecs a eviter au cher-
cheur, dans la plupart des cas, d’avoir a retourner au document manuscrit. L’ensem-
ble des informations qui у sont contenues pourront en outre figurer dans les tables et
Pindex.
4. Le tableau de la tradition
Le tableau de la tradition est la partie de Pedition ou sont mentionnees les sources
par lesquelles Pacte nous est connu (original, copies, minutes, extraits, etc. ), ainsi
que toutes les indications bibliographiques qui s’y rapporlcnt.
4.1. Designation de Г original. Celui-ci est designe par la lettre majuscule A. 11 en
va de meme pour la minute notariale du bas Moyen Age, considcrce comme le veri-
lablc original (documents n ' 30 el 31). Dans les autres cas, Petat preparatoire (brouil-
lon. version primit i\c modi lice. etc. ) est affectcc du signe a (document n° 28a). L’ori-
ginal cPun faux on pseudo-original sera designe A ' (document n° 3). Si Pon dispose
de plusieurs oiiginaux. ils soul dcsignes respectivcment A~, etc. (document n° 18).
C ette lettre est resenee a Ponginal et a la minute, meme en cas de perte (par exem-
plc document ir 5: original perdu en 1040; Pedition se base sur une photographie de
eelui-ci).
4.2. Description de I'original. El le doit comporter:
a) la matiere du support;
b) les dimensions du support en millimetres, a\ec une precision de Pordre du demi-
сепПтё1гс: largeur haut/largeur bas x hauteur totale gauche/hauteur totale droite mm
(avec entre parentheses, le cas echeant, la hauteur propre du repli ou de la queue). Si
on a mesure 183 mm, on met 185 mm; pour 182 mm, on met 180 mm. D’autres me-
sures (largcurs des marges, espace inlcrlineaire, nombre de lignes, etc. ) sont lais-
secs a la discretion de Pediteur (a faire figurer dans ce cas en note ou en commen-
tairc, pour ne pas alourdir le tableau de la tradition);
c) Pindication du scellage de Pacte : presence ou trace de sceaux, leur couleur, leur
type (dans le cas d’un rccueil intcressant les actes d’unc institution ou d’un person-
nage, la description des differents types aura etc donnec dans Pintroduction), le mode
d’attache (les differents modes peuvent avoir ete decrits dans Pintroduction). Lorsqu’on
edite un chartrier renfermant des sceaux inconnus ou mal connus des rccueils usuels,
il peut etre utile de les regrouper, en annexe, en un catalogue par sigillant;
d) Petat materiel du document;
•104
Ed iter les actes
e) pour les chartes parties, le mode de partition et la devise chirographique (voir
documents n° 18 et 21);
f) les mentions hors teneur, les notes dorsales ou marginales, pour autant qu'elles
presentent un interet pour Г etude de la chancellerie, pour la tradition, pour l’histoire
du chartrier ou pour ('identification des toponymes. - Normcs particulieres pour notre
volume, p. 10, n° 5a;
g) le lieu de conservation actuel (localite puis depot ou bibliotheque) et la cote pre¬
cise du document.
4.3. Designation des uutres sources de I'acte. On distinguera le cas de I'acte connu
par un original et celui d'un acte qui n'est plus connu que par des copies, des extraits
significalifs et/ou des editions anterieures (toutes designees par le mot “copie”).
a) Si I'acte est connu par un original, les copies devront neanmoins etre relevees,
dans la mesure ou chaque copie temoigne de l’histoire du texte. Les copies sont desi¬
gnees par les lettres В, C, D... et enumerees dans un paragraphe distinct de I’ori-
ginal, suivant un ordre laisse a la discretion de I’editeur. En France, Г usage est de les
disposer dans l’ordre chronologique qui donne d’un coup d'ocil la diffusion du texte.
b) Si I'acte n'est plus connu que par des copies, celles-ci en tiennent lieu et sont en
outre de premier interet pour restituer la teneur du document original. Elies sont de
la memc maniere designees par les lettres В, C, D... Apres estimation de la valeur de
chacune d’entre elles, on determines les ‘‘copies utiles”, soit celles dont on a tenu
compte pour I’etablissement du texte (et dont on devra, en principe, relever les varian-
tes). On en informera avec precision le lecteur (“Texte etabli d'apres В et £"), etant
donne que Г ordre de presentation des copies est egalcmcnt laisse a la discretion de
I’editeur. En France et en Belgique, les “copies utiles” sont groupces dans un premier
paragraphe. L’usage frangais est de les classcr par ordre de fiabilite decroissantc
(copies figurces en tete).
c) En cas de filiation particulicrement complexe des temoins d’un texte, il peut etre
utile d'en informer le lecteur par un stemma (voir document n°41; au contraire, docu¬
ment n°43).
4.4. Description des copies. Chacune d’entre elles doit comportcr:
a) sa nature (copie figurce, vidimus, copic notarice, etc.);
b) sa date ou son epoque d'execution;
c) son auteur s’il est connu;
d) sa provenance (copie dans un cartulaire, copic isolee, etc.);
e) lc lieu de conservation actuel (localite puis depot ou bibliotheque) et la cote pre¬
cise du document:
0 la rubrique ou le titre qui introduit I’acte;
g) enfin la source d’ou est tiree la copic.
4.5. Les editions anterieures. Elles scront toutes relcvees, classees chronologi-
quemenl et designees par dcs lettres, a, b, c... dans un paragraphe particulicr, a la suite
des copies. Pour chacune. on donne les coordonnces precises et la source a I'aide de
laquelle l'edition a ete ctablie (voir document n° 10: edition d'apres un cartulaire du
XIIIе siccle, alors qu'on possede l'original). On se rappellcra qu’en I'absencc de t'ori-
gnial, ccrtaines editions peuvent etre dcs “copies utiles”.
4()s
Eciiter les actes
4.6. Bibliographic complementaire. La mention de traductions, de fac-similes, de
photographies, d’invcntaires d’archives. de catalogues de regestcs et d’etudes nc
s’impose que si Tun ou Pautre clement a scrvi a Pelablissement ou a Pinterpretation
du texte. - Normes particulieres pour notre volume, p. 11, n° 8.
Disposition et presentation de iexie
5. Numerotation des lignes, alineas et colonnes
a) L’indication de la numerotation des lignes, solution lourde, est deconseillee dans
la plupart des editions courantes dc textes diplomatiques et appliquee aux seuls cas
ou Pon peut prevoir un recours frequent au document original (documents tres ancicns,
actes publies pour leur interet paleographique ou linguistique, transcriptions de fac¬
similes a usage pedagogique, etc). - Normes particulieres pour notre volume, p. 11,
n° 9a.
b) Utilisation d’alineas. L’usage frangais cst plutot de restreindre les retours a la
ligne:
- pour isoler une nouvelle partie du discours, correspondant a une nouvelle etape
de la genese (recognition de chancellerie, date apposee dans un second temps, etc.:
voir par exemple documents n°2, 1. 8-10; n°5, 1. 12-14; 15,1. 15;n°16, 1. 24-26);
- pour isoler un actc insere, alors que les scribes medievaux marquent mal ou pas
du tout scs contours (voir ci-aprcs, §7a).
On peut loutefois conccvoir d’etendre Pusage des alineas a de longues enumera¬
tions, pour faciliter la lecture: dans un inventaire de biens, dans un traite diplomati¬
que, etc. (on aurait tres bien pu le faire pour le document n°28). On peut alors aussi
numeroter ces articles (numeros entre [ ] crochets droits) pour faciliter les renvois et
la confection de Pindex.
c) Les listes dc souscriptions ou de signet en colonnes scront, autant que possible,
respectees sous cette forme (voir documents n°39 et 40).
6. Utilisation de caracteres speciaux
Les lettres ou mots ecrits en caracteres allonges sont imprimes en gras (par exem¬
ple documents n°2 et 3); ceux qui figurent en majuscules sont transcrits en petites
capitales (par exemple documents n°7, 1. 1 et 17; n° 13, 1. 1: cmploi simultane dc
caracteres allonges et dc capitales, et I. 20; etc.); de memo que les signatures (par
exemple document n°7) et les paraphes (ci-apres, § 10c).
7. Passages empruntes a un acte anterieur
Tout passage emprunte textuellement a un acte anterieur est generalcment imprime
en caracteres d’un corps inferieur (ou, suivant le systemc italien, en italiques). Une
note dans Papparat critique prccisera la source de Pcmprunt.
8. Citations textuelles, titres d'oeuvres, insertions et mots etrangers
a) Les citations textuelles (quelle qu’en soil la langue) et les titres des oeuvres men-
tionn6es dans le texte d’un acte sont imprimes entre guillemets (par exemple docu¬
ment n° 11,1. 16: k4Par... Veauce”).
b) Les passages inseres - meme dans le cas d'acles entiers - leur sont assimiles.
On met alors entre guillemets le document incorpore dans Pautre (par exemple dans
un vidimus: documents n° 12, 23, 35: dans une copic nolariee: document n°34).
Editer les actes
c) Quelle que soit la langue utilisee par le scribe, on transcrit le textc en caracte-
rcs romains, reservant Litalique aux mots ou passages exprimes dans une autre lan-
i»ue, minoritaire (le plus souvent des mots techniques, des noms propres. des paroles
retranscritcs a la voice. Ainsi par cxemple les documents n° 10; n° 15,1. 4: n° 19, 1. 2:
n°24, 1. 16; n°30 et 34).
9. Presense d'elements figures
Les elements figures sont signales par un mot latin; ils sont decrils a leur place,
en italiques et entre parentheses. - Normes particulieres pour notre volume, p. 11,
n° 13, qui donne lc terme frangais et la version latine.
10. Mentions hors teneur, adresse, signatures, notes dorsales, notes posterieures.
a) Les mentions hors teneur placees sur ou sous le repli des actes de chanccllcric.
ct qui se developpent au bas Moyen Age. sont publiees aussitot apres le texte lui-
шёте. La place exactc de ccs mentions est portee en italiques, entre parentheses. -
Normes particulieres pour notre volume, p. 12. n° 14.
b) L'adrcsse des lettres closes, dont Г emplacement est indique de la тете maniere,
cst editee en tete de la lettre.
c) Les signatures, dont Г emplacement cst indique de la тёте maniere, sont im-
priiiKes au-dessous du texte, en petites capitales.
d) Les mentions d'enregistrement, de taxation et d'archivage ne figurent que dans
le tableau de la tradition. - Normes particulieres pour notre volume, p. 12, n° 14.
Transcription dl iexti:
11 Normalisation des graphies
Normalisation ne signifie pas harmonisation. Dans tous les cas, on respectera stric-
tement les graphies, sans chcrcher a les uniformiser. Les quelques normalisations pro-
posces ici n'affectent en rien la realite textuelle observee. Elies ne s'imposent cfail-
leurs pas et sont actuellement discutees. On suit ici les usages des editeurs frangais
d’actcs:
a) les “e cedilles” (qui derivent de “ac") ont ete rendus par le signa ac. pour etre
distingues des k‘ae'’ dont les deux lettres sont ccrites par le scribe. Sur machine a ecrire,
on peut superposer un ‘ke’' ct un “g"; sur traitement de texte a usage personnel, on uti¬
lise la commande “ALT -t- 145" ou les commandes de superposition.
b) lc “i" qui a valeur de consonne cst transcrit (justicia):
c) lc ‘ЧГ qui a valeur de consonne est transcrit “v" {vacuum).
12. Transcription des nombres
La regie generale est de laisser tels quels les nombres tels qu4ils sont exprimes, en
гота in ou en toutes lettres. avee les elements suscrits. mais sans transcrire les points
qui peuvent separer les differents elements. Ainsi "mil. CC. z LXX." (document n°
12. 1. 16) cst-i 1 transcrit “mil CC et LXX" ; de тёте pour “mil CCCC IIIIXX et
xviir.
13. Ponctuation et majuscules
a) On a normalemcnt introduit les usages frangais contemporains en matiere de
Ponctuation et de majuscules.
407
Editer les actes
Plus riches et plus contraignants qu’a Lepoquc malievale, 1 Is facilitent la lecture
du texte. On sait, par exemple, que Гоп pent aujourd'hui dislingucr “saint Denis" (la
personne) et ‘'Saint-Denis” (Labbaye ou la fete): “Pierre le sergent” (profession),
“Pierre Ie Sergent” (sobriquet personnel), “Pierre Le Sergent” (sobriquet hereditairc
patronymique); precisions, du reste, qui sonl parlois difficiles a introduire dans lc>
textes medievaux. Selon Lepoque, un donateur о fire line terre “a saint Denis” ou ;i
“Saint-Denis”; un “Pierre meunier” est meunier ou fils de manlier. La difference ifем
pas que de forme, mais aussi dc droit, de spiritualile ou d’expression des structures
lamiliales. On ne doit pas oublier non plus qifune attention particuliere doit etre portee
aux systemes medievaux, criterc parfois utile de datation et de critique.
b) Des majuscules out ete introduites pour les sobriquets el les toponymes (par
exemple document n° 21).
c) On ne maintient dans Ledition les deux points, juxtaposes sur la ligne (..), qui
precedent le nom ou le tilre de certains fonctionnaircs, que dans la mesure ou ccs
points stipulcnt qu'on s’adresse a eux ratione officii et non ratione personae (par
exemple documents n°8, 1. 2; n° 14, I. 1; n° 19, 1. 1. - Au conlraire, document n°4lb:
problemes dc transcription).
14. La restitution des abreviations
La restitution des abreviations doit etre absolument faitc. Ce principe, formule dans
Linteret d’unc lecture plus aisee du document edite, peut poser a Lediteur de graves
problemes lorsqu’il peut craindre, par des restitutions abusives et arbitrages, d’ega-
rer le philologue. Dans ccrtaines editions (documents du tres haut Moycn Age, plus
ancicns documents cn langue vulgaire, etc. ), les editcurs ont pu choisir de mettre cn
italique, entre crochets droits ou entre parentheses les lettres reslituees: Lutilisateur
est ainsi mis en garde, mais la solution est lourdc et oncreusc.
Dans des cas douteux, il est ccpendant indispensable:
- soil de les signaler, au cas par cas, dans le commenlaire des documents (solution
adoptee dans notre volume: par exemple documents n° 20 et 22. au paragraph
Problemes de transcription):
- soit de signaler la resolution cn note (par exemple document n°6, l. 1, note a).
- soit encore de laisscr telle quelle Labreviation (signalec dans ce cas par un point
de suspension): par exemple Guil/elmus de Castel. indique que Lon ne sait absolu-
ment pas s" il faut restituer Castel Hone ou Castello.
Ainsi dans le document n°8, Labreviation dee est-clle dcveloppee dicte puisque
le mot figure en toutes lettres (l. 4); de meme dans le document n° 12, le mot seign~
(1. 8 etc. ) est transcrit seigneur tel qu'il se trouve en toutes lettres (1. 12), alors que
d’autres scribes auraient pu ecrire seignur. seignoi\ etc. L'abreviation nre (docu¬
ment n° 12, l. 16) a etc developpee par convention nostre parcc que le scribe utilise
par ailleurs des ‘V’ en situation analogue, par exemple dans aumosne (1. 5).
15. Transcription des jambages
C'cst egalement Lexamen attentif du document ou d'autres du meme auteur qui
met dc resoudre les incertitudes dans la transcription des jambages: voir document n
per-
° 12
16. Transcription des documents en ancien frangais
On a voiilu respecter strictemenl les normes specifiques d’edition des documcnb
en langues vulgaires. pour lesquellcs on se reportera aux differents volumes de la со -
408
Editer les actes
lection qui leur seront consacrcs. 11 est, en effet, de regie dc ne jamais utiliser de
tiret dans les editions de textes en langue latine ou vulgaire: on ecrit Sanctum
Retnigiuni, Saint Remi, la meme ou le frangais contcmporain ecrit "Saint-Remy”.
Pour Lancicn frangais, on utilise le “c” cedillc (g), mais l’emploi de l’accent, limite
a (’accent aigu, est tres restrictif, puisqu’il ne sert qu'a distingucr le 4ke” tonique en
syllabe finale dans les mots se terminant par “-e” ou ‘fc-es”: on transcrit ainsi pere
(“pere”); ames (“ames”) mais antes (“aimes); ne (“ni”) mais ne (“ne”) et nees (“necs”).
Dans les monosyllabcs en -es, ou le 4‘e” est forcement tonique, l'accent est uniquemenl
utilise pour eviter des confusions; on accentue alors les mots semantiquement charges
ct non les outils grammaticaux: des (article) ct des (a jouer); pres f‘pres”) mais pres
ct prez (“pres”).
Signalons egalement l'emploi de L apostrophe (document n° 12, 1. 15 et 20).
El ABLISSEMF.NT CRITIQUE DU 1 EX 1 E ET ANNOTATION
17. Les interventions de Lediteur
En vertu des principes gcncraux cnonccs plus haut, les interventions de l’editeur
dans le texte retransmit seront limitees au maximum.
Par exemple document n°3. 1. 1: “Sasalvatoris” et “nonotum” ont ete laisses tels
quels; une note ccrtifie qu'il s'agit bien d’une erreur du scribe. Cette note peut en
outre proposer une legon correcte. Ainsi, au document n° 16, 1. 20, le mot “stabis”
est accompagnc de la note “f’: "Sic A pour stabilis”. Dans le document n° 12, I. 9,
on a bien corrige directement une bourdc du scribe (repetition de six mots), en le si-
gnalant en note (note critique a): mais e’est precisement qu’il s’agit ici d’unc copie
d’un acte anterieur, dont l’original, lui aussi conserve, pcrmel de denoncer la bevue.
Ccs interventions seront systematiquement justifiecs et notees.
a) L'editeur pout completer les lacunes du texte de son original lorsque celui-ci
est materiellemcnt defcctueux, par celui d’une bonne copie, quittc a mettre ces pas¬
sages entre crochets droits et a preciser, dans Lapparat critique ou en introduction, la
source de cette restitution.
b) Les blancs laisses par le scribe seront signales par quelqucs asterisques; une note
dans Lapparat critique prcciscra Limportance materiellc dc la lacune.
c) Les mots manifestement omis dans un texte, indispcnsables pour lc sens et dont
la restitution s'impose, seront relablis entre crochets, mais une note dans Lapparat cri-
dque signalera le fait.
d) Lorsqu’un mot, initialement fautif, est corrigc par une main contemporaine au
tc^tc, e'est la bonne legon qui est imprimee, mais une note dans Lapparat critique pre-
cisera la manicre dont cette correction a ete faitc (par exemple documents n°3. note i;
n° 16, note d). II en va de meme pour les mots biffes par une main contemporaine au
lc*te (par exemple document n°35, note a).
c) Dans le cas d’un original, en vertu du principe selon lequcl toutes ses legons doi-
^cni elre reproduites. les mots redoubles par erreur sont imprimes, landis qiLime note
dans Lapparat critique signale le fait.
0 Les mots ou phrases etrangers a un texte original, qui у ont ete inseres (interpo-
Intiuns, pas forcement frauduleuses), seront places entre • ■ crochets pointus (voir
I Edition en regard du document n 39). (.‘interpolation ilevra avoir etc justilice dans
'a dissertation critique (ci-apres, § 20).
409
Ed iter les tides
g) Les additions interlineaires, par lesquelles Pauteur memc du texte corrige un mot
ou precise telle ou telle donnee (parfois la qualite d’un temoin), seront imprimes dans
le texte, mais une note dans Papparat critique signalera le fait (par exemple documents
n°3, note b; n°25, note a; n°26, notes b ct c).
18. L’appel de notes pour renvoi a Papparat critique
a) Les notes qui constituent Papparat critique soul indiquees par une petite lellrc
d'appel suscrite. suivie d'une parenlhcse: a). ll). ... pour c\ iter toute amphibologie
si la variante venail a porter sur un chi l ire. - Normes particulieres pour noire volume,
p. 13, if 22a. Une nicme observation qui se repete plusieurs lois dans un mcme texte
(par exemple une omission, un Sic pour marquer une bevue, etc. ) pent porter le темпе
appel dc note (par exemple document n 3. la note “a" est rcpetec aux I. 1.5 el9. Voir
de тете le document n 29b).
b) Si la variante porte sur un seul mot, Pappel de note se fait a ce mot; si elle porle
sur plusieurs mots, voire sur une phrase entiere, il est preferable de faire Pappel apres
le premier mot (par exemple document n°39, note d).
c) Le mot sur lequel porte la variante est si necessaire reproduit dans Papparat
critique, avec indication de la lettre majuscule italique designant la source qui Pa livre;
il est suivi de toutes les variantes, chacune etant precisce par la lettre majuscule ita¬
lique de sa source (par exemple, document n° 18).
d) Lorsque la variante porte sur plusieurs mots, on se contente d’en indiquer le pre¬
mier et le dernier, separes par trois points ou par un tiret.
e) L’ensemble des notes qui constituent Papparat critique est regroupe dans un para-
graphe qui suit immediatement Pedition du texte.
19. L’annotation historique
a) L’editeur est tenu de donner connaissance des elements qui sont indispensables
pour la comprehension du document: identifications de personnes, de lieux, desti¬
tutions, etc. Il le fait au moyen de chiffres suscrits. - Normes particulieres pour notre
volume, p. 13, n° 23a.
b) Les personnages et les toponymes qui reviennent plusieurs fois dans un texte oil
dans un recueil sont identifies la premiere fois qu’ils apparaissent, ou a Pindex des
noms prop res.
20. La dissertation critique
Les problemes poses sur le plan critique par Pedition d’un document peuvent exi-
ger une dissertation critique. Cellc-ci prend place entre 1c tableau de la tradition et 1c
texte lui-meme; elle constitue, en effet, une introduction a Pedition. On у trouvera,
si necessaire, toutes les precisions relatives a la datation, a Pauthenticite, a la chan-
cellerie et a la place des documents dans le stemma.
21. Tables et index
Toute publication d’actes ou de regestes doit etre pourvue d’index et de tables, sans
lesquels ces instruments ne sauraient rendre les services que les chercheurs sont en
droit d’attendre: un index nominum qui comprendra en principe les noms de personae
et les noms de lieu,' ainsi qu’un index rerum. Dans celui-ci on trouvera, selon les
besoins, le vocabulaire commun (avec une evcntuelle traduction) et des concept
410
Editer les actes
jntroduits par Pediteur. L’etablissement de ces index est laisse a la discretion des edi-
icurs, tant les normes en usage dans les collections scientifiques sont variees.
Voici des normes inspirees de la Commission internationale de diplomatique: dans
у index rerum doivent figurer a la Ibis des mots emprunlcs aux documents (institu-
(ions el termes juridiques. realia. vie religieusc. economique el socialc. etc. ) el des
u'lletles-matieres, proposees par Pediteur el qui designent la nature juridique des acles
on rcgroupenl par themes certains des mots empnmles aux documents... Ainsi, si Гоп
lire des documents les termes modium. nwncaiula, jornata, pertica. etc., on pourra
jjouter une entree Ml si res, qui gmupera les renvois a ces termes... Les criteres de
selection sont delieats. II n'y a aucune raison d'e.xclure les verbes (nunwipare, ...)
on les adjectifs (dotalis, ...), qui peuvent etre aussi signifiants que des substantifs.
ir DCS MODELFS A SUIVRE POUR LA REALISATION DES INDEX!
Martine Garrigues, Le premier cartulaire delabbaye cistercienne de Pontigny (XIIе
- XIIIе siecle), Paris: C.T.H.S., 1981 (Documents inedits in-8°, 14), 488 p.
Index nominum\ index rerum.
Jean-Loup Lemaitre, Cartulaire de la chartreuse de Bonnefoy\ Paris: C.N.R.S.,
1990 (Documents, Etudes et Repertoires publics par I'LR.H.T.), XL1 - 203 p.
Table des noms de personne el de lieu; Index remm dit “Table des principales matieres"
incluant mots latins et occitans (ces derniers avec traduction latine ou, pour les termes
techniques, fran^aise).
Jules Viard et Aline Vallee, Registres du Tresor des chartes\ t. Ill, Regne de
Philippe de Valois, 3 vol., Paris: Archives nationales, 1978-1984.
Table des noms dc matiere. precedce d’un tableau methodique; des noms geographiques
et de personne precedce d’un tableau geographique.
1385
(Delude, n• 1570.)
1215, mi “>. - Part*.
Philippe Auguste confirm* Vaccvrd conclu entre ГаЬЬё et le monasldre de
Saint-Denis et les marchands parisiens frequenlant la foire du Lendit.
A. Original jadis srelle our lace «le soie rouge et verte. Hauteur, 328 mm.; largeur, 10
2H2 mm. Arduver narionalee, К 28, i»° 5.
B. t'opie du xtn* Cartuiaire blane de Saint'Pents, voL £, Archives national es,LL 1157,
foL 347. ('.. Copie, formulas abregdes, du ini* a., Registro C dc Philippe Auguste,
ful. 18 **u v“. — D. Copic du хше 5., Hegbtre E dc Philippe Auguste, fol. 148,
d’aprw (.. — L. Cupio du Х1П* s., Regiatrc F de Philippe Auguste, fob 116 v°, is
u'apree L>. — F. Copie du XIVе s., Registat D de Pliilippe Auguste, fol. 19, d'aprcs C.
— (r. Copie du xjve s„ Cartuiaire rouge de ^aint-Denis, Bibiiothcquc nationals, me.
lau 5415. p. 295. d’aproj В. ■— II. Copie du xrv* 3-, Archives national es, JJ 108,
fol. 154, d'aprcs un vidimus de Charles V, d'aoftl 1375.
a. Doublet, llisunrc dc Cabbuye de Saint-De пул, p. 899. — 6. Ordonnances, t, VI, p. 147, 20
d’aprb E. c. Fclibien, Ihsteire de Paris, t. Ill, p. 95, d’apres F, G ou II.
I.NDigul : Tardif, Monuments historicues, p. 343, nu 769, d'apris A.
In nomine sancte et individua Trinitatis. Amen. РЦШррив] ■ **> Dei gratia
Francoruin rex. Noverint universi presenter paiiter et futun quod lieu est
forma pari* inter dilecto» nostros nbbatein et convanturn Sancti Dyonisii 25
*• M’1 СО XVе. nivuse iiurn £ — lbl L’ongmal ne pone que lea deux premieres Icttrcs :Fb.
1,1 Li djte r*t prduisee pur le Regulrv 0 de PhiUppe Auguste (cf. evdewus, lu variants *
de Г-itv a- 1384).
et eorum ecclesiam ex ana parte, et universos mercatores Parisi eases qui
vcnient ad nundinas Indict] ex altera : duo vel tres ex burgensibus Parisien*
sibus prima die maii convenient prepositum Sancti Dyonisii in loco in quo
Indictum solet convenire, et prepositus debet ibi esse, et «idem preposito
debent denuntiare quod ipsi volunt capere plateas suas et signore logias
suas ad opus Indicti, quantum eis necesse fueriU Prepositus autem, si volue-
rit, potent vidcre quantum exinde capient ad opus iogiarum et, si ipse requi¬
site et inventus in loco Indicti interesse aul videre noluerit, propter hoc non
dimittent quin infigant et assignenl ad piateas suas quantum convenerit ad
opus dictorum mercatorum Parisiensium, et illas non poterunt alicui locare
nec assetiare sibi aliquem qui non sit ad idem catallum cum eis. Si vero
prepositus Sancti Dyonisii ipsa die non fueril inventus in loco Indicti, eadem
die ibunt ad Sanctum Dyonisium et denuntiabunt abbati vel priori vel por-
tario ut veniant ad locum Indicti et videant signari plateas sicut predictum
eet. Quod si nullus iliorum propter hoc venire voluerit, dicti burgenses
nichilominus capient et signabunt logias suas sicut superius dictum est. Et
si abbas vel prepositus vel prior a at portarius imponant dictis burgensibus
quod exinde non fuerint ab eis requisiti, duo vd tres ex predictis burgensibus
super sacrosancta jurabunt quod ex hoc eos requisterini secundum quod in
presenti acripto continetur, et sic liberi eruxxt exinde ab omni emenda, saiva
tamen justitia ecciesie Sancti Dyonisii. Nulius autem undecumque sit in
loco Indicti potest capere plateam ante primam diem maii. N undine autem
Sent vendendi et emendi in predicto loco Indicti eo tempore quo solent et
sicut solent. Quod ut robur perpeiue stabilitatis obtineat, presentem car lam
sigiili nosLri auctoritate et regii nominis karactere inferius annotato, salvo
jure nostro, confirmamus. Actum Pansius, anno doininice Incarnationis
M° CC° quin to dedmo l®1, regni vero nosiri rricesimo sexto, astantibus in
palatio nostro quorum nomina supposita sunt et signa. Dapifero nullo.
Signum Cuidonis buticularii. Signum Bartbolomei camerarii. Signum Dro-
conis constabulariL Data vacante {Monogramme) cancellaria.
iyo£L
XV»,
Editer les actes - document 43
Editer les actes - document 43
43. Une edition contemporaine (1966)
Edition de l’acte royal de 1215 (ci-dessus, document n° 6)
a. Recueil des actes de Philippe Auguste, t. HI..., n° 1385, p. 535-536.
On propose comme modele d’edition d’un recueil de chartes un acte edite en 1966
par Jacques Monicat et Jacques Boussard, reproduit ci-contre. On peut la comparer
avec cclle qui est donnee au chapitre 4, document n° 6. ainsi qu’avec les Regies et
conseils d 'edition ci-dessus. Seule divergence minime: la precision “mai” pour la date
du document etant conjecturale (elle vient du registre de chancellerie et non du docu¬
ment lui-meme), on s’attendrait a la trouver entre crochets droits.
Les donnees qui accompagnent chaque chainon de la tradition manuscrite et im-
primee sont suffisamment explicites pour dresser le stemma suivant, malgre quelques
inconnues qui subsistent (source de В, C, a et c).
1215
XIIIе s.
XIVе s.
XVIIIе s.
I XXе s.
A
edition Monicat
et Boussard
| Toutefois, comme Г original existe, un tel stemma n'apporte lien a I'ctablissement
du texte et n'avait done pas a figurer dans Г edition. Enfin, au sujet du tableau de la
| tradition, on renvoie a quelques observations au chapitre 6, B: Sinter un temoin dans
M tradition (p 321-322).
1П
Editer les actes
C. LES RECUEILS D’ACTES
Un documenl diplomatique речи tout d'abord etre publie isolement о it a litre de
piece justificative d'un ouvrage. II n'en presentera pas moins le tableau de la tradi¬
tion el sa presentation sera con forme aux normes proposccs ci-dessus. L'ordre dans
lequel les documents se presenteront esl laisse a la discretion de Г auteur, qui pourra,
par example, les ventiler en fonction de ses chapitres.
Plus IVcqucmment. les documents diplomatiques sont publies en reeueils. Par
reeueils d'actes, on entend une edition diplomatique des actes cmanes d'unc mcme
chancellerie ou d'un mcme auteur, ou bien concernant une mcme personne physique
ou morale, une mcme local ile. une meme region, un mcme objet (I ’oca hit la ire de la
Commission Internationale de diplomatique, n° 18). Si Гоп distingue differents types
de reeueils, e'est parce qu'a chaque type correspond une selection des documents, un
ordre dans leur presentation et un accent mis sur Гехатсп diplomatique.
1. Une exception: Г edition d’un cartulaire
Le cartulaire, on Га mi, a pour but d’assurer la conservation el de faciliter la con¬
sultation d'un ensemble bien precis de documents rclatifs a une personne physique
ou morale. Les actes qu'il contient, avant ete retranscrits par I'interesse lui-meme,
ne presentent en principe aucune presomplion de sincerile ou d'aulhcnticitc. D’autant
que. parfois, les scribes ont omis syslematiquement de reproduire lanlot I'invocation.
tanlot les listes de temoins, plus souvent les marques exterieurcs d’authenticite. Editer
tel quel un cartulaire ne se justifie que dans les cas exceptionnels. lorsque le classe-
ment des actes esl en lui-meme interessant. On traitera dans ce cas le cartulaire comme
un manuscrit litleraire en en respectant la presentation materiel le. On agira de тёте
pour des genres apparentes. le cartulaire-chronique et le liher traditionmn ou liber
donationum.
Cependant. dans tous les cas. on ne pourrait se satisiaire d’unc edition brute: I’edi-
teur aura soin. a la suite d’unc phase heuristique prcalable, de daler aussi prccisement
que possible les notices ou chartes recopiees, de donner pour chacun le tableau dc la
tradition, d’ediler au besoin en colonnes parallclcs les actes connus par des notices
divergentes. le cas cchant de rcmplaeer le texte du cartulaire par celui de (’original ou
d'unc copie qui lui scrait plus proche, avec variantes et notes.
L'enquete dans le fonds d’archives aura mis l'editeur sur la piste d’autres docu¬
ments conserves jadis par Tinstitution etudiee, mais qui auront ete negliges par le
compilateur de son cartulaire. II les editera en appendice et completera son edition
d’une indispensable table chronologique des actes.
USeT* DtS MODULES A SUIVRE:
Ernst Tremp. Liben donationum Altaeripae. Cartulaire de ГаЬЬауе cistercietuie
d /fauterive (Xllc-XlUc sieeles), Lausanne: Sociele d'hisloire de la Suisse romande.
1984 {Memoires et documents, 3e ser.. XV), 433 p.
Edition des 319 documents du Liher donationum: table de concordance: edition en annexe
de 27 chartes concernant llauterive de 1137 a 1208 1212.
J. -L. Lemaitrc, Cartulaire de la chartreuse....
414
Fcliter les actes
Paul Ourliac cl Anne-Marie xMagnou, Cartulctire de I'abbaye de LezaK Paris:
C.T.H.S., 1984, 2 vol. (Collection de documents inedits sur I'histoire de France.
Section d'histoire medievale et de philologie, ser. in-8°, 17-18), L-713 et 741 p.
2. L’edition d’un recueil: le type “chartrier”
Ces solutions vile compliquees amenent a priv ilegier Pedition du “charmer’' en tant
que tel. On entend par ce mot Г ensemble des Charles conservees par une institution
pour fa ire la preuve de scs droits ou conserver la memoirc de son histoire.
On commencera par en dresser la liste des actes pour une periode bien determincc
en s'aidant de toutes les chartes conservees en original, des inventaires d’archivcs
anciens, des cartulaires, dcs copies d’erudits etc. On s’efforcera de rechercher, pour
chacun des actes, tous les temoins et on procedera a 1 ’edition de chacun des actes
comme dans le cas du cartulaire ci-dessus.
On veillera a limiter le “chartrier” aux actes effectivement conserves dans l'insti-
tution sans у melanger, comme on le fait trop sou vent, Г ensemble des “actes relatifs
a” cettc institution, que Гоп aura reperes dans divers fonds ou editions. C’est la un
travail d’historien ct non d'editeur de textes.
L’ordre de classement qui s’impose est Pordre chronologique, cn tenant compte
des observations suivantes:
- il faut avant lout evitcr d’antidater les attestations fournies par un document non
date (attestation d'un terme, etc.). On classe done les actes non dates d’apres le ter-
minus ad quern. Par prudence, on classe un acte de [1011 - 1075] pres dc 1’acte dc
1075 et non pres dc celui dc 1011:
- a terminus ad quern equivalent, on classe par imprecision croissantc;
- tout document non date doit Petre. mcme si la fourchette chronologique obtenue
peut scmbler large.
Entre les documents qui sont ainsi dates avec precision et ceux qui le sont de
manicre imparfaitc, Tordrc chronologique n'est pas toujours facile a etablir. La
Commission internationale de diplomatique (Diplomatics et sigillographica ..., p. 56)
a propose Pordre de classement suivant (par imprecision croissante):
1200 decembre 31
1200 decembre [10-31]
1200 decembre
1200 [novembre 10 - decembre 31]
1200 [novembre-decembre]
1200
[1196-1200]
[1175-1200]
[2e moitie du XIIе sieclc]
1201 janvicr lcr
Si nccessaire, on publiera en annexe une table de concordance indiquant Pordre des
documents suivant le ou les cartulaires utilises.
415
Editer les actes
Ici, l'etude diplomatique des actes n'a guere tie sens. C'cst Tetude arehivislique
typologique et historique qui prime. II esl inutile, en effet, de collcctionner les obser¬
vations sur les parties du discours dans des actes d'auteurs et de dates diffcrentes
Cela n’a dc sens que si lc chartrier, par line documentation exceplionnelle, jette un
violent coup de lumiere sur un type d’acle a line dale donnee. C'cst le eas, notam-
ment, des actes prives du Sud-ouest presents en nombre dans le eartulaire de Lezat.
взг Des modeles a suivre:
R.-H. Bautier, Les engines de I'cibbave...
Index nominum; Index rerum et verborum
Ezio Barbieri, Maria Antonietta Casagrandc Mazzoli, Ettore Cau, Le carte del
monastero di San Pietro in Ciel d'Oro di Pavia, l. II, 1165-1190, Pavie - Milan-
Fontes, 1984, XXI - 551 p.
Chartrier italien. methodologie rigoureuse pour I 'edition d’actes notaries.
Maria Josela Sanz Fuentes et Juan Ignacio Ruiz de la Pena Solar, Coleccion diplo¬
ma tica del monasterio de San Vincente de Oviedo (Siglos XI11-XIV), t. Ы, 1201-1250,
Oviedo: Gofer, 1991, 235 p.
Modele d’edition d’un chartrier espagnol.
3. Le recueil des actes d’un auteur
Les recueils des actes d’un auteur - actes d’un roi, d’un prince, d’un eveque, etc.
- privilegient l’etude diplomatique et font progresser notre connaissance des chan¬
celleries medievalcs. Mais les depouillcmcnts archivistiques sont infinis et les diffi¬
cult^ de recherche sont demultipliees, ce qui explique la lenteur des entreprises.
№ Des modeles a suivre:
Les editions patronnees par I’Academie des Inscriptions et des Belles-Lettres, la
Commission Royale d’Histoire de Belgique et les Monumenta Germaniae Historicu
signalees au chapitre precedent.
Recueil des actes d'Elides roi de France (88S-898), edite par R.-H. Bautier, Paris:
Academie des Inscriptions et Belles-Lettres, 1967 (Charles et diplomes), CLVII, 283
p., 4 pi.; Louis VI en cours, par Jean Dufour.
Walter Prevenier, De oorkonden der graven van Vlaanderen (1191-aanvang 1206L
3 vol., Bruxelles: Academie royale de Belgique, 1964-1971 (Commission royale d’his-
toire. Recueil des actes de princes beiges, 5).
H. Appelt, Die Urkunden Friedrichs I. ...
4. L’edition d’un corpus thematique
Scmblables aux precedents quant a leur demarche heuristique exhaustive, les edi¬
tions de corpus thematiques ont un interet diplomatique pour ce qui est propre a ce
type de document. Des telles editions interessent les chartes dc franchise, les testa¬
ments, les documents linguistiques, etc.
Ё(liter les actes
Des modules a suivre:
Docwnents linguistiques de la France et sa serie parallele: Documents linguisti-
ques de la Belgique romane (voir p. 94).
5. Catalogues d’actes et regestes
Un cditcur peul egalement, cn remplaccment d'une edition (voir la note ci-dessous)
on en preparation a celle-ci, reunir on un rcctieil chronologiciue des regestes on ana¬
lyses diAcloppees d’actes provenant d’une memc cliancellcrie ou concernant un mcme
auteur. Les donnees qui у sont developpees ont ete signalees dans les Regies... d'edi-
tiun. ir 3.2. II est preferable de reserver a ce genre d'ouvragc Ic nom de catalogue
d’actes (all. [Urkunden] Katalog\ esp. inventario).
Des modei es a suivre:
F. Lecomte, Regestes des actes de Jean d’Eppes...
J. Viard et A. Vallec, Registres du Tresor des chartes...
Cas de regestes faits d’apres un registre de chancellerie. 11 s'agit en lait d’un inventairc
analytique d’archives.
II existe enfin des regestes plus developpes encore ou Lautcur recense, outre les
actes en tant que tels, des indications historiques illustrant Pitineraire d’un prince, les
evenements de son principal les faits concernant la personne concernee. De tels
recueils vont au-dela de Petude diplomatique, pour laquelle ils constituent de super-
bes instruments de critique et d’identification.
Des modules л suivre:
Regesta Imperii... (voir le chapitre 7, p. 342).
417
CHAPITRE 10
1993-2006: treize annees de progres
Ex recitu prothoplausti primarii in tota successions pro-
pcigine lesa est memoria, cujas scintillulam ne penitus depe-
reat per aliquid expedit extrinsecum adminiculum excitari;
[proinde] ne recedant a sinu memorie que pro bono pads
creduntur fieri, rei geste seriem hujus carte presentia in
cordibus presentium posterorumque decrevimus retineri.
Preambule d’un actc franc-comtois de 1212, ed. Roland Fietier et
al., Recherches sur les droits paroissiaux en Franche-Comte au
Xloyen Age, Paris: Les Belles Lettres, 1975 (Cahiers d’etudes
comtoises, 22), p. 27, doc. n° 1-3.
Cette nouvelie edition est f occasion non settlement de rectifier des erreurs ou de
reparer quelques oublis, mais surtout de presenter fessentiel des nouveaux travaux
parus depuis 1993, en suivant fordre de fexpose des chapitres qui precedent (l’adden-
dum que nous avions integre dans la deuxieme edition, parue en 1995, p. 435-444, se
trouve ici integralement reincorpore). Comme dans le corps de fouvrage, nous n’avons
aucune visee exhaustive, mais signalons les travaux qui nous ont paru fondamen-
taux et une selection de monographies considerees comme particulierement impor-
tantes ou exemplaires. Le lecteur est invite a poursuivre f enquete grace aux refe¬
rences bibliographiques qu’il trouvera dans les publications citees (les adresses
electroniques mentionnees ont ete consultees au debut de mars 2006).
Le temps ecoule depuis la premiere version de fouvrage, sorti a la fin de 1993, a
aussi ete une invitation a jeter un coup d’oeil retrospectif sur la douzaine d’annees qui
vient de s’ecouler. Renvoyant d’emblee, pour une retrospective plus large (bilan du
XXе siecle) et pour une perspective, meme partielle, sur les besoins et les promesses
du XXIе, au congres que la Commission internationale de diplomatique vient de tenir
a Bonn en septembre 2005, nous sommes frappes, et rejouis, par un formidable dyna-
misme: les editions critiques traditionnelles sont en pleine renaissance, alors meme
que d’autres formes d’edition, rendues possibles par foutil informatique, laissent
entrevoir des possibilites decuplees d'acces et de diffusion. L’eloignement sans cesse
plus net de la pure erudition et la prise en compte d’une perspective plus historique
conduisent a une interrogation plus poussee sur le role et la place de facte ecrit, liee
aux recherches sur la Literacy. L’ouverture aux sciences humaines aboutit a la nais-
sance du concept de semiologie graphique et a une meilleure reflexion sur les aspects
graphiques des actes, meme si f on peine encore a importer les curiosites de la lin-
guistique dans fanalyse du discours diplomatique. La vie de facte apres sa mise par
^crit, dans les archives, dans les cartulaires, devant les tribunaux, suscite un interet
croissant, au detriment peut-etre de f etude de la genese des actes, bien etudiee depuis
plus d’un siecle.
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1993-2006
Quelques bilans generaux permettront cTaffiner la reflexion:
Diplomatik im 21. Jahrhundert. Bilanz und Perspektiven, a paraitre comme volume
51 (2005) de YArchivfiir Diplomatik [avec des contributions thematiques et des bilans
par pays].
Anna Adamska, “L’evolution methodologique de la diplomatique medievale en
Europe centrale”, dans Bibliotheque de VEcole des chartes, 160, 2002, p. 523-535
(bilan des travaux recents pour la Tchequie, la Slovaquie, la Pologne et la Hongrie).
Diplomatische Forschiingen in Mitteldeutschland, ed. Tom Graber, Leipzig:
Leipziger Universitatsverlag, 2005, 391 p.
Une partie de Lessor des etudes est liee au succes du theme de la Literacy (all.
Schriftlichkeit):
Pragmatische Schriftlichkeit im Mittelalter: Erscheinungsformen und Entwicklungs-
stufen, ed. Hagen Keller, Klaus Grubmiiller et Nikolaus Staubach, Munich: W. Fink,
1992, 304 p., 46 p. de pi. (Miinstersche Mittelalter-Schriften, 65).
“De online vitae Zu Normvorstellung, Organisationsformen und Schriftgebrauch
im mittelalterlichen Ordenswesen, ed. Gert Melville, Munster: LIT Verlag, 1996, IV-
402 p. (Vita regularise 1).
Charters and the use of the written word in medieval society, ed. Karl Josef
Heidecker, Turnhout: Brepols, 2000, XI-253 p. (Utrecht studies in medieval lite¬
racy, 5).
Thomas Hildbrand, “Der Tanz um die Schrift. Zur Grundlegung einer Typologie
des Umgangs mit Schrift”, dans Wirtschaft und Herrschaft. Beitrdge zur landlichen
Gesellschaft in der ostlichen Schweiz (1200-1800), ed. Thomas Meier et Roger
Sablonier, Zurich: Chronos, 1999, p. 439-460.
Franz-Josef Arlinghaus, The Writing Phenomenon in Medieval Society, Turnhout:
Brepols, 2001.
Pragmatische Dimensionen mittelalterlicher Schriftkultur, ed. Christel Meier, Volker
Honemann, Hagen Keller et Rudolf Suntrup, Munich: W. Fink, 2002, XIX-407 p.
(Miinstersche Mittelalter-Schriften, 79).
The development of literate mentalities in East Central Europe, ed. Anna Adamska
et Marco Mostert, Turnhout: Brepols, 2004, VIII-546 p. (Utrecht studies in medie¬
val literacy, 9).
Arrived Nedkvitne, The Social Consequences of Literacy in Medieval Scandinavia,
Turnhout: Brepols, 2004, XX-290 p.
Mais la question du recours a Lecril. qui tend a monopoliser les intcrets, est loin
d'epuiser le sujel. que renouvcllent aussi bien le traitement de Facte comme un pro-
duit linguistiqiie a pari cnticre. el ires complexe. que Finlcrrogation sur sa recep¬
tion et sur sa place dans la communication - tons domaines. on le \oit. iunttenecs
par les acquis lies sciences du langage:
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1993-2006
Michael T. Clanchy, From Memory to written Record, Oxford: Blackwell, 2e ed.
1993, XVIII-407 p.
Michel Zimmermann, Ecrire et lire en Catalogue (IXe-XIF siecleX Madrid: Casa
de Velazquez, 2003, XXII-1403 p. (Bibliotheque de la Casa de Velazquez, 23).
Les actes comme expression du pouvoir an haut Moyen Age, actes de la table ronde
de Nancy, 26-27 novembre 1999, ed. Marie-Jose Gasse-Grandjean et Benoit-Michel
Tock, Tumhout: Brepols, 2003, 240 p. (ARTEM, 5).
Vom Nutzen des Schreibens: Soziales Gedachtnis, Herrschaft und Besitz im
Mittelalter, dir. Walter Pohl et Paul Herold, Vienne: Verlag der Osterreichischen
Akademie der Wissenschaften, 2002, 472 p. (Osterreichische Akademie der Wissen-
schaften. Philosophisch-historische Klasse. Denkschriften, 306. Forschungen zur
Geschichte des Mittelalters, 5).
Voir en particulier Thomas Hildbrand, “Die Listigkeit des Schriftlichen. Ein Essay liber
Aspekte kommunikativer Distanz aus mediavistischer Sichf\ p. 397-409; Rosamond
McKitterick. “Buch, Schrift, Urkunden und Schriftlichkeit in der Karolingerzeit", p. 97-
112.
Chapitre 1. Introduction generate
- Taux de conservation des actes medievaux (p. 23)
L'interet pour la vie des actes apres leur promulgation et la tendance au denom-
brement poussent les historiens a proposer des statistiques ou des estimations du nom-
bre des actes conserves ou produits. M. T. Clanchy, From Memory..., p. 34-45 [p. 28-
29 de la 2e ed.], signale par exemple que Гоп connait environ 2000 chartes et writs
pour la periode anglo-saxonne, alors que Гоп n’a pas encore pu recenser tous les actes
anglais conserves du XIIIе siecle, dont il estime par ailleurs la production totale a quel-
que huit millions (documents perdus compris). Attilio Bartoli Langeli, “Private
Charters”, dans Italy in the early Middle Ages, 476-1000, dir. Cristina La Rocca,
Oxford: Oxford University Press, 2002 (Short Oxford History of Italy), p. 205-219,
etablit que le nombre d’actes prives italiens conserves passe, entre le VIIIе et le XIе
siecle, d’environ 500 a environ 9000. M. Zimmermann, Ecrire et lire..., t. I, p. 9,
parle de 9000 actes Catalans conserves pour la periode anterieure a 1200, tandis que
le Thesaurus Diplomatics recense, pour la meme periode, environ 13000 actes pour
une Belgique quelque peu elargie, et que pour la Thuringe medievale E. Biinz, “Die
mittelalterlichen Urkunden Thiiringens. Uberlieferung, Editionsstand, Aufgaben”, dans
Diplomatische Forschungen..., p. 317-370, dccompte 38000 actes.
- Glossaire general (p. 24)
Commission internationale de diplomatique, Vocabulaire international de la diplo¬
matique, ed. Maria Milagros Carcel Orti, Valence: Generalitat/Conselleria de cultura,
Universitat/Servei de publicacions, 1994, 308 p. (Colleccio oberta, 28); 2e tirage
inchange, 1997.
Termes presentes dans un ordre methodique, avec definitions en frangais ct traductions en
allemand, anglais, espagnol et italien (et souvent aussi 1’indication des termes ancicns,
spccialemenl en Jatin), p. 21-149; selon le memo oidre, traductions des teimes en cata-
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1993-2006
Ian. danois, hongrois. neerlandais, portugais. roumain el tcheque, p. 153-196; index alpha-
betique des icrtnes dans loutes les langues prccitees, latin compris, p. 199-308. - Les defi¬
nitions. ties etofftes, foumissent un expose systematique sur certains sujets, par exemplc
sur les types d'actcs et sur les personnels de chancelleric. qui en font beau coup plus qu'un
glossaire. - Les eonseils pour la publication des documents, integres a la pre-edition, n’onl
pas etc repris dans celle-ci.
- La notice (p. 25)
Le termc de "notice" est flou, car derriere la simplicite de la definition (acte en style
objeetif, qui n'est pas mis sous le nom d’un auteur precis), sc eachent line chronolo-
gie longue, une typologie variee, et certains sous-entendus hisloriographiqucs.
Longlemps, un juridisme etroil a voulu voir dans la notice (pas mieux precisee, voire
hybridee en "charte-not ice") un temoin dc decadence, dc privatisation, par opposition
aux actcs clairement identifies et vigourcusemcnt scellcs; a lout le moins un genre
mineur, par opposition a la charle. Cette conception est dcsormais clairement obso¬
lete (O. Guyotjcannin, "Penuria scriptorum. Le mylhe de Panarcliie documentaire
dans la France du Nord, Xe-premiere moitie du XIе siecle". dans Pratiques de Peait
documentaire.... p. 11-44). Lc probleme meriterait d'etre repris dans son ensemble.
A litre provisoire. on peut proposer de distinguer quatre grandes categories de notices:
Г Durant lout le haut Moyen Age, les actcs d'echange et les actcs judiciaires revc-
tent generalement une forme objective, corrcspondant done a ce que nous appelons
une "notice". II nc s'agit pas d'un niveau inferieur d’actc diplomatique, mais d’une
reponse au souhait de dclivrer un acte en deux exemplaires identiques (pour les
echanges), avec impartialite (pour les actes judiciaires). 2° Un autre type docu¬
mentaire du haut Moyen Age, el present jusqtfau XIIе siecle en Italic (netlement dis¬
tingue, dans les formulaires, de la "chartz'tcarta). Ic breve, memoratorium. notitia
qualiter.... constitue un genre mineur en ce sens qu’il porte sur une phase d'une action
juridique. et peut venir en complement d'une charte en bonne et due forme (par
exemple, une notitia traditionalis on werpitoria peut rappeler la remise ou I’aban¬
don d'une terre. dont la donation a ete consignee dans une carta donationis). Genre
mineur, done, mais qui n'en est pas moins parfaitement authentique; compose, coniine
la charte, par un ecrivain professionnel, il est plus simple, moins apprelc, mais a peine
plus souple dans sa redaction. - 3° On appelle aussi notice lc resume d'une action
juridique. ou d'un acte ecrit en bonne et due forme (il у a debal a ce sujet), qui peut
etre couche sur une feuille de parchemin isolec, mais sc trouve sou vent integre dans
un recueil (liber truditionum, des le IXе siecle, avec des excmples tardifs au XIIе siecle:
voir p. 272-277). - 4° Lnfin. a partir du Xе siecle environ, certains etablissements
ecclesiastiques, s'affranchissant des formulaires traditionnels et se subslituant sim-
plement aux ecrivains professionnels des siccles precedents, ulilisent le moulc ancien
de la notice pour notiller les actions donl ils sont beneficial’res (la premiere personne
peut alors у apparaitre, mais pour designer le bendlciairc et non fauteur de Taction
juridique: "Untel nous a donne une terre... "). Produite dans le scriptorium dc I’fta-
blissement, la notice gagne aussi tot ses archives. Cette function interne apparait net-
tement dans les cclebres notices de Marmoutier (pres de Tours), qui s'ouvrent par une
apostrophe aux moines futurs (Nosse debebitis si qui eritis posteri nostri. Majoris sci¬
licet hujus habitatorcs Monasterii sanefi Martini...). Le texte prend un aspect narra-
lif marque, scmblc plus libre cl regorge d’elements inedits: ce n’est pas pour autant
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1993-2006
qu’il soit sans convention, ni le document sans force dans la societe locale (voir les
passages de D. Barthelemy, La societe..., qui rappelle que les termes carta et notitia
peuvent devenir presque interchangeables). Dans le courant du XIIе siecle, la pratique
reflue devant d’autres, imposees d’en haut, en particulier avec la diffusion du scelle-
ment et du notariat public. Lointain heritier des types 1 et 2, l’acte d’echevinage, qui
se survit des siecles durant dans certaines zones, n’est pas moins depourvu de valeur
juridique (voir document n° 21).
- Actes et lettres (p. 25)
Actes et lettres, au sens commun des termes, entretiennent au Moyen Age des rap¬
ports complexes, et changeants, et s’alimentent reciproquement. Pour la clarte de
fexpose, il convient done de preciser si Гоп se refere a un plan, disons, juridique (a
facte qui fait titre s’oppose la lettre, outil de communication), ou redactionnel. Car,
des le haut Moyen Age, des actes (titres) peuvent etre rediges a la fagon de lettres, et
se voir appeler epistola (epistola donation is...); et la papaute n’a jamais produit que
des lettres au sens redactionnel (a forigine des conseils pastoraux, des lettres d’exhor¬
tation, des reponses a des consultations...), dont le prestige a assure la qualification
et la conservation comme titres. Selon les siecles, selon les auteurs, qu’un acte soit
redige ou non en forme de lettre (dans ce dernier cas avec adresse et salut initial) peut
avoir plus ou moins de sens: le diplome carolingien, la “charte” capetienne sont fer-
mement distingues des lettres, et placent de ce fait la parole royale dans une position
de transcendance; mais si, aux XIIе et XIIIе siecles, une grande part des actes pren-
nent la forme de lettres, si pregnante que le mot тёше est sous-entendu, lettres adres-
sces a funivers, “a tous ceux presents et a venir qui les presentes verront”, il ne s’agit
plus guere que d’une ficelle redactionnelle; inversement, au debut du XIVе siecle,
chez les rois d’Angleterre et de France, apparaissent des lettres by the King ou de par
le roy\ dont la forme epistolaire confere une vehemence inedite aux ordres qu’elles
vehiculent; plus loin encore, ce que les anciens editeurs ont qualifie de Lettres, Lettres
et missives de tel roi de la fin du Moyen Age repond souvent a une repartition fina-
lement assez arbitraire du materiau entre des “lettres” plus formalisees et des “lettres"
plus personnelles, ecrasant toute la subtile gradation de solutions qui visent a mon-
trer un roi tres proche ou plus abstrait. En tout etat de cause, la diplomatique doit etre
ties attentive aux etudes mcnees sur fepistolographie medievale et considerer les deve-
loppements de Yars dictaminis, dedie a la composition des lettres, florissant a comp¬
ter du XIе siecle et dont les auteurs eux-memes melangent modeles d’actes et modeles
de lettres; elle a aussi pleinement en charge l’etude des lettres des que, tant soit peu
formalisees et plus ou moins produites par des bureaux d’ecriture et autres profes-
sionnels, ellcs font titre ou transmettent des ordres ou des demandes susceptibles de
modifier les rapports de droit.
- Manuels (p. 26)
Belle traduction italienne du grand classique de Harry Bresslau, Xlanuale di diplo-
tnatica per la Germania e Vltalia, traduzione di Anna Maria Voci-Roth, Rome:
Ministero per i beni culturali e ambientali, Ufficio centrale per i beni archivistici,
1998, LXXXVI-1423 p. (Pubblicazioni degli archivi di Slato, Sussidi, 10).
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- Bibliographies (p. 27)
De nouveaux outils bibliographiques sont disponibles sur le web: a Luniversite de
Munich, une richissime bibliographic des sciences auxiliaires (http://www
geschichte.lmu.de/ghw/GHWBibliographie.shtml): a l’Ecole nationale des chartes la
base Bede (http://elec.enc.sorbonne.fr/bede/) qui vise a donner, pour le territoire fran-
gais actuel, une couverture fine des etudes et editions d’actes et de documents d’archives
medievaux depuis 1965 (en ligne depuis janvier 2006 la tranche 1991-2000).
- Ressources informatiques
Un remarquable panorama est dresse et mis a jour par Marie-Jose Gasse-Grandjean
et Sebastien Barret sur le site Menestrel (http://www.ext.upmc.fr/urfist/menestrel/
meddiplo.htm): il donne adresses et commentaires de sites, liste alphabetique des car-
tulaires (pour la plupart numerises) consultables sur internet, liste des revues elec-
troniques.
Plusieurs initiatives offrent des cours en ligne, souvent plus specifiquement tour-
nes vers la paleographie. Voir en particulier le site de l’Ecole nationale des chartes,
qui fournit des orientations bibliographiques et des fac-similes numerises, transcrits,
traduits et commentes (http://the 1 erne.enc,sorbonne.fr/).
Chapitre 2. Comprendre le document
- Orientation generale (p. 29)
Nouvelle edition de R.C. Van Caeneghem et F.L. Ganshof, Introduction aux sources
de I'histoire medievale: tvpologie, histoire de Гerudition medievale, grandes
collections, sciences auxiliaires. bibliographic, mise a jour par Luc Jocque, trad, de
fanglais par Baudouin Van Den Abeele, Turnhout: Brepols, 1997, 649 p. (Corpus
Christ ianorum. Continuatio mediaeualis).
Hans-Werner Goez, Proseminar Geschichte: Mittelalter, Stuttgart: Ulmer, 1993,
360 p., 22 ill., 13 doc. commentes (Uni-Taschenbiicher, 1719).
Manuel d’initiation ties clair, reparti en cinq sections: etat actuel de la medievistique, typo-
logie des sources, travaux, sciences auxiliaires, methodes de recherche.
- La langue (p. 30-32)
Les volumes deja parus dans VAtelier du medieviste (anglais, allemand, italien,
latin) font tous une part aux documents de la pratique.
- Les identifications (p. 32-49)
* Les identifications en general (p. 32). Le Diclionnaire d’hisloire et de geogra¬
phic ecclesiastiques est arrive au volume 29: le fascicule double 168-169a (2004) qui
ouvre ce tome et se termine par la notice “Knowles” pourrait etre le dernier a paraitre
sous cette forme. L’entreprise, reprise par les Universites de Louvain-la-Neuve et de
Louvain/Leuven, sera poursuivie sous une formule encore a fetude. - Le Lexikon des
Mittelalters... est maintenant acheve, mais est aussi disponible en acces direct via le
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1993-2006
site brepolis.net, avec traducteur allemand-anglais incorpore. - Pour des themes gcne-
raux et des figures celcbres, Dictionnaire encyclopedique dii Moyen Age chretien, dir.
Andre Vauchez, coll. Catherine Vincent, Cambridge: James Clark, Paris: Cerf, Rome:
Citta nuova, 1997, 2 vol., XXVII1-1692 p.; Dictionnaire du Moyen Age, dir. Claude
Gauvard, Alain de Libera et Michel Zink, Paris: P.U.F., 2002, L-1548 p. (Quadrige).
* Les institutions, le vocabulaire juridique (p. 32). F. Ragueau, Glossaire du droit
frangois..., reimpr. Geneve: Slatkine, 1969. - Le Handworterbuch zur deutschen
Rechtsgeschichte est arrive au vol. 5 (Wertpapiere). - P. Godding, Le droit prive...,
reimpr. 1991, avec addenda et corrigenda. - Histoire du droit et de I'Eglise..., t. V-l,
Les temps carolingiens (741-891), I'Eglise: les institutions, par Jean Imbert, 1994.
253 p.
* Le vocabulaire technique (p. 33). Pour les termes lies a la civilisation rurale, mate¬
rial! tres utile dans Marcel Lachiver, Dictionnaire du monde rural, les mots du passe,
Paris: Fayard, 1997, 1766 p.
* L'identification des lieux (p. 34)
Pour la France (noms contemporains), partir du Dictionnaire national des com¬
munes de France, 40e ed., Paris: Berger-Levrault et Albin Michel, 1997, 1334 p.,
qui recense environ 65000 communes et ecarts. Pour la recherche des lieux-dits (sous
leur forme contemporaine), l’outil le plus performant, fonde sur les cartes I.G.N. au
l/25000e, cst le logiciel Dictionnaire des toponymes de France mis au point et com¬
mercialise par le C.D.I.P. (2005).
Pour Г identification des noms de lieu allemands, bonne orientation bibliographique
dans H.-W. Goetz, Proseminar Geschichte..., p. 42-43.
Pour Г identification des noms des communes fusionnees de la Belgique (fusions
de 1977 et de 1983), a la suite de la mise en place des structures de la nouvelle
Belgique federale, il est indispensable de se referer au Dictionnaire des communes de
Belgicjue/lVoordenboek der Belgische gemeenten/Lexikon der Gemeinde Belgiens,
Bruxelles: Imprimerie E. Guyot, 1997, CLXXX-402 p.
* L’identification des etablissements religieux (p. 40). Partir desormais du tableau
brosse par Jean-Loup Lemaitre, “Repertoires, atlas, guides des sources d,archives,\
dans L 'histoire des moines, chanoines et religieux au Moyen Age: guide de recherche
et documents, dir. Andre Vauchez et Cecile Caby, Turnhout: Brepols, 2003 (L 'Atelier
du medieviste, 9), p. 33-70.
* L'identification des personnes (p. 42). Pour les eveques et chanoines des dioce¬
ses frangais de 1200 a 1500, lancement en 1996 et publication soutenue des fascicu¬
les des Fasti ecclesiae gallicanae, dir. Helene Millet, Turnhout: Brepols (8 fasc. parus:
Amiens, Rouen, Reims, Besangon, Agen, Rodez, Angers, Mende). - Pour les famil¬
ies souveraincs, princieres et de haute aristocratie en Europe, tableaux genealogi-
ques riches et de valeur, non limites au Moyen Age, dans Europdische Stammtqfeln.
Studien zur Geschichte der europciischen Staaten, Neue Folge, cd. par Detlev
Schwennicke, Marbourg: Stargardt, depuis 1980, 16 vol. parus.
T. 1: Allcmagne; t. 2: families royalcs; t. 3 (en 4 vol.): families princieres, ducales et corn-
talcs d’Empire; branches iI legitimes des families regnantes d'Europe; autres grandes
families europeennes; France fcodale et families europeennes apparentees; t. 4 ct 5:
425
1993-2006
Allemagne; t. 6 et 7: Lotharingie; t. 8: West-, mittel- und nordeuropciische Familierv, t. 9;
Familien der Friih- und Hochkapitalismus\ t. 10: Pairs de France und ihre Familien\
t. 11: Rhenanie et Bourgogne; t. 12: Souabe; t. 13 et 14: Les families feodales de France\
t. 15: La Bourgogne an Moyen Age; t. 16: Bayern und Franken.
* Les monnaies (p. 48). Orientation de depart dans Marc Bompaire et Frangoise
Dumas, Numismatique medievcile, Turnhout: Brepols, 2000, 687 p. (L'Atelier du
medieviste, 7).
- Les systemes medievaux de datation (p. 50-62)
* Styles de changement du millcsime on usage au Moyen Age el au XVIе siecle
(p. 51). Tentative pour actualiser les donnccs de Giry (France-Belgiquc et regions
limitrophes) dans Olivier Guyotjeannin et Benoit-Michel Tock. "Mos presentis patrie:
les styles de changement du millcsime dans les actes Irangais, XIC-XV1° siecle”, dans
Bibliotheipte de FEcole des chartes, 157. 1999, p. 41-109, a completer de Sylvie
Daubressc, “Le Iе' janvier, premier jour de Гаппёс en France (1564)”. dans Revue de
la Bibliothecpie nationale de France, n° 4, janvier 2000. p. 65-69.
On notera quo les usages chronologiques, au moins clans les demiers sieclcs du Moyen
Age. dependent moins de la personne du rcdactcur que de Г institution, du territoire oil il
tra\aille. Un exemple eelairant cst foumi par ее notaire italien itinerant qui. passant du
diocese (Г Arezzo a Sienne. modi lie la datation de ses actes conformemenl aux usages
locaux: apres avoir date ses actes du style de Noel, nom du jour et quantieme dans le mois.
il les date du style de Г Incarnation et scion le calendrier romain (cite par Odile Redon.
“Qualre notaircs el leurs clienteles a Sienne el dans les campagnes sieunoises au milieu
du XIIIе siecle 11221-1271|“. dans Melanges tic FFct'le /ranyai.se de Rome. Moyen Age-
Temps nunlernes. 85. 1973. p. 79-141. a la p. 90, n. 4).
* Dans le style de Paques (p. 51), on passait en fait au nouveau millesime le
Samedi Saint, au moment dc la benediction du cierge pascal, sur lequel une cartula
(affichette) precisait le millesime et divers autres reperes chronologiques comme les
epactes, les concurrents...
Cette coutume cst attestee en de nombreuses eglises et ordres monastiques: Poitiers (Xе
siecle), Cluny (XIе siecle), Citcaux (XIIе siecle). Utrecht (vers 1200), Premontre (XIIIе-
XIVе siecle), ou encore, par exemple, dans les Constitutiones d’Arrouaisc [1162-1188],
ed. Ludo Mil is, Constitutiones canonicorum regularium ordinis Arroasiensis, Turnhout:
Brepols, 1970 (Corpus christianorum, Continuatio medievalis, 20), § 64, p. 109. On en
trouvera un superbe exemple (Sainte-Chapelle dc Paris, 1327) dans Du Cange,
Glossarium..., s. v. Cereus paschalis\ voir aussi Catherine Vincent, Fiat lux: lumiere et
luminaire dans la vie religieuse du XIIIе au XVIе siecle, Paris: Cerf, 2004 (Histoire reli-
gieuse de la France), passim. La pratique s’est maintenuc jusque dans les annees 1970 a
la cathedrale de Tournai, dont les archives conservent une serie de “chartes pascales
recentes enluminecs, mentionnant Tan du Seigneur, Tindiction, les annees de pontificat
du pape et de regne du roi des Beiges. Dans un autre domaine, rappelons que, a la cathe-
drale de Cologne, on a conserve l’habiaidc de suspendre, en un endroit precis du transept,
une nouvelle crossc dc bois a chaque nouvellc annee d’episcopat de l’archeveque.
Autant d’indications que les auteurs d’actes medievaux avaient a leur disposition,
lorsqu’ils composaient leurs actes, des outils quotidiens, concurremment a des calen-
driers et a des tables pascales: certaines des erreurs de datation relevees dans les actes
peuvent alors s’expliquer par des glissements de ligne. ct parfois, pourquoi pas, par
une redaction loin de Feglise ou de la bibliotheque.
426
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Du point de vue methodologique, Johannes Schwarzer, Georg Sichter, Karl-Heinz
Buchold et Dietmar Fay, “Em Beispiei der Verwendung elektronischer Daten-
verarbeitung in der Geschichtswissenschaft: der christliche Festkalender des Mittelalters
und seine Verwendung fur Zeitreihenanalysen, dargestellt am Beispiei von Quellen des
Bambergen stadtischen Bauhofes im 15. Jahrhundert”, dans Uwe Bestmann, Franz
Irsigler, Jurgen Scheider (ed.), Hochfmanz, Wirtschaftsraume, Innovationen, Festschrift
fur Wolfgang von Stromer, Treves: Heit-Martha-Auenthal Verlag, 1987, t. Ill, p. 1177-
1195, insistent sur le biais mathematique entachant certaines etudes statistiques, qui
n’avaient pas pris garde a convertir en nouveau style des millesimes exprimes dans le
style de Paques, comparant ainsi des annces de duree inegale.
* Resoudre une datation (p. 54). Aux cotes des instruments traditionnels et toujours
pertinents, des logiciels maintenant trcs pcrformants sont disponibles pour obtenir des
concordances automatiques, a commencer par Tingenieux logiciel Millesimo mis au
point par Denis Muzerelle (I.R.H.T. Paris) et telechargeable gratuitement
(ltttp://www.irht.cnrs.fr/millesimo/Millesimo.htm).
* Dater un acte non date (p. 57). La datation des bulles pontificates depuis la fin
du XIVе siecle peut etre aidee par Г identification conjointe - lorsqu’elle subsiste -
des magistri plumhi, des notarii cancellarie (qui les approuvent) et des scriptores
(indication de la taxe). Les listes de ces fonctionnaires sont accessibles sur Internet
au site http://www.phil.uni-passau.de/histhw/cancellaria/scr.htm. Ce site est presente
par Thomas Frenz, “Funktionarslisten fur die apostolische Kanzlei im Internet”, dans
Quellen und Forschungen aus Italienischen Archiven und Bibliotheken, 81, 2001,
p. 570-576.
Un interessant (et redoutable !) probleme est cause par la longue reticence des actes
anglo-normands a donner l’annce de leur emission: on les retrouve a foison, dans les
recueils edites, dates par des fourchcttes plus ou moins laches. En effet, sur le million
d’actes qui seraient encore conserves pour les XIIе et XIIIе siecles, neuf sur dix ne
portent aucune annee, ni de 1’Incarnation, ni du regnc. Cela a ete un formidable
aiguillon pour lc precoce lancement d’enquetes et de compilations de chronologie his-
torique et de prosopographie des temoins, et beaucoup plus recemmcnt de tentatives
de combinaison d’une diplomatique fine des formules et clauses des actes et d’une
statistique raffinee, aux soins de Michael Gervers (universite de Toronto, projet infor-
matique DtEDS, http://www.utoronto.ca/deeds/research/research.html). Celui-ci a reuni
une table-ronde dont les actes revelcnt le potentiel presque insoupgonne de ce genre
de demarche pour Г etude de la genese des actes et des milieux producteurs (Dating
undated medieval charters, ed. M. Gervers, Woodbridgc Rochester, NY: Boydell &
Brewer, 2000, VII-237 p.).
* Calendriers medievaux et modernes (p. 62). Florilege de documents reproduits et
commentes dans le catalogue de Г exposition des Archives nationales: De temps en
temps, histoires de calendriers, Paris: Tallandier, 2001, 159 p.
Les puissantes recherches d’Arno Borst sur les calendriers carolingiens sont d’une
aide inappreciable pour comprendre les documents, meme posterieurs: Die karolin-
gische Kalenderreform, Hanovre: Hahn, 1998, LVII-564 p. (Schriften der T/.G.//.,
46): Das karolingische Reichskalender und die UberUeferung bis ins 12. Jahrhundert,
Hanovre: Hahnsche Buchhandlung, 2001, 3 vol. (M.G.H., Libri memoriales, 2).
427
1993-2006
Chapitre 3. L’examen de Pacte
- Les caracteres extemes (p. 63-71)
Le regrette Peter Ruck, dont Г oeuvre est aujourd’hui poursuivie par plusieurs dis¬
ciples, a splendidement apprete les noces de la diplomatique et de la semiologie gra-
phique:
Graphische Symbole in mittelalterlichen Urkunden, Beitrage zur diplomatischen
Semiotik, ed. Peter Riick, Sigmaringen: Thorbccke, 1996, 834 p. (Historische
Hilfswissenschaften, 3).
Chrismon, souscriptions, seings manuels. monogrammes...: riche panorama europeen cl
riche encadrement conceptuel.
Fachgebiet Historische Hilfswissenschaften, Ausgewahlte Aufsatze zum 65.
Geburtstag von Peter Riick, hrsg. von Erika Eisenlohr und Peter Worm, Marburg an
der Lahn: Bibliothek der Universitat, 2000, 304 p. (Elementa diplomatica, 9).
Au Portugal, une enquete statistiquc porte sur 3464 documents de 882 a 1200
conserves au Torre do Tombo. provenant des chartriers eeelesiasliques des districts
de Lisbonne, de Santarem et de Leiria: Antonio Joaquim Ribeiro Guerra. Os diplo¬
mas cm Portugal dos scrubs IX a XII. Gcsfos c afittides de rotinu dos seas autores
material's. Lisbonne: Centro de 11istoria da Universidadc de Lisboa. 2003. 447 p.
* Le format (p. 65) commence a attirer des rechcrches quantitatives:
Frank M. Bishoff, Urkundenformate im Mittelalter: Grosse, Format und
Proportionen von Papsturkunden in Zeiten expandierender Schriftlichkeit (11.-13.
Jahrhundert), Marburg an der Lahn: Bibliothek der Universitat-Institut ffir historische
Hilfswissenschaften, 1996, 211 p. (Elementa diplomatica, 5).
Irmgard Fees. “Zum Format tier Kaiser- und Kdnigsurkimdcn von tier Karol ingerzcil
bis zum Ende des 12. Jahrlumtlei1s“, dans Arheiten aus dem Marburgcr hilfswissen-
schaftlichen Institut. dir. Erika Eisenlohr et Peter Worm, Marburg a. d. Lahn: Philipps-
LJniversital-Uni\ersitatsbibliolhek Marburg, 2000 (Elementa diplomatica, 8), p. 123-
132.
Examen etabli sur la base dc l I6l originaux entre 600 et 1200. Le lournant se situe sous
le regne de Henri II: le grand format est devenu si rare au Xе sieclc qu'une charte pre-
sentant un format kvhors normes” peul etre largement suspecte - bel exemple de Lapport
d’une etude du format a la critique des faux.
* L/ecriture (p. 67). Comine loujours. les traxaux sur Lhistoire de Lecriture out etc
assc7 nombreux. I Is onl porte sur Lusagc tie I'ecrit (v. ci-dessus), mais aussi sur Гссп-
ture elle-meme. D’une part en faisunt davantage le lien entre ecritures livresques et
ecritures documentaires, voire a considerer celles-ei tic front, eomme en temoignent
plusieurs tics communications presentees au XIV1* colloque international de paleo¬
graphic (Enghien, septembre 2003) en forme de \aste bilan tFun demi-siecle, et
publices dans Archiv fur Diplomatik, 50, 2004, p. 205-577.
D’autre part, en s’interrogeant sur les scribes eux-memes, leurs carrieres et leurs
conditions dc travail. Outre les introductions aux editions des actes royaux, on peut
428
1993-2006
citer Hartmut Atsma cl .lean Vczin, “Lcs rcsponsables de la iranscriplion dcs acles
juricliqucs cl lcs services de Гсспшге an Xе sieclc: Fexemple de Пипу", dans Le sta-
mt du scriptcur cm .Woven Age. aetes du XIIе colloquc scientifique du Comilc inter¬
national dc paleographic latinc. ed. Marie-Clotilde Hubert, Emmanuel Poulle ct Marc
Smith. Paris: Kcole nationalc des charlcs. 2000 (Materiauxpour Ehistoircpublics par
i'Ecole des chartes, 2), p. 9-20.
La description dcs ccriturcs el la comparison des mains out fail Eobjct de tra-
vaux imporiants, partial I ierement sur lc plan melhodologique. L 'aspect descript if a
cte particuliercmenl pris en comptc par Gudrun Broinm, Die Entwicklung tier
Grosshuchstahen im Kontext hochmittelalterlicher Papsturkunden, Marburg:
Bibliothek der Uiiiversitat. Institut fur historische Hilfswissenschaften, 1995, 272 p.
et 13 f. depl. h.-t. (Elementa diplomatica, 3).
Etude methodologiquement exemplaire de 7884 lettres majuscules reperees dans 576 pri¬
vileges et lettres pontificaux de 1049 a 1197.
On peut egalement citer, a propos de revolution des formes:
Walter Heinemeyer, Studien zur Geschichte der gotischen Uг кип dens chrift, 2° ed.
Cologne-Vienne: Bohlau, 1982, XI-272 p., 16 pi. (Archiv fur Diplomatic Beiheft 4).
Martin Riith, ‘'Aufkommen und Verbreitung der humanistischen Kanzleikursive in
den kommunalen Behorden der siidlichen Toskana und Umbriens: Untersuchung zu
den Dokumentenschriften von Foligno, Perugia, Siena und Arezzo im 15. Jahr-
hundert”, dans Archiv fur Diplomatic 36, 1990, p. 221-370, et 37, 1991, p. 307-451.
Pour ('identification dcs mains, line nouvcllc methode a etc mise an point par J.W.J.
Burgers. De paleografie van de documentaire hronnen in Holland en Zeeland in de
dertiende eettw. I. Onderzttek. 2. Bijlagen, 3. AJheeldingen. 3 vol.. Leuven: Peelers.
1995, 514-316 ct IV-368 p., et reprise par Fef (\ Dijkhof, Net Oorkondcnwezen van
enige Idoosters en steden in Holland en Zeeland, 1200-1325. /. Ondcrzoek. 2. Bij/ugen.
Ajhceldingen, Transcripties, 2 vol.. Leuven: Peelers. 2003. 687 p.
Voir cependant aussi B.-M. Tock, Scribes, souscripteurs et temoins..., p. 310-324.
Une autre orientation de recherche est la prise en compte d’un corpus de documents
contemporains et de contenu semblable, ce qui permet de belles etudes comparatives
des ecritures:
Helene Millet et Emmanuel Poulle, Le vote de la soustraction d’obedience en 1398,
f 1 [seul paru], Paris: CNRS, 1988, 480 p.
Angela Frascadore, La scomunica e la scrittura. Un 'indagine sulla cultura grafica
di notai, giudici e testimoni nella Puglia del primo Trecento, Florence: SISMEL
Edizioni del Galluzzo, 1999, 195 p.
* Sur Fapport du materiau diplomatique a une histoire de Falphabetisation et de
la relation a l’ecrit (p. 70):
A. Petrucci, C. Romeo, “Scriptores in urbibus": alfabetismo e cultura scritta
nell'Italia altomedievale, Bologne: II Mulino, 1992, 245 p., 16 pi.
Reprend dans une version abregee les deux articles cites ci-dessus, p. 70, accompagnes
d'aulres. parfois inedits.
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1993-2006
Irmgard Fees, Eine Stadt lernt schreiben, Venedig vow 10. bis zum 12. Jahrhundert,
Tubingen: Max Niemeyer Verlag, 2002, XI-437 p. (Bibliothek des Deutschen histo-
rischen Instituts in Rom, 103).
* La decoration, source d’emerveillement mais aussi de perplexite pour le diplo-
matiste, devra nourrir un riche dialogue avec les historiens dc 1’image: Ghislain Brunei,
Images dii pouvoir royal: les chartes decorees des Archives nationales, XIIIе-XVе
siecle, Paris: Somogy, 2005, 255 p.
Dans le memo ordre d'idecs. Hlizabcth Danbury. “The decoration and illumination of royal
charters in England. 1250-1509: an introduction", dans England and her Neighbours, 1066-
1453. Essays in honour of Pierre Clutpluis, ed. Michael Jones el Malcolm Vale, Londrcs:
llambledon, 1989, p. 157-179; “English and French artistic propaganda during the per¬
iod of the Hundred Years War: some evidence from royal charters", dans Power, Culture
and Religion in France e. 1350- e. 1550. ed. Christopher Allmand, Woodbridgc. Suffolk:
Boydell & Brewer, 1989. p. 75-97. ill. - Pour la Sieile: Raffaella Di Giorgi, ‘Document!’
dccorati della Sicilia', dans Schede Xfedievali, 59. 2001. p. 109-138, ill. - Perspectives
larges par Andreas H. Zajic et Martin Roland. “Eine spaimittelalterliche Urkundcnfalschung
aus dem Augustiner-Chorherrenstift Diirnstein in Niederosterrcich, zugleich ein Beilrag
/и illuminierten Urkundcn des Mittelalters", dans Archiv fur Diplomatik, 51,2005, p. 331-
432.
- Les caracteres internes: les parties du discours (p. 71-85)
* Formules d’adresse et de salut (p. 75)
Dans la continuity de I\irs dictaminis medieval, les variations stir Fadresse et le
salut des lettres peuvent devenir vcctcur de controverse on simplement d'humour:
Matthieu Arnold, “Malta panels: lorme et Ibnction de Fadresse el des salutations ini-
tialcs dans les lettres dc Luther”. dans Bulletin de la Societc d'histoire du prates-
tantisme frem^uis. octobre-deecmbre 1992, p. 537-561.
* Preambule (p. 76). Les etudes se poursuivent a un rythme soutenu et s’etendent
rcsolument aux derniers siecles medievaux.
Philip L. Reynolds, “ The dotal charters as theological treatise*', dans Reeherches
de theologie aneiemie et tnedievale, 61, 1994, p. 54-68.
Montre. a travers Fexemple - extreme - de quelques chartes dc manage du haut Moyen
Age. c|uc les riklacieurs pouvaient t'aire du preambule un petit traite theologique. A com¬
parer. pour line epoque plus tardive, avec L. Morelle. “Mariage el diplomatique...".
Sebastien Barret, “Ad captandam benevolentiam: stereotype et inventivite dans
les preambules d’actes medievaux”, dans "Auctor" et ,,auctoritas,>: invention et
conformisme dans I'ecriture tnedievale, actcs du colloque de Saint-Quentin-en-
Yvelines (14-16 juin 1999), rcunis sous la direction de Michel Zimmermann, Paris:
Ecole nationale des chartes, 2001 (Memoires et documents de VEcole des chartes,
59), p. 321-336. ‘
Bernard Barbiche, “Diplomatic, diplomatique et theologie: les preambules des lettres
de legation (XIIIe-XVIIe siecle)”, dans Inquirens subtilia diversa. Dietrich Lohrmann
zum 65. Geburtstag, cur. Horst Kranz et Ludwig Falkenstein, Aachen: Shaker Verlag,
2002, p. 123-132.
430
1993-2006
Atsuko Iwanami, “Memoria et oblivio ”. Die Entwicklung des Begriffs "memoria ”
in Bischofs- und Herrschenirkunden des Hochmittelalters. Berlin: Duncker Sc
Humblot, 2004, 196 p. (Berliner historische Stadien, 36).
L’auteure examine la signification et 1 ’utilisation, a partir du XIIе siecle. de ces deux
concepts contradictoires dans les preambules des actes episcopaux et monastiques des dio¬
ceses germaniques de Mayence, d’Halberstadt, de Magdcbourg et de Wurzbourg, ainsi
que des dioceses limitrophes dc Treves, de Metz, de Verdun et de Toul. Elle les compare
a la situation dans les actes similaires de Reims et d’Angers. Des etudes de cas poussent
cette comparaison avec dcs actes issus des chancelleries imperiale et royale.
Un exemple du renouveau de Templed du preambule aux derniers siecles du Moyen
Age, ou il est reserve a quelques categories d'actes solennels, vecteurs de propagande
princiere ou seigneuriale: O. Guyotjeannin, “Vivre libre dans une seigneurie juste:
note sur les preambules des chartes de franchises”, dans Campagnes medievales,
/ 7iomme et son espace, etudes offertes a, Robert Fossier, Paris: Publications de la
Sorbonne, 1995 (Histoire ancienne et medievale, 31), p. 375-385 (le theme est repris
et elargi dans les actes du colloque de Jaca, 2002, sur 1c prelevement seigneurial, sous
presse).
* Expose (p. 79)
Johannes Burkhardt, “Narrationes in ottonischen Konigs- und Kaiserurkunden.
Versuch einer Typologie”, dans Arbeiten cats dem Marburger hilfswissenschaftlichen
Institut..., 2000, p. 133-177.
Repartition cn 10 categories des narrationes de la moitie des actes dclivres enlre 918 et
1024.
* Formule de date (p. 84)
Aux cotes de la date de temps, la date de lieu (les diplomatistcs italiens parlent de
“date topique”) peut etre parfois prodigue en informations (voir documents n° 32, 34,
41). Des renseignements ponctucls peuvent intcresscr Tarcheologue (p. ex. la men¬
tion d'une chapelle ou d’une tour, la dedicace d’un autel), 1c lexicographe (p. ex. la
diffusion du terme palatium pour designer le palais episcopal). Mis en serie dans le
cadre de Tcdition d’un chartrier monastique. ils peuvent permettre de rcconstituer
Tagencemcnt et revolution des batiments (voir par exemple I’ingenieuse exploitation
de J.-L. Lemaitre, Cartulaire de la chartreuse.... p. ХП-ХШ).
- Les moyens de validation (p. 86-92)
* Les souscriptions de tout genre (p. 88) se sont attire de nombreux travaux, au car-
refour de plusicurs centres d’interet (pratiques graphiques, semiologie, traditions juri-
diques, etc.):
Volker Hilberg, “Monogrammverwendung und Schriftlichkeit im merowingischen
Frankenreich”, dans Arbeiten aus dem Marburger hilfswissenschaftlichen Institut.
hrsg. von Erika Eisenlohr und Peter Worm, Marburg: Universitatsbibliothek Marburg,
2000 (Elementa diplomatica, 8), p. 63-122.
L’auteur observe Г utilisation du monogramme sur toutc une serie d'objets: actes, mon-
naies, fibulcs. boucles et instruments d’ecriture. II se demandc si cette diffusion n'esl pas
a mettre en rapport avec le developpement de Tccriture a Tepoquc merovingienne.
431
1993-2006
Peter Worm, Karolingische Rekognitionszeichen: Die Kanzlerzeile und ihre gra-
phische Ausgestaltung auf den Herrscherurkunden des achten und neunten
Jahrhundert, Marburg an der Lahn: Universitatsbibliothek Marburg, 2004, 2 vol. in-
4°, 176-309 p. (Elementa diplomatica, 10).
Laurent Morclle, “La main du roi et le nom do Dieu: la validation de Lacte royal
selon I linemar, d’apres un passage de son De divortio'\ dans Fai chretienne et eglises
dans la societe politique de I 'Occident du hunt Mayen Age. JP'-X/F sieele, [Melanges
Olivier Guillot], textes reunis par Jacqueline Hoarcau-Dodinau et Pascal Texier,
Limoges, [2004] (Cahiers de Fhistitut d'anthropologie juridique. I 1), p. 287-318.
Benoit-Michel Tock, Scribes, souscripteurs et temoins dans les actes prives en
France (VIIе-debut XIIе sieele), Tumhout: Brepols, 2005, 490 p. (.ARTEM, 9).
l.’examen des seings manuels et de la decoration des actes siciliens a donne lieu
au volume Segni manual! e decorazioni nei document! siciliani. dir. Diego Ciccarelli,
Palerme: Onicina di Studi Medievali, 2002. 182 p., ill (Machinaphilosophorum. Testi
e studi delle culture euromediterranee, I). Les actes sont egalemcnt publics dans
Schede medievali. 39, 2001. p. 145-174.
I’ll particulier: Alessundni Cannizzaro traitc dc rorigine du seing manuel ainsi que des sigrni
et des suhsenptumes an XIIIе sieele. non sculemcni latinos mais egalement grecques ou
bilingues. Giovanna Crescimanno dresse une typologie des seings manuels du XIIе sieele.
* Les etudes sur la genese medievale de la signature ont aussi marque des progres
decisifs:
Beatrice Fraenkel, La signature, genese d'un signe, Paris: Gallimard, 1992, 319
p. (Bibliotheque des histoires).
Claude Jeay, “La naissance de la signature dans les cours royale et princieres de
France (XIVe-XVe sieele)”, dans “Auctor ” et "aiictoritas'’..., 2001, p. 457-475.
* Sceau (p. 90). Belles propositions de renouvellement de la question de la diffu¬
sion du sceau: Brigitte Bedos-Rezak, “Medieval identity: a sign and a concept”, dans
American historical review, 105, 2000, p. 1489-1533.
Recent catalogue illustre: Sceaux et usages de sceaux: images de la Champagne
medievale [catalogue de l’exposition, 2003-2004], sous la dir. de Jean-Luc Chassel,
Paris: Somogy, 2003, 167 p.
Sur le sceau, reflet des mentalites: Elizabeth A. New. “Christological personal seals
and Christocentric devotion in later medieval England and Wales”, dans Antiquaries
Journal, 82, 2002, p. 47-68, ill.
Apergus sur un systeme local: Arlette Higounet-Nadal, “La pratique des courroies
nouees aux XIе et XII? siecles d’apres le grand cartulaire de La Sauve Majeure”, dans
Bibliotheque de FEcole des chartes, 158, 2000, p. 273-282.
* Le chirographe (p. 92). Examinant les diflcrentes versions d'un passage du Livre
de Tobie ou il est question d’un chirographum, Ada Grossi, “Borsa о chirografo ? Le
diverse tradizioni del Libro di Tobia nella riecrea delle origini del doeumento bipar-
lilo”. dans Studi Medievali, 44. 2003. p. 755-794, reexamine Eapparition du chiro¬
graphe dans le milieu commercial.
-132
1993-2006
- La langue et le style (p. 92-102)
Une serie de mises au point sur la situation generate de bilinguisme latin-vernaculaire
et frequente de plurilinguisme, oil plusieurs langues vemaculaires sont en contact et
concurrence, ont ete donnees au XIе congres international de diplomatique (Troyes, sep-
tembre 2003), dont les actes sont maintenant en ligne (http://elec.enc.sorbonne.fr/
sommairel63.html). II est assez caracteristique que les etudes у aient etc plus denses
sur les terrains d’influences croisees (pays de Galles, Orient latin, Est europeen...).
Mais F etude des diplomatistes doit aussi s’enrichir au contact de la philologie et
plus encore de la linguistique, dont les enquetes sur la communication ecrite et orale,
sur les champs semantiques, sur la sociolinguistique, sur les procedures de traduc-
tion/translation permettent de regarder d’un ceil neuf les donnees documentaires, tout
en respectant leur specificite et en etant attentif a leur genese. La bibliographie est
encore assez eclatee, et Гоп peut mentionner plus a titre d’exemple et d’illustration
quelques etudes:
Jerome Belmon et Frangoise Vielliard, “Latin farci et occitan dans les actes du XIе
siecle”, dans Pratiques de Fecrit documentaire аы XIе siecle, 1997, p. 149-183.
Serge Lusignan, “Chartes et traduction: les actes latins et frangais de la chancelle-
rie royale et le paradigme de la traduction” dans Le Mayen frangais, n° 51-52-53,
2002-2003, Traduction, derimation, compilation: la phraseologies actes du colloque
international, Universite McGill (Montreal, 2-3-4 octobre 2000), publies par Giuseppe
Di Stefano et Rose M. Bidler, p. 395-420.
Michel Parisse, “Quod vulgo dicitur: la latinisation des noms communs dans les
chartes”, dans Medievales, 42, 2002, p. 45-53.
Serge Lusignan, La langue des rois au Moyen Age: le frangais en France et en
Angleterre, Paris, 2004, 296 p. (Le nceud gordien).
On peut esperer beaucoup aussi de Г importation des methodes de la stylistique,
capitales pour mieux penetrer Lelaboration de Facte comme Forganisation de la com¬
munication, тёше si depuis les grandcs etudes de Heinrich Fichtenau les diploma¬
tistes ont ete sensibilises a Fimportance de la rhetorique dans les actes souverains. Ce
sont ainsi des conclusions capitales sur les rapports entre auteur ct beneficiaire qui
se trouvent fmement degagees par:
Hans-Henning Kortiim, Zur papstlichen Urkundensprache im friihen Mittelalter-
diepdpstliche Privilegien, 846-1046, Sigmaringen: Thorbecke, 1995, 464 p. (Beitrdge
zur Geschichte und Quellenkunde des Mittelalters, 17).
Emily Kadens, Can Dictamen help date the documentary language switch ? The
case of the 13th-Century Franc of Bruges, dans In principio erat verhum. Melanges
offerts en hommage a Paul Tombeur par des anciens etudiants a l 'occasion de son
cmehtat, ed. B.-M. Tock, Turnhout: Brepols, 2005. p. 121-144.
* L’etude des modalites d’usage des langues vernaculaircs (p. 93), voie tradition-
nelle, rcste vicacc.
433
1993-2006
Anthonij Dees (ed.), Atlas des formes et des constructions des chartes frangaises
du 13e siecle, Tubingen: Max Niemeyer, 1980, XIV-371 p. (Beihefte zur Zeitschrift
fur romanische Philologie, 178).
Inventaire et cartographic des formes graphiques presentes dans lcs chartcs frangaises.
Base uniquement sur textes edites, ce qui cn diminue la portce: les editeurs maitrisant sou-
vent inieux le latin que le frangais medieval, il у a risque non ncgligeable d’erreurs.
Van vader- naar moedertaai Latijn, Frans en Nederlands in de dertiende-eeuwse
Nederlanden, dir. Rita Beyers, Bruxelles, 2000 (= Handelingen van de Koninklijke
Zuid-Nederlandse Maatschappij voor Taal- en Letterkunde en Geschiedenis, 53).
Mieke Leroy, “De oorkondentaal van een dertiende-eeuwse middelnederlandse scribent
uit Brugge”, p. 137-153, scrute les actes ecrits cn moyen neerlandais par un scribe ano-
nyme de Bruges, melant toute une serie de termes issus d’actcs en latin.
The dawn of the written vernacular in western Europe, ed. by Michele Goyens and
Werner Verbeke. Leuven: Leuven university press, 2003, XIV-484 p.
Pour les demiers actes anglais (royaux, episcopaux, prives) rediges en anglo-saxon
apres la conquete normande de 1066: David A. E. Pelteret, Catalogue of English post¬
conquest vernacular documents, Woodbridge: Boydell and Brewer, 1990, IX-137 p.
Sur le moyen-anglais des actes du roi et du Parlement au XVе siecle: John H. Fisher,
Malcolm Richardson, Jane L. Fisher, An anthology-■ of Chancery English, Knoxville:
University of Tennessee Press, 1984, XVII-416 p., 6 pi.
Edition commentee d’environ 200 documents de Lepoquc d’Henri V ct Henri VI, avec
importantes remarques diplomatiques et precieux glossaire, - Compte rendu detaille par
Lister M. Matheson dans Speculum, 61, 1986, p. 646-650.
Corpus des actes et documents d’archives en moyen-necrlandais, anterieurs a 1301:
Maurits Gysseling, Corpus van middelnederlandse teksten (tot en met het jaar 1300),
reeks 1: Ambtelijke bescheiden, 9 vol., La Haye: Nijhoff, 1977.
Le corpus est aux tomes 1-4. les index aux tomes 5-9. La secondc serie, en cours, concernc
les oeuvres litteraires.
* L’effort litteraire (p. 96). Un notable effort d’epuration linguistique et d’appret lit-
teraire accompagne Lessor de Facte notarie a Bologne au XIIе siecle: Giampaolo Ropa,
“Sulla lingua e su alcuni modi espressivi delle piu antiche carte bolognesi (secoli X-
XII)”, dans Studio bolognese e formazione del notariato (Atti del Convegno... Bologna.
6 maggio 1989), Milan: Giuffre, 1992 (Studi storici sul notariato italiano, 9), p. 71-115.
Etude methodologiquement exemplaiie; insiste aussi sur les nuances qui doivent acconi-
pagner Г etude du latin pretendument “dccadenf’ de leurs predecesseurs des Xc-XIe siecles.
Chapitre 4. Breve typologie des actes medievaux
Une remarquable serie de congres de la Commission internationale de diplomatique
a continue a enrichir la diplomatique speciale.
- L’acte de souverain (p. 105-111)
Typologie der Konigsurknnden [avant 1200], acta colloquii Olomucensis, eolloque
de la Commission internationale de diplomatique a Olmiitz, 30 aout-3 septembre 1992,
ed. Jan Bistricky, Olmuz: Univerzita Palackeho, 1998, 289 p.
434
1993-2006
Diplomatique royale du Moyen Age, XIIIе-XVе siecles, actes du colloque de la
Commission Internationale de diplomatique, Porto, septembre 1991, ed. Jose Marques,
Porto: Faculdade de Letras, 1996, 297 p. [un grand absent, de fagon significative:
I’Empire.]
Richard Sharpe analyse le “writ” royal anglais: “The use of writs in the eleventh
century”, dans Anglo-Saxon England, 32, 2003, p. 247-291.
L’autcur sc concentre sur le genre hybride de la “writ-charter”, a mi-chemin entre la lettre
et le diplome royal, apparue vers les annees 950 et disparue dans les annees 1160, adres-
see par le roi a ses officiers et leur accordant divers privileges, qui if etaient valables
qu’aussi longtcmps que les deux parties etaient en vie. Lf etude est accompagnec dc redi¬
lion, de la traduction en anglais et du commentaire de treize “writs” rediges en latin (la
plupart Г etaient dans cette langue a partir des annees 1070).
- L’acte princier, seigneurial et communal (p. 111-112)
Etude novatrice sur les pratiques d’emission et de scellement d’actes par les barons
champenois au XIIе siecle en introduction a ((Littere baronum "/ the earliest cartu¬
lary of the counts of Champagne, ed. by Theodore Evergates, Toronto: University of
Toronto Press, Medieval Academy of America, 2003, 210 p. (Medieval Academy
Books, 107).
La diplomatique urbaine en Europe au Moyen Age, actes du congres de la
Commission internationale de diplomatique, Gand. 25-29 aout 1998, ed. Walter
Prevenier et Therese de Hemptinne, Leuven-Apeldoorn: Garant, 2000, XIV-381 p.
(Studies in urban social, economic and political history of the medieval and early
modern Low Countries, 9).
L'ne belle monographic: Peter Hoheisel, Die Gottinger Stadtschreiber bis zur
Reformation, Gottingen: Vandenhoeck & Ruprecht, 1998, X-288 p.
- L’acte pontifical (p. 113-114)
P. Rabikauskas, Diplomatica pontificia...'. 5e ed., Rome: Pontificia Univcrsita gre-
goriana, 1994, 166 p.
Dc grandes legons de methode chez Paul F. Kehr, Ausgewahlte Schriften, hrsg. von
Rudolf Fliestand, Gottingen: Vandenhoeck & Ruprecht, 2005, 1418 p. (Abhandlungen
der Akademie der Wissenschaften zu Gottingen, phil.-hist. Klasse, dritte Folge, 250).
Une belle monographic: Erik Van Mingroot, Sapientie immarcessibilis. A Diplo¬
matic and Comparative Study of the Bull of Foundation of the University of Louvain
(December 9, 1425), Louvain: Leuven University Press, 1994, 329 p. (Mediaevalia
Lovaniensia, 1-25).
Etude documentee et abondamment illustree d’une bulle de Martin V. Comparaison avec
d’autres bullcs, particuliercment de creation d’universite. Examen ties attentif d’une excep-
tionnelle tradition manuscrite et imprimcc.
Le materiau foisonnant est depuis peu 1’occasion de s’interroger sur la reception
des actes pontificaux et, plus loin, sur l’attente et la demande de la part des eglises
locales. Cette thematique est au coeur de travaux volontiers seriels, comme celui de
Jochen Johrendt, Papsttum und Landeskirchen im Spiegel der papstlichen Urkunden
435
1993-2006
(896-1046Л Hanovre: Hahnsche Buchhandlung, 2004, XXII-305 p. (MGH Studien
und Texte, 33), ou de plusieurs etudes de cas parues dans L ’Eglise de France et la
papaute (Xe-XIHe siecle), actes du XXVIе colloque historique franco-allemand (Paris,
1990), publies par Rolf Grosse, Bonn: Bouvier, 1993, X-408 p., 12 pi.
Dans le sillagc des interventions sans cesse croissantes de la papaute, fleurisseni
aux XIГ el XIIIе siccles les actes des juges delcgues, nommes ponctuellenient par le
pape pour trancher un lilige en ses lieu el place. Deux motifs ont pousse a travaillcr
sur ее champ: la perception du role des juges delegues conune vecleurs de nouveau-
tes jiindiqiies, et tout specialement de la procedure romano-canonique; les indices
diplomatiques quo leur production, en principc archivce par la parlie victorieuse, per-
met d'accumuler sur des lettres ponlificales souvent perdues (a commcnecr par leurs
propres lettres de commission). Deux centres d’intcret con joints che/ un diplomatistc
coinmc Dietrich Lohrmann. dont le disciple Heribert MiiHer a scrute 1 ’institution en
Normandie: Pdpstliche De leg ationsgerich tsha rkeit in Normandie (12. und frillies
13. Jahrhundert), Bonn: Bouvier, 1997, 2 vol. (Studien und Dokumenfen zur Gallia
Pontificia, hrsg. vom Deutsehcn Historischen lnstitut Paris und der Leole nationale
des chartes. 4).
- L’acte episcopal (p. 114-115)
Ghislain Brunei, "‘Chartes et chancelleries episcopates du nord de la France an
XIе siecle”, dans A propos des actes d'eveques, hommage a Lucie Fossier, ed. Michel
Parisse, Nancy: Presses universitaires de Nancy, 1991 (Actes des eveques de France),
p. 227-244.
Die Diplomatik der Bischofsurkunde vor 1250 / La diplomatique episcopale avail t
1250, Referate zum VIII. internationaler Kongress fur Diplomatik (Innsbruck, 27.
September-3. Oktober 1993), ed. Christoph Haidacher et Werner Kofler, Innsbruck:
Tirolcr Landesarchiv, 1995, 564 p.
Bcnoit-Michel Tock, “Les vacances de sieges episcopaux au XIIе siecle. Aspects
diplomatiques”, dans Sede vacante. La vacance du pouvoir dans l ’Eglise du Moyen
Age, Bruxelles: Facultes universitaires Saint-Louis, 2001 (Cahiers du centre de
recherches en histoire du droit et des institutions, 15), p. 153-169.
A l’etude et 1’edition des actes episcopaux doivent s’ajouter celles des actes ema-
n6s des archidiacres et des chapitres cathedraux:
Twelfth-Century English Archidiaconal and Vice-Archidiaconal Acta, ed. Brian
Richard Kemp, Woodbridge: The Boydell Press, 2001, LV1-263 p. (The Canterbury
and York Society, 92).
Benoit-Michel Tock, Le chapitre cathedral de Therouanne et ses chartes au XIT
siecle, dans Revue du Nord, 86, 2004, p. 633-648.
- L’acte privc (p. 115-121)
* Sur l’acte prive du haut Moyen Age jusqu’aux grandes revolutions des XIIе-
XIIIе siecles, les chercheurs restent peu nombreux, mais leurs efforts convergent avec
le souci des historiens d’accorder une place centrale a la reflexion sur le statut et les
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1993-2006
usages de l’ecrit, d’ou une riche gerbe de travaux, dont on a retenu sans exhausti¬
ve:
Pratiques de Vecrit documentaire an XIе siecle, ed. Olivier Guyotjeannin, Laurent
Morelle, Michel Parisse = Bibliotheque de VEcole des chartess 155, 1997, p. 5-349.
Benoit-Michel Tock, “L’acte prive en France, VIIe-premiere moitie du Xе siecle”,
dans Les transferts patrimoniaux en Europe occidentale, VlIIe-IXe siecles, I, actes
de la table ronde de Rome, 6, 7 et 8 mai 1999 (= Melanges de VEcole frangaise de
Rome, Moyen Age, 111, 1999, n° 2), p. 499-537; Laurent Morelle, “Les ‘actes de pre-
caire’, instruments de transferts patrimoniaux (France du nord et de Test, VIIIe-XIe
siecle)”, ibid., p. 607-647.
Dots et douaires dans le haut Moyen Age, sous la dir. de Frangois Bougard, Laurent
Feller et Regine Le Jan, Rome: Ecole frangaise de Rome, 2002, 600 p. (Collection de
PEcole frangaise de Rome, 295).
Laurent Feller, Agnes Gramain et Florence Weber, La fortune de Karol: marche
de la terre et liens personnels dans les Abruzzes au haut Moyen Age, Rome: Ecole
frangaise de Rome, 2005, 213 pages (Collection de VEcole frangaise de Rome, 347).
Sauver son dme et se perpetuer: transmission du patrimoine et memoire au haut
Moyen Age, sous la dir. de Frangois Bougard, Cristina La Rocca et Regine Le Jan,
Rome: Ecole frangaise de Rome, 2005, 532 p. (Collection de VEcole frangaise de
Rome, 351).
Remarquable enquete sur la vie des formules: Jerome Belmon, “//7 conscribendis
donationibus hie ordo servandus est...: l’ecriture des actes de la pratique en Languedoc
et en Toulousain (IXe-X° siecle)”, dans “Auctor *’ et “auctoritas 2001, p. 283-320.
Une exceplionnelle etude (avec edition et fac-simile) de 60 chaites tirees du fonds
de Saint-Gall, dont beaucoup ne concernent que des particuliers (pour les VIIIe-Xc
siecles): Peter Erhart et Julia Kleindinst, Urkundenlandschaft Rcitien, Vienne:
Akademie der Wissenschaften, 2004, 279 p. (Osterreichische Akademie der IVissen-
schaften, philosophisch-historische Klasse, Denkschriften, 319 = Forschungen zur
Geschichte des MittelaIters, 7).
* Sur Facte de juridiction gracieuse au nord, les etudes se font attendre, en dehors
d’un regain d’interet pour les tabellions et leurs registres, qui n’a pas encore abouti
a la publication de resultats (joumees d’etudes 2005-2007 Ecole nationale des chaites
et universite Paris VII).
Sur la modification des formes et des attentes, en lien avec Fencadrement de la
societe et la pression fiscale des princes, voir les stimulantcs approches de Mathieu
Arnoux, “Essor et declin d’un type diplomatique: les actes passes coram parrochia
en Normandie (XII°-XII1C siecles)”, dans Bibliotheque de VEcole des chartes, 154,
1996, p. 323-357.
* Sur Facte notarie, le foisonnement se confirme des etudes dans FEurope medi-
terran6enne, italienne mais aussi iberique, mais il demeure souvent tout aussi volon-
tiers monographique et regionaliste. Larges echappees. sur des aspects ties divers,
dans:
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1993-2006
Andreas Meyer, "Felix et inclitus notarius ", Studien zum italienischen Notariat
vom 7. bis zum 13. Jahrhundert, Tubingen: Max Niemeyer Verlag, 2000, 857 p.
(Bibliothek des Deutschen historischen Instituts in Rom, 92).
Rolandino e l 'ars notaria da Bologna all'Europa, atti del convegno intemazionale,
a cura di Giorgio Tamba, Milan: Giuffre, 2002, 826 p. (Consiglio nazionale del nota-
riato, Per una storia del notariato nella civilta europea, 5).
Sur diverses greffes: Estudios sobre el notariado europeo (siglos XIV-XV), ed. Pilar
Ostos et Ma Luisa Pardo, Seville: Universidad de Sevilla, 1997, 107 p. [Portugal, Pays-
Bas, Pologne, Angleterrc.]
En France, les etudes sont nettement moins nombreuses. Un essai tres suggestif sur
la longue duree, avec de fertiles questionnements sur la “longue vie des formules” et
les usages des formulaires: Jean Hilaire, La science des notaires, une longue histoire,
Paris: Presses universitaires de France, 2000, 300 p. (Droit, ethique, societe).
Sur le testament comme acte de demiere volonlc (actes notaries italicns du XIIIе
siecle), vue d’cnsemble ct appel a une recherche systematique: Martin Bertram.
“MillcMrerlichc Testamente: zur Lntdeckung einer Qucllcngattung in Italicn”, dans
Ouellen and Forschungen aus italienischen Arehiven and Bihliolheken, 68, 1988,
p. 509-545.
La traduction italienne de Fouvrage de C. R. Cheney, Notaries public..., a suscitc
Particle de Maria Luisa Lombardo, “A proposito dei notari inglesi nel Medioevo”,
dans Nuova rivista storica, 76, 1992, p. 167-180.
1/etude des pratiques des notaires en France, qui olTrent un splendidc cas d’accul-
turation diplomatique, altendcnt encore d’etre relancees apres les travaux fondateurs
de Roger Aubcnas sur 1c notariat provem;al. Utiles mises au point de Frank Brechon,
“Aulour du notariat et des nouvcllcs pratiques de Pccrit dans les regions meridionales
mix XIIе et XI11° siecles”. dans Coniprendre le XIIF siecle: etudes o/fertes a Maric-
Therese Lorcin, dir. Daniele Alexandre-Bidon et Picne Guichard, Lyon. 1995, p. 161-
172 (en annexe, lisle, carte el tableau chronologiquc des registres du XIIIе siecle
conserves en Provence, Dauphine, l.anguedoc. Rouergue et Qucrcy).
Un exemple d’etude paitic de Pautre terme de Penquetc, Pinterrogation de Phis-
torien sur la fabrication de sa source: Marie-Claude Marandet, Le souci de Fau-dela:
la pratique testamentaire dans la region toulousaine (1300-1450), Perpignan: Presses
universitaires de Perpignan, 1998, 2 vol., 701 p. (Etudes).
- Circulation de modeles entre chancelleries (p. 121)
L’etude pionniere est celle de Harry Bresslau, “Intemazionale Beziehungen im
Urkundenwesen des Mittelalters”, dans Archiv fur Urkundenforschung, 6, 1918,
p. 19-76, centree sur les chancelleries pontificale, imperiale et royales.
On verra egalement les actes d’un colloque de la Commission intemationale dc
diplomatique, centre sur le rayonnement de Pacte pontifical et son influence sur les
autres producteurs: Papsturkunden und europdisches Urkundenwesen, Studien zu ih*'ef
formalen und rechtlichen Kohdrenz vom 11. bis 15. Jahrhundert, ed. Peter Herde et
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1993-2006
Hermann Jakobs, Cologne, Weimar, Vienne: Bohlau, 1999, XI-429 p. (Archiv fur
Diplomatic Beiheft 7).
- Commentaire du document n° 11 (p. 161-163).
Toutc honte bue, il faut corriger Г interpretation des termes chambre aus traiz et
moles (il s’agit du local ou Farchitecte entreposera modeles graphiques et gabarits),
et remarquer que le document, choisi en toute innocence, est important pour Г histoire
du chantier de Poitiers. Belle occasion de constater que la diplomatique est aveugle
sans 1 ’histoire (ici, l’histoire de Part): O. Guyotjeannin et Philippe Plagnieux,
“Documents comptables et histoire de la construction, Guy de Dammartin et la che-
minee de la grande salle de Poitiers”, sous pressc dans Bulletin monumental, 2006.
Chapitre 5. La genese des actes
- Le cadre: les chancelleries (p. 223-227)
Curieusement, le domaine a ete relativement peu soutenu par la vague des etudes
de prosopographie et d’histoire de la genese de l’Etat moderne, тёте si plusieurs tra-
vaux sont en cours ou devraient aboutir a prochaine publication (ainsi d’Olivier
Canteaut pour les trois derniers Capetiens directs, avec une analyse approfondie de la
genese, des mentions hors-teneur, des registres). Approches fouillecs mais ponctuelles
dans:
Stephanie Mooers-Christclow, ‘"Chancellors and Curial Bishops: Ecclesiastical
Promotions and Power in Anglo-Norman England”, dans Anglo-Norman Studies,
CXXH, Proceedings of the Battle Conference /999, ed. Christopher Harpel-Bill,
Woodbridge: Boydell, 2000, p. 49-69 [examine tous les chapelains royaux et les chan-
celiers promus a l’episcopat entre 1066 et 1135.]
Hans Eberhard Mayer, Die Kanzlei der lateinischen Konige von Jerusalem, 2 voL
Hanovre: Hahnsche Buchhandlung, 1996, LXXII-906 et 1027 p.
Stefan Hirschmann, Die pdpstliche Kanzlei und ihre Urkundenproduktion (1141-
1159), Francfort: Peter Lang, 2001 (Europdische Hochschulschriften, III: Geschichte
und ihre Hilfswissenschaften), 445 p.
Praktische Arbeit in den Herrscherkanzleien im spdteren 12. und im 13. Jahrhundert
[actes des journees d’etudes des 3-4 novembre 1994, reunis par Walter Koch] = Archiv
fur Diplomatic 41, 1995, p. 239-363 [Angleterre, France, papaute, Empire.]
Pierre Cockshaw, Le personnel de la chancellerie de Bourgogne-Flandre sous les
dues de Bourgogne de la maison de Valois, 1384-1477, Kortrijk-Heule: UGA, 1982,
XLVI-245 p. (Anciens pays et assemhlees d'etats, 79).
Ecrit etpouvoir dans les chancelleries medievales: espace frangais, espace anglais,
actes du colloque international de Montreal (7-9 septembre 1995), ed. Kouky Fianu
et DeLloyd J. Guth, Louvain-la-Neuve: Federation internationale des instituts d’etudes
Medievales, 1997, 342 p. (Textes et etudes du Moyen Age, 6).
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Jean Kerherve, “La chancellerie de Bretagne sous Louis XII et Anne de Bretagne,
1499-1514”, dans Powerbrokers in the late Middle Ages / Les courtiers du pouvoir
au has Moyen Age, Turnhout: Brepols, 2001, p. 199-233.
La remarquc, toutefois, ne vaut pas pour les approches fertiles et toujours inno-
vantes de Fhistoriographie italienne des cites et des Etats princiers, dont on aura an
bon apergu dans Cancelleria e amministrazione negli Stati italiani del Rinascimento,
ed. Franca Leverotti = Ricerche storiche, 24, 1994, p. 277-424.
Le croisement de la paleographic et de la diplomatique continue de son cote a nour-
rir les enquetes. Voir ainsi La collaboration dans la production de Vecrit medieval.
Actes du XIIIе colloque du Comite international de paleographie latine (Weingarten,
22-25 septembre 2000), dir. Herrad Spilling, Paris: Ecole des chartes, 2003, 514 p.
(Materiaux pour Vhistoire publies par l 'Ecole des chartes, 4).
Walter Koch, “Zusammenarbeit bei der Ausfertigung der Urkunden in der Kanzlei stau-
fischer Herrscher”, p. 411-426, 7 ill., analyse au plus pres le mode de travail des notaircs
de la chancellerie dc Frederic II, et plus precisemcnt dans trois documents de 1212.
L’importance de l’etude des differentes mains s’en trouve renforcce. - Maria Jose de
Azevedo Santos, “La production des chartes et des registres a la chancellerie du roi
Alphonse III (1211-1223)”, p. 428-438, compare les documents issus de cette chancellc-
rie, parvenus en original, aux deux registres conserves.
- Le processus d’elaboration, de la demande a Fenregistrement (p. 227-237)
* Demandes, petitions, suppliques (p. 227)
Pour une remise en contexte: Supplic/ues et requetes: le gouvernement par la grace
en Occident (XIF-XVC siecleЛ sous la dir. d’Helene Millet, Rome: Ecole frangaisc
de Rome, 2003 (Collection de VEcole frangaise de Rome, 310).
Un essai ponctuel: Olivier Guyotjeannin. “Matrimonium pro bono pads: le jeu dc
la supplique et de la grace dans les dispenses pontificales de mariage”, dans 'Inquirem
subtilia diversa2002, p. 133-148.
Un recit divertissant sur la difficile obtention de lettres apostoliques: 0.
Guyotjeannin et Dietrich Lohrmann, “L’abbe de Saint-Eloi de Noyon en cour de Rome
(1256)”, dans Melanges Bernard Delmaire = Revue du Nord, 86, 2004, p. 681-696.
* Redaction par la chancellerie, par le beneftciaire, par un tiers (p. 228)
Lc livre dc Wolfgang Muschner, Transalpine Konummikation ini Mittelalter.
Uiplomatiselw. kulturelle and politische Wechselwirkungen zwischen Italien and dew
nordatpinen Reich ({).-l l. JahrhundertЛ Hanovre: Nahnsche Buclihandlung, 2003.
LXII-1050 p. ct 101 ill. [Monumenta Gennaniae llistorica. Schriften, 52) propose
une interpretation entierement nouvelle dc I'claboration des diplomes imperiaux aux
alentours de Fan mil. Pour Muschner, la part des dcstinalaircs cst cnorme, ее qu1
confirme bien des pressentiments; et surtout, ce ne sont pas des employes subalternes,
mais des eveques, des abbes, qui elaborent la plupart de ccs diplomes.
* Les formulaires et les manuels d'ars dictaminis (p. 230)
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Le stock des editions se renouvelle:
Edition, parfois assortic de traduction, de plusieurs traites d'ars dictaminis, sous la
direction de Steven Wight: http://lettere.unipv.it/scrineum/wight/index.htm.
Hans-Gunter Schmidt, Administrative Korrespondenz derfranzosischen Konige im
1300. Edition des “Formelbuches” B.N.F. ms lat. 4763: Verwaltung, Gerichtsbarkeit,
Kanzlei, Gottingen: Klaus Hess Verlag, 1997, 723 p., ill.
Le J'ormitlaire d’Odart Morchesne dans la version du ms BnF fr. 5024, edite par
Olivier Guyotjeannin et Serge Lusignan avec le concours des etudiants de 1’Ecole
nationale des chartes et la collaboration d’Eduard Frunzeanu, Paris, 2005, 479 p.
(iMemoires et documents de VEcole des chartes, 80) [voir ici-meme, le document 29b,
p. 258-261].
Un formulari i un registre del bisbe de Valencia En Jaume d'Arago (segle XIV), a
cura de M. Milagros Carcel Orti, Valence: Universitat de Valencia, 2005, 2 vol., 439-
59 p. (Fonts historiques valencianes, 17).
Debut de recensement critique: Franz-Josef Worstbrock, Monika Klaes, Jutta
Liitten, Repertorium der Artes dictandi des Mittelalters, t. I, Von den Anfangen bis
um 1200, Munich: Wilhelm Fink, 1992, XXIV-182 p. (Miinstersche Mittelalter-
Sc hr if ten, 66).
Recense et analyse 52 oeuvres, groupes d’oeuvres et fragments des annees 1070 aux annees
1210, avec biographie des auteurs, bibliographic, description des manuscrits. Complete
par de riches tables: incipit, depots, noms ct matieres, denomination des parties de la lettre
chez differents auteurs, geo-chronologie.
Quclques etudes:
William D. Patt, “The early ars dictaminis as response to a changing society”, dans
Viator. 9, 1978, p. 133-155.
Serge Lusignan, “La transmission parascolaire de savoirs juridiques: les arts epis-
tolaires de la chancellerie royale frangaise”, dans Education, apprentissages, initia¬
tion au Moyen Age (Actes du premier colloque international de Montpellier, novembre
1991), Montpellier: Universite Paul Valery/Centre de recherche interdisciplinaire
sur la societe et l’imaginaire au Moyen Age, [1993] (Les Cahiers du C.R.I.S.I.M.A., 1),
1.1, p. 249-262. ** Les projets d’actes, brouillons et minutes, hors notariat (p. 230), demeurent des
raretes, mais d’une richesse insigne par ce qu’ils laissent apercevoir (ou non) des
conditions effectives de travail et des horizons du redacteur.
Michel Nortier, “Etat preparatoire d’un acte de saint Louis (diplome pour la mai-
son-Dieu de Compiegne, juillet 1260)”, dans Bibliotheque de VEcole des chartes, 159,
2001, p. 251-261.
* Les registres de chancellerie (p. 237)
Magistral decapage de la complexe compilation des “cartulaires-registres” de
Philippe Auguste par John Baldwin, Philippe Auguste, trad, frang. Beatrice Bonne,
Paris: Fayard, 1991, “L’archeologie des sources”, p. 518-525.
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Chapitre 6. Tradition I, facte dans tous ses etats
- Qu’est-ce qu’un original? (p. 271)
La question pcul paraitrc insolile, et les definitions ne manquent pas, a commen-
cer par celle du Vocabitlaire international de la diplomatique.... n° 42. p. 30: Tori-
ginal est le document primitif oil est consignee pour la premiere Ibis sous sa forme
definitive la volontc de Lauteur de Г acte et qui est destine a faire foi. C'est done facte
parfait qui est, soit revetu des marques de validation, soil dresse dans dcs conditions
d’aulhenticitc qui lui permeltent de faire foi par lui-meme'\ L'aspect essentiel de la
definition reside done dans les marques d'authentification et de validation. Mais du
fait memc, quand les chartes et notices sont ccrites d'une seule main, non scellecs et
depourvues de toute souscription autographe des patties et des lemoins, comme cela
arrive si souvent jusqu’au XIIе siecle (voir document n° 16; au contraire, document
n° 17), il devient extremement delicat de determiner si Гоп est en face de documents
originaux ou de copies contemporaines (cf. p. 183).
II faut done distinguer deux plans: d'une part, au plan juridique, la valeur du docu¬
ment devant des tiers, a commenccr par les juges qui у metlront prccisement, au cours
du Moyen Age, des conditions loujours plus contraignantes el normalisees (sceau,
seiug notarial...), applicables du reste aussi bien aux originaux qifa certains types dc
copies (copies authentiques); d'autre part, au plan de Г edition (et de la critique diplo¬
matique), les moyens de determiner si le document observe est bien la “premiere ver¬
sion definitive, telle que Га voulne son auteur": cela pent valoir pour un acte aullien-
tique comme pour un acte infonne. car Г essentiel est alors de le distinguer du brouillon
(en amont) et de la copie (en aval). C’est largcment affaire de pratique, car seule la
connaissanee des nonnes dc fepoque. dc la region, du type d'auleur permel dc recon-
nailre Loriginal. II faut done se Tier avant tout a la presence d'elements de validation
visuels (sceau, souscriptions d'une ecrilurc autre que celle du corps de facte), qui
ne peuvent etre que sur un original (en ecartanl les autres possibiIites: copie authen-
tique [qui sc declare comme telle], copie Ilgurce [voir document n° 17]. faux); et, a
defaut, examiner l'aspect exterieur: I'ecriture (datation relative, morphologie), le sup¬
port. le fomiat et la mise en page, pour voir si ces caractcrcs correspondent aux pra¬
tiques contemporaines (p. ex. une copie chcrchera en general a economiser le par-
chemin).
On ajoutera les reflexions de Giovanna Nicolaj, “Originate, authenticum, publicum*,
una sciarada per il documento diplomatico”, dans Charters. Cartularies and
Archives..., 2002, p. 8-21, et celles de Wolfgang Huschner, “Originate, Abschrift oder
Falschung ? Imitative kopien von ottonischen und salischen Diplomen in italienischen
Archiven”, dans “Turbata per aequora mundi". Dankesgabe an Eckhard Midlev-
Mertens, dir. Olaf B. Rader et Mathias Lawo, Hannovre: Hahnsche Buchhandlung.
2001 (Monumenta Germaniae Historica. Studien und Textes 29), p. 49-66 (appliquees
a des diplomes de Henri III et d’Otton III pour des dignitaires italiens).
- Les differents etats d’un document (p. 271-320)
La bibliographie recentc est ici foisonnantc, et dcs pans entiers connaissent un pro-
fond renouvellcment, comme Lhistoire des dispositifs archivistiques, les modes dc
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copie...; diplomatistes et historiens veulent faire parler des objets qui n’etaient guere
saisis que coinme moyen d’acceder a des actes mal ou pas connus, pancartes, inven-
taires d’archives, etc. (rapide etat des lieux par O. Guyotjeannin et L. Morelle,
“Tradition et reception des actes”, sous presse dans Archiv fiir Diplomatic 52, 2006).
Laurent Morelle, “The metamorphosis of three monastic charter collections in the
eleventh century (Saint-Amand, Saint-Riquier, Montier-en-Der)”, dans Charters and
the use of the written word..., 2000, p. 171-204; “La mise en ‘oeuvre' des actes diplo-
matiques: Vauctoritas des chartes chez quelques historiographes monastiques (IXе-
XIе siecle)”, dans "Auctor” et “auctoritas”..2001, p. 73-96.
Charters, cartularies and archives: the preservation and transmission of documents
in the medieval West, proceedings of a colloquium of the Commission intemationale
de diplomatique (Princeton and New York, 16-18 September 1999), ed. Adam J. Kosto
et Anders Winroth. Toronto: Pontifical Institute of mediaeval studies, 2002, X-185
pages (Papers in mediaeval studies, 17).
Outre lcs articles deja cites, on relcvera Hartmut Alsma et Jean Vezin, “Originaux et copies:
la reproduction des elements graphiques des actes des Xе et XIе siecles dans le cartulaire
dc Cluny”, p. 113-126: Brigitte Bedos-Rczak, “Towards an archaeology of the medieval
charter: Textual production and reproduction in Northern French chartriers”, p. 43-60
[chartriers du chapitre de Saint-Fursy de Peronnc, de Fabbaye de Notre-Dame de
Homblieres ct des comtes de Ponthicu]; Constance Brittain Bouchard, “Monastic cartu¬
laries: organizing eternity”, p. 22-32; Olivier Guyotjeannin, “La tradition de Г ombre: les
actes sous le regard des archivistcs medievaux (Saint-Denis, X11C-XV° siecle)”, p. 81-112.
La memoria dei chiostri, a cura di Giancarlo Andenna e Renata Salvarani, Brescia:
CESIMB, 2002, XI-306 p. (Studi e documenti, 1).
Elke Goeze, Pragmatische Schriftlichkeit und Archivpfege der Zisterzienser:
Ordenzentralismus und regionale Vielfalt, namentlich in Franlcen und A ltbayern (1098-
1325), Munster: LIT Verlag, 2003, 398 p. (Vita regularis, Abhandlungen, 17).
Sebasticn Barret, La memoire et l'ecrit: Fabbaye de Cluny et ses archives (Xе-XVIIIе
siecle), Munster: LIT Verlag, 2004, 458 p. et 9 p. de pi. h.-t. (Vita regularis,
Abhandlungen, 19).
* Aux cotes des recueils medievaux (registres, cartulaires), il faut savoir que les
savants allemands se sont longtemps fait une speciality des Urkundenbiicher, recueils
d’actes issus de nombreux fonds d’archives ct concernant une region ou une ville,
souvent imites aux Pays-Bas, alors que, a la meme epoque, les erudits frangais prefe¬
rment editer les cartulaires medievaux tels quels.
Exemples: Theodor Josef Lacomblet, Urkundenbuch fiir die Geschichte des Niederrheins
oder dez Erzstifts Coin, der Fiirstenthiimer Jiilich und Berg, Geldern, Meins, Cleve und
Mark, und der Reichsstiften Elten, Essen und Werden, aus den Quellen in dem Koniglichen
Provinzial-Archiv zu Diisseldorf und in den Kirchen- und Stadt-Archiven der Provinz, 4
vol., Dusseldorf, 1840-1858; A.C F. Koch, Oorkondenboek van Holland en Zeeland tot
1222, La Haye: Nijhoff, 1970, XXI-633 p. (continuation par Jaap G. Kruishcer en 1986
pour 1222-1256 et en 1992 pour 1256-1278); H.P.H. Camps, Oorkondenboek van Noord-
Brabant tot 1312, I. De Meierij van 's-LIertogenbosch, 2 vol.. La Flayc: Nijhoff, 1979.
XXXVI-1302 p.; Gijsbert J. Ter Kuile, Oorkondenboek van Overijssel. Regesten 797-1350,
6 vol., Zwolle: Tjeenk Willink, 1963-1969. -- L’opposition entre les deux “ecolcs”, alle-
mandc et frangaise, se lit dans les bilans bibliographiques anciens de H. Oesterley.
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Wegweiser..., ct H. Stein, Bibliographies., encore que ce dernier ait ete influence par la
demarche allemande.
* Un secteur nouvellement defriche, et tres complexe, les pancartes: Pancartes
monastiques des XIе et XIIе siecles, ed. Michel Parisse, Pierre Pegeot, Benoit-Michel
Tock, Tumhout: Brepols, 1998, 204 p., 9 pi. (ARTEM, 3).
* Les cartulaires (p. 281) confirment leur role d’objet-phare, en France du moins.
Les cartulaires, actes de la table ronde organisee par FEcole nationale des chartes
et le G.D.R. 121 du C.N.R.S., Paris, 5-7 decembre 1991, reunis par Olivier
Guyotjeannin, Laurent Morelle et Michel Parisse, Paris: Ecole nationale des chartes,
1993, 516 p., ill. (Memoires et documents de VEcole des chartes, 39).
Les etudes foisonnent sur les premiers temps:
Georges Declercq, “Originals and cartularies: the organization of archival memory
(ninth-eleventh centuries)”, dans Charters and the use of the written word..., 2000,
p. 147-170; Traditievorming en telcstmanipulatie in Vlaanderen in de tiende eeuw: het
‘Liber traditionum antiquus' van de Gentse Sint-Pietersabdij. Bruxelles: Koninklijke
Academie van Belgie, 1998 [2001], 284 p. (Verhandelingen van de Koninklijke
Academie voor Wetenschappen, Letter en en Schone Kuns ten van Zte/g/ё, Klasse der
Letteren, 60, 164), avec resume frangais aux p. 261-269.
Pierre Chastang, Lire, ecrire, transcrire: le travail des redacteurs de cartulaires en
Bas-Languedoc (XIе-XIIIе siecles), Paris: Comite des travaux historiques et scienti-
fiques, 2001,459 p. (C.T.H.S.-Histoire, 2).
Adeline Rucquoi, “La invencion de una memoria: los cabildos peninsulares del
siglo XII”, dans Temas medievales, 2, 1992, p. 67-80.
Montre que la grande phase d1 importation du cartulaire dans la peninsule correspond,
comme en Italic, a de profonds reamenagements dans la gestion des etablissements. Avec
resume en anglais et en frangais.
Un modele de monographic: Laurent Morelle, “Des moines face a leur chartrier:
etude sur le premier cartulaire de Montier-en-Der (v. 1127)”, dans Les Moines du Der,
673-1790, actes du colloque international d’histoire (Joinville-Montier-en-Der, lcr-3
octobre 1998), ed. Patrick Corbet, Jackie Lusse et Georges Viard, Langres: D. Gueniot,
2000, p. 211-258.
Mais les etudes sont encore rares sur la fin du Moyen Age et sur les pratiques des
la'iques: Patricia Guyard, “La gestion de Fecrit dans une famille de serviteurs du roi:
le cartulaire et le chartrier des Mignon (XIVc-XVe siecles)”, Bibliotheque de VEcok
des chartes, 157, 1999, p. 523-563.
Pour un contact visuel avec de somptueux monuments:
Livro verde da Universidade de Coimbra. Cartuldho do seculo XV, 2 vol. Coimbra.
Arquivo da Universidade de Coimbra, 1990: vol. L fac-simile et introduction pa1
Manuel Augusto Rodrigues; vol. II, Transcri^ao par Maria Teresa Nobre Veloso,
225 p.
Bullarium monasterii Sanctae Crucis Conimbrigensis, Coimbra: Arquivo da
Universidade de Coimbra, 1991. Fac-simile et introduction par Manuel August0
-1-Ы
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Rodrigues; ce cartulaire est reproduit en couleurs et au format original (35 x 49 cm)
a Toccasion du 7e centenaire de la fondation de l’Universite de Coimbra.
Cartulaire de Vabbaye Saint-Sauveur de Redon, fac-simile et commentaires dis-
ponibles en 2 volumes imprimes (Rennes: Association des amis des archives histo-
riques des anciens dioceses de Rennes, Dol et Saint-Malo, 1998-2004) ou 1 DVD
(2005).
Cartulaire du Mont-Saint-Michel, avec une introduction par Emmanuel Poulle,
Abbaye du Mont-Saint-Michel: Amis du Mont-Saint-Michel, 2005.
La reprise de la Bibliographie des cartulaires frangais de Henri Stein a Tlnstitut
de recherche et d’histoire des textes, outre la poursuite de la politique de microfil-
mage, se deploie dans deux directions: une base de donnees en ligne (en cours) et des
fascicules regionaux tres fouilles (limites aux cartulaires ecclesiastiques), dont seul
encore a paru: Repertoire des cartulaires frangais, provinces ecclesiastiques d’Aix,
Arles, Embrun, Vienne, diocese de Tarentaise, publie par Isabelle Verite, Anne-Marie
Legras, Caroline Bourlet, Annie Dufour, Paris: C.N.R.S. Editions, 2003, 401 p.
(Documents, etudes et repertoirespubliespar I'Institut de recherche et d'histoire des
textes, 72). - En attendant les autres volumes annonces, on consultera utilement le
Repertoire des microfilms de cartulairesfrangais consultables a I’I.R.H. T. Section de
diplomatique, par Caroline Bourlet, Annie Dufour, Anne-Marie Legras, Maylis de
Valence, Isabelle Verite et Muriel Gougerot, Orleans et Paris: C.N.R.S. Editions, 1999,
VI-327 p. (Institut de Recherche et d’Histoire des Textes).
* Les inventaires d’archives anciens (p. 305) et les methodes de traitement des char-
triers (p. 296) font, sur les traces de Peter Ruck, l’objet d’un interet renouvele. En
dehors des approches generates deja signalees:
O. Guyotjeannin, “Les methodes de travail des archivistes du roi de France (fin
XIIIc-debut XVIе siecle)”, dans Archiv fiir Diplomatik, 42, 1996, p. 295-373.
Paul Bertrand, “De Part de plier les chartes en quatre: pour une etude des pliages
de chartes medievales a des fins de classement et de conservation”, Gazette du livre
medieval, 40, 2002, p. 25-35, 4 pi. [Methode appliquee au chartrier des Dominicains
de Liege aux XIIIе et XIVе siecles, dont on a conserve tant les chartes que Ie cartu¬
laire.]
Deux belles etudes sur la politique archivistique (cotation, classement. inventaires,
cartulaires) d’un etablissement ecclesiastique: Martin Schoebel, Archiv und Besitz der
Abtei St. Viktor in Paris, Bonn: Bouvier, 1991, 302 p., pi. (Pariser historische Studien,
31), et Sebastien Barret, La memoire et Pecrit... (2004).
Chapitre 7. Tradition II, retrouver les actes
- Retrouver les editions: quelqucs pistes qui menent immediatement a l’edition
(p. 329-331)
Si Vutilisation des instruments classiques du travail bibliographique reste de mise, il
fout evidemment recourir inaintenant a leurs versions informatisees. La liste des sites
^EB est signalcc a la fois dans le Medioevo latino. Bolletino bibliograjico della cultura
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europea da Boezio a Erasmo (secoli XV-XV), Florence: SISMEL, depuis 2004 (“Indicc
dei siti WEB”), et sur le site Menestrel (http://www.ext.upmc.fr/urfist/mediev.html
Les editions d’actes etant lc plus souvent publiees sous forme de volumes, le recours a un
moteur de recherche sur internet, ou au catalogue en ligne des grandcs bibliotheques, pent
etre aussi envisage.
- Les entreprises modernes de publication (p. 333-347)
* Les editions electroniques (nouvelle section)
La vulgarisation des entreprises d’informatique appliquee au champ diplomatique,
d’abord par le biais du Cd-Rom, puis par Faeces Internet (et tout specialement depuis
la diffusion du haut debit) est en train, sous nos yeux, de bouleverser le paysage et
promet de rapidement modifier nos usages. Nous у reviendrons en fin de chapitre, a
propos des pratiques d’edition, mais voulons ici meme, sans pretendre embrasser ui
meme fixer un paysage foisonnant et mouvant, signaler au moins Fextreme variete
des entreprises, dont quelques-unes seront evoquees au fil des sections thematiques.
Sont en effet disponibles en nombre croissant:
- des numerations en mode image d’editions anciennes, voire plus recentes quand
Fcditeur est le meme et dispose done du droit de reproduction; ce mode de diffusion
transporte la bibliotheque au domicile du chercheur. Le diplomatistc ne peut plus igno-
rer la masse de documents ainsi disponibles, soit par exemple au gre de Faccroissc-
ment de la collection d’ouvragcs numerises par la Bibliotheque nationale de France,
dite Gallica (http://gallica.bnf.fr). soit grace a la reproduction systematique des
ouvrages des diverses series des Monumenta Germaniae historical les plus recents
exceptes (http://www.dmgh.de). ou encore des Regesta Imperii (http://www.regestik
imperii.de. dont le site recele bien d’autres tresors, a commencer par une fabuleuse
base de donnees bibliographique).
- des numerisations (ou parfois saisies) d’ouvrages preexistants, mais cette fois cn
mode texte (associc ou non a la reproduction image), offrant des fonctionnalites de
recherche qui sont celles des bases textuelles evoquees ci-apres: cette solution est par
exemple retenue pour une partie des Regesta Imperii, pour une serie d’anciennes edi¬
tions de cartulaires d’Ile-de-France (httpV'clec,sorbonne.fr/cartulaires/). ou pour le
projet bientot disponible des Chartae Galliae (ChaGal).
- des bases textuelles ouvertes sur Favenir, engrangeant des materiaux inedits ou
reedites (eventuellement couplees a la reprise d’editions anciennes), ou la pose de
balises (comme celles qui sont codifiees dans le cadre de la CEI, Charters Encoding
Initiative) permet avec plus ou moins de raffincment de preparer la mise en forme,
voire plusieurs types de rendu, les principaux efforts portant actuellement sur les outils
autorisant une approche wariee du materiau (tables chronologiqucs et typologiqucs,
interrogation sur le lexique, indexation des noms propres etc.). On en aura une remar-
quable illustration avec le Codice diplomatico della Lombardia medievale, secoli VIII'
XII (http://cdlm.unipv.it).
- des entreprises de recensement qui visent au contraire a atteindre ties vite une
masse critique de textes, soumis a des interrogations plus simples. On peut ici citei,
pour FAutriche et les regions limitrophes. un index de quelque 20000 actes
(http://www.monasterium.net).
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- isolees ou associees aux precedentes, des entreprises plus foisonnantes encore
de numerisation des documents originaux, qui sont la plupart du temps le fait des ins¬
titutions de conservation, mais peuvent leur associer des institutions de recherche
(comme c’est le cas du coipus des actes originaux des Archives nationales anterieurs
a 1200, en cours a I’initiative de 1’I.R.H.T.). Les institutions publiques pratiquent
maintenant en general une mise a disposition gratuite sur le Web, comme c’est le
cas pour les Archives nationales (base ARCHIM et numerisation en cours des registres
de la chancellerie du roi de France) et nombre de collections de chartes et surtout de
cartulaires pour diverses Archives departementales.
- enfin, des entreprises peuvent combiner un peu des diverses approches. Un grand
precurseur, le Thesaurus Diplomatics (version 1.0, un Cd-Rom, Turnhout: Brepols,
1997) est une base de donnees reprenant 1° le texte des quelque 6000 actes edites rela-
tifs a la Belgique actuelle jusqu’en 1200, 2° le regeste d’environ autant d’actes soit
inedits, soit proches de la Belgique actuelle, et 3° la reproduction des photographies
noir et blanc d’environ 2000 originaux. D’autres n’ont pu etablir ce genre de passe-
relles. C’est ainsi que la version electronique Ut per litteras apostolicas. Electronic
version of the renowned Registres et lettres des papes du XIIIе siecle (32 voi, Rome,
depuis 1883) and the Registres et lettres des papes du XIVе sieclc (48 vol., Rome,
depuis 1899), Turnhout: Brepols, depuis 2002, n’est pas couplee avec la gigantesque
collection numerisees des registres pontificaux de lettres et de suppliques, vendue sous
forme de Cd-Rom par les Archives vaticanes.
Dans lc domaine des editions electroniques, comme ailleurs et plus qu’ailleurs, il
est difficile de se tenir au courant des entreprises. On ne saurait trop dire ou redire ici
la qualite des pages Diplomatique du site Menestrel, deja cite, ct, pour les numerisa-
tions de collections publiques frangaises, l’interet du recensement mis en ligne par
le Ministere de la Culture (http://www.numerique.culture.fr).
* Publications d’actes pontificaux (p. 333)
Pour faire bref, vue d’ensemblc sur les editions et catalogues de lettres pontificales
et de suppliques par Olivier Guyotjeannin, “Les rapports avec les instances supe-
rieures”, dans L 'histoire des moines, chanoines et religieux..., p. 179-228.
Panorama tres detaille et belle tranche d’historiographie dans Olivier Poncet, Les
entreprises editoriales liees aux archives du Saint-Siege: histoire et bibliographic
(1880-2000), Rome: Ecole frangaise de Rome, 2003,1X-431 p. (Collection de VEcole
frangaise de Rome, 318).
Voir aussi Hundert Jahre Papsturkundenforschung. Bilanz, Methoden, Perspektiven,
Akten eincs Kolloquiums zum hundertjahrigen Bestehen der Regesta Pontificum
Romanorum vom 9.-11. Oktobcr 1996 in Gottingen, hrsg. von Rudolf Hicstand,
Gottingen: Vandenhoeck & Ruprecht, 2003, 400 p. (Abhandlungen der Akademie der
Wissenschaften zu Gottingen, philol.-hist. Klasse, Dritte Folge, 261).
* Actes de souverains (France et Empire): les editions (p. 338)
b.l. La detestable edition des actes des rois merovingiens a cte reprise sur des bases
nouvelles: Die Urkunden der Merowingei\ nach Vorarbeiten von Carlrichard Briihl
hrsg. von Theo K51zer, unter Mitwirkung von Martina Hartmann und Andrea Stieldorf.
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Hanovre: Hahnsche Buchhandlung, 2001, 2 vol., XXX1-965 p., 8 p. de pi. h.-t.
(M.G.H., Diplomata regum Francorum e stirpe merovingica).
Dans “Ein ‘Neulund’ zur merowingischen Diplomatik”, dans Mediaevalia Augiensia.
Forschungen zur Geschichte des Mittelcdters, vorgelegt von Mitgliedern des Konstanzer
Arbeitskreises fur mittelalterliche Geschichte, dir. Jiirgen Pelersohn, Stuttgart: J. Thorbecke,
2001 (Vortrage und Forschungen, 54), p. 3-12, 4 ill., Pauteur signale que le document
D 28 est un papyrus original de Clotaire II, confirmant des donations de lerre a Tabbayc
de Saint-Denis. Cet acte de juin-juillet 625 est ainsi Tun des plus anciens originaux conser¬
ves de Tepoque merovingicnne.
b.2. Actes de souverains carolingiens. Les actes de Pepin avant son accession au
trone et de ses ancetres sont mis en ligne par Ingrid Heidrich (http://www.igh.
histsem.uni-bonn.de/anmeldung.asp).
Les M.G.H. relancent Г edition des actes de Louis le Pieux et mettent en chantier
une nouvelle edition des aclcs de Charlemagne sous la direction de Theo Kolzer.
b.3. Actes royaux frangais. Louis VI. Jean Dufour, Recueil des actes de Louis VI,
roi de France (1108-1137), Paris: Academie des inscriptions et belles-lettres, 1992-
1994, 4 vol., cartes, ill. (Chartes et diplomes).
T. Ill, Introduction, incipit des preambules, itineraire royal, cartes et planches.- T. IV,
Tables. - J. Dufour a rclrouve depuis lors un acte pour Pabbaye cistercienne de Loroy
(1129), qu’il a commente et publie dans la Bibliotheque de I'Ecole des chartes, 153, 1995,
p. 153-155.
Le cotpus des actes de Philippe Auguste se poursuit aux soins de Michel Nortier,
Recueil des actes de Philippe Auguste, roi de France, vol. V, Paris: Academie des
inscriptions et belles-lettres, 2004, IX-589 p.: Pauteur edite 60 actes jusque-la incon-
nus, il indique 150 deperdita et offre un copieux ensemble d’additions et corrections
aux 4 volumes precedents (pour les deux plus anciens tomes du Recueil, pratiquement
chaque numero a donne lieu a un supplement d’information); vol. VI, Lettres mises
sous le nom de Philippe Auguste dans les recueils de formulaires d'ecole, Paris, 2005,
215 p.
John W. Baldwin, avec le concours de Frangoise Gasparri, Michel Nortier et
Elisabeth Lalou, Les registres de Philippe Auguste, vol. I, Texte, Paris: Academie des
inscriptions et belles-lettres, 1992, III-607 p., 10 cartes (Documents financiers et admi¬
nistrates, 7), donne tout le materiau des trois registres successifs, a Pexception des
actes memes du roi.
Registres de chancellerie (1300-). Le regeste systematique des registres de la chan-
cellerie du roi de France jusqu’en 1350 est maintenant acheve, avec le volume
Registres du Tresor des chartes, t. II, Regnes des fils de Philippe le Bel, Deuxieme
partie, Regne de Charles IV le Bel [1321-1328], inventaire analytique. commence par
Henri Jassemin et Aline Vallee, poursuivi par Jean Guerout, Paris: Archives natio¬
nals, 1999, in-4°, X-350 p. (index de la periode 1314-1328 en preparation). De pro-
chaine sortie, le regeste des registres de Henri VI (1424-1434) par Christian Gut.
L’entreprise parallele de regeste par region s’est enrichie du volume de Bernard
Chevalier, Les pays de la Loire moyenne dans le Tresor des chartes: Berry', Blesois,
Chartrain, Orleanais, Touraine, 1350-1502 (Archives nationales, JJ 80-235), Paris:
Editions du C.T.H.S., 1993, IX-644 p. (Documents inedits in-8°, 22).
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b.5. Actes des empereurs et rois allemands apres 911. Frederic II commence a bene-
ficier de somptueuses editions: le t. I du recueil de ses actes, aux soins d’unc equipe
munichoise dirigee par Walter Koch (M.G.H., 2002); II registro della cancelleria di
Federico II del 1239-1240, a cura di Cristina Carbonetti Venditelli, Rome: Istituto
storico italiano per il Medio Evo, 2002, 2 vol., CIII-1069 p. (Fonti per la storia
dell’Italia medievale, Antiquitates, 19).
* Actes de souverains (France et Empire): les regestes (p. 341)
Regesta Imperii. Demiers volumes parus: t. 1-3: Die Regesten des Regnum Italiae
und der burgundischen Regna, Zweiter Teil, Das Regnum Italiae in der Zeit der
Thronkdmpfe und Reichsteilungen 888 (850)-926, par Herbert Zielinski, 1998, VII-
380 p. - t. IV-1: Die Regesten des Kaiserreiches unter Lothar III. und Konrad III.,
Erster Teil, Lothar III. (1125 [1075] - 1137), par Wolfgang Petke, Cologne-Weimar-
Vienne: Bohlau, 1994, IX-478 p. - t. XIV-1: Maximilian I. 1493-1495: Register der
Personen- und Ortsnamen 1493-1495, par Angelika Schuh, 1996, 103 p.; Maximilian
/. 1499-1501, par Hermann Wiesflecker et al., 1996, XXVI-582 p.; Osterreich, Reich
und Europa 1499-1501, par Hermann Wiesflecker et ah, 1998, XXI V-p. 583-1149.
L’entreprise se poursuit egalement sous une forme electronique: Heinrich Koller et
Paul-Joachim Hennig, Regesten Kaiser Friedrichs III. (1440-1493) nach Archiven
und Bibliotheken geordnet. CD-ROM Ausgabe, erarbeitet von Dieter Riibsamen (Heft
1-10 mit Sonderband 1 und J. Chmel, Regesta Friderici), Vienne: Bohlau, 1998.
Voir d’ailleurs une publication collective sur le projet des Regesta: Die Regesta
Imperii im Fortschreiten und Fortschritt, ed. Harald Zimmermann. Cologne-Weimar-
Vienne: Bohlau, 2000, VII-158 p.
* Actes des autres souverains occidentaux (p. 343)
Nicholas Brooks, "‘Anglo-Saxon charters: a review of work 1953-1973. With a post¬
script on the period 1973-98”, dans Id., Anglo-Saxon myths: State and Church, 400-
1066, Londres-Rio Grande: Hambledon Press, 2000, p. 181-215: recension critique
de V edition des Anglo-Saxon charters (dont le t. I, The Charters of Rochester, a ete
publie en 1973 par A. Campbell).
Deux tres beaux sites pour les chartes anglo-saxonncs:
http://www.trin.cam.ac.uk/chartwww/ et http://www.aschart.kchac.uk/index.htmh
David Bates, Regesta regum anglo-normannorum, The acta of William I (1066-
1087), Oxford: Clarendon Press, 1998. XXXVI11-1153 p. [Henri ICI en cours de reprise
par Richard Sharpe, Henri II et Richard Cceur-de-Lion en preparation par Nicholas
Vincent.]
Huwe Prycc, avec la coll, de Charles Insley, The actes of Welsh rulers, 1120-1283,
Cardiff: University of Wales Press, 2005, XLIV-[12]-902 p.
* Actes princiers (p. 345)
De oorkonden der graven van Vlaanderen (juli 1128-septembre 1191), t. II, Uitgave,
Bd. 11, Regering van Filips van de Elzas, Eerstc deel, 1168-1177, cd. Therese de
Hemptinne, Adriaan Verhulst, Lievc De Mey, Bruxelles: Palais des Academies, 2001,
XXIV-348-8 p. (Recueil des actes des princes beiges, 6).
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Ordonnances de Jean sans Peur, 1405-1419, ed. Jean-Marie Cauchies, Bruxelles:
Ministere de la Justice, 2001, XXIX-569 p. (Recueil des ordonnances des Pays-Bas,
lre ser., 1381-1506/Verzameling van de Verordeningen der Nederlanden, eerste reeks,
1381-1506, 3).
* Actes episcopaux (p. 346)
Annie Dufour-Malbezin, Actes des eveques de Laon des origines a 1151, Paris:
Editions du C.N.R.S, 2001, 658 p. (Documents, etudes et repertoires publies par
I'LR.H.T65).
Eric Van Mingroot, Les chartes de Gerard Ier, Liebert et Gerard II, eveques de
Cambrai et d'Arras, comtes du Cambresis (1018-1092/93). Introduction, edition, anno¬
tation, Leuven: Leuven University Press, 2005, 382 p. (Mediaevalia Lovaniensia,
Series I, Studia XXXV). [Deux autres volumes sont prevus (couvrant les periodes
1093-1113 et 1116-1130), ainsi qu’un fascicule separe d'index.]
L’activite, comme precedemment, est plus soutenue du cote de l’Allemagne et de
l’Angleterre:
Urkundenbuch der Bischofe and des Domkapitels von Verden, I. Von den Anfangen
bis 1300, II. 1300-1380, ed. Arend Mindermann, 2 vol., Stade: Landschaftsverband
der ehemaligen Herzogtiimer Bremen und Verden, 2001-2004, CVII-921 p., 26 ill. et
LXV1II-1230 p. (Schriftenreihe des Landschaftsverbandes der ehemaligen Herzog-
tiimer Bremen und Verden, 13 et 21; Veroffentlichungen der historischen ICommission
fiir Niedersachsen und Bremen, 205 et 220).
Un superbe volume de regeste: Die Regesten der Bischofe von Passau, Band I, 731-
1206, par Egon Boshof, Munich: С. H. Beck'sche Verlagsbuchhandlung, 1992, XLVI-
417 p. (Regesten zur Bayerische Geschichte, 1).
Norbert Andernach, Die Regesten der Erzbischofe von Koln im Mittelalter, XII,
2: Namen- und Sachindex zu den Banden 8-12,1 (Friedrich von Saarwerden) 1370-
1414, Diisseldorf: Droste, 2001, XVI-563 p. (Publikationen der Gesellschaft fiir
Rheinische Geschichtskunde, 21).
Plusieurs volumes des English episcopal Acta ont paru depuis le volume 7:
Winchester, 1070-1204 et 1205-1238 (parus en 1993 et 1994), Bath and Wells, 1061-
1205 (en 1995), Exeter, 1046-1184 et 1 186-1257 (en 1996), Worcester, 1218-1268
(en 1997), Coventry and Lichfield, 1072-1159, 1160-1182 et 1183-1208 (en 1997 et
1998), London, 1076-1187 et 1 189-1228 (en 1999 et 2003), Salisbury, 1078-1217 et
1218-1228 (en 1999 et 2000), York, 1154-1181 et 1189-1212 (en 2000 et 2004),
Norwich, 1215-1243 (en 2000), Chichester, 1215-1253 et 1254-1305 (en 2001),
Durham, 1 153-1195, 1196-1237 et 1241-1283 (en 2002 et 2005), Canterbury, 1070-
1136 (en 2004), Carlisle, 1133-1292 (en 2005) et Ely, 1109-1197 (en 2005).
* Collections regionales
Chartes poitevines anterieures a 900, t. II, Indices, par Elisabeth Carpentier, Yves
Chauvin, Robert Favreau et Georges Pon, Poitiers: Universite de Poitiers, Centre d’etudes
superieures de civilisation medievale, 1992, 84 p.; Chartes poitevines, 900-925, textes
et indices, ed. Elisabeth Carpentier, Yves Chauvin, Robert Favreau et Georges Pon,
450
1993-2006
ibid, 1995, V-159 p.; Chartes poitevines, 925-950, textes et indices, ed. Elisabeth
Carpentier. Yves Chauvin, Robert Favreau et Georges Pon, ibid, 1999, VII-234 p.
Oorkondenboek van Noord-Brabant tot 1312,11. De heerlijkheden Breda en Bergen
op Zoom, 1. 709-1288 et 2. 1289-1312, ed. Marticn Dillo, Gcerlrui A. M. van Synghel
et Ed T. van der Vlist, ’s Gravenhage: Instituut voor Nederlandse Geschiedenis, 2000,
XXI-768 et IX-769-1556 (Instituut voor Nederlandse Geschiedenis. Rijks Geschied-
kundige Publicatien). [Cette entreprise ne serait pas poursuivie pour des raisons bud-
getaires.]
Chartes-lois en Hainaut (XIIе-XIVе siecle). Edition et traduction, ed. sous la direc¬
tion de Jean-Marie Cauchies et Frangoise Thomas, Mons, 2005, 548 p. (Analectes
d'histoire du Hainaut, 9). Concerne aussi bien le Hainaut frangais que le Hainaut
beige.
- Collections photographiques et fac-similes (p. 347-353)
* Les corpus photographiques de documents originaux (p. 347).
ARTEM: La diplomatique frangaise du haut Moyen Age: invent a ire des chartes
originates anterieures a 1121 conservees en France, sous la dir. de Benoit-Michel
Tock, par Michele Courtois et Marie-Jose Gasse-Grandjean, avec la coll, de Philippe
Demonty, Turnhout: Brepols, 2001,2 vol., 425-428 p., 32 ill. [Au t. I, p. 1-119. intro¬
duction par B.-M. Tock, sous le titre “La diplomatique frangaise du haut Moyen Age
d'apres les originaux”, etude accompagnee de la reproduction, de la transcription, de
la traduction et du commentaire de quatorze actes de tout type.]
* Les collections de fac-similes (p. 350)
Des outils ont cte prepares, qui visent a recenscr, par themes, les fac-similes et
reproductions disponibles, ainsi Irmgard Fees. Abbildungverzeichnis der original iiber-
lieferten frdnkischen und deutschen Konigs- und Kaiserurkunden von den
Merowingern bis zu Heinrich VI., Marburg: Institut fur historischc Hilfswissenschaften,
1994, 87 p. (Elementa diplomatics, 1).
Concerne les actes des souverains merovingiens, des carolingicns “unitaires” et de ceux
qui ont regne sur les territoires d'Empire jusqu'en 1197 (royaume d’Arles exclu, Italic
du nord comprise); indique, dans Fordre chronologique, outre la reference aux editions ou
regestes (M.G H., Regesta Imperii), les references des photographies du Lichtbildarchiv
de Marburg el de toutes les reproductions imprimees connues. Extension en cours a
Fensemble des actes imperiaux et royaux de Г Europe jusqu’en 1200, par la meme ct Peter
Worm, sur le site internet des Regesta Imperii (http:.>www.regesta-impcrii.de).
M. Gysseling et A.C. Koch (p. 351): corriger en M. Gysseling et A.C.F. Koch.
Diplomata belgica ante annum millesimum centesimum scripta... [Inclut une edition
critique du corpus, qui regroupe tous les originaux connus.]
Les albums paleographiques dedies specifiquemcnt aux sources documentaires (p. 353)
meritent une attention particuliere: voir par exemple J.W.J. Burgers, De paleografie
vun de documenlaire bronnen in Holland en Zeeland in de dertiende eeuw ..(1995).
On trouvera une tres riche liste dc recueils. pour toute FEurope, dans la bibliographie
en ligne de paleographie preparee par Marc Smith (http://theleme.enc.sorbonne.fr/
documcnt31.html).
451
1993-2006
La collection Chartae Latinae Antiquiores (p. 353) a termine son programme du
publication de tous les actes latins anterieurs a Tan 800. Elle connait un prolongement
en publiant a partir du t. 50, selon le тёше principe des reproductions en fac-simile
a l’echelle d’originc avec edition diplomatique, les actes du IXе siccle italien.
Une autre collection est nee, dcstinee a publier, selon les memes principes, des
documents paleographiquement interessants, et en privilegiant les textes diploma-
tiques: les Monumenta palaeographica tnedii aevi. Organises en plusieurs series, on
у trouve entre autres:
Series gcillica, Les plus anciens documents originciux de l 'abbaye de Cluny, publies
par Hartmut Atsma, Sebastien Barret et Jean Vezin, Turnhout: Brepols, 1997-2002,
3 vol. in-fol. parus.
T. I, Documents nos I a 30 (Paris, Bibliotheque nationale de France. Collection de
Bourgogne, vol. 76, nos 2 d 5 et 7 d 32). 1997, 140 p.; t. II, Documents nm 31 d 60 (Paris,
Bibliotheque nationale de France, Collection de Bourgogne, vol. 77, n°•' 33 d 61), 2000,
158 p.; t. Ill, Documents ri)S 61 a 90 (Paris, Bibliotheque nationale de France, Collection
de Bourgogne, vol. 77. nos 62 d 89). 2002, 140 p.. ill.
- Retrouver les actes dans les archives et les bibliotheques (p. 354-365)
Institut de recherche et d’histoire des textes, Instituut voor Nederlandse
Geschiedenis. Les sources de / ’histoire economique et sociale du Moyen Age, par
Robert-Henri Bautier et Janine Sornay, [deuxieme serie], Les Etats de la maison de
Bourgogne, vol. I, Archives centrales de FEtat bourguignon (1384-1500), Archives
des principautes tern tor ia les, 1. Les principautes du sud, 2. Les principautes du Nord
(supplement), comtes de Hollande et Zelcinde et duche de Gueldre par Michel Van
Gent, mise a jour du fasc. 2: additions et corrections. Paris: C.N.R.S. Editions, 2001.
In-4°, XIII-782 pages.
Guida generate degli Archivi di Stato, t. IV [provinces S-Z], 1994; 1. V [index gene¬
ral] en preparation.
Cyril Buffet, Guide des archives d’Allemagne de Г Est. Berlin: Centre franco-alle-
mand de recherches en sciences sociales, 1994, 49 p.
Chapitre 8. Critiquer les faux
* Quelques etudes exemplaires
Peter Worm, “Beobachtungen zum Privilegierungsakt am Beispiel einer Urkunde
Pippins II. von Aquitanien”, dans Archivjiir Diplomatik, 49, 2003, p. 15-48.
Etudes separees de critique preparatoires a la publication des actes royaux mero-
vingiens: Carlrichard Bruhl, Studien zu den merowingischen Konigsurkunden, hrsg.
von Theo Kolzcr, Cologne, Weimar, Vienne: Bohlau, 1998, XXVIII-292 p., 15 pU
Theo Kolzer, Merowingerstudien, Hanovre: Hahnsche Buchhandlung, 1998-1999,
2 vol., XXII-161, XXXII1-174 p. et 8 p. de pi. h.-t. {Monumenta Germaniae historica,
Studien und Texte, 21 et 26).
* L’outil informatique peut ctre mis a contribution pour 1‘etudc de Ia genese des
actes et des milieux producteurs En void quelques approches:
452
1993-2006
Georges A. Declercq, “A new method for the dating and identification of forgeries?
The Deeds methodology applied to a forged charter of count Robert I of Flanders for
St. Peter’s Abbey Ghent”, dans Dating undated medieval charters..., 2000,
p. 123-136.
Nicholas Brousseau, “Lemmatisation et traitement statistique: de nouveaux ins¬
truments pour la critique diplomatique ? Le cas des diplomes pseudo-originaux au
nom de Louis le Germanique”, dans Le latin dans le texte, Saint-Denis: Presses uni-
versitaires de Vincennes, 2002 (Medievales, 42), p. 27-41.
L’auteur verifie Fcfficacite de la methode de la lemmatisation et du traitement statistique,
conlrontant 1c vocabulaire de deux groupes de diplomes: les oiiginaux el les pseudo-ori¬
ginaux attribues a Louis le Germanique.
* La critique des faux est de plus en plus souvent indissociable de Г etude de la tra¬
dition textuelle: entre copies, etats abreges et remaniements, la limite peut etre assez
floue. Voir p. ex., a propos d’un liber traditionum de l’abbaye Saint-Pierre de Gand
au Xе siecle, Georges Declercq, Traditievorming en tekstmanipulatie...
* Sur l’histoire judiciaire du faux au Moyen Age, deux articles de Kouky Fianu,
“Detecter et prouver la ‘faussete’ au Parlemcnt de Paris a la fin du Moyen Age”, dans
Ecrit et pouvoir dans les chancelleries..., 1997, p. 293-311; “Le faussaire expose:
l’Etat et Fecrit dans la France du XIVе siecle”, dans Les rites de la justice, gestes et
rifuels judiciaires au Moyen Age occidental, ed. Claude Gauvard et Robert Jacob.
Paris: Editions du Leopard d’or, 2000 (Cahiers du Leopard d'or\ 9), p. 125-144.
* L’acte subreptice (p. 370). Ph. Godding nous a aimablement signale que les
juristes des XVe-XVIe siecles ont aussi employe 1’expression d’acte "obrepticc”, pour
designer un acte obtenu en taisant la verite (par opposition a Facte “subreptice”, ou
cellc-ci etait presentee sous un jour tendancieux). Le terme est aujourd’hui sorti
d'usage.
Chapitre 9. Editer les actes
La quinzaine d’annees qui vienl de s'ecoulcr a vu une tres nette reprise du mou-
vement d’edition des textes medievaux, en particulier en ce qui concerne les textes
diplomatiques. Parallelement, editeurs et diplomatistes ont mieux pris conscience du
poids de Fhistoriographie sur leurs propres pratiques (Fedition est fille de son temps,
et heritiere de vieilles traditions) et de la nccessite de mieux planifier et articuler leurs
travaux. On ne peut evidemment que s’en rejouir. Mais Fedition est confrontee dc nos
jours a de nouveaux enjeux, tels le support de Fedition et lc choix entre edition et
regestc, comme a de nouveaux problcmes, dont la baissc tres rapide de la connais-
sance du latin, qui fragilise Ie travail des editeurs de textes et diminue la reception et
Fusagc de leurs travaux, reposant la question de la traduction aussi bien que de la dif¬
fusion d'outils lexicographiques adaptes.
Nombreux elements de bilan: Vom Nutzen des Edierens, Akten des intemationalen
Kongresses (Wien, 3.-5. Juni 2004), hrsg. von Brigitte Merta, Andrea Sommerlechner
und Herwig Wcigl, Viennc-Munich, 2005, 398 p. (Mitteilungen des Instituts fur Oster-
reichische Geschichtsforschung, Ergiinzungsband 47).
453
1993-2006
Voir egalement Hubcrtus Seibert, “Wozu heute Urkunden edieren? Zum Abschluss
des Bamberger Urkundenbuches”, dans Zeitschrift fur baverische Landesgeschichte,
64, 2001, p.295-308.
Deux journees d'etudes out eu lieu en 2005. a Paris le 26 fevricr et a Munich lc 9
avril, sur le theme: ‘‘Edition de sources et historiographie: les choix editoriaux conime
relicts du questionnement historiographique et leur impact sur ('apprehension dcs
sources/Quellenedition unci Historiographie: Die Edition als Spiegel der historio-
graphischen Eragestellung und ihre Auswirkung auf das Quellenverstandnis". Un
resume en est donne dans le Bulletin d'information de la Mission historiepte/гащчте
en Allemagne, n° 41,2005, p. 43-54.
Une tres stimulante reflexion: Attilio Bartoli Langeli, “L’edizione dei testi docu¬
mentary riflessioni sulla filologia diplomatica”, dans Schede medievally 20-21, 1991,
p. 116-131.
Conseils et travaux pratiques: Ecole nationale des chartes, Conseils pour l’edition
des textes medievaux, fasc. 1 et 11, Conseils generaux et Actes et documents d'archives,
Paris: Ecole nationale des chartes ct Comite des travaux historiques et scientifiques,
2001, 175 et 265 pages (Orientations et methodes).
Par ailleurs. le developpemeni foudroyant de Г Internet laisse presager, comme nous
I'avons deja dit, un essor important de I'cdition electronique en ligne. Celle-ci, qui
nous semble en position plus de complementaritc que de concurrence avec I ‘edition
papier, n'enleve ricn aux exigences critiques ni mcmc aux traditions de presentation,
mais elle eomportc inevilablemenl son lot de nouveautes, de consequences insoup-
<;onnees. de contraintes. A la difference du papier, el e'est la son atout premier, clle
autorisc des corrections cl adjunctions instantanees. et permet done de parlagcr avec
la communautc scienlifique des editions en cours de realisation - cc qui incite aussi
du coup a engager des travaux plus lourds. D'autrc part, ses frais de realisation stii-
vent une courbe ires differente des frais de fabrication d’une edition papier: une Ibis
assure le lourd demurrage du projet. la place n’est plus guere eomptec: consequence
intellccluelle sans doute riche d'avenir: les clauses reputces, bien a toil, repetitives
et les longs lbrnuilaires ne font plus peur, comme ils lc faisaient aux editeurs sur
papier, souvent homes an seuil des annees 1200 ou 1220 et des actes “bavards"; И У
a la. combine a une approche linguistique el juridique. un formidable potentiel pour
rhistoirc de la langue et Г etude de la vie des formules. Enlln, en troisieme lieu. I'edi-
lion electronique peut et doit inventer mille fagons de developper la navigabilite, les
liens entre textes et entre sites, entre textes et images, etc.: mais a ('inverse, elle doit
inventer (et diffuser!) une nouvclle critique, des outils renouveles pour raccrocher la
partic au lout, le lexte a la structure (chartrier. cartulairc...), alors que I'cdition papier
est moins soumise au risque d'alomisation dc la consultation et de nivcllement du sta-
tut ct de Pautorite des textes.
Elements de reflexion dans: La diplomatique, dir. Marie-Josc Gasse-Grandjean, =
Le medieviste et I’ordinateur, n° 42, printemps 2003, et L'edition electronique, dir.
Elisabeth Lalou et Thieny Buquet, ibid., n° 43, 2004 (en ligne: http://lcmo.irht.cnrsJl).
* Quclques nouveaux cxemples d’edition, outre ccux qui ont deja ete cites. Edition
d'un cartulairc: Le cartulaire de I'abbave benediefine de Saint-Pierre-de-Preaux
454
1993-2006
(1034-1227Л publie par Dominique Rouet, Paris: Editions du C.T.H.S., CXXXVI-
586 p. (Documents inedits in-8°, 34). - Edition d’un chartrier: Recueil des chartes
de I'abbaye de Clairvaux an XIIе siecle, commence par Jean Waquet et Jean-Marc
Roger, poursuivi et acheve par Laurent Veyssiere, Paris: Editions du C.T.H.S., 2004,
CXXX-821 p. (Documents inedits in-8°, 32). - Editions electroniques: projet collec-
tif mene par l’Ecole des chartes a partir du Cartulaire blanc de I’abbaye de Saint-
Denis: http://elec.sorbonne.fr/cartulaireblanc/: edition du chartrier de I’abbaye de Leno:
http://www 1 .poplis.it/abbazia/
*
En bref, on le voit, a chacune des etapes de ce rapide bilan, nous avons eu la joie
de constatcr de formidables avancees, qui toutes mobilisent Г intelligence historique
du passe, et nous convoquent a de prometteuses moissons.
455
INDEX BIBLIOGRAPHIQUE
Pour chaque reference, le chiffre ren-
voie au numero de la page a laquelle on
trouvera la reference complete.
propos des acles d'eveques ,436.
A propos des archives ., 361.
Acht (P ), Die Cancellaria in Metz.... 22
Das Empfdngerkonzept ., 233.
Acta (The) of Welsh rulers,449.
Actes (Les) comme expression..., 421
Acres des princes lorrains.. . 346.
Adamska (A.), I 'evolution mefhodologique.... 420
Album beige de diplomatique..., 351
Album paleographicum XVII Provinciarum.. . 353.
Amati (A.), Dizionario corografico. .,37.
Analecta vaticano-belgica..., 338.
Andemach (N ), Die Regesten der Erzbischofe ...
450.
Andiieu (J.), Pour l‘explication psvchologique ..,
327.
Anglo-Saxon charters..., 344
Anglo-Saxon myths..., 449
Anselme (Pere), Histoire genealogique..., 46.
Appelt (H ), Die Kaiseridee .,102
Die Reichskanzlei .. 225.
-, Die Urkunden Friedrichs I.. , 101
Arbusow (L.), Colores rhetonci ... 100.
Archieven (De) in het Algemeen Rijksarchief. ,361.
Archiv fur Diplomatik.. , 27
Archiv fiir L’rkundenforschung.. . 27
Archivalische Zeitschrift..., 27.
Archive m deufschsprachigen ... 361
Archives (Les) de FEtat..., 360.
Archivio paleografico italiano.. ,353.
Archivum Latinitatis.. , 30.
Ardura (B ), Abbayes, prieures ..,42
Arlinghaus (F.-J ), The Writing Phenomenon.... 420.
Arnold (M.), Multa paucis. , 430
Ainoux (M), Ess or et deal in.. , 437
Art (L ') de verifier les dates ... 43
Atlas historiques franca is. , 38
Atlas des formes ... 434.
Atsma (H.) et Vezin (J ), Originaux et copies....
443
- et -, Les responsables . , 429.
Aubenas (R.), Etude sur le notariat..., 120.
Auctor et auctoritas ... 430
Audisio (G ) ct Boniiot-Rambaud (I.), Lire le fran-
qais d'hier .., 29
Auger (M .-L ), La collection de Bourgogne ,310
Ausgewdhlte Aufscitze..., 428
Avril (J ), La fonction episcopate 179.
Observance monastique..., 77.
Azevedo (A. Soares d'), Poitugal Antigo . 37
Azevcdo (R Pinto dc), Documentos medievais ...
345.
Azevcdo Santos (M. J. de). La production des
chartes.. , 440.
Babeau (A.). Les preambules.... 24.
Backmund (N.), Monasticon Praemonstratense . .
42.
Baker (K.), Au tribunal de l 'opinion.. , 310.
Baldwin (J.), Philippe Auguste ..,441
- ct al., Les legist res de Philippe Auguste ,448.
Bansa (H.), Zum Problem des Zusammenhanges. ,
237.
-, Die Register.... 341.
Barbiche (B.), Les actespontificaux, 338
-, Diplomatie, diplomatique..., 430.
Barbieri (E.), Notariato e documento, 120.
- et al , Le carte del monastero.. ,416.
Barret (S.), Ad capfandam benevolentiam..., 430
La memoire et l ’ecrit..., 443.
Barrierc (B ), Le cartulaire .., 309
Barthelemy (D ), La societe dans le comte de
Vendome. .,119
Bartoli Langeli (A.), Codice diplomatico. ., 112.
L 'edizione dei testi.. .,454
Private Charters ,421.
Bartoloni (P ), Sitppliche pontificie.... 226.
Bascape (G.), Sigillogra/ia..., 92.
Bates (D ), Regesta regum..., 449
Battelli (G.), Bibhografia dell’Archivio . , 362
-, Lezioni cli paleograjia. , 69
Baumgarl (W.). Biicherverzeichnis.. , 29.
Bautier (R.-H.), L'authentijication des actes pri-
ves .., 119.
-, La chancellerie et les actes royaux .., 110
-, Chartes, sceaux et chancelleries . .. 24
-, Le cheminement du sceau , 91
-, La collection des chartes.. .215
Critique diplomatique..., 226.
-, Les diplomes royaux. ., 395.
-, Documents imperiaux ... 109
-, Exchanges d'influences.... 90
L ’exercice de la juridiction.... 121.
Les faux dans F histoire.... 374
Forgeries et falsifications.. ,375
-. Leqon d'ouverture. ., 24
Normalisation des regies .., 402.
Les orientations de la diplomatique . . 28
Origine et diffusion. .. 121.
Les origines de l abbaye.... 319
Les origines du brevet.... 217
- , Le personnel de la chancellerie..., 227
-, Recherches sur la chancellerie ... 227
- et Sornay (J), Les souices de l'histoire econo-
mique . . 359
Beaunier (dom) et al, Abbayes etprieures.. , 40
Bcdos-Rezak (B.), Medieval identity ... 432.
Towards an archeology . 443
457
1993-2006
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Bemont (C.) et al.. Roles gascons..., 345
Benson (R.L.). Protohumamsm..., 232
Bcrgmann (W ), Die Formulae Andeca\ eases...,
231.
Bcrlierc (U.), Suppliques de Clement VI ... 226.
Bernard (A.) et Bmel (A ), Recueil des chartes de
I 'abbaye de СIuny.... 181.
Berlram (M.), Mittelalterliche Testamente.... 438
Bertrand (P.), De l 'art de plier..., 445.
Bibliographic de cartographic ecclesiastique.... 38
Bibliographic de I histoire medievale.... 27.
Bibliotheca Sanctorum .., 56
Bibliolheque de I ‘Ecole des chartes...,21
Bischoff (B ), Paleographie.... 30.
Bischoff (F.M.), Die Datenbank des Marburger .,
65.
La gestion de la documentation, 350.
Crkundenformate..., 428.
Bishop (T ), Scriptores regis..., 234.
Blaise (A.), Dictionnaire latin-frangai.s . ,31.
-- ct Chirat (H.), Dictionnaire fatin-frangais. .,31.
Blok (DP ). Les formules de droit romain.... 119.
Bohmci (J ), Regesta chronologico-diplomatica ...
331
Bompairc (M.) el Dumas (F), Numismatique medie¬
vale. .., 426
Boncnfant (P.), Le duche de Lothier..., 329.
Borst (A ), Die karolingische Kalenderreform.. .
427.
Das karolingische Reichskalender ., 427.
Boshof (E), Die Regesten der Bischofe ..., 450.
Boiiard (A. de). Etudes de diplomatique ... 121
. Manuel de diplomatique .. . t. I, 26: Album. 351:
t. II, 118.
Bouchard (C ). Monastic cartularies ... 443
Bourgain (P ), Sur Г edition des texte s..., 397
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, .1 Survey of the Vatican Archives ., 362.
Brechon (l7.), Autour du notariat..., 438.
Brequigny (L de) ct al.. Table chronologique .,
331.
Bresslau (M ), Handbuch der Urkundenlehre..., 26.
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, Manuale di diplomatica.. , 423
Brixius (J M.), Die Mitgheder des Kardinal-
kollegiums, 45.
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Brown (F ), Falsi fas pi a..., 368.
Bruckner (A ), Zum Konzeptwesen.. , 233
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Bruel (A ), \ote sin la transcription. ., 285.
Briihl (C ). Gli atti sovrani ., 109.
Diplomatique comparee..., 109.
, Dei ehrbare l 'dlscher ,372.
-, Sfudien zu den langobardischen .., 109.
-, Studien zu den merowingischen .., 452.
Crkunden unci Kanzlei Rogers II.... 111.
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, Recueil des acres des comtes de Pontieu..., 22.
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Bullarium monasterii Sanctae Crucis..., 444.
Bullarium romanum..., 333.
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Burkhardt (J.). Sarrafiones.... 431
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Cancelleria e amministrazione. ,, 440.
Cancellari a e cultura..., 225.
Cancllas Lopez (A.), Diplomatica hispano-visi-
goda ... 109.
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, Lexicon Abbreviaturarum..., 30
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leria . , 449.
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Cartulaire (Le) de Fabbave benedictine..., 454.
Cartulaire de l'abbaye Saint-Sauveur.... 445.
Cartulaire du Mont-Saint-Michel..., 445.
Cartulaires (Les}..., 444.
Cassell's Gazetteer ..,37
Castellani (A.), La prosa itahana..., 94
-, / piu antichi testi..., 94
Catalogue des fact urns ... 333.
Catalogue general des manuscrits..., 364.
Catalogues (Les) du departement des manuscrits...,
364
Cauchies (J.-M.), Genese et vie d'une loi..., 233.
Ceccaielli-Lcmut (M ), Repertorio delle fonti...,
332
Celier (L.), Les dataires du XVеsiecle.. , 226.
Censo-Guia de archives ... 362.
C’haplais (P.), English Medieval Diplomatic..., 352.
English royal document.... 111.
Who introduced Charters ., 370.
Chartae Gal Пае . , 446,
Chart ae I at i пае antiquiores. ,353
Charters and the use .., 420
Charters, cartularies and archives . ,443.
Charters (The) of Rochester ... 449.
Chartes et diplomes ., 338.
Charles poitevines anterieures d 900 , 450.
458
1993-2006
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Recherche et hist о ire des texte s..., 349
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Recueil des actes de Henri II... 344.
Recueil des actes de I.ouis II... 286
Recueil des actes de Louis VI ..,48.
Recueil des actes de Philippe Iе'... 21.
Recueil des actes de Philippe Auguste.. . 448.
Recueil des chartes de l'abbave.... 455.
Recueil de chronic/ues, chartes.... 364.
Recued des documents concernanf le Poitou ... 110
Recueil de facsimiles .. 351.
Recueil des historiens de la France. Pouilles ... 38
Redlich (O ), Die Privaturkunden ... 273
Redon (O ). Quatre notaires.. . 426
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Regesta regum Scottorum. , 345
Regesten (Die) der Bischofe von Passau.. . 450
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Regesten (Die) des Kaiserreiches Lothar III ...
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Regestum dementis papae V.... 337.
Registre historique des communes .,37
Regis ires du Tresor des chartes. , 448
Repertoire des cartulaires franqais , 445.
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du chaitrier de Fabbaye de Leno, 455.
467
INDEX DES TERMES
TECHNIQUES
Les renvois sont faits aux pages (les
references portees en gras sont celles des
passages ou le terme fait l’objet d’une
definition ou d’un developpement special;
les autres passages signales sont ceux ou
le terme est mentionne ou illustre de
fa<?on plus ponctuelle). Les documents
commentes et les termes les plus gene-
raux sont ici recenses, mais on les trou-
vera plus commodement a Laide de la
table des documents et de la table detail-
lee des matieres, qui suivent.
Abbreviate>r (chanccllerie pontificale): 238.
Abolition (lettres d’ -): 108
Abreviations (signes abreviatils): 68, 192, 408.
Absence (sceau en 1’-): v Sceau
Acte (definition): 16, 104
Acte archidiaconal: 436
Acte d’un chapitie cathedral: 436
Acte commercial: 270. - V. aussi Lctties de change
Acte communal: 112, 435
Acte comtal: v Acte princiei
Acte d’cchevinage: I 18, 202-205, 423.
Acte episcopal: 114-115, 176-179, 277-279, 431,
436. - Fotme: 77-78 (preambule) - Editions et
regestes: 346-347, 450
Acte impel ial byzantin: 110
Acte impelial occidental: 106-107, 110. 130-137,
288-291 - Forme: 70 (influence pontificale), 78-
79 (preambule), 90 (ruche). 90 (sceau), 96
(langue), 101 (influence du droit), 102 (propa-
gande) - Fac-similes: 353 - Editions et regestes:
341-343,448
Acte des juges delegues: 436
Acte de juridiction gracieuse: 437.
Acte notaiic: 210-213. 218-221, 243-244, 434, 437-
438 - V. aussi Cartulaire. copic, minute, minu-
tier, registre notaiial.
Acte obreptice, г Acte subreptice
Acte d'officialite: 118, 121, 194-197.
Acte pontifical: 113-114, 168-175, 423. 433, 435-
436, 438-439 - Forme: 64 (suppoit), 70 (ecri-
tuie), 73 (susciiption), 75 (adiesse), 78-79 (pre-
ambulc), 79 (notification). 82 (clauses prohibitive
et comminatoire), 82 (enumeration de biens), 84
(date de lieu) - Fac-similes: 114 - Editions ct
regestes: 333-338. 447 - V. aussi Bene valete,
bref. bulle. chanvre. cursus. lettres consistoriales,
motu propria. pnvilege, rota, soie, supplique
Acte de precairc: 437
Acte piincier: 111-112, 154-163, 431, 435, 453 -
Editions et regestes: 345-346, 449-450.
Acte prive: 25, 103-104, 115-121, 180-221, 262-
270,421,436-438 - Fotme: 75 (suscription), 78
(preambule), 81 (clauses), 82 (clause penale), 84
(datation), 88-89 (signes de validation), 93-96
(langue). 100-102 (influence du droit) - V. aussi
Acte commercial, acte d’echevinage, actc nota-
rie. acte d'officialite.
Acte public: 25, 103-104.
Acte royal: 103-104,105-111.423,430,434-435 -
Editions et regestes: 448-449
Acte royal allemand: 449. - Chancellerie royale alle-
mande: 449.
Acte royal anglais: 107-109, 111, 430. - Fac-simi¬
les: 111, 352. - Editions ct regestes: 343-345,
449 - V. aussi Crene/ate, “rolls”, “writ”
Acte royal capetien: 106-110, 138-153, 244-245,
250-261, 311-316: - Forme: 73 (suscription): 77-
79 (preambule), 79 (notification), 80-81 (clause
injonctive), 81 (clauses derogative et dc reserve),
82 (clause comminatoire), 84 (date de lieu), 88-
89 (sousciiptions), 91 (scellcment), 96 (langue).
- Editions et regestes: 340-341, 343 - V. aussi
Chaite, diplome, double queue, lettres closes,
lettres dc sceau plaque, ordonnance. simple
queue, et au now cies dif/'ё rentes categories juri-
chques de lettres (p ex. Remission).
Acte royal carolingien: 105-106, 122-125. 383, 453
- Forme: 76, 78 (preambule), 80 (expose), 80
(dispositif), 84 (corroboration), 85 (application).
85 (datation), 88-90 (signes dc validation), 96
(langue) - Fac-similes: 353 - Editions et
legestes: 338-340, 342-343, 448 - V. aussi
Piiccpte.
Acte royal ecossais (editions): 345.
Acte loyal iberique: 109, 111 - Editions: 345
Acte royal mcrovingien: 105, 371. 373. 378-393.
452 - Foimc: 64 (support). 68 (ecriture), 72
(invocation) - Editions ct fac-similes: 338, 447-
448.
Acte scigncurial: 111-112. 164-167. 431,435
Actc semi-public: 103.
Acte sous sceau personnel: 206-207, 209, 212-213.
Acte subreptice: 370, 453
Action juridique: 16,422.
Actum publice: 183.
Adiesse (1° partie du discours): 63, 75, 430; (2°
figurant au Moyen Age au dos d’un document
phe): 12
Alinea: 67, 406
Allongecs (lettres - ): г Lettres.
Amandellerie: 1 18
Amortissement (lettres d’-): 108.
Analyse (resume de Facie pai Fediteur): 404
Annonce des signes de validation: 84, 192.
Annonciation (style de F-): i Style
1993-2006
Anulus (sceau): 125, 141
Apostille: 239, 249
Application: 85.
Arche (ccrit d’-): 118.
Archichancelier: 224.
Archives (anciennes): 16-17, 305, 308-309, 319-
320; 354-358, 422, 443-444; (conlemporaines):
359-363, 452.- V. aussi Charirier, conservation
des actes, cote, filiasse. inventaire, notes dorsales
Arenga: г Preambule.
Ars dictaminis: 230-233, 423, 440-441.
Mrs notariae: 243.
Attache: 91, 228; v aussi C'hanvrc, courroie, lacs,
paiisiennc, queue, soie.
Audience des lettres contrediles: 238.
Audience du sccau: 235, 241
Audiencier (chanccllcrie royale frangaise): 241.
Auteur de facte: 25. - Auteur de faction juridique;
25.
Aulhenlicitc: 367, 369.
Authenticum: 271.
Aulhenlification (lormules d'~ d'une copie): 287,
292. - (marques d’ d’un original): 442.
Autographum: 271.
Bella diplomatics: 18.
Bene valete monogrammatique: 11, 171
Benediction (clause de -). 171.
Bcneficiairc dc facte: 25-26, 440 - I aussi
Destinataire.
Bibliothecaire (chancellerie pontificale): 170.
Bibliothcques (contcmporaines): 363-364, 452.
Bolonais (comput -): 212.
Brcf (tvpc d’acle pontifical): 113, 238
Breve, v Notice.
Bicvc notariale: 233, 242-243, 262-265, 270
Bievet du Chatelct de Paris: 214-217
Brouillard notarial: 242-243.
Brouilion: 230, 233, 250-251, 254-255, 404, 440-442.
Bulle (1° bulle dc metal): 91.
Bulle (2° acte pontifical): au sens general: 25; type
precis de lettre pontificale: 113. 427.
Calendes: 52, 60.
Calcndricr (1° systeme dc structuration du temps):
v. Chronologie technique, amsi que les com-
mentaires de documents, passim. - Calendrier
liturgiquc: 52, 56-57, 61, 197, 200 - Calendrier
romain antique: 60, 134. 174; C aussi Calendes,
ides, nones.
Calendrier (2° type dc manusent liturgique): 58-62.
427.
Cuncellarius 224
Cancclle (acte -): 234.
Caracteres allonges: \ Lettres allongecs.
Caracteres externes: 63-71, 428-430. - V. aussi
I eiiturc, formal, mise on page, support, amsi que
les commeniaires de documents, passim.
Caracteres internes: 71-85, 92-102, 430-431. - V.
aussi Langue, parties du discours, ainsi que les
commentaires de documents, passim.
Caroline (ccrilure): 68, 70, 134.
Carta indentata v "Endenlure”.
Carta transfersa\ 65, 128,
Carta non transversa 65
Cart u la ire: 272, 274-285, 296, 300-301, 319-320,
328, 379-382, 414-415, 424. 446-447, 443-445,
454-455; cartulaire-chroniquc, 278; cartulaire
notarie: 278 ; fac-similes: 444-445. - Repertoires
conlemporains: 364-365. - V. aussi registrc nota¬
rial.
Catalogue d’actcs: v Regestes.
Cedillces (lettres -): v Lettres.
Certilicat: 218-221
Chancelier: v. Archicancellarius, chancellerie, garde
du seel, vicc-chancelier.
Chancellerie: 21, 107, 11 1, 223-227, 372. 438-441.
- Llablisscment de facte cn -: 68. 137, 228-229.
- Souscriplion de-: 89. 125, 128-129, 134-135,
141, 170. 171,432. - Chanccllcrie carolingicnne:
224: ducale: 439 ; imperiale: 224, 439-440; pon-
lificale: 225-226, 238-240, 427, 439 (v. aussi
Abhreviator. bibliothecaire, distributor, senptor,
vicc-chancelier); royale anglaise: 439 ; royale
espagnole: 440 ; royale fran<;aise: 224-227, 240-
241, 433, 447 (v. aussi Clcrc, notaire, secretaire);
urbaine: 225, 243-244 ; royale dc Jerusalem:
439. - V. aussi Faux, mentions hors teneur,
notaire, registres. scribe, taxes.
Change (lettres de -): V. Lettres (2°)
Chanvre (lettres pontificales bullecs sur fil de -):
113. 172. 175, 240.
Charte (1° au sens generique d’acte): 25, 104. -
Charte panic: v Chirographe.
Charte (2° type d’acle royal capctien): 107, 142-145,
256-261.
Charte-noticc, г Notice
Charte de franchise: 431.
Chartrier: 26, 455 ; v aussi Archives.
Chalelet de Paris: acte sous Ic sccau du -: 208-209,
212-213 - V. aussi Brevet, notaire.
Cheque: 269
Chirographe: 84. 92, 183-193, 202-205, 405, 432.
Chrismon: 11,72, 124, 128, 134, 135, 186,428.
Chronologie technique: 50-62, 426-427. - V. aussi
Bolonais (comput-). calcndricr, datation, style.
Circoncision (style dc la -): v. Style.
Clauses (annexes du dispositif): 80-83. - V. aussi
Benediction, comminatoire, consenteinent, dcio-
gative. execution, injonctive, intentionncllc. obli¬
gation, pcnalc. prohibitive, promesse. lenoneia-
tion. reserve, souinission, stipulation.
Clausules (des suppliques): 248.
C'lerc du secret: v Secretaire du roi.
C’lcics, notaiies cl secretaires du mi: 240-241.
Closes (lettres - ): i Letties
470
1993-2006
Codicologie: 64.
Collation (formulc de -): 212; г aussi
Authcntification (formules d' -).
Collective (adresse -): 75; v aussi Adresse.
Colonncs (de souscriptions): 311-318. 406
Commandement (mentions de -): v. Hors teneur.
Comminatoire (clause -): 82, 83, 116, 129, 158.
192.
Committimus (lettres de -): 108.
Commutation de peine (lettres de -): 108.
Comput: v Bolonais, chronologie technique.
Concession: v Apostille.
Concurrent: 52, 56
Confess to in jure: 117-118, 197, 201, 217
Consentemcnt (clause de -): 81. 83. 156-157
Conservation des actes: 421
Consistoriales (lettres-~): v Lettres.
Constitution de dot: 264.
Contrat de mariage; 430.
Contre-sceau: 91.
Controle do facte: 234 - V. aussi Audience du
sccau, visa.
C'opia: 271.
Copic: 272-295, 317, 397, 442 (v aussi Vidimus).
- Copic authentique: 442. Copie d'erudit: 308-
316, 327. 328. - Copic ligurec: 69. 185-187, 286,
311-316. 328, 369. 442. - Copic inutile: 322.
405 - Copic libie (on informe): 289, 292-295,
328 - Copie notariee: 287-292. 328, 385-390 (\
aussi cartulaire notaric). - Copic sous le sceau:
287 - Copie utile: 405
Coireclions (sur un original ou unc minute): 234-
235; v aussi les comnientaires de documents.
passim, specialement ceu.\ du chapitre 5
Corroboration: 84, 86, 125, 153, 205 - V. aussi
Perpetuelle, probatoirc.
Cote d’archivcs (mcdie\a!e): 305; (moderne): 307
Courroie de cuir: 91, 190
Crenelate (lettres dc -): 108
Critique: v Bella diplomatics!, faux.
Croix: 11.- Utilisce commc souscription: 88. 186,
311-315 - Comme invocation figurce: 72. 157.
179,186
Curiatc romaine (ecriture): 171.
Cursus. 96-99, 175, 367
Date: 50, 426-427. - Formulc de ~: 84-85. 116, 376-
377, 426-427. 431, ainsi cjue les comnientaires
de documents. passim - V. aussi Calendes,
calendricr, chronologie, concurrent, dominicale.
epacte, ere, ferie, heure, ides, indiction, lieu,
Nativite. nones, Paqucs, quanlicmc. regne, style,
ainsi cpie les comnientaires de documents, pas¬
sim - Date des suppliques: 238, 248-249. - Date
rcstituee: 57, 69. 427 - Dans les editions
contemporaines: 403-404.
Date dc lieu, г Dale - Formule de
Date de temps, i Date - Formule de
Date topique, г Date - Formule de
Daterie ponltficale: 248-249.
Debitis (lettres de -): 108.
Decoration de facte: 430. 432.
Definitions, r. Glossaire
Depend it um: 296.
Derogative (clause -): 81. 153
Dcstinataire de facte: 25. - Etablissement de facte
par le-: 21, 50, 68. 106. Ill, 112. 116-117. 159.
167, 192-193, 228-230, 239.
Devise (1° de chirographe): 92, 192, 203, 405; (2°
de rota) v Rota
Devotion (formulc dc -): 23. 73-74. 136
Dictamen: 104, 433. - V. aussi Ars dictaminis
Diploma. 16
Diplomatique (definition)1 15-16. - Joies: 9 -
Ltilite: 20 - Bilan: 420 - Peispectivcs: 420
Diplomatique (ecriture -): 68, 233 - V. aussi
Ecriture.
Diplome (1° au sens generique): 16, 25; (2° t>pe
d’acte royal capetien, solennel): 68, 138-141
Discours diplomatique: 419.
Disposant: 25.
Dispositif: 71.80-83.
Distributor (chancellerie pontificate): 240
Documentaire (ecriture -): г Diplomatique (eciiturc
-)•
Documents d'aichives: 23
Dominicale (lettre -): 56, 60
Don (lettres de -): 108
Dorsales (notes -): г Notes dorsales.
Dotal charter, v Contrat de mariage
Douaire: 358
Double queue dc paichemin: 91, 190, 197. 206. 208
- Lettics sur - (tvpe d'aclc loval lYani;ais): 146-
149,254
Doutcux (acle): 370; v aussi Faux.
Droit: 100-101 (vocabulaire), 104.
Duplication 2" l
Echcv mage: v Acle
Ecriture de facte: 67-71, 233-234, 419, 428-429.
442 - Types d'ccriturc: v. Caioline, curiale
romaine. diplomatique, gothique, humanistique.
minuscule curiale, minuscule cursive, livresque.
- V. aussi Abiev iations. datation. lettres, notes
tironiennes. paleographie, ponctuation. scribe.
ainsi cp/e les comnientaires de documents, pas¬
sim
Ecrivain profcssionnel: 167. 422. - V. aussi Notaire
(1°), scribe.
Edit (au sens specifiquc d'acte legislatiO: Ю8.
Editions (ancicnncs): 319, 398-401, 405; (contem-
poraines), 329-347, 419, 424. 445-455; (normes):
321, 397-417, 454 ; (electroniques): 445-455.
“Empfangerausfcitigung": v Dcstinataiic (clablis-
semeni de facte par le --)
“Endenturc": 92
471
1993-2006
Enregistrement (des actes): 26, 140, 236-237, 240,
249, 440. - V. aussi Registre
Enumeration de biens (dans les confirmations): 82.
Epacte: 52, 56
Ere: 51.
Erudits (epoque moderne): 19-20,308-310 - Faux
d’erudit: 374-376.
Eschatocole: 81-85. - V. aussi aux noms precis des
elements (p ex Apprecation), ainsi que les com¬
mentates de documents, passim
Etablissement de facte: v Chancellerie, destinataire,
genese, tiers.
Etat (lettres d’-): 108.
Etendue: v. Ordonnee.
Execution (clause d’-): 153.
Exemplar. 271
Exemplum: 271.
Expedition (1° original mis au propre): 243, 270 -
V. aussi Mise au net.
Expedition (2° procedure d’etablissement et de deli-
vrance des actes par une chancellerie): v Genese.
Expose: 79-80, 83,431
Extensoir (registre d’etendues notariales): 243, 266-
270.
Externes (caracteres -): v Caracteres extemes
Extra sigillum (mentions -): v. Mentions hors teneur
Fac-similes: 350-354, 424, 444-445, 451-452.
Fait juridique: 16.
Falsification: v Faux.
Falsifie (acte): 369
Faussaire: 369; v aussi Faux.
Faux: 17-18, 126-129, 241, 367-395. 442, 452-453;
de chancellerie: 370.
Ferie: 52.
Fiat: v Apostille.
Figuree (invocation -): v Invocation
Figures rhetoriques: 100.
Fil: v Chanvre, soie
Filiasse: 163.
Finance (lettres de -): 108.
Fonds d’archives: v Chartrier
Forgerie: 370, 453; v aussi Faux.
Format de facte: 65-66, 428, 442. - V. aussi Carta
trans versa
Forme de facte: 7, 63-102, ainsi que les commen-
taires de documents, passim
Formulaire (1° ensemble des formules): v Parties
du discours
Formulaire (2° recueil de modeles d’actes): 230-233.
327, 422, 440-441; a la chancellerie royale fran-
gaise: 258-261; dans le notariat: 213, 243.
Formule (partie du discours): v au nom precis de la
formula (p ex pour les formules de devotion, a
Devotion).
Garde du seel (1 ° a la chancellerie royale frangaise):
225; (2° dans les juridictions gracieuses): 118
Garde gardienne (lettres de -): 108.
Generale (adresse -): 75; v aussi Adresse.
Genese de facte: 8, 21, 223-270,439-441, 452-453.
- V. aussi Chancellerie, destinataire, tiers (eta¬
blissement par -).
Glossaire: 421.
Gothique (ecriture): 68 69, 140 - Gothique cursive:
69
Grace (lettres de -): 108, 440
Grand sceau: v Sceau.
Graphie, v Ecriture de facte, semiologie graphique.
Grattage: 234, 376.
Grosse: 243
Heure (date d’-): 213.
Hors teneur (mentions -): v Mentions hors teneur.
Humanistique (ecriture): 69, 70
Humilite (formule d’-): 73.
Identification des lieux, personnes et matieres: 32-
49, 424-426 ; - des scribes, 429.
Ides: 52, 60
Impetrant de facte: 26.
Indiction: 51-52, 56, 124, 141, 269
Indiculi: 105.
Individuelle (adresse -): 75 - V. aussi Adresse.
Indulgence (acte): 248.
Informatique: 329-331, 348-350, 419, 424, v.
Editions (electroniques)
Injonctive (clause -): 80-81, 145, 153.
Instrument public: 25.
Instrumentation: 25.
Intentionnelle (clause -): 144
Internes (caracteres -): v Caracteres internes
Interpolation: 370, 376; v aussi Faux, grattage
Intitulation: v. Suscription
Inventaire d’archives: 296-300, 302-307, 319-320,
445
Investiture: v. Tradition (objet symbolique de -).
Invocation: 67, 72, 179. - Invocation figuree (ou
symbolique): v Chrismon, croix.
Jure (agent de la juridiction gracieuse): 118.
Juridiction gracieuse: 117-121, 198-201. - V. aussi
Chatelet de Paris, echevinage, officialite.
Justice (lettres de -): 108.
“Kanzleiausfertigung’': v Chancellerie (etablisse¬
ment de facte par la -).
Karacter. 141. - V. Monogramme.
“Kurzarenga”: 291.
Lacs: 91.
Langue: commentaires, passim.
Langue des actes: 30-32, 92-102, 424, 433-434,
ainsi que les commentaires des documents, pas¬
sim
Latin: v. Langue - Latin farci: 93. 433
472
1993-2006
Laudatio parentum: v. Consentement (clause de -).
Legitimation (formule de -): v. Devotion (formule
de -).
Lettres (1° caracteres): espacement, 67; lettres allon-
gees: 67, 68, 134,406; lettres cedillees: 390, 407;
lettres dominicales: v. Dominicale ; majuscules:
429. - V. aussi Ecriture.
Lettres (2° missives): 104-105. 234, 241,423; lettres
de change: 269,
1.cities (1 ’ mu sens genenque d’acte) 144. 423. -
I vpe d'actc royal el pnncici Ihmeais: 107-108;
lellres closes: 241: lellres de sceau plaque: 241.
v aussi Double queue, simple queue I vpe
d’actc pontifical: 113. 423. 447. lellres consislo-
riales: 113: г aussi ( ham re. soie I ype d'actc
royal iVanyais. 448
Lellres de legation: 430,
/ /her donaiionum: »’ labor iraditionum.
Liber traditiomim: 272-277. 278. 422, 444, 453.
Lieu (dale do >: 84-85, 124. 153.
I itcrucv (Sehrifflie/ikein: 419-420.
Liiferae dongafue: v Lellres allongees.
Livresquc (eeiiture ): 68. 234.
Locus credibilis: 358
Locus sigilh: 12.
Maintenue de noblesse: 108
Mandat de paiement: 150-153.
Mandata (acte merovingien): 105.
Mandement (type d’acte royal et princier fran<;ais):
108, 150-153, 160-163, 254. - Forme: 75
(adresse)
Marges: 67
Martyrologe: 61.
Memoratorium, v Notice.
Mentions tlorsales: » Notes dorsales.
Mentions hors lencur: 12. 85. 145, 148, 153, 163,
212. 239-240. 241. 200. IIP. 439.
Micrologic 40-48. 100, 210.
Minuscule curiale (ecriture) 1 71
Minuscule cursive (ecriture): 68.
Minute ipieparaioirc d’un aele): 217, 230-231, 233,
404. Minute nolariee: 230-231, 242-243, 262-
270 (v. aussi Breve, brouillard, ordonnee). -
Minute (hors notariat): 441.
Minutier notarial: 358. - V. aussi minute
Mise au net de facte: 233-234.
Mise en page: 442.
Monnaies: v. Numismatique.
Monogramme: 11,84, 88, 125. 134, 141. 311-312,
386, 428, 431.
\lotu proprio (type d’acte pontifical): 238-239.
Mundum: 243
Munimen: 358
Nantissement: v Oeuvres de loi.
Narratio: v. Expose.
Nativite (an de la 291.426.
Ыоё1 (style de -): v. Style.
Nombre d’or: 60.
Non prejudice (lettres de -): 108.
Nones: 52. 60.
Notaire (1° au sens antique, scribe professionnel):
115-116, 183.
Notaire (2° employe de chancellerie): 107, 158-159.
- V. aussi Chancellerie, clerc, secretaire.
Notaire (3° notaire public): 117-120, 242, 244, 423,
4LS. No Lure apostolique: 221, 292. - Notaire
royal 210-213. - V. aussi Acte notarie.
Notaire (4J employe de juridiction gracieuse): 118;
(au L'haiclet de Paris): 212, 217.
Notes breves: c Breve.
Noie.s dorsales: 12, 144, 182, 193, 200, 205, 296,
407
Notes tironiennes: 71
Notice: 25, 74, 192, 272-277, 278, 422-423.
Notification: 79.
Numismatique: 48-49, 196, 264, 426.
Obligation (clause d’-): 81.
Oculi: 144.
(Euvres de loi: 204
Offlcialite: 118, 121 - V. aussi Acte d’officialite
Onomastique: 42-43.
Or (nombre d’-): v. Nombre d’or.
Ordonnance (1° au sens generique d’acte): 144; (2°
au sens specifique d’acte legislatif a portee gene-
rale): 108, 110.
Ordonne (sceau -): v. Sceau.
Ordonnee notariale: 242-243, 265, 266-270.
Original: 271,404-405, 442, 444, 447, 451-452
Originaie: 271.
Paleographie: 29-30, 440, 451-452 - V. aussi
Ecriture de facte.
Pancartes: 106. 444.
Papier. 64
Papyrus: 64.
Paques (date): 56-57. - Style de Paques: v Style
Paragraphe: v. Alinea
Paraphe: 89, 220.
Parchemin: 64.
Pardon (lettres de -): 108.
Parisienne (attache -): 91, 216.
Particuliere (adresse -): 75; v. aussi Adresse.
Parties du discours: 71-85. - V. aussi aux noms pre¬
cis des elements (p. ex. Invocation), aux diffe-
rents types d 'actes et aux commentaires de docu¬
ments. passim
Penale (clause-): 82, 83, 116-117, 183.
Pendant (sceau -): 91.
Perpetuelle (corroboration -): 145; v aussi
Corroboration.
Perpetuite (formule de -): 75-76.
Pertinence (fortnules de -): 82-83, 182-183, 187.
201
473
1993-2006
Petitio: 227-228, 229, 440
Petitionnaire (en Cour de Rome): 239
Photographies d’actes: 347-350.
Placita (actes merovingiens): 105
Plaque (sceau -): 91, 311-312; v ctussi Leltics de
sceau plaque
Pliage des chartcs: 445
Politique archivislique, v Archives (anciennes).
Ponctuation: 71,407-408.
Pontificat (annees de -): v Regnc (annees dc
Preambule: 15, 22, 24, 63, 76-79, 125, 179, 419,
430-431; v. aussi “Kurzarenga".
Piecepte (type d’acte royal carolingien): 125
Privilege (1° type d'actc solenncl): 104, 107; (2C
type d’acte pontifical): 113, 168-171.
Probatoire (corroboration -): 148, 197, 221. 212. -
V. aussi Corroboration
Procuration: 206-213.
Projet d'acte: 441.
Prohibitive (clause -): 82, 153
Promcsse (clause dc -): 81, 201
Promulgation: 235-236.
Prose rimee: 99-100
Protet: 269
Protocole (1 ° partic du discours): 72-76 - Prolocolc
final: v Eschalocolc - V. aussi aux nonis pre¬
cis ties elements (p ex. Invocation), uinsi que les
commentaires cle documents, passim
Protocole (2° rcgistre notaric): v Registrc
Pseudo-ouginal: 128, 369. 404, 452.
Publication: (10) к Promulgation; (2°) v Edition
Quantieme: 52, 56-57, 60.
Queue dc parchemin: 91. - V. aussi Double queue,
simple queue
Quittance: 196
Rappel de ban (lettrcs de -): 108
Reception de 1’acte: 420.
Recognitio in jure: v Confessio in jure
Recognition dc chancellcrie: \ Chancelleiie (sous-
cription de -),
Recrits (actcs): v Refaits (actes)
Recueil d'actcs (ancien): v cartulairc. formulaire.
registrc; (contemporain): 414-418
Rcdacteur de l’acte: 26, 440
Refaits (actes): 372.
Referendairc (a la chanccllerie royale merovin-
gienne): 224; (a la Curie pontificalc): 238, 248.
Regeste: 404, 417, 33 I. 334-338, 417, 449; v aussi
au\ differents types d'actes
Registre cPenregislremcnt: 26, 236-237, 327. 448 -
Chancelleiie royale anglaise: v “Rolls" -
Chanccllerie royale frangaise: 256-257, 260, 439,
441,448 - Registres dc suppliques ponlificales:
249. - Registrc notarial: 118. 242-243, 437; v.
aussi Breve, ordonnee
Requctes: 440
Rcgne (annee dc -): 50, 54, 57, 85. 124, 137, 144,
157, 182, 186. - Annees de pontificat: 170-171,
174.211,248, 269, 291.
“Reimprosa”: v Prose rimee.
Remission (lettrcs de --): 108.
Renonciation (clause dc -): 81, 83, 201
Repit (letlres de-): 108.
Repli: 91.
Rescriptum (au sens generique dc copie): 271.
Reserve (clause de -): 81, 145. 167, 171
Restitut io in d upturn. 187.
Rhetorique: v Figures, style.
Rogatio (1° souscription du scribe d’un actc privc):
183; (2° ancetre de la minute, a Bologne): 242.
“Rolls" anglais: 237, 344-345.
Rota: 12, 22-23, 171.
Ruche (1° signe graphique appose cn chanccllerie):
12, 90, 125, ?28, 134, 135; (2° signe de sous¬
cription de particuliers): 186.
Salut (formule de -): 75-76, 175, 197, 430.
Sanctoral: v Calendrier liturgique.
Sang (lettres de -): 108
Sauf-conduit (lettres de -): 108
Sailvegarde (lettres de -): 108
Sceau: 84, 89, 90-92, 117,118,197,201. 228. 235,
350. 369. 376. 423, 432. 435, 442 ainst que les
commentaires de documents, passim.
Descriptions mcdievales dc sccaux: 389-390. -
“Grand sceau": 91, 163. - Sceau “du secret”:
107, 241. - Sceau personnel: 212-213. - Sceau
“oidonnc” ou “en fabsencc": 163. 260. - V.
aussi Actes sous sceau personnel, anulus.
attaches, bulle, contrc-sceau, copie, garde du seel,
oculi. plaque, pendant, repli. sigillographie.
Scribe: 26, 69-70, 428-429. - V. aussi. Chancelleric,
ecrilure dc facte, ecrivain piofessionnel
Scriptio: v Mise au net.
Scriptor (chancellerie pontificale): 238, 240, 427.
Secict (sceau du -): v Sceau.
Secretaire: 107; secretaire du roi: 240-241
Seing manuel: 12, 88-89, 210. 213, 389. 428. 432.
Seing notaiial: 442
Scmiologie giaphique: 419, 428.
Sigillographie: 46. - V. Sceau
Signature: 12. 432. - V aussi Hors teneur. paraphe,
seing manuel, souscription
Signes de validation: 376, 431-432, 442. - V. aussi
Annonce, validation, et au nom precis des signes
(p ex Sceau).
Signum: r. Paraphe. seing manuel, souscription
Signum manuale: \ Seing manuel.
Signum recognitionis v Ruche
Simple queue de parchemin: 91 - Lettres sur - (type
d’acte royal et princiei): 150-153, 160-163. 254.
Sincerite: 369.
Soie (lettres pontificates bullees sur fil de -): 113,
240
474
1993-2006
Sola signatura (acte pontifical): 239, 246-249
Soumission a juridiciion (clause dc -): 265.
Souscription: 88-90, 141, 157-159, 171, 179, 183,
186. 311-318, 389-390, 406, 428, 431, 442; v
aussi ChancelIcric, croix, ruche, temotns.
Stemnia: 322-324, 413
Sfipulatio: 86, 116-
Stipulation (clause de -): 183
Style ( Г recherche stylistique): 96-100, 175,433 -
V. aussi Cursus. dictamen
Style (2° usage chronologique de changement du
"millcsime): 51, 54-55^142, 162, 166, 174, 200,
216, 220, 277. 291,426
Style indictionnel: 52, 170, 269, 277.
Subreptice (acte): 370.
Sump turn: 271
Supphque (pontificale): 238-239, 246-249, 440. 447
Support dc facte: 64-65, 442. - V. Papier, papy-
i-us, parchcmin.
Suppose (acte): 370
S u script ion: 71, 72-74, 157-159, 197, 375
Suspect (acte): 370; v, aussi Faux.
Symbolique (invocation -): v Invocation
Tabelhon (1° au sens antique): 115; (2° Agent dc la
juridiction gracieuse): 118, 437.
Tableau de la tradition: 321-322, 404-406, 412
Taxes dc chancellerie: 244-245
Temoins (listes dc -): 89-90, 265, 269, 377, 318.
Testament: 438.
Tiers (etablissement dc facte par un ): 137, 167,
192-193, 229
Tironiennes (notes -): i Notes liioniennes.
Titre (acte): 104.
Titulatuie: 73, 74, 229, 291. - Г. aussi Suscription
Topique (date -): r. Lieu (date dc -).
Toponymes (identification dcs -): 34, 40, 295, 296,
ainsi c/ue les commentaires de documents, pas-
sun
Tractoriae' 105
Tradition (1° ceiemonie symbolique de -): 86-88.
157
Tradition (2° tiadilion manuscritc el imprimee de
facte): 8. 271-328, 442-453; i aussi Editions,
copie. faux.
Traitc d’alliance diplomatique: 289-291
Transcriptum: 271.
Translatum 271
Transsumptum: 271
Transversal v Carta
Urkundenbiicher. 443-444
L’suris (leltres de -): 108.
Validation de facte ecrit: 16, 86-92, 235. 431-432,
442. - V aussi Annonce, corroboration, tiadition
et aux differents types de validation (p ex
Seeau)
Variantes (d'une copic par rappoii a f original): 284-
285, 292, 294-295. 299, 382. - dans les editions
contemporaines: 409-410 - V. aussi Copic, edi¬
tion.
Vcrbale (invocation -): v Invocation.
Vice-chanceliei pontifical: 225. 238.
Vidime (acte-): 166; v aussi \ridimus
Vidimus: 166, 212, 286-287, 328. 385-390
Visa (du chancclier): 145, 149.
Vocabulaire des actes: v Langue, ainsi c/ue les com¬
mentaires des documents, passim
“Vorurkunde”: 229-230, 406
Werpuio’. v. Tradition (objel symbolique de -).
“Writ’': 91, 107,421,435
475
TABLE DES DOCUMENTS
1. Calendrier franciscain (seconde moitie du XVе siecle) 58
Le mois d’octobre.
2. Acte royal (precepte ordinaire, 845) 122
Confirmation de la donation faite a Saint-Denis par un fidele du roi.
3. Acte royal faux (<845>, forgerie du XIе siecle) 126
Privilege sur le statut des serves de Saint-Germain-des-Pres.
4. Acte imperial (precepte, 966) 130
Donation a l’archeveque de Treves de terres confisquees sur des rebelles.
5. Acte imperial etabli hors chancellerie (precepte, 965) 132
Confirmation de la donation a Saint-Ghislain de terres tenues de l’empereur.
6. Acte royal frangais (diplome, 1215) 138
Notification d’un accord entre Saint-Denis et les marchands de Paris sur
la foire du Lendit.
7. Acte royal frangais (charte, 1392) 142
Affectation d’une terre du domaine royal a I’entreposage de bois.
8. Acte royal frangais (lettres sur double queue, 1367) 146
Assignation provisoire d’une rente au due de Berry.
9. Acte royal frangais (lettres sur simple queue, 1387) 150
Mandat de paiement d’indemnites a des collecteurs d’impot.
10. Acte princier (Hainaut, 1181-1182) 154
Confirmation de la donation a Saint-Feuillien du Roeulx d’une terre tenue
du comte.
11. Acte princier (lettres sur simple queue, Poitou, 1388) 160
Mandement pour la prisee et l’achat d’une maison a Poitiers.
12. Acte seigneurial (Picardie, 1270) 164
Vidimus confirmatif du don d’un pre a la Franche-Abbaye.
13. Acte pontifical (privilege solennel, 1142) 168
Confirmation generale des biens de Saint-Feuillien du Roeulx.
14. Acte pontifical (lettre sur fils de soie, 1267) 172
Concession au roi de France d’une decime en vue de sa prochaine croisade.
15. Acte episcopal (Noyon, 1147 a. st.) 176
Notification d’un accensement de terres et d’un don post mortem a Saint
Feuillien du Roeulx.
16. Acte prive (Bourgogne, 974) 180
Echange de terre avec constitution de precaire par Cluny.
477
Table des documents
17. Acte prive (Catalognc, 989) 184
Vente-donation de terres par le comte de Barcelone a son vicomte d’Urgel.
18. Chirographe scelle (Vermandois, 1159) 188
Accensement a Saint-Feuillien du Roeulx d’une foret a defricher.
19. Acte d’officialite (Tournai, 1290) 194
Quittance de sommes collectees en vue de la croisade.
20. Acte de juridiction gracieuse (Lusigan, 1274 a. st.) 198
Vente entre particuliers d’une maison et de sa terrc.
21 Chirographe d’echevinage rural (Hainaut, 1270) 202
Bomage et mise en possession d’une terre.
22-24. Actes prives frangais (1317)
Procurations pour une reunion a la cour du roi.
22. Acte sous sceau personnel (Picardie) 206
23. Acte sous sceau personnel (Italie), vidime au Chatelet de Paris 208
24. Acte notarie (Quercy) 210
25. Brevet du Chatelet de Paris (1399) 214
Abandon par les Grandmontains de Vincennes d’arrerages dus par le roi.
26. Acte scelle de notaires apostoliques (1515) 218
Attestation du deroulement du sacre de Frangois Ier.
27. Supplique approuvee en Cour de Rome par “sola signatura” (1500) 246
Concession d’une indulgence a Fabbaye de Saint-Antoine de Viennois.
28 a-b. Deux etapes de la redaction d’un acte royal frangais (1290)
Acte precisant les conditions imposees aux bourgeois du roi a Nonette.
28a. Premiere version 250
28b. Seconde version 252
29. Registrc de la chancellcrie royale frangaise (1387) et formulaire d'Odart
Morchesne (1427)
Concession d’armes par le roi de France, 1387.
29a. Version du registre de la chancelleric 256
29b. Version du formulaire 258
30. Breves notariales (Quercy, 1454 a.st.) 262
Acte de constitution de dot.
31. Ordonnees notariales (Avignon, 1417) 266
Protet apres refus de paiement d’une lettre de change.
32. Notice copiee dans un cartulaire (Saint-Quentin de Beauvais,
debut du XIIе sieclc) 274
•178
Table des documents
33. Copie au cartulaire de Cluny (seconde moitie du XIе siecle) 282
34. Copie notariee (1375) d’un acte imperial (1341) 288
Traite d’alliance de l’empereur Louis IV avec le roi de France.
35. Copie informe (XVIIIе siecle) 293
36. Inventaire des archives de la cathedrale de Toumai (1422) 297
37. Inventaires des archives de l’abbaye de Saint-Denis
37a. Inventaire des archives de Saint-Denis, fin du XIIIе siecle 302
37b. Inventaire des archives de Saint-Denis, XIVе siecle 304
38. Inventaire d’archives modeme (XVIIIе siecle) 306
39. Copie figuree d’erudit (XVIIIе siecle) 311
40. Une mauvaise copie (XVе siecle) 317
41. Le faux diplome de Chilperic [II] pour la cathedrale de Tournai
Faux de Fepoque carolingienne ou du XIIе siecle.
41a. Premier temoin: une copie au cartulaire de la cathedrale (XIIе siecle).. 380
41b. Une copie dans le rotulus dit 4vde Chilperic” (1333) 386
41c. Edition du faux diplome de Chilperic (1926) 392
42. Une edition ancicnne (1750) 398
43. Une edition contemporaine (1966) 412
479
TABLE DES MATIERES
Avant-propos 7
Conventions particulieres de transcription 10
CHAPITRE I : INTRODUCTION GENERALE 15
A. La DIPLOMATIQUE: DEFINITION 15
B. LA DIPLOMATIQUE: HISTOIRE ET EVOLUTION DE SON PROGRAMME 17
1. La recherche des faux 17
2. L’edition des textes et l’exploitation de leurs donnees historiques 19
3. L’elaboration des actes 21
4. Les actes et leur contenu ideologique et politique 22
5. La conservation des actes 23
6. Les documents administratifs 23
7. Les extensions de la diplomatique medievale 24
C. Glossaire general 24
1. Les documents 25
2. Les personnes 25
3. Le traitement des documents 26
D. Bibliographie Generale 26
1. Grands manuels 26
2. Bibliographie 27
3. Revues 27
4. Histoire et orientations de la discipline 28
5. Facsimiles 28
CHAPITRE 2 : COMPRENDRE LE DOCUMENT 29
A. L’ecriture 29
B. La langue 30
C. Les identifications 32
1. Les identifications en general 32
2. Les institutions, le vocabulaire juridique 32
3. Le vocabulaire technique 33
4. L’identification des lieux 34
a. Les difficultes de Г identification, 34
481
Table des matieres
b. Les dictionnaires generaux de formes latines, 35
c. Les recherches de toponymie, 35
d. Les repertoires de formes anciennes, 35
e. Les repertoires de formes contemporaines, 36
f. Les cartes et les atlas, 37
g. Les repertoires de paroisses anciennes, 38
h. Les systemes de localisation, 39
5. L’identification des etablissements religieux 40
a. Les instruments generaux, 40
b. Les instruments nationaux, 40
c. Les instruments d’identification par ordres religieux, 42
6. L’ identification des personnes 42
a. Les instruments generaux, 43
b. Les instruments nationaux, 43
c. Les dignitaires ecclesiastiques, 43
d. Les la'iques, 45
7. L’identification des sceaux 46
8. Les poids et les mesures 46
9. Les monnaies 48
D. Les systemes medievaux de datation 50
1. Les systemes de datation au Moyen Age 50
2. Bibliographie generate 52
3. Risoudre une datation 54
4. Dater un acte non date 57
Document n° 1
CHAPITRE 3: L’EXAMEN DE L’ACTE 63
A. Les caracteres externes 63
1. Le support de facte 64
2. Le format 65
3. La mise en page 67
4. L’ecriture 67
B. Les caracteres internes. Les parties du discours diplomatique 71
1. Le protocole 72
a. L’invocation, 72
b. La suscription, 72
c. L’adresse, 75
d. Le salut, 75
*1X2
Table des matieres
2. Le texte 76
a. Le preambule, 76
b. La notification, 79
c. L’expose, 79
d. Le dispositif, 80
e. La corroboration, 84
3. L’eschatocole 84
a. La date, 84
b. L’apprecation, 85
c. Mentions hors teneur, 85
C. Les moyens de validation 86
D. La langue et le style 92
1. Le choix de la langue 92
2. La qualite de la langue 95
3. L’effort litteraire 96
4. La langue et le droit 100
5. La langue et la propagande 102
CHAPITRE 4: BREVE TYPOLOGIE DES ACTES MEDIEVAUX 103
A. L’acte de souverain 105
B. L’acte princier, seigneurial et communal 111
C. L’acte pontifical 113
D. L’acte episcopal 114
E. L’acte prive 115
Documents n° 2 a 9: Tacte de souverain, 122
Documents n° 10 a 12: Tacte princier et seigneurial, 154
Documents n° 13 et 14: Tacte pontifical, 168
Document n° 15: Tacte episcopal, 176
Documents n° 16 a 26: Tacte prive, 180
CHAPITRE 5 : LA GENESE DES ACTES 223
A. Le CADRE: LES CHANCELLERIES 223
B. Le PROCESSUS D’ELABORATION, DE LA DEMANDE A L’ENREGISTREMENT 227
1. La demande 227
2. La redaction 228
3. La mise au net 233
4. Le controle et la correction 234
483
Table des matieres
5. La validation et la promulgation 235
6. L’ enregistrement 236
C. DEUX GRANDES CHANCELLERIES 237
1. La chancellerie pontificale 238
2. La chancellerie royale frangaise 240
D. Les notaires publics 242
E. La formation des redacteurs et des scribes 244
Document n° 27: Chancellerie pontificale
Documents n° 28 et 29: Chancellerie royale
Documents n° 30 et 31: Notaires publics
CHAPITRE 6: TRADITION I: L’ACTE DANS TOUS SES ETATS 271
A. Les differents etats d'un document 271
1. Les copies a la source: chez Г auteur de l’acte 272
a. Les registres, 272
b. Les formulaires, 272
2. Les copies chez le beneficiaire 272
a. Notices, Libri traditionum et Libri donationum, 272
Document n° 32
b. Les cartulaires, 277
Document n° 33
c. Copies figurees, vidimus, copies notariees, copies libres, 286
Documents n° 34 et 35
d. Les inventaires d'archives, 296
Documents n° 36 a 38
3. Les copies d’erudits 308
Documents n° 39 et 40
4. Les editions 319
5. Quelques chiffres 319
B. SlTUER UN TEMOIN DANS SA TRADITION 32 1
1. Le tableau de la tradition 321
2. Le stemma 322
3. La tradition sous la forme d4ine representation graphique 325
C. Travailler avec les copies 327
484
Table des matieres
CHAPITRE 7 : TRADITION II : RETROUVER LES ACTES
A. RETROUVER LES EDITIONS
1. Quelques pistes qui menent immediatement a Г edition
2. Quelques instruments generaux
3. Les entreprises modernes de publication
a. Publications d’actes pontificaux, 333
b. Actes de souverains (France et Empire): les editions, 338
c. Actes de souverains (France et Empire): les regestes, 341
d. Actes d’autres souverains occidentaux, 343
e. Actes princiers, 345
f. Actes episcopaux, 346
B. Collections photographiques de documents originaux
ET FAC-SIMILES
1. Les corpus photographiques de documents originaux
2. Les collections de fac-similes
C. RETROUVER LES ACTES DANS LES ARCHIVES ET LES BIBLIOTHEQUES
1. Que sont les archives medievales devcnues? Des fortunes diverses
2. Une application pratique: Petite histoire archivistique des documents
de ce volume
a. Les documents regus par des ecclesiastiques, 355
b. Parmi les archives laiques, 357
c. La pratique du “munimen”, 358
d. La pratique du ‘locus credibilis”, 358
3. Comment s’orienter dans les depots d’archives?
4. Comment s’orienter dans les collections de manuscrits des bibliotheques?.
5. La recherche specifique des cartulaires
CHAPITRE 8: CRITIQUER LES FAUX
A. Breve histoire de la critique diplomatique
B. Quelques definitions
C. Breve histoire des falsifications de documents medievaux
D. Quelques difficultes de methode
E. Etude de caS: faux sans pseudo-original conserve
Document n° 41
F. Quelques autrf.s exemples pour se former aux methodls
DE LA CRITIQUE
Umv.-Lisbi.
Bamberg
329
329
329
331
333
347
347
350
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354
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367
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375
378
394
4Xr>
Table des matieres
CHAPITRE 9: EDITER LES ACTES 397
A. Principes generaux et obligations de l’EDIteur 397
Document n° 42
1. Respecter le document retranscrit 397
2. Renseigner l’utilisateur 401
B. REGLES ET CONSEILS D’EDITION 402
Document n° 43
C. LES RECUEILS D’ACTES 414
1. Une exception: l’edition d’un cartulaire 414
2. L’edition d’un recueil: le type “chartrier” 415
3. Le recueil des actes d’un auteur 416
4. L’edition d’un corpus thematique 416
5. Catalogues d’actes et regestes 417
CHAPITRE 10: 1993-2006: TREIZE ANNEES DE PROGRES 419
Index bibliographique 457
Index des termes techniques 469
Table des documents 477
Table des matieres 481
486