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DAMASCIUS
TRAITÉ DES PREMIERS PRINCIPES
DE LA TRIADE ET DE L’UNIFIÉ
LES BELLES LETTRES
PARIS
COLLECTION DES UNIVERSITÉS DE FRANCE
Publiée sous le patronage de T ASSOCIATION GUILLAUME BUDÉ
DAMASCIUS
TRAITÉ DES PREMIERS PRINCIPES
VOLUME II
DE LA TRIADE ET DE L’UNIFIÉ
TEXTE ÉTABLI
PAR
Leendert Gerrit WESTERINK
Professeur à l’Université de New York à Buffalo
ET TRADUIT
PAR
Joseph COMBÈS
Professeur aux Pacultés Catholiques de Lyon
Chargé de recherche au C.N.B.S.
Ouvrage publié avec le concours du C.N.B.S.
PARIS
LES BELLES LETTRES
1989
Le texte qu’on va lire infra, p. 1, et qui commence par :
Merà 8è tocütoc ... («Après ce qui précède... ») fait exacte-
ment suite à la partie du Traité des Premiers Principes
que nous avons déjà éditée, en 1986, dans la même
collection, avec le sous-titre : De l’ineffable et de l’un.
Sur le fond de la théologie négative et des apories relatives
aux notions de l’ineffable et de l’un, Damascius élabore
maintenant son système métaphysique, sans se départir
de sa méthode aporétique, qui est une critique radicale du
langage. A l’intérieur des coordonnées fixées par le
Parménide de Platon et par les Oracles Chaldaïques, il
questionne tour à tour Porphyre, Jamblique, Syrianus et
Proclus sur les principes, en examinant les problèmes que
pose, en deçà de l’ineffable et de l’un, la formation de la
triade de l’un-tout et de l’unifié. Lien a priori entre
l’un-tout et le tout-un, l’unifié est le principe de consti-
tution de tout ordre et de toute réalité. Damascius étudie
sa nature de mixte originaire et autoconstituant, d’être
exemplaire et de premier intelligible. Cette notion lui
permet de passer au crible, pour la mieux fonder, la
problématique néoplatonicienne de la manence, de la
procession et de la conversion. Les divers niveaux
d’unification de la pluralité intelligible l’amènent à
construire une théorie générale des éléments, des parties
et des formes.
Pour ne pas augmenter davantage les dimensions du
volume et ne pas surcharger le texte, nous avons dû limiter
titres et sous-titres au strict minimum. Cependant, le
lecteur pourra retrouver le détail des divisions et des
subdivisions pratiquées, en se reportant à la notice, dont
les analyses renvoient aux pages et aux lignes du texte.
Nous espérons que suivra bientôt la publication du volume
III (De la procession de l’unifié) avec lequel s’achèvera
l’édition du Traité.
L. G. W et J. C.
Première partie :
Problématique des principes et de la triade1
1. Combien y a-t-il de principes antérieurs à la
première triade intelligible ? Thèses de Jamblique, Proclus,
Porphyre. Réfutation de la thèse de Porphyre. — Le
problème est de savoir si, avant la première triade
intelligible (composée, d’après les Oracles Chaldaïques,
du père, de la puissance et de l’intellect), il y a deux
principes, l’ineffable et l’un, comme l’a estimé Jambli-
que ; ou bien un seul, l’un non coordonné à la triade,
comme l’ont pensé la plupart des néoplatoniciens
postérieurs à Jamblique, dont Proclus; ou bien s’il
n’y en a aucun, comme Porphyre l’a admis (p. 1.4-16).
Damascius commence par réfuter l’opinion de Porphyre
(p. 2.1-10).
2. Argumentation en faveur de la thèse de Jamblique.
Damascius justifie ensuite sa préférence pour la thèse
de Jamblique, en rappelant l’antériorité de l’un par
rapport à la triade d’après les Pythagoriciens, Platon,
les Oracles Chaldaïques, et l’antériorité de l’ineffable
par rapport à l’un. Il expose ensuite, à l’appui de la
thèse de Jamblique, les quatre arguments qui suivent
(p. 2.11-3.2).
1. Les numéros en tète des paragraphes correspondent à ceux
de la traduction et les pages indiquées en fin des paragraphes sont
celles du texte grec.
2.1. Premier argument : si, après l’ineffable, il y a l’un
qui est tout à égalité, tandis que la monade est plutôt
subsistence, l’un est antérieur à la monade, comme il en
est dans les nombres, et il est, par suite, antérieur à la
triade inaugurée par la monade (p. 3.3-14).
2.2. Deuxième argument : selon ce qui a été dit plus
haut (vol. I, p. 129.12-16), après l’un-tout est le principe
qui demeure, c’est-à-dire la monade ; à sa suite,
viennent le principe qui procède, la dyade, et celui qui
se convertit, la triade (p. 3.15-4.7).
2.3. Troisième argument : le principe qui est l’un-tout
absolu est nécessairement l’unique principe universel,
car il n’incline vers aucune façon d’être particulière, à la
différence des principes qui se rangent au-dessous de
lui, dans l’ordre dégressif des propriétés : d’abord le
principe analogue à l’un-tout, sans lui être strictement
identique (le limitant, ou la monade, ou le père), puis
celui qui est encore tout, mais selon une propriété
inférieure (l’illimité, ou la dyade indéfinie, ou la
puissance). Quant à l’ineffable, il doit être antérieur au
principe universel lui-même (p. 4.8-5.7).
2.4. Quatrième argument : à partir des deux rangées
de contraires qui sont contredistinguées dans les choses
d'ici-bas, l’une étant de forme une, l’autre de forme
plurale, on remonte vers la contradistinction de leurs
causes dans l’intelligible ; mais, à partir du principe
indivisible et de forme unique, postulé par le caractère
commun que les deux rangées ont entre elles, on
remonte à l’un antérieur à tout (p. 5.8-6.15).
3. Examen des arguments précédents.
Damascius estime que ce ne sont pas là de bons
arguments en vue de la démonstration présente. Il va
les examiner en commençant par le dernier (p. 6.16-23).
3.1. Critique du quatrième argument.
a) Damascius remet en question la méthode qui
consiste à remonter vers les principes à partir des
concepts et des noms déterminés en les présupposant là-
haut. Selon une telle méthode, on ne démontrerait, tout
au plus, que l’antériorité de l’un par rapport au limitant
et à l’illimitation (p. 7.1-7).
Il n’y aurait aucune raison de poser, dans l’intelligi-
ble, seulement le couple du limitant et de l’illimité, et
non un grand nombre de couples d’autres principes
(p. 7.7-14).
Cette méthode présuppose que les principes sont
déterminés. Elle introduit la contradistinction dans le
sommet de l’intelligible, de telle sorte qu’aucun des
deux principes n’est principe de tout. Il faudra donc
poser une cause antérieure à cette contradistinction
(p. 7.14-8.1).
Or, nous trouvons, antérieurement au limitant et à
l'illimité ensemble, aussi bien la pluralité que l’un,
c’est-à-dire deux causes (p. 8.2-11).
b) Damascius précise comment il faut et comment il
ne faut pas user des concepts déterminés dans la
recherche des principes, de façon à ne pas transférer là-
haut les déterminations d’ici-bas. Différents ici-bas, les
termes : monade, limitant, père, subsistence, Éther,
symbolisent là-haut une nature unique, dont l’un, lui
aussi, est un simple indice; de même, les termes:
illimité, dyade, puissance, Chaos, symbolisent l’autre
nature unique dont les plusieurs sont aussi un simple
indice (p. 8.12- 10.12).
c) Mais, si l’on retrouve encore ici l’opposition de
l’un et des plusieurs, ne faut-il pas remonter à un
principe unique antérieur à l’opposition? Damascius
répond que l’opposition de l’un et des plusieurs n’est
pas l’opposition de contradistinction, qui est celle des
termes de même rang, tels que le limitant et l’illimité,
mais une opposition semblable à celle de la cause et de
l’effet (p. 10.13-18).
d) Dans ces conditions, même si Damascius se dit
décidé à admettre le principe unique, il précise que pour
lui il ne peut pas s’agir de l’un (comme le postulerait
la contradistinction), mais de l’ineffable lui-même, tan-
dis que Pythagore a considéré l’un comme le principe
unique. Toutefois, chez Pythagore l’un est le symbole
de l’ineffable et il est suivi de la monade et de la dyade
indéfinie qui se contredistinguent (et c’est aussi, remar-
quons-le, la position de Proclus interprétant Platon) ;
pour Damascius, l’ineffable est suivi de l’un-tout,
comme second principe, sans que celui-ci se contre-
distingue, au sens strict, des plusieurs (p. 10.18-24). Suit
une digression sur la variété des symboles de l’ineffable
(p. 10.24-11.25).
3.2. Critique du troisième argument. Cet argument,
qui suppose, dans les principes, la contradistinction du
plus et du moins, ainsi qu’une diversité de propriétés,
reconduit en eux les différences propres aux choses
déterminées (p. 12.1-14).
Damascius observe que l’un-tout, dans l’hypothèse
de sa contradistinction avec la pluralité, ne sera, en fait,
principe que d’une seule rangée, comme le sera la
pluralité elle-même, alors que chacun des deux princi-
pes est dit tout (p. 12.15-22).
3.3. Critique du premier argument. On ne saurait
arguer de la différence de l’un et de la monade (comme
on la trouve dans les nombres, cf. p. 3.6-9), pour la
réaliser dans les principes, car ces notions déterminées
en sont exclues, et, à l’égard des principes, elles se
résolvent plutôt dans une même visée allusive (p. 13.1-
6).
3.4. Critique du deuxième argument. Enfin, Damas-
cius refuse de caractériser le premier et le deuxième
principes, qui viennent après le principe ineffable,
respectivement par la manence et par la procession, en
tant que contredistinguées ; mais il concède que l’un-
tout se laisse suggérer par la propriété qui dispose à la
manence, et la pluralité par la propriété qui dispose à la
procession. Quant à la relation de l’un-tout à l’indicible,
ce n’est pas une relation de procession stricte, mais, si
l’on veut, de procession par manence. Bien que n’étant
plus tout à fait indicible, l’un-tout ne s’est pas séparé de
l’indicible. S’il en est ainsi, il ne procède en aucune
façon, ni même ne demeure ; mais on peut le dire
demeurant, en parlant selon l’analogie, comme on le dit
un, limitant, subsistence, Éther (p. 13.7-14.21).
4. Damascius esquisse sa propre conception des princi-
pes par rapport à celle de Jamblique.
Refusant de contredistinguer les deux principes à
partir du principe dit unique (qui, selon Jamblique, est
l’un au-dessous de l’ineffable), Damascius pose d’abord,
comme unique, le principe qui est au-dessus de tout, à
savoir l’ineffable, puis le principe qui enveloppe tout et
qui, n’étant plus complètement ineffable, est de forme
une, ensuite le principe qui est de forme plurale. En
fait, «chacun des deux est l’un-tout, mais celui-là
comme un, celui-ci comme pluralité». Chacun comman-
de aux deux rangées à la fois, à travers la communauté
de nature de l’unifîé dont ces rangées sont issues, tandis
que l’unifié se forme en quelque façon à partir de ces
deux principes, qui sont les deux modes de l’un-tout
(p. 15.1-16.19).
5. Damascius explicite sa propre conception des princi-
pes, en regard de celle des philosophes Syrianus et Proclus.
Selon ces philosophes, après un principe unique
antérieur à tout, il y a les deux principes que sont le
limitant et l’illimité (p. 16.20-17.2).
5.1. La triade; le limitant et l’illimité; le principe
unique.
a) Le point de départ de l’exposé sera la triade, soit
qu'on l’entende, comme Syrianus et Proclus, à partir de
la formule de la 2e hypothèse du Parménide : «l’un est»,
qui signifie l’un, la puissance et l’être, soit qu’on
l’entende, plus naturellement, estime Damascius, à
partir de la nature de l'unifié, qui est à la fois un et non-
un, et auquel sont donc antérieurs l’un et le non-un. De
même, l’être, c’est-à-dire le mixte qui est unifié d’un et
de non-un, est à la fois un et plusieurs, et il l’est non par
subsistence, mais par participation ; donc l’un et les
plusieurs présubsistent à l’être. Tel est, au-dessous du
principe unique et indicible, le premier couple de
principes antérieurs à l’être : ou bien ce couple est
unique, et tous les autres (limitant-illimité, monade-
dyade indéfinie, père-puissance, Éther-Chaos) se rédui-
sent à lui, ou bien ils se rangent tous après lui ; mais,
dans ce dernier cas, nous aurions, avant l’être, plus de
principes qu’il ne faut, ce que ne veulent pas Syrianus
et Proclus (p. 17.3-19.7).
b) Après cette réduction de tous les couples de
principes à celui de l’un et des plusieurs, examinons ces
deux principes antérieurs au tout. A l’un est propre
l’union, aux plusieurs la distinction qui est le contraire
de l’union. Ces principes paraissent donc se répartir de
façon opposée, et l’un n’est pas antérieur à toute
opposition, non seulement dans le déterminé, mais
encore dans l’indéterminé, du moins en parlant par
allusion. De plus, l’un, qui n’est ni distingué ni
distinguant, n’est pas apte à procéder. Au contraire, la
pluralité qui, la première, manifeste la distinction peut
être soit distinguante, soit distinguée, et, par là, cause
de «plusieurs» qui sont eux-mêmes distinguants ou
distingués, de même que tout agent et patient premiers
(par exemple le premier beau et le premier embelli) sont
causes exemplaires d’action ou de passion semblables
dans leurs dérivés. Mais, soit que la pluralité s’impose à
elle-même la distinction et qu’elle procède, soit que,
restant pure pluralité en elle-même, elle suscite la
distinction dans ses dérivés en les plurifiant, elle est,
dans les deux cas, ce qui commence la procession, à
l’inverse de l’un (p. 19.8-20.26).
c) A la suite des analyses précédentes, Damascius
rappelle la conception de Proclus, à savoir que l’un est
le principe unique et ineffable, antérieur aux deux. Mais
Damascius refuse cette conception pour la raison que
les plusieurs s’opposent alors à l’un, qui devient un des
deux principes. De plus, l’un n’est pas absolument
indicible. Bien qu’inexprimable par un discours et par
une pensée composée de quelque façon, il est toutefois
pour nous objet de conjecture. L’ineffable au contraire
est absolument sans position, tandis que l’un est comme
le sommet du tout. Sans doute, on peut user du nom de
l’un comme d’un symbole de l’ineffable, mais ce nom
est propre au premier des deux principes, encore que ce
soit par allusion. Enfin, si, dans une nouvelle instance,
on prétend qu’il faut dépasser l’opposition de l’un et des
plusieurs dans un autre un, antérieur à l’opposition,
Damascius répond que là-haut il n’y a pas de réelle
opposition, et qu’il s’agit seulement d’une simple
apparence que nous faisons remonter dans les principes
à partir des choses déterminées (p. 21.1 -23.26).
5.2. Damascius examine la problématique de l’opposi-
tion dans les principes.
a} Le raisonnement philosophique s’accorde avec les
théologies orphique et chaldaïque pour poser une dyade
de principes après un principe unique. En effet, l’être
est de nature mixte, formé, selon Philolaus et Platon,
de limitant et d’illimité; et même, en tant que non-un,
il peut contenir séminalement tous les genres. Tous ces
plusieurs en lui sont répartis, soit du côté du limitant,
soit du côté de l’illimité (p. 24.1-24).
Par suite, d’après Jamblique, il faut poser antérieure-
ment la cause de la nature dyadique des éléments de
l’être, c’est-à-dire la dyade prédistinguée des principes,
puis la cause de l’un-être lui-même, c’est-à-dire l’un
qu’il pose antérieurement à la dyade des principes. C’est
le même propos que tenait aussi Proclus, en regardant,
comme principe le plus haut, celui que Jamblique pose
comme intermédiaire entre les deux principes et le
principe absolument ineffable. L’un antérieur aux deux
principes est tout à égalité, antérieurement à tout,
tandis que, de manière dégressive, chacun des deux
principes est aussi tout, mais celui-ci plutôt selon le
caractère du limitant, celui-là plutôt selon le caractère
de l’illimité. Ou bien, en suivant la démarche ascendan-
te, on désignera comme principe de toutes les choses le
limitant, en tant que les choses sont unifiées, l’illimité,
en tant qu’elles sont distinguées, et l’un antérieur, en
tant qu’elles sont simplement tout, — ou bien plutôt, le
limitant, en tant qu’elles demeurent, l’illimité, en tant
qu’elles procèdent, l’être, en tant qu’elles se convertis-
sent, et l’un antérieur, en tant qu’elles existent, non pas
d’une certaine manière, mais purement et simplement.
Car, si tous les principes étaient principes des choses en
tant qu’elles sont simplement le tout, en quoi seraient-
ils différents? Mais, s’ils diffèrent en plus et en moins
seulement, car il n’y a pas en eux de différence formelle,
qu’est-ce qui mesurera ce plus et ce moins? N’y aurait-
il donc qu’un seul principe (p. 25.1-27.4)?
b) On pourrait, par rapport à ces difficultés, invo-
quer l’usage symbolique que l’on fait des notions
déterminées à l’égard de l’indéterminé, de la même
manière que nous utilisons à son égard les notions de
l’un et du tout, en corrigeant par l’un le caractère
composé du tout, et par le tout le caractère particulier
de l’un. La contradistinction, là-haut, serait alors
corrigée par la symphyse qui est celle des deux
principes et de la rangée globale, médiatrice entre les
deux rangées proprement contredistinguées. Il faut
donc que, antérieurement aux deux principes, il y ait la
cause unique de cette symphyse, l’un absolu, posé entre
l’ineffable et les deux principes. Telle est la position de
Jamblique (p. 27.5-28.6).
Mais Damascius l’interroge au sujet de la cause de la
rangée intermédiaire, et il objecte : 1) que, si cette
cause est l’un antérieur, cet un, en tant que cause de la
symphyse des deux principes, sera lui-même symphy-
saire et ne sera plus l’un absolu, et, s’il reste l’un absolu,
il ne sera cause que d’un tel un et non pas de la
symphyse des deux principes ; 2) que, par contre, si
c’est la symphyse même qui est le principe de la rangée
intermédiaire, il faudra poser, avant les deux principes,
ce principe-là, et, avant lui, l’un absolu. Il y aurait alors
deux principes entre l’ineffable et les deux principes
opposés, au lieu d’un seul comme le voulait Jamblique.
Mais, on rétorquera que la simplicité de l’un absolu et la
symphyse des deux principes opposés est une seule et
même chose, à savoir le sommet unique de la double
contradistinction. A quoi Damascius oppose que même
cette monade ne saurait être l’un absolument simple.
Pourtant, ne dit-on pas que tout est dans l’un? Mais
alors, conclut Damascius sur le mode éristique, disons
que «l’un est aussi la symphyse des deux rangées»,
conclusion déjà déclarée impossible ; on verra plus loin
(p. 31.7-19) dans quelle perspective et selon quelle
méthode la symphyse peut être dite le fruit de l’un
(p. 28.7-29.9).
5.3. A la remontée selon la contradistinction, Damas-
cius substitue la remontée par l’analyse qui dévoile l’ordre
de fondation des principes.
a) La contradistinction de l’un et des plusieurs
ramène le tout à l’opposition de deux propriétés
seulement. Or, il faut s’élever vers la simplicité de l’un à
partir de l’intégralité du tout (p. 29.10-15).
b) Cette contradistinction générale laisse hors de ses
prises la procession formée en commun des deux
principes, et la coagrégation partout antérieure à la
division (p. 29.16-23).
c) De plus, aux yeux de Jamblique, l’un des
principes est monade, un autre dyade, un troisième est
selon l’un antérieur aux deux ; c'était, d’après lui,
l’opinion aussi de Pythagore. Mais Damascius fait
remarquer que la fonction de l’un, selon Pythagore,
était de suggérer l’ineffable et non pas, par conséquent,
d’être la cause de l’un-être, présubsistante à l’opposi-
tion des deux principes dont le troisième procède (voir,
infra, la note 1 de la p. 30).
Il faut ajouter que la pluralité est, elle aussi,
antérieure à la monade et à la dyade, comme le veut
Platon (Parm. 142 d 9- 143 a 3). Or, s’il faut remonter
de ce qui est plus vénérable vers les premiers principes,
c’est-à-dire de l'un vers l’ineffable et de la pluralité
vers l’un, c’est difficilement qu’on le ferait à partir de
la monade et de la dyade, de même qu’à partir de l’un
vers sa cause, car, dans cette hypothèse, l’un est
contredistingué de la pluralité selon l’opposition totale,
antérieure à celle de la monade et de la dyade
(p. 30.1-24).
d) L’un antérieur aux deux principes est encore dans
une sorte de contradistinction par rapport aux deux
canaux de la procession. Or, cette nouvelle contradis-
tinction n’est surmontée que dans une autre et cela va
à l’infini (p. 31.1-6).
e) La méthode résolutive, au contraire, involue la
totalité de la contradistinction dans le principe dont
celle-ci est le fruit, à savoir le principe pluriflcateur,
analogue à l’illimité. Le sommet de la contradistinction
est un, sans l’être réellement ; il est plutôt la symphyse
de la contradistinction. Ce sommet est le fruit du
principe analogue au limitant. Nous dénommons ces
principes par les termes de la rangée du limitant et de la
rangée de l’illimitation, et, en premier lieu, par l’un et
par les plusieurs. Mais symphyse, contradistinction et
distinction ne sont pas encore distinguées dans l’être,
premier ordre des intelligibles, où tout est unifié en une
seule symphyse. Dans l’ordre intermédiaire (la vie
intelligible), la distinction se prépare, et c’est à partir
du troisième ordre (l’intellect intelligible) que, d’une
certaine façon, elle commence à apparaître (p. 31.7-
32.6).
f) Selon la même méthode, à partir de tout ce qui est
soumis à la division, nous remontons à l’indivisible
commun à tout, qui est l’être ou l’unifié antérieur à
toute distinction ; puis, de l’unifié, nous remontons à un
principe plus parfait encore, parce que plus simple, à
savoir aux plusieurs purs. Ce principe est plusieurs par
subsistence et un par participation. De cet un-plusieurs,
nous remontons encore au principe qui est seulement un
et pure subsistence. Au-dessous de ces deux principes, le
troisième, qui est l’unifié, se constitue comme triade, en
rassemblant en lui, par sa subsistence propre, la
participation de l’un et celle des plusieurs. Ce qu’est le
troisième principe dans sa perfection de monde et de
racine unique du tout, les deux autres le sont à un degré
supérieur, comme causes de mondes parfaits, et d’abord
de l’unifié lui-même. Celui-ci, premier ordre des intelli-
gibles est le monde «absolument caché», qui est au-delà
même du principe séminal ; le deuxième ordre, la vie,
est la médiation intelligible qui porte Métis dans son
sein, et le troisième est l’intellect intelligible, ou Métis
même, «celui qui porte la semence des dieux». Dans leur
perfection, les plusieurs purs sont cause du monde
caché, en tant qu’il est tout, tandis que l’un est cause de
ce monde, en tant qu’il est aussi un (p. 32.7-34.21).
g) Par conséquent, chaque principe est tout anté-
rieurement à tout. Mais le premier est tout selon l’un,
en tant qu’il est un par subsistence et tout selon la
cause. Le deuxième est tout selon le tout, en tant que
plusieurs purs ou tout par subsistence. Le troisième est
tout selon l’union concrète de tout, en tant qu’il est
unifié par subsistence et tout par participation
(p. 34.22-p. 35.16).
6. Comment il faut purifier notre approche des princi-
pes : leur statut symbolique.
a) Il faut souligner que les deux principes (l’un et les
plusieurs) ne sont ni de même rang; ni même deux
(puisque, là, il n’y a pas encore de nombre); ni
distingués l’un de l’autre (puisqu’il n’y a de distinction
qu’après le troisième) ; ni séparés par une altérité
(puisque, là, il n’y a même pas d’identité). C’est
seulement avec réserve que l’on peut considérer que les
principes sont entre eux dans le même rapport que le
père, la puissance et l’intellect de la triade chaldaïque,
car ces noms sont encore cachés dans l’unifié et ne
commencent à apparaître, de manière encore envelop-
pée, que dans le troisième ordre des intelligibles. De
plus, il n’y a pas de distinction de cause et d’effet dans
les premiers principes. Et si, au-dessous d’eux, les
intelligibles sont eux-mêmes dans une seule continuité,
antérieure à celle qui s’oppose à la détermination, de
même que dans une union anterieure à celle qui
s’oppose à la multitude, à plus forte raison les deux
principes antérieurs à tout l’intelligible, qu’est l’unifié,
ne forment absolument qu’un (p. 35.17-37.13).
b) On ne peut donc pas dire que ces principes sont
numériquement deux, ni même un seul, mais on peut
les évoquer symboliquement à travers l’allusion de la
propriété dyadique et de la propriété monadique.
Toutefois, le risque est d’introduire un rapport processif
de subordination, là où il n’y a ni dyade ni procession ;
et nous ne pouvons même pas supposer ces principes
comme étant un seul un dyadique, car l’un de la dyade
est un certain un défini. Il vaut donc mieux les suggérer
par l’analogie de l’un commun à toutes les choses,
lequel apparaît de forme double selon qu’il les envelop-
pe toutes dans leur unification et leur distinction. Par
cette analogie, nous pourrions nous représenter allusive-
ment la nature des principes dont nous disons qu’ils
sont deux. Mais, en remontant, soit à partir des deux
rangées de contraires purifiées et récapitulées dans leur
sommet unique et double, soit à partir des plérômes et
des mondes entiers, soit à partir de la simple totalité des
êtres (causants et causés), nous devons éviter de
transférer dans les principes les représentations que
suggèrent ces choses, pour ne concevoir ces principes
que comme principes et causes de ces choses ; et même
ces notions de principes et de causes ne sont distinguées
(tout au plus selon le mode intelligible et encore caché)
que dans la limite inférieure des intelligibles, tandis que
dans l’unifié proprement dit tout est coagrégé dans
l’union (p. 37.14-39.7).
c) Ainsi, les deux principes sont encore au-delà de
cette indifférenciation. Il faut donc cesser toute descrip-
tion et limiter notre approche au simple schème
dynamique de la double fonction de l’un et du tout, si
l’on imagine, en effet, le deuxième principe selon la
gestation du tout, et le premier selon la simplicité
antérieure à tout. On peut alors se risquer à dire que le
premier est l’un-tout (hen panta), un par lui-même,
tout cependant, en tant qu’il fait provenir les plusieurs,
que le deuxième est le tout-un (panta hen), tout par lui-
même, un cependant par le premier, que le troisième est
l’unifié (hénoménon) de l’un (qu’il tient du premier) et
du tout (qu’il tient du deuxième), si bien qu’en ce sens
on peut le dire encore tout-un. C’est de lui que l’on va
maintenant parler (p. 39.8-27).
Deuxième partie : De l’unifié comme mixte
1. Damascius énonce les questions à traiter. Elles
concernent la nature de l’unifié, son rang, sa constitu-
tion comme mixte, et la perfection du mixte par
rapport à ses éléments (p. 40.1-41.5).
2. Rang de l’unifié. La raison pour laquelle l’unifié
vient après l’un et les plusieurs purs est qu’il participe
du caractère des deux. Mais pourquoi n’est-il pas le
deuxième principe même (les plusieurs purs), arrêté
dans son expansion par sa participation à l’un? Parce
que la subsistence d’une chose et sa participation à une
autre ne peuvent pas former un mixte, ce que veut être
l’unifié ; et parce que la nature du deuxième principe
n’est pas celle d’une dualité d’éléments, dualité dont,
pour le moins, le mixte a besoin pour se constituer. Ce
n’est qu’au-dessous du deuxième principe, comme
principe de division, et par participation à ce principe,
qu’apparaissent, pour la première fois, les éléments
multiples proprement dits (pleiô) dans un troisième
principe, où cependant leur distinction reste contractée
dans l’union. Et tel est l’unifié antérieur à tout (p. 41.6-
42.16).
3. De quelle nature sont les multiples (pleiô) ou
éléments du mixte?
a) Si l’on suppose (avec les philosophes Syrianus et
Proclus) que les éléments du troisième principe sont les
participations des deux précédents, et si le mixte est
antérieur aux éléments, il faudra, objecte Damascius,
rechercher un principe du mixte dans un mixte
antérieur, et poser de nouveau les deux principes en
arrière de ce mixte, et cela indéfiniment (p. 42.17-
43.19).
b) Même dans cette conception des éléments comme
participation des deux principes, chacun des deux doit
être principe non d’un seul élément du mixte, mais de
tous, celui-ci en tant que les éléments sont tous divisés,
celui-là en tant qu’ils sont tous unifiés. Le mixte se
compose alors d’un tout (l’un) et de parties (les
plusieurs) (p. 43.20-44.8).
c) Les participations des deux principes produisent-
elles donc le mixte, comme étant ses éléments ? Non,
car rien n’empêche que, d’une part, le troisième
principe soit un selon la participation de l’un, plusieurs
selon la participation des plusieurs, et que, d’autre part,
en tant que premier mixte, procédant de non-mixtes, il
soit autoconstituant et produise ses propres éléments,
en composant et en manifestant en lui, simultanément
et pour la première fois, l’union et la distinction, l’union
selon laquelle les plusieurs sont coagrégés et homogénéi-
sés, et la distinction selon laquelle l’un est différencié en
des multiples (p. 44.9-45.12).
4. Comment concevoir la composition du mixte?
a) On peut penser que l’union concrète (hénôma) du
mixte provient du principe de l’un, et sa pluralité du
principe des plusieurs. Mais, dans le cas où les éléments
seraient le limitant et l’illimité, leur contradistinction
provient-elle des principes eux-mêmes, ou bien les
éléments sont-ils avec les principes dans un rapport
d’homonymie (voir infra n. 4 de la p. 108) ou bien dans
un rapport d’analogie? Ou bien le mixte est-il cause de
la subsistence et de la distinction des éléments? Ou bien
ces derniers sont-ils divisés dans le troisième principe
par le deuxième? Quoi qu’il en soit, et du fait que les
éléments sont symphysaires, le mixte provient du
principe de l’un, et peut-être chacun des deux éléments
provient-il du principe des plusieurs, en même temps
que du principe de l’un (p. 45.13-46.18).
b) Le mixte ne serait-il pas plutôt l’ensemble formé
de l’union concrète (hénôma), antérieure à tout, et de la
distinction concrète (diakrima) de tout? On objecte
que, si l’ensemble des deux se contredistingue de
chacun des deux, il faudra un nouvel ensemble des
deux, antérieur à cette contradistincton, et cela à
l’infini. On répond qu’il faut s’arrêter et s’en tenir au
premier élémenté (stoichéiôton) qui ne fait qu’un avec
ses éléments, comme le tout avec ses parties (p. 46.19-
47.10). Mais on peut se demander si le tout n’est pas
une chose, les parties une autre, et une autre l’ensemble
des deux, qui est alors un assemblage accidentel, non
une coordination selon l’essence (p. 47.11-18).
On peut aussi envisager un ensemble des deux qui
soit de type intermédiaire entre l’ensemble antérieur à
ses éléments et l’ensemble accidentel. Et c’est juste-
ment le cas de l’intellect qui se constitue comme la
nature, d’un seul tenant, de ses deux plérômes, à savoir
celui qui est unifié et celui qui est distingué (p. 47.19-
48.16).
On peut concevoir encore l’ensemble des deux, non
comme un tout formé de ses plérômes, mais comme une
procession sérielle des premiers, moyens et derniers
termes, dans une connexion mutuelle et de même
nature (p. 48.17-24).
Cependant, même cette dernière conception de l’en-
semble des deux ne convient pas au premier mixte qui
caractérise le premier ordre de l’intelligible et qui ne
s’est pas encore abaissé dans les plérômes, car sa
simplicité est plutôt celle d’un mélange d’éléments purs,
dont la nature indifférenciée et coagrégée s’éloigne
autant de la nature médiane des parties, dans le
deuxième ordre des intelligibles, que la nature des
parties s’éloigne de la nature des formes circonscrites,
dans le troisième (p. 48.25-49.25).
c) Le premier mixte ne se forme donc pas de l’union
concrète et de la distinction concrète, comme de deux
plérômes, à la différence de l’intellect. Mais il est tout
dans le simple, «antérieurement à tout ce qui est
proprement dit tout selon la distinction ; car le mixte
est tout de manière indifférenciée selon l’unifié de
toutes les choses». Sans doute, le principe des plusieurs
est-il tout de manière plus simple, et le principe de l’un
l’est-il aussi de manière plus simple encore. Mais nous
évoquons le premier mixte, en contractant dans la
simplicité de l’unifié, qui est le véritable sommet
intelligible du tout, ce que nous distinguions d’abord
comme étant dans le mixte. Dans sa simplicité propre,
le premier mixte est ainsi le principe de compositon a
priori de toutes les choses (p. 50.1-51.16).
5. Damascius interprète les conceptions platonicienne et
pythagoricienne du mixte, et il expose sa propre concep-
tion.
a) Le mixte platonicien est simple, lui aussi, en tant
qu’antérieur à ses éléments ; autrement dit, il est le
principe et non le résultat de la composition du limitant
et de l’illimité dans le limité. On raisonnera pareille-
ment au sujet de la triade unifiée des Pythagoriciens :
elle n’est pas l’assemblage réalisé de trois choses
définies, mais l’un même de la triade, et par là, une
seule propriété triadique, porteuse de tout selon l’un
(p. 51.17-52.8).
b) Damascius peut alors expliciter sa propre doctrine
du mixte. Principe de toutes les choses unifiées et
mixtes, celui-ci est au-delà d’elles et au terme de toute
résolution, comme le sommet unifié qui coagrège tout à
la fois. Le mixte est l’union concrète de tout, en tant
qu’il est antérieur à tout ce qui est mélangé ; or, c’est en
lui que tout est mélangé, de sorte qu’il est tout, lui
aussi, antérieurement à tout. Et, de même que la
monade est le nombre tout entier, sans que la
procession du nombre parvienne jamais à dérouler
complètement le nombre contracté en elle, de même le
mixte demeure sursimplifié au-dessus de tout ce qu’il
comprime en lui et qui en découle à l’infini. Aussi est-il,
en ce sens, un mélange (a priori) de limitant et
d’illimité, de même que la monade est, antérieurement
à tout nombre, un mélange d’un et de plusieurs
(p. 52.9-53.25).
c) Qu’est donc la pluralité unifiée du premier mixte?
Elle ne signifie ni une pluralité composée de formes,
comme celle de l’intellect intelligible, ni une pluralité
composée de parties, comme celle de l’ordre intermé-
diaire. Signifie-t-elle une pluralité composée d’élé-
ments? En toute rigueur, non, car le mixte composé
d’éléments ne serait pas le mixte pur. Il reste que la
pluralité, qui est dans le mixte, soit une pluralité nue
qui n’est pas encore celle des éléments, ni celle des
parties, ni celle des genres, ni celle des formes.
Cependant, cette pluralité nue n’est pas celle du
principe des plusieurs, car celui-ci n’était appelé
plusieurs que par allusion, n’étant formé ni de plusieurs
en tant que plusieurs, ni d’aucun constituant comme
tel. Quant au mixte pur, il est comme formé de tout
semblablemnt, et antérieurement à tout. Sa nature de
mixte le désigne comme un mélange des deux principes,
à savoir de l’un-tout et des plusieurs-tout, dont il
procède à la manière d’un fils unique (p. 54.1-55.8).
d) Pour en revenir à la pluralité qui est dans l’unifié,
sa vague apparence n’est pas la différenciation de
l’unifié lui-même, mais des plusieurs plus simples que
lui, dont il se constitue de manière indifférenciée, du
moins à son propre niveau (p. 55.9-16).
Troisième partie : De l’unifié comme être
1. De quelle acception de l’être remontons-nous à
l’unifié?
a) Si le troisième principe n’est pas l’être substantiel,
contrairement à l’opinion de Proclus, mais l’être
unitaire, pourquoi cette troisième hénade est-elle dite
premier être et première substance? L’être (on) a de
multiples acceptions : l’être comme genre opposé au
non-être et contredistingué des quatre autres genres du
Sophiste (le même, l’autre, le repos, le mouvement),
l’être comme substance (ousia) ou plérôme de tous les
genres (Plotin), l’être comme la pluralité qui a subi l’un
(Sophiste), l’être comme ce qui est antérieur à l’âme ou
à la première génération (génésis) (République), l’être
ou la substance comme sommet immobile du tout
intelligible (Sophiste) et appelé un-être (Parménide)
(p. 56.1-57.11).
b) Laquelle de ces acceptions conduit à l’unifié?
Serait-ce celle de l’être comme genre, à cause de sa
simplicité? Mais l’unifié est tout, de manière indifféren-
ciée, et la totalité de la substance, qui n’est pas
déterminée et qui est formée de tout, lui conviendra
davantage. La réunion du simple (à partir du genre) et
de la totalité (à partir de la substance) permettra
d’appeler l’unifié substance et être. Et, sans doute, la
pluralité des êtres, comme toute pluralité, suppose-t-
elle, antérieurement à elle, son coagrégat. Ainsi, les
êtres ont leur sommet, en tant qu’êtres, dans l’être pur,
et, en tant que plusieurs et distingués, dans l’unifié.
Mais si, par le substrat, être et plusieurs sont identi-
ques, l’être et l’unifié le sont-ils vraiment? On répond
que l’être, en tant que genre, n’est pas sans doute
identique à l’unifié, mais que le plérôme des genres, qui
est appelé être du nom du genre de l’être ou désigné par
le nom de l’un des quatre autres genres, et qui est ainsi
un et plusieurs à la fois, est identique à l’unifié, lui aussi
composé d’un et de plusieurs. Il s’agit du même mixte
dans sa totalité, mais diversement désigné d’après les
noms de ses éléments (p. 57.12-58.21).
c) Cependant, l’unifié, pas plus que le mobile ou
l’immobile, n’est réellement un élément du mixte, sans
quoi nous n’éviterions pas le redoublement du mixte à
l’infini, chaque participation du mixte étant prise, dans
ce cas, pour une subsistence. Mais, c’est en considérant
le caractère indivisible et antérieur du plérôme le plus
élevé que nous nous demandons si l’unifié, comme
principe unique du tout et producteur de tout, doit être
appelé l’être (p. 58.22-59.14).
2. Comment évoquons-nous l’unifié?
a) Aucun nom, ni aucun concept distinct ne peuvent
exprimer l’unifié, car, dans sa simplicité, il est tout
antérieurement à tout. Cela n’a rien de surprenant,
puisque nous n’avons ni concept ni nom approprié pour
exprimer l’ensemble des formes divisées, ou même un
seul coagrégat particulier, par exemple celui de notre
corps, formé des quatre éléments. Les appellations que
nous donnons à ce dernier ne lui sont pas propres. Ce
sont les noms des propriétés de ses divers éléments et de
leurs mélanges. On peut sans doute considérer le
mélange dont il résulte comme une matière à laquelle
s’ajoute pour ainsi dire une forme, l’humanité. Mais, ou
bien la propriété qui spécifie le mélange en est, elle-
même, un élément simple, ou bien elle est une propriété
du mélange, par laquelle on désigne une forme compo-
sée par opposition aux genres simples, et elle résulte du
mélange des différents constituants, par exemple l’intel-
lect, la vie, l’être, pris selon leur propriété (p. 59.15-
61.6).
b) Cependant, l’être ne se réduit pas à une propriété
simple, il est plutôt ce qui fait le lien entre les éléments
et la forme qui en est composée ; il est ce qui constitue
la subsistence et la consistance de chaque tout, tel que
la forme, le genre, l’intellect, la vie, et bien sûr l’être
lui-même (p. 61.7-22).
c) De plus, dans ces touts, à proprement parler, il ne
s’agit pas de composition, car, si chacun est un et
plusieurs, il est un par sa propriété, et plusieurs par les
éléments qu’il rassemble, en les produisant comme les
plusieurs de son unité (p. 61.23-62.9).
d) Comment donc évoquons-nous l’unifié et l’être
pur? Il est impossible de nommer le tout intelligible
dans sa plénitude. Nous ne nommons jamais que des
propriétés nues, et encore nous ne les concevons qu’avec
peine, dans la mesure où nos pensées peuvent en
réfléchir de très loin quelque éclat, dans une image très
imparfaite et très générale (p. 62.10-63.8).
e) Mais, si nous appelons être et substance le sommet
des êtres, ce n’est pas par suite d’une propriété définie
dont nous parviendrait l’éclat. Toutes ces propriétés
sont, en effet, dans la distinction, tandis que l’unifié est
tout à l’état d’union. Aussi est-ce par allusion seule-
ment que nous donnons à ce principe le nom d’être à
partir de l’une des choses qui viennent après lui (à
savoir le genre de l’être). De la même façon, à partir des
êtres nous remontons à l’être pur, nommé lui aussi
allusivement, car, comme il se constitue à partir de l’un
et auprès de l’un (Jamblique), il n’est aucun des êtres, il
n’est unifié avec aucun et il n’est pas le genre de l’être.
Mais, à partir de ce dernier, qui se distingue de lui avec
toutes les choses d’abord coagrégées en lui, nous
l’appelons l’être pur. Toutefois, en lui-même, il n’a pas
de nom propre. C’est ainsi que nous remontons au
sommet parfait du tout, évoqué soit comme unitaire, à
partir des hénades, soit comme substantiel, à partir des
substances (p. 63.9-65.2).
3. Comment le troisième principe procède-t-il selon
l’être ?
a) Damascius rappelle qu’à la différence des deux
premiers principes, qui se sont enfuis dans le non-être
selon le meilleur (l’indivisibilité de l’un et l’expansion
infinie des plusieurs), le troisième principe a pris
consistance dans l’être en condensant en lui à la fois
l’un et les plusieurs. Premier unifié, il est ainsi un et
plusieurs, comme on voit que chacun des êtres l’est
aussi. C’est pourquoi on le nomme par allusion substan-
ce et être (p. 65.3-66.18).
b) Damascius s’interroge ensuite sur le double carac-
tère unitaire et substantiel tant de l’unifié que de l’être.
Il répond en citant une série de dualités analogues :
celles du corps comme étendu et comme inétendu, de
l’âme comme première génération et comme intellect
divin, du paradigme comme forme ou substance et
comme fonction d’unité suprasubstantielle, de l’intel-
lect comme substance et comme hénade, de la vie
comme substantielle et comme unitaire. Il en est de
même de l’être et de runifié ; mais, là-haut, au niveau
du pur intelligible, chacun des deux est un mixte
unitaire, un mixte d’éléments multiples (pleiô), enten-
dus selon la seule propriété de la pluralité unitaire et
pas encore selon la distinction du nombre (p. 66.19-
68.7).
c) Aucun de ces multiples ne saurait être une
monade isolée, mais chacun est en même temps tous les
autres dans une coagrégation unique, antérieure à la
distinction dont ils sont seulement en gestation (p. 68.8-
17).
d) Les multiples (pleiô) sont-ils donc encore l’un, et
ne sont-ils pas encore l’unifié? Non, car l’unifié est ce
que l’un porte en lui en vue de la distinction. Chacun
des multiples est-il alors un autre unifié? Non, car
l’unifié n’est pas encore divisé. Mais, dans ces condi-
tions, chacun des multiples est un, et le tout parfait
l’est aussi, il n’est plus l’unifié. A cette aporie et à
quelques autres, Damascius apporte le principe de
solution suivant : le premier unifié est celui qui est le
plus unifié ; il est plusieurs en tant qu’au-dessous de
l’un, et un en tant qu’au-dessus de la distinction des
plusieurs; il n’y a donc en lui qu’une vague manifesta-
tion de distinction, et c’est en ce sens qu’il paraît être le
premier être, car la notion de l’être ne refuse pas une
certaine plurification, sans admettre cependant une
distinction (p. 68.18-70.18).
4. Si l’on transpose, dans les trois premiers principes,
le système des analogies chaldaïques, dans quel rapport le
troisième principe est-il à la substance et à l’être?
a) Le premier principe peut se concevoir selon la
subsistence, le deuxième selon la puissance, le troisième
selon l’acte. Mais, comme il n’y a pas d’acte sans
puissance et sans subsistence, le troisième principe
intègre en lui ces trois propriétés qui, ensemble,
caractérisent ce qu’on appelle substance et être, et il est
ainsi la triade. Par conséquent, la substance (ousia) est
postérieure à la subsistence (hyparxis) et, en ce sens,
subsister (hyparchein) et être (einai) ne sont pas la
même chose. C’est pourquoi la subsistence dans sa
propriété pure, isolée de la puissance et de la substance,
sert à suggérer le premier principe. Mais, du point de
vue de la position dans l’être, la subsistence pourra être
la même chose que la substance qui, accompagnée de la
puissance et de l’acte, existe réellement. Ces trois
propriétés se posent pour la première fois dans l’intelli-
gible, et selon les rapports suivants : dans l’être,
puissance et acte sont sous le rapport prédominant de la
subsistence ; dans le deuxième ordre, subsistence et acte
sont sous le rapport prédominant de la puissance ; dans
le troisième ordre, subsistence et puissance sont sous le
rapport prédominant de l’acte qui, comme premier
acte, est celui de l’intellect intelligible en tant qu’il se
convertit vers l’être (p. 70.19-73.10).
b) Ainsi, le troisième principe, dont l’être est l’hypos-
tase, est spécifié, pour ainsi dire, par la propriété d’agir,
puisque, pour la première fois, l’acte se manifeste en
lui ; le deuxième principe par la puissance comme
extension de la subsistence pure, antérieurement à
l’acte et à l’être; le premier est suggéré par la
subsistence pure, en tant qu’il fait tout subsister, sans
que rien le fasse subsister lui-même (p. 73.11-23).
c) Selon la triade chaldaïque, on voit donc le premier
principe correspondre allusivement à la subsistence, le
deuxième à ce qui est en train de procéder sans s’être
encore écarté, le troisième à l’intellect qui s’est écarté et
qui corrige son écart par la conversion ; ce dernier joue,
dans ce cas, le rôle de premier unifié, et une équivalence
allusive s’établit entre l’intellect et l’être. C’est pour-
quoi, on peut donner le nom d’intellect substantiel à
l’intellect intelligible, en le caractérisant non selon
l’intelliger, mais selon l’être (p. 74.1-22).
5. Comment définir l’être?
a) La propriété de l’être (on) est de procurer à
chaque chose le fait d’être (einai). L’être est le lien et la
racine de toutes les formes (p. 74.23-75.16).
b) Platon a tenté de définir l’être, d’abord à partir de
l’acte, comme ce qui agit et pâtit; puis, devant le
caractère double de cet acte, il a défini l’être par la
puissance, comme ce qui est capable de l’un et de
l’autre. Dans cette perspective, Straton a conclu à
l’identité de l’être et de ce qui demeure (ménon).
Cependant, même si être et demeurer coexistent, ce
sont là deux choses différentes. Demeurer suppose être.
Être s’oppose à ne pas être, et demeurer à être en
mouvement. Aussi, définir l’être par Vhypostasis (la
réalité qui se tient stable au-dessous), c’est revenir à
l’opinion de Straton. La conclusion implicite est qu’il
vaut mieux définir l’être par l’acte (p. 75.17-76.21).
c) Damascius recherche ensuite dans quels rapports
sont, avec einai (le fait d’être), hyparchein (subsister),
hypheslanai (se tenir stable au-dessous), et un certain
nombre d’autres verbes qui expriment des propriétés
plus particulières rattachées à l’être. Enfin, il cherche
l’origine de on, en tant que signifiant l’être dont la
nature est d’agir (p. 76.22-78.8).
d) L’être a-t-il donc le monopole de l’acte? Il ne
semble pas, puisque agissent aussi le beau et le bien,
l’un et les plusieurs (comme genres), le repos et le
mouvement, de même que toute forme. Cependant, il
faut l’admettre, si tout ce qui agit est être, en
entendant par l’être, non pas l’être-genre, opposé au
non-être et contredistingué des autres genres, mais ce
qui, d’après un songe de Damascius, constitue le en-acte
de chaque chose, en-acte déjà commun à toutes, car il
désigne la substance en un sens universel (p. 78.9-79.6).
6. Damascius réfute certaines opinions et il explicite la
définition précédente de l’être.
a) Après l’énoncé des objections suivantes : que la
substance pourrait tirer son nom de l’être, et que l’acte
et la puissance seraient mouvement, Damascius expose
quelques principes généraux qui concernent la partici-
pation des genres entre eux (en tant qu’elle est établie
dans la substance, antérieurement à la puissance et à
l’acte), la participation des puissances et des actes aux
genres, la contradistinction de la substance par rapport
à la puissance et à l’acte (p. 79.7-80.4).
b) Puis, Damascius écarte l’équivalence des notions
«être en mouvement» et «agir» (p. 80.5-12), de même
que l’identification de la puissance au mouvement
(p. 80.12-16); et, entre le mouvement (ou le repos) et
l’être, il ne voit d’autre relation que celle d’une
contradistinction, non d’une procession quelconque,
tandis que la puissance et l’acte procèdent de la
substance (p. 80.16-26).
c) Contre la thèse qui définit l’acte par le mouvement
(Plotin, Proclus), Damascius esquisse quatre argu-
ments : le 1er, basé sur l’identification de l’œuvre à
l’agent (activité immanente, p. 81.1-16 et p. 81.19-26);
le 2e, basé sur leur différence (activité transitive,
p. 81.16-19); le 3e, sur le fait que le mouvement ne
caractérise pas l’acte de manière spécifique, puisque le
repos lui-même agit (p. 81.27-29) ; le 4e, sur les caractè-
res du mouvement et de l’acte (p. 81.30-82.12).
d) Ensuite, Damascius pose la question de savoir si
l’acte, de même que la puissance, sont des propriétés
originales par rapport aux autres formes, ou s’ils n’en
sont que des extensions. Il conclut à leur originalité. Et,
de même que la subsistence s’origine à la première
subsistence, de même la puissance s’origine à la
première puissance et l’acte au premier acte. Nouvelle
raison d’observer que l’acte n’est pas mouvement,
puisqu’à ce niveau les genres de l’être ne sont pas
encore distingués. De plus, subsistence, puissance et
acte sont encore à l’état unifié, et constituent dans leur
union ce qu’on nomme le premier mixte (ou l’être)
(p. 82.13-83.22).
e) Là se fonde la vérité de la définition selon laquelle
le fait d’être (einai), qui est l’acte de l’être, est
identique à l’être (on)', c’est l’acte de la substance, non
distinct d’elle, tandis que l’acte de la vie commence sa
propre distinction, et que l’acte de l’intellect se
manifeste clairement (p. 83.23-84.9).
f) La définition précédente de l’être est vraie aussi de
l’être-genre. Si donc, en lui, le fait d’être est identique à
l’être, l’être-genre est lui-même unifié, du moins selon sa
propriété, car, d’autre part, étant contredistingué des
autres genres et contreparticipant d’eux, il n’est pas
réellement unifié. De la même manière, l’un qui est
genre n’est pas réellement un, néanmoins il est le plus
propre à suggérer l’un absolument simple et producteur
de tout. De son côté, l’être-genre pourra suggérer
l’unifié qui est au-delà de la contradistinction de l’unifié
et du distingué. On se sert ainsi allusivement de notions
inférieures, connues comme telles, pour suggérer les
principes transcendants, qui sont objets de notre
conjecture, comme l’un, l’unifié, l’être (p. 84.10-86.11).
g) Après une brève réflexion sur le problème de
l’originalité de l’unifié, de l’être et du mixte pur
(p. 86.12-87.2), Damascius fait retour à la thèse
centrale, à savoir que ce qui constitue l’acte de chaque
chose est l’être : il fait d’abord l’application de cette
thèse à tous les genres (p. 87.3-13), puis il en vérifie
l’énoncé au niveau de l’être pur et de son acte pur
(p. 87.14-88.10).
7. Damascius définit le statut de l’unifié, en tant que
médiation constitutive de l’un-être.
a) Dans l’être pur, ou sommet des êtres, subsistence,
puissance et acte sont encore unifiés, et de manière telle
qu’il est impossible d’imaginer leur indifférenciation
autrement que par une coagrégation unique de tout, qui
s’achève au-delà de l’être et de l’intelligible. Le
troisième principe, suggéré par cette coagrégation, ne
sera pas dit un, mais, à défaut d’un nom propre, il sera
dit simplement unifié, en tant qu’intermédiaire entre
l’un et l’être. C’est ainsi que Platon, dans le Parménide,
ne nomme ce principe ni un ni être, mais un-être, pour
suggérer, par cette totalité, sa nature unique et
médiatrice entre l’un et l’être. Ce principe, en effet, s’est
déjà détendu par rapport à la simplicité de l’un, mais il
n’a pas encore projeté le coagrégat de l’être (p. 88.11-
90.2).
b) Pourquoi donc lui donnons-nous le nom d’être et
d’intelligible? Jamblique n’a pas parlé autrement, en
disant que l’intelligible subsiste auprès de l’un, sans se
séparer de lui (p. 90.3-13). De son côté, Platon, avant
d’opposer la substance et l’un, en introduisant l’altérité
dans le sommet des intelligibles-intellectifs (Parm.
143 a 4-b 8), n’a pas pu définir l’être comme un
substrat distinct de l’un, mais il a défini l’ensemble un-
être en tant qu’il est non pas un mélange des deux, mais
une médiation première entre les deux, médiation qui
est antérieure à la première altérité et dont l’effet se fait
sentir, après la distinction des deux, dans toutes leurs
parties (p. 90.14-91.5).
c) L’unifié est dit intelligible, mais non pas dans le
sens où l’être est dit connaissable, car, si le connaissable
s’oppose au connaissant, l’unifié ne se contredistingue
de rien. Il n’est pas l’un, mais il est l’être et
l’intelligible, sans que l’un et l’autre soient pour lui
différents ; autrement, il ne serait plus le véritable unifié
(p. 91.6-14).
d) Mais on peut faire deux hypothèses : ou bien tout
est absorbé par l’unifié, y compris l’intelligible et les
réalités les plus vénérables, ou bien l’être, l’intelligible
et les réalités les plus vénérables sont après l’unifié,
quoique tout proches de lui et à sa ressemblance. En
un premier temps, Damascius fait valoir la
2e hypothèse avec le mythe du Phèdre, mythe d’après
lequel les âmes, entrées dans la révolution du ciel,
tournent leurs regards vers la région supracéleste pour
se nourrir de la «substance réelle» (247 c 6-7) qui
représente le premier ordre des intelligibles-intellectifs.
Dans un même sens, il invoque la définition que le
Cratyle (396 b 8-c 1) donne d’Ouranos (2e ordre des
intelligibles-intellectifs) : «une vue qui regarde vers en-
haut», c’est-à-dire vers le 1er ordre des intelligibles-
intellectifs, puis il rappelle les deux mythes orphiques
suivants : celui de Kronos (1er ordre des intellectifs)
qui se nourrit de la Nuit (ou substance première,
1er ordre des intelligibles- intellectifs) el celui de
Zeus (3e ordre des intellectifs) qui, en avalant son
épouse Métis (l’intellect intelligible ou le 3e ordre
de l’unifié), antérieure à la Nuit, avale en même
temps, à travers la Nuit, l’intellect qui est chez elle,
Kronos (p. 91.14-92.15).
e) En un deuxième temps, Damascius argumente
l’autre hypothèse qui est celle de l’identité de la
substance et de l’unifié. De ce point de vue, l’unifié
apparaît comme l’être affecté par l’un (Sophiste,
245 a 5-6), comme le coagrégat de tous les êtres ou la
substance unique. Platon l’a appelé l’un-être pour
suggérer l’union inexprimable de l’être unifié avec l’un,
sans qu’il les ait considérés cependant comme absolu-
ment identiques, car il a dit que l’un des deux participe,
tandis que l’autre est participé (p. 92.16-93.9).
f) Après cela, Damascius observe que Platon, après
avoir supprimé l’être et l’un dans la première hypothèse
du Parménide, les pose ensemble dans la deuxième, liés
l’un à l’autre par symphyse sans que rien les distingue
jusqu’à ce que, l’altérité intervenant, la substance se
distingue de l’un et apparaisse à part, comme le
principe des intelligibles-intellectifs. Auparavant, au-
cune pluralité distincte, ni rien de déterminé ne se
manifeste dans l’unifié, lequel possède l’être dans le fait
d’être tout par coagrégation. C’est là le caractère du
véritable intelligible, antérieur à toute distinction, que
Jamblique dit demeurer dans l’un parce qu’il est unifié
par rapport à l’un. En conclusion, estime Damascius, on
ne saurait confondre l’unifié et la substance, du moins
celle qui est distinguée, du fait de l’altérité ; mais rien
n’empêche d’appeler l’unifié substance, si, antérieure-
ment à celle qui se distingue, il y a celle qui est
parfaitement unifiée, du fait de la médiation ou de la
symphyse en laquelle l’un et l’être sont fusionnés
antérieurement à l’altérité (p. 93.10-95.3).
g) Cependant, le principe constitutif de cette média-
tion ne serait-il pas le principe des plusieurs qui est
encore un, sans être encore unifié, mais qui s’unifie en
tant que les plusieurs participent de l’un? Il semble
plutôt que ce principe soit l’unifié lui-même. En effet,
tout comme l’un suprasubstantiel n’est ni l’être, ni l’un
qui se contredistingue de l’être, ni les deux ensemble,
mais leur est antérieur et les contient d’avance selon ce
qui est le plus simple, l’unifié n’est ni l’un ni l’être
unifié, mais il leur est antérieur et les contient d’avance
selon leur caractère symphysaire qui est au-dessus des
deux. Il ne faut donc pas chercher la médiation ni du
côté de l’un ni du côté de l’être, mais dans l’un-être lui-
même, comme ensemble des deux et antérieur aux
deux, «selon ce genre de mélange antérieur aux
mélangés», non pas que l’un soit dans l’unifié selon la
participation, ni que l’être soit en lui selon la subsisten-
ce, mais l’un et l’être sont dans l’unifié selon l’unique
subsistence de celui-ci comme cause des deux (p. 95.4-
97.7).
8. L’économie de l’unifié comme être se présente alors de
la façon suivante.
a) On peut considérer les plusieurs, qui sont après
l’un, comme une médiation et une sorte de dégression
du premier principe vers le troisième. Ce dernier
constitue le sommet de l’unifié, c’est-à-dire «l’unifié de
tout l’unifié». Ensuite, le 2e ordre, ou ordre médian, est
l’unifié en train de se distinguer en tout et en parties,
encore unifiés. Enfin, le 3e ordre est la base de
l’intelligible, où la distinction est achevée ; mais cette
distinction reste intérieure à l’unifié, car en aucune
division ne font défaut ni l’un ni l’être. Ainsi, dans
l’intellect intelligible, il n’y a de distinction que selon le
mode intelligible, ce qui revient à dire que cet intellect
n’est distingué qu’en unifiés, non pas en formes
proprement dites (p. 97.8-98.4).
b) Ici, Damascius rappelle comment, selon la problé-
matique platonicienne, après l’un suprasubstantiel qui
n’est ni l’un ni l’être contredistingués, vient l’ensemble
des deux ou l’un-être selon l’unifié, puis la scission de
DE L’UNIFIÉ COMME INTELLIGIBLE xxxvil
l’un et de l’être avec l’apparition de la première altérité.
Dans cette perspective, on ne peut pas qualifier le
véritable unifié de substance, prenant rang avant la vie
et l’intellect. En effet, là où il n’y a pas d’altérité
aucune détermination ni contradistinction n’est possi-
ble. Aussi, après avoir posé précédemment le troisième
principe comme unifié selon l’être, et après avoir fait
l’être double, comme unitaire et comme substantiel,
Damascius replie maintenant l’unitaire et le substantiel
dans l’unifié pur qui leur est antérieur, tandis qu’il les
renvoie, comme distincts, plus bas que l’intelligible, là
où l’altérité se produit (p. 98.5-99.14).
Quatrième partie : De l’unifié comme intelligible
1. Première section : De l’unifié et de la connaissance.
1.1. Damascius pose la question de la cognoscibililé de
l’unifié, considéré comme intelligible. Il admet d’abord,
avec Jamblique, que l’unifié n’est connaissable par
aucune des formes de pensée inférieures à l’intellection
unifiée. Puis, il demande si son caractère intelligible
consiste à combler cette dernière intellection, ou s’il est
inconnaissable purement et simplement, en tant qu’il
est coagulé auprès de l’ineffable et du bien, tout en
comblant à titre de bien le désir de l’intellect, non en
tant que celui-ci pense, mais en tant qu’il est (p. 100.1 -
101.8).
1.2. Suit une série d’arguments contre la cognoscibililé
de l’unifié.
a) L’être est connaissable, mais l’unifié ne l’est pas,
du fait qu’il est au-dessus de la contradistinction de l’un
et de l’être (p. 101.9-12).
b) Si l’unifié était connaissable, au-dessous de lui la
substance devrait être capable de le connaître. Mais ce
qui est proprement doué de connaissance est troisième
après la substance, et c’est l’intellect, tandis que la vie,
placée entre les deux, a déjà quelque chose d’intellectif
(p. 101.13-22).
c) Si l’unifié était connaissable par l’intellect intelli-
gible, qui est le 3e ordre de l’unifié, cet intellect ne serait
plus unifié, étant donné la distance qui sépare le
connaissant du connu. De même, l’unifié ne serait plus
unifié, car le connaissable en lui serait distinct (p. 102.1-
15).
d) Aucune des trois conversions, substantielle, vita-
le, intellective ne saurait se trouver dans l’unifié,
puisqu’il est au-dessus du produit de chacune, à savoir,
dans l’ordre, le substantialisé, le vivant, le connaissant.
En effet, par son indifférenciation, l’unifié est antérieur
à la substance et à cet un qui la précède (p. 102.16-25).
e) Le connaissable est circonscrit par la connaissan-
ce; or l’unifié demeure incirconscrit ; donc il est
inconnaissable (p. 103.1-3).
1.3. Suit une série d’arguments en faveur de la
cognoscibilitê de l’unifié.
a) Nous conjecturons, nous-mêmes, l’unifié, comme
l’ensemble antérieur à la substance et à l’un qui la
précède ; et, si nous ne le connaissons pas, du moins
l’intellect divin le connaît (p. 103.4-10).
à) De même que l’unifié est au-delà de l’un et de la
substance, de même il y a une connaissance pure qui est
au-delà de la connaissance unitaire et de la connaissan-
ce substantielle ; de même, il y a une vie pure au-delà de
l’unitaire et de la substantielle ; de même, une pure
position dans l’être (et une substance pure) qui corres-
pond au sommet de l’unifié. La vie pure ou vie unifiée
correspond à son ordre médian, la connaissance pure ou
connaissance unifiée au 3e ordre. Cette connaissance
intelligible, antérieure à toutes, a pour objet l’intelligi-
ble pur ou l’unifié comme tel, au-delà de l’intelligible
unitaire et de l’intelligible substantiel (p. 103.11 -
104.10).
c) Si l’unifié était complètement inconnaissable, il
serait impossible de distinguer l’unifié, l’un et l’ineffable
(p. 104.11-16).
d) Damascius invoque l’autorité des Oracles Chaldaï-
ques, qui déclarent que l’intelligible est connu, et pas
seulement comme objet d’intellection ; cela veut dire,
d’après les philosophes, que l’intelligible est connu par
l’intellect comme l’objet de son désir. Damascius
rapporte ensuite un long fragment des Oracles (fr. 1),
qui laisse clairement entendre que l’intelligible est objet
de connaissance, non pas d’une connaissance violente
et conquérante, mais d’une connaissance qui s’aban-
donne en se simplifiant en lui ; c’est la connaissance
intelligible ou unifiée, qui ne circonscrit pas l’intelli-
gible, mais qui est circonscrite par lui (p. 104.17-
106.15).
1.4. Damascius discute plusieurs arguments opposés à
la cognoscibilité de l’unifié.
a) A. l’argument qui invoque le fait que la connais-
sance circonscrit le connaissable, il répond que, sembla-
blement à toute connaissance qui est spécifiée par son
objet plus qu’elle ne le spécifie elle-même, la connais-
sance de l’unifié se conforme à lui ; elle ne fait sien
l’intelligible que parce que l’intelligible l’a d’abord faite
sienne (p. 106.16-107.2).
b) A l’argument qui exclut toute conversion de
l’unifié, Damascius oppose que la conversion n’est pas
sans affinité avec l’intelligible. En effet, de même qu’il
y a de l’unifié une procession unifiée qui anticipe, selon
une causalité cachée, toute procession inférieure, de
même il y a une conversion unifiée, qui anticipe toute
conversion et qui se manifeste, quant à elle, selon la
vérité intelligible, non selon la conversion intellective.
En effet, l'unifié n’est pas connaissable selon cette
dernière, qui est la troisième des conversions propre-
ment dites, après la vitale et la substantielle, et qui se
trouve au neuvième rang des diacosmes néoplatoni-
ciens; ces trois conversions sont entre elles dans le
même rapport que l’intellect à la vie, et la vie à la
substance. On peut se demander comment serait
possible une aussi grande distinction dans l’unifié.
Damascius répond que c’est nous qui nous divisons à
son sujet, car nous sommes très éloignés de l’intellection
intelligible, qui lui convient dans sa propriété d’être
tout, selon le mode intelligible. Son sommet, en effet,
est tel qu’une substance unifiée, antérieure à l’un et à la
substance contredistingués ; son moyen est une certaine
vie unifiée ; sa base est l’intellect intelligible, dont la
connaissance unifiée, antérieure à la distinction de la
connaissance unitaire et de la substantielle, a pour objet
un connaissable qui n’est ni la substance inférieure, ni
l’un qui la précède, mais le connaissable pur, antérieur
aux deux, c’est-à-dire l’être pur ou l’unifié (p. 107.3-
p. 109.12).
c) A l’argument qui déclare incompatibles l’unifié et
le connaissable, en tant que le connaissable doit être
distingué, Damascius répond que le connaissable doit se
trouver en acte dans l’unifié, comme toutes choses, non
sous une forme distinguée, mais selon une coagrégation
antérieure à toute division. Cependant, de la même
façon, l’unifié devra être dit encore inconnaissable, et il
est vrai qu’il reste beaucoup d’inconnaissable dans la
connaissance de l’unifié. Mais, aussi bien, en lui devra se
trouver, antérieure à la connaissance unitaire et à la
substantielle, la connaissance intelligible de l’intelligi-
ble. Si l’on oppose à cela que toute connaissance doit
être distincte, on répondra que la distinction est là
unifiée, et qu’elle est la distinction d’un unifié qui, selon
le mode intelligible, admet un premier, un deuxième et
un troisième, lequel se convertit et connaît de manière
unifiée. Mais, de ce que l’unifié est connaissant dans son
troisième (l’intellect intelligible), on ne saurait inférer
que la substance, qui vient ensuite, soit aussi connais-
sante. En effet, dire que tout est dans l’unifié selon le
mode intelligible, ce n’est pas dire que tout soit
également dans chacune des choses déterminées. Ainsi
MANENCE, PROCESSION, CONVERSION xli
la substance n’est ni la vie ni l’intellect (p. 109.13-
111.10).
2. Deuxième section :
Manence, procession, conversion
2.1. Question préalable : l’unifié, en tant que tel, peut-il
être distingué de ce qui se distingue de lui (p. 158.15-25)?
a) La conversion réciproque des relatifs ne se vérifie
peut-être que dans les choses de même rang. Il n’en va
pas de même dans la relation de l’effet et de la cause.
L’effet se distingue de la cause en réalisant seulement
en lui-même, et non en celle-ci, sa propre distinction par
abaissement. De même, le corps s’est mis à distance de
l’intellect, sans que celui-ci soit lui-même mis à
distance. On peut cependant faire remarquer qu’ils sont
distincts par les hypostases et que, même si le mode de
la distinction n’est pas le même en chacun d’eux,
cependant à leur égard se vérifie encore la loi d’après
laquelle tout distingué est distingué d’un distingué
(p. 111.11-112.24).
b) On peut répondre que cette loi ne s’applique
qu’aux formes, tandis que la matière reste sans
distinction, bien que la forme se distingue d’elle. De la
même façon, l’unifié ne subit pas de distinction de la
part de ce qui se distingue de lui (p. 113.1-12).
c) Cependant, si l’on considère la matière et la forme,
ou bien l’être et l’intellect, chaque terme de chaque
couple est établi en lui-même, distinct de l’autre, même
si le mode de la distinction n’est pas identique en
chacun. De même, l’immortel et le mortel, l’éternel et le
temporel, l’inengendré et l’engendré, le modèle et
l’image, le rationnel et l’irrationnel sont mutuellement
distincts, sans que leur distinction et altérité soit
cependant la même, prise du point de vue de chaque
terme. On peut faire des remarques analogues au sujet
de l’identité. En effet, bien que l’on puisse dire
identiques deux termes (homme et cheval) du point de
vue d’un troisième (vivant), la forme de l’identité est
elle-même différente en chacun des deux (p. 113.13-
114.12).
d) En faveur de la réciprocité de la distinction dans
les relatifs, on arguera encore de leur coexistence tant
selon la puissance et la cause que selon l’acte et la
subsistence. A quoi, on répondra que, loin que la
matière et la forme soient ensemble en puissance et
ensemble en acte, dans la matière le fait d’être en
puissance de la forme s’identifie à son acte propre. De
plus, dans l’unifié, le in causa de la forme s’identifie à la
subsistence de la cause qui coagrège en elle la distinc-
tion et, par suite, tout ce qui est distingué par cette
dernière (p. 114.13-115.3).
e) Mais si l’on pose, d’une part, l’unifié, d’autre part,
le distingué, l’unifié est déterminé et, par conséquent,
distingué ; de même, si on le compare à l’un, comme à ce
dont il procède. Mais, en vérité, le privilège de l'unifié
est de ne subir ni distinction ni procession vis-à-vis de
l’un, et d’être unifié, non dans son être propre, mais
dans celui de l’un. Toutefois, dans les relatifs, où le fait
d’être distingué n’appartient qu’à l’un d’eux, la récipro-
cité de la distinction soulève une grande aporie. Mais on
peut supposer que les relatifs sont rendus égaux dans
leur permutation sans être rendus semblables dans leur
nature. Ainsi la différence de la matière et de la forme
est celle d’un sans-forme et d’une forme. De même, la
ressemblance réciproque de l’image et du modèle est de
nature différente dans le modèle et dans l’image. De
même encore, l’unifié ne peut être dit unifié avec l’un
que selon la pure relation, puisque l'un est au-dessus de
l’unifié, tandis que l’unifié est unifié en lui-même, de
façon absolue. Et, dans ce dernier sens, on admettra
que l’unifié est distingué de tout distingué, c’est-à-dire
indifférencié et nullement distingué (p. 115.4-117.3).
2.2. Damascius examine les apories de la procession
dans son rapport à la manence. Ce qui a fini de procéder
demeure-l-il dans son producteur (p. 117.4-16)?
a) Il semble que cela soit impossible, car ce qui est
premier, comme demeurant, ne peut pas être en même
temps troisième, comme ayant procédé. Serait-ce alors
que le procédant demeure simplement dans la propriété
du producteur, en concentrant en elle son propre
caractère? Mais, dans ce cas, il faudrait dire que c’est
plutôt le producteur qui a procédé avec le procédant.
De plus, une fois qu’a fini de procéder ce qui est
commun aux deux, ou bien cela demeure et le problème
est reposé à l’infini, ou bien il n’est pas nécessaire que le
procédant procède en demeurant (p. 117.17-118.18).
b) Une autre interprétation consiste à dire que le
procédant, ayant sa cause dans son producteur, demeu-
re en ce dernier, du fait qu’il porte en lui-même sa
cause, comme une racine. On opposera que la cause
n’est pas une partie du produit, mais du producteur, et
que, par conséquent, l’analogie de la racine ne convient
pas. On revient alors à la conclusion que ni le
demeurant (dont fait partie la cause) ne procède, ni le
procédant ne demeure (p. 118.19-119.12).
c) Peut-être veut-on dire que, si le produit (qui
procède) est de forme semblable à sa cause (laquelle
demeure dans le producteur), le demeurant lui-même
est aussi le procédant par la propriété et par la forme,
bien qu’il soit autre chose, en réalité et par l’hypostase.
Mais à cela on oppose : — que le produit est alors
violemment séparé du producteur, s’il n’a rien de
commun avec lui du point de vue de l’hypostase ;
— que la thèse « le procédant demeure en son produc-
teur» n’est plus vraie en réalité, mais seulement en
apparence ; — que l’on se borne enfin à répéter que le
générateur et l’engendré n’ont pas de propriété commu-
ne (p. 119.13-120.5).
d) Peut-être le procédant n’est-il dominé ni unique-
ment par la manence, ni uniquement par la procession.
On répond que cela est vrai du terme moyen en train de
procéder, non du troisième qui est en état de procession
achevée, à moins qu’une de ses parties demeure et que
l’autre ait fini de procéder. Mais, dans ce dernier cas, on
objectera que ce qui est en état de procession achevée ni
ne se trouve tout entier dans cet état, ni tout entier ne
demeure, et que cela est divisé. A quoi l’on répond que
c’est notre pensée qui divise les indivisibles, et que nous
devons la contraindre à se conformer à leur vérité
(p. 120.6-121.10).
e) On dira donc que ce qui a fini de procéder demeure
tout entier dans son générateur, parce qu’il lui est très
semblable et très apparenté. L’écart entre les intelligi-
bles est beaucoup moins grand que celui que nous leur
attribuons à partir des ruptures qui sont les nôtres. Là-
haut, les choses différentes (par exemple, l’intellect par
rapport à l’être) ont entre elles une communauté de
nature plus grande qu’ici-bas les choses identiques. Et
si union et distinction, identité et altérité, s’énoncent
des contredistingués, à plus forte raison s’énoncent-elles
de l’engendré par rapport au générateur. En tant que
l’engendré est identique à son générateur et unifié avec
lui, il est dit tout entier demeurer en lui ; en tant que
différent et distingué, il est dit tout entier être en état
de procession achevée. Ainsi, tout ce qui est dans cet
état demeure dans la nature et les limites de ses propres
causes (p. 121.11-p. 123.12).
2.3. Damascius examine les apories de la conversion
dans son rapport à la procession et à la manence. Que
signifie la conversion, et se justifie-t-elle à leur égard
(p. 123.13-22)?
a) On objecte que la conversion, en tant que retour
du procédant vers son générateur, annule la procession.
On répond que, selon la vraie nature des êtres
perpétuels, elles demeurent ensemble et sous le même
rapport, le propre de la conversion étant de rendre
l’engendré semblable à son générateur, et celui de la
procession de le rendre différent (p. 123.23-124.9).
b) Dans ces conditions, on admet que le procédant,
qui se convertit, tout en restant dans l’état de
procession achevée, devient plus proche de son produc-
teur par la conversion que par la procession. Mais on
oppose à cela que la propriété processive, en tant qu’elle
est antérieure à la propriété conversive, est meilleure
qu’elle, donc que l’engendré ne s’approche pas davanta-
ge de son générateur par la conversion que par la
procession, et que, s’il procède en demeurant dans son
générateur, il n’a nul besoin de conversion pour lui être
rendu semblable. On objecte encore que, si la conver-
sion est récupération de la manence, elle doit être, elle
aussi, manence, mais après la procession, sans qu’elle
puisse signifier quelque autre chose qui soit troisième.
On répond que se convertir n’est pas la même chose que
demeurer, car demeurer implique l’identité de l’engen-
dré avec le générateur, tandis que se convertir suppose
que l’engendré est devenu autre que le générateur par la
procession, pour qu’il puisse le désirer par la conversion.
Ainsi, la procession fait être le troisième en lui-même ;
elle est par là supérieure à la conversion, mais la
conversion perfectionne ensuite le troisième par le désir
de son générateur (p. 124.10-125.16).
c) Par la conversion, le troisième s’efforce de devenir
le premier ; mais on objecte qu’il l’est d’abord par le fait
même de demeurer en lui. On répond qu’il s’agit là de
deux états différents, l’un antérieur, l’autre postérieur à
la procession. On objecte qu’il est absurde de reprendre
ce que l’on a déjà. On rétorque que peut-être la
conversion ne procure qu’une image du premier au lieu
de lui-même. On objecte qu’on ne saurait désirer une
image de quelque chose dont on possède déjà la réalité.
On conclut que manence et conversion ne sauraient
procurer quelque choe d’identique selon la forme. Que
procure donc la conversion? La question reste posée
(p. 125.17-126.8).
2.4. Damascius élabore la problématique de la manen-
ce, de la procession et de la conversion, en répondant à
quatre questions liées aux apories précédentes.
lre question : y a-t-il une double manence : celle d’en-
haut qui précède la procession, celle d’en-bas qui
précède la conversion (p. 126.9-23)?
2e question : quelle est cette célèbre contradis-
tinction de la manence, de la procession et de la
conversion ? On peut dire qu’elle correspond à la triple
relation à l’un (supérieur ou inférieur) : la relation in
quo, la relation a quo, la relation ad quod (p. 127.1-11).
3e question : la conversion n’est-elle pas de deux
sortes : vers soi et vers ce qui est antérieur à soi? En
est-il de même de la manence, dans ce qui est supérieur
et dans soi-même (p. 127.12-20)?
4e question : là où est l’une de ces trois activités, est-
ce que sont aussi les autres, et comment se répartissent-
elles, relativement au troisième ordre intelligible, au
deuxième et au premier (p. 127.21-128.6)?
Damascius répond à la 4e question en expliquant que
le troisième se constitue du mélange de la manence (qui
est la nature du premier), et de la procession (qui s’en
écarte), mélange réalisé par conversion de la seconde
vers la première. Ainsi, la conversion appartient en
propre au troisième, tandis que, dans son tout, il se
compose des trois activités comme de trois éléments.
Aussi demeure-t-il en lui-même, procède-t-il de lui-
même et se convertit-il vers lui-même ; il exerce
également ces trois activités par rapport au premier. En
effet, la distinction du troisième est double : il y a sa
distinction à l’égard du premier, en tant que le
troisième est troisième, et sa distinction à l’égard de lui-
même, dans sa propre plurifîcation, en tant qu’il est
triade (p. 128.7-130.5).
A la 3e question, Damascius répond que la conversion
est unique par le substrat, mais double par la relation.
Le troisième, en se circonscrivant, s’est converti vers
hii-même, mais il s’est aussi converti vers ce qui lui est
antérieur, en s’y conformant. De même, la procession
du troisième se réalise à la fois à partir de lui-même et
de ce qui lui est antérieur; c’est, en effet, selon
l’ensemble des deux que ce qui est en état de procession
achevée est tout entier ce qu’il est. De même, la
manence est identique par le substrat et ne diffère que
par la relation : c’est par la même propriété qui dispose
MANENCE, PROCESSION, CONVERSION XLVII
à la manence (monimon), que le troisième demeure à la
fois en lui-même et dans sa cause. De façon semblable,
par la propriété processive (proodikon), il procède des
deux, et par la propriété conversive (épislreptikon), il se
convertit vers les deux, en liant, dans les deux cas, le
proodikon au monimon. Tels sont les trois éléments dont
s’est constitué le troisième, non pas en tant qu’il a
procédé simplement, mais en tant qu’il est l’intellect.
Cependant, les trois éléments sont aussi dans le premier,
mais à l’état encore indifférencié, et dans le deuxième,
mais en voie de distinction. Aussi, on ne peut pas dire,
en toute rigueur, que le premier demeure, sauf en tant
qu’il ne procède pas, à la différence des deux autres. De
même, le deuxième, que l’on peut dire procédant et
demeurant par rapport au troisième qui a fini de
procéder, n’est en réalité ni l’un ni l’autre. En effet, les
trois éléments ne sont distingués les uns des autres que
dans le troisième. Celui-ci est proprement le premier à
demeurer, à procéder et à se convertir, tant par rapport
au deuxième que par rapport au premier. Ainsi se
trouve complétée la réponse à la 4e question ci-dessus, à
savoir comment manence, procession, conversion se
répartissent-elles relativement aux trois ordres de
l’intelligible. Damascius ajoute que, après s’être mani-
festées dans le troisième qui est le premier intellect,
manence, procession, conversion procèdent dans la suite
des triades, le 1er terme de chacune étant plus marqué
par le monimon, le 2e par le proodikon, le 3e par
V épislreptikon (p. 130.6-132.20).
Relativement à la lre question, Damascius soulève
l’objection suivante contre la double manence : si
demeurer, c’est ne pas s’écarter complètement de la
cause génératrice, la même manence accompagne la
procession el la conversion. A quoi l’on peut opposer
que si le troisième se convertit, c’est qu’il a fini de
procéder et non qu’il demeure. Cependant, on pourra
faire valoir qu'il demeure dans le fait d’être en état de
procession achevée. On répondra que cette manence-là
n’est rien de celle du premier, mais qu’elle est une
simple intensification de l’état de procession achevée.
Toutefois si quelqu’un (Proclus) invoque la contre-
participation des trois activités, on sera d’accord avec
lui pour dire que la manence d’en-bas est une partici-
pation de celle d’en-haut (p. 132.21 - 134.8).
A la 2e question, Damascius répond que les trois
activités se contredistinguent de la manière suivante :
la propriété qui dispose à la manence signifie la forme
du générateur; la propriété processive signifie un écart
vis-à-vis de la manence ; enfin la propriété conversive
est significative de l’engendré concentré et circonscrit
en lui-même (p. 134.9-25).
2.5. La problématique précédente de la manence, de la
procession et de la conversion s’applique aux ordres
intelligibles. En effet, chacune des trois activités est
Diadique : substantielle, vitale, cognitive (p. 135.1-4).
a) Il y a ainsi une triple conversion vers soi du
troisième ou de l’intellect : une conversion selon la
connaissance, car le connaissant se connaît lui-même ;
une conversion selon la substance, car, entre ce qui est
au-delà de toute position dans l’être et ce qui reçoit
l’être d’ailleurs, il faut qu’il y ait un autoconstituant,
c’est-à-dire ce qui a l’être de par soi-même, en se
convertissant vers soi selon la substance; enfin, une
conversion vers soi selon la vie, c’est celle de l’autovi-
vant qui se fait lui-même vivant (p. 135.5-136.2).
b) Il y a aussi une triple conversion du troisième vers
le premier, ou de l’intellect vers l’être : une conversion
cognitive, car le troisième connaît le premier ; une
conversion substantielle, car le troisième, dans sa
propre délimitation en lui-même, après sa procession,
s’est rendu conforme au premier; enfin, une conversion
vitale qui rattache l’intellect à l’être par le contact
immédiat de la vie à l’être (p. 136.3-137.5).
c) Pareillement, il y a une triple conversion du
troisième vers le deuxième, ou de l’intellect vers la vie :
une conversion cognitive, car l’intellect connaît la vie,
une conversion substantielle, car l’intellect entre dans
la délimitation de la vie, s’assimile à elle et devient vie,
autant qu’il est possible que dans le distingué soit ce qui
est en train de se distinguer; enfin, une conversion
vitale, car l’intellect vit et a un désir de vie, avant de
devenir vie et d’être vie par la conversion substantielle
(p. 137.6-25).
d) Le même modèle des trois conversions doit être
appliqué dans tous les domaines, quel que soit le
nombre des intellects qui se convertissent et des causes
vers lesquelles ils se convertissent. Chacun d’eux se rend
semblable à elles, soit selon les propriétés qu’il en reçoit,
soit selon les subsistences qui sont en lui et qui
présentent déjà quelque analogie avec la nature de ces
causes. Damascius laisse en suspens la question de
savoir laquelle des deux hypothèses est vraie, et il
souligne la différence entre le fait d’être ce qu’on est
soi-même par conversion vers soi et le fait de devenir
semblable à ses propres causes par conversion vers
elles; il en fait l’application à l’intellect (p. 138.1 -
139.10).
2.6. Damascius élabore une série de dix questions
relatives à la manence, à la procession et à la conversion.
1) Pour quelle raison diviser chacune de ces trois
activités selon la division triadique de la substance, de
la vie et de la connaissance, et non selon une autre
division? Quelle est cette triade, et d’où a-t-elle pris sa
contradistinction (p. 139.11-140.13).
2) La conversion est-elle nécessairement le fait du
troisième dans son rapport au premier et au deuxième,
ou bien est-elle aussi le fait du deuxième dans son
rapport au premier (p. 140.14-20)?
3) La manence et la procession sont-elles aussi
substantielles, vitales et cognitives comme la conver-
sion (p. 140.21-141.2)?
4) Le connaissant, le connu et la connaissance se
trouvent-ils exclusivement ou non dans la conversion
cognitive (p. 141.3-6)?
5) Pourquoi dit-on que ce qui se convertit vers soi
dans les conversions vitale et substantielle se fait soi-
même vivre et être, alors que, sur le plan cognitif, se
convertir n’est que converger vers soi-même, sans rien
produire (p. 141.7-16)?
6) Pourquoi la conversion cognitive, tant vers les
réalités antérieures que vers soi-même, se borne-t-elle à
une pure connaissance, alors que, dans les conversions
substantielle et vitale, ce qui se convertit se substantia-
lise et se rend soi-même vivant, sans agir cependant sur
ce qui lui est antérieur (p. 141.17-24)?
7) Comment l’intellect connaît-il ce qui lui est
antérieur? Est-ce en se connaissant dans sa propre
nature ou en faisant abstraction de lui-même? La
conversion cognitive est-elle supérieure à la conversion
substantielle (p. 142.1-13)?
8) Quelle est la fin (télos) de la connaissance et que
procure-t-elle au connaissant (p. 142.14-18)?
9) Comment se présente la relation du connu et du
connaissant? Lequel des deux agit sur l’autre
(p. 142.19-24).
10) Qu’est-ce que la connaissance, le connaissable et
ce qui est capable de connaître? Que sont la vie et la
substance, et en quoi diffèrent-elles de la connaissance
(p. 142.25-143.4)?
2.7. Répondant aux questions précédentes, Damascius
commence par la dixième.
a) Substance, vie, connaissance ne sont pas de même
rang, car elles ne sont ni des formes, ni des genres ni des
parties, mais des mondes complets ; le premier (la
substance) est cause, le troisième (l’intellect) est effet, et
le deuxième (la vie) est cause par rapport au troisième
et effet par rapport au premier. Aussi, dans ces mondes,
il n’y a pas de participation de la substance à la vie et à
la connaissance, mais inversement de la connaissance à
la vie et à la substance. Ainsi, la substance n’est ni vie,
ni connaissance. Le premier monde concentre tout dans
son indifférenciation : il est lui-même incirconscrit. Le
troisième, dans son état de procession achevée, est
circonscrit, et il circonscrit ce qui s’est en lui distingué.
Le deuxième n’est ni circonscrit ni incirconscrit, et il est
appelé vie (zôè), parce que, dans son mouvement du
premier au troisième, il est tel qu'une substance
bouillonnante (zéousa ousia). C’est ainsi que la nature
de l’être, en affaiblissant un peu son indifférenciation, a
projeté une certaine procession, qui s’est ensuite
circonscrite elle-même dans sa distinction. Cette disten-
sion au sein de l’être a rendu possible sa propre
correction, qui consiste dans la connaissance. Mais il ne
saurait y avoir de connaissance dans la substance
totalement unifiée et sans distinction. De son côté, la
vie ne possède la connaissance, le connaissable et ce qui
est capable de connaître, que comme en train de se
distinguer et non comme distingués. Par conséquent,
c’est seulement dans l’intellect que, pour la première
fois, se produit la connaissance. Elle est le lien par
lequel l’intellect surmonte son propre écart vis-à-vis de
soi et de ses causes, et se convertit vers elles et vers soi.
Cependant, déjà les conversions substantielle et vitale
rattachaient l’intellect à la vie et à l’être. La conversion
cognitive est donc la troisième des conversions, étant le
fait de la troisième hypostase à partir du distingué,
c’est-à-dire le fait de l’intellect intellectif ou de la
neuvième hypostase à partir de la substance indifféren-
ciée, car chacun des trois mondes, qui composent la
triade de la substance, de la vie et de l’intellect,
développe, à partir de son point de vue propre, la série
triadique de la manence, de la procession et de la
conversion (p. 143.5-147.19).
b) Qu’est-ce donc que la connaissance? On répondra
qu’elle est la réception du connaissable dans le connais-
sant. Mais comment savoir ce que signifient ces derniers
termes, tant que l’on ne sait pas ce qu’est la connaissan-
ce ? Damascius propose, à partir de considérations
étymologiques dans la tradition du Cratyle, de définir la
connaissance comme une intellection en train de venir à
l’être et comme un retour vers l’être, un retour
cependant différent du retour substantiel et du retour
vital. On pourrait encore envisager la connaissance
comme une genèse d’être et une substantialisation en
train de venir à l’être, dans la mesure où l’intellect est
les intelligibles qu’il connaît. Quoi qu’il en soit,
l’intellect projette la connaissance dans son retour vers
l’être, mais sans que ce retour abolisse l’écart de ce qui
a procédé. Cela étant acquis, la connaissance est-elle le
rayonnement et la lumière avant-coureuse du connais-
sable dans le connaissant? De fait, la connaissance se
produit selon l’objet de connaissance, en tant que celui-
ci est consubstantialisé avec le connaissant. Avant la
connaissance, celui qui est capable de connaître désire
le connaissable, et, dans la connaissance, il l’obtient. Il
s’agit là sans doute de l’être, mais en tant que
connaissable. L’être est comme l’hypostase, et le
connaissable est comme l’éclat de l’hypostase, de sorte
que l’intellect connaît l’être, mais selon son éclat
(p. 147.20-150.24).
c) Qu’est-ce donc que cet éclat? C’est ce qui de l’être
peut être perçu par les êtres de second rang. Mais serait-
ce que l’être n’est pas tout entier connaissable? On
répond qu’il est normal qu’en deçà de l’absolument
ineffable, il y ait des causes qui soient relativement
ineffables pour les êtres de second rang. On objecte
ensuite que l’intellect ne connaît pas seulement le signe
avant-coureur de l’être, mais qu’il connaît aussi l’être
lui-même, ne serait-ce que dans son éclat ; on répond
que ce signe est son éclat lui-même, et que cet éclat
n’est, pas une émanation de l’être, mais la luminosité
même de sa nature. On objecte encore que l’être n’est
alors connu que selon sa surface. On répond que l’éclat
de l’être doit être conçu selon le tout de l’être, de la
même façon que le cristal est pénétré dans sa totalité
par la nature du visible (p. 150.25-151.22).
Cependant, objectera-t-on enfin, l’éclat de l’être est
différent de l’être, et seul l’éclat est objet de connais-
sance ; et voilà que paradoxalement nous distinguons
l’être et l’éclat en ce qui est entièrement indifférencié.
On répondra que l’être est indifférencié, mais que, dans
la mesure où l’intellect s’est distingué de lui, l’être a été
distingué d’un distingué, quoique ce soit comme
indifférencié. Par là, se manifeste à propos de l’être le
caractère du connaissable, non pas que ce caractère lui
soit propre, mais il découle de sa comparaison avec
l’intellect, car celui-ci, en se distinguant de l’être, s’est
déterminé comme capable de connaissance. Aucune
détermination n’est, par contre, dans l’être; car l’être
n’est pas être comme une chose définie par rapport à la
vie et à l’intellect, et, si la distinction commence à se
former dans la nature moyenne, c’est dans l’intellect
qu’elle s’accomplit, permettant la spécification des
noms et des choses (p. 151.23-154.7).
C’est donc dans l’intellect que sont apparus, pour la
première fois, comme distingués, le connaissable, ce qui
est capable de connaître et la connaissance ; et c’est le
caractère de l’intellect, comme forme des formes, que
d’être au sens propre le connaissable et ce qui est
capable de connaître. Aussi, s’étant distingué en lui-
même, l’intellect a fait retour vers lui-même, comme un
connaissant vers un connaissable ; et, s’étant distingué
de l’être, il a fait retour vers l’être par une connaissance
unifiée; mais, après avoir désiré l’être, comme un
connaissant désire un connaissable, il s’est uni à lui et il
a appris que son union à l’être est analogue à celle d’une
substance à une substance, de telle sorte que le retour
de l’intellect vers l’être est plutôt substantiel, et son
retour vers lui-même, plutôt cognitif (p. 154.8- 155.13).
d) Pourquoi l’intellect est-il à la fois capable de
connaître et connaissable, tandis que la substance est
connaissable seulement? On répond que le connaissable
est aussi désirable, et que ce qui est capable de
connaître est aussi capable de désirer. Or, ce qui est
capable de désirer est inférieur à ce qui est désirable.
Donc ce qui est capable de connaître est inférieur à ce
qui est connaissable, et cette capacité de connaître
convient à l’intellect et non à la substance. Mais
l’intellect est aussi désirable et connaissable pour lui-
même, et pour ce qui lui est inférieur. De plus, les
inférieurs participent des supérieurs, et non inverse-
ment. Par suite, la substance n’est pas intellect, tandis
que l’intellect est substance par participation, et
intellect par subsistence. Enfin, on supposera peut-être
que, si la substance est tout dans sa propre coagréga-
tion, elle est aussi capable de connaître, de la même
façon indéterminée qu’elle est aussi connaissable. Mais
on fera observer que l’intellect, en se distinguant
explicitement (comme effet) de la substance (comme
cause) se manifeste comme capable de connaître et fait
paraître en retour la substance comme connaissable
(p. 155.14-156.18).
2.8. Réponse à la 9e question. Si le connaissant et le
connu deviennent ensemble en acte, l’effet n’agit-il pas
sur la cause? Cela serait peut-être vrai dans les choses
de même rang, encore que, même dans ces choses, la
relation qui advient en chacune n’est l’effet ni de l’une
ni de l'autre; car, soit qu’elles se rapprochent, soit
qu’elles se séparent, elles jouent seulement le rôle de
matière par rapport à la relation, qui joue le rôle de
forme, en venant de l’extérieur briller sur elles. Une
baguette, coupée en deux, a participé de la forme de la
dyade, au lieu de celle de la monade, comme l’enseigne
le Socrate du Phédon. Mais, s’il s’agit de choses telles
que le premier connaissable et le premier capable de
connaître, la première cause et le premier effet, il serait
absurde de dire que quelque chose advient dans les
deux à partir d'une forme, puisque aucune forme ne
leur est antérieure. Tout ce qui est donc dans l’effet lui
vient de la cause. En produisant l’intellect, la substance
s’est manifestée à lui comme connaissable et elle l’a
rendu capable de connaître. Par conséquent, ce n’est
pas l’effet qui agit sur la cause, même dans la relation
de contrajuxtaposition par laquelle l’effet paraît carac-
tériser la cause, mais c’est la cause qui produit cette
relation, et, si l’on peut dire, c’est elle qui se fait
connaissable avant même de réaliser ce qui est capable
de connaître (p. 156.19-158.23).
2.9. Réponse à la 8e question. Quelle est l’utilité de la
connaissance? La connaissance procure l’être au
connaissant ; l’intellect manifeste le connaissable qui est
dans l’intelligible; l’intellection spécifie le sujet d’intel-
lection selon l’objet d’intellection, et l’établit dans la
forme de ce qui l’a fait procéder, à quelque rang que ce
soit. La connaissance des choses inférieures, quand elle
MANENCE, PROCESSION, CONVERSION Lv
est sans passion, les rapproche des supérieures et elle
rend manifeste entre elles une communauté. La
connaissance révèle l’affinité de toutes les choses et la
parenté universelle ; dans la marche de tous les êtres
vers le bien en soi, elle est le moyen le plus efficace;
sans doute, ce n’est pas à l’ineffable qu’elle nous unit,
mais à l’être qui médiatise tout le reste vers l’ineffable
(p. 159.1-160.20).
2.10. Réponse à la 7e question. Quel est le rang de la
conversion cognitive, et celui de la conversion substan-
tielle, et de quelle manière l’intellect connaît-il ce qui
lui est antérieur? La conversion substantielle est
supérieure, car la délimitation de l’intellect, à laquelle
correspond la conversion cognitive, est de second rang,
puisque c’est une délimitation de connaissant à connu,
et non d’hypostase à hypostase. Damascius répond
ensuite que l’intellect ne connaît pas l’être séparément
de lui-même, ni à travers lui-même seul, mais que la
connaissance de lui-même et celle de l’être sont en lui
réciproques; car l’intellect, à travers l’image qu’il est
lui-même de l’être, saisit sa propre ressemblance à l’être
et sa dissemblance. En se connaissant lui-même et en
étant circonscrit par sa connaissance, l'intellect a appris
que la nature incirconscrite de l’être ne supporte pas de
connaître, mais seulement d’être connue. En la connais-
sant, l’intellect ne s’est pas confondu avec elle; la
distinction n’a pas été abolie. La connaissance réunit,
tout en maintenant la distance (p. 160.21 - 162.23).
Néanmoins, la distinction par laquelle l’intellect s’est
produit hors de l’être ne signifie pas un changement
absolu de sa nature vis-à-vis de celle de l’être.
L’intellect qui a procédé reste semblable à la substance
qui demeure. Aussi peut-il, par lui-même tout entier, la
connaître. Dans l’intellect, le plérôme coagrégé, anté-
rieur au divisé, est comme l’image de la substance
unifiée, antérieure à l’intellect. D’après cette image,
l’intellect connaît le modèle et, d’après le modèle, il se
représente l’image, quelle que soit la distinction entre
les deux (p. 162.24-163.20).
2.11. Réponse à la & question. Pourquoi, dans les
conversions substantielle et vitale, l’intellect, en se
convertissant vers lui-même et vers ce qui lui est
antérieur, se comporte-t-il de deux manières différentes,
puisque, en se convertissant vers lui-même, il se fait
subsister et vivre, et que, en se convertissant vers ce qui
lui est antérieur, il ne fait ni subsister ni vivre cela ? Et
pourquoi, dans la conversion cognitive, au contraire, se
convertit-il vers lui-même et vers ce qui lui est
antérieur d’une seule et même manière, puisque, dans
les deux cas, il se contente de connaître purement et
simplement, sans agir ni sur lui-même ni sur ce qui lui
est antérieur? D’une part, la connaissance n’a pas pour
propriété de produire ou de faire subsister quelque
chose, à la différence de la substance et de la vie, mais
seulement de connaître quelque chose qui est déjà.
D’autre part, la conversion substantielle de l’intellect
vers ce qui lui est antérieur ne fait pas subsister cela,
parce que l’effet ne fait pas subsister la cause. Si l’on
objecte ensuite qu’une telle conversion pourrait ne pas
être substantielle, puisqu’elle n’est pas productrice de
substance, on répond que, par cette conversion substan-
tielle vers ce qui lui est antérieur, l’intellect s’est
circonscrit lui-même comme procédant de cela, et qu’en
ce sens cette conversion est productrice de la substance
de l’intellect, tandis que la conversion substantielle de
l’intellect vers lui-même le fait subsister comme procé-
dant de lui-même (p. 163.21 - 165.3).
2.12. Réponse à la 5e question. Pourquoi les conver-
sions substantielle et vitale sont-elles productrices
d’être et de vie, à la différence de la conversion
cognitive? En parlant de la conversion substantielle
vers soi, comme d’une convergence dans laquelle ce qui
se convertit se fait subsister soi-même, de même qu’en
parlant de la conversion vitale vers soi, comme d’une
convergence dans laquelle ce qui se convertit se fait
vivre soi-même, on ne prétendait pas identifier conver-
sion et production (comme l’interdisait, en effet,
l’objection, p. 141.9-14); mais on voulait seulement
MANENCE, PROCESSION, CONVERSION LVII
faire connaître la forme de ces conversions à partir de ce
qui coexiste avec elles, à savoir à partir de ce qui est
producteur de substance ou de vie. Damascius distingue
ensuite la conversion de la connaissance, qui n’est pas
non plus production ; la conversion est une convergence
vers un autre ou vers soi-même, tandis que la connais-
sance est un consentement à ce qu’est une chose
(p. 165.4-16).
2.13. Héponse à la 4e question. La triple division du
connaissant, du connu (ou connaissable) et de la
connaissance appartient-elle à la seule conversion
cognitive? Damascius cite, dans le domaine de la
conversion vitale, une division analogue, à savoir : le
vivant qui correspond au connaissant, la vie vécue par
le vivant, laquelle correspond au connu, la vitalisation
qui correspond à la connaissance ; et, de même, dans le
domaine de la conversion substantielle : ce qui se
substantialise (l’intellect), ce qui est substantialisable
ou substantialisé dans l’intellect, et la substantialisa-
tion. Mais si le vocabulaire de la division est nettement
établi dans le domaine de la connaissance, parce que
celle-ci est elle-même dans une grande distinction, il
n’en est pas de même dans le domaine de la vie, où la
distinction est plus atténuée, et à plus forte raison dans
celui de la substance (p. 165.17-167.8).
2.14. Héponse à la 3e question. La triple division de la
substance, de la vie et de la connaissance se vérifie-t-elle
aussi de la procession et de la manence? La procession
en état d’achèvement complet est également triple :
celle du connaissant à partir du connaissable, celle du
vivant à partir de la vie ou de la cause de la vie, celle de
l’être à partir du premier être. Mais la procession en
tram de procéder est uniquement celle de la vie, dans
laquelle les trois termes ne se sont pas encore distingués,
bien qu’ils esquissent leur distinction. La manence de la
substance unifiée ou de l’être n’admet pas la division
des trois termes ; mais la manence de ce qui a procédé a
cette triple division, car l’intellect demeure dans le
connaissable selon la connaissance, dans la vie selon sa
propre vie et dans l’être selon sa sortie incomplète de
l’être (p. 167.9-168.3).
2.15. Réponse à la 2* question. Quels sont la nature et
le rang de ce qui se convertit? La conversion est le fait
de ce qui a procédé, non de ce qui procède, ni à plus
forte raison de ce qui demeure antérieurement à la
procession. Mais est-ce que la conversion seule appar-
tient à ce qui a procédé? Non, car les trois activités
(manence, procession, conversion), étant entre elles
dans la distinction, sont formellement dans ce qui a
procédé et dont la substance est déterminée, c’est-à-dire
dans l’intellect. Antérieurement à ce dernier, la vie ne
laisse apparaître de la manence, de la procession et de la
conversion qu’une virtualité qui reste encore hors de la
distinction. Dans l’être ou dans l’unifié, elles sont
totalement indifférenciées. Pourtant, l’être n’est-il pas
en état de conversion achevée vers lui-même, n’est-il
pas autoconstituant, ne procède-t-il pas de lui-même et
ne demeure-t-il pas en lui-même? S’il nous apparaît tel,
ce n’est qu’en fonction de notre propre division à
l’égard de sa simplicité unique, mais il n’est rien de ces
activités, qui ne se contredistinguent que dans ce qui a
procédé. Or, c’est là le troisième, c’est-à-dire l’intellect,
et tout ce qui est après lui. Mais cela peut être aussi le
deuxième, si l’on parle non du deuxième après l’être
(c’est-à-dire la vie), mais du deuxième intellect et de
toutes les choses de second rang qui se distinguent de
celles qui les précèdent, en participant de la première
distinction (p. 168.4-170.8).
2.16. Réponse à la lre question. D’où vient la division
triadique? Celle qui s’établit selon ce qui est unifié
(l’indifférencié), ce qui est en train de se distinguer, et ce
qui est distingué (le plurifié) est issue d’un raisonnement
probable, tandis que la division selon la substance, la
vie et l’intellect est fournie par les sensibles et par la
définition des vivants (p. 170.9-171.3). Nous pouvons
argumenter cette dernière division, abstraction faite des
intelligibles, en analysant nos seules notions, grâce
auxquelles nous disons que, parmi les êtres, l’un existe,
un autre vit, un autre connaît. Connaître, c’est se
tendre vers un autre que l’on désire en tant qu’il est
connaissable. Être, c’est résider en soi-même, en dehors
de toute dualité. Vivre, c’est, tout en étant encore soi-
même, s’éveiller hors de soi, bouillonner en débordant
de sa propre substance, mais sans se tendre vers un
autre qui serait à l’état distinct; en effet, il n’y a pas
encore d’état distinct avant le premier intellect, dans
lequel seulement les notions mêmes de substance, de vie
et de connaissance sont déterminées pour la première
fois comme des formes. C’est dans l’intellect que
s’effectue leur contradistinction à laquelle Damascius
consacre une brève analyse (p. 171.4-173.15). Puis, il
en vient à la contradistinction de la manence, de la
procession et de la conversion qui sont les trois activités
d’une même réalité, d’abord demeurant en repos en elle-
même, ensuite s’écartant de son repos, enfin retournant
vers son repos en elle-même (p. 173.16-24).
3. Troisième section :
L’intelligible et sa pluralité
3.1. Nature des éléments, des parties et des formes. Le
problème de la distinction de l’intelligible en substance,
vie et intellect entraîne l’examen des plusieurs qui
correspondent à chacun de ces diacosmes, à savoir
respectivement les éléments (sloichéia), les parties
(mère) et les formes (eidè) (p. 174.1-11).
a) Quels sont leurs caractères distinctifs? Les formes
se caractérisent par leur écart les unes vis-à-vis des
autres, chacune s’étant établie en soi, dans sa propre
circonscription. Les parties, en se divisant, esquissent
leur distinction sans la circonscrire dans un en soi, et
leur subsistence consiste dans leur relation même les
unes aux autres et au tout. Les parties sont constituées
des mêmes éléments que le tout, mais les éléments sont
plus simples que les parties. Tandis que les parties
maintiennent leur division propre, les éléments sont
fusionnés dans un mélange où ils ne manifestent nulle
part leur division. Enfin, tandis que les parties sont de
la même nature que le tout, les éléments, pris en soi, ne
sont pas de la même nature que l’élémenté (p. 174.12-
176.7).
b) Dans quels rapports ces plusieurs sont-ils entre
eux? On objecte que, bien qu’ils soient distincts en
nature, certains sont aussi bien des formes que des
éléments (tels les quatre éléments et les genres de l’être),
et que d’autres sont aussi bien des formes que des
parties (telles les parties anhoméomères de notre corps,
circonscrites par des différences formelles) (p. 176.8-23).
On répond en citant la loi selon laquelle l’inférieur
participe du supérieur et non inversement, de sorte que
les formes peuvent, à des points de vue différents, être
aussi des parties et des éléments, tandis que, de façon
proprement dite, les parties ne peuvent pas être des
formes, et que les éléments ne peuvent être ni des
formes ni des parties. C’est ainsi que les formes simples
peuvent entrer comme éléments dans la constitution
des formes composées, mais, éléments, elles le sont déjà
dans leur propre coagrégat antérieur ; et, en train de se
distinguer, elles sont des parties. Les formes dissembla-
bles dans un tout jouent le rôle de parties anhoméomè-
res : telles sont nos parties organiques, les parties du
ciel, les raisons dans les âmes (p. 176.24- 178.17). Quant
aux parties elles-mêmes, on distingue : — celles qui ne
sont que parties : telles sont les parties dites homéomè-
res, qui divisent le tout en demeurant dans la même
forme ; — celles qui, tout en restant dans une commune
univocité avec le tout et entre elles, sont prêtes à en
sortir vers l’anhoméomère : c’est le cas des parties du
vivant prêtes à se spécifier ; — les parties quasi
formelles : telles sont du côté inférieur, nos parties
organiques, et, du côté supérieur, les parties du monde ;
— les parties qui sont aussi des éléments : tels sont les
plusieurs dont se constitue la totalité dans son unité, de
même les espèces dans le genre, et les genres de l’être
dans la constitution de la substance unique. Tout cela,
précise Damascius, méritera encore élaboration
(p. 178.18-180.6).
c) Au cours de cette recherche, on répondra notam-
ment aux deux questions suivantes : — quelles sont,
parmi les formes et les parties, celles qui peuvent
devenir des éléments? — les éléments sont-ils nécessai-
rement supérieurs à leurs élémentés et plus simples
qu’eux? Car, s’il paraît en être ainsi dans la plupart
des mélanges, comme celui de notre coprs, celui de la
nature de l’homme, de la nature du cheval, celui de
l’âme, il n’en est pas de même pour le corps de l’univers
(formé des quatre éléments qui ne sont pas des substrats
antérieurs à lui), ni pour la première substance
(puisqu’il n’y a pas d’éléments antérieurs à elle)
(p. 180.7-181.13).
3.2. Qu’en est-il donc de la simplicité des éléments, de
leur rang et de leur nature?
a) On répond que l’élémenté est de deux sortes :
celui qui s’impose aux éléments comme une forme et
qui est donc plus simple qu’eux, et celui qui est comme
une matière, composée du mélange des éléments ; ce
dernier élémenté est nécessairement moins simple que
ses éléments, lesquels sont, à leur tour, moins simples
que la propriété commune qui spécifie le mélange. Mais
on ne peut pas considérer la première substance,, elle-
même, comme composée d’une forme (que serait la
propriété simple) et d’une matière (que seraient les
éléments), car, antérieure à toute distinction substan-
tielle, cette substance ne saurait être deuxième après ses
propres éléments qui se font voir dans une certaine
pluralité et une certaine détermination. Il faut donc que
la substance première manifeste ses éléments en même
temps qu’elle-même et en elle-même, de la même
manière que la totalité manifeste ses parties, et le
monde ses propres éléments (p. 181.14-182.16).
b) En effet, tout un est antérieur à sa propre
pluralité et se détend en elle. Et, si les plusieurs se
divisent en éléments, parties et formes, il faut qu’il y ait
l’un des formes, c’est-à-dire leur coagrégat, l’un des
parties, c’est-à-dire le tout, l’un des éléments, c’est-à-
dire l’élémenté, et ce dernier est l’un le plus resserré
dans l’union (p. 182.17-183.15).
c) Aussi les éléments, bien que plusieurs par nature,
sont tous fusionnés dans l’élémenté, sans que leur
mélange soit une chose et l’élémenté une autre. Les
éléments ne sont pas, à la lettre, la matière de
l’élémenté; ce n’est là qu’une analogie. Mais l’élémenté
est lui-même un et plusieurs, les plusieurs étant
fusionnés sous la domination de l’un (p. 183.16-184.12).
Ensuite, selon la détente de cet un, les plusieurs,
d’éléments qu’ils sont d’abord, deviennent des parties
et, enfin, des formes. C’est dans le tout et les parties
qu’apparaissent le mieux à la fois la dualité et l’unité de
la relation. Dans les formes, l’unité du coagrégat et la
pluralité manifestent moins leur connexion. Enfin, les
éléments et l’élémenté voilent leur dualité qui n’est
décelable que par le raisonnement (p. 184.13-185.5).
d) Cette indétermination, que l’élémenté (ou la
substance) introduit dans les éléments, va de soi, si l’on
remarque que les formes elles-mêmes, dans la mesure où
elles jouent le rôle d’éléments à l’égard d’autres formes,
s’unifient dans un unique mélange, sans perdre toutefois
leurs propriétés : ainsi le visible et le tangible sont dans
toutes les parties du corps sans être identiques, de
même le substantiel, le vital et le cognitif sont dans
toutes les parties de l’âme, de même encore les genres
de l’être dans l’intellect. Les genres de l’être sont des
sortes de formes plus élémentaires et plus simples que
les formes proprement dites : c’est pourquoi ils sont
communs à toutes les formes et à l’unique nature
spécifiée, antérieure à la pluralité de ces dernières. Plus
exactement, ce sont moins des formes que des éléments
de la substance dite spécifiée, laquelle constitue, dans sa
coagrégation de forme unique, le premier ordre du
diacosme spécifié. Avec la division de cette substance et
la totalité, qui ramasse sa division, se produit la nature,
elle aussi spécifiée, du tout et des parties, après laquelle
les formes proprement dites s’établissent dans leurs
circonscriptions au sein de leur un, rassembleur et
polymorphe (p. 185.6-186.6).
e) Antérieurement donc à la substance spécifiée et
coagrégée, se trouve la véritable hypostase du tout et
des parties, c’est-à-dire la vie qui est une nature unique,
car c’est en demeurant qu’elle est le tout, et c’est en se
mouvant qu’elle est les parties ; or, elle se meut tout en
demeurant, et, tout en étant unifiée, elle subit déjà
quelque distinction (p. 186.7-21). Cette nature unique
constitue ainsi une unique médiation entre la substance
première (premier ordre intelligible-intellectif) et la
substance spécifiée, car antérieure à la vie est la
substance première, qui est indifférenciée à l’image de
l’unifié ; et, tout comme l’unifié se constitue de plusieurs
qu’il garde dans l’union, cette substance se constitue
d’éléments qu’elle maintient dans une unique coagréga-
tion, sans qu’ils aient quelque chose de distingué, ni de
spécifié, ni non plus de confondu : tel est le premier
élémenté qui se dote d’éléments purs dont on peut dire
seulement qu’ils ne sont ni des formes, ni les genres de
l’être, ni des parties au sens strict, lesquelles sont
supraformelles (p. 186.22-188.5).
3.3. Qu’en est-il des parties et des formes, et de leur
aptitude à devenir des éléments ?
a) On répond que les parties sont les genres de l’être,
si l’on dépouille ces derniers des formes à travers
lesquelles on les conçoit, et si l’on ne retient que la pure
division. Ainsi, avant d’être circonscrits de manière
formelle, les genres de l’être ont subsisté comme parties.
Mais ils ont subsisté aussi comme éléments, car, si on les
affranchit de la division, ils sont unifiés dans un unique
mélange ; et ce sont là des éléments selon la subsistence.
Quant aux parties, si on les regarde en leurs sommets
unifiés dans le tout, elles sont des éléments selon la
participation ; mais, en tant qu’elles ont l’être dans la
division, elles sont des parties selon la subsistence.
Enfin, une fois circonscrits comme des formes selon la
subsistence, les genres peuvent être considérés selon la
participation, soit comme des parties, soit comme des
éléments (p. 188.6-189.16)
b) Les genres de l’être sont-ils seuls à avoir reçu cette
triple nature d’éléments, de parties et de formes? Non,
car toutes les formes, jusqu’aux dernières, s’envelop-
pent dans les premières et ne se distinguent qu'ensuite
dans la procession. Celles qui ont des circonscriptions
plus universelles et plus indivisibles se manifestent
avant celles qui ont des circonscriptions plus particuliè-
res et plus portées à la division. Mais toutes les formes
sont, selon le mode coagrégé et indifférencié, dans
l’unifié antérieur à tout (p. 189.17-190.20). Or, si tout
est élément, ou partie, ou forme suivant l’ordre
correspondant (à savoir la substance, la vie et l’intel-
lect), pourquoi qualifier d’éléments certaines formes,
comme les genres de l’être, et non pas d’autres, comme
le vivant, la plante, l’homme, que l’on dit formés
d’éléments, mais qui peuvent aussi bien entrer dans une
composition, comme le vivant dans l’homme, et l’hom-
me dans le vivant terrestre? On répond qu’en principe
les formes peuvent être aussi parties et éléments, mais
les plus aptes au mélange des éléments sont celles qui
sont les plus universelles et les plus simples, c’est-à-dire
les plus proches de la nature unifiée : tels sont les genres
de l’être, qui sont donc plutôt des éléments que des
formes ; à l’autre extrémité, les derniers des genres
composés sont plutôt des formes (homme, cheval et
toutes les formes spécialissimes) ; quant aux genres
moyens (dits encore subalternés) entre les extrêmes de
la simplicité et de la composition, ce sont des éléments
par rapport aux genres qui leurs sont inférieurs, et des
élémentés par rapport aux genres qui leur sont supé-
rieurs (p. 190.21 -192.3).
c) Quant aux formes dites spécialissimes, qui sont les
formes ultimes, elles ne peuvent être éléments ni
d’autres formes, car elles ne seraient plus ultimes, ni des
individus empiriques, car il faut que ce qu’ils ont en
commun s’accompagne de différences individuelles ; or
si celles-ci étaient accidentelles, elles ne constitueraient
pas une substance, et, si elles étaient substantielles, il
faudrait les rapporter à des formes qui naissent et
périssent tout entières. Supposons donc plutôt que l’un
des formes se divise en plusieurs par des différences qui
le spécifient en des formes qui sont des touts, et
qu’ensuite le même tout ou la même forme soit
imprimée dans plusieurs matières, c’est ce tout ou cette
forme totale, autant de fois singularisée, qui est
l’indivisible au sens propre, en tant qu’elle est tout
entière partout, sans être modifiée ni divisée par des
différences. Il est évident que la matière n’est pas le
principe de différenciation de tels indivisibles, mais
Damascius la reconnaît comme principe de différencia-
tion des individus empiriques, non pas qu’elle entre en
composition substantielle avec une forme, mais elle se
comporte comme un écran vis-à-vis de la forme totale.
«Si l’on enlevait la matière, la forme tout entière se
manifesterait dans son unité. » Ainsi donc, pour les
individus appartenant à un même tout formel, il n’y a
aucune différenciation par la forme, ni non plus par
l’altérité et par le nombre, qui sont encore des formes
(p. 192.4-193.13).
Si la forme totale est prédicable de tous, la forme
singulière, de son côté, n’est prédicable que d’un seul
(par exemple Socrate), sans être cependant restreinte en
tant que forme, mais seulement en tant que singulière.
Entre la forme totale et la forme singulière, il n’y a pas
de différence sur le plan de la forme, mais la différence
se situe seulement entre le singulier et l’universel. La
forme reste indifférenciée, qu’on la considère comme la
forme commune à la pluralité des individus, ou comme
appartenant à chacun d’eux pris en particulier. Les
individus projettent selon la multiplicité divisée l’unité
d’une même forme. Contrairement à la génération de la
pluralité des formes communes, qui se produit selon la
différence, la génération des individus se produit par la
dispersion d’une même forme dans le discontinu, sans
que cette forme soit elle-même divisée. C’est cette
génération sans différence que subissent ou produisent
les formes spécialissimes et, avec elles, les éléments
(différences et genres) dont elles sont composées. Les
formes spécialissimes ne sont pas des éléments qui
entreraient dans une composition, mais elles sont les
touts élémentés eux-mêmes, qui font paraître ici-bas en
de multiples images leur identité indivisée (p. 193.14-
195.22).
3.4. Damascius revient au problème du statut des
éléments.
a) Les éléments ne sont-ils pas inférieurs à l’élémen-
té, du fait qu’ils sont hypostasiés en lui, en tant
qu’éléments, et ne lui sont-ils pas supérieurs par la
nature de la propriété, comme le vivant dans l’homme ?
S’il s’agit des élémentés premiers (la substance, la vie,
l’intellect, l’âme, le monde), aucun élément ne saurait
leur être antérieur ni par l’hypostase ni par la propriété.
Les élémentés premiers sont donc supérieurs à leurs
éléments, à tous les points de vue. S’il s’agit de tous les
autres élémentés, les éléments, découlant du partage
des premiers, leur semblent supérieurs par la nature
antérieure de la propriété, mais non par l’hypostase ;
selon celle-ci, tous les éléments, quels qu’ils soient, sont,
d’une certaine manière, univoques à leur élémenté.
C’est donc toujours par le caractère de l’élémenté que
sont spécifiés les éléments, comme les formes le sont par
le caractère de leur monade propre, et les parties par le
caractère de leur tout. Aussi, les éléments de la
substance, qui sont substantialisés selon la subsistence
de celle-ci, doivent être dits substantiels plutôt qu’uni-
taires, contrairement à la façon habituelle de parler.
Mais les mêmes sont dits unitaires, en tant qu’éléments
de l’un qui surmonte la substance, de même que cet un
aussi est dit substance unitaire (p. 196.1-198.4).
b) On doit alors reposer la question de savoir si la
propriété des éléments est anticipée par rapport à leur
hypostase, et si dans les substances particulières se
trouve quelque chose qui soit déjà dans les substances
universelles. Dans quel rapport le vivant dans l’homme
est-il au vivant pur ? On répond que le « vivant-en-soi »
et que le vivant comme élément dans la pluralité des
espèces ne sont pas la même chose, même pas par la
propriété. En effet, le «vivant-en-soi», qui est l’intellect
intelligible, est à la fois tous les vivants et toutes les
espèces de vivants, sans être défini en lui-même par le
nom de vivant qu’on lui donne en empruntant ce nom à
celui du vivant comme genre. La vie (zôè) elle-même
qui est au-delà du «vivant-en-soi» tire son nom de la
propriété de bouillonner (zein) et de jaillir dans la
distinction ; car aucune totalité universelle n’a de nom
propre. Ainsi, le vivant qui est élément dans l’homme
n’est pas celui de là-haut, mais la propriété seulement,
consubstantialisée avec l’homme. Autre exemple :
l’homme premier et l’homme terrestre (p. 198.5-
199.20).
c) Nouvel argument : comment les éléments d’une
chose inférieure pourraient-ils être les mêmes que ceux
d’une chose supérieure, alors que cela n’est même pas
vrai des éléments appartenant à des choses de même
rang? Pourtant, nous répétons que les propriétés sont
identiques. Mais cela n’est vrai qu’à première vue, pour
qui n’aperçoit pas la différence qui se trouve même dans
ce que l’on dit commun à des choses différentes, par
exemple, dans le vivant que l’on dit commun au mortel
et à l’immortel, ou bien à l’homme et à l’intellect. En
fait, «il n’y a rien de commun dans les choses
différentes, qui ne soit différent, et inversement rien de
différent dans les choses identiques, qui ne soit
commun, car il y a quelque intermédiaire entre le
commun et le propre» (p. 192.21-201.6).
d) Or, même s’il en est ainsi, les propriétés dites
synonymes (voir infra, n. 4 de la p. 108) ne sauraient
présubsister aux éléments. En effet, la division, dans
laquelle sont les éléments, de même que les parties et les
formes, est à chaque fois différente. Ainsi les nombres
sont qualitativement différents, en ce sens que propre à
chacun d’entre eux est la division de ses monades : la
tétrade ne se forme pas des trois monades de la triade et
d’une autre ajoutée à elles. De même, les éléments de
l’homme, à savoir le vivant, le rationnel et le mortel, lui
sont propres, en ce sens que les deux premiers dans leur
contradistinction du troisième ne sont pas identiques,
même par la forme, au vivant et au rationnel antérieurs
qui se contredistinguent de l’immortel dans l’âme
universelle. Le vivant rationnel n’est déjà plus identi-
que au vivant total. Et c’est avec l’homme seulement
qu’apparaît pour la première fois la triade de ces
éléments (vivant, rationnel, mortel), qui se sont distin-
gués comme ses propres éléments (p. 201.7-202.2).
e.) A l’objection que les éléments plus particuliers
sont toujours coagrégés dans les éléments plus univer-
sels, et que, par conséquent, les trois éléments de
l’homme sont coagrégés dans le vivant, Damascius
répond que là-haut c’est avec leur tout que les éléments
sont coagrégés, car, là-haut également, l’homme est
dans la coagrégation. La loi de l’intégration est la
suivante : les touts sont coagrégés dans les touts et, en
eux, les éléments, les parties et les formes, selon un
mode toujours indifférencié, unique et indivisible. Ainsi
sont coagrégés dans l’unifié, la substance, son hénade,
et leurs éléments ; dans les éléments, les parties non
encore divisées ; dans les parties, les formes non encore
circonscrites ; dans la lumière supracosmique, les élé-
ments du monde ; dans le monde sublunaire, les
éléments du corps humain ; car les éléments communs
aux animaux, aux végétaux et aux minéraux sont tous
coagrégés de façon indifférenciée avant que les éléments
propres se distinguent en chaque être (p. 202.3-203.6).
3.5. Comment procèdent les éléments, les parties et les
formes ?
Les éléments procèdent et subsistent toujours avec
leur élémenté. Les parties procèdent et coexistent
toujours avec et dans leur tout. Les formes qui, du fait
de leurs circonscriptions, sont moins convergentes vers
leur un propre, ont deux manières de procéder. La
première est celle des formes qui jouent le rôle de
parties, en ayant leur subsistence dans un tout, à
l’accomplissement duquel elles contribuent : ainsi, dans
l’intellect, les formes qui constituent son caractère
plurifié ; dans l’âme, les raisons qui constituent son
caractère polymorphe ; dans la nature, les raisons qui
font sa pluralité ; dans l’unité du corps, les parties (tête,
main, pied) qui font sa diversité d’aspects (p. 203.7 -
204.7). — La seconde manière de procéder est celle des
formes qui, en deçà du strict statut du tout et des
parties, subsistent d’une façon autonome. Cette maniè-
re de subsister est, en réalité, moins parfaite, car ces
formes ont relâché leur spiration commune et leur
propension vers l’un, ainsi que leur union mutuelle. La
«raison» de l’âme de l’homme, raison contenue dans
l’âme universelle, est, en effet, plus parfaite que la
substance psychique de l’homme, qui subsiste par elle-
même. Cependant, même ces formes autonomes ne sont
pas sous l’emprise complète de la distinction titanique,
et elles forment toujours un chœur uni à son coryphée,
ou encore une série qui découle de son principe
(p. 204.8-205.26).
Reprenant ensuite le même exposé, Damascius l’enri-
chit de quelques précisions. Les formes se distribuent
ainsi : d’abord, celles qui jouent le rôle d’éléments dans
une substance spécifiée, où elles subsistent unifiées (ce
sont là les éléments spécifiés, par exemple, les quatre
éléments de notre corps) ; ensuite, celles qui jouent le
rôle de parties dans un tout spécifié, où elles subsistent
dans une certaine division (ce sont là les parties
spécifiées, par exemple, les parties homéomères de notre
corps, mais surtout ses parties anhoméomères) ; enfin,
celles qui sont subsistantes en elles-mêmes (ce sont là les
formes autonomes, comme un homme et un autre
homme, le soleil et la lune). Ces dernières formes,
considérées selon l’union de leur sommet, apparaissent
comme les éléments d’une unique substance. Considé-
rées selon leur division et en tant qu’elles se tournent
vers leur un propre, elles se manifestent comme les
parties d’un même tout. Considérées selon la circons-
cription originale que chacune se donne, ces formes font
penser à la procession d’un nombre à partir de sa
monade, c’est-à-dire d’une série à partir de son principe.
Damascius annonce qu’il remet à plus tard l’examen de
la double pluralité interne et externe, soit des formes,
soit des parties, soit des éléments (par pluralité interne
des formes, on entend la pluralité des formes dans
l’intellect, et par pluralité externe, la pluralité des
formes qui sont des intellects à la suite de l’intellect
unique) (p. 205.27-207.7).
3.6. Qu’en est-il des plusieurs purs et de l’un pur?
a) Antérieurement aux formes, aux parties et aux
éléments, qui sont les modes définis des plusieurs, il y a
les plusieurs purs qui sont le tout de l’un. Et de même
que par l’élémenté et les éléments, on ne dit pas deux
choses, ni par le tout et les parties, ni par l’intellect et
les formes, de même on ne dit pas deux choses par l’un
et les plusieurs, de sorte que, selon l’ensemble des deux,
on peut parler de l’un-plusieurs pur. On ne saurait,
toutefois, concevoir les plusieurs comme les monades de
l’un (car ils ne sont pas des formes), ni comme ses
parties, ni même comme ses éléments, car l’indétermi-
nation des plusieurs est supérieure à celle de ces
derniers. Contrairement aux éléments, les plusieurs ne
se mélangent pas, car déjà ils ne font qu’un et ne sont
pas différents entre eux, étant seulement plusieurs purs.
On ne saurait même les concevoir ni comme continus ni
comme discontinus, ni non plus les uns après les autres,
ni dans leur ensemble, ni dans leur somme ; leur
pluralité ne s’appartient pas à elle-même, mais elle est
la plurification de l’un et comme une passion qui lui est
propre. «Lorsqu’on prend l’un, il est aussitôt plusieurs,
et les plusieurs coexistent partout avec l’un» (p. 207.8-
209.21).
b) Cette notion de l’un-plusieurs peut d’abord faire
penser à la «pluralité illimitée» (apeiron plêthos)
célébrée dans le Parménide (143 a 2). Elle peut évoquer
aussi la première des négations de la première hypothè-
se (Parm., 137 c 4-d 3), négation qui exclut de l’un la
notion de l’un-plusieurs, gros de toutes les détermina-
tions dont il porte en lui-même la cause universelle.
Mais, à l’examen, la pluralité pure n’est pas ici la
«pluralité illimitée» du Parménide, qui appartient à la
limite inférieure de l’un-être ; elle est celle de l’un-
plusieurs pur, qui n’est pas un-être. Où donc placer cet
un pur qui est dit plusieurs simplement (p. 209.22-
210.22)?
c) Mais pourquoi l’un-être ne serait-il pas l’un pur
que nous cherchons, si, comme unifié, l’un-être est
antérieur à l’un et à l’être, qui sont en lui indifférenciés.
On répond que l’un pur, dont il s’agit, est un de manière
absolue, à la différence de l’un-être, car il n’est ni
substance, ni vie, ni intellect. Par suite, l’un-être n’est
pas cet un pur. A plus forte raison, cet un pur ne
saurait être pris pour la limite inférieure de l’unifié.
On reste donc à la recherche de l’hénade pure
(p. 210.23-211.12).
d) Selon une première hypothèse (qui pourrait être
argumentée par la théologie des Égyptiens et des
Phéniciens), c’est entre l’intellect intelligible (comme
limite inférieure des intelligibles) et la substance
unitaire (comme source des intelligibles-intellectifs) que
se tiendrait l’un pur, au sens du dieu premier et absolu.
Et ce serait là l’un-plusieurs au sens où l’on dit que le
principe est tout ce qui procède de lui, tandis que
l’unifié est dit plusieurs au sens où sa «pluralité
illimitée» signifie son dernier état de différenciation
(p. 211.13-212.3).
e) Selon une deuxième hypothèse (qui pourrait être
argumentée par les théologies chaldaïque et orphique)
l’un-plusieurs pur serait à la fois la limite inférieure des
intelligibles et la source des intelligibles-intellectifs
(p. 212.4-19).
f) Selon l’opinion de Damascius lui-même, l’un-
plusieurs pur est antérieur à l’unifié pur qui, en tant que
substance pure, est lui-même antérieur à la substance
qui est contredistinguée en substance unitaire et en
substance proprement substantielle (p. 212.20-213.9).
Et, pour en revenir au problème général de la
pluralité, il faut distinguer la pluralité de la substance
pure (ou de l’unifié pur) et la pluralité de la substance
définie, soit comme substantielle, soit comme unitaire.
La pluralité de la substance définie se constitue des
éléments, des parties et des formes ; la pluralité de la
substance pure se constitue des plusieurs purs, en tant
qu’elle est pluralité illimitée et indéterminée, antérieu-
rement à la manifestation de la première altérité.
Cependant, antérieurement encore à ces plusieurs purs
de l’unifié, il y a les plusieurs purs de l’un pur, lesquels
sont le deuxième principe. Le premier des deux
principes est donc l’un pur proprement dit, le deuxième
les plusieurs purs, le troisième principe est l’unifié pur
ou la substance pure ; puis, en deçà, se développe la
double série des hénades et des substances, et c’est à
partir de là seulement que se produit en réalité la
distinction des éléments, des parties et des formes. Mais
nous utilisons cependant ces noms, de manière analogi-
que, pour dire que l’unifié se constitue d’éléments en
son sommet que nous appelons l’être, de tout et de
parties dans son ordre médian que nous appelons la vie,
de monade et de nombres spécifiés dans son troisième
ordre que nous appelons l’intellect, «en suggérant, à
partir de ce qui est ici-bas distingué, le parfait et
complet abaissement de ce qui est indifférencié»
(p. 213.10-214.20).
J. COMBÈS.
Abréviations
1. Textes de Damascius
In Phaed. I, Il = The Greek Commentaries on Plato’s
Phaedo, vol. Il, Damascius, éd. L. G. Westerink,
Amsterdam 1977.
In Phil. = Damascius, Lectures on lhe Philebus, éd.
L.G. Westerink, Amsterdam 1959, réimp. 1982.
II. I, H. II = Damascii Dubitaliones et Solutiones. De
primis principiis In Parmenidem, éd. C. E.
Ruelle, 2 vol. Paris 1889, réimp. Bruxelles 1964,
Amsterdam 1966 (R. 1-R.II, p. 4 = De princ.',
R. II, p. 5-p. 322 = In Parm.).
De princ., vol. I = Damascius, Traité des premiers
principes, I, De l’ineffable et de l’un, par
L.G. Westerink et J. Combés, Paris 1986
( = R. l.p. 1 -p. 86.2).
2. Autres textes et divers
Diels-Kranz = Fragmente der Vorsokratiker, éd. H. Diels
et W. Kranz, 6e éd., Dublin-Zûrich 1966.
lambl. fr. = lamblichi Chalcidensis in Plalonis dialogos
comrnentariorum fragmenta, éd. J.M. Dillon,
Leyde 1973.
[ambl. lest. = Jamblique de Chalcis, Testimonia el
Fragmenta Exegetica, éd. B. D. Larsen, Aarhus
1972.
lambl. In Nie. arithm. = In Nicomachi arithmeticarn
introduclionem, éd. H. Pistelli, Leipzig 1894 ;
réimp. Stuttgart 1975 (avec des suppléments de
U. Klein).
lambl. Theol. arithm. = Theologumena arilhmelicae, éd.
V. de Falco, Leipzig 1962; réimp. Stuttgart 1975
(avec des suppléments de U. Klein).
Olympiod. In Phaed. = The Greek Commentaries on
Plato’s Phaedo, vol. 1, Olympiodorus, éd.
L. G. Westerink, Amsterdam 1976.
Or. Chald. = Oracles Chaldaïques, éd. E. des Places,
Paris 1971. — De Oraculis Chaldaicis, W. Kroll,
Breslau 1894; réimp. Hildesheim 1962. — Chal-
daean Oracles and Theurgy, H. Lewy, Le Caire
1956, 2e éd. avec Index et compléments par
M. Tardieu, Paris 1978.
Orphie. = Orphicorum fragmenta, éd. O. Kern, Berlin
1922; réimp. Dublin - Zurich 1972.
Porphyre, Sent. = Porphyrii Sententiae ad intelligibilia
ducentes, éd. E. Lamberz, Leipzig 1975.
Proclus, El. theol. = The Eléments of Theology, éd.
E. R. Dodds, texte, trad. et commentaire, Ox-
ford 1933, réimp. 1963; — Eléments de théologie,
trad. franç. et notes J. Trouillard, Paris 1965.
— In Ale. = Commentary on lhe firsl Alcibiades, éd.
L. G. Westerink, Amsterdam 1954 ; — Sur le
premier Alcibiade de Platon, par A.-Ph. Segonds,
Paris 1985-1986 (2 vol.).
— In Crat. = Procli In Platonis Cralylum commenta-
ria, éd. G. Pasquali, Leipzig, 1908.
— In Eucl. = Procli In primum Euclidis Elemento-
rum librum commentarii, éd. G. Friedlein;
Leipzig 1873.
— In Parm. = Procli Commenlarium In Platonis
Parmenidem (I-VII), éd. V. Cousin, Procli Opéra
inedita, Paris 1864, réimp. Hildesheim 1961. —
Proclus, Commentaire sur le Parménide de Platon,
Traduction de Guillaume de Moerbeke (avec le
complément final du t. VII), éd. C. Steel, t. I et
t. II, Leuven-Leiden 1982-1985. — Procli
Commenlarium in Parmenidem. Pars ultima...,
éd. R. Klibansky et C. Labowsky, Londres
1953.
— In Remp. = Procli In Platonis Hem publicam
commentarii, éd. W. Kroll, 2 vol. Leipzig 1899-
1901 ; réimp. Amsterdam 1965. — Commen-
taire sur la Hêpublique, trad. et notes,
A.-J. Festugière, 3 vol., Paris 1970.
— In Tim. = Procli in Platonis Timaeum commenta-
ria, éd. E. Diehl, 3 vol., Leipzig 1903-1906;
réimp. Amsterdam 1965. — Commentaire sur le
Timée, trad. et notes, A.-J. Festugière, 5 vol.,
Paris 1966-1968.
— Théol. Plat. = Théologie platonicienne, éd.
H. D. Saffrey et L. G. Westerink, I-V, Paris
1968-1987.
Simplicius, In Phys. = Simplicii in Aristotelis physico-
rum libros commentaria, éd. H. Diels, C.A.G. IX
(p. 1-p. 800)-X (p. 801-p. 1366), Berlin 1882-
1895.
— In cal. = In categorias, éd. C. Kalbfleisch, C.A.G.
VIII, Berlin 1907.
S V F = Stoicorum veterum fragmenta, éd. J. Von Arnim,
Leipzig 1905-1924; réimp. Stuttgart 1964
(4 vol.).
Syrianus, In Met. = Syriani in Aristotelis Metaphysica
commentaria, éd. W. Kroll, C.A.G. VI 1, Berlin
1902.
Théon de Smyrne, Expos, rer. mathem. = Expositio
rerum mathematicarum ad legendum Platonem
utilium, éd. H. Hiller, Leipzig 1878 (et éd.
J. Dupuis, Paris, 1892; réimp. Bruxelles, 1966).
3. Ouvrages de référence
LSJ= Liddell-Scott-Jones, A Greek - English Lexicon9,
Oxford 1984.
Denniston = J. D. Denniston, The Greek Particles2,
Oxford 1954.
Kühner-Gerth = R. Kühner und B. Gerth, Ausführliche
Grammatik der Griechischen Sprache3, 2 tomes,
Hannover-Leipzig, 1898-1904.
SlGLA
A = Marcianus gr. 246, s. IX.
A1 = A scribae manu correctus.
A2 = A Bessarionis manu correctus.
A* = utrum A1 an A2, incertum.
Codices secundarii :
B = Marcianus gr. 247, s. XV.
C = Marcianus gr. 245, s. XV.
D = Ambrosianus C 58 sup., s. XV.
b = Parisinus gr. 1989, s. XVI.
f = Hamburgensis Philol. gr. 23, s. XV.
lier. = Ps.-Herennius, In Metaphysica.
< > = addenda.
[ ] = delenda.
*** = lacuna statuenda.
t t = corrupta.
Editiones :
Jos. Kopp, Francofurti ad Moenum, 1826.
C. Ae. Buelle, Parisiis 1889, t. I necnon t. II p. 4 ;
Bruxelles 1964 ; Amsterdam 1966.
Emendationes :
W. Kroll, De Oraculis Chaldaicis, Vratislaviae, 1894
[Hildesheim 1962].
— , «Adversaria graeca», Philologus 53, 1894,
p. 424-428.
E. G. Schmidt, «Straton-Zitate bei Damaskios», Mu-
séum Helveticum 19, 1962, p. 218-222.
S. Gersh, Erom lamblichus to Eriugena, Leiden 1978,
p. 145, n. 97.
DAMASCIUS LE DIADOQUE
TRAITÉ DES PREMIERS PRINCIPES
APORIES ET SOLUTIONS
[II]
[DE LA TRIADE ET DE L’UNIFIÉ]
[Première partie.
Problématique des principes et de la triade]
[1. Thèses de Jamblique, Proclus, Porphyre}
Après ce qui précède, soumettons à l’examen cette
question : les premiers principes antérieurs à la premiè-
re triade intelligible1 sont-ils au nombre de deux, à
savoir le principe qui est absolument indicible et celui
qui ne se coordonne pas avec la triade2, comme l’a
estimé le grand Jamblique dans le XXVIIF livre de sa
très parfaite Théologie chaldaïque3 ; ou bien, comme en
ont jugé la plupart de ceux qui lui sont postérieurs, la
première triade des intelligibles est-elle après la cause
indicible et unique4 ; ou bien descendrons-nous encore
au-dessous de cette hypothèse pour dire, avec Porphy-
re, que le père de la triade intelligible est le principe
unique du tout5? Quant à discerner en quel sens
inclinent les Oracles des dieux, cela pourrait appartenir
à une autre occasion favorable® ; pour le moment, du
moins, livrons-nous à cette recherche selon le procédé
plutôt philosophique que nous avons déjà adopté.
N.H. Divisions, titres et numéros renvoient à ceux de la notice.
1-6. Voir Notes complémentaires, p. 215-216.
AAMAÎKIOY AIAAOXOY
AflOPIAI KAI AYIEII
flEPI TÏ1N nPflTflN APXfiN
(43) Mctù 8è TaÛTa Èkeîvo npogaXXwpfiOa sis Èhioke^v,
TTOTEpov 8uo siaiv ai irpÛTai àpxai npô rf)$ voi]TT)$ 5
frpwTT]s TptàSoç, t) te nâvTj) âppr)TO$ Kai r) âaûvTaKTOS
irpos ttjv TpiâSa, KaOâiTEp t|^i<«>CT€V ô péyaç ’lâp^Xi/os Èv
tû KT]' PigXiw tt)s xaXSaÏKrjs teXeiotcitt)s ôtoXoyias, ij
w$ oi ttXeÎcttoi tov pet’ aù-rov ÈSoKipaaav, p£Tà ttjv
àpprjTov aiTiav Kai piav slvai ttjv npu>TT)v Tpiâ8a twv 10
voijtwv, rj Kai TaÛTTjs ÛTro^r]aôpE0a tt}$ ÛttoOÉctews, kotÙ
8È TOV riop<j*ûpiov ÈpoÛpEV TTjV piav TÛV nâvTWV àpXTJV
Etvai tov iraTÉpa tt)$ vot)tt}s TpiàSoç. "Ottws pÈv oûv Ta
Xôyia PouXfiTai twv 0ewv, àXXou âv eît, Kaipoû SiaKpivEiv,
Ta vûv 8È Karà tov <f>iXo<To4><üTEpov Tpônov Sv npoexelPl~ 15
aâpsOa Kai TaÛTa pETiwpEV.
Ainsi donc, la cause non coordonnée, la cause unique
et universelle de tout, et absolument indicible,
comment pourrait-elle faire nombre avec les intelligi-
bles et être appelée le père d’une seule triade ? Car sans
doute cette triade est-elle déjà le sommet des êtres,
mais cette cause-là transcende le tout ; à cette triade est
rattaché de manière propre l’intellect paternel1, mais
cette cause-là n’a rien de propre ; cette triade, par
l’intellect qui est le sien, est intelligible, de quelque
façon qu’on l’entende, mais cette cause-là est absolu
ment indicible. En outre, d’après ce que nous venons de
dire, Porphyre doit faire entendre par le père de la
triade, ou bien quelque chose de plus commun2, ou bien
l’un-tout3; or, même ce dernier n’a pas, par rapport à
cette hypothèse4, la dignité requise, pour ne rien dire de
ce qui est plus commun.
[ 2. Argumentation en faveur de Jamblique]
Mais probablement il vaut mieux parler à la manière
de Jamblique. En effet, soit que l’on pose la monade, la
dyade indéfinie et, après celles-ci, la triade, comme ce
qui constitue la triade intelligible dans sa totalité, ainsi
que le disent les Pythagoriciens, l’un sera avant ces
trois, comme ces hommes célèbres le déclarent aussi5;
soit que l’on pose le limitant, l’illimité et le mixte,
avant ces trois encore, Platon place l’un, dont il dit
qu'il est aussi pour le mixte la cause du mélange6; soit
que l’on pose le père, la puissance et l’intellect, il y aura
ce qui est avant ces trois, à savoir le père unique qui est
antérieur à la triade7 :
«car en tout monde resplendit une triade
qu’une monade commande»,
dit l’Oracle8; et s’il en est ainsi dans les mondes, à bien
plus forte raison [en est-il de même] dans l’abîme
hypercosmique9, car il lui convient aussi peu que
possible de commencer par la pluralité. Si donc,
1-9. Voir Noies complémentaires, p. 216-218.
Oùkoûv t] àaûvTaKTos aiTia Kai nàvTwv pia koivt) kcù
wâvTT] âppTJTOS TTWS &v CTUVaplOpOÎTO TOÎs VOIJTOÎS Kai
piâs XëyoïTO TpiâSos iraTt)p; Autt, pëv yàp t]8t] Kopu<j>r]
twv ovtwv ëaTiv, CKCivr] 8ë Ta wàvTa Èk€é£t]kev ’ Kai
TaUTTJS pCV È^TjlTTal Î8ÎWS Ô TTUTplKOS VOUS, €KEIVT]S 8È 5
oùScv îSiov • Kai aurr) pëv TW ëauTrjs vû Ôttws 8t|ttot€
votjtt), EKEivr] 8ë to iràpnav àpprjTOS. ”Eti 8ë Èk twv
ciprjpëvwv rjptv tov Trarépa tt)s Tpià8os tj KoivoTepôv ti ij
TO €V WÔVTa <J>T]O€IEV Ô.V àXX’ OÙ8È TOÛTO TTpès €K£ÎVT]V
iaâ£iov TT)v uttÔOcctiv, prjTi yc 8r| to KOivÔTCpov. 10
’AXX’ îaws âpcivov kotÙ tôv ’làpgXixov XëyciV cite
yàp povàs Kai Suas àôpioros Kai ëni TaÛTaiç Tpiàs, aurr]
ÈcttIv t| votjtt] ÔXt] Tpiâs, ws oi riuOayopcioi Xéyouai, irpô
toutwv âv eÏt] to ëv, ws Kai toûto <|>a<nv Èkcîvoi oi âvSpcs '
cite TTÉpas Kai âircipov Kai piKTOv, Kai irpo toutwv 15
ÛTTÔKElTai TW FIXâTWVl TO EV, 8 Kai TW piKTW TT]S piÇtWS I
aÎTiov civai «jxipnv ’ cite traT-qp ecttiv Kai 8ûvapis Kai vous,
CÏT] âv TO TTpÔ TOUTWV, Ô EIS WaTTjp Ô TTpO TT)S Tplâ8oS.
riavri yàp ëv KÔapw Xâpnci Tpiàs ^S povàs âp/ei,
4>t]ai to Xôyiov ' ci 8ë ëv toîs KÔapois, noXXw pâXXov ëv 20
tw ÛTrepKoapiw |3u0w, T]KiCTTa yàp ëKcivcp npocrqKOi âv
âpx«rOai ànô nXrjOous. Ei toivuv npô pëv toû TpiaSiKoû
7-9 = supra p. 2.1-7|| 11-14 cf. Pythagorei apud Diog.
Laert. VIII 25 (= fr. 58Bla, p. 449.2D.-K.); apud Theophr.,
Met. 33 (= fr. 58B 14, p. 454.29-31 D.-K.) || 15-17 = Phil. 23c9-
d8 || 17 = Or. Chald. fr. 4 || 19 = ibid., fr. 27 || 21 cf. ibid. fr. 18.
13 TruBayépioi A || 21 YjKiOTa— A.
antérieurement au triadique, il y a ce qui est de forme
monadique1, et si, antérieurement à cela, il y a ce qui
est absolument indicible, comme nous le disions, la
conséquence est claire2.
[2.1. Premier argument]
Si l’un-tout est le deuxième principe après le principe
ineffable, sans que ce deuxième principe soit aucune-
ment plutôt ceci que cela, mais tout à égalité3, tandis
que ce qui est en tête de la triade est plutôt subsistence,
de même que ce qui est deuxième est plutôt puissance,
et ce qui est troisième plutôt intellect, il est clair que,
dans le cas aussi des réalités intelligibles4, on doit placer
antérieurement à la triade l’un qui est antérieur à la
monade, comme c’est encore le cas pour tout nombre ;
car tout nombre est un, mais non pas monade5. L’un
<donc>, comme nous disions6, ou bien est monade, et
avant la monade il y aura l’un, et à l’un présubsistera
l’ineffable, par suite la monade sera le premier membre
du nombre intelligible7, elle qui est le troisième
principe ; ou bien l’un est ce qu’on le déclare, à savoir
un seulement, et il y aura après lui de nouveau la
monade qui est en tête du nombre intelligible.
[2.2. Deuxième argument]
En faveur de Jamblique, on tirera grandement parti
aussi de cet argument énoncé auparavant8, qui pose
après l’un-tout le principe qui demeure, auquel convien-
dront de même, nécessairement, le nom et la réalité de
la monade, en effet menas (monade) est dérivé de monè
(manence)9 ; de cette façon aussi la dyade est processive,
de même que la triade est conversive ; ce n’est pas selon
1. A savoir l’un.
2. Autrement dit : la thèse de Jamblique est préférable.
3. Cf. supra, vol. I, p. 90.16-24.
4-9. Voir Notes complémentaires, p. 218-219.
to povociScs, npô 8è toutou to ttclvtt] ôpprjTOv, ws
èXéyopcv, 8r)Xov to oupGaîvov.
(44)
’Eti yàp cl to cv irâvrd ScuTcpo âpxï] pcTd tî)v
àirôppTfTov, auTT) 8c oùScv pâXXov tÔSc t) tÔ8c, âXXà
irâvTd ctt’ ïcnjs, to 8è àpxov ttjs TpiâSos ûiropÇis pâXXov, 5
WCTITCp TO ScUTCpOV SÛvdpiS, TO 8c TplTOV vous, <T<u|>CS OTl
Kdl CTîl TWV TTpaypÔTlüV TTpOTdKTCOV Tîjs TpiâSos TO cv
TTpÔ povâ8os, WS Kdl TTdVTl âpifipW UTTdpXCl ' CKdCTTOS yâp
cîs âpiflpos, où pévToi povâs- Tô <oùv)> cv, ô-rrcp
cXéyopCV, T] TOI povâs COTIV, Kdl CCTTdl irpô dÙTT)S TO cv, 10
Kdl toutou irpouirâp^ci to dirôppT]TOV, T) dpo povôs ccttoi
trpWTt) TOU VOÎJTOÛ ÔpiOpoÛ, TplTTj OUOd ÔpX'H ' T) TOUTO
<ô)> XcycTdi, pôvov cv, Kdl coTdi pcT* dÙTÔ nâXiv r) povâs
dpxouad TOU VOTJTOÛ ÔplOpoÛ.
rloXXÛ 8c XP1îaCTa^ TlS ÛlTCp ’IdpCXIxOU Kdl TW 15
TTpOppT)0CVTl Xôyw TW pCTd TO CV TîâvTO TlOcpCVW TT)V
pévouaav âpx^v, f| Kdl irpcipci nâvTWS to tt)s povâ8os
ôvopâ tc Kdl TTpâypd (irdpâ yâp ttjv povrjv r) povâs), Kdl
où TW 8uâs TTpOoSlKI^, CTriCTTpCTTTlKT] Kdl OUTW TpldS, OU
1-2= supra, p. 1.5-7; p. 2.1-2; vol. I, p. 56.15; p. 86.2-8.
4 i; scripsi (cf. p. 7.21) : ti A (ti -ij coni. Kopp) || 7 ira scripsi : àmb
A || 8 ÙTtàp/ei lier. : -eiv A || 9 oôv addidi || 13 6 addidi || 19 xai] fort.
8è || où scripsi : tou A.
la pluralité qu’elles sont ainsi appelées, mais selon le
caractère propre de leur nature. Le demeurant ne
voudra même pas procéder d’aucune façon, mais se
produire par lui-même, après l’un-tout1, uniquement
par sa disposition à la manence ; il n’a donc pas procédé,
et il n’est même pas juste de parler de procession dans
son cas. Aussi, après ce qui demeure vient tout de suite
ce qui procède réellement; c’est, en effet, à partir de lui,
le premier, que commence la procession, de même qu’à
partir du troisième commence la conversion, c’est
pourquoi ce dernier est aussi le premier intellect.
[2.3. Troisième argument]
Après avoir laissé de côté ces noms que nous venons
d’examiner, disons qu’il est nécessaire qu il y ait, après
l’unique principe du tout, déjà posé par une affirma-
tion, purifiée de quelque façon que ce soit et déclarant
qu’il est l’un-tout, — il est nécessaire donc qu’il y ait
après celui-là un autre principe qui, ou bien ne soit plus
l’uii-tout, ou bien ne soit pas tout à égalité, mais de
quelque façon particulière ; de plus, après ce dernier, il
faut qu’il y en ait un autre, ayant un caractère propre
et placé encore au-dessous de lui. En effet, chacun de
ces principes est tout, parce que, à la suite également,
chaque principe intelligible est encore tout, et, peut-
être, même jusqu’aux intellectifs, chaque diacosme est-
il tout; en tout cas, là-haut tout est de manière
indéterminée, ou bien selon l’unifié, ou bien selon l’un2,
de telle sorte qu’il faut concevoir quelque autre
différence dans ces principes-là. Par conséquent, après
le principe qui est l’un-tout de façon absolue, il faut
ranger le principe qui est l’un selon tout, mais non de
façon absolue, de sorte qu’il faut ajouter déjà quelque
propriété, et il est évident que c’est la plus vénérable et
la plus universelle de toutes ; ensuite, il faut ajouter
pareillement au troisième principe une propriété3 diffé-
rente plus commune4 et de second rang par nature. Ce
kcltÙ nXfjfloç, âXXà kcltÙ ttjv i8iôrponov <j>û<nv outw
Xeyopcvai. OûSc àÇiwaci to pévov npoïévai nâvrws, àXXà
tw povîpw cauTOÛ pôvw kcl6’ cauTO yeviaBtu. pcrà to
navra cv ' ouk âpa npocXOôv, où8c â^iov en’ ckcivou
npâoSov cîncîv. Tô 8rj pcrà to pévov t)8t) tw Ôvti npoïôv ' 5
Kai yàp ân’ auToû npwrou rj npôo8o$ âpxerai, w$ âno
toû TpiTOu 'q cnurrpo<|yq, 8iô Kai vous outos npWTOs.
’Eni 8c toutois â<t»cpcvoi twv npociXrjppévwv toutwv
ôvopaTWv, Xéywpcv w$ 8cî pèv cîvai pcrà ttjv pîav twv
irâvTWv àpx^v, t)8t] TcOcîaav 8ià Karcu|>âacws ônws 10
8^ttotc àvaKaOaipopévqs Kai navra cv Xcyoû<TT)$ cîvai
aùrqv, 8cî oûv pcrà | Taûrrjv âXXrjv cîvai âpx'Hv, t) oukcti
navra cv oûaav, T) ouk ctt’ Ïcttjs trâvTa, àXXâ Tiva Tpôrrov
Ï8iov ' Kai cti pcTa TauTTjv, âXXrjv îSiÔTporrov Kai TauTTjv
ÛTToÇâaav. îlâvTa ÉKaoTt], oti Kai c^rjs cti trâvTa 15
cKaoTt] àpxrj vo>]T^, îaws 8c Kai ptXPÎ T“v vocpwv navra
8iaKoapo$ CKaaTos ' âXX’ opwç ckcî navra à8iopîcrrw$,
Kai t)toi Karà to rjvwpévov T) Karà to cv, wittc XP'H Tlva
âXXrjv 8icu|>opàv cnivocîv cv raïs âpxaîs CKcivaiç. Mcrà
âpa tt|v ânXw$ navra êv toktcov àpxpv ttjv Karà navra 20
cv, Kai pr) ânXws, wotc npoaOcTCOv T)8i] Tivà i8iÔTt]Ta,
Kai 8r]Xov oti tt)v ncurwv npcoÇuTâTTjv Kai ycviKWTàTTjv,
erra outw tt) TpiTt) àpxf) [rpÎTTjv] âXXrjv iSiÔTTjra
KOivoTcpav Kai <|>ij<7Ci ScuTcpav. Autt] âpa npà$ ckcÎvtjv
2 Xeyiixe-voi et mg. uirg. cens. A, correxi II 10 tj8t; reOeïaa-v scripsi :
Si] TeOeïoa A || 12 i] C ex corr. : A || 20 êv Taxréov B : évTaxréov A ||
23 Tpirvjv deleui || 24 xoivorépav A, X supra -v- A1.
principe-ci, par suite, sera dans une certaine opposition
par rapport à celui qui le précède ; c’est parce que les
anciens1 ont vu justement cela, je pense, que les uns onl
nommé ces principes, le limitant et l’illimité, les autres
la monade et la dyade indéfinie, et que les dieux2 les ont
nommés le père et la puissance. Si donc ces principes,
quels qu’ils soient, inclinent vers quelque caractère
propre, celui qui n’incline vers aucun, et qui est l’un-
tout de façon absolue, doit être antérieurement à ces
derniers l’unique principe universel, et, antérieurement
à lui, il y a le principe ineffable.
[2.4. Quatrième argument]
On pourrait cependant établir la même doctrine de la
façon suivante, en partant des choses d’en-bas comme
d’indices. En effet, en voyant dans les êtres deux
rangées contredistinguées3 et en correspondance réci-
proque, celle qui est meilleure, dit-on, et celle qui est
pire, celle qui est de forme une et celle qui est de forme
plurale4, à partir d’elles nous sommes renvoyés égale-
ment à deux principes, soit à l’un et à la pluralité, je dis
bien à cet un et à cette pluralité qui sont contredistin-
gués, soit à d’autres principes qu’on voudra supposer;
ce qui est sûr, c’est que chacune des deux rangées, en
tant qu’elle a un caractère propre, a un principe
proprement caractérisé, à partir duquel se trouve en
chacune des deux ce qui est commun, par exemple dans
la rangée qui est de forme une le caractère propre de
l’un, et dans celle qui est de forme plurale la trace de la
pluralité. En effet, même si les deux séries se scindent à
partir d’une < symphyse > 5 unique, du moins, anté-
rieurement aux séries, de part et d’autre s’établissent
1. Cf. supra, p. 2.14 ss et n. 5; infra, p. 5.12, n. 4.
2. Les dieux révélateurs des Oracles ; voir infra, n. 2 (in fine) de
la p. 104.19.
3. Sur la contradistinction. cf. Aristote, Cal., 13.14b 33ss.;
Diog. Laërt., VII, 61 ; Simplicius, In cal., p. 424.24 ss.
4-5. Voir Noies complémentaires, p. 219-220.
c£ci Tivà àvTifleaiv, ô Kai tous traXaioùs oïpai auviSôvras
ôvopâaai auras, tous pèv trépas Kai âircipov, tous 8é
povâ8a Kai àôpiorov 8uâ8a, tous 8è 0c is trarcpa Kai
8ûvapiv. Ei toivuv aurai enrôlai troré ciai irpos ti
iSiôrpotrov àtroKXivouaiv, tq trpôs pr]8èv àrroKXivouoa, 5
navra 8è cv ouaa âtrXws, eît] âv trpô toutwv pia koivt),
Kai trpô yc toutes éariv r] âirôppt]TOs.
(45) ’AXXà prjv to aÛTO Kai w8c KaraaKcuâocicv âv tis àtrô
twv kcltwGcv oîov âtrà TCKpqpiou. Aûo yàp èv tois ouaiv
ôpwvrcs àvTi8ir]pT]pévas CTuoToixîas àXXrjXais, tt)v pèv 10
KpciTTio, 4>aai, tt)v 8è xc^p<*>> T11v évoeiSt], ttjv 8è
irXt]6o€i8tî, àtrô toutcov àvaircptrôpcOa Kai cis 8ûo àpxâs,
cire ev Kai rrXtî6os, tô àvri8i<i>piapéva <t>t]pi, «tc âXXas
as PoûXerai tis ûrroriGeaOai ' ÉKarépas 8’ oùv etvai àpxr]v
iSiÔTpoirov, an iSiorpoirou, à<|>’t^s CKarépç to koivov 15
Êvcotiv, oîov Tt] pèv évociScî to tou évôs îSiwpa, tt) 8é
ttXt]6o€i8€Î to toû ttX^6ous Ïxvos. Ei yàp Kai àtrô piâs
<^aup<|>ua€ws^ ai 8ûo acipai Siaaxî^ovrai, âXXà trpô twv
acipwv ai àpxai Siiaravrai* ci 8c cxouoi ti Kai ai 8ûo
2=Phil. 16c7-10 ; 23c9-IO || 2-3 u. supra ad, p. 2.12-13 || 3-4
Or. Chald. fr. 4 || 9-11 cf. Pythagorei apud Arist., Met. A 5,
986al5-26 (= fr. 58B5, p. 452.30-46 D.-K.); cf. ibid. N6,
1093b 11-14 (=fr. 58B27, p.459.2-4 D.-K.).
4 ÔTtoîal B : -oi A || 13 eïre1 scripsi : eïç te A || 18 aup.ç>u<reo>ç add.
Combès (cf. p. 16.2).
leurs principes ; et si les deux séries ont encore quelque
chose de commun entre elles (car bien entendu elles ne
sont pas complètement séparées), par là-même, elles ont
procédé du principe qui est de forme unique et qui est
un1. Cela, je le dis proprement et non par allusion2, et
en y étant amené à partir des formes distinguées dans
l’intellect, et davantage encore dans l’âme. Or, puisque
là il en est ainsi, il faut aussi poser antérieurement, dans
l’intelligible, et selon le mode intelligible3, les causes de
ces formes, pour autant que cela est possible par
allusion4. Ainsi donc, à partir du principe indivisible et
de forme unique nous aboutirons à l’unique principe
antérieur à tout, que nous avons posé comme l’un-tout,
à défaut d’un nom propre, tandis que, à la place des
deux séries contredistinguées, nous aboutirons à leurs
causes qui sont de quelque façon opposées, par analogie
à la réelle contradistinction des séries, et, quels que
soient les noms que quelqu’un veuille leur donner, nous
ne serons pas en désaccord avec lui au sujet de ces
noms, s’ils ont de quelque manière une certaine valeur
d’allusion ou d’analogie par rapport à ces principes qui
sont établis au-dessus de la totalité des choses.
[3. Examen des arguments précédents]
Faut-il donc, de cette façon, poser au nombre de
deux les principes qui sont au-delà des triades intelligi-
bles, et, pour le dire en un mot, au-delà de tous les êtres
sans exception, comme l’a estimé Jamblique, qui pour
autant que je puisse le savoir, est le seul à avoir professé
cette opinion5, parmi tous nos prédécesseurs, ou bien
doit-on suivre tous les autres qui sont venus après lui ?
Sans doute, la vérité parfaite, en de pareilles matières
[seul] un dieu pourrait la connaître ; mais, s’il faut que
je dise ce que du moins il me semble, je ne crois pas que
ce soient là de bons arguments en vue de la présente
démonstration.
crcipai koivÔv irpôs âXX^Xas (où yàp 8r) irâvTi) eioi
8icairaapcvai), koto toûto ye irpoi]X0ov àiro ttjs povoci-
8oûs àpjcns Kai piâç. Kai tqutq Xèyw Kupiws, où kcltÙ
cvSciÇiv, Kai àirô twv èv tw vw, pâXXov 8è Kai èv tt] 'J'uXÏ)>
8iwpiapèvwv èvayopcvos. ’Eirci oùv èvTaûfla outws, 8cî 5
Kai èv tw votjtw irpoüiroOèoGai votjtws Tas toutwv aèrias,
ôirws oiôv tc èoTi kotÙ cv8ci£iv. OÙkoûv âirô pèv tt]s
àSiaipcTOu Kai | povoci8oûs èiri piav tt|v irpô itÔvtwv
i)£opcv, t)v irâvTa èv CTiOèpcOa àiropiçi toû oÎkcÎou
ôvopaTOÇ ' ôvtÎ 8è twv àvTi8iT]pr)pévwv 8ucîv èiri Tas 10
ôvTivâ iroTC Tpoirov àvTiKcipèvaç, àvâXoyov Tais ws
âXi]0ws àvTi8iT]pr|pèvais, as oirws âv tis èOèXoi KaXcîv,
où 8ioiaôpc9a irpôs qÙtov ircpi yc twv ôvopârwv, ci èx°l
Tivà Kai ôirwooûv èv8ci$iv î) àvaXoyiav irpos èiccîvas Tas
ùircpi8pupèvas twv oXwv àpxâs- 15
’Apa oùv outw ActÉov 8ùo tÔs èircKciva twv votjtwv
TpiâSwv àpxâs, Kai ôXws ciircîv twv Ôvtwv ârrâvTWv, ws
T)£îwacv ô ’lâfiËXiX°S> octov èpè yc cî8èvai pôvos à^iwaas
to yc twv irpô 'qpwv âirâvTWv, rj toîs âXXoïs âiraaiv
àKoXou&r]Tèov toîs PeT’ aÙTÔv; To pèv oùv àXi]0èaTaTOV 20
0côs ciScli] ircpi twv ti)XikoÙtwv ' ci 8è XP'H Yc èpoi
SoKOÛvra ciircîv, où poi 8okcî toûto èxupà ctvai irpàs tt)v
irpOKcipèvqv àirôSci^iv.
8-9 = supra, vol. I, p. 111.5-8; p. 126.24-27 || 17-18 u. supra,
p. 1.5-7.
1 post àXXijXaç] -=—:—H in ras. A || 21 âv eifteivj B.
[3.1. Critique du quatrième argument]
Si nous remontons, en effet, à partir des concepts et
des noms déterminés, en présupposant aussi là-haut de
telles choses, nous aurons bien prouvé que l’un est
antérieur au limitant et à l’illimitation (car chacun des
deux est un certain un, et il est nécessaire qu’il en soit
ainsi dans les choses déterminées) ; mais il arrivera ceci
d’absurde, que là-haut seront posés seulement le
limitant et l’illimité. Pourquoi pas encore, en effet, la
monade et la dyade indéfinie, comme d’aucuns le
disent, ou bien le père et la puissance ? Car nous
concevons chacun de ces couples comme différent, et ils
ne sont en rien inférieurs à l’illimitation, et au limitant.
Au lieu donc de deux ou trois principes nous en
poserons là-même un grand nombre, autant qu’il y a de
genres suprêmes des choses déterminées, et sinon tous
les genres, du moins ceux qui ont été posés par les
autres philosophes1; or, ce qui fait surtout difficulté,
c’est de poser les principes comme déterminés. En quoi
donc le sommet de l’intelligible sera-t-il encore différent
des genres qui sont distingués dans l’intellect? On
répondra qu’on doit rapporter à chacun des deux
principes non pas le limitant [seulement], mais [aussi] ce
qui est commun à toute la rangée de genre unique, ni
non plus l’illimité [seulement], mais pareillement ce qui
est commun à la rangée conforme à ce genre-là. On
rétorquera que, même de cette façon, il y aura là-haut
détermination et contradistinction, de telle sorte qu’au-
cun des deux principes ne sera principe de tout, ni non
plus tout antérieurement à tout, mais chacun des deux,
en étant certainement tout et principe de tout de l’une
des deux rangées, le sera néanmoins davantage de ceci
que de cela, et l’un des principes le sera davantage selon
l’un, l’autre selon la pluralité. Ainsi donc, il faudra
placer antérieurement une cause et de ce plus et de ce
1. Comme les pythagoriciens (cf. supra, p. 5.12 et n. 4), ou
comme Aristote avec ses catégories.
Eî pév yàp âirô twv 8iwpiapévwv àvayoipefla vorjpcLTWv
Kai ôvopaTWv, TrpoÜTroTiOépcvoi Kai ÊkcÎ Ta TOiaÛTa,
KaXws pév âv touto TTpocrqvayKà^opcv, cîvai to ev irpà
tou TrcpaTOS Kai tt)$ aircipias (cv yâp ti CKtrrcpov, Kai cv
Toîs yc 8iwpiapévois outws ®x€lv âvayKaîov) ' ckcivo 8c 5
aupG^acTai cltottov, pôvov to trépas ckcÎ TiOcoflai Kai to
âircipov. Aià ti yàp pt] Kai povâ8a Kai 8uâ8a àôpiOTOv
Karà tous ciirovTas, T) trarépa Kai 8ûvapiv; *AXXa yàp
CKaaTa toutwv évvooûpcv, Kai où8cv ÔTipoTcpa TaÛTa
àircipias Kai irépaTOs. ’AvtÎ 8ucîv âpa àpxwv fj Tpiwv 10
TroXXàs aîiTofli rroi-qoopcv, Kai ToaaÙTOs ôaa tq ycvucw-
TaTa twv 8iwpiapévwv, Kai ci pr] rrâvTa, àXXà ro yc ùtto
twv âXXwv ÛTTOTcOcipcva, Kai to xa^E'ir<*>TCPov> °Tl
8iwpiapcvas- Ti oûv cti 8ioiaci to aKpov tou votjtou twv
cv tw vw SiaKCKpipévwv ycvwv; ’H où to Trépas, àXXà to 15
Koivov tou povoycvoûs oXou otixou, où8c to ârrcipov,
àXXà Kai tou ôpoTpoTrou toÛSc yévous to koivov
àvaKTCOv cis ÉKaTcpav twv àpxwv. "H Kai outw Siopiapôs
caTai ckcÎ Kai àvTi8iaipc<ns, wotc où ttÔvtwv CKaTcpa,
oùSè TrâvTa irpo ttclvtwv, àXXà tou CTcpou twv crrixwv 20
CKaTcpav irâvTa pév Kai rrâvTWv, àXXà pâXXov toûSc t)
toÛ8c, Kai pâXXov T] pév kotÙ to cv, tj 8c kotÙ to ttXt]0os.
OÛkoÛV ScT^OEl Kai TOÛ pâXXov Kai fjTTOV TrpOTÔTTClV
7-8 u. supra, p. 5.2-4.
8 "AXXa scripsi : àXXà A II 17 toû 8è A.
moins, bref [une cause] d’une contradistinction qui, de
quelque façon, se trouve entre des termes de même
rang.
Ajoutons qu’antérieurement au limitant et à l’illimi-
tation nous ne placerons pas l’un seulement, mais
encore la pluralité, ou, quel que soit le nom qu’on doive
lui donner, la cause qui plurifie ou qui est apte à
distinguer ; car, de même que chacun des deux [du
limitant et de l’illimitation] est un, de même l’un et
l’autre ensemble sont deux, ou non-un. Quelle est donc
pour eux la cause d’un tel caractère commun ? En effet,
antérieurement à tous les deux, il faut placer encore
cette cause, s’il est vrai qu’ils sont des principes de
même rang, et si l’un ne procède pas de l’autre, le
second du premier avec les caractères propres qui lui
sont ainsi nécessairement coexistants ; car le second, se
produisant lui-même comme premier selon sa nature
propre, commence à produire aussi les autres caractères
comme premiers1.
De plus, si ces concepts sont empruntés aux choses
déterminées, l’un lui aussi sera vraiment un2; c’est, en
effet, attirés par sa notion que nous le placions avant les
deux principes que sont la monade et la dyade. Or, si
cet un est déterminé, en quoi sera-t-il différent de l’un
comme genre? Car celui-ci également est tout selon le
propre qui est le sien, à savoir l’un. Gomment donc l’un
peut-il être tout absolument et de façon à être au-dessus
de tout? Et, si nous utilisons ces concepts, en voulant,
par l’un, saisir ce qui est absolument simple et au-delà
de tout, ensuite par le tout éviter l’un minimum3, en
tant qu’il est encore un certain un déterminé, enfin par
tous les deux suggérer le principe unique qui est au-delà
des totalités et de toutes choses, et qui transcende le
tout4, il est évident que c’est à peu près de la même
manière qu’il faut nous mettre aussi à la poursuite des
principes qui viennent après lui, en remontant le plus
possible des notions déterminées vers celles qui sont
Xwpis 8c TOUTWV où TO CV pOVOV TTpOTCL^OpCV TTCpOTOS TC
Kai àrrcipias, àXXà Kai to | irXrjOos, t) ô ti ttotc kXtjtcov
TO TToXXoTTOlàv aiTlOV î) 8iaKplTlKOV ' WS yàp CKOTCpOV CV,
outws âp«|>w 8ùo, T) oûx cv. Ti oùv aÙToîs aiTlOV Toû
toioÙtou koivoÛ; Acî yàp àp<|>oîv Kai toûto irpoTÔTTCiv,
ciircp opoTaycîs, Kai pi) T] crêpa àirô ttjs CTcpas irpéciaiv,
T] ScuTcpa àiro ttjs rrpWTijs perà twv outws àvâyK-qs
aÙTT) OUVU<|>lCTTapévWV iSlWpCLTWV* TrpWTT)V yàp CauTTjV
irapàyouaa kutÙ <|>ùaiv tt|v cauTrjs iSiÔTporrov Kai tÙ
âXXa irpwTa irapàyciv âpxerai.
npôs 8c toutois, ci toÜtg àiro twv 8iwpurpcvwv
cîX-qrrTai, Kai to cv ccrrai àXi]6ws cv, ou Kai tt] cvvoiç
ciriairwpcvoi irpocTÔTTopcv oÙto twv 8ucîv, tt]s povà8os
Kai 8uà8os. Ei 8c toûto 8iwpiapcvov, ri 8ioioei tou
yévous î Kai ckcîvo yàp iràvra kutÙ to coutoû Ï8iov, to
cv. riws oùv iràvra àirXws Kai outws ws ûrrèp iràvTa; Ei
8c toutois Kcxp^pcOa toîs vo'qpooiv, PouXôpcvoi àiro pèv
tou cvos êXcîv to iràvTT] àirXouOTaTOV Kai iràvTWv
circKciva, àirô 8c twv iràvTWv CK<j>uyeîv to cXàxiorov Kai
ws cv ti 8iwpiapcvov, àir’ àp<|>oîv 8c cvSci^aaOai ttjv piav
ôXwv Kai iràvTWV circKciva, àiro 8c twv iràvTWv CK^cgi]-
Kuîav apxrjv, 8t]Xov Ôti Kai Tàs per’ aÙTTjv àpxàs outw
irws ï]pîv cKKuvTjyqTcov, ck twv 8iwpiapcvwv èvvoiwv èiri
Tas iravTcXcîs ws oiôv tc pàXiOTa àvaTpéxouaiv, où
10
15
20
13-15 = supra, p. 2.11-15.
8p...à A || 9 a A (rcpôiiv; edd.) || 11 â A || 18 xexpi;p.e6a] x s.u. A1.
parfaites, sans nous reposer dans la détermination de
ces notions, sans nous satisfaire d’elle non plus et sans
la porter là-haut; exactement comme quand quelqu’un,
dans l’intention d’établir la simplicité de la pensée
intellective, en mettant celle-ci en parallèle avec la
pensée psychique, utilise comme exemples l’élan intuitif
de la vue pour la pensée intellective, et l’attente
réceptive de l’ouïe pour la pensée rationnelle, et
qu’ensuite, alors qu’il faut se détacher des exemples
pour aller aux notions plus vraies sur ces sujets,
l’auditeur vient à demander à celui qui donne cette
explication, si, de la même façon qu’appartient à la vue
et à l’ouïe un certain sens commun antécédent, de
même une certaine connaissance substantielle appar-
tient en commun à la connaissance intellective et à la
connaissance psychique, sans réfléchir que la connais-
sance psychique procède de la connaissance intellective,
comme une image à partir du modèle1. Pareillement, en
effet, il ne serait pas raisonnable de demander à ceux
qui tirent parti des concepts et des réalités, qui sont
déterminés, pour suggérer les principes parfaits et
indéterminés, de reconduire dans ces principes les
déterminations qui sont liées à ces choses, en disant par
exemple que, parce que ces choses sont multiples, ces
principes le sont également et ne sont pas seulement au
nombre de deux ou de trois; que, parce qu’elles sont
rangées de manière opposée les unes aux autres, on
suppose que ces principes aussi sont opposés ; que, parce
que dans ces choses l’un est antérieur au limitant et à
l’illimitation, pour cette raison il doit y avoir aussi
antérieurement aux deux principes la position unique
de l’un2. De plus, étant donné que différents philoso-
phes utilisent différents noms pour suggérer les deux
principes, et chacun d’eux parlant avec raison, tout en
se situant à un point de vue différent, cela justement
doit nous être la preuve qu’il ne faut pas transporter là-
pévToi tw Siopiopw twv Èvvoiwv ÈTravaTrauopÉvois, oùSÈ
àpKOUpévoiS, 0Ù8È TOUTOV EKElCrE 4>épou<7iv ' oîov W$ El Tis
ÈGÉXwv TrapaoTT)oai ttjv tou voû âirXtîv voîjctiv, àvTirra-
paTiOcîs aÙTTjv Tîpôs tt]v ttjs 4,UX’ÎS» ùiroSEiypaoi xP<î>TO
irpôs pèv ttjv vocpàv tt) ttjs ôipEWs ÈirifioXf), repos 8È tï|v 5
XoyiKTjv tt) tt) s Ôkotjs uTroSoxfb eÎto. 8éov à^iEadai twv
TrapaSciypàTWv êrri tus àX-qfleoTÉpas irepî ekeivwv Èv-
voîas, ô 8È ànaiToî tov ùrroSEiKvùvTa, KaOâtrEp Ôi|>ews Kai
à.Kof)s èaTiv KoivT) tis aïcrOrjais TrpoT)youpévT), outw Kai
tt)s vocpâs Kai <puXlK^S eîvai Tiva KoivÔTTjTa yvwaEws 10
oùaiwSous, où auvvowv oti T) «Jtuxikt) àtrô ttjs vocpas
TrpoEioiv, ws eikwv arro tou rrapaSEiypaTos. Outw yàp
Kai oî toÎs 8iwpiapÉvois vor)pacn te Kai Trpâypaoiv
àiroxpwpEvoi Trpàs Êv8eiÇiv twv TravTfiXwv Kai à8iopîoTwv
àpx<*>v oÛk âv àiraiToîvTo SiKaiws tÙ toutovs auvôvTa 15
àvâyEiv ett’ ÈKEÎvas, oîov oti iroXXà TaÛTa, Kai ÈKsivas
EÎvai TroXXâs, àXX’ où pôvov 8ùo T) Tpsîs, Kai on touto
àvTiTETaKTai àXXi)Xois, Kai ekeivos ÙTroTifiEoOai | Ùvtikei-
pÉvas, Kai oti irpô tou nÉpaTos Kai tt]s àiTEipias to ev Èv
toùtois, 8ià touto Kai irpà twv SueÎv àpxwv ttjv piav 20
6saiv EÎvai toû Évos. ’EtteI Kai to âXXous âXXoïs
KEXpf|a0ai ôvôpaaiv Trpàs Êv8ei$iv twv 8ùo àpxwv, KaXws
pèv XÉyovras EKaoTous, âXXov 8È kot ÔXXtjv Ètti6oXt)v
icrapiEVov, aùro touto TEKjrqpioÛTW T|pîv pT) touto ÈkeÎ
8-9 = Arist., De an., III, 2, 426b 12ss.
6 ètptEcOai A, mg. à A1 || 8 68e A || 21 Oéoiv eïvat scripsi : Oeaivai et
mg. uirg. cens. A (Oeîvat Kroll).
haut ces déterminations, mais qu’il faut nous élever à
partir d’elles, selon l’analogie, vers les principes.
De même donc que monade, limitant, père, subsis-
tence, Éther, si tu veux, sont différents dans les choses
déterminées d’ici-bas, comme le sont également leurs
noms, tandis que là-haut ce sont tous des exemples ou
des symboles d’une nature unique, de même l’un, bien
que différent de chacun d’eux, est cependant là-haut,
lui aussi, un indice de la même nature. De façon
semblable, admettons que les plusieurs sont aussi, selon
une certaine analogie, un indice de l’autre nature,
placée après celle qui vient d’être citée; c’est à elle
qu’appartiennent l’illimité, la dyade indéfinie, la puis-
sance, le Chaos, et tout ce qu’on imaginerait d’autre
pour en rendre la représentation plus accessible.
Ne faut-il donc pas, pourrait-on dire, qu’antérieurc-
ment aux deux principes, du moment qu’ils s’opposent,
il y ait le principe unique, celui qui est antérieur à
l’opposition? Répondons d’abord que les deux principes
ne s’opposent pas assurément comme étant de même
rang, ainsi que le limitant et l’illimité (car une telle
opposition est celle des choses contredistinguées), mais
qu’ils s’opposent, tout au plus, comme la cause et
l’effet, à la façon dont le monde intelligible tout entier
est cause du monde intellectif tout entier. Ensuite,
même si nous sommes d’accord, nous aussi, sur
l’existence du principe unique, celui que, dans nos
précédentes recherches, nous avons découvert comme
étant ineffable, toutefois [remarquerons-nous] ce princi-
pe unique Pythagore l’a proclamé l’un, lui que, nous-
mêmes, nous avons posé comme étant le second
principe, en l’appelant l’un-tout, tandis que [selon
Pythagore] après ce principe unique il y a la monade el
la dyade indéfinie. Mais j’ajouterai que, dans leur
intention de suggérer le principe qui est au-delà de tout,
les uns supposent de lui un signe, les autres un autre, ou
plutôt un caractère [caché]1 pour parler de la façon la
anoriOcadai, àXX’ ànà toutwv kût’ àvaXoyiav en’ ckci-
vaç àvàycaOai.
(46) 'Os ouv povàs Kai trépas Kai irarrjp Kai ùnapÇis Kai
Aiflrjp, ci PoûXci, év toutois pév toÎs Siwpiapévois âXXo
Kai âXXo, Kafiànep Kai tà àvôpara cxev> Èkcî 8é piâs 5
4>ûacws navra cari irapaSciypaTa rj aûpÇoXa, outu Kai
to cv, ci Kai âXXo trap’ CKacrrov toutwv, àXX’ ckcî tt)$
aÙTT)s êv8ciypa Kai touto 4>uacws- 'Opoiws 8é Kai tÔ
noXXà rrjs CTépas Kai pcrà Tiqv cîprjpévijv TCTaypévtjs
c<tt<o kotÔ Tiva àvaXoyiav ùn68ciypa ’ t^s Kai to âncipov 10
Kai T] àôpiOTos 8uàs Kai rj Sûvapis Kai to Xàos, Kai o ti
âv tis àXXo trpôs yvwpipwrépav napàaraaiv énivorjOEicv.
Où 8cî oùv, 4>air] ns âv, irpô tÛv Sucîv àpxwv cîvai Ttjv
piav, arc àvTiKcipévwv, ttjv npô tt]s àvnfléacws ) "H
trpcüTov pév ouk àvriKcivTai <î»s ôporaycis, oiov trépas Kai 15
âircipov (r) yàp toioutt) âvTiOcais twv àvTi8ippr|pcvwv
éaTiv), àXX’ cîircp âpa, ws avriov Kai ainaTov, ws ô
votjTOS Koopos toû vocpoû, ô iras toû navros. “Encira ci
Kai <ruyxwpr)aopcv Kai ^pcîs cîvai Ttjv piav, t)v àvaÇi]-
toÛvtcs év toîs npôcrOcv ànôppijTOV cûp-qKapcv oùaav, 20
àXXà tt|v piav TaÛTi)v o Duflayopas év àvcu<|>^pr]<TCV,
oîav Kai ^peîs tt|v 8curépav oùaav éOépcOa, cv navra
cinôvTCS, perà 8é raûrrjv cîvai povàSa Kai 8uà8a
àôpiOTov. ’AXXà <|>i^aw Kai rr]v éréKciva nâvrwv àpxT)v
évSciKvuaGai PouXopévous âXXo âXXous yvwpiapa aùrrjs 25
unoriOcaOai, pâXXov 8é aûv0T)pa Karà to àXrjfléoraTOV,
3-4 u. supra, p. 2.11 -18.3; Orphie., fr. 54 ; 60; 66 || Il Orphie.,
ibid. || 21-24 u. adn. ad p. 2.14.
18 à s.u. A1 || 25 âXXo scripsi : âXXore A || 26 4-Grjpa A.
plus exacte, ceux-ci [l’appelant] simplement l’Un, ceux-
là simplement Dieu, d’autres le Temps ou l’Occasion ou
le Bien1. Quant à nous, nous l’avons supposé principe
indicible, comme étant < au-dessus de toute
intellectioro ; ou plutôt les Égyptiens aussi le célè-
brent comme indicible : ils le nomment, en effet,
Ténèbre inconnaissable, en l’invoquant même par trois
fois de ce nom2. C’est bien en ce sens que Pythagore
également, voulant appliquer à ce principe un certain
nom, en fixant ses yeux sur l’enseignement philosophi-
que, < l’a appelé un > ; c’est pourquoi au principe qui le
suit il a assigné le nom de monade, en disant aussi cela
comme un symbole de ce principe, et non pas comme
une description propre, étant donné que la monade est
en réalité là où est le nombre ; or, le nombre est dans les
choses déterminées, et non dans le plérôme indéterminé
des êtres3. Quant à Platon, il prête à controverse dans
sa façon d’user des noms; en effet, dans le Sophiste, il
pose l’un avant le tout; dans la République, il déclare
qu’il est connaissable4; enfin, dans le Parménide, au
cours de la première hypothèse, il paraît bien laisser
l’un sans l’être (car il exclut, semble-t-il, que l’un soit),
mais apparemment au moyen de la négation parfaite5
et de l’exclusion de toute connaissance, il suggère
l’ineffable. Cela cependant, il sera plus opportun de
l’examiner ailleurs6. En tout cas, dans la deuxième
hypothèse, Platon pose clairement cet un qu’en réalité,
maintenant, nous venons, nous aussi, de poser de
manière affirmative comme l’un-tout, dans la mesure
où c’était possible ; il s’agit de celui qui est aussi le plus
simple de tout7. Quant à cet un-là que Pythagore posait
avant la monade, et Platon dans la première hypothèse,
il est le symbole du principe indicible, que différents
philosophes ont désigné de noms différents.
tous pèv to cv âirXws, tous 8è 6càv àrrXws, tous 8c
Xpovov i] Kaipôv T) TÙyaOôv. 'Hpcîs 8c àpprjTov àp)(T)v
ùircOcpcOa, | ws oûoav *** ' pâXXov 8c Kai AiyùnTioi
àppîjTov àvupvrjKaai, Îkotos yàp âyvwoTov aùrr)v
wvopaKaai, Tpis Kai toûto èiru|>T]piÇovTCs. Outw tovvuv 5
Kai riuOayopas cOcX^aas ti ôvopa aurr] c-rriflcîvai irpôs
tt)v 4>iXéoo4>ov SiSaaKaXiav à<|>opwv, *** 8iô tt) pcT
aÙTTjv à<)>wpîaaTo ttjv povàSa, aûpgoXov Kai toûto
Xèywv aùrfjs, àXX’ où Si^Xwpà ti olkcÎov, circi Kai rj povàs
tw ovti ottou ô âpiOpôs, ô 8è âpiOpôs cv Siwpiapèvois, 10
àXX’ oÙk cv tw àSiopioTW TrX-qpwpaTi twv Ôvtwv. '0 8c yc
DXÔtwv àp<j>ioÇr]TT)CTipos ottt) xprjTai toîs ovopaaiv ' èv
pèv yàp tw Io<j>ioTT) to èv npoTÎOrjui twv ttÔvtwv, èv 8è tt)
floXiTcûj yvwoTov clvai <j>T]aiv, èv 8c tw DappcvîSp Kcrrà
ttjv TrpwTrjv ÙttôOcoiv SokcÎ pèv to cv ÙttoXittcÎv aveu tou 15
civai ’ to yàp cv ctvai, ws coikcv, àvaipcî, où pèvTOi àXX’
lows 8ià tt)s navTcXoûs àiro<|>âaews Kai ttjs yvw<7TiKT)s
ârrâcrrjs àvaipèacws to àrrôpprjTov èvSctKvuTai. ’AXXà
TOUTO pèv èv ÔXXoïS CUKaipOTCpOV è^CTa^ClV ' èv pèvTOl TT]
ScuTcpa ÙTroOcaci aa<|>ws tiOctoi toûto to cv, o 8t) vûv Kai 20
Tjpcîs cv navra èOcpcGa KaTa^aTiKWs, ws yc oiôv tc t^v,
ôtrcp Kai to ttclvtwv èariv aTrXoûcrTaTov. ’Ekcîvo 8c to cv,
o irpô povâ8os ô riuOayôpas ctiOcto, Kai ô FlXaTWv èv tt]
irpwTT) ÙttoOcoci, ttjs àpp'qTOu àpxrjs coti aûpgoXov, ws
âXXos aÙTTjv âXXws ttws cirwvôpaacv. 25
1 cf. Parni. apud Plat., Parm. 137b2-4 || cf. Phil. 23c9 || 2-
3 = Orphie., fr. 54; 60; 66 || u. adn. || Resp. VI, 506e 1 || 7-8 u.
supra, p. 2.12-14|| 11-13 = Soph. 245a5-b9 || 14 = Resp. VI,
505a2-3; VII, 519c9-10 || 14-16 = Parm. 141 e7-142a6 || 19-
20 = Parm. 142bl-5|| 2l-22 = supra, p. 4.9-12; p. 10.22.
3 lac. signaui, supple ex. gr. tmèp vhrptv nâaav, cf. p. 30.10-11 || 5
Tplç B s.u. : Tpeîç A || 6 èfieXtjaaç scripsi : T)6éX7)<re, 7;- et -e in ras., -7;-
ex -7;-, A* || 7 lac. signaui, supple fere ëv aù-rî;v npoariyépeuaev || 8cè
scripsi (= A"'?) : Siôti, -1 in ras. paulo majore, A || 14 yvaxrrôv
scripsi (cf. uol. I, p. 65.7-8) : SyvcoaTov A.
[3.2. Critique du troisième argument]
Si donc quelqu’un dit que l’un-tout1 est l’un qui est
tout à égalité, tandis que le plus vénérable des deux
principes est plutôt subsistant ou plutôt paternel2, ou a
plutôt la nature du limitant, de même que le deuxième
présente plutôt les caractères contraires, et que chacun
des deux est cependant l’un-tout, que celui qui dit cela
sache, premièrement, qu’il reste encore enfermé dans les
choses déterminées, puisqu’il suppose le plus et le moins
dans ces principes, et qu’il les définit par des propriétés
différentes, comme celles qui disposent à la manence el
à la procession, ou à la subsistence et à la puissance ; ces
conceptions exprimées à titre allusif sont à bon droit
excusables, mais, prises absolument comme telles, elles
produiront une dangereuse confusion. En effet, on
montrera que même la base des intelligibles3 est tout à
égalité, alors que d’une certaine façon elle projette déjà
en elle-même la distinction. Deuxièmement, que celui
qui parle ainsi sache que, nous aussi, nous supposons
que l’ineffable est tout à égalité antérieurement à tout
d’une manière absolument indicible.
Ajoutons, en troisième lieu4, que ce que l’on appelle
l’un-tout, on l’appelle ainsi par son un lui-même (car, en
chaque principe on ajoute le tout5 comme prédicat
commun pour en manifester la perfection) ; c’est donc
par là qu’il sera en tête de la rangée unique qui est de
forme une, de même que la pluralité sera en tête de la
rangée opposée. En effet, la pluralité aussi est principe,
[et] il ne s’agit pas là de la forme; ce principe n’est
absolument aucune propriété définie, mais c’est le
principe qui est tout selon la pluralité, de même que, de
son côté, l’un-tout incline plutôt vers cette nature des
êtres qui est disposée à la manence et qui est de forme
une.
1-4. Voir Notes complémentaires, p. 224.
5. Cf. supra, p. 4.15-17.
Ei toÎvuv Xcyoi tis to pèv iràvTa èv èir’ îorjs cîvai rrâvTa
cv, t) 8è -rrpcaÇuTcpa twv Sucîv àpxwv ûrrapKTiKr) pâXXov
T) TTCLTplKTj T] TTCpaTOCl8'qSl WCHTCp T] SeuTCpa TO CVaVTia
pâXXov, cKaTcpa 8è opws TrâvTa cv, Ïotw pèv o TaÛTa
Xcywv cti KOTcxopcvos èv toîs Siwpiapèvois, tÔ pâXXov 5
Kai f)TTOv cv cKcivoiç ûiroTiOcpcvos Kai î8iÔtt)<tiv aÙTÔ
8ia4>cpoûoais Ô4>opi^ôpcvos, oîov tw povipw Kai rrpoo-
8ikw t) tw ÛTTapKTiKÛ Kai SuvapiKÛ, <a)> kotÔ cv8ci£iv
pèv Xcyôpcva ouyyvwpT)v âv èx°i SiKaiav, ârrXws 8è
auras 8civt]v àircpyâacTai oûyxumv. △eixfirjacTai yàp 10
Kai rj pâais twv votjtwv -navra èir’ îcrqs ouaa, koitoi tov
Siopiapôv t)8t) ttws èv èauTrj | npoÇaXXopévT]. *Ictw 8è
Kai Tjpâç to airoppT^TOv ctt’ Îcttjs trâvTa irpà trâvTWv
ûiroTiOcpcvous kotÙ to irâvTT) âpprjTov.
(47) *Eti pévToi ck TpGwv to cv trâvra Xcyôpcvov kotÔ yc 15
aÙTÔ to cv (koivo yàp Ta trâvTa èv CKaoTT] irpoaTiOerai
irpôs StjXwoiv tou rravTcXoûs), kcltÙ touto ouv tt]s piâs
âpÇci auoToixias ttjs cvociSoûs, KaOârrcp to rrXfjflos tt,s
àvTiKCipèvr)s- ’Apxr) yàp Kai to ttXt]0os, où to cI8os * où8è
pia tis aÛTT) iSiÔTtjs, àXX’ T) navra kotÔ to TrXr]0os ouaa 20
àpxi)> ws yc Kai to cv irâvTa pâXXov ciriKXivci irpôs ttjv
<|>ùaiv twv Ôvtwv Ttjv pôvipov Kai èvociSrj.
3 naTpix^ scripsi : napaxtix-);, -ap- in ras. 1 lit!.. A* || 6 aura
scripsi : aÙTaïç A || 8 & addidi || 9 piv] -è- in ras. A’ || 17 xarà
Segonds : xaî A || 19-20 oùSepia A |[ 20 T) scripsi : -ij A || 21 â>ç ye
scripsi : âiare A.
[3.3. Critique du premier argument]
Que celui qui raisonne <à partir de> la différence de
l’un par rapport à la monade1 se souvienne de ce qu’on
a déjà dit, à savoir que, dans les principes, il n’y a
réellement ni monade ni un2, de sorte que nous ne
devons pas poser, non plus, dans les principes, la
différence mutuelle de l’un et de la monade, mais il est
possible de ramener chacun des deux à la même
hypothèse et allusion.
[3.4. Critique du deuxième argument]
Quant à celui qui attribue au deuxième principe la
procession, au principe qui le précède la manence, et qui
pose que, antérieurement à ces derniers, il y a le
principe indéterminé, celui-là aussi reste encore enfermé
dans la détermination des notions, puisque, dans les
principes, il contredistingue manence et procession, loin
de simplifier ces dernières selon le mode parfait de
l'allusion ; néanmoins, celui-là aussi sera d’accord avec
nous si nous disons que le deuxième principe a la
propriété qui dispose à la procession, mais que le
premier des deux a celle qui dispose à la manence et
qu’il demeure, lui que nous disons être l’un-tout, lequel
ne procède pas de l’indicible par procession, mais par
manence. Car l’indicible est éternellement3 indicible,
tandis que l’un qui demeure, n’est plus pour nous
indicible ; cependant, il n’a même pas procédé, car toute
procession est dyadique, et l’un est au-dessus de toute
procession. En effet, l’un reste toujours indivisible et
non multipliable4, car il a la vertu de dissoudre la
pluralité dans toutes les choses où il s’impose ; par
conséquent, l’un est absolument improcessible, du
moins l’un qui est parfaitement un. Si, en effet, en tant
1. Cf. supra, p. 3.3-14.
2-4. Voir Notes complémentaires, p. 224-225.
’AXXà prjv Kai ô <ck> Ttjs 8ia<j>opâs toû èvôs irpos tt)V
povâSa auXXoyi£ôpcvos àvapipvTjaKcaOw twv eipr)pcvwv,
oti outc povàs outc cv èv èxcivois kotÙ àXr]6eiav, WOTC
oùSè t) toutwv 8ia<|>opà irpôs âXXrjXa ôcTca tjpîv èv
ckcivois, àXX’ êaTiv Kai èKÔTcpov àvâyciv trpàs ttjv aÙTT)V 5
ôtroOeaiv t« Kai cvSciÇiv.
'0 8è tt|v pèv irpéoSov àirovèpwv tt) 8cuTcpçi âpxf), ttjv
8è povTjv <Tjj)> irpô aÙTrjç Kai irpô toutwv TiOcis cîvai tt]v
àSiôpiaTov, cti pèv Kai outos èv tw Siopiapw kotcxctoi
twv èwoiwv, povrjv Kai irpôoSov èv ckcivois âvTiSiaipwv, 10
àXX’ oùxi Kai Taûra àvatrXwv tov TravTcXr) Trjs èv8ci$cws
TpOTTOV, ôpws 8è Kai OUTOS T)pîv CTUp4>WVT)CTei 1TpOo8lKT)V
pèv Xéyouai ttjv ScuTèpav àpx^v, pévipov 8è Kai
pèvouaav ttjv irpOTepav, f)v cîvai 4>apcv tô cv trâvTa, pr)
Trpoïov àtro toû àppr|TOU 8ià irpoôSou, àXXà 8ià povr)s. 15
’EkcÎvo yàp ^v âppTjTOV, to 8c yc pcvov cv oukcti âpprfTOV
tjpîv [cv] ' où pèvToi oùSè TTpofîXBcv, SuaSiKT) yàp trâaa
npooSos, tô 8è cv ûirÈp 'irâaav n,pôo8ov. “Aoxiotov yàp
àci tô yc cv Kai àiToXXan'Xaaiw tokw * Xutikov yoûv coti
toû ttXt|0ous, ois âv èwiyèvTjTai ’ wotc irâvTT) àirpôoSov 20
3 cf. supra, p. 11.9-11.
1 èx addidi || 3 èv s.u. ins. A1 || 6 ante évSeiÇiv] ôç ins. A2 || 8
addidit Segonds || 16 8è s.u. ins. A1 || ye pévov scripsi (cf. infra
p. 14.8-21) : yevépicvov A || 17 èv deleui || 19 àmXXaTtXaaiûi rézcp] fort.
àTOXXanXaacaaTov | àTroXXaxXaaîùx mg. iter. A1.
qu’un, il s’est abaissé par rapport à l’ineffable, cet
abaissement n’est pas pour lui une procession, ou plutôt
il ne saurait y avoir même d’abaissement; car l’un a la
vertu d’unir toutes les autres choses les unes aux autres,
aussi bien qu’à leurs causes propres ; et, en tant que cela
dépend de l’un, toutes les choses ne feraient qu’un, de
sorte que l'un ne s’est même pas séparé de l’indicible.
C’est pourquoi, tout en étant supposé un, il est
néanmoins suggéré comme étant selon un mode indici-
ble.
Or, étant tel, il ne procède en aucune façon ; peut-être
ne demeure-t-il même pas (car ce qui demeure est
différent de l’un1); toutefois, si c’est par allusion que
nous parlons, considérons-le plutôt comme demeurant.
Mais le demeurant, dit l’objecteur, ou bien demeure en
lui-même, et l’un aura une certaine dualité ; ou bien il
demeure en ce qui est antérieur à lui, et il y aura
quelque chose d’exprimable dans l’ineffable, car le
demeurant est exprimable de quelque façon ; ou bien il
demeure en ce qui est après lui, ce qui convient moins
encore, car ce n’est même pas là le propre de toutes les
âmes. Cependant, nous dirons, quant à nous, que l’un
n’est pas le demeurant, mais que, de façon analogique,
il est la manence même; en effet, il est cause du
demeurer pour les autres choses (si toutefois on peut
dire aussi cela), tandis que lui ne demeure pas. Je passe
sous silence que l’un est antérieur à ce qui demeure en
soi-même et dans un autre2, lui qui ni ne communique
la pure manence, ni ne subsiste selon celle-ci ; et de
même qu’on le dit un, limitant, subsistence, Éther, de
même aussi on pourrait, par analogie, le dire demeu-
rant.
1. Ce qui demeure au sens propre, c’est le premier membre de
la triade, à savoir le père, ou l’un limitant.
2. «En soi-même et dans un autre». Ce double prédicat nié de
l’un de la première hypothèse du Parménide (138a 2-b 7) est
affirmé de l’un de la deuxième (145 b 7-e 5). Dans l’interprétation
néoplatonicienne, il désigne le niveau ontologique du premier
ordre des intellectifs (Kronos). Voir Saffrey-Westerink, Proclus,
Théol. Plat., I, p. lxviii et lxix ; V 37, p. 134.1 -p. 139.4).
to sv, ô ys ttovtsXws sv scrriv. El yoûv f) sv uirégr] irapà tô
àirôppt)TOV, oÙk Êotiv qÙtoÛ rrpôo8os t) àrrôgaois,
pâXXov 8s oùSÈ àrrôgams sïr) âv' èvwtikôv yàp koî twv
âXXwv àiràvTWV tô sv rrpos te âXXijXa Kai Trpàs Ta oiKEÎa
aéria, Kai ôaov ys êiri tw Èvi tô irâvTa sv âv ^v, wote où8s 5
SieÎXev ÉauTO àtrô toû àpprjTOu. Aià Kai sv ùiroTiOÈpsvov
ÔpWS àpprjTWS 8fiiKVUTai ôv.
Toioûtov 8È ôv, irpoïôv pèv oùSapws Èoti, Taxa 8s oùSÈ
psvov (âXXo yàp tô psvov irapà tô ev) ' si 8è kotô
sv8si£iv, psvov pâXXov Éotw. ’AXXà to psvov, <J>i]aîv, t) sv 10
ÉauTW | pÉvsi, Kai s£si 8ittXot]v Tivà to sv ' t) èv tw Trpô
aÛTOÛ, Kai striai ti prjiôv Èv tw àtroppi^TW, to yàp psvov
prjrôv rrws ' rj èv tû psO’ èoutô, oirsp àTorrwrspov, toûto
yàp oùSÈ Trairais irpôastrri Taîç ipuxaîs. ’AXXà 4>r|aopÈv
ye i^psîs Èkeîvo pr) sîvai tÔ psvov, àXXà ttjv povrjv aùrrjv 15
kotô àvaXoyiav ' aïnov yàp Èoti toû psveiv toîç âXXoïs
(sïrrsp âpa Kai toûto XÈyoi tis), auTÔ 8È où pÈvsi. ’Ew
XÈysiv oti Trpô toû Èv âXXw Kai èv éoutw pÈvovtos èkeîvo
Èotiv, outs povrjv irapsxôpsvov pôvqv, oute kotô TaÙTTjv
iaràpsvov' wairsp 8È sv Kai rrÉpas Kai ûrrap^is XÈysTai 20
Kai Aiôrjp, outw Kai pÈvov pijOsÎT] âv kotô àvaXoyiav.
3 àrt66«<riçls] scr. ûrtoêaaiç ? || 7 scr. appvjTov ? || 17 toutou, -u
puncto del., A* || 18-19 êxeïvé èotiv, -? in ras., A.
[4. Damascius se situe par rapport à Jamblique]
Quelqu’un pourrait postuler que c’est par procession
que les deux principes opposés proviennent du principe
de forme unique, par mode d’inclination vers les deux
côtés1, ou qu’il faut faire remonter en ces principes les
divisions inférieures des êtres, produites à partir d'une
seule monade encore compacte ; or, s’il entend par là
une contradistinction des deux principes après le
principe unique et à partir du principe unique, nous
n’acceptons pas l’opposition. Mais, s’il pose comme
unique le principe qui est au-dessus de tout, puis
comme deuxième celui qui, venant après celui-là,
enveloppe tout, lui aussi, sans être ainsi complètemeni
ineffable, enfin au-dessous de ce dernier un autre
principe, qui s’introduit déjà lui-même en quelque sorte
dans ce qui est après lui, alors, dans ce cas-là, nous
reconnaissons l’unique principe ineffable, après celui-là
le principe qui est de forme une et, troisième à leur
suite, le principe qui est de forme plurale, non pas
cependant que ce dernier soit opposé au précédent de la
même façon que la pluralité l’est à l’un dans les choses
déterminées, mais plutôt comme la dyade par rapport à
la monade, et la puissance par rapport à la subsistence ;
ou plutôt il ne lui est même pas opposé en réalité de
cette façon (car la puissance est quelque chose de la
substance elle-même, tandis que la dyade s’est beau-
coup écartée de la monade), mais comme un deuxième
monde en sa totalité s’oppose à un premier en sa
totalité, par exemple le monde distingué par rapport au
monde unifié, sauf que chacun des deux principes est
l’un-tout, mais celui-ci comme un, celui-là comme
pluralité2.
I. ’Erà éxœrépa : vers les deux côtés, c’est-à-dire dans la
direction des deux rangées (awrroixiai) de contraires qui sont à la
base de toute constitution d’êtres, cf. supra, p. 5.10 ss, n. 3 et 4.
2. Voir Notes complémentaires, p. 225.
Eî 8É ns Karà trpôoSov àiravroî tÙs ÔvtiOÈtous Sûo
àpxàs àirô T-rjs povoEiSoûs irpoïÈvai ÈttikXivws Ètri
ÉKaTcpa, rj tÙs kÔtw Siaaxiacis twv Ôvtwv àtrô piâs cti
aup<f>uoûs povâSos ètt’ ÈKcivas àvaircpirciv, ci pèv ws Sûo
pCTÙ tt|V piav Kai âirô tt]s piâs àvTiSiaipwv outw XÈyci, 5
ouk àiroScxôpcOa tt|v àvTiOeoiv. El SÈ ttjv pÈv ûircp
TîâvTa TiOcis ws piav, CTÈpav SÈ perà TaÛTt]v irâvTa Kai
aÙTTjv ircpicxouaav, oûx outw Sè ïrâvTT) àiroppTjTOV, ûirô
SÈ TaÛTtjV âXXrjv t]8t) ttws cauTT)v Trpooâyouaav toîs
pc0’ éauTTjV, oGtws ôpoXoyoûpcv ttjv te piav àïrôpprjTOv 10
Kai TTJV ÉvoeiSr] p€T* ÊKEÎVTjV Kai TTJV wX^OoEiSt) TpiTTJV
Èir’ ÈKEÎvaiS, oûx OUTW pévTOl TauTTJV ÈKEÎvt) àvTIKElpÉVTJV
ws tw Évi tô n’XrjOos Èv toîs SiwpiapÈvois, àXXà pâXXov
ws Suas irpôs povâSa, Kai Sûvapis irpôs ûnap^iv '
pâXXov Se kotÔ àXr)0£iav où8È oûtws (t) pÈv yàp Sûvapis 15
aÙTTjs ti ÈcxTi ttjs oûaîas, SÈ Suas iroXù àirÉorraaTai
tt)S povâSos), àXX’ ws SsÛTEpos SXos KÔapos irpôs
irpÔTEpov oXov, ô SiaKEKpipÈvos irpôs tov rjvwpévov,
irXr|V OTI Èv TTÔVTa ÊKOTEpOV, àXXà TO pÈv oîov EV, TO SÈ
oîov ttXt)0os. 20
18 tov] -V s.u. A1.
Sans doute, ces choses-là, par la suite et très
prochainement, nous les expliquerons aussi nettement
que possible. Pour le moment du moins, par rapport
simplement aux dernières conclusions établies par
Jamblique, nous disons que nous commençons, nous
aussi, par un principe unique du tout, et qu’après le
principe unique nous plaçons les deux autres par
analogie à la double rangée qui se scinde à partir d’une
symphyse unique, sans que pourtant ces principes se
contredistinguent ; mais le premier ne veut pas encore
procéder de l’ineffable, et il reste plutôt absorbé par lui,
tandis que le second procède déjà et a eu sa spécifica-
tion dans sa seule détente elle-même, parce que le fait
de procéder lui est consubstantiel. C’est pourquoi il est
devenu aussi pour toutes les choses cause de toutes
sortes de distinctions, de même que l’autre principe est
devenu cause de leur étroite union à leurs propres
causes; par conséquent, chacun des deux principes est
cause de tout, mais celui-ci en causant l’étroite union de
toutes choses les unes avec les autres selon la dimension
horizontale et la dimension verticale (c’est pourquoi on
l’appelle un par allusion), celui-là en causant la
distinction qui se produit selon tous les modes et sous
quelque forme que ce soit. Que personne ne dise donc
que l’un de ces principes commande une rangée et que
l’autre commande l’autre, mais chacun des deux
commande les deux rangées, ainsi que l’unifié antérieur
à elles deux et formé de quelque façon des deux
principes, l’un [agissant] comme principe paternel,
l’autre comme principe réellement maternel.
[5. Damascius se situe par rapport à Syrianus
et à Proclus]
Si, laissant de côté les raisons qui militent en faveur
de notre propre opinion, nous devons l’expliquer en elle-
même, en tenant compte de la position qu’ont prise de
leur côté les autres philosophes, à savoir qu’il y a un
seul et unique principe antérieur à tout et qu’après le
principe unique il y a les deux, le limitant et l’illimité,
Taûra pèv ouv Kai ûarcpov aÙTÛca 8r) paXa SiapOpw-
cropcv ûs oiôv te «rri ' vûv Sè ârrXûs rrpog rà reXeuraîa
tûv ûrrô ’lapÇXixou èrrixeipr)0èvTaiv Èkeîvo XÉyopEV oti
Kai rjpeîs àrrô | piâs àpxps tûv trâvTUV àpxôpsOa Kai
Petô ttjv piav Tas Sûo TÔTTopev kotÙ àvaXoyiav ri)s 5
8iTTrjs ouoTOixias, àirô piâç <rup«|iu<TEais axi^opÉvtjs,
àXX’ oÙk àvTiStaipoupévas, âXXà ttjv pèv oûrrai OÉXouaav
Èk toû àrroppT|TOu rrpoeXOeîv, àXXà KaTamvopÉvrjv uït*-
aÙTOÛ pâXXov, ttjv 8è t)8t) irpoïoûaav Kai aÙTfl pôvT) tt)
XaXâaei ci8otroiT]0EÎaav, oti auvouaiaiTai aÙTrj to irpoïé- 10
vai. Aiô Kai aina irâai yèyovev toû ôiraiaoûv SiaKpivEa-
Oai, CXTTTEp T[ ÊTÉpa àpxT) TOÛ OüptrE<|>UK€Vai TOÎS OÎKEÎOIS
aÎTiois ‘ Ûctte ttÔvtcdv ÊKOTÉpa, àXX’ T) pèv toû nâvTa
aup4>ÛEo0ai Trpôs âXXijXa kqtq te trXaTOS Kai |3d0os (8iô
KaXeÎTai sv kotÙ evSei^iv), Sè toû navTaxûs SiaKpivEa- 15
Oai Kai ôirwaoûv. Mi^SeIs ouv XfiyÉTu ttjv pèv âpxeiv toû
ÉTÉpou anxou, ttjv Sè toû ÉTÉpou, àXX’ ÉKaTÉpav àp<f>oîv
Kai toû irpô àp<|>oîv rjvtüpévou irais è£ àp<)>oîv, ttjv pèv ûs
iraTpiKTjV, TT)V 8è ÛS ÔTEXVÛS pT]TpiK1)V.
Ei 8è 8eÎ tûv auvrjyopouvTajv Xôyatv à^èpcvov, aÙTO 20
ko©’ aÙTÔ to rjpÉTEpov àiToSEÎ^ai, ko©’ o Kai tous âXXous
4>iXo<tô<|>ous ÊaTavai, oti pia pôvT) rj irpo rravraiv àpxT|
Kai pETa ttjv piav ai 8ûo, trépas Kai âtrfiipov, r) orrais
1-2 = infra, p. 35.17-38.17.
1-2 BuxpBpcbaopev B : -acopeM A || 6 scr. ? (sed cf.
p. 5.17-18) || 17 r))v] r et v s.u. add. A1.
ou de quelque autre façon qu’on veuille suggérer ces
principes et les signifier, c’est à partir d’ici que nous
devons commencer l’exposé.
[5.1. La triade et le principe unique]
L’unifié est une chose, et l’un en est une autre,
comme le montre Platon et comme le réclame de
surcroît la notion commune1. En effet, l’unifié est tel
qu’il a subi l’un2, tandis que ce qui est seulement un
subsiste au-dessus de l'unifié ; néanmoins, ils ne se sont
pas séparés l’un de l’autre complètement, mais l’unifié
participe de l’un. Ceux-ci ont donc une certaine relation
perçue au milieu de leur dualité, comme une liaison des
extrêmes, en formant la suite : l’unifié, la relation, l’un,
et au-dessus de l’un il y aura un principe unique,
l’indicible. Quant aux principes qui sont dits deux, ce
sont l’un el la relation qu’est la puissance (car la
puissance est la première de toutes les relations) ; en
troisième lieu vient l’intellect, et c’est lui que nous
célébrons du nom d’être. Cette explication est écrite par
Syrianus et Proclus dans leurs commentaires sur le
Parménide3 ; en effet, l’expression «l’un est», placée au
commencement de la deuxième hypothèse signifie
[d’après eux] la triade. Toutefois, tu pourrais aussi
comprendre plus naturellement la triade à partir de la
nature de l’unifié ; car l’unifié n’est pas seulement un (en
effet, il serait identique à l’un principiel), mais il est
aussi non-un. Et, par suite, il n’est pas seulement non-
un ; car il ne serait pas unifié, ce qui signifie avoir subi
l’un. De même donc que l’unifié a avant lui, parce qu’il
est aussi non-un, ce qui est purement un, de même,
parce qu’il est un et non purement non-un, car il a subi
l’un (par là, en effet, il est de nature à être unifié, parce
1. Les notions communes sont des connaissances évidentes,
innées en chaque esprit, et ayant le privilège de n'être pas déviées.
Cf. supra, vol. 1, p. 40.2; Saffrey-Westerink, Proclus, Théol. Plat.,
I 25, p. 110.23, n. 4.
2-3. Voir Noies complémentaires, p. 225-226.
âv ns auras €v8eiKVUo6ai poûXorro Kai SiacrqpaivEiv,
ÈVTEÛOÈV IîoOeV àpKTÊOV TOU XÔyOU.
(48) “AXXo pÈV TO TJVWpÈvOV, âXXo SÈ TO ÈV, ws Seikvucti
nXârwv Kai t) koivt) Êvvoia rrpoaairaiTEÎ. Tô yàp
rjvwpÈvov TOIOÛTOV ÈCTTIV oîov ttettovôÔs TO EV, aÙTÔ SÈ ô 5
pôvov Èv ÛTrâpxEi ÙTTÈp tô rjvwpÈvov • où pÉvToi ànÈCTiraCT-
Tai TO ETEpOV toû ÈrÉpou rravTEXws, àXXà TOÛ Èvôs
PetÉxei tô rjvwpévov. ”Exei nvà âpa pera^ù twv Sûo
OXÈaiV OsWpOupÉVTJV, OIOV CTUvSectIV TWV ÔKpWV, TaÛTa
È<j>É$T)S ’ TÔ TJVWpÈVOV, T) CTXÉaiS, TÔ ÈV, Kai UTTÈp TO EV 10
serrai pla àpxr], to âppijTov. Ai Sè Xeyôpcvai Sûo Èv te
Kai t) cryéms, rj Ècttiv tj Sûvapis (irpwTT) yàp rj Sûvapis
axÉ<7Ewv ârraawv) * rpirov SÈ ô vous Kai ôrrEp ôv
àvupvoûpEV. ’AXX’ aÛTi] pÈv t] àirôSEiÇis Supiavw te Kai
ripÔKXw ytyparrrai eis tov | nappeviSrjV to yàp «Èv 15
Ècttiv» Èv àpxf| TiflÈpsvov tt]s SeurÈpas ÛttoOÈctews ttjv
TpiâSa CTTjpaivEiv. AâÇois 8’ aùrrjv Kai àrrô rf)s 4>Ûctews
toû ijvwpévou aÙTo<J>uÊCTTEpov * to yàp rjvwpévov ouk Êctti
pôvov Èv (toutov yàp âv rjv tw è^ àpxrjs Èvi), àXXà Kai
oûx ev. 0Ù8È âpa pôvov oûx ev ’ où yàp âv ^v rjvwpsvov, ô 20
CTtjpaivEi iTEirovOÉvai tÔ Èv. "Dctitep oûv, SiÔti Kai oûx ®v>
Êxei rrpô aÙTOÛ o KaOapws Èv ècttiv, outw Kai, SiÔti èv,
àXX’ oùxi KaSapws oûx ev, irErrovâôs 8È tÔ Èv (Sià toûto
3-6 cf. Soph. 244b 6-245b 10 || 15-16 = Parm. 142b3 || 20-23
cf. Soph. 245 a 1 - b 10.
17 8’ àv coni. Kopp.
que sa propriété est établie selon l’ensemble des deux, si
l’on peut ainsi parler), de même donc, pour cette raison,
avant lui sera ce qui est purement non-un [et qui est]
ainsi appelé à cause du caractère propre de son
hypostase, non pas, je suppose, comme le rien (car le
rien est sans hypostase), mais comme une sorte de
nature qui a fait apparaître le non-un dans les êtres, et
grâce à laquelle le premier être aussi est non-un, de
même que grâce à l’un il est un, et que grâce à lui-même
il est unifié. Or, ce non-un les uns le déclareront
l’illimité, d’autres le Chaos, d’autres la dyade indéfinie,
d’autres peuvent le dire encore la pluralité ; pour cette
raison l’être est aussi appelé le mixte, parce qu’il est
unifié de l’un et du non-un. Mais nous examinerons cela
encore une autre fois.
Pour le moment, disons de nouveau que l’être est ou
bien un, ou bien plusieurs, ou bien les deux ensemble. A
la vérité, il n’est pas un, car ce n’est pas la même notion
que celle de l’être et celle de l’un; il n’est pas non plus
plusieurs par l’identité de la notion ; il s’ensuit que nous
disons l’être, aussi bien que les êtres, comme un et
plusieurs. Et, si l’être est les deux ensemble, ce n’est
pas, je suppose, selon la subsistence ; car ni identiques
ne sont un et plusieurs, ni un par subsistence n’est ce
qui est avec les plusieurs, ni plusieurs [par subsistence]
n’est ce qui est consubstantialisé avec l’un, comme un
certain élément de ce qui est formé des deux par
participation. De même donc que l'un présubsiste, de
même aussi les plusieurs. Or, si l’un est différent du
limitant, les plusieurs également seront différents de
l’illimité, et il arrivera qu’il y aura plus de principes que
nous n’en voulons. Et, si l’illimité et la pluralité
reviennent au même, le limitant et l’un reviendront
aussi au même, selon le procédé qui consiste à suggérer
l’indéterminé à partir du déterminé.
En outre, de même que le limitant semble s’opposer à
l’illimité, de même l’un semble s’opposer à la pluralité.
Et si l’un est antérieur au limitant, la pluralité aussi est
antérieure à l’illimité ; si l’un est antérieur à la monade,
yàp rjvwpèvov civai tré^tuKcv, Siôn kotÙ to auvap<f>ÔTCpov
cottjkcv auTOÛ iSiÔttjs, ci xPH outwç ciircîv), OUTWS oûv
8ià toûto irpô auTOÛ cotoi tô KaOapws oùx cv rrj éauTOÛ
îSiOTpôino ûiToaraaei toioûtov Xeyôpcvov, où 8t|ttou ws
tô pijfiév (toûto yàp avuirocraTOv), àXX’ ws tis <J>ûais 5
€K<|>T|vaaa to oùx «v èv toÎç oûai, 81’ t)v Kai tô TrpWTOV âv
oùx cv èoTiv, warrcp cv Sià to èv, Kai rjvwpèvov 81’ èauTÔ.
Tô 8è oùx toûto <J»r|aouaiv oi pèv arreipov, oi 8è Xàos,
oi 8c àôpiaTov SuâSa, oi 8c koi ttXtjOos âv cïiroicv • 8ià
TOÛTO KOI TÔ ôv XèyCTOl piKTOV OTI T)VWpévOV èÇ èvôs TC 10
Kai oùx cvôs. ’AXXà Trepi pèv toutou Kai aû0i$.
Nûv 8è au iràXiv Xèywpcv oti to ôv rj cv èoTiv T| iroXXà,
T] to auvap<|>ÔTCpov. "Ev pèv oûv oÙk cotiv, où yàp T] outt]
èvvoia ovtos Kai èvôs ’ où8è pï|v iroXXà 8ià tt)V aùrr)v
èvvoiav ' ô0cv Kai to ôv Kai rà ôvra 4>apèv ws èv Kai 15
iroXXà. Ei 8è tô auvap<j>ÔTepov, où Si^irou Ka0’ uirap^iv '
oÜtc yàp toÙtÔv cv Kai iroXXâ, outc cv ko©’ ûirap^iv, ô yc
pCTÙ itoXXwv èaTiv, outc iroXXà, ô yc auvouaîwTai tü> èvi,
ws ti otoixcîov toû èÇ àp<}>oîv kotÀ pè0e£iv. 'fîs oûv
irpoüirâpxci to cv, outw Kai rà iroXXâ. Kai ci to èv toû 20
irèpaTOS CTcpov, Kai rà iroXXà toû àireipou crcpov, Kai
aup£r]<rcTai ttXcious civai tÔs àpxàs t] PouXôpcOa. Ei 8c
to âtrcipov Kai tô TrXfjOos cis toÙtÔv cpxcrai, Kai tô
irèpas Kai tô cv cis toutov èXcùacTai kotÙ tt)v àirô twv
Siwpiapèvwv cvSei^iv twv àSiopiaTWv. 25
*Eti toivuv ws to irèpas àvriKCÎaOai | SokcÎ tw àrrcipw,
outw yc tw TrXr)0ei <(to) cv. Ei 8è rà cv irpo toû irèparas,
Kai to ttXt)0os Trpô TOÛ àrrcipou ' Kai ci Trpô povàSos tÔ
8-9 cf. supra, p. 10.11; 15-16; Parm. 144e5|| 10 cf. Phil.
23cl2-dl|| 11-12 cf. infra, p. 40.1-55.16 || 13-14 = Parm.
143 b 3-4; Soph. 245 a 1-10.
10 post Tjvwpévov] -r 21ies A || 15 Ewoiav] fort, aî-riav || 27 tô1
D ex c.orr. : om. A.
la pluralité aussi est antérieure à la dyade indéfinie; si
l’un est antérieur au père intelligible, la pluralité aussi
est antérieure à la puissance. Par suite, le premier
couple des principes est l’un et les plusieurs, et tous les
autres couples, ou bien le suggèrent tous comme étant
unique, ou bien sont rangés après lui, et les deux
principes antérieurs à l’être se multiplient, ce que ne
veulent même pas ceux qui soutiennent cette opinion.
Ajoutons que l’un, qui est un, n’est nullement de
nature à procéder ; en effet, ni le fait de se distinguer
ni celui de distinguer n’appartiennent à la nature de
l’un, s’il est vrai que la distinction est le contraire de
l’union. Dès lors, si l’union appartient à l’un, la
distinction appartiendra nécessairement à la pluralité.
Voilà donc deux principes qui, de cette façon, précé-
deront le tout, en paraissant s’être rangés de façon
opposée ; alors, le principe de l’un n’est pas antérieur
à toute opposition dans les notions déterminées, ni non
plus par conséquent, par allusion, dans les notions
indéterminées.
De plus, tout ce qui est premier à agir ou à pâtir,
devient cause pour les autres choses d’un comportement
semblable : le premier beau est cause de l’existence du
beau particulier, le premier embelli cause de l’embellis-
sement des autres choses, et le même raisonnement
vaut pour tout. Si donc il y a quelque chose qui, pour la
première fois, distingue ou est distingué, cela deviendra
cause de l’un et de l’autre pour le reste ; la première
pluralité et le premier plurifié sont causes de l’existence
des plusieurs et de leur nature plurifiée; et, dans le cas
de l’un, on fera d’autres remarques de ce genre. Sans
doute, si chaque chose se faisait elle-même ce qu’elle
est, en commençant à partir d’elle-même son acte
propre, en sorte qu’elle pâtisse aussi d’elle-même, alors
la forme recherchée en toutes choses serait une seule et
même forme, à savoir le premier agent et le premier
patient. Mais, si l’agent est une chose, et si ce qui pâtit
de l’agent en est une autre, les premières formes qui
sont distinguées par l’agir et le pâtir seront au nombre
cv, Kai to TrXrjOos irpô ttjs aopiorou 8uà8os ' Kai ci rrpô
toû irarpôs toû votjtoÛ, Kai rrpô rrjs Suvâpcios- 'H rrpÛTT]
âpa tûv àpxûv ouÇuyia to cv Kai tÔ îroXXâ ccttiv, ai 8è
âXXai Trâaai tjtoi aÙTrjv èvSciKvuvTai piav oûaav âiraaai,
t] pcrà toÛttjv Teràxarai, Kai iroXXai ai irpô toû Ôvtos 5
8ûo àpxai, âircp où8è aùroi PoûXovtoi oi toûto Xèyov-
tcs.
flpôs Sè toutois to pèv cv, ô ccttiv èv, oùSapûs irpoïèvai
ttcxJiukcv * oûtc yàp to SiaKpivcoOai oûtc to SiaKpivciv rrjs
4>ûacûs cctti toû èvôs, eïrrep Ti] èvûoei èvavTiov SiàKpiCTis. 10
Ei 8r) toû èvôs q èviixns, toû ttXt|0ous âv cïi) iràvTWS t)
SiaKpiois ' 8ôo âpa aurai àpxai, Kai TaÛTj] trpoijyqaov-
Tai tûv iràvTiov, àvTiTcràxOai Sokoûooi ’ Kai ouk ccttiv t)
toû cvôç àpxT) irpô iràcnr]s âvTi6èCT«i>s èv yc Tais
SiwpiCTpévais èvvoiais ' où8è âpa kotÔ èv8ei$iv èv raïs 15
àSlOpÎCTTOlS-
*Eti irâv ô irpûrov troicî Kai nâaxei> toûto toîs âXXoïs
aînov yiyvCTai toû toioutou ' to irpûrov KaXàv toû koXÔv
cîvai CKOCTTOV avriov, Kai to KaXXuvopcvov irpûrov toû
KaXXûvcoOai rà âXXa, Kai èiri rràvTWV é oÙtos Xéyos. Ei 20
toîvuv SiaKpivci ti t) SiOKpivcTai rrpÛTOV, toûto âv CKore-
pou toîs âXXoïs aînov yévoiTO, Kai to rrpûrov irXi)6os Kai
irXijOuopcvov irpÛTOV, toû îroXXâ civai Kai irXijOûcoOai '
Kai èiri toû èvôs crêpa toioûto. Ei pèv ouv èaurà ckocttov
toûto iroioî ô ccttiv, àpxôpcvov à<f>’ èauToû Trjs oÎKcias 25
èvcpycias, ïva Kai rràoxT) û<|>’ èauroû, èv âv cïr] to
^rjTOÛpcvov ciSos CKaoTaxoû, to rrpûrov iroioûv tc Kai
iràoxov- Ei 8è âXXo pèv to iroioûv, âXXo 8è to rrâoxov
ùirà toû iroioûvTOS, 8ûo âv cti, tù irpûra 8ii)pi]pèva tû
4 ^toi aÙTTjv scripsi : T) roiaû-rrçv A.
de deux, par exemple le premier beau agit, et le premier
embelli pâtit. Or, ce raisonnement que nous venons
justement d’exposer est valable du double point de vue
[de l’un et des plusieurs] ; donc, si, par sa nature, seul
l’un est improcessible, les plusieurs seront en tête de la
procession, comme étant les premiers à procéder ; de
même aussi la dyade est, pour les Pythagoriciens, ce qui
est en tête de toute procession, et, selon l’hypothèse
chaldaïque, c’est la puissance ; car elle est la première à
s’écarter, de quelque façon que ce soit, de sa propre
subsistence. Quelle pourrait être, en effet, la cause de
n’importe quelle distinction, si ce n’est la pluralité? Car
qu’est-ce qu’être distingué, si ce n’est le fait de devenir
plusieurs au lieu d’un?
De ce qui vient d’être ainsi reconnu, on doit en
premier lieu conclure que l’un ne procède pas (car s’il
procédait, il serait cela même qui est en tête de toute
procession, de sorte qu’antérieurement à l’un nous
aurions encore besoin d’un principe qui ne procède pas,
mais qui demeure, et cela irait à l’infini), <et que ce qui
procède, c’est;»1 ou bien la pluralité, cou bien> toute
autre chose que l’on voudra nommer la cause de toute
procession. En second lieu, concluons qu’une pluralité,
qui manifeste par elle-même la distinction, doit être
cela même qui commence la distinction, soit qu’elle se
plurifie et se distingue elle-même, soit que, en elle-
même, elle ne soit que pluralité et apte à distinguer,
tandis qu’elle plurifie et distingue les autres choses.
Qu’on l’entende de l’une ou de l’autre façon, elle doit
être cela même qui est en tête de la procession ; par
suite, tous ceux qui posent les deux principes veulent
que la pluralité soit le second principe, de sorte qu’ils
poseront l’un comme le premier des deux, car l’un
s’oppose à la pluralité, et ce couple est le couple tant de
fois cité des deux principes intelligibles posés après le
principe unique.
1. Texte lacunaire. Nous traduisons entre ces crochets et les
suivants la conjecture de L. G. Westerink.
troiEiv Kai wàoxeiv, oîov to irpûrov KaXôv iroicî, Kai tô
irpwTOV KaXXuvôpevov naa/ei. '0 Sè Xôyos 8v vûv St)
ÈXéyopEV àXr]flr)s ko6’ «KaTcpov ' eî âpa to Êv pôvov tt|
auTOÛ 4>ûaei èoriv âirpôoSov, rà iroXXà âv âpxoi tt]s
irpoôSou, ws irpWTOv irpoïôvTa ’ txnrep koi t] 8uàs âpx«i &
trâcrqs Trpoô8ou toîs DuSayopciois, Kai t) Sûvapis kotÔ
ttjv xaÀSaÏKT)V ûirôOeaiv ' Trpwrr] yàp à<j)iaTaTai Kai
Ôttwooûv Trjs oiKeias ûnâpÇews- Kai ri yàp âv eit] to tt]s
SiaKpiaeiüs Ttjs oîas Siq-rroTe aiTiov t) to n’Xr)0os; Ti yâp
Èctti SiaKpiveaOai f) to iroXXà yiyvEoOai àv0’ èvôs; I 10
’Ek Sr| twv outw SiwpoXoyripèvwv Êv pèv St) toûto
auXXoyioTÉov oti tô pèv êv où n-pôeiaiv ' ei yàp trpoïoi,
auTÔ âv €Ït) to âpxov ïrpoôSou oupirâorjs. wctte Kai ïrpô
toû èvôs ScrjoôpeOa tt]s pr) irpoïoûarjs àpxrjs, àXXà
pevoûcrqs, Kai toûto èir’ àireipov ’ rj irX^Bos ô ti 0oûXoitô 15
tis ôvopâÇeiv to Trâa-qs aiTiov irpoôSou. "ETtpov 8è oti
ttXt)0os èK<f>aîvov Si’ èauTOÛ ttjv SiÔKpiaiv aÙTÔ âv eït] to
âpxôpcvov Tt)s SiaKpiaews, cite èaurô ttXt]0ûov Kai
SiaKpîvov, cite auTO pèv ttXt)0os ôv pôvov Kai SiaKprri-
kôv, tô Sè âXXa ttXtjOûov Kai SiaKpîvov. 'OiTOTÉpws yàp 20
âv Xsyoi tis, aÙTÔ âv eÏt] to âpxov Ttjs irpoô8ou ’ aura
âpa PoûXovTai sîvai trâvTES oi Tas Sûo àpxàs TiOèpEvoi
TT)V SfiOTÉpaV âpXT)V • WOTE TT)V ITpOTÉpaV 0T)CTOVTai to Êv,
àvTiKEiTai yàp tw ttXt)0ei tô ev, Kai outt, èariv r| au^uyia
OpuXoupÉvT) twv Sûo pETÙ Tïjv piav ûtroKEipÉvwv àpxwv 25
VOTJTWV.
5-6 cf. p. 2.11-14 II 6-7 = Or. Chald., fr. 4.
6 Ttuâayopioiç A1 || 15 hiare uid. oratio ; possis fere <to 8è
Par conséquent, si quelqu’un1 suppose que le principe
antérieur à la triade intelligible est unique, que ce
principe unique est l’un-tout lui-même (car, dans sa
pensée, ce dernier est également l’ineffable), s’il estime
que Platon aussi s’exprime de cette façon dans le
Philèbe, en posant les deux principes qui sont le limitant
et l’illimité, et, antérieurement à eux, l’un qui s’impose
aussi au mixte selon le mode indicible, car il est
indicible en ce sens que c’est [seulement] au moyen des
trois monades établies «sur son seuil»2 qu’il est connu ;
si, de plus, il pense que Pythagore en juge pareillement,
en plaçant l’un devant la monade et la dyade qui est
appelée indéfinie3, et que c’est là le sentiment de tous
les philosophes qui ont posé un principe unique avant
les deux ; si, en outre, en s’appuyant sur les opinions de
ces hommes bienheureux, [ce] quelqu’un dit que les
deux principes sont placés dans une opposition mutuel-
le, tandis qu’il faut que l’un subsiste antérieurement à
toute opposition, et encore s’il prend à témoin la notion
commune4 et la déclaration homérique approuvée par
Aristote, laquelle estime que le gouvernement de
plusieurs n’est pas une bonne chose, et qui établit un
seul roi sur l’univers5, car il sera nécessaire d’après cet
argument que l’un véritable commande lui-même
toutes les choses sans exception, — c’est pourquoi,
pense-t-il, Platon aussi en beaucoup d’endroits considè-
re comme le premier ce principe unique, car dans le
Sophiste il pose l’un antérieurement aux êtres, et dans le
Parménide, au cours de la première hypothèse, après
avoir exclu de lui tous les prédicats, et même l’être à la
suite de tous, il laisse seulement l’un lui-même,
dépouillé de tout le reste ; si donc [ce] quelqu’un, en
prenant en compte ces arguments et d’autres sembla-
bles, et en s’éloignant aussi en même temps de l’opinion
de Jamblique6, suppose l’un comme principe unique
avant les deux, nous nous opposerons à lui, en alléguant
1-5. Voir Notes complémentaires, p. 226-227.
6. Cf. supra, p. 1.5-8.
"Slcrre Kai eï tis ÛttotiOoîto piav pèv EÎvai Tt|v Trpô tt]S
VOTJTTjs TpiâSos àpXT)V, toÛttjv 8è ttjv piav aÙTÔ EÎvai TO
navra èv (toûto yàp eîvai Kai to àirôppTjTOv), outw 8è Kai
îlXaTWva Xéyeiv èv 4>iXr|€w, Tas pèv 8ûo àpxàs Trépas
TiOèvTa Kai âirsipov, tô 8è èv rrpô toutwv, ô Kai 5
èmyiyvEaOai tw piKTW tov âpprjTOV Tporrov, outw yàp Kai
âpprjTOV EÎvai wote 8ià twv èv rrpoOûpois aÙTOÛ iSpupè-
vwv yvwpi^EaOai povâSwv Tpiwv ' àXXà Kai îluOayépav
oÛtws à^ioûv, tô èv irpoTiOèvTa povàSos te Kai SuàSos
tt]s àopioTou XEyopÉvqs, oÛtws 8è oiEcrOai Kai irâvTas 10
tous <j>iXo<7Ô<j>ous oî Trpô twv Sueîv Ê0evto piav àpXT|V‘
àXXà Kai Taîs 86Çais twv paKapiwv àvSpwv eï tis
èiraywvi^ôpEvos Xèyoi ws ai Buo irpos àXXrjXas âvTiTETa-
Xarai, Trpô 8è rrâ<rr)s àvTiOèoEWS 8eÎ to Êv ûiràpx«v, Éti 8è
èrripaprupoiTo ttjv koivtjv èvvoiav Kai ttjv ûirô ’ApiaroTÉ- 15
Xous èiraivoupèvTjv ôprjptKTjv âiro<|>av<nv, oûk àyaOàv
EÎvai TroXuKoipavÎTjv SoKipâ^ouaav, èva 8è PaaiXèa twv
oXwv KaOiÇouaav, àvâyKTjV yàp èoEoOai kotÔ toûtov tov
Xôyov aÙTÔ ys tô ws àXt]6ws Êv âpxeiv twv rrpaypâTWV
ârrâvTWV • 8iô Kai tov îlXaTWVa rroXXaxoû ttjv piav 20
TaÛTTJV TTpEagEÛElV ÙpxTJV, Kai yàp èv îoiflICTTfi tô èv TWV
ovtwv TrpOTiOrjcri, Kai èv îlappEviST) Karà ttjv irpwTTjv
uttôBeitiv Ta navra àrr’ aùroû àvsXwv, Kai tô EÎvai rrpôs
crrraaiv, aÙTÔ pôvov | à4>iT)ai tô êv ysyupvwpÉvov àtrô twv
âXXwv ÔttÔvtwv • eï Toivuv touto Kai tÔ toioutÔ tis 25
ÛTroXoyiÇôpEvos, âpa 8è Kai tt)s ’lapÇXixou 8ô£r]s
È^lCTTapEVOS, TO ÊV UTTOT10EÎTO piav EÎvai àpxT)V Trpô TWV
SueÎv, àiravTT)aôpE0a Trpàs aÙTÔv, Ta te EÎprjpéva irpo<|>É-
4-8 cf. Phil. 23c9-<18; 64cl-65a6 || 8-10 u. supra, p. 2.11-
14 || 14-18= Arist., Met. A 10, 1076a3-4; Hom., II. 11.204 ||
20-22 = Sop/i. 245a5-bl0|| 22-25 = Parm. 141e7-142al || 28-
p. 22.10 u. supra, p. 18.26-20.25.
1 ùtotîSoito A || 10 àoplorou Xeyopévijç A1 : àopiaToupévTjç A || 16
àraçavaiv scripsi : àraxpaîvetv A || 28 àravrçaépeÔa R : -awpeOa A.
les choses déjà dites (parmi lesquelles, par exemple, que
les plusieurs s’opposent à l’un, que l’illimité et la dyade
indéfinie sont bloqués en une même chose avec les
plusieurs, de sorte aussi que la monade et le limitant
viennent s’identifier à l’un, et que l’un devient un des
deux principes ; et sans doute le second des deux est-il
d’une certaine manière la cause antérieure de toute
la procession, tandis que l’un laisse déjà entrevoir en
quelque sorte dans les êtres la propriété qui dispose à la
manence, en tant qu’il est de nature à être improcessi-
ble et hostile à la distinction, sans laquelle il n’y aurait
pas de procession), et [nous alléguerons] toutes les
autres conclusions1 qu’on pourrait dériver contre l’hy-
pothèse à partir de ce qui a été dit.
Il faut encore ajouter les remarques suivantes :
d’abord, l’un n’est pas absolument indicible, mais il est
seulement non dicible par un discours ; il n’est dicible,
en effet, ni par une affirmation ni par une négation,
mais peut-être l’est-il par une pensée simple, non pas
par cette pensée qui est rationnelle ni par celle qui est
intellective (car toute pensée de ce genre est spécifiée et
composée), ni non plus par celle qui est substantielle en
quelque sens que ce soit (car même la substance n’est
pas quelque chose de véritablement simple), mais peut-
être l’est-il par la forme unitaire de la connaissance2 et
par la fleur3 d'une telle prise d’appui4. Mais, à nous, ou
plutôt à ses heureux contemplateurs6, il ne se donne que
comme objet de conjecture, et cela jusqu'à la seule
gestation (autant de choses qui ont déjà été dites à son
sujet), car il n’est pas complètement connaissable même
par la connaissance unitaire, parce que ce qui est
seulement un et rien d’autre n’est même pas connaissa-
ble ; et si, en plus d’être un, il était aussi connaissable, il
ne serait plus proprement un. En tout cas, dans sa
purification une telle pensée de l’un s’approche d’assez
près de sa nature ; mais pendant qu’elle est proche de
lui, elle en efface6 une certaine connaissance et, une fois
1-6. Voir Notes complémentaires, p. 227-228.
pOVTES, EV OIS TO TE TToXXÔ ITpOS TO EV àvTEKElTO, KOI TO
âirEipov Kai àôpiaTOS Suas eis toÙtÔv ouvewOeîto toîs
iroXXoîs, wote Kai ttjv povâSa Kai to trépas sis toÙtôv
iÉvai tw Évi, ws yiyveoBai to êv piav twv Sueîv àpxwv, Kai
yc ttjs TrpoôSou iràcTjs Trpoavria irws Èotiv i) SsuTÉpa twv 5
Sueîv, to Sè Êv t)8t) rrws ùrro<J>aiv£i to pôvipov Êv toîs
oûaiv, Ka0* ôaov àirpôoSov Eivai ttÊ<J>ukev Kai ôvtÎÇouv
irpôs tt)v SiaKpiaiv, ^s âvsu oÙk av yévovro rrpôoSos, Kai
ôaa âv tis àiro twv Eiprjpévwv âXXa cuXXoyiaaiTO irpôs
TTJV UIToOeOIV. 10
(49) ”Eti pévroi irpôs toutois Kai ÈKEÎva pijTÉov, Êv pév oti
to Êv ouk ectti rrâvTT] âpprjTOV, àXXà pôvov où Xôyw
prjTÔv, oùSÈ yàp Kara<|>â<xEi oùSÈ àiro<|>âaEi, âirXw SÈ îaws
voi)paTi, oùSÈ toutw XoyiKW oùSÈ vospw (rrâv yàp to
toioûtov eÎSt)tikÔv te Kai oùvOetov), oùSÈ tw oÙoiwSei 15
ôXws (oùSÈ yàp oùaia âirXoûv ti ws àXrjOws), àXXà tw
Éviaiw tt)s yvwoEWS eiSei Kai tw ôvOei tt]s TOiaÙTrjs
ÈirEpsiaEWs. ’Hpîv SÉ, pâXXov Sè toîs EÙSaipoai Osaraîs,
ùirovoEÎaOai pôvov SiSwaiv ÈauTÔ, Kai toûto péxpi pôvqs
wSîvos (koI ôaa irspi toutou n,po£ÎpT)Tai), ÈirEi oùSÈ tt] 20
Éviaiç yvwaEi TràvTT] yvwoTÔv, oti prjSÈ yvwaTÔv 8 pôvov
Êv, âXXo SÈ oùSÉv ' si SÈ eÎt] irpôs toutw Kai yvwcrrôv, oÙk
âv êti Êv eit] Kupiws- ’AXX’ opws Kai TOiaùrr) aÙTOÛ
SiaKaOapais Èyyûs ti irpôaEiai tt]s oÙtoû <|>û<7ews '
àXX’ Êws pÈv Èyyùs, àiropôpyvuTai nva yvwaiv oÙtoû, 25
12-13 cf. Parm. 142a3 || 18 cf. Phaed. 111 a3 || 19-21 = supra,
vol. I, p. 86.10-89.3.
22 toûtcû scripsi : toûto A || 24 aÙToü scripsi : éauToû A.
devenue contiguë, elle ferme les yeux pour être union
au lieu de connaissance. Or, cela, nous l’avions dit aussi
auparavant; et il est clair que, même ainsi, l’un ne
saurait être le principe absolument ineffable ; car,
redisons-le, ce dernier est absolument sans position1 et
ne se coordonne d’aucune façon que ce soit avec le tout,
tandis que l’un, même s’il est tout, est tout par l’un et
se pose comme un : il est pour ainsi dire le sommet du
tout.
En outre, si l’on veut de quelque façon que ce soit
nommer l’anonyme par nature, ou dire l’absolument
indicible, ou signifier le non-signifiable, rien n’empêche
de rapporter même au principe unique et ineffable les
plus nobles des noms et des concepts comme des sortes
de symboles parmi les plus saints, et d’appeler un ce
principe, selon la notion commune bien connue, qui
veut que le principe du tout soit un2; pourtant, d’un
point de vue plus rigoureux, il faut savoir que ce nom
ne convient pas à l’ineffable, mais qu’il appartient
proprement au plus vénérable des deux principes3, si
toutefois il appartient même à celui-ci à titre allusif,
comme on l’a dit souvent. Peut-être, cette notion
commune qui est l’apanage de tous parvient-elle
jusqu’à ce principe qui est vraiment un, si toutefois elle
parvient même jusqu’à lui, et non pas plutôt à un
principe plus commun méritant dès lors d’être appelé
principe ; mais elle ne parvient pas jusqu’au principe
ineffable, si ce principe est étranger à toutes nos notions
et absolument inconcevable. Or, si l’opposition de l’un
aux plusieurs postule de nouveau l’un antérieurement à
l’un, nous ne saurions, quant à nous, admettre cette
opposition là-haut, mais quelque part en-bas dans les
choses déterminées, d’où nous faisons remonter aussi
jusqu’en ces principes cette apparence d’opposition.
1-2. Voir Notes complémentaires, p. 228.
3. Il s’agit des deux principes qui sont apres le principe unique
et ineffable, à savoir l’un et les plusieurs, ou leurs analogues.
ircXâaaaa 8è pua Kai yiyverai àv-rî yvwacws cvwais-
’AXXà TaÛTa pèv Kai TrpÔTCpov ’ SrjXov Sè oti Kai vûv ouk
âv eïr) to cv iq à7TÔppT)TOS TrâvTr] àpx^ ' Kai yàp au ttÔXiv
Tj pèv COTl TTaVTT) ÔOcTOS Kai OÙ8’ OTTWOTlOÛv TOTTOpèvT]
ptïà twv ttovtwv • tô Sè êv, kôv TrâvTa f|, tw èvi irâvTa 5
èari Kai TiGcTai èv, Kai tûv irâvTwv èariv oîov Kopu<|>r).
Xwpis 8è toutwv, ci pèv ôvopâÇciv èOèXoi tis ottws
Stjttotc to 4>ûaa âvwvupov, T) Xcyciv tô âppT]TOv
ttovtcXws, T] oTjpaivav | tô àirrçpavTov, où8èv kwXûci Kai
TT] pia Kai àTTOppi]TW àpxf] Ta KpaTlOTO twv ôvopaTwv tc 10
Kai voqpaTWv waircp aûpgoXa aTTa âyiWTaTa Trpoaâyav
Kai CKCivqv cv KaXcîv, kotÔ ttjv Trpo4>avfj koivt|v èvvoiav
ttjv à£ioûaav cv cîvai twv ttÔvtwv àpx^v, ciSèvai pèvTOi
Karà tô ÔKpigcaTcpov oti ouk cotiv ckcîvt] to ôvopa
TOÛTO TTpCTTÛScS, ÔXX* CUTI TT] S irpCO^UTCpaS TWV Sucîv 15
OIKCÎOV, ClTTCp Kai TaÛTT)S, WS TToXXaKlS cïpT)Tai, Kaïà
cv8ci£iv. Mtjttotc 8è Kai r| koivtj cvvoia iràvTwv CTri TaÛTTjv
èÇiKvcÎTai ttjv tw ovti piav àpxTjv, cîircp Kai èiri touttjv,
àXXà pT] cti KoivoTcpav Tivà Kai ï]8t] àpxTjv à£iav
KCKXfjaOai ' àXX’ oùk èni ttjv àîrôppTjTov, cï yc àaûp<|>u- 20
Xos èKciVT] èari Tais ^pcrcpais ÔTrâaais cvvoiais Kai tô
Trâpirav àvcvvôr]Tos- Ei Sè Tj àvTiOcais toû èvôs Trpôs Ta
TroXXà tô cv irâXiv àtraiTci Trpô toû èvôs, ouk âv Tjpeîs yc
ttjv àvTifieoiv TaÛTTjv ckcî ScÇaipcOa, àXXà kotw ttou èv
toîs Siwpiapèvois, à<j>’ wv Kai cis CKcivas àvâyopcv tÔs 25
àpxàs ttjv SoKOÛaav àvTÎficaiv.
2 = supra, vol. I, p. 83.22-84.12; p. 72.20-73.8 || 15-17 cf.
supra, vol. I, p. 9.1-6; p. 10.24-11.14; p. 80.19-81.11 ; p. 82.3-
83.6; p. 84.13-86.8; p. 94.13-20; p. 97.21-23; vol. II, p. 8.15-
9.2; p. 14.6-7; p. 22.18-23.
3 Ttàvnji A, cûv sscr. A1 || 13 àÇioûoav scripsi : àÇîa-v A || 14-15
to ~ 6vopa A || 22 rç ins. A1.
[5.2. De l’opposition dans les principes]
Eh bien donc, maintenant, discutons encore de cette
opposition. En effet, tout comme la quasi-totalité des
philosophes et, en outre, un certain nombre de théolo-
giens1 jugent bon de poser une dyade après le principe
proclamé unique, devons-nous pareillement la poser,
nous aussi, en étant rigoureux, puisqu’on l’occurrence
nous nous efforçons de l’être? Et pourquoi pas,
pourrait-on dire? En effet, qu’est-ce qui devait procé-
der après l’un, sinon le deux, et après la monade sinon
la dyade, et ensuite le reste du nombre? C’est ainsi
qu’Orphée, du moins, fait provenir l'Éther et le Chaos
après Chronos; quant aux dieux, c’est seulement
comme dyade qu’ils manifestent le père et ta puissance
après le dieu unique, et les théologies, toutes ensemble
en quelque sorte, nous ont été transmises comme
faisant de même.
Outre ces traditions, c’est là une exigence de la raison
elle-même, puisque l’être est formé de limitant et
d’illimité, comme le dit Platon dans le Philèbe, ainsi que
Philolaus dans son traité De la Nature2. Et, de façon
générale, puisque la notion de l’un est différente de la
notion de l’être, l’être ne saurait être ce qu’est l’un. Or,
il participe de l’un, par suite il a aussi quelque chose de
non-un ; et ce non-un, comme on l’a déjà dit, est ou bien
rien, ce qui est absurde, ou bien plusieurs : deux
seulement, si l’on veut, à savoir le limitant et l’illimité ;
mais, s’il est plus nombreux, ou bien il est séminale-
ment tous les genres de l’être qui présubsistent là-haut,
car3, même <si> l’on veut y poser toutes choses
absolument, ainsi que dans la monade on pose le
nombre tout entier, rien ne s’y oppose. Quoi qu’il en
soit, l’être est plusieurs; et, parmi ces plusieurs, les uns
sont du côté du limitant, les autres du côté de
l’illimitation.
(50) 4>épe ouv T)8i] ti Kai rrcpi toutes 8iaXcx0wpcv. ’Apa
yâp, ws ârravTcs ôXiyou ti oi <j>iX6ao<j>oi Kai en twv
CcoXôywv cvioi pcTÔ ttjv piav ùpvoupcvrjv àpxr)v 8ud8a
Tifieofiai 8okoû<tiv, outw Kai rjpîv Octcov àKpigoXoyoupé-
voiç, ws vûv trcipwpcOa àKpigoXoyeîa-Oai ; Kai ri yàp 5
où^i ? 4>air] ns âv ' ri yàp ê8ei pcrà tô cv rrpocXOcîv fj Ta
8ùo, Kai perà rr)v povâSa ttjv 8uâ8a, Kai outw yc tov
XoittÔv àpiOpôv rrpocXficîv ; Outws yoûv ’Oprjicùs pèv
AiOcpa Kai Xâos pcTÔ tôv Xpôvov rrapayei ' oi 8è 0eoi
pcrà tôv Êva 0eôv | -rraTcpa Kai 8ûvapiv ws 8uâ8a pôvov 10
€K<|>aivouai, Kai rrâaai ôpoû ti ai 0coXoyiai TaÙTÔv
rroioûaai rrapaSéSovrai.
Xwpis 8c toutwv ô Xôyos aÙTÔs â-rraiTeî, èrrci8r) con to
ôv ck TrépaTos Kai à-rrcipou, ws êv tc 4>iXt]Çw Xéyei ô
OXàTwv Kai 4>iX6Xaos èv toîs Hepi 4>ûoews, Kai ôXws 15
èirciSr) âXXr) ëvvoia toû èvôs Kai toû Ôvtos, ouk âv cïr) to
ôv ô-rrcp to Êv. ’AXXà prjv peTe^ei yc toû èvôs, êx€l Tl “pa
Kai oî>x êv ' toûto 8é, ws cïprjTai, tj oùSèv, cmep Ôtottov, t]
îroXXâ ' ci pèv PoûXcTai tiç, 8ûo pôva, trépas Kai
âtrcipov ’ ci 8è trXciw, t] tràvTa ôaa yévq toû Ôvtos ckcÎ 20
•n-poütrâpxeiv atrcppaTiKws, êirci <ci^ Kai trâvTa tis
cOéXoi âtrXws ws èv povâSi -navra Tifiévai tôv àpiOpôv,
où8cv kwXûci. FloXXà 8è oùv to ôv ' toutwv 8è tÔ pèv rrpôs
toû rrépaTOs, tô 8c rrpôs rrjs àtreipias.
7-8 = Orphie., fr. 54; 60; 66 || 9-11= Or. Chald., fr. 4 || 13-
15=P/n7 23c9-dl || 15 = Philolaus, fr. 44, B 1-2 D.-K.» Il 17-
18 = supra, vol. I, ad p. 54.21-22.
21 scr. npoürtàpxa? || à addidi (post zai ins. C).
Par suite, dit quelqu’un1, il faut probablement poser
auparavant les causes tant de l’un-être que de la nature
dyadique en lui des éléments : il doit donc y avoir la
dyade prédistinguée des principes comme cause de la
dyade dont nous venons de parler, de même qu’il y a
aussi l’un antérieur à la dyade, celui que Jamblique
pose antérieurement aux deux principes comme la cause
présubsistante de l’un-être2. En effet, pour le dire
brièvement, si nous divisons tous les êtres en ce qui est
unifié et ce qui est distingué de quelque façon que ce
soit, même si les contredistingués sont entre eux dans
un rapport de cause et d’effet, la même conclusion [dit-
on] s’imposera ; car, en partant des deux rangées, et
après cela en partant de l’unique contradistinction
globale, nous remonterons nécessairement aux deux
principes auxquels présubsiste le sommet unique, qui
est cause de la symphyse des deux principes et de leurs
dérivés qui se répartissent sur deux rangs, car c’est en
deux que se partagent tous les canaux3 opposés selon
toutes sortes d’oppositions. Ce sont, en effet, de tels
propos que tenait aussi celui4 qui considérait comme le
premier le principe que Jamblique5 pose comme
intermédiaire entre les deux principes et le principe
absolument indicible; de plus, il ajoutait que, s’il est
nécessaire que les deux principes soient participés par
l’être (admettons que l’être est unitaire avant d’être
substantiel), les participations qui sont alors en lui sont
les premiers éléments de l’être en tant que mixte, à
savoir le limitant et l’illimité; c’est la raison pour
laquelle l’être, par sa propriété, est aussi unifié, < parce
quo 6 [en lui] des éléments multiples7 sont venus se
réunir en une seule et même chose ; or [disait-il], partout
les éléments sont contredistingués, de sorte que les
principes des éléments ont, eux aussi, quelque chose de
contredistingué, de sorte enfin que l’un est cause
1-6. Voir Notes complémentaires, p. 228-229.
7. Voir infra, p. 42.4-16 et la n. 2 de la p. 42.8.
△eîv oûv <J>T]oi tis îaws •npoÜTTOTiGévai Tàs airlas Kai
toû èvôs Ôvtos Kai tî)S èv outw 8ua8iKT]s 4>ûaews twv
oTOixeiwv ' eîvai toivuv ttjv 8uà8a twv àpxwv
irpo8ir]pT]pèvT)v ttjs eipqpévTjs 8uà8os aiTiav, wcrrrep Kai
to rrpô tt)S 8uà8os êv, ôrrep ô ’làpgXixos TlfisTai Trpô 5
àp4>oîv toû Ôvtos èvôs aiTiov rrpoürrâpxeiv. Kai yàp,
ôXws eiireîv, ei 8iaipoîpev tô ôvTa TrâvTa sis tô rjvwpévov
Kai SiaKEKpipèvov ôrrwaoûv, kclv ws aÏTiov Kai aÎTiaTÔv
Trpôs âXXr)Xa exil T<* àvTi8iT)pT)péva, TaÙTÔv oupÇr|cre-
o0ai ' àtrô yàp 8ûo otîxwv Kai outw ttjs piâs ÔXtjs 10
àvTiSiaipéaews àvaÇr|aea0ai rjpâs èrri 8ûo rràvTWS àpxàs,
wv Trpoürràpxeiv ttjv piav Kopu<f>r]v, aup4>ûaews aiîiav
oûoav twv te 8ueîv àpxwv Kai twv àtrô toûtwv 8ixf)
à-no<|>uopévwv, Sueîv àrràvTWV àvTiSÉTWV kotÔ irâaav
àvTifieaiv àiropepiÇopévwv oxctwv. TotaÛTa yàp èXEysv 15
Kai ô ttjv ’lapgXixou rrpEoÇeûwv àpx^v, péorjv TiOepévqv
twv te Sueîv Kai ttjs àpp-qrou ttovteXws ' êri 8è TrpoercTiOei
Kai ei TÔs Sûo àpxàs àvàyKT) peréx«r8ai ÛttÔ toû Ôvtos
(cotw 8è tô ôv èviaîov trpô toû oûaiw8ous), Tàs oûv èv
toutw pe6è£eis eîvai Ta -npwTa aTOixeîa toû Ôvtos ws 20
piKTOÛ, oîov Trépas Kai ârreipov ' 8iô Kai rjvwpévov eîvai tô
ôv tt) î8i6tt)ti *** rrXeiw auveierrjXOev eis TaÙTÔv,
rravTaxoû 8è Ta aTOixeîa àvTi8ir)pr)o0ai, wotc Kai Tàs
toûtwv àpxàs ëxclv Tl àvTiSiTjprjpévov • w<rre Kai to êv
22 lac. signaui, fort, excidit 8i6ti, u. adn. || -ei- in
ras. A || 24 êv Steel : 6v A.
antérieurement à la contradistinction. Ce discours, en
effet, prétendait défendre à la fois l’hypothèse de
Jamblique1 et la contradistinction des deux principes
quelle qu’elle soit, car on pourrait dire également que
de là découle la conséquence suivante, à savoir que
l’hénade antérieure aux deux principes est, comme on
l’a vu2, tout en même temps, antérieurement à tout,
mais tout à égalité, tandis que le premier des deux
principes est tout assurément, lui aussi, mais selon ce
qui a davantage le caractère du limitant, et que le
deuxième est tout certainement de façon semblable,
mais selon ce qui a davantage le caractère de l’illimité.
De plus, pour examiner le même sujet en partant
aussi d’en bas, puisque toutes les choses qui existent
sont unifiées et distinguées, l’un des principes les
commande en tant qu’elles sont unifiées, l’autre en tant
qu’elles sont distinguées, enfin le principe qui est
antérieur aux deux les commande en tant qu’elles sont
simplement tout. Et peut-être serait-il préférable de
s’exprimer à peu près de cette manière, à savoir que
l’un des principes est principe des choses, en tant
qu’elles demeurent, c’est celui qui a le caractère du
limitant, < qu’un autre en est principe en tant qu’elles
procèdent, c’est celui qui a le caractère de l’illimité >,
qu’un autre enfin en est principe en tant qu’elles se
convertissent, c’est le troisième et celui qui s’établit
selon l’être; or, il faut qu’avant ces principes il y ait le
sommet universel de tout, qui est l’achèvement absolu-
ment unique de toutes les choses, non pas, sans doute,
en tant qu’elles existent d’une certaine manière, mais
seulement en tant qu’elles existent. Car, encore une fois,
si l’on prétend que les deux ou les trois principes sont,
avec le troisième3, les principes des choses en tant
qu’elles sont simplement le tout, en quoi ces principes
différeront-ils les uns des autres, alors que, tous, ils
seront tout de manière semblable? Et s’ils diffèrent en
plus et en moins4, quelle sera en eux la mesure de ce
arriov cîvai Trpô ttjs àvTiSiaipcacws- "Apa yàp ô Xôyos |
outos T)Çîou Kai tt) ’lapgXîx°u uttoOcoci auvrjyopcîv Kai
tt) ôttwooûv àvTiSiaipèuei twv Sucîv àpxûv, èirci Kai tôSc
âv Tis «TTOl TOUTOIS ÔkÔXouOoV, WS T) pèv TTpÔ TWV 8uClV
âpxwv èvàs ôpoû TrâvTa ijv rrpô TràvTwv, àXXà TrâvTa ctt’ 5
ïai)s, t) Sè TrpwTT) twv Sucîv irâvTa pèv Kai aûrr), àXXà
kotù tô TrepaToei8è<TTcpov, q 8è ScuTcpa irâvTa pèv
ôpoiws, àXXà kotô to à-rrcipoTepov.
"Eti 8é, ws to aÙTÔ Kai kôtwOcv iScîv, rjvwpèvwv tc Kai
SiaKCKpipèvwv twv TTpaypaTWv Ôvtwv aTrâvTWv, t) pèv 10
T|y«Tai ws 'qvwpèvwv, t) Sè ws 8iaKtKpipèvwv, q 8è Trpô
àp<j>oîv ws ttÔvtwv àîrXws. Taxa 8è âpcivov outw ttws
Xèyciv, Ôti t, pèv èaTiv ws pevôvTWv, t, TrcpaTociS^s> <t) 8è
ws TrpoïôvTWv, q àTr«poci8T]S,> t) 8è ws èmaTp€<|>opévwv,
t, TpiTT) Kai kotù tô ôv iCTTapèvT) • 8eî 8è Trpô toutwv cîvai 15
tt)v Koivf|v aTrâvTWv àKpÔTT)Ta piav ôttXws oùaav twv
TTÔVTWV KOpU<j>T)V, oùxi ttou 8è <ws)> ttws u<}>cotwtwv,
àXXà pôvov ws û4>c<7twtwv. Kai yàp au TrâXiv cï tis cittoi
Tas Sûo t) Tas Tpeîs perà ttjs Tpirrjs cîvai ttÔvtwv ÔttXws,
ti Sioiaouaiv àXX^Xwv irâvTa ouaai Trâaai ôpoiws ; Ei Sè 20
f) pâXXov Kai t)ttov Sioiaouai, tis èv toutois toû
13-14 -rç3 — ârreipoeiSTjç addidi || 17 g>ç addidi || 19 p ... y ... y
A || 20-21 8è scripsi : 8er;ai et mg. uirg. cens. A.
plus et de ce moins, puisqu’on eux il n’y a rien qui
ressemble à une différence spécifiée1? En un mot, le
plus et le moins sont perçus dans une seule propriété ;
alors, de nouveau, il n'y aura qu’un seul principe, et
non plusieurs, de cette seule propriété.
Sur tous ces points et tous ceux qui leur sont
semblables, il est facile de déclarer que c’est à partir des
choses déterminées que nous faisons remonter toutes ces
notions vers les principes qui sont indéterminés anté-
rieurement à tout. On peut dire, en effet, que cela est
également vrai pour les notions de l’un et du tout; en
tout cas, c’est en purifiant nos propres notions de ce
qu’elles ont de déterminé que nous les rapportons à
l’indéterminé autant qu’il est possible, en l’appelant à
la fois l’un et le tout, car nous brisons le caractère
particulier de l’un en ajoutant le tout, tandis que nous
dissolvons le caractère composé du tout en ajoutant la
simplicité de l’un. C’est donc d’une autre manière qu’il
faut concevoir, là-haut, la contradistinction qui est celle
de tous les contredistingués ensemble, de quelque façon
qu’ils puissent l’être, soit comme choses de même rang,
soit comme causes et effets; car il y a quelque chose de
commun en tous au niveau le plus général de la
distinction ; par conséquent , quel que soit leur mode, les
contredistingués, pris selon deux rangées, ont deux
causes qui leur sont présubsistantes (celles-ci étant pour
ainsi dire contredistinguées), et il faut [dit-on] qu’avant
les deux causes ainsi opposées, il y ait encore la cause
unique de la symphyse des deux principes et de la
rangée totale des dérivés symphysaires jusqu’aux der-
niers, en partant des couples d’opposés symétriques qui
se produisent partout; cette sorte de rangée totale, il
n’y a rien d’étonnant à ce qu’elle soit plus parfaite que
les deux autres rangées, car c’est une loi que dans les
choses de là-haut, le tout procède avant les parties, et.
l’unifié avant le distingué. En effet, le principe unique
1. C’est la même critique qui a été adressée plus haut
(p. 12.1-14) au 3e argument de Jamblique (p. 4.8-5.7).
pâXXov Kai ^ttov èjn,ipcTpT]aisl oùSepiâs oùarjs oîov
cî8t)tikt)s 8ia4>opâç; Kai oXws tô pâXXov Kai ^ttov èv
piâ OewpcÎTai îSiÔttjti * Kai irâXiv pia r] àpxT), àXX’ où
TToXXai, tt)s yc piâs îSiÔttjtos.
(51) ripôs 8r) toûto Kai tô toioûto rravra ckcîvo 4>âvai ô
Trpôx«pov, oti àtrô twv Siwpiapévwv aî8e irâaai àvoTrcp-
ttovtoi ai ëvvoiai crri Tas Trpô ttÔvtwv àSiopiarous àpxàs.
Kai yàp r| toû èvôs Kai t] twv ttovtwv, 4>aér] tis âv ' àXXà
SiaKoOaipovTcs ôpws Ôttô toû 8iwpiapèvou cni tô àSiô-
purrov tôs rjpcTÉpas èvvoias ws oîov tc <|>cpopcv, ôpoû tô 10
cv Kai Ta TrâvTa XéyovTCs, toû pèv èvôs àiroOpaûovTCS tô
pCpiKÔV TT) TrpOafrrjKT) TWV TrâvTWV, twv 8è ttÔvtwv tô
oûvflcTov tt] rrpoaOèaci ttjs toû èvôs ÔttXÔttjtos àvaXûov-
tcs- ’AXXws oûv Kai ttjv àvTiSiaipcaiv ckcî ficwpTjrèov ttjv
Ôpoû TTOVTWV TWV KO0’ OÎOV 8t)TTOTC TpÔîTOV 15
àvTi8iT]pT)pèvwv, cÎtc ôpoTaywv, cÏtc aÎTiwv Kai aiTiaTwv '
èvecTTi yâp ti koivov arrêtai kotÙ to ycviKWTaTOV tt]S
8iaipcacws> wotc twv ôrrwaoûv àvTiSiT)pT)pèvwv kotA 8ûo
aTixous Xapgavopcvwv 8ûo Trpolüirâpxciv aiTias, Kai
Taâras oîov àvTi8iT)pr)pcvaSi 8cîv 8è rrpô twv Sueîv oÛtws 20
àvriKcipèvwv eîvai Kai ttjv piav aiTÎav ttjs aup<J>ûaews
twv 8ûo àpxwv Kai toû ôXou <tt£xou twv aup<|>uopèvwv
âxpi twv caxaTwv àirô twv eKaaraxoû 8ùo yiyvopcvwv
àvTiaTOix«vv, ôaTis ôXos <rrix<>s oùSèv Oaûpa ci KpciTTWv
cït) twv 8ûo cttÎxwv, ws vôpos cv CKcivois to ôXov npoïcvai 25
rrpô twv pcpwv, Kai TÔ rjvwpèvov irpô toû SiaKCKpipèvou.
8 tcûv B : tov A.
est avant les deux ; c’est donc là l’un absolu que
Jamblique pose comme intermédiaire entre les deux
principes et celui qui est absolument ineffable, tandis
que les deux sont, par exemple, le limitant et l’illimité,
ou encore, si l’on préfère, l’un et les plusieurs,
entendons l’un opposé aux plusieurs, non pas l’un
antérieur aux plusieurs et sans opposition1.
Si donc quelqu’un2 soutient cela de cette manière,
tout en considérant comme opposés les deux principes,
et en plaçant antérieurement à tous les deux le principe
de l’un, la première question qu’on doit sans doute lui
poser portera sur ce dont il parle en dernier lieu : quelle
peut bien être la cause de la rangée intermédiaire, celle
qui est formée d’un seul tenant? En effet, si c’est l’un
antérieur aux deux principes, en tant que cause de leur
caractère symphysaire, il sera lui aussi symphysaire, de
sorte qu’il ne sera pas l’un absolu, mais l’un symphysai-
re formé des deux principes, même s’il est antérieur aux
deux ; de sorte encore qu’il y aura avant lui l’un absolu.
Et, s’il est l’un absolu, il ne sera cause que d’un tel un à
chaque niveau, et non pas de la symphyse formée des
deux principes. D’autre part, si la symphyse des deux
principes, qui, dans leur relation réciproque, se produit
selon la participation de l’un, est ce principe de la
rangée totale symphysaire, il faudra poser ce principe
comme unique avant les deux, pris selon leur caractère
symphysaire, et poser avant lui l’un absolu, et à partir
de lui les deux principes; de sorte que dans l’un et
l’autre cas3, il y aura deux principes intermédiaires
entre l’ineffable et ce qu’on appelle les deux principes,
et non plus un seul comme le veut Jamblique4.
Mais [dira-t-on] la simplicité du premier n’est pas une
chose, et la symphyse, conçue maintenant de façon
purifiée, une autre; non, c’est la même chose, car c’est
le sommet unique de la double contradistinction. Alors,
1. Ce passage p. 28.1-5= B. D. Larsen, lambl. test., 296; voir
J. M. Dillon, p. 31.
2-4. Voir Notes complémentaires, p. 230-231.
Kai yàp rj pia àpxT) rrpô twv Sueîv ' aurr) pèv oùv to
ârrXws êv, o péaov ô ’lâpÇXixos TifieTai twv Sueîv àpxwv
Kai ttjs rravràtraaiv àrroppr|TOU cKeivqs, ai Sè Sûo trépas
4>épe Kai ârreipov, T) Kai ei poûXerai tis, êv Kai rroXXà,
àXXà tô àvTiKeipevov êv toîs rroXXoîs, où tô -rrpô àp<)>oîv 5
Kai àvavTæcTov.
Ei 8r) raûrà tis outw SiaTeivoiTo, Kai tÔs Sûo àpxâs
àvTiKcipévas troiwv Kai ttjv toû évos rrporârTwv âp<j>oîv,
piyréov rrpôs aÙTÔv rrpwrov pév, ôrrep uototov tô
toû péaou otixou toû ôXo<|>uoûs aÏTiov ti rroTe èanv. Ei 10
pev yàp tô rrpô twv Sueîv êv, are auprfruoûs, êarai Kai
aÙTÔ aup<|>ués, wotc oûx êv ârrXws, àXXà tô aup<|>uès «k
Sueîv, Kav rrpô twv Sueîv ' wotc Kai npô auToû tarai tô
ârrXws êv. Ei Sè ârrXws êv, toû èKaaraxoû toioÛtou évès
aÏTiov tarai, àXX’ oùxi tt)S <k Sueîv auptfrûaews- Ei 8è r] 15
aûp4>uais twv Sûo àpxwv r] kotô ttjv péOtÇiv toû èvôs
yevopévT) rrpôs àXXr)Xas, aurr] èariv r] toû aup<|>uoûs
ôXou arixou àpxr), 8er|aei Taûrqv piav rroitîv rrpô twv
Sueîv kotô to aup4>ués, Kai rrpô TaÛTT]S TÔ ârrXws êv, Kai
àrr’ aÛTT]S ras Sûo àpxâs ' wotc eKarépws Sûo ai péaai 20
àpxai aup&qaovrai toû tc àrroppr)TOu Kai twv KaXoupé-
vwv Sueîv àpxwv, àXX’ oÛkcti pia kotÔ tÔv ’làpgXixov.
’AXX’ oÛk ëariv êrcpov pèv r] toû rrpwTou ârrXÔTr)S,
êrepov Sè r] vûv SiaKaOaipopévr) aûp4>uais, àXXà TaÛTÔv *
ÔKpÔTqs yàp èaTi pia tt)S SirrXrjs àvTiSiaipeaews. 25
2 p A || 5 êv C ex corr. : èv A || 6 àvavTæerov mg. iter. A1 || 15 r; in
ras. A* || 20 Sûo1] jj A || 23 à A.
répondrai-je, c’est une nature unique qui contient dans
l’identique la double procession. Et, si même la division
d’une procession unique, division qui dans un un
indivisible présubsistant, est à l’état de contraction
complète selon l’unicité d’une nature non composée, ne
nous fait pas monter vers l’un absolu, que faut-il penser
de la monade qui commande la correspondance de la
double rangée? Ne faut-il pas penser qu’elle ne saurait
être l’un le plus simple? Eh quoi, objectera-t-on peut-
être, ne disons-nous pas que tout est en celui-là,
quoiqu’il soit un cependant? Mais, dans ces conditions,
il faut dire que l’un est aussi la symphyse des deux
rangées, dans lesquelles toutes les autres choses égale-
ment sont rattachées ou auxquelles elles sont subordon-
nées.
[5.3. Contradistinction et analyse]
Observons premièrement qu’il vaut mieux s’élever à
partir de toutes choses intégralement vers l’unique
simplicité de l’un, sursimplifiée au-dessus de toutes
choses, et non à partir d’une unique contradistinction,
quoique tout soit en elle; car elle envelopperait tout en
elle selon les caractéristiques de deux propriétés seule-
ment ; or, c’est à partir de toutes choses complètement
qu’il faut se simplifier jusqu’à l’unique cause du tout.
Observons deuxièmement, que cette contradistinc-
tion générale n’embrasse même pas tout; en effet, la
procession formée en commun1 des deux principes et la
coagrégation qui, à tous les niveaux, procède antérieu-
rement à chaque division particulière, voilà ce que ne
rassemble pas la contradistinction, parce que toute
contradistinction est une division ; or, c’est antérieure-
ment à toute division que se trouve l’indivisible, lequel
n’est pas l’un, mais pour ainsi dire la source des choses
qui se divisent à partir de lui, de même que la monade
est la source du nombre tout entier, tout en étant
différente de l’un absolu.
1. Koivoçutj, mot formé par Damascius, semble-t-il.
Oùkoûv, 4>t)ctoj, pia <t>ûais èariv èv toùtw auvcxouaa ttjv
SiSupov TrpôoSov. Ei 8è Kai piâs irpo68ou ô pcpiapôs, èv
èvi àpcpiaTw irpoüiràpxovTi auvppqpcvos Karà piav
àaùvficTov 4>ûaiv, oÙk avaya rjpâs cis tô âtrXws êv, ti
XPH oïeaGai -nepi rf)S T)youpévi)s povâ8os ttjs 8ittXt]S 5
auCTTOixiaç; 'fis ouk âv | eîr] to yc ÔTrXoùaTaTOv êv; Ti
8c, <t>air) âv, où TîâvTa èv ckcivw Xèyopcv, koitoi ôpws êv ;
OGtw 8è XcycaOw Kai aùp4>uais Toîv 8uoîv otixoiv, èv oîs
Kai tô âXXa irâvTa auvr]pTT]Tai, f) oîs ÙTTOTCTaKTai.
(52) ’AXXà rrpwTOv pèv âpavov àirô irâvTwv àvâycaOai 10
ÔXotcXws èni ttjv piav toû èvôs ttÔvtwv ÛTrcpt]TrXwpévT]v
àirXÔTT)Ta, Kai pT| à-nô piâs àvTi8iaipcaews, ci Kai nâvTa
èv aÙTT) • TTepiéxoïTo yàp âv èv aÙTrj iràvTa Karà 8ùo
pOVOV XaPaKTnPa$ î8lOTT)TWV ’ 6cî 8c TravTcXûç à-trô
ttÔvtwv cni ttjv piav àvaTrXoûcOai tÛv irâvTWv alTiav. 15
(52)2 AcÛTcpov 8è oti où8è -irâvTa TTcpieiXr)<j>cv q ycviKT) aÛTT)
âvTiSiaipeais ' ttjv yàp ck twv Sucîv koivo<J>ut] irpéoSov
Kai auvaipcaiv ttjv trpô CKaarou pcpiapoû -navTaxoû
irpoïoûaav, Taûrrçv où ouveiXr]4>cv r| àvTi8iaip«ns, oti
rrâaa àvTiSiaipcais pcpiapôs èaTi • Trpô 8è iravTÔs 20
pcpiapoû tô àpèpiOTov OcwpcÎTai, ôrrcp oÙk coti TÔ êv,
àXX’ oîov TrqyT] twv à-rr’ aÙTOÛ pcpi^opcvwv, ws povàs
toû àpiûpoû TravTÔs, âXXt] oùaa rrapà to âirXws êv.
4 t(- A || 9 fort. auvnp-rçTai || 13 Trapé^otTO A, mg. rre(pt) A1 ||
14 pZvov scripsi : -<ûv A || yapax.Trjpaç scripsi : -oç A || 18 awatpearv
Kroll : oovatpetv A.
Ensuite, [Jamblique] dit1 (et même ceci ne nous
convainc pas) que l’un des principes est, pour ainsi dire,
monade, qu’un autre est, pour ainsi dire, dyade, qu’un
troisième, enfin, est selon l’un antérieur aux deux ; car,
[ajoute-t-il], c’est ainsi que s’explique Pythagore2, lui
aussi. Faisons observer que Pythagore a donné à
entendre par l’un le principe ineffable3, ne sachant pas
par quel autre nom le désigner4 ; tandis que nous,
maintenant, nous jugeons indigne même ce nom de un,
en considérant5 la position de ce principe-là ; car ce
principe nous apparaîtra plus vénérable en étant honoré
par nous du seul nom d’ineffable, s’il est permis de dire.
C’ést ainsi, en effet, que les Égyptiens aussi appelaient
ce principe Ténèbre inconnaissable, en prononçant ce
nom par trois fois6; de plus, ils l’appelaient Ténèbre au-
dessus de toute intellection et ils le proclamaient encore
le grand Secret, en dramatisant nos propres états,
plutôt qu’ils n’entreprenaient de faire entendre ce haut
principe.
Et, sans doute, les plusieurs également sont-ils
antérieurs à la monade et à la dyade, et en un mot à
tout nombre, comme le montre Platon dans le
Parménide7 ; cor, c’est à partir de> ce qui est plus
vénérable < qu’il faut> s’élever vers les premiers
principes, c’est-à-dire à partir de l’un < vers la cause de
l’un>, et à partir des plusieurs vers la cause de la
pluralité. Et il est nécessaire de considérer comment
c’est antérieurement à la monade et à la dyade que nous
remontons jusqu’aux deux principes isolés8; il ne nous
serait donc guère possible de remonter jusqu’à eux à
partir de la monade et de la dyade, ou a partir de l’un
jusqu’à l’unique principe qui est avant lui, car l’un est
contredistingué des plusieurs, et l’opposition totale est
celle-ci antérieurement à celle-là9. Mais bien entendu
c’est en guise de digression par rapport au sujet que j’ai
fait cette remarque.
1-9. Voir Notes complémentaires, p. 231-232.
Eitô <t>r)Oiv (oùSè toûto TreiOci ^pôs) oti r] pèv èaTi twv
àpxwv oîov povàs, t| 8è oîov 8uàs, t) 8è kotô tô irpô
àp4>oîv êv * outw yàp à-rro^aivccrOai Kai DuOayôpav. "H
riuflayépas pèv ttjv à-nôpprjTov àpxr)v tw évi TrapcS'qXw-
ocv, ouk «xwv otw âXXw ^Trpoa^OèyÇaiTO [trpôs âXXov] 5
r]peîs 8è vûv ÔTtpàÇopev Kai to êv, irpôs ttjv ckcivou Oéaiv
ÔTtpàÇovTcs, è-nci ccpvoTcpa yc 4>avcÎTai tw àrTopprjTw
pôvw aepvuvCeîoa wap’ Tjpwv, ci Oépis cIttcîv. Outw yoûv
Kai AiyÛTrrioi Skotos âyvwarov ckôXouv, Kai toûto Tpiç
èm<|>T)piÇovTCS, èKCivqv ttjv àpxTJv, Kai cti SkÔtos ûirèp 10
vôrjaiv irâaav, Kai cti Kpûipiv peyâXrjv àvupvoûvTCS
aÙTTjv, TÔ rjpcTcpa Tràfrq pâXXov CKTpaywSoûvTcs Tj^rep
CKcivqv Trapa8r)Xoûv èmxcipoûvTCS-
’AXXà 8r) Kai tô troXXà trpô povàSos «ttI Kai SuàSoç,
Kai ôXwç TravTÔs àpiOpoû, ws èv riappcviSr) ScIkvuoi, *** 15
-npcaguTcpwv àvàycaOai èiri Tas irpwTas I àpxâs, Kai
8f|Xov oti àîrô pèv toû èvôs ***, àirô 8è twv ttoXXwv èiri
tt)v toû nXi^fious aèriav. Kai ôpâv XP1! ottws irpà povàSos
Kai 8uà8os èiri tÔs 8ûo pôvas àpxâs àvaêeÇr]Kapev "
<TX°^fi àpa àvaCair)pcv èir’ aùràs à-nô povàSos tc Kai 20
SuàSos, i) àtrô toû èvôs èiri ttjv -npo aÙTOÛ piav àpx'qv '
tô yàp êv àvTiSiwpiaTai toîs ttoXXoîs, Kai ôXî)
àvTifieais aûr») irpô CKcivqs- ’AXXà toûto pèv èv ira-
pevfrqKT] toû Xôyou TrcTroii)pai.
1-3 supra, p. 2.11-14|| 14-15 cf. Parrn I43a2; 144a4.
5 TtpoaçOéyÇaiTo scripsi : çOéyÇaiTo Ttpèç aXXov A (cpOéyÇaiTo
Ttpoa8pap.û>v coni. Kroll) || 6 àTipiàCovrei;] fort. àTioêXÉTtovTeç uel sim. ||
9 rpîç Kopp : Tpcïç in ras. Ax || 12 fjrrep scripsi : èît’ et mg. uirg. cens.
A || 15 lac. signaui, suppléas 8eî 8è arro tcxv (rrpeaêuTeprü^ sine
accentu, et mg. uirg. cens. A) || 17 lac. signaui, supple ex gr. èm ttjv
aitiav toû évéç (tou èvoç, et mg. uirg. cens. A) || 20 a/oX-i) A || 21 aÙTÔw
A, corr. Combès
Troisièmement, pour en revenir à ce dont il s’agissait
au début, il faut dire que nous risquerons de prolonger à
l’infini ces deux canaux de la procession qui se produit
dans toute contradistinction. C’est en effet une sorte de
contradistinction que celle aussi de l’un, antérieur aux
deux principes, par rapport à la dyade des canaux; il
faudra alors, et concevoir une chose avant cette
contradistinction, et en supposer vraisemblablement
une autre avant cela.
Quatrièmement, toute division est le fruit d’une
pluralité, ou au moins de la dyade productrice de
pluralité. Ainsi donc, en considérant la contradistinc-
tion dans sa totalité, quel que soit le nom qu’on lui
donne, nous la ferons remonter jusqu’à ce principe
unique qui est producteur de pluralité et qui donne
le signa] de toutes les distinctions; quant au sommet
de la contradistinction, sommet que nous disons être
un, sans qu’il soit réellement un, mais qui est plutôt
monade, ou symphyse de la contradistinction consi-
dérée comme monade, nous le ferons remonter vers
l’un absolu, que justement tend à être le limitant
et le véritable un-tout. Car, de même que la contra-
distinction est le produit du principe qui est analogue
à l’illimité, de même aussi la symphyse de la contra-
distinction sera le fruit du principe qui est analogue
au limitant, principe que nous nommons aussi par les
termes de la rangée du limitant, de même que nous
nommons l’autre principe par les termes de la rangée
de l’illimitation ; et, en tout premier lieu, viennent les
termes qui manifestent au plus haut degré le caractère
de principe, à savoir l’un et les plusieurs. Or, symphyse,
contradistinction et, en un mot, distinction sont, dans
l’être, unifiées par coagrégation, car elles n’ont pas
encore été distinguées, mais il n’y a qu’une seule sym-
physe de tout avant toute distinction, tandis que c’est
dans l'intellect intelligible le premier que s’est manifes-
tée, de quelque façon que ce soit, une détermination,
ou une distinction ou une pluralité quelconques. Car
(52)3 HâXiv 8é rrpôs to é£ àpxfjs Ikcîvo rpcrov prjTéov ôti
TOÙ$ 8<JO TOUTOUS ÔXETOÙS TT] S KOTO TtâoaV àvTl8iaip€<TlV
rrpoôSou KivSuvcûaopcv é£âyeiv cir’ âneipov. ’AvTiSiaipc-
aiS yâp Èoti Kai aÛTrj tis t) toû Èvôs Trpô àp4>oîv rrpôs ttjv
8uâ8a twv oxctÛv, Kai 8cr)aci Kai toutes àXXo rrpocTri- 5
vocîv, Kai toutou ïaws àXXo npouTTOTiCtaSai.
TérapTov 8è ttXt)6ous cotÎv cKyovos rrâaa Siaipcais,
tjtoi yc tt)s ttXt)6ottoioÛ SuâSos- OÙkoÛv ÔXt]v <J>épovres
ttjv oîav 8t)-itot€ Xcyopévrjv àvTiSiaipcaiv cis piav àvoiao-
pev ckcIvtjv àpxnv, ttjv ttXtjOottoiÔv Kai 8iaKpiaewv 10
âiraawv éÇâpxouaav, to 8è aKpov aÙTT]S, ôrrep êv eîvai
Xéyopcv, ouk ôv tw Ôvti cv, àXX’ oîov povâSa r] aûp<|>uaiv
ttjs âvTiSiaipcacws ws povâSos, èrri TÔ trrrXws cv, ô 8r) tô
trépas eîvai PoùXerai Kai TÔ ws àXtjOws TrâvTa cv. 'As yàp
r] âvTiSiaipcais yévvqpa Trjs kotô to ârrcipov àpxrjs, 15
outw Kai T) aûp4>uais aÙTT)S CKyovos terrai ttjs kotô tô
rrépas, t)v Kai rà aûoToixa tw Trépan KaXoûpcv, warrcp
ttjv ÉTépav rà aûoToixa ttj àrreipiç Kai pâXiara toûtwv
Ta àpxociSéaraTa, oîa tô cv Kai Ta rroXXâ. Zûp<)»uais 8é
Kai àvTiSiaipcais Kai ôXws SiaKpiais cv pév tw Ôvti kotô 20
auvaipcaiv ècnv rjvwpévr), oùrrw 8iaKpi0cîoa, àXXà povr)
irâvTwv ouaa aûp4>uais rrpô TrâaTjs SiaKpiacws, cv 8è tw
vw tw vot]tw rrpwTw Kai ôrrwaoûv é£e<J>âvr| 8iopiapôs t]
SiaKpiais r] ttXt]6os ÔtioÛv. Tl yàp péarj TaÇis, ws cïprjTai
1-2 cf. supra, p. 29.6-9 || 24-p. 32.1 u. adn.
4 rrpo BC : rtpoç A || 6 toutou C ex corr. : toû A, et mg. uirg.
cens. || 21 rçvcop.évT; C : -vp A.
l’ordre intermédiaire, comme on l’a dit auparavant1,
veut être une préparation à la distinction ; il n’est vu
qu’en train de se distinguer, et ne comporte encore rien
de complètement distingué; par conséquent, la pre-
mière contradistinction en acte commence à partir du
troisième ordre des intelligibles2. Elle est, en effet, la
première division et la distinction source3, tandis que
cet ordre est célébré du nom de «source des sources».
Cinquièmement donc, ajoutons que de la division en
toute chose nous remontons à l’indivisible, de sorte
encore que de la division commune à tout nous serons
conduits à l’indivisible commun à tout; et celui-ci est le
coagrégat de tout, ou, pour parler de façon plus juste,
l’union concrète4 de tout. En effet, ce qui est toutes
choses selon le mode unifié et indifférencié, tout comme
la source de la pluralité des canaux5 est une union
concrète indéterminée, cela doit être une union concrè-
te, telle que nous conjecturons souvent la nature de
l’être. Car ce qui subit l’un, n’étant pas l’un, doit être
l’être, qui est un et non-un ; toutefois, même ces
distinctions ne sont pas encore faites; c’est pourquoi il
est juste qu’on l’appelle unifié seulement. Si, en vérité,
à partir de la parfaite distinction concrète6 de toutes les
choses nous remontons au composé parfait de toutes, et
de la plurification de toutes à l’union concrète de
toutes, il est clair qu’en essayant de remonter au-delà
de cela encore, nous nous éloignerons à bien plus forte
raison7 de toute contradistinction, et de telle manière
que, à partir du monde unifié parfait qui est indifféren-
cié, nous remonterons à un monde parfait qu’il ne
convient pas d’appeler indifférencié; car il n’est même
pas unifié, mais il est encore plus simple, à savoir
plusieurs, ou illimité, ou dyade. En effet, l’unifié a [en
lui] une vague manifestation8 aussi bien de multiple que
d’un, quoique même ces distinctions ne soient pas
encore faites en lui ; tandis que ce principe-là est
1-7. Voir Notes complémentaires, p. 232-233.
8. 'Eppacnç : «vague manifestation», voir infra, n. 5 de la
p. 93.3.
irpÔTcpov, èv TrapaaKeufj PoùXcrai cîvai tt)S SiaKpiacws,
èv tw 8iaKpivea0ai ôpwpévr), Kai oùirw ti 4>épouaa
SiaKCKpipévov, warc Kai r) kot évcpyciav TTpwrr] àvnSiai-
pcais àirô ri)s Tpirqs àpxcTai twv | votjtwv SiaKoapTj-
acws. Ton pèv yàp r| rrpwTT) 8iaipcais Kai SiàKpiais 5
TTTjyaia • cKcivq 8è « irT)yr| twv irrjywv » àvupvcîrai.
(53) flèpiTTOv toÎvuv rrpàs toûtois àirô toû pcpiapoû
iravTaxoû èiri to àpcpiarov âvipcv, warc Kai àirô toû
rràvTwv koivoû pcpiapoû èrri to rràvrwv koivov àpcpiarov
àvaxfrqaépcôa ' toûto 8é èaTi to rràvrwv auvaipcpa, rj, 10
SiKaiÔTcpov ciircîv, cvwpa. Tô yàp rràvra rjvwpévws ôv
Kai àSiaKpiTwç, ws rj îttjyti twv rroXXwv ox«twv àSiôpia-
tov cvwpa, toûto àv CIT), oîov rroXXàKis cîvai rô ôv
ÛTrovooûpcv. Tô yàp rrcnovOès pèv tô cv, ouk ôv 8è cv, to
ôv âv cîr), cv tc ôv Kai oi>x êv, àXXà Kai Taûra oûirw 15
Siwpiapèva ' 8iô pôvov rjvwpévov âÇiov KCKXrjaOai. Ei 8rj
àrrô pèv toû rravTeXoûs SiaKpîparos twv rràvrwv èiri tô
rravTcXès aûyKpipa twv ttÔvtwv âvipcv, Kai à-nô toû
nXrjfiuapoû -nàvTWV èiri to rràvTWv cvwpa, aa«J>ès oti Kai
toutwv èrrcKCiva àvaÇaiveiv rrcipwpcvoi noXXw pciÇôvws 20
àiroaTT]aôpc0a TràarjS àvTiSiaipèacws, Kai ws à-rro à8ia-
KpiTou toû rjvwpévou Koapou rravTeXoûs èrri KÔapov
iravrcXT) oùk àSiàKpiTov KCKXrjaOai â^iov ' où8è yàp
rjvwpévov, àXX’ cti àrrXoûaTcpov rroXXà i) âircipov i]
SuàSa. Tô yàp r|vwpcvov èp4>aaiv êx« Kai rroXXoû Kai 25
cvôs, ci Kai prjirw 8iwpiarai pr)8c Taûra èv aùrw, CKcivr]
6 = Or. Chald., fr. 30 (= Dam., In Parm., R. Il, p. 67.1-3) || 14-
15 = Sop/i. 245a5-6; 245cl-2.
8 et 18 â-veipe-v A.
pluralité pure, en tant qu’il est la dyade et l’illimité en
soi ; en effet, la pluralité conçue sans l’un est infiniment
infinie et elle est le gouffre incommensurable de
l’illimité. Assurément l’illimité aussi est un, mais par
participation, tandis que sa subsistence et, pour ainsi
dire, sa propriété est d’être pluralité pure et pur
illimité ; il n’est pas plusieurs à la manière d’une
certaine multiplicité1 [d’éléments], de sorte qu’il devien-
drait en définitive unifié, par suite du mélange des
plusieurs avec l’un, mais il est un-plusieurs par sa
propriété, tandis que c’est antérieurement aux plusieurs
que l’un lui-même, je pense, est un, en ce sens que par
sa propriété et par sa subsistence il est un seulement et
n’est aucune chose par participation. C’est pourquoi ce
principe est aussi nommé subsistence2, parce qu’il n’est
que par subsistence. Quant au deuxième principe, c’est
en participant du premier qu’il a projeté ensuite, et
comme lui étant propre, la subsistence du premier, qui
est productrice de pluralité. C’est pourquoi il est le
premier en qui se sont aussi manifestées la propriété
dyadique et celle qui dispose à la procession (car il est le
premier à avoir procédé), ainsi que le caractère propre
du Chaos (car il est le premier à avoir eu assez d’espace
pour contenir le principe qui est avant lui, et le premier
à être sorti de l’un en quelque façon).
L’unifié donc n’est encore ni l’un ni l’autre de ces
principes, et le mixte ne l’est pas non plus ; en effet, le
mixte a besoin au moins de deux propriétés présuppo-
sées et d’une propriété unique qui les rassemble. Il se
trouve ainsi dans le troisième à partir du premier, là où
sont les deux participations, celle de l’un et celle des
plusieurs, là où l’un et les plusieurs sont rassemblés par
l’unique subsistence de l’unifié et de l’être, et le
troisième est dès lors une triade. Ce qu’est le troisième,
à savoir monde parfait et racine unique du tout, chacun
I. IIXsxco. Ici, ce terme désigne la pluralité des éléments de
l’unifié, cf. infra, p. 42.4-16, et n. 2 de la p. 42.8.
2. Voir Notes complémentaires, p. 233-234.
8è T) àpXT) TToXXÔ pOVOV, KO0Ô COTl 8uÔS K<Ù âîTCipOV
koO’ coutô ' tô yàp aveu toû èvôs ttXt)0o$ èTTivooûpcvov
àncipaKis âfrcipov Kai t] toû àircipou àoTâ0pT]TOS
àxôvcia. ''Eoti pèv oûv «ai tô âncipov êv, àXXà kotô
pêOcÇiv, r; 8c ÛTrap^is aÙTOÛ Kai oîov iSiôrrjs ttoXXÔ pôvov 5
Kai âircipov pôvov, oùx w8c ttoXXÔ ws Tiva irXciw, ïva Kai
Tjvwpévov yévTjTai, ck ttoXXwv tw èvi cuyKpaOcvTWv,
ÔXX’ COTIV êv TToXXÔ TT) iSlOTTJTl, TTpÔ 8è TWV TToXXwV OUTO
8r)TTOU TÔ êv OUTWS «V ws pôvov TT) l8lÔTT)Tl cv Kai ws
pôvov ko©’ ûirapÇiv, oûScv 8c kotô péOcÇiv âv. Aiô Kai 10
ÛTrapÇis ôvopaÇcTai r) àpxT) ckcivt), oti pôvov ko0’ û-rrap-
Çiv. 'H 8è 8cuTcpa pcTcxouoa tt)$ TrpwTrjs erra Kai îSiov
TTpoÙgâXeTO TT]V TOUTES UTTOpÇlV TTJV TToXXoTTOlÔv. AlÔ
Kai tô SuoSikôv cv aÙTT) TrpwTT) ttc<|>t)vcv Kai tô |
TTpOoSlKOV, OTI TTpWTT) irpOT)X0CV, KOI TO TOÛ XÔOUÇ 15
ÎSÎwpa, OTI TTpWTT) €XWpT]O€V TT)V TTpÔ aUTT)S, Kai TTpWTT)
toû cvôs è^c€t] ÔTTWOOÛV.
OÛttw oûv to qvwpcvov ckcivwv oùScTcpov, oÙ8c TÔ
piKTOV • ScÎTai yàp TÔ piKTÔV Sucîv ISlOTTJTWV ToÙXâxiCT-
tov TTpoÜTTOKCipcvwv Kai piâ$ ttjs ouvayoûoTjs. "Eoti 20
TOIVUV CV TW TpiTW àfTÔ TOÛ TTpWTOU, CV W 8Ûo pcOc^ClS, T)
TOÛ cvôs Kai TWV TroXXwV, piç TT) TOÛ T|VWpévOU Kai ÔVTOS
ÛTrâp^ci cuvayôpcva, Kai Tpiàs t]8t] tô TpiTov. ”0 8è tô
TpiTov, KÔapos ÔXotcXtjs Kai pi^a pia twv ttovtwv, Kai
15-17 u. ad p. 10.11.
1 Svàç scripsi (cf. p. 32.24-25) : 8iè A || 16 è/diprjaev] -ig- ex -i-, t
puncto notatum sscr. A1 || 22 piâ Combès : pla (sequente puncto)
A || Svroç B : -œq A || 23 6 Kopp : é A.
des deux autres principes l’est également, à savoir
monde encore plus parfait, ou plutôt cause de mondes
parfaits (le premier l’est en tant que ces mondes sont
unifiés, le deuxième en tant qu’ils sont plurifiés comme
particuliers) et chacun des deux est cause du premier
même de tous les mondes, qui, pour cette raison, est
aussi appelé caché1, ('absolument caché, de telle sorte
qu’il n’est même pas la semence des mondes divins qui
procèdent de lui, mais qu’il est encore au-delà du
principe séminal, si avant toute semence il y a l’unique
nature indéterminée qui coagrège tout en elle. C’est
pourquoi le théologien2 chante Métis comme «le pre-
mier» et «celui qui porte la semence des dieux», lui que
les dieux eux-mêmes appellent aussi source de tous les
diacosmes-sources3 ; s’il est à un tel point éloigné de
cette opposition symétrique des rangées, laquelle se
manifeste dans la contradistinction, c’est parce qu’il est
aussi de cette opposition tout entière l’unique symphyse
et l’union, accompagnées d’une faible manifestation
intelligible qui est en gestation de la distinction. Or, si
Métis est tel, tel est bien davantage le Métis qui est en
formation4, ou peut-être pour parler de façon plus juste,
la médiation intelligible qui porte Métis dans son sein ;
et, avant celle-ci précisément, est l’être en soi, le
diacosme réellement caché. Donc, à plus forte raison
encore la cause de ce diacosme est-elle parfaite5;
toutefois, elle n’est plus monde, mais elle est cause d’un
monde en tant que ce monde est tout, de même que
celle qui la précède6 est cause d’un monde en tant que
ce monde est également un, car un et plusieurs est aussi
celui-là, mais comme indifférencié.
Ajoutons, par conséquent, la «sixième phase»7 de la
démonstration, à savoir que chacun des trois principes
est tout et antérieurement à tout ; mais celui-ci est tout
1. Sur l’unifié comme «monde caché», voir vol. I, p. 60.13, n. 3.
2. Le «théologien», nom habituel d’Orphée.
3-7. Voir Notes complémentaires, p. 235-236.
Èkeivwv €K<rrépa, KÔapos êti psiÇôvws ÔXoteX^s, pâXXov
Sè KÔapwv aiTia -iravTEXwv, r, pèv ws pvwpèvwv, rj Sè ws
-n-£-rrXr]0uapévwv EKaarwv, Kai aÙToû toû npwTou ttÔvtwv,
Kai Kpu<j>iou Sià toûto KaXoupèvou, toû TrâvTT] Kpu<|>iou,
ws P^Sè arréppa eivai twv à-rr’ aùroû rrpoïôvTWV Osiwv 5
Koapwv, àXX’ êti ènÉKEiva ttjs oTreppaTiK-qs àpxrjs, « yc
-rrpô navrés anèpparos t) navra auvr)pT]Kuîa èv aurr) pia
àSiôpicrros 4>ûois- Aiô Kai tov Mî)tiv «npwrov» o
©EoXôyos àvupveî «cnéppa <|>ÉpovTa Oewv», ôs Kai n-qyT)
Xèyerai twv n-qyaiwv ânâvTWv SiaKÔapwv un’ aÙTwv twv 10
Oewv ' toooÛtov àirèxei tt]S kotô àvTiSiaipsaiv ÈKcivqs
àvTioTOixias, oti Kai naarjs aÙTrjs èanv pia aûp4>uais
TE Kai EVWOIS pETO TTJS wSlVOUCrqS TTJV SlCLKplOlV VOTJTTJS
èpÿâo’EWS- Ei Sè ô Mfjris toioûtos, ttoXXw pâXXov à
Kuôpevos Mt^tis, îows Sè koAXiov àirâv, KÛouoa tov 15
Mr]TlV VOTJTT) p€OÔTt)S ’ ’n’pÔ 8É y€ TaÛTTJS aÙTÔ TÔ ôv, ô
Kpû<|>ios TW ÔVTl SiaKOOpOS- ”EtI OUV psi^ôvws TOUTOU
airia navTcXris ' àXX’ ouketi KÔapos, aiTia Sè KÔapou
KaGo -navra ô KÔapos, woirep T| rrpô TauT-qs KaOà Kai êv ô
KÔapos, êv yàp Kai îtoXXô. Kai êkeîvos, àXX’ ws àSiÔKpi- 20
tos.
"îlaTE Kai tt)v êKTTjv è-irayâywpEV yevEav ttjs àTroSsi-
Çcws, ws navra pèv ÉKaarr) twv Tpiwv èan Kai irpà
8-9 = Orphie., fr. 85 || 9-11 = Or. Chald.. fr. 30; 37 || 14-16 cf.
Orphie., fr. 79 || 22 cf. Phil. 66 c 8-9 (= Orphie., fr. 14).
4 roû Kopp : tcol A || 16 aùrèj -rè s.u. ins. A1 || 20-21 àSiàxptToq
scripsi : àSiaxplzcoq A.
selon l’union concrète de tout, c’est le troisième ; le
premier est tout selon l’un, en tant qu’il est la simplicité
unique parfaite; quant au principe intermédiaire, il est
tout selon tout. En effet, ce principe aussi est tout, en
tant qu’il est plusieurs, c’est-à-dire tous les plusieurs,
car, bien entendu, il n’est pas quelques plusieurs,
puisque ce seraient là des plusieurs définis ; or, ce
principe est, on le sait, les plusieurs purs, de sorte qu’il
est tous les plusieurs, mais tous, en tant qu’ils ne sont ni
distingués ni unifiés, car il n’est pas les plusieurs qui
participent, mais la pluralité1 elle-même. Par
conséquent, ce principe est tout par subsistence, de
même que l’être est tout par participation, tandis qu’il
est l’unifié par subsistence, de même que l’un est un par
subsistence, tandis qu’il est tout selon la cause, s’il est
permis de dire. Ce n’est pas que l’un soit aussi la cause
de toutes les choses (de cette manière il serait encore
non-un), mais, étant un seulement, il est producteur de
tout. C’est pourquoi il conviendra de distinguer les
principes, du moins par les noms, de la façon suivante :
le premier est un antérieurement à tout, le deuxième est
tout, le troisième un-tout par union2.
Voilà les arguments qu’on doit élaborer pour suggérer
les deux principes dits premiers.
[6. Statut symbolique des principes]
Il est évident que ces principes ne sont ni de même
rang, quoiqu’on le dise souvent, en se basant sans doute
sur certaines suggestions à partir de ce qui est plus
connu ; ni au nombre de deux, s’il est vrai que tout
nombre vient plus tard, ainsi que la monade elle-même ;
ni distingués l’un de l’autre, car même dans le troisième
principe il n’y a pas encore de distinction, mais
1. RoXXirrçç, mot formé, semble-t-il par Damascius; cf. infra,
p. 42.3 ; 8 ; 9.
2. Premier essai de définition (s’il est permis de parler ainsi) des
principes. Une formulation plus élaborée sera proposée infra,
p. 39.11-25.
nàvTwv ' àXX’ p pèv nàvra kotô to nàvrwv êvwpa, r]
TpÎTT), r\ 8è npWTT) nÔVTO KOTO TO êv, WS ànXoTT)$ pia
navTeXi)s, 8è pèai] navra kotô navra. | "Eon yàp
nàvTa Kai aûrr) ws noXXà, ô èan navra, où yàp Sr, evia,
Taûra yàp Tivà noXXà • r| 8è rçv ànXws TroXXà, wotc 5
rràvTa, àXXà nàvTa outc Siwpiapéva outc ^vwpèva, où
yàp tô peréxovTa, àXX’ aÙTT) t) noXXôrrjs. "flore navra
Ka6’ ûnap^iv, wanep to ôv navra pèv Karà péOe^iv, to 8è
rjvwpévov KaO’ ûnap^iv, wanep tô êv, êv pèv Ka0’ ûnap^iv,
navra 8è küt’ avriav, ci fiépis eineîv. Oùx oti to êv Kai q 10
airia twv nàvTwv (outw êarai nàXiv oùx ®v)> àXX’ êv
pôvov nàp<|>opov. 'ÏIctc àppôaei Kai outws aùrà SiopiÇeiv
toîs yc ôvôpaaiv ' pèv pîa èoriv êv npô nàvTwv, tj 8è
SeuTcpa nàvTa, t] 8è rpiTT] êv nàvTa KaO* êvwcnv.
ToaaÛTa pèv èniKcxeipiQaOw npàs ëv8ei£iv twv npwrwv 15
Xeyopévwv Sucîv àpxwv.
(54) △'qXov 8è oti outc àpoTayeîs eiaiv, ci Kai XèycTai toûto
noXXÔKis Karà 8q rivas ànô twv yvwpipwTcpwv ÈvSeî^eis,
outc 8ùo eiaiv, eînep kÔtw nâs àpifipôs, Kai aùrr)
povàs, outc Siwpiapévai eiaiv àn’ àXXrjXwv, oùSè yàp èv 20
tt) TpiTT] àpxf] où8ènw Siopiapôs, àXXà pôvov npoévwpa
2 y ... a A || 7 ttoXXotijc mg. iter. A || 15 ÈmxexEipT;a6<o] -xe- s.u. ins.
A1.
seulement une union concrète antérieure des choses qui
seront distinguées à partir de lui ; ni séparés par une
altérité, s’il est vrai qu’il n’y a même pas d’identité
dans ces principes; mais, comme les dieux l’ont révélé
et, bien entendu, en tenant eux-mêmes un langage pour
des hommes, les trois principes sont entre eux comme
peuvent l’être l’intellect, la puissance et le père, ou
comme la subsistence, la puissance de la subsistence et
l’intellection de la puissance. Or, il est tout à fait
certain que même ces propriétés n’expriment pas
réellement la vérité dans le cas de ces principes; en
effet, la détermination de ces propriétés, c’est dans le
troisième diacosme des intelligibles qu’elle s'annonce à
peine selon le mode intelligible1 et de manière cachée, et
dans l’unifié ces propriétés aussi sont unifiées, car, dans
les principes, il n’y a même pas de détermination de
causant et de causé, puisque, même dans le sommet des
intelligibles, Jamblique n’a pas voulu non plus qu’il y
eût un principe déterminé de l’un et de l’autre2. Seule se
trouve là, en effet, la continuité intelligible de toutes les
choses de ce genre, sans même que cette continuité soit
celle qui s’oppose à la détermination; car il y aurait de
nouveau une autre division antérieure à elles deux. De
plus, c’est antérieurement à tout qu’est, l'union dans les
intelligibles, < puisqu’> ils viennent de l’un et sont
comme coagulés auprès de lui. De fait, tout ce qu’on
soupçonne là-haut de plurifie, dans la mesure où l’unifié
n’est pas l’un lui-même, cela aussi doit néanmoins être
considéré comme étant dans ce qui est de forme unique ;
car on ne saurait même parler, là-haut, d’union qui soit
opposée à la multitude (en effet, la multitude aussi, en
se contredistinguant, coexisterait avec elle), mais seule-
ment de l’unique union antérieure aux deux. Et si nous
voulons qu’il en soit ainsi dans les intelligibles, à quoi
faut-il nous attendre dans le cas des deux principes qui
se posent antérieurement à l’intelligible tout entier?
1. Voir Notes complémentaires, p. 236.
2. Ce passage p. 36.11-13 = R. D. Larsen, lambl. test. 297.
twv 8iopio0r]cropèvwv àtr’ aùrrjs, outc ércpÔTTjs SiaXap-
Çàvci auras, eîrrcp oùSè TaÙTÔTrjs èv ckcîvois ' àXX’ ws ai
Oeoi, Kai aùroi pévToi àvOpwirois SiaXeyôpevoi, oûrws
«X£IV wpàs àXXrjXas àrre<J>T|vavTO ràs rpeîs àpxàs ws âv
€X°l vous Kai Sûvapis Kai TTarrjp, T) ü-irapÇis Kai Sûvapis 5
tt)S ûrrâp^ews Kai vorjois tt)$ 8uvâpews. îlàvTWS 8è
4>avcpàv oti oùSè raûra àXrjôeûerai àXrjOws èir’ èkcivwv '
Kai yàp ô toûtwv Siopiopôs èv tt) rpiTT) twv votjtwv
SiaKoap-qaei votjtws èp<j>aiverai Kai Kpucftîws, èv 8è tw
t|vwpévw Kai Taûra rjvwrai ' oùSè yàp airiou Kai ainaroû 10
Siopiapàs èv èKeivois, oùSè yàp èv rg àKpÔTTjTi twv
votjtwv où8è ô ’lâpÇXixos toûtwv rj^iwoev eîvai Siwpio-
pévtjv àpxrjv. Mia yàp r] votjtt) cuvéxeia ttÔvtwv twv
toioÛtwv, oùSè <7uvèx«a r, àvTiKcipèvt] tw Siopiapw '
rràXiv yàp âv cÏT) Siaipecis âXXt] rrpô àp4>oîv. Kai èn rrpô 15
rràvTWv êvwais èv toîs votjtoÎs, ^èrrei^ | àiro toû èvôs Kai
îrepi tô èv oîov TrérTrjyev. Kai yàp ôaov ûnovoeÎTai
TrXr)6uopevov èKcî, KaO’ ôaov ouk aùrà tô èv èan tô
Tjvwpèvov, Kai toûto ôpws èv tw povociScî OewprjTcov '
oùSè yàp èvwcis r) avrificTOS tt) ttXï]6Ûi XèyoïTO âv èK€Î 20
(ouvèaTai yàp aÙTT] Kai ttXt]0Ùs àvTiSiTjpripèvT)), àXX’ î)
irpà àp<|>oîv èvwais pia. Kai ei è-tri twv votjtwv outws
à£ioûpev, ti XP’Ô TrpocSoKâv èiri twv rrpô toû votjtoû
rravTÔs ùiroKcipèvwv Sueîv àpxwv ; Oùx °Tl '"'oXXw
2-6 = Or. Chald., fr. 4.
8 y A || 16 èireî addidi.
N’est-ce pas à ce qu’ils soient à bien plus forte raison
unifiés, ou plutôt à ce que les deux soient absolument
un, puisqu’ils sont antérieurs à l’unifié tout entier?
Comment donc sont-ils deux? Ce n’est pas selon la
dyade ; en effet, il n’y a pas encore de nombre là-haut,
ni tout simplement de détermination, car il n’y a pas,
non plus, de monade, puisqu’il n’y a même pas l’un dit
comme tel, ni non plus les plusieurs, car cet un et ces
plusieurs se contredistinguent dans un rapport récipro-
que. Néanmoins, nous utilisons ces noms dans le cas des
principes, ne disposant pas d’appellations dignes d’eux ;
d’ailleurs, nous n’avons même pas d’intellections de
cette sorte, puisque leurs concepts eux-mêmes ne sont
pas saisissables par les intellections qui sont les nôtres,
et puisque, d’après Jamblique, même l’intellect par ses
postes d’observation* ne saisit pas le sommet de
l’intelligible ; mais il faut que l’intellect aussi replie ses
propres intellections dans l’intelligible, s’il veut, en
étant ainsi contracté, s’appliquer, de quelque façon que
ce soit, à ce qui absolument contracté.
Il ne faut donc pas dire que les principes sont deux,
car on ne doit même pas les dire un seul, comme si on
les comptait, mais il faut parler d’eux plutôt par
conjecture, d’après la propriété que nous disons être
celle de la dyade et de la monade. Dyade, en effet,
signifiera d’un principe qu’il est de nature dyadique, et
monade qu’il est de nature monadique; car c’est ainsi
que les principes sont un et plusieurs, non pas par la
propriété, ni par le nombre, ni non plus, en bref, par la
quantité et par quelque nature quantifiée, ni même par
le principe de <la > qualité ni par celui de la substance
qualifiée, mais en transcendant tous les concepts de ce
genre. Chacun de ces concepts est, en effet, particulier
1. Ce passage p. 37.9-10= R. D. Larsen, lambl. test., 298.
L’usage technique de itepicom;, que les néoplatoniciens font au
sujet de l'intellect, est anticipé par Platon, Polit. 272e 5 : eiç t-îjv
éauToü Tœpiowrijv ànéoxTj (ce qui est dit de l’intellect qui gouverne le
monde). Ils appliquent aussi ce mot. à la perspective circulaire qui
se déploie à partir du haut du ciel (Phèdre 247 b 1 -c2).
pei^ôvws rjvwvTai, pâXXov Sè irpà toû r|vwpèvou oùaai
iravTÔs êv ai Sûo iràvTws «oi ; Flws ouv Sûo ; ’H oûyi kotô
SuàSa, outtw yàp ckcî âpiOpôs, oùSè oXws Siopiopôs,
oûSè yàp povàs, oùSè yàp to êv aÙTÔ S XéyeTai êv, oûSè
noXXà, Kai TaÛTa yàp àvTiSiwpiorai irpôs àXXrjXa. 5
KaTaxpœpeôa Sè ôpws toîs ôvôpaoiv èiri èKeivwv, ouk
ëxovTCS à£tas CKeivwv èirwvupias ' oùSè yàp vorjoeis
ëxopev ToiaÛTas ' oûSè yàp aûrà Tà vorjpaTa Xrjirrà toîs
varçaeaiv èoriv toîs rjpeTépais ‘ où8è yàp Taîs toû voû
irepiwtraîs voeÎTai to ÔKpov toû votjtoû kotÛ ’làpÇXixov, 10
àXXà aupTTTÛ^ai Seî Kai tov voûv Tàs oÎKeias voqoeis eis
to votjtov, ei pèXXoi auvTjpTjpèvos wv èiriÇàXXeiv Kai
ôiroaoûv tw iràvTT] ouvppr)péva>.
Où toîvuv Sûo pqTéov Tàs àpxàs, oûSè yàp piav, ôs
àpiOpoûvTas, àXXà Karà ttjv iSiÔTTjTa pâXXov ûnovooûv- 15
Tas, t]v <)>apev etvai SuàSos tc Kai povàSos- Âuàs yàp, oti
SuaSiKT), Kai povàs, oti povaSiKT] ' Kai yàp êv outw Kai
TroXXà, où TT) iSlÔTT]Tl, OU TW àpiOpÔ, oÙSè SXwS TW TTOOW
oùSè TTctToawpévr] Tivi 4>û<7€i, oùSè tt) <toû> iToioû àpxf)
oùSè tt]s TTeTTOiwpévqs oùoias, àXX’ èncKciva TWV TOIOU- 20
twv àiràvTWv vorjpàTWV. "Ekootov yàp oÛtwv pepiKÔv ri.
et déterminé, et nous ne nous contentons pas de ceux-
ci ; mais nous nous servons également d’autres pour
suggérer cette haute nature. Sans doute, aucun [d’eux]
ne parvient au vrai, mais à partir de tous nous
contraignons notre propre conjecture à s’enfuir vers ce
qui est indéterminé et qui est de nature plus noble, car,
tout en disant que les principes sont deux, nous les
subordonnons l’un à l’autre selon la procession, bien
qu’il n’y ait là-haut ni dyade ni procession d’aucune
sorte. Et il serait peut-être préférable, si toutefois cela
aussi était permis, de ne pas les supposer deux, au sens
de deux monades, mais de les supposer deux au sens
d’un seul un dyadique, tel qu’on pourrait penser l’un de
la dyade. Or, même ce procédé ne s’applique pas à ces
principes, car cet un est un certain un, il diffère en effet
selon le nombre auquel il s’unit; par conséquent, il vaut
mieux que nous prenions cet un qui est l’un commun à
toutes les choses, et que, après avoir considéré celui-ci
comme étant de forme double du fait qu’il est
compréhensif de toutes choses, en tant qu’elles sont à la
fois unifiées et en train de se distinguer, nous l’appli-
quions ainsi à la nature des principes dont nous disons
qu’ils sont deux. A partir de là, nous entreprenons aussi
de faire connaître ou au moins de suggérer ces principes
de la façon qui nous est possible, tantôt à partir des
deux rangées purifiées d’en bas et récapitulées tout en
haut dans ce sommet unique et double, tantôt plus
magnifiquement à partir des plérômes entiers, qui sont
partout, et des mondes entiers, en tant qu’ils se
plurifient et s’unifient (ceux-là étant toujours subordon-
nés à ceux-ci); et c’est ainsi qu’ils nous font monter à
grands pas vers la parfaite préséance des premiers
principes et vers leur subordination. Or, peut-être plus
remarquable que cette remontée-là, et plus autorisée
pour les suggérer est celle qui s’élève à partir simple-
ment de tous les êtres, quels qu’ils soient, de tous les
causants et causés, quels qu’ils soient. Et, d’autant de
façons que l’on voudra ou que l’on pourra conjecturer
sous quelque rapport les principes de là-haut, qu’on ne
les suppose pas comme ces dernières choses, ni non plus
Èoti Kai 8iwpiopèvov, Kai oûk àpKOÛpeGa toÛtois, àXXà
Kai âXXoïs TrpoaxpwptOa irpôs ÊvSa^iv tî)$ <)>ûae<os
€K€Îvt)$ ' Kai oûSèv pèv KaTaTuYX^vcl T°Û ÔXt]GoÛS, €K
ttôvtwv 8è àvayKâÇopev ttjv ^pcTepav ûirôvoiav eis tô
àSiôpiaTOV àva<J>€Ûyeiv Kai peyaXo<j>uèoT€pov, èirei Kai g
Sûo Xéyopev Tas àpxâs, Kai ttjv èrèpav ûiroTÔTTopev tt)
CTÉpa kotô irpôoSov, outc SuâSos oüarjs Êkcî outc
TrpooSou tivos- ’Hv Sè îaws âpeivov, eï-rrep Kai toûto
irapeiKOi, prj Sûo ttoicîv outws ws Sûo povâSas, àXX’ ws
Êv SuoSikôv tÔs Sûo iroieîv, oîov tô ttjs SuâSos Êv 10
VOT)O€l€V âv TIS* ’AXX’ oÛSè TOÛTO T€lV€l TTpOS CKCIVOS, Êv
yâp ti toûto to Êv, âXXo yàp | âXXw oÛvcctti twv
àpiGpwv ' w<tt€ péXnov toûto yc to ttôvtwv koivov êv
irapaXageîv twv irpaypâTwv, Kai toûto SuoeiSès ttoi-
TjaavTas toÛtt| TrepieKTiKOV èori irâvTWV ws ^vwpèvwv 15
tc Kai SiaKpivopèvwv, outw -rrpoaappôaai Ttj <)>ûaei twv
Sûo XcyopÉvwv àpxwv. "OGev Kai èmxcipoûpev aÛTas
StjXoûv rj èvSeiKVuaOai tov SuvaTÔv Tpôirov, ttotc pèv àiro
twv Sûo cuotoixiwv ôvaKaGaipopévwv kotwGev Kai ouy-
Kopu<|>oup€vwv àvWTÔTW TTpOS TT)V SlSupOV €K€IVT)V pîaV 20
KOpu^v, ttotc Sè peyaXeiÔTepov àirô twv oXwv TrXrjpw-
paTwv twv iravTaxoû Kai twv ôXwv Koapwv ws TrXrjGuopé-
vwv tc Kai Êvoupévwv, ûiroTCTaypÉvwv àei toûtwv ckcî-
vois, Kai peyâXoïs outw Prjpaaiv àvaTrepTrôvTWv î)pâs eis
ttjv iravreXi) twv irpwTwv àpxwv TTpor|YT]oîv tc Kai 25
ûirÔTa^iv. Taxa Sè Kai toûttjs âv eît] ttjs àvôSou
peyaXoTrpeTreoTépa Kai à^iwpaTiKWTepa irpôs evSei^iv,
àirô irâvTWv âirXws àvâyouoa twv ôirws troTÊ Ôvtwv Kai
ôirws iroTè aÎTiwv t) aiTiaTwv Gewpoupèvwv ' ôaaxws 8’ âv
Tis PoÛXoïTO T] SÛvaiTO Ta €K€Î TTWS ÛtTOVOCÎV, pT] WS 30
TaÛTa ÛttovocÎtw ÊKeîva, pi)8è ToiaÛTa oîa Kai TaÛTa
tels que ces dernières aussi les suggèrent, mais qu’on les
suppose de manière encore plus noble, comme les
principes et les causes de ces choses, bien que là-haut ne
se soient pas encore manifestées non plus ces détermina-
tions, je veux dire le nom et la réalité de principe et de
cause. En effet, c’est dans la limite inférieure des
intelligibles que ces déterminations sont distinguées
selon le mode intelligible, tandis que dans l’ordre
médian elles sont en train de se distinguer selon la
gestation encore de la différenciation de tout cela, et
que dans le sommet tout est coagrégé en une seule
chose, l’union concrète de tout.
Ainsi donc, c’est avant cette union que sont les deux
principes : immédiatement avant elle, se trouve le
deuxième selon la gestation du tout, tandis que l’autre
est au-dessus de celui-là selon la simplicité antérieure à
tout, d’après laquelle on imagine l’un, de même que
selon la gestation du tout on imagine les plusieurs. Car,
s’il est permis d’avancer une définition, le premier est
l’un-tout, le deuxième est le tout-un; en effet, le
deuxième, étant tout par lui-même, est cependant un en
quelque manière grâce au premier, tandis que le
premier, étant un par lui-même, est cependant tout, en
tant qu’il a fait provenir le deuxième; quant au
troisième, il tient l’un du premier, alors qu’il tient le
tout selon la propriété du deuxième, de sorte qu’il est
rendu pluriel selon celui-ci, un selon celui-là, et qu’il est
le premier à se produire comme composé et à s’accom-
plir comme l’union concrète de tout et à projeter de lui-
même cet unifié, que nous appelons également l’être, à
la propriété duquel l’un aussi est uni, de même que la
propriété du principe qui est avant lui est le tout, et que
la propriété de celui qui est encore antérieur est d’être
ce qui est antérieur à tout. < Par suite, le premier est
l’un-tout antérieurement à tout>, le deuxième le tout-
un qui est le tout, et le troisième le tout-un, qui est
formé de l’un et du tout, à savoir l’unifié.
Mais sur ces sujets nous reviendrons encore, à
l’occasion de ce que nous allons dire du troisième, tout
de suite précisément.
aivÎTrerai, àXX’ en pci£ôvws àpxàs toûtwv koî airias,
OUTTW €K€Î 4>aV€VTWV oÛ8è TOÛTWV, auTOÛ Xéyw TOÛ TTJS
àpxrjs oû8è toû ttjs airias ôvoparôs Te koi TrpàypaTOS-
Kai toûto pèv yàp èv tw Trépan twv votjtwv Siwpiarai
VOTJTWS, èv 8è TT) pCOOTTJTl SlOpiÇeTai KaTà TT)V €Tl wSlVO 5
ttjs TràvTwv twv toioÛtwv SiaKpiaews, èv 8è TW ÔKpW
auvf)pT)Toi ttÔvto eis êv, tô iràvTWv cvwpa.
OÙkoûv Trpô toÛtou ai 8ûo àpxai, rrpoaexws pèv r]
Seurépa kotô ttjv wSîva twv iràvTwv, tj 8è ûrrèp toûtijv
KOTÔ TTJV TTpÔ TràvTWV ÔttXÔtTJTO, KO0’ TJV 4>OVrà£cTai TO 10
èv, WOTTCp KOTÔ TTJV wSlVO TWV TîàvTWV TO TToXXà. “EcTTl
yàp, ei Oépis à<j>opiaaa0ai, tj pèv Trpwrrj èv iràvra, tj 8è
8euTÉpa nàvTa èv ' oûttj pèv yàp, rràvTa ouaa 81’ èauTijv,
ôpws 8ià ttjv TrpwTTjv èv ttws èanv, èKeivTj 8é, èv
81’ èauTrjv ouaa, ôpws rràvTa cari, ko6’ ôaov ttjv 8euré- 15
pav TrpoTjyayev, tj 8è TpiT-rj to pèv èv èx<i àrrô ttjs
TTpwTijs, tô 8è iràvTa kotô ttjv iSiÔTTjTa ttjs SeuTcpas,
waTC TrXrjOûeaOai pèv kotô toÛttjv, èviÇeaBai 8è kot’ è-
Keivrjv, TrpwTTjv 8è cÛvOctov ycvèaGoi Kai èvwpa ttôvtwv
àTTOTcXeaftrjvai, Kai toûto à<J>’ èauTtjs TrpoÇaXèaGai tô 20
rjvwpèvov, ô Srj koî ôv KaXoûpcv, ou koî tô èv ^vwpèvov
èaTi tt) iSiÔTTjTt, wairep ttjs irpô auTOÛ àpxTJS Ta nàvTa tj
iSiÔTTjs, | Kai ttjs €ti irpoTepas tô -irpô ttÔvtwv. *** Kai tô
SeÛTepov Tràvra èv tô TrâvTa, Kai tô TpiTov Tràvra èv tô è£
èvôs Kai rràvTWV tô r]vwpévov. 25
’AXXà irepi pèv toûtwv Kai aûOis, ôtov rrepi toû TpiTou
Xèywpev, oùtiko Srj pàXa.
26-27 = infra, p. 44.12-19; p. 52.9-55.15.
9 8eurépa] (3 A || 12 nptüTT)] à A || 14 npcîiTTjv] a A || 15-16 (3 A || 17
TtpcÔTTjç] à A || 23 lac. signaui, supple fere "Egtiv &pa rè irpcoTov Êv
iràvra Trpô Ttàv-rcov || 24 (3 A || 25 rà del.? || 26 ÿ A.
[Deuxième partie. De l’unifié comme mixte]
[1. Questions à résoudre]
Ainsi donc, venons-en maintenant à la discussion de
la troisième question, ou plutôt du troisième principe
du tout, car à partir de celui-ci nous verrons aussi
quelque enseignement s’étendre aux deux premiers
principes. C’est dire que nous chercherons au sujet de
l’unifié, que nous n’avons pas cessé de ranger au
troisième rang, quelle peut bien être sa nature, pour
quelle raison nous le posons troisième et en quel sens
Platon l’appelle le mixte, ainsi que les différents
philosophes platoniciens et, de plus, avant eux, Philo-
laus et les autres Pythagoriciens, étant donné que non
seulement Philolaus dit que l’être a été formé, par
coagulation, d’éléments limitants et d’éléments illimi-
tés1, mais aussi que [les autres Pythagoriciens] posent
comme troisième principe, après la monade et la dyade
indéfinie, la triade unifiée2. Or, tout unifié est un mixte,
s’il est vrai que ce qui est unifié a une vague
manifestation et d’un et de pluralité, de sorte qu’on doit
chercher encore de quels éléments il est le mélange. Car,
dit Orphée :
Ensuite le grand Chronos a fabriqué au moyen de
l’Éther divin l’Œuf éclatant de blancheur3.
Le ternie «a fabriqué» indique, en effet, quelque
chose qui est le produit de l’art et non une production
naturelle ; or, tout produit de l’art4 est un mixte formé
de deux éléments pour le moins, à savoir de matière et
de forme, ou d’éléments analogues à ceux-là. On doit
1. Cf. supra, p. 24.15 et n. 2.
2-4. Voir Noies complémentaires, p. 236.
(55) Toiyapoûv Î]8t] tô TpiTw Trpoaicopev tô Xôyw irpo-
£Xr]paTi, pâXXov 8è tt) TpiTT| tôv TràvTcov àpxf] ' <|>aveÎTai
yàp ti Kai àiroTeivôpevov àtro toutes eis Tas Sûo irpÔTas
àpxâs. ’ApéXei tô ^vwpévov ^rjrqcwpev, 8 St) TpiTov
TÔTTOVTCS SlCTeXéoapCV, Tl TrOTe eOTl, Kai 8là Tl TplTOV g
aÙTÔ TÎOepev, Kai irôs XéycTai piKTÔv ûirô toû PIXàTiovos
Kai tôv âXXwv <|>iXoaô<|>wv tôv PIXaTWviKÔv, Kai éri
irpoTepov ÛttÔ 4>iXoXàou Kai tôv âXXiov riuGayopciwv ' où
pôvov ôti ck TrepaivôvTcüv Kai àireipwv oupTreTrrjyévai to
ôv <|>i]<7iv ô 4>iX6Xaos) àXX’ ôti Kai peTÔ tt)v povàSa Kai 10
àôpiaTOV SuàSa tîGevtoi TpiTTjv àpx^v ttjv qvwpévrjv
TpiàSa. Flâv 8è ^vupévov piKTÔv, eîtrep ep<|>aciv ex€l Ka‘
evôs Kai TrXr|Gous tô ^vcopévov ' ôotc Kai ck tivcüv
pépiKTai £t)tt)tÉov. Kai yàp ’0p<|>€Û$ '
e-neiTa 8’ €T€u$€ péyas Xpôvos AiGépi 8iw 15
ôeov àpyû<j>eov ' |
TO yàp €T€U$€ 8t]XoÎ Tl tcxvtjtôv, àXX’ où yéwTjpa, TÔ 8è
tcxvtjtÔv [àXXouyew] àirav piKTÔv èonv ck Sueîv ToùXd-
Xiotov, ÜXtjs Kai eîSous, î) tôv toutois àvaXoyoûvTWv.
6-7 cf. Phil. 23cl2-dl II 8-10 = Philolaus, fr. 44, B 1-2 D.-
K.« || 10-13 u. p. 2.11-18 || 15-16 Orphie., fr. 70.
8 nuGayoptcov A1 || 9 CTvp.7re7vqyêvaL scripsi : avpiTceTrTjyEvot. A,
aup.7ré7vjQyEv olov A1 || Il têOevtoci- A || 15 xpovoç A, corr. Zoëga et
Lobeck (Kern) || 16 ckeov A || 17 àXXov ex aXou Ax || 18
àXXouyEwaitàp.p.t.KT6v et mg. uirg. cens. A, correxi.
chercher en outre si le mixte est plus parfait que ses
propres éléments dont il est composé, et si les éléments
sont issus de principes antérieurs de même genre par la
propriété (car Platon semble le vouloir) ; et il y a encore
tout ce qu’on doit soumettre à l’examen, relativement à
ces réalités et en elles, et tout ce que, dans la mesure du
possible, on doit [essayer de] comprendre sur des sujets
aussi importants.
[2. Hong de l’unifié]
On pourrait, sans doute, rechercher avant tout pour
quelle raison l’unifié n’est pas immédiatement après
l’un; car l’unifié est le premier qui a subi l’un; il est
donc après l’un.
Eh bien, l’unifié a besoin d’être aussi plusieurs ; car en
même temps que lui se manifeste indistinctement une
certaine pluralité qui est comme absorbée par l’un ; or,
le principe des plusieurs est pluralité (il est en effet
plusieurs) et il participe de l’un. L’unifié est-il donc ce
principe [des plusieurs] qui a voulu devenir illimité,
mais qui en a été empêché par la participation de l’un?
Non, [car] l’unifié veut être tel qu’un mixte, et aucune
chose ne se compose de subsistence et de participa-
tion ; en effet, aucune ne peut avoir pour éléments ou
parties la participation d’une autre en elle et sa propre
subsistence ; car sa subsistence, en tant qu’élément
serait un substrat antérieur jouant le rôle de matière,
mais, en tant que subsistence, elle serait analogue à
une forme qui s’imposerait à l’un des éléments, à savoir
la participation1. D’une manière générale, les éléments
sont en quelque façon de même rang, tandis que le
participant et la participation ne sont pas de même
rang et ne proviennent pas, non plus, d’une contra-
distinction unique.
”EtI TOIVUV El KpcÎTTOV TO plKTOV TWV OÎkEIWV OTOIXEIWV
WV CHjp'fTÀlJpoÛTCll ' K<xi El TO OTOlXEia EK TTpOyOVWV âpX<*>V
ôpoyfivwv ttj iSiottjti (Sokeî yàp TaÛTa PoûXs<T0ai ô
DXàTwv) ' Kai ôoa TTEpi TaÛTa Kai Êv toutois àiropt]TÉov
te Kai Ôttt) Suvotov ÊWOT]T€OV TTEpi TWV TTjXlKOUTWV. 5
"Ev 8rj Trpô ttôvtwv Êkeîvo ^t^oeiev âv tis, 8ià ti prj
pfïà TÔ EV eÛOÙS TÔ T]VWpÊVOV * TO yàp T]VWp£VOV TTpWTOV
ttêttovOe tô êv ’ toûto âpa psrà to ev.
’AXXà 8eîtoi tô rjvwpèvov toû Kai ttoXXô Eivai *
auv£p<)>aivETai yàp aÙTw Kai ti ttXtjOos oîov KaTanivope- 10
vov ûttô toû Èvôs ' oûkoûv t] twv ttoXXwv àpxTj itXt)06s tê
Èoti (ttoXXô yàp) Kai psTÉxci toû Èvôs- AÛttj âpa tô
Tjvwpèvov cari, PouXT]0EÎoa pèv âtTEipa yevÉaOai, tte8t)0eî-
aa 8Ê TT] pfiOÊ^El TOÛ Èvôs ; ’H TÔ pÊv T|VWpÊvOV OIOV plKTOV
sîvai èOéXei, oùSèv 8è ouvTi0£Tai uiràp^EWs Kai 15
pE0É^EWS ' où yàp âv ElT] OTOIXEÎO t) pÊpT] Tivôs T] âXXou
pÉ0E^is Êv aÙTw Kai ûirapÇis aÙToû serrai yàp
UTTap^lS WS pèv <TTOIX«ÎOV ÊV ÛXï]S XÔyW TTpoÜTTOKEipEVOV,
WS 8È ÜTTap^lS ÊTTiyiyvÔpEVOV oîôv Tl EÎSoS Êvi OTOIXCIW TT]
pE0Ê$Ei. Kai oXw$ ôpoTayf) ttws tô otoix«îo., tô 8e 20
pETÊxov Kai t| pÊ0£$is oùx ôpoTayf) oû8È êk piâs
àvTiSiaipèofWS.
3-4 cf. Phil. 27d 1 10 || 7-8 = Soph. 245 a 1 - b 10.
10-11 xaraKi ~ v6p.evov A.
Outre cela, les éléments doivent être deux pour le
moins; or, le deuxième principe, nous l’avons vu1, est
dyade, en tant que un dyadique, et il est plusieurs et
illimité, en tant que pluralité et infinité, chacun des
deux n’étant qu’un, mais étant plusieurs et illimité par
la propriété [seulement]. On ne trouve donc pas encore
là-haut d’éléments de l’unifié ; c’est, en effet, en
s’imposant à plus de choses [qu’une seule] que l’un
produit l’unifié ; car l’un unifie non pas, je suppose, une
chose qui serait déjà par elle-même unique et simple,
mais plus qu’une; or, là-haut ne se trouvent pas encore
ces [éléments] multiples2. C’est, en effet, par participa-
tion d’une pluralité qu’ils se produisent; car la pluralité
est principe de division ; or, ce qui s’unifie, ce sont les
divisés, et ceux-ci se trouvent après le principe produc-
teur de multiple. C’est donc dans le troisième principe
que, pour la première fois, apparaît la multiplicité [des
éléments], c’est pourquoi, en lui, le premier, apparaît
aussi leur union ; voilà donc l’unifié antérieur à tout ; et
antérieurement à lui le deuxième principe participe de
l’un, car, comme nous l’avons vu, il s’est fait3 un lui
aussi ; mais, comme il est plusieurs par la propriété
seule, il ne possède pas l’union ; l’union, en effet, nous le
savons, se trouve là où est la distinction des multiples.
C’est là ce qu on ne saurait autrement supposer.
[3 Nature des éléments du mixte]
Dans le troisième principe, de quelle nature disons-
nous qu’est la multiplicité [des éléments]? Ils sont, c’est
entendu, les éléments du mixte ; mais ces éléments, que
sont-ils donc? 11 est facile de répondre qu’ils sont les
participations provenant de ces principes, à savoir l’un
et les plusieurs qui ont procédé dans le troisième (ou, si
tu préfères, le limitant et l’illimité, ou la monade et la
dyade indéfinie) en vue de former 1 hypostase de la
1. Cf. supra, p. 32.16-33.10.
2-3. Voir Noies complémentaires, p. 236-237.
Xwpis 8è toutwv to «rroixcîa Sûo toùXôxiotov • rj 8è
ScuTcpa àpxr) 8uàs f)v ws cv 8uo.8ik6v, koi îroXXâ Kai
âircipa ws itoXXÔttjs Kai àircipia cv CKÔTcpov pôvov, tt) 8c
iSiÔTTjTi TroXXà Kai âircipa. Oùirw âpa OTOixcîa ckcî tou
ijvwpèvou ' ttXcîooi yàp to cv cmycvôpcvov àircpyà^CTai 5
to rjvwpévov ' cvoî yàp tô cv où 8t|ttou CTcpov, ô Kai aÙTO
pôvov cv Kai àrrXoûv, àXXà irXciw èvôs, outtw 8c ckcî tô
irXciw. McOcÇci yàp itoXXôtijtos yiyvcTai tô irXciw *
SiaipcTiKT) yàp rj itoXXôtt)S> cvoûtoi 8c tô SiTjpppcva,
toûto 8c perà ttjv irXcioiroiôv àpxT)v. ’Ev rrpwrw âpa tw 10
TpiTW tÔ irXciw <j>avTÔ^CTai, Siôircp Kai r) | twvÔc cvwais
èv aÙTW rrpwTW, to Sè irpô iràvTWV rjvwpcvov ckcÎvo • irpà
8c toùtou t) ScuTcpa àpxï] pcTcx^i pèv toû èvôs, cv yàp
èyévcTO Kai aÙTT), îroXXâ 8è oùaa tt) î8iÔtt]ti pôvt] cvwciv
ouk cxci> 'H Y®P cvt'K'iS ônou SiàKpicis ^v twv nXciôvwv. 15
Toûto pèv oùv ouk âv âXXws âv tis UTrovo-qacicv.
’Ev 8è tw TpiTW tô ttXciw Troîà <)>ap€v ; 2TOixcîa pèv yàp
toû piKTOÛ Tiva 8è toûto 8t| ; Toûto yc npoxcipov ciircîv,
Ôti ai àiro twv àpxwv ckcivwv pc6è£cis, to cv Kai TÔ
îroXXâ, âircp cis TÔ TpiTOV Trpof]À6cv, T] ci PoùXci trépas 20
<|>àvai Kai âircipov, r] povàSa Kai 8uà8a àôpioTOv, cis
ûirôoTaaiv ttjs r]vwpcvr]s TpiàSos- “Ectoi pèv yàp Kai tj
2 = supra, p. 32.16-33.10.
2 P A || 11 ÿ A || 12 8è in fine us. add. A11| 13 p A || 14 pow; A || 17
ÿ A || pèv s.u. ins. A1 | 20 ÿ A.
triade unifiée1. Car la triade aussi sera triade par la
propriété seule et non par un assemblage d’[éléments]
multiples ; elle n’est pas non plus un nombre ; néan-
moins, elle a cette apparence2, et elle est formée d’une
monade et d’une dyade qui ont cette apparence.
Mais si on l’entend ainsi, d’abord, nous aurons besoin
encore d’un autre principe, antérieur aux deux. Car, si
ce sont là les principes des deux éléments, et si le mixte
est antérieur à ses éléments, il sera nécessaire d’admet-
tre pour le mixte un principe qui ait un caractère
propre ; on le nommera, lui aussi, mixte, du moins de
façon allusive et pour ainsi dire selon sa propriété ; il
présubsistera au mixte réel (de même que, dans le cas de
l’un et des plusieurs, nous supposons un autre [couple
un et plusieurs] antérieur aux éléments de même nom
dans le mixte), et il sera nécessaire d’admettre de
nouveau antérieurement au mixte les deux principes,
car tout mixte a quelque chose qui est de forme une et
quelque chose qui est de forme plurale. Or, de cette
façon nous irons à l’infini en supposant toujours des
principes antérieurs à des principes3. En tout cas, les
philosophes eux-mêmes4, qui admettent que le limitant
et l’illimité sont dans le mixte comme éléments, que le
mixte est antérieur aux éléments, comme Platon aussi
l’admet5, et qu’au-delà du mixte les deux principes des
éléments sont de nouveau le limitant et l’illimité, même
ces philosophes ne veulent pas cependant admettre,
antérieurement aux deux principes, un autre principe
unique qui serait le mixte.
Ensuite, il n’est pas vrai, non plus, que chacun des
deux principes soit d’une nature particulière, au sens où
il serait principe de l’un des éléments, celui-ci du
limitant seul, celui-là de l’illimitation seule, mais
chacun des deux l’est de tous les éléments ; le second
l’est de tous, en tant qu’ils sont divisés, plusieurs et
1-4. Voir Notes complémentaires, p. 237.
5. Voir le commentaire de Phil. 27 d 1-10 par Proclus, Théol.
Plat., III 10, p. 42.13-26. Voir aussi Dam., In Phil., § 104.1-4.
rpiàs tt] Î8iÔtt]ti pôvr] Kai où kqtÔ ttXciovwv CTÛffTaaiV,
où8c àptOpôs, àXX’ ôpws outw ye Kai ck toioutwv oùawv
ttjs povâôos tc Kai SuâSoç.
’AXX’ ci Tis OUTWS UTTofloÎTO, TTpWTOV pèv 8cT)aÔpC0a KOI
âXXrjs ôpxrjs Trpô twv Sucîv. Ei yàp aurai twv 8ûo 5
aroixciwv àpxai, Trpô 8c twv aroixciwv to piKrôv, àvàyKt)
tarai Kai toû piKToû ttoiciv àpxTjv iôiÔTporrov, piKrôv Kai
aÙTT|v àvopaÇopévrjv Karà yoûv ëv8ei£iv Kai oîov i8iÔTT)-
ra, toû ws àXi]6ws piKToû TTpoürrâpxouaav (KaOârrcp to
êv Kai Ta TroXXà twv ôpwvûpwv aroixciwv èv tw piKTW 10
TTpoÜTToriOcpcv âXXo ti), Kai Trpô toÛ piKToû ràs 8ûo
rràXiv àpxàs ' rrâv yàp piKTov êx« ti èvociScs Kai ti
TrXrjOociSés. Outw 8c èrr* âircipov rj^opcv àpxàs àci àpxwv
TTpoÜlTOTlOépCVOl. OÙ pCVTOl oùSè aUToi oî 4>lXÔao4>Ol
oîrrcp TaÛTa TTOtoûat, Trépas pèv Kai àrreipov aroix«îa èv 15
tw piKTW, rrpô 8c twv aroixciwv TO plKTOV, ws Kai o
DXàrwv, ciTCKCiva 8c toû piKToû rrépas rràXiv Kai ârrcipov
ràs 8ûo àpxàs twv aroixciwv, oùSè outoi ôpws à^ioûai
TTpÔ TWV Sûo àpxwv TTOICÎV ÔXXt)V piav àpxrjv TÔ plKTOV.
“EiTciTa oùSè oÛtws CKaTCpa twv àpxwv cx« pcpiKWS 20
ws èvôs twv aroixciwv eîvai àpxrjv, ttjv pèv rrcpaTOS
pôvou, ttjv 8è àrrcipias, àXXà iràvrwv CKàrcpov, rr)v pèv
ws 8iT,pT)pèvwv Kai ttoXXwv Kai àrrcipwv, âv outw tuxoi,
16-17 = Phil. 27dl 10.
2 outoj ye] scr. rotouro ye? || 4 eï RC : ou et mg. uirg. cens. A II 9
rcpoÜTtâpxouaav Kopp : -aa A || 11 àXXo ti A, àXX’ ÔTt A1, mg. uirg.
cens. || 22 éxa-répav coni. Kopp.
illimités, si cela se trouve ainsi, et le premier l’est de
tous, en tant qu’ils sont unifiés1, uns2 et ayant le
caractère du limitant; car, en général, le principe des
plusieurs qui est plurifiant3 a pour rôle de distinguer en
quelque façon les éléments, qu’ils soient deux, à savoir
les premiers, ou qu’ils soient plus nombreux, ou qu’il
s’agisse du plérôme du pur plurifié [qui est] dans le
troisième ; quant au principe de l’un, en imposant son
emprise, il produit l’union concrète antérieure aux
plusieurs, union qu’est le mixte, en tant que le mixte est
composé de parties, à savoir les plusieurs, et d’un tout,
à savoir l’un.
Est-il vrai alors que les participations des deux
principes produisent le mixte? Car de nouveau le
raisonnement revient à l’un et aux plusieurs entendus
comme s’ils étaient des éléments, et c’est ce que
supposent aussi les philosophes4 que nous n’approuvons
pas. Ne faut-il pas dire plutôt que le troisième principe
est un selon la participation de l’un, tandis qu’il est
plusieurs et, pour ainsi dire, pluralité, en procédant du
deuxième principe en similitude de forme, et ce n’est
pas encore là le mixte ; mais celui-ci se produit à partir
du < premier >5 principe comme par procession de
forme monadique ; à partir du deuxième comme par
procession de forme dyadique, raison pour laquelle il est
aussi nommé le mixte ; enfin, il se produit à partir de
tous les deux par procession de forme dissemblable,
comme mixte provenant de non-mixtes, de même qu’il
se produit à partir de tous les deux par procession de
forme semblable, comme un-tout et plusieurs-tout ; et
puisque les participations réagissent les unes sur les
autres, comme étant devenues de même rang, l’un a été
plurifié et différencié en des multiples, tandis que les
plusieurs ont été coagrégés et sont devenus de nature
semblable. Ce dernier état est devenu l’union, qui est la
modification que l’un apporte dans la pluralité, tandis
1-4. Voir Noies complémentaires, p. 237-238.
5. La chute de rcp6n;<; avant àpx^ç s’explique par la graphie â.
ttjv 8È ws f aviopèvwv f Kai ws évwv Kai <î>s TTEpaTO£i8wv
twv âirâvTwv ' ôXws yàp r) twv | ttoXXwv âpxT) ttoXXo-
TTOloÛcra SiaKplTlKT] TTWS ECTTl TWV CTTOIXEÎWV, ElTE 8uEIV yE
TTpWTWV, ElTE TtXeIOVWV, ElTE TOU TrETrXT)0UO'pÉVOU ÔttXwS EV
tw TpiTW irXt^pwpaTOS ' 8è toû Évôs ÈTTiKaTaXapÇà- 5
vouera to Trpô twv ttoXXwv Êvwpa ttoieÎ, OTrcp eoti to
plKTOV, OIOV EK pEpWV Kai 0X0U OUyKEipEVOV TWV TToXXwV
Kai toû Èvôs.
TApa oûv ai psOÉ^Eis twv Sûo àpxwv àTTOTeXoûcri to
Piktov; HàXiv yàp eÎs to ev Kai tÔ ttoXXô ws ôvTa 10
aToixEÎa ETravriKEi ô Xôyos, 8 8t) Kai tous <|>iXoaô<|>ous
TTOlOUVTaS OUK àiroSsxÔpEOa. "H TO TplTOV Êv pÉv ÈcrTl
Karà ttjv péOe£iv toû Évôs, ttoXXô 8è Kai oîov ttoXXÔttjs
Karà ttjv àirô tt)s 8euTÉpas àpxT)S ôpoEiSî] TrpôoSov, Kai
oûtrw to piKTÔv, àXXà toûto pÈv irapàyETai àtrà pèv tt)s 15
<TTpWTÏ]s)> àpXT)S OIOV pOVOElSwS, OTTO 8È TT)S SsUTEpaS
oîov 8uoei8ws, KaOô Kai piKTÔv ôvopà^ETai, à/rr àp<|>oîv 8è
ÊTEpoeiSwS, ws plKTOV OTTO àpiKTWV, KaOÔTTEp ÔpOElSwS
à.Tr àp<|>oîv ws Êv TrâvTa Kai ttoXXô TrâvTa ' ÈtteiSt] 8è ai
psOÉ^Eis àvTiSpwaiv sis àXXrjXas, oîa yeyovuîai ôpoTa- 20
yeîs, ÈttXtjOÛvOt] pèv to Êv Kai SiEKpiOr] sis ttXeiw,
eruvj]pé0T] 8È Ta ttoXXô Kai yéyovEV ôpo<|>uT). Kai toûto
pèv TO TTÔ0OS Êvwais ÈyÉVETO, TTETrÔvOl^mS outra. TOÛ Évôs
1 rjvcûpévcûv C s.u., rjviapévcûv Ruelle : aviapévcûv A j| 2-3 scr.
TcoXXorcoièç oôaa? || 12 ÿ A || 14 fj A || 16 rcpârrrçq add. coni. Kopp.
que l’autre état est la distinction, qui est la modification
que les plusieurs apportent dans l’un, et, de cette façon,
dans le troisième principe sont entrées en même temps
l’union et la distinction, dont a été formé par coagula-
tion le mixte dans sa totalité1.
De plus, par sa procession autoconstituante, le mixte
a projeté à partir de lui-même et a distingué en même
temps en lui-même ses éléments qui se sont rangés dans
une mutuelle opposition. En effet, le tout divise en lui-
même et à partir de lui-même ses parties ; il en est de
même aussi de l’élémenté2 qu’est le mixte ; il présubsis-
te en vérité à ses éléments, en tant qu’il leur est
supérieur; il les distingue ensuite en lui-même et à
partir de lui-même ; car toujours l’indivis existe anté-
rieurement aux divisés.
[4. Hypothèses de composition du mixte]
Si tu voyais encore de la manière suivante les
éléments procéder des principes, tu ne t’écarterais pas
beaucoup de ce que je présume. L’un, en effet, peut
produire l’union concrète du mixte, je veux dire le
mixte lui-même, tandis que le principe célébré comme
principe des plusieurs peut produire la pluralité du
mixte faite d’éléments; et, puisque le principe [de l’un]
fait subsister le principe [des plusieurs], l’union concrè-
te, également, aide à faire subsister la pluralité des
éléments. Mais [dira-t-on] les éléments sont, de part et
d’autre, le limitant et l’illimité, ou l’un et les plusieurs
qui se répondent dans l’opposition. Comme tels, alors,
qu’est-ce qui les produit? Ici encore, en effet, ce qui est
supérieur vient-il du principe supérieur et ce qui est
inférieur de l’inférieur, et de nouveau les deux principes
sont-ils principes de la contradistinction des éléments?
Ou bien ceux-ci ne sont-ils qu’homonymes3 par rapport
à ceux-là, et le mode de leur hypostase est-il différent?
1. Cf. Dam., In Phil., § 108.4-5, et De princ., supra, vol. I,
p. 97.17-20.
2. SToi/eicûTÔv, mot formé par Damascius, voir supra, vol. I,
n. 1 de la p. 13.
3. Cf. infra, n. 4 de la p. 108.26.
Èv TrXf|flei, ÈkcÎvo 8è SiaKpiats, TTCTTÔvflrjcns outra [tou Èvôs
Èv TrXf]flei] twv ttoXXwv Èv évi * Kai outws Èv tw TpiTW
auveiCTTjXflev evwais Kai SiaKpiais, è£ wv ouveTràyq to
0X0V plKTOV.
”Eti 8è kotô tt)v aùfluTrôoTaTov aÙToû -rrpôoSov to 5
piKTÔv à<J>’ ÈauToû irpoegàXcTo Kai Èv ÈauTÛ Ta crroixeîa
<7uv8ippT|K€v àvTiTCTaypÈva àXXfjXoïs. Kai yàp tÔ 8Xov
Èv courû Kai à<J>’ ÈauToû tà pépr) Èrripcpi^ei ' Ùcqutws 8È
Kai to cttoixciwtÔv, orrep ÈotI tô piKTÔv, TTpoimàpxov 8f|
twv oToixeîwv, oîâ yc KpcÎTTOv aÙTWV ôv, ÈmSiaKpivci Èv 10
ÈauTW Kai à<j>’ ÈauToû tô arot^âa * rrpô yàp àei twv
8iaipoupévwv to àSiaiperov u<|>ccttt)k€v. |
(56) Ei 8È Kai outws flewpoérjs aura rrpoïôvTa àrrô twv
àpxwv, ouk âv rrôppw pàXr)s Ttjs yc èpfjs ÈXtt(8os. Tô pèv
yàp ev irapâyoi âv to Èvwpa tou piKToû, aÙTÔ 4>t)pi to 15
plKTOV, TÔ 8È OTOlXClwScS aîiToû TrXfjflos twv iroXXwv
ûpvqticîoa àpxT) ‘ ws 8È T) àpxr) ttjs àpxrjs uTrooTaTiKT),
Kai to cvwpa ouvu<|>Îcttt)oi twv <ttoix«£wv to TrXfjflos.
’AXXà Tà OTOixcîa To8i Kai to8i, Trépas Kai ârrcipov, rj ev
Kai îroXXâ Tà àvTiTayrj. 'ils oùv roiaûra, ti to rrapàyov ; 20
nàXiv yàp to pÈv KpeÎTTov àirô tt)s KpeiTTovos t)Kei
àpxfjs, to 8È x^P^ ÔttÔ Ttjs x«‘Pov°S> Ka* TràXiv twv
àvTi8iT)pr)pÈvwv otoixcÎwv ai 8ûo àpxai; ’H ôpwvupa
pôvov TaÛTa ÈKcivais, Tpôrros 8è âXXos Ttjs ÛTroaTàaews ;
1-2 toû — rcX^6et del. Ruelle || 2 y A || 14 pàXou; coni. Ruelle || 23
0 A.
Ou bien, peut-être, les éléments aussi ont-ils été
produits selon l’analogie des deux principes, mais non
pas l’un à partir de celui-là, l’autre à partir de celui-ci?
Ou bien encore le mixte lui-même les a-t-il fait venir à
l’existence et les a-t-il distingués selon le double
caractère de sa nature unique? En effet, étant un et
plusieurs, et, pour le dire en un mot, unifié, le mixte a
produit les plusieurs selon la faible manifestation [en
lui] de la pluralité, et l’un selon la prédominance de
l'un. Et, si tu préfères, [tu peux dire] également que le
deuxième principe divise les éléments dans le troisième,
mais qu’il divise les plusieurs conformément à lui-
même, tandis qu’il divise l’un conformément à l’unité
qui coexiste avec lui à partir de ce qui a été appelé l’un.
Quoi qu’il en soit, étant deux, les éléments sont
symphysaires, et leur symphyse est antérieure à leur
séparation. En tant donc qu’ils sont symphysaires, le
mixte provient aussi du principe supérieur [au deuxiè-
me] ; mais peut-être chacun des deux éléments provient-
il encore du deuxième principe, toutefois l’un des deux
[l’illimité] en provient en tant que ce principe est pris en
lui-même, tandis que l’autre [le limitant] en provient,
en tant que ce principe coexiste avec l’un. Et de
nouveau chacun des deux éléments provient de l’autre
principe [le premier], mais l’un des éléments [le limitant]
en provient, en tant que ce principe est pris en lui-
même, tandis que l’autre élément [l’illimité] en pro-
vient, en tant que ce principe comprend d’avance le
deuxième principe [les plusieurs]. Mais, dans le mixte, la
pluralité des éléments et l’union concrète qui leur est
antérieure ont, l’une et l’autre, le caractère de l’un.
Est-il donc préférable de composer le mixte à partir
de ces deux réalités, dont chacune est tout, l’une étant
le coagrégat de tout, l’autre la distinction concrète de
tout, une troisième étant le mixte formé des deux dans
sa totalité? En effet, de même que l’intellect, dans sa
totalité, et toute forme ne sont ni leurs propres
plusieurs seulement, ni leur propre un seulement, mais
l’ensemble des deux, de même aussi le premier mixte
’H Karà àvaXoyiav îaws Kai TaÛTa Trap^x®*) twv 8utîv
àpxwv, où pévToi tô (pèv> Ôtt’ €Keivr)s, to 8è ÔttÔ
TaÛTTjs; ’H Kai aÙTÔ to piKTov UTréarqaev aùrà Kai
SiCKpivev Karà ttjv SiSupov èauToû piav 4>ûaiv; "Ev yàp
ôv Kai ttoXXÔ Kai ÔttXws ciircîv Tjvwpèvov, Karà pèv rf)v 5
èp<|>aaiv toû ttXt]6ous TrapTjYaycv tô ttoXXÔ, kotô Sè ttjv
èîTiKpaTtiav toû èvôs to ev. Ei Sè |3oûXci, Kai T] SeuTcpa
àpxr) TaÛTa èv tw TpiTW 8iT]pt]Ktv, àXXà Kafl’ èaurqv pèv
tô ttoXXÔ, Karà Sè tt|v auvoûaav aÙTrj âirô toû èvôs
ptjOèvTos èvÔTT]Ta to êv. Aùo 8’ ouv Ôvto aupTré<|>UKCv, Kai 10
t) aùp<|>uais TTpô Ttjs 8ia<|>uf)s. Kaflô pèv 8t) aup-né^uKtv,
to piKTov Kai àirô ttjs UTrepTcpas àpxrjs ' îaws 8è Kai ÔttÔ
Taùrqs èKÔTtpov, àXXà tô pèv Kafl" ôaov auTT], to 8è
Kafl’ ôaov aùveaTi tw èvi. Kai au iràXiv air’ eKcivqs
CKaTcpov, àXXà tô pèv Kafl* ôaov aùrq, to 8è Kafl’ ôaov 15
TTpoeiXr)4>c ttjv ScuTÉpav àpx^v. ’AXX’ èvoeiSt] èKÔTcpa èv
tw piKTW, tô Tt TrXfjflos twv aToixeiwv Kai tô -rrpô aÙTWv
èvwpa.
Apa oûv pâXXov to piKTÔv ck twv Sueîv toÙtwv
ttoit^tcov, wv èKÔTcpov TrâvTa, to pèv auvaipcpa ôv 20
ttÔvtwv, tô 8è SiÔKpipa ttÔvtwv, tô 8è ôXov piKTÔv è^
âpÿoîv ; 'îîs yàp ô vous ôXos Kai aTrav tîSos outc rà
iroXXà aÙToû pôvov outc tô êv pôvov, àXXà to auvap<)>ô-
2 [xèv addidi || 7-8 p ... ÿ A || 11 Siaipuiiç mg. iter. A1 || 13 xa6’ ôaov
aÙT^ scripsi (cf. u. 14) : aù-riji (sic) xaBôaov A || 16 P A || 19 ouv
scripsi : où A || p A.
doit être non pas l’une de ces deux réalités1, mais
l’ensemble des deux. Objectons que, selon cette concep-
tion, nous irons à l’infini ; car il y aura quelque chose
qui formera un ensemble des deux réalités, contredistin-
gué de chacune des deux, et de nouveau on devra
chercher un autre ensemble des deux. En effet, il existe
aussi un tout isolé, antérieur aux parties; or, si, à son
tour, le tout est formé du tout et des parties, on aura
besoin encore d’une autre totalité ; et si, de nouveau, le
tout est formé de celle-ci et des deux constituants
précédents, on aura besoin encore d’un troisième tout;
et cela ira à l’infini. Or, s’il faut s’arrêter2, restons-en à
la première totalité en disant que le tout et les parties
sont une seule chose, ainsi que l’élémenté avec ses
éléments.
Est-ce donc que nous ne pensons pas que le tout est
une chose, les parties une autre, et une autre enfin cet
ensemble des deux qui n’est pas formé de réalités de
même rang, ni d’éléments, ni de parties, et qui n’est ni
un tout, ni un composé, ni par conséquent un mixte?
Oui, c’est exactement comme si l’on composait quelque
chose d’une cause et d’un effet (cela serait aussi de
quelque façon un ensemble des deux), ou d’un artisan et
d’un instrument, ou d’un modèle et d’une image. Un tel
assemblage, en effet, consiste seulement dans un certain
type de relation, et non dans la coordination selon
l’essence.
Mais si cet ensemble des deux est dans une seule
chose, comme sont dans l’intellect son unifié et son
distingué, alors, comment l’intellect dans son unité
n’est-il pas formé des deux, et formé des deux en ce sens
que ce qui est unifié projette à partir de soi-même ce qui
est distingué? En effet, un tel ensemble paraît être
quelque chose d’intermédiaire entre les deux autres, à
savoir l’ensemble des deux qui est formé d’éléments et
qui est antérieur aux éléments3, et celui qui est formé
1-2. Voir Noies complémentaires, p. 238.
3. C’est-à-dire le mixte autoconstituant.
Tcpov, OUTW Kai piKTÔv âv Elt) TO TTpWTOV où to ÊTcpov,
àXXà to cruvap<j>ÔT€pov. "H outw yc ttoioÛvtes sis ârrcipov
rj^opsv • ÉoTai yâp ti to auvap<|>ÔT£pov irpôs EKÔTEpov
àvTiSiT)pi)pÈvov, Kai ttÔXiv âXXo Çt)TT)tÈov auvap<|>ÔT£pov.
’EttcÎ Kai ôXov Trpô pspwv pôvov ' Et 8s au to ÔXov È£ ÔXou 5
Kai pspwv, 8et)oei Kai âXXrjs ôXôttjtos ' si 8È Êk | toùttjs
Kai Susîv Èkeivwv irâXiv to ÔXov, 8et]O£i Kai TpiTOU, toûto
SÈ Ètt atTEipov. Ei 8È oTtjvai Ssî, Èiri ttjs TrpwTtjs
ÔXÔttjtos psivwpsv ôXov Kai pspr) XÈyovTSS pôvov, Kai TO
CTTOIJÇEIWTOV âpa TOÎ$ OTOIXCIOIS- 10
Apa ouv ouk âXXo vooûpsv to ôXov, Kai âXXo îà pspT),
Kai âXXo to cruvap4>ÔT£pov toÛto o ouk ècttiv È£
ôpoTaywv, oùSÈ ek otoixeiwv, oùSÈ ek pspwv, oùSÈ ÔXov,
où8È ctuvOetov, oùSÈ âpa piKTÔv ; "Opoiov yàp auvTiOÈvai
ti È£ aiTiou Kai aiTiaTOÛ (<ruvap4>ÔT£pov yâp Tl Kai toûto 15
fiîi) âv), r] ÔttÔ xpwpsvou Kai opyâvou, T) ek irapaSEiypa-
tos Kai eikÔvos. 'H yàp ToiaÙTi] aù^su^is Èv o'xÈctei Tivi
pôvov 0Ewp£ÎTai, àXX’ où ouvtÔ^ei tt) kot oùaiav.
’AXX’ El Èv Èvi TOÛTO sïï) TÔ <TUVap4>ÔT£pOV, WaTTCp Èv TW
vw to -qvwpÈvov aÙTOU Kai SiaKEKpipÈvov, ttws oÙk È^ 20
àpiftoîv ô sis vous, outw 8È È^ àp<|>oîv ws TÔ î)vwpÈvov
TTpoÇaXXôpsvov â4>’ ÈauToû to SiaKEKpipÈvov ; MÈaov yâp
Tl EOIKEV Eivai TÔ TOIOUTOV àpl}>OÎv, TOU TE WS Èk CTTOIXEIWV
auvap<|>OTÈpou Trpô twv otoixciwv Ôvtos, Kai toû è£ arrîou
5 ai ti scripsi : aùrè A || 7 Tpimu scripsi : -ov A (->)<; coni.
Ruelle) || 9 Aévcjvreq povov (= pépi) pôvov XéyovTeq?) A || 12 6 s.u.
ins. Ax.
d’une cause et d’un effet, car il n’y a là rien de commun
selon l’essence, mais une seule relation, et celle-ci, bien
entendu, s’étend du causant au causé de l’intellect qui
se constitue comme la nature d’un seul tenant de deux
plérômes, étant unifié et distingué. En effet, l’intellect
est le tout; quant à ceux-là, ils ne sont pas des parties
symétriquement opposées, mais des plérômes dont l’un
est constitué à l’aide de l’autre, dans le même rapport
que le ciel est au lieu subcéleste1. Car toujours le
plérôme préexistant distingue ensuite, à partir de la
cause séparée, le second plérôme et il aide la cause à le
constituer ; néanmoins, l’ensemble aussi de ces deux
plérômes est un composé; mais, en tant que composé,
c’est un tout, quant à eux ce sont des parties, quoique
des parties plutôt totales. En effet, les deux parties les
plus générales du monde sont le ciel et la région
subcéleste tout entière, ou tout ce qui est immortel et
tout ce qui est mortel, étant donné que le monde
matériel consiste dans les trois mondes matériels2, qui
ont raison de parties par rapport à sa totalité.
Ne faut-il pas plutôt penser que cet ensemble des
deux n’est ni un composé ni un tout, qu’il n’est formé ni
d’éléments ni de parties, mais qu’il est une sorte de
procession pour ainsi dire sérielle qui progresse3 selon
un dégradé de premiers, de moyens et de derniers ; et
cette procession a bien une certaine coordination
apparemment totale, non pas cependant comme celle
d’une totalité par rapport à ses parties, ni non plus
comme celle d’une réalité mixte par rapport à ses
éléments, mais, comme on vient de le dire, selon la
connexion mutuelle et symphysaire, à chaque fois, des
termes seconds par rapport à ceux qui les précèdent et
des engendrés par rapport aux générateurs. Or, une
telle progression n’apparaît pas encore dans le premier
mixte, en tant qu’il est le premier et qu’il ne s’est pas
encore abaissé dans un premier et un second plérômes ;
1-2. Voir Noies complémentaires, p. 238.
3. rtpùnoSîÇouaa, voir ci-dessous la n. 4 de la p. 52.25.
Kai [toû è£] ainaroû, p-qScvàs Ôvtos koivoû kotô oùaiav,
8c pôvqs èv pèaw oüarjs, Kai toutes pèvToi ârrô
toû airiou SiaTcivopévqs cis to aiTiaTÔv to toû voû toû
tô ôXo<|>uès 8ucîv rrXrjpwpâTwv auvcaTWTos, rjvwpévou rc
Kai SiaKCKpipcvou. Tô yàp trâv ô voûs, èKcîva 8è où pèpr, 5
àvTiCTToixa, TrX-qpùpaTa 8c tô CTcpov ck toû CTCpou
auvucjnarâpcvov, ws ô oùpavôs êx«i Trpôs tov ûrroupâviov
tottov. ’Aci yàp TÔ rrpoürJnaTâpevov àtrô Ttjs x<*,Pl<TT’ÎS
airias èm8iaKpivci Kai auvu<J>iarr]ai tt) aîriçi to Scùrcpov
rrXr)pwpa ' aûvOcTov 8è ôpws Kai tÔ ck toûtwv auvapÿô- 10
Ttpov • àXX’ f) aûvOcrov, ôXov, [èrr’] CKcîva 8è pèpr), ci Kai
ôXiKWTCpa pèpr). Kai yàp toû Koapou Sûo rà ycviKWTOTa
pèpr| ô TC oùpavôs Kai TÔ ûrroupéviov àrrav, rj tÔ yc ôaov
àOâvaTOV Kai ôaov OvtjtÔv, èrrci Kai ô ûXaîos KÔapos ck
Tpiwv twv ùXaiwv aupirX'qpoÛTai KÔapwv, twv pcpwv 15
Xôyov rrpôs tov ÔXov cttcxÔvtwv.
’H OUTC aÛv0CTOV TO TOIOÛTOV, OUTC ÔXov, OUTC CK
aroixciwv, outc ck pcpwv, àXXà tis oîov acipâs èan
rrpôoSos Ka0’ ùrrôÇaaiv TrporroSi^ouaa rrpwTwv Kai pcawv
Kai TcXcuTaiwv ' Kai êxci pèv Tiva auvra^iv ôXtjv 4>aivo- 20
pèvTjv, où pr|v ws ÔX6tt]tos Trpàs pèpr] oùSc ws rrpôs
aTOixeîa piKToû TrpâypaTOS, àXX’ ôrrcp | «prjTai, kotô
ttjv aup<)>uâ twv ScuTcpwv àci rrpôs rà TrpoTjyoûpcva Kai
rrpôs rà rrapâyovTa twv rrapayopèvwv àXXrjXouxiav. '0
8è toioûtos rrpoTToSiapàs oûrrw èv tw rrpWTW piKTW 25
irè<J>r)V€V, otc rrpwTW Ôvti Kai oûrrw ùrroÇâvTi cis rrpwTOV
22-23 = supra, I. 18-20.
1 toû ÈÇ deleui (cf. p. 47.15) Il 9 p A II 11 èrr' deleui || ei s.u, ins.
A1 || 26 TrpiÔTov] â A.
ou bien, s’il en est ainsi, le premier plérôme aussi sera
un mixte, et le second pareillement. En effet, dans
l’intellect chacun des deux est un mixte, puisque
l’intellect est un mixte de mixtes; quant au premier
mixte, comme nous le savons, il est de tous le plus
simple, c’est pourquoi on se le représenterait plutôt
seulement comme un mélange d’éléments, puisqu’on ne
peut pas se le représenter comme un mélange de parties.
Car la division en parties est davantage multiple ; en
effet, les parties sont dans une distension les unes vis-à-
vis des autres, tandis que les éléments ont pour nature
d’être davantage coagrégés et pour ainsi dire confondus,
car aucun ne fait apparaître dans le mixte sa propriété,
comme le font au contraire les formes, chacune se
circonscrivant elle-même selon sa propre figure. Quant
aux parties, elles ont une nature intermédiaire : elles
sont sans doute divisées (c’est justement pour cela
qu’on les appelle des parties), mais elles sont occupées à
dissoudre leur division par leur mouvement ascendant
vers le tout1. Il est donc rationnel que les formes se
laissent voir dans le troisième ordre de l’intelligible, les
parties dans l’ordre moyen, les éléments dans le
sommet, où aucun caractère propre d’aucun élément
n’est réellement distingué, mais où tous sont absorbés2
par la seule union du mixte, car, là-haut, même les
éléments multiples ne se distinguent pas encore comme
celui-ci et celui-là ; mais, à la manière de ce qui est de
forme plurale dans ce qui est complètement unifié, ils se
manifestent de façon indistincte, à cause de la simplici-
té du premier mixte : en effet, il y a [là] seulement un
certain multiple, et non pas des multiples définis,
comme une seule eau capable de nombreuses divisions.
Et, si telle est la multiplicité qui est là-haut, néanmoins
elle aussi est coagrégée et cachée sous l’union du mixte.
1. La doctrine des éléments, des parties et des formes, ici
évoquée, fera, plus loin, l’objet d’un développement complet, cf.
infra, p. 174.1-207.7.
2. KaTanéTO-rai, sur l’usage de ce verbe, voir vol. I, n. 2 de la
p. 3.10.
Kai ScÛTcpov TrXr|pwpa • T) outw yc Kai to irpwTOV tarai
piKTÔv, Kai ro 8cuTcpov ôpoiws piKTÔv. Kai yàp èv tw vw
plKTOV èKOTCpOV, èîTClSr) Ô vous piKTOÇ CK plKTWV ' TO 8è
T)v ÎTÔVTWV ÔTrXoÛoTaTOV plKTOV, 8iô pâXXov ws CK
oToixciwv 4>avTaÇoiTO pcpixOai pôvov, où8è yàp ws ck 5
pcpwv. îlXciwv yàp ô twv pcpwv pcpiapôs ' èv SiaaTaaci
yàp Ta pépï) Trpôs aXXrjXa, tq 8è aToixcîa auvj)pf|o0ai
poûXeTai pâXXov Kai oîov auyKcxûaSai, pr) irpo<|>aivo-
pévr]S CKaaTOU èv TW plKTW TT)S i8lOTT)TOS, WOTTCp Ta CÏ8t)
to èvavTiov troicî, Trcpiypci<|>ci ckootov èauTÔ kotô ttjv 10
èauToû pop<)>r|v ' Ta 8è pcpr) pcows cxcl> pcpépurrai pèv
yâp (8iô Kai pèpr) KaXeÎTai), àvaXûciv 8è èairoûSaKc tov
pcpiapôv tj) trpôs to ôXov àvavcôtTci. Kotô Xôyov âpa Ta
pèv cÏ8t] èv TT| TplTT) Ta^Cl tou votjtoû 8iaTrè4>T)vcv, Ta 8è
pépï) èv tj) pèaj), Ta 8è <TToix«a èv Tjj ÔkpÔttjti, èv 15
où8èv îSiov oûScvôs 8iaKèKpiTai ws àXï)6ws, àXXà
KaTaTTcrroTai irâvTa utrô ttjs toû piKToû piâs èvwccws,
ètrci où8è tô trXciw oToix«îa ckcî ttw SiaKpiverai ws ToSi
Kai to8i, àXX’ ws èv tw ttÔvtj] ijvwpèvw tô irXi)6oei8ès
èp4>avT<î£cTai 8ià ttjv âTrXÔTijTa toû ttpwtou piKToû • 20
ttoXÙ yâp ti pôvov, àXX’ où trXcîw Tivâ, oîov cv Û8wp
iroXuSiÔKpiTov. ToioÛtov 8è ôv to èKcî ttXtjOos, opws Kai
toûto auvT)pî)Tai Kai ûiroKèKpuTTTai Tjj èvwaci toutou.
I (3 ... a A || 2 p A || 10 scr. Tcepiypàçei <yàp> ? || 14 ÿ A || 17
xotTaTtÉTccüTai A || 18 to81 coni. Ruelle : t68c A || 20 toû s.u. ins. A1.
Il n’y a donc pas deux plérômes du mixte, l’union
concrète et la distinction concrète, comme dans l’intel-
lect, mais la totalité seule et sans mélange, en ce sens
qu’elle est la première propriété du mixte à se
manifester ; en effet, le mixte n’est pas formé de
multiples mêlés en une seule et même chose (car cela, à
juste titre, ne conviendrait même pas au mélange de
notre âme) ; et il n’y a pas non plus là-haut de multiples
définis pour ainsi dire, qui se soient réellement manifes-
tés en même temps que l’un ; car c’est de l’intellect que
nous tirons vers l’unifié ces conjectures dont le rôle est
de distinguer. Mais, tout comme nous considérions les
plusieurs selon une unique et parfaite propriété (cette
propriété unique qui est cependant tout), nous considé-
rons aussi le mixte comme une seule propriété simple et
incomposée, qui est cependant tout dans le simple, sauf
que c’est selon la façon d’être particulière au mixte de
toutes les choses. En effet1, le mixte est proprement
tout, mais antérieurement à toutes les choses qui sont
dites toutes proprement selon la distinction ; car le
mixte est tout de manière indifférenciée selon l’unifié de
toutes les choses. Quant au deuxième principe, il est
tout lui aussi, mais de façon encore plus simple ; en
effet, il ne l’est pas seulement de façon indifférenciée,
comme l’est l’unifié, selon la coordination et la coagula-
tion, s’il est permis de dire, mais selon l’illimitation non
coordonnée des plusieurs purs et selon l’indétermination
supérieure à toute détermination ; car l’enveloppement
de toutes les choses est encore une certaine détermina-
ton. De plus, le premier principe aussi est tout, et celui-
ci de manière plus simple que le principe indéterminé et
incirconscrit, qui est cependant tout; il l’est selon la
simplicité même de l’un, antérieure à l’illimitation, de
l’un qui ne s’est même pas épanché dans les plusieurs, et
1. A partir de là et jusqu’à la p. 51.6 on remarquera le
raccourci dans lequel Damascius met en perspective les trois
premiers principes (l'unifié, les plusieurs purs et l’un), selon leur
façon d’être tout, dans leur simplicité propre.
Ouk âpa Sûo TrXrjpwpaTa toû piktoû, to pèv cvwpa, tô
Sè Siâtcpipa, KQÔânep èv vw, àXXà to ÔXov pôvov Kai
âpiKTOV OUTWS WS piKTOÛ iSlÔTT)S CK<|>av€Îaa TTpWTT] ' où
yàp ws ck ttXciÔvwv cîs rairrà auyKpaOèvrwv (toûto pèv
yàp oùSè tw pîypaTi tt)S tjpcTcpas «['“X’ÎS TrpoarjKoi âv 5
[ti] SiKaiws), àXX’ oùSè ws ttXciÔvwv tivwv èKcî tw èvi
auvava<|>avèvTwv kotÔ àX^Oeiav ‘ âtrô yàp toû voû
TaÛTas cXKopcv èir’ èKcîvo tÔs SiaKpiTiKas ÛTTOVoias. |
’AXX’ watrcp Ta ttoXXô Karà piav TravTcXr] èOcwpoûpcv
iSiÔTTjTa, navra ôpws oùaav tt)v piav, outw Kai ro piKTÔv 10
ws piav iSioTT]Ta ÔttXt)v Kai àaûvflcTOV, TrâvTa ôpws
oùaav èv tw âirXw, ttXt)v oti kotÔ ttjv toû piktoû twv
ttôvtwv iSioTpoiriav. flâvTa yàp Kupiws to piKTÔv, àXXà
Trpô ttôvtwv twv kotÔ SiaKpiaiv ttôvtwv Kupiws Xcyopè-
vwv ’ TrâvTa yàp èKcîvo àSiaKpiTws èaîi Karà ro rjvwvèvov 15
twv ttôvtwv. nàvTa 8è Kai r] ScuTèpa àpxi], àXX’ cti
ÔTrXoûaTcpov ' où yàp pôvov àSiaKpiTws, ws to rjvwpèvov,
kqtÔ aûvTa£iv tc Kai aûp-rrTj^iv, ci flcpis cittcÎv, àXXà
kotÔ tt)v twv ttoXXwv ÔttXws àaûvTaKTOv ÔTrcipiav Kai
ttjv KpciTTW ttovtÔs ôpou àopioTiav ' ôpos yâp tis Kai t] 20
twv ttôvtwv TrcpiXr]i|/is. “Eti pèvToi Kai r, TTpwTT) TrâvTa,
ÔTrXoûaTcpov Sè Kai aÛTT) tt)s àopiaTOu Kai àTrcpiXr]TTTOU
TrâvTa ôpws oùarjs àpx^S, kot aùrf]v yc ttjv Trpô ttjs
9 = supra, p. 32.25 33.8; p. 39.21-23; p. 42.1-4.
2 post éXov] 4- 17ies in ras. A || 6 ti deleui, TcpoaârtToi Sw nç coni.
Segonds || 16 p A || 18 xarà s.u. ins A1 II 21 à A
qui, à bien plus forte raison, est transcendant à la
coordination de tout dans le mixte, laquelle est unifiée ;
c’est en elle que l’unifié a eu sa subsistence selon la
coagulation, pour ainsi dire, de l’épanchement des
plusieurs et de la nature illimitée, épanchement que
nous considérions comme un certain flux de l'un1, et
dont nous disons que, après s’être coagulé, il est le
mixte et le premier unifié. Par conséquent, toutes les
choses qu’auparavant nous énoncions et distinguions
comme étant dans le mixte, dans le but de le concevoir
comme mixte, maintenant nous les rassemblons toutes
par le raisonnement en une seule, dans l’unique
propriété du mixte, qui est indifférenciée et qui est le
véritable sommet intelligible du tout. Et je prie les
dieux d’être indulgents à la faiblesse de telles concep-
tions et plus encore à la faiblesse de nos moyens
d’expression. Car, sans ce chassé-croisé des notions
rationnelles et cette absolue nécessité des métaphores,
nous ne pourrions rien suggérer, d’aucune façon que ce
soit, sur les tout premiers principes. Puissent ces
réflexions recevoir la faveur des dieux !
5. Le mixte selon Platon, les Pythagoriciens, Damascius.
De façon identique, même si l’on fait du limitant et
de l’illimité les deux principes, comme l’entend Platon,
nous verrons encore le mixte naître à partir d’eux, en
même temps que nous fixerons l’épanchement de
l’illimitation par le lien qui a le caractère du limitant,
en vue de former une autre propriété unique, celle du
limité, dans lequel se trouvent et le limitant et l’illimité.
En effet, le limité n’est ni le limitant ni l’illimitation,
mais il est l’ensemble des deux. Pensons alors que, tout
comme l’unifié est simple et incomposé, de même le
mixte formé du limitant et de l’illimité l’est aussi, en
tant qu’il est antérieur aux deux ; car même la division
de ces derniers ne se trouve pas encore là-haut, et le
mixte est tel, antérieurement à tous les deux.
I. Voir Notes complémentaires, p. 238-239.
àrrcipias àrrXÔTi^ra toû èvôs, oû8c cis rà iroXXà x^Ocv-
tos, iroXXâ» 8c pciÇôvws èÇrjpijpévou tt]S trâvTwv èv tw
piKTW cruvrà^cws rçvwpcvrjs, èv fj to rçvwpévov uirèorr]
Karà ttjv oîov rrr^iv tt)s twv ttoXXwv xûocws tc Kai
àrrcipou <|>ûacws, rjv pûoiv Tivà tou èvôs ûrrcTiOépcOa, rjv
rrayciirav rô piKrôv eîvai <|>apcv Kai to rrpwTov rjvwpévov. 5
"flore ocra rrpôaficv èXcyopev StaKpivovTCs tô èv tw piKTW,
îva piKTÔv aùro vorprwpev, vûv rràvTa cis èv auvàyopcv tw
Xôyw cis ttjv toû piKToû piav iSiÔTi]Ta àSiÔKpirov Kai ws
àX-qOws voi)TT)v twv iràvTwv Kopu<j>r|v. Kai cruyyvwpovas
eîvai irapaKaXw tous Gcoûs crri tt) àaOcvciç twv toiwvSc 10
voijpaTwv Kai cri pâXXov twv SijXwpaTWv. “Aveu yàp
tt)<t8c tt)s twv Xôywv àvrcrraXXà^cws Kai ttjs pcTa4>o-
piKijs TaÛTTjs Ôtcxvws | àvâyKTjs, oùSèv âv où8’ ôrrwo-
tioûv èv8ci£aipc6a rrepi twv irpWTÎoTWv àpxwv. Ta pcv 8r]
twv Gewv outws ïXca yèvoiTo. 15
(57) Tôv aùrôv 8c Tpôirov Kai ci ràs Sûo àpxàs troioî tis
trépas Kai ârrcipov, ws Sokcî ô FIXÔtwv, Kai to piKrôv àtrô
toûtwv yiyvôpcvov Ocwpfjaopcv, ttjv xuoiv tï)s àrreipias
tw ircpaTociScî 8capw KaTairijyvûvTcs cis ttjv toû ttcttc- 20
pacrpcvou piav âXXijv i8iÔTi]Ta, èv w Kai trépas Kai
ârrcipov. “Eoti yàp to rrcrrcpaopcvov outc irèpas outc
àrrcipia, coti 8c to ouvap<|>ÔTCpov. NoeioBw toivuv ws to
r)vwpévov àtrXoûv Kai àaûvOcTov, outw Kai ro piKTov ck
trepaTOS Kai àrrcipou ws rrpô àp<|>oîv ’ oûrrw yàp ckcÎ oûSè 25
r] toûtwv 8iaipcats, àXX’ tanv ckcîvo toioûtov irpo rùv
Sucîv.
3-6 cf. supra, vol. I, p. 36.3-16; p. 105.16-18 || 7 cf. supra,
vol. II, p. 42.17 49.24 ||17-20 = Phil. 23c9-dl.
13 àvrenaXXàÇeaiç coni. Ruelle : âvtercàAÇeüx; A || oniaa-r-rîoôv A ||
20 KaraKLyviiVTeç A.
Or, le même raisonnement sur la composition (dont
nous associons l’idée au mixte par notre faiblesse
d’esprit) et sur la simplicité purifiée du mixte, sera
applicable, même si l’on fait de la monade et de la
dyade indéfinie les deux principes, et si l’on voit que la
triade unifiée1 est formée de ces dernières, non pas
comme un assemblage de trois choses définies, mais
comme étant l’un lui-même de la triade, et, pour cette
raison, une seule propriété triadique qui apporte tout
selon cet un.
Ainsi donc, à partir des premiers principes, le
troisième à subsister, nous le déclarerons cela même qui
est au-delà de toutes les choses dites unifiées et mixtes;
et, d’en bas, depuis les choses qui procèdent de lui, nous
remonterons vers lui par l’analyse2, en partant de
toutes ensemble, parce que ce haut principe aussi est le
sommet de tout, et nous replierons et contracterons
successivement la pluralité des distinctions dans la
pluralité des unions, puis la distinction unique antérieu-
re aux plusieurs dans l’union unique qui est avant eux,
enfin la contradistinction mutuelle de la distinction et
de l’union, quels que soient son mode et sa nature, dans
le sommet unique, simple, complètement indifférencié
et sans opposition, le sommet unifié qui coagrège tout à
la fois. Et, si tu veux, j’appelle le mixte l’union concrète
de toutes les choses, parce qu’il est antérieur à tout ce
qui est mélangé; or, tout est mélangé en lui. Par
conséquent, lui aussi est tout antérieurement à tout, de
même que la monade est le nombre tout entier et le
nombre illimité, qui est toujours posé ultérieurement3;
car le nombre qui, à partir de la monade, progresse
continuellement4 ne déroulera jamais le nombre qui est
contracté en elle. C’est pourquoi, de cette façon encore,
le mixte est formé d’illimité et de limitant, parce qu’il
est aussi sursimplifié5 au-dessus de tout ce qui vient
après lui, et parce qu’il comprime en lui l’infinité des
1. La triade unifiée des pythagoriciens est l’analogue du mixte
platonicien ; voir supra, p. 40.12 et n. 2.
2-5. Voir Noies complémentaires, p. 239.
'O aÙTÔs SÈ Xôyos earai Kai tt)s auvGéaeiüs tt)s kotô
âaGéveiav rjpûv auv£irivooupÉvT)s Kai tt)S SiaKaGaipo-
pévqs âirXoTTjTos Toû piKToû, Kai eî tis povâSa Kai
àôpiCTTOv SuàSa ttoioÎ ràs Sûo àp^às, Èk SÈ toÛtwv tt)v
^V<i>pÉVT)V TplâSa GewpOl, oÛk Èk TplÛv TIVWV aUVTlGc- 5
pÉvrjv, àXX’ ouaav aÛTÔ ro êv Trjs TpiâSos, Kai Sià toûto
piav ouaav TpiaSiKTjv iSiOTTjTa iràvTa irape)(opévT)v kotô
toûto tô êv.
Outw pèv toivuv ànô tûv TrpÛTtüv àp/ûv 6<|>iaTapÈvr)v
TTJV TpÎTTJV àTTO<t>aVOÛpEV aUTO TO TrÔVTWV ETTEKElVa TÛv 10
^vwpÉvwv Kai piKTÛv XEyopÉvuv * kÔtwOev Sè àirô tÛv
TTpoïôvTiüv è£ aÙTT)S àvayoipEGa âv Ètt’ aÙTT)v kotq
àvàXuaiv, Èk ttÔvtwv pÈv àpoû, oti ttÔvtwv KOpu<J>r] Kai
Èkeivt), aup-rrrûaaoVTes SÈ àei Kai ouvaipoûvTES Tas pèv
TroXXàs SiaKpioEis eis Tas troXXàs èvûacis, ttjv SÈ piav 15
Trpô tûv ttoXXûv SiaKpiaiv eIs ttjv pîav npô tûv ttoXXÛv
êvwmv, ttjv Sè toûtwv irpos àXXT|Xas àvTiSiaîpfioiv
tjvTivâ TTOTc Kai ôtrwaoûv ouaav eis tt,v piav Kai âirXrîv
Kai irâvTp àSiaKpiTov Kai | àvavTiflETov, ôpoû nâvTa
auvT]pr)KUÎav T)vwp.Évr]v aKpoTT]Ta. Kai ei PoÛXei, XÉyw to 20
piKTÔv êvwpa TÛV TTQVTWV, TTpÔ ttÔvtwv Yc 8v tûv
pryvupÈvwv ‘ travra SÈ èv aÛTÛ piyvuTai. FlâvTa âpa Kai
toûto Trpô irâvTWV, ûs i] povàs ô iras àpiGpos Kai ô
âiTEipos àei TTpoaTifièpEvos ‘ où yàp ÔveXi^ei ttotÈ tov èv
rfj povàSi CTUVjipîjpévov ô irpotroSi^wv àir’ aûrf)s àei 25
âpiOpôs- Aiô Kai tqÛtt] to piKTov è$ àireipou Kai
TrèpaTos, oti Kai iràvTWv ÛTTcpr)TTXwTai tûv peG’ éauTo,
Kai ttjv àtreipiav auveîXt]<j>EV tûv Ètt’ àneipov àir’ aÛToû
9 toIwv A* : towjv A || 10 ÿ A || 24 TrpoTifiépevoç A, correxi || 28 àm’
scripsi : en Ai.
choses qui naissent de lui à l’infini. Et cependant, il est,
en toute vérité, une monade, non pas celle qui est le
principe du nombre (car cette dernière est séparée de
celle-là par beaucoup d'intermédiaires), mais une mona-
de qui, de manière allusive, est semblable à l'un du
premier principe et aux plusieurs du deuxième. En
effet, la monade est, antérieurement au nombre, un
mélange de l’un et des plusieurs, de même que cette
monade-là est un mélange des deux principes ; et le
nombre intelligible1, lui aussi, nous apparaîtra tel
qu’est la monade elle-même. Mais remettons cela à une
autre fois.
Que la monade contienne et l’un et les plusieurs, c’est
évident pour tout le monde, puisque tout nombre aussi
les contient; or, elle est le premier nombre, mais
contracté et indifférencié, c’est pourquoi l’un est en elle
plus manifeste et la pluralité plus exacte ; en effet, là se
trouvent la pluralité pure et l’illimité, c’est pourquoi s’y
trouve également le nombre tout entier, dont le
développement déroule l’infinité, sans qu’il puisse
jamais rencontrer une limite à ce déroulement. C’est la
raison pour laquelle la monade est aussi un mixte formé
des plusieurs qui, de quelque façon, sont dits présubsis-
ter dans le mixte, je veux dire tous ceux qui se
distinguent à partir du mixte et après lui, alors qu’en
lui ils sont indifférenciés selon une unique nature
unifiée, productrice de tout, qui ne contient pas en elle
la pluralité des causes de ce qui vient après elle (car là-
haut n’est même pas survenue la distinction de la
pluralité des causes), mais qui contient une cause
unique capable de tout produire, ou plutôt qui ne
contient aucune autre cause qu’elle-même. C’est là, en
effet, la nature bien connue, la source de toutes les
choses, non pas en vertu de la cause unique qu’elle
contient en elle, mais en vertu de sa propre subsistence.
yiyvopèvwv. Kai povàs ôpws ÈcttÎv Karà to àX-qOcoTaTOv,
oùx ’l àpX’l T°û àpiflpoû (noXXoaTT) yàp aûrq àn’ è-
Kcivqs), àXXà TOiaÙTT) Karà cv8ci£iv, oîov pèv to èv rqs
irpwTi)s ùpx»]S> oîa Sè rà noXXà tt]S SeuTcpas- 'H yàp
povàs npô toû àpiflpoû oûyKpacns cari toû èvôs «ai twv 5
ttoXXwv, wancp ckcÎvt) twv Sucîv àpxwv * toioûtos Sè Kai
ô votjtos àpiOpôs ’Qpîv <J>avcÎTai, oîancp aùrr) T) povàs.
’AXXà toûto pèv ciaaûOis àvaêcêÀTjcrOw.
"Oti Sè r] povàs Kai to èv èxel K<“ Tà noXXà, navîi
<J>avepôv, ènciSr) Kai nâs àpiOpôs ‘ npwTOS Sè àpiOpôs, 10
àXXà auvTjpTjpèvos Kai àSiÔKpiTos, Siô Kai to èv
Tpavèo-Tcpov èv aÙTrj Kai to nXrjOos àKpigèaTCpov ' tô yàp
ànXws ckcî nXrjOos Kai tô âncipov, Siô Kai ô nâs
àpiOpôs, où Kai ttjv àneipîav r) yèvcais àvcXÎTTOUoa oÙk
âv noTc nèpas cûpoi ttjs àveXi^cws. Aiô Kai T| povàs 15
piKTÔv ck twv ônwooûv Xcyopèvwv npoünàpx«v èv tw
piKTW noXXwv, Xèyw Sè twv nàvTwv àn’ aÙToû pèv Kai
p€T aÙTÔ SiaKpivopèvwv, èv aÙTw Sè Ôvtwv àSiaKpiTWv
kotÔ piav <|>ù<nv TjvwpèvTjv, navTO<|>ut), oÙk airias
noXXàs ncpièxouaav twv pcT* aùrqv (oùSè yàp twv 20
noXXwv aÎTiwv ckcî SiâKpiais), àXXà piav airiav nav-
TOupyôv, pâXXov 8è oùScpiav aiTiav cTcpav nap’ êauTT)v.
AÜttj yâp èariv èyvwopèvr) <|>ù<ns, Trl]Yln T*ùv nàvTwv,
où kotÔ ttjv èv aù-rf) ncpicxopèvtjv piav aiTiav, àXXà
ko6’ unap£iv ttjv èauTTjS. 25
8 = infra, p. 67.14 ss.
4 TtpcüTTjç] a A || p A || 20 où8èv et mg. nirg. cens. A, correxi || 21
amcüv scripsi : amov A, ainav(?) A*.
Est-ce donc que la pluralité unifiée qui est là-haut est
unifiée en tant que composée de formes? Mais c’est à
l’intellect qu’appartient ce mixte-là. Est-ce donc en
tant que composée de parties? Mais ce mixte-ci est un
coagrégat qui, comme on l’a vu1, appartient à la
totalité, ou, si tu veux, à l’ordre intermédiaire. Il reste
donc que cette pluralité soit unifiée en tant que formée
d’éléments. Mais, d’abord, cette pluralité ne sera pas ce
mixte pur, s’il est vrai qu’elle est ce qui est formé
d’éléments. Ensuite, il est possible aussi qu’il y ait peut-
être quelque chose qui soit formé de plusieurs, ou qui
soit plusieurs, et qui ne soit encore ni éléments, ni
parties, ni formes, mais seulement plusieurs ; car
chacune de ces choses est plusieurs ; donc la pluralité est
ce qui est commun à tous les plusieurs. Enfin,
troisièmement, le principe des plusieurs est, on le sait,
seulement producteur de plusieurs, et non d’éléments,
ni de parties, ni de formes; de sorte que, bien qu’une
pluralité soit dans le mixte, néanmoins c’est une
pluralité nue, et non pas la pluralité qualifiée qui est
celle des formes et des genres, ni celle des parties, ni non
plus celle des éléments.
Mais si l’on admet cela aussi, cette pluralité nue ne
sera pourtant pas ce mixte pur ni l’unique sommet
indifférencié de tout, et le principe des plusieurs ne sera
pas, non plus, purement et simplement cause de tout,
mais il le sera seulement en tant que le tout est
plusieurs. Toutefois, le mixte pur était dit plusieurs par
allusion, non pas qu’il soit formé de plusieurs en tant
que plusieurs, ni d’éléments en tant qu’éléments, ni
d’autres constituants en tant que tels (car ces choses
sont distinguées pour la première fois dans l’intellect, je
veux dire leurs premières causes; c’est pourquoi j’en
diffère maintenant l’examen rigoureux); et ce mixte-là
est comme formé de tout semblablement : de plusieurs,
d’éléments, de parties, de genres et de formes, et il l’est,
en effet, de tous les composés et de toutes les totalités
1. Cf. supra, p. 49.2-16.
’Apa ouv to ckcî ttXt]6os rjvwpévov ûs cÇ ciSûv t)vut<u ;
’AXXà voû cctti toûto to juktÔv. ’AXX’ àpa ûs ck pcpwv ;
Toûto 8c ^v toû ÔXou auvaipcpa, q ci poûXci, ttjs pècrrjS-
Acittctoi àpa ûs ck otoi/ciuv. ’AXXà TrpÛTOV pèv ouk
ccrrai to ÔttXûs ckcîvo piKTÔv, cÏTrcp to ck crroi/ciuv. Erra 5
pévTOi Kai ëcrriv | tous ck ttoXXûv civai ti, tj TroXXà, outtw
8c OUTC OTOlXcîa OUTC pcpr) OUTC cî&T), àXXà pôvov
TroXXà ' Kai yàp ckoctov toutwv ttoXXÔ ' koivôv àpa ttôcti
tô ttoXXoîs cîvai. ’Ek Sè au TpiTWv r, tûv ttoXXûv àp/T)
TToXXoTTOlÔS ^v pôvov, OU pCVTOl CTTOIXCIWV, oùSè pCpÛv, 10
oùSè ciSûv ' wotc ci Kai ttXt)6os èv tû piKTÛ, àXXà pôvov
ttXt)6os, où pévTOi tô toiÔv8c oîov ciSûv tc Kai yevûv,
oùSè pcpûv oùSè aTOixciwv.
’AXX’ ci Kai toûto auyxwpoî tis, oùSè outws ccrai tô
àirXûs ckcîvo piKTÔv, oùSè ttovtwv Kopu<|>r] pia àSiÔKpi- 15
tos, àXX’ oùSè t) tûv ttoXXûv àpxT) ttÔvtwv ccrrai àrrXûs
airia, àXXà pôvov f| TroXXà tô irâvTa. KaiTOi TroXXà
èXèycTO kotô êv8ci£iv, oùx Ôti ck ttoXXûv f| TroXXà, oùSè
ck OTOixciwv oTOix^îa, oùSè tûv àXXwv ï) ckcîvo (toûto
yàp èv tû vû SiûpiaTai irpÛTWS, Xcyw 8c tÔs toutwv 20
airias rrpwTas ' 8iô Kai àKpiÇoXoycîcrôai ircpi outûv
àvaÇàXXopai tô vûv) ' to 8c piKTÔv ckcîvo ûs èK ttÔvtwv
ôpoiws Kai ttoXXûv Kai cttoixciwv Kai pcpûv Kai yevûv
Kai ciSûv, Kai yàp ck ouvOctwv Kai ôXwv àiràvTWv, àXX’
17-18 = supra, p. 52.26-53.4.
3 6/Xou, / punctis del., A || 5 eïrtep B : ijirtep A || 9 tô scripsi : toîç
A.
sans exception, mais, comme on l’a dit, en tant qu’il est
le tout antérieurement à tout. Or, si l’on fait aussi de lui
un mélange formé des deux principes, en tant qu’il a
procédé d’eux, tel qu’un fils unique engendré d’un père
et d’une mère, et le tout premier de tous les fils, on ne
s’écartera pas beaucoup de ce qu’on peut conjecturer du
troisième principe, en tant qu’il est dit être mixte. Si on
le suppose encore formé de l’un-tout et des plusieurs-
tout, de cette façon aussi on pourra suggérer ce principe
aporétique et extraordinaire.
Et voici une chose qu’il ne convient certainement pas
de passer sous silence1, à savoir que là-haut, la vague
manifestation en quelque sorte de la pluralité n’est pas
la distinction de l’unifié, mais de choses encore plus
simples, à savoir de plusieurs qui se produisent aussi de
cette manière, et dont se constitue l’unifié qui est déjà
composé ; quant à la distinction de ce dernier, c’est une
pluralité d’unifiés ; elle se produit après le premier
unifié ; car celui-ci, est par là-même indifférencié et,
pour ainsi dire, il est encore l’unifié-un. Mais nous nous
expliquerons à ce sujet une autre fois de manière plus
rigoureuse.
1. Pour l’expression, comparer Diodore de Sicile, XI 59 : oùx
&Çiov éxplvapcv ttjv àper^jv aùroü napaXureïv àve7tiar)pi.avTov.
ws cîpi)T<u, Trpô TràvTWV rà TrâvTa. Ei 8è Kai pi'ypa aÙTÔ
ttoioÎ tis ck twv Sucîv àpxûv ws âir’ aÙTWv irpocXOôv, oîov
Èk pijTpôs Kai iraTpôs cv CKyovov to TrâvTWv cKyôvwv
TTpWTlCTTOV, OUK âv irôppw pâXXoi TT|S 8uvaTT]S ÙlTOVOÎaS
ircpi ttjs TpiTTjs âp)(T)S w$ piKTT]s eîvai XcyopévTjs. Ei 8è 5
Kai ws ck toû irâvTa èvôs Kai twv irâvTa ttoXXwv, Kai
oÛtws âv cxoi ttjv evSeiÇiv ttjs âirépou Kai ÛTrepÇaX-
Xoûorjs-
’Ekcîvo |rr)v oÙk â£iov TrapeXOcîv âvcnio'qpavTOv oti tj
ottwctouv êp<)>aois CKCl toû ttXt|6ous OUK CCTTl TOÛ 10
Tfvwpcvou SiaKpiais, àXXà twv cti âirXouoTcpwv, ttoXXwv
Kai outw yiyvopévwv, èÇ wv to Tjvwpévov to t]St]
ctuvCetov ' r] 8è toutou SiaKpiais iroXXâ ccttiv Tjvwpéva,
yryvopÉvT) pcTà to TrpwTov Tjvwpévov ' ckcîvo yàp toutt]
yc ôSiaKpiTOv Kai oîov cti cv tô Tjvwpévov. ’AXXà Kai trcpi 15
toûtwv cîaaûOis àKpiScorcpov.
1 cf. supra, p. 34.22-35.3; p. 50.13-15; p. 52.22-24 || 15-
16 = infra, p. 69.20-70.4; p. 96.13-97.7.
7-8 post ùrrepêaXXournjç aliquid excidisse uid. (ex. gr. èxelvrçç
ÇUCTCCüÇ).
[Troisième partie. De l’unifié comme être]
[1. L’unifié et les acceptions de l’être]
En revenant encore au point de départ, disons
maintenant ce qu’est le [troisième] principe1, non
d’après la notion du mixte et de l’unifié, mais en tant
qu’il est être (on) et substance, et disons sur quelles
notions vraies se basent les philosophes2 pour déclarer
qu’il est l’être pur et la première substance. Car, même
si nous ne rapportons pas directement la place de
troisième à l’être substantiel, comme ils le font, et si
antérieurement à ce dernier, nous la rapportons à l’être
unitaire3, [on peut] cependant se demander pourquoi la
troisième hénade est prise pour le premier être lui-même
et la première substance?
Avant tout, il faut distinguer le sens des termes. En
effet, on appelle être l’un des genres de l’être, qui
s’oppose au non-être et qui est contredistingué des
autres genres; c’est là un être qui a la nature d’une
forme, du moins il fait partie des formes simples avec
les quatre autres genres4 ; et, dans le Parménide, Platon,
avant de parler des hypothèses, a inscrit5 aussi ce genre
avec les formes génériques. Dans un autre sens, on
appelle être le plérôme des genres, formé d’un seul
tenant, celui que nous appelons proprement substance,
comme le fait Plotin6; c’est ainsi encore que Platon le
prend, dans le Sophiste, quand il le considère comme les
plusieurs qui ont subi l’un. On appelle encore être tout
ce qui existe antérieurement à l’âme,7, au sens où, dans
1. C’est bien du troisième principe qu’il s’agit, cf. ci-dessus,
p. 55.5.
2-7. Voir Noies complémentaires, p. 239-240.
(58) Nûv S’ au TràXiv cÇ àpxT)S eÎTrwpev ircpî tt]S àpxT)S, tjtis
ècrriv, où Karà ttjv êvvoiav toû piKTOÛ Kaî Tjvœpévou,
àXX’ oti ôv Kai oùaia, <Kaî)> kotÔ Tivas èvvoias àXijOcîs
ôv tc to ÔttXûs Kaî ttjv irpÛTrjv oùaiav aÙTTjv cîvai <|>aaiv
oî | <|>iXôao<|>oi. Eî yàp Kaî pè) cùGùs tô tpÎtov Xcyopev cîs 5
to oùaiû8cs ôv, ûa-rrep ckcîvoi, àXXà Trpô toutou cîs tô
éviaîov, ôpus Sià ti TpiTT) évôs aÙTÔ XéycTai cîvai tô
TrpÛTOv ôv Kaî Trpûrr) oùaia;
Flpô 8r) iràvTUv tô ar]paivôpeva Siaiperéov tûv ôvopô-
twv. Aéyerai yàp ôv Kaî cv ti tûv yevûv toû ôvtos, 10
àvTiKcîjxevov tu p-r] Ôvti, Kaî àvTiSiijprjpévov toîs aXXoïs
yévcaiv • cÎStjtikov yc ôv toûto ôv, àXX’ cîSûv tûv ÔttXûv
pcTÔ tûv âXXuv Tcoaâpuv yevûv ' Kaî êv riappcvi&r) Trpô
tûv ùttoOcctcidv ouyKaTcîXijxc Kaî toûto toîs yeviKOÎs
eîôeaiv. "Ercpov Sè Xêyerai ôv to ôXo<|>uês TrX'qpupa tûv 15
yevûv, ô-rrcp oùaiav îSius KaXoûpev, ûs ô ÎIXwtîvos ' outu
8ê Kaî èv 2o<|>iaTT) XapÊàvcTai, ôrav aÙTÔ ttoit) ttoXXô
TTCTTOvOÔTa TO CV. AcyCTOl Ôv Kaî ÔXov TÔ Trpô >|>UXÎ)S
l=supra, p. 40.111 10-13 cf. Soph. 254b 8-255el || 13-
15 = Parm. 136b4-7|| 15-16 = Plot,., Enn. II 6, I. 1-5 || 17-
\S = Soph. 245a 1-6 || 18-57.1 cf. Resp. VI, 509b8-9.
3 oùaia scripsi praeeunte Kopp : oùaiaç A || xai2 add. coni.
Ruelle || xaTà Tivaç A, correxi || 4 -re Kopp : fivreç A || 14 nempe
auyxaTEiXo/e || 15 ôXotpuéç mg. it,er. A1 || 16 firrep oùaiav C ex corr. :
ôrtapouaiav, accent,u acuto in ô eraso, et mg. uirg. cens. A.
la République, Platon appelle cela aussi substance1, et
en poursuivant son développement il coordonne même
le genre de l’âme à la substance2 ; c’est de cette façon et
par rapport à cette substance-là qu’il juge bon d’appe-
ler l’ânie la première génération3. On appelle enfin être
et substance le sommet du tout intelligible, sommet qui
est l’intelligible au sens strict, et qui est suggéré, dans le
Sophiste, comme étant immobile4; et, dans le Parméni-
de, à la deuxième hypothèse, Platon, après l’avoir pris
pour l’être premier et l’avoir proclamé un-être, fait
provenir de lui tout ce qui est d’une manière quelcon-
que, ou qui est déclaré être (einai), ou devenir, ou ne
pas être, ainsi qu’il est dit là5; Platon le proclame aussi
substance, dès le commencement de l’hypothèse.
De quelle acception donc, parmi celles-là, et selon la
notion de quel être remontons-nous à cet unifié? Est-ce
à partir du genre [de l’être], de même qu’à partir de l’un
[comme genre]8 nous nous élevions vers l’un pur? En
effet, cet être est simple7 et il a une notion qui convient
au premier être. Mais celui-ci, nous l’avons vu8, est
tout, et la substance formée de tout lui conviendrait par
là davantage, car elle n’est pas une chose définie, mais
un monde parfait. De même, en effet, que cette
substance est toutes choses ensemble9, de même aussi le
troisième principe est tout de manière indifférenciée10.
De cette façon, nous pourrions nous élever [vers lui] non
à partir de l’une des choses qui ont procédé en lui, mais
à partir de toutes les choses qui se sont distinguées
après lui.
Peut-être, faut-il réunir aussi en lui le simple à partir
du genre unique [de l’être], ainsi que le caractère de la
totalité et de la plénitude à partir de la substance
composée de tout, de sorte que, d’après les deux réunis,
nous pourrions appeler avec raison le principe unifié
1-9. Voir Notes complémentaires, p. 240-242.
10. Cf. supra, vol. I, p. 7.5-13; p. 60.9-12; p. 89.9-21;
p. 123.17-21 et n. 5; vol. II, p. 35.1-2; p. 39.16-25; p. 50.13-
51.16; p. 52.9-53.8; p. 54.22-55.1.
ù<|>€aTW$, ws èv rioXiTeig Kai oùaiav toûto KaXcî,
ctuvtÔttïi 8è aÙTrj irpoïwv Kai to tt]$ 4>uX'ns yèvos ' outw
8è Kai rrpôs tt)v8e ttjv oùaiav npwTtjv yèveaiv â£ioî
KaXeîv ttjv ipux'Hv. AèyeTai 8è ôv Kai oùaia tô ÔKpov toû
votjtoû TravTOs, ô 8r) Kai àirXws èari votjtÔv, ôircp èv tc 5
2o<|>iaTT) àKÎvr]TOv èv8ciKVUTai civai, Kai èv tô DappcviSr)
Karà ttjv ScuTèpav ûirôOcaiv ôv to irpÔTOv Xagwv Kai èv
ôv | àv€U<t>T]pr]<jas àir’ aÙTOÛ rrapayei iràvTa tÔ ôirwaoûv
ôvTa t) civai Xcyôpeva rj yiyvcaOai q pr) civai, ws èicâ
Xèyerai ’ àvupvcî 8è aÙTO Kai oùaiav àpxôpcvos cù0ùs tt)s 10
ùiroOèacws-
nôOev ouv toûtwv Kai kotô tivos èvvoiav Ôvtos èiri to
rfvwpèvov èKcîvo âvipcv; ’Apa àirô toû yèvous, ws àiro
toû èvôs èiri to àirXôs èv àvqyôpeOa; Kai yàp àirXoûv
toûto to ôv, Kai irpèirouaav èx« tw irpÔTW Ôvti ttjv 15
èvvoiav. ’AXXà ckelvo rràvTa -fjv, Kai pâXXov âv aÙTÔ
kotô toooûtov èoiKOi r) èx iràvTWv oùaia, oùx èv ti ouaa,
àXXà KÔapos ôXotcXi^s- 'Os yàp aÛTij iràvTa ôpoû, outw
Kai r] TpiTi] àpxT) irâvTa à8iaKpÎTws- Oûtws àvayoipcOa
âv oÙk à<j>’ èvôs twv aÙTT) irpoeXGôvTWV, àXX’ àirô iràvTWv 20
twv pcT* èKtivijv 8iaKpi0èvTWv.
MrçiroTt 8è auXXaÇeîv xPT Kai toutes tô pèv
àirXoûv àiro toû èvôs yèvous, to 8è aûpirav Kai
iràpirXi]p€S àiro TÎjs èK itôvtwv auvTcOeipèvqs oûaias ’
wot€ kot’ àp<)>ÔTcpa SiKaiws âv KaXoîpcv ttjv rjvwpèvrjv 25
2-3 cf. Resp. 51054-9 ; 511 a3-d 6; VII 521 <• 6-7 ; d 3-4 ; 525c5-
6 || 3-4 = Leg. X, 899c6-7 || 5-6 = Soph. 248 e7-249d4 || 6-
8 = Parm. 142b5-c7|| 8-9 cf. Parm. 142b 1 - 166c6 || 10-
II = Parm. I42b6 || 13-14 cf. supra, vol. I, p. 63.9-13; p. 95.4-
96.9.
8 xà s.u. ins. A1 || 13 fiveipev A || 19 fort. OGtcûç 8’ | avayoïpcOa
Kopp : -6pe0a A || 20 leg. <év> uel <aùv> aÙTj;?
substance et être. Car il y a toujours, je suppose, avant
toute pluralité le coagrégat de la pluralité, avant la
pluralité des formes un coagrégat formel, avant la
pluralité des genres un coagrégat générique, avant la
pluralité des parties celui qui est appelé le tout, avant la
pluralité des éléments l’élémenté, avant la pluralité des
plusieurs purs l’union concrète ou l’unifié1, avant la
pluralité des plusieurs qui sont des êtres l’un-être ; en
effet, les êtres ont aussi une sorte d’achèvement et de
sommet unique; cependant, comme êtres simplement,
ils ont pour sommet l’être pur, tandis que comme
plusieurs et distingués, ils ont pour sommet l’un et
l’unifié. Si donc les êtres et les plusieurs sont une même
chose par le substrat, tandis que l’essence des êtres et
celle des plusieurs sont deux choses différentes, de
même aussi leur sommet est unique selon le substrat,
mais, comme sommet des plusieurs, il est l’unifié, tandis
que, comme sommet des êtres, il est l’être pur. Est-ce
donc que unifié et être ne sont pas la même chose? On
répond que l’être en tant que genre n’est pas la même
chose [que l’unifié], mais que l’être qu’on dit composé
des genres est la même chose. Ou plutôt, disons que ce
qui est composé des genres est appelé être (on) à partir
du genre [être], de même qu’immobile à partir du repos,
mobile à partir du mouvement, même et autre à partir
de l’identité et de l’altérité. L’être est donc un et
plusieurs à partir des genres; quant à l’unifié, nous
l’avons vu, il est ce qui est composé d’un et de
plusieurs2 ; de sorte que [dans les deux cas] il s’agit de la
même et unique chose, à savoir le mixte dans sa
totalité ; toutefois, on le considère et on le nomme
d’après chacun de ses éléments en particulier.
Quoi donc? L’unifié aussi est-il élément? Je réponds
non, car même le mobile et l’immobile3 ne le sont pas,
ou alors, s’ils le sont, nous redoublerons [le mixte]; il
faut, en effet, nommer le tout d’après la modification
qu’il subit de chaque [genre]; et le fait de prendre les
àpxTjv oùaiav Kai ôv. “Ectti yàp 8qirou npô ttovtôs àei
ttXtjCous to auvaipepa toû ttXt)6ous, twv pèv eiSwv
ciôqTiKÔv ti auvaipepa, twv 8è ycvwv yeviKÔv, twv 8è
pcpwv to ÔXov KaXoûpcvov, TWV 8è OTOI)(CIWV TO OTOIXCIW-
tov, twv 8è à-rrXws ttoXXwv tô evwpa r) tô rjvwpèvov, twv 5
8c ttoXXwv Ôvtwv to cv ôv ' ccrti pèv yàp KOI TWV ÔVTWV
Kopu<|>T| tis pio Kai àKpÔTTjs, àXX’ ws Ôvtwv pèv âirXwç to
ÔttXws ôv, ws 8è ttoXXwv Kai SiaKCKpipévwv cv tc Kai
rjvwpcvov. Ei toÎvuv to Ôvto Kai îroXXâ tqÙtôv tw
ûiroKcipcvw, tô 8è oùaiv elvai Kai ttoXXoîç CTcpov, outw 10
Kai t) aKpÔTTjs pia kotô to ûiroKcipcvov, àXX* ws pèv
ttoXXwv rjvwpèvT], ws Sè Ôvtwv to àtrXws ôv. Ouk âpa
TaÙTÔv èaTiv r|vwpèvov Kai ôv; "H to pèv ws ycvos où
toutÔv ïaws ' to 8è ws ck twv ycvwv KaXoûpcvov, toÛtÔv.
’H Kai to ck twv ycvwv à-rro toû ycvous KaXcÎTai ôv, ws 15
îaràpcvov àirô araacws, Kai Kivoûpcvov à-irè kivtjctcws,
Kai toutov Kai CTcpov àirô TaÙTOTT]TOS Kai CTcpÔTijTOS.
OÙkoûv Kai cv Kai îroXXâ àiro twv ycvwv ' to 8è rjvwpcvov
^v to è£ èvôs itoi ttoXXwv ’ wotc toutov pèv Kai cv to ÔXov
piKTÔv, OcwpcÎTai 8è Kai ôvopâ^cTai ko6’ ckootov twv 20
CTTOIXCIWV.
Ti ouv; Kai tô Tjvwpèvov cttoixciov; Ou «frqpi, oùSè yàp
tô Kivoûpcvov où8è tô ccttos, tj outw yc 8iirXamâaopcv ‘
8cî yàp tô ÔXov ôvopàÇciv kotÔ ttjv | à<J>’ ckÔcttou
•nc-nôvfrqoiv • to 8è ttoicîv oroixcîa Tàs ttcttov0t|ctcis où8èv 25
7 tse, hic, reposui : post à7tXôj<; habet A l| 13 yévoç] yé s.u. ins. A1 ||
23 SmXaatàaiüpev A, correxi.
modifications pour des éléments revient à prendre les
participations pour des subsistences. De plus, nous irons
à l’infini ; car chaque subsistence a encore une certaine
participation dans un autre participant, puisque aussi
bien le tout que les parties sont des éléments1; c’est
pourquoi également le tout et les parties s’opposent de
façon mutuelle ; et le mixte, en particulier, qui est
formé d’eux est, selon les parties, divisé, tandis que,
selon le tout, il est dans l’indivisible. Par l’indivisible, je
désigne le tout, qui est l’indivisible des parties. Mais le
mixte est, de cette façon, considéré d’après chacune des
choses qui sont en lui mélangées, tandis que, partout,
antérieur à ce qui se divise est l’indivisible, et antérieur
à la division concrète2 de tout le coagrégat de tout, le
plérôme le plus élevé lui-même de chaque chose à partir
duquel procède le reste. C’est, en effet, de cette façon
que nous posions l’unifié comme le sommet unique du
tout3, comme la nature saturée4 et productrice unique
de tout5, à propos de laquelle nous cherchons s’il faut
l’appeler l’être.
[2. Comment évoquer l’unifié?]
A de telles réalités ne conviennent en vérité aucun
nom, ni aucun concept parmi ceux qui sont divisés ; car
les concepts et les noms impliquent une certaine
distinction et, pour ce qui regarde les noms, c’est
nécessairement une distinction spécifiée ; or, l’unifié,
nous l’avons vu, est totalement indifférencié6, et tout
est coagrégé’ dans son unicité. Comment donc l’étroite
particularité des noms, et des concepts qui leur
correspondent, pourrait-elle jamais suffire à l’explica-
tion ou à la compréhension de la simplicité unique et
unifiée qui est tout, et antérieurement à tout? Puisque
nous n’avons pas de nom commun des formes divisées,
même pas des dernières, prises toutes ensemble, et que
1. Voir infra, p. 179.14-15.
2-7. Voir Notes complémentaires, p. 243.
âXXo èariv t) ràs pcOè^cis ûiràpÇcis iroicîv. Kai cti
è-rr’ âircipov rj^opev ' cKaaTt] yàp ûirapÇis èxEl riva Kaî
pèOc^iv èv cTcpw tw perèxovTi, èirci Kai ôXov Kai pèpr)
aToixcîa ‘ 8iô Kai TaÛTa àvTiKciTai àXXrjXoïs ’ Kai 8-r) tô
piKTÔv Kai ck toutwv kotÔ pèv rà pèp-q pcpcpiapèvov, 5
kotÔ 8c <to)> ÔXov cis to àpcpiarov. ’Apèpiarov 8è Xèyw
TÔ ÔXov, Ô TWV pcpwv COTl TO àpèpiOTOV. 'AXXà TO pèv
piKTOv outw OcwpcÎTai Kafl’ ckootov twv èv outw pcpiypc-
vwv * cari 8c iravTaxoû trpô twv Siaipoupèvwv tô
àSiaipcTOv, Kai tô -rràvrwv auvaîpcpa Trpô toû -rràvrwv 10
Siaipèparos, aÙTÔ tô àirpov ckootou -rrX-rçpwpa à<J>’ ou
irpociai tô Xoiirôv. Outw yàp Kai twv -rràvrwv piav
KOpu^tTjv cTiOépcOa to rjvwpèvov, rrapirXiîpr] ifrûaiv Kai
piav TravTO<|>uî), ircpi è)s ÇrjTOÛpcv ci ôv kXt)tcov.
Twv yc toioÛtwv ouk canv ôvopa Karà àX-qOciav, oùSè 15
vôr)pà ti twv Sigp-qpèvwv ' TaÛTa pèv yàp èv 8iaKpiaci
Tivi, Kai iràvTws ciôqnKT], ôaa ôvôpara ’ to 8è ^jv -rràvTT]
àSiÔKpiTov, Kai TrâvTa auvfjprjTO èv tt) aÙTOÛ povôrrjTi.
nÔTc âv ouv è|apKcacicv q àTrcarevwpcvr] twv ôvopârwv
îSiOTpotria, Kai twv Karà [tÔ] aura vo-qpàrwv, cis 20
SijXwaiv r) rrcpiXrpj/iv tt)s navra Kai trpô -rràvrwv oùar]s
piâs T)vwpèvr)S âirXÔTTjTOS ; "Orrou yàp oùSè twv
8ii)pT)pèvwv cîSwv oùSè twv èaxàrwv ôpoû rràvrwv r]
15 16 cf. Plot.., Enn. VI 9, 5.31.
4 8fj] -rj in ras. Ak || 6 rè1 addidi || eîç ro] taxai coni. Ruelle; an
èprlv? || àpiépiarov2 mg. ins. A1 || Il aùrô scripsi : œurou et mg. uirg.
cens. A || 15 ye] scr. yàp? (8è lier.) || 18 <Tuvf)piyro èv scripsi :
auvaip~eréov, aip in ras., et mg. auvTQipTqréov A1 || aùroü scripsi :
éauroü A || 20 rà in ras. A’, deleui.
nous n’en projetons pas de concept compact et formant
un tout, bien moins encore en serions-nous capable au
sujet du sommet à la fois le plus haut et qui contient
tout1. Qu’est-il besoin de nous répandre en paroles,
puisque nous ne pouvons même pas nommer un seul des
coagrégats particuliers, sauf peut-être à dire qu’il est un
coagrégat et un mixte, ou toutes choses de ce genre?
Par exemple, même notre corps, qui est un mélange des
quatre éléments2, lequel [d’entre eux] pourrait-il avoir
pour nom propre? Car le corps est présent aussi en
chacun des éléments simples ; tandis que les appella-
tions de terrestre, d’humide, de pneumatique, d’aérien,
d’igné ou de chaud, c’est à partir d’un des éléments qui
sont en lui que le corps tout entier les reçoit ; cependant
lui n’a pas de nom commun, bien qu’il soit, de fait,
commun, mais il a peut-être le nom d’humain, et le nom
générique, par exemple celui d’animal, un autre étant
celui de mélange végétal, un autre celui de mélange
inanimé, ainsi que les noms des mélanges particuliers de
ces derniers. Ou bien nous dirons que l’humanité est
l’une des nombreuses propriétés qui sont dans le mixte,
et que celle-ci s’impose3 au mélange, comme une forme
à une matière ; de sorte qu’en elle-même la matière est
dépourvue de nom. Qu’y a-t-il [là] de surprenant,
puisque nous avons même l’idée de certaines espèces
privées de nom, comme dans le genre de la chaleur et du
froid4, au dire de Platon ? Ainsi donc, le mélange des
éléments n’a pas de nom.
Mais, de plus, la propriété commune, qui survient au
mélange et qui le spécifie, appartient, comme un
élément, au tout en tant qu’il est composé de matière et
de forme ; en effet, cette propriété est simple, comme
chaque élément en particulier. Ou bien, s’il n’en est pas
ainsi, elle est néanmoins une propriété du mélange,
d’après laquelle est dite chacune des formes composées
1. Ilavroü/oç : mot propre à Damascius; voir encore infra,
p. 88.23; R. I, p. 302.15.
2-4. Voir Notes complémentaires, p. 243.
ôvopa ëxopcv koivÔv fj vôrjpa àOpoûv ti Kai ôXÔkXtjpov
irpo£aXXôpeOa, axoXt) Y£ âv toûto 8uvT]0eiT)pev èiri tt]S
àKpoTÔTTjs âpa Kai iravTOÛxou Kopur^rjs- Ti 8eî iroXXà
Xèyciv, Ôt€ où8è twv pepiKWv auvaipepàTwv où8’ Ôtioûv
ôvopà£civ cxopcv, itXt)v îaws oti auvaipepa Kai piKTÔv r] 5
ôaa TOiaÛTa; Oîov Kai to rjpcTcpov awpa, oircp ck twv
Tcaaàpwv otoixcÎwv auyKCKpaTai, ti âv êx°l ïâiov ôvopa ;
Tô pèv yàp awpa Kai twv âirXwv CKàaTW irâpcaTiv • to 8è
yrpivov rj ùypôv r] TTVcupaTwSes r) àcpwScs f| rrûpiov f]
Ocppôv àirô tivos twv èv aÙTw KaXcÎTai to ÔXov, aÙTÔ 8è 10
oÙk cxei lT°l koivÔv ôvopa, koivÔv yc ôv, àXX* îaws
àvOpwTrciov, Kai to yeviKÔv, oîov ÇwÏkov, âXXo 8è | piypa
«Jjutikov, âXXo 8è âipuxov Kai Ta pepiKà toûtwv. ’H Kai
àv6pwirÔTi)s pia tis èan twv ttoXXwv èv tw piKTW
Î8iott)twv, èmyiyvcTai 8è auTi) tw piypaTi, warrcp ci8os 15
ÛXt) * wctc KaO’ èauTTjv t) uXt) âvwvupos. Kai ti Oaupa-
aTÔv, Ôtc Kai twv ciSwv èvia aveu ôvôpaTOS vooûpev, ws
to yévos <J>T)aiv ckcîvos flcppÔTTjTOS Kai t|/uxpÔtt]tos ;
Outw 8r) Kai to piypa twv otoixeîwv oÙk ôvopâ^cTai.
’AXXà Kai r) èmOèouaa tw piypaTi koivt] ÎSiÔttjs t) 20
eîSoiroioûaa to piypa oîov aTOixcîôv èan toû ÔXou ws èÇ
ÛXtjs Kai cî8ous ' ÔttXt) yàp èaTiv, ws to aTOixeîov
CKaaTOv. ’H oùx oÛtw yc, àXX’ écTi toû piypaTos i8iÔTT)s,
Kafi’ T)v cKaaTOv XèyeTai twv ouvOÉtwv eiSwv KaXoupèvwv
17-18 cl. Tim. 58<ll-3; 59e6-60a3; 67a 1-4.
2 cr/oZr; A || 3 rtavTou^ou] -ou- in ras., -u ex -ü A1 (i.e., rravra/oü A),
mg. Ttavrou/ou iter. A1 || 7 8 A || 11 to deleui.
qui reçoivent un nom par opposition aux genres de
nature élémentaire et plus simple. Sans compter que la
propriété de chaque genre est simple ; tandis que le
reste est, selon la participation, un mélange des autres
constituants, ou de ceux qui sont antérieurs ou de ceux
qui sont de même rang. Citons ainsi l’intellect, la vie,
et, je suppose, l’être (on) lui-même ; chacun d’eux, sans
doute, est tout, mais le premier selon la propriété de
l’intellect, le second selon celle de la vie, le troisième
selon celle de l’être.
L’être n’est-il donc pas, lui aussi, une propriété
simple, telle que la substantialité et, de même, la
vitalité dans le cas de la vie et l’intellectualité dans le
cas de l’intellect? Disons qu’il paraît plutôt être
quelque chose qui fait la médiation1 entre un élément et
la forme composée tout entière, telle que le plérôme
intellectif tout entier; car les éléments passenl d’une
chose dans une autre et occupent le rang de matière par
rapport à la propriété qui spécifie, tandis que celle-ci
caractérise les éléments, les rassemble et les modifie par
rapport à elle-même, en suffisant à tous et en s’étendant
à tous dans sa propre simplicité. C’est pourquoi elle est
de nature plus parfaite que n’importe lequel des
éléments. En effet, chacun lui appartient et tire d’elle
son nom, et les autres choses sont établies d’après elle ;
car les quatre éléments subsistent sous forme d’homme
ou de cheval ou de lune ou de soleil. Quant au tout,
composé des deux constituants2, il est la forme, ou le
genre, ou l’intellect, ou le vivant, ou la vie, ou l’être, lui
que nous considérons comme le premier des touts qui
subsistent de cette façon.
Cependant, il ne faut pas croire que nous parlons de
composition à leur sujet, mais chaque forme est une et
plusieurs, une en tant qu'elle est une propriété, et
plusieurs selon <les> choses assemblées que nous
1. Cf. infra, p. 74.23-75.16.
2. ’EÇ àpupoïv : c’est-à-dire composé de la propriété et des
éléments.
irpôs àvTiSiaaroXrjv twv cttoixciwSwv tc Kai àirXouoTC-
pwv ycvwv. ’AXXà Kai yévous ckÔcttou T] iSiôrqs à-irXr) " tô
8è âXXo piypa twv âXXwv ÈcttÎ Ka/rà péOc^iv r) trpoTcpwv t)
ôp.o<TToixwv. Outw 8r] Kai vous Kai Çwr] Kai aÙTO 8r)-rrou
to ôv * wv Êkqotov pèv iràvTa, àXX’ ô pèv kotô to toû voû 5
iSiwpa, T| 8c kotô to tt]s ^wr)s, to 8è ko.tÙ tô toû Ôvtoç.
’Apa ouv koÎ to ôv oùx ànXoûv iSiwpa, oîov oÙctiÔttjs,
Kai r] Çwottjs èiri tt)S £wt)S Kai t) voottjs èiri voû; ’H
pâXXov coikcv cîvai ti pccrov cttoixciou tc Kai toû
ctuvOctou travTÔs cî8ou$, oîov toû travTÔs vocpoû -rrXrjpw- 10
paTO$ ‘ Ta pèv yàp aToixeîa àXXoOcv t)kci cis âXXo Kai êv
ÛXt)S TCTaKTtu Xôyw trpàs ttjv ciSoiroioûoav iSiôrrjTa,
auTT] 8è xaPaKTT)P^cl Ka-î ouvàyci Kai àXXoïoî Trpàs
cauTTjv Ta aTOixcîa, irâaiv èÇapKOÛaa Kai aupirapaTcivo-
pêvr) tt) cauTTjs àirXÔTTjTi. Aiô Kai pâXXov ÔXÔkXtjpos 15
cîvai poûXcTai t) twv cttoixciwv ôtioûv. "Ekootov yàp
ckclvtjs ÈotI Kai air’ CKcivt)s 'rrapovopà^cTai, Kai yàp tô
àXXa kotÔ TaÛTTjv cottjkcv * tÔ yàp Tcaaapa otoixcÎo
àvOpwirciws ») ÎttttcÎws t) ctcXtjviokws t) tjXiqkws Û^cott]-
kcv. Tô 8c cÇ àp<|>oîv ÔXov tô cîSos T) to yévos i] ô voûs t] 20
to Çwov rj t) £wt^ f) tô ôv, ô 8t) irpWTOv ûiroTiOcpcOa twv
OUTWS Û<|>CO'TWTWV.
Où pr)v aûvGcaiv oirjTcov cit’ aÙTWv rjpâs Xéyciv,
àXX’ cv Kai TroXXà ckocttov cî8os, cv pèv Ka66 ccttiv
iSiwpa, TroXXà 8c kotô <(tÔ)> ouvcSpcûovTa, â CTTOixcîa 25
6 tô3 s.u. ins. A1 || 8 Çco6tt;<;] ô s.u. ins. A1 || 18 8 A || 25 xà addidi.
appelons éléments, à savoir les plusieurs qui procèdent
de son unité et demeurent dans son unité. En effet,
l’intellect, qui a commencé par son propre coagrégat,
produit en lui-même la pluralité des genres et des
formes; et naturellement aussi chaque forme, imitant
l’intellect tout entier, engendre en elle-même sa propre
pluralité de genres et de formes; bien entendu, ces
réalités sont, d’une façon, une chose, d’une autre façon,
une autre : plusieurs en tant que procédant d’un un,
éléments en tant que procédant d’un unifié, parties en
tant que procédant d’un tout, genres en tant que
procédant d’une substance composée, formes en tant
que procédant d’un intellect. Mais cela, nous le verrons
plus tard.
Maintenant, en reprenant notre propos, nous disons
qu’il n’y a pas un seul nom pour le plérôme dans sa
totalité1, et que nous devons nous contenter de nommer
les propriétés nues; puisque c’est même avec peine que
nous pouvons concevoir ces propriétés qui projettent de
là-haut leur éclat et qui, de loin, se rapetissent dans le
caractère complètement distingué et, pour ainsi dire,
individuel de nos pensées. C’est aussi, de la même façon,
je suppose, que les montagnes sont de loin très petites
et encore indistinctes à nos yeux2 ; sans compter que les
rayons lumineux des étoiles, du soleil et de la lune, qui
se projettent de loin au-devant de nos yeux, se
réduisent à quelque chose d’étroit, d’affaibli et de
proportionné à notre vue, à cause de l’écoulement de
ces phénomènes à partir d’une très grande distance3.
C’est, en effet, quelque chose de ce genre, que les yeux
de notre âme éprouvent aussi, pensons-nous, au sujet de
l’éclat lumineux des formes.
Est-ce donc que ces propriétés simples, dont nous
avons l’image, sont des rétrécissements et des sortes de
réductions des plérômes4 qui sont là-haut dans leur
perfection? Ces propriétés <en> nous ont à peu près
cette apparence, non pas que ces propriétés simples
1. Tô aû|xTtav 7tXV)p<ü[za, c’est-à-dire le tout intelligible et unifié,
dans sa plénitude.
2-4. Voir Noies complémentaires, p. 243-244.
KaXoûpev, à-no toû évôs tÙ -noXXà irpoiovTa Kaî èv tw cvî
pèvovTa. '0 yàp vous àrro toû oîkciou auvaipépaTOS
àp£âpevos rrpoàyci to -irXrjfios èv cauTw twv yevûv tc Kai
ciSôv1 Kaî 8r) Kaî tKaarov eîSos tov oXov voûv pipoù-
Ipevov à-iroycvvç to eautoû ttXt)6os èv éauTÛ twv yevûv tc 5
Kaî eî8ûv • Kaî 8r) àXXa -(âXXwsX -rroXXà pèv ws à<j>’ èvôs
npoïôvTa, oTOiyeia 8c ws à-trô rjvwpévou, pépT) 8c ws à-rrè
ôXou, yèvq 8c ws à-trô oùaias ouvOctou, cïSt) 8è ws à-trô
voû. ’AXXà toûto pèv ès ûerrepov.
(59) Tà vûv 8è àvaXaÇôvTcs tov Xôyov Xèyopcv ws ouk 10
ccttiv èv ôvopa tw aûprravTi rrXijpwpaTi, àya-trrjTÔv 8è
rjpîv tôs î8iÔTi]Tas ip^às ôvopà^eiv * èirci8rj Kaî voeîv
TaÛTas pôXis 8uvàpc6a -n-poXapiroûaas Kaî -trôppwGev
à-rrooTevoupévas cîs to SiaKCKpipèvov Kaî oîov erropov
twv TjpcTcpwv vorjpÔTWv. Tôv aÙTÔv oipai Tpô-rrov Kaî Ta 15
ôpr) rrôppwûcv oti piKpÔTOTa Kaî àSiàpOpwTa cti toîs
^pcTcpais ôtpcaiv, àXXà Kaî twv àcrrèpwv Kaî rjXiou Kaî
ocX-qvrjs Ta irpoa-rravTWVTa (JxjTicrpaTa toîs ôppaoiv
rjpwv cîs cttcvov ti Kaî àpuSpôv ouvcXaûvcTai Kaî
aûppcTpov rrpôs Tjpâs 8ià tt)v ws à-trô trXciaTOu twv 20
4>aivopèvwv àiroppo-qv. Toioûtov yâp ti CTcpov Kaî -rrcpî
tt]v irpoXàpirouaav twv eîSwv pappapuyr|v oiôpeOa
Tràaxclv Tàs ôipcis tt]S rjpcTèpas 4>uxt)S-
’Apa ouv ai à-rrXaî î8iÔtt)tcs auTai 4>avTa£épevai
àtroa-Tcvwcrcis ciai Kaî tivcs à-rropcioupiapoî twv èKcî 25
ôXoKX-qpwv Ôvtwv -rrX-qpwpàTWv ; "H aÛTai pèv aï <èv>
rjpîv TOiaÛTai tivcs, où pèvTOi aurai pôvov cîaiv ai ârrXai
9 = infra, p. 174.1 ss.
6 fiXXcoç addidi || 13 TtpoXapnoûaaç coni. Ruelle (cf. u. 22; p. 63.2,
11-12) : TtpoXapÊavoûaaç A || 25 ànopiuoupiapiol A, corr. Kopp II 26 év
addidi.
soient en nous seulement, mais elles sont aussi dans les
plérômes d’une façon plus riche et plus claire, et
néanmoins, dans leur simplicité, elles projettent leur
éclat en l’emportant par leur propre lumière sur toutes
les propriétés coexistantes; voilà pourquoi, même
jusqu’à nous, elles prévalent ainsi de loin, de quelque
manière que ce soit, tandis que les autres propriétés
s’éteignent et ne s’échappent pas avec elles. En effet, ce
sont les aspects plus généraux des montagnes et de tout
le reste, pour autant qu’on les voie de loin, qui sautent
les premiers aux yeux, tandis que s’estompent les
aspects plus particuliers.
Quoi qu’il en soit, il faut reprendre encore le propos
depuis le commencement, à savoir que si nous nommons
être (on) et substance1 le sommet des êtres, ce n’est pas
par suite de quelque propriété définie qui, comme on l’a
dit, projette son éclat de là-haut; car toutes ces
propriétés sont dans la distincton, tandis que l’unifié2
est tout, principe de tout, et principe antérieur à tout :
en tant qu’unifié, il est principe des distingués et
antérieur aux distingués, principe des êtres et antérieur
aux êtres, principe des vivants et antérieur aux vivants,
principe des connaissants et antérieur aux connaissants,
principe de ce qui existe de quelque façon que ce soit el
antérieur à cela3. Donc, de même que ces choses sont le
tout à l’état de distinction, de même cette haute nature
coagrégée de toutes les choses est le tout intégralement
à l’état d’union ; néanmoins, l’unifié est appelé être, par
allusion, à partir de l’une des choses qui viennent après
lui et de lui4, mais d’une chose qui a reçu la nature de
second rang après l’un. Car ce dernier convient
assurément au premier principe.
De même que nous remontons des distingués vers
l’unifié, que, pareillement, se réalise donc notre remon-
tée [vers l’être] à partir de tous les êtres quels qu’il
soient, et qui sont appelés êtres sous un raport ou sous
un autre ; mais la source unique et encore indifférenciée,
1-4. Voir Notes complémentaires, p. 244.
i8iÔTT]T€S, àXXà Kai èv ckovois irXouaiWTcpov pèv Kai
TpavèffTcpov, àirXaî 8è ôpws irpoXapirouaiv èmKpa-
Toûaai tûv ouvovtwv àtràvTwv tw oIkciw 4>wt{, Kai 8ià
TOÛTO Kaî pèxpis T|pWV OUTW TTÔppW0£V €KVlKWOai KOI
ôirwaoûv, koÎtoi twv âXXwv àTroa-gevvupèvwv Kaî pr) 5
ctuvckttuttÔvtwv. Kai yàp twv ôpwv Kaî twv âXXwv ôaa
-rrôppwOcv ôpÔTai ià KOivÔTcpa irpoTpéxa, twv pcpiKWTc-
pwv ÛtTOKpUTTTOpèvWV.
’AXXà Yàp to èÇ àpxïjs iràXiv àvaXrjTrTèov, ws ttjv
àKpOTT]Ta twv Ôvtwv ôvopà^opcv ôv Kai oùaiav, ouk àrrô 10
tivos ÎSiÔttjtos à<|>wpiap€VT)s Kai, ws «îpTpai, irpoXap-
iroûotjs ' èv SiaKpiaci yàp aurai -nacrai ai î8i6tt)t€S ’ to 8è
èoTi -navra Kai nàvrwv àpxt) Kai npô nàvrwv àpxT), ws
-qvwpèvov SiaKCKpipèvwv, Kai ôvtwv Kai Çwvtwv Kai
ylyVWaKOVTWV Kaî OTTWS TTOTè ÛlJltCTTWTWV. 'fl S àpa I TOUTO 15
iràvTa SiOKpiôôv, outws èKeivT] iràvra ôpo0upa8ôv to-
aaÛTa auvr)pt)pèvi) twv iràvTwv t) 4>ûais ’ KaXcÎTai 8è
ôpws Karà èvSeiÇiv ôv à-rrà tivos twv p«t’ aÙTÔ Kai
àrr’ aÙTOÛ, àXXà Scurèpav 4>ûaiv XaxôvTOS pcrà to êv.
Toûto pèv yàp è-apeipt tô n'pwrr) àpxf). 20
TiyvéaOw toivuv T|pîv r) âvoSos, wcrrrep àirô twv
SiaKCKpipèvwv èiri tô T|vwpèvov, outws àiro tràvTwv twv
Ôttws 8r) Ôvtwv, Kai w8i r) w8i KaXoupévwv Ôvtwv * àXX* q
9-10 = supra, p. 56.1 ss || 11 = supra, p. 62.10 ss.
7 mg. uirg. cens. A || 16 8iaxpi86v 6po6ufia86v mg. iter. A1 || 23
post ovtcûv2] èrà to aut addendum aut subaudiendum.
qui est la racine des nombreuses et différentes hyposta-
ses qui se divisent à partir d’elle, est inséparable de
l’un1, et, pour cette raison, elle est unifiée au-dessus des
rejetons qui naissent d’elle comme d’innombrables
rameaux. Et il y a aussi en réalité quelque chose,
comme un tronc qui sort de cette racine et qui n’est pas
encore les rameaux, et même ce tronc ne se laisse voir
nécessairement qu’en partie, mais pas encore les
rejetons2.
Que l’intelligible ait son être dans l’un et auprès de
l’un, Jamblique, lui aussi, le proclame en beaucoup
d’endroits3; et de même que l’un n’est pas cet un-ci, à
savoir l’un déterminé, ni non plus celui auquel s’appli-
que, comme à quelque chose du tout, quelque concep-
tion qui nous est propre (mais c’est de manière allusive
qu’à partir de cet un cette conception nous fait monter
vers l’un qui est antérieur à tout et qui est l’unique
nature simple de tout4), de même donc l’être (on), qui
se constitue à partir de l’un et auprès de lui, n’est aucun
des nombreux êtres, n’est unifié avec aucun, et n’est pas
non plus ce qui est vu selon le seul fait d’être (einai)s,
mais il est perçu, lui aussi, par une allusion, celle qui
coagrège ensemble toutes choses et qui le pose, lui,
comme tout antérieurement à tout ce qui se distingue à
partir de lui, comme on l’a dit souvent. Et, de la façon
que nous appelons êtres toutes les choses, ainsi nous
appelons être celui-là qui est antérieur à toutes. Or, si
nous appelons êtres toutes les choses, à partir de l’être
unique6, nous donnons également, à partir de ce
dernier7, le nom d’être à celui-là8, parce que l’être
unique est aussi coagrégé en lui ; en effet, le tout parfait
n’a pas de nom propre, parce que tout nom différencie
et se saisit difficilement d’une propriété unique, comme
c’est le cas aussi de la définition. Voilà comment à
partir de ces choses il faut remonter à l’unique sommet
1-7. Voir Noies complémentaires, p. 245.
8. ’Exéivo : «celui-là» = l’être pur antérieur zu genre de l’être et
à toutes choses, cf. ci-dessus, I. 19.
pia tttjytj Kai à8iâ.KpiTOs cti, twv wn oÙttjs Siaipoupèvwv
ttoXXwv Kai 8ia<|>ôpwv ùiroaTÔacwv pi£a ouaa, ôvck-
4>oÎtt]tos toû èvôs, Kai 8ià toûto rjvwpèvTj èiri twv
CK<|>uopèvwv ôtt’ aÙTrjs oîov kXÔSwv pupîwv. "EaTiv 8è 8ij
ti Kai oîov oTéX«x°S air oÙttjs, ô outtw kXôSoi, kotô 5
pèpos 8è ttÔ.vtws Kai toûto Gewpoûpevov, àXXà prjTrw
TaÛTa.
"Oti 8è èv tw èvi Kai trcpi to êv tô votjtÔv oùcîwTai,
TToXXaXoÛ KTJpÙTTCl Kai ô ’lâpgXlXOS ' ws 8è tô cv où to8î
to Siwpiapèvov, oùSè w èm^âXXci tis èvvoia TjpcTèpa ws 10
tivi twv ttÔvtwv, àXXà Karà ëvSciÇiv ttjv àirô toutou cis
tô Trpô ttôvtwv rjpâs àvâyouaa, Kai ô èan ttovtwv pia
Ô.ttXtj <|><jais, outw 8tj Kai tô ott’ ckcivou Kai ircpi ckcÎvo
auviaTÔpcvov [Kai] Sv oûSèv èan twv ttoXXwv, oùSè tivi
rjvwpcvov, oùSè 6 èan kotô to eîvai pôvov ôpwpcvov, 15
àXXà Karà èvSeiÇiv Kai toûto, ttjv ôpoû TravTa
auvT]pr|Kuîav Kai TravTa aÙTÔ nGcîaav irpô ttovtwv yc twv
Ôtt’ aÙToû SiaKpivopèvwv, ws cïpTjTai ttoXXÔkis. Kai ôv
TpOTTOV OVTa KaXoÛpCV Ta TTÔVTO, OUTWS Ôv èKCÎVO TTpÔ
ttôvtwv. Ei Sè Ta ttÔvto Ôvto à<|>’ èvôs toû Ôvtos, Kai 20
èKCÎvo ôttô toutou, oti Kai oùtô èv aÙTÔ auvfjprjTai' tô
yàp aûpTrav oùx êxei ôvopa i8iov, oti ttôv ôvopa
SiaKpiTiKÔv èan Kai piâs i8iOTT)TOS èTTiXapÇâveTai pôXis,
KaGaircp 8tj Kai ô ôpiapôs. ’Atto pèv toûtwv oûtws
àvagaTèov è-rri ttjv piav twv ttÔvtwv Kopu^-qv, ttjv tc 25
18 cf. supra, vol. I, p. 7.5-7; p. 100.5-11 ; vol. II, p. 31.19-22;
p. 32.11-14; p. 34.21-35.1; p. 35.20-36.1; p. 54.22-55.1;
p. 63.11-15.
6 toûto scripsi : tô A || 11 àm> scripsi : âvà A || 14 xal deleui || 15
ôpôpevov A1 : ôpôipe'v A || 17 aÔTo TiGeïaav scripsi : aÔToTaOeïaav et
mg. uirg. cens. A || 18-19 Tpôrrov coni. Kopp : 6v rotvw et mg.
uirg. cens. A || 24 toûtcûv scripsi : twv A (twv ovtwv, om. oûtwç, coni.
Kopp).
du tout, au sommet unitaire à partir des hénades qui se
distinguent, et au sommet substantiel à partir des
substances1.
[3. Procession de l’unifié comme être]
Eh bien, maintenant, considérons comment, à partir
des deux premiers principes, procède d’après nous le
troisième, envisagé selon l’être. Car, précédemment,
nous montrions que l’unifié est l’un et les plusieurs2, de
quelle manière l’être (on) s’est constitué le premier, et
comment il a eu sa subsistence en s’étant pour ainsi dire
coagulé dans le fait d’être3 (einai), tandis que chacun
des deux principes, antérieurs à lui, s’est enfui dans le
non-être selon le meilleur : le deuxième dans le gouffre
de la pluralité, comme s’il s’épanchait à l’infini et ne
pouvait s’arrêter nulle part, ou plutôt comme s’il ne s’y
résignait pas à cause de son désir de la nature illimitée ;
le premier s’est enfui dans la simplicité et l’indivisibilité
de l’un, en ne voulant être rien d’autre que un, car il ne
voulait même pas être. C’est pourquoi le troisième
principe, qui est le premier à s’être constitué et à s’être
efforcé de subsister, a fourni le principe de l’être, grâce
auquel tout existant aussi n’est ni un seulement, ni
plusieurs seulement, mais un et plusieurs, ou plutôt
unifié et plurifié ; ce troisième principe se contente
d’être l’unifié qui a en lui-même quelque manifestation
indistincte du plurifié. Dans le troisième principe, en
effet, ni l’un n’est demeuré sans être affecté par les
plusieurs (mais il s’est en quelque manière distingué
dans sa coordination avec eux), ni les plusieurs n’ont
conservé leur propre épanchement infini (mais ils se
sont condensés selon la divine nécessité de l’un, laquelle
1. En effet, même si le sommet du tout est unique selon le
substrat, il est appelé l’unifié comme sommet des plusieurs, et
l'être pur comme sommet des êtres, cf. supra, p. 58.9-12.
2. Cf. supra, p. 41.6 ss.
3. Cf. supra, p. 51.3-6; 40.8-10.
èviaîav ànô tûv SiaKpivopcvwv èvàSiov Kai ttjv oûaiûSr)
ànô tûv oùaiûv.
(60) 0épe Sè vûv ànô tûv irpÛTwv Sucîv àpxûv ônws rjpîv
npôciaiv r| | TpiTT) Karà to ôv Ocwpgawpcv. "Oti pèv yàp
to êv Kai Ta noXXà tô gvwpcvov, èvcSciKvûpcOa npÔTcpov, 5
nûs Sè Kai tô ôv irpÛTOv ouvccttt), Kai ûncCTrq to ôv oîov
aupnayèv cis to cîvai, tûv Sè irpà aÙTOÛ àpxûv àvc4>uycv
èKOTÉpa cis tô pr) cîvai KpciTTÔvws, r| pèv ScuTcpa cis TTJV
toû ttXt|0ous àxâvciav, oîov xu®€î°a èn’ âncipov Kai
oûSapoû CTT-qvai SuvgOcîaa, pâXXov Sè ouk àvaax°pévT) 10
nôOu> tt)g àncipou <]>ûacws, r| Sè npÛTT) cîs ttjv âirXôrrjTa
Kai ttjv àpèpciav toû èvôs, oûSèv âXXo PouXrjOcîaa cîvai
î) cv, ûs yc oùSè cîvai [oùSè] PouXrjOcîaa. Âiôncp tj TpiTT)
TrpÛTt) auaTÔaa Kai ûnocrrfjvai anouSàaaaa ttjv toû
Ôvtos àpx*)v napcax€TO> Si’ *îv Kai ww û«J>i<TTàpcvov outc 15
cv pôvov ccrriv outc noXXà pôvov èaTiv, àXX’ êv Kai
TroXXà, pâXXov Sè r|vupcvov Kai TrcTrXr|0uopévov • àpKcî
TÔ T)vwpèvov, CXOV èv èaUTÛ T1)V TOÛ TT€TrXT)0UOpévOU Kai
ottws cp4>aaiv. ’Ev yàp rg TpiTT) outc to êv cpcivcv ànaOès
ûttô tûv woXXûv, àXXà SicKpiOg irws èv tt) npôs to 20
iroXXà auvTa^ci, outc tô noXXà ttjv oiKCiav è<J>ûXa£cv
àncipov y^ùaiv, àXXà auvcaTpà<|>T) kotô ttjv toû èvôs
4-5 cf. supra, p. 41.6 ss || 6-7 cf. supra, p. 51.3-6.
4 TipéaeuTiv A, corr. Kopp || 8 xpeiTTÔviûç • -5-4), -coç in fine uers.
add., in ras. A* || 13 cùaye et mg. uirg. cens. A || oû8è2 deleui || ÿ
A || 10 ÔTtiûaoüv coni. Ruelle II ÿ A.
détermine toujours ce qui est présent). Des deux
[principes] est né l’unifié, et il a subi l’être à la fois dans
sa constitution et dans son hypostase.
En outre, et d’une autre façon les plusieurs sont de
nature à produire les distingués, et l’un est de nature à
les rassembler dans l’union. De même donc que le
deuxième principe vient immédiatement après le pre-
mier, de même aussi les plusieurs qui procèdent autour
de l’un procèdent de lui et par lui, qui les lie ensemble et
les rappelle à l’union, parce que le deuxième principe
également se fonde dans le premier. Par conséquent, ce
qui est formé des deux principes n’est ni un seulement
ni plusieurs seulement, mais un et plusieurs. C’est ce
que nous appelons l’être : tout en étant sorti de l’un et
tout en étant sorti des plusieurs, il s’est produit comme
un autre principe, troisième après les deux, sans avoir,
en vérité, de nom propre ; car même les principes qui
sont les siens ne sont pas appelés, comme on l’a vu1, par
des noms propres; et, de même qu’on les nomme de
façon allusive par les noms des choses déterminées et
venant après eux, de même aussi on proclame ce
troisième principe substance et être, parce que, premier
unifié, il est un et plusieurs, comme on voit que l’est
chacun des êtres.
Mais si l’unifié est [en même temps] l’être, et si
chacun des deux est de deux sortes : ou bien unitaire
(quoiqu’il soit être et unifié par sa propriété), ou bien
être et unifié de par lui-même et par son hypostase2,
qu’est-ce donc qui a distingué chacun des deux de son
double? En effet, le premier unifié unitaire, en quoi
peut-il différer du premier unifié substantiel? Ei
comment pourrait-il y avoir aussi l’unifié par suhsisten-
ce, s’il est vrai qu’on appelle unifié l’un qui a subi une
modification3, tandis que l’un suprasubstantiel n’en a
pas subi, mais veut être l’un en soi? Observons que,
comme le corps est de deux sortes, celui-ci qui est
1. Cf. supra, p. 35.17-37.13.
2-3. Voir Noies complémentaires, p. 245-246.
ôpi^oucrav àei rô rrapôv Oeiav àvàyKTjv. ’Ek 8è àp4>oîv to
rjvwpévov èyévero Kai to ôv èTT€Trôv0T)oev Karà tî|v
aûaraaiv Te Kai ttjv ÙTrôoTaoiv.
”Eti Sè Kai âXXws rè TroXXà TTpoàyeiv ttÉ<|>uk£v Ta
SiaKCKpipéva, tô Sè êv toûto auvàyeiv eis êvwcnv. 'fis ouv 5
rj SeuTepa àpxr] ptTÔ ttjv rrpwTT)v eùOûs, outw Kai tô
TroXXà TrpoïôvTa rrepi to êv irpôeiai [to] àir’ ckcivou Kai
ûtt’ oÙtoû, w auvSeÎTai Kai àvaKaXeÎTai Trpàs êvwcnv, Ôti
Kai r] SeuTepa àpxr] èv Tj) Trpwrr] î’SpuTOi. Tô è£ àp<|*oîv
âpa oûtc êv pôvov outc TroXXà pôvov, àXX’ êv Kai TroXXà. 10
Toûto Sè ôv KaXoûpev, eKaràv pèv àrrô toû èvôs, èKoràv
Sè àrrô twv ttoXXwv, âXXo Sè per’ âp4>w TpiTov yevôpevov,
ôvopa pèv ouk ëxov ïSiov ' oùSè yàp ai àpxai aÙToû iSiois
ôvôpaaiv ckoXoûvto ' ws Sè CKeîvai kotô ëvSei^iv ôvopà-
Çovtoi ôvopaai toîs twv Siwpiapévwv Kai per’ auras, 15
outw Kai r| TpiTt] aurr) àpxr] oùaia Kai ôv àvupveîrai, on
rrpwTOv rjvwpévov èanv Kai êv Kai TroXXà, waircp cKaarov
ëxov ôpÔTOi twv Ôvtwv.
’AXX’ ei to Tjvwpévov tô ôv, SittÔv Sè èKàrepov, rj
éviaîov, ei Kai ttj ISiÔttjti ôv ècrriv Kai ^vwpévov, T) 20
aÙTÔOev Kai KaO’ ÙTrôcrracnv ôv tc Kai r)vwpévov, ri | tô
SiaaTrjaàv èan toû èrépou èKàrepov; Kai ri yàp âv
8ia4>êpoi tô TTpwTov rjvwpévov toû TrpwTOu î]vwpévou, TÔ
éviaîov toû oûaiwSous ; ilws S’ âv Kai eît] to rjvwpévov
kotô ttjv ûrrapÇiv, errrep tô TreTrovOôs êv KaXeîrai 25
f]vwpévov, tô Sè ÙTrepoûaiov êv où rrérrovOev, àXX’ aÙToèv
eivai PoûXeTai ; "H warrep to awpa SittÔv, tô pèv toûto ô
13-14 cf. supra, p. 35.17-37.13 || 25-26 cf. Soph. 245a5-9.
2 èrœ7t6v6^aev] -rrov- in fine uers. ins. Ax || 6 (3 ... à A || 7 tô2
dele.ui || 8 w Kopp : 6 A || 9 p ... â A || 10 oûts1 scripsi : oùSè A || 16 ÿ
A || 19 SittÔv 4- A.
tridimensionnel, et celui-là qui est absolument inétendu
et incorporel, tout en étant corps par sa propriété
paradigmatique, de son côté, l’âme semblablement est
de deux sortes, celle qui est appelée la première
génération1, et celle qui est intellect et dieu, tout en
s’étant établie selon cette propriété-là2; et naturelle-
ment de deux sortes est aussi le paradigme, tel que le
beau en soi et le juste en soi : ou bien il est quelque
forme intellective et quelque substance, ou bien il est
une prénotion en dieu et un dieu, comme le dit
Parménide3, ce n’est pas là quelque substance, mais un
certain un suprasubstantiel, à savoir l’unitaire qui est
néanmoins beau et juste antérieurement au beau et au
juste spécifié; de la même manière, l’intellect tout
entier est aussi de deux sortes : celui qui est une
substance, et celui qui est une hénade projetant comme
caractère l’intellect; la vie encore est pareillement de
deux sortes. De même donc, double sera l’être et double
('unifié : l’un sera unitaire, l’autre substantiel, mais
chacun des deux sera un mixte et un composé
d’féléments] multiples4. Bemarquons que le mixte aussi
est selon la propriété seule, et de même le composé de
multiples. Ce n’est pas, en effet, qu il y ait là-haut des
multiples, car il y a seulement l’un (mais l’un selon la
propriété des multiples) et une pluralité unitaire, en
sorte que l’un de chaque nombre est un un LriadiquME5
et non pas l’un pur, toutefois il est encore plus simple
que l’un numérique. Et puisque la pluralité aussi est
plus simple que le nombre, parce qu’elle est également
formée d’éléments plus simples (en effet, le nombre est
composé d’une multiplicité de monades, tandis que la
pluralité consiste en hénades ; or, la monade est éloignée
par beaucoup d’intermédiaires de l’hénade, s’il est vrai
que nous la concevons comme spécifiée, elle, et le
nombre formé par elle), alors cet unifié-là6, ainsi que les
1-5. Voir Notes complémentaires, p. 246.
6. Il s’agit du premier unifié souvent appelé jusqu’ici l’unifié
unitaire.
icai SiécTT] Tpixf), to 8è ttôvtt] aSiaaraTOv Kai àawpaTOv,
awpa 8è ôpws Karà ttjv iSiôrqTa ttjv TrapaSciypaTiK-qv,
Kai i|/uxt) ôpoiws, tj pèv oÙtt) r| TrpwTt) KaXoupèvT]
yévEais, rj 8è vous ouaa Kai 0eôs, Karà tt)v8e arâaa tt)v
iSiÔTtjTa, Kai 8rj Kai tô TràpaSEiypa, oîov tô aÙTOKaXôv 5
Kai to aÙToSiKaiov, rj vocpôv ti eÎ8os Kai tis oùaia, r]
TrpoXrppis èv Oew Kai Osés, ws 4>r]aiv ô DappeviSifs, ôirep
oÙk oùaia tis, àXX’ êv ÙTTEpoùaiov, KaXôv 8è ôpws Kai
SiKaiov Trpô toû eîStitikoû to èviaîov, outw 8è Kai vous ô
ôXos ô pèv oùaia, ô 8è èvôs TrpoÊaXXopèvt] tov voûv 10
XapaKTrjpa, Kai £wt) ôpoiws, oûtws âpa Kai tô ôv Kai to
^vwpèvov, tô pèv ëarai èviaîov, tô 8è oùaiwSes, aXX’ ÉKa-
Tepov plKTOV TE Kai EK TtXeIOVWV. "H Kai TÔ plKTOV Karà
tt)v iSiÔTtjTa pôvrjv, Kai to Èk ttXeiôvwv waaÙTWS- Où yàp
oti rrXfiiw ekeî, êv yàp pôvov, àXXà tô êv Karà tt]v 15
iSiÔTTjTa twv ttXeiovwv, Kai TrXi)0os èviaîov, ws tô êv
àpiOpoû ÉKaaTou TpiaSiKÔv êv, Kai où tô ârrXws êv, eti
pÉvTOi Kai toû àpiOprjTiKoû èvôs aTrXoùaTEpov. ’Ettei8t) 8è
Kai to TrXfjOos toû àpiOpoû arrXoûaTEpov, oti Kai Èk
toioÛtwv, Èk povâSwv yàp ttoXXwv ô àpiOpôs, tô 8è 20
irXrjOos è£ èvâSwv auprrXrjpoÛTai, ttoXXoott] 8è ôttô ttjs
èvàSos ’î povâs, EiTTEp £Î8r)TiKr)v aÙTTjv Xâgoipcv Kai tov
kqt’ aÙTTjv àpiOpôv, tô pèv 8r| rjvwpÉvov èkeîvo Kai tÔ
3-4 = Leg. X 899c6-7 || 7 = Parm. 131a9-10. u. adn.
10 vou coni. Ruelle.
multiples qui sont en lui et le mixte existent selon la
propriété seule ; et l’un qui est ainsi qualifié est le
troisième à partir du premier, et pour cette raison il est
triade, et pour cette raison il est le mixte. Quant à l’être
lui-même, il est unifié aussi selon l’hypostase, et les
multiples en lui sont distingués, sinon encore selon le
nombre, du moins selon la pluralité, bien qu’il ne
s’agisse pas de la pluralité dispersée, mais de celle qui
demeure en lui en communauté de nature, et qui est
absolument unifiée.
Mais si l’être est conçu, de quelque façon que ce soit,
comme étant les multiples, que peut être chacun [de ces
multiples]? Car aucun ne saurait être monade, parce
que la monade est isolée dans sa distinction ; en effet,
elle est de quelque façon titanique1; or, là-haut, chacun
des multiples ne veut même pas être chacun, mais
chacun veut être aussi tous les autres, ou plutôt un à la
place de tous, et tel qu’il les coagrège tous. En effet, ces
multiples-là sont les premiers fragments2 de l’un et,
pour cette raison, ils s’attachent immédiatement à
l’union, et ils sont [avec l’un] en communauté de nature,
s’il est permis de dire, antérieurement à la distinction ;
car ils sont seulement en gestation de cette dernière, et
c’est là toute la distinction des multiples qui sont là-
haut.
Est-ce donc qu’ils sont encore l’un et pas encore, par
conséquent, l’unifié? Répondons que l’unifié lui-même
est ce dont l’un est en gestation en vue de la distinction,
et il n’est rien d’autre, à ce qu’il semble, que l’un gros
des plusieurs; c’est la raison pour laquelle il s’est écarté
de l’un.
Qu’en est-il donc vraiment? Chacun des multiples qui
sont là-haut est-il un autre unifié? Mais il n'y a pas eu
encore de division de l’unifié, car il faut que l’unifié
présubsiste aux multiples qui se divisent à partir de
lui3. Chacun [d’eux] est donc, un ; or, s’il en est ainsi,
1-2. Voir Noies complémentaires, p. 246.
3. Nous traduisons la conjecture àn ocûtou.
rr\eiu> Èv aÙTw Kai to piKTÔv kotÔ ttjv iSiÔTTjTa pôvr)v '
Kai Èctti <tÔ)> toiovSc cv TpiTov àrrè toû ttpwtou, Kai 8ià
toûto Tpiâs, Kai Sià toûto tô piKTÔv. Tô Sè ôv aÙTÔ Kai
KaG’ uirôcrraaîv Ècttiv rjvwpévov, Kaî îà nXciw Èv aÙTw
SiaKCKpiTai, ci pr] Kai Karà àpiGpôv, àXXà Karà ttXt)6os, 5
ci prj Kai tô SicppippÈvov, àXXà to <rupirc<|>UKÔs Èv aÙTW
Kai rjvwpévov àrcxvûs.
’AXX’ ci ttXciw Kai ôrrwooûv ÈmvocÎTai, CKaorov ti âv
cÎT) ; Movàs pèv yàp ouk âv cÏt], oti pcpôvwTai cis [SÈ] tov
SlOpiCTpÔv, TlTaVlKTj yàp WWS T] povàs* | TWV SÈ Èk€1 10
ttXciÔvwv ckoctov oùSè ckootov cîvai PouXcrai, àXXà Kai
tô. âXXa rràvTa, pâXXov Sè cv Ôvtî âîrâvTwv, àXXà tô
iràvra CTUvr]pr)KÔs. ripwTa yàp ÈKCiva KÈppaTa toû èvôs,
Kai Slà TOÛTO TTCplÈ/CTai CÙGÙS TTjS CVWCTCWS Kai CTUp4>Ûc-
Tai, ci Gépis cÎttcîv, npô Tqs SiaKpîocws ’ wSivci yàp pôvov 15
aÙTT)v, Kai toûto Ècttiv r] ÔXt) twv Èkcî ttXciÔvwv
SlÔKpiCTlS-
’Apa oûv cti cv, Kai ouk âpa ttw rjvwpévov ; "H aÙTÔ tô
rjvwpévov t) toû Èvôs wSis Ècttiv cîs SiaKpioiv, Kai ècttiv
OÙSÈV âXXo, ws COIKCV, t) TÔ CV KCKUT]KOS tÔ TToXXà Kai Sià 20
TOÛTO ÈkcttÔv TOÛ Èvôs-
Ti St) oùv; "Ekocttov twv Èkcî ttXciÔvwv âXXo T|vwpÈ-
vov ; ’AXX’ oûttw pcpiapôs ÈyévcTO toû rjvwpÈvou ' Seî yàp
aÙTÔ TTpoÜTràpxciv twv ûtt’ aÛTOÛ pcpi^opcvwv. ”Ev âpa
2 tô uddidi || 6 ei scripsi : îj A (îj eî Ruelle) || 9 8è deleui (an scr.
SeÛTepov Siopiapôv?) || 22 8-î) coni. Ruelle . 8eî A || &XXo scripsi : àXXà
A || 24 ûtt*] fort. à.r:.
leur totalité aussi est une, mais non unifiée, car même
une multitude de points ne forme pas une ligne.
Ensuite, pour parler de manière générale, cet un doit
être ou bien parfait en lui-même, ou bien imparfait.
Mais, s’il est imparfait, comment là-haut l’imparfait a-
t-il pu procéder, et de quoi? Et s’il est parfait,
comment, s’il y a une pluralité de dieux, le troisième
principe peut-il être proclamé un seul dieu selon l’être?
Et comment l’être peut-il être une pluralité de substan-
ces, lui que nous disons être tout de manière indifféren-
ciée?
De plus, on peut se demander comment les multiples
seront conçus antérieurement à ce qu’on appelle le
mixte ; là-haut, en effet, ce qui est commun est toujours
avant ce qui est propre, et l’unifié ou l’être est avant ce
qui est distingué à chaque niveau, de quelque façon que
ce soit; car c’est au devenir, et à son degré le plus bas,
qu’appartient la procession du plus imparfait au plus
parfait.
Disons donc, en priant Dieu1 de nous aider et
d’excuser notre discours, qui désire toujours fortement
la vérité unique sur ces hauts sujets, mais qui, par suite
de sa propre faiblesse, est entraîné tantôt vers une
conception, tantôt vers d’autres, disons donc que2 cel
unifié, qui est le premier, est celui qui est le plus unifié3,
de sorte qu’il n’est pas le moins du monde distingué ni
en train de se distinguer. Par conséquent, il n’est pas un
et plusieurs en ce sens qu’il serait les plusieurs après
l’un, ni mixte en ce sens qu’il serait l’un composé des
plusieurs, mais il est une seule nature; ne pouvant
appeler celle-ci ni un ni plusieurs, nous l’avons posée en
repliant ensemble un et plusieurs selon l’unifié, qui est
apparu plusieurs dans la mesure où il est venu au-
dessous de l’un, et un dans la mesure où il est au-dessus
1. Cf. supra, vol. I, p. 109.20-21.
2. La substitution de rcp6<; à <liç dans A s’explique par la
ressemblance de leurs abréviations. Voir vol. I, Introd. cril.,
p. i.xxxvi.
3. Cet unifié a été appelé plus haut (p. 55.15) l’unifié-un
EKaaTov ' ei 8è toûto, Kai tô aùpirav Êv, àXX’ oùk
ijvwpèvov ' oùSè yàp tô iroXXà arjpeîa ypappr]. "OXws Sè
tj aÙTOTcXès toûto to Êv tj ÔtcXés àXX’ ei pèv toûto, ttwç
TTpOT)X0£V ÊkCI Kai OTTO Tl VOS TO OTcXès ; El 8è EKEIVO, 1TWS,
ei rroXXoi 0£oi, to TpiTov sis 0côs ûpvsÎTai Karà tô ôv; 5
Flws Sè to ôv iroXXai ouatai, ô yc TravTa <J>apèv
àSiaKpiTWS ;
“Eti 8è âv tis àiropTjaciEv ttws Ta rrXsîw TTpoeTTlVOT)-
OrjaCTai toû piKToû Xeyopèvou ' àsi yàp tô koivÔv rrpô
twv îSiwv €K€Î, Kai to rjvwpévov rj ôv rrpô twv SiaKEKpipÉ- 10
vwv CKaaraxoû Kaî ôrrwaoûv ' ysvéaews yâp, Kaî tt]$
èaxaTT)S, r) àirô TOÛ ÔTcXcaTÉpOU SIS TO TcXciOTCpOV
TTpÔoSoS.
Aèywpev toivuv flsôv TrapaKaXèaavTCS rjpîv auXXagè-
aOai Kai auyyvwvai pèvTOi tw Xôyw yXixopèvw pèv àsi 15
|rà] ttjs piâs ÊkcÎvwv àXrjBeias, âiroaupopèvw Sè 8ià ttjv
oÎKCiav àaOèvciav ÔXXotc èrr’ âXXas èvvoias * Xèywpcv Srj
ouv ws to ^vwpèvov ckcîvo to TTpwTÔv èaTiv rjvwpèvov TÔ
pàXiaTa, waTE oùSè ôrrwaTioûv SiaKCKpipèvov oùSè Sia-
Kpivôpcvov. Oùk âpa oûtws èaTÎv Êv Kaî iroXXà ws perà 20
TÔ Êv Ta iroXXà, OÛT€ OUTW plKTOV WS €K TToXXwV TO Êv,
àXXà pîa <|>ùais, fjv outc êv outc iroXXà Suvàpevoi KaXcîv
Êv Kaî iroXXà auprrTÛ^avTEs èOèpcfla Karà to tjvwpévov,
ôircp ToaoÛTov ècfiâvTj iroXXà ôaov ùttÉÇt) tô êv, Kai Êv
2 = Arist., Phys. VI 1, 231 a 24-26 ; 10, 241 a3; IV 8, 215b
18-19; Met. R4, 1001 b 18.
10 ~ èxcî. ~ in ras., A || 16 xà deleui || 18 ù>ç scripsi : Ttpèç A.
de la distinction des plusieurs, lui qui n’est rien d’autre
que l’unifié, sans avoir le caractère d’un composé,
comme on pourrait le croire, mais celui d’un intermé-
diaire entre l’un et les plusieurs qui [eux] impliquent
une certaine distinction. C’est pourquoi l’unifié peut
avoir [en lui] une vague manifestation de distinction’,
non pas cependant une distinction réelle. En effet, que
devait-il y avoir comme intermédiaire entre ce qui est
déjà en train de se distinguer et l’absolument un, sinon
encore l’un, mais l’un encore indifférencié? Or, c’est là,
nous l’avons vuI. 2, l’unifié; c’est pourquoi il paraît être
aussi le premier être3, en tant que la notion de l’être
n’est pas quelque chose d’absolument simple et ne
refuse pas une sorte de plurification, comme c’est le cas
de l’un, sans qu’elle accepte cependant une distinction,
puisque l’être est seulement un et simplement être.
Car l’être côtoie l’être
comme le dit Parménide dans son poème4 ; c’est
pourquoi il l’appelle aussi l’un, parce qu’il ne peut subir
que l’un, comme le dit Platon ; et il n’est aucun des
nombreux êtres, mais il est l’être lui-même ; par
conséquent, l’être aussi, de même que l’unifié, vient
immédiatement après l’un el avant tout ce qui se
distingue. Or, puisque nous avons posé que l’unifié est
ainsi, il n’y a plus de place pour les apories.
[4. Analogies chaldaïques]
Eh bien, maintenant, selon un autre point de vue,
montrons dans quel rapport le troisième principe est à
la substance et à l’être.
Ainsi donc, nous disons que ce qui peut quelque chose
et agit, cela est. Car ce qui est, à ce qu’il semble, mais
I. Cf. supra, p. 49.14-24; infra, n. 5 de la p. 93.
2. Cf. supra, p. 55.9-15.
3. Le premier être, c’est-à-dire ici l’être unitaire.
4. 'O èv toïç èraai Rap(zevith;ç. Même expression que chez
Proclus, Théol. Plat., III 20, p. 70.25, pour distinguer soigneuse-
ment le Parménide historique du Parménide platonicien.
toctoÛtov ôcrov uirepéxci twv ttoXXwv ttjs SiaKpioews, ô
oùSèv âXXo «ttiv tj to r)vwpèvov, où ouvOctov Eîvai
PouXôpevov, ws âv tw SôÇeiev, àXXà pêaov toû èvôs I koî
twv èv SiaKpiaci Tivi ttoXXwv. ÂiÔTTep ëpcjjaaiv êx°l °-v
SiaKpiaews, où pèvTOi tw Ôvti SiÔKpiaiv. Ti yàp ëSsi 5
pèaov ÙTToaTT)vai twv f)Sr) SiaKpivopèvwv Kai toû èvôs
ttÔvtt) fj to êv pèv eti, eti Sè àSiaKpiTov; Toûto Sè i^v to
rjvwpèvov ' Siô Kai to trpwTov ôv eîvai Sokeî, KaO’ ôaov r]
toû Ôvtos èvvoia outc âTrXoùoTaTÔv ti, oùSè avaiverai to
ÔttwooÛv TTETrXrjOuapèvov, woTTep to êv, oiiTe pèvToi 10
SéxeTai SiÔKpiaiv, ô yè ècrriv êv pôvov Kai ÔttXws ôv.
’Eôv yàp ÈÔvti TreXâ^ei,
4>T)aiv ô èv toîs êireai DappeviS^s ’ 8iô Kai êv aÙTÔ KaXeî,
ôti pôvov to êv âv tt€ttÔv0oi, ws Xèyei FIXôtwv. “Eoti Sè
twv ttoXXwv Ôvtwv oùSèv, àXX’ aÙTÔ to ôv ‘ Kai to ôv âpa, 15
waTTep tô rjvwpévov, eùOùs [to] perà tô êv Kai irpô twv
SiaKpivopévwv ôttÔvtwv. ToioÙtou Sè ùttotc0£vtos T)pîv
toû rjvwpèvou, oùôepiav £ti x<*>pov ëxoucnv ai ÔTropiai.
(61) 4>èpe Sè vûv Karà âXXtjv £ttiSoXt)v ÔTToSeiÇwpEV tt)v
TpiTTjv àpxTjv, Ôttws âv £x°l ^ôyov Trpôs tt|v oùoiav T£ Kai
to ôv.
Oùkoûv toûto XêyopEv Eîvai ô SùvaTai ti Kai èvEpyeî.
”0 yàp ectti pëv, ws SÔÇeiev, oÙk èvepyeî Sè, toûto oùSè
12-13= Parmenides, fr. 28 B 8.25 D.-K.’ Il 14 = Soph. 245 a 5-6.
16 to2 deleui.
n’agit pas, nous disons que cela n’est pas non plus. Or,
le premier principe se conçoit selon la subsistence,
comme on le voit dans les Oracles, le deuxième selon la
puissance, il [y] est même appelé ainsi de façon
explicite; le troisième donc s’adjoindra aussi l’acte, par
suite il sera subsistant, doué de puissance et agissant;
c’est là ce qu’on appelle substance et être; c’est
pourquoi, il est aussi la triade1. C’est la raison pour
laquelle la substance est après la subsistence, parce
qu’elle s’accompagne de puissance et d'acte, tandis que
la subsistence les précède, étant la cause même qui fait
tout venir à l’être, de même que la puissance est la
cause qui dote tout de pouvoir2, de même que le
troisième principe est ce qui éveille tout à l’agir, et par
là justement engendre toute substance, qui à la fois
subsiste, peut et agit. Même ainsi, toute substance est
avant la puissance et l’acte, car ces derniers en
proviennent, de sorte qu’il faudrait que la substance
pure n’ait pas encore de puissance ni d’acte. Disons
plutôt qu’elle ne possède pas cette puissance et cet acte
qui viennent après elle et que nous estimons être ses
extensions3 (car il n’y a pas encore là-haut de
distinction); mais la puissance et l’acte, qui sont
intrinsèques à la substance et dont on peut dire qu’ils
ne font qu’un avec la substance antérieure à la
puissance et à l’acte, et par lesquels cette substance
engendre et projette la puissance et l’acte qui sont après
elle, voilà la puissance et l’acte qu’on doit laisser
coexister avec la première substance, et même une
puissance et un acte encore plus étroitement soudés
avec elle. C’est pourquoi, avant la première substance4
il y a seulement la puissance et la subsistence, et avant
la puissance la subsistence seulement, laquelle n’est
d’aucune manière que ce soit ni puissance ni acte, mais
la propriété la plus simple de toutes, la subsistence5.
Est-ce donc que subsister (hyparchein) est autre chose
qu’être (einai), comme semblent l’admettre les philoso-
1-5. Voir Notes complémentaires, p. 246-248.
cîvai 4>apcv. OÙkoûv tj pèv irpwTT) àpxr) kotÔ Ttjv ûnap^iv
Gcwpcîrai, ws èv toîs Xoyiois, r| 8è Scurcpa Karà ttjv
Sûvapiv aa<|>ws outw Kai XèycTai ' rj TpiTT) âpa irpoa-
Xi)i|/€Tai Kai ttjv èvcpyciav, carat âpa Kai ÙTrôpxouaa Kai
SuvapèvT) Kai èvcpyoûaa ' toûto Sè oùaia KaXcÎTat Kai ôv ' 5
Stà Kai Tptâs. Atè perâ ttjv ûrrap^tv t] oùaia, oti aùv
Suvâpct Kai èvcpyciç, Trpô 8è toutwv t) urrap^ts aùrô oùaa
TÔ TTÔVTWV ÙTTOaTaTIKÔv atTlOV, WS T| 8ÙvaptS TÔ TTÔVTWV
SuvapwTtKÔv, ws r| TpiTT] àpxr] tô ttôvtwv | pèv èycprtKÔv
cîs èvcpyctav, aùrw Sè toùtw ttÔotjs oùaias ycwtjtikÔv 10
tt]s âpa ÙTTapxoùar)S Kai SuvapèvT) s Kai èvcpyoûarjs. Kai
vûv rrâaa oùaia Trpô Suvâpcws èari Kai èvcpycias ' aurai
yàp Ôtt’ CKcivTjs, warc cSct ttjv ÔttXws oùaiav prjirw
Sùvapiv êx«iv pT)Sè èvcpyciav. "H raùras pèv oÙk cx« tôs
pcO’ cauTTfv, as èKTCvdas aÙTrjs cîvai nGcpcOa (outtw yàp 15
ns èKcî 8iÔKpiais) ' àXX’ T)v âv cïttoi tis èv cîvai tt) Trpô
Suvâpcws Kai èvcpycias oùaiç, Sûvapiv Kai èvcpyciav
auvouaiwpèvr)v, KaO’ t)v ycvvç Kai TTpoÇâXXcTai ttjv pcG’
èauTTjv Sûvapiv Kai èvcpyciav, tüÙttjv âv tis Kai cti
aup<|>ucaTcpav àtroXciTTOi aùv tt) TrpwTT] oùaiç. Sùvapiv 20
Kai èvcpyciav. Aiô Trpô aÙTT]s Sûvapis pôvov Kai ûrrap^is,
Trpô Sè tt) s Suvâpcws ûirapÇis pôvov, Kai oùSè ÔTrwanoûv
outc Sûvapis outc èvèpycia, âXXâ tô ttôvtwv ÔTrXoûaTa-
tov, t| ûnap£is.
’Apa oùv âXXo Trapâ tô cîvai tô ûrrâpx«v, ws SoKoûai 25
Troicîv oî 4>iXôao<J>oi, Kai aùrôs ô ’lâpêXixos âXXoGi tc
1-3 cf. Or. Chald., fr. 4.
1 a A || 2 p A || 3 y A || 8 <ûç -^] ôkh; A || 9 y A || 20 aupçuéarepov
Kopp II â A.
phes1, et Jamblique lui-même dans son Traité sur les
dieux2 et, ailleurs, en beaucoup d’endroits? Disons que
einai (être) est formé par dérivation de ousia (substan-
ce), et que la substance, même si tu prends celle qui est
antérieure à la puissance et à l’acte, se forme en une
seule essence de trois propriétés3 : celle de faire venir à
l’être, propriété que nous appelons aussi subsister
(hyparchein) et quelquefois même «il y a» (esli) et être
(einai); celle de pouvoir, qui est la force génératrice
propre à la subsistence; celle d’agir qui se tend déjà
vers les choses du dehors, tout en montrant sa propre
fonction, de sorte qu’en allant de ces propriétés séparées
par la pensée vers ce qui est plus simple, nous
remontons de manière allusive aux premiers principes :
d’abord du subsister seul au premier [d'entre eux],
auquel nous remontions aussi à partir de l’un, du
limitant et de plusieurs autres [propriétés]4, ensuite de
la puissance qui est aussi subsistante <au deuxième
principe, enfin de l’acte qui a la puissance et la
subsistence > au troisième principe.
Ainsi donc, la subsistence (hyparxis) est autre chose
que la substance (ousia), en tant qu'elle est une
propriété unique qu’on dépouille des autres en vue de
suggérer le premier principe. Mais pour parler du point
de vue de l’hypostase, la subsistence doit être aussi la
même chose que la substance qui, accompagnée de
puissance et d’acte, existe réellement. Car ce qui est
antérieur à cela est antérieur aussi à toute subsistence,
et est seulement un, comme on l’a dit souvent; par
contre, la subsistence, la puissance, et l’acte sont venus
à l’existence à partir de l’être et dans l’être le premier,
sauf qu’en celui-ci puissance et acte sont sous le rapport
de la subsistence, comme nous l’avons dit, tandis que,
dans le deuxième ordre des intelligibles, la subsistence
et l’acte sont sous le rapport de la puissance (car tout se
1-2. Voir Notes complémentaires, p. 248.
3. Cf. ci-dessus, p. 71.6-11.
4. Cf. supra, p. 10.3-8.
iroXXaxoû Kai èv tt) Flepi 0ewv ; "H tô pèv eîvai riî$ oùaias
rrapwvupia, r| Sè oùaia, kolv ttjv irpà Suvâpews Xâgps Kai
èvepyeias, èK Tpiwv auvouaiwTai iSiwpaTwv, toû ùtroa-ra-
tikoû, ô Kai ûiràpxciv KaXoûpev Kai êaTiv otc Kai eîvai,
toû SuvapiKoû, ôrrcp to yôvipôv èanv tt)s ùrrâpÇews, toû 5
èvepyqTiKoû, orrcp 1)81) irpôs rà cktos âiroTeiveTai Kai ttjv
èauTOÛ xP£iav èiri8eiKvûpcvov, ws CK toûtwv tt) èirivoiç
XwpiÇopévwv eîs tô âirXoûarepov àvàyeaOai kotô êv8ei£iv
èiri Tas rrpwTas âpxâs, àiro pèv toû ùiràpxciv pôvou cis
tt|v rrpwTTjv, eîs i)v Kai àiro toû èvôs àvr)yôpe0a Kai àirô 10
toû rrépaTos Kai àir’ âXXwv rrXeiôvwv, àtrô 8è Suvâpews
« » < / sk ik sk > ' *
TT)S Kai UTTapXOUOTjS Cis TT)V TplTTJV.
Outw pèv ouv âXXo irapà ttjv oùaiav r| ûirapÇis, ws
î8i6tt)S pia yupvoupèvr) twv âXXwv eîs èvSei^iv TÎjs
TrpwTtjs â.pxT)S. 'Us 8è Kafl’ ùrrôaTaaiv <|>àvai, Kai toÙtÔv 15
âv eïr) ûrrapÇis tt) oùaiç, rj yc pcTa 8uvàpcws Kai
èvepycias û<|>èaTT)K€V ws àXrjOws- Tà yàp rrpô toûtwv
Ôvto Kai irpô rrâaqs èariv ûrrâpÇcws, Kai cv pôvov, ws
cîpT)Tai iroXXaKis ' t| 8è û-rrap^is Kai t| Sûvapis Kai r|
èvèpyeia àirô toû Ôvtos ù-rrèaTT)aav Kai èv tw Ôvti rrpwTW, 20
itXt)v oti èv toûtw pèv kotô ttjv ûiTap^iv Kai Sûvapis Kai
èvèpyeia, KaOàrrcp cîiropev, èv Sè tt) SeuTépç tô£ci | twv
votjtwv kotô tt)v 8ûvapiv Kai r| ûirap^is Kai r] èvèpyeia
18-19 = supra, vol. I, p. 114.13-115.4; p. 121.7 16 || 21-
22 = supra, p. 71.6-7.
10 KpûiTïjv] a A II 12 lac. signaui, supple fere eiç -rijv Seurépav, airo
Sè tvepyelaç xai 8uvapév»;<; xaî ùraxpxoû<n;<; (cf. lier. p. 581.25-26) ||
15 à A || 22 p A.
tend vers ce qui est en train de se distinguer de quelque
façon que ce soit), et tandis que, dans le troisième ordre,
la subsistence et la puissance sont sous le rapport de
l’acte; c’est là déjà la limite [inférieure] de l’intelligible
et, d’une certaine manière, ce qui est tendu vers le
dehors. C’est pourquoi, le premier acte est celui de
l’intellect intelligible ; en effet, quel acte pourrait être le
premier de tous, si ce n’est l’acte de l’ordre qui se
convertit vers le premier à partir du troisième ? Car
dans le deuxième, il n’y a pas encore d’acte, puisqu’il
n’y a pas encore d’éloignement vis-à-vis de l’être
(einai), mais pour ainsi dire une préparation seule-
ment1 [à s’en éloigner], de même que, dans le premier, il
n’y a même pas de préparation à l’éloignement, mais
seulement l’être (einai) qui n’a besoin ni d’aucune
puissance ni d’aucun acte.
On peut sans doute se représenter ainsi ces rapports,
d’après la forme discursive et assez claire de nos
concepts, mais, pour parler de manière plus ésotérique
et par allusion, l’hypostase de l’être (on), lequel est
l’hypostase du troisième principe, possède les trois
propriétés selon l’acte, puisque c’est dans ce principe le
premier que s’est manifestée la propriété d’agir, bien
que cette propriété soit celle qui est étroitement soudée
avec la subsistence. C’est donc cette propriété d’agir
qui, pour ainsi dire, spécifie le troisième principe ; le
deuxième est puissance, parce que la puissance est de
quelque façon la première extension2 et qu’elle ne
procède pas encore dans un acte. Enfin, le principe de
l’un est conçu par allusion comme la première subsis-
tence; en effet, l’un fait tout venir à l’être, tandis que,
lui, rien ne le fait venir à l’être. Car il ne serait plus un,
si, non content d’être lui-même, il participait aussi de ce
qui, antérieur à lui, l’aurait fait venir à l’être. Pour
toutes ces raisons, par conséquent, il est clair que l’être
(on) est le troisième principe.
1. Cf. supra, p. 20.2-10; p. 31.24 ss.
2. ’EzTÉveia. Cf. supra, vol. 1, p. 107.6, n. I.
(ÈKTcîveTai yàp -navra cis to SiaKpivôpcvov ôrrwaoûv), èv
8è tt) TpiTT] Karà tt|v èvépyciav Kaî T) ürrap^is, Kaî T)
8ùvapis 8é, ô-ncp t)8t) toûto -trépas toû vot]toÛ Kai rpâtrov
Tivà to êÇw rcrapévov. Aià -npWTT] èvépyciâ êanv T] toû
votjtoû voû ’ Kai tis yàp âv cïr) -npwTT) ttoctwv èvcpyciwv, 5
ttXt)v Trjs è-niCTTpc<j>opévt]S eis to -npWTOV ànô Toû TpiTOU ;
'H yàp toû Seurépou oü-nw èvépyciâ, oünw yàp à-nÔCTTOCTis
à-trô toû eîvai, àXX’ oîov -napaoKCur) pôvov ' wcrnep toû
rrpwrou oùSè -trapaaKEur) à-noarâcrews, àXXà pôvov eîvai
où8epiâs 8eôpevov outc 8uvâpcws outc èvcpycias. 10
Outw pèv toivuv Î8oi âv tis toûto kotÔ to ouptfiavécT-
Tcpov Kai 8iagegr)KÔs cîSos twv vorjpârwv ' ws 8è
à-tropp-t)TÔTcpov ci-ncîv Kai kotô êv8ci£iv, r) pèv toû ovtos,
Ô CCTTIV T) TT)S TpÎTTJS âpXT)S, ÛTrÔCTTaCTIS CXei T®1 Tpîa KOTO
Ttjv èvépyciav, ê-nciSr] cv raùrj) irpwTT) to èvepyr]TiKÔv, ci 15
Kai ckcîvo to tt] ûrrâp^ci auprrcifiuKÔs. Toûto oùv oîov
ciSoiTOlcî TO TplTOV* TO 8È 8cÛT€pOV SÛvaplS, OTI TTpWTT)
Kaî ÔttwctoÛv cktcvcio outt] Kai ouitw cis èvcpyciav
-n-poïoÛCTa. 'H 8c toû èvôs âpxT) irpWTT) ûtrap^is c-trivocÎTai
Karà êv8ei$iv ' -trâvrwv yâp cctti to êv ùirooTaTiKÔv, aùroû 20
8è oùSèv. Où yàp âv cti êv eït) aùrô tc ôv Kai toû -trpô
aùroû pcTÈxov toû ù-n-oCTTT)oavTos ‘ wcttc 8ià -trâvTWV
cÿiavcpàv oti to ôv TpiTT) àpxr).
2 ÿ A || 3 roüro] scr. tô? || 4 tô] fort, npôç tô || 6 â ... ÿ A || 7
P A || 9 â A || 14 Tpia] ÿ A || 17 ÿ A || 8è s.u. ins. A1 || p
A || 21 tou Kopp : rôii A || 23 ÿ A.
De la même manière, on montrera aussi que le
troisième principe est l’intellect premier, selon la
célèbre triade chaldaïque1. En effet, c’est l’intellect qui,
le premier, s’est écarté de la cause, puis s’est converti
vers elle et a produit ainsi ce premier acte. Car ce qui
est en train de procéder ne s’est pas encore écarté et n’a
donc pas besoin non plus de conversion ; la conversion,
en effet, est la correction de l’écartement. Si donc le
troisième est le premier à agir, c’est-à-dire à se convertir
vers sa cause, et si ce qui se comporte ainsi est
l’intellect, la conséquence est manifeste. Si le troisième
est l’intellect, le premier est l’intelligible ; or, l'intelligi-
ble est substance, <donc> le premier est la substance
qu’on appelle subsistence. Si le premier est la subsisten-
ce de manière allusive, il est clair que le troisième aussi
est de manière allusive l’intellect, en tant qu’il se
rapporte à cet intelligible-là. Si le troisième est le
premier intellect, et, si ce troisième est le premier à
avoir procédé de l’un et à s’être converti vers lui, c’est
là le premier unifié. Et, si le troisième est le premier à
avoir échappé aux principes sureffluents de l’être, à
savoir à la détermination et à l’indétermination, en se
produisant comme le premier un déterminé lui-même et
en se coagulant pour ainsi dire dans une hypostase (or,
c’est là, comme nous l’avons vu2, l’être), alors, celui
qu’on dit par allusion l’intellect peut être identifié avec
le véritable être premier. C’est pourquoi on le proclame
aussi intellect substantiel, en le caractérisant non pas
selon l’intelliger, mais selon l’être ; et si Amélius veut
parler d’un intellect qui est3, c’est de cet intellect qu’il
doit [nécessairement] parler.
[5. Définition de l’être]
Examinons donc, de nouveau, [en reprenant] depuis
le début, ce que nous entendons enfin par l’être (on), à
savoir ce qu’est cette propriété. Et quelle autre
'ïlaaÛTWS 8È SeixOrjaETai Kaî oti vous ô irpwTos rj TpiTT]
âpxn kotÔ tt|v xa^SaÏKT]v ùpvoupÈvqv Tpiâ8a. DpWTOS
yàp ô vous àtrÉoTT] toû airiou Kaî ÈrrECTTpâiJn] irpôs aura
Kaî Èvr)pyT]OE ttjv TrpwTTjv tctÙttjv ÈvÈpyEiav. Tô yàp Èv tw
TrpoïÈvai OUTTW àirÉCTTT) • où TOIVUV oÙ<8È> SÈfiTO.1 ÈlTl- 5
OTpO<j>T)S T) yàp ETTlCTTpO<|>T] TT]S ÈKCTTaCTEWS ÈtTTlV ÈtTOV-
ÔpOwCTlS. El y’ âpa TO TplTOV TTpWTOV EVEpyEÎ, TOÛTO 8É
ECTTIV ETTlCTTpE<)>ECT0ai TTpOS TO aiTlOV, TO 8È TOIOÛTOV VOÛS,
8t)Xov to oupgaîvov. Kaî si to TpiTov voûs, to irpwTov
votjtov * to 8e votjtÔv oùaia, to <âpa> TTpWTOV oùoia, rjv 10
KaXoûaiv û-rrap^iv. Eî 8È to TTpWTOV ü-rrap^is kotô
ev8ei£iv, 8t]Xov ws Kaî to TpiTov | voûs kotÔ ev8ei£iv ws
irpos VOT]TOV EKEÎVO. Eî 8È TO TpiTOV VOÛS TTpWTOS, TOUTO
8È TrpWTOv àirô Èvôs trpoEXOôv Kai ÈTriCTTpa<J>Èv irpôs to ev,
TOÛTO 87) TTpWTOV TJVWpÈvoV. Kaî El TO TpiTOV TTpWTOV 15
È£È4>uyEv tÔs ÛTTEpxEopÈvas toû Ôvtos àpxôs, ôpov TE Kai
àopiCTTiav, aura irpwTov wpiopÈvov Èv yEyovôs Kai oîov
irayÈv sis ùirôcrraCTiv (toûto 8È T]v to ôv), sis toutov âv
T]Koi tw Kupiws Ôvti TrpwTW ô kotÔ ev8ei£iv Xeyôpcvos
voûs. Aiô Kai oùoiw8r]s ûpvEÎrai voûs, où kotÔ tô voeîv, 20
àXXà KOTÔ TÔ ElVOl XaPaKTT]pi^ÔpCVOS ’ Kai El PoÙXeTOI
ôvra XÈyEiv ’ApÈXios, toÛtov XeyÉTW tov voûv.
(62) <t*ÈpE 8È irâXiv ȧ àpxr)S ÈTriCTKEi|/wpE0a ti ttote Kai
XÉyopsv Eivai tô ôv, tis aÜTT] rj î8iott]s. Tis 8È âXXr),
1-2 cf. Or. Chald., fr. 1 || 18 = supra, p. 65.4-17; vol. 1,
p. 89.9-20 || 23 = supra, p. 56.1 ss.
1 Y A || 5 oùSè scripsi : où A || 7 Eï y âpa scripsi : ei y“P âv A || ÿ
A || 9 ÿ ... â A || 10 âpa addidi || à A || 11-12 à... ÿ A || 13 ÿ A || 15 8-J;
coni. Ruelle : 8è A || ÿ A || 17 êv] -v in ras., mg. ë A1 || 21 ôvra scripsi
(uide adn.) : oûtco A.
propriété serait-ce, demanderai-je, que celle qui signifie
le fait d’être (einai) de chaque chose? Car, il n’est pas
possible de concevoir les propriétés autrement que par
elles-mêmes ; et elles sont plus manifestes en étant
connues par elles-mêmes qu’en étant connues par
l’intermédiaire d’autres. En effet, «homme» signifie ce
qu’est la chose même, mieux que l’expression «vivant
raisonnable mortel»1. Et, même dans le cas des genres
simples, il n’est pas facile de définir par les éléments ; les
propriétés sont, en effet, les unes plus simples, comme
celles des premières formes, les autres plus composées,
comme celles des formes qui sont composées des
précédentes, par exemple le vivant composé des genres
de l’être, ou tout ce qui est composé de ces derniers.
L’être (on) sera donc ce qui procure à chaque chose le
fait même d’être (einai), et selon ce qu’elle est comme
être (on). Et, de même que le mot «est» (esti) est le lien
de tous les autres verbes et noms, de même l’être (on)
est le lien de toutes les formes sans exception, pour ainsi
dire la racine de toute forme, racine à partir de laquelle
et dans laquelle toute forme est produite et fondée2;
sauf que l’un est une racine plus simple encore que celle-
ci.
Sans doute, il ne s’agit pas de faire, en ce moment,
une recherche approfondie sur l’ordre des formes et des
genres. Mais Platon, en définissanl l’être, a tenté
assurément de le faire connaître à partir de l’acte ; car,
dit-il, ce qui est capable d’agir et de pâtir, nous
appelons cela l’être (on). Ensuite, Platon, ou bien
ayant pris garde3 de ne pas hypostasier comme mobile
ce qu’il déclare «resté en repos, sacré et sans
mouvement»4, ou bien ne parvenant pas à comprendre
le caractère double de cet acte qui est selon l’agir et le
pâtir, à savoir quelle est la nature de ce qui est commun
aux deux, comme l’est ce fait d’être capable des deux
1. C’est-à-dire l’énoncé de type aristotélicien par genres et
différences spécifiques.
2-4. Voir Notes complémentaires, p. 249.
<J>t|ct<o, T] r] to Ékôotou Eîvai a-qpaivouca ; OÙ8È yâp
ecttiv âXXws voeîv tÔs i8iÔTT]Tas t] 81’ aùrwv auras '
Kaî ÈvapyÈaTEpai yÈ eÎoi 81’ éaurwv yvwpiÇôpsvai t]
81’ âXXwv. Kai yàp âvOpw-tros ô n Èariv aùrô aqpaivsi
pâXXov rj to Çwov XoyiKÔv Ovtjtov. ’Erri 8è twv âirXwv 5
yevwv où8è pçSiov ôpiaao0ai 8ià aroi^eltav ' Kai yàp
i8iÔTT)TÉs eiaiv ai pèv à-frXoûaTEpai, oîai ai twv irpwrwv
eiSwv, ai 8È auvOsTWTEpai, oîai twv è§ èkeivwv ouvtiOe-
pÉvwv, ws to Çwov Èk twv yfivwv toû Ôvtos, tj ôoa ÈotÎ
tô Èk toûtwv auvnOÈpEva. "Ov toivuv eotoi to irapExâ- 10
psvov ÉKaaTW aùio to EÎvai, Kai Kafl’ ô ti ôv Èotiv. Kai
ws to Èoti aûvSEopôs Èoti twv âXXwv pr)pârwv Kai
àvopârwv, oûtws tô ôv aûvSEopôs Èoti twv eÎSwv
a-rrâvTWv, oîov pî£a -navrés eÏ8ous, à<J>’ T]s Kai Èv -ij nâv
El8os ÈK<J>ÛETai te Kai i8pÛ£Tai* ttXt]v TÔ yE Èv Kai TaÛTT]S 15
ÈotÎ pî£a â-rrXouOTÉpa.
îlepi pÈv oûv TT] S TWV EÎSwv T] TWV yEVWV tÔ^EWS où
TrpÔKEiTai rà vûv è^eto^eiv. 'O 8È DXârwv to ôv
ôpiÇôpsvos È-nEXEip^oE pÈv àirô tt]s ÈvEpysias aÙTO
iroiTjaai yvwpipov ' to yàp 8uvàp«vov, 4>r)ai, ttoieîv Kai 20
irâaxEiv, touto ôv XÈyopsv. Erra EÙXag-r]0Eis t] Kivoûpsvov
ÛTrooTT|oaa0ai ô yE Êotos âyiov | où8è KivoûpEvov
à-rro<f>aivETai, t, tô 8in-Xoûv ttjs ÈvEpyEias TaÛTTjs tt)s
Kara to ttoieÎv Kai rrâaxEiv ouk Èxwv Xagsîv, ti koivÔv
àp<J>oîv, waiTEp tô SûvaaOai ÉKÔTEpov irpè ÉKarÉpou 25
20 = SOp/i. 247d8-e || 22-23 = ibid., 249a 1-2.
2 aÛTÔv A || 8 otoa] ai add. coni. Kopp || 11 ôv s.u. B : av A || 19
Inzydpiae A | 22 âyiov mg. A1 . aïnov, -Ïti- ex coït., in textu A1 || 24
Xaêüv ti A.
qui a procédé antérieurement à l’un et à l’autre, Platon
a cherché refuge dans la puissance et a défini l’être par
celle-ci, de la même façon qu’on tenterait de connaître
aussi la puissance à partir de l’acte. Car la puissance qui
demeure encore à l’intérieur est telle que l’acte qui a
déjà procédé à l’extérieur, tandis que la substance qui
reste tout à fait immobile est telle que la puissance qui
se prépare au mouvement. C’est dans cette direction,
me semble-t-il, que Straton aussi a porté ses regards
pour déclarer que l’être (on) est ce qui demeure
(ménon)\ puisqu’il voyait la puissance comme étant
une extension2 de l’être. Or, il fallait comprendre que,
même si le demeurer coexiste avec le fait d’être (einai),
ce n’est pas cependant la même chose, puisque leurs
notions les distinguent clairement, en nous faisant
connaître que le fait d’être est une chose et le demeurer
une autre. Car il faut qu’une chose soit d’abord, et
qu’ensuite elle demeure ou se meuve. Demeurer s’oppo-
se à être en mouvement; car demeurer est identique à
être en repos, tandis que le fait d’être, ou bien n’a pas
d’opposé, ou bien a pour opposé le ne pas être, comme
en beaucoup d’endroits Platon les oppose. Par
conséquent, si l’on définit aussi l’être comme hypostasis
(réalité stable qui est au-dessous), on revient à la même
conception que celle de Straton ; en effet, le terme
hyphestanai (se tenir stable au-dessous) est un dérivé de
stasis (stabilité); et, si l’on donne à hypostasis quelque
signifié particulier, il faut dire d’où provient ce
signifiant, à moins, toutefois, qu’il soit dérivé de estin
(est)3; or, ce dernier indique le fait d’être (einai) ; donc,
c’est la même chose qui est définie de nouveau par elle-
même.
Mais peut-être doit-on dire que subsister (hypar-
chein), c’est être (einai) ; car la substance (ousia) est
subsistence (hyparxis)4, comme nous le disons. Et, s’il
faut rechercher la chose dans le mot, celui-ci (hypar
chein) peut signifier un deuxième principe (archè),
rangé sous (hypo) le premier; vraisemblablement l’être
(on) sera ce deuxième principe qui vient après celui de
irpoeXflôv, Èiri. tt|v 8ûvapiv KaTé<f>uyev Kai toÙttjv (eî-rrcv)>
eîvai tô ôv, ws eî tis Kai tt)v 8ùvapiv è-rrixeipoî yvwpi^eiv
àiro tt]s èvepyeias. ToiaÛTT] pèv yàp r| 8ûvapis êti eiaw
pévouaa, oîa TTpocXOoûaa t)8t) irpôs to Èktos t| èvépyeia '
ToiaÛTT) 8è r] oùaia ÉOTwaa tô iràpirav, oîa irapaaKeua- 5
Çopévr) irpôs kÎvtjoiv r| Sûvapis. Eis ô poi Sokeî Kai ô
ÎTpdrwv àtro^Xeipas ro pévov eîvai tô ôv à-rro<J>T]vaa9ai,
ètteiSt) toû Ôvtos EKTÉvEiav éwpa tt)v Sûvapiv ouaav. ”E8ei
8È auvi8eîv oti Kai ei aûveari tw eîvai to pèveiv, ôpws ouk
san toutov, ws ai êvvoiai aa<|>ws SiaKpivouaiv, âXXo to 10
eîvai yvwpiÇouaai Kai âXXo to péveiv • 8eî yâp ti Kai eîvai
TrpoTepov, erra péveiv fj KiveîaOai. Kai to pèv péveiv
àvTiKEiTai tw KtvEÎaOai ' tô yàp pèveiv Kai îaraaSai
toutov, to 8è eîvai tj où8èv ê^ei àvTiOeTov, t) tô pT] eîvai,
ws TToXXaxoû ô nXÔTWv àvTiTifrqaiv. "flore eï tis «ai 15
uiroaraaiv ôpiÇorro eîvai tô ôv, eis toutov àiro<|>épeTai tw
ÎTpàrwvi vôrjpa ‘ to yàp u<J>eaTavai -rrapwvupév ti tt]s
aràaews ' ei 8è îSiôv ti aqpaivôpevov iroieî ttjv û-irôaTa-
aiv, XeyeTW irôflev ro 8r)Xwpa toûto yévovev, ei pT| âpa
rrapà tô êanv, toûto 8è eîvai 8r)Xoî ' TràXiv âpa aÙTÔ 8i’ 20
èauToû.
’AXXà prjTToTe eîvai Xcktcov to ÛTràpxeiv' Kai yàp
û-rrap^is r| ouata, ws 4>apev. ’AXX* ei pèv Karà to ôvopa
8iWKTeov tô irpâypa, aqpaivoi âv toûto Seurépav àpxifv
nva tt) irporÉpç ùiroTeTaypévT)v ’ Kai Tàxa âv eïr) to ôv 25
6-8 = Strato, fr. 41 Wehrli || 14-15 ex. gr. Theaei. 188c9-
189 b6; Soph. 237 b 7 -238 c 11; 256 d8-257b3 || 23-24 = supra,
p. 72.15-17.
1 clnev addidi || 6 post. Sûvapiç] 4- 26ies A || 7 gévov scripsi : gèv A
(géveiv pro rivai Schmidt.) || 16 ov Schmidt. : êv A || 24 BeuTÉpav] (3 A.
l’un placé au premier rang. Toutefois, si, selon un
certain usage courant, nous entendons subsister (hypar-
chein) comme signifiant le fait d’être (einai) nous ne
pouvons pas dire d’où hyparchein est formé comme
moyen de signifier einai; de sorte que je ne peux pas
non plus expliquer l’être par le subsister, mais ce sera le
contraire.
Et, peut-être, seul [le verbe] être (einai) manifeste-t-
il la nature de la chose en même temps que de la notion,
car les autres [verbes] tirent leurs dénominations des
propriétés particulières associées ou conçues avec
[l’être], propriétés qui, là-haut, sont indifférenciées,
mais qui se distinguent dans nos pensées de façon
inattendue : par exemple hyparchein (subsister) et
hypheslanai (se tenir stable au-dessous), celui-ci au sens
où l’être n’a pas encore opéré de procession, celui-là au
sens où l’être s’est rangé sous le tout premier principe.
Ainsi, tu peux découvrir que n’importe lequel des
autres [verbes] exprime une propriété qui a subi [l’être],
y compris les dénominations les plus étranges. C’est le
cas de lélélhein (être dans sa plénitude), parce que
[l’être] court (thei) vers son accomplissement (télos) et
que son accomplissement, est bien proche ; c’est pour-
quoi aussi c’est un point douteux de savoir lequel, du
fait d’être (einai) ou seulement du bien (eû), est l’objet
du désir; car le désir est, selon les deux ensemble, désir
du bien-être (eû einai). Citons encore pélein (se mouvoir
ou être dans un lieu), parce que [l’être] côtoie (pélaei)1
l’un (hen) et veut être près (pelas) de lui. De même,
sôizeslhai (être conservé), car tel est d’une certaine façon
le fait d’être, en tant qu’il est bien ordonné, sain et sauf,
et que rien ne lui fait défaut2, car il est tout. Et encore
lynchanein (réussir), s’il est vrai que ce verbe aussi, pris
en soi3, signifie parfois l’être, en tant que, antérieure-
ment à tout, il atteint la fin universelle et se rassasie du
Bien en soi. Mais en voilà assez sur ces termes.
ScuTÉpa âpxT) p£TÔ ttjv toû évôs irpoTETaypÈvi)v. Eî 8è ws
to eivai <rr]paîvov ÈKXaÇoipEv Karâ Tiva ouvr)0eiav, ouk
Êxopev Xéyeiv ô0ev TTEiroîrjTai ws 8r|Xwpa toû eîvai ro
ûirâpxEiv ' wote où8’ âv yvwpioaipi to EÎvai 8ià toû
ûtrâpxeiv, àXXà toÙvovtiov. 5
Mt)ttote 8è pôvov to Eivai SrjXoî ttjv <J>uctiv toû
irpaypaTos âpa Kai tt)s I Èvvoias, ÈtteÎ tÔ ye âXXa àirô
TWV OUVc8p£UOVTWV T] OUVETTlVOOUpÈVWV ÎSlWpaTWV OVOpâ-
ÇeTOI, ÈKEÎ pÈv OVTWV àSiaKpiTWV, Èv 8È Taîs TjpETÈpaiS
vorjoeoiv aTÔtrws SiaKpivopÈvwv ' oîov to ûirâpxeiv Kai to 10
û4>e<jTavai, toûto pÈv yàp ws oûirw iroirjaâpsvov irpôo-
8ov, ÈkeÎvo 8è ws ûirô ttjv -irpWTÎoTTjv àpxTJv TETaypÉvov.
Outws âv EÛpois Kai twv âXXwv ônoûv ttettovOÔs, Kai Ta
ÇfiVlKWTEpa TWV OVOpaTWV. Oîov TÔ TeXÉ0EIV, oti Oeî trpôs
téXos Kai Èyyus ti to teXos ÈotÎ' 8iô Kai àp<j>iCTgr]TT]ai- 15
pov Tivos T] Ê4>EOIS, trÔTEpOV TOÛ EÎvai T) TOÛ EU pôvov TOÛ
pÈv yàp eu sîvai KOTO to auvap4>ÔTEpov. Kai to iréXeiv,
oti ireXâei Kai irÉXas EÎvai PouXetoi toû Èvôs. Tô 8È
aw^EcrOai ' toioÛtov yâp ttws tô eivai, oti âpTiov Kai awov
Kai oùSÈv aÙTw Xeittei, irâvra yâp Èoti. Tô 8È TuyxâvEiv, 20
EÎtrEp o-qpaivoi ttotÈ to EÎvai Kai toûto ko©’ outo
XEyôpevov, oti wpô iravTWv ÈotÎ toû koivoÛ tÈXous
ÈttituxÈs Kai TayaOoû SiaKopés. ’AXXà twv pÈv toioutwv
âXis-
3 &QA<ü|ia toû Kroll : SîjXov aÔToû A || 4 toû Kroll : toûto A.
Quant, à [la dénomination] même de l’être (on), d’où
vient-elle ? Elle tire son origine, conjecture Socrate dans
le Cratyle, de ienai (aller) ; c’est en effet ion (allant), et,
pour observer encore plus strictement l’analogie, il faut
écrire le verbe éiô (je vais) avec une diphtongue ; ce qui
explique qu’Homère dise :
Nous allions (éiomen)1, comme tu l’ordonnais,
à travers la forêt
Or, dit-on, le participe de ce verbe (éion) deviendrait
éon et ensuite on, ce qui veut signifier que celui-là [éon]
est l’être dont la nature est d’agir, c’est-à-dire ce qui
agit, de même que celui-ci [on], au dire de Platon, est ce
qui peut.
Quoi donc? L’être (on) est-il seul à agir? Répondons
qu’agissent aussi le beau et le bien, et, bien entendu,
l’un et les plusieurs pris comme genres, ainsi que le
repos et le mouvement. Bref, chaque forme a, en effet,
une certaine puissance et un certain acte, mais c’est
vraisemblablement parce que chacune est un être, et
qu’elle agit du fait qu’elle est une substance ; mais le
mouvement et le repos ont aussi quelque chose
d’agissant, à savoir un acte qui se meut et un acte
immobile, et, de même, ils sont aussi capables d’une
puissance qui a une nature propre à côté de la substance
et de l’être. Disons que, dans ces conditions, le nom et
la réalité de l’être sont communs à toutes les choses,
non pas d’après la notion du genre unique que nous
appelons l’être (on) et le fait d’être (einai) par
contradistinction des autres genres, mais d’après ce
qu’on entend par le en-acte de chaque chose, soit qu’on
l’appelle [ainsi] par rapport au en-puissance de chacune,
soit par rapport à ce que chacune devient et que
manifeste l'être déjà devenu; c’est ainsi que j’en avais
moi-même l’évidence dans un songe2, me révélant que
I. Voir Notes complémentaires, p. 250.
2. Ce songe est mentionné encore une fois ci-dessous, p. 87.3-5.
(63) Auto 8È to ôv tt66ev ; ’H ôOsv ô êv KparûXw SwKpàrqs
atropavTEÙSTai, irapà to iévai ' iôv yàp, Kai Éti àvaXoyw-
Tepov to eîw pqpa 8ià 8i<J>0ôyyou ypairrÉov ' ôOev <f>i]aiv
"Opijpos '
ijopEv ws èkéXeues àvà Spupâ. 5
TOUTOU 8* T) pETO^T), 4>aai, yÈvoiTO Ôv TO ÈÔv TE KOI OV, Ô
PoÛXetoi CHJpaivElV TOÛTO Ôv Eîvai, ÔlTEp Kai êvEpyEÎv
ité4>ukev, oiov to êvspyoûv, ws Èkeîvo <J>i)ai to Suvàpsvov.
Ti oûv; pôvov to ôv ÈvEpyoûv; "H Kai tô KaXàv Kai tô
àyaOôv, Kai sv 8r) Kai iroXXà rà ws Y«VT)> Kai aràais Kai 10
Kivqois. "OXws yàp ÊKaaTov ei8os Êxei Tivà Kai 8ûvapiv
Kai ÈvÉpysiav, àXX’ îaws oti ôv EKaarov, Kai toutt)
ÈvEpyoûv | oùaia tis ‘ àXXà Kai T] KÎvrjais Kai r) aTaais
ÈvEpyoûv, KIVT)TIKT|V y£ Kai CTaTlKT|V ÈvêpyEiav, outw 8È
Kai SûvaTai 8ùvapiv ISiÔTpoirov irapà ttjv oùaiav Kai 15
fôvTOst- "H koivov outw yE Èiri irâai to toû Ôvtos
ôvopa Kai irpâypa, où kotô ttjv Êvvoiav toû Èvôs yèvous,
ôirsp ôv Kai Eîvai XêyopEv àvTiSitjptjpÈvov toÎs âXXoïs
yÉvEaiv, àXXà kotô to Ékootou ÈvEpyEiçi Xsyôptvov, eite
rrpôs to SuvàpEi èkÔotou XêyoïTO, site rrpôs to yiyvôpE- 20
vov ÈKÔaTou, ô 8r]Xoî to ysyovôs t^Ôt) ôv, ws poi tis
i-2 = Cral. 421 67 c2 || 5= Hom., Od. X.251 || 7-8 cf. supra,
p. 75.20-21.
3 «ià ëtj pîjpa, uel tô cïco pîjpa» mg. b : aU>pi)pa A || 5 ijopiev A || 13
Ruelle : i) A || 16 fivios1 ] fort, tô ôv.
l’être (on) est ce qui de chaque chose est le en-acte, et
que cet acte est déjà commun à toutes, en tant qu’il
correspond à la substance que nous avons l’habitude de
contredistinguer de la puissance et de l’acte. Car, s’il y a
de chacune des formes ou de chacun des genres un acte
en particulier, pourquoi n’y aurait-il pas aussi une
substance, selon un certain signifiant commun, comme
il y a d’eux une puissance et un acte?
[6. Réfutations et éclaircissements]
Mais peut-être [on dira que] la substance, elle aussi,
tire son nom de l’être, de même que l’acte est
mouvement1 et vient du mouvement ; et peut-être la
puissance à son tour est-elle mouvement, car chacun
des deux [puissance et acte] est une extension de la
substance. Mais encore le repos a-t-il un acte et une
puissance? On allègue qu’il participe aussi du mouve-
ment, de même que, participant également de l’être, il
est substance par participation.
Et d’abord, il est certain que les genres participent les
uns des autres selon leur hypostase propre, antérieure-
ment à la puissance et à l’acte ; par exemple, ils
participent de l’identité et de l’altérité, de l’un et des
plusieurs, du limitant et de l'illimité dans les substances
en tout premier lieu, de sorte qu’ils participent aussi du
repos et du mouvement; ils ne participent donc pas du
mouvement seulement dans les actes et dans les
puissances.
Ensuite, les puissances aussi bien que les actes
participent des autres genres et de l’être lui-même ; ou
plutôt chaque substance participe de toutes les substan-
ces et de chacune ; chaque puissance participe de toutes
les puissances et de chacune; chaque acte participe de
tous les actes et de chacun.
1. «L’acte est. mouvement,», c’est là l’énoncé de la thèse des
«philosophes», i.e. Syrianus et Proclus (cf. infra, p. 82.14, n. 2),
thèse qui va être combattue au cours d’une discussion subtile,
exemple typique de la dialectique d’école (p. 80.16-82.12).
É8r)Xou Kaî ôvEipos, toûto eîvai Xéywv to ôv ô ÉkÔcttou
ÈotÎ to èvepyeiçi, Kaî toûto koivov rj8q -rrâvTwv, are kotô
Trjv oùaiav î)v -rrpôs 8ùvapiv Kai ÈvÉpyEiav eîwflapev
àvTiSiaipsîv. Eî yâp Èotiv Èkootou twv eÎ8wv t) yEvwv
î8îwç ÈvÉpyEia, 8ià ri pr) Kaî oùaia kotô ti 8qXwpa 5
koivov, ws Èkeivwv ÈKaTÉpa;
’AXXà p-rj-rroTE Kai aÙTT) t) oùaia à-no toû Ôvtos
-rrapovopà^ETai, ws t) ÈvÉpyEia Kivqais ÈaTi Kaî à-rrô
Kivqaews ' Taxa SÈ Kai r| Sùvapis Kivrjais, ÈKTÉvEia yàp
ÈKaTÉpa ttjs oùaias * àXXà Kai q errerais ÈvEpyEÎ Kai 10
8ûvarai; 'H Ôti Kai pETEX» KivqaEWs, wa-rrfip Kai toû
Ôvtos pETÉxouaa oùaia Èariv Karà pÉOs^iv.
’AXXà irpwTov pÈv tÔ yÉvT) pETÉxEi àXXqXwv KOTÔ ttjv
ù-rrôaTaaiv ÉauTWv -rrpô Tqs 8uvàp£ws Kai Tqs ÈvEpyEÎas '
aÙTiKa TaÙTÔTTjToç Kai ETEpÔTqTos, Èvôs Kai -rroXXwv, )5
irÉpaTOS Kai à-rreipou kotô tÔs oùaias -rrpÔTEpov, wote Kaî
aTàasws Kai kivt)oews * ouk âpa T-qs Kiv-qasws Èv Taîs
ÈvEpysiais Kai Taîs SuvâpEai pôvais. I
^ErreiTa Kai ai Suvàpsis Kai ai ÈvÉpyEiai perÉxouai twv
âXXwv yfivwv Kai oÙtoû yE toû Ôvtos ’ pâXXov 8È rj pÈv 20
oùaia ÈKàaTT) twv oùaiwv ÈkÔotwv, t| 8È Sùvapis ÈKàaTT]
TWV 8uvàpEWV, T) 8È ÈvÉpyEia TWV EVEpyElWV ÈKÔaTWV.
IO-12 = Sop/i. 254<14-10; 255a 10; 2561)6-7 || 13-14 = Soph.
259 a 4-5.
En outre, la substance est contredistinguée de l’acte,
et, intermédiaire entre les deux, la puissance est dite
par rapport à l’un et à l'autre; tandis que le mouve-
ment est dit pas rapport au seul repos et non par
rapport à la substance, et il n’y a aucun intermédiaire
entre le repos et le mouvement.
De plus, nous ne projetons pas les mêmes notions en
entendant [les mots] «être en mouvement» et «agir»; en
effet, quand nous pensons «être en repos», «être calme»,
«dormir», et tous les actes de cette sorte, nous ne
pensons pas des mouvements, mais le contraire, car être
en repos est le contraire d’être en mouvement. Et, si
«agir» s’applique aux deux, «être en mouvement» ne
saurait être le contraire [d’être en repos] ; et si, de
même, nous appelons «être en mouvement» le genre
commun, que dirons-nous de «être en repos»? Car il
faut toujours opposer le repos au mouvement. Et si la
puissance est mouvement, que sera le repos? Car il n’y
a rien qui s’oppose à l’acte et à la puissance, si ce n’est
la substance, évidemment à un certain point de vue ; la
substance sera donc repos, c’est là, je pense, la position
de Straton, celle-là même qui ne paraissait pas être
satisfaisante1. Or, si la substance est aussi génératrice
de puissance et, après celle-ci, d’acte, et si le mouve-
ment est l’un des nombreux genres, comme aussi le
repos, ils sont alors contredistingués de l’être ; ils n’en
seront donc pas comme le produit et une sorte
d’extension, car celui-ci ne participe pas plus de celui-là
que celui-là de celui-ci. En effet, chacun est en soi ce
qu’il est; ensuite, ils appartiennent tous les uns aux
autres par un don mutuel d’amitié, en sorte que même
l’être participe du mouvement et du repos, de telle
manière que le mouvement ne procède pas de lui et
n’est pas un acte de lui en tant qu’être. Car comment
l’effet pourrait-il communiquer quelque chose à la
cause, et l’engendré à l’engendrant?
I. Cf. supra, p. 76.6-8.
’Eti 8è r| pèv oùaia npôs èvcpyciav âvTiSif|pT)Tai Kai
pèar) toutwv T) Sûvapis irpôs ÉKOTÉpav Xcyopèvr) ' T] Sè
Kivqais irpôs povrjv XèyCTai ttjv otÔoiv, Kai outc irpôs
oùaiav outc pèaov ti œtcukws Kai Kivrjacws.
“Eti Sè oùSè èvvoias TTpoÇaXXopeOa Tas aÙTas kiveî- 5
aOai te ÔkoÙovtes Kai èvcpycîv- Kai yàp to èaTavai Kai
Tjpepeîv Kai KaOcûSciv Kai ôaa ToiaÛTa èvepyqpaTa
vooÛvtes où KivrjpaTa vooûpcv, àXXà Toùvavriov, to yàp
èaTavai tw KivcîaOai èvavTiov. Ei 8è to cvcpycîv èir’
àp4>oîv, oÙk âv EÎi) to KivcîaOai èvavriov' ci Sè KivcîaOai 10
Kai to Koivàv KaXoûpcv, to èaTavai ti <J>T|aopcv ; ’Aei yàp
tt) KivqaEi tt|v aTaaiv àvriOcTÉov. Kai ci r) Sûvapis
KÎvTjais, ri âv t| araais ; OùSèv yâp eotiv S àvTiKCiTai tt)
èvcpyciç Kai tt) Suvâpci ttXtjv tt)s oùaias, kotÙ 8t| Tiva
Tpôrrov' t| oùaia âpa aTaais ËaTai, toûto itou to toû 15
ÎTpaTWVOS, OTTCp oÙk ÈSoKEl EU êx€lV‘ ^1 8è Kai yeWTjTlKT)
T| oùaia Suvâpsws Kai pCT* aÙTrjv èvcpycias, t) 8è Kivqais
Êv ti twv ttoXXwv ycvwv, waircp Kai tj aTaais,
àvTi8if)pT)Tai âpa Trpàs to ôv ' oÙk âpa ws toutou
yèwT)pa Kai ÈKTEVEiâ tis, èirci oùSèv pâXXov tôSc toÛ8e 20
PEtÉxei T] ToùvavTiov. Ka0* èaurà yàp ÊKaara ôvTa â
èaTiv, Êircrra àXXTjXwv yiyvETai iravro Karà tt)v tt]s
4>iXias àvTiSoaiv' wotc Kai to ôv pETCXEi Kiurjacws Kai
aTaacws, wote ouk à-rr’ aÙToû r| kivrjais, oùSè ekeivou ws
Ôvtos èvèpyEia. Flws yàp âv to arriaTÔv pcTaôwaei ti tt) 25
aiTiq., Kai tw ycwTjaavTi to yEWT)0èv;
15-16 = supra, p. 76.6-7.
9 Eî — 10 èvavriov mg. suppl. A1 II 20 oùSè A, correxi.
En outre, faire est un certain acte, mais pâtir
comment serait-il un acte? Cependant, pâtir aussi est
mouvement. Ne doit-on pas dire plutôt que ce qui pâtit
possède l’agir dans le pâtir, s’il est vrai que ce pâtir est
son œuvre ; de même, on pourrait dire que le pâtir est la
seule œuvre de la matière, mais sans même que le faire
s’ajoute [ici] au pâtir. Or, l’accomplissement de l’œuvre
propre est l’acte, et la préparation de l’acte est la
puissance. Mais, si l’acte de chaque être est la
production de son œuvre naturelle, on doit chercher ce
que peut être l’œuvre elle-même, à savoir si elle est une
chose différente de ce qui agit, ou bien si elle est cela
même1. Or, dans ce dernier cas, la substance aussi
apparaîtra acte, en sorte que, de cette façon, l’œuvre
sera aussi bien le repos que toute forme et tout genre, et
ne sera pas seulement le mouvement; et le raisonne-
ment exigera que la production de l'œuvre soit
différente de l’œuvre, et naturellement aussi l’acte, de
façon semblable ; par conséquent, l’acte n’est pas
mouvement, mais plutôt substance2. Dans le premier
cas, il y aura aussi une certaine œuvre du mouvement,
laquelle consistera à mouvoir les êtres ; il y aura donc
également un acte du mouvement, qui sera la produc-
tion de cette œuvre. Si l’œuvre est la production elle-
même, il est certainement absurde de dire que l’acte,
qui est l’accomplissement d’une œuvre, est l’œuvre elle-
même. Si l’œuvre consiste dans l’acte d’accomplir, et si
elle est l’acte même d’accomplir, comme la danse est.
l’acte de danser, il y aura néanmoins un certain résultat
même d’un tel acte, et c’est à cause de lui que l’acte est
projeté; car tout acte fait partie des moyens qui sont en
vue d’une fin et il n’est pas, à titre primordial, une fin.
Ajoutons encore que le mouvement meut; en effet, le
mouvement aime à communiquer cette propriété,
comme le repos celle d’être immobile, en sorte que le
mouvement agira aussi, de même que le repos ; l’acte
n’est donc pas mouvement3. De plus, le mouvement en
1-3. Voir Notes complémentaires, p. 250-251.
(64) Xwpis 8è toutwv to pèv ttoicîv èvépyciâ tis, to 8è
irÔCTxeiv ttÛs âv eîr) èvépyciâ ; kivtjctis 8c Kai to TraCTxeiv.
’H to irâa’xov èv toutw cx« tô êvcpycîv, èv tû -rràaxeiv,
cîircp toûto ccttiv to iràCTxeiv èpyov aùroû, WCTnep tt]s
üXt]S cÏttoi tis âv cv pôvov èpyov eîvai tô irÔCTxeiv, 5
àXX’ oùSè rrpôs toutw Kai to rroicîv. ’Evépyeia 8é ccttiv t|
toû oiKciou êpyou àirorrXrjpwois, 8ûvapis 8è trapaoKcuT)
Ttis èvcpyeias. ’AXX’ ei toûto ccttiv r) ckÔcttou èvépyciâ, t)
toû kotô 4>Ûctiv êpyou àirô8o<ns, aÙTÔ tô èpyov ti âv cîr)
^T)TT]TéoV, TTOTCpOV âXXo TTapà TO èpya^ÔpCVOV T) aÙTO 10
ckcîvo. ’AXX’ ei pèv toûto, Kai r] oùoia <}>avcÎTai |
cvépycia, wcttc outw yc Kai tj cttÔctis Kai irâv ci8os Kai
yévos, àXX’ où pévt) T) kivtjois coTai to cpyov, Kai
à-rTaiTTjaci ô Xôyos âXXrjv rrjv àirôâooiv toû êpyou TTapà
tô cpyov, Kai 8r] Kai tt|v èvcpyciav ôpoiws ' Kai ouk âpa 15
kÎvtjctis r| cvépycia, àXXà pâXXov ouoia. Ei 8è ckcîvo to
TrpoTcpov, CCTTai ti Kai tt]s kivtjctcws èpyov TÔ KIVCÎV TÔ
ôvra ' ccttoi âpa aurr]s Kai èvépyciâ, toutou outra toû
êpyou àirôâoCTis. Ei 8è r) àirôSoois aÙTT) to cpyov cotîv,
Ôtottov pèv îaws Kai tô 4>âvai ttjv èvépyciav, cpyou oùcrav 20
à-rroTrXr)p<ixyiv, aÙTÔ eîvai tô èpyov. Ei 8è èv tû àiroirXr)-
poûv èoTi tô cpyov, Kai cctti to èpyov aÙTÔ to àiroTrXr)-
poûv, ûs tô ôpxeîoOai r| ôpxTjais, àXX* èoTai Kai tt]s
ToiaÛTTjs èvcpyeias àiroTéXcopâ ti 8i’ 8 Kai T| èvépyciâ
TTpoÊàXXeTai ' tûv yàp cvcKa tou Trâoa èvépyciâ Kai où 25
TrpoTjyoupévws où cvcKa.
“E-rreiTa Kai t] kÎvtjctis Kiveî ' toû yàp i8iûparos toutou
pCTaSoTlKT) T] KÎVT)CTIS, Ûs TOÛ ioTOVClV T| OTOCTIS ' WOTC Kai
èvcpyqcrci rj kivtjctiS Kafiaircp r) cttoctis ' oÙk âpa kÎvtjctis r)
èvépyciâ. *Eti 8è Kai r] kÎvtjctis Ka0ô Kivqcris où8èv âXXo t) 30
4 cïrap scripsi : ÉTtcp A II 16 oùaia Combès : èpyov A || 30 "Etc
scripsi : à A.
tant que mouvement n'est rien d’autre que mouve-
ment; or, l’acte (énergéia), d’après son nom, assume
aussi en même temps l’oeuvre (ergon) accomplie.
Observons qu’il y a en vérité autant d’actes que
d’agents, par exemple l’acte de l’homme est l’homme
agissant, celui du cheval est le cheval agissant.
Comment, en effet, se pourrait-il qu’une certaine forme
tout entière avec son acte soit le mouvement, [j’en-
tends] celui qui, en soi, n’est que mouvement? Ou bien,
on dira que l’acte n’est pas le mouvement en tant que
propriété, mais qu’il est le mouvement en tant que
celui-ci est une certaine forme composée, quoique l’acte
soit plutôt spécifié par le mouvement, en tant que celui-
ci prédomine. Cependant, l’acte peut être aussi compo-
sé, tel est celui des formes composées, et il peut être
simple, tel est celui des formes simples ; car, en bref, le
mouvement aussi a un acte, le mouvement qui est
simple, non parce qu’il est l’être <mais parce qu’il est
un genre de l’être> *, et celui qui est composé, considéré
comme une forme.
Ces questions ont été sans doute développées outre
mesure, à cause de mon désaccord sur ce. sujet avec les
philosophesI. 2 qui, souvent, ont coutume de dire que le
mouvement et l’acte sont la même chose. Toutefois il
est nécessaire d’ajouter ceci : si l’acte n’est pas
mouvement, de deux choses l’une : est-il, lui aussi, une
certaine forme, et les autres formes agissent-elles par
participation [à celle-là], de même qu’elles se meuvent
et se reposent par le mouvement et le repos, ou bien
l’acte n’est-il que l’extension de chacune des autres
formes, comme une sorte de procession de chacune, à
partir d’elle-même en elle-même ou dans une autre? Et
on pourrait soulever les mêmes questions au sujet de la
puissance.
I. On a indiqué une lacune parce que oùx ®Tl demande un
àÀX’ correspondant, à moins que les deux mots oùx ôti ,le soient
eux-mêmes fautifs.
2. Voir Notes complémentaires, p. 251.
KÎvrjcns èoTiv, r] 8è èvèpyeia auvava<|>Ép£i Karà to ôvopa
Kai to âiroTEXoùpevov êpyov. Kai oti pèvToi TooaÛTa
èaTiv ôaa to èvEpyoûv, oîov rj àvôpwrrou èvèpyeia
âvSpwrrôs èoTiv èvEpyrjTiKÔs, Kai T| Îttttou, î-rr-rros ' ÔXov
yâp ti sî8os Kai èvèpyeia rrws âv eitj Kivqcns, r) aÙTO 5
pôvov KÎVTJCTIS ; "H où TT)V WS Î8iÔtT)TO kÎvtjoiv èpeî tis,
àXXà ttjv ws ei8ôs ti oÙvGetov eîvai ttjv èvèpyeiav, ei Kai
Tj) kivijoei pâXXov eiSonoiEiTai kot’ ÈrriKpaTEiav. ’AXX’
pèv èvÉpyeia Kai oÙvGetos eîvai SùvaTOi, r) ye twv
ouvGÉtwv, Kai airXfj twv ârrXwv ôXws yàp Kai r] kivtjois 10
èvèpyEiav e/ei, r) te àirX-ij, oùx °Tl °v, *** KQ‘ H ^ÙvGetos
ù-iroTEGEÎaa ws eÎ8o$.
TaÛTa pèv oûv Kai -rrXeiw toû pETpiou EiptjTai 8ià ttjv
irEpi toûto 8ia4>opàv irpôs tous «fuXooôiJious, oî Gapà
XèyEiv EÎwOaai toÙto EÎvai kivtjctiv Kai èvépyEiav. ’EkeÎvo 15
pèvToi rrpoo-Beîvai àvayKaîov ' si prj kÎvtjois èvèpyeia,
rrÔTEpov EÎSôs ti èan Kai aÙTT) Kai Ta âXXa èvepyeî Karà
pÉOs^lV, WOTTEp KlVEÎTOl Kai lOTOTOl 8là TT)V KIVTJOIV KOI
TT)V CTTCICTIV, T) aÙTO EOTI TO EKCLOTOU TWV ÔXXwV ÊKTEvÉs,
oîov irpôo8ôs tis ÉKaoTou à«J>’ ÉauToû eÎs ÉauTo i) è<J>’ 20
(65) ETEpov ; Tà 8È aÙTÔ Kai irEpi SuvâpEWS à-rroprjcrEiev
âv tis.
2 6ti] scr. Iti? || 11 lac. signaui, supple fere à>>’ oti yévoi; toû
ovtoç || 14 6àpa (sic) Kopp : 6’ &pa A || 15 tœôto coni. Kopp : toûto
A || 18 xiveÎTai] -tveï- in ras. 3 litt. Ax.
Si l’on admet donc la deuxième hypothèse1, d’où
vient aux autres formes cette propriété qu’est le
pouvoir et l’agir? Car pour chacune le fait d’être ce
qu’elle est est différent du pouvoir et de l’agir. Mais, si
l’on admet la première hypothèse2, il s’ensuit que l’acte
et la puissance ne sont une procession d’aucune [des
formes]; Observons que < la > procession est une
propriété unique aussi bien que la distinction, et tout ce
qui peut avoir quelque notion bien définie est nécessai-
rement une propriété ; c’est en effet une réalité différen-
te, et cela provient d’un principe qui a un caractère
propre, et non du hasard. Il faut <donc> prendre
garde à la différence des choses, et pas seulement à celle
des noms.
De plus, les philosophes eux-mêmes disent3 que la
puissance commence à partir de la première puissance,
comme aussi la subsistence à partir de la première
subsistence, et que l’acte commence à partir du
troisième principe qui est aussi le mixte, parce que c’est
en celui-ci et au troisième rang que l’acte a apparu,
comme ayant procédé après la puissance ; par quoi il est
aussi évident qu’il n’est pas mouvement ; car là-haut ne
se trouvent pas encore les genres de l’être.
Est-ce donc qu’acte, puissance et subsistence sont
dans le premier mixte? Et pourtant celui-ci, nous
l’avons vu4, est unifié. Répondons qu’on doit
reconnaître que ceux-là sont aussi unifiés, et qu’aucune
extension n’a encore procédé, mais que les trois sont
repliés ensemble et unifiés les uns avec les autres, ou
plutôt qu’ils ne sont même pas encore distingués, et
que, dans leur union, les trois sont ce qu’on appelle le
mixte, comme on l’a dit plus haut.
Voilà donc pourquoi nous disons que le fait d’être
(einai) est l’acte de l’être (on), quoiqu’il signifie plutôt
sa nature ; et si l’être produit aussi de l’être, du moins
c’est encore par l’être (einai), non par le faire5. Car
l’acte de l’intellect se manifeste clairement, quoiqu’il
Eî pèv ouv to | ScÛTcpov Xéyoi tis, irôficv outt) T|
ÎSiÔtî)s t)kci toîs âXXoïs, to SûvaaOai Kaî tô èvcpycîv;
"AXXo yàp cKaaTW tô Eivai 6 «ttiv Kai to SûvaoOai Kaî
èvcpycîv. Eî Sè tô -nrpwTov, ouk âpa irpôoSos ÉKaaTou r\
èvépyeia Kai tj Sûvapis. ”H Kaî npôoSos Î8iÔtt)S pîa, 5
Kaî SiaKpiais, Kai nrâv ô ti êx°l Tiv<î à<J>wpiapévT]v
êvvoiav ïrâvTWS îSiÔttjs ’ rrpâypa yâp ti 8iâ<f>opov, toûto
Sè air’ àpxTJS îSiOTpôirou, Kaî ouk ck TaÛTopaTou.
<t>uXaKTÉov <ouv> ci èan irpaypaTWv 8ia<|>opâ, Kai pr)
pôvov twv ôvopaTiov. 10
“Eti 8è Kaî aÛToî oi 4>iXôcro4>oi ttjv pèv Sûvapiv
âpxcafiai <f>aaiv àirô ttjs irpWTrjs Suvâpcws, ws Kaî ttjv
ûirap^iv àtrô tt)s û-irâpÇcws, ttjv Sè èvcpyciav àrrà toû
TpiTOU Kai piKTOÛ, OTI CV TOÛTW Kaî TpiTOV àvC<f>âvT] T]
èvépyeia, arc pcrà ttjv Sûvapiv -rrpocXOoûaa ' w Kai SrjXov 15
oti KivT)<ns ouk ccttiv • oûirw yàp CKCÎ Ta yèvi] TOÛ OVTOS*
'Apa ouv èvépyeia Kaî Sûvapis Kaî û-rrapÇis év tw
trpw-rw piKTw; Kai prjv èKcîvo yc rjvwpévov ^v. "H Kai
Taûras 'qvwaOai ôpoXoyT)Téov, Kaî pr]Trw trpoeXGcîv pi)Sc-
piav eKTcveiav, àXXà auvcTrTÛx&u Kai ^vwoOai Tas Tpeîs 20
àXXrjXais, pâXXov Sè pT)Sè SiaKpi0i]vaî trw, Kafl’ ev Sè
eîvai tôs Tpeîs to piKTÔv Xcyôpcvov, ws eîpr)Tai irpÔTCpov.
Toiyapoûv tô eîvai <J>apcv toû Ôvtos évépyciav, koitoi
tt)v <f>ûaiv aÛToû orjpaivci pâXXov ' ci Sè Kaî ôvTOTroieî,
àXXà tw cîvai Kaî toûto, où tw iroicîv. 'H pèv yàp toû voû 25
22 cf. supra, p. 50.13-15; p. 52.20-22; p. 71.11-24.
l(3A||4âA||5^ addidi II 6 t; à<pcoptop.éw>;v] mg. uirg. cens. A || 8
oÙKezeiœuTOfKXTou et mg. uirg. cens. A, corr. Rx || 9 oôv addidi || 14
TpiTou] ÿ A || 20 et 22 ÿ A || 25 où tô>] ovtw A.
accompagne la substance et qu’il forme pour ainsi dire
un tout compact avec elle, tandis que l’acte de l’être est
la substance même; de la même façon <l’acte> de la
vie a une vague apparence d’en être séparé (car nous
disons que la vie vit, et cet acte semble être autre chose
que la vie) ; cependant, dans le cas de la vie, cet acte est
la même chose, car il signifie le fait d’être de la vie. Et
dans le cas des âmes, il y a les actes qui accompagnent
la substance et les autres actes qui se sont écoulés hors
de la substance, de même que, dans le cas des formes
matérielles, les substances aussi se sont écoulées au
dehors. Cela, sans doute, est une autre question.
Et, si le fait d'être (einai) est identique à l’être (on),
c’est comme acte de la substance, la puissance étant
aussi contractée au milieu. Or, l’être est l’un des genres ;
en effet, c’est de cet être-là que nous avons la notion, et
le fait d’être lui appartient de façon déterminée1; c’est
à partir de cet être que par allusion nous nommions
l’être de là-haut, comme nous l’avons dit, ou plutôt à
partir de chaque substance, par rapport à laquelle l’acte
propre et la puissance propre sont contredistingués,
comme nous l’avons vu2. Par conséquent, il est évident
que le genre de l’être est, lui aussi, unifié, s’il est vrai
qu’en lui également le fait d’être est identique à l’être,
et l’acte à la substance. Par suite, l’unifié ne saurait être
un privilège réservé au sommet des êtres, ni non plus à
l’union concrète intelligible3, comme nous disions, s’il
est vrai qu’il appartient aussi au genre, lequel est déjà
une forme ou quelque chose proche de la forme. De la
même façon, nous ne concevons rien de plus simple que
la propriété de l’un ; or, cet un qui est genre est un genre
déterminé parmi les autres, et il est déjà composé, s’il
est vrai qu’il est l’un des genres ou l’une des formes,
tandis que, par sa propriété, il est cependant simple, de
même que le mouvement est un autre genre simple, et
1-2. Voir Notes complémentaires, p. 252.
3. L’union concrète (êvwpa) intelligible = le mixte premier, cf.
supra, p. 44.6-8; p. 45.14-16; p. 52.20-21.
èvèpyeia CTa4>1îs, eî Kai tt] oùaia aûvSpopos Kaî oîov
aupiray-r|ç, i) 8è tou Ôvtos auT-q èaTiv T] oùaia, waircp
(r|)> tt|s ^wrjs EXEl PEV êp<f>aaiv toû x<*>piapoû (Çrjv yàp
Xèyopcv ttjv £<>>r]v, Kai SoKeî âXXo irapà ttjv Çwqv eîvai),
êaTiv 8è èir’ èKCivqs ôpws toÙtov, aqpaivci yàp to £wt)v 5
eîvai. ’Eiri Sè yc twv ipuxwv cîai pèv Kai ai aùv8popoi kût’
oùaiav, ciai Sè Kai àXXai pucîaai àtrô ttjs oùaias, <*»s èiri
yc twv èvûXwv ciSwv Kai ai oùaiai -rrpôs to ektos
è£cppûr)aav. TaÛTa pèv oûv âXXos Xôyos-
Tô Sè eîvai ci tw Ôvti TaÙTÔv, ws èvèpyeia pèvTOi 10
oùaias, auvi)pT)pèvT)s èv | peaw Kai Tfjs Suvâpews. “Ean
Sè to ôv twv ycvwv ti ' toûto yàp êvvooûpcv, Kai to eîvai
Siwpiapevws toutou èanv, ckclvo 8c àtrô toutou Karà
êvSeiÇiv cKaXoûpev, ws «pi)Tai, pâXXov <8è> àtrô Trjs
oùaias éKâaTTjs, -rrpôs i]v q îSios èvèpyeia Kai Sûvapis 15
àvnSiqpqTO. ÏIotc <j>avcpôv oti Kai to yèvos tô ôv
qvwpèvov, eîircp Kai è-rr’ aÙToû to eîvai tw Ôvti TaÙTÔv,
Kai T| èvèpyeia tt| oùaia. Oùk âpa Trjs twv Ôvtwv
âKpoTTjTOs èÇaipeTov âv cï-r] to ijvwpèvov oùSè toû votjtoû
cvwpaTOs, ws èXèyopcv, eîircp Kai toû yèvous, ôircp t)8t) 20
Kai cîSos î] èyyûs ti toû cîSous- "Oarrep rqs toû èvôs
iSioTijTOS oùSèv âirXoûaTcpov êvvooûpcv ' Kai ëaTi to cv
yèvos toûto ti twv âXXwv à<|>wpiapèvov, Kai caTi pèv t)8î)
aûvOcTOv, eîircp ti twv ycvwv i] twv eÎSwv, tj] Sè ÎSiÔttjti
ôpws âirXoûv, ws âXXo Kivrjais Kai âXXo aiaais ' outw 8t) 25
14 cf. supra, p. 57.12-16; p. 58.15; p. 63.17-19, u. adn.;
p. 64.20-21, u. adn. || 20 cf. supra, p. 32.7-16; p. 52.20-23;
p. 58.6-21 ; p. 59.12-14.
3 r; addidi || 8 ai ex ai A.
un autre le repos ; ainsi donc, l’être lui aussi, par sa
propriété, est unifié, et l’être (on) est identique au fait
d’être (einai) ; néanmoins, il est l’un des nombreux
genres et il contreparticipe d’eux. Ensuite, on démon-
trera encore qu’il n’est pas véritablement unifié,
puisqu’il est contredistingué des autres genres et qu’il a
subi la distinction par rapport à eux, de sorte qu’il est
aussi divisé.
De plus, il contreparticipe également des autres
genres, de telle sorte que les autres se manifestent aussi
clairement en lui, comme lui en eux. Comment donc
pourrait-il être rigoureusement unifié? C’est ainsi, en
effet, que cet un est surpris à ne pas être réellement un,
parce qu’il participe des autres genres et qu’il est
distingué par rapport à eux. Cependant, il veut être un,
cela même qu’il est selon la nature originale qui est la
sienne et qui projette de là-haut son éclat; c’est
pourquoi, il a paru être le plus approprié pour suggérer
la cause qui est tout, ou plutôt la cause qui surpasse
tout par sa simplicité unique, productrice de tout. De
cette manière donc, cet être aussi, qui est de tous les
genres le plus unifié, peut suggérer avec raison le
principe qui est unifié selon le sommet unique de tous
les êtres. Et peut-être, alors que les principes embras-
sent tout et sont tout ce qui procède d’eux, chaque être
se déploie-t-il1, en se distinguant et en se constituant
selon une propriété différente. Car ce haut sommet
unifié n’est pas établi selon cet unifié qui se contredis-
tingue de ce qui est distingué2 (de cette façon, en effet,
il ne serait pas parfait), mais il est établi selon ce qui est
au-dessus des deux3 et au-dessus de tout, pour parler
avec plus d’exactitude, et selon ce qui coagrège tout en
soi-même, car ce qui est suggéré comme un antérieure-
ment à tout n’esl pas distingué, comme nous l’avons
vu4, par rapport aux autres choses et n’est pas non plus
simple comme par rapport à quelque chose de composé,
mais est ce qui s’est enlevé5 soi-même en-haut, anté-
Kai to ôv tt) pèv iSiÔTTjTi Tfvwpèvov, Kai to ôv tw eîvai
TaiiTOv, coti 8è ôpws cv ti twv ttoXXwv ycvwv Kai toutwv
àvTipcTCXOv. Erra pèvToi Kai SicXéy^CTai ouk ôv àXr)6ws
rjvwpévov, oti àvTi8if)pt)Tai trpàs rà àXXa Kai trètrovOcv
irpàs aura tt]v Siaîpeaiv ' wotc Kaî 8ir)pr]pévov cotiv. 5
”Eti 8è Kai àvTipCTcxci twv âXXwv, wotc Kai cp4>aive-
aOai auTW rà âXXa aa<t>ws, Kaflâtrep aùrà Toîs âXXoïs.
îlws ouv aKpigws îjvwpèvov ; Outw yàp Kai rà cv toûto
<)>wpâTai ouk ôv tw Ôvti cv, Ôti pcTcyci Kai twv âXXwv Kai
8iwpiarai trpàs Ta âXXa. ’AXX’ ôpws ev eîvai ^ouXcTai 10
aùrà ô coTi Karà rf)v èauToû trpoXâptrouaav iSiôrpotrov
4>ùaiv ' Siôirep cù<J>uéoTaTov e8o£ev eîvai trpàs êv8ci£iv Ttjs
trâvTa oûcrrjs, pâXXov 8è utrcpoûorjs xarà piav àtrXÔTrjTa
trâp<}>opov aÎTias. Outws âpa Kai to ôv toûto pâXiüTa
ttÔvtwv ycvwv ijvwpcvov èvôeiKTiKàv âv cïr) SiKaîws rrjs 15
Karà piav ttÔvtwv aKpÔTTjTa twv Ôvtwv tjvwpévqs àpxijs.
Kai pTjiroTC trâvTa trcpicxouawv twv àpxwv Kai trâvTa
oùawv tÔ àtr’ aùrwv, €Kpr)pûeTai âXXo kot’ âXXrjv Î8iÔtt]-
to SiaKpivôpcvôv tc Kai iaTapevov. ’EkcÎvt) yàp tj
T|VWpévT) ÔKpÔTTjS où KaTÔ TÔ T|vwpèvov eaTT]K€V TOÛTO tÔ 20
trpàs tô SiaKCKpipévov àvnSiaipoûpcvov (où yàp âv eît)
outw yc travTcXi)s)> àXXà kotô to ùtrcp âp<|>w Kai ùtrèp
trâvTa, àXrjOéaTcpov ciircîv, Kai trâvTa èv èaurw
auvppTjKOs, ètrci Kai tô trpà trâvTWv ev èvSciKvùpevov où
trpàs Ta âXXa Siwpiopèvov ^v, où8è âtrXoûv ws trpôs ti 25
ctùvÔctov, àXXà tÔ âvaptrâaav èautà trpà trâvTWv | Kai
26 = Or. Chald., fr. 3.
I Tfl scripsi : nvjL A || 5 aùrà] -à in ras. 2 litt. A1 || 10 êv Combès :
Sv A || 16 àxp6T»)Ta twv Kroll : àxpoTf)Twv A (àxpÔTïjTa Kopp).
rieurement à tout, aux composés, aux simples, aux
plusieurs et à l’un qui leur est opposé.
Mais, puisque nous ne pouvons produire aucune
notion de ces principes transcendants, contentons-nous
de celles qui nous permettent de suggérer quelque chose
à leur sujet, en établissant tout d’abord, par le
raisonnement, comme une chose nécessaire, le caractère
trop indigne de nos conceptions, par rapport aux
positions autonomes de ces principes les plus vénéra-
bles, objets de notre conjecture. Si donc l’un est simple,
du moins est-ce en tant que [nous le concevons] dans les
genres et dans les formes et selon la propriété seule, de
même que [nous concevons comme] bonne par sa
propriété1 la forme [du bien], comme belle [la forme du
beau], et n’importe quelle autre forme; ainsi [conce-
vons-nous] l’un, ainsi l’unifié, ainsi l’être.
On pourrait faire remarquer que peut-être l’unifié est
quelque chose d’original à côté de l’être, et que l’être
[est ce qui] de toutes choses en participe le plus ; à moins
toutefois que ce soit la participation de l'un qui
produise l’unifié, comme celle de la pluralité produit le
plurifié. Si tel est le cas, l’être sera premier, participant
des plusieurs et de l’un, et surtout de l’un. Mais, si le
mixte aussi commence à partir de quelque part, et s’il
est une certaine subsistence telle que, par elle, pourrait
exister toute forme mixte, l’unifié également sera
quelque chose d’original, à savoir le sommet de ce
mixte. Or, comment n’y aurait-il pas le mixte pur, s’il
est vrai qu’il y a des mixtes définis, comme l’homme, le
cheval et, en un mot, le vivant, et s’il est vrai qu’il y a
encore la substance mixte qui est formée des genres, ou,
pour parler en général, la forme composée à partir de
laquelle le fait d’être vient aux autres composés; et
j’entends mixte et composé selon la propriété de la
forme ou du genre, à savoir la propriété pure, qui
pourrait s’appeler mixtité2, en tant qu’opposée à la
twv ouv0étwv Kaî twv ÔttXwv Kai twv ttoXXwv yc Kai toû
àvTlTlOspEVOU TOUTOIS EVOS.
’AXX’ ÈtTElSt) TWV TOIOUTWV UTTEpgoXwV oÙÔEpîaV ê)(Op.€V
Èvvoiav TTpox«pi<raa0ai, àyaTTWpsv à<}>’ wv Êxopsv Èv-
SeÎKVuaOai ti TTEpi Èkeivwv, àvayKÔÇovTES tw Xôyw 5
TTpOTEpOV OTlpOTEpOV sîvai TOUTO O-TTEp ÈWOOÛpEV TTpOS
tÔ$ Èkeivwv twv TrpsaguTâTWV àpxwv ÛTrovooupÈvwv
aÙTÔpKElS OÉaElS- Eî TOIVUV ÔttXoÛV ÈoTl TO EV, àXX’ WS Èv
yÈvEoi Kai ws Èv EÎ8eai Kai kotô ttjv ÎSiôttjto pôvrjv, ws
àyaOôv tt, J8iÔtt)ti tô ei8os Kai KaXôv Kai twv âXXwv 10
Ôtioûv ' outw yàp Kai ev, outw Kai TjvwpÈvov, outw Kaî ôv.
ETriOTT]CTeiE 8’ âv tis pr)TroTE to qvwpÈvov îSiôv ri Èotl
trapà to ôv, pETÈxei <8’^> oÙtoû Kaî to ôv pâXurra
TTÔVTWV • EÎ pT) âpa T) pÈ0E^lS TOU EVOS TTOIEI TO TJVWpÈVOV,
ws TOÛ ttXt)6ous TO TTETrXr)fluOpÈvOV. Eî pÈv OUV TOÛTO, 15
TrpwTov âv eÏt] to ôv, pETÉxov ttoXXwv Kai Èvos, Kai
pâXiarâ ys Èvôs- Eî 8è tto0ev âpxcTai Kai to piKTÔv, Kaî
ecti tis ûrrap£is toioutt] 8i’ t)v trâv eiSos piKTÔv, eÏt] âv ti
KOI TÔ ^vwpcvov ÎSlOV, r\ TOÛ plKTOÛ TOUTOU ÔKpÔTTjS. Flws
8È OÙK âv EÏT] TO piKTÔv ÔttXwS, ElTTEp TÔ Tivà piKTO ÈaTIV, 20
oîov âvâpwrros, Ïttttos Kai Çwov ôXws, Kaî oùaia i) piKTT)
Èk twv yEvwv, Kai KaOoXou 4>âvai to oÛvBetov eÎ8os,
à<j>’ où toîs âXXoïs to Eivai auvflÈTOis ' *ai XÈyw piKTÔv
Kai aùv0ETov kotô ttjv i8iÔTT)Ta toû eÎSous t) toû yÈvous
10 scripsi (cf. infra p. 109.19-21) : eiSéfTjTi et mg. uirg.
cens. A || 13 (lezé/ei 8’ scripsi : (ieté/eiv A (zœl coni. Ruelle) ||
23 Xéywi A.
simplicité. Sur ce sujet, nous reviendrons encore une
autre fois.
Après avoir fait retour avec peine au commencement,
disons-nous à nous-même que, d’après notre songe1, le
en-acte de chaque chose est l’être (on), en-acte selon
lequel non seulement [le genre de] l’être, mais encore
chacun des autres genres, est l’être, [ainsi] le mouve-
ment en tant que mouvement et le repos en tant que
repos; en effet, chacun de ces genres est la substance,
par rapport à laquelle sont dits l’acte et la puissance, en
tant que les deux proviennent de la substance; et
[chacun de ces genres] est ce que chacun est en acte et
selon la subsistence qui lui est déjà <propre> ;
relativement à ces genres, le en-puissance est antérieur
au en-acte, et non pas après lui, ainsi qu’il en est dans
les choses qui progressent du moins parfait au plus
parfait. Le en-acte veut donc exprimer la subsistence
qui est déjà propre à chaque genre et selon laquelle il
est établi.
Antérieurement à chacun de ces êtres qualifiés, il y a
l’être pur lui-même, qui est aussi en acte pur. En effet,
celui-ci s’est établi le premier selon son acte propre, de
même que ce qui est avant lui s’est établi le premier
selon la puissance2, et ce qui est encore avant cela s’est
établi le premier selon la subsistence nue3, pour parler
de façon seulement allusive; car ces propriétés, à savoir
la subsistence, la puissance et l’acte, coexistent les unes
avec les autres, et c’est là la substance, à savoir une
subsistence douée de puissance et d’acte, c’est-à-dire la
substance en acte et s’accompagnant d’acte. Le en-acte,
en effet, que pourrait-il exprimer d’autre que le fait
pour la substance d’être déjà accompagnée d’acte, de
même que le en-puissance le fait d’être déjà accompa-
gnée de quelque puissance? L’être en acte est donc
identique à l’être qui agit et qui est le premier à
projeter un acte.
I. Cf. supra, p. 78.21-79.2.
2. Il s’agit ici du principe des plusieurs purs.
3. Il s’agit de l’un pur.
ttjv ârrXrjv, rjns âv koXoîto piktÔttjs àvTiKCipèvr] tt|
airXÔTqn. flcpi pèv Srj toûtwv Kai eiaaûflis-
(66) ’Err’ àpxrjv 8è pôXis àvaSpapôvTcs cîrrwpcv rrpôs r|pâs
aÛToùs oti pèv Karà to ôvap ôv eotiv to ÉkÔcttou
èvèpyeia, Kafl’ ô où to ôv pôvov, àXXà Kaî EKaaTOV twv 5
âXXwv ôv, r) KÎvrjais f) Kivqais Kaî rj arâais f) arâais '
oùaia yàp CKaaTt] toûtwv, rrpôs Tjv èvèpyeia XèytTai Kai
Sûvapis f) àrrô oùaias CKarèpa, Kai ô èanv EKaaTov
èvcpycia Kai Kafl’ ûrrap£iv ttjv t;8t] <78iov\ rrpôs â tô
Suvàpci | rrpô toû èvcpycia Kaî où per’ aÙTÔ, Kaflârrep èv 10
toÎs àrrô toû aTcXcaTcpou eîs to TcXciÔTcpov rrpoKÔrr-
Touai. Tô ouv èvcpycia PoûXcrai Xéyciv tt)v r)8r) ckÔotou
iSiov ûrrap£iv Kafl* rjv ccttjkcv.
Pipé Sè TWV CKÔOTWV TOIOÛtWV OVTWV aÙTÔ COTl to
ârrXws ôv, ô Kai ârrXws èvcpycia. FlpWTov yàp èKCÎvo kotÔ 15
ttjv èauToû èvèpyeiav cott), ws to rrpô aÙToû kotÔ tt)v
Sûvapiv, Kaî tô cti rrpô toutou kotô i|iiXt)v ttjv ûrrap^iv,
ws Karà pôvtjv èv8ei£iv cftâvai • èrrci TaÛTa aûvcaTiv
àXXr|Xois, ûrrap^is Kai Sûvapis Kai èvèpyeia, Kai toûto
èanv T) oùaia, ûirap£is ôuvapiKT) tc Kaî èvcpypTiKT), ô 20
èanv èvepyeiçi oùaia Kaî aùv èvcpycia. Tô yàp èvcpycia n
âXXo St]Xoî Tj oti rjSr] aùv èvcpycia, ws tô Suvâpci aùv
Suvâpei nvi; Eis toutov àpa tjkci to èvcpycia ôv tw
èvcpyoûvn ôvn Kaî rrpwTW èvèpyeiav rrpogaXXopèvw.
2 cf. infra, p. 178.11 ss || 3 cf. supra, p. 79.7 ss.
2 xai daaûOiç scripsi : eiaa> xai av6iç et mg. uirg. cens. A || 4
expectes xarà pèv || 8 $ scripsi : A || 9 ÏSiov suppleui, cf. u. 13
|| 11 TeXeiéaTepov A, correxi || 21 oùaia] -la ex corr. A* || èvepyela2]
èv s.u. A1 (i.e. auvepyelai A) || 22 èvepyela] èv s.u. A1 || 23 ôv t<ô
scripsi : ôvtoiç A.
[7. L’unifié, lien constitutif de l’un-être]
Mais les trois propriétés acte, puissance, subsistence,
sont, là-haut1, encore unifiées; en effet, [là-haut] il y a
une pure subsistence qui possède, dans le seul subsister,
le pouvoir et l’agir; car c’est par l’être (einai) et qu’elle
peut et qu’elle agit, et seul l’être est les trois. Qu’y a-t-il
de surprenant à ce que le sommet des êtres soit ainsi,
puisque le genre de l’être paraît aussi être tel, comme on
le disait? Sauf peut-être que celui-ci paraît tel selon le
caractère de sa propriété, comme l’un2 paraît simple,
quoiqu’il ne soit pas simple, tandis que l’être pur3 est
tel selon son hypostase parfaite et indifférenciée anté-
rieurement à tout, car c’est dans l’ordre moyen de
l’intelligible que les trois propriétés se préparent à la
distinction.
C’est donc dans le troisième ordre que, pour la
première fois, la substance se tend, de quelque façon
que ce soit, vers une puissance et un acte. C’est
pourquoi on dit que l’intellect intellige, sc convertit
vers l’intelligible, règne sur les intellectifs et, en bref,
sur ce qui a procédé de lui. Néanmoins, ses actes mêmes
ne forment qu’un tout compact avec sa substance et en
sont inséparables, tout en étant cependant des actes,
car tel est tout intellect, à savoir «en acte par sa
substance», comme le dit Aristote4. Or, dans le sommet
des êtres la subsistence absorbe la puissance et l’acte,
qui toutefois font une seule chose [avec elle]. C’est
pourquoi la subsistence n’est pas nue, mais est déjà
substance, comme on l’a dit auparavant; et qu’y a-t-il
[là] d’inattendu, puisque, dans le sommet, même la
subsistence n’est pas discernable? Car, là-haut, rien de
ce qui est divisé sous forme de partie5 ne se laisse
apercevoir, mais il y a, embrassant tout® et au-dessus de
tout, une coagrégation unique, que nous ne connaissons
pas encore assurément, du fait qu’il n’est pas possible
de produire une intellection7 parfaite et proportionnée8
’AXX* tn rjvwpéva ckcî tq Tpia, èvépyciâ, 8ûvapis,
ûtrapÇis ' caTi yàp pôvt] urrap^is cv tû ùtrâpxciv pôvw to
SùvaaOai Kai to èvcpycïv cxouaa ' tû yàp eîvai Kaî
Sùvarai Kaî èvcpycî, Kai tÙ Tpia to eîvai pôvov. Kai ti
OaupaoTÔv ci t| tûv Ôvtwv aKpÔTTjs outws ®X€l> °T€ Yc Ka‘ &
tô ôv to ycvos outws «X£lv 8okcÎ, ws éXcycTo ; nXrjv îaws
TOUTO pèv Katà TOV XaPaKT’ÎPtl TÎ)S i8lÔTT)TOS, ûs to cv
âtrXoûv, koitoi oùx âtrXoûv, ckcîvo 8è kotô tt)v TTavreXt]
trpô trâvrwv àSiaKpiTov ùrroaTaaiv, ws èv tw péaw toû
votjtoû irapaaKCuâ^CTai Kaî TaÛTa trpôs ttjv Sioxpiaiv. 10
’Ev tû TpÎTW âpa irpÛTW T| oùaia Kai ôtrwaoûv
àtTOTcivcTai trpôs Sùvapiv Kai èvcpyciav. Aiôrrcp ô vous
vocîv XéyCTai Kai ètriaTpé<}>ca0ai trpàs to votjtov Kaî
PaaiXcûciv tûv vocpûv Kai ôXws tûv àtr’ aùroû trpocX-
Oovtwv. Kai aurai 8c ôpws ai èvépyciai tt) oùaia 15
auptraycîs Kai àvcK<J>oiTT]Toi àtr’ aÙTT)s, cvépyciai 8c
ôpws, trâs yâp toi vous toioûtos, tt) oùaia ûv èvépyciâ,
ûs 4>t)aiv ckcîvos. ’Ev 8é yc Tt) àKpÔTTjTi tûv Ôvtwv
KaTatrivcTai ùtrà Tt)s ùtrâpÇcws t) Sùvapis Kaî i) cvépycia,
cv oùaa ôpws- Aiô Kaî tj ûirap^is où ipiXé), àXX’ t)8r) 20
oùaia, | Kaflâncp cîptjTai irpoTcpov' Kai ti irapâXoyov,
Ôtc pt]8c ûrrap^is èv ckcivw 8ia4>avqs 5 OùSèv yàp ckcî tûv
wpiapévwv èv pépci 8ia<J>aivcTai, àXXà pia travToûxôs
êaTiv ùtrcp trâvra auvaipcais, t)v oûtrw pèv yvwpi^opcv
8ià to pt) SùvaaOai navTcXf) Kai trapiawpcvrjv ckcivt] 25
7 = supra, p. 84.16-18 ; p. 85.14-15 || 17 = Arist., De an. 111 5,
430a 18 || 21 cf. supra, p. 72.15-73.4.
25 naptacop.évTçv scripsi : napÊiaôp.éviçv A.
à cette coagrégation ; et, en nous risquant à la saisir,
comme il nous est naturel, nous la divisons, ou plutôt
nous nous divisons à son sujet, tandis que, en partant
de nouveau du commencement, nous la contractons en
vue de suggérer l’unique sommet, parfait et antérieur à
tout à la fois. Ce que justement nous estimons être tel
n’est ni être ni substance, s’il est vrai que cela n’est
même pas caractérisé par ces prédicats, mais est encore
au-delà de ces derniers, comme aussi des autres, de sorte
que cela n’est même pas intelligible.
Que sera-ce donc? En effet, cela ne sera pas un, je
suppose, d’abord parce que l’un aussi est déterminé; et,
si l’on parlait de manière allusive, en quoi le troisième
principe serait-il différent du premier des trois, car
celui-ci aussi est un de cette manière? Peut-être donc
faut-il l’appeler seulement unifié; comment, en effet, ne
doit-il pas être quelque chose d’intermédiaire entre l’un
et l’être, ce qu’on pourrait appeler l’unifié, à défaut de
nom propre1? Pourquoi, en effet, y a-t-il des médiations
dans toutes les autres choses qui, selon la procession,
sont différentes par le genre tout entier, tandis qu’il n’y
en aurait pas entre le suprasubstantiel et la substance,
ou bien entre l’un et l’être? Car Platon, semble-t-il, en
reconnaissant cette vérité, n’a appelé ce principe, dans
le Parmênide, ni un ni être, mais un-être, à savoir
l’ensemble, à défaut de nom propre, voulant [ainsi]
montrer le moyen par les extrêmes, de même qu’il fait
aussi connaître que l’âme est médiane à partir de ce qui
se juxtapose à elle de part et d’autre, en disant qu’elle
est intermédiaire entre la substance indivisible et la
substance qui se divise dans les corps; toutefois, l’âme
également est une seule nature, et elle n’est pas
composée, comme il semble, à partir de ses extrêmes2.
Ainsi donc l’un-être, lui aussi, n’est pas quelque chose
de composé, ni les deux choes elles-mêmes, celle qui va
devant, et celle qui suit, selon l’interprétation des
philosophes3, mais il est une nature unique dans les
trpoxeipîaaaOai voeîv ' TrapaÇaXXôpcvoi 8è voeîv ûs
irc<)>ÙKap€v, pcpi£opcv aÙTrjv, pâXXov 8è ircpi aùrrjv
pcpiÇôpeOa, trâXiv 8è au ê£ âpxî)s aÙTTjv auvaipoûpcv cîs
cvSeiÇiv tou travTcXoûs Kaî trpô trâvTWv âpa tt)s piâs
Kopu^njs- “A 8rj TaÛTa à^ioûpcv, où8è ôv èaTiv où8è 5
oùaia, ciircp où8è kotù toûto xQPQKTT)pî^€Tat> àXXà Kaî
toutwv ûaircp Kaî twv âXXwv ctrcKciva, wait où8è votjtov
CKCÎVO.
Ti oûv âv cÏt] ; Où yàp 8r)-rrou ev, irpûrov pèv oti Kai to
cv SiûpiaTai * ci 8è kotô êvSeiÇiv, ri âv SicvéyKOi r] TpiTt] 10
àpxr] tt)s TTpâ)TT)s tûv Tpiûv ; "Ev yàp Kai CKCIVÏ]
toioûtov. Mt|ttotc ouv prjTcov oÙto pôvov rjvwpcvov’ Kai
trûs yàp où péXXci toû èvôs Kai toû Ôvtos cîvai ti péaov,
ôtrcp to rjvwpévov cïiroi tis âv àtropia toû oÎkcÎou
ôvôpaTos î Aiô ti yàp tûv pèv âXXwv cîai ttôvtwv 15
peaÔTTJTCS KOTO TTpÔoSoV ÔXlÿ yCVCl 8la4>CpÔvT<dV, oùxi 8è
Kai ùirepouaiou Kai oùaias è) èvôs Kai Ôvtos ; ’Etrci Kai ô
riXÔTWv, ûs coikcv, toûto auvewpaKÛs èv flappcvî8r)
KCKXtjKCV aÙTÔ OUTC CV OUTC ôv, àXX’ CV Ôv TÔ ôXov [toû]
8i’ àtropiav npoapi^pOTOs oÎkciou, àrrô tûv ÔKpwv to 20
péaov Trapa<rTT)aai PouXôpcvos, ûs Kai rrjv 4>uxt)v pcarjv
oùaav âtrô tûv è<}>’ CKÔTcpa irapaKCipcvwv yvwpi^ci,
pcTa^ù Xéywv aùrrjv tÎ)s tc âpcpîaTou Kaî rrjs trcpi tô
aûpara pcpi^opévtjs oùaias, koitoi pia Kai aÛTT) 4>ùais,
àXX’ oÙk âîrô tûv aKpwv, ûs Sokcî, auvTificpévT]. Outws 25
âpa Kai ro cv ôv où aùvflcTÔv ti où8è 8ùo aÙTa, tÔ pèv
rjyoûpevov, tô 8è ctrôpcvov, ûs oi <j>iXôao<f>oi c^Tjyoûvrai,
àXXà pia 4>ùais àp<J>oîv èv péaw toû tc èvôs Kai toû
18-19 = Parm. 142d 1 ss || 23-24 = Tim. 35a 1-6.
1 voeîv] fort.. v6v;aiv || 5 *A] fort. X) || à^ioujiev A : -oîpiev et mg.
uirg. cens. A1 || 10-11 ÿ ... à ... ÿ A || 20 toû deleui (ante npocp^gaToi;
trsp. Kopp); an scr. toûto? || 24 xaiToi] -i s.u. ins. A1 || aÛTTj coni.
Ruelle : aôrl; A.
deux, au milieu de l’un et de l’être, nature qui s’est déjà
détendue par rapport à la simplicité de l’un1, mais qui
ne projette pas encore le coagrégat de l’être.
Pourquoi donc appelons-nous aussi être l’unifié, lui
que nous appelons le tout? Pourquoi donc l’appelons-
nous aussi intelligible, lui qui anticipe, selon la puissan-
ce de la cause2, et l’intellectif et le sensible? Car l’unifié
n’est même pas du tout, comme on l’a dit auparavant,
ce que nous concevons comme ce qui ne se distingue pas
encore, tout en s’opposant à ce qui se distingue, mais il
est, par allusion, ce qui est antérieur à tout.
Et de quelle autre manière, Jamblique, en expliquant
l’intelligible, dit-il qu’il subsiste auprès de l’un et qu’il
en est inséparable3, sinon en concevant, lui aussi, ce que
nous appelons l’unifié et l’un-être, comme n’étant pas
encore réellement l’être et n’étant plus l’un cependant,
mais comme placé au milieu des deux?
Ajoutons qu’après l’un-être Platon oppose la substan-
ce à l’un, après avoir distingué les deux dans le sommet
des intellectifs4, où il a aussi montré en même temps la
divine altérité5; de sorte qu’il ne lui était pas possible
de définir les choses qui sont antérieures à ces dernières,
comme si l’une d’elles était l’un, l’autre l’être en tant
que substrat de l’un, mais il lui était possible de définir
l’ensemble des deux comme étant l’un-être, non en tant
que mélange de l’un et de l’autre, mais comme
intermédiaire entre les deux et tel qu’une progression6
de l’un dans l’être. Assurément, même en opérant le
partage de l’un-être, il n’a pas divisé l’ensemble en un et
en être, mais il a regardé aussi chacune des parties
comme étant un-être; et s’il dit que l’un et l’être sont
les parties de l’un-être, néanmoins, en avançant un peu
plus loin, il a fait voir clairement que ni l’être n’est sans
l’un, ni l’un sans l’être. Or, s’il paraît bien définir
chacun des deux comme participant de l’autre, du
moins il a utilisé ce moyen pour faire comprendre la
Ôvtos, î)8t) pèv xaXâaaaa tt|s toû èvôs àirXÔTT]Tos, oû-iru
8è TrpoÇaXXopévr) to toû Ôvtos auvaipcpa. |
(67) Ata ti 8è Kai ôv èkeîvo Xèyopcv, ô ye trâvTa Xèyopcv;
△là tî 8è Kaî votjtÔv, ô ye Kaî to vocpôv Kai to aiaOrjTÔv
irpo£ÎXr)4>EV kotô tt|V ttjs aèrias 8ùvapiv ; oùSè yàp où8è 5
to qvupévov, ûs eïprjTai Kai rrpÔTcpov, toûto ôtrcp
Êvvooûpcv ûs oûiru SiaKpivôpcvov, àvTlKCÎpcVOV 8È aÙTÛ,
àXXà kotÔ cv8ci£iv ô trpô iràvTUv.
Flûs 8’ âXXus ô ’lâp^Xi/oç tô votjtov c^rjyoùpcvos ircpi
to èv aÙTÔ 4>r]aiv uTTOCTTTjvai Kaî àv€K<}>oÎTT)Tov civai tou 10
èvôs, t) auvvoûv Kai aÙTÔs ô Xéyopcv Tjvupcvov tc Kai èv
ôv, ûs oûiru pèv tû Ôvti ôv, où8’ cti pèvTOi cv, Siàpcaov
8è àp<)>oîv TCTaypcvov;
Flpôs 8È toutois pcrà tô èv ôv ttjv oùaiav àvTiSiiaTTjai
tû èvi, SiaKpivas âp<J>u Karà ttjv àKpÔTTjTa tûv vocpûv, 15
ôirou Kai ttjv Ociav èTcpÔTT]Ta auve£è<j>r]vev ' Ûcttc tô irpà
toÛtuv oùk ^v Siopiaai, ûs to pèv aÙTÛv cv, to 8c ôv
ùiroKcipcvov tu èvi, àXX’ èv ôv to auvap4>ÔT€pov, oùx ûs
piypa èÇ ÉKaTÈpou, àXX’ ûs pcaov àp<(>oîv Kaî oîov
irpoiroSiapôs cis to ôv toû èvôs- ’ApcXci Kai Toprjv aÙToû 20
iroiTjaàpcvos où SicîXcv to ÔXov cis èv Kai ôv, Kai tûv
popiuv 8è CKaaTov èv ôv CTToirjacv ' ci 8c pèpr] 4>r]aî toû
èvôs Ôvtos eîvai tÔ èv Kaî to ôv, àXXà irpoïûv piKpôv
Sicaà<|>T)acv ûs outc tô ôv aveu ÊotÎ tou èvôs outc to èv
aveu toû Ôvtos- Ei 8è Kaî 8okcÎ Siopi^caOai ÉKOTCpov ûs 25
pCTCXOV TOÛ CTCpOU, àXXà Trjs àvuvùpou pcaÔTTJTOS TOÛTO
5 cf. Phil. 30d2-3 || 6 = supra, p. 85.19-24 || 14-16 = Parm.
143a4-b8 || 22-23 = Parm. !42d4-5 || 24-25 = Parm. I42d9-e7.
12 Sià péaoY A, correxi || 16 9«av A.
médiation qui est restée sans nom1, comme si l’on disait
que, dans l’âme, l’indivisible, qui participe aussi du
divisible, est une chose, et que le divisible, qui participe
également de l’indivisible, en est une autre; cependant,
on doit entendre l’un et l’autre selon une seule nature
qui est l’ensemble des deux, laquelle est, en quelque
sorte, sans mélange, et simple par rapport au divisible
et à l’indivisible.
Et, si nous appelons intelligible l’unifié, nous parle-
rons d’une autre façon que lorsque nous disons que
l’être est connaissable ; car le connaissable est défini par
opposition à la connaissance, tandis que l’unifié est
tout, ne se contredistingue de rien, et n’est pas le
seulement un qui, nous l’avons vu2, se dérobe à la
connaissance. Après cela, admettons que, dans ces
conditions, l’unifié est intelligible comme être ; or,
même l’être n’est pas là-haut discernable, car [là] tout
est selon le mode indifférencié ; par suite, l’intelligible
aussi est selon ce mode. En effet, pour l’unifié, ce n’est
pas une chose différente que d’être être et d’être
intelligible, car [autrement] il ne serait même pas
véritablement unifié ; mais, ou bien tout est déjà
absorbé3 par lui, à savoir l’intelligible et les réalités les
plus vénérables, ou bien l’être, l’intelligible et les
réalités les plus vénérables et les plus dignes ont plutôt
leur demeure près de lui et lui sont rendus semblables4 ;
c’est pourquoi, il semble aussi que ces choses mêmes
soient, en vérité, des non-êtres5. Peut-être, est-ce cette
dernière hypothèse que Platon suggère, dans le Phèdre,
en disant que les âmes, s’étant placées dans la
révolution du ciel, regardent les réalités qui sont au-
dessus du ciel, c’est-à-dire, je suppose, «la substance
même qui, sans couleur, sans figure, intangible, est
réellement», et qu’il a appelée aussi, avec raison,
«plaine de la vérité»; cette hypothèse, il la suggère aussi
en disant que l’âme se nourrit de la prairie de là-haut,
ce qui implique que là-haut est la substance intelligi-
iroicî 8t)AwtikÔv, ws ci Xèyoi tis âXXo tô àpépiaTov èv
«aï pcToxov toû pcpiaroû, âXXo to pcpiarôv Kaî
[ictoxov toû àpcpiarou, votjtcov pévToi CKOTCpov Karà
piav ttjv auvap<|*ÔT€pov <}>ùaiv àpiyq irws ouaav Kai
âtrXf)v irpôs yc r° Rcpiarôv Kai àpèpiarov. 5
El 8è votjtÔv aÙTÔ Xéyoïpcv, âXXov Tpôirov èpoûpcv r]
ws tô ôv yvwaTÔv eîvai <j>apev ' âvnSiwpiarai yàp tt)
yvwaci to yvwaTÔv, ckcîvo 8è irâvTa Kai trpôs oùSèv
âvnSiaKpivôpcvov, Kai oÙk canv cv pôvov, ô Siè^icuycv
tt)v vôrjaiv. ripôs 8è toutois outws êaTW votjtÔv ws ôv 10
àXXà pr]v oùSè tô ôv èKcî 8ia<j>avés, trâvTa yàp àSiaKpi-
tws ' Kai tô votjtÔv âpa toioûtov. Où yàp âXXo aùrô èaTi
to eîvai Ôvti Kai votjtw, | èirci où8’ âv ^v ws àXrjOws
ijvwpèvov ’ àXX’ t] irâvTa Kai to votjtôv Kai Ta irpcagÙTa-
Ta aùrô èyKaTairèiroTai, rj Kai tô ôv Kai tô votjtÔv Kai to. 15
irpcagÙTaTa Kai TipiWTaTa pâXXov aùrâ irpoawKciwTai
Kai à<|>wpoiwTai, 8iô Kai aùrà Sokcî toûto eîvai oÙk ôvra
kotô àXrjOciav. Kai p^iroTC Kai èv 4>ai8pw toûto
èvSciKvuTai, Xéywv pèv Ôti arâaai ai i|ruxai èv tt| tou
oùpavoû -rrepuftopâ Kafiopwai Ta ùirèp tov oùpavôv, aÙTTjv 20
Stjitou tt)v àxpwpaTov Kai âaxrjpâTiaTov Kai àva<|>T)
Ôvtws ouaav oùaiav, f]v SiKaiws Kai tt)s âXrjOcias ircSiov
kckXtjkc, Kai Tpè<}>€a0ai ttjv 4,uX1Îv to“ Xcipwvos,
ws âv èKcî oûarjs tt)S vot)ti)s oùaias- "Eti 8è aa<|>èaTcpov
18-20 = Phaedr. 247b6-c2 || 20-22 = ibid 247c6-7 || 22-
23 = ibid. 248 b6-c2.
15 evzaTomérroTai A || •>] f : eî A || 19 Aeytov] -v s.u. add. A1.
ble1. Il dit cela plus clairement encore dans le Cratyle;
car il est clair que, en représentant le ciel (ouranos)
comme une vue qui regarde vers là-haut (anô horôsa) et
une vue qui est évidemment première, Platon a voulu
dire que ce qui est vu par elle, et qui est le premier objet
visible, c’est ce qui est placé immédiatement au-
dessus2.
Il semble qu’Orphée, lui aussi, en reconnaissant
Kronos comme intellect (ainsi que le font voir tout le
mythe qui le concerne et l’expression «à la métis
retorse»)3, a représenté la Nuit (en tant qu’elle est la
première substance et, pour cette raison, proclamée la-
nourrice de tout) comme nourrissant surtout Kronos
lui-même, en ce qu’elle est l’objet intelligible de
l’intellect, puisque, selon l’Oracle, «ce qui est objet
d’intellection est une nourriture pour ce qui est sujet
d’intellection»4. Le théologien5 dit en effet :
Entre tous, c’était Kronos
que la Nuit nourrissait et élevait
Car, même si Zeus avale l’intellect qui est avant elle,
cependant, à travers elle, il avale aussi l’intellect qui est
chez elle ; et il est probable également que le degré
inférieur de l’unifié porte dans son sein quelque
intelligible®. Mais en voilà assez là-dessus.
On pourrait plaider aussi pour l’hypothèse contraire’
en disant : après le suprasubstantiel que pourrait-on
poser sinon la substance, et, quant à l’unifié, que
pourrait-on dire qu’il est, sinon l’être qui a subi l’un,
comme l’affirme, dans le Snphisle, l’Étranger d’Élée?
Comment se pourrait-il que l’unifié ne soit pas le
coagrégat de tous les êtres et de toutes les substances,
et qu’il ne soit pas la substance unique et le coagrégat
de toutes, ainsi que nous le disions8? C’est pour-
quoi, il est aussi l’un-être, parce qu’il est unifié, car
il y a également un certain être qui est distingué.
S’il [est ainsi appelé] en tant qu’hénade et être, et si
1-7. Voir Noies complémentaires, p. 255-257.
8. Cf. supra, p. 58.6-13; p. 63.9-15; p. 63.21-64.4.
èv tw KpaTÙXw toûto <J>r)<ri ' iroi^aas yàp tov oùpavàv
ôipiv âvw opwaav, Kai StjXovÔti TrpwTT]v, 8t)Xôs ÈaTi to
ùtt’ aùrf)s ôpwpEvov Kai trpwTOV opoTÔv XèyEiv to ûiTep-
KsipEVov Trpoaexws-
"Eoikev Sè Kai ’0p4>€Ùs, tov Kpévov eÎSws voûv (ws 5
8r]Xoî o te aùpiras pûOos ô TTEpi auTÔv, Kai to
àyKuXop^TTjs), ttjv Nùkto ws TTpWTrjv oùaiav, Kai Tpo<J>ôv
ttôvtwv Sià toûto àvupvoupÊvrjv, oÙtov paXiaTa tov
Kpôvov tTETroiT)Kèvai TpÉ<)>ouaav, <!>$ toû voû oùaav tô
votjtÔv, ètTEi8r| tw voouvti Tpo<|>r] to vooûpcvév ÈaTiv 10
Karà to Xéyiov. Aèyei yoûv ô (koXéyos •
’Ek ttôvtwv 8è Kpévov NùÇ ETpE<j>£v r)8’ otitoXXev '
etteI Kai eî KOTatrivEi tov Trpô aÙTfjs ô Zeus, àXXà
8i aÙTT)$ Kai tov irap’ oÙtt) * îaws SÈ Kai w8ivci ti voijtov
T) TOÛ IJVWpÉvOU àTTOTEXEÛTT)ai$. ’AXXà TOUTWV pÈv ÔXlS- 15
(68) ~Exo1 $’ °-v Tl$ Kt“ TÂ èvavTia auvqyopEÎv ÛTroOèaci
Xèywv ws pcTa to | ÙTTEpoûaiov ti âv 6eît6 tis êrepov t)
TT|v oùaiav, Kai to T|vwjaÉvov ri âv Xèyoi tis ETEpov rj to ôv
irETrovOôs to ev, ws 4>T]aiv ô Êv ZorfriaTT] ÇÉvos ’EXeÔttjs;
riws 8È où auvaipEpa twv Ôvtwv ttôvtwv Kai twv oùaiwv 20
to ijvwpÉvov, oùaia 8È r, pia Kai to auvaipspa iraawv, ws
ÊXèyopEv ; Aiô Kai Êv ôv, oti rjvwpèvov ' ÊaTi yâp ti Kai
SiaKEKpipÈvov. Eî SÈ ws èvàs Kai ôv, to auvap4>ÔTEpov SÈ
l-2 = CraI., 396 b8-cl || 5-9 = Orphie., fr. 131; 129 || 10-
11= Or. Chald., fr. 17 || 11-12 = Orphie, fr. 129 1)18-19 = Soph.
245a5-6 || 21-22 cf. supra, p. 58.6-14; p. 63.9-19; p. 63.21 64.4.
2 âvw ôpôoav scripsi : àvopôioav A || 8ïjX6ç scripsi : -6v A || 6 tô
Usener (Kern) : ô A || 17 Gèïro] -eî- in ras. A.
l’ensemble des deux est selon une nature unique qui
tient le milieu, néanmoins, parce que l’un s’est abaissé1
et que l’être, en tant que premier, est ce qui possède le
plus le caractère de l’un, en sorte qu’il n’est pas aisé de
distinguer [là] un véhiculant et un véhiculé, ou plutôt
un possédant et un possédé (du fait que partout les
premiers ressemblent au maximum à ceux qui les
précèdent), à cause de cela donc, Platon a appelé
l’ensemble des deux non pas un et être, mais un-être,
pour suggérer l’union inexprimable de l’être unifié à
l’un ; cependant, il a montré qu’ils ne sont pas la même
chose, en disant que l’un des deux participe, tandis que
l’autre est participé.
En outre, dans la première hypothèse [du Parméni-
de], Platon élimine de l’un l’être et il pose l’un sans
l’être jusqu’au moment où il supprime aussi l’un; et, de
même que, dans cette hypothèse, il supprime les deux,
de même, dans la deuxième, il les pose. Par conséquent,
l’un et l’être sont liés l’un à l’autre, tout en étant deux,
et, par mode de symphyse, ils tiennent tellement l’un à
l’autre que rien ne peut entrer [ici] par surprise pour les
séparer; en effet, il n’y a pas encore d’altérité2 ; or, là où
l’altérité a trouvé place, parce que l’union a été relâchée
par la procession, là s’est contredistinguée la substance
par rapport à l’un, comme un véhicule par rapport à un
véhiculé, et celle-ci est devenue le principe des intellec-
tifs3, en tant qu’ils ont l’être dans la distinction. C’est
pourquoi aussi tout ce qui est là est devenu un et
plusieurs, et c’est pour cette raison que, dans cet ordre-
là4, la substance est devenue pure, en se dépouillant de
quelque manière de l’un, et que les plusieurs sont
aussitôt venus à l’être ; auparavant, c’était selon une
manifestation indistincte6 que la pluralité était dans
l’unifié. C’est à cause de cela encore que Jamblique, a
déclaré que l’intelligible demeure dans l’un6, parce qu’il
est unifié par rapport à l’un et se spécifie conformément
K<rrà piav <|>ûaiv rrjv péorjv, àXX’ oti to êv pèv ûrréÇp, tô
Sè ôv Ôte rrpÛTOv évoeiSéaTaTOV, ûart où pçiSiov eîvai
SiaKpiveiv ôxoûv koî ôxoûpevov, pâXXov Sè Êxov Ka*
èxôpevov, Sià to iravraxoû tÔ rrpWTa èoïKcvai ûs
pàXicrra toîç Trpô aÙTÛv, Sià toûto âpa oùx ** Ka‘ °v> 5
àXXà êv ôv to cruvap4>ÔTepov éKÔXeaev, èvSciKVÛpevos ttjv
â4>pa<7Tov êvwaiv toû pvwpévou Ôvtos rrpôs to Êv ’ èrrei
oti oùx **•$ toÙtÔv, èSpXwaev to pèv eîrrwv peréxeiv, to Sè
p€TÉx«rOai.
’AXXà Kai èv tt, rrpÛTT) twv ûrrofiéaews â<|>aip€Î toû èvôs 10
tô eîvai Kaî TiOcTai aveu toû eîvai Tews tô Êv, evra pévToi
Kaî toûto âvaipeî ' ûs Sè èv toutt] Sûo àvaipeî, outw Kaî
èv tt) SeuTÉpçi Sûo TiOcTai. Tô êv âpa Kaî to ôv
auvé^euKTai Sûo ôvra àXXrjXoïs, outw Sè aup<|>uw$ èxCTal
àXXTjXwv, wcttc ppSepiav éx&v ttjv SiaKpivouaav rrap- 15
eiaSuatv ' oûrrw yàp èTepôrrjs ' ôrrou Sè Kai auTT) xûpav
èaX€v> Sià tt)v rrpôoSov tt)S èvûaews xaXaaOeiarjs, Êkeî
àvTiSiwpîaOr] rrpôs to êv t) oùaia ûs ôxppa rrpôs
ôxoûpevov, Kaî àpxT) outt) yéyovev twv voepwv are èv
SiaKpiaei to eîvai èxôvrwv. Âiô Kaî twv èvTaûOa Êkootov 20
yéyovev ev Kai TroXXà, koî Sià toûto èv TpSe tt, tô^ci koî
p oùaia Kaôapà yéyovev yupvwOeîaâ rrp toû èvôs, Kaî rà
TroXXà auToOev urréarr) ' irpoTcpov Sè kotô êp<|>aaiv t^v to
ttXt)0os êv tw rjvwpévw. "OOev koi ô ’lâpgXixos èv tw èvi
péveiv tô vot)tov àirei|>T)vaTO, Ôti pâXXov pvwrai rrpôs 25
6-9 = Parm. 142b3-c7 || 10-12 = Parm. 141 e7-142a 1 || 13
= Parm. 142b3-c7|| 24-p. 94.17 = lambl.. In Parm., fr. 2B
Dillon.
6 ri>- A || 16 ourccü scripsi : outo A || aurr; scripsi : avri) A || 25
rcpdç] -ç s.u. A1.
à l’un plutôt que conformément à l’être. Aussi n’y a-t-il
rien dans l’unifié de distingué, ni substance, ni intelligi-
ble, ni rien d’autre, et l’unifié possède l’être dans le fait
d’être tout par coagrégation; or, c’est là ce qui, en lui,
est le véritable intelligible :
car il est tout, mais selon le mode intelligible
dit l’Oracle. En effet, il rassemble en un seul [intelligi-
ble] toutes nos intellections et il fait de toutes une seule
intellection coagrégée qui est parfaite, indifférenciée, et
réellement unifiée, telle que Jamblique veut que soit
l’intellection de cet intelligible-là. Et si, ailleurs, soit
Platon, soit quelque autre de ces hommes divins,
indique que le sommet des intellectifs1 est la substance,
il n’y a là rien d’étrange, car selon Jamblique également
la substance pure s’est manifestée dans cet ordre-là ; et
ce sommet mtellectif doit être la substance parce qu’il
est intellectif ; c’est dire que la substance est distinguée
en elle-même et étendue au-dessous de l’un, comme une
chose différente d’une autre, selon l’altérité substantiel-
le et unitaire qui se manifeste là-haut.
Tout en ayant l’air de multiplier les arguments qui
s’opposent, nous avons le sentiment que c’est sur un
seul nom que la dispute est engagée. En effet, si nous
appelons substance celle qui est déjà en train de se
distinguer, l’unifié ne saurait être une telle substance,
mais elle est celle qui est après l’unifié, car elle est
devenue un et plusieurs; alors que l’unifié est, comme
on l’a vu2, un-plusieurs en tant qu’unifié. Et si
quelqu’un3 appelle substance ce dernier aussi, d’après
les procédés allusifs déjà mentionnés4, il n’y a rien
d’irrationnel à supposer que, avant la substance qui se
distingue en plusieurs choses à cause de l’altérité, il y a
celle qui est parfaitement unifiée et qui est sans altérité
C’est la raison pour laquelle, l’altérité ne s’étant pas
encore manifestée, l’un n’a pas paru se séparer de l’être,
1. Cf. supra, p. 90.15, n. 4.
2. Cf. supra, p. 39.16-27.
3-4. Voir Notes complémentaires, p. 258.
aÙTÔ Kaî kqt aÙTÔ eîSoitoieîtoi rj kotô tô ôv. ’ApéXei
oùSè SiwpiaTai ti Èv aÙTW, oÙk oùaia, où votjtov, oÙk
âXXo oùSÈv, Èv toutw SÈ Èxei T° clvai, Èv tw rrâvra eîvai
kotô auvaipsaiv ' toûto SÈ aÙTOÛ ÈaTi Kai tô Ôvtws
VOTjTOV 5
ttÔvt’ Èoti y“P> àXXà votjtws, |
<J>pai tô Xôyiov. îuvaY« Y®P 6‘s £v 'n'àaas rjpwv Tas
varjaEis Kai iroieî piav auv£iXr)ppÈvr]v Èk rraawv TravTeXr)
Kai àSiaKpiTOV Kai ws àXrjOws TjvwpÈvrjv vôrjaiv, oîav toû
votjtoû Èkeivou ttjv vôrjaiv slvai PoÙXetoi ô ’làpgXixos. Ei 10
SÈ Èv âXXoïs ÈvSeÎkvutoi oùaiav slvai ttjv aKpÔTqTa twv
vospwv rj ô riXaTwv r) ôanaoûv twv 0£iwv àvSpwv, OÙSÈV
Ôtottov, t] Y**p KaOapà oùaia Kai kotô ’lâpÇXixov Èv tt]8e
âv£<j>âvr] Tf] tÔ£ei ' Eli] 8’ âv auTT] T) vospà aKpÔTT); oùaia
voEpà oùaa, toûto Sè ÈaTiv SiwpiapÉvt] Ka0’ aÙTrjv Kai tw 15
Èvi ÙTTEaTpwpÈvT) ws ÈTÈpa ÈTÈpw kotÔ ttjv Èkeî àva<j>av£Î-
aav oùaiwSr] Kai Èviaiav ÈTspÔTT|Ta.
rioXXà pÈvTOl âvTlXÉYElV SoKOÛVTES ÈoïKapfiV TTEpi
ôvôpaTOS pôvou iroiEÎaOai ttjv Siapax^v. Ei pÈv y*^P
oùaiav KaXoûpsv ttjv tjSt] SiaKpivopÉvrjv, oÙk âv sït) to 20
rjvwpsvov oùaia TOiauTi], àXX’ tjtis Èoti psTa to TjvwpÈ-
vov, sv Kai TroXXà y«vo|1Èvt] ‘ Èksivo Sè ^v ev TroXXà ws
TjvwpÈvov. Ei SÈ Kai toûto kotô Tas EÎprjpÈvas Èv8ei$ei$
oùaiav KaXoî tis, oùSèv rrapâXoYOV UTTOTiOsaGai rrpô TT)$
sis îroXXâ SiaKpivopévrjs Si’ ÈTSpÔTTjTOS oùaias Eîvai tt)v 25
rravTsXws T]vwpévT)v Kai àvETspoiwTOV. Aïo Kai Tfjs
ÈTEpÔTT)TOS pT|Trw ÈK<J>av£iaT]s, oÙk èSoÇe to ev SiiaTaaOai
6-7 = Or. Chald., fr. 21 || 11-12 = Phaedr. 247 c 6-<11.
6 nàvra A II 16 -<âç A || 27 êv coni. Ruelle : 8v A.
mais reste pour ainsi dire fusionné avec lui ; et voilà la
médiation cherchée de l’un et de l’être, la symphyse des
deux.
Peut-être les plusieurs tiennent-ils le milieu entre l’un
et l’être unifié, car ils sont encore l’un sans être encore
l’unifié, mais ils sont les plusieurs comme étant encore
l’un, et ils sont ce qui s’unifie, si l’on peut vraiment le
dire, en tant que cela participe de l’un, puisqu’ils sont
plusieurs par la propriété ; tandis que l’unifié est
intermédiaire entre l’un, de quelque façon qu’on le dise,
et la substance déterminée.
Ou plutôt, au lieu de tout cela, voici ce qu’il faut dire
selon la vérité la plus exacte : l’un dit suprasubstantiel
n’est en réalité ni l’être ni l’un, à savoir l'un qui se
contredistingue de l’être comme un véhiculé d’un
véhicule, ou, en un mot, l’un qui se contredistingue; il
n’est pas non plus ce que sont les deux ensemble, et
dont quelqu’un1 dit qu’il est et un et être, mais il est ce
qui est antérieur aux deux, à savoir l’ensemble des deux
contemplé dans une unique simplicité ; et, tout comme
celui-ci [l’un suprasubstantiel] est un, celui-là [l’un-être]
est unifié, n’étant ni l’un <ni l’être > unifiés, mais
l’unifié antérieur aux deux, comme l’autre [l’un supra-
substantiel] est un. Car de même que ce dernier
commande à l’un et à l’être, puisqu’il anticipe l’un et
l’autre, en tant qu’il est simple, de même aussi l’unifié
anticipe le caractère unifié des deux, l’un par rapport à
l’autre, ainsi que leur caractère symphysaire, et il
commande à l’un et à l’être, en tant qu’il est antérieur
aux deux, et qu’il est l’union concrète des deux. Ainsi
donc, l’un antérieur aux deux est les deux selon ce qu’il
y a de plus simple, lui qui est aussi le pur suprasubstan-
tiel, tandis que l’unifié antérieur à l’un et à l’autre est
les deux, selon le caractère symphysaire des deux qui
est au-dessus des deux ; et, après cet un et cet unifié,
vient en troisième lieu la symphyse des deux, en tant
1. Ghjcrtv tiç : formule précieuse, pour signifier un auteur bien
connu. Ici, il s'agit, sans doute de Platon lui-même, Parm., 142e 1.
toû Ôvtos, àXX’ oîov npôs aÙTO auyKCxûcrBai ' Kai auTp
éoTÎv p ÇpTOupévp pcoôrps tou évôs Kai toû Ôvtos, p
crûp4>ucris toÎv fiuoîv.
MpnoTC fié toû pév évôs Kai toû pvwpévou Ôvtos tô
noXXà év péaw, cv pév ôvra cti, oûnw fié pvwpévov, àXXà
noXXà ws cv cti, Kai évoûpcvov, cîncp âpa, ws pcTC^ov
toû évôs, Ka0’ ôaov noXXà Tp iôiÔTpTi, toû fié ônws âv
XéyoïTO évôs Kai Tps fiiwptopévps oùaias to pvwpévov
pCTa£û.
MâXXov fié àvri toutwv nàvTwv Ôkcîvo ppTeov kotô to
âXpOéoTaTOV, ws tô pév ûncpoûaiov év Xcyôpcvov outc ôv
éaTiv outc év kotô àXpOciav tô àvTifiiaipoùpcvov tw Ôvti
ws ôxppaTi ôxoùpcvov p ôXws àvTifiiaipoùpcvov, oùfi’ ô-
ncp âp<|>w, Kai ô <|>paiv tis cîvai Kai cv Kai ôv, àXXà tô
npô àp4>oîv év piçi to auvap<J>ÔTCpov ànXÔTpTi Ocwpoùpc-
vov ' oîov fié toûto cv, toioûtov pvwpévov CKCIVO, OUTC cv
<où re ôv> pvwpévov, àXXà to npô àp4>oîv pvwpévov, ws
éKCÎvo cv. 'fis yàp toûto pycrrai CKaTCpou, npociXp<f>ôs
éKÔTCpov r) ânXoûv, TauTp Kai to pvwpévov npociXp<|>cv
tô pvwpélvov aÙTWv npôs âXXpXa Kai aupnc«|>UKÔs, Kai
pycÎTai toû tc évôs Kai toû Ôvtos, ws npô àp<j>oîv pév,
cvwpa fié àp<|>oîv. OÙkoûv tô pév npô àp<|>oîv cv âp<|>w
Karà to ànXoûoTaTOV, ô Kaî ànXws ùncpoùaiov, to fié
npô éKaTépou pvwpévov âp<|>w kotÔ tô aupnc<|>uKÔs
àp4>oîv ûnép âp<|>w ' pcTÔ fi’ ouv Taûra TpiTov p aûp^tuais
5
10
14 = Parm. 142 e 1.
1 aÙTè BC : aÙTd A || 2 r|4 ] scr. ij? || 6 âpa] -pa in spat. 1 litt. A1 ||
7 &v scripsi : ëv A || 13-14 où8’ &rcp scripsi : àXX’ ûnep A || 15 èv
scripsi : êv (sequente puncto) A || 17 oure ôv add. Combès || 25 peTà
8’ ouv Kroll : pcraSouvai A.
qu’ils sont différents; c’est pourquoi l’altérité aussi se
manifeste avec eux. Et, en-haut, il y a les deux, mais
selon l’unifié antérieur aux deux, tandis qu’au plus haut
se trouve <ce qui est> au-dessus des deux, mais selon
l’un; c’est pourquoi Platon après l’un-être a distingué
l’un de l’autre la substance et l’un, déjà par une
certaine altérité.
L’intermédiaire donc n’est ni un ni être, mais un-être
en tant que tous les deux sont une nature unique,
anticipatrice, selon l’unifié, de l’un et de l’être qui
en-bas se distinguent1. Que l’on ne dise donc pas que
cette médiation est purement et simplement substance,
ni purement et simplement un, mais elle est, ou bien
la médiation des deux, que, par rapport à chacun des
deux, on imagine être l’autre, ou bien elle est à la fois
l’un comme être et l’être comme un, ou bien l’ensemble
des deux, à savoir un-être, selon ce genre de mélange
antérieur aux mélangés issus de la distinction, de sorte
qu’elle est à la fois et substance et un. En tant que
un, cependant, nous n’avons pas de nom pour la dire,
à moins de la dire l’unifié-un2, parce que par ce nom-là
l’un se manifeste en même temps que l’unifié qui est,
comme on l’a vu3, une manifestation indistincte de
l’être ; mais ni l’un n’est dans l’unifié selon la participa-
tion, ni l’être n’est en lui selon la subsistence, car il n’y
a pas encore [là] d’être, ni non plus d’un. En effet, ce
qui est antérieur à l’unifié, comme nous l’avons vu4,
n’est ni l’un ni l’autre, mais c’est l’ensemble même des
deux selon une unique simplicité porteuse des deux ;
c’est pourquoi, après lui et de lui, chacun des deux a
procédé, l’un et l’être à part, celui-là allant devant,
celui-ci venant à sa suite, en se séparant de quelque
façon l’un de l’autre par l’altérité, de la même façon
1. Dans ce passage, jusqu’à la p. 97.7, apparaît parfaitement
élaborée la doctrine de la médiation constitutive de l’un-être,
annoncée plus haut, cf. p. 89.15ss, n. 1.
2. «L’unifié-un» : cf. supra, p. 55.15.
3. Cf. supra, p. 70.4-10.
4. Cf. ci-dessus, p. 95.10-13.
ws ÈTÈpwv, Siô Kaî r] ÈTcpÔTTjs auvava«|*aivcTai. ”Avw SÈ tô
Sûo p€V, àXXà KOTQ TO TTpÔ àp<|>OÎV TJVWpÈvOV, àvWTOTW SÈ
<tô> ûirÈp âp<|>w pév, àXXà kotÔ tÔ êv • Siôrrcp ô ÎIXÔtwv
pCTa to êv ôv SiÈKpivcv oùaiav Kai cv air’ àXXrjXwv î]8t)
Slâ TIVOS €TCpÔTr]TOS. 5
(69) Tô âpa pcaov outc cv outc ôv, àXX’ êv ôv ws pia <|>ûais
âp4>CÜ TTpOClXT]<f>uîa KOTÔ to rjvwpévov Ta kÔtw SiaKpivô-
pcva. Mtjtc oûv oùaiav âirXws XeyÈTW tis eîvai ttjv peaô-
TT]Ta TaÛTT]V, pT)TC CV ÔttXwS, ÔXX’ T]TOl peaÔTTJTO àp4>OÎv
rrpôs CKaTCpov 4>avTa£opévT]v eîvai to CTCpov, r, êv ws ôv 10
âpa Kaî ôv ws êv, t) tô auvap<|>ÔTepov êv ôv kotô ttjv oîov
Kpâaiv ttjv irpô twv Kipvapévwv Èk SiaKpiacws, waTC Kaî
oùaiav eîvai âpa Kaî cv. ils SÈ êv citrciv ôvopa ouk
cxopcv, ttXt)v cî tis ^vwpcvov cÏttoi êv, auvcK<|>aivopcvou
twSc toû cvôs Kai toû Tjvwpévou, oircp êp<|>aais ^v toû 15
Ôvtos ‘ àXX’ outc to êv Èv toutw kotô péOc^iv outc to ôv
KaO” ÛTrapÇiv, outtw yàp ôv oùSÈ êv. Tô yàp Trpô toû
rjvwpÈvou oùSÈTcpov t^v, oÙto Sè auvap4>6Tcpov KOTO piav
âTrXôrqTa àp<|>oîv oiaTiKTjv ’ Siô pCT* aùro irpOT^XOcv Kai
air aÙToû ÈKaTcpov, to tc êv îSiç Kai to ôv, to pÈv 20
rjyoûpcvov, to Sè CTrôpevov, Si’ ÈTCpÔTT]TOS arr’ àXX-r|Xwv
3-5 = Parm. 143 a 4- b 8.
3 -ri1 addidi || 11 -rijv Ruelle : t6 A || 14 cïnoi C : -ei A || 15 toû
évi>ç] fort. tc5 èvi || 20 tô1 s.u. A1.
qu’à partir de l’intellect démiurgique, qui est toutes
choses ensemble, procèdent tout le corporel, l’âme qui
surmonte le corporel, et encore l’intellect qui chevauche
l’âme. Or, si ces trois réalités sont, selon la cause, dans
le démiurge, pourquoi l’un et l’être ne seraient-ils pas
aussi dans l’unifié, non selon des causes déterminées (car
il n’y a pas encore là-haut de détermination), mais selon
l’unique et véritable subsistence de l’unifié, comme
cause des deux?
[8. Économie de l’unifié]
Ainsi donc, pour résumer, j’estimerai d'abord que ce
qui a été dit un par allusion n’est même pas un, en
vérité ; ensuite, que ce qui, venant après lui, a été dit
plusieurs, par allusion, est une médiation et comme une
progression1 de cet un vers l’unifié, et comme une
dégression du premier principe vers l’hypostase du
troisième ; enfin, que le sommet de l’unifié2 est ce
troisième principe, qui est l’unifié de tout l’unifié. Après
le troisième principe, en effet, vient ce qui, appartenant
à l’unifié, est en train de se différencier et manifeste
vaguement le tout et les parties en tant qu’unifiés, c’est,
pourrait-on dire, une gestation de la distinction de
l’unifié et comme une préparation de cette distinction.
Après cette médiation, il y a la base de l’intelligible3, et
ce qui, appartenant à la nature unifiée, est enfin
différencié ; c’est pourquoi même les choses qui, là-haut,
se sont séparées de quelque façon que ce soit, même
celles-là sont unifiées, parce qu’en aucune de leurs
divisions ne font défaut ni l’un, ni l’être, comme le dit le
Parménide de Platon. Et c’est ainsi qu’il faut considérer
1. Rpo7to8«j[xôi;. Cf. supra, n. 6 de la p. 90.20.
2. Le sommet de l'unifié correspond à Parm., 142 b 5-c 7
( = chez Proclus, la première triade intelligible).
3. La médiation de l’unifié correspond à Parm., 142c 7-d 9
( = chez Proclus, la deuxième triade intelligible). La base de
l’intelligible (ou de l’unifié) correspond à Parm., 142d 9-143a 3
( = chez Proclus, la troisième triade intelligible).
SiacrrcivTa irr], ws yc àrrô toû SrjpioupyiKOÛ voû TrâvTa
ôvtos ôpoû rrpôciaiv tô tc owpaTOCiSès arrav Kai r] ipuxiî
toutw CTroxoupÉvT), Kaî CTi toutt) ô voûs èmÇaivwv. Ei 8è
kot aiTiav cv tw 8-qpioupyw Ta Tpia, ri oùxi Kai cv tw
^vwpèvw to cv Kai tô ôv, où Siwpiapèvais aÎTÎats (oûrrw 5
yàp ckcî 8iopiapô$), àXXà Karà piav àp<j>oîv aiTiwSr) toû
rjvwpèvou ws àXt)6ws ûrrap^iv;
"Dore auvcXwv àÇiwaw to pèv Karà èv8ci£iv cv eîpiqpè-
vov oùSè êv eîvai tt| àXrjOeiç, tô 8è pcT* ckcîvo TroXXà
prjOévTa kotô êvSciÇiv pcaÔTTjTa eîvai Kai oîov irporroSia- 10
pèv CKcivou irpôs to ^vwpévov Kai ü^tcaiv tt)$ rrpWTT]S
àpxns CS TT)v TT]S TpiTT]S UTTOCTaCTlV, TO 8è OKpOV TOÛ
TjvWpCVOU TT)V TpiTTJV eîvai TaUTTjV àpx^V, TO TJVWpévOV |
ouaav toû iravTOS qvwpévou. MctÔ yàp aÙT?]v to
SiaKpivôpcvov auToû Kai ôXou Kaî pcpwv w$ ^vwpcvou 15
cp4>aTiKÔv, ws cï tis wSîva 4>air) tt)$ toû ^vwpcvou
SiaKpiacws Kai oîov TrapaaKCuTjv aÙTT)S- MctÔ Sè ttjv
peoÔTTjTa touttjv pàais caTÎv toû votjtoÛ Kai tô
SiaKCKpipévov Trjs Tjvwpévrjs <|>ûacws ' 8iô Kai Ta ôrrwaoûv
ckcî SiacrràvTa ^vwpéva Kai CKCÎvâ ècnv, ouk àrroXciTro- 20
pévou KÜT oùSèv TWV TpTfpaTWV OUTC TOÛ CVOS OUTC TOÛ
ôvtos, ws ifrqaiv ô ÎIXaTWVos riappcvi8r)S- Kai outw
15 cf. Parm. 142c7-d9 || 21-22 = Parm. 142d9-e2.
1 £>ç ye. scripsi : ware A.
l’intellect intelligible comme différencié selon le mode
intelligible, c’est-à-dire différencié en unifiés, non pas
sans doute en formes, à moins qu’on ne regarde ces
unions concrètes comme les paradigmes des paradigmes
spécifiés. Sur ce point, donc, on doit supposer qu’il en
est ainsi.
Or que Platon aussi préfère clairement cette hypothè-
se qui pose que le premier n’est ni l’un ni l’être, que le
deuxième est l’ensemble des deux selon l’unifié et que le
troisième est l’un et l’autre, il l’a montré en niant du
premier et l’être et l’un, en contractant dans le moyen
l’un-être, et en séparant après cela l’un et l’être
accompagnés de l’altérité séparatrice, quels que soient
son mode d’action et sa nature1. Car nous pourrions
ainsi échapper, bien qu’avec peine, à l’ancienne aporie2 ;
en effet, le premier être, celui que nous estimions être
aussi parfaitement unifié, comment pourrait-on le
ranger comme substance antérieurement à la vie et à
l’intellect, puisque là-haut il n’y a aucune distinction,
quoique la vie soit distinguée de l’intellect, et la
substance de la vie ? Comment donc pourrait-il y avoir
distinction, puisqu’il n’y a pas [là] d’altérité? Et
comment le tout premier unifié pourrait-il être distin-
gué d’un autre? En conséquence, il est clair que la
substance, en tant que seulement substance par rapport
à la vie considérée sous ce seul caractère qui est celui de
la vie, s’est manifestée accompagnée d’une certaine
altérité, tandis que le véritable unifié n’est encore ni
vie, ni intellect, ni substance (si ce n’est que les
philosophes quelquefois disent aussi cela, selon une
certaine analogie ou quelque manifestation in causa)3;
mais le véritable unifié est tout de manière indifféren-
ciée et selon sa transcendance unifiée antérieurement à
tout. C’est pourquoi l’unifié n’est contredistingué de
rien, en tant qu’il est l’être-tout4 de ce qui est distingué
sous forme de parties5 dans nos propres conceptions.
1. Pour oloç Srj = ôttoîoç 8tj, voir LS.J, s.v. oloq VI.
2-5. Voir Noies complémentaires, p. 258-259.
0e<opr)TÉov tov votjtov voûv, SiaKEKpipÈvov vot)tÛs, o
Ècttiv sis TjvwpÉva, où prjv cis eiSt), ttXtjv eî pî) Ta èvûpara
napaSeiypaTa ttoioî tûv eîStjtikÛv TrapaSeiypâTütv. Toû-
to pèv OUV ÛSc ÈXeiv ÙtTOVOTJTÉov.
"Oti 8è aa<j>ûs Kai ô FIXaTiov Taûnjv àyarrç tt)v 5
ÙttÔOectiv, T) to pèv rrpÛTOv oùSÉTcpov eivai tiOetoi, to Sè
SeuTepov CTuvap<j>ÔTepov kotô to pvwpévov, to Sè TpiTov
èKaTepov, èSrjXiüCTev àiro«|>r)cras pèv toû rrpÛTOu Kai to ôv
Kaî to êv, CTuveXûv Sè èv tû péaw to êv ôv, SiaoT'qaas Sè
èiri toÙtois to êv Kai to ôv perà ttjs 8iicttÛctt]S ÔttcoctoÛv 10
Kaî oïaç 8r) èTcpôrqTOS- ’Eirei Kai rrjv rraXaiàv àiropîav
pôXis âv outws ÈK<J><jyoipev ' ttûs yàp 8t) to TrpÛTÔv ye
ôv, ô Sr) Kai pvwpévov rjÇioûpev eivai teXews, irpoTa^sisv
âv tis ûs oùaiav Çwqs Kai voû, pijScvàs Ôvtos ekeî
Siopiapoû, koÎtoi SiupiCTpévrjs à/iro voû pèv tt)s Çœfjs, 15
àrrô ^lorjs Sè rfjs oùaias ; Dûs âv ouv eit) Siopiapôs,
èTepoTTjTÔs ye pT) oÛcttjs Kai tô ttÔvtt) rrpÛTOv pvwpévov
rrûs âv SiiüpiCTpévov eit) irpôs êrepov ; "Dote 4>avepôv oti t]
pèv oùoia ûs pôvT] oùaia irpôs tt|v Çiütjv ûs toutiü pôvu
CTUvôecjpoupÈvrjv tû tt)S 5<vtîs iSiûpaTi psTa tivos Ètc- 20
PÔtt]tos irÉ<|n)vev, to Sè ûs àXr)0ûs ’qvwpèvov oute
ttu oute voûs oute oùaia (ttXt]V eî prj kotô àvaXoyiav
Tivà t] kotÙ Êp<|>amv aÎTiûSq ÈviÔte Kai toûto Xéyouaiv oi
<)>iXôoo<f>oi), àXXà iràvra àSiopîoTios Kai kotÔ tt)v Trpô
TràvTiov ^vwpèvqv ÛTrep|oxr)v. Aiô rrpôs oùSèv àvTiSiaKÉ- 25
KpiTai to T)va>pévov, û$ iravra ôv tÛv èv pèpst Siwpicrpèvcüv
8-\) = Parm. 141el2-142al || 9 = Parm. 142d4 || 9-11
= Parm. 143 b 1-8.
17 |rrj — oûaTjç A || Tjvcopiéwv] -o- in ras. A* || 26 <üç] <o ex corr.
A* Il ÔV TtüV Kopp : OVTtOV A.
Voilà donc ce qu’il faut penser, dans la mesure du
possible, de l’unifié antérieur à l’un et à la substance.
Or, si dans ce qui précède1 nous posions le troisième
principe comme unifié selon l’être et si nous faisions
l’être double, le substantiel et l’unitaire, maintenant du
moins, en repliant les deux dans l’un antérieur à tous les
deux2 et en rangeant les deux, en tant que distingués,
plus bas que l’intelligible, nous avons pensé dire des
choses qui s’accordent avec l’opinion de Platon, et nous
avons consacré à l’intelligible, qui est complètement
unifié et qui, d’après Jamblique, est ramassé autour du
bien3, les plus saintes de nos pensées. De plus, nous
transposerons aisément ce qui a été alors conclu à ce qui
vient d’être le résultat de nos réflexions ; car tout ce que
nous disions [plus haut]4 avait pour objet le premier
mixte ; or le premier mixte, dans nos dernières explica-
tions, vient justement de nous apparaître comme ce
qui, antérieurement à l’un et à l’être, est pour ainsi dire
l’ensemble des deux.
1-3. Voir Notes complémentaires, p. 259.
4. Comme à la note I de cette page.
èv Taîs ^pcTÉpais èvvoiais. Flcpi pèv oûv toû T]vwpèvou
Trpô èvôç Kai oùaias TaÛTa XP1! èvvoeîv Karà to Suvotov.
Ei 8è èv toÎs Trpéaôev ttjv TpiTT)v àpxr)v ws ^vwpévrjv
Karà to ôv èriôepev Kai toûto Sittov èrroioûpev, to pev
oùaiwSes, tô Sè èviaîov, àXXà vûv ei$ tÔ ev rrpô àp<|>oîv Ta 5
Sûo aupn-TÛ^avTes Kai KaTWTepw toû voijtoû tÔ Siwpiapè-
va Sûo TCL^avres, tw tc flXàTWVi aûp<J>wva Xéyeiv
èSôÇapev Kai tw votjtw Kai TràvTT) Tjvwpèvw Kai irepi
Tayaôôv auveaTreipapèvw kotô tov ’lâpêXiyov Ta aepvô-
Tara twv voT)paTWV àvaTcOeÎKapcv. Kai cti pévTOi Ta totc 10
auXXoyiâOèvTa paSiwç èiri Ta vûv SeSoypèva pcToiaopcv '
TrâvTa yàp ^v Xeyôpeva èKeîva irepi toû rrpwTOu piKToû ’
TTpWTOv Sè piKTOv èv toÎs vûv Srj Trè<J>T]ve Xôyoïs to irpô
toû èvôs Kai toû Ôvtos oîov auvap<)>ÔT£pov.
10 vor)(xàT<üv] -pà- in ras. A.
[Quatrième partie. De l’unifié comme intelligible]
Puis donc que, sous la conduite du raisonnement,
nous sommes remontés de façon naturelle jusqu’au
sommet le plus vénérable et le plus unifié de l’hypostase
des intelligibles1, laquelle se divise de quelque manière
que ce soit, eh bien, cherchons maintenant comment
nous pouvons parler, à bon droit, de son caractère
intelligible.
[1. Première section : De l’unifié et de la connaissance]
[1.1. L’unifié est-il inconnaissable ou connaissable?]
Que ce haut principe ne soit compréhensible ni par
une opinion, ni par un raisonnement, ni par l’intellect
psychique, ni par une intellection accompagnée de
définition2, et qu’il ne soit même pas saisissable par le
regard panoramique3 parfait de l’intellect ni par la fleur
de l’intellect4, qu’il ne soit pas connaissable du tout, ni
par une intuition, ni selon un appui8 déterminé, ni selon
une vue d’ensemble, ni d’aucune façon semblable, il
faut en convenir avec le très grand Jamblique qui en
juge ainsi6. Cependant, il nous faut d’abord demander à
Jamblique si nous devons dire que ce principe est
connaissable et si c’est là son caractère intelligible que
d’être capable de combler l’intellection (celle assuré-
ment qui est unifiée et qui, antérieurement à tout objet
de nos pensées7, se pose comme fondement dans une
simplicité intelligible unique), ou bien si nous devons
dire que ce principe est inconnaissable en tant qu’il est
1. Gf. supra, p. 3.7, n. 4.
2-7. Voir Noies complémentaires, p. 259-260.
(70) ’EiteÎ ouv tû XÔyw èm<rn,ûpcvoi kotÔ <j>ûcnv àvaêeÇr)-
KapEV èiri tt|v aEpvoTÔrqv Kai paXiara T)vwpèvr]v Kopu-
4>r)v ttjs Ôttcüç 8t)ttote Siaipoupèvrjç tûv TrpaYpÔTWV
uttootooews, 4>èps vûv to votjtov oÙtt|$ ottwç XÉYopsv èv
SlKT) £t)TT|CTW|1EV. 5
"Oti pèv toÎvuv outc 8Ô$t] outc Siavoîç outc vû tû
ipuxiKÛ outc voTjaci pETÔ Xôyou ttepiXt)tttÔv, àXX’ oùSè
tt) toû voû ttovteXeî TTEpiwirf) outc tû àvfiei toû voû
aipcTÔv, outc èm£oXf] ôXw$ outc kotô èirépeiCTiv wpicr-
|1ÉVT)V OUTC KOTO TTepîXt)lplV OUTE Tivà TOIOÛTOV TpÔTTOV 10
ekeîvo yvuxrrôv, auYXuPnTÉov toûto ô^ioûvti tû peyciXa)
’lapgXix<ü. ripÛTOv 8è oÙtov èpcüTT)Tèov irÔTepov aura
Yvuotov eîvai «frqaopcv, Kai toûto oÙtoû eîvai to vot)tov,
TO VOT)OE<i>$ àTrOTrXT)pCl)TlKÔv, TT]s pEVTOl T)v<l>pÉVT]$ KOI
irpè ttÔvtwv tûv t èvvor|aewv f èv piç ÔttXÔttjti vot)tt) 15
TTpoÛTTOTl0€|xèvT)$, T) QYVWCTTOV pèv OTE TT] ÔTTOppT)TW
e,-7 = Tim. 28 a 1-2 II 8 cf. Polit. 272 e 4-5 || 8 = Or. Chald.,
fr. 1.1.
2 rçvcüp.évrçv D : ^vcüpévôv A || 6 Siàvoiai A || 15 fort. éwoigpiàTcüv
(rcaacüv coni. Kopp) uel èv vorjcremv.
coagulé, comme il le dit, auprès du principe ineffable et
du bien1, tandis qu’il est ce qui comble l’intellect et
l’engendre, ayant le rang du bien par rapport à lui et
voulant être ce qui excite le désir de l’intellect, et de
l’intellect, non pas en tant qu’il intellige, mais en tant
qu’il est2. Cet homme célèbre paraît en effet se porter
vers l’une et l’autre opinion3, ou plutôt nous fait nous y
porter nous-mêmes qui nous divisons au sujet de
l’intellection unique de ce principe ; et le raisonnement,
si on le met suffisamment à l’épreuve, sera grandement
tiraillé dans les deux sens.
[1.2. Arguments contre la cognoscibilité de l’unifié]
En premier lieu, nous disons que l’être est connaissa-
ble, tandis que ce principe est au-dessus de l’être et de
l’un qui est contredistingué de l’être, car il s’établit
<selon> l’unifié que nous posons, comme on l’a vu4,
antérieurement aux deux. Il n’est donc pas connaissable
du tout, du fait qu’il n’est pas simplement être.
De plus, si ce qui est avant la substance était
connaissable, la substance aussi devrait être de quelque
façon apte à connaître pour pouvoir se convertir avec
connaissance vers le connaissable. Mais troisième à
partir de la substance est ce qui est apte à connaître et
[qui est] l’intellect, tandis que la vie est au milieu des
deux, ayant, elle aussi, quelque connaissance de la
substance, en tant qu’elle a quelque chose d’intellectif,
outre l’intelligible, et qu'elle est après l’intelligible; ou
bien, on doit estimer que même la substance a quelque
aptitude à connaître, du fait qu’elle s’est écartée de
l’intelligible, s’il est vrai que l’unifié est l’intelligible.
Par suite, la connaissance de l’intellect est apte à se
convertir à travers la vie vers la substance; car c’est à
la substance que se réfère l’intellect, et non pas à
l’unifié, et l’intellect n’est pas non plus dans l’unifié5.
I. Cf. ci-dessus, p. 99.8-9.
2-5. Voir Notes complémentaires, p. 260.
àpxf) «al Tàyaôw, ws 4>t)ctiv, TrepiTreTTT)YÔs, ànoirXrjpwTi-
kov 8è toû voû Kaî ycvvt)|tikÔv, èv TàyaOoû poipç irpôs
oÙtov TeTaypèvov, Kaî to toû voû ôpcKTÔv eîvai 0ouX6pe-
vov, voû Sè oùx ws vooÛvtoç, àXX’ ws Ôvtos- "0 Te Y^-P
àvT|p outos è<|>’ CKaTcpa Sokcî 4>épea0ai, pâXXov Sè ^pâs 5
4>èpeo6ai TTOieî irepi ttjv piav aÙToû vôïjaiv pepiÇopèvous,
Kaî ô XÔyos» «î peTpia PaaaviaOeir), ttoXXtjv ê£ei
irepioXKrjv irpès éKÔTepov.
Autiko yvwcttÔv eîvai <|>apcv to ye ôv, eKeîvo Sè ûirèp tô
ôv Kaî tô èv ô tw ôvti àvriSiwpurrai, <Karà> tô rçvwpèvov 10
îarâpevov, ô rrpô àp4>oîv èriOepev ' ouk âpa yvaarov
ôXws, oti prjSè ôv àirXws-
’Eti ei yvwotÔv tô irpà oùaias, yvwotik1Î âv cîr) ïtws
Kaî r] oùaia, îva perà Yv“CTetüS èrriarpèifir] rrpôs to
yvwaTÔv. ’AXXà TpiTOv àïrô rqs oùaias to yvwotikov Kai 15
ô voû$, péar] Sè àp<J>oîv t] Çwr), Kai aÙTT) ïtws yiYv“_
aKouaa ttjv oùaiav, ws voepôv ti èxouca irpôs tw voï)TW
Kaî ouaa perà to votjtov ' rj Kaî tt|v oùaiav à^iWTcov
éx«v ti YVwaTiKÔv ws èK^âaav àïrô toû votjtoÛ, eïirep
voï)tÔv to rjvwpèvov. ’H yv<*)ctiS âpa toû voû Sià £wt)s 20
èTTiaTpé<j>ea6ai Tré<J>uKe Trpôs oùaiav ’ èKeivqs Y**P èaTiv
vous, àXX’ où toû rjvwpèvou, oùS’ èv tw ^vwpèvw.
10 êv scripsi : 8v A || S rc5 B : 6tcoi A || xaïà addidi |] 19 <üç] -ç s.u.
A1 || 22 èv toi ^v&>pèvç> scripsi : èvToijvoipÉvov et mg. uirg. cens. A (êv
TO rjvcqjiévov B ex corr., C ex corr.).
Troisièmement donc, si l'unifié est intelligible, en
tant que connaissable par l’intellect intelligible, il sera
intelligible antérieurement à toute autre chose. Par
suite, l’intellect intelligible connaîtra l’unifié qui est
avant lui ; donc il ne sera pas lui-même unifié ; car la
connaissance est un acte distinct de la substance,
quoiqu’il accompagne la substance. D’une façon généra-
le, le connaissant est par rapport au connu dans une
grande distinction, et il ne saurait s’en produire une
aussi grande dans l’unifié. En effet, l’intellect, qui s’est
éloigné de la substance, aime à retourner vers elle par la
connaissance ; mais alors l’unifié, s’il est connu, ne sera
pas seulement unifié, il sera encore connaissable; par
conséquent, il ne saurait être unifié, et le connaissable
en lui serait distingué. Si enfin il n’cst pas de soi-même
connaissable et si le connaissable en lui esl aussi
indifférencié avec les autres choses, de soi-même il ne
sera pas connu, mais le contact avec lui et la conversion
ne seront qu'union1.
En outre, il y a de nombreuses conversions, et les
premières sont au nombre de trois : selon la substance,
selon la vie, selon la connaissance2; cette dernière
produit le connaissant, celle qui est intermédiaire
produit le vivant, la première produit le substantialisé
et ce qui supporte d’être connaissable. Or, l’unifié est
avant toutes ces choses, par conséquent il n’aura pas de
conversion, ni celle du connaissant, ni celle du connais-
sable, ni celle qui est intermédiaire. Peut-être, il n’est
pas dans la nature de l’unifié de se convertir, car il n’est
même pas dans sa nature de procéder; et toute
conversion est le fait de ce qui procède et elle vient
après une procession ; tandis que l’unifié se comporte
d’une manière tellement indifférenciée qu’il est et avant
la substance et avant l’un, cet un qui précède la
substance.
1. Cf. un passage analogue relatif à la connaissance de l'un,
supra, vol. I, p. 72.16-p. 73.12.
2. Voir Noies complémentaires, p. 260.
Tpi-rov toivuv ei votjtÔv èaTi to ^vwpèvov ws yvwaTÔv
tw votjtw vw, Trpo iravros ëoTai èrèpou votjtÔv. 'O âpa
votjtos vous yvwaeTai to ïrpô aÙTOÛ rjvwpèvov’ ouk âpa
auTos ëoTai rjvwpévos • t, yàp yvwais èvépyciâ èan
Siwpiapévr] àrrô oùaias, ci Kai tt) oùaiç. aùvSpopos- Kai 5
ôXws èv ttoXXw Siopiapw to yiyvwaKOv rrpôs to yiyvwa-
KÔpcvov, Kai ôao$ ouk âv yévoiTÔ tis èv tw rjvwpévw. '0
yoûv vous àrroaTàs ttjs oùaias ayanç. 8ià yvwacws
èrravcXOeîv eis oùaiav ’ àXXà 8r) to ^vwpévov ci yiyvwa-
koito, oùk carat pôvov rjvwpévov, àXXà Kai yvwaTÔv ’ ouk 10
âpa rjvwpévov eïr), Kai to yvwaTÔv èv aùrû eïr) Siwpiapc-
vov. Ei 8è pr) eïr) yvwaTÔv aÙTÔOcv, àXXà Kai to yvwaTÔv
êx°i peTa twv âXXwv àSiÔKpiTov, où yvwaOrjaeTai aÙTÔ-
Ocv, àXX’ êvwais ëaTai pôvr] r] Trpôs aÙTÔ auva<jrq tc Kai
èmaTpo«|>r). 15
“Eti iroXXai eiaiv ai èmaTpo<|>ai, Kai Tpeîs yc ai
TrpWTai, Kar oùaiav, kotô £wt)v, kotÙ yvwaiv' Kai aÛTt]
pèv rroicî tô yiyvwaKOV, 8è pèoT) to ^wv, tj 8è TrpWTTj to
oùaiwpèvov Kai ô yvwaTÔv eîvai ûrropèvei. Tô 8è ^vwpèvov
irpo ttÔvtwv toÙtwv, outc âpa yvwaTiKTjv e£ei èTriaTpo4>T)v 20
outc yvwa-rqv ouTe ttjv pèar]v. Kai pr)TTOT€ oùSè rrè<|>UKCv
to ^vwpèvov èTTiaTpé<|>ea0ai, oùSè yàp | irpoïévai ' rrâaa
8è èiriaTpocJnr) toû Trpoïôvros èaTiv Kai perà TrpôoSov' to
8è outws êxei àSiaKpiTWS, wotc Kai Trpà oùaias eîvai Kai
ïrpô èvô$, toû ye ïrpô oùaias èvôs. 25
25 rrpi oùalaç A1 : npoïovnaç A, et mg. A1.
Outre tous ces arguments, la connaissance veut
circonscrire et embrasser le connaissable ; or, tout ce qui
est circonscrit est forme ; mais l’unifié est incirconscrit,
donc il est parfaitement inconnaissable.
[1.3. Arguments pour la cognoscibililé de l’unifié]
Néanmoins, même si l’on pose que l’unifié est
inconnaissable, le raisonnement rencontre une difficul-
té. Déjà, en effet, même nous, nous paraissons de
quelque façon conjecturer que l’unifié est antérieur à la
substance et à l’un qui précède la substance, [et qu’il
est] l’ensemble des deux antérieur aux deux ; mais si
nous ne le connaissons pas encore, du moins l’intellect
divin sait-il certainement ce qu’enlin l’unifié veut être
dans une nature unique, antérieure à la substance et à
l’un.
Ensuite, tout comme l’unifié est avant la substance et
l’un, ainsi avant la connaissance unitaire et la substan-
tielle doit se trouver celle qui aurait pu être appelée la
connaissance pure, car elle est avant les deux selon une
nature unique qui est l’unifiée. Et, puisque la vie est de
deux sortes, substantielle et unitaire, il doit y avoir
aussi la vie qui, antérieurement aux deux, est la vie
pure, de même qu’il y a la pure venue à l’être1; or, rien
n’empêche de dire que l’ensemble des deux2, pris selon
un autre signifié, est aussi substance. Disons qu’il est
pure venue à l’être, et pareillement substance pure,
celle qui est selon le sommet de l’unifié, de même qu’il
est, selon le milieu, la vie qui a été dite la vie unifiée, et
selon le troisième ordre, la connaissance qui a été dite la
connaissance unifiée. Voilà la vraie connaissance intelli-
gible, la vraie vie intelligible, et la vraie substance
intelligible, chacune ayant l’intelligible en commun. Or
c’est là, comme nous l’avons vu3, l’unifié :
car il est tout, mais selon le mode intelligible
’Eirî Trâai 8c toutois r] yvwais TTCpiypâ<J>civ cGéXci Kaî
rrcpiXapÇâveiv to yvwaTov, eî8os 8c irâv to Trcpiypa<|>ôp€-
vov ' to 8c rjvwpévov àircpiypa<|>ov, âyvwoTov âpa tcXcws-
’AXXà prjv Kaî cï tis ÙttoGoÎto [to] âyvwaTov ckcivo,
XaXeirès o Xôyos. ’H8t] pév yâp ttws Kaî rjpcîs SoKoûpcv 5
tô rjvwpévov ùttovocîv, oti Trpô oùaias éariv Kai évôs toû
irpo ouaiaç, irpô àp<|>oîv yc tô auvap<|>ÔTcpov • eî 8é pTjrrw
Kai rjpeis, àXX’ ô yc Geîos voûs ttÔvtws ÈiricrraTai to
rjvwpévov, ô ti ttotc cîvai poùXcTai kotô piav <|>ûaiv ttjv
Trpô oùaias tc Kaî évôs. 10
“Ettcito pévroi ws coti Trpô oùaias tc Kai évôs to
rjvwpévov, outw Kai Trpô ttjs éviaias yvwacws Kaî tt)$
oùaiwSous cÎt) âv rj ÔttXws yvwais prjGcîaa âv, Trpô
àp<|>oîv oùaa kcto piav <|>ùaiv ttjv ^vwpévrjv. Kai yàp
Sitttjs oùarjs tt)s Çwfjs, oùaiwSous tc Kai éviaias, cîrj âv 15
Kai in TTpô âp<|>oîv âirXws oùaa £wrj, warrcp rj ÔttXws
ùirôaTaais ' oùSèv 8é kwXÙci Kai oùaiav <|>âvai kqt’ âXXo
tô auvap4>ÔTcpov arjpaivôpcvov. ’H ÔttXws cotiv ÙTrôaTa-
ais, oùaia 8è ôpoiws kotô tô âKpov toû Tjvwpévou, ws
kotÙ to péaov r\ Tjvwpévq {wt| Kai Karà to TpiTov î] 20
‘qvwpévT) yvwais prjGcîaa. Kai aürr] cotÎv t\ votjtt) yvwais
ws àXrjGws Kai q votjtt) Çwt) Kai T| votjtt) oùaia, to votjtÔv
c/ouaa koivÔv éKOarr), toûto 8c t^v tô Tjvwpévov •
ttÔvt’ cotI yâp, àXXà votjtws,
24 =0r. Chald., fr. 21.
4 tô deleui (om. BC) || 11 inter êrei- et -t«] 19ies (une uersu
eraso) A || 17 oùaiav C : -la A || 22 névra A.
dit l’Oracle, c’est-à-dire selon le mode indifférencié et
unifié. Il y a donc aussi une connaissance intelligible, et
c’est la connaissance pure ; elle n’est, en effet, ni
unitaire, ni substantielle, mais antérieure aux deux, ce
qui revient à dire antérieure à toutes, car la première
distinction est celle de l’un et de la substance ; c’est
pourquoi encore, cette vie qui est commune à la vie
unitaire et à la vie substantielle est la vie pure (et il en
est de même pour la substance). Ainsi donc, cette
connaissance intelligible a pour objet l’intelligible pur ;
or, l’intelligible qui est avant l’intelligible unitaire,
distingué du substantiel, est l’intelligible pur; par
conséquent, l’unifié aussi est connu par la connaissance
unifiée1.
De plus, si l’unifié est complètement inconnaissable,
l’un qui est antérieur à l’unifié sera encore plus
inconnaissable : or, s’il en est ainsi, pourrons-nous dire
en quoi le principe ineffable suprême diffère de cet un
ou de l’unifïé? Non, [car] ces derniers aussi sont
complètement ineffables; et, cependant, nous conce-
vons que l’unifié diffère de l’un, ainsi que nous le disions
auparavant.
Ajoutons que même les dieux déclarent nettement
que l’intelligible est connaissable, en ne se contentant
pas de dire qu’il est objet et sujet d'intellection2. Dès
lors, ces mots les philosophes les interprètent quelque-
fois d’une autre manière encore, en disant que l’intelli-
gible se présente à l’intellect non pas comme objet de
connaissance, mais comme objet de désir, et en ajoutant
que, par lui, l’intellect est rempli non pas de connais-
sance, mais de substance et de la perfection totale et
intelligible. C’est ainsi qu’en maints passages Jamblique
et ses successeurs en jugent; cependant, ils n’en jugent
pas toujours de cette façon, mais, en d’autres endroits,
ils admettent qu’il y a une connaissance dans l’intelligi
ble et auprès de l’intelligible, comme le fait Jamblique,
de l’aveu de tous, dans ses Chaldaïques3. En tout cas, les
<J>T)aiv to Xôyiov, toûto 8’ êariv ôSiaKpÎTWS tc Kai
rjvwpêvws- “Ecttiv âpa Kai yvûais voïjrq, Kai outt) êariv rj
ottXûs yvûais ' outc yàp êviaia outc oùaiûSrjs, àXXà trpô
ap<|>oîv, toÙtÔv 8è ciircîv, trpô iraaûv, irpÛTOS yàp ô toû
cvôs Kai tt)s oùaias 8iopiapôs ' 8iô Kai Çwrj âirXûs ckcÎvi] 5
Kai oùaia ôpoius koto koivÔv tt]s êviaias Kai tt]s
ouaiûSous- Autt) 8î) ouv yvûais votjtt) toû âirXûs
caTi votjtoû ' ottXûs 8c votjtov | tÔ Trpô toû Siupiapêvou
votjtoû cviaiou Trpàs tô oùaiûScs ' Ûctc Kai tô ^vcopêvov
Ùttô ttjs qvwpévijs yiyvûaKCTai yvûacws- 10
”Eti 8c ci to ^vcopêvov ttÔvtt] âyvajCTTov, tô yc irpô toû
i]vwpêvou cv cti pciÇôvws âyvuaTov ' outw 8è ttjv
àirôpprjTov CKcivqv àpxrjv tivi 8ia<t>cpciv ^aopcv toû
èvôs toÙtou T) toû rjvwpêvou; "H Kai TaÛTa irâvTi]
airôpprjTa ' KaiToi Kai êvvooûpcv ûs 8ia<j>épci toû êvôs rô 15
ijvwpcvov outus ûs TTpôaGcv êXêyopcv.
Xwpis 8c toûtwv Kai oî Gcoi yiyvûaKcaGai to votjtov
arTO<}>aivoVTai aa<|>ûs, où pôvov XêyovTcs vocîaGai Kai
vocîv ' t)8tj pèv yàp toûto Kai âXXus êvioTC ê^rjyoûvTai oî
<|>iXoao<|>oi, to votjtÔv irpoKcîaGai tÛ vû XêyovTcs, oùx ûs 20
yvuaTÔv, aXX’ ûs c<t>cTÔv, Kai àtrô toutou TrXrjpoûaGai
tov voûv XêyovTcs où yvûaecos, àXX’ oùaias Kai ttjs ÔXtjs
koi vot)tt]s tcXciÔttjtos. Outco yàp iroXXaxoû Kai ô
’lâpSXixoç Kai oî pcT* oÙtov à^ioûaiv ' oÙk àci 8c oÛtus>
àXX’ êv âXXoïs Kai ttjv yvûaiv êv tû votjtÛ koî ircpî oÙtÔ 25
KOTaXciirouaiv, ûs êv toîs XoXSoÏkoîs ôpoXoyoupêvus ô
16 = supra, p. 97.8-14; passim.
18 Xéyovrei; I) : -t« A || 25 èv &XXoiç Kopp : êv &XXoç et mg. uirg.
cens. A.
mêmes philosophes en appellent aussi au témoignage
des dieux qui, dans ces vers, disent au théurge :
Il y a, en effet, un certain intelligible qu’il te faut
voir par la fleur de l’intellect1 ;
car, si tu inclines vers lui ton intellect et si tu cherches
à le voir,
comme quelque chose de défini, tu ne le verras pas;
car, d’un glaive2
brillant des deux côtés, il est la force fulgurante par
ses tranchants intellectifs3.
Ce n’est donc pas par un effort violent qu’il faut voir
cet intelligible,
mais par la flamme subtile d’un intellect subtil, laquelle
mesure tout,
sauf cet intelligible ; il faut donc le voir,
non dans une tension violente, mais en tendant vers
l’intelligible un intellect vide, porteur du pur regard
converti
de ton âme, jusqu’à ce que tu reconnaisses l’intelligible,
car c’est hors de l’intellect qu’il subsiste4.
Il est clair, en effet, que c’est au sujet de l’intelligible
que ces paroles ont été prononcées, ainsi qu’au sujet de
la connaissance qui sera capable de le reconnaître5; car
elles montrent que la connaissance qui pourra se saisir
de l’intelligible, ne saurait être celle qui est violente et
qui s’arc-boute contre quelque connaissable, ni non plus
celle qui s’efforce de faire sien l’intelligible, mais celle
qui s’abandonne à lui pour se simplifier en lui, et qui
souhaite vivement être plutôt l’intelligible que l’intel-
lectif ; en effet, il n’y a même pas de distinction
séparatrice entre cette connaissance et l’intelligible, et
cette connaissance, s’empresse de se fondre unifiée dans
l’unifié6, en refusant toute détermination, la sienne et
celle de l’objet d’intellection, non par qu’elle la rejette
comme réelle, mais elle ne la recherche même pas,
comme si cette détermination était inexistante ; cette
’lôpÇXixos- MapTÛpovTai 8è ouv Kai oi aù-roi tous Ocoûs,
êv oîs crrcai Xéyouai -rrpôs tov Ocoupyôv *
"Ecttiv -yâp ti votjtÔv, ô XP1) CT£ vocîv vôou âv6ci *
rjv yàp €-rrcyKXivT]s aôv voûv kokcÎvo votjotjs
ûs ti voûv, où kcîvo vorjaeis * cctti yàp ôXktjs 5
àp<J>i<j>aoûs 8ùvapis vocpaîs arparrTouaa Topaîaiv.
Où 8r| xpT) <r«t>o8pÔTT]Ti vocîv to votjtov CKCÎVO,
àXXà vôou Tavaoû Tavarj <J>Xoyi -rrâvTa pcTpoùar]
ttXt)v to votjtov ckcîvo* XPC<*> toûto voTjaai
[rjv yàp CTTcyKXivrjs aôv voûv, kÔkcîvo vorjaeis J 10
oÙk Ôtcvws, àXX’ âyvôv àrrôaTpo<|>ov ôppa <}>épovTa
arjs ’l'uxrjs Tcîvai kcvcov vôov es to votjtov,
ô<|>pa pâ&rjs to votjtov, errei vôou ê£u ùrrâpxci-
Kai yàp rrepi tou votjtou aa<J>ûs TaÛTa eîprjTai Kai -rrepi
yvûacus rrjs ckcîvo | yvûvai 8uvrjaopévrjs * ùrjjrjycÎTai 15
yàp tjtis âv yévoiTo yvûois rj àvTiXrjipopcvrj toû votjtoû,
oti oùx T) a<|>o8pà Kai àvTcpcîSouoa -rrpôs ti yvoroTOv,
oùSè tj a-rrcûSoucra court] s rroifjcrai to votjtov, àXX’ T|
à<|>icîaa cauTTjv ckcivu rrpôs ttjv cis aÙTÔ àvâ-rrXioaiv, Kai
votjtÔv pâXXov t] voepôv eîvai rrpoôupoupévr] * prj8è yàp 20
eîvai SiaKpiaiv èv peau Sicipyouaav, àXX’ rjvupév-r) rrpôs
rjvupèvov àvaxeîaOai èrrciycTai rrâvTa àpvrjaapévT] 8io-
piapôv, Kai to éaurfjs Kai tov tou vooupévou, oùx ûs
ôvTa rrapaiToupcvr], àXX’ ûs oÙk ovto pr)8è c-m£r)Toû<7a *
3-13 = Or. Chald., fr. 1.
I oi del. coni. Kroll || 4 àneyxXiviji ûç iv A, corr. Kroll (cf. u. 10) ||
vofynji A, corr. Kroll || 10 del. Thilo || 12 tô- A.
connaissance est la connaissance pure, la connaissance
première, et même la connaissance au sens absolu et le
plus propre, parce qu’elle a la plus étroite communauté
de nature avec l’objet connu ; et elle n’est pas telle que
la connaissance intellective, mais elle est celle qu’on
pourrait proclamer la connaissance véritablement intel-
ligible et contractée dans l’indifférenciation de l’intelli-
gible.
Après avoir revêtu l’armure complète de la lumière
résonnante dans tout son éclat,
l’intellect et l’âme munis du glaive à trois pointes,
projette dans ton esprit tout le caractère caché de la
triade,
ne fréquente pas les canaux ardents en te dispersant,
mais en te concentrant1,
déclare, entre autres choses semblables, au sujet de
cette connaissance, le dieu diseur d’oracles. Dès lors, il
ne faut pas craindre d’appliquer à l’unifié la circonscrip-
tion de la connaissance sous prétexte que cette circons-
cription a la nature de la forme ; car cette connaissance
n'est pas telle qu’elle circonscrit l’intelligible, mais telle
qu’elle est plutôt circonscrite et délimitée par lui, aussi
longtemps qu’il s’offre lui-même à la contemplation.
[1.4. Discussion d’arguments contre la cognoscibililé
de l’unifié]
Quoi donc? La connaissance ne consiste-t-elle pas à
embrasser le connaissable et n’est-elle pas une certaine
circonscription? Non, toute connaissance <est spéci-
fiée > par le connaissable plutôt < qu’elle > ne spécifie
le connaissable ; quant à la connaissance unifiée et qui a
pour objet l’unifié, elle ne se constitue pas non plus
d’une autre manière, si ce n’est que, par son union avec
l’unifié, elle se simplifie en même temps elle-même, ou,
pour parler plus justement, elle a renoncé à elle-même
et s’est fondue tout entière dans l’unifié, a essayé de
yvwais pèv oùaa r\ ÔttXws Kaî irpwTT) Kai paXiara 8t] Kai
KupiwraTa, 8i6ti pâXurra tw yvwoTW oupirc^uKCv, où
ToiauTT] 8è oïa rj vocpâ, àXX’ rjv âv tis ws âXrjOws vot)tt|v
àvupvrçocicv Kai «s to àSiÔKpiTov toû votjtoÛ
CUVT]pT)pÉvT)V. 5
'Eooâpcvov ttÔvtcuxov ÔKpT)v <|>wtôs kcXÔSovtos,
àXKT) TpiyXwx'vi vôov 4/uX1îv ®’ oTrXiaavTa,
rrav TpiâSos auvOrjpa paXciv <f>pevi, pt)8’ cm<|>oiTâv
cpirupiois atropaS-qv Ôxctoîs, àXXà OTi6apr)8ôv,
<f>T)ai, Kai Toiaûra, Trcpi aÙTTjs ô xP^opwSwv Ocôs. "O0cv 10
oÙk eùXagrjTcov tt)v Trcpiypa^rjv ttjs yvwacws ws cÎ8t]-
tiktjv Trpooâyciv tw rjvwpévw ’ où yâp cotiv tj ToiaSc
yvwais oïa Trcpiypâ<|>civ to votjtôv, àXXà Trcpiypâ<|>ca0ai
pâXXov ùir ckcivou Kai ôpiÇcaOai, pcxpi ôoou taure
ctti8î8woiv cis ttjv Ocav. 15
(71) Ti ouv; t) yvwais où TTCpiXrjipis coti toû yvwaToû Kai
ircpiypa<|>'q tis ; "Airaao pèv oùv yvwais Ùtto toû yvwaToû
pâXXov ^ciSoiToicÎTai rj aÙTt)^ ciSoiroicî to yvwaTov, T| 8c
rjvwpévr] Kai toû rjvwpcvou oùSè auviararai âXXws> ci pr)
tt) ckcîvou cvwaci auvavaTrXwacicv caurqv, SiKaiÔTcpov 8c 20
cÎttcîv, éauTT)v à<f>cîaa Kai àvaxuOcîaa ôXtj cis ckcîvo, tw
cauTt)s à-n-cpiypâ<|>w to ckcivou àtrcpiypa^iov cXcîv ircipa-
6-10 = Or. Chald., fr. 2.
6 êooàpevov A || 7 TpcyXii/îw, -<o- et -îv- in ras., mg. Tpiy/î/tnt, A1 ||
8 nâv TpiàSoç coni. Ruelle : Trav-roiaSoç et mg. uirg. cens. A || 15
èto8(8<x)OTv coni. Ruelle : èmSooiv et mg. uirg. cens. A || 18
eiSoTOiéÎTai ï) aùr»; addidi (mg uirg. cens. A).
saisir par son propre caractère incirconscrit le caractère
incirconscrit de celui-là, et a fait sien l’intelligible, par
là-même que l’intelligible l’a faite sienne.
Évidemment, le caractère propre de la conversion
n’est pas non plus sans affinité avec l’intelligible. En
effet, même si l’intelligible est unifié, néanmoins il a
aussi en lui-même une procession unifiée, qui est, pour
ainsi dire, la gestation de la procession d’en-bas ; car la
manence également est cause de la manence ; par suite,
la conversion à son tour sera comme une cause de la
conversion, et il s’agira d’une cause cachée. En effet,
pour le dire en bref, l’unifié, par rapport à ce qui avant
lui est appelé l’un, est son fruit et il en a procédé, pour
autant qu’il est permis de le dire et dans la mesure où il
est possible qu’à partir de l’un se soit produite une
procession, tandis que, par rapport aux principes qui
ont été déterminés de quelque façon, il demeure encore
auprès de l’un et reste étroitement soudé avec lui1. Car
il a si peu procédé qu’il demeure en lui et n’a procédé en
rien.
Or, même s’il est vrai que l’unifié est substantialisé
selon sa manence dans l’un, comme le genre moyen des
dieux2 l’est selon la procession à partir de l’unifié, et
comme le genre des intellectifs l’est selon la conversion,
du moins <il est possible > de considérer ces genres
aussi comme restant dans la manence, <puisqu’> il y
a quelque chose de l’unifié qui est premier, moyen et
dernier, pour ainsi dire selon la cause et d’une manière
absolument cachée, et c’est justement ce que nous
entendons par l’expression «selon le mode unifié». Par
conséquent, il y aura une certaine conversion de l’unifié
qui se manifestera selon le mode de la vérité intelligi-
ble3, mais certainement point du tout selon la conver-
sion intellective; en effet, l’unifié n’est pas connaissable
[par elle], parce que le connaissable aussi est contracté
1-2. Voir Notes complémentaires, p. 263.
3. Cette vérité intelligible correspond à celle de Ftép. VI,
508 d 5, c’est-à-dire à la lumière qui rayonne du Bien transcen-
dant.
Gcîaa, Kai toutt) iroiTjaapÊVT] to votjtov ÈauTTjs, f) toû
votjtoû aÙTT) yeyévTjTai.
Kai prjv 0Ù8È to ttjs ÈTriarpo^ris àvoÎKtiôv ÈaTiv iSiwpa
Trpàs to votjtov. | Ei yàp Kai ^vwpÉvov èariv, àXX’ Èan
Kai toutou Êv ÈauTÛ irpéoSos TjvwpÊvr], oîov w8is ouaa 5
irpoôSou ttjs kÔtw ' Kai yàp T| povr] ttjs povrjs, Kai T]
êmaTpo<|>T) âpa ttjs ÈmaTpo<|>T)s tarai warrcp arria Kai
aÛTT) Kpû<J>ios. "OXws yàp eÎtteÎv, to rjvwpÊvov irpos pèv
TO TTpO auTOÛ KaXoûpEVov EV TOKOS ÊaTi Kai TTpOT)X0EV
ottws Gépis XÉyEiv Kai ws oîov te à<t>’ Évàs yEvÈaôai 10
irpooSov, Trpàs SÈ Tas àrrwaoûv 8iopia6cîaas àpxàs êri
pÉvci TTEpi TO EV Kai ÊkEIVW aupTTÉ<|>UKEV. Toooûtov yàp
pôvov Kai irpof)X0ev ôaov Êv aÙTÛ pÉVEiv Kai pr)8apoû
ttpoeXOeîv.
Ei 8’ oûv Kai kotô ttjv Èv tw Évi povrjv oûaiWTai to 15
TjVWpÉvoV, Ûs KOTÔ TTJV àtr’ EKEIVOU TTpÔoSoV TO péaOV TÛv
Gsûv yèvos, Karà 8è ttjv ÈmaTpo<|>T)v tô tûv vocpûv,
âXX’ ûs Êv tt) povf, Kai touto Gcwpcîv «(Èanv, Êirci> ÊaTi
ti Kai ÈkeÎvou irpÛTov Kai pÉaov Kai teXeutoîov oîov
kot aiTiav Kai Kpu<|>i<os Travrâtraaiv, Kai aurà toûto ô 20
4>apcv rjvcopÊvws- Kai ÊTnaTpo<|>T] âpa <|>avcÎTai tis Èkeivou
kotô àXrjGciav ttjv ys votjttjv, àXX’ îaws outi ys ttjv
vooûaav ÈmaTpo<|>r)v ' où yâp ÊaTi yvwarôv, oti Kai tÔ
yvwaràv Êv outw auvrjprjTai Kai oîov KaTaTrÈiroTai pETa
10 oï6v tc scripsi : ocav te A || 18 èariv, érrei addidi || 2'3 èTuaTpoçnqv
del.? || 24 xaTarrérrcüTat A.
en lui et qu’il est pour ainsi dire absorbé avec le reste
par l’union ; à bien plus forte raison, par suite, il n’y a
pas non plus de connaissance dans l’unifié, car la
connaissance est éloignée par beaucoup d’intermédiai-
res du connaissable. A partir donc de l’unifié, elle
semble être en quelque sorte au troisième rang ; et elle
est aussi la troisième des conversions, s’il est vrai
qu’avant elle est la conversion vitale, et avant celle-ci la
conversion substantielle ; or, c’est selon la conversion
substantielle que nous disons l’autoconstituant, selon la
conversion vitale l’autovivant, et selon la dernière
conversion l’autoconnaissant et le «connais-toi toi-
même » ; et les trois conversions sont entre elles dans le
même rapport que l’intellect à la vie et la vie à la
substance1. Par conséquent, c’est au neuvième rang que
se trouve la connaissance de la première substance, que
nous disons être le connaissable.
Quel raisonnement pourrait permettre de supposer
qu’il y a une aussi grande distinction dans l’unifié ? En
réponse à de tels arguments, on doit dire que c’est nous
qui nous divisons au sujet de l’unifié2, en cherchant à
savoir tout ce qu’il est quant à sa grandeur et à sa
nature, alors que nous ne projetons pas encore une
intellection intelligible, nous qui n’avons pas non plus
l’intellective, même pas la dernière, puisque nous
n’avons pas non plus de saisie rationnelle qui soit pure
et ajustée, mais, tout au plus, une saisie qui espère
entrevoir de loin quelque chose de la vérité, et qui
anticipe simplement en espérance le but de tout son
désir. Or, l’intelligible est tout certainement, mais selon
le mode intelligible, d’après l’Oracle. Il y a donc,
d’abord, son sommet, c’est-à-dire une substance qui est
l’unifié de l’un et de la substance3, mais antérieurement
à tous les deux; ensuite, l’ordre intermédiaire, qui est
antérieur à la vie et à l’un distingué selon la vie ; c’est là
une certaine vie unifiée, en rapport d’homonymie4 avec
chacune des deux vies inférieures, en tant qu’elle n’est
tûv âXXwv ûrrô ttjs èvwaews ' ttoXXw âpa pâXXov où8è
yvûais èanv èv tw ^vwpèvw, rroXXoaTTj yàp àrrô toû
yvwaToû rj yvûais. ’Arrô pèv ouv toutou Tpirrj tis coikcv
eîvai ' èan 8è Kai TpiTTj twv èmaTpo<|>ûv, eiirep èari ïrpô
aùrqs r] Çwtiktj, Kai ïrpô TaÙTTjs tj oùaiwSrjs, Kai Xèyopev 5
kotÙ pèv toÙttjv to aùôuTTÔoTaTov, Kaià 8è ttjv rrpô
aùrrjs tô aùrôÇwv, Karà 8è ttjv èaxârqv to yiyvûaKOV
èauTÔ Kai to yvûOi aaurov ' Kai cxouai rrpôs àXXrjXas ai
Tpcîs èrriaTporjjai àvâXoyov ws êxei vous irpôs Çwrjv Kai
Çwt) rrpôs oùaiav. ’EvÔttj âpa T| yvûais èaTi ttjs rrpwTqs 10
oùaias, rjv to yvwaTÔv eîvai <J>apev.
Toaaùrrjv 8è ôtciKpiaiv èv tw rjvwpèvw urroTiGeaGai tis
âv èmTpéipeie Xôyos ; *H Kai rrpôs tÔ toiô8e twv
èmxciprjpâTwv èKCÎvo prjTÉov, Ôti Tjpeîs rrepi aÙTÔ pepi^ô-
peGa, rrâv pèv ôaov Kai oîov èanv è<J>iépevoi eîSèvai, 15
votjttjv 8è vorjaiv outtw irpo£aXXôpevoi, oî ye où8è ttjv
voepâv, où8è rrjv èaxÔTqv, èrrei où8è ttjv XoyiKTjv
KaOapâv Te Kai àpapuîav, eïrrep 8è âpa, rrôppwGev
8iô«peaGai ti twv àXrjGwv èXrriÇoucav Kai èv èXrriaiv
Ôtcxvws rrpoXapêâvouaav to tÉXos ttjs ÔXtjs rrpoGupias. 20
Tà 8è votjtov èaTiv rrâvTa pèv, àXXà votjtws, kotô tô |
Xôyiov. ’Eoti Toivuv aùroû to pèv âKpov oîov oùaia, to
rjvwpèvov oùaa toû èvôs Kai ttjs oùaias àXXà rrpô
àp4>oîv ' to 8è pèaov, ô rrpô Çwrjs èan Kai èvôs toû Karà
ttjv Çwtjv Siwpiapèvou, Çwt; tis Tjvwpèvq oÛttj yc 25
ôpwvùpws CKaTèpÇl twv kÔtw, Ôti pTjScTcpa, irpourrâp-
8 cf. Alcib. I 124 6 1 || 21 = Or. Chald., fr. 21.
8 xal1] scr. xarà? || 13 èrrirpé^eie] -t- in ras., A* || 15 à<pié(ievoi A,
correxi.
ni l’une ni l’autre, et qu’elle leur est présubsistante;
ainsi donc, le troisième ordre est l’intellect intelligible,
qui est l’union concrète de l’intellect et de l’un
intellectif, et qui, antérieurement à chacun des deux,
est ensemble l’un et l’autre, lui dont la connaissance
n’est ni la connaissance unitaire, ni celle de l’intellect
rattaché, mais celle qui, antérieurement à toutes les
deux, est unique et unifiée, car, si elle était autrement,
elle ne pourrait s’appliquer à l’unifié en aucune façon.
Ainsi donc, le connaissable [dont il s’agit] n'est connais-
sable ni par une connaissance unitaire, ni par celle de
l’intellect, qui est selon la substance1, mais par la
connaissance unifiée, comme on l’a dit. Par conséquent,
il n’est pas le connaissable de la substance inférieure, ni
celui de l'un qui vient en tète de celle-ci, mais il est le
connaissable antérieur aux deux, qui est réellement le
connaissable pur; en effet, c’est le connaissable de l’être
pur; et tel est l’unifié, s’il est vrai que celui-ci n’est ni
l’être unitaire, ni une sorte de véhicule de cet un-ci2.
Est-ce donc la même chose qu’être unifié et être
connaissable? Mais, s’il en était ainsi, l’unifié ne serait
pas, de soi-même, connaissable ; et s’il l’est, comment,
là-haut, le connaissable n’est-il pas distingué? Répon-
dons qu’il ne faut pas qu’il soit distingué, car là-haut
tout est unifié, mais il faut que lui aussi soit un avec le
reste, non pas en puissance, mais en acte, selon une
coagrégation qui est antérieure à toute division. Donc,
grâce au connaissable qui est un de cette façon, le tout
est connaissable de façon analogue ; en effet, toute
forme est connaissable tout entière par la propriété du
connaissable; car [toute forme] est totale par la
propriété de la totalité, et elle est belle et bonne par le
beau et le bien. Est-ce donc que l’unifié est aussi
inconnaissable par la propriété de l’inconnaissable? Car
ce qui est au-delà de toutes les choses distinguées doit
être connaissable au plus bas degré, et inconnaissable
au plus haut degré ; en bref, jamais les générateurs ne
Xouoa 8é ' outws ouv to TpiTov ô votjtos vous, évwpa wv
TOÛ TC voû Kai TOÛ vocpoû évôs irpô CKOTCpOU OUVap<J>OTC-
pos, où T| yvwois outc éviaia outc toû é^rjppcvou voû,
àXXà Kai auTT] Trpô àp<J>oîv pia Kai TjvwpévT), où8è yàp
âXXws «jouera tw T]vwpévw Kai Ôttwooûv âv è<|>r)ppoaev. 5
Outw 8t) Kai tô yvwoTÔv outc tt, éviaiçi yvwaci yvwoTÔv
COTIV OUTC TT) TOÛ VoÛ TOÛ KQt’ oÙoîav, àXXà TT) TJVWpévT),
Kaôâncp cipTjTai. Oukouv coriv to yvwoTÔv tt)s kÔtw
oùaias, outc toû toutes rjyoupévou évôs, àXXà to trpô
àp<|>oîv yvwaTov Kai tw ovti ÔttXws yvwoTÔv ' Kai yàp toû 10
ÔttXws Ôvtos toûto coti ' toioÛtov 8é tô rjvwpévov, cïrrcp
outc éviaîov yc ôv toûto cotiv, outc ws ôxTjpa toû8c toû
évôs-
’Ap’ ouv toÛtÔv coti to rjvwpévw Kai yvwoTW eivai;
'AXX’ outw yc ouk âv aÙTÔÔcv cïr) yvwaTov ‘ ci 8é cotiv, 15
ttws où SiwpiaTai tô yvwoTÔv ckcî; "H 8iwpia0ai pév où
8cî, TrâvTa yàp tjvwtoi, év cîvai 8è ôpws Kai toûto perà
twv âXXwv, où Suvapci, àXX’ èvepyeiçi, kqtÔ auvaipcaiv
8c tt)v trpô Trâarjs 8iaipéocws. Tw ouv outws év Ôvti
yvwoTW tô ÔXov outw yvwarôv ‘ Kai yàp irâv ct8os 20
yvwoTÔv ôXov tt) toû yvwoToû Î8iÔtt)ti • Kai yàp ôXov tt)
toû ôXou, Kai KaXôv Kai âyaOôv tw koXw tc Kai àyaOw.
Apa ouv Kai âyvwoTov tt) toû àyvwoTOU ; "Hkioto yàp
âv cÎt) yvwarôv Kai pâXioTa âyvwoTov tÔ ttôvtwv
CTTeKeiva twv 8iwpiapévwv ' Kai ôXws àci tô ycvvwvra toîs 25
7-8 = supra, p. 103.11-104.10.
13 t& scripsi : tüi A || 15 8iopeîa6ai A, corr. Ruelle || 18 Tü>
scripsi : tô A.
sont circonscrits par les engendrés, et ils sont toujours
sursimplifiés au-dessus de la substance de ces derniers,
et certainement pas au-dessus de leur seule connaissan-
ce. Il y a donc dans l’unifié quelque chose aussi
d’inconnaissable, et cela est en lui plutôt que le
connaissable. Et pourtant, l’unifié est, comme nous le
disons, le premier intelligible, de sorte qu’il est aussi
intelligible au plus haut degré. Répondons qu’il est
connaissable au plus haut degré par la connaissance
selon laquelle il est apte à être connu ; mais l’inconnais-
sable tient une grande part même dans cette connais-
sance-là, quelle qu’elle puisse être et de quelque nature
qu’elle soit.
En tout cas, le connaissable et l’inconnaissable sonl
aussi dans l’être, ils sont également dans l’un, et,
antérieurement aux deux, ils sont dans l’unifié selon
l’ensemble des deux ; ainsi donc, ce qui est capable de
connaître est aussi là-haut selon l’unifié de la connais-
sance unitaire et de la connaissance substantielle, unifié
qui présubsiste aux deux. De même, en effet, que le
connaissable est unifié, de même aussi est unifiée la
connaissance correspondante, qui est la connaissance
intelligible de l’intelligible ; et si la connaissance impli-
que une certaine distinction, néanmoins cette distinc-
tion est encore unifiée et elle est la distinction d’un
unifié ; car il y a aussi là-haut, selon le mode intelligible,
un premier, un deuxième et un troisième. Si donc le
troisième se convertit et s’il connaît, qu’y a-t-il là de
surprenant? Cependant il n’est pas nécessaire que la
substance1 soit capable de connaître, sous prétexte que
l’unifié aussi doit l’être avant elle; car, du fait que tout
est là-haut selon le mode intelligible, d’après l’Oracle, il
ne s’ensuit pas nécessairement que tout soit également
en chacune des choses déterminées ; en effet, tout se
1. Il s’agit ici non pas de la substance pure ou unifiée, mais de
la substance proprement dite, c’est-à-dire de l’être contredistingué
de l’un ; c'est d’eux qu’il était question quelques lignes plus haut,
1. 8-10.
yevvwpcvois àTTcpiXrjTTTâ èaTi Kai ÛTrcpTjTrXwpèva oÙtwv
ttjs oùaias, outi yc pévqs Trjs yvwacws. ’Evcotiv âpa ti
Kai âyvwoTov èv ckcivw, Kai toûto pâXXov t] to yvwaTÔv '
Kai pT)v ckcÎvo to TrpwTOv, ws <J>apcv, votjtov, warc Kai
pâXiaTa votjtov. ’H tt) pèv yvwaa f] ttc<|>uk€V yiyvwaKC- 5
aflai pâXiaTa yvwaTÔv ' ttoXÙ 8è Kai ttjs yvwacws CKcivqs
to âyvwoTov, tjtis ttotc èaTi Kai ôtroia Tuyxâvci ouaa.
’AXXà yàp to yvwaTÔv Kai àyvwaTov èvcaTi pèv Kai èv
tw Ôvti, èvcaTi 8è Kai tw èvi, irpô àp<)>oîv 8é èan kotô to
auvap<|>ÔTcpov èv tw Tjvwpèvw 'oûtws âpa Kai ro yvwan- 10
kov ckcî koto to rjvwpèvov ttjs èviaias Kai oùaiw8ous
yvw|acws TrpoÜTrâpxov àp<|>oîv. 'fis yàp tô yvwaTÔv
rjvwpèvov, outw Kai t] aùaToixos yvwais votjtt) toû
votjtoÛ ' Kai ci pcrà SiaKpiacws tivos t| yvwais, àXX’ qvw-
pèvr] Kai rjvwpèvou Kai t] SiaKpiais ' èan yàp Kai ckcÎ 15
VOTJTWS TTpWTOV Kai SeÛTCpOV Kai TpiTOV. TÔ 8r] TpiTOV a
èmaTpè4>oiTO Kai ci yivwaKoi, t£ Oaupaarôv; Où prjv
àvâyKT) ttjv oùaiav civai yvwaTiKTjv, oti Kai to Tjvwpèvov
Trpô aÙTTjs âv ' où yàp èirciÔT) TrâvTa èKcî votjtws, kotÙ to
Xôyiov, ï)8t] -navra Kai èv èKaaTW twv 8iwpiapèvwv '
20
19 = Or. Chald., fr. 21.
17 yvûaxoi A, corr. R.
déroule à partir de l’unifié selon une détermination
propre : l’un, la substance, la vie, l’un de la vie,
l’intellect, l’un intellectif ; et la substance n’est pas la
vie, sous prétexte que déjà dans l’unifié il y a la vie,
selon l’analogie de l’unifié qui est antérieur à toutes les
deux ; par suite, la substance n’est pas l’intellect et elle
n’est pas non plus capable de connaître, sous prétexte
que dans l’unifié le troisième est capable de connaître.
Car, à partir du connaissable d’en-haut, se manifeste le
connaissable d’en-bas, à partir du connaissant [d’en-
haut] le connaissant [d’en-bas], à partir du terme moyen
[d’en-haut] le terme moyen [d’en-bas]. C’est donc de
cette façon qu’à ces apories on peut répondre, dans la
mesure du possible.
[2. Deuxième section : manence procession, conversion]
[2.1. L’unifié est-il distingué d’un distingué?]
En commençant par un autre point de départ,
traitons de nouveau du connaissable et de la connais-
sance, et, de plus, tout d’abord de la manence, de la
procession et de la conversion ; en effet, à partir de ces
raisonnements, on verra aussi quelle est l’utilité de la
connaissance et quelle est la nature du connaissable. En
outre à partir de ces dernières questions, nous poserons
celle de savoir s’il y a une manence, une procession et
une conversion dans l’unifié ; et avant tout, il faut
chercher comment, pour la première fois, un différent a
pu se distinguer d’un différent? Car, évidemment, ce
qui se distingue ou ce qui s’est distingué en premier lieu
(c’est, de cclui-ci en effet que nous voulons parler), donc,
ce qui s’est distingué est autre que cela même dont il
s’est distingué, parce que cela aussi s’est distingué. Or,
peut-être ce dernier n’est-il pas encore ce qui s’est
distingué en premier lieu, mais ce qui s’est distingué en
premier lieu est troisième à partir de l’unifié, parce que
ce qui est en train de se distinguer est au milieu.
CKptjpùcTai yàp ck toû rjvwpèvou navra kotô Siopiapov
oikcÎov, to cv, t) oùaia, t| Çwt), to tt)s Swfjs cv, ô vous, to
vocpàv cv ' Kai où 8ià toûto t] oùaia Çwtj, oti Kai cv tû
r)vwpèvw r) Çgjt) kotô ttjv ïrpô âp<|>oîv toû rjvwpèvou
àvaXoyiav ' oùSè âpa vous H oùaia où8è yvwaTiKT), oti cv 5
TÛ Tjvwpévw to TpiTov yvwaTlKÔv. ’EK<|>aivcTai yàp àirô
pèv toû âvw yvwoToû to kÔtw yvwaTÔv, ÔttÔ 8c toû
yvwaTiKoû to yvwaTlKÔv, àtrô 8è toû pcaou to pèaov.
npôs pèv oùv Tas àiropias outws âv tis àiravTTjacicv kotÙ
to cvSexôpevov. 10
(72) nâXiv 8è àtr’ âXXrjs àpxt) S àpÇàpcvoi Xcywpcv ircpi
yvwaToû tc Kai yvwacws, Kai en irpoTcpov Trcpi povfjs Kai
irpoôôou Kai cinaTpo<|>T)s ' àiro yàp toÙtwv tûv Xôywv
<J>avcÎTai Kai tiç tj xpcia tt]s yvwacws Kai ti to yvwaTÔv.
*Eti 8c àirô toutwv à-rToprjaopcv Kai ci tIs èan povr] Kai 15
trpôoSos Kai c-tnaTpo^r) èv tw rjvwpèvw ' Kai ïrpô yc
ttÔvtwv £t)tt]tcov ttûs tô trpÛTOV à<|>’ cTcpou CTcpov
SicKpiOr] • tô yàp 8r) trpÛTov SiaKpivôpcvov T) SiaKCKpipè-
vov (caTw yàp èiri toÙtou ô Xôyos), to 8’ oùv SiaKCKpipc-
vov âXXo irap’ aÙTÔ ckcîvo à<j>’ où SiaKCKprrai, oti Kai 20
aÙTÔ SiaKCKpipcvov. ’AXXà prjTrw yc toûto coti tô
TrpÛTov SiaKCKpipcvov, àXXà TÔ irpûrov 8iaKCKpipèvov
TpiTov caTiv àirô toÛ ^vwpévou, otc toû 8iaKpivopèvou
pèaou Ôvtos.
3 6ti scripsi : eoti A || 15 scr. ànopTjaajpsv ? || 20 àXXo (sic) A1 : àXXà
A || nap’ aùrô coni. Ruelle : npô aÙTOÜ A.
Comment donc le premier unifié pourrait-il être le
premier distingué? C’est, en effet, à partir de l’unifié
que s’est distingué le premier distingué. Peut-être alors
est-ce [seulement] dans les choses de même rang que la
conversion réciproque des relatifs est vraie ; car dans ce
domaine est vraie aussi la conversion réciproque des
hypostases ; mais, quand il s’agit de cause et d’effet, la
conversion réciproque n’est pas vraie sous tous les
rapports. Car ce n’est pas l’effet qui produit la cause, en
tant que cause, au contraire c’est la cause qui à la fois
produit l’effet comme effet et se produit elle-même
comme cause de celui-ci. Et, même si l’hypostase de
l’un n’implique pas celle de l’autre, considérons-les
cependant comme relatifs selon la relation de synony-
mie1, au sens où l’égal est égal à l’égal. On dira que le
distingué s’est distingué lui-même du premier, en
réalisant en lui-même, et non en celui-là, sa distinction
par abaissement, de même que le corps matériel s’est
distingué de l’immatériel par l’inclination de sa forme
vers la matière, tandis que l’immatériel cependant
pénètre même à travers le matériel sans se résigner à la
distinction. De cette manière donc, le corps s’est mis
aussi à distance de l’intellect par l’âme ; pourtant,
l’intellect pénètre à travers tout ce qui vient en second
lieu, et l’âme pareillement. Cela est vrai ; toutefois
l’intellect s’est aussi distingué de l’âme, et l'âme s’est
distinguée du corps par la différence de leurs hyposta-
ses, de sorte que de nouveau le distingué est distingué
d’un distingué, quoique soit différent en chacun des
deux le mode de la distinction. En effet, le beau est
différent du juste, lequel est également différent du
beau ; néanmoins, l’altérité n’est pas la même [des deux
côtés], mais2 cela tient au genre de la propriété. Car ce
par quoi les formes diffèrent entre elles, c’est ce par
quoi diffèrent aussi les genres qui aident à les consti-
tuer.
1. Cf. supra, n. 4 de la p. 108.26.
2. La traduction de rrXjjv par «mais» est exigée par le sens du
propos, qui est confirmé ci-dessous, p. 113.18-114.1.
HûS OUV âv CIT) TTpWTOV SlOLKCKpipÉvoV TO TTpÛTOV
rjvwpévov ; àrrô yàp toutou SiCKpiGr] to TrpwTov 8iaKpi6év.
M-ijttotc ouv èiri tûv époTayûv àXrjGès àvTioTpé<|>eiv tô
npôs ti ’ èiri yàp toutwv Kaî r| àvOuTrôaTaais àXrjGrjs • èm
Sc aÎTiou Kaî | aiTiaToû où kotô -navra àXrjGès àvTiarpé- 5
i|/ai. Où yàp to aiTiarèv ttoici to arriov t) ai/riov, to
8’ êvavTiov to aînov Kaî to airiarèv ttoicî ainaTov Kaî
ÈauTÔ yc ÈkcÎvou aiTiov. ’AXX’ ci prj Kaî àvGu<|jiaTTjaiv,
cotw ôpws -npôs ti kotÙ ttjv auvwvupov a\iaiv, ûs to
ïaov iaw îaov. ”H to SiaKpiGèv couto SicKpivcv à-nô toû 10
-rrpÛTOu, èv cauTÛ Kaî oÙk èv ckcivw ttjv SiaKpiaiv ttj
ù-noÇâoei TTOirjaâpcvov, wairep to êvuXov aûpa 8icKpî6rj
TOÛ àuXoU TT] CÏ80US pOTrfj TTpOS TTJV ÛXrjV, TO 8È ÔÜXov
ôpws Kt“ tou èvùXou oÙk àvexâpcvov ttjs
SiaKpîcrews ' outw 8’ ouv Kaî to pèv aûpa 8iéarrj ttj i|/uXTÎ
toû voû, voûs pévToi 8ià ttôvtwv x^prî tûv ScuTcpwv, Kaî
ipuxT) ôpoiws. ”H toûto pèv àXrjGés, 8ieKpiGr] 8è ôpws «ai
o voûs ttjs 4/uX'^s Kaî Tj ipuxT) Toû awpaTos tt] ÈÇaXXayfj
tûv ÛTToaTaaewv, wotc ttÔXiv to SiaKCKpipèvov SiaKCKpi-
pévou SiaKCKpiTai, ci Kai âXXos CKarépou ô ttjs SiaKpi- 20
aews Tpôrros. Kai yàp to KaXàv toû SiKaiou cTcpov,
CTcpou Kai toutou Ôvtos ' àXX’ rj CTcpÔTijs oùx ’Ô ovttj,
ttXtjv tw yèvci ttjs ÎSiottjtos ' yàp 8ia<|>cpci to cÎStj
àXXrjXwv, toutt] Kai tô aup-nXrjpoûvTa yévrj.
10 ïaw] ïawç A.
Cependant, le différent n’est pas toujours différent
d’un différent1 ; mais c’est le cas lorsque chacun des
deux est une forme. Ce qui est sûr, du moins, c’est que
la forme est différente de la matière, sans que la matière
soit pourtant différente de la forme, parce qu’il n’y a
aucune altérité qui fasse partie de la matière ; car
l’altérité aussi est une sorte de forme, tandis que la
matière est sans forme ; de sorte que la forme assuré-
ment s’est distinguée de la matière, sans que toutefois la
matière se soit également distinguée de la forme, parce
que la distinction, comme nous l’avons vu2, est aussi
une forme qui se produit dans les seules formes. Et en-
haut, de la même manière, la première distinction de la
forme procède à partir de ce qui est supraformel et qui
demeure indifférencié; car ce qui est supraformel ne
saurait subir aucune spécification ; or, le fait de se
distinguer en est une. Il n’est donc pas vrai que dans
tous les cas le distingué soit distingué d’un distingué;
du moins le premier distingué ou le tout dernier ne se
comportent pas de cette façon.
Quoi donc? Chacun des deux n’est-il pas établi en lui-
même, celui-ci seulement comme matière, celui-là
seulement comme forme, et, 1e. cas échéant, celui-ci
seulement comme être, celui-là seulement comme
intellect, et [n’est-il pas vrai] qu’aucun des deux n’est
l’autre? Mais, de plus, autant le second s’est abaissé
dans la distinction de sa nature, autant le premier s’est
élevé dans une transcendance sans mélange par rapport
au second. Car, il sera pour nous sans importance que le
mode de la distinction ne soit pas le même; l’immortel,
en effet, est distingué du mortel et le mortel de
l’immortel, et cependant ce n’est pas la même distinc-
tion en chacun des deux, si en l’un elle est immortelle,
en l’autre mortelle, et si, dans l’éternel, la distinction et
l’altérité sont éternelles, tandis que, dans le temporel,
1. Restriction apportée au principe énoncé dans une formula-
tion semblable par Platon, Parm., 164 c 1-2 : "Etepov yé tcou
tpoqiEv to ÊTepov eÏvocl ETEpou, xai to &XXo 3^ &XXo eïvac &XXou.
2. Cf. vol. I, p. 77.19-20 et p. 116.4-6.
’AXXà prjv ouk àei to «kepov é-répou CTCpov, àXX' ôrav
eîSos ÉKOTepov f|. Tô yoûv eîSos êrcpov tt)s CXtjs, où prjv
r] ûXr) ÉTÉpa toû eîSouç, oti pr)8è èTCpÔTtjs aùrrjv
aup-n-Xrjpoî • eî8os yàp ti Kai r] £TcpÔTT)S> t) Sè àvciSeos •
waTe Kai to pèv eî8os SicKpi&t] tt)$ ûXtjs, où pèvTOi Kai t] 5
ûXî] toû cïSous, oti Kai r) SiaKpicns eîSos rjv Kai pôvois
èyyiyvôpevov toîs eï8eoi. Kai âvw toivuv waaÙTws t|
irputTî] SiaKpiais tou cïSous àïrô toû uirepciSèou, ô pèvci
àSiaKpiTov * urrcpciScov yàp ôv ouk âv ti irâGoi cî8î]tikÔv,
toioÛtov 8è Kai to SiaKpiGrjvai. Ouk âpa to 8iaKCKpipèvov 10
SiaKCKpipèvou SiaKCKpiTai iràvrws, àXXà to rrpWTov
SiaKpiOèv r, tô uototov ouk âv oûtws «X°l 2-
Ti ouv; oùk è<|>’ aÙToû èKÔTCpov «ttijkcv, to pèv üXt)
pôvov, to 8è clSos pôvov, Kai to pèv, ei tu^oi, ôv pôvov,
to 8è voûs pôvov, Kai oùSèTCpôv èaTi to eTepov ; ’AXXà Kai 15
ôaov ôtrègr) to Seùrepov eîs SiaKpiaiv tÏ)s «fiûoews,
toctoÛtov è$r)pT)Tai to TrpÛTOv eis ùirepoxTjv àaùyxuTov
tt)v irpôs tô 8eÙTCpov. OùSèv yàp SioiaôpeGa, ci pr] ô
aÙTÔs tt] s SiaKpiaews Tpôtros ’ Kai yàp to àQàvaTov
SiaKCKpiTai toû Gvtjtoû Kai to GvtjtÔv toû àfiavaTou, 20
àXX’ ôpws oùx I ’H aÙTT| SiaKpKTis èv CKaTèpw, eï yc èv pèv
tw àBàvaTOS, èv 8è tw 0vt)tt), Kai èv pèv tw aiwviw Kai t|
SiâKpiois Kai r) èTCpÔTrjs aiwvios, èv 8è tw XP0''11^
1 cf. Parm. 164 c 1 -2.
2 in ras. A || 12 t;] xaî coni. Ruelle || 13 è<p’ scripsi : à<p’ A || 21
où/ iç ex où/i A* || 22 Ovïjttj Ax : -<5i A.
chacune d’entre elles est temporelle; c’est de cette
façon que se comportent l’inengendré par rapport à
l’engendré, ce qui est de la nature du modèle par
rapport à ce qui est de la nature de l’image, ce qui est
doué de raison par rapport à ce qui en est privé ; car
tout est en chaque chose selon la nature propre qui est
la sienne1. C’est donc ainsi que se comportent, à tous les
niveaux, la distinction, l’altérité, et déjà aussi l’identi-
té, bien que celle-ci semble achever une communauté de
nature. En effet, si l’homme et le cheval sont identiques
en tant que vivants, du moins le vivant est-il différent
en chacun des deux, de sorte que la forme de l’identité,
quelle qu’elle puisse être, est différente dans le cheval et
dans l’homme; et, bien entendu, dans la forme, elle est
formelle, tandis que, dans la matière, elle est matérielle,
c’est-à-dire en puissance, et dans le supra formel elle est
supraformelle, c’est-à-dire selon la cause.
Mais [dira-t-on], si l’un des relatifs est en puissance,
l’autre l’est également, et, de façon semblable, chacun
des deux est selon la cause ; car ils sont aussi ensemble
en acte et selon la subsistence, puisqu’ils sont co-
existants. C’est, en effet, de cette manière que la cause
et l’effet sont en même temps. On répondra par
[l’exemple] de l’acte de la manière, car l’acte de la
matière elle-même est, comme on le sait, sa puissance à
l’égard de la forme ; et, là-haut, la propriété d’être selon
la cause, en ce qui regarde la forme, est, comme on le
sait encore, la subsistence de la cause qui coagrège aussi
en elle-même la distincton. Mais, si la distinction est
coagrégée, ce que l’on dit être distingué par elle est
aussi coagrégé ; car, si cela est distingué comme premier
et comme second, il devra y avoir déjà en cela même la
distinction à l’état séparé, de sorte que ce que nous
disons être unifié sera aussi déjà distingué en lui-même ;
en effet, la distinction, en se déterminant en lui, aura
1. Rappel de la proposition : Ilavra èv rtâciv, oixetbiç 8è èv èxâam,
Proclus, El. Theol., § 103; sur les origines et la fortune de cette
proposition, voir le commentaire de E. R. Dodds, p. 254. (3.
Porphyre, Sent., 10, p. 4, E. Lamberz.
XpoVIKT) KOI TOUTWV ÈKaTÉpa, OUTW 8È €Xei Ka‘ T°
àycvrjTov Trpàs to ycvrjTàv, Kaî to TrapaSeiypaTiKOV Trpàs
Tà eÎkovikov, Kai to XoyiKov rrpàs Tà âXoyov ' navra yàp
èv ÈkÔotw kotÙ ttjv ÈauToû iSioTpoTrov 4>uoiv. Outws âpa
Kai tj SiàKpiois cxei wovTaxoû Kai r| ÉrcpÔTrjs, t)8t] <8è> 5
Kai r| TaÙTÔTTjs, ci Kai Sokcî aurr) oup<|>uoiv àircpyà^c-
oOai. Ei yàp toutov âvOpwrros Kai iirrros f) Çwa, àXXà ro
£wov CTcpov Èv ÈKOTÈpW, WOTC Kai TO TTJS TaUTOTTjTOS
ClSoS, Ô Tl TTOTÈ ÈOTIV, âXXo Kai âXXo Èv ITTTTW TC Kai
àvOpWTTW* Kai 8t| Èv pèv tw cï8ci ciSr]TiKT), Èv 8È tt) ûXrj 10
ÛXikt), tout’ Èotiv Suvâpei, Kai Èv tw ûrrcpciSÈw urrcpci-
Seos, toûto 8È Èoti kot’ aÎTiav.
’AXXà twv Trpàs ti, ci OÔTCpov Suvâpci, Kai OaTcpov,
Kai kot’ aÎTiav àpoîws CKOTcpov * Kaî yàp Èvcpyeîçi àpoû
Kai koO’ ûirapÇiv, ouvu^éorqKev yàp. Kai yàp outws âpa 15
Tà aiTiov Kai to aÎTiaTÔv. "H Kai Tà ttjs ûXtjs Èvcpyciç, ’ to
yàp Suvàpci Trpàs ci8os aÙTrjs ^v tt^s uXtjs to Èvcpyciç,
Kai Tà kot’ aÎTiav Èkcî rrpàs ciSos ûrrapÇis ^v tt]s aÎTias
ouvppT)Kuias Èv ÈauTT) Kai ttjv SiÔKpiaiv. ’AXX’ ci
ouvpprjTai r] SiÔKpiais, Kai Tà kot’ aÙTTfv SiaKCKpiaOai 20
Xcyàpcvov* ci yàp Siwpiarai ws rrpwTov Kai ScÛTcpov,
t)8t] âv eïr] Kai SiÔKpiais Èv outw Kcxwpiapcvr), wotc Kai
Èv ÈauTW SiaKCKpirai ô yc <|>apcv cti T)vwpévov eîvai ’
yàp Èv outw SiopioOcîaa SiÔKpiois ouvàicKpivcv èoutt) Kai
5 8è sddidi || 11 èv 4- râ>i A || 14 xar airiav Ô(xoicüç scripsi : xarà ri
àvopoicoç A || 22 aùrô scripsi : éaurôii A.
distingué avec elle les autres choses également. Quel
arbitraire1, en effet, il y aurait à soutenir que, seule,
s’est opérée la distincton des genres et des formes qui
sont en lui, tout en disant qu’il est absurde que quelque
distinction, quelle qu’elle soit, se trouve dans l’unifié.
Mais, d’une manière générale, nous reconnaissons que
l’unifié est distingué, du fait que nous posons qu’il y a et
l’unifié et le distingué. Comment donc l’unifié est-il
distingué? Car ce que nous disons a l’air d être une
contradiction ; et encore plus grande sera 1 aporie, si
nous comparons l’unifié avec l’un, comme ce qui a
procédé à partir de son producteur. Ne faut-il pas dire
plutôt que le privilège de la nature unifiée est de ne pas
subir de distinction par rapport à l’un, ni non plus de
procession à partir de l’un, mais d’être naturée auprès
de l’un, et, pour l’unifié, le fait d’être unifié consiste non
pas dans son être (einai) propre, mais dans celui de
l’un2. Et dans les relatifs où nous posons que le fait
d’être distingué appartient [seulement] à l’un des deux,
manifestement l’emploi correspondant3 du mot «dis-
tinction», qui est réclamé dans le cas de 1 autre,
présente une grande aporie aux chercheurs.
Peut-être donc, puisque la nature des relatifs est
multiple et très variée, une certaine relation leur
appartient aussi, telle qu’elle les rend égaux dans leur
permutation, tandis qu’elle n’accorde pas à la nature
des permutants le caractère de la similitude. Par
exemple, le différent diffère d’un différent; cependant
l’un des termes a la différence selon la forme, tandis que
l’autre, la matière, a aussi la différence [mais celle qui
est] sans forme, de sorte que la différence des deux est
celle d’un sans forme et d’une forme. Pareillement, en
effet, le rapport d une image à un modèle entraîne leur
comparaison réciproque du point de vue d’une quasi
similitude ; car la similitude est commune selon l’aspect
1. Au sujet, de la locution tiç t; voir vol. I, n. 1 de
la p. 104.3.
2-3. Voir Noies complémentaires, p. 265.
tÙ âXXa. Tis yàp tj àiTOKXTjpwais, pôvrjv SiopiaOTjvai tûv
év aÙTÛ yevûv tj cîSûv Ttjv SiaKpiaiv, otottov 8é eîvai ti
Kai ÔtioÛv év tû Tjvwpévw.
"OXws 8é Karà toûto Smpiafiai ôpoXoyoûpev, oti to
(73) pév rjvwpévov cîvai TiOépcOa, to 8é SiaKCKpipévov. Dûs 5
ouv to ye rjvwpévov 8iaKéKpiTai ; ’AvTi4>âoei yàp coikc to
Xeyôpcvov ' cti 8é peiÇwv tj arropia, ci to rjvwpévov rrpôs
to év Trapa^âXoïpcv ûs TrpocXrjXuOôs àrrô toû rrpoàyov-
tos. ”H toûto pév ttjs rjvwpévTjs 4>ûcrcws éÇaipCTOv éon,
to pr) âvacrxéaOai ttjs rrpôs to év SiaKpiocws, où8é ttjs 10
air’ éKeivou | rrpoôSou, àXXà rrcpi aÙTÔ irc<|>uKcvai Kai év
toutw éKcivw to rjvwpévw cîvai, év tû prj éauToû cîvai,
àXXà toû évôs- ’E4>’ wv 8é toû CTCpou to SiaKCKpiaOai
TiOépcOa, aa<)>ûs éiri toû érépou toutwv tj àvTwvupia Trjs
SiaKpiocws àrraiTOupévT) ttoXXtjv à/rropiav irapcxeTai toîs 15
^Î]T1]TIKOÎS.
Mi^ttotc ouv, TroXXrjs oûtnjs Kai TravToSa-n-fis ttjs tûv
irpôs ti <J>ûaeio$, èari tis aÙTÛv Kai ToiaÛTTj axéais, oïa
tt) pév àvTio-Tpo<|>f) é£iaâ£civ, tt] 8é 4>ûaci tûv àvTiOTpc-
4>Ôvtwv prj TTapéxccrOai tô ôpoiov. Oîov to 8iâ<|>opov 20
Sia<|>épovTos 8ia<|>cpci ' àXXà to pév ttjv 8ia<|>opàv cx«
kotô to cî8os, t] 8é ûXt) àvciScov Kai ttjv 8ia<|>opàv, ûs
cîvai ttjv 8ia<|>opàv aÙToîv àvciSéou Kaî eî8ous. Outw yàp
Kai cikÛv TTpôs napaSciypa ttoicÎtoi ûs npos opoiov ttjv
àvTiTrapaêoXi)V * tj yàp ôpoioTTjs koivtj pév Karà to 25
2 èv aÙTiôi A' : eauTÔii A || 3 post Tjvcopévcp adde Sicopiapévov uel
sim. || 12 èxeîvo to pvwpévov A. correxi || 23 àveiSéou] -u in ras. A*.
global de la propriété, sans être cependant la même,
l’une étant de la nature du modèle, l’autre de la nature
de l’image1. De même aussi l’unifié est unifié avec
quelque unifié, de sorte que, s’il est unifié avec l’un, l’un
également sera unifié, et, par suite, il ne sera pas un.
Répondons que c’est seulement en tant que l’unifié est
lié avec l’un que l’on doit [ici] employer l’expression
«être unifié», à savoir du point de vue de la pure
relation elle-même, puisque l’un est au-dessus de l’unifié
(car, de même encore, l’effet est lié avec la cause, non
pas selon une communauté de nature au sein de la
relation, mais selon une différence réelle de nature; du
moins, la relation qui est dans la cause est cause de la
relation qui est dans l’effet, comme une nature est cause
d’une autre) ; en tout cas, c’est de façon absolue que,
dans l’unifié, il faut dire que l’unifié est unifié, mais
comme unifié avec un unifié, et que, aussi bien, l’unifié
est distingué du distingué, mais comme unifié. Car c’est
là la différence d’un unifié par rapport à un distingué, à
savoir qu’il est indifférencié par rapport au distingué;
en effet, l’indifférencié se tient à l’écart du distingué, en
se distinguant seulement pour autant qu’il demeure
indifférencié et qu'il se contr’établit à distance du
distingué.
Une telle distinction est alors si éloignée de distinguer
l’unifié, qu’elle le garde même indifférencié, ou plutôt
distingué du distingué, c’est-à-dire, encore une fois,
indifférencié. Par conséquent, la distinction est commu-
ne, du moins selon le nom et la réalité de la relation qui
apparaît la même globalement, alors qu’elle n’est pas la
même, mais qu’elle s’établit dans un cas selon le
distingué, et dans l’autre selon l’indifférencié, et que
dans un cas elle est distinguée, dans l’autre elle demeure
indifférenciée elle aussi. Or, si malgré tout nous la
nommons encore distinction, comme si elle était l’une
des autres distinctions, il faut nous pardonner; car les
1. Cf. vol. I, p. 116.7 19.
ÔXoOX^pCS TÎ)S iSlÔTTjTOS, OÙX A OU TT) 8è ÔpWS, ÔXX’ T| pèv
TrapaScrypaTiKrç, r) Sè ciKOViicq. Outw ko! to r|vwpèvov
Tivi T|vwpèvw tjvwîai, wotc ci tw èvi rjvwTai, Kai to cv
coTai rjvwpèvov, ouk âpa cv. *H KaOô auvèÇcuKTai pôvov
to rjvwaOai prjTCov küt’ aÙTTjv pôvrjv ttjv axèaiv, èirei to 5
yc cv û-rrèp to rjvwpèvov (outw yàp Kai tw aÎTiw
auvè^cuKTai to aÎTiaTÔv, où kotÙ koivtjv <|>ùaiv ttjs
axèacws, àXXà Karà 8iâ<J>opov ttj àXr]6ciq.' T) yoûv èv tw
aiTiw ttjs èv tw arnaTW axèaews aÎTia, ws r| <J>ûais r]
âXXî] Ttjs 4>ûcrews Ttjs âXXrjs) ’ ÔttXws Sè oûv [Kai to] èv 10
tw T|vwpèvw Kai to T|vwpèvov T)vwa0ai, ws [èv] pèvroi
rjvwpèvw, Kai to rjvwpèvov SiaKCKpîaOai toû SiaKCKpipè-
vou, ws pèvroi rjvwpèvov. "Eoti yàp T| Sicu}>opà qvwpèvou
TTpÔs SiaKCKpipCVOV, TOÛTO Sè COTlV Ô8lÔ.KplTOV TTpOS TO
StaKCKpipévov ' Kai yàp to àSiaKpiTov toû SiaKCKptpèvou 15
SiècrrqKCv, tocoûtov pôvov SiaKpiOèv, ôaov pcîvai àSiÔK-
piTov Kai ôaov âvTiSiaaTTjvai trpàs to SiaKCKpipèvov.
ToaoÛTov oûv [auv]àircx£i toû SiaKpîvai to rjvwpévov
ToiaÙTT) SiaKpiais, wotc Kai <|>uXaTTCi aÙTÔ àSiaKpiTov,
pâXXov SiaKCKpipèvov àïrô toû SiaKCKptpèvou, toûto Sè 20
èaTiv ttôXiv aû àSiaKpiTov. "Slare koivtj pèv SiaKpiais,
kotÔ yoûv to ôvopa Kai to Trpâypa ttjs axèaews
ôXoaxepws tÎ)$ aÙTTjs 4>avTa£opèvT]s, oÙk oûaT]S Sè tt]$
aÙTrjs. àXX’ ôirou pèv kotô to SiaKCKpipèvov iaTapèvijs,
Ôttou Sè kotÙ to àSiaKpiTov, Kai Ôttou pèv SiaKCKpipèvrjs, 25
ottou Sè àSiaKpiTou Kai aÙTT]s [àSiaKpiTou] pcvoûarjs. Ei
Sè ôXws Kai SiaKpiaiv aÙTTjv ôvopâÇopcv ws twv âXXwv ti
oûaav, auyyvwvai 8cî ' Ta yàp ôvôpaTa twv Siwpiapèvwv
10 xat tô deleui || 11 èv deleui || (xévToi scripsi : pèv t<ôi A || 13
Tjvajpévov Ax : -ou A || 18 auvaxé/ei A, corr. Kroll || 21 àSiàxprrov] à
s.u. A1 || 26 àSiaxptTou deleui.
noms font partie des choses déterminées et spécifiées ;
c’est pourquoi en disant que la matière aussi est
distinguée de la forme, nous inférons assurément
quelque chose de vrai, néanmoins ce n’est pas avec
vérité que nous nommons la chose. En voilà assez sur ce
sujet.
[2.2. Apories de la procession]
Puisque le distingué a procédé de l’indifférencié et
que nous déclarons que tout procédant réalise sa
procession en demeurant1, derechef qu’il se convertit
vers ce dont sa procession est née2, et, en résumé,
puisque nous disons que ces trois [modes d’être],
manence, procession, conversion, forment une suite, eh
bien, attachons-nous aux apories qui les concernent;
[cherchons] d’abord s’il est nécessaire que le procédant
procède en demeurant dans son producteur, et encore,
avant cela, ce que nous appelons demeurer <dans> la
cause; ce n’est évidemment pas la même chose que
demeurer dans un lieu, ni non plus dans un ordre, ni
même dans le premier [causant], car [dans ce cas]
comment le procédant pourrait-il sc trouver encore, de
quelque façon que ce soit, dans l’état de procession
achevée? En effet, traitons maintenant de la procession
de ce qui est dans cet état ; car il sera possible en outre,
dans le terme moyen, d’embrasser d’un seul regard les
mêmes [rapports] selon la distinction en train de
s’opérer.
Est-ce donc que, tout en étant encore premier et, par
là, demeurant, le procédant est déjà devenu troisième
et, par là, a procédé? Mais c’est impossible, car ou bien
il est premier, ou bien il est troisième. Est-ce donc que
demeurer signifie que le procédant ne s’éloigne pas de la
propriété de son producteur, mais que, tout en possé-
1. Cf. Proclus, El. Theol., § 30 ; E. R. Dodds, comment.., p. 217 -
p. 218.
2. Gf. Proclus, El. Theol., §31 ; E. R. Dodds, comment., p. 218.
ècrn | Kai cÎStjtikwv ' 8iô Kai ttjv üXrjv SiaKCKpîoOai
Xèyovrcs tou cîSous, àXrjOès pèv ti ouXXoyiÇôpcOa, où
prjv àXrjOws yc àvopâÇopcv. Toaaûra pèv rrepi toutwv.
(74) ’Errci8r] Sè to SiaKCKpipcvov TrpofjXCcv àiro tou àSiaK-
piTou, rrâv 8è rrpoiov pèvov rroicicOai ttjv rrpéoSôv <j>apev, 5
Kai au rrâXiv èm<rrpè<|>€cr6ai Trpôs to âxf>’ où yèyovev r)
rrpôoSos, Kai ôXws êrreiSr) Tpia Taûra Xèyopev eîvai
è«J>e£fis oAXi^Xoïs, povrjv Kai rrpôoSov Kai cmaTpo<J>i]v,
4>épe Kai rrepi toutwv aura Siarrop'qCTWpev, Kai rrpwTov yc
eî àvayKaîov to rrpoïôv pèvov èv tw rrapâyovTi rrpoïèvai, 10
Kai en rrpô toutou, n to pèveiv Xèyopev <èv> ri) aînçt • où
yàp 8r| ws èv tottw, oùSè ws cv Tâ£ei, oùSè év tw rrpwTW '
ttws yàp av en TrpoeXr]Xuflôs eïr] Kai ÔttwctoÛv ; Nûv yàp
T)pîv yiyvéaOw ô Xôyos ïîcpi Ttjs toû TrpoeXrjXuflÔTOS
rrpoôSou ' è^èoTai yàp Kai èiri péaou tÙ aùrà Karà to 15
SiaKpiveaOai auvopâv.
*Apa oùv rrpwTov en ôv, Kai Taôn) pévov, TpiTov
yéyovev Kai toutt) TTpor)X6ev ; ’AXX’ âSùvaTov, rj yàp
TTpWTOV T) TplTOV èaTlV. ’Apa OUV TO péveiV CKCIVO
cH]paivci, Ôti oÙk è^îoTarai tt)s toû TrapâyovTOS ISiotî]- 20
9 scr. au an aÙTcôv? Il 11 èv add. coni. Ruelle || 17 ên ëv scripsi :
airiov
dant, celle-ci, il concentre1 en elle son caractère propre,
en tant qu’il procède, comme l’homme dans le vivant,
et la vie dans la substance? En effet, la vie est une
substance qualifiée, et l’intellect est, à la fois, une
substance qualifiée et une vie qualifiée ; car le propre
croît toujours sur ce qui est commun, ou bien se
projette à partir de lui, et donc ce qui a procédé
demeure dans la propriété de son générateur.
Toutefois, s’il en est ainsi, d’abord il ne faut pas dire
que ce qui a procédé demeure dans son générateur, mais
que le générateur procède avec ce qui a procédé ;
ensuite, lorsque ce que nous disons commun avec le
générateur a achevé sa procession, ou bien cela est dans
cet état, tout en demeurant, et on ira à l’infini, ou bien
il n’est pas nécessaire que le procédant procède en
demeurant, de sorte que le propre, non plus, n’est pas
contraint à demeurer. Et même si ce qui est commun
demeure, du moins ce que nous disons être en état de
procession achevée, cela ne demeure pas; or, l’objet de
la recherche était de savoir si le procédant demeure, et
non pas le demeurant. Je passe sous silence que du
producteur ne procède pas nécessairement quelque
chose de même nature, et nous indiquerons un peu plus
loin que ce fait contient une grande aporie; peut-être
sera-t-il montré qu’il n’en est pas absolument ainsi, ni
dans tous les cas, si toutefois cela se voit en quelques-
uns.
Peut-être donc, le procédant ou ce qui a fini de
procéder a-t-il sa cause dans son producteur ; et voici en
quoi consiste le fait de demeurer en celui-là : c’est que
le procédant porte en lui-même, comme une racine, la
cause à partir de laquelle il se développe; en effet, la
plante devient florissante à partir de la terre, en
demeurant en elle par sa racine. Mais on remarquera
que cela aussi apparaîtra irrationnel, si on l’examine
avec rigueur; la cause, en effet, n’est pas cela même qui
est produit a partir de la cause ; mais ce qui produit est
1. Voir Notes complémentaires, p. 265-266.
tos> àXX’ êx°v TaÛTrjv èv aÙTT) tô îSiov èyKevrpiÇei, KaOô
TTpÔciaiV, oîov Ô âvOpWTTOS èv TW £<x>W, Kai T] ÇwT) èv TT)
oùaiç.; ToiâSe yàp T) £wtj oùaia, Kai ô vous ToiâSe oùaia
apa Kai £wr| ' rrpoaifiûeTai yàp àei tw koivw to ISiov tj
àtf aÙToû TTpoÇâXXcTai, pévci Sè ouv to rrpoeXCôv èv ttj 5
iSlOTTJTl TOÛ yCWWVTOS.
’AXX’ eî TOÛTO, TTpWTOV pèv OÙ TO TTpoeXGÔv pévïlV èv
èKcivw XeKTtov, àXX’ eKeîvo tw rrpoeXOévTi auprrpoeXBeîv •
erra pévroi toûto TTpoeXrjXuflôs, o koivov Xéyopev rrpôs
to yevvT)aav, tj Kai aÙTÔ pévov TrpoeXrjXuflev, Kai toûto 10
èrr’ ârreipov TjÇei, tj oÙk àvayKT] to rrpoïôv pévov rrpoïévai,
wotc oùSè to îSiov àvayKaîov peîvai. Eî Sè Kai pévoi to
koivov, àXX’ 6 TTpoeXrjXuSévai 4>apèv, toûto où pévei ’ tô
Sè ÇrjToùpevov ijv eî pévei to rrpoïôv, àXX’ où to pévov. ’Ew
Xéyeiv oti oùSè ttÔvtws àrrô toû TrapâyovTos rrpéeiai ti 15
époques, Kai toûto piKpôv üaTcpov èmSeiÇopev rroXXrjs
àrropias èxôpevov ‘ Kai îaws oùx ou™® ^xov ârrXws
Seix^oeTai, oùSè èiri rràvrwv, eïrrep Kai èrri èviwv.
MijTTOTe ouv to rrpoïôv tj rrpoeXrjXuOôs aÎTiav êxei èv tw
rrapâyovTi ’ Kai | toûto èaTi to péveiv èv èKcivw, ro pi^av 20
eXeiv outw ttjv aÎTiav à<j>’ ^s ârrot^ùeTai ' Kai yàp tô
4>utÔv àrrô yr)S àvaêXaaTavei pévov èv aÙTT) Karà ttjv
pi^av. "H Kai toûto <|>aveÎTai âXoyov, eî tis ÔKpiÇws aùrô
Paaaviaeiev ‘ T) yàp atTia oÙk «ttiv aÙTÔ ro àrrô Ttjs
16-17 = infra, R. I, p. 223.21-225.14; p. 236.25 248.10.
4 r; B : A || 8 èxEÏvo D : éxeivcoi A || 9 toûto— (—in ras., fort,
ex t4) A || 21 «ÙTÔx A, correxi || 22 p.éw>v coni. Ruelle : (xévov A.
deuxième, tandis que ce qui est produit est premier. Car
c’est dans le premier que se fonde la cause du
deuxième ; en effet, la cause du produit est un certain
être du producteur, elle n’est pas une partie du produit,
mais une partie du producteur; elle n’est pas analogue à
la racine, mais à la raison [substantielle] de la plante
tout entière, raison qui est un tout et qui est
substantialisée dans la nature de la terre. Si donc il
paraît en être ainsi, les mêmes objections reviendront;
car, ni le demeurant ne procède, ni le procédant ne
demeure; en effet, ni le produit ne demeure désormais
dans le producteur, ni la cause ne procède à partir du
producteur dans le produit, car le produit n’est plus la
cause, mais procède de la cause. Il ne faut donc
certainement pas dire que le procédant demeure, mais
que demeure la cause du procédant.
Voici peut-être alors ce qu’on veut dire, c’est que le
produit procède, parce que le producteur demeure;
précisons qu’il ne s’agit pas du producteur au sens
strict, mais de la cause qui demeure en lui ; et puisque
ce qui vient de la cause est de forme semblable à la
cause, on dit que d’une certaine façon le demeurant lui-
même est aussi le procédant; de fait, il est d’une
manière globale, la même choe [que le procédant] par la
propriété et par la forme, alors qu’il n’est pas la même
chose en réalité, ni non plus par l’hypostase.
Or, à en juger de cette façon, premièrement on
séparera violemment le produit du producteur, si rien
ne leur est commun selon l’hypostase, et si les
procédants ne sont pas en continuité avec les produc-
teurs, mais en sont engendrés comme un homme l’est
d’un homme, en se séparant.
Deuxièmement, si l’on juge nécessaire que le procé-
dant demeure [dans son producteur] d’un point de vue
global et non réel, cette proposition ne saurait être vraie
en réalité, mais seulement en apparence, parce que
l’identité [des deux], ou bien la communauté de leur
relation, est aussi [seulement] apparente.
aiTias îrapayôpcvov, àXXà to pèv SeÙTcpov, to Sè
TrpÛTOv. ’Ev yàp tû rrpÛTio îSpuTai toû SeuTcpou T) aéria '
Kaî yàp oùaia tis toû TrapâyovTOS T] toû Trapayopèvou
aéria Kai où toutou pépos, àXX’ ckcivou, oùSè àvaXoyeî
tt) pi^T), àXXà tû Xôyw toû ôXou 4>utoû ÔXw yc Ôvti Kai 5
èvouanopévw tt] 4>ûaei ttjs yr)s. Eî Si) touto oûtws êyovTO
4>aiv€Tai, oi aÙToi Trouai v èXcyxoi ' outc yàp to pèvov
rrpôeiaiv outc to TTpoïôv pèvci ’ oÛtc yàp to Trpoayôpcvov
cv tû TrpodyovTi cti outc t| aéria TTpôciaiv Ôtt’ ckcivou cis
to Trpoayôpcvov, où yàp cti aéria èariv, àXX àir airias. 10
OÙ TOIVUV où 8ï] pT]TCOV pCVClV TO TTpoïÔv, àXXà TÔ CUTIOV
TOÛ TTpoïÔVTOS.
Iaws oûv toûto èaTi to Xcyôpcvov, oti pèvovTos
CKCIVOU TOÛTO TTpôciaiv, T) oÙk CKCIVOU ÔttXÛS, àXXà TOÛ
cv aÙTÛ aiTiou pèvovTos * Kai cttciSv) ôpoiociSès TT) aériç 15
to Ôtt’ airias, aùrô ttws XcycTai to pèvov eîvai Kai
TTpoïôv, êan Sè ôXoa)(Cpûs pèv TaÙTÔv tt) yc 18iôtt)ti Kai
tû eîSci, kotô àX^Ociav Sè où toÙtov, oùSè tt) ÙTToaTÔaci.
’AXX’ ci outw tis ùiTOTifloÎTO, TTpÛTOv SiaaiTÔaci TO
Trapayôpcvov àïrô toû TrapâyovTOS, ei pr)Sèv aÙToîs 20
èaTi koivÔv ko6’ ùirôaTaaiv, pt]8è auvcxt] Tà iTpoîovTa
toîs rrpoâyouaiv, àXXà yewÔTai toûto àtr ckcivwv, ûs
avflpWTTOS è£ àvflpÛTTOU, SlOKOTTTÔpeva.
△cÙTepov Sè, ci ôXoaxcpcî Xôyw koî oÙk àXrjfleî to
TTpoïôv àvâyKT] pèvciv, où8’ âv àXrjflès cïr] tô à£i<opa, 25
4>oivôpcvov Sè pôvov, oti <|>aivopèvT] Kai t) toÙtott)s,
t)youv Koivwvia tt)S axcaews.
Il où 8^] fort. oùSè || 17 — repoïùv (—ex tù ut uid.) A || 19
ùtcotlGoito A.
Troisièmement, ce raisonnement ne dira rien d’ex-
traordinaire, s’il dit que le premier n’est pas le second ni
le second le premier, ou que le générateur n’est pas
l’engendré et inversement, <ou> que le générateur
demeure, tandis que l’engendré procède, et que ni l’un
ni l’autre ne procèdent ni ne demeurent à la fois.
Peut-être donc, le procédant est-il tel qu’il n’est
dominé par aucun des deux [modes d’être], ni unique-
ment par la manence, ni uniquement par la procession,
mais tel qu’il a quelque chose qui en même temps
demeure et procède, ce que nous déclarons être l’effet;
car l’ensemble des deux appartient à la nature de
l’engendré. De cette façon, en effet, on pourrait dire
avec raison que le procédant demeure, si c’est la même
chose qui, à la fois, procède et demeure.
Mais, si nous devons énoncer cela du terme moyen,
qui a l’être dans sa procession en train de s’accomplir et
non dans sa procession achevée, [nous en sommes
d’accord]1; quant à ce qui a fini de procéder et qui,
comme troisième, s’est déjà écarté et éloigné du
premier, comment pourrait-on dire encore qu’il demeu-
re dans le premier? Car il y a contradiction, si, ayant
fini de procéder, il n’a pas fini de procéder. Ne faut-il
pas déclarer plutôt qu’une partie de lui demeure, tandis
que l’autre a achevé sa procession ; en effet, après avoir
solidement appuyé sa tête en haut, il s’étend vers le
bas2.
Mais, de cette façon, nous retrouverons les arguments
antérieurs3 : ni ne demeure ce qui a fini de procéder, ni
n’a fini de procéder ce qui demeure ; en outre, ce dont
nous disons qu’il a l’être dans l’état de procession
achevée ne sera pas tout entier dans cet état, et ce dont
1. Cas d’omission rhétorique de l’apodose (cf. LSJ ei RVII2).
2. Adaptation d’un vers de V Iliade (IV, 443), dans lequel
Homère parle d’Éris (la Discorde) qui, après avoir appuyé son
front au ciel, foule la terre de ses pieds. Plotin (Enn., IV 3, 12.5)
emprunte le même vers pour dire que les âmes humaines vont
jusqu'à la terre tout en ayant la tête fixée au-dessus du ciel.
3. Cf. supra, p. 119.8-11
’Ek 8è TplTWV oùSèv ÈpCl OCpVOV OUTOS Ô XÔyOS, Cl TOUTO
ÈpCl, ÔTI TÔ TTpWTOV où K Èoti ScUTCpOV, 0Ù8È TO ScUTCpOV
TrpÛTov, tj to ycvvwv ouk cotiv to ycwwpevov KOI
avarraXiv, <r]> ckcîvo pèv péveiv, toûto 8è rrpoïévai, Kaî
oùScTCpov âpa Kai rrpoïévai Kai pèvciv. 5
Minore ouv to ïTpoïôv toioûtov Èotiv oîov pijScTCpw
KpaTCÎaOai, pr)T€ | povfj pr]TC rrpoôSw pôvov, àXXà êxeiv
ti Kai pèvov Kai rrpoïôv ôpoû, ôrrep aÎTiarov eîvai <|>apcv *
tt)$ yàp toû ycvvwpévou 4>ùocws Èoti to ouvap<f>ÔT€pov.
Outw yàp âv XéyoïTo KaXws pcvciv to rrpoïôv, ci rrpoïoi 10
âpa Kai pévoi toutov.
’AXX’ ei pèv toûto Xéyoïpev èiri toû pèoou, ôrrcp êv tw
rrpoïévai to eîvai cxci> ÔXX’ ouk èv tw irpoeXr]Xuflévai ' to
8è rrpoeXrjXuOôs Kai SiaaTav r)8t) Kai à<|>cipévov àrrô toû
TTpWTOU ws TplTOV 1TWS Ôv CTI XéyOlTO pCVCIV CV CKCÎVW 15
àvTtyaats yàp, cî TrpoeX^XuOôs où irpocXi^XuOcv. "H tô
pèv cxei pèvov, to 8è irpocXr]Xu6ôs ' Kapa yàp âvw
oTT)pi£av CTTCiTa SiaTcivcTai irpès tô kÔtw.
’AXX’ OUTWS OI TC irpÔTCpOl Xôyoi tjÇouoiv È]pîv, ws OUTC
pévci to TTpocXr]Xu6È>s outc to pèvov TrpoeXrjXuOev, Kai 20
Trpôs toutois oùx ÔXov èoTai TrpoeXr]Xu0ôs, ô yc èv tw
17-18 = IIom., II. IV.443.
1 rpiTiov Ruelle : rpixov A || 4 tj addidi || 16 àvTiçaaiç RC :
àvTuppaatç; A.
nous disons qu’il a procédé, tout en demeurant, ne
demeure pas tout entier : il ne différera en rien de ce qui
a l’être dans sa procession en train de s’accomplir, s'il
est vrai qu’il doit être tout entier en chacun des deux
états ; mais, si pour une part il demeure, et pour une
autre il procède, en plus de ce que nous venons de dire,
il sera divisé, s’il est vrai qu’il se déroule d’en-haut vers
le bas. Répondons que c’est notre pensée qui divise
même les indivisibles; cependant il faut les concevoir
comme ils doivent être, et non pas comme nous les
pensons nous-mêmes ; il faut contraindre et entraîner
les pensées humaines à se simplifier et à se dilater, dans
la mesure du possible, vers la vérité qui appartient aux
indivisibles.
Je dis donc que ce qui a fini de procéder demeure
aussi tout entier dans son générateur, pour autant, je
suppose, que cela a fini de procéder, parce que cela
même qui a fini de procéder est, d’après la nature
propre qui est la sienne, très semblable et très
apparenté à son producteur, et tel que le producteur lui-
même selon le troisième degré, pour ainsi dire, de
l’abaissement. En effet, si d’une forme vient une forme
différente, du moins la différence reste-t-elle limitrophe
et d’essence semblable, et l’écart n’est pas aussi grand
que celui que nous attribuons, nous, aux intelligibles à
partir des ruptures d’ici-bas; car tel est le rapport de
l’intellect à la vie, de l’âine à l’intellect, de la vie à la
substance, qu’à celui qui jette un premier regard la
chose qui est de second rang peut sembler être celle qui
la précède, surtout celle qui est la plus rapprochée, mais
déjà aussi celle qui est plus éloignée, quand bien même
il s’agirait de la toute dernière des choses qui procèdent
d’un unique producteur. Car aucune des choses qui sont
produites n’est en aucune façon étrangère à son
producteur, ni même sans familiarité [avec lui], ni non
plus telle qu’elle ne soit pas embrassée par son
générateur, comme lui étant propre. Et si la différence
des noms et la distinction des apparences divisées laisse
illusoirement supposer que dans les intelligibles pareille-
ment l’écart est complet, cela n’a aucun rapport avec la
îrpocXT]Xuflévai Xéyopcv ùi^eaTâvai, outc ÔXov pévei ô yc
pévov apocXrjXuOévai <|>apév, où8év tc Sioiaci tou év tw
rrpoïévai Û<J>cotÔto$, ciircp ôXov CKarépws ' ci 8c pépci
âXXw Kai âXXw pévci Kai rrpôeiaiv, pcpioTÔv carat rrpôs
TOÎS CÎpTjpévoiS, CÎTTCp cis TO KaTW ÔvwCcV CKprjpÛCTat. "H 5
pepîÇci pév tj rjpcTcpa cvvoia Kai rà àpépiara ' vorjréov 8è
ôpws aùrà ws c/eiv ô<|>ctXci éiccîva Kai oùx “S T|pïîs
éwooûpcv, éiravayKaaTéov tc ràs àvOpwrreias voqacis Kai
TrpoacOiaTcov àvaTrXoûaOai Kai àvcupùvcaOai ws Suvaràv
cis ttjv CKcivots TTpoaTjKouaav àXijOciav. 10
"OXov oùv Xéyw to TTpoeXr]Xu0ôs Kai pévov eîvai év tw
Y€Y€vvt]k6ti kut aùio yé trou ô îrpocXiîXuflcv, oti aùrô tô
TTpoeXTjXuflôs Karà ttjv éauTOÛ 4>ùaiv iSiÔTpoTrov ôpoiô-
Tarôv éan Kai auyycvéaTaTov tw rrapayayôvTi Kai oîov
aùrô Karà Tpirov pérpov, ws cttos ciircîv, rf]s ûiroÇàaews. 15
Kai yàp ci âXXo ciSos é$ âXXou, àXXà aùvopôs yc Kai
ôpo4>UT|s r) é^aXXayq, Kai où ToaaÙTt] t| StàaTaats. ôat]v
^peîs àvaijiépopcv ànô twv tt)8c Staatraapwv éir’ éKCÎva ’
TotoÛTos yàp ô vous trpôs ^wi^v, r\ <|>UX1Î '"’pôs voûv, £wr]
TTpô$ oùaiav, w$ tw iSovn Karà ttjv trpwTtjv trpoaêoXTjv 20
to ScÙTcpov 8ô£ai âv cîvai to irpô aùroû, pâXiara pév to
irpoacxéaTaTov, î]8t] 8é Kai to TToppwTcpw, Kav êaxarov
twv à<j>’ évôs trpoïôvTwv. Où8év yàp oùSè ÔTrwaTioûv irpôs
to irapàyov éTCpô<|>uXôv éan twv irapayopévwv, oùSè
àvoïKCiov, oùSè ô pT] ircpiciXTjTTTai ûïrô toû | ycwwvTos ws 25
8 ÈKayxaaTéov A, corr. C || 16 èÇ| 4- SXXou A || 17 ôavjv scripsi :
A.
réalité qui est la leur. En effet, là-haut, c’est rigoureuse-
ment tout entier que l’engendré a fini de procéder à
partir de son générateur, en tant qu’il est pris en lui-
même, et tout entier qu’il demeure, en tant qu’il en
procède ; car le fait d’en procéder n’est pas accidentel,
mais le générateur est aussi la substance de ce qui a
procédé; et ce qu’est le procédant lui-même vient
néanmoins après le générateur, car le procédant en est
l’authentique descendant; il en est ici comme dans le
cas où l’enfant ressemble de très près à son père; l’un
est nécessairement l’enfant, l’autre est le père, et une
troisième chose est la forme qui est presque identique.
Toutefois, si, là-haut, la génération paraît être de
forme dissemblable, du moins il faut bien savoir que, là-
haut, les choses différentes selon la forme ont entre elles
une communauté de nature plus grande que les choses
identiques ici-bas. L’intellect donc, en tant qu’intellect,
non seulement a fini de procéder à partir de l’être,
comme troisième à partir du premier, mais en même
temps c’est un être très proche du premier, bien qu’il
occupe le troisième rang; en effet, la nature de
l’intellect est d’être justement le troisième et la triade.
Et tout ce qu’est en grandeur et en nature le premier [le
générateur], tout cela, le second [l’engendré] l’est aussi
d’une certaine façon ; excepté que là c’est l'union qui
prédomine, tandis qu’ici c’est la distinction.
Pour résumer, si, dans le cas des choses de même rang
et qui sont contredistinguées, nous énonçons à la fois
l’union et la distinction, l’identité et l’altérité, à bien
plus forte raison, dans le cas des générateurs et des
engendrés, nous dirons que, tout en étant différents, [les
engendrés] sont aussi identiques [aux générateurs], et
que, tout en étant distingués d’eux, ils sont aussi en
même temps unifiés avec eux. Par conséquent, en tant
qu’ils sont identiques et unifiés, ils sont dits avec raison
demeurer, et, en tant qu’ils sont au contraire différents
et distingués, ils sont dits avec raison avoir achevé leur
procession. Par suite, dans sa totalité, chacun demeure
et, aussi bien, a fini de procéder, en commençant par les
èauToû ôv îSiov. Ei Sè r) tûv ôvopaTwv Sia<f>opà Kai T] tûv
pepiCTTÛv <f>avTa.crp.éT<üV SiaKpiais àiraTÇ. Kai èv èKCivois
uiroTiOcaGai ttjv iravrcXî) Siâaraaiv, oùSèv touto rrpôs
ttjv èKeivwv àXrjGeiav. Flâv yàp ârrXûs Èkcî to ycwûpcvov
àrrô toû yewûvTos, f) pèv aÙTÔ, rrpoeXr)Xu0ev, Sè 5
àtr ckcivou, pèvci ' tô yàp àrr’ ckcivou ouk coti aup^e^r]-
kos, àXX’ oùaia toû rrpocX0ôvTOS Kai ckcîvo, to Sè aÙTÔ ô
èaTiv oùSèv ^ttov pcT* ckcîvo ' yvrjaiov yàp toûto ckcivou
CKyovov, ûs ci ô irais ôpoiÔTaTOS cïi) tû oikciio rraTpi,
irais pèv rràvrus, ô Sè iraTrjp, to Sè eîSos toutov axeSôv. 10
Ei Sè èKCÎ Sokcî CTCpociSrgs t| yèvvrjais, àXX’ eu ciSèvai
Xpr) oti aupirè<|>UKCv pâXXov àXXrjXoïs èKCÎ tÙ CTCpa
kot’ ciSos tj èvraûOa tÙ aura. *0 âpa voûs KaOô vous Kai
rrpocXrjXuGcv àrrô tou Ôvtos, àïrô rrpÛTOu TpiTov, Kai ôv
èaTiv èyyûs ti to npÛTOv, àXXà Tpirrjv rà£iv irpoacî- 15
Xt)<|>€v ' aùro yàp to TpiTov Kai t| Tpiàs r) toû voû <|>ùais
èaTiv. Kai ôaa Kai oïa to irpûrov, ToaaÛTa Kai ToiaÛTa
to ScuTcpôv èaTi Tpôirov Tivà ’ îtXt)v OTI èKCl pèv T| èvwais
èiriKpaTCÎ, èvTaûOa Sè t, SiaKpiais.
"OXws Sè ciircîv, ci èiri tûv ôpoTayûv Kai 20
àvnSiT]pT]pèv<a>v êvuaiv ôpoû Kai SiaKpiaiv Xèyopcv,
TaÙTÔTtjTà tc Kai cTcpoTifTa, iroXXû pâXXov èiri tûv
ycwûvTwv Kai yevviüpèvojv èpoûpcv ûs CTepa Kai tÙ aÙTa,
Kai ûs SiaKCKpipèva àir’ aÙTÛv Kai ôpoû rrpôs aîrrà
rjvwpèva. Oùkoûv pèv tÔ aÙTÔ Kai T|v<*>pèva, pèvciv 25
XèycTai SiKaius, f) Sè au iràXiv CTCpa Kai SiaKCKpipèva,
irpocXijXuOèvai. KaO’ ôXov âpa Kai pèvci Kai rrpoeX'qXuOev
ckootov, eus pèv tûv èir caxaTov rrpocXOôvTiov àïrô tûv
2 àrraiâ] artaiieî coni. Kroll.
premiers jusqu’à ceux, il est vrai, qui ont procédé en
dernier lieu, mais dès lors, à des degrés divers, tantôt
avec prédominance de la manence, dans ceux où la
distinction est gênée, tantôt avec prédominance de la
procession, dans ceux où l’union n’est pas apparente.
En partant, en effet, de ces derniers, nous aussi, nous
attribuons faussement, même aux premières proces-
sions, une complète rupture, alors que pourtant la
rupture n’est même pas complète dans les dernières.
Donc, tout ce qui a fini de procéder demeure et dans
la nature et dans les limites de ses propres causes ; et ce
qui ne demeure pas (c’est-à-dire ce qui, d’aucune façon
ni sous aucun rapport, n’est ce dont il est dit procéder),
cela n’a donc pas procédé non plus ; en effet, qui
soutiendrait que ce qui n’est absolument pas a procédé
de ce qui est?
[2.3. Apories de la conversion]
Admettons alors qu’il y a, d’une part, la procession
elle-même, de l’autre, la manence elle-même, et que
chacune des deux est toujours étroitement soudée avec
l’autre, comme on l’a dit; mais pourquoi à ces dernières
la conversion s’ajoute-t-elle? Qu’est-elle et quel avanta-
ge procure-t-elle à ce qui a procédé? Qu’elle convienne
à ce qui a procédé, c’est évident, car elle semble être un
retour ; et tout retour est le fait de ce qui a procédé. Car
ce qui n’a pas encore procédé et qui demeure encore
dans le premier, pourquoi cela aurait-il besoin de
quelque conversion vers le premier? En effet, la
manence est meilleure que la conversion ; et ce qui
possède le meilleur, pourquoi aurait-il besoin du moins
bon?
Puisque la conversion est le fait de ce qui a procédé,
quelle est sa nature? Et qu’est-elle d’autre, pourrait-on
dire, sinon un retour de ce qui a procédé vers son
générateur? En effet, elle est opposée à la procession et
elle en est pour ainsi dire une certaine correction et
irpWTWv àp£apévwv, àXX’ t)8t) pâXXov Kai ^ttov, ottou
pèv ttjs povr] s èmKpaTOÛ<H]$, èv oîs âiropos tj SiaKpiais,
ottou Sè ttjs irpoôSou, èv oîs àaup4>avr)s T) evwois. ’Atto
yàp toutwv Kai rçpeîs ôppwpevoi Kai Taîs irpWTais twv
irpoôSwv èmi|'eu8ôpe6a tôv TravTeXrj Siaairaapov, koitoi 5
oùSè èv Taîs èa^ÔTais ovto -navre Xi].
îlâv pèv ouv to TTpoeXrjXuôôs Kai èv Ttj <|>ûaei Kai èv
toîs opois pèvei twv | oIkéÎwv arriwv • S Sè pi] pèvei (toûto
Sè èoTi to pT]6apT] p-qSapws ôv toûto à<|>’ où Xèyerai
TrpoeXôeîv), toûto ouv oùSè TrpoeXi]Xu6ev • tis yàp âv 10
éÏttoi to pTjSaprj prjSapws ôv àiro toû Ôvtos TTpoeX-rjXuOè-
vai;
(75) "Eotw toÎvuv aÙTT) pèv -rrpôoSos, aÙTT) Sè tj povr), Kai
aupTT£<|>uKèTW àei èKarépa tt) èrèpa, Kaôâ-rrep eïpr]Tai • ti
6’èiri toutois r] èmarpo^r) -npooriGerai ; tis outra Kai 15
Tiva xpeiav Trapexopèvr] tw -npoeXfiovn; "Oti pèv toutw
TTpoar)K€i, <|>avepôv, Sokeî yàp èirâvoSos eîvai • irâaa
8’ èirâvo8ôs ècrri toû irpoeXGôvTOS. "O yàp outtw irpOT)X-
Oev, Ïti 8è pèvei èv tw irpwrw, ti âv Séorrô tivos
èiriaTpo4»T]s eis to irpwTov ; Kai yàp povr) KpeiTTWv tt)S 20
èTriOTpo^fjs ' ô 8è ëxei to KpeÎTTOv, ti âv Scoito toû
Xeipovos ;
Toû pèv 8t) TrpoeXOôvTOS èari, ti 8é ècrriv r) èTnaTpo<|>r) ;
Ti 8è âXXo, 4>aiT] tis âv, tj toû TrpoeXôôvros èirâvoSos eis
to yevvî)aav ; ’AvtîGctos yàp tt) irpoôSw Kai oîov êKeivqs 25
èiravôpGwais tis èo-Ti Kai àvâXuais ' Toiyapoûv tj <|zuX^1
14 = supra, p. 122.20-123.12.
16 toûto A, correxi || 18 X) Kroll : où A, mg. eî A1.
dissolution1; par suite, l’âme dissout sa propre proces-
sion par sa conversion. Mais, s’il en est ainsi, le
procédant ne sera plus dans l’état de procession
achevée, car il détruira cet état, s’il vient à se convertir.
Ne faut-il pas dire plutôt que, dans l’âme, arrive tantôt
ceci, tantôt cela, mais que, dans les êtres perpétuels,
l’un et l’autre sont à la fois et sous le même rapport. Le
propre de toute conversion n’est-il pas de rendre
l’engendré semblable à son générateur, comme le propre
de la procession est de le rendre différent? En effet, la
procession est apte à diviser, tandis que la conversion
est apte à réunir et ramène le troisième au premier, de
même que la procession fait avancer le premier vers le
troisième.
Alors, examinons ce que nous pouvons bien dire.
Nous disons que ce qui a achevé sa procession se
convertit en demeurant dans cet état ; donc ce qui, en
lui, se convertit devient plus proche de son producteur
que ce qui a fini de procéder. Mais il acquiert la
propriété conversive après la propriété processive
(supposons-les, en effet, l’une et l’autre selon la
substance); or, ce qui est préexistant est toujours
meilleur que ce qui se produit ensuite, de sorte que la
propriété processive aussi est meilleure que la conversi-
ve ; par conséquent, l’engendré ne s’approche pas
davantage du générateur par sa conversion que par son
état de procession achevée. Et, si ce qui est dans cet
état demeure aussi, comme on l’a montré, qu’a-t-il
besoin de la conversion, puisqu’il est déjà rendu
semblable à son générateur selon qu’il demeure? Et si
la conversion est la récupération de la manence, elle
doit être, elle aussi, manence, mais après la procession ;
la conversion ne signifie pas quelque autre chose qui soit
troisième, si elle n’opère rien d’autre que le demeurer.
Toutefois, selon la notion, se convertir est autre choe
que demeurer ; car, selon la manence, l’engendré veut
être lui-même ce qu’est le générateur, de même que,
tt)v éauTrjs irpôoSov àvaXùei 8ià ttjs èmaTpo<|>T)S. ’AXX’ eî
toûto, ouk cti êaTai TTpoeXTjXuôôç, ànoXei yàp toûto, eî
èiriaTpé«|/eiev. "H èiri pèv '|/UX’ÎS iroTe pèv toûto, ttctÔ Sè
ckcivo aupêaivei, èwi Sè twv àïSiwv èxcrrepov àpoû Kaî
Karà TaÙTÔv. ’Apa ouv où Trâaqs èmo-Tpo<J>r]S îSiov to 5
à<J>opoioûv tw yevvwvTi to yevvwpevov, ws ttjs irpooSou
to eTepoioûv; AiaKpiTiKT] pèv yàp irpôoSoç, auvaipe-
tikt) Sè tj èTn<rrpo4>T] Kaî âvaywyôs toû TpiTou eîs to
TTpWTOV, ws èKeîvT) irpoaywyôs toû irpWTOu eîs tô TpiTov.
<t>èpe ouv ïSwpev ri ttotc Kaî Xèyopev. Tô TTpoeXrjXuOôs 10
èTTiaTpè<J>eiv Xèyopev pévov ye èv tw TrpoeXT]XuOôs cîvai '
nX-rjaiaiTepov âpa tw irapàyovTi yîyveTai to èmaTpè<|>ov
èv aÙTW toû TTpoeXrjXuGÔTOS- flpoaXapÇâvei 8è to
èlTlCTTpeTTTlKÔv p€Ta TO TTpOoSlKOV (ÛTTOKeiaOw yàp èKOTe-
pov kot oùaiav) - KpeÎTTOv 8è tô àei irpoü<|>iaTâpevov toû 15
èTTiyiyvopèvou, wotc Kaî to irpooSiKÔv toû èmaTpeTTTi-
koû ' oÙk âpa nX-rjaiâ^ei tw yewwvTi pâXXov KaGô
èTTiarpèi})» t] KaOô TrpoeXi]Xu0ev. Eî 8è koî pévei to
TTpoeXrjXuOôs, ws SèSeiKTai, ti SeÎTai tt)S èTTiaTpo<J>f]S,
t]8t] kotÙ to pèveiv âÿwpoiwpèvov ; Eî 8è àvâKTTjais èaTi 20
Trjs povrjs èin|aTpo<|>T), povr) âv cit] Kaî aurr], àXXà
peTÔ ttjv irpooSov, Kai oÙk âXXo ti arjpaivei TpiTov tj
èmaTpCHjn), eî ptjSèv âXXo irapà to pèveiv èpyâ^eTai.
KaiTOi âXXo Karà ttjv ëvvoiav to èiriaTpé<|>eaGai irapà to
péveiv ' kotÙ pèv yàp to péveiv aÙTÔ PoùXeTai eîvai tô 25
yevvT]0èv oirep to yevvrjaav, wairep kotô ttjv irpôoSov
selon la procession, l’engendré veut être cela même qu’il
est après le générateur ; néanmoins, selon la conversion,
l’engendré désire le générateur, alors que lui-même,
ainsi que le générateur, demeurent dans leurs propres
délimitations. Car ce qui est capable de désir en effet,
s’attache à l’objet désirable, comme un être à un autre ;
or, le fait d’être autre vient toujours après le fait de
procéder. Vraisemblablement donc la conversion est le
désir qui appartient au troisième en tant qu’il est
insatisfait ; en effet, dans la manence il n’y a pas encore
de désir, car ce qui est capable de désir ne s’est pas
encore écarté de l’objet désirable; et il n’y a pas non
plus de désir dans l’état de procession achevée, car cet
état est distance et distinction des deux, pour que l’un
soit capable de désir et l’autre désirable, ou plutôt pour
que le troisième, après s’être séparé du premier, en fasse
ensuite l’objet de son désir, en regrettant son ancienne
nature ; c’est pourquoi la conversion produit, non pas le
fait de demeurer, mais le fait de jouir de loin du
générateur qui s’est manifesté comme objet de désir. De
là vient aussi qu’il est plus beau de procéder que de se
convertir; car avoir achevé sa procession fait être le
troisième, tandis que se convertir le perfectionne.
Or, ce qui désire s’efforce de devenir ce qu’est l’objet
désiré, de sorte aussi que le troisième désire devenir le
premier, et il le devient par la conversion ; mais, [dira-t-
on], il l’est d’abord par la manence, par le fait même de
demeurer dans le premier. Ne faut-il pas dire plutôt
que, cet état, il le possède avant la procession, tandis
que, l’autre, il le possède par la conversion après la
procession. Mais il est absurde, comme on l’a dit tout
d’abord, qu’il reprenne ce qu’il possède déjà, et plus
absurde encore qu’il le fasse par un acte inférieur. Or,
peut-être n’est-ce pas le premier lui-même qu’il possède
par la conversion, mais pour ainsi dire quelque image de
lui, qui apparaîtra inférieure même à la procession?
Mais rien ne désire une image, et certainement pas celle
qui est inférieure à ce dont il possède la réalité et la
aÙTÔ ôrrcp èaTi to ycvvrjOèv pcrà to ycvvfjaav ' Ktrrà
pèvroi tî)v èmarpo<|>T)v ôpèycTat tô ycvvrjOèv toû yevy>r\-
aavTos, pèvov aÙTÔ Kaî pèvovros Èkeivou èv oÎkciois
ÔpOlÇ. TÔ ÔpCKTlKOV yàp TOÛ ÔpcKTOÛ àvrèxcrai, ws âXXo
âXXou, àci Sè tô âXXo pcrà to rrpocXOcîv. Taxa ouv tj 5
c-nraTpocjrr] ôpc£is èan toû TpiTOu èmrroôoûvTOs ’ èv yàp
tw pèvciv oûrrw opcÇis, oûrrw yàp Sièarr] to ôpCKTiKÔv toû
ÔpcKTOÛ ' àXXà prjv où8è èv tw TTpoeXrjXuOèvai, Sidaraats
yàp auTt) Kaî SiaKpiais èan toîv Suoîv, îva tô pèv f)
ÔpCKTiKÔv, TÔ 8è ÔpCKTOV, pâXXov 8è îva TÔ TplTOV 10
àrroaràv toû TrpwTOu ûaTCpov ôpexOf) ckcivou ttÔOw Trjs
àpxaîas 4>ûacws ' Siôircp où tô pèvciv èpydÇcTai t|
CTnaTpo<|>Tj, àXXà tô rrôppwOcv àrroXaûciv toû ycwrjaav-
TOS ÔpcKTOÛ 4>avèvTOS- ”O0cv Kaî TÔ TTpOcXOcîv KaXXlOV
toû èmaTpè4>ca0ai ’ oùaiorroiôv yàp toû TpiTou to 15
rrpoeXrjXuOèvai, to Sè èmaTpè4>ca0ai tcXciottoiov.
’AXXà to ôpcyôpcvov ckcîvo aircûSci ycvèaOai oircp to
ôpCKTOv, waTC Kaî to TpiTov è<|>ieTai ycvcaOai tô irpwrov,
Kaî yivcTai 8ià tt)S èmaTpo<|>f)s ' àXXà TrpwTov yivcTai 8ià
Trjs povrjs, aùîW tw pèvciv èv tw rrpwTW. ’H toûto pèv èx61
rrpô ttjs rrpo68ou, to 8è 8ià Trjs èmaTpo<|>fjs perà tt|v
rrpôo8ov. ’AXX’ ârorrov, ws cïpT|Tai rrpÔTCpov, ô t)8tj ex»,
toûto rràXiv Xap£âvciv, Kaî tô ârorrwTcpov, on 8ià Trjs
Xcipovos èvepyctas. ’AXX’ îaws ouk aÙTÔ 8ià rrjs èmarpo-
<j>rjs, âXXâ n aÙToû oîov cï8wXov, ô Kaî Trjs rrpoô8ou 25
Xcîpov 4>avciTai ; ’AXX’ oùSèv ôpèycTai toû ciSwXou, oùSè
TOÛ XCÎPOVO$ ÔXwS èKClVOU OÙ CX» TTJV KpClTTW Kai
22 = supra, p. 123.13-22.
7 tw Kopp : tô A || 20 toûto |p.èv, p- init. us. ins. A*.
jouissance, plus avantageuses et plus précieuses ; c’est
exactement comme si, en possession d’une santé
parfaite, on en désirait ensuite une moins bonne, ou si,
possédant déjà la vertu théorétique, on souhaitait
acquérir la vertu politique1. Ce n’est donc pas une chose
identique selon la forme que procure la manence et que
procure la conversion ; car il n’y a même pas d'identité
selon la forme entre manence et conversion. Qu’est-ce
donc que le procédant acquiert par la conversion, qu’il
n’avait acquis ni par la manence ni par la procession?
[2.4. Problématique de la manence,
de la procession et de la conversion]
A ces apories-là est étroitement liée, comme il est
naturel, la recherche suivante, qui suppose que la
manence est de deux sortes ; en effet, ce n’est pas
seulement ce qui procède, mais encore ce qui se
convertit, qui réalise, grâce à la manence, ceci la
conversion, cela la procession. Car il y a deux mouve-
ments, l’un de haut en bas, l’autre de bas en haut; et
entre les deux mouvements opposés, il y a deux repos,
disent les Physiologues2. En effet, à l’instant, nous
venons de dire que la conversion n’est pas la dissolution
de la procession, ni sa destruction, mais que, c’est en
demeurant dans l’étant de procession achevée que le
troisième réalise sa conversion. Ou bien donc, il faut
supposer seulement deux choses selon le genre, à savoir,
le repos et le mouvement, et si tu préfères, je dirai la
demeure (monè) et le chemin (hodos), ou bien il faut en
supposer quatre selon l’espèce, à savoir [le chemin de]
l’aller (proodos), le [chemin du] retour (épanodos) et la
demeure qui est encore de deux sortes, celle d’en-haut
et celle d’en-bas, celle-ci gardant ce qui est sur le point
de se convertir et celle-là ce qui est sur le point de
procéder3.
I. Voir vol. I, n. 3 de la p. 6.18.
2-3. Voir Noies complémentaires, p. 266-267.
irpcaSuTÉpav ûirÔCTTaaiv t« Kai àirôXaucnv ' | ôpoiov yàp
ûs eï tis éxwv TeXeioTaTTjv ûyieiav êrreira ôpéyoïTO ttjs
û<|>eipévT]s, Kai ttjv 6ewpT)TiKT)v àptTTjv KCKTTjpèvos eûxoï-
to KTTjaaaOai tt)v ttoXitikiÎv. Ouk âpa toutov kot’ eîSos
ô Te povr) irapéxcTai Kai orrep r) èrriCTTpo<)>r| • oùSè yàp 5
toutov kot’ eîSos povr) tc Kai èmaTpo4>r|. Ti ouv
rrpoaXapgâvei 6ià Ttjs ÈrrioTpo^iTjs ô prjre 8ià toû pèveiv
èKéKTT]TO prjTe 8ià toû irpocXOeîv ;
’Ep<)>ûeTai 8è Taîa8e Taîs âiropiais Kai èxeivr) <rj>
£t)tt]ctis eùcÔTWS, 6ittï]v ûrroTiôepévr) ttjv povrjv ’ où yàp 10
to rrpoïov pôvov, àXXà Kai to è-iriaTpecJjôpevov 8ià povrjs
rroieÎTai, toûto pèv ttjv èmaTpo<f>r)v, ckcivo 8è ttjv
rrpôoSov. △ùo yàp Kivqaeis, î) Te âvwGcv kÔtw, Kai T)
kotcoOcv âvw ' peTa^ù 8è Sûo Kivqaewv twv àvTiKCipévwv
8ûo arâaeis eîvai Xéyouai iraî8es 4>uoioXôy<ov. Kai yàp 15
vûv 8rj ê<|>apev ouk eîvai tt|v èTTicrrpo<j>r)v àvâXuaiv ttjs
rrpoôSou Kai àïrwXeiav, àXXà pèvov èv tû TrpoeXrjXuôévai
TTOieiTai ttjv èmaTpo<J»r|v. 'H oùv 8ûo pôva tw yèvei
TroiTjTéov, OTaaiv Kai Kivrjaiv, i) ei PoûXei Xéyco povrjv Kai
ô8ôv • ij TCTTapa tû eîSeï, rrpôoSôv Te Kai èirâvoSov Kai 20
povrjv au 8ittt|v, tt|v âvw Kai kÔtw, KaTéxouaav TaÛTrjv
pèv to pèXXov ènioTpéiJieiv, eKeivrjv 8è to péXXov
TTpoïèvai.
13-15 cf. Arist., Phys. V 6, 229b 29-230a 1 ; 230b 10-15 ||
16 = supra, p. 123.25-124.5.
9 -fj addidi || 13-14 xàrio, xœi tj xà-rcoBev mg. ins. A1.
Alors, en quoi consiste cette célèbre contradistinction
des trois [modes d’être], manence, procession, convec-
tion ? On dira peut-être que c’est par rapport au
premier un que les trois se sont divisés, suivant les trois
relations à son égard que sont le en lui, le à partir de lui,
le vers lui ; et on voit clairement selon lequel [des trois
modes d’être] se spécifie chacune [de ces trois relations].
Mais je dirai que l’un est de deux sortes, celui d’en-
haut, celui d’en-bas; car, dans sa forme d’en-bas il
demeure, à partir d’elle il s’éveille dans la conversion, et
vers elle il se tend d’abord dans la procession; en effet,
aux deux niveaux, certainement, la manence est ce qui
est intermédiaire [entre les deux mouvements], mais
dans un cas elle projette la procession, dans l’autre elle
projette1 la conversion.
A de telles questions, se rattache avec raison celle de
savoir si la conversion est de deux sortes : la conversion
vers soi-même et la conversion vers ce qui est antérieur
à soi-même; la question encore de savoir ce que l’une et
l’autre communiquent à la substance de ce qui se
convertit, quelle est leur différence, et, si là où est l’une,
l’autre est aussi ; de plus, pour quelle raison la
procession ne serait-elle pas également de deux sortes,
et la manence pareillement : la manence dans le
supérieur, et la manence en soi-même, et, à son tour, la
procession à partir du supérieur et la procession à partir
de soi-même ; en effet, si ces trois activités2 appartien-
nent toujours à un même rang, de la façon dont se
comporte l’une, de la même façon se comportent aussi
les autres.
Et surtout, nous devons chercher si, là où paraît
l’une, les autres aussi se manifestent, et si elles
appartiennent toutes au troisième, ou bien si au
1. IlpoêaXXojiÉvT) 8è : construction insolite pour 8nou Ttpo&xXXo-
IxéMT). Damascius a pu varier l'expression, p. ex. 7tpo6aXXo(xév>]
<àXXa^oü> ... Cf. LSJ s.v. noté (p.èv).
2. Ici, Damascius qualifie d’activités (èvépyeiai) la manence, la
procession et la conversion ; mais il les désigne aussi souvent par le
neutre ta tpia.
Tis ouv tj TroXuOpûXi]Tos aÛTT) tûv Tpiwv àvTiSiaipeais,
povrjs, irpoéSou, è-rTiaTpo<J>rjs ; "laws 4>r|aei tis oti TTpôs êv
to TTpÛTov ai Tpeîs 8iTjpé0T)aav Karà Tas Tpeîs TTpôs
ckcîvo a^éaets, èv w re Kai à4>* ou Kai TTpôs ô ' 8t)Xov 8è
Kafl’ ô ti CKaaTt] ISioiroieÎTai. ’AXXà 4>r)crw to êv 6ittov 5
eîvai, tô pèv àvw, tô 8è kÔtw ’ Kai yàp èv tw kÔtw eî8ei
pévei Kaî âir‘ aÙTOÛ èyeipCTai kotô tt)v èTTi<7Tpo<J>T]v Kai
npôs auTÔ TTpoTepov à-TTOTciveTai kotÔ ttjv irpooSov ’
èKaTepwdi pèv yàp rj povt) tô péaov, àXX’ Ôttou pèv
irpogaXXopévT) Ttjv TrpôoSov, TTpogaXXopévr) 8è ttjv 10
èmaTpo<|>T)v.
”E)(eTai 8è twv toioutwv ÇTjTTjpaTWv Kai èKcîvo SiKaîws,
eî 8ittt) rj èTTiaTpocJrr), r) pèv rrpôs èauTÔ tivos, t) 8è irpôs
to Trpô éauToû ' ti CKaTepa SiSwai ttj oùaia toû
èiriaTpé<|>ovTos, Kai ti 8ia<|>épeTOv ' Kai eî Ôttou tj éîépa, 15
Kai CTepa ‘ Ïti 8è 8ià ti pr) Kai r) irpôoSos 8ittt| Kai
povf) ôpoiws, tj pèv èv tw KpeiTTOVi, 6è èv èauTW, Kai au
irâXiv pèv àirô toû KpeiTTovos, 8è | à<J>* éauToû ' eî yàp
àei ôpoTayeîs eiaiv ai Tpeîs aÙTai èvépyeiai, ws êx« pia,
Kai ai âXXai waaÛTWS è^ouaiv. 20
Kai 8t) Kai toûto ÇTjTeiaOw, eî Ôttou tj pia àva<|>aiveTai,
Kai ai âXXai èK<|>aivovTai ' Kai eî toû TpiTou Trâaai eiaiv rj
9-10 expectes Êtou Sè TtpoêaXXopèvrç, u. adn.
troisième appartiennent les trois, au deuxième les deux
que sont manence et procession, et au premier la
manence seule; car il semble qu’appartienne en propre
au premier la manence, au deuxième la procession, et
au troisième la conversion, en tant qu’il est déjà dans
l’état de procession achevée. Donc, à partir d’en-haut,
en définissant les propriétés de ces activités disons ce
qui nous apparaît, et que Dieu nous conduise vers la
vérité.
Ainsi donc, la nature du premier mêlée avec le
troisième est manence, tandis que l’action par laquelle
le troisième s’éloigne du premier est procession ; et, ni
l’une ni l’autre n’est pure, ni l’action de s’éloigner n’est
isolement et rupture violente avec sa propre cause, ni la
nature du premier n’a, dans le troisième, complètement
absorbé la procession, et elle n’empêche pas non plus
que soient différents ce qui a procédé et cela même
qu’on dit avoir procédé dans un autre genre; mais c’est
à partir des deux [manence et procession], en qualité
d’éléments, que le troisième s’est produit comme le fruit
authentique du premier, et comme ce qui porte, dans sa
propre différence, cette haute nature. Quant à la
conversion, elle est la constitution et la circonscription
du troisième considéré en lui-même, non pas comme
demeurant, ni comme procédant ; ou plutôt, elle est
l’union des deux éléments l’un dans l’autre et la
conversion de la propriété processive vers celle qui
dispose à la manence1, conversion selon laquelle se
réalise le mélange des deux éléments, à propos duquel
survient le caractère et la forme du troisième. C’est
pourquoi, la conversion appartient seulement au troisiè-
me ; on la dit constitutive de ce qu’il a de propre, car
elle est la tension ascendante de ce qui a procédé vers ce
qui demeure (en ce sens que, dans le troisième, elle est la
tension de la propriété processive vers celle qui en lui
dispose à la manence) et elle est la tension du troisième
1. Tô pôvipov n’est pas le demeurant (tô pèvov), mais la qualité
ou la propriété qui dispose à la manence ; les opposés sont le
7rpoo8ix6v (non le Ttrpoiôv) et rèTtioTpEKTixév (non rèrciaTpéçov).
toû pèv t pi tou ai Tpeîs, toû Sè SeuTèpou ai Sûo, povf) Kai
irpôoSos, toû Sè rrpWTOu pia r) povrj ' Sokcî yàp iSiws
eîvai toû pèv rrpWTOu t| povrj, toû 6è Seurèpou q rrpôoSos,
toû Sè TpiTOu r] èmaTpo<|»r) Ûtc tjSt) rrpoeXijXuOÔTOS-
”Avw0ev oûv Tas iSiÔTrjTas oùtwv à<J>opiadpevoi Xèywpcv 5
Ta c^aivôpeva, 0eôs Sè âyot rrpôs ttjv àXrjOeiav.
(76) OÙkoÛv povr] pèv èanv f] toû rrpWTOu <J>ûcns èyKCKpa-
pévr) tw TpiTW, rrpôoSos Sè f] toû TpiTou ârrôaTaais àrrô
toû irpwTou * oùSerèpa Sè ÛKpai<|>vfjs, outc f] àrrécTaais
êpr)pos ouaa Kai Siearraapèvr) Trjs oiKcias aiTias, outc f] 10
toû rrpWTOu <J>ûats èv tw TpiTW KaTarrerrWKuîa ttjv
rrpôoSov oùSè èwaa rrapaXXâ£ai to rrpoeXOôv Kai aÙTÔ ô
Xèyenn rrpoeXOeîv eîs âXXo yèvos ' àXX’ è£ àp<|>oîv oîov
OTOixeiwv to TpiTov àrreTeXèaOr] yèvvrjpa toû rrpWTOu
yvTjaiov Kai ô <|>épei ttjv <j>ûotv CKeivrjv èv tt) èauToû 15
rrapaXXd^ei. ’H Sè èrriaTpocjrf) aûaTaais èoTiv Kai rrepi-
ypa<}>T) toû TpiTou Ka0’ aÙTÔ Oewpoupèvou, outc ws pèvov-
Tos outc ws rrpoïôvTOS, pâXXov Sè êvwais èan twv Sueîv
aToixeiwv eîs âXXrjXa Kai èmœrpo<|>T) toû rrpooSiKOÛ eîs
to povipov, Ka0’ rjv r] Kpâats twv 8ûo crroixeiwv, ko0’ t)v 20
Kpâaiv ô xaPaKT>HP èmyiyverai Kai to eîSos toû TpiTou.
Aiôrrep r] èîTiaTpo<|>T) Kai toû TpiTou èa-ri pôvou " Kai
toutou pèvTOi ISiorroiôs XèycTai, Kai toû rrpoeXOôvTOS
âvaTaais eîs to pèvov, (on toû rrpooSiKOÛ èv tw TpiTW eis
vers le premier (en ce sens que ce qui a procédé est dans
le premier, selon ce qui demeure).
Tu le vois, c’est selon la substance que dans le
troisième les trois activités1, telles que des éléments,
sont mêlées les unes aux autres, que son tout contient
les trois, et que, par rapport à lui-même, il agit de trois
manières, en tant qu’il demeure en lui-même, procède à
partir de lui-même et se convertit vers lui-même. En
effet, les trois activités sont les éléments de sa
substance ; chacune agit2 sur le tout, et elles agissent
toutes les unes sur les autres. Donc, le tout et les parties
demeurent grâce à la propriété qui dispose à la
manence, puis ils procèdent grâce à la propriété
processive, et ils se convertissent grâce à la conversive.
Voilà donc pourquoi le troisième demeure en lui-même
selon le caractère de la manence, qui est mêlé avec lui,
et pourquoi, procédant à partir de lui-même, il se
convertit aussi vers lui-même.
Mais, de plus, on dit que [le troisième] exerce
également les trois activités par rapport au premier;
quelle est donc la différence? On répondra que la
distinction du troisième est double : celle par laquelle il
se distingue du premier, en tant qu’il est troisième3, et
celle par laquelle il se distingue de lui-même, en tant
qu’il se plurifie en lui-même, et non en tant qu’il
devient simplement troisième, mais encore triadique,
selon la triade qui s’est manifestée en lui. Or, toute
triade est aussi une monade, c’est-à-dire, sans aucun
doute, la monade qui la précède ; par conséquent, selon
la triade, le troisième procède à partir de lui-même,
mais, selon la monade, il demeure en lui-même, et il se
convertit [vers lui-même] selon l’union de la triade à la
monade. Et on ne serait pas loin de la vérité, si l’on
s’exprimait ainsi, à savoir que le triadique est, en lui,
cause de la conversion, car troisième est aussi la
conversion ; que le dyadique est cause de la procession,
car deuxième est la procession ; et que le monadique est
1. Ici, xà xpta = ai TpEtç èvÉpyEtai de la p. 127.19.
2-3. Voir Notes complémentaires, p. 267.
to èv aùrw pôvtpov) Kai toû Tpirou eis to trpWTOv (Ôti tô
trpoeXOàv kqtù to pèvov èv tw trpwTW èariv).
Kai ôpçs Ôti kot’ oùaiav èv tw Tpirw tÙ Tpia oîa
aroixeîa auyKeKpaTai àXXrjXoïs, Kai to ÔXov tÔ Tpia
eXel> Ka‘ rrpôs yc aùrô Tpixfj èvepyeî, pèvov èv èauTW Kai 5
rrpoïov à<j>’ èauToû Kai èiriaTpe<j>ôpcvov trpôs èauTÔ.
ÎTOtxeîa yàp aùroû Trjs oùaias rà Tpia Kai eis to ÔXov
CKaaTOv 8pâ Kai eîs âXXrjXa ânavra. Mèvei oùv 8ià tô
pôvtpov to ÔXov Kai tÙ pèprj, Kai au npoetat 8ià to
rrpooSiKÔv, Kai èmaTpé<|>ci | 8ià tô èmaTpeirriKÔv. 10
Toiyapoûv Kai pèvei èv aùrw TÔ Tpirov Karà to
èyKCKpapévov ttjs povrjs iSiwpa, Kai trpoïôv à<j>’ èauroû
Kai èmaTpé<|>ei trpôs èauTÔ.
'AXXà 8r) rà Tpia Kai rrpàs to npwrov èvepyeîv
Xèyerat* tis oùv r] 8ia<|>opa; ’H ôti 8itttj r) StÔKpiais, rj 15
pèv àrrô toû trpwTOu ws Tpirou, r) 8è à<|>’ èauroû ws
rrXijGuopèvou èv èaurw Kai où Tpirou ànXws yiyvopèvou,
àXXà TpiaSiKoû kotô ttjv èv aùrw <|>aveîaav TptàSa.
’AXXà trâaa Tpiàs Kai povàs èanv, rj trpà aùrrjs tràvTWs
povàs ' warc Karà pèv ttjv TpiàSa trpôeiaiv à<|>’ èauroû, 20
Karà 8è ttjv povà8a pèvei èv èauTW, ètriarpèiftei 8è Karà
ttjv cvwaiv ttjs TpiàSos rrpàs ttjv povà8a. Ei 8è Kai outw
Xèyoi tis, oÙk âv trôppw pàXoi toû àXrjOoûs, ws rô pèv
TpiaSiKÔv èv aùrw ttjs èruarpoijrris aÏTiov, rpirr] yàp Kai
èiriaTpo4>r| ' tô 8è SuaSiKÔv ttjs trpoôSou, Seurèpa yàp 25
5 aùrô A, correxi || 8 8pâ xal scripsi : 8pé<]>ai A || 11 aûriüi A,
correxi || 13 scr. émarpéçov? || 16 mg. (ad rpirou?) à A1.
cause de la manence, parce que la manence est la
première des trois. C’est là bien entendu une autre
question. En tout cas, dans son rapport au premier, le
troisième demeure en celui-ci, parce qu’il ne s’en est pas
complètement écarté de quelque façon que ce soit, et il
se convertit [vers lui], parce que ce qui s’est écarté s’est
rattaché, par la conversion déjà évoquée, à ce qui ne
s’est pas écarté.
La conversion est-elle donc unique, ou bien double, à
savoir la conversion vers soi-même et la conversion vers
ce qui est antérieur à soi-même? Répondons qu’elle est
unique par le sujet, mais double par la relation. En
effet, en tant que le troisième, comme on l’a dit, s’est
circonscrit lui-même par la conversion, il s’est converti
vers lui-même ; mais, en tant qu’il s’est établi tout
entier comme circonscrit et parfait en lui-même, il s’est
rendu semblable à ce qui lui est antérieur, parce que
cela aussi, antérieurement à lui, est parfait en soi-
même, ayant reçu en partage une certaine nature qui
lui est propre, et parce que le troisième, en demeurant1,
s’est fait subsister lui-même en se rapportant d'abord à
ce qui lui est antérieur (car c’est là aussi une certaine
conversion), et de plus, avant cette raison, parce que
l’engendré s’est produit tel que le générateur l’a voulu ;
donc, par le fait d’être devenu lui-même ce qu’il est, il
est dans l’état de conversion achevée à la fois vers lui-
même et vers ce qui lui est antérieur.
Or, [si] telle est la conversion, telle est aussi la
procession ; en effet, ce que le troisième est en lui-même
procède à partir de lui-même, selon ce qui est en lui
distingué, et il procède également de ce qui lui est
antérieur; en effet, c’est selon l’un et l’autre qu’il est ce
qu’il est, car, de même, c’est selon l’un et l’autre qu’il
est dans l’état de procession achevée, et, bien entendu,
est-ce aussi à partir de sa cause qu’il est dans cet état
selon l’ensemble des deux. C’est, en effet, selon
I. Un autre sens de (xévov corrompu en p.év, cf. supra, p. 76.7.
Tj TTpÔoSoS • TÔ 8è pOVaSlKOV TTJS pOVTjS, OTI TTpWTT] T] pOVT)
twv Tpiwv. TaÛTa pèv ouv CTCpos Xôyos. îlpès 8’ ouv tô
TTpWTOV, pèvct pèv èv aÙTW, oti où ttÔvtt) SiÈott] Kaî
ÔttwctoÛv, èTTiCTTpé<|>ei 8é, oti to SiaoTav tw prj 8ia<rrâvTi
CTUVTjJ/CV KOTÔ TTjV cîpT]pCVT)V ÈTTUTTpOlfrqv. 5
Mia ouv èiTiaTpo4>T) tj 8iTTq, rç pèv TTpôs èauTÔ, ij 8è
TTpôs TÔ TTpÔ èaUTOÛ ; ’H TW pèv ÛTTOKEipèvW pia, TT) 8è
trxéaet 8lttt). Ka0* octov pèv yàp èauTÔ Trcpicypa^icv, ws
eîprjTai, Si’ èTrioTpo<|>f)S, ÈttÈcttpc<|/c irpôs èauTÔ ' Ka0’ ô-
ctov 8c ÔXov cctttj Ka0’ èauTÔ Trepiycypappévov Kai 10
tÈXciov, wpoiwOr, tw irpô aÙTOÛ, oti Kai ÈkcÎvo irpo
toutou Ka0* èauTÔ tÈXciov, éauToû Tiva <J>ûoiv îSiov
eîXtjxôs, Kai oti pèvov tô TpiTov ÛttÈott)ctcv èauTÔ TTpôs
ÈKCÎVO TTpWTOV (ÈTTlCTTpO<|>T) yàp Kai OUTT] Tis), Kai ËTl TTpÔ
TOUTWV OTI oîov TÔ yCVVWV T]ÇouXt|0T], TOIOUTOV aTTCTC- 15
Xéo0T) to yevvwpcvov, tw âpa aÙTO ôirep ÈcttI ycvéaOai
CTréaTpaTTTai âpa Kai irpos èauTÔ Kai irpôs to irpô aÙTOÛ.
'ils 8è cxei ÈTTiaTpo<|>T), outw Kai r\ TTpôoSos ' aÙTO
yàp ô cotiv Kai à<f>’ coutoû irpocioi kotô tô èv caurw
SiaKCKpipcvov Kai toû irpô aÙTOÛ * Ka0’ CKaTCpov yâp 20
ècttiv ô ècttiv, Kai yàp ko0’ ÈKÔTCpov TTpoeXrjXuOcv, Kaî
pcvTOi Kai airà toû aÎTiou kotÔ to CTuvap<|>ÔTcpov. Kai
8-9 = supra, p. 128.16-18.
l’ensemble des deux que cela même qui a fini de
procéder est tout entier ce qu’il est, comme on vient de
le voir1 ; car, par le fait de s’être distingué du premier
selon la troisième distinction, il a montré qu’il est aussi
distingué en lui-même.
De manière semblable donc, la manence est la même
par le sujet et elle n’est différente que par la relation.
Car, le fait que le troisième ne se soit pas complètement
écarté de sa cause a eu pour conséquence qu’il ne s’est
pas non plus écarté complètement de lui-même. Donc,
par la même propriété qui dispose à la manence, il
demeure en lui-même et en ce qui lui est antérieur ; par
la propriété processive, il procède à partir de lui-même
et de ce qui lui est antérieur, et naturellement, par la
propriété conversive, il est en état de conversion vers
lui-même et vers ce qui lui est antérieur. Or, il s’agit ici
du troisième élément, selon lequel l’élément processif
est lié à l’élément qui dispose à la manence. De ces trois
éléments, par conséquent, est formé ce qui est dans
l’état de procession achevée, non pas en tant que cela a
[simplement] procédé, mais en tant que cela est ce qu’on
appelle l’intellect. Et les trois éléments sont aussi dans
ce qui est en train de procéder, et non pas seulement
dans ce qui a fini de procéder ; ils sont également dans
ce qui demeure antérieurement à ce qui procède, mais,
là, ils sont coagrégés et indifférenciés, tandis que, dans
le troisième, ils sont divisés, et que, dans l’intermédiai-
re, ils sont selon un mode intermédiaire et seulement en
train de se distinguer.
Mais, s’ils sont indifférenciés dans le premier, on ne
peut même pas dire avec raison que le premier demeure.
Répondons qu’on ne peut pas dire qu’il demeure, en ce
sens qu’il posséderait l’élément qui dispose à la
manence, car il ne le possède pas vraiment comme
quelque chose de déterminé, tandis que, en tant qu’il ne
procède pas, on peut dire qu’il demeure, par analogie
avec le troisième ou le deuxième. Et, de même, ce qui
1. Cf. ci-dessus, p. 130.20-21.
yàp aÙTÔ to TrpoeXr]Xu0ôs ôXov ô èaTi Karà tô |
auvap<|>ÔTepov ^)v ' tû yàp àïrô toû rrpÛTOu 8iaKpi0f]vai
KOTÔ TT]V TplTTjV SlÔKpiaiV Kai aUTO èv éaUTW SiaKEKpipè-
vov àrrèSeiÇev.
‘Opoiws âpa Kai r] povr) tû ùrroKeipèvw èaTiv rj aurq, 5
axéaei 8ia<|>épouaa pôvov. Tô yàp prj rràvTT] 8iaarf)vai
toû avriou, toûto èrroirjaev aÙTÔ prjSè èauTOÛ rràvTT]
SiaaTrjvai. Tû aÙTÛ âpa povipw Kai èv èauTÛ pèvei Kai èv
tû irpô aÙTOÛ, Kai tû rrpooSiKÛ à<|>’ èauTOÛ ye rrpôeiai
Kai air’ èKeivou, Kai 8t) Kai tû èrriaTperrTiKÛ rrpôs èaunS 10
t€ èiréaTpaiTTai Kai rrpôs èKCÎvo. Toûto 8è èan to TpiTov
CTOixeîov, Ka0’ ô to rrpooSiKÔv tû povipw auvSèSeTai.
’Ek Tpiûv âpa toûtwv èaTi tô rrpoeXr]Xu06s, où KaOô
rrporjXOev, àXXà KaOô tÔSc, oîov vous- “Ean Sè Kai èv
tû rrpoïôvTi tô Tpia, àXX’ oùk èv pôvw tû irpoeXrjXuOôn ' 15
èaTiv Kai èv tû pévovn rrpô toû rrpoïôvTOS> àXX’ èv toÙtw
pèv auvppqpèva Kai âSiÔKprra, èv Sè tû Tpînp SirjpTjpèva,
èv Sè tû pèaw péaios Kai SiaKpivôpcva pôvov.
(77) ’AXX’ ei àSiÔKpiTa èv tû rrpûnd, oùS’ âv pèvciv Xèyorro
SiKaîws tô rrpÛTOv. ’H ûs pèv èxov tô pôvipov aroixeîov, 20
oÙk âv XèyoïTO, où yàp èxei kqt’ âXrjGeiav âijxapiapèvov '
ûs Sè pi] rrpoïôv XèyoïTO âv kot àvaXoyiav ûs rrpôs to
TpiTov, r] to ye SeÙTepov. Kai Sr) tô rrpoïôv rrpôs to
2 tco scripsi : tqtô et mg. uirg. cens. A.
est en train de procéder, par rapport à ce qui a fini de
procéder, peut être dit procédant < aussi bien que>
demeurant, alors que ce n’est ni l’un ni l’autre en
réalité; car, ici, les éléments ne sont pas encore
distingués non plus. C’est donc dans le troisième que les
trois éléments sont distingués les uns des autres ; par
suite, le troisième est proprement le premier à demeu-
rer, à procéder et à se convertir vers ce qui est avant
lui ; mais, vers ce qui lui est contigu, et qui est, on le
sait, le deuxième, il se convertit suivant la modification
et l’hypostase qu’il tient du deuxième, c’est-à-dire celles
qu'il tient de ce qui est en train de se distinguer, tandis
que suivant la modification et l’hypostase qu’il tient de
l’indifférencié ou du premier, il se convertit vers cela
même qui est plus élevé. En effet, l’intellect, pour le
citer, a cette triple relation, tant par rapport à la vie
que par rapport à l’être, selon sa génération à partir de
celui-là. Mais nous reviendrons là-dessus une autre fois.
Dans le premier, devenu le troisième [par procession],
les trois [activités], après s’être manifestées, procèdent
aussi à travers la suite de toutes les choses. Quand je dis
le troisième, c’est comme si je disais que les trois
[activités] ont apparu dans le premier intellect, et
qu’elles sont dans tout intellect; cependant, c’est la
manence qui prédomine au sommet, en spécifiant le
reste, tandis que la conversion prédomine dans le
dernier terme, et la procession au milieu. C’est pour-
quoi, dans chaque triade intellective, le premier est
davantage marqué par la propriété qui dispose à la
manence, le deuxième davantage par la propriété
processive, et le troisième davantage par la conversive.
Ainsi donc, dans ces cas, ce n’est pas avec justesse
que nous supposions double la manence1, s’il est vrai
que demeurer c’est ne pas s’écarter complètement de la
cause génératrice ni de la nature de celle-ci, et que se
convertir c’est circonscrire sa propre hypostase dans
l’état de procession achevée, accompagné de la manen-
1. Cf. supra, p. 126.9-I27.il.
<7Tpo>eXT]Xu0ô$ Kaî irpoïàv <Kai> pèvov XèyoïTO âv, Karà
àXr)0eiav 8è oùSÉTEpov ' oûrrw yàp où8è èv toutw
Stwpicrrat Ta oroiXEÎa. ’Ev âpa tw TpiTW tÔ Tpia
SiwpiaTat àir’ àXXrjXwv ' TrpwTOv âpa to TpiTov Kupiws
Kai pévfii Kai npoeioi Kai èm<rrpè<|>Ei Trpôs to rrpô èauroû ' 5
àXXà Trpôs pèv tô Trpoa«x*s> orrep ^v to SsuTEpov, Karà
ttjv àirô toû SsuTEpou rrapaXXayrjv te Kai uTrécrracriv,
oîov ttjv àrrô toû SiaKpivopèvou, kotÔ Sè ttjv àrrô toû
àStaKpiTou Kai rrpWTOu, Trpôs aÙTÔ to urrÉpTEpov. 'O yàp
voûs 4>èps eÎtteîv Kai Trpôs Çwtjv Ëxei T1ÔV TpiTrXfjv ax®CTlv 10
Kai Trpôs to ôv kotÔ ttjv àtr’ Èkeivou yèwTjaiv. ’AXXà irEpi
pèv toutwv Kai aûdis.
’Ev Sè tw TTpWTW, TpiTW ycycvÔTi, rà Tpia <|>avèvTa
TrpoèpxETai Kai 6ià ttÔvtwv twv è<J>e£r]S- Tpirov Xèyw Sè,
oîov si èv tw TrpWTW è<|>avT) vw, Kai èv rravTÎ vw Ta Tpia 15
èœriv ' ètriKpaTEi Sè ôpws èv pèv tw ÔKpw rj povrç, tô âXXa
slSoTTOioûaa, èv Sè tw èaxaTw r] Èttiotpo4>t|, èv 8è tw pèaw
TTpÔoSoS- AlOTTEp èv EKaOTT) VOEpâ TplÔSl TO pèv TTpWTOV
pOVtpWTEpOV, TÔ Sè SEUTEpOV TTpOoSlKWTEpOV, TO Sè TplTOV
èlTlCTTpETTTlKWTEpOV. 20
OÙkoûv èiri toutois tj 6ittt| povr) où KaXws uttetiOeto,
ElTTEp pèvfiiv ÈcttIv TO pT) SiaaTT]Vai TràvTT) TOÛ yEWWVTOS
aiTiou prjSè Trjs èKEivou <|>ûaEWS, tô Sè èirioTpè<|>£iv èari
to tt]v | èauroû TTÊpiypâ<J>€iv uiréaTacnv èv tw ttpoeXtj-
11-12= infra, p. 135.1 ss.
1 èXtçXuOôç A, correxi || xaî addidi || 7 ànè scripsi : ùrrô A || 21 où
xaXùc scripsi : oùx üXXoïç A.
ce, en sorte que ce soit la même chose qui a fini de
procéder et qui n’a pas fini de procéder, sans séparation
radicale de l’un et de l’autre, mais avec la formation
d’un certain ensemble des deux à travers la propriété
conversive. Car si tel est le troisième dans sa totalité,
quelle autre manence pourrait-il avoir par rapport à
cette conversion-là ou à cette procession-là, à moins
qu’on ne le prenne dans sa relation à ce qui vient
ensuite et qui est produit à partir de lui? Car ce qui,
dans sa propre forme et dans son ordre propre, est
producteur, à partir de soi-même, de ce qui procède de
lui, cela doit tenir, de la manence consubstantialisée
[avec lui], la propriété qui dispose à demeurer. A moins
qu’il ne faille même pas dire que les producteurs
demeurent, mais que les choses produites demeurent
dans leurs producteurs et en elles-mêmes, ou bien qu’on
doive voir le demeurer des producteurs dans le fait
qu’ils ne procèdent pas avec les choses produites.
Quoi donc? Un tel troisième dans sa totalité ne se
convertit-il pas vers le premier, ou bien1 accomplira-t-il
une conversion? On remarquera d’abord que s’il se
convertit vers son générateur, il faut qu’il soit lui-même
dans l’état de procession achevée et non qu’il demeure,
comme le suppose l’objection. Et, si l’on dit qu’il
demeure dans le fait d’être en état de procession
achevée, on devra dire qu’une telle manence, et non pas
celle qui se contredistingue de la procession et de la
conversion, est une intensification et comme un affer-
missement du fait d’être en état de procession achevée ;
car se convertir, c’est aussi procéder ; c’est en effet une
certaine progression, mais qui ne part pas de la cause.
Et si quelqu’un veut voir en chacune [des trois
activités] une certaine participation encore de chacune
(car même cette propriété qui dispose à la manence
I. La conjonction f, a été insérée par A1; le résultat est une
tautologie assez gênante. Très vraisemblablement, il y a une
lacune plus grande, soit à ce même endroit, soit avant irpèp tô
TtpûlTOV.
XuOévai perà toû pévciv, ïva f] to aÙTÔ TrpocXT)Xu6ôs
Kai où TrpocXijXuGôs, où Sicairaopévov cKÙTCpov, àXXà
auvap<|>ÔTcpôv ti yiyvôpcvov 8ià rfjs cttiotpctttikt)s
l8lOTT]TO$. ToIOUTOV yàp ôv TO TplTOV ÔXov Tiva âv ?X°l
pOVT)V âXXrjV TTpOS TTjvSe TT)V ÈTTiaTpO<|>T)V T) TT)v8c TTjV 5
wpôoSov, ci pr] âpa npôs tÙ pcTa TaÛTa Kai air aÙToû
Trapayôpcva; Tô yàp cv tw oÎKciw cïSci Kai tt) oiKciç
tAÇci irapâyov à<|>’ éauToû tÙ Ôtt’ aÙToû to pôvipov êx°*
âv àtrô ttjs auvouoiwpévrjs povqs- Ei pr) âpa oùSè prjTcov
tô Trapâyovra pévciv, àXXà tÙ Trapayôpcva èv toîs 10
Trapâyouaiv Kai èv éauTOÎs, tj to pévciv twv rrapayôvTwv
kotô to prj oupTrpoïévai toîs Trapayopévois 0cwpT)TCOV.
Ti ouv; ÔXov TÔ TOIOÛTOV où K CTTlCTTpC<|>€l TTpOS TO
TTpWTOV, T) èmaTpO<|>T)V TTOlTjOCTOl ", *H TTpWTOV ci CTTiaTpè-
4>oi Trpôs tô ycwwv, 8cî aÙTÔ TrpocXrjXuOôs eivai, Kai où 15
pévciv, ws ÔTropia. Ei 8c èv tw TrpocXT]Xu0èvai pévciv
Xéyoi tis, ciriTaaiv Xéyoi âv Kai oîov pc^aiwaiv toû
TrpocXr]XuGévai ttjv toiqÙttjv povrjv, àXX’ oùxi ttjv
àvTl8lT]pT]pévT]V TT) TTpoÔâlp TC Kai CTTiaTpO<|*T) ' CTTci Kai TÔ
CTriaTpé<|>civ TTpoïévai coti ' npoKorrr] yâp tis, àXX’ oùxi 20
ÔttÔ toû aiTiou. Ei 8è Kai péGcÇiv èv CKaaTi) Gcwpoî tis
CKaOTT)S (ÈTTci Kai TÔ pôvipov TOÛTO TTpÔClOlV cis TÔ
8-9 ê^oi âv] -oi s.u. A1 (êx0* A ?) Il 14 x1 s.u. ins. A1 : an scr. <ei>
npôq tô npàiTov [y;]?
procède dans le troisième, et, si elle procède, elle se
convertit également de cette façon, en effet même la
procession a quelque chose de conversif, s’il est vrai
qu’elle aussi a procédé ; enfin, la conversion aura
quelque chose de la propriété qui dispose à la manence,
si elle a, de même, quelque chose de processif), alors, en
supposant la chose ainsi, nous aurons raison de lui
donner notre accord1. En effet, les trois [activités],
appartenant à un même rang, contreparticipent les unes
des autres, et il n’y aura plus de place pour l’objection,
car la division des propriétés, qui sont selon la
subsistence, ne s’est pas produite ; par conséquent, la
manence d’en-bas est une participation de la manence
d’en-haut, ainsi qu’on les a appelées2.
En quoi consiste donc la contradistinction des trois
[activités]? En effet, procéder et demeurer paraissent
contradictoires, car c’est dire procéder et ne pas
procéder; et se convertir qu’est-ce alors par rapport à
eux ? Répondons que procéder indique seulement un
écart et un changement, pas encore une concentration
et une constitution du caractère dans lequel ce qui a
procédé s’est établi et s’est circonscrit; c’est là, en effet,
ce que la conversion, en s’ajoutant, a introduit. Ainsi
donc, l’une [des trois propriétés] indique l’écart ou la
différence d’un ordre par rapport à un autre, c’est la
propriété processive ; une autre, à savoir la propriété
qui dispose à la manence, indique la forme du
générateur; une autre enfin, la propriété conversive, est
significative de l’engendré. Quant à savoir si les
engendrés participent des générateurs, et de quelle
manière ils en participent ou n’en participent pas, nous
le rechercherons par la suite3. Pour le moment, se
trouve expliquée seulement la nécessité de la division
des trois [activités], en sorte que les unes sont vues selon
les extrêmes, l’autre selon le moyen, car l’engendré
demeure dans le producteur, se convertit selon sa
nature de produit, et procède de celui-là à celui-ci.
1-3. Voir Noies complémentaires, p. 267-268.
TpiTov, ci 8c Kai -rrpôeioi, Kai èTnaTpè<|>ei ' outw yàp Kai tj
TTpôoSos «Xe1 Tl èmaTpcTTTiKÔv, crrrcp Kai auTt] TrporjXOcv '
Kai r) cmarpo<]>T) c£ci ti pôvipov, ci yc Kai TrpooSiKÔv),
outw 8’ oûv û-rroTiOcpcvoi KaXws ôpoXoynaopcv. ’Opo-
Tayfj yàp ôvra tô Tpia avripcOc^ci àXXijXwv, r| 8c à-rropia 5
oùx £?£l X<*,Pav> ’l Y“P 8iaipcai$ oùk èyèvcTo twv
Kafl’ ûirapÇiv iSioTtjTWv ' Tj âpa kÔtw povr, pèflcÇis coti
Trjs âvw pTjOeioijs.
Tis oûv t| twv Tpiwv àvTi8iaipcai$ ; Tô pèv yàp
Trpoïèvai Kai pèvciv àvTi<|>aTiKÔv, Trpoïèvai yàp Kai pr) 10
Trpoïèvai XèycTai " to 8è cTriaTpè4>civ ti rrpôs touto ; ’H
oti to TrpocXôciv SiâaTaaiv pôvijv SrjXoî Kai rrapàXXa^iv,
outtw 8è ouoTpo4>T)v Tiva Kai aùaTaaiv toû xaPaKTT)po$
CV W TÔ TTpOcXflÔV COTT] Kai TTCpl€ypâ<J>T) ' TOÛTO oûv T|
cTriCTTpo<j>T) TrpooTcOcîaa ouvci<rT]YaY€v. "Ï1o<(tc> tô pèv 15
clvai 8t}Xwtikov ttjs àir’ âXXou cis âXXo SiaoTaocws t]
irapaXXâ^cws, to trpooSiKÔv iSiwpa, tô 8è pôvipov toû
Ycvvwvtos cïSous > tô 8è CTriaTpcTTTiKÔv toû ycwwpèvou
TrapaaTaTiKÔv. | Ei Sè pcTcx« tô ycwwpcva twv ytvvûv-
twv, Kai Ôttws pcTcx« ij où pcTcx») pcTa toûto 20
^rjTijaopcv. Nûv Sè pôvov àvaYKT) tt]S Siaipcocws
àiroScSoTai twv Tpiwv, w$ tÔ pèv kotô tÔ TrcpaTa
ScwpcÎTai, tô Sè kotô to pèaov* pèvci pèv yùp èv tw
TrapaYovTi, cTTiaTpc<|>cTai Sè Karà to TrapTjypèvov, ô
cotiv, Trpôciai Sè cis toûto àtr’ ckcivou. 25
20-21 cf. infra, R. II, p. 1.4 ss.
Il ÈmcTpéçeiv scripsi : àv-naTpéçeiv A || 15 "IJote scripsi : ôç A.
[2.5. Application aux réalités intelligibles]
Après avoir défini ces notions en général, eh bien
maintenant, appliquons-les aux réalités intelligibles1.
En effet, la manence, la procession et la conversion se
divisent chacune de trois manières ; car chacune est ou
substantielle, ou vitale, ou cognitive.
Qu’il y ait une conversion selon la connaissance, c’est
évident, car il y a le connaissant qui se connaît lui-
même et connaît les choses qui sont avant lui. Et qu’il y
ait aussi une conversion selon la substance, c’est ce que
montre la nécessité qu’il y ait quelque chose d’auto-
constituant et qui ne tienne pas sa subsistence seule-
ment d’ailleurs. Car ou bien on ira à l’infini, s’il n’y a
rien d’autoconstituant; ou bien, après ce qui transcende
complètement la venue dans l’être, de telle manière que
cela ne subsiste d’aucune façon, ni à partir d’un autre ni
à partir de soi, nous poserons ce qui tient sa subsistence
d’ailleurs; et nous soustrairons ce qui la tient à partir
de soi-même, alors que cela est pourtant intermédiaire
par sa propre nature, de même que nous reconnaissons
l’automoteur comme intermédiaire entre l’immobile et
ce qui est mû par un autre. Car, si quelque chose, bien
que tenant d’ailleurs sa subsistence, est supérieur à ce
qui l’a à partir de soi-même2, du moins, il y a aussi
quelque chose qui est inférieur, comme il est vrai de le
dire dans le cas des substances corporelles ; or, il faut
qu’il y ait ce qui par nature est supérieur, s’il est vrai
qu’il y a aussi l’inférieur. Et la conclusion qu’il y a un
autoconstituant fera encore l’objet d’un autre examen,
ainsi que les questions de savoir ce qu’il est et dans quel
ordre il se manifeste3. Eh bien donc, ce fait de se faire
subsister soi-même, c’est celui de se convertir vers soi-
1. npiyixotTa, comme à la p. 3.7, n. 4.
2. C’est toujours le raisonnement hypothétique et fictif qui
commence à la 1. 8.
3. Ces questions seront examinées infra, p. 163.21 - 167.8.
(78) ’AXX’ circi toûto koOÔXou Siwpurrai, 4>épe vûv èiri twv
rrpaYpÔTWv aura TrapaXâÇwpcv. Tpixfj Y°P ÉKacrrr]
SiaipcÎTdl, T) TC pOVTJ Kai Tj TTpÔoSoS Kai TJ èTTlCTTpo4>T|,
cKaaTT) Y**p tj oùaiwSrjs cctÎv T) Çwtiktj tj YvwaTlK1l-
"Oti pèv Y<ip èanv ciriaTpc<|»caOai kotô yvûaiv, <|>avc- 5
pôv ' Ëctti yàp tô Y‘Yv“ctkov Ka‘ éauTÔ Kai Ta Trpà oÙtoû.
"Oti 8è Kai kot’ oùaiav, SrjXoî to Scîv eîvai ti aù0u-
TrÔCTTaTov, àXXà prj pôvov CTcpwOev ù<J>iaTâpevov. "H Y^P
ctt’ â-rreipov, ei pt)8èv aù0uirôaTaTOv, tj perà to TravTTj
ttjv ûirôaTaaiv cKgcgtjKÔs, ws prjSapws û<|>eaTâvai prjTC 10
Ôtt’ âXXou prjTe à<|>’ èauToû, tô CTcpwOev ù<|>iaTàpcvov
ôrjcropev ' Kai to à<|>’ èauToû ÙTroKXéi^opcv péaov yt ôv
tt) èauroû 4>ûaei, KaOàrrep to aÙTOKivTjTov toû ÔKivrjTou
tc Kai eTcpoKivrjTou péaov ôpoXoYoûpcv. Ei y^P ti Kai
CTepwOcv û<|>iaTâpcvov KpeÎTTOv toû à<|>’ èauroû, àXX’ êan 15
ti ô Kai x^îpov, ÔTTep cni twv awpaTOCiSwv àXï)0ès ciircîv,
Scî 8c eîvai to <|>ûaci KpeÎTTOv, eïirep Kai to x£îpov-
’AXX’ oti pév ccti to aùOuTrôaTaTOv, Kai aùOis ctti^t]-
TTjaopcv, toûto tc Kai ô ti tuyxôvci ôv, Kai KaO’ t|v
cK<|>aivcTai tô£iv. Toûto 8rj oùv to éauTÔ ù<|>iaTâvciv, 20
CTriaTpé<|>ca0ai èaTiv oÙto Trpôs éauTÔ kot’ oùaiav ’ êarai
18-19 cf. infra, p. 163.21-167.8.
même selon la substance ; par suite, il y aura aussi un
autovivant pour les mêmes raisons, c’est ce qui se fait
soi-même vivant et ne reçoit pas sa vie d’ailleurs
seulement1.
Mais, le troisième, c’est dans sa relation à lui-même
qu’il fait voir ces trois sortes de conversions ; or,
comment les fait-il voir dans sa relation au premier? Il
y a, en effet, une conversion cognitive du troisième vers
le premier, en tant qu’il le connaît ; mais, de quelle
façon peut-il y en avoir une vitale? Remarquons que la
conversion substantielle se manifeste sans doute plus
clairement. Car nous disions plus haut que le troisième,
après avoir procédé, s’être produit par soi et avoir eu en
lui-même sa propre délimitation, s’est converti vers le
premier, car il s’est produit, dans le troisième ordre, tel
que le premier est dans le premier ordre : tout comme le
premier est l’être pur, le troisième est l’intellect pur, et
tout comme le premier est la substance unifiée, le
troisième est l’intellect coagrégé; une telle coagrégation
convient à l’intellect, et non pas à l’être. C’est pourquoi,
après être entré dans sa propre délimitation, l’intellect
s’est apparenté à ce qui s’est manifesté comme la
première délimitation de toutes choses. Voilà donc la
conversion substantielle de l’intellect vers l’être, mais
sa conversion vitale que pourra il,-elle être? Disons que,
puisque la vie est après l’être et que l’union de la vie à
l’être est immédiate, ce qui se convertit vitalement vers
l’être s’empresse vers cette union selon laquelle la vie
elle-même est liée à l’être, avant toutes les autres
choses. Par conséquent, la conversion substantielle rend
celui qui se convertit vers l’être semblable à l’être,
tandis que la conversion vitale ne fait que le rattacher à
l’être de façon immédiate selon la vie, et que, de loin, la
conversion cognitive le ramène aussi du troisième ordre
vers ce qui est premier. Voilà la conversion propre au
troisième en tant que troisième, et à l’intellect en tant
qu’intellect ; grand, en effet, est l’écart de l’intellect à
1. Voir Noies complémentaires, p. 268.
âpa Kaî aùrô^wv Karà Tas auras auras, ôrrep éaurô
Çworroicî Kaî oùx èrcpwOcv pôvov Séxcrai ttjv Çwqv.
AXXà TTpôs pèv caurà Toiaùras èrriSciKVUTai ras Tpeîs
èTTlOTpO<|>âs ' TTpôs 8È TO TTpWTOV TTWS j rvWaTlKT) pCV yàp
cîs ckcîvo cTnaTpo<j>q tou TpiTou yiyvcrai, oti yiyvwaKei 5
CKCÎVO* ÇwTlKT] Sè Tiva Tpôrrov; *H <T|> oÙaiwSqS TaXa
aa<|>caTcpa Trpo<f>aiverai. Kai yàp cXéyopev êv Toîs
rrpôaOev OTI TÔ TpiTOV, CTTClSq TTpoqXÔCV Kai Ka0’ èauTO
yéyovev Kai ôpov ëaxcv è<j>’ éauToû tov oîkcîov, outw
[toÙtw] èTTCOTpâ<j>T) TTpOS TO TTpWTOV, âXXo TOIOUTO 10
ycyovôs I êv tt) Tpirq TaÇei oîov êv ttj TrpwTj] ckcîvo • oîov
ws èKcîvo to ôv ÔttXws, toûto vous ÔttXws, Kai ws ckcîvo
yc oùaia qvwpévq, outws toûto vous auvrjpqpévos, oïa
TTpoarjKei tw vw auvaipcais, oùx °‘a T4* °VTl> Siôrrep cîs
ôpov êpëôs TOV OÎKCÎOV Ô vous WKClwOr) TW TTpWTW ttôvtwv 15
ôpw 4>avêvn. Aurq pèv oùv q kot’ oùaiav èmaTpo^q toû
VOÛ TTpOS TÔ Ôv T) Se KOTÔ Çwqv TIS OV CIT) ; "H CTTClSq
pcTÔ to ôv q Çwq Kai âpcaos q TTpôs to ôv ttjs £wqs
cuva<j>q, to ^wtikws CTriaTpc<|»ôp€vov TTpôs to ôv cis ttjv
TTpôs aÙTÔ auva<|*qv cKcivqv CTreiycTai qv TTpôs aÙTÔ 20
auvqirrat Trpô twv âXXwv ôttôvtwv aùrq q Çwq. "ÎIotc q
pèv oùaiwSqs cTnaTpo<|>q rrpôs ckcîvo ttoicÎ tÔ cTTiaTpc<|>ô-
pcvov oîov ckcîvo, q Sè Çwtikt) auvqppévov outw pôvov
àpcaws kotô ttjv Çwqv, q Sè yvwaTiKq rrôppwOcv aùrô Kai
àirô Tqs Tpirqs CTTavâyci TaÇcws èiri tô rrpwTOV. Kai ïSios 25
aÛTq TOÛ TpiTou TpiTOV CTTiaTpO<|*q, Kai TOÛ voû voûs '
TToXXq yàp q TTpôs to ôv Siôaraais toû voû Kai rrpôs to
7-b = supra, p. 130.6-17; p. 133.13-21.
3 TOiaÛTaç Gersh : Toiaùra A || 6 addidi || 10 roiirtp deleui || 25
ïSioç coni. Ruelle : àfôioç A.
l’être, ou du connaissant au connu, car très grande est
la séparation dans laquelle se trouve celui qui voit par
rapport ce qui est vu ; mais la vie est presque la
substance et se trouve tout de suite après elle, et le
vivant n’est pas éloigné du substantialisé. De cela, nous
reparlerons encore, et même tout de suite.
Pour le moment, nous avons expliqué les conversions
de l’intellect vers l’être et du troisième vers le premier;
nous expliquerons aussi les conversions semblables du
troisième vers le deuxième, ou de l’intellect vers la vie.
Car l’intellect connaît la vie, s’il est vrai qu’il connaît
aussi l’être, et il la connaît de semblable manière, et,
bien entendu, il entrera aussi dans la délimitation de la
vie, délimitation qui est la substance de cette dernière
et selon laquelle l’intellect devient la vie intellective, de
même qu’il devient la substance intellective selon son
assimilation à l’être, de même qu’il est l’intellect selon
la troisième propriété qui est la sienne. Que l’on
conçoive bien, en effet, que l’intellect, étant troisième,
est devenu lui-même trimorphe1 dans son tout, à savoir
être, vivant et pensant, [ou] coagrégé, en train de se
distinguer et distingué ; en tant donc qu’il vit et qu’il se
distingue en quelque façon, dans la mesure où il est
possible que se trouve dans le distingué ce qui est en
train de se distinguer, il s’assimile à la vie et pour ainsi
dire s’établit en elle; c’est là sa conversion substantielle
vers la vie. Et que pourrait être sa conversion vitale
vers elle? Distinguons : c’est [pour lui] une chose que de
s’établir selon la délimitation de la vie et de devenir vie,
et c’en est une autre, tout en étant intellect et établi en
lui-même (ce qu’il est) que d’être uni à la vie comme
troisième au deuxième, de vivre plutôt que d’être vie, et
d’avoir un désir de vie, mais sans être déjà devenu vie.
1. L’intellect intelligible est le dieu trimorphe de l’épopée
orphique (Orphie, fr. 60) : trimorphe parce qu’il se révèle à la fois
comme Métis (intellect), Ériképaios (puissance) et Phanès (Père),
voir R. I, p. 317.4-10. On a ici la même correspondance : pensant,
vivant, être.
yiyvwaKÔpevov toû yiyvwaKovros, cv SiaKpiaci yàp
àÇioXôyw to ôpwv irpès to ôpwpcvov ' fl 8è £wfl a)(c8ôv
oùaia cotî Kaî cùOùs P«t’ èKcivrjv, Kai to Çwv toû
oùaiwpcvou où rrôppw. îlcpi 8c toÙtwv Kai aùOis èpoûpev,
aÙTiKa 8fl pâXa. 5
(79) Nûv 8c tÔs cmCTTpo<J>às ârroScSwKapcv tou voû rrpôs tô
ov, Kai toû TpiTou Trpàs to rrpWTOv ' ôpoias 8c àrro8wao-
pcv Kai Tas rrpôs to ScÙTCpov toû Tprrou Kai toû voû rrpôs
Çwflv. rryvwaKci tc yàp ô voûs ttjv Çwflv, cîrrcp Kai to ôv,
Kai Karà tov ôpoiov Tpôrrov, Kai pèvToi Kai cis tov ôpov 10
aÙTT|s èp&flaerai, ôs èaTiv aùrfls oùaia, KaO’ ôv Çwfl
yiyvcTai vocpà ô voûs, waircp oùaia vocpà kotô ttjv rrpôs
to ôv a<|>opoiwaiv, waircp voûs kotô ttjv cauToû TpiTtjv
iSiÔTtjTa. Nôci yàp poi tov voûv ws TpiTov ôvra
Tpipop<|>ov ycyovôra KaO’ ôXov coutov, Kai ôvra Kai 15
Çwvra Kai vooÛvto, auvrjprjpèvov tc Kai SiaKpivôpcvov
koî SiaKCKpipèvov' fl oùv Çfl Kai rrws SiaKpivcTai, ws èv
SiaKcKpipèvw to 8iaKpivôpcvov clvai 8uvarôv, à<|>opoioû-
Tai rrpôs rflv Çwflv Kai oîov cis Çwflv KaOiaTOTai, Kai outt)
èaTiv fl rrpôs Çwflv oùaiw8r)s cmaTpo<^fl. Tis Sc âv cü) fl 20
^WTiKfl rrpôs £wflv ; "H âXXo èaTiv carâvai kqtÔ tov ôpov
rfls Çwfls Kai ycvèaOai Çwflv, âXXo voûv ôvra Kai
KaO’ èauTÔv èaTWTa, ôs èan, auvfl<|>6ai Çwfl ws TpiTov
ScuTcpw, Kai Çflv pâXXov fl Çwflv clvai, Kai ôpèycaOai
Çwfls, I àXX’ oùxi Kai flSrj Çwflv ycvcaOat. 25
4-5 = infra, p. 143,5 ss.
7-8 à7to8<b<TOp.ev B : -acopev A || 17 xai kcÜc; (sic) A || 22 âXXo voûv
coni. Ruelle : aXXov oûv A.
Appliquons donc partout le même modèle des trois
conversions, en quelque domaine que ce soit, quel que
soit le nombre des intellects qui se convertissent et des
réalités présubsistantes vers lesquelles ils se convertis-
sent. En effet, ce qui se convertit, c’est vers chacune des
réalités qui le précèdent qu’il se convertit, soit de près,
soit de loin ; et il est rendu semblable à tout ce vers quoi
il se convertit, soit justement selon les propriétés
particulières qui affluent en lui à partir de ce vers quoi
il se convertit (que ces propriétés appartiennent aux
plérômes ou aux éléments1, ou bien qu’elles soient
consubstantialisées avec ce qui les reçoit, ou bien
apportées de l’extérieur en ayant une autre origine), soit
selon les différentes subsistences contenues en cela
même qui se convertit, subsistences qui lui sont propres
et ne viennent pas d’en-haut, et qui, par ailleurs, sont
analogues à ces natures [qui sont celles] des réalités
antérieures, vers lesquelles la conversion s’accomplit
aussi selon l’analogie2. Car déjà le propos précédent3
semblait avancer l’une et l’autre hypothèses, tantôt en
assimilant l’intellect à l’être, par ce qui a fini de
procéder et par la troisième délimitation4, tantôt, en
ramenant l’intellect, par l’unifié qui est en lui, à l’unifié
qui lui est antérieur, j’entends celui qui a la nature
coagrégée de l’être5.
Quant à savoir si l’une et l’autre hypothèses sont
vraies, ou bien ni l’une ni l’autre, ou bien [seulement]
l’une des deux quelle qu’elle soit, ou bien tout cela, sous
un certain rapport et dans certaines conditions, j’en
remets l’examen à un autre moment, quand il s’agira de
traiter des participations6. Pour l’instant, je me borne à
déterminer, de façon plus concise, qu’être ce qu’on est
soi-même est une chose, et qu’être rendu semblable à un
autre, selon ce qu’on est soi-même, en est une autre;
par exemple, l’intellect demeure en lui-même ce qu’il
est, car selon sa conversion vers lui même il s’est
1-5. Voir Noies complémentaires, p. 268.
6. Comme à la n. 3 de la p. 134.21.
'O 8è oÙtô$ rjpîv âppoÇÉTCü ttovtoxoû tuttos twv rpiwv
emoTpo<J>wv, ottou ttotÈ âv woi Kai ôrrôowv tj trpôs ôrrôoa
twv TrpoürrapxôvTwv ’ rrpôs yàp ekootov ÈmoTpÈ<|>£Tai
twv rrpo eoutou tÔ èmoTpe^ôptvov, eÏte Èyyû0EV, site
rrôppwfiEV, à4>opoioÛTai te rrpôs Êkeîvo rrâv rrpôs ô 5
EmaTpÉ<|>ETai, eÏte 8t| Karà tÔs eis outÔ ouppEoûoas àrrô
twv rrpôs â ÈmOTpÉ<J>ETai ÎSiÔttjtos oikeios tJtoi TrXijpw-
paTWv tj cttoixeÎwv, t]toi ouvouoiwpÈvas tw ÔExopÈvw rj
Èttciooktous âXXws yryvopÈvas, eite Karà tÔs Èv outw tw
ÈmoTpe<|>opÈvw 8ia<|>ôpou$ ûrrâp^Eis, oÙtoû oûoas Î8ias 10
Kai ouk ÔvwOev T)Koûoas, âXXws 8è Èkeivois àvaXoyoûoas
Taîs twv rrpoyEVEaTÉpwv <J>ûoeoi, rrpôs â Kai r] ÈTTiOTpo<j>r)
Karà àvaXoyiav ÈttiteXeÎtoi. 'O pèv yàp T]8t) rrpoâywv
Xôyos ÉKÔTEpOV ÈSoKEl XsyEiv, ttote pèv TW trpOEXr]Xu0ÔTl
Kai TpiTW ôpw tov voûv à<|>opoiwv rrpôs to ôv, ttote 8è tw 15
Èvôvti aùrw TjvwpÉvw àvâywv aÙTÔv rrpôs tô rrpô aùroû
rjvwpÉvov, to toû Ôvtos XÉyw auvT]pt]pÈvov.
Ei 8È EKClTEpOV àXrjOÉS, T) oÙSÉTEpOV T) TO ETEpOV
orroTEpovoûv, r) rrâvTa toûto irf) te koÎ ttws, EiaaûOis
àvagâXXopai ei$ tôv rrspi twv peOÉ^EWv Xôyov. Nûv 8È 20
toctoutov 8iopi£opai ouvTopwTepov, ws âXXo pÈv slvat
outÔ ô Èotiv, aXXo 8È to ôpoioûaOai rrpôs âXXo
kot’ outÔ ye ô Èotiv ' oîov vous Èotiv È<|>’ eoutoû pÈvwv
ôs Èotiv, kotô ttjv eis ÈoutÔv ÈmuTpo<|>T)v ÉoutÔv
19-20 cf. infra, R. II, p. 1.4 ss.
5 èxeïwi A || 11 àvaXoyoôaaç coni. Ruelle : -aaiç A.
circonscrit lui-même selon le mode substantiel, le mode
vital et le mode cognitif ; mais c’est aussi à partir de la
vie qu’a procédé ce qu’est l’intellect, et c’est de là
également qu’il a acquis tout ce qu’il possède de par lui-
même. L’intellect donc, dans toutes ses parties et dans
sa totalité, est dans l’état de conversion vers sa cause,
non pas en tant qu’il s’appartient à lui-même, mais en
tant qu’il appartient à celle-là ; il aspire donc à être uni
à sa cause productrice, à être de quelque façon celle-là
autant qu’il le peut, à la contempler en tant qu’elle est
placée avant lui et qu'elle est séparée de' lui. Il se
comporte aussi de cette manière, par rapport à l’être et
à chacun de ses producteurs, et même si les producteurs
sont nombreux, il se comporte par rapport à chacun de
semblable façon.
[2.6. Dix questions]
Après cela, le raisonnement, en allant au fond des
apories, exige, d’abord, de savoir pourquoi nous avons
divisé en trois seulement chacune de ces trois [activités],
je veux dire la conversion, la procession et la manence,
en déclarant que chacune est substantielle, vitale et
cognitive1. De façon encore triadique, on pouvait dire
chacune, indifférenciée, en train de se distinguer,
distinguée2, ou bien unitaire, plurifiée, avec une média-
tion que l’on jugera bon d’appeler unifiée. Mais il est
possible aussi de voir ces activités de bien des manières ;
car, en chaque monde, chacune des trois, manence,
procession, conversion, a un caractère propre; sans
compter qu’en chaque forme chacune est appropriée à
cette forme et tire d’elle son nom, et pas seulement de
ces trois que sont l’intellect, la vie et l’être.
Peut-être, un objecteur3 pourrait-il demander quelle
est cette triade et d’où elle a pris sa contradistinction ;
I. Cf. supra, p. 135.2 ss. Damascius n’a, en fait, analysé que la
triple division de la conversion.
2-3. Voir Noies complémentaires, p. 269.
trcpiypâtpas Kai oùaiwSws Kaî ^wtikws Kaî yvwanKWS '
àXXà Kai àirô ttjs £wt)s TTporjXOev toûto ô cotiv ô vous,
trâvTa Kai ckcîOcv ôoa à<|>’ coutoÛ KCKTT]pévo$. Fias ouv
Kai ôXos cTrcorpairrat npôs ttjv aÎTiav, où Ka0’ ôoov
[ouv] éauToû cotiv, àXXà ko©’ ôoov ckcîvtjs ' ôpèycTai ouv 5
ouvf)<|>0ai tt) napayoùar) aiTia Kai cîvai nws ckcivt) ws
SûvaTai Kai ôpâv oÙttjv ws npè aÙToû TCTaypévTjv Kai
Kcxwpiopévqv. Outw 8è èx£l Kai npôs to ôv Kai ckootov
twv napayôvTWv, kqv noXXà napaKTtKÔ, npôs ckootov
ôpoiws. 10
(80) ’AnatTct 8è ô Xôyos perà TaÛTa 8tanopoùpcvos,
TTpWTOV pèv 8ià Tt pôvov Tptxf) 8ieiXôpc0a TWV Tptwv
TOUTWV CKaOTTJV, èniOTpo<|>T)V XcyW Kai TTpÔoSoV Kaî
povrjv, oùaiwST] <|>apèv Kai £wtikt)v Kai yvwtrTiKTjv. ’Evtjv
pèv yàp | ciircîv Kai TptaStKws, àSiÔKptTov, StaKptvo- 15
pcvr)v, 8iaKCKptpcvT)v, T) cvtaîav Kai TTCTrXT)OuapcvT)v Kai
pctrqv Tivà, T)V KaXcîv Tis àÇlWCTCl T|VWpCVT)V. ’EÇcOTl 8è
Kai troXXaxûs Ocwpcîv ' Ka0’ ckootov yàp KÔapov cotÎv
cKaaTT] povq tc Kai irpôoSos Kai cttiotpo<]>t] iStÔTporros '
àXXà Kai KaO’ ckootov cÎSos oikcÎo tw ctSct Kai irapwvu- 20
pos ckcÎvw, àXX’ où pôvots toîs Tptai toutois, vw tc koÎ
^wf] Kai ôvTt.
Taxa yàp âv ti$ Kai àirop^acicv Tt$ t| Tpiàs aurr) koî
5 ouv deleui || 6 èxeîvrçi A.
bien entendu, la connaissance se contredistingue par
rapport au connaissable; et admettons quelque chose
d’intermédiaire qui soit, si tu veux, [à la fois] connais-
sant et connu, mais cela n’est pas encore la vie ; et le
connaissable n’est pas non plus nécessairement l’être,
car il y a aussi beaucoup d’autres connaissables; toute
forme en est un, de sorte que l’intellect également est
un connaissable. Pourquoi donc l’intellect, comme
capable de connaître, se contredistingue-t-il de l’être,
comme connaissable? Et de quel point de vue la
substance s’oppose-t-elle à l’intellect, pour que nous
puissions ranger la vie au milieu? Car si la vie est
mouvement, quelle sorte de repos est l’opposé de ce
mouvement? Ou bien c’est l’intellect, et alors la
substance paraît être en dehors de la contradistinction,
ou bien c’est la substance qui représente le repos et,
dans ce cas, l’intellect est en dehors de l’opposition.
En premier lieu donc, comme je viens de le dire,
l’interrogation doit porter sur la division triadique elle-
même.
En deuxième lieu, nous nous demanderons si ce qui se
convertit est nécessairement le troisième, comme le
raisonnement, en commençant, semblait le dire (car il
établissait que la conversion est le fait du troisième
dans son rapport au premier), ou bien si le deuxième
aussi doit se convertir vers ce qui le précède, tout
comme le raisonnement posait que l’intellect se conver-
tit vers la vie qui est placée immédiatement au-dessus
de lui; en sorte qu’on estimera que la vie aussi se
convertit vers l’être ; toutefois, nous disons que ce qui
n’est pas dans l’état de procession achevée n’a pas non
plus besoin de conversion.
Troisièmement, après cela, on doit se demander s’il
est vrai que la conversion n’est pas la seule à être
conçue de trois manières, mais si encore la manence et
la procession sont substantielles, vitales et cognitives,
l’une [la manence] ayant chacune [de ces trois proprié-
tés], [en tant que la chose procède] d’elle-même et,
[demeure] en elle-même, l’autre [la procession] [en tant
rrôOsv XaÇoûaa ttjv àvTiSiaipcaiv ' q pèv yàp yvwais
àvTiSiaipcîrai rrpôs tô yvwaTÔv' Kai Êotw ti pèaov, ci
poûXci, yiyvcüCTKov Kai yiyvwaKÔpEvov, àXX’ oûrrw toûto
Çwq ' oùSè tô yvwaTÔv ttôvtws ôv, iroXXà yàp Kai âXXa
yvwarà Kai irâv sîSos yvwaTÔv, wotc Kai ô vous yvwaTÔv. 5
△là ti oûv ws yvwaTiKÔs àvriSiaipcÎTai tw Ôvti ws
yvwaTW ; nôOcv Sè q oùaia rrpôs voûv àvTiKEiTai, îva Kai
ttjv Çwqv èv pèaw TÔÇwpfv ; Ei pèv yàp Kivqais q £wq, tis
q àvTÎ0€Tos tt] KivqaEi aràais ; ’H yàp ô voûs, Kai èktÔ$
<j>aiveTai Tqs àvTiSiaipèacws q oùaia, q auTq Karà ttjv 10
aràaiv, ô 8è voûs ÊÇw Tqs àvTiOéacws.
ripwTOV pèv oûv, ôrrcp è<J>qv, rrcpi aùrqs àrropqTÉov Tqs
TpiaSiKijs SiaipÉaews.
△cÙTcpov Sè ci to ÈiriaTpe4>ôp£vov itÔvtws tô TpiTov
èaTiv, ws àpxôpEvos ÈSokci Xèyciv ô Xôyos (tou yàp 15
TpiTou rrpôs to rrpwTov ÉXcyev eîvai), q Kai to SsÙTEpov
ÈiriaTpÉipci rrpôs tô rrpô ÉauToû, ws tov voûv ÈtiGeto Trpàs
Çwqv ÈrriaTpÉcJiovTa ttjv rrpoaExws ûrrEpKEipèvqv ' wote
Kai ttjv Çwqv à^iwasi tis èmaTpè<|>Ea9ai rrpôs tô ôv,
KaiTOi ô pq rrpoeXqXu0€v oùSè èmaTpo<|>qs SeioGai <|>ap£v. 20
TpiTov èrri toutois àrropqTÉov si pq pôvq q èmaTpo<j>q
OswpcÎTai Tpixws, àXXà Kai q povq Kai q rrpôoSos
oùaiwSqs te Kai Çwtikt) Kai yvwaTiKq, q pèv à<|>’ ÉauToû
15 = supra, p. 128.22-129.2; p. 130.2-5 || 17-18 = supra,
p. 132.4-9.
10 rj oùaia ij aÙT?) A, correxi || 14 èmcTpeçépcvov] -pev- in ras., mg.
ÈTtiaTpéçovÊvâv A1.
que la chose procède] à partir de ce qui lui est antérieur
et [demeure] en ce qui lui est antérieur1.
Quatrièmement, comment se fait-il que, dans la
conversion cognitive, il y ait ces trois composants : le
connaissant, le connu, la connaissance, tandis qu’ils ne
sont plus dans les conversions substantielles, ni non plus
dans les conversions vitales ; et, s’ils y sont de quelque
manière, de quelle nature devront-ils être?
Cinquièmement, pour quelle raison l’autoconnaissant
est-il ce qui se connaît soi-même, tandis que l’auto-
vivant et l’autoconstituant sont ce qui se fait soi-même
vivre et être? En effet, on doit dire que seul le fait de
converger vers soi-même, et non pas celui de produire
du vivant, est le propre de chaque conversion ; car
produire du vivant, c’est le propre de la vie ou de
quelque producteur de vie, mais non de la conversion
qui se propose uniquement le retour vers soi; et
pareillement ce qui est producteur de substance est
étranger à la conversion. En effet, la connaissance de
soi-même n’est pas productrice de connaissable ni
productrice de connaissant; par contre, on devrait
comprendre aussi la connaissance selon le produire, s'il
était vrai qu’elle a aussi ces propriétés.
La sixième question donc à la suite de celles qu’on
vient d’énoncer, est de savoir pourquoi, parmi les
conversions vers les réalités antérieures, la conversion
cognitive se comporte de façon semblable à la conver-
sion [cognitive] vers soi-même, car ce qui se convertit
connaît seulement ces réalités, de même qu’il se connaît
seulement lui-même selon la conversion [cognitive vers
soi] ; par contre, la conversion vitale et la conversion
substantielle ne se comportent pas de la même manière,
car ce qui, selon elles, se convertit vers soi, se
substantialise et se rend soi-même vivant, sans agir
pourtant, en quoi que ce soit, sur ce qui lui est
antérieur.
I. Voir Noies complémentaires, p. 269.
Kai èv èauTW èkcujtt], r| 8è àrrô toû ïrpô oÙtoû Kai èv tw
rrpô aùroû.
TÉTapTOv 8è rrws èiri pèv rrjs YVWOTlKr)$ èon Tpia
toûto, yiYv‘*>ctkov> YlYVWOKôpcvov, Yvû<ri$, èiri 8è twv
oùaiw8wv èiTiCTTpo<j>wv oÙkcti, où8è èiri twv Çwtikwv • ci 8c 5
COTIV TTWS, TTOia TOUTO âv eïr) ;
nèpirrov 8ià ti to pèv aÙTÔYvwaTÔv ccttiv ôrrcp éauTÔ
Yiyvwokci, T° 8® I aîiTÔÇwv Kai aùOurrôaTaTov ôircp éauTÔ
rroicî Çrjv tc Kai civai. Trjs Y^P èm<7Tpo<|>fjs CKâaTTjs Î8iov
eîvai pr)Tcov rè ouwcûciv aùro rrpôs éauTÔ pôvov, où 10
pèvToi Kai Çworroicîv ' toûto y^P Çwrjs rj Çworroioû tivos
î8iov, àXX’ ouk èmcrrpocjrrjs aÙTÔ pôvov pouXopèvqs
èmoTpè\|>ai rrpôs éauTÔ ' ôpoiws 8è Kai to oùaiorroiàv Trjs
èmcTTpo<J>r]s àXXÔTpiov. 'H yàp èauroû yv“cti$ °Ùk ccttiv
YvwaTorroiôs rj yiYv“ctkovt°S àrrcpYaoTiKT), koitoi c8ci 15
Kai TauTT]v kotÙ tô rroicîv cKScxcaSai, cirrcp Kai cKcivas-
"Ektov 8t| oùv èaTi rrpàs toîs ciprjpèvois 8ià ti twv
rrpôs to rrpoYcvcoTcpa èmoTpo<|>wv rj pèv YvuaTlK1î
ôpoiws êxei Tfî rrpôs éauTÔ, YlYv<‘,CTK£l Y^P Ka‘ ÈKcîva
pôvov, wcrrrcp Kai éauTÔ, kotô ttjv cmcrTpo4>r]v * T) 8è 20
ÇwTiKij tc Kai où<riw8r)s où tov oÙtov Tpôrrov, éauTÔ pèv
yàp oùcrioî Kai Çwoî to kot aùràs crriaTpc<J>ôpcvov rrpôs
éauTÔ, où pèvToi 8pç ti Kai cis Ta rrpô èauToû kot’ où8c ti
oùv.
10 Êvrèov] -ov in ras. A || 15 £8ei scripsi : èSéxei A II 19 èxeîvo A,
correxi || 20 pôvov del.? || 24 oùv] où- ex corr., mg. âv A1.
Septièmement donc, on doit chercher comment
l’intellect connaît ce qui est avant lui. Est-ce par le fait
de se connaître lui-même que l’intellect connaît aussi ce
qui est avant lui, de même que, par le fait de s’établir
lui-même selon sa propre délimitation, il rend sa propre
substance semblable à celle de son producteur, comme
nous le disions ; et, de même que, par sa substance, il se
convertit vers son producteur, selon ce qui est en état
de procession achevée, de même aussi, par la connais-
sance de ce qui est dans cet état, c’est-à-dire de sa
nature propre, connaît-il la nature de son producteur?
Ou bien est-ce après avoir fait abstraction de sa propre
nature qu’il se saisit de celle de son producteur, tout en
disant, cependant, que cette nature se tient au-dessus
de la sienne, en tant qu’il considère aussi la différence?
S’il en est ainsi, la conversion cognitive est supérieure à
la conversion substantielle, s’il est vrai que cette
dernière s’accomplit selon la délimitation de ce qui a
procédé, tandis que celle-là s’accomplit selon la délimi-
tation du producteur.
Huitièmement, on doit chercher quelle est la fin de la
connaissance et qu’est-ce qui est ajouté au connaissant
à partir du connaissable. Est-ce la forme du connaissa-
ble qui se produit dans le connaissant, ou bien est-ce le
en-puissance de ce qui est capable de connaître qui
devient en acte par la connaissance; et qu’y a-t-il de
précieux ou d’utile en l’une ou en l’autre hypothèse?
Le neuvième point digne de recherche est de savoir si
le connaissant exerce quelque action sur le connu ou le
connu sur le connaissant. Car, quoi qu’on puisse dire, ce
qui est inférieur par sa nature et qui est un effet
exercera quelque action sur ce qui lui est supérieur et
qui est sa cause ; car le connu est supérieur à certains
connaissants, tandis qu’il est inférieur à d’autres.
Dixièmement donc, après tout cela, on doit chercher
en quoi consistent la connaissance, le connaissable, ce
qui est capable de connaître, et si ce dernier coexiste
partout avec le troisième, ou bien aussi avec le
deuxième, ou bien encore avec le premier, en tant que
"EgSopov toivuv ^t]tt]tcov wûs yiyûcKci to trpô
éauToû. ’Apa tû yiyvûaKciv coutov ô vous Kaî to trpô
aÙToû yiyvûoKci, ûarrcp tû coutov kotÙ tov éauToû ôpov
îoTaveiv à<|>opoioî ttjv coutoû oùaiav Tj] tou irapàyovTOS,
ûs cXéyopcv, Kai ûs èmaTpé<j>ei tt] oùaiçi kotô to 5
irpocXi]Xu0ôs cis tô wapàyov, outw Kai tt, yvûaci toû
irpocXijXuOÔTos, ô cotiv tt]s coutoû <|>ûaews, yvwpiÇci TT)V
<|>ùaiv toû irapayayôvTos, t] à<j>cis ttjv coutoû ckcÎvt)s
àvTiXapÇàvcTai Kai Xéyci pévToi ûs ûircpÉxei ckcivt)
TaÙTT)s, Ôtc Kai ttjv 8ia<J>opàv ciriXoyiÇôpcvos ; Ei 8c 10
TOÛTO, KpClTTWV T] yVWOTlKT) TT] S 0Ù01Û80US CTTiaTpO<f>T]S,
ClITCp aÛTT] pèv KOTO TOV TOÛ TTpOcX6ÔVTO$ ÔpOV CUTTcXcÎ-
toi, ckcîvt) 8c kotô tov toû irapayayôvTos.
”0y8oov ti tcXos cotî ttjs yvûocws, Kai Tl TÛ
yiyvûaKovTi vrapayiyvcTai àirô toû yvwaToû • iroTcpov to 15
toû yvwaToû cI8os èyyiyvôpcvov tû yiyvûaKovTi, i] tô
toû yvwotikoû Suvâpci yiyvôpcvov èvcpyciçi kotô ttjv
yvûaiv ’ Kai ti acpvôv ôtroTcpovoûv, T] ti û<j>èXipov.
"EvaTOv ^T)TT]acws âÇiov ci 8pç ti to yiyvûoKov cis to
yiyvwaKÔpcvov t] to yiyvwaKÔpcvov cis to yiyvûaKov. "0 20
ti yàp âv cîvroi tis, to xc^P°v TÜ I <|>ûaci Kai aÎTiaTÔv
8pâoci ti cis to KpciTTOv éauToû Kai to aiTiov' to yàp
yiyvwaKÔpcvov tûv pév coti KpciTTOv yiyvwaKÔvTiov
aÙTÔ, tûv 8c xcîpov.
OÙkoûv 8ÉKOTOV èiri irâaiv ^t)tt]tcov tis tj yvûais, ti to 25
yvwcTOV, ti to yvwoTiKÔv, Kai ci tû TpiTW oÙvcoti
iravTaxoû, i] Kai tû ScuTcpw, t] Kai tw trpÛTW KaOô
5 = supra, p. 136.7 17.
8 TtapayaYivTOç A1 : TtapàyovToç A.
premier; en effet, le premier intellect est capable de
connaître, du fait que l’est tout intellect. Et, dans la
mesure où cela concerne le sujet présent, il faut
chercher à propos et de la vie et de la substance en quoi
consiste chacune des deux et en quoi elle diffère de la
connaissance.
[2.7. Héponse à la dixième question]
Eh bien alors, en remontant, dans l’ordre inverse, à
partir des dernières questions jusqu’aux premières,
examinons ce qu’il faut dire par rapport à chacune.
Ainsi donc, la substance, que nous opposons mainte-
nant à la vie et à la connaissance, nous dirons qu’elle
n’est ni vie, ni connaissance. Sans doute, si les trois
étaient de même rang, ou comme formes, ou comme
genres, ou comme parties, ou de quelque manière qu’on
le veuille, rien ne les aurait empêchées de participer les
unes des autres ; mais, maintenant, nous voulons
appeler substance ce qui est premier, vie ce qui est
deuxième, connaissance ce qui est troisième, et nous
voulons que, l’une de ces choses soit cause, une autre
effet, et une autre les deux à la fois par rapport à l’une
et à l’autre1. Par conséquent, ce qui vient d’abord ne
participera pas de ce qui vient ensuite; donc la vie est
au-dessus de ce qui a la connaissance, tandis qu’au-
dessus de la vie est l’être ou la substance.
Car, de plus, même de cette façon, nous ne les
prenons pas comme des genres, ni comme des sortes de
formes, ni comme des sortes d’hypostases plus parti-
culières, ni non plus comme toutes celles qui sont après
les premiers principes et que ces noms-là veulent
signifier, mais nous les prenons comme des mondes
complets, et ce sont là les premiers de tous ceux qui
paraissent leur être synonymes ou homonymes2. De
cette façon, se présente maintenant à nous le premier
intellect, lui qui contient tous les diacosmes intellectifs;
1. Voir Notes complémentaires, p. 269.
2. Cf. supra, n. 4 de la p. 108.26.
irpWTOV ' Kai yàp ô irpwros voûs yvwaTiKÔs, oti koI iras-
"Oaov 8è ÈmgàXXci toîs irpOKeipèvois, Kai irepi ^wî]s Te
Kai oùaias àrropr]TÉov ti EKOTepov Kai ti TT]s yvwaews
8ia<t>Ép«Tov.
(81) 4>Épe ouv èÇ unTias àïrô twv èaxârwv èiri ra trpwTa twv 5
TrpogegXijpèvwv ÈrraviôvTEs ÈmaKeipwpeOa à 8eî rrpôs
Êkootov Xéyeiv.
OÙkoûv ttjv oùaiav, rjv vûv àvTiTiOepev Çwf) te Kai
yvwaei, outc Çwrjv «frqaopev eîvai oute yvwaiv. Ei pèv 8r)
ôpoTayEÎs eîev ai TpEÎs, rj ws eï8r] rj w$ yévi) rj ws pépr) rj 10
ôrrws Xéyoi tis, oùSèv âv ÈkwXuoev oÙtÙs (xetexeiv
àXXrjXwv ' vûv 8è to trpWTOv oùaiav (3ouXôpe6a Xéyeiv Kai
to SeÙTEpov £wt)v Kai to rpirov yvwaiv, Kai eîvai tÔ pèv
aÏTiov oùtwv, to 8è aiTiarov, tô 8è auvapi)>ÔTEpov irpôs
âXXo Kai âXXo. OÙk âpa psOÉ^Ei rà rrpôrEpa twv 15
SeuTÉpwv ' ùrrèp pèv âpa to yvwaiv Êxov ’H SU1Î> ùirèp 8è
£wt)v to ôv Kai oùaia.
”Eti yàp Kai w8e où yÉvT) raurâ 4>apsv, où8è eï8t] otto,
où8è pspiKWTÉpas Tivàs ùiroaTàaEis, où8è ôaai psrà tÔs
rrpWTas àpxàs, &s PoÛXetoi aqpaivEiv tÔSe tÔ ôvopara, 20
àXXà KÔapous ôXous, Kai toutous irpWTOus àiràvTWv twv
auvwvùpwv rj ôpwvùpwv eîvai 8okouvtwv. Oîov rrpÔKEiTai
vûv rjpîv ô irpwTOS voûs, Kai ôs irepiex^i iràvTas toÙs
par conséquent, la vie qui précède l’intellect, est un
monde parfait et rempli, selon la vie, de tout ce dont
l’intellect est rempli, selon l’intellect; de sorte que la
substance, elle aussi, dont nous traitons maintenant, est
un monde complet, le plus vénérable de tous les mondes
et le plus compréhensif de tous ceux qui sont désignés
par les noms proposés. Par suite, il n’y a rien
d'étonnant à ce que l’intellect participe de la vie et de la
substance, partout où paraît se trouver la participation,
au fur et à mesure que nous avançons; mais la vie ne
saurait participer de la connaissance, s'il est vrai que la
connaissance est un privilège du troisième ou de
l’intellect, ou, pour parler de façon plus générale, de ce
qui a procédé; quant à la substance, elle ne saurait
avoir ni la connaissance ni la vie, car elle n’a pas
procédé ni n’est en train de procéder, s’il est vrai que la
vie est aussi un privilège de l’intermédiaire ou du
procédant. Par conséquent, la substance est un monde
parfait qui coagrège toutes choses dans l’indifférencié,
l’intellect est un monde parfait qui subsiste dans la
distinction achevée de sa nature, et la vie est un monde
parfait qui est en gestation de toutes choses, dans la
distinction en train de se produire qui caractérise la
médiation1.
Le premier monde lui-même est incirconscrit et il
contient tout de façon incirconscrite ; mais le troisième
monde lui-même a été circonscrit, du fait qu’il a fini de
procéder, et il a circonscrit en lui-même toutes les
choses qui ont procédé en lui et qui sont dans un état de
distinction achevée ; quant au monde intermédiaire,
celui qui est selon la vie, il ne s’est ni coagulé dans
l’incirconscrit, ni constitué dans le circonscrit, mais il
est pour ainsi dire amphibie et comme en mouvement
de ce monde-là à ce monde-ci. Il s’ensuit qu’on nomme
vie ce monde parce qu’il s’est mis en mouvement2 et
qu’il est comme une substance bouillonnante3; en effet,
la vie spécifiée, en s’ajoutant à chaque forme, y
1-3. Voir Notes complémentaires, p. 269-270.
voepoùç SiaKÔapous Kai Çwqv âpa ttjv rrpô toutou
KÔapov eîvai ÔXoteXt) Kai rrXqpq rrâvTwv kotô £ü>t)v, ûv ô
vous kotô voûv ' wotc Kai q oùaia -rrepi î)s ô Xôyos
KÔapos ôXos èari -rrâvTUv KÔapuv -rrpeaÇÙTaTOs Kai
TrcpiXrjTrTiKCOTaTOS tûv SqXoupévwv toîs rrpOKEipèvois 5
ôvôpaaiv. '0 pèv âpa vous où8èv flaupaarôv ei ^uqs Kai
oùaias peTeiXr]<(>ev, ôrroi ttotÈ âv oùaa <|>aveir] rrpôaio
ioûaiv q péOe^is ' q 8è £<oq yvûaEus pèv oÙk âv perè^oi,
eï-rrep èari toû Tpirou Kai toû voû q yvûais èÇaiperos, q,
KOivOTcpov <|>âvai, toû -rrpoeXOôvros ' q 8è oùaia outc 10
yvûaiv ej(oi âv oÛTe ^wqv, oute rrpocXqXuOuîa outc
rrpoïoûaa, eï-rrep Èari Kai q £<oq toû péaou Kai rrpoïôvTOs.
Oùaia pèv âpa èari KÔapos oXoreXqs èv tû àSiaKpi-rw
-rrâvTa auvT]pr)KWs, voûs 8è KÔapos | ôXoreXrjs èv tû
SiaKCKpipèvu rqs 4>ùaeojs ùrJieaTqKÛs, q 8è £<oq KÔapos 15
ôXoreXqs èv tû SiaKpivopèvw rqs peaôrqTOS navra
ûSivwv.
*0 pèv 8q TTpÛTOS aùrôs te à-n-Epiypa<)>ôs èan Kai
navra -rrEpièxuv à-rrEpiypâ^us, ô 8è rpiros aùrôs te
-n-£piypa<|>Eis, ote rrpoEXqXuâûs, Kai rà èv èaurû rrEpiypâ- 20
t|ras, ôaa èv aùrû -rrpoEXOôvTa èariv Kai SiaKEKpipèva, ô
8è pèaos ô Karà rqv Çuqv oute èv tû àrrepiypâ<|>w
n-è-rrqyEv oute èv tû -rrEpiyeypappèvrj auvèarq, àXX’ Èotiv
oiov àp<|>igiov Kai oîov èv KivqaEi tt) à-rrô toÛSe èrri tÔvSe.
”OOev toutov pèv £a>qv ôvopâÇouai, ûs rrapaKEKivqpévov 25
Kai oîov Çéouaav oùaiav ' Kai yàp q siSqriKq ^wrj tû eÏSei
introduit cet élément qui bouillonne et s’est mis en
mouvement. De cette façon, la nature immobile de
l’être, en s’abaissant un peu, a affaibli cet état de
coagulation et d’indifférenciation [qui est le sien], tandis
qu’elle a projeté une certaine procession et une vague
manifestation de distinction ; et, aussitôt après avoir
procédé, s’être distinguée et établie dans sa propre
forme, elle s’est circonscrite selon la distinction, et elle a
distingué et circonscrit les réalités qui, en elle, sont les
plus universelles et les plus vénérables de toutes ; car
elle ne s’est pas distinguée selon la distinction en toutes
choses, mais selon celle qui reste la plus proche de l’un,
et, en un mot, selon la première distinction qui est celle
des premières réalités. C’est pourquoi, étant donné
qu’en l’être s’est produit un écart à partir de ce qui est
avant lui, et à partir de lui (il s’est, en effet, distingué
lui aussi en lui-même), pour cette raison, l’être a
développé une certaine correction de l’écart1 et comme
une consolation, qui est la connaissance; car la
connaissance se trouve dans les choses écartées les unes
des autres ou d’elles-mèmes, et [dans les deux cas]
séparées par une altérité ; sans altérité, en effet, il ne
saurait y avoir ce qui est connaissant, ce qui est connu,
et ce qui est intermédiaire, à savoir la connaissance.
C’est donc à bon droit que ces déterminations se
trouvent dans ce qui a procédé et s’est distingué, de
même que les autres déterminations commencent à
partir de là, et toutes les autres relations qui sont à
l’état distingué. Os autres relations établissent sans
doute un certain lien entre les êtres qui sont en relation,
mais c’est surtout la connaissance qui unit le connais-
sant au connu ; en effet, elle tend le connaissant vers le
connu par amour du vrai, et elle met le connaissable
dans le connaissant par l’éclair2 qui s’élance en celui-ci
1. Cf. supra, vol. I. p. 78.1-4; vol. II, p. 74.6-7; p. 123.23-16.
2. ’AaTpaTvi; : l’éclair, comme symbole de l’illumination soudai-
ne de l’intellect ou de l’âme, cf. R. I, p. 305.7-12 ; Dam. In Phaed.,
I, § 390.3, avec la n. de L. G. Westerink.
ÈkQOTW TTpOOTl0EpÈVT) TÔ £ÈOV TOUTO Kaî KEKlVT]pÈvOV
ÈTràysi. Outw yàp Kai r\ toû Ôvtos àKivqTOS <|>ûois
ûirogâcra piKpôv TrapÉXuac pèv to ttettt]yÔs Èkeîvo Kai
àSiaKpiTov, TipoùÊâXETO Sè nva irpôoSov Kai SiaKpiasws
èp<|>aaiv, t)8t] 8e TrposXOoûaa Kai 8iaKpi0eîoa Kai oTaaa 5
Èv EÎSei TW ÉaUTT)S TTEpi€ypâ<|>T) KOTO ttjv 8iaKpiaiv, Kai
tÔ Èv ÉauTT) ôXiKWTara Kai TrpEogÛTaTa twv ttÔvtwv
SiÈKpivÈv te Kai TTEpiÉypaipev ' où yàp SiEKpiOr) ttjv eis
trâvTa SiÔKpioiv, àXXà ttjv ÈyyuTàTW toû èvôs, Kai ôXws
EITTEÎV TT)V TTpWTTJV Kai TTpWTWV SlàKplOlV. "OOev ÈttEiSt) 10
SiàoTaais aùrw yèyovEV àïrô te twv Trpô auTOÛ Kai
à<J>’ ÉauToû (8iEKpi0T) yàp Kai aÙTO Èv ÊauTw), 8ià 8t)
toûto TrpoEXCipioaTO tt]s SiaaTaoEWs ÈiravopOwaiv nva
Kai oîov -napapuOîav tt)v yvwaiv ' Èanv yàp T) yvwais èv
toîs 8i£cttwciv àn’ àXXiqXwv rj à<|>’ Éoutwv Kai Ètepottjti 15
8lElXï]ppÉVOlS ' âvEU yàp ETEpÔTT]TOS OUK OV ElT] TO pEV
yiyvwoKOv, to 8è yiyvwoKÔpEVov, to 8è pèaov f} yvwais.
EÎkotws àpa Èv tw TTposXOôvn Kai 8iaKpi0Èvn toûto
Ù<|>ÈOTT]KEV, WOTTEp Kaî OI ÔXXoi 8lOpiO|XOÎ EVTEÛOsV
âpxovTai, Kai ai âXXai ax®atlS ôoai SiaKEKpipèvai siaiv. 20
*Exouai pèv ouv Kai ai âXXai ouvSetikÔv ti twv Èv a^ioei
Ôvtwv, pàXiaTa 8è yvwais to yiyvwoKOV tw yiyvwoKO-
pèvw auvàiTTEi ' Kai yàp Èkteivei to yiyvwaKOv sis to
yiyvwoKÔpEVOv Si’ Êpwros toû àXtjOoûs Kai to yvwaTÔv
Èvn0r]oi tw yiyvwoKOVTi 8tà ttjv eis aÙTÔ Ôtt’ ekeivou 25
à partir de celui-là. Cette connaissance, comme on l’a
vu1, est la conversion cognitive de ce qui a procédé vers
son producteur, et [elle se produit] en tant que l’un est
distingué de l’autre. Car, s’il n’y a pas d’altérité, il n’y a
pas non plus de connaissance ; par suite, la substance ne
peut se connaître elle-même, s’il est vrai qu’elle est
complètement unifiée, et elle ne peut connaître non plus
rien d’autre, s'il est vrai qu’elle n’est en aucune façon
distinguée, au sens où elle contiendrait dans leur
différence ce qui est capable de connaître, ce qui esl
connaissable, et naturellement aussi la connaissance.
Quant à la vie, elle est dite, il est'vrai, intelligible et
intellective à partir de ses extrêmes, mais elle n’est ni
l’un ni l’autre purement2, et c’est seulement en tant
qu’elle est en train de se distinguer qu’elle possède la
connaissance, le connaissable et ce qui est capable de
connaître, non pas comme distingués, mais comme en
train encore de se distinguer, c’est-à-dire comme
commençant à apparaître. Par conséquent, c’est dans
l’intellect le premier que se trouve la première connais-
sance, puisqu'on lui est aussi sa première circonscription
par rapport à lui-même et par rapport aux réalités qui
sont avant lui.
Ainsi, du fait que l’intellect s’est distingué par
rapport à ces réalités, il les a connues, c’est-à-dire que,
de loin, il s’est lié à elles par la connaissance ; mais en
tant que, dans son rapport à soi, il se distingue aussi de
lui-même, il se lie, par là, à lui-même grâce à la
connaissance, [tout en restant] dans un certain écart par
rapport à lui-même. Les formes qui sont en lui se sont
écartées et circonscrites les unes par rapport aux autres,
et chacune par rapport à l’intellect lui-même tout
entier; c’est pourquoi elles se connaissent les unes les
autres, et elles connaissent l’intellect tout entier. Or,
comme l’intellect dans sa totalité et en toutes ses
parties s’est distingué et circonscrit, il est naturel que,
1. Cf. supra, p. 136.4-6.
2. Mêmes précisions sur le terme intelligible-intellectif chez
Proclus, Théol. Pial., IV 1, p. 8.20-p. 9.9.
SiaOpôaKOuaav aarpaTr^v. Kaî aÛTT) rj yvwaTiKT)
ÈmaTp<x|>r| toû ttpoeXOÔvtos eîs to TTapayayôv, Kaî koOÔ
TO ETEpOV TOÛ ETEpOU SiaKEKpiTai. 'ETEpÔTTJTOS yàp pr)
oùcnjs où8è yvwais ' wote rj oùaia ouk âv ÉauTTfv
yiyvwcKOi, Eirrep fjvwTai -rravTp, où8’ âv âXXo, eiirep 5
où8apf) èan SiaKEKpipévr], ws «X€lv T° yvwaTiKov âXXo
Kaî to yvwaTov Kaî 8r| Kai | ttjv yvwaiv. 'H 8è Çwr)
Xéyerai pèv votjtt) Kaî voepà à-rrè twv âxpwv, Éotiv 8è
oùôèrEpov àKpai<|>vws, àXX’ f) 8iaKpivETai pôvov, toutt]
Kaî yvwaiv èx« koî yvwaTÔv Kaî yvwariKOv, où SiaKEKpi- 10
psvov, àXX’ Êti SiaKpivôpevov, toûto 8É Éotiv ùrro<|>ai-
vôpevov. ’Ev âpa tw vw rrpwTW r) rrpwrT] yvwais, ÈtteiSt)
Kaî T] TTpWTT) TTEpiypa<|>T| Èv aÙTW oÙtOU TE TrpôS ÊaUTOV
KOÎ TTpôs Ta TTpÔ èaUTOÛ.
’Hl pèv OUV TTpôs EKEÎva 8lEKp{0T], ÊyVW EKEÎva, TOÛTO 8É 15
EOTI TTÔppwOeV ÈkEIVOIS auVT)<|>0T) 8là Ttjs yVWOEWS ' fi 8È
Trpôs ÉauTÔv Kaî à«f>’ Éoutoû, toutt) Éoutw auvâ-nrETai 8ià
yvwaEWS èv tivi StaaTÔaei tt) Trpôs ÉauTÔv. Kaî Ta èv
oÙtw 8r) TTpôs âXXïjXa Kai Trpôs tov ôXov aÙTÔv Êkootov
8iÉarr] Kaî TTEpiEypâ4>T) ' 8ià toûto koi âXXrjXa yiyvwoKEi 20
Kaî tov oXov. "OXos 8è Kaî iras èv SiaKpiaEi yeyovws Kai
TTEpiypa^f), eÎkotws ÔXos Kai rrâs yvwafiws te Trepi-
9 7) b : îj A || 15. 16 (i ,e. ^j) ex îj A || 19 aÙTÔv] fort. aÙTÔ || 22 6Xoç
s.u. b : 8X<o<; A.
dans sa totalité et en toutes ses parties, il ait été rempli
complètement de connaissance, qu’il soit devenu intel-
lect par la saisie intellective, et qu’il ait été rendu
brillant par la lumière de la vérité intellective, étant le
premier à projeter en lui-même le regard de la
connaissance, afin que, par la contemplation de ce dont
il a procédé, il retourne de nouveau vers cela et le
rappelle en lui, autant qu’il est possible dans son écart.
En effet, la conversion substantielle rattachait l’intel-
lect [à cela], mais selon le premier écart qu’elle avait
distingué et déterminé du point de vue de l’hypostase ;
la conversion vitale également rattachait l’intellect,
mais selon la deuxième distinction, d’après laquelle
cette conversion était en train de se distinguer à partir
de l’hypostase substantielle vers l’hypostase douée de
connaissance ; la conversion cognitive rattache à son
tour l’intellect, selon l’hypostase qui est la plus éloignée
et qui est la neuvième à partir de l’indifférencié, tout en
étant la troisième à partir du distingué; car, la
conversion étant troisième après la manence et la
procession, celle qui se produit par la connaissance est
la troisième conversion. C’est pourquoi, l’intellect,
s’étant éloigné selon l’écart le plus grand vers le dernier
degré de lui-même et, pour ainsi dire, vers le troisième
du troisième1, doit se contenter de voir noué de cette
façon le lien des choses qui ont été séparées. Et ce lien,
c’est la connaissance, celle dont on a dit qu’elle est une
certaine conversion2, et qu’elle est la dernière conver-
sion, cela aussi on l’a dit3.
En quoi consiste cependant la connaissance ? Disons
qu’elle est la réception de l’objet connaissable dans ce
qui est capable de connaître. Mais nous ne savons
encore rien des choses dont nous parlons ; car ce que
peuvent bien être le connaissable ou ce qui est capable
de connaître, il n’est pas aisé de le savoir, tant que nous
1. Cf. supra, p. 108.3-10 et n. 1.
2. Cf. supra, p. 102.16-19; vol. I, p. 72.16-17.
3. Cf. supra, p. 108.3-10; vol. I, p. 73.10-11.
en-X^oOt] Kai vous èyèvcTO Karà ttjv vôrjaiv Kai èyavwfrq
tw tt)s vocpâs àXrjBcias 4>wti, rrpwTOS èv èauTW to tt)s
yvwacws ôppa irpoêaXôpevos, îva tt, 0èa toû àx|>’ ou
TTporjXOev èrravioi rràXiv eis ckcivo Kai èrravàyoi ckcîvo
trpàs éauTOv ws oiôv tc èv ttj Siaaraaci. îuvfjrTTt pèv yàp 5
aÙTÔv Kai r; oùaiwSrjs èmaTpo4>r), àXXà Karà Ttjv rrpwTt)v
Siaaraaiv, rjv Sièarr) Kai wpiaBr) kotô ttjv ùrrôaTaaiv '
auvrjrrTe Sè aÙTÔv Kai tj Çwtikt), àXXà kotô ttjv Scurèpav
SiaKpiaiv, Ka6’ f)v àrrô t^s oùaiwSous ûnoaTaaews eis
Ttjv yvwaTiKiqv SiCKpivETO * auvâirTCi Sè Kai f] yvwaTiKirj 10
Karà TT)v iroppwTaTW Kai èvaTTjv pèv ouaav âtro toû
àSiaKpÎTOU, TplTTJV Sè âirô TOÛ SlOKCKpipèvOU * TplTr]S yàp
oùarjs tt]s èmCTTpo<j>T)s perà povrjv Kai rrpôoSov, TpiTi]
èariv èm<TTpo<|>r) Sià yvwacws yiyvopèvr). Aiô tt)v
trXeiaTTjv àrrôaTaaiv cis to Êa^aTOv èauToû Kai oîov toû 15
TpiTOU to TpiTov à-rroaTas ô voûs àyarrâ ttjv twv
SieaTWTWv outw auvârrTcaOai auva^v. Autï] Sc èanv
yvwais ‘ tj Ôti pèv èmaTpo<}>^ tis eïprjTai, Kai oti èax<*Tï]
èmarpott”!, Kai toûto cîprjTai.
Ti Sè èaTiv ôpws yvwais» "H àvTÎXrp|<is toû yvwaToû 20
èv tw yvwaTiKW. | ’AXX’ oûirw ti îapev wv Xèyopev • ti yàp
âv cït] to yvwaTÔv rj to yvwaTlKÔv, où pàSiov yvwvai,
3 7zpo6aX6p.€voç A : -XX- A1 || 18 scripsi : A.
ignorons ce qu’est la connaissance. Observons que la
connaissance (gnôsis), comme le mot le donne à
entendre, est gignoménè nôsis1 (intellection en train de
venir à l’être), c’est-à-dire noèsis (intellection) ; et
l’intellection (noèsis), parce qu’elle revient (neitai) et
retourne (épaneisi) vers l’être (einai) et vers le «il y a»
(esti), aurait pû être dite avec raison néoésis (retour);
mais, en réalité, en nous exprimant avec plus de
noblesse grâce à Vêla, et en prononçant de manière plus
euphonique2 grâce à la synérèse, nous l’appelons noèsis
(intellection) ; de sorte que le nous (l’intellect) signifie
qu’il revient (neitai) vers l’être. Or, il revient et selon le
retour substantiel et selon le retour vital, mais il le fait
[seulement] au troisième rang et, pour ainsi dire, de loin
par l’intellection cognitive, en tant qu’intellect doué de
connaissance, et il le fait d’une certaine façon par l’acte,
mais non par la substance ni par la puissance vitale.
C’est pourquoi l’intellection que voici3 est plutôt celle
qui est en train de venir à l’être (gignoménè), mais celle-
là4 est davantage évidente pour nous, parce qu’elle est
distinguée au maximum. C’est pourquoi la plupart [des
philosophes] spécifient l’intellect d’après celle-là ; mais
c’est antérieurement à elle qu’on devrait [le spécifier],
selon l’hypostase distinguée et circonscrite5, et on
devrait appeler cette hypostase intellection (noèsis),
antérieurement à l’intellection cognitive, en tant qu’elle
est le premier retour (épanodos) vers l’être de ce qui a
procédé de lui, retour dont l’intellect (noûs) tire aussi
son nom, car, antérieurement à la connaissance
(gnôsis), il revient déjà (néoménos) et il retourne
(épaniôn) vers l’être.
Mais, peut-être aussi, la connaissance (gnôsis) veut-
elle être une genèse (génésis) d’être (on) et de substance
(ousia) ; car, par son retour vers l’être, le connaissant
(gignôskon) est substantialisé (ousiôtai) selon la
connaissance (gnôsis), non pas selon la première, mais
1-4. Voir Notes complémentaires, p. 270.
5. C’est-à-dire l’hypostase de l’intellect intelligible.
àyvooufxcvr]s ttjs yv<*WT€W$- *H yvûms cotiv, ûs to ôvopa
TrapoSrjXoî, yiyvop€VT) vûois, ô êaTiv vôrjais ’ t) Sè
vôrjais, oti èiri to cîvai ko! to cotiv vcîrai Kai êiravcioi,
vcôcois êv Sikt) âv kX^Ocioo ‘ vûv Sè ocpvoXoYoûpcvoi tc
Sià toû rj Kai cùoTopoûvTCS kotô tt,v ouvaipcoiv, vôrjoiv 5
KaXoûpcv ' Ûotc é vous, Ôti vcÎtoi èiri rô ôv. NcÎtoi Sè Kai
TT|V OUOiÛSt] CirâvoSoV Kai Ttjv JüJTlKljv, àXX’ CV TplTT)
tû.£ci Kai oîov irôppuOcv Sià ttjs yvù)cttik’)S vo^ocœs, Kai
f| vous Yv<*)CTTlKôs> Kaî riva rpoirov Si’ èvcpycias, àXX’ oû-
te oùaias outc ÇuTiKijs Suvâpaos. Aiô yiYvopévTj pâXXov 10
T) 8 c r] vôrjois, cvapyeaTCpa 8c outtj pâXXov rjpîv, oti
pâXicTa SiaKCKpiTai. Aiô Karà TauTrjv oi ttXeÎcttoi
cÎSottoioûoi tov voûv ' êSci Sè irpô TÎjaSc koto Ttjv
SiaKCKpipêvT]v ko! TTCprycYpappêvTiv û-n-oaTaoiv, Kai vot)-
aiv TaÙTtjv trpô Ttjs yv“ot‘k’Îs ôvopâjciv ûs irpÛTTjv cis 15
to ôv toû irpocXSôvTOs àir’ aÙToû êtrâvoSov, à<|>’ t^s Kai
ô vous cmK€KXi]Tai, Kai Trpô ttjs Yv“CT€WS e‘S T° ôv T)8t)
vcôpcvôs tc Kai ciraviûv.
“Icrais Sè Kai Yêvcais ôvtos Kai oûcrias Tj Yv***<nS cîvai
PoûXcTai • oûaiwTai y®P tTÎ €*s t° °v ciravôScp to 20
YiYv<*>okov Karà Ttjv yvûaiv, où tt)v TrpÛTi)v, àXX’ oîov
2 vâ>aiç scripsi : yviûaïc A || 6 fiirrre] scr. Æ>ç te?
selon celle qui est, pour ainsi dire, substantialisation en
train de se réaliser (gignoménè ousiôsis), c’est la raison
pour laquelle l’intellect est les réalités intelligibles,
comme le dit aussi Aristote1.
Cependant que chacun établisse à sa convenance la
correspondance des mots avec les choses, s’il en trouve
une plus ingénieuse. Quoi qu’il en soit, il est évident, à
partir du nom même de la connaissance, que c’est par
son retour vers l’être que l’intellect subsiste et que la
connaissance est projetée, que tout retour est le fait de
ce qui a procédé et s’est déjà écarté et, pour cette
raison, a besoin d’un retour qui n’abolisse pas l’écart,
mais ramène cela même qui s’est écarté, en tant qu’il a
fini de s’écarter et qu’il est à l’écart, vers l’être dont il
s’est écarté et vis-à-vis duquel il est dans l’état de
procession achevée.
Qu’est-ce donc vraiment que la connaissance ? Est-ce
le rayonnement2 et comme l’avant-garde de la lumière
du connaissable dans ce qui est capable de connaître?
En effet, la sensation existe selon l’objet senti, l’imagi-
nation selon l’empreinte, l’opinion3 selon l’objet d’opi-
nion, la pensée selon l’objet de pensée. De manière
générale donc, la connaissance existe selon l’objet de
connaissance (gnosma)1, s’il est possible de parler ainsi,
et l’objet de connaissance, c’est le connaissable
(gnôslon) lui-même, toutefois déjà consubstantialisé
avec le connaissant. On fera remarquer que la connais-
sance est nécessairement selon cet objet, mais n’est pas
cet objet. Qu’éprouve donc celui qui est capable de
connaître, quand il ne connaît pas encore ? On répondra
qu’il désire le connaissable. Ainsi donc, la connaissance
est l'acquisition du connaissable en tant que connaissa-
ble; car, si c’est l’acquisition de l’être, c’est du moins en
tant que l’être est connaissable. Qu’est-ce, alors, que le
connaissable, et en quoi diffère-t-il de l’être? On
1-3. Voir Notes complémentaires, p. 270-271.
4. rvüapa : mot. forgé par Damascius, comme l’indique la
formule «s'il est possible de parler ainsi».
yryvopèvTjv ovoumhv ' Siôtrep ô vous rà TrpàypaTa, 4>Tjai
Kaî ’ApiCTTOréXrjs.
’AXXà rà pèv ôvôpaTa Ôttws âv tis eù<|>uèaTepov èxoi>
TTpoaappoÇèTW toîs npàypaaiv. "Oti 8’ ouv koto ttjv eis
to ôv ènavoSov ô Te vous ù<|>éaTTjKe Kai tj yvwais 5
TrpogégXrjTai, Trâaa 8è èirâvo8os toû -rrpoeXôôvTOS èaTiv
Kai SiaaTavTOS tj8t] Kai 8ià touto Seopèvou ttjs èiravà-
8ou, ouk àvaXuoûarjs ttjv SiàaTaaiv, àXX’ aÙTÔ to
8ie<TTÔs SiéarrjKev Kai fj Siearôs êTravayoûarjs eis ckcivo
à<|>’ ou SiéoTT) Kaî trpoeX^XuOev, <J>avepôv Kai àiro tou ttjs 10
yvwacws ôvôpaTOs.
Ti 8f) ouv rj yvwais ; ’Apa Trcpiauyaapàs Kai oîov
irpoiropireia <|>wtos èv tw yvwoTiKW toû yvwaToû ; Kai
yàp r) aïaôrjais kotÔ to aîaOrjpa, Kai tj <f>avTaaia | kotÔ
tov tuttov û<j>ÎCTTaTai, Kai Tj SôÇaais Kai Tj SiavÔTjais, Tj 15
pèv Karà to StavÔTjpa, r] 8è Karà to So^aapa. KaOôXou
toÎvuv tj yvûais kotô to yvûapa, ei oîov Te <|*àvai, to 8è
yvûapà èoTiv aùro to •yvuarov, àXX’ t]8t] tw yiyvwoKOVTi
èvouoiwpèvov. "H kotô pèv touto TràvTWS tj yvwais, où
toûto 8è ij yvwais- Ti oùv nàaxei to yvwotikov, ôre 20
Ptjttw yiyvwaKci; ’H àpéycTai toû yvwotoû. OÙkoûv
yvwoiç tcû^îs èoTi toû yvwotoû fj yvwoTÔv ' Kai yàp ei
toû Ôvtos, àXX’ fj yvwaTÔv tô ôv. Ti oûv to yvwaTÔv,
Kai Trfj 8ia<|>épov toû Ôvtos ; "H oti yvwaTÔv pèv Trpôs
1-2 = Arist., De an. III 7, 431 b 17.
12 Trepuxuyaajièi; mg. it.er. A' || 13 TtponogTtia A, mg. iter. A1.
répondra que l’être, dans son rapport à un autre, est
connaissable, mais que, selon ce qu’il est en lui-même, il
est être. On répliquera que c’est bien là ce qui leur est
propre, mais qu’il reste encore à définir la nature de
chacun des deux. Disons que l’être est l’hypostase, et
que le connaissable est pour ainsi dire l’éclat de
l’hypostase. En effet, pour la forme matérielle par
exemple, son hypostase est une chose, et le fait d’être
sensible en est une autre ; son aspect sensible est ce qui
d’elle se projette et brille vers l’extérieur, jusqu’à la
sensation, en devenant ainsi proportionné à cette
dernière. De la même façon, l’éclat de l’être, comme une
lumière qui court en avant de lui, jusqu’à celui qui est
capable de connaître, et, qui la première vient à sa
rencontre1, alors qu’il s’élance sur le chemin qui monte
vers l’être, l’éclat de l’être se fusionne avec lui selon une
certaine proportion, accomplit et comble son désir de
l’être par la plénitude de sa propre lumière. Est-ce donc
que l’intellect ne connaît pas l’être, mais connaît
[seulement] l’éclat de l’être? On répond qu’il connaît
l’être selon son éclat, et son éclat selon le connaissable ;
en effet, si l’intellect connaît l’être, il le connaît en tant
que < connu >, mais tout ce qui est connu doit
nécessairement être connaissable. Par conséquent, l’in-
tellect connaît sûrement l’être, mais nécessairement
selon son éclat, comme nous le disons. Et pourtant il
désire l’être. Disons qu’il le désire comme être, mais que
le même [être] il l’atteint [seulement] comme connaissa-
ble. Peut-être doit-on dire que même son désir de l'être
se produit selon le connaissable ; car c’est des mêmes
choses qu’il y a désirs naturels et acquisitions2, et, de
l’aveu de tous, l’acquisition de l’être par le connaissant
a lieu selon le connu.
Qu’entendons-nous donc par cet éclat? Répondons
qu’il est ce qui [de l’être] supporte d’apparaître aux
êtres de second rang et ce qui se met soi-même en
1-2. Voir Noies complémentaires, p. 271.
âXXo, ko.6’ aûro 8è ô Èotiv, ôv. "H Kaî tout© pèv
TrpôatCTTiv, oûrrw 8è tis ÉKaTcpou Siwpurrai <f*ûais- "H to
pèv Èotiv t, uirooTaois, tô 8è yvwaTÔv oîov tô <|>avôv
tt]s ùrrooTaaews. Kaî yàp âXXo tw èvûXw eï8ei <|>Cp£
eiireîv r) uttootoois, âXXo tô aiafrqTÛ eîvai ' Kaî Èotiv 5
auToû to aîo9r]TÔv to ttpottÎtttov aùroû Kai irpoXaptrov
aùroû, Kai irpoXapirov êws aîaftrjaews, Kai toutt) oûp-
peTpov Trpôs aÙTrjv yiyvôpevov. Outw 8è Kaî to 4>avôv
toû Ôvtos! oîov <|>ws aùroû TrpOTTOprreûov êws toû
YvwotikoÛ Kai rrpoairavTÛv aùrw iepévw ttjv âvw Trpôs 10
aùrô, ouppÈTpws aùrw oup<J>ûeTai Kai TeXeioî Kai KOpÉv-
vuoiv aùroû ttjv ôpeÇiv toû Ôvtos tt) rrXrjpwoEi toû
oikeiou 4>wtos. Ouk âpa to ôv yiyvwoKEi ô vous, àXXà
to <}>avôv toû Ôvtos î "H tô ôv Karà to <|>avôv, Kai TÔ
<j>avôv Karà to yvwaTOv ‘ Kai yàp si to ôv yiyvwoKOi, 15
woirEp <yiyvwaKÔpEvov> yiyvwoKEi, àXXà rrâv yiyvw-
OKÔpevov rrâvTWS âv ewj yvwoTÔv. "flore to pèv ôv
yiyvwoKEi ô vous, àXXà Karà tô 4>avôv, ws <f*apèv,
àvayKaiws- Kai prjv toû Ôvtos ôpÉyETai. *H àpeyerai pèv
ws ôvtos, Tuyxâvei 8È toû oÙtoû ws yvwoToû. Tâx© Sè 20
Kai rj ôpE^is prjTÉa toû Ôvtos Karà to yvwarôv ' ai yàp
KOTa <f>ûoiv ÔpÉ^ElS TWV aUTWV EIOIV WV KOI ai TEÛ^ElS,
ôpoXoyoupèvws 8è teû£is toû Ôvtos tw yiyvwüKOVTi
Karà TÔ yiyvwoKÔpEvov.
Ti oùv to 4>avôv toûto Xèyopev; "H to 4>aîvea0ai toîs 25
SeuTÈpois àvexôpevov Kaî eis auppcTpiav éauTÔ rrapexô-
10 îep.év<i>i A || 15 <pavèv scripsi : ôv A || scr. yiyvaiaxei? || 16
yt-fucoax6pevov addidi || ytyvâxrxei scripsi : -eiv A (iiarap yiyvâxrxei
âXXo rrâv coni. Kopp) || 20 toû del.?
proportion avec ceux qui veulent jouir de l’être et
désirent embrasser sa lumière avant-coureuse. Est-ce
donc que l’être n’est pas tout entier connaissable, mais
que l’est seulement sa lumière, de même qu’à la vue la
couleur seule est visible, et non pas le substrat1? Disons
que, tout d’abord2, il n’est en rien surprenant, mais
qu’il est même nécessaire qu'une partie des choses de
premier rang soit toujours pour celles de second rang
insaisissable et ineffable ; c’est ainsi, en effet, que ce qui
est complètement transcendant est, comme on le sait,
absolument ineffable à l’égard de tout, tandis que
chacune des autres choses a son propre ineffable par
rapport seulement aux choses de second rang et qu’elle
devient relativement ineffable. Tout d’abord donc,
comme je viens de le dire, cela n’est en rien absurde,
mais on pourrait peut-être se demander s’il est vrai que
l’intellect connaît [seulement] la lumière avant-coureuse
de l’être et s’il ne connaît pas plutôt l’être lui-même,
encore que ce soit selon son éclat. Observons que cette
lumière avant-coureuse vient d’être dite l’éclat de
l’être, et non pas une sorte d'émanation de l’être3, à la
façon de la lumière terrestre qui émane du soleil, mais
c’est comme si l’on voyait le soleil lui-même par la
luminosité en lui de sa nature. Eh bien donc, l’intellect
connaît-il seulement la surface, s’il est vrai qu’il connaît
l’éclat de l’être comme une couleur? On répondra qu’il
faut concevoir l’éclat à travers le tout [de l’être] et qu’il
n’y a rien de lui qui ne laisse transparaître sa lumière et
ne s’empresse de se manifester, comme, à propos du
cristal ou de quelque corps diaphane, tu dirais qu’il est
visible dans sa totalité, parce que la nature du visible le
pénètre tout entier4.
Néanmoins, différent est le corps et différent son
éclat à travers son tout, de sorte que même là-haut
l’éclat est autre que l’être ; et, d’abord, la même
1. Comparaison empruntée à la théorie du visible chez Aristote,
De an. II 7, 418 a 26-31. — Voir infra, p. 152.2-3.
2-4. Voir Notes complémentaires, p. 271.
pevov toîs àrroXaûeiv aùroû PouXopèvois Kai TrepiTTrùa-
aeaOai aùroû to TTporropTTeûov <|>ws è<f>iepèvois. OÙk âpa
ôXov yvwcrrôv, àXXà pôvov to 4>ws, oîov tt) ôipei to
Xpwpa pôvov ôparôv, àXX’ où to ùrroKcipevov ; "H
pàXiara pèv oùSèv OaupaaTÔv, àXXà Kai àvayKaîov, eîvai 5
ti twv rrpwrwv àei toîs | Scurèpois âXrjTrrov Kai
àrrôppTjTOv ’ outw yàp Kai to rràvTT) èKgegr]KÔs àrrôppTj-
tov ^jv ÔttXws Trpôs TrâvTa, twv Sè âXXwv ckootov rrpôs
tô Seùrepa pôvov ÉauToû rô àrrôppr]TOv «=x€l Ka* yiyvcrai
rrpôs ti àiréppr]TOv. MâXioTa pèv oùv, ôrrcp e«j>r)v, oùSèv 10
toûto rrapâXoyov, àXX’ ckeîvo îaws àrropr]oeiev âv tis, ci
tw Ôvti to irpoTTOpireCov toû Ôvtos yiyvwoKEi ô voûs,
àXX’ oÙk aÙTÔ, kotô pévroi tô <f>avôv. "H tô <J>avèv aùroû
èXèyETO eîvai toûto St) to Trporroprrcûov, àXX’ oùxi
àrrôppoiâ tis àrr’ aùroû, ws à<|>’ rjXiou TÔ rrcpiyEiov <|>ws, 15
àXX’ ws cî tis ôpwr, tov rjXiov aùrôv kotÔ ttjv èv aÙTW
XaprrpÔTtjTa ttjs <J»û<rews. Oùkoûv tÔ èmTroXrjs yiyvwoKEi
pôvov, eîrrcp ws XP*^pô Tl yiyvwoKoi rô <f»avôv toû Ôvtos î
’H Si’ ôXou tô <|>avôv vorjTeov, Kai prjSèv eîvai aùroû ô prj
SiaXâprrei Kai arreù8ei rrpôs CKijravaiv, ws cî Xcyoïs ûaXov 20
r] n twv 8ia<|>avwv ÔXov ôparôv, on Si’ ÔXou KexwptjKEV r)
toû ôparoû <|*ùais-
’AXX’ ôpws êrepov rô awpa Kai êrcpov rô Si’ ÔXou
4>avôv, wotc kôv Èkcî to <|>avôv âXXo rrapà tÔ ôv ' Kai
3-4 cf. Arist., De an. II 7, 418a26-3l || 13-14 = supra, p. 150.8-
9.
9 rô scripsi : re A || 12 yiyvciaxei scripsi : -oi A || 16 ôpéir; scripsi :
ôpÆv A || 24 àXXo scripsi : àXX’ où A.
objection reviendra certainement, à savoir [qu’il y a
connaissance] non pas de l’être, mais de l’éclat qui est
différent de l’être (car, de ce qui est complètement
diaphane, ce n’est pas le corps qui est visible, mais la
couleur seulement) ; ensuite, dans ce qui est complète-
ment indéterminé, nous distinguerons une chose, l’éclat,
puis une autre, l’être, comme jouant le rôle de substrat
pour l’éclat, ou comme différent de lui de quelque façon
que ce soit. 11 faut répondre à ces objections de cette
manière, à savoir que l’être, étant cela même qu’il est,
en tant qu’il est seulement lui-même, est aussi seule-
ment indifférencié ; mais en tant que l’intellect s’est
écarté de l’être en se distinguant de lui, et que l’être est
devenu non seulement indifférencié, mais encore distin-
gué d’un distingué (bien que ce soit comme indifférencié
que l’être ait reçu le distingué, puisqu’il s’est écarté de
ce qui est réellement distingué)1, dans cette mesure le
connaissable a commencé à apparaître en lui. En effet,
dans l’intellect s’est manifesté, selon le distingué, ce qui
est capable de connaître, de sorte que dans l'être, en
tant qu’il est distingué, se manifeste aussi, de quelque
façon, quelque chose d’autre; il ne s’agit pas cependant
de ce qui çst capable de connaître, parce que ce dernier
coexiste, comme on l’a vu2, avec ce qui a procédé, mais
il s’agit du connaissable, parce que, une fois saisi grâce à
la connaissance par ce qui a procédé, l’être est devenu
connaissable ; et le connaissable n’est pas en lui comme
un caractère propre déterminé. Car, même le distingué
n’esl pas en lui comme un caractère propre ; c’est, en
effet selon l’indifférencié, nous l’avons vu3, que l’être
est distingué d’un distingué ; il ne peut ni avoir subsisté
comme distingué ni avoir reçu le nom de distingué, en
tant que ce serait de par sa propre nature, si l’on peut
dire, si ce n’est seulement que de lui s’est distingué ce
qui est réellement distingué. Ainsi donc, l’être n’est
1. Cf. supra, p. 116.13-21.
2. Cf. supra, p. 146.1-3.
3. Cf. ci-dessus, 1. 10-11 et n. 2.
irpwTOv pèv èiravr]$Ei to oÙto, ptj toû Ôvtos eîvai, àXXà
toû <|>avoû ÉTÉpou Ôvtos («ai yàp toû irav-rt] 8ia<|>avoûs où
to awpa ôparôv, àXXà tô xpûpa pôvov) ' ètrevra Siopioû-
pev Èv tw ttÔvtt) àSiopîaTw âXXo pèv to <|>avôv, ôXXo Sè
tÔ ôv, oîov tw <|>avw tô ùiroKEipEVOv rj ôirws Stjttote 5
8ia<j>épov aÙTOÛ. ’H w6e prjTÈov rrpôs raûra, ws to ôv
aùro ô ÈaTiv, i) pèv aÙTÔ pôvov ye ôv, Kai àSicucpiTOv
pôvov ' fj 8è SiÈaTt) auTOÛ ô voûs 8iaKpi0eis àir’ aÙToû Kai
Èyévero où pôvov àSiaKpiTov, àXXà Kai SiaKEKpipèvou
SiaKEKpipÈvov (ei Kai to SiaKEKpipÈvov ëaxev ws àSiÔKpi- 10
tov Siaaràv toû ws àXrjOws SiaKEKpipÈvov), kotÔ toctoû-
tov Ùtte4>ôvt) tô yvwaTÔv Èv aÙTW. Kai yàp tw vw kotô tÔ
SiaKEKpipÈvov ÈvE<|>âvT) to yvwaTiKOv, wote Kaî tw Ôvti ws
SiaKEKpipÈvw ïtws Èp<|>aiveTai ti Kai âXXo ' où prjv tÔ
yvwoTiKÔv, SiÔti toûto tw rrpoeXOôvTi auvqv, àXXà to 15
yvwaTÔv, oti tw irpoEXOôvTi Sià yvwaews aîpeOÉv, yvw
aTÔv Èkeîvo yÈyovEv, Kai oùk êotiv Èv aÙTW tÔ yvwcrrôv
ws ti iSiwpa Siwpiapèvov. OùSè yàp to SiaKEKpipÈvov ws
ti îSiwpa Èv aÙTW * kotà. yàp tô àSiaKpiTov f)v SiaKEKpi-
pèvou SiaKEKpipÈvov, OÙk Ôv OUTE ÙTTOaTÔv oute ôvo- 20
paaOÈv SiaKEKpipÈvov ôaov àïrô ttjs oiKEias 4>ùaews, ei
Olôv TE ElTTEÎv, El pi] SlEKpîGl] air’ aÙTOÛ TO OVTWS
SiaKEKpipÈvov. Oûtws âpa où Karâ ti twv Èv aÙTW
15 •ptuaTixé'v] -tx- in ras. A1 || 17 scr. éxeivçj?
connaissable d’après rien de ce qui est en lui, mais c’est
dans sa comparaison avec l’intellect qu’il s’est manifes-
té et a reçu un nom. En effet, l’intellect en voyant qu’il
est lui-même distingué de l’être, et que ce dernier est
demeuré indifférencié, a nommé distinction l’action par
laquelle il est sorti de l’être, distinction qui est
réellement en lui, tandis que dans l’être elle est selon
l’indifférencié et selon ce qui n’est pas sorti de lui avec
[l’intellect].
Ainsi donc, parce qu’il est devenu capable, après sa
procession, de connaître l’être dont il a procédé,
l’intellect, en projetant, selon cela même qui a procédé,
la conversion cognitive, comme on l’a dit auparavant,
et, en s’étant saisi par la connaissance de ce qu’il
convoitait, l’intellect [dis-je] a fait que l’être reçoive le
nom de connaissable; ou plutôt il a révélé aussi le
connaissable qui est en l’être non pas cependant comme
déterminé; car le distingué <en lui> 1 n’est même pas
à l’état de détermination, étant donné que l’être n’est
même pas être comme quelque chose de défini, à côté de
la vie et de l’intellect. En effet, tout cela, noms et
choses, appartient à la nature spécifiée, tandis que la
nature de l’être est complètement indifférenciée,
comme nous le disons ; c’est dans la nature intermédiai-
re qu’elle est en train de se distinguer en quelque façon ;
c’est dans l’intellect que le reste, à savoir le connaissa-
ble, ce qui est capable de connaître et la connaissance,
s’est distingué; et l’intellect est le connaissable au sens
propre, étant capable de connaissance pour lui-même.
En effet, il est forme, en ce qu’il est connaissable et
capable de connaître2 ; c’est pourquoi avec toute forme
coexiste aussi une sorte de connaissance si limitée soit-
elle ; et toute forme est un vivant, ou quelque cadavre
de vivant (ce qui a subi la privation soit du vivant, soit
même de la forme), par exemple les pierres, les
morceaux de bois et parmi les corps ceux qui sont
morts, car les choses qui sont selon la nature sont des
1-2. Voir Notes complémentaires, p. 271-272.
yvwaTÔv, àXXà Karà ttjv Trpôs tov voûv àvnTrapagoXr)v
è<J>âvT) ko! wvopâaOr), 'O yàp voûs êaurov SiaKCKpipcvov
àtr ÈkcÎvou iôwv, ckcîvo | Sè àSiÔKpiTov pcîvav, ttjv
àtr ckcivou CK^aaiv SiaKpiaiv wvôpaacv, cv èauTW pèv
tw ovtl ouaav, cv ckcÎvw 8c kotô to àSiÔKpiTOV Kai Karà 5
to pr) ouvek€c€t]kÔs-
Outws âpa, Sioti rrpocXOwv ô vous cyévcTO yvwaTiKÔs
ckcÎvou à<|>’ ou TrporjXOcv, kot aùro yc ô TrporjXOev ttjv
yvwaTiKTjv èmaTpo<|jT)v rrpoÇaXXôpcvos, ws eîpTjTai rrpô-
TCpov, cXwv ou wpéx&r) 8ià yvwacws, CTroirjacv outÔ 10
yvwaTÔv ôvopâÇcaGai • pâXXov 8c èvôv outw Kai to
yvwaTÔv è§c<|>T)V€v, où prjv Siwpiapévov ’ où8è yàp to
SiaKCKpipcvov <èv aùrû) cv Siopiapw, oùSè yàp outÔ ôv
ws tt trapà ttjv £wr)v Kai tov voûv. nàvTO yàp toûto Kai
ôvôpaTa Kai TrpàypaTa ttjs ciSncqs Èoti <|>ûacws, ckcivt] 15
8c rj <f>ûais iràvTT) ^v àSiaKpiTOS, ws <J>apcv ' cv 8c tt] pèap
SiaKpîvCTaî ttws ' èv 8è tw vw to tc âXXa Kai to yvwaTÔv
Kai to yvwaTlKÔv Kai t| yvwais SiCKpiOr], Kai to Kupiws
yvwaTÔv ô vous cotiv, coutw yc wv yvwaTiKÔs. EîSos Y“P>
oti ci8t)tÔv Kai cÎ8t]tikÔv, 8iô TravTi cîSci aûvcaTi tis Kai 20
yvwais ÔTroar)oûv, Kai caTi ^wov ttov ciSos tj £wou ti
vcKpwpa, ttjv aTcpijaiv ttcttovGÔs âpa pèv toû Çwou, âpa
8c Kai toû cîSous, oîov Xi0oi Kai ÇûXa Kai rà vcKpà twv
awpaTWV, èirci to yc koto <|>ûaiv è)(OVTa TC Kai tivo
9-10 = supra, p. 146.6-23.
4 ëxGaaiv] éxBa- in ras. A || 6 avvexBeBiçxéç scripsi : -x6ti A || 13 èv
aurai addidi
vivants et ont une certaine conscience, quoique la plus
affaiblie et inaperçue du moins pour nous. En effet,
même les plantes sont des vivants, dit Platon ; et que
les pierres, les métaux, la terre tout entière, et chacun
des autres éléments, ne soient pas absolument inanimés,
c’est ce que montrent la génération des vivants
contenus en eux1, et le caractère parfait de leur
spécification. Cela aurait besoin d’un autre développe-
ment2.
Quant à l’intellect, comme il s’est distingué en lui-
même, il est devenu, tout entier et en toutes ses parties,
capable de connaissance et connaissable; car, s’étant
distingué de lui-même et s’étant placé dans la distinc-
tion, il s’unit à lui-même par la connaissance, comme les
choses qui se sont écartées ont coutume [de s’unir à]
celles dont elles se sont écartées. C’est donc au sens
propre, comme je le disais, que, dans l’intellect, le
connaissable, ce qui est capable de connaître, et la
connaissance se sont distingués les uns des autres ; mais,
en tant que l’intellect est ce qui s’est distingué, il s’est
manifesté selon le mode cognitif, et, en tant qu’il est ce
dont il s’est distingué, il s’est manifesté par là comme
connaissable; en effet, c’est vers ce connaissable que ce
qui a procédé a désiré retourner, et, parce qu’il a fait
son retour par la connaissance, c’est, comme capable de
connaître par rapport à un connaissable, qu’il a fait son
retour; or, l’intellect lui-même est ce à partir de quoi il
a procédé et ce qui a procédé ; donc, il est lui-même le
connaissable et ce qui est capable de connaître ; et, au
milieu de ces derniers, se tient la connaissance. Comme
je le disais donc, c’est au sens propre que ces
déterminations se rattachent à l’intellect et sont dans
l’intellect; mais déjà l’intellect, bien que d’une autre
manière, s’est cependant distingué aussi de l’être, de
telle sorte qu’il s’est porté aussi vers l’être par la
connaissance; car, comme on l’a vu3, celle-ci est le
dernier lien des choses qui ont procédé. L’intellect,
1-2. Voir Notes complémentaires, p. 272.
3. Cf. supra, p. 147.14-19.
auvaiadqaiv cxovTa> « Kai ttjv ôpuSpoTaTqv Kaî qpîv yc
àverraîaOqTov. ’Errci Kaî rà 4>urà Çwa arra <|>qaîv ô
nXàrwv ' TTCTpai Sè Kaî pèraXXa Kaî ôXq q yq Kaî twv
âXXwv aToixcîwv CKaaTov, oti ouk âifruxa rrâvTq èariv,
SqXoî pèv Kaî q ^woyovîa twv èv oÙtoîs £wwv rrcpicxopè- 5
vwv, SqXoî Sè Kaî to ôXorcXès aîiTWV ttjs eiSorroiîas.
Touto pèv oùv âXXou âv Séolto Xôyou.
’O Sè voûs èv èauTW SiaKpiOeis ôXos Si’ ôXou yvwaTiKos
tc èyèvcTO Kaî yvwaTos ’ 8iaKpt6cis yàp à<|>’ èauTOÛ Kai
otÙs èv tt) SiaKpiaci cuva-m-CTai Trpàs èauTÔv Sià 10
yVWOCWS, OS vôpos èaTÎ TOÎS SlCOTWaiV à«j>’ WV SlèaTqKCV.
Kupîws pèv toÎvuv, ôrrep c<|>qv, Kaî to yvwaTÔv Kai to
yvwaTiKov Kai q yvwais èv tw vw SiCKpîOq air’ âXXqXwv '
àXX’ f) pèv to SiaKpiOèv, yvwaTiicws è<J>âvq, Sè to à<J>’ ou
SiCKpiOq, Taun) yvwaTÔv' rrpôs toûto yàp èrravcXOcîv | 15
wpèx&r] to rrpoeXOôv, Sià yvwacws 8è èrravcXOôv ws
yvwaTiKov rrpôs yvwaTÔv èrroiir)aaTO ttjv èrrâvoSov '
oÙtÔs 8è to t€ à<j>’ ou Kai to ô ' to yvwaTÔv âpa cÛtos Kai
to yvwanKÔv, èv pèaw 8è toûtwv q yvwais- Orrws pèv
oûv ëXeyov, Kupîws pèv èiri toû voû toûto Kai èv tw vw ' 20
qSq Sè Kai àrrô toû Ôvtos. âXXov Sè Tpôrrov, ôpws 6è
SiEKpiOq ô voûs, waT€ Kai èrr’ èraîvo Sià yvwacws
wppqaev ' aûrq yàp ^v èaxârq auva<|>q twv rrpocXGôvTwv.
2-3 = Tim. 77a3-c4|| 12 = supra, p. 153.17-18 || 19-
20 = supra, uu. 12-13.
1 âvuSpoTàrrçv et mg. uirg. cens. A,
où ~ x&^u/a A || 15 toûto scripsi : toûtov
corr. coni. Kopp || 4
tô A.
ayant voulu s’unir et s’accorder à l’être, a contracté la
connaissance qui est la sienne en un unique coagrégat
de toutes les connaissances, et, ayant produit une seule
connaissance unifiée, il s’est mis en chemin, toutes
forces réunies1, pourrait-on dire, vers le connaissable
qui reste réellement indifférencié ; de plus, loin de faire
que ce qui est capable de connaître soit, par rapport au
connaissable, dans la distinction comme une chose par
rapport à une autre, mais, ayant fait voir que par une
grande union la connaissance est, d’une certaine
manière, substance, il s’est projeté vers le connaissable
pris comme substance ; et, si son désir était évidemment
celui d’un sujet capable de connaître à l’égard d’un
connaissable, parce qu’il en était éloigné, cependant,
après s’être uni à lui et l’avoir atteint, il a appris que
son union n’était pas du tout celle d’un sujet capable de
connaître à un connaissable, mais celle d’une substance
à une substance; de cette sorte, le retour de l’intellect
vers l’être est plutôt substantiel, tandis que son retour
vers soi est plutôt cognitif.
Pourquoi donc l’intellect est-il les deux ensemble, à
savoir à la fois capable de connaître et connaissable,
alors que la substance est uniquement connaissable,
quoiqu’elle soit vue, elle aussi, dans une certaine
distinction, comme on l’a dit? On doit répondre que le
connaissable veut être quelque chose de désirable,
tandis que ce qui est capable de connaître veut être
quelque chose capable de désirer, et ces déterminations
sont entre elles, de quelque manière, dans la distinction,
de même qu’intellect et substance ; or, la substance est
le désirable, car elle est supérieure, tandis que l’intellect
est ce qui est capable de désirer. Par conséquent, il est
clair que ce qui est capable de désirer et de connaître
convient par nature à ce qui est inférieur, tandis qu’à ce
qui est supérieur conviennent le désirable et le connais-
sable. Et, si l’intellect est aussi pour lui-même connais-
BouXrjOcis 8è oÙtw auva^Otjvai koî è<|>appôaai, auvr)ya-
ycv tt|v coutoû yvwaiv cîs êv auvaipcpa yvwacwv
àtraawv, Kai piav yvwaiv ^vwpcvrjv âTrcpyaaapcvos,
rraaau8it], 4>aiT] tis âv, èaTcXXcTO trpôs to àSiÔKpiTov tw
ovti yvwaTÔv, oùSè ws êv trpôs cv cv SiaKpiaci troirjaâpc- 5
vos to yvwcttlkÔv trpôs to yvwaTÔv, àXXà Tpôtrov Tivà
tt)v yvwaiv oùaiav àtroSciÇas rr) rroXXf) èvwaci, tw
yvwarw ws oùaiç rrpoaéÇaXcv, Kai wpé)(0T] pèv ws
yvwaTiKÔs âpa yvwaToû Sià to ctri trôppwSev, auva^Ocis
8c Kai tuxwv cyvw ttjv auva<|>T)v où yvwaTiKoû oùaav où8è 10
trpôs yvwarôv, àXX’ oùaias trpôs oùaiav ' warc trpôs pèv
ckcîvo pâXXov oùaiü>8r]s r] ctrâvoSos, trpôs Sè coutov
yvwaTiKt) pâXXov.
△là ti oùv ô pèv vous àp^ÔTCpa, yvwaTiKÔs tc âpa Kai
yvwaTÔs, r[ 8è oùaia yvwarr) pôvov, koÎtoi cv tivi Kai 15
aÙTT) SiaKpiaci ôpârai, ws cîprjTai; "H pqrcov ws to pèv
yvwaTÔv ôpcKTOV eivai ti PoÙXctoi, to 8è yvwaTiKÔv
opcKTiKÔv, cv 8iaKpîaei 8è Kaî ôtrwaoûv Kai raûra trpôs
âXXrjXa, KaOâtrep vous tc Kai oùaia ' Kai pèv oùaia to
ÔpCKTOV, KpClTTWV yâp, Ô 8è VOUS TO ÔpCKTlKOV. "floTC 20
8rjXov fin to pèv ôpcKTiKÔv Kai TÔ yvwaTiKÔv tw
KaTaSccaTcpw trpoaqKCi Karà <j>ûaiv, tw 8è KpciTTovi to
ôpcKTOV Kai yvwaTÔv. Ei 8c ô vous Kai coutw yvwarôv Kai
4 cf. Hom., //. II.2; 12; 29; XI.709 ; 725 II 16 = supra,
p. 152.6 153.6.
8-9 xoà — &pa mg. uirg. cens. A (post yvcüarixéç distinguens) || 9
èrri] à™ coni. Ruelle || 18 ipexrixév coni. Kopp : ôpexrév A.
sable et pour lui-même désirable, et s’il l’est pour les
autres choses qui viennent après lui, ou pour celles qui
ont procédé de lui, qu’y a-t-il d’étonnant à ce que les
choses inférieures participent de celles qui les précè-
dent, et non pas l’inverse? C’est pourquoi la substance
n’est pas intellect, tandis que l’intellect est substance et
intellect, mais il est intellect par subsistence, et
substance par participaton ; donc en tant qu’il est
substance, l’intellect est aussi connaissable, il est, par
suite, connaissable par participation ; mais en tant qu’il
est intellect, il est capable de connaissance, et, par
suite, il est tel par subsistence. Relativement à cette
aporie, cette réponse est suffisante.
Peut-être supposera-t-on que la substance aussi est
capable de connaître, s’il est vrai qu’elle est tout selon
sa propre coagrégation, et non pas selon la connaissance
qui est distinguée ; car, de cette façon, elle est aussi
connaissable, pour autant qu’elle l’est vraiment, mais
de manière indéterminée et dans l’absence de relation à
autre chose; or, lorsque l’intellect a procédé de la
substance et qu’une certaine relation s’est produite par
rapport à lui, comme celle de la cause à l’effet, puisque
l’effet s’est manifesté comme devenu capable de
connaître, la substance, elle aussi, a projeté quelque
chose de connaissable, à tel point que le caractère
propre de la relation s’est manifesté au dehors comme
contredistingué de l’intellect. Pour le moment, qu’il
suffise d’avoir dit cela sur ce sujet.
[2.8. Réponse à la neuvième question]
Eh bien donc, parmi les questions proposées, la
neuvième à partir du début 1 était la suivante : si les
choses qui existent selon la relation se constituent
réciproquement2 les unes les autres, comment l’effet
n’exercera-t-il pas quelque action sur la cause, ce qui
1. Cf. supra, p. 142.19-24.
2. sauf erreur, manque dans LS J.
èauTW opCKTÔv Kaî âXXoïs toîs per’ aùrôv r] àtr’ aùroû
rrpoeXOoûaiv, ti Oaupaarôv rà pèv KaraSeèarcpa perexeiv
twv rrpô oÙtwv, où pèvTOi àvârraXiv; Toiyapoûv r] pèv
oùaia oÙk éan vous, ô Sè vous kai oùaia Kai vous, àXXà
toûto pèv ko0’ ûirapÇiv, CKeîvo 8è Karà péOcÇiv ' f| pèv âpa 5
oùaia, yvwarôv Kai ô voûs, Karà pèOeÇiv âpa yvwarôv *
Sè vous, yvwaTiKÔs, Ka0* ûrrapÇiv âpa toioutos- Flpôs pèv
oùv tt]v àrropiav iKavà Kai toûto.
Taxa 8’ âv tis Kai ttjv oùaiav ÙitoOoÎto yvwaTiKT|v,
cî-rrep -navra èariv Karà ttjv oiKciav auvaipcaiv, àXX’ où 10
Karà yvwaiv ttjv Siwpiapèvrjv ' outw yàp | Kai yvwarôv, ô
ti Kai yvwarôv, àXX’ àSiopiarws Kai èv tw rrpôs êrepov
àaxèrw ' toû 8è voû rrpoeXOôvros àrr’ aùrqs Kai axèaews
èyyevopèvTjs rrpôs aùrôv tivos ws aïnou rrpôs ainarôv,
èrrei8r] tÔ ainarôv è<|>âvr) yvwanKÔv yevôpevov, Kai T| 15
oùaia yvwarôv n rrpoùÇâXcro toooÛtov ôaov to rr)s
axèacws iSiwpa rrpoe<|>âvr) tw vw àvTiSiaipoûpevov.
Toaaûra rrpôs to rrapôv EÎpr|a0w rrepi toutwv.
(82) "Evutov toÎvuv âvwOev -ijv twv rrpoCegXijpèvwv, ei tô
kotÙ axèaiv û<|>eaTWTa àvriauviaTTjaiv âXX-qXa, ttws oùxi 20
Spâaei ti Kai to ainarôv eis to aînov, Kai rô ôpeKriKÔv
1 «al scripsi : A || 20 avriauvloTijaiv] ->)a- in ras. Ax || 21-157.1
tû ôpexTÔv el< to ôpexTixôv A, trsp. Combès.
est capable de désirer sur le désirable1, et naturellement
aussi le connaissant sur le connu ; car l’un et l’autre
deviennent en acte ensemble. Cependant, comment est-
il possible que l’effet exerce une action sur la cause? Ce
serait peut-être vrai dans le cas des choses de même
rang, bien que, même dans ce cas, on pourrait mettre en
doute que la chose qui est sans contact exerce une
action sur celle avec laquelle elle n’est pas en contact,
par la seule approche elle-même de la relation, et
pareillement mettre en doute que, de la chose qui pâtit
de l’autre sans changer elle-même en rien, on puisse dire
cependant qu’elle pâtit. On répondra que les choses qui
se rapprochent ou qui se séparent jouent le rôle de
matière, tandis que la forme de la relation brille tout de
suite sur elles, soit que toutes les deux, soit que
[seulement] l’une d’entre elles s’approche ou s’éloigne.
En effet, en se réunissant, des hommes atteignent un
certain nombre qui s’est imposé du dehors, et une seule
baguette, une fois coupée en deux, a participé de la
dyade au lieu de la monade. C’est là ce que, dans le
Phédon, Socrate nous enseigne2. Or, même si, au cours
de la procession, l’effet s’est contredistingué de la cause,
et que se soit produit ou bien deux à la place de un, ou
bien, d’un côté, ce qui est capable de connaître, et, de
l’autre, le connaissable, cependant, qu’il advienne
quelque chose à partir de chacun des deux dans l’autre,
cela, le raisonnement de Socrate ne l’accorde même pas
dans les choses de même rang; et, qu’il advienne
quelque chose dans les deux à partir d’une autre chose
qui serait antérieure aux deux, cela n’a pas de sens dans
les choses où il n’y a rien d’antérieur aux deux, comme
le premier connaissable et le premier capable de
connaître, ou la première cause et le premier effet.
Plutôt, il est évident que tout ce qui est dans l’effet
vient à l’effet à partir de la cause avec la substance tout
eîs to ôpcKTOV, koî 8t] koî to yryvwaKov eîs to
yiyvwaKÔpcvov ' Kai yàp [eî] èvepyeiç yîvCTai âpa ckctc-
pov. KaiTOl ttws oîôv tc to oÎtiotov cîs to arriov 8pâv;
’Etti pèv yàp twv ôporaywv Taxa âv ciT) toûto àXtjOès,
koitoi Kai èiri toutwv àTroprjacicv âv tis ci to prj 5
ÔTTTÔpeVOV ôpç Tl cis CKCÎVO OU pT) âtîTCTOl, OUTW pôvw TW
rrXtjaiaapw ttjs axèacws, Kai to Trâaxov ûrr’ ckcivou
prjSèv aùro pcTagâXXov ôpws XèycTai irâaxciv. "H tô pèv
irXijmâÇovTa rj xuPlǰPcva tov ôXrjs èrréxei Xôyov, to Sè
cîSos cùOùs èiriXapirci tt)s o^éaews, tjtoi âp4>oîv tj toû 10
CTèpou îrpoowvTos t) àmôvTOS- Kai yàp ouviÔvtcs
âvOpwiroi Tuyxâvouoî tivos àpiOpoû ê£w0ev è-tnyevopé-
vou, Kai r) KOirciaa pia pâgSos cîs Sûo SuâSos peTcaxev
àvTi povâSos- TaÛTa pèv ouv èv tw 4>aîSwvi SiSâaKCi
Tjpâs ô XwKpârrjs- El Sè Kai to oÎtiotov Trpôs to ainov 15
àvTiSièoTT] kotÔ tt|v irpôoSov, Kai rj Sûo yéyovev
àv0* èvos, i) to pèv yvwaTucôv, to Sè yvwoTOv, tô pèv
à<}>’ èKOTCpou cis to CTCpov tjkciv oûS’ èiri twv ôpoTaywv
ouyxwpeî ô XwKpaTOUs Xôyos ‘ to Sè àp<[>oîv à<|>’ CTCpou
toû irpo àp<|>oîv ouk êx« Xôyov c<|)’ ôv oùSèv êoTi rrpô 20
àp<[>oîv, oïa to TTpwTov yvwaTÔv Kai to rrpwTov yvwaTi-
KÔv, î) to irpwTOv aiTiov Kai to rrpwTov aiTiaTov. ’AXXà
8t)Xov oti TrâvTa ôaa èaTÎv èv tw arriarw àirô toû oitiou
I5 = P/iaed. 101b4-c9.
2 ei deleui || 19 atoxpàTouç] -ouç in ras. A*.
entière de l’effet. Car le producteur écarte de soi et
distingue de soi ce qui est produit; c’est donc lui qui
donne et à lui-même et à son produit la distinction.
C’est, en effet, de cette façon que le modèle s’est aussi
rendu semblable à l’image, parce qu’il rend l’image
semblable à lui-même1, et c’est de cette façon que le
désirable se propose et s’oppose à ce qui est capable de
le désirer, parce qu’il a insufflé à ce dernier dans son
éloignement le désir de l’acquérir. C’est donc ainsi que
la substance, en engendrant l’intellect, s’est manifestée
à lui comme étant elle-même connaissable, et qu’elle l’a
rendu capable de connaissance envers elle, non pas en
puissance seulement, car ce qui est supérieur communi-
que aussi le en-acte de même nature à ce qui est
inférieur; c’est ainsi que l’être est connaissable, de
façon à remplir de connaissance ce qui est capable de
connaître, et ainsi qu’il est désirable, en tant qu’il fait
tendre vers lui ce qui est capable de le désirer, et qu’il
remplit de lui-même ce qui le désire. C’est aussi de cette
façon que Jamblique comprend le rapport de l’intelligi-
ble à l’intellect, en tant que l’intelligible comble de
l’intellection de lui-même l’intellect2.
Par conséquent, l’effet n’exerce aucune action sur la
cause, mais la cause agit sur elle-même et sur l’effet ;
car avec la substance [de l’effet] la cause produit aussi
en même temps la relation de la contrajuxtaposition et,
si l’on peut dire, avant de réaliser le produit, l’effet, ce
qui est capable de désir et ce qui est capable de
connaissance, elle se fait d’avance elle-même connaissa-
ble, désirable, cause et productrice. Il n’en saurait donc
être autrement.
1. Cf. supra, vol. 1, p. 116.7-19; supra, vol. Il, p. 116.2.
2. Voir Noies complémentaires, p. 273.
TrapayivETai tw aiTtaTW pcrà tt)s ôXrjs oùaias. Tô yàp
napâyov à<J>iaTT]aiv Éoutoû Kai SiaKpivei â<}>’ ÉauToû to
napayôpevov ' aÙTÔ âpa 8i8wai Kai Éoutw Kai Èke(vw ttjv
SiaKpiaiv. Outw yàp Kai to napaSeiypa irpos eikovo
à<J>wpoiwTai, oti | npàs éauTÔ tt)v eikovo â<|>opoioî, Kai to 5
OpEKTOV npOKElTOl TW ÔpEKTlKW Kai âvnKElTai, OTI TOÙTW
ànoaTâvn ôpe^iv aiiîè ÉvÉrrvEuaev Ttjs ÉauToû teÙ£ews.
Oûtws ouv rç oùaia yevvqaaaa tov voûv yvwaTTjv ÉauTTjv
Ékeivw TTpoû4>T]V£V, Kai ÈveTroi'qaev oÙtw Sùvapiv yvwa-
tlktjv éauTrjs, où SuvâpEi pôvov, àXXà Kai to ÈvEpyEiç 10
toioÛtov tÔ ùrrÉpTEpa toîs KaTa8£EaTÉpois Èv8i8watv ' Kai
yàp outw yvwaTÔv, ws yvwafiws nXrjpoûv to yvwanKÔv '
Kai yàp oûtws ôpEKTov, oti àviarqat npàs ÉauTÔ to
àpEKTLKÔv Kai nXrjpoî ÉauToû to ôpeyôpevov. Outw Kai to
votjtov ô ’lâpÇXixos ÈkSexetoi Trpàs tov voûv, oti tov 15
voûv ÉaUTOÛ TTEirXl]pWKEV TT)S VOT)a£WS.
Oùk âpa to ainaTÔv 6p<j ti sis to aînov, àXXà to
aiTiov eis te ÉoutÔ Kai to ainaTÔv ' âpa yàp tt| oùaiq. Kai
ttjv axéatv aupirapâyst tT}s àvTtTrapaOÉatws, Kai, si oîôv
te 4>âvai, Trpô toû iroir)aai to rrapayôpEvov Kai to 20
aiTiaTÔv Kai to opEKTiKÔv Kai to yvwaTiKov ÉoutÔ
irpoTToiEÎ yvwarôv te Kai ôpEKTÔv Kai aînov Kai napâyov.
Toûto pèv ouv oÙk âv Éx°l ôXXws-
15 6ti scripsi (cf. u.5) : ij-n A || 17 ti scripsi (cf. supra, p. 156.21) :
CTI A.
[2.9. Réponse à la huitième question]
La huitième question, à partir du commencement1,
recherche Futilité de la connaissance, et quel avantage
elle procure au connaissant ou au connu, si l’on veut
aussi rechercher cela.
Disons donc, d’abord, <que> la connaissance pro-
cure au connaissant l’être (einai) lui-même. C’est, en
effet, dans le connaître que ce qui est substantialisé
selon la connaissance possède l’être ; car l’intellect
possède l’être dans l’intelliger, de sorte que l’intelliger
est la substance de l’intellect; et ce qui parachève en lui
l'intellection produit la substance de l’intellect; c’est là
l’intelligible et le connaissable.
Ensuite, l’intellect, selon sa propre contrajuxta-
position par rapport à l’intelligible, manifeste le con-
naissable qui est dans l'intelligible, quoiqu’il ne le fasse
pas subsister, comme nous l’avons dit auparavant.
Enfin, l’intellection procure à ce qui est sujet
d’intellection un troisième avantage après ceux-là : elle
le spécifie selon ce qui est objet d’intellection, et, lui qui
a achevé sa procession au troisième rang ou au
deuxième ou à un rang quelconque, elle l’établit dans la
forme de ce qui l’a fait procéder. Certainement, ce qui
peut arriver de plus précieux, c’est que les effets aussi
soient mis en ordre par les formes des causes, au moyen
de la connaissance. Mais, lorsque les choses connaissa-
bles se trouvent être des choses inférieures, si la
connaissance s’accompagne de la sympathie2 du
connaissant à leur égard, l’assimilation à l’inférieur
dégrade le connaissant ; tandis que, si elle est sans
passion, la connaissance des choses de deuxième rang,
ou en un mot des choses inférieures, fait remonter d’une
autre façon les inférieures vers les supérieures et les
1. Cf. supra, p. 142.14-18.
2. Voir Notes complémentaires, p. 273.
Tô Sè ôySoov àtrô Ttjs ôpyrjs twv è^tjTTjpcvwv àtraiTCÎ
ttjv xP£iav ttjs yvwacws, tjvriva trapé/eTai w<|>éXciav tw
yiyvwaKovTi rj tw yiyvwaKopévw, eî tis èOéXoi Kaî toûto
TrpocraTraiTeîv.
AcyÈafiw toivuv trpÛTov pèv <oti> aùrô to clvai 5
irapèxETai tw yiyvwaKOVTi rj yvwais. ’Ev pèv yàp tw
yiyvwaKCiv êxei T£> clvai ô Karà ttjv yvwaiv oùaiWTai ' Kaî
yàp ô vous Èv tw vocîv, wotc to vocîv oùaia toû voû, Kai
to ttjv vôrjoiv èvatrcpya^ôpcvov ttjv oùaiav trapàyci toû
voû " toûto Sè Èoti to votjtov Kai yvwaTÔv. 10
Eircira kctÔ ttjv àvTitrapàOcaiv ÈauToû ô vous irpàs
to votjtov £K<|>aivEi to Èv Èkeivw yvwarôv, ci Kai pTj
û<j>iaTTjaiv, ws Trpociiropcv.
TpiTTjv 8c Èiri toutois w<j>éXciav r] vôrjais rrapcxETai tw
vooÛvti, Ôti ciSotroicî kotô to vooùpcvov to vooûv Kai 15
îarrjaiv aùrô TpiTov rj ScuTcpov rj ôtroaTovoûv TrpocXrj-
Xu0às Èv tw cïSci toÛ rrpoayayôvTOS. ToÛto pèv Stj
acpvÔTaTov, ci Kai tÔ aÎTiarà toîs twv airiwv cîScai
KoapcÎTai rpoirov tov 8ià yvwacws. Ei Sè x£tpw T“
yvwaTa Tuyxàvci ovto, pcrà pèv auprraOcias ttjs trpôs 20
aùrô toû yiyvwaKOVTOS trpôs to | XEÎpov à<|>opoiwais
kokoÎ to yiyvwaKov ' ci 8è aveu traGous tj yvûais twv
ScuTÈpwv tj ôXws twv XEipôvwv, àXXov Tpôtrov Ètravdyci
trpàs tÔ KpcirTW tà xcipw Kai èvTÎfrrjai toÛto Èkcivois *
13 = supra, p. 153.10-12.
3 yiyvtiaxovTi] -iy- in ras. A* || 5 8n add. coni. Ruelle || 12
yveoarév coni. Ruelle : wiqtôv A || 15 voovvri] -ti s.u. A1, mg. uirg.
cens. || 16 ÔTtoaTowùv, -t- in ras. 2 litt. Ax || 18 aiTtarà scripsi : aïria
A || 19 xoapxÏTai scripsi : xoapoï A || 20 pèv s.u. ins. A1.
introduit en elles, ou plutôt elle entraîne les supérieures
à entrer en communauté avec les inférieures, en
produisant leur spécification au sein de la connaissance
des inférieures.
Enfin, si l’on recherche l’utile en soi et le bien en soi,
que l’on réfléchisse à l’affinité que toutes les choses ont
les unes par rapport aux autres à travers la connaissan-
ce, affinité qui se produit dans l’acte qui fait connaître
la parenté universelle ; et que l’on pense, en outre, à la
marche de tous les êtres qui se mettent en chemin1 vers
le principe unique, c’est-à-dire vers le bien en soi,
marche dans laquelle la connaissance corrige l’errance2
et s’établit comme guide pour ceux qui se mettent en
chemin vers le haut. Elle est en effet comme un regard
qui se lance en avant et conduit le désir qui s’empresse
vers le bien, tandis qu’elle fait briller la lumière qui lui
est propre; c’est pourquoi, parmi les moyens qui
conduisent vers la fin, la connaissance est le plus
efficace. En outre, en spécifiant les choses inférieures
selon la spécification cognitive des supérieures, elle
devient conversive des inférieures vers les supérieures,
et de toutes ensemble vers la meilleure, par leur retour
commun vers l’être. Ce n’est pas, en effet, à l’ineffable
que nous nous unissons à travers la connaisance, mais à
l’être ; or, ce dernier est uni à l’ineffable par une union
totale, de sorte que, par la médiation de l’être, le reste
aussi s’unit à l’ineffable.
[2.10. Réponse à la septième question]
Mais arrivons maintenant à la septième question ; et,
premièrement, au sujet du rang de la conversion selon
la connaissance et de la conversion selon la substance,
soutenons que cette dernière est supérieure à celle-là.
En effet, de même que l’intellect, une fois établi dans la
délimitation qui est la sienne, imite ce qui s’établit dans
sa propre délimitation antérieurement à lui, quoique la
1. Cf. ci-dessus, la seconde partie de la note 1 de la p. 155.4.
2. Cf. supra, p. 145.13, n. 1.
pâXXov Sè £K€Îva rrpoôyci trpàs Koivwviav twv xeipôvwv
kotù tt|v irpoÇoXflv Tfls èv Tfl yvwaei twv xciP°vwv
ciSorroiias*
Eî Sè Kaî to w4>ÉXip.ov qÙto Kaî to àyaOàv èm^T]Toî tis,
èv0upcia9w ttjv ttôvtwv rrpôs âXXrjXa Sià rfls yvwacws 5
oikciÔti^tu yiyvopèvT)v kotô tov yvwpiapôv Ttjs Koivfls
auyycvcias, Kaî cti ttjv ttôvtwv ôSov rrpôs ttjv piav
àpxflv aTcXXopèvwv, oîov rrpôs TÔyaOàv, èv fl ttjv rrXôvtjv
èrravopfloÛTai Kaî ôSrjyàs KaOiaTarai toîs ôvw aTcXXopè-
vois fl yvwcis. "Eoti yàp oîov ôppa rrpoTroprrcûov Kaî 10
flycpovoûv rfls ôpèÇcws èrr’ èKCÎvo arreu8oùar)s, <j>ws
ôvôrrTouaa to oikciov, Siô twv rrpôs to tcXos àyôvTWV
èaTi to àvuaipWTOTOV fl yvwais- *Eti Sè cîSorroioûaa tÔ
Xeîpw kotô rflv KpciTTÔvwv yvwanKflv cîSorroiiav èm-
aTpCTTTlKT) yîyvCTai TWV KaTaScCOTCpWV eîs tÔ KpCÎTTW 15
Kaî eîs TO KpÔTlOTOV ôpoû ttovtwv SlÔ TT)V eîs to ôv
Koivflv èTravaywyflv. Où yàp tw ârroppflTW auvaiTTÔpcOa
Sià yvwacws, àXXà tw Ôvti ' Èkeîvo Sè tw ârroppflTW
auvfltTTai 8ià rrôarjs èvwaews, warc Sià pèaou toutou
Kaî tÔ âXXa auvârrTCTai. 20
(83) ’AXX’ èrrî to cgSopov îwpev flSr] twv è^rjTqpèvwv, Kaî
rrpwTOv ûrrèp rfls to^cws ârroXoy'qawpeOa rfls tc kotÔ
yvwaiv èmaTpo<|)fls Kaî rfls kot* oùaiav, oti KpeiTTWv
oÛttj èKcivr]s- 'Os yàp èv ôpw tw èauTOÛ èaTTjKWs ô
vous pipcÎTai to rrpô èauToû kotÔ oîkciov ôpov îaTÔ- 25
pèvov, cî Kaî ô toutou ôpos rrpôs tov èKeivou ws to
22 àTOXoyT)a<b[xE0a C : -a6|ieÔa A.
délimitation de cela soit par rapport à la sienne comme
l’indéterminé par rapport au déterminé, et comme
l’indifférencié par rapport au distingué, de même
l’intellect, après avoir reçu selon sa propre délimitation
la capacité de connaître < l’être >, a imité ce qui, de
l’être, se dresse au-dessus de la connaissance dans le
connaissable seul. <Et>, c’est là, de l’aveu de tous,
une délimitation de deuxième rang, non d’hypostase à
hypostase, mais comme de connaissant à connu. Voilà
la solution générale.
Or, s’il y a une substance et une circonscription de
l’intellect en tant qu’il procède de lui-même, à cette
substance correspondra une conversion cognitive, selon
laquelle l’intellect se connaît lui-même; et s’il est aussi
dans l’état de procession achevée à partir de l’être qui
lui est antérieur, à cette procession-là qui a reçu son
hypostase d’en-haut, pourra correspondre la connais-
sance qui connaît l’être antérieur à l’intellect, car
l’intellect se convertit vers l’être selon une conversion
tant substantielle que cognitive.
Ensuite, examinons le second point : comment l’in-
tellect connaît-il l’être, est-ce par l’acte de se connaître
lui-même qu’il connaît aussi l’être, ou bien le connaît-il
après avoir fait abstraction de lui-même? Répondons
que ce n’est ni d’une façon ni de l’autre, mais selon
l’ensemble des deux ; en effet, l’intellect ne connaît pas
l’être seul, séparément de lui-même, ni à travers lui-
même seul, comme s’il regardait non pas vers l’être
mais vers lui-même seul. Car tout doit concourir
ensemble ; en effet, c’est selon l’hypostase entière de lui-
même que l’intellect procède de l’être, de sorte que c’est
aussi selon la connaissance entière de lui-même qu’il
connaîtra l’être; en effet, en se connaissant, il découvre
qu’il est lui-même l’image de l’être qui est avant lui, et
qu’il est lui-même semblable à l’être, et de nouveau en
connaissant l’image et ce qui est semblable à l’être il se
connaît lui-même. Ainsi donc, il ne connaîtra pas de
cette manière la ressemblance seule, mais, <en connais-
sant > la < ressemblance, il connaîtra > la dissemblan-
âôptaTÔv èan trpàs tÔ wpiapèvov, Kaî to aSiâtcpiTov rrpôs
tÔ SiaKEKpipÈvov, outw Karà tov eau tou ôpov <rô ov~)
cyvwicws ô voûs èpiprjaaro to Èkeivou ùrrèp yvwaiv
iSpupèvov èv pôvw tw yvwcrrw. “Ean <8è> SeiiTcpos
outos ôpos ôpoXoyoupèvws, oùx ù-rroaraaews rrpôs 5
ûrrôaraaiv, àXX’ ws yryvwaKovTos rrpôs yiyvwaKÔpEvov.
Outw pèv koOôXou.
Eî Sè èanv oùaia toû voû Kaî rrepiypa^T) ws à<|>’ éauToû
rrpoïôvTOS, àvaXoyr|aei toutt) yvwariKT) èmoTpo4>r|,
ko0’ tjv èauTOv yiyvwaKEi ô voûs ' eî 8è irpoeXir)Xu0Ev Kaî 10
àrrô toû rrpô aùroû, tt)Se àvaXoyqoeicv âv tt) âvwGcv
ûrroarâaT] rrpoôSw r\ to trpô aùroû yiyvwaKouaa yvwais,
èrrÉarparrrai yàp eîs èkcîvo Kaî oùaiwSr) Kai yvwariKTjv
èmcrrpo4>T)v.
"Erreira rô Seùrepov îSwpev ttws eKfiîvo yiyvwaKEi * âpa 15
tw èauTOv Kaî | èraîvo, f| èraîvo, à^reis èaurôv ; ’H
oùSèrEpov pèv, tô ouvap<|>ÔTepov Sè ' oute yàp ÈkeÎvo
pôvov xwpi$ éauroû, outc Si’ éauroû pôvou, ws où Trpôs
èKcîvo àTTO^Xèrrwv, àXXà rrpôs pôvov èaurôv. Flavra yàp
ôpoû 8eî auvSpapeîv ' Kaî yàp KaO’ ùrrô<TTa<riv rrâaav ttjv 20
éauroû àrr’ èKeîvou rrpôeiaiv, wotc Kai kotÔ yvwoiv
éauroû rrâaav èKcîvo yvwaerai ' yryvwoKWv yàp èaurôv
eùpîaKEi to pîprjpa toû rrpô aùroû èaurôv, Kai oîov èKcîvo
èaurôv, Kai au to pîpt]pa Kai to oîov èKcîvo yiyvwoKwv
èaurôv yiyvwoKei. Oukouv pôvrjv outws yvwacTai ttjv 25
ôpoiôrrjTa, ttjv Sè *** tt)v àvopoiôrrjra, ôn to pèv
2 -rà addidi || 4 8è addidi || 10 êavrèv coni. Ruelle : A || 18-
19 rrpèç èxcîvo scripsi : Trpô ôxeivoû (sic) A || 25 Ovxouv scripsi : oùxoûv
A || 26 -rîjv 8è] rf;v8e et mg. uirg. cens. A ; lac. signaui, suppléas fere
opoiÔTTjra yiyvtoaxcüv yvroaerai.
ce et [il reconnaîtra] que, d'un côté, c’est lui, de l’autre,
son générateur, que d’un côté c’est l’être, de l’autre ce
qui procède de l’être, ou bien d’un côté ce qui est
capable de connaître, de l’autre le connaissable.
Voici donc ce qu’on doit dire : de même que
l’intellect, à partir de l’être, s’est distingué en tant que
complètement distingué, et qu’il a montré que l’être est
aussi séparé de lui, en tant qu’il est indifférencié, de
même l’intellect, en s’étant connu lui-même et en ayant
été circonscrit par sa propre connaissance, a appris,
comme nous l’avons vu1, que la nature incirconscrite de
l’être supporte non pas de connaître mais seulement
d’être connue, et cela parce qu’elle est en accord avec
l’intellect, comme si elle était mue par une grande
tendresse pour son propre rejeton. Est-ce donc que
l’intellect ne regarde pas vers sa propre cause? Répon-
dons que, s’étant éloigné d’elle, il s’est converti vers
elle, et qu’ayant voulu la saisir, au lieu de cela il l’a
connue; ou plutôt il l’a saisie de façon telle qu’il ne l’est
pas devenue, mais qu’il l’a embrassée de façon cogniti-
ve, c’est-à-dire que son œil a été tout illuminé par la
lumière de cette cause. Voilà, en effet, en quoi consiste
le contact du connaissant avec le connu ; ce n’est pas
dans le fait d’être devenu le connu, ni de faire partie de
lui, ni d’avoir saisi de lui une émanation, ni d’avoir été
ramené à lui. Toutes les saisies de ce genre confondent
les choses qui ont été une fois distinguées, et elles
n’admettent même plus la forme de la connaissance,
forme qui existe dans la distinction établie selon les
délimitations du connu et du connaissant : [la connais-
sance est] une reconnaissance qui est le fait de ceux qui
se sont séparés, et une affabilité réciproquement offerte,
accompagnée de la distance.
Mais c’est parce que quelque chose est tel intérieure-
ment, dit-on, que nous le connaissons tel extérieure-
ment. Ainsi donc, dirai-je, l’intellect s’est produit hors
1. Cf. supra, p. 152.12-153.6; p. 156.13-17.
aùrôs, to Sè yevvTjTiKÔv coutoû, Kai to pèv èiccîvo, tô Sè
àtr ckcivou, t) to pèv yvwaTlKÔv, to Sè yvwaTÔv.
'PrjTéov tolvuv oti, KaOâirep SiCKpi0T] pèv oÙtos àiro
toû Ôvtos ws SiaKCKpipèvos, àTré<J>r)ve Sè Kaî ckcîvo xupî$
èauToû ws àSiaKpiTov, outw yvoùs cauTOV Kaî tt) èauroû 5
yvwaci ircpiypa<|*€is tjoScto ttjs àircpiypâ<|>ou toû Ôvtos
4>ûacws Kaî où yiyvwaKCiv àXXà yiyvwaKcaOai pôvov, Kai
toûto 8ià to rrpàs voûv aûpperpos eîvai, ÛTropcvoûcrqs,
oîov 4>iXoaTopyiç toû oÎkcîou ycvvqpaTos- OÙk âpa
àiroCXcTrci Trpôs to aïnov to èauToû; "H àiroaTàv oÙtoû 10
èircaTpci4>T] irpôs aura Kaî èXcîv PouXt)0èv ÔvtÎ toutou
ëyvw ‘ pâXXov Sè outws cîXev aùro, ws aura pèv pr)
yevèaOai, rrcpiTTTuÇaaOai Sè aùro yvwaTiKWS, toûto Sè
èari Trepi4>WTia0f)vai to ôppa tw ckcivou 4>wti. ToiaÛTT]
yàp T) rrpàs to yiyvwaKÔpevov auva<|>T] toû yiyvwoKOVTOS, 15
ouk ÈkcÎvo yevèoOai, oûSè èKeîvou, où8è àrrôppoiav àrr’
èKeivou XaÇeîv, oû8è outÔ cis Èkeîvo àvax0T)vai. Tà yàp
arraÇ SiaKpiOèvTa ouyxèouaiv ai ToiaÛTai rrâoai èiriÇo-
Xai, Kaî où8è rà ttjs yvwacws eîSos cti auyxwpoûaiv,
ôircp èv SiaKpiaci tt) koO’ ôpous èaTwap toû yiyvwaKopc- 20
vou Kai toû yiyvwaKovTOS û<|>caTT]K€v,
àvayvwpiapos oûaa twv 8iaaTavTwv Kai SeÇiwais Ôvti-
TrpoTCivopévr] pcTÔ tÎ]s SiaaTÔacws.
’AXXà tw èvôvTi toioutw, 4>aai, to éÇw toioÛtov
yiyvwoKopcv. OÙkoÛv, 4>i]aw, ô vous ê£w pèv toû Ôvtos 25
1 ÈMeïvo scripsi : Èxeivou A || 6 Ttepiypaçùç ^ctOcto ttjç Kroll :
rrepiypa<pdaT]<; OeoTijToç et mg. uirg. cens. A.
de l’être, selon le changement de sa nature, néanmoins
après sa procession il reste semblable à la substance qui
a gardé sa manence au plus haut degré ; car le
changement de l'intellect consiste dans sa distinction
seule, de sorte que, par lui-même tout entier, il peut
connaître la substance, aussi bien que s’il contenait en
lui-même la trace de la substance. Et si, dans l’intellect
également, ce qui est coagrégé est antérieur à ce qui est
divisé, ce doit être là le plérôme intellectif1, [et] il sera
comme une image de la substance unifiée antérieure à
l’intellect, image d’après laquelle l’intellect connaîtra le
modèle, de même que, d’après le modèle, il connaîtra
l’image, quoique grande soit la distinction de l’image
par rapport à son propre modèle. Et, si quelque chose
de la nature unifiée elle-même, qui est celle de l’être, est
immanent même à l’intellect, ou absolument ou sous
quelque rapport, et si cela ou bien ne fait qu’un avec
l’être lui-même, ou bien est consubstantialisé avec
l’intellect, ou bien est conçu de quelque manière et sous
quelque mode que ce soit (cela, en effet, nous le
rechercherons un peu plus tard dans notre discussion
sur la participation2), si donc il y a aussi quelque chose
de tel qui soit immanent à l’intellect, alors, c’est d’après
cela que l’intellect connaîtra aussi l’être ; car, s’il s’agit
d’une nature en quelque sorte unique, sa connaissance
sera aussi unique en quelque sorte. Voilà certainement
des choses dont nous espérons poursuivre l’examen avec
plus de rigueur, lorsque nous traiterons de l’intellect,
dans sa vraie nature d’intellect, parce que nous aurons
ajouté3 la discussion sur la participation4.
[2.11. Réponse à la sixième question]
Ensuite, dans la sixième question après les précéden-
tes5, nous nous étions proposé de chercher comment
l’intellect se fait subsister lui-même selon la conversion
1-5. Voir /Voies complémentaires, p. 273.
èyèvcTO kotÙ ttjv irapàXXa^iv tt)s «fiùacws, èanv 8è ôpws
toioÛtos irpocXGwv, oîov Oti pâXiaia pcivaaa r] oùaia'
povrj yàp è£r)XXa£cv rj SiaKpiais, ûare ôXw èauTW
yiyvwaicoi ôv ttjv oùaiav ô vous, oùSèv ^ttov tj ei Ttjs
oùaias ïxv°S èv èauTW irepieîxev. Ei Sè koî èv tw vw Trpô 5
toû 8itjprjpèvou to auvrjprjpévov | cari, irXtjpwpa voepôv
âv cîij toûto, ttjs Trpô aÙToû oùaias rjvwpévrjs oîov eikwv
KaO’ rjv to irapàSeiypa eïaerai, waircp kotÙ tô irapâ-
Seiypa ttjv ciKÔva, koitoi iroXXi) ttjs cÎkôvos î) rrpôs tô
TrapàSeiypa to oikcîov SiaKpiais. Ei Sè Kaî Tt)s rjvwpévrjs 10
<|>ûaews aÙTrjs ye T’îs TO“ Ôvtos èvciij ti Kai tw vw, t)
ârrXws tj Tiva Tpôrrov, Kai tjtoi aÙTW aup<f>uès tw Ôvti tj
tw vw auvouaiwpèvov tj Ôtttj koi ôirws (TaÛTa pèv yàp
èiri^TjTijaopcv èv tw irepi pcOèÇcws Xôyw piKpw ûaTcpov),
ci 8’ oûv ti Kai toioûtov èveit) tw vw, Karà toûto yvwaerai 15
Kai èKCÎvo ô voûs ' piâs yâp irws oûai)s Ttjs <|>ûaews, pia
irws Kai tj yvwais aùrîjs yevrjacTai. TaÛTa pèv 8rj Kai èv
toîs irepi voû toû ws àXijflws voû penèvai èXrri^opcv
cucpigéaTCpov, Ôtc Kai tov irepi pcOé^ews irpoaOcvTcs
Xéyov. 20
’AXXà St] tô cktov èiri toutois èKeîvo ^pîv irpoeÇè-
êXrjTO, irws èauTÔv pèv ù<|>iaTTjai kotÔ ttjv oùaiwSt) èin-
13-14, 17-20 cf. infra, R. II, p. 1.4 ss.
4 oùSèv] -v ins. A1 || 15 êvetij -u- in ras. A || 19 Ste] uix sanum.
substantielle vers lui-même, non pas cependant qu’il
fasse subsister encore ce qui lui est antérieur, selon une
conversion semblable vers cela. Et le même problème se
pose aussi, comme on l’a dit1, au sujet de la conversion
vitale ; car nous voyons la conversion cognitive se
comporter de la même façon dans le rapport de
l’intellect à lui-même et dans son rapport à ce qui est
antérieur ; en effet, elle n’exerce aucune action ni d’un
côté ni de l’autre, en tant qu’elle connaît. Car, même en
supposant que la connaissance soit active, néanmoins,
en tant qu’elle exerce quelque action et fait venir à
l’être quelque chose, elle n’est plus connaissance en tant
que connaissance d’un connaissable, mais elle est une
certaine cause efficiente de quelque œuvre. En effet, ce
n’est pas le propre du connaissant, que de produire,
mais seulement de connaître quelque chose qui est déjà,
tandis que c’est le propre de la substance et de la vie
que de faire venir à l’être ; ou plutôt c’est le propre de la
substance, que de substantialiser et de procurer une
certaine première venue à l’être, et celui de la vie que de
mettre, pour ainsi dire, la substance en mouvement et
de l’éveiller à quelque procession, ou bien de lui
communiquer la nature productrice de procession.
Pourquoi donc la conversion substantielle de l’intel-
lect vers lui-même le fait-elle subsister lui-même à
partir de lui-même, tandis que sa conversion vers ce qui
lui est antérieur ne fait plus subsister cela ? Comment,
en effet, se pourrait-il que le causé fasse subsister le
causant? Est-ce donc qu’une telle conversion n’est pas
substantielle, s’il est vrai qu’elle n’est pas productrice
de substance? Répondons qu’elle est productrice de la
substance de l’intellect, mais en tant que cette dernière
est engendrée à partir de ce qui est antérieur à
l’intellect; c’est en effet selon la conversion substantiel-
le vers ce qui lui est antérieur que l’intellect s’est
circonscrit lui-même comme procédant de cela, en
accueillant par son retour vers cela le fait d’en procéder.
I. Cf. supra, p. 141.20-24.
CTTpo<J>r|v -rrpôs èaurôv, où prjv cti Kaî to rrpô éauroû Karà
TT]V TTpOS CKCÎVO TOiauTTjV. TÔ 8è OUtÔ Kaî TTCpl TT)S
ÇwTlKT)S TJTTOpcÎTO ' TT)V yâp TO1 YVWaTlKTjV ÔpÛpCV ÔpOlWS
cxouaav kqtÔ tc to rrpôs èaurôv koî kotô tô rrpôs
ckcîvo ' 8p<j yàp où8èv où8cTcpa>0i, koOô yiyvûaKci. Ei 5
yàp koî Spaarqpios cÏtj tj yvwais, àXXà koGô 8pâ ti Kai
ù<^iaTT]aiv, oÙkcti yvwais ûs yvwaroû, àXXà ttoitjtikt) tis
aiTia Ttvôs rroir|paTOs. Où yâp coti rroieîv î8iov toû
yiyvûaKovTOS, àXXà pôvov yiyvûaicciv r)8rj ti ôv, ttjs 8c
oùaias Kai tt)s £wt)s to ù<j>iarâv€iv, pâXXov 8c ttjs pèv 10
oùaias tô oùaioûv Kai ûrrôaTaaiv riva vrapcxcaGai
rrpÛTTjv, tt)s 8c £wrjs oîov rrapaKivcîv ckcîvtjv Kai
rrapcycipciv cîs Tiva rrpôoSov, rj tt|V toutou rroiT)TiKT)v
èv8i8ôvai <|>ûaiv.
△là ti ouv r) pèv cis èauTÔv oùatûSrjs èrriarpo^T] 15
ù<^iaTT)ai tôv voûv aùrôv à<|>’ éauroû, 8c cis to rrpô
aùroû oÙkcti ckcîvo ù^iaTTjai ; Kai rrûs yàp oiôv tc ^v to
aiTiov ùrro toû ainaroû û<|*iaTaaOai ; OÙk âpa oùaiû8t]s
TOiauTT] èrriaTpo<t>T), cîrrcp prj oùaiorroiôs ; ’H oùaio-
rroiôs tt)s toû voû oùaias, àXX’ ûs àrrô toû rrpô aùroû 20
ycvvwpcvqs ' kotÔ yàp ttjv oùaiûSr) cis ckcîvo [oùaiûSr)]
crriarpo<|>Tjv ûs àrr’ ckcivou rrpoïôvTa ô voûs èaurôv
rrcpicypai|>cv, tt) rrpôs ckcîvo arpoififi to àrr’ ckcivou cîvai
Scxopcvos. Outw yàp Kai ttjv -rrpôs èaurôv oùaiûSt]
16 t; in ras. A || 21 oûotûSt;2 deleui.
Car on doit concevoir aussi le retour substantiel [de
l’intellect] vers lui-mème au sens où il le fait subsister
comme procédant de lui-même1; et, de cette façon
aussi, en supposant les mêmes choses au sujet de la
conversion vitale, nous conserverons2 à bon droit
l’analogie.
[2.12. Réponse à la cinquième question]
De plus, nous résoudrons facilement la cinquième
difficulté3, en reconnaissant, d’une part, que c’est le
propre de la conversion, que ce qui se convertit
converge vers quelque chose d’autre, par rapport à quoi
a lieu la conversion, ou bien converge vers soi-même,
s’il s’agit de la conversion de soi vers soi, et en
reconnaissant, d’autre part, que la convergence se
réalise, soit selon la substance accompagnée de la
propriété de se faire subsister soi-même, soit selon la
vie accompagnée de la propriété productrice de vie. Car,
bien que ce ne soit pas la même chose que se convertir
et produire, néanmoins le producteur se convertit
nécessairement vers le produit4, et notre intention était
de faire connaître la forme de la conversion à partir de
ce qui coexiste avec elle, à savoir à partir de ce qui est
producteur de substance ou de ce qui est producteur de
vie5 ; aussi bien, en effet, la conversion est-elle différen-
te de la connaissance, car la conversion est, comme on
l’a dit, convergence vers un autre ou vers soi-même,
tandis que la connaissance est pour ainsi dire un
assentiment6 et une reconnaissance du fait que chaque
chose est ce qu’elle est.
[2.13. Réponse à la quatrième question]
On doit rattacher à la cinquième question la quatriè-
me7 et pratiquer les mêmes divisions dans les trois
conversions, en disant8 qu’il y a aussi dans le cas de la
OTpo<j>T)V voqTcov, ws à<}>’ èauroû rrpoïévTa aù-rèv û^iotw-
aav ' outw Sè Kai ra aùîà -rrepi rqs ÇwTiicqs ûrroTiOèpcvoi
ttjv àvaXoyiav èv Sikt) SiaawaôpcOa. |
Kai pqv to rréprrTOV èmXuaôpcGa paSiws, îSiov pèv
ôpoXoyoûvTCS clvai rqs èinaTpo<|>qs ro auvvcûciv cis 5
CTCpôv ti, -rrpôs ô q èrriaipo^q, tÔ è-rnaTpcilrôpcvov, q
-rrpôs éauTÔ, ci aÙToû cïq -rrpôs éauTÔ, Ttjv Sè aùvvcuaiv
yiyvcaOai Karà pèv oùaiav perà rqs èauToû ûrroaTaTiKqs
i8lÔTT]TOS, KOTÔ Sè £wr)V pCTO TT]S ^WOTTOIOÛ. OÙk êaTl pèv
yàp toutov è-rriarpè^tcaSai Kai -rroicîv, èiriaTpè<|>€Tai Sè 10
-rrâvTWs to iroioûv -rrpôs to yiyvopcvov, Kai àiro toû
auvôvTOS qêouXôpcOa yvwpiÇciv to tt)$ è-maTpo^qs ctSos,
à-rrô toû oùaio-rroioû q Çworroioû ' èirci Kai T-qs yvwacws
CTcpov q èmCTTpo<j>-q, q pèv yàp vcûais, ws cipqTai, -rrpôs
CTcpov q rrpàs éauTÔ, q Sè yvwais oîov auyKaTaGcais èan 15
Kai ôpoXoyia toû ckootov clvai ô èaTiv.
(83s) ’Eiriauvairrèov Sè T<j> rrèprrTW to TCTapTov Kai tÔ aura
SiaipcTcov èiri twv Tpiwv èmoTpo<j>wv, ws èaTiv âpa Kai
14 = supra, uu. 4-8.
3 SiaacüoépeOa scripsi : ISiai awaépeOa A.
vie ce qui est analogue au connaissant (gignôskon), à
savoir le vivant (zôn); ce qui est analogue au connu
(gignoskoménon), à savoir cette vie (zôè) que vit le
vivant; et ce qui est analogue à la connaissance
(gnôsis), à savoir la vitalisation (zêsis)1. On peut donc
également dans ce domaine, parler de ce qui est capable
de vivre (zôtikon), de ce qui peut être vécu (zôèton), et
de la vitalisation; et naturellement aussi, dans la
substance, l’un des trois est la substantialisation
(ousiôsis) et la position dans l’être (hypostasis) ; un
autre, ce qui se substantialise (ousiouménon), ainsi
l’intellect subsistant; un autre, ce qui est substantiali-
sable (ousiôton), à savoir ce qui est substantialisé dans
l’intellect et ce selon quoi l’intellect se substantialise.
Car, pour parler plus clairement, la conversion est
perçue selon ce qui est au milieu, tandis qu’appartenant
aux extrêmes, il y aura d’abord, du point de vue de ce
qui se convertit, ce qui est capable de connaissance
(gnôstikon), ce qui est capable de vie (zôtikon) et ce qui
est capable de substance (ousiôtikon), c’est-à-dire le
connaissant (gignôskon), le vivant (zôn) et ce qui est
substantialisé (ousiôménon), et il y aura ensuite, du
point de vue de ce par rapport à quoi se fait la
conversion, ce qui est connaissable (gnôston), ce qui
peut être vécu (zôèton) et ce qui est substantialisable
(ousiôton). Chacun de ces derniers est le désirable de
l'un des précédents : le désirable du connaissant, le
désirable du vivant, le désirable de ce qui est substan-
tialisé.
Ne passons pas sous silence ce point certainement
digne d’attention, à savoir que, dans le cas de la
connaissance, les noms sont distingués, parce que la
connaissance est dans une distinction très grande,
tandis que dans le cas des autres ordres on ne trouve
pas de nom, parce que, là, est grande l’union du vivant
par rapport à la vie, et, à plus forte raison encore,
è-rri ^wrjs to pèv àvaXoyoûv tû yiyvwaKOVTi, StjXovoti tô
£ÛV, TO 8è TW yiyVWaKOpèvW, CKCIVT) T] ÇwT) T)V TÔ £â>V 5f],
tt) 8è yvwaci T| £t)ois. "EaTiv oûv Kai èiri toûtwv cîircîv to
Çwtikov, to Çwtjtov, T] Çrjais, Kaî 8tj Kai èiri ttjs oùaias to
pèv èaTiv oùaiwais Kai ûirôaTaais, tô 8è oùaioùpcvov, b
oîov ô ù<j>iaTâpcvos vous, tô 8è oùaiwTÔv, ôtrcp èv tû vw
oùaiwTai Kai KaO’ 6 oùaioÛTai ô vous- 'fls yôp 4>ôvai
aa<|>èaTepov, T) pèv èTriaTpo<|>T) kotô to pèaov ôpâTai, tÛv
8è aKpwv kotô pèv tô èTrioTpe<j>ôpevov èarai tô yvwaTi-
kÔv, TÔ ÇwTIKOV, TÔ oÙaiWTlKOV, OIOV TO yiyVWaKOV, TÔ 10
Çûv, tô oùaiwpèvov, kotô 8è to rrpôs ô èmarpè^tcTai, to
YVWOTÔV, TÔ £li>T)TÔV, TÔ OÙaiWTÔV. ’OpeKTÔV Y&P ÊKaOTOV
TOUTWV èvôs Y® TOU ÈkeÎvWV, TÔ pèv TOÛ YlYV<‘)CTKOVTO$> TÔ
8è TOÛ ^ÛVTOS, TÔ 8è TOÛ oùcnwpèvou.
Tô pèvTOi ÈTrioTÔaews à^iov pr) aiwnf) TrapèXOwpcv, oti 15
èiri pèv yvwacws SiaKCKpiTai tô ôvôpaTa, &tc èv SiaKpiaci
Tivi â^ioXôycp tt)s yvwacws û<j>caTwaT)s, èiri Sè tûv âXXwv
où KciTai, SiÔti ttoXXt) toûtwv t| cvwais toû Jûvtos Trpôs
2 s.u. ins. A* || 3 Çîjaiç mg. iter. A1 || 4 î/dt;t6v mg. iter. A1 || 6
olov à û<piaTà(zevoç voûç scripsi : oicrvoüipiaTafxévouç et mg. uirg. cens.
A || oùotcot6v mg. iter A1 || 13 yé tou coni. Kopp : yc toû A.
l’union de ce qui est substantialisé par rapport à la
substance selon laquelle cela est substantialisé, ou vers
laquelle cela se convertit substantiellement. C’est
pourquoi aussi la connaissance est action et passion : je
te connais et je suis connu par toi, disons-nous; tandis
que les verbes je vis et je suis sont appelés neutres1
justement par les grammairiens, en tant qu’on les
conçoit dans une substance, à moins d’ajouter les mots
faire (poiein) et être fait (poieisthai) ; alors, avec eux,
se réalise la transitivité du verbe, par exemple, je fais
du vivant (zôopoiô) et je suis fait vivant (zôopoioumai).
[2.14. Réponse à la troisième question]
A. la troisième question2, nous répondrons que la
procession est de deux sortes : l’une est la procession de
ce qui a fini de procéder; on peut considérer qu’elle est
triple : comme procession du connaissant à partir du
connaissable, du vivant à partir de la vie ou de la cause
de la vie, de l’être à partir du premier être ; l’autre est la
procession vue en train de se faire, procession selon
laquelle nous disons que, seule, la vie subsiste et, dans le
cas de cette dernière, les trois [le substantiel, le vital et
le cognitif] ne sauraient être déjà distingués, mais tout
au plus en train de se distinguer et de projeter quelque
vague manifestation de leur contradistinction les uns
vis-à-vis des autres. Dans le cas, du moins, de la
substance unifiée3, on ne peut diviser absolument
d’aucune façon le substantiel, le vital et le cognitif ; si
donc l’on considère comme manence, et si l’on nomme
[ainsi] la constitution stable de l'être4, on ne saurait non
plus la diviser en trois. Mais, si l’on parle de la manence
de ce qui a procédé, on verra celle-ci, de son côté,
divisée en trois ; car l’intellect demeure aussi dans le
connaissable selon la connaissance et dans la vie selon
ttjv ^wt)v, Kai eti pei^ôvws tou oùaiwpèvou npôs oùaiav
KaO* T]v | oùaiwTai, i) npôs tjv ÈmaTpé<|>€Tai kut’ oùaiav.
Aiô Kaî t, pèv yvwais èvèpyeiâ te Kaî nàfios ' yiyvwaKw
yâp as ko! ytyvwaKopai ùnô aoû, <}>apév ' to Sè Çw Kai
sipi oùSÉTEpa XèyETai Kaî ùnô twv ypappaTiKwv ws Èv 5
ùnoaràaEi OswpoùpEva, nXrjv ei prj npoaXâgoi to noieîv
Kaî noiEÎaOat ' tote Sè kot outÔ yivETai T| psTtiëacris,
oîov £wonoiw Kai Çwonoioûpai.
(84) ripôs toÎvuv tô TpiTov Èpoûpcv ws Sittov npôoSos, T|
pèv toû npoeXr)Xu6ÔTOs, tjv ïSoi âv tis TpiTTrjv, ws 10
yiyvwaKOVTOs ànô toû yvwaToû npoïôvTOS, ws Çwvtos
ànô Çwfjs t) toû aÎTiou rqs £wî)s, ws Ôvtos ànô toû
npwTou Ôvtos ' r| 8è ÈaTiv èv tw npoïévai ®EwpoupÉvr],
Ka®’ tjv pôvqv tt)v Çwtjv û<|>EaTàvai XÉyopEv • èni Sè
Taùrqs ouk âv eÎt) tÔ Tpia SiaKEKpipèva, àXX’ cïnep âpa, 15
SiaKpivôpEva Kai Tiva èp<|>aaiv npoëaXXôpsva ttjs npôs
âXXrjXa àvTiSiaipÉafiws- ’Eni yoûv ttjs t)VwpÉvr)s oùaias
oÙk Êoti SieXeÎv oùS’ ônwaTioûv to oùaiwSss Kaî ÇwtikÔv
Kai yvwaTiKÔv * Èàv âpa povqv Oewpf) tis Kai ôvopà^T) ttjv
Tjpepov ÈkeÎvou KaTàaTaaiv, oÙk âv oùSè toÙttjv SiÉXoi 20
Tpixf). Ei 8è povTjv XÉyot toû npotXOévTOs, ôipETai Kaî
TaÙTTjv Tpix SiaipoupÉvrjv * pÉvEi yàp ô voûs Kai èv tw
yvwaTiÿ Karà ttjv yvwaiv Kai èv tj) £wf) kotô ttjv éauToû
1 scr. <t))v> oùmav? || 3 tc scripsi : tc A || 14 èm scripsi :
èreeiSi; A || 16 Siaxptvépieva scripsi : Siaxexpipéva A || 17 ^vwpiÉviQç
scripsi : yiyvopiévi)<; A || 19 povrjv scripsi : pùv^v A || ôvopiàÇï; R ex
corr. : -u A || 20 scr. èxeîv>;ç? u. adn.
sa propre vie, ou bien dans la cause de la vie, c’est-à-
dire dans l’être, selon le caractère incomplet de sa sortie
hors de l’être, comme nous le disions dans ce qui
précède.
[2.15. Réponse à la deuxième question]
Par conséquent, à la deuxième question1 aussi, il sera
en quelque sorte aisé de répondre, à partir de ces
données, que la conversion appartient à ce qui a
procédé; en effet, ce qui a déjà fait l’aller a besoin
encore du retour, et cela n’est ni ce qui est en train de
procéder (s’il est vrai que ceci procède encore), ni, à bien
plus forte raison, ce qui demeure antérieurement à la
procession (car ceci ne procède même pas). Est-ce donc
que seule la conversion appartient à ce qui a procédé,
ou bien la procession et la manence lui appartiennent-
elles aussi ? En effet, c’est en demeurant, que cela même
a fini de procéder et possède la procession intermédiaire
entre cet état et la manence ; car, en bref, les trois
[activités] impliquent une détermination les unes par
rapport aux autres, comme on l’a souvent dit. Par suite,
les trois se trouvent dans ce dont la substance est
déterminée, c’est-à-dire [dans] ce qui a fini de procéder.
Or, de l’être, on ne saurait dire à bon droit qu’il
demeure, lui qui ne procède pas non plus et dans lequel
rien n’est déterminé, de sorte qu’en lui il n’y a pas non
plus de manence, entendue comme quelque chose de
déterminé. Et c’est dans un autre sens qu’on le dit
immobile, en tant qu’il est l’absolument indifférencié,
l’unifié et l’être qui demeure dans la nature improcessi-
ble antérieure à tout. De cette façon, même ce qu’on
nomme la vie n’a pas de manence, ni de procession, ni
de conversion, considérées dans la distinction, mais elle
a celles qui se laissent entrevoir dans la différenciation
encore en train de se faire. Par suite les trois [activités]
semblent coexister les unes avec les autres, d’abord,
1. Cf. supra, p. 140.14-20.
£wr)V, rj êv tû aéria) Trjs Çwrjs Kai êv tû ôvti Karà tt|v p-f)
irâvTT] àrrô toû Ôvtos ëraTaoiv, ûs êv toîs rrpôaOev
ÊXéyopEV.
"ÎIote Kai -rrpôs to SeuTepov âiTÔ toutwv pâSiôv ti
eirreïv, ws toû rrpoeXôôvros èariv t, Èrri<rTpo<|>ij • toûto 5
yàp Kai Serrai ttjs ÈrravéSou ô Kai tt)v Ê<j>o8ov ê-rroiTjoaTO,
oute Sè to rrpoïôv, ElTrep eti rrpÔEiaiv, oute rroXXû pâXXov
tô pèvov rrpô Trjs rrpoôSou, toûto yàp oùSè rrpôeiaiv.
TApa ouv povr) rj è-rriCTTporJrr) toû rrpoeXfiôvTOs èariv, rj Kai
tô rrpoïévai Kai tô péveiv; Auto yàp 8r| pèvov te 10
TrpoeXr|XuÔ€v Kai péarjv êx« toû TrpoEXrjXuOévai Kai
pévEiv TTjv irpooSov * ôXws yàp êv Siopiapû tô Tpia rrpàs
âXXijXa, ws EiprjTai rroXXaKis. ’Ev âpa tw Siwpiapèvrjv
ëX°vTi tt)v oùaiav èari rà Tpia, toûto Sè Èoti to
TrposXijXuSôs ' to Sè ôv ouk âv XéyoïTO péveiv eikotws, ô 15
ys prjSè rrpÔEiaiv Kai èv a> pr)8èv Siûpiarai, wote où8è
povr) èv aÙTÛ ws ti Siwpiapévov. “AXXws Sè àKivrjTOV
XéyeTai ws àSiâ|KpiTOv rrâvTij Kai ïjvwpévov Kai ôv pèvov
èv tt) Kai rrpô -rrâvTwv àrrpoéSw 4>ùaei. Outw Sè oùSè r]
Xeyopévr] ^wtj povrjv êxei rrpôoSov rj èrTiaTpo<J>T)V èv 20
SiaKpiaci OEwpoupévas, àXXà tÙs èv tû SiaKpiveaOai eti
ùrro^raivopévas. ’EoiKaaiv âpa auvEivai àXXijXais ai
Tpeîs, èv pèv tû -qvwpéviÿ Karà svwaiv à8ià.KpiTOV, èv 8è
2-3 = supra, p. 121.11 -123.12 || 13 cf. supra, p. 134.9-25.
19 xai del.? || 20 ij1 ins. A1.
dans l’unifié selon une union indifférenciée, ensuite,
dans le distingué selon une certaine détermination et
contradistinction déjà projetées, enfin, dans l’intermé-
diaire où elles tiennent évidemment le milieu, [ce qui
veut dire que], d’un point de vue, elles sont déterminées
ou indéterminées, et, d’un autre, ne le sont pas. Mais il
est clair, à partir de cela, que c’est dans ce qui a procédé
que les trois sont à l’état de complète distinction
formelle.
Quoi donc? L’être n’est-il pas déjà converti vers lui-
même et n’est-il pas autoconstituant, ne procède-t-il
pas de lui-même et ne demeure-t-il pas en lui-même?
Répondons que, s’il nous apparaît être tel, à nous qui
nous divisons à l’égard de sa simplicité unique,
néanmoins, en lui-même, il n’est aucune de ces activi-
tés, mais il a reçu en partage la communauté unique des
trois, et celle-ci en tant que contractée dans l’entière
communauté de toutes les choses. Car, [s’il n’en était
pas ainsi], il faudrait, en tout cas1, que ce qui est sous le
rapport de quelque conversion, ou de quelque proces-
sion ou de quelque manence, soit seulement cela même
qu’il est de façon absolue; aucune de ces choses, en
effet, n’est de façon absolue, mais chacune est une
substance qualifiée, qui, demeure par exemple ou
procède ou se convertit, et pour tout dire qui est
déterminée. Par quoi, il est évident que c’est dans ce
qui a procédé que se trouvent la substance, la vie et la
connaissance, celles qui, selon la division, sont contre-
distinguées les unes des autres; quant à la nature
intermédiaire, elle n’est pas encore l’une de ces choses,
ni substance, ni vie, ni connaissance, mais déjà quelque
gestation et quelque progression de celles-ci ; et, dans ce
qu’on appelle l’être, il n’y a même pas [d’elles] une
vague apparence.
Mais qu’est-ce qui a procédé? Est-ce toujours le
troisième, et tout ce qui est après le troisième, ou bien
tw SiaKEKpipèvw Karà Siopiapôv Tiva Kaî àvTiSiaipcaiv
t)8t) TrpoSegXTjpèvqv, èv Sè tw pèaw SijXovoti to pera£6,
to ttws pèv Eîvai, nws Sè pr] eîvai Siwpiapèvas rj
àSiopiaTOus- ’AXX’ oti pèv èv tw wpoeXOôvTi ai Tpsîs
oûtws Eiaiv ws SiaKEKpipèvai kot’ eÎSos, Èk toûtwv 5
4>avep6v.
Ti Sè; to ôv ouk èTrearpappèvov èaTi npàs éauTO Kai
aùOuTTOOTaTOv, aùî6 te à<j>’ èauToû TTpoïôv Kai èv èauTW
pèvov; "H <|>avTâ^ETai pèv Eîvai toioutov rjpîv toîs «Epi
ttjv piav auTOÛ aTrXÔTTjTa pepiÇopèvois, aÙTÔ Sè ôpws 10
oùSèv pèv toûtwv èaTiv, tt)v Sè piav twv Tpiwv eiXt)xe
Kotvwviav, Kai toÛttjv pèvroi auvr]pr]pèvT]v èv tt) oXtj
KOivwvia twv rrâvTWV. Kai yàp ê8ei âXXws to kot’ èm-
oTpo<|>T|v Tiva ôv t) TTpôoSov î] povrjv, aura pôvov sivai
<ô> âirXws èaTi' toûtwv yàp Êkootov oùx ârrXws 15
èanv, àXXà toiÔSe oùaia, pèvouaa tuxov rj irpoïoûaa T)
èrriaTpè<t>ouaa, Kai to ÔXov 4>âvai Siwpiapèvrp ’fli SrjXov
ôti èv tw TrpoeXOôvTi èaTiv ïj oùaia Kai ^w^ Kai tj
yvwais, aï ys Karà Siaipeaiv âvTiSisaTaXpèvai irpôs
âXX^Xas ‘ Sè pèaT) ^ûais oûirw ti toûtwv, oute oùaia 20
oute ^wr) oute yvwais, àXX’ t)St, toûtwv wSis tis Kai
TrpoKOTTT] ' èv Sè tw KaXoupèvw Ôvti oùSè ÛTro<|>aais-
’AXXà ti tô -rrpoeXôôv; ’Apa tô TpiTov asi, Kai ôaov
pETa TO TpiTov, T) Kai TO SsÛTEpOV èvioTE, El K<Ù pT) TO
8 te s.u. A* || 15 6 addidi || 22 6vti scripsi : 16vti, mg. uirg. cens.,
A.
est-ce quelquefois aussi le deuxième, quoique ce ne soit
pas le deuxième après l’être, à savoir ce que nous
appelons la vie, mais par exemple le deuxième intel-
lect? Disons qu’après le premier intellect et la distinc-
tion qui, en lui, s’est manifestée pour la première fois,
les choses de second rang, qui viennent sans cesse à sa
suite, se distinguent de celles qui les précèdent, en
participant de la distinction déjà produite en haut. Et,
il y a aussi celles qui, en voie de distinction, sont
discernées en quelque sorte de façon analogique par
rapport à celles qui les précèdent et à celles qui les
suivent ; tel est le cas de la puissance dans les triades
chaldaïques.
[2.16. Réponse à la première question]
Enfin, après toutes ces réponses, examinons notre
premier objet de recherche1 : quelle est la nécessité de
l’opposition des trois termes les uns par rapport aux
autres, soit qu’on les appelle manence, procession,
conversion, soit substance, vie, intellect, soit ce qui est
unifié, ce qui se distingue, ce qui est distingué. Peut-
être est-il préférable d’établir la contradistinction selon
ce qui est indifférencié, ce qui se distingue et ce qui est
distingué, ou bien encore selon l’unifié et le plurifié, ces
derniers étant diamétralement opposés selon l’opposi-
tion de l’un et de la pluralité, tandis qu’au milieu des
deux se trouve ce qui s’est détendu par rapport à l’un2,
et qui a projeté une manifestation indistincte de la
pluralité. Cette dernière triade a été définie au cours
d’un raisonnement probable, tandis que celle qui la
précède a été procurée par les sensibles qui s’offrent à
tous et dont nous disons que les uns ont seulement
l’être, que d’autres vivent et que d’autres connaissent;
elle a été procurée aussi par la définition du vivant,
définition qui le détermine comme substance < vivan-
te > et connaissante3; ainsi donc un vivant est
ScÛTcpov toû ôvtos> ô Çwrjv KaXoûpEv, àXX’ OIOV ô
SfiUTEpOS VOUS ÿ *H pETÜ TOV TTpWTOV VOÛV Kai TTjV Èv aÙTÛ
irpwTTjv ÈK<j>avcîaav SiaKpiaiv, è<|*e$t)s àei Kai Ta SeÛTcpa
twv Trpô aÛTwv SiaKpivETai, petÉxovtÔ ye ttjs t)8t)
TrpoÇE^XTjjiÈvTjs âvw SiaKpiaEWS ' cotiv SÈ & Kai Èv tw 5
SiaKpîvcaOaî ttws ôpaTai Trpôs rà rrpô ÈauTWV Kai tô
pc0’ ÈauTÔ kotô àvaXoyiav, ws Èv Taîs xa^aiL'Ka^
Tpiàaiv Sûvapis-
’Erri SÈ toÛtois ârraai tô rrpwTov Tjpîv È^TjTTjpévov
È^ETÔawpEV, Tis àvàyKT) TT]S àvTlGÈaCWS TWV TpiWV TTpôs 10
âXXrjXa, cite povfjs Kai rrpoôSou Kai Èrrtarpons, cite
oùaias Kai Çwrjs Kai voû, eite toû ^vwpèvou Kai
SiaKpivo|pÉvou Kai SiaKEKpipÈvou. Taxa pÈv ouv KaXXiov
àSiaKpiTOV, SiaKpivôpEvov, SiaKEKpipÈvov ttoieîv nrjv
àvTiSiaipEaiv, T) rrâXiv au TjvwpÉvov, TTETrXTjOuapÈvov, ÔttÔ 1 b
SiapÈTpou pèv TaÛTa kotô ttjv toû Èvôs Kai toû ttXt)0ous
àvTiOEaiv, Èv psaw SÈ àp4>oîv ô toû pèv Èvôs ÈxàXaaEv, [tj]
toû SÈ ttXt)0ous Èp4>aaiv TrpOEgâXcTO. Autt) pèv tj Tpiàs Èv
eIkoti Xôyw Sif]pT]Tai ' ttjv SÈ Trpô TaÛTTjs TrapÈaxero pèv
Kai tô aiaOr^Ta rrâai TrpoKEipEva, wv tÔ pèv Eivai pôvov 20
XÉyopEv, Ta SÈ Kai £t)v, tô Sè Kai yiyvwaKEiv, TtapÈaxcTO
Sè Kai ô toû £wou ôpiapôs, oùaiav ^waàv^ te Kai
yiyvwaKOuaav aÙTÔ à^topiÇôpsvos ' oÙkoûv ^wov pèv Èk
7-8 cf. Or. Chald., fr. 4.
17 -rç deleui || 18 Êpçaaiv scripsi : -iç A || 22 Çüaâv addidi (cf.
p. 171.1).
constitué des trois, et, une fois enlevée la connaissance,
il devient seulement une substance vivante, et la vie
une fois perdue, il est réduit à l’état de substance.
Mais, laissant de côté les réalités intelligibles,
considérons, si tu veux, nos propres notions, celles que
nous avons au sujet des < trois propriétés grâce
auxquelles> nous disons que [parmi les êtres] <l’un>
existe, un autre vit, un autre connaît. Ce dernier, donc,
se tend vers autre chose, car c’est par le désir du
connaissable que s’établit le connaître ; l’être est en soi,
appartient à soi-même et est seulement soi-même, en
dehors de toute dualité ; quant au vivre, il est
exactement au milieu, car, sans doute, il est encore en
lui-même et par rapport à lui-même, en tant que le
vivant vit, mais il est déjà d’une certaine façon en train
de s’éveiller hors de soi et de se distinguer par rapport à
soi, et il bouillonne pour ainsi dire, en débordant de sa
propre substance, mais il ne se tend pas encore vers
autre chose. C’est pourquoi il ne se porte pas non plus
vers l’agir et le pâtir, parce qu’il reste étroitement lié
avec l’être. En effet, la vie est ce qui se lève pour
s’écarter de la substance; c’est pourquoi elle a aussi
semblé être mouvement1 ou cause de mouvement, et
être distinction, ou se trouver dans la distinction en
train de se faire, ou être la cause d’une telle distinction.
Cependant, elle n’est rien de ces choses-là ; car la
substance, non plus, n’est pas repos ni cause de repos,
elle n’est pas, non plus, coagrégation ni cause de
coagrégation; et l’intellect, non plus, n’est pas connais-
sance, ni cause de connaissance seulement. Ce sont là,
en effet, des formes, et elles sont déterminées les unes
par rapport aux autres; en effet, la vie et la substance
sont aussi déterminées; et l’intellect est toutes ces
choses, j’entends le premier intellect, qui est aussi déjà
un monde complet, ordonné et rendu sphérique2 dans sa
tûv Tpiûv, àcjippqpévqs 8è rqs yvüafwç oùaia Çûaa
yiyvcTai pôvov, ànoXemopévqs 8è Kaî -rqs !»u>qs oùaia
pôvov KaOiaTarai.
’EàaavTcs 8è tô npâypara, ci |3oùXci, Tas qpcTcpas
èvvoias àvaOpqaoipcv &s èxoP£v rrepi tûv *** clvai <|>apcv, 5
to 8c £qv, to 8c yiyvûaKciv. Toûto pèv oùv Trpôs CTcpov
à-rroTcivcTai, kotô yàp rqv trpôs to yvwaTÔv ôpeÇiv
ù<|>iaTaTai to yiyvûaKCiv ' to Sè eîvai KaO’ aéré Kai
èauroû Kai pôvov aÙTÔ x^ipis ânâaqs 8mXôqs * to 8è £qv
ÔtcxvÛs péaov, cti pèv yàp èv èauTÛ Kai Trpôs éauTÔ 10
KaO’ ôaov £f) to Çûv, q8q 8c Trios èycipôpcvov à<f>’ èauroû
Kai rrpàs éauTÔ SiaKpivôpcvov, Kai oîov ùrrcp^cov rqs
èauroû oùaias, oûnai 8è cis âXXo ànOTCivôpevov. Aiô
oùSè -rrpàs èvcpyciav <|>épeTai Kai rrâOos ûs ttoXÙ ttjs
oùaias èxùpcvov. Kai yàp èaTiv q Çœq to Siaviaràpcvov 15
rqs oùaias ' Siô Kai c8o£c Kivqais eîvai q Kivqacws aiTia,
Kai SiaKpiais q èv tû 8iaKpivcaGai q Tqs TOiaÙTqs aiTia
SiaKpiaews- ’Ean 8è toÙtwv pèv où8èv ' où8è yàp q oùaia
aTaais q aTÔaews airia, où8è auvaipcais q auvaipéacws
aÎTia ' où6è yàp ô vous yvûais, oùSè pôvqs yvûacois 20
aÏTios- EîSq yàp TaÛTa Kai 8iûpiaTai Trpôs âXXqXa * Kai
yàp q £a>q Kai q oùaia 8iwpiapèva * ô 8è vous tÙ navra, ô
npÛTOs vous, Kai KÔapos ôXos TjSq, tt) oÎKcia nepiypa<|>f|
5 lac. statui (ex gr. rpiciv, Si’ àq tô gôv) : tg>v et mg. uirg. cens. A
(6v tô gèv coni. Ruelle) || 15 fort. Ê/ov.
propre circonscription et sa propre distinction. Quant à
la nature qui lui est antérieure, et que nous appelons vie
en partant de la vie spécifiée1 qui ressemble à sa
médiation, elle n’est pas encore rangée dans une classe;
car elle n’est même pas encore distinguée ni circonscri-
te, parce que la circonscription aussi est une certaine
distinction ; mais elle laisse entrevoir ces caractères, en
tant qu’elle s’écoule de l’être vers eux, cependant elle
n’est rien d’autre qu’un pur écoulement qui n’est pas
demeuré en haut, ni n’a procédé en bas. Enfin,
antérieurement à la vie est l’hypostase parfaite de
l’être, tellement parfaite qu’elle ne supporte pas de
s’écouler ni même de s’épancher dans la nature
moyenne.
C’est donc avec raison que cette triade, elle aussi,
s’est contredistinguée par rapport à elle-même selon la
suite enchaînée des notions déterminées. La substance,
en effet, indique cela seulement qu’est chaque chose,
et l’on pourrait considérer la connaissance, elle aussi,
comme une sorte d’hypostase, et de même la vie, et
l’intellect; et naturellement le bien, le beau, le juste,
tout ce qui est substance appartient à cela ; mais le
vivre de chaque chose, c’est-à-dire la vie de chaque
substance est partout ce qui d’elle bouillonne, se lève
pour s’écarter, et, à partir de soi-même, s’efforce
violemment vers l’acte qui se produit au-dehors, si
cette image peut en quelque façon suggérer ce dont
nous parlons. Or, quand une substance s’attache déjà
à une chose et se tend vers une autre, on discerne
en elle d’autres actes et propriétés, et en particulier
la connaissance. C’est pourquoi, par rapport à une
substance, la vie tient le rôle de puissance et la
connaissance le rôle d’acte ; toutefois, il y a aussi une
puissance et une substance cognitives, comme aussi une
1. La vie spécifiée = la vie distinguée dans l’intellect, comme
une forme, et vivifiant ensuite les espèces; elle ressemble à sa
médiation, qui est le monde intermédiaire entre celui de l’être et
celui de l’intellect.
Kai tt) oiKcîa SiaKpiaci TETaypÈvos te Kai Èa<|>aipwpÈvos-
*H SÈ irpà toutou 4>ûais, r)v KaXoûpsv £wr)v àrrô ttjs
ÈoiKUiaS aÙTT]S TT) |l£OOTT)Tl ÇwT)S eÎ8t)TIKÎ)S> OUTTW
TETaKTai ' oùSÈ yap rrw SiaKEKprrai 0Ù8È TrEpiyÈYpaTrTai,
oti Kai r\ TTEpiYpa^rr) SiaKpiais tis ' àXX’ ùrro^aivEi psv 5
TaÛTa ws Èrr’ aùîà pèouaa àrrô toû Ôvtos, Èan 8è oùSèv
ÊTEpov i) pàvr) puais, oute âvw psivaaa oute | KGLTW
irposXGoûaa. Flpè Sè TaÙTTjs r) rravTEXTjs toû ôvtos
uTrôaTaais, outw TravTsXTjs wote prjSÈ tt)s pûaEWS
àvaaxéaOai, prjSÈ ttjs eis tô pèaov rrpoxûaEws- 10
△iKaiws âpa Kai aÛTT) àvTiSif)pT)Tai T) Tpiàs aurr) Trpàs
ÊauTTjv kotÙ tt)v twv Siwpiapèvwv Èvvoiwv aKoXouOiav. ’H
pEv yap ouaia aÙTÔ pôvov StjXoî ô ÈaTiv ËKaaTov, kÔv ttjv
yvwaiv Ï8oi tis ws Tiva Kai Taûrqv ÛTrôaTaaiv, Kai nrjv
£wr)v, kÔv tov voûv' tô ayaGov toivuv, to koXov, tô 15
SiKaiov, rrâv ô ÈaTiv oùaia, Èkeivou èariv. Tô Sè £t)V
ÈKÔaTou, Kai tt,s oùaias ÈKÔaTTjs r\ to Çèov aÙTTjs
ÈaTiv ÊKaaTaxoû Kai SiaviarâpEvov Kai à<|>’ Èoutoû
pwvvùpEvov eis tt)v Èktôs ÈvÈpYEiav, EÏ ti Kai TOÛTO
SûvaTai rrpôs tt)v évSei^iv ou XÈyojisv. "Otov Sè t)8t) 20
ÈTÈpw rrpoarrXÈKT)Tai Kai àrrOTEivT)Tai rrpôs ÊTEpov, âXXai
te ÈvÉpYEiai Kai i8iôrr)TEs Èvopwvrai, Kai 8rj Kai yv***01^
△là rrpôs oùaiav t) pèv £wt) SuvâpEws Xôyov Èttèxei, Sè
yvwais ÈvEpyEias ' koitoi Kai yvwariKT) Sûvapis èan Kai
puissance et une substance vitales. La substance
coexiste donc avec le en soi, la connaissance avec le
en relation à un autre ; quant à la vie, [ainsi] appelée
à partir de cela même qu’est le fait de bouillir et d’être
bouillonnant1, elle coexiste avec ce qui est au milieu
et qui ni ne se tend vers autre chose ni ne demeure
immobile en soi-même. Comment donc l’intellect est-il
troisième? S’il est déjà substantialisé selon la connais-
sance, et si intelliger c’est connaître, parce que la
connaissance aussi est opposée à la vie, comme on l'a
dit, et si l’intelliger et l’intellection signifient un retour
vers l’être, comme on le disait plus haut, et si le retour
est conversion ou distinction, alors, on voit bien
comment l’intellect est troisième après la vie et la
substance ; cette dernière est, en effet, incirconscrite,
alors que l’intellect est circonscrit, et que la vie a la
disposition intermédiaire. Pareillement, l’intellect est
distingué, étant devenu plusieurs au lieu d’un et
d’unifié; la substance est de forme unique et indiffé-
renciée ; la vie a la disposition intermédiaire entre ces
derniers.
Ainsi donc, à ce qui précède il faut ajouter ceci :
comment manence, procession et conversion sont-elles
contredistinguées les unes par rapport aux autres? On
répondra que si nous prenons une même chose celle-ci
aura trois activités : ou bien elle est en repos, ou bien
elle varie selon un certain changement, ou bien elle
aspire de nouveau au repos. En effet, le corps, ou bien
est en bonne santé selon la nature, ou bien se laisse
réduire à un état qui n’est pas conforme à la nature, ou
bien revient à l’état qui est selon la nature. Et si, par
rapport à une seule et même chose, nous considérons sa
réalité divisée en trois, nous dirons ou bien qu’elle ne
fait qu’un avec la chose, ou bien qu’elle s'écarte d’elle,
ou bien qu’elle revient vers elle.
oùaia, ôpoiais 8è Kai Çutik^. Tû pèv âpa KaO’ aùrô
auvu<|*èaTf]K€v ij oùaia, tû 8è TTpôs CTCpov q yvûais, tû 8è
péaœ koî outc TTpôs CTCpov TCivopévai outc KaO’ èauTÔ
aTpcpoûvTi, r) rrap’ aùrô toûto 8t) to £t)t€Îv tc Kai Çéeiv
eivai Xeyopévr] Çanj. Dûs 8è ô vous TpiTOS ; Ei pèv t)8t) 5
kotÙ yvûaiv oùaiaxrai Kai to voeîv yryvûaKCiv èaTiv, oti
Kai T) yvûais âvTÎOcTOS ^v Trpôs Çurjv, ûs cïprjTai, ei 8è
to voeîv Kai t) vôrjais èrrâvoSov arjpaivei rrpôs to ôv, ûs
èXèyCTO rrpôaOev, r] 8è èirâvo8os èmaTpo<j>r) r] 8iaKpiais,
SrjXov orrais Kai ô vous TpiTOS pCTa Çairjv Te Kai oùaiav • 10
aÛTT) pèv yàp àrrepiypa<|>os, ô 8è vous rrcpiycypappèvos,
T) 8è Çwt) pèarjv êx€l THV SiâOeaiv. 'Opoiws 8è ô pèv vous
SiaKCKpipévos, ttoXXô yeyovûs àvO’ èvôs tc Kai ^vaipèvou,
r) 8è oùaia povociSrfs Kai âSiÔKpiTOS, r| 8è Çair) rrjv péarjv
Kai toÙtuv êx«i 8iâ0eaiv. 15
OÙkoûv èrri toutois ckcîvo TTpoaOcTèov, orrais povr) Kai
rrpôo8os Kai èrri<7Tpo<|>î) àvTi8iflpr]VTai rrpôs àXXrjXas. ’H
tÔ aÙTÔ pèv ci Xâgoipev, Tpeîs e£ei toûto èvcpycias * t)
yàp tfauxiav âyei, t) peTagaXXcTai Tiva peTagoXr)v, rj
ôpéyCTai rraXiv ttjs Tjauxias. Kai yàp to aûpa f) ûyiaivci 20
kotô 4>ùaiv, r) eîs to rrapà <|>ùaiv û-rraycTai, r, cis tô kotô
4>ùaiv èrravayCTai. Ei 8è rrpôs to aÙTÔ Kai cv eKXâgoipev
tÔ Tpixf) 8iaipoûpevov, èpoûpev t) auveîvai aÙTÛ, tj
àrr’ aÙToû àrrièvai, r, npôs aÙTÔ èrravièvai. |
7 cf. supra, p. 140.8-9 ; p. 143.8-145.17 || 8-9 = supra, p. 148.1 -
149.11.
3 o6te* scripsi : o68è (sic) A || 4-5 Çtjtèiv (i.e. ex Çtjttïv) A* ; fort.
Çeîv te xai ïéov eîvai., cf. p. 186.10-14 || 7 ei in ras. Ax || 14 àSiàxpiToç]
-xp- in ras. A* || 18 ptèv] fort, xai Êv, cf. u. 22 || 24 i) s.u. A1.
[3. Troisième section : l’intelligible et sa pluralité]
[3.1. Nature des éléments, des parties et des formes]
On doit maintenant chercher au sujet de l’intelligible,
qu’on a dit aussi complètement unifié, s’il comporte en
lui-même une certaine distinction et une mise en ordre
d’un premier plérôme1, d’un moyen et d’un dernier, soit
qu’on les appelle, comme le font les philosophes,
substance, vie, intellect, soit à la manière des théolo-
giens qui, les uns d’une façon, les autres d’une autre,
plurifient les principes intelligibles, soit à la manière des
Chaldéens qui proclament des triades paternelles2. Or,
si nous devons traiter ce sujet avec quelque sagesse, il
nous faut faire revenir le discours en arrière vers
l’examen des plusieurs et de la pluralité3 ; car, de cette
façon, on verra peut-être si la pluralité convient ou non
à cet intelligible-là, et comment, au sens le plus exact,
elle lui convient, comment elle ne lui convient pas.
Ainsi donc, tout le monde voit et dit que sont
évidemment des plusieurs toutes ces choses qui se sont
écartées les unes des autres et dont chacune s’est établie
en elle-même dans sa propre circonscription, voulant
demeurer ce qu’elle est et ce qu’elle est dite, comme les
formes, disons-nous, s’efforcent d’être.
On appelle encore plusieurs les parties ; car, il n’est
même pas de la nature d’une partie d’être l’unique
partie d’une chose, mais il y en a deux pour le moins.
Donc plusieurs sont aussi les parties; cependant elles
diffèrent [des formes] en ce qu’elles ne veulent pas être
en soi, ni s’appartenir à elles-mêmes, mais appartenir
nécessairement les unes aux autres et au tout selon leur
unique interconnexion ; c’est dans le tout qu’elles ont
l’être, ayant commencé leur distinction selon la divi-
sion, sans s’être écartées toutefois dans des circonscrip-
1. nXrçpcü(iix est pris ici au sens d’ordre complet intelligible.
2-3. Voir Noies complémentaires, p. 276.
(85) ’Ettî toutois 8t) ^t|tt]t€ov rrepi toû voqTOÛ Kai jtô.vtt]
r)vwpévou prjOévTos, eï Tiva êv èauTW 8iaKpiaiv èxei Kai
tÔÇiv irpwTou Kai péaou Kai TeXeuTaiou TrXtjpwpaTOS, erre
ws oi 4>iXôao4>oi Xéyouaiv oùaias Kai Çwrjs Kai voû, erre
ws oi GeoXâyoi âXXoi âXXws TrXijOùovTes tÔs votp-às 5
àpxâs, eîTe ws oi XaXSaîoi iraTpiKàs TpiàSas àveu<|>i)-
poûvTCS- Ei 8è péXXoïpev toûto SiaTiOêvai pCTpiws ttws,
àvaKpouarêov t)pîv aùOis tov Xôyov eis ttjv rrepi ttoXXwv
Kai ttXtjOous êmaKeipiv ’ outw yàp îaws <|>aveÎTai rrÔTepov
TrpOCTT|K€l TO TtXt)GoS TW VOTJTW èKClVW T) OU, Kai TTWS pév, 10
TTWS 8è OU, TTpOOTjKOl Ôv KOTO TO SlKOlOTaTOV.
OÙkoûv îroXXâ toûto ôpÔTai Ôvto aa<|>ws Kai XéyeTai
Ùtto irâvTwv, ôaa SiéaTT) Ôtt’ âXXrçXwv Kai koO’ éauTÔ
yéyovcv CKaaTov oiKCÎç. Trepiypa^fi, toûto pêveiv PouXô-
pevov ô êaTi Kai XéyeTai, oîa tô eîSt] <|>apêv eîvai 15
airouôâÇeiv.
AêyCTai 8è au TroXXà Kai tÔ pépï) ' où8è yàp iré<|>uKev
êv pépos eîvai tivos, àXXà 8ûo TOÙXâxiaTov. DoXXà oùv
Kai tô pépr) ' 8ia<)>épei 8è oti où KaO’ éauTÔ ^ouXeTai
eîvai, où8è éauTWV, àXXà ttÔvtws àXXrjXwv tc Kaî toû 20
ôXou kotô ttjv piav àXXt)Xouxiav, êv Te tw ôXw
û<J>éaTT]Kev, àpÇâpeva pèv Trjs 8iaKpiaews kotô tôv
pepiapov, où SiaaTÔvTa 8è ôpws eis oÎKcias Trepiypa<j>âs,
6-7 cf. Or. Chald., fr. 4.
4 voû C . voue A || 14 péveiv coni. Kopp : -ov A.
tions propres, mais en restant encore consubstantiali-
sées par leur convergence les unes vers les autres et vers
le tout; telles apparaissent surtout celles que l’on
appelle les parties homéomères1.
En un troisième sens, on appelle plusieurs, les
éléments ; en effet, un seul élément non plus n’est pas
capable de constituer ce qui est élémenté, et il en faut
deux pour le moins.
Quelle différence y a-t-il donc entre les parties et les
éléments? Une première, c’est que les parties sont
formées des mêmes éléments que le tout (car les parties
sont celles de l’élémenté, comme ces quatre éléments
[que nous connaissons]2 sont les éléments du nerf, et
naturellement sont aussi ceux de chacune de ses
parties), mais les éléments sont plus simples encore que
chaque partie, par exemple le feu et la terre sont plus
simples encore que ce qui paraît être la plus petite
partie du nerf.
Une deuxième différence, c’est que les parties gar-
dent encore leur propre division selon laquelle elles sont
venues à l’existence ; autrement, si elles ne la gardaient
pas, elles ne seraient pas des parties ; par contre, les
éléments ne supportent pas le moindre écart, mais ils se
fusionnent dans un mélange et s’empressent vers
l’union ; et ils ont leur être d’éléments en ceci qu’ils ne
font apparaître nulle part leur propre division, ni non
plus, à bien plus forte raison, leur circonscription.
Leur troisième différence réside dans le fait que les
éléments ne sont pas de la même nature que l’élémenté,
si ce n’est en tant qu’ils sont dits ses éléments ; je veux
dire, par exemple, que les éléments de notre corps ne
sont pas, selon la forme du mélange, os et chairs en
l’occurrence, mais éléments des os et des chairs,
lorsqu’ils sont devenus proportionnés et ont été appro-
priés à cette forme, tandis que, pris en soi, ils sont
cependant d’une autre hypostase. Et naturellement
1. Voir Noies complémentaires, p. 276.
2. Cf. supra, p. 60.6, n. 2.
àXX’ cti tt) npàs âXXr)Xa Kai to ÔXov auvvcûaci auvou-
aiwpéva, oïa pâXiaTa <|>aîv€Tai rà ôpoiopcpfj Xeyôpeva
tûv pcpûv.
AéyCTai 8è iroXXà kotô TpiTov Xôyov tÙ aroixcîa ' Kai
yàp où8è aToixeîov cv pôvov Ôûvarai aupirXrjpoûv to 5
otoix«i<Jtov, 8ûo 8è ToùXâxiaTov.
Tis oûv T) 8ia<j>opà pcpûv Kai aTOixeîwv; Mia pèv ôn Ta
pèv pcpT] ck OTOixciüiv èan tûv aÙTÛv tw ôXw (toû yàp
aroixeiWTOÛ Ta pèpr) èaTiv, waircp | toû vcûpou Ta
Tcaaapa aTOixeîa toûto, Kai 8fj Kai ckootou tûv outoû 10
pcpûv), Ta 8è aTOixeîa àrrXoûaTCpâ èan Kai pépous
ckootou, ûs to irûp <j>cpc Kai -q yrj Kai toû cXaxîaTOu
SokoÛvtos clvai vcûpou.
‘Erèpa 8è oti to pèv pèpr, <|>uXàTT€i Kai tov oIkcîov
pcpiapàv kü0’ ôv ûrrcaTt], fj ci pfj ^uXÔttoi, où8’ âv eîi) 15
pèpr) * Ta 8è aTOixeîa oùx ûiropcvci tt)v ôrrwaoûv
SiàaTaaiv, àXXà auyxeÎTai eîs Kpâaiv Kai cis evwaiv
èireiyCTai, Kai èv toutw éxei to eîvai aTOixeîa, tû prj
irapa<|>aiveiv trou tov oÎkcîov pcpiapôv, Kai iroXXû
pâXXov où8è Tijv ircpiypa<|>f|v. 20
TpiTT) 8è oÙtûv 8ia<|>opà tô pr) clvai ttjs aÙTijs <|>ûacws
tô aTOixeîa t<^ ctoixciwtÛ, irXrjv ôaov toutou XèycaOai
aTOixeîa * Xcyw 8è olov tô toû ijpcTcpou awpaTOS
aTOixeîa ouk coti kotô to cl8os toû KpâpaTos, àaTca ci
tÛxoi Kai aâpKCS, àXX’ ôaTCwv pèv Kai aapKÛv, Ôtov 25
aûppcTpa ycvrjTai Kai oiKCiwOfj irpôs toûto to eîSos,
KaO’ ainà 8è ôpws crêpas uiroaraacws. Kai 8f) Kai ttjs
aussi, s’il y avait des éléments de la substance, ils ne
sauraient être des substances; car c’est l’élémenté,
comme on le sait, qui est substance, et l’élément ne
saurait être l’élémenté. En effet, les extrêmes opposés
sont ce qui est circonscrit dans une hypostase propre
et ce qui est mélangé dans une seule union commune
à tous les éléments, tandis que ce qui fait la médiation
entre les deux ce sont les parties et la division de ces
dernières qui s’écartent déjà d’une certaine façon, sans
encore pourtant se circonscrire.
Mais si ces choses-là sont ainsi distantes par nature,
comment se peut-il encore que ces quatre éléments
soient des sortes de formes, et comment ce qu’on
appelle les genres de l’être ne seraient-ils pas aussi des
formes? Il est vrai qu’on les appelle aussi éléments de la
substance, et ils sont genres de l’être pour cette raison
que la substance est formée de leur mélange. Et, si l’on
vient à les dire formes et non éléments, que seront les
véritables éléments? En effet, que pourrions-nous
trouver de plus simple que les genres de l’être?
Cependant ils semblent être également des formes,
puisqu’ils gardent leurs propres circonscriptions; car
dans la substance se manifestent aussi bien le mouve-
ment que le repos, ainsi que chacun des deux termes de
chacune des autres oppositions. Et comment la tête, les
mains et les pieds sont-ils des parties de l’homme?
Comment encore le tout se forme-t-il de parties qui sont
des touts, par exemple le soleil, la lune et tous les autres
astres dont chacun est une forme qui est un tout1, et
comment nos propres parties sont-elles circonscrites en
quelque façon par certaines différences formelles, en
tant qu’elles sont des parties anhoméomères ?
On doit répondre à cela que les choses qui sont au-
dessous participent toujours de celles qui sont au-
dessus2; de sorte que les formes sont aussi parties et
éléments, et qu’à leur tour les parties sont de même
oùaias ei Tiva eïr) aTOixcîa, ouk âv eîev oùaiai -rivés '
oùaia yàp ^jv to aTOixeiWTÔv, to 8è otoixcîov oÙk âv cit)
to ctoixciwtov. "Arpa pèv toivuv to Trepiyeypappévov tis
oÎKciav ù-nôaTaaiv, Kai to auyKCKpapévov eîs piav ttjv
koivt|v ârrâvTwv êvwaiv, pcaÔTTjs Sè àp<f>oîv rà pépr) Kai ô 5
toutwv pepiapôs, t)8t) pév ttws Suarapévwv, outtw 8è
Trcpiypa<|>opévwv.
’AXX’ ei TaÛTa outw <|>ùaei SiéarrjKCv, ttws cti tô
TCaaapa aTOixcîa TaÛTa eiSr) Ôtto èari, ttws Sè îà yévr)
Xeyôpeva toû ôvtos oÙk âv cÎt) kqi cîSt); KoÎtoi Kai 10
aTOixcîa XéycTai ttjs oùaias, Kai yévr) 8ià toûto toû
Ôvtos èariv oti ck toutwv t) oùaia auyKéKpaTai. Ei 8è
toûto eï8t) Kai où aTOixcîa <j>T|aci tis, tivo âv eïr] tô
aTOixcîa ws ÔXtjOws ; Tiva yàp âv cûpoipev ÔTrXoùaTCpa
twv yevwv toû ôvtos; AokcÎ 8è ôpws cîvai Kai cî8t), 15
owÇovtÔ yc Tas oÎKcias rrepiypa^âs ' èv yàp tt) oùaiç Kai
KÎvrjais Kai arâais èp<j>aivea0ov Kai twv âXXwv àvTiGé-
aewv €KâaTT]S CKÔTCpov. Dûs Sè pépr) toû àvOpwTrou
Ke<j>aXr) Kai x£îpc^ Kt“ rrôSes ; flws Sè to ôXov èÇ
ôXwv pepwv, T)Xiou ré ^rjpi Kai aeXr)vr)S Kai twv âXXwv, 20
wv CKaaTOV ci8os ÔXov èari, Kai tô Tfpércpa pépr]
TrcpiycypaTTTai ttws ci8i)TiKaîs Tiai 8ia<|>opaîs, ôaa àvo-
poiopcpr) ; |
Kai pr)TCov Trpôs toûto ws tô ùttokÔtw àei peréxci tûv
CTrâvw ' wotc rà pèv eï8t) ko! pépr) èaTiv ko! aTOixcîa, Kai 25
9 8 A || ecS-rj] — eïSt; (—in ras.) A, r; mg. A1 || 17 èpipaîveaOov
scripsi (cf. R. I 227.8) : èpcpavèç ôv A.
éléments, sans que cependant l’inverse soit nécessaire-
ment vrai. Puisque, parmi les formes, certaines sont
plus simples que d’autres, celles qui sont simples
deviennent éléments de celles qui sont composées, sans
se résigner à la division du composé, c’est-à-dire à la
division de l’élémenté1, mais en demeurant dans leur
première hypostase (et cette hypostase, comme on le
sait, est la plus indivisible qu’on puisse concevoir, selon
ce mode qui est celui du mélange); et, parce qu’avant
de se circonscrire parfaitement, les formes doivent
d’abord se diviser, division selon laquelle elles s’établis-
sent dans l’ordre des parties, il faut, en effet, qu’elles
s’éloignent de l’union vers les parties, et que de cette
façon, par conséquent, elles procèdent vers la sépara-
tion achevée qu’est la séparation formelle. D’une
manière générale, puisque les formes veulent être
entièrement circonscrites, toutes celles qui ne sont pas
satisfaites de leur propre repos en elles-mêmes, mais
qui, par regret de leur ancienne nature, convergent vers
l’unité, ces formes, dans cette mesure, deviennent aussi
des parties. C’est pourquoi dans l’entrelacement des
formes simples, on doit regarder les unes à la fois
comme formes et parties, toutefois selon des points de
vue différents, et les autres comme formes et éléments,
celles-là aussi à des points de vue différents ; mais, en
tant qu’elles sont unifiées, et vues dans leur sommet
coagrégé, elles doivent être des éléments ; en tant
qu’elles sont distinguées les unes des autres, on doit les
appeler avec raison des formes ; enfin, en tant qu’elles
sont en train de se distinguer de quelque façon selon la
médiation amphibie de leur hypostase, on les appelle
proprement des parties.
De plus, toutes les formes qui, dans le tout, sont des
parties dissemblables, sont à la fois formes et parties :
formes en tant que dissemblables, et parties en tant
qu’elles ne sont pas de nature à être en soi, mais à être
1. Cet élémenté est le coagrégat antérieur des formes qui, par
leurs sommets, sont unifiées en lui, comme des éléments.
au tô pépT) Kai aroixeîa, où pévTOi avairaXiv ttÔvtws-
’Eirei yàp tûv ciSûv âXXa âXXwv àTrXoùaTcpa, tô âirXâ
tûv auvOcTwv yiyvcTai oToi/oa, oÙk àvcxôpcva toû
auvOérou pepiapoû, ô èaTi toû aTOix«iWTOÛ pcpiapôs,
àXX’ cppévovra tt) rrpWTT| aùrûv ÙTToarâaci, auTT) Sè ^v q 5
ûs pâXiaTa àpcpiOTOS, toÛtov yc tov TpOTrov tov toû
KpâpaTOS ' Kai Ôti ïrpô toû Tr«piypa<|>r)vai tcXcws pepiÇe-
Tai irpÔTCpov è£ àvâyKqs, KaO’ ôv pepiapàv cis ttjv pcpûv
KaOiaTarai tÔ£iv, Seî yàp ànocrri)vai ttjs évwaews cis
pépï], Kai outws âpa TTpocXOcîv cis TcXciav Siâaraaiv ttjv W
cÎ8i)tikt|v. ’OXws Sè cttciSt) to cïSq TTCpiy€ypâ<|>Oai
PoûXerai, ôaa tûv ciSûv prj ayanâ ttjv €<}>’ coutûv iSiav
arâaiv, àXXà ttÔOw ttjs àpxaias 4>ûacws eis cv auvvévcu-
kcv, TaÛTa Karà ToaoÛTOV Kai pépq yiyvcTai. "ÎIote kotÙ
aup-nXoKrjv tûv àrrXûv noit]T€ov tÔ pèv cïSr) âpa Kai 15
pépï], Karà âXXo pévTOi Kai âXXo, tô Sè cîSt) Kai
aToixcîa, oùSè TaÛTa Karà toutov ' àXX’ fj pèv t)vwtoi Kai
kutÔ ttjv auvj]pt)pévt]v aÙTÛv ÔKpÔTTjTa, aTOixeîa âv cîi),
fi Sè SiaKCKpiTai à-n’ àXXr)Xwv, cïSt) aura âv koXoîto
SiKaîws, f| Sè SiaKpivCTai ttws kotÔ ttjv àp<|>îgiov 20
pcaÔTT]Ta rqs ÛTToarâacws, pépï) Kupiws Xcyâpeva.
"Eti Sè ôaa pèv cv tw ÔXw àvôpoia pcpq cîSq tc âpa Kai
pépï) èaTiv ' cï8r) pèv Ôti àvôpoia, pcpq Sè Ôti où
KaO’ auTa, àXX’ èv tû ÔXw ttc<|>ukcv eîvai, oîa Ta qpéTCpa
2 ’Enei scripsi : èm A || 5 aÙTÔv Combès : aùroû A.
dans le tout, telles sont celles qui sont dites nos parties
organiques, et tels dans le ciel les hémisphères, les
quadrants et certaines zones différentes, et encore les
pôles, les centres, les axes et les cercles, qui sont définis
par certaines sections démiurgiques1, sans qu’ils soient
capables cependant d’être en soi. De plus, dans les
âmes, les raisons se trouvent être des sortes de parties
semblables, et toutes les causes des différences et toutes
les participations sont d’une nature ainsi qualifiée;
quant aux subsistences, elles sont, pour ainsi dire, d’une
nature autonome, sauf que leurs coagrégations se
forment pour ainsi dire d’éléments, et leurs totalités
pour ainsi dire de parties, comme on l’a dit aussi
auparavant2.
Ainsi donc, ces formes sont formes et parties ; mais à
la fois formes et éléments sont toutes celles des formes
qui se mélangent dans la constitution indifférenciée
d’une seule forme, comme c’est le cas des vivants
composés qui manifestent tout entiers et dans toutes
leurs parties leur composition, à savoir les mulets, les
autruches3, et tous les vivants de cette sorte ; en effet,
ceux-là sont constitués de formes différentes comme
d’éléments qui se fusionnent de quelque façon en une
seule forme.
C’est de la même manière que nous regarderons aussi
les parties. Les unes ne sont que cela justement, parties,
ce sont toutes celles qui sont prêtes à sortir de la nature
coagrégée, et qui cependant ne se sont pas encore
circonscrites et séparées, comme si chacune était
parvenue elle-même en elle-même à sa perfection. Telles
sont, en effet, de l’aveu de tous, les parties homéomères,
qui ont divisé entre elles la totalité, tout en demeurant
néanmoins dans la même forme, et qui pour cette raison
sont synonymes4 avec le tout, et les unes avec les
autres; d’autres parties, déjà prêtes à sortir vers
l’anhoméomère, demeurent cependant dans le tout et
dans la commune synonymie de la même nature; c’est
1-3. Voir Noies complémentaires, p. 277.
4. Cf. supra, n. 4 de la p. 108.26.
ôpyaviKà Xeyôpeva, Kai oîa èv tw oùpavô T)picr<t>aipià tc
Kai T€TapTT)pôpia Kai £ôvai 8ià<|>opoî Tives, cti Sè ttÔXoi
Kai KÉvTpa Kai âÇoves Kai kukXoi, SrjpioupyiKaîs Tiaiv
à<|>wpiapèvoi Topais, où KaO’ èauToùs 8è ôpws eîvai
Suvàpevoi. ’AXXà Kai èv Taî$ ipuxaîs oi Xôyoi TOiaûra 5
aTTa pèpr) Tuyxàvouaiv Ôvt€S> Kai nacrai ai twv Siacjio-
pwv aÎTiai te Kai peOèÇeis ttjs TOiâaSe cfiùaews ' ai Sè
urrâp^eis ws tt)s oÙtotcXoGs, ttXtjv oti Kai toûtwv ai
auvaipèaeis yiyvovTai oîov ck aTOixciwv, Kai ai ôXôtt)tcs
oîov èK pcpwv, ws eïprjTai Kai -npÔTCpov. 10
Outw pèv ouv eîSrj Kai pèpr) ' eî8r) Sè âpa Kai aTOixeîa
ôaa auyKipvaTai twv ei8wv eis èvôs eïSous àSiaKpiTov
aùaraaiv, oîa Ta aùv0€Ta twv Çwwv, ôXa Si’ ôXwv
èm<|>aîvovTa ttjv aûvOcaiv, rjpiovoi tc Kai aTpouOoKÔpt]-
Xoi Kai ôaa | toioûto ’ èÇ eiSwv yàp toûto auvéarqKev 15
Siacfrôpwv, warrep ck aTOixciwv eis cv eîSos ti auyxcopè-
vwv.
Tôv aÙTÔv Sè Tpôirov Kai pèpr] ôi|/ôp€0a, tô pèv oÙto
toûto pèpr) pôvov, ôaa -npOKUirrci pèv à-rrô ri)S
auVT)pr)pévrjs <|>ùaews, oû-rrw Sè ôpws Trepiyeypappèva 20
SiéaTTjKev aÙTÔ ckootov è<|>’ èauToû téXciov. Toioûto yàp
tÔ ôpoiopep-r) èaTiv ôpoXoyoupèvws, pepiaàpeva pèv ttjv
ôXÔTT)Ta, pévovTa Sè ôpws èv tw outw eïSci, Kai Sià toûto
auvwvupoûvra tw tc ÔXw Kai àXXi)Xois ' t)8t) Sè êvia Kai
eîs to àvopoiopepès âpn TrpoKÙnTOvTa pévei ôpws èv tw 25
ÔXw Kai tt) KOivrj auvwvupîç. rf)s aùrr)s <|>ûaews, oîôv ti
3-4 cf. Tim. 35b 36el (36a1-2; b5-6) Il 10 = supra, p. 48.5-
16; p. 176.19-23.
2 TtéXoi] -XX- ex -X- A* || 6-7 8ia<pop£>v scripsi : 8ca<p6p<o-v A || 16 êv
coni. Ruelle : èvôç et mg. uirg. cens. A.
quelque chose de semblable, que le vivant, entré dans
une classe1, subit dans chacune de ses espèces. Il a
encore, en effet, les caractéristiques du genre vivant2 et
il est une certaine partie et mesure du vivant, mais déjà
de quelque manière une partie est humaine, l’autre
chevaline, non seulement par la commune mesure
relative à l’une et à l’autre (car certainement cela serait
aussi le cas des parties homéomères), mais encore par
leur élan et leur inclination à former un homme ou un
cheval.
Et il y a des parties quasi formelles, par exemple
celles qui se trouvent de chaque côté des formes qui
sont en elles-mêmes et se circonscrivent elles-mêmes,
soit du côté inférieur, comme nos parties organiques,
soit du côté supérieur, comme les parties du monde ; ces
dernières s’appliquent à appartenir davantage au tout
qu’à elles-mêmes, tandis que les autres ne sont pas
capables d’exister en soi et par soi à cause du caractère
imparfait de leur nature propre.
Enfin, il pourra y avoir des parties qui deviennent
aussi des éléments, par exemple, celles qui constituent
la totalité dite formée de parties. En effet, que la
totalité se constitue de parties, et, sinon toute totalité,
du moins celle-ci, c’est évident; et qu’elle s’en constitue
comme d’éléments, c’est démontré par le fait qu’une
seule forme s’accomplit en se formant de plusieurs, en
même temps que cette pluralité disparaît dans l’unité ei
ne garde plus sa division dans la spécification du tout.
Je pense, en outre, que les espèces dans le genre sont
considérées comme parties, en tant que vues dans un
tout (car elles ne sont pas circonscrites par leurs propres
circonscriptions), et que, tout en étant des parties, elles
deviennent éléments du genre. En effet, une telle
coagrégation de la pluralité des vivants est le vivant
unique, ou bien a son hypostase dans le vivant unique.
Peut-être est-ce redire la même chose que celle que nous
1-2. Voir Noies complémentaires, p. 277.
TTCTTOV0C TO KaTaTCTOypCVOV ÇÛOV èv CKOOTU TÛV ciSûv.
Zûeiov pèv yàp Ïti Kai Çûou ti pépos Kai pCTpov '
àXX’ t)8t] ttus tô pèv àvOpÛTrciov, to 6è ïttttciov, où pôvov
tt) npôs €KaT€pov aupperpîç (toûto pèv yàp Kai TÔ
opoiopcpr) crraOcv âv), àXXà Kai tt) rrpoÊoXf) Kai tt) 5
vcùaci ri) irpôs âvOpwTrov Kai Ïttttov.
McpT) Sè ûs cîSt) èaTiv oïa tô è<|>’ CKOTcpa tûv
ko0’ caurà Kai aÙTOTrepiypâ<|><üv ciSûv, t) kotÔ to xcîpov,
ûs tô TjpcTCpa ôpyaviKÔ, tj kotô to kpcîttov, ûs tô pcpi)
toû Koapou' toûto pèv yàp toû ÔXou pâXXov Tjrrcp 10
èauTÛv eivai èairoûSaKev, CKCÎva Sè où SûvaTai KaO’ èauTÔ
Kai è<|>’ èauTÛv uiftcaravai Sià tô aTcXès rfjs oÎKcias
4>ùaea>s-
EÏt, 8’ âv pcpT) Kai aTOixcîa yiyvôpcva, oïa ttjv ck
pcpûv XcyopèvTjv ôXottjto aupTrXr)poî. "Oti pèv yàp 15
èK pcpûv T) ôXôttjs aupTrXrjpoÛTai, Kai ci pr) rrâaa,
àXX’ auTT] yc, ijiavepôv * Ôti Sè ûs èK otoixciiov, StjXoî tô
êv clSos ck ttoXXûv ÔTTOTcXcîaOai, à<|>aviÇopév<i>v cis cv
tûv ttoXXûv Kai tôv pcpiapàv oÙkcti «|>uXaTTÔvTWv èv tt)
toû ôXou ciSoTTOiiç.. Oïpai 8è oti Kai tô cÎ8t] èv tû yévci 20
Ocwpoûpcva ûs èv ôXw pèv OcwpcîaOai pépr, (àTrcpiypa<|>a
yâp cotiv toîs oÎKCiais Trcpiypa<|>aîs), pcpT) Sè ôvto
aTOixcîa yîyvcaOai toû yévous- ’H yàp auvaipcais tûv
ttoXXûv Çwcüv toioutt) èari tÔ êv £ûov, T) èv t<J> cvi
£ûw tt)v ÛTTÔaTaaiv cx«. "laws Sè toutov èaTi toûto tû 25
25-180.1 = supra, p. 177.14-21.
2 Çeüeiov mg. iter. A1 || 24 i) C : Tj A || iv : èvi A.
avons déjà dite; mais les genres de l’être, quoiqu’ils
semblent être d’une certaine manière des formes,
néanmoins sont plutôt des parties de toute la composi-
tion ; cependant par cela même ils s’établissent aussi
dans la nature de ce qui est élément, selon la substance
unique que tous constituent. Ce sujet-là, il est possible
de l’étudier avec plus de finesse et plus de précision.
Mais nous devons dire quelles sont, parmi les formes
et les parties, celles qui peuvent devenir des éléments,
et quelles sont celles qui ne le peuvent pas. De fait, elles
ne le peuvent pas toutes, comme il est naturel : c’est le
cas des formes ultimes1, car, si elles aussi étaient des
éléments, il y aurait encore quelque chose après elles
qui serait le composé de ces éléments.
Nous devons chercher encore si les éléments sont
nécessairement d’une nature supérieure et plus simple,
parce qu’ils se retirent en arrière pour faire place à
l’hypostase des choses plus composées; car il semble
bien qu’il en soit ainsi pour la plupart, non pas
cependant pour tous. Notre corps, en effet, est une
composition d’éléments présubsistants, de même,
l’homme, par exemple, en tant que vivant raisonnable
mortel, et le cheval, en tant que vivant non raisonnable
mortel, sont des compositions d’éléments plus univer-
sels ; de même, l’âme est un mélange à partir des
éléments présubsistants que sont la substance, la vie et
la connaissance. Mais le corps tout entier de l’univers
est formé, il est vrai, des quatre éléments, qui pourtant
ne lui préexistent plus ; et la première substance n’est
pas non plus formée d’éléments qui lui seraient
antérieurs par nature, car, avant elle, il n’y a nulle part
des éléments. En effet, toujours l’élémenté a pour
caractère d’être supérieur à ses propres éléments ; quant
aux éléments, ils ne sont jamais par eux-mêmes, mais
ils sont toujours dans l’élémenté et les uns avec les
autres, de même que les parties sont après le tout et les
1. Cf. infra, p. 192.4-8.
TrpocipT)pévw • àXXà Ta ycvr) toû Ôvtos, ei Kai cÏ8t) Trais
clvai 8okcî, àXXà pépï) pâXXov Èoti rf)S ÔXtjs auyKpi-
aews, KaOioTOTai ôpws 81’ aÙTÔ toûto Kai eis ttjv
cTOixeiw8i] 4>ûaiv Karà Ttjv piav oùaiav, fjv iràvra
auviaTT)ai. TaÛTa pèv oùv cÇcoti Kai àKpiÇéaTcpov 5
XcTTToupyeîv. |
Tiva 8è twv eiSwv tj tivo twv pcpwv SùvaTai aTOixeîa
yiyvcaOai, Kai Tiva où 8ûvaTai, ptjTÈov. Où yàp 8t| TrâvTa,
ws êoïKcv, oîa Ta éaxaTa twv eiSwv ' ei yàp Kai toûto
oTOixeîa, coTai ti Kai perà toûto to ȧ oÙtwv auyKeipe- 10
vov.
Kai toûto 8è Çtjttjtèov, ei Ta aTOixeîa ttÔvtws ÛTrepTÈ-
pa$ Èoti 4>ùaews Kai ÔTrXouaTCpas, àvaxwpoûvra Trpôs
ttjv twv auvOcTWTÈpwv uirooTaoiv • 8okcî pèv yàp OUTWS
cxeiv èrri twv TrXeiaTWV, où p-qv èiri ttÔvtwv ye. Tô pèv 15
yàp T)pÈTepov awpa Èk TTpoÛTrapxôvTWV ouvayeipCTai, Kai
ô âvOpwnos Kai ô Ïttttos, £wov XoyiKÔv OvtjtÔv Kai Çwov
âXoyov ©vtjtôv tux®v ciircîv, èk twv ôXiKWTÈpwv, Kai i)
t|/uxn aùyKpaTOS âirô oùaias Kai Çwfjs Kai yvwacws tûv
Trpoüirapxouawv. ’AXXà tô toû ttovtÔs ÔXov awpa Èk twv 20
TCTTapWV pèv aTOlX«iwV, oÙKÈTl pèvTOl TTpoÜTTOKCipévWV '
où8è Tj TrpwTT) oùaia Èk TrpeoÇuTCpwv ijiùaei aToix^iwv,
rrpô yàp aùrrjs où8apoû tô aTOixeîa. Kai yàp àei to
aToixeiwTÔv KpeÎTTOv eîvai PoùXctoi twv oiKciwv otoi-
Xeiwv, tô 8è aTOixeîa où8Èttotc ko0’ èoutÔ, àXX’ àei Èv tw 25
oTOixeiwTW Kai pcTÔ ôXXtjXwv, ws Tà pèpT] pcTÔ tô ÔXov
23 s.u. ins. A1.
unes avec les autres ; et puisque l’élémenté se sert de ses
propres éléments comme d’une matière, il est tel qu’une
forme qui s’impose à eux.
Si donc il en est ainsi, le premier élémenté ne saurait
être formé d’éléments antérieurs à sa propre nature et
rangés avant lui, mais d’éléments qui se manifestent en
lui le premier, et qui sont plus imparfaits que sa forme
tout entière ; c’est pour cette raison qu’ils peuvent être
imaginés plus simples ; et peut-être, en réalité, ne sont-
ils même pas plus simples, mais seulement plus
imparfaits et plus particuliers. De cette façon, en effet,
se comportent les parties et les formes ; car ce qui est
plus universel semble plus composé parce que plus
englobant ; cependant cela n’est pas ainsi, mais est bien
plus simple et bien meilleur.
[3.2. De la simplicité des éléments]
Qu’appelle-t-on alors la simplicité des éléments, et
par rapport à quelle composition? Répondons que
l’élémenté est de deux sortes : celui qui s’impose comme
une forme, c’est lui qui est aussi en réalité plus simple et
meilleur; et celui qui est comme un mélange et une
mixture des éléments qui se réunissent, c’est lui que l’on
présuppose comme une unique matière composée. Par
rapport à cette matière, les éléments sont donc simples,
mais ils ne le sont pas par rapport à la propriété
commune qui spécifie le mélange. La nature qui a une
telle propriété est donc substance, tandis que celle qui
est selon le mélange est substance en puissance, et
chacun des éléments est une partie de la matière; ces
éléments ne sont donc pas encore subst ance, néanmoins
ils sont substantiels et quelque chose de bien proche de
la substance, tout en étant plus imparfaits.
Quoi donc? La première substance, elle aussi, se
compose-t-elle de matière et de forme? Et à partir de
quoi la matière est-elle venue à l’être sinon de choses
plus anciennes en nature? En effet, la matière qui est
Kai aùv àXXiîXoïs * èirsi Kai ws ûXj) toîs ÉauToû aroixciois
KÉxprjTai T® aToiX«WTÔv, oîov cî8os ckeivois èmyiyvôpe-
vov.
Ei 8tj toûto oûtws cx«, T® rrpwTOV aToixciwrèv ouk âv
tir) ek aroixciwv TTpEaÇurépwv ttjs èauToû 4>ûaews Kai 5
TrpOTETaypèvwv, àXX’ èv aÙTW pèv npwTW ÈK<j>aivopèvwv,
àrcXcaTÉpwv 8è toû ôXou eîSous, Kai 8ià toûto âirXou-
aTèpwv èmvooupèvwv ' p^ttote 8è kotô aXi^Gciav où8è
ânXouaTÉpwv, àXXà pôvov ÔTeXcaTèpwv Kai pEpiKWTÉpwv.
Kai yàp Ta pèpr) outw Kai tÔ eÏ8t) «x€l ’ SokeÎ yàp to 10
ÔXlKWTEpOV auV0€TWTEpOV 8là TO TTEplEKTlKWTEpOV EÎvai,
to Sè oùx oûtws «X€l> ùXXà pâXXov ârrXoûarEpôv te Kai
KREÎTTOV.
(86) Tis oùv t) twv aTOixciwv âirXÔTTjs XeyopévT), Kai Trpàs
Tiva aùvOcaiv; ’H 8ittôv to aTOixciwrôv, tÔ pèv ws eîSos 15
èiriyiyvôpEvov, o Kai tw ôvti âîrXoùaTEpôv te Kai
KpEÎTTOv, to 8è ws piypa Kai Kpâpa twv ouviôvtwv
aroixciwv, ÔTTEp ws pia ouvOetos ÛXt) npoünoTi0£Tai.
npàs TaÛTTjv oûv ârrXâ Ta aTOixeîa, Kai où irpos ttjv
EÎSoTîoioûaav to piypa koivtjv i8iÔTi]Ta. Oùaia pèv oùv tj 20
toiô8e <|>ùais, r| 8è kqtÔ to piypa 8uvâpsi oùaia, Kai twv
aTOixciwv CKaaTOV | pcpos tt]s ÙXt)s ’ TaÛTa oûv outtw pèv
oùaia, oùaiwSr) 8è ôpws Kai èyyûs ti oùaig, àTcXsarcpa
8è.
Ti oùv ; èÇ ùXîjs Kai cïSous Kai t) irpwTT] oùaia ; FléGev 25
8è Kai ÙTrèaTi) tj ÛXt), ci pr) âirô twv TrpoycvEaTÉpwv
4>ùaci ; Kai yàp ij wap’ Tjpîv ûXrj àtrô twv rrpcaguTÉpwv
17 xpàpux Ruelle (cf. p. 184.11) : xpQia A || 18 Smp] o in ras. paulo
maiore A1 || 23 èy^uaTi A (èyyùç rÿ) coni. Ruelle).
dans notre monde vient, dit-on1, des principes anté-
rieurs; il faut donc que, même là-haut il y ait les
participations des principes antérieurs, chargées de
jouer le rôle de matière et d’éléments. Mais, au sujet des
participations, je remets à plus tard d’en traiter de
façon détaillée2. Quant aux éléments, comme ils se
trouvent dans une certaine pluralité et une certaine
détermination, la substance qui est antérieure à toute
détermination substantielle ne saurait être deuxième
après ses propres éléments. Donc, parce qu’elle est la
première à être venue à l’être, la substance a manifesté
en même temps qu’elle-même et en elle-même ses
propres éléments, de même que la totalité a manifesté
ses parties3, et que ce monde-ci a manifesté les éléments
qui sont les siens et qui sont en lui ; et je ne parle pas
[ici] de sa matière, bien que, apparemment, cette
dernière soit aussi un de ses éléments; en tout cas, je
parle des éléments de sa forme, c’est-à-dire des quatre
éléments, quels qu’ils puissent être et de quelque
manière qu’on les détermine, soit en effet que la totalité
les ait projetés comme quatre parties, soit que, comme
le visible, le tangible et leurs intermédiaires qui sont
partout et qu’on voit en toutes choses, ces éléments,
eux aussi, se soient subdistingués à partir de la
constitution du monde, une et de forme simple.
Tout un, en effet, est antérieur, par sa nature, à la
pluralité qui lui est propre, et, à partir de ce caractère,
il se met, pour ainsi dire, à se développer selon la
division de l’un dans ces plusieurs; car, pour parler
ainsi, l’un se détend dans l’hypostase des plusieurs, sans
qu’il se perde en ces derniers, mais en leur concédant
aussi une place pour qu’ils aient l’hypostase ; et même si
l’un est inséparable des plusieurs, il est apte à se
comporter ainsi. Or, si les plusieurs se divisent de trois
manières, soit comme formes, soit comme parties, soit
1-2. Voir Noies complémentaires, p. 277.
3. Les 11. 7-8 rappellent un passage antérieur important, relatif
à l'autoconstitution du mixte, cf. supra, p. 45.5-12. Voir aussi
vol. I, p. 36.7, n. 2.
àpxwv, ws <|>aai ' Scî ouv koî èkcî cîvai tôs ànô twv
npOTÈpwv pcOé^cis cv ûXr)s Xàyw Kaî OTOixeiwv napaXap-
gavopévas. “H nepi pèv twv pc6c£cwv cîaaûOis àvaÇàX-
Xopai noXunpaypovcîv * twv Sè otoixciwv cv tivi nXr)8ci
Kai tivi Siopiapw OcwpoupÈvwv, T) oùaia npô navTÔs oùaa 5
Siopiapoû oùaiwSous ouk âv eïr) ScuTÈpa twv oÎkciwv
otoixcÎwv. npWTT] ouv ûnoaTÔaa auve£é<f>r)vcv ÈauTT) Kai
Èv caurg Ta oiKCÎa aTOixcîa, ws t) ÔXÔttjs tô pépr) Kai ô
Koapos outos Ta cauTOÛ Kai Èv cauTW aTOixcîa ' Xcyw Sc
où ttjv ÛXtjv, koÎtoi îaws Kai toùttjv, àXX’ ôpws Ta toû 10
cîSous Xéyw aTOixcîa, oîov tÔ TÈaaapa, ârra ttotÈ ÈaTiv
Kai ônws âv tis aÙTa Siopiacicv, citc yàp ws TÈaaapa
pcpT) <T)> ÔXÔTTJS aÙTÔ TrpoÙÇâXcTO, CITC ws to ÔpaTOV
Kai âiTTÔv Kai Ta péaa toÙtwv navTaxoû ôvTa Kai Èv
irâaiv ôpwpcva Kai toûto ànô ttjs piâs toû Koapou 15
auaTÔacws Kai povociSoûs ùrroSiCKpifrr).
riâv yàp cv irpo toû oikcÎou ttXtjOous Èari tt] coutoû
<|>ùaci, koî ànô toutou oîov Èkc^ùctqi kotô tov ckcivou cîs
toûto pcpiapôv ' ws yàp outws cittcîv, xo-Xôtoi to êv cîs
ùrrôaTaaiv twv noXXwv, oÙk àvaXiaKÔpcvov ckcîvo cis 20
toûto, àXXà x<*>pav Kai toùtois napcxôpcvov cis ùnôaTa-
aiv ’ kÔv àxwpUTTov f) to cv twv noXXwv, outws «X€IV
néifiuKcv. Ei Sè noXXà Tpixws, t) ws eî8t], t) ws pépr), f) ws
15-16 cf. Tim. 31 b5-32c4.
11 8 A || &Txa A || 12 8 A || 13 tj addidi II 14 àTUTou] -ht- in ras. Ax.
comme éléments, il est nécessaire que l’un aussi soit
triple et que, correspondant à chaque pluralité, il y ait
un un propre : d’abord, celui qui est le coagrégat des
formes et qui a la nature d’une forme unique antérieure-
ment à la division, ensuite, celui qui a la nature d’un
tout antérieurement aux parties, cet autre, enfin, qui
est l’élémenté antérieurement aux éléments1. Les diffé-
rences de l’un procèdent aussi de manière analogue ; en
effet, celui des formes est un un polymorphe ; celui des
parties a l’apparence d’un un polymère, en tant que le
tout, par son enveloppement, est coextensif à toutes ses
parties, et cependant il est ce qui est indivisible
antérieurement aux parties, bien qu’il ait l’être en
elles2, car il donne une place aussi aux parties pour
qu’elles aient l’hypostase divisée en lui; quant à l’un
qui est l’élémenté, il est plus parfaitement resserré dans
l’union, il fusionne ensemble les éléments, les unifie par
rapport à lui-même et ne permet pas qu’ils soient rangés
en réalité après lui, mais il leur impose de contribuer à
sa propre hypostase.
C’est pourquoi, bien qu’étant plusieurs par nature,
néanmoins les éléments deviennent tous un, et le
mélange n’est pas une chose, l’élémenté une autre,
comme nous le disions à l’instant3, en employant tous
les moyens pour élucider la chose, cependant l’élémenté
est bien un et plusieurs; toutefois il s’agit des plusieurs
resserrés par l’un, et auxquels il n’est pas accordé d’être
purement et simplement plusieurs, mais d’être unifiés,
absorbés par l’un et établis dans l’indifférenciation de
l’un. Car c’est ainsi que partout semblent se comporter
les éléments les uns par rapport aux autres et par
rapport à l’élémenté, et ceux-là ne sont pas la matière
de celui-ci (car les parties ne sont pas non plus la
matière du tout, ni les formes la matière de ce qu’on
I. Sur les divers coagrégats antérieurs aux diverses pluralités
correspondantes, voir supra, p. 58.1-12.
2-3. Voir Noies complémentaires, p. 278.
otoixeîo, ttôvtws Ôti Kaî to êv TpiTTÔv âv eit], Kai
ko#* ekootov TrXf]0os îSiov êv, tô pèv eÎStjtikôv auvaipepa
Kai êv eÎSos rrpô toû pspiapoû, tô 8è ôXikov -rrpô twv
pcpûv, to 8è aToixeiWTÔv 'trpà tûv otoixeÎwv. Kai ai
8ia<|>opai toû èvôs àvâXoyov wpoïaai * tô pèv yàp tûv 5
eîSûv TToXûpop4»6v èotiv êv ‘ tô 8è tûv pepûv <J>avTaÇeTai
pèv eÎvoi TroXupepés, ko©’ ôaov irâai cuprrapaTeiveTai
TOÎS pÉpEOl TÔ ÔXov TT) TTEplOxf), EOTI 8È ÔpWS TO TTpÔ TÛv
pEpÛV àpÉplOTOV, El Kai ÊV TOÎS pèpEOlV Ù<J>eaTT)KOl, 8î8wai
yàp Kai toîs pèpcai xûpov €‘S ùrrôaTaaiv ttjv èv oÙtû 10
pEpEpiapÉVT]V ’ TO 8È OTOlXtlOTOV TEXEÛTEpOV eis Êvwaiv
auvéa<f>iyKTai Kai cuyx« tô aTOixeîa Kai | èvoî Trpôs
ÉauTÔ Kai oùk Êç. peO’ éauTÔ TCTaxOai êkeîvo koto
àXrjGeiav, àXXà teXeîv aura àvayKa^ei rrpôs ttjv oÎkeîov
ûrrôaTaaiv. 15
△tô Kai rroXXà Ôvto <|>ùaei, ôpws êv yiyvETai navra,
Kai où tô piypa âXXo Kai tô otoixeiwtÔv âXXo, ws vûv 8r)
èXéyopev, ca<j>r]veias eiveko -iroXXaxf] Tpeirôpevoi, àXXà
to otoixeiwtov Èoti pèv êv Kai rroXXâ, àXXà cuvea<j>iypé-
va tû èvi tô îroXXâ Kai où auyx<<>poùp€va troXXà àrrXûs 20
eîvai, àXX’ -qvwpèva Kai ùrrô toû èvôs KaTamvôpeva Kai
èv tw àSiopiaTW ÉaTÛTa toû èvôs- Outw yàp rravTaxoû
<t>aivcTai ÊxovTa tô aTOixeîa rrpôs te âXXr]Xa Kai tô
otoixeiwtÔv, Kai oùk Èotiv ûXt] toûto êkeivou (oùSè yàp
rà pépT) toû ôXou, où8è rà eï8r) toû ttovtÔs âv pT]0èvTOS 25
17-18 cf. supra, p. 181.14-182.16.
18 aatpyjvtaç A.
pourrait appeler l’ensemble au lieu du tout), mais les
éléments sont seulement analogues à la matière, comme
aussi l’est en chaque forme sa pluralité par rapport à
son unité, à partir desquelles la forme dans sa totalité se
constitue un et plusieurs. C’est en effet de cette façon
que l’élémenté aussi est un et plusieurs, et que les
plusieurs y sont mêlés ensemble grâce à la domination
de l’un; de même, chaque fois que cet un a délié sa
propre simplicité et s’est laissé pour ainsi dire dominer
par les plusieurs qui se sont posés en rivaux en face de
lui, ou plus exactement se sont mis à l’imiter, chacun
dans sa propre circonscription, alors les plusieurs se sont
établis comme des formes à la place des éléments, l’un
est devenu en quelque sorte polychrome et bariolé, et,
au lieu de l’élémenté et des éléments, ou au lieu du
mélange et des mélangés, il y a eu . la monade et le
nombre, ce qui dans les formes est un et plusieurs, les
deux ensemble.
On doit considérer que les parties et le tout se
trouvent dans la situation intermédiaire, du fait qu’une
certaine détente s’est produite, et c’est pourquoi les
parties sont venues à l’être selon la division dont elles
ont eu l’audace1 ; néanmoins, du fait que se sont
produites une inclination de l’un vers les parties en vue
de rattraper et de réprimer la division, et une inclina-
tion des parties vers l’un en vue de se saisir de l’un et de
le recueillir partiellement, c’est au milieu que s’est
établie la réalité du mode d’être particulier qui est celui
du tout et des parties. C’est pourquoi, dans le cas du
tout et des parties, leur dualité aussi bien que leur
unique relation sont manifestes; mais dans le cas des
extrêmes, quoiqu’il y ait aussi l’une et l’autre, néan-
moins elles sont sous un mode plus atténué : ainsi, dans
l’un et la pluralité qui sont ceux des formes, l’unique
relation et la connexion naturelle sont moins apparen-
tes, du fait qu’ils ne convergent pas fortement l’un vers
l’autre, et n’appartiennent en réalité ni ne sont dits
àvii toû ÔXou), àXXà pôvov üXt) àvaXoyoûvTa, koî ûs toû
«Sous Êkootou rrpôs to êv to rrXrjBos, è£ wv to ÔXov eîSos
êv koî rroXXà ouvectos ' outw yàp Kai to otoix«wtÔv êv
Kai rroXXà, ouyKEKpapÉva SÈ tô iroXXà 8ià ttjv toû cvôs
ÈiriKpaTEiav ' ûs Èàv yc to êv toûto rrapaXûar) ttjv èoutoû 5
âirXÔTTjTa Kai oîov KpaTTjOrj ûrrô twv rroXXûv Siaaraaia-
oàvTWv rrpôs aura, kotô Sè tô àXrjBÉoTEpov piprjaapévwv
aÙTÔ kotÙ rrjv îSiov ÈKÔarou rrcpiypa^v, tô te rroXXà
àvri OToixcicüv eïôt] kotÉott), Kai tô êv rroXûxpwpôv rrws
ÈyÉvETO Kai rroïKiXov, Kai àvri otoixeiwtoû Kai aroixciwv 10
tj Kpâparos Kai twv KEKpapèvwv povâs Kai àpiOpôs, tô èv
toîs eïSeoiv êv Kai rroXXà tÔ cuvap<J>ÔT£pov.
Tà SÈ pèpr) Kai tô ôXov Èv tw pèaw Tpôrrw OewprjTÉov,
avÉOEWS pèv Tl VOS YEVOpÈVT)S Kai Slà TOÛTO TWV pspwv
ûrroaràvTWv Karà tov roXpr)6Èvra pspiapôv, ôpws Sè 15
cuvveÛcews ysvopÈvrjs toû pèv Èvôs rrpôs rà pèpr) Karà
ttjv àvàXrjipiv toû pEpiapoû Kai àvaaroX'qv, tûv SÈ pspwv
rrpôs tô êv Karà rrjv àvriXippiv toû èvôs Kai pepiarrjv
ûrroSox'Hv, eis pèaov KarÈarr) tô rrpâypa Trjs toû ÔXou
Kai twv pEpwv iSioTporrias- AiôrrEp Èrri toûtwv Kai t| 20
SirrXôi] Kai rj pia axèais aÙTÛv Èp<J>avr)s, Èrri 8È twv
ÔKpwv, eî Kai êotiv ÊKÔTEpa, àXX’ àpuSpÔTEpov êxouaiv '
Èrri pèv toû eîStjtikoû èvôs te Kai rrXrjBous r] pia cxÈms te
Kai aûp4>uais â<|>avECTÈpa Sià tô pr, rràvu cuvveÛeiv rrpôs
âXXijXa pt)SÈ àXXrjXwv Eîvai te Kai XÈyEcOai, Èrri SÈ twv 25
7 <xùt6 scripsi : aura A || 8 aùrô scripsi : aùrà A || 10
âvTlCTTOLXEWOTOU A || 14 touto] -to s.u. A1.
appartenir l’un à l’autre ; et, dans les éléments et
l’élémenté la dualité n’est même pas manifeste, parce
que la pluralité des éléments n’apparaît pas dans l’un
[de l’élémenté] comme déterminée ; en effet, c’est plutôt
par le raisonnement qu’est révélée leur pluralité, à
cause de la fusion, s’il est permis de parler ainsi, des
propriétés élémentaires.
Et qu’y a-t-il d’étonnant si le premier élémenté, à
savoir la substance, introduit l’indéterminé dans les
éléments, puisque même les formes, quand elles ont été
mêlées à titre d’éléments avec d’autres, comme nous le
disions plus haut, se fusionnent1, elles aussi, dans un
unique mélange, bien que d’une certaine manière elles
échappent au mélange et laissent entrevoir, quelquefois
et de quelque façon, leurs actes propres? En effet, elles
ne peuvent pas être complètement unifiées, puisqu’elles
sont des formes ; c’est pourquoi aussi le visible et le
tangible sont, chacun des deux, partout où est l’autre,
néanmoins ils sont différents. Dans l’âme également le
substantiel, le vital et le cognitif sont dans toutes les
parties de l’âme, mais ils sont, eux aussi, distingués de
quelque façon. Tels sont encore dans l’intellect les
genres de l’être ; car ces genres, eux aussi, sont éléments
de cette substance, non pas de celle qui est au-dessus
des formes et qui est purement substance, mais de celle
qui est spécifiée2 ; en effet, ces genres également sont
des sortes de formes, quoique plus élémentaires et plus
simples que les autres, et c’est pour cette raison qu’ils
sont communs à toutes les formes et à l’unique nature
spécifiée antérieure à la pluralité des formes3. C’est
pourquoi dans cette nature aussi se laissent entrevoir de
quelque façon leurs propriétés ; cependant ces genres ne
sont pas encore des formes, en tant qu’ils sont pris
comme des éléments ; car ils ne sont même pas encore
devenus des parties. En effet, dans le diacosme spécifié,
le premier ordre correspond à la substance spécifiée,
1-2. Voir Notes complémentaires, p. 278.
3. Sur les genres comme faisant partie des formes simples, cf.
supra, p. 56.9-15.
CTOIXCÎWV Kai TOÛ aTOlX«WTOÛ oÙ8c T) 8iTtXÔt) ca<^T)S 8là
tô p-q TrpocJraivcaOai tûv aToixciwv tô ttXt)0os èv tw èvi
Siwpiapévov • auXXoyiapû yàp pâXXov qutûv KaTa<J>aîve-
Tai tô ttXt)0os 8ià ttjv aùyxuaiv, | ci Oépis outw 4>âvai,
TÛV CTTOIXÏIWTIKÛV L8lOT1)TWV. 5
Kai ti OaupaaTÔv ci tô -rrpÛTOv otoixciwtôv, t| oùaia,
to àSiôpiaTov cp-rroicî toîs aToixciois, Ôttou yc Kai tÔ
cïSt), ôtov cv otoixciwv Xôyw cuyKpaOf) -rrpôs âXXa,
KaOàrrcp èXéyopcv cv toîs TrpôaOcv, Kai TaÛTa cuyxeÎTai
-rrpôs piav cùyKpaciv, ci Kai ttws àTTorjrcùyci rrjv aùyKpa- 10
aiv Kai Trapa«|>aivci tÔs oiKcias èvcpycias cotiv Ôtc Kai
ws ; Où yàp SùvaTai ttovtcXûs évw0T)vai cîSt) yc Ôvto ' 8iô
Kai to ôpaTÔv Kai âirràv travTaxoû pèv CKÔrcpov Ôttou to
CTCpov, âXXo 8è ôpws Kai âXXo. Kai èiri \|/uxr)S to
oùaiûScs Kai £wtikov Kai yvwaTiKÔv iravTaxoû ttjs 15
4,uX'ns> ôXXà Siwpiarai ttws Kai Taûra. ToiaÛTa 8è Kai èv
tû vû tÙ yévr) toû Ôvtos ' aTOixcîa yàp Kai TaÛTa T-fjs
oùaias cKcivT]s> où ttjs ù-rrcpeiSéou Kai âirXûs, àXXà tt)s
ci8r)TiKT)s ' cïSt) yàp Ôtto Kai TaÛTa, ci Kai aToix«wSca-
Tcpa tûv âXXwv Kai à-n-XoùaTCpa, Kai 8ià toûto Koivà 20
ttôvtwv ci8ûv Kai T-qs Trpô tûv ttoXXûv ciôûv piâs
cî8t]tikt)s <|>ùacws. "OOcv Kai èv toûtt) tt) r^ùaei -rraparjrai-
vovTai ttws aÙTÛv ai î8iÔtt)tcs, àXX’ outtw ôpws oùSè
toûto cï8t) èaTiv ôaa XapÇâvcTai ws aTOixcîa * oùSè yàp
pépr, ttw yéyovcv * èaTi yàp Kai èv tw ci8r)TiKw SiaKÔopw 25
to pèv ws oùaia ci8T)TiKrj, povociSrjs tis outt) auvaipcais
9 = supra, p. 178.11-17.
9 auyzeÏTai scripsi (cf. p. 178.16-17) : ouyneiTai A || 10 àTO<peûyei] v
supra -eû- A*.
c’est là, de forme unique, une certaine coagrégation des
formes ; le deuxième correspond à une certaine division
de cette substance et à la totalité qui rassemble la
division, c’est là, spécifiée elle aussi, la nature du tout et
des parties ; enfin, c’est à la suite de celle-ci que, selon la
distinction complète de l’hypostase spécifiée, se sont
distingués les formes elles-mêmes et l'un polymorphe
qui rassemble les formes, ou, comme on l’a dit, la
monade et le nombre qui est suspendu à la monade.
Antérieurement donc à la substance spécifiée, qui est
élémentée et coagrégêe, il y a la véritable hypostase du
tout et des parties, vue en ce qu’elle est en train de
distinguer la substance première «qui est réellement»1;
cette hypostase que nous appelons la vie (zôè) pour
cette raison que déjà elle se gonfle pour s’étendre, se
met en mouvement pour se distinguer et, comme son
nom le signifie, bouillonne (zéousa) et jaillit, sans s’être
encore épanchée pourtant dans l’hypostase des formes,
mais c’est dans le fait de bouillonner2 et de jaillir qu’on
la découvre ; par suite, nous la proclamons tout et
parties antérieurement à la totalité de la nature
spécifiée, parce que, tout en demeurant, elle se meut, et,
tout en étant unifiée, elle subit cependant quelque
distinction : elle est le tout, par ce qui, en elle, est unifié
et demeure, tandis qu’elle est les parties, par ce qui se
distingue et se meut. C’est pourquoi le tout et les
parties sont aussi une seule nature, en tant que c’est une
seule nature qui se distingue encore et déjà : déjà, parce
qu’elle n’est plus absolument unifiée, encore, parce
qu’elle n’est pas encore parfaitement distinguée.
Unique est donc la médiation que nous appelons de
ces deux noms tout et parties, en tant que nous la
voyons selon l’ensemble des deux ; mais il y a encore
avant elle la substance, qui est une nature purement
unifiée et indifférenciée, non pas cependant comme l’un,
1. Oùaiav 6vt<o<; oùaav : c’est, l’expression du Phèdre 247 c 7,
utilisée supra (p. 91.18-24, et notes) pour désigner cette substance.
2. Cf. supra, p. 144.26 et n. 3.
tûv ci8ûv, tô Sè pcpiapôs tis aÙTTjs Kaî r) cuvàyouca tôv
pepiapôv ôXôttjs, ciSqTiK'q te Kaî aurr] <|>ùcis ôXou Kai
pcpûv ' èiri 8è TaÛTT) kotô to SiaKCKpipcvov ttjs cî8t]tikt)s
urroardacus aùrà Sicctt) tô cî8q Kaî to cuvayiüyôv tûv
ciSûv noXûpop<|>ov cv, ûs cîpT]Tai, povàs Kai ô tt] povdôi 5
GUVT)pTT)pCVOS âpiOpôs-
npô toivuv ttjs cttoi/ciÛSous Kai cuvT)pT]pcvT]s ci&q-
TiK-qs oùaias èariv r, ûs àXrjOûs toû SXou Kaî tûv pcpûv
ùnôaraais, cv tû SiaKpivcaOai ôpwpèvr] ttjv rrpÛTTjv
oùaiav Kai ovtcos oùaav, rjv Sià toûto £cüt]v Xèyopev ûs 10
t)8t) ôyKOupcvqv cis Siâaraaiv Kai rrapaKivoupèvqv cis
SiaKpiaiv, Kai ûs to ôvopa arjpaiva ^èouaâv tc Kai
àva£pâ.TTOuaav, oùrru Sè xuôcîaav cis ciSûv ùnôaraaiv,
àXX’ cv tû £cîv tc Kai àva£cîv Occopoupèvqv, ôOcv Kai ÔXov
Kai pèpr] aùrqv àvupvoûpcv rrpô tt)s ciSqTiKiîs âirâaijs 15
4>ùce<os, [ûs] Sioti pcvouca kivcîtoi, Kai -qviopèvq iraa/ci
ti âpcos SiaKpivôpcvov, tû pèv -qvidpèvw Kai pèvovn to
ÔXov oùaa, tû Sè SiaKpivopèvw Kai Kivoupèvw tô pèpr).
△lôrrcp Kai pia <|>ûcis tô ÔXov Kai tô pèpr], ôti pia 'q
SiaKpivopèvT) CTi Kai r)8r), toûto pèv ûs oÙkcti to rrdprrav 20
-qvcopèvr], ckcîvo Sè ûs oûrrid SiaKCKpipèvr) tcXcus.
Mia toivuv r) | pccÔTTjs, *)v KaXoûpcv Suoîv ôvôpamv
ÔXov Kai pèpr] kotô to auvap<J>ÔTcpov ôpwpèvqv ' ïrpô Sè
CTi Kai TaÙTTjs T] oùaia èariv, T]vcüpèvr] <|>ùais àrrXûs Kai
àSlÔKpiTOS, où pCVTOl ûs tÔ cv, àXX’ ûs tô -qviopévov. 25
5 = supra, p. 184.5-12.
16 <>><; del. coni. Kopp.
mais comme l’unifié. Or, celui-ci se forme de plusieurs et
il est accompagné de plusieurs, de sorte que la
substance, se formant d’éléments, est aussi le premier
élémenté; il s’agit là, en effet, de la substance pure1,
grâce à laquelle la substance définie, elle aussi, est
partout l’élémenté défini. Car, ce qui est en tout point
coagrégé, nous l’appelons substance, comme nous
appelons vie ce qui se distingue, et forme ce qui est
distingué, quand bien même chacune de ces choses
serait au plus bas degré, comme dans le cas-du corporel.
En effet, le mélange formé des quatre éléments est la
substance [du corporel], ce qui d’elle se met en
mouvement et s’éveille à la distinction de ses actes
propres est une sorte de vie du mélange, car c’est là un
certain mouvement et une certaine préparation à l’acte
spécifié, et précisément une hypostase antérieure à
l’acte ; et sa forme est la figure une fois étendue. Si donc
toute substance coagrégée est selon une union, ou, si tu
préfères, selon une fusion des éléments, il est nécessaire
que la première et pure substance, soit également, une
coagrégation des éléments; et ses éléments sont de tous
les éléments ceux qui le sont au plus haut degré et au
sens le plus propre, non pas qu’ils se mélangent par la
fusion de leurs propres circonscriptions (comme le dit
Aristote à propos des éléments d’ici-bas), ni non plus
qu’ils s’unifient dans leur propre sommet seulement,
tandis qu’ils abandonneraient le reste à la distinction, à
la façon dont nous disions que se mélangent les formes,
quand elles deviennent éléments de la substance
spécifiée (c’est pourquoi elles laissent entrevoir aussi de
quelque façon en celle-ci la distinction qui leur est
propre); mais les éléments sont tels qu’ils n’ont rien de
distingué, ni de spécifié, ni non plus de confondu sous
l’effet de quelque contrainte, et que, tout entiers et en
toutes leurs parties, ils sont les éléments purs de la
substance qui est proprement unifiée et qui a l’être
Toûto 8è èk ttoXXûv koî pcrà itoXXûv, wotc Èk otoixciwv
koî to irpûrov aroixeiWTÔv aurr) Èctti ’ Kai yàp f| ârrXûs
oùaia aurr] èotiv, Si rjv Kai t| tIs oùaia iravTaxoû to tÎ
ctoixciwtov. Tô yàp iravTaxoû auvt]pr)pévov oùaiav
KaXoûpcv, waircp rà SiaKpivôpcvov £w>jv, Kai to Sia- 5
KEKpipcvov eîSos, kôv ËoxaTov fj TOUTWV ekocttov, oîov
to awpaTiKÔv. Oùaia pèv yàp to aùyKpaTOv èk tûv
Tcaaàpwv CTOixeiwv ' to SÈ napaKivoùpcvov aÙTrjs Kai
cis SuÎKpiaiv tûv oiKeiwv Èvcpyeiûv Èycipôpevov Çwr) tis
oÙtoÛ, Kivqais yàp tis Kai napaaKCUT] irpôs Èvèpyeiav lo
ttjv EiSi]TiKT)v, Kai ùtrôaTaais ye trpô Ttjs Èvepycias ' t)
SÈ Siaarâaa popcjxr) to eÎSÔs Èotiv. Ei 8t| irâaa oùaia
cuvT)pT)pÈvq ÈaTiv kotô evwoiv, rj si poùXei Xéyw, KOTa
cùp<|>0apaiv tûv otoixcÎwv, itÔvtws oti Kai T) npwri) Kai
âirXûs oùaia ouvaipcois Èoti tûv aToixeiwv ' Kai tÙ 15
OTOixcîa aÙTTjs tÔ pâXiaTa Èoti Kai KupiWTOTa itÔvtwv
aTOixciwv, où kotô oùyxuaiv tûv oÎkcÎwv irepiypa<|>ûv
auyKipvâpcva, KaOâirep tô TfjSc otoixcÎÔ <}>T)ai Kai
’ApiaTOTcXl]S> OÙSÈ KOTÔ TTjV ÔKpÔTTJTa TTJV ÈauTÛv
cvoùpcva pôvqv, à<j>icvTa Sè to Xoittov cis SiÔKpiaiv, ws 20
ÈXéyopcv tÔ eï8t) ouyKÎpvaaOai, aTOixeîa yiyvopcva Trjs
cî8T)TiKÎjs oùaias (Siô Kai traparjraivciv ïtws Èv toÙtt] tov
oikcîov Siopiapôv), àXX’ oîa pi)8Èv Ëxciv Siwpiapcvov,
pr)8È cî8t)tik6v, pr)8È pûj Tivi auyxcôpcvov, àXX’ 6Xa
8i’ oXwv âirXûs eîvai OTOixcîa <f>ùaei TOiaÛTa Trjs ijvw- 25
pévT)s Kupîws Kai kotô ttjv êvwaiv ù«j>caTwar]s oùaias.
18-19 cf. Arist., De gener et corr., I 6-8 (8, 328 a35-b22) || 20-
21 = supra, p. 185.6-12.
8 8 A || Il urréa-raaiv A, corr. Combès || 13 ëvcoaiv scripsi (cf. u.
26) : Oicoaiv et mg. uirg. cens. A || 17 post. «riiy/ijotv] -5- 4- in ras. Ax ||
18 auyxipvâpeva] mg. vé> A1 (cf. 189.6).
selon l’union, et ils sont tels par nature. Par conséquent,
les éléments ne sont ni les formes, ni même les genres de
l’être, car ceux-ci également sont des sortes de formes.
Que sont donc les éléments? En dehors de cela, en effet,
nous ne pouvons rien dire d’autre. Car ils ne sont même
pas des parties, celles du moins qui sont prises au sens
strict; en effet, les parties sont aussi supraformelles.
[3.3. Des parties et des formes comme éléments]
On doit donc chercher ce que sont à leur tour les
parties. On répond qu’elles sont les genres de l’être,
mais non hypostasiés selon le mode formel, ainsi que
nous les nommons et les concevons. Car nous concevons
et nommons toutes les choses comme spécifiées, je passe
sous silence que ce n’est même pas sous le mode
intellectif et réel ; mais nous devons nous contenter que
ce soit sous le mode psychique ; en tout cas, les formes
sont bien l’objet des noms et des concepts qui sont les
nôtres. Dans les choses donc qui se présentent ainsi,
nous devons rapporter leur caractère formel et détermi-
né à des circonscriptions de propriétés, et nous ne
laissons [ensuite] de ces choses que la division [en
parties] ; en effet, nous disons parties même les formes,
mais <les> parties, de leur côté, ne sauraient être des
formes. Donc, les genres de l’être sont des parties en
tant que parties. Alors, sont-ils ce qu’on appelle des
quasi-parties? Du moins, ils ne sont pas ces parties qui
se sont enveloppées du caractère de la forme, en
l’ajoutant au caractère de la partie, mais celles qui sont
antérieures à ces dernières, tout en étant quasi ces
parties. Disons plutôt que les genres de l’être sont des
parties, mais des parties purement et simplement
parties, de sorte que les choses appelées les genres de
l'être, avant d’avoir été rendues propres par des
circonscriptions, sont venues à l’être comme parties, et
par conséquent comme éléments de la même façon ; en
effet, en chassant des genres la nécessité de la division,
Oùk âpa rà eîSr], oùSè tô yèvr] toû Ôvtos coti tô
aTOixeîa’ eî8r] yàp Ôtto Kai toûto. Tiva oùv èaTiv;
Dopa toûto yàp oùSèv âXXo Xéyeiv êxopev. OùSè yàp
pèpr] tû yc ârrXws toûto èaTiv, û-rrepeiSea yàp Kai Tà
pèpt]. 5
Tiva ouv èaTi koî Tà pèpr], £r]Tr)Tèov. "H Tà yèvr] toû
Ôvtos èariv, àXX* oùk ciStjtikws ù^ecTwra ws ôvopâ-
£ctoi ù4>’ T)pwv Kai vocîtoi ' ttovto yàp ei8r]TiKà vooûpèv
tc koî ôvopà£opcv, èw Xèyeiv Ôti oùSè voepà Kai àXt]-
Oivà, àXX’àyatTTjTèov ei Kai ipuxiKà | Tuyxàvei ôvto' 10
àXX’ ôpws twv eiSwv èaTi Tà trop’ Tjpîv ôvôpaTà tc ko!
voTjpaTa. Twv toivuv outw irpo<|>cpopèvwv àrroSoTèov to
eiSqTiKÔv tc Kai Siwpiapèvov rrepiypai^aîs iSiOTTjTWv, Kai
à'iroXeiiropcv oÙtwv pôvov tov pepiapôv' pèpr] yàp Kai
tÔ eîSr) Xèyopev, àXX’ oùxi eïSr) Kai <tÔ> pèpr] âv eïr]. 15
Mèpr] ouv èaTiv, $ pèpr], Tà yèvr] toû Ôvtos- AÙtÔ oùv
èaTiv tô oîov pèpr] Xeyôpcva ; ”H où toûto ye ôaa
-rrepiegàXeTO to cÎStjtikÔv rrpôs tw pepiKW, àXXà tÔ rrpô
toùtwv, oîa Sè toûto Ôvto. 'H pèpr] èaTiv, pèpr] Sè pôvov
Kai ÔttXws pèpr] ' waTe Tà yèvr] toû ôvtos Xeyôpeva -rrpô 20
toû î8iw0T]vai rrepiypa<|»aîs pèpr] ùrrèaTT], Kai [tÔ] otoi-
Xeîa âpa tov ôpoiov Tpôirov * àirogaXôvTCS yàp oÙtwv
ttjv àvàyKTjv toû pepiapoû, OeaaôpeOo oÙto èKeîva
1 eïS-,; •1' (sed mg. nihil) A || 4 ÙKepeî | —8ea A || 14 àrroXiTtogev, mg.
uirg. cens. A, coït. B || 15 rà2 add. Combes || 16 f) p-épr, et mg. uirg.
cens. A, correxi (an scr. i) olov ptépr; ?) || 19’H B : et mg. uirg. cens.
A || 21 rà deleui.
nous les verrons eux-mêmes se souder les uns aux autres
et s’unifier dans un unique mélange; par là, ils sont
regardés comme des éléments. Ce sont donc des
éléments selon la subsistence, tandis que les parties
deviennent des éléments selon la participation ; elles
ont, en effet, elles aussi, quelque chose de soudé en vue
de l’hypostase du tout, car le tout est la symphyse des
sommets respectifs des parties, lesquels se mêlent en un
seul tout, et par l’entremise desquels les parties
deviennent des éléments (voilà la raison de l’aporie qui
se présente souvent1 : comment la totalité est-elle
composée de parties, et comment les parties sont-elles
après la totalité et se divisent-elles à partir d’elle);
néanmoins, elles restent des parties selon la subsistence,
parce que c’est dans la division qu’elles ont l’être.
Quant aux genres qui ont été circonscrits comme des
formes selon la subsistence, ils deviennent, selon la
participation et de façon plus immédiate, des parties
par leur tendance vers l’un et, en quelque sorte, par leur
éloignement de la distincton, tandis que, de façon plus
lointaine, ils deviennent des éléments par leur union et
par leur affranchissement à l’égard non seulement de la
distinction, mais encore de la division. Ce sont donc les
mêmes choses qui sont genres de l’être et qui sont
hypostasiées de trois manières différentes.
Est-ce donc que les genres de l’être sont seuls à avoir
reçu cette triple nature? On répond qu’absolument
toutes les choses qui sont des formes, même les toutes
dernières des formes, sont toujours enveloppées dans
les premières, mais bien entendu, elles se distinguent
ailleurs, les unes plus tôt, les autres plus tard, parce
que les unes ont des circonscriptions qui sont plus
universelles et qui jouissent aussi d’une plus grande
indivisibilité, les autres ont des circonscriptions plus
particulières qui coexistent avec une plus grande
tendance à la division ; cependant, toutes celles qui se
1. C’est la même aporie qui a été débattue dans le cas des
divers élémentés et de leurs éléments, cf. supra, p. 180.12-181.3.
aup4>uôpcva trpôs âXXr)Xa Kaî eîs piav èvoûpcva aûyKpa-
aiv, Kaî TaéiTT] aTOi/eîa ôpwpcva. TaÛTa pèv ouv aroixeîa
KaO’ ûrrapÇiv, tà Sè pépr) kqtÔ péOeÇiv aToixeîa yiyvcrai,
«Xe1 yôp ti Kaî aÙTÔ cup<|>uôpcvov eîs ôXou ûrrôaraaiv '
to yàp ôXov oûp4>uoîs èari twv Karà <Tà> pèpT) 5
à.KpoTT)Tü»v eîs êv to ÔXov auyiapvwpcvwv, KaO* as tô
pépr) aToixeîa yiyvcTai (Siôtrep Kaî tô troXXÔKis àrro-
poûpevov, TTWS pèv CK TWV pcpûv T| ÔXÔTtJS, TTWS Sè TO
pépr) peT o.Ùtt)v Kaî ait aùrfjs pepi£ôpeva) * pépr) Sè ôpws
KaO’ ürrap^iv, Ôti èv tw pcpiapw tô cîvai ex€l- Tà Sè io
KaO* ûrrap^iv cÏSt] ircpiypa<|>évTa yiyvCTai kotÔ péOc£iv,
pépr) pèv rrpoacxécTCpov tt) rrpôs to êv ouvveûoei Kaî
Tpôtrov Tivà toû Siopiapoû àrroaTâaei, aTOixcîa Sè
àvwTépw tj) évwoei Kaî àiraXXayj] où pôvou toû 8io-
picrpoû, àXXà Kaî toû pcpiapoû. Tà aura ouv cotiv yévr] 15
toû ôvtos, Tpixf) ù^otûto âXXws Kaî âXXws.
’Apa ouv pôva Ta yévr] toû ôvtos Ttjv Tpi-rrXrjv toÛttjv
ûrrcSé^aTo 4>ûaiv ; ’H Kaî àrrXws rrâvra ôaa eî8r) coti, Kaî
tÙ coxaTa twv eîSwv, èv toîs rrpwTOis àeî ircpiéxeTai,
âXXa pèv àXXaxoû SiaKpivôpeva, tô pèv rrpÔTCpov, tô Sè 20
ûaTcpov, SiÔti tô pèv ôXiKWTepas êxei ircpiypa4>às Kaî tw
àSiaipéTw irXeiovi xp^pivas, t-à Sè pcpiKwrépas Kaî tw
SiaipeTiKw trXciovi cuvoûoas ' ôpws Sè irâvra ôaa kÔtw
5 rà addidi.
distinguent en-bas sont aussi en-haut selon le mode
coagrégé. Car d’où viendraient les choses divisées, si
elles n’étaient pas toutes là-haut coagrégées? Et la
procession n’est rien d’autre que la distinction de la
coagrégation, sans être la distinction simultanée de
toutes les choses ; mais celles-ci se manifestent peu à
peu les unes avant les autres, celles qui sont plus
universelles avant celles qui sont plus particulières. Car
enfin, pourquoi dans l’intellect toutes les choses sont-
elles selon le mode distingué, tandis que dans la
substance toutes ne seraient pas selon le mode unifié?
En effet, <ce qui> est unifié est toujours avant ce
qui est distingué ; de sorte aussi que le tout unifié est
avant le tout distingué. Et pourquoi les genres de l’être
sont-ils là-haut coagrégés, en étant, comme on le dit1,
les éléments de la substance, ou bien n’y a-t-il que le
limitant et l’illimité, comme le disent encore les
philosophes2, alors que les autres formes ne présub-
sisteraient pas là-haut dans l’unifié antérieur à tout?
Car, dans ce cas, l’unifié ne serait pas le principe de
tout, mais seulement des couples formés en toutes
choses de limitant et d’illimité, ou seulement des
accomplissements et des mélanges formés de ce qu’on
appelle les genres de l’être. Si, de plus, le sommet aussi
de chaque forme est la coagrégation de toute la
pluralité qui est <dans> la forme, comment le
principe unique de tout n’est-il pas aussi la coagré-
gation de la pluralité de toutes les choses, pluralité qui
naît de lui et se distingue ensuite?
Pourquoi donc, si tout est élément dans la substance,
si tout est partie dans l’ordre intermédiaire, de même
si tout est forme dans le troisième et le complètement
distingué qu’est l’intellect, pourquoi disons-nous cepen-
dant que, parmi les formes, les unes sont des éléments,
comme les genres de l’être, et que les autres sont
I. Par exemple, Plotin; cf. supra, p. 56.16 et n. 6.
2. «Les philosophes» : (Syrianus et) Proclus, comme habituelle-
ment, cf. Théol. Plat., 111 8, p. 30.15-p. 34.19.
SiaKpivcrai Kaî âvw ouvr)pr)pÈvws Èoti. FIôOev yàp tô
8ir)pr]pcva Èoti, eî pr) âvw -nàvre È|v ouvj)pi)pcva ; Kai tj
-npôoSos oùSÈv âXXo Èotiv t) 8iaKpiais tt)s ouvaipÈoEWS,
oùk âOpôa nàvrwv, àXXà Karà ppaxù âXXwv npô âXXwv
ÈKl^aiVOpÉVtdV, TÛV ÔXlKWTÉpWV TTpÔ TWV pEptKWTÈpWV. Tl 5
yàp St)hote èv pÈv | tw vû navre Èoti SiaKEKpipÈvws, èv
Sè tt) oùoiç oÙk âv eit) navra rjvwpÈvws ; ’AeÎ yàp <tÔ>
rjvwpcva Trpô tûv SiaKEKpipÈvwv, Ûote Kai îà navra
T|VWpÉVa -TTpÔ TÛV nâvTwv SiaKEKpipÈvwv. Alà Tl SÈ Ta pÈv
yÉvr] toû Ôvtos Èkeî ouvf|pr)Tai, aroi/Eia ôvra, ws <j>aoi, 10
ttjs oùoias, t) to irÉpas Kai to âncipov pôva, ûs Kai toûto
XÈyouoiv oi <j>iXôao<|>oi, Ta Sè âXXa sïSr) oùk âv Èkeî
irpoûrrâpxoi Èv tw rrpô nâvTwv TjvwpÈvw ; Outw yàp oùk
âv eÎt) -iràvTWv Èkeivt) àpxr), àXXà pôvov tûv -travTaxoû Èk
-nÈpares Kai àncipou ouvSuaopûv, rj tûv Èk ycvwv twv 15
toû Ôvtos XcyopÈvwv oupnXrjpwacwv te Kai pi£cwv. Ei 8t)
Kai r| cïSous ÈKaoTou KOpu^nr) ouvaipfiois Èoti toû navres
<Èv> tû eïSei nXrjOous, -nûs oùxi xai rj pia -nâvTWv àpxr]
auvaipEois Èoti toû à-n’ aÙTrjs ÈK<J>uopÈvou Kai È-niSiaKpi-
vopcvou tûv -nâvTwv -nX^flous ; 20
Aià ri oûv, ei navra areixEÎa Èv rj) oùoiç., Kai -navra
pÉpT) Èv tt) pÈaT) tô^ei, wansp Kai navre eÏSt) ÈV TÛ TpiTW
Kai SiaKEKpipÈvw, tû vû, ôpws tûv eî8wv tô pÈv aTOixeîa
XÈyopcv, oîa rà yÉvr] reû Ôvtos, tô 8È Èk otoixeiwv, ws
7 rà addidi || 15 auvSuaapiiüv] -u- ex corr. Ax || êx ycvàiv scripsi :
èx-revûv A (yevcôv add. coni. Ruelle) || 18 êv addidi || 24 toû 6vtoç A* :
TOLOUTOÇ A.
formées d’éléments, comme le vivant, la plante ou celles
des formes qui sont davantage composées? Pourquoi,
en effet, ne pas dire que même celles-ci sont des
éléments ? Car le vivant est un élément de l’homme, et
l’homme un élément du terrestre. Et peut-être encore la
toute dernière des formes devient-elle élément dans les
individus, en constituant, elle aussi, avec les autres, un
homme défini. On doit répondre qu’il n’y a rien
d’étonnant à ce que toutes les choses qui sont des
formes soient aussi des parties et des éléments ;
néanmoins, déjà parmi elles les unes sont plus universel-
les et plus simples, et, pour cette raison, elles ont plus
de disposition au mélange, en tant qu’elles n’ont pas des
circonscriptions qui soient profondément étagées et qui
se multiplient1, mais des circonscriptions qui se laissent
tout juste entrevoir de quelque façon, et qui ne sont pas
encore nombreuses à se surajouter, ce qui explique
qu’elles s’unifient facilement et, pour ainsi dire, se
fusionnent les unes avec les autres ; or, plus il arrive que
la procession descende en s’étendant en profondeur et
en accumulant ses étages par ses circonscriptions et ses
divisions, plus difficilement les formes contribuent au
mélange de l’élémenté, et [ainsi] elles ne réalisent pas
une union rigoureuse, mais pour ainsi dire une union qui
s’entrouvre2 sur la distinction. C’est pourquoi celles qui
sont les plus proches de la nature unifiée paraissent être
des éléments plutôt que des formes, celles qui en sont
les plus éloignées des formes plutôt que des éléments, et
celles qui sont intermédiaires tiennent le milieu entre
les extrêmes que sont la composition et la simplicité.
Les genres de l’être sont donc plutôt des éléments, mais
les derniers des genres composés sont plutôt des formes,
par exemple homme, cheval et, en un mot, ce qu’on
appelle les formes spécialissimes ; quant aux genres
moyens, que l’on appelle aussi subalternés3, ils oc-
1. floXXanXàoioç, ici, comme féminin, est nu hapax.
2-3. Voir Noies complémentaires, p. 279.
£ûov Kai <J>utÔv Kai tq auvOcTÛTcpa tûv ciSûv; Aià -ri
yàp pr] Kai TaÛTa aroix^îa; Kai yàp to £ûov otoix«ov
(87) àvOpû-rrou Kai ô àvOpwn-os toû xepaaiou. Mt)ttotc 8è Kai
to èaxarov twv ciSûv aroixeîov èv toîs aTÔpois yiyvcTai,
perà âXXiov Kai aura cupTrXrjpoûv tôv Tivà âvOpwrrov. "H 5
pr)T€ov ûs navra pèv oùSèv Oaupaarôv, ôaa ciSt), Kai
pèpr) clvai Kai aroix«îa ' àXX' rjSr] to pèv èaTiv aàrûv
oXiKÛrepa Kai âirXoûoTCpa, Kai Sià toûto rrpàs rrjv
aûyKpaaiv cù<J>uèaT€pa, arc Kai où PaOcias ëxovto oùSè
rroXXarrXaaious tÙs rrcpiypa^âs, àXX’ àpn ttws ûrro<f>ai- 10
vopèvas Kai oùrru rroXXàs èmauvrcOciaas, ô0ev pçôîws
èvoûvrai Kai oîov cuyxèovrai -rrpàs àXXrjXas ' ôaœ 8c
èrriKaTicvai aupgaivci ttjv rrpôoSov, PaOùvouaàv tc Kai
èiroiKoSopoupcvijv Taîs rrcpiypa<j>aîs Kai toîs pcpiapoîs,
ToaoÙTip SuaKoXÛTcpov eis ttjv cùyKpaaiv TOÛ QTOIXCIW- 15
toû auvTcXoûai, Kai oÙk àKpiÇt) rroioûvrai ttjv cvwaiv,
àXX’ oîov 8t] x®lCTKOUOtlv SiÔKpiaiv. "O0cv tô pèv
èyyuTaTW tt)s ^viopèvqs ûûceœs aroix«a pâXXov clvai
4>avrâ£cTai rj-rrep ci8r], Ta 8è rroppurâTid cîSr] pâXXov
r)ircp aroix«a, to 8c | pcaa koto tô pècov tûv ÔKpiov 20
èari, auvOcacûs tc Kai à-rrXoTrjTOs- Tà pèv oùv yèvr] toû
Ôvtos pâXXov aTOixeîa, Ta 8è ccxoto tûv cuvOctiüv cï8r)
pâXXov, olov âvOpwrros Kai îrrrros Kai ôXus ciwcîv tô
KaXoùpcva ciSiKÛraTa tûv ciSûv ' tô pèvroi péaa, â Kai
16 noioûvrai] -i s.u. A* || 17 81; xàazouaav scripsi : Sixâaxouaav A,
mg. iter A1 (8iaxà<rxouoav coni. Ruelle).
cupent, par rapport aux genres formés d’eux, le rang
des éléments, mais par rapport à ceux qui sont avant
eux, celui des élémentés ; les mêmes sont donc élémen-
tés et éléments à égalité.
Est-ce donc que les formes spécialissimes sont, de
quelque manière que ce soit, éléments des individus?
En effet, elles ne sont pas éléments d’autres formes ; car
elles ne seraient pas les formes spécialissimes et ultimes.
Mais, ensuite, elles ne le sont pas non plus des individus,
car il faut que ce qu’ils ont en commun soit accompagné
d’autres caractères différents, et quelles pourraient être
les différences individuelles de chacun1? On répond que
ce sont les accidents. On objectera que les accidents ne
constituent pas une substance. Mais peut-être ces
différences aussi sont-elles substantielles. Ainsi donc,
celles-ci apparaîtront tes premières, s’il est vrai qu’elles
sont particulières à l’individu, de sorte qu’elles auront
des formes propres, puisqu’elles sont individuelles; et
[de cette façon], il y aura une certaine forme, qui naît et
périt tout entière et qui n’est ni monadique ni
englobante d’individus. Peut-être, alors, le mode de la
distinction est-il de deux sortes, le premier qui consiste
à diviser l’un en plusieurs par des différences qui le
spécifient en des formes qui sont des touts, le second qui
imprime le même tout dans plusieurs matières; c’est
pourquoi ce tout est plus proprement appelé indivisible2
parce qu’il est tout entier partout, sans recevoir aucune
modification de la part des différences. Est-ce donc que
la différence des individus relève de la matière seule3?
Et quelle différence des formes pourrait-il y avoir par la
matière? On répond que par la matière il n’y a pas de
différence, et que si la matière était spécifiée par les
formes qui sont en elle, elle deviendrait quelque chose
de différent, en tanf que forme, comme l’image de
Socrate dans la pierre est différente de son image dans
l’airain car la forme consubstantialisée avec la matière
se modifie en quelque façon avec son substrat. Si, de
ÛTràXXr)Xa KaXerrai, npôs pèv tô è£ aùrûv, tûv otoixeiwv
ènèxEi tt)v Ta$iv, TTpôs 8è to Trpô aùrûv, trroixEiwrûv * rà
aùrà ouv OTOixEiwrà Kaî oroix«a èn’ îcrqs-
’Apa ouv tÔ eîSiKÛTara eÏ8t) Kai ônwaoûv aToix«îà ècrri
tûv àrôpwv ; Où yàp 8t) âXXcov ei8ûv ’ où yàp æTai 5
eiSiKÛrara Kai taxa-ra tûv ei8ûv. ’AXXà prjv oùSè tûv
àrôpojv ' 8eî yàp eivai tô koivov perà âXXiov 8ia<f>opûv,
Kai tivcs âv eîev âropoi ékootou 8ia<(>opaî ; "H Ta
aupêeêTjKOTa. ’AXX’ où aupnXr)poî rà crupÇeÇrjKOTa
oùaiav. ’AXX’ iaus oùaiû8eis Kai aurai. OÙkoÛv npûrai 10
aurai (jxivoûvrai, eïnep îSioi toû àrôpou, wote oikeios
e£ouaiv iSéas, âropoi yc oùoai ' Kai eorai n eISos 8
yiyverai ÔXov Kai <J>0eiperai, Kai 8 prj te povaSiKÔv èaTiv
pT)TE ÔTÔpiüV nEplEKTlKOV. MrjnOTC OUV SlTTOS Ô TT)S
SiaKpiŒEUS TpôiTOS, ô pèv eîs ei8t) ôXa 8ia<f>opaîs 15
ElSoTTOlOÎs SiaipÛV TÔ EV EIS TToXXâ, Ô 8È TO aUTO ÔXov EV
iroXXaîs ûXais àiTOTUTToùpevos, 8iô Kupiûrcpov âropov
KaXcÎTai, oti ôXov ÉKaoraxoû, où8epiav Êxov 8ia<|x>pûv
ÈÇaXXayT|v. ’Apa oùv r) 8ia<|>opà tûv àrôpwv napà pôvrjv
ttjv ûXt)v; Kai tis ôv eÏt) napà tt)v 8Xt)v 8ia<j>opà tûv 20
EtSûv; “H napà pèv TaÛTTjv oÙk êotiv- ei 8è eït)
Ei8oiTETTOiT)pÉvT) Trapà rà èv auTT), e18os yèvoiTo âv Tl
8iâ<|>opov, ûs 8ia<|>èpci T) ZwKpârous eÎkÛv èv XîOw ttjs èv
XoXkû, tô yàp ûXt) auvoumûpEvov eiSos cuvaXXoïoûrai
ttws tû ÙTTOKEipèvw. Ei 8è Kai ÔveiSeos eît), SuvàpEi 8è 25
12 xai scripsi : A || 14 -no- s.u. ins. A1 || 18 Siacpopûv
scripsi : 8ià<popov (signo notatum, sed mg. nihil) A.
plus, la matière est sans forme, et si elle est differente
en puissance, c’est selon le en-puissance que survient
aussi le en-acte, sans qu’aucune différence formelle soit
ajoutée à la matière. Mais laissons ce problème pour le
moment.
Je dis donc que, dans de nombreux substrats, la
nature a déposé la même forme dans sa totalité, de sorte
que [ces substrats] reçoivent la même forme sans
différence en beaucoup d’endroits. Quoi donc? Un
individu n’est-il pas différent d’un autre individu? Oui,
mais il n’est différent que selon qu’il existe ici ou là,
néanmoins la forme reste la même, de sorte que si l’on
enlevait la matière, la forme tout entière se manifeste-
rait dans son unicité. Alors, il n’est pas vrai que
l’individu soit différent selon la forme; alors, il n’est pas
vrai qu’il soit différent par l’altérité, s’il est vrai qu’il
l’est par une matière, car l’altérité aussi est une forme.
Peut-être, est-ce plutôt que l’individu, comme on le dit1
est différent par le nombre. Mais le nombre aussi est
une certaine forme et il est sans différence des deux
côtés, par suite, l’altérité des deux monades est sans
différence.
Comment donc la forme totale peut-être prédiquée de
tous, tandis que celle de Socrate ne le peut plus2? On
répond que celle-ci n’est pas restreinte en tant que
forme, mais en tant que celle-ci ; en effet, Socrate est
homme de manière semblable selon l’hypostase de la
forme qu’on le dit être, et la différence est entre le
singulier et l’universel. Donc, le singulier par rapport au
singulier est sans différence; car chacun des deux est
singulier; il n’est pas vrai alors que Socrate soit
différent de Platon, car tous leurs attributs s’énoncent
comme convertibles et identiques. Et, pourquoi, si
l’homme est un, y a-t-il [en lui], d’un côté, ce qui est
1. Voir Noies complémentaires, p. 280.
2. Cf. Aristote : EL; yàp X6yoç xai ô auroç ttoXXwv, olov àvfipwTrou,
Swxpàrrçç 8è elç (A/eZ., A 8, 1074 a 34-35).
8iâ<|>opos, Karà tÔ Suvàpei Kaî to èvepyEia TrapayiyveTai,
ttXtjv ei8î)TiKov ti 8iâ4>opov èiri TauTrjs oùSèv irpooTiOe-
Tai. nXrjv TaÛTa pèv à^ieiaOw Ta vûv.
’Ekeîvo 8è Xéyw, oti èv ttoXXoîs ÛTroKEipévois Tj <j>ûais
to aÙTO eîSos ÔXov èvèOrjKev to outo 8è£aa0ai TroXXa)(oû 5
à8lâ4>opov. Tî oûv; oùx ETEpov TOÛ ÉTCpOU QTOpOV
aTÔpou ; ’H KaOô pôvov âXXoOi Kai âXXoOi, to aÙTÔ Sè
ôpws to eîSos, ws eî tis à«j>éXoi tt]v ûXt]v, èv âv to ÔXov
eîSos è«j>àv6r). Oùk âpa eTepov Karà to ciSos ' oùk âpa
èTepÔTTJTl ETEpov, ElTTEp ÛXt), EîSos yàp Kai T) ÊTEpÔTTfS- ’H 10
àpiOpw, <}>aaiv, ETEpov. ’AXXà Kai ô àpiOpôg eîSos ti Kai
à8iâ<|>opos ÊKaTÉpwOi, Kai r, | ÉTSpôrqs âpa à8iâ<|>opos
tûv Sûo povâSwv.
Dûs oùv to pèv ÔXov eîSos Karà ttôvtwv KaTrjyopeÎTai,
to Sè 2<0KpaTous oÙkÉti; ’H où KaOô eîSos à-neoTévuTai, 15
àXXà KaOô ri ' âvOpwrros pèv yàp ôpoiws kotô ttjv toû
eîSous ô XéyeTai eîvai ûirôoTaaiv, tw Sè Tivi Kai tw
KaOôXou Sià«f>opov. Tô oùv tI irpôs to ti à8ià<J>opov ‘ tÎ
yàp éKÔTepov ' ouk âpa CTepos 2wKpaTr)s flXaTWvos,
nàvTa yàp àvTiaTpo<|>a Kai tô aura àiroSiSoTai. Atà ri Sè 20
èvôs Ôvtos toû àvOpwnou to pèv KaOôXou èari, rà Sè
10-11 cf. Arist., Met. A6, 1016b32; A 8, 1074a31-35 || 14-
15=Arist., Met. A 8, 1074 a 34-35.
2 TaÛTTjç] -ttqç in ras. Ax || 5 fort. SéÇaaOai <8wap.é-voiç> uel sim.
universel, de l’autre, ce qui est individuel? Car, ce n’est
pas sans raison que le premier a participé de la forme
totale, le second du singulier ou de l’individuel, quel
qu’il puisse être. Il faut dire qu’il y a, d’un côté, la
raison universelle1, dont procède dans les individus une
certaine participation commune à tous, ce que nous
appelons la forme commune à leur pluralité, forme qui
est prédiquée de tous ensemble, en tant qu’elle est prise
comme commune ; de l’autre côté, il y a la forme qui est
en chacun des individus : chacune est identique par le
fait qu’elle est commune et qu’elle appartient à chacun,
par la propriété et par la nature totale et toute nature
de la forme (car il n’y a rien de spécifié qui ne se trouve
en tous les individus et en chacun) ; et la même forme
qui est en tous par son hypostase s’est partagée et s’est
écartée d’elle-inême en se dispersant dans la division2,
de même que le corps s’est étendu à partir de lui-même
dans une certaine masse continue, bien qu’il soit,
comme forme, partout identique sans différence.
Car la nature en procédant des premiers degrés aux
derniers semble avoir parcouru la [distance] diamétrale3
et être parvenue d’un opposé à l’autre. Ce fait est
évident en maintes occasions, et il se produit dans ce
dont nous venons de parler. En effet, chaque forme,
prise absolument, est unique, car il ne peut pas y avoir
deux premiers, comme le montre Platon4; tandis
qu’aux derniers degrés [de la procession] les individus
dans leur pluralité sont la même chose et forment une
pluralité d’images du même un, lesquelles ne présentent
aucune différence selon la forme, bien qu’elles soient
cependant plusieurs, attendu que la forme, dans son
unité, engendre en beaucoup d’endroits les mêmes
[images]. Et peut-être la génération est-elle de deux
sortes, l’une selon les différences spécificatrices des
formes communes, l’autre selon les dispersions sans
différence de ces mêmes formes, soit selon le continu,
crropov; Où yàp paTT)v to pèv toû oXou peTÈaxev, tÔ Sè
toû tivos rj toû ÔTÔpou, ô ti ttotÈ Èotiv. "H pqTÈov ws ô
pèv Xôyos KaOôXou, à<|>’ où tis Èv toîs œropois koivt) Trâai
pÈ0e£is, o KaXoûpev to èv toîs iroXXoîs koivov eîSos, ô
ttÔvtwv ôpoû KaTTfyopeÎTai ws koivov Xapgavôpcvov ' to 5
8è Èv ÈkÔotw twv ÔTÔpwv to oÙtÔ pèv TW tc koivw Kaî TW
ÎKaarou CKaaTov, tt) yc Î8i6tt]ti Kaî tt] ôXp Kaî ttÔctt]
4>ûaei toû eïSous (oùSèv yàp ô pr] iravTaxoû Kai Èv
ÈKÔaTW eîSrjTiKÔv), to aÙTÔ Sè ôv kotô wâvTa tt)
ÛTToaTÔaei pepèpiaTai Kai 8iÈott)kcv aÙTÔ à<j>’ ÈauToû 10
SieairaapÈvov eis Siopiapôv, waircp to awpa SiÈott]
à«j>’ èauroû cis ôyKov Tivà auvcx'H, koitoi ws eîSos
iravTaxoû to aùrô ôv à8iô<|>opov.
"Eoikc yàp t| <)>ùais àirô twv irpwrwv eis Ta êa/aia
irpoeXOoûaa ttjv SiapÈTpi)Tov 8ieÇeXr]Xu0évai, Kai ôirô 15
toû ÈvavTioti eis tô ÈvavTiov Karr]VTT]KÈvai. lloXXaxf) PÈv
toûto SijXoÛTai, Kai Èv toîs eipqpèvois Sè aÙTÔ aupgaivei.
Tô pèv yàp ÔttXws ckootov eîSos ev pôvov ÈaTi, 8ùo yàp
eîvai trpWTa àSûvaTOv, ws SeiKVuai DXÔtwv • Ètt’ ÈaxaTois
8È TÔ ÔTOpâ ÈaTi TroXXà tÔ oÙto Kai èvôs toû aùroû 20
TToXXai eÎKÔves oùSèv kotô tÔ eîSos 8ia<|>Èpouaai, iroXXai
Sè ôpws, erre toû èvôs eïSous yovipou ôvtos -noXXaxoû
twv aÙTWV. Kai pT|TTOTe Sittt) tj yÈwrjais, tj pèv kotô tÔs
eiSoTTOioùs 8ia<|>opàs twv koivwv eiSwv, tj Sè kotô tous
à8ia4>ôpous twv aÙTWV aKeSaapoùs, t)toi kotô auvé- 25
18-19 cf. Parm. 148e7-149a2.
15 8ia(2ETpï)Tov, mg. uirg. cens. A (SiàpiETpov coni. Ruelle).
comme dans le cas des corps et des qualités, soit selon le
discontinu, comme dans le cas des monades, des
hommes, des chevaux et des espèces semblables. Or,
cette dernière génération sans différence qui est celle de
la pluralité des individus, ce ne sont pas seulement les
formes spécialissimes qui la subissent ou la produisent,
mais encore toutes les différences incluses en celles-ci et
les genres que l’on voit avec elles. Il y a, en effet,
<en> moi un certain indivisible vivant, rationnel et
mortel : il est évident que la génération de ces choses
aussi est sans différence, c’est-à-dire non divisée par des
différences. Et il y a beaucoup de choses qui subissent
[ou produisent] toutes le même mode de génération, par
exemple, les genres de l’être et toute nature qui procède
jusqu’aux individus; or, toute nature spécifiée procède
(on devra examiner plus tard au sujet des principes
antérieurs s’ils accomplissent quelque procession, et, au
sujet de ceux qui paraissent procéder, comment ils
accomplissent leur procession1).
Voilà donc ce que nous disions en commençant2, que
les formes spécialissimes ne sont pas, à titre d’éléments,
dans les individus, comme les genres le sont en celles-ci,
mais elles sont les touts eux-mêmes que sont les
élémentés, car elles se sont montrées identiques en de
nombreux endroits, de même que le mélange propre à
un seul corps, mélange qui est l’élémenté, se trouve tout
entier et dans cette partie-ci et dans cette partie-là, [tel
est] le composé des quatre éléments qui se sont étendus
en de nombreux endroits. Sur ce sujet, je ne sais s’il
conviendrait d’en dire davantage.
1. La discussion sur les processions (R. I, p. 220.23-281.21)
constituera la première partie du volume III de cette édition.
2. Cf. supra, p. 192.4-8.
XEiav, ws èni awpaTwv Kaî rroiOTr|TWV, tj Karà Siopiapôv,
ws èiri povâSwv Kai àvOpwrrwv Kai Îttttwv Kai twv
toioÙtwv eiSwv. llâaxÉi 8è rj rroieî ttjv à8iâ<f>opov toÙttjv
yévvrjaiv twv ttoXXwv àrôpwv où pôva rà eîSiKWTaTa twv
eiSwv, àXXà Kai ai 8ia<J>opal ocrai èv toÙtois, Kai Ta aùv g
aurais opwpeva yévrj. “Eoti yàp <èv)> èpoi àrapôv ti Çwov
Kai XoyiKOV Kai 0vt)tov, Kai SrjXov oti Kai toÙtwv t|
yèvvrjais à8iâ<f>opos, toûto Sè èaTiv ârapos 8ia<J>opaîs.
llâaxei Sè Kai ttoXXô | TrâvTa to aùra, oîov Kai Ta yévr)
toû Ôvtos Kai rrâaa <j>ùais ôarj rrpôeiaiv âxpi twv 10
àrapwv ’ TTpôeioi Sè rrâaa eÎSt^tikt) (aKeirréov Sè elaaûOis
TTEpi twv TrpeaÇuTÉpwv àpxwv, ei rroieÎTai Tiva rrpôoSov,
Kaî TTEpî TWV TTpoïèvai SoKoÙvTWV, OTTWS TTOlEÎTai TT|V
npôoSov).
”0 8r] ouv è£ àpxns èXéyopEV, oÙk Ëotiv ws aToixEÎa èv 15
TOÎS ÔTOpOlS Ta EÎSlKWTaTa TWV EiSwv, WCTTTEp èv TOUTOIS
Ta yèvr], àXXà Ta oXa aÙTa Ta aToiXEiWTa, rroXXaxoû tô
aÙTa àva<|*avèvTa, wairep to toû èvôs awpaTOS Kpâpa
aToixEiWTÔv ye ôv Kai èv twSé èan tw pèpEi Kai èv tw8e
ÔXov, to èK twv Tfiaaâpwv otoixeiwv aùyKpipa noXXaxoû 20
SiaaTavTWV. Depl pèv Br) toutwv oÙk oiSa eî ti rrXèov
à£iov àTTopi)KÙveiv.
ll-14 = infra, R. I, p. 220.23-284.21.
6 êv addidi || 17 rà2 del.? || 20 8 A.
[3.4. Hetour au stalul des éléments]
En revenant à l’aporie initiale1, voyons si les
éléments ne sont pas, par l’hypostase, et en tant
qu’éléments, inférieurs à l’élémenté, et s’ils ne lui sont
pas supérieurs par la nature de leur propriété. Par
exemple, le vivant, antérieurement à l’homme, est
commun et universel, tandis que, dans l’homme, il est
un élément de ce dernier et plus particulier que lui ; n’en
va-t-il pas de même aussi dans tous les cas? On répond
que certains éléments ne présubsistent pas; par exem-
ple, on ne saurait supposer les éléments du monde
antérieurs au monde, ni non plus les éléments de la
première substance antérieurs à elle, car, première,
celle-ci l’est probablement en sa qualité d’élémenté. Et
peut-être n’est-il pas possible que présubsistent les
éléments d’aucun autre élémenté premier ; car même les
éléments propres à la vie ne sauraient être antérieurs à
la vie première, ni ceux qui sont propres à l’intellect
comme tel ne sauraient l’être à l’intellect premier, ni les
éléments psychiques à l’âme première. Or, une fois
projetés, les éléments universels de chaque totalité se
partagent ensuite en ceux qui sont plus particuliers ; et
des totalités toujours en train de se diviser ils devien-
nent les éléments plus appropriés, et plus particuliers
que leur totalité propre ; de même les parties et, encore,
les formes se restreignent par rapport à leur monade et
à leur totalité propres ; ainsi donc, les éléments aussi
sont plus particuliers que leur substance propre, que
nous posons comme le composé des éléments. C’est
pourquoi, il semble que dans ces totalités présubsistent
les caractères propres des natures, et non pas les
éléments eux-mêmes; ces caractères appartiennent, en
effet, à un même genre et sont d'une certaine manière
synonymes2, car humains sont les éléments de l’homme,
chevalins ceux du cheval; il en est de même pour les
I. Cf. supra, p. 180.12-181.3.
2. Ewœwpa, cf. n. 4 de la p. 108.26.
(88) ’E-rri 8è tt)v èÇ âpxfjs àtropiav àvaSpapôvTcs iSwpev ei
pT) Ta aTOixeîa tt] pèv ù-noaTâaci KaTaSeèaTCpa toû
aToixeiUToû èaTi, Kai aTOixeîa, rf) 8è <j>ùaei ttjs
iSiOTtjTOS ûnèpTepa. Oîov to Çwov Trpô pèv toû àvOpw-rrou
koivov Te Kai ôXikov, èv 8è tw àvOpwnw aToixeîov aÙToû 5
Kai pepiKWTCpov ' âpa oûv outw ye Kai èiri ttÔvtwv ; ’H
ëvià ye où TrpoÜTràpxei, oîov Ta toû KÔapou aTOixeîa Trpô
TOÛ KÔapou OÙK âv TIS UTToOoÎtO oùSè Ta TTJS TTpWTT]s
oùaias, TTpWTT] yàp îaws èKeivr) aToixeiWTÔv. Taxa 8è
où8è aXXou où8evàs npwTou otoixeiwtoÛ TrpoÜTrapxeiv 10
SuvaTÔv Ta aTOixeîa • où8è yàp Çwqs tî)s TTpWTT]s Ta ye
£wr)s î8ia aTOixeîa, où8è voû toû irpwTou to ye ws voû,
où8è i|iuxt)S ttjs TrpwTtjs Ta ipuxiKa twv aToixeîwv oÙk âv
eiT, TrpÔTepa. FlpoÇXïjOévTa 8è Ta twv ôXorqTwv CKaaTWV
oXa aTOixeîa êmpepîÇeTai Xoittov èv toîs pepiKWTepois, 15
Kai yiyveTai twv âei pepiÇopévwv ôXorqTWV iSiaiTepa Ta
aTOixeîa Kai ttjs oûteias ÔXott]tos pepiKWTepa, wairep Kai
Ta pèpr) Kai cti tÙ eî8r) iTpôs ttjv oikciov povâôa Kai ttjv
ôXÔTT]Ta àtroaTtvoÛTai ' oûtws âpa Kai Ta aTOixeîa ttjs
oiKcias oùaias, T]v ws aùyKpipa TiOèpeOa twv aTOixciwv. 20
"O0ev èiri toûtwv Sokcî TTpoü'nâpxeiv Ta iSiwpaTa twv
<f>ûacwv, où pcvTOi aura Ta aTOixeîa * TaÛTa pèv yàp
ôpoycvT) Kai TpôiTov Tivà auvwvupa, àvGpwmva yàp Ta
àvOpWTTou aTOixeîa, Kai rrrrreia Ta toû Ïttttou, Kai
10 itpwTou scripsi : itpà toû A || 12 ISia- A.
éléments du corps et de l’âme, pareillement pour ceux
du soleil et de la lune, et pour d’autres encore, à savoir
les éléments communs du ciel, car ils sont célestes, et
ceux du monde entier, car ils sont cosmiques.
Les éléments sont donc toujours spécifiés par le
caractère de l’élémenté ; en effet, les formes le sont par
le caractère de leur monade propre, car nous parlons de
formes intellectives, de formes psychiques et de formes
encosmiques. C’est pourquoi il faut penser également
que les éléments de la vie sont capables de vivre et
qu’ils vivent selon la participation de la nature qui les
projette ; ou plutôt que les éléments de la vie sont, on le
sait, pluralité selon la subsistence, mais que ce qui est
de forme unique est l’élémenté lui-même, et que
l’ensemble des deux est la vie. C’est ainsi du moins que
les parties forment un tout selon la subsistence, parce
qu’elles sont parties du tout et contribuent à la
subsistence du tout ; car c’est ainsi encore que contribue
à la réalisation de la monade de chaque nombre la
pluralité des monades qui sont en lui, aussi n’est-ce pas
seulement l’un de la triade qui est triade, mais encore la
pluralité des trois monades. Par conséquent, dans la
substance également, il est vrai de dire que les éléments
sont substantialisés selon la subsistence de la substance,
parce qu’ils en naissent et qu’ils la composent de la
façon plusieurs fois exposée1. Il ne faut donc pas
déclarer, comme on le fait souvent par habitude, que
<les> éléments de la substance sont unitaires, et que,
contribuant à la constitution de la substance, ils
deviennent substantiels ; ils sont, en effet, seconds par
rapport à la substance comme propriété de forme
unique, et ils en sont la pluralité substantialisée, en tant
qu’ils sont le pluriflé même de la substance. Et, si les
mêmes éléments se trouvent d’une autre manière dans
l’un2, ceux-là aussi seront éléments de l’un ; en effet,
1. La substance, dans son autoconstitution, produit ses propres
éléments en se produisant elle-même, cf. par ex. supra, p. 45.5-12;
p. 182.7-9; vol. I, p. 36.7, n. 2.
2. Il s’agit ici de l’un qui se contredistingue de la substance.
awpaTOS Kai ôpoiws 8è Kai tq rjXiou Kaî aeXi^vqs,
âXXa 8è Ta Koivà toû oùpavoû, oùpâvia yâp, âXXa 8è toû
ôXou KÔapou, KoapiKa yâp.
EîSoiToieÎTai ouv àei Ta aTOixeîa tw | toû aToix«WToû
XapaKTTjpi • Kai yàp tù €Î8t) tw tt)s oÎKCÎaç povàSos, 5
4>apèv yàp eïSî) voepà Kaî eï8i) ipu^iKa Kai eïSî) èyKÔapia.
△là XPP oïeaOai Kai rà tt)s Çwrjs aTOixeîa Çwtikô tc eîvai
Kai £qv Karà péOegiv ttjs TTpogaXXopévqs aura <|>ûaews •
pâXXov 8è KaO* ûirap^iv TrXTjOos ^v to aTOixeîa aùrfjs, to
8è povoeiSès aÙTÔ otoix^kotov, £wr) 8è to auvap<|>oTepov. 10
Outw yoûv Kai Ta pépï] ôXoÛTai KaO* unap^iv, oti toû
ôXou pépr] è<rri Kai TcXeî eis ttjv toû ÔXou ûnap^iv • outw
yàp Kai eis tt)v povâSa tKaarou àpiOpoû TeXeî twv èv
aÙTW povâSwv to ttXt)9os> 8iô Tpiàs èaTiv où to êv pôvov
tt)s TpiâSos, àXXà Kai to nXrjOos twv Tpiwv povâSwv. 15
"Ootc Kai èni tt)s oùaias àX-qOès eiweîv Ta OTOix«îa
oùaiwaQai kotÙ ttjv uirap^iv tt)s oùaîas, are Kai
âw’ aùrfjs eK<|>uôpeva Kai aÙTTjv aupirXifpoûvTa tov
eîpppévov TpÔTTOV ttoXXÔkis. OÙk âpa XeKTeov, ws
TToXXaxf] Xéyeiv eiwGapev, Ôti éviaîa <Ta> OTOixeîa tt)s 20
oùaîas > TeXoûvTa 8è eis oùaiav oùaiwôq yiyveTai’
SeÙTepâ Te yàp tt)s oùaias ws povoeiSoûs Î8iÔtt]tos, Kaî
trXTjOos aÙTTjs èaTiv oùaiwpévov, Ôtc Ôvto aÙTÔ to
neTrX'qOuapevov tt)s oùaias. Ei 8è Ta aÙTÔ âXXov Tpôirov
10 fort, au ro || 20 rà addidi.
l’un qui chevauche la substance est pour ainsi dire la
substance unitaire et l’élémenté unitaire auquel appar-
tiennent les éléments unitaires1, de même que ceux de
l’intellect sont anticipés dans l’intellect unitaire2.
Eh bien donc, reprenons la question, la propriété des
éléments est-elle anticipée par rapport à leur hypo-
stase ? Pour nous exprimer de la manière la plus exacte,
dans les dieux est anticipé tout ce qui se trouve dans
les substances qui leur sont suspendues ; cependant
l’aporie ne portait pas sur une telle anticipation, mais
sur la question de savoir si ce qui se trouve dans les
substances plus particulières est anticipé dans les
substances plus universelles. Comment donc, antérieu-
rement au vivant qui est dans l’homme, y a-t-il le
vivant pur? On fera observer que le «vivant-en-soi»
(autozôon)3 et celui qui est divisé en tant qu’élément
dans la pluralité des espèces ne sont pas la même chose,
pas même par la propriété ; car celui-ci est seulement
propre à ce dont il est élément, et il n’est que vivant
(zôon), quoiqu’il soit spécifié par l’homme, tandis que
celui-là est une nature différente, qui est à la fois la
pluralité de tous les vivants et la diversité des espèces
qui coexistent avec les vivants ; il est, en effet, à la
fois, homme aussi bien que cheval, soleil, lune et tous
les autres vivants. C’est pourquoi de lui aussi procèdent
tous [les vivants], néanmoins on l’appelle vivant à
partir du vivant qui a la nature d’un élément, parce
que même la vie qui est tous les vivants tire cependant
son nom d’une propriété unique, celle de bouillonner4 ;
car, en vérité, on a souvent dit que les noms appar-
tiennent à ce qui est déterminé et divisé, surtout aux
propriétés®, mais déjà aux hypostases spécifiées elles-
mêmes dans leur totalité, et à partir d’elles, selon
1-3. Voir Noies complémentaires, p. 281.
4. Cf. supra, p. 144.26, n. 3.
5. Cf. supra, p. 59.15-60.6; p. 188.8-9.
êv tw èvi û<|>éaTT]K€v, eit) âv Kaî EKEÎva aTOixcîa toû èvôs '
to yàp ttjs oùaias êv ÈTTiÇaTEÛov oîov oùaia èaTiv èviaia,
Kai aToixeiUTOv éviaîov où tÔ éviaîa otoixeÎÔ èaTiv,
warrsp îà toû voû irpoeiX^iTTai èv tw èviaiw vw.
OÙkoûv ttôXiv tj Î8iott]s tûv otoixeÎwv TTpoEÎXT)TTTai 5
ttjs ÙTToaTaaeios ; "H outw pèv àXT)ÔÉaTaTov <f>âvai, TrâvTa
èv toîs Ûeoîs rrpo€iXT)<|>9ai ôaa èv Tais è£t)ppÈvais
oùaiais ' oÙk ^v SÈ r, àiropia TTEpi ri) s ToiaÙTTjs
irpoX'qipEWS, àXX’ ei ti Èv Taîs pEpiKWTÉpais oùaiais ôv
TTpOEiXrjTTTai Èv Taîs ÔXlKWTÈpaiS. Dûs oùv TTpÔ TOÛ Èv 10
àvOpWTTW £ÛOU ÈotÎ TO ÔttXÛS £ûov; "H OTI OÙK EOTI
TaÙTOV OÙSÈ TT) iSlÔTTJTl TO TE aÙToÇwOV Kaî TO WS
otoixeÎov pEpEpiapèvov Èv toîs ttoXXoîs eÏSeoiv ' toûto
pèv yàp ÈkeÎvou pôvov ÎSiov, où ÈaTi otoixeÎov, Kai pôvov
£ÛOV, El Kai TW àvOpWTTW EÎSoTTOlEÎTai, Èkeîvo SÈ <|>ùais 15
âXXt), rràvTa oùaa ôpoû Ta te £wa tÔ ttoXXÙ. Kai îà
auvôvTa toîs £ûois eï8t) iravToîa ' âvflpwrros yàp ôpoû
Kai Îttttos Kai tjXios Kai oeXt|VT] Kai ôaa âXXa Èoti. Aiô
Kai àn aÙToû Ta TrâvTa rrpÔEiaiv, koXeÎtoi Sè ôpws £ûov
àrrô toû otoixeiw8ous, oti Kai ‘q £wr) rràvTa oùaa àrrô 20
piâs ôpws Î8iÔtt)tos ôvopâ^ETai rr)s Çsoùaqs ' fiîpTjTai
yàp St) ttoXXÔkis oti Ta ôvôpaTa twv SiwpiapÈvwv ÈotÎ
Kai pEpspiapèvwv, pâXiaTa pèv twv iSiOTi)TWV, t]8t) Sè Kai
oÙtwv ôXwv | twv eî8t)tikwv ÙTToaTaaEwv, ÔttÔ Sè toutwv
kotô àvaXoyiav Kai twv pEpwv, Evra oùv rroppWTÈpw Kai 25
4 èvialcp vû scripsi : èvi aiaraui A || 12 xai s.u. A* || 25 ouv scripsi :
ou A.
l’analogie, aux parties également, ensuite donc, de
façon plus éloignée, même aux éléments. Toutefois, on
ne peut pas mettre un nom sur les enveloppements uni-
versels ; en effet, que pourrait être un nom parfait et tel
que, porteur de tout, il convienne à un monde complet?
Car, si le monde (kosmos) a tiré son nom d’un caractère
unique, celui d’être ordonné (kékosménon), la vie (zôè)
a tiré le sien du fait de bouillonner (zein) et de jaillir
(anazein) dans la distinction ; néanmoins, elle est toutes
choses, de sorte que le vivant (zôon) a aussi tiré son
nom du fait qu’il participe de la vie (zoè) et d’un
certain bouillonnement (zésis), en tant que le vivant
s’est mis également en mouvement1 vers le désir et la
sensation. Par conséquent, le vivant de là-haut n’est
pas le vivant que nous disons élément dans l’homme;
car ce dernier vivant est seulement la propriété
consubstantialisée avec l’homme ; en effet, l’homme,
c’est-à-dire la pure forme de l’homme et l’homme
premier, est à la fois tous les hommes qui sont
déterminés selon une forme plus particulière. Par
conséquent, l’homme qui, dans l’homme terrestre, est
contenu à titre d’élément, ne saurait appartenir à cette
haute nature, mais il est seulement une propriété dont
l’homme (anlhrôpos) premier a tiré aussi son nom, à
savoir la propriété «d’examiner avec attention ce qu’il
voit» (tês anathrousès a opôpen)2; on fera les mêmes
remarques au sujet encore de tous les autres éléments
que l’on observe dans l’homme terrestre et de tous ceux
qu’on observe dans le purement homme. Car, comme
nous l’avons dit souvent3, chaque chose produit avec
soi ses propres éléments, qui ont un même rang et une
même forme.
Comment donc les éléments d’une chose inférieure
pourraient-ils être de même nature que ceux d’une
autre supérieure, puisqu’il n’est pas vrai de dire cela de
deux hypostases de même rang? Car même les éléments
de ton corps et du mien ne sont pas identiques selon la
forme ; et si ceux-là [ne le sont pas], pour la raison qu’ils
1-2. Voir Noies complémentaires, p. 281.
3. Cf. supra, p. 197.4-19, n. 1.
tûv aTOixciwv. Taîs Sè ôXais nepioxaîs ouk èniKciTai
ôvopa ' ti yàp âv eïr] navTcXès ôvopa Kaî oîov nàp<J>opov
KÔapw ôXw npenûSes î Ei yàp Kaî ô KÔapos à<J>’ èvôs
wvôpaarai xaPaKTTP°S> toû KeKoaprjpévou, Kai r| Çwt)
toivuv àno toû Çeîv tc Kaî àvaÇeîv eîs SiaKpiaiv, navra Sè 5
ôpws èaTiv, wotc Kai to £ûov àno toû perèxeiv £wf)s tc
Kai ^êaews tivos, oti Kaî toûto napaKCKivi)Tai eis ôpe^iv
tc Kai aîaOrjaiv. Ouk âpa ckcîvo to Çûôv èanv ô êv
àvOpwnw otoixcîov Xéyopev • ëan yàp toûto pôvov r]
ÎSiÔtt]S tw àvOpwnw auvouaiwpêvT) * Kaî yàp ô âvOpwnos, 10
to ânXûs eîSos toÛ àvOpwnou Kai ô npÛTos âvOpwnos,
nâvTes eiaiv âpa oi âvOpwnoi ôaoi kot’ eî8ôs eiai
Siwpiapévoi pepiKWTCpov. Ouk âpa ô êv tw x»ovî<P
àvOpwnw âvOpwnos ws otoixcîov auveiX-qppêvos eïî] âv
êKciv-qs ttjs <|>uoews, àXXà pôvov iSiÔTifs à<|>’ ^s «ai 15
ckcÎvos wvôpaoTai, oîov ttjs àvaOpoûcrqs â ônwnev ‘ tô 8è
aÙTÔ Kaî nepi twv âXXwv ôaa tû x®ovitP àvOpwnw
auvOewpeÎTai Kaî ôaa tû ânXûs àvOpwnw. ”0nep yàp
eîprjTai noXXàKis, CKaaTov Ta èauToû aTOixeîa aùv êauTÛ
napàyei ôpoTayrj tc Kai ôpociST). 20
Dûs oùv tô âXXou KaTaSeeaTêpou ôpo<|>uT) yêvoiTO âv
âXXou ùnepTepou, onou yc outc êni Sucîv ôporayûv
ûnoaTàaewv toûto àXifOès eitreîv ; OùSè yàp toû êpoû Kaî
tou aoû awpaTos tÔ aura kot eîSos aTOixeîa ’ ci 8è
16-17 = Crat. 339 c 1-6.
5 Sè del.? || 8 ÈHeïvo f : èxelvaii A || 13 piepixârrepov coni. Ruelle : -oi
A || 21 KaTaSeéarepou (sic) A || 22 oute] immo où8è
sont individuels, néanmoins ceux d’un Syrien et d’un
Libyen ne sont certainement pas les mêmes selon
l’espèce, ni ceux d’un cheval et d’un âne; pourtant les
propriétés restent les mêmes, comme nous le disons à
tout propos1. Ou plutôt, cela est vrai à première vue,
mais les propriétés ne sont pas les mêmes selon une
autre manière de voir qui est plus exacte, celle qui
consiste à se représenter la procession du même avec la
différence et, dans les choses qui diffèrent, à ne pas
laisser sans différence ce qui est commun ; mais
l’intellection affectée par l’illusion précédente, soit à
cause de son éloignement, soit à cause d’une certaine
faiblesse de vue qui est la sienne, se porte, d’une façon
plutôt globale sur ce qui esl dit commun, en s’en
dissimulant les différences de peu d’importance, ou
plutôt même les différences de beaucoup d’importance,
lorsqu’on s’imagine que le vivant est commun au mortel
et à l’immortel, et, ce qui est plus paradoxal, à
l’intellect, et au vivant qui est le mien2, car, en tant que
vivant, dit-on, il est <sans> différence3.
Quoi donc? N’y a-t-il rien de commun? < Répon-
dons que>, si ce qui est commun est une unique et
même chose selon la forme, il ne saurait y avoir rien de
commun entre les choses qui sont différentes selon la
forme ; et que, si l’on dit commun tout ce qui n’est pas
totalement autre, même <les> choses dont les rela-
tions mutuelles ne vont pas jusqu’à une certaine
parenté pourront avoir quelque chose de commun. Eh
bien alors, là où il y a de quelque façon communauté et
parenté, est-ce qu’il y a là unité et identité? Voici,
répondra-t-on, la cause de toutes les erreurs, à savoir
que, si nous entendons le mot «autre», nos pensées se
hâtent de conclure tout de suite à une complète
rupture, et si nous entendons le mot «même», à une
1-2. Voir Noies complémentaires, p. 281-282.
3. C'est la conception du genre aristotélicien du vivant,
abstrait de toutes ses différences, qui se trouve visée ici.
TaÛTa ye, Sioti âropa, àXX’ outi yc ïùpou Kai AiÇuos tq
aîiTa kqt’ eî8os, i) Ïttttou Kaî ôvou ' Kaî pr)v aî Î8iott]T€S
aî aurai, ws <|>apev âvw Te Kaî kotw. *H outw pèv ws îSeîv,
âXi]Gés, âXXov 8è Tponov oùx aÙTaî tov àKpiÇéoTepov,
tov peTa tt)s 8ia4>opâs TT)V irpôoSov toû oÙtoÛ rroioùpe- 5
vov Kaî ouk èwvTa èv toîs 8ia<j>épou<n to koivov
à8iâ<)>opov, àXX’ r) toûto Trâaxouoa vôqais rj 8ià to
rrôppwOev T] Si’ àpÊXuWTrîav Tivà éaurrjs ôXoaxepéoTepov
èmÇâXXei tw koivw Xeyopèvw, Tas irapà piKpôv oÙtoû
8ia<)>opàs ÛTTOKXeiTTopévT), pâXXov Sè Kaî Tas kotô ttoXÙ, 10
Ôtc yc oîeTai to £wov koivov eîvai tw tc Ovtjtw Kaî tw
àOavaTW, Kaî to rrapaSo^ÔTepov, tw tc vw Kaî tw èpw
Çww ' KaOà yàp Çwov, <j>a<nv, <où> 8ievr)voxe. |
Ti ouv ; oùSèv koivov ; eî to koivov èoTi toutov Kaî
êv kotô eîSos, oùSèv âv erq koivov toi s kotô eîSos 15
è^aXXaTTopèvois ' eî Sè koivov ô ti pT) ttÔvtt) âXXo, Kaî
<tÙ> oùSè péxpi ouyyeveîas tivos âXX^Xoïs KoivwvoûvTa
êxoi âv ti koivov. Oùkoûv Kaî ôrrwaoûv koivov Te koî
ouyyevès, TaÙTT) êv Kaî TaÙTÔv; ’H toûto èoTi to nàvTWV
aÏTiov twv kokwv, Ôti oireùSouaiv r|pwv aî vo^aeis eùOùs, 20
èàv pèv êrepov ÔKoùawpev, eîs TravreXt) Siaairaapôv, èàv
13 <paatv, où scripsi : <paal et mg. uirg. cens. A || 14 “H addidi :
mg. uirg. cens. A || 17 Ta addidi.
complète confusion ; je crois que c’est à cause de leur
faiblesse que nos pensées roulent et se jettent avide-
ment sur chacune des formes, car elles ne sont pas
capables de progresser selon les degrés de l’hypostase de
chacune. On ne doit donc rien admettre de commun
dans les choses différentes qui ne soit différent, ni
inversement rien de différent dans les choses identiques
qui ne soit commun ; car il y a quelque intermédiaire
entre le commun et le propre1.
Est-ce donc de cette façon que les propriétés
synonymes2 présubsistent à chacun des éléments?
Répondons qu’elles ne sauraient même pas leur présub-
sister de cette façon ; en effet, c’est dans une certaine
division que les éléments, ainsi que les parties et les
formes, se trouvent les uns par rapport aux autres, et la
division est différente ici, différente là, par exemple la
triade s’est formée de trois monades, la tétrade de
quatre, non pas du tout qu’elle se soit formée de ces
trois-là et d’une autre qui s’est ajoutée à elles, comme il
semble, mais la division des monades de chaque
[nombre] lui est propre, de sorte qu’aux nombres
inférieurs en quantité appartiennent aussi les monades
qui sont plus universelles; car différente est la division
binaire de la forme monadique tout entière, différente
sa division en trois, différente sa division en quatre. Par
conséquent, dans le vivant aussi, différente est sa
distinction binaire, si l’on dit que l’un est rationnel,
l’autre privé de raison ; et si, prenant le vivant
rationnel, qui n’est pas identique au vivant total, on le
subdivise de nouveau, par exemple, en immortel et en
mortel, et si l’on vient à regarder, comme trois éléments
de l’homme, le vivant, le rationnel et le mortel, ceux
qui, au troisième rang, se contredistinguent du mortel,
à savoir le rationnel et le vivant, ne sont plus identiques
aux antérieurs, même pas par la forme, ni l’un ni
l’autre3; or, cette triade des éléments est apparue, pour
Sè Taùrôv, eis navrcX-q oùyxuoiv, oîpai oti Si’ àppwcrriav
èlTIKuXivSoÙpeVal Kai èTTlTp€XOU<7ai TOIÇ cî8«TlV ÉKaaTOLS,
où Suvâpevai kotÙ tù pèrpa rropeùeaOai tt)S èKÔoTwv
UTTOcrrâaecJS- OùSèv oùv koivov èv toîs 8ia<f>ôpois àtro-
Xcitttcov ô pr) Siâtjiopov, où8è au Siâtfiopov èv toîs aùroîs 5
ô pr) koivov ‘ coti yâp ti pcTaÇù koivou tc Kai iSiou.
’Apa ouv outw TTpoÜTrâpx«i twv utoixciwv ckÔotwv Ta
ouvwvupa twv iSiwpÔTWv; "H oùSè toÛtov âv eïr) tov
Tpôtrov ' èv yàp Siaipéaci Tivi rà aroixcîa Kai tô pèp-q Kai
Ta cî8t) trpôs âXXt]Xa Tuyxâvei ovto, âXXt) Sè àXXaxoû 10
Siaîpeais, oîov tj Tpiàs èK povâSwv Tpiwv, t] TCTpàs èK
TCTTapwv, oÜti ye è£ ckcivwv twv Tpiwv Kai âXXt]s aÙTaîs,
ws SokcÎ, TTpooTeOeÎCTTjs, àXX’ î8ios tKaarou twv povâSwv
t) Siaîpeais, ws eîvai twv èXaTTÔvwv àpiOpwv tw troaw Kai
Tas povâSas ôXiKWTepas * tou yàp povaSiKoû ÔXou 15
cïSous âXXt) pèv t) eîs Sùo Siaîpeais, âXXr] Sè tj eîs Tpia,
âXXr) Sè r, eis TCTTapa. "flore Kai toû £wou âXXr) pèv r) eîs
8ùo SiÔKpiais, ei to pèv <J>aîr] tis eîvai XoyiKÔv, to Sè
âXoyov • eî Sè Xa^wv tis to XoyiKÔv Çwov oÙk ôv tw SXw
Çww toÙtÔv SiéXoi rrâXiv, âv outw tÙxoi, tw àOavâ-rw Kai 20
tw 6vt]tw, Kai troiTjoei Tpia OToixeîa àvOpwirou, Çwov,
XoyiKÔv, OvtjTÔv, tù tw 0vt]tw àvTiSiaipoùpeva kotù
TpiTT)v Ta^iv oÙkcti Ta aura oùSè tw cîSci toîs npoTepois,
OUTC <TO> XoyiKÔv, OUTC TÔ ^WOV T| Sè Tpiàs aÛTt] TWV
2 scr. émxvXivSoûvrai xai ÉTOTpé^ovai? an 3 8ûvavrai? || 3 ixérpa
Kopp : pétpia A || 4-5 ànoX^TCTéov, à- in ras. (fort, ex v-) Ax,
correxi || 8 toûtov] -m s.u. A* || 12 aurait; scripsi ; -èv A || 13
npoarsOeî<n;<; scripsi : rtporeOeît;, -ei- in ras., mg. uirg. cens. A || scr.
êxàarou <àpi6pioü> ? || 20 raùrèv scripsi : ùn aùrèv, r supra un ul
uid. A1 || 21 scr. Ttotrjtreie? || 24 rè add. Kopp.
la première fois, dans l'homme, et c’est à partir de lui
que ces éléments se sont distingués d’une certaine façon
comme étant ses éléments propres1.
Quoi donc ? Les éléments qui viennent les seconds ne
sont-ils pas toujours coagrégés dans les premiers, et
ceux qui sont plus particuliers dans ceux qui sont plus
universels, de sorte que les trois éléments de l’homme,
également, sont coagrégés dans le vivant, par exemple ?
On répond que, là-haut, les éléments sont aussi
coagrégés avec leur tout ; car, là-haut, l’homme est
aussi dans la coagrégation ; en effet, toujours les choses
de second rang sont coagrégées dans les choses de
premier rang; préalablement les touts sont coagrégés
dans les touts, les parties le sont avec et dans les touts,
et de manière semblable les éléments, les formes et,
pour parler en général, les pluralités le sont aussi dans
leurs monades propres. C’est de cette façon que la
substance est enveloppée dans l’unifié, étant indifféren-
ciée de sa propre hénade ; car c’est ainsi que là-haut,
l’hénade est aussi enveloppée, étant indifférenciée de la
substance2; par suite, de cette façon, les éléments,
indifférenciés de l’une et de l’autre et eux-mêmes entre
eux, sont rassemblés dans l’unifié; c’est pourquoi ils ne
sont même pas des éléments et ne constituent pas non
plus un élémenté, car il n’y a [là] aucune détermination ;
de cette façon encore, les parties sont anticipées dans
les éléments, mais selon la coagrégaton propre aux
éléments; et pareillement, les formes sont anticipées
dans les parties, mais sans leurs circonscriptions, selon
la division seule. Par conséquent, suivant ce mode, les
éléments du corps cosmique sont coagrégés indivisible-
ment dans la lumière hypercosmique3, quelle que soit la
nature de cette lumière et sa grandeur, et les éléments
du corps humain, en particulier, sont coagrégés dans le
monde sublunaire de manière indifférenciée; car ces
éléments-là qui sont communs à tous les animaux, à
tous les végétaux et à tous les minéraux sont tous
anticipés dans une coagrégation unique, tandis qu’en
aroixeiwv èv àvOpWTTW Tré<f>T)ve irpwrw, Kaî àn’ aùroû
8i€Kpî0t] ni>$ î8ia Ôvto. aùroû.
Ti ouv; où ouvr]pT]Tai àei rà 8euT€pa èv toîs TTpWTOis
Kaî rà pepiKwrepa èv toîs ôXiKwrépois, waTe Kaî rà Tpia
toû àvGpwirou èv tw Çww 4>épe eiweîv ; "H Kaî èKeî perà toû 5
ôXou <7UVT)pr)Tai tô aTOixeîa ’ Kaî èKeî yàp ô âvOpwn’os èv
Tfl auvaipéaei ' àei yàp èv toîs nporèpois rà Seùrepa,
rrporjyoupévws pèv rà | ôXa èv toîs ÔXois, pera 8è twv
ôXwv Kaî èv toutois ™ pèpt), ôpoiws 8è Kaî rà a-roixeîa
Kaî Ta eî8r) Kaî KaOôXou eîireîv Ta nXi^Ôt) èv Taîs oiKeiais 10
povàaiv. Outw 8è Kaî tj oùaia èv tw Tjvwpévw irepiéxeTai,
àSiaKpiTos oùaa tt)s oiKEias èvâSos ' outw yàp èKeî Kaî tj
èvàs TTEpièxCTai àSiÔKpiTOS tt)s oùaîas ' outws âpa Kaî Ta
aTOixeîa eKarépas àSiÔKpiTa Kaî aùrà àXXiqXwv èv èxeivw
auveîXijrrrai, 8iô oùSè aTOixeîa où8è aToixeiwTÔv èxeîva, 15
8iopiapos yàp oùSeis ’ outw 8è Kai Ta pèpr) TrpoeiXrjTrrai
èv toîs aroixeiois, àXXà Karà ttjv aTOixeiwSr) auvaîpc-
aiv • outw Sè Kai rà eï8r] èv toîs pèpeaiv, àXX’ aveu
nepiypa<|>wv, Karà pôvov tov pepiapôv. "Slare toÛtov tov
Tpôrrov Kai tô toû KoapiKoû aTOixeîa awparos âpepîaTWs 20
èv tw ù'nrepKoapiw 4>wti, ô ti Trorè Kaî ôaov èaTiv, Kai 8î)
Ta toû âvGpwneîou aTOixeîa awparos èv tw ûnoaeXi^vw
auvrjpr)Tai KÔapw àSiaKpiTWs ' Koivà yàp èKeîva ttcivtwv
Çwwv tc Kai <|>utwv Kaî perâXXwv èv piâ auvaipéaei irâvra
20 Hoofiixoû] -ix- s.u. A1, mg. uirg. cens.
bas les éléments propres se distinguent en chaque être
comme les éléments de chacun, qui présubsistent en
tant qu’ils sont ceux-ci ; je dis bien en tant qu’ils sont
ceux-ci, parce qu’ils ne présubsistent pas selon cette
distinction ni non plus selon la spécification. De tous,
par suite, on peut dire semblablement et qu’ils ne
présubsistent pas et qu'inversement ils paraissent
présubsister, pour qui regarde de façon plus globale et
selon le mode contracté et plus général de la spécifica-
tion.
[3.5. Procession des éléments, des parties et des formes]
Il faut remarquer, de plus, que les éléments procè-
dent partout avec l’élémenté dans son unité et cosubsis-
tent avec sa subsistence, et que les parties pareillement
coexistent partout avec leur totalité propre, tandis que
les formes, qui ne convergent pas de cette manière vers
leur un propre (car elles se spécifient de façon complète
dans leurs circonscriptions et s’efforcent d’être en elles-
mêmes), ces formes ont réalisé, comme de juste, une
double procession. Elles ont réalisé la première, à la
manière des parties (quand elles reçoivent le rang de
parties), car c’est ainsi que les formes se comportent
dans l’intellect; en effet, elles constituent ensemble son
caractère plurifié, de même que les raisons de l’âme
constituent le caractère polymorphe de l’âme, et que les
raisons de la nature constituent la pluralité de la
nature ; il pourrait donc y avoir aussi, appartenant à la
forme une du corps, une certaine pluralité polychrome
de cette sorte, analogue au caractère pluriforme de la
nature, de l'âme et de l’intellect. Ce sont de telles
formes que nous disions être des parties anhoméomères,
qui, il est vrai, tirent leur nom de la forme tout entière,
car on les dit humaines et chevalines ; de plus1, on
appelle naturelles et psychiques les raisons, non pas
cependant que chaque raison soit âme ou nature, ni non
1. Nous traduisons la conjecture ïn au lieu de 6ri.
TrpociXt]ppèva, kotw Sè tù ïSia SiaKpivcTai èv èKacTüi tù
ckootou èj TaÛTa irpoüirâpxovTa ' Xèyw Sè fj TaÛTa, oti où
kotô tt)v SiaKpunv touttjv oùSè kotà tt)v ciSorroiiav.
nàvTa âpa ôpoiws Kai où rrpoürrâpxei Kai au Sokcî
rrpoürrâpxciv, ôXooxeP«CTT€pôv tc ôpwvn Kai tov 5
ouvjiprjpèvov Kai ôXiKWTcpov Tpôwov Trjs ciSorroiias.
’EmaTrjaai Sè xPH oti tù pèv OTOixcîa cKaaTaxoû tw
otoixciwtw èvi auprrpôeiai Kai tt) èKcivou ùrrâp^ci
auvuTrâpxci, Kai Ta pèpr, ôpoiws tt, oÎkcÎçi ôXôttjti
oÙvcoti iravTaxoû, Ta Sè eîSr] pr] oûtws ouvvcùovTa rrpôs 10
tô èv tô oikcîov, Kai ôXws ciSorroioùpcva Tais ircpiypa-
4>aîs Kai è<}>’ èauTWV airouSâÇovTa eîvai, SiKaiws 8ittt)V
èrroir)aaTO rrpooSov, tt)v pèv ws TÔ pèpr) (otc Kai tt)v
pcpwv àvaSèxcTai tôÇiv), outw yàp èxci èv tw vw tô cïSr),
auprrXrjpoî yàp aÙToû tô TrcTrXrjfiuapèvov, ws oi Xôyoi 15
Ttjs 4/uX'HS t° TroXùpop<j>ov Ttjs 4,uX'Hs> K<1‘ °i T<n$ 4>ûoews
to Trjs <|>ùacws TrXrjOos, cïr) 6’ âv ti Kai toû èvôs toû
awpaTos cïSous toioûtov TrXrjOos TroXùxpwpov àvaXo-
yoûv tw TroXuciScî Trjs 4>ùacws Kai Ttjs '|/uX*j$ K<“ T°û
voû. Tà Sè ToiaÛTa èXèyopcv eîvai pèpr) àvopoiopeprj, 20
-rrapovopaÇôpcva pèv tw 6Xw eïSci, àvOpwrreia yàp Kai
ÎTTTTCia, oti Sè <|>uaiKoi tc oi Xôyoi Kai ipuxiKoi, où prjv
20 = supra, p. 178.24-179.6.
plus que [chaque partie soit] homme ou cheval, par
exemple la tête ou la main ou le pied, bien que ces
parties contribuent à la réalisaton de l’homme tout
entier et de chaque forme dans sa totalité, de sorte que
la partie n’est ni identique au tout ni différente, mais
elle est [l’un et l’autre] à un certain point de vue et
d’une certaine façon, comme l’estime le grand Parméni-
de1. Ainsi donc, celles des formes qui ont une telle
nature existent et procèdent en même temps que [le
tout] qui leur est commun et qui est un, comme le font
les parties et les éléments.
Mais, c’est une autre procession des formes qui se
produit, quand chacune se sépare de manière autonome
du tout et de celles qui sont contredistinguées ; cette
procession paraît appartenir aux formes qui sont plus
parfaites, mais en réalité elle appartient à celles qui
sont plus imparfaites et qui ont relâché leur spiration
commune et leur convergence vers l’un, et les unes vers
les autres ; c’est pouquoi elles ont procédé çà et là
comme elles ont pu. Il est sûr du moins que la raison qui
est dans l’âme, et semblablement la raison qui est dans
la nature, est supérieure à l’homme phénoménal et
individuel, et que la raison de l’âme de l’homme, raison
qui est dans l’âme universelle, est supérieure à sa
substance psychique qui subsiste en elle-même.
Il y a donc aussi une telle procession de formes, qui
ne subsistent pas à la manière d’un essaim, mais qui
sont pour ainsi dire autonomes ; et, puisque la division
titanique2 ne s’est pas complètement emparée d’elles,
même celles-ci ont les unes par rapport aux autres une
certaine coordination qui constitue la figure d’un
chœur, ou d’un camp3, ou pour généraliser d’un certain
monde total, constitué de touts, comme le dit Platon ;
mais il s’agit là de parties et de tout, de sorte qu’il vaut
mieux parler de monade et de nombre qui se déroule à
I. C’est-à-dire le personnage du Parménide de Platon (146 b 2-
c 4).
2-3. Voir Notes complémentaires, p. 283.
CKaoTOS Xôyos 4,UX11 °ù8è <f>ùais, où8è | âvOpanros, où8è
Îttttos, oîov K€<|>aXr) Kaî xe^P iroûs, tcXoûvto 8è ôpws eîs
tov ôXov âvOpwrrov Kai to ôXov cKaarov * ws pqTc TaÙTÔv
eîvai tw ôXw tô pèpos p'qTC CTCpov, àXXà -n-rj Kai ttws, ws
àÇioî nappevi8r]s ô pèyas. Tà pèv oùv TOiaÛTa twv eiôwv 5
âpa tw koivw Kaî èvi Kai coti Kai rrpôciai KaOàrrep tô
pépr] Kai Ta OTOixeîa.
wAXXt] 8è TrpôoSos aùrûv yiyvcTai aÙTOTcXws CKaaTOu
XwpiÇopévou toû tc ÔXou Kai twv âvTiSirjpTjpèvwv,
SoKoûaa pèv aurr) TeXeioTepwv eîvai, kotÔ àXrjOciav 8è 10
oùaa twv KaTaSecaTcpwv Kai Ttjv rrpôs ev Kai rrpôs
âXXrjXa aùprrvoiâv tc Kai aùwcuaiv rrapaXuaàvrwv, 8ia
tc toûto arropâ8r]v ws oîov tc rrpoeXrjXuOÔTWv. 'O yoûv èv
tt) 4'uxfi ^ôyos, ôpoiws 8è Kai ô èv tt, 4>ùaci KpciTTwv èari
toûSc toû 4>aivopévou àvOpwrrou, Kai ô èv tt) ôXiKwrèpçi 15
4/uXîi Xôyos tt)s àvfipwrrou i^X*!5 KpciTTwv èari ttjs
KaO' éauTT)v ù<|>€aTwar]s 4/uXlK^S oùaias.
"Ecttiv oùv Kaî toiÔ8c TrpôoSos cîSwv où kotô apr)vos
Ù4>ccttwtwv, àXX’ oîov auTovôpwv ' èrrciSr) 6è où irâvTT)
TrcpicyèvcTO outwv t) titovikt) SiÔKpiais, £Xel TIV® Ka‘ 20
TaÛTa rrpôs âXXrjXa aùvTa^iv xopoû axrjpa rrXrjpoûaav t)
arpaTOTrèSou r) KaOôXou <|>âvai KÔapou Tivôs ÔXou,
«jjrjaiv, è| ôXwv auvcaTWTOS ’ àXXà toûto pèpr, Kaî ÔXov
èariv, warc âpcivov <|>âvai povâSa Kai àpiOpôv àrrô tt)s
3-5 cf. Parm. 146b2-c4 || 22-23 = Tim. 33a7.
10 TeXeiérepov A, correxi || 17 èaurTjv scripsi : -6v A || 18 TtpéâoSoç
A || 19 8è où] -ù in ras., mg. -8èù- A1.
partir de la monade, de série qui découle de son propre
principe, par dégression des formes, modifiées par leurs
propres différences. C’est de cette façon apparemment
que le monde aussi se comporte, étant un et plusieurs
mondes après l’unique; et, si tous les mondes n’en font
qu’un, c’est comme un chœur qui ne fait qu’un avec son
coryphée.
Nous examinerons, une autre fois encore, comment se
comportent ces formes, lorsque nous traiterons de la
procession tout entière, en recherchant s’il y a ou s’il
n’y a pas une procession des premiers principes. Mais,
pour le moment, concluons que les éléments procèdent
toujours avec la substance, et les uns avec les autres,
que les parties procèdent avec le tout, et les unes avec
les autres, que, parmi les formes, toutes celles qui se
sont produites dans le rang d’éléments ont l’être avec
leur élémenté propre, toutes celles qui se sont produites
dans le rang de parties ont l’être avec le tout, et toutes
celles qui, dans la procession spécifiée, sont venues à
l’être, en tant que formes, par elles-mêmes et en elles-
mêmes, procèdent çà et là en étant autonomes, et de
telle façon que chaque nombre est suspendu à sa
monade propre, celui qui est plus universel <à une
monade plus universelle, et celui qui est plus parti
culier> à une monade plus particulière. Cependant,
même ces formes ne sont pas complètement autonomes,
ni purement distinguées les unes des autres et de leur
propre monade ; en effet, elles participent de la
communauté qui convient à des parties, et la monade
participe de la nature qui convient à un tout; c’est
pourquoi les mêmes formes paraissent être aussi des
parties du monde qui est de forme unique, et cela, selon
leur caractère divisé, tandis que selon l’union totale de
leurs sommets spécifiés qui sont étroitement unis
comme des rayons dans le centre, selon cette union
donc, elles deviennent pour ainsi dire des éléments de
leur unique substance commune.
En reprenant alors depuis le commencement, disons
que les plusieurs, en chaque réalité, sont seulement ou
povàSos èKpqpuôpevov, aeipàv àuà Tqs oÎKcias àpxqs
à-rroppéouaav kotô eiSwv ûtfrcaiv èÇaXXaTTOpévwv Taîs
oiKeiais 8ia<)>opaîs. Outw yàp ïaws Kaî KÔapos <Xel> e‘S
wv Kai iroXXoi perà tov eva' ci Sè Kai oi iràvTCS eïs,
àXX’ warrep x°pôs eis pcTÔ toû Kopu<|>aiou. 5
TaÛTa pèv ouv ôirws «X€l Ka‘ <x«50is èinaK€iJ»ôpc0a, OTav
rrepi Tqs irpoôSou iràaqs rroiwpcOa Xôyov, ttjv twv
irpwTWv àpx<*>v èm^qToûvTCS, «tc èaTiv «tc pq èaTiv. Nûv
Sè ckcîvo auvayàywpcv, ws Ta pèv aTOixeîa perà ttjs
oùaias Kai aùv àXXqXoïs àei Trpôciai, Ta Sè pèpr) perà 10
toû ôXou Kai àXXqXwv, Ta Sè eïSq ôaa pèv èv otoix«wv
tÔÇci yéyovcv, pcTÔ toû oikciou otoixciwtoû, ôaa Sè èv
pcpwv, perà toû ÔXou Kai TaÛTa û<|>caTqKcv, ôaa Sè èv tt)
ciôqnKq irpôoSw ws cïôq ûirèaTT) ko©’ éauTÔ Kai è<|>’ èau-
twv, TaÛTa èaTi tô atropàSqv npoïôvTa aÛTÔvopa, Kai ws 15
âpiOpôs CKaaTos à-rrô rqs oÎKcias povàSos èÇqprqpévos, ô
pèv | ôXiKWTcpos <Kai àrrô ôXiKWTcpas, ô Sè pcptKWTC-
pos} Kai àrrô pcpiKWTcpas. Où pqv iràvTj] aùrôvopa oùSè
TaÛTa, oùSè pôvov SiaKCKpipèva àtr’ àXXqXwv tc Kai rqs
oÎKcias povàSos ' pcTcx« yàp Trjs <*>S pcpwv KOivwvias Kai 20
q povàs Tqs ws ôXou <|>ùacws, ô0ev Tà aùrà Kai pèpq
Sokcî toû KÔapou civai toû povociSoûs, toûto pèv Karà
TÔ pcpcpiapèvov, kotô Sè rqv èvwaiv Trâaav twv ciSqTi-
kwv Kopu<|>wv warrep cùOciwv èv tw KCVTpw aup<|>uopèvwv,
kotô Sè TaÙTqv oîov aTOixeîa yiyvCTai Tqs piâs aÙTWV 25
KOivqs oùaias.
(89) flàXiv toi^vuv^ èÇ àpxqs Xéywpev ws tô îroXXâ
6 = infra, R.I, p. 220.23ss || 27 = supra, p. 174.12-16.
1 scr. <i)> ceipàv? || 6 ênioxe^épeOa coni. Ruelle : -<npe6a A || 9
êxeîvo- A || 17-18 xal àrrà èXtxiüTépaç, ô 8è pepixÛTepoç suppl. coni.
Kopp (qui om. xal) : om., mg. uirg. cens., A || 20 t^ç] -ç ins. Ax || 24
eùOetGxv] eù- in ras., mg. uirg. cens. A || 27 toivuv coni. Ruelle : toi in
fine us. A.
éléments ou parties ou formes ; parmi les formes, les
unes sont unifiées dans une substance spécifiée, ce sont
celles que nous appelons aussi éléments spécifiés ;
d’autres sont vues dans une certaine division, ce sont
celles que nous appelons parties spécifiées ; par exemple,
le premier nom peut s’appliquer aux quatre éléments de
notre corps, le deuxième à ses parties et à celles qui sont
homéomères (car celles-ci sont [non seulement] des
parties, [mais encore] des parties spécifiées, quoiqu’elles
aient la même forme complètement divisée), et avec
plus de convenance encore à ses parties anhoméomères ;
d’autres formes enfin [subsistent] chacune en elle-même,
comme un homme et un autre homme, le soleil et la
lune. Et si encore d’après leur troisième degré d’abaisse-
ment, ces dernières formes justement sont prises comme
divisées en trois, selon leurs sommets se laisse concevoir
leur nature d’éléments, selon leur action d’accomplir
leur un propre et de converger vers lui, elles se
comportent comme tout et parties, enfin selon la
circonscription isolée et originale de chacune, elles
apparaissent comme un nombre qui procède d’une
monade, comme une série de son principe, et comme
l’accomplissement d’un [tout] autonome qui se compose
de [touts] autonomes, et rien ne procède plus loin. Car le
fait de procéder plus loin serait une complète disloca-
tion de toutes choses en dehors de tout lien de parenté
et dans une dissémination totale, dislocation dans
laquelle surviendrait aussi un désordre [total] parce que
rien ne serait ordonné vers l’un ; or, cet état se produit,
sans doute, de quelque manière, dans le tout, et, de
nouveau, il retourne néanmoins à l’un et se coordonne
avec lui.
Mais différons, pour le moment, la discussion sur les
processions, comme je l’ai déjà dit ; de même, en effet, il
faut différer jusqu’à celte discussion la question de
savoir si chaque pluralité est de deux sortes : par
exemple, dans le cas des formes, la pluralité qui ne fait
qu’un avec l’intellect et qui est, pour ainsi dire, la
pluralité de l’intellect, et la pluralité des intellects qui
ÉKaaTa/oû T) OTOix«îâ èaTi pôvov t) péprj f) eïSt] ' twv
eiSwv tq pèv rjvwpèva eîs oùaiav ci8i)TiKT)v, â Kai aroixeîa
KaXoûpev eiSrjTiKà’ tô Sè èv pepiapw Gewpoùpcva, âtrep
pèpr) eiSrjTiKà Xèyopev, oîov to pèv trpwTOv ws èiri twv
TeTTapwv aTOixciwv toû T)perépou awparos, tô Sè 8cÛtc- 5
pov ws èrri twv pcpwv auTOÛ, Kai twv ôpoiopepwv (pèpr)
yàp Kai TaÛTa Kai ei&rjTiKa, ei Kai toÙtÔv eîSos èxovTa
pepepiapèvov) Kai en pâXXov èiri twv àvopoiopepwv ' tô
Sè è<J>’ èauTwv eKaaTa ws âvOpwrros Kai âXXos âvGpwtros
Kai rjXios Kai aeX^vt). Kotà Sè au TpiTrjv àtroaraaiv 10
toûtwv ye auTwv Tpixf) Xapgavopèvwv, kotô pèv Tas
Kopu<|>às r) aToix«iw8r)s voeÎTai <|>ûais, kotô Sè ttjv èvôs
auptrXrjpwaiv Kai ttjv trpàs toûto aûvveuaiv ôXov Kai
pèpr}, kotô Sè ttjv à<|>eipèvr]v ÉKOarou Trepiypa<|>T|V iSiô-
rpotrov, ws àïrô povâSos àpiOpôs, Kai acipà âtr’ àpxrjs, 15
Kai aupirXtjpwais aÙTOTeXoûs èÇ aÙTOTeXwv àva<J>aiverai,
Kai èiri trXéov oùSèv rrpôeiaiv. Tô yàp èiri trXéov ^v
iravTeXr]S trâvTWV Siaarraapàs àaûp<|>uXos Kai rràvTT]
Sieppippèvos, èv w Kai ÔTa^ia aupêrjaeTai p-r) rrpôs ev
trâvTwv TCTaypèvwv ' toûto Sè tô rrâGos èyyiverai pèv 20
trou tw travri, trâXiv Sè ôpws ei$ èv èrravâyeTai Kai
auvTÔTTCTai trpàs to èv.
’AXX’ ô pèv irepi trpoôSwv Xôyos, ôtrep ê<|>T)v trpÔTepov,
àvaSeSXi^aGw Ta vûv, ètrci Kai èKeîvo àvaSXtjTèov eis
èKeîvov tôv Xôyov, ei 8ittôv èaTiv ÏKaaTov irXT]6os ' oîov 25
twv eiSwv TÔ pèv aup<|>uès tw vw Kai ws trXrjGos toû voû,
23 = supra, p. 195.11-14; p. 205.6-8 || 24 = infra, R. I,
p. 220.23 ss.
5 8 A || 5-6 f A || 11 Xapëavopévtüv] -vœ- s.u. A1 || 24 àva -— pXïjréov
(—in ras.) A.
viennent après l’intellect unique1 ; car, dans le cas des
âmes aussi, autre est la pluralité des âmes qui viennent
après l’âme unique, et autre la pluralité des raisons
psychiques dans l’âme unique, pluralité à laquelle nous
dirons qu’est analogue celle des formes qui se divisent à
l’intérieur de l’intellect; et, de la même manière, il
faudra chercher encore, dans le cas des parties et dans le
cas des éléments, si se constituent la pluralité interne et
la pluralité externe. Pour le moment, laissons ces
questions de côté2.
[3.6. Des plusieurs purs et de l’un pur]
Puisque les plusieurs sont dits soit comme éléments,
soit comme parties, soit comme formes, il est évident
que ce n’est pas la même chose pour eux que d’être
plusieurs, et d’être formes ou parties ou éléments.
Chacun de ces derniers [groupes] est, en effet, une
pluralité définie et une pluralité ayant telle qualité ;
tandis que ce qui en soi n’est que pluralité, c’est-à-dire
les plusieurs purs, que peuvent-ils être, à quoi appar-
tiennent ils et où sont-ils?
Eh bien, ils sont avant les plusieurs divisés en trois et
avant ces trois pluralités, de sorte qu’ils sont aussi
avant les éléments, et donc avant l’élémenté ; car celui-
ci ne fait qu’un avec ses cléments et il est de même rang
qu’eux.
A quelle chose appartiennent donc les plusieurs
[purs]? De la même façon qu’on voit les éléments
appartenir à l’élémenté, à quoi les plusieurs [purs]
appartiennent-ils? On répond qu’ils appartienent à
l’un, de même que les parties appartiennent au tout;
car l’un n’est pas entendu comme quelque chose qui fait
partie des plusieurs, mais comme ce qui est antérieur
aux plusieurs, comme la monade des plusieurs et l’un
qui est le tout. Les plusieurs sont donc le tout de l’un3,
car ils contribuent, eux aussi, à l’hypostase d’un tel un,
tô Sè tûv ttoXXûv véuv perà tov êva voûv • koî yàp tûv
ipuxûv âXXo nXrjOos tûv perà ttjv piav «|’uXT)v, KQ* âXXo
tô èv Ttj pi<j tûv 4/uXikÛv Xôywv nXrjOos, û àvaXoycîv
èpoûpcv to tûv eioù) toû voû Siaipoupévwv ciSûv '
^t}tt)téov Sè Kai èni tûv pcpûv Kai èiri tûv otoixcÎwv 5
ûaaÙTWS, ei tô pèv eïcrùi, TÔ Sè c£w ouviaTOTai nXv)0os.
TaÛTa pèv ouv à^eio-Ow tô vûv. |
’Enci Sè TÙ ttoXXô tj ûs <rroix«a XèycTai T) û$ pèpr] rj
ûs eîSr), oa<f>ès oti ouk coti toÙtôv aÛToîs noXXoîs tc
cîvai Kai cîScaiv ij pèpcoiv rj oToixciois. Toutwv pèv âpa 10
ckootov nXrjOôs ti coti Kai toiovÔc -rrXrjOos * aÙTÔ Sè ô
pôvov nXrjOos, Kai tô ànXûs ttoXXô, Tiva âv cïi), Kai
tîvos, Kai ttoû ù^coTÛTa;
ripô pèv St) tûv Tpixf] Sirjprjpèvwv ttoXXûv Kai tûv
Tpiwv Sè ttoXXûv, wotc Kai npô tûv otoixciwv, Kai npô yc 15
âpa toû OTOixciajToû ' aup<|>uès yàp toûto Kai ôpoTayès
toîs éauroû OTOIXCIOIS.
Tivos ouv; "flancp tô OTOixeîa toû cttoixciwtoÛ, tÔ
noXXà tivos ; ’H toû èvôs, ûs tù pèpr] toû ôXou ' tô yàp
cv oùx outws ûs ti tûv noXXûv, àXX’ oîov tô npô tûv 20
noXXûv, Kai oîov povàs tûv noXXûv Kai cv tô nàvTa ôv.
Tà oùv nàvTa toû èvôs tô noXXà èoTiv, tcXoûvtc Kai
aÙTÔ cis tt|v ûnôoTaaiv toû toioutou èvôs, ûs TÔ pépr)
21-22 6v. Tà scripsi : ovra A.
comme les parties à celle du tout, < comme les>
éléments à celle de l’élémenté. Nous ne disons pas, en
effet, que l’un et les plusieurs sont deux substances1, car
nous ne le disons même pas de l’élémenté et des
éléments, ni du tout et des parties, ni de l’unique
monade de l’intellect et du nombre des formes qui sont
en lui, mais nous disons qu’ils sont un et plusieurs selon
l’ensemble des deux ; en sorte que l’un-plusieurs pur, lui
aussi, doit être conçu comme tel, c’est-à-dire de la
même façon que chaque forme est un et plusieurs.
Que sont alors les plusieurs? Sont-ils des monades?
Mais les monades sont des formes, tandis que les
plusieurs sont antérieurs aux formes. Sont-ils alors des
parties? Mais les plusieurs sont aussi antérieurs aux
éléments, or les éléments sont antérieurs aux parties.
Peut-être donc les plusieurs sont-ils des éléments?
Mais les éléments se mélangent les uns avec les autres
pour former la substance mixte de l’élémenté, tandis
que les plusieurs c’est de l’un qu’ils veulent être la
pluralité. Est-ce, alors, qu’ils ne se mélangent pas
les uns avec les autres? Ou est-ce que les plusieurs
sont plus éloignés les uns des autres que les éléments ?
Cette dernière question n’a pas de sens. Ensuite, ils ne
se mélangent pas, non plus, les uns avec les autres,
mais, comme ils sont encore plus indivisibles et plus
uns que les éléments, au lieu de se mélanger, ils ne
font qu’un, et au lieu de constituer le mixte, ils
constituent l’un ; car ils sont, comme nous l’avons vu2,
les plusieurs de l’un et non de la substance. Sont-ils
donc discontinus les uns vis-à-vis des autres, ou bien
sont-ils continus les uns par rapport aux autres?
Répondons que le continu et le discontinu se trouvent
dans les formes et sont de véritables formes, de sorte
que, même dans le cas des parties, on ne peut pas dire
que l’un ou l’autre soit réel ; les parties, en effet, sont
vues comme des formes en voie de distinction, mais
1. Voir Noies complémentaires, p. 283.
2. Cf. supra, p. 207.18-208.1.
toû ôXou, <û$ tù) otoix«o. toû aToixeiurroû. Où yàp 8ÙO
<|>apèv oùaias TÔ cv Kaî Ta TroXXà, oùSè yàp to
otoixeiutov Kai rà aroixcîa, oùSè tô ÔXov Kai Ta pcpt),
oùSè ttjv toû voû piav povàôa, [tj] Kai tôv cv aÙTÛ tûv
ciSûv àpiôpôv, àXXà kotô tô auvap<J>ÔTepov cv Kai 5
troXXà ' Ûctc Kai aùrô àtrXûs tô cv TroXXà toiôvSc
votjtcov, oîov èv Kai troXXà cKaarov eîSos-
Tiva toivuv tô troXXà ; ’Apa povàScs ; ’AXX’ eïSt] yc ai
povàScs, tô 8c troXXà ïrpô tûv ciSûv. ’AXXà pépq ; ’AXXà
Kai trpà tûv aTOixeiwv tÔ troXXà, tô Sè aroixcîa ïrpô tûv 10
pcpûv. Mt)itotc oùv aroixcîa tô troXXà ; ’AXXà tô
OTOixeîa ouyKipvaTai àXXrjXoïs Trpàs ttjv toû otoixciw-
toû piKTTjv oùaiav, tô 8è troXXà toû èvôs eîvai poûXcTai
trXtjôos. ’Apa ouv où auyKipvaTai àXXrjXoïs ; ’H pâXXov
SiéaTtjKC tûv aTOixciwv Tà troXXà àtr’ àXXqXwv; Toûto 15
pèv St) Xôyov oùk cxei ' où pèvroi oùSè auyKipvaTai
àXX'qXoïs, àXX’ en àpcpéoTCpa ôvto tûv otoixciuv Kai
èviKÛTcpa ÔvtÎ toû auyKipvaaOai éviterai Kai àvTÎ toû
troicîv tô piKTÔv troicî tô ev • ^v yàp tô troXXà toû èvôs
Kai oùxi Ttjs oùaias. ’Apa oùv 8iûpiarai àtr* âXXrjXwv, t) 20
auvcxT] trpôs àXXtjXà èaTiv; | ’H to pèv ouvrés Kai ro
Suopiapcvov èv toîs eïScaiv èaTiv, Kai cï8t] ûs àXrjOûs,
Ûcttc oùSè èiri tûv pcpûv àXrjSès ciircîv ôtroTcpov ' tô yàp
pépT) èv tû SiaKpivcaOai tô cî8t] ôpàrai, àXX’ ouk cv tû
non dans l’état de distinction achevée; à bien plus
forte raison les éléments échappent-ils au continu et
au discontinu1. Cependant les éléments tentent de
différer les uns des autres de quelque manière que ce
soit; car, parmi eux, l’un apporte une chose à
l’ensemble, un autre une autre ; c’est encore plus vrai
des parties, et au plus haut point encore des formes;
mais les plusieurs purs ne veulent pas apporter des
différences plurielles, car, comme plusieurs, ils seraient
différents, et ne seraient pas purement plusieurs; or, les
plusieurs purs ne sont rien d’autre que plusieurs seule-
ment. C’est pourquoi, ce que l’on pourra saisir d’eux,
même si on les prend tous ensemble, on ne le verra rien
d’autre que plusieurs ; car on ne les verra même pas l’un
après l’autre, ni dans leur ensemble, ni dans leur somme
(ce sont là, en effet, des différences et des propriétés
différentes), mais on les verra comme plusieurs seule-
ment et seulement pluralité, sans que pourtant cette
pluralité s’appartienne en propre et sans qu’elle soit en
elle-même. Remarquons que les éléments non plus, ni
les parties, ni la pluralité des formes ne s’appartiennent
en propre ; en effet, aucune pluralité n’est autoconsis-
tante2, mais c’est toujours autour de quelque chose
d’un qu’elle se plurifie, soit autour d’une monade, soit
d’un tout, soit d’un mixte. C’est donc de cette manière
que les plusieurs purs, eux aussi, se plurifient autour de
l’un pur, et la plurification est plurification de l’un, de
même que la division est division du tout ; c’est comme
une passion et une procession de l’un en lui-même, une
procession qui constitue sa nature complète ; c’est pour-
quoi lorsqu’on prend l’un, il est aussitôt plusieurs et les
plusieurs coexistent partout avec l’un3.
Peut-être, s’agit-il là de la «pluralité illimitée» qui est
célébrée dans le l-,arménidci ; illimitée, elle l’est pour
cette raison qu’elle n’a pas de limite qui ne soit
pluralité, mais elle est partout (pantachoû) plusieurs, et
sans qu’il y ait même le pantachoû ; car elle est plutôt en
SiaKEKpioOai ' iroXXw Sè pâXXov Ta oToix«îa Sia^cùyEi tô
te ctuvexès Kai to SiwpiopÈvov. ’AXX’ ôpw$ TaÛTa pèv
ôirws 8t)itote 8ia4>Épeiv àXXrjXwv ÈmxcipEÎ* âXXo yàp
âXXo ti ouv£io<|>Èp£i twv otoi^eiwv, Kai eti itXèov twv
pEpwv, Kai êti pàXiora twv ci6wv ' tô Sè ôitXws iroXXà où 5
iroXXàs 8ia<|>opàs eÎcteveykeîv PouXetoi, iroXXà yàp serrai
Siâiftopa Kai oùx ârrXws iroXXà, tô Sè oùSèv âXXo Èotiv tj
iroXXà pôvov. Aiôrrsp ô âv tis aù-rwv Xà£r), Kai si rràvTa
ôpoû, oùSèv âXXo ôterai t) iroXXà ’ où6È yàp to âXXo Kai
âXXo, oùSè tô ôpoû, oùSè tô iràvTa, Sia<|>opai yàp aurai 10
Kai Siâ4>opoi î8iÔti)tcs, àXXà pôvov rroXXà Kai pôvov
TrXrjOos, où pÈVToi ÉauToû ôv, oùSÈ Kafl’ ÉauTÔ. OùSè yàp
TÔ OTOixcîa, OÙSÈ TÔ pÉpT], OÙSÈ TÔ TtoXXà SÎSt], aÙTÔ
Èotiv ÈauTwv ' oùBÈv yàp Èoti irXrjflos aÙToaùoTarov,
àXXà iTEpi ti êv àsi irXrjOùcTai, t) povàSa, f) ôXov, tj 15
piKTÔv. Oûtws âpa Kai rà iroXXà àirXws irspi tô êv ârrXws
irXr]6Ù£Tai, Kai eoti toû Èvôs ô rrXrjOuopôs, ws toû ÔXou ô
pEpiapôs, oîov rràflos aùroû Kai rrpôoSos Èv ÈauTW, Kai
ttjv ÈauToû ouvioTwoa rravTEXf) <|>ùaiv ’ ô6ev Kai tô êv
Xapgavôpfvov sùfiùs rroXXà, Kai rà rroXXà tw Èvi ouveoti 20
iravTaxoû.
Kai pr)iTOT£ toûtô Èoti to ârrsipov TrXrjOos Èv Flapps-
viSr) ûpvoûpsvov, âtTEipov Sià toûto, ôti rrÈpas oùk ex» ô
prj èoti rrXrjfios, àXXà rravraxoû rroXXà, Kai âv£u toû
22-23 = Parm. 143 a 2.
une multitude de lieux (pollachoû) ; et même le
pollachoû n’est pas pris, du point de vue de la relation,
pour quelque chose d’autre que les plusieurs seulement.
Et peut-être est-ce là l’un-plusieurs, par lequel
commencent aussi <les> négations de la première
hypothèse1, lui qui est même le premier à inaugurer
toutes les déterminations qui se dispersent de quelque
façon que ce soit; c’est pourquoi on l’appelle aussi un-
plusieurs, en tant qu’il embrasse dans ses propres
plusieurs la cause productrice universelle de [tout] ce
qui procède de lui par n’importe quelle division ; c’est
pourquoi les Chaldéens2 célèbrent celte pluralité du
nom de Source des sources3, Orphée du nom de Métis
portant la semence des dieux4, les Phéniciens du nom
d’Éternité cosmique5, en tant qu’elle coagrège tout en
elle.
Mais ces derniers noms, nous avons coutume de les
rapporter par le raisonnement à la limite inférieure des
intelligibles6; or, l’intelligible est l’ensemble des deux
que sont l’un et l’être, tandis que la pluralité dont nous
parlons est un-plusieurs et non pas un-être. Et Platon a
montré que c’est l’un-être, et non pas l’un seul, qui est
la <ipluralité illimitée»7. Cependant, notre raisonnement
recherche encore cet un qui esl dit plusieurs simple-
ment, et non pas un-être ; car l’un qui est distingué de la
substance et véhiculé par elle est, lui aussi, substance
unitaire8, de même que la vie est de deux sortes, la vie
unitaire et la vie qui est en train de se distinguer, et
pareillement l’intellect, celui qui est une hénade et celui
qui est une forme substantielle. Quant à l’un pur, où
pourrait-il se trouver, lui qui est le principe des doubles
processions, des processions unitaires et des processions
dites de quelque façon substantielles?
Peut-être l’un-être, <que> nous appelons également
l’unifié, en tant qu’il est antérieur aux deux, serait-il,
lui, l'un pur? Car, comme nous l’avons vu9, il est un lui
aussi, de façon plus éminente. Observons que l’un pur,
rravTaxoû ' iroXXaxoû yàp pâXXov • koî oùSè tô iroXXa-
Xoû ws âXXo ti kotÔ axéaiv T) Ta iroXXà pôvov.
Kaî pT]1TOT€ TOÛTO élTTl TÔ êv iroXXà à<|>’ OU Kai <aî)
àiro<|>àa€i$ âpxovTai tt)s irpwTqs ûiroOéaews, ô Kai
TrpÔTOV âpx«l TTÔVTWV Siopiapwv TWV O1TWS 8t)1TOT€ 5
8ia4>opoupévwv ' ôOcv Kai êv iroXXà XéycTai, ws auveiX-
T]<|>ôs Karà rà Éauroû iroXXà ttjv rràp<|»opov aÎTiav twv
àir’ aÙToû irpoïôvTwv KaO’ ôrroiovoûv pepiapôv ' ôflev
TrT)yT)V pèv rrrjywv aùrô XaXSaiwv iraîSes àveu<|>T)poûaiv,
’Opcftcùs 8è Mtjtiv airéppa <|>tpovTa Ocwv, <t*oiviKe$ Sè 10
Aiwva KoaptKÔv, ws I rràvTa èv éauTW auvflprjKÔTa.
'AXXà TaÛTa tw trépan twv votjtwv èiràyciv ciwOapev '
tô Sè votjtov êv Kai ôv tô auvap<f>ÔTepov, toûto Sè êv
iroXXà Kai oùx °v' ® DXôtwv tô êv ôv èSeÎKVu
-rrXrjCos âireipov, àXX’ oùxi pôvov tô êv. ’EiriJip-eî Sè ôpws 15
ô Xôyos Kai toûto tô êv iroXXà àirXws Xeyôpcvov,
àXX’ oùxi êv ôv tô yàp Siwpiapévov àrrô Trjs oùaias êv
Kai èiroxoùpevov Tjj oùaiç. Kai aÙTÔ oùaia èaTiv èviaia, ws
Sittt) Çwi^, i) pèv èviaia, 8è SiaKpivopèvr], Kai Sittôs ô
voûs> ô pèv évôs, ô 8è ciSos oùaiwScs- Tô Sè àirXws ev trou 20
âv eïr), ôirep àpxi] èan twv Sittwv irpoôSwv, twv te
éviaiwv Kai twv ôrrws 8r| Xeyopévwv oùaiwSwv;
Mi^ttote to êv ôv, <ô> Kai ijvwpévov KaXoûpcv ws irpô
àp<|>oîv, aÙTÔ âv eïrj to ÔttXws ev; "Ev yàp ^v Kai aÙTÔ
peiÇôvws. "H tô àirXoûv êv, ei Kai irpà àp<|>oîv (outc yàp 25
3-4 = Parm. I37c4-d 4 || 9 = Or. Chald., fr. 30 || 10 = Orphie.,
fr. 85 || 14-15 = Parm. 143a2.
3 ai addidi || 10 coni. Kopp : pixTOQ A || 23 6 add. Ruelle.
quoiqu’il soit antérieur aux deux (car il n’est ni l’être ni
l’un qui sont contredistingués), est cependant un selon
un autre mode, celui qui est antérieur à la division et à
la contradistinction ; et, naturellement aussi, il est un
de façon absolue, parce qu’il n’est ni substance, ni vie,
ni intellect. Comment alors pourrait-il être encore la
limite inférieure de l’unifié? Car ce qui n’est pas le
premier unifié n’est pas l’unifié pur ; et si c’est un unifié
défini, il sera aussi un un défini, s’il est vrai qu’il est un
selon ce qui est antérieur aux deux1, ce qu’est, on le
sait, l’unifié. En résumé, le raisonnement cherche un
purement un, qui ne soit que un, et non pas un-être ; car
le premier intellect est l’intellect pur, la première vie est
la vie pure, et la première substance est la substance
pure. Il faut donc aussi que la première hénade ne soit
pas l’hénade substantielle, ni non plus, en effet,
l’hénade vitale, ni l’hénade intellective, mais il faut
qu’elle soit la pure hénade, qui est seulement hénade, et
non pas une hénade ayant telle qualité2.
Et peut-être faut-il placer le troisième de l’intelligible
dans l’<intellect> intelligible, faire de l’intellect la
limite inférieure de l’intelligible, et poser entre ce
dernier et la substance unitaire3 l’un pur, au sens du
dieu premier et absolu, si, comme on le dit4, un et dieu
sont la même chose (car il ne convient même pas
d’appeler dieu ce qui est antérieur à cet un), et cet un
pur serait l’uri-plusieurs. Quant à l’unifié, qui est aussi
l’un-être antérieurement aux deux5, Parménide l’a
montré comme étant plusieurs, et, par là, «pluralité
illimitée», en tant qu’elle est l’un-être dans son état
différencié ; mais l’un-plusieurs est dit maintenant en
un autre sens6, au sens où le principe est dit être les
choses qui procèdent du principe, et où la monade est
dite être le nombre. Car, si c’est par une distinction qu’à
partir de là commence la procession, la raison en est que
1-5. Voir Notes complémentaires, p. 285-286.
6. Ici se trouve expliqué le propos de la 1. 18, ci-dessus : «...et
cet un pur serait l’un-plusieurs».
Ôv OUTC êv TÔ àvTlSippTjpéva), àXX’ ÔpWS êv CTepOV TpélTOV
tov rrpô tt) s Siaipéaews te Kaî àvTiSiaipéacws ' Kaî St| Kai
ârrXws, oti ouk oùaia, oùSÈ Çwi), oùSÈ vous- Kaî ttws êti
âv eiT) Trépas toû rjvwpévou ; Où yàp ârrXws ^vwpévov, ô
pr| rrpwTOV ^vwpévov èaTiv’ ei SÈ ti ^vwpévov, Kaî ti êv 5
ëarai, eï-rrep êv kotô tô rrpô àp<|>oîv, ô-rrep fjv tô qvwpévov.
"OXw$ Sè Çtjteî ô Xôyos ârrXws êv, ô pôvov ëv, Kaî oùxî êv
ôv ' Kaî yâp ô ârrXws vous ô rrpwTOS vous, Kaî r) â-rrXr)
£wv| r\ rrpwTT] Çwq, Kaî ârrXws oùaia -rrpwTT) oùaia. Âeî
âpa Kaî ttjv rrpwTT)v ÈvâSa où rrjv oùaiwSi) eîvai, oùSÈ 10
yâp tt)v Çwtiktjv, oùSè rrjv voepâv, âXXâ rrjv ârrXws
ÈvâSa, Kai r) pôvov évâs Èariv, àXX’ où^i ToiâSe evas.
’AXX’ iaws TO TpiTOV TOÛ VOTJTOÛ ÈV TW VOTJTW (vÛ)
TaKTÈov, Kai Trépas aÙTÔv ttoitjtÈov toû votjtoû, peTaÇù SÈ
toutou Kai tt)s éviaias oùaias OeTÈov tô ârrXws êv, kotô 15
tov rrpwTOv Kai ârrXws Oeov, ci TaÙTÔv, ws <|>aaiv, êv Kaî
Oeôs (ws tô yc rrpô toÙtou oùSè Oeoùs â^iov KaXeîv), Kai
toûto eîvai tô êv rroXXâ. Tô SÈ Tjvwpévov Kai rrpô âp<|>oîv
êv ôv rroXXâ tw riappevi&r) ÈSeiKvuTO, Kai TaÛTT) ârreipov
ttXt)6os, ôti tô SiaKeKpipévov toû Èvôs Ôvtos ' tô Sè êv 20
rroXXâ Xéyerai vûv âXXov Tpôrrov, ws “PX1! àrrô tt)s
âpxi)S, Kai ws âpiOpôs Xéyerai t\ povàs. Aiâ yâp toûto
kotô Siopiapôv ÈvTeûOev T] trpôoSos, | oti tô ârrXws êv
19-20 — Parm. 143 a 2.
13 vco addidi || 14 olutov Combes : auro A.
cet un est depuis toujours l’un-plusieurs pur ; à partir de
quoi s’explique aussi que chacun des procédants,
d’après la concentration de sa propre pluralité interne,
engendre sa pluralité externe à partir de lui-même.
Ou bien, donc, il faut ainsi poser l’<un> pur1
comme ce qui procède de l’unifié défini2, de même qu’à
partir de l’hénade définie procède la substance pure de
l’hénade substantielle, ou bien3 il faut considérer cet
un-être comme ayant un double visage, s’il est permis
de dire. En effet, on le proclame limite inférieure des
intelligibles et source des intellectifs, de telle sorte que,
comme source des intellectifs qui procèdent après les
intelligibles, il est l’un-plusieurs, car, par sa relation à
ce qui vient après lui, il délie la coagrégation antérieure
aux deux dans l’hypostase de l’un pur4, tandis que,
comme limite inférieure de l’intelligible, il est par là un
unifié défini et l’un-être qui n’est pas plusieurs purs,
mais un-plusieurs pur. On pourrait, en faveur de l’une
et de l’autre hypothèses, apporter des témoignages à
partir des théologies, en confirmant la deuxième à l’aide
des théologies chaldaïque et orphique, la première à
l’aide de la théologie égyptienne et de celle des
Phéniciens. La vérité, les dieux eux-mêmes la connais-
sent sûrement ; mais, pour nous, qu’il nous suffise
d’avoir poussé jusqu’à ce point nos interrogations sur
ces sujets; car peut-être, une autre fois encore, nous
ferons là-dessus5 quelque recherche.
Sans doute donc6, l’un pur qui est l’un-tout, étant à
la fois les choses unitaires et les choses substantielles,
est antérieur à l’unifié, tandis que l’unifié pur est après
lui, car l’unifié s’établit selon l’être pur et la substance
pure, lui en qui est contractée toute substance, celle qui
est dite unitaire et celle qui, contredistinguée de celle-
ci, est substantielle, en ce sens qu’en chacune de ces
deux dernières se trouve une substance définie ; en effet,
1. Tè àitXôlç... àitXôiç êv A : une explication de cette faute a été
donnée dans Vlntrod., vol. I, p. lxxxviii.
2-6. Voir Notes complémentaires, p. 286.
TToXXÔ TOÛTO T^V ' ÔOcV Kai TWV ITpOÏÔVTWV EKaOTOV KOTO
to eictw auvEairEipapévov irXrjOos ÉauToû ysvvç to è£w
à<|>’ ÉauToû.
“HTOI OÛV OUTW 0ETEOV TO àirXwS <€V> OTTO TOU TIVOS
Tjvwpévou npoïôv fàirXws êv], KaOôtrep àïrô ttjs tivôs 5
èvâ8os tj àtrXws oùaia ttjs oùaiwSous ÉvâBos, rj tÔ êv ôv
ÈKCÎVO 1TOITJTEOV OIOV, El OÉplS EIITEÎV, àp^llirpÔaWITOV.
riépas te yàp twv votjtwv àvupvEÎTai Kai TrrjyTj twv
vocpwv, WOTE Èj p£V irTjyTJ TWV PETÔ. TOUTO TTpoïÔvTWV êv
iroXXà Èoti, ttj rrpôs TÔ pc0’ ÉoutÔ a/Èaci Xûov ttjv rrpô 10
àp<|>oîv auvaipEciv eis ûitootooiv toû ÔttXws èvôs, fj 8è
Trépas toû votjtoû, toutt) ti rjvwpévov, Kai êv ôv iroXXà
oùx àirXws, êv 8è iroXXà ÔttXws • “Exoi 8’ âv tis ÉKOTÈpa
ùito0èoei papTupia ÈirayayEÎv àïrô twv 0EoXoyiwv, àïrô
pèv tt,s x°^8a’ÏKT)s te Kai ôp<|>iKT)S PeÇciwv ttjv SeuTÉpav, 15
àïrô 8È ttjs aiyuirTias Kai Tijs 0oivikwv ttjv irpoiÉpav. Tô
pèv oûv àXrjflés aÙToi âv eÎSeîev oi Oeoi * Tjpîv 8È pé/pi
toû6e 8iT)iropqa0w irepi toûtwv * Taxa yàp âv Kai aûOis
oÙtwv iroiTjaôpcOà Tiva ÇrjTTjaiv.
M’qrroTE âpa TÔ pèv àirXws êv, ô rràvTa êv Èotiv, Kai tô 20
êviaîa Kai tô oÙoiwStj, irpô toû rjvwpévou èotiv, to 8è
àirXws ïjvwpÈvov psT* èkeîvo Èoti, kotô tô àirXws ôv Kai
ttjv àirXws oùaiav iaràpEvov, Èv w auvrjprjTai irâaa
oùaia, tj te Éviaia XcyopévTj Kai rç toutt) àvTiSiTjprjpÉvi]
oùaiwSrjs, ws Èv ÈKOTÈpçi ye toûtwv tIs oùaia ÈaTiv ’ r) pèv 25
18-19 u. adn.
4 êv addidi || 5 àrcXcôç Êv deleui || 10 npô coni. Ruelle : Ttpèç A || 20
àpa A.
l’une est unitaire, l’autre substantielle, mais celle de là-
haut est la substance pure antérieure à la distinction, et
elle contient dans l’identique ce que l’on appelle
l’unitaire et le substantiel. C’est pourquoi il faut poser
aussi à titre de fondement la substance pure, après
laquelle est distinguée la substance définie, que l’on dit
en certains cas unitaire, en d’autres substantielle, mais
il est préférable de dire cette dernière unifiée et mixte1,
en ce sens qu’elle s’oppose à l’unitaire. Et si cette
explication l’emporte, toutes les opinions s’accorderont
les unes avec les autres, celles qui relèvent des
raisonnements et celles qui relèvent des théologiens. On
parlera de cela encore un peu plus tard.
Mais revenons au commencement, à savoir que la
pluralité de la substance, distinguée en deux est
constituée ou par les éléments, ou par les parties, ou,
pour parler plus généralement, par les formes d’une
substance soit unitaire, <soit> unifiée2, tandis qu’à la
substance pure, unifiée antérieurement aux deux et
unique, appartiennent les plusieurs purs3, et comme le
dit Platon, la «pluralité illimitée» et absolument
indéterminée, en tant qu’aucune altérité ne s’est encore
manifestée. Comment donc peut-il y avoir des plusieurs,
s’ils ne se sont pas écartés de quelque façon? Disons
que, de même qu’on peut prendre l’un selon l’unifié, de
même aussi les plusieurs, parce qu’ils sont comme un
épanchement et comme une détente qui est celle de
l’unifié ...4, de tels plusieurs le sont par rapport à l’unifié
antérieur aux deux. Or, si ces plusieurs appartiennent à
l’unifié et non à l’un, il faut savoir que l’un pur, qui est
antérieur à l’être pur selon l’ensemble des deux, possède
aussi ses plusieurs purs ; car le deuxième principe est les
plusieurs de l’un pur, de même qu’il est dit la puissance
du père5. Donc le premier des deux principes est l’un
pur, le deuxième est les plusieurs purs, le troisième est,
1-4. Voir Noies complémentaires, p. 286-287.
5. Cf. Or. Chald., fr. 4 E. des Places; W. Kroll, p. 13. Voir
supra, vol. I, p. 118.12-15.
yàp èviaia, tj 8è oùaiûfrqs, èKcivr) 8è r) ârrXûs oùaia npô
toû 8iopiapoû èaTiv, Kaî èv tû aÙTÛ èjçauaa tô tc èviaîov
Kai to oùaiûScs Xcyôpevov. Aiô Kaî ttjv ârrXûs oùaiav
aùrrjv ùrroflcTèov, pc0’ rjv r, tis oùaia SiûpiaTai, ôttou pèv
èviaia Xcyopèvr), Ôttou 8è oùaiw8r]s, tjv âpeivov rjvwpévrjv 5
<|>avai Kai piKTrjv ûs npôs ttjv èviaiav outws Ôvtikci-
pèvrjv. Kaî ci toûto KpaToî, rravTa aup<j>wvr]a€i àXXr^Xoïs,
Kaî Ta TÛv Xôywv Kaî Ta tûv GcoXôywv’ prjO'qacTai 8è
TTCpi TOUTWV Kai piKpàv ÛaTCpOV.
’AXX’ èiri tô èf àpxrjs àvaôpôpwpev, Ôti to pèv rrXrjOos 10
Trjs ôiXïj SiwpiapèvTjs oùaias rj aTOix«îâ èaTiv rj pèpr) rj
cï8t), KOivÔTcpov cirrcîv, oùaias tjtoi éviaias <rj> tjvw-
pèvqs, Ttjs 8è npô âp4>oiv ^vwpèvrjs Kai piâs Kai ÔTrXûs
oùaias tô ârrXûs èaTi ttoXXô, Kai, ô ijnjaiv ô FIXÔtwv, tô
âircipov irXrjGos Kai âSiôpiaTov | ÔT€XVÛS, arc OÛTTW TIVÔS 15
ÈTcpÔTTjTOs èK<|>av€iaT]s. riûs oùv ttoXXô, ci prj Siéarr)
ttws ? "H wancp tô êv kotô to pvwpévov, OUTW Kaî TÔ
ttoXXô, oiov xùais oùaa Kaî oîov âvcais toû rjvwpèvou
*** èaTi toû Trpô ôp<|>oîv Tjvwpèvou tô ToiaÛTa ttoXXô. Eî
8è rjvwpèvou toûto, àXX’ oùx évôs, «8èvai XPP Ôti Kai tô 20
rrpô toû ôrrXûs Ôvtos kotô to auvap<j>ÔTCpov ârrXûs cv
cx« TÔ ârrXûs noXXà ' coti yàp T) 8curèpa ôpxrj TÔ
ttoXXô toû ârrXûs èvôs, warrcp 8ùvapis XèycTai toû
naTpôs. 'AttXûs ouv êv t| npoTcpa tûv Sucîv àpxûv,
ârrXûs iroXXà Tj ScuTépa, ârrXûs oùaia tj Tpirr] Karà ttjv 25
8-9 cf. infra, R. I, p. 275.8-276.25; p. 282.11-283.31 ;
p. 291.16-299.13 || 10 supra, p. 174.1ss|| 14-15 = Purm. 143a2 ||
23-24 cf. Or. Chald fr. 4.
5 scripsi : ij A || 12 ij add. coni. Ruelle : mg. uirg. cens. A || 19
spat. uac. 15 fere lit!.. A II 22 p A || 25 Seurépa] p A || ÿ A.
selon la substance indéterminée, la substance pure ; au-
dessous se développe la double rangée d’hénades et de
substances ; c’est à partir de là que commence en réalité
la distinction, sous quelque forme que be soit, des
plusieurs qui, par la manifestation de l’altérité, se
distinguent, soit comme éléments, soit comme parties,
soit comme formes. Et, dans l’unifié, antérieurement à
ces déterminations, il y a assurément une pluralité,
mais en tant que dans l’unifié l’un et la pluralité
ensemble se mêlent en une même chose. Car, de même
que l’un ne s’est pas écarté de l’être, de même la
pluralité ne s’est pas non plus distinguée en plusieurs,
mais elle est demeurée liée à l’un dans la nature unifiée ;
cette pluralité ne saurait être dite ni un ni plusieurs,
mais seulement l’ensemble des deux, en tant qu’elle est
unifiée antérieurement aux deux. Quoi qu’il en soit, à
partir des choses d’ici-bas nous faisons remonter là-
haut; par analogie, même ces déterminations qui, là-
haut, ne sont pas sans doute celles-ci, mais qui, pour
ainsi dire, leur correspondent, tout en étant inconnais-
sables au moyen de celles que nous connaissons. C’est
pourquoi, le sommet de l’unifié, nous l’appelons mixte
et constitué d’éléments1, l’intermédiaire, tout et compo-
sé de parties, enfin le troisième degré, monade et
nombre formel2, accompagnant la monade ; en résumé,
nous appelons intellect le troisième, vie le deuxième,
être le premier, en suggérant, à partir de ce qui est ici-
bas distingué, le parfait et complet abaissement de ce
qui est indifférencié.
1. En parlant d’une manière impropre, cf. supra, n. 1 de la
p. 58.5.
2. Voir Noies complémentaires, p. 287.
àSiôpiaTov oùaiav' kÔtw Sè ô SittÔs àiro<|>ûcTai otixos
èvâSwv Kai oùaiûv ' ôfiev âpxcTai kotô àXT]0eiav tj
ôfrwaoûv tûv ttoXXûv SiaKpiais Ûtto Ttjs 4>avciat]s
CTCpÔTT)TO$ SlOKpiVOpCVWV, CITC WS OTOIXCÎWV, CITC WS
pcpûv, cÏtc ûs ciSûv. ’Ev Sè tû rjvwpévw ïrpô toutwv 5
TrX-qfios pèv èaTiv, àXX’ ûs cv tû rjvwpcvw -rà cv âpa Kai
tô ttXt]6os cis TaÙTÔv auvScSpâprjKev. 'fis yàp tô cv où
Sicott) toû Ôvtos, outws oùSè tô ttXt]0os SicKpiôr] cis
rroXXâ, àXX’ cpcivcv tw cvi ouvScScpèvov èv TT] TJVWpévT]
4>ùaci, ôrrcp outc cv outc TroXXà XèyoïTO âv, àXXà pôvov 10
tô auvap<|>ÔTcpov, ws Trpà àp^>oîv rjvwpèvov. ’AXX’ ôpws
Kai ckcî àrrô tûv kôtw Kai TaÛTa àvâyopev Karà
âvaXoyiav, oùk ôvto pèv ckcî TaÛTa, oîov Sè toutois
àvaXoyoûvTa, toîs yvwpi^opévois âyvwaTa. Aiô tô pèv
ÔKpOV TOÛ ^vwpcvou KaXoÛpCV plKTOV TC Kai CK OTOIXCÎWV 15
auvcoTapèvov, TÔ Sè péaov ÔXov tc Kai ck pcpûv, tô Sè
TpiTov povâSa Kai àpiOpôv ciSTjTiKÔv aùv tt] povàSi ' Kai
ÔXwS VOÛV pèv TÔ TpiTOV, ÇwTjv Sè TO ScÙTCpOV, OV Sè TÔ
trpÛTov, à-rro tûv kôtw SiaKpiOévTWv cvSciKvùpevoi ttjv
tûv àSiaKpiTwv TTavrcX-rj Kai ôXôkXtjpov ÙTrôCaaiv. 20
10 Ë7t£p oute mg. suppl. A1 : om. A.
NOTES COMPLEMENTAIRES
Page 1.
1. Sur la première triade intelligible, voir supra, vol. I, Introd.
p. lxiv, n. 1. Cette triade a déjà été évoquée sous sa forme
chaldaïque (père, puissance, acte = intellect) en plusieurs passages
du De princ., vol. I, p. 114.13-14; p. 118.12-15; p. 121.7-9;
p. 129.13-16.
2. L'un est ce principe non coordonné à la triade, et au-dessous
de l’ineffable.
3. Par son enclavement entre /aXSaix^ç et OeoZoylaç, l’adjectif
TeXeioTàTV)c ne se prête pas bien à notre interprétation : «de sa
très parfaite Théologie Chaldaïque», Par ailleurs, la traduction
littérale : «de sa Théologie très parfaite Chaldaïque» ne convient
guère pour désigner le titre, soit authentique, soit postérieur, de
cet ouvrage de Jamblique, connu seulement par les renvois
suivants (J. M. Dillon, lambl. fr. p. 24) ; 1/ Dam. ici même,
p. 1.8; 2/ Ibid, infra, p. 104.26 (èv toîç XoXSatxoïç) ; 3/ J. Lydus,
De mens. p. 175.8-p. 176.7 (èv t)j rcpÔTfl tôv XaX8aïxôv ; un long
extrait sur la matière); 4/Michel Psellus, voir dans Bull, de
corresp. hell. I, 1877, p. 319; 5/ Marinus, Vie de Proclus, ch. 26,
mentionne «les nombreux écrits de Porphyre et de Jamblique sur
les Oracles et les ouvrages connexes des Chaldéens» ; 6/ l’empereur
Julien, Lellre 12 (J. Bidez), demande à Priscus un exemplaire de
tout ce que Jamblique a écrit sur son homonyme (Julien le
théurge). — On peut penser que de nombreux éléments de la
Théologie Chaldaïque de Jamblique ont dû être intégrés par
Damascius dans le Traité des Premiers Principes. En effet, tout
ce qui précède (vol. I) est une justification critique de la doctrine
selon laquelle l’ineffable est transcendant à l’un, et l’un tran-
scendant à la triade qui le suit. Le témoignage de Damascius est
d’autant plus précieux qu’il n’est pas absolument sûr que le texte
du De mysieriis Aegypliorum (VIII 2, p. 261.9-262.13 Parthey =
p. 195-196 E. des Places) énonce une doctrine analogue, cf.
P. Hadot,, Porphyre et Victorinus, I, Paris 1968, p. 97, n. 1.
— Sur Jamblique, voir : Bent Dalsgaard Larsen, Jamblique
de Chalcis, Exégète et Philosophe, 2 vol., Aarhus, 1972 (le deu-
xième volume contient les Testimonia et Fragmenta exegetica de
Jamblique; J. M. Dillon, op. cil. ci-dessus, reconstruit dans son
Introduction la philosophie de Jamblique en ses structures
fondamentales (sur le point de doctrine évoqué ci-dessus, voir
p. 29-33); les fragments (p. 72-p. 225) sont suivis par un long
commentaire (p. 229-p. 403).
4. Dans cette hypothèse, l’un et l’ineffable ne sont qu’un seul
et même principe transcendant à la triade. C'est la position' de
Syrianus et de Proclus, anticipée par Théodore d’Asiné qui
admettait un seul principe (l’ineffable) avant la triade, cf. Proclus,
In Tim. II, p. 274.10-23; à ce sujet, voir P. Hadol. op. cil., p. 97,
n. 2. — Dans Vin Parm., VI, 1070.15-30, Proclus s'oppose
nettement è l’identification (porphyrienne) du père de la triade
avec le premier dieu (= l’Un, comme cause unique et ineffable).
5. C. E. Ruelle suggère comme source le Hepi œpycov de
Porphyre, cité par Proclus, Théol. Pial., I 11, p. 51.4-11, Saffrey-
Westerink. Le titre paraît dans la Souda, s.v. IIopçôpioi;, IV 178.19
A. Adler : flepi àpyôjv P'- — Sur l’identification, chez Porphyre, du
principe unique de tout avec le père de la triade, comme premier
membre de celle-ci, cf. P. Iladot, op. cil., I, p. 97-98; p. 258-260.
Mais Porphyre a aussi soutenu (Histoire Philosophique, fr. XVIII,
p. 15.8-12 Nauck) que la transcendance solitaire du principe
exclut toute communication et coordination entre le principe et
toutes choses, cf. P. Iladot, «La métaphysique de Porphyre» dans
Porphyre, «Entretiens sur l’antiquité classique», XII, Vandœu-
vres-Genève 1965, voir p. 131 ss, où l’auteur s’attache à résoudre
le problème posé par l'opposition de ces deux points de vue.
6. Un cours sur les Oracles Chaldaïques, projeté pour plus tard,
est mentionné aussi dans In Parm., R. II, p. 9.21-22 ; p. 11.11-15;
p. 132.9-10.
Page 2.
1. 'O mxTpixôç voû;, l’intellect paternel : cette expression des
Oracles Chaldaïques (E. des Places, fr. 39, 49, 108, 109), de même
que vouç rrarpiç (fr. 22, 36, 37), désigne l’intellect qui, à la suite du
père et de la puissance, accomplit la triade chaldaïque, cf. fr. 4 : -f;
pièv yàp ftùvapxç aùv èxeîvcj, veut; 8’ im êxeîvov. Sur l’identification de
la triade chaldaïque avec la triade intelligible être-vie-pensée, que
Porphyre a été sans doute le premier à opérer, voir P. Iladot,
Porph. el Vicl., I, p. 260-272.
2. Koivérepov : voir infra, p. 4.24.
3. De fait, il se trouve que, dans le commentaire anonyme In
Parm., (codex Taurinensis F VI 1), attribué à Porphyre par
P. Iladot («Fragments d'un commentaire de Porphyre sur le
Parménide», Rev. des El. Gr., 74 (1961), p. 410-p. 438, et Porph. et
Vicl. I, p. 102-p. 143), l’expression êv Ttàvfot est utilisée pour
désigner «l’un qui est» de la deuxième hypothèse du Parménide
(Anonym., In Parm., XII, fol. 93v.4, éd. P. Iladot, Porph. el Vicl.,
II, p. 102).
4. Cette hypothèse est celle de Porphyre qui identifie le père de
la triade avec la cause unique et ineffable. Damascius fait, valoir
que, même si le père de la triade était l’un-tout, ce dernier ne
serait pas digne d'une telle identification avec la cause ineffable.
5. Théophraste, dans son compte rendu de la doctrine pythago-
ricienne (Met., II, p. 6a 19 ; 33 ; p. 11 a27) oppose l’un à la dyade
indéfinie. Théon de Smyrne, Expos, rer. maihem., p. 20.19-20
(= Philolaus fr. A 10 = Archytas fr. A 21 D.-K6), dit explicitement
qu’Archytas et Philolaus ne faisaient pas de distinction entre l’un
et la monade. Il est vrai que, plus tard, Syrianus (In Met.,
p 151.17 20; p. 166.3-5) prétend que ces deux anciens pythagori-
ciens tenaient l’un pour un principe supérieur à la monade;
cependant, en ce qui concerne Archytas (8ç tpvjaiv Sti tô êv xai rj
piovàç auyyEVTj èévra Siacpépei àXXàXwv), l’écrit, cité doit être un
pseudépigraphe, bien qu’il soit exempt d’influences néoplatonisan-
tes; en ce qui concerne Philolaus, Syrianus se réfère au
fragment B8=Iambl., In Nie. arilhm., p. 77.9-11 (l’un est le
principe de toutes choses), mais, pour Jamblique, auquel II. Diels
a emprunté le fragment, il va sans dire que cet un est identique à
la monade. D’autre part, dans un fragment de Buthérus (chez
Stobée, I, prooem. 5, I, p. 18.15-19.6 Wachsmuth), qui selon
II. Thesleff (The Pythagorean Texis of the Hellenistic Period, Abo
1965, Acta Academiae Aboensis, ser. A, vol. 30 n" 1, p. 59)
pourrait, être tiré d’un ouvrage authentique, appartenant à la fin
de la période classique, l’un est. distinct de la monade, du moins si
l’on accepte la reconstitution plausible du texte, proposée par ce
savant (p. 59.5-9). Un texte de date incertaine, mais peut-être
encore de l'époque hellénistique, Anonym., Vie de Pythagore (dans
Photius, Bibl., cod. 249, 438 b 33-35, éd. R. Henry, VII, p. 127)
précise : "Oti 8ia<pépeiv éXeyov oî hm Ruflayépou p.ovà8a xai ëv. Movàç
(xèv yàp Ttap’ aÙTOiç èvop.EÇeTo rj èv toïç votjtoïç ouaa, Êv 8è to èv toïç
àpifigôïç (même formulation chez le Ps -Justin, Cohorl.
19.2 = Thesleff, p. 186.11-12). Les néopythagoriciens de l’époque
impériale, Modératus et Nicomaque (c’est encore Syrianus qui
nous le dit, sans fournir de détail, p. 151.17-21) distinguent, eux
aussi, l'un de la monade. Le Ps.-Brotinus enfin (Syrianus, p. 166.5-
6; p. 183.1-2), identifie l'un au Bien de Rép. VI, 509 b 8-10, dont il
suit le texte de près.
6. A ce propos, voir le long commentaire que Proclus a
consacré à la triade du limitant, de l’illimité et du mixte d’après le
Philèbe, dans Théol. Plat III, 7-12, p. 28.22 45.12. Voir aussi
Damascius, In Phil. § 97-§ 108.
7. Le «père unique», antérieur à la triade chaldaïque du père,
de la puissance et de l’intellect, est l’un antérieur à tout. Il est.
arrivé aussi à Proclus de désigner l'un, qui n’est, pas coordonné
avec la triade, par le nom de ttocttjp (Théol. Plat., II 8, p. 56.21); et,
de plus, dans Vin Parm., VI, 1069.12-16 (là même où cette non-
coordination est fortement soulignée), il dit. que l’un est. générateur
(yewijTixiç) de la pluralité des dieux. Mais il est vrai que ces
dénominations à l’égard de l’un ne sont formulées qu’à titre de
symboles inadéquats tant par Proclus que par Damascius, tandis
qu’elles conviennent plus proprement à ce qui est au-dessous de
l’un (cf. Proclus, Théol. Pial., III 21, p. 73.25-p. 74.8).
8. D’après P. H a dot (op. cil., II, p. 93, n. 2), c’est probable-
ment à ce vers des Or. Chald. (fr. 27, E. des Places; W. Kroll,
p. 18) que fait aussi allusion Anonym., In Parm., IX fol. 92r.5-6,
mais dans le contexte de l’identification du père unique avec la
monade de la triade, tandis que Damascius cite ce vers dans le
contexte de la transcendance du père unique par rapport à la
triade.
9. ’Ev ÛTœpxoapxü» Pv6Ç>. Selon l’expression complète des Or.
Chald. (fr. 18, E. des Places; W. Kroll, p. 18), il s'agit de «l’abîme
paternel hypercosmique». Voir II. Lewy, p. 159, n. 351, et
P. Iladot, op. cil., I, p. 99, n. 6 : «Pour les Oracles, cet abîme
paternel désigne le Père lui-même, mais, pour les néoplatoniciens
postérieurs, il désigne le monde purement intelligible». Entendons
la totalité du monde intelligible (l’être analogue au père, la vie
analogue à la puissance, l’intellect) selon l’un de sa triade, qui ne
doit pas être confondu avec l’un (le père unique) antérieur à elle.
Page 3.
4. IIpàypaTa signifie ici les réalités supérieures que sont les
intelligibles. Voir P. Iladot., «Sur divers sens du mot pragma dans
la tradition philosophique grecque», dans P. Aubenque (éd.),
Concepts et catégories dans la pensée antique, Paris 1980, p. 318-
319; A. J. Festugière, «Modes de composition des Commentaires
de Proclus», dans Muséum lielvelicum, 1963, 20, 2; repris dans
Études de philosophie grecque, Paris 1971, voir l’appendice consacré
à ce sens de TtpàypaTa, p. 568 - p. 574.
5. Le sens de l’argument est le suivant : tout nombre est un,
mais tout nombre n’est pas monade, entendue ici non pas au sens
de principe du nombre, mais de premier nombre dans la série. La
dyade, la triade, la tétrade, etc., prennent la suite de la monade,
tout en étant également unes. Il s'ensuit que l’un est plus
compréhensif que la monade ; donc, il lui est antérieur. Or, ce qui
est vrai au plan des nombres l’est aussi au plan métaphysique des
intelligibles (érct r<5v TtpaypiàTtûv), car les nombres sont au-dessous
des principes.
6. "Drap èxéyop.ev : Damascius n’emploie pas ici le suffixe -Tœp en
un sens déterminatif («l’un que nous disions»), mais pour
introduire une incise, destinée, après la digression sur le nombre, à
ramener l'attention sur le raisonnement engagé au sujet de l’un
(«comme nous disions»),
7. L’expression de «nombre intelligible» ne désigne pas le
nombre proprement dit, mais, de façon analogique au nombre, la
triade intelligible elle-même, «par transfert, sur leur principe, des
divisions dont l’intelligible est gros», comme l’a écrit J. Trouillard
à propos de Proclus, cf. «La puissance secrète du nombre selon
Proclos», dans la Revue de Philosophie Ancienne, 1983, 2, p. 227-
p. 241 (p. 231).
8. Voir supra, vol. I, p. 129.12-16.
9. Si piovàç dérive de piôvoç (seul), par contre p.ovTj dérive de gévco
(demeurer), mais a pu être rattaché au groupe précédent par une
étymologie arbitraire.
Page 4.
I. Bien qu’ici Tràvra précède êv, on traduit par l’un-tout, et non
par le tout-un. Damascius écrit, en effet, tô et non pas và. Il s’agit
du même principe qui vient d’être désigné par tô êv Ttàvra, ci-
dessus, p. 3.3 et p. 3.16.
2. Il est évident que l’indétermination de l’un est plus parfaite
que celle de l’unifié (l’un-être).
3. Le ms. A porte TpiTov... iSiôttjtœ... xai çvrrec SeuTÉpav. Mais
TpiTov est évidemment fautif ; il s’agit non d’une troisième, mais
d’une deuxième propriété, car la propriété du principe qui précède
vient d’être dite «la plus vénérable... de toutes», c’est-à-dire la
première ; Tplrrçv a pu être écrit en écho de TpiTV) (même ligne), soit
par le copiste, soit par Damascius lui-même.
4. Koivovépav désigne de toute évidence un niveau de réalité
inférieur et «second par nature». C’est pourquoi A1 corrige par
xoiXovépav, «plus basse», terme assez fréquent chez Ilermias et
Proclus, et. employé également par Damascius (De princ. R. I.,
p. 236.11; p. 244.11 ; In Parm. R. II, p. 230.20 ; In Phaed. I,
§ 7.2; §540.9; In Phil. §68.2). Toutefois, cette correction n’est
guère possible, car d faudrait la faire aussi plus haut, p. 2.8 et
p. 2.10; il est préférable de garder la leçon xoivoTÉpav avec le sens
de «plus commune», apparenté à celui de xoiXoTÉpav, «plus basse»,
et par là différent de yevixiûTàTvjv, «la plus universelle» (1. 22). Voir
également supra, vol. I, p. 44.16, où xoivÔTepov désigne le sens plus
large et plus commun selon lequel un attribut (ici l'automoteur),
propre à un sujet supérieur (l’âme universelle), est étendu de façon
impropre à des sujets inférieurs (les animaux).
Page 5.
4. D’après Aristote (Mel. A 5, 986 a 22-26), certains pythagori
ciens concevaient les deux rangées suivantes de principes,
opposées terme à terme : 1/ limitant, impair, un, droit, mâle,
immobile, rectiligne, lumineux, bon, carré; 2/ illimité, pair,
multiple, gauche, femelle, mobile, courbe, obscur, mauvais,
oblong. Plotin rappelle cette doctrine en disant que le beau et
le déterminé, que la nature contemple pour produire, sont dans
la rangée du bien (èv Tÿj toû àya6oü ovoToi/ia), tandis que l’indéfini,
qui est laid, appartient à l’autre rangée (ttjç érépaç auoToi^iaç),
Enn. III 5, 1.20-23). Syrianus, /n Met., p. 165.31 - 166.12, attribue
à Philolaus l’idée que Dieu fait subsister le limitant et l’illimi-
tation dont l’opposition est à l’origine des deux rangées consti-
tutives de tous les êtres, et il rappelle l’écho que cette doctrine
a trouvé chez Platon en plusieurs endroits, notamment dans le
Philèbe 16d 7-10; 23b 9-10. — Sur le terme ouaToi/ia voir
J. Tricot, Aristote, La Métaphysique, t. I, p. 45, n. 4, Paris,
nouvelle édition 1981.
5. Le génitif aupupuoEiaç a été ajouté au vu d’un passage quasi
identique, infra, p. 16.2 : T7)ç 8itt^ç ouoToixiat; artè piâc aup.ç>ùaewç
<ryiÇo(jiévï;ç. Dans les deux cas, il s’agit de l’unique communauté de
nature à partir de laquelle se séparent les deux rangées de
contraires. Nous écrivons «symphyse», afin de garder l’image
qu’évoque ce terme d’anatomie, à savoir la connexion naturelle de
deux os. Usage fréquent chez Damascius, infra, p. 25.12;
p. 27.21 ; p. 28.15; p. 29.8; p. 31.12; 16; 22; passim. Voir
Aristote, Phys., IV 5, 213 a 9-10; V 3, 227 a 23-27.
Paye 6.
1. Ce principe dit «de forme unique» et «un» (=«indivisible»,
infra, p. 6.8) n'est, pas le principe unique antérieur à tout, désigné
comme un-tout (p. 6.9), mais celui dont procèdent les deux
rangées, en tant qu’elles ne sont pas complètement séparées et
qu’elles gardent entre elles quelque chose de commun.
2. Voir supra, vol. I, p. 8.19, n. 6.
3. Notjtcüç. Voir infra, n. 1 de la p. 36.9.
4. Contrairement à ce qui peut apparaître de prime abord, il
n’y a pas de contradiction réelle entre xorrà ïvBeiÇiv (p. 6.7) et
xuptoiç, où xorrà èvSei^iv (ci-dessus, I. 3-4). En effet, c’est la
détermination des causes intelligibles des formes distinguées dans
l’intellect et dans l’âme, qui est dite allusive, tandis que, pour les
deux séries cont redistinguées, c’est, la nécessité de procéder du
principe de forme unique qui est dite de façon propre et non
allusive.
5. On a gardé tô ye (= toûtô ye), car Damascius a pu rencontrer
des cas semblables dans sa lecture de Platon : Euthyd., 271 c 6 :
Ttàaaoçoi àTc/voiç tco ye (sic, mss. B W) ; ibid., 291 a 2 : tô ye eu oI8a
(mss. B T); Polit., 305 c 9 : tô yc 87, xaTavoiyréov (ms. T). Exemples
tirés de Kühner-Gerth, Ausführliche Grammaiik der Griechischen
Sprache, Il Satzlehre, I. p. 586.
Page 8.
1. Dans l’hypothèse de la contradistinction du limitant et. de
l'illimitation, comme termes de même rang, l’illimitation se
produit comme première, en tête de sa rangée, sans être dérivée du
limitant, qui est en tête de la sienne. Les caractères qui se
rattachent à l’illimitation ne sont pas, non plus, dérivés des
caractères qui se rattachent au limitant. L’illimitation les
constitue en ce sens comme premiers.
2. ’AXtiOcüç ëv. En se rappelant que, dans le Sophiste, 245 a 8-9,
Platon désignait par cette expression l’un pur et indivisible, on
perçoit ici le sens différent et ironique du propos, car, dans les
conditions présentes, l’un sera «vraiment un», en tant que
déterminé, comme il est précisé dans la ligne suivante.
3. Tô eXà^iaTov. Cf. supra, vol. 1, p. 3.9-10.
4. L’utilisation des concepts de l’un et du tout (dans leur
correction réciproque) pour symboliser l’un antérieur à tout, a
déjà été expliquée maintes fois supra, vol. I, p. 81.5-11 ; p. 85.9-
12; p. 93.15-21 ; p. 111.5-8; p. 126.24-p. 127.11 ; vol. II, p. 6.9-
10.
[‘âge 9.
1. Du fait que la pensée intuitive, propre à l’intellect, et la
pensée rationnelle, propre à l’âme, sont comparables l’une à la
vue, l’autre à l’ouïe, et du fait que la vue et l’ouïe sont dans un
même rapport de contradistinction à l’égard d’un sens commun
antécédent, au sein d’un même psychisme, on infère que la
connaissance intellective et la connaissance rationnelle participent
à une connaissance commune antérieure, à savoir la connaissance
substantielle ou intelligible ; mais cette inférence est erronée, car
l’âme rationnelle procède de l’intellect à la manière d’une image et
ne se contredistingue pas de lui, au sens strict. En effet, si
l’intellect intellectif se rattache à l’intellect intelligible comme à
son principe (dans le même diacosme des intellectifs), il n’en est
pas de même pour l'âme qui est en dehors de ce diacosme et qui ne
se rattache à l’intellect intellectif que comme une image à son
modèle. Il est également erroné de transférer dans les principes,
par des analogies non critiquées, des conceptions qui se rapportent
à des choses déterminées et qui sont modelées sur elles.
2. (")é<riv elvat, on peut aussi corriger par Bëîvai avec W. Kroll,
mais la première correction explique mieux la corruption Oemvat,
et, au lieu de l’aoriste on s’attendrait à lire le présent Ti6évai, cf.
I. 10.1-2 à7TOTÎ6e<r6ai... àvàyeaOai. Pour le substantif 6éaiv, cf. ci-
dessous p. 30.6 et In Parm., R. II, p. 148.23.
Page 10.
I. i-ûv6çp.a. En substituant, par souci d’exactitude, ce terme à
yv<bp«rp.a, Damascius montre bien que la désignation du principe
n’appartient pas au simple domaine de la connaissance, mais à
celui de l’union. Évoquer le principe par un <r6vfh;p.a, ce n’est, pas
lui donner un nom quelconque, purement spéculatif, mais
découvrir notre propre lien avec lui, en réveillant un caractère
caché et déposé en nous, efficace de ce qu’il signifie (PouXerai y“P
a6v6rj[xa elSoç eivai éviaîov, In Parm., R. II, p. 93.19; voir p. 93-95).
Pour Proclus, le aûvOrjia par excellence est l’un de l’âme, qui unit
celle-ci à l’un ineffable (cf. In Remp. I, p. 177.15-23; Théol. Plat.,
II 8, p. 56.16-p. 57.3). D’une façon générale le aûvÔTjga est un
relais divin au dedans d’une essence, un trait d’union par lequel
elle passe ses propres limites et atteste son insertion dans une série
divine. Tel est le sens chaldaïque de aûv6y;(za, cf. Or. Chald., fr. 2,
109, E. des Places; et c’est aussi celui de aûpëoXov dans son
acception forte, cf. Or. Chald., fr. 108; Proclus, In Tim., I,
p. 210.13, 22, 28, p. 213.16 (avvW)|xara) ; p. 210.18, p. 211.1
(oûpëoXa). Voir W. Kroll, p. 50; H. Lewy, p. 190-192, n. 56 et 58;
p. 470-471, n. 17. Comme le dit ce dernier, les noms divins
indicibles (âpprjTa ôvégaTa) sont des <ruv6ÿ)p.aTa ; mais, comme le
remarque A. J. Festugière, dans sa traduction de Proclus, In
Tim., II, p. 32, n. 2 et 3, les auv0-ç(xara ne sont pas tous des noms
divins. Toute correspondance préétablie avec une divinité en quoi
que ce soit, pierre, plante, animal, parfum, nom, nombre, est un
c6v6i;[xa. De là, le rôle privilégié que le a. joue dans la prière
(Proclus, In Tim., I, p. 210.11-p. 211.8), l’action théurgique
(Jamblique, De mysl., Il 11, p. 96.14-97.19 Parthey = p. 96
E. des Places), la divination (Ihid., III 15, p. 135.1 -136.10
Parthey = p. 119-120 E. des Places). Voir E. R. Dodds, Proclus,
El. Theol., comment., p. 223; «Theurgy and its Relationship to
Neoplatonism », in Journ. Rom Siudies 37, 1947, p. 55-69 (61-65),
réimpr. dans The Greeks and lhe Irraiional, Rerkeley, Los Angeles,
1951, p. 291-295; trad. franç., Paris 1965, p. 278-282; voir encore
Saffrey-Westerink, Procl. Théol. Pial., H, p. 8, n. 5 (p. 114);
A. Segonds, Procl. In Aie., I, p. 77, n. 3 (p. 175). On trouvera de
riches éléments d’analyse dans J. Trouillard, «L’activité onomas-
tique selon Proclos», dans De Jamblique à Proclus, Entretiens sur
l’Ant. Class. t. XXI, Vandœuvres-Genève 1975, p. 239-255; «Les
fondements du mythe selon Proclos» dans Le mythe et le symbole,
Paris 1977, p. 11 -p. 37; «Le symbolisme chez Proclos», dans
Dialogues d’Hisloire Ancienne, 7 (1981), p. 297-308. Dans cette
dernière étude, en se basant sur la Théologie Platonicienne (J 4,
p. 20) qui représente la dernière expression de la pensée proclien-
ne, J. Trouillard a pu établir une distinction entre oûvfhjpa et
aôp.6oXov, qui souligne leur relation profonde. Comme le premier
est caché et qu’il est souvent qualifié d’«ineffable» (Proclus, In
Remp., I 48,8; In Crai., 19,13; 31,6), il a besoin d’être éveillé
d’une certaine façon par des symboles (noms ou gestes) qui n’ont
de sens que par lui. Le aûpiëoXov tire son efficacité du aûv0T;p.a,
lequel, par lui, devient manifeste. Voir Loredana Cardullo, Il
Linguaggio del Simbolo in Proclo, Analisi filosofico-semantica dei
termini symbolon / eikôn /synthêma nel Commentario alla Repub-
blica, Catania 1985.
Page 11.
1. A la suite du Parménide (137 b 2-4), Plotin, Amélius, Proclus
désignent le principe absolu par l’un ; à la suite du Philèbe (23c9),
Porphyre, Jamblique, Plutarque d’Athènes, Syrianus le désignent
par Dieu (cf. II. D. Saffrey et L. G. Westerink, Proclus, Théol.
Plat., I, p. lxxvii-i.xxxvh ; III, p. xvrr xi); à la suite de la
République (VI, 506e 1), Plotin et Proclus le suggèrent aussi par le
Bien ; les Orphiques par le Temps (Xpôvoç). Au sujet de la
symbolisation par l’Occasion (Kaipôç), on peut faire les remarques
suivantes. Pausanias, V 14.9, signale à Olympie un autel de Kaipôç
qui, d’après le même auteur, a été célébré dans un hymne par Ion
de Chios comme le plus jeune des fils de Zeus. On connaît aussi la
fameuse figure allégorique décrite par Posidippus (Anlhol.
gr. XVI 275). Dans les deux cas, il ne s'agit évidemment pas du
dieu suprême. Mais Proclus, In Parm., VII, 1216.15-18, nous dit
que, selon un commentateur qu’il ne nomme pas (peut-être s’agit-
il de Porphyre, s’inspirant de quelque théologie orientale, cf. ci-
dessous p. 210.11, n. 5), Kaipéç était le premier dieu, Aiœv le
deuxième, Xpôvoç le troisième ; et il ajoute que, chez les
pythagoriciens, Kaipôç était un prédicat du nombre un
(VII, 1216.28-30). Pour d’autres pythagoriciens (Nicomaque dans
lambl., Théol. arilhm., p. 59.4.) Kaipéç représente l’heptade; et la
spéculation néoplatonicienne, à partir du Philèbe 66 a 7, lui assigne
normalement un rang moins élevé (Procl. In Parm., loc. cit. ; VII,
1224.41 -1225.5; In Aie., 124.8-13 Segonds; Dam., In Phil.,
§ 256.3-5).
2. Le même renseignement se trouve infra p. 30.8-13, et en
R. I, p. 323.17-p. 324.2, où Damascius dit qu’il provient des
philosophes égyptiens de son temps.
3. Le plérôme indéterminé des êtres est l’un-être ou l’unifié.
4. La correction yvcvaTÔv au lieu de âyvexrrov se justifie par le
passage parallèle, vol. I, p. 65.7-10, où les mêmes textes du
Sophiste et de la République sont cités conjointement. Voir aussi
Proclus, In Remp. I, p. 280.13-15 : ...xaiToi xai yvgxttov eivai qnçaiv
aÙTÔ, Ttâai toû; Yiyviüaxogévoiç toû yiyvciaxcaBai alriov ôv xai [zà07)(xa
ea^a-rov, cf. ibid., p. 291.3-5.
5. La négation parfaite au sujet de l’un nie non seulement
l’être, mais le fait d’être un, et donc toute connaissance (cf. Parm.,
141 e 7- 142a 6). Sur la négation de l’être, voir Ile princ., vol. I,
p. 64.15-19; vol. II, infra, p. 21.22-25. — Sur la négation du fait
d’être un, cf. vol. I, p. 55.16-17. — Sur cette double négation, cf.
vol. I, p. 9.1-8, et note 1.
6. ’Ev &XXou; : Damascius projette peut-être de renvoyer cette
recherche à Vin Parm., au commentaire de la première hypothèse
(que nous n’avons pas).
7. L’un dont il s'agit ici est l’un qui, au-dessous de l'ineffable,
est affirmé de façon purifiée comme antérieur à tout. Cf. supra,
p. 4.9-12; p. 10.22-23; vol. I, p. 4.1-9; p. 4.25ss; p. 85.3-5.
Comment cet un pourrait-il correspondre à l’un-être, qui est
l’objet de la deuxième hypothèse du Parménide, puisque l’un-être
correspond à l’unifié qui vient après les plusieurs purs et l’un
antérieur? La solution est la suivante : l’un-être (et ses prédicats)
est bien l’objet de la deuxième hypothèse : mais l’un-tout
antérieur à tout est supposé au point de départ de cette hypothèse
comme le fondement de l'être et de toutes les déterminations
possibles («Si l’un est»). L’un est ainsi le référent de l’être, et,
par là, il rend possible la constitution de l’un-être ou de l'unifié,
c’est-à-dire de la première triade intelligible. D’après Proclus,
interprétant Parm., 142b 5-c 7 dans Théol. Pial., III 24, p. 85.9-
p. 86.6, cette triade est la suivante : un, puissance (ou relation),
être. D’après Damascius, cette triade est l’unifié qui se compose
d’un et de non-un (= plusieurs). Voir infra, p. 16.20-18.12. —
La première hypothèse a réduit à néant, le tout et. sa logique
dans les hypernégations qui nient de l’un chaque prédicat et son
contraire. Telle est la théologie négative radicale. La deuxième
inaugure la dialectique des affirmations et des négations dont la
complémentarité rend possible le circuit, du sens. Le passage de
la première hypothèse à la deuxième se fait par l’un-plusieurs pur
sur fond d’ineffable. Telle est. la première notion prédialect.ique
qui constitue l’axe sur lequel, par leur retournement, les négations
de la première hypothèse deviennent génératrices des affirmations
de la deuxième, comme l’ont pensé Syrianus et. Proclus.
Page 12.
1. Tô Tràvra Êv : même remarque que supra, p. 4, n. 1.
2. La leçon de A (avant la correction), qui doit, être le point de
départ pour rechercher la leçon originale, était sans doute
rcpax-nx-rç. Le contexte demande un terme à peu près synonyme de
ÔTrapxTix-f; et TrepaToeiSvjç ; on a donc préféré TtaTpixv; à TtapaxTix-i).
3. La «base des intelligibles» est l’intellect intelligible, au-
dessous du plan médian (la vie intelligible) et, du sommet, (l’un-être
intelligible).
4. 'Ex Tplvcov, ce tertio s’articule avec le secundo (ïotco 8è) de la
p. 12.12 et le primo (wttcü p.èv) de la p. 12.4.
Page 13.
2. Il a été dit plus haut, p. 11.9-11, que la monade au sens
propre se trouve avec le nombre dans les réalités distinguées (c’est-
à-dire après la première altérité, dans le premier ordre des
intelligibles-intellectifs), non dans le plérôme indéterminé des êtres
(c’est-à-dire dans l’intelligible). Il n’y a donc pas dans les principes
de monade au sens strict, ni même (par extension) d’un, pris au
sens déterminé du nombre.
3. ’Hv : imparfait métaphysique qui signifie le caractère
absolument éternel de l’indicible, mais ici il s’agit en fait d’une
supra-éternité.
4. Dans cette phrase, deux éléments font difficulté : le mot
tôxoç, puisqu’on ne saurait admettre ni procession ni génération de
l'un, et le datif qu’on ne peut pas construire. Apparemment, il y a
une division fautive des mots, et il est probable que Damascius a
simplement écrit àmiXXaTtXamaaTov ; c’est ce qu’on a traduit par
«non multipliable». On pourrait penser aussi à àmWomlaaiaaTov
xwXurtxèv..., pour disposer de la syllabe xco-, mais ce dernier
adjectif est moins approprié que Ximxiv.
Page 15.
2. Damascius modalise l’un-tout à travers ses deux hénades
primordiales que sont l’un et la pluralité, analogues au limitant
et à l’illimité. Il ne faut pas entendre par là qu’il dualise
réellement l’un-tout dans l’un et la pluralité, car ces derniers ne
sont pas, pour lui, réellement contredistingués (infra, p. 16.7).
Chacun d’eux est l’un-tout, «celui-ci comme un, celui-là comme
pluralité». Selon Damascius, il y a donc l’ineffable, puis l’un-tout
(antérieur), mais modalisé comme un et comme pluralité, et enfin
l’unifié qui correspond à la triade intelligible. L’unifié est lui
même une troisième modélisation qui synthétise a priori les deux
premières en se posant à partir d’elles. Ce sont ces trois modéli-
sations de l’un au-dessous de l'ineffable, que, dans une nouvelle
expression de la doctrine, Damascius considérera comme les trois
principes proprement dits (Êv nàv-ta, nàvra êv, r;v<op.Êvov), cf. infra,
p. 34.22-35.14; p. 39.11-25. On voit comment Damascius reste
proche de Jamblique, en maintenant l’un-tout entre l’ineffable
et l’intelligible, et comment il s’en différencie, en concevant l’un
(limitant) et la pluralité (illimitée) comme les modes de l’un-tout.
Pour Jamblique, l’un est intermédiaire entre l’ineffable et les
deux principes contredistingués (le limitant et l’illimité), qui sont
la monade et la dyade constitutives de la triade intelligible de
l’être, cf. infra, p. 25.1-6; p. 28.1-6; voir supra, vol. I, n. 3 de
la p. 9. Pour Damascius, il n’y a pas de contradistinction dans
les principes; celle-ci ne commence qu’après l’intelligible qui, pour
lui, est l’unifié, voir infra, la n. 3 de la p. 56.7.
Page 17.
2. Cf. Proclus, Théol. Plat., 1 11, p. 47.7-8, citant Sophiste,
245 b 8-10.
3. On peut penser que Damascius cite Syrianus d'après Vin
Parm. de Proclus, dont a survécu seulement la première partie,
relative à la première hypothèse. Sans doute, les commentaires de
Syrianus, pour la plupart les cahiers de ses cours, étaient-ils à la
disposition de l’école, nommément de Proclus, et probablement iis
existaient encore pendant le rectorat de Damascius ; mais on peut
se demander si celui-ci prenait souvent la peine de les consulter.
Voir, par ex., Damascius, In Parm., R. Il, p. 149.25-28, où
Syrianus est évidemment cité à travers Proclus. — Sur la
constitution, ici exposée, de la première triade intelligible selon
Syrianus et Proclus, cf. Théol. Pial., III 24, p. 83.20-p. 86.14. —
On notera enfin que, ci-dessus 1. 11-14, Damascius joint à la
description de cette triade l’évocation de la triade chaldaïque,
l’être (= l’intellect) venant après la relation (= la puissance) et
l’un (= le père).
Page 21.
1. Les propositions conditionnelles de cette longue phrase, qui
s'étend jusqu’à la p. 22.10, ont un unique et même sujet : ce
«quelqu’un»; la preuve en est le «ùt6v de l’apodose, p. 21.28, au
lieu de aù-roôç. La doctrine décrite et prise à partie est celle de
Proclus(-Syrianus) : un seul principe antérieur à la triade (en quoi
cette doctrine s’éloigne de celle de Jamblique), à savoir l’un (qui
est aussi l’ineffable) précédant toute opposition et suivi de deux
autres principes en opposition mutuelle, le limitant et l’illimité qui
jouent le rôle de monade et de dyade, comme chez Pythagore,
tandis que l’un s’impose au mixte constitué du mélange des deux.
La seule difficulté réside dans la désignation d’emblée de cet un
par «l’un tout lui-même» (p. 21.2-3); cette appellation n’est le
fait ni de Proclus ni de Syrianus, mais de Damascius lui-même
qui désigne l’un par le nom qu’il a dans sa propre doctrine.
Damascius apporte d’ailleurs immédiatement une précision qui
rectifie en partie l’interprétation ainsi introduite de la pensée de
l’auteur discuté, en ajoutant : «car, dans sa pensée, ce dernier est
également l’ineffable», et il argumente cette conception avec
l’exégèse syriano-proclienne du Philèbe (ci-dessous, p. 21.4-8), telle
qu’on la trouve dans la Théol. Pial., III 7, p. 29.28-p. 30.2; l’un
du Philèbe est la cause qui «fait exister l’univers entier, parce
qu'elle est la cause de toute déité». De ce point de vue sans doute,
cet un étant, cause de tout pourrait être entendu comme un-tout.
L’un est le « Roi de l’univers» (Ibid., p. 30.4), précédant le limitant
et l’illimité qui lui doivent leur existence (Ibid., 8, p. 34.13-14).
Mais il s’impose comme cause au mixte (Ibid., 9, p. 36.23-
p. 37.11; p. 37.21-25) de façon ineffable, puisqu’il ne se laisse
pressentir que par la médiation des trois monades (Ibid., 11,
p. 43.1 - p. 44.20).
2. Cf. Platon, Phil., 64c 1-3. Voir J. Combès, «Les trois
monades du Philèbe selon Proclus», dans Proclus. I.ecieur et
interprète des Anciens, Coll, internat, du C.N.R.S., Paris 1987,
p. 177-190.
3. ’Aopt<rroi>p.éw;<; (leçon de A) semble bien être une de ces
formations artificielles si fréquentes chez Damascius ; toutefois,
puisque le sens précis de la terminaison n’est pas clair ici, et que le
terme traditionnel est àôpiaroç 8uàç, il vaut mieux, en ce cas,
regarder la correction de A1 comme faite d’après le modèle.
4. Nouvel exemple de notion commune (repris aussi par Simpl.,
In cal., 6.7-11 ; Olympiod., In cal., 9.21-24; Elias, In cal., 119.30-
33) : il est nécessaire qu’un principe unique préside à tout. Plus
haut, Damascius avait donné l’exemple de la distinction de l’unifié
et de l’un, voir p. 17.3-4 et n. 1.
5. Cette citation d’Homère (II., II, 204) faite par Aristote (Met.,
A 10, 1076a 3-4) est reprise en partie par Syrianus (In Mel.,
p. 64.25 ; p. 194.9) et par Proclus (In Tim., I, p. 262.11-17 ; Théol.
Pial., II 2, p. 22.8-9). On la retrouve fréquemment employée dans
l’école d'Ammonius, fils d’IIermias, pour illustrer la «monarchie»
divine. Cf. par ex. Zach. Myt., Ammonius, I. 319-321, éd. Colonna ;
Amm. De inlerprel., 7, C.A.G. IV, 4, p. 96.24; J. Philop., De
aelernilale mundi, IV 13 (88.19 R), VI 18 (179.21 R). Voir
L. G. Westerink, Anonymous Prolegomena lo Plalonic Philosophy,
Amsterdam 1962, Préf., p. xxvr.
Page 22.
1. Kaî Saa (I. 8-9) est avec t& te EÎpjpiva (p. 21.28) le
complément de Ttpoçépovreç.
2. Sur la connaissance unitaire qui transcende la connaissance
substantielle et, a forliori, les connaissances intellective et
rationnelle, cf. supra, vol. I, p. 65.1 ss. Sur cette hiérarchie des
connaissances, voir Ibid., p. 9.23-p. 10.16.
3. Il s'agit de la «fleur de l’intellect», »6ou âv6oç, locution dont
l’origine est dans les Or. Chald., fr. 1.1 ; 49.2, E. des Places, voir
infra, p. 105.3 et n. 1.
4. ’ETtépEimç, voir supra, vol. I. n. 3 de la p. 64.11 : n. 5 de la
p. 64.12; n. 2 de la p. 83.15.
5. L’expression est empruntée à Phédon 111 a 3, 6éap.a EÙ8ai(x6-
vcov 6EaTcùv. Elle avait déjà été reprise par Plotin, Enn., V 8, 4.43-
44, 6Éapia ûitEpEuSaipiévcov OEavcov. Platon parle d’un paradis
terrestre, Plotin de la beauté intelligible, Damascius de l’un
transcendant. Par modestie, ou par connaissance de soi, celui-ci ne
se compte pas parmi ces «heureux contemplateurs».
6. ’A7co(i6pYwrai. Ce verbe, dont l’emploi est très rare, signifie
à la forme active : «faire sortir en pressant», «ôter en essuyant»,
et à la forme moyenne, «ôter en essuyant sur soi». Ici, son sens
s’entend au figuré dans le contexte de la doctrine relative à la
connaissance de l’un, contexte auquel Damascius renvoie par
deux fois dans ce passage, ci-dessus L 19-20 (cf. vol. I, p. 86.10-
p. 89.3), ci-dessous p. 23.2 (cf. vol. I, p. 72.20-p. 73.12; p. 83.7-
p. 84.12). D’après cette doctrine, on ne connaît l’un que de loin,
et, plus on s’approche de lui, moins on le connaît, jusqu’à ce que
la connaissance se change en complète inconnaissance dans
l’union. Ainsi, àrropLopywjTai évoque la suppression progressive ou
l’effacement de la connaissance de l’un, que la pensée opère en
elle-même, en s’approchant de l’un, jusqu’à l’union en lui.
Page 23.
1. "A6eTo<;, Damascius a déjà utilisé ce terme au sujet de l'un,
supra, vol. I, p. 56.9. Chez Proclus, comme chez Aristote (An.
Posl., I 27, 87a 36 ss; Met., A 6, 1016b 25, 30; M 8, 1084 b 26-
27), ce mot caractérise le principe arithmétique qu’est l’unité
(tiovàç), tandis que le principe géométrique qu’est le point (aTiypTj)
a une position, cf. Proclus, In Eucl., p. 59.18; p. 96.8-10.
2. On retrouve sous une autre forme la notion commune déjà
énoncée supra, p. 21.14-20.
Page 24.
1. Ici, Damascius ne semble prendre en compte, parmi les
philosophes, que les pythagoriciens et les platoniciens ; pour les
théologiens, voir R. I. p. 316.10-p. 324.15. On peut ajouter à la
liste Hésiode, tel que l'interprète Simplicius, In Phys., p. 528.12-
26; cf. Proclus, In Crut. 67.7-17.
2. A propos de ce fragment de Philolaus, 44 B 1-2, D-K6, cf.
encore Nicomaque de Gérasa, Introd. arilhm., II, 18,4; Proclus,
In Tim., I, p. 84.4-7; p. 176.27-28; Théol. Pial., III, p. 30.21-23;
Damascius, infra, p. 40.8-12. On peut rapprocher de ce fragment
le texte de Syrianus sur Philolaus, cité supra, n. 4 de la p. 5.12,
et relatif aux deux principes suprasubstantiels qui sont à l’origine
des deux rangées de contraires dont sont formés les êtres, cf.
Syrianus, In Met., p. 165.31-p. 166.5.
3. Le texte présente une anacoluthe : èrai (car) a pris la place
d’un second tj (ou bien) qui devrait correspondre à celui qui
introduit «tous les genres de l’être» (I. 20). On doit comprendre :
«ou bien, si l’on veut y poser...».
Page 25.
1. C’est très certainement Jamblique qui est cité, après Orphée,
les Oracles Chaldaïques, Philolaus et Platon, dans le contexte de
l’opposition constitutive de tous les êtres. Le passage (p. 25.1-15)
s’éclaire bien en regard d’un texte de Proclus (à propos du mythe
de l’Atlantide), In Tim., I, p. 77.24-p. 78.11, où, avec le témoi-
gnage de Syrianus, la doctrine de Jamblique est évoquée de façon
explicite sous son nom, et résumée dans les termes suivants :
«Puisqu’en effet toutes choses dérivent, et de l’Un et de la Dyade
postérieure à l’Un, et sont de quelque manière mutuellement
unies, mais ont aussi une nature antithétique, comme, dans les
Genres de l’Être, il y a une sorte d’antithèse entre le Même et
l'Autre, le Mouvement et le Repos, et que toutes les réalités du
Monde participent à ces Genres, on ne saurait que bien faire en
considérant l’opposition qui pénètre tout le réel» (trad.
A. J. Festugière, I, p. 113). (Ce témoignage de Proclus constitue le
fr. 7 de Vin Tim. de Jamblique, dans le recueil de J. M. Dillon,
lambl. fr., p. 110; comment., p. 268-270; voir ibid., p. 31-32;
B. D. Larsen, lambl. lest., 200).
2. Ce passage, p. 25.5-6 = B. D. Larsen, lambl. test., 295.
3. ’Oxetol, «canaux» : mot favori du poète des Oracles
Chaldaïques (fr. 2.4 ; 65.2 ; 66; 110.1, E. des Places). Les néoplato-
niciens les interprètent comme les séries verticales de la proces-
sion.
4. Proclus paraît clairement désigné par la thèse attribuée à
ce personnage. De plus, les propos que Damascius prête à ce
dernier peuvent être ceux-là mêmes que Proclus tient dans Vin
Tim., I, p. 77.24-p. 78.11, cf. supra n. 1 de la p. 25.1. Ensuite,
la théorie, évoquée ci-dessous, I. 17-21, selon laquelle les partici-
pations du limitant et de l’illimité constituent les éléments de
l’être en tant que mixte, est bien celle de Proclus, dans la Théol.
Plat., III 9, p. 38.22-p. 40.8; Damascius l’examinera et la
réfutera infra, p. 42.17-45.12, où il l’attribuera explicitement aux
«philosophes» (= Syrianus et Proclus), p. 44.10-12. Autre argu-
ment : Damascius explique ci-dessous, 1. 21-22, que d’après cette
doctrine, le caractère unifié (t;vcü(xévov) de l’être découle de ce que
les éléments sont venus se réunir en une seule et même chose.
Or, Proclus dit, en effet, que l’être, comme mixte résultant du
limitant et de l'illimité, n’est pas l’un en soi (aÙTOÉ»), mais qu’il
est seulement de forme une (èvoeiSéç), cf. Théol. Plat., III 8,
p. 31.23-25; car l'un en soi existe avant ce qui est unifié (itpè tüv
r;vcop.évcov) ou ce qui a subi l’un (tô TteTtovùèç tô iv, Soph., 245 a 5-6;
245 b 8-9), Théol. Pial., III 8, p. 31.1-3; voir encore ibid., 14,
p. 18.17-20, où l’être est appelé l’unifié. Enfin, ci-dessous, le
contenu des 1. 23-24, où à partir de la contradistinction des
éléments est inférée celle de leurs principes, ainsi que la causalité
de l’un, antérieure à la contradistinction, peut être rapproché de
Théol. Plat., III 8, p. 34.12-19 où Proclus met en parallèle la
distinction (Stalpemç) des éléments, issue de la dyade des principes
et de l’unification de ces principes par l’un antérieur à leur dyade.
Si l’origine lointaine de cette doctrine est pythagoricienne et
platonicienne, son origine immédiate est jamblichéenne, voir
supra, p. 25.1 ss, n. 1, et infra, p. 26.2, n. 1.
5. Ce passage, p. 25.15-18= B. D. Larsen, lambl. test., 295;
voir J. M. Dillon, lambl. fr., p. 31.
6. Par haplographie avec ISiôttjti, 8i6ti a pu tomber ; IAIOTH-
TIAIOTI.
Page 26.
1. Quel sens donner, dans le cas présent, à l’expression
«l’hypothèse de Jamblique»? Entendre par elle la doctrine
générale d’après laquelle il y a deux principes (l’ineffable et l’un),
antérieurs à la triade intelligible, est exclu par le contenu du
«discours» qui est supposé défendre cette hypothèse (p. 26.1-2)
et dont la nature proclienne a été établie dans la note précédente.
Mais en prenant le terme d’«hypothèse» à la lettre, on doit se
reporter supra à la page 25.1 : «Par suite, dit quelqu’un (Jam-
blique), il faut probablement poser auparavant les causes tant
de l’un-être que de la nature dyadique en lui des éléments : il
doit donc y avoir la dyade prédistinguée des principes comme
cause de la dyade dont nous venons de parler, de même qu’il y
a aussi l’un antérieur à la dyade, celui que Jamblique pose
antérieurement aux deux principes comme la cause présubsistante
de l’un-être»; cf. aussi supra, p. 15.1-6. Telle est la teneur de
«l’hypothèse de Jamblique» que le discours de Proclus prétendait
défendre, en même temps que la contradistinction. Cela est
confirmé par la suite du texte qui réexpose l’hypothèse, vérifiée
sous forme de conséquence, ci-dessous p. 26.4-8, passage qui
reprend, en le résumant, l’exposé du troisième argument de
Jamblique, supra, p. 4.8-5.7.
2. Cf. supra, p. 3.3-5; p. 4.8-5-7.
3. Selon cette terminologie, les deux principes sont le limitant
et l’illimité; les «trois», sont les «deux», plus le «sommet»
(1. 15-18), qui est au-delà des deux; le «troisième» est l'être
(I. 14-15)
, a i i i- t le sommet
qui est au-dessous des deux : le limitant--------I illimité.
l’être
4. La formule courante est xoerà tô gâXXov xai ^ttov (par ex.
R. L, p. 244.12) mais xoerà rà n’expliquerait pas la corruption i)<n.
Page 28.
2. A ne considérer que les points de doctrine contenus dans
les I. 7-8 (opposition des deux principes et antériorité de l’un par
rapport à cette dyade), ils ne suffiraient pas à déterminer si ce
«quelqu’un» est Jamblique ou Proclus; car ils sont communs aux
deux, encore qu’ils viennent d’être présentés immédiatement dans
le contexte jamblichéen. Mais ce qui suit est plus significatif :
«la première question qu'on doit sans doute lui poser portera sur
ce dont il parle en dernier lieu : quelle peut bien être la cause
de la rangée intermédiaire, celle qui est formée d'un seul tenant?»
(I. 9-10). Nous avons vu qu’il n’a été question de la symphyse
des principes (évoquée dans les lignes précédentes, p. 27.17-23),
et débattue ci-dessous, p. 28.10 ss) que dans les raisonnements
qui sont prêtés directement à Jamblique, supra, p. 25.6-15;
p. 5.17ss (d'argument); p. 16.1 ss. Or, dans le dernier de ces
passages, Damascius déclare comme ici (p. 28.9) qu’il s’attachera
aux dernières conclusions établies par Jamblique (1. 16.2-3) et,
quelques lignes plus loin, il parle de la symphyse unique à partir
de laquelle se partagent les deux rangées. Notons, par ailleurs, que
Damascius ne l’a pas évoquée dans les passages que nous avons pu
identifier comme se rapportant à Proclus, supra, p. 21.1 ss, n. 1 ;
p. 21.15, n. 4. On peut donc considérer que le «quelqu’un» de la
p. 28.7 est Jamblique.
3. 'ExaTÉpcx;, «dans l’un et l’autre cas» : 1) le cas où la cause de
la série globale est l’un antérieur aux deux principes, 2) le cas où
cette cause est la symphyse (aû(i<pu<ri^) des deux principes.
4. La duplication de l’un en un absolu et un symphysaire, entre
l’ineffable et la dyade des principes (le limitant et l’illimité), est
une conséquence de la contradistinction réelle de ces deux
principes. Dans cette critique, dirigée contre la tentative jambli-
chéenne de contredistinguer les deux principes, Damascius ne fait
que pousser jusqu'au bout la logique de la contradistinction ; celle-
ci vient contredire la volonté de poser un seul principe intermé-
diaire entre le principe ineffable et la triade intelligible. Voilà
pourquoi Damascius s’est montré si soucieux d’éviter à tout prix
le piège de l’opposition dans les principes, supra, p. 15.1 16.19,
n. 2 de la p. 15.20. Il multipliera encore, à partir de la p. 29.10, les
précautions de langage pour écarter la contradistinction et pour
aboutir (p. 35.17 ss) à un statut symbolique des principes, qui
défie le discours. Il modalisera l’un, en deçà de l’ineffable, dans
une triade de principes qui ne le multiplient pas et ne le
dénivellent pas réellement.
Page 30.
1. «Dijoiv. Comme ce passage vient tout de suite après la
discussion de la doctrine de Jamblique, supra, p. 28.7-29.10, c’est
vraisemblablement encore ce dernier que cite Damascius, sans se
laisser convaincre par le propos. En faveur de cette attribution,
plaide l’adjonction : «car c’est ainsi [dit-il] que s’explique
Pythagore, lui aussi» (p. 30.3). En effet, cette remarque rappelle
un passage parallèle, supra, p. 10.18 qui fait partie intégrante de
la critique du 4' argument de Jamblique, supra, p. 7-12. Cette
coïncidence n’est pas un pur hasard. Damascius a certainement
sous les yeux le texte de la Théologie Chaldaïque dans lequel
Jamblique devait citer la doctrine de l’un de Pythagore pour
appuyer sa doctrine de la causalité de l’un, antérieure à la dyade
des principes opposés. Dans ces conditions, on comprend que,
déjà au cours de sa critique (supra, p. 10.18-11.11), Damascius
ait pu saisir l’occasion de cette interprétation pour expliquer en
quel sens symbolique Pythagore a usé du nom de l’un dans la
désignation du principe ineffable ; sans cette supposition, le texte
aurait un aspect décousu. Or, dans le passage présent, p. 30.3-8,
on voit Damascius opérer le même redressement relatif à la pensée
de Pythagore, dans des termes et un contexte semblables. Autre
argument : à la 1. 30.2-3, le troisième principe, qui vient après
la monade et la dyade, est présenté comme celui qui est «selon
l’un antérieur aux deux» (r; 8è xarà tô Trpô àppôïv êv); cet énoncé
répond comme un écho à la formule de la constitution de l’un-être,
prêtée à Jamblique, supra, p. 25.1-6, où l’un, antérieurement aux
deux principes, était désigné comme «la cause présubsistante de
l’un-être». Ces contextes sont suffisamment probants pour recon-
naître Jamblique dans le sujet de çij<nv (p. 30.1). Mais il ne serait
pas théoriquement impossible, si l’on s’en tenait au seul contenu
de pensée des I. 1-3, de voir là une expression analogique de la
triade du Philèbe (limitant, illimité, être), qui pourrait être
attribuée à Proclus, selon un langage pythagoricien dont use aussi
ce dernier, par exemple, In Remp., I, p. 87.29-p. 89.3); p. 92.28-
p. 93.8; p. 133.19-p. 134.19; In Tim , I, p. 176.6-12; p. 176.28-
p. 177.2. Cependant, ce sont là des rapports plus indirects et
plus incertains.
2. Cf. supra, p. 2.14 et n. 5.
3. Cf. supra, p. 10.18-21.
4. < 11poa>çOévÇaiTO. Le sens ne peut être que «comment
l’appeler?»; dans le texte du ms. çâéyÇaiTO («parler») n’est pas le
mot juste, et npèç &XXov est de trop. On a donc risqué une
conjecture un peu compliquée, en supposant que les mots rtpôç
&XXov sont le résultat de l’insertion ratée d’un irpôa-. Pour la
construction, cf. Platon, Polit., 287e 8-10 : 8... ày^elov piâ xX^aei
TtpocçOeYïôfxeOa.
5. Nous traduisons la conjecture àTtoêXéTOvreç, car le participe
àTipiâÇovTeç, qui redouble àTifxàÇopcv, peut très bien s’expliquer par
un phénomène d’écho, favorisé par une ressemblance assez
marquée avec ànoëXbrovreç. La construction de àTifxàÇopev + acc.
avec Trpoç t!]v èxetvou Oéciv serait d’ailleurs suffisante en elle-même ;
voir infra, p. 86.5-8, et supra, vol. I, p. 14.2-4.
6. Cf. supra, p. 11.3-5, et n. 2.
7. La pluralité infinie de l’un-être est démontrée dans Parm.,
143 a 2 (troisième ordre intelligible) comme antérieure au nombre,
qui procède par l’altérité première, Parm., 143a 4-144e 8 (pre-
mier ordre intelligible-intellectif).
8. C’est-à-dire l’un-tout antérieur et l’ineffable.
9. Dans l’hypothèse de Jamblique, l’opposition de l’un et des
plusieurs est l’opposition totale antérieurement à l’opposition de
la monade et de la dyade.
Page 32.
1. eïpTjTai KpÔTepov, le propos ici indiqué n'a pas été tenu
littéralement; cependant son contenu n’est pas inédit, car il est
impliqué dans l’analogie que l’ordre intermédiaire de l'intelligible
(la vie) entretient avec le deuxième principe (la pluralité pure), ou
encore avec la dyade pythagoricienne et la puissance chaldaïque,
qui sont à l’origine de toute distinction (cf. supra, p. 20.4-7).
2. C’est-à-dire l’intellect intelligible.
3. nTjyaîoç : encore un mot des Or. Chald. (fr. 42, E. des Places ;
W. Kroll, p. 25) auquel les néoplatoniciens ont donné des sens
variés ou moins étendus autour du sens principal, à savoir que
«dans toute série ce qui est le plus haut a valeur de source»,
Proclus, In Tim., I, p. 319.5, trad. A.-J. Festugière, II, p. 176.
Voir L. G. Westerink, Dam., In Phil., Index II, p. 143s.v. De
façon plus habituelle, ce mot qualifie les dieux qui appartiennent à
la première triade des intellectifs (les trois pères-sources : Kronos,
Rhéa-IIécate, Zeus).
4. "Evcifia : mot formé, semble-t-il, par Damascius.
5. Cette source est l’intellect intelligible, cf. supra, p. 32.3-6, et
infra, p. 34.8-11.
6. Aiàxptfxa : mot formé, semble-t-il, par Damascius.
7. IIgW.ùj (xeiÇévax;, «à bien plus forte raison», cf. A. Segonds,
Proclus, In Aie., I, 134.19 (p. 111, n. 5).
Page 33.
2. TnapÇiç : ce mot apparaît, dans son usage spécifiquement
néoplatonicien, avec la triade imap£iç-86vap.iç-wü<;, interprétation
d’inspiration porphyrienne de la triade chaldaïque, rraTrçp-Sûwquç-
voûç, Or. Chald., fr. 4, E. des Places. En se basant sur Dam. De
princ., infra, p. 71.1-6; R. I, p. 309.26-p. 310.2; In Parm., R. II,
p. 101.25-27, on peut faire l’hypothèse, avec P. Iladot (Porphyre
el Victorinus, I, p. 267, n. 7) que le mot ürrapÇu; a pu être employé
dans les Oracles Chaldaïques, par analogie avec na-rrçp ; mais les
fragments ne contiennent pas ce substantif; cependant on y
trouve plusieurs fois le verbe ù-càp/eiv (fr. 1.10; 20.2; 84). Ces
termes appartiennent au vocabulaire et au champ sémantique de
l’être. Dans la problématique de Porphyre qui identifie le père
de la triade chaldaïque avec l’un (comme premier principe) et
avec l’être pur (cf. P. Iladot, op. cil., I, p. 258-p. 259; p. 267-
p. 272), le caractère ontologique de l'ürrapÇiç se trouve plus
apparent, tout en demeurant sans doute à l’intérieur de l’héno-
logie fondamentale, qui est celle de toute doctrine néoplatoni-
cienne comme interprétation du Parménide, et qui définit l’être
dans sa relation constitutive à l’un, c'est-à-dire comme un-être.
Dans la problématique de Damascius, le contexte hénologique
est plus accentué, parce que, pour lui. l’un-tout antérieur à tout
transcende ses propres modes, à savoir les trois principes que
sont l’un limitant, la pluralité illimitée, l’unifié. C’est l’un
(limitant) qui est ici nommé ürcap^iç (p. 33.10-12). A ce niveau
l’ûraxpÇu; est le premier indice qui relaie la transcendance de l’un
antérieur, laquelle relaie d’abord la transcendance de l’ineffable.
Mais, pour autant, Damascius n’efface pas de façon absolue et
définitive le caractère ontologique du terme ünapÇu;. Placé dans
cette dynamique de la relation à l’un, le terme est rendu apte à
symboliser tant la pure position de l’un, au plus haut sommet,
que, plus bas, la position de l’être; l’ûnapÇiç est une notion
analogique qui exprime la fonction du fondement, à travers le
double registre de l’un et de l’être. Dans cette problématique,
Damascius pourra préciser plus loin, p. 71.21 ss comment l’ünapÇiç
est pure référence à l’un, si on la considère du point de vue de
<i la propriété unique qu’on dépouille des autres en vue de suggérer
le premier principe» (infra, p. 72.13-14), ceci en accord avec
Syrianus et Proclus, mais aussi comment l’ÛTrapÇiç n’est pas autre
chose que l'oùaia (infra, p. 72.15-17), si on considère celle-ci du
point de vue de la position réelle dans l’être, cela en accord avec
Porphyre. Sur ce double aspect de la notion d’&rtapijiç, l’opinion
de Damascius n’a pas varié, comme on peut le constater dans
les dernières pages du De princ., (R. I, p. 310.13-p. 313.21), où
il réaffirme ses réticences vis-à-vis de la séparation radicale posée
par Syrianus et Proclus entre oùaia et ÜTrapÇiç. Dans ce contexte
doctrinal, l’être reste toujours entendu dans son unification
première ou plutôt dans sa relation constitutive à l’un. C’est
pourquoi, pour éviter de privilégier l’être aux dépens de l’un et
pour souligner la relation de l’être à l’un, nous avons préféré le
terme «subsistence» (avec la graphie latine de subsistenlia) à celui
d’«existence» dans la traduction de tmapÇiç, sans compter que le
sens d’«existence» est formellement exclu en certains passages
par le contexte immédiat, voir par ex. R. I, p. 276.23-25;
p. 312.1-3. Nous suivons en cela J. Trouillard, dans Proclos,
Éléments lie Théologie, Paris 1965. Les termes «subsistence» et
«subsister» jouent mieux sur le double registre de l'être et de
l’un (sur le même choix, voir M.-C. Galpérine, Damascius, Des
premiers principes, Paris 1987, p. 61, n. 253). C’est, en effet, cette
relation fondatrice de l’être par l’un qu’indique toujours
Damascius, quand il interprète le mot ürrapÇiç, soit selon le schème
de la position de l’être sous l’un, au sens où l’être est constitué
à partir de l’un et hiérarchiquement situé au-dessous de lui (infra,
p. 76.23-77.1), soit quand il l’interprète selon le schème de la
position de l'un sous l’être, à titre de fondement et d’assise de
l'être (l’un étant le principe le plus simple qui soutient tout ce
qui le recouvre, voir R. I, p. 312.18-22, texte traduit infra, dans
la n. 4 de la p. 76.23). Il est évident qu’en parlant, de cette façon,
de «subsistence», nous n'entendons pas reconduire ici la définition
de la subsistenlia comme dernière détermination qui viendrait
s’ajouter à l'essence ou à la substance pour la faire exister, car
pour Damascius l’ônapÇu; est à l’origine même de toute essence,
cf. R. I, p. 312.16ss.
Page 34.
3. C’est l’intellect intelligible, c’est-à-dire le troisième ordre (ou
la base) de l’unifié, qui est ici identifié à Métis «portant la semence
des dieux» (Orphie, fr. 85) et à la «source des sources» (Or. Chair!.
fr. 30, 37 E. des Places; W. Kroll, p. 19; p. 23-24). Dans cette
lecture, le terme de métis ne connote plus le sens qu’il a dans la
tradition millénaire d’Homère à Oppien (lre s. ap. J.-C.), à savoir
celui de l’intelligence rusée et retorse, capable de retourner à son
propre avantage les situations les plus défavorables. Chez Hésiode,
Métis est la première épouse de Zeus qui, en l’avalant, double sa
propre puissance de la prescience universelle quant à ce qui pourra
lui être heureux ou malheureux (Théog., 900), tandis que Métis,
devenue une partie de Zeus, est par là divinisée. Dans les Orphica
(cf. fr. cité ci-dessus), Métis = Phanès. Sortant de l’Œuf primor-
dial (qui est formé d’Éther et de Chaos) et antérieur à toute
division, symbolisée par celle des sexes, Phanès-Mètis qui est aussi
le Premier-né (npcixréyovoç) fait apparaître tous les dieux et toutes
les réalités. Sur tous ces points, voir M. Détienne et J.-P. Vernant,
Les ruses de f intelligence. La métis des Grecs, Paris 1974, 2" éd.
1978. L’exégèse des derniers néoplatoniciens poursuit, sur le plan
philosophique, l'idéalisation orphique de Métis. Ainsi, ravalement
de Phanès-Mètis par Zeus (Orphie, fr. 129; 167) leur suggère la
conversion de l’intellect intellectif vers l’intellect intelligible (cf.
infra, p. 92.13ss et n. 6). Le schème de la re-torsion et du
retournement est conservé, mais dans un tout autre contexte,
celui du retour ou de l’intégration par conversion dans l’intelligi-
ble et ses principes, jusqu'à l'un originel. Lire Détienne et
Vernant, op. cil., p. 131 - p. 133.
4. 'O xu6(jlevoç i.e. l'intellect intelligible qui est en
formation dans l’ordre médian (la vie intelligible) entre l'unifié au
sens strict (premier ordre) et l’intellect intelligible proprement dit.
5. Cette cause est la pluralité pure (et illimitée).
6. Cette cause est l’un (limitant) au-delà de la pluralité.
7. Ttj» ïxvrçv... yeveàv : dans sa remontée vers les principes par la
méthode résolutive du complexe dans le simple, Damascius en
arrive effectivement à la «sixième» et dernière phase. Il annonce
celle-ci de façon littéraire, en citant les premiers mots du vers
relatif à la sixième et dernière génération de la théogonie
orphique, cf. Orphie, fr. 14 : "Ext^ 8’ èv ycvEa, «p-rçaiv ’Opçeuç,
xaTarraûcaTE xèapiov âoiSîjç («A la sixième génération, dit Orphée,
arrêtez l’ordonnance de vos chants», trad. A. Diès). Nous devons
la connaissance de ce vers à Platon, qui l’introduit de cette
manière, à la fin du Philébe, 66 c 8-9, pour conclure l’ordonnance
des biens. Dans son commentaire sur le Philébe, §251, relative-
ment à ce passage, Damascius souligne (sans doute à la suite de
Proclus) le caractère parfait de l’hexade. Plusieurs exemples de
l’utilisation de la citation, selon le même procédé, dans Dam. In
Parm., R. II, p. 80.15; p. 123.5; p. 150.6; p. 231.26; Proclus, In
Remp., II, p. 100.23 (cit. dans O. Kern, p. 87). — Sur les six
générations orphiques (Phanès, Nuit, Ouranos, Kronos, Zeus,
Dionysos), voir L. Brisson, «Proclus et l’Orphisme», p. 55-69,
étude citée infra, n. 1 de la p. 92.
Page 36.
1. Nor/rciç, «selon le mode intelligible». Cet adverbe, cf. infra,
p. 39.5, passim, se rattache au vers des Or. Chatd., fr. 21 E. des
Places, W. Kroll p. 19, cité par Damascius infra, p. 94.6. Il est
pour lui, synonyme de rjvtogévcx;, «selon le mode unifié». Noter ici
l’association naturelle de cet adverbe avec xpucpfoiç (I. 8), «de
manière cachée; voir supra, vol. I, p. 60.13, n. 3. Pour êgcpatveTai,
voir infra, n. 5 de la p. 93.23.
Page 46.
2. Si le terme (xixtôv (mixte) est absent des écrits de la tradition
pythagoricienne, cependant la réalité qu’il signifie y est présente.
Damascius l’induit du mot (<7uv)appéx6r; chez Philolaus (fr. 44 B 1-
2, D.-K6, I, p. 406.25 et p. 407.7) et de la triade pythagoricienne
qui est composée de la monade et de la dyade.
3. ’Apyùçeoç, adjectif homérique, confirmé pour ce fr. 70 des
Orphica par Simpl., In Phys., p. 147.2.
4. Après le deuxième te/vijtù» le copiste est revenu au premier
et a commencé à écrire àXX’ où yéwnjpia ; ensuite,
s’apercevant de son erreur, il s’est arrêté après yevv, mais sans
rayer les lettres superflues, d’une manière claire. Cela a dû se
produire dans un exemplaire antérieur à notre Marcianus gr. 246,
où à la première erreur s’en est ajoutée une seconde, arrâpquxTÙv au
lieu de àrrav [Zixtùv.
Page 41.
1. J. Kopp proposait de lire : rj pié6eÇiç èmytvùpiewv olov ti el8oç
aroixelcp tÿ ùrràpÇei. Mais le texte dit bien ce que Damascius a voulu
dire : si une chose B existe par participation à une chose A, cette
participation ne saurait être un élément de B, parce que la
subsistence de B serait conçue, d'une part, comme substrat de la
participation et, d’autre part, comme une forme qui s’imposerait à
elle.
Page 42.
2. Tà trXeûo. Le sens habituel de ce comparatif est «plus
nombreux», «plus multiples». Mais son sens technique, dans le De
princ., apparaît clairement dans la proposition précédente, à la
suite d’un raisonnement qui commence à la ligne 4 : les éléments
de l’unifié (ou plutôt du mixte, dans le 3e principe, cf. infra,
p. 42.17-18) sont dits rrXefcü évé<; «plus que un» (p. 42.7). Étant
dans l'intelligible, ces éléments ne sont pas encore de la nature du
nombre proprement dit, mais ils n’ont plus la simplicité des rroXXâ
purs du 2' principe; ils sont affectés d’un coefficient de multipli-
cité plus grand ; c’est pourquoi ils sont aptes à la composition
(union et distinction). Comme nous avons déjà réservé le terme de
«plusieurs» à la traduction de rroXXâ, nous traduisons tcXeIo»
par «multiples», et non par «plus multiples», chaque fois que
Damascius lui donne ce sens technique, en sous-entendant
d’ailleurs, de façon habituelle, évéç. Il faut noter qu’il parle aussi
des rroXXâ purs de l'unifié cf. infra, p. 58.5, n. 1 ; p. 213.14. n. 3;
le contexte suffit pour distinguer ces «plusieurs» de ceux du
2e principe. — Dans l’expression TrXetc» évéç (p. 42.7) et plus
simplement TtXefco (passim), on entend un écho de l’expression
platonicienne (cf. Parm., 140a 2; 140a 7-8; I44d 8) qui a une
même acception, mais sans avoir le même contenu ; cf. aussi
Aristote, De gen. et corr., I 1, 314 a 12 : rrXeuo rt]» ûXrjv évéç.
3. ’EyévETO. Le deuxième principe (les plusieurs purs) n’est pas à
la lettre devenu un, mais il s’est fait un dans son origine à partir
de l’un, et il continue à en participer, cf. supra, p. 39.12-14.
Page 43.
1. Dans cette conception des éléments du mixte, comme
participations des deux principes (conception qui va être réfutée,
p. 43.3-45.12 et remplacée par celle de l’autoconstitution du
mixte), on reconnaît celle de Proclus : les éléments du mixte sont
les processions conjointes qui proviennent du limitant et de
l'illimité comme principes, c’est-à-dire les participations de ces
principes. Tels sont alors le limitant et l’illimité comme éléments;
cf. Théol. Plat., III 9, p. 38.22-27. Il faut, en effet, distinguer le
limitant et l’illimité comme principes, et le limitant et l’illimité
comme éléments, cf. ibid., III 10. p. 41.20-22; p. 42.23-26.
2. Nous traduisons la conjecture toioûtA ye de L. G. Westerink.
— Le sens est le suivant : la triade (pré-triadique) provient d’une
monade (pré-monadique) et d’une dyade (pré-dyadique).
3. La formule est une réminiscence aristotélicienne : éaovToa
Ap/aî &rep<xi rrpÔTEpai àp£Ûv, Met. B 6, 1003 a 15-16.
4. Cf. n. 1 ci-dessus.
Page 44.
1. Nous traduisons la conjecture de C, rjvcopÉvov. La forme
corrompue avtoplwûv [sic] doit être l’opposé de Sqqpigpi&vcriv (de même
que É»â>v l’est de rroXXcôv, et rtEpaTOEiSôv de aTtEipov). Aucune
correction évidente ne se présente : -î;viafxév<ov (Ruelle) serait le plus
proche de la leçon du manuscrit, mais, autant qu’on sache, évtÇc»
ne s’emploie pas au parfait; Tjwp.évov reste la correction la plus
satisfaisante, bien qu’on ne s’explique pas comment une forme si
facile à reconnaître ait pu devenir le non-sens que présente le
manuscrit.
2. 'Ewüv, pour l’accent, voir vol. I, p. 55.12, n. 3.
3. Le verbe TtoXXoTOieîv ne se trouve qu’ici, tandis que l’adjectif
ttoXXotoi6ç n’est pas rare chez Damascius (vol. I, p. 100.18;
p. 102.15; p. 105.18; p. 106.11, 14, 16; p. 107.14; vol. II, supra,
p. 33.13; infra, p. 55.10; In Parm., R. II, p. 102.23); toXXottoioç
oùaa serait préférable du point de vue de la syntaxe et du sens.
4. Syrianus et Proclus.
Page 47.
I. C’est-à-dire le coagrégat de tout et la distinction concrète de
tout, cf. p. 46.20-21.
2. Écho d’Aristote, Phys., VU, 1, 242 b 35; VIH, 5, 257a 6-7.
Page 48.
1. On attendrait plutôt : «dans le même rapport que le lieu
subcéleste est au ciel». On a ici la division aristotélicienne du
monde: en sa partie supralunaire (Meteor., 1 3, 340 b 6ss),
domaine de l’inengendré, de l’incorruptible (De caelo, I 3, 269 b 13-
270b 11 ; Il 1,284a 12-16), et, comme le dit Damascius ci-dessous
(I. 13-14), de tout ce qui est immortel, et en sa partie sublunaire
(De caelo, III 1, 298 a 24ss). domaine de l’engendré, du corrupti-
ble, de tout ce qui est décomposable et donc mortel (objet du De
gen. el corr.}.
2. Damascius se réfère au système supposé chaldaïque des trois
mondes : l’empyrée, l’éther, la matière (tûv éx t^ç ôicepopfou
Oeoooçlaç ûpgTjpiévtov xai rà Ttavra Siaipovpiévov elç qiTtûpiov aîOépiov
vXaïov, xai gévov to èpupavèç uXaïov xaXovvrcüv, Procl. In Tim., 'Il,
p. 57.10-14). Pour adapter cette triade aux «sept firmaments des
mondes» du fr. 57, Or. Chald., E. des Places, on avait divisé l’éther
en trois mondes éthérés et la matière en trois mondes matériels ;
c’était l'interprétation de Proclus telle que l’a rendue Psellus,
XoA&rôq) IxOanç, 1149c, E. des Places, p. 189ss : «Il affirment
sept mondes corporels, l’un igné et premier, et après lui trois
(mondes) éthérés, ensuite trois (mondes) matériels, dont le dernier
est dit terrestre et ennemi de la lumière : c’est le lieu
sublunaire...» Mais W. Kroll a déjà constaté (p. 31-32) qu’il n’y a
rien dans les Oracles qui appuierait cette construction compliquée,
à laquelle IL Lewy (p. 137, n. 270) fait trop confiance.
Page 51.
1. La définition de la pluralité pure comme flux de l’un (f>ûciç
toû évéç) est à rapprocher de la définition pythagoricienne de la
ligne comme flux du point -rijç ariyp^ç), telle que la
rapportent Jamblique (In Nie. arithm., p. 57 7-8), Proclus (In
Eucl., p. 97.7), Simplicius (In Phys., p. 722.28). On trouve dans
Jamblique (loc. cil.) la transposition de cette définition à la
génération de la dyade à partir de la monade, lesquelles sont les
analogues pythagoriciens de la pluralité et de l’un.
Page 52.
2. Sur la méthode résolutive (ou analyse), voir vol. I, p. 4.21-22
et n. 2.
3. Le ms. porte «rpoTifiégevoc, mais «rpoTlfi^pi, en arithmétique,
veut dire la même chose que npOTefverv, «proposer», par ex.
Nicomaque, Inlrod. arilhm., 1, p. 13.11-13.
4. C’est là une partie de la définition pythagoricienne du
nombre, citée par Théon de Smyrne, Expos, rer. mat hem., p. 18.3-
4 : àpifipéç ÈaTi... npoTroSiapài; tcXt)6ouç àm piovà8o<; àp/égevoi; «ai
àvaKoSiapôç eiç piovà8a xaTaXîjYOv. Cf. aussi Moderatus dans Stobée,
I, p. 21.8-9 K. Wachsmuth. Les nombres ont été conçus comme
les fruits d’un équilibre (stable pour les pairs, instable pour les
impairs) entre une progression («rpomSiapép) et une régression
(AvairoSiapiAç), i.e. entre le flux de la dyade indéfinie, à partir de la
monade, et son reflux vers cette dernière. Voir l’explication
détaillée de cette genèse métaphysique des nombres dans
L. Robin, La théorie platonicienne des Idées el des Nombres, d’après
Aristote, Paris 1908, réimp. Ilildesheim 1963, p. 442-468.
5. 'TnepfjKXûjTai : sur ce mot, voir vol. 1, p. 79.12, n. 1.
Page 53.
1. Comme plus haut, cf. p. 3.12 et n. 7, le nombre intelligible
désigne la triade intelligible ou l’unifié, qui est aussi bien monade
et dyade, dans sa procession autoconstituante, par conversion vers
l’un limitant el les plusieurs illimités, et dans sa causalité vis-à-vis
des hénades et des êtres, en tant que l’unifié est à la fois
unificateur et plurificateur. En deçà du «nombre intelligible» pur,
et dans le premier ordre intelligible-intellectif, le nombre unitaire
et le nombre substantiel se contredistinguent à la suite de la
contradistinction de l’« un-qui-est» en un et en être par le jeu de la
première altérité.
Page 56.
2. Oî çiXôcoçoi : désignation habituelle de Syrianus et de
Proclus qui, notamment dans Théol. Plat., III 9, nomme être et
première substance ce que Damascius appelle l’unifié, en parti-
culier voir ibid., p. 35.25-p. 36.6; p. 36.20; p. 37.18-20, etc.
3. Selon Proclus, l’être est troisième après les deux hénades
primordiales, le limitant et l’illimité, dont il est le mixte, sans être
lui-même hénade (sur ce dernier point, voir la critique faite à
Proclus, R. I, p. 285.13ss). Pour Damascius, l’unilié, qui est le
premier être et la première substance, est aussi une hénade
primordiale avec l’un et les plusieurs. Tel est l'être unitaire
(èviaîov), ici désigné troisième après l’un, de la même manière que
la substance unitaire était dite troisième, supra, vol. I, p. 107.7-9.
L’appellation d’unitaire donnée, dans ce cas, à l’être signifie l’un
de l’être (un et être qui sont indifférenciés l’un de l’autre dans
l’un-être). Cette appellation caractérise donc l’unifié comme
hénade, car elle continue ici à être entendue de l’intérieur du
mixte, antérieurement à l’apparition de la première altérité (cf.
Platon, Parm., 143a 4- 144e 7), à partir de laquelle l’unitaire et le
substantiel sont contredistingués l’un de l'autre.
4. Le repos, le mouvement, le même, l’autre (Soph., 254b8ss).
5. Au lieu de auYxaTelXrjxe, on a traduit avyxaTeiXo/e. En effet, le
verbe dont doit dériver la leçon du ms. est, sans le moindre doute,
avyxaTaXèycü, et non auyxaTaXaYxàvcü (contrairement à LSJ qui
renvoie à ce passage). Ni xaTaXaY/âvoi ni auYxaTaXaYxâvio ne se
trouvent nulle part ailleurs. Il faut ou bien supposer une erreur du
copiste et corriger par -clXoye ou -elXe/e, ou bien penser que
Damascius lui-même a confondu les deux parfaits.
6. Voici le texte de Plotin, Enn. Il 6,1.1-5 : *Apa tô Sv xai r;
ouata èrepov, xai to pèv Sv àTryprjpiopévov tôv àXXcov, 8è ouata to ôv
perà tôv aXXav, xiv^ceoiç, aTàaeœç, TaÛTOÛ, èTèpou, xai aroi/eïa TaÛTa
èxelvrjç ; Tô ouv ÔXov oùaia, èxaaTov 8è èxetvcov to pèv Sv, to 8è xtvr;ciç, to
8è àXXo ti.
7. L’être, entendu comme «ce qui existe antérieurement à
l’âme», est chez. Platon les Idées ou le monde intelligible, et chez
les néoplatoniciens tous les ordres de l'intelligible et de l’intellec-
tif. L’âme est médiane entre l’être et le devenir, qui se fusionnent
en elle (cf. Dam., In Parm. R. Il, p. 274.4-5). L’être est alors le
tout intelligible ou l’intelligible au sens large.
Page 57.
1. L'être, dont il vient d’être question immédiatement, corres-
pond à la substance (oùcîa), au-delà de laquelle le Bien transcende
en majesté et en puissance, selon le texte célèbre de Platon, oùx
oôciaç Svroç toû àyaOou, àXX’ en énèxeiva t^ç oùataç rrpeaôeia xai
Suvàpei UTrepéyovToç (Rép. VI, 509 b 8-9).
2. Cette coordination est le rapport de connaissance à deux
degrés (rationnel et intellectif) que l’âme, dans son ascension vers
le principe absolu du Bien, entretient avec l'intelligible, c’est-à-
dire avec l’être ou la substance, cf. Platon, Rép. VI. 510b 4-9;
511a3-d6. En 511c 5-6, c'est l’être qui est nommé avec
l’intelligible (oti pèvroi (ioûXci SiopiÇeiv caçèarepov eîvai tô ûto rîjç toû
SiaXéyeaOai èTriarr,prj<; toû ovtoç tc xai votjtoù Oeoipoupevov y to ûtto tôv
tejtyiâv xaXovpévcov), voir encore Rép. VII, 521 c 6-7 ; 521 <1 3-4.
Mais, en VII, 525 c 5-6, c’est la substance qui est mentionnée avec
la vérité (aÙTÏjç ttjç <|'uXV fao-tin/Tfi fxeTaaTpoç^ç àrrô ycvéaeoic,
èrr’ àÀTjOeiàv -re xai oùaiav).
3. Flp&ri) yÉvcaiç : cette dénomination de l'âme, qui est
empruntée à Platon, Lois X, 899 c 6-7, où elle signifiait que l’âme
est la genèse première de tout ce qui devient, qualifie ici l’âme
dans son caractère de premier engendré par rapport à la
substance. Intermédiaire entre oùaia et yéveaiç, l’âme peut être dite
yéveatç par rapport à l'oùata et oùaia par rapport à la yéveaiç.
4. Le texte du Sophiste, dont il s’agit, est le suivant : Tl 8è rtpèç
△lùç ; ôç àXrjOCç xlvrçaiv xai Çcotjv xai i^ux^v x°d çpôviqacv ? £a8lojç
TTEiatbjaùpeOa t<û TravTeXôç Ôvti prj rrapeivai, prjSè Çrjv aÙTO prjSè tppoveïv,
àXXà aepvov xat àyiov, voûv oùx ëyov, àxhajTov éaToç clvai ;
(Soph. 248e 7-249a 2). Or, il n’est pas douteux que, sous cette
forme interrogative, Platon écarte l’immobilité de l’être.
Comment donc Damascius peut-il dire qu'il la suggère? Il faut
noter que Damascius, dans son exégèse, entend par l’être le
sommet du tout intelligible, c’est-à-dire l’intelligible au sens strict,
alors que Platon identifie l’être au tout intelligible lui-même (to
rravreXcïç ôv), comme cela est confirmé plus loin (tô rtâv, Soph.
249c 10-d 4), où l’être est dit à la fois immobile et mobile. Or, si
un tel être est rendu mobile par la vie et par la pensée, c’est
nécessairement par le reste qu’il est rendu immobile, c'est-à-dire
par ce qui, antérieur à la vie, constitue son sommet intelligible, à
savoir l’être au sens propre. Cette manière de lire le Sophiste est
commandée par la séparation ou, du moins, par la différenciation
organique que les néoplatoniciens ont conçue de la vie et de
l’intellect à partir de l’être. Il faut sans doute préciser que, pour
eux, l’être, comme sommet du tout intelligible, est aussi bien le
tout, mais de façon indifférenciée, selon le mode de l’immobile
coagrégé. C'est en ce sens qu’il faut comprendre aussi l’interpréta-
tion que Damascius a donnée de ce même texte du Sophiste, supra,
vol. I, p. 101.12-19.
5. ’Qç èxeî Xéyerat : par cette formule, Damascius peut renvoyer
tout simplement au Parménide lui-même, à partir du début de la
deuxième hypothèse, jusqu’à la fin de l’ouvrage (Parm., 142 b 1 -
166c 6), en entendant par «ce qui est déclaré être, ou devenir, ou
ne pas être» tous les degrés de la procession, qui se distribuent à
travers les huit hypothèses correspondantes. — Mais, comme
Damascius se sert parfois de cette formule pour désigner ses
propres commentaires ou ceux de Proclus (cf. In Phaed. I § 527.2-
3; ibid., II § 44.2), il est possible aussi qu’il fasse référence à un
passage, aujourd’hui perdu, de l’/n Parmenidem de Proclus. Nous
ne pensons pas que Damascius renvoie à son propre In Parmeni-
dem pour la raison bien simple que celui-ci ne nous parait pas
avoir été écrit avant le De prineipiis, étant donné l’état
d’achèvement où nous voyons dans 17n Parm., la plupart des
doctrines élaborées dans le De princ.
6. Cf. vol. 1, P- 63.9-12, où l’un qui est supposé avoir la nature
d’une forme (elSrjTixùv) est bien l’un comme genre. De la même
manière, supra, p. 56.12, Damascius vient de qualifier l’être-genre
de cIStjtixùv, «du moins en tant qu’il fait partie des formes
simples».
7. Cf. supra, p. 56.12.
8. Cf. supra, vol. I, p. 81.14-19; p. 89.9-20; vol. Il, p. 24.20-
23; p. 39.24-25.
9. Tout ce qui vient d’être dit ici de la substance, dans sa
convenance à l’être, évoque encore Plotin : 'H oùv toû ovtoç
navreX^ç oùaia xal 6X>), où/ à; êv toîç (lépeai p.6vov, àXXà xal r; tv tô>
p?j8èv &v eti èXXel^eiv xal ro; g7j8èv fiv pr; Sv aùtfl Ttpoayevéaâai (Enn. III
7, 4.37-40).
Page 58.
1. Damascius a déjà dit (supra, p. 54.11-13) que la pluralité qui
est dans le premier mixte est une pluralité pure et non une
pluralité qualifiée, comme celle des éléments, des parties et des
formes. L’expression «les plusieurs purs» (rà ânXcîiç rroXXâ) n’est
donc plus réservée désormais aux plusieurs du deuxième principe,
mais elle est étendue, comme on le voit ici encore, aux plusieurs de
l’unifié, dits purs en tant qu’ils ne sont pas des êtres, à la
différence de ceux qui sont nommés ensuite, I. 5-6. Cependant,
malgré l’extension de l’expression, les plusieurs purs du troisième
principe ne sont pas identifiés à ceux du deuxième (cf. supra,
p. 42.1-16 ; infra, p. 213.16-22); ils restent très différents, en ce
qu’ils sont loin d’avoir l’unité constitutive de ces derniers, bien
que leur multiplicité soit fondue dans l’union au sein de l’unifié ou
du premier mixte. — Il faut noter, dès lors, que, si l’unifié est le
coagrégat de ces plusieurs purs, on ne peut pas le considérer
comme coagrégat d’éléments ainsi qu’on le faisait encore quelques
pages plus haut (cf. p. 49.2-24) au sens où les éléments se
distinguent des parties et des formes, à moins de parler de façon
analogique à partir des distinctions postérieures à l’unifié (cf.
infra, p. 214.14-20).
2. Cf. supra, vol. I, p. 89.9-20; vol. Il, p. 16.17-19; p.17.3-
19.17; p. 32.14-15; p. 32.25-26; p. 33.18-23; p. 40.12-13; p. 41.6-
11 ; p. 42.17-22; p. 44.12-45.4; p. 55.1-8.
3. Noter que Damascius dit bien, avec rigueur, «le mobile» et
«l’immobile», pour désigner non pas les genres eux-mêmes du
mouvement et du repos, mais les modifications que le tout peut en
subir, et d’après lesquelles il est dénommé et non pas constitué. A
la différence de ces modifications qui ne sont pas des éléments, les
genres de l’être sont dits éléments de la substance, en laquelle ils
sont tous fusionnés (cf. supra, p. 56.15-16; infra, p. 176.8-12;
p. 180.1-6).
Page 59.
2. Aiaipepa : mot formé par Damascius d’après Siatpeaiç. Dans
Vin Parm., il écrit ce mot avec un rj au lieu d’un e (SiaipijpàTorv,
R. Il, p. 34.3).
3. Cf. supra, p. 51.6-10; p. 52.9-20; p. 58.6-12.
4. Cf. supra, p. 57.22-58.1.
5. Cf. supra, p. 53.19-20.
6. Cf. supra, vol. 1. p. 4.23-24; p. 70.9-10; p. 93.23-24 ; vol. II,
p.32.11-16; p. 55.14-15.
7. Cf. supra, vol. I, p. 60.9-12; p. 89.17-21; p. 100.6-7;
p. 123.17-19; vol. Il, p. 32.10; p. 59.9-20. — Suv^-ro é» : pour
reconstituer le texte original, il faut ignorer la leçon corrigée
awaiperéov, et supputer que la syllabe finale de la leçon ante corr.,
auwçiprjTÉov doit représenter la préposition iv, qui est indispen-
sable ; dans ce cas, c’est la fin du mot qui est corrompue. La
correction «ruvnprj-ro, au passif (cf. infra, p. 64.21) entraîne une
seconde correction : avroû au lieu de éairroü. En ce qui regarde la
position de aù-rou, on notera que Damascius n’observe pas toujours
la règle classique, voir par ex. vol. I, p. 87.5-6 (tv;ç aù-roû yviûaecüç).
Page 60.
2. C’est-à-dire la terre, l’eau, l’air et le feu, les «quatre racines
(fiÇ<l>paTa) de toutes choses» selon Empédocle (fr. 31 B 6, D-K*),
appelées «éléments» (aTOixeîa) par Aristote (Met. A 4, 985a 31
- b 2) qui attribue à Empédocle la paternité de la doctrine. Chez
Platon, le Démiurge constitue le corps du monde en composant ces
quatre «corps» (arupiotTa, Tim., 53c 5) selon un rapport tel que l’air
est à l’eau ce que le feu est à l’air, et que l’eau est à la terre ce que
l’air est à l’eau (cf. Tim., 32b 2-d 1).
3. Sur èmylyvEcOai, cf. Dam., In Phil., index II s.v.
4. Ce ne sont pas, bien sûr, les genres de la chaleur et du froid
qui sont dépourvus de nom, mais les espèces diverses qui
appartiennent à ces genres. De plus, il faut noter que ce n’est pas
en fait à ces genres que Platon emprunte les exemples d’espèces
privées de nom, mais aux genres de la clarté et de l’obscurité
(Tim., 58d 1-3), des sucs (ibid., 59e 6-6t)a 3), des odeurs (ibid.,
67 a 1-4).
Page 62.
2. Le même exemple est utilisé par Plotin (Enn. II 8, 1.34-36)
et par Basile de Césarée (Homélies sur l’Hexaéméron, S. Giet,
SC 26. Paris 1950, VI 140 B, p. 374), mais, dans ces deux cas,
selon un mode différent, quoique dans un contexte analogue.
3. Dans cette phrase, à la théorie optique stoïcienne, telle que
Plotin l’évoque partiellement, et selon laquelle les objets éloignés
paraissent très petits à cause de la contraction de la lumière et de
son adaptation à la pupille (cf. Enn. Il 8, 1.4-6, et l’introduction à
Enn. II 8 de l’édition R. Ilarder-R. Beutler-W. Theiler, Plolins
Schriften, l. III b, Hambourg 1964, p. 462-463), s’ajoute une autre
théorie : comme la force de notre regard (i.e. des rayons lumineux
qui émanent de nos yeux) est insuffisante pour atteindre le ciel et
les corps célestes, ce ne sont pas les étoiles elles-mêmes que nous
voyons, mais leurs radiations qui, dans l’air, viennent les
premières à la rencontre de notre regard ; d’où le terme
npoanavT-rçpiorra. Le mot, formé sur npoamxvréci (aller à la rencontre
de) se trouve dans Vin Phaed. II, § 128.1-2, où Damascius expose
la conception de Proclus au sujet de notre vision des astres ; aussi
est-il possible que Damascius ait trouvé le mot dans le commentai-
re sur le Phédon (aujourd’hui perdu) de Proclus lui-même. Cette
théorie est résumée par Jean Philopon, De anima, C.A.G. XV,
p. 325.33-35 (cf. la note de L. G. Westerink à In Phaed. II,
§ 128.1-2). Il convient de remarquer que dans Vin Phaed. II,
vraisemblablement postérieur au De principiis, Damascius, quant
à lui, ne retient pas cette théorie physique pour elle-même ; il croit
plutôt que les objets célestes que nous voyons sont des feux
allumés par les astres dans l'éther.
4. IlX^popiàTov, c’est-à-dire les totalités intelligibles, intelligi-
bles-int.ellectives, intellectives.
Page 63.
1. Gf. supra, p. 57.25-58.1. — Le principe unifié n’est pas
nommé «être et substance» à partir d'une propriété définie qui
lui appartiendrait, mais il est nommé par allusion être (on, du
nom de l’être-genre, cf. supra, p. 56.9-15 et p. 57.13-16) et
substance (ousia, du nom du plérôme des genres, cf. supra,
p. 56.15-18 et p. 57.16-19).
2. Tô 8é est mis, sans doute, pour tô rpogkwv. En effet,
l’expression t^v àxpÔTvjTa tûv ôvtcov, I. 9-10, ne peut pas être prise,
là, au sens strict de tô ànXûç ôv (comme à la p. 58.6-12), sans
quoi on aurait la tautologie : l’être pur est dit être et substance ;
mais, dans ce passage, le «sommet des êtres» évoque l’unifié. De
plus, t^v àxpÔTTjTa tûv GVTCjv ôvopià^ofxev ôv xai oùaiav (p. 63.10)
relaie très exactement... xaXoîgev t^v ^vcuftév7;v âp/Tjv oûcfav xai ôv
(p. 57.25-58.1).
3. Les génitifs Siaxexpifxévrov... û<pe<rrÛT<ùv reprennent rtàvrrav
aussi bien que npô tbxvtmv. Donc, ce principe, en tant qu'unifié est
[principe] des distingués et [antérieur à] ces distingués, etc.
4. D’après l'exégèse littérale du texte, ce qui est ici désigné
est l’être-genre, cf. supra, I. 9-10 et n. 1 ; voir aussi infra,
p. 64.20-21 ; p. 84.11-13.
1. C’est cette source unique et indifférenciée, inséparable de
l’un, qui est nommée par allusion l’être, au sens de l’être pur (tô
àrrküç ov), cf. supra, p. 58.7-8.
2. La vie, en train de se distinguer de l’être pur, est comme le
tronc qui sort de la racine et qui n’est pas encore les rameaux,
c'est-à-dire les formes, dont les plus simples sont les genres de
l’être et, en premier lieu, l’être-genre.
3. Damascius fait ici allusion à plusieurs ouvrages, mais on
sait, en tout cas, que, Jamblique dans son commentaire sur le
Parménide, aujourd’hui perdu, donnait pour objet à la première
hypothèse « Dieu et les dieux» (= l’un et les hénades intelligibles),
selon le témoignage de Proclus : in Parm., VI, 1054.37- 1055.23;
1064.21-1071.3 (Cousin); VII, 499.6-15 Steel; p. 36.8-18 R.
Klibansky-C. Labowsky ; Théol. Plat., III 23, p. 82.4-5 (ttveç).
En plusieurs passages, comme ici, Damascius rappelle la doctrine
de Jamblique sur la proximité étroite de l’intelligible par rapport
à l’un, cf. infra, p. 90.9-11; p. 93.24ss; p. 99.8-10; p. 100.16-
101.1; p. 107.11-14; p. 115.9-13; R. I, p. 255.24-27; p . 291.23-
292.11.— Voir l’étude de Saffrey-Westerink sur la doctrine des
hénades, dans Proclus, Théol. Plat., III, en particulier p. xvn-
xi.. Sur le même sujet, voir aussi J. M. Dillon «lamblichus and
the Origin of the Ilenads», Phronesis, XVII, 2, 1972, repris dans
lambl. fr., p. 412-p. 416; voir aussi ibid., fr. 2 In Parm., p. 207-
208 (= Procl., In Parm., VI, 1054.37-1055.17) et comment,
p. 387-389. — Notre passage, p. 64.8-9 = B. D. Larsen, lambl.
lesl. 299.
4. Cf. supra, p. 57.13-14.
5. Ce qui est vu selon le seul fait d’être (et non selon le fait
d’être mobile ou immobile, etc.) est l’être-genre, opposé au non-
être (cf. supra, p. 56.9-11).
6. Ici, l’être dit unique, contredistingue de toutes les choses
appelées êtres à partir de lui, n’est pas l’être pur ou premier, mais
la forme simple ou le genre de l’être ; car on ne saurait appeler être
aucune chose à partir de l’être pur, qui est le nom purement allusif
de la source de tous les êtres, nom lui-même dérivé du genre de
l’être.
7. Toutou : «ce dernier»= l’être unique ou le genre de l'être,
cf. ci-dessus, n. 6. — Pour ce passage, voir supra, p. 58.15;
p. 63.17-19.
Page 66.
2. Le principe de répartition utilisé est la distinction de
l'unitaire et du substantiel (appliquée à tous les ordres de réalité ;
corps, âme, forme, intellect, vie, cf. infra, p. 66.2-67.13). Cette
distinction de l’unitaire et du substantiel apparaîtra bientôt
comme involuée a priori dans l’unifié dit antérieur ou pur, pour
n’être déployée qu’après l'intelligible, cf. infra, p. 98.5-99.14.
Ainsi sera résolue l’aporie que nous rencontrons maintenant au
sujet de l’unifié et de l’être (p. 66.19-27).
3. Allusion évidente à Sophisle, 245 a 5-9, où tô Tteirovâôç est
l’être qui a subi l’un, tandis qu'il s’agit ici de l’un qui a subi les
plusieurs. Au demeurant, c’est toujours l’un-être ou l’unifié.
Page 67.
1. L’âme comme «première génération» représente l’âme sub-
stantielle, distinguée de l’âme unitaire. — Sur la dénomination de
l’âme comme «première génération», cf. supra, p. 57.2-4 et n. 3.
2. A savoir la propriété d’âme.
3. Exégèse néoplatonicienne de Parm., 131 a 9-10 (ÔXov tô el8oç
èv èxacTco eîvai twv tcoXXwv èv ôv); cf. Proclus, In Parm., 861.9-11 :
le sommet de chaque forme est un (= dieu) et être. Dans
Vin Phil., § 44.4-5, Damascius s’appuie sur le même passage
du Parménide pour déclarer double ce sommet : unitaire et
su bstantiel
4. IlXelw. (T. supra, p. 42.5ss et n. 2.
5. L’un de chaque nombre (= son hénade) est dit triadique, au
sens de l’unifié unitaire en deçà de l’un pur et au-delà de l’un
proprement numérique (la monade).
Page 68.
1. Au sujet de la division titanique, voir vol. I, p. 4.6, n. 1 ;
p. 66.19, n. 3; p. 87.1, n. 1.
2. Kèpp.aTa, cf. Parm., 144b 5; 144e 3-5: Tô Êv &pa aÙTÔ
xexeppaTiapévov ùrrè t/jç oùclaç rroXXâ Te xal &7teipa tô rrXrjOôç èaTiv.
Cependant Damascius emploie le mot xéppara au sujet des
multiples (rrXetw) encore unifiés de l’intelligible, tandis que Platon
utilise son composé xeppaTfÇw au sujet du morcellement des
nombres (dans le premier ordre des intelligibles-intellectifs,
d’après les néoplatoniciens).
Page 71.
1. Les principes sont conçus allusivement par analogie aux
trois membres de la triade chaldaïque (voir supra, vol. I,
p. 114.17-18, n. I ; p. 118.12-15, n. 2; vol. Il, p. 33.10ss, n. 2).
Mais le troisième principe, analogue à l’intellect de cette triade
(voir, de même, infra, p. 74.1-2) est aussi bien, de son point de
vue, la triade tout entière, si on le considère dans ses trois ordres
(la subsistence de l'être intelligible, la puissance de la vie
intelligible, l’acte de l'intellect intelligible). D’où le schéma
suivant des analogies des trois premiers principes et des trois
ordres de l’unifié avec les membres de la triade chaldaïque :
DAMASCIUS
CHALDAÏCA
— et PORPHYRE —
L’ineffable
I
L’un-toul antérieur
et ses modes (les 3
premiers principes) :
Pas de principe antérieur
à la triade
—-L’un-toul (l”1 hénade)
p| (= un limitant)
--Le tout-un (2e hénade)
| (= pluralité illimitée)
—L.L’unifié (3e hénade)____
et ses 3 ordres : x.
___„ La triade
set ses 3 membres :
-----• L’intelligible pur
. La vie intelligible_______
_ — Le père
(= hyparxis, Porphyre)
____ La puissance
L’intellect intelligible
L’intellect
— Les analogies sont marquées en pointillés. Les analogies
proprement dites sont pratiquement semblables chez Jamblique et
Proclus. Mais Jamblique contredistingue réellement les deux
principes qui suivent l’un (venant après l’ineffable) et qui sont à
l’origine des éléments de l’un-être (= l’unifié); Proclus n’admet
qu’un seul principe, l’un ineffable, antérieurement aux deux
hénades du limitant et de l’illimité, eux-mêmes contredistingués,
tandis que l’un-être n’est pas une troisième hénade.
2. Auvapamxùv est un hapax, si l’on en croit LSJ s.v., qui cite
inexactement notre passage, -<l>Tarov.
3. ’ExTÉvaa : voir supra, vol. I, p. 107.6, n. 1. Aux références
chez. Proclus. cil. ibid., on ajoutera Théol. Plat., III 8, p. 31.23,
n. 5.
4. Aùt5)ç doit se rapporter ou bien à la nporn] oùaia (unie avec
la puissance et l’acte), ou bien au groupe 8ùvap.i<; xal êvépYeia
auvouaicüpiévrj (1. 17-18) pris au singulier; encore ci-dessus I. 16 (rp),
I. 18 (xa6’ f;v), I. 19 (TaÛTrçv). Mais, à cause de la présence de Sùvapuç
I. 21, la première possibilité est préférable. On traduit donc aùrïjç
par la «première substance», et l’énoncé vérifie ce que Damascius
a écrit supra, p. 70.22-71.8.
5. A partir d’ici, l’ÔTrap^tç va être définie : I) sous son aspect
plus proprement ontologique (p. 71.25-72.7; 15-17; 19-22), en
tant qu’elle est conçue selon l’hypostase, c’est-à-dire ici selon la
venue réelle dans l’être; 2) dans son transfert allusif vers le
premier principe (p. 72.7-11; 13-15), en tant qu'elle est conçue
comme une pure propriété, et la plus fondamentale, prélevée sur
toutes les autres. Voir supra, n. 2 de la p. 33, et infra, n. 4
de la p. 76.
Page 72.
1. Les «philosophes» : Syrianus et Proclus.
2. Ce passage p. 71.25-72.1 == B. D. Larsen, lambl. tesl. 300.
— Le Ilepi 6eô>v de Jamblique est cité encore par Proclus (Théol.
Pial., I 11, p. 52.2-13), d’après lequel Jamblique, dans cet
ouvrage, place les genres de l’être à la limite inférieure de
l’intellectif. L’ouvrage est aussi cité par Jamblique lui-même dans
le De mysleriis (VIII 8, p. 271.10-17 Parthey = p. 201 E. des
Places), où, pour un moment, il sort de son rôle de prêtre
égyptien : Ei 8’ &pa tiç xai 8ûo ytvr, rrepixoapluv xai ÔTtEpxoapitov Oecüv
à™XeÎTOi, 8ià tcüv ÔTtepxoapiov êarai Taïç fuyait; r àTtôXuaiç’ toûto
pèv oûv èv toîç tlepi Oecôv àxpiëèaTepov XéveTot, tIveç té eîciv avaycoyoî
xai xotÔ Ttotaç aù-riôv Svvàpeiç, Trcôç te t)]v EipappÉvvjv Xûovai xai 8ià
tIvojv lEpaTixcov àvéScov, TàÇu; te ôtoio tîjç xoapixijç èoti çvaEiüç, xai
ôrrwç t; voEpà toûttjç èraxpoTEÎ teXeiotôt7] èvÉpyeia. Il n’y a pas de
raison suffisante de douter avec W. Scott qu’il s’agisse là du
Traité sur les dieux; par ailleurs l’identification de cet écrit avec
le commentaire sur les Oracles, proposé par Th. Ilopfner (cf.
l'édition des Mystères par E. des Places, p. 201, n.l), se trouve
exclue par la citation de Proclus mentionnée plus haut. J. Dillon
(lambl. fr., p. 23) suggère que le IlEpi Oecûv a pu être la source de
Saloustios dans son De Diis et Mundo, de l’empereur Julien dans
ses discours théologiques et de Proclus pour certains passages de
Vin Tim. Voir aussi A. R. Sodano. Giamblico / misleri Egiziani.
Milano 1984; p. 15-17 (et n. 24, p. 16).
Page 74.
I. Damascius va dérouler ici un système non pas de véritables
identités entre les ordres de la triade chaldaïque et les principes,
mais de simples analogies.
2. Cf. supra, p. 65.3-17: vol. I, p. 89.9-20.
3. Allusion à la doctrine des trois démiurges, tirée du Timée par
Amélius : celui qui est, celui qui a, celui qui voit (Proclus, In Tim.,
I, p. 306.1-14 ; III, p. 103.18-28). Dans notre texte, le mot clé ovto
a disparu, nous l'y avons restitué à la place de oütoi. D'autres
possibilités seraient : tovtov <8v> XeytTii» tôv voûv, ou toûtov
Xeyétiù tôv <ovto> voûv. Voir L. Brisson, «Amélius : sa vie, son
œuvre, sa doctrine, son style» dans Aufstieg und Niedergang der
Riimischen Well, Teil II, Band 36.2, Berlin New York 1987,
p. 793-860 (pp. 832-833).
Page 75.
2. L’image de la racine (f>iÇa) vient corriger et compléter celle
du lien (aùvBeagoç). L’être n'est pas la simple copule des formes,
mais l’unité interne constitutive de chacune, à la fois dans son
existence et dans son essence ("Ov toivuv ëcTai to rrapeyôpevov éxàaTi»
aÙTO tô eîvai xai xa0*6 ti ôv èotiv, 1. 10-11). En ce sens, il apparaît
bien comme une fonction de l’un, qui est une «racine plus simple»
(I. 16).
3. EùÀa&rjOeiç •?, : la logique exige f; eùXa6i)6elç, ce qu’on a
traduit; c’est là une faute commise par inattention, et probable-
ment par l'auteur lui-même.
4. Sur cette citation de Platon (Soph. 249a 1-2), mutilée dans le
ms., voir vol. I, p. 101.14, n. 2; sur son interprétation par
Damascius, cf. vol. II, p. 57.6, n. 4.
Page 76.
1. Il s’agit là du fr. 41 du recueil de F. Wehrli (Die Schule des
Aristoteles, V, Straton von Lampsakos, 2'' éd., Basel-Stuttgart
1969); voir aussi fr. 40 (= Proclus, In Tim., III 15.8-9; 16.1-4),
d’après lequel cette doctrine provient d’un livre intitulé Ilepi toû
ovtoç. Wehrli a adopté la conjecture tô pèv pèveiv au lieu de tô pèv
eîvai, faite par E. G. Schmidt dans «Straton-Zitate bei Damas-
kios», Muséum Helveticum, 19, 1962, p. 218-219; nous avons
préféré une correction plus légère, tô pèvov eîvai, qui a aussi
l’avantage d’éliminer un pèv sans 8è correspondant. On peut
hésiter entre pèvov et pèveiv. En faveur de pèvciv, on peut faire
valoir que Proclus se sert d’abord (p. 15.8-9) de la formule tô 8v
èaTiv... tô ttjç 8tapovïiç aÎTiov, et qu'il dit ensuite (p. 16.2-3) que
Straton définit l’être comme l, 8iapovr; tûv ôvtojv (cf. aussi la même
idée exprimée par Damascius, ci-dessous I. 15-18 et p. 80.15-16).
Toutefois, ce que Damascius ajoute au sujet de la puissance,
comme extension de l’être, semble résoudre la question en faveur
de pèvov; dans un cas similaire, infra, p. 130.13. c’est évidemment
pèvov qui convient.
2. ’ÈxTèveiav : voir vol. I, p. 107.6, n. 1. Ici, Straton est
interprété par Damascius à travers un concept de l’école de
Syrianus.
3. Exemple typique du caractère arbitraire des étymologies
anciennes. Tout en reconnaissant le rapport entre ùrrôaraaiç et
ùçioTâvai, Damascius est néanmoins conduit à supposer pour le
parfait ùçecTàvai un lien spécial avec èotiv.
4. C’est ce que Damascius a dit supra, p. 72.15-17 : la
subsistence (ôrrapÇu;), du point de vue de l’hypostase, est identique
à la substance (oùaia). Mais, ici, après ce rappel, Damascius
propose la définition suivante de l’ûrrapÇiç : c’est la propriété selon
laquelle l'être comme principe (àp/Jj) se tient hiérarchiquement
sous (Û7t6) le premier principe, qui est l’un (I. 23-25). A la fin du De
princ., Damascius mettra en valeur cette vérité par une interpré-
tation différente du schématisme du terme VTtapÇiç, laquelle
corrobore son transfert allusif vers l’un pur : «...celui qui lui a
donné son nom a placé avant le mot àpy^ la préposition ûk6, parce
qu’il voulait désigner le principe antérieurement posé à titre de
fondement sous ce que l’on dit être de quelque façon que ce soit;
or, ce principe est la simplicité antérieure à tout, à laquelle vient
s’ajouter toute composition ; et ce principe est, je pense, l’un lui-
même présupposé au-delà de tout, lui qui est la cause de toute
substance, mais sans être encore substance» (De princ., R. I,
p. 312.18-22). L'un ici évoqué à travers l’vTtapÇiç est le premier
principe, antérieur aux plusieurs purs. En effet, quelques lignes
plus loin, Damascius, après avoir cité le premier fondement de
tout, énonce le deuxième, la pluralité de cet un, et, venant à sa
suite, le troisième principe (t; TpiTi; àp^) ou l’unifié avec ses trois
ordres (cf. R. I, p. 312.28-p. 313.3). Voir supra, n. 2 de la
p. 33.11, et n. 5 de la p. 71.24.
Page 77.
1. IleÀàtu : présent poétique (tardif à une ou deux exceptions
près) pour TteÂâÇcj.
2. Tandis que eivai signifie à la fois la réalité et l’idée de l’être,
ses synonymes, ici énoncés, n’évoquent l’être qu’en des sens
secondaires et éloignés. SûÇecrôai est celui qui s’en approche le plus
par son sens métaphysique, fréquent chez Platon et Plotin : être
maintenu dans l’existence (par la divinité), ou, comme chez, les
stoïciens, être établi dans une bonne diathèse immanente (c’est le
cas ici). Le caractère divers et non ordonné, de cette liste suggère
que Damascius a pu la tirer d’un lexique ou d'une grammaire.
3. Comme Tuy/àvco est parfois auxiliaire (Tuy/àvw je me
trouve être), Damascius veut dire ici que Tuy/àvw, pris absolu-
ment, non comme auxiliaire, peut signifier l’être, au sens d’être
heureux, d'être comblé par sa fin.
Page 78.
1. c’est, de fait, l’orthographe préférée du ms., et peut-
être de Damascius lui-même, cf. Inlrod. crit., vol. I, p. lxxxiv.
Damascius prend comme point de départ le présent hypothétique
*eïcj.
Page 81.
1. L’oeuvre (epyov) qui se différencie de l’agent, renvoie à
l’activité transitive, dont le résultat est extérieur à l’agent et
qu’Aristote n’appelle pas èvépyeia (acte), mais xivrjaiç (mouvement).
Au contraire, l'œuvre qui s’identifie à l’agent renvoie à l’activité
immanente, dont la fin est l’agent lui-même et qu’Aristote appelle
èvépyeia (acte, au sens propre), cf. Met. 0 6, 1048 b 34-35 (sur tout
ce passage d’Aristote, 1. 18-35, voir J. Tricot, Aristote, La
Métaphysique, Paris 1981, II, p. 501, n. 1.
2. Le ms. A porte àXXà (lâXXov épyov. Si l’on conservait épyov
(«mais l’acte est plutôt une œuvre»), il y aurait contradiction
formelle avec ce qui est dit immédiatement avant, 1. 11-13. Aussi
lisons-nous oùaia au lieu de épyov, comme le demande l’hypothèse
de l’activité immanente, cf. supra, I 10-11 ; épyov a pu être écrit à
la place de oùaia par écho des nombreux épyov des lignes
précédentes.
3 Damascius veut dire que l’acte ne se définit pas par le
mouvement, si le repos agit, lui aussi.
Page 82.
2. «Les philosophes» ici visés sont encore Syrianus et Proclus,
et ce dernier peut-être dans le commentaire ou du Sophiste, ou du
Philèbe, ou du Parménide. Dans la partie de Vin Parm., qui nous
est parvenue, Proclus argumente l’absence de l’acte dans l’un, par
l’identification de l'acte et du mouvement, qu’il attribue à Platon,
cf. In Parm. VII, 1154.6-10; 1172.17-23. De son côté, Plotin
s’était opposé à la thèse d’Aristote, selon laquelle le mouvement
n'est qu’un acte imparfait (Phys. III 2, 201 b 31 ; Met. K 9,
1066a 20-21 ; cf. la doctrine générale, Phys. III 1, 201 a 9-15).
Plotin soutenait que le mouvement est, comme l’acte, intemporel
dans sa nature, sinon dans son extension, et qu il est donc un acte
parfait (Enn. VI 1,16). Sur ce point, Jamblique a suivi Aristote,
au lieu de Plotin, à qui il faisait grief notamment de se rapprocher
des stoïciens qui définissaient l’agir (évepyeïv) par le fait de se
mouvoir (xivéîaBai), cf. Simplicius (In cal., p. 304.28-32 ; p. 306.13-
p. 307.5), qui rapporte tout au long la réfutation de Plotin par
Jamblique (ibid., p. 303.12-p. 308.10).
Page 83.
L Tô 8eÛTEpov : la deuxième hypothèse, c’est-à-dire si l’acte
n’est que l’extension de chacune des formes (supra, p. 82.19-21).
2. Tô TtpwTOv : la première hypothèse, c’est-à-dire si l’acte, lui
aussi, est une certaine forme (supra, p. 82.17-19).
3. Le propos attribué aux «philosophes» est tenu notamment
par Proclus, In Parm., VII, 1151.29-32, en des termes très
proches.
4. Cf. supra, p. 51.5-10.
5. L’être agit sans faire, cf. supra, vol. I, p. 108.21 - p. 109.3,
n. 1.
Page 84.
1. ÂudpuTpiévcdç : «de façon déterminée», puisqu’il s’agit, en
effet, d’un genre, et que le genre de l’être, contredistingué des
autres genres, s’oppose au non-être, cf. supra, p. 56.10-12,
p. 64.13, n 5; p. 64.20, n. 6; p. 78.17-19.
2. Cf. supra, p. 71.11-14; p. 79.2-4; p. 80.1-2.
Page 85.
1. Le verbe èx|xr;pÛEc6ai (se dérouler, se déployer) n’est utilisé
dans un sens métaphysique que depuis Damascius, cf. supra,
vol. I, p. 5.11 ; infra, R. I, p. 282.23; In Parm., R. IL p. 89.5;
Dam. chez Simplicius, In Phys., p. 780.30.
2. Le genre de l’être est un unifié qui se contredivise de ce qui
est distingué, à la différence du sommet unifié ou de l’unifié pur
3. C’est-à-dire du genre de l’être et de ce qui est proprement
distingué.
4. Cf. par ex. vol. I, p. 76.22-p. 77.3; p. 78.7-9; p. 110.6-8;
p. 120.15-19; p. 126.20-24; vol. Il, p. 19.9.
5. Tô àwzpTràcav Javrà : c’est, transposée à l’unifié, l’image
chaldaïque de la transcendance du père de la triade : ô Tcavjjp
éauTÔi? îjpTttzaev, ...(Or. Chald., fr. 3, E. des Places; W. Kroll, p. 12).
Échos de ce fragment dans Anonym., In Parm., IX, fol. 92rl-2(cf.
P. Iladot, op. cil., II, p. 90-91, n. 1) dans Proclus, In Parm., 1,
628.10-11 ; VI, 1067.3; 1071.2-3; Théol. Pial., V 13, p. 43.7 ; In
Cral., p. 58.8; cf. Or. Chald., W. Kroll, p. 12, n. 2, et IL Lewy,
p. 78, n. 45.
Page 86.
1. Tj; iBtÔTijTi : ce n'est pas sans hésitation que nous avons
éliminé l’hapax el86r>)C. Cependant le sens demande iBiÔTTjç : ce
n’est pas grâce au fait d’être formes, mais grâce à leur propriété (la
bonté, la beauté) que le bien est le bien et que le beau est le beau.
Cf. ci-dessous, p. 109.19-21 : xai yàp xàv elBoç yvoxiTov 6Xov rj; toû
yvwoToû i8iôtt)ti ' xai yàp ÔXov rj; toû ÔXou, xai xaXôv xai àya6ov tgj
xaXû te xai àyaOoj.
2. Mixtôttjç : néologisme formé, semble-t-il, par Damascius.
Page 88.
1. ’Exeî : c’est-à-dire dans le sommet des êtres (cf. ci-dessous,
I. 4-5), comme premier ordre de l’intelligible.
2. L’un en tant que genre.
3. ’Exeïvo qui s’oppose à toûto (le genre de l’être) est mis pour
tô ànXûç 6v (supra. I. 87.14-15), à savoir l’être pur, sommet de
l’intelligible.
4. Damascius applique à tout intellect (intelligible, vital,
intellectif) cette formule qui entrait dans la définition aristotéli-
cienne de l’intellect universel, «séparé, sans mélange et impassi-
ble», dans lequel les intelligibles sont en acte : xai oütoç ô voûç
Xwpicrôç xal à(iiy))ç xal àracO^ç, tt; oùaia âiv èvépysia (Aristote, De an.,
III 5, 430a 17-18).
5. ’Ev pépei. Expression technique fréquente chez Plotin (cf.
J. H. Sleeman-G. Pollet, Lexicon Plolinianum, Leiden-Louvain,
1980, 643.20-34). Dam. De princ., infra, p. 98.26; R. I, p. 298.11 ;
In Parm., R. Il, p. 54.5; p. 71.24.
6. Ravroû/oc. Voir supra, p. 60.3 et n. 1.
7. Nous traduisons la conjecture vôtjoiv, à la place de voeîv.
8. RapicwpévTjv : mot emprunté par Platon à la terminologie
rhétorique (Rép., VI 498e 3; passage imité par Damascius, In
Phaed I § 207.6-7).
Page 89.
1. A partir d'ici, Damascius, entreprenant de penser dans
l'unifié la médiation cachée qui constitue l’un-être, s’achemine
vers la définition plus exacte du premier unifié, comme antérieur à
l’unitaire et au substantiel contredistingués (cf. infra, p. 99.3-14).
La médiation unifiée, dans l’un-être, doit être antérieure à ses
extrêmes (l’un et l’être), dont elle n’est pas composée, bien qu’elle
ne soit décelable qu’à partir d’eux, de la même manière que, dans
l’âme, la médiation constituante doit être antérieure à ses
extrêmes (l’indivisible et le divisible), dont elle n’est pas composée,
bien qu’elle ne soit vue qu’à partir d’eux.
2. Cette interprétation du Timée 35a 1-6, qui est d’abord celle
de Proclus (In Tim. II, p. 150.5-11; trad. A.-J. Festugière, III,
p. 191) et qui se rapporte à la médiation indivisible-divisible,
constitutive de l’âme dans son essence, est au principe de
l’interprétation que Damascius donnera de la troisième hypothèse
du Parménide (In Parm. R. II, p. 246.1-p. 273.11). L’instantané
(tô èÇaûpwjç, Parm. 156d 3) de cette médiation entre tous les
contraires (un, multiple, etc.), caractérise la nature antérieure et
autoconstituante de l’âme.
3. En fait, dans l’interprétation de Parm. 142b 5-c7, telle que
la propose Proclus en Théol. Plat. III 24, p. 83.20-p. 86.14, les
mots ici incriminés to rffoùpevov et tô ércôpEvov ne paraissent pas,
mais l’être est présenté dans l’un-être comme distinct et postérieur
à l’un, c’est-à-dire à l’hénade, voir en particulier p. 84.4-23.
Page 90.
2. Karà T-)jv ttj<; aÎTiaç Sûvapiv : locution de Platon (Phil. 30 d 2-
3), que Damascius emploie comme synonyme du terme néoplato-
nicien x«t’ aiTiav.
3. Cf. supra, p. 64.9, n. 3. Les I. 9-13 = B. D. Larsen, lambl.
lest. 301.
4. «Le sommet des intellectifs» : Damascius parle ici à la
manière de Jamblique, et de Syrianus dans son cours sur le Phèdre,
rapporté par Hermias (Ilermiae in Plalonis Phaedrum scholia, éd.
P. Couvreur, Paris 1901 ; nouvelle édition par C. Zintzen, llildes-
heim 1971 ; cf. Saffrey et Westerink, Procl. Théol. Plat. IV, Introd.
p. xxxm-xxxiv). Mais il s’agit bien du sommet des intelligibles-
intellectifs (selon la terminologie de Proclus) qui correspondent à
Parm. 143a 4-145b 5, et qui sont intermédiaires entre les
intelligibles (Parm. 142b5-c7) et les intellectifs proprement dits
(Parm. 145b 6-147b 8). Le premier ordre intelligible-intellectif,
dans lequel se produisent, avec l’apparition de la première altérité,
la distinction de l’un et de la substance, et la génération du
nombre, correspond à Parm. 143 a 4-144 e 7. Pour les correspon-
dances platoniciennes de tous les ordres, voir les tableaux de
Saffrey et Westerink, Procl., Théol. Plat. I, p. i.xvm-p. lxix ; ou
III, p. xijx-p. l. — Pour le commentaire de Damascius sur le
sommet des intelligibles-intellectifs dans Vin Parm. (R. II,
p. 67.11-p. 113.6), on peut se reporter à l’analyse de Saffrey et
Westerink, Procl., Théol. Plat., IV, p. xi.vm-p. i.vm.
5. Dans son In Parm. (R. II, p. 68.14-17), Damascius explique
l’origine de cette altérité (Parm. 143a 4-b 8) de la façon
suivante : la puissance, qui, dans l'intelligible, est médiation
((leaÔTijç) par sa force cohésive et par sa force distinctive, a laissé se
détendre sa force cohésive jusqu’à laisser prédominer sa force
distinctive, et jusqu’à mériter elle-même le nom d’altérité
(ÉTepéTi),;). — Voir la définition de l’altérité chez Proclus, dans
Théol. Plat., IV 27, p. 79.20-p. 80.6; sur la différence entre la
première altérité et l’altérité qui est un genre de l’être, ibid.,
IV 30, p. 89.14-p. 90.27.
6. npo7to8iop.6ç. Ce terme est un élément de la définition
pythagoricienne du nombre, cf. supra, n. 4 de la p. 52.25.
Page 91.
1. Cette médiation restée «sans nom» est justement cette
puissance (8ûvap.iç, cf. Proclus, Théol. Plat., III 24, p. 84.9-23) ou
cette relation (c/éaiç, ibid., p. 85.4-5; 17-19) que Proclus postule
entre l’un et l’être, afin de transformer l’un-qui-est de Parm.
142 b 5-c7 en une triade, la première triade intelligible, ainsi que
Damascius l’a évoquée plus haut, p. 17.8-17. Ici, la médiation est
dite «sans nom» (àv6wp.oç), de la même façon que Proclus la disait
«indicible» (&ppr;TOç), «en tant qu’elle est contenue d'une manière
uniforme et cachée dans les termes extrêmes» (Théol. Plat., III 27,
p. 93.12-13), ou «en tant qu’elle existe sous un mode caché dans
l’un...» (ibid., IV 27, p. 79.24-25).
2. Cf. supra, vol. I, p. 68.7-10; p. 73.6-8; p. 83.15-p. 84.21 ;
p. 86.10-p. 88.6; vol. II, p. 22.22-23.1.
3. ’EyxaTiXTtéTtOTai, ce composé de xanzmvo est rare; LSJ en
signale deux emplois chez Philon d’Alexandrie, I, p. 670 Mangey
(=De Somniis II, §86, p. 166.4 P. Savinel, Sourc. Chrét., n° 19,
Paris 1962); II, p. 300 M (=De specialibus legibus, III, §6,
p. 58.2 A. Mosès, S.C. n° 25, Paris 1970). Sur xaïamw, voir supra,
vol. I, n. 1 de la p. 3.10.
4. Deux façons de considérer l’unifié : 1) soit comme contenant
d'avance en lui tout ce qui se distingue de lui après la
manifestation de l’altérité ; 2) soit comme pur de tout ce qui se
situe près de lui et lui ressemble, mais après s'être distingué de lui.
La deuxième hypothèse est la première argumentée (I. 18ss). Plus
loin, p. 94.18 ss, Damascius explique que ces deux hypothèses ne
s’excluent pas, puisqu’elles se situent l'une avant la manifestation
de l’altérité, l’autre après.
5. Il s’agit de non-êtres par transcendance. Dans le passage
du Phèdre, cité quelques lignes plus bas (I. 20-22), la «substance
qui est réellement» (oùaia ùvtojç oùaa, Phèdre 247 c 7) reçoit des
attributs négatifs, en tant que source de déterminations qu’elle
n’est pas, et, ci-dessous (p. 92.7), elle est identifiée à la Nuit des
Orphiques. Mais c’est là une négativité toute relative, par rapport
à la négativité absolue de l’un, comme le fait observer Proclus,
In Parm., VI, 1127.28-1129.16.
Page 92.
1. La substance dite ici «intelligible» est la «substance qui est
réellement» (Phèdre, 247c 7) et elle correspond ainsi plus propre-
ment à la substance intelligible-intellective (interprétée d'après
Parm., 143a 4-144e 8). Sur le passage du Phèdre, 247b 6-248c 2,
dont Damascius vient de résumer les éléments, voir le long
commentaire de Proclus dans Théol. Plat., IV 4-16, p. 18.10-
p. 50.28. Sur la distribution des diacosmes néoplatoniciens d'après
l’exégèse du Parménide, consulter Saffrey-Westerink, Proclus,
Théol. Pial., I, p. lxv-lxx ; III, p. xlix-l. Sur les correspon-
dances orphiques de ces diacosmes, voir L. Brisson, «Proclus et
l’Orphisme», dans Proclus. Lecteur el interprète des Anciens, Coll,
internat, du C.N.R.S., Paris 1987, p. 43-104 (en particulier pour
les diacosmes intelligibles, intelligibles-intellectifs, intellectifs, cf.
p. 72-81 ; l’ensemble constitue une véritable étude de référence).
Voir aussi le tableau des triples correspondances néoplatonicien-
nes, orphiques, chaldaïques dans H. Lewy, Chald. Or., p. 483-484.
2. «Ce qui est placé immédiatement au-dessus» est «le lieu
supracéleste » (Phèdre, 247 c 3) qui signifie le sommet des intelligi-
bles-intellectifs (cf. Proclus, Théol. Plat., IV 6, p. 22.10-p. 24.2;
IV 10, p. 32.27-p. 33.2), auquel est identifiée la «substance qui est
réellement» (Théol. Plat., IV 10, p. 31.23-25). — Relativement au
passage du Cratyle 396b 8-c 1, d’après lequel le dieu Ouranos (le
ciel) est défini comme une vue qui voit ce qui est en haut (horôsa ta
anô), voir Proclus, In Cral., p. 63.17-19; Théol. Pial., IV 12,
p. 40.8; 22, p. 65.12-p. 66.23. A Ouranos correspond le deuxième
ordre des intellegibles-intellectifs.
3. ’AyxuXop.içT7;ç, sur cette épithète de Kronos, traditionnelle
depuis Homère (II., Il, 205 ;Od., XXI, 415) et Hésiode (Théog., 18,
137, 138, 168, 473, 495), voir M. Détienne et J. P. Vernant, Les
ruses de l’intelligence. La métis des Grecs, Index, s.v. agkulomëlës.
Traduire cette épithète autrement que par son sens littéral, «à la
métis retorse» (cf. supra, n. 3 de la p. 34), serait défigurer le texte,
car il s’agit d’une quasi-citation, consacrée depuis plus d’un
millénaire et supposée bien connue des lecteurs et des auditeurs de
Damascius. Mais, comme eux, on doit tout de suite interpréter
l’image mythique du dieu retors (qui a châtré son père Ouranos et
avalé ses propres enfants) dans l’esprit de l’exégèse néoplatoni-
cienne, en remontant de ce support aux divers symboles dont
Proclus donne quelques exemples, cf. In Remp , II, p. 48.3ss
( = A.-J. Festugière II, p. 155, n. 3, symbole du cercle); In Remp.,
II, p. 75.9ss (= Festugière II, p. 185, n. 2, symbole du retourne-
ment vers soi-même); In Remp., II, p. 213.5ss ( = Fest. III,
p. 163, symbole du crochet qui retient le monde). Aussi diverses
que soient les connotations d’àyKuXo(xr)Ti)ç, elles gardent toutes en
commun le schème du retournement ou du recourbement qui
caractérise un intellect, et c'est là ce qu’indique Damascius,
spécialement dans le cas de Kronos. Dans le contexte néoplatoni-
cien, Kronos figure l’intellect pur qui est le premier ordre
intellectif. L’image mythique se trouve alors purifiée de toutes les
composantes de ruse et d’artifice, originellement liées à la notion
de métis. II y a transposition de la réflexion ambiguë à la réflexion
pure, ou plutôt à la propriété de l’intellect qui se convertit vers la
«substance qui est réellement». Celle-ci est figurée par la Nuit
Orphique qui, de cette façon, est supposée nourrir de l’intelligible
l’intellect kronien (cf. Orphie., fr. 129). Le schème de la conversion
et de l’intégration dans l’intelligible devient par là celui de tous les
ordres intellectifs et du troisième d’entre eux en particulier,
l’intellect intellectif, figuré par Zeus qui, en avalant Phanès-Mètis,
avale aussi la Nuit et Kronos; cf ci-dessous, 1.7-15 et notes
correspondantes. — Le passage p. 92.5-9 constitue le fr. 131 des
Orphica.
4. Or. Chald., fr. 17, E. des Places; W. Kroll, p. 19, n. 1.
Damascius a écrit vooôpevov au lieu de votqtôv (Proclus, In Tim., I,
p. 18.25; In Cral., p. 92.12).
5. ’O 6eoX6yoç : «le théologien» est l’appellation habituelle
d’Orphée. Le vers cité ici l'est aussi par Proclus dans un passage
très semblable de l’In Cral., p. 62.3 ss qui constitue le fr. 129 des
Orphie, fr.
6. «L’intellect qui est avant elle (la Nuit)». I. 13, est Phanès-
Mètis (Orphie, fr. 129), que l'école de Syrianus identifie avec
l’intellect intelligible, c'est-à-dire le «degré inférieur de l’unifié qui
porte dans son sein quelque intelligible»; et ce dernier «intelligi-
ble» est la «substance qui est réellement», ou la Nuit, que Proclus
assimile à la première triade intelligible-intellective, In Cral.,
p. 48.13-22; «l’intellect qui est chez elle» est Kronos. Zeus est
l’intellect intellectif, troisième ordre des intellectifs. Voir le
tableau, infra, n. 1, p. 264. Voir aussi la n. 3 de la p. 34.10. Il faut
enfin compléter supra, vol. I, la n. 2 de la p. 3 : si ravalement de
l’inférieur par le supérieur (p. ex. Kronos avalant ses enfants)
suggère aux néoplatonociens l’anticipation des dérivés dans la
simplicité du principe, l’avalement du supérieur par l’inférieur (de
la Nuit par Kronos, de Phanès-Mètis et de Kronos, par Zeus)
suggère l’assimilation au principe (schème de la conversion).
7. Il s’agit de l’hypothèse introduite ci-dessus, p. 91.14, par le
premier «ou bien» (?j); voir la n. 3 de la p. 91.15.
Page 93.
1. L’unifié n’est plus absolument un, il y a en lui une dégression
de l’un dans l’être; cependant l’être ne se distingue pas encore de
l’un. Il y a une nature unique, évoquée par le schème dynamique
de la relation inexprimable 'un-être’, dans laquelle l’être ne peut
pas être pensé comme véhicule, ni l’un comme véhiculé ; cette
précision glissée dans le texte ci-dessous, I. 3, semble dirigée
contre Syrianus et Proclus (déjà Damascius a refusé contre eux la
distinction tô fjYOvp.ôwv et to Ô7t6|ievov, supra, p. 89.26-27). La
relation véhiculé-véhicule ne sera possible entre l’hénade et la
substance que lorsque la première altérité aura permis leur
contradistinction dans le 1" ordre des intelligibles et intellectifs
(cf. ci-dessous, p. 93.13-20).
2. Cf. la note 5 de la p. 90.16.
3. Cf. supra, p. 90.15, n. 4.
4. C’est-à-dire le 1" ordre intelligible-intellectif, cf. Parm.,
143 a 4-144 e 8.
5. Karà ë(x<pa<7iv. Parce que, dans l’unifié, la multiplicité n’est
pas encore fragmentée dans les nombres, elle ne peut, transparaître
que de manière vague à travers l’union dominante, par une sorte
de reflet, non de sa division en acte, mais de sa puissance de
division, «comme une seule eau capable de nombreuses divisions»
(supra, p. 49.22-23). Pour Damascius, l’épxpatnç est une manifesta-
tion indistincte par rapport à rÛKÔaTaai^ (i.e. à la chose même)
qui n’est pas encore ; mais, bien que vague, elle ne lui est pas
inférieure en dignité, comme le serait une image produite a
posteriori par réflexion de la chose sur une surface lisse. Bien au
contraire, l’qiçatnç est selon Damascius une pré-manifestation (in
causa), indiquant, dans un principe ou sur un plan supérieur,
une puissance qui ne peut se dévoiler qu’indirectement par
référence à son ou à ses dérivés à venir, mais qui n’apparaît par
rapport à eux que dans une sorte d’image pré-réfléchie, à la fois
anticipée et anticipatrice. L'ë|x<paa(.ç se dit ainsi de quelque chose
qui, bien qu’imparfaitement aperçu, est plus réel que I’Ô7t6aTatn<;
toujours située à un plan inférieur. Voir supra, p. 32.25; 34.14 ;
36.9; 40.12 ; 41.10; 46.6 ; 55.10 ; 65.19 ; 70.4 ; 84.3 ; infra, p. 96.15 ;
97.16; 98.23; 145.5; 167.16; 170.18.
6. Cf. supra, p. 64.9, n. 3. Ce passage p. 93.24-94.1
= B. D. Larsen, lambl. test., 302; selon J. M. Dillon, le passage
p. 93.24-94.17 = lambl. fr., 2 B In Parm., p. 208, comment.,
p. 391-392.
Page 94.
3. Tiç, par ex. quelqu'un comme Proclus, cf. supra, n. 2 de la
p. 56.5.
4. Plus haut, p. 63.19, Damascius a précisé que le sommet des
êtres peut être nommé «être et substance», non pas selon une
propriété définie, mais par allusion; cf. aussi p. 64.15-65.2;
p. 66.11-18.
Page 98.
2. Tl;v ncûjuàv àrcopiav, nous n’avons pas pu retrouver ailleurs
cette expression. Mais, à en juger d'après les termes dans lesquels
Damascius traduit maintenant l’aporie en question (1. 12-16), on
peut entrevoir sa nature. C'est, à propos de la triade intelligible
(être, vie, intellect) l'écho de l’aporie parménidienne qui, même
après la réponse platonicienne du Sophiste (248 e 7-249d 4)
retentit encore : comment l’être total, qui est parfaitement unifié,
pourrait-il être distingué, comme substance, de la vie et de
l’intellect, au titre de premier membre de la triade, puisqu’il n’y a
pas encore dans cet être de véritable distinction? Porphyre n'a
pas échappé à cette aporie, quand il connumérait avec la triade
intelligible le principe absolu, identifié alors avec le père, premier
membre de la triade chaldaïque. Damascius a déjà rencontré cette
aporie au niveau des rapports du principe et du tout, dès le
commencement de l’ouvrage ; maintenant, au niveau de la triade,
elle l'oblige (p. 98.18-99.14) à concevoir le pur unifié comme
transcendant au-delà de toute contradistinction, et d’abord de la
contradistinction de l’unifié substantiel et de l’unifié unitaire (avec
lequel il l’avait identifié jusqu’alors). Pour échapper à l’aporie,
bien qu'avec peine (p.6Xiç), car elle renaît, dés qu'à partir du
premier être ou du premier unifié une série est inaugurée par
projection, dans l’antérieur, des distinctions postérieures, Damas-
cius a emprunté à Platon lui même le schème de la solution, en
jumelant l’interprétation de l’un de la première hypothèse du
Parménide (l’un n’est ni un ni être) et celle de l’un de la deuxième
hypothèse (cet un est d’abord un et être à la fois, avant que la
première altérité vienne contredistinguer l’un et l'être), voir ci-
dessus, p. 98.5-11. Cela signifie, de façon analogique, que le
premier unifié ne sera, à la lettre, ni unitaire ni substantiel,
puisqu’il est antérieur aux deux, tout en étant les deux à la fois de
façon indifférenciée, tandis que ceux-ci ne se distinguent qu’après
lui, en deçà de l’intelligible, avec la première altérité. L’unifié est
donc pur de tout ce qui se distingue de lui (substance, vie,
intellect), en étant cependant tout de façon indifférenciée et
antérieurement à tout.
3. Cf. Proclus, Théol. Pial., III 12, p. 46.5-10.
4. «L'être-tout», cf. vol. I, p. 100.9-10.
5. ’Ev |xépei, cf. supra, p. 88.23, et n. 5.
Page 99.
1. «Dans ce qui précède», c’est-à-dire non seulement dans les
p. 66.19-67.13, mais depuis le début de ce traité, cf. vol. I,
p. 66.5-6, n. 2; p. 73.5, n. 2; p. 107.8, n. 2; vol. Il, p. 56.7,
n. 3 ; p. 67.23, n. 6. Le premier unifié, alors assimilé à l'unifié
unitaire, était contredistingué de l’unifié substantiel.
2. L’un antérieur à tous les deux = l’unifié pur, ou le pur
intelligible.
3. Cette nouvelle façon de concevoir l’intelligible (l’un-être)
comme entièrement unifié antérieurement à la manifestation de
l’altérité qui se produit dans le 1er ordre intelligible-intellectif (cf.
Parm., 143a 4-b 8) est conforme non seulement à la pensée de
Platon, mais aussi à celle de Jamblique pour qui l’intelligible est
ramassé autour de l’un et demeure en lui (cf. ci-dessus, p. 93.24-
94.1). Le passage p. 99.3-10= B. D. Larsen, lambl. test., 303.
Page 100.
2. Noiçaei pierà Xôyou TtepiXvjitTÔv : sur cette expression du Timée
28a 1-2, cf. Proclus, In Tim., I, p. 240.17-p. 248.6; trad.
A- J. Festugière, t. II, p. 73-p. 85, et notes. — Voir un passage
parallèle de notre texte (p. 100.6-7) dans Proclus, Théol. Plat.,
I 3, p. 15.8-12.
3. IlepuüTrl) (cf. Platon, Polit., 272 e 4-5) signifie habituellement
chez les néoplatoniciens le poste d’observation de l’intellect
démiurgique. Dans le contexte présent, nous traduisons par «le
regard panoramique» de l’intellect. Voir supra, p. 37.10, n. 1.
4. Tô &v0oç toû voû : voir infra, p. 105.3 et n. 1.
5. ’ETtépeiciç, cf. supra, vol. I, n. 3 de la p. 64.11.
6. J. Dillon a rangé ce passage (p. 100.6-12), sous bénéfice
d’inventaire, parmi les fragments de Jamblique, cf. lambl. fr., 2 A
In Parm., p. 208; voir les raisons données, ibid., p. 389-391.
Selon B. D. Larsen, p. 100.1-12 = lambl. lest., 304.
7. Deux mots font ici difficulté : le masculin ou le neutre
TtàvTwv et le féminin èwoTçcetov (qui se trouve une seule fois chez
Platon, Rép., III 407c I, sans signification terminologique propre,
et qui n’a pas été repris par les néoplatoniciens). Plutôt que de
changer Ttàvwv en itaaôv (Kopp), il faut donc chercher une forme
masculine ou neutre pour remplacer tôv èvvotçoewv, par ex. tôv
èwov)p.àTwv, ou bien écrire tôv êv vo^tremv.
Page 101.
2. Il s’agit de l’intellect intelligible, voir supra, p. 74.20-22.
3. «L’une ou l’autre opinion», à savoir: 1) la possibilité de
connaître l’unifié par une intellection unifiée ; opinion qui sera
argumentée plus bas, p. 103.4 106.15, notamment à l’aide des
Chaldaïques de Jamblique et des Oracles Chaldaïques (fr. 1, E. des
Places); 2) l’impossibilité de connaître l’unifié, opinion déjà
illustrée ci-dessus, p. 100.6-12, par le fr. 2 A de Vin Parm., de
Jamblique, appuyée ici par l’argument de la proximité de l’unifié
par rapport au bien (l’un du fr. 2 B de Vin Parm., J. Dillon) et
argumentée la première, ci-dessous, p. 101.9-103.3.
4. Cf. ci-dessus, p. 99.1-14.
5. Il s’agit de l’unifié au sens strict, ou du «sommet de l’unifié»
qui est «l’unifié de tout l’unifié», cf. supra, p. 97.12-14.
Page 102.
2. Cette doctrine des trois conversions (qui se rattache à
Proclus, El. Théol., §39) est déjà exposée supra, vol. I, p. 72.16-
p. 73.12. On la retrouvera longuement développée infra, p. 135.5-
139.10.
Page 103.
1. 'TiréaTaniç, ici au sens de l’action de venir à l’être ou de la
position dans l’être, mais de façon première et radicale, puisqu’il
s’agit, dans le cas, de l’instauration même de l’être.
2. Tô awapapÔTEpov, cf. ci-dessus, I. 5-7, = l’ensemble des deux
qui est antérieur à l’un et à la substance, c’est-à-dire l’unifié.
3. Cf. ci-dessus, 1. 11-21 ; p.94.1-10.
Page 104
I. Noter, à partir de la p. 103.11, l’équivalence des qualificatifs
«pur», «intelligible», «unifié», quand ils sont appliqués à ce qui est
antérieur à la distinction de l’unitaire et du substantiel, qu’il
s’agisse de la connaissance, de la vie ou de la substance.
Damascius reviendra cependant sur cette équivalence, cf. plus
bas, R. I, p. 295.10-p 296.6. Elle restera juste en tant que la vie
pure et la connaissance pure sont considérées comme étant
originellement, sous un mode indifférencié, dans l’unifié. Mais
Duiiuisciiis reconnaîtra que la vie pure et la connaissance pure
supposent, pour être ce qu’elles sont, la première la distinction
commencée de l’un et de l'être, la deuxième leur distinction
achevée. La substance pure est, quant à elle, identique à l’unifié
pur.
2. NoeînSai zaî voeîv : la manière dont Damascius introduit ces
mots : ot 6eoi... où pùvov XéyovTeç..., et le rapprochement qu’on peut
faire avec Proclus, Théol. Plat., IV 1, P- 6.11 (fiera vooùvto voeïrai
zaTa tô Xôyiov, voir n. 3 de Saffrey-Westerink), semblent indiquer
une référence à quelque fragment des Or. Chald., indépendant du
fr. 77, E. des Places. — Noter que, chez Damascius comme chez
Proclus, oi 6eoî signifie habituellement les dieux révélateurs des
Oracles Chaldaïques ; sur ces dieux anonymes, voir IL D. Saffrey,
« L’hymne IV de Proclus. Prière aux dieux des Oracles Chaldaï-
ques», dans Néoplatonisme, Mélanges J. Trouillard, Paris 1981,
p. 297-p. 307.
3. Jamblique, dans ses Chaldaïques, admettait donc, en accord
avec les Oracles (fr. 1, E. des Places), la compétence de «la fleur
de l’intellect», pour la connaissance de l’intelligible, alors que,
dans Vin Parm., il la récusait, cf. supra, p. 100.6-12 (= lambl.
fr., 2 A In Parm.,). Cette contradiction, pense J.-M. Dillon, est
«plus apparente que réelle», lambl. fr., p. 390. On peut remarquer,
en effet, que, dans la mesure où l’intelligible est auprès de l’un,
et si l’on peut inscrire le fr. 2 A sous le lemme Parm., 142a3-6,
l’intelligible participe nécessairement de l’incognoscibilité de l’un ;
dans ce contexte, même la «fleur de l’intellect» peut être déclarée
incapable de le saisir. D’autre part, l’intellection intelligible,
conçue dans les Chaldaïques sur le modèle des Oracles (fr. 1),
est elle-même une intellection unifiée et sursimplifiée, dans le
registre du désir et de la connaissance unitive, et non pas de la
stricte connaissance. La solution de l’opposition cognoscibilité-
incognoscibilité de l’unifié sera, d’ailleurs, donnée par Damascius
dans ce sens (cf. infra, p. 106.16-107.2). Le passage, p. 104.17-
105.1 = B. D. Larsen, lambl. lest., 305.
Page 105.
1. N6ou &v6oç : fleur de l’intellect. Le sens général de tout ce
fragment des Or. Chald., cité 1. 3-13 (W. Kroll p. 11 et n. 1 ;
IL Lewy, p. 165-p. 169; E. des Places, fr. 1 et n. 1) a conduit
les néoplatoniciens et la plupart des commentateurs modernes à
interpréter cette métaphore comme suggérant le sommet de
l’intellect, là où l’intellection se fait union avec son objet. ”Av6oç
devenait dès lors pour eux un terme technique, ce qu’il n’était
pas encore dans les Oracles, car des expressions comparables
comme Ttupôç &v6oç (fr. 34.2; 35.3; 37.14; 42.3; cf. Ilom. II. IX,
212, var. lect.) et ttoXù ... SpeiJ'&p.gvoç vôou &v6oç (fr. 49.1-2) paraissent
être de simples constructions périphrastiques («le feu brillant»;
«l’intellect brillant»). Par contre, dans l’usage néoplatonicien, le
mot &v0oç a reçu un sens très spécialisé : la «fleur» de n’importe
quelle réalité est son niveau le plus élevé et le plus proche de
l’un, c’est-à-dire son hénade même ; ainsi, pour Damascius : la
fleur de la substance, infra, R. I. p. 294.23; la fleur de la forme,
p. 300.1-2; pour Proclus: outre la fleur de l’intellect (voir
références dans E. des Places, Or. Chald., fr. 1, n. 1), la fleur de
l’être (Théol. Plat., III 4, p. 14.13, et n. 3), de la substance
(fn Tim., I, p. 412.8-9), la fleur de notre substance (In Aie.,
p. 247.13 Creuzer; p. 294 Segonds), de la vie (In Cral., p. 111.18-
19), de la triade des ouvo/eü; (Théol. Plat., IV 36, p. 106.2-3), de
l’âme (In Parm., VI, 1071.30), de la nature (In Parm., VI,
1046.5-7), du monde visible (In Tim., III, p. 118.26). — Relati-
vement à la «fleur de l’intellect», voir A.-J. Festugière, La
Révélation d'Hermès Trismégisle, Paris 1954, IV, p. 132-134, où
l’auteur traduit l'expression, dans le langage des mystiques, par
«la fine pointe de l’esprit»; J.-M. Rist, «Mysticism and Transcen-
dence in Later Neoplatonism», Hermès, 92, 1964, p. 213-p. 225;
W. Reierwaltes, Proklos, Grundzüge seiner Melaphysik, Frankfurt
a. M. 1965, p. 367 ss ; « Erkenntnis bei Proklos» dans De Jamblique
à Proclus, Vandceuvres-Genève, Fondation Ilardt, 1974, p. 177
et n. 3; Chr. Guérard, «L'hyparxis et la fleur de l’intellect dans
la mystagogie de Proclus», dans Proclus. Lecteur et interprète des
Anciens, Coll. Internat, du C.N.R.S., Paris 1987, p. 335-349, où
l’auteur démontre que, chez Proclus, il ne faut pas, au contraire
de l’interprétation habituelle, identifier la «fleur de l’intellect»
avec l’un de l’ânie, qui est la «fleur de l’âme ou de notre essence»
tout entière. Par la première fleur, l’âme s’unit au pur intelligible
de la triade chaldaïque, par la deuxième l’âme transcende cette
union même à l’ineffable, car l'un de l’âme est le symbole
(efficace), le aûv6v;(ia, de l’un ineffable.
2. Ce glaive symbolise la lumière incisive de l’intelligible. Cf.
A.-J. Festugière, La Révélation d’Hermès Trismégisle, IV, p. 133,
n. 2.
3. On pourrait écrire ici «intelligibles» à la place
d’«intellectifs». Comme le remarque A.-J. Festugière, loc. cil.,
dans la note précédente: «L’équivalence voïjtôç = voepôç est
commune dans les Oracles».
4. Sur tout ce fragment 1 des Or. Chald., voir les notes de
E. des Places, p. 66 et p. 123; à la suite de J.-C. Thilo, W. Kroll
(p. 11) a lu où8è vôou au lieu de àXXà vôou (I. 8); voir trad. et
comment de A.-J. Festugière, La Révélation ..., IV, p. 132- p. 134 ;
IL Lewy, p. 165-p. 169. — Le vers correspondant à la 1. 10 (non
traduit) a été éliminé par Thilo ; c’est la forme corrigée du vers de
la 1. 4, qui s’est égaré ici on ne sait par quel hasard.
5. Selon A.-J. Festugière, «Damascius... a le tort de compren-
dre tô votjtôv êxéïvo [cf. 1. 9 de notre texte] comme tout
l’intelligible, alors qu’il s’agit évidemment de cet Intelligible
particulier qu’est le Premier Dieu» (La Révélation..., IV, p. 133).
Ce jugement appelle cette rectification : Damascius entend ici
l’intelligible, non pas au sens où il serait tout déployé, mais au
sens où il est tout concentré en son sommet indifférencié. Cet
intelligible reste le père de la triade, comme dans l'interprétation
des Oracles par Porphyre ; cependant, pour Damascius, comme
pour Jamblique, il ne s’agit plus du premier dieu, mais du
troisième, qui est auprès de l’un pur, après les plusieurs purs.
6. Cette fusion de la connaissance dans l’unifié rappelle
analogiquement la fusion du connaissant dans l’inconnaissable, en
laquelle s’achève la tentative de connaître l’un, cf. supra, vol. I,
p. 83.10-14.
Page 106.
1. Or. Chald. fr. 2, E. des Places; W. Kroll, p. 57. L’armure,
dont on doit se revêtir, est la lumière intelligible elle-même, car on
ne peut connaître l’intelligible que par l’intelligible. Le «glaive à
trois pointes» (àXxr; TpiyXojytc;) évoque peut-être le feu ou la lumière
des trois intellects (Phanès, Kronos, Zeus). Les «canaux ardents»
(èp.Tcûpioi o/efoi) sont les rayons lumineux (hénades et séries) qui
émanent de l’intelligible. Là-dessus, cf. A.-J. Festugière, La
Révélation..., IV, p. 133, n. 2 et p. 134, n. 3; IL Lewy, p. 192-
p. 197. — Après ffriêapv;86v, qui est opposé à O7topà8v;v et qui, sous
cette forme adverbiale, est un hapax (cf. LSJ, s.v.), W. Theiler a
conjecturé que le vers qui devait suivre pouvait commencer par
aup.7rTÛÇai (replier), en se basant sur De princ., supra, p. 37.9-12, cf.
W. Theiler, Die chaldàischen Oraltel und die Ilymnen des Synesios,
Halle 1942, p. 17, n. 3.
Page 107.
1. Si l’on considère l’unifié par rapport aux principes qui sont
avant lui (l’un pur et les plusieurs purs), on peut parler d’une
procession de l’unifié; comme l’attestent plusieurs passages anté-
rieurs, p. 55.1-8; p. 45.5-12; p. 39.16-25; p. 16.15-19. Mais, si on
le considère par rapport aux principes qui le suivent (ses propres
plusieurs, ainsi que l’un et l’être contredistingués), sa procession
et son écart à partir de l’un apparaissent nuis, et c’est en
ce sens que Damascius a pu dire (supra, p. 102.21-23), qu’il
n’est pas dans la nature de l’unifié de procéder. C’est le sens
de la thèse de Jamblique, à savoir que l’intelligible reste auprès
de l’un.
2. Le genre moyen des dieux = le diacosme des intelligibles-
intellectifs.
Page 108.
1. Pour interpréter le passage depuis la page 108.3, il faut avoir
présent à l’esprit le schématisme bien connu des diacosmes
néoplatoniciens, élaboré par Proclus à partir de l’interprétation
par Porphyre de la triade chaldaïque, comme l’a montré P. Hadot
(Porphyre et Viclorinus, I, p. 260-p. 267) :
Monde intelligible Monde intelligible- intellectif Monde intellectif
ce qui demeure l.être intelligible 4. vie substantielle 7. intellect substantiel
ce qui procède 2. vie intelligible 5. vie vitale 8. intellect vital
ce qui se convertit 3. intellect intelligible (conversion substantielle) 6. vie intellective (conversion vitale) 9. intellect intellectif (conversion intellective)
Dans cette structure, l'autoconstituant (tô aù6u7t6<rraTOv) est
l’intellect intelligible qui, dans sa procession, s’autosubstantialise
(à la lettre se fait lui-même «substantialisé», oùaiw|xévov, supra,
p. 102.19), tout en se convertissant selon la substance vers
lui-même et vers le sommet de l’intelligible. C’est là le «vivant
parfait» du Timée, tô TtavreXèç Çüov (31 b 2), que Proclus appelle
«le vivant-en-soi», tô aûroÇcôov (In Tim. III, p. 8.16) et qui
apparaîtra aussi infra, p. 198.12; R. I, p. 299.11; en lui, la vie
intelligible a achevé sa procession. — L’autovivant, tô «ùtôÇwv
(distinct du vivant-en-soi, aÙToÇôov) est la vie intellective qui,
dans sa procession, s’est faite elle-même ce qu’elle est, tout en
se convertissant vitalement vers le sommet de l’intelligible-
intellectif et vers elle-même. — L’autoconnaissant (tô yiyjoiav.m
ôocutô) est l’intellect intellectif ou l'intellect de l’intellect, qui se
connaît lui-même selon sa conversion intellective vers soi. Sur la
nature de ces conversions, cf. infra, p. 160.21-167.8. — On ne
voit pas clairement pourquoi, dans le passage présent, p. 108.3-12,
Damascius a ajouté, après tô yiyvcdoxov éauTÔ (1. 8), la fameuse
maxime de Delphes, le yvôi6i aauTÔv (Platon, Ale. I, 124 b I ; Phil.,
48 c 11). A-t-il voulu associer à l’intellect autoconnaissant du
démiurge l'intellect d’Apollon, auteur du message, ou bien le
destinataire du message, l’âme humaine, dont la conversion vers
soi, bien que de nature rationnelle et non-intellective, doit se
rattacher, même de façon lointaine, à l’intellectif ?
2. On reconnaît là le caractère de notre pensée qui ne pense et
ne s’exprime qu’en divisant son objet et en se divisant elle-même,
cf. supra, vol. I, p. 4.5-9; p. 5.4-7; p. 66.18-19; p. 87.1-4, et les
notes correspondantes.
3. « De l’un et de la substance » = de l’un (l’hénade) et de l'être,
qui ne font qu’un encore dans l’un-être, à travers la médiation de
l’unifié, antérieur à leur distinction. — De même, ci-dessous 1. 24 :
«à la vie et à l’un distingué selon la vie» = à la vie comme
substance et à la vie comme hénade (la vie unitaire), les deux ne
faisant qu’un encore dans la vie unifiée. — De même, ci-dessous
p. 109.2 : «de l’intellect et de l’un intellectif» = de l’intellect
comme substance («l’intellect rattaché», p. 109.3) et de l’intellect
comme hénade (l’intellect unitaire), les deux ne faisant qu’un
encore dans l’intellect intelligible ou l’intellect unifié, dont la
connaissance pure n’est ni la connaissance unitaire, ni la
connaissance substantielle, cf. supra, p. 103.11-104.10.
4. Selon Aristote, sont dites synonymes (avv<bw(ia) les réalités
qui sont dans un rapport d’univocité (communauté de nom et de
nature), homonymes (i|z^ivufza) celles qui sont dans un rapport de
pure équivocité (simple communauté de nom), Aristote, Cal., 1,
1 a 1-13. Dans la traduction nous utilisons toujours ces termes
selon leur acception ancienne.
Page 109.
1. «L’intellect selon la substance» (zar’ oùaiav = za6’ ÛTtùcTaaiv)
est contredistingué de l’intellect unitaire, à savoir de l’hénade de
l’intellect, laquelle n’est intellect que selon la propriété (zaTà -r);v
î8i6ri)Ta). Ne pas confondre l’intellect dit ici «selon la substance»
avec l’intellect intelligible, qui est antérieur aux deux et qui est
parfois appelé substantiel, au sens de la conversion substantielle,
par opposition au vital et à l’intellectif.
2. «Cet un-ci» = l’être unitaire, qui ne signifie plus le dernier
degré de la simplification (àvàTtXwaiç), comme c’était le cas dans le
vol. I, p. 71.14-15, où il était identifié à l’unifié premier; mais il
est l’hénade de la substance, contredistinguée de la substance (qui
est son véhicule) dans le sommet des intelligibles-intellectifs, en
deçà de l’unifié pur, cf. supra, p. 99.3-10.
Page 115.
2. C’est toujours l’opinion de Jamblique, cf. supra, p. 64.8-9,
et n. 3.
3. ’AvTww(ifa veut dire normalement «pronom»; la signification
particulière que ce mot reçoit ici peut bien être une innovation de
Damascius.
Page 118.
1. LSJ a noté cette acception particulière de èyxevTpîÇcj chez
Damascius, s.v. (notre passage et In Parm., R. Il, p. 129.25), alors
que ce verbe signifie habituellement soit «aiguillonner», soit
«greffer». Choisir le sens de «greffer» aurait l’inconvénient de
laisser entendre que la propriété du procédant est quelque chose
d’extrinsèque, ajouté au générateur; or, on sait que pour les
platoniciens l’espèce naît de l’intérieur du genre. Et de fait, si
comme le dit le texte, le procédant possède déjà en lui la propriété
du générateur, on ne voit pas comment il pourrait greffer son
caractère propre sur elle, tandis qu’il peut parfaitement le
concentrer en elle pour procéder.
Page 124.
1. ’Avàkuaiç a bien ici le sens de «dissolution», comme le
confirment les lignes suivantes (1-3). Cette définition de la
conversion comme dissolution de la procession va être immédiate-
ment discutée. Dans le présent passage, ci-dessous (I. 3-5),
Damascius note que, selon la vraie nature des êtres perpétuels,
qui contient tout ensemble, la procession et la conversion
demeurent dans un rapport de simultanéité ; ce qui introduit la
solution : la conversion rend l’engendré semblable au générateur
sans détruire sa procession (1. 10-13; p. 126.15-18). Plus haut
(vol. I, p. 78.1-4), il avait présenté la conversion comme une
guérison de la distinction, sa finalité étant de rendre le procédant
présent à l’un, et, en ce sens, de corriger l'écart.
Page 126.
2. IfaîSeç «puaioXéywv : locution périphrastique un peu affectee
pour oE 0uaioX6yoi ; de même, vol. I, p. 93.3, IIuBayopEEwv TtaîSeç
pour oE fluBayépeioi; vol. Il, infra, p. 210.9, XaXfiaEwv TtaîSeç. Ce
genre de locution est en usage depuis Platon, Rép. III, 407e (oE
TtaîSeç ’AcxXvjkioü, les enfants d’Asklépios, i.e. les médecins),
Lois VI, 769 b 1-2 (oE scjypâçcj» naîSeç, les peintres). — On trouve
peut-être un écho de la doctrine, ici attribuée aux Physiologues
(les Physiciens présocratiques), dans Aristote, Phys. V6, 230b 10-
15, ou il s’agit du mouvement vers le haut, qui est celui du feu, et
du mouvement vers le bas, qui est celui de la terre ; non seulement
ces deux mouvements sont opposés, mais aussi les états de repos à
partir desquels ils commencent ou dans lesquels ils s’achèvent, cf.
Phys. V 6, 229 b 29-230a 1. — Dans notre passage, le mouve-
ment de haut en bas symbolise la procession qui part de la
manence supérieure pour s’achever dans le repos qu’est la
manence inférieure, tandis que le mouvement de bas en haut
symbolise la conversion, qui part de l’état de procession achevée
vers la manence supérieure
3. En traduisant ici piovf; par «demeure», rrpéoSoç par le «chemin
de l’aller» et ÊTtàvoSoç par le «chemin du retour», nous avons voulu
conserver le système d’images qui s’organise autour de l’opposi-
tion de jxov^ et de Ô86ç (I. 19-90), et qui se projette sur le fond de la
dynamique du haut et du bas, exposée ci-dessus, I. 13 ss. On a
donc la structure de la double demeure (ou de la double manence),
et du double chemin (ou de la procession et de la conversion).
Signalons un autre exemple du chemin (Ô86ç) comme symbole de la
conversion, dans Vin Parm., R. Il, p. 152.16-24, à propos du
prédicat «en soi-même et dans un autre» (Parm., 145b 7-8) qui,
d’après les néoplatoniciens, qualifie Kronos, l’intellect pur.
Comme ce privilège paternel est désirable à Zeus (l’intellect
intellectif) et à sa suite, ♦ ils se mettent en chemin pour la tour de
Kronos», dit Damascius en adaptant à leur endroit une citation de
Pindare (Olymp., II, 124-127). Damascius ajoute aussi que Zeus
est en repos («rravai) dans cette tour. Elle joue ainsi le rôle de la
manence d’en haut. Il ajoute que le chemin (Ô86ç), comme la tour,
est antérieur à ceux qui cheminent vers elle.
Page 129.
2. Pour 8pâ xai le ms. porte 8pé<|?ai, leçon impossible tant pour
le sens que pour la syntaxe. Rien de plus commun, d’autre part,
chez Proclus et Damascius, que l’expression 8pâv eîç (par ex., sans
complément direct, cf. vol. I, p. 70.13-14; ci-dessous, p. 157.6;
avec ti, p. 141.23; p. 142.19; 22; p. 156.21; p. 158.17). Nous
n’en connaissons pas d’exemple antérieur à Galien, De nal.
fac. II 4, p. 89.1-2, C. G. Kiihn.
3. Le à, écrit en marge par A1 et marqué comme un chiffre, doit
représenter la conjecture TipniTou à la place de TpiTou. Mais cette
conjecture faite par le copiste-correcteur fausserait le sens et ne
s’impose d’aucune façon.
Page 134.
1. Le «quelqu’un» de la p. 133.20 représente la conception de
Proclus. Celui-ci a même pu s’exprimer ainsi quelque part. En
tout cas, il est facile de retrouver chez lui cette doctrine, selon
laquelle manence, procession, conversion forment un cycle et ne se
distinguent entre elles que par une prédominance alternée,
impliquant en chacune la présence des deux autres. Il suffit, par
exemple, d’établir la correspondance des termes manence, proces-
sion, conversion aux termes être, vie, intellect, dans le texte
suivant des El. Theol., § 103 : «Tout est dans tout, mais en chacun
selon son mode propre ; car dans l’être, il y a la vie et l’intellect,
dans la vie l’être et le penser, dans l’intellect l’être et le vivre ;
mais dans un cas selon le mode intellectif, dans un autre selon le
mode vital, dans un autre enfin selon le mode de l’être» (cf.
E. R. Dodds, comment., p. 254; J. Trouillard, p. 122 et n. 1).
Autres passages qui contiennent les éléments de cette doctrine, El.
Theol., §§30, 31, 33, 35, 197. — Il faut remarquer que, selon
Damascius, la contreparticipation des trois activités ne peut se
concevoir, au sens strict, que dans le troisième, dans celui qui se
convertit, car elles n’apparaissent réellement contredistinguées
qu’à partir de lui et en lui.
2. Cf. supra, p. 126.18-23.
3. Damascius renvoie à la partie terminale du Traité, relative à
la question de la participation (cf. R. II, p. 1.4-p. 4.8). Les
quelques pages seulement qui nous en sont parvenues ne
contiennent pas cette recherche.
Page 136.
1. Ce passage (p. 135.5-136.2) est à rapprocher des suivants :
p. 102.16-18; p. 108.3-10 et n. 1. Cette triade de conversions (la
conversion substantielle qui est celle de l’autoconstituant, la
conversion vitale qui est celle de l’autovivant, la conversion
intellective qui est celle de l’autoconnaissant) se retrouve dans
chacune des trois relations que l’intellect intelligible entretient
avec lui-même, avec l’être intelligible et avec la vie intelligible,
comme Damascius l’indique p. 135.5- 137.25. La nature des trois
conversions va faire l’objet de plusieurs questions (infra, p. 141.3-
142.13), auxquelles il sera répondu plus loin, p. 160.21-167.8.
Toute cette spéculation montre la fécondité du principe proclien :
xàv Sv i) oùcicjSùjç èrciaTpéçei p.6vov, Çcvtixwç, xai yvwoTixôç
(El. Theol., § 39).
Page 138.
1. Comme le propos concerne maintenant tous les êtres qui se
convertissent (intellects et âmes), les «plérômes» correspondent ici
à toutes les totalités, quelles qu’elles soient (être, vie, intellect,
âme universelle, monde, etc.), et les «éléments» signifient leurs
composants.
2. Il s’agit là de deux processus d’assimilation à un principe
vers lequel on se convertit : I) soit en recevant de lui des
caractères qui lui appartiennent et que l’on ne possède pas de soi-
même (cf. 1. 6-9), 2) soit en découvrant en soi-même des caractères
analogues aux siens (cf. I. 9-12).
3. Cf. supra, p. 136.7-16.
4. Cf. supra, p. 136.7-11. L’intellect, après avoir achevé sa
procession, se convertit vers lui-même et vers son principe, en
découvrant, dans sa propre délimitation et autoconstitution, sa
ressemblance à l’être qui demeure en lui-même (2e processus
d’assimilation, cf. supra, n. 2 ci-dessus).
5. Cf. supra, p. 136.11-16. Dans sa conversion vers l’être,
l’intellect, en recevant son caractère coagrégé, est rendu semblable
à l’être unifié (1er processus d’assimilation, cf. supra, n. 2 ci-
dessus).
Page 139.
2. Cette triade (à8iàxpiTOv, Biaxpivôgevov, 8iaxexpqxèvov) qui, chez
Damascius, est le schème de constitution de toute réalité, est
d’origine proclienne, voir p. ex. Théol. Pial. I 11, p. 54.18-22;
III 14, p. 52.7-11.
3. Cet objecteur est, semble-t-il, imaginaire, ou plutôt c’est
Damascius lui-même, en tant qu’il va procéder à une aporétique
de la constitution de la triade : être, vie, intellect. — Sur cette
triade, cf. vol. I, n. 1 de la p. 73.5.
Page 141.
1. Les arguments de cette aporie sont les suivants : 1) la
manence est substantielle, en tant que ce qui demeure demeure en
soi-même, et elle est vitale et cognitive, en tant que ce qui
demeure procède à partir de soi-même ; 2) la procession est
substantielle, en tant que ce qui procède demeure en ce qui lui est
antérieur, et elle est vitale et cognitive, en tant que ce qui procède
procède à partir de ce qui lui est antérieur. — On pourrait se
demander toutefois si Damascius n’a pas voulu écrire : r; gôv à<p
éauroü xai àxo tou itpo auToü, r; 8è èv éauTÛ) xai èv tçj xpo aùroü, « l’une
[la procession] à partir de la chose même et à partir de ce qui lui
est antérieur, l’autre [la manence] dans la chose même et dans ce
qui lui est antérieur».
Page 143.
I. Cette dernière proposition peut s’expliciter ainsi : «... et
nous voulons que l’une de ces choses [la substance] soit cause, une
autre [la connaissance] effet, une autre [la vie] les deux à la fois par
rapport à l’une et à l’autre [cause par rapport à la connaissance,
effet par rapport à la substance]». Il est vrai que tô avvapupÔTepov,
comme sujet, signifie d’ordinaire le mixte (= être, vie, ou intellect,
selon le niveau), mais ici il s’agit de avvagçÔTepov comme attribut
du sujet tô 8è.
Page 144.
1. La substance intelligible, la vie intelligible, l’intellect
intelligible ne sont pas des réalités de même rang, appartenant à
un genre commun (l'intelligible n’est pas un genre), mais ce sont
des mondes complets, au sens où chacun est le tout selon son
mode. Le premier est le tout caché dans son indifférenciation, le
second est le tout en train de se différencier dans la vie, le
troisième est le tout différencié dans l’intellect, encore qu’à ce
niveau intelligible la différenciation reste unifiée. Ainsi, dans
l’intelligible, la participation est à sens unique, sans contrapartici-
pation ; seul le monde immédiatement inférieur peut participer du
monde immédiatement supérieur et, par la médiation de ce
dernier, du sommet de l’intelligible; la réciproque n’est pas vraie.
2. riapaxexiv7)|zévov : d’ordinaire, le sens de ce verbe est
nettement péjoratif (déviation ou excitation anormale); ici et, à
plusieurs reprises, dans la suite (p. 186.11 ; p. 187.8; p. 199.7), le
préfixe n’exprime que le changement d’un état antérieur.
3. Zvjv (vivre) = Çeïv (bouillir, bouillonner), bel exemple d’éty-
mologie arbitraire dont la fortune a été favorisée par la
convenance naturelle de l’image du bouillonnement à la vie. La
mention que, dans le De an. I 2, 405 b 27-28, Aristote fait des
philosophes qui définissaient l’âme par le chaud et qui tiraient
de là le mot vivre (C^v), sous-entend cette étymologie et en révèle
les origines présocratiques. Chez les néoplatoniciens, elle est
devenue un lieu commun : Plotin, Enn., VI 5, 12.9; 7, 12.23;
ProcL In Cral., p. 75.7 ; In Aie., p. 249.7 (Segonds, p. 296);
Damascius, infra, p. 172.16; p. 173.4-5; p. 186.10-13; p. 198.20-
21 ; p. 199.4-5; R. I, p. 294.18.
Page 148.
1. Nêxnç, au heu de ywoiç A sans cette correction, le mot
yvûoiç serait expliqué par lui-même ; de toute évidence, Damascius
veut reconnaître dans ce mot une combinaison de la racine yv-
(«devenir») avec vôxnç, qui est une contraction supposée de vérjaiç.
La même forme contractée se trouve, d’ailleurs, chez le poète-
philosophe Timon de Phlius (fr. 44.2 Diels = Diog. Laert., IX.23).
Mais, même si Damascius connaissait le vers de Timon, l’étymolo-
gie qu’il donne ici est probablement improvisée par lui. Sans doute
l’un et l’autre doivent avoir connu des contractions de même
type; on en rencontre, par exemple, chez Hérodote (twcxravra,
I 86.6; èwev&xaai, III 6.1 ; àvéë<uae, 1.102, etc.).
2. Dans les étymologies de Platon (Cral., 404d7; 412e 2;
414 c 6) l'euphonie (eùoTopda) joue un rôle important. Selon
Hermogène, l’abondance de lettres a et r; donne de l’élévation au
discours. Damascius se souvient ici qu'il a enseigné la rhétorique.
3. L’intellection substantielle et vitale.
4. L’intellection cognitive.
Page 149.
1. D’après Aristote, De an. III 7, 431b 16-17, l’intellect en acte
est les intelligibles; de même l’âme, par la connaissance, peut
devenir tous les êtres (Ibid. 8, 431 b 21).
2. riepiauYa<T|x6ç, mot propre à Damascius, mais on trouve
Trepiaoyanpa chez Héliodore d’Émèse, m' s. ap. J.-C. (LSJ s.v.).
3. A6Ça<nç : mot technique, propre à Damascius, pour dire
l’action d’opiner; on le retrouve chez Simplicius, In Phys.,
p. 268.16, au sens de «formation of opinion» (LSJ s.v.).
Page 150.
1. npoanavrôv : sur ce terme voir supra, p. 62.21, n. 3. Mais
l’interprétation exacte à donner à ce mot, dans le contexte
présent, sera fixée à propos du mot 7tpo™pneüov, infra, p. 151.14-
17, n. 3.
2. Formulation du principe qu’aucun désir naturel ne peut être
en vain, cf. Dam., In Phaed. I, § 179; Olympiod., In Phaed. 6,
§ 10.
Page 151.
2. MâXiara : «tout d’abord», «en premier lieu» (selon l’ordre de
l’importance) ; c'est la formule traditionnelle de l’argument èx
nepiouaîaç (a fortiori). Même sens, ci-dessous, p. 151.10.
3. Il résulte de cette précision que le participe npoaraxvrêjv, ci-
dessus, p. 150.10, ne qualifiait pas là un rayonnement réellement
distinct de sa source, comme le sont les 7tpoa7tavT7;|xaTa des astres
selon la conception physique évoquée plus haut, n. 3 de la
p. 62.21.
4. Le visible = la couleur, cf. supra, p. 151.3-4. Le présent
passage rappelle la définition du diaphane par Aristote, De
an. Il 7, 418b 4-17 : «Par diaphane, j’entends ce qui est visible,
sans être visible par soi absolument, mais grâce à une couleur
d'emprunt... La lumière en est l'acte, je veux dire du diaphane en
tant que diaphane...» (trad. E. Barbotin sur le texte établi par
A. Jannone, Paris 1966).
Page 153.
1. L'addition de èv aùtçi (= dans l’être) est nécessaire, car il est
ici question du distingué à l’état, indifférencié au niveau de l’être;
de plus, sans cette insertion, on ne verrait pas avec clarté que
l’être est, effectivement, le référent du aùrè suivant.
2. E18t;tov xal etSiynxov : le second de ces mots, courant depuis le
ir s. avant J .-G., est normalement l'adjectif correspondant à el8oç
(soit espèce, soit forme); si Damascius l’emploie ici délibérément
comme synonyme de ywoorixov, sans perdre de vue son sens
propre, c’est pour accuser le rapport étroit qui existe entre forme
et connaissance. EIStqtôv, d’autre part, est une forme forgée pour le
besoin du moment, qui ligure ici comme adjectif verbal de oI8a.
Dans l'In Parm. R. Il, p. 170.19-20, on voit ce mot réunir les trois
notions de forme, de connaissance et de vision (l’identique et le
différent conviennent à l’ordre démiurgique — i.e. à l’intellect
intellectif comme ici — en tant qu’il est substantialisé selon la
connaissance seule, xarà pôvïjv... tJjv eiSiqgiv. Kai yàp tô e18oç to
paXioTa ècttiv elS^tôv te xai oiov opar6v
Page 154.
L Cette idée, assez répandue dans l’Antiquité, est mentionnée
déjà par Aristote, De gener. anim. I 1, 715a 24-25 : Totauxa 8’ ècttiv
6<ra ylyvExai [ztj ex (œwv CTuvSua^opiÉvcov, àXX’ ex yrjç <r?pop.évT)ç xai
TTEpiTTcopaTcov. — Cf. aussi Ps.-Aristote, De mirab. auscult. 74,
835 b 23-26.
2. Si Damascius avait déjà écrit son commentaire sur le Timée,
il n’aurait pas sans doute manqué d’y renvoyer ici.
Page 155.
I. naCTcruSty... ÈCTTéXXETo. Il semble que là nous soyons en
présence de quelque citation plus ou moins fidèle, car autrement
on ne s’expliquerait pas que Damascius ait utilisé cet adverbe
épique qu’est ™xctctu81ï) (cf. Ilomère. II. II, 2; 12, 29; 66; XI, 709;
725), mais nous n’avons pas pu découvrir la source. — Pour
l’usage de CTTéXXECTÔat chez Damascius, dans le contexte du retour
de l’intellect démiurgique ou intellectif vers son origine, voir In
Phaed., I § 149.1-2 et § 151.6-8; § 412.26, avec les notes de
L. G. Westerink; In Parm., R. II, p. 152.19-22 (Damascius inter-
prétant Pi ndare, Olymp., II, 124-127); ci-dessous, p. 160.7-10 (au
sujet du retour de tous les êtres) ; Proclus, Théol. Plat., V 9,
p. 31.24; 10; p. 35.8 (et n. 4, p. 31).
Page 157.
1. Le ms. contient le lapsus calami suivant, xai to opExxov elç to
ôpEXTLxôv, qui s’explique sans doute par l’écho de aiTiaTÔv
(atTiartSv —* 6pexr<5v), cf. vol. I, p. i.xxxix. Nous l’avons corrigé
comme l’exige le contexte.
2. Cf. Phédon, 101 b 4-c 9. C’est très exactement le sens de ce
texte que Damascius vient d’exprimer ci-dessus. En effet, d’après
Socrate, ce n’est pas l’adjonction d’une unité à une autre, ni son
fractionnement, qui est la cause de deux ou de quelque nombre
obtenu. La véritable cause est la forme en soi de l’unité ou du
nombre, s’imposant à un contenu quelconque qui tient sa réalité
de sa participation à elle. Toute causalité ontologique autre que
celle des formes est exclue. Le même principe autorise l’inférence
que Damascius dérive ensuite (1. 15-19) du raisonnement de
Socrate.
Page 158.
2. L’intelligible, dans son rapport prévenant, se fait lui-même
paraître désirable et connaissable à travers l’intellect qu’il suscite
et circonscrit, et, en même temps, il comble l’intellection dans une
union où s'abîment désir et connaissance. Cf. la solution du débat
sur la possibilité et l’impossibilité de connaître l’intelligible, supra,
p. 106.10-107.2. Il faut noter que l’union dont il vient d’être
question, loin d'être dissolvante de l’intellect, se révèle au
contraire comme «l’union d’une substance à une substance» (cf.
supra, p. 155.1-13), et, dans le cas présent, il s’agit de l’union
de l’intellect à l’intelligible autosubsistant. Les 1. 14-23 = B. D.
Larsen, lambl. test., 306; mais il faut sans doute arrêter ce
témoignage à la 1. 16.
Page 159.
2. Eup7tâ6eia. Chez Damascius ce substantif est le plus souvent
employé pour désigner rattachement, de type passionnel, à
l’inférieur et au pire (le corps mortel et les choses sensibles) ; ce lien
a son fondement dans la substance même de l’âme humaine, à
partir de l’élément divisible qu’elle compose en elle avec l’élément
indivisible, de façon moins parfaite que l’âme universelle et celle
des dieux. Voir In Parm., R. II, p. 253.10-11; In Phaed., I,
§§ 128.6-7; 178.5-6; 348.5; 352.6; 353.2; II, 155.2. On pense aux
«masses de plomb qui sont de la famille du devenir» et qui
s’attachent à l’âme, cf. Platon, Hép., Vil, 519a 8-b 1. —
Cependant ce n’est pas le cas pour l’adjectif oupt7ra6^ç (cf. De
princ., vol. I, p. 97.6; p. 98.25), ni pour le verbe aupTrâcr/ro, qui
gardent, chez Damascius, leur sens et leur usage polyvalents.
Page 163.
1. riXr;p<opa voepév : c’est ici la plénitude de l’intellect, en tant
qu’elle est coagrégée antérieurement à sa propre différenciation.
2. Comme à la n. 3 de la p. 134.21.
3. "A-re... npooflév-reç : groupe suspect, à cause de la conjonction
causale et du participe aoriste. Au lieu de &xe, on pourrait, écrire
fixe. Toutefois, Trporrfié'jTeç reste problématique : il faudrait ou bien
écrire KporrfiTjmpev (mais c’est une correction trop audacieuse), ou
bien supposer une lacune après X6yov.
4. Comme à la note 3 de la p. 134.21.
5. Cf. supra, p. 141.17-24.
Page 165.
1. L’autoconstitution de l’intellect se manifeste selon la
conversion substantielle de l’intellect vers lui-même, dans le même
temps qu’il se convertit substantiellement vers son principe. Cf.
supra, p. 135.7-21.
2. La correction 8ta<r«>>o6ge6a (à la place de 18£ai <r<oaô|jieOa A) est
nécessaire, parce que le verbe simple açiÇt» ne s’emploie que
rarement au moyen, et cela avec le sens de «garder pour soi-
même», ou de «garder le souvenir de quelque chose»; d’autre part,
l'adjectif ’iBîai ne se justifie guère dans le contexte. Enfin, le moyen
BiaaûÇoptai est une forme courante.
3. Cf. supra, p. 141.7-16.
4. A première vue, la proposition èmaxpiye-cai 8è Tcàvrwç tô
TTOioüv rcpôç tô Yiyvôpevov est surprenante, car la conversion s'entend
normalement du produit vers le producteur. Cependant, dans la
conversion substantielle vers soi de l’autoconstituant et de
l’autovivant, on peut admettre que ce qui se convertit (ici le
producteur) puisse se convertir vers le produit qui n’est autre que
lui-même, sans que la conversion soit, elle-même, productrice.
Damascius précise, en effet, qu’aucune conversion n’est, à la
lettre, production, mais simple convergence (ovvveuaiç) vers
quelque chose d’autre ou vers soi-même. Il ajoute, que, s’il s’est
exprimé en termes de production, à propos des conversions vitales
et substantielles (cf. supra, p. 102.16-19 et p. 141.7-14), c’était
seulement dans l’intention de faire connaître ces conversions à
partir de ce qui coexiste avec elles, soit ce qui est producteur de
vie, soit ce qui est producteur de substance.
5. Damascius corrige la façon de parler qu’il a utilisée supra,
p. 102.16-19. Ce n’est donc pas la conversion elle-même qui
produit (noieî) du vivant et du substantialisé, mais c’est selon la
conversion substantielle que se manifeste l’autoconstituant, et
selon la conversion vitale l’autovivant (supra, p. 108.4-7).
6 LuyxaTâ6eaiç : terme emprunté à la théorie de la connaissan-
ce stoïcienne, dans laquelle il signifie l'assentiment qui entraîne la
compréhension ou la non-compréhension, selon qu’il est donné à
une image compréhensive ou non compréhensive. Voir les
références recueillies par Maximilien Adler, SVF IV. p. 135-136,
s.v.
7. Cf. supra, p. 141.3-6.
8. 'Qç... &pa. La présence de Spa montre que cbç n’est pas
consécutif, mais qu’il s’agit, d’un discours rapporté, cf. Denniston,
p. 38-39, 1) soit avec scepticisme, 2) soit sans scepticisme, comme
c’est, ici le cas.
Page 166.
1. Z^oiç est, sauf erreur, un hapax, et de même Çwtqtôv, dont
la formation avec -tq ne laisse pas de surprendre. — D’après le
passage présent (p. 165.1-166.7), on a donc le système des
correspondances suivantes :
Çwv —
(ÇCOTIXÔV ---- ÇtOTJTÔV --- ÇVjaiç)
yiyvcioxov — Yiyucoaxopiévov — Yv‘ôaiç
oôaicoTÔv — ouciouptevov — oùau»<nç (ÔKÔaTaciç)
NOTES COMPLÉMENTAIRES
275
et. un peu plus loin (I. 7-14) la structure de la conversion par
rapport aux objets de conversion (extrêmes supérieurs) et aux
sujets de conversion (extrêmes inférieurs) :
ÇwTixùv
Çcov -
Çwijtùv
YVwaTixùv
yiyviocxov)
Yvcxrrùv
Page 167.
I. OùSé-repa, terme de grammaire, utilisé pour désigner les
verbes intransitifs (= ni actifs ni passifs). Cf. LSJ s.v., qui cite
schol. Dionys. Thr., p. 246.3-5 A. Ililgard (Gramm. gr. I 3) :
oùSeTÉpa... oîov ££> nXouTO> Sùvapai poûXofxai (I. 11 : ^o>
mjpéaaco) = Choerob. in Theodos., 101.16-17; 330.19-20 Hilgard.
2. Cf. supra, p. 140.21-141.2.
3. L’argument demande la correction -rçvtüpiévrçç à la place de
yiYvopiévrçç. Damascius, à partir de l’intellect («ce qui est à l’état de
procession achevée», 1. 9-11) est remonté à la vie («la procession
considérée comme en train de procéder» (I. 13) et il en arrive à la
«substance uniliée» (1. 17). Pour l’origine paléographique de la
faute (HNDMENHE-» riNOMENHZ), voir vol. I, Introd.,
p. lxxxv (un cas similaire : r, devenu ti).
4. ’Exelvou doit renvoyer à t^ç Tjvojptévrçç oùalaç (1. 17) malgré le
neutre, qui peut s’expliquer, car tîjç ÿjvcopiévrçç oùoiaç = toû 6vtoç, au
sens strict, cf. ci-dessous, p. 169.20-22, ce qui fait exactement écho
à la p. 167.14-21. De plus, d'après le contexte, èxelvou ne peut pas
être pris ici pour toû TtpoîôvToç (le procédant). En effet, Damascius
vient de répondre à la question : le procédant et ce qui a procédé
admettent-ils la triple division du substantiel, du vital et du
cognitif? Il doit répondre maintenant à la même question, du
point de vue de l’être et de ce qui a procédé, à savoir leur manence
respective admet-elle cette triple division ?
Page 169.
1. "E8ei âAXuç («il faudrait, en tout cas...») s’explique, si l’on
sous-entend : «dans l’hypothèse contraire» où l'être pur admet-
trait en lui cependant les déterminations de la manence, de la
procession et de la conversion. Mais alors il faudrait que soit vrai,
comme une loi générale, que tout ce qui est secundum quid soit en
même temps sa propre essence simpliciter, comme le précise
Damascius, en soulignant la contradiction.
Page 170.
2. Cf. supra, vol. I, p. 36.4-5; vol. II, p. 90.1.
3. Oùaiav <Çc5aàv> te xai YLYv<naxouaav : Damascius transpose
Page 171.
2. ’E<T<paipo>pévoç : d’après Platon, Tim. 34a 1-4 et Lois 898a 3-
b 4, le mouvement circulaire est propre à l’intellect ; dans le
dernier texte cité (b 2) la sphère fait aussi partie de la métaphore.
Cf. Proclus, Théol. Pial., IV 38, p. 110.18-21 (avec la n.); ibid., V
2, p. 11.18-23 et V 4, p. 19.17 et n. ; le Sphairos d’Empédocle est
identifié avec l’ordre intellectif.
Page 173.
I. Au lieu de la leçon du ms., tô Çi;Teïv tc xai Çéeiv eîvai («le fait,
de chercher et de bouillonner...»), nous traduisons la correction
proposée dans l'apparat critique, tô Çéîv tc xal Çéov dvai. Elle
s’appuie sur les considérations suivantes : 1) le ms. marque déjà
une corruption dans le mot CrjTeïv; 2) la notion de recherche n’est
ni exprimée ni suggérée dans le contexte ; 3) Damascius emploie
comme infinitif de la forme contractée Çeîv, et non Çéeiv (cf.
infra, p. 186.14). Voir supra, p. 144.26, n. 3.
Page 174.
2. Le même sujet sera traité longuement à la lin du De princ.
(cf. R. I, p. 314.12 p. 324.15), sous les mêmes rubriques : Plalon
(cf. R. I, p. 314.12-p. 315.18), les Oracles Chaldaïques (cf. R. I,
p. 315.18-p. 316.9), les autres théologies (cf. R. 1, p. 316.10-
p. 324.15).
3. Cf. supra, p. 41.9-42.16; p. 44.9-45.12; p. 49.2-24; p. 54.1 -
55.16; p. 58.1-6; p. 61.23-62.9; p. 67.13 70.18.
Page 175.
L Les parties homéomères : cf. la définition donnée par
Damascius, infra, p. 178.21-24. Pour les parties anhomêomères,
infra, p. 178.24-179.6 et p. 203.20-204.3. Homéomères sont les
parties d'un tout, identiques en nature entre elles et avec ce tout,
par ex. les parties d’un tissu organique. Par contre, les organes
différenciés, qui, dans le tout complet de l’organisme, ont raison
de touts partiels, sont des parties anhomêomères. — Celte
terminologie provient d'Aristote, cf. De pari, anim., II 1-2,
646a 11 -647 b 28. Contre l’attribution, par Aristote, à Anaxagore
de Clazomène, d’une théorie de la matière sur le modèle des
homéomères (Met., \ 3, 984a 11-16; De caelo, III 4, 302a lOss;
De gen. el corr., I 1,314 a 12ss), voir J. Zaiiropoulo, Anaxagore de
Clazomène, Paris 1948, p. 276-p. 281. — Sur les notions (chez
Aristote) de partie, cf. Met., A 25. 1023 b 12-25; de tout, Met.,
A 26, 1023 b 26-1024a 10; d'élément, Met., A 3, 1014a 26-b 15;
De caelo, III 3-IV, 302a 10-3136 23; De gen. el corr., II,
328b 31 -338b 19.
Page 176.
1. C’est évidemment la thèse de Proclus dans l’fn Tim., III,
p. 97 ss.
2. C’est le principe néoplatonicien par excellence : l’inférieur
participe du supérieur sans que le supérieur ait, comme tel,
quelque chose de commun avec l’inférieur et sans qu’il soit pris, en
aucune façon, dans la relation.
Page 178.
1. ArjpLoupyixaiç... Topaïç : expression dérivée de la division de
l’âme dans le Timée (35b 4-d 7), qui correspond à la division du
canon musical (xararop^ toû xavôvoç, depuis Euclide). Cf. chez
Platon, les mots ànoTép.wov (Tim. 36 a 2) et xaTÉTep.vev (Tim. 36 b 6).
Les centres (xévrpa), ci-dessus 1. 3, sont les points cardinaux.
2. Ce n’est qu’à défaut de textes plus explicites illustrant ce
propos, qu’on indique les références suivantes : supra, p. 48.5-16;
p. 176.19-21.
3. L’exemple est pour nous surprenant. Mais le simple nom de
<TTpou6o-xâ|jrr)Xo<; montre bien que l’autruche était considérée
comme une combinaison d'oiseau et de chameau (pour le cou).
Page 179.
1. KaraTeTaypéwv : «entré dans une classe», «coordonné» (opp.
«transcendant»); sur ce terme, fréquent surtout chez Proclus dans
l’/n Parm., voir L. G. Westerink : Dam. In Phil. index, s.v.
xaTaTarreiv ; Proclus, Théol. Plat., II 3, p. 30.7-9, n. L
2. ZAeiov : néologisme formé par Damascius sur le modèle de
àvôpùmeiot; et de îmreioç (comme si l’on pouvait dire en français
«animalin», de la même manière que l’on dit «chevalin»).
Page 182.
L L’allusion à Syrianus et à Proclus est claire. En effet, pour
Proclus, comme pour Syrianus, la matière est le dernier degré de
l’infinité (cf. In Parm., VI, 1119.4-7) et, à ce titre, elle est, sur le
mode de l ineffabilité par défaut, la trace la plus affaiblie de la
puissance infinie de l’un sur le mode de l’ineffabilité par excès. «Si
donc, comme nous l’avons dit, Dieu cause l’existence de toute
illimitation, il cause aussi l’existence de la matière, qui est
l’illimitation toute dernière. C’est donc Dieu qui est la cause toute
première et ineffable de la matière» (Proclus, In Tim., I,
p. 384.30-p. 385.3; trad. A.-J. Festugière, II, p. 248).
2. Cf. supra, n. 3 de la p. 134.21. Noter ici l’acception non
péjorative de TtoXimpayfjioveîv.
Page 183.
2. Cf. supra, p. 59.6-7.
3. Si l’élémenté est identique à la substance, qui s’autoconsti-
tue en manifestant avec soi et en même temps que soi ses propres
éléments, il est évident que l’élémenté et le mélange autoconsti-
tuant ne diffèrent pas l’un de l’autre; cela découle de la discussion
ci-dessus, p. 181.15- 182.16 (voir en particulier p. 182.7-8 et n. 3).
Page 184.
1. Tôv ToX|X7j6évTa [xepuTjjiôv : allusion au nom de xôXpta (audace)
que les pythagoriciens donnaient à la dyade : voir lambl.
Theologum. arilhm., p. 9.5-7 : nparrr; yàp r; 8uàç Bie/copurev aurljv ex
piovàSoç, fifiev xai TÔXpia xaXeÏTai yàp govàSoç Evcxnv StqXouo^ç,
tj Buàç Ô7reiaeX6oûoa Sia/copioptèv BtqXoï. Cf. aussi Plutarque, De Iside
75, 381 F : les pythagoriciens appelaient la dyade ëpiç et xôXpta ;
J. Lydus (De mensibus, p. 24.12-13, R. Wünsc.h) cite un écrit
apocryphe de Phérécyde comme la source de cette appellation.
Comparer enfin le passage célèbre de Plotin, Enn. V 1, 1.4, où c’est
la TÔXpia, le désir d’être soi, qui a causé la chute de l’âme.
Page 185.
I. On a écrit auy/eÎTat au lieu de oûyxeixai A, parce que c’est ce
même mot qui paraît dans les passages auxquels Damascius
renvoie (supra, p. 175.17 ; p. 178.16-17 ; p. 183.12), et que ovyxeîa-
6ai Ttpôç ptiav oûyxpatnv est une construction étrange.
2. La «substance spécifiée», cf. sa définition ci-dessous,
p. 185.25-186.1.
Page 187.
I. La notion de substance a reçu jusqu’ici les acceptions
suivantes : 1) la substance pure au sens le plus absolu ; c’est l’être
pur ou l’unifié pur, qui se forme de «plusieurs» de nature
intelligible (elle correspond au l" ordre des intelligibles); 2) la
substance pure au sens de la substance qui, au-dessous de l’un-
être, est contredistinguée de l’un ; elle est encore dite substance
première et «substance qui est réellement» (c’est d’elle qu’il s’agit
ici : elle correspond au 1" ordre des intelligibles-intellectifs); 3) la
substance définie, qui est la substance spécifiée (1er ordre des
intellectifs). — Plus loin, p. 212.20-213.7, Damascius considère
aussi comme substances définies la substance unitaire (hénade de
la substance) et la substance proprement «substantielle», qui se
contredistinguent en deçà de la substance pure qu’est l’unilié pur.
Page 191.
2. Nous avons préféré /âaxouaav à Sia/âaxouaav (Ruelle) pour
corriger la faute Si/àaxouaav, en évitant le redoublement de 8ia-
(ef. Biâxpiciv, 1. 17). Évidemment, la correction de Ruelle reste
possible.
3. Depuis Aristote, on appelle ÙTratXX-rçXa (subalternés) les genres
qui sont subordonnés les uns aux autres dans un rapport d’espèce
à genre, sous un genre jouant le rôle du plus universel. Cf.
Aristote, Cal. 3, Ib 16-24; Porphyre, Isag., p. 4.16-p. 6.3 : à la
suite de la substance, prise comme genre le plus universel (yévoç
Yevixcararov) se distribuent comme févi] imàXXTqXa, par exemple le
corps, le corps animé, l’animal, l’animal rationnel, l’homme,
chacun d’eux jouant par rapport au supérieur le rôle d’espèce
(elBoç) et, par rapport à l’inférieur, le rôle de genre (yévoç) ; seul, le
dernier ne peut jouer que le rôle d’espèce dans le maximum de
spécification (elBoç eiBixûrarov) ; au-dessous viennent les individus
(&Top.a).
Page 192.
1. Damascius aborde ici le problème des individus. Pour
éclairer le développement, qui va suivre, il faut se reporter tout de
suite à la conclusion, infra, p. 195.15-21. Les individus empiriques
sont des projections singularisées de la même forme totale
spécialissime qui, en ce sens, est le véritable &ro|xov, l'individu au
sens de l’indivisible strict. Cette forme, malgré les singularisations
empiriques, reste aussi bien totale et sans différence ajoutée.
Damascius écarte d’abord la double hypothèse que les différences
des individus empiriques tiennent à des causes accidentelles ou à
des formes substantielles (p. 192, jusqu’à la I. 14 ; on a lu, I. 12, xai
garai ti elBoç..., au lieu de î; garai..., car c'est, une reductio ad
absurdum qui est ici introduite). La différenciation est ensuite
envisagée comme s’effectuant à un double niveau ; 1) division et
spécification de l’un des formes en des formes qui sont des touts
différents a priori ; 2) projection de ces formes totales en diverses
matières, en lesquelles elles apparaissent sous un mode singulier
sans être modifiées intrinsèquement par des différences. Et, si les
individus empiriques apparaissent différents entre eux selon des
circonstances de lieu et. de temps, c’est que la matière se comporte
comme un écran qui masque la totalité et l’universalité de la
forme projetée dans le singulier. La différence n'est le fait ni de la
matière, ni de la forme; elle n’est ni dans l'une ni dans l’autre,
mais elle est dans chaque rapport singulier de l'une à l’autre, i.e.
dans l’individu comme image (infra, p. 194.21-23) de la forme
ultime et indivisible sur fond de matière.
2. Depuis Aristote, le terme &ropov peut avoir deux significa-
tions : 1) l’indivisible, au sens de la forme totale et spécialissime
(c’est de ce tout qu’il s’agit ici, comme le montre la suite de la
phrase); 2) l’individu, au sens empirique (cf. ci-dessus, I. 5; 14).
3. Sur l’individuation par la matière, cf. Aristote, Met., A 6,
1016b 32; Z 8, 1034 a 5-8; Z 10, 1035b 27-31 ; A 8, 1074a 33-34;
De caelo, 1, 278 a 7-b 3. Voir J. Tricot, Aristote, La Métaphysique,
Paris 1981, t. 1, p. 392, l’importante note 2.
Page 193.
1. <ha<rîv. Cet énoncé s’inscrit dans la problématique aristotéli-
cienne de l’unité numérique qui caractérise chaque être «dont la
matière est une», cf. Aristote, Met., A 6, 1016b 32; A 8, 1074 a 31-
35. En effet, le contexte présent écarte la différenciation par la
forme, que supposerait au contraire une allusion aux pythagori-
ciens et, plus précisément, aux disciples immédiats du dernier
enseignement de Platon, ceux que vise Aristote, quand il écrit :
«...si les Idées sont des nombres, comment seront-elles causes?
Est-ce parce que les êtres sont d’autres nombres, par exemple tel
nombre l’homme, tel autre Socrate, tel autre Callias...?» (Met., A
9, 991 b 9ss, trad. J. Tricot).
Page 194.
1. A6yoç xaOôXou. Les raisons universelles, dans l'âme universel-
le et dans la nature, sont les projections des formes exemplaires
qui se trouvent dans l'intellect. Voir infra, p. 203.14-17 : les
formes constituent le caractère plurifié de l’un de l’intellect, les
raisons de l’âme celui de l’un de l’âme universelle, les raisons de la
nature celui de l’un de la nature.
2. Ainsi, en résumant depuis la p. 193.20, on a les niveaux
suivants de la procession de l'individu humain : I) procédant, de
l’un des formes, la forme totale de l’homme, laquelle est dans
l’intellect; 2) procédant de la forme totale, la «raison» universelle
de l’homme, laquelle est. dans l’âme universelle et dans la nature ;
3) procédant de cette «raison» universelle, la forme commune à la
pluralité des hommes ; 4) la dispersion de cette forme commune
dans les hommes singuliers, à travers la division empirique, de
telle sorte qu’étant en chacun elle reste identique en tous. Cette
forme commune est la forme spécialissime, qui n'est autre, dans
cette conception, que ia forme totale rendue présente ici-bas, mais
selon le dernier degré de la dispersion.
3. Aiap.éTp7)Tov selon la règle formulée par Kühner-Blass,
Griechische Grammalik, I, pp. 538-539, les adjectifs verbaux en
-toç, composés avec des prépositions sont : 1) proparoxytons et à
deux genres, lorsque le sens est purement passif (par ex. aûvôeToç),
2) oxytons et à trois genres, lorsqu’une possibilité est exprimée
(par ex. xaTaXvjrtTÔç). Toutefois, chez Homère, II. III 344, seul cas
où le mot en question se rencontre, mis à part notre texte, on écrit
SiapeTpTjTÇ) èvi y<op<p («le terrain mesuré», cf. II 1.315 : ywpov gèv
itpÔTov SiegÉTpeov). Dans notre texte, puisqu’il n’y a pas de
terminaison féminine, c’est la forme du proparoxyton qui
s’impose : SiaptéTp-rçTov. Le ms. omet l’accent. C. E. Ruelle (1,
p. 208.17) écrit bien 8ia|xÉTp-/jTov, mais LSJ a 8iageTp>]Tov (en sous-
entendant é86v et en comprenant : «la distance diamétrale»),
4. Cf. Parm., 148e 7-149a 2 : il est impossible de distinguer
dans l’un celui qui serait en contact avec lui-même et celui avec
lequel il serait en contact, car il faudrait qu’il y ait en lui deux
«un», un premier et un second, étant impossible qu’il y ait deux
premiers. Ici, de façon analogue, chaque forme absolue est
nécessairement unique.
Page 198.
1. L’un qui chevauche (éniëareüov) la substance est l’un qui est
véhiculé par elle ; c est l’hénade de la substance, et il est dit
substance unitaire, ou substance par la propriété seulement,
tandis que la substance proprement dite est la substance selon
l’hypostase. Les éléments de cette dernière sont proprement
substantiels, tandis que ceux de l’hénade sont unitaires. Au-delà
est l’unifié pur qui se compose non d’éléments proprement dits,
mais de plusieurs purs, distincts de ceux du deuxième principe.
2. Traduction du texte corrigé; le texte du ms. A signifie :
«l’un éternel», mais cette expression est contraire à l’usage de
Proclus, et la position de l’adjectif est irrégulière.
3. Tà aûroÇiüov = le «vivant-en-soi» du Timée (37d 1-4), cf.
Proclus, In Tim., III, p. 8.16, auquel correspond la totalité de
l’intellect intelligible des néoplatoniciens. De son côté, le genre en
soi du vivant maintient sa propre distinction dans un état encore
unifié au sein de l’intellect intelligible, et la manifeste à l’état
complètement spécifié au sein de l'intellect intellectif ; c’est, lui qui
est divisé dans la pluralité des espèces, en tant qu'élément.
Page 199.
1. Voir supra, p. 144.25, n. 2.
2. Damascius se souvient ici de Platon (Cral., 399c 1-6) qui lit
le nom de l’homme, anthràpos, en découpant, de façon fantaisiste,
les lettres correspondantes dans l’expression suivante : anathrôn
ha opôpe, qui signifie la propriété de l’homme, à savoir qu’il
examine avec attention ce qu’il a vu.
Page 200.
1. "£2ç cpapev àv<o tc xai xàrc» : Proclus emploie souvent (In
Tim. I, p. 127.21 ; p. 172.1 ; p. 295.28; II, p. 253.28; In Hemp. 1,
p. 45.23) la locution xal xârw 6puXéïv dont &v<o xai x.ârc) Xéyetv
est une simple variante. Dans le cas présent, par cette formule,
Damascius ne renvoie pas au texte, mais il signale une façon
habituelle de parler. Il va immédiatement montrer que ce propos
n’est pas toujours justifié. C’est, en effet de manière indue qu’à
partir du caractère absolu de l’identité des propriétés considérées
en elles-mêmes, nous inférons que leur identité se vérifie sans
différence dans toutes les espèces et à tous les niveaux de la
procession et de l’expérience. Habitude mentale liée au processus
de la généralisation.
2. «A l’intellect, et au vivant qui est le mien» : c’est-à-dire au
vivant transcendant qu’est l’intellect (le vivant-en-soi du Timée)
et au vivant qui est dans l’homme individuel.
Page 201.
1. Le problème du rapport commun au différent et à l’iden-
tique a déjà été abordé à propos de la ressemblance de ce qui a
procédé vis-à-vis de ce qui demeure, cf. supra, p. 121.11 - 123.6.
2. Cf. n. 4 de la p. 108.26.
3. «Les éléments qui, au troisième rang, se contredistinguent
du mortel», c’est-à-dire le vivant et le rationnel dans l’homme, «ne
sont plus identiques... aux antérieurs», c’est-à-dire au vivant et
au rationnel de l’âme universelle.
Page 202
I. Dans ces conditions, et contrairement à la logique aristotéli-
cienne, les genres n’ont plus une signification univoque, demeu-
rant invariable en chacun de leurs composés. Les différences ne
s'ajoutent plus de l’extérieur aux genres, mais elles sont produites
de l’intérieur, à tous les niveaux de la procession de chaque genre
extension et compréhension ne variant plus en proportion inverse,
mais directe. C’est ainsi que le vivant et le rationnel dans
l’homme, où ils sont contredistingués du mortel, ont une nature
originale qui n’existe pas avant l'homme et qui n’est produite
qu’avec lui. Cela n’empêche nullement ce vivant et ce rationnel de
participer, à leur manière, au vivant et au rationnel qui
appartiennent à un tout supérieur, comme celui de l’âme
universelle, où ils sont contredistingués de l’immortel. En effet,
chaque genre, faisant partie d’un tout, est lui-même coagrégé avec
ce tout, de façon indifférenciée, dans le tout qui lui est supérieur,
et selon le mode propre à celui-ci. Il en est ainsi jusqu’au tout
unifié, antérieur à tout, de sorte que les différences ne sont en rien
surajoutées, mais sont toutes issues, en dernier ressort, de
l’identité infiniment riche de l’unifié, sans avoir rien pourtant de
stéréotypé, car elles ne sont produites que par le tout auquel elles
appartiennent et dont elles déploient l’originalité propre, comme il
ressortira du dévoppement qui suit immédiatement à partir de la
1. 3.
2. Cf. supra, p. 96.6-97.7; p. 99.3-10.
3. C'est la lumière du soleil idéal, voir Proclus, In Tim. III,
p. 83.11-16 (Or. Chald., fr. 59, E. des Places; W. Kroll. p. 33; A.-
J. Festugière, Procl. Comment, sur le Timée, IV, p. 110-111);
Proclus, In Parm. VI, 1044.4-12.
Page 204.
2. Voir supra, vol. I. p. 4.6-8; p. 66.18-19; p. 87.1-3, et les
notes correspondantes.
3. Les figures du chœur et de l’armée se rencontrent plusieurs
fois chez Plotin, comme exemples d’un tout qui est un agrégat
d’unités discrètes : Enn., V 5, 4.31 ; VI 2, 10.3-4; 11.8; 6, 16.32-
37; 9, 1.32-33. Voir la note de l’édition Ilarder-Beutler-Theiler
III b, p. 406(Sext. Empir., Adv. malh., VII 102et IX 78, passages
que K. Reinhardt, dans Kosmos und Sympathie, Munich 1926,
p 45, rattache à Posidonius). Voir aussi J. Trouillard, «La figure
du chœur de danse dans l’œuvre de Proclos» dans Permanence de
la philosophie, Mélanges J. Moreau, Neuchâtel 1977, p. 162-174.
Page 207.
L La première pluralité de l’intellect est dite interne, la
seconde externe. La même division s’applique à la procession des
autres ordres (infra, 1. 1-6).
2. Infra, cf. R. I, p. 220.23-p. 223.20; p. 248.10-p. 284.21.
3. A la fin du Traité, Damascius reviendra sur cette définition
pour préciser plus exactement «que tout et plusieurs ne sont pas la
même chose, mais que les plusieurs sont devenus le tout en
s’ajoutant une détermination» selon la conversion vers l’un dans
l’unifié (cf. infra, R. 1, p. 302.2-11).
Page 208.
1. Damascius veut dire que les principes de l’un et des plusieurs
ne s’opposent pas comme deux choses posées dans une distinction
réelle proprement dite. Cf. supra, p. 15.6-20; p. 38.8-17. De la
même manière, il n’y a pas de distinction réelle entre l’élémenté et
les éléments, le tout et les parties, l’intellect et les formes.
Page 209.
1. Si les éléments et même les parties sont antérieurs à la
distinction du continu et du discontinu, à plus forte raison le sont
les plusieurs purs. Ainsi se trouve corrigée l’image du continu qui
s’écoule du centre à l’infini, image utilisée plus haut pour
symboliser la pluralité pure (cf. vol. I, p. 105.17-18, n. 2).
2. AÙTocrua-caTov. Il y a une dizaine d’exemples dans Pair. Gr.
Lexic., G. W. II. Lampe, p. 272, dont certains remontent à
Épiphane de Salamine ou à Méthode d’OIympe.
3. Rappelons que l’un pur et les plusieurs purs dont il s’agit ici
renvoient respectivement à l’un-tout (êv rtàvra) et au tout-un
(navra êv), c’est-à-dire aux deux premiers des trois principes (le
troisième étant l’unifié, rçwp.évov, cf. supra, p. 39.11-25) qui
viennent après l’un antérieur à tout sur fond d’ineffable. Ils sont
respectivement analogues au limitant et à l’illimité qui sont pour
Proclus les deux hénades primordiales. Mais, comme le second de
ces principes est le flux du premier, on peut aussi bien le
considérer dans sa continuité de participation avec, le premier et
parler de l’un-plusieurs, comme Damascius l’a déjà fait supra,
p. 33.8. A partir de la p. 209.22, commence l’examen de divers
essais d’identification de l’un-plusieurs pur. Pour éclairer le propos
de ces pages difficiles, on peut, se reporter à la Notice, supra,
p. Lxx-Lxxn. Damascius conclura cette investigation par le
rappel de sa propre opinion (Mvjtcote &p<x.„), infra, p. 212.20, à
savoir qu’il y a les plusieurs purs de l’unifié et les plusieurs purs de
l’un pur. Après l'un antérieur, nous aurons donc l’un pur, les
plusieurs purs, l’unifié, puis la contradistinction des hénades
définies et des substances définies, et enfin la distinction des
plusieurs en éléments, parties, formes.
4. Ce premier rapprochement de l’un-plusieurs pur avec la
«pluralité illimitée» de Parm., 143a 2 sera récusé quelques lignes
plus bas (p. 210.12-15), parce que cette «pluralité illimitée»
appartient à la limite inférieure de l’un-être et non pas à l’un pur.
Page 210.
I. Ici, Damascius rapproche simplement cet «un-plusieurs» des
rroXXà qui sont le premier prédicat nié de l’un dans la première
hypothèse du Parménide, 137c 4 d 3, où Platon refuse que l’un
soit un-plusieurs. Par là, Damascius nous paraît très éloigné de
poser que cet un-plusieurs est «à l’origine des négations de la
première hypothèse» du Parménide, au sens où il en serait «la
source», comme l’écrit M.-C. Galpérine (Damascius, Des Pre-
miers Principes, Paris 1987, p. 482-483, et p. 33); ce serait
substituer au premier niant qu’est l’un ineffable platonicien le
premier nié, qui est gros in causa de toutes les déterminations. Or,
chaque fois que Damascius parle de l’un de la première hypothèse,
on ne le voit jamais esquisser une telle substitution. C’est, au
contraire, le propos traditionnel de la première et de la deuxième
hypothèse, qui est rapporté supra, p. 11.14-25, sommairement
sans doute, mais sans réserve. Dans ce même passage, l’un-tout,
qu’est l’un-plusieurs, est présenté au titre de la deuxième
hypothèse et, un peu plus haut, p. 10.18-24, il est désigné
explicitement comme le principe qui vient en second, après le
principe ineffable, dont l’un platonicien est le symbole. Nous
pensons, quant à nous, que l’affirmation (purifiée autant que faire
se peut) de l’un-tout ne se projette jamais, pour Damascius, que
sur le fond d’une surinconnaissance ayant pour principe l’hyperné-
gativité de l’ineffable, «dont le voisinage obscurcit même l’un» (cf.
supra, vol. I, p. 84.13-21 et p. 68.8-10). Par contre, faire du
premier nié le premier niant, ce serait dénaturer le principe
ineffable des négations, et dénaturer ces négations elles-mêmes,
car elles cesseraient d'être des hypernégations à l’égard de tout
prédicat et de son contraire (ce qu'elles sont chez Damascius
comme chez Proclus), pour n’être que des négations de telle ou
telle détermination. Dans ce contexte, on n’aurait plus de théolo-
gie négative véritable. Notre interprétation de Damascius est
différente. Voir J. Combès, « Damascius, ou la pensée de l’origine»,
dans Gonimos, Neoplatonic and Byzantine Studies Presented to
Leendert G. Westerink at 75, ed. by J. Duffy and J. Peradotto,
Buffalo-New York (Arelhusa) 1988, p. 85.102.
2. XaXSaiov naïSeç : cf. supra, n. 2 de la p. 126.15.
3. Cf. supra, p. 32.6; p. 34.9-10.
4. Cf. supra, p. 34.8-9.
5. Si Damascius évoque la même théologie phénicienne qu’il
esquissera à la fin de ce Traité des Premiers Principes (cf. B. I,
p. 323.6-16; fin de notre volume III à paraître), i.e. la théologie
de Mochos, l’Éternité cosmique (AEùv xoqzixéç), ici mentionnée,
doit correspondre au dieu Oulômos (hébreu DbiV, ’ôlâm). On
reconnaît en lui «El l’Éternel» ou «El l'Ancien des jours»; voir
F. M. Cross, Canaanite Mylh and Hebrew Epie, Cambridge Mass.
1973, p. 17-19. Damascius, dans une première interprétation
(R. I, p. 323.7-8), identifie Oulômos, fils d’Étber et d’Air au
sommet de l’intelligible (= l’un-être), puis dans une deuxième
(R. I, p. 323.14) à l’intellect intelligible.
6. C'est-à-dire à l’intellect intelligible.
7. Cf. n. 4 de la p. 209.22.
8. L’un-plusieurs pur ne peut pas être l’un qui est l’hénade de
la substance, car ce dernier, contredistingué de la substance, dans
le premier ordre des intelligibles-intellectifs, est lui-même substan-
ce unitaire, ou substance par la propriété, sinon par l’hypostase.
L’un plusieurs-pur doit être au-delà de la distinction des
processions unitaires et substantielles, desquelles i) est le principe
(infra, I. 20-22). C’est pourquoi Damascius va se demander encore
si cet un ne serait pas l’unifié lui-même (I. 23-24).
9. Cf. supra, p. 98.17-99.10.
Page 211.
1. Antérieur aux deux, c’est-à-dire, ici, antérieur à l’un et à
l’être, contredistingués en deçà de l’un-être ou de l’unifié.
2. A partir de là, l’investigation se poursuit au sujet de la pure
hénade, ou de l’un pur, toujours au sens de l’un dont les plusieurs
purs sont le flux. Deux hypothèses seront d’abord formulées.
D’après la première (qui suit immédiatement, p. 211.13 212.3,
avec son bref résumé p. 212.4-6), l’un pur serait situé entre
l’intellect intelligible qui est la limite inférieure de l’unifié ou de
l'intelligible, et la substance unitaire qui est dans le premier ordre
des intelligibles-intellectifs. D’après la deuxième hypothèse (infra,
p. 212.6-19), l’un-plusieurs pur serait à la fois le dernier ordre des
intelligibles et le premier des intelligibles-intellectifs, et ce serait là
le double visage de l’un-être. Ensuite, Damascius exposera sa
propre opinion (infra, p. 212.20-213.9 : l’un-plusieurs pur est
antérieur à tout l’unifié.
3. La substance unitaire = l’hénade définie de la substance;
elle se contredistingue de la substance proprement dite dans le
premier ordre des intelligibles-intellectifs.
4. "£2ç çaoiv : il s’agit de Syrianus, et de Proclus en particulier
(In Parm., 1, 641.10-12). Le propos n’est évoqué ici qu’au titre
d'une simple incise dans le développement, pour les besoins de
l’argument. Mais, pris en soi et dans son contexte authentique,
c’est le thème fondamental de la théologie néoplatonicienne : le
caractère de l’un est le constitutif de la nature divine. Chaque
hénade est constituée dieu en se rattachant directement à l’un par
l'un. Cf. Proclus, El. Theol., § 116 : xai to pèv aÙTOTeXèç to èv, &
auvanTei npoç tô aÙToév, cxtte toûto irâXiv ô 6e6ç, f 6e6ç (E. R. Dodds,
p. 102.23-25; J. Trouillard, p. 129-130).
5. C’est-à-dire antérieurement à l’un et à l’être.
Page 212.
2. Toû tivoç Tjvtupévou : il s’agit de cet unifié défini qu’est la
limite inférieure de l’unifié, c’est-à-dire l'intellect intelligible,
comme supra, p. 211.3-6.
3. A partir d’ici commence la deuxième hypothèse ; les 3 lignes
4-6 reprennent la première, en la résumant. Voir la n. 2 de la
p. 211.12.
4. Autrement dit : l’un-plusieurs délie la coagrégation antérieu-
re à la distinction de l’un et de l’être dans l’hypostase de l’un pur,
pris, cette fois, au sens où l’un est contredistingué de l’être.
5. Sur la théologie chaldaïque, cf. R. I, p. 284.22-p. 316.9. —
Sur la théologie orphique, R. I, p. 316.18-p. 319.11. — Sur la
théologie égyptienne, R. I, p. 323.17-p. 324.15. — Sur la théolo-
gie des phéniciens, R. I, p. 323.6-16 et supra p. 210.11, n. 5.
6. A partir d’ici, on trouve exprimée l’opinion de Damascius
lui-même. On reconnaît la doctrine des principes, élaborée au long
de tout ce qui précède (parmi les passages les plus importants, voir
supra, p. 39.8-25; p. 99.3-14). C’est elle qui constitue la conclu-
sion, ci-dessous, p. 213.17-214.20.
Page 213.
1. La substance «unifiée et mixte» : on notera cette appellation
nouvelle de la substance proprement substantielle qui, dans le
genre de la substance définie s’oppose à la substance unitaire,
après la première altérité, dans le premier ordre des intelligibles-
intellectifs, et donc au-dessous de l’unifié pur (ou substance pure).
Cette manière de parler réapparaîtra, infra, R. I, p. 296.29.
2. Cf. note précédente.
3. Tà ànXôç noAXà : il s’agit là des plusieurs purs de l’unifié,
appelés parfois rà nXc«o (supra, p. 42.8, n. 2); ce ne sont pas les
plusieurs purs de l’un plusieurs pur, ou plusieurs de l’un, lesquels
constituent le deuxième principe (ci-dessous p. 213.19-24),
4. Lacune d’une quinzaine de lettres. Nous ne pouvons rien
conjecturer.
Page 214.
2. ’Api6|xoç eiSïjTixèç. Ce nombre des formes intelligibles n’est
pas encore réellement numérique; les plusieurs du troisième ordre
de l’unifié ne sont plusieurs qu antérieurement à la division
proprement dite, comme Damascius le précisera plus bas (cf. R. I,
p. 250.15-p. 252.1 ; p. 314.24-p. 315.5); le nombre ne se produit
qu’après la première altérité, dans le premier ordre des intelli-
gibles-intellectifs (cf. Platon, Parm., 143a 4-144e 8). Sur les
divers niveaux du nombre, voir J. Trouillard «La puissance
secrète du nombre selon Proclos», art. cit. supra, p. 3 et n. 7
(p. 219).
TABLE DES MATIÈRES
Avant-propos........................... vu
Notice................................. ix
Abréviations ......................... lxxiii
Sigles................................ LXXVII
TRAITÉ DES PREMIERS PRINCIPES.
II : DE LA TRIADE ET DE L’UNIFIÉ
Première partie
Problématique des principes et de la triade
1. Thèses de Jamblique, Proclus, Porphyre.. 1
2. Argumentation en faveur de Jamblique .. 2
2.1. Premier argument........................ 3
2.2. Deuxième argument....................... 3
2.3. Troisième argument...................... 4
2.4. Quatrième argument...................... 5
3. Examen des arguments précédents...... 6
3.1. Critique du quatrième argument .... 7
3.2. Critique du troisième argument.... 12
3.3. Critique du premier argument...... 13
3.4. Critique du deuxième argument..... 13
4. Damascius se situe par rapport à Jam-
blique ...................................... 15
5. Damascius se situe par rapport à Syrianus
et à Proclus ................................. 16
5.1. La triade et le principe unique... 17
5.2. De l’opposition dans les principes ... 24
5.3. Contradistinction et analyse ............ 29
6. Statut symbolique des principes............... 35
Deuxième partie
De l’unifié comme mixte
1. Questions à résoudre.......................... 40
2. Rang de l’unifié.............................. 41
3. Nature des éléments du mixte ................. 42
4. Hypothèses de composition du mixte .... 45
5. Le mixte selon Platon, les Pythagoriciens,
Damascius......................................... 51
Troisième partie
De l’unifié comme être
1. L’unifié et les acceptions de l’être...... 56
2. Comment évoquer l’unifié? .................... 59
3. Procession de l’unifié comme être........ 65
4. Analogies chaldaïques......................... 70
5. Définition de l’être.......................... 74
6. Réfutations et éclaircissements............... 79
7. L’unifié, lien constitutif de l’un-être.. 88
8. Économie de l’unifié.......................... 97
Quatrième partie
De l’unifié comme intelligible
1. Première section :
De l’unifié et de la connaissance
1.1. L’unifié est-il inconnaissable ou con-
naissable? ................................... 100
1.2. Arguments contre la cognoscibilité de
l’unifié ..................................... 101
1.3. Arguments pour la cognoscibilit»'1 de
l’unifié...................................... 103
1.4. Discussion d’arguments contre la
cognoscibililé de l’unifié.................... 106
2. Deuxième section :
Manence, procession, conversion
2.1. L’unifié est-il distingué d'un distin
gué ?..................................... 111
2.2. Apories de la procession .............. 117
2.3. Apories de la conversion ............... 123
2.4. Problématique de la manence, de la
procession et de la conversion .... 120
2.5. Application aux réalités intelligibles . 135
2.6. Dix questions........................... 139
2.7. Réponse à la 10e question............ 1 13
2.8. Réponse à la 9e question................. 150
2.9. Réponse à la 8e question......... 159
2.10. Réponse à la 7e question....... 100
2.11. Réponse à la 6e question....... 103
2.12. Réponse à la 5e question.............. 105
2.13. Réponse à la 4e question.............. 105
2.14. Réponse à la 3e question....... K.7
2.15. Réponse à la 2' question.............. ION
2.16. Réponse à la lre question....... I/O
3. Troisième section :
L’intelligible et sa pluralité
3.1. Nature des éléments, des parties et des
formes ...................................... 171
3.2. De la simplicité des éléments....... INI
3.3. Des parties et des formes comme
éléments...................................... 1NN
3.4. Retour au statut des éléments....... 190
3.5. Procession des éléments, des parties el
des formes.................................... 203
3.6. Des plusieurs purs et de l’un pur.... 207
Notes complémentaires .................... 215
Table des matières............................... 2N9