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Tags: philosophie antique
Year: 1986
Text
DAMASCIUS
TRAITE DES PREMIERS PRINCIPES
DE L’INEFFABLE ET DE L’UN
IM’RODUCriOK
1. DAMASC1US : L’HOMME ET LE PENSEUR
Photius, à qui nous devons de précieux extraits de
la Vie d’Isidore1 écrite par Damascius, rapporte que
notre auteur était de Damas2. Or, si son lieu d’origine
n’est pas douteux, il n’en est pas de même pour la
plupart des dates de sa vie®.
W. Kroll situait sa naissance au plus tard en 4584,
mais cela fait problème. Il faut remarquer que deux
extraits de la Vie d’Isidore donnent à entendre qu’en
1. Ouvrage en grande partie perdu, mais dont plus de
300 extraits ont été recueillis par Photius et quelques 400 dans
la Souda. De part et d’autre, un grand nombre se rapportent aux
mêmes faits.
2. C. Ziutzcn, Damascii vilae Isidori reliquiae, Hildesheim
19G7, p. 274.4-9, cité Z., page, lignes. — R. Henry, Photius,
Bibliothèque, Paris 1971, VI, p. 42-43 (200), cité IL VI, page,
n° de l’extrait entre parenthèses. Quand Z. et IL VI sont cités
ensemble, il s’agit d’un des extraits de Photius (codex 242) ;
quand Z. est seul cité, il s’agit d’un des fragments de h Souda.
Zintz.en reproduit les uns et les autres, en mettant en évidence
les passages parallèles de Photius et de la Souda. Quand Z. et
H. II sont cités ensemble, il s’agit du codex 181 de la Bibliothèque
de Photius, Z. étant cité page et lignes, et H. II page et, entre
parenthèses, page et lignes de Bekkcr. Nous citons la Souda,
tome, page, lignes dans l’édition de A. Adler (Suidae Lexicon,
5 vol. Le pzig 1928-1938, réimp. Stuttgart 1971).
3 Pour cette présentation, nous utilisons, outre les éditions
critiques déjà mentionnées de la source qu’est la Vie d’Isidore,
les IraMtiux suivants : R. Asmus, Bas Leben des Philosopher!
Isidoros von Darnaslrios aus Damaslcos, I cipzig 1911 ; L. G. Weste-
rink, The Greek Commentaries on Plato’s Phaedo, Amsterdam
1977, II, Introduction
4. Dans son article « Damaskios », P. W., IV, 2, col. 2039-2042
(2039.G6-2040.2).
X
INTRODUCTION
485, année de la mort de Proclus, Damascius vivait
déjà depuis quelque temps à Athènes1. Et, si l’on suppose
avec W. Kroll que c’est à Alexandrie, avant sa venue
à Athènes, que Damascius enseigna la rhétorique durant
neuf ans2 3, il faut reporter à 476 la fin de scs propres
études de rhétorique, qui durèrent trois ans sous la
direction de Théon, à Alexandrie même’. Dans ces
conditions, faire naître Damascius en 458, c’est le
rendre bien jeune pour commencer à l’âge de 17-18 ans,
au plus tard, une carrière de professeur, et c’est aussi
le rendre bien vieux pour choisir l’exil en Perse, après
que Justinien en 529 eût interdit aux païens tout
enseignement. Damascius aurait eu, en effet, dans
ce cas, 71 ans à la promulgation de l’édit, et 74 ans
en 532, année durant laquelle sa présence en Perse
ne peut pas être mise en doute. Aussi ne saurait-il
être question d’anticiper sa naissance, ne serait-ce
que de deux ans, par exemple en 45G, pour faire débuter
sa carrière à un âge plus normal, encore que très précoce,
comme celui de la vingtaine. Le vraisemblable d’une
part combat le vraisemblable de l’autre Le seul moyen
de briser ce cercle, en gagnant des deux côtés un peu
de marge, est de supposer, avec R. Asmus et L. G. Westc-
rink, que Damascius, après avoir étudié la rhétorique
à Alexandrie, est allé l’enseigner à Athènes peu d’années
avant 4854, soit autour de 482-483, à l’âge de 20 à 21 ans
1. Ces deux extraits relatent des événements antérieurs à la
mort de Proclus et peuvent concerner la venue d’Isidore (cf.
infra, p. xn, n. 3) : « II gagne Athènes auprès de Proclus qui se
maintenait encore dans son corps », Z. 259.8 ; H. VI, 54 (297).
« 11 arriva peu après et il vivait dans ma maison», Z. 258.1 ;
H. VI, 40 (187). Un 3° extrait, qui se rapporte 6 la mort de
Proclus, peut désigner soit Isidore, soit un autre personnage :
« Il arriva alors ô Athènes et apporta la cassolette pour Proclus
qu'on alKit enterrer », Z. 258.2-3 ; H. VI, 40 (188).
2. Z. 274.10-14; H. VI, 43 (201). - Z. 275.2; H. Il, 192
(126b 41-42).
3. Z. 319.9-10 ; II. II, 192 (126b 40-41).
4. R. Asmus, Das Leben..., note à p. 113.37. — L. G. Westerink,
The Greek Commeniaries..., II, Introd., p. 7.
L HOMME ET LE PENSEIli
XI
au plus tôt. Dans celle hypothèse, né vers 462, il aurait
eu 67 ans au moment de choisir l’exil.
Il n’est pas invraisemblable que Damascius, dès son
arrivée à Athènes, ait pu être introduit dans le cercle
des néoplatoniciens, puisque, jeune étudiant de rhéto-
rique, il fréquentait déjà celui d’Alexandrie qui réunissait
notamment Aidésia1, la veuve d’Ilerniias, ses deux fils
Ammonius et Héliodorc2, Asclépiodole3 et sa famille,
le jeune professeur Isidore qui exerça dès lors peut-être,
mais surtout par la suite, une grande influence sur lui.
De telles relations le recommandèrent sans doute dans
l’entourage de Proclus qui, dans ces années-la, était
déjà affaibli, d’après le témoignage de Marinus4. On
ne peut pas assurer que Damascius qui ne s’était pas
encore converti à la philosophie, ait été son élève,
contrairement à ce que pourrait laisser entendre une
expression de Simplicius5; mais il l’a certainement
1. On suit qu’aux funérailles d’Aidûsia, le jeune Damascius
fut invité à réciter une louange en vers de sa composition,
Z. 107.20-22 (Sonda, II, 162.11-13, s.u. AlSeala). Aidésia était de
la parenté de Syrianus, le maître de Proclus. Elle avait été
proposée en mariage à Proclus, qui préféra le célibat. Sur Aidésia
et tous les personnages cités dans cette biographie, l'index
nnminum de C. Zintz.cn donne toutes les références qui les
concernent.
2. Hennias, alexandrin d’origine, ancien condisciple de
Proclus à Athènes sous Syrianus, enseigna la philosophie à
Alexandrie. Ses fils, Ammonius et Héliodore, après leurs études à
Athènes sous Proclus, l’enseignèrent, eux aussi, à Alexandrie, où
Damascius, lors d’un séjour postérieur, devait fréquenter leurs
cours.
3. Pour Asclépiodote, voir infra, p. xil, n. 3.
4. Marinus, Vita Procli, éd. J. F. Hoissouede, Leipzig 1814,
ch. 26, réimp. à la suite de l’édition, par C. G. Cobet, de Diogène
Laérce, De claroruni philosophorum vilis, dogmalibus et apophleg-
maiibus libri deeem, Paris 1850, p. 147-170.
5. L'expression par laquelle Simplicius, à deux reprises,
qualifie Proclus de «maître de ses professeurs» (In Phys., IL Dicls,
C.A.G. IX, 1882, p. 611.12 et p. 795.4-5), c’est-à-dire Ammonius
et Damascius, ne doit pas être prise à la lettre en ce qui concerne
ce dernier. Sans doute, au fur et à mesure que se développeront la
vocation et la carrière philosophiques de Damascius, l’influence
des œuvres de Proclus ira-t-elle en se précisant jusqu’à ce que
XII
INTRODUCTION
approché et il semble avoir été assez familier avec la vie
de l’école. En effet, 1ns allusions contenues dans les
fragments de la Vie d’Isidore et relatives à Proclus,
aux soucis de sa succession, à sa crainte de voir « la
chaîne d’or de Platon » quitter la cité d’Athéna1, à
l’impression profonde que lui faisait le visage inspiré
d’Isidore2, mandé d’Alexandrie avec le gendre d’Asclé-
piodote3 en vue de la désignation du successeur,
üamascius fasse enfin de Proclus, par delà la tombe, l’inter-
locuteur permanent de ses pensées, non pour s’identifier à lui,
mais pour accuser au contraire leurs différences. Si Proclus avait
été réellement le maître de Dainascius, on ne s’expliquerait pas
que ce dernier ne l’ait pas cité dans la liste de ses professeurs,
cf. Z. 319.9-21 ; H 11, 192 (126b 40-127» 14).
1. Z. 206.1-2 ; H. VI, 37 (151). Proclus craignait que la suite
des successeurs de Platon no s’éloignât d’Athènes. Mais l’expres-
sion de • chaîne d’or » n’a ici d’autre vérité que symbolique : les
diadoqnes de l’école néoplatonicienne d’Athènes, dont on
reconnaît en Plutarque d’Athènes le fondateur à la fin du
ive siècle ou au début du Ve, s’estimaient les vrais héritiers de la
pensée de Platon. Cela ne veut pas dire que cette école fût l’iiéri-
lière historique et juridique de l’Académic (voir sur ce point
J. P. Lynch, Aristotle's School, Berkeley 1972, p. 177-189 et
I. Hadot, Le problème, du néoplatonisme alexandrin, Hiéroclès et
Simplicius, Paris 1978, p. 10). Même dans le cas où l’Académie
aurait eu «lors quelque existence réelle, il est sûr qu’elle n’avait
plus rien de commun avec le platonisme. Comme l’ont fait
observer H. D. Saffrey et L. G. Weslerink (Proclus, Théologie
Platonicienne, 1, Paris 1968, p. xlvii), Plutarque d’Athènes a
probablement été initié aux doctrines néoplatoniciennes par
deux philosophes qui vécurent à Athènes, dans le dernier quart
du ivc siècle, et qui se rattachaient à l’école de Syrie, donc à la
philosophie de Jainbliquc : il s’agit de Priscus et d'un homonyme
de Jamblique. — Sur le mythe de la « chaîne d’or » dans l’école
néoplatonicienne d’Athènes, voir J. Gluckcr, Antiochus and the
Laie Acade,my, GOttingcn 1978, p. 154-158 et p. 306-315. — Sur
la chaîne d’or» comme allégorie depuis Homère, cf. l’étude de
P. Lévèque, Aurea Catena Homeri, Paris 1959.
2. Z. 112.1-5; II. VI, 25-26 (80). - Z. 302.13-14; H. VI, 49
(249).
3. Asclépiodote, alexandrin, un des plus anciens disciples de
Proclus, se consacra à la théurgie à Aphrodisias de Carie ; il
avait été le pédagogue d’Isidore. Selon H. D Saffrey et
L. G. Weslerink (op. oit. 1, p. xxv), c’est h lui d’abord que Proclus
proposa sa succession ; mais Asclépiodote déclina l’offre et
l’orienta, semble-t-il, vers son gendre qui s’appelait aussi
1. HOMME ET LC PENSEUR
XIII
l’allusion au fait que Proclus et Marinus retenaient
Isidore des deux mains1, l’allusion enfin aux inquiétudes
de Proclus au sujet de la mauvaise santé de Marinus2,
successeur éventuel et qui le devint en fait, tous ces
details, avec leur précision, semblent indiquer que
Damascius a été sur place un témoin direct de cette
période. On peut donc raisonnablement penser que la
date de 482-483 pour sa venue à Athènes n’est ni trop
prématurée ni trop tardive.
Dans ce cadre chronologique, la difficulté demeure
grande de dater les divers événements de sa vie, mis
à part sans doute le plus important de tous par ses
conséquences, sa conversion à la philosophie, qui lui fit
abandonner la carrière de professeur de rhétorique,
disons vers 491-492, c’est-à-dire à l’approche de la
trentaine. Damascius s’était peu à peu dépris de rensei-
gnement. de cet art, qu’il accusait de détourner l’âme
des enseignement s qui la purifiant, pour fixer au contraire
son attention sur l’expression orale. « Ces réflexions,
dit-il, m’arrachaient de temps à autre aux commentaires
des rhéteurs»3. Au contact d’Isidore, Damascius a pu
mesurer la distance qui séparait la polymathie des
orateurs ou des poètes de la manière qu’avait justement
Isidore de faire entendre « non des mots mais l’essence
des choses »4. Il comprit que les qualités naturelles
Vsclcpiodote, et vers Isidore. Proclus les appela tous les deux à
Athènes, et il porta son choix sur Isidore; mais celui-ci s’effaça
par déférence devant Marinus qui l’avait introduit autrefois
aux ouvrages d’Aristote, cf. Z. 67.15-16 (Sonda, III, 324.16-17,
s.v. Mapïvoç). — Z. 66.8-9 ; H. VI, 16 (42). Isidore semble avoir
trouvé trop lourde pour lui, à ce moinent-là, la charge qu’on lui
proposait, Z. 205.8-10 (Souda, I, 336.28 337.2, s.v. àpaaOai). —
Z. 201.6 8 ; H. VI, 37 (150). — Voir le parallèle entre le gendre
d’Asclépiodote cl Isidore, dressé par Damascius, Z. 212.7-8 et
214.1-3 ; II VI, 38 160).
1. Z. 304.20-21 ; H. VI, 51 (278).
2. Z. 206.3 ; 11. VI, 37 (152).
3. Z. 274.10-11 ; H VI, 43 (201) : t<5v pTQTopiMÔSv
il s’agit là des propres leçons de Damascius, sous la forme de
commentaires sur Hermogéne, Demosthène, Isocrate.
4. Z. 64.8 ; Il VI, 16 (39).
XIV
INTRODUCTION
d’intelligence, d’imagination, d’à propos dans les
opinions n’étaient que des moyens pour retourner du
sensible à l’intelligible, et il vit que, chez Isidore, ce
retour était commandé par un retour plus profond,
car Isidore faisait consister l’essentiel dans la « félicité »,
c’est-à-dire dans la « possession divine »*. 11 ne se
contentait pas d’aller des statues aux dieux cachés
au-dedans, car il allait aux dieux, en tant qu’ils sont
cachés « non dans des sanctuaires inaccessibles, mais
dans l’ineffable lui-même de la parfaite inconnais-
sancc »1 2. Des dieux qui sont encore des figures
intelligibles, Isidore allait au-delà de tout intelligible.
A l’intérêt qu’il avait pour la pensée de Platon et celle
de Jambhque (ce qui encourageait Prochis dans les
espoirs qu il mettait en lui en vue de sa succession,
comme le souligne Damascius)3, Isidore alliait sa
connaissance de la sagesse des Égyptiens, expert
lui même dans la recherche de « la vérité réellement
sacrée qui est cachée dans un abîme »4. Autant de
traits qui ont dû impressionner Damascius, car on les
retrouve assimilés dans sa propre pensée, à travers
les structures élaborées du Traité des Premiers Principes
et du Commentaire sur le Parménide. Isidore a sans doute
été un peu le. Socrate de sa vocation et de son orientation
philosophiques, celui qui lui a dévoilé peut-être l’horizon
du « retour », c’est-à-dire la possibilité pour l’âme
de se retourner vers son « union divine » en s’arrachant,
à sa « division multiple » et à son « déchirement »5.
En outre « pour la pratique de la dialectique » qui,
chez Damascius, se met au service d’une critique
impitoyable du discoure, « c’est, affirme-t-il de la
1. Z. 56.1-8; H. VI, 14 (32). Nous traduisons eugoipia par
« félicité » comme H. D. Saffrey nous le suggère.
2. Z. 64.1-7 ; H. VI, 15 (38).
3 Z. 204.1-5; II. VI, 37 (150)
4. Z 301.24-29 et Z. 63.2-7 (et notes) ; H. VI, 49 (243). Voir
entre autres passages où cette sagesse est évoquée : Z. 4.5-7 ;
H. VI, 7(2). Z. 5 1-4 ; II. VI, 47 (231).
5. Z. 8.2-4 ; II. VI, 8 (5).
L’HOMME ET LE PENSEUR
XV
fréquentation d’Isidore qu’il tient sa force»1. On
s’étonnera peut-être que chez l’un et chez l’autre une
telle pensée mystique, qui, d’une part, se sert d’une
critique très stricte du sensible par l’intelligible et qui
dépasse même l’intelligible sans se mettre en contradic-
tion avec lui, ait pu, d’autre part, coexister avec un
goût pour le merveilleux et le fantastique, comme celui
dont témoignent la Vie d'Isidore et les Paradoxa de
Damascius. C’est un goût qu’Isidore et Damascius ont,
tous les deux, partagé sans doute avec toute l’époque,
niais qui ne contredit en rien l’exigence critique, si
on le situe à son niveau d’expression, et si l’on observe
comment Proclus a rais en valeur l’imagination avec
son schématisme, comme puissance de projection
symbolique du divin depuis le centre de l’âme2 3. Cette
inclination pouvait s’accorder aussi bien avec la forma-
tion rigoureuse des mathématiques, propédeutique à la
vraie philosophie. C’est sous la conduite de Marinus
que Damascius, vraisemblablement autour de 492,
se mit à l’étude de la géométrie, de l’arithmétique et
des autres sciences8. En philosophie, il suivit les cours
de /énodote4 5, «l’élève chéri» de Proclus, lequel avait
fondé sur lui « les plus grandes espérances »6 *. Zenodote,
qui pouvait être alors l’assesseur de Marinus6, devait
par la suite, mais après Isidore seulement, devenir
diadoque de plein exercice.
1. Z. 319.18-21 ; IL H, 192 (127 a 10-14 .
2. Comme l’a montré J. Trouilhird dans son article « Lo
merveilleux dans la vie et la pensée de Proclos », dans Hev.
phil. 163, 1973, p. 439-452, repris duns La mystagogie de Proclos,
Paris 1982, p. 33-51. — Voir aussi A. J. Festugière, «Contem-
plation philosophique et art théurgique chcfc Proclus », dans
Sludi di Sloria religiosa délia tarda anlichità, Messine 1968,
p. 5-18, repris dans Études de philosophie grecque, Paris 1971,
p. 585-596.
3. Z 319.10-11 ; IL II, 192 (126 b 43-127 a 2).
4. Z 319.12-13; II. II, 192 (127 a 2-3).
5. / 206 7-9 ; IL VI, 37 (la4).
6. / 319.13-11 ; IL H, 192 (127 a 4-5) : 8ià8oxoç 8è xai oû-roç
npéxXou, rà Sevrepa Maplvou ç>£po>v. Cf. J. Gluckcr, Antiochus...,
p. 155, n. 122.
XVI
INTRODUCTION
Auparavant se produisirent plusieurs événements.
L’état de sauté de Marinus périclitait de plus en plus;
au bout de quelques années, dont on ne peut pas
préciser le nombre exact, vint un moment où il dut
à son tour penser à sa succession. Suivant la reconsti-
tution de R. Asmus, ici se place la mission qui fut
confiée à Damascius1. Elle aurait consisté à se rendre
à Alexandrie auprès d’Isidore et à le ramener à Athènes
en vue de lui faire accepter cnf n la succession qu’il
avait une première fois refusée au profit de Marinus2.
De fait, Isidore et Damascius revinrent ensemble
à Athènes, après avoir fait un long périple par l’Arabie,
la Syrie et l’Asie Mineure3 4 5. Après leur arrivée, Marinus,
proche de sa mort'1, n’obtint qu’à force d’adjurations
l’acceptation d’Isidore. Celui-ci fut élu diadoque pour
l’honneur plutôt que pour la tâche d’expliquer Platon®.
L’école, florissante sous Proclus, était tombée dans un
état de grande décadence à la lin du scolarchat de
Marinus6, et particulièrement avec l’enseignement
d’Hégias7, plus porté vers la pratique de la théurgie
que vers les raisonnements philosophiques8. Aussi,
1. Z. 270.4-5; H. VI, 41 (194).
2. Cf. supra, p. xn, n. 3.
3. Z. 270 6-284.5 ; H. VI, 41-45 (195-219).
4. Z. 290.1 ; II. VI, 46 (224).
5. Z. 292 3-5 ; H. VI, 46 (226' : ë~e.oe tov ’Ial8wpov ô
Mapïvoç 8f ÇaaOai xb ipTjçiapa 8ia8ox'';Ç ’ ÈijrqçiciOq SiaSo/oç
èrr’ àÇ'.cop.txT gaW.ov /) Tipà-ppiaTi xr,Q I1>.'zt<ovi.zÎ)Ç
Vole ccrlnin d’après le texte, mais sur lequel nous n’avons pas
d’autre renseignement. 11 semble que le diadoque désignait
habituellement son successeur. A. Segonds nous signale qu’il ne
connaît qu’un seul exemple de vote, pour une succession ù
l’Académie. Il s’agit de l’élection au cours de laquelle Xénocrate
ne l’emporta que de quelques voix sur Ménédèmc de Pyrrha pour
succéder à Speusippe ; voir Porphyre, Histoire de la philosophie,
trad. franc, et notes par A. Segonds, en appendice de Porphyre,
Vie de Pythagore, par E. des Places, Paris 1982, p. 186, n. 1.
6. Z. 296.5 6 ; II. VI, 46 (230).
7. Z. 284.8-9 H VI, 45-46 (221)
8. Z. 292.6-11; H. VI, 46 (227) : «Et si c’est, comme tu
l’afïirmes Hégias, disait Isidore, une chose divine que la pratique
<le la théurgie, je le dis moi aussi, mais il faut que ceux qui seront
L’HOMME ET LE PENSEUB
XV11
au printemps qui suivit la mort de Marinus, Isidore
projetait déjà de quitter Athènes1, et il ne tarda pas
à regagner Alexandrie. C’est alors sans doute que
Zcnodote devint diadoque. Quant à Damascius, il
retourna, lui aussi, à Alexandrie; mais a-t-il accompagné
Isidore ou est-il parti plus tard ? Nous l’ignorons.
Toujours est-il qu’en cette période, il suivit à Alexandrie
les cours d’Ammonius et d’Héliodorc2. Ammonius qui,
au dire de Damascius, surpassait ses contemporains
en philosophie et surtout dans les sciences, lui expliqua
les écrits de Platon et de Ptolémée®. Dans quelles
circonstances et à quel moment Damascius revint-il
à Athènes et fut-il appelé à succéder à Zénodotc ?
Nous manquons ici encore de données; de plus, comme
le fait remarquer Mme I. Iladot4, nous ne sommes
informés de son titre de diadoque que par l’intitulé
et la souscription finale du manuscrit Marcianus
gr. 246 qui contient le Traité des Premiers Principes
et le Commentaire sur le. Parménide. Mais il s’agit là
d’un exemplaire translitéré vers la fin du ixe siècle.
Nous sommes donc peu éloignés, somme toute, du temps
des dieux soient d’abord des hommes ; c’est pourquoi Platon
disait, lui aussi, que chez les hommes il n’était pas advenu de
bien plus grand que la philosophie ». Damascius, en rapportant
ici les paroles d’Isidore, exprime aussi bien sa propre pensée, car
la meilleure manière, selon lui, de délaisser le raisonnement pour
l’union divine, sera de le conduire avec rigueur jusqu’à son
propre dépassement. Et ce sera là aussi, d’après lui, rejoindre
Platon : « les uns donnent la première place à la philosophie,
comme Porphyre, Plotin et beaucoup d'autres philosophes ; les
autres, à l’art hiératique, comme Jamlilique, Syrianus, Proclus,
et tous les hiératiques. Mais Platon, s’étant rendu compte que
des deux côtés les arguments sont forts, les a réunis en une seule
vérité, en appelant le philosophe un bacchant » (Damascius,
In Phaed., I, 172.1-5) — Proclus présente son maître Syrianus
comme un « véritable bacchant », divinement inspiré au sujet de
Platon (Thfoi. Plat., IV 23, p 69.9-10 et n. 4).
1. Z. 296.3-4 ; H VI 46 (229).
2. Z 101.2-3 (Souda, II, 412.22 23, s.v. 'Epgetaç).
3. Z. 319.14-18 ; IL II, 192 (127 a 5 10). - Z. 110 15 H VI,
25 (79'.
4. I. Hadot, Le problème du néoplatonisme alexandrin..., p. 26.
XVIII
INTRODUCTION
des textes originaux, et, si entre eux et notre manuscrit
une tradition a pu donner à Damascius le titre de
diadoque, il n’y a pas de raison de douter de cette
tradition. Par ailleurs, l’intitulé et la souscription
(spécialement la seconde) sont, d’après L. G. Wcsterink,
clairement authentiques1. A défaut d’autres documents,
si l’on reçoit comme telles ces données, elles s’accordent
avec les vraisemblances suivantes : la désignation de
Damascius à la charge de diadoque n’a rien de sur-
prenant, étant donné l’envergure de sa personnalité
d’homme et de penseur; sous l’impulsion d’une telle
personnalité, un certain renouveau de l’école s’expli-
querait bien, notamment si Simplicius et peut-être
Priscianus de Lydie ont pu se faire, dès avant l’exil,
les disciples de Damascius à Athènes2; il est certain
1. L. G. Weslerink, The Grcek Commenlaries..., II, p. 9-10.
2. C’est là une possibilité que Ton peut argumenter de la
façon suivante : les marques de la profonde influence que
Damascius a exercée sur Simplicius aussi nombreuses et précises
qu’elles le sont, seraient assez inexplicables, si leurs relations
n’avaient duré que le temps assez bref do l'exil vécu ensemble. Il
en est autrement si Simplicius a fréquenté de façon assidue et
assez longtemps les cours de Damascius à Athènes, avant d’avoir
choisi do suivre en exil celui qu’il nomme si souvent et avec tant
de vénération son « maître ». Or, il y a place pour une telle éven-
tualité, si Simplicius, après avoir suivi les cours d’Ainmonius à
Alexandrie, a pu quitter cette ville, connue l'envisage I. lladot
(op cil., p. 25) avant 517, et peut-être après y avoir rencontré
Damascius. — L’hypothèse que Priscianus ait été étudiant de
Damascius est plus incertaine. C. Steel a observé que Priscianus
ne nomme jamais Damascius dans ses écrits (The ehanging Self.
A Stwly on the Soûl in Later Neoplalonism : Jamblichus, Damascius
and Priscianus Bruxelles 1978, p. 159). Mais, par ailleurs, la
parenté de pensée de Priscianus avec celle de Damascius est
évidente dans la doctrine de la nature et de l’âme, telle que
l'expose le commentaire sur le De anima, attribué à Priscianus
(au heu de Simplicius) par F. Bossier et C. Steel. Que celte
paronté de pensée s’explique en dernier ressort par une descen-
dance commune de Jatnblique, c’est aussi évidemt, mais il n’est
pas invraisemblable que Damascius en ait été le transmetteur (les
diffuseurs de la pensée de Jamblique n’étaient pas alors légion).
I. Hadot, tout en acceptant l'attribution du commentaire sur le
De anima à Priscianus de Lydie, a démontré l’existence de conver-
gences très étroites entre ce dernier et Simplicius, qui sont celles-là
L'HOMME ET LE PENSEUR
XIX
par ailleurs que la haute qualité des cours et des travaux
de Damascius qui nous sont parvenus montre qu il
s’adressait à un auditoire peut-être restreint, mais
d’un niveau élevé; enfin on comprend que la Vie
d’Isidore, qui relate toute une époque de l’école, ait
pu être écrite par un penseur qui se fit historien,
parce que son Litre de diadoque l’y incitait il s’agissait,
sans doute., de pérenniser l’école de Platon, tout autant
que d’immortaliser la mémoire d’Isidore.
Si, comme on peut le penser, Damascius a été dia-
doque, il faut admettre qu’il a disposé d’un temps
d’exercice assez long pour réaliser la lâche de rénovation
de l’école et produire l’ensemble de ses œuvres. Dans
ces conditions, il nous semble qu’on ne peut guère
repousser sa nomination après 515, puisque sa carrière
prit fin en 529, sous l’effet des mesures de Justinien,
qui interdisaient tout enseignement aux hérétiques,
aux juifs et à ceux qui étaient « malades de la folie
des hellènes impies s1.
mêmes des doctrines «héritées de Jainblique et communes à
l’école de Damascius» (L Hadot, op. cil., p. 195-202).
1. Un premier décret (Codex Justinianus, I, 5, 18 § 4, éd.
P. Krüger, p. 57) excluait hérétiques, juifs et païens du métier
des armes, des charges ofllcielles et de l’enseignement, et il
réservait les salaires publics exclusivement aux chrétiens. Un
second décret (Ibid., I 11, 10, § 2, p. 64) interdisait tout ensei-
gnement à ceux qui étaient « malades do la folie des hellènes
impies », pour les empêcher de « séduire les ûmes de leurs
disciples », et il reprenait la clause excluant les païens d un
salaire public. Comme l’ont fait observer J. P Lynch (Anstoile's
School, p. 165) et J. Glucker (Anliochus..., p 322-329), cette
législation n’ordonnait la fermeture d'aucune école. Cependant,
le but poursuivi ne se limitait pas seulement à chasser les païens
des chaires impériales et municipales par la suppression de leur
traitement, mais l’interdiction générale qui leur était faite
d’enseigner tendait ô faire disparaître leurs propres écoles, et en
particulier celle des néoplatoniciens d Athènes, très redoutée
pour le refuge qu’elle offrait à la religion hellène et à la théurgie.
J. Glucker, en faisant l’exégésc du second décret, a pu estimer
que ce texte visait cette école « comme l’une de ses principales
cibles » (J. Glucker, op. cil., p. 324). Enfin, si l’on en croit Jean
Malalas, l’empereur Justinien aurait envoyé à Athènes, au cours
de 529, un décret spécial par lequel il interdisait ô quiconque
XX
INTRODUCTION
Ces mesures survenaient après de nombreuses vexa-
tions que les représentants de la pensée païenne avaient
eu à subir de la part des autorités du christianisme
politique à Alexandrie, à Byzance, et à Athènes où,
d’après Marinus (Vila Procli, 30), la statue d’Athéna
avait été retirée du Parthcnon, au temps de Proclus.
La Vie d’Isidore contient de nombreuses allusions à ces
vicissitudes. Notamment, au cours d’une persécution
à Alexandrie contre Isidore et son groupe, les philoso-
phes furent emprisonnés1. Julien, le frère de Damascius,
subit la bastonnade2. Il nous est rapporté aussi que
Hiéroclès d’Alexandrie, qui avait été l’élève de
Plutarque d’Athènes, avait été battu jusqu’au sang,
à Byzance, par les hommes de main du pouvoir en place®.
En 415, la néoplatonicienne Ilypatie avait été massacrée
à Alexandrie par une horde de fanatiques4. Les décrets
de Justinien ne venaient ainsi que rendre officielle une
situation de rejet dont étaient victimes, çà et là, depuis
longtemps, les philosophes païens. On s’explique en
partie, dans ces conditions, l’attitude hostile et mépri-
sante que, dans la Vie d'Isidore, laissent percer, dans
les limites de la prudence d’usage, certaines expressions
de Damascius à l’adresse des chrétiens®.
« d’enseigner la philosophie et d’expliquer les lois » (Jean Malalas,
Chronographia, XV1I1, éd. I. Dindorf, p. 451.16-18). Sans
« récusai' «e témoignage », P. Lcmerle fait l'hypothèse que « le
texte rapproche peut-être plusieurs mesures différentes prises par
Justinien » (P. Lemerle, Le premier humanisme byzantin, Paris
1971, p. 69 et n. 72). J. Gluckcr se prononce en faveur de l’histo-
ricité de ce décret (op. cil., p. 325). En tout cas, les biens de
l’école néoplatonicienne furent alors en partie confisqués.
1. Z. 252.6 7; II. VI, 40 (184).
2. Z. 254.1 3 ; H. VI, 40 (185).
3. Z. 83.5-11 (Souda, II, 616.11-18, s.v. 'Iepoxî.-q<;).
4. Z. 79.18-25 et 81.1-2 (Souda, IV, 645.4-15, s.v. "Kreaxla).
Socrate le Scolastique, Histoire Ecclésiastique, Vil, 15 (W. Bright,
Oxford 1983, p. 295-296).
5. C’est d’eux qu’il parle, quand il stigmatise «ceux qui
avaient les oreilles bouchées et l’espiit perverti», Z. 108.9-10;
II. VI, 25 (77) ; et encore, c'est leur genre de vie qu’il compare à
une « sécurité d’esclave », Z. 301.7 10 ; II. VI, 48 (238).
Cette attitude méprisante n’est pas propre à Damascius, cf.
L'HOMME ET LE PENSEUR
XXI
Mis dans l’impossibilité d’enseigner la philosophie
dans la patrie d’Athéna, Damascius choisit de s’exiler
en Perse, ainsi que les néoplatoniciens Simplicius,
originaire de Cilicie, l’riscianus de Lydie, et quatre
autres philosophes, Eulamiiis de Phrygie, Hennias
de Phénicie, son compatriote Diogène, et Isidore de
Gaza. L’historien Agathias, qui nous fait connaître
leurs noms et nous relate l’épisode de leur séjour à la
cour du roi Chosroès1, ne nous dit pas s’ils venaient
d’Athènes. L'hypothèse qu’ils en soient tous venus
expliquerait mieux qu’ils se soient ainsi retrouvés
dans le même lieu d’exil volontaire. Quand sont-ils
partis pour la Perse qui les attirait comme une terre de
tolérance et de liberté ? 11 est difficile de se prononcer.
Alan Caincron pense, après C. E. Ruelle2, que les
philosophes ne se sont mis en route qu’en 531-5323,
II. D. Saffrey, «Allusions antichrétiennes chez Proclus, le
Diadoque platonicien », duns lieu, des Sc. phil. cl théol., 59,
1975, p. 553-563. — Il faut ajouter que les vexations imposées
aux païens peuvent s’expliquer en partie comme des réponses à
certaines tentatives violentes de restauration du pagnnisine au
vc siècle, comme celles que cite Damascius, Z. 305.22-306.21 ;
H. VI, 53 (290). Cf. le commentaire de cet extrait de kl Vie
d'Isidore dans l’article de Raban von Ilaeling, « Damascius und
die heidnische Opposition im Vte Jahrhundert nacli Christus »,
dans Jahrbuch fur Antike und Christentum, 23, 1980, p. 82-95.
1. Agathias, Hisloriaruin libri quinque, éd. R. Keydcl , Berlin
1967, B 30-31, p. 79-82.
2. C. E. Ruelle, Le philosophe Damascius. Étude sur sa vie et
ses ouvrages, Paris 1861, p. 7. — Cet opuscule de 120 p. recueille
une série d’articles, et nouf extraits de l’/n Parmenidem de
Damascius, avec traduction latine, parus dans la Reu. Archéot.,
Nouvelle Série, I, 1860, p. 158-166, p. 180-182, p. 250-254,
p. 297-306, p. 307 311 ; II, 1860, p. 107-120, p, 193-199, p. 260-274,
p. 417-427 ; III, 1861, p. 145-163, p. 393-407, p. 483-493.
3. Al. Cameron, « The last days of the Acadciny of Athens »,
dans Proceedings of the Cambridge Philotogical Society, 195, 1969,
p. 13; art. abrégé sous le titre «La fin do l’Académie» (Irad.
A. Segonds), paru dans Le Néoplatonisme, Coll. Int. du CNRS
(Royaumont 1969), Paris 1971, p. 281-290. H. J. Blumenthal
admet l’éventualité du départ deux ans après le décret de
Justinien, cf. son article : « 529 and ils sequel : VVhat happoned
to the Academyî », dans Byzantion 48, 1978, p. 381
XXII
INTRODUCTION
après l’accession au trône du jeune Chosroès (qui
avait une notoriété de roi-philosophe), c’est-à-dire
après le mois de septembre 531, et une fois que furent
étouffes les troubles qui avaient précédé cette accession.
Par contre, A. Frantz et I. f ladot inclinent à penser
que les philosophes ont dû quitter leurs écoles vers 529,
après le délai qu’exigeaient les dispositions à prendre1.
Quoi qu’il en soit de cette date, les philosophes, au dire
d’Agath as, furent déçus par lc.s mœurs du pays et par
Chosroès lui-même don! la réputation de despote
éclairé leur parut surfaite. Ils demandèrent et obtinrent
la possibilité de rentrer dans leur pays vers la fin de 532.
Chosroès, au demeurant, plein de bienveillance. à leur
égard, exigea de Justinien leur sauvegarde à leur
retour dans l’empire byzantin el le droit de passer le
reste de leurs jours en toute liberté de pensée, mais
« dans la retraite », c’est-à-dire sans se livrer à une
activité d’enseignement, si l’on entend ainsi, avec
L. G. Weslerink, l’expression ê<p’ èauvotç, que rapporte
Agathias2. Le récit de ce dernier indique Que les
philosophes se trouvaient encore ensemble durant
au moins une partie du retour avant d’entrer dans
l’empire byzantin; puis, une fois la frontière franchie,
on perd définitivement leurs traces, sauf peut-être
celle de Damascius, comme nous le verrons plus loin.
A. Cameron a fait l’hypothèse que certains philosophes,
dont Simplicius, auraient pu reprendre à Athènes
quelque activité, au moins dans le cadre d’nn centre
privé de recherche, surtout si leurs biens n’avaient pas
1. Cf. I. Hadot, op. cit., p. 27. — 1. lladot fait observer
qu'Agalliias ne dit pas que les philosophes furent attirés en Perse
par le prestige de Chosroès, nieis par la Perse elle-même (op. cil.,
p. 33-34).
2 Cf. Agathias, Hisloriarum. ., B 31, p. 81.17-19 — Anonymous
Prolegomena to Plalomc Philosophy, éd. L G. Weslerink,
Amsterdam 1962, p. xv.
L’HOMME El LE PENSEUB
XXIII
été entièrement confisqués1; ce point de vue est partagé
par J. Glucker2.
Contre l’éventualité du retour des philosophes païens
à Athènes, est-il possible de tirer argument des données
archéologiques suivantes, dont A. Frantz a fait état® ?
Des fouilles entreprises par l’École Américaine sur la
pente nord de l’Aréopage ont permis de découvrir,
à proximité de vestiges présumés être ceux d’une école
philosophique, un puits contenant des statues et des
bustes intacts, dont le dépôt semble remonter autour
de 529. Ces objets, dont on a pensé qu’ils ont appartenu
au décor de l’école supposée, semblent avoir été cachés
là avec soin, comme dans l’attente de jours meilleurs.
Tout bien considéré, cet état de choses ne prouve
nullement que les philosophes de cette école ne soient
pas revenus à Athènes, mais, tout au plus, qu’ils ne
se sont pas réinstallés dans ces lieux, lesquels furent
bientôt occupés par des chrétiens. Précisons, d’ailleurs,
que l’école en question n’est pas celle des néoplatoni-
ciens laquelle était située au sud de l’Acropole. En ce
qui concerne ces derniers, nous sommes dans l’impossi-
1 Al. Cameron, art. cil., p. 21-25. L’hypothèse do Al. Cmrieron
est liée à la datation qu’il établit, vers 560, du Commentaire sur
le Premier Alcibiade par Olympiodore. Dans ce texte, Olympiodore,
tout en attribuant par erreur ù Platon lui-même l’origine des
biens des diadoques, dit « qu’ils ont été conservés jusqu’à ce jour,
bien qu il se produise de nombreuses confiscations » (In Atc.,
F. Creuzer, p. 141.1-3; éd. L. G. Weslerink, Amsterdam 1956,
p. 92). Sur la provenance des biens de l’école (qui était une école
privée), Damascius, dans la Vie d’Isidore, nous donne les rensei-
gnements suivants : « Les biens des diadoques n’avaient pas
pour origine, comme lu plupart le croient, la fortune de Platon.
Car Platon était pauvre et ne possédait que le jardin de l’Académie
dont le revenu était de trois nomismala ; le revenu de leur fortune
totale était de mille nomismala, ou davantage sous Proclus,
parce que beaucoup de personnes, en mourant, léguaient leurs
biens à l’école », Z. 212.1-5 ; H. VI, 38 (158).
2. J. Glucker, Anliochus..., p. 326-327.
3. A. Frantz, « Pngan Philosophers in Christian Athens »,
dans Proceedings of the American Philosophical Society, 119,
1975, p. 34-37. — Voir aussi sur ce point L Hadot, op. cil.,
p. 26-27 et p. 33 ; H. J. Blumenthal, art. cil., p. 376-377.
XXIV
INTRODUCTION
bilité d’affirmer ou de nier avec certitude que quelqu’un
d’entre eux se soit retiré à Athènes. Peut-être Damascius
a-t-il regagné son pays d’origine. En cfïct, on a découvert
en 1925 à Homs (Emèse), en Syrie une stele portant
la date 849 de l’ère séleucide (538 ap. J. C.) avec une
épigramme funéraire1, identique à l’une de celles que
contient V Anthologie palatine, et qui est attribuée
au philosophe Damascius2. Mais on ignore la date
et le lieu de sa mort.
Simplicius a dépeint la personnalité de son maître
en soulignant sa passion de la recherche3, son acharne-
ment au travail, son indépendance de jugement qui,
avec son penchant pour la pensée de Jamblique,
1 amena à reconsidérer nombre d’opinions de Proclus4 5.
Ces qualités d’esprit se retrouvent dans son ceuvr
écrite qui manifeste, à la fois et à un degré surprenant,
vigueur, finesse et lucidité critiques. Ces cléments
expliquent le caractère incisif d’un tempérament
intellectuel qui trouvait son accomplissement naturel
dans une conception très élevée du modèle platonicien
de la pensée et de la vie philosophique. C’est sans doute
l’exigence d’un tel esprit, et non, comme Photius
le donne à entendre6 l’esprit de dénigrement, qui se
trouve à l’origine des jugements d’aspect sévère ou
réservé que Damascius porte sur de nombreux person-
nages. Sur le plan spéculatif, son habileté dialect que
se transforme parfois en virtuosité, quand il subtilise
à l’extrême dans la division et la subdivision des apories
1. L. Jalabert et R. Moutarde, Inscriptions grecques et tahnes
de la Syrie, V, Paris 1959, p. 155, n" 2336.
2. Cette épigramme, recueilli 6 partir du Cycle d’Agatliias,
est la suivante « Zosirnè, qui naguère n’était esclave que de
corps a maintenant, même pour son corps, trouvé la liberté»
(Anthologie palatine, VU, 553, dans Anthologie grecque, P. Wa tz,
Paris 1941, V, p 90). Il faut noter que l’épigramme gravée sur la
dalle retrouvée 6 Émèse est écrite 6 la première personne « [Moi],
Zosirnè, qui naguère n’étai j’ai maintenant . trouvé... »
(ijijpov au lieu de tq jpev).
3. Sinip icius, In Phys , p. 624.38.
4. Simplicius, ibid., p. 795.15-17.
5. Z. 317.24-318.3 ; H II, 190 (126 a 18-31)
L’HOMME El LE PENSEUR
XXV
et des réponses, multipliant les difficultés pour la joie
de les vaincre. Mais le plus souvent son raisonnement,
toujours rigoureux, ne se départit ni de sa force ni de
sa profondeur.
Avec son esprit hypercritique, Damascius apporte,
au terme de la tradition platonicienne, une manière
originale de philosopher, qui consiste à soumettre le
discours à l’épreuve de ses limites constitutives. Il
emploie toutes les ressources de la pensée, pour
repousser le plus loin possible les frontières de la ratio-
nalité, jusqu’au point où celle-ci se rompt dans l’effort
de penser ce qui ne peut plus être pensé, mais donne
de penser, que ce soit 1 ineffable d’en haut ou 1 absurde
d’en bas. Cette façon d’exercer la pensée dans tous les
sens de ses possibilités se retrouve jusque dans le style,
fortement ployé sur lui-même, elliptique et solidement
verrouillé. Lire Damascius consiste à le suivre à partir
d’un thème sur deux lignes de raisonnement opposées
qui se coupent dans une aporie; l’opéra ion se répète
jusqu’à une nouvelle rupture du discours, qui force
l’accès à un plan supérieur où se manifeste une perspec-
tive inédite. Ainsi pratiquée, l’aporie est méthode.
C’est l’art de marcher sur les chemins qui se dérobent,
en faisant icculer le discours jusqu’à son éclatement
dans une dimension vectorielle et symbolique. Au
contraire de ce qu’a pensé H. Ritter, il ne s’agit ici
nullement de scepticisme1. I es apories métaphysiques
ne ferment le discours qu’en éveillant la pensée à sa
nature conversive et en la forçant à passer de nouveaux
seuils de profondeur qui la renvoient enfin vers la
gestation ineffable de son pur mouvement de transcen-
dance. Cette aporétique inaugure sur le plan logique
lui-même une méthode spirituelle C’est en la pratiquant
que Damascius se définit, d’une part, philosophe par
1 IL Ritlor, Histoire de la philosophie, 1829 (trad C. J. Tissot,
Paris 1836, IV, p 558). Par contre, Barthélémy Saint-Hilaire
écartait une semblable interprétation dans son Bapport à
l'Académie des Sciences morales, du 27 avril 1844.
XXVI
INTRODUCTION
le radicalisme de sa critique, d’autre part, mystique
à force de critique.
Ce serait une erreur de croire qu’il n’est mystique
que par cette voie-là. Il sait que ce que la pensée ne
peut pas dire, le mythe le suggère sans en compromettre
le mystère, et qu’un aveu commun, transcendant
le discours, unit la négativité de la pensée et la suggestion
du mythe; il sait aussi que la pensée est née du mythe
et qu’elle se découvre des dimensions insoupçonnées,
quand elle cherche en lui ses traces originelles. De là,
les références que Damascius fait aux diverses tradi
tiens théologiques païennes, notamment dans l’établis-
sement et la vérification de la doctrine de la triade.
L’interrogation des sources religieuses vient, après
l’examen rationnel, constituer ainsi le second moment
de la méthode Par ce biais, nous devons à Damascius
la connaissance d’un grand nombre de fragments des
Oracles Chaldaïques1 et des textes Orphiques2, ainsi
qu’une précieuse documentation sur les théogonies
hellènes et orientales3.
2. LA DESTINÉE DE L’ŒUVRE
D’un abord difficile par son caractère aporétique,
la pensée de Damascius est restée sans postérité réelle
et, la dureté des temps faisant le reste, elle n’a pas eu
dans l’histoire le destin qu’elle eût mérité. Sans doute
1 Cf. les Index des ouvrages suivants (s.v. Damascius) :
W. Kroll, De Oracutis Chaldaicis, Breslau 1894, réimp Hildcslieim
1962, p. 77 ; Hans Lewy, Chaldaean Oracles and Theurgy, 2e éd.
Paris 1978, p. 555 556; Oracles Chaldaïques, éd. E. des Places,
Paris 1971, p. 241-242.
2. Cf. Index II (s.v. Damascius) de O. Kern, Orphicorum
Fragmenta, Berlin 1922, réimp Berlin-Zürich 1972, p. 364-365.
3. Cf. C. E. Ruelle, Damascii Dubitaliones et Solutiones, I,
p. 316-324. Tous les textes des pages 316-324 sont repris dans
H. Diels-W. Kranz', Die Fragmente der Vorsokratiker, I, 1 B 12-13
(p. 10 13) ; 3 B 5 (p. 33-34) ; 9 B 1 (p 53) ; 7 A 8 (p. 46). - Sur
cet aspect de la pensée de Damnscius, voir R. StrOmbcrg,
« Damascius. His personality and significance », dans Francs, 44,
1946, p. 175-192 (p. 180-185). Voir encore M. L. West, The Orphie
Poems, Oxford 1983.
DESTINÉE DE L'ŒUVRE
XX VU
a-t-elle survécu à la mort (le Damascius hii-mêmc,
à travers Simplicius, qui en était fortement imprégné1.
Nous devons à Simplicius de nous avoir transmis
certaines conceptions de Damascius, qui, sans son
intervention, seraient restées ignorées; c’est le cas
notamment de ses doctrines sur le lieu et le temps2.
Les travaux de Damascius étaient aussi connus au-delà
des limites du cercle athénien; on sait que les
rapports entre l’école néoplatonicienne d’Athènes et
celle d'Alexandrie étaient nombreux. L’alexandrin
Olympiodore a commenté le Premier Alcibiade en
établissant un parallèle quasi constant entre le commen-
taire de Proclus et celui de Damascius, tout en
préférant habituellement les solutions de ce dernier3.
De même, pour rédiger son commentaire sur le Phédon,
Olympiodore utilise Proclus et, de façon quasi continue,
Damascius; à deux reprises, il les oppose nommément4.
L’audience que reçut alors la pensée de Damascius est
également confirmée par les critiques qu’elle a suscitées
de la part d’un adversaire chrétien, comme Jean
Philopon dans son commentaire sur le 1er Livre des
Météorologiques d’Aristote5.
Au ixe siècle, le patriarche Photius a résumé et
rapporté dans sa Bibliothèque, sous forme d’extraits
une partie du texte de la Vie d’Isidore. C est au
ixe siècle également, sans doute vers la fin, que lurent
constitués, d’une part, comme nous l’avons dit, le
manuscrit Marcianus gr. 246, qui contient le Traité
des Premiers Principes et le Commentaire sur le
Parménide, d’autre part, le Marcianus gr. 196, qui
contient les commentaires de Damascius sur le Phédon
1. Voir sur ce point 1 lladol, op. cil., p. 51-65, p. 168-187,
p. 200-201.
2. Cf. infra, p. xli.
3. Cf. infra, p. xlvi.
4. Olympiodore, In Phaed. 4, § 0-10 ; 8 § 9. Il faut remarquer
cependant qu’il est peu resté de l’élément proprement spéculatif
de Damascius dans la pensée d'Olympiodore.
5 Cf infra, p. xxkix. — Au vu" s., Théophylacte Simocatta
cite Damascius, dans ses Quueslioncs naturelles, 19.
XXVU1
INTRODUCTION
et sur le Philèbe (attribués à Olympiodore jusqu’à
R Bcutler1 en 1939, car, dans ce codex, ils sont
juxtaposés aux propres commentaires d’Olyinpiodorc
sur le Gorgias, le Premier Alcibiade et le Phédon).
Prcsqu’aussitôt disparus, ces deux manuscrits devaient
attendre près de six siècles pour refaire surface.
Au Xe siècle, la Souda, de son côté, avait recueilli des
fragments de la Vie d’Isidore en plus grand nombre
que ne l’avait fait Photius; dans ce lexique, une brève
notice sur Damascius le qualifie curieusement de
philosophe stoïcien, indique qu’il était syrien, ami
familier de Simplicius et d’Eulamius, qu’il vécut au temps
de Justinien et écrivit des commentaires sur Platon,
un Traité des Principes et une Histoire Philosophique2.
Jusqu’ici il semblait que l’absence de Damascius
avait cté complète durant le Moyen Âge, à l’exception
de la citation de son nom dans quelques catalogues
byzantins, et de la mention qu’en fait Michel Psellus,
au xie siècle, dans son Traité de l'âme3, en qualifiant
Damascius d’aristotélicien, peut-être à cause du Corn-
1. R. Beutler, art. « Olympiodoros », P. W. XVIII, 1, col. 207-
227 (211-219).
2 Souda, II, 3.28-4.2, s.v. Atqxdozioç.
3. Psellus, cod. Val. gr. 2231, I. 264v-265r — Un catalogue
byzantin ancien, contenu dons le cod. Coislinianus gr. 387,
xc s., et signalé par B. de Montfaucon au xvni» s., cite Damascius
(I. 154») parmi les « meilleurs » commentateurs de Platon, « Gaïus,
Albinus, Priscianus, Taurus, Proclus, Damascius, Jean Philopon » ;
cf. O. Kroehnert, Canonesne poetarum. scriptoruni artiflcum per
Antiquilalem fuerunl? (Dlss.), Koenigsberg, 1897 (p.5-8). Kroehnert
donne (p. 10-13), à la suite de ce catalogue, le texte d’une de ses
reproductions byzantines (en partie modifiée, mais où Damascius
est toujours mentionné de 1a même façon), texte qui a été
retrouvé, dans un manuscrit du xv« s. de la bibliothèque
Bodléiennc, par A. Cramer et publié par lui dans Anecdola
gracca IV, p. 195-197, Oxford 1841. Enfin, Kroehnert publie
(p. 15-16), è partir du cod. Monacensis gr. 256, xivo s., f 143ab,
un autre catalogue byzantin postérieur, beaucoup plus court, où
Damascius est simplement cité, dans une liste de douze philo-
sophes . « Aristote, Platon, Pythagore, Plotin, Claude Ptolémée,
Euclide, Cléomède, Diophante, Damascius, Proclus, Êpictète,
Synésius ».
DESTINÉE DE L’ŒUVRE XXIX
menlaire sur le De caelo qui lui a été attribué. Mais
Psellus, dans ses Scripta theologica1, évoquant les « divins
philosophes » qui considèrent Dieu comme « le tout et
ce qui est antérieur au tout », cite Dapsamius (corruption
évidente de Damascius), d’après lequel Dieu est « pour
ainsi dire une certaine simplicité qui a absorbé le tout »
(cod. Paris, gr. 1182, f. 294v). En outre (f. 302v), Psellus
voit dans les noms divins « nos propres étals et les
gestations de notre âme ». On reconnaît dans ces textes
celui des Principes {infra, p. 3.12 ; p 4.11-12 ; p. 8.
14-15).
Ce n’est qu’au xv° siècle, avec la réapparition du
codex plus haut cité {Marc. gr. 24G), contenant le
Traité des Premiers Principes et le Commentaire sur
le Parménide, que Damascius devait avoir une nouvelle
naissance. On ne sait par quel bonheur le manuscrit
parvint dans la bibliothèque du Cardinal Bessarion
qui l’a annoté de sa main avec un interet et une compré-
hension évidents2. Dès lors, un certain nombre de copies
se répandirent au XVe, xvie et même au xvne siècle.
En 1889, C. E. Ruelle en a compté et décrit une
trentaine3, et ce dénombrement n’était pas exhaustif
L. G. Westerink a vu une confirmation de cette nouvelle
renommée de Damascius dans le fait qu’en 1584,
André Darmarios, un copiste hab le mais sans scrupule,
n’hésita pas, dans un but lucratif, à mettre sous le nom
de Damascius un commentaire de textes hippocratiques,
qu’il avait recopié à Strasbourg à partir d’un anonyme4.
Cependant l’entrée dans quelques bibliothèques du
Traité des Premiers Principes et du Commentaire sur le
Parménide n’a pas acquis immédiatement à Damascius
I. Édition P. Gautier (à paraître dans la coll Tcnbneij d’après
le Parts, gr. 1182, dont nous citons ici les folios.
2. Damascius est connu aussi de Marsilc Ficin qui le cite
avec Syrianus et Proclus (Opéra anima, éd de Bftle 1576, II,
p, 1156.3). Do son côté, Pic do la Mirandole l’inscrit dans son
programme d’études philosophiques (Oralio de hominis dignitate,
éd. E. Garin, Florence 1942, p. 142).
3. Damascii Dubitationes et Solutiones, I, Praefatio, p. ni xvu.
4. L. G. Westerink, The Greelc Commentaries..., 11, p. 18.
XXX
INTRODUCTION
tant s’en faut, la notoriété auprès des philosophes
modernes; il devait encore, pour cela, faire retraite
jusqu’au xixe siècle, en ligurant d’abord dans les
catalogues des bibliographes, les recueils des historiens,
les travaux des philologues, autant d’intermédiaires
sans lesquels la philosophie n’aurait ni texte ni mémoire.
C E Ruelle a recueilli de nombreux éléments pour
l’histoire de cette tradition écrite qui prend son origine
chez Bessarion1. A partir du xvme siècle, trois moments
ont été décisifs.
Le premier fut celui de la publication d’une partie
du Traité des Premiers Principes, soit un huitième
environ, par le philologue Jean-Christophe Wolf, en
17242. C’est à ces extraits que renvoyait W. G. Tenne-
nian, dans son Manuel de l’Histoire de la Philosophie,
de 1812, traduit par V Cousin en 18293 *.
Le deuxième moment fut celui de l’édition, par
J. Kopp, du Traité des Premiers Principes en 1826*.
Jugée plus Lard avec sévérité par E. Heitz5, cette
éd’tion, malgré ses défauts, a pu permettre à la pensee
de Damascius d’avoir au xixc siècle ses premières
interprétations Mais c^llcs-ci ont été hypothéquées
par le rationalisme de l’époque. Ce fut notamment le
1. Dans son opuscule Le philosophe Damascius, p. 3,
C. E. Ruelle cite plusieurs noms de philologues : au xvie siècle,
Fr. Patrizi, Aug. Steuchus ; au xvne, Th. Barges, H. Dodwell,
Th. Gale, Th llyde ; au xvin0, J. Brucker, Lucas Holstein,
J. Iriarlc, P Lainbecius, J Mordît, L. A Muratori, J B. d Ansse
de Villoison. — C. E. Ruelle complète cette liste, ibid., p. 76-84
e.t passim, ainsi que tout au long de la préface de l’édition des
Dubitationes el Soluliones, citée infra, p. xxxn, n. 1.
2. J. Ch. Wolf, Anecdota Graeca, sacra el profana, Hambourg
1722-1724, IV, p. 195-262; ces soixante-sept pages correspondent
aux quarante de l’éd. C. E. Ruelle qui sont les suivantes : I, p. 1
p. 2.20 et p. 284.22 p. 323.
3. W. G. Tenneman, Manuel de l'Histoire de la Philosophie,
Lrad. V. Cousin, Paris 1829, I, p. 306 cl n. 2.
4 J. Kopp, Damascii philosophi plalonici guaesliones de
pnrnis principiis, Francfort-sur-le-Main 1826.
5. E. Heitz, « Dcr Philosoph Duinaskios », dans Slrassburger
Abhandlungen zur Philosophie, Ed. Zeller zu seinen 70ten Geburls-
tage, Fribourg en Br. et Tubingue 1884, p. 1-24.
DESTINEE DE L’ŒUVRE
XXXI
cas de celle de H. Ritter qui, en 1829, censurait la
subtilité et le mysticisme d’une telle philosophie1.
Les analyses succintes de J. Simon2, en 1845, et de
E. Vacberot3, en 1846, se montraient plus ouvertes,
mais elles sont aujourd’hui bien vieillies. La même
année, F. Ravaisson, en quelques pages de Y Essai sur
la Métaphysique d'Aristote, saisissait le mouvement
intérieur de la doctrine, mais, avec moins de bonheur,
il concluait que le concours de la pluralité et de l’un
pour expliquer toutes choses lui semblait un retour
à la théorie métaphysique d’Aristote4 5. De son côté,
Ed. Zeller, en 1852, soulignait la perspicacité avec
laquelle Damascius dévoile le,s contradictions inhérentes
au discours, dans la tentative de penser le principe
absolu et les principes qui le médiatisent vers la multi-
plicité des choses6. Mais Ed. Zeller voyait, dans les
concepts antinomiques qui résultent de cette entreprise,
l’échec de celle-ci et même du néoplatonisme, alors que
chez Damascius l’antinomie, toujours amenée par un
raisonnement rigoureux, est un moyen dialectique par
lequel le discours libère, dans sa propre rupture, la
pure exigence qui le fait parler, sans qu’il puisse la dire.
Le troisième moment décisif de cette tradition fut,
on 1889, l’édition par C. E. Ruelle de tout le contenu
du Marcianus gr. 246, c’est-è-dire du Traité des Premiers
1. H. Ritter, Histoire de la philosophie, trad C. J. Tissot,
Paris 1836, IV, p. 557-559. Plus tard, II. Riller et L. Preller
citent quelques pages de Damascius dans leur Historié philo-
sophiae graecae, Hambourg 1838, p. 563-568.
2. J. Simon, Histoire de l’école d’Alexandrie, Pans 1845, II,
p 600-606, et art. « Damascius » dans le Dictionnaire des Sciences
philosophiques de Ad. Franck, Paris 1844-1852.
3. E. Vacherot, Histoire critique de l'école d Alexandrie, Paris
1846, II, p. 385-393.
4. F. Ravaisson, Essai sur la Métaphysique d’Aristote, Pans
1846, II, p. 532-537.
5. Ed. Zeller, Die Philosophie der Griecheii, 5° éd Leiprig
1923 (réiinp. Hildesliciin 1963), III, 2, p. 901-908; traduit en
italien et mis à jour dans l’édition Ed. Zeller-R. Mondolfo, La
Pilosofia dei Greci, VI (G. Martano), Florence 1961, p. 210-218.
XXXII
INTRODUCTION
Principes et du Commentaire sur le Parménide1. Malgré
les critiques qu’ejle a suscitées, de la part de W. Kroll
et II. Weil par exemple, et les très nombreuses correc-
tions qu’elle appelle encore, cette édition a rendu de
grands services depuis un siècle. On ne dissociera pas
de son mérite la traduction du texte que donna
A. Ed. Chaignet en 18982. On rappellera les recher-
ches de F. Bucherer (Be-itrage zu Damascius’ Leben
des Isidorus, Wertheim 1892).
A tous ces travaux sont venus s’ajouter, au xx® siècle,
ceux de R. Asmus, de R. Henry et de G. Zintzen,
relatifs à la Vie d’Isidore3, les éditions critiques, par
L. G. Westerink, des leçons sur le Philèbe et sur le
Phédon*. Parallèlement à toutes ces recherches, la pensée
de Damascius a provoqué un regain d’intérêt chez les
historiens de la philosophie et les philosophes5. Cette
1. C. E. Ruelle, Damascii Successoris Dubitationes et Soluliones
de Primis Principiis In Ptalonis Parmenidem, 2 vol. Pans 1889
(réimp. Bruxelles 1964 ; Amsterdam 1966). Cette édition venait
29 ans après la publication de l’opuscule Le philosophe Damascius,
cité supra, p. xxi, n. 2.
2. A. Ed. Chaignet, Damascius le Diadoque, Problèmes et
Solutions louchant les Premiers Principes, 3 vol. Paris 1898
(réimp Bruxelles 1964). De Chaignet encore : la traduction de la
Vie d’Isidore, publiée à la suite de Proclus, Comment, sur te
Parménide, III, Paris 1903 (réimp. Francfort-sur-le-Main 1962),
p. 241-363 ; les pages sur Damascius dans Histoire de ta Psychologie
des Grecs, Paris 1893, V, p. 321-357 et p. 370-373, ainsi que le
mémoire « Damascius. Fragment de son commentaire sur la
3e hypothèse du Parménide », dans Compte rendu de l'Académie
des Sciences Morales et Politiques, 1897, novembre, p 3-42.
3. 11. Asmus, « Zur Rekonstruktion von Damascius’ Leben des
Isidorus», dans Byzantinischc Zeitschrift, 18, 1909, p. 424-480;
19, 1910, p. 265-284; Das Leben des Philosophen Isodoros von
Damaskios aus Damaskos, Leipzig 1911. — R. Henry, Photius,
Bibliothèque, 11, Paris I960 (cod. 181) et VI, 1971 (cod. 242). -
C. Zintzen, Damascii Vilae Isidori Betiquiae, Ilildesheim 1967.
4. L G. Westerink, Damascius, Lectures on the Philebus,
Amsterdam 1959 ; The Greek Commentâmes on Plalo’s Phaedo, IL
Amsterdam 1977
5. Liions : P. Duhem, Le système du monde Paris 1913, I,
p. 263-271 et p. 342-350. — E. Brélncr, « L’idée de néant et le
problème de l’origine radicale dans le néoplatonisme grec », dans
Rev. de Mét. et de Mor., 26, 1919, p. 443-475, repris dans Études
LES GsUVRES
XXXIH
pensée, longtemps méconnue, sinon inconnue, à la fois
plus vieilli» et plus jeune que la nôtre, commence à être
notre contemporaine, non pas tant par le moment de
son dévoilement, telle une étoile morte dont les rayons
finiraient par nous parvenir, que par son essence inépui-
sable qui demeure.
3. LES ŒUVRES DE DAMASCIUS
On peut répartir les œuvres de Damascius en trois
groupes :
1) Le premier groupe comprenu es œuvres que nous
ne. connaissons que par de simples références ou allu-
ite philosophie antique, Paris 1955. — R. Strômbftrg, • Damascius.
His personality and signiticance » dans liranos, 44, 1946, p. 175-
192. — M.-C. Galperine, « Damascius et la Théologie négative »,
dans Le Néoplatonisme, Coll. Int. du CNRS (Royaumont 1969),
Paris 1971, p. 261-263; « Le temps intégral scion Damascius»,
dans les lit. phi!., 1980, p. 325-341. — L. G. Westerink,
• Damascius, commentateur de Platon », dans Le Néoplatonisme,
p. 253-260, repris dans Texte and Studios in Neoplaionism and
Hgzantine Lileralure, Amsterdam 1980, p. 271-278. — J. Trouillard,
« La notion do Dunamis cher. Damascios » dans Rev. des Et.
grecques 85, 1972, p. 353-363. — C. Steel, The changing Self.
.4 Sludy on the Sont in Later Neoplaionism : Jamblichus, Damascius
and Priscianus, Bruxelles 1978. — J. Coinbès, « Damascius,
lecteur du Parménide», dans Arch. de phil. 38, 1975, p. 33-60;
« Négativité et procession des principes chez Damascius », dans
Rev. des El. Aug. 22, 1976, p. 114-133, repris dans Recherches
sur la tradition platonicienne (ouvrage collectif), Paris 1977,
p. 119-141; «Damascius et les hypothèses négatives du
Parménide. Du phénomène, des simulacres des impossibles »,
dans Rev. des Sc. phil. el théol., 61, 1977, p. 185-220; «Lun
humain scion Damascius. L’objet de la 3e hypothèse du
Parménide », du ns Rev. des Sc. phil. cl théol., 62, 1978, p. 161 166 ;
« La théologie aporétique de Damascius », dans Néoplatonisme
(Mélanges Jean Trouillard), Pans 1981, p. 125-139. — J Pépin,
«Le phisir du mythe (Damascius, In Phaedonem, 1, 525-526;
II, 129 130)», d«ns Néoplatonisme, p. 275-290. Raban von
llaehting, « Damascius und die heidnische Opposition im Vie Jahi-
hundert nach Christus. Betrachtungen zu einen Kntalog heidni-
scher Widersacher in der Vila Isidori », dans Jahrbuch fur Anlilce
und Chrislenlum, 23, 1980, p. 82-95. Voir encore L. II. Grondijs,
« Sur la terminologie dionysicnne », Rail Assoc. G. Uudé, 19o9,
4, p. 438-447.
2
xxxiv
INTRODUCTION
sions, faites par Damascius lui-même dans ses autres
œuvres.
2) Le deuxième, les œuvres que nous connaissons
à partir d’autres auteurs par des extraits plus ou moins
longs ou par de simples indices.
3) Le troisième, les œuvres connues dans leur quasi-
totalité, les unes, à travers la rédaction de quelques
disciples, les autres dans la rédaction de Damascius
lui-même.
1) Dans le premier groupe figurent un certain
nombre de commentaires et de cours :
— sur la République1',
sur le Phèdre2;
— sur le Sophiste3 4 5 6,
— sur le Timée*;
— sur les Lois3;
— sur les Oracles Chalda'iques3.
2) Le deuxième groupe d’œuvres comprend :
— Les Paradoxa;
— La Vie d’Isidore;
— peut-être un commentaire sur Les Catégories
d’Aristote;
1. Cf Damascius, fn Phaed , I, § 114.2-3 et note.
2. Cf Ibid , § 392.4 et note ; § 527 4 (plutôt annonce de cours).
3. Cf Damascius, in Parm., R. II, p. 197.4-5.
4. Selon L. G. Westerink, il s’agirait d’un commentaire certai-
nement publié par Damascius car le nombre de renvois qu’il lui
fait, et la manière dont il 1 s fait, montrent que cet ouvrage
pouvait être consulté : cf. Damascius, In Phaed , I, § 527.2 ;
§ 531.3 ; II, § 36.10 ; § 132.5. - In Parm., R II, p. 216.11-27
p. 236.13-18 ; p. 251.22-23 ; p. 252.7-13 ; p. 269.1-2 ; p 269.15-17
5. Cf. Damascius, In Phaed., I, § 198.2 (à moins que la
référence no soit faite à Platon) ; II, § 44.2 (à moins que la
référence ne soit faite à Proclus)
6. Cf Damascius, In Parm., R. II, p. 9 21-22; p. 11.11-15;
p. 132.9 10 l projet d un cours).
LES PARADOXA - LA VIE D’ISIDORE XXXV
peut-être un commentaire sur le traité aristoté-
licien Du Ciel',
— une étude sur La Météorologie d Aristote;
un traité Du Nombre, du Lieu et du Temps',
un commentaire sur Le Premier Alcibiade.
Les Paradoxa constituaient une
Les Paradoxa sorte de somme sur le merveilleux,
qui ne nous est connue, à vrai dire, que par une notice
de Photius1. Elle se composait de quatre livres : le
premier contenait 352 chapitres sur des actions extra-
ordinaires; le deuxième, 52 chapitres de récits se
rapportant aux démons; le troisième, 63 chapitres
relatant des apparitions de morts; le quatrième, 105 cha-
pitres sur des phénomènes insolites de la nature. Les
nombreux passages de la Vie d’Isidore relatifs aux
merveilleux peuvent donner une idée de cette phantas-
tique des Paradoxa2 3. Le patriarche Photius, tout en
désapprouvant ces écrits, issus selon lui de l’incroyance
et de 1 impiété, souligne cependant la clarté et meme
l’élégance de leur style.
s Cet ouvrage dédié à Théodora,
La Vie d Isidore une anc;enne élève de Damascius
et d’Isidore4, ne concernait pas seulement ce dernier,
mais était une sorte d’IIisloire philosophique générale
de l’école néoplatonicienne d Athènes depuis la fin
du IVe siècle, dans ses rapports avec nombre d’autres
personnages néoplatoniciens ou non. Il est possible
1. CL R. Henry, Photius, Bibl., II, 104 (cod. 130). D’après
W Kroll (art. • Damaskios » P. W.), une source de Damascius
aurait pu être Anlonius Diogène, cl. Photius, Bibl., H II, 140-149
(cod 166)
2 Cf R. Asmus Zur BehonsiruMion , 18, p. 430 432, Dos
Leben p 211.
3. Cf. R Henry, Photius Bibl., II, 189-192 (cod. 181), VI,
8-56 (cod. 242), — C. Zintzen, Pamascii vitae Isidori Beliquiae,
cités supra, p. ix, n. 2. On disposait auparavant de la Vila
Isidori dans l’édition A Westermann, publiée à ta suite do
l'édition de Diogène Laercc par C. G. Cobet, Paris 1850, p. 119-145,
et surtout dans la trad. de R Asmus.
4 Z. 317.5-11 ; H II 189 (125 b 32-126 a 4).
XXXVI
INTRODUCTION
de juger de l’ampleur de cette œuvre, si les extraits
conservés par Photius et par la Souda représentent
seulement, comme on le pense, entre la moitié et le quart
de son étendue réelle.
On pourrait, avec assez de vraisemblance, situer le
commencement de la rédaction de la Vie d’Isidore
quelques années après la nomination de Damascius
comme diadoque, car des tâches plus urgentes de
réorganisation, au sein de. l’école, ont dû d’abord
l’accaparer; de plus, l’acquisition de la documentation
nécessaire pour une telle entreprise a exigé un certain
délai. 11 semble que cet ouvrage a été écrit après la mort
d’Aminonius, c’est-à-dire après 517 (car Damascius
parle plusieurs fois de lui au passé), et qu’il était achevé
en 526].
Commentaire
sur les Catégories
L’existence d’un commentaire de
Damascius sur les Catégories d’Aris-
tote est loin d’être une certitude,
mais, d’après L. G. Weslerink1 2, c’est une présomption
raisonnable qui repose sur les données suivantes.
Simplicius, dans son propre commentaire, alors qu’il
précise l’objet (gxotcôç) du traité des Catégories, cite,
à la suite d’un groupe de commentateurs de ce traité,
« ses propres maîtres » (oî Tjpétepoi StSào'xocXot.)3. Ce
pluriel semble devoir être pris au sens propre et désigner
Ammonius et Damascius. 11 est d’ailleurs normal
que Damascius, introduisant ses étudiants à l’étude
d’Aristote, comme c’était la coutume dans l’école, ait
commente le traité des Catégories. Toutefois, aucune
référence, ni aucun contexte ne permettent de l’affirmer,
bien que certaines formules du commentaire de Simplicius
semblent évoquer, de prime abord, la manière de
1. Un extrait rapporté par Photius, Z. 94.10 11 ; II. VI, 21
(64), parle de Théodoric «qui, pour l’instant [dit D:unascius|,
détient la puissance souveraine sur 1 Italie entière». Or,
Théodoric le Grand est mort en 526.
2. L. G. Weslerink, The Greck Cominenlaries..., Il, p. 11.
3. Simplicius, In cal., C Kalbfleiscli, G.A.G. VIH, 1907,
p. 13.15-18.
SUR LE DE CAELO
XXXVII
Damascius, comme celle-ci par exemple : « Ainsi donc,
les choses qui, selon un mode unifie, sont pré-cnveloppées
dans l'intellect, l’âme les a divisées, tout en gardant
même dans la division leur connexion mutuelle s1.
Ce pourrait être là une façon damascienne de présenter
les catégories, dans le contexte de leur genèse méta-
physique : l’âme, médiane entre l’intellect et le monde,
dissocie d’abord êtres (Üvva) et concepts (voiqpaTa),
qui sont encore dans l’état d’union indifférenciée
(âSiàxpiTOÇ ëvwniç) au sein de l’intellect; puis, dans
le langage issu de cette division, elle en recompose les
relations à partir de noces (çcovat) simples et premières,
qui signifient les modes d’être les plus généraux au
moyen de concepts eux-mêmes simples et premiers.
Cependant, on ne peut pas faire fond sur ce type de
ressemblances présumées, intéressantes à noter, mais
trop larges et sans critère suffisant pour établir
l’existence d’un texte.
En ce qui concerne l’attribution
Commentaire & p)amascius d’un commentaire
sur e e cae o • _ je ca(j0, ]es f]onnées sont
les suivantes, d’après l’état de la question dressé par
L. G. Westerink2 Parmi les manuscrits les plus impor-
tants du commentaire imprimé sous le nom de
Simplicius dans l’édition de J. L. Heibcrg3, il se trouve
que les codices A et C4, ainsi qu’un groupe indépendant
contenant des extraits, mettent sous le nom de
Damascius le commentaire du 1er Livre du De caelo,
tandis que Guillaume de Moerbcke, dans sa traduction,
1. Ibid., p 13.10-11 : oütcùç oSv rà 7jvco]zév<ùç év tû vG>
TrpoeiXTjjxpéva ê]xép'.cjev t; <]>vxt), [xctA [xév-roi roû ipuXàEat xal èv
Tfi 8iaipéaei -ri)v àÀXTQXovylav. Voir aussi plus haut, (huis le
texte, à partir de 12.16.
2. Cf. The Greck Cominenlaries..., Il, p. 11-12.
3. In De caelo, C.A.G. VII, 1894.
4. A — cod. Mutinensis, III E8 (xinc-xiv« s.). B cod.
Otlobonianus gr. 83 (xvie ou XVe s.). — C cod. Coislinianus
gr 169 (xive-xve s.). — D = cod. Coislinianus gr 166 (xive s ).
— E = cod. Marcianus gr 491 (xme s.). — J cod. Taurinensis
gr C I 13 (xvie s.).
XXXVIII
INTRODUCTION
et le codex B l’attribuent à Simplicius1. De leur côte D
et E, qui forment, eux aussi, un groupe indépendant
ne font aucune attribution. Il faut souligner que B
dérive du même sous-archétype que .4 et que son titre
a été ajouté postérieurement, selon J. L. Heiberg;
de plus, J, copie de B, ne porte pas de titre Dans ces
conditions, l’autorité selon laquelle B attribue le
commentaire du 1er Livre à Simplicius est très affaiblie.
Pour les 2e, 3° et 4e Livres, les manuscrits ne portent
aucune indication, sauf A qui attribue le 2e Livre
à Simplicius. A partir de cela, on peut supposer que le
1er Livre était sans doute attribué à Damascius dans
un manuscrit antérieur, et ceci pourrait expliquer que
Psellus, au xi° siècle, s’il a connu un manuscrit de cette
classe, ait considéré Damascius comme un aristotélicien.
Enfin la différence des intitulés de la traduction de
G. de Moerbekc et du manuscrit B pourraient s’expliquer
par l’attribution que fait A du 2e Livre à Simplicius.
Mais Damascius n’est pas pour autant l’auteur du
commentaire du 1er Livre du De caelo, du moins dans
l’état où il nous est parvenu. Un fait important signalé
par II. Dicls interdit de le penser. En effet, la première
moitié du commentaire de ce livre (1-4) contient de
nombreuses attaques de Simplicius contre Jean Philo-
pon; on y retrouve sa manière et presque les mêmes
mots que dans son commentaire sur la Physique
(p. 1129-1169 et p. 1324-1336). D’après L. G. Westerink,
la seule hypothèse, qui permette de dépasser l’oppo-
sition des deux points de vue précédents, serait de
conjecturer que Simplicius a eu d’abord en mains un
cours de Damascius et, qu’après l’avoir considérable-
ment remanié et développé, il a édité le fruit de ce
travail. Des recherches futures pourront peut-être
confirmer ou infirmer cette supposition. Toujours est-il
que sous sa forme actuelle ce commentaire sur le De caelo
est bien l’œuvre de Simplicius2.
I. In De caelo, p. vm-ix.
2. Sur ce commentaire, voir les travaux de F. Bossier, Dilo-
logisch-hislorische Navorsingen over de middeleeuwse en huma-
SUR LES MÉTÉOROLOGIQUES
XXXIX
Commentaire
sur les
Météorologiques
de Jean Philopon
L’existence d’un travail de Da-
mascius sur le 1er Livre des
Météorologiques d’Aristote peut être
induite à partir du commentaire
sur ce premier livre. En suivant
naturellement l’ordre aristotélicien des matières, Philo-
pon cite de Damascius trois interprétations qui portent
sur la causalité des corps célestes1, sur la nature des
comètes2 et sur celle de la Voie Lactée3.
Philopon regarde les explications mythologiques
de Damascius comme de vaines fables et il leur oppose
ce qui plus Lard deviendra le principe de l’explication
scientifique : à phénomènes physiques, causes phy-
siques. C’était heurter de front la tradition religieuse
païenne selon laquelle les mythes astraux expriment
le sacré; en effet, si le monde dans sa totalité est de
nature divine, il est exclu que les météores soient de
simples phénomènes physiques4. Les extraits conservés
par Philopon semblent avoir fait partie d’un travail
qui relevait non d’un genre purement merveilleux,
comme celui des Paradoxa, mais du genre plus élaboré
d’une mythique raisonnée et générale, d’après laquelle
Je ciel et ses parties étaient conçus comme des média-
tions divines entre le monde des apparences et ce qui,
au-delà du ciel, n’est plus monde. Ainsi les Météoro-
logiques d’Aristote ont pu donner à Damascius prétexte
à une lecture mythologique faisant éclater le texte
nislische lalijnse vertalingen van de Commenlaren van Simplicius,
diss. Lcuvcn, 1975, 3 vol., et de Ph. Hoffmann, Recherches sur la
tradition manuscrite du Commentaire de Simplicius au « De caelo e
d’Aristote, Thèse, IJniv. Paris IV, 1982.
1. Jean Philopon, In Meteor., M. Hayduck, C.A.G. XIV 1,
1901, p. 44.21-36.
2. Ibid., p. 97.20-21.
3. Ibid., p. 116.36-p. 117.31.
4. Dans sa critique de Damascius, Philopon était certainement
motivé par ses propres convictions chrétiennes, comme le notait
naguère E. Evrard, dans son article « Les convie!ions religieuses
de Jean Philopon et la date de son Commentaire aux Mtléoro-
logiques », dans Bull de l'Académie royale de Belgique Lettres),
5' série, XXXIX, 1953, p. 355.
XL INTRODUCTION
d’une cosmologie naturelle en commentaire tliéologique.
C’était une manière de rester dans l’esprit du Timée,
tel que l’interprétait l’école néoplatonicienne, dernier
refuge de la religion hellène.
Dans ce symbolisme cosmothéologique, hérité de
Jamblique et de l’astrologie la plus traditionnelle,
des puissances actives sont attribuées aux corps célestes,
et leur influence se traduit ici-bas dans des qualités
passives que reçoivent les corps terrestres; ainsi la
puissance constrictive de Kronos (Saturne) entraîne
le froid, la puissance dissociative d’Arès (Mars) produit
le bouillonnement du feu, la puissance de Zcus (Jupiter)
assure la proportion des extrêmes, celle d Ilélios
(Soleil) allume la lumière sensible, celle d’Aphrodite
(Vénus) favorise la rencontre amoureuse, celle d’Hermès
(Mercure) réalise la communauté des opposés. L’appari-
tion et le mouvement des comètes sont considérés
comme surnaturejs. La Voie Lactée n’est pas une
exhalaison, au contraire de ce que croyait Aristote,
car elle est toujours identique à elle-même et dans
un même lieu; elle n’est donc pas dans le monde
sublunaire qui est celui du changement, mais dans le
ciel immuable, ou elle coupe le Zodiaque dans les
Gémeaux et le Sagittaire. Si Philopon estime que
Damascius donne ici de bonnes raisons contre Aristote,
il n’est plus d’accord sur l’interprétation mythique
qui les suit et que Damascius emprunte à Héraclide
le Pontique1. D’après ce dernier, la Voie Lactée serait
l’Hadès céleste, que traverseraient les âmes en train
de sc purifier; les myriades de petits astres qui sont là
concentrés seraient les véhicules de ces âmes. Mais,
étant donné la constitution brillante et toujours
immuable de ces constellations, ces astres ne seraient-ils
pas plutôt, suggère Damascius, les véhicules des âmes
des héros et d’abord de celles des dieux ?
Si Damascius donne au mythe sa place dans l’inter-
1. Au sujet des critiques de Jean Philopon, cf. II. B. Gottschalk,
Ileraclides of Pont us, Oxford 1980, p. 148-154.
DU LIEU ET DU TEMPS
XLI
prétation du cosmos, cc n’est pas pour minimiser les
explications de type philosophique ou rationnel. Nous
verrons, comment, dans le Traité des Premiers Principes
en particulier, il associe à l’apport des traditions
thcologiques la méthode purement philosophique et
critique.
Mais déjà le traité Du Nombre,
Du Nombre, Lieu el dit Temps, dont nous
du Lieu et du Temps , , „. ,
devons a Simplicius de nous avoir
transmis de précieux fragments1 Il, est un exemple
remarquable de déduction métaphysique de ces notions.
Sans entrer ici dans les détails, il suffira de saisir la
doctrine dans son principe.
Les notions de nombre, de lieu et de temps, Damascius
les explique par la nécessité intrinsèque de leur genèse.
Ces notions sont des fonctions d’unification, de limita-
tion et d’ordination, analogues dans leur domaine
à celles de l’un et de l’unifié. 1 lies sauvent de la disper-
sion ce qui tombe dans le divisible et l’étendu, en lui
donnant proportion. Le nombre et le lieu mesurent
l’écart (Stàœraatç) qui se produit, selon l’êlre, dans cc qui
procède ainsi; le temps mesure l’écart qui se produit
selon l’aclivilé. Le nombre mesure la division de la
pluralité en parties discontinues, le lieu l’extension
des corps sous le mode de la position (Oéotç), le temps
l’écoulement de l’activité continue des substances et
la succession discontinue de leurs actes2.
1 Simplicius, In Phys., C.A.G. IX, p. 601-645 (Corollarium
de loco) et p. 773 800 (Corollarium de tempore). Le titre complet
du traite de Damascius est cité p 774.30 : Ilepl àptOpioü xal
rérrou xal xpévov.
2. Cf. Dr loco, p. 624.37-p. 625.35. La théorie du lieu selon
Damascius est ensuite exposée jusqu’à la p. 629.12, et précisée
passim. — A. J. Festugiérc a traduit et annoté des parties du
Corollaire de Simplicius sur le lieu, pages publiées à la suite de
Proclus, Commentaire sur la République, III, Paris 1970, p. 328-348.
Il s’agit des passages suivants de l’édition II. Dic.Is : p. 601 1 24 ;
p 611.8-p. 619.2 ; p 640.12-p 644.9. — Sur le lieu chez Dumascius,
cf. A. Ed. Chaignet, Ihst. de ta Psych. des Grecs, V, p. 332-336 ;
P. Duhem, Le système du monde, I, p 342-350; Pli. Hoffmann,
XI.II
INTRODUCTION
La notion de lieu, selon Damascius, n’est pas celle
du lieu extérieur et commun dans lequel peuvent
se succéder tour à tour plusieurs corps, mais celle
du lieu propre qui définit de façon normative et causale
la disposition des parties de chaque corps et sa posi-
tion. Le lieu délimite, mesure et ordonne chaque
tout corporel dans sa propre structure orientée (droite,
gauche, haut, bas, avant, arrière), mais chaque tout
corporel, considéré à son tour comme une partie d’un
tout corporel plus englobant, voit sa meilleure position
définie dans ce tout par le lieu propre de ce dernier,
et cela jusqu’au tout universel. En ce sens, le lieu n’est
ni simple limite de l’enveloppe du corps (contre
Aristote), ni intervalle contenant le corps (contre
Straton), ni corps même immatériel (contre Proclus).
Interne au corps situé, le lieu est inséparable de lui,
tout en étant inétendu; c’est une puissance active,
unie à la forme du corps par une participation consub-
stantielle. Cette puissance met en ordre, achève et
parfait (-rsXsGtoupYÔç)1 le corps dans son économie
propre, et règle ses relations de position avec les autres
corps. C’est par le lieu que les corps possèdent la
capacité de tendre vers leur meilleure intégration
dont la norme est l’intégration universelle. Le mouve-
ment local n’est pas, à la lettre, un changement de lieu,
mais de position. Le lieu propre est mobile avec chaque
corps, puisqu’il lui est intérieur, à la différence du lieu
extérieur et commun à plusieurs corps, lequel est
immobile par rapport à eux2.
Au lieu, comme propriété qui ordonne et mesure
toutes les positions, correspond le temps, comme pro-
priété qui ordonne et mesure tous les changements
continus et discontinus. Mais, tandis que dans le lieu
« Simplicius : Corollarium de loco », dans L'astronomie dans
t'Antiquité classique, Paris 1979, p. 143-161
1 De loco, p. 601.18.
2 . Cette doctrine du lieu fait écho, comme le souligne Simplicius,
à celles de Théophraste et de Jamblique, rapportées p. 639.13-
p. 640.11.
DU LIEU 1 T DU TEMPs
XI III
la mesure porte sur des rapports de coexistence, dans
le temps la mesure porte sur des rapports de succession.
C’est déjà indiquer que l’angle sous lequel Damascius
envisage le temps est celui du temps commun qui
s’écoule toujours, plutôt que celui du temps qui ne
s’écoule pas ou du principe temporel lui-mêrne qu’est
la forme du temps1.
Sans doute, la doctrine du temps chez Damascius
continue-t-ellc à reposer sur l’exemplarité de cette
l'orme, qui est produite dans l’intellect démiurgique
(au 9e ordre des diacosmes triadiques) et qui maintient,
simultanément contractées dans son présent éternel,
les parties du temps ordonnées selon l’avant et l’après.
Ce temps exemplaire joue relativement au devenir,
un rôle analogue à celui que joue l’éternité (l’cùcov
au 2e ordre des intelligibles) par rapport aux parties
de l’iin-ctre. Là, en deçà de l’indifférenciation originelle
de 1’un-être et au sein de la vie première où s’ébauche
la première différenciation, l’éternité maintient ensemble
les parties de l’un-être dans l’unité et la totalité de
cette vie. De même que l’éternité est cause du « demeu-
rer » dans l’être, de même le temps qui ne s’écoule pas
est cause du «demeurer» dans le devenir2. Il est cause
1. Sur l’ensemble du problème du temps chez Damascius, on
se reportera à l’étude de M.-C. Galperine, « Le temps intégral
selon Damascius», dans les Et. phi!., 1980, p. 325-341. — Cf.
aussi A. Ed. Chaignet, Hist. de la Psgch. des grecs, V, p. 336 340
el p. 370-373 ; P. Duhem, Le système du monde, I, p. 263-271 ;
IL Meyer, Das Corollarium de Tempore des Simplifias und die
Aporien des Aristotetes zur Zeil, Meisenheim-am-GIan 1969,
S. Sambursky et S. Fines, The concept of Time in Late Neo-
platonism, Jérusalem 1971 ; E. Sonderegger, Simplifias: Über
die Zcit, GOltingcn 1982 (trad. et commentaire) ; Pli. Hoffmann,
« Jamblique exégète du Pythagoricien Archytas trois originalités
d’une doctrine du temps », dans les Et. phil., 1980, p. 307 323 ;
du même auteur : « Les catégories IIOT et IIOTE chez Aristote
et Simplicius », dans 1 ouvrage Concepts et Catégories dans la
la pensée antique, publié sous la direction do P. Aubenque,
Paris 1980, p 217-245; « Paratasis », dans Rev. des Et. grecques,
96, 1983, p. 1-26. Voir enfln R. Sorabji, Time Création and lhe
Continuum, London, 1983, passim.
2. De tempore, p. 775.27-28.
XLIV
INTRODUCTION
de stabilité et de repos plutôt que de mouvement1,
parce qu’il est cause de l’ordre des parties du temps
qui s’écoule toujours.
Mais, à ces données traditionnelles, Damascius
ajoute une conception originale, que Mme M.-C. Galpcrine
a mise en lumière. Damascius, considérant « le temps
commun qui coule toujours », n’hésite pas à lui donner
le nom de «temps total» (é GÔpwtaç xpovoç)2, habituelle-
ment réservé au temps exemplaire, et il le caractérise
dans sa totalité par le fait qu’il subsiste tout à la fois
(to sïvxi ap.ee tÔv SXov ypévov èv ÔTCooTâast)3. Certains
interprètes, comme P. Duhern, ont néanmoins identifié
le temps qui subsiste tout entier au temps premier
qui ne s’écoule pas, intermédiaire entre l’éternité et
le temps qui s’écoule; ce fut déjà le cas de Simplicius
lui-même4. Celui-ci, ne comprenant pas qu’un temps
en flux perpétuel puisse subsister tout à la fois, pensa
résoudre la difficulté, en ramenant le temps qui subsiste
ainsi au logos du temps, «raison» qui, dans l’âme
universelle et dans la nature5, est la projection de la
forme même du temps et qui présubsiste au temps
qui coule. Cependant, il apparaît que Damascius, dans
les textes indiqués plus haut, entendait parler non du
temps présubsistant au devenir, mais du temps qui
coule en coexistant tout entier avec ses parties dans la
succession. Sans doute la coexistence sous la forme de
la simultanéité ponctuelle était-elle, d’emblée, exclue,
mais il restait possible de concevoir une totalité selon
le continu à travers le schème de l’ordre des parties
du temps, déterminables dans son cours perpétuel.
Ces parties continuent à ne faire qu’un avec le tout
du temps; et même, celles qui ne sont pas encore
advenues ne sont pas, de ce point de vue, sans sub-
1. Ibid., p. 775.25-26
2. Jbid., p. 776.9-12; p. 798.23-24.
3. Ibid., p. 775.33-34; p. 779.13.
4. Jbid., p. 775.32-33. — Pour P. Dulicm, voir op. cil-, p. 265-
266.
5. Jbid., p. 784.2-14.
DU LIEU 1T DU TEMPS
XLV
sistence, car le tout du temps qui coule sans cesse
subsiste en devenant, sinon en étant1. Enfin, si dans les
parties du temps total, on considère le présent qui
est sa maintenance cursive, mais totalisatrice à l’image
du présent éternel de la forme du temps, on peut
reconnaître en lui le schème du « toujours » dans le
devenir. On dira que ce présent est gros de toute
l’extension successive du temps et que le temps total
est par lui coexistant à chacun de ses propres inter-
valles. Le principe, que M.-C. Galperine énoncé au
sujet de l'éternité, est applicable analogiquement au
temps lui-même : « Enveloppante, la totalité est limite ;
enveloppée, elle est infinie, et ce qu’il y a en elle d’infini,
c est le toujours »2
Dans le cadre de cette doctrine, Damascius a esquissé
une. théorie de la perception humaine du temps. L âme
particulière, qui ne rainasse pas le temps tout entier
comme l’âme universelle, mais qui cependant ne
s’écoule pas tout entière dans le devenir, a une manière
propre de saisir le temps successif. Sans doute, elle ne
peut pas étreindre le flux dans sa continuité réelle,
mais elle le connaît d’une manière détournée, à travers
son propre présent empirique. Cehii-ci pourtant, dans
sa réalité, est lui-incnie continu et divisible, mais
l’âme le considère comme s’il était un tout indivisible,
à la manière du pas que nous franchissons. Ce faisant,
elle dissocie et circonscrit les trois parties du temps,
comme si elles étaient elles-mêmes discontinues et elle
les recompose dans des touts de durée, plus ou moins
compacts tels un jour, un mois, une année3, qu’elle
étalonne comme des mesures entières de temps. Cher-
chant à immobiliser pour ainsi dire « le fleuve du
devenir »4 par le truchement de ces mesures, elle le
totalise depuis son propre présent, car elle n’a d’autre
possibilité de connaître le fluent pur, qui ne cesse de
1. Ibid., p. 798.4.
2. M. C. Calperine, art. cil., p. 330.
3. De tempore, p. 799.6-7.
4. Ibid., p. 799.1.
XLVI
INTRODUCTION
s’écouler, qu’en le découpant mentalement pour le
reconstruire dans une synthèse. C’est ainsi que nous
parlons d’un combat présent, d’une danse présente,
alors que ces événements n’existent pas en dehors de
leur déroulement successif1.
Damascius a complété sa théorie du temps dans le
Commentaire sur le Parménide, en traitant de la 2e hypo-
thèse2 3. A propos de la 3e3, il a donné la raison dernière
de la possibilité qu’a l’âme de dissocier la continuité
successive et de la totaliser dans son présent empirique,
fictivement indivisible. En effet, il a fait apercevoir,
derrière la condensation de ce présent empirique,
son centre métempirique qui est l’instantané (-ro
c’est-à-dire le présent de la nature de l’âme.
C’est par lui que l’âme se relie à l’un de la 2e hypothèse
et à l’un de la Irc, et que se réalise en elle le mixte de
l’étemel et du temporel, de l’indivisible et du divisible,
de l’être et du devenir4.
Commentaire
du Premier Alcibiade
Dans le commentaire d’Olym-
piodore sur le Premier Alcibiade,
on trouve de nombreux échos d’un
commentaire de Damascius sur le même dialogue.
Nous y voyons clairement rapportées les critiques que
Damascius opposait au commentaire de Proclus. Les
unes concernent des points de detail5, les autres
s’intégrent dans l’interprétation générale de l’objet du
dialogue. Cet objet est bien la connaissance de soi,
comme le dit Proclus. Mais en quel sens faut-il entendre
1. Ibid., p. 798.1-3.
2. Voir R. II, p. 16.2G-p. 47.5 (à propos de l'éternité) ; p. 234.25-
p. 245.30.
3. Ibid., p. 261.1-p 272.3.
4. Ibid., p. 262.28-p. 263.4
5. Olympiodore, In Aie., p. 91.20-26 ; p. 95.1 3 ; p. 126.20-24 ;
p. 135.10-13 ; p. 218.7-9 ; p 105.17-p. 106.4 ; la dernière référence
indique non une critique adressée à Proclus, mais une manière
propre à Damascius de lire le Premier Alcibiade (113 c 4-5). Les
pages indiquées de l’In Ale. sont celles de l’édition F Lreuzer
(Francfort-sur-le-Main 1821), reproduites dans les marges de
l’édition de L G. Westerink (Amsterdam, 19o6)
SUR LE PREMIER ALCIBIADE
XL VII
celte connaissance ? La réponse dépend du niveau
auquel s’atteint le soi de l’homme, au-delà du sien ou
« de ce qui lui appartient ». Qu’est-ce donc que le soi
et le soi en soi-même ? Par le sot, Proclus entend la
bipartition de l’âme, ou bien l’âme tout court, et par
le soi en soi-même, l’âme en tant que rationnelle1.
De son côté, Damascius désigne par le soi l’âme en tant
que rationnelle, et par le soi en soi-même le niveau le
plus élevé et le plus intellectif de l’âme2. C’est l’exégèse,
nous dit Olympiodore, qui prévaut « maintenant »3.
D'une part, cette exégèse s’accorde avec le fait que
Platon, dans son dialogue, définit 1 homme comme
une âme rationnelle qui se sert de son corps comme
d’un instrument. Une telle définition convient à l’âme
de l’homme politique. Celte âme gouverne son corps,
tout en ayant besoin de lui, car il faut que, par le biais
de la colère, le politique défende sa patrie, et que, par
le biais des désirs, il sache se rendre utile à ses conci-
toyens4 5. De ce point de vue, l’objet du dialogue est de
se connaître soi-même sur le plan des vertus politiques
(tîoXitlxwç)6. Le but de Socrate est de convertir Alci-
biade, et tous les hommes politiques, de l’irrationnel au
rationnel.
D’autre part, selon cette même exégèse, la portée
de V Alcibiade ne se borne pas là. En effet, si la connais-
sance de soi doit suivre le sens de sa plus grande
profondeur, il faut, à partir du soi rationnel, entrer
dans le soi en soi-même qui est suprarationnel. Cela
signifie passer de la connaissance propre de 1 âme
politique, d’abord à celle de l’âme cathartique en train
de se défaire des liens du corps, et ensuite à celle de
l’âme théorétique entièrement déliée, se voyant et
1. Ibid., p. 3.3-p. 4.14. — Voir également Olympiodore, In
Phaed. 8, § 6 10-12.
2. Olympiodore, In Aie., p. 4.11-13.
3. Ibid., p. 209.15-20.
4. Ibid., p. 4.15-21.
5. Ibid., p. 5.12.
XLVIII
INTRODUCTION
agissant selon ce qu’il y a en elle de plus divin1. Tel
est le triple objet politique, cathartique et théorétique
de Y Alcibiade selon Damascius, dans 1 interprétation
d Olympiodore2.
3) Le troisième groupe des œuvres qui nous sont
parvenues en totalité ou en majeure partie comprend
— deux relevés de leçons sur le Phédon, dont le
premier contient une Monographie de Damascius lui
même sur l’argument des contraires dans la démonstra-
tion de l’immortalité de l’âme ;
— un relevé de leçons sur le Philèbe;
— le Traité des Premiers Principes-
— le Commentaire sur le Parménide.
. En ce qui concerne les deux
j nvîj re relevés de cours sur le Phidon, nous
du Phédon , .
renvoyons a 1 édition déjà citee
de L G. Weslerink, qui offre une ample moisson
d’observal ions critiques et historiques. Aussi nous
contenterons-nous d’extraire de ce travail quelques
éléments nécessaires à une première présentation.
Les deux séries de notes en notre possession, dues
à des étudiants différents, rapportent des leçons données
en des temps également differents3, à partir sans doute
d’un même cours de base, qui a été ensuite revu et
retouché. Ainsi pourrait s’expliquer avec les ressem-
blances indiscutables, un certain nombre de variations
et de corrections dans la deuxième version {Dam II)
vis-à-vis de la première {Dam. I)4. La deuxième version
est deux fois et demie moins longue, non seulement
parce qu’elle ne commence qu’aux preuves de 1 immor-
talité et qu’elle comporte des omissions, mais aussi
parce que sa rédaction elle-même est plus brève et
1 Ibid p. 5.1-10 ; p. 204.13-15.
2. Ibid., p. 222.11-14.
3 L. G. Weslerink, The Greek Commenlaries..., Il, p 16.
4. L. G. Weslerink Damascius, Lectures on the Philebus,
p. XVII.
SUR LE PHI DON
XLIX
plus ramassée; elle est souvent «plus circonstanciée
dans les parties communes aux deux et aussi plus
exacte s1. C’est son auteur, semble-t-il, qui, en vue de
l’édition, l’a complétée en lui ajoutant la première
version avec la monographie de Damascius insérée
en celle-ci2.
De son côté, Olympiodore, pour rédiger son propre
commentaire sur le Phédon (Olymp.)3 a eu sous
les yeux une troisième version du contint ntaire de
Damascius, différente des deux autres4.
En chacun de ces trois textes (Dam. I, Dain. II,
Olymp.), le commentaire sur l’introduction du Phédon
(57 a-61 c. 2) est absent, l eur étendue respective,
par rapport au dialogue, peut se lire sur le diagramme
page suivante.
Si le plan de ces trois textes est nécessairement du
point de vue général le même que celui du Phédon,
en chacun il s’organise plus précisément autour des
lieux privilégiés par le commentaire de Proclus. En effet,
Damascius, dans tou* ses commentaires des dialogues
de Platon, pratique une méthode de double lecture,
un œil sur le texte, l’autre sur le commentaire corres-
pondant de Proclus, dont il suit 1 ordonnancement,
pour le résumer et le discuter en ajoutant son propre
point de vue. Par l’intermédiaire de Proclus, dont il
nous est ici précieux, au premier chef, de connaître
les conceptions (car son commentaire sur le Phédon
est perdu), Damascius rencontre nombre d’opinions
exotériques ou ésotériques à l’école Cette le turc
1. Ibid., p. xxi.
2. L. G Weslerink, The Greek Cominenlaries..., II, p. 16 17. On
peut juger de l’étendue de Dam. 1 et de Dam. Il sur les données
suivantes : Dam. I, avec la monographie, correspond aux
ff. 242r-299v du cod. Marc, gr 196 ; la monographie occupe les
ff. 263v-272v ; Dam. Iï, correspond aux ff. 300r-319v.
3. Cf. In Phaed., éd. L. G. We tennk, The Greek Commenla-
ries..., 1. Ce texte, dans le cod. Marc. gr. 196 correspond aux
ff. 206v-241', précédé par Olymp., In Ale., ff. 118r-206r et par
Olymp., In Gorgiam, ff. 1-117'.
4. L. G. Weslerink, The Greek Commenlaries..., 1, p. 20.
L
INTRODUCTION
Phédon Le problème de la mort Les preuves do l'immortalité de l’âme Le mythe des des- tinées Épi- logue
6 Dam. I Dam. Il Olymp. Le sui ci de Ap- pren- dre à mou- rir Les con- traires La rémi- nis- cence La res- sem- blance ô l’idée L’har- monie L’es- sence de l’âme 7 d’ 11 6 a’
c* 6 2 c’ 6 9 e‘ 7 Mono- gra- phie 2e’ 78 b* 8 5 b10 9 □ e" 10
— -118 a«
à plusieurs niveaux est du plus haut intérêt historique
pour nous.
Parmi les interprétations dont il est fait état, depuis
celle des premiers commentateurs (comme Speusippe
et Xénocrate) jusqu’aux plus récentes, l’une est au
centre du débat : c’est celle de Jambhque. Pour ce
dernier, chaque argument en faveur de l’immortalité
de l’âme avait une valeur indépendante et absolue.
Dam. 1, Dam. II et Olymp. (pour la part qui lui revient)
s accordent pour restituer l’économie exacte de chaque
argument dans ses limites et sa valeur respectives.
Seul le dernier argument, qui procède par la liaison
nécessaire de l’essence de l’âme et de l’essence de la
vie, entraîne la conclusion définitive de l’immortalité.
De plus, au sujet de la première preuve (par les
contraires), Damascius a estimé nécessaire d’ajouter
aux amendements, déjà apportés par Syrianus à l’inter-
prétation de Jamblique, une monographie personnelle
pour limiter plus exactement encore la portée de la
SUR LE PHÉDON
Ll
preuve1. D’après lui, celle-ci établit seulement que
l’âme ne meurt pas avec le corps, mais qu’elle lui survit
pour se réincarner au moins un certain nombre de fois,
tandis que la deuxième preuve (par la réminiscence)
montre que l’âme ne naît pas avec le corps2. Si l’on
pense au goût de Damascius pour la spéculation méta-
physique et à son penchant pour les vues de Jamblique,
il est significatif de le voir résister ici à l’un et à 1 autre,
pour rester au plus près de la lecture littérale du texte
et éviter de le solliciter par une interprétation systé-
matique
Après avoir fait allusion à la riche documentation
que contiennent ces textes, on ne saurait manquer de
souligner le passage de Dam. 1 qui se rapporte à la
théorie des vertus. Cette doctrine devenue traditionnelle
dans le néoplatonisme est exposée là dans son dernier
état d’achèvement3. La hiérarchie des vertus, dont
chaque espèce marque un état d’avancement dans le
mode de vie platonicien, s’établit de la façon raisonnée
suivante, du degré le plus bas au plus élevé :
1) les vertus naturelles qui sont liées aux tempé-
raments, communes aux hommes et aux animaux,
opposées entre elles dans leur diversité;
2) les vertus éthiques, qui sont acquises par l’habitude
et un sain régime d’opinion, vertus d’enfants bien
élevés, sans opposition entre elles, en tant qu’elles
l’emportent sur les tempéraments; elles relèvent à la
fois des facultés rationnelle et irrationnelle;
3) les vertus politiques qui relèvent de la raison seule,
mais dans l’usage normatif qu’elle fait de l’irrationnel
comme d’un instrument à son service; l’ordre propor-
tionnel de ces vertus s’exprime dans l’intégration de
1. Cf. Damascius, in Phaed., I, § 207-§ 252, dans L. G. Weste-
rink, 77ie Greelc Commentantes..., II.
2. Pour de pins amples détails, voir l’article de L. G. Westerink,
« Damascius, commentateur de Platon », en particulier p. 257-260,
cité supra, p. xxxn, n. 5.
3. Damascius, in Phaetl., 1, § 138-§ 144. Cf. également Olymp.
In Phaed., 8 § 2-§ 3 ; 1 § 5.1-9
LU
INTRODUCTION
toutes les parties de l’âme à travers la justice, la partie
cognitive étant intégrée à son niveau par la sagesse,
la partie irascible par le courage, la partie concupiscible
par la tempérance;
4) les vertus cathartiques qui relèvent de la raison
seule dans son retrait en elle-même, en tant qu’elle
se détourne même de l’usage instrumental du corps
et des activités qui lui sont liées; ces vertus détachent
l’âme des liens du devenir;
5) les vertus théoréliques marquant l’état de l’âme
qui s’est retirée même de soi et se convertit, tant par
désir que par connaissance, vers l’intellect qui lui est
antérieur;
6) les vertus paradigmatiques qui signifient que
l’âme ne contemple plus l’intellect, car contempler
suppose encore une distance, mais qu’elle est déjà
devenue par participation l’intellect qui est le paradigme
de tout;
7) les vertus hiératiques qui, dans la partie divine
de l’âine, présuhsistent, comme unitaires, et se contre-
juxtaposent à la classe precedente des vertus, dites
substantielles.
Damascius note que Jamblique a déjà esquissé les
vertus hiératiques, mais qu’elles ont été plus clairement
expliquées dans l’école de Proclus1. C’est en elles que
toute la philosophie s’accomplit selon l’esprit de Platon
qui appelle le philosophe un « bacchant »2.
. Les notes qui rapportent les
ommenfaire leçons de Damascius sur le Philèbe
sont dues au meme auditeur qui
a rédigé la deuxième version {Dam. II) du commentaire
sur le Phédon3. On retrouve, dans ces notes le même
souci d’objectivité que Damascius apporte habituelle-
1. Dan ascîus, In Phaed., I, § 144.
2. Cf. supra, p. xvi, n. 8.
3. Cf. L. G. Westerink, Damascius, Lectures on the Philebus,
p. XXI.
SUR LE PHILÈBE
LUI
ment à la lecture de Platon. Ce souci l’a conduit à
s’écarter de ses devanciers pour délimiter plus exacte-
ment la portée de l’objet du Philèbe. 11 nous est rapporté
que, selon Jamblique, Syrianus et Proclus, cet objet
était le bien universel et ultime, non pas sans doute
aelui qui est transcendant à tout et qui est inaccessible,
mais celui qui est immanent et auquel tous les êtres,
y compris les intelligibles, tendent comme vers la cause
finale de tout1. Mais pour Damascius, le propos du
Philèbe était de déterminer le bien qui convient, non
aux purs intelligibles, mais aux seuls vivants, divins
ou non, en tant qu’ils sont doués de quelque connais-
sance et de quelque désir; ce bien se définit par la vie
bonne comme mixte d’intellect et de plaisir2.
Après la discussion du gxotüoç, Damascius, par souci
de clarté, a divisé le dialogue en trois parties, regrou-
pant ainsi la di stribution en vingt-cinq sections que
Proclus en avait faite dans son commentaire3, aujour-
d’hui perdu. Dans la lre partie (Phil. 11 a-20 b), on
voit Socrate poser le problème de savoir si le bien de
l’homme et des autres vivants consiste dans l'intellect
ou dans le plaisir ou dans le mélange des deux; il
définit les notions d’intellect et de plaisir, de connais-
sance et de désir dans leurs rapports, et il détermine
les méthodes de déduction et de division dont il usera,
par la suite, dans la solution raisonnée du problème.
Mais auparavant, dans la 2e partie (20 b-31 b), Socrate
montre que la vie mixte est la meilleure, en s’attachant
au caractère quasi évident (auTÔTuerrov) de cette vérité,
si tout être est un mixte, formé de limitant (rtépaç)
et d’illimité (arreipov) sous l’action de la cause du
mélange. Au niveau du mixte de la vie bonne, l’intel-
I. Damascius, In Phil, § 5. Cependant, à en croire les
itwn us Prolegomena... (ch. 26.21-23), le bien « qui est au-delà
de tout » aurait constitué l’objet du Philèbe pour Jainblique.
2. Ibid., § C. En plusieurs autres passages, Damascius se
veut plus près du texte de Platon que Proclus, par exemple,
§ 56.4 ; § 133.4-5 ; § 134.14-15.
3. Ibid., § 7.
LIV
INTRODUCTION
lecl joue le rôle du limitant, le plaisir, le rôle de
l’illimité. Dans la 3e partie (31 b-67 b), Socrate prouve
do façon systématique la même thèse au moyen des
méthodes mentionnées précédemment.
l’intérieur de ce cadre général et suivant le décou
page de Proclus, les notations du rédacteur ne se limitent
pas à la mise en valeur do l’économie et du contenu
du Philèbe. Elles débordent souvent cet objectif.
Beaucoup d’entre elles ont un intérêt propre par les
données interprétatives qu’elles apportent, soit de
type documentaire, soit de type philosophique propre-
ment dit. Paru i les premières, nous signalerons, en
particulier, celles qui sont relatives à l'herméneutique
néoplatonicienne de certaines fonctions divines1, aux
analyses psychologiques et critiques des plaisirs du
corps et de l’âme2, à la classification des connaissances3;
parmi les secondes celles qui se rapportent à la dialec-
tique et à ses quatre branches (l’analyse, la division,
la définition, la déduction4 *), à la philosophie de l’un
et du multiple6, à la théorie de la procession6, à la
doctrine des trois monades la vérité, la beauté, 1 »
proportion7, et surtout à celle de la constitution du
mixte®.
Les notes qui concernent cette dernière engagent les
notions les plus importantes de la philosophie de
Proelus et de Damascius, et elles révèlent une structure
de pensée quasi contemporaine de celle du Traité des
Premiers Principes. Le Philèbe est alors interprète
non plus seulement au plan d’une théorie de la c.onsti-
1. Aphrodite, Euphrosyne, Ilédone, ibid., § 18-§ 2-1 ;
Proinéthée, Épiméthéc, § 57-§ 61 ; Athénu, § 66 ; Athéna Polias,
§ 227 ; Dionysos, Hépliaïstos, § 228 ; Mnémo, § 159, Zeus,
§ 127, § 133, § 209, § 228 ; le démiurge, § 114.
2. Cf. l’index de l’édition 1 G. Weslerink, s.v. t;8ov/).
3. Ibid., § 225.
4 Ibid., § 52-§ 57
5 Ibid., g 41-§ 51.
6 Ibid., § 63-§ 65; § 102
7 Ibid., § 233-§ 249.
8 Ibid., § 62; § 97-§ 118.
SUR LE PHILÈBE
LV
tution de la vie bonne, mais à celui d’une théorie de
la constitution métaphysique de toute réalité. Au Dieu
du Philèbe (23 c 9-10), qui a révélé que les êtres sont
formés de deux éléments, le limitant et l’illimité, corres-
pond nécessairement l’un. C’est le principe dit unique,
antérieur à toute opposition; il est inconnaissable et
cause de tout. Au limitant et à l’illimité correspondent,
en deçà de l’un absolu, l’un opposé aux plusieurs
et les plusieurs opposés à l’un, toute opposition comme
toute dénomination n’étant ici qu’allusives et symbo-
liques. Au mixte correspond l’être1. Dans ce contexte,
on sait que, pour Proclus, la cause efiieiente du mélange,
dont résulte le mixte, est l’un antérieur lui-même2;
mais il n’en est plus ainsi pour Damascius dont le souci
constant, tel que le fera apparaître le Trailé des Premiers
Principes, est d’affranchir l’un de la moindre apparence
de causalité déterminée. La dissociation de l’un et de la
cause du mixte, qui sera évidente dans le Traite3,
est ici déjà effective, puisque l’être est dit « la cause
du mixte»4 5; Damascius précise en outre que «dans le
mixte pour la première fois (ou plutôt dans la cause
du mixte) co-subsistent les éléments (ou plutôt les
causes des éléments) »6. Le mixte originel se fait donc
subsister lui-même à partir du limitant et de l’illimité,
dont il procède par un mélange, qu’on peut considérer
comme autoconstituant, et dans lequel il constitue
ses propres éléments. Ceux-ci lui sont donc inférieurs,
ainsi qu’aux deux principes. Ils participent simultané-
ment de l’union et de la distinction, car c’est dans
le mixte que se produit la première manifestation
commune de 1 une et de l’autre, le limitant étant « la
1. Pour l’ensemble de ces notions, voir ibid., § 43 ; §62;
§ 103-§ 104 ; § 106-§ 108.
2. Thcol. Pial., 111 9, p. 36.20-p. 37.20.
3. Ve i infra, p. 97.9-20 et notes correspondantes.
4. In Phil., § 104.1-2.
5. Ibid., § 104.6-7. — A la «cause du mixte» ou au mixte
originel de l’In Phil. équivaudra l’unifié (-ri> fpicogévov) du Trailé
des Premiers Principes (voir infra, p. 89.19-20; R. I, p. 111.5-
p. 121.25 ; p. 288.16 p. 289.17).
LVI
IN PRODUCTION
cause de l’union » et l’illimité « la cause de la distinc-
tion »>’. A parler proprement, le limitant et l’illimité
ne sont donc pas les éléments du mixte, mais les prin-
cipes analogues à l’un et à la pluralité, selon la
participation desquels le mixte se constitue lui-même
dans sa totalité, et projette ses propres éléments, à la
fois uns et plusieurs. Cette vue d’ensemble, qui reste
ici encore enveloppée, sera nettement explicitées dans
le Traité des Premiers Principes1 2. Les éléments du
mixte, issus de son autoconstitution et anticipant,
à titre causal, les éléments de toutes choses, seront
alors présentés comme de purs multiples (tt^eLco), qui
ne forment qu’un encore, dans le mixte originel, « ainsi
qu’une seule eau sous de nombreuses divisions »3.
Les Premiers I < 1 railé des Premiers Principes
Principes et le Commentaire sur le Parménide
et le Commentaire sont les deux œuvres les plus
sur le Parménide importantes de Damascius et les
seuls textes qui, avec la Monographie, plus haut
signalée, sur le premier argument du Phédon sont
dus à sa propre rédaction. Du fait que les divers
manuscrits présentent les deux œuvres à la suite l’une
de l’autre, tantôt en les séparant, tantôt en les unissant,
deux traditions se sont formées quant a la question de
savoir si ces œuvres sont réellement distinctes ou non4.
Parmi les partisans de l’unité, relevons les noms de
L. A. Muratori, Jean-Christophe Wolf, J. Brucker,
J. Kopp (mais avec hésitation)5, C. E. Ruelle. De leur
côté, J Iriarte, J Morelli, I. lïardt, F. Hcitz, W. Kroll
ont soutenu la thèse de la dualité. Récemment,
L. G. Westerink a établi, sur de nouvelles bases critiques,
la vérité de oette dernière thèse6
1. In Phil., § 108.4-5.
2 R. I, p. 113.5-p. 114.25.
3 Ibid., p. 117.19 20.
4. Cf. C. E. Ruelle, Le philosophe Damascius, p 22 24.
5 Après avoir cru à la dualité, J. Kopp se prit à en douter
en faveur de l’unité, connue en témoigne la préface de son édition
des Premiers Principes (p xm) édition citée supra, p. xxx, n. 4
6. Cf. L. G. Westerink, The Greek Commentaries . II, p. 9-10
DES PREMIERS PRINCIPES
LVH
A la simple lecture même, il est clair que le Traité
des Premiers Principes n’est pas un commentaire,
mais un traité de pure spéculation et de libre recherche,
dont la démarche ne suit pas l’ordre imposé au préalable
par un ou plusieurs textes. Sans doute, Damascius
s’appuie-t-il ici sur de nombreux modèles antérieurs,
qu’il emprunte notamment à Porphyre, à Jamblique
et à Proolus. Mais soit qu® sa pensée assume un donné,
soit qu’elle le critique, c’est en vue de déployer sa
propre économie.
Au contraire, dans le Commentaire sur le Parménide,
il va de soi que le texte de Platon, à travers le commen-
taire de Proclus, commande l’organisation du discours,
puisque les questions et les réponses ont là leur point
de départ, même si elles débouchent le plus souvent
au plan de la pure recherche spéculative, dans le
prolongement du Traité des Premiers Principes.
La distinction réelle des œuvres, quant à leur nature
et quant à leur méthode, n’exclut pas néanmoins entre
elles une profonde cohérence. Celle-ci, d’une certaine
manière, peut s’induire du fait que le Traité des Premiers
Principes compense très amplement par son contenu
l’absence de la lrP hypothèse dans le Commentaire
sur le Parménide. 11 est même possible que le commen-
taire proprement dit de cette hypothèse n’ait jamais
été écrit Damascius ayant pu estimer avec raison
qu’il avait suffisamment examiné son objet, en traitant
de l’ineffable et de l’un dans las Premiers Principes1 2.
Cette équivalence de fond entre les deux ouvrages,
du moins sur ce point, est 1 une des raisons qui ont fait
croire qu’ils n’en formaient qu’un seul. Mais il reste
1 Dans cc cas la kicunv initiale du Commentaire sur le
Parménide pourrait affecter seulement le commencement de la
2e hypothèse platonicienne. Elle concerne un certain nombre de
pages introductrices, antérieures aux pages 6 à 14.3 de R II
(tacunaires elles aussi , qui précèdent l'exposé de la lre triade des
intelligibles, net exposé (R. 11, p. 14.3-p. 17.20) étant lui-même
privé de son commencement. Sur ce début dilïicullueux du
Commentaire sur le Parménide, voir 11 D Saffrcy L. G. Westerink,
Proclus, Théol Pial., III p. lxxix-lxxxu
i.vm
INTRODUCTION
qu’ils sont incontestablement différents de forme et
de composition, tout en étant organiquement complé-
mentaires. A eux deux, et dans leur ordre, ils exposent
la métaphysique de Damascius dans la totalité de son
économie. Le Traité des Premiers Principes, comme
l’indique son titre, est consacré à l’étude des tout
premiers principes : l’ineffable, l’un, la pluralité pure,
l’unifié1 2. Quant au Commentaire sur le Parménide,
dans son état actuel du moins, il s’attache aux principes
intermédiaires et derniers, qui, à partir de l’unifié,
déroulent la richesse, implicite en lui, des ordres
processifs. Entre ces deux textes, il n’y a pas une simple
juxtaposition, mais un rapport, qui obéit à cette loi
que tout principe ne se pose qu’en dérivant d’un fond
de négativité radicale et supérieure, d’où il tire son
exigence de principe, tandis qu’il renvoie la pensée
vers ce fond.
Or, selon l’interprétation du Parménide par Syrianus
et Proclus, c’était une loi semblable qui enchaînait
la 2e hypothèse à la lre, à savoir que les négations
transcendantes de la lre sont génératrices des affirma-
tions de la 2e2, qui inaugure, le jeu de la procession.
On peut considérer le Traité des Premiers Principes
de Damascius comme un effort pour fonder la loi de
toute procession, tandis que son Commentaire sur le
Parménide déploie la procession entière à travers la
mise en structure complète des hypothèses platoni-
ciennes3, entendues comme les principes nécessaires
de cette procession.
En nous en tenant ici à l’essentiel, nous résumerons
1 argument du Traité des Premiers Principes et du
Commentaire sur le Parménide. Dans le premier,
1. Nous éviterons ici, comme dans la traduction qui suit,
l’emploi de majuscules pour désigner les principes, ce qui nous
parait plus conforme à l’esprit de la théologie négative.
2. Cf. Proclus, fn Farm., 1077.11-18; 1062.12-14. Sur ce
point, la liste exhaustive des références aux textes de Proclus est
donnée dans II. D. Saffrcy-L. G. Westerink, Procl. Théol. Plat., 1,
p lxvii, n. 2, et II, p. 61,n. 5.
3. Voir infra, p. lxx-ixxi.
DES PREMIERS PRINCIPES
LIX
Damascius établit et vérifie la loi de la fécondité de la
négation. C’est parce que la notion de principe absolu
s’évade de tout dans l’inefïabilité pure, que nous
projetons l’un (ëv) comme un simple soupçon sur le
fond de l’ineffable (àroppTjTov), lequel est totalement
enseveli dans un abîme de silence. Mais, dès que nous
essayons de saisir l’un en lui-même, nous ne pouvons
l’évoquer que comme un et tout à la fois, antérieurement
à tout. Cependant, même pas le nom de l’un ni celui
du tout ne lui conviennent, car il est antérieur à cette
dualité et il la renvoie à la division de notre discours.
Aussi ne faisons-nous jamais que symboliser ce principe,
que Platon disait « absolument indivisible » (Soph. 245 a
5-9), et qui, comme tel, sans être l'ineffable, puisque
nous disons au moins cela de lui, reste fondamentale-
ment inexprimable pour une pensée composée. « De
cette façon donc, dit Damascius, nous lui rapportons
l’un comme symbole de la simplicité, puisque nous
lui rapportons aussi le tout comme symbole de
l’enveloppement de toutes choses; quant à ce qui est
au dessus des deux [symboles] ou antérieur aux deux,
nous ne pouvons ni le concevoir, ni le nommer »x.
Bien que sorti de l’ineffable, l’un demeure au plus près
de lui, qui le recouvre de son obscurité, mais, en se
retirant de toute distinction, l’un ouvre pour ainsi dire,
en deçà de lui-même, une sorte d’espace de projection
qui appelle le tout proprement dit. Notre pensée reste
ainsi en gestation de l’un sans pouvoir jamais le mettre
au jour, sinon dans ses dérivés; et l’impossibilité de
l’exprimer adéquatement dans son absolue simplicité
nous renvoie à la nécessité de le suggérer en ce qu’il
représente pour nous de plus riche. Nous sommes donc
amenés à le projeter comme un-tout et comme tout-un.
Ce sont là les premières évocations de l’un sur le mode
de ce qu’on pourrait appeler ses fonctions pures,
à savoir les hénades fondamentales qui constituent la
matrice du tout :
1. Infra, Traité des Premiers Principes, p. 81.8-11.
LX
INTRODUCTION
1) l’un comme un-loul (êv Trâvva), un par lui-même,
mais tout cependant, en ce qu’il fait provenir les
plusieurs purs (va vcoXZâ) ;
2) l’un comme loul-un (ïtàvva ev), c’est-à-dire les
plusieurs purs, tout par eux-mêmes, mais ne formant
qu’un cependant par leur relation constitutive à l’un1.
A partir de ces hénades se constitue un troisième
principe, l’unifié (-qvwpiÉvov), à la fois henade et être,
premier mixte de l’un et des plusieurs et première
triade, qui est aussi bien toul-un, c’est-à-dire tout et un
à égalité et indivisiblement, en tant que tout intelligible.
L’un-tout (êv raxvTa) suggère le primat de l’un dans
son anticipation du tout. Par son indifférenciation
et son propre retrait à l’égard des plusieurs purs
qui sont sa fluxion infinie, il relaie la fonction
ineffable de la négativité. Refusant pour lui-même
la détente des plusieurs, l’un-tout, dans le soupçon
que nous en avons, évoque le lien, lui-même délié,
de toute relation possible, sans que ce principe sorte
jamais de lui-même, donc selon l’allusion de la manence
pure (uovrj). De ce point de vue, si l’un n’est rien par
participation, il est tout antérieurement à tout, dans
une subsistance (uirap^iç) pure, indifférenciée et sur
simplifiée au-dessus de tout, à laquelle même, devrait on
dire, il est antérieur. En deçà de sa simplicité, l’un n’est
donc symbolisé comme un-tout que selon l’allusion
de sa pré-snbsistence comme pré-fondement de tout.
Les analogues de l’un tout, dans la constitution du
tout intelligible, sont la monade chez Pythagore, le
limitant (rafpaç) chez Platon et Proclus, le père dans la
triade chaldaïquc, l’Ether chez Orphée.
Le toul-un (m-a ev) suggère ensuite le primat du
tout dans sa relation à l’un, en tant que le tout reste
cependant un, c’est-à-dire en tant que les plusieurs
1 A noter que le sens précis, dans lequel ces expressions
Êv raxvra et raxvra ëv sont prises ici, n’est fixé qu’à la fin du
1er tiers du traité (cf. R. I, p. 110.20-p. 111.2). Auparavant, on
trouve divers emplois de ces expiassions ; notamment, Damascius
désigne par ëv Tticvra l’un antérieur à tout et indéterminé.
DES PREMIERS PRINCIPES
l.xl
purs restent indissociés en eux-mêmes et tels qu’un
seul un-plusicurs. A leur tour et à leur manière, les
plusieurs purs relaient, eux aussi, la fonction de négati-
vité et d’indistinction, puisque c’est sans être eux-mêmes
distincts qu’ils sont la cause de toute distinction.
On ne peut les évoquer que selon l’allusion de la
procession pure (TrpéoSoç). Ce flux de l’un est fécond
de tout sans se morceler ni se figer jamais. Les analogues
du tout-un ou des plusieurs purs, dans la constitution
du tout intelligible, sont la dyade indéfinie chez
Pythagore, l’illimitation ou l’infinité (tXTKxpia) chez
Platon et Proclus, la puissance dans la triade chaldaïque,
le Chaos chez Orphée. Précisons que Damascius
n’entend pas le rapport de l’un-tout et du tout-un
comme une opposition de contradivision stricte, analogue
à celle dans laquelle sc trouvent le limitant et l’illimité,
considérés comme des termes de même rang. Il suppose,
au contraire, entre l’un et les plusieurs purs, d’abord
un rapport analogue à celui de la cause et de l’effet,
qu’il réduit ensuite à un rapport de pure continuité1.
Enfin, Vunifié (^vcopévov) suggère le primat du
premier mixte ou premier composé, qui se constitue
lui-même, en tant qu’il s’intégre lui-même tout en
intégrant, pour ainsi dire, la procession du tout un
et la manence de l’un tout, dans sa pure conversion
(ÈTCicTTpocpT)) vers soi et vers ses principes antérieurs,
conversion sui generis qui n’a rien de commun avec
un type déterminé de conversion, comme par exemple,
la conversion cognitive. L unifié compose a priori
en lui-même l’épreuve que les plusieurs font subir
à l’un (distinction) et l’épreuve que l’un fait subir aux
plusieurs (union). Mais il s’agit ici de l’un et des
plusieurs entendus dans l’unifié, donc d’une manière
originale, car l’unifié n’est pas le principe des plusieurs,
qui serait empêché, par sa participation de l’un, de
devenir illimité. L’unifié se pose, en effet, par une
procession autoconsfituante2, à partir sans doute du
1. Voir R. I, p. 91.15-19; p. 94.20-22; p. 109.5-p. 110.4.
2. Cf. R. 1, p. 114.18-23. Cependant, l’autoconstitution, de
LXI1
INTRODUCTION
1er et du 2e principes, mais en épuisant en lui-même
l’expansion de l’un dans les plusieurs, et en totalisant
a priori les plusieurs dans l’un de sa propre triade.
Ainsi, l’unifié transcende lui-même toute opposition
interne dans son indifférenciation propre, et il cache
toute distinction dans l’union. S’il est tout et un à
égalité et indivisiblement, c’est comme antérieur à ses
éléments, et il est, en ce sens, moins composé que
composant. Refusant pour lui meme les déterminations
des triades successives, l’unifié les porte toutes dans
son sein de manière anticipée et indivise, selon l’involu-
tion de sa propre triade constitutive, car il se constitue
unifié de l’un et des plusieurs II est par là le coagrégat
a priori de tout (zè toxvtwv ouva[pep.a), fécond de tous
les mixtes postérieurs. Du fait que l’unifié contracte
dans une même communauté de nature (mjptpvffiç)
sa double relation aux plusieurs purs et à l’un, il est
le principe qui médiatise leur précausalité, antérieure-
ment à toute distinction, laquelle ne commence à
apparaître, mais d’une façon encore enveloppée, que
dans l’intellect intelligible (ou 3e ordre de 1 unifié),
c’est-à-dire une fois que l’unifié (ou l’un-être) a déjà
détendu son indifférenciation dans sa puissance qu’est
la vie intelligible (2e ordre). Dans ces conditions, on
ne peut pas dire que chacun des deux principes, que
sont l’un et les plusieurs, commande seulement à l’une
des deux rangées de contraires, qui se divisent en deçà
de l’unifié; mais les deux principes, à travers l’unifié,
commandent ensemble à chacune d’elles et à chaque
terme en chacune. Notons enfin l’analogie de propor-
tionnalité selon laquelle mulalis mulandis, l’unifié est
à l’un-tout et au tout-un ce que la triade unifiée des
pythagoriciens est à la monade et à la dyade, ce que
le premier mixte ou l’être est au limitant et à l’illimité
chez Platon et Proclus, ce que l’intellect est au père
môme que ta conversion, la procession, la mnnenco, restent des
concepts inadéquats vis-à-vis de l’unifié, et ils témoignent de
notre propre division à l’égard de sa simplicité, comme Damascius
le fait observer, ef. R. I, p. 193.9-13.
DES PREMIERS PRINCIPES
T.XIII
et à la puissance dans la triade chaldaïque, ce que
l’Œuf est à l’Éther et au Chaos dans l’orphisme.
Les trois principes hénadiques que sont l’un-tout,
le tout-un et Tonifié ne sont pas des déterminations,
meme exemplaires ; on ne peut pas les isoler les uns
des autres; ils ne forment qu’un seul et même mouve-
ment; ils ne sont pas numériquement trois, et leur
apparence triadique s’involue dans la simplicité de l’un,
caché sous elle et allusivement évoqué dans une sorte
d’inversion projective qui demeure prédiscursive. On
ne saurait r aliser là-haut aucune opposition : toute
distinction et analogie utilisée dans cette approche
symbolique doit être rejetée vers la division de notre
dire. C’est ainsi que meme le vocabulaire de la manence,
de la procession et de la conversion ne peut être employé
au sujet des principes que de manière très impropre.
Dans ce contexte, le Traité des Premiers Principes,
à travers une critique constante du discours, expose
les problèmes et les solutions qui sont relatifs à la
projection de l’un après l’ineffable (objet du 1er volume
de cette édition), à la projection de l’un-tout, du tout-un
et de l’unifié (objet du 2 e volume), ainsi qu’à la possibi-
lité de toute procession à partir de Tunifié (objet du
3e volume). Chaque principe est comme une dégradation
de l’exigence absolue de deconstitution, qui est anté-
rieure à tous et qui est celle de 1 ineffable, en même
temps que chacun est un retour vers cette exigence.
La loi de la fécondité de la négation est ainsi renvoyée
à son origine et à sa propre fondation au delà de toute
constitution intelligible, vers la naissance toujours
refusée de l’un absolument simple au-dessous de
l’ineffable. Quand la pensée cherche à se dire l’abîme
qui la sépare de l’ineffable ou du néant par excès,
elle est en gestation de l’un antérieur à tout, mais
quand elle essaie de se dire l’un antérieur à tout, elle
projette la dyade de l’un et du tout, ou plus précisé-
ment de l’un-tout et du tout-un. Cependant, elle
contracte encore cette dyade dans la projection de
l’unifié; mais, quand elle essaie d’entrer dans le monde
triadique et caché de Tunifié, elle le fait se retirer en
I.XIV
INTRODUCTION
lui-même, tandis qu’elle provoque, à partir de lui,
le déploiement d’une multiplicité d’intelligibles qui
projettent, dans une suite de triades, la richesse anté-
prcdicative de l’unifié, en détendant de plus en plus,
à chaque fois, l’indistinction dans la distinction. Toute
expression, en effet, a sa loi de formation dans la
triadisation que nous faisons de l’unifié à travers ses
ordres : 1° celui de l’indifférenciation dans laquelle
demeure la subsistence propre de l’unifié et de ses
éléments purs, c’est-à-dire la subsistence intelligible
de l’un-être; 2° celui de sa différenciation supposée
en train de s’opérer, sous la forme du tout et des parties,
dans la procession de sa puissance, la vie intelligible;
3° celui de sa différenciation supposée achevée dans
l’intellect intelligible et dans ses formes, dont la pluralité
illimitée reste cependant encore contractée et unifiée
dans la conversion de cet inteJlect vers la subsistence
de l’un-être. Ainsi la fonction de l’inefïabilité poursuit,
en deçà de l’un-tout et du tout-un, sa propre dégrada-
tion dans le pré-discours de l’unifié, avant que la disso-
ciation de l’un et de l’être ne soit consommée, en deçà
de l’intellect intelligible, par la première altérité. C’est
alors que le pré-discours se renverse finalement dans
le discours exemplaire des contradivisions proprement
dites, comme on le voit dans la 2e hypothèse du
Parménide (143 a 4 et sv), à la suite des trois triades
de l’intelligible, qui, d’après l’exégèse de, Proclus,
sont celles de l’un-être (142 b 5-c 7), de la vie (142 c 7-
d9), et de l’intelleot (142 d 9-143 a 3).
Le Commentaire sur le Parménide vient s’inscrire
tout naturellement dans cette problématique des
Premiers Principes. La 2e hypothèse s’ouvre, en effet,
sur la première triade intelligible qui, selon Proclus,
se compose de l’un, de la puissance et de l’être, et à
laquelle correspond, selon Damascius, la triade de
l’unifié : un, non-un, unifié1. Il s’agit là de la triade
1. Sur la lro triade intelligible (Platon, Parm. 142 b 5-c 7),
voir Proclus, Théol. Pial., III 24, p. 83-86; Damascius, R. 1,
p 95.17-p. 96.15.
SU B LE PARMÉNIDE
LXV
dite « cachée », car elle n’est pas encore sortie complète-
ment de l’un. Identique à l’unifié, l’un-être est, lui aussi,
fondamentalement antéprédicatif, mais ensuite, dans
sa manifestation, il se dote de tous les prédicats qui
ont été niés de l’un inconnaissable dans la lre hypothèse.
Considéré en lui-même comme étant au principe de
toute constitution, le premier intelligible qu’est l’un-
être (ou l’unifié) ne fait pas nombre, dans son déploie-
ment, avec ses propres projections prédicatives, qui
sont, à leur tour, autant de principes de constitution.
On ne peut pas dire qu’il se situe lui-même à côté
d’eux, comme s’il en subissait la distinction, bien
qu’eux-mêmes se distinguent de lui en se formant
dans son sein et en se déterminant ensuite en deçà
de. lui. Ce sont là autant d’ordres dans lesquels la
pluralité des dieux ou des hénades intermédiaires
se constituent, à la fois comme expressions de l’un-être
(et de ses principes) et comme sources, exemplaires
à leur tour, d’ordres et de séries. Ici, du point de vue
général, Damascius n’innove nullement, et il reprend
la distribution triadique, que Proclus, dans son propre
Commentaire sur le Parménide, avait faite de cette
hiérarchie divine à travers les triades intelligibles
(de l’être), les triades intelligibles et intellectives
(de la vie), les triades intellectives (de l’intellect)1.
Chacun des ordres divins thématise un prédicat de
l’un-être à travers le processus triadique de la manence,
de la procession et de la conversion, et ce processus
exprime la loi de toute constitution possible, telle que
1. Cette distribution est celle-là même que l’on retrouve dans
la Théologie Platonicienne de Proclus (voir les tableaux de
H. D. Saffrey et L. G. Westerink ikins leur Édition, I, p. Lxvill-
lxix ; III, p. xlix-l, cl celui de H. Lévy, op. cit., p. 483-484).
Mais les questions et les réponses de Damascius, élaborées à
partir de la double lecture du Parménide et du Commentaire de
Proclus, révèlent, par leurs critiques à l'égard de ce dernier,
de nombreux apports originaux, bien que pour en juger adéqua-
tement il nous manque le texte du commentaire de Proclus,
puisque le texte dont nous disposons ne va pas au-delà de la
lre hypothèse.
S
LXVI
INTRODUCTION
l’a imposée l’autoconstitution même de l’unifié, selon
le Trailé des Premiers Principes. Chaque moment de
la divinité est ainsi une expression diversifiée de l’un-
êlre ou de l’unifié. Au-dessous du troisième ordre
intellectif, celui de l’intellect démiurgique, la procession
des propriétés exemplaires se poursuit à travers les
dernières fonctions divines (dieux hypercosmiques,
dieux hypercosiniques-encosmiques, dieux encosmiques,
âmes universelles, démons, héros) jusqu’au seuil de
la 3e hypothèse, qui marque la limite inférieure du
domaine de l’un-qui-est.
L’objet de la 3e hypothèse, d’après Damascius, est
l’âme humaine. En elle, l’être se tisse avec le devenir.
Sa situation médiane fait qu’elle échappe à l’être et
au devenir pris comme tels, tout en participant des
deux. L’âme s’ouvre en elle-même, d une part, sur
l’indivisibilité exemplaire de l’un de la 2e hypothèse
et sur l’incfïabilité de l’un de la lre, d’autre part, sur
la divisibilité et l’antitypie des « autres » purs de la
matière, c’est-à-dire sur une négativité radicale par
défaut, absolument sans modèle et qui ne joue le rôle
d’aucun modèle, puisqu’elle est en deçà de toute
relation, même de la relation altérité-identité. Le
mélange autoconstituant d’indivisible et de divisible,
qui est celui de l’âme humaine, n’est pas aussi équilibré
et homogène que celui de l’âme universelle (dans la
2e hypothèse), puisque sa négativité est en deçà de
toute proportion et détermination. Aussi l’âme humaine
apparaît-elle susceptible de varier dans sa substance
même1; cependant, elle ne perd jamais sa propre
identité, car par son « instantané » (to èÇahpvrçç), elle
constitue l’unité de sa totalité indivisible-divisible,
en se reliant par son centre à l’un de la 2e hypothèse
et à l’un de la lre. L’instantané est cette relation
même, en tant qu’elle est autoconstituante. De cette
façon, la médiation que l’âme humaine réalise en elle
1. In Parm. R. 11, p. 252. 27 ss. Sur ce problème, cf. C. Steel,
The Changing Self p. 69-116.
SUR LE PARMÉNIDE
LXVII
du divisible et de l’indivisible est immédiate et origi-
naire. En n’importe quel point de la succession
temporelle et sous le présent empirique de l’âme,
l’instantané, qui est son présent intemporel plongeant
lui-même dans le temps, coïncide avec 1 initiative
radicale d’où part sa procession et où sa conversion
aboutit. Dans l’âme, « le temporel se fait éternel,
en quelque sorte, et l’engendré se substantialise ;
et inversement, l’éternel se fait temporel »l. L’âme
peut ainsi descendre tout entière dans le devenir,
sans y périr, car elle a tout entière le pouvoir de le
transcender. Par sa nature « amphibie », elle se déploie
comme le champ de toutes les oppositions et, sur le
mode de l’instantané, elle les replie toutes dans son
centre. Touchant aux extrêmes, d’une part, selon
l’indivision de sa propre conversion, elle involue le
devenir dans l’être, l’être dans l’un, l’un dans l’ineffable;
d’autre part, en portant la division de son propre
discours dans l’être et dans l’un, elle fait se dérouler
tous les degrés de la procession.
Dans cette perspective, l’objet de la 4e hypothèse
correspond aux formes matérielles (ÆwXa) que l’âme
peut projeter dans le devenir. C’étaient là pour Proclus
les toutes dernières des formes2 3. Damascius situera
après elles les formes sensibles (6e hypothèse) et leurs
images ou simulacres (8e hyp.). En effet, les formes
matérielles ne sont pas encore mélangées à la matière®,
mais elles attendent d’être reçues en elle et d’être,
par là, phénoménalisées. Copies des formes exemplaires
de la 2e hypothèse, elles jouent à leur tour, le rôle
de types de spécification, promis à la genèse du sensible
encore en instance de sa constitution. Comme les
formes exemplaires, elles ne sont pas des formes isolées,
mais des structures d’univers qui se distribuent selon
deux triades de couples, dont la première (un et
plusieurs, tout et parties, dm et infini) se comporte
I Damascius, In Parm , R. II, p. 263.21-22.
2. Proclus, In Parm. 969.28-32 ; 1123.14-16.
3 Damascius, In Parm., R II, p. 292.15.
LXVIII
INTRODUCTION
elle-même comme un modèle par rapport à la seconde
(semblable et dissemblable, même et autre, mouvement
et repos)1.
L’objet de la 5e hypothèse est la matière, en tant
qu’elle est un principe qui se retire en deçà de toute
forme et de toute détermination. Improprement
nommée « le dernier un », la matière est plutôt ce qui
se refuse à toute position, y compris celle de l’un2.
A parler avec rigueur, elle ne participe ni de l’un3,
ni de la pluralité, ni de l’illimitation, ni du limité4 5.
Elle s’exclut de toute relation, même de la relation de
l’identité et de la différence. Son indétermination est
telle qu’elle n’est même pas déterminée par opposition
aux déterminations, car , dans le cas contraire, elle
resterait prise dans la relation aux formes, alors que
dans sa négativité privative elle passe au-dessous de
toute opposition. Cependant le néant de la matière
n’est pas le néant pur qui annule tout, et, dans son
dépouillement, elle n’est pas sans subsistenee®. Son
« même-pas-un » est le dernier écho du « même-pas-un »
de l’ineffable, mais sur le inode d’une transcendance
inversée et ineffable par défaut.
Plutarque d’Athènes, Syrianus et Proclus avaient
estimé qu’avec les conclusions des cinq premières
hypothèses du Parménide (Si l’un est) était établie
la totalité des principes nécessaires à la procession.
La structure de cette dernière était donc la suivante :
autour du centre (l’âme, 3e hypoth ;e), à la fois tout
el rien, se distribuent, d’une part, l’antitypie des
extrêmes (le néant ineffable par excès de la lre hypothèse,
et le néant ineffable par défaut de la 5e), d’autre part,
la correspondance des moyens (le tout des ordres exem-
plaires de la 2e et le tout des formes-copies de la 4e).
Les philosophes que nous venons de citer posaient
I. Ibid., R. Il, p. 276.14-p. 278.2.
2. Ibid., R. H, p. 285.15-19.
3. Ibid., p. 283.3 p. 284.2.
4. Ibid., p. 279.23-24 ; p. 285.20-22 ; p. 286.5-7.
5. Ibid., p. 282.28.
SUR LE PARMÉNIDE
LXIX
ainsi la limite de la procession dans la 5e hypothèse,
car ils pensaient que les conclusions des quatre dernières
hypothèses négatives (Si l’un n’est pas) n’énonçaient
que des impossibles, de sorte que ces hypothèses
n’avaient à leurs yeux d’autre but que de démontrer
par l’absurde la vérité des conclusions des cinq premières.
Damascius transforme profondément l’interprétation
du Parménide devenue traditionnelle dans l’école,
en donnant à cette interprétation un développement
inattendu. Il observe que la 6e et la 8e hypothèses
ne s’inscrivent que sous une négation relative de l’un,
tandis que seules la 7e et la 9e sont formulées sous son
annulation absolue. Aussi la procession peut-elle
se poursuivre à travers la 6e et la 8e hypothèses, tandis
que les impossibles de la 7e et de la 9e ont leur rôle
à jouer comme limites imaginaires.
L’objet de la 6e hypothèse est Fun-non-ètre relatif
du phénomène qui se compose de la matière et des
formes matérielles. Ce composé ne définit pas encore
les dernières formes sensibles, mais c’est le sensible
comme principe et modèle de construction de tout,
apparaître dans le devenir. Ce principe prolonge la
fonction autoconstituante de l’âme dans la constitution
d’un monde sensible ou d’un tout pour ce qui est
destiné à apparaître. C’est le principe d’apparition
de tout l’empirique.
L’objet de la 7e hypothèse est le principe de l’iinpos-
sible de l’un, sur le mode purement imaginaire de son
annulation absolue. Ce principe indispensable de
fiction est négatif par transcendance dans l’absurde.
L’objet de la 8e hypothèse est constitué par les
« autres » de l’un-non-être qu’est le phénomène. Ce sont,
ses simulacres ou ses projections comme non-un-non-
être. Images par rapport au phénomène, les simulacres
sont encore des principes (les derniers et les plus parti-
culiers) par rapport à la constitution des individus
empiriques.
L’objet de la 9e hypothèse est le principe de l’impos-
sible des « autres » de l’un, sur le mode purement
LXX
INTRODUCTION
imaginaire de leur annulation absolue. Ce principe
nécessaire de fiction est négatif par privation hyper-
bolique dans l’absurde.
Dans cette interprétation des quatre dernières
hypothèses du Parménide, le phénomène (6e hypothèse)
se produit sur le fond de la limite imaginaire, constituée
par le néant absurde de l’un (7e hyp.), tandis que les
simulacres (8e hyp.) se projettent sur le fond de la
limite imaginaire, constituée par le néant absurde
des autres (9e hyp.). Nous avons ici encore une corres-
pondance de moyens : le phénomène comme exemplaire
(6° hyp.) et les simulacres comme copies (8e hyp.),
en deçà d’une antitypie d'extrêmes : l’impossible de l’un
par transcendance dans l’absurde (7e hyp.) et l’impos-
sible des autres par privation hyperbolique dans
l’absurde (9e hyp.).
Le structure complète des principes de la procession
devient donc celle-ci : le centre de l’âme humaine
qui est à la fois toal et rien (3), en se projetant vers
l’antitypie des extrêmes que sont les quatre pôles de
toute déconstitution (1, 5, 7, 9) déploie la contrariété
des moyens que sont les quatre ordres de toute consti-
tution possible (2, 4, 6, 8)1. Cette structure est indiquée
par le diagramme suivant :
1. On trouvera l’explication détaillée de cette structure dans
mon article « Damascius, lecteur du Parménide » cité supra,
p. xxxn, n. 5, et l’interprétation des hypothèses dans la série
d’articles mentionnés è la suite du précédent.
SUH LE PAHMÉNIDE
LXXI
1 = le néant de l’un ineffable par excès, de la
lre hypothèse,
5 = le néant de la matière ineffable par défaut,
de la 5e hypothèse,
7 = le néant absurde de l’un de la 7e hypothèse,
9 = le néant absurde des « autres » de 1 un, de la
9e hypothèse,
I 3 = l’âme humaine, tout et rien de la 3e hypothèse,
2 = le tout des exemplaires intelligibles de la
2e hypothèse,
4 = le tout des formes-copies matérielles de le
4e hypothèse,
6 = le tout du phénomène exemplaire de la
6e hypothèse,
8 = le tout des simulacres ou copies de la 8e hypo-
thèse.
Le conflit des négations radicales, dont se constitue
le centre de l’âme, apparaît, dans les limites de son
LXXII
INTRODUCTION
intégration, générateur des systèmes d’afïirmations
et de significations. Telle est brièvement esquissée, la
philosophie de la procession que Damascius a élaborée
dans son Commentaire sur le Parménide, après avoir
fondé, dans le Traité des Premiers Principes, la naissance
de tout discours dans une expérimentation aporétique
des fonctions du silence.
J. Combês.
LE TEXTE DU TRAITÉ
DES PREMIERS PRINCIPES
1. LA COLLECTION PHILOSOPHIQUE
Si, aujourd’hui, nous possédons le texte de quatre
ouvrages majeurs de Damascius, De primis principiis,
In Parmenidem, In Phaedonem, In Philebum, c’est
grâce aux tendances platonisantes d’un savant inconnu
du troisième quart du ix° siècle, propriétaire d’une
belle bibliothèque, dont une < saine de manuscrits
(au moins) ont survécu jusqu’à nos jours. Ce groupe de
codices tieluslissimi, signalé pour la première fois en
1893 par T. W. Allen, a été depuis l’objet de plusieurs
études1 2 *.
Le noyau de la collection consiste en six manuscrits
de la même main :
(1) Parisinus gr. 1807, Platon A, deuxième partie
d’un Platon en deux volumes.
(2) Parisinus gr. 1962, Maxime de Tyr et Alcinous.
(3) Laurentianus 80, 9 + Valicanus gr. 2197, Proclus,
Commentaire sur la République', Kroll, Devreesse8
I. T. W. Allen, « A Group of Ninth-ccntury Grcek Manuscripts »,
Journal of Philologg 21, 1938, 48-65; A. Diller, «The Sclio la on
Strabo », Tradilio 10, 1954, 29-50; J. Irigoin, «L’Aristote de
Vienne », Jahrb. d. iisterr. byz. Ges. 6, 1957, 5 10 ; id , ♦ Survie et
renouveau de la littérature ant que à Constantinople », Cahiers de
civil, médiév. 5, 1962, 287-302 (298-300) ; J. Whittaker, «Parisinus
Graecus 1962 and tho Writmgs of Albinus, Part I », Phoenix 28,
1974, 320-354 (321-323) ; J. Leroy, « Les manuscrits grecs en
minuscule des ixc et x“ siècles de la Marcienne », Jahrb. d. oslerr.
byz. Ges. 27, 1978, 25-48 (43-45) ; N. G. Wilson, Scholars of Hyzan-
tium, Londres 1983, p. 86-88.
2. Introduction à l’étude des manuscrits grecs, Paris 1954,
p. 34, n 4.
LXXIV LE TEXTE DES PREMIERS PRINCIPES
Whittaker s accordent sur l’identité du copiste, mise
en doute par Allen.
(4) Parisinus suppl. gr. 921, Proclus, Commentaire
sur le Timée, palimpseste (onze feuillets conservés).
(5) Marcianus gr. 246, Damascius.
(6) Palalinus gr. 398, Géographes, mythographes,
paradoxograplies, correspondances fictives (Hippocrate,
etc.).
A ce noyau se rattachent, comme provenant du même
seriptorium et manifestant les mêmes intérêts :
(7) Marcianus gr. 196, Olympiodore, Commentaire
sur le Gorgias, Y Alcibiade et le Phédon ; < Damascius >,
Commentaire sur le Phédon et le Philèbe.
(8) Marcianus gr. 258, Alexandre d’Aphrodisias,
Scripla minora.
(9) Marcianus gr. 22G, Simplicius, Commentaire sur
la Physique, V VIII.
M. Irigoin a proposé d’y ajouter un cinquième
manuscrit de Venise, exclu explicitement par Allen :
(10) Marcianus gr. 236, Jean Philopon, Sur l’éternité
du monde contre Proclus. Les propriétés atypiques
de ce manuscrit s’expliqueraient par le fait qu’il est
le plus ancien de tous.
Plus récemment, le P. Leroy a montré que, pour des
raisons codicologiques, deux manuscrits qui forment
ensemble le Vaticanus gr. 2249 doivent être regardés
comme le produit du même seriptorium, bien que de
deux autres copistes :
(11) Ff. 1-163, Pseudo-Denys, Hiérarchie ecclésias-
tique.
(12) Ff. 164-320, Théodoret, Thérapeutique.
Il va sans dire qu’il ne s’ensuit pas qu’ils aient fait
partie de la même collection; le seriptorium a dû
travailler pour d’autres clients.
Outre ces manuscrits qui ont survécu, quelques
manuscrits perdus ont été assignés, par conjecture,
à cette collection philosophique. Faute de données
LA COLLECTION PHILOSOPHIQUE
LXXV
directes, ces attributions restent un peu incertaines,
mais la possibilité seule n’en est pas moins intéressante.
Voici les auteurs que, pour des raisons plus ou moins
décisives, on a proposés.
(13) Platon, l’ancêtre commun de T et W, qui est
assez généralement regardé comme le premier volume
du Paris, gr. 1807 (A)1. Le scoliaste s’est servi des
commentaires de Proclus (Alcibiade, Parménide, Répu-
blique), d’Hermias (Phèdre), et d’Olympiodore (Gorgias,
Alcibiade, Phédon).
(14) Strabon, l’archétype S, représente par A dans
les livres I IX, et par aF dans les livres X-XVII.
Diller, qui associe ce manuscrit à la collection philo-
sophique, fonde cette hypothèse sur le caractère des
scolies et sur l’usage des signes critiques (dans
Strabon A)
(15) Hérodote, le modèle du Laurenlianus 70 3,
xe siècle : usage de l’obelos; le nombre de 33 lignes
à la page, caractéristique du groupe (l)-(5) (Diller,
p. 33, n. 17).
(16) Simplicius, Commentaire sur les Catégories :
« Il semble que le Marcianus gr. 224, du xe-xie siècle,
reproduise fidèlement un manuscrit du même groupe »
(J Irigoin, Survie, p. 299, n 76).
La liste a été augmentée de deux auteurs par
H. Arts2
(17) Plotin, Ennéades, archétype.
(18) Ammomus, Commentaire sur Aristote, De inler-
prelatione.
Arts appuie sa conclusion sur une comparaison
détaillée des scolies avec celles sur Platon, Olympiodore
et Proclus.
1 Diller, p. 31 ; A. Carlini, Sludi sulla tradizione anlica e
medievale del Fedone, Naples 1975, p. 160.
2. H. Arts, De scholifn op vijf Griekse filosofen, Plato, Plotinus.
Olympiodorus, Ammoniits en Proclus (thèse lie., Lonvain 1962
inédit).
LXXVI LE TEXTE DES PREMIERS PRINCIPES
A cette liste, je voudrais ajouter encore un commcn-
t teur de Platon :
(19) Ilermias, commentaire sur le Phèdre : le modèle
perdu de notre archétype, Parisinus gr. 1810, ff. 17r-93r.
Une note marginale (p. 13.3-4 Couvreur), identique
à la scolie sur Platon, Phèdre 227 a (TW) cite Olympio-
dore sur l’Alcibiade, sans aucun doute d’après le
Warcianus gr. 196 (ou bien d’après son modèle). Comme
plusieurs exemplaires de la collection, ce texte présente
quelques notes marginales versifiées, sur lesquelles
nous reviendrons plus tard.
Pour tous ces cas conjecturaux, il faut le redire,
la réserve s’impose. Dans un cercle clos et peu nombreux
comme celui des savants de Constantinople, les conven-
tions de présentation devaient se répandre vite et
facilement. Ensuite, les rapports entre les manuscrits,
considérés de plus près (comme nous avons l’occasion
de le faire, par exemple, pour ceux de la Renaissance)
se révèlent souvent plus compliqués qu’ils ne le parais-
saient à une époque moins bien informée.
En ce qui regarde l’origine de la collection, il y a,
en principe, deux cas possibles : elle a été accumulée
au fur et à mesure, ou bien elle représente, en substance,
une collection de copies très soignées d’un fonds
existant (soit en onciale, soit déjà translittéré). L’homo-
généité du recueil et son caractère hautement spécialisé
semblent favoriser la seconde possibilité; ce ne sont
pas des livres qu’il serait possible de rencontrer n’importe
où. Or, au moins deux de ces manuscrits semblent de
provenance alexandrine : l’Olympiodore, de toute
évidence, et probablement le Platon A, s’il est permis
de s’en remettre à la forme du titre de la République,
qui s’accorde avec un usage alexandrin du milieu du
vic siècle (IIoXiTeLai, au lieu de IIoXtTefa)1. On peut
donc se demander s’il ne s’agirait pas d’un restant
1. Voir L. G. Wostennk, «The Title of Plato’s Republie»,
Illinois Classical Sludies 6, 1981, p 112 115.
LA COLLECTION PHILOSOPHIQUE LXXVII
de la bibliothèque de l’école philosophique d’Alexandrie1.
Il est impossible de dire à quel moment cette biblio-
thèque aurait été transférée à Constantinople : au
plus tôt, avec Stephanus d’Alexandrie, au début du
vne siècle; au plus tard, après le milieu du ixc, à la
suite de recherches entreprises à l’intention des savants
byzantins.
Avant d’en venir, enfin, à la question de l’identité
du propriétaire, il faut se demander quel fut le rôle
joué par le copiste principal2. Etant donné que ce fut
aussi lui qui corrigea et annota au moins deux autres
volumes, on a supposé que c’était le chef du scripto-
rium; mais on a aussi considéré la possibilité que ce
copiste fût le collectionneur lui-mêine. En tout cas,
il n’était pas simplement calligraphe; c’est ce que
prouve le fait que, tout en écrivant le Marcianus
gr. 246, il a fait aussi la critique de ce texte, qui compte
parmi les plus difficiles de toute la littérature grecque.
On peut sans doute remarquer qu’à cette époque-là
le cas d’un savant, copiant un texte pour lui-même3,
était bien plus rare qu’il ne le sera quelques siècles
après, sous les Paléologues. Mais, dans l’hypothèse
où le copiste en question aurait travaillé pour un
personnage qui lui aurait commandé ces manuscrits,
il serait assez inexplicable que ce dernier ait lu ces
beaux volumes sans y laisser la moindre trace de sa
lecture, à moins qu’il ne les ait pas lus du tout.
S’il est vrai que le savant a été, ici, le copiste lui-même,
peut-être ne faut-il pas le chercher parmi les plus riches
et les plus célèbres. Mais, même s’il en faisait partie,
n’oublions pas que Byzance a toujours eu un nombre
assez considérable d’érudits et de gens cultivés que,
à cause du caprice de la tradition manuscrite, on ne
1. Il s’agit, bien entendu, de la bibliothèque de l’école
d’Hermias et d’Ammonius, qui n’a rien de commun avec la
fameuse bibliothèque du Musée.
2. J. Irigoin, « Survie », p. 300.
3. L’exception la plus célèbre est l’empereur Léon VI
(P Lemerle, Le premier humanisme byzantin, Pans 1971, p. 206,
n. 6).
LXXVIII LE TEXTE DES PREMIERS PRINCIPES
connaît guère que par quelques mentions occasionnelles
ou quelque pièce écrite. Citons Zacharie, métropolite
de Chalcédoine, élève et correspondant de Photius,
dont le Marc. gr. 258 a conservé un petit traité sur
le temps1; Nicéphore le Philosophe, lui aussi corres-
pondant de Photius; Thomas le logothète, correspondant
d’Aréthas et de Léon Choerosphactès, consulté par
Théodore Daphnopatès comme l’autorité suprême
en matière de philosophie2 3. Il est possible de conclure
de là que sans doute il y en a eu d’autres qui n’ont
laissé aucune trace ni dans l’histoire ni dans la litté-
rature.
En se tournant ensuite vers les personnages mieux
connus, on peut éliminer au premier abord les deux
grands bibliophiles et savants de l’époque, Photius
et Aréthas. La bibliothèque de ce dernier est bien connue
par plusieurs exemplaires conservés. Quant à Photius,
son manque d’intérêt pour la philosophie est suffisam-
ment attesté par la Bibliothèque, dont 3 codices seule-
ment sur 279 s’occupent d ouvrages philosophiques
(Enésidème et Hiéroelès). Dans ses cours, il traitait
de la logique aristotélicienne, et un petit aperçu des
Catégories a survécu dans les Amphilochia' sa connais-
sance de Platon paraît avoir été superficielle, et dans
toute son œuvre volumineuse, on ne rencontre pas
une seule allusion, pas un seul terme technique, qui
trahirait un lecteur de Plotin, de Proclus ou de
Damascius (à l’exception, bien entendu, de la bio-
graphie d’Isidore et du recueil paradoxographique).
Reste Léon le Philosophe (vers 800-870), dit encore
le Mathématicien®, savant notable et éditeur de textes
mathématiques et philosophiques, réputé esprit libre,
et qui après sa mort, selon un élève rebelle, partagea
1. K. Oehler, « Zacharias von Chalkedon über die Zeit », Hyz.
Zeilschr., 50, 1957, p. 31-38.
2. Aréthas, Scripla minora, éd. Westerink, I, Leipzig 1968,
p. 178-185 ; Choerosphactès, Correspondance, éd. Kolias, Athènes
1939, p. 95; Daphnopatès, Correspondance, éd. Darrouzès-
Westerink, Paris 1978, p 21-22, 178-179.
3. Voir Lcmerle, op. cil., p. 148-176.
LA COLLECTION PHILOSOPHIQUE LXXIX
le sort de ses amis, entre autres Proclus et Platon1.
Nous connaissons de lui une édition d Archimède
(dont l’exemplaire original était probablement le
manuscrit perdu de Valla) et nous apprenons (grâce
à la note célèbre sur Lois, V, 743 b) qu’il lit une révision
partielle du texte de Platon. Ses épigrammes sur la
mécanique de Quirinus et Marcellus, sur l’astrologie
de Paul d Alexandrie, sur l’astronomie de Théon avec
la géodésie de Proclus (Anlh. Pal., 9, 200-202), sur
VIsagogè(1) de Porphyre (9, 214), ont dû servir d’en-të tes
ou de colophons aux exemplaires qu il possédait lui-
même de ces œuvres. Le jeu de mots sur le nom de
Porphyre (Tt) twv Xoycûv cou xoy/ûXï), Ilopçûpte, /
PoOTretç Ta xeiXï) xa't GToXi^en; Tàç çpévaç) rappelle
des cas similaires dans les manuscrits de notre groupe :
Marc. gr. 19G, f. lr (= Olympiod., In Gorg. 1.1) :
’OXûpimov 8<ûp-/)p.a KepupSelç tü pioi / /punî^ ’AXe^àv-
Speiav merplSa. Paris, gr. 1810, f. 93r (fin
d’IIermias, In Phaedr.) : 'O TCpwTOç ‘Eppr/jç p,VT]p.oveû-
oaç Èv pîw I TplTOv yevéoOai xal oocpov TooaüTaxiç /
éTC<ovop.ào6-/) Tptop.éyicToç etxoTwç ' / ô SeÛTepoç 8è
TCavooqxoç oaç'/jvloaç / t6v tou nxârcovoç OaïSpov év
Tpicriv ptGXoïç / TpioôXëioç xocXolt’ âv ovx àrro TpÔTtou.
L’usage de l’épigramme-titre remonte jusqu’à Calli-
maque; l’expédient facile du jeu de mots, faute d’idées,
est byzantin. Le scoliaste de la collection philosophique
s’en sert encore dans un autre vers pour railler Strabon :
Kaïoap Oeèç oéç, vô StcarTpocpe STpâêwv ; (deux fois :
Palal. gr. 398, f. 75r sur Strabon 200 B ; Paris, gr. 1397 =
A, f. 8GV, sur Strabon 161 C)2. Le trimètre byzantin
paraît aussi comme titre de la table des matières
Vatopedi 655, f. 2r (copie du Palal. gr. 398, dont cette
partie manque) : 'O twv ypatpévTwv wSe piêXkov rrlvaS,
et Paris, gr. 1962, f. 146v : 'H plêXoç •rçSe tocüt’ ë/ei
yeypap.p.éva. Dans les notes marginales, Marc. gr. 196,
f. 151v (In Alcib. 94.12) : Blavroç vloü TeuTapiou ITpt-/]-
1. Ibid , p. 173.
2. Diller, p 35.
LXXX LE TEXTE DES PREMIERS PRINCIPES
vécoç. Ibid., f 177v (160.9) : El xcù paXiGTa 8pip.ùç
eijvoü/oç tu/ol / 'IIcpaicrroTrouç te p.i£o6àpêapoç yévoç.
Paris, gr. 1810, f. 47v (Hermias 108.3) : Ti 8/] -riv
eîppèv èÇéxo^aç tûv Xoywv, / acpvce GTSpTjGaç TjSovîjç
àOavdcTOV ; Du point de vue de la forme, tous ces vers
sont parfaits; ce sont des dodécasyllabes byzantins
du type le plus strict, sans quantité ou césure fautives,
et sans exception paroxytons. A cet égard, ils ne
conviennent pas exactement à Léon, qui préfère
l’hexamètre et qui, quand il lui arrive d’employer le
trimètre, admet aussi les fins de vers proparoxytons
et oxytons
Si cette raison suffît pour écarter Léon le Mathéma-
ticien, on peut encore envisager son homonyme Léon
Choerosphactès, le magistros et anthypatos (vers 850
vers 920)1; lui aussi philosophe-versificateur, également
suspect d’un penchant pour les ennemis du christia-
nisme, nommément Porphyre et Julien2 3. Les poèmes
qu’on connaît de lui (soit un petit nombre d’épigrammes
et la Théologie en mille vers, ouvrage inédit)® sont en
trimetres, à part quelques pièces en vers anacréontiques.
La technique, bien qu’elle ne soit pas appliquée partout
avec le même soin, est essentiellement celle du scoliaste.
Évidemment, pour qu’il ait pu être le possesseur
inconnu de la « collection philosophique », il faudrait
dater celle-ci d’un quart de siècle de moins qu’on est
maintenant enclin à le faire.
I. Sur Choerosphactès, voir Kolias (ci-dessus, n. 2, p. lxxviii) ;
II Beck, Kirche und theologische Lileratur im byzanhnischen lieich,
Munich 1959 (1977), 594. La date de sa naissance donnée par
Beck (vers 824) repose sur une notice erronée dans le ms. d Oxford,
Baroccianus gr. 76, f. 381r
2. Aréthas, Scripla minora, I, p 212.
3. Val. gr. 1257, f 39r-57r.
LE MARCIANUS GR. 246
LXXX1
2. LE MARCIANUS GR. 246
Le manuscrit de Damascius, que nous a conserve
la « collection philosophique », est le témoin unique
de ses écrits principaux.
Marcianus gr. 246 Z. (=7'56), parchemin, vers la
fin du ixe siècle, H -J- 435 + I ff., 262 X 180 (justifié
200 X HO), 33 lignes, réglure 33 Aid. fï. 1-215 : 26 qua-
ternions et un ternion non numérotés; fï. 216-364,
366-436 (365 sauté) : 27 quatemions et 1 binion numé
cotés P'-xO' (ff. 209v-215v, 435v blancs). Reliure San
Marco1
Au f. Ilv, une brève table des matières, ex-libris de
Bessarion et ses cotes : tottoç oO' (rayé et remplacé
par vS') locus 54 (plus bas) 79 (rayé et remplacé par 54 .
Ff. lr-210r : Aaputtndou SiaSô/ou ànopîai xal Xûoeu;
rrepè twv irpomov àpycov, mutilé à la fin (èrcel xavà
àXyjOeiav oùSè).
Ff. 216r-435r : < Damascius, Commentaire sur le
Parménide >, mutile au début, inc. ... vàç àpieOex-rouç
vaïç pteOexTaïç.
F. 435r, le colophon Aapiaoxfou StaSo/ou eîç t6v
nxdcTiovoç nappieviSTjv àrtopfat xal êtclXûotiç âvrwtapa-
vet.v6jj.evat. toïq eîç aûvèv ÙTOpiv^ptaoiv voü tpcXococpou.
Le copiste a ponctué et accentué le texte, peut-être
en grande partie pour la première fois. Lorsqu’il
n’arrive pas à comprendre un mot ou un bout de
phrase, il omet les accents, ou il met une virgula censoria
en marge, ou l’un et l’autre.
L Ruelle, p. v; E. Mioni-M. Formentin, I codici greci in
minuscola dei sec. IX e X délia liiblioleca Nationale Marciana,
Padoue 1975, p. 28-29; 67 (planche III); E. Mioni, Bibhothecae
Divi Marci Veneiiarum codices Graeci manuscripli, I, Rome, 1981,
p. 360-361 Dans l’inventaire de 1468 (L. Labowsky, Bessarion's
Library and lhe Ribliotheca Marciana, Roma 1979, p. 175), ce
manuscrit est ainsi décrit : * 433 Item Damaskii de primis pnn
cipiis et in Parmenidcm, in pergaineno liber antiquus ’.
LXXX11 LE TEXTE UES PREMIERS PRINCIPES
A1 Apparemment, c’est de lui aussi que proviennent
nombre de corrections, en partie dans le texte, en
partie dans la marge, et toutes les notes marginales
antérieures au xv° siècle. I es scolies explicatives sont
rares, il s’agit pour la plupart d’en-têtes ou de petits
tableaux (en semi-onciales). Les minuscules sont
employées pour attirer l’attention sur les mots rares
ou à quelque titre intéressants, qui sont répétés en
marge1; ceci facilite la comparaison. On a quelquefois
mis en question l'identité entre le copiste et le « sco-
liaste », et il est vrai que dans les marges le tu du type
oncial est employé (comme c’est aussi le cas dans les
marges du Marc, gr 196), tandis que dans le texte le tz
est uniformément du type minuscule; mais cela ne
suffit pas à dénoter deux inains différentes, car l’écriture
plus serrée des notes marginales peut fort bien expliquer
la différence. Quant au reste, la ressemblance est
parfaite.
Les variantes marginales sont tantôt des supplé.mcnts
à insérer dans le texte (48.3-4 ; 103.18 ; 127.17), tantôt
des corrections (19.22 ; 36.14-15 ; 101.23 ; 124.8), tantôt
des leçons rejetées en faveur d’une correction intro-
duite dans le texte (63.18 ; R. 124.14 ; R. 134.25).
Du xe siècle jusqu’au milieu du xve, autant que nous
A2 le sachions, le manuscrit n’a été ni lu2 ni copié. C’est
ensuite Bessarion, le premier possesseur connu, qui le
lit, l’annote, le corrige et retouche les passages endom-
magés. Ses corrections sont quelquefois bonnes (p. ex.
2.9; 14.10-11), quelquefois fautives (79.6), quelquefois
superflues (comme l’insertion d’un étrav omis, 1.15, bis;
69.11); ce qui fait que la plupart sont inacceptables,
c’est son habitude de refaire les lieux dégradés sans
se soucier aucunement des mots encore lisibles (voir
surtout 6.1); en quelques cas, il a fait disparaître pour
1. Le mémo usage se rencontre dans les Paris, gr. 1962
(Maxime) et 1397 (Strabon A), sur lesquels voir ci-dessus (Diller,
p. 33).
2. Sauf peut-être par M. Pscllus, cf. supra, p. xxvin-xxix.
LE MARC1ANUS GR. 246
LXXXHI
toujours le texte du manuscrit en faveur d’une correc-
tion qui est trop longue pour être authentique (1.13; 14).
Après Bessarion, et sans doute sur son ordre, un
inconnu a restauré les marges perforées par endroits,
avec des pièces de parchemin; lorsque, dans cette
opération, il avait aussi recouvert des parties du texte,
il les a suppléées sur le parchemin neuf, soit de mémoire,
soit d’après des notes faites d’avance. Il n’a pas toujours
opéré avec beaucoup de soin, comme le prouve le
passage 73.15-19, où les suppléments ont été placés une
ligne trop bas. Par conséquent, le Marc. gr. 247 (B),
copie écrite après la restauration, présente dans ce
passage un texte tout à fait brouillé, tandis que le
Marc. gr. 245 (C), qui est antérieur à la restauration
a conservé (mais ici seulement!) le texte original Assez
souvent, A3 s’est occupé d’endroits où Bessarion (A2)
avait déjà répété en marge les mots de lecture difficile;
comme il a quelquefois rayé les additions de Bessarion,
devenues superflues par la restauration, il s’ensuit
qu’il lui est postérieur. Mais il doit avoir travaille
pour Bessarion, puisque la copie C, faite pour le cardinal,
a été exécutée avant que la restauration ne fût achevée.
Le dommage est resté cantonné dans les folios 1-32;
voici la liste des endroits atteints: f lr retouché(l.13-15) ;
f. 3r restauré (6.1-4); f. 3V, un petit trou (7.5-6); f. 6V
retouché (14.18-20) ; f. 7r refait en marge (15.19-16.4);
f. 25r restauré (59.14-25); f. 25v, quelques lettres per-
dues (61.1-2) ; f. 26r restauré (62.20-63.9) ; f. 26v retouché
(63.19 20); f. 27r restauré (65.13-17); f. 28r restauré
(68.1-2); f. 28v refait en marge, puis restauré (69.11-
13); f. 29r, de même (71.2-3); f. 29\ de même
(72.7-8) ; f. 30r, de même, restauration mal faite
(73.15-74.16) ; f. 30* refait, puis restauré (75.8-9); f. 32r
restauré (79.5-6). A partir de ce point, la condition du
manuscrit est parfaite, et on ne trouve ni retouche
ni restauration.
LXXX1V LE TEXTE DES PREMIERS PRINCIPES
3. L’ÉTAT DU TEXTE
Le texte de Damascius, tel que le présente le
manuscrit A, est moins bien conservé que, par exemple,
celui des commentaires sur Platon (Olympiodore et
Damascius) dans le Marc. gr. 196, où il est rarement
nécessaire de corriger. En revanche, dans le Marc,
gr. 246 le copiste lui-même a déjà signalé une foule
de corruptions, et, de toute évidence, il y en a d’autres,
en partie déjà corrigées dans A, dans les manuscrits
secondaires, dans les deux éditions, et ensuite surtout
par Kroll. Faute d’autre témoin et d’une tradition
indirecte, toute correction doit nécessairement être
conjecturale ; c’est pourquoi une liste ordonnée des
fautes les plus communes pourra rendre quelque
service.
1. Fautes d'ordre phonétique. Ce type est relativement rare,
grâce à une révision systématique de l’orthographe, exécutée
soit par lo copiste de A, soit par un prédécesseur. L'exemplaire
de base devait être assez négligent ù cet égard : plusieurs des
corruptions signalées ci-dessous présupposent une orthographe
fautive, qui, par cette corruption même, a échappé au correcteur1
e > ai : où/ ol6v te > où/EÎTai 29.10-11 ; ëxi 8v > alviov R. 163.
12; è- > ai- R. 291.12-13.
Iotacisme : el > •/) 20.7, 80.17, R. 129.26 ; el riç > tyru;
6.11 ; el > t)i 100.15, 103.15; eï~ep > fyrrep R. 120.29. > el
54.18, R. i46.2, R. 288.11 ; fjirep > eïnep R. 283.29 ; vnore-
Oetr > Ô7toTe07;i 7) R. 312.27. — t > ei : éTrixoïvoveï > érrei xoivoveï
R. 307.26 ; Tplç > zpeïç R. 324.1. Les formes du verbe àveipev,
R. 106.4; II, R. 123.5, R. 234.9, semblent représenter l’ortho-
graphe préférée par Damascius, voir R. 136.15-17.
Confusion de o et : assez commune dans les terminaisons
-ogev et -o>p.ev. Ainsi Ç7)TQoop.ev 89.5, àrroÀoYr|a6p.e0a R. 188.18,
Xap.6àvop.ev R. 298.9, npoçepôgeOa 23.1, éyxaTapK<t>p.ev 25.18,
à7ravT7]o<Â>[j.e0a R. 99.3, SiTtXaaiàaoipev R. 123.30, àno8<3atip.ev
R. 174.18, èmaxe4>wp.e6a R. 214.21, àv-riO^otùpev R. 281.21.
I. Je remarque en passant que les formes attiques yiyviioxeiv
et yLyveaOai sont également l’œuvre de ce correcteur puriste, et
c’est encore les corruptions qui le prouvent : R. 158.4 yvôazoï A
(au lieu de. yivtbaxoi) ; R, 192.12 yiyvopévTjç A (au lieu de
^voipévqç via yivo|xév7]ç).
L’Etat du texte
lxxxv
— toûto > tovto 59.7; R. 99.20; R. 173.29 ; R. 297.30;
to > tô 109.3 ; R. 197.7 ; fiXXia > iSXXo R 255.5. — Bvtoç > Bvtoç
H. 107 6 ; 8ç > ùç R. 178.20 ; 8Xoç > 8Xo>; R. 180.11 ; àXXoç >
fiXXiaç R 259.8. — fôtÛTiSaç 9.19.
2. Fautes d’ordre paléographique. Laissant de côté les
signes diacritiques (esprits et accents), que très probablement
Damascius n'a pas écrits, on peut distinguer : (a) les fautes de
confusion do lettres ou (b) d’abréviations, (c) de division des
mots, (d) de correction, (e) les omissions dues au passage d’une
ligne (ou d’une page) à l’autre.
(a) Confusion de lettres.
a I 8 / X : 8eï > àel 51.23 ; etSuïai 8ti > eIStq Siûti 106.25.
— 8ueiv > Xveiv R. 285.19. •— xXvtÛv > x’ aÛTÔv R. 251.19.
X / X : xacôSeç > XaeiSeç R. 279.4 ; Ê/oucav > eXoucev R. 295.11
y/T : aûyljv > aûrîjv 123.2; ye > ft F*- 93.7, R- 149.20,
R. 229.26, R. 258.19, R. 278.12, R. 296.21, R. 308.16; èx
yevtSv > ÊxTevcSv R. 206.7 ; èÇrjyijaeiç > è^aiT^aeiç R. 286.1 ;
y^v > tt)V R. 320.2 ; 4. — tÊcoç > ye àç 31.20 ; eÏTe > eïye
36.3 ; Te > ye 116.3 ; -rÊTapTOv > Te yàp tôv R. 233.4.
y / n : yàp eïvai > mxpeîvai 55.1.
T] I v / n : toûto 7) > tO'jtov 127.21 ; ye ^jvcopévov > yewdipevov
R. 223.17. — prj-riv > pixTiTQ R. 217.27 ; Taîv > tocIt; R. 285.19.
— êaTTjxev àyiov > êanqxe rràyiov 101.14; awelXvjvToii > auveL-
Àrrrrai R. 290.17. —ènel > èvl 124.8; àTnjpTiapéva > àvqpTiapÊva
R. 234.12. — TroTe > tjBts R. 265.3.
>), v, n / ti : t) > ti R. 87.9. — rrûOev > Tl ' 80ev R. 280.9.
— 8ti > Ëv R. 243.10.
t) / n, ix : 87] ov > 8tï6v 89.20. — (n)Tiv > pixTii] R- 217.27.
t / i : àTTOvaai > alxovaai 32.21.
n / T : oütto > outo R. 147.16. — ôiTTOvaa > firrrovaa 44.13 ;
t$)i > iriji R 141.11. — TpiàSa > rro.TptSa [ex rr(aT)pt8a ?
R. 303.1
p / n : 8p<eç > Sttoç R. 284.10
p / v : 8r)X<jpa tou > 8/jXov aÛTOü R. 135.24 ; èmaTpeçûpevov >
èmcTpéçcv Êv ov R. 176.17 ; àpvSpoTàTrçv > àw8poTâTi)v R. 184.
16 ; 8/t]pa > ov/Tjva R. 280.14 ; èpneaeÏTai > Êv ireaeÏTai R. 288.
11 ; Trevrépuycv > TtevTÊvuyov R. 321.7. — àvatveTCii > àveipâTat
104.20 • ànav piXTÔv > anàppiXTÔv R. 112.2.
0 / o Oeév > olov 109.20. — àvTlaTaûpoç (?) > àvTlaopoç 93.5.
e / o : êv > 8v22.4, R. 141.19, R. 148.16, R. 152.16 , fera > 8ti
94.1, R 266.2 ; ÛTrevooüpev > ûrrovooüpev 24.24-25 ; pévov > pûvov
H 163.2 TCpoaOévra > rraOôvTœ R 304.21. — où/ otûv Te >
où/eÏTai 29.10-11 ; 8ti > 8ti 46.9, 58.14 ; 8ti > Êoti R. 158.9,
6v > Êv 101.23, 123.18, R 135.14, R. 281.3; Êyoi > 8/ei 75.17;
eïrroi > eïnei R. 149.15; tô > Te R 183.3; povàSoç > povà8eç
R. 249.23 ; oTov > eïi] R. 258.23 ; 6v > êv R 284.7.
a [ e : ànôçavaiv > àrroçatveiv R. 98.23 ; cuvatpeoiv > auvatpeïv
R. 104.10.
LXXXVI LE TEXTE DES PREMIERS PRINCIPES
a / o : olov t> > oîavo R. 191.16 ; i8i6rr,Ta ôjwaaoüv > 18i6t7]Toç '
xüç oùv R. 223.17 ; oùv > cvv R. 287.4.
p / o : rràv Tpià8oç > navTOiaSoç R. 155.13 ; Tpeîç > tù eïç
R. 306.9.
a / e : avatverai > àveipâ-rai 104.20 ; dm > ère’ R. 120.7 ; àç’ >
ttf’ 25.22; àçtecOai >èçteaOai R. 90.21 ; av > êv R. 148.21 ;
8pqi xat > 8péi}>a.i R- 169.28. — érrl > àrrfe R. 87.11 ; èç’ > àq>*
R. 159.25 ; R. 308.4 ; fcpiêjievoi > àçiépevoi R. 156.26 ; êçteaOac >
à<ptea0ai R. 310.5 ; eï<j fr,[xa > al<ipr,p.a R. 136.15.
a / o : aÛTC) > outoj 127.3 ; aù > où R. 226.8 ; aù-rùç > oùtoç
R. 291.4 ; raÙTÙv > tovtov R. 296.1 ; xalvcâi > xoivfii R. 260.22 ;
àpùOexToç > ô peOeXTÙç R. 284.12. — àrcoSsxTéov > -réav R. 319.
12.
<û /10 : àépiov > aepcav R. 282.18 ; xaTonnZv > xa-rà twv 3.10.
/ oi : av Êx01 * àvéycü R. 242.4
-ç I -i : èxâanr)? >-iji R. 263.2; aeXï;vz;ç >-iji R. 267.14.
— wi > àç R. 277.6.
La plupart de ces fautes sont évidemment, ou probablement,
d’origine onciale ; celles énumérées vers la fin s’expliquent plus
facilement par l’hypothèse d’une copie intermédiaire en minuscule.
Les exemples qui suivent semblent indiquer l’emploi d’ubré-
via lions.
(b) Fautes dues aux abréviations.
Chute de -v final (un trait au-dessus de la voyelle) : Tjv > 5)
5.26 ; y)v > ï) R. 219.22 ; où8èv > où8è 98.21, R. 189.29 ; t&v > t<5
112.20; TeOeïaav > TEÛeîaa R. 87.26 ; oùv > où R. 115.23, R. 211.2,
R. 231.20 ; oùalav > oùata R. 153.15 ; éavrùv > -8 R. 222.4.
— Addition de -v final : yiyvcùaxEi >-eiv 80.18; où8è >oùSèv
109.25, R. 120.22 ; àrroppeï > àvtoppeïv 70 18 ; Siaxptvei > -eiv
127.26 ; ùmipxei > -eiv R. 87.12 ; ttoieï > -etv R. 250.17.
Chute de ov (un trait semblable ô l’accent grave) : oùx
oI6v te > où/eï-rai 29.10 ; olov > eïvj R. 258.25 ; ôp.oÀOYOÙp.e-
vov > ôp.oXoyoüp.Ev 108.12; ôpcùpevov > ôpôpxv R. 127.17 ; piévov >
pèv R. 135.8, R. 170.21, R. 282.9; ^viapévov <àç > ^vwpévco;
R. 272.23 ; èvavrtov > êvavrl R. 293.1.
Abréviations confondues :
ov / eiv : ùvtuyx^vov >-eiv 78.17-18; npoeXOôvri > rrpoeXOeïv
ti 91.16. — fiéveiv > -ov R. 196.12.
iv / wv ; fyxîv > fyxüv 13.11, 64.18.
ouç / ovv : àSiaaTpùçouç > àSiac'rpoçoüv 40.3.
Mots abrégés :
xat / xarà confondus : 87.23, R. 244.1.
xœl abrégé pris pour -ç : ouata xat > oùatœç R. 121.19.
<ùç abrégé pris pour xal, 67.5 ; pour npùç, R. 130.22.
npoa- abrégé ressemble à e- : Kpôaitxev > eïjxev 84.10; Ttpùç
aùrijv > éaur);v R. 297.12; l’autre abréviation (nj) amène une
confusion avec npô, cas qui se rencontre passini
IotI > elvai R. 254.25.
L’ÉTAT DU TEXTE
LXXXVII
(c) Division fautive des mots.
ârràvTOiv tAç > ànavTÛVTa; 40.2 ; finoX'J > â noXi 55.1 ; àXX’
jj > à>.X7] 77.19 ; TéXei 6vri > -réXeiZv ti 78.16-17 ; 83] > 3)3t)
R. 87.26 ; ŸjToi aùr3;v > 7) touxvttjv R. 97.5 , au rô > aÙTÙ R. 115.
30 ; 6apà > 0* étpa R. 139 24 ; 8v tô>v > Üvtojv R. 151.1 ; 8
t<5i > Srtùi R. 152.6 ; &XXo voüv > fiXXov oùv R. 174.29 ; xaXou-
pZvcôt ovti > xaXovpévtù lùvri R. 193.20 ; ov. rà > Bvra R. 216.10 ;
piévovraç > |xèv livra? R. 236.9 ; Êvsariv > ev êartv R. 274.20 ;
au rûv > aùrolv R 293.24 ; àvtùiv réov > àv.ùSvrcùv R. 306.27 ;
8/oi pèv > ëyoïpev R 312.14.
Souvent U faute sa complique par des erreurs d’une autre
nature : y’ êvi > yévei 9.23 ; àvrurXeovexreï raùra > àvTmXeovexTEÏ-
rai rà 30.7 ; el8vîai 8n > c18t) 8i6ti 106.25 ; 84)Xo>pa tou > SqXov
aùroü R. 135.24 ; etco £îjpa > alôprjpa R. 136.15 ; perà 8’ oùv >
peraSoüvai R. 149.4 ; pi/piç ou > pê/pt Cnou R. 155.18 ; xar’
alrlav ôpoltù? > xarâ ti àvop.olcdç R. 160 12 ; £ti ov > aïnov
R 162.12 ; où xaXûç > oùx fiXXùiç R. 171.31 Ttepiypaçelç ^aOero
TT)? > nepiypaçetoTjç Oeôttjtoç R. 189.13 ; èv 81x7)1 8iaacùa6pe0a >
Êv 8lx7]i ISiai awaépeOa R. 190.30-31 ; èpupalveaOov > èp.ç>avè?
8v R. 197.25 ; réraprov > Te yàp tùv R. 233.4 ; âv ï/oi > àvéya
R. 242.4 ; povâSt àpiOpôç > pov3] SiàpiOpo? R. 242.8 ; ye 3jvcù-
p.évov > yewtüpevov R. 223.17; fiXXo 8è > àXX’ où3è R. 272.2 ;
Ttpojrou > rrpi tou R. 272.19 ; êpirreaeirai. > Êv Treaeïrai R. 288.11 ;
èmxoïvtùveï > èrrel xoivoiveï R. 307.26.
(d) Fautes dues à une correction mal comprise.
Correction interlinéaire : toüto > toutou ’ ri R 184.26 (via
, "r<
toutou).
Corrections marginales. Dons une citation des Oracles chal-
dalques, R. 154.16-26, le deuxième vers apparaît sous une forme
corronipuo : t)v yàp è~eyxXlvr;i o>? àv voüv xœxeïvo voTjarji. La
forme corrigée, t)v yàp ÙTteyxXivijiç aùv voüv, xàxeïvo voTjaeiç, se
trouve égarée après le septième vers. C’est une faute qui a dû se
produire dans la tradition du TrailÉ des principes, non dans celle
des Oracles, car Damascius n’aurait pas copié un non-sens.
Il y a aussi quelques exemples d’un type de faute signalé il y
n longtemps par Bnnkmann, et qui est assez fréquent dans le
texte de l’iotin1. Un mot omis est suppléé en marge, accompagné
du mot précédent ou suivant pour marquer la place (p. ex. t3jv
rrpôOemv, mg. tt;v ùnù, lire -ri]V ùirù -rpôGeaiv, R 312.18). Une
faute peut en résulter, si l’un ou l’autre des deux se trouve ailleurs
dans le contexte : tô pèv Ttivry) ànéppTjTov <à7t6pp7)Tov> oûtcùç
p7)8* 8ti àTrépprjTOv [oütoiç] TiOévai rrepi aÙTOÜ 10.23-24 (un
prédécesseur do A a omis àTrôpprjTov’ par haplogniphie, àrrùppTjTOV
1 A Brinkmann, « Ein Sclireibgcbraucli uud seine Bedeutung
für die Textkritik », Hhein. Afus.5 7, 1902, p 481-497; Plolini
Opéra, éd Henry Scliwyzer, III, Paris-Leiden 1973 p. xvi.
LXXXVI1I LE TEXTE DES PREMIERS PRINCIPES
oO-rcoç a été écrit en marge, et ensuite mis à la place de àTrépp-qTOv’,
plutôt qu’à celle de oütcoç1). Ou bien, les deux mots sont insérés
arbitrairement à un autre endroit : -ri àrrXiûç < Êv > àrrô toü
Tivèç ^vcopiévou Trpoïèv [«tcXcoij ëv] R. 219.3 ; oùSè &pa oÙoicjSyjç
< 7; érria-rpoçT;, > xal yàp . . (ic-rà -ri Tjviapévov [oùnicl>Bi)ç 7,
énujTpoç^J R. 313.25-27.
(e) Perte de texte à la fin d’une ligne ; toi / <vuv> R. 215.8.
A la fin d’une page : et xi rrÿ / <xarà -ri xpet-rrov..., -ri rtàv-ry)
&pa> xarà -ri xpeÏTTOv ... 14.10-11 ; âXXà xal / <-ri dtp.éf)exTov
àva6alvovri> ... R. 270.17.
3. Fautes d'ordre psychologique.
Omission par saut du même au même : 7) <ùç>’ êavToü 7)>
ûç’ érépou 47.17, 7) iptoetBij àvop.oei8r, > 113.20;________ünapÇiç
<’Exeî Si côte Û7rapÇiç> ïaeoç 114.14 ; oS Si ê-rspé-rqç, <xal -raÙTÔ-
tï)ç> 116.22; fearrep <yiyv<i>cTx6pevov > yiyvôaxsi R. 182.18-19. A
cause de la fréquence de ce cas (prouvée abondamment par
l’expérience), c’est la première possibilité qu’il faut considérer
partout où le sens est défectueux, sans qu’on puisse pourtant
exclure d’autres explications.
Addition par saut du même au même : Svsu Tiviç air(ou,
Cneq àvoTtov, 7) vtt’alrlov [ÔTtep âro?wv] 102.7-8; -ri yàp ë-reuÇe
8r)Xoî ti TBjpnjTÔv, d?.Â’ ov yéwqyx, tô Si te/v^tôm [àZZovyew]a-
7r<£(jqj.ixTiv êa-rev (lire ârrav [Zixtôv iaTiv) R. 112.1-2 ; TteTrivO^aiç
ouaa toû A’ôç èv nAtjOei, Îxcîvo Si Siàxpcou;, rreTrévO'qaiç ovaa
[roü fvàç èv TrÂrjOei] tôv rroXXcàv êv évi R. 114.18-20.
Omission par haplograpbie : c’est, essentiellement, le même
cas que l’omission par saut du même au même. Exemples :
&yvoxj-rov <Ôv> 12.6 ; (ièv <Êv> 38.7 ; ouvOetov <0ETéov>
46.9 ; |xaX6ax7j tcç <iipiç> 64.9 ; <6v> ivop.<7ÇogEv 100.8 ;
ôémv elvai > Oeoivai R. 91.2; êrrel <el> R. 101.9; l8ié-nr,Ti
<8u5ti> R. 101.26 ; xaTà <xà> R. 125.27 ; <SMm> SXXtaç
R 126.2 ; <-rè> -roiivSe R. 129.23 ; oê<8è> Sée-rai R. 133.23 ;
àxpé-ryra tôv > àxpo-rqra>v R. 141.24 ; a’;v èvepystai > auvEpyetai
R. 143.9 ; oG-re Êv <o6te 8v> R. 148.27 ; XéyojiEv <èv> R. 162.8 ;
i7t<av>œyxaaTéov R. 164.17; üa<TE> t8 R. 178.28; 7) <7;>
R. 173.26 ; R. 249.19 ; étpnjTcqievoç voüç > ûçia-raiiévouç R. 191.
16 ; ixépv) <7)> R. 201.13 ; xaTà <xà> R. 205.13 ; R. 266.12 ;
<év> èpiot R. 208.29 ; xal <al> R. 217.22 ; <ÿ)> fyxepiéwjç R. 219.
19; <ô> oûacd>8r;ç R. 221.7 ; <ô> ôXixcé-rEpoç R. 224.12; xarà
tô > xàTiù R. 256.16; pT; 7;v > [zTjv R. 258.16; tcüi i' > tcôl
R. 265.1 ; SiaxplaEojç <ùç> R 276.10 ; ÇwT) <^> R. 285.15 ;
Tàç voijràç <xal V0Epàç> xal Tàç voEpàç R. 286.4 ; -ri XEyépEvov
<£v 8v> R. 313.19 ; 7; OeoJ.oyta <tou1>8e tIç écTiv R. 316.19.
La chute assez commune d’un &- initial peut s’expliquer par
haplographie avant 8, et peut-être avant p : «î>8iâxpiTov
R 161.26, R. 292.27; <à>8iàçopov R. 253.3, R. 256.13;
<à>ptéÔEXTOV R. 255.8, R. 267.28, R. 284.9; àpéroxov > pE-réyov
L’ÉTAT DU TEXTE
LXXXIX
R. Il 2.10. Avant y, cette chute est moins évidente : <&>yvw-
otov 8.18 ; <à>yév7)ra R. 227.5.
Insertion par dittographie : finoiov ôc > ôcnoiov vôi 40.10 ;
Èrri] ên’ 64.3 ; toooütov oôv [avv]anéyec R. 161.24 ; rpùoecaç
ôç] R. 203.28 ; fiv [àv]opoei8ôç R. 222.24 ; [tô] toiovSe
R. 251.7 ; tô[v] votjtÔv R. 290.19.
Métathèse : de syllabes, dvevçiqpjae > àveup’rçaaipi R. 251.19 ;
de mots, xal ri> navra xarà rô Êv àvàfiov > àvà^iov xal rà nàvra
xarà tô êv 71.5 ; &7J' ôç Ôvrcov pèv ànXôç > àXX’ Svtov pèv
àn/ôç ôç R. 123.18. Ces deux cas pourraient aussi être dus è une
correction fautive.
Anticipation d’un mot (ou d’un élément) suivant : SçJ.ov yàp
<5ti [Ènel] xpeirrov forai, foeiST)___ 52.3 ; xarà àpa tô 7]vco-
pévov [ànZôç] toü ânAcüç Tjvopévov 53.23-24 ; roiyapoüv
ônéxeiva (lire êxsïva), oU fort pévovra, foeira ... 97.25-26 ;
ôr’ Jire 7)) éxelvïjv napaSijXoüv foi/Eipouvreç R 104.23 ; àXX’ oK
tiç (lire et riç) oûtcoç ûnoOoïro R. 113 12 ; ànXôç 8è ouv [xal
tô] iv tô 7)viù[xév<ù xal tô 7)v<opêvov Tjvôaôai R. 161.18 r ov
(lire 6) yàp oftnio npoîjXOev R. 166.8 ; êavTÔ ôpexrôv i) (lire
xal) ôcXXoïç roïç per’ aùrôv fj àn’ aûroü npoeXôoücnv R. 185.22-
23 ; eÏte rnjyaïoç pepiapôç (lire àpiOpôç), eï-re pepixôrepoç
R. 242.20-21 ; êv rôi ôiaxjxrcoi (lire votjtôi) tô pèv àôidxpirov
etvai R. 253.11 ; &K)' ovôt (lire fiXXo 8è) oùôév R. 272.2 ; ànel-
pj/Tov (scr. àneipov) etgrçrai R. 277.4 ; [ôç] èv RappevlSy], wç el
ËXeyev R. 277.5 ; oôSov (lire ôSoü) R. 281.28 ; (pv/tv peOexTiüv
lire -Tjv) êv tô pfoco rôv àpeOéxrcov R. 287 7 ; oüre tôi ôiaxgi-
vvnivcüi (lire Siaxsxpipêvoi), àXÂà pôvov ouaa tô ôiaxQivô^ievov
R. 295.3-4.
Écho d’un mot (ou d’un élément) précédent : "Opoiov yàp
â>ç et tiç éx yeve-riiç ôç (lire ôv) tuçXÔç ... 12.13; ... Sri
vnèp navra • Sri (lire et) Si ?jv ôncoaoüv yvcocrôv, ... 17.3-4;
ôïieQ oÜTcoç forlv âyvcoarov, ônep Si (lire ôç pr;Si) tô fiyvaxrrov
Ê/eiv çùcnv 18.5-6 ; cl 8è awalpeoiç Tjpœç ùnepêatvei rovç év
tô Tiravizô noXépiû mn'e<Tnaop.évovç (lire Siecmaopévovç) 66.18-
19 ; xaOfoov fort per’ aùr6, [xaOô] Ssiqoei... 130.1-2 ; ôç ye ovôè
elvai [oùôè (iou)/r)0cïaa R. 128.7 ; npolôvra nepl tô Êv npôeun
[tô] &tc’ éxelvou R. 128.19 ; àni toü àrEÀsaTÔpov elç rô TcXeiôare-
pov (lire reXecô-repov) R. 142.1-2; . . àeTiçarixôv, ... tô 8è
dmOTpéçEiv (lire êraarpéipeiv) ri npèç ravra ; R. 172.24-25 ;
TÔ 6v xarà tô çavôv, xal rô> Sv (lire çavèv) xarà tô yvcoarôv
R. 182.17-18 ;_____npôç rô vorjrAv èxcpalvEi rè èv êxelvcp vmjràv
(lire yvowTÔv) R. 187.23-24 ; xarà yàp tTjv ovouvôt) elç ôxeïvo
[ovaicôôij] ènioTpoç^v R. 190.26-27 ; oùx Sv et’i; rà rpla ôiaxexpi-
/jéva, &)J< etncp àpa, ôiaxfxpi/iéva (lire Siaxpivôpeva) R. 192.
10-11 ; Siaxp£vea6al Tl > 8iaxplvec6ai ôià tI R. 223, 1 ; xal tô
ôv ôpoeiSéç (lire évoel8éç) R. 281.5 ; èv T<ü< èv &i (lire év tôi évl)
R. 228.25 ; xarà tô êv xal [xa]rà noXXà R. 248.29 ; elç rôv
joeoôv ô votjtôç xal voegév (lire voepôç) R. 254.16 ; rô ^vœftévov,
xaOô |xiv ê/et ri toü êvôç, ^vco/iévov (lire êv pévov) R. 273.6 ; év
XC LE TEXTE DES PREMIERS PRINCIPES
8è tv; p.ea6n)Ti ri ôiaKQivôfiei’ov,__, èv 8è rf) àîroTtspaTÔasi r6
iidxQtvôpevov (lire SiaXExpipiévov) R. 295.6-7.
Assimilation des terminaisons : -roïç êrTOÎEiv xal toutoiv
BuvapZwôv (lire -voiç) 8.19-20 ; &tA -rijç àçavoûç êxelvrjq TravreXoüç
(lire -ôç) àSiaxpl-rov aèrla; 107.24-25 ; aùraïç (lire aura) Siaçe-
poûaaiç R. 92.22 ; -roïç (lire rb) TtoXXo'ïç EÏvat R. 121.3 ; éz.Etvaiç
àvaXoyoûaaiç (lire -aotç) raïç ... çùaeat R. 175.9 ; év êxelvçi 8è
xarà t6 àSiàzpiTOv xal xa~à t8 p.vj cuvezoe6t)x6ti (lire -x6ç)
R. 184.2-3; Siiopiapévoi p.Eptz.c>-repoi (lire -repov) R. 211.11 ;
-rijv fxèv xaxà t8 8v vp.voupEvov (lire ûp.vov(xév7)v) R. 228.18 ; to
aÙTçç èxelvTjÇ yewcùpxvr); (lire yevvoip.Eva) R. 229.11 ; tûv
yevêSv éxâatcùv (lire ëxaaTov) R. 238.8 ; xar’ eISoç ëxaarov (lire
èxàarq) R. 246.30 ; TroXXàq eIvki ^u/.àç avrorEXeïç pera -rîjv
<(itav> xal àîr’ aù-rr,ç TrpoeXOoüoav (lire -ovoaç) R. 267.2-3 ; ùç
OeôSv TiapaSiSopiévcov (lire -vaç) R. 286.5 ; Sueïv 6vtoiv (lire 6v)
R. 296.25 ; éiç Trpiç ûnapÇiv TOÔ-rqv oùa(av (lire oùa(a) R. 313.15 ;
8ûo tovtoç àpyàç CiTTO'riôÉp.Evoç Trptëroç (lire TtpaiTOç) R. 317.9.
— Cas compatible : la terminaison change sons l’influence du
préfixe, Biâxpiaiç > Siaxplœcaç (comme si c’était 8ià xplaecoç)
75.14 ; 97.16.
Confusion entre mots semblables. C’est souvent, mais non
pas toujours, le mot rare qui est supplanté par un mot plus
familier: àvEpeOiOTéov > àveOurréov 6.14; &8utov > aSuvaxov 8.13;
21.22 ; àépiorov > àipa-rov 19.11 ; érravêouv > éTtavopôoüv 36.25 ;
18i<5ti)to > àiSionjTO 89.11 ; oTEpijrixcëv > o-repetôv 100.3; &va-
çalvETOC > àTroçatvETOi 128.24 ; TipoXapiTtovaa; > iïpoXap.6avouoa<;
R. 126.7 ; vcôaiç > yeûmç R. 181.3 ; £x<£t7) > éz.àarï) R. 241.24 ;
auvTjpr/jpévov > cvvT;pir)(jiévov R. 260.20 ; év8é^e-rai > énSEt^ETOi
R. 272.1 ; Ù7tépzoap.ov > Û7repx6ap.iov R. 274.16 ; ê^p-njTOi >
è^iqipiQ ai R. 279.17; èTceiyop-évoiv > èTtiyivopAiiùv 293.25;
eIxwx > êxElvrçv R. 301.28; rpi/rjc > tu/tjc R. 307.4.
4. LES MANUSCRITS DÉRIVES DE A
Parmi la trentaine de manuscrits secondaires qui
ont survécu, il n’y a que deux copies directes de
l’archétype1, toutes les deux faites pour Bessarion :
le Marcianus gr. 245 (C) et le Marcianus gr. 247 (B)2 * *.
1. Sans compter deux copies récentes de l’Jn Parmenidem : le
Parisinus Suppl gr. 922 (AB) écrit par A. Grapputo pour Ruelle,
et le Berolinensts gr. 372 (= qu 70), écrit par E. Heitz.
2. On a conservé partout les sigles de Ruelle, mais en rem-
plaçant les petites capitales par des minuscules, parce qu’elles
prêtaient à confusion.
MANUSCRITS DÉRIVÉS DE A
XCI
[Un troisième manuscrit de Bessarion, qui, autant
qu’on le sache, n’a jamais appartenu à la Marciana,
VAmbrosianus C 58 sup. (D), est une copie incomplète,
probablement inachevée, de B]. Nous faisons suivre
une brève description des deux hyparchétypes.
Marcianus gr 245 Z (=582), parchemin, du milieu
du xve siècle (f 1-74 par le prêtre Georges Tnbizias)1,
II + 154 f., 315 x 220 (justifié 230 x 155), 40 lignes,
f. 1-80 : huit quinions (a', p', y' et r/ numérotés);
f. 81-154 : quatre quaternions, un quinion, trois quater-
nions (f. 75-80 et 150-154 en blanc). Au f. IIV, l’ex-libris
de Bessarion et la cote : t6k(oç) oÇ', locus 77. Lu et
annoté par Bessarion2.
F. lr-74v : Aap.acrxlou 8taS6/ou diTTOpiai xal Xuoeiç
Ttepl t<5v 7tpcù-r<ùv àp/cov, des f. 74v, 1. 26, etoI xaxà
àÀTjOeiav où8è ...
F. 81r-149v (en-tête de Bessarion) : Sapacxlou StaSô-
/ou aTtoplai xal Xûaeiç sîç tov TrXaTWVoç TrapfievlSyjv
àvTi7rapaTEtwp.Evat. toïç eiç auxov ÙTroptvqpiaai tou çiXo-
aôtpou : ou y; àp/7) où/ eupiQTai. Inc. tocç àp.eOéxTouç Taïç
pieÔexTaïç.
f. 149v : colophon (comme dans A).
Exemples de leçons propres : 59.19 ëp.p.E-rpov |l 60.12 dxtvçTOç
|| ye TrXeltô ye || 60.20 a)J.à -rà || 61 2 ÔTroloprréov || 62.7-8 oùyl tI
ovaa || 63.14 éanv2 om. 63.19 êva] êv || 63.22-23 ovtco — àitEi-
poùpEVa om. || 65.12 Bvroiç || 68.3 ?, fiyviocTov om. || 68.10 êK>]Zu-
yàÇexai || 70.7 irtévra 74.14 tô aïriov êv transp. I 75.11 Trpéeiocv
(om. ti)
Quelques bonnes corrections faites in scribendo : 6 11 t)tiç
A : eÏtlç l| 9.15 xal om. CB ! || 13.9 t? om. I 29.7 teXeioï
29.10-11 ouyEÎrai A : où/ oïév te CB I 30.19 ouy om. A : hab.
1. Spécimens de son écriture chez 1). Harlllnger, Specimina
griechischer Kopislen der Renaissance, I, Berlin 1974, planches 60
el 61 ; cf. A. Diller, « Tlire» Greek Scribes Workinsr for Bessarion »,
dans Halia medioev. e. aman. Il), 1967, p. 403-406.
2. Ruelle, p. vi vu ; Mioni, op. cil., p. 359-360. Dans l’inventaire
de 1468 (cf. supra, p lxxxi et n. 1) ce ms. est ainsi décrit: ‘423
Item Damaskii pliilosophi platonici qiraestiones de primis
principiis. Item quaestiones in Purmenidem Platonis in perga-
meno, novus ’.
XCII
LE TEXTE DES PREMIERS PRINCIPES
C, s.u. B || 34.23 £v A : èv CB ! || 64.18 ^gîv || 96.15 8$) A : Set l|
100.15 fy A : si CB ! Il 103.4 êv A : êv.
R. II 317.5 || àvôijroç || 317.11 nèv] pèv yàp || 317.20
aù-rü>v || 318.1 SoÇàÇovroç || 320.4 ri om. || 320.22 où8è | 321.17
(xâXXov om.
B Marcianus gr. 247 Z. (= 781), papier, milieu du
xve siècle. I + 330 f., 310 x 225, 27-34 lignes. Fili-
grane : fer de Lance (diffère de Briquet 6262). En bas
du f. lr, cotes de Bessarion : tôtî(oç) 7t°? (rayé),
locus 80 (rayé), 54; au f. lv, 541.
Les cahiejrs correspondent à ceux de A de la manière suivante :
B f. 1-16 = A f. 1-24 (cahiers I-III) ; 17-31 = 25-48 (IV-VI) ;
32-45 = 49-72 (Vli-lX); 46-61 = 73-96 (X-XII) ; 62-80 =
97-120 (XIII XV); 81-96 = 121-144 (XVI-XV11I) ; 97-104 =
145-152 (XIX); 105-112 153-160 (XX); 113-120 = 161-168
(XXI) ; 121-128 - 169-176 (XXII) ; 129-136 = 177-184 (XXII1) ;
137-144 = 185-192 (XXIV); 145-152 = 193-200 (XXV); 153-
160 = 201-208 (XXVI) ; 161 = 209-210 (XXVII) ; 162-169
216-223 (P') ; 170-175 - 224-231 (y') ; 176-181 = 232-239 (8') ;
182-186 et 329-330 (déplacés) = 240-247 (e') ; 187-193 = 248-255
(C') ; 194-209 = 256-279 (Ç-&) ; 210-227 = 280-303 (t'-tp') ;
228 233 = 304-311 (ty') ; 234-240 = 312-319 (18') ; 241-248 =
320-327 (te') ; 249-262 = 328-343 (iç'-iÇ) ; 263-268 = 344-351
(ttf ) ; 269-274 = 352-359 (i0') ; 275-281 = 360 368 (x') ; 282-286 =
369-376 (xa) ; 287-292 = 377-384 (xP') ; 293-298 = 385 392
(xy') ; 299-304 = 393-400 (x8') ; 305-310 = 401-408 (xe') ; 311
315 - 409-416 (xç') ; 316-321 = 417-424 (XÇ) ; 322-327 =
425-432 (xiq') ; 328 (et un feuillet perdu) = 433-434 (x6')-
F. 1-1 fil : 8ap.acx(ou «ptXooéçou à-Ttopiat xat Xûaetç
Trepi -rûv KpÔTCiv àp/ôiv (titre ajouté par Bessarion).
F. 162-328 : Commentaire sur le Parménide, inc.
ràç âp.eOéx'twç Taïç pteOExraïç, des. fin xat êv tc5 SeUTÉpw
(R. II 321.13) (un feuillet manque).
F. 329-330 : à replacer après f. 186.
Une dizaine de copistes se sont partagé les cahiers
du Marc. gr. 246, alors non relié. Au début (f. 1-144,
et de même, f 256 303) chacun reçut deux cahiers
de papier pour y copier trois cahiers de l’original,
1. Zanetti, op. cil., p. 110; Ruelle, p. v-vi ; Mioni, op cil.,
p. 362 363. Ce manuscrit manque dans l’inventaire de 1468.
manuscrits dékivés de a
XCIII
ensuite un seul pour chaque cahier. Mais même dans
un même cahier les copistes se sont relayés à plusieurs
reprises. En général, on ne se donne pas la peine de
remplir les cahiers ou les pages, les feuillets restés sans
écriture sont coupés. C’est ainsi que le passage entre
le Traité des Principes et Vin Parmenidem, marqué
par cinq feuillets blancs dans le modèle, est devenu
invisible dans B, et par conséquent, dans tous les
exemplaires qui en dérivent.
Leçons propres . 59.19 ëp.^vyov (= A8) | 60.7 Ttpoô^aopev ||
60.14 àva6é6r;xe 61.6 TrpoztvSbve’JTtxîjç, Ttapa s.u. J 62.15
TtàXcv (rayé) ^TTjaogev TràXiv || 62.18 rolwv] o5v | 63.2 ÇrjrrçTéov
7tp6 Ttivrov |ï 63.23 èwo^acopxv CB || 64.5 TeXétôÇ àTroa-riivai |[
64.7 Æpicoç rrpô? œvtô || 64.10 àxo).ou0laç] àXiqOelaç 65.3-4 pôXiç
v6Û<o || 65.17 oOtoi 66.12 Xéyo|rev || 66.20 oùSè] où 67.14 ralv-ra
|| 69.1 ouaa Trpco-n; 69.6 oürol | 70.4 t6 om. | 71.1 auva-
vaçalvei (= A8) || 71.11 t8‘ om. 72.4 êv etvac || 73.4 7tp<5 -re]
npôrepov || 73.9 -ri); om. || 73.11 pâàXov 8è rayé, au-nj 8è f; èwotq ||
74.3 àrri> toü évdç xa-rà ye rt êv.
Les corrections in scribendo, outre celles déjà citées sous C,
sont rares : 20.4 ïyet 59.7 rovro || 89.5 ÇijTzjacùgev 107.3 êv |
126.16 toioÔto || 128.18 aû-rov.
De toute évidence, les deux manuscrits sont indépen-
dants l’un de l’autre. B doit être postérieur à C, parce
que le copiste de celui-ci a encore lu le texte original
du passage 73.15-19, rendu illisible ensuite par A3;
à moins qu’on ne suppose une copie intermédiaire
entre A et C. Une telle hypothèse pourrait aussi expli-
quer les corrections conjecturales que C et B ont en
commun. Les autres, il est vrai, sont faciles, mais
il est peu probable que la correction assez ingénieuse
où/ oïov te pour oû/EÏTai (29.10-11) ait été trouvée deux
fois indépendamment, d’autant plus que dans l’un et
l’autre cas les copistes se montrent peu désireux de
corriger le texte. Sans cela, on devrait penser que le
travail a été surveillé par Bessarion, qui aurait commu-
niqué la conjecture de vive voix.
XCIV
LE TEXTE DES PREMIERS PRINCIPES
5. LA DESCENDANCE DE C
On ne possède de C que quatre copies, directes ou
indirectes; c’est sans doute que ce manuscrit a dû être
d’accès difficile pendant le long délai entre la donation
de Bessarion et la construction de la bibliothèque.
Les rapports se compliquent du fait qu’ils ne sont pas
les mêmes pour les deux ouvrages; en outre, il n’est
pas évident que les deux Valicani forment un seul
exemplaire en deux volumes, affirmation de L. Holste-
nius que Mgr Canart a mise en doute. En voici la
description.
ob Valicanus gr. 1765, papier, s. XVI, II + 359 p.,
310 x 210. Provenance A. Lollino, évêque de Bellune
(P- K)1-
P. 1-359 : Aap.aoxiou SiaSo^ou «Troplai xal XÛctelç Trepi
t£>v KpWTCov àp/êSv, des. ètcel xarà âXr;0siav oûSè [ràç
àp.e0éxTOuç tccïç [xeOextoïç = les premiers mots de
l’/n Parm. ajoutés par Holstenius .
P. 359 : note de Holstenius : El cetera, ut infra
n° 1791 in allcro uolumine Damascii, qttae secunda
pars est et conlinualio htijus operis de prirnis principiis,
quamvis titulus ÇiEuSEraypatpoç commentarium in Parme-
nidem falso appellat. Inlegrum Damascii exemptai'
exlal n° 1440 quod hanc observalionem confirmai. L. H.
Leçons propres (ne sont pas dans C) : 62.14 àrcopplaç || 63.14
8é om 63.18 évo-njrov || 65.4 IJSiq] 65.7 fjptxùv oui. || 65.8 pidfh)
Q
165.9 aéra || xarà ont. I 65.16 ô om. || 66 3 tô om. || 68.20 ra otn.
69.6 yàp om. | 70.3 pr») om. | 71.12 ipopiévov1 -ou [| 71.22 axo-
ttoûvtoç || 72.12-13 <!>; Alvoç] ouXïvoç | 74.17 rd om. || 75.9 8è om
Quelques variantes que o1' partage avec e s’expliquent par la
manière dont les mots an question sont écrits dans C : 63.7
yvcaoiç xpelf-roiv obe, C ante corr. || 65 5 êTcixaÀovpæv obe || 66.21
aùrà obc.
1. P. Canart, Codiccs Vaticani graeci, codices 1745-1962, 1,
Rome 1970, p. 89-90
DESCENDANCE DE C
XC\
oc Valicanus qr. 1791 papier s. XVI iv + 334 p.,
325 X 2401.
P. i : noie de Holstenius : Titulus (pEuBETÛypafpoç.
esl enim haec secundo pars el conlinualio operis de
primis principiis, quae excipit primam, quae habetur
supra n° 1765, el sic ibi in calce libri notalum esl. exlal
aulem aliud inlegri operis exemplar n° 1440. L. H
P. 1-329 : AapiaoxÊou 3iaBô/o>j, adoptai xal 7,6geiç eiç
t&v k>.(ztg>voç TrappevtBïjv, âvTt7rapaTEiv6p.evai toïç eiç
aù-rôv Û7top.vy)p.aai toü «ptXoaôçou. mg. : rj àp/r; où/
EÜpiQTai.
P. 329 : colophon (comme dans A).
Leçons propres (outre celles de C) : R. II 317.12 Cyzov]
Cyxov || 26-27 i&Xcov étrrlv SXka. ‘ àXÀ^Xtôv] SXkcw èarlv SM,a.
om., àXXifjXcov ex fiXXcov in scnbcndo || 318.5 où] Bv l| 318.13 are
8te (ou oOte ?) oCte 318.19 & te || 318.21 àOpoiopov] àpiOpèv ||
320.5 où] | 320.26 oùSapÿ)] oùSapoü || 321.11 àXXà || 321.16 -ri]
tÙ || 321.23 ooÇà^ETai.
Les deux autres, Monacensis gr. 5 (e) et Malrilen-
sis 4667 (j), ont été écrits par le même copiste. Dans
le De principiis, j est une copie de e, dans l’Jn Parme-
nidern, il dérive de o°.
Monacensis gr. 5, papier, xvic siècle, 413 f.2.
F. lr-17Gv : Damascius, De principiis, titre comme
dans ob.
F. 177r-345r : id., In Parmenidem, titre comme
dans oc.
F, 345r : xal toüto xaOàç eI/s t6 7rpcoTÔTU7tov aÙTOÜ
é£,ccr<LO(TQ). (En réalité, la révision a été faite d’après
un manuscrit de la classe B.).
F. 346r-413r : Dion Chrysostome, Sept discours.
Variantes dans le De princ. (outre celles de C) : 59.21 xal
àEixlwqroç om. 59.22 à apaXXàxTovç 59.24 Trpù1] Trpùç || 60.14
àvé&rçxev ante corr. || 60.17 post àirXcàç] xaXoup.évou xùapio
add. || 60.18 Ôv] Æv || 60 19 xopuçlov || oùxoç om. ante corr. ||
1. P. Canart, op. cil., p 141.
2. I. Hardi, Catalogus codicitm manuscriplorum bibliolhecae
regiae Havuricae, I, Munich 1806, p. 23-25.
XCVI
LE TEXTE DES PREMIERS PRINCIPES
61.6 KapaxivSevTix^ç || 63.14 èariv’ om. || 65.16 ôeèç om
66.14 xal tovtI* om. || tout!1] toüto (sic) || 68.7 toü om. I
69.12 oÜtco xal] xal oütojç || 70.16 Tcp om. 73 8 xat yàp om. |
75.7 àXXà Ttpôç.
Dans Fin Parm. : R. 321.6 ti] t6 e || 322.11 tÎ> om. e.
j Malritensis Bibl. Nat. 4667 (O 4), papier, xvie siècle,
347 f.1.
F lr-174r : Damascius, De, principiis (titre comme
dans ob).
F. 175r-347r : id., In Parmenidem (titre comme
dans oc).
Variantes dans le De princ. (outre celles de C e) : 62.5 Si) ||
63.14 évl êv || 64.3 jriZvtv (s'explique par jrvoiv ex /pévov
dans e) || 64.21 om. || 68.17 éaur om. || 69.2 xal 7rp<S-n) ||
73.9 TrpÛTOV Sià -rî)ç om.
Dans l’In Parm. (outre celles de Coc) : R. Il 318.9 tovtouç ||
318.27 Tlç ô cxottôç -rijç évà-rqç rrepl t5)Ç 04S 'iTroOéaeoiç : imo-
OécsstùZ TtpcÔTOV ^-njTêov I 319.5 àvqçrjpévov || 319.7 aÏTlov — 8
toôtcov om. || 319.15 <paiv6p.eva] -oç || 320.2 çavracTixèv 321.10
ctoel] ü et.
A nsi, dans le De princ. ob et e sont des copies
mutuellement indépendantes de C, dans Vin Parm.
c’est oc et e. La position de ob et oc dans le stemma
est donc la même, et on peut conclure que, malgré
l’écriture et le format différents, et malgré l’absence
de l’ex-libris de Lollino dans 0e, les deux volumes
vont très probablement ensemble.
6. LA DESCENDANCE DE B
Tout le reste des manuscrits provient de B, soit par
un manuscrit perdu de St. Antoine A Venise (<p), soit
1. E. Miller, «Bibliothèque Royale de Madrid-Catalogue des
manuscrits grecs », Notices et extraits 31, 1886, p. 58-59 Deux
manuscrits récents de la même bibliothèque sont des copies de j
destinées aux Anecdoia Graeca Malritensia de Rafael Casalbôn
(1719-87) : l’un, 4664 (N 155), contient le brouillon de l'In Parm.,
l’autre, 4831 O 123), le texte mis au net. Voir J. R. Vicillefond,
« Complcmento al catâlogo de manuscrites griegos de la Bibl.
Nacional de Madrid », Emerita 3, 193ç, p. 200 et 208.
DESCENDANCE DE B
XCVII
par le troisième exemplaire, incomplet, de Bessarion,
l’Ambrosianus C 58 sup. (D).
Le manuscrit de SL. Antoine appartenait à la précieuse
bibliothèque du cardinal Domenico Grimani (Rome),
qui la légua à la république vénitienne; après sa mort,
en 1523, elle fut transférée au monastère de St. Antoine
à Venise. En l’an 1687, ce qui restait de la collection,
déjà diminuée par des vols et d’autres pertes, fut
détruit par un incendie. Jusqu’à preuve du contraire,
on peut supposer que c’est alors que le manuscrit de
Damascius disparut aussi.
Vendus St. Antonii 269 (décrit dans le catalogue
manuscrit, Val. lal. 3960, f. 9r) :
Damascii philosophi dubta, el soluliones de primis
causis.
Commenlaria in quadriparlilum ptolemei incerlo auc-
lore.
Le titre (philosophi, et non successons) indique un
descendant de B; les données suivantes montreront
qu’il est très probablement identique à l’ancêtre
commun des manuscrits Parisinus gr. 1989 (b) et
Neapolitanus III. D. 11 (sb), dont voici un certain
nombre de leçons caractéristiques :
bsb : 59.23 tou] t5]ç || CO. 10 Tzàvn; l| 62.4 àrroçixvTizÔM || 63.3 te
om. || 61.11 auXXoyujpiv || 65.3 65.6 czÙtoü || 65.10
gévov || 65.13 avvaivEÎTai (p supra v ait. b) || 65.10 S^rcou] 8-)] l|
66.1 ô post ë/si || 66.18 orn. || 67.10 xal om. || 68.7 ye] te ||
68.11 oùSèv -13 om. || 68.13 «ti ô || 68.1o tI om. || 69.6
om 70.5 Tèv] t« || 70.13 YEvcip-évov (b ante corr.) 70.19 ||
om 71 18 ô gèv b, 8 uèv sb || 72.4 Eivai êv || 72.5 TaÙT&v] aÙTÔ ||
73.3 êTrupépcTai || 74.11 xal om.
R. Il 317.18 KapàSoau; || 320.1 éoo: Xeto || 320.6 &Yetvl SXXom b,
(SXov sb.
Ces leçons se retrouvent, sauf correction, dans
glt et dans pkhfoB et leurs descendants.
(b) Il paraît que des quatre manuscrits qui ensemble
forment le groupe b, à savoir b lui-même et ses copies
indépendantes, Berolinensis Phill. 1520 (g), Scorialensis
T. 1.14 (1) et Basileensis F. 11.1“ (t), trois au moins
furent exécutés au monastère de St. Antoine même.
4
XCVIII LE TEXTE DES PREMIERS PRINCIPES
b Parisinus gr. 1989, papier, vers le milieu du xvie siècle,
Il + 263 f.1. Le Litre et l’initiale décorés ont été copiés
d’après ceux du Hamburgensis philol. gr. 23 (f).
F. lr (en bas) : Ex Bibliolheca Jo. Huralli Boistallerii.
Emptus coronatis 50 Conslanlino(poli).
F. lr-263v : Aapacxiou qxXooôço'j «Trop (ai xoà Xûcetç
7tept T6W TipCÙTùW àp/OJV.
F. 129r, 1. 22 : début (non marqué) de l’Jn Parmenideni.
Texte complet.
F. 263v : Ps.-PIaton, Définitions, 411 a 17.
L’achat prétendu à Constantinople doit être une
erreur ou une mystification : d’abord, on ne comprend
pas pourquoi une copie dérivée d’un manuscrit de
Bessarion (B) serait retournée en Orient, ou à cette
époque il n’y avait pas de lecteurs de Damascius;
ensuite, comme nous le verrons, b fut recopié au moins
deux fois à St. Antoine, en 1540 et en 1541; enfin,
il est notoire que Ilurault a possédé un bon nombre
de manuscrits de St. Antoine, originaux aussi bien
que copies. En ce cas, d’ailleurs, parmi les cotes
anciennes préservées dans le manuscrit (D 111; 536;
2127), ne se trouve pas celle de St. Antoine, et le
manuscrit doit, être postérieur à la donation de Grimani
(l’écriture n’est pas celle de Zacharie Kalliergès, comme
le croyait Ruelle).
Leçons propres : 60.12 ttXeïov || 64.8 êprooXîjv || 65 5 aûyTjv]
airJjv || 66.11 ouvalpepa àTrXoûv | 69.16 pc^iroTe] [x^re || 74.7
<o<rre || 74.13 yàp om,
R. II 317.17 p.èv om. || 318.10 xà om. | 318.19 éxàaron ||
318.20 rceTF/]pci>|j.éva |] 319 8 8è] 8è xal || 319.20 çaivo[xévaç || 319.22
offre1] oCre êv || 319.25 ptij] firjSè || 320.14 èv — 15 aTtreaOat
om. || 320.23 8ttou — 24 TroXXà2 om. Il 321.6 xal* om. || 321.8 ëv
tivi t<üv 6vt«v om. || 321.9 xa-rà om. || 321.11 Avopàt/ipev.
Ces leçons se retrouvent dans glt.
g Berolinensis Phill. 1520 — Gr 116 ( 209Meernian
269 Clarim. — 105 Pélicier), papier, an 1540, écrit
1 H. Omont, Inventaire sommaire des manuscrits grecs de la
Bibliothèque Nationale, II, Paris 1888, p. 175 ; Ruelle, p. vin ix ;
id., « Notice des manuscrits de Damascius Trepl àpytïni », Revue de
philologie, de littérature el d'histoire anciennes 14, 1890, p. 138-139.
DESCENDANCE DE B
XCIX
par Valerianus Albini à St. Antoine (f. 356v), 357 f.,
310 x 230. Lu et révisé par Claude Naulot en 1573
(f. lr, 357r)1.
F. lr-35Gv : Aap.acrxt.ou tptXoaétpou aTroplat xal Xuoetç
TtEpt TCÔV TTpùlTCOV àp/oiv.
F. 171r, L 3 : début (non marque) de Vin Parmenidem.
Texte complet.
F. 356v : Ps.-Platon, Définitions, 411 a 1-7.
Leçons propres : 60.19-20 dtiîopp-rçréTepov || 62.5 xavatpixvTixôv ||
63.12 rô1] -rà || 64.4 -Tvjç] | 64.17 Tro-rè] tè | 65.3 -f)“ om. || 65.7
oti] Sri || 65.13 plœv om. | 66.19 tiavixâ» 68.16 êaurô] aùri |
70.10 yvcôpiopàv | 71.6 ri1 om. || 71.19 oÜïtcù] outo || 71.21 àno-
p^tpecev || 72.20 —pi>] Trpèç || 74.4-5 Slàxpiaiç.
Scorialensis T.L14, papier, an 1541, écrit par
Andronikos Nountzios (f. 381r) pour D Hurtado de
Mendoza (f. lr), 545 f., 330 X 2202.
F. lr-381r : Aap.aoxtou çuXotrotpou ’ Adoptai xal Avoeiç
Trepl tcôv 7tpcoT<ov àp/cov.
F. 189r, 1. 7 : début (non marque) de Vin Parmenidem.
Texte complet.
F. 381r : Ps -Platon, Définitions, 411 a 1-7.
F. 383r-517v commenl aire anonyme sur Ptolémée,
Télrabiblos.
F. 518r-545r . Ps.-Porphyre, Introduction à Ptolémée.
Cet exemplaire contient aussi la deuxième moitié
du manuscrit de St. Antoine; cette partie peut bien
en être une copie directe, niais même s’il y a un inter-
médiaire, il reste pratiquement certain que le tout fut
exécuté à Venise, ou Nountzios a travaille pour Mendoza
en 1541-1543.
Leçons propres : 60 8 TravreXwç || 60.12 8è, vüv || 60.17 rt
om. I| 63.7 Sti oti || 63.9 et] elç 65.1 8è] 8è xal I 69 17 xoci
àuù II 74.12 aù-rcii] aùA.
1. W. Studemund-L. Colin, Verzeichnis der griechischen Iland
schrifîen lier kôniglichcn Bibliothek zu Berlin, I, Berlin 1890,
p. 47-48.
2. A Revilla, Calalogo de les Côdices grteÿos de. la Biblioleca
de El Escortai, I, Madrid 1936, p. 432-435.
c
LE TEXTE DES PREMIERS PRINCIPES
t Basileensis F. II.l», papier, an 1546, 295 f., 362 X
250. Fonds Fâsch1 2 *.
F. lr-295r : Aapacxiou çtXoaéçou aKopiat xal Xûceiç
TOpl TÔV KpCOTMV àp/CÔV.
F. 146v, 1. 15 : début (non marqué) de Vin Parme-
nidem. Texte complet.
F. 295r : Ps.-Platon, Définitions, 411 a 1-7.
Le colophon du f. 295r n’indique que la date,
19 novembre 1546, donc cinq ans après 1. On ne sait
pas si, à ce moment, leur modèle commun b se trouvait
encore à Venise.
Leçons propres : 67.2 tôSv] toü | 67.9 têSv] toü || 67.11 yv<n-
crrdv — TtpcùTov suppl. al. m. || 68.8 yàp om. 70.11 xal yivco-
cx6p.evov suppl. al. m. || 71.1 xôlv] xal || 71.9 aÙTèç || 72.19 5)
xarà Çtirçv suppl. al. m. U 74.11 xal Siaxexpipêvov ’ oûx fipaj
Siàxptaiv xal ïcTiv où (xévov êv, àXXà 8iaxexpip.évov toutou ’
TrérrovOev fipa yljy Siàxpiaiy, xal Éç-riv.
(sb) L’autre branche de la famille <p est formée par le
Neapolitanus III. D.ll (sb) et ses copies indépendantes :
Lauretitianus 86, 5(p), Scorialensis É.II.2(k), Oxoniensis
Corporis Chrisli 158 (h), Harnburgensis philol. 23 (f)
et Valicanus gr. 1440 (oa).
Neapolitanus III. 11.11, papier, 2e moitié du xve siècle,
204 f.8.
F lr-204v : Sapatrxtou tpiXonétpou adoptai xal XÛgeiç
7tepl TCOV TTptOTCOV àp/£>v.
F 105v, 1. 7 : début (non marqué) de l’/n Parmenidem.
Texte complet.
F. 204v : Ps.-Platon, Définitions, 411 a 1-7.
Comme ce manuscrit (ainsi que sa copie la plus
ancienne, p). est antérieur au transfert à Venise de la
bibliothèque de Grimani, il fut probablement écrit
à Rome.
Leçons propres : 60.6 avToxlvqTov || 64.8 éooXljv || 70.12-13
arpaveaTÉpou || 71.11 ofrrcov.
R. II 317.10 xovp.oû(jievai || 318.9 oÜtcoç || 320.24 rroXXà*] rà
rroXXà.
I. H. Omont, « Catalogue des manuscrits grecs des biblio-
thèques de Suisse», Zenlralbl. f. Bibliotheksw. 3, 1886, p. 411.
2. S. Cyrillus, Codices graeci manuscripti regiae bibliothecae
Borbonicae, II, Naples 1832, p. 384.
DESCENDANCE DE B
CI
। Laurenlianus 86, 5, parchemin, 2e moitié du xve siècle,
287 f.1.
F. lr-286v : Aap.aax[ou cptXooôçou aTroplai xal Xûoetç
Képi tow Kpcûrcûv àpyojv (titre en onciales dorées).
F. 115r, 1. 19 : début (non marqué) de Vin Parmeni-
dem. Texte complet.
F. 286v : Ps.-Platon, Définitions, 411 a 1-7.
Leçons propres : 60.13 tovtou] tou || 65.18 ’çv] t) || 66.21 àXX’
— 67.1 aÙTÔSv om. || 73.1 5).
K. II 317 5 àpçixpeçvnç || 317.26 xal xaXeï | 318.8 ère’ èvlcov
èTrïvkùv || 318 19 Ta om. || 318.20 Taxû-njTa (poB) 319.25 xal]
xàv || 320.4 6p.oia ovSè om. || 320.9 ÛTOÛeaiv (poB) || 320.12 £v
om. 321.7 àvaTtTÔpevov.
Aucune copie de ce manuscrit n’est connue.
k Scorialensis E.II.2, papier, milieu du xvie siècle,
III + 398 -|- III f„ 300 x 2102.
F. lr-397r : Aap.aox(ou tpiXoaéçou àrcoplai xal XÛgelç
7ïEpt TCÔV 7TpC0T<ùV àp/COV.
F. 191r, 1. 16 : début (non marqué) de Vin Parmenidem.
Texte complet.
F. 397r . Ps.-Platon, Définitions, 411 a 1-7
Leçons propres : 66.2 5] ins. al. m. |l 63.18 foreipa ci)|zeïa]
àireïa || 65 15 xal] tô add. al. m. ]| 72.2 ôti tô ëv 73 3 r)1] el.
R. Il 318.16 T<p Tà || 319.18 V) ûraSOsaiç.
Peu après, une petite partie de ce manuscrit fut
recopiée avec ses fautes et ses corrections :
Scorialensis 4>.1.19, milieu du xvie siècle, IV + 61 f-,
293 x 210. De l’atelier de Darrnarios, selon Andrès;
possesseurs : Alvar Gômez (?), de Olivares, de Eliche3 *.
F. lr-61v : Aap.a<rx[ov tpiXotréçou adoptai xal Xûaeiç
TtEpl Ttov TTpcÔTtûv àpyéôv, jusqu’à 78.22, xal Èxâcrrco (palve-
vat â>ç (fin d’un cahier complet).
Leçons propres : 60.14 ÔTroXà&nç] tô Êv add. || 63.14 où] èv ||
67.2 à|iéao>v || 69.15 Si’] 8è || 72.14 toS’ Êti.
1. A. M Handini, Catalogus codicum manuscriplorum biblio-
Ihecae Mcdiccae Laurenlianae, 111, Florence 1770 291-292.
2. Revilla, op. cil., p. 283-284.
3. G. de Andrès, Catâlogo de los Côdices griegos de la Real
liiblioteca de El Escortai, II, Madrid 1965, p. 27-28.
CH
LE TEXTE DES PREMIERS PRINCIPES
L’opinion d’Andrès au sujet de la provenance de m
est confirmée par le fait que deux copies exécutées
par Darmarios lui-même en dérivent, au moins partiel-
lement. L’une en est une copie directe :
u I psaliensis Bibl. univ. gr. 64, papier, 2e moitié du
xvie siècle, III + 328 f., copiste André Darmarios;
bibliothèque de Sébastien Mieg (f. F)1.
F. lr-328v . Aap.a<rxlou <ptXoo6<pou aTroplai xal Xûoetç
repl Ttôv Kpôxrcov àp/cov jusqu’à R. I 186.23, to TCptorov
yvtocmxov. Note à la fin : xal éXXtrxç îmo
vrfi àpxaiôxTjToç : +àXX’ èXiyov.
Cette note ne nous apprend rien au sujet de la
condition du modèle, c’est un expédient dont Darmarios
se sert aussi pour abréger un texte trop long à son goût.
Voir, cependant, le témoignage plus digne de foi de
Margounios, ci-dessous p. evi (pB).
Au f. IIIr, une note renvoie à un exemplaire
d’Olympiodore, In Gorgiam Ad pag. L ôXupraoS.
elç tov tou 7rXàT. yop. <puX. 634. xal 80. Il doit s’agir du
Val. Regin. gr. 141 (727 f.), écrit par Darmarios en
1573, également de la bibliothèque de Mieg.
Jusqu’à 78.22, u suit m; à partir de là, et jusqu’à
H. L, 186.23, le modèle est un manuscrit du groupe D, qui
s’arrête là. Comme u ne correspond exactement ni à D
ni à pa (quant à na et nb, on leur avait ajouté le reste
des deux ouvrages dès 1549), nous pouvons conjecturer
que Darmarios s’est servi de l’intermédiaire perdu
entre D et ses descendants (8, voir ci-dessous p. Cvi).
Darmarios recopia sa propre copie deux fois, avec
peu de soin :
oa Valicanus Barberinianus gr. 60, papier, achevé
16 mars, 1584, signé par Darmarios (f. 332r),VII -J-335 f.2 *.
F. lr-332r : Aapzujxiou <ptXoo6<pou adoptai xal Xûoeiç
7repl T6Jv Kp«T6JV àp/oiv : TTjÇ <ptXoGO<p[aç : s’arrête à
1. Ch. Graux-A. Martin, « Notices sommaires des manuscrits
grecs en Suède », Archives des missions, IIIe série, 15, 1889, p. 70.
2. V. Capocci, Codices Uarberiniani graeci, I, Rome 1958,
p. 62-63.
DESCENDANCE DE B
cm
H. I 186.23, 7tpcÔT0v yvcûffTiMÔv, avec la note èÇtrrçXov
fy TO TéXoç Ù7TO T7,Ç àpXaiÔTTJTOÇ.
u* Parmensis H.H.V. 53, papier, xvie siècle, 333 + 2 f.,
228 X 165, 13 lignes1.
F. 1-333 : Saptarndou <piXoa6<pou, aKoplat xal XÛoôlç
TOpl tcôv TrpcÔTtov âpyftv. S’arrête à R. I 186.23, to
KpfîiTOV yvûXTTixôv, avec la note è^îtiqXov xal ÈXÂiKèç îjv
to tÉXoç mro Tvjç àpyatéT^TOç : +àXX’ èXiyov. Au f. 52v, 1.9,
manquent les mots 45.12 où xa0’ auTO — -16.5 xtvoupiéviQç,
qui correspondent exactement aux f. 50 -51r de u;
on a donc tourne deux pages à la fois. Le passage se
trouve bien dans o'1, qui est, par conséquent, indépen-
dant de uB.
Revenons aux copies directes de sb.
ti Oxoniensis Collegii Corporis Chrisli 158 (D.4.6),
2e moitié du xve siècle, f. 324. Acheté aux héritiers
de William Grocyn (f 1519) en 1601 (f. lr)2 3.
F. lr-324r : Aaptaoxlo'j <ptXoo6<pou adoptai xal XÛgelç
TTSpl TtûV TtpCûTCOV à.p'j(SiV.
F. 160v, 1. 6 : début (non marqué) de Yln Parme-
nidem. Texte complet.
F. 324r Ps.-Platon, Définitions, 411 a 1 7.
Leçons propres : 2.16 thxvtcùv om. lif | 63.16 8è oùSè 65.3
o'ia] oi (oïa s», oî p) || R. 186.26 Suxxplveiv || R. II 321.24 ôoàv
tôv fiXkcùv om. h, f ante corr.
i Deux copies anglaises du xvne siècle, Oxoniensis
Fell 1 (i)s et Canlabrigiensis, Collegii S. Trinilalis O. 4.23
iB (iB, manque chez Ruelle)4, se présentent explicitement
comme des copies de h.
f Harnburgensis philol. gr. 23, papier, fin du xve siècle,
1. E. Martini, Calalogo di Manoscriili Gréa esislenli nelle
biblioleche ilaliane, I, Milan 1893 [Rome 1967], p. 172-173
Ruelle ne connaît pas ce manuscrit.
2. II. O. Coxe, Catalogi codicum manuscriplorum qui in collegiis
aulisque Oxonicnsi bus hodie asseruanlur, II, Oxford 1852, p. 66.
3. H. O. Coxe, Catalogi codicum Graecorum bibliolhecae
Bodleianae, I, Oxford 1853, 907.
4. M. R. James, The Western Manuscripts in the Librarg of
Trinity College, Cambridge, III, 1912, 274.
C.IV
LE TEXTE DES PREMIERS PRINCIPES
536 p. Possesseurs : N. Peiresc, puis L. Ilolslenius1.
P. 1 536 : AapaGxiou <piXo<r6<pou àroplat. xal Xûaetç
Ttepl tê>v 7ïpd>Ttov âpycov.
P. 264,1.25 : début (non marqué) de l’In Parmenidem.
Texte complet.
P 536 : Ps.-Platon, Définitions, 411 a 1-7.
Leçons propres : 2 16 nàv-rtüv om. fh || 60.18 xarà] xal || 65.1
zarà] xal | 66.18-19 roi)? èv om. || 71.15 of; xal || 73.13 8d] 8è.
R. I 186.25 fiX'/jç om. || 187.8 IJtc1 pr. m.
R. II 317.3 xaTaêXétpTjç || 318.10 <p] || 319.7 xlvijaiv]
Trpoaxvwjaiv (rrpoa souligné) [| 321.24 ùaàv TÔv om. f
ante corr., h.
Les deux variantes communes 2.16 et R. II 321.24
ne suffisent pas pour prouver un intermédiaire commun
entre fh et sb; la dernière peut très bien être acciden-
telle, la première reste inexpliquée.
nB, nb Sur na (copie directe de f à partir de R. I 186.23)
et nb (copie de nB à partir de là) voir ci-dessous, p. cvn.
oB Vaiicantis gr. 1440, papier, xvie siècle, II + 418 f.
Bibliothèque du cardinal Sirlet (f IIr)2 * * * * *.
F. 1 r-418v : Aapiacrxlou <piXoo6ç>ou, àïroplai xal Xûaeiç
repi tcôv rpd>Ttov àp/tov.
F. 221v, I. 29 : début (non marqué) de Y In Parme-
nidem. Texte complet.
F. 418v : Ps.-Platon, Définitions, 411 a 1-7.
Leçons propres : 62.8 où ri] o'jto 63.3 rrévra || 64.7 aù-rJ]v
64.12 à<p’J ùç’ |! 65.3 xa-rà — 4 êvôç om. || 66 7 ëa-riv om.
67.1 aùriv 67.7 f)vcî>p.e0a || 71.23 t<5 ye] Xôye || 72.10 et ye
sire || 73.19 |j.évei
R. II 317 11 (jd:v — 12 êonv om. || 317.14 6ri ïoov xal (Svicrov
oin. । 317.14-15 xal àvùp.oia om. || 317.21 tou — 22 om II
318.1 auvçpijpiévov || 318.2 yàp om. Il 318.20 'raxûvçra oBp ||
318.21 Kyxcùv] 8vro>v 318.26 àel om. | 319.5 fà] xal rà || 319.7
1 IL Omont, « Notes sur les manuscrits grecs des villes
hansée tiques », Ze.nlralbl. f. Bibliolheksio. 7, 1890, p. 359-360;
H. Munzel, Philologica Hamburgensia, Hambourg 1905, p. 4-5.
Extraits publiés par J. C. Wolf, Anecdola Gratca, IV,
Hambourg 1724, p. 195-262; F. Eyssenhardt, Milleilungen aus
de.r Sladtbibtiolhek zu Ilamburg, I, 1884, p. 9-23. Manuscrit de
base pour l’édition de Kopp.
2. Ruelle, p. xm.
DESCENDANCE DE B
CV
xlvrçocq . .. ordocç 319.8 Cvtoç | 319.14 dcXXà om. || 319.24 6ti—
&yec om. || 320.9 ûtvùOeoiv oap || 320.11 vb om. || 320.23 ùnùzsi-
Tai — àXXà om. || 320.25 8è || 321.8 tôiv om.
Une copie en deux volumes de oB se trouve à Paris :
.i Parisinus gr. 1987 et 1988, papier, xvue siècle.
Bibliothèque de Mazarin1.
1987 • f lr-603v . Aapanztou (piXocéçou, «Ttoplat xal
Xôoeiç TOpl tcov 7tpwT«v àpymv.
F. 581r : début (non marqué) de Vin Parmenidem.
S’arrête à R. II 18.1, xi oXov <p)tnv p^Tpov éoTt t£>v.
1988 : f. lr-63Iv : Toü Aapiaaxtou «piXooéçov a7ïopi£>v
xai Xûoecov 7tepl tcôv TtpcoTtov âpytov fkêX. [3' (In Parm.),
inc. IlàXiv 8è èc, àpyîjç (R. II 21.14).
F 631v-632r : Ps.-Platon, Définitions, 411 a 1-7.
Leçons propres (outre celles de oB) : 61.6 ôeôv || 62.1 toIvvv
om. || dç>’] b?’ || 62.8 où ri] où toi || 64 5 ôç om. 64.7 Êwoiav
om. || 64.21 é7riaTfj|j.T)] bm || 67 2 jtopàTCOv || 67.17 xal tôSv
toloÙtcôv om. || 71.11-12 ÙTrepovaoiv || 73.4 xal qtoïjs om. || 74.5
oùSèv.
Reste un groupe beaucoup moins nombreux qui se
rattache à B par l’intermédiaire de la copie incomplète D.
I) Ambrosianus C 58 sitp., papier, vers le milieu du
xve siècle, 104 f. (13 quaternions numérotes). Au f. lr,
les cotes de Bessarion, t6tï(oç) oO' (rayé et remplacé
par) vS', locus 79 (rayé et remplacé par) 542.
F. lr-104v : Aœu.aazlou <piXooo<pou aTOptai xat Xûaetç
TOpl twv TTpcoTtov âpywv. S’arrête à R. 1 186.23, ré
TTpcoTov yv<offTix6v (lin d’un cahier).
Comme l’a montré L. Labowsky, puisque ce manuscrit
n’a pas fait partie de la Marciana, il faut qu’il ait quitté
la bibliothèque de Bessarion avant la donation de 1468.
Autant qu’on sache, il n’a jamais été achevé.
Leçons propres, qui s'ajoutent à celles de B : 60.19 xopv-
çlov ! 61.6 TrpozivSvvEVTixïjç || 62.13 ’EtI] ÈtteI || 62.15 Tnivrcov
1. Omont, inventaire, II, p. 175 ; Huellc, p. vin.
2. Ae. Martini-D. Bassi, Catalogue fpdieum graecorum biblio-
Ihecae Ambrosianae, I, Mihin 1906, p. 191-192; L. Labowsky,
« Manuscripts from Bessarion's Library Found in Milan »,
Mediaeval and Renaissance Sludies 5, 1961, p 108-131 (130).
CVI LE TEXTE DES PREMIERS PRINCIPES
Çt)~z)otô[âev toxXiv 63 11 êwooügev êvèç add. 63.12 xaTà]
xaî. || 64.5 TtpoOTæsoSai (=C) || 65.10 aT7)Çaç|| 66.11 ouvalpiapa
67.10 Êv om. || êv om. || 68.18 Trpiç || 68.19 xal om. I 68.21
yvôxnv || 70.14 elç— 15 yvoxrriv om. || 71.3 àva-lOe oç । 71.17
mjv7)pï)Tœi — 18 yvaxrrév om. || 72.7 txùfi] aÙTOv || 72.14 t68e
tI écTiv elvai om. || 73.16 Staxpiôév hab. (om B).
La dernière variante indique que, en transcrivant B,
le copiste a aussi consulté A, ou C.
8 De l’Ambrosianus D dérivent les manuscrits pb
et nb, non pas directement, mais par l’intermédiaire
d un exemplaire perdu (8), duquel proviennent des
leçons comme 63 4 ëayaTov D, cet. : exacrov pbnb |
69.11 ov] êv pbnb || R. I 183.8-9 èmTroXXïjç pbnb | 186.16
ë^coOev D, cet. : ôcvtoOev pbnb.
pb Oxoniensis Ilolkham 107 (60), papier, dernier quart
du xvie siècle, VI -|- 137 f., 155 x 110; écriture de
Manuel (Maxime) Margounios1. Possesseurs antérieurs
Jean Morézénos, Giustiniani, Thomas Coke.
F. lr-9r : Grégoire de Nyssc [Némésios , De l’âme.
F 10r-128r : Aapiacrx'.ou <piXoGé<pou adoptai xal Xugeiç
Trepl t&v rrptÔTtov àp/oiv. S’arrête à R I 186.23, tÏ
nzpmTov yvcocTixov. F. 128r, note : ëmç <L8e àvrîypatpov.
F. 130r-134r Théophylacte Simocatès, Queutions
naturelles.
Variantes : 60.12 ttXeîôv te || 61.3 outioç — TtEpioy-çv om.
|| 64.14 Siq] Sé || 65.13 t^v om. || 69.16 eISe || 70 17 -ri)ç om.
71.10 Tràvrcoç || 72.2 Ôti] Ôte, mg. Sri ïacoç || 73.16 SiéXOol || 74.17
yàp tI 75.4 to ti || 75.6 Sp/e-rai.
R. I 186.14 tôv] -rijç.
PB
D’après cette copie, Margounios en a fait une autre
Biccardianus K 11.29, dernier quart du xvie siècle,
118 f, 210X1502 * * *.
1. R. Barbour, « Summary Description of the Greck Manu-
scripts from the Library at Holkham Hall », Uodleian Library
Hecord 6, 1957-1961, p. 612. Pas chez Ruelle.
2. G. Vitelh, « Indice de’ codici greci Riccardiani, ... », Sludi
it. di [ilol. class. 2, 1894, p. 505 (= Chr. Samberger, Catalogi
codicum qui in minoribus bibliothecis italicis asseruantur, Leipzig
1965, p. 169).
DESCENDANCE DE B
CV1I
F. lr . "Ex tivoç TraXaioTtXTOu [3t6X(ou (cette note
paraît se rapporter à D, que Margounios a dû connaître,
plutôt qu’à 8).
F. lr-90p Damascius, comme dans pb.
F. 96r-109v Grégoire de ^ysse, De l’âme.
F. 112r-118r : Théophylacte Simocatôs, Questions
naturelles.
Leçons propres : 59.22 ànapà^X&XTOi^ || 69.16 el8e pb : ol8e
p», cet. || 71.12-13 oCto Xpt-
B. I 183.11 ëxçaoiv nbp“ 183.18 6 om. 185.1 ÉTraveXOeïv ||
185.9 êoTelXXaro éoréXXeTO ex êorelXaTO pb) || 185.13 XéyeTai
minus distincte pb : spat uac. p».
n1' Ambrosianus T 113 sup., papier, milieu du XVIe siècle,
iv + 1033 p. ; p. 219.5-1033 écriture de Camillo Veneto;
cette partie a été achevée le 11 juin 1;>49. Propriété de
F. Patrizi, acheté à Rome en 1600 par le cardinal
F. Borromée1.
P. 1-219, 1. 5 : Aap.aaxlou çtÀooéçou adoptai xai
Xûgsiç reepi. tôv npcûTCov àpyoïv, 1.1-R. I 186.23.
P. 219, 1. 5-p 1033 : le reste du Traité des principes
suivi de Vin Parmenidem (début non marqué, p. 468,
1 19), suppléés plus tard
P. 1036-1037 : tllvaE, tüv toü Aapiatrxlou OecopTjpiàTmv
(par Patri/.i .
Jusqu’à B. I 186.23, nb est le modèle de na; à partir
de ce point, le rapport se renverse : c’est na qui a été
complété le premier d’après f, ensuite cette partie a été
recopiée dans nb.
lrc partie : 63.13 xal êzaa-rov || 64.7 -rù aéré || 64.17 oùataç]
è^ovolaç II 65.12 f)] ol | 66.17 vaûb 8v om. || 67.4 à7rô — ô yàp
om. || 68.21 yvciaErai yvüoiv Dp», nb ante corr., yvôSaei nb
posl corr., o, yvcoaei c || 71.11 xal oO-cni xal | 72.1 xarà — 72.2
oùre om. || 72.5 Sri] Êori 74.7 8iazexptp.évou] ov || 79 5 où rô
où oiç D, oûtoç p» oùy oiç nb || 82.8 Tropslci | 83.3 irptÔTOV. A
l’exception de 68.21 et 82.8, ces leçons se retrouvent dans n»,
o et c.
2e partie (hors les variantes de na) : 11. I 188 17 irpcoToiv ||
B. II 317.10 ôcmep — X^rei om. || 318.19 ravra om 318.26
È’oTTjxev om.
1. Martini-Bassi, op. cit., II, p. 854 855.
CVIII
LE TEXTE DES PREMIERS PRINCIPES
na
Ambrosianus C 269 inf., papier, milieu du xvie siècle,
+ 37 f écriture de Michel Sophianos Melissenos,
d’après Graux; ex-libris de Gian-Vincenzo Pinelli
(f. IV)\
F. r 100v : Aapaffxiou <piXoa6<pou aTroplat xal Xéaetç
Ttspl tôv a“v âp/wv, 1.1-R I 186.23. — F. 101 blanc.
F. 102r-371v : le reste du Traité des principes suivi
de l’In Parmenidem (début non marqué, f. 184r, I. 6),
suppléés d’après f.
Acheté en 1609, avec ce qui restait de la bibliothèque
de Pinelli après un naufrage, par le cardinal F. Borromée.
lre partie (hors les variantes de nB) : 63.17 oùSiâxptTov I
64.2 Ttwç xal] tccô; yàp || 66.16 f) toiovtov om. || 67.15 ti om. |
74.7 ËTi 8è || 78.21 ùç] TCp | 80.5 fo>(Op<orr ov || 80.6-7 tû.
tI (trois fois) || R. 184.18 -vÿ) yÿ) || 185.KM1 -ri]V yvâiaiv oûclav
» p ü-
oûolav t))v yvcôatv nb o, oûalav -rî)v yvciatv n*.
2e partie ; R. I 186.25 6Xt]Ç om. f n“ || 187.8 sb f, t)tioi n‘ ||
187 10 yàp] yàp xal f, yàp xal n8 | 187.26 tmiwv oûv, s.u. ot,
f, êTréor’ oûv n® Il R. II 317.3 xaTaêXé^v;? fn8 317.13 ty/oi
n8 || 318.10 J <bç f, ùç n8 || 319 7 Ttpooxûvqmv f, xûvrçaiv n8 ||
321.15 aoyxptvûpÆvoç fn8 || 322.8 tovto] TaiTÛ Sbp, f mg., n8.
Les leçons citées de f sont propres ù ce manuscrit.
On a encore deux copies incomplètes de nb :
o Valicanus gr. 1203,2e moitié du xvie siècle, I + 212 f.2.
F. lr 212v : Aapacrxtou çuXocrôçou adoptai xal Xùcreiç
TOpl tô>v Ttpdrrcov àpx<üv, Vin Parmenidem jusqu’à
R. II 9.14, rûv te TOQyatcûv xal twv piepiCTTWV vo (fin
d un cahier). Le début de 1 In Parmenidem (f. 210r,
1. 5) n’est pas marqué.
Au f. Iv : Damascii frag(men)ltim habitum ab illo
Palrilij, est media circiier lolius operis pars, ul apparel
ex codice integro n° 1440. Ce n’est probablement qu une
conjecture, mais elle est confirmée par les variantes,
qui sont celles de nb, augmentées d’un grand nombre
de fautes nouvelles, (p. ex., 64.3 ètc’-4 —cXXoSv om., 70.4
ôpaTÔv xal om., 80.13 tocch -14 tX1 2 om.) ; les leçons
propres à na ne se retrouvent pas dans o.
1. Ibid., II, p. 1021-1022.
2. Ruelle, p. xm.
DESCENDANCE DE B
CIX
Parisinus gr. 1990, papier, début du xvne siècle,
87 f., 164 p Écriture de Jean de Sainte-Maure, selon
Omont1, mais un spécimen chez R. Barbour2 3 semble
le contredire.
F. 2r : extraits de la Souda.
F. 2V : riÊva£ tou Aapatrxlou Oe<i>pi]p.àTû>v (comme
dans nb).
F. 5r-87v : Aap.acxlou <piXoa6<pou ’Aîtopia xal Xûcreiç,
Ilepl TÜv 7tpü>Tù>v àp/wv, jusqu’à R. I 136.17 ^opev
wç èxéXeucrev àvà 8pup.o6ç (fin de cahier).
La table montre qu’une copie complète était envisagée.
Elle prouve aussi que c dépend de nb, ce qui est confirmé,
en général, par les variantes. II y a, toutefois, quelques
cas d’accord avec na seul; évidemment, le copiste avait
les deux manuscrits à sa disposition.
Variantes : 60.18 8è om | tô* panb : om. nac || 61.2 £p.a
àpa nac || 61.3 oèSeplav || 62.7 ïj — 10 8vopa om. || 63.8
p-ET^yerai || 67.15 ti panbc : om. na || 68.7 êv om. || 68.21 yvô-
aeTai] yvwaiv Dpana, yvwaet nbo, yvcoaei c || 69.16 xevEpSaTOvvreç
na ante corr., c || 70.2 &cte] fiairep 72.7 t8 — 9 ÛTtap^iv om.
|| 73.9 èmcTpéçeTai || 74.16 Siaxplvoi — t8 om. || 78.21 àç
nbc : Tcp na.
Un troisième manuscrit dérivé de nb, qui se trouve
à Padoue, ne contient que deux longs extraits, dont
le dernier est resté inachevé, ou incomplet. Les cahiers
en désordre sont mêlés avec des extraits similaires de
la Théologie Platonicienne de Proclus.
Palavinus Bibl. Univ. 2247, papier, fin du xvie siècle,
131 f., 345 x 235».
F. 2r-23v : Proclus, Théologie, table des chapitres
et I 1 7.
F. 24r-58v : Damascius, R. I 302.7-11 40.27 T] 3è
(xarà).
F. 66r-108v : Proclus, Théol. Plat. II 4; 7-9; V 14-22.
F. lllr-121r : Aapacxl >u <ptXocr6<pou àîcopîai xal
1. Oinont, Inventaire, II, p. 175; Ruelle, p. ix.
2. Greek Literary Ilands, Oxford 1981, p. 30, planche 110.
3. E. Mioni, Caialogo de' manoscritli greci esislenli nette biblio-
teche italiane, I, Rome [1965], p. 265-266.
ex
LE TEXTE DES PREMIERS PRINCIPES
XÔGEtç Trepi tû>v KpwTwv àp/wv, 1.1-31.1 eiSwv (au
f. 121r, seulement 10 lignes écrites).
F. 122r-131v • Damascius R. I 284.22 OépE - 302.7.
Variantes : 2.11 tcAvtx D, cet. : jzfav nbnasa || 2.21 ën] fo-vi
Dnbsa II 3.9 IleûaiTnroç s“ || 3.19 Tràvrcüç Dnls‘ || 3.22 aoXXàocogev
Dnbsa II 3.25 aÔToîç s“ || 4.2 oürw] 6vtwv s“ || 4.8 ri D n», mg. r<p
al. m. : -ri, mg. <â sa || 4.12^) om. s‘ 4.15 Xexrêov sa || 4.16 oùSè1 —
17 vp.wjTêov1 om. sa || 4.24 ijvcùp.êvov] yivégevov Dnbs‘ || 5.1
àrrXoûaTarov, mg. êv àXXcp ârrXoua-repov al. m. n”, pr. m. sa (êv
&XXw àrrXouazêpou na) || 5.2 xal gôvov évèç, mg. êv &XXcp xal
Tràvnj êviç al. m. nb, pr. m. sa (êv fiXXca om. na).
d Au groupe B se rattache enfin le manuscrit perdu
de Strasbourg (Séminaire Protestant, C. VI.34), papier,
in 4°, xvie siècle : Aapuxcxlou çiXocréipou Ttepl twv
KpcùTwv àp/wv1. Ce titre (<ptXoo6<pou, non SiaSô/ou)
indique qu’il s’agit d’un descendant de B. C’est tout
ce qu’on peut en dire; la supposition de Heitz qu’il
s’agissait d’une copie de Darmarios est purement
gratuite.
Dans plusieurs manuscrits on trouve des passages
choisis de I amascius, copiés par des savants ?» leur
propre usage. Nous connaissons les suivants (mais
on pourra sans aucun doute en découvrir d’autres) :
Cambridge, Trinily College 0.5.35 (Thomas Gale,
extraits du ms. d’OxJord, h); Leiden, Vossianus mise. 7,
f. 39r-40v, et Perizonianus F 39, f. 2-7 (J. G. Gevaerts);
Londres, Brilish Library, Parla mus 3318, f. 15r 20v
(apparemment Johannes Meursius); Paris, Suppl, grec
850, f. 48r-49r.
1. Ruelle, Le philosophe Damascius, Paris 1861, p. 45:
E. Heitz, « Der Philosoph Damaskios », Strassb. Abh. zur Philos.,
Freiburgim Br.-Tùbingen 1884, p. 1-24 (p. 17, n 1).
LE PSEUDO-HERENNIUS
CXI
7. LE PSEUDO-HERENNIUS
lier. Notre aperçu de l’histoire du texte de Damascius
ne serait pas complet sans un coup d œil sur la compila-
tion curieuse qui a été publiée par A. Mai sous le titre
'Epevvîou tpiXonéipou eiç -và Merà -rà cpuaixâ1.
Elle est composée d’extraits textuels de six auteurs,
dont quatre sont postérieurs à Ilcrennius, disciple
d Ammonius Saccas et condisciple de Plotin2. Heitz
en a dressé le tableau détaillé3, dont voici l’essentiel :
P. 513.1-517.33 : Georges Pachymère, Epilome
philos. Arist., 262-264 ; 270-272 résumé de la Méta-
physique).
P. 518.1-13 : in! réduction au problème du scepticisme
composée avec du matériel pris chez Augustin, De
Trinitale, XV xii 21.
P. 518.13-522.30 : Philon d’Alexandrie, De ebrietale,
167-199.
P. 522.30-523.13 : non identifié, peut-être trad.
du latin (Steel).
P. 523.13-29 • Philon, op. cil., 200-202.
P. 524.3-525.14 : Augustin, De Trinilale, XV, xii 21;
X, x 13-14; XV, xii 21.
P. 525.18-528.21 : Alexandre d’Aphrodisias, Quae-
sliones physicae, p. 2.20-4.26 ; 40.16-41.19.
P. 528.22-556.33 : Proclus, In Parmenidem, 1071.9-
1074.21; 1075.24-1079.9; 1079.28-1082.19; 1118.9-1124.
37; 1135.6-1140.20; 1141.17-1142.8; 1143.12-1144.37;
1177.27-1179.15; 1180.35-1182.8; 1190.5-1191.9; 1066.
16-1071.8; 1167.12-1169 11; 706.22-708.41; 745.41-746.
20; 1100.13-1101.8.
1. A. Mai, Classicorum auclorum e Vahcanis codicibus edilorurn,
Tomus IX, Rome 1837, p. 513-593.
2. Porphyre, Vita Ploiini, 3.
3. E. Heitz, « Die angebliche Metaphysik des Herennios »,
Silz. Berl. Aliad. 54, 1889, p. 1167-1190. C’est à l’érudition de
M. Carlos Steel que je dois 1’identiflcalion des extraits de
St. Augustin.
CXII
LE TEXTE DES PREMIERS PRINCIPES
P. 557 1-593.29 : Damascius, De principiis 27.1-37.7 ;
39.15-52.15 || R. I 261.22-262.23 | 52.16-55.13 ; 6.11-
9.18; 11.17-25.3 || R. I 106.16-109.22 || 99.1-102.24;
120.20-122.14; 120.9-17; 107.10-12; 111.10-112.17;
104.21 105.21, 71.23-73.11; 83.7-84.21; 87.5-19 || R I
131.13-133 19; 229.2-19 ; 228.3-29; 300.6-306.29; 308.7-
310.12; 311.3-22; 312.15-314.8; 123.11-125.23 ; 86.3-
87.16; In Parmenidem R II 79.28-80.17; 85.10-18.
Holstenius avait déjà signalé les emprunts à Damas-
cius; depuis l’étude détaillée de Heitz, on regarde
l’ouvrage comme un faux, probablement d’André
Darmarios1. Il est vrai que parmi les vingt manuscrits
énumérés par Foerster (dont seize du xvie siècle, quatre
du xvne), quatre sont de la main de Darmarios (ou
proviennent de son atelier), mais rien ne prouve que
le reste en dérive. On sait, d’autre part, que Darmarios
ne prenait pas la peine de fabriquer ses propres faux,
il ne forgeait que les titres2. L’exemple du contraire,
cité par Foerster3 (les scolies sur Hippocrate du
Ps.-Damascius)4, en est la meilleure preuve : il s’agit
d’extraits du commentaire de Galien, anonymes dans
la plupart des manuscrits. Pour ce qui regarde le Traité
des principes, on ne connaît aucun manuscrit complet
écrit par Darmarios, et les variantes textuelles du
Ps.-IIerennius ne s’accordent pas avec ceux que nous
avons mentionnés; en effet, elles ne s’accordent avec
aucun des manuscrits secondaires.
Une confrontation du texte du Ps.-Hcrcnnius avec
celui de Damascius suggère un rapport tout autre et
1. Heitz, op. cil., p. 1186-1187; R Foerster, « Zur Hand
schriftenkunde und Gcschichte der Philologie », Bhein. Mus. 55,
1900, p. 439-448; G. Pasquali, «La cosi detta Mctaflsica di
Erennio e Andrea Darmario », Xenia Bomana, Rome 1908,
p. 23-27, contredit celte hypothèse.
2. D. Colvill, cité par Foerster, op. cil., p. 441-442.
3. Op cil., p 442-443
4. F. R Dietz Scholia in Hippocralem et Galenum, KOnigsberg
1834 (réimp. Amsterdam 1966), II, p. xii-xm. C est Dietz, non
Darmarios, qui a intercalé ces scolies entre celles de Stéphanos et
de Théophile
LE PSEUDO-HERENMUS
CXIII
une date bien antérieure. Lorsque B et C se séparent,
Her. suit celui qui reproduit la leçon de A : 47.2 tô
AC, Her. : om. B ; 50.5 xal Taürrçv AC, Her. : xarà ttjv
aùrJjv B ; 72.4 elvat, xal AC, Her. : êv eïvai xal B ;
73.4 Tüpo Te AC, lier. : rcpoTepov B; 84.11 oCte aÛTÔv
oÛte aXXa AC, Her. : oIÎte &XXov oüre aÙTÔv B; par
contre : 47.10 ofrre AB, Her. : oCtcoç C. (Deux
exceptions qui doivent être accidentelles : 13.7
àXX’ frrt B, lier. : &XXo ti AC ; 40.12 Ÿj8-q B, lier. :
eïSv] AC). La conclusion probable, à savoir que Her.
dépend directement de A, est confirmée par quelques
leçons de A et Her. qui n’ont pas laissé de trace dans les
manuscrits dérivés : 6.14 àvepeOioTéov A1 (correction
peu claire), àvepeOlov (sic) Her. : àveOicrTÉov ABC; 8.20
8uvap.évwv A, Her. : -oiç A2BC; cf. 12.13 oiaTuçXdç A,
TUtpXèç Her. : &v TVipXdç A2BC. Il semble donc bien
que le compilateur ait dépouillé A avant la révision
par Bessarion.
A cette constatation s’ajoute le fait intéressant que
Bessarion possédait des exemplaires de tous les autres
écrits utilisés, sans exception : pour Pachymère, le
Marcianus gr. 218 ; pour Philon, le Marcianus gr. 40 ;
pour Alexandre, le Marcianus gr. 258, déjà mentionné
ci-dessus ; pour Proclus, l’Ambrosianus B 165 sup.1
et sa copie, le Marcianus gr. 191 ; pour Augustin, De
Trinilate (trad. grecque), le Marcianus loi. 62. En atten-
dant la vérification nécessaire (d’autant plus nécess; ire
qu’en ce moment on ne connaît pas de manuscrit plus
ancien que le XMe siècle)2, on peut conclure provisoire
ment que le Ps,-Herennius a été composé à Rome avant
l’an 1468, lorsque la bibliothèque de Bessarion fut
transportée à Venise.
Il faudrait une édition critique pour déterminer si
l’auteur original était un compilateur zélé, mais borné,
capable de toutes les absurdités et de toutes les mala-
1 M. Steel m’informe que c’est bien de ce ms. que le
Ps.-Herennius a copié ses extraits, et cela probablement avant
les corrections apportées par Bessarion.
2. Foerster, op. oit., p. 440-441.
CXIV LE TEXTE DES PREMIERS PRINCIPES
dresses relevées par Heitz1, ou plutôt un faussaire
sans scrupule qui espérait se faire passer pour l’Héren-
nius de la Vie de Plolin. On peut se demander si cela
en vaut bien la peine. Quoi qu’il en soit, on doit avouer
qu’il connaissait le texte de Damascius à fond (sans
quoi il ne serait pas parvenu à fondre ensemble tous
ces éléments divers recueillis dans tout l’ouvrage) et
qu’il comprenait ce qu’il lisait. G’est ce qu’attestent
ses insertions, ses paraphrases, l’élimination ou la
correction des passages corrompus. Comme exemples
de bonnes conjectures, citons : 55.1 aîroXu yàp eïvat
(â ttoXÙ raxpeïvai mss), B. T 306.27 àvicbv râv (àvtévrwv
mss), 300.29 toü (omis dans les mss).
L. G. Westerink
I. Heitz, op. cil., p. 1174 1176.
8. STEM MA
NOTICE
L’objet du Traité des Premiers Principes est la
recherche des fondements de toute procession. L’inter-
rogation porte même, plus en arrière, sur la possibilité
de dire les fondements, donc sur le fondement de tout
fondement. Cette entreprise, qui est une critique
radicale, suit un ordre dégressif. Elle commence par
questionner les principes les plus élevés. Tel est l’objet
du 1er volume de cette édition : De l’ineffable et de l’un
(Ruelle I, p 1-p. 86.2). L’interrogation se poursuit
à propos des principes qui modahsent l’un : l’un
limitant, la pluralité illimitée, l’unilié. Ce sera l’objet
du 2e volume : De la triade et de l’unifié (R. 1, p. 86.3-
p. 220.22). L’épreuve continue par l’aporétique de la
procession de l’unifié, l’interprétation des théologies
de la triade, et elle s’interrompt dès les premières
pages de la discussion consacrée à la participation,
la fin étant perdue. Ce sera l’objet du 3e volume :
De la procession de l’unifié (R. I, p. 220.23-11, p. 4.8).
Avant d’analyser l’argument de ce 1er volume, il
convient d’indiquer que le Traite des Premiers Principes
est présenté dans des divisions nouvelles par rapport
à celles de l’édition C. E. Ruelle (les pages de celle-ci
sont indiquées en haut à gauche du texte grec1). La
table des titres contenue dans le Parisinus gr. 1990
(xvn° s.), ainsi que celle de l’édition Ruelle, n’ont pas
été retenues parce que jugées trop ponctuelles. Pour
une œuvre aussi philosophique que celle-ci, il a paru
préférable de proposer, dans cette notice, des titres qui
s’attachent à restituer le tracé le plus général du
mouvement spéculatif.
1. Nous avons rappelé entre parenthèses, dans la marge
gauche, les numéros des paragraphes de Ruelle, cités régulière-
ment par LSJ.
C.XVIII
NOTICE
Le présent volume s’ouvre sur une aporétique
a priori de la notion de principe absolu (Ire partie).
Elle est suivie d’un essai de remontée a posteriori vers
cette notion (IIe partie). Vient ensuite une aporétique
a priori de la notion de l’un (IIIe partie), qui débouche
sur le problème de l’un et de la procession (IVe partie).
Ire partie. Di: l’ineffable :
APOllÉTIQUH DE LA NOTION DF PRINCIPE ABSOLU
1. L aporie radicale: le principe ne peut être ni hors
du tout ni dans le tout, et le tout ne peut procéder d’un
principe ni être le principe1.
L’aporétique de la notion de principe absolu consiste
à dérouler toutes les contradictions que cette notion
suscite dans le discours et qui sont contenues implicite-
ment dans l’aporie initiale : ou bien le principe est hors
du tout, mais alors le tout, à défaut d’être le principe,
n’est plus le tout; ou bien le principe est dans le tout,
mais alors le principe, étant une partie du tout, n’est
plus le principe. De plus, le tout ne peut pas procéder
d’un principe, car le principe serait hors du tout (ce qui
est déjà réfuté). Enfin, le tout ne peut pas être le
principe, car ce qui procéderait du tout, comme son
effet, devrait ipso facto en sortir et s’en exclure, ce qui
est absurde (p. 1.4-p. 2.20).
2. Diverses manières de. penser le tout et de. le. résoudre
dans le principe.
N’est-il pas possible de décomprimer cette univocité
du tout dont l’absolu sature le discours ? Le tout est vu
en même temps dans la pluralité et dans une certaine
distinction Nous pourrons donc penser le tout scion
trois modes, pour le moins : le mode plurifié, le mode
1. Les chiffres en tête des paragraphes du sommaire corres-
pondent à ceux de la traduction, et les pages indiquées en fin
des paragraphes sont celles du texte grec.
L’INEFFABLE
CXIX
unifié, le mode unitaire. L exigence de totalisation est
à la fois diverse et identique. Le tout est donc susceptible
de plusieurs principes d’unification. Le tout plurifié
se résout dans le tout unifié, le tout unifié dans le tout
unitaire, le tout unitaire dans l’un qui est tout antérieu-
rement à tout. Voilà donc le principe. Non, car, même
si l’on résout le tout dans la simplicité de l’un, ce
dernier, pris dans la relation, est dualisé à l’infini et
sa notion participe de la division de notre pensée.
Cependant, il faut qu’il y ait un principe transcendant,
incoordonné à tout, antérieur à la simplicité de l’un
qui a absorbé toutes choses (p. 2 21-p 4 12).
3. Postulation du principe et impossibilité de le dire:
il n’est même pas l’un, mais, au-delà de loule relation,
il est le néant ineffable par transcendance.
Notre âme a en elle la divination d’un tel principe,
de quelque manière que le tout soit pensé; et elle en
fait l’aveu contre les exclusives du discours absolu et
les atermoiements à l'infini du discours de la relation.
Cet aveu consiste dans l’impossibilité, reconnue et
justifiée, de dire le principe comme principe, comme
cause, premier, antérieur à tout, au delà de tout,
dans l’impossibilité même de le proclamer, de le
concevoir, de le conjecturer, fût-ce par le truchement
de 1 un, car l’un reste relié aux plusieurs dans son
opposition même, tandis que le principe est au-delà
de toute opposition, même de celle qui se caractérise
comme étjint entre un premier et co qui vient après
lui. C’est pourquoi, il sc réfugie dans le néant par
transcendance. Son aveu, qui exprime de tous nos
besoins le plus nécessaire, ne peut se produire que dans
le renversement du discours; et meme en disant que le
principe est ineffable et incompréhensible, nous n’annon-
çons rien de lui, mais nous laissons seulement entrevoir
nos propres états envers lui (p. 4 13 p 8.20)
4 Beporl de l’aporie sur l’un lui-même: en quel sens
il est indicible et dicible.
cxx
NOTICE
Nous retrouvons les mêmes difficultés au sujet de l’un.
Platon l’a dit inconnaissable. Pourquoi donc chercher
encore au-delà de l’un ? G est que, peut-être, Platon
lui a fait médiatiser l’ineffable. Mais, apres s’être élevé
jusqu’à l’un, Platon a gardé un silence absolu vis-à-vis
de ce qui est absolument secret. En outre, les démonstra-
tions ne conviennent pas à l’un, car elles ne conviennent
même pas à l’être ni aux formes. Nous ne disposons
donc que de l’analogie et des négations pour nous
élever vers l’un et vers l’ineffable, au moyen d’allusions
et de conjectures. Cependant, l’ineffable est tellement
ineffable qu’on ne peut rien conjecturer de lui, et qu’on
ne peut même pas poser qu’il est ineffable. L’un,
quant à lui, n’est que relativement ineffable, en ce sens
qu’il défie toute composition de nom et de définition,
mais il se laisse entendre comme le plus simple et le
plus compréhensif, et comme l’un qui est tout antérieu-
rement à tout (p. 9.1-p. 11.16).
5. Comment pouvons-nous parler de l’incognoscibililé
de l’ineffable?
En qualifiant l’ineffable d’incoordonnable à quoi
que ce soit, ne connaissons-nous pas sa nature ?
Comment parlerions-nous de son caractère inconnais-
sable, s’il ne nous était pas connu ? Enfin, comment
nier ou affirmer quelque chose de ce que l’on ne connaît
pas ? Réponse : en disant que l’ineffable est inconnais-
sable, nous ne disons rien qui lui appartienne et nous
n’énonçons de lui aucune particularité, comme serait,
par exemple, pour l’intelligible, l’inaptitude à être
saisi par la vue. Nous ne le disons pas non plus
inconnaissable, en entendant par là qu’il serait une
chose ayant l’inconnaissable pour nature. Enfin, tous
les prédicats sont niés de lui sans que ces négations
le dévoilent, car ce sont seulement des suppressions
de ce qui vient après lui. Si, par ailleurs, nous suivons
la voie de l’analogie, les plus hautes perfections ne le
concernent pas, ce ne sont que nos propres convention»
à son égard. Alors, ou bien on remonte à l’infini des
1.’INET TABLE
CXXI
conjectures, ou bien il faut s’arrêter à l’absolument
ineffable (p. 11.17-p. 14.19).
6. Que démontrons-nous au sujet de l'ineffable? En quel
sens il n’est pas objet d’opinion?
A l’égard de l'ineffable, nous ne démontrons que notre
ignorance et notre aphasie. Toutefois n’avons-nous pas
une opinion de lui ? Oui, mais notre opinion est qu’il
n’est pas, et elle est vraie. Or si cette opinion est vraie,
elle doit se rapporter à quelque chose qui est. Cependant,
comment l’ineffable pourrait-il avoir l’être et être vrai,
s’il est inconnaissable ? On réplique que son non-être,
du moins, et son caractère inconnaissable sont vrais
comme l’est le véritable faux. On répond que c-es
caractères sont du domaine des privations et de ce qui
n’est pas sous quelque rapport, tandis qu’au néant
absolu rien ne peut être attribué de ce qui est de
quelque façon, même pas l’expression de « néant
absolu », qui, en tant que telle, est encore de l’être.
Le néant, tant le meilleur que le pire, est donc indicible
et inopinable (p. 14.20-p. 16.17).
7. Baisons et nature de notre ignorance à l égard de
l’ineffable. Nous ne le connaissons ni comme connaissable
ni comme inconnaissable. Difficulté de connaître même
l’un.
Gomment notre ignorance est-elle démontrable ?
11 y a plusieurs raisons pour dire inconnaissable le
principe : a) Plus une chose est digne, plus elle surpasse
la connaissance, et il y aurait identité entre ce qui
surpasserait toute connaissance et ce qui serait le
plus digne, si cela pouvait être trouvé, b) Le principe
est inconnaissable, car, dans le cas contraire, il aurait
quelque chose de commun avec tout : le connaissable.
c) L’inconnaissable est déjà dans les êtres, sans qu’il
indique nécessairement une infériorité; ainsi, l’intelli-
gible est inconnaissable à la sensation, parce qu’il
lui est supérieur. Dans ce cas, la négation peut signifier
une transcendance : on dira le non-forme pour dire le
CXXII
NOTICE
suprafonneJ, le rien pour désigner ce qui, dans l’inco-
gnoscibilité de sa transcendance absolue, passe tout,
non seulement l’ètre, mais encore l’un; et si l’un est
le dernier connaissable, l’au-delà de l’un est tellement
inconnaissable que nous ne pouvons même pas le
caractériser comme inconnaissable. Notre ignorance
complète correspond à l’absence totale de point de
contact, que suppose ce néant de l’un au-delà du néant
de l’être (car il n’est pas seulement négation de l’être,
mais négation de 1 un). A l’objection que le néant
est la chute hors de tout et que ce n’est pas là ce que
nous pensons de l’ineffable, on répond qu’il y a deux
néants de l’un : celui qui n’est même pas le dernier un
(l’un de la matière), celui qui n’est même pas le premier
un. Inconnaissable à notre connaissance, l’ineffable
l’est aussi à celle de l’intellect, tournée vers l’intelligible,
et même à la connaissance divine tournée vers l’un.
Mais l’un lui-même risque d’être inconnaissable, car
il refuse la dualité que la connaissance suppose entre
le connaissable et le connaissant. Le dieu qui est en l’un
ne lui sera donc pas uni selon ce mode (p. ÎG.18-p. 20.4).
8. La remontée vers l'ineffable suppose d'abord la
remontée du discours allusif vers l’un el elle s’achève
dans le renversement total du discours.
Si l’un est inconnaissable, l’ineffable l’est aussi,
à plus forte raison. Et, même en admettant que l’un
soit le dernier connaissable, nous ne connaissons rien
au-delà de lui. Nos propos sont-ils donc vains ? Non,
car nous sommes conscients qu’ils sont indignes de ce
qui est posé comme premier. Egalement, nous considé
rons les images des formes, en nous, comme indignes
des formes elles-mêmes et nous remontons vers elles
de manière allusive; de même, à partir de l’image,
en nous, de leur coagrégat, nous remontons vers l’être ;
de même enfin, de l’un et du simple, en nous, nous
remontons vers la simplicité de l’un (dont ces mots
ne sont qu’un indice) et, cette fois, non en contractant
toutes les choses, mais en les simplifiant vers lui. C st
L’INEFFABLE
CXXIII
alors que, saisissant tout cela de manière allusive,
nous décidons de poser l’incoordonnable et le tellement
transcendant qu’il n’est même pas transcendant à quoi
que ce soit, car il serait relié à cela. Nous nions donc
même le transcendant. Mais toute négation est encore
un discours et doit être niée, car le niable est une
réalité, tandis que l'ineffable n’est même pas niable,
ni du tout exprimable, de sorte que tout discours,
même négatif est tari. S’il faut cependant suggérer
quelque chose, on se servira des négations, tandis qu elles
se renversent à l’infini (p. 20.5-p. 22.19).
9. Trois questions et réponses.
La lre question porte sur le néant et se divise en
deux : a) Est-ce que le renversement du discours
nous conduit à proclamer ce qui n’est en aucune façon
ni sous aucun rapport ? On répond que le néant est
double, celui qui est supposé selon le pire, celui qui est
supposé selon le meilleur; b) mais, si le néant selon le
pire est la chute totale hors de l’être, ne sera-t-il pas
encore embrassé par l’un qui s’étend en deçà et au-delà
de l’être, et ne le sera-t-il pas aussi par l’ineffable qui
s’étend en deçà du dernier un comme au-delà du
premier un ? On répond que, si ce néant est simple
privation de l’être, rien ne l’empêche d’être affecté
par l’un et par l’ineffable telle est la matière. Mais
on observera que ce néant n’est pas le néant absolu
selon le pire, lequel est la chute hors de tout ce qu’on
peut conjecturer de quelque façon, et qui n’est ni être,
ni un, ni ineffable. — 2e question : L ineffable entoure-t-il
l’exprimable î Non, car il est sans relation. - 3e ques-
tion Est-ce donc que rien ne vient de l’ineffable ?
Tout vient de lui et tient de lui son existence, et rien
ne l’empêche de donner quelque chose de lui même
aux procédants. Ainsi, l’un nous apparaît plus ineffable
que l’être, l’être plus que la vie, la vie plus que l’intellect.
Mais, en supposant cela, nous faisons procéder l’ineffable
lui-même et nous le divisons en le contaminant par
l’exprimable Alors, il n’ost pas vrai que 1 ineffable
CXXIV
NOTICE
donne quelque chose de lui-inêine et se laisse participer.
On peut ainsi conclure que le renversement du discours,
dans cette dernière aporie, montre encore que le
principe est inelïable (p. 23.1-p. 2G.8).
IIe partie Essai de remontée vers le principe
Parménide est allé jusqu’au bout des conséquences
qui suivent de l’un; quant à nous, relativement au
premier principe, nous remonterons vers lui à partir
de ce qui est évident aux sens (p. 27.1-10).
1. Première voie de remontée vers le principe: par
l’absence de besoin.
La première voie de remontée s’appuiera sur cet
axiome : ce qui est sans besoin est naturellement avant
ce qui est besogneux; et ce qui est absolument sans
besoin est le principe (p. 27.11-p. 28.11).
1.1. Premier degré: le corps qualifié.
Partons du premier exprimable qu’est le sensible
ou le corps qualifié. 11 apparaît besogneux de ses propres
constituants, à savoir le corps et la qualité particulière
Le corps n’est pas le principe, car le principe ne
s’ajoute rien. En outre, le corps, étant divisible, est
besogneux de ses propres parties et de quelque chose
qui les rassemble; informe, il a besoin d’ordre et de
spécification. De plus, les éléments ont besoin les uns
des autres. En conclusion, le corps a besoin de la qualité
incorporelle et réciproquement, pour la formation du
sensible qui est la forme composée des deux. Mais
cette forme ne se produit pas elle-même et elle a besoin
d’un principe qui la produise (p. 28.12-p. 30.20).
1.2. Deuxième degré: la nalure el la vie végétative.
La nature est le principe formateur recherché.
Immanente par soi et non par accident aux formes
composées, elle est, en effet, plus simple qu’elles; mais,
I« REMONTÉE VERS LE PRINCIPE
cxxv
étant inséparable de ses productions, elle en est encore
besogneuse. Cela est vrai aussi de sa manifestation
la plus évoluée qu’est la vie végétative. Celle-ci, principe
des activités de nutrition, d’accroissement, de repro-
duction, supérieures à l’activité du corps simplement
physique, reste inséparable de son substrat et donc,
elle est aussi besogneuse (p. 30.21-p. 32.3).
1.3. Troisième degré: l’âme non-ralionnelte.
Au dessus de la vie végétative, l’âme non-rationnelle,
sensitive et appétitive, bien qu’elle paraisse plus
séparable, ne l’est pas réellement. Ne pouvant pas
revenir sur elle-même, elle est besogneuse du corps.
En effet, le sentir et le désirer sont le fait non de l’âme
seule, mais de l’ensemble âme-corps. Cette âme reste
donc dépendante de l’inférieur (p. 32.4-p. 33.14).
1.4. Quatrième degré: l’âme rationnelle.
L’âme rationnelle est séparable en elle-même et fait
retour vers soi. Mais elle ne projette pas simultanément
tous ses actes, qui restent soumis au changement.
Elle est donc besogneuse sous ce rapport. Cependant,
sa substance, en tant qu’éternelle, possède ses actes
substantiels qui ne s’interrompent jamais. Sous cet
autre rapport, elle n’est pas besogneuse. Or, le principe
doit être sans besoin sous tous les rapports. Cette âme
n’est donc pas principe an sens le plus propre (p. 33.15-
p. 34.8).
1.5. Cinquième degre: l’intellect immobile et éternel.
Au-dessus de l’âme rationnelle, l’intellect est immu-
able non seulement selon la substance, mais aussi selon
la vie et la connaissance, selon toutes les puissances
et tous les actes. Toutefois, il est composé d’un et de
plusieurs, de tout et de parties, de plcrômes supérieurs,
moyens et inférieurs. Dans ces conditions, chacun
de ses constituants a besoin des autres. En outre, il y a
en lui la dualité de l’intelligible et de l’intellectif,
chacun ayant besoin de l’autre et l’ensemble ayant
besoin des deux (p 34.9-p. 35.13).
CXXVI
NOTICE
1.6. Sixième degré: l’un-être.
On remonte à l’un-être ou à l’unifié, dans lequel
il n’y a rien de totalement distingué, aucune multitude,
ni ordre, ni dualité, ni conversion vers soi Cependant
l’un-être (ou l’être de Parménide) n’est pas l’un, mais,
ce qui est affecté par l’un. Et, soit qu’on entende l’être
comme un mixte formé d’éléments antérieurs, il est
besogneux de ceux-ci; soit qu’on l’entende comme un
mixte autoconstituant qui procède de l’un, en mani-
festant en même temps que lui-même ses propres
éléments, l’un et le non un qui sont en lui ont besoin
l'un de l’autre, et l’être a besoin des deux. De plus,
dans l’un-être, l’un a besoin de l’être et l’un-être reste
besogneux (p. 35.14-p. 37.2).
1.7. Septième degré: l’un.
Au-dessus de l’un-être, l’un se pose comme absolu-
ment simple, donc sans besoin ; par suite, l’un est le
principe de tout, la cause, le premier. Mais ces prédicats
menacent sa simplicité et le rendent besogneux de tout
ce qui vient après lui, car le principe est dit de ce qui
en procède, la cause est dite des effets, le premier est dit
de la série. Pris dans la relation, l’un contracte une
certaine trace de besoin. Ici, le discours se renverse,
car, en tant qu’un, l’un est sans besoin; en tant qu’un,
il est principe, mais en tant que principe, il est beso-
gneux; toutefois, ce n’est pas sous le même rapport.
Néanmoins, le besogneux lui appartient en propre,
et puisque rien ne peut appartenir à l’un que selon
l’un, ce caractère du besogneux doit donc procéder
de lui comme le reste (p. 37.3-p. 39.4)
1.8. Éclatement de la notion de principe dans l’ineffable.
Il faut encore remonter vers ce qui serait absolument
sans besoin. Mais on ne pourra même pas dire que
cela soit principe et soit absolument sans besoin, car
la transcendance vis-à-vis du besoin reste reliée au
besoin. La remontée s’achève ainsi dans l’absolument
incompréhensible et le totalement enseveli dans le
silence (p. 39.5-p. 39.14 ).
Il' REMONTÉE VERS LE PRINCIPE CXXV1I
2. Deuxième voie de remontée vers le principe: par
le besoin.
La deuxième voie de remontée s’appuie sur l’axiome
suivant (corollaire du premier) : ce qui a besoin d’un
supérieur se place apres lui, au second rang (p. 39.15-
p. 40.3).
2.1. Premier degré: du corps non qualifié au corps
qualifié ou au sensible.
La matière a besoin de la forme, que ce soit la
première matière, dépourvue de toute forme, ou la
matière seconde, pourvue de quantité mais non de
qualité (le corps sans qualité). La qualité est de deux
sortes : la qualité substantielle (la forme en soi, avec
ses éléments), la qualité accidentelle qui vient s’ajouter
au corps déjà qualifié substantiellement et achève
de le déterminer. Le corps sans qualité est ainsi inférieur
au corps qualifié qui fait advenir le sensible (p. 40.4-
p. 41.10).
2.2. Deuxième degré: du sensible à la nature.
Les corps sensibles ont besoin d’un principe supérieur.
S’il leur est intérieur, c’est la nature; s’il leur est
extérieur, c’est l’art. A titre de cause, la nature est
supérieure aux qualités, comme l’art aux objets fabri
qués (p. 41.17-20).
2.3. Troisième degré: de la nature à la vie végétative.
Parmi les corps naturels, certains se nourissent,
croissent et se reproduisent, ce qui indique une puissance
supérieure aux qualités et à la simple nature du corps
physique, telle est la vie végétative (p. 41.21-p. 42.8).
2.4. Quatrième degré : de la vie végétative à ta vie
sensitive ou à l’automoteur apparent.
La vie végétative est inférieure à la vie sensitive qui
caractérise le vivant non rationnel, doué d’auto-
motricité apparente (en ce sens qu il n’est pas tout
entier automoteur en toutes ses parties). Cette notion
d’automotricité apparente entraîne toute une série
d’apories (p. 42.9-p. 43.8).
CXXV1II
NOTICE
2.41. Problème de l’aulomolricité de l'âme non-ralion-
nelle.
D’où l’âme non-rationnelle tient-elle son activité ?
Est-ce de l’âme universelle ? Non, ce serait identifier
le rationnel et l’irrationnel, et cela au niveau même de
l’âme universelle. L’âme non-rationnelle se meut-elle
alors d’clle-même ? Non, car il faudrait qu’elle se
retourne vers soi, ce qui n’est pas le cas (p. 43.9-
p. 44.11).
2.42. Trots hypothèses : l’âme privée de raison est-elle
automotrice, en tant que mue à partir d’elle- même el non
par elle même, vu bien l’esl-elle, en tant que substance,
ou bien en tant que composée avec son substrat corporel?
Si l’âme non-rationnelle n’est pas mue par elle-même
(ùrté), elle est peut-être mue comme à partir d’elle-même
(ômb). Mais il faut que quelque chose soit mû ou par soi
ou par un autre. Or, au sujet de l’âme non-rationnelle,
la première éventualité vient d’être exclue, tandis que
la deuxième s’avère impossible : l’âme non-rationnelle
n’est mue ni par quelque chose de supérieur à elle (cf.
le paragraphe précédent), ni par quoi que ce soit (ce qui
serait absurde), ni par ce en quoi elle est (cela est
impossible, puisqu’il s’agit du corps). — L’âme non-
rationnelle serait-elle alors automotrice en tant que
substance ? L’hypothèse ainsi formulée n’a pas de sens,
car il ne s’agit pas d’expliquer la génération des actes
substantiels, qui est propre à toute substance, mais la
production des actes changeants. — Dernière hypo-
thèse : l’âme privée de raison agit, non pas seule, mais
avec son substrat (p 44.12-p 45.28).
2 42 3. Si le composé a l’apparence d’être tout entier
mouvant el mû, c’est qu’il esl mouvant selon l’âme et mù
selon le corps.
Dans cette perspective, il faut éviter de poser, d’un
côté, ce qui est mouvant, de l’autre, ce qui est mû;
c'est, en effet, le vivant composé dans son unité (corps
sensitif ou sensibilité incorporée) qui agit avec l’appa-
rence de l’automotricité Automotricité apparente,
IIe REMONTÉE VERS LE PRINCIPE CXXIX
car ce n’est pas, en réalité, une chose identique et
indivisible qui est à la fois mouvante et mue. Mais,
si le composé a, du moins, l’apparence d’être tout
entier mouvant et mû, c’est qu il est mouvant selon
(xaT«) l’âme et selon le corps, mais non par (6k6) l’âme
ni par le corps (p. 46.1-p. 48.6).
2.44. La distinction du « par quoi »etdu« selon quoi ».
Cette distinction éclaire le problème de l’automotri-
cité apparente. De même que le mobile est mû par
un mouvement qui lui est extérieur, mais selon le
mouvement qui est devenu son état, de même le composé
est rendu automoteur de l’extérieur par une forme
réelle d’automotricité (cause efficiente), mais selon
l’automotricité reçue en lui et devenue son état (cause
formelle) (p. 48.7-p. 49.4).
2.4 6. Degrés d’aulomolriciié.
On peut répartir les degrés d automotricité en
connexion avec les degrés de séparabilité de l’âme
vis-à-vis du corps : entre les extrêmes que sont la forme
rationnelle entièrement séparable et la qualité entière-
ment inséparable, il y a, d’une part, touchant à l’insépa-
rable, la nature, d’autre part, touchant au séparable,
1 âme non-rationnelle, et dans l’entre-deux la vie
végétative, que Damascius laisse indécise entre l’âme
et la nature (p. 49.5-p. 51.5).
2.5. Cinquième degré: de l’automoteur apparent à
I automoteur réel ou rationnel.
L’automotricité apparente, mêlée à l’hétéromobilité,
se range au-dessous de l’automotricité réelle ou ration-
nelle, telle qu’elle apparaît déjà avec l’âme humaine :
c’est le propre de toute forme rationnelle (p. 51.6-
14).
2.6. Sixième degré: de l'automoteur réel ou rationnel
a la cause immobile.
L’automoteur réel, à la fois mouvant et mû, se range
à son tour au-dessous de cc qui est mouvant sans être
5
cxxx
NOTICE
mû. Il est en effet besogneux de ce qui meut, pour être
rendu lui-même moteur. Et, si l’on admettait qu’il ait
de lui-même la propriété de se mouvoir, il devrait
mouvoir tout en demeurant. Mais il ne peut tenir le
demeurer que de ce qui demeure absolument, c’est-à-dire
de l’immobile (p. 51.15-p. 52.15).
2.7. Septième degré: de l’immobile qu'est l'intellect,
comme relativement unifié, au pur unifié ou à l’être.
L’immobile, à la fois un et plusieurs, unifié et dis-
tingué, est l’intellect autoconstituant. Mais il se range
nécessairement sous le pur unifié ou l’être, car avant
ce qui est spécifié doit être ce qui est incirconserit
et non distingué dans les formes (p. 52.16-p. 53.28).
2.8. Huitième degré: de l’être ou du pur unifié à l’un.
L’être ou l’unifié est second après l’un. En effet,
soit que l’on examine a priori les notions de l’être
et de l’un dans leurs rapports mutuels, l’un apparaît
plus simple que l’être, et l’être est besogneux de l’un;
soit que l’on reprenne la démarche ascendante, en
considérant la notion de l’unifié, on remontera à l’un
comme du participant au participé. L’un est donc le
principe du tout. C’est pourquoi Platon a tout nié
de l’un, même les prédicats de l’être et de l’un, mais
non pas l’un (p. 54.1-p. 55.2a).
2.9. De l’un à l’éclatement de la notion de principe
dans l’ineffable.
Cependant, une certaine ambiguïté reste dans l’un.
D’une maniè.rc, on peut parler de lui par les négations,
d’une autre, on n’en peut rien dire par une affirmation.
Posé comme un, il est coordonné avec tout ce qui est
posé, mais cependant il y a en lui beaucoup d’inconnais-
sable, d’incoordonnable, de non-posable. Il faut donc
remonter au-delà de l’un jusqu’à l’absolument indicible,
non posable et incoordonnable (p. 56 1-19)
3. Troisième voie de remontée vers le principe: par
la capacité d’intégration propre a chaque monde parfait.
IIP REMONTÉE VERS LE PRINCIPE CXXXI
La troisième voie de remontée s’appuie sur la capacité
d’enveloppement des premiers principes, qui seront
considérés comme des mondes parfaits (p. 57.1-5).
3.1. Du monde automoteur au monde immobile et de
l’immobile divisé à l’unifié.
Le monde dont nous voyons l’apparence sensible,
est parfait en tout ce qu’il possède : corps, nature, vie
végétative, âme non-rationnelle (sensitive, imaginative,
appétitive), âme rationnelle dont L’automotricité est
telle que tout mouvement naturel est ici en même temps
volontaire. De plus, l’âme du monde accomplit ses
propres changements dans l’identité de son mouvement
circulaire. Ce monde automoteur tient sa stabilité de
l’immobile cosmique, auquel il est rattaché et qui est
propre à la cause immuable administrant le monde.
Antérieurement au tout automoteur, nous poserons
donc un tout immobile (l’intellect), et, de plus, anté-
rieurement au monde immobile et divisé un monde
coagrégé et unifié (p. 57.6-p. 60.12).
3.2. Du monde unifié et caché à l’un qui est tout antérieu-
rement à tout.
Cependant, de l’unifié qui est le « monde caché »,
nous remonterons à l’un. Monde plus ineffable que le
« monde caché », l’un ne supporte même pas d’être
appelé monde, mais un-tout indifférencié, et non pas
même tout, mais l’un antérieur à tout, qui, dans sa
simplicité parfaite, enveloppe le tout (p. 60.13-23).
3.3. De l’un à l’éclatement de la notion de principe
dans l’ineffable.
Mais la notion d’un tel enveloppement doit éclater
dans un englobant unique et tellement ineffable qu’il
n’est même pas unique, ni même englobant, ni même
ineffable (p. 61.1-6).
CXXXII
NOTICE
IIIe partie. Aporétique de ia notion de l’un
1. Y a-l-il un intermédiaire entre l'ineffable et l’expri-
mable: l’un est-il connaissable sous quelque rapport,
ou absolument inconnaissable?
Est-il possible de poser un intermédiaire entre
l'ineffable absolu et l’exprimable ? L’un est-il cet inter-
médiaire, ou bien est-il absolument exprimable ? Le
problème revient à se demander si l’un est, sous quelque
rapport, connaissable, ou s’il est absolument inconnais-
sable. Une première série d’arguments sera développée
en faveur de la cognoscibilité de l’un, puis une deuxième
en faveur de son incognoscibilité (p. 62.1-p. 63.3).
2. L’un est connaissable: argument tiré de la remontée
vers le plus compréhensif par contraction des formes,
des êtres, des uns. Notion du seulement un.
L’un est connaissable : a) parce que nous résolvons
toutes choses en lui, en tant qu’il est le plus simple et
le plus compréhensif; b) parce que, concevant l’un
opposé aux plusieurs et le concevant comme une forme,
nous concevons aussi l’un incirconscrit antérieur aux
formes ; c) parce que, contractant toutes les réali-
tés, en tant que formes, dans l’intellect et, en tant
qu’êtres, dans l’être, nous les contractons également,
en tant qu’uns, dans l’un; d) parce que tout ce que
nous concevons est nécessairement ou bien plusieurs
sans participation à l’un (niais dans cette infinitisation
des plusieurs on ne conçoit rien), — ou bien plusieurs
avec participation à l’un (l’un est alors connu sous
quelque rapport), — ou bien seulement un, à la limite
de l’apparition des plusieurs (p. 63.4-p. 64.7).
3. Argument tiré du raisonnement bâtard de l’analogie
et des négations.
L’un est peut-être connaissable par un raisonnement
bâtard, qu’il s’agisse de l’analogie (qui conduit vers
ce qui est transcendant à l’être), ou qu’il s’agisse des
LA NOTION DE L’UN
CXXXH1
négations (qui dépouillent l’un de l’être et de toute
connaissance de type ontologique (p. 64.8-24).
4. Argumenl tiré de la connaissance unitaire.
L’un est peut-être connaissable par la connaissance
unitaire, qui est divine. Mais il se peut que, nous aussi,
nous en ayons parfois quelque intuition par la fleur
de l’intellect (p. 65.1-10).
5. Reprise de l’argument des contractions dans l’ordre
unitaire.
Aucune hénade participable ne s’ignore elle-même
comme fonction de l’un, et, comme telle, elle connaît
unitairement l’un avec lequel elle coïncide d’une
certaine manière. La pluralité de ces perspectives
hénadiques doit être contractée dans une connaissance
parfaite de l’un (p. 65.11-p. 66.11).
6. Argumenl tiré de la connaissance du « quelque » un.
La connaissance du « quelque » un implique nécessai
rement la possibilité de la connaissance de l’un pur,
comme la connaissance de cette forme- i ou de cct
être-ci implique la connaissance de la forme pure et
de l’être pur. Cependant, il n’est pas surprenant qu’en
réalité la contraction vers l’un pur passe nos forces.
— Autre argument : le connaissable commence à partir
de l’un, car tout commence à partir des dieux (p. 66.12-
p. 67.12).
7. Argument tiré de l’un comme tout.
L’un est tout, en tant qu’un; or le connaissable
fait partie du tout. Donc l’un est connaissable (p. 67.13-
18).
8. L’un n’est pas connaissable : réfutation de l’argument
tiré de l’un comme tout.
I a réfutation des arguments précédents commence
par le dernier. Si l’un est tout, pourquoi serait-il plutôt
connaissable qu’inconnaissable, car l’inconnaissable est
lui aussi un certain un qui fait partie du tout, celui
CXXXIV
NOTICE
justement qui se contredivise du connaissable. D’ailleurs,
l’un, demeurant au plus près de l'ineffable, reste couvert
par son incognoscibilité. De plus, rien n’est encore
distingué dans l’un, ni le connaissable, ni l’inconnais-
sable. Enfin, si l’un était connaissable, il serait aussi
connaissant, mais il ne peut connaître ni ce qui est
avant lui (puisque c’est inconnaissable), ni se connaître
lui-même (car il se dualiserait), ni connaître ce qui est
après lui (car il agirait, alors qu’il est antérieur non
seulement à l’acte, mais aussi à la puissance et à la
substance) (p. G8.1-p. G9.4).
9. Béfulaiion de l’argument tiré de la connaissance
du « quelque » un.
Quel que soit l’un que l’on puisse connaître, l’un pur
reste au-delà de lui (p. 69.5-8).
10. Béfulaiion des arguments tirés des contractions,
de l’analogie el des négations.
La contraction des formes, des êtres, des uns, et
l’analogie de l’être n’aboutissent qu’au premier intelli-
gible suprasubstantiel, à savoir l’un auquel sc rattache
l’être et qui n’est pas l’un pur. Le raisonnement
bâtard, qui prétend remonter à l’un par l’analogie
et les négations, est vain, car l’analogie pourrait se
produire même au sujet de ce qui n’est pas du tout,
et les négations ne nous renseignent que sur ce qu’elles
excluent, non sur le reste (p. 69.9-p. 70.18).
11. Béfulaiion de l’argument tiré des contractions
dans l’ordre unitaire.
Notre pensée ne saisit que l’un opposé aux plusieurs,
et non l’un qui est au-delà de l’opposition. Même la
contraction vers l’unitaire n’aboutit pas à l’un : le
dernier degré de la simplification est seulement l’être
unitaire ou l’unifié suprasubstantiel. Et l’unifié lui-
même risque d’être inconnaissable, puisque tout est
coagrégé en lui indistinctement, y compris le connais-
sable (p. 70.19-p. 71.20).
LA NOTION DE L’UN
cxxxv
12. Autres arguments contre la cognoscibililé de l’un
Argument tiré du fait que l’un esl purement un.
Si l’un est seulement un et rien d’autre faisant partie
du tout, il ne saurait être connaissable, à moins de
n’être plus l’un, car « connaissable » n’est pas la même
chose que « un ». De plus, si l’un est connai sable, c’est
ou par participation, ou par causalité, ou par subsis-
tencc; mais chacun de ces cas est démontré impossible
vis-à-vis de l’un (p. 71.21-p. 72.11).
13. Argument tiré du fait que l’un esl tout.
Si l’un est tout, et si être tout ce n’est pas être telle
chose déterminée, et si être connaissable c’est être
telle chose déterminée, l’un n’est pas connaissable
(p. 72.12-15).
14. Argument tiré de l’union, qui n’est pas connaissance.
Au-dessus de la conversion du connaissant vers le
connaissable, il y a les conversions selon la vie et selon
la substance, enfin la conversion pure ou pur contact.
Or l’un est au-dessus de l’intellect, de la vie et de la
substance. Donc il n’y a pas de conversion vers l’un
dans un rapport de connaissant, à connaissable, mais
dans un rapport d’un à un (p. 72.16-p. 73.12).
15. Argument tiré de l’impossibilité de la conversion,
liée à l’impossibilité de la procession.
Rien ne peut se convertir vers l’un sans en procéder
d’abord. Or, comment quelque chose pourrait procéder
de l’un, sans se distinguer de lui et, lui échappant,
sans se dissoudre en même temps dans le rien ?
(p. 73.13-p. 74.6).
16. Argument tiré de l’impossibilité pour l’un d’être
distingué.
De plus, ne se convertit que cc qui est distingué;
or, le distingué est distingué d’un distingué : donc
l’un serait lui-même distingué de ce qui se convertirait
vers lui et il ne serait plus un seulement Mais, si l’un
est distingué, c’est ou bien par lui-même, ou bien par
CXXXVI
NOTICE
quelque chose d’antérieur à lui, ou bien par quelque
chose de postérieur. Or, chacune de ces hypothèses
est démontrée impossible vis-à-vis de l’un. Donc, rien
ne procédera à partir de l’un; car ce qui procéderait
ne pourrait le faire qu’à partir de ce qui aurait, pour
la première fois, la capacité de se distinguer soi-même
de l’un, tout en se distinguant de ce qui vient ensuite
et en distinguant cela de soi. Si tel n’est pas le cas de
l’un qui s’unit à tout et ne laisse rien se distinguer de
lui, rien ne se convertit non plus vers lui, et surtout
pas à la manière d’un connaissant vers un connaissable,
(p. 74 7 p 75.16).
17. Conclusion des arguments sur l’inrognoscibililé
de l'un.
Après ces arguments contre la cognoscibilité de l’un,
et malgré de si graves désaccords dans les raisonnements,
il faut tenter cependant d’accomplir les gestations
aporétiques avec l’aide divine (p. 75.17-p. 76.2).
18. Solution proposée à l'aporie de la procession :
l’un ne s’écarte en rien de tout ce qui s’écarte de lui.
La possibilité de la procession peut être envisagée,
si l’on considère que le non-un se fait lui-même non un,
sans que l’un se distingue de lui. L’un, en effet, ne se
détache pas de ce qui l’abandonne, et il enveloppe
d’avance, par la participation, la subsistence de ce qui
se fait non un (p. 76.3-p. 77.8).
19. Exemple du soleil.
De même, le soleil reste présent à l’œil qui ne voit pas
comme à celui qui voit; mais c’est l’œil aveugle qui
n’est pas présent au soleil (p. 77.9-15).
20. Exemple de la matière et de la forme.
De même, si la forme est autre que la matière, la
réciproque est exclue, car l’altérité est une forme
(p. 77.16-20).
21. Possibilité de la conversion vers l’un qui est tout
antérieurement à tout.
LA NOTION DE L’UN
CXXXVII
Dès lors, si quelque procédant s’est distingué de l’un
qui ne s’est pas distingué, la conversion devient possible.
Mais chaque procédant ne retourne vers l’un qu’à
travers la perspective selon laquelle il l’a rencontré
et reçu, tandis que l’un est tout antérieurement à tout;
plus la perspective s’ouvre sur le tout, plus elle
rapproche de l’un le procédant (p. 78.1-p. 79.22).
22. Tentative de connaître l'un par contraction du
divisé dans l’indivisible. Difficultés de cette contraction.
Si l’un est tout, il est connaissable et capable de
connaître. On peut tenter, en efïet, de le connaître
en contractant, dans l’un commun à tout l’un de chaque
chose. Mais est-il vrai que l’un connaît aussi ? Non,
car il relèverait de la distinction; il n’est donc pas
connu, non plus, pour la même raison. Ces prédicats,
connaissable et connaissant, ne lui conviennent pas,
ni même l’un, ni le tout, car l’un fait périr le tout et le
tout fait périr l’un : ce sont là des concepts de notre
pensée divisée. Celle-ci ne peut les contracter à l’égard
de ce haut principe que de manière très imparfaite,
en lui rapportant l’un comme symbole de la simplicité
et le tout comme symbole de l’enveloppement de tout.
Mais, l’un antérieur aux deux, nous ne pouvons pas le
concevoir. D’ailleurs, ces difficultés de la contraction
se rencontrent déjà, de manière analogue, dans la
tentative de saisir l’être et les formes (p. 80.1-p. 82.2).
23. Évocation allusive de l'un par la simplification
de toutes nos pensées rassemblées.
Cependant, portés par la contraction vers l’indivisible,
nous prenons, même dans la division, une conscience
allusive de ce qui est concentré dans le simple, tant
au niveau de la forme qu’au niveau de l’être; et,
au-delà de ce dernier, la simplification de nos pensées
d’abord rassemblées, nous détache d’elles et se fait
divinatrice de la transcendance sursimplifiée de l’un
(p. 82 3-p. 83.6).
cxxxvm
NOTICE
24. L'un échappe à la connaissance proprement dite
el ne se donne qu’à une approche unilive selon le mode
de Vinconnaissance.
Dans cette perspective, l’un n’est connu que de loin
et très imparfaitement, et plus nous nous approchons
de lui, moins nous le connaissons. La distinction se replie
dans l’union et la connaissance s’écoule dans l’inconnais-
sance (p. 83.7-p. 84.12).
25. L’un est inconnaissable dans sa proximité par
rapport à l’ineffable
Ce caractère inconnaissable de l’un s’explique du
fait qu’étant dans le voisinage de l’ineffable, 1 un
reste couvert de son obscurité (p. 84.13-21).
26. Le statut aporétique de l’un se précise: l'un est,
d’une pari, un et tout, d’autre part, au-dessus de l’un
et du tout.
Au sujet de l’un aussi, le discours se renverse
(quoique ce soit de façon moins totale qu’au sujet de
l’ineffable), car l’un est à la fois un et tout, et au-dessus
de l’un e.t du tout. Les facteurs un et tout sont connais-
sables, ainsi que leur ensemble «un-tout»; mais l’un
antérieur, qui transcende cet ensemble, échappe de
soi-même à la connaissance, et il n’est visé que de
façon allusive et rétrospective à travers l’image de
l’ensemble « un-tout » (p. 85.1-17).
27. Distribution de l’opposition inconnaissable-connais-
sable: l’indicible, l’un, l’unifié, le connaissable.
Dès lors, l’opposition du connaissable et de l’inconnais-
sable peut se distribuer de la façon suivante : entre
les deux extrêmes que sont, d’une part, le connaissable
d’une forme circonscrite, et, d’autre part, l’indicible,
il y a, du côté du connaissable, l’unifié qui échappe à la
connaissance qui circonscrit, et, du côté de l’indicible,
l’un qui ne toléré que quelque soupçon (p. 85.18-p. 8G.9).
28. Notre, pensée reste en gestation de la notion de l’un
qui est au-dessus de l’un et du tout, sans jamais enfanter
celle-ci.
LA NOTION DE L'UN
cxxxix
Ce soupçon ne s’avance jamais jusqu’à la connaissance.
Notre pensée reste, à partir de l’un et du tout, en état
de gestation à l’égard de l’un qui les transcende, sans
jamais parvenir à l’enfantement de sa notion. En
s’efforçant de saisir l’un, elle retombe toujours dans
ses dérivés. Ses tentatives sont toutes condamnées
à l’échec, du seul fait qu’elle pose la question « quelle
sorte, de chose est-ce donc », car cette question soumet
l’un à la division titanique du discours selon la qualité
et le quelque chose. Or, il faut exclure ces derniers de
l’un, mais aussi l’un et le tout Même l’intellect divin
demeure à l’égard de l’un dans cette gestation quasi
ineffable, qu’il ne peut que concentrer sur elle-même
et faire remonter vers l’absolument simple et incir-
conscrit. Nous aussi, nous devons nous efforcer de
retourner sans cesse vers cette gestation, qui ne permet
qu’un soupçon de l’un (p. 8G.10-p. 89.3).
29. Examen de la notion du tout appliquée à l’un:
trois questions.
Avant d’en terminer avec ce statut aporétique de
l’un, il faut examiner trois questions : a) en quel sens
il est vrai que l’un est tout; b) est-il toutes choses
à égalité; c) de quelle manière différente l’un et l’unifié
sont-ils tout ? (p. 89.4-8).
29.1. lléponse à la troisième question: en quel sens
différent l’un el l’unifie sont-ils tout?
On répond que l’unifié est tout, à sa manière propre,
qui est d’anticiper la propriété du mixte de l’un et des
plusieurs. De leur côté, les plusieurs sont tout antérieu-
rement à l’unifié, parce que le tout est plusieurs. Et l’un
lui-même est tout, car, antérieurement à la pluralité,
il est la cause la plus cnveloppaute et la plus simple,
qui fait que le tout est tout (p. 89.9-p. 90.15).
29.2. Béponse à la deuxième question: est-ce de façon
égale que l’un est tout?
On répond à la 2e question que l’un est toutes choses
à égalité, parce qu’il est tout selon l’absolument un
Alors, pourquoi certaines choses lui conviennent-elles
CXL
NOTICE
davantage que d’autres ? En fait, rien ne convient
à l’un de ce qui est distingué, mais la convenance
relève de notre propre jugement, car nous estimons
qu’il faut lui attribuer seulement les meilleures choses
et celles qui ont procédé les premières. — Y aurait-il
donc un ordre de procession en l’un lui-même ? Non,
l’un produit tout en même temps, et l’ordre de la
procession e.st le fait des procédants, selon le degré
de leur force. Mais si les procédants sont inégaux,
l’un est égal à tout, et plus qu’égal, parce qu’il est un
seulement (p. 90.16 p 92.15).
29.3. Réponse à la première question: en quel sens
esl-il vrai que l’un esl loul?
On répond à la lre question que l’un n’est pas le tout,
si le tout, considéré comme effet et comme plusieurs,
est après l’un, mais que l’un est le tout, si, antérieure-
ment et selon l’un, il est autant de choses que l’unifié
dans lequel il s’est abaissé; car l’unifié est, de façon
indifférenciée, autant de choses que le tout distingué,
dans lequel il s’ost lui-même abaissé; en sorte que si
le tout n’est pas nécessairement un, l’un est nécessaire-
ment le tout (p. 92.16-p. 94.1 1).
30. L’un indéterminé el antérieur à tout, ei les diverses
conceptions de l’un déterminé.
Il reste à préciser, à partir des conceptions que nous
avons de l’un déterminé, comment l’un indéterminé
transcende au-delà de toutes ces notions. Il transcende
au-delà de l’un et du bien identifiés en une seule forme;
il transcende au-delà de l’un opposé aux plusieurs;
il transcende au-delà de l’un comme genre, il transcende
au-delà de l’un unificateur et rassembleur, au-delà
de l’un considéré selon une propriété quelconque,
car il est producteur de tout; il transcende donc au-delà
de la cause du mixte. Et si, à défaut d’un nom propre,
nous appelons un ce principe qui est antérieur à tout,
c’est toutefois en soulignant le fait qu’il échappe à
toute conception déterminée de l’un, et même à la notion
d’un (p. 94.13-p 98 27).
L’UN ET LA PROCESSION
CXLI
IVe PARTIE, l’un ET LA PROCESSION
1. F a-t-il quelque procession de l’un dans ce qui nient
après lui?
La question revient à se demander comment il serait
concevable, en effet, qu’il produise tout sans rien
communiquer de lui-même (p. 99.1-11).
2. Arguments en faveur d’une procession de l’un.
En faveur de la procession de l’un, on peut invoquer
le fait qu’il y a en chaque chose une trace de l’un,
et en chaque tout l’analogue de l’un antérieur à tout
(p. 99.12-p. 100.14).
3. Arguments contre une procession de l’un.
Contre la procession de l’un, on peut faire valoir les
raisons suivantes : a) Toute procession s’accompagne
de distinction et la distinction a pour cause la pluralité.
Or, l’un est antérieur à la pluralité, étant même anté-
rieur à l’un qui s’oppose aux plusieurs, b) Même
l’unifié, antérieur à la distinction substantielle, ne
saurait procéder; donc a fortiori l’un non plus, c) La
distinction des degrés et des traces de l’un dans ce qui
procède ne peut pas avoir pour cause ces traces elles-
mêmes, ni être sans cause ; or, cette cause pourrait être
la pluralité (à laquelle appartiendrait alors la procession)
et, dans ce cas, cette cause ne saurait être l’un qui
s’oppose à la pluralité (car l’un est incapable de distin-
guer), ni a fortiori l’un-tout antérieur à cet un. d) Si
la mesure de l’un procède dans les choses qui sont et
dans celles qui deviennent, elle devrait communiquer
à chacune la part qui lui échoit, par exemple, le corrup
tiblc aux corruptibles et l’incorruptible aux incorrup-
tibles; mais il est impossible que se produise une
corruption de l’un, lequel n’est même pas incorruptible,
puisqu’il est infiniment éloigné de l’éternel et de l’éter-
nité même. De plus, au-dessous de l’un, l’être transcende
lui-même le perpétuel, l’étemel, l’éternité, donc il est
très éloigné du corruptible. Par conséquent, l’écho
CXLII
NOTICE
de l’un dans les corruptibles ne sera pas corruptible.
Si cet écho se comporte tel qu’une matière, soit la
première matière, soit la matière seconde qu’est le
corps non encore qualifié, il ne sera ni corruptible ni
incorruptible en acte, et il sera chacun des deux en
puissance seulement Mais qu’en est-il de l’écho de l’un
qui, antérieurement à la matière et au corps non
qualifié, coexiste avec les formes (matérielles) elles-
mêmes ? D’après le principe que, « antérieurement
à ce qui est dernier, ce qui est intermédiaire participe
de l’unique principe des touts» (c’est-à-dire de l’un),
ce qui est intermediaire sera incorruptible, tandis
qu’autour de ce qui ne change pas se constitueront
les plérômes corruptibles. Alors, les choses individuelles
seront exclues de la participation de l’un, dont seuls
peut-être bénéficieront les êtres perpétuels, comme les
touts. Mais le perpétuel est, lui-même, sans proportion
à l’un, et comment admettre que quelques-unes des
choses qui procèdent de l’un participent de lui, les
autres non ? (p. 100.13-p. 104.5).
4. Peut-on envisager une procession de l’un selon le
mode d’une participation commune?
I a solution du problème de la procession est peut-être
à chercher dans l’hypothèse d’une participation
commune, indivisible et identique, de toutes choses
à l’un, si l’on admet que la distinction se trouve dans
les participants et non dans le participé ? Mais, à cette
hypothèse, on peut opposer que la participation elle-
même procède, et qu’elle se distingue de la subsistencc
de l’un, qui, dans ce cas, sera lui-même distingué.
On peut repondre que la participation de l’un n’est
autre que sa subsistence même, immanente aux parti-
cipants, mais refusant d’être distinguée d’eux, tandis
que ces derniers procèdent d’elle, en tant qu’ils ont
participé de la pluralité (p. 104.6-p. 105.9).
5. La procession postule une cause productrice de
pluralité et de distinction, distincte elle-même de l’un.
Le paragraphe précédent se termine sur l’aveu que
L’UN ET LA PROCESSION
CXLIII
la procession a pour cause non la subsistence de l’un,
mais la pluralité. La subsistence contient unitairement
tout, comme le centre les extrémités des rayons ;
la cause de l’écartement des rayons n’est pas le centre
lui-même, mais l’écoulement du pur continu vers un
point périphérique : telle est la cause plurificatrice
qui a l’initiative de toute procession. Une pareille
conception s’oppose à celle qui considère l’un comme la
cause de ce qui est propre (le rayon de lumière de l’âme),
aussi bien que de ce qui est commun (la lumière de la
vérité), et comme la cause de la distinction aussi bien
que de l’union. Platon a laissé dans le principe unique
la cause plurificatrice, mais il faut rendre explicite
sa distinction vis-à-vis de celui-ci. Ce n’est pas là
contester que l’un soit cause de toutes choses; mais
l’un fait seulement toutes choses « un », et sans même
faire De plus, il est tellement éloigné de l’acte de
distinguer qu’il n’unifie même pas. Mais c’est la cause
de pluralité et de distinction qui produit le « chacun »,
et c’cst elle aussi, semble-t-il, qui fait apparaître l’un
commun à tout comme distinct de l’un anterieur à tout,
car il semble aussi que cette cause s’est produite la
première à partir de la cause absolument indifférenciée
(p. 105.10-p. 107.26).
6. A portas liées à la distinction même de celle cause
de distinction, dans son rapport à l'un.
Un certain nombre d’apories sont liées à la procession
de la cause de distinction, en tant qu elle est à elle-même
son propre principe de distinction. Dans quel rapport
cette cause est-elle à l’un ? a) Si elle ne participe pas
de lui, il y aura deux principes, ou même il n’y en aura
qu’un seul, apte à tout distinguer et qui rejettera,
hors de tout, un principe qui le précéderait, à J Si cette
cause participe de l’un, elle en reçoit quelque chose,
mais, en se distinguant elle-même, elle a aussi distingué
sa propre participation du participé; or, c’est là poser
que la nature de l’un admet une certaine distinction.
Ou bien, la nature de l’un a subi elle-même le caractère
de la pluralité, et c’est alors dans l’altération de cette
CXL1V
NOTICE
nature par ce qui est prêt à la recevoir que se produit
la participation de tout ce qui est après elle. Toutes
ces conclusions sont exclues. — Mais dans ces conditions,
si l’un ne produit rien, comment peut-il être cause de ce
qui est après lui ? On répond qu’il l’est en produisant
par l’un (comme il y a une production par l’être), sans
rien entreprendre. Cependant, rien ne vient-il de l’un
dans les choses? Car, s’il est le premier, il a quelque
dernière trace dans la matière, et il est aussi d’une
certaine façon, dans les plérômes moyens (p. 108 l-
p. 109.18).
7 Retour à l’absolue indétermination de l’un, présent
et fécond en tout, sans rien produire de distingué sous
quelque rapport que ce soit.
De telles apories exigent une reprise des données
du problème. L’un, qui ast le tout selon l’absolument
simple, n’est ni unificateur, ni plurificateur, ni produc-
teur de ce qui est propre; il n’est ni distingué de rien,
ni uni à rien, il n’admet aucune participation propre
ou commune, car aucune distinction ne s’est encore
produite. Il faut donc exclure toute procession à partii
de lui. S’il se donne, c’est tout entier selon sa subsistence.
Mais il ne donne aucune participation de lui et il n’appar-
tient pas à ce qui le reçoit, pas plus qu’il n’appartient
à lui-même; il n’est ni transcendant ni coordonné,
ni participé ni imparticipable, mais absolument indéter-
miné, de sorte que même la matière ne peut être dite
réellement sa dernière trace (p. 109.19-p. 112.14).
8. Apories et solutions relatives a l’apparente antinomie
entre indétermination et causalité dans l’un.
Un tel un absolument indéterminé, dont rien ne
procède, comment peut-il être dit cause de tout ?
Il ne l’est justement à aucun titre déterminé de cause
efliciente, exemplaire ou finale; ni comme cause englo-
bant les trois, ni comme cause des causes, si cela diffère
de sa simplicité unique; mais on le dit cause comme
on le dit un, en partant des choses d’en bas. De quoi
est-il cause ? Il est cause du tout, en entendant par là
L'UN 1- 1 LA PROCESSION
CXLV
non le tout tel que l’un, mais le tout qui vient après
lui. Gela soulève l’aporie suivante : si la génération
du tout à partir de 1 un est de forme dissemblable,
elle suppose alors, antérieurement à elle, une génération
de forme semblable, ce qui est impossible. La solution
consiste à dire que l’un indéterminé ne produit pas
de génération déterminée, ni comme semblable de
forme, ni comme dissemblable, mais une génération
indéterminée antérieure à l’opposition des deux. — Une
nouvelle aporie surgit : si l’un produit, il agit; mais
l’acte suppose avant lui la distinction de la puissance
et de la subsistance. On répond que ces trois propriétés
n’appartiennent pas à l’un comme distinguées. Et,
c’est selon sa simplicité porteuse de tout qu’antérieure-
ment à l’acte, à la puissance et à la subsistence, il est
la cause du tout. Mais l’un n’est-il pas, en tant que
cause, distingué de ses effets ? Cause et effets ne sont
distingués comme tels, qu’à partir de la cause apte
à distinguer, qui est après l’un. Quant à l’un, il ne se
pose que de façon simple, sans aucune détermination
(p. 112.15-p. 115.12).
9. Aporie de la conlradistinction et solution. L’un reste
absolument indéterminé, sans subir de distinction de la
part de tout ce qui, après lui, nous apparaît distingué,
y compris de la première cause de distinction
Si l’un est simple et sans détermination n’est-il pas
distingué comme tel à partir de ce qui n’est pas tel ?
On répond que si les procédante sont distingués de l’un,
la distinction ne vient pas de lui, mais d’une cause qui,
elle-même, a procédé de l’un en se distinguant la
première. Soit! mais elle se distingue, et le distingué
se distingue d’un distingué. On objecte donc que l’un
ne doit pas échapper à la contradistinction. Mais on
répond à l’objection en invoquant les exemples, déjà
rencontrés, du soleil qui ne s’écarte pas de celui qui
s’en écarte, de la forme qui est autre que la matière
sans que la matière soit autre que la forme, de l’image
qui ressemble au modèle, lequel ne ressemble pas
à l’image Cependant les deux derniers exemples tombent
CXLVI
NOTICE
sous la critique suivante : le modèle pourrait ressembler
à l’image par excès, et la forme n’est pas dans un
rapport d’altérité vis-à-vis de la matière, mais elle est
seulement non matière et, en ce sens, séparée d’elle.
Or, le séparé se convertit avec le séparé. L’objection
revient donc : l’un, dans sa séparation du tout, est
contrcdistingué du tout, du fait de la cause de distinc-
tion. Mais on répond que là où il n’y a pas de terme
commun, comme dans le cas de la matière et de la forme,
il n’y a pas de véritable contradistinction; ainsi en est-il
entre la cause de distinction et l’un absolument indé-
terminé. L’objection fait valoir que dans la cause de
distinction, prise comme deuxième principe, il y a
quelque chose venant du premier. On répond que le
premier principe ne saurait être commun et distingué
à la fois, car le commun et le propre sont eux-mêmes
dans la distinction (p. 115.13-p. 117.22).
10. Le deuxième principe esl suggéré comme «la
puissance » de l’un.
Nous voici devant le dilemme suivant : ou bien il n’y
a rien après l’un, ou bien il y a des choses distinguées
par rapport à son indétermination. Comment échapper
aux pièges du discours dans cette nécessité ou nous
sommes de postuler une cause de distinction, qui se
distingue la première de l’un, sinon en supposant, selon
le mode allusif de la pensée en gestation, une dis-
tinction qui soit la moins circonscrite de toutes et qui
reste quasi absorbée par l’indéterminé. Le deuxième
principe serait, en quelque sorte, la puissance de
l’un coagulée avec sa subsistence (p. 118.1 19).
11. Dans quel rapport sont à l’un toutes les choses
distinguées.
Mais une nouvelle aporie se présente : en admettant
que la cause de distinction reste au plus près de l’un,
celui-ci n’est-il pas distingué des autres choses et au plus
haut point des dernières ? On répond que l’un est cause
de toutes les choses prises ensemble comme étant une
seule, tandis que leur distribution échelonnée est l'effet
L’UN ET LA PKQCESS1ON
CXLVII
des autres causes, qui appartiennent, elles-mêmes,
au tout provenant de l’un. Aucune chose d’ailleurs,
ne peut faire retour vers l’un, sans le faire avec toutes.
Enfin, on ne peut pas, à parler vrai, établir l’un et
toutes les choses dans un rapport soit d’unification
et de distinction, soit d’identité et de différence, soit
de premier et de second, etc., autant de notions déter-
minées, alors que l’un est absolument indéterminé,
sans que, dans son cas, l’indéterminé s’oppose au
déterminé (p. 118.20-p. 120.19).
12. Du point de vue unitaire, qui n’est pas encore
le nôtre, procession, production el participation échappent
à la logique des oppositions.
Que l’on ne dise pas que la séparation des choses
implique celle de l’un, ou que leur unification avec
l’un implique qu’elles n’ont pas procédé. L’un échappe
aux règles d’implication et d’exclusion de notre discours.
Du point de vue unitaire, la procession n’est pas
enfermée dans l’opposition de l’unification et de la
distinction; la production unitaire échappe à la distinc-
tion de l’acte, de la puissance et de la subsistence; la
participation unitaire est au-delà de l’opposition du
don et du refus, de la communauté et de la séparation
(p. 120.20-p. 122.13).
13. Pas d’ordre de participation commun à l’un
imparlicipable el aux participants.
Qu’en est-il alors des divers participants ? Comment
interpréter la « lumière de la vérité » qui, selon Platon,
découle de l’un ? Platon n’entend pas nécessairement
ici l’un antérieur, mais, même s’il parle de lui, cette
lumière pourrait être la procession des hénades divines,
comme il a semblé à Proclus. Ce n’est pas l’un imparti-
cipablc qui a procédé, mais ce qui est à la racine de la
pluralité des dieux. L’un ne se laisse pas, non plus,
participer dans l’un de la matière, qui serait considérée
comme une dernière trace de l’un antérieur, car la
matière, dans sa spécification par une forme, participe
d’un ordre. Quant à l’unifié, quoiqu’il soit l’analogue
CXLVII1
NOTICE
de l’un antérieur, il n’en est pas une image, ni un
retentissement; par conséquent, l’un ne procède pas
non plus dans l’unifié, et ils ne contreparticipent pas
dans l’unité d’un ordre commun. Toute participation
de ce type étant exclue, il ne s’ensuit pas cependant
que nous devrons séparer l’un de tout, ni que rien
ne procède ni ne participe de lui d’une tout autre
manière, sui generis, inconcevable pour nous et évitant
les écueils de l’union et de la distinction, du semblable
et du dissemblable, du commun et du propre, du
donné et du refusé. Qu’en est-il donc du « rayon de
l’âme » ? Il s’unit à la lumière qui vient de l’un antérieur,
mais non à cet un-lô. Quant à la lumière même, dite
de l’un, elle ne lui est unie que selon l’iinage de l’ana-
logie, non en réalité. — Il faut ajouter que le deuxième
principe après 1 un, quel qu’il puisse être, procède
lui même avec tout, selon un mode totalement indé-
terminé, quoique, selon notre manière de le concevoir,
il projette en nous différentes notions sur lui et sur
ce qui vient après lui (p. 122.14-p. 12fi.l4).
14. Conclusion sur l’un : ce gu'on ne doit pas dire
de lui; comment on peut cependant le suggérer par
l’analogie de la manence.
Pour conclure ce discours sur l’un, il ne faut dire de lui
rien de déterminé, sans toutefois lui attribuer l’indé-
terminé au sens où il serait l’opposé du déterminé.
A défaut d’une dénomination simple, nous le suggérons
cependant par le moyen de 1 un-tout, en tant qu’il est
un antérieurement à l’un et au tout.
Enfin, il convient d’indiquer dans quels rapports
est avec l’un ce qui suit son retrait dans l’indétermina-
tion. Examinons donc la possibilité de ce qui vient
après l’un, tout en réservant la nature de cela. Si l’un
est indéterminé, comme on l’a dit, et si quelque chose
procède après lui, on retrouve d’abord les apories de la
distinction. Ou bien, l’un subit la distinction, mais
alors comment la cause pourrait-elle être affectée
par l’effet ? Ou bien l’un se donne à lui-même la distinc-
tion en distinguant de lui ce qui le suit, mais alors
L’UN ET LA PROCESSION
CXLIX
comment distinguerait-il, lui qui n’unifie même pas ?
Il ne sera donc ni distingué du deuxième, ni unifié
avec lui. Mais alors comment pourra-t-il y avoir,
d’une part la cause, d’autre part l'effet? Il faut revenir
au mode de production qui est absolument au-delà
de tout concept déterminé, car il est propre à l’un,
lequel est au-delà de l’opposition entre la séparation
et l’immanence. Ce n’est qu’en deçà de l’un, à partir
du point où commence la distinction que se déterminent
ce qui est transcendant et coordonné, premier et second.
L’un n’est donc ni différent ni identique, ni dans un
état de distinction ni dans un état d’union par rapport
à quoi que ce soit. Manence, procession, conversion
ne lui conviennent pas en propre, ni à plus forte raison
les autres propriétés (comme subsistence, puissance,
acte).
Cependant, si l’on voulait, même dans les principes,
retrouver par analogie ce qui demeure, ce qui procède,
ce qui se convertit, on devrait rapporter la manence
au premier. Toutefois, il faut se demander si la manence
même convient à l’un indéterminé, et si elle ne convient
pas plutôt au principe qui est après cet un-là, car,
en se retirant de toute distinction, l’un indéterminé
laisse place, pour ainsi dire, à une suite triadique de
principes, dont on pourrait dire que le premier demeure,
que le deuxième procède et que le troisième se convertit.
Néanmoins, il reste possible de suggérer l’un-tout
indéterminé comine demeurant, en raisonnant ainsi :
l’un-tout ne procède en aucune façon, car avant lui est
l’ineffable dont on ne peut rien dire; or, ce qui ne
procède pas demeure. Quant au principe qui procède
de l’un-tout, il ne procède pas absolument, mais il
demeure aussi, pour que le suivant procède, car avant
ce qui procède est toujours ce qui demeure; et, dans
ces conditions, pour ne pas remonter à l’infini, on
pourra évoquer l’un-tout par analogie comme le demeu-
rant. Il faudra ensuite traiter de la nature de ce qui
vient après l’un (p. 126.15-p. 130.8).
J. Combès.
Abréviations
1. Textes de Damascius
In Phaed. I, II = The Greek Commenlaries on Plato s
Phaedo, vol. II Damascius, éd. L. G Westennk,
Amsterdam 1977.
In Phil. = Damascius, Lectures on ihe Philebus, ivrongly
allributed lo Olympiodorus, éd. L. G. Westerink,
Amsterdam 1959, réimp. 1983.
R I, R II = Damascii Dubilationes et Soluliones. De
primis princîpiis In Parmenidem, éd. G. E Ruelle,
2 vol. Paris 1889 réimp. Bruxelles 1964, Amster-
dam 1966. (R. I-R. II p 4 — De princ.; R II
p. 5-p. 322 = In Parm.).
II. — Viia Isidori, dans Pholius, Bibliothèque, éd.
R. Henry, vol. II (cod. 181), Paris 1960, vol. VI
(cod. 212), 1971
Z. = Damascii Vilae Isidori reliquiae, éd. C. Z ntzen,
Hildesheim 1967.
2. Autres textes et divers
Diels-Kranz — Die Fragmente der Vorsokraliker, éd.
H. Diels et W. Krantz, 6e éd. Dublin-Zurich
1966.
lambl. fr. = lamblichi Chalcidensis in Platonis dialogos
commentariorum fragmenta, éd. J. M Dillon,
leyde 1973.
Or. Chald. = Oracles Chaldaïques, éd. E. des Places,
Paris 1971 ; De Oraculis Chaldaicis, éd. W. Kroll,
Breslau 1894, réimp. Hildesheim 1962;
— — Chaldaean Oracles and Theurgy, éd. H Lewy,
Le Caire 1956, 2e éd. Paris 1978.
CI.II
ABBÉVIATIONS
Orphie. = Orphicorum fragmenta, éd. O. Kern, Berlin
1922, réimp. Dublin-Zurich 1972.
Olympiod. In Aie. — Olympiodorus, Commenlary on the
First Alcibiades of Plato, éd. L. G. Westerink,
Amsterdam 1956, réimp. 1983.
In Gorg. — In Plalonis Gorgiam commentaria,
éd. L. G. Westerink, Leipzig 1970.
In Phaed. — The Greek Commenlaries on Plalo’s
Phaedo, vol. I Olympiodorus, éd. L. G. Westerink,
Amsterdam 1976.
Procl. El. lheol. = Proclus, The Ele.menls of Theology,
éd. E. R. Dodds, Oxford 1933, réimp. 1963.
— Éléments de théologie, trad. et notes, J. Trouil-
lard, Paris 1965.
— In Ale. — Proclus, Commentary on the First
Alcibiades, éd. L. G. Westerink, Amsterdam
1954.
— In Crat = Procli In Platonis Cratylum commen
laria, éd. G. Pasquali, Leipzig 1908.
In Eucl. — Procli In primum Euclidis Elemen-
lorum librum commenlarii, éd. G. Friedlein,
Leipzig 1873.
— In Parm. — Procli Cotnmenlarium in Plalonis
Parmenidem (I-VII), éd. V. Cousin, Procli
Opéra, Paris 1864, réimp. Hildesheim 1961 ;
Procli Comme.nlarium in Parmenidem, Pars
ullima adhuc inedila interprète Guillelmo de
Moerbeka, éd. IL Klibansky et C. Labowsky,
Londres 1953.
— In Remp. — Procli In Plalonis Rem publicam
commenlarii, éd. W. Kroll, 2 vol. Leipzig 1899-
1901 ; réimp. Amsterdam 1965 ; trad. et notes
A. J. Festugière, 3 vol., Paris 1970.
— In Tim. — Procli in Plalonis Timaeum commen-
taria éd. E. Diehl, 3 vol. Leipzig 1903-1906,
réimp Amsterdam 1965; Commentaire sur le
Timée, trad. et notes A. J. Festugière, 5 vol.
Paris 1966-1968.
Théol. Plat. — Proclus, Théologie Platonicienne,
ABRÉVIATIONS
CL1U
éd. H. D. Saffrey et L. G. Westerink, I-IV,
Paris 1968-1981
Simplicius In Phys. = Simplicii in Arislotelis physi-
corurn libros qualluor commentaria, éd. H. Diels,
C.A.G. Berlin 1882-1895, IX (p. 1-p. 800)-X
(p. 801-p. 1366).
SVF = Stoïcorum veterum fragmenta, éd. J. von Arnim,
Leipzig 1905-1924, réirnp. Stuttgart 1964, 4 vol.
Syrianus In Met. — Syriani In Metaphysica commen-
laria, éd. W. Kroll, C.A.G. VI 1, Berlin 1902.
3. Ouvrages de référence
LSJ = Liddell-Scott-Jones, A Greek-English Lexiconn,
Oxford 1940.
p. W. = Pauly-Wissowa-Kroll, Bealencyclopâdie der
classischen Alierlamsivissenschaft.
SlGLA
A Marcianus gr. 246, s. IX
A1 = A scribae manu correctus.
A = A Bessanonis manu correctus aut refectus.
A3 = A in noua membrana rescriptus.
Codices secundarii :
B = Marcianus gr. 247, s. XV.
C — Marcianus gr. 245, s. XV
b = Parisinus gr 1989, s. XVI.
c = Parisinus gr 1990, s. XVII in.
e = Monacensis gr 5, s. XVI
I = Hamburgensis Philol. gr. 23, s. XV.
k = Scorialensis S. II, 2, s. XVI
nb = Ambrosianus T 113 sup., a. 1549.
pb — Oxoniensis Holkham gr. 107, s. XVI
sb = Neapolitanus III. D. 11, s. XV.
Her. = Ps.-IIerennius, In metaphysica.
< > = addenda.
[ ] = delenda.
*** = lacuna statuenda.
t t = corrupta
= (in apparatu) — rasura unius litterae
L j (in apparatu) — relecta.
Editiones :
J. Chr. Wolf Anecdota Graeca, Hamburgi 1722-24,
vol. IV, p. 195-262 (excerpta).
Jos. Kopp, Francofurti ad Moenum 1826.
C. Ae. Ruelle, Parisiis 1889, vol. I, II, p. 1-4 [Bruxelles
1964; Amsterdam 1966].
S1GLA CLV
Emendationes :
J. W. 'Ihomson, Parmenides, sive de ideis et uno rerum
omnium principio Plalonis dialogue, Oxonii
1728.
W. Kroll, De Oraculis Chaldaicis, Vratislaviae 1894
[Hildesheim 1962].
— , « Adversaria graeca », Philologue, 53, 1894,
p. 424-428.
1 Hadot, Le problème du néoplatonisme alexandrin,
Hiéroclès et Simplicius, Paris 1978, p. 178, n. 5.
DAMASCIUS LE DIADOQUE
TRAITÉ DES PREMIERS PRINCIPES
APORIES ET SOLUTIONS
[I]
[DE L’INEFFABLE ET DE L’UN]
[Première partie. De l’ineffable :
APORÉTIQUE DE LA NOTION DE PRINCIPE ABSOLU]
[1. L’aporie du principe
Ce que l’on appelle, le principe unique du tout est-il
au-delà du tout, ou bien est-ce quelque chose qui fait
partie du tout, comme le sommet des êtres qui procèdent
de lui? Et le tout, disons-nous qu’il est avec le principe,
ou bien qu’il est après lui et procède de lui?
D’une part, en effet, dans cette dernière hypothèse,
comment pourrait-il y avoir quelque chose en dehors du
tout? Car, ce à quoi absolument rien ne fait défaut,
c’est cela qui est le tout au sens strict. Or. le principe
fait défaut. Donc, ce qui est après le principe n’est
pas le tout au sens strict, mais le tout à l’exception du
principe. De plus, le tout veut être1 une pluralité
limitée ; car l’illimité ne saurait être exactement
le tout2. Par conséquent, rien ne se manifestera hors
du tout ; la totalité signifie, en effet, une certaine limite
et déjà un enveloppement où, d’un côté, le principe
a valeur de limite supérieure, et, de l’autre, ce qui
procède en dernier lieu du principe, valeur de limite
inférieure3. Le tout sera donc [constitué] avec ces
limites. En outre, le principe est coordonné à ses
1-3. Voir Notes complémentaires, p. 131.
AAMAÎKIOY AIAAOXOY
AHOPIAI KAI AYÎEIÎ
HEPI TON HPffTON APXfiN
(1 nÔTtpov ètreKeiva tûv rrâvTCjv èariv T] pîa tûv tràvTuv
àpxï) Xeyopévt], T] t'i tûv irévTüiv, otov Kopu<|>T] tûv àtr’ 5
aÙTTjs trpoïoVTCüv ; Kai tÙ iravra <rùv aèiTÎ] Xéyopev eîvai,
f] per aÙTTjv Ktu àtr aÙTfjç ;
El pèv yàp toûto <|> t] tis, trûs àv eït] ti tûv travTiüv
ÈktÔ$ ; ’fîv yap pt]8 otioûv onrecrri, Tavra iravra àtrXûs
àtrecm 8 e T] apXT] ' ouk apa tràvTa atrXûs Ta peTa ttjv 10
àpxT]v, àXXà trapà ttjv àpx'qv. ’Eti 8e to tràvTa troXXà
PoûXerai eîvai tretrepaopéva Ta yàp àtreipa ouk àv elq
-rrâvTa airapTi. Où8èv àp e£u> <|>aveÏTCii tûv TrâvTiov ‘ opos
yâp tis T] iravTOTTjs Kai 4]8t] irepîXrp|ns, èv fj pèv àpx*)
trépas to avu, to 8' àtr apxTJS ë<rxaTOV trépas to kotw 15
trâvTa apa peTa tûv trepaTiov. Eti 8e T) àpx1! cruvreTaicrai
6 |CÔv — elvaij A5 : quid A ? 13 dirap-rij A || [OÛSèv êép’j
in ras. 4 litt. A2, uix recto || refecit Aa || 14 ^év i] pèvj
in spat. 5 litt. A‘ : qunl A_?J| [àpx?)j, àp- in ras., A’ | 15
post trépas1] éa-rl s.u. A’ || l==8’। A2 : quid A ? (an yàp ?) ||
[Sa/aTOuj refecit A4 || post -répaç4] éari s.u. A4.
2 DES PREMIERS PRINCIPES
dérivés, car c’est d’eux qu’on le dit principe et qu’il
l’est réellement ; et, de même, la cause est coordonnée
aux elTcts. et le premier à ceux qui sont après lui. Or, la
pluralité des choses dont il y a une unique coordination1,
voilà ce que nous appelons le tout, de sorte que dans
le tout est aussi le principe. Et, en un mot, nous appelons
tout au sens strict la totalité de ce qu’il nous est
possible de concevoir de quelque manière que ce soit ;
or, nous concevons aussi le principe2. Et, de fait, nous
avons coutume d’appeler « toute la cité » le gouverneur
et les gouvernés, « toute la famille » le père et ses enfants.
D’autre part, si tout est avec le principe3, le principe
de tout ne saurait être quelque chose, car [autrement]
le principe serait aussi compris dans le tout ; par
conséquent, l’unique coordination de toutes les choses
que nous appelons le tout, est sans principe et sans
cause, pour ne pas remonter à l’infini. Or, toute chose
doit ou bien être principe, ou bien procéder d’un
principe ; et le tout, par conséquent, ou bien est
principe, ou bien procède d’un principe. Toutefois,
dans ce dernier cas, le principe ne saurait être avec
le tout, mais hors du tout, en tant que le principe est
hors de ce qui procède de lui ; et, dans le premier cas,
qu’est-ce qui pourrait procéder du tout, comme d’un
principe, et sortir du tout vers en bas, comme un effet
du tout? Car cet effet, aussi est dans le tout ; c’est
que la notion stricte du tout ne laisse rien échapper.
Par conséquent, le tout n’est ni principe, ni ne procède
d’un principe.
[2. Modes du tout et exigence du principe]
En outre, le tout est vu dans la pluralité en quelque
façon et, en même temps, dans une certaine distinction.
En effot, nous ne concevons pas le tout sans ces
caractères ; comment donc une certaine distinction et
une certaine pluralité ont-elles immédiatement apparu ?
Disons que le tout n’est pas sous tous las rapports dans
1-3. Voir Notes complémentaires, p. 131-132.
Ruelle I, p 2
DE PRINCIPIIS
2
toîs à-rro tt)S apxqç ’ ÈKeivwv ycip apxq Xcyerai re Kai ècrri ’
Kai to aiTiov 8q toîs atriaroîs, Kai to -rrpûrov toîs perà
to -irpuirov. T£tv fie pia ouvrants -iroXXaiv ovtwv, touto
iràvTa Xeyopev ‘ ûcrre èv toîs iraoi Kai q àpxq. Kai oXa>s
-iravra Xéyopev à-irXûs ocra Kai ô-inoo-oûv èvvooûpev, èvvooû- 5
pev 8è Kai rqv àpxqv. Kai toivuv elûOapev trâoav Xéyeiv
iréXiv apxovTa Kai àpxopévou$, Kai irâv yevog tov te yev-
vqropa Kai tous yevvq0évra$.
Ei 8è -iravra perà rqs àpxqs, ouk àv eiq ti q àpxq
iraVTOV, ouveiXqppèvqs êv toîs -irâcri koi rqs àpxqs ' q apa 10
pîa rûv -iràvTGiv ctuvtoÇis, qv iravra <|>apev, avapxôs ècrri
Kai àvaiTios, îva pq èir’ àireipov avlwpev AXXà pqv 8ei
ye -irâv q àpxqv eTvai q àir àpxqS ' Kai Ta -iravra apa q
àpxq é<mv q à-ir’ àpxqs- ’AXX’ ei pèv toûto, ouk âv ciq
crùv toîs rràaiv q àpxq, aXX’ e^a> tÛv wàvTüiv, ü>s q apxq 15
twv à-ir* aùrqs ' el 8 eKeîvo, ti av eïq à-irè tûv tràvTiüv
rrpoiov <Ls àir’ àpxqs Kai e^iü tÛv iràvTiov èiri rà kq™ às
tûv iràvTiüv arroTeXeopa ; Kai toûto yap êv toîs -irâmv
où8èv yàp a<J>iqoiv q tûv -rravraiv àirXios evvoia ‘ rà àpa
iravra outc àpxq ofrre àrr’ àpxqs-
"Eti 8e Ta -iravra ôpoû èv -irXqOei -irais ôparai Kaî tivi
8iaKpioei Kai yàp to -irâv ouk aveu toutuv èvvooûpev ’
irûs o3v eùOùs 8iaKpiais tis Kai rrXqOos e£e<|>avq ; "H ou
-iravraxq rà -iravra èv 8iaKpîaei Kai -irXqO i àXXà Kopuijiq
9 T7jç àpxqç A’ : -rijv àpxqv A H 18 posl Travraiv] — 4--? A.
3
DES PREMIERS PRINCIPES
la distinction et la pluralité, mais que les plusieurs ont
l’un pour sommet, tandis que les êtres distingués
ont l’unifié pour monade ; et l’un est encore plus
simple que la monade. Or, pour commencer, la monade,
quant à elle, est le nombre tout entier, quoique replié
encore sur lui-même ; par conséquent, de cette façon
la monade aussi est tout. Ensuite, l’un, quant à lui,
n’est pas quelque un des plusieurs ; sinon, il entrerait
aussi dans la constitution des plusieurs, eomme chacun
des autres [uns]. Mais, tout ce que sont les plusieurs
grâce à une certaine division, tout cela cet un l’est
aussi, antérieurement à la division, grâce à sa totale
indivisibilité. Car il n’est pas l’un en tant que minimum,
comme Spousippe a semblé le dire1, mais il est l’un
comme ayant tout absorbé2 ; en effet, il a tout résolu
ensemble dans sa propre simplicité, et il a fait un
le tout. C’est pourquoi encore tout procède de lui,
parce qu’il est tout, lui aussi, antérieurement au tout.
< Ce n’est pas cependant que > l’un, antérieurement
aux plusieurs, soit le tout de la même manière que
l’est l’unifié, antérieurement aux distingués ; non, quand
nous simplifierons toute notre pensée pour concevoir
le tout, alors ce ne sera pas selon le même mode que
nous prédiquerons le tout, mais selon trois modes
pour le moins, à savoir le mode unitaire, le mode unifié
e.t le mode plurifié3, modes par conséquent dérivés
de et se rapportant à une seule notion4, comme nous
avons coutume de le dire. Ainsi donc, si nous appelons
tout, comme il est plus habituel, les choses qui subsistent
dans la pluralité et la distinction, nous poserons comme
principes de ces choses l’unifié et davantage encore l’un ;
mais, si nous concevons ces derniers aussi comme
des touts, et si nous les réunissons aux autres touts
selon leur relation et coordination avec eux, comme
on l’a déjà dit, alors le raisonnement nous amènera
à chercher un autre principe antérieur au tout, principe
qu’il ne conviendra plus de penser comme tout ni
même de coordonner aux choses qui procèdent de lui.
1 4. Voir Notes complémentaires,p. 132-133.
R. I, 2-3
DE PRINCIPIIS
3
p.èv rûv ttoXXûv to ëv, tûv 8e SiaKeKpipévcov to T]va>pévov
povàs, ko! to ëv en ttjs |iova8oç àtrXoûoTepov. AXXa
trpuTOv pèv koi t] povàs arras ô àpiOpos, el Kai en
CTuveirTuy|j.évos travra âpa outus ko! tj povâs- “Eirerra
8e Kai to ëv oû tûv ttoXXûv n tanv ' yàp av Kai cuve- 5
TrXrjpou Ta iroXXâ, KaOârrep tûv aXXuv ckootov ' aXX
oaatrép ècm Ta -iroXXà KaTa 8 । nva pep opév, TOcrauTa
Kai to ëv èkcîvo irpo toû pepiapoû Karà to irâvTT] àpepes.
Où yàp ëv û$ èXàxicrrov, KaOàirep ô îireûcnrrros e8o£e
Xéyeiv, àXX ëv ûs irâvTa Karairiév ' ttj yàp éauTOÛ àirXo- 10
ttjti iravTa auvaveXucrev, Kai ëv Ta iravTa ètroî-qCTcv. A o
Kai irâvTa àir* auTou, on iravra Kai aÙTÔ irpo tûv TravTcav
*** ûoirep to Tjviü|iévov irpè tûv 8iaK€Kpipéva>v, outu to
ëv irpô tûv troXXûv Ta iravTa ècrnv, àXX’ otov -irâcrav
T)p.<À>v tt]v ëwoiav eÇairX«i><r«i>|iev eiç tù iravTa, tote ou tov 15
auTOV Tpôirov Ta iravTa KaTrjyopTjCTopEv, aXXà Tpiyûç
TOÙXâxlcTTOV> éviaitos tc koI qviüjiévu>s Kai ireirXTjOuCTfieviüs
à<j>’ évô$ apa Kai irpès ëv, ûs cia>0apev Xéyeiv. Ei pev ouv
iravTa eïiroipev cruvqOéorTepov tù èv TrXrjOei Kai SiaKpiaei
ù<{>ecrTÛTa, Toûnav àpx<is 0T]oopeOa to T]va>p.evov Kai en 20
pci^ôvus to ëv ' ei 8e Kai Taûni ûs irâvTa èwor|aaipev koI
toîs àXXoïs iraoi CTuXXagoipev KaTa tt,v irpos aÙTa cxeCTlv
Te Kai cruvTaÇiv, a>s eiprjTai Kai TpoTepov, eiri^TjT^crei T]piv
o Xôyos àpXTjv èrépav irpô tûv iravTiüv r]v ouk a£iov Èti
iravTa voelv où8e auvTaTreiv toîs air’ aùrfjs- El yàp Xéyoi 25
9-10 = Sprusipp. fr. 49 Tarân (= fr. 36 Lang) || 22-23 supra,
p. 1 16 2 4; 2.11
10 XŒTOCKiov Kopp : xaTàTcav et spat. uac 4 litt. A || 13
lac. nolaui, supplc fore Où pî;v.
6
4 DES PREMIERS PRINCIPES
On peut dire, il est vrai, que l’un, bien qu’il soit tout
de quelque manière, est un cependant, antérieurement
à cette sorte de tout, et qu’il est plutôt un que tout
(en effet, il est un par lui-même, et il est tout en tant
que cause de tout, selon sa coordination à tout et,
pour parler simplement, à titre second, tandis que l’un
précisément est un à titre premier) ; or, même en
disant cela, d’abord on posera en lui une dualité ;
toutefois, c’est nous qui divisons1, plus exactement
c’est nous qui nous divisons à l’égard de sa simplicité,
et même qui nous plurifions, car, lui, c’est par le fait
d’être un qu'il est tout selon le mode le plus simple ;
mais, même si l’on dit cela, il faut néanmoins que
le principe du tout soit transcendant au tout lui-même,
à la totalité la plus simple et à la simplicité qui a absorbé
toutes choses, telle est celle de l’un.
[3. Nécessité et ineffabililé du principe]
Notre âme a donc la divination que du tout, conçu
de quelque façon que ce soit, il y a un principe au-delà
de tout [et] incoordonné à touE Pâr”cônséquent,
il ne faut même pas l’appeler principe, ni cause, ni
premier, ni antérieur à tout, ni au-delà de tout, encore
moins donc le proclamer tout; bref, il-ne faut ni le
proclamer., ni le concevoir, ni le‘conjecturer. En effet,
quel que soit l’objet de nos intellections ou de nos
réflexions, c’est ou bien quelque chose qui fait partie
du tout (et ce cas se vérifie davantage), ou bien
si nous purifions complètement [ce que nous pen-
sons , c’est le tout, même si nous remontons, par la
résolution des choses et de nous-mêmes2, vers le plus
simple, qui est le plus compréhensif de tout, comme
la dernière circonférence non seulement des êtres,
mais encore des non-êtres3. En effet, les êtres ont pour
limite ultime l’unifié qui est complètement indifférencié
(car tout être est formé d’un mélange d’éléments)4,
tandis que les plusieurs ont pour limite ultime l’un
1-4. Voir Notes complémentaires, p. 133-134.
H. I, 3-4
DE PRINCIPIIS
4
tis on to ev, et Kai iravra ècrriv éiriaaoCv, àXXà Kai ev
irpô tûv outü> ye irâvnjv, Kai paXXov ëv i) iravra etrriv
(ev pèv yàp Ka0’ eauTo, iravra 8è ûs aïnov iràvriüv Kai Kara
v irpès iravra auvra^iv, Kai âirXuxç eiireîv 8eurép<i>s» ev
8è irpûrü>$ to ye ev) aXX’ ei Kai rouro Xéyoi tis, irpûrov 5
pèv 8iirXoqv êv aùrû Oqtrera -qpeîs 8e oi pepi^ovreç
Kai irept ttjv ckcivou airXoTqra SnrXaaiaJopevoi Kai en
iroXXairXaenaJépcvoi, ckcivo yap TÛ ev cTvai iravra ecm
tov âirXouorrarov rpoirov cl 8e Kai touto Xeyoi Tis, opws
è^qpqpevqv 8ei etvai ttjv tûv iravTcav àpxqv aÙTÛv tûv 10
irâvTivv Kat TT]s âirXoutTTaTqs iravTOTqTOS Kai Tqs iravra
KarairioûoTjs âtrXoTTjros, oïa q tou évos-
(2)
Mavreùcrai apa qpûv q 4'UXT) T^v ôircoaoûv iràvrcov
èirivooupévwv eTvai àpxqv eireKeiva iravnov àauvraKrov
irpès iravra. Ou8e apa àpxTjv, où8è ainov èKeîvrjv kXtjtcov, 15
où8è irpûrov, ou8é ye irpo iràvrcov, ou8 èircKciva iràvriav ‘
OX0^] Y* apa iravra auT-qv upvqTeov ’ où8’ oXiüç upvqréov,
oû8’ èvvoqréov, ou8è ôirovoqreov ’ o ri yap av voqaaipev rj
èirivor]<raip.ev, qroi tûv irâvTiav ti ècrriv, Kai toûtô ye
aXqOécrTcpov, T) 8iaKa0aipopevov rà iravra cottI, Kav eis 20
to âirXoûoTarov avaÇa'qpev àvaXuovres TC Kai avaXuépc-
voi, o rrâvTiov èariv irepieKTiKairarov, oîov q e<rx<*TTl 'ir£P1-
«jjépeia, où tûv ovtcüv, aXXa koi tûv pq ovtcüv. Tûv pev yàp
ovtcov to qviopevov Kai iràvTT] à8iaKpirov e<rxaTOV (irav
yàp ov piKrèv ck CTTOixeicüv), tûv 8e iroXXûv airXûs to 25
17 ayoXï) A || 20 àXqOiarepov] cwq0éarepov coni. Segonds ||
24 rràvrqt, -qi ex -t, Ax
5
DES PREMIERS PRINCIPES
pur, car nous ne pouvons concevoir rien de plus simple
que l’un, c’est-à-dire le totalement et seulement un.
Et même si, lui, nous le disons principe, cause, premier,
le plus simple, là-haut ces prédicats, ainsi que.tous
les autres, seront ensemble et selon l’un mais nous,
incapables de le comprendre, nous nous divisons
à son égard, en affirmant de lui les prédicats qui sont
en nous divisés, sauf à les juger, eux aussi, indignes,
en sorte que dans leur multiplicité ils ne conviennent
pas à l’un. Celui-ci n’est donc ni connaissable, ni
nommable, car il serait encore par là plusieurs. Mais
on dira que ces prédicats également sont en lui selon
l’un ; car la nature de l’un contient tout, ou plutôt
elle produit tout, et il n’y a rien que l’un ne soit. C’est
pourquoi tout se déroule1, si l’on peut dire, à partir de
lui ; et celui qui est la cause proprement dite et le
premier, celui-là est aussi la fin en soi et le dernier
en soi, le mur d’enceinte8, pour ainsi dire, du tout ;
il est encore la nature unique des plusieurs, jion pas
celle qui en eux procède de lui, mais celle qui, anté-
rieurement à eux, est génératrice de la nature qui
est en eux ; il est le sommet le plus indivisible du tout, de
quelque manière qu’on dise le tout, et l’enveloppement
le plus large de la totalité, de quelque manière qu’on
la dise.
Mais, si 1 un est cause de tout et s’il embrasse tout,
quel moyen aurons-nous de remonter au-delà de lui?
Car peut-être nous avançons-nous dans le vide, forte-
ment tendus vers le rien lui-même ; en effet, ce qui
n’est même pas un, cela n’est rien en toute vérité.
Car comment savoir qu’il y a encore quelque chose
au-delà de l’un? En effet, les plusieurs n’ont besoin
de rien d’autre que de l’un ; c’est la raison pour laquelle
l’un est seul la cause des plusieurs. C’est pourquoi
aussi l’un est nécessairement cause, car c’est une
nécessité que l'un soit seul cause des plusieurs ; en effet,
ce n’est ni le rien (puisque le rien n’est cause de rien),
ni les plusieurs eux-mêmes, puisqu’ils sont, comme
1 2. Voir Noies complémentaires, p. 134.
R. I, 4-5
DE PRINCIPIIS
5
ev toü yàp evôg airXoùcrTEpov oùSÈv eyopev evvoeîv, toû
travTp Èvôs Kai pôvov Èvôs. "O Kai el apyfjv XÉyoïpev Kai
aïnov Kai irpÛTOV Kai arrXoûcrraTov, Èkeî Taüra te Kai
iràvTa Ta âXXa povov Kai KaTa to Èv ' qpEÎg 8e ctuveXeîv où
SuvàpEvoi pspiÇôpeOa irEpi aÙTÔ, rà Èv Tjpiv pEpepiopÉva 5
Èkeivou KaTTjyopoûvTES, irXr]v oti Kai Taûra aTipâ^o-
pEv a>s iroXXà tû evi p.T) etJjappo^E.v. O 8e apa yvcocrrôv,
où8È èvopacTTÔv • ei't] yàp âv Kai TaÙTi) iroXXâ. "H Kai raÛTa
Èv aùrû kqtÔ to ev iravS^x^S yàp t) toû Èvôs <|>ùcris,
pâXXov 8e iraVTo<{>UT)s, Kai où8Èv o ti pi] Èctti tô ev Aiô 10
irâvTa àir’ aÙTOÛ oîov ÈKprjpùcTai • Kai tô Kupius aÏTiôv
te Kai irpÛTOV, Èkeîvo Kai tÉXos aÙTÔ Kai Eoyarov aÙTO,
OpiyKÔg àTEXvûg tûv irâvTiav ’ Kai tûv iroXXûv pia «Jjuctis,
oùx T) Èv aÙTOis air’ Èkeivou, àXX’ tj rrpô aÙTÛv yevvtjtikt]
ttjs Èv aÙTOÎSi T) àpepEarâTi) KOpu<j>T] tûv oircos ttotÈ 15
irâvTiüv, Kai T] pEyîcrri} irEpioxH tûv oiru>s ttotÈ ÔXiüv
XEyopÈvwv.
AXX’ si to ev iravTiüv aî/riov Kai trâvTuv irEpiEKTiKov,
Tig T] ÈirÉKEiva Kai toutou avagaaig t]|i<x>v ; Mtjttote yàp
KEVEpêaTOÙpEv ei$ aÙTO tô où8Èv âvaTEivopEvoi o yàp 20
pT]SÈ Èv ÈCTTIV, TOÛTO O 8Èv ÈOTl KaTa TO 8lKalOTaTOV. Fl60ev
yàp oti Kai eotiv ti toû Êvôç ÈirÉKEiva ; "AXXou yàp oÙ8e-
vôç xpfl£ei Tà iroXXà toû Èvôs ‘ 8iô pôvov to ev aiTiov
tûv iroXXûv. Aiô Kai tô ev trâvTios aiTiov, oti tûv iroXXûv
aiTiov 8eî povov slvai to Èv ' oute yàf to où8Èv (to yap 25
où8Èv aiTiov oÙ8evos), oute aÙTa tù iroXXâ, îjv yàp
3 post èxeî] xal s.u. A1 (bel;. RC) Taù-ra GC : zavrài A ||
4 pôvov] fort, àpoü (cf. 7.15) || xal FCCl. Segonds || 26 ïjv
scripsi : î) A, A* post yàp TtoXXà s.u. A3 4.
6
DES PREMIERS PRINCIPES
on le. sait, incoordonnés ; et comment [alors] les
plusieurs formeront-ils une cause unique? Et même
s’ils sont une pluralité de causes ils ne seront pas
causes les uns des autres, [d’abord] parce qu’ils sont
incoordonnés et [ensuite] parce que cela ferait cercle ;
chacun par conséquent serait cause de lui-même ;
il n’y aurait donc aucune cause des plusieurs. Par suite,
c’est une nécessité que l’un soit cause des plusieurs,
lui qui est aussi cause de la coordination qui est en
eux, car c’est un certain souffle commun que la
coordination et 1 union des plusieurs les uns aux autres.
Si donc aux prises avec ccs_ apories quelqu un
vient à dire qu’il se contente du principe...<ip_ l’un,
et s’il ajoute comme point final puisque nous n’avons
pas de notion ni même de conjecture plus simple que
l’un comment donc conjecturer quelque chose au-delà de
la toute dernière conjecture et notion? — si donc
quelqu’un vient à parler ainsi, nous lui pardonnerons,
certes, son embarras (car inaccessible, à ce qu’il
semble, et impraticable est une telle pansée), mais
cependant, à partir de ce qui nous est plus facilement
connaissable, il faut que nous stimulions les gestations1
indicibles, qui sont on nous, vers (je ne sais comment
dire) l’indicible conscience de cette vérité sublime2.
Puisque, dans les choses d’ici-bas, ce qui est libre
de toute relation est plus digne que ce qui est pris
dans une relation, ot le non coordonné plus digne
que le coordonné (ainsi la vie théorétique3 est plus
digne que la vie politique, et, disons-le, Kronos plus
que le démiurge, l’être plus que les formes, l’un plus
que les plusieurs dont il est le principe), de la même
manière aussi plus digne que les causes absolues et leurs
effets, que tous les principes et leurs priheipiés, sera
ce qui transcende toutes ces sortes de choses, ët qui
n’est supposé entrer en aucune coordination ni relation,
pour le dire en un mot. Aussi bien, l’un se place par
nature avant les plusieurs, le plus simple avant ce qui
est de quelque façon composé, le plus compréhensif
1-3. Voir Notes complémentaires, p. 131-135.
R. I, 5-6
DE PR1NCIP11S
6
àcûvTaKTa, Kai irûs ëv aïnov «rrai Ta -rroXXâ , El 8e Kai
iroXXa aiTia, ouk àXXTjXov, 8ià to àauvTaKTOv Kai 8ia to
kukXiü ‘ auTÔ apa éauTOÛ eKaaTOV aÏTiov ' tûv apa iroXXûv
où8èv a tiov. ’AvâyKT] àpa to èv eTvai tûv iroXXûv aÏTiov,
Kai tt)s èv aÙTOÎs aÏTiov ouvtô^ciüs ' ôpôirvoia y<îp tis ô
q aûvTa^is Kai T] irpôs âXX-qXa èvaiai;.
El 8* ouv TaÛTa tis àiropoôp.evos Xèyoi àpKeûrOai tt]
àpxfj T°û évés, Kai irpooTiOeir] tov koXo<J>ûvo., ûs où8è
cvvoiav où8e uirévoiav ê'xopev àirXoucxTepav tou évés,
Trios ouv ûirovor|<Topev èireKCivà ti tt]s co,X“tt)s ûirovoias Te 10
Kai èvvo as J — eï tis TaÛTa <|>aaKOi, CTuyyvioCTÔpeOa pev
aÙTÛ tt]s àtropîas (agaTOs yàp ûs ëoiKe ko! àp-qxavoç tj
Toiâ8c <}>povTis), àXX’ optas Ék tûv T]pîv yviopipuoTèpiov
avepeOiœreov Tas èv Tjpîv dppijTous Û8îvas eis ttjv dpprjTOV
(ouk oT8a oira>s eîirco) ctuvoîctOtjctiv tt|s ûirepi)<|>àvou toutes 10
àXrjOeîas. ’Etrei yàp èv toîs tt]8c to curxeTOv irâvTT] TipiÛTe-
pov tou ev crx^o'ei Kai toû ouvTeTaypévou to àiruvTaKTOv,
cos ô 0e<x)pr]TiKos toû iroXiTiKOÛ, Kai ô Kpôvo$ <|>épe elireîv
toû 8r]pioupyou, Kai to ôv tûv ei8<üv, Kai to èv tûv troXXtJv,
œv àpxr] to cv, outcü | Kai àirXûs aÎTiuv Kai aiTiaTÛv Kai 20
àpxûv àiraoûv Kai àpxopéviüv to iravTa îà ToiaÛTa CK^e-
&qKÔ$ Kai èv où8epiâ auvTa^ei Kai oxeCTCL ûiroTiOepevov, ûs
tû Xoyiü <}>âvai. ’Eirci Kai to ëv tûv iroXXûv <j>ûaei irpo-
ecmjKev, Kai to â-trXoucrraTOV tûv auvOeTorrépcjv Ôttcdctouv,
18 cl. Arist., Klh. Sic. X 7-9, 1177 b 1-1179 a 32.
1 zal ttûç êv aÏTiov ëaTai t. . . .A induxit, Ècti xal oùx
&v eliq êv aÏTiov Ta noX>.<4 • s.u. A* || 1-4 extremi uersus resarli :
1 T^à TToXXàj nunc non legitur ; 2 [âœjvTajXTOv, 3 L&aaT0Vj, 4
l^âvâyxTjj (àv.... A) in nig. int. adser. As, in noua mcmbr.
refccil A3 || 11 eï tiç BC : r,Tiç A I cuyfvoraôpieOa BC : -adpieOa
A || 14 àvepeOiaTÊov ep s.u. A1 (àveOiOTéov BC).
7
DES PREMIERS PRINCIPES
avant ce qui est enveloppé en lui, tandis que 1 au-dela,
si lu veux l’appeler [ainsi], est au-delà même de toute
opposition de ce genre, à savoir non seulement au-delà
de l’opposition entre des termes de même rang, mais
encore de celle qui se caractérise comme étant entre
un premier et ce qui vient ^iprès lui.
De plus, sans doute, l’un, l’unifié, ainsi que leurs
dérivés, c’est-à-dire les plusiêürs et les êtres en train dé'
se~distinguer, constituent le tout; en effet,* tout ce
que sont les êtres on train de se distinguer, tout cela
l’unifié l’est [aussi , lui à partir duquel ils se distinguent ;
et tout ee que sont les plusieurs, tout cela l’un l’est
[aussi], lui à partir duquel les_ plusieurs se déroulent.
Un; il ne l’est pas moins, en vérité, s’il ne l’est meme
davantage, du fait que les plusieurs sont après lui et
non en lui ; et de même pour l’unifié, du fait qu’il est,
antérieurement à la distinction, le coagrégat1 des
êtres qui se distinguent. Chacun des deux, donc, soit
du point de vue de sa coordination, soit du point
de vue de sa nature propre, est tout ; or, le tout ne
peut pas être premier, ni principe, tant du point de vue
de la coordination, parce que les derniers termes
coexistent aussi avec lui, que < du point de vue >
seulement de l’un qui est lo sien, parce qu’il est un
et simultanément tout selon l’un (quant à ce qui
est. absolument au-delà du tout, nous ne l’avons pas
encore trouvé), et parce que l’un est sommet des
plusieurs, comme cause de ses dérivés.
X cela ajoutons que, nous, nous concevons l’un dans la
purification intégrale de notre pensée vers ee qui est
le plus simple et lé plusTcompréliensif. Mais ce qui est le
plus vénérable doit être insaisissable à toute conception
et à toute conjecture, puisque, même dans les choses
d’içj7bas, ee qui échappe sans cesse vers en haut à
nos conceptions est plus digne que ce qui est davantage
à notre portée, de sorte que ee qui a déjà fui toutes
nos conjectures serait le plus digne. Or, si cela n’est
rien, il faut que le rien soit de deux sortes : celui qui
1. Voir Noies complémentaires, p. 135.
K. I, 6 DE PKINC1PIIS 7
Kai TO TTCplCKTlKùJTaTOV TÛv ClCTCü TTCplC)(Op.évùJV ' TO 8’ 61
OèXeis eiireîv èirèKeiva Trâcrqs ècrriv Kai rrjs Toiaù-rijs
àvTiOècrews eireKeiva, où tt)s èv ôpoTayècri pôvov, àXXà Kai
Ttjs ws trpùJTOu Kai peTa to irpû-rov.
(<) “En toivuv to pèv ev Kai to iqvùjpèvov Kai Ta âiro toutùjv 5
iroXXà Kai SiaKpivôpeva iravra ècrriv ' ocra yàp Ta SiaKpi-
vôpeva, TOcraÛTa to rjvùjpèvov à<j>’ ou SiaKpîverai, Kai ocra
Ta TroXXa, TOcraÛTa to ev a<|> ou è^eX tt rai ’ cv pèvroi
où8ev JjTTOV, ci prj Kai pâXXov, oti per’ aùrà Ta iroXXà,
Kai ouk èv aùrû, Kai iqvùjpévov, oti cruvaipepa tûv SiaKpi- 10
vopévwv irpô ttjs SiaKpicreias. Eitc ouv Karà ttjv cruvra^iv,
erre Karà <J)ûcnv ttjv èauTÛv, iravra ÉKarepov, Ta 8e iravra
où SuvaTai irpÛTa etvai o 8e ap^i) * ei pèv Karà crûvra^iv,
oti Kai Ta è'crxaTa crùv aÙToîs, ei 8è (koto^ to ëv aÙTÛv
pévov, oti Kai ëv Kai iravra ôpoû Karà ro ev (to 8è ttcivtt] 15
eireKeiva tûv irâvTùJV oüirii) eùpijKapev), Kai oti Kopu<}>T] tûv
iroXXûv to ev ûç aïnov tûv àir* auToû.
npàs 8è toÙtois to cv qpeîs èwooûpev Karà ttjv SiaKaOai-
popèvrjv ùirôvoiav eis to âirXoùcrTaTov Kai irepieKTiKWTa-
tov ’ to 8è crcpvôraTov aXrjirTov etvai 8ei irâcrais èvvoiaiç 20
T6 Kai ùirovoîaiSj èireiSr] Kai èv -rois 1*1)86 to àva<J>eûyov àei
irpôs to avtü Tas qperèpas èvvoias Tipiûrcpov toû irpoxei-
porèpou, û<TT6 TipiÛTarov a eii) to irâcras èKire<J>6uyc>s Tas
Tjperèpas ùirovoias. Ei 8è toûto ouSev ècrriv, ÎÉcttùj 8ittov
to où8èv, to pèv KpcÎTTov tou évôs, to 8è èiriraSe * ei 8è 25
2 OéXôiçj üépiç Kroll || 5 ltovjt<>>v, 6 LÔOja deperdita in A,
toùtcov et Saa yàp mg. edscr A* || 14 xarà addidi.
8
DES PREMIERS PRINCIPES
est meilleur que l’un et celui qui est en deçà ; si donc
nous nous avançons dans le vide en parlant ainsi,
c’est qu’il y a aussi deux façons de marcher dans
le vide1, l’une en tombant dans l’indicible, l’autre
dans ce qui n’est en aucune façon ni sous aucun
rapport ; indicible, sans doute, est également ce néant-ci,
comme Platon lui aussi le dit, mais il l’est selon le pire,
tandis que celui-là l’est selon le meilleur.
Or, si nous recherchons s’il y a de ce dernier quelque
besoin, voici de tous le besoin le plus nécessaire, le fait
que de là-bas, comme d’un sanctuaire inaccessible2,
tout procède à partir de l’ineffable et selon un mode
ineffable Car ce n’est pas en qualité d’un qu’il produit
les plusieurs, ni en qualité d’unifié les êtres en tram
de se distinguer, mais c’est comme ineffable, qu’il
produit ineffableinent toutes les choses de semblable
manière.
Or, si, en disant de lui justement ceci, à savoir qu’il
est ineffable, qu’il est le sanctuaire inaccessible du
tout, qu’il est incompréhensible, nous éprouvons le
renversement de notre discours3, il convient de savoir
que ce §ont là des noms et des concepts appartenant aux
gestations de notre pensée, lesquelles aussi nombreuses
qu’elles soient à avoir l’audace de le rechercher indiscrè-
tement4, sc trouvent arrêtées sur le seuil du sanctuaire,
sans rien annoncer de ce qui lui est propre ; mais ces
gestations révèlent, avec les apories et les insuccès
qui sont les leurs, nos propres états6 envers lui, non
pas même de façon manifeste, mais par des allusions®,
et cela à l’adresse de ceux qui sont capables d’entendre
même ees dernières.
1-5. Voir Notes complémentaires, p. 135-136.
6. ”Ev8eiÇtç Syrianus, Proclus et Damascius emploient ce
mot pour indiquer une expression de type symbolique, allusif et
vectoriel à l’égard de ce qui ne peut pas être dit, comme c’est le
cas des plus hauts principes. Ce mode d’expression suggère hi
direction dans laquelle se trouve l’objet, plutôt qu’elle ne le
signifie. Voir dans L. G. Westerink, Darn., In Phil. Index 11,
p. 132 s.v., un certain nombre de références de eet usage dans
les auteurs mentionnés.
R. I, 6-7
DE PRINCIPIIS
8
KevcpgaToupcv TaÛTa XcyovTcs, Sittov Kai tô Kcvcpgarciv,
to pèv ckti-iittov cîç to apprjTOv, • o 8c ciç to prjfiapr]
pr;8apûs uirapxov âppiyrov pcv yap Kai toûto, ûg
Kai nXaTOJV, àXXà Karà to x£îpov> «kcivo 8e katû to
KpcÎTTOV. 5
Ei 8c xP£‘av “Ùtoû Tiva cTri^TjToûpcv, au-ntj êcrrlv q
ttÔvtov àvayKaioTâ-rTj xp£'a> to ckcÎÔcv ûcrTrep àSÛTou
tràvTa TTpo levai, c'k tc àiroppTjTOu Kai tov àrrôpprjTov
Tpôirov outc yàp wç c'v trpoayei Ta iroXXâ, outc ûs
rjvùjpévov to SidKpivôpcva, aXX’ ûg àtropp-qTOV àrroppTjTOg 10
tô irâvTa ôpoîojg.
El 8è airra TaÛTa ircpi auTOÛ XcyovTcg, oti àirôppTjTov,
oti aSuTOV tûv iràvTùjv, oti àirepivÔTjTOV, irepiTpCTropeôa tu>
Xéya), ciSévai xp1! oti TaÛTa ôvoparâ cari Kai vorjpaTa tûv
TjpcTépùJV ÛSÎvgjv ocrai TroXuTrpaypovcîv ckcivo ToXpûcnv, 15
êv irpoOûpois ècrTrjKuiûv toû oSutou, Kai ou8èv jiêv tûv
ckcivou ê^ayyeXXoucrûv, to 8c oiKcîa TraOr; Trcpi aÙTÔ Kai
Tas àtropîas tc Kai àreu£ia$ eauTCüv prjvuouaûv, ou8c
cra^iûs, aXXà 8i èvScî^ecJv, Kai TaÛTa toîs êiraîciv kcu. tou
tov 8uvapcvoiç.
20
3-4 = Sopft. 238 c 9 11 || 16 cf. Phil. 64 c 1 2.
13 fiSvrov scripsi (cf. u. 7 et 16; 21.22) : àSûvarov A oùSév
êari A* || 20 Svvapévoiç A’ : -cov A.
Ü DES PREMIERS PRINCIPES
[4. De l’un indicible et dicible]
béanmoms, nous voyons que, dans ses gestations
au sujet même de l’un, notre pensée éprouve les mêmes
difficultés, livrée de semblable manière aux tourments
et à son renversement. Car l’un, comme le dit Platon,
s’il est, n’est même pas un1 ; et s’il n’est pas, aucun
discours ne lui conviendra, de sorte que [de lui] il n’y a
même aucune négation, ni aucun nom (car le nom
n’est pas simple), aucune opinion, ni aucune science
(car celles-ci non plus ne sont pas simples, l’intellect
même ne l’est pas), de sorte que l’un est complètement
inconnaissable et indicible. Pourquoi donc chercher
quelqu’autre chose au-delà de l’indicible?
C’est que peut-être PlaLon, par la médiation de l’un,
nous a fait monter inefTablement vers l’ineffable dont il
s’agit maintenant, l'ineffable au-delà de l’un, précisé-
ment par la suppression même de l’un, de même que,
par la suppression des autres choses2, il nous a amenés
par un détour vers l’un, car Platon a fait voir, dans
le Sophiste, qu’il conçoit l’un à l’état pur dans une
certaine affirmation, en montrant qu’il est en soi
présubsistant à l’être3. Toutefois i, après s’être élevé
jusqu à 1 un Platon s’est tu, c’est qu’il lui a paru
convenable, vis-à-vis de ce qui est absolument secret, de
garder un silence absolu selon l’antique coutume ; en
effet, le discours [à ce sujet] est, savons-nous, réellement
très téméraire, quand il vient à tomber dans des oreilles
simples4 ; sans doute aussi, après avoir soulevé le
problème de ce qui n’est en aucune façon ni sous aucun
rapport le discours s’est renversé et a couru le risque
d’être précipité dans l’océan de la dissemblance6 ou
plutôt du vide sans réalité. Et, si les démonstrations
ne conviennent pas non plus à l’un6, cela n’a rien
1-6. Voir Notes complémentaires, p. 136-138.
R. I, 7-8
DE PRINCIPIIS
9
(5) AXXa Tas Û8îvas ôpûpev ras qp.ercpas Kai irepi to
ev raura Tracrxoucras, Kai tov ôpoiov Tpoirov àSijpovoûcras
Te Kai 'irepiTpeiropévas. Tô yàp St] ëv, cjirjcrlv o FlXaTuv, et
c'œtiv, ou8è ëv èariv ' el 8 ouk ècrriv, oùSeis aura Xôyos
âppôcrei, ücTe ou8è aTrô^acris ' àXX’ où8è ôvopa, ou8e yàp 5
toûto àirXoûv • où8é tis 86£a, ou8e cmaTqpT), où8è yàp
auTai airXaî • où8è aÙTÔs ô vous airXoûs, ûcrre iravri]
ayvjjoTÔv Tt Kai apprjTOv to ëv. Ti ouv àXXo ti toû àpprjTOU
èircKciva èiri^rjToûpev ;
H Ta^a pev ô FlXaTUiv 8ia pecrou tou évôs àvqyayev 10
qpâs àiropp'qTùJS els to vûv 8tj irpOKtipevov àTrôpprjTOv
èireKeiva toû évôs aÙTrj ye ttj àvaipéaei toû évés, ioaircp
tt) àvaipéaei tûv àXXuiv els to èv Trepiiîyayev ’ èirei tô ëv
oti èv 0écrei Tivi oT8ev 8iaKa0aipopevov è8r]X<jaev èv tû
Zoi|>i<7tt), Kai àiroSeîÇas aÙTÔ Ka0’ aÙTO irpoüiràpxov toû 15
Ôvtos. Ei 8è Kai | pèxpi toû évôs avalas èmanrqaev, Kai
toûto nXaTùJvi TrpeTrû8es> irepi tûv irâvTT) à^BèyKTWV
irâvTT} aiùJTrâv âpxaioTpôirws ‘ Kai yap ^v tû ovti irapa-
Kiv8uveuTiKüJTaTOS ô Xôyos eKiriirruv eîs îSiÛTiSas aKoâs ‘
apeXci Kai tov irepi toû pr]8<iprj prj8apa>s ovtos àvaKiVTjcras 20
irepieTpairT) Kai èKivSôveuaev èKireoeîv eîs tov Trjs àvo-
poiÔTTjTOS ttÔvtov, pâXXov 8è tt)S avuTroa-TCiTou KcvoTryros.
El 8è ai àiroSeî^eis Kai tû y’ evi ^oùx^ âppô£ou<n, 0aupa-
3 8 = Parm. 141 e 10-142 a 6 || 14 16 Soph. 244 b 6-245 a
10 || 16-19 cf. Episl. IJ, 312 d 7-e 1 ; 314 a 1-4 ; b 6-c 3, Epist.
VII, 341 c 4-342 a 1 | 18-19 cf. Soph. 242 b 6-7 20-21 =
Soph. 238 d 4 239 a 12 || 21-22 - Polit. 273 d 6-7.
1 ante àXXà] où pi)v ins. A* || 2 TaÙTà Combès : -ravra A ||
15 Mal del. (om. RC) ? nisi praestat scr. 8iaxa6aipùp.evoç (cf.
10.18) || 23 xal tû y’ évl <où/> scripsi (cf. 37.14) : Mai tûi yévet
A : tû évl oùy_ A’.
10 DES PREMIERS PRINCIPES
d’étonnant ; car, humaines, elles sont morcelées et
plus composites qu’il ne faut. Ces démonstrations,
en effet, ne conviennent même pas à l’être, puisqu’elles
sont spécifiées, ou plutôt elles ne conviennent même
pas aux formes, puisqu’elles sont rationnelles. Et
n’est-ce pas Platon qui a déclaré, dans se.s Lettres,
que rien, de notre côté, ni l’empreinte, ni le nom, ni
la définition, ni l’opinion, ni la science, n’est propre à
signifier la forme1? Car seul pourrait s’appliquer aux
formes un intellect, que nous n’avons pas encore, nous
qui nous contentons de l’argumentation dialectique.
Et quand bien même il serait vrai que nous mettions en
œuvre une intellection, du moins celle qui est spécifiée,
nous ne saurions l’adapter à l’unifié et à l’être ; et si,
une fois par hasard, nous mettions en œuvre même
l'intellection qui est contractée, néanmoins celle-ci
encore ne pourrait pas être tressée et réunie avec l’un ;
enfin, si nous mettions en œuvre même l’intellection
unitaire, et si celle-ci se recueille les yeux fermés2
en l’un lui-même, néanmoins eette dernière justement
se simplifie en remontant jusqu’à l’un, si toutefois
il y a encore quelque connaissance de l’un ; ce point,
en effet, réservons-le. Attendu qu’il y a beaucoup de
degrés de l’indicible et de l’inconnaissable, il s’ensuit que
l’un aussi doit être inconnaissable. Cependant, même
dans l’état qui est maintenant le nôtre, nous faisons
effort pour discerner d’aussi grandes choses au moyen
d’allusions et de conjectures, en purifiant notre pensée
pour connaître ces conceptions insolites et en nous
élevant [vers elles] par l’analogie et les négations3,
jugeant indignes les choses de chez nous par rapport
à ce monde-là, et nous y laissant conduire pas à pas,
en allant des choses sans prix qui nous sont propres
vers celles qui ont plus de prix. Voilà, en effet, ce que
nous avons fait jusqu’à maintenant. Et peut-être
l’absolument ineffable est-il tellement < ineffable >4
qu’on ne peut même pas poser de lui qu’il est ineffable ;
quant à 1 un, il est ineffable en ce sens qu’il échappe
1-4. Voir Notes complémentaires, p. 138.
R. I, 8
DE PRINC1P1IS
10
orôv ouSév ' àvOpùJTriKai yàp clcri Kai pepepicrpévai Kai
cruvOcTÛTepai toû Séov-ros- Aurai yoûv où8è tû ovti appo-
£ou<nv, elSiyriKal ye outrai, pâXXov 8e ouSe toîs ei8eai
XoyiKal outrai ’ î] ouk aÙTÔç ècrriv o ev ’ErriaroXais àrro-
<|>T]vapcvos ûs toû eïSous ouSev ctrri crTjpavTiKÔv irap’ ^piv, 5
où tuttos, ouk ovopa, où Xoyos, où 8o£a, oÙk èmaTqpT] ;
Nous yàp pôvos ctriÇâXoi âv toî$ eï8ecriv, ov où8ctr<i)
eyopcv, oî SiaXéyecrOai àyairûvTcs. El 8’ ouv Kai irpoêa-
XolpeOa vôrjcnv, àXX’ elSrjTiK'qv, oÙk av è<)>appôcraipcv tû
r)vcüpév<p Kai ovti • ci 8c troTc Kai tt)v truvrjpTjpévrjv rrpo- 10
ÇaXoîpeOa, àXXà Kai aurq irpôs to ëv àtrùyKXwcrTOS Kai
àaùpCaTos ' cl 8c Kai ttjv évialav Kai raùrqv cls to ëv aùrà
pùcracrav, àXX’ auTt] yc péxpi toû êvàs àvairXoûrai, cïircp
tis Kai c’tTTiv toû cvos yvûcis ’ toûto yàp rjpas rrepipevéTtü.
"ÎIcttc 'iroXXaxn to apprjTOv Kai ayvùjcrrov, ûcttc Kai to 15
ëv toioûtov. ’AXX' opws «al vûv w8c cxovtcs, rrapaêaXXô-
pe8a irpôs ttjv SiaKpicriv tûv tt)XikoÙt<jüv 8i* cv8ci^e<i)v kcu
ûirovoiwv, Kai 8iaKa0<upôpevoi irpos Tas àtruvqôcis èvvolas
Kai 8i* âvaXoyias âvayôpevoi Kai 8 a àrrot^âcrcùjv, à/ripa-
£ovtcs ra irap’ rjpîv irpôs cKcîva, Kai irpôs toûto iroSrjyou- 20
pevoi àtrô tûv irap’ qpîv àTipoTcpwv irpos rà TipiÛTepa ‘
TaÛTa yàp Kai vûv ttoioûvtcs 8icTcXécrapcv. Kai p^troTc to
pèv irav-rT) âiroppr] ov (àrrôppTyrov^ outcüs ûs pi)8 oti
àirôpprjTOV [outiüs] TiOévai irepl aù-roû ' rà 8c ëv outus ù>S
4 6 = Episl. VII, 342 a 7-343 c 6.
11 aùr); A, correxi || 15 fiyvcocrov & s.u. atld. A11, 23 dcrrôp-
pujTOv* addidi || 24 oÛTtoç1 deleui.
11
UES PREMIERS PRINCIPES
à toute composition de définition et de nom, et à
toute distinction comme celle du connaissable d’avec
le connaissant ; dans un autre sens1, il sc laisse entendre
comme le plus simple et le plus compréhensif, et pas
seulement un, au sens de la propriété particulière
de l’un, mais comme un qui est tout et comme un
antérieur à tout, non pas certes, comme quelque un
défini qui appartiendrait au tout.
Ce sont là, en effet, les gestations [de notre pensée
et la manière dont nous les purifions vers l’un pur
et vers le principe véritablement unique du tout
Il est tout à fait certain que l’un en nous, ainsi
conjecturé, étant donné qu’il est plus proche, plus
apparenté avec nous, et qu’il est inférieur de façon
presque totale à l’égard de celui-là, se prête plus
facilement à une telle conjecture ; or, à partir de quelque
un défini, de quelque façon qu’il soit posé, le passage
à l’un pur est aisé, et même si nous ne parvenions en
aucune façon jusqu’à celui-là, du moins encore, portés
par l’un-pur-qui-est-en-nous, nous pourrions faire des
conjectures au sujet de l’un qui est antérieur à tout2.
L’un donc est ainsi dicible et ainsi indicible. Mais
l’ineffable3, c’est par un silence parfait qu’il faut
l’honorcr, et d’abord même par une parfaite ignorance,
celle qui tient toute connaissance pour indigne.
[5. De rincognoscibililé de l'ineffable
Eh bien donc, examinons ce second point précisément
comment peut-on dire que 1 ineffable est complètement
inconnaissable ; en effet, si cela est vrai, comment
pouvons-nous écrire toutes ces choses en noue pro-
nonçant sur lui ? Car nous ne voulons certainement
pas fabriquer des fictions, en délirant abondam-
ment sur ce que nous ne connaissons pas. Mais
si l’ineffable est réellement sans coordination à rien
et sans relation à rien, s’il n’est rien du tout, même
pas l’un lui-même, voilà justement sa nature que
1 3 Voir Noies complémentaires, p. 138.
R. I, 8-9
DE PRINCIPIIS
11
iracrav crùvOecnv èK<j>euyov Xoyou Te Kai ovoparoç Ka
trâcrav SiaKpicriv û$ yvcùcrroû àirô toû yivûcrKOVTOS, àXXov
Tpôrrov èirivooùpevov ûs àirXoûcrraTov Kai rrepieKTiKÛTaTov,
Kai où^i pôvov ëv, ûç to iSiwpa toû évôç, àXX* ûç -iravra
ev Kai rrpô irâvTWv ëv, où prjv ev to ri tûv -rravrcüv.
Aurai yap ai ûSîveç Kai outcü SiaKaOaipovrai irpôs tô
âirXûs ëv Kai ttjv piav àXi]0û$ tûv ttclvtüjv apx i 11 avrils
8’ on to èv rjp.iv ëv outws ûrrovooupevov, are -rrpoerexécrre-
pov Kai rjpiv CTuyyevéaTtpov Kai ckcivou tû iravTi <T)(e8ov
Xeiirôpevov, éroipÔTepôv èanv eiç ûirévoiav ttjv Toiaùnjv • 10
à-rrô 8è toû tivoç, Ôttuooûv TeSèvTOs, Kai eis to àirXûs
pa8ia r; perâÇacris Kav eKeivu prjSap^ -rrpocrêâXXoïpev,
àXXà Kai tû airXûs tû -rrap’ -qpîv èiroxoûpevoi irepi toû
irpo TrâvTOiv u-trovooîpev Tô pèv 8>] ëv outü) prjTÔv Kai
oÜtwç apprjTov • ÈKeîvo 8è travreXei criyf] Tenp-qcrôcü, Kai 15
rrpérepôv ye rravreXti ayvoia t rj irâcrav yvaia v àripa£oû<rr].
(6) 4>épe ouv to SeuTepov aÙTO toûto Kan8<>jpxv, otrus
XeyeTai ayvcüOTOV etvai -rraVTeXûç ei yap tduto àX-qGes,
-rrûg TaÛTa iravra irepi aùroû Siararrôpevoi ypa<f>op.ev , 0
yàp 8r) Xoyoïroioûpev, iroXXâ X-qpoûvres irepi &v oûk 20
ïcrpev. Ei 8e èanv âcrùvTOKTOv tû ovti irpôs iravra Kai
àcr^erov rrpôs iravra, Kai ouSèv tûv iravrcov, ou8è aÙTÔ tô
17-18 Farm. 142 a 3-6.
2 ôiXXov scripsi (cf 58 8) : àXûvr)ç A [[ 3 ûç ex corr. A1
12
DES PREMIERS PRINCIPES
nous sommes en mesure de quasi-connaître, nous
efforçant d’en rendre aussi d’autres capables.
De plus, son caractère inconnaissable même, ou
bien nous savons qu’il est inconnaissable, ou bien
nous l’ignorons. Mais, si nous l’ignorons, comment
disons-nous qu’il est absolument inconnaissable? Et si
nous le savons, il est donc par là connaissable, en
tant que, < étant > inconnaissable, il est reconnu
comme tel1.
Outre cela, certes, il n’est pas possible de nier une
chose d’une autre, si l’on ne sait pas de quoi on la nie,
et il n’est pas possible de dire que celle-ci n’est pas
celle-là, si l’on n’a absolument aucune saisie de celle-là ;
car, ce qu’on sait, on ne saurait dire ni que c’est ni que
ce n est pas [identique à] ce qu’on ne sait pas, selon
les propos de Socrate dans le Théélète2. Comment
donc, de notre côté, ce que nous connaissons de quelque
manière, le nions-nous de ce principe que nous ignorons
absolument? C’est exactement, en effet, comme si
quelqu’un, aveugle de naissance, déclarait que la chaleur
n’a pas sa subsistance dans la couleur. Ou plutôt
il dira avec justesse que la couleur n’est pas chaude ;
le chaud est, en effet, sensible au tact, et il le connaît
par le toucher, mais la couleur il ne la connaît pas
du tout, sauf qu’elle n’est pas sensible au tact ; car
il sait qu’il ne la connaît pas, et cette sorte de
connaissance est, en effet, simplement connaissance
de sa propre ignorance, non de la couleur3. Et
naturellement, nous aussi, en disant que ce principe
est inconnaissable, nous ne rapportons rien qui lui
appartienne, mais nous faisons l’aveu de notre propre
état envers lui. En effet, ce n’est pas dans la couleur
que se trouve l’insensibilité de l’aveugle, pas plus
que la cécité, mais en lui-même ; et c’est en nous
assurément qu’est l’ignorance de ce principe que nous
ignorons, car la connaissance du connaissable est
dans le connaissant, non dans le connu. Mais, à supposer
1-3. Voir Notes complémentaires, p 138-139.
H. 1, 9-10
DE PRINC1P1IS
12
cv, aura TaÛTa <}>ûctis aÙTOÛ ècttiv, t]v ûs yivucrKovTcs
SiaKcîpcOa Kai àXXous 8iari0évai CTirouSa^opcv.
“En 8È aÙTo rà ayvwCTTOv aùn>û r) yiyvcxJCTKopcv °Tl
àyvœCTTov, 1] àyvooûpcv ' àXX’ ci pèv toûto, ttûs Xéyopcv
oti TraVTT) àyvcJCTTOv ; ci 8c yiyvùJCTKOpev, Taurj] apa 5
yv cttov, ayvuKTTOv (ov^ yiyv<j<TKcTai oti ayvwcrrov.
Flpôs toivuv toutoiç ouk ccttiv CTEpov cTcpou àiro<J>a<TKciv,
pr] ciSÔTa a<f>’ ou tis airo^acrKci, où8é ccrri <}>avai toûto pv)
ctvai ckcÎvo, TravTcXûs Èkcivou prj àirropcvov ' o yàp oî8cv
tis, 8 pïj ot8cv ouk av tis eÏttoi ctvai où8È pT] ctvai, 4>ijaiv 10
o Èv ôeairqTü) IcüKpàTrjs. Flous o8v rjpcîs a yiyvûoKopcv
Ôttcjctoûv, Èkeivou àiro<f>âcrKopcv o àyvooûpcv TravTâiraoiv ;
"Opoiov yàp ûs eï tis ck ycvcT-qs ûv tucJiXoç àiro<|>aivoiTO
0cppô|TT]Ta pr] UTràpxciv xpûpan. ”H Ta^a pcv Kai outos
Èpcî SiKaîiùs oti to xpû>pa ouk ccttiv flcppov ‘ tô pcv yàp 16
àirTÔv, Kai ot8cv toûto 8ià rfjs a<{>f)s, rà 8c xp^pa ’iràvTT]
ouk oÎScv, ttXt]V oti oùx àirTov ‘ oî8cv yap oti ouk oÎ8cv
aÙTÔ • Kai yàp ccttiv àtrXâs 'H ToiauTt) yvûcris ouk ckcivou,
âXXà tt)s oiKeias àyvoias. Kai 8rj Kai qpcîs àyviüCTTov
CKcivo XcyovTcs ouk aÙTOÛ ti àTrayycXXopcv, àXXà to
ircpi aÙTO irà0os rçpûv ôpoXoyoûpcv ‘ où yap Èv tû xpûpaTi
i] toû tu<|>Xoû àvaiCT0T]CTÎa, où8È yàp r] tu<J>Xott]s, àXX Èv
aÙTÛ ' Kai toivuv Èv qpîv T] àyvüjoia Èkcivou 8 àyvooûpcv,
Kai yàp yvûcris toû yv<jcttoû Èv tû yiyvÛCTKovn, ouk cv
tû yiyviüCTKopÈvo). El 8c ûorrcp tô yvoicrrèv cv TÛ yiyviJCTKO-
20
25
9-11 = Theaet. 188 c 2-3.
5 râvTïj, ->) ex -i, Ax 6 coni. Kopp : A || ôv addidi ||
13 ûv A* : ûç A || 25 tô yvcoOTÔv A : -f) yvûaiç A*
13 DES PREMIERS PRINCIPES
que, comme le connaissable est dans le connu, telle
une clarté qui lui est propre, on vienne à dire que,
de même, l’ignorable1 est dans l’ignoré, telle une
ombre épaisse qui lui appartient, ou une obscurité
qui fait qu’il demeure ignoré et invisible pour tous,
en disant cela, on méconnaît que, comme la cécité,
de même aussi toute ignorance est privation, et que,
comme il en est de l’invisible, il en est de même de
l’ignorable et de 1 inconnaissable.
Sans doute, dans les autres cas2, la privation de telle
propriété en laisse subsister quclqu’autre ; en effet
l’incorporel bien qu’il soit invisible, est du moins
intelligible, et le non-intelligible peut cependant être
quelqu’autre chose, par exemple l’une des propriétés
qui restent insaisissables de quelque façon à une
intellection. Mais, si nous supprimons toute notion et
toute conjecture, et si nous disons que eette privation est
celle qui se soustrait entièrement à notre connaissance,
alors ce vis-à-vis de quoi nous n’avons aucun regard
et restons absolument sans vision, voilà ce que nous
déclarons inconnaissable, non pas que nous disions
quelque particularité de lui, telle que l’inaptitude
à être saisi par la vue, comme c’est le cas de l’intelligible,
ni l’inaptitude à être saisi par l’intellection substantielle
et commune, comme c’est le cas de l’un, mais nous
disons le fait qu’il ne permet absolument aucune prise
sur lui-même, pas même un soupçon. Car nous ne le
disons même pas inconnaissable seulement, en sorte que,
tout en étant quelqu’autre chose, il aurait pour nature
l’inconnaissable, et nous ne le disons même pas être
même pas un, même pas tout, même pas principe du
tout, même pas au-delà de tout : nous estimons que
nous ne prédiquons de lui absolument rien. Donc,
même ces prédicats, le rien, 1 au delà de tout, le
supracausant, l’incoordonné à tout, et les autres
prédicats semblables, ne constituent pas sa nature,
mais ce sont seulement des suppressions de ce qui
vient après lui.
1-2. Voir Notes complémentaires, p. 139.
R. 1, 10-11 DE PR1NCIPI1S 13
pevco ècrriv, otov <J>avônr)S aÙTOÛ oùcra, outcü Xéyoi tis èv
tû àyvooupèvai etvai to àyvoijTÔv, olov <TKOTeivÔTT]Ta
oùaav auToû a<|>aveiav, ica0 -qv àyvoeÎTai Kai agaves
ècrriv toîs irâcriv, ayvoeî ô TaÛTa Xèycjv oti crTepTjcrig ècrriv,
KaOârrEp r) tu4>Xott)S, outcj Kai irâca ayvoia, Kai ûs to 5
àôpaTov, outùj to àyvotjTÔv te Kai ayvojcrrov.
’Etri pèv ouv tûv aXXcjv q tou8c orep-rjcris aXXo ti Kara-
Xeiirei ' Kai yap to àcrûpaTov, ei Kai àôparov, aXXa vo^tov,
Kai to àvôrjTov aXXo ti opuç, otov [r|] ei ti tûv oiriocroûv
vorçoei Tivi àKaTaXiprTùJV ’ ei 8e iraaav evvoiav ica ôirovoiav 10
àvaipoûpev, Kai TauT-qv etvai cjiapcv ttjv irav- airacriv ijpîv
àyvooupèvqv, irepi o rrâv oppa pûopev, Kai Travrr] pûopev,
toûto ayvœcrrov Xèyopev, oùx oti aùroû ti Xeyopev, otov to
pr] ire4>UKOS ôpâcrôai oi|/ei, ûç èiri toû votjtoû, où8e to pt]
Tre<j>uKOS voeîcrOai rf) ùcnûSeï Kai rroXXrj vo-qcrei, ûs èiri 15
toû èvôs, aXXarô pr]8epiav éauToû irapexôpevov àvnXaê-qv,
p?]8è ûrroij/iav. Où8e yap pôvov âyvuoTov aùré <J>apev, iva
aXXo ti ov è\T] <J>ucnv to ayvùjcrrov, àXX ou8è ov, où8e
èv, ou8è traVTa, ouSe àpXTjV tûv rrâvTijv, oû8e èirÉKeiva
ttcivtwv ' ou8e ti âirXûs à£ioûpev aùroû Karijyopeîv. Oukoûv 20
où8è TaÛTa <|>ûcris aùroû, to ou8èv Kai to èrreKeiva ttcivtcüv
Kai to urrepaiTiov Kai tô àcruvraKTov irpès iravra, ou8è rà
ToiaÛTa 4>ûcns aùroû, àXXà povov àvaipccreis t<ov peT
auTO.
16-17 cf Phaed 84 c 6-7.
2 tô àyvÔTjTov ut uid. A (-6 &- et -tqto- erasu) : ttjv fiyvoiav
A’ |[ 4 post èariv1] 4-4- A 6 àyv6i;T6v A || 9 ij dcleui (om. C) ||
10 (IxzzTciÀTjKrov A, corr. coni. Kopp || 11 ^pïv scripsi : ^pûv
A || 18 Ï/tq B : -et A.
14
DES PREMIERS PRINCIPES
Comment donc disons-nous quelque chose au sujet de
l’ineffable? b’est-il pas vrai que, connaissant ce qui
vient après lui1, du simple fait que nous connaissons
cela de quelque façon, nous le jugeons indigne d’être
affirmé, pour m’exprimer ainsi, de ce qui est totalement
indicible. Car, de même que ce qui est au-delà d’une
connaissance définie est meilleur que ce qui est saisi
par elle, de même aussi ce qui est au-dela de toute
conjecture doit être plus vénérable encore, sans même
qu’on puisse le connaître comme plus vénérable ;
ou plutôt, cette qualité au suprême degré, e’est comme
en nous qu’il l’a et comme un état qui est nôtre ; et
nous le déclarons le plus merveilleux2 par son caractère
même totalement incompréhensible à nos propres
pensées. En effet, selon la règle de l’analogie, si ce
qui est relativement < inconnaissable par perfection est
supérieur à ce qui est complètement connaissable >,
il faut alors reconnaître que < l’absolument inconnais-
sable > par perfection est supérieur à tout, bien
que celui-là ne possède même pas la nature la plus
élevée, ni la plus puissante, ni la plus vénérable ;
car ce sont là nos conventions envers lui qui fuit,
totalement nos conceptions et nos conjectures. C’est,
en effet, par cette abstention même de toute conjecture
que nous reconnaissons qu’il est, lui, le plus merveilleux.
Car, si nous conjecturions quelque chose, nous cher-
cherions encore quelqu’autre chose d’antérieur à cette
conjecture ; alors, ou bien on remonte à l’infini, ou bien
il faut s’arrêter à l’absolument ineffable.
[6. L’ineffable n’est pas objet d’opinion]
Est-ee donc que nous démontrons quelque, chose
au sujet de l’ineffable, et l’ineffable est-il démontrable,
lui que nous estimons n’être même pas conjecturable ?
1. Nous devons ici à M. A. Segonds une correction nécessaire,
car le pluriel -raÜTa est inadmissible; afin de la limiter au
minimum, nous avons écrit perà toüto plutôt que per’ auto
(comme p. 13.23-24).
2. Nous avons traduit la cj. de L. G. Westerink.
K. 1, 11
DE PRINCIPIIS
14
Dûs ouv Xéyopév ti irepi aùroû ; "H oti ra pera toûto
yryvwCTKOVTes, auTÛ toutoi tû ôirojaoûv yiyvûaKCiv àri-
pâ£opev aura irpos tî)v Oêcnv, ïva outcüs eïirii), toû iravTT}
àppiÿrou. fis yàp to Tivès yvûcreiüs êircKeiva KpeiTTOV
êcrriv toû ûir’ aÙTTjs aipoupévou, outoj Kai to irâcrqs uiro- 5
votas èircKciva 8ei eîvai aepvÔTepov, où8ê oti crepvÔTepév
ècrriv yiyvwcrKÔpevov, àXXà to crepvÔTaTOV exov ûs êv
rjpîv Kai ûs rjpérepov irâôrjpa, Kai 0au a toûto Xeyopevov
aÙTÛ tû irâvTT] aXijirrœ Taîs ^peTepais êvvoiais. Ai âva-
Xoyias yâp, el to rrr) (koto to KpeÎTTOv ayvojaTov utrépTe- 10
pov êerri toû irâvTT] yvcücrroû, rà irâvTrj apa} KaTa to
KpeÎTTOv ayvcüCTTOV uirépTaTOV etvâyKTj époXoyeîv, kov
ckcivo pr)8e to ûirépraTOv exil» p’iSe to KpaTiarov, pr]8e
rà crepvÔTaTov ' qpeTepa yàp TaÛTa opoXoyrjpaTa irepi
CKelvou o irâvTT} 8ia<J>euyei Tas rjpeTepas èvvoias Te Kai 15
ùirovoîas* Tû yàp p 8ev ûirovoeîv aùirû toutw opoXoyoûpev
eîvai aÙTO OaupaaiÛTarov ' el yâp ti ûirevooûpev, e tjtoî pev
Kai aXXo irpô Trjs ûirovoias ' Kai Îjtoi eir* aireipov, rj avayKTj
êv tû iravTairaxnv àTroppi^Tœ arrivai.
’Apa ouv àiro8eÎKVUpêv ti irepi ckcivou, Kai etrrtv Îkcivo 20
âiroSeiKTÔv, oirep ou8ê ûirovoTjTOv eîvai a£ioupev ; H TaÛTa
1 perà toûto scripsi : perà raüra A (per’ aùri prop. Segonds) |
6 aspvÙTepov1’ *] tixtov sscr. A* (sed cf. 16.20) | 8 Oaûpa toûto]
scr. OaupoanÛTaTOv ? (cf. u. 17) || 10 xarà — 11 &pa in fine
pag. add. A* || 18 j^toi èir’ &reipov àvâyxrjj, 19 àiroLpp7|T{<>>)
aTTjvaij (in spat. 9 lit!.), 20 ^apa oûvj refecit A’ (fuerelne
fere oûtco én’ ôlneipov ëo>ç &v OTÎji èv tûi iravT<XKaaiv àTropp^Tcoi.
apa oûv 7).
15 DES PREMIERS PRINCIPES
Disons plutôt qu’en parlant ainsi nous faisons une
démonstration encore à son sujet, mais lui nous ne
le démontrons pas, et le démontrable n’est pas en lui ; en
effet, il n’y a en lui ni le démontrable, ni autre chose
[que le démontrable], ni même lui, mais nous démontrons
notre ignorance et notre aphasie à son égard, et c’est là
l’objet de la démonstration.
Quoi donc? N’avons-nous pas une opinion de lui dans
ce que nous en disons? Or, s’il y a une opinion de lui,
il est aussi objet d’opinion. Oui, mais notre opinion
est qu’il n’est pas, et cette opinion est vraie, comme
le dit Aristote1. Eh bien donc, si cette opinion est
vraie, c’est qu’il y a aussi une chose, par conformité à
laquelle l’opinion est constituée comme vraie, car
c’est parce que la chose est, que l’opinion aussi est
vraie2. Toutefois, l’ineffable comment pourrait-il avoir
l’être et comment pourrait-il être vrai, lui qui est
parfaitement inconnaissable? On pourrait dire que son
non-être et son caractère inconnaissable sont vrais,
au sens où est vrai le véritablement faux3, car il est
vrai que ce dernier est faux. Sans doute, ces caractères,
c’est dans la cas des privations qu’il faut les réunir et
dans le cas de ce qui n’est pas sous quelque rapport,
domaine dans lequel ce qui choit hors de [la forme]
peut tirer profit de la subsistance de la forme, comme
la privation de la lumière, que nous appelons ombre,
tire profit de la lumière ; car s’il n’y a pas de lumière,
il n’y a pas d’ombre non plus. Mais, dans le cas de
ce qui n’est en aucune façon ni sous aucun rapport4,
rien de ce qui est de quelque manière que ce soit ne
peut être attribué, comme le dit Platon, donc même
pas le non-être, ni en général une privation ; sans
compter que l’expression « ce qui n’est en aucune
façon ni sous aucun rapport » est impropre à signifier
l’ineffable ; car cette expression est de l’être, sa signi
fication aussi est quelque chose qui fait partie des
êtres, et ee qui est objet d’opinion est encore de l’être ;
et, même si l’on est d’avis que l’objet d’opinion n’est en
1-4. Voir Notes complémentaires, p. 139.
B. I, 11-12
DE PlilKClPllS
15
pèv XcyovTcs ârro8ciKVupcv Kai irepi ckcivou, aXX ouk
ckcîvo, où8è to àrro8ciKTÔv èv èKeîvai ' où8è yàp aXXo Tl
où8è ÈKeîvô ècmv èv aÙTÛ, où8è aÙTÔ, aXXà Tqv qpcTcpav
à'rroSeÎKvupev trepi aù-rô ayvoiàv tc Kai à<J>acriav, Kai aurq
ccrriv ro àrroSciKTÔv.
Ti ouv ; où 8o£â£opcv irepi aùroû TaÛTa a Xèyopcv ; ci
8è ècrriv 8o£a auToû, Kai 8o£acrrôv | ccttiv ’ H oti ouk
ccttiv, 8o$â£opev, Kai àXqôqs yc aurq q 8ô£a, <|>qaiv Api-
CTTOTèXqç. Oukoûv ci aXq0 s q 8ô£a, Kai irpaypâ ccttiv,
w ècJiappô^ouCTa q 8o£a yivcTai àXqOqs» tû yàp cîvai tô 10
irpâypa Kai q 8o£a àXqficûci ' koltoi èKCÎvo irûs âv cïq, q
trûs aXqOèç o yc ayvwCTTov ècrriv travTcXûs ", "H to yc p
cîvai aùroû Kai tô pq yviocrrov, toûto aXqôcs» ûs to aXq0ûs
4>cû8os • àXqOès yàp oti i|/eû8o$. "H TaÛTa pèv èiri tûv
CTTcpqCTeœv CTuvaKTèov Kai toû irq pq ovtos, è<}>’ ûv irapa- 15
iroXaûeiv ccttiv Tqs toû cï8ouç uttocttoctciûs Tqv cKirrWCTiv,
ûç toû 4><»)tÔs Tqv toû <J>o>tÔs àirouCTiav, qv ctkiÔv KaXoûpcv •
pq yàp ovtos <|>ùjtÔs, où8c ctkiÔ tis. Etri 8è toû pq8apq
pqSapûs ovtos où8èv tûv ovtuv ÔttwctoÛv irpocrcîvai Suva-
tov, a>s «JiqCTi nXaTiov, où8c apa to pq ov où8è CTTCpqcnv 20
oXws ’ àXXà Kai to pqSapq pq8apûs aKupov Tqs &Ùtoû
CTqpaaias ’ ov yàp toûto, Kai q crqpaCTia tûv ovtcov ti Kai
to 8o£aCTTÔv yc ov, Kav oti pq cctti 8o£â£q pqSapûs, àXX’
7-9 = Arisl., De int. 11 21 a 32-33 | 12-14 cf. Deep. II 382
a 4 || 18-20 = Soph. 238 a 7-8.
19 irpopieïvaij, 20 |6v où8è OTéjpqaiv, atlrita in A, mg. lier. A’.
16 DES PREMIERS PRINCIPES
aucune façon, néanmoins cet objet d’opinion lui-même
fait partie des êtres. C’est pourquoi avec plus d’exac-
titude Platon dit indicible et inopinable le néant absolu
selon le pire, comme, nous, nous disons indicible et
inopinable le néant absolu selon le meilleur.
Quoi qu’il en soit, nous avons l’opinion que l’ineffable
n’est pas objet d’opinion. Avouons que le discours se
renverse, comme dit Platon1, et que réellement nous
n avons même plus d’opinion. Quoi donc? N’estimons-
nous pas et ne sommes-nous pas persuadés que l’ineffable
est ainsi ? Oui, mais ce sont là nos propres états
envers lui, comme on l’a dit souvent. Néanmoins,
nous avons en nous cette croyance. Alors, c’est une
croyance vide, comme celle du vide et de l’illimité.
De même donc qu’à propos de ces choses qui ne sont pas
nous acceptons des opinions qui sont des produits de
notre imagination et des fictions, comme s’il s’agissait
de choses réelles (ainsi nous nous représentons le soleil
comme ayant un pied de diamètre, alors qu’il n’est
pas de cette dimension), de même, si nous nous faisons
quelque opinion, soit au sujet de ce qui n’est en aucune
façon ni sous aucun rapport, soit au sujet de l’ineffable
dont nous écrivons cela, cette croyance est notre
œuvre, et en nous elle s’avance dans le vide ; alors,
en la saisissant, nous croyons le saisir, mais lui n’est
rien pour nous, tant il passe hors de notre pensée.
[7. De. noire ignorance à l’égard de l’ineffable]
Comment donc l’ignorance à l’égard de l’ineffable,
dans la mesure ou elle se forme en nous, est-elle
démontrable? Comment, en effet, le disons nous incon
naissablc? Selon une première raison déjà invoquée, à
savoir que ce qui est au-dessus de la connaissance
1. Platon a utilisé l’expression littérale sous sa forme active
(Ttepirpérceiv tôv X6yov) dans le Phédon 95 b 5, mais on ne la
retrouve pas dans le Sophiste, au cours du déroulement des
contradictions auxquelles le discours est livré par la question du
non-être (238 d 4-241 b 3)
R. I, 12
I>I- P1HNC1P1IS
16
aÙTÔ opuç to So^acrrov ov tûv ovtcüv. Aiôrrep apeivov o
nXÔTWv appT]Tov Kai à8o£acrrov eîvai <j>T]cn tô p.r)8a it]
prjSapûs ov Karà to \eïpov, <JS Tjpeîs ckcÎvo kotq to
KpeÎTTOV.
AXXà yàp 8o£a£opev oti a86£a<rrov. ’H ircpiTpérreTai, 5
4>T)<nv, ô Xôyos, Kai tû ovti ou8c 8o£a£op v Ti ouv J ouk
oiôpeSa Kai rreiÔopeôa toûto outcoç e^eiv ; ’H Ta ye rjperepa
ttÔ6t] irepi èKeîvo, û$ ciptjTai ttoXXÔkis. ’AXX èxopev èv
•qpîv toûto tô 8o^aapa Oùkoûv kevov, ûs toû kevoû ko!
toû àircipou ’£2crirep o3v toutùjv ouk ovtùjv 8 as âva- 10
Xap.£âvopev ûs ovtcüv, <)>avTaaiû8eis Kai ire-n-Xacrpévas
(èirei Kai tov tjXiov iro8iaîov 8o£â£op.ev, ouk ovTa ttjXi-
K SÛTOv), OÛtùJS eï Tl 8o£à£opcv îj TTCpl TOÛ pT]8apT] pr]8ap.û$
ovtos rj trepi ou TaÛTa ypat^opev, rjpéTcpov to 8ô£acrp.ci
Kai èv 'qpîv KevEjiÇaTOÛv • o Kai aipoûvT€S oiôpeGa Èkcîvo 15
aipeîv, to 8’ ècrriv oùSèv irpès qpâs, outùjs CKêeÊ-qKev ttjv
qji6T€pav cvvoiav.
Hûs ouv atro8«KTÔv to ye ocrov ev rjpîv cruvicrraTai Trepi
èKcîvo àyvÔTjpa ; Flûs yàp ÈKeîvo ayvcjcrrov Xèyopcv ; 'Evi
pèv Xôyaj tû pT]6évTi, oti àei to û-rrèp ttjv yvûaiv TipiaiTcpov 20
1-2 = Soph. 238 c 9-11 || 5-6 cf. Soph. 238 il -1-239 a 12 || 7-8
supra p. 8.16-17 ; 12.19-21 ; 1-1.7-8 ; 14 ; 15.3-4 || 12-13 = Arist.
Dean II f 3, 428 b 3-4 || 20 suprn p. 7 20-24; 14.9-12.
2-3 L[i/;3a[J.ïj pTgSapûçj, 3-4 Lèzeîvo xa-rà tô xpeÎTTovj atlrita
in A, mg. iter. A’ || 20 post ôti] 6 induclum A.
17
DES PREMIERS PRINCIPES
nous le trouvons toujours plus digne1, de sorte que
ce qui serait au-dessus de toute connaissance, si
toutefois cela pouvait être trouvé, serait aussi trouvé le
plus digne même ; mais il suffit pour notre démonstration
que cela ne puisse pas être, trouvé. Selon une deuxième
raison, à savoir qu’il est au-dessus de tout ; car, s’il
était de quelque façon connaissable, il serait, lui aussi,
dans le tout (en effet, ce que nous connaissons, c’est
cela que nous appelons le tout), et alors il aurait quelque
chose de commun avec tout, à savoir le connaissable
même. Or les choses qui ont une. détermination en
commun font partie d’une unique coordination, de
sorte que, par là aussi, celui-là serait avec le tout ; et,
par suite, il faut qu’il soit inconnaissable. Selon une.
troisième raison, à savoir que l’inconnaissable est dans
les êtres, tout comme le connaissable s’y trouve,
quoique de façon relative. De même donc que nous
disons la même chose grande et petite de façon relative,
de même aussi la disons-nous connaissable et inconnais-
sable à des points de vue différents ; et de même qu’en
participant aux deux formes du petit et du grand,
la même chose est ainsi à la fois grande et petite, de
même aussi eette chose, ayant participé au connaissable
et à l’inconnaissable, est à la fois chacun des deux , et de
même que le connaissable présubsistc, de même il faut
que présubsiste aussi l’inconnaissable, et surtout
s’il est supérieur au connaissable, comme c’est le cas de
l’intelligible qui est inconnaissable à la sensation, mais
connaissable à l’intellect. Car le supérieur ne saurait
être la privation de 1 inférieur si celui-ci est une forme,
et surtout si le supérieur appartient à l’intelligible. En
effet, toute absence [de forme] et toute privation
semblable se trouvent dans la matière ou dans l’âme ;
mais comment pourrait elle se trouver dans l’intellect,
dans lequel tout est présent? Et comment à plus
forte raison est-elle dans l’intelligible, à moins que
nous n’invoquions une privation par supériorité, comme
le non forme, qui signifie le supraformel, le non-être,
1. Voir Notes complémentaires, p. 140.
R. I, 12-13
DE PRINCIPIIS
17
eûpiCTKopev ' iûçrre to ûtrèp atracav yvûcriv titrep fjv euperôv,
eùpéOt] av Kai aÙTÔ TipiûraTov, àpKeî 8è trpôs ttjv àtrô-
8ei£iv to pr)8’ eûpeTÔv eîvai aÙTÔ. ETepcj 8e Xôy<j>, oti
ûtrèp trâvTa ‘ ei 8e 7]v ôtrucroûv yvcjcrrôv, 7\v Sv Kai aûrô êv
toîs trâaiv (ci yàp yivaxTKopcv, TaÛTa trâvra <|>apév), Kai 5
Tjv âv ti koivÔv auTÛ trpos rravTa, aÙTÔ TÔ yvioa-rov • oîs
8e ècrTl KOIVOV Tl, TOUTWV pîa CTUVTa^lS, W<TT€ Kai TaUTTJ
perà trâvTiov ckcivo • Kai Taurg apa ayviiMTTov aÙTO eîvai
8eî. Tpvrov 8‘ oti êvecrri toîs ou cri to ayvcjarov, cocrirep to
yviocrrov, el Kai trpos ti, opus êveœriv. ‘fis oûv tô aÙTÔ 10
trpôs ti péya Kai piKpôv Xeyopev, outco Kai yvcocrrôv Kai
ayvcjcrrov trpôs aXXo Kai àXXo ’ Kai ûs tô aÙTÔ peré^ov
tûv 8uo el8ûv piKpoû Kai pcyaXou, outws apa êcrri péya
Kai piKpôv, oütco Kai apa toûto toû yviocrroû peraaxôv
Kai toû ayvuCTTOU CKtiTepôv êcrriv ’ Kai ûs to yvucrrôv 15
trpoùtrâpxci, icai tô ayvucrTov àvàyKt) trpoùtrâpxeiv,
âXXus Te Kai ei KpeÎTTOv eïg toû yvcocrrou, ûs tt]
alcr0r|crei tô voryrôv ayvwcrrov, tû 8è vû yvioa-rov. O
yàp av eïtj to KpeÎTTOv erréprjcris eï8ous ovtos toû
Xeîpovos, aXXüJS Te Kai tû votjtû ûtrâpxov. flâcra yàp g 20
ârroucna Kai t) ToiaÛTt] crrepr]cris êv uXt] êariv t] êv 'J/uXTl ’ ®v
vû 8è trûs av eït), êv û tràvTa irâpecrrtv ; êv 8e tû votjtû
trûs êa-Ti paXXov ; El pt) apa crTépgaiv KaXoîpev KaTa tô
KpeÎTTOv, a>s tô pt] eî8os, otrep êcrriv ûtrepei8eov, Kai to pt)
10-11 cf. Parm. 150 c 7-151 a 2.
4 el scripsi : 6ti A || 23 èc-n] fort. Éri.
18
DES PREMIERS PRINCIPES
qui signifie le suprasubstantiel, le rien, qui signifie le
véritable inconnaissable dans sa transcendance à l’égard
de tout1. Si donc l’un est le dernier connaissable parmi les
choses que, de quelque façon, nous connaissons ou
conjecturons, alors l’au-delà de l’un est ce qui est
éminemment et totalement inconnaissable, ce qui
revifint à dire tellement inconnaissable qu’il n’a même
pas l’inconnaissable pour nature, que nous ne l’attei-
gnons même pas comme inconnaissable, enfin que nous
ignorons même s’il est inconnaissable. Complète est,
en effet, notre ignorance à son égard et nous ne le
connaissons ni comme connaissable ni comme inconnais-
sable C est pourquoi encore nous sommes bouleversés
de fond en comble, du fait que nous n’avons aucun
point de contact avec lui, car il n’est rien, ou plutôt
il n’est même pas cela, le rien. Eh bien donc, il est ce
qui n’est en aucune façon ni sous aucun rapport,
ou plutôt il est au-delà de ce néant, s’il est vrai quo
ce dernier est négation de l’être, tandis que lui est
de plus négation de l’un, c’est-à-dire le néant [d’un]2.
Mais [objectera-t-on] le néant est vide et il est
la chute hors de tout ; or, ce n’est pas là ce que nous
pensons concernant l’indicible. Observons que le néant
[d’un] est de deux sortes : celui qui est au-delà et
celui qui est en deçà ; car l’un est également de
deux sortes : le dernier, c’est-à-dire l’un de la matière,
et le premier, c’est-à-dire l’un qui est plus ancien
que l’être ; par conséquent, double est aussi le néant
[d’un] : celui qui se caractérise comme n’étant même pas
le dernier un et celui qui se caractérise comme n’étant
même pas le premier un. De ce fait donc, double est
encore ce qui est inconnaissable et indicible : ce qui ne
peut pas être conjecturé même comme le dernier un, et
ce qui ne peut pas être conjecturé même comme le
premier un.
Est-ce donc par rapport à nous que nous le posons
inconnaissable? Répondons que cela n’a rien de
paradoxal, mais que, s’il est permis de dire, il doit être
1-2. Voir Noies complémentaires, p. 140.
R. I, 13-14 DE PRINCIPIIS 18
ov, orrep ecrriv ôirepoûcriov, Kai to pi)8 :v, oirep e<rriv to <ds
aXî)0cüs ayvüjcrrov Kara ttjv rrâvTiov ûirepox'Hv. El toivuv
to ëv eoxaTOv èariv yvaxTTOV twv oirwç ttotÈ yvcopiÇopevwv
îj uirovooupévcov, Kai tô toû évôs èireKeiva tô irpÛTios ètrri
Kai irâvTij dyvcocrrov, orrep outws èariv ayvwcrrov, ûs pr)8e 5
to dyvwœrov éx6tv 4>I^<TIV> P^Sè ûs àyvûcrrcp irpoa,êaXXeiv
T]pàs, àyvoeîv 8e Kai eî âyvcoaTov FlavTeXTjs yap ayvoia
irepi aÙTÔ, Kai outc ûs yvœcrrôv ouTe a>s àyvcocrTov ckcîvo
yivwaKopcv Au Kai irepiTpeirôpeOa iravraxÊ a>S kotÙ
pi)8ev aùroû è<j>airT apei i, aTc Kai ou8evôç ovtos paXXov 10
8e pr]8 toutou ovtos, to ou8év. Oukoûv T । i]8app
pr]8apûs ôv eanv r| èircKeiva toutou, eïirep toûto pcv toû
ovtos àrrô<|>ao’is1 to 8e Kai toû évôs, oîov to oû8év.
AXXa to ou8èv Kevôv èœri Kai irdvTwv eKirTCKns, oùx
oÜtw 8e èvvooûpev irepi toû àppT|Tou. ”H tô oùSèv 8ittÔv, 15
tô pèv èiréKeiva, tô 8e èiriTaSe Kai yàp to ëv 8itt6v, tô
pèv ëaxaTov, otov tô ttjs ûXt]s, tô 8e rrpÛTOv, oîov to
toû ovtos irpeaÊÛTCpov £><rre Kai to ou8ev, tô pev <ôs
ou8e to ëaxaTOV 'v> T° 8e dis oû8è tô rrpuTov Ta tt] apa
Kai tô ayvwCTTov tc Kai appijTov 8ittov, tô pèv d>s où8è tô 20
êaxaTov uttovoijtôv, T 8 û>s où8è tô irpûrov
’Apa ouv d>s *)Plv ayvuKTTov aÙTÔ TiOepev ; H toûto pèv
où8èv Trapa8o£ov, eii] 8 av, ei 0epi$ eiireîv, Kai tû iroXu
5 iràvTT), ->) ex -i, Ax cùç prçSè Ax, BC : ônep 3è A.
19 UES PREMIERS PRINCIPES
inconnaissable même à « l’intellect très honoré1 » ; car
tout intellect regarde vers l’intelligible, et l’intelligible
est ou forme ou être. Mais, peut-être, la connaissance
divine le connaît-elle et est-il connaissable par celle-ci, à
savoir par la connaissance unitaire et suprasubstantielle.
Mais celle-ci s’applique à l’un, tandis que l’ineffable,
comme on le sait, est encore au-delà de l’un. Pour
le dire en bref, s’il était connu lui aussi avec le reste,
il ferait partie, lui aussi, du tout ; en effet, il aurait
en commun avec le reste l’être propre aux connaissables,
et il serait dans cette mesure coordonné au tout. De
plus, s’il était connaissable, il serait lui-mêine embrassé
par la connaissance, du moins celle qui est divine ;
elle le déterminerait par conséquent. Or, toute détermi-
nation [ne] remonte en fin de compte [que] jusqu’à
l’un, tandis que lui est au-dessus de l’un. Il est donc
complètement ineirconscrit et indéterminé, de sorte
qu’il l’est aussi pour toute connaissance ; par conséquent,
il est inconnaissable même à la connaissance divine,
En outre, la connaissance atteint les connus [ou] comme
êtres, ou comme subsistants, ou comme participants
de l’un2, tandis que l’ineffable3 est au-delà de ces
réalités. Quant au connaissable, il est relatif à la
connaissance et au connaissant ; par suite, l’ineffable,
[s’il était connaissable], aurait, lui aussi, une certaine
coordination et relation à de telles choses.
Ajoutons que même l’un risque d’être inconnaissable,
si, en vérité, autre doit être le connaissant et autre
le connu, quand bien même chacun des deux serait
dans la même chose, de sorte que l’un ne saurait se
connaître lui-même, du moins le réellement un ; en
effet, l’un ne contient aucune dualité ; il n’y aura
donc pas en lui de connaissant ni de connu. Par
conséquent, même le dieu qui demeure dans l’un seul
lui-même, et qui est uni à cet un qui est l’un pur, ne
lui sera pas uni dans la dualité4 ; comment en effet
le double pourrait-il être uni au simple? Et si le dieu
connaissait l’un par l’un, il y aurait, d’une part, l’un
1-4. Voir Noies complémentaires, p. 140-141.
II. I, 14 DE PRINC1PIIS 19
Ti|rqTu> vû âyvwoTov ' iras yap vous ei$ to votjtôv opa
tô 8e votjtov T] el8os èariv i] ov. ’AXXà p'qiroTe r] fiela
yvûtns aÙTÔ yiviocKei Kai toutt] yvuxrrév èariv rg êviala
Kai ùircpouaiœ. ’AXX’ aürq tû èvi èirigâXXei, tô 8e ^v apa
Kai toû êvôg êireKeiva * oXws 8e eltreîv, el yiyvûaKOiTO Kai 5
eKeîvo peTa tûv âXXiov, carat Kai aÙTo tûv irâvTuv koivov
yàp aÙTÛ Kai toîs aXXoïs ë<rrai ro yvcoaToîs eîvai, Kai
eruvTCTâÇeTai toîs irâat Karà toctoûtov. ”Eti 8è, el yvcoarôv,
irepiX'q^'tTai aÙTÔ g yvûais T) ye fia ôpiei apa ' iras 8è
opos èir’ ea’xaTOV avagaîvct to ev * eKeîvo 8e ûirèp tô ëv 10
à'ireplXrj'irrov apa Kai aopicrrov trâvTT], ûaTc Kai yvûaei
irâcrr] ' âyvtuoTOv apa Kai Tg fie a yvûaei. flpôs 8e toutois
t] yvûaiç tûv yiyvoJCTKopévLüv èariv ûç ovtcov g ûtrapxôvTtov
g (tou) évôs peTexôvTiov, tô 8’ èireKeiva toÙtwv * tô 8è
yvwCTTÔv Trpôç tt]v yvûarv Kai to yiyvÛCTKOv ’ e$ei apa Kai 15
eKeîvo aûvTaÇiv Tiva Kai a'jféaiv irpôs Ta ToiaÛTa.
”Eti Kai tô ëv KivSuveûei ayvœaTov eîvai, eiirep 8 i aXXo
to yiyvÛCTKOv eîvai Kai to yiyvujCTKopevov, Kav cv tû aÙTÛ
f] eKCvrepov, Ûcttc tô ëv êauTÔ ye ouk âv yvorq, tô ye ovtios
ëv ’ où yàp ëxei Tivà 8iirXôt]v tô ëv, ouk ëarai âpa èv 20
aÙTÛ yiyvÛCTKov Kai yiyvcoaKÔpevov. Où8è âpa fieo ; Kara ye
to ëv aÙTÔ pôvov èarûs Kai tû èvl a’uvairTopevos tû airXûs,
KaTa 8itrXÔT]v CTuva^fitjcreTai ’ trûs yàp âv <Tuva<J>0eiT] tû
âirXû to SiirXoûv ; El 8è tû èvl to ëv yvolt], ëarai tô pèv
yiyvûaKov, to 8è ytyvuaKÔpevov ëv, Kai èKaTepov ètriSe^eTai 25
2 elSoç] el- s.u. ins. A1 || 11 àôpiCTov scripsi : àéparov A |,
14 tou add. Thomson || 18 zal <ôcXXo> coni. Ruelle || 22 tô
êv aÙTÔ mg. A1 : tôv aùrôv A.
7
20 DES PREMIERS PRINCIPES
qui connaît, d’autre part l’un qui est connu, et la
nature de l’un recevrait chacun des deux, alors qu’elle
est unique et quelque chose d’un ; par conséquent,
elle ne sera pas unie comme une chose différente à
une autre, ainsi qu’un connaissant à un connaissable
puisqu’elle est un sans plus ; par suite, elle ne sera
pas unie, non plus, selon la connaissance. Mais comment
il peut en être ainsi au sujet de l’un, nous le dirons
une autre fois.
[8. Le renversement total du discours]
Ainsi donc, à plus forte raison1, ce qui n’est même
pas un est inconnaissable. Tort justement, en effet,
Platon dit, lui aussi, qu’il est impossible d'affirmer
que l’on connaît et que l’on ne connaît rien. Mais,
si le dernier connaissable, c’est l’un, nous ne connaissons
rien au-delà de l’un, de sorte que nos propos sont
une vaine rhapsodie. Non, car sachant ce que nous
savons, nous savons aussi cela d’eux, qu’ils sont
indignes, si l’on peut dire, de ce qu’on pose comme
premier2 ; aussi bien, sans connaître encore les formes
intelligibles, nous jugeons leurs images qui se constituent
en nous, comme indignes de la nature de ces formes,
laquelle est indivisible et éternelle, alors qu ces images
se produisent en nous divisibles et soumises à de
fréquents changements. A plus forte raison encore,
ne connaissant pas le coagrégat des formes et des genres
et n’en ayant que l’image, laquelle est le coagrégat
des genres et des formes qui sont en nous à l’état
de distinction achevée, nous conjecturons que l’être
est semblable à ce coagrégat, sans qu’il soit toutefois
celui-ci, mais quelque chose de meilleur et ce qu’il y a de
plus unifié. Dès lors, nous concevons aussi l’un, non en
contractant, mais en simplifiant toutes les choses
vers lui ; et en nous cette simplicité se constitue
par rapport < au > tout en nous, car il s en faut de
beaucoup qu’elle touche à cette simplicité qui est
1 2. Voir Notes complémentaires, p. 141.
B. I, 14-15
DE PRINCIPIIS
20
q toû évos <J>ûcns, pia ye outra Kai ëv, wrre oùx ûs erepov
èrèpu <Tuva<J>OqCTeTai, ûs yvœaTÛ yvioaTiKÔv, êv pôvov aÙTÔ
toûto ouïra • îàare où8è KaTa yvûarv. ’AXXà toûto pèv
orrais È'xcl to ev, eiaaOSis.
rioXXû 8q ouv to ye pq8è êv ayvaiarôv èariv, KaXaiç yàp 5
Kai ô riXâTwv âSûvaTov eîvai <J>q<riv yiyvûaKeiv pèv <J>âvai,
yiyvua’Keiv 8e pq8èv. ’AXX’ el ro ëaxaTov yva>crrôv tô ye
ëv, ou8ev ïapev ti toû evoç èrrèKeiva ' uxrre pœrqv TaÛTa
pa4'<x>8oûpev. “H TaÛTa a ïapev elSÔTcs, ïirpev Kai toûto
aÙTÛv, oti àvâ£iâ èœriv, ei Oépis | eiireîv, rqs rrpûrqs ûtro- 10
6éaeb>s ’ êtrei Kai Ta voqrà et8q pqrrœ eî8ÔTe$, àTipâ^opev
ïà èv qpîv auvicrTâpeva CKCiviav eï8œXa, Tqs ckciviov <J>ù<Tea>s
àpepiaTOu oùaqs Kai aluviou, toutcdv 8è pepiœrûv èv qpiv
yiyvopeviov Kai rroXXaxq peTaÊaXXopévœv. ”Eti 8è pe Çovwç
to auvaipepa tûv ei8ûv Kai yevûv âyvooûvres, ëxovres 1
8e eKeîvou tô eï8œXov, cuvaipepa ye 8v tûv èv ^piv 8ia-
KeKpipèvuv yevûv tc Kai eiSûv, toioûtov pèv eîvai to ov
ûirovooûpev, où toûto 8e, KpeÎTTOv 8è ti Kai tô pâXiara
Tjvwpèvov. ”H8r] 8è Kai tô êv èvvooûpev, où auvaipoûvTes,
àXXà àvairXoûvTes Ta tràvTa els èKeîvo ’ Kai èv T]piv -q 20
âtrXÔTqs aü-rq cruvicrraTai irpôs {tq} ‘HIXIV iràvTa, ttoX-
Xoû 8éouaa Tq iravTeXoûs aiTTeaSai èKeivqs ’ to yàp èv
3-4 infra, p 73.6-8; 83.10-14; 84.4-7 || 5-7 = Theael. 199 a
7-9 ; d 3-5.
4 £/ei B : ëxqi A || 7 el scripsi : A || 8 ecr. où8è ï an ti del ï ||
10 aÙTÛv] -ô coni. Ruelle || II pqncoa, a eraso, A || 21 Tà èv
coni. Ruelle : êv A.
21
DES PREMIERS PRINCIPES
parfaite. C’est que l’un et le simple en nous ne sont
pas du tout ce que disent ces mots, sauf à remarquer
qu’ils sont un indice de cette illustre nature
Ainsi donc, après avoir saisi de cette façon, dans
notre esprit, tout ce qui est de quelque façon connais-
sable et conjecturable même jusqu’à l’un, nous jugeons
bon (s’il faut exprimer l’inexprimable et concevoir
l’inconcevable), nous jugeons bon cependant de poser ce
qui ne peut se réunir à rien, à savoir l’incoordonnable
et le tellement transcendant qu’il n’a même pas,
en vérité, la nature du transcendant. En effet, le
transcendant est toujours transcendant à quelque chose
et n’est pas absolument transcendant, attendu qu’il
garde une relation avec ce à quoi il est transcendant et,
bref, une coordination dans un certain devancement ;
si donc il doit être posé comme réellement transcendant,
qu’il soit posé comme même pas transcendant ! En effet,
pris en toute rigueur, le nom, dans sa propriété, ne
dit pas la vérité quant au transcendant, car le
transcendant est déjà simultané et coordonné, de
telle sorte qu’il est nécessaire, de nier même ce nom
de lui. Mais la négation encore est un certain discours,
et le niable une réalité, tandis que lui n’est rien,
donc même pas niable, ni du tout exprimable, ni même
connaissable de quelque façon que ce soit, de sorte
qu’il n’est même plus possible de déclarer la négation1 ;
mais ce complet renversement des discours et des
pensées, c’est la démonstration, imaginée par nous,
de ce dont nous parlons. Et quelle sera la limite du
discours, sinon un silence impuissant et un aveu de
non-savoir absolu quant à ces choses dans la connais-
sance desquelles il n’est pas permis d’entrer, puisqu’elles
sont inaccessibles?
[Mais] ne pourrait-on pas encore soulever la question
que voici, en se servant des arguments suivants?
Si, par exemple, nous voulons évoquer, à partir dos
choses d’ici-bas, quelque chose sur l’ineffable, [nous
dirons : puisque partout dans ces choses la monade
I. Voir Notes complémentaires, p. 141.
R. I, 15 DE PRINCIPIIS 21
qpiv ëv Kai to âirXoûv TjKioTa toûto ccttiv o XcycTai, ttXtjv
oti 8crypa cctti TT)s <]>uaeo>$ ckcivt]s-
Outco 8r] Kai irâv to ottcoctoûv yvcoorov Kai Ûttovotjtov
XaÇovTcs èv tû vû pcxpi Ka* T°û e os, à^ioûpcv (ci 8ci
<J>0cyyeCT0ai Ta a<J>0eyKTa Kai cvvocîv Ta àvcwôrjTa), à£ioû- 5
pcv opus ûiroTÎ0e<r0ai to acrupCarov irpès trâvTa Kai
aaûvTaKTOV Kai outws è£r]pT)pevov, Ûcttc pi]8è rà c^T]pr]pé-
vov êx£iv Kar’ àX-rjOeiav. ’E£r)pr]Tai yàp àei tivos TÔ yc
c^T)pr)pévov Kai où irâvTr] cariv è^qpTjpcvov, are ctxÉctiv
ë'xov irpès to ou èÇ^prjTai, Kai oXcjç èv irpoTjy'qCTCi tivI 10
aûvTaÇiv ' ci ouv péXXoi tû ovti c^TjpTjpcvov uiroKcîo-Oai,
pi)8’ c^Tjp-qpcvov uiroKciaOu. Où yap ciraXifOcuci tû cÇrjpT]-
pévio to oikcîov ovopa kotü aKpiÇciav, apa yàp t]8t] Kai
auvTCTaypévov, ûcttc Kai toûto auToû àtro^rjcrai àvayKT].
’AXXà Kai T] airo^aais Xôyos tis, Kai tô àtro^aTov irpâypa, 15
to 8e ou8év, où8è apa àiro<j>aTÔv, où8è Xcktov oXcos, où8c
yvioorov oirwo’OÛv, ûcttc o u8e àiro<|>T]vai ttjv àTTÔ<]>a<Tiv
8uvaTÔv " àXXà t] tràvTT] TTCpiTpoTTT] tûv Xôycov Kai tûv
voi]ctc<x)v aÛTT) ècrriv tj èp<J>avTa^opévT) -qpîv àir68ciÇig ou
Xcyopcv. KaiTi Trépas ecrraiToû Xôyou, ttXtjv aiyTjs àprjxâ- 20
vou Kai ôpoXoyias toû prjSèv yivûcTKCiv, ûv pf]8e 0epis,
à8ÛTWv ovTiov, eis yvûcnv éX0civ ;
(8) ’Apa ouk âv tis Kai toûto ctti^tjttjocic, toioûtois Xôyoïs
trapaCaXXôpcvos , E’ yap àtrô tiov tt]8c irepi ckcivou Ti
Xcyopcv, cttciSt] èv tout is CKacrTaxou r\ povàs TiycÎTai 25
4 8eï] -eÎ in ras. Ax || 17 leg. uîd. àiroipàvai || 21 pir)8èv e :
p7)8è A || 22 àSÙTCov scripsi (cf. 8.13) àSuvccTOV A || 24 tc A.
22
DES PREMIERS PRINCIPES
est à la tête d’un certain nombre propre1 (il y a, en
effet, une âme unique et une pluralité d’âmes, un
intellect unique et une pluralité d’intellects, l’être
est unique et il y a une pluralité d’êtres, il y a une
hénade unique et une pluralité d’hénades), alors,
je suppose, le raisonnement exigera qu’il y ait aussi un
ineffable unique et une pluralité d’ineffables, et il
faudrait dire que l’ineffable est fécond d’une manière
ineffable : il engendrera donc une pluralité propre.
Mais ces propos et d’autres semblables sont le fait
de ceux qui ont oublié les apories dont nous avons
parlé précédemment ; c’est qu’il n’y a rien qui lui soit
commun avec les choses d’ici-bas, et que rien ne saurait
lui appartenir de ce qui est exprimé, pensé et conjecturé,
donc même pas l’un, ni les plusieurs non plus, ni la
capacité d’engendrer ou de produire ou d’être cause de
quelque manière que ee soit, ni une analogie quelconque,
ni non plus une ressemblance. Ce n’est donc pas comme
les choses d’ici-bas que sout celui-là ou ceux-là2 3 ; ou
plutôt, on ne doit même pas dire « celui-là », ni non
plus « ceux-là », ni même qu’il est un, ni non plus
qu’il est plusieurs, < mais > ce qui. importe le plus,
assurément, c’çst de faire silence, on demoiïrapt djms
le sanct uaire ineffable de l’âme?, sans en sortir. Ét
s’il y a, en effet, nécessité à suggérer quelque chose,
il faut se servir des négations de ces prédicats, dire
qu’il n’est même pas un ni non plus plusieurs, ni fécond
ni non plus infécond, ni causant ni non plus privé
de causalité, et il faut cependant se servir de ces
négations, alors que, je ne sais comment, elles se
renversent totalement à l’infini.
I. Thème proclien bien connu développé dans El. théol. § 21 ;
Théol. Plat., 1 3, p. 14.11- 12.
2. » Ceux 1« » : ce pluriel ne signifie pas que l’inefTable soit
plusieurs, mais il indéterminé seulement le caractère du singulier
« celui là », en le neutralisant ; l’ineffable n’est ni un ni plusieurs.
3. Ti> SSutov tÎ)Ç : cf. Procl., Théol. Pial , I 3, p. 16.13-14.
- Voir supra, p. 8.7 et n. 2.
R. I, 16-16
DE PRINCIPIIS
22
tivos oÎkciou àpiSpoû (pia yàp 'J' X1! Ka‘ iroXXai j ij/uxai,
Kai cts vous Kai iroXXoi vocs, Kai cv to ov Kai troXXa ôvra,
Kai êvàs pia Kai iroXXai cvâ8cs), outu> 8i]irou6ev ànraiT'qa’ci
ô Xôyos Kai cv àtréppT)TOv Kai -iroXXà àtréppT]Ta, Kai c8ci
ye to àirôppT)Tov yovipov eîvai àiroppi]T<os eiircîv • yew-qaci 5
apa irXfjBos oIkcîov. "H TaÛTa Kai tô ToiaÛTa tûv àiropr]pâ-
TCÜV CTÎlXaOopévWV CCTTiv TÛV TTpoCLpTjpévCJV où8èv yàp o
ti cKcivu koivôv irpos Ta TrjSc ou8’ av eit] ti aÙTÛ tûv
Xcyopévwv Kai vooupévuv Kai ûirovooupcvcov ou8è apa
to ev où8c to iroXXâ, ou8c to yovipov tj Trapaywyov T] oirwç 10
TTOTC aÏTiov, ou8c Tig âvaXoyia, où8è ôpoioTTjs- Ouk apa
ûs tu tt)8c, Kai ckciv î] CKCÎva ' pâXXov 8e o 8c ckcîvo
pï]TCov où8è CKeîva, où8è oti ev où8è oti ir XXa, (àXXà^
paXiaTa pèv rjauxiav ayciv, èv tû àiropp^Ta> pévovras
aSéiToi TT]s 'J'uX'ns oùSè TrpoiovTas ’ ei 8c apa avâyKi] ti 15
ev8cÎKvu<T0ai, Taîs àtro<}>a<Tc<nv toutiov xpTlo,T^ov> <>Tl ou8c
èv oùSè TroXXâ, 8c yovipov où8è ayovov, oi»Te aÏTiov
outc àvaiTiov, Kai TaüTais pèvToi Taîs àTro<J>aaeaTv èir’
aircipov aTcxvûs ouk Î8a oirws TrepiTpctropévais
6-7 supra, p. 1117-19.16,
4 Ëv coni. Kopp 8v A || 13 oùSèxeïva A || àXXà addidi.
23
DES PREMIERS PRINCIPES
[9. Trois questions et réponses]
[Première question]. Alors, proclamons-nous ce qui
n’ < est > en aucune façon ni sous aucun rapport,
dans le délire de nos paroles? Car, à ce néant egalement
s’adaptent tout ces propos et ce renversement qui les
suit tous, comme nous l’enseigne aussi le philosophe
d'Elée. Cette objection, assurément, n’est pas difficile
à réfuter, et l’on a déjà dit que ce néant est supposé
selon le pire, tandis que l’autre l’est selon le meilleur ;
en effet, les prédicats qui sont niés de l’un et de l’autre
ne le sont pas de la même façon, mais en haut, étant
pires, ils sont niés du meilleur, si l’on peut dire, tandis
qu’en bas, comme meilleurs, ils sont niés du pire,
si l’on peut ainsi parler. Car nous les nions aussi bien
de la matière que de l’un, mais selon ce double mode
indiqué. Cette objection donc, comme je viens de le
dire, est facile à réfuter, mais celle que voici est déjà
plus forte : si ce qui n’est en aucune façon ni sous
aucun rapport est chute hors de l’être, j’entends celle
qui est totale, et si l’un est au-delà de l’être, et
davantage encore l’ineffable, il s’ensuit que le néant
absolu sera embrassé par l’un qui s’étend au maximum
jusque dans l’en deçà, et qu’il sera un et encore
ineffable, puisque l’ineffable est aussi en deçà de l’un,
comme au-delà. La réponse est que, si cela même
qu’on appelle le néant absolu est privation de l’être,
ce néant peut être affecté1 par l’un et par l’ineffable.
Et il n’y a là rien d’étonnant ; en effet, la matière est
parfaitement non-être, quand elle se trouve considérée
selon l’un, car là haut l’un est au dessus de l’être,
mais ici-bas il est après l’être2, ut il n’y a rien d’absurde
à ce que la matière participe aussi de l’ineffable. Tandis
que, si le néant est appelé néant absolu, au sens où
il n’est supposé ni être ni un ni ineffable, ni de manière
affirmative, ni de manière négative, ni selon le renverse-
ment du discours, ni de manière contradictoire, ni
I 2. Voir Notes complémentaires, p 141
H. 1, 16-17
DE PRINCIPIIS
23
OÙkouv to pr]8apfi pi]8apa>s {ov} irpo<})epope0a TaÛTa
XijpoûvTCS > E<j>appôaei yap Kai CKeivu iravra TaÛTa Xcyô-
peva Kai auTi) ye èiri irâaiv r) rrepiTpoirT|, KaOârrep rjpâç Kai
ô ’EXcàTi]s 8i8âcKei <j>iXô<ro<|>o$. "H toûto pèv où xaXerrôv
SiaXûaai, Kai eïprjTai rrpoTcpov, oti toûto pcv KaTa tô 5
X£îpov, ckcÎvo 8è ùiroTiGcTai KaTa to KpeÎTTOv Kai yàp Ta
àiro<J>aCTKOptvc jù TÔv aÙTÔv ÈKa cpou Tpôirov àrro<f>a<TKC-
toi, àXX avw pèv x£ipova Kpi ittovos, ci Oépis e rreiv kôtw
8è ûs KpeiTTOva x£îpovos, ei SuvaTov ciireîv. Kai yàp Kai
ttjs ûXtjs Kai toû èvôs àiro4>âaKopev, àXXà tov 8ix
toûtov eipijpévov Tpôrrov. Toûto pèv ouv, oirep c<j>i]
eùSiâXuTOv, Èkcîvo 8è Î]8t] KapTepÛTepov ' ei TÔ pi]8apfj
pi]8apws ov àirôirTWO'is èariv toû ovtoç i] ye rravTeXijs,
èircKeiva 8é toû ovtoç to ëv, Ka cti pâXXov to àiroppT]Tov,
irepiax£®Tlo'£Tat apa tô pr]8apûs ov ûrrè toû èvôs ûirepCKTCi- 15
vopcvou eis TÔ èirÎTa8e, Kai ëcrrai ëv Kai cti àrropprjTOV,
oti èmTa8e Kai toû èvôs tô àirôppi]Tov, ws èrrcKciva. "H ci
pèv CTTcpijCTis toû | ovtoç èaTiv toOto 8t) to pT]8apûs 8v
Xcyôpevov, na^xoL av TaÛTa. Kai où8èv OaupaaTov ' yàp
ûXr| pT] ov èoTi iravTeXûs, OTav ètrrr]KT] Ocüipoupévi] KaTa 20
to cv, ckcî tc yàp tô cv ûircp to ov Kai èv0â8c pcTa tô ov,
Kai oû8èv aToirov ei peTcxoi Kai toû àiroppr|Tou ’ ci 8è outüj
XcyeTai pi]8apûs ôv p-qSaprj, ûs outc ov outc cv outc
àirôppi]TOv TiOépevov, outc KaTa<J>aTiKÛs outc aTro<f>aTiKÔs,
outc KaTa irepiTpoirr|v, iutc àvTi<|>aTiKÛs> outc ôircKroüv 25
2-4 Soph. 238 d 4-239 a 12 || 5 supra, p. 8.3-5.
1 8v add. Ruelle || npo<pep6pe0a D : -6pc0a A.
24
DES PREMIERS PRINCIPES
absolument d’aucune autre manière et sous aucun
rapport que ce soit (car c’est d’un tel néant, que parle
aussi 1 Étranger d’Élée), ce néant-là est la chute hors
de tout ce qu’on peut conjecturer de quelque façon,
c’est bien lui, à n’en pas douter, l’absolument rien1.
[Deuxième question]. Alors, [dira-t-on que] le véritable
ineffable, comme un mur d’enceinte2, entoure 1 expri-
mable tout entier, en haut dominant tout, et en bas
posé au-dessous de tout comme une assise? Non,
il ne conviendra même pas de dire cela de lui ; en
effet, il n’iwt ni en haut, ni en bas ; il n’y a rien de lui
qui soit premier ni dernier, car [en lui] il n’y a pas de
procession ; par conséquent, il n’est pas l’enceinte, du
tout ni n’entoure le tout; ce n’est pas au dedans de
lui qu’est l’exprimable, ni l’un lui-même.
[Troisième question]. Est-ce donc que rien ne vient
de l’ineffable dans les choses d’ici-bas? Voilà, en effet,
ce qu’il faut ensuite chercher. Et comment n’en
viendrait-il rien, s’il est vrai que de lui le tout tient
son existence de quelque manière que ce soit? Car
chaque procédant participe aussi de ce dont il procède,
tenant de là au moins ce qu’il est, prenant son souille à
partir de son principe propre et se convertissant vers
lui. autant qu’il en est capable. En effet, qu’est-ce
donc qui empêchera l’ineffable de donner quelque chose
de lui même à ses procédants? Quoi d’autre, en effet,
pourrait s’interposer? Et comment ne serait-il pas
nécessaire que toujours le deuxième soit plus proche du
premier principe que le troisième, et le troisième plus
proche que le quatrième ; et, cela admis, qu’il s’éloigne
aussi moins de lui ; et, cela admis, qu’d demeure aussi
davantage dans le domaine de cette illustre nature ;
et, cela admis, qu’il soit aussi rendu plus semblable à
elle, de sorte qu’il soit aussi apte à en participer,
et de sorte qu’il en participe aussi de fait? Et nous,
comment pourrions-nous de quelque façon que ce soit
faire ces conjectures au sujet de cette nature, si d’elle
1-2. Voir Noies complémentaires, p. 141-142.
JL I, 17 DE PRINC1P11S 24
aXXu>s où8apfj ou8apûs (irepi yap toioutou Kai ô ’EXeârqs
8ieXéyeTo ijévos), toûto 8t] iràvTuiv eKirrcoais ècrriv tûv
ûirovooupèviüv Kai ôiriixroûv, aÙTÔ ye Stjttou to pq8 otioûv
Tô toivuv àiropprjTov ûs aXqOûs oîov OpiyKÔç tû prjTOj
iravTi irepiêegX'qTai, avwGev Te ûirepéxov Kai kixtwGcv e8pa 5
irâcnv ùiroKeipevov , H ou8e toûto rrpeipei ckcivu Xeyo •
pcvov ' oÜtc yap âvœGev oÜTe KaTa>0ev oüre ti rrpÛTOv
aùroû ou8è eaxaTOV> ou^e yap rrpôo8og * ouSe âpa OpiyKog
Èctti iraVTLüV, u8e irepicxci iravTa, où8e eïcrio auTou TÔ
prjTÔv, ou8è aÙTo tô ëv.
’Apa où8e T]Kei ti air’ auToû eis Ta TfjSe ; èiri yap toutois
toûto ^i)Ti)Teov. Kai irûs ouk av qKoi, eïrrep àir auTou ra
iravTa ècrriv otuj 8tj Tpôircü ; A<J> ou yàp cKacrrov irpéeicri,
Kai perex^i auToû, ei pq8ev âXXo, toûto o ècrriv, ëxov
èKeîGev Kai àvairvéov rqv ouceiav àpxqv Kai eis èKeîvqv 15
èiri<TTpe«|>ôpevov, octov SûvaTai. Ti yàp 8tj Kai KtoXuaei
eKeîvo 8i8ovai ti éauToü toîs àir’ aÙToû ; Ti yàp aXXo
pecrov • îlûs 8e ouk àvayKaîov àci to Scurepov [oti] eyyu-
Tepw eîvai toû rpiTou irpos ttjv piav àpxrjv Kai toû
TeTapTOu to TpiTOv ei 8e touto, Kai ^ttov aÙTijs eK<}>oi- 20
tûv ei 8è toûto, Kai pâXXov èv tû opw peveiv èKeivqs ttjs
<J>ucrea>s ei 8e toûto, Kai paXXov ûpoiûaGai rrpôs aurqv,
ûcttc Kai èiriTi]8eiov eîvai rrpôs to peTexeiv auTijs, ûcttc
Kai peTexeiv ; Ilûs 8’ 8.v rjpeis TaÛTa irepi auTÎjs urrevo
oupev Kai oirtüs 8iTiroTe, ei p-q ti Kai •îjv èv rjpîv ïxvos 25
1-2 = Soph. 23!) a 8-11.
11 fort. TApa <oûv> || 18 Sti del. coni. Ruelle || 24-25 virovooü-
pev A, correxi.
25
DES PREMIERS PRINCIPES
il n’y avait aussi en nous quelque trace, qui pour ainsi
dire se hâte vers elle? Peut-être donc faut-il dire
également que cette nature, étant ineffable, communique
à toutes les choses une participation ineffable, grâce à
laquelle il y a aussi en chacune quelque chose d’ineffable ;
c’est ainsi que nous reconnaissons qu’il y a des choses
par nature plus ineffables que d’autres, à savoir l’un
plus que l’être, l’être plus que la vie, la vie plus que
l’intellect, et ainsi de suite, selon le même rapport,
ou plutôt selon le rapport inverse, en partant de la
matière jusqu’à la substance rationnelle ; les choses
inférieures étant plus ineffables selon le pire et les
choses supérieures selon le meilleur, s’il est permis
de dire. Mais à supposeï- cela, on admettra qu’il y a
aussi une procession de l’ineffable et, selon le degré
d'ineffabilité, une certaine ordination des choses qui ont
procédé, et [ainsi] tout ce qui est exprimable nous le
rapporterons encore à l’ineffable, en tant qu’il est
divisé, sous tous les rapports, de la même manière que
l’exprimable ; et nous admettrons alors qu’il y a, non
plus deux, mais trois monades et trois nombres, à
savoir le substantiel, l’unitaire, l’ineffable ; et de cette
façon nous poserons (ce que nous refusions auparavant)
un et plusieurs dans l’ineffable, ainsi qu’un ordre
de premiers, de moyens et de derniers, et, en outre,
une manence, une procession, une conversion ; et, en
un mot, nous mêlerons beaucoup d’exprimable à
l’ineffable. Mais si, comme nous le disions, on ne doit
pas ajouter l’expression « celui là » ou « ceux-là » à
l’ineffable, que précisément nous voulons au-dessus de
l’un et des plusieurs, il s’ensuit que l’on ne doit pas
poser des ineffables différents, un avant les plusieurs, et
un autre qui, dans sa participation par les plusieurs,
se trouverait divisé de la même manière [qu’eux] ;
alors, il n’est pas vrai [de dire] que l’ineffable se laisse
participer, qu il communique quelque chose de lui-même
à ceux qui procèdent de lui, et que tout dieu est
B 1, 17-18
DE PRINGIP1IS
25
èKeivqs, oîov irpès aÙTTjv èrreiyépevov , M-qrroTe ouv Kai
prjTeov, àirôppT]Tov oûaav, àTropp-q-rou peTa8i8ovai toîs
rrâcriv peGé^cus, KaO’ f]v ècrriv n Kai èv eKaoTio àirôppijTov,
ûarrep toûto ôpoXoyoûpev, aXXa aXXwv àrroppTjTÔTepa
eîvai <j>ûaei, to pèv ëv toû ovtos, tô 8e ôv Trjs ^ujfjs, ttjv 8e 5
£iüt]v toû voû, Kai aei e£î]s, àvà tov aÙTÔv Xoyov, paXXov
8è tov àvTiCTTpo<}>ov, arrô ttjs uXtjs «XP1 tt1S XoyiKtjs oùcrias,
TaÛTa pèv Karà to x£îpov> èKeîva 8è kotÙ tô KpeÎTTOV, ei
Gèpis elireîv. "H eï | tis ÔttoGoîto TaÛTa, rroi-qcrei Kai èzeivou
irpôo8ov Kai Ta^iv Tivà TÛv rrpoeXGôvTiov àrroppTjTov, Kai 10
irâvTa oca pTyrà Kai eis to àTrôppijTov àvoicropev, aT€
iravTaxoû tû prjTÛ auvSipprjpévov • Kai Tpeîs apa povà-
8as Kai Tpeîs àpiGpoùs, àXX’ oÙKeTi 8uo •noi'qa’opev, tov
oùaiû8r], tov èviaîov, tov eurôppr]Tov ' Kai ouru ye Or]crô-
0a, ou irpoaGev àiréyvupev, ëv Kai rroXXa èv û airoppi^TW, 15
Kai irpÛTCJv Ta§iv Kai pecnjv Kai TeXeuTaiœv, ëri 8e povqv,
irp6o8ov, èrriCTTpo<}>'qv • Kai oXus T° piJTÔv iroXù tû àrrop-
pr^Tiv èyKaTapiÇopev. El 8è, ûs èXéyopev, eKeîvo eKeiva où
irpoCTOierTÉov tû àrropp,qTü>, o ye ûirèp to ëv Kai Ta iroXXà
PouXopeGa, oû8è apa TÔ irpô tûv iroXXûv CTepov GeTeov 20
Kai tÔ èv peGè^ei Toîs iroXXoîs eTepov eruv8ir]pT]pèvov ' ouk
apa peTex^Tai, où8è peTa8i8coai ti èauTOÛ toîs ù<J èauTOÛ,
18 supra, p. 22.7-13
18 èYzaTaplliopev B s.u. : -copev A || 22 à<p’ coni. Kopp :
è<p’ A.
26 DES PREMIERS PRINCIPES
ineffable avant d’être un, comme il est un avant d’être
substance.
Peut-être donc que, là encore,, par son renversement, le
discours montre que celui-là [le principe] est ineffable,
car, à partir de ce qui vient après lui, le discours a
conçu de toutes les façons des arguments opposés ;
et qu’y a-t-il là d’êtonnant, puisque, meme au sujet de
l’un, nous rencontrerons d’autres apories de ce genre, et
sans doute au sujet encore du complètement unifié et
de l’être. Mais réservons cela.
R. I, 18
ÜE PRINCIPIIS
26
où8è -iras Oeos à-iropp-rjTos -trpo-repov rj ëv, oiarrep ëv -rrpoTepov
T] oùcria.
M-rpro-re ouv Kai ewraûSa irepiTperrôpevos o Xôyos àirop-
prjTov àtro<J>aîvei èkcÎvo, Ka-rà -n-av-ra rpôirov evavTia
èirivo-qcras àirô tûv per’ aÙTÔ Kai n Oaupaerrôv, ore Kai 5
irepi toû èvôs ërepa TOiaÛTa àiroprjcropev, Kai 8iprou Kai
irepi toû -iravTeXûs T|viüpêvou Kai ovtos , ’AXXà TaÛTa pèv
T]pas irepipeveTW.
7-8 infra, p. 62.1-76.2.
5 CTrivoiqaaç scripsi : èTrivoijseiev A (èvav-rCa èmvoTQcei coni.
Kopp) || aÙTÔv A, correxi.
21
DES PREMIERS PRINCIPES
[Deuxième, partie.
Essai de remontée vers le principe
Maintenant, au sujet de ce qui a été posé comme pre-
mier, on doit chercher encore quelle est la remontée
qui mène à celui là, et de quelle manière elle s’accomplit,
en partant des dernières réalités. Que notre propos
s’applique en général tant aux autres principes qu’à ce
qui en a procédé jusqu’au dernier degré ; en effet,
de même que Parménide, dans sa recherche de l’un,
s’est avancé jusqu’à toutes les conséquences qui de
quelque façon sont rattachées à l’un1, de même, nous
aussi, nous ferons cette démarche avec cc qui a été posé
comme premier ; ou plutôt, en commençant par ce
qui est complètement exprimable et facile à connaître
par la sensation, nous remonterons vers ce monde-là2, et,
dans le silence qui l’entoure, nous abriterons, comme
dans un port, les gestations de la vérité.
[1. Remontée par l’absence de besoin]
Pour commencer, en partant de ce qui est évident,
comment donc pourrait-on accomplir toute cette
remontée? Sans doute, faut-il mettre en avant comme
axiome la proposition suivante, sur laquelle nous nous
appuierons pour faire la traversée d’ici vers là bas,
dans la mesure de nos forces, avec autant de sécurité que
possible. Posons donc que ce qui est sans besoin est,
par nature, nécessairement avant cc qui est besogneux ;
en effet, ce qui a besoin d’autre chose est de nature à
être nécessairement asservi à ce dont il a besoin3.
1-3. Voir Notes complémentaires, p 142.
B. I, 18 19
DE PBINCIPI1S
27
Nûv 8è irepi toû irpûrou TeûeVTOç cti ^Tyriyréov ti$ T]
àvâ£acris r] èir’ eKeîvo Kai Tiva Tpôirov èiriTeXoupevT] airo
tûv ècrxaTœv. “Ecrrœ 8è ô Xoyos koivos Kai €7rl tûv aXXœv
àpxûv Kai tûv àir’ aÙTÛv cis êcrxaTOV irpoeXOovTOV ’ iüs
yàp ô Flappcv 6t]S to êv èiri£î]TÛv èirl irâvTa irpot]X6ev Ta 5
ôirœcroûv toû èvôs È^TjpT-qpéva, Kai qpeîs oûra oupirpôïpev
TÛ irpÛTœ TeOévTi, pfiXXov 8e àirô tûv pr]TÛv iravri] Kai Tp
alaOijcrei yvwpipuv àpijâpevoi èir* eKeîva àvaÇi)crépc6a Kai
els Tt]V irepi aÙTOÛ criœirTjv KaOoppioûpev Tas Tijs àXi]6eias
Û8îvas.
Flûs av ouv tis àpxus àirô tûv évapyûv oppupevos
TTjv oXi)v TrovqcraiTO TaÛTqv àvaÇacnv ; Oukoûv à§lwp.a
toûto irpo6Xi)Téov, a> èiroxoupevoi 8ia£aXoûp.ev èvreûOev
(9 eKeîcre KaTa 8ûvapiv, ûs oîév Te àa<}>aXûs- Aeyécrûœ toivuv
to àvevSeès <]>ûcrei iraVTUs eîvai irpè toû ev8 oûs ' to YaP
aXXou 8eôpevov 8ouXeûeiv eKeivw iré<]>UKev eÇ àvâyKTjs ou
13-14 cf. Phaed. 85 d 1-4.
5 ià s.u. ins. A11] 6 auprrpôijpev A.
28 DES PREMIERS PRINCIPES
Et s’ils ont recours l’un à l’autre1, de part et d’autre
chacun des deux est besogneux et aucun ne saurait être
principe. Car ce qui est réellement principe a pour
caractère le plus propre d’être sans besoin : s’il avait, en
eiïet, besoin de quelque chose, dans cette mesure
il ne saurait être principe ; or, il faut que le principe
no soit que cola justement, principe. Par suite, il
convient à celui-ci d’être sans besoin c.t de ne reconnaître
nullement qu’il y a quelque chose avant lui ; or, il le
reconnaîtra, s’il est besogneux sur quelque point. Et
s’il avait besoin de quelque chose d’antérieur à lui,
qui fût principe à plus juste titre, il ne serait pourtant
pas étonnant qu’il fût encore principe pour les êtres
qui viennent apres lui, en tant qu’il n’a pas besoin
d’eux ; mais si, d’aventure, il avait besoin aussi de ces
derniers, il ne conserverait même pas à leur égard
la valeur d’un principe.
1.1. Le corps qualifié]
Soit, par exemple, le corps déjà qualifié2 ; voici,
en effet, le premier exprimable pour nous, c’est-à-dire
le sensible. Celui ci est il vraiment premier? Non. il est
ces deux choses : le corps et la talité3, laquelle est dans le
corps comme dans un substrat. De ces deux natures,
quelle est donc celle qui est anterieure à l’autre?
Car la nature qui est l’ensemble des deux a besoin
de ses propres parties ; mais aussi ce qui est dans un
substrat a besoin de ce substrat ; peut-être donc le
corps est-il le premier principe et la première substance?
Non, cela est impossible. Premièrement, parce que
le principe ne saurait s’ajouter quelque chose à partir
de ce qui est après lui et procède de lui ; or, nous disons
que le corps est déjà qualifié ; il n’est donc pas vrai
que de lui procèdent la talité et la qualité, ce qui
précisément s ajoute à lui comme à un autre être.
Deuxièmement, le corps est entièrement divisible, et
chacune de ses parties a besoin des autres, aussi bien que
1-3. Voir Notes complémentaires, p. 142.
R. I, 19
DE PRINCIPIIS
28
ècrriv èv8ee eî 8e àXX'qXœv avri8eÎTai, kot dXXo ko
aXXo ÈKaTepov èv8eôpevov ouk av eït] àpxrp Tt] yàp ovtus
aPXTÎ T° àvev8eès oÎKeioraTOv ’ ei yàp tou 8éoiTO, Kara
toûto ouk fiv eït] a.px1! Siei 8e Tt)v àpxr]V auro toûto
povov eîvai, âpXTjv. Fl pétrel apa TaÙTt) to avevSeès Kai 5
oùSapf] ti trpô aÙTtjs eîvai ôpoXoycîv • ôpoXoyrjcrei 8e,
to èv8ee; èxoucra Ka0’ otiouv. Kai ei pèv 8eoiTO tûv trpo
auTtjs tivoç, o ècrri KupiÛTepov àpxi], où Oaupaœrov ei
Kai eït) trpos Ta peO éauTt]V àpxt], are toutwv ye < u
Seopévr] ei 8e trt] SéoiTO Kaî toutuv o 8e trpos TaÛTa Tt]V 10
àpxtjs âÇiav 8iaTt]pt)crei.
’Ecttu toivuv crûpa iretroiwpevov touto yàp ècrTi to
trpÛTOV tjpîv prjTÔv, otrep ècrTi to aicrÛtjTÔv. Apa 8r) toûto
irpÛTÔv ècrriv ; ’AXXà 8uo Taura ècrTi, oûpa Kaî to
TOiovSe, otrep èv ûiroKcipévw ecrti tû crûpan. FloTepa ouv 15
<|>ucris ecrrî irpoTepa ; 'H yap cruvapcj) >Tepos ev8et]s ecrri
TÛv oÎKeiuv pepûv ‘ âXXà Kai to èv ùrrOKeipévij SeÎTai toû
ûtroKeipévou ’ p-rprore St) to crûpa àpxr] Kai oùcria r, trpÛTt] ;
’AXX’ àSùvaTOv ’ trpÛTOv pèv yàp r, àpxt) ouk av ti trpooXâ-
goi atrè toû per’ aÙTtjv Te Kai air aÙTtjs ' to 8e aûpa 20
ireKOiûaOai <|>apev ‘ ouk apa air’ aùroû to Toiôv8e Kai t]
iroiÔTt]s, o ye aÙTÛ irpôcreiaiv crépu ôvn. Aeürepov 8e
pepiCTTov ècrri trâvTt) to crûpa, Kai tûv pcpûv aùroû ÉKaarov
èv8cès tûv aXXwv, Kaî to ÔXov èv8ees tûv âtrâvTWv ’ èv8ees
16 rcporépa Ax : rrorépa A.
29
DES PREMIERS PRINCIPES
le tout a besoin de toutes ; donc, étant besogneux
et totalement compose de parties besogneuses, le corps
ne saurait être absolument sans besoin. De plus, s’il
n’est pas un, mais unifié, il a besoin de l’unité qui
en fait la cohésion, comme le dit Platon1. Or, le corps
est quelque chose de commun et de véritablement
informe, comme une certaine matière ; il a donc besoin
d’ordre et de spécification pour ne pas être seulement
corps, mais encore un corps qui a telle qualité
particulière, par exemple un corps igné, ou terrestre, et,
pour le dire en un mot, un corps complètement ordonné
et qualifié. Par conséquent, les choses qui viennent
s’ajouter [au corps l’achèvent2 et l’ordonnent, en tant
que formes achevant et ordonnant le second substrat,
lequel est, comme on dit, une matière seconde8.
Ge qui vient s’ajouter est-ce donc le principe? Non
c’est impossible, car cela ne demeure pas en soi-même
et ne subsiste pas seul, mais se trouve dans un substrat et
a besoin de ce substrat. Et, si l’on regarde cola non
comme un substrat, mais comme l’un des éléments
qui sont en chaque être, ainsi qu’il en est du vivant
dans cheval et dans homme, de cette façon encore
chacun des deux composants aura besoin de l’autre,
entendons ce substrat et cc qui est dans ce substrat, ou
plutôt l’éléinent commun tel que le vivant, et les
cléments propres, tels que le rationnel et le non-
rationnel ; car toujours les éléments ont besoin les uns
des autres, et ce qui est formé d’éléments a besoin des
éléments eux-mêmes. Bref, ce sensible qui se propose
à nous avec tant d’évidence, ce n’est ni le corps, car
celui-ci en lui-même ne met pas le sens en mouvement, ni
la qualité, car elle n’a pas d’étendue proportionnée au
sens, et elle ne relève pas non plus de l’organe du sens,
car il est un corps. En tout cas, ce qui dissocie la vue
ou ce qui la concentre4, ce n’est ni le corps, ni la
couleur, mais le corps coloré ou la couleur incorporée,
voilà ce qui met la vue en mouvement ; et, d’une
manière générale, ce qui déclenche le sens, c’est l’objet
1-4. Voir Noies complémentaires, p. 142-143.
H I, 19-20 DE PBINCIPIIS 29
âpa Kai èÇ èv8eûv crupirXppoûpevov oÙk âv eïr) ttclvtt)
àvev8eès- “Eti 8e ei oùx ëv ècrTiv, àXX T]VGj|iévov, SeÎTai toû
cruvéxoVTOS évôs, œç <Jrr]aT PlXaTiuv. ’AXXà [ipv koivov ti Kai
àvei8eov aTexvûs, ûarrep uXï] tis ' Sevrai âpa KÔapou Kai
ei8oiroiias, îva |ir) povov aûpa, àXXà Kai toiov8c oûpa, 5
oîov irupiov T] yrjivov Kai ôXus eiireîv KeKoopppevov Te
Kai ireTroiœpévov. Tà âpa irpooyiyvôpeva TeXeioî aÙTO
Kai 8iaKocrpeî, ûs eï8r] to SeuTepov ûiroKeipevov oîov
uXtjv «Jiaai Seurèpav.
’Apa ouv to •n-poayiyvép.evov t] àpxp j AXX’ oùx °îôv 10
Te ' où yàp jxévei | è«f> èauTOÛ où8è p.6vov ùcJjècrrpKev, àXX’
ëcrTiv èv ùiroKci|ièvip Kai toû û’rroKeipévou èv8eéç. Ei 8è jxt]
û-roKeî|ievov airro BeÎTO tis, aXX’ ëv tûv èv eKaaTio cttoi-
Xeiœv, ûs to £ûov èv i ira Kai àvGpûiru, Kai oùras èv8eès
eKaTepov toû èrèpou, to Te ùiroKeîp.evov toûto Kai to èv 15
ùiroKeipevu, jiâXXov 8e to koivov œroixeîov, ûs to £ûov,
Kai Ta Ï8ia, ûs to XoyiKOv icai âXoyov ' àei yap Ta aroixeîa
Serrai àXX'qXwv, Kai to Ùk aTOixeicüv, aÙTÛv tûv CTTOixeiœv.
"OXus 8è to aier6r]TÔv toûto Kai Tpavès T]|xîv oùw irpo-
CeêX'qixèvov oÙte to aû|ià ècrriv, où yàp Kiveî toûto ttjv 20
aïcrO’qcnv KaO’ éauTO, ouTe T] Troiôrqs, où yàp ëxei SiâaTacriv
Tp a <70r)crei oû|i|ieTpov ou8e toû aicr&rjTppiou auparos
ovtos èariv. Tô yoûv 8iaKpiTiKÔv oijreœs p cruyKpiTiKÔv
ouTe to aûp.a oute to xpûpa, àXXà to Kexpœa|xevov crwp.a
•p xpûpa CTe<rœ|iaTwp.èvov) toûto ècrn to kivt]tikÔv oipeiüs, 25
2-3 Soph. 245 <1 1-3 (cf. Procl , Jn Tim. II, 153.6 8) || 23 cf.
infra, ad 43.14 16.
7 teXsioï C : reXeï A |] 10-11 où/ oT6v re BC : où/ctrai el mg.
uirg. cens. A 11 ûçécr-njzsv C post corr. èçéaTTjxsv A.
30
DES PREMIERS PRINCIPES
sensible, ce qui revient à dire un corps ayant telle
qualité particulière.
De cela résulte clairement une première conclusion à
savoir que cette talité qui s’ajoute [au corps] est
incorporelle ; car si elle était un corps, il n’y aurait
pas encore de sensible ; par conséquent, le corps a
besoin de l’incorporel, et l’incorporel aussi a besoin du
corps, car l’incorporel en lui-même n’est pas sensible
non plus. Une deuxième conclusion, c’est qu ils ont tour
à tour l’avantage l’un sur l’autre, et qu’aucun des
deux ne présubsiste à l’autre, mais, étant des éléments
d’un sensible unique, ils coexistent 1 un avec 1 autre ;
l’un fournit l’étendue à l’inétendu, l’autre apporte en
même temps1 à l’informe cette autre diversité sensible,
complètement façonnée. Une troisième conclusion
enfin, c’est que même l’ensemble des deux n’est pas
principe, car il n’est pas sans besoin ; il a besoin, en
effet, de ses propres éléments et de ce qui les rassemble
en vue de la genèse d’une forme unique, celle qui est
sensible. Car ce n’est ni le corps qui rassemblera, lui
qui, de fait, sépare., ni la qualité, en tant qu’elle
n’a même pas de subsistence séparément du corps
dans lequel elle est ou avec lequel elle se trouve être.
Sans compter que l'ensemble des deux est une forme qui
est composée ; donc, ou bien elle se produit elle-même,
ce qui est impossible, car elle ne converge pas vars soi,
mais son tout est divergent de tous côtés ; ou bien
elle < n’ >est < pas > produite par elle-même, et
il y aura quclqu’autre principe avant elle.
[1.2. La nature et la vie végétative]
Eh bien donc, supposons que ce principe soit celui
qu’on appelle la nature, en tant qu’elle est principe
de mouvement et de repos et qu’elle réside par soi
et non par accident dans la chose même qui est mue ou
en repos2. C’est, en effet, quelque chose de plus simple
1-2. Voir Notes complémentaires, p. 143.
R. I, 20
DE PRINCIPIIS
30
Kai KaOôXou ttjs aia0rçcreu>$ to qict6t)tov, ôirep ÈcttÎ crûpa
TOiôvSe.
Ek toutwv apa <|>avepov, ev pev oti to ToiôvSe toûto
irpooKeîpevov aacopciTOv • ei yàp aûpa, ouïra aioOijTÔv '
to apa aapa 8eÎTai toû acraparou, Kai to àoûpaTOv 8è toû 5
aûpaTOs ou8è yap toûto Ka0* aôrô aicrOtyrov "ETepov 8e
oti àvmrXeoveKTei TaÛTa àXXi)Xa, Kai où8èrepov toû êrépou
irpoüirapxei, œroixcîa 8e ôvTa toû évoç aio0r]TOÛ ctuvccttiv
àXXijXoïs, to pe tt;v Siacrracriv tû à8iaœrcrra irapcx0-
pevov, to 8e ttjv àXXr]V auveiaàyov tû àpop<j>coTi[> Siapc- 10
pop<f>upévr]v ai<T0r)TT]V iroïKiXiav. Tpvrov 8 eiri toutoiç oti
où8è to auvap<|>ÔTepov apxn> où8è yàp àvevBcèç ‘ tûv Te yàp
oiKeiuv aroixcrav èKi8eÎTai Ka'i toû ouvàyovTOS aèiTa irpôs
èvôs eï8ous toû alcr0T]TOÛ yéveaiv' ouTe yàp to crâpa ouvà-
Çei, o ye Kai 8iî<ttt]<tiv, oute t] 7toiott)s, are pT]8e ucjno-TapevT] 15
Xupis toû crâpaTog èv <S Écttiv t) oùv w Tuy^âvei oucra.
AXXa Kai el8os, o oûvûeTOV ' ouv éauTÔ Trapâyei, oirep
àSûvaTOv, où yàp cuvveûei irpos éauTO, àXXà Siéppiirrai
aÙTOÛ n-oXXaxf] to ÔXov, t] (oùx) èauTOÛ irapàyeTai,
Kai ècxTai tis aXXr) apxT] irpô aùroû. 20
(10) Kai 8 uiroKeioOcü -qv KaXoûcriv <|>u<tiv, àpxï)V KiVTjcreœs
oûaav Kai ^pépias, èv aÙTÛ oûaav tû Kivoupevip Kai 'qpep.i-
£opév<j> Ka0’ aÙTÔ Kai où Karà aupgegirjKÔs ' twrXoucrrepov
21-23 = Arisl., Phys. II I, 192 b 20-23.
7 àvTiTtXeovexTeï Tauxa scripsi (cf. 40.14) : àvTmXsovexTEÏTai
zà A || 17 elSoç, 6] fort. eîSoç &v 19 av-roü scripsi : aÙTOÛ A ||
où% B post corr., C : om. A.
31
DES PREMIERS PRINCIPES
que les formes composées, dont elle est productrice. Or,
si elle est dans ses productions mêmes, et si elle < ne >
subsiste < pas > séparément d’elles, ni antérieurement
à elles, mais si elle a besoin d’elles pour être ce qu’elle est,
on doit sans doute tenir pour un privilège par rapport
à elles le fait qu’elle les façonne et qu’elle les produit,
comme nous le disons ; cependant, elle n’est pas sans
besoin, puisque c’est avec ses productions qu’elle a
l’être, qu’elle est, en elles, inséparable, qu’elle existe
si elles existent, et n’existe pas si elles n’existont pas,
du fait qu’elle plonge complètement en elles et qu’elle ne
peut pas en faire remonter ce qui lui est propre. En effet,
les fonctions de l’accroissement, de la nutrition et de la
génération des semblables1, ainsi que le principe unique
antérieur à ces trois fonctions, [en un mot] la nature
n’est pas entièrement incorporelle, mais est à quelque
chose près une qualité du corps, et n’en diffère que dans
la mesure où elle fournit au compose l’apparence d’être
mû et d’être en repos de l’intérieur. Car, si la qualité
du sensible donne ce qui apparaît en surface et ce qui se
présente à la sensation, et si le corps donne l’étendue
en toutes ses dimensions, la nature donne l’activité
physique qui procède de l’intérieur, soit selon le lieu
seulement, soit selon la nutrition, l’accroissement
et la génération des semblables ; et c’est là déjà une
nature plus estimable, telle est la nature qui agit a
travers les végétaux. Mais celle-ci ne peut pas encore
par elle-même s’arracher des êtres qu’elle administre,
car elle se donne tout entière à eux selon sa substance
même. Elle est vraiment une certaine vie, différente
du corps physique proprement dit, et plus manifeste
que la nature qui, en lui, est complètement absorbée
par lui, nature qui agit, sous un certain rapport, d**
1 intérieur, mais n a pas la fonction de la nutrition, ni de
l’accroissement, ni de la génération des semblables.
Malgré cela, même cette vie est inséparable de son
substrat et elle en est besogneuse, de sorte qu’elle ne
saurait être au sens strict un principe, puisqu’elle a
1. Voir Notes complémentaires, p. 143.
B. I, 20-21 DE PRINCIPIIS SI
yàp ti aurq ècrriv Kai 8i)pioupyiKr] tûv ctuvGÉtcüv ei8ûv.
AXX’ ei èv aÙToîs ècrri toîs Srjpioupyoupévois, Kai {où}
Xwpis aÙTÛv, o 8e rrpô aÙTaiv ù<|>èaTT]Kev, XXa 8eîrai
aÙTÛv rrpôs to eîvai ô ècrriv, èxéra) pèv ti eÇaîpcTOV rrpôs
aura, tÔ cnjprrXaTTfciv aùrà Kai 8î]pioupyeîv, ûs cjrapev ' 5
àvev8er]s 8e opa>s oÙk ècrriv, r] ye cùv aÙToîs èxei TÔ cîvai
Kai èv aÙToîs ècnv àxûpurros, Kai ovtgjv oucra, Kai pr]
Svtuv oÙk oucra, Sia tÔ rrâvTT) aÙToîs eyKaTaSuvai Kai prj
8ùvacr0ai to oÎkcîov àveveyKeîv. Tô yàp auÇov Kai Tpe<J>ov
Kai yewûv rà opoia Kai to ev rrpo tûv Tpiûv toutojv, T) 10
créais ouk ècrriv to oXov àcrûpaTOS, àXXà ax£8ôv ti toû
crûpaTos ècrriv rroiÔTr^s, Kai 8ia<]>èpei toctoûtov pôvov ôcrov
TÔ SokoÛv èv8o0ev KiveîcrÔai Kai •qpepeîv rrapèxcTai tû
cruvOeTU. H pèv yap toû aicrOrjToû rroiOTTjs to err rroXrjs
<J>aivôpevov Kai tt) aicrOrjcrei rrpocrrrîrrTov èv8i8o>cri, to 8e 15
crûpa tt]V iravTT] Siaaraarv, T] 8è codais ttjv èv8o9ev rrpoioû-
aav èvépyeiav <f>ucriKT)v, eiTe Karè TÔrrov pôvov, eiTe Karà
to Tpé<|>€iv Kai aüÇetv Kai ôpoia yewav ‘ r]8r| yàp Kai aùrr)
louais àÇioXoywrèpa, oïa q 8ia tûv <J>utÛv. ’AXX où Si’
aÙTfjs Tews avacrrracai 8ùvaTai éauTTjv tûv 8ioik upevœv, 20
ôXr)v yàp éauTrjv èKeivois èm8< ScoKev kot’ aurrjv ttjv
oùcriav Zur) pèv yap tis Kai aXXr] rrapà TÔ crcopa to
<|>ucriKÔv ârrXûs Xeyôpevov Kai Tpavecrrèpa rf^s ev toutij
KaTarrerTopévrjs ûrr’ aùroû <}>ùcréais, tt]S èvSoOév rrœs èvep-
yoùcrrjs, oûre 8e Tpe<J>oùi7T]S oÜTe aùÇoùcrrjs outc rà ôpoia 25
yevvû<rr]s ' aXXa yàp Kai aÛTT] axûpiarôs ècrriv toû
ôrroKeipévou Kai cv8er^s, ûcrre oÙk &v eïr] àrrXœs “PX’l T°
2 où oddidi | 19 8ià del. ? (oin Hcr.) || 20 Técoç scripsi : ye
ûç A |] 23 Tpavécrepov A, correxi,
32
DES PREMIERS PRINCIPES
besoin de l’inférieur. Car il n’est nullement surprenant
qu’un principe, tout en restant principe, soit besogneux
du principe qui est au dessus de lui, mais il serait
surprenant qu’il ait besoin de ce qui est après lui et
dont il est supposé être principe.
[1.3. L’âme non-raltonnelle]
Et par le même raisonnement réfutons aussi quiconque
supposerait comme principe l’âme non-rationnelle1,
soit sensitive, soit appétitive. Car, bien que cette âme
paraisse avoir quelque chose de plus séparable [de son
substrat] grâce à ses activités instinctives et cognitives,
néanmoins elle est, elle aussi, prisonnière du corps et
elle a quelque chose qui n’est pas séparable de lui,
puisqu’elle est incapable de faire retour vers elle-même,
et que son activité est mêlée confusément au substrat. Il
est évident, en effet, que même sa substance est à peu
près telle ; car si celle-ci était affranchie et libre en
elle-même, elle manifesterait au moins quelque activité
semblable, en se retournant, non pas toujours vers
le corps, mais quelquefois vers soi ; et, même si c’était
toujours vers le corps, ce serait cependant avec discer-
nement et contrôle d’clle-même. En tout cas, les activités
de la plupart des hommes, même si elles s’appliquent
aux biens extérieurs, montrent cependant avec clarté
le caractère du séparable à l’égard de ces biens, car
elles impliquent délibération sur les moyens de les
obtenir, et elles fixent la pensée sur la nécessité d’une
[telle] délibération en vue de faire ou d’éprouver
quelque chose de ce qui apparaît bon, ou en vue d’éviter
quelque chose de ce qui apparaît contraire. Quant aux
instincts des vivants2 privés de raison, ils sont inva-
riables et spontanés, ils sont mus par et avec les organes,
ne s’élancent que vers les sensations de plaisir qui
proviennent des objets sensibles, et se détournent avec
horreur des sensations de douleur. Si donc le corps a
quelque chose en commun avec le plaisir et la douleur, et
1-2. Voir Notes complémentaires, p. 144.
B. I, 21-22
DE PRINCiriIS
32
êv8eès êxoucra toû xe£PovoS- Ou yap 8q eKeîvo OaupaCTTOv,
ei apxq TiS outra Tqs ùrrèp eauTqv apxqs ècrriv èv8eqs,
àXX’ ti tûv p.e0* éauTqv uv eîvai àpxq ûiroTiOerai.
(11 Tû 8è aÙTÛ Xôyw 8ieXéy£cüp.ev Kai ei tis àpxqv ÙttoOoÎto
ttjv aXoyov 4;UX11V> cite aicr0qTiKqv, eitc ôpeKTiKqv. Ei yàp 5
Kai SoKeî Ti xtüPlCTTOT£Pov £X£IV QUTt) Karà Tas ôp|xqTiKas
Te Kai yvioa-TiKas èvepyeias, àXX’ èv8e8eTai op.us Kai aÙTq
tû crûpaTi Kai eX£l ti aÙTOÛ àxûpiCTTov, eïirep où SuvaTai
irpôs ÉauTT)v èiriOTf e<|>eiv, aXXa tû ùiroKeipévu oupire-
cJiupTai aÙTqs q èvépyeia. AqXov yàp oti Kai q où cria 10
Toiaérrq tis ' £i yap îjv âirôXuTOs auTT) Kai èXeuOépa et]
éauTT]S> Kav eireSeîÇaTO Tiva Kai TOiaÛTqv èvépyeiav, où
irpôs TÔ crûpa àeî, irpôs eauTqv 8 è-iricrrpe<J>op.evq ttote ‘
Kai ei àei rrpôs to trûpa, aXXà KpiTiKÛs Te Kai éauTqs
êÇeTaiTTiKÛs. Ai yoûv tûv iroXXûv àvCpû-iriov èvépyeiai, 15
Kav irepi Ta e^œ TeuTa^aicriv, opus irepi aÙTa to xtdPlc’'TOV
èm8eÎKvuvTai, PouXeuôpevai oirœs aàrûv tÛxoxtiv Kai
è<J>icrràvout7ai oti PouXfjs XP£^a ’rpàs ro 8pâaai ti q iraBeîv
tûv «jiaivopévœv àyaOûv q eKKXîvai ti tûv èvavTiwv. Ai 8è
TÛv àXôywv £ûa>v oppai p.ovoei8eîs Te eitri Kai aÙTOifrueîs, 20
Kai toîs ôpyàvois ouyKivoûpevai Kai aTTOUcrai pôvov irpôs
Tas cltto tûv aio0qTÛv q8 as aioOqcreis Kai âirocrTpe<|>o
pevai Tas Xuirqpàs- El toivuv Tqs Xûirqs Kai rqs 8ovqs
Koivwveî to crû|xa Kai 8iaTÎ6eTai irœs Ûir’ aÙTÛv, 8qXov oti
•1 8ieXéyi;o(xev Kopp || 16 /upiaTov 1. Iladot . xEiplCTT0V A
|| 21 Çttouœixi scripsi : alToüaai A (ayoocai coni. Buclle).
33
DES PREMIERS PRINCIPES
s’il est mis par eux en quelque disposition, il est évident
que même les activités psychiques procèdent en étant
profondément mêlées aux corps, et qu’elles ne sont
pas purement psychiques, mais sont aussi de nature
corporelle, de même que cc qui dissocie ou ce qui
concentre [la vue] n’appartient pas à la seule couleur,
mais au corps déjà coloré, [et] de même que l’action
de trancher, comme le dit Aristote, ne saurait être
le fait du fer, ni non plus de la figure, mais de l’ensemble
des deux, c’est-à-dire une hache, ou un ciseau ou
une épée1. De même, en effet, le sentir et le désirer
appartiennent au corps animé ou à l’âme devenue
corporelle, quoique, dans ces derniers exemples, le
psychique soit plus manifeste que le corporel, tout
comme dans les précédents le corporel l’emporte selon
la dimensionnalité et la réalité. Quoi qu’il en soit,
dans la mesure où cette âme a l’être dans autre chose
d’une manière quelconque, dans cette mesure elle est
besogneuse de l’inférieur ; or, ce qui est tel ne saurait
être principe.
[1.4. L’âme rationnelle]
Et, en vérité, antérieurement à cette dernière
substance, nous voyons une certaine forme qui est
séparable en elle-même et qui se retourne vers soi,
telle est la forme de la substance rationnelle. Notre âme,
en effet, arrête sa pensée sur ses propres actes et
se corrige elle-même ; cela en vérité ne serait, pas
possible, si elle ne se retournait pas vers soi ; or, elle ne
pourrait pas sc retourner vers soi, si elle ne possédait pas
la substance séparable, comme l’estime aussi Aristote.
Par suite, cette âme n’a pas besoin de ce qui est
inferieur Mais alors est-elle principe au sens le pltis
parfait? Non, elle ne projette pas simultanément tous
ses actes, mais la plupart lui font sans cesse défaut ;
or, le. principe ne veut avoir aucun manque, tandis
que cette âme est une substance besogneuse de scs
I. Cet exemple, qui vient d’Aristote (De an., H 1, 412b 11-15)
a été repris par Plotin, Enn., I 1, 4.20-25; I 8, 8 12-13).
R I, 22-23
DE PRINCIPIIS
33
Kai ai ipu^iKai evèpyeiai aupire<|>up|i.evai toîs aupaaiv
trpoépxovTai Kai ouk eiai KaOapûs «JæxiKaî, aXXà Kai
aupaTOeiSeîs, wa-irep où8è to SiaKpiTiKÔv t] cruyKpiTiKÔv
pôvou toû xP^paTOs, aXXà toû Kexpuapevou criüpaTOs,
cjoirep où8è toû aiS'qpou Topt] eïr), <J>-qaîv ’ApurroTeXrjs, 5
àXX’ où8è toû axiîpciTOs, toû 8e auvap<|>OTepou, o ecttiv
ttcXckus T] crpiXt] £i<f>os- OÛt<à> yàp Kai to aiaûaveaOai
Kai to ctpéyeaOai toû èipuxupÉvou aijpaTOs T) tt]s oœpaToei-
8oûs 'pux'»ÎS> 6Ï. Kai paXXov èv toutois to i|/ux>-kov 8ia<J>ai-
vETai toû CTWpaTiKOÛ, uairep ev ÈKe vois to aiopaTiKciv 10
èiriKpaTeî KaTa ttjv Sidcrracriv Te Kai uïrôo’Tao'iv. AXXà
yàp Ka0’ ocrov èv aXXœ èxei to eîvai Kai oirœcroûv, KaTa
toooûtov èariv èv8er]s toû xeiPov°S> to 8e toioûtov ouk
âv eÏT) apXT).
(12) Kai p.T]v irpo Trja8e tt]s ouaîas ôpwpev ti Ka. x^ptarov 15
ci8os è<|j’ éauTOÛ Kai eis éauTO èiricrTpe<|>6pevov, otpv to
tt)S XoyiKTjS UTToaTaCTews. H yoûv TjpeTèpa ij/ux1) ètjjiCTTavci
Tais oiKeiais evepyeiais Kai èiravopûouTai eaurtjv ouk &v
toûto ye, ei pr) èTrè<rTpe<J>e irpos èaurqv ‘ ouk av 8e toûto ye,
ei pr] xtüPlo'T11v £^XE Tnv oucriav, œs Kai Apia-TOTeXei 20
8oKeî ‘ ouk apa aÜTT] 8eÎTai toû xe‘PovoS' ’Apxn auTT] apa
TeXecüTaTt] ; H où irâcras ôpoû irpoêaXXeTai Tas evepyeîas,
àXXà tcüv TrXeiCTTCüv àeî ècrTiv èvSerjs ' T) 8 apxT] où8èv
exeiv PoûXerai èv8eeç, T] 8e ècrriv oùaia tojv cauTTjs èvep-
5-7 = Arist.2 De an II 1, 412 b 11-15 19-21 = Arist., De
an. II 3, 414 b 18-19 ; III 4, 429 a 10-b 10 ; III 5, 430 a 17-18.
5 Top)) eÏT)] fort. 4; TopŸ),
34
DES PREMIERS PRINCIPES
propres actes. Mais, dira-t-on peut-être, sa substance
est éternelle, elle n’est pas besogneuse, elle possède les
actes substantiels qui ne s’interrompent jamais et
qui accompagnent toujours la substance, dans ce qui
est automoteur et toujours vivant ; alors cette substance
serait principe. Mais l’âme, étant une seule forme
et une seule nature dans son tout, sous un rapport
n’est pas besogneuse, tandis que, sous un autre, elle
l’est ; or, le principe est absolument sans besoin ; par
conséquent, l’âme qui manifeste encore des actes soumis
au changement ne saurait être principe du moins
au sens le plus propre1.
[1.5. L'inlelleçi]
Il faut donc qu’antérieurement même à ce principe,
il y en ait un autre, celui qui est en tout point immuable
selon la substance, la vie et la connaissance, selon
toutes les puissances et tous les actes, tel est le
principe dont nous disons qu’il est immobile et éternel,
<< l’intellect très honoré » lui-même ; Aristote, s’étant
aussi élevé jusqu’à lui, a cru découvrir eu lui le
premier principe. En effet, que manque-t-il encore
à ce principe qui étrnint en lui même tous ses propres
plérômes2, et dont aucune addition ni suppression
ne peut jamais rien modifier d’aucune des choses qui
lui appartiennent? Remarquons qu’il est, lui aussi,
un et plusieurs, tout et parties, et qu’il y a en lui des
premiers, des moyens et des derniers3. Or, les plérômes
inférieurs ont besoin des supérieurs, les supérieurs des
inférieurs, < et > le tout a besoin des parties, car
les corrélatifs ont besoin les uns des autres, et les
premiers ont besoin des derniers pour la même raison,
car aucun n’est premier par soi. De plus, assurément,
l’un4 aussi a besoin des plusieurs, parce que c’est dans
les plusieurs qu’il a l’être, ou bien parce que cet un
est rassembleur des plusieurs, et il est non par soi,
mais avec eux. Grand demeure donc encore dans ce
1-4. Voir Noies complémentaires, p. 144 145.
R. I, 23
DE PRINCIPIIS
34
yeiûv eXXiirr] AXX T] oucria aiûvioç, cîiroi ti$ av, Kai
àv£v8et]S Kai clouera Tas oùcnaiSeis èvepyeias àveXXiireîs
Kai àei tî] oùcriç cruv8pop.ous Karà to auTOKivr)Tov Te Kai
àei£b>v, Kai eii) av aûrr) àpxT]- AXX ev eî8 s t) ’j' X’) T°
oXov Kai |xia <J>ucns, ttt) pev àvev8ei)s, irr) 8e evSerjs ' T] 8e 5
apx'H irâvTT) àvev8eT)S ' î] 'Hx1! “Pa 11 Kai T“S peragaXXo-
p-èvag èvepyeias irpoÇaXXopevT] oÙk av eït] apxr), T] ye
KUpiGiraTt).
Aei âpa Kai irpo TaÛTijs cîvai eTepav, ttjv iravraxf)
àpcTâÇXtjTov KaTa tc oùcriav Kai £<jt]v Kai yvioaiv, Karô Te 10
irâcras 8uvâpeis Kai èvepyeias, oîav tt)V àKlvtyrov Kai
aiûviov eîvai <|>apev, aÙTOV tov iroXuTÎp.T)TOV voûv, e<}> ôv
Kai ApicrroTéXT]s avaÇàs ûi]Ôt) ttjv irpûrqv àpxTjv eùpijKe-
vai Ti yap Kai em8eî tt) iravTa auXXagouo'T) ev eauTij Ta
éauTTjs ’irX'qpibp.aTa, Kai fjs ouTe irpôcrOecris oÙTe a<]>aîpeais 15
peTaÇaXXci ti tûv uirapxôvTiov oùSeiroTe où8èv ouSevôç >
H Kai auTT] êv ecrri Kai woXXà, ôXov Te Kai peprj, irpurâ
Te èv aiiTT) Kai peaa Kai TeXeuTaîa ’ Ta 8e xEîpu nXt]pib|iaTa
8eÎTai tûv KpeiTTÔvœv, Kai Ta KpeiTTW tûv x£lpôvœv ^Kai)
to oXov tûv pepûv ' Ta yàp irpos âXXrjXa SeÎTai aXXiîXiov, 20
Kai Ta irpÛTa tûv TeXeuTaiœv 8ia ttjv aùrïjv aiTiav, oùSèv
yàp Ka6 éauTO irpÛTOV AXXa p.T)v Kai to ëv tÛv iroXXûv
èiri8eés, oti èv iroXXoîs ëxei to eîvai î] tûv iroXXûv èori
cruvaywyôv toûto to ëv, Kai où Ka0 aUTO, aXXà aùv
èKeivoig. FloXù âpa Kai èv tt] àpxfj TauTT) to èv8eés ‘ èirei 25
12-14 = Arist., Met. A 7, 1072 a 19-1073 a 13 || 17-18 cf. Farm.
144 e 3-7; 145 a 2-3 ; 5-6.
1 êXXem^ç A |l 2 àveXXe reïç A || 17 auq scripsi : aùrîj
A || 19 xai’ B : om. A || 23 èv BC : êv A.
35
DES PREMIERS PRINCIPES
principe le caractère du besoin ; car, comme générateur
en lui-même de scs propres plcrômes, qui forment
ensemble sa totalité, l’intellect doit être besogneux
lui-même de lui-même, non pas seulement l’engendré de
l’engendrant, mais encore l’engendrant de l’engendré, en
vue de l’accomplissement de celui qui tout entier
s’engendre lui-même dans son tout. En outre, il est
pensant et pensé, intelligible et intcllectif de lui-même
et pour lui-même, et l’intellect est l’ensemble des deux.
Donc, l’intellectif a besoin de l’intelligible, comme
de son désirable propre, et l’intelligible a encore
besoin de l’intellectif, parce qu’il veut être lui aussi
intellectif ; l’ensemble des deux a besoin de l’un et de
l’autre, bien que la possession coexiste toujours [ici]
avec le besoin, de même que l’ordre cosmique avec
la matière ; en tout cas, par nature, un certain besoin
est encore consubstantiel à l’intellect, pour l’empêcher
d’être principe au sens le plus propre.
[1.6. L’un-êlré]
Peut-être donc faut-il contracter l’intellect dans le
plus simple des êtres, celui précisément que nous
appelons l’un-être ; car comme il n’y a rien là-haut qui
soit à l’étal de distinction totalement achevée, qu’aucune
multitude n’est en lui, ni ordre, ni dualité, ni conversion
vers soi1, quel besoin pourrait se manifester dans le
complètement unifié, et surtout ce besoin de l’inférieur,
à partir duquel s’est mise en mouvement notre présente
discussion? C’est pourquoi encore le grand Parménide
s’est élevé jusqu’à ce principe qui est le plus ferme,
parce qu’absolument sans besoin2. Sans doute, faut-il
se mettre dans l’esprit ce que dit Platon, à savoir
que l’unifié n’est pas l'un lui-même, mais ce qui est
affecté par l’un3, et il est évident qu’il aura reçu sa
place après lui. Il n’en reste pas moins que le tour
actuel de nos arguments nous montre que l’unifié a
en lui-même non seulement ce qui est rendu un (ce qui
1-3. Voir Notes complémentaires, p. 145.
ti. 1, 23-24
DE PRINCIPUS
35
Kai ûs yevvûv EV èauTÛ Ta oiKeîa -n-XT]pûpaTa ô vous, è£
ûv ô oûpTras | ôpou crupirXrjpoÛTai, èiri8er]S av eiT) aÙTÔs
èauTOÛ, où povov o yevvûpevos toû yewûvTOs, àXXà Kai ô
yevvûv toû yevvwpevou irpôs ttjv toû yevvûvros êauTÔv
oXou oXov aupirX'^pwaiv. “Eti 6e voûv èari Kai vooupevos 5
votjtov Te Kai voepôv èauTOÛ Te Kai eauTÛ, Kai to auvap«J>ô-
Tepôv eariv ô vous- OÙkoûv to Te voepôv SeÎTai toû votjtoû
ûs oiKeiou è<]>€Toû, tô tc vot)tov irpoaSeÎTai toû vocpoû,
oti Kai aÙTÔ voepôv eîvai poùXerai, to Te auvap<|>OTepov
eKaTepou irpoaSeés, el Kai T) TeûÇis ael TT] èv8eia ctÛvccttiv 10
ûcrirep tt| uXt] ô Koapos ' àXXà <|>uaei ye opus Kai ev8cia
tis tû vû auvouoiaiTai, irpoç [Te to pr] eîvai apxT)v ttjv
KUpiWTaTt)V.
(13) MrjTroTe ouv auvaipeTcov tov voûv eis to tûv ovtuv
âirXoùcrTaTov, o 8r] ev ov KaXoûpev pT)8evôs yàp eKeî 15
SiaKeKpipévou to trâpirav, pt)8e tivos èvoùo~r)s ttXt)0Ûos
t) TaÇeus i) SittXÔtjs î] irpôs èauTÔ èiriO'Tpo<|>T)S, tis &v
ev8eia <[>averr) TÛ TrâvTT] rjvœpevœ, Kai pâXiarâ ye T] toû
XEipovos êv8e a a<[> ; rà vûv ûppt)aev ô Xôyoç A o Kai
êm TauTT)V apxtjv âcr<|>aXeorTàTt]V àve^T) Flappe i8r)s ô 20
péyas, ûs àvev8eea-TciTT]v. H iràvTœs pèv 8e to toû
nXaTOvos èvvoeîv, ûs to T]vœpévov oÙk èariv aÙTÔ to ev,
àXXà to Treirovûôs eKeîvo, Kai 8t)Xov oti peT* eKeîvo tctq-
ÇeTai. Où pevToi àXXà Kai Karà tov irapôvTa Tpôirov tûv
Xôyœv to T]vœpévov evSeiKvuTai èv éauTÛ ejçov TÔ Te evi£o- 25
19-21 = Pnrinenides, fr. 28 B 8 v. 33 D.-K6 (cf. Soph. 244 b 6-
d 13) || 20-21 = Soph. 237 a 4-5 || 21-23 = Soph. 245 a 1-b 10.
12 te deleui (ye coni. Ruelle).
8
36
DES PREMIERS PRINCIPES
est rendu un, bien qu’absorbé jusqu’au bout par
ce qui le rend un, est cependant supposé comme restant
unifié), mais aussi l’un lui-même. < Or >, soit que
l’être se forme d'éléments, comme Platon paraît le dire
du mixte1, il est besogneux de ses propres éléments ;
soit que, s’étant détendu de la simplicité de l’un, il soit
quelque chose de défini selon la mesure de l’un, pour
ainsi dire quelque chose d’épais et de dense, manifestant
simultanément avec soi-même ses éléments2, qui sont,
je ne dis pas en train de se distinguer, mais complètement
liés à son propre un et encore quasi-confondus avec lui,
tout en étant du moins assez manifestés pour que cet un
ne soit plus un, mais unifié, et qu’il soit désormais
substance au lieu d’hénade3 (de cette façon, en effet,
on pourrait plaider pour le mixte en étant exact, et en
veillant à ne pas former le supérieur à partir des
inférieurs4, mais à former les inférieurs avec le supérieur,
à partir de celui-ci et en celui-ci), même si tel est
le cas, l’un qui est en l’être a nécessairement besoin
du < non-un > qui est en l’être, < et le non-un
qui est en l’être >B a nécessairement besoin de < 1’ >un
qui est < en > l’être, et l’ensemble des deux a
nécessairement besoin de l’un et de l’autre. Et si
la notion du fait d’être diffère de la notion du fait
d’être unifié, et si le tout est unifié et être, alors les
deux ont besoin l’un de l’autre, et le tout a besoin des
deux, lui justement qui est appelé l’un-être. Et, si
l’un est meilleur, il aura besoin de l’être pour former
[avec lui] l’hypostase de l’un-être ; mais si l’être est
meilleur que l’un, en tant qu’il s’impose en guise de forme
au mixte et à l’unifié, tout comme au complexe vivant-
raisonnable-mortel s’impose la propriété d’homme, de
cette façon encore l’un sera besogneux de l’être. Tt si,
pour parler plus justement, l’un est de deux sortes :
celui qui est la cause du mélange et qui présubsistera à
l’être, celui qui se surajoute6 à l’être (à leur sujet, en
effet, nous en dirons davantage, s’il le faut, une autre
fois), cependant le caractère d’être besogneux n’épar-
1 6. Voir Notes complémentaires, p. 14 -146.
R. 1,24-25 DE PRINCIPIIS 36
pevov (el Kai èir’ caxaTOV «*] KaTaireiropévov to èvi^ôpevov
ûirô toû évi^ovTOS, opo>s yàp •qvorpévov ùiroKeiTai) Kai aÙTO
to ev. Eure {8è} eK aroixeîœv to ôv, ûs 8oKeî Xeyeiv to
piKTÔv ô nXciTœv, 8eÎTai tûv éauTOÛ oToixelœv ‘ e Te xaXâ-
aav tt)s toû evo âirXÔTT]TÔs cari ti KaTa to pérpov toû 5
evôç, otov iraxù Kai àp<J>iXa<J>cs aupirpoÇaXXôpevov apa
êauTÛ Kai Ta crroixcîa, outi ye 4>i)pi SiaKpi|vépeva, aXXa
tû éauTOÛ èvl 8e8epéva Kai cti oîov truyKexupéva, toctoûtov
ye TrpoÇX-qÔévTa ocrov eKcîvo pijKÉTi êv eîvai, àXX’ ^vurpévov,
oùcrîa T]8t) àvTi evaSog (outu) yàp av tiç âiroXoyqo'aiTO to 10
piKTov aKpi^oXoyoupevos, Kai eûXaSoupevos pu toi iroieîv
CK TÛV XElpÔvb>V TO KpeÎTTOv, ÔXXà OUV TÛ KpeiTTOVl Kai
àiro toutou Kai èv toutcj Ta xeîpu) âXXà 8t] Kai outus to
èv aùrû êv toû èv aÙTÛ ^oùx èvôs Kai to èv aÙTÛ oùx êv toû
èv} aÙTÛ èvôs Kai tô auvap<J>ÔTcpov CKarèpou irâvTœs èiri- 15
8eés. El 8è Kai aXXt] pèv èwoia toû eîvai, âXXt] 8e toû
T]vûo0ai, to 8e oXov iqvœpévov Kai ôv, 8eûrai TaÛTa
àXXrjXœv, Kai tûv 8ueîv to oXov, o 8t, KaXcûrai êv ôv. Kai
el pèv to êv KpeÎTTov, 8eT|aeTai toûto toû ovtos els ttjv toû
èvôs ovtos ûitéoTaoiv ’ el 8e to ôv toû evôs, ûs èiriyiyvo- 20
pevov oîov eî8os TÛ piKTÛ Kai 'qvupévu, ws tû apa £û<j>
XoyiKÛ OvqTÛ àvOpwirou 18iÔtt]s, Kai outus êiriSeès corai
to êv toû ovtos- El 8e, oirep opOÔTepov Xèyeiv, 8ittov to
êv, to pèv tt]s pi^eœs aiTiov, o TrpoüirâpÇei toû ovtos, to
8è Kai tû Ôvti èiravÔoûv (irepi pèv yap toutwv elaaûOis, 25
èàv 8er), irXeîœ èpoûpev), opws to èv8eès ou8e TauTijv
3-4 = Phil. 23 c 9-d l || 16-18 cf. Soph. 245 b 8-c 9 || 25-26
infra, p 9ü.17-98.14.
3 EÎte 8è scripsi : eiys A || 5 èotI ti scripsi : èottjti, -i]- cx
-t-, Ax (ÈaTT) tI B) 6 àpçü.œçéç B post corr. : àpçiXayèç A ||
12 ysipovcov Segonds : xpeiTrèviov A 13 TÙ B : -rà A 14-15
où/ — èv1 addidi 15 aù-rû Évèç scr psi : aùroevôç A, où/’
èvôi, mg. A1 || 25 ÈTtavopOoüv A, correxi.
37
DES PREMIERS PRINCIPES
gnera pas complètement même cette nature1 ; et même
ne l’épargnera pas le caractère d’être besogneux, dis-je,
de l’inférieur, caractère selon lequel procède le mode
de la remontée.
1.7. L'un]
Mais certainement, après tous ces degrés, l’un devra
être absolument sans besoin ; car pour être, il n’a
besoin ni < de ce qui > vient après lui (en effet, par
lui-même le véritablement un est déjà séparé de tout),
ni de l’inférieur ou du supérieur en lui (en effet, il n’y a
rien en lui à part lui-même), et il n’a même pas besoin
de lui-même. Et il est un, en ce qu’il n’admet aucune
dualité par rapport à soi ; il ne faut même pas parler,
en effet, du rapport de soi à soi dans le réellement un,
car il est absolument simple ; celui-ci est donc ce qui
de tout est le plus sans besoin ; c’est donc lui qui
est le principe de tout, lui qui est la cause, lui qui est
le premier de tous sans exception.
Mais, si ces trois prédicats lui sont attachés, il ne
saurait être un. Ne faut-il pas dire plutôt qu’à l’un
du moins tout appartiendra selon l’un, ces prédicats
et aussi bien tous les autres que nous affirmerons de lui,
par exemple, le plus simple, le plus puissant, le m illeur,
ce qui assure le salut de tous les êtres2, le bien soi, et le
tout, si on le disait selon la simplicité de l’un, puisque
sa simplicité est productrice de tout et que, de plus,
elle est antérieurement la substance de toutes choses,
ce qui explique qu’elle épuise aussi la totalité des modes.
Toutefois, si, en l’entendant de cette façon, cela est
vrai de l’un, celui-ci pourrait être, de cette façon
encore, besogneux de ce qui vient après lui, à cause
de ce que nous lui ajoutons de quelque manière
que ce soit3. En effet, le principe est dit principe
et l’est réellement de ce qui procède de lui, la cause
est dite cause et l’est réellement des effets, le premier
est dit premier et l’est réellement de ce qui est rangé
1-3. Voir Notes complémentaires, p. Hfi.
R. I, 25-26
DE PRINCIPIIS
37
iravTcXûs àiroXetyei ttjv <J>Ûctiv ' oû8è to toû xcîpovôs
èv8cès, c<j>’ u irpéciciv ô ttjs avagaaeus Tpôiros.
’AXXà jiT)V cm irâcri toutols to cv irâvTfl av eït]
àvcv8eès ‘ outc yap (tÛv^ pe0’ èauTÔ èvSeÎTai irpôs tô eîvai
(Ka0’ èauTO yàp ècrriv tûv irâvTUV Kexupiapèvov to yc ùg 5
àXr]0ûg cv), oÎStc toû èv èauTÛ xcîpovog î] KpevrTovog (où8èv
yàp èv aèiTÛ èariv irap’ èauTÔ), &XX* oû8’ èauToû. "Ev 8’
ecrrîv, oti pirj8è ?x€ t va SittXÔtjv irpog èauTÔ ‘ oû8è yàp
auTO to irpog eauTO pî]TÉov èin toû Ôvtus évôs, âirXoûv
yàp ttcivtt] • toûto âpa to irâvTuv âvev8cècrraTov • toûto 10
âpa irâvTuv àpxf] Kai toûto aiTiov, Kai toûto irpurov
a a£ âirâvTUV.
’AXX* < i rà Tpia TaÛTa aÙTÛ irpôcrecrriv, ouk av eït] cv.
"H tu yc èvi iravTa Karà to cv ûirâp^ei, Kaî TaÛTa Kai oaa
âXXa aîiTOÛ KaTt]yopT]aopev, oîov Kai to ciirXoûcrTaTOV Kai 15
tô KpânaTOV Kai to âpicrrov Kai to irâvTcov ctwcttikÔv, Kai
aÙTÔ yc TayaOôv, Kai iravTa cï tis aÙTÔ Xeyoi Karà ttjv
toû évôs â’trXÔT'qTa èirei irap<]>opov oucrav Kai ci irpoTelpov
iravoûaiov, 8ia toi toûto Kai irâvTpoirov.
’AXX ci aXt]0 Kai outù) TaÛTa èiri toû évôs> èv8cès àv 20
ct] Kai oütu tûv ic0 èauTÔ, Karâ yc TaÛTa a irpocrriOep.ev
aÙTÛ Kai ôiruo’oûv ‘ t] tc yàp àpXT] tûv àir’ apxtjs, Kai
to aÏTiov tuv aiTiaTÛv, Kai to irpûrov tûv per’ aÙTÔ
TCTaypèvuv ccttiv tc Kai XèycTai, cti 8è tô œirXoûv Karà
16-17 cf. Ps.-Plat., Définit. 414 e 9-10.
1 où8è del. ? || 4 tûv addidi (tou Ruelle) || 18 fort. àrrXé-
T7]T<x elrre, Ttdpçopov
38
DES PREMIERS PRINCIPES
après lui, et encore le simple est dit simple et l’est
réellement selon sa supériorité sur les autres, le plus forl.
selon sa puissance à l’égard de ce qu’il soumet, et
le bien, le désirable et ce qui assure le salut sont dits
tels et le sont réellement des êtres qui sont sauvegardés
et qui les désirent. Et, de surcroît, si l’un est dit tout,
il sera exprimé selon l’anticipation en lui de tout,
anticipation qui est selon l’un seul lui-même, et qui,
néanmoins, est la cause unique de tout antérieurement
à tout, sans que cette cause, soit différente, mais elle
est également selon l’un. Donc, du fait que l’un est
aussi seulement < un >, de ee fait il est absolument
sans besoin , or, du fait qu’il est absolument sans
besoin, il est le premier principe et la racine la plus
inébranlable de tous les principes ; or, du fait que,
d’une manière quelconque, il est le premier princip
et la première cause de tous les êtres, et, pour tous,
la lin solidement préétablie qu’ils désirent, de ce fait,
cependant, on l’imagine besogneux en quelque façon de
ces êtres avec lesquels il est en relation. Il a donc,
s’il est permis de dire, quelque trace encore de besoin,
la plus haute possible, de même qu’à l’opposé la matière
e.st le dernier écho du sans besoin, en vertu de cela
même qu’elle est, à savoir l’un le plus affaibli. Et, en
vérité, le discours semble subir un certain renversement ;
car, en tant que l’un est un, il est aussi sans besoin,
puisqu’il s’est également révélé principe en vertu de
son absence totale de besoin et en vertu de sa qualité
d’un ; néanmoins, en tant qu’un, il est aussi principe ;
et si, en tant qu’un, il est sans besoin, du moins, en
tant que principe, il est aussi besogneux ; donc, en tant
que sans besoin, il est aussi besogneux, toutefois ce
n’est pas sous le même rapport ; mais, pour être ce qu’il
est, il est sans besoin, tandis qu’en produisant et
en anticipant les autres choses il est besogneux.
Cependant, même ce dernier caractère appartient en
propre à l’un, de tella sorte que l’un et 1 autre caractères
sont selon l’un, et d n’est pas vrai qu’il y ait l’un et
l’autre au sens où la parole divise en disant « l’un
R. I, 26
DE PR1NCIPIIS
38
âXXoïv uirepoxrjv, Kai ro Kparicrrov Karà ttjv irpos rà
KpaToûpeva Sûvapiv, Kai to âyaBov Te Kai ècjieTÔv Kai ctcüoti-
kov tûv croiÇopèvoiv Kai ècfiiepevuv ècrriv • Kai 8r) irâvTa ei
XéyoïTO, Karà ttjv iràvToiv èv aÙTÛ irpoXrjipiv pr]0T|crcTai
tt]V Kar’ aÙTo ye povov tô èv, opcos 8e irâvTWv piav irpô 5
irâvToiv avriav, ouk aXXijv oùaav, àXXà Kai Taûrqv Karà
to ëv. THi pèv {cv} apa Kai povov, TaÛTT] àvevSeècrraTov •
f| 8è àvevSeècrraTov, àpX'Q irpûrq Kai pi£a iracrûv àpxûv rj
àKXivecrràrr] * fj 8è Kai ÔTroiaoûv àpxr; Kai rj irpÛTT] airia
tûv iràvTcov Kai irâcnv è4>err| TrpoïSpupévT], Taûrr) 8è èv8cés 10
Trios eîvai <J>avTa£eTai toûtoiv irpôs a ècrriv • cxei ti âpa,
ci 0c pis eiireîv, Kai èv8cias àKpéraTov ïxvoç, ûcrrrep àvà-
iraXiv r; GXt) toû àvevSeoûs ëoxQTOV ^7rTlXT)P<1> Kar’ aiiTo
ye ô ècrriv, ëv àpuSpÔTaTOV. Kai 8okcÎ pèv ô Xôyoç £X£lv
Tivà irepiTpoiri^v ’ f) yàp ëv, Kai àvev8ees, eïirep Kai apxrj 15
irècjiTjvev KaTa to àvevSeècrraTov Kai ëv ’ àXX’ opoig fj ëv,
Kai àpxt] ‘ Kai fj pèv ëv, àvevSeèg, fj 8e apxrj, Kai èv8eès ‘ fj
âpa àvevSeès, Kai èvSeèg, àXX’ ou Kara TaÙTÔv, àXXà irpôs
pèv to etvai o ècrTiv, àvevSees, ûs 8è Kai rà âXXa Trapàyov
Kai irpoeiXT]4>és, èv8ces. “I8iov 8e Kai toûto toû èvôs ‘
üiœtc Karà to ëv CKarepov, Kai ouk âpa eKarepov outus ûs
2-3 cf. Ps.-Plal., Définit 414 e 9 10.
7 ëv* addidi (cf. u. 17) || 7-8 àvevSéoTaTov (bis) ante corr. A,
mg. uirg. cens.
39
DES PREMIERS PRINCIPES
et l’autre », mais il n’y a qu’un seul un, et c’est selon
cet un que sont les autres choses et le caractère d’être
besogneux. Comment, eji effet, ce dernier caractère
aussi ne serait-il pas selon l’un comme toutes les autres
choses qui procèdent de l’un? Car le caractère d’être
besogneux est aussi l’une d’entre elles.
[1.8. L’ineffable]
Il faut donc chercher quelqu'autre chose qui n’aura
pas du tout le caractère d’être besogneux d’aucune
façon que ce soit. Ce serait un être tel qu’on ne pourrait
dire avec vérité qu’il est principe, ni non plus qu il
a ce caractère même qu’on a jugé bon d’appeler le
plus vénérable, à savoir celui d’être absolument sans
besoin ; car ce caractère encore signifie une supériorité
et une transcendance vis-à-vis du besoin. En effet,
nous ne jugeons pas convenable, comme nous l’avons vu,
de l’appeler même le transcendant à l’égard de tout,
mais l’absolument incompréhensible et le totalement
enseveli dans le silence ; ce serait là peut-être, selon ce
qu’il y a de plus juste, l’axiome que recherche
maintenant notre pensée, du moment que celle-ci ne
peut même rien dire, mais se contente de ce non dire
et vénère par là cette sublime inconnaissanee.
[2. Remontée par le besoin]
Voilà donc un mode de la remontée vers celui qu’on
appelle ainsi le premier, mais qui est plutôt l’au-delà
de tout ce qui est posé de quelque façon que ce soit ;
et voici un deuxième mode qui consiste non à faire
passer ce qui est sans besoin de 1 inférieur avant ce
qui en est besogneux, mais à placer ce qui est besogneux
du supérieur au second rang, après ce supérieur même.
Tout d’abord, [nous observerons que] partout ce qui est
en puissance est second après ce qui est en acte ; en effet,
pour parvenir à être en acte et pour ne pas rester
vainement en puissance, cela a encore besoin de. ce qui
B. I, 2C-27
DE PBINC1P1IS
39
ô Xoyos pepi£ci TÔ CKcrrepov Xéycov, àXX’ ëv pôvov, KaTa
8e toûto Ta tc âXXa Kai to èvScés- Kai irûs yàp oùxi Kai
toûto c”t] av KaTa to cv, ûa-rrep TaXXa irâvTa oaa àir’ oÙtoû
irpoeiai ; Toutcov yàp ti Kai to cv8cés.
’AXXo ti apa ^t]tt]Tcov, o pr]8apûs ë ci to êv8eès pt]8’ 5
ôiraxmoûv ’ cit] 8’ av toioûtov ôv pq8e oti àpxt] aXrjBes
ciircîv, pr]8 aÙTÔ ye toûto, o aepvÔTaTOV c8o£e XcyeaOai,
to àvev8eécrTaTov Kai toûto yàp ûircpoxTJv crqpaivel Kai
èÇaîpeorv toû èv8eoûs- 0 8è yàp to iravTiov è^rjprjpévov
aÙTÔ KaXcîv | rj^ioûpev, aXXà to iravT^ aTrcpivôtjTOv Kai 10
TrâvTT) o-iyûpevov, toûto av eït] SiKaiÔTaTa to vûv ÇtjtoÙ-
pevov àÇiupa Tfjs èvvoiag, où8è toutes ti <f>0eyyopévT]s,
aXXà to pr; <J>6cyyea0ai àyairÛCTTjç Kai TaÙTT] o’e^opévTjs
CKcivijv T-qv àpTjxcivov àyvuo'îav.
(I l) “Ectti pèv ouv Kai outos Tpoiros àvaÇâo’Ctos TT]s èiri to 15
irpÛTOV outco Xcyopevov, pâXXov 8è tÔ iravTiov êircKciva
tûv ôirioaS-qiroTC TiOcpcvcov ’ terri 8c Kai outos CTcpos,
ou to âvevSeès toû xElPov°S irpoTipûv toû èv8coûs, aXXà
to cvSeès toû Kpcirrovos ev 8cuTép<o TiOépevoç aÙTOÛ toû
KpeiTTOvos. AÙtiko to Suvâpci iravTaxoû toû èvepycîa 8cu- 20
Tepov ' ïva yàp cXOr] cis to évepyeia Kai prj ptivr) pÔTrjv
8uvàpei, toû évepyeia irpoaSeÎTai ’ oùSéiroTe yap àrrô toû
10 cf. supra, p. 21.5-8.
40
DES PREMIERS PRINCIPES
est en acte1, car jamais de l’inférieur ne germe le
supérieur ; que cette vérité, en effet, soit pour nous
bien définie d’avance selon les notions communes et
non déviées2 de tous les hommes.
[2.1. Le corps qualifié]
Ainsi donc, la matière a avant elle la forme matérielle,
parce que la matière tout enticre est en puissance de la
forme, qu’il s’agisse de la matière première, découverte
selon le dépouillement total de forme, ou qu’il s’agisse
de la matière seconde, établie selon le corps non
qualifié3 ; et c’est sur celle-ci en premier lieu que
naturellement s’est aussi fixée l’attention de ceux qui
ont cherché à connaître les choses sensibles, lesquelles,
à première vue, leur ont paru être même les seules
à exister4. En effet, ce qu’il y a de commun entre les
différents éléments les persuadait qu’existe un certain
corps non qualifié ; c’cst là également la preuve que
les qualités, qui font coexister les différences, l’emportent
sur le corps non qualifié lui-même, car elles lui
présubsistent, comme des formes à une certaine matière.
Quoi donc, dira-t-on, les accidents sont-ils meilleurs
que la substance? Il n’y a rien d’étonnant, sans doute,
à ce que les éléments qui s’unissent les uns aux autres
aient tour à tour l’avantage les uns sur les autres,
et que soient en participation réciproque ceux qui
composent ensemble une chose, à savoir la chose
unique formée de tous. Précisons encore que la qualité
est de deux sortes. Il y a, d une part, la qualité
substantielle, par exemple le feu lui-même (j’entends
la forme même), l’homme et chacune des autres formes,
selon laquelle chaque chose est un corps qualifié ;
ajoutons les éléments de chaque forme, par exemple,
pour le feu la chaleur et l’éclat, pour l’homme les
caractères du mortel et du raisonnable ; [ajoutons]
l’aspect extérieur, comme, pour l’homme, le fait d’avoir
la station verticale et la faculté d’articuler les sons ; et
1-4. Voir Notes complémentaires p. 146.
R. I, 27-28
DE PRINCIPIIS
40
Xeîpovoç àvaêXao-Tavei to KpeÎTTOv ‘ ecttüi yàp ^)pîv Kai
toûto irpoupiapévov kœtÙ Tas Koivàs Èwoias âiràvTœv ràg
à8iacrrpô<|>ous.
Oukoûv t| ûXq irpo auTrjs ^X61 T° èvuXov eïSos, oti
Suvâpei to cîfios ï] ûXtj iraaa, eite q irpûn] Ka/rà to iravTfl
àvei8eov eùpiaKopév-q, eite t) SeuTÉpa Karà to âiroiov
icrTapévT] crûpa ’ irpôs T)V Kai eikos àTroÇXei]/ai irpWTTjv tous
È^TJT-qKÔTas Ta aiaOqTa a Kai pova È8oÇev eîvai tt;v n-pÛTqv
"H yàp koivÔttjs tûv 8ia<f>epovTG>v aTOiyeiwv etreiOev auToùs
eîvai ti crûpa airoiov • û Kai 8f]Xov oti ai ttoiÔttjtes» Ka0
as ai 8ia<J>opai auviaravTai, toû àiroiou acopaTOS Ûttep<|>é-
poucriv aîiToû, ûs ÜXt)S tivos eÏ8t] irpoÜTràpxouaai.
Ti oBv ; ttjs oùoias KpEÎTTiü Ta aupêeê’)KÔTa ; <f>air] tis
av. "H où8èv pèv flaupaaTOV àvTiTrXeoveKTcîv aXXrjXa tq
cruvôvTa àXXrjXoïg Kai àvTipET£xetv crupirXrjpoijVTa ôpou
Tl TO ÈK irâvTGJV ëv. “ElTÉlTa Kai 81TTOV TÔ TTOIOV, TO pÈv
oùaiû8cs, oîov aÙTÔ TÔ irûp (aÙTO XÉyio TÔ eî8os) Kai
avflpümos Kai tûv aXXwv EKaaTOV, Ka0’ o -rroiôv crûpa
EKao-Tov èœriv ‘ Kai Ta ÉKaarou ŒToixEÎa, oîov irupôs t]
0EppÔTTjs Kai XapTTpOTTjS, Kai àvOpanrou to OvtjtÔv Kai
15
2-3 àrrâvTCov toç à8iaa péçouç coin Ruelle : àrravTÛVTaç
àSiaaTpoçoüv A || 10 û ecripsi vûi (sequente puncto) A.
41 DES PREMIERS PRINCIPES
[ajoutons] pour chaque chose les compléments1 de la
substance qui sont propres à chacune, avec l’ensemble
desquels la forme dans sa totalité à qualifié le second
substrat par une qualité spécificatriee, celle qui est
purement et simplement dite par rapport au corps
non qualifié. Il y a, d’autre part, la qualité épisodique et
accidentelle, qui, tout en étant d’une façon substantielle
dans une chose, vient s’ajouter d’une façon accidentelle
à une autre, et il est tout à fait certain qu’elle vient
s’ajouter à un corps déjà qualifié substantiellement,
de sorte qu’elle sera nécessairement inférieure à la
substance qui la reçoit, car celle-ci est déjà spécifiée
et la précède. Or, il est évident que le corps sans qualité
est qualifié d’abord par la qualité substantielle ; en
effet, tandis que les accidents surviennent, chacune
des formes demeure ; elles retiennent fortement le
substrat corporel sur lequel elles s’appuient, et c’est
autour d’elles, qui demeurent, que s’observe le change-
ment des accidents2. C’est donc à bon droit que nous
mettons à un rang supérieur par rapport au corps
non qualifié le corps qualifié, et c’est gràce à ce corps,
qui est déjà sensible, que ee monde visible existe
lui aussi.
[2.2. La nature]
Mais, étant donné que, parmi les corps doués de telle
qualité particulière, les uns ont leur principe directeur
au-dedans, les autres au-dehors comme les objets
fabriqués, il faut aussi prendre en considération la
nature en tant qu’elle est quelque chose qui est supérieur
aux qualités et rangé avant elles à titre de cause, comme
il en est de l’art par rapport aux objets fabriqués.
[2.3. La vie végétative]
Mais, de plus, parmi les corps qui sont administrés de
l’intérieur, les uns ne paraissent qu’exister, tandis que les
autres se nourrissent, croissent et engendrent leurs
1-2. Voir Notes complémentaires, p. 147.
R. I, 28
DE PRINCIPIIS
41
XoyiKÔv • tt]V popcfrqv, uairep ?X£l T° op0iôv te Kai
SvqpOpupÈvov * e<j> ÈKacrrou te rà ÈKacrrou TrX-qpûpaTa ttjs
ouCTias, oîg âpa to oXov eÎ8os Èiroiuasv to SeÛTEpov ûiro-
KEipEvov e18ottolÛ ttoiÔttjti, tt] âirXûs Xeyopèvr] irpàs to
âiroiov oûpa. Tô 8e ècrriv iroiôv ÈtteiooSiûSes Kai oupÊe- 5
Êtjkos, oirEp èv âXXu kœt’ oùaîav ôv aXXu irpocryryvETa
Karà aupgE&qKOS, Kai irâvTus oti TrEiroiupÈvu Kar’ oùaîav
'irpocryiyvETai aûpaTi, Ûctte avayKaïus x6lPov verrai toûto
ttjs ûiroBEXopÉvqs oùaîas, t]8t] oüoi]s eiStjtiktjs te Kai
irpoTJYOupÉvqS- "Oti 8È to âiroiov aûpa irpUTT) iroioÙTai 10
TT] oÙoiÛ8ei ttoiÔttjti, 8t]Xov ’ tûv yàp oupÇeÊTjKÔTUv Ètti-
yiyvopèvuv, EKacrra pévei tq ei8t] KaTÉxovTa tt]v ûiro-
KEipÉvqv toû aûpaTOS É'8pav, irEpi a pèvovTa T] psTagoXT]
OsupsiTai tûv aupÊeÊTjKOTCOv. Eik tus âpa irpà toû àiroiou
aûpaToç to TTETroiupèvov TiOèpsOa, Kai 8ia toûto ôv 15
akr0T)rôv t]8t] Kai ô <{>aivôpevos o8e KÔapoç.
’AXX’ ÈtteI tûv toiûvÔe aupœruv Ta pèv ev8o0ev ex^i to
8ioikoûv, rà 8È ÈÇuOev, uarrsp rà TsxvqTa, 8eî Kai tt,v
<{>00’1IV TrpOOEVVOEÎV US Tl KpEÎTTOV ouo’av TÛV TTOIOT1]TUV, Èv
aiTias tô^ei irpOTETaypÈvov ûs tt]v tÈxvt]v tûv texvtjtûv. 20
AXXa Kai tûv ev8 6ev SioiKoupèvuv Ta pèv eîvai pôvov
8okeÎ, tÙ 8e Kai Tpe^eoBai Kai aü£eiv Kai Ta opoia yevvâv *
1 mg. uirg. cens. A || 17 toiüvSe coni. Ruelle : toioôtuv 8è A.
42
DES PREMIERS PRINCIPES
semblables ; par conséquent, il y a quelqu’autre cause
encore placée avant la nature dont on vient de parler,
c’est la puissance végétative, Or, il est manifeste que
toutes les formes, qui surviennent au corps antérieure-
ment posé comme substrat, sont en cllcs-inêmes incor-
porelles, quoiqu’elles deviennent de nature corporelle en
participant du corps dans lequel elles se trouvent,
de même qu’on les dit matérielles et qu’elles le sont
réellement selon la modification qu’elles subissent de la
part de la matière. Par conséquent, les qualités aussi,
et plus encore les natures, et, à plus forte raison encore, la
vie végétative conservent e,n elles-mêmes leur caractère
incorporel.
2.4. La vie sensitive el l'automoteur apparent]
Mais, puisque la sensibilité indique encore une autre
vie plus évidente, à savoir celle des êtres qui se meuvent
déjà selon l’instinct et le lieu, il faut poser cette vie
avant la précédente, comme étant principe en un sens
plus propre et comme dispensatrice d’une meilleure
espèce de forme, car l’animal automoteur l’emporte
par nature sur le végétal enraciné dans la terre.
Or, l’animal n’est pas automoteur dans toute la rigueur
du terme ; car il n’est pas tel tout entier dans toutes
ses parties, mais une partie le meut, tandis qu’une
autre est mue. Par suite, c’est en apparence qu’il est
automoteur. Il faut donc qu’avant lui il y ait l’auto-
moteur réel, celui qui, dans son tout, se meut lui-même et
est mû, en sorte que l’automoteur apparent soit l’image
de cc dernier Et, en vérité, il faut poser l’âme, qui
meut le corps, comme une substance automotrice en
un sens plus propre. Cette âme, certes, est de deux
sortes : celle qui est rationnelle et celle qui est privée
de raison. C’est un fait évident, en effet, que la sensation
annonce aussi [l’existence de] l’âme rationnelle1 ; n’est-il
point vrai encore que chacun prend de soi même
une conscience plus claire ou plus obscure, en sc
1. La sensation, à la manière d’une trace ou d une image,
annonce l’ôme rationnelle.
R. I, 28-29
DE PRINCIPIIS
42
ecttiv apa tiç airîa Kai aXXq irpô rqs eipqpcvqs 4>Ûct«üs> T]
4>utikt] aûrq Sùvapig. «^avcpov 8 oti iravra oaa tû aiopan
ÈiriyivCTai irpouiroKEipiÉvai aacjjxarà eoti KaO’ taura, ei
Kai acoparoEiSq yîyvErai Karà pcOc^iv toû Èv œ Èctt v, ûs
uXiKa XÉycTaî te Kai ectti Karà tt;v àirô Tqs uXqs ircirovOq- 5
aiv • Kai ai ttoiÔttjtes âpa, Kai ai «^oasis cti paXXov, Kai
CTI pCVTOl pEl£Ôvi>>S q <f)UTlKq £lO TO àaCOpaTOV 8laCT<x>£oU<nV
Kafl’ ÉauTas.
’AXX Èirei Kai aXXqv q aiCT0q<ris uttoScikvucti rpavEo-
TCpav Çcoqv tûv Karà oppiqv q8q Kai tottov Kivoupcvov, 10
TaUTTJV irpô ÈKElVqS 0CTEOV âjç KUplUTEpaV àpxqv Kai ûs
àpcivovoç tivoç ei8ou$ X°P11Yov' tou ciutokivi}tou jou
irpOTEpELIOVTOS <f>UCTEl TOÛ KaTa yT]S Èppl^<i>|lévou <f>UTOÛ.
Kai pr]V to £a>ov ouk aKpigûs auTOKivi]Tov où yap oXov
8i’ oXou toioûtov, aXXà pÉpos picv aùrô kiveÎ cv, pepo$ 16
8È Kivcîrai ' <j>aivopEVOv apa toûto ecttiv aÙTOKivqTOV * 8c
âpa irpô aÙTOÛ eîvai to àXr)0ivôv, o Ka0’ oXov ÊauTO kivoûv
ecttiv Kai Kivoùpcvov, îva toutou eÏ8uXov J TÔ 4>aiv6pcvov.
Kai 8i] tt]V KivoÛCTav tÔ <rûp.a 4»uxt] KupiOTÉpav Oetcov
aÙTOKivqTOV ouaiav ’ Sitttj piÈv aurr], T| pèv XoyiKTj tj 8c 20
aXoyoÇ. “Oti yap Kai tt]V XoyiKTjv uirayopcuci -q aïaOqCTis,
<|>avEpôv • q ouxi Kai CKaaros ÉauTOÛ CTuvaiCT0âvcrai Tpa
VECTTEpOV q àpu8pÔT€pOV, CiriCTTpE<]>OpCVOU irpôs eaUTOV Èv
22 fj A.
43
DES PREMIERS PRINCIPES
retournant vers soi dans la conduite et l’étude de
soi-même, ainsi que dans les actes d’attention à soi au
plan du vécu et du connu? Car la substance, qui est
capable de ces activités < et > qui dans un raisonne-
ment rassemble aussi les notions générales, doit être
à juste titre rationnelle. Mais, en réalité, même l’âme,
privée de raison, bien qu’elle ne se montre pas capable de
raisonnement ni de réflexion à l’egard d’elle-même,
meut néanmoins les corps d’un lieu à un autre, comme
on le sait, car elle est en mouvement d’abord en elle-
même. ; en effet, elle projette tantôt une pulsion, tantôt
une autre.
[2.41. Problème de rautomolricité non-ralionnelle]
Est-ce donc que cette âme se meut elle-même d’une
pulsion à une autre, ou bien est-ce qu’elle est mue par
une cause différente, par exemple comme on le dit1,
par l’âme universelle du monde, de nature rationnelle?
Mais c’est assurément énoncer une absurdité de dire
que les actes de chaque âme privée de raison ne sont
pas les siens, et qu’ils appartiennent à cette âme plus
divine, bien qu’ils soient illimités et indéterminés,
mêlés à beaucoup de laideur et d’inachèvement. Dire, en
effet, que les actes irrationnels appartiennent à l’âme
rationnelle, c’cst la même chose que de supposer cette
âme-lâ identique à la substance privée de raison, celle
qui projette les actes irrationnels, sans compter qu’il
s’agit alors de l’âme universelle. Et il est absurde de
supposer aussi qu’une substance ne soit pas génératrice
d’actes propres ; car, s’il est vrai qu’une certaine
substance est privée de raison, elle doit posséder
[cependant] des actes qui lui soient propres, non
communiqués d’ailleurs mais procédant d’clle-niême.
Par conséquent, l’âme privée de raison se meut aussi
elle-même relativement à la diversité de ses désirs et de
ses instincts. Or, si elle se meut elle-même, elle se
retourne vers soi , et, s’il en est ainsi, l’âme privée
I "fïç çsrai, il s’agit de « Syrianus et de ses disciples », comme
on peut le voir infra, p. 44.15-17.
R I, 29-30
DE PRING1P11S
43
EiripcXsiais te Kai ^Tj-njacaiv sauTou Kai Èttuttcktectiv ÊauTOÛ
£ü>TiKaîs te Kai yvwcTTiKaîs ; ‘H yàp TaÛTa 8uvapcvT] oùaia
{koI} Xoyiapû Kai rà KaOôXou auvaipoûaa, XoyiKTj àv
eitj 8iKaîü>s. ’AXXà 8tj Kai rj aXoyos, fil Kai TaÛTa p. । <|>ai-
voito 8ie§ioûaa Kai Xoyi^opevrj Trpô$ ÉauTrjv, aXX opa>s 5
Èklvei Ta crûpaTa àiro tottou eis tottov, aUTTj irpoTEpov
Kivoupévrj KaO ÉauTTjv àXXoTE yàp àXXrjv ôpprjv irpo-
ÊaXXtTai.
’Apa ouv ÉauTTjv kiveî àir àXXrjs eis àXXijv ôpptjv, tj
u<f>“ ÉTÉpou KiVEÎTai, oîov, ûs cjraoi, ttjs ÔXtjs Èv tû Koapœ 10
XoyiKTjs '|'UX,1Ç > AXXà toûto pèv aroirov <J>avai, Tas
ÉKacmjs aXôyou X1!5 EVEpyEias ouk au-rrjs Xeyeiv èkeivtjs,
àXXà ttjs 0EiOTÉpas> KaiToi àireîpous outras Kai àopicrrous
Kai iroXXû tû aiaxpû Kai ÔteXeî auppspiypEvas opoiov
yàp Tas âXoyous ÈVEpyeias <}>avai ttjs XoyiKrjs EÎvai 4'UX'HS 15
Kai ttjvSe ttjv oùoiav àXoyov ÛTTOTi0Ea-0ai, ttjv Tas àXôyous
ÈvepyEias irpoÇaXXopEvijv, Èû XÈyEiv oti Kai ttjv oXtjv.
"Atottov 8e Kai oùaiav uirOTi0E<r0ai pîj yevvtjtiktjv oikeuov
ÊVEpyEiuv ' Eitrap yàp oùaia tis Ècttiv àXoyos, Ê'xoi àv iSious
aÙTrjs ÈvEpyEias, oux ÉT£pa>0ev Êv8i8opÉvas, aXX air aÙTTjs 20
rrpoïoûaas. 'Eouttjv apa kiveî Kai tj àXoyos '|/UX1Q I wpôs
Tas àXXoTE àXXas opÉ^Eis te Kai àppâs- Ei 8È ÉauTTjv kiveî,
ÈTTlCTTpÉ<j»El TTpOS ÉaUTtJV ’ ÈlTEl 8fi TOÛTO, Xü,Plo'TT) ÈOTIV Kai
2-4 cf. Phaeiir 249 b 6-c 1
3 Hat1 addidi.
44
DES PREMIERS PRINCIPES
de raison est séparable et n’est pas dans un substrat.
Elle est, par suite, rationnelle, s’il est vrai qu’elle
r jgarde en elle-même ; en effet, elle se verra elle-même,
en se retournant vers soi. Car, tendue vers les choses
extérieures, elle voit les choses extérieures, ou plutôt le
corps coloré ; or, elle ne se voit pas elle-même, parce que
la vision elle-même n’est ni un corps ni quelque chose de
coloré. Par conséquent, cette âme ne se retourne pas
vers soi, elle n’est donc rien d’autre qu’une âme privée de
raison. En effet, l’imagination non plus ne projette pas
une empreinte d’elle-même, mais du sensible, par
exemple d’un corps coloré ; et un désir irrationnel,
non plus, n’est pas désir de lui-même, mais de quelque
objet de convoitise, comme l’honneur, la vengeance,
le plaisir, la richesse. Par conséquent, cette âme ne
se meut pas elle-même.
[2.42. Trois hypothèses]
Mais, peut-être cette âme est motrice de cette façon,
non comme se mouvant elle-même, mais comme mue à
partir d’elle-même vers les choses extérieures et en
paraissant s’élancer impétueusement1, et, par là, elle
est automotrice, en tant qu’elle est mue à partir
d’elle même (à<p’ Éau-rijç), mais non par elle-même
(û<p’ éauTÎjç). Car c’est ainsi que le grand Syrianus
et ses disciples jugent bon d’entendre ce qui est dit
automoteur en un sens plus commun, dans les Lois et
le Timée ; en effet, la raison pour laquelle Tiinée dit
que les végétaux ne sont pas mus, c’est qu’ils ne
participent pas de l’âme automotrice, comme en
participent les animaux, puisqu’ils sont mus selon
le lieu2. Néanmoins, c’est une nécessité que tout être
mû soit mû ou par lui-même ou par un autre, et, dans
ce dernier cas, de deux façons : ou bien par quelque
chose de supérieur à lui, comme nous le disons des
actes individuels et réellement irrationnels, ou bien
par quoi que ce soit8 ; car il n’est pas croyable que
1-3. Voir Noies complémentaires, p 147.
R. 1, 30
1)1 PRINCII’IIS
1
ouk èv uiroKeipiévu) r] aXoyos 'l'ux'i') AoyiKT) apa ècrriv,
eïirep sis èauTTjv opa Kai yàp oi]/£Tai Équttjv èm<rrpE<]>opEVT]
irpàs èauTTjv Kai yap eiç rà s£a> TEivopévq [eis] Ta e£u>
ôpâ, paXXov 8è aûpa to k£XP<jJO,P£VOV ’ èau-rr]V 8e oùx
ôpâ, oti pT]TE aûpa ecrri prjTE KEXpcacrpÉvov qÙtt) ye rj 5
ocp s ouk apa èiriOTp£<j>Ei irpôs Éaurr|V, ouk apa ou8èv
àXX’ tj aXoyos. 0 8è yap T] <J>avTaaîa tuitov sauras irpo-
êâXXcTai, àXXà toû alaû-qTOu, oîov Kexp^opÉvou ouipaTOS
où8è opeÇiç aXoyos opeyerai aur»)S, àXX pEKTOÙ tivos
oîov Tipfjs T] àvTlXuiTTjOECOS T) ï]8oVT]S T) XP1lF£tTa,v OUK 10
apa Kiveî èauTrjv.
’AXXa p,T]iroTe outco kiveî, oux ûs èauTTjv ki vouera,
àXX’ ûs a<j>’ èaurqs èiri Ta èÇco Kivoupèvr] Kai oîov aTTouaa,
Kai Taûrr] aÙTOKivTjTOS, oti a<j>’ èauTrjs, ou pÆVTOi u<}>
èauTqs KiveÎTai. 0utü> yop âÇioûcn Kai oi àp<J>i tov peyav 15
Zupiavov aKOUEiv to auTOKivryrov KoivÔTcpov Xcyopsvov
ev te toîs Nopois Kai tû Tipaîu * 8ia toûto yàp Ta <j>uTa
p.T] KivEÎoûai <J>t]oiv ô Tipaios, oti pr) peTÉx£i TÎjs aÙTO
kivt]tou i]/irxns> “S Ta yE Orjpia pETèxeiv Karà tottov kivou-
peva. AXX où8èv ^ttov âvayKT] irâv KivoûpEVOv t^toi u<j> 20
èauTOÛ KivEÎaôai t] u<f> ETepou, Kai toûto Sixûs, t) ùiro
KpEiTTOvos, ûs <|>apEv Tas te àrôpous èvEpyEias Kai ovtüjç
16-17 = Leg. X, 891 c 4-895 b 7 | 17-20 = Tim. 77 c 2 4
3 elç* dcleui || 13 (ï-rrotiaa scripsi : anrovaa, t supra -rrr-, A.
45
DES PREMIERS PRINCIPES
l’âme soit mue par ce en quoi elle est, puisque cela c’est
le corps, et qu’il est, tout au contraire, mû par elle1.
Peut-être donc les actes sont-ils mus par la substance
et, par suite, l’âme privée de raison pourrait être
automotrice, en tant que substance génératrice de ses
propres actes. Mais d’abord, ce sera là un caractère
commun à toute substance, aussi bien à celle qu’on
appelle hétéromobile, puisque même le feu sera ainsi
automoteur, en tant que substance génératrice de ses
propres actes individuels, et pareillement la boule de
terre, la hache et tout ce qui est capable de produire un
acte. Toujours, en effet, de la substance procède l’acte
qui lui est propre L’hypothèse ne saurait donc avoir de
sens, si on la formule ainsi. Peut-être, ensuite, puisque
c’est dans un substrat qu’est supposée résider une telle
forme, ce n’est pas en soi qu’il faut la considérer comme
agissante, mais avec le substrat dans lequel elle est ;
car de la façon qu’elle est, de cette façon encore elle agit.
Donc, de même que ce qui dissocie la vue ce n’est pas,
comme on l’a vu, la blancheur, ni non plus le corps
privé de qualité, mais l’ensemble des deux, de même
aussi l’acte sensitif n’est l’acte ni de la sensibilité
incorporelle, ni de l’organe du sens, qui est un corps,
mais de ce qui est formé des deux, en tant que c’est
une seule substance composée, par exemple, celle qui
est composée de matière et de forme ; car ce n’est
pas un instrument de la sensibilité que l’organe du sens,
mais un substrat, on tant que la sensibilité est en lui, et
non en tant qu’elle en userait [comme d’un instrument].
Evidemment si elle en usait [ainsi], elle se mouvrait
elle-même avant l’instrument, dans le but de le mouvoir
lui aussi ; or, en réalité, elle coexiste avec son substrat
et elle n’a aucun acte séparable Admettons donc que
c’est l’ensemble des deux qui agit, mais que l’acte
procède toutefois selon la forme, comme l’acte du ciseau
selon la figure, et celui du corps blanc, c’est-à-dire
l’acte dissociatif de la vue, selon la blancheur
1. Voir Notes complémentaires, p. 147-148.
R. I, 30-31 DE PRINCIPIIS 45
aXôyouç, t] utrô Ttvoaoûv ' où yap 8r) ùirô tou êv û èan,
aûpaTOS ovtos, Kai toÙvovtiov ûir’ aurfjs Kivoupévou.
(16) MrjTTOTe ouv ai èvepyetai KtvoûvTai uirô tt)s ouatas Kai
TauTT] aÙTOKivTjTOS T) àXoyos <|< XI oùaia ycvviQTiKT] tûv
oikciuv èvepyeiûv. AXXà irpÛTOv pev koivov toûto ëarat 5
-rraarjs oùaias, Kai r-qs €TepOKivr]TOu XeyopeVTjs èirei Kai
to iTÛp outgjs aÙTOKtvj]Tov, ûs oùaia yevvrjTtKT] tûv aTopcov
atftcTÉpwv evepyeiûv, Kai tj [3ûXos ôpotcos Kai to aKeirapvov
Kai irâv o ti av ?) Suvâpevov èvepyeîv àei yàp atrô tt]S
ouatas t) ï8 os évepyeia irpoetai. Touto pèv toivuv ouk 10
av ëx°l Xoyov outw Xeyopevov. Mtjttotc 8e êirei êv 'nroKei-
pévu ùirÔKetTai etvai to toioûtov eT8og, où ko.0’ aÙTÔ
X’q-nréov aÙTÔ ûs èvcpyoûv, àXXà perà toû ûiroKeipévou êv
û èanv • ûs yàp ëaTiv, outco Kai evepyeî KaOctirep apa to
StaKpîvov tt)v ot|/iv ouk t] XeuKÔTïjs, ou8è tô aûpa to 15
atrotov, àXXà tô auvap<{>oTepov, outco Kai tj aia0T]TiKT)
evepyeia outc tt]S àacopaTou eaTtv aiaBijacios, outc toû
aia0T]TT)piou, aûpaTos ovtos, aXXà toû è£ àptjtoîv ûs ptas
auvBéTou oùaias, otov tt)S ê£ ûX'qs Kai cï8ous auyKci-
pévqs ’ où yàp ôpyavov Ttjç ata&rjaeus to aiafrqT'qpiov, 20
XX’ ùiroKeîpevov, ûs èvouarjç, aXX* oùxi ûs XPt0P£VT)S’
El pèv 8t] expr]TO, irpo toû opyavou âv èaUT-qv eKirqaev,
îva KivTjar] Kai to ôpyavov ‘ vûv 8e tû ùiroKetpevu
auvu<J>éaTT]Kev Kai oùSepiav ex^t xt0PlCTT1Tv èvépyetav. Tô 8t)
auvap<f>ôrepov pèv èvepyeiTCO, KaTa 8e ôpus TÔ et8os T| 25
«vepyeta irpoiTio, KaSàtrep r] tt]S apiX-qs KaTa to ax^pa,
Kai toû Xcukoû aœpaTOs t] StaKpiTiKT) ttjs ôtpecos Karà ttjv
XeuKOTqTa.
14-15 cf. supra, p. 29.23-30.2; cf. Tim. 67 o 5 ; Arist., Top.
III 5, 119 a 30; Met. 1 7, 1057 b 8-10 || 22 cf. Aie. 1, 129 b 5-
130 a 4
1 t) Ax : om. A.
4G DES PREMIERS PRINCIPES
[2.4S. Solution proposée]
Qu’est-ce donc qui dans le composé joue le rôle du
mouvant et qu’est-ce qui joue celui du mû? On peut
supposer que, d’un côté, c’est l’âme qui meut, et que.
de. l’autre, c’est le corps qui est mû. Mais, en l’entendant
ainsi, ce sera de nouveau à part que l’âme sera mouvante,
et à part que le corps sera mû, et ce sera antérieurement
au corps mû qu’existera l’âme mouvante, jouissant,
comme d’un acte séparable, de son acte moteur,
antcrieureme.nl à l’acle inû. Par conséquent, il ne faut
pas poser, d’une part, le mouvant, d’autre part, le mû,
mais c’est le vivant constitué dans son unité, à savoir
corps sensitif ou sensibilité incorporée, qui produit cet
acte, lequel a l’apparence d’un acte automoteur. Car,
s il y a aussi une certaine substance qui est celle du
vivant compose, il est absolument certain1 < qu’il faut
poser > également un acte composé, convenant au
vivant dans son tout, «t qui soit lui aussi un certain
tout, dans lequel on aperçoive quelque chose d’incorporel
et de corporel à la fois dans un étroit mélange, tout
comme ô l’acte dissociatif de la vue est immanent
l’ensemble dns deux. C’est pourquoi encore nous
sommes allectés par le corps blanc selon ce double
registre : corporellement, nous subissons la dissociation
quant à l’organe du sens, mais, incorporellement,
nous nous saisissons de l’impression, comme si nous
apercevions la chose même. De même donc que l’agent
est composé, de même aussi le patient, â savoir la vue,
est quelque chose de composé d’une puissance de voir
incorporelle et d’un corps qui en est le substrat. Il faut
donc poser, immanente à la puissance de voir et, en
un mot, à la sensibilité, une forme d’automotricité,
qui soit capable, non pas d’agir par elle-même, car
elle ne peut pas non plus subsister par elle-même,
mais capable, une fois née dans le corps et l’ayant
qualifié selon une espèce plus remarquable de qualité et
1. Voir frôles complémentaires, p. 148.
R. I, 31-32
DE PRINCIPIIS
46
Ti ouv êv tû auv0ÉTO> to kivoûv, Kai ri to Kivoùpevov ;
’ H kivcî pèv q KiveÎTai 8e to aûpa. ’AXX outco iraXiv
i8ia pèv t) 4/uXt1 Kivqaei, i8ia 8è iô aûpa KivqacTai, Kai
earai TTpè toû Kivoupevou r) Kivoûaa, xlüplo"rnv evèpyeiav
exouaa ttjv Kivoûaav irpo Tfjs Kivoupèvqç. OÙk apa to pèv 5
kivoûv BetÉov, to 8e Kivoùpevov, àXX* ëv to £uov ycyovos,
crûpa ala0qTiKÔv q acoparojOeiaa aïa0qaiç, TauTqv èvepyeî
ttjv SoKoûo-av aÙTOKivqTov èvépyciav. Ei yàp ëœri Kai q toû
auvôcTOU £ûou tlç oùaia, iràvTios oti Kai ctuvOctov {©ctcov^
èvépyeiav, £co<ü tû oXco -rrpeirouaav, oXqv Tivà Kai auTqv 10
ouaav, èv q ti Kai aacoparov èvopœrai Kai acopaToeiScs
âpa auyKEKpapevov, ûç êv Tq 8iaKpi|TlKq Tqs < 4*E(>>S
ëveOTi TÔ <ruvap<j>ÔTepov ‘ 8iô Kai iràcrxopev ûirô toû Xeukoû
crûpaTOS éKaTÉpws, aœpaTiKÛg SiaKpivôpevoi to a’a0q
Tqpiov, àcrcopâTUS 8e toû iraOous âvTiXapÇavôpevoi, oîov 15
aÙTÔ yvcjüpi^ovTCS "flcrirep ouv to 8pûv ctuvOetov, outco
Kai to Tràoxov, rj ôipiç, <rùv0eTÔv ti cotiv eK 8uvo.pea>s
ô-n-TiK-qs àaupaTou Kai uiroKeipévou aûpaTOS* Toioûtov
âpa Oeréov aùroKivqcnas eîSoç èveîvai tt) ô-cttik^ Suvàpei,
Kai oXug eiireîv T-rj aiaOqaei, oîov Ka0’ éaUTO pèv p 20
èvepyeîv, p-qSè yàp û<j>i<rTaa0ai, tû aûpaTi 8è èyyevôpevov
Kai n’oiûcrav aÙTÔ, Karà 8q Tiva àÇioXoyüxrepav iroiOTT]Ta 9
9 ôti coni. Ruelle : 6ri A || Oeréov tiddidi.
47
DES PREMIERS PRINCIPES
d’illumination, d’achever le tout en automoteur appa-
rent. Mais pourquoi apparent? Parce que ce n’est pas
une chose indivisible et identique qui est mouvante
et mue, < mais il y a, d’une part, ce qui meut, d’autre
part, ce qui est mû >, comme il en est dans les subs-
tances déjà séparées l’une de l’autre, et qui se
réunissent selon un autre mode, par exemple l’àme
rationnelle et le vivant, ou bien le vivant ostréeux
et le vivant pneumatique, ou bien ce dernier et le
vivant lumineux1 ; en effet, dans ces complexes, il y a,
d’un côté, ce qui meut, de l’autre, ce qui est mû parce
qu’il ne s’agit pas [là] dn substrat et de ce qui est dans le
substrat. Cependant, lorsque la forme composée est
de cette nature-ci, aucun des deux n’agit à part (car
aucun ne subsiste, non plus, à part) et, dans la compo-
sition, il n’y a pas d’un côté ce qui est mouvant, de
l’autre ee qui est mû (car, dans le cas inverse, ils seraient
distincts par les actes, par conséquent aussi par les
hypostascs)2 ; mais différent est ce mode de l’auto-
motricité, dans lequel l’ensemble des deux est mû
selon l’un des deux, c’est-à-dire la forme. Aussi s’ensuit-il
que cet élément paraît être l’élément moteur, non pas
parce que l’autre est mû par celui-ci, mais parce que
c’est selon cet élément qu’est mû l’ensemble des deux,
< soit par lui-inêine, soit > par un autre. Et dans ee
dernier cas, ce sera ou par le meilleur ou par le pire, et les
mêmes raisonneanents reviendront ; et, si l’ensemble
des deux est mû par lui-même, ce sera la même chose
qui sera mouvante et mue, ce qui ne convient qu à
l’indivisible et au non-composé. Ne faut-il pas dire
plutôt que, de même que l’automoteur [ici] n’est pas
réel, de même il n’ost pas vrai, non plus, que la même
chose soit mue par elle-même et se meuve elle-même ;
mais c’est une apparence, du fait qu’il y a quelque
chose d’un et de simple, selon quoi le composé meut,
et du fait que celui-ci, en tant que mouvant, est un,
alors qu’il y a aussi ce selon quoi il est mû Eh bien,
ce selon quoi le composé meut, comme ensemble des
1-2. Voir Noies complémentaires, p. 148-149.
R. I, 32
DE PRINCIPIIS
47
Kai èXXapijnv, airoTcXcîv tô oXov <f>aivôpevov aÙTOKivqTov
Aia ti 8e <J»aiv6pevov J "Oti ouk âpepès Kai to aÙTO kivoûv
Kai Kivoupevov, (àXXà to pèv kivoûv, tô 8e Kivoûpevov,}
ûs ai Ke/üjpiCTpevai aXX-qXwv oùarai, Tpoirov 8e àXXov
«ruvioucrai, KaOaircp t] XoyiKt] ipuyr] Ka‘ TO £ÿov> è] tÔ 5
ôarpéivov £ûov ko to irveupaTiKÔv, rj toûto Kai to
aùyoci8ès ’ Kai yap t,,n tovitwv tûv crupirXoKÛv tc pev
Kivcî, to 8e KiveÎTai, 8iÔti ouk ècrriv tô pèv ùrroKeipevov,
to 8 èv ûiroKeipèvw Orav 8 outcos cyT] T° crûvGc-rov
eî8oç, oute CKaTcpov I8ia èvcpycî (oùSè yàp û<j>coTT]Kev) 10
outc èv tt] cruvGecrci tô pèv ècrri KIVOÛV, to 8è Kivoupcvov
(-rràXiv yàp 8ieoTT]^eTai Taîs èvepyciais, ûcrre Kai Taîs
( 17) ûirocrràcrecriv) ' àXX’ ërepos ô Tpôiros outos tt]s aèiTO-
KiVTjcrias, èv û to cruvap<j>ÔTepov KivcÎTai Karà to CTepov,
oîov to cÎSos- "OGev Kai Sokcî toûto eîvai to kivoûv, oùx lû
oti ûrrô toutou to «rrepov, àXX’ oti Karà toûto to <ruvap<{>6-
Tepov, t] (û<}> èauToû t]^ û<}>’ èrèpou. Kai ci pèv toûto, t]
uttÔ toû KpeiTTOVos ûirô toû xeiPov°S> Kat °î aÛToi
T]£ou<ti Xôyoi ' el 8e ù«J>’ èauToû, tô aÙTÔ ècrrai kivoûv Kai
Kivoûpevov, oirep pôvcj irpèirei tû àpepci Kai àcruvOèTCj. ’H
ûcnrep to auTOKiVTjTOV ouk aXtjOivôv, outios oùSè to auTo
u<|» èauToû KivcîaOai ko èaUTO kivcîv aXrjOes, àXXa c|>aivô-
pevov, oti cv ccrrî ti àirXoûv, KaG o kivcî tô ctuvGctov, Kai
toûto pèv ûs kivoûv cv cctti 8e Kai KaO & KiveÎTai. Kai
KaG o Kiveî cruvap<t>ÔTepôv ècrriv to oXov eî8os èv u to
20
3 àXXà — zivoûpevov suppléai (àXX’ ins. A1) || 17 û<p’ éau-roü
7) addidi.
48
DES PREMIERS PRINCIPES
deux, c’est sa forme tout entière, dans laquelle se trouve
[aussi] ce selon quoi il est mû ; et il est l’ensemble des
deux selon l’un et l’autre1, à travers l’échange réciproque
des quasi-éléments de sa forme tout entière, de sorte
que le tout meut et qu’il est mû, non que ce soit selon
lui-même tout entier qu’il meuve et qu’il soit mû, mais
il meut selon l’âme et il est mû selon le corps, et ce n’est
ni par l’âme ni par le corps.
[2.44. Le « par quoi » el le « selon quoi »]
Qu’il y ait une différence entre le par quoi û<p’ oS) et
le selon quoi (xa6’ Ô)2, on pourrait le montrer aisément.
En effet, le mouvement est de deux sortes : le mouve-
ment qui est produit dans l’objet mû et qui est devenu
son état, le mouvement qui lui est extérieur et qui lui
communique celui-là. Le mobile est donc mû par (Û7t6) le
mouvement extérieur, mais selon (xarà) le mouvement
qui est devenu son état ; car, s’il est mû aussi par
ce dernier, celui-ci de son côté communiquera un
certain mouvement à partir de lui-mèmo au mobile
mû par lui ; ce mouvement sera donc l’état du mobile
et le mouvement selon lequel le mobile est mû, et nous
irons à 1 infini
De semblable façon, cet argument, à l’examen, est
vrai aussi au sujet de la vie ; il y a, en effet, la vie
productrice du vivant et qui donne vie à l’être vivifié
par elle, et la vie selon laquelle vit l’être qui a été
rendu vivant par la précédente. Car, si la deuxieme
également est productrice de vie, elle donnera, elle
aussi, une autre vie, et cela ira à l’infini. C’est ainsi
qu’il en est encore de la forme de l’automotricité : il y a
la forme par laquelle ce qui paraît être automoteur
est rendu automoteur, et la forme selon laquelle cela
paraît être tel : c’est un état d’automotricité, et il est
inséparable de ce qui en participe. Voilà, en effet,
quelle sorte particulière de vie est aussi la nature
automotrice, car elle est âme ; et l’âme également est de
1-2. Voir Notes complementaires, p. 149.
R. 1, 32-33
DE PRINCIPIIS
48
ku0’ o kivcîtcu ‘ cruvapiJioTcpov 8c KaO’ cxaTcpov Sia ttjv
àvTipCTÔSoaiv tûv ûcravei aTOixeiwv toû oXou cï8oug,
COOTC TO 8X0V KIVCIV TC Kdl KlVCÎaOai, àXX’ oÙxi KOTÛ TO 0X0V
Kivcîv tc Kai KivcîaOai couto, àXXà kivcîv pcv KaTa ttjv
'l'uXTlv> KivciaOai 8c kotü to aûpa, outc Sc ûirô 4”JX4S 5
outc ûirà CTGjpaTOç.
"Oti Sè àXXo to û<J> ou Kai KaO o, SrjXov àv cïr] paSius '
Sittt) >ap r] KÎvrpris, r) pèv eyycvopcvT] tû Kivoupévai, irâOos
auTOÛ ycvopévr], r, Sc c£a> outra Kai CKCivqv evSiSoûaa.
KivcÎTai toÎvuv ùirô toutes pèv, kot’ èKcivrjv Sc ei yap
Kai ùiro Taurins, èvSûaci Tiva Kai auTT] kivtjotv atj> cauTTjs
tû Kivoupèvu ye u<}>’ ÉauTTjs ’ ckcivi) âpa terrai to irâOoç
Kai r, KaO’ rjv kivcîtoi to Kivoûpcvov, Kai cïr’ aircipov
riÇopcv.
OpoiGjç Sc Kai èiri £<x>t|S aXrjOrjs ô Xoyos è^CTa^ôpcvoç ’ 15
r) pèv Y“P ^woiroicî, Kai £cor]v cvSiSgjot tû u<|> cauris
Çœoupe ko, T] Sc ccttiv Ka6’ tjv £t] to ÇwioOcv uir €kcivt]s.
Ei Y&p Kai aÜTT] ^uoiroieî, Kai auTT] Sûcrci Çiotjv CTcpav,
Kai toûto ctt’ aircipov. Outw 8tj Kai to tÎ]s auTOKivrjaias
cîSos, to pev û<{> ou to aÙTOKivrjTOv clvai 8okoûv auTO- 20
KivrjTÎ^CTai, to Sè Ka0’ o toioûtov clvai Sokcî, iraOoç ov
auTOKivrjo-ias Kai toû pcTaox°VT°S âxiopiœrov Toia8c
yâp tiç £ioi] Kai T) aÙT< kivtjtos <j»ûcris, '|nlXTl YaP Ka* ’î
3 4 àÀ7,’ — xiveïoOoa ing. add. A1 || 7 "Oti scripsi : ti A || 17
^tùovpévi; A, <ù supra -i; A’
49
DES PREMIERS PRINCIPES
deux sortes : l’âme qui est génératrice, et l’âme selon
laquelle est substantialisé le corps animé qui paraît
se mouvoir lui aussi de l'intérieur et de lui-même,
bien que ne se trouve pas en lui ce par quoi, mais
seulement ce selon quoi il est mû, ce que nous nommons
animation1.
[2.4B. Degrés d aulomolricité]
Et, peut-être, même après s’être rangé à ces vues,
quelqu’un estimera-t-il que ces caractères sont aussi
communs aux végétaux et aux choses inanimées ; en
effet, la boule, en se dirigeant ve.rs la terre, se meut de
l’intérieur, et les végétaux paredlement, car il y a en eux
l’âme végétative selon laquelle ils se nourrissent,
croissent et engendrent des semblables ; et, en outre, les
vivants non rationnels ont la même manière [de
se mouvoir , la même manière encore les vivants
rationnels ; par conséquent, il n’y aurait rien qui ne soit
automoteur. Eli bien, à cet interlocuteur nous répon-
drons que se meuvent assurément de l’intérieur toute
forme physique, toute forme végétative et, de plus,
chaque vivant, non pas toutefois selon tout mouvement,
mais quand ils se meuvent localement ; voici, en effet, le
mouvement clairement automoteur ; c’est précisément
d’après celui-ci que nous appelons hétéromobiles tous les
autres êtres qui ne se meuvent pas de l’intérieur Selon
ce mouvement. Car, i nous di tinguions ce qui est
automoteur par le caractère selon lequel l’âme ration-
nelle est automotrice, même les vivants non-rationnels
ne paraîtraient pas automoteurs ; en effet, ils ne sont
pas aptes à se retourner vers eux-mêmes. Par exemple,
la vue ne se voit pas elle-même ; l’imagination n’imagine
pas qu’elle imagine ; le cœur et les tendances ont tous
leurs actes entièrement tournés vers l’objet extérieur
de désir. C’est pourquoi nous venons de dire qu’un tel
automoteur agit de 1 intérieur vers l’extérieur, non
pas en cercle sur lui-même, mais simplement en ligne
1. Voir Notes complémentaires, p. 149.
R. I, 33-31
DE PRINCIPIIS
49
4>uxn 8e Sitttj, t] pèv yevvûaa, rj 8è ko0’ tjv oùaiurai to
ep\|/ux°v> o Kai cv8o0ev aùrô e£ eauToû Sokcî KivcîaOai, ouk
èvovTOS toû u<j>’ ou Kiveîrai, aXXa toû KaO o, o KaXoûpev
cpipuxiav.
’Ictujs 8e Kai toutois auYXwP1îCTaS tis oiTjoerai KOivà 5
TaÛTa ctvai Kai toîs <|>utoîs Kai toîs ài]/uxois irpaypaaiv •
Kai yàp T] pûXos èiri yijv ev8o0cv KiveiTai, Kai tu <j>uTa
opoiois ‘ t| yàp <|>utikt) 4»uxt] ev aÙToîs, KaO tjv Tpé<f>CTai
Kai au^ei Kai ycvvâ opoia Kai eri to. àXoya tov aÙTov
€Xet Tpoirov, Kai tu XoyiKa £o>a tov aîiTÔv ‘ tiare oùSèv o 10
prj aÙTOKÎvrjTOV. npès 8tj toÛtov èpoûpev oti cvSoOev pèv
KivcÎTai irâv <J>uotkov tc koI <}>utikÔv et8os> Kai en £ûov
œaaTov, àXX’ où irâaav Kivrjaiv, otov 8 tottik^v TroirjTai
ttjv kivt]ctiv ' auTt] yàp T) Tpavôs aÙTOKivi]TOS ‘ Karà 8t)
TauTTjV rà aXXa éTepOKivrjTa <{>apev oaa p/q TaÛTî]V evSoOev 15
KiveÎTai. ’E-rrei Kai ei toutio 8iaKpivaipcv to aÙTOKiVTjTOV
KaO’ o T| XoyiKT] »|>uxt] aÙTOKivrjTOS, où8è rà aXoya £ioa
4>avcîrai aÙTOKivTjTa ’ eis YaP éauTa ou Tic<|>UKev èiriarpe-
4>civ. Oîov oi|ns oùx ôpâ cauT^v ' o 8è <J»avTaaia 4>avTa£e-
Tai oti 4>avTa^eTai ' Kai ô Oupôs 8e Kai T) èir Oupia irpôs to 20
cktos opeKTOv ê'xei ttjv oXtjv Kai iTaaav evépyciav Aïoirep
èXéyopcv to toloûtov aÙTOKivtjTOV ev8o0cv eis to cktos
èvepycîv, où kÙkXu irpôs èauTÔ, kot’ cuOucopiav 8e ÔtcxvÛs ’
16 toùtwi Ax ; toûto A
50
DES PREMIERS PRINCIPES
droite. Car c’est là, comme on le sait, la forme de ccttc
vie, en tant que cette forme est inséparable du corps,
son substrat, mû en ligne droite. En effet, de même que,
selon la nature qui leur est immanente, le feu se meut
vers le haut et la terre vers le bas, et de même que,
selon l’âme végétative, les végétaux se nourrissent,
croissent et engendrent des semblables (et cette âme
leur est aussi immanente), de même encore les animaux
selon la vie appétitive, qui est immanente à leur corps
physique et végétatif, et qui est consubstantialisée avec
la forme du vivant, selon cette vie donc les animaux
réalisent l’automotion absolument privée de raison. Or,
il se peut que quelqu’un, en voyant que les animaux
ont des ressemblances avec les êtres rationnels et qu’ils
laissent échapper des actes d’apparence rationnelle,
suppose qu’eux aussi participent du premier automoteur
et que, pour cette raison, ils ont une âme faisant retour
vers elle-même ; nous serions peut-être d’accord avec lui1
qui de ces animaux également fait des êtres rationnels,
sauf à remarquer qu’ils ne sauraient être tels par
subsistence, mais par participation, et celle-ci très
affaiblie, do la même manière qu’on pourrait dire aussi
intellective par participation 1 âme rationnelle, en tant
qu’elle projette toujours les notions communes non
déviées®.
En tout cas, nous regarderons le séparable comme
ayant une certaine extension, et nous dirons que tantôt
domine tel degré de séparation, tantôt tel autre. Aux
extrémités, en effet, il y a ce qui est entièrement
séparable, c’est-à dire la forme rationnelle, et ce qui est
entièrement inséparable, c’est-à-dire la qualité. Au
milieu, il y a, touchant à l’inséparable, la nature qui n’a
qu’un pâle reflet du séparable, et touchant au séparable,
l’âme privée de raison. Cette dernière semble, en effet,
d’une certaine manière, subsister aussi en elle-même,
séparément du substrat3. Il s’ensuit que c’est encore un
point controversé de savoir si elle est automotrice
ou hétéromobile ; car grande est [en elle] la trace de
1-3. Voir Notes complémentaires, p. 149-150.
R. I, 31 DE PR1NCIP1IS 50
toûto yàp ^v to tt]s £<»>t]S TaÛTTjs et8os> œre àxcopioTov ov
toû eùOuTevoûs ôiroKeipévou crûpaTOS. 'Ûg yàp kotü ttjv
<J>ûcnv èvoûo-av Kivevrai to irûp avœ Kai kÔtiù t) yq, Kai ûs
KOtÙ TT)V >JzuXT)V TT]V <t>UTlKT)V Kai Ta <J>utÔ Tpé<J>eTai Kai aù£ei
Kai yevvâ opoia, Kai TaÛTijv èvoûaav, outw Kai tù 0T)pia 5
kotÙ ttjv èvoûo-av TÛ <J>uctikÛ Te Kai <}>utikÛ aÙTÛv aûpaTi
£wr)V ôpcKTiKrjv Kai auvouaiwpévrjv tû toû £ûou cïSet,
kotÙ TauTrjv ouv iroieÎTai ttjv âXoyov aTexvûs aÙTO-
Kivrjaiav. Ei 8e tis ôpûv îà Orjpia Xoyoei8r) ovto Kai
à«j>ièvTa XoyoeiSeîs èvepyeiaç, ÛTroXapÇàvoi Kai TaÛTa 10
peTèxeiv toû irpÛTOu aÙTOKiviyrou, Kai 8ià toûto 4/uX'r]v’
€Xelv irpos éauTTjv èirioTpè^ouaav, Taxa pèv ouyxuJp-qaai-
pev aÙTÛ Kai TaÛTa Xoyucà ttoioûvti, ttXtjv oti où Ka0’
ûirapÇiv, àXXà kotÙ peOe^iv, Kai Ta litt] v àpuSpOTaTqv,
ûa-irep Kai ttjv XoyiK-rjv <J/UX'HV 4>a ’H Tt$ voepàv kotù 15
p.e0e£iv, aTe Tas KOivàç èvvoias àci TrpogegX-qpév-qv à8ia-
o-Tpé<J>ous.
DâvTws 8è to XGJPlCTT°v TrXaTei O-qcrôpeGa, Kai oirou
pèv toûto irXeovà£eiv, oirou 8e èKCÎvo <|>T|o,opev. Etvai pèv
yàp aKpa to iràvTT) xwplerTôv, olov to XoyiKOV el8oç, Kai 20
to -rrâvTp àxûpioTov, otov T] ttoiÔtt]S ‘ èv pèau> 8e T] <J>ûois
pèv irpôs tû àxwpîo-Tio, piKpàv èp<|>aaiv èxouoa toû XuPl~
crroû, t] 8e aXoyos 'PUXB 'X'pôs tû xwrkttû. Aokcî yàp irws
Kai Ka0’ éauTTjv û<J>eoT<ivai toû ûiroKCipèvou x^P^Si o0ev
Kai àp<f>io-ÇT]TT)aip6s eoTi iroTcpov aÙTOKÎvrjTOS rj ÉTepo- 2ô
kivt]tÔs èoTi • ttoXù yàp to T-qs aÙTOKivTjo-ias ïxvos, àXX’
51
DES PREMIERS PRINCIPES
l’automotricité, mais il ne s’agit pas de l’automoteur réel,
qui fait retour vers soi et qui, pour cette raison, est
complètement séparé du substrat. Quant à l’àme
végétative, elle se tient en quelque sorte dans l’entre-
deux : c’est pourquoi, aux uns elle paraît être une
certaine âme, aux autres une nature1. Quoi qu’il en soit,
il faudra ailleurs2 examiner cela davantage, et pour
le moment estimons en avoir assez dit.
[2.5. L’aulomoleur réel ou rationnel]
Nous devons revenir à notre propos : un tel automo-
teur qui est mêlé à l’hétéromobile, comment pourrait-il
être premier? Car il ne se fait pas subsister lui-même,
ni ne s’accomplit lui-même réellement, mais en vue de
l’un et de l’autre but il a besoin de quelqu’autre chose ;
or, il y a, avant lui, l’automoteur réel, tel que le désignent
même les sens ou plutôt l’évidence des phénomènes,
à savoir l’automoteur humain3 ; et il est clair que,
maintenant, nous saisirons à partir de ce dernier toute
forme rationnelle, car notre propos est de considérer
les propriétés des choses d’une manière plus globale.
[2.6. La cause immobile]
Est-ce donc que l’autornoleur réel est le principe et n’a
besoin d’aucune autre forme supérieure? Remarquons
que ce qui meut est par nature toujours avant ce qui
est mû, et, en un mot, que toute forme qui est pure
de son contraire subsiste en elle-même avant celle qui
est mélangée avec lui, et que ce qui est pur est
cause de ce qui est mélangé4. Car ce qui est consubs-
tantialisé avec une autre chose a aussi son acte confondu
avec l’acte de cette chose, de sorte que ce qui est ainsi
disposé se fera sans doute automoteur, c’est-à-dire
à la fois mouvant et mû, mais ne saurait se faire
seulement mouvant, car cela n’est même pas isolé ; or,
il faut que toute forme existe aussi isolément, par
conséquent qu’existe aussi isolément ce qui meut, sans
1-4. Voir Noies complémentaires, p. 150
R. I, 34-35
DE PRINCIPIIS
51
où)çi to àXt]6ivôv tc Kai eis éauTO èiriaTpe<J>ôp.evov, Kai
Sia touto irâvTT) toû ûiroKCipèvou Kexwpiopévov. 'H Sè
<|>UTIKT) 'J/UX1Q pÉCTGJÇ trios c/ci * Siô toîs p€V 4,UX'H S°KE
tiç eîvai, toîs Sè <J>ûois. ’AXXà yàp TaÛTa pcv èiri irXèov
èv âXXoïs è^CTaarèov, Kai vûv Sc e jt]o,6io ToaaÛTa.
19) riaXiv Sè èiri tu trpoKCipeva pcTagaTÉov • to St, toioûtov
aÙTOKÎvrjTOV, o tû CTepOKiVT|T<j CTupTrè<J>upTai, trûs av CITj
irpÛTOV ; Outc yàp cauTO û<J>ioT'qaTV, outc tcXcioî cauTO
Karà to aXijûcs, àXXà ScÎTai irpos CKcrrepov CTepou tivos ‘
Kai èariv yc irpô aÙTOÛ to ovtios aÛTOKivT]TOV, oîov Kai 10
aiCT0r]CTis, pâXXov Sè T] tûv <|>aivopéviov èvâpyeia SiSioai,
to àvGpûireiov • Kai StjXov oti irâv XoyiKÔv eîSos àirô
toutou Xi]i]>opc0a vûv, ôXoa,X£Pet’,Tcpov yàp Tas iSiÔTijTas
irpÔKCiTai Xageiv tûv irpaypâTiov.
*Apa o0v apx 1 to KUpnoç aÙTOKivT]TOV, Kai ouScvàs 15
eiriScÎTai KpeiTTovos cïSous ; "H to kivoûv âei irpè {toû}
Kivoupévou KaTa <t>ûoiv ccttiv, Kai oXios airav cîSos to
KaOapàv toû èvavTiou irpà toû ouppiyoûs ckcivu Ka0 éauTO
û<J»€CTTT]Kev, Kai to KaGapov tou ouppiyoûs aiTiov. Tô yàp
aXXio CTUVouCTiwpévov Kai ttjv èvèpyciav è/ei tt] ckcivou 20
o-upirc<}>uppcvT]v, Ûcttc aÙTOKivrjTov pèv éauTO iroi-qoci to
yc outios EXOV> üpa kivoûv Kai Kivoûpcvov, kivoûv Se povov
ouk av Trorr|acicv, o Sc yàp pôvov èarîv ‘ Seî Sè Kai pôvov
eîvai irâv cîSos, Ûcttc Kai to kivoûv pèv, où pèvTOi Kivoû-
2 Kàvr/ji, -7)1 ex -i, Ax || 9 Tvpèç] -ç ins. A* || U SlSioai]
scr. SiSàazci uel <éwocïv> SlStùai ? || 16 toü addidi || 17 zi-
voupévou] -voup- in spat. 2 litt. A1 || ~ èoTiv A 23 Seî Kroll :
àsl A.
9
52
DES PREMIERS PRINCIPES
toutefois être mû. Observons qu’il serait absurde
qu’existât ce qui est seulement mû, comme par exemple
le corps, sans qu’existât antérieurement à l’ensemble
des deux ce qui meut seulement ; il est évident, en
effet, que ce qui meut seulement sera meilleur, puis-
qu’aussi bien l’automoteur est lui-même meilleur selon
qu’il meut plutôt que selon qu’il est mû. Il faut donc
que soit premier ce qui meut sans être mû, de même
que soit troisième ce qui est mû sans mouvoir, et entre
les deux doit être l’automoteur, dont nous disons
qu’il a besoin de ce qui meut pour que cela le fasse
moteur1. Et que de lui-même il ait la propriété d’être
moteur de lui même, si l’on veut ! Néanmoins, pour
le dire en bref, s’il est mû, il ne demeure pas, pour
autant justement qu’il est mû mais s’il meut, il faut
qu’il meuve en demeurant, pour autant qu’il meut. D’où
tiendra-t-il donc le demeurer? En effet, de lui-même il a
ou bien seulement l’être-mû, ou bien ensemble le
demeurer et l’être-mû dans un même tout. Mais d’où
tiendra-t-il le simple demeurer? Répondons que ce doit
être de ce qui demeure absolument ; or cela, comme nous
le savons, est la causa immobile. Par conséquent, avant
l’automoteur, il nous faudra poser l’immobile.
[2.7. De l’inlellecl au pur unifié]
Examinons donc si l’immobile est le principe au
sens le plus propre. Et comment peut-il être tel? C’est
que l’immobile est de façon immobile tout ce que
l’automoteur est de façon automotrice. En effet, aucun
automoteur n’est capable d’être premier pour les
raisons déjà énoncées ; or, chacun des composants de
l’automoteur est un certain automoteur ; par suite, à
chaque automoteur présubsiste l’immobile correspon-
dant. Et pour exprimer avec clarté ce que je dis,
laissant de côté le reste, je mentionnerai trois compo-
sants. En effet, on voit dans l’âme automotrice trois
composants pour le moins, à savoir le substantiel,
1 Voir Notes complémentaires, p. 150.
R. I, 35-36
DE PRINCIPHS
52
pevov. ”H aroirov tô pcv kivou pevov pôvov ctvai, otov to
crûpa, to Se pôvov kivoûv pr) ctvai irpô toû cruvap^roTèpou
SrjXov yàp oti [èirei] KpeÎTTOv carat, èirciST] Kai tô oÙto-
kivtjtov aÙTÔ éaUTOÛ KaOo Kiveî KpcÎTTÔv ècrriv i) Ka6
KiveÎTai. Acî apa irpwTOV ctvai to kivoûv Ô.kivt]tov, oç 5
TpiTOV TÔ pT) KIVOÛV KlVOUpCVOV, OV CV pécrO TO ailTO-
kÎvtjtov, o ScîcrOai toû kivoûvtos èpoûpcv, iva aùrô iroi-qcrr]
kivtjtikov • TÔ 8’ cauTOÛ kivtjtikov è/CTio a<}> éauToû, Cl
PoûXcTai tiç. "OXws 8 ci KivcÎTai, où pèvci kotÔ ye toctoû-
tov ocrov KivcÎTai ' ci 8è kivcî, 8eî pévov kivcîv Kafi’ ooov 10
Kiveî oÙkoûv to pcvciv rrôSev c$ei ; *A<J>’ cauToû yàp 'h T°
KivcîaOai pôvov, rj apa to pcvciv Kai KiveîoOai Karà TaÙTÔv
oXov ‘ àXXà tô pcvciv àirXûs, iroGev ; "H âirô toû | pcvovTOS
âirXûç, toûto 8c ijv tÔ àKiVTjTOV aiTiov • irpô apa toû
aÙTCKivr|Tou tÔ Ôkivt]tov uttoGctcov rjpîv.
15
(20) ÏKoJ'wpcOa toivuv ci to Ùkivtjtov àpxrj èa-nv r] KupiUTÔTt).
Kai irûç otôv tc ctvai ; Tô yàp àKivrjTOV TOcraÛTa ccttiv
aKivqTus ocra tô aÙTOKivrjTOV aÙTOKivqTWs ' oùScv yàp
aÙTOKivTjTOV 8ùvaTai irpÛTOV ctvai 8ia Tas eipijpcvas
aiTias, CKacrrov 8c tûv èv tû aÙTOKivrjTw aÙTOKivrjTov ti 20
ècrriv ‘ irpcinràpxei apa toutou ckocttou tô CKaaTOV
àKiVT]Tov. °lva 8c aacjjûç euro a Xeyw, Ta aXXa irapaXnrcov
èiri Tpiûv iroiT)cropai tov Xoyov Opârai yàp èv tt) oÙtoki
vt|tw i|/uxï) Tpia TOÙXaxiCTTOV, oùcnû8es, ^otikÔv, yvwoTi-
1 "H scr. et ? I| elvat lier. : ccpa et mg. uirg. cens A |
3 èirel ciel. Ruelle | 4 éauToû scripsi : -ô A 10 kivcîv] -eîv
in spat. 5 litt. A*, mg. uirg. cens. : kivoûv t& A ? ]| 13 ôî.ûk;,
sscr. ov, A1 | 14 post Kpô] toû punctis deletum A.
53
DES PREMIERS PRINCIPES
le vital, le cognitif1 ; et manifestement chacun d’eux est
automoteur, car le tout est aussi tout entier automoteur
De même encore avant chaque automoteur, il y a
l’immobile correspondant, pour les mêmes raisons ; par
suite, il y a également le plérôme immobile de ces
trois formes2. Ou bien, donc, celles-ci sont disloquées ; ,
mais dans l’automoteur, elles sont co-unifiées les unes
avec les autres. On bien elles sont absolument co-
unifiées, de telle sorte que rien en elles n’est distingué ;
mais, de cette façon, chaque forme, prise en elle-même,
ne sera qu automotrice, et nullement immobile ; or,
il faut encore que chacune soit immobile et demeure en
elle-même, parce qu’aucune forme automotrice, on
le sait, n’est première. Et, en outre, par nécessité, la
distinction qui est dans l’immobile subsistera antérieure-
ment à la distinction qui est dans l’automoteur.
Par conséquent, l’immobile est à la fois un et plusieurs,
à la fois unifié et distingué, lui que précisément nous
nommons aussi l’intellect. Or, il est évident qu’en
lui l’unifié est par nature antérieur et plus digne que
le distingué, car toujours la distinction a besoin de
l’union, mais non inversement l’union de la dist inction.
L intellect, en vérité, n’a pas la nature unifiée pure
do son opposé ; en effet, la forme intcllcctive tout
entière est consubstantialiséc sous le même rapport avec
le distingué. En conséquence, ce qui est relativement
unifié a besoin du pur unifié, ce qui est avec un autre a
besoin de ce qui est en soi-même, et ce qui est par
participation a besoin de ce qui est par subsistence.
En effet, l’intellect, étant autoconstituant3, se produit
à la fois comme unifié et comme distingué, donc selon
l’ensemble des deux ; par suite, relativement à l’unifié,
il sera produit par le pur unifié et uniquement unifié.
Par conséquent, avant ce qui est spécifié, il y a ce qui est
incirconscrit et qui n’est pas distingué dans les formes, < 1
c est ce que nous disons Tunifié (que les philosophes4
appellent l’être), car il contient les plusieurs dans une
coagré.gation5 unique qui présubsiste aux plusieurs.
1-5. Voir Noies complémentaires, p 151-152.
R. I, 36-37
DE PHINCIPIIS
53
KOV, Kai Tl UTWV EKaeTTOV aÙTOKlVT]TOV 8t]XoVOTl, Kai yàp
to Xov aîiTOK .vtjtov oXov. Outco Kai irpà ÉKaarou to
àKivT]TOv EKaaTov kotÀ Xôyous tous atiTOUs ' cotiv apa Kai
to aKivTjTov irXr|pojpa tûv Tpiûv toutcov ciSûv TItoi
ouv 8ieo,irao,pév<jv ' àXX’ ev tû auTOKivqTW ouvr|Vu)Tai 5
àXXr|Xois. "H irâvTTi ouvqvwpévaiv, ûs pr]8ev èv aÙTOÎs
SiaKCKpioOai aXX’ outw ye EKaoTOV Ka6’ cauTÔ povov
eœrai aÙTOKiVTjTOV, où prjv Kai àKivT]TOV, 8ei 8è Kai CKaaTOV
eîvai aKivtjTOv è<j>’ èauToû pévov, Sioti pr] 7}V irpuiTov to
CKaarov aÙTOKivrjTOv ' Kai aXXws tj Situcpiais irpo ttjs 10
aÙTOKivr|TOu ûiràp£ei r] àKivqTOs è£ àvayKrjs Tô apa
aKivijTov ëv apa èœri Kai iroXXà, rjvwpevov Te apa Kai
SiaKeKpipévov, o 8-q Kai voûv uvopaKapev. A-qXov 8e oti
to rjviopévov èv aÙTÛ toû SiaKCKpipevou <f>ucrei irpoTcpov
Kai TipiioTepov ’ àei yàp r) SiaKpicns eiriSei^s ècrri tt]s 15
èvûaeios, où pèvTOi àvâiraXiv r) ëvoars TÎjs 8iaKpiaea>s. '0
8t] vous to rjviopèvov oÙk ëxei Kaôapov tou àvTiKeipevou ‘
a-uvoucnurrai yàp tû SiaKCKpipevu kotù TaÙTOV oXov to
voepôv Î8 s AeÎTai apa toû àirXûs rjviopévou tô irf]
rjviopèvov, Kai tô aùv àXXw tou ko®’ éauTÔ, Kai tÔ kotô 20
pefieÇiv toû Karà uirap^iv. Kai yap ô vous aùOuTrôaraTOS
wv irapayei eauTÔv us rjviopevov apa Kai 8iaKCKpipevov •
Kaîà to o-uvap<|>OTepov apa Karà apa to qvcopèvov [àwXios]
àirô toû àirXûs •qvwpèvou irapax6v)creTai Kai pôvov
rjvojpévou. ripo toû âpa ei8i)TiKOU rô àTrepîypa<}>ov Kai 25
àSiaKpiTOV eîs eï8t], Kai oirep Xeyopcv rjvwpévov, o 8rj
ôv oi aoi^oi KeKXrjKaoiv, èv pia auvaipeaei n à TroXXà exov
irpouirapxouo'T] tûv iroXXûv
23 «tc).ûç ileleui.
54
DES PREMIERS PRINCIPES
[2.8. Du pur unifié à l’un]
Arrêtons-nous donc ici pour reprendre souffle, et
discutons le point de savoir si l’être est le principe de
tout, à la recherche duquel nous sommes. Et qu’est-ce
qui pourrait en eiïet ne point participer de l’être? De
même, pour autant qu’une chose est, elle est inférieure
à l’être même. Mais, si ce dernier est l’unifié, il devra
être second après l’un, et c’est en participant de lui
qu’il sera devenu unifié. Et, pour être bref, si nous
concevons que l’un est uno chose et que l’être en est
une autre, alors, si l’être est avant l’un, il ne participera
pas de l’un, par suite il ne sera que pluralité, et celle-ci
illimitée un nombre infini de fois1 ; par contre, si l’un
est avec l’être, l’être sera aussi avec 1 un, et alors,
ou bien ils se seront placés sur le même rang, ou bien
ils se seront écartés l’un de l’autre, et il y aura deux
principes, et [dans ce cas] l’absurdité déjà signalée
surviendra, ou bien encore l’un et l’être participeront
réciproquement l’un de l’autre, et les deux seront
éléments ou parties d’une autre chose qui sera formée des
deux; et qu’est-ce qui les rassemblera l’un avec l’autre?
Si, par exemple, l’un s’est uni l’être, en tant qu’un (car
on peut dire aussi cela), l’un agira avant l’être, pour
appeler et convertir l’être ; en lui-même, donc, l’un
subsiste indépendant, antérieurement à l’être. En outre,
ce qui est plus simple est toujours avant ce qui est plus
composé ; alors, ou bien l’un et l’être sont pareillement
simples, et il y aura deux principes, ou bien il n’y
en a qu’un formé des deux, et il sera composé ; avant
ce dernier, par conséquent, il y aura ce qui est simple et
absolument incornposé, ce qui sera ou un ou non-un.
Et si cela est non-un, cela sera ou plusieurs ou rien ;
mais le rien, s’il signifie le vide absolu, exprimera
quelque chose de vain ; et s’il signifie l’ineffable,
ce rien-là n’est même pas simple. Et, si cela
est plusieurs, cela n’est pas simple ; en effet, le
I. Voir Noies complémentaires, p. 152.
II. I, 37
DE PRINCIPIIS
54
21) OÙkoûv cvTauOa cttÔvtes âvaTrveuCTCüpev Kai 8iaXo-
YwûpeOa to ov ci ccxtiv q ÇqToupcvq iravTWV apxq • Kai ri
yàp av cïq toû ovtos âpcToxov ; “flcrirep, otc Èariv, auTOÛ
Y« toû ovtos Èctt'i Kara8ccaTcpov. "H ci to qvwpévov toûto
ecttiv, 8cÛTCpov av cîq toû èvôs Kai Èkeivou peTaaxôv 5
qvwpèvov Y^yovEV "OXws 8c, ci ti àXXo pèv cvvooûpev TO
cv, âXXo 8e to ov, ci tô ov trpô toû evo$ cïq, ou peOc^ci
toû évos CCTTai âpa iroXXâ povov, Kai TaÛTa aireipaKis
âircipa. Ei 8c ouv tû ovti cïq to ev, Kai rà ov ctùv tû cvi,
Kai q opoTayT), q 8icoTq£cTai àir àXXqXcov, Kai eaovTai 10
8ûo àpxai, Kai to eîpqpévov aToirov CTupÇ-qaerai, q àvTi-
pe0é£ci àXXqXuv, Kai ecttoi to 8ûo crroi/Eia q pepq âXXou
toû È£ àp<|>oîv, Kai ri rà txuvayayàv aura irpôs âXXqXa ;
Ei yap to cv irpôs éauTÔ qvwacv tô ov, arc ev (eïiroi yâp
âv tis Kai toûto), irpà toû ovtos evEpYqa'Ci rà ev, îva 15
7rpOCTKaXeoT|Tai Kai ÈiriCTTpexJiT) rà ov • èauToû àpa to
cv auTOTcXès < <j> <TTT)Kev irpo tou ovtos Eti Sc to âirXoûo-
Tepov âei irpo toû ouvOeTUTCpou ’ q o3v ôpoiws âirXâ,
Kai 8ûo ai àpyai, q ck Sueîv pia, Kai coTai eteivOctos ’ irpô
TaÛTqs âpa tô àirXoûv Kai iravTg cictuvOetov, oircp q 20
ev q oùx èv. Kai ci où)( ev, q iroXXâ q où8év ‘ aXXà to pèv
où8év, ei to irâvTp kcvôv oqpaivoi, pâraiôv ti 8qXoiq ’ ei
8c to àiroppqTOv, èkcîvo ye oû8è âirXoûv " ci 8è TroXXâ,
15 Trpôç, -ç punctis del., A || 16 ~ apa A || 18 ï) scripsi :
ei A
55
DES PREMIERS PRINCIPES
simple (â7rXoüv) veut être non plusieurs (StoXu)1 par
privation des plusieurs. En résumé, il n’est pas possible
de concevoir un principe plus simple que l’un ; de
toutes les manières, par conséquent, l’un est avant
l’être2.
Et pour nous éloigner de ces arguments-là, et
poursuivre la remontée du raisonnement, après nous
être élevés jusqu’à l’unifié qui, quel que soit le nom
qu’on lui donne, est cependant le complètement unifié,
à partir de lui remontons jusqu’à 1 un, comme du
participant au participé.
L’un est donc le principe du tout. Platon, lui aussi,
après être remonté jusqu’à lui n’a pas eu besoin d’un
autre principe dans sa philosophie. En effet, cet autre]
principe ineffable, ce n’est pas des discours qu’il est
principe, ni des connaissances ; car il n’est principe ni des
vies, ni des êtres, ni des uns3, mais il l’est absolument
de tout, et il est placé au-dessus de toute pensée. C’est
pourquoi Platon n’a fait aucune suggestion au sujet
de ce principe là, mais à partir de l’un il a procédé
aux négations de toutes les autres choses, à l’excep-
tion de l’un lui-même ; en effet, en de.rninr lieu il
a nié [de lui le fait d’être un, mais non pas l’un ;
et la négation même il l’a niée, mais non pas l’un ;
il a nié aussi le nom, la notion et absolument toute
connaissance, et que pourrait-on ajouter de plus? 11 a nié
l’être lui-même tout entier et tout être, soit encore
l’unifié et l’unitaire, et, si tu veux, l’illimité et le
limitant, à savoir les deux principes4 ; mais il n’a
certainement point du tout nié 1 un qui est au-delà
de tout cela, il ne l’a nié nulle part ni d’aucune façon.
C’est pourquoi aussi, dans le Sophiste, il le pose comme
un anterieur à l’être, et, dans la Ilépublique, comme
le bien au-delà de toute essence ; < n tout cas, l’un esl
laissé un seulement5.
1. 'AttXoüv, IfcroXv. Comme Platon dans le Cralgle, Damascius
aime appuyer les définitions par les ressemblances matérielles,
plus ou moins extrinsèques, des mots.
2-5. Voir Notes complementaires, p. 152-153.
R. I, 37 38
DE PRINGIPIIS
55
oùx âirXoûv âiroXu yàp ctvai PoûXeTai to àirXoûv Karà
to CTTcpr]TiKov tûv iroXXûv. Kai oXgjç airXouo-TÉpav TOÛ
évôs ouk ccttiv èirivo-fjoai ‘ iravTaxûs âpa to êv irpô tou
ovtos-
"Iva 8È Kai toÛtojv âirocrrûpev tûv Xôycvv, SpaÇûpeOa 5
(8è) toû Xôyou ttjs àvaÇâo-ews, êiri to qvcopévov àvaÇâvTCS,
o ti ttotÈ KaXeÏTai, itcivtt] 8e rjvivpévov, a-rro toutou èiri to
êv àvagaîvcopev, âirô toû pcrexovros èiri to peTexôpevov.
Apxï] apa tûv irâvTuiv èkcîvo Kai ô flXaTiov èiri TauTtjv
àvaSpapuv | ouk È8ct)0t] âXXrjs àpxrjs cv toîs Xôyoïs ’ 10
CKCiVT] yap tj àirôpprjTOs où Xôywv èoriv àpxr) où8c
yvÛCTCGJV ’ ouSè yàp £(i)ûv, oùSè ovtiov, ou8è évûv, aXXa
irâvTiov âirXûs, ûirèp irao-av èirivoiav TeraypevT]. Aiôircp
où8èv ève8ei£a-ro irepi ckcÎvtjs, aXXà Tas àiro<j>dcreis àirô
toû évôs èiroiT|CTaTO tûv âXXiuv âirâvTuiv, nXi^v ye auToû 15
toû évôs ‘ ro yàp ctvai ëv àiré<J>r]CTev coxarov, àXX’ où to
ëv • Kai ttjv àirôifiaCTiv aÛTrjv irpoo,aTTC<|>T]ocv, àXX’ oùxi to
ëv, Kai to ovopa Kai to vôrjpa Kai yvwciv âiraaav, Kai tI
av Xcyoi tis èiri irXéov ; aÙTÔ oXov Kai airav to ov, ccttw
8e Kai to Tjviopevov Kai to éviaîov Kai ei ^ouXci to âireipov 20
Kai to irépas, tôs 8uo àpxâs, aXX juti ye tô irâvTiov
toutiov éiréKciva ëv où8apoû àiré<|>i]crcv oùSapûs. Aiè Kai
èv Zo4>icttt] ti0t]ctiv aÙTO ûs ëv irpô toû ovtos, Kai èv DoXi-
Tcîa ûs TayaOov èircKeiva irâcrqs ouoias ’ àXX’ opcos koto-
XeiireTai pôvov ëv. 2ë
16-17= Farm. 141 e 9-142 al || 18-19 Parm 142 a 1-6 ||
22-23 - Soph. 245 a 5-b 9 || 23-24 Pesp. VI, 509 b 8-10.
1 arro?.v yàp eîvai lier. : & 7ro>.i> rrapeivat et ing. uirg. cens.
A. ]] 6 8è addidi || 8 àv«6aivopev A, correxi.
56
DES PREMIERS PRINCIPES
[2.9. De l'un à l’ineffable]
Ou bien donc l’un est connaissable et dicible, ou bien
il est inconnaissable et indicible, ou bien d une manière
il l’est, d’une autre il ne l’est pas. En effet, au moyen
des négations, on pourrait parler de lui, tandis qu’il est
indicible par une affirmation. Et, encore une fois, il
pourrait être connaissable ou conjocturable par la
connaissance simple, mais absolument inconnaissable
par la connaissance composée1 ; c’est pourquoi il n’est
pas saisissable même par une négation. Bref, en tant
qu’il est posé comme un, il est par là coordonné en
quelque sorte aux choses posées de quelque autre
manière, car il est le sommet des choses qui subsistent
selon la position ; cependant il y a aussi en lui beaucoup
d’indicible, d’inconnaissable, d’incoordonnablc et de
non-posable2, mais avec le vague reflet des prédicats
contraires, et meilleurs que ceux-ci sont ceux-là. Or,
ce qui est pur de son contraire et sans mélange pré-
subsiste partout à ce qui est mélangé3. En effet, ou bien
c’est selon la subsistence que les meilleurs prédicats sont
dans l’un, et comment leurs contraires seront-ils aussi
là-haut en même temps? Ou bien c’est selon la participa-
tion et, dans ce cas, ils viennent d’ailleurs, c’est-à-dire
de ce qui est tel à titre premier. Par conséquent,
antérieurement à l’un, il y aura ce qui est purement
et absolument indicible, non-posable, incoordonable et
inconcevable de toute manière4 ; c’est ce vers quoi en
vérité se hâtait aussi cette remontée du raisonnement
à travers les prédicats les plus évidents, en ne laissant
de côté aucun des intermédiaires qui se trouvent entre
ceux-là et le dernier de tous.
1-4. Voir Notes complémentaires, p. 153.
R. I, 38
DE PRINCIPIIS
5C»
”Htoi 8t) yvcocttov coti Kai pijTÔv, i] âyviocrTOV Kai
apprjTOV, rj Trios pèv, irûs 8c ou. Aià pèv yàp airocftaccuv
cïiroi âv tis ircpi aÙToû, KaTa<f>aaci 8c âpprp-ov Kai au
irâXiv TT) pèv âirXÔTTjTi Trjs yviocrcws cïr) av yviocrrov T]
ènrovoî]TÔv, tt] 8è auvOécrci irâvTT) âyvwcrrov, 8io pi)8è 5
àiro<|>à<Tci aîpcTÔv. Kai oXa>s fj TiOcTai cv, TatiTt) auvraTTC-
Tai irios toîs âXXr) ttt] TiOcpévois, Kopucjrq yap ccttiv tûv
Karà 0é<riv ô<J>co,tÛtwv iroXù 8c opus èv outû Kai ro
âpprjTOV Kai âyvcoaTOV Kai àcrûvTaKTOv Kai â0CTOV, aXXà
peTa tt]s tûv èvavTiwv cp<|>âacios, KpeiTTW 8c toûtwv 10
CKcîva. Tà 8c KaOapà tûv èvavTiiov Kai irpô tûv cruppiyûv
àpiyr) irpoüirâpxci iravTaxoû. "H yàp koO’ ürrap^iv cv
tû èvi Ta KpciTTW ‘ Kai irûs carai ckcî Kai rà cvavTia ôpoû ;
ïj kotÙ pc6c£iv, Kai érépwOcv t)kci àirô toû irpÛTOU toioutou.
Kai irpè toû cvôs âpa to âirXûs Kai iràvTT] âppr)TOv, ciOctov, 15
ào-ûvTaKTOV Kai àvcirivôîjTOV kotÙ irâvTa Tpôirov ' c<{> o 8r)
Kai c<tttcu8cv tj toû Xoyou 8ia twv èvapyeoTaTWV auTt)
àvâÇacris, pt)8cv irapaXciiroucra tûv pècriov ckcivuv tc Kai
TOÛ COXOTOU tûv irâvTWV.
5 TravT/Jl, -T)i ex -i A* 12 fort. <rà> àuiyî).
57
DES PREMIERS PRINCIPES
[3. Démontée par les mondes parfaits]
Mais, île la façon précédente, nous avons procédé
par les propriétés ; cependant, nous n’avons pas encore
montré la grandeur, la perfection et la capacité de
tout envelopper, propres aux premiers principes, tels que
l’unifié, 1 un, l’ineffable. Il faut alors nous engager aussi
dans cette voie de recherche autant que nous le pourrons.
3.1. De l’automoteur à l’immobile et à l’unifié]
Attachons-nous donc à saisir le premier [englobant]
parfait, celui que les dieux ont offert môme à nos sens
en vue de nous suggérer eux-mêmes la perfection
invisible, intelligible, unitaire et ineffable. Donc, ce
monde-ci est parfait et formé d éléments parfaits1,
comme nous le voyons ; or, ce que nous voyons de lui,
c’est le sensible ; mais il est clair que les choses qui sont
en nous présubsistent aussi en lui. Il n’est certainement
pas possible de croire qu’il possède l’inférieur de ce qui
est en nous (le corporel et tout ce qui sert de substrat au
corporel en tant que celui-ci n’est pas par lui-même,
mais est dans un substrat), sans en avoir le supérieur,
et cela, tout en étant plus parfait.
Ce monde aura aussi, par conséquent, une nature
qui lui convienne, non pas la nature qui meut vers
le bas et vers le haut, mais celle qui meut de façon
circulaire ; c’est là, en effet, le mouvement qui par
nature convient à ce monde2.
Il aura donc encore une vie meilléure que celle-ci,
une vie végétative, non pas sans doute celle qui fait
croître, ou nourrit, ou engendre les semblables qui
naissent et meurent dans un certain flux et reflux (à
moins peut-être que cela aussi ne sc produise en lui d’une
autre manière qu’il n’est pas nécessaire d’introduire
ici par une digression), mais il aura cette vie qui
maintient® et réalise la plénitude et l’accroissement
1-3. Voir Noies complémentaires, p. 153.
R. I, 38-39
DE PRINCIPIIS
57
(23)
’AXX’ outw pev Sia tûv i8iott|tùjv irpoi]X6opev • to Si
peya Kai iravrèXeiov Kai irepieKTiKov âirâvrwv outtùj ève-
8ei£ape0a tûv irpÛTiov ap^ûv, oîov toû i]v<i>pèvou, toû
evo;, toû àiroppT|TOU • ItÉov 8e Kai èiri TaÔTT]v i^pîv ttjv
pè0o8ov KaTa Sûvapiv.
Oùkouv toû irpûrou iravTeXoûs àvriXaÇûpefia, oirep oi
Oeoi Kai tt] alaOi)aei irpoèTeivav ei ev8ei£iv Kai aÙToi ttjs
à<|>avoûs Kai vot)ti]s Kai èviaias Kai àiroppi]TOU iravreXeias.
OÙkoûv o8e ô Koopos TcXeio; èariv ck TeXeiwv, ûs ôpûpev,
ôpûpev 8e aÙTOÛ to alaOi]TÔv • àXXà SfjXov oti tô ev -qpîv 10
Kai èv CKelvu irpoü<|>éaTi]Kev. Où yàp 8t] to pèv ^eipov
é)(ei tûv èv ^pîv, to aupaToeiSès Kai e ti ùirÔKeiTai tû
oupaToeiSeî, are pi] ovti a<|> éauTOÛ, èv ûiroKeipevu 8e
Ôvti, to 8e KpeÎTTov ouk é'xei, Kai TaÛTa ûv TcXeioTCpos*
E£ei âpa Kai <|>ùaiv tt,v èKeivu irpèirouaav, où ttjv kotio 15
Kai âvio Kivoûaav, àXXà ttjv klikX^ouctov * auTt] yàp
èKcîvu KaTa <|>ùaiv KÎvrpns.
E£ei toÎvuv Kai ttjv àpeivu toutes £<<>i]v, ttjv ^utik^v,
ou 8i]irou tt]v aü^ouaav i] Tpètjjouaav ij tÀ opoia yewûaav,
èv èirippoi] tivi Kai àiroppof] yiyvopeva Kai àiroXXûpeva (ei 20
pi) âpa Kai TaÛTa âXXov Tpôirov, ov èvTaûOa irapeiaKU-
KXeîv oÙk âvayKaîov), àXXà ttjv ye auvèxouaav Kai
Spûaav tt]v aÙTi kot’ eî8o Kai àpiOpov aei aupire<|>uKUÎav
9 Tim. 32 d 1 ; 34 b 2 || 15-17 — Tim. 34 a 1-6 ; cf. Arist.,
De caelo, I 2, 268 b 14-269 b 17.
10 8è'~aÙToü A || 14 Sv TeXeiÙTepov A, corrcxi 23 t))v
scripsi : tqi A.
58
DES PREMIERS PRINCIPES
qui sont en perpétuelle communauté de nature avec
elle : elon l’espèce et le nombre ; il ne s’agit pas de
l’accroissement qui s’accroît, mais de celui qui s’est
déjà tout accru. EL [cette vie réalise] encore la génération
de ses propres illuminations, génération qui les a déjà
engendrées1 ; ces choses, en vérité, c’est selon l’analogie
que là-haut cette vie. las réalise et les maintient.
Par suite, ce monde aura aussi l’aine non-rationnelle,
non pas la sensitive seule, comme on le dit2, mais encore
l’imagination céleste et divine, qui retient en elle-même
les objets sensibles et qui est toujours ordonnée ; et
il aura encore l’âme appétitive, qui là-haut est irascible
et concupiscible d’une autre manière : en tant que
concupiscible, elle se plaît dans le loisir divin3 et elle
goûte la stabilité éternelle du vivant, mais, en tant
qu’irascible, elle a sa joie dans la transcendance parfaite
et vénérable qui convient par nature au vivant cos-
mique4.
Or, si l’homme est un vivant rationnel, à savoir
suspendu à une âme qui raisonne, il est tout à fait
certain que le monde est aussi quelque chose de tel
à un degré bien supérieur ; donc, il a égalenienf la
véritable cause automotrice comme principe directeur.
Il s’ensuit que le mouvement circulaire qu’il fait
est non seulement naturel, mais encore volontaire,
et il est évident que ce mouvement est toujours
ordonné et ne manque jamais sa propre fin. C’est,
en effet, ce que laisse entendre, de son côté, par
l’observation des astres, la science des révolutions
cosmiques.
Admettons donc que, l’identité toujours recommencée
du mouvement circulaire, l’activité automotrice doit
la produire selon ses propres changements, en devenant
tantôt ainsi, tantôt autrement ; mais le toujours iden-
tique, le [repos] dans le même et autour du même
et en vue du même6, [repos] parfaitement sans difféj-ence
dans ce qui est différent, immuable dans ce qui change,
1-5. Voir Noies complémentaires, p. 153-154.
R. I, 39-40 DE PRINCIP1IS 58
irXijpwaiv Te Kai aü^Tjv, où ttjv aû£ pevijv, àXX’ ÎjStj
iraoav Tjù^Tjpevirjv Kai «Éti ttjv ycvvTjoiv tûv oiKeicov
4><iTTiapûv, ttjv tjStj yeyevvTjKiiîav auToû s, TaÛTa 8tj àvà-
Xoyov eKeî iroioûaav Te Kai auvéxouaav
E£ei apa Kai ttjv aXoyov 4'UX1ÎV> °ù T10v aioBijTiKTjv 5
pôvrjv, ûs 4>aaiv, àXXà Kai ttjv eïaa> KpaTOÛaav rà aicrOijTà
oùpaviav Kai Beo-irpeirij <J>avTaaiav àei TCTaypèvijv, àXXà
Kai ttjv opeKTiKijv, àXXov TpoTTOV oùaav eKeî BupociSij Kai
èmBupTjTiKTjv, TauTTjv pèv eùiraBoûaav èiri ttj 0ei<j paorûvrj
Kai eu<|>pôauvov àei toû Çûou KaTaa acnv, CKeivTjv 8e Xa^- 10
pouaav ein tu> tcXciw Kai aepvû ttjs Ka* a <}>uaiv tû KoapiKip
£<0üi TrpoCTTjKOuaTjs ûirepoxTjs.
AXXa pTjv ei XoyiKÔv Çûov ô àvBpwTros, Kai
XoyiÇopévTjs è^ïjpTïjpévov, iràvTWs oti Kai ô KÔapos toi-
oûtov ttoXXû pei£ôvu>s ‘ èxei àpa Kai ttjv aÙTOKÎvrjTOV 15
n-poeorûaav arriav ovtos- Où pôvov apa <|>uaiKijv, àXXà
Kai irpoaipeTiKTjv iroieÎTai ttjv kukXw kivtjo-iv, Kai StjXov
ûç àei TeTaypévTjv Kai oùSéiroTe toû o’Keiou TeXous àiro-
Tuyxàvouaav toûto yàp ùirayopeûei Kai ij àorpoOcàpiov
ioTopîa | ttjs KoapiKTjs TrepiôSou. 20
To pev oôv iràXiv to aÙTÔ Kai iraXiv ttjs Ki>KXo<j>opias
TTOieiTW KaTa Tàs oiKeias peTagoXas tj aùroKivTjTOs aXXoTe
aXXïj yiyvopévTj evepyeia, to 8è TaÙTÔv àei Kai èv tû aÙTÛ
Kai irepi to aùro Kai irpôs to oÙto iravTeXûs àirapaXXaKTOV
èv tû TrapaXXàcrcroVTi Kai èv tû peTaêaXXopévçj àpeTà- 25
7 9 e-f lXim.; In Phil. § 210.3 5 || 23-24 = Leg. X, 898 u 8-9 ;
Tim 34 a 3 5 ; 40 a 9.
14 6ti coin. Kopp : Êti A.
59
DES PREMIERS PRINCIPES
immobile dans ce qui est en mouvement, quelle est
donc la cause qui procure cela à l’univers1? Car l’âme
automotrice fait des actes qui changent ; en effet, en
mouvant, elle est en même temps mue. D’où vie.nt
[alors] au monde son caractère précisément immobile?
Si le monde est perpétuel2, il a pour cause de son
immobilité ce qui est complètement et toujours immo-
bile ; mais si le monde est un vivant dont la durée est
extrêmement longue (posons, en effet, cela aussi,
pour le moment, comme une donnée < de l’évidence
sensible® >), il s’agit alors de ce qui, pendant ce temps,
demeure toujours identique et toujours sans différence
selon les memes rapports, en tournant comme dans
un cercle du même au même selon un ordre unique et
une unique façon de se mouvoir circulairemcnt. Dans
un temps aussi long, en effet, < comment > le monde
n’a-t-il subi aucun changement ni déviation, à moins
d’être uni à quelque cause absolument immobile? Il
fallait donc aussi que dans le tout l’automoteur soit
suspendu à l’immobile, qui procure au monde l’ordre
propre à celui-ci et la vie immobile.
De plus, l’âme du tout, comme elle est la première des
êtres cosmiques, est toujours parfaite et toujours
bienheureuse. Ce caractère, en effet, elle ne saurait,
l’avoir reçu d’elle-même (car cette âme fait subsister
ce qui est soumis au changement), mais elle l’a emprunté
à la cause immobile placée avant elle. Car si cette âme
possédait le caractère d’être toujours dans l’ordre et
la proportion4 d’après son caractère automoteur,
peut-être l’âme humaine, elle, aussi, serait-elle toujours
parfaite, car elle est automotrice et, bien sûr, immortelle
et toujours en mouvement, mais non pas toujours
sans différence dans ses actes changeants, à cause de sa
lointaine distance de l’immobile. Et, si en général on a
montré que 1 immobile est avant l’automoteur, il faut
donc encore qu’avant l’automoteur cosmique soit
1-4. Voir /Voles complémentaires, p 154 15a
R. I, 40
DL RRINCIPIIS
59
£Xi]tov Kai. Écttùjs èv tû Kivoupèvu ti âpa rrapèxtTai tû
iravTi ; 'H yàp aÙTOKÎvrjTOs >|> X1! ^«TaêaXXopévas èvep-
yeîas rroieÎTai, Kivoûaa yàp âpa KivcÎTai * to 8t) aKivqTOV
tû Koapw iroOev ; Ei pèv ài8i ècrriv, to rràvTT] Kai aei
àKiVT]TOV, ei 8è iroXuxpoviÛTaTOV Çûov (ècrrw yàp Kai 5
toûto rrpàs to rrapôv àiro Trjs *** elXr]ppèvov), to èv tû
Xpôvu toÛtüi pèvov ûaauTUS aei kotÙ to aura àrrapâX-
XaKTOV, airà toû aÙTOÛ irpôs toutov èiravaKUKXoùpevov
Karà pîav tÛ£iv Kai êva Tpéirov KuxXo<|>opT]TiKÔv. Toooutw
yàp èv xpôvu ^rrûs^ peTa£oXr]v où8epiav où8è rrapaXXa^iv 10
ùrrèpeivev, et pq tivi Kai Ùkivi}t<j iravTàiTaai auvfjv aiTiu ;
“E8ei âpa Kai èv tû rravTi toû Ôkivi}tou to aÙTOKivrjTOV
è^i}pTi}a0ai, rrapexopévou tû KÔapw tt]V oiKeiav aÙTÛ
tÔÇiv Te Kai £<ùt)v àxîvqTOV.
(24) ”Eti 8è r) '|,UX19 toû rravTÔs, aT6 irpÛTT] ouaa tûv èyKo- 15
apîuv, TcXeia ècrriv àei Kai eùSatpuv àei Toûto toivuv ouk
av ëaxev éau-ri]s (to yàp pcTagaXXôpcvov aÜTT] ô<|>t-
cttt]ctiv), àXXà peTèaxev T^S aKiVT]TOU rrpOKa0T]pèvT]s aiTias.
Ei yàp to àei TeTaypèvov Kai aùppeTpov etxE Karà to
aÙTOKiVTjTov, Tàxa âv Kai r] av0p m r] 'V^X “ei TeXeta ^v, 20
aÙTOKivqTOS yàp, apèXei Kai à0àvaTOS Kai àeiKivT]TOs, où
pèvToi àei tÙç pCTaÇaTiKà; èvepyeia; àrrap XXaKTO; 8ià
to rrôppù) toû àKiviyrou Siearàvai. El 8è oXus 8è8eiKTai
rrpô toû aÙTOKivi}TOU to aK vt]tov, 8eî âpa Kai rrpà toû
6-9 = Leg. X, 898 a 8-b 1.
6 àrroTTjceiÀTjppévov et mg. uirg. cens. A : lac. notauit
Kopp, suppléas fere évapvetaç || 7 tovtw 13 : toûto A l| 10
rrûi: addidi || 11 alrio, cù s.u. Ax || 15-24 exlrernos uersus in
noua inembr. icfccit A3, quaedam in ing. int. adscr. A3 | 15
irravTÔçj A3 || 16 TeXet^a éctÎVj A3 || 17 fc/evj A3 17-
18 aÛTLn ùçtcTVjjOiv A3, lCttqj A3 || 18 rrpoX|a6T]jp£vr)ç A3,
Lpéj A3 || 19 x^al Spi^u/cvj A3, ^oùppeTpovj A4 ep-^u/ov 13,
ÈppeTpov C) ' 20 aÙTO'~xiv/]Tov A || àvûpcùjrrlv») A3 i&v-
ûpcùj A3 || 21 |Vàpj A3 l| pfcjpéXsi A3 || 22 tpévTOij A3 || àrra-
p^àXXaxTOÇj A3 || 23 ^el 8èj A3 || ^ôXwÇj A3 || 24 àxtpijTOVj A3.
60
DES PREMIERS PRINCIPES
préétabli l’immobile cosmique, propre à la cause
immuable préétablie qui administre le monde, tout
comme avant chaque vivant divin1 est l’immobile
propre à chacun et qui correspond à sa propriété.
Quoi qu’il en soit, pour ne pas perdre maintenant
notre temps dans ces sujets qui soulèvent de nombreuses
interrogations, nous poserons avant le tout automoteur
un tout immobile. Car, bien sûr, il n’est pas possible
que l’inférieur soit total, tandis que le supérieur serait
partiel. Il y aura donc un monde immobile avant le
monde automoteur, et, pour la même raison, il y aura
encore avant le monde divisé le monde coagrégé et
unifié qui, selon l’union, est tout ce qu’est, selon la
distinction, le monde plurifié et qu’on vient tout
juste d’appeler immobile2, et il est bien plus riche
encore [que ce dernier], si l’on peut dire
[3.2. De l'unifié à l’un]
De ce monde caché3 nous sommes remontés à l’un
lui-même. Que l’on n’entende pas l’un minimal, ni
même quelque propriété unique, comme une seule
forme ou un seul intellect ou un seul dieu, ou plusieurs
dieux, ou tous les dieux pris comme un seul, mais
quelque chose d’infiniment grand et un ; l’absolument
un en soi, qui a la capacité d’embrasser tout ce qui
procède de lui, ou plutôt qui est tout cela selon 1 un
lui même, lequel est antérieur à tout. C’est là un monde
plus ineffable que le monde appelé caché, car il ne
supporte même plus d’être appelé monde, mais un-tout
indifférencié4 ; non pas même tout, en vérité, mais l’un
antérieur à tout, enveloppant le tout par la simplicité
parfaite qui lui est propre.
1-3. Voir Notes complémentaires, p. 155-156.
4. Le singulier aStccxpi-ov désignant Êv comme mot principal
dans l'expression rràv-ra Êv nous traduisons celle-ci par « un-lout ».
R, I, 40 41
DE PRINCIPIIS
60
KoopiKOÛ auTOKivi^Tou to KoajxiKOV cikivtjtov irpoetrravai,
”8iov tt)s toû KÔopou irpoeor ai) s anera ÇX^tou 8101-
KTjaews, cooirep Kai eKacrrou Oeio ^uou to oikcîov eKaarü)
Kai tt) iSiOTrjTi ctuotoixov.
’AXXa yâp, ‘va T<* vûv toÛtois èv8iaTpi€<i>pcv ex000,1
iroXXàs ôiroijnas, irpô toû ôXou aùroKivqrou àKiVTyrov
oXov irpoOijaopev ' où yap Siprou to pev KaTa8eéarep6v
«TTi iravreXés, TÔ 8 ùirépTepov pepiKOV. “Forai apa Koapos
aKivqros irpô toû aÙTOKivr]TOU • tû 8è aÙTÛ Xôy<o Kai irpo
tou 8iT)pi)pevou ô auvT]pT]pevo$ te Kai Tjviopévos, iravra 10
ûv Karà ëvcoaiv oaa Karà Sio-Kpioiv ireirXnOuapévos Kai
vûv 8r) pi)6eiç cuavipros, «ai en irXeiw ye, ei oîôv re eiireiv
’Airo 8è toû Kpu<|>îou toutou ÔiaKoapou èrr auTO to
ev àvéêupev ' pi) ëv to èXaxiarov uttoXuÊt]S> pr)8e riva
piav i8iOTT)Ta, wairep ëv eî8os i) ë 'a vouv T] ëva Oeov, i) 15
iroXXoûç, -q iravTas 0eoùs povov, aXXà irâppeyâ ti ëv,
aÙTO to airXûs ëv, irâvTWV irepiXi]irTiKov tûv à<j>’ éauroû,
pâXXov 8e iravra ov eKcîva Kara to ëv aura to irpo iràvTœv.
Toû Kpu<J>îou KaXoupévou KÔo-pou Koopos outos àirop-
pijTOTepos, os y« où8e Koopos «ti KaXeîaOai àvéxerai, aXXa 20
iravra ëv à8iâKpiTov ’ où8è iravra Karà aXi)0ciav, aXXa
to irpo irâvTüiv ëv, irepiéx°v Ta iravra ttj oiKeia iravTeXei
àirXÔTT]Ti.
5-6 cf Phaed. 84 c 6.
12 àxlvrçToç A mg. aûro A1.
61
DES PREMIERS PRINCIPES
[3.3. De l’un à l’ineffable]
Et, si l’un est aussi grand, il faut supposer que
l’ineffable de son côté l’est tellement qu’il est de toutes
choses ensemble l’englobant unique et ineffable1,
tellement ineffable qu’il n’est même pas unique, ni
même englobant, et qu’il n’est même pas du tout
ineffable. Eh bien donc, qu’à son égard la témérité de
notre discours trouve sa limite, en demandant pardon
aux dieux pour ce zèle présomptueux.
1. On a écrit pr>;8è glav divisirn, afin d’établir une correspon-
dance exacte avec ce qui précédé : les trois prédicats énoncés
au sujet du principe (plav ârrôppijTOV Trepio/Tpi) sont successi-
vement niés. Par conséquent, l’infinitif eîvai (I. 4), de même que
le précédent (1. 3), doit être compris comme copule.
R. I, 41
DE P1UNCIPIIS
61
Tt^Xikoutou 8e ovtos toû évôs, Kai to âirôppipov outios
ûirovoTjTéov, ws âpa irâvTUv eîvai piav àirôppi]TOV irepio-
X^v, oÛtus àirôppi]TOV <î>s pr]8è pîav eîvai, pi)8é irepioxT]v,
p 8e eîvai pi]8è àirôppT]TOV ' irepi ^s Kai 8r] Trépas exeTio
rjpiv r] toû Xôyou irpoireTeia, auyyvûpijv aiTOÛaa irapà 5
0eâ>v tt]s irapaKivSuveuTiKrjs Taures irpoOupîas.
6 cf. Soph. 242 b 6-7.
1 iSèj suppl. A*, A*, hab. C, om. B || 2 ùrrovo7]Téov] iyoj
suppl A’ (Ù7rovoi]Téov, -ou;- in lac., B), LXi]7rj suppl. A*
(ÛTroXijTTTéov C), perperam, nam -i]Téov exstat || 3 prjSeplav
A, correxi.
62
DES PREMIERS PRINCIPES
[Troisième partie. Aporétique de la notion de l’un]
[1. L'un est-il connaissable?]
Reprenons alors, à partir d’un autre point de départ,
notre recherche au sujet de l’un, en nous demandant
d’abord s’il doit être rangé immédiatement apres
l’absolument ineffable, < ou > si, comme dans les
autres intervalles, quelque intermédiaire doit être
posé entre l’ineffable et l’exprimable. Observons que
l’ineffable est négatif d’une certaine façon ; or, en
disant d’une certaine façon, je n’entends pas qu’il soit,
sous quelque rapport, affirmatif ou pos tif, mais
que ce nom ou cette chose ne sont même pas
une négation ni une affirmation, mais une absolue
suppression qui n’est pas < non-quelque chose > (car
« non-quelque chose » fait aussi partie des êtres), mais
qui, elle-même, n’est absolument pas. Si donc nous
définissons ainsi le nom « ineffable », comme n’étant
même pas un nom, tout ce qui est avant l’un doit
appartenir à cette nature ; nous ne pouvons, e.n effet,
rien conjecturer au-delà de l’un. Or, si l’un est le premier
conjecturable de quelque manière que ce soit, pourquoi
chercher plus de chose .s avant lui, là où ne sont ni ce
plus ni même, l’un? Au sujet donc de cette nature
[ineffable] délivrons-nous de notre aporie indiscrète et
de notre embarras pour chercher de nouveau si l’un
lui-même est absolument exprimable, ou s’il est ce
que nous cherchons d’intermediaire entre l’ineffable
et l’expr mable.
Beaucoup de choses, sans doute, ont été dites
précédemment sur la nature de l’un, [et cela] nécessaire-
ment à cause du principe qui est au-delà même de lui.
En effet, c’est en nous attachant à cette nature que
nous essayons de parler de celle dont la saisie reste
R. I, 41-42
DE PRINCIPIIS
62
(25’) FlàXiv toivuv à<|>’ ÉTÉpas apxr]S irepl toû évos Çi]tt]tÉov,
ev pèv ei psrci to iràvTT) àirôppr]TOV to ev toktÉov, (t]) ûs
èiri tûv aXXwv SiaaTiiaewv pera£u ti OetÉov toû cnroppqTOu
Kai toû pqroû. "H Tpôirov Tivà àrro<|>aTiKov Èctti to arrop-
pi)TOV ' Xéyoi 8è TpoTrov Tivà, oùx °Tl KaTa<|>aTiKÔv q 5
Oetikov, àXX oti où8è àirô<|>aais où8è Osais tô8e (to^
ovopa q to irpâypa, àXXà iravTsXqs àvaipsais, oi>xl (°ù
tI) ouaa (koI où tI yàp tûv ovtoiv), àXXà pq8è aùrq ouaa
to rràpirav. El 8q toioûtov ôpi£opsOa to àirôppqTOV ovopa,
ûs où8è ovopa, irâv o èaTi irpo toû èvôs TaÙTqs àv sïq Tqs 10
Jiuasws * toû yàp evÔs èirÉKEiva où8èv ùrrovoeîv 8uvaps0a
El 8è toûto irpÛTOV ûrrovoqTÔv Kai ôirwaoûv, ti irpà aùroû
‘itXeÎu èiri^qTOÛpcv, oirou oÙ8e Ta -n-Xelù), où8è to ev ; ’Eirl
pèv 8t) keivtjs àiraXXayûpEV Ti]s iroXuirpaypovos airopias
te Kai âpr)xavîas, aÙTÔ 8è to ev irâXiv ^qTqaupev ei pr^TÔv 15
â'irXûs, q to ^qTOÛpevôv ÈaTi psaov toû àiroppqTOU Kai
toû piyroû.
(25“) rioXXa pèv toivuv eïpqTai Kai irpôaOEV irepl Tqs toû èvôs
4>ûaea>s eÇ àvâyKqs 8 a ttjv èirÉKEiva Kai toû8e apx’)v *
TaÙTqs yàp èxopEvoi Xéyeiv irEipupsOa rrepi ÊKfiivqs, 20
2 t) ins. ni. m. k 6 tô addidi 7-8 où ri addidi : tE ins
A’, om. A, mg. uirg. cens. || 8 où ri . ovti A || 20 fcreipûpeOa
coni Kopp || 20 - p. 63.9, extremos uersus in noua meinbr.
refecit A2 * * s : 20 rreipciip^ejOa
63
DFi PREMIERS PRINCIPES
impossible. Cependant, abordons maintenant la dis-
cussion qui porte principalement sur l’un. Et voici
ce qu’il faut chercher avant tout à savoir s’il est
connaissable sous quelque rapport, ou absolument
inconnaissable.
[2. Arguments positifs. La méthode des contractions]
Mais, si nous sommes capables, nous aussi, de remon-
ter1 < à partir des > dernières réalités jusqu’à cc qui
est le plus simple et le plus compréhensif de tout, ce
qui en vérité ne peut être supposé que de l’un, il est
dès lors] tout à fait certain que de lui justement
nous avons quelque connaissance, et que davantage
encore la connaissance supérieure [à la nôtre] peut
l’atteindre.
Ensuite, si nous concevons par l’un une chose et
par les plusieurs une autre qui lui est opposée, nous
avons donc une notion de l’un ; et, si cet un a la nature
d’une forme, nous concevons aussi l’un incirconscrit
qui est avant les formes : tel est l’un qui est tout selon
l’absolument simple. En outre, puisque chacune des
formes est également un certain un, et que ce n’est pas
la même chose que d’être un et d’être forme, comme
ce n’est pas, non plus, la même chose que d’être être et
d’être un, en contractant tous ces éléments, nous les
réunissons, en tant que formes, dans l’unique substance
incirconscrite de l’intellect, en tant qu’êtrcs, dans
l’unique union indifférenciée de l’être, et en t nt qu’uns,
dans l’unique unité incomposée de l’un.; car, de même
qu’en réunissant une infinité de points tu obtiens
un seul point, de même en contractant ensemble
une infinité d’uns tu obtiens l’un qui est le plus
compréhensif de tous.
De plus, il est nécessaire que tout cc qui se présente à
notre pensée, ou bien soit plusieurs seulement, sans
participation à l’un (mais, de cette façon, les plusieurs
ne cesseront pas de s’infinitiser, et ainsi nous n’en
1. ’AvaXéeiv : voir supra, p. 4.21-22 et n. 2.
I{. I, 42-43
DE PHINCIPIIS
63
exeoOai ouk evqv ' Xeyéa0<i> 8e opios Kai vûv o irepi Toû evog
irpoijyoùpevos Xôyos. Kai toûto ye irpô iravrcov ^TjTTjTéov,
eî irr) yvworrôv i) irâvTr) âyvwoTOV.
’AXX ci 8uvâpe0a Kai rjpeis àvaXùeiv (airô rûv) èoxàrwv
axpi tou âirXouorâTOU Kai iràvrwv irepieKTiKOrarou, o 8r) >
to ëv pôvov oîôv Te Ûiro0éa0ai, irâvTUs oti toûto aÙTO irr]
yvupl^opev, Kai cti pei^ovus i] Kperrrwv yvwai; aura
peTepxeTai.
AeÙTcpov 8e el to èv âXXo ti èwooûpev Kai Ta iroXXâ
ërepôv ti ckcivu) àvTiKeîpevov, ëxopev âpa ëwoiav tou evo$ 10
el 8e to toioûtov c18i]tik6v, èvvooupev Kai to irpo tûv ci8ûv
àirepiypa<|>ov év, oîov to iravra ëv KaTa to irâvTir] àirXoù-
orarov. ripo; 8e toÙtois, eirei8i] ÉKaorov twv ei8<ov Kai ëv
ti ê<TTiv, où TaÛTOV 8è evi clvai Kai cï8ei, ûairep ou8e
ovti Kaî évi, cruvaipouvres CKaara, ûs pèv eï8i] auvayopev 15
ei ttjv plav toû voû airepiypa<|>ov oùaiav, ûs 8e ovra eîs
ttjv plav toû ovtos âSiaKpiTOV ëvuaiv, ûs 8è eva eis ttjv
plav toû èvôs àoùvOeTov êvôrqTa ’ ûs yàp âireipa orjpeîa
auvâywv ëv ai]pciov iroieis, outus âireipa eva opoû auvai-
pûv, èv iroieis to irâvrcüv irepiXijirTiKÛTaTOV
Fl ôs 8e toutois àvâyKi] irâv Ôtioûv irpoTiOepevov eis
ëwoiav T povov clvai iroXXâ apéroxa toû èvôs (outio 8e où
CTTijCTCTai âireipoupeva, outcd 8e où8 èwaiîaopev aùrûv
1 Xeyé|aOcoj, 2 TrporjYoûpi lyoqj, 3 L^ÏIJ’ 4 8wàpe|0aj, 5
àirXouLCTàjrov, 6 êvj, |aùrij, 7 pyvcôjaiç, 9 [Ttj 4 àrri>
tûv éa/aTcov scripsi : êc/arov A (Êxacrov p“ nb) || 7 xpelrrcùv
BC, -v noua membr. coopertum in A || 18 évôç in ras., Svroq
mg. punctis notatum A1 || 19 Liroieïç ovtwç àjTretpa, 20 irnxvrwv
TrspijXijTrTixÛTaTov, 21 Làvàyxi] îrâvj rcfecit A*.
64 DES PREMIERS PRINCIPES
pourrons rien concevoir), ou bien soit plusieurs avec
participation à l’un (et, simultanément avec l’acte
qui nous fera connaître les plusieurs, l’un aussi sera
connu sous quelque rapport, puisque c’est lui qui a
arrêté l'effusion des plusieurs à l’infini), ou bien il est
nécessaire que cela se présente comme seulement un,
séparé de la notion des plusieurs, autant qu’il est
possible ; car, même s’il n’est pas aisé de nous séparer
complètement de la pluralité, nous pouvons monter
davantage vers l’un et purifier cependant vers lui
notre pensée1.
[3. L’analogie el les négations]
En outre, la connaissance a lieu ou selon une intui
tion2, ou selon un syllogisme qui est une sorte de
< vue > faible et obscure, comme si elle voyait de
loin, mais en prenant appui3 sur la nécessité de la
conséquence, ou [encore] selon un certain raisonnement
bâtard4 qui n’a même pas de point d’appui lointain8,
mais qui pense les choses les unes à partir des autres ;
c’est par lui que nous avons coutume de reconnaître
aussi la matière, une privation et, en un mot, un non-
être. Or, si c’est là sans doute une certaine façon encore
de connaître, peut-être de cette façon-là connaissons-
nous aussi l’un qui est au-delà de tout, comme Platon
l’enseigne, quand, tantôt par l’analogie il nous fait
avancer vers ce qui est transcendant à l’essence, et
tantôt par les négations6 dépouille devant nous cette
haute nature qu’il finit par déclarer ne pas même être,
mais qu’il déclare un seulement sans participation à
l’être ; en effet, de cette nature procède l’être. Et,
puisque, le nom, la définition, l’opinion et la science
appartiennent à l’être, Platon les élimine aussi. Et si
encore l’mtellection a l’intelligible pour objet, c’est-à-
dire l’être, il faut éliminer aussi 1 intellcction, en tant
qu’elle est composée et ne convient pas au parfaitement
simple7.
1 7. Voir Noies complémentaires, p. 156.
R. I, 43
DE PR1NCIPIIS
64
ouS ÔtioÛv) i] peTexovra iroXXà toû evôs (Kai apa tô
yvwpiapô tôv iroXXôv yviaaOi^aeTai irais Kai to ëv, oirep
Kai eoTTjae ttjv tôv iroXXôv [eiri] èir’ âircipov yuaiv) i) aUTO
pôvov ev TrpoTi0CCT0ai, xtJPt^°P€VOV Tijs tôv iroXXôv
èvvoîas, ûs oîov Te • ei yàp Kaî pi) pâSiov àiroaT-fivai TcXéais 5
toû ttXt]0ous, àvayôpeOa paXXov irpôs to ëv Kai àiro-
Kaûaipopev rrpôs aÙTÔ opa>s tt]V rjpcrépav ëwoiav.
’Eti toivuv to yiyvûaKeiv i) Karà eiriÊoXijv yîverai, r)
Karà ouXXoyicrpôv, î] ômv paXOaKi) tis (o'J'is) Kai àpuSpà
oîov irôppoiOev pèv ôpôaa, tt) 8è avâyKi) ttjs aKoXouOias 10
èirepei8opévi), rj Karà vô0ov Tivà Xoyiapôv où8è rijv irôp-
pa>0ev ëx0VTa airépeiaiv, àXX’ a<}>’ èrépaiv ëTepa èvvooûvra,
û Kai ttjv ûXrjv yvuipiÇciv eiûOapev Kai crrépijoiv Kai oXoïs
pr) ôv E 8rj toi Kai oStos Tpôiros tis èori yvûaeœs, piproTC
Kai to eircKeiva iravTœv ëv outw y yvûoKopev, ûs o FIXcltiov 15
irapa8i8<oai, irorè pèv Karà àvaXoyiav T]pas irpooÇ Ça^œv
eis to tt]s oùaias è£flpi)pévov, iroTè 8è 8 a tôv àiro<|>âaeü>v
âiroyupvôv rjpîv eKcivqv ttjv <j> aiv, i]v reXeuTÔv o 8è
eîvai «jjTiaiv, àXXa pôvov ëv toû eîvai âpéroxov • àir’ aÙTTjs
yàp to eîvai. Kai èireiSr] to ôvopa Kai ô Xôyos Kai r] 8o£a 20
Kai 1] èiri<TTi]pi] toû ovtos, à<)>aipeî Kai TaÛTa. Ei Se Kai i]
voyais toû voîjtoû èori, toûto 8e èori toû ovtos, à<|>aipe-
réov Kai ttjv vôijaiv are auvOerov Kai tô àirXouoTàT<j> pr]
è<|>appo£ouCTav
11 = Tirn 52 b 2 IG 17 Heup. VI 508 b 12-509 C 2 ||
17-19 Parm 141e 9-142 al | 20 21 = Parm 142 a 3-4.
3 èrrl A : om. B || 9 addidi 14 toi scnpsi . tic, -o
puncto del A || 15 xal ins. A* 18 ^pîv C : 4;pôv A || 23 r»;v
vôijaiv (ut uid.) A : Tau-njv A".
65
DES PREMIERS PRINCIPES
[4. La connaissance unitaire]
Mais s’il y a une connaissance unitaire (telle est celle
des dieux), connaissance qui s’établit selon l’un et
au-dessus de l’unifié, c’est elle qui sera en contact avec
l’un par intuition, tandis que la connaissance plus
opaque (telle est la nôtre en particulier) atteindra l’un
avec peine par un raisonnement bâtard Et, si jamais
nous en avons nous-même quelque intuition1, ce sera,
lorsque, comme le dit Platon, nous dirigerons vers lui
le rayon de l’âme2, en déployant la fleur même de notre
connaissance3 conformée à l’un. Or, que Platon pose l'un
comme connaissable, il l’a clairement montré, en
l’appelant l’objet le plus haut de savoir, et de plus,
dans le Sophiste, en le déclarant antérieur à l’être
et en limitant sa démonstration à la seule notion
de l’un.
[5. Les contractions dans l’ordre unitaire]
Outre cela, s’il y a une connaissance unitaire (comme
le montrent les transports divins4), de même que la
connaissance morcelée de la pluralité des êtres se
contracte dans l’unique notion de l’un-être, de même se
contractera aussi celle de la pluralité des connaissables
unitaires®. Il est évident, en effet, qu’à la connaissance
unitaire nous ferons correspondre aussi un connaissable
unitaire ; car assurément on ne pourra pas dire que
le dieu participable8 connaîtra tout le reste, mais
s’ignorera lui même, ou qu’il se connaîtra seulement par
1 être, et non point aussi par l’un, surtout par l'effet
de l’intcllcction unitaire qu’il possède lui-même. Et,
1. Sur l’inlellecfion unitaire déjà évoquée comme une exception
pour nous, cf. supra, p. 10.12-14. Sur l’intellection en général,
cf. supra, n. 1 de la p. 10.6.
2-6. Voir Noies complémentaires, p. 156-157.
R. I, 43-44
DE PR1NCIPI1S
65
El 8è ècrriv éviaia yvûais, oîa r) tûv Oeûv, kcitù tô èv
ècrrûcra Kai ûirep to Tjvupèvov, aÜTT] è<J>âi]ieTai toû èvôs
kqtô èiri6oXi)v, r] 8e rraxoTepa, oîa Kai rj rjpeTépa, voOu
pôXis Xoyiapw avriXi)\|/eTai toû èvôs* ”H8t) 8e iroTe | Kai
rjpeîs em£aXoûpev, otov, ûs «t’Tjcri, tt)v aùyqv tt]s 4* X’IS 5
âvaKXiviopev to avOos aÛTO ‘irpo£aXôpevoi tt)s évoei8oûs
T)po)V yvioaews* ’Oti 8e yvwarôv aÙTÔ TiOerai, aa<|><i>s
è8i)Xwaev peyiorov auro pa0qpa KaXécas, Kai èv î <|> cttt)
pevTOi irpô toû ovtos airo<|>T)vas aÙTÔ, koto ttjv toû evos
èwoiav pôvt)V aT-qo-as ttjv àirôSci^iv. 10
Xiopis 8è toutgjv, ei ècrriv éviaia yvûais, ûs 8i)Xoûaiv oi
èvOouaiaapoi, KaOcerrep rj tûv ttoXXûv ovtüiv pepepiapevq
yvûais auvaipeiTai eis piav tt,v toû èvôs ovtos èwoiav,
oÛtu Kai Tj tûv ttoXXûv èviaiiov yvœcrrûv ArjXov yap oti
tt) éviaia yvioaei Kai èviaîov yvioarôv àvTi0i)aopev ou yap 15
8t)ttou ô peOeKTÔs Oeos tÙ pèv âXXa eïoerai, èauTÔv 8e
ayvoT)aei, i) yvwaeTai povov Kaîà to ôv éauTov, outi ye
pï)v Kai koto to è'v âXXw$ Te Kai tt) èviaîa voT)aei i)v aÙTÔs
3-4 Tim. 52 b 2 || 5-6 - Ilesp. VII, 540 a 7-8 | 6 cf. Orac
Chald., fr. 1.1 ; 49.2 8 Besp. VI, 505 a 2-3 ; VII 519 c 9-10 ||
8-10 = Soph.245 a 5-b 9.
6 KpoSaXôpevoi A : -XX- Ax || 13-17 extremo.s uerstis in
noua membr. refecit A’, pleiwquc initiis uersuuni adscr. A’
13 êvÔLSj, 14 èviatcùLV yvcojCTCÔv, 15 épiaïjov, 16 pteOexTÔçj,
17 YiyûjceTa'. 16 p refectum (srd Spir. Icnis dispicitur,
fort, erat alÙTÔç]), leOeMTÔçj (in spalio 4 litt.) A8, |0extoçj
initio uersns sequentis A’.
GG DES PREMIERS PRINCIPES
la disposition de l’intellect rattaché est, en effet, celle
aussi de l’intellect même qui le précède comme prin-
cipe1 ; donc, celui-ci également se connaîtra lui-même.
Or, il est l’un, donc il connaîtra aussi l’un. Et, pour
le dire en bref, de même que l’intellectif est double,
de même nous déclarons qu’est double également
l’intelligible, à savoir l’unifié et l’unitaire, celui-ci
étant suprasubstantiel, celui-là substantiel2. Or, nous
déclarons que l’intelligible est ce qui est connaissable par
l’intellection. Il y a donc aussi un connaissable unitaire,
et connaissable par conséquent est aussi un certain un ;
donc il y a une pluralité de connaissables unitaires. Et,
pour dire ce que j’étais en train d’expliquer, la division
des connaissances de cette pluralité d’unitaires doit
être contractée dans une connaissance une et parfaite
de l’un parfait, lequel est le coagrégat simple de la
pluralité des hénades.
[6. Le « quelque » un]
Et déclarons encore : si quelque un est connaissable,
la nature de l’un ne répugne pas absolument à la
connaissance. Ainsi, de même que la forme pure est
connaissable parce qu’est aussi connaissable cette
forme-ci, et de même que l’être pur est connaissable
parce que cct être-ci également est connaissable,
de même encore l’un pur doit être connaissable,
parce qu’est aussi connaissable cet un-ci. En effet,
le < « quelque » >, dans tous les cas, est tel en tant
que tel, par exemple, quelque forme est telle, mais
en tant que forme ; quelque être est tel, mais en tant
qu’être ; et par conséquent, quoique un est tel, mais
en tant qu’un. Toutefois, si la contraction passe nos
forces, parce que nous restons disloques dans la guerre
titanique3, qu’y a-t-il là d’étonnant? En effet, nous
ne connaissons même pas < les > formes qui sont
dans l’intelloct, comme le dit Platon lui-même dans
scs Lettres, cependant nous paraissons faire beaucoup
1-3. Voir Notes complémentaires, p. Io7-158
B. I, 44-45
DE PRINCIPIIS
66
?Xei' Kai yàp ûs ô è^i)pTT]pèvo s cx€l v°ûs, oCto Kai aûrôs
ô n-poapxüiv yvûo-eTai apa Kai aÙTÔs êauTÔv, aÙTÔs Sè to
ev, yvûaeTai apa Kai to ëv. Kai oXe>s eiireîv, ûairep Sittov
to voepôv, outco Sittov eîvai <|>apev Kai tô vorjTÔv, to pèv
TjVGipevov, to 8è eviaîov, to pev ûirepouaiov, èKeîvo 8e 5
oûaiûSes ' to 8è votjtov <j>apev to yvwcrrov tt) vorjaei
ecTiv apa Kai éviaîov yvüxrrov, yvioorov àpa Kai ëv ti
èariv, iroXXâ ouv Ta eviaîa yvaxrra. Kai o vûv 8ir]pxôpi)v,
èpû r] tü>v iroXXûv toutcov yvWCTeaiv 8iaipeais eis piav
auvaipeia-Olo yvlüaiv ôXoTeXi] toû oXotcXoiis èvôs, o êariv 10
âirXoûv auvaipepa tûv iroXXûv évâScjv
Eti 8e Xeyiopev, eî ëariv ëv ti yvœorov, t) toû évos 4>uais
ouk àvaiverai iràvTi] ttjv yvûaiv 'ils ouv to airXûs eîSoç
yvworTÔv, oti Kai touti, Kai to âirXû$ ov, oti Kai touti,
outw Kai to airXûs ëv yvaiorov av eïi), oti Kai touti. Kai 15
yàp to éKacrraxoû (t!^ toioûtov, ?) toioûtov, oîov ti eîSos,
aXXa KaOo eî8os, Kai t'i ov, àXXa KaOô ov, Kai Ti apa ëv,
àXXà KaOo ev. Ei 8è q auvaîpeais r|pâs ùirepÇaivei tous
èv tû TiTaviKÛ iroXepo) 8ieairaapévous, ti Oaupaarôv ;
Ou8è yàp (tœ) èv vû ei8r] yivûaKopev, ûs èv Eiria-ToXaîs 20
aèiTÔs Xéyei ô FlXâTiov, àXX‘ op<i>s Kai irepi èKeîvuv iroXXâ
20-21 = l.pisl VII, 342 a 7-343 c 6.
2 fort, icpoüiràpxov || 8 scr. vûv Si; Tjpxéprrçv (refert ad
p.65 1114) 16 xi addidi || 19 cuveaTtaapévouç A corrcxi || 20 rà
èv vcp eïSi] scripsi : èv tûi eïSi] (sic) A (êv Tÿ eï8et Ruelle).
67
DES PREMIERS PRINCIPES
de déclarations même au sujet de ces principes, en
entrant en contact avec eux d’une certaine manière, non
pas sans intermédiaires, mais à travers les formes (qui
se réveillent en nous) comme à travers certains corps
transparents1.
De plus, sans doute, il faut que le connaissable,
lui aussi, commence à partir de l’un, comme le disent les
philosophes (car, déclarent-ils, tout commence à partir
des dieux)2 et comme nous le montrerons nous-mêm<
par la suite, quand nous serons arrive à ce point3.
Par conséquent, le premier connaissable aussi est dans
les dieux, puisqu’on eux est aussi le premier connaissant
En effet, où se trouve l’un des termes d’une relation,
se trouve naturellement aussi l’autre. Si donc le premier
connaissable est un, il est nécessaire que le premier
un soit connaissable, puisqu’également dans les êtres
le premier connaissable est précisément le premier
intelligible et le premier être.
[7. L’un comme tout]
Ajoutons enfin que l’un pris absolument est tout
en tant qu’un, car il n’est pas quelque un, mais tout
un, comme le disaient Linus et Pythagorc4 par
conséquent, il est aussi connaissable ; en effet, le
connaissable aussi est un certain un qui fait partie du
tout, par suite, dans l’un le connaissable aussi est
anticipé. A partir doue de ces raisons et d autres
semblables on pourrait croire que l’un antérieur à
tout est lui-même connaissable.
1. La construction : 8ià -rœv nap’ vjp-ïv âvsyeipofxévojv eiSüv,
<ooTrep [8ux tivojv tropiàTOW__est analogue à celle de la phrase
de Tim. 27 b 2-3 : ùç elç 8 xaoTàç fjpuxç = etç rjp.âç [et;
SixaoTÔç. — On notera la belle comparaison que fait Damascius:
les formes qui se réveillent en nous jouent par rapport aux prin-
cipes un rôle analogue à celui de certains corps transparents par
rapport à la lumière. — Cf. le rôle du Siaçavéç dans la théorie
de la vision chez Aristote, De an., 11 7, 418 b 4-419 b 3.
2-4. Voir Notes complémentaires, p. 158-159.
R I, 45
DE PRINCIPIIS
67
SiœrciTTeaOcii 8oKoûpev, ècjxw'rôp.evoi irais aùrûv ouk
apieaais, aXX’ aiairep Sia tivoiv aa»pàTa»v 8ia<J>ava»v tûv
irap’ ijpiv àvcyeipopévaiv ciSûv
“Eti 8t) ouv /pr) Kai ro yva>orôv àirô toû évôs apx«a0ai,
d>S XéycTai ûirô tûv <}>iXoao<|>a>v (iravTa yàp àiro tûv 0eûv 5
àpxcTai, 4>aaîv), Kai 8eix0qaeTai u<j>* *qpûv év toîs è£f)g,
oTav èiri toûto» yivûpcOa. "Hotc Kai to irpÛTOv yva»orôv êv
Oeoîs, èireiSi) Kai to yvaxrriKÔv • oirou 8è to êrepov, Kai to
ëTepov tûv irpog ti itc<}>uk€v. Tô irpÛTOv apa yva>orôv cl
ëv êoTiv, àvàyKT) to irpÛTOv év ctvai yvaxrrôv, circiSi) Kai 10
èv toîs oùai to irpÛTov yva>orôv aÙTÔ caTi to irpÛTOv
votjtov tc Kai ov.
AXXà yàp èiri irâai to ëv âirXûs iràvTa cotIv cv ' où
yàp èariv ëv ti, àXXà irâv ëv, a»s Aîvos tc cXcycv Kai
Fl Oayopas • Ûotc Kai yvaiaTov ‘ ëv yàp ti tûv iràvTWv 15
Kai to yvaxrrôv, èv tû évi apa Kai toûto irpoeiXr)irTai. ’Ek
pèv Si) toutojv Kai tûv toioutuv ûiroXagoi av tis ctvai
yvaxrrôv aÙTÔ tô irpô iràvrojv ëv.
6-7 infra, p. 80.1-89.3 || 13-15 Liniis ap. I. Slubaeum, I 10, 5 |
Pythugoras ap Anst., Met. M 6, 1080 b 6-7 et 30-33.
5 ûç scripsi ; xal A ^6ti pro £ti coni. Ruelle) || 11 ante
aÛTÔ] œÛt6 éanv inductum A || 14 Xïvôç A.
10
68
DES PREMIERS PRINCIPES
[8. Arguments négatifs. L’un comme tout]
Mais, à 1 inverse, on pourrait élever des doutes,
en considérant les arguments qui précèdent Parmi
eux, commençons par celui que nous invoquions en
dernier lieu ; en effet, si l’un est tout, pour quelle raison
serait-il plutôt connaissable qu’inconnaissable? Car
l’inconnaissable est là-haut d’abord ; en effet, lui aussi
est un certain un faisant partie de ceux qui viennent
après l’un, lui précisément qui est contredivisé du
connaissable et qui est un certain un faisant partie
des plusieurs ; or, ce qui est au-delà même de l’un n’est,
comme nous l’avons vu, ni connaissable ni inconnais-
sable. Par conséquent, l’un est inconnaissable, du
moins d’après un tel raisonnement. De plus, en effet, si
l’un a été le premier à jaillir1 de l’ineffable, il est clair
qu’il s’en est très peu écarté et qu’il reste encore couvert
par l’incognoscibilité de celui-là.
A cela ajoutons que s’il est tout selon l’un, rien
en lui n’est déjà mis à part ; il n’est, par suite, ni
connaissable ni inconnaissable, mais il est seulement-
un et tout en tant qu’un. En outre, si, parce qu’il est
tout, il est, pour cette raison, connaissable, il sera de
même connaissant car cela aussi est un [certain] un qui
fait partie du tout ; mais que pourrait-il connaître ?
Il ne peut pas, en effet, connaître ce qui est avant lui.
car cela n’est absolument pas connaissable. Il ne peut
pas non plus se connaître lui-même, car [autrement]
il contractera une certaine dualité en se retournant vers
lui-même et il ne sera plus un ; de plus, [voici qu’]agira ce
qui est antérieur à tout acte et à toute puissance ;
c’est en effet dans une certaine distinction à partir de
la substance que s’observent ces propriétés, mais
lui est encore au-dessus de toute distinction et il est
justement ceci, à savoir un seulement II ne connaîtra
pas non plus ce qui est après lui ; car [autrement]
il agira, et son acte sera tourné vers ce qui est inférieur,
1 Voir Notes complémentaires, p. 159.
R. I, 45-46
DE PRINCIPIIS
68
(26) PlaXiv 8e âv tis àirop aeiev es eKeîva âTrogXei]/as- *Slv
irpœrov pev, o 8i] uototov eXeyero ei yàp iravra tô ëv, ti
paXXov yvajorôv rj âyviüarov ; Kai yàp tô ayvcücrTov èkcî
irpcorov • ëv yâp ti Kai toûto tov perà tô ëv, oirep Kai
âvTiSiT)pT)Tai tû yvcoarû Kai ev ti tûv ttoXXûv èariv ' tô 5
8e èireKCiva Kai toû èvôs oirre yvwarôv -îjv outc ayvcoarov.
Eariv âpa to ev âyvworov, eK ye toû toioutou Xôyou.
Kai yap âXXa>s, ei irpœrov âveûopev àiro toû àppi)Tou,
StjXov ûs rjKiara SiéoTi] aùroû Kai en uiro rqs eKeîvo u
àyvœaîas èiriXuyà^eTai. 10
Flpôs Toivuv toutois, ei iravra èan kotu tô ëv, où8èv èv
airrû Kex^pia’Tai ouTe apa yvuxrrov èanv oirre âyvcoa-Tov,
aXXa pôvov ëv Kai iravra ëv. “Eti ei, oti iravra, 8ia touto
YVwcttov, ëarai Kai yvcjcrnKov Kai toûto yap ëv tûv
irâvTüiv KaiToi n âv yiyvuaKoi , Oüre yàp tô irpô èauToû, 15
où8apûs yàp eKeîvo yvcoaTov. Oirre éauTo ’ 8ittX6t)v yàp
ë£ei Tivà irpôs éauTÔ èTriorpéc^ov, Kai oÙKen ëv ’ Kai
èvepyijaei ro irpô iràorjs èvepyeias Kai Suvapecos ’ èv 8ia-
Kpiaei yap tivi TaÛTa àirô tt)s oùaîas ôparai, ro 8e Kai
ùirèp iràaav Sicucpiaiv Kai aÙTÔ toûto ëv povov Oüre rà 20
pe0 éauTÔ yvaicreTai ’ Kai yap èvepyqoei Kai ëoTai aùroû
1 LàrroûXétpaç ûvj et 2 |Yàpj in noua inembr rescr. A’
([àrcoëÀétpaç ûvj in fine praec. pag. adscr. A1).
69
DES PREMIERS PRINCIPES
et cela, tout en étant le premier de tous les actes, alors
que même dans les êtres inférieurs la connaissance de ce
qui est supérieur est première, deuxième celle de
soi-même, troisième celle de ce qui vient après soi-
même.
[9. Le « quelque » un]
En outre, bien que le « quelque » un soit connaissable,
c’est comme un certain un, mais non pas cert es comme
purement un. Car on peut bien admettre que l’unitaire
est connu, comme intellectif, ou comme vital, ou comme
un au sens de l’un suprasubstantiel qui illumine l’être ;
mais l’un pur est encore au-delà de ces uns.
[10. L’analogie el les négations]
Par conséquent, les arguments tirés des contractions
et ceux qui sont tirés de l’analogie de l’être conduisent
à l’un établi au-dessus de l’être ; en effet, de même
que l’être est, dans les êtres, le premier intelligible1, de
même aussi 1 un est, dans les suprasubstanticls, le
premier intelligible suprasubstantiel2 ; par suite, ce
qui est au-delà doit être inconnaissable. De plus,
le raisonnement bâtard, celui qui procède par les
négations et celui qui procède par l’analogie, et encore
le syllogisme qui contraint par la conséquence à
conclure qu’on sait ce qu’on ne sait pas, tout cela,
c’est peut-être le fait d’un raisonnement qui marche
dans le vide, en connaissant les choses les unes à partir
des autres. Car, en un mot, si l’on ne connaît pas le
1. Cf. supra, p. 66 3-6 et n. 2
2. Il s’agit là, en fait, de l’unifié suprasubstantiel ou êtie
unitaire, l’un pur étant au-delà ; voir infra, p. 71.9-15.
R. I, 46
DE PRINCIPIIS
69
irpos to xeîpov tj évepyeia, Kai TaÛTa irpcoTT) oùaa iraoûv
èvepyeiûv ' KaiToi Kai èv toîs èareiTa irpcoTT] yvûais èonv tj
tou KpeiTTOvos> Kai Seirrépa r) ye èauToû tivos, Kai Tpirq
rj toû pe0’ èauTo.
Xcopis e toutcov, ei Kai yvcocrrov eari to ti èv, [Kai] -Jj ev 5
ti, àXX outi ye Kai ôs âirXûs ev riyvtooKeaOco yap cos
voepov tô ye éviaîov, i] ws Çcotikov q côs èv to ûirepoucnov ô
KaTaXâpirei to ov • aXXà Kai toutcov èireKeiva to àirXcos èv
"flore Kai oi airo tûv auvaipéaecov Xoyoi Kai oi airô tt)s
avaXoyias tou ovtos eis toûto <J>epouai to èv to toû ovtos 10
trepiSpupevov cos yap tô Bv èv toîs oùai to irpÛTOv
votjtov, o tco Kai to èv èv toîs utrepouaiois to ûirepoûoiov
irpÛTov votjtÔv • tô èirèKeiva apa ayvcoarov âv eïq. Kai
pijv ô voOos Xoy apôs, o Te 8i airocjiaaecov Kai ô 8i ava
Xoyîas, en 8e ô Si’ ÔKoXouOias àvayKciÇcov ouXXoyiopos 15
o pq oTSev tis el8èvai, TaÛTa irâvTa pqirore KevepÇaToûvTos
è<TTi Xoyiapoû, àirô âXXcov aXXa ylvÔokovtos "OXcos 8e
14 = Tim. 52 b 2.
3 tivoç leuiter inductum in A, om. BC || 5 xal2 deleui || y
Ruelle : A || 7 Êv A : Ôv A* || 11 ôç — 13 votjtôv] locum
refecerunt in mg. A*, deinde in segmenta membranaceo
agglutinato A* : ôç yàp tô Ô ^Êv Ôv èv toïç oôci tô npô A’j | |èv
Toïç ovai tô npô-rov èa-n mg. A*, omnia inductaj tô TvpÔTov j_tô
xpô inductum, êotI s.u. addidit A3 * sj voïjtôv, oôtco xal tô êv
êv toïç ûirepouoloiç tô A’j | .ûxepouotoiç tô rcpÔTOv êotIv mg.
A’, ûrrepouoloiç tô induxit A’j oloiç tô [jnductaj ûitepovaiov
rcpÔTov votjtôv ^TtpÔTOV vot)t6v inductaj || 11 ô<v> (non êv
Ôv) ut uid. A, et ita BC, qui celeroquin texlum retectum
praebcnt || 17 yivôcxovtoç A’ : -cxcov A (an scr. -oxsiv ?).
70
DES PREMIERS PRINCIPES
terme simple, on ne saurait connaître la proposition
entière, ni par conséquent tout le syllogisme. Quant à
l’analogie, elle pourrait s appliquer aussi à ce qui n’est
pas du tout : par exemple, < ce que > le soleil est
par rapport au visible et à la faculté de voir, l’un l’est
par rapport au connaissant et au connu1. Sans doute,
nous connaissons le soleil, mais l’un nous ne le connais-
sons pas ; et la négation, nous savons ce qu’elle exclut,
mais ce qu’elle laisse subsister nous ne le savons pas.
Et même Platon ne croit pas tout à fait que l’un soit
connaissable ; d’abord, en effet, il dit dans le Parménide :
« il n’est donc pas connu », en excluant totalement
sa connaissance. Et dans la Bêpublique, bien qu’il
paraisse le, faire connaissable, cependant il dit que le
connaissant et le connu ont besoin de la lumière, afin que,
irradié par la lumière, < celui-ci devienne plus capable
d’être saisi >, et celui-là plus capable de saisir, attendu
que l’objet connaissable est devenu plus clair par
l’irradiation, car le connaissable aussi agit sur le
connaissant en l’éveillant pour ainsi dire à son acte
propre. Ainsi donc, si l’un est connaissable, il faut
qu’il soit lui-même re.ndu brillant par la lumière ;
cependant, comment l’un pourrait-il être rendu brillant
par une lumière qui lui soit propre ? En effet, la lumière
de la vérité, dans ce passage-là, découle de l’un2.
[11. Les contractions unitaires]
Mais sans doute notre pensée qui saisit 1 un saisit
l’un qui est déterminé par rapport au reste ; c’est
pourquoi elle introduit aussi en même temps la saisie des
1. Damascius identifie l’un avec le bien de l’analogie platoni-
cienne (Hép., VI, 508 b 12-509 c 2). Môme identification chez
Proclus (El. théol., § 13), qui précise cependant que le même prin-
cipe est nommé le bien selon la remontée par l’analogie, et l’un
selon la méthode négative du Parménide (Théol Pial, Il 6,
p. 40-43).
2. Voir Notes complémentaires, p. 159.
R. I, 46-47 DE PRINCIPIIS 70
ei pr; oî8ev tô àrrXoûv, oùk av ci8eir) ttjv oXîjv rrpÔTaaiv,
ûaTe où8è Tov ô'Xov auXXoyiapôv. Kai -q àvaXoyia yevoiTo
âv Kai irepi tûv prj ovtuv iravTcnraaiv, oîov (o^ èanv
rjXios rrpôs ôpaTov Kai ôpaTiKÔv, toûto to ev rrpôs
yiyvûaKov Kai yiyvaiaKÔ | pevov. Tov pèv ouv rjXiov ïapev, ô
to 8è ëv ouk ïapev, Kai r] àrrô<|>aais o pèv ïapev à<|>aipei, o
8è ârroXeîrrei oùk ïapev. Kai ô FlXaTuv 8’ où irâvT<J$ oïeTai
yvivaTOV eîvai tô ev • rrpÛTov pèv yàp èv Ha peviSr) <J>-qaiv •
ou8è yiyvwaKETai âpa, KaOôXou ttjv yvûaiv à<J>aipûv. Kai
èv Tp rioXiTeia, Kaîroi Sokûv aÙTÔ yvûpipov rroieîv, opus 10
to yiyvûaKov Kai yiyvioaKÔpevov 8eia0ai <}>T)ai toû «JxütÔs»
ïva tû <J>wt yavioBèv *** tô 8è âvTiXîjTrTiKÔv, oîov Tpavea-
TÉpou (toû^ yvwaTOÛ yevopévou yavoOévTos ' 8p<j yàp
Kai to yvcoaTov eis to yiyvûaKov, oîov Sieyeîpov aÙTÔ
rrpôs ttjv ouceiav èvépyeiav. El 8t) yvœarov to ev, 8eî aÙTÔ 15
yavoOpvai tû 4>u>ti ' koitoi rrûs âv yavuOeir) to ev ûtrô toû
oikelou 4>utÔs J Tô yàp Tps àXpQeias 4>ûs èv èKeivois àirô
toû évôs àiroppeî.
’AXXà prjv r) cwoia ppûv p toû évôs àvTiXapÊavopévp
toû 8iü>piapévou rrpôs rà aXXa avTiXapgàveTai, 8iô Kai 20
2-5 = nesp. VI 508 b 12-509 c 2 || 8-9 = Farm. 142 a 4-6 ||
9-12 = Resp. VI, 508 d 1-e 4 | 15-18 = Hesp. VI 508 e 1-509 c 2.
3 6 addidi || 12 lac. notaui, tupple ferc tô pèv âvTiXpTrrèv
pâXXov yévrjTai, mg. uirg. cens. A t68e A || 13 toü addidi ||
18 àrroppeï C ex corr., B : -eîv A || 20 toû] scr. cbç ?
71
DES PREMIERS PRINCIPES
plusieurs, de sorte que, même si nous [les] contractons,
nous nous laissons porter par la même notion, celle qui
est en opposition avec celle des plusieurs, tandis que
la notion de l’un doit être sans opposé et unique dans sa
perfection. Et même la contraction vers l’unitaire et
vers ce qui est tout selon l’un reste indigne d’un tel un1,
puisqu’aussi bien l'être est tout selon Tunifié, et que
le plus simple est ce qui précède de façon continue les
plusieurs (en effet, c’est comme non-plusicurs qu’est
dit le simple)2, tandis que l’un est au-delà de la pluralité
des hénades, car c’est après lui que commence la
distinction3. En effet, de même que le complètement
unifié et indifférencié est le plus simple des unifiés, de
même aussi Tunifié suprasubstantiel, ou unifié unitaire,
s’il faut ainsi parler, est le plus simple des uns ; mais
l’un que l’on dit pur est encore au-dessus de cette
simplification, en sorte que même le dernier degré
[atteint] par cette simplification serait l’être lui-même,
celui justement que nous disons unitaire.
Et il faut considérer la possibilité que l’unifié lui
aussi ne soit pas encore connaissable ; car, en lui, le
connaisseble est contracté et comme confondu indis-
tinctement avec le reste, de sorte que tout y est ensemble
et qu’il y a un coagrégat unique de toutes les choses,
tandis que le connaissable, en tant que manifesté en soi,
n’est pas encore quelque un déjà [distinct].
[12. Autres arguments négatifs. Le purement un]
Ainsi donc, par rapport à ce que nous avons dit, voilà
les apories que Ton pourrait soulever ; mais, laissant
cela et examinant en elle-même la chose qui est en
question, disons si l’un pris absolument peut être
connaissable. Si donc l’un est seulement l’un en soi
et n’est rien d’autre qui fasse partie du tout, ni par
1. C’est-à-dire l’un « sans opposé et unique dans sa perfection •
ou l’un pur (1. 3-4).
2-3 Voir Noies complémentaires, p. 160.
R. I, 47-4«
DE PR1NCIPIIS
71
auvava<J>epe ttjv tûv ttoXXûv àvTiXi)iJ»iv, ûaTe Kav ouveXio-
pev, cm tt)s aûrqs èwoias oxoupcOa tt)s rrpôs rà iroXXa
àvTiKcipévrjs, toû 8è évôç r, ewoia ô<J>cîXei àvaVTi’OcTos
etvai Kai pia TravreXi^s ’ Kai q auvaipeais 8e irpôç to
eviaiov Kai to iravra Karà to ëv àvâ^iov toû toioutou cotiv 5
evos, èireiSr) Kai tô Sv m vto Karà tÔ rjvcopévov, Kai to
airXoûwTaTov toûto cotiv 8 irpo tûv ttoXXûv ècrri irpooex<i>s
(ûç yàp cvttoXu to âtrXoûv XéyeTai), eKeîvo 8e tûv ttoXXûv
evaSwv èrrcKeiva, per’ aÙTÔ yap •q SiâKpiaiç. 'fis yap tûv
Tjviopévwv ârrXouCTTaTÔv cotiv to ttÔ.vt|) Tjvwpcvov Kai 10
aSicucpiTov, ouTto Kai to tûv èvûv âirXouoTaTov iô ûrrep-
oûaiov T)va>pévov èorlv, Kai èviaîôv ye Tjviopévov, ei xpè)
outo> <)>àvai ’ tÔ 8è àirXûs Xeyôpevov ëv Kai uirep Taûrqv
eari ttjv àvârrXuaiv, Ûotc Kai to coxotov aûrqs aîrro fiv
e t) to ov, 8 Stj éviaîôv <|>apev. 15
2 ’EirioKeTTréov 8è p/qiroTC Kai to ‘èjvcopevov oûmo yvworov *
o’uvpprjTai yàp èv aÙTÛ Kai otov auyKéxurai peTa tûv
âXXuv àSiaKpiTus to yvwaTov, ûore irâv pèv àpoû Kai
ëv auvaipepa tûv ttÔvtwv, outtio 8è ëv ti ^St] to | yviooTov,
cos Ka0’ auTÔ 4>aivôpevov. 20
flpôs pèv 8è) Ta eipîjpéva ToiaÛTa av tis àrropTjoreiev '
X<opis 8è toutûjv aÙTÔ KaO’ aûrô aKoiroûvTes tô TrpoêXrjpa
Xeyupev ei 8uvotov to ye ëv âirXûs etvai yvupipov El
toivuv to ëv auTo pôvov èori to ëv Kai ouSèv âXXo tûv
1 avvavacpépei A : ouvavaçatvei A1 2-3 refecerunl in mg. A*,
in membr, agglutinais A’ : 2 àvriLXi]<];ivj A’A* ... èvjyolaçj A*
A’, 3 âvTuaxpéivrçsj A” 5 tô1 scripsi : rà A || àvàlpov hic
reposui post éviaïov hab. A || 9 évàSow] scr èvûv? (cf. u. II
sed et 60.11 || 11 gvov A (sed èvûv supra 55.12)
72
DES PREMIERS PRINCIPES
participation, car il n’y a rien avant lui, ni par
subsistence, car il est un, ni par causalité, car il ne
contient même pas une cause de quelqu’une des choses
qui procèdent de lui (car il n’y a rien là haut que l’un),
comment affirmerons-nous de lui qu’il est aussi connais-
sable? En effet, connaissable n’est pas la même chose
que un, et, si c’est autre chose, l’un n’est plus l’un.
De plus, si l’un est connaissable, ce sera ou bien par
participation, et [alors] le connaissable sera avant lui
selon la subsistence ; ou bien ce sera par causalité,
et l’un ne sera pas encore connaissable, mais le connais-
sable sera après lui et procédera de lui ; ou bien ce sera
par subsistence, et [alors] ce n’est pas l’un qui est par
subsistence, mais c’est l’ensemble des deux, à savoir
l’un-connaissable, de sorte que l’un sera par partici-
pation, si c’est dans l’ensemble des deux que consiste
ce qui est par subsistence.
[13. L'un comme tout]
En outre, si cet un-là est tout et tout < un >, comme
Linus et Pythagore le disaient, et si être tout ce n’est pas
être cette chose-ci, si au contraire être connaissable
c’est être cette chose-ci, la conséquence est claire, à
savoir que ce qui est tout n’est pas connaissable.
[14. L’union n’esl pas connaissance]
De plus, le connaissable est l’objet de désir du
connaissant ; par conséquent, la connaissance est
conversion du connaissant vers le connaissable ; et
toute conversion est un contact. Or, l’effet est en
contact avec la cause ou selon la connaissance, ou selon
la vie, ou selon l’être lui-même. Par conséquent, avant
la conversion selon la connaissance, il y a la conversion
R. I, 48
DE PRINCIPIIS
72
iravTiov oute Karà péOE^iv, oti pqScv irpô aûroû, outc
KaO ûtrap^iv, oti ëv, oute kqt’ aiTiav, oti pq8È airiav
ÊXel ev èauTÛ twv àrr auToû tivoç (où8ev yâp ti ÈkeÎ irapà
to ëv), irûs aÙTÔ <}>qcropEV eîvai Kai yvwcttôv ; Oute yàp
TauTÔv yvuxrrôv Kai ev, oute ei ërepov, eti ev. Kai pqv ei 5
YvcücttÔv, T) Karà peOeÇiv, Kai eurai irpô aùroû KaO’ ûirapÇiv
ro yvœarôv, q kqt’ aiTiav, Kai ouïra» yviooTÔv, per’ aÙTÔ 8è
Kai àtr’ auToû yvcjCTTÔv, q KaO* uirapÉ-iv, Kai ouk ecttiv
ÈkeÎvo KaO’ ûirap£iv, aXXa to auvap4,OTePov èv yvœorov,
Ûctte ëv Karà péOe£iv, ei ye èv tû ouvap<|>oTEpu to KaO 10
uirap£iv.
“Eti toivuv ei tô ëv èkeîvo rrâvTa ecrri Kai irâv ^ëv^, ûs
Aivoç te Kai riuOayôpas ÈXeyÈTqv, tô 8e irâvTa eîvai ouk
ëoriv toSe ti EÎvai, tô 8È yvaxTTOv eîvai i oSe ti Èotiv sîvai,
8qXov to oupCaîvov, oti to iraVTa 8 >Ùk ectti yvaurrov. 15
“Eti tô yvaiCTTÔv è<}>et6v ectti toû yvcocttikoû q apa
yvûais ÈTrlCTTpO<J>T] È<7Tl TOÛ yVCÜCTTlKOÛ irpôs TÔ yVCJCTTOV
irâcra 8è ÈiriCTTpo<|>q CTuvacfn] ecttiv. JuvâirTEi 8e tô aiTiaTÔv
tû aiTiw T] KaTa yvûcriv, î] KaTa £a>T)V, i] kotù tô sîvai
auTÔ. îlpo -rqs pèv âpa Karà yvcoo v éiriCTTpo^-qs q KaTa 20
12-13 u. supra, ad p. 67.13-15.
7-8 locum refecerunt A* in mg., A* in noua membr
7 (5) hoct* alriav >axlj mg. A’, piMav xalj suppl. A” 8yw[OTÔvj
suppl. A*, |v)j mg. A* || 8 fort. <tô> yvcoaTÔv || 12 ëv’ add.
Combès, cf. 67.14 | 13 Xïvéç A || 15 post SŸjXov] 6ti leuiter induc-
tum A || 20 aÛTÔv, -v puncto deL, A
73
DES PREMIERS PRINCIPES
selon la vie, et, avant cette dernière, la conversion
selon la substance ; mais avant ces conversions ainsi
distinguées, il y a la conversion pure et le pur contact,
et ou bien ce contact est quelque chose d’identique à
la connaissance pure, ou bien, ce qui est plus vrai, avant
celle-ci encore est l’union, puisque l’un également est
avant l’intellect, la vie et la substance1 (et je parle
aussi de la substance unitaire2 *) ; c’est donc au-delà
de chaque connaissance8 qu’est l’union. Donc, ce qui
se convertit vers l’un ne se convertit ni comme un
connaissant ni comme vers un connaissable, mais comme
dans un rapport d’un à un4 * par union, et non par
connaissance. Car ce qui se convertit doit, comme
on le sait, se convertir vers le premier par la première
conversion ; or la connaissance n’est pas la première
conversion, mais pour le moins la troisième, < et la
conversion dont il s’agit est la première >, ou plutôt
celle qui est commune aux trois ; et, ce qui est plus vrai,
elle est antérieure même à cette conversion commune.
[15. Impossibilité de la procession
et de la conversion]
Mais peut-être voici qui est digne encore de recherche,
à savoir s’il est possible d’entrer en contact avec l’un par
la conversion ; car il n’est même pas possible que
quelque chose procède de lui, pour ensuite se convertir6 *
[vers lui] après sa procession. En effet, comment cela
pourrait-il procéder sans s’être distingué? Et comment
quelque chose pourrait se distinguer de l’un, sans se
1. Voir Notes complémentaires, p. 160.
2 Ou hénade de la substance, analogue à l’un suprasubstan-
tiel, lequel, en tant qu’unifié, est au-dessous de l'un pur (cf
supra, p. 69.7-8 et p. 71.1 l-lo.
3 « Chaque connaissance » : ce mot est pris ici en un sens large
pour désigner chacune des conversions (pure, substantielle,
vitale, intellective).
4-5. Voir Notes complémentaires, p 160.
R. I, 48-49
DE PHINC1PIIS
73
£oiqv, rrpô 8e TauTqs q kot* oùaîav, irpô Sè tûv outoi
8iqpqpévaiv ÈotIv q âirXûs ÈTriaTpo<}iq te Kai auva^iq, Kai
q TaÙTÔv oucra tt) airXais yvûaei, q to ye aXqOearepov Kai
irpo Taûrqs q êvaiais, èireiSq Kai to êv rrpô te voû Kai £aiqs
Kai oûaîas (koi Tqs èviatas «Jiqpi) ' ÉKÔoTqs éirÉKEiva âpa >
yvûaeais êvaiais. Tô âpa rrpôs to ev ÈTnaTpeiJiôpevov oute
ûs yvaiaTiKÔv oute ûs rrpôs yvaiaTÔv ÊmaTpÉ^iETai, aXX’
ûs êv rrpôs êv Si’ évûaeais, aXX’ où Sia yvûaeais- Kai yàp
c8ei irpàs to rrpûrov 8ià Tqs irpûrqs èTriaTpé<}iea0ai èm-
aTpo<|>qs> ouk êari 8è rrpÛTq q yvûais, àXXà ToùXâxwTov ^0
TpiTq, *** paXXov 8 q Koivq tûv Tpiûv • to 8e àXqOéaTcpov
Kai rrpô Tqs Koivqs.
MqiroTe 8e Kai aÙTÔ toûto £qTqaca>s âÇiov, ei 8i* em-
aTpoejiqs ekeivoi auvârrreaOai SuvaTÔv * oùSè yàp oîov te
âir’ aùroû rrpcieXOeîv, ïva ti Kai ÈirioTpéi|rr] p£Ta Tqv 15
TrpôoSov. liais yàp âv rrpoÉXOoi pq SiaKpiOév ; rrûs 8’ âv
ti SiaKpiOeiq toû êv6s> Kai ou SiaireaeÎTai els tô pqSev ,
"O ti yàp âv Kai ôrraiaoûv EKgégqKE to êv oùSév èaTiv. El
8è EKaaTOV êv Kai oûx ev yiyveTai, îva to oùx êv pevq Kai
11 lac. notaui, suppléas éHelvq 8é èori rcpûrq, || 15 post
aÛTOü] ti ins. A* || 15-19 quattuor uersus summos f 30r paene
totos noua membr. texit et rescr. A*, quaedam iam in mg.
adscripserat A* : pt-qv rçpéoSov A*j | rî)v rqpéoSov ‘ rrôSç yàp âv
rcpoéXOoi (spat. 10 lilt.) rcûç 8’ âv ti A'j | tpi; Siaxpi A’j Oév
LSiaxpiOetq toû évôç (spat. 20 litt.) Mal A’j | ipù Siarre A’j
ceÏTai |slç tô pqSèv ' 6ti yàp âv Mal ônaiaoüv éx6é6q A’j |
I_éx6é6qze A’j tô Êv 0|û8év êotiv el Si ëxaaTov Êv xai où/ Êv
ylyveTai, A’j | lylyve A*, induxit A’j Tai. textum dedi secun-
dum C, qui A nondum retectum transcripsit.
74
DES PREMIERS PRINCIPES
dissoudre aussi dans le néant? Car tout ce qui échappe
à l’un de quelque façon que ce soit, cela n’est rien. Mais
si chaque [procédant] devient un et non-un, afin que
le non-un demeure et ne se disperse pas dans le néant,
parce qu’enveloppé par l’un, toutefois chaque procédant,
en tant qu’il est un, reste encore uni à l’un, ou plutôt
n’a même pas procédé de l’un, du moins selon l’un ;
cependant, il n’a pas procédé non plus selon le non-un,
mais l’un pré-enveloppe toujours la distinction du
non-un de quelque façon qu’on la prenne.1, de sorte,
que le procédant ne se convertit pas non plus vers l’un,
dont il n’a pas procédé.
[16. L’un ne peut pas subir de distinction]
De plus, le distingué est distingué d’un distingué, de
même que le différent est différent d’un différent. Si donc
quelque chose se convertit, cela est déjà distingué pour
autant que cela se convertit ; et l’un, par conséquent, en
est distingué ; l’un est donc affecté par la distinction et
n’est plus seulement un, mais encore distingué : il n’est
donc pas l’un. Ensuite, quelle est la cause, pour lui, de la
distinction? Ou bien, en effet, c’est lui-même ; et
comment donc l’un sera-t-il cause de distinction, il est
difficile même de l’imaginer (car l’un est cause d’union,
tandis que la distinction a pour cause les plusieurs,
ou quoi que ce soit enfin de différent, cela, certes,
nous le reprendrons une autre fois) ; mais, si ce n est pas
[l’un] lui même, c’est autre chose qui le distinguera, et
ou bien ce sera de nouveau ce qui est antérieur à lui,
ce qui est absurde (car ce qui distingue sera alors
1. Cette idée, qui sert d’abord à argumenter l'impossibilité
de la procession, se révélera ensuite, à un autre niveau d’analyse,
comme le principe mémo do la solution de l’aporie de la procession,
infra, p. 76.20 77.3.
R I, 49-50
DE PRINCIPIIS
74
prj oKeSaaSf) eig to pT)Sév, are èvSeSepevov tû èvi, àXXà
KaBo ye ëv, en tû évi aùvean, pâXXov 8è où8è rrporjXBev
Karà ye to ëv àrrô toû èvôs * àXX’ où8è Karà to oùx cv, àXX’
àei TrpoXapÊâvei to ëv ttjv toû oùx Èvôs oircos 8r)rroTe 8ià-
Kpiaiv, ûore où8è êiricTpe^ei irpôs ye to ev, â<|>’ ou pr) 5
irpoT)X0ev
“En to SiaKEKpipévov 8iaxeKpipévou SiaxeKpiTai, ü>;
to ërepov érépou ërepov El 8t) èmarpé^ei n, SiaKeKpiTai
Karà toctoûtov KaB’ ôaov èiriaTpé<}>ei ’ Kai to ëv apa 8ia~
KCKpiTai toùtou, rrÉTrovBev apa ttjv SiaKpiaiv, Kai eanv 10
ou povov ev, àXXà Kai SiaKeKpipévov ' ouk âpa ëv “EtreiTa
n tô aïnov aÙTÛ tt)s Sioxpicrecos ; H yap aÙTO ’ Kai irûs
[yap] SiaKpîaeios aïnov to ëv, xa^eTrov Kai TrXaoai
(évûaecos yàp tô ëv aïnov, Siaxplacios 8e Ta n’oXXà f] o n
iroTe ërepov, toûto pèv yàp eiaaûBis) ' ei 8è prjSè aùrô, 15
aXXo âv aùrô SiaKpîvoi, Kai tjtoi rràXiv tô rrpô aùroû,
oirep aTOirov (tarai yàp TÔ SiaKpmKÔv rrpo toû évorroioû,
7-8 = Pann. 164 c 1 2 || 12-13 cf. Arist., De an. I 5, 411 b
17 18 || 15 infra, p. 107.10-110 11.
1-16 extremos uersus noua membr. texit et rescr. A’: 1-2
axe8aLoÔeli) elç ri pî]j8èv ... à.U.[à xa06 yej, 2 |npo5jX0svj, 3
oû8[è xarà tÔj, 4 ro|_ü où/ êvôçj, 5 |é7riorpé<peij, 7-8 |Ëti tô
Siajxexpipévov . SiazézpLiTai • ûare tôj, 8 |8iaxéjzpirai, 9
èrrioTLpéçsi xalj, 10 néTOV|_0ev êcpaj, 11 àXX|à Siajxexpipé-
vov (om xal), 12 aiïriov aûjrôii, 12-13 lttûçj (om, yàp), 13
xap TrXàaaij, 14 8iaxp(osc>L<; 8è ràj, 15 yàip eloaüOiçj, 16
Siazplvop xal ^jrot || 1 oxôSaaOî; C : -Oel?; A’, B |l 7 <ûç
BC : ûars A* || 9-10 scr. uid. <ou> Siaxéxpirai, toutou ïrerrovOev
[ôlpa] || 11 xal BC : om. A’ 13 yàp BC : om. A", deleui ||
17 ëcTCO A, ai sscr. A’.
75
DES PREMIERS PRINCIPES
antérieur à ce qui unifie, et 1 inférieur au supérieur) ;
ou bien ce sera ce qui lui est postérieur, mais comment
la cause sera-t-elle affectée par l'effet? Et de quelle
nature sera aussi ce qui a procédé après 1 un? Le
raisonnement court, en effet, le risque de se renverser,
puisque toute procession distingue et cherche la cause
de la distinction dans une succession d’intervalles, et
cela à l’infini. Rien ne procède donc de 1 un, et ce n’est
pas de là-haut que commence la procession, mais à
partir de ce qui, le premier, possède la capacité de se
distinguer aussi soi-même des choses qui le suivent,
et encore de les distinguer de soi ; quant à l’un, au
contraire, il s’unit, lui, aux choses qui le suivent et
il ne les laisse pas se distinguer de lui. Si donc rien ne
procède de lui, rien ne se convertit non plus vers lui,
et donc, à bien plus forte raison, ne se convert t ni par
une connaissance, ni à la manière d’un connaissant
vers un connaissable ; c’est, en effet, dans une très
grande distinction que sont ces derniers 1 un par rapport
à l’autre. Et quand bien même on imaginerait quelque
distinction, la plus faible qui soit, à partir de l’un, celle de
ce qui a procédé le premier, il ne se produira certaine-
ment pas du tout, à partir de l’un, une distinction
assez grande pour qu’ell? ait besoin d’une conversion
par connaissance.
[17. Conclusion sur l’incognoscibililé de l’un]
Voilà le genre d’arguments qu’on pourrait invoquer,
en rejetant la remontée vers l’un par la connaissance.
Qui donc pourrait se faire l’arbitre de si graves
raisonnements en désaccord les uns avec les autres
sur des sujets aussi importants? Ce qu’il y a de plus vrai
en ce domaine, les dieux eux-mêmes le savent ; néan-
moins, il nous faut avoir l’audace, nous s i d’accom-
R. I, 50
DE PRINCIPIIS
75
TO X«pov TTpo TOÛ KpElTTOVOç), q TO peT auTÔ Kai irûs TO
aiTiov ireitrerai ûarô toû avriaroû ; Ti 8è Kai to peT* oÙto
irpoeABov ; Kiv8uveûei yàp ô Xôyos elç tô aÙTÔ ircpiTpé-
rreaGai, rracrqs irpoôSou SiaKpivouaqs Kai tô ttjs SiaKpi-
aeus aiTiov Èir ÇqToûcrqs àei peTa^u, Kai toûto Èrr* aircipov 5
Ouk apa rrpôeiaî ti àirô toû èvôs, où8e apxeTai ÈkeîOev
q irpôoSos, àXX’ arrô Èkeivou irpwTou, o Sûvarai Kai ÈauTÔ
SiaKpivEiv airo tûv pe0’ éauro, Kai au CKeîva a<J>’ ÊauToû ’
tô Sè ev àvairaXiv auTÔ te évoÛTai toïç pe0 ÈauTÔ, Kai
ÈKeîva ouk a<}>iT)o,iv ÊauToû SiaKpiBqvai. El toivuv air’ auToû 10
pqSev irpoeicnv, ou8e EiruTTpÈ<]>ETai irpog aÙTÔ iroXXû apa
pâXXov où 8ià yvcoaecos, oùSè ûs yvcocrTiKÔv irpos yviuaTov '
èv irXeicrrp yàp SiaKpîaeiTaÛTa irpos âXXqXa Kai eïrrep tiç
Èmvoq0eiq SiaKpiais apuSpoTarq àir aùroû, q toû irpcoTou
irpoeX0ovTOS> outi ye Kai Tocau-rq air* èkeivou yevqaeTai 15
SiÛKpiais, îva Kai 8eq0q yvcoariKqs eiri<rTpo<J>T)s.
ToiaÛTa av tiç £X°l XéyEiv ttjv irpog to ev 8ià yvwcreios
avaTaaiv àirapvoupevog. Tiç av ouv yevoiTo Xôycov ttjXi
koùtüjv 8iairr)TT]s àp<j>icrgqToûvTiov irpoç àXXqXouç irepi
TqXiKOÙTWV ; Tà pèv ouv àXqOÉoraTa irepi toutcov aùroi 20
îaaaiv oi 0eoi ‘ ToXpqTeov 8e Kai qp.iv airoirXqaai Tas
7 àXX’ àirô ut uid. A : àXXà rrpô A* | 8-9 |&p* ÈavTojv et
[Toïç pej6* in membr. noua suppl. A*, |àtp* éau-roü • tô 8è Êv
àvârraXiv aùr6 te ÊvoÜTai toïç peO’ êauTÔj in imo f. 30r iam
adscripserat A* || 14 Siàxpioiç coni. Ruelle : Siaxplaecoç A ||
CombÈs : ïj A | 17 6/oi s.u. B : Ê^ei A || 18 ziç 4- œv A || Xôyœv]
v s.u. ins. A1
76
DES PREMIERS PRINCIPES
plir les gestations aporétiques, pour autant que la
providence divine et nos propres forces nous livrent
une part de la vérité que nous cherchons.
[18. Solution de l’aporie de la procession]
En quoi donc consiste à partir de l’un la procession
de ce, qui vient de lui, de quelle façon elle s’accomplit et
comment on pourrait éviter les apories qui se rapportent
à elle, nous le rechercherons plus tard, et sans doute
incessamment. Mais maintenant il faut prendre comme
point de départ ceci seulement, à savoir que tout est
après l’un ; car l’un n’est pas seul, mais il y a encore
la pluralité des choses qui viennent après lui et qui
sont différentes. Et que ces choses ne sont pas l’un, c’est
évident ; de sorte qu’elles sont distinguées de lui, même
si aucune ne l’est en tant qu’un, tandis que chacune
l’est en tant que non-un. Ce non-un, certes, n’est pas
négation, mais position de ce qui est à côté de l’un ;
or, ce, non-un aussi est cependant quelque chose d’un, et
certainement point du tout en tant que non-un et
à côté de l’un, mais parce que même ce non-un ne
s’est pas séparé tout à fait de l’un, qu’il reste pour ainsi
dire enraciné en lui, et que le non-un existe à cause de
l’un1. En conséquence, il ressort à l’examen que le
non-un se distingue de l’un par sa propre nature, en
se distinguant par la nature du non-un, tandis que l’un
s’attache encore à lui et ne s’en écarte pas, même à
ce degré ; car même le non-un, quel qu’il puisse être
enfin à côté de l’un, est cependant encore un par
participation, du fait qu’il est devenu non un. Donc,
il se fait lui-même non-un, tandis que l’un, même
ainsi, le rend un, en devançant par sa propre union la
distinction qui est la sienne. Par conséquent, le non un se
distingue de l’un, en ce qu’il devient non-un, mais l’un
ne se distingue pas du non-un, puisqu’il est ce qui rend
même le, non-un, malgré son écart, un cependant. L’un
1 Cf. Plotin, Enn., V 3, 15.11-12 : Ilixv yàp êv Êv
acpCe-rai xal ëcmv 6nep éarl roérCù.
R. I, 50-51
PE PRINCIP11S
76
àrroprjTiKàs ûSîvas è<J>’ oaov èvSîSuaiv î) Te 0e la rrpôvoia
Trjs £t)Toupévr|s àXr)6ei'as Kai r| rjperépa Sûvapis-
(28*)
Tis pèv ouv r; àrro toû évôs tûv àrr’ aùroû rrpôoSos Kai
Tiva Tpoirov èrriTeXeÎTai, Kai irûs av tis 8ia<j>ùyoi Tas
irpôs aùrqv àiropias, uarepov pénpev aùriKa 8t] pâXa. 5
Nûv 8e to ye toooûtov X^nréov, oti perà tô ëv rrâvra
èariv ' où yàp èKeîvo pôvov èariv, àXXà Kai tù per’ èKeîvo
rroXXa Kai 8ià<J>opa. Kai oti pèv Taûra ouk ëanv èKeîvo,
4>avepôv * tiare SiaKCKpiTai âir* aùroû, Kai ei pr) KaO’ oaov
ëv cKaaTov, àXXà KaO oaov oùx ëv. Toûto toivuv tô oùx 10
ëv ouk | ëanv àrrô<|>aais, àXXà Béais toû rrapà tô ëv * Kai
toûto 8’ opios ëv, àXX’ oùn ye -f) oùx ëv Kai rrapa tô ëv,
àXX oti oùSè toûto toû évôs 8iéaTT) ro rrâpirav, àXX’
oîov eveppi^uTai tû évi, Kai to oùx ëv èan 8ia ro ëv. "flore
tû èiriÊXéiTovTi tô pèv oùx ëv SiaKpîverai toû évôs tt) 15
éauroû 4>ûaei, tt) toû oùx évôs SiaKpivôpevov, to 8e ëv
aùroû en ëxETal Ka* °“K à<J>iaraTai aùroû oùSè Karà
ToaoÛTOv • èrrei Kai tô oùx ëv, ° Tl 'tror* âv f| rrapà to ëv,
opus en èanv ëv Karà péOe^iv 8ià to yevéaflai oùx ëv.
Oukoûv aÙTÔ pèv èauTÔ rroieî oùx ëv, ro 8e ëv aùrô Kai ûs 20
ëv àrrepyâ^eTai <}>0âvov aùroû ttjv SiaKpiaiv -rf) éauroû
évûaei. Tô pèv àpa oùx Ev SiaKpiveTai àrrô toû évôs, oti
yiverai oùx EV» r° EV Sioxpiverai toû oùx évôs, o ye
Kai TÔ oùx Ev> Ka*TO* Siaarâv, opus ëv iroieî. Toooûtov
3-5 infra, p. 99.1 106.22.
5 péreipev A 6 êv= A | 20 fi>ç scripsi : ûç A 24 posl
Tocoütov] adde o&v ucl 8’.
77
DES PREMIERS PRINCIPES
est si loin de se distinguer qu il ne se détache même pas
de ce qui l’abandonne, et que même il pré-enveloppe, par
la participation qui unifie, la subsistence qui distingue
et qui est propre à cette chose-là ; en effet, il ne saurait
y avoir subsistence d'aucune chose sans l’un, de sorte que
la participation constitue même la subsistence, c’est-à-
dire que l’union constitue la distinction. Cependant,
nous ne nous étonnerons pas de cela outre mesure, pas
jusqu’au point, certes, de mettre même en doute ce que
nous avons dit, si nous pensons que la nature de l’un
n’est apte ni à produire, ni à subir la distinction.
[19. Exemple du soleil]
Mais vérifions encore la même chose du soleil, ce juge
visible de toute vérité. En effet, à l’œil ouvert, mais qui
ne voit pas par suite de quelque atteinte de glaucome,
le soleil est sans doute présent comme à l’œil qui voit,
mais l’œil qui ne voit pas n’est pas présent au soleil,
à cause de sa propre défection. Et ne craignons pas
les exigences de la logique ; car c'est dans les choses de
même espèce qu’elles s’appliquent, là où les termes en
relation ont en quelque manière valeur égale ou
semblable nature1.
[20. Exemple de la matière el de la forme]
Et le fait que la forme soit autre que la matière
signifie-t-il que la matière soit aussi autre que la forme?
Mais l’altérité est une forme ; la matière n’est donc pas
autre [que la forme]. De plus, la forme est complètement
distinguée de la matière, mais sans que cette dernière
soit, elle aussi, distinguée2 ; ou plutôt, la distinction
est restée dans la forme sans avoir pu procéder dans
la matière.
1. Là seulement l'opposition est réciproque.
2. En deçà de toute forme, la matière est en deçà de toute
relation, même de la relation du même et de l’autre.
R. I, 51
DE PRINCIPIIS
77
clttc^ci toû SiaKpivcaôai ûorc où8è à<f>iévTos à<|>îcTai, àXXà
Kai rrpoXapÊavci tt) cvi£oùcr|] pcOc^ci ttjv ckcivou SiaKpi-
vouaav ûirapÇiv ’ où yàp âv où8* ûirap£iç eïq tivos aveu
toû cvôç, Ûcttc Kai ttjv uirapÇiv q pcOc£ s cruvioTqai, toûto
8c èaTi, ttjv SiaKpiaiv q cvaiorg. Toûto 8c où iràvu Oaupa- 5
crôpeOa où8‘ ooov Kai àiriaTqoai TÛ pqGcVTi, cav èwoij-
awpcv rqv toû èvôs «fiuarv outc iroieîv outc rrâcrxeiv rijv
8iaKpiCTiv ire<|>UKuîav.
’E^CTaaaipev 8è to aùrô Kai èiri Toû cp<}>avoûs cuOuvrqpos
airtïcrqs àXqOcitas qXiou. Tû yàp avcidyoTi o<)>0aXpû Kai 10
pq ôpûvn 8ia Tiva yXauKOiaiv irâpcoTi pèv è qXios,
ÛOTrep TÛ ÔpÛVTl, Ô 8c OÙ trâpCCTTlV TÛ TjXltÿ Sia TTJV OlKClaV
àTrocrTacriv. Kai pi) (JjoÇwpeOa Tas XoyiKas àÇtûocis " èiri
yap tûv opo<f>ûXa>v aurai x^pav cxouaiv, è<|>’ ôv Ta irpôs
ti îcrâÇiâ irais i) opo<|)UTj. 15
’Errci Kai to cT8oç crcpov ttjs uXrjs âpa ouv Kai q uXq
toû ciSous érepa ; ’AXX’ q èTcporqs cî8és ècrriv ‘ oÙk âpa
èrèpa q ûXq. Kai to cTSos 8iaKCKpiTai rfjs uXqs, àXX’ où
SiaKCKpipcvqs Kai raÙTqs, àXX’ q Sicucpuns èv TÛ cï8ci
pcpévqKcv, où SuvqQcîaa rrapeXOciv ciç ttjv üXqv. 20
2 npoaXapûdvei coni. Ruelle || 19 àXX’ scripsi : fiXÀq A.
78
DES PREMIERS PRINCIPES
[21. Possibilité de la conversion vers l’un]
Si donc de cette façon quelque chose s’est distingué de
ce qui ne s’est pas distingué, qu’est-ce qui empêche cela
même qui s’est distingué de guérir sa distinction par la
conversion, en sorte que1 non seulement l’un soit
présent à cela, mais encore que même cela soit présent
à l’un? Et il est évident que, selon les degrés de sa
distinction, cela sera présent à l’un de près ou de loin.
De même, en effet, que. chaque [procédant] est apte
par nature à se distinguer de l’un, de même aussi il
peut se convertir vers lui ; et de même que l’un demeure
indistingué par rapport à chaque [procédant] qui
se distingue, de même aussi par rapport à chaque
[procédant] qui sc convertit il demeure le même, et,
fin unique de tous, il est sans distinction ; et, de même
que, restant dans son identité, il coexiste avec chaque
procédant, en recevant un nom tiré de la propriété de
celui-ci, par exemple un substantiel, un vital, un
intcllectif, car il reste lui-même un à tous les niveaux,
tout en étant dénommé à partir de ses participants
(je ne l’entends pas comme déjà divisé par les multiples
propriétés des dieux, mais c’est l’un pur en chacun
que je considère antérieurement à l’un défini, et je le
nomme cependant à partir de ceux auxquels il est
présent, quoiqu’il soit sans différence et tout entier un
à chaque niveau), de même aussi, sans doute, chaque
procédant, rencontrant selon sa propre distinction
une fin qui reste identique, nomme, à partir de sa
propre perfection qu’il tient de là-haut, l’un lui-même,
en le supposant être tel qu’il l’a rencontré et tel qu’il
l’a reçu. En effet, l’un aussi, tout en étant toutes
choses selon la subsistence de l’un2, coexiste à chaque
procédant comme sa propre racine, et il se révèle à
chacun comme sa propre fin ; car, ce que toutes les
choses sont de manière divisée, l’un l’est selon l’un,
1. Sens quasi consécutif de ïva, cf. supra, p. 73.15 et n. 5.
2. Cf. ci-dessous, p. 79.9-14 et n. 1.
R. I, 51-52
DE PRINCIPIIS
78
El ToÎVUV OUTCd SlCKp 0T] Tl OTTO TOÛ pT) | SlOKplOcVTOS,
ti kuXÛci to yc aÙTÔ SiaicpiSèv îâaaaôai ttj cTri<rrpo<J>T) ttjv
SiâKpiaiV, iva pr) pôvov to cv aÙTÛ TrapT], àXXà Kai aÙTÔ
tû èvi ; Kai 8f)Xov oti KaTa Ta pcTpa tt]S SiaKpiacus,
cyyùBcv rj TrôppuOcv. 'ils yàp waaTov air’ auToû SiaKpî- 5
veoGai ttÉ<}>ukcv, outio Kai eiri<TTpc<|>eiv irpôs aÙTO SùvaTai
Kai axTircp aura pèvci àSiaKpiTov irpôs Ëkoittov 8<aKpi-
vôpcvov, outio Kai irpàs CKao-Tov ciriaTpc<]>ô|icvov tô aÙTÔ
pevei, Kai cv TcXos àirâvTiûv ccrriv àôiaKpiTOv ’ ûs 8c to aÙTO
ôv CKoaru irpoïôvri ctuvcctiv tû ckcivou KaXoùpcvov 10
i8iûpaTi, olov oùaiû8cs cv, Kai £u>tikôv cv, Kai vocpàv cv,
aUTO pèv TravTaxoû cv, àirè 8è TÛv pcTC)(ôvT<dv irapovo-
pa^ôpcvov (outtio pcpiaQcv aÙTO <|>T)pi Taîs TroXXaîs l8iott]cti
tiov 6cûv, àXXà to airXûs èv ekcuttu cv irpo toû tivos èvôs
Ociopû, KaXû 8è aÙTO ôpa>s à-rro tûv ois irâpcaTi, Kav 15
a8ia<|>opov •?) Kai irâv cv CKacrTaxoC), outoi 8t]ttou Kai tcXci
ovti tû aÙTÛ Karà ttjv éauTOÛ Sicucpiaiv ckcuttov èvTUyxa-
vov àirô Trjs cauToû ckcîOcv TcXciûacus ôvopa^ei aÙTÔ,
TOIOÛTOV Tlflèpcvov cTval, OLU> èvÉTUXcv> Kal OlOU CTUXCV,
Kai yàp Kai ckcÎvo irâvTa ov KaTa ttjv ûirap^iv toû èvôs, 20
èKao-TU crûvcaTiv a>s î8iov auToû pi^iopa, Kai CKaoTU) <}>ai-
verai ûs Ï8iov tcXos ‘ a yap irâvTa pepcpicrpèvcds cctti,
TaÛTa ckcïvo KaTa to cv, où Suvâpei, a>s av oit|6ciÎt) tis,
9-10 aÙTOÔv A, corr. Kopp || 16-17 TÉXei ovti scripsi :
TéXetév ti A || 17-18 èvTuyxdveiv A, correxi.
79
DES PREMIERS PRINCIPES
non pas en puissance, comme on pourrait le croire, ni
même selon la cause, à savoir la cause de ce qui n’est
pas encore, mais, si l’on peut dire, selon une subsistence à
la fois réelle et d’êtres réels, mais une subsistence
qui est unique, et qui est la subsistence unique d’une
nature productrice de tout. De même donc que l’un
coexiste à chacun des autres [procédants], de même
aussi, à celui qui est capable de connaître, l’un coexiste
comme un capable de connaître, et encore il se présente
comme un connaissable, non parce qu’il est chacun
des deux, mais parce qu’il est l’ensemble des deux
au-dessus de chacun des deux, et, pour parler plus
rigoureusement, parce qu’il est au-dessus de l’ensemble
des deux ; car il est tout, non pas à partir de la
distinction, mais antérieurement à la distinction.
Ainsi, en effet, il sera réellement tout antérieurement à
tout, non de manière imparfaite, comme en puissance,
ni même selon la cause, en tant qu’il n’y a pas encore de
tout, mais il sera tout selon la subsistence, à savoir
celle qui est indifférenciée, non pas celle qui est unifiée
antérieurement à tout, mais celle qui est sursimplifiée
au-dessus de tout1, étant par sa propre simplicité
toutes les choses qui ont procédé selon la distinction,
quelles qu’elles soient et aussi nombreuses qu’elles soient.
Et c’est lui qui sera le tout au sens propre ; car les choses
qui à partir de lui se sont distinguées, la distinction,
selon la nature qui est la sienne, les a affaiblies. Mais
naturellement aussi chacune d’elles est plus proprement
elle-même dans l’unique coordination du tout, tandis
qu’en s’éloignant encore de cette coordination chacune
devient toujours plus particulière et inférieure, sauf à
remarquer que, parmi les propriétés, les unes ont plus
d’afiînité pour une moindre distinction, les autres pour
une plus grande ; c’est pourquoi elles apparaissent
les unes ici, les autres là. Quoi qu’il en soit sur ce sujet,
ce n’est pas le moment de prolonger l’examen de façon
approfondie.
1. Voir Notes complémentaires, p 160-161.
R. I, 52-53
DE PRINCIPIIS
79
oùSè kqt* aÎTiav ttjv où Trio ovtiov, aXX* ei Oepiç clireîv,
KaO’ ûtrapÇiv ouaâv Te Kai ovtiov, àXXà pîav, Kai pîav
irap<|>6pou <|>ûaeio$. "Jîarrep ouv ckciœtu tûv âXXuv, outio
Kaî tû Yvtt>°riKÛ ctùvcotiv ëv ûs yvu>ariKov, irpoKevrai 8e
ûs yviaarov, où tû eKcvrepov eîvai, àXXà tû cruvapcjjoTepov 5
ùrrèp éKarepov, ûs 8c oxpigécrrcpov clireîv, ùirèp ro
auvap<j>OTcpov ' iravTa yàp Èariv ouk àirô tt)s 8iaKpiaeü>s,
àXXà irpô ttjs 8iaKpîaea)S.
Ourio YaP tarai Karà àXi)0eiav Tràvra irpô iràvTiov, ouk
ÔtcXûs, ûs 8uvàpci, où8e KaT* airéav, ûs pi)Tru> iràvra, 10
àXXà irâvTa Karà ùrrap^iv ttjv àSiàxpiTOV, où ttjv qviopév'qv
irpô Tràvriov, àXXà ttjv rràvTaiv ùircpTjirXiiipcvTjv, ttj éaurfjs
àirXôrrjTi TravTa oSaav oîa Kai ôaa Ta irpocXOôvTa Karà
8iaKpiaiv. Kai Ta Kupîws iravTa ÈKeîvo ' rà yap àir’ aùroû
8iaKpi6ÈVTa rj 8ia.Kpiais rjpu8pa>aev Karà <|>ùaiv tt)v èaUTTjs 15
’AXXà 8tj Kai toÙtiov CKaaTov aÙTÔ éauroû KupiiOTepôv èariv
èv tt) piç auvTa^ei tûv irâvTiov, àiroXciirépcvov 8c Kai
Taûrqs àei pepiKurrepov YÎyv€Tal Kal uTroSeéarcpov, ttXtjv
oti tûv î8iott)t<i>v ai pèv oiKciérepov c/ouai irpôs tt)v tjttcj
8iaKpiaiv, ai 8e Trpos tt)v pci^io, 8iôircp àXXai àXXaxoû 20
ÈK<}>aîvovTai. ricpi pèv ouv toutiov où Kaipàs èTrc£àyciv ttjv
8iT)KpiÊiopévT)V è^éraaiv.
5 G |àXXà tô auj vapçÔTepov et àMLpioéaTjepov in noua membr.
suppl. A* || 5 tû1] tû C, post corr. B : tô A3 || 6 êxarépcov A,
èxâTÈpfiv mg. A!.
80
DES PREMIERS PRINCIPES
[22. La contraction du divisé dans l’indivisible]
Et, pour en revenir à l’un qui est tout antérieurement
à tout, il est aussi connaissable et capable de connaître,
et il est chacune des autres choses, non pas assurément
comme je le dis et comme chacune est (car c’est dans
la distinction que sont ces choses, et elles sont contre
distinguées les unes par rapport aux autres, mais
[plutôt] comme l’un qui coexiste à chacune des choses
distinguées, et, de façon particulière, à la chose à
laquelle il coexiste. En effet, l’un de l’homme est homme
plus réel, l’un de l’âine âme plus réelle, l’un du corps
corps plus réel ; c’est ainsi encore que l’un du soleil
et celui de la lune sont soleil plus réel et lune plus
réelle ; néanmoins, un tel un n’est aucune de ces choses
distinguées, par rapport auxquelles il est plus réel,
mais il est seulement un l’un préétabli à chacune.
A mon point de vue, on doit ramener même 1 un qui
coexiste à chaque chose et qui semble être divisé à l’un
qui est commun1 et [à la fois] indivisible et réellement un
vraisemblablement, en effet, celui-ci n’a même pas été
divisé, mais en demeurant le même il est présent à
toutes choses et il l’est à chacune, comme propre, sans
être divisé, parce que, étant tout selon l’un, il n’a pas
besoin de la division.
Est-ce donc que l’un connaît? Non, connaître appar-
tient à la distinction ; n’est-il donc pas, non plus,
connu? Non plus, car cela encore appartient à la
distinction, s’il est vrai aussi que «il connaît» est
opposé à « il est connu2 » ; en effet, aucun des prédicats
de ce genre ne convient à ce principe, car même l’un
ne lui convient pas, ni le tout ; en effet, ces derniers
aussi sont opposés et divisent notre pensée. Car, si
nous avons les yeux fixés sur le simple et sur l’un, nous
faisons périr l’immense et parfaite totalité de ce
principe ; mais, si nous concevons toutes choses
ensemble, nous faisons disparaître l’un et le simple. Et
1-2. Voir Noies complémentaires, p 161.
li. I, 53
DE P1UNCIP11S
80
28* Tô 84 ouv ev iravra irpô irâvrœv Kai yvaxTTÔv ècrri Kai
YvokttikÔv, Kai tûv aXXoïv CKaoTov, oûn ye dis Xéyai, Kai
dis cotiv tKaarov (cv SiaKpiaciyàp raura, Kai âvTi8ir]pT]Tai
irpôs aXXqXa), àXX’ dis ev TÔ ckootui auvèv tcùv SiaKCKpipé-
vaiv iSioipoirus TÛ û oÛveotiv. To yàp àvOpûirou ev àXi[0co- 5
repos avOpanros, Kai tô tt)s 'puyqs àXqOeoTÉpa 4>ux*î,
Kai tÔ ouiparos àXi)0éaTepov oûpa outoi yap Kai TÔ rjXîou
Kai tÔ ocXi]VT)s âXr)0«rrépa oeXqvq Kai aXq0eoTepos
qXios ‘ àXX ôpa>s ou8èv toutoiv tûv SiaKCKpipeviov, ûv tc
ècrriv àXqOccTTcpov, pôvov 8e cv to CKaoTOu irpoïSpupévov. 10
ïuvâyayc 8c poi Kai tô ckôotu ouvôv, o Sokcî pcpcpiaOai,
EIS TO KOIVÔV Kai àpéplOTOV Kai OVTIOS cv * louis YaP °Ù8e
< pcp o0t] pévov 8c tô aùrô irâai irapcoriv Kai ckootoi dis
Ï8iov, où pcpi£6pcvov, 8ia TÔ iravra ôv Kara TÔ cv pi)
8cîo0ai toû pcpiapoû. 15
’Apa ouv yiyveiOKci ; "H toûto ti]s 8iaKpîa«os Ï8iov.
0ù8 apa yiyviooKCTai ; Kai toûto yap SuiKpiacuis, ci Kai
toûto àXi)0és,dis àvTiKtipcvov TÔ yiyvaiOKCi TÛ yiyviooKCTai"
oùSèv yàp tÛv ToioÛTbiv CKcivca âppo^ei, où8è yàp TÔ ëv
àppô£ci, où8è Ta iravra * àvTiKCiTai yàp Kai TaÛTa Kai 20
pcpi^ci rjpûv tt)V cwoiav. Eav pèv yap cis to âirXoûv airo-
ÇXevJ/ùipcv Kai tÔ ëv, àirôXXupcv TÔ irappcya ckcivou
iravTcXés ‘ èàv 8è iravra ôpoû cvvoqoüipcv, cu|>avi^opcv TÔ
9 scr. toûto? [| 12 Moivdv supplcui : ... vôv A maculatus,
avvôv C, pévov B, C mg. || 17 ci scripsi : A || 18 yiyvcioiet
scripsi : -eiv A (yiyvûaxeaOai pro -erat coni. Ruelle).
81
DES PREMIERS PRINCIPES
la raison en est que nous sommes nous-mêmes divisés
et que nous considérons des propriétés divisées ;
néanmoins, comme nous desirons fortement connaître
ce principe de quelque manière que ce soit, nous
entrelaçons ensemble toutes choses, au cas où de quelque
façon nous serions capables de saisir aussi par là cette
très haute nature. Cependant, prenant garde à la
multiplicité de tout, qui s’introduit en même temps,
ou à la particularité étroite de l’un, tout en nous
contentant du simple et du premier pour sa dignité de
principe le plus antérieur, de cette façon donc nous lui
rapportons l’un, comme symbole de la simplicité,
puisque nous lui rapportons aussi le tout, comme
symbole de l’enveloppement de toutes choses ; quant à
ce qui est au-dessus des deux [symboles] ou antérieur
aux deux, nous ne pouvons ni le concevoir ni le nommer.
Et quoi d’étonnant, si nous éprouvons ces difficultés
au sujet de l’un, dont même la connaissance complète-
ment distincte est unitaire, connaissance dont nous
n’avons pas conscience? Sans compter que déjà au
sujet de l’être nous éprouvons des difficultés sem-
blables1 ; en effet, en cherchant à voir l’être, nous le
laissons lui-même échapper et nous courons autour de
ses éléments, à savoir le limitant et l’illimité, comme
on dit2. Et même si nous pensons ceci qui est plus vrai
encore, à savoir que l’être aussi est un plérôme3 unifié
de toutes les choses, alors le terme « toutes » nous
tire vers la pluralité, tandis que le terme « unifié »
estompe le terme « toutes ».
Mais même cela ne doit pas encore nous étonner ,
en effet, en voulant voir aussi chacune des formes,
nous courons autour de ses éléments, tandis qu’en
désirant voir l’un qui est le sien, nous faisons périr
ses éléments ; or, c’est en même temps que chaque
forme est un et plusieurs, non pas en partie un, en
partie plusieurs, mais elle est telle tout entière en
toutes ses parties ; étant incapables de la saisir en
1 3. Voir Notes complémentaires, p 161.
R. I, 53-54 l>r PRINCIPIIS 81
ëv Kai âirXoûv. AÏtiov 8è oti ifjpEÎg 8iT)pi]pe6a Kai eis
8iT]pT)pcvag l8iOTT]Taç àiroÇXciropev yXtxôpEvoi 8è opwg
Ttjs ckcivou yvuxrewg -/jcrrivoiToûv, irupirXcKopcv ôpoû
iravra xp‘HlxaTa> 6* lrü,S oîoi te cÎTjpev Kai ouTwg èiriXa-
ê«r0ai ttjs pcyaXijg <)>u<rcwg. EùXaÇoûpcvoi 8’ ôpwg ttjv 5
iravTwv itXt]0 v auveiCTayopevT)V i] tov toû cvôç àircaTcvw
pcvov Î8iaopôv, tw airXw Kai irpwTW /aipovreç cig tov
aPXT)5 Xoyov ttjs TrpcoÇuTciTrjs, outw 8t] to ëv aùrâ
irpoaayopcv oîov oûpCoXov ttjs âirXôrijTog, èirci Kai Ta
iravra oîov o pCoXov Tïjs iravTwv ircpioxijs, TÔ 8 èir’ 10
ap<}>oiv t) irpo âp<|>oîv outc èvvociv outc ôvopa£eiv cxopcv
Kai ti Ôaupao-Tov ci irepi ckcîvo TaÛTa irâ«Tx°Pev> ou
Kai r] SiaKCKpijiévT) yvwaig èviaia ccttiv, fj? ouk aîaOavô-
p 6a ; ’AXXà Kai irepi TÔ ov TOiaûra CTCpa trcrrovBapcv
to yàp ôv iSeîv cmxcipouvTcs aÙTO à<]>îcpcv, Ta 8c aroixeîa 15
au où rrcpiTpcxopcv, irépas kü aircipov, wg 4>aaiv. Eav 8c
Kai tÔ àXrjôccTTcpov cvvoi)awp€v, oti Kai toûto TrXrjpwpa twv
irâvTWV ècrriv •qvwpévov, tô pèv irâvrwv eig irXijôog ^pag
KaTa<{>cpei, TÔ 8è Tjvwpévov a<|>avî£ci TÔ iravTwv
’AXX oûirw yc ou8c toûto QaupaaTCOv " Kai yàp Kai 20
twv cîSwv CKaaTOV i8civ pouXôpcvoi, Ta <TTOix«îa aÙTOU
ircpiOéopcv, tô 8c ëv auroû ciriiroOoûvTcg àrrôXXupev Ta
o’ToixEia ’ ôpoû 8è cKacrrov cî8og cv Kai iroXXâ, où Tij pèv
cv, Ti] 8è iroXXâ, 8i* ôXou 8c oXov toioûtov ‘ 8 pi) 8uvapcvoi
16 et. Phil. 16 c 9-10 23 c 9-d 1
82
DES PREMIERS PRINCIPES
bloc, nous nous contentons de nous élancer vers elle
avec la division de nos propres pensées.
[23. L’évocalion allusive de l’un]
Cependant toujours en train de nous hisser vers le
sommet escarpé1, à la recherche d’un plus indivisible,
nous prenons quelque conscience, même dans la
division, de ce qui est de forme unique ; en tout cas,
nous jugeons la division méprisable par rapport à
la saisie globale de l’un, ce qui ne nous viendrait pas à
l’esprit, si quelque trace de son intellection globale
ne s’agitait fortement en nous, et c'est là ce qui
fait qu’une lumière de vérité s’allume instantané-
ment2, comme il en est à partir de brindilles de bois
frottées ensemble. En effet, les pensées divisées, en se
rassemblant et en s’exerçant les unes par rapport aux
autres, s’achèvent dans le sommet qui les fait converger
vers ce qui est unique de forme et simple, de même
que s’achèvent dans une sorte de coïncidence, comme
celle qui dans le cercle se produit au centre, les
extrémités des multiples rayons qui de la périphérie
se hâtent vers le centre. Et alors que nous sommes
dans cet état, divisés il est vrai, mais prêts à la traversée
vers l’indivisible, une certaine trace de connaissance de
la forme3 s’agite déjà en nous, de même que du centre,
qui est invisible, nous obtenons une certaine image
obscure, en imaginant un repliement unique du cercle
vers le milieu de façon égale à partir de tous les points.
C’est de la même manière que nous montons aussi vers
l’être : d’abord, chaque forme, qui se présente à nous
divisée, nous l’imaginons non seulement comme non
divisée, mais encore comme unifiée, en fusionnant les
plusieurs qui sont en chacune, s’il faut ainsi parler ;
ensuite, nous prenons aussi toutes ensemble les formes
dans leur état de distinction et nous faisons disparaître
leurs circonscriptions, comme si de multiples eaux
nous faisions une seule eau incirconscrite, sauf que
1-3. Voir Notes complémentaires, p. 161.
R. I, 54-55
DE PRINCIPIIS
82
àOpôov éXciv, àyarrûpev aùiû rrpoaCaXcîv pcTa toû
pepiapoû tûv ’qpcTÉpwv èwoiûv.
29*) ’Avappixûpevoi 8è àei rrpôs ro avavres eis to àpcpiaTo-
Tcpov auvaiaBavôpeSà rri) Kai èv tû pepiapû toû povoei-
8oûs ' àripà^opev yoûv aùrôv irpôs ttjv ckcivou à0pôav 5
âvTÎXrpjnv, oùk av toûto auwooûvTes, ei pr) ttjs àfipôas
vorjaeus ïxv°S Tl *lfuv 8icaeleTo, Kai toûto èariv orrep
è£ai<|>VT]s àvarrTeTai 4>u>s àXr]0cîas ûarrep ck rrupeiœv
rrpoarpigopèvwv. Ai -yàp pepiarai èvvoiai auvaycipôpcvai
Kai rrpôs àXXrjXas yupva£ôpevai, Karà ttjv eîs TÔ povociSès 10
Kai arrXoûv auvveuouaav Kopu<|>T]v TeXeuTÛaiv, ûarrep eis
Tiva aùprrTœaiv, otov ttjv Karà to Kevrpov èv kÙkXu, Ta
rrèpara tûv àirô tt]S rrepi<|>epeias errciyopèvùiv eis to
KCVTpov iroXXûv euQeiûv. Kai oûtoi 8è è^ouai pepcpiapèvios
pèv, els 8è TÔ àpèpiaTOv rrapagaXXopévois, ïxv0S ti yvûacœs ,5
rrpoSiaaelcrai toû eï8ous èv iqpîv, ûarrep toû Kèvrpou a<j>a-
voûs ovtos rrapèx«Tai Tiva apuSpàv cp<|>aaiv r] toû kukXou
rrpôs tÔ pèaov èrr’ ïai)s rravraxôBcv èmvooupèvr) pîa
aûprrTu^is. Tû 8è aùrû Tpôrrio Kai els to ov àvagaivopev,
rrpiùTOV pèv eKaaToveî8os,8 8r] pepepiapévov r|pîv rrpoarriir- 20
rei, èmvooûvTes àpépioTov où pôvov, àXXà Kai •qvopèvov,
Ta èv CKaarp rroXXà auyxéaVTCs, ei XP*) oÜtcù clireîv eÎTa
Kai iravTa ôpoû Xa^ovres 8iaK€Kpipèva Kai Tas rrcpiypa<|>as
àvcXôvTes, ûarrep rroXXà ü8ara èv û8iop rroioûvTcs àrre-
24 et. Anst., AM. A 6, 1016 a 21
3 àvappi/ôpevoi A, corr. coni. Kopp 10 àÀZrjXaç bsb
-aiç A || 19 ôv] Êv coni. Kopp.
83 DES PREMIERS PRINCIPES
nous n’imaginons pas l’unifié de toutes choses comme
l’eau une, mais il est ce qui est antérieur à tout, de
même que la forme de l’eau est antérieure aux eaux
divisées. De la même façon, par conséquent, nous pous-
sons encore jusqu’à l’un la simplification, d’abord en
rassemblant nos pensées, ensuite en nous détachant
de ces pensée-s rassemblées pour nous tourner vers la
transcendance de cet un-là, laquelle est sursimplifiée
au-dessus de celles-ci.
[24. L’approche unitive de l’un]
Est-ce donc que dans notre remontée nous avons
rencontré l’un comme connaissable, ou bien en voulant
le rencontrer comme tel avons-nous été réduits à
l’inconnaissable? La réponse c’est que l’un et l'autre
sont vrais ; en effet, comme connaissable, c’est de loin
que nous le rencontrons, et, après que nous nous
sommes unis à lui, dépassant notre faculté de connaître
l’un nous finissons par être un, c’est-à-dire par être
un inconnaissable au lieu d’un connaissant. Ce dernier
contact, donc, en tant que contact d’un à un1, est
au-dessus de la connaissance, tandis que le premier est
contact du connaissant au connaissable.
Et comment l’un pourrait-il être connaissable s'il
est seulement un? Il n’est pas connaissable au sens où
il donnerait prise à la connaissance2, ni non plus au
sens où il serait connaissable par un raisonnement
bâtard selon le mode déjà mentionné, grâce auquel
nous connaissons aussi la matière, bien qu’elle ne
possède pas le caractère du connaissable ; car le
connaissable est une certaine forme ou quelque chose
qui fait partie des êtres ; or, la matière est le
non-être et elle est sans forme. De même, certes, que
par le droit on connaît, dit-on, ce qui est tordu,
de même par le connaissable nous soupçonnons
l’inconnaissable ; néanmoins, c’est encore là une manière
de connaissance. Par conséquent, l’un aussi est connais-
1-2. Voir Notes complémentaires, p. 161-I6Z.
R. I, 55
DE PRINCIP11S
83
piYpa<|>ov, ttXtjv on où to Èk irâvTiov -ijviopcvov CTrivooûpev
ûs to cv û8o>p, àXXa ro irpô irâvTUv, ûs ro toû u8aTo$
cT8os Trpô tûv Suopio-péviov ùSânav. OÛtcoç apa Kai cls TÔ
cv 'atrXoupcQa, TrpoTCpoV pèv ouvayc povTCs, aù0is 8c
à<j>icpevoi rüv o-uvayeipopèvu>v cis ttjv to6to>v ÛTrcpTjrrXœ- 5
pcVTJV TOÛ èvôs CKCIVOU UTTepO)(T]V.
*Apa ouv àvaÊavTes èvTCTUXTJKapev aÙTÛ ûs yvuiarü, rj
pouXqôcvTcç ûs toiouto) èvTU/eîv àvcXuôqpev sis ro
ciyviootov J *H aXr]0es CKarepov ‘ Kai yap ws yvuxTTÛ Trôp-
pa>0ev èvTUYXavoklEV> Kai circi8av aÙTW cvu0ûpcv, uircp- 10
ÊâvTts qpûv to yvcjotikov toû èvôs cîs ro èv clvai trcpi-
tœrâpeOa, toÛt’ cotiv cis TÔ aYVœorov clvai àvTt yvumttikoû.
Auttj pcv ouv tj auva<}>T) ûs èvôs Trp s cv uirèp yvüuiv,
ekcîvt) 8è ûs Yv<ooTiKOÛ irpôs yvtMrrôv.
Kai irûs ywxrrôv, ci pôvov cv , Outio pcv u>s àvTcpciSeiv 15
ttjv yvüaiv, où yviMrrôv, où8’ ûs vo0a> XoYiapû Kara tov
ciptjpèvov TpoTrov yvvKrràv, û Kai ttjv üXtjv YlYvwaKopcv,
kuitoi tô yviMrrov oÙk cxouaav cî8os Y“P Tl Ka* T°
YvuotÔv, tj n tûv Ôvtcov, q 8c ro pT) ôv Kai àvci8cos- fis
ouv TÛ cù0cî to Sicarpappcvov, ^aoiv, outgj Kai rü yviaarù 20
ro àyviütjTOV KaOuirovooùpev ’ TpÔTros 8c ôpws Ka outos
Yva>crca>s- rvaiorov apa Kai ÙkcÎvo Karà toctoÛtov oti où^
ûiropèvci ttjv yvüaiv Trpoaioûaav, àXXà Troppw0cv pèv ûs
Yvcootov <J>avTa£cTai Kai èv8i8<o<n tôv èauToû Yv<dpi<Tpov,
16 Tim. 52 b 2 || 16-17 supra, p 64.8-24; p 65 3-4.
8 àveXTjXùOapev coni. Ruelle, sed cf. p. 84 3 |j 15 Kai twoç A |
el ex elç ut uid , mg. uirg. cens., A.
11
84
DES PREMIERS PRINCIPES
sable jusqu’au point où il ne supporte plus la connais-
sance qui s’approche, mais c’est de loin qu’il apparaît
comme connaissable et qu’il communique son signal,
alors que, plus la connaissance s’approche, pour autant
elle ne connaît pas davantage, comme dans les autres
choses, ce dont elle s’approche, mais au contraire elle
le connaît moins, parce que la connaissance est dissoute
par l’un dans une inconnaissance ; cela va de soi,
puisque la connaissance a besoin de distinction, comme
on l’a dit auparavant, et que, en s’approchant de l’un,
la distinction se replie dans une union, de sorte que
la connaissance aussi s’écoule dans une inconnaissance.
C’est là, je suppose, ce qu’exige egalement l’analogie
de Platon1 ; en effet, nous entreprenons d’abord de
voir le soleil, et de loin, du moins, nous le voyons ;
mais plus nous nous approchons de lui, moins nous
le voyons ; et nous finissons par ne plus le voir ni lui ni
le reste, car au lieu d’œil illuminé nous sommes devenus
la lumière même.
[25. L’un caché par l’ineffable]
Est-ce donc que l’un est inconnaissable par sa propre
nature, quoique l’inconnaissable soit autre chose a
côté de l’un? Mais l’un veut être en soi, avec rien d autre.
Bien entendu, ce qui se contredistingue du connaissable
est inconnaissable, < tandis que > ce qui est au-delà
de l’un est absolument ineffable, ce que précisément
nous avouons ne pas connaître ni ignorer, avouant que
nous sommes même dans un état de surinconnaissance
envers cela dont le voisinage obscurcit même l’un ; en
effet, l’un, étant au plus près du principe inconcevable,
s’il est permis de parler ainsi, demeure comme dans le
sanctuaire inaccessible de ce silence extraordinaire.
1. C’est bien, comme le remarque Damascius, une exigence
contenue dans le contexte de la célèbre analogie, Plat., Rép., VI,
509 a 1-c 2. La source de la lumière est au-delà de la lumière et de
ce que celle-ci rend visible ; elle ne peut pas, en elle-même, être
objet de vision. La source de toute objectivité et de tout regard
n’est pas objectivable, supra, p. 70.16-18.
R. I, 55-56
DE PRINCIPIIS
84
o<tu> 84 paXXov TrpoCTCiCTiv, où KaQairep ciri tûv aXXiov
toctoÛtu> paXXov yiyvûaKci û Trpôociaiv, àXXà ToùvavTiov
?)ttov, €kXuo[X€vt)s Ûtto toû 4voç elç àyvœcnav Trjs yvûoewg •
cikotus, èireiSr) irpoaScvrai pèv yvûo-is Sicucpiacios, ûs
eïprjTai TrpÔTepov, irXT)<nâ£ouaa 84 tû cv aupirTUOCTCTai 5
ciç é'vüjcriv r) Sicucpiax;, ûare Kai tj yvûais àvaxeÎTai es
ayvüJCTiav. | Outio yâp Trou Kai DXâTiovos à-rraiTCÎ âva-
Xoyia • Kai yap tov rjXiov ttjv p4v TrpûrTjv tTrixeipoûpev
ôpâv, Kai TToppioQév ye ôpûpev * oaa> 84 pâXXov aÙTÛ
TrpOCTipev ToaouTU) cXottov aÛTÔv ôpûpev * Kai tcXcutûvtcç 10
outc aÙTÔv outc aXXa ôpûpev, avri «Jiam^opévou oppaToç
aÙTO<|>ûs yevôpevoi.
’Apa ouv âyvaxrrov tt] ouccia <|>uaci tô èv, ci Kai tô
ayvciKTTov aXXo Trapà TÔ ev ; Tô 84 ko0’ aîiTO PouXcTai
eîvai, ouv âXXu> 84 oùScvi Tô pev 8tj avr 8it|| T|pevov tû 15
yvcooTÛ âyvciKrrov, to {8’ y CTréKCiva tou évôç iravTTj àirop-
prjTov, oirep outc yiyvioiTKeiv out< ayvocîv ôpoXoyoupcv,
àXX’ exeiv Trpôç outÔ Kai ÛTrcpayvoiav, ou tt] yciTOV»]oci
èTriXuya^CTai Kai to cv cyyuTaTio yàp ov ttjs àpîjxavou
“PX’IS, « 6'p S outioç ciTrciv, ûarrcp êv àSuTU pévci ttjs
a yijs ckcivtjs.
4-5 supra, p. 75.10-13 ; 80.1-4 || 7-8 = Resp. VI, 506 d 8-509 c 4.
10 Tvpôaipev scripsi : eïpev A aô-riv] v s.u. add. A1 | 11 <xvtI
çcjTiÇopévov f : àvTiçcoTiÇopévov A || 13 mg. uirg. cens. A || 16
8 addidi || 18 ûjrèp âcyvoiav A.
85
DES PREMIERS PRINCIPES
[26. Le statut aporétique de l’un]
C’est pourquoi, au sujet de l’un aussi, les raisonne-
ments de Platon se renversent, car l’un est proche
du complet renversement du premier1, toutefois il s’est
différencié de ce principe en ce qu’il est absolument
un et <tout selon l'un ; il est vrai que l’unifié2 est
également tout > selon l’un, mais l’unifié est un et tout
ensemble, tandis que l’un est au-dessus de l’un et du
tout, étant plus simple que tous les deux ; quant au
principe ineffable, il n’est même pas cela. En tant
donc que l’un est sorti de l’ineffable, < il est un, >
cependant il n’est pas l’un déterminé (car celui-ci est
parfaitement connaissable), mais il est l’un-tout3 ; il
n’est pas non plus le tout en tant que divisé (car celui-ci
est encore plus connaissable, parce que déjà multiple),
mais il est ce qui est ensemble un-tout, ce qui précisé-
ment tient de l’un le simple complètement purifié
des plusieurs, mais qui tient du tout ce qui refuse le
caractère déterminé et étroit de l’un. Chacun de ces
deux prédicats est connaissable, ainsi que leur ensemble
en tant que connaissable dans les deux ; mais ce qui est
antérieur à tous les deux, ce que nous suggérons aussi
par cet ensemble, cela, de soi, ne supporte pas la
connaissance, mais par une image de l’ensemble des
deux, on connaît que cela, antérieurement à cet
ensemble, est tel que cet ensemble après lui.
[27. Du connaissable à l’inconnaissable]
Et s’il faut énoncer des divisions, il y a, d’une part,
ce qui est réellement connaissable, c’est ce que l’on
observe dans une certaine détermination, ce qui est
aussi forme déjà de quelque manière, car cela par sa
1. Le premier, c’est-à-dire l’ineffable.
2. Cette conjecture s’autorise do ce qui suit p. 86.3-8.
3. Voir Notes complémentaires, p. 162.
R. I, 56-57
DE PRINC1P1IS
85
Aïo koi èir’ aurû oî Xôyoi tû FIXcitoivi irepiTpéirovTai '
èyyùs yâp cari ttjs iravraxT] tou irpûrou TrepiTpoirrjs,
SrqveyKC 8e CKeîvqs oti ëv âirXûç Kai *** eari Karà rà ëv ‘
àXX ev èKeîvo Kai iravTa opoû, toûto 8e èariv ûirèp to ëv
Kai Ta TràvTa, ap<J>oiv airXoûœrepov, ckcivi) 8e ou8c toûto. 5
Ka6 oaov ouv e£e&q toû àiroppi)TOU, (ëv,} àXX’oux'i
TÔ 8ia>piapévov cv (toûto yap TeXèioç yvioorov), àXXa
TÔ TraVTa ëv, où8è iravTa oaa 8iûpiarai (koi TaÛTa yàp cti
pâXXov yvioara, are troXXa t]8t)), aXXa rà ôpoû iravTa cv,
orrep ârrô pèv toû évôs ^XEl 8iaKa0aipôpcvov âirô tûv 10
iroXXûv rà âirXoûv, àirô 8e tûv irâvTiov cxcl àvaivôpevov
rà 8ia>piapévov toû évôs Kai ciTreaTCVcopcvov. Kai toutcov
pèv CKaTepov yvidcrrôv, Kai to auvap<|>ÔTcpov ûs èv Suai
yvioorov ' o 8c èori irpô ap<]>oîv, o Kai èvSetKvupeOa 8i’
ckcivou, toûto aîiToOev oùx ûiropévei ttjv yvûcnv, àXXà 8i’ 15
eiKÔvos | Toû auvap<J>OTcpou yiyviooKCrai toioÛtov cîvai
irpô toû auvap<|>oTëpou oîov per’ ckcÎvo rà auvap<|>ÔTCpov.
Ka' ei XP1! SieXôvTa <]>avai, to pèv ovtios yviaarov èori
rà ëv tivi 8iopiapû Oeupoûpcvov, 8 Kai cî8og i]8i] irioç èariv,
toûto yap tt) oiKcia ircpiypa<J>T) tt)V ircpiypa<|>ouaav ûtro- 20
1 = Pann. 141 e 10-142 a 8
3 lac. notaui, possis <Tt&vta> èari, sed plura déesse uid. ||
4 àXX’ êv èxeïvo leuiter inducta in A, orn. ÛC || 6 êv addidi.
86
DES PREMIERS PRINCIPES
propre circonscription se soumet à la connaissance qui
circonscrit ; c’est pourquoi la connaissance commence
aussi à partir de là. D’autre part, il y a l’extrême opposé
de cela, à savoir ce qui est absolument indicible et qui
ne supporte aucune prise. Enfin, il y a ce qui est au
milieu, et dont font partie, d’une part, ce qui se trouve
du côté du connaissable, c’est-à-dire l’unifié échappant
de ce fait à la connaissance qui détermine ou circonscrit,
d’autre part, ce qui se trouve du côté de l’indicible,
c’est-à-dire l’absolument un et tout selon l’un, qui ne
tolère que quelque minime et très obscur soupçon
à son égard. Quant à savoir s’il y a quelque intermédiaire
encore entre ces derniers1, nous l’apprendrons quand
nous aurons distingué, chacun d’entre eux.
[28. La gestation cognitive de l’un]
Mais, pour le moment, en scellant ce discours sur
cet un-là, nous disons qu’il n’est pas celui que nous
disons, et que nous ne le connaissons pas comme un
et comme tout ensemble, mais qu’il est celui dont nous
sommes en gestation à partir de ces derniers prédicats (je
parle de gestation cognitive) ; en effet, sa connaissance
s’est avancée jusqu’à la gestation, mais, en s’efforçant
d’en venir jusqu’au fruit et à sa description détaillée,
elle tombe de celui-là dans ses dérivés. Et c’est là
ce que le philosophe Proclus, dans son Monobiblos2,
nomme axiome ineffable, à savoir l’axiome relatif à la
connaissance qui est en gestation de l’un, de même
qu’il nomme axiome exprimable l’axiome relatif à la
connaissance déjà nettement articulée. Et c’est la raison
aussi de l’ambiguïté dans laquelle reste toujours [tout]
examen et jugement à l’égard de l’un, car ce dernier
se présente tantôt comme connaissable, tantôt comme
inconnaissable ; il est, en effet, tantôt l’un, tantôt
l’autre. C’est pourquoi Platon encore, dans ses Lettres,
exclut de l’un la question « quelle sorte de chose est-ce
donc? » et, ce qu’il rend responsable de tous les maux,
1-2. Voir Notes complémentaires, p. 162.
R. I, 57
DE PRINCIP1IS
8G
pÈvci yvûcriv, 8iôircp àirô toû toioutou Kai f] yvûcns âpx£"
rai • to 8è àvriÇouv toutio ectti, rràvTT] ov appr]TOv Kai
oùSepias Xagfjs àvE)(ôpcvov • to 8È Èv péoio, Kai toutou to
pèv irpôs toû yvGKTTOÛ, oTov to fjvcopévov, Kai TauTTj
Sia^cûyov tt)v Siopî^ouaav fj Trcpvypà<|>ouaav yvûaiv, to 5
8è rrpôs toû àppi)Tou, otov tô ev â’n'Xûs Kai iravra Karà to
Ëv, ÈXaxîaTrjv Tivà Kai âpu8pOTCiTT)V ùirôvoiav TTEpi ÈauToû
irapsxôpEVOv. Ei 8e ti Kai pÈcrov toutcov ècrriv, orav CKaaTa
toutcjv SiaKpiviopcv, ÈiriCTTqCTOpEV.
Nûv 8È EKEÎVO TTEpi TOU TOIOUTOU evÔç Êiria<|>payi^ô|i£voi 10
XÉyopEV, OTI O pèv XcyopEV OÙK ECTTIV OÛ8È yiyVlOCTKOpEV
d>S Ëv Kai ibç TràvTa ôpoû, o 8e àirô toutiov brSîvopsv
(<j8îvà <j>T)pi yvaJCTTiKfjv) toûto ectti • pÉxpi yàp w8ÎVOS
f) yvÛCTig aùroû rrpo£Xr)Xu6ev, eIç 8è tokov ÈK^aivEiv
TTCipiopEVT) Kai 8iàp6p(i>oiv ciTroTrîirrci ckcivou eis tous là
tokous aÙToû. Kai toûto Ècrriv orrcp ô <|>iXoao<|>os FlpoKXos
Èv tÇ> povoÇtÇXu) àirôpprjTov a£nopa kckXtjkcv, to Karà
TTjV üiSivoucrav ÈkeÎvo yvûaiv, <x>s prjTÔv à^iwpa to Karà
tt]v t]8t] 8ir)p0pupÉvr)V. Toûto 8e aïnov Kai tt]s ETrap<f>o-
TEpi^oùcrrjs âsi TTEpi aùroû 8oKi|iatrias Kai KpiaEios, ttotc 20
pÈV <b$ YVIOCTTOÛ, TTOTÈ 8È û>s ayvibcTTOU OVTOS aÙToû TTÛS
p£v yàp toûto, ttûs 8 : Èkeîvo. Kai 8ià touto Kai ô nXànüV
Èv EiriaToXais ro « iroîov ti pt}v ; » à<j>aipsi aÙToû, Kai
22-p. 87.1 = Epist. II, 313 a 3-4.
1 toioùtou Ax : aÙToû ut uid. A || 2 toùtcùi ~ (ex toùtcov ut
uid.) A1 || 19 8iop6wpévr)v A, corr. A* || 23 ÈnurroXaïç (-oX-
et accent, ex corr ) A’ ÈTricrrqpaig (?) A || ttoïov tI pf;v A :
ttoïov xal tô tI A’
87
DES PREMIERS PRINCIPES
c’est la division de ce qui est propre1, selon la qualité
et le quelque chose, car c’est là en réalité une passion
titanique dont nous sommes affectés, et cependant cette
passion nous entreprenons de la faire remonter vers
la plus sainte de toutes les choses et cc qui de toute
totalité est le plus indivisible.
Si donc, on doit exclure de la connaissance de l’un
le quelque chose et la qualité, on doit aussi exclure l’un,
car c’est quelque chose du tout; on doit exclure encore
le tout, car le tout est quelque chose ; en effet, parmi
toutes les choses chacune est quelque chose, par
conséquent [toutes] ensemble elles le sont aussi. Si donc
l’un n’est connu ni comme un, ni comme tout, que
pourrait-il être? Arrête, homme, n’ajoute pas le
« quoi ? », car c’est cela même qui t’empêche de le
connaître, parce que tu crois qu’un quelque chose est à
comprendre ; or, lui, si tu exclus le quelque chose
et la qualité, il t’apparaîtra cc qu’il est, dans la mesure
du possible. Car voici ce qu’il est : le non-quelque chose
et le non-qualifié, mais il est antérieur à ces noms,
étant ce qu’il n’est pas possible de dire (car tout nom
est quelque chose et a la propriété d’indiquer quelque
chose) et ce qu’il n’est pas aisé de penser (car tout
concept est quelque chose et est concept de quelque
chose de qualifié ; et même si tu rassembles tous les
concepts à la fois, ils sont qualifiés et ils sont quelque
chose, car ils sont des concepts de certaines choses
qualifiées). Par conséquent, même l’intellect, qui, en
tant qu’intellect, est contemplateur de certaines choses
qualifiées2, entre sans doute en gestation de la notion de
cette haute nature, mais cette notion il ne la produit
pas, même lui ; tout au contraire, il concentre cette
gestation sur elle-même et la fait remonter vers ce qui
est absolument simple, cc qui n’est pas du tout circons-
crit et n’est en rien qualifié par la qualité qui circonscrit
toutes choses ensemble d’une manière générale, et
chacune en particulier. C’est ce que Platon et les
Oracles nous exhortent à faire, au cas où, de quelque
1-2. Voir Noies complémentaires, p. 162-163.
R. I, 57-58
DE PRINCIPIIS
87
toûto tûv kokûv aiTiaTai irâvruv, tov TOÛ ISÎOU pepiopOV
kotÙ to iroiôv Kai to ti • tû yàp ovti toûto titovikov
iracrxopxv, Kai opais toûto to iraOo ; ein rà iravrcav ayiura-
tov Kai iravrôs oXou àpepécrraTov àvâyeiv èiri)(eipoûpev
(29*) El toIvuv rà tI Kai rà iroiov à<J>aipcT«ov tt]s aùroû 5
yvaxrews, Kai rà ëv à^aipereov, ti yàp toûto tûv iravruv
Kai Ta iravra, Tivà yap Ta iravra tûv yàp àtràvriüv
CKaoTOV ti ècrriv, Tivà apa Kai ôpoû. El ouv pi^Te ûs ëv pi]Te
ûç iravra yiyvûaKtrai, ti av eïi] ; "Airaye, âvOpwirc, pi]
irpo<revéyKi]s to ti ' aÙTÔ yàp toûto croi èpiroSiÇci irpôs ttjv 10
ckeÎvou yvûcriv, oti oïei ti àKouaccrOai, rà 8e ei à<)>éXois to
tI Kai rà iroiôv, <|>aveÎTaî aoi o èan Karà rà 8uvarôv. Auto
yap toûto è<TTi, to pq tI pqS iroiôv, àXXà irpô toutiov, ôirep
outc elireîv 8uvaTÔv (irâv yàp ôvopa ri ècrri, Kai Tivès
SqXiOTiKÔv) outc voîjcrai pa8iov ' irâv yàp vôqpa ti cuti Kai 15
iroioû tivos, Kav iravra ôpoû CTuvayayijs, iroià ètrri Kai
Tivà, iroiûv y p Tiviov. ’JîaTe Kai ô voûs, f) voûs tûv ironov
tiviov Ocupôs ûv, ûSivei pèv tt)v ttjs 4>u<reo>s èKcivqs
êwoiav, irpoàyci 8è aùrrjv où8è ékeîvos, àXXà roùvavTÎov
Kai auvàyei irpôs éaurrjv ttjv ûSiva Kai àvàyci irpos to 20
àirXoûoTaTov Kai iràvTT] àrrepîypa<J>ov Kai àiroiov iravreXûç
tt] irepiypa4>oû<ri) irotÔTr]Ti KOivq Te ôpoû iravra Kai i8ia
CKaaTOv. "Oirep Kai o FlXaruv Kai rà Xôyia irapaKeXeûerai
23-p. 88.6 Epist. 11, 313 a 5 = Or. Chald., fr. 1.3 «les
Places.
11 àxovce-oOai, e-o in ras. A1 || 23 xal* coin. Ruelle :
xarà A
88
DES PREMIERS PRINCIPES
manière, nous serions capables, après avoir oublié nos
propres conceptions, de retourner à cette gcstation-làl
qui est assurément de nature à déceler l’un, mais non à le
décrire à quiconque, sauf à retrancher l’obstacle qui
se dresse contre une telle projection, et qui consiste
dans la question «quelle sorte de chose est-ce donc? »
et dans le fait « de penser [l’un] comme un quelque
chose ».
Et si l’on contraint cette projection à nous instruire
sur lui, à la place d’elle-même elle projettera une
conception du deuxième ou du troisième rang, laquelle,
en énonçant comme distingués les prédicats qui sont
ensemble, paraît l’énoncer, lui, [en disant] par exemple,
que ce qui est absolument simple est le principe, de
même, ce qui est premier, ce qui enveloppe tout, ce qui
engendre tout, ce qui est désirable par tout et ce qui est
le plus puissant de tout ; et on énumérera à la suite ou
bion toutes les choses dont est cause celui-là, ou bien
les plus puissantes et les plus dignes de toutes, comme
celles que nous avons évoquées, et surtout l’un et le tout
pour les raisons déjà dites. Mais, dans l’énonciation de
ces choses, une certaine conception meilleure que celle-là
s’emparera [de l’esprit], une conception qui refuse le
distingué et le polymorphe comme principe, car elle
contracte tout dans une nature unique de forme simple,
et elle estime cette nature-ci digne d’être posée anté-
rieurement à celle-là c’est-à-dire l’unifiée avant la
distinguée. Néanmoins, la première gestation2 de la
puissance cognitive, gestation qui demeure à l’intérieur
et ne procèd » pas, n’acceptera même pas cette contrac-
tion, en tant que cette dernière est grosse de la pluralité
et ne l’a pas, du moins encore, mise au jour, tandis
que la première gestation porte en elle l’un absolument
simple et établi au-dessus de toute la pluralité, lui
qui, tout en étant inconnaissable, est cependant en
gestation du connaissable, s’il est permis de dire, sans
que cclui-ci s’ajoute à cet un là ; mais sa nature, n’étant
1. Celle dont il vient d’être question, p. 87.20.
2. Il s’agit toujours de la même gestation, p. 87.20.
H. I, 58-59
DE PRINGIP1IS
88
iroieîv, eï trios 8uvq0e£qpev, tûv qpeTÈpwv Èvvoiûv éiri-
XaOôpevoi, irpàs Tqv ûSîva ÈKeivqv àvaSpapeîv, q rréifiuKev
ÈkeÎvo yvwpi^eiv pev, àirayyéXXeiv 8è pq8ev , rrXqv oti
È£aipeî to ÈpirôSiov eis Tqv Tolaùrqv irpoÇoXqv Èvl-
OTapeVOV, OTTEp ÈotI TO « TTOÎOV Tl pqv ; » Kai TO « Ûs Tl 5
voeîv ».
El 8e tis aîiTqv avayKaÇoi irepi èkeivou 8i8a<rKeiv, âv©’
ÊaiiTqs TrpoÇaXeÎTai SeuTÈpav q TpiTqv êwoiav, q Ta opou
8iupicrpéva rrpo<|>Èpouoa 8okcî irpo<)>épeiv ÈKeîvo oîov oti
to ârrXoûaTaTov àpxq, Kai to irpûrov, Kai to irâvTiov 10
irepieKTiKÔv, Kai to iràvTüjv yewqTiKov, Ka to iraaiv
È<j>eTov, Kai to rràvTiov KpaTioTOV ' Kai qToi iravTa e<J>e£qs
àrrapiOpqcrCTai, ûv aÏTiov ÈKeîvo, q rà KpàTitrra Kai
npiÛTara tûv iravTiüv, oîa Ta eipqpèva, Kai paXioTa to ev
Kai Ta iravTa Karà Tas eipqpevas aiTias AXXà toutwv 15
XeYopévuv ÈiriXqipeTai tis àpeivcov TauTqs ewoia, irapai-
Toupévq to Siupurpévov Kai iroXùpop«f>ov èv apxqs Xôya>,
cruvaipoûcra 8e iravTa eis piav <|>ûcnv povoeiSq, Ka Taurqv
ÈKeivqs à^ioûoa irpoTiOevai, Tqv qvüjpévqv Tqs 8iü>pi<rpévqs
’AXX q eïaio pÈvoucra Kai où irpoioûaa Tqs yvüJcrriKqs 20
8uvàpews irpÛTq Û8is où8è TaÙTqv 8e£erai Tqv auvaipeaiv,
ûs KÙouaav to irXqflos Kai | oùiru ye aùrô TeTOKUÎav, aÙTq
8è TÔ âirXoûv iràvTq Kai ûirèp àirav to irXqOos iSpupevov
ûSîvoucra ëv, orrep ayvüOTov ov opo>s Û8ivei to yvioaTov,
ei Oepis EÎireîv, où rrpooTl0épevov tû évi ÈkeÎvü) ' àXX’ q 25
5 ûç Ti A.
89
DES PREMIERS PRINCIPES
pas absolument ineffable, laisse soupçonner confusément
le connaissable qui correspond à la gestation, sans que la
gestation procède jusqu’à la connaissance ni que son
objet procède jusqu’à être connaissable.
[29. Trois questions]
Eh bien donc, puisque l’un est tout < et > qu’il n’y a
rien que l’un ne soit, comme nous le disons, cherchons
justement ceci : premièrement, en quel sens il est vrai
que l’un est tout, deuxièmement, s’il est toutes choses
à égalité, et de plus, en troisième lieu, en quoi le fait
d’être tout est différent pour l’un et pour l’unifié, car
chacun des deux est tout selon le mode indifférencié.
[29.1. Béponse à la 3e question]
Et [ici] je parle non de l’être substantiel, mais de
l’être unitaire ; car celui-ci aussi est tout selon l’un, lui
qui est établi au-dessus de l’être, et qui aussi, avant
l’être, pourrait être dit unifié, car il anticipe la propriété
du mixte. Disons qu’il manifeste déjà le plus haut
degré de l’union formée des plusieurs et la première
gestation de la pluralité, ou plutôt du mélange de la
pluralité , car la pluralité s’est manifestée antérieure-
ment à lui, de même que l’un aussi ; et, de la réunion
de tous les deux en lui, il a projeté à leur suite l’unique
propriété unifiée et mixte de l’être, laquelle est devenue
la subsistence de l’être ; elle n’est ni l’un ni les plusieurs,
mais leur mélange qui s’est manifesté dans le troisième
dieu1 : voilà exactement ce qu’est le mélange et le mixte
que nous appelons l’unifié, ou encore l’être2. Si donc
celui-ci aussi est tout, c’est du moins selon le mode
unifié qu’il est le tout, car la pluralité aussi est tout
antérieurement à lui, et elle est tout plus proprement
que l’un ; en effet, elle est tout, en tant que le tout
est plusieurs, tandis que l’un est tout, en tant que le tout
est un et tout selon l’un.
1-2. Voir Noies complémenlaires, p. 163.
R. I, 59
DE PRINCIPIIS
89
4>ûcns aùroû fit) nâvTT] ouaa àrrôppijTos to àvaXoyoûv tt)
Û8ivi yvüicr-rôv cis ùirôvoiav irapaSîSuaiv àSiapOpuiTov, où
'irpoïoûar] cis yvûaiv où irpoïôv cis to etvai yvœarôv.
(30) 4>cpc ouv citci8tj TràvTa cotiv, oùSèv {8c} 8 pij èan to
cv, ûs <J>apcv, aÙTÔ toûto ^rjTijaüipev irpûrov orrais aXrjOes 5
oti iravra, Kai ScÛTcpov cl èir’ ïarjs TràvTa, Kai eri ye TpiTov
tis iq 8ia<J>opà toû eîvai rràvTa tû tc cvi Kai tû ijvupevw *
navra yàp CKaTcpov àSiaKpÎTios*
Acyai 8c où to oùaiû8cs ov, àXXà to cviaîov ' Kai toûto
yàp iravra Karà to cv, to yc toû ovtos ûircpi8pupcvov, o 10
Kai irpo ckcIvou XèyoïTO âv iQVupévov, ttjv ISiÔTijTa toû
piKToO irpociXi)4>ôs* *H toûto pèv îjSij irpo<f>alvci ttjv ck
ttoXXûv aKpav cvuaiv Kai ttjv irpûrrjv a>8 va toû ttXtjÛous,
pâXXov 8c ttjs toû ttXtjÛous pigeais ' Trpô aùroû yàp
c£c4>avrj to ttXtjOos, ûairep Kai to cv • ck 8c a|i<)>oiv cis 15
aÙTÔ auveXûôvTOiv ttjv piav cir’ aÙTOÎs qviopévrjv Kai
piKTTjv ISiÔTijTa TrpoeÇàXcTO toû ovtos, tjtis aÙToû ycyovcv
urrap^iç, où to ev, où8e Ta iroXXâ, aXX’ q toÛtwv pi£i$ èv
tû TpiTW àva<|>avcîaa 9eû, toûto aÙTÔ OTrcp cqtIv pl^S
Kai to piKTOv, o 8rj KaXoûpcv qvüipévov, 8 8rj ôv èariv. El 20
toIvuv Kai toûto TràvTa, àXX qvupévus Ta iràvTa, èirel
Kai irpè aÙToû irâvTa tô ttXtjÛos, Kai Kupiûrcpov iravra ij to
cv 1 toûto pèv yàp iravra, fj iroXXà rà iravra, ckcîvo 8c, ?)
Ta iravra ëv Kai iràvTa Karà to cv.
4 8è addidi (xal où8èv c) 5 ^Tjr^acopev B : -opev A |] 11
ISiÔTijTa D : àiSiôv/jTa A || 20 8i) 6v scripsi (cf. 100.8) : 8lï6v A.
90 DES PREMIERS PRINCIPES
Mais peut-être quelqu’un pourrait soulever l’aporie
suivante . si l’un, lui aussi, est tout et pas seulement un
il y aura avant lui le seulement un, puisque celui ci
a une notion plus simple que l’un-tout ; en effet à l’un
est ajouté tout. Et, si l’on veut, on affrontera celui qui
soulève l’aporie, en [lui] disant que la pluralité esl
un-tout, un par subsistence, tout par participation
tandis que l’un est seulement un et n’est pas encore
tout. Néanmoins, il est plus exact de dire que la
pluralité aussi est dans l’un (car elle en procède), mais
qu’elle y est pour ainsi dire du point de vue causal, en
tant qu’elle n’est pas distinguée de cc en quoi elle est
(car il n’y a pas encore là-haut de distinction), et que
l’un est, antérieurement au tout, tel qu’est le tout après
l’un, et que l’un est tout encore plus que le tout, car
l’un est la cause même qui fait que le tout est tout. C’est
donc en un sens spécial1 que l’un est tout antérieurement
à la pluralité, et c’est selon le seulement un lui-même
et le plus simple de tout ; car s’il est le plus simple, c’est
parce qu’il est le plus compréhensif ; c’est pourquoi aussi
il est tout
[29.2. Béponse à la 2e question]
Est-ce donc que l’un est [toutes choses] à égalité?
Et comment ne le serait-il pas? Il est en effet tout
selon l’un, et il n’y a rien qu’il ne soit selon l’un ; or,
ce qui est selon l’un est plus égal que ce qui est selon
l’égalité, s’il est possible de parler ainsi ; quant aux
choses qui procèdent de lui, elles sont placées en ordre
l’une avant l’autre, tandis que là-haut elles sont sans
ordre de placement, parce que l’ordre est dans la dis-
tinction Mais [là-haut] il n’y a meme pas 1 ordre selon la
cause, car il y aurait aussi la distinction selon la cause,
et les causes seraient déjà distinguées; à moins toutefois
que ne soient là haut et l’ordre et la distinction, non
pas même selon la cause, mais selon un mode supérieur
à la cause, c’est-à-dire selon l’un et l’absolument un ;
et c’est pourquoi l’un est toutes choses à égalité.
1. "AXXcoç veut dire ici : en un sens autre (que le sens ordinaire .
R. I, 59-60
DE PRINCIPIIS
90
“I crois 8 âv tiç àiropqaeiev • el Kai rà ev iravTa Kai où
pôvov, êarai irpô aÙToû tô pôvov ëv, èireiSq àirXouoTépav
ëvvoiav e^ei q tô ev iravra • irpooKeirai yap toûto» iravra.
Kai ei pev pouXeial ti;, ôpôac x PT 1 tû airopoûvTi to
pev irXqOos ëv iravra cjiàpevos, êv pev Ka0 uirap^iv, iravra 5
8 Karà péOcÇiv ' tÔ 8è ëv povov ëv, Kai outre» rrâvra. Où
pévToi aXX’ ckcîvô ye âXq0éoTepov eiireîv, oti Kai to irXqOoç
èv tû évi (Kai toûto yàp air’ aÙToû), aXX oîov kot’ aèrlav,
où 8iüipurpévov àtrô toû èv £> èaTiv (ouïrai yàp eKeî 8io-
picrpôs), àXX’ oti to ëv toioûtov irpô iravraiv oîa Ta iravra 10
pcTa tô ëv, Kai ëri peiÇôvciç iravra tô ëv q Ta iravra ècrrlv '
aÙTT] yap q alita toû iravra eîvai rà iravra to ëv êoTiv.
AXXats ouv iravra irpô toû irXqOous to ëv, àXXà kot’ aùrô
ye to povov ëv Kai to iràvraiv airXouaraTOV ‘ 8ià toûto yàp
âirXouararov, oti irepiCKTiK rrarov ' 8iô Kai iravra. 15
(3P) ’Apa ouv èir’ ïcrqç ; Dûs 8e où-%1 ; Davra yàp Karà to
ëv, Kai oùSèv o ti pi] Karà tÔ ëv ' to 8è Karà to ëv Kai toû
èir’ ïoqs ècrriv laaiTepov, eî oîôv Te outois elireîv ' rà 8è air’
aÙToû KaTa râ^iv aXXo irpô dXXou, eKeî 8e aveu Ta£ea»s,
oti èv SiaKplaei r| râ£i$. AXX ou8e kot’ a’rrlav •q rà£is, eïi] 20
y< p dv Kar’ airlav Kai -q 8iaKpiais, Kai rà aiTia SiaKeKpi-
peva el pq âpa Kai q Ta^iç èKeî Kai q SiaKpiais ou8è kot’
aiTiav, aXXà pei^ôvus q KaTa Tqv aiTiav KaTa yàp TÔ ëv
Kai TÔ irâvrT] ëv, Kai 8ià toûto iravra èir’ ïcrqç.
9 Sicopicrpèvov Segonds : qv A || 12 aùrl) scripsi : aOtq A ||
tô s.u. ins. A1 !j 13 xar’ aùrô ex jearà tô A1 |[ 18 Itralrepov)
-al- ex -ü- ut uid. Ax.
91
DES PREMIERS PRINCIPES
Pourquoi donc, comme nous le disons, certains
prédicats lui sont-ils plus impropres, d’autres plus
propres, par exemple, l’un lui-même, ce qui est tout
ensemble, le plus simple, le premier, l’au-delà de tout,
le bien, et tout ce qui veut suggérer1 le principe unique?
Ce sont là, en effet, les prédicats qu’un homme sain
d’esprit pourrait énoncer à son égard ; mais qu il soit
homme ou quelque chose de moins honorable, la dernière
chose même, ou ce qui est causé, ou la matière, ou
quelque chose de semblable, personne, à moins d’être
fou, n’aurait l’audace de le dire. La raison de cela, c’est
que, sans doute, rien de ce qui est distingué n’est
vrai de lui, ni le premier, ni le dernier, ni aucun des
intermédiaires, mais que, comme nous voyons l’ordre
que ces choses mêmes ont les unes par rapport aux
autres (ainsi les unes produisent, les autres sont
produites, les unes ordonnent, les autres sont ordonnées),
alors, dans notre intention de Suggérer quelque chose,
à partir de ce que nous connaissons, sur lui que nous
ne connaissons pas, nous lui attribuons ce qui est plus
respectable par nature, à savoir les causes, à lui qui est
antérieur à la causalité2, et les choses qui ont procédé
de lui les premières, à lui qui n’a pas du tout procédé, on
tant que ce sont aussi celles qui ont le moins procédé.
Quoi donc, est-ce encore l’un qui a produit les unes
comme premières, les autres comme deuxièmes? Car,
dans ce cas, en lui aussi apparaîtra l’ordre. Répondons
que, si l’un produit toutes choses en même temps,
toutefois, elles ne procèdent pas en même temps, mais
l’une s’avance d’abord, l’autre ensuite. Et comment
celles qui sont plus parfaites peuvent-elles se séparer
de l’un avant celles qui sont plus imparfaites? Ne
faut-il pas dire plutôt que, bien qu’elles se séparent
les premières, parce qu’elles ont une plus grande force
pour subsister en elles-mêmes, toutefois elles ne se
séparent en aucune façon davantage, mais au contraire
elles se séparent très peu, à cause de cette même force ;
1 2. Voir Noies complémentaires, p. 163.
R. I, 60-61
DE PRINC1PIIS
91
(31‘)
(31*)
Aia ti ouv Ta pèv aÙTÛ èariv olKeiôrepa, rà 8è âvoi-
KeiOTcpa, ûs 4>apev, oîov to ëv aÙTÔ, to irâvTa opou to
àirXoûoTaTov, to irpûrov, to èircKCiva iravTUv, TayaOôv
Kai ocra ttjv pîav apj^qv èv8eiKVua0ai PoûXerai ; TaÛTa
pèv yap cïiroi tis av irepi auToû voûv ë)(a>v âv0pa>iros ' 5
avOpfaxrros 8è oti ÈotIv t) ti tûv àTipoTcpcov, aUTO yc to
ëa)(aTov 4] to aiTiaTov i) uXt] 4) ti tûv toioÛtwv, oû8els
âv, cl pr] paîvoiTO, <]>avai ToXpr^aeiev. "H toutou aÏTiov
to pi)8èv pcv ckcÎvw tûv 8iupiapèvuv èiraXt)0cûciv, pr]8è
to irpÛTOv, pi)8è to ëa)(aTOV» pT)8é ti tûv pèaiev ' aÙTÛv 10
8e toutüjv ttjv TaÇiv ôpûvTes, t]v è'xei irpôs âXXrjXa ûs Ta
pèv irapâyci, Ta 8è irapayeTai, Kai rà pèv tcittci, Ta 8è
TaTTCTai, pouXôpevoî ti èv8ei£aa0ai â<]> ûv ïapev irepi ou
ouk ïapev, rà irpcaguTcpa <J»iiaei aÙTÛ âvaTÎOcpev, rà
aiTia tû irpoaiTiu, Kai rà irpÛTa air’ auToû irpoeXOôvTa 15
tû pr]8è irpoeXOôvTi, ûs Kai TaÛTa l]KiaTa irpoeXOovTa.
Tl ouv ; Kai ckcivo rà pèv irpÛTa, Ta 8e ScuTcpa irap^ya-
yev ; outu yàp Kai èv ckcIvu «JiaveÎTai i) Ta^iç. H èKeîvo
pèv irâvra ôpoû irapâyei, Ta 8e ou)( ôpou irpoépxovrai,
àXXà to pèv irpoTepov, tô 8è uaTepov èauTÔ irpoâyei. Kai 20
irûs Ta KpeiTTW x<dP^ETai T°û èvôs irpoTepa tûv x£l“
pôvuv ) "H cl Kai [cl] irpÔTepa 8ia to paXXov èppûaOai
rrpôs ûirôaTaaiv ttjv è<|> èauTÛv, aXX* outi yc Kai pei^ovws
X<jpî£eTai, àXXà Kai leurra, 8ta ttjv aÙTrjv 8ûvapiv * cl pèv
4 év8eizwa0ca scripsi : eîvai 8elxvua6ai A 7 CXiqv A, corr.
Ruelle || 14 aùiû scripsi : aù-rûv A || 16 rrpoeÀÔévTi Kopp : npo-
eXOeïv ti A || 22 el‘ om. c 24 el c : iji A.
92
DES PREMIERS PRINCIPES
si, en effet, les choses procédaient par faiblesse, celles de
deuxième rang seraient sans doute les premières à être
privées de l’un, c’est ce qui arrive aussi aux âmes plus
faibles, qui sont les premières à s’écarter de l’intellect,
tandis que les deuxièmes à le faire peut-être, et avec
peine, sont celles qui ont plus de vigueur. En réalité,
la procession à partir des causes se produit selon la
force, et certaines choses ont plus d’autonomie pour
se faire subsister, tandis que d’autres ne sont pas du
tout de nature à se produire elles-mêmes, mais reçoivent
leur subsistence complètement d’ailleurs. Or, si l’un
encore les produit, il produira, avant celles qui ont moins
de ressemblance avec lui, celles qui en ont davantage,
celles aussi qui s’appartiennent davantage à elles-
mêmes, non parce qu’il anticipe l’ordre, mais parce que
l’ordre également vient de lui, comme aussi tout le reste.
Tel est donc l’un ; mais à sa place nous nommons les
choses qui lui ressemblent davantage. Bien entendu, les
choses produites sont inégales, tandis que le producteur
est égal à tout, et encore bien plus qu’égal ; il est en effet
un seulement, et en tant qu’il est lui même, et en tant
qu’il est tout, et en tant qu’il produit tout ; car tout ce
qu’on peut dire de lui, c’est selon l’un.
[29.3. Béponse à la lre question]
Maintenant, il faut en venir à la solution de notre
tout premier point en discussion, à savoir d’où vient
que l’un est tout? Car peut-êtro il n’est même pas
possible que l’un soit tout ; et, de plus, quel besoin
aurait-il d être tout? En effet, il lui suffit même d’être
le seulement un pour être la cause de tout ; mais s’il
est aussi cause de tout, il ne saurait être tout ; et si, de
plus, le tout est plusieurs, l’un ne saurait être plusieurs.
Par suite, ceux qui ont dit que l’un est tout1 semblent
avoir voulu se garder de défendre l’opinion plus
commune qui le pose un comme quelque chose du tout ;
en effet, il n’est pas quelque chose, mais il est l’un
1. Il s’agit apparemment de Linus et de Pythagore, supra,
p. 67.14-15 ; p. 72.12-13.
B. I, 61
DE PRINCIPIIS
92
yàp 8l àaOevelav irporjei, Taxa av ™ Seurepa aireXei<J>0r]
irp iTepa toû èvôs, o irâ<yx°o<Ti Kai tûv ipux<uv ai aaOevéaTe-
pai, a<f>i<rrapevai irpôrepai toû voû, SeuTcpai 8è ïacos «al
p-oyiç ai uryopoTepai. Nûv 8e kutu Sûvapiv y yvenu q àirè
tûv ainuv rrpôo8os, Kai ïà pev auTapKeoTepa èon irpôg 5
uiroaTaaiv, tù 8’ oXius où8è irapayeiv éauTci ire<)>uKev,
àXXà to oXov ÉTcpuOev û«J>i<TTaTai El 8e Kai CKeîvo irapâyoi
aÙTa, tù éauTÛ ôpoioTepa irapa£ci irpô tûv àvopoiOTépuv,
Kai Ta pâXXov aÛTÛv, oùx oti irpoeîXi]<j>ev tt|v tô£iv, àXX’
oti àtr’ aÙToû Kai rj tô|is, ûs Kai Ta âXXa iravra. 10
Toûto pev ouv toioûtov ’ âvri 8e aùroû rà ôpoioTcpa
auTÛ ôvopà^opev. Tà pèv 8-q irapayôpeva âviaa, to 8e
irapayov ïaov irpôç rrâvra, Kai en peiÇovios î] ïaov ‘ ev
yâp èan povov, Kai ûç aÙTÔ, Kai ûç in vra ov, Kai ws
iràvTa irapayov • Karà yàp to ev o ti âv eiirps irepi aùroû. 15
32) ’AXXà tô irpÛTOv âiràvTiDv ^ï)Ti]0èv t)8t] èmXuTéov, irôOev
oti iravra ; Mr]iroTe yàp où8è oîov Te to ev iravra eîvai '
tis Se Kai t] XPc^a T°û irâvTa eîvai ; ApKeî yàp Kai ro
pôvov ev rrpès ro irâvTwv aïnov ' ei 8e Kai iravnov aïnov,
ouk âv eït] iravra ' ei 8e Kai iroXXa Ta iravTa, ro ye ev ouk 20
âv eït] rroXXâ. ’EoiKacriv âpa oi iravra TÔ ê elirovres
ap.uvop.evoi ttjv êwoiav eiprjKevai tt|V irpoxeipÔTepov eKeîvo
TiOeîaav ev ûç n tûv irâvTiov ’ où yàp ti, âXXa iravra to
16 supra, p. 89.5-6 || 21 cf. supra, p. 67.14-15 ; 72.12-13.
7 xal del. ? (om. bsb) || 9 aûiûv scripsi : aûrûv A ,, 23 ûç ti A.
93
DES PREMIERS PRINCIPES
qui est tout, et même plus que le tout. Car sans
doute le principe, dit-on, est la moitié du tout, mais il
est plutôt le tout, et, plus exactement, il est plus que le
tout ; et c’est ainsi que philosophent les disciples des
Pythagoriciens1. Car, en réalité, si par le tout nous
disons le principe et ce qui vient du principe, et si le
principe fait équilibre2 à ce qui procède de lui, le principe
est la moitié du tout ; mais si le principe est plus
proprement le tout, et si ce qui procède de lui en est
comme une image et comme quelque chose qui lui
est suspendu8, c’est là encore dire une vérité ; enfin,
si le principe n’est pas l’anticipation de ce qui procède de
lui (car les causes qui sont dans le producteur ne sont pas
non plus le producteur lui-même, mais [le producteur]
est aussi celui qui est capable de produire les causes
qui sont en lui), le principe devra alors être plus que
le tout. Or, si nous parlons ici avec véracité, l’un ne
saurait être en vérité le tout, mais le tout sera après
l’un ; en effet, il ne s’agit pas pour nous de déposer4
même les causes de toutes les choses dans l’un, pour
que, par là du moins, il soit tout selon la totalité des
causes. En aucune façon, par conséquent, l’un ne sera
< le tout > à dire vrai, néanmoins [nous l’appelons
le tout] pour ne pas le concevoir comme le plus petit®,
mais comme le plus compréhensif de tout et le plus grand,
sans entendre même cela comme nous entendons le
monde, mais comme le plus simple de tout, et sans
entendre non plus cela à la manière de quelqu’une des
choses qui sont dans le monde, comme par exemple
le cercle extrême de la sphère fixe, mais en tant que
tout s’est écoulé dans la simplicité de l’un et ne veut
plus être tout.
Mais, remarquera-t-on, bien que cela soit dit avec
justesse, il est exact de proclamer encore que l’un
est tout ; en effet, l’unifié de chaque multiplicité est un
coagrégat. < Si donc l’unifié > e.st un tout indifférencié,
de même que la multiplicité est un tout différencié, et si,
antérieurement à l’unifié en chaque chose, il y a l’un
1-5. Voir Notes complémentaires, p. 163-164.
R. I, 61-62 DE PRINCIPIIS 93
ëv Kai irXeov ye q rà iravra. ’Apxq yâp toi qpiau, <J>aai,
toû iravrôç, paXXov 8e TÔ iràv, to 8e àXqûecrrepov irXéov
q to irâv Kai TaÛTa Du0ayo pelcov iraî8eç <J>iXoao<J>oûcri.
Tû yàp ovti, ei pèv to irâv Xéyopev àpxqv Te Kai ràiro rqç
àpxqs, T) Sè àpxq toïç àir’ aù-rqç àvriacopoç, qpiau toû 5
iravrôç q àpxq " el 8è to irâv Kupiûrepov q apxq, ™ Sè àir’
aùrqç oîov pîpqpa aùrqç Kai oîov àiraiûpqpa, Kai toûto
<|>àvai aXq9eç " ei 8e pq q àpxq èanv q irpôXq4riç tûv air’
aÙTqç (où8è yàp rà èv tû irapàyovn aïna aùrô èan to
irapâyov, aXXa Kai to tûv èv éauTÛ airliov rrapaKTiKÔv), 10
eïq av q àpxq irXéov q to rrâv. Ei 8e àXq9q TaÛTa <f>apev,
ouk av eïq Karà àXqOeiav to ëv rà rràvra, àXXa Ta iravra
perà TÔ ëv ' Kai yàp où8è airiaç tûv iravTiov èv aÙTÛ àiro-
Ti0epev, ïva Taûrq yoûv eïq iravra, Karà Tqv iravTOTqra
tûv uItliov OùSapûç apa (iravra^ TÔ ëv, ûç ovtcoç eirreîv, 15
àXX’ îva pq to èXâxiaTOv èvvoûpev, to 8e iràvTwv
irepiCKTUcûraTov Kai pèyicTov, où8è toûto ûç tov Koapov,
àXXà tô iràvTiov cvrrXoûoTarov, où8è toûto ûç Karà ti tûv
Karà tov KÔapov, oîov Tqv èaxàrqv Ïtuv rqç àrrXavoûç,
àXX’ ûç eiç Tqv arrXôrqTa aÙToû TràvTCOV àvaxu0évT<ov Kai 20
où Ken rràvnov etvai pouXopévuv.
H Kai toutcov eu Xeyopèvcov, ôp9ûç ëxei Kai ckcîvo
iravra àvupveîv CKaarou yàp irXq0ouç to qvcopévov auvai-
pepa. *** irâv èanv àSiciKpirov, oîov to irXqOoç SiaKCKpi-
pévov, irpô 8è toû qvcopévou éKaaraxoû tÔ ëv «aarov, 25
1-3 = Pythagoras ap. lambl., Vit. Pylh. 29, 162 | 2-3 =
Leg. VI, 753 e 6-754 a 1 ; III 690 e 1-2 ; cf. fiesp. V 466 c 2-3 ;
Arist., Pol. V 4, 1303 a 29; Eth. Nie. I 7, 1098 b 7 ; Problern.,
X 13, 892 a 30 ; Soph. el. 34, 183 b 22.
5 àvrltropoç A, corr. coni. Ruelle ; an AvrloraOpoi; ? j| 15 raxvra
addidi || 24 lac. statui, supple fere El oôv tô qvcopévov.
94 DES PREMIERS PRINCIPES
particulier [à chacune], l’un sera autant de choses
que l’unifié. En effet, il est autant de choses, puisqu’il a
procédé en autant de choses ; car ce n’est pas dans un un
que s’est abaissé l’un, mais dans un unifié, et l’unifié
ne s’est pas abaissé dans un unifié, mais dans un tout
distingué, où nous pensons encore clairement le tout1.
Mais, de même que dans le centre sont repliés ensemble
le cercle et tous les rayons issus du centre, de même
aussi dans l’unifié est repliée toute la multiplicité de la
distinction ; et, selon la même analogie, dans l’un se
simplifient pareillement le centre lui-même, ce qui est
replié dans le centre, et toutes choses. C’est ainsi que
nous disons que le tout est un, et que l’un est tout
et plus encore, parce qu’il est le tout selon l’un ; et le
tout n’est pas nécessairement un, tandis que cct un-là
est nécessairement le tout.
[30. L’un indéterminé et l'un déterminé]
Après cela, il convient de chercher par où diffèrent la
conception de l’un déterminé, laquelle sc manifeste
clairement, et < la connaissance indéterminée > de cet
un dont nous parlons, celui qui est sans proportion
à nos pensées < Si en effet > la conception commune
est vraie de l’un qui est proche de nous, car il s’agit de la
conception qui le distingue des autres réalités, il est
évident qu’elle ne s’appliquera pas à cct un-là qui est
indéterminé ; or, une fois supprimée dans son cas cette
conception, nous n’en avons aucune autre capable de
nous le faire connaître, à tel point qu’il est vain de le
dire même un. Ajoutons encore que nous ne concevons
rien de plus simple que cet un qui peut être connu,
en sorte que ce dernier pourrait être le premier principe
de toutes les choses ; le bien aussi, remarquons-le, a
paru être l’absolument premier, pour la raison que
rien ne peut être meilleur que lui, en sorte que lui aussi
pourrait être le principe de toutes les choses ; et c’est
pour cette raison que nos pensées identifient l’un et le
I. Cf. supra, p. 3.14-17.
R. I, 62-63
DE PRINCIP11S
94
ToaaÛTa tô ëv, oaa tô qvaipévov. ”Ean yàp Toaaûra, oti
npor)X0ev eis Tocraûra ' où yàp eîs ëv ûnégq to ëv, àXX’
els Tjvwpévov, où8è tô qvaipèvov eîs T]va>pévov, àXX’ els nâv
8iaKEKpipévov, onou Kai aacjiûs rà navra vooûpcv. ’AXX’
ûarrep èv tû Kevrpa) auvénTUKTai ô kukXos Kai nacrai ai 5
ano toû KevTpou, outcd Kai èv tû r|vupéva> to nâv Tqs
SiaKpicrea>s nXq0os ‘ àvà 8 e tov aÙTÔv Xôyov èv TÛ évi to
Te KèvTpov aÙTÔ Kai rà èv tû Kévrpa) auvenruypéva Kai
navra ôpoiais ânXoïÇerai. Kai oÜtojs ëv tù nâvTa Xéyopev,
Kai to ëv navra Kai en nXèov, oti Karà to ëv rà navra ’ 10
Kai rà pèv navra où navrais ëv, tô 8è ëv èkcÎvo navrais tô
navra.
(33) ’Eni toùtois aÇiov Çqrqcreais, ont) 8ia<J>épei toû 8iaipicrpe-
vou évôs r) npotjiaivopevq ëvvoia, Kai toÙtou ou nèpi
Xèyopev, toû âauppérpou Taîs qpe repais èvvoiais, *** q 15
npo^eipos ëvvoia tû npo)(eîpa) évi ênaXqSeûei, q Siaipicrpévq
tûv àXXaiv npaypciTaiv, SqXov ûs Èkeîvo> tû a8iopiara> évi
oÙk è<|>app6crei ‘ TaÙTqs 8e en’ aùroû àvqpqpévqs, oùSepîav
ë)(opev aXXqv èKCivou yva>aTiKT|V, ûaTe pàrqv aÙTÔ Kai ëv
Xéyopev. “Eneira Kai toû évôs toutou toû yvaipi£opèvou 20
oùSèv ànXoùcrrepov èwooûpcv, Ûote toûto av eïq npÛTr]
tûv ânâvTüiv àpxT] ‘ Kai yàp ràyaOôv npaiTiarov e8o£ev
eTvai, 8iôn pqSèv aùroû KpeÎTTOv eîvai 8uvarôv, ûcrre Kai
toûto âpxr) tûv anavToiv ‘ Kai 8ià toûto eis TaÙTÔv qpîv
1 "Ean scripsi : fin A || 15 lac. notaui, supple fere -J)
àSiépiaToç yvûaiç, Ei yàp 16 •rç scripsi : 5) A || 23 8i6ri coni.
Kopp : 8û rô A.
95
DES PREMIERS PRINCIPES
bien. Et comment le premier pourrait-il être dans la
détermination et la contradistinction? Et comment
le premier pourrait-il être une forme? Car c’est une
seule forme définie, parmi la pluralité des formes, que
constituent l’un et le bien.
Outre cela, de même que mouvement et repos forment
une seule opposition, ainsi qu’altérité et identité1 et
beaucoup d’autres couples de cette sorte, de mémo aussi
un et plusieurs forment une seule opposition, et il y a,
sans doute, en chaque opposition le terme supérieur et
le terme inferieur, mais c’est dans une sorte de relation de
même ordre que sont le supérieur et l’inférieur, et ainsi
les termes contraires contreparticipent l’un de l’autre,
comme il est montré dans le Parménide, de sorte que l’un
et les plusieurs sont l’un dans l’autre2. Cet un n’est donc
pas le principe, pour la raison que les plusieurs sont
unifiés avec lui, mais, ce scion quoi les plusieurs sont
unifiés, voilà ce qui est un ; et l’un qui est en eux est
participé, tandis que celui qui est par subsistence et en
lui-même est antérieur aux plusieurs, donc antérieur au
tout ; par suite ce dernier un est le principe du tout.
Car, bien que les plusieurs s’opposent à lui, ce n’est
certainement pas du tout comme des termes de même
rang, mais comme les effets par rapport à la cause.
Sans compter que, si l’un est le rassembleur de tout
(car c’est sa propriété d’unilicr et d’être la cause du
mélange3), et si ce qui unifie et rassemble le tout est plus
vénérable et plus élevé que ce qui est rassemblé et rendu
un, il est évident que l’un est le principe du tout,
cet un qui est contredistingué par rapport à toutes
choses, comme une cause l’est < par rapport > aux
effets, et c’est Celui que nous connaissons comme un.
Et n’y a-t-il aucun autre un, par exemple celui que
nous énonçons comme genre? Il faut dire, que nous
connaissons l’un, au sens de genre, comme étant une
certaine chose qui fait partie du tout, de même que
les plusieurs (je veux dire la forme) en sont une, ainsi
1 3. Voir Noies complémentaires, p 1C4.
R. 1, 63
DE PRINCIPES
95
ayouaiv ai ëvvoiai to ëv Kai TayaOôv. Kai irûs èv Siopiapû
Kai àvTiSiaipéaei to TrpÛTOV , Ficus 8è clSoç TÔ irpûrov J "Ev
yap ti tûv ttoXXûv eISûv tô ëv Kai tô àyaOôv.
Flpôs 8è toÛtoiç, ûç Kivqais Kai crràais àvriOcais pia,
Kai £T£pô-nr]s Kai TaÙTÔ-rqs, Kai àXXai TOiaÛTai irXeious, 5
outcu Kai ëv Kai iroXXà pia tis àvriOeais, Kai eoti pèv èv
ÉKaoTT) TÔ pèv KptÎTTOv, TÔ 8e xE*Pov> ûs èv opoTayeî 8è
XÔyu> TÔ KpEÎTTOV Kai X£îpov> Kai 8t| âvTip£TÉx«l aXXr|Xcuv
tù àvTiKeipeva, ûs Èv FlappeviST] SeiKVUTai, uote ko'l tÔ ëv
Kai Ta iroXXà èv àXXr|Xois èariv. Ouk apa àpxrj, 8ioti tû 10
évi toûto fjvcuTai Ta iroXXà, Ka0’ 6 8è tô. iroXXà rjvcuTai,
toûto ëv 1 Kai tô pèv Èv aÙToîs peTexôpevov, ro 8è Ka0’
ürrap^iv Kai e<|> èauToû irpo tûv ttoXXûv ' irpô tûv iravrcuv
apa ' àpxT] apa tûv ttÙvtcuv toûto tÔ ëv. Ei yàp Kai clvtlkci-
Tai aÙTÛ Ta iroXXà, aXX outi ye ûs ôpoTayq, ûs TÔ arriaTà 15
8è irpôs TÔ aÏTiov.
Xcupis 8è toÛtwv, ei ro iràvTiuv auvaycuyév ècrri tô ëv
(ï8iov yàp aÙToû ro évorroiôv Kai T-rjs piÇewç aiTiov), ro 8è
evottoiÔv Kai auvayiuyôv tûv itccvtcuv irpeagÛTepôv ÈaTi
Kai UTTÈprepov tûv auvayopévcuv Kai évoiroloupévcuv, <j>ave- 20
pôv oti ro ëv ècrriv r) àpXT] tûv TravTcuv, ôrrep àvTiSirjp-qTai
trpôs iravTa, ûs aiTiov (rrpôs^ Ta aiTiaTa, koI toûto Èotiv
o yvupî^opfv ûs ëv. ”AXXo 8e où8év èoriv ëv, oîov ro ûs
yévos Xeyôpevov ; ”H ptjTÈov oti ro pèv ûs yévos ëv yvaipi-
Çopev ûs t'i tûv ttÔvtcov ov, ûs Ta iroXXà ti, Xéyai rô eî8os, 25
2-3 — Phil. 15 a 6 9 = l>arm. 112 b 1-155 c 3 || 18 = Phil.
23 d 7-8.
22 Ttpôç’ acid. coni. Ruelle 23 où8é A, correxi 25 <5çti A.
96
DES PREMIERS PRINCIPES
que le bien et le beau. En effet, une notion déterminée
est celle d’une réalité déterminée. Quant à l’un anté-
rieur1, il ne faut pas l’entendre comme unificateur, mais
comme producteur de tout ; car il faut l’entendre aussi
comme plurificateur, producteur de bien, producteur
de beau, producteur de totalité, et il n’y a rien qu’il ne
produise par sa seule simplicité. Et, si on l’entend
comme l’unificateur, on ne doit pas l’appeler un au sens
propre ; et, s’il n’y a pas de nom propre de l’un, on doit
lui donner tous les noms, non seulement unificateur,
mais encore plurificateur, un, si tu veux, et plusieurs,
ou plutôt tout antérieurement aux plusieurs et au tout.
Quoi donc, l’un ne rassemble-t-il pas le tout, et
Socrate, dans le Philèbe, ne fait-il pas de lui la cause du
mélange? Oui sans doute, mais il se contente de mettre
en avant dans l’un une seule propriété, justement celle de
rassembler2 et d’unifier ; c’est, en effet, de cette propriété
que, dans ce texte, il avait besoin, puisque, comme on le
sait, un est aussi le limitant, un l’illimité, un le mixte ;
de plus, on ne doit pas appeler cet un cause du
seul mélange, comme il semble, mais encore cause des
éléments. Or, que Socrate ne porte pas sa pensée vers
cet un, mais comme vers quelque chose de saint et
d’ineffable, il l’a montré en laissant cela de côté, comme
absolument caché, tout en produisant comme des
moyens. de le reconnaître les trois_ monades placées
sur son seuil, les trois de l’un. Cependant il lui était aise
de concevoir cet un qui est spécifié, de se mettre dans
l’esprit l’un qui rassemble et unifie les plusieurs, et
cet un plutôt que la vérité, la beauté et la proportion.
De plus, le limitant et l’illimité, comme on le sait, ne
sont pas à eux seuls les éléments, mais il y a encore,
l’un et le deux ; et meme s’ils étaient seuls à être les
éléments, ils seraient la même chose [que l’un et le deux],
de sorte que [dans le Philèbe] l’un serait introduit
comme un élément. Après cela, qu’y avait-il à chercher?
Les éléments, c’est-à-dire les autres3 et l’un, étant
1-3. Voir Notes complémentaires, p 164-165.
R. I, 63-64 DE PRINCIPIIS 96
Kai àyaOov Kai KaXôv. 'H yàp Siwpiapevr) ëwoia toû
Suopiapévou ecrri irpdypaTOs tô 8e ëv ckcîvo oùx ûs
évorroiôv Xqirreov, àXX’ ûs iraVTOiroiov Kai irXqOoTroiôv
yap, Kai àyaOorroiôv, Kai KaXoïroiév, Kai oXoïroiôv, Kai
où8è ëv o Tt où iroioûv rf] piâ éauTOÛ àirXÔTqTi. Ei 8è to 5
évoiroiôv, où kXtjtcov | ëv Kupiws • el 8e ouk eanv aÙToû
ovopa KÙpiov, iKaaTov aÙTÔ kXt]t€ov, où pôvov évoiroiôv,
àXXà Kai rrXqSorroiôv, Kai ëv, el PoùXei, Kai iroXXâ, paXXov
8è iravra irpô tûv iroXXûv Kai tûv ttÔvtwv.
Ti ouv ; où auvâyei Ta rrâvra Kai T-qs pigeas ckcîvo 10
a’iTiârai ô èv 4>iXqÇw îwKpaTqs ; OàvTws Sqirou, àXXà Karà
to ëv pôvov i8la>pa aÙTO irp< GaXXôpevos TÔ auvaywyôv
Te Kai évorroiôv ' toutou yàp {èv} ckcivois cScîto, èrrel
Kai tô irépas ëv ^v Kai tô aircipov ëv, ko tô piKTÔv ëv '
Kai ou 8eî Tqs pi^ews pôvqs aiTiov ckcîvo ûs Sokcî XéyeaOai, 15
aXXa Kai tûv otoixciwv. "Oti 8è ô ÎWKparqs ouk Ctrl toûto
to ëv <)>épei Tqv Siâvoiav, àXX’ ûç èiri Tl oepvôv Kai àirôp-
pqrov, è8qXwacv aÙTÔ pèv a<)>eîs, ûs irâvTq KpuirTÔpevov,
Tas 8è èv rrpoOupois aùroû Tpeîs povaSas ûs yvwpîcrpcrra
aÙToû irpoayayûv Tas Tpeîs Toû èvôs- KaiTOi pâ8iov Jjv to 20
c18t]tikÔv toûto ëv èvvoqaai, Kai to auvaywyôv Kai évo-
iroiôv tûv iroXXûv PaXéaSai eis voûv, Kai toûto paXXov q
Tqv àXqOeiav Kai tô KaXXos Kai Tqv auppcrpiav.
’Eti tolvuv où tô irépas pôvov Kai to aircipov ^v rà
aroixeîa, àXXà Kai to ëv Kai rà 8ùo • Kai ei pova, Taùrà îjv, 25
ûcrre to ëv ûs aToi)(ëîov irapeiXqtrTO. ’Eiri 8q toutois ti
èÇqreÎTO ; Tà pèv aToi^eia Ta Te aXXa Kai TÔ ëv irpoüiré-
10-11 = Phil. 23 <1 7-8 || 16-23 Phil. 64 c 1-65 a 6.
5 rô dcl. ? || 13 èv add. Segonds || 15 8eï C : 8i) A || 2ë tccütoc
A, corrcxi [| 26 ’Errl] -l in ras. Ax.
97
DES PREMIERS PRINCIPES
déjà posés comme fondements, il restait à chercher
comment le mixte formé de ees éléments se produit.
Ainsi donc, le mixte est à la fois les éléments de toutes
choses et le composé des éléments, c’est pourquoi il lui a
fallu la cause qui est tout, pour devenir tout-un formé
de tout, de même que cette eause-là est antérieure à
tout. Mais comment aurait-il pu participer de cette
cause, si les éléments qui s’assemblent n’étaient
proportionnés et en rapport de sympathie les uns avec
les autres, ainsi qu’illuminés par la même lumière de
vérité1? Car ces qualités, comme des traces antici-
patrices, sont, on le sait, causes de ce qui est commun,
et non du tout.
Ajoutons que la cause du mixte, on s’en souvient,
est cause du tout et non du seul mélange, causalité
qui paraît être celle du seulement un ; ou plutôt ni
le mélange ni le rassemblement ne sont l’effet de l’un ;
mais l'effet de l’un seul, c’est l’un précisément, tandis que
cette cause-là2 est cause du mélange, du rassemblement,
de l’union et de la distinction8. En effet, le mélange est en
elles deux, et le rassemblement, la communauté, et toul
ce qui est tel est un certain ensemble des deux, ni pure
union ni pure distinction, car celle-ci est sans coordina-
tion, et celle-là sans multiplicité. En effet, l’union veut
être quelque chose d’un et une trace d’un, c’est la raison
aussi pour laquelle elle procède à partir seulement de
ce qui est un, de même que la distinction procède
à partir seulement de la pluralité, tandis que la com-
munauté procède de ce qui est à la fois unificateur
et plurificateur, ce qui est antérieur aux deux4.
De plus, quoiqu’on appelle un ce principe5 qui est anté-
rieur à tout, à défaut d’un nom propre (car rien de propre
ne lui convient, ni n’est en lui), néanmoins il sera différent
de l’un déterminé. Ce dernier un, en effet, ramène
à l’unité les choses déterminées, sans brouiller leur
détermination ni effacer leurs circonscriptions ; voilà
donc pourquoi ces choses, tout en restant ce qu’elles
sont, sont ensuite, comme telles, unies les unes aux
15. Voir Noies complémentaires, p. 165-166.
R. I, 64-65
DE PRINCIPI1S
97
kcito, to 8e eK toutgjv piKTOv ei^rpeiTO orrais yeyovev.
OÙkoûv to piKTÔv ttÔvtgjv ôpoû Ta OTOix«îa Kai ro ouyitpipa
TÛv oToixeûüV 8io ttjs iravTa oCotjs amas eSet^Or] iva
yévijTai rràvTa ëv ck iravTuv, ûs èKCivr] irpo iràvTiov. Fiais
8e TaUTijs àv peTeoxev, ci P*] TQ cuviovTa o’ûppeTpa eït] 5
Kaî cupiraOi] rrpôs àXXijXa, Kaî àXijOeias TÛ aÙTÛ «jiarri
yeyavaipeva ; TaÛTa yap oîov rrpô8popa iXVTl T°û koivoû
îjv aÏTia, où TÛv iràvTuiv.
Flpos 8e toÙtois tô toû piktoû aÏTiov toû iravrôs •îjv
aÏTiov Kai où pôvijs Ttjs pigeais, ô 8okcî iroieîv TÔ pôvov ev 1 10
pàXXov 8è où8è 1} pi£ S toû évoç où8e i] ouvayciyr], âXXa
toû évôs pôvou to ye ëv, to 8e Tijs pigeais Kai o-uvayaiyTjs
Kai Ttjs évawreais Kai Tijs 8iaKpiaea>s aÏTiov. ‘H yàp p Çis
èv àpcjioîv, Kai tj auvayaiyr] Kaî r] KOivaivia Kaî irâv 6 ti
toioûtov CTuvap<J>ÔTep6v ti èariv, où pôvov ëvaxris, où8è 15
pôvov SiaKpiais ' aurr) yàp ào,uvTaKTOs eKeivi] 8e
airXi]6uvTOs. ‘H yàp cvucis ëv PouXeTai eîvai Kai évôs
iXvos 8io Kai àiro pôvou irpoeioi toû évôs ovtos, ûarrep
SiaxpiCTis àiro povou toû irXijBous, i) 8è Koivuvia àiro toû
apa Kai évoiroioû Kai irXi]0oiroioût o eari irpô àp<]>oîv. 20
“Eti Toivuv eî Kai toûto KaXoî tis év ro irpè iràvTiov
àiropiç toû iSiou ôvôpaTos (oùSev yàp êir’ ÈKeivou ï8iov,
oùSè èv eKeivœ), àXX ôpws 8ioiaei toû Siürpio’pévou évôs.
Toûto pèv yàp cvi£ei Ta Siwpiapéva, ou ouyxéov aÙTÛv TÔV
Siopiapov ou8è airaXei<J>ov Tàs irepiypa<{>as Toiyapoûv 25
èKcîva, ota eori pévovTa, ëireiTa outios évoÛTai irpos
5-7 = Phil. 64 d 9-e 10.
16 Siàxpcacç B.u. nb : Siazpiaecùç A 26 èxeïva scripsi : éné-
xeiva A.
98
DES PREMIERS PRINCIPES
autres. Par contre, l’un antérieur à tout, si toutefois
on peut encore l’appeler un, communique une union
qui est antérieure à toute circonscription, et même
cette union n’est pas déterminée par rapport aux
autres choses, mais elle est, pour ainsi dire, la racine
indifférenciée de la réalité tout entière de chacune.
Dans ces conditions, que l’un que nous connaissons
soit l’un déterminé et spécifié, c’est ce que montre
le fait que nous concevons l’un comme une chose parmi
les plusieurs, au même titre que les plusieurs, le. bien et
le beau ; que, d’autre part, l’un rassembleur de tout ne
soit pas cet un qui est spécifié ou tout simplement
déterminé, c’est ce que montre le fait que ce dernier
aussi est l’une des choses rassemblées, en sorte que
le, tout est, comme on le sait, à la fois unifié et
distingué. Or, l’un déterminé est affecté en quelque chose
par les plusieurs, soit en tant qu’ils sont des substrats
pour sa propriété dans sa constitution formée de plu-
sieurs, soit en tant qu’ils sont des opposés, carie repos se
met en mouvement et le mouvement se met au repos1 ;
au contraire, l’un indéterminé est absolument simple.
C’est pourquoi il ne lui convient même pas d’être appelé
un, parce que l’un que nous concevons, nous concevons
aussi qu’il est, qu’il est en mouvement, qu’il est en ropos,
qu’il est différent et qu’il est identique, de sorte qu’il se
compose de plusieurs selon la participation, mais il est
selon la subsistence de sa propriété. Le tout premier su-
jet de doute était donc tout à fait justifié, à savoir que
nous n’avons pas de l’un une notion complète et une2 ;
c’est pourquoi on ne doit même pas l’appeler up,
sinon au sens où l’on doit également l’appeler aussi
tout, ce que Socratç. montre, on le-sait, au moyen des
trois monades qui, sur le^scuil de 1 un, de quelque façon
se manifestent au-deliors, à savoir la vérité, la beauté, la
proportion, cette dernière apportant l’ordre dans toutes
les choses, la beauté l’interpénétration mutuelle par la
sympathie, la vérité la subsistence réelle, tandis que l’un
est toutes choses à la fois, selon un mode ineffable.
1-2. Voir Noies complémentaires, p. 166.
11. I, 65-66
DE PRINCIPIIS
98
aXX-qXa ' to 8e irpô rraVTOtv ev, eïirep Kai ëv, -irpô irâmjs
-rrEprypacfifjs oucav èvSiSwcnv ëviooiv, Kai où8è TaÛTTjv
irpôs rà a XX a 8ia>picrpévr]v, àXX’ otov piÇav àSiaKpiTOV
iracTT)s ttjs ÉKcwrrou ûirocrrâaeujs- ToÛtwv §e outws
ÈxÔvtcüv, to pèv yvcjpi^opEVQV èv oti to Siwpiapévov èari 5
Kai elSrjTiKÔv, 8rjXov Èk toû ëv ti tûv ttoXXûv èvvoeîv to
ëv, ûs Ta iroXXà, ûs to àyaOôv, ûs to KaXôv ' to 8e
CTUvayœY°v rrâvTüiv oti où toûto to ëv tô ei8t]TiKàv tj
oXws Suopiapévov, <}>avepôv Èk toû Kai toûto ëv ti etvai
tûv o-uvaYopéviüV, îva apa Kai Tjvwpéva Kai SiaKCKpipéva 10
Ta iravra fj. ’AXXà prjv to 8icùpiopévov ëv irâo-^ei ti ùirô
tûv ttoXXûv, tj ûs ÛTroKeipévwv aÙToû tt) iSiÔTijTi kotÙ ttjv
Èk ttoXXûv aÙToû o-ù<TTa<nv, rj ûs aVTiKeipévwv, oti Kai rj
crrâciS KiveÎTai Kai r) kivtjctis ïoraTai ' eKeîvo 8e iravTT]
àirXoûv. Aiô pT]Sè ëv âÇiov KeKXfjafiai, oti to ëv oirep 15
èwooûpev Kai etvai Kai KiveîoOal Kai éarâvai Kai ërepov
Kai TaÙTÔv èwooûpev, ûare ck ttoXXûv KaTa pé6e£iiv, ëv 8e
Kaîà ttjv iïirap£iv ttjs ÎSiottjtos. To 8è irpiOTicrrov tûv
^TTopTjpévcov àXr|0éaTaTov apa Jjv, ûs ouk exopev ëwoiav
ckcivou iravTeXfj Kai piav * Siôirep oùSè ëv aÙTÔ kXrjTéov, et 20
pî] oÛtw Ye “S où8èv ^ttov Kai iravra kX^tcov, 8 Kai ô
î<x)KpâTT]S e8ijXou 8 à tûv èv irpoOupois auToû Km ôirwaoûv
irpo4>aivopèvuv Tpiûv povà8a>v, aXr]0eia$, KaXXous, cup-
peTpias, TaÛTTjs pèv ttjv TaÇiv irapexopévqs | èv Toîs irâci,
toû 8è KaXXous ttjv oupiraOîj irpôs aXXT]Xa CTÙyKpaciv, 25
Trjs 8è àXijOeias tt)v üirap£iv ûs aXi]0 >s ' èKeivou 8è iravra
Ôpoû CLTTOpPATOIS.
13-14 = Soph. 255 a 10-b 1 || 18-19 supra, p. 3.23-4.12;
paesim || 21-24 = Phil. 64 c 1-65 a 6.
14 nàvTTji, -7)i ex -i, Ax || 21 où8èv scripsi ; où8è A.
99
DES PREMIERS PRINCIPES
[Quatrième partie. L’un et la procession]
[1. Y a-t-il une procession à partir de l'un?]
Il serait logique, après ces réflexions, de chercher
si quelque chose procède de l’un dans les choses qui
viennent après lui, et quoi que ce soit, ou bien s’il
ne leur communique rien ; car à propos de. l’une et de
l’autre hypothèse, on peut s’interroger avec raison.
En effet, s’il ne communique rien aux choses qui ont été
produites à partir de, lui, comment a-t-il pu même
les produire tellement étrangères à son égard dans
leur comportement qu’elles ne retirent aucun profit
de sa nature? Gomment peut-il être leur cause selon sa
propre nature, alors qu’il ne la leur communique pas?
Comment ces choses peuvent-elles se convertir vers lui,
et comment peuvent-elles le désirer, alors qu’elles
sont incapables de participer de lui, puisqu’il n'est
participablc d’aucune manière? Comment les choses
qui ont procédé pourraient-elles être conservées sans
être enracinées dans leur propre cause?
[2. Arguments pour la procession]
Socrate, dans la République, n’appelle-t-il pas la
vérité la lumière de l’un1, lumière qui procède de lui et
qui lie l’intelligible et l’intellectif? Socrate sait donc,
lui aussi, ce qui vient de là-haut et qui est participé. Or,
si même la matière emporte une dernière trace de l’un, il
est tout à fait certain que les choses antérieures à la
matière, elles aussi, ont de lui toute la gamme des
participations appropriées à chacune, selon le degré de
1. Dans ce passage, « celui-là » — l'un, substitué par Damascius
au bien platonicien.
II. 1, 66
DE PRINCIPIIS
99
’AkoXouBov ètrl toutois àv cïq ^qTeîv ci Trpôeim ti à-rr’
ckci'vou eis tù peT’ aÙTÔ Kai ôtioûv, q oùSevôs aÙTOÎs
peraSiSaia-iv ÉKaTepov yàp àv tis àTropqCTCiev cIkotois- El
yàp oùSevôs peTaSiSwoi toîs air’ aÙToû Trapa^Geiai, -irûs
oùîà Kai Trapqyayev oÜTais EjçovTa irpos auTo àvoïKCiais, &
wctte pq8evôs àrroXaûeiv rqs eKeivou «fiûacais J Fiais 8e
aÙTÛv aiTiov èariv KaTa Tqv éauTOÛ <J>ûarv, ^s aÙTOÎs où
peraSiSaiai ; Fiais 8e èiricrrpè<}>eTai ÈKeîva Trpôs aùiô, Kai
irais aÙToû opéyeTai, ou peTexeiv ou SuvaTai, àperoxou
TràvTa TpoTrov ovtos > Fiais 8’ av aû^oiTo rà irpoeXOovTa 10
pq èveppiÇwpéva tt] crcjiûv ama ;
0 8è èv FloXiTeiçi îaiKpciTqs où/i Tqv àXqOeiav <}h>is
ÈKeivou Trpoiov arr’ eKeivou <}iqcn auvSeTiKÔv toû voqTOU
Kai toû voepoû ; OÎ8ev àpa Kai aÙTÔs to eKtiBev qKov Kai
|i€Te)(ôpevov. Ei Se Kai q ûXq auTOÛ etr^arov ïxvos arro- 15
<]>épeTai, Tràvrais oti Kai Ta irpô Tqs üXqs èxel aàroû Tas
rravToias peBé^eis iSioupévas Trpôs œairrov KaTa pÉTpov
12-14 = Resp. VI, 508 e 1-509 a 5
12
100 DES PREMIERS PRINCIPES
réalité de chacune. En outre, à celui qui poursuit
jusqu’au bout l’examen, l’un se manifestera en toutes
choses ; car chacun des individus et des touts, chacun
des êtres mortels et des êtres perpétuels, chacun des
êtres privatifs et des êtres spécifiés, loin d’être seulement
plusieurs, est encore un antérieurement aux plusieurs ;
avant la division est l’indivisible ; avant ce qui est
en état de distinction achevée est ce qui est unifié. Or, ce
qui est le tout de chaque chose, c’est, antérieurement
à toutes, le coagrégat de toutes, ce que nous appelons
l’unifié, ou encore ce que nous dénommons l’être, et,
antérieurement à l’unifié, c’est évidemment l’un-tout
qui subsiste selon l’un, de même que l’être-tout subsiste
selon l’unifié, ou que tout ce qui est dans la détermina-
tion subsiste selon le complètement distingué. Il y a
donc en chaque tout l’analogue de l’un antérieur à tout,
et c’est là la procession de l’un en toutes choses, à savoir
l’hypostase parfaite qui selon l’un présubsiste partout1,
ou plutôt la racine de chaque hypostase.
[3. Arguments contre la procession
Mais si l’un procédé, on sera de nouveau dans
l’embarras pour savoir de quelle façon il procède.
Qu’est-ce qui sera, en effet, pour lui la cause de la
distinction? Car toute procession s’accompagne de
distinction, et toute distinction a pour cause la pluralité ;
en effet, ce qui distingue est toujours plurificateur,
or eet un-là est un antérieurement à la pluralité. Et, s’il
est même antérieur à l’un qui est pris comme un
isolément2, à bien plus forte raison est-il antérieur à
la pluralité. Par conséquent, sa nature est absolument
indifférenciée ; donc elle ne procède pas. Ainsi donc,
toutes choses procèdent à partir de lui dans une autre
nature, et c’est lui qui les a produites, mais lui-même ne
procède en rien et ne communique rien de lui-même
à rien ; car il est nécessaire que ce qui est communiqué
soit inférieur à ce qui le communique et qu’il ne soit
1-2. Voir Notes complémentaires, p. 166.
R. 1, 66-67
DE PR1NCIPIIS
100
ttjs eKaorou û-troaTÔaecos. AXXà Kai ê-tre^iôvTi <}>aveÎTai êv
irâaiv ‘ êoTi YaP eKaoTOV Kai tûv aTopcov Kai tûv oXiov,
Kai tûv 0vt]t<ü Kai tûv aiSuov Kai tûv arepïjTiKÛv Kai
tûv eiStjtikûv où -iroXXà povov, àXXà Kai èv -irpô tûv
iroXXûv ’ -irpô toû pepiapoû tô àpépiarov, irpô toû Sia- 5
KEKpipévou to Tjvaipévov. "Oirep 8è Ta iràvTa ÉKaaTOU,
toûto irpo -iravTwv tô auvaipepa iràvTcov, 8 8rj Tjvupêvov
4>apév, o 8r] ov ôvopà^opev, Kai -irpô toû T]va>pévou StjXovoti
to ëv -rràvTa [ÉKaaTou] Karà to èv iorâpevov, ûs to ov
iràvTa Karà to T|vo>pévov, ûs iràvTa êv Siopiapû Karà to 10
SiaKCKpipêvov. “Eariv apa êv iravri ÈKaorip tô àvaXoyoûv
tû irpô -iràvTiüv, Kai auTT) êoriv 4] êKeivou irpooSos els iràvTa,
t] Karà to ëv ÈKaoTaxoû irpoüiràpxouoa -rravTeXrjs ù-irôora-
ais, pâXXov 8e pi£a tt]s ÛTrooràaeiiJS éKàoTijs-
’AXX’ ei irpotoi, iràXiv au | àirop^aei tis ovTiva âv irpoîoi 15
Tpôirov. Ti yâp aÙTÛ tt]s SiaKpiaeios aiTiov ëarai ; ilâaa
Yap 8r] irpôoSos peTa SiaKpiaeios, iràor]s 8è SiaKpiaeios
to irXrjOos aÏTiov ' iroXXoïroiôv YaP T° 8iaKpiTiKOV,
ÈKeîvo 8e ëv irpô toû irX'qGous- El 8e Kai irpô toû évôs toû
ûs évôs pôvou, -iroXXû pei^ôvios rrpô toû irXi]0ous. ’A8iaKpi- 20
tos apa auToû TÔ iràpirav T] <}> tais ' àirpooSos âpa. FlavTa
pèv ouv àir* aùroû irpoeiaiv eis âXXijv <J>ùaiv, Kai aÙTÔ
irap'qYctYev> aÙTÔ 8è els ou8 v -trpoeiaiv, oùSê tivi peTa-
SîSioaiv à4 éauroû tivos * avaYKT) YaP T° pe aSiSopevov
3 arepi]TiKcùv scripsi : arepeiov A || 5 pepioroü coni. Ruelle
8 8v ôvopàÇopEV A1 : ôvopàÇopev A || 9 éxâcTOU deleui (cf. u. 6)
15 ei RC : ^i A || 22-23 aÙTOTrapTjyayEv, mg. uirg. cens., A
101
DES PREMIERS PRINCIPES
pas ce dernier, mais semblable à lui, et, aussi bien, qu’il
ne soit pas pour chaque chose sa mesure absolue,
mais une certaine mesure. Or, l’abaissement, les degrés
et tout ce qui est semblable, cela s’observe dans une
certaine pluralité, avec distinction, selon un écoulement
et un changement de l’identique, même si ne survient
aucune altérité. Mais cette haute nature est anterieure
à toute manifestation de quelque façon qu’elle soit
plurifiée ; car c’est [seulement] après que les plusieurs
ont commencé qu’a lieu aussi la procession, soit celle
qui est de forme semblable, soit celle qui est de forme
dissemblable. Par conséquent, l’un est absolument
improcessible, puisqu’il ne projette même pas d’illumi-
nation à partir do lui-même en aucune chose au sein du
tout, car l’illumination sc distingue de l’illuminant.
De plus, même l’être, celui que nous supposons
absolument unifié, même lui ne saurait procéder ;
car vraiment lui aussi, antérieurement à la distinction
substantielle1 « reste en repos, sacré et sans mouvement »
selon l'expression de Platon2 ; de fait, c’est en repos
qu’est resté l’être qui est absolument unifié et qui n’est
distingué sons aucun rapport ; par conséquent, il ne
saurait se distinguer lui-même dans la procession du
multiple. Or, il ne saurait se distinguer même des choses
qui seraient avant lui, puisqu’elles auraient l’être®,
ni non plus, en vérité, de celles qui seraient après lui,
car quelle action pourrait bien exercer le deuxième sur le
premier ou l’effet sur la cause? Par conséquent, même
l’être ne procède pas dans une multiplicité, ni par
abaissement, ni par division ni par une procession
quelconque ; « car [la pensée] ne coupera pas4 l’être
de son adhérence à l’être », dit Parménide. Voilà donc
pourquoi celui-ci appelait aussi un l’être ; par suite,
on ne saurait non plus dire que l’être procède, s’il est
vrai qu’il ne peut pas être coupé [en deux] ; à bien
plus forte raison par conséquent, l’un non plus ne
saurait procéder.
1-4. Voir Notes complémentaires, p. 166-167.
R. I, 67
DE PRINCIPIIS
101
ù<|>eîa6ai toû peTa8i8ôvTOS, Kai pr] ÈkeÎvo eîvai, aXX’ oîov
Èkeîvo, Kai pr] to œn-Xûs, àXXà ti pÈTpov èkclcttio. 'H 8e
ü<f>ccns Kai Ta pÉTpa Kai El ti toioûtov, Èv irXriflei Tivi
opaTai Kai perà 8iopiapoû Kai KaTa pûaiv Kai peTagoXrjv
toû aÙToû, Kav prj -irapepiriirrr) tiç ÉTepÔTTjç- AXX’ r] 5
<|>û<n$ eKe vt] irpô Traar]s Èariv tt]s ô-truaoûv TrXT)0uopevT]s
Èp<J>ciaea>s 1 È-n-ei8àv yàp apÇrjTai Ta rroXXa, totc \ùpav
EXEI Kai •q TTp6o8oç, cite T] ôpoeiSi^s, eÏte T) avopoioeiS^s.
’ Ekeîvo apa iravTtj airpoÏTOV, où8È eXXapipiv à<J>’ ÉauTOÛ
irpoïépevov eis oÙ8èv tûv -irâvTiov ’ Kai yàp t] èXXapipis 10
SiaKpivETai airà toû ÈXXaprrovTOS.
’ Etitoivuv oùSè tô ov, o 8t] TjvojpÈvov TràvTj] ÔTroTiOÉpeOa,
ouSè toûto irpoîoi av • Kai toûto yàp 8rj irpo ttjs où<na>8ous
SiaKpiaeus cott^kev ayiov, oùSè Kivoépevov, <J>r]aiv Èkeîvos ’
Èottt] yàp 8t) tô -n-àvTT] TjvupÈvov ov Kai pi)8apfj 8iaKe- 15
Kpipévov, ouk apa ÉauTO ye SiaKpivEiev av eis ttjv tûv
iroXXûv TrpôoSov. ’AXXa prjv ou8è tûv rrpô aÙToû, tûv ys
Ôvtcov, ou8e pÈvToi tûv peT* aÙTÔ ’ ti yàp ûv Kai Spaaeisv
to SeÛTepov eis to -rrpÔTepov tj to aiTiaTÔv EÎs tÔ aiTiov ;
Où8è TÔ ôv apa irpÔEioiv eis iroXXâ T] KaTa u<J>e<riv tj KaTa 20
pepiapov r] Ôttgktoûv Karà irpooSov
où yap âtroTpiÎCTEi tô èôv toû èovtos exeoGai,
<j>T]a-iv ô nappeviSijs- Aiô Kai ev apa TÔ ov Èkeîvos
ÈXeyev * ou8e apa irpoiévai <J>aiT] tiç av, ei-rrep pî]8e
à.TroTpr]aea'0ai ' ttoXXû apa peiÇôvojç où8È TÔ cv.
14 = Soph. 249 a 2 || 22-23 Parmenideu, fr 28 B 4 v 2
D. K‘.
14 &JT7jxev &ytov A1 (-v pr supra n, epir. ait. add. .
ëor/jxe nâytov A || 15 Écrt) (tq s.u.) A1 : Êcti A I 22 dbroTp^ei
Clemens Alex., et ita fort. Dam. (u adn.) | 23 ôv mg. A1 : Êv A.
102
DES PREMIERS PRINCIPES
En outre, les degrés et les traces de l’un, qui se
trouvent dans la procession et dans les choses parti-
culières, étant antérieurs aux autres traces qui s’ajoutent
selon d’autres processions et à partir d’autres [principes],
ou bien sont parfaitement unifiés les uns avec les autres,
de sorte que l’un ne peut pas être coupé de l’un (et
ainsi tous ne feront qu'un et il n’y aura rien d’autre, que
l’un lui-même), ou bien ils sont distingués de quelque
façon les uns des autres ; el ils le sont ou bien de leur
propre mouvement et sans aucune cause (ce qui est
absurde), ou bien par une cause, [et cela] soit par la
pluralité qui est après l’un (et la procession ne sera pas
propre à l’un, mais à la pluralité), soit par l’un1 (et
comment l’un sera-t-il capable de distinguer?), soit par
quelque chose d’antérieur à l’un, exactement comme
nous estimons qu’est l’un appelé tout antérieurement
à tout, lequel n’est rien qui fasse partie du tout, mais
est tout antérieurement à tout, ainsi que nous venons de
le dire, et c’est de lui que nous recherchons s’il procède.
Or, celui-là n’est ni distinguant ni distingué ; car il n’est
ni plusieurs, ni plurificateur, ni d’ailleurs un, ni unifi
caleur, de telle sorte que cette haute nature ni ne
procède, ni ne demeure, ni ne se convertit, en tant qu’elle
est tout par sa transcendance à l’égard de tout.
En outre, si la mesure de cette haute nature procède et
se trouve en chacune des choses qui sont et de celles qui
deviennent, il est évident qu’elle communique à
chacune la part qui lui échoit. Donc, dans le cas des êtres
corruptibles et mortels, si elle ne leur communique
rien, comment peut-on la proclamer leur cause? Mais,
si elle leur communique quelque chose, ce n’est pas
la même chose qu’aux êtres éternels ou aux êtres
perpétuels2 ; corruptible donc et mortel est ce qu’elle
leur communique. Mais quelle corruption de l’un
pourrait se produire, ou plutôt du même pas un, qui ne
peut pas être même incorruptible? Car l’éternel aussi est
séparé de lui par beaucoup de degrés intermédiaires
1-2. Voir Noies complémentaires, p. 167.
R. I, 67-68 DE PRINCIPIIS 102
“Eti toivuv tô èv Tp irpoô8u> Kai Ta èv CKaaTOis èyyiyvc-
peva peTpa toû èvôs Kai Ïxvt], Trpè tûv àXXcov ixvûv ôvTa
tûv Karà âXXas Kai àrr’ aXXcov | irpoô8ou$ èTriyiyvopévcov,
T) pvwTai -irpos aXXpXa iraVTeXûs, ûs pi) àiroTpp-yeo-Gai
toû èvôs to èv (outco 8è TràvTa ëv ëcrrai, Kai ouSèv aXXo 5
p aÙTÔ TÔ ëv) r| SiaKpiveTai trais àtr àXXpXwv ’ pToi 8e
aÙTopaTais Kai aveu Tivôs aiTiou, ôtrep aTorrov, t] ùrr’
a’iTÎou [ôtrep aTo-rrov] ' t]toi ouv tou peTa to ev TrXpSous
(Kai ouk ëcrTai toû èvôs oiKeia -q rrpôoSos, àXXà toû
TrX-rjOous) rj toû èvôs (Kai ttûs SiaKpinKÔv to ëv ;) p 10
tivos irpô toû èvôs, otov 8t) âÇioûpev eîvai Kai rà irpô
TràvTUiv Xeyôpevov irâvTa ëv, ôtrep où8év ti tûv iravtaiv
ècrriv, àXXà tràvTa irpô irâvraiv, ûs èXéyopev, ou Kai Tpv
irpôo8ov ètri^rjTOÙpev. ’EKeîvo 8è oüte SiaKpîvov ècrriv
oÜTe 8iaKpivô|ievov ouTe yàp iroXXà, ouTe troXXotroiôv, 15
ou8è prjv ëv, où8e èvotroiôv, ûcrre outc trpôeicriv ouTe pèvei
ouTe eTricrrpé<}>ei eKcivr] p <f>ù<ris, aTe TràvTa outra TÛ ûirèp
rrâvTa.
ripôs 8è toÛtois, ei rrpôeioi Kai ècrriv èv èKacrra» tûv
ôvtcov Kai tûv yryvopèvcov èKeivps to pèrpov, <{>avepôv oti 20
éKacrrio to èrnÊàXXov èvSîSwcn. Toîs Sr) 4>6aprois Kai
0vt]toÎs, ei pèv oûSév, ttûs Kai toutcüv aiTia àvupveÎTai ;
El 8è èvSiSuaiv, où rà aàrà o Kai toîs aicovîois p Toîs
àiSiois ’ <j>0apTÔv apa Kai OvtjtÔv to èv8i8ôpevov toÛtois.
Kai tis âv yevoiTO <]>0opà toû èvôs, pàXXov 8e tou pi]8è 25
èvôs, o ye oùSè a<J>0apTov eîvai SuvaTai ; lloXXocrrôv yàp
àtr’ aÙToû Kai rà aiûviov, Kai aÙTÔs ô aiûv. Aiô Ktù rrepi
8 8irep êifOTrov punctis del. Ax 10 SiaTtpaxTiv.ôv A, npt sscr.
A1.
103
DES PREMIERS PRINCIPES
ainsi que l’éternité elle-même. C’est pourquoi, au sujet
encore du premier être, la même aporie nous attend ; car
lui aussi est antérieur à l’éternité, de sorte qu’il est
aussi antérieur à l'éternel, donc à bien plus forte raison
antérieur à ce qui est perpétuel d’une autre manière ; par
conséquent, l’être se tient écarté le plus loin possible du
corruptible ; par suite, il est impossible que ce qui, en
chacun des corruptibles, est l’écho de l’un de là-haut soit
corruptible. Mais peut-être cet écho se comporte-t-il
aussi de la même façon que la matière (il est, en effet,
en deçà des autres1, et, pour ainsi dire, une sorte de
matière2, ou bien il ust la matière même : l’un, je suppose,
est [ici] la matière elle-même, tandis que l’être est
antérieur à la matière3), et cet écho est «n puissance
chacun des deux caractères, incorruptible et corruptible,
et il n’est aucun des deux en acte. Mais l’objet de notre
propos n’est pas eet écho qui s’est précipité ici-bas,
mais celui qui, antérieurement à la matière et à tout ce
qui est en puissance, coexiste aux formes elles-mêmes.
Il est évident, en effet, que, antérieurement à ce qui
est dernier, ce qui est intermédiaire participe de 1 unique
principe des touts4. Alors, peut-être, ce qui est inter
médiaire est-il incorruptible, et successivement autour
de cela se forment les plérômes corruptibles6, en
changeant autour de ce qui est immuable. Mais s’il
en est ainsi, il n’y a pas de participation qui soit propre
à chacune des choses individuelles, par exemple à cette
pluine qui écrit ces lettres, et à ce feuillet sur lequel elles
sont écrites ; or, à chacune des choses individuelles
appartient un certain bien propre, s’il est vrai qu’elles
n’ont pas procédé d’une manière indifférenciée à partir
du principe. Ensuite, le. corruptible lui-même, en
tant que corruptible, participe-t-il de l’un, ou bien
n’en participe-t-il pas? Dans ce dernier cas, en effet,
l’un ne saurait être la cause du corruptible, tandis que,
dans le premier cas, ce qui est donné sera aussi
corruptible ; et l’on pourrait faire encore le même
raisonnement au sujet de l’incorruptible. Mais peut-être
1-5. Voir Notes complémentaires, p. 167-168.
K. I, 68-69
DE P11INCIPIIS
103
toû irpÛTOu ovtos r] aÙTT] irepipevei r]pas airopéa ’ irpo yàp
toû aiûvos Kai toûto, clore Kai irpo Toû aiuviou, iroXXai
âpa peiÇôvws irpô toû âXXu>s àïSiou ' toû <}>0apTOÛ âpa
iroppwTàTW SiEOTijKev ' OÙK âpa to èv EKacrTU) tûv <|>0apTÛv
airi]xT]pa toû évos Èkeivou <J>0apTÔv âv clip ’AXXà prjiroTe ô
ûs T) uXr] Kai ÈKeîvo e^ei (èiriraSe yàp èori tûv âXXcov Kai
oîov ÛXt] tis »] aÙTT) t) uXt] ' to pév -irou èv aÙTT] r] uXi], to
8È ov irpô T-qs ÛXtjs), Kai èariv Suvàpei ÈKaTEpov, â<f>0apTOv
Kai <j>0apTÔv, Èvepyeîa 8e oufieTepov. AXX’ ou irepi toutou
ô Xoyos toû irpoirecrôvTos ÈiriTaSe, aXXa toû irpô ttjs 10
üXijs Kai TOÛ Suvàpei iraVTOs aÙToîs ctuvovtos toîs eÏ8ecti.
ArjXov yàp oti irpô TÛv èa^ctTiiiv Ta péaa peTexei Ti)s piâs
tûv oXiov àpxT)S- MiproTE ouv âx|>0apTà Èctti, Kai àXXoTE
âXXa tûv <}>0apTÛv irXi]pupàT<ov irepi ^aÙTa) <ruvi<rraTai,
pETa£aXX6peva irepi Ta àperà ÇXi]Ta. ’AXX’ ei toûto, 15
ouk ècrriv ïSiog Ékclcttou t) pi0e£is, oîov toû8e toû KaXâpou
toû TaÛTa ypà<}>ovTos, Kai toûSe toû x^pTou toû TaÛTa
ycypappévou ' àXXà irpo<ri]Kei Kai oùceiou tivos àya0oû,
eïirep pi) â8ià<J>opa irpor]X0EV àiro Ti)S àpxi)S- “EireiTa aÙTÔ
to <f>0apTÔv f) <}>0apTÔv iroTepov peTÉxei ÈKeivou t] où peTe- 20
Xei ; Ei pèv yàp toûto, oi k âv eïi] toutou ye aÏTiov ' ei 8e
ÈKeîvo, <{>0apTov ëarai Kai to 8i8opevov ’ to 8È aÙTÔ Kai
irepi toû à<J>0àpTou ouXXoyicraiTO âv tis. 'AXX’ îau>s tûv
4 êv C : ëv A || 7 vj scripsi : f), mg. uirg. cens., A || êv aûr})
scripsi ; èv aÙTÎji A || 14 aùrà addidi (rrepicbvEcTaTai A) || 15 eî
scripsi l|i A 18 ysypappivou àXXà mg. A1 : om. A.
104
DBS PREMIERS PRINCIPES
la participation appartient-elle seulement aux êtres
perpétuels, par exemple aux touts? Répondons d’abord
que, comme on l’a dit, même le perpétuel n’a rien
de commun avec l’un ; ensuite, quel arl itraire ce serait1,
si [l’on admettait que], parmi les choses qui procèdent
de l’un, les unes participent, les autres non, et cela, alors
qu’il est au-dessus de tout le corruptible et de tout
l’incorruptible?
[4. Hypothèse d’une participation commune]
Alors, c’est peut-être que toutes choses participent de
l’un, tandis que cette participation est unique, indi
visible, la même présente tout entière à toutes, comme
c’est la même lumière du soleil qui est présente à tout2,
encore que ce ne soit pas tout entière, parce qu’elle
est divisible et de nature corporelle ; quant à 1 un,
qui est au-dessus de l’indivisible et de la totalité,
vraisemblablement c’est en demeurant le même qu il est
participé par toute chose, car la distinction est en bas
dans les participants, mais non dans le participé ; c’est
aussi de cette façon que Plotin juge bon de concevoir
l’être, comme partout le même tout entier présent
en commun à tous et à chacun des multiples. Mais,
quoique la participation de toutes choses à l’être et à
l’un soit indivisible et unique (supposons, en effet, que
le. mode soit semblable dans les deux cas), cependant
il s’agit d’une participation qui procède et se distingue
de la subsistence.
Qu’est-ce donc qui distingue le deuxième du premier?
Car il revient au même de distinguer l’un de l’un ou de
distinguer, à sa suite, une telle pluralité [de partici-
pants] ; cette haute nature, en effet,'refuse la distinction.
Mais peut-être la participation de l’un n’est autre
que sa subsistence ; car il ne donne de lui même rien
d’autre aux participants, sinon ce qu’il est lui-même.
On objectera que cela convient à la matière, et, pour
parler en général, aux éléments ; car ces derniers
1-2. Voir Noies complémentaires, p. 168.
R I, 69
DE PRINCIPIIS
101
àïSiœv pôvov eot'iv tj peOe^is, oîov tûv oXoiv ; ’H irpÛTOv
pèv, a>s EipTjTai, oùSè to àîSiov ÈksÎvio ti irpoarjKEi ' etteito.
tiç rj airoKXijpwcris EVia pèv tûv air’ auToû pETE)(Eiv, Évia
8è ou, Kai TaÛTa ovtos uirèp te to <)>0apTÔv Kai to a<}>0apTOv
airav , 5
Mtjitote ouv iràvTa pèv aÙToû perè^ei, pia 8è eotiv tj
pÉOe^is, àpépicrros, tj aÙTT] irâciv oXtj Trapoûaa, ot v to
rjXiou 4>u>s to aÙTO -trapayiyvETai -trâcnv eî Kai prj oXov
Sioti pEpioTov èoTi Kai aupaTOEiSès • Èkeîvo 8e Kai ùirEp tô
àpÉpiorov ôv Kai ùtrèp to oXov, eÎkoto>s to aùrô ûirô iravTÔs 10
pETE^ETal, TTJS SlaKpicTElOS EV TOIS pETE^OUCTl KttTW oÙctTJS
àXX OUK EV TÛ pETEXOpÉvUJ ’ OUTW yàp Kai TÔ ôv Ô nXaiTÎvOÇ
aÇioî voeÎv, TÔ aÙTÔ iraVTaxoû oXov irapôv koivt] te Trâai
Kai EKa<TTO> tûv iroXXûv ’AXX’ El Kai apEpurros tj psGs^is
Kai pia irâvTuv tj te toû ovtos Kai toû Êvos (ô yàp ôpoios 15
ap<J>oîv ecttiü Tpôiros), opo>s ye PeGeÇis, airô tijs i irap^Ecos
irpoïoûaa Kai SiaKpivopÉvip
Ti ouv TÔ SiaKpîvov àirô toû irpwTou tô ÔEUTEpav ;
A <]>EpEi yap oùSèv to Ëv àtrô toû èvos SiaKpivsiv Kai
iroXXâ ToiaÛTa e<)>e£t]S âvaivETai yàp r) 4>uctis Èkeivt] ttjv 20
8la.Kpi<nv. AXXà piproTE où8è àXXr] i] psOs^is aÙToû ttjs
uirâp^EWS où yap àXXo 8i8<i><nv a<}> ÉauTou toîs pETejçou-
<riv, àXX ÈauTÔ o èoriv. H toûto tt] Xtj TrpoarjKEi, Kai oXüjç
eIiteîv toîs OToijçEiois ’ èauTà yàp Kai TaÛTa 8i8uai TÛ èÇ
1 2 supra, p. 102.26 103.3 || 7 8 et Parm. 131 b 3-5 || 12-13
= Plot. VI 4, 2.47 48 ; 3.24-29 ; 9.42-45.
20 àvaivETat coni. Kopp (cf. 66.13 ; 110.9 i àvetpà-rœi A
105 DES PREMIERS PRINCIPES
se donnent, eux aussi, à ce qui est formé d’eux, en
devenant comme la matière de leur élémenté. Et,
si l’on n’admet pas cela [des éléments]1, du moins
la matière, qui n’a rien après elle qu’elle puisse donner
au monde, se donne elle-même. La réponse, c’est que
la matière se donne selon le pire, tandis que l’un, sans
doute, c’est selon le meilleur qu’il se donne lui-même à
toutes les choses et à chacune, non comme matière, car
il ne se donne même pas comme forme, mais comme la
première participation de la première cause, e’est-à-dire
comme une subsistence qui est dans les participants et
qui ne veut pas être distinguée d’eux, quoique ceux-là
procèdent d’elle, en tant qu’ils ont participé de la
pluralité.
[5. Postulation d’une cause de distinction]
Par conséquent, ce n’est même pas à partir de cette
subsistence qu’est engendrée la procession, mais à
partir de la pluralité ; cependant, c’est à partir de
cette subsistence que tout est un, et, encore, que
tout est être ; elle est, pour ainsi dire, la racine qui,
seule, avant le développement des branches et du tronc
lui même, est déjà l’arbre tout entier, ou comme le
centre dans lequel sont aussi toutes les extrémités
des multiples rayons, toutes ensemble selon l’un avant
l’écartement des rayons à l’infini ; or, l’écartement est
après le centre, et le centre n’en est pas la cause, mais
la cause en est l’écoulement du continu vers un seul
point2. Car assurément, là-haut, la cause plurificatrice a
l'initiative des processions, celle qui est substantielle
a l’initiative de la procession substantielle, celle qui est
unitaire a 1 initiative de la procès: ion unitaire.
Mais ce sont là des vues saintes et extraordinaires, et
elles ne s’accordent pas avec nos autres conceptions qui
font tout provenir à partir de l’un et qui estiment que,
dans les effets, il y a toujours la t race de la cause, non
pas présente seulement comme venue de l’extérieur,
mais, de surcroît, consubstantialisée [avec eux]. En effet,
1-2. Voir Notes complémentaires, p. 168.
R. I, 69-70
DE PRINCIPIIS
105
aÙTÛv, otov ÜXt] toû aroixeuoToû yiyvôpeva. El 8e pt]
TaÛTa Xèyoi tis, àXX’ f] yE uXt] ouk Èxouaà ti pe0 ÉauTTjv
o ti Soir] tû Koapœ, SîSwaiv ÉaUT-qv. "H toûto pèv T] GXi]
Karà to xetpov, Èkeîvo SÈ iaa>s Karà to KpeÎTTOv éauTO
toîs iraai Kai ÉKaorio ÈvSiSwaiv, oùx “S ÜXt]v, oùSè yàp ûs 5
| eÎSos, aXX ûs amas ttjs irpÛTTjs ttjv -irpÛTrjv peGe^iv
TauTÔv SÈ <}>àvai, Kai u*trap£iv Èv Toîs peTÉxouaiv ouaav
oùS SiaKpîveaGai àir’ aÙTÛv È0ÉXouaav, El Kai ÈKEÎva
TrpÔEiaiv âir’ aÙTT]S, Ka0’ oaov Toû ttXt]0ous peTÉaxev.
“tiare ouSÈ âir* auTT]s t] TrpooSos, aXX’ airo Toû ttXt]0ous 10
àiroyEwâTai, à-ir’ Èkeivt]s Se TràvTa ev Kai TràvTa au -traXiv
ov, oîov T] pi£a povT] irpô ttjs tûv kXÛSiov EK<J>uaEU>s «al
aÙToû Toû œteXÉxous oXov t]8t] ouaa to SévSpov, T] otov
KÉvTpov Èv û Kai TràvTa rà rrépaTa tûv ttoXXûv eÙGeiûv,
opoû Karà to ev Ta TràvTa irpô tt]s tûv àTTEipwv euGeiÛv 15
Siaa-TàaEWS ' peTa SÈ to KÉvTpov Siàoraais, Kai oÙk
aiTiov aÙTT]S to KEvTpov, àXX* T) puais toû auvEx°ûs e<Jj
ev. Kai Èkeî yap toi to ttoXXottoiÔv aiTiov àpxei tûv
TrpoàSiov, tt]s pèv oùaiûSous to oùalûSes, tt]s 8’ êviaias
to éviaîov. 20
AXXà aspva pèv TaÛTa Kai û-rrep^uf], Taîs SÈ aXXais
T]pûv Èwoîais où aupÇaîvovTa, Taîs Te TràvTa àirô toû
èvôs Trpoayoûaais Kai Taîs Èvsîvai Toîs aiTiaToîs aei to
toû aïnou x S aÇi uaal ouk :£<o0ev Trapôv povov, àXXa
perà toûto Kai auvouauopévov. ’E-trel Kai ei koivov to 25
10G DES PREMIERS PRINCIPES
même si la lumière du soleil est commune, pour que
tous puissent en participer, néanmoins il y a aussi
dans les yeux un certain éclat semblable au soleil,
qui est déjà propre et non pas commun, et c’est par
ce qui est propre que nous sommes mis en contact
avec ce qui est commun. Platon, lui aussi, ne dit-il pas
que fait partie de l’âme elle-même un certain rayon,
que nous devons tourner en haut1 pour nous mettre
en contact avec la lumière de la vérité ‘ Toutefois,
il dit aussi que de l’unique principe du tout découle
encore une certaine participation commune, qu’il
appelle la vérité, laquelle n est pas analogue au solei ,
mais à la lumière du soleil
Mais peut-être Platon a t-il gardé le silence quant a
l’examen précis de ces sujets à cause de la foule, et,
ayant posé aussi dans le même principe la cause
plurificatrice, il s’est trouvé en mesure de distinguer
le plusieurs de. l’un ; or, l’explication que nous proposons
maintenant considère à part, s’il est permis, le principe
unique, celui que Platon a nommé2, et à part la
cause plurificatrice. Or, que Platon ait volontairement
omis une telle distinction, il l’a fait voir en ne posant,
même pas la cause plurificatrice avant le mixte, quoiqu’il
ait admis une pluralité d’élements du mixte, et qu’il
ait posé trois principes au lieu de l’unique, et peut-être
en ne désignant pas du tout, dans cet ouvrage3, le
principe unique dont nous parlons maintenant, mais
celui qui est après les deux principes, selon lequel
naît le mixte ; en effet, le mixte aussi est un, et
c’est bien de celui-ci que les trois monades sont la
division, et non pas du principe réellement premier.
Quoi qu’il en soit de ces problèmes nous les reprendrons,
s’il le faut, une autre fois.
Du fait que nos conceptions n’articulent pas avec
rigueur les premiers principes, il s’ensuit qu’elles posent,
purement et simplement une même cause de 1 union
aussi bien que de la distinction, car elles ignorent,
que la cause qui distingue est autre que celle qui garde
1-3. Voir Notes complémentaires, p. 168-169
R. I, 70-71 DE PRINCIPIIS 106
rjXiou <j>us eîs peGeÇiv, àXX’ ccttiv Kai ev Toîs oppacnv
rjXioeiSeg ti <J>eyyos ïSiov T]8t] Kai ou koivov, TÛ 8e iSiu
irpos to koivov CTUvarrTÔpeOa. Ou^i Se Kai ô llXaTUV aÙTT]s
eîvai <}>t]cti tt]s 4'UX’ÎS aùyTjv Tiva, r]v 8ei àvaKX vavTag tû
4>ut'i CTUva<J>6r)vai ttjs àX^Oeias ; ’AXXà prjv Kai ttjs pidS 5
twv iraVTuv apyrjs àiroppeîv Tiva koivtjv en peôe^iv, r]V
âXi]6eiav kekXtjkev, ou tû r]Xiu avaXoyoûoav, aXXa tu
rjXiou <}>uti
’AXXa pr]TroTe ô pev FlXaTuv CCTiÛTrTjCTev tt]V atcpigr] irepi
toutuv èÇeTaorv Sià tous rroXXoûs, èv tû aUTU 8e Kai TÔ 10
ttoXXottoiov aÏTiov Oepevo$, £Ûpav ëo^ev SiaKpîvai Ta
rroXXà àrrô toû evos ’ ô 8e vûv rjpîv irpoKeipevos Xôyos
iS a pév, ei 6 pis, op<j ttjv pîav àpxrjv, r)v Kai eKeîvos
ûvôpaCTev, 18 a 8è ttjv iroXXoïroibv a’iTiav. "Oti 8e eKÙv
irapi]X6ev FlXaTUV ttjv ToiaÙTi]V 8iaKpicriv, e8i]XuCTev 15
ou8è ttjv rroXXoTToibv a’iTiav rrpoOeis Toû piKToû, KaiToi
rroXXà auToû aroixeîa rrapaXaÇùv Kai Tpeîs àpxàs avrils
piâs ûrroGepevos, Kai ictus oùSè ttjv pîav, 7]v vûv Xëyopev,
êv8ei£àpevos ev eKeivois, àXXà ttjv peTa Tas 8uo apxàs,
Ka©’ tjv TÔ piKTov yiyveTai ' ev yap Kai toûto, Kai toutou 20
ye pe lap s m Tpeîs povaSes, aXX où ttjs ovtus irpÛTTjS
apxT]S- TaÛTa p< v ouv, èàv Set], Kai aS6is-
(351) A 8è "rçperepai ëwoiai où 8iap6poûor Tas rrpuTas àpxàs
aKpigus, o0ev àrrXûs ttjv aÙTTjv ùrroTÎOevTai Kai êvûaeus
Kai SiaKpiCTeus aùriav, oÙk eiSuiai oti t] SiaKpivoUCTa ttjs
1-2 cf. Resp. VI, 508 a 11-b 4 || 3-5 = Resp. VII, 540 a 7-8 ||
5-8 Resp. VI 508 c 6-509 a 5 || 9-10 = Eps! Il 312d7-el;
314 a I 4 314 b 6-c 3 ; Episl. VII, 41 c 4-342 a 1 || 10-12
= P arm. 143 a 2-3 || 13-14 — Soph. 245 a 8-9 || 17 18 = Phil.
23 c 9-d 1 || 22 infra, R. I, p. 100.15-121.27.
25 elBvîcci 6tl coni. Kopp : elSr] Siôti, mg. uirg. cens., A
107
DES PREMIERS PRINCIPES
les choses dans l'indifférenciation et que cette cause se
distingue elle-même la première de l’un, pour devenir en-
suite cause de distinction pour les autres choses égale-
ment. Quant à l’un, bien qu il soit cause de toutes choses,
néanmoins il fait toutes choses « un », et d’ailleurs il ne
fait même pas ; en effet, il n’a pas d’acte, car l’acte se dis-
tingue en quelque manière de l’agent, ni de puissance,
car la puissance est, comme on le dit, l’extension de la
substance1, et lui ne veut même pas être substance, car
troisième, à partir de lui, est la substance selon le mixte,
je veux dire la substance unitaire, et selon le mixte uni-
taire8. Mais, cela, certes, nous le verrons aussi plus tard.
Ce que je veux dire maintenant, c’est que le principe
unique est tellement éloigné de l’acte de distinguer, qu'il
n’unifie même pas (car il ne fait absolument rien de
défini ; en effet, unifier est encore une certaine chose
définie, de même que distinguer), mais il fait chaque
chose « un-tout », et il ne fait pas vraiment chaque chose
en particulier ; mais le « chacun » a pour cause la cause,
productrice de pluralité et de distinction, tandis que ce
qui est antérieur au « chacun », l’un le fait « tout-un »,
pour ainsi dire, car il ne le fait même pas « tout » en
vérité. C’est, en effet, dans la distinction que sont aussi
toutes les choses, puisque c’est également le cas pour
la totalité ; or l’un-tout est selon l’un qui est au-dessus
de tout cl selon lequel tout est un. Mais s’il en est ainsi,
il sera deuxième après l’un, et de nouveau qu’e.st-cc
qui distingue l’effet de la cause? II semble, en effet,
que l’un participable, commun à tout, procède, lui
aussi, de la cause qui distingue ; car cet un aussi est
plusieurs ; en effet, tout ce qui est commun est plusieurs
par nature, bien qu’il ne le soit pas par la quantité. Il
semble donc que la cause même de la distinction, quelle
qu’elle soit, s’est produite elle-même la première à
partir de cette suprême cause invisible qui est par-
faitement indifférenciée, et qu’ensuite elle a dirigé sur
les autres choses aussi l’un commun indifférencié pour
autant que cela est possible après la première distinction.
1-2. Voir Notes complémentaires, p 169
B. I, 71 DE PRINCIPIIS 107
aStciKpiTa ctg)^o6ctt]s érépa, aÙTT] irpciiTT) atrô toû cvos
éauTTjv SiaKpivoucra, eîra Kai toîs aXXoïs toutou ama
yevopévq. Tô Sè ëv, ei Kai iravrav acriov, àXX’ èv iravra
iroicî, Kai oùSè iroicî yc oùSè yàp èvcpycî, q yàp évepyeia
SiaKpivCTai Trios àirè toû évepyoûvTOS ' oùSc yàp Sûvarai,
Kai yàp q Sùvapis CKTCveiâ èmiv, œs <J>aai, rqs ouatas, to
Sè oùSè oùaia eîvai PoûXerai ‘ Tpirq yàp àir’ aÙToû q ouaia
Karà to piKTÔv, tj éviaia <J>qpi, Kai KaTa tô éviaîov AXXa
raOra pèv Kai üarepov.
0 Sè vûv Xéyw toûto èanv, oti q pia apxq ToaoÛTov 10
ÔTrcxei toû SiaKpiveiv, Sittc oùSè évi£ei (oùSè yap iroicî
ti ' ëv yâp ti Kai to évi^civ, warrep to SiaKpivciv), àXX ëv
iravra -iroieî CKaarov, Kai oùSè ckootov, aXXà toû pèv q
iroXXorroiôs aiTia Kai SiaKpirucq, to Se irpea^ÛTCpov toû
ckckxtou iravra ëv iroieî, ws outio <|>âvai, oùSe yàp iravra lu
Karà àXqôciav. ’Ev SiaKpiaei yàp Kai rà iravra, oirou ye
Kai to oXov ' to Sè ëv iravra Karà to ëv ûirep iravra, Kaô ô
iravra ëv. ’AXX ei toûto, Seûrepov av eïq toûto per’ ckcîvo,
Kai ti rraXiv SiaKpivei tÔ ainarov àiro toû aiTiou ; Mqirorc
yàp Kai tô iraai koivov ëv peôeKTÔv âirô Tqç SiaKpivouaqs
airias irpôeicriv ' iroXù yàp Kai toûto ’ irâv yàp koivov ttoXu
écrTi Karà <|>ù<tiv, ci Kai pq Karà àpiôpév. Mqirore ouv auro
to Tqs SiaKpiaeios ai/riov, o ti ttotc éariv, irapqyayev cauTO
irpÛTOV àirô Tqs à<|>avoûs CKcivqs iravrcXûs âSiaKpiTOU
airias, cÎTa Kai toîs aXXoïs èircoxéTeuaev to koivov us pera
ttjv irpiüTqv SiaKpuriv aSiaKpiTOV.
8-9 infra, B. I, p. 121 8-151.13.
1 aÜTij A, correxi || 3 êv, el scripsi : évi, nig. tnrg cens., A 5
fort. oî>8é ye 13 fort, toûto pèv (scil. itoieï) || 24 iravre-
Xoüç A, correxi.
108
DES PREMIERS PRINCIPES
[6. Apories liées à la distinction
de la cause de distinction]
Mais il faut chercher dans quel rapport cette cause
elle-même est à la cause unique. Admettons, en effet,
qu’elle soit son propre principe de distinction à 1 égard
de l’un ; toutefois, dans cc cas l’un ne sera cause de
rien, puisqu’il n’est même pas cause de ce qui subsiste
après lui antérieurement au reste ; néanmoins, admet-
tons cela ; alors, dans quel rapport cette cause est-elle
à l’un? Est-ce qu’elle participe de lui en quelque chose,
ou bien n’en participe-t-elle en rien? Si, en effet, elle n’en
participe pas, elle aura été violemment séparée de lui
et il y aura deux premiers principes, ou plutôt un seul,
celui qui est apte à distinguer toutes les choses ; quant à
ce qui précède ce principe, cela est violemment rejeté
de tout. Si, au contraire, elle en participe, quelque chose
sera venu de là-haut ; et qu’cst-ce qui aura été la cause
de la distinction? La réponse, c’est que probablement
le deuxième, de la même façon qu’il s’est distingué
lui même, a pareillement distingué du participé sa
propre participation. Mais, dans ce cas là, nous pren-
drons comme accordé cc qui est en question, à savoir
que la nature de l’un, qui est propre à l’un et qui est
une, admet une certaine distinction ; ou plutôt elle
ne demeure plus purement une, ayant subi quelque
affection de la part du deuxième, dans lequel elle a
procédé. En effet, en devenant une-dans-le-plusicurs,
elle a subi le plusieurs et sous quelque rapport elle a été
altérée en même temps que ce qui est prêt à la recevoir ;
et, une fois réalisée de cette façon la participation du
deuxieme, les choses qui viennent à sa suite participent
aussi, par lui et à travers lui, de la cause unique, de
la même façon.
Mais, si l’un ne donne pas, comment se peut-il que le
deuxième ou le troisième reçoivent? Et, s’il ne produit
rien du tout, comment peut-il cependant être cause?
C’est que, de même qu’il est possible de produire par
R. J, 71-72
DE PRINC1PHS
108
AXX’ o.ÙtÔ toûto Çrp-qTÉov oinos ex«i 'lrP° THV Piav
aiTiav. Eotûj pev yap èauToû SiaKpiTiKOV airo toû evos,
kcÛtoi outü> y® ouSevos ëoTai èiceivo aiTiov, oûSe yà-P toû
pe6 éauTO Trpô tûv aXXwv ôirocrrciVTOS àXX’ opcoç ea-rœ
TOÛTO Ye» TTÛS SÈ TOÛTO EXei TrpÔç CKeiVO ; riÔTepÔv ti 5
p.€T€Xei aÙTOÛ T] KaT oÙSév J El pèv yaP TOÛTO, 8l€<TTra<Tpe-
vov ëarai àtr’ ckcivou, Kai 8ûo ai irpÛTai àpxai> paXXov
8e pia, rj SiaKpiTiKT] tûv irâvTOiv ' to 8e irpô TauTTjs
àiTCcnracrTai airô iravTiov. El 8 perexei, Tj^ei Tl «Keîflev ’
Kai ti to SiaKpîvav ; H ictius tô SeuTepov, ûairep éauTO,
outg> Kai ttjv o’iKelav pé6e£iv œirô toû pCTexopévou ôieKpivev.
’AXX’ ouTio y£ to ^TjToûpevov ûs époXoYoûpevov Xîp}/op.e0a,
tt)V toû évôs <|>uctiv, èvôs oucTav Kai ëv, èm8éx«TÔai Tiva
SiaKpiaiv • i] ouk cti pévei ëv aKpai<J>vûs, iraôoû<rà ti uiro
toû SeuTépou, eis o irporjXOev. Tevopevov YaP £V ttoXXû ëv 15
n-éirovGev ro iroXû, Kai irt] <tuvt]XXoiÛGt) tû Sc^opévœ ’ outo)
8e toû SeuTépou peTaaxovros, Kai Ta c^tjs utt aÙToû Kai
8i* aÙToû peTexei tt]s pms aiTiaç tov ôpoiov Tpoirov.
(35*) ’AXX’ ei pT] 818co<ti ro ëv, ttûs XapÇâvei ro 8cÛT6pov i]
TpiTOV ; Dûs 8e ei pr]8èv irapaYei tûv travrcov, opais aiTiov 20
èoTiv ; "H ûarrep èoTi tû eîvai irapaYeiv ouSev irpaYpa-
12 ôpoXoyoûpevov A1 : ôpoXoyoûpev A || 20 ante tûv dist. A
109 DES PREMIERS PRINCIPES
l’être1 sans rien entreprendre, de même il est possible
aussi de produire par l’un les produits. En effet, être
c’est exercer l’acte de la substance, c’est pourquoi l’un
agit par l’un , mais produire est aussi un acte, de sorte
que, grâce au fait que celui-là est par nature un
seulement, les autres pour ainsi dire se produisent
d’eux-memes ; ils ne sont, en effet, capables de se
produire eux-mêmes, que parce que l’un est, et c’est en
prenant leur souille à partir de lui, et en s’enracinant en
lui, qu’ils seront capables de se produire eux-mêmes.
Ainsi, après avoir beaucoup tourné en rond, nous
sommes entravés encore par les mêmes apories, pour
savoir si quelque chose vient de là-haut dans les autres,
et si chacun d’eux est et se produit lui-même par sa
participation à l’un ; car si aucun ne profile de rien
qui vienne de l’un, quel besoin chacun a-t-il de lui pour
sa propre subsistence? En bref, nous désirons voir ce
que nous tenons nous-mêmes de cc [principe] universel;
et s’il est le tout premier, il a aussi une toute dernière
trace, à savoir ce que nous appelons la matière2, qui
est un-tout dépouille des autres choses3 ; or, si dernier et
premier est ce qui a pour caractère de n’êtrc rien d’autre
que un, et si cela est tout et antérieurement à tout,
il est absolument certain que dans les plérômes inter-
médiaires on trouve aussi une telle nature.
[7. Indétermination absolue de l’un]
Puisque telles sont les apories qui se présentent à
nous, reprenons l’exposé de l’argument à partir du
début, tout en appelant ici encore un dieu sauveur4 à
notre aide. Cet un-là donc, du fait qu’il est tout et non
pas seulement l’un, mais le tout selon l’absolument
simple (et < la > simplicité dont il s’agit ici est la
résolution de tout et celle qui est antérieure à tout),
cet un-là n’est pas unificateur, car ce qui unifie est
dans la distinction ; il n’est pas, non plus, ce qui
plurifie, pour la même raison, ni ce qui produit ce que les
1-4. Voir Notes complémentaires, p. 170.
H. 1, 72-73
DE PRIKCIPHS
109
Teuopevov, oÜtcüç èori Kai tû ëv irapayeiv rà irapayôpeva
Kai y P to eîvai èvepyeîv ècrri Tfjs oùcrîas èvépyeiav, Sioirep
ckcivo tû ëv àXXà Kai to irapayeiv èvépyeia, Ûcttc tû
ev pôvov èKeîvo ire<J>uKCvai, iva outùjç eïirin, Ta aXXa
irapâyeTai <}> éauTÛv ‘ Suvarai yap éauTa irapayeiv oXus, 5
Sioti cctti to ëv, ôirep âvairvcovTa Kai èv û èppiÇwpéva
irapayeiv èauTÔ Suv-qaerai.
AXXa kÛkXo> iroXXrjv irepieXôoVTes, cti toîs auTaîç
airopiais ev8e8epeôa, ei t]kci ti èreiôev eîs Ta aXXa, Kai
ccttiv ëKacTov Kai irapâyei éauTo 8ia ttjv ckcivou pcôe^iv 10
ei yàp pT]8evôs àiroXaùei auToû, ti 8cÎTai auToû irpès ttjv
oiKeiav UTrocTaCTiv ; Kai oXo>s èimroôoûpcv iScîv o ti
exopev rjpeîs air’ èKeivrjs T-fjs KOivfjs Kai ei irpaiTicm) ètrr v,
exei ti Kai ecyaTOV i'xvos, oîov ttjv uXi)V <|>apèv, iravTa ëv
oùaav yupvôv àirô tûv aXXov ei 8 ëcrxaTov Kai irpÛTÔv 15
ètTTi toioûtov, o pr]8èv aXXo T| ëv, Kai toûto iravTa Kai irpè
irâvTiüV, ttÔvtios oti Kai èv toîs peaois rrXrjpûpacriv T)
TOiauTT] <J>ucrs eupiaxeTai.
(36) ToioÛtcov 8t] ouv trpoKeipèvcov Tjpîv tûv àiropiûv, è^
àpx'ÔS àvaXa[ÇôvTCs tov Xôyov Xèyupev, 6eèv Kai èvTaûÛa 20
aûjTT|pa irapaKaXèo’avTes. To 8 ëv èKeîvo, iravTa ov, Kai où
pôvov to ëv, kotÙ 8è to âirXouaTaTOV rà irâvTa (ko! a jtt]
âirXoTTjs T) irdvTœv àvaXucis Kai t] irpô iraVTiov) o k
ècrriv évo-rroiôv, èv Siopiapû yap to évoiroiôv ' où8è to
iroXXoTTOiov, 8ià tt]v aÙTT]v aiTiav, où8e tûv aXXuv i8io- 25
19-20 supra p. 99,1 20-21 cf. Tim. 48 d 4-e 1.
3 tû’ scripsi : tô A || 20 Oeôv scnpsi : oTov A || 23 -i]1 t
om. A || 24 êv scripsi : £v A (2v, èv coni. Ruelle) || tô* del. ? ||
25 où8è coni. Kopp : où8èv A
110 DES PREMIERS PRINCIPES
autres ont en propre, mais il est la cause purement et
simplement productrice de ee qu’ils ont en commun, et
la cause productrice de tout, sans qu’il produise tous
les distingués ensemble, car il ne produit même pas les
unifiés (de fait, les distingués aussi bien que les unifiés
ont une même cause, et elle est antérieure aux deux),
— ainsi donc, l’un n’est producteur ni de quelque chose
d’unifié ni de quelque chose de distingué, mais absolu-
ment de tout ce qui existe de toute maniéré possible.
Par suite, sa nature n’est distinguée de rien, ni n’est
unie à rien, ni ne partage les altérations de rien du tout ;
car [autrement clic ne serait plus tout, mais elle serait
ce dont elle aurait partagé la distinction ; de plus,
elle n’est pas devenue particulière, mais plutôt elle
refuse cc qui est propre ; par suite, rien ne se divise
d’elle en aucune chose particulière d’une manière
propre, ni non plus d’aucune façon.
Mais peut-être une participation commune et unique
de tout procède-t-elle de l’un en toutes choses. Dans
ces conditions, la participation est distinguée de la
subsistence ; or, il n’y a pas encore de distinction de
quoi que. ee soit, ni de la cause, ni de la subsistence,
ni de la participation. Rien, par conséquent, ne procède
de lui ; en effet, rien non plus ne demeure en lui, pour
ensuite procéder1, car toujours la manence est antérieure
à toute procession ; et il n’y a pas encore, de choses
différentes dans la nature indifférenciée. N’est-il pas
vrai, alors, que toutes les choses participent de cette
nature? Oui certainement, répondrai-je. Leur donne-
t-elle donc quelque chose ou rien? Oui certainement,
dirai-je, clic leur donne la chose la plus précieuse de
toutes, c’est-à-dire elle-même tout entière scion la
subsistence, mais elle ne donne pas une participation
d’elle-même. Dans ces conditions, cette nature appar-
tiendra aux choses qui l’auront reçue, et non plus
à elle-même? Répondons qu’elle n’appartient ni à
elle-même ni à ces choses-là, qu’elle n’est ni trans-
1 "Iva, le sens est ici évidemment quasi-consécutif.
B. I, 73 DE PR1NCIP1IS 110
iroiov, aXXa koivoitoiov airXa>s aïnov èan Kai rravroiroiov,
ouj( opoû Ta 8ia>purpeva iravra iroioûv, oùSè yàp T®t
rpaipcva (koI èKeîvœv Yàp Kai toÙto)v ean to aÙTÔ aïnov,
Kai irpô àp<|>oiv) ' outc apa qvarpevou nvèg outc 8ia>piapevou
èarl ‘rrapaY<>>YÔv, âXXa iràvTO)v âirXûs tûv Karà iravra 5
rpôrrov u<|>ecrTT)KÔT<i>v. 'H 4>ûcns apa aùroû oüre Siûpicrrai
arrô nvos oüre r]va)Taî nvi outc auvf^aXXaTTtrai oùSevi
tûv irâvnDV • ci-q Y^P Q oÙkÉti iravra, àXX’ eKeîvo a>
cruvSiopLcrOT] • Kai ouk cyevcto ïSios, àvaîverai 8e to
ïSiov ‘ ouk apa pepî^eraî ti àir’ aÙTfjs cis cKacrrov 1810 10
rpéirars ou8è oiroanoûv.
AXXa prjirore koivt] iràvrarv Kai pia pe6e£is air’ aùroû
irpôeiaiv cis iravra. OÙkoûv t| péSe^i; Siûpicrrai tt|S
ûirap^eœs, ouïra) 8e ô Siopiapo; ouSevoç, oüre amas oüre
ûirâp^ews outc pe6e£e<i>s. 0u8ev apa irpôeicriv air’ aùroû, 15
oùSè Y^p pévei èv aurû, iva Kai irpoeXGi], àei YaP ’H povi)
irpo irâaTjs irpoôSou ‘ ouïra) 8e rà 8ia<|>opa cirl ttjs a8 a<j>
pou <|>ù<rea>s. Ouk apa peré^et aùrrjs Ta iravra ; ïlavu ye
(fnqcra). AiSoktiv ouv ti aÙTOÎg î] où8év ; l~lâvu Ye> <J>t)<to), to
irâvT0)v TipiûraTOv, éaurrjv oXtjv KaG’ üirap£iv, àXX’ où^l 20
pe6e£iv à<|>’ éauTTjs. Oukoûv Yevi^trcrai auTTj tûv 8c£apéva)v,
oÙKen 8è cauTT]s î H outc cauTTjs ècrriv outc èKeivuv oûre
5 Trapàyooyov A || 18 àpa A.
111
DES PREMIERS PRINCIPES
ccndante ni coordonnée ; en effet, elle n’est ni par
subsistence ni par participation, car tous les modes de,
ce genre sont dans la distinction ; or, cette nature est
absolument indéterminée et n’appartient ni à la totalité
des choses ni à aucune. Car, en vérité, elle n’est ni
dans le tout ni avant le tout, puisque ce sont là encore
certaines distinctions ; mais l’un est simple, ndéterminé
et cela même [que signifie le nom] un-tout. En efïet,
nous ne sommes pas en mesure de lui donner un nom
de forme unique, puisque l’un est autre chose que
le tout, et le tout autre chose que l’un. C’est donc
autour de l’un et après lui que les autres choses se.
donnent leurs diverses distinctions dans les causes qui
sont séparées de lui par beaucoup d’intermédiaires ;
il n’est donc, lui, ni participé ni imparlicipable ; mais
c’est sous un autre mode, celui qui est antérieur aux.
deux, qu’il est et qu’il conserve les autres choses, les
accomplit et les produit toutes ensemble selon l’acte
unique et producteur de tout qui est le sien, et dont
on ne doit dire ni qu’il produit ni qu’il accomplit, ni
rien d: autre de cc genre ; car cela aussi est dans la
distinction, tandis que lui est fécond en toutes choses,
mais selon l’unicité de sa nature. Tout est donc suspendu
à lui, et de cette façon en retire avantage, en étant
retenu par lui. Rien de semblable à lui ne vient-il donc
de lui? Absolument rien, car il ne peut même pas, on le
sait, se séparer de lui-même par abaissement, rien
d’autre n’étant apparu pour opérer la séparation, et
il n’est pas permis que la nature exempte de différencie
tombe dans une certaine différence à l’égard d’elle-
même, ni que la simplicité de tout procède en quelque
dualité.
Alors, comment la matière est-elle sa limite et sa
toute dernière trace? Mais il n’en est pas ainsi1 ; car cet
un-là n’est même pas un un déterminé comme un,
au sens où nous disons que la matière 1 est ; 1 n’y a
pas en lui de premier, moyen et dernier (en effet, ce sont
là aussi des déterminations), ni le caractère d’être
1. Voir Notes complémentaires, p. 170.
11.1,73-74 DE PBIhCIPIIS 111
e§T]pT]|xévT] outc CTuVTeTaYP-evr], outc yàp Ka®’ uirap^iv
outc Karà pcfic^iv, iravra yaP *v Siopicrpû Ta Toiaûra
tj 8é ècrri TrâvTT] àSiôpicTTOS, Kai outc irâvTGiv outc où8evôs.
KaTa yàp àXTjôciav outc èv irâmv outc irpo ttÛvtgjv, Kai
TaÛTa yàp 8iopi<rpoi Tivcç to 8c ccttiv airXouv Kai à8iopi- 5
<ttov Kai auTO toûto iravra èv. Ou yàp c/opcv aùro ôvopâ-
£civ povociSus, oti Kai to cv aXXo irapa iravra, Kai Ta
iravra aXXa irapà to èv. Flcpi ckcîvo toivuv Kai per’ ckcîvo
tô aXXa iroicÎTai tous iravTOious 8iopiopous èv Tais air’
aÙToû iroXXoïTTaîs a’iTiais aùrà apa outc peTc/opcvov 10
cottiv outc apcficKTov aXXa rpéirov aXXov tov irpô ap<J>oîv
ctTTiv tc Kai Ta aXXa <ra>£ci Kai tcXcioî Kai irapayci ôpoû
iravra KaTa to cv éauTOÛ iravToiroiôv èvépYijpa, oirep
outc irapaKTiKov kXt]tcov, outc tcXcioitikov, outc àXXo
tûv toioÛtcùv où8èv cv 8iopiapû yàp Kai TaÛTa, to 8e Ir>
can iràp4>opov pèv, kotÔ piav 8è <j>û<riv. llavTa ouv aÙToû
atrTjGjpTjTai, Ka Tau-nj auroû airoXauci, èxôpeva uir auToû.
OùSèv ouv àir’ aûroû toioûtov oîov aùro ; Oi 8apûg, ou8è
Yap otôv tc ^v aÙTÔ éauTOÛ 8ia<rTrjvai Karà ûirôeaaiv,
ou8 VOS CTCpOU <J>avévTOS TOÛ 8ia<7Tlj<TOVTOS, où8è ôcpis JjV 20
ttjv àSiâ'Jiopov <f>ùarv èv 8ia<|>opâ tivi Yevccr0ai irpôs éauTTjv,
oùSè ttjv âirXÔTTjTa iravriov eis 8ittXotjv Tivà irpoeXOeîv.
Dûs ouv T] ÛXt] irépas aùrfjs Kai to ccrxaTOv ïxvos ; ’ H
ouk é'xci outüjs oùSè Yap èv ckcîvo 8ia>piapcvov ûs è'v,
oîov Tijv üXi]v eîvai <f>apcv, oùSè ctmv èir ckcIvou irpœTÔv 25
ti Kai pécov Kai ccrxaTOV (Siopurpoi Yap Kai rauia), ou8e
4 yàp ~~—> A.
112
DES PREMIERS PRINCIPES
en puissance ou en acte, ni, en bref, absolument aucune
des caractéristiques de la matière ; en effet, la matière
elle-même est l’un des éléments de l’engendré, par
suite elle est déterminée, par suite elle est très loin
de la nature indéterminée, car elle inaugure sa propriété
particulière là où commence le devenir ; et bien
entendu, la matière ne se trouve pas dans les premières
productions de ce principe, ni même dans les moyennes,
mais dans les derniers échos. Tout se détermine donc
autour de cette haute nature1, et la toute dernière
détermination de tout déploie, en deçà de tout, le
vér able dépôt2 de tout
Quoi qu’il en soit, il sera possible de parler encore
une autre fois de la matière3, et, après avoir été dans le
doute, de résoudre en temps opportun les apories ;
cependant, pour le moment, on doit seulement ajouter
que ce principe dont il est question4 a aussi enveloppe
dans son enceinte sans différence, qui est celle de la
simplicité parfaite, la matière qui s’est écoulée vers
le degré le plus bas.
[8. Indétermination et causalité dans l’un]
Si donc nen ne procède de l’un, comment peut-il
être cause de tout? Répondons qu’il n’est pas cause
à la manière assurément d’une cause déterminée, et
selon la conception déterminée d’une espèce de cause ;
en effet, il n’est ni la cause efficiente (car il y a d’autres
causes avant elle), ni la cause exemplaire (car une autre
la précède), ni, comme on pourrait le croire, la cause
finale elle-même5 (car cette dernière encore est l’une
seulement des causes, et elle, est distinguée des autres) ;
il n’est pas non plus les trois causes ensemble, comme s’il
était une seule cause globale (car ces trois causes sont
distinguées des plusieurs, à savoir tous ceux qui ne
sont pas des causes ; or, là-haut il n’y a rien de ce qui est
distingué) ; mais l’un est antérieur à tout et il est la
cause de tout, en tant qu’il est aussi la cause des causes ;
1-5. Voir Noies complémentaires, p. 170-171.
H. I, 71-75
DE PBINCIP1IS
112
to 8uvapei Kai evepyeia, où8è oXws tg>v x<lpclKT11Pl<r’'utûv
ttjs ÛXtjs ou8év Kai yàp aUTTl Xtj ev ti ectti tûv cttoi-
Xeicov toû ycvtjtoû, 8iûpiaTai apa, iroppu apa ttjs à8io-
pîa-TOU <J>Û<7Eü>S, eVTEÛÔév TTO0eV apxopévrj TTJS OlKEiaS iSiô-
TTJTOS, O0EV TJ yévECTLS Kai TauTTJS JlévTOl TTJS âpXTJS OUK >
ev irpÛTOis, où8è èv jiècrois n'Oiijpacriv, àXX’ ev toÎs ètrxoTois
â.Trrjx'npaa’i riavTa ouv SiopiÇeTai irepi ekeivtjv, Kai ô
irâvTiov EcrxaTOS Siopiapos àiro8iaKpivei jieTa iravTa ttjv
irâvTuiv ûs ÙXtjOûs ùiro<TTa0pTjv.
’AXXa yap irepî ttjs uXtjs èvéciTai Ka ai 0i eïireîv, Kaî 10
àTTopijcravTas eiriXu<Tacr0ai èv Kaipu Tas âiropias ' vûv 8e
toctoûtov irpocrOeTeov, oti tj TrpoKeipevrj aÛTij apxij «aï ttjv
eis èaxaTOV uXtjv airoppueîcrav irepiecrxev Tfj eauTTjs a8ia-
<{>op<x> irepioxf] ttjs iravTeXoûs airXoTTjTOS»
Ei toivuv pi]8èv àir auTOÛ, ttûs iraVTGiv aÏTiov , H lo
out(i> pev us 8ia)picrjxevov aiTiov Kaî koto ttjv ûs aiTiou
SiivpurjievTjv cvvoiav ouk ccttiv aiTiov ’ outc yap ttoitjtikôv
(trpà toutou yàp aXXa) oute irapaSeiyjiaTiKÔv (ko! toutou
yap àXXo irpoTjyeÎTai) outc, ûs âv tcu 8o£eiev, auvo to
tcXikÔv (èv yàp ti Kai toûto tûv aiTicov, Kai 8iupi<TTai airo 20
tûv âXXcov) ‘ où8è jrrjv ojxoû Ta Tpia aiTia, ûs èv iravaiTiov
(Kai Ta Tpia yap Suopicrrai àiro tûv ttoXXcov, ocra pèj aiTia,
èKeî 8e ouSèv tûv 8iœpi<Tjiéviov) ' aXXà irpo iravTiov èKeîvo
Kai aiTiov iraVTiüV ivs Kai tûv aÎTiiov aiTiov Kai o 8e
10 infra, 123.11 16.
20 tûv] -v e.u. add. A1.
113
DES PREMIERS PRINCIPES
et il n’est même pas cela, en tant que cela est différent
de son unique simplicité, mais de meme qu’on le dit un à
partir des choses d’en-bas, de la même façon, je suppose,
on peut le dire aussi cause.
Et de quoi est-il cause, si toutefois il est vraiment
cause? Il l’est de tout assurément, dirai-je, non qu’il le
soit de certaines choses et pas d’autres, ni non plus
sous un rapport et pas sous un autre, ni enfin selon
tout ce que nous distinguons de semblable après lui
Donc, il vient quelque chose de là-haut? Oui certaine-
ment, le tout, non pas le tout tel que l’un, mais le tout
qui vient après cette illustre nature.
Alors, la génération qui procède à partir de l’un est de
forme dissemblable, et antérieurement à celle-ci il y a
la génération de forme semblable, en tant qu’elle
produit des êtres qui sont plus apparentés et qui
procèdent de chaque totalité entière, mais non de
quelqu’une des causes qui en chaque totalité se trouvent
distinguées, comme il en est dans la génération de
forme dissemblable ; et, de plus, la génération de forme
semblable est la plus universelle, étant le fait de tous
les dieux. En effet, la génération de forme dissemblable
n’est pas le fait de tous les dieux, comme dans le cas
où, parmi les dieux, quelques-uns sont appelés jeunes
filles ou jeunes gens, tandis que la génération de
forme semblable est partout, et celui qui ne produit pas
cette génération est stérile, ce qui n’est vrai que de la
matière, si toutefois c’est vrai même de celle-ci. Or,
si la procession de tout à partir de l’un est de forme
dissemblable, il est absolument certain qu’[à celle-ci]
présubsistera encore la procession de forme semblable, ce
qui justement a été montré impossible. La solution,
c’est que premièrement il n’est pas permis de distinguer
en l’un les deux processions ; car, étant parfaitement
indéterminé, l’un ne saurait produire la génération
qui vient de lui comme déjà déterminée, soit de forme
semblable, < soit de forme dissemblable >, soit les
deux à la fois, mais celle qui lui convient, si l’on peut
dire, c’est la génération indéterminée antérieure à
R 1, 75
DE PRINCIPIIS
113
toûto, ûs aXXo irapa iqv piav à'rrXÔTrjTa, aXX ûatrep ev
airo tûv kcltgj, oûno 8qtrou Kai aiTiov.
Kai tivos aiTiov, eïirep oXojs aïnov ; flàvTiov ye, 4>qaiü,
où tûv pév, tûv 8è ou, où8è ttj) pèv, irq 8è ou, où8è oaa
ToiaÛTa per’ èiceïvo 8iopi£épe6a. "Hkci apa ti ckcîOcv ; 5
Flavu ye, tô irâvTa, aXX’ oux oîov eKeîvo, àXXa Ta peTa
TT)V 4>Û<TIV èKeîvqV.
Oukouv àvopoioci8qs q air* èKeivou yewqais, irpô 8è
TauTTjs q ôpoei8qs> aTe auyyeve<TTép<i>v, Kai euro toû oXou
eKaaTou irpoïôvTœv, aXX ouk aire tivos tûv èv aÙTÛ 10
8ia>piapèvuv aiTiuv, ûairep q àvopoei8qs • Kai en KOlVOTœrq
TràvTiov 6eûv. ’H pèv yàp àvopoei8qs où irâvnjv, oîov eï
Tives irapôèvoi XèyoïVTo Kai qiôeoi tûv Oeûv q 8c ôpoeiSrjs
TraVTaxoû, Kai ô pT| toutt]V -rrpoayov âyovos ccttiv, oirep
èiri tt]S uXt]S povTjs aXrjGès, eïirep Kai toutes- El toivuv 15
q iravTwV irpôo8os avopoeiSqs aTr’ èKeivou, iravTœs oti
irpouirâp^ei Kai q ôpoeiSqs, oirep e8e x®1] aSûvaTOV. H
irpÛTOV pev èir èKeivou SiaipeîaGai Tas 8ùo irpoéSous où
GepiTOV ’ àSiôpia-TOV yàp ôv TravTeXûs oÙk âv ttoioîto tt]V
a«}> èauToû yèwqoiv 8icopiapévqv, q ôpoeiSq (q àvopoeiSq) 20
q Tas 8ùo apa, àXX’ ècrnv èKCivo irpéiroucTa, el 6 pis eiireîv,
15 16 supra, p. 100.15 101.11
5 àpà ti A || 20 7} àvopoeiSîj addidi.
114
DES PREMIERS PRINCIPES
toutes les deux. Deuxièmement, si l’on voulait s’en
tenir aux conceptions déterminées, on penserait que
la génération de tout à partir de l’un est l’une et l’autre
à la fois ; en effet, en tant que l’un est tout selon l’un,
il produit le tout en similitude de forme, mais, en
tant qu’il est antérieur à tout, il produit le tout en
dissimilitude de forme. Or, c’est à la fois, et comme
étant le même, qu’il est tout et antérieur à tout ; c’est
donc qu’il produit à la fois, et comme étant la même,
la procession de forme semblable et la procession de
forme dissemblable. En effet, s’il est tout et s’il produit
tout, c’est en similitude de forme ; et s’il est antérieur
à tout et < producteur > de tout, c’est au contraire
en dissimilitude de forme. Et, d’une autre manière
encore, en tant qu’il est complètement simple, il produit
en dissimilitude de forme les choses qui ne sont pas
complètement simples, mais, en tant qu’il est au-dessus
du simple, il produit en similitude de forme les mêmes
choses qui ne sont pas simples.
Est il donc bien sûr qu’il produit? Car s’il en est
ainsi, il agit ; or, avant l’acte, il y a la puissance, et
avant la puissance la subsistence. < Mais là-haut >,
il n’y a < ni subsistence > sans doute, ni à plus forte
raison puissance, ni à bien plus forte raison encore acte1 ;
en effet, ces propriétés sont dans une certaine distinction
et sc différencient en quelque façon les unes des autres ;
il n’est pas vrai alors que le subsister, le pouvoir, et l’agir
conviennent au complètement indifférencié. Ces pro-
priétés, répondrons-nous, ne lui appartiennent pas de la
manière dont nous le disons, mais, de même que, pour
les raisons déjà souvent invoquées, nous faisons cepen-
dant remonter jusqu’à lui l’un qui ne lui appartient pas
et que nous unissons le tout à l’un, de même nous
pourrions parler, à son sujet, de l’agir, du pouvoir et de
l’être, au sens où les trois ne font qu’un étant indifféren-
ciés les uns des autres. En effet, il ne produit pas par
l’être, comme on pourrait le dire (car c’est là une produc-
1. Voir Noies complémentaires, p. 171.
R. I, 75-76
DE PRINCIPIIS
114
r] irpô ap<J>oîv a8iopurroç. Aeurepov 8e ei tiç èrravarrauco-Oai
PouXoito toîs Siupiapévaiç èvvoiaig, cKarépav opoû vooîto
ttjv àrr’ aèiTOÛ tûv irâvTœv à'rroYewrja v ' œç pev YaP rràvTa
ôv Karà to ëv rrapaYCi Ta iravra ôpociSûg, ûg 8è irpô
irâvTWv, àvopociSûg. "Apa 8è Kai ûg toutov iravra tc 5
êcTTi Kai irpô irâvTcov • apa apa Kai ûg tt]v aÙTT]v iroieÎTai
rrpôoSov opociSr] tc Kai avopoeiSî) flavra Y^-P è<tti Ka-i
iravra trapaYCi, toûto pèv ôpoeiSûg ’ Kai rrpo irâvTGiv
èari Kai iravra» {v irapaYG»YovX toûto 8e àvopociSûg
dXXov 8e au rpoirov, ûç pèv irâvTT] àirXoûv rà pt) âirXâ W
irâvTT] àvopociSûg, ûg 8è ûirepaTrXoûv Taùrà pt| àirXâ
ÔpociSûg.
’Apa ouv irapaYd Outcü y**P évepYeî ’ irpo 8è Trjg
èvepYeîag Sûvapig Kai irpô Suvâpecog ûrrap£ig. *** ïaa>g
oute Sûvapiç iroXXû pei^ovtog, outc cti paXXov èvépYCia ’ 15
Kai Y°-P Èv Siopiapû tivi to Toiaûra Kai SiaKpiveTai ircog àtr’
àXX-qXüiv, ouk apa âppô£ei tû irâvTT) à8ia<|>ôpu to ÛTrâpxeiv
Kai 8ûvaa0ai Kai èvepYeîv. ’ H TaÛTa pèv ouTtog ûg XeYopev
où TrpoaecTTLV aÙTÛ • axrrrep 8è to êv où irpotrèv ôpug
àvairép'n-opev ètr’ aÙTO, Kai rà iravra tû évi ou^eÛYVupev, 20
8 a Tag iroXXâKig cipijpévag airiag, outwç dv eiiroipev
èir’ aÙToû to èvepYeîv Kai 8ûvacrôai Kai etvai, ûg cv ra
Tpia à8iôpi<TTa àir’ àXXrjXcov. Où YaP Ètvai iroieî, ûg
av <j>air] tiç (pia Y°P aurt] rroîtjaig àvri8iwpicrpévq irpôg
I 7; scripsi : "rijt A || rrpô bsb : îtpôç A || 7 7rp6o8ov coni.
Kopp : TrpéaoSov A || 9 rrdv-rco et spat. uac. 20 litt. A, suppl.
coni. Ruelle || 11 émeparvXoüv] v- ex a-, mg. uirg. cens., A‘ ||
raüra A, correxi || 14 lac. notaui, supple fere ’Exeï 8è oute
ûrap^iç.
115
DES PREMIERS PRINCIPES
tion particulière qui est contredistinguée des autres), et ce
n’est pas parce que l’un est que sont les autres choses
(dans ce cas-là, en effet, il ne sera cause d’aucune
chose, s’il ne les produit pas), mais c’est selon sa
simplicité productrice de tout qu'antérieurement à
l’acte, antérieurement à la puissance, antérieurement
à la subsistence, il est la cause du tout.
Mais l’un est-il vraiment cause, et est-il distingué de
ses effets? Répondons que la cause aussi bien que l’effet
se distinguent apres l’un, à partir de la cause apte à
distinguer, quelle qu’elle soit ; or, l’un est un-tout
seulement ; et, s’il est aussi cause, c’est en tant que
la cause est dans le tout, de sorte qu’il est aussi
l’ensemble des effets qui viennent de lui, en tant que,
dans le tout, cela aussi est contenu. Or, l’un ne se pose
antérieurement ni comme cause, ni comme se rapportant
à des effets, mais de façon simple et indifférenciée comme
l’un-tout de toutes les choses.
[9. Aporie de la conlradislinction]
Eh bien donc, l’un n’cst-il pas précisément, et par là
même, distingué comme tel de ce qui n’est pas tel?
Cependant, quoique les choses qui viennent après lui
soient distinguées de lui, ce n’est pas de lui que vient la
distinction, mais cc qui a procédé s’est distingué
soi-même de lui, de même que celui qui a fermé les
yeux s’est séparé lui-même du soleil, sans que le soleil
se soit séparé. Mais alors qu’est-ce qui sera la cause de la
distinction, si ce n’est pas l’un? Car manifestement
le tout n’en est pas la cause, quoique le tout sc soit
séparé. Disons que cette cause est quelqu’une des
choses qui ont procédé de l’un, et que la suite du discours
pourrait expliciter ; c’cst donc cette chose-là d’abord
qui s’est distinguée elle-même de lui, et qui a ensuite
distingué aussi les autres choses. Admettons donc
que celle-là est la première à se distinguer par elle-même
et qu’elle a d’ellc-mêmc l’initiative de son acte propre ;
néanmoins elle se distingue, et il est évident que le
distingué sc distingue d’un distingué. Nous répondrons
R. I, 76-77
DE PRÏNCIPIIS
115
àXXas), oùSè oti ÈKeîvo cctti, Sià toûto rà aXXa ccttiv
(outcj yàp où8evôs terrai aïnov, ei pr) rrapâyci aùrà),
àXXà Karà ttjv iràvTüJV oIcttiktjv àrrXoTqTa rrpô èvepyeias,
rrpô 8uvàpea>s, rrpô urrap^eug aïnov tûv rràvTœv èariv.
”OX<i>s 8e aïnov, Kai Siûpiorai airô tûv aînaTÛv ; *H 5
Kai to aïnov Kai ainaTOV per’ tKtîvo 8iopi^tTa àiro rr)s
8iopiCTTiKT)s ainas, r)Tis ttotc ccttiv ‘ ck îvo 8e ev navra
pôvov ' ei 8è Kai aïnov, ûg èv toîs rrâai to aïnov, Ûcttc Kai
Ta navra oaa air’ aùroû ainara, œs ev toîs rrâcri Kai
toûto irepiexôpevov. ’Ekcîvo 8e rrpoeoTqKCV outc ûs aïnov 10
outc ûs aînaTÛv, àXXà àrrXûs Kai àSiopierrœg, ûs ëv
iravTa tûv rràvnùv.
Ouk uv SiûpiCTTai ye Kai toutt) ûg toioutov tûv pr)
toioûtcov ; ’AXX’ ei Kai 8iûpiorai àrr’ aîiTOÛ Ta per’ auTO,
ouk àrr’ auToû ô Siopiapog, àXXà rà irpocXOôvTa Sicopioev 15
èauTa àir’ ckcivou, ûg ô pueras 8iccttt)ctcv coutov arro toû
'qXiou, où 8iaCTTavTog ckcivou. ’AXX’ ci pr) èKeîvo, ti to
ttjs 8iaKplffe<i>s aïnov ; Où yàp 8 iràvTa aiTia toutou,
ei Kai irâvTa 8iccttt). H tûv àrr’ ckcivou ti irpoeXôovTCJV, o
ti av <J>Tjveie rrpoiûv ô Xôyog ‘ oÙkoûv èKeîvo rrpÛTov èauTO 20
SièKpivev àrr’ aùroû, eÎTa Kai tô aXXa. “Ecttg) toivuv èKeîvo
rrpÛTov SiaKpivôpevov u<j>* éauroû Kai a<|> éauroû Trjg
oiKeias èvepyeias àp/ôpevov, SiaKpîveTai 8è opus, Kai
SrjXov | oti SiaKpivopèvou to ye SiaKpivôpevov SiaKpiveTai.
6 cdriaTÔv A1 . alriov A || 7 ëv ecripei : etç A || 14 A1 .
«Ùtoü A.
13
116
DES PREMIERS PRINCIPES
que cela n’est pas une nécessité. En effet, en fermant
les yeux nous nous écartons du soleil qui ne s’écarte pas,
même si [la lumière] du soleil est renvoyée ; et, alors que
Dieu est partout, c’est nous qui nous séparons de lui
à cause de l’inaptitude [à le recevoir], qui est propre à
notre vie ; et la forme, rcdisons-le, est distinguée de la
matière qui est privée de la distinction, car la distinction
aussi est une certaine forme, et, dit-on, la forme est autre
que la matière, laquelle n’est pas autre ; l'image,
elle aussi, est semblable au modèle, lequel n’est pas
semblable à sa propre image. Mais on objectera que
prétendre cela ne repose pas vraiment sur un fondement
solide ; en effet, c’est dans la mesure où la ressemblance
de l’image est inférieure au modèle que la ressemblance
du modèle est supérieure à l’image. Et ainsi, la ressem-
blance des choses de même rang se prête à la conversion
à égalité, tandis que celle du supérieur et de l’inférieur se
convertit sans doute, mais en s’accompagnant d’un
excès ou d’un défaut Si donc l’image ressemble au
modèle non à égalité, mais par défaut, qu’est-ee qui
empêche le modèle de ressembler, lui aussi, A l’image,
mais par excès? Et, s’il est vrai que l’itnage est conforme
au modèle et lui est par là semblable, le modèle de son
côté rend l’image conforme à lui-même, et par là lui est
semblable. Mais cela assurément doit appartenir à un
autre contexte. Quoi qu’il en soit, la forme non plus
n’est pas autre que la matière, puisque la matière
n’est pas autre, mais [la forme] est seulement non-
matière ; en effet, l’altérité est discriminalive de l’iden
tité, et là où il y a altérité < il y a aussi identité1 > ; or,
forme et matière, ne sont sous aucun rapport identiques,
car la matière ne saurait être identique, donc il n’y a pas
d’altérité non plus dans leurs rapports mutuels. Mais on
doit dire que matière et forme sont complètement,
séparées l’une de l’autre ; or le séparé se convertit avec
le séparé, de sorte que le tout aussi est sépare de cette
haute et unique nature, [de l’un] qui est. séparée ; par
1 Voir Notes complémentaires, p. 171.
B. I, 77 DE PB1NC1P11S 116
H oÙk àvôyKq tout© ye. Kai yàp T°û qXiou pùcxavres
a4>icrrapcôa pq à^iaTapcvou, Kai ci ô qXios àvaKXÔTai *
toû tc Geou iravTaj'oû ovtos, qpeîs xo’P^âpeGa rf] àve-
iriTir]8ciÔTT]Ti ttjs îjûjqs ' xat Tqs uXqs au SiaKCKpiTai to
cîSos ouk c/oua-qs rqv SiaKpicriv, dSog yap ti koi q SiciKpi- 5
cris, xal eTcpov, <|>acrî, to ciSos rqs uXqs, ouk oücqs crêpas '
Kai r] cikÙv tû TrapaSeiypaTi ôpola, ouk ovti ôpoiœ ttj
coutoû cikovi. H toûto pèv ouk c^upov Xéyeiv ‘ a> yàp
Xôya> toû irapaSciypaTOS cXottoûtoi q rqs cikovos
opoiOTqs, toÛt<j> Kai ttjs cIkovos ûtrcpéxei toû rrapa- 10
SeiypaTOs tj àpoiÔTqs. 'H pèv 8q tûv ôpoTayûv èw’ ïcxqs
ex i irpôs ttjv àvTicrrpoc^qv, q 8e toû KpeiTTOvos Kai xeipo-
vos àvTurrpé<j>ei pév, àXXà peTa Tqs ÙTrcpoxqs Kai rqs
èXXeii|/ea>s- Ei toivuv q eùcûv tû TrapaSeiypaTi c’oikcv ouk
èir’ ïcxqs, âXXa Karà èXXcn|/iv, ti kuXÛci Kai tô irapaSeiypa 15
èoïKCVai tt] eùcôvi, àXXà koG’ ûirepoxqv ; Ei 8e oti q cIkÛv
ôpoioÛTai tû TrapaSeiypaTi Kai TaÛTq ôpoia, Kai to irapâ-
Seiypa opoioî ttjv eùcova irpos éauTÔ, Kai toutt] opoiov.
AXXà toûto pèv aXXqs âv eïq Xôyov àppovîas. Où pèvroi
o 8è to e 8os erepov rqs uXqs, oti pq CTepa, àXXà povov 20
oùx U^T1 ’ KCà Y“P q érepérqs SiaKpiTiKq ècrri rqs toÙtô-
rqTOs, ou 8è CTcpÔTqs, (koI TaÙTÔrqs} ‘ eî8os 8è Kai üXq
oùSapq toÙtov, où yàp âv eïq toÙtov q ûXq, où8è apa
eTepÔTqs èv oÙtoîs irpôs âXXqXa Kexb>Pl(rôai 8è <}>aTèov
üXqv Kai elSos air’ àXXqXwv ' to 8è Kex<>>picrpévov ovti- 25
crrpè<J>ci irpès to Kcxoïpiapévov, Ûcttc ko'i tÔ tràvTa airè rqs
piâs <|>ùcreos èKcivqs Kcx<*>piaTai Kcxo>picrpévqs, Siûpicrrai
3 te scripei : ye A || 22 où 8è scripsi : où8è A | xat TaÙTÙrqç
addidi || 24 ccùtoïç scripsi . toïç A.
117
DES PREMIERS PRINCIPES
suite cette dernière aussi est distinguée du tout.
Comment donc peut-elle être affectée par la distinction?
Ce n’est évidemment pas, en effet, à partir de l’une des
choses qui lui sont postérieures, à savoir celle que nous
disons être la cause apte à distinguer. Et comment
se peut-il que, ce que nous reconnaissons comme
absolument indifférencié se soit distingué de cela même
qui s’est distingué? Observons que, de même qu’on ne
doit pas dire autres les choses dans lesquelles il n’y
a pas d’altérité commune aux deux, de même on ne
doit pas, non plus, dire distinguées les unes des autres,
ou différenciées, celles dans lesquelles il n’y a pas
de réalité et d’appellation communes, c’est-à-dire pas
de différenciation et de distinction communes, car la
cause apte à distinguer ou à différencier se convertit
avec son propre effet, non pas à égalité, mais comme
le producteur avec son produit ; car, sans doute,
l’effet se distingue de la cause, en tant qu’il participe de
la cause qui le distingue, mais la cause se distingue
aussi en quelque manière de l’effet, en tant qu’elle le
produit à partir d’ellc-meme et qu’elle le distingue ;
voilà, en effet, comment nous estimions que se convertit
aussi le rapport de ressemblance de l’image et du
modèle. Mais ce qui est au-delà de toute distinction,
on ne saurait le dire sous aucun rapport ni d’aucune
manière distingué, car, de plus, < les choses qui > sont
distinguées ne sont pas absolument distinguées, mais
elles ont encore quelque chose d’un en commun. Il y aura
donc [objectera-t-on] dans le deuxième principe quelque
chose venant du premier et semblable à lui, ce que nous
avons refusé d’admettre ; mais [on répondra que] si le
premier lui même est dans le deuxième aussi bien
qu’en toutes choses, comme nous le disions, il ne saurait
être à la fois commun et distingué ; c’est en effet dans une
certaine distinction que sont aussi ces ehoses-là, le
commun et le propre.
R. I, 77-78 DE PRINCIPIIS 117
apa Kai aüri) âtrô iravTwv ïlôs ouv tretrovficv tov 810-
piopôv ; Ou yap 8 àirô tivos tôv pe0' êauTÔ, otrep eîvai
SiopuTTiKÔv aïnov Xèyopcv. flôs 8e toutou aÙToû SiCKpi,0t)
SiaKpifkvros o travTT] àSiaKpiTOV ôpoXoyoûpev ; ”H wcrtrep
crêpa ou prjTeov èv oîç ouk èa-riv eTepor-qs koivt] ap<|>oîv, 5
outos où8è Siwpiapcva àtr àXXrjXwv î) SiaKCKpipeva èv
ois ouk e<m koivov trpaypa Kai. ôvopa, Sicuepicris Kai
8iopicrpôs, ètrei to ye SiopurriKÔv t] 8iaKpiTiKOv arriov trpôs
to éauTOÛ aiTiarov àvTi<rrpè<|>ei ouk atrô Trjs ïorjs, aXX’ os
iroioûv trpôs yiyvôpcvov SiaKpiverai pev yap tô aiTiaTov 10
atrô toû aiTiou ôs pCTC^ov ttjs 8iaKpivouat]s | airias,
SiaKpiverai 8c rros koi atrô toû aiTiaToû to aiTiov ôs
trpoàyov aÙTÔ ài^’ éauTOÛ Kai 8iaKpîvov • outo yàp
avTioTpé<|>eiv i^^ioûpev Kai to opoiov cikovos Kai trapa
8eiypaTOs. To 8e ètreKeiva Siopiopoû travTÔs ouk àv tis 15
è)(oi Xéyeiv où8apf] oùSapôs 8iopi<rpévov ' ètrei Ka (a)
Siopicrrai, où tràvTt] 8iôpi<rrai, èx€l Se ti Kai koivov èv.
“Earai àpa ti tô Seurépo àtrô toû trpoTou oîov eKeîvo,
oùtrep àtréyvopev ' ci 8e auTO ckcîvo koi èv tô 8cuTépo Kai
èv trâcriv, ôcrtrep èXéyopev, ouk av eit] koivov apa Kai 20
Siwpiapèvov ' èv tivi yàp Kai TaÛTa Siopurpô, to koivov
Kai î8iov.
13-15 supra, p. 116.8-18 19-20 supra, p. 108.5-18
16 & uddid
118
DES PREMIERS PRINCIPES
[10 La puissance de l un]
Comment donc doit-on s’exprimer et dans quel ordre
faut-il repartir ces images simples et réellement stables
de cette vérité transcendante ? Car, ou bien il n’y a rien
après l’un et il n’y a que lui seul, ou bien s’il y a encore
d’autres choses après lui, nécessairement elles sont
aussi dans une < certaine > distinction par rapport
à lui. Répondons qu’à prendre cela aussi à partir
des choses d’en bas pour suggérer, et de façon obscure,
la gestation [cognitive]1 qui est toujours en état de vio-
lent désir envers l’un, sans qu’elle puisse jamais le mettre
au jour, mais qui a son fruit dans son effort de gestation
quel qu’il soit, — eh bien donc, à prendre cela pour
suggérer cette gestation, admettons une certaine
distinction qui soit la moins apparente possible et
sans aucune clarté du tout, je veux dire la toute
première de toutes les distinctions, et qui reste quasi
absorbée par l’indéterminé, de telle sorte que le
deuxième principe paraisse être la puissance du premier,
une puissance qui s’est coagulée avec sa subsistence
(comme déjà certains hiérologues 1 indiquent à mots
couverts2) ou encore ce qu’on pourrait concevoir de plus
proche de l’un que cela, dans les natures antérieures à
toute subsistence et puissance ; et disons que le deuxième
est après l’un, mais qu’il est celui-là plutôt qu’après
celui-là, et plutôt lui que venant de lui, et qu’on ajoute
tout autant d’expressions hyperboliques de ce genre
qu’on pourrait trouver.
[11. Les choses distinguées et l'un]
Est-ce donc que les autres choses aussi qui sont
après le deuxième [principe] sont présentes à l’un de
la même manière, y compris les dernières de toutes,
et toutes sont-elles dans une égale dignité par rapport
1. Cf. supra, p. 86.13.
2. Voir Notes complémentaires, p. 171.
R. I, 78
DE PRINGIP1IS
118
(38) Flûs oùv Xeteréov, Kai rrf) SiaOeréov rà âirXâ TaÛTa
<t>éapara Kai arpepr) tû ovti tt)s ÙTrepÊaXXoûarjs toutes
aXi^fleias ; "H yàp oùSèv per’ èKeîvo, Kai aurà pôvov èariv,
i) et èori Kai aXXa peT ckcîvo, iravT<<>s èori Kai èv 8t)
(tivi) irpàs èKeîvo 8iopiapû. ”H ûs pèv àrrô tûv kÔtu 5
Kai toûto Xa^eiv irpôç ev8ei£iv, apuSpàv Kai TauTtjv, tt)s
irepi èKeîvo airapyûaT)s pèv àei, tiktciv 8è où8èiroTt
8uvapèvqs ûSîvos, àXX’ èv tû ôtrwaoûv oSîveiv to tikteiv
exoûoTjs — ûs ouv irpôs èv8ei(jiv raûrqs, 8i<i>piafi<i> nvà
Tpôirov àaup<|>avèaTaTov Kai tjkicttci ye Tpav-q irpoa8io- 10
piopôv, Kai tov irpÛTiaTov Xéyco irâvTGJv irpoa8iopiapûv
koi aj(e8ôv ùtrô toû àSiopîoTOu KaTainvôpevov, ûare
8ûvapiv toû irpÛTOu TÔ Seurepov etvai SokcÎv, 8ûvapiv
tt) ûirâp^ei aupTrem)yuîav, ûs t)8t) Tivès iepoXôyoi toûto
aiviTTOVTai, t) Kai e ti toutou èvoei8èarepov èirivoi)aeiev 15
av tis èv toîs trpô Trâerrjs ûrrâpÇeos Kai Suvâpeos tre<|>u-
kootv • Kai XeyéaUw per’ èKeîvo pèv to 8eurepov, èKeîvo
8è pâXXov i) per’ èKeîvo, Kai aÙTÔ pâXXov i) àir’ aùroû,
Kai oaas av tis eupiaKOi Toiaùras ûirepÇoXàs
’Apa oùv Kai rà aXXa perà to Seurepov ûaaûros aÙTÛ 20
Tràpean, Kai rà êa^ara TràvTGiv, Kai èariv iaÔTipa rravra
1-2 = Phaedr. 250 c 3 || 13-15 = Or. Chald., fr. 4 des Places.
4 et ins. A* |{ 4-5 èv St; tivi scripsi (cf 3.7) : evBij et mg.
uirg. cens. A (ïv rivt Ruelle) || 6 àpvBpôv A, correxi | 13 Soxeïv]
-v add. A1.
119
DES PREMIERS PRINCIPES
à lui? Mais ce serait absurde, de sorte que même si l’un
n’est pas distingué du deuxième, il est suffisamment
distingué du moins des autres choses, et au plus haut
point des dernières. Il faut répondre que, ayant toutes
procédé ensemble, premières, moyennes et dernières, et
sans être encore dans un tel rapport entre elles, mais en
étant toutes ensemble comme une seule, ellos se
rapportent à l’un-tout comme l’effet à la cause ; quant à
l’autre procession et distribution1, c’est à partir des
autres causes qu’elle survient à toutes les choses ; il est
vrai que c’est bien de l’un que proviennent encore ces
causes mais c’est en tant que contenues dans le tout
qu’elles aussi proviennent de lui. C’est pourquoi seul
l’un est cause de toutes les choses, mais parmi toutes
ces causes l’une est cause d’une chose, l’autre d’une
autre. Or, que l’un soit principe de toutes choses prises
ensemble, c’est évident par la perfection aussi de sa
nature de principe, c est évident encore par son
indétermination, puisqu il n’est pas principe de ceci
plutôt que de cela, c’est évident enfin par le désir aussi
que nous avons d’une telle cause, qui est cause de tout en
tant que tout. Car il n’est certainement pas croyable
qu’il y ait une cause antécédente d’une chose définie et
qu’il n’y en ait pas de toutes choses ensemble prises
comme telles ; et s’il y en a une, de quelle autre cause
pourrait-il s’agir sinon de celle dont nous parlons ?
Précisons qu’elle diffère de toutes les choses, s’il est
permis de dire, dans la mesure où celles-ci sont t lut de
toutes les façons, tandis que celle-là est tout de la façon
la plus simple.
Que cela puisse s'accorder aussi avec la pensée de
Jamblique, j’en tiens pour preuve 1 fait qu’il dit que
même la remontée vers l’un n’est accessible à aucune
chose en particulier, si elle ne se coordonne avec toutes et
si elle ne fait avec toutes retour au principe commun de
toutes. Si donc toutes les choses ensemble ont une
apt itude à tendre vers lui, et si aucune en elle-même n’a
1. L autre procession et d stribution est celle selon laquelle les
choses sont déterminées comme premières, deuxièmes et dernières.
R. I, 78-79 DE PRINCIPliS 119
TTpOg CKEÎVO ; ’AXX’ ÛTOTTOV, aXTTC Kai Cl pi] TOÛ 8eUT€pOO,
tûv ye âXXuv SiaKCKpiTai ÎKavog, Kai paXicrra tûv
èerxâraiv. H iravra ôpoû rrpoeXflovra, irpaira Kai pèaa
Kai TeXeuraîa, Kai ouïrai irpôg àXXrjXa outoiç èxovTa>
àXX ôpoû iravra ûg ev, irpog ro èv tràvTa êxei “S ainarov 5
trpôg aïnov ' q 8è âXXq rrpôo8og Kai râ£ig àtro tûv âXXaiv
a’iTiaiv è<|>qKei toiç irâcriv ' àiro 8e ckcivou Kai TaÛTa pèv,
àXX ûg ev toîç rracri Kai Taura. Aïo pôvov eKeîvo tûv
rravraiv aïnov, aXXo 8c âXXou toutoiv irâvTaiv. "On 8e ûg
irâvTaiv ôpoû ckeîvo àpxq, 8qXoî pèv aù-rqg Kai to iravTeXèg, 10
8qXoi 8è ro àSiôpiaTov, où paXXov toûSc ov q tou8c,
8qXoî 8e Kai q -rqg roiaurqg ainag èimrô0qc7ig rqg rravTaiv
ûg rràvraiv. Où yàp 8r] nvôg pèv è<rnv avria irpoijyoupèvr],
tûv 8è iravTaiv ôpoû ûg iràvraiv oÙk ccttiv ' ei 8 ècrriv, Tig
âv cïi] aXXr] irapà tt|v irpoKCipevrjv ; H toctoûtov 8 acjiepe 15
tûv irâvTOiv, ei Oépig eirreîv, ocrov Ta pev ècrri iravra
iravTo8arrûg, q 8è iravra rov àrrXoûararov rporrov.
"Oti 8è raûra Kai ’lapÇXî)(ai 8ùvarai cruvaBeiv, Èkcîvo
iroioûpai TCKpqpiov oti Kai ttjv rrpog ckcivo àvayaiyqv
CKacrrai ouk ècfiiKTqv eîvai <{>qoiv, ei pq eruvra^eiev éauTO 20
toîç iracri Kai perà iràvTov àvaSpâpoi irpôg rqv KOivqv
irâvTOiv àpxqv. E toivuv opoû iravra iré<|>UKev avareiveoOai
18-22 lambl. ap Dam , In Phil. § 227.3-5.
3 rpueXOùvra coni. Kopp ; avveXOùvra A.
120
DES PREMIERS PRINCIPES
en soi et par soi cette aptitude séparément des autres,
il est clair pour tout le monde qu’elles ont aussi
procédé de là-haut toutes ensemble, et qu’aucune
ne procède seule en elle-même, mais l’une à partir
de l’autre. Néanmoins, quoiqu’elles aient procédé
toutes ensemble les unes ont procédé au loin, les
autres [plus] près ; et ces déterminations, elles
aussi, se sont distinguées après cette haute nature, car
auparavant il n’y avait pas encore de loin ni de près.
Voilà donc comment on pourrait parler, en se
prononçant1 au sujet des choses les plus hautes à partir
des inférieures ; mais, pour parler avec plus de vérité
d’après la gestation [cognitive], ni ces choses ne se
sont distinguées de l’un ni l’un d’elles, et ces choses et
l’un ne sont pas non plus mutuellement unifiés, ni
identiques ni non plus différents, ni semblables ni
dissemblables, ni un ni plusieurs, ni de même rang ni
de rang différent, car même la qualité d’être avant
le tout ne convient pas à l’un, ni non plus, par
conséquent, ne convient au tout la qualité d’être après
l’un ; donc ne leur conviennent pas les qualités ni de
premier ni de deuxième, ni de cause ni d’effet. Car c’est
dans une certaine distinction que sont de tels relatifs
or, l’un est indéterminé non pas au sens de l’opposé
du déterminé, mais il est absolument simple et il est tout
de manière indifférenciée ; car il est tout selon 1 un, à
savoir cet un qui est tout et pas seulement un.
[12. Procession, production
et participation unitaires]
Qu’on ne formule donc pas l’objection suivante si les
autres choses procèdent de 1 un, elles se sont séparées de
lui, et lui, par conséquent, s’est séparé d’elles ; si, au
contraire, elles sont unifiées [avec lui], elles n’ont pas
procédé. Car cc n’est pas de la manière dont nous le
pensons nous-mêmes qu’elles ont procédé ou n’ont pas
procédé (autre est en effet ce mode de la procession
1. Voir Noies complémentaires, p. 171.
R. I, 79-80
DE PRINCIPIIS
120
rrpôs aùrqv, KaO’ aû-rô 8e eKaorov où rré<|>UKev aùrô ko0’
éauTO 8 Xa Tûv âXXov, iravn 8t]Xov oti Kai Trpor]X0ev ôpoû
iravra ckeîOcv, eKOcrov 8e où Ka0’ èauTÔ, àXX’ erepov a^»’
érépou AXX ei Kai ôpoû iravra, rà pèv opos rrôppo, rà
8è eyyuOev ’ àXXa Kai ravra 8iopia0-q perà ttjv <|> cnv 5
eKeîvTjv, Tore 8e ouiro -fjv to irôppo Kai èyyûOev.
£1< pev ouv airo tûv kÔto irepi tûv avurarü) 8iarâr-
Teo0ai, Xeyoi av ti$ outos ’ ûs 8e Karà ttjv àXt]0eo~répav
o8îva <|>âvai, outc TaÛTa àir’ ckcivou 8ieKpi0t] oüre eKeivo
àrrà toutov, àXX’ où8è prjv rjvorai àXXi^Xoïs, où8e rà 10
aùra èariv, oùSe crêpa, oùSè opoia, où8è àvôpoia, où8e êv,
où8è iroXXâ, où8è ôporayf], où8è èreporayi] ' où8è yàp to
irpô irâvTüJv âppo ei CKeivo, oùSè âpa toîs irâci to per
ckcîvo ' où8è irpÛTOv ouv, oùSè Seùrepov, où8è aïnov,
où8è a’iTiarôv. ’Ev 8iopiapû yâp tivi rà TOiaûra irpôs 15
âXX-qXa • to 8e è<mv aSiopurrov, où rà àvriKcipevov tû
8iopurpévo, àXXà irâvri] âirXoûv, Kai iravra àSiaKpiros '
iravra yàp Karà to cv, Kai ckcîvo rà êv o iravra èariv Kai
où pôvov êv.
(39) Mi] toivuv àiropeiro tis cl rà aXXa àrr‘ aùroû rrpôciaiv, 20
èxopiaOi] | aùroû, Kai eKcîvo apa toutcov cxopio-01] ' ci
8e revivrai, où irpoiîX0ev. Outc yàp outos ôs qpeis vooupev,
oüre trpo'qXOev oüre où irpoi)X0ev (aXXos yâp ô Tpoiros
9 oCte2 coni. Ruelle : oû8è A.
121
DES PREMIERS PRINCIPES
unitaire que, de notre côté, nous ne concevons pas
encore, en tant que nous sommes partagés entre
manence, procession et conver on, et ce mode est
au-dessus de la distinction de ces trois [moments]), et
il n’est pas nécessaire que les choses soient unifiées
[avec l’un], si elles ne s’en distinguent pas, ni nécessaire
qu’elles s’en distinguent, si elles ne sont pas unifiées
[avec lui] ; l’un, en elïet, comme nous venons de le voir,
est indéterminé antérieurement à cette alternative,
tandis que les autres choses sont des opposés.
Qu’on ne cherche pas davantage s’il produit, tandis
que les autres choses sont produites, car s’il agit,
il peut aussi et il subsiste ; le tout est alors trois1 et non
pas un, à savoir subsistence, puissance et acte. Mais on a
déjà dit que l’un est antérieur à l’acte, à la puissance
et à la subsiste.nee (car il est un et non pas trois, et
les trois aussi sont comme un, antérieurement aux autres
choses), et c’est par indigence de pensée et d’expression
que, nous, nous disons cependant qu’il produit. Mais
il nous faut purifier complètement le mode de cette
production, en tant qu’il nous est étranger et qu’il n’est
réalisé ni par l’agir, ni par le pouvoir, ni par le subsister,
mais par l’un antérieurement aux trois d’une manière
ineffable.
Que l’on ne dise pas non plus que s’écoule de 1 un
quelque participation, ni une participation qui serait
propre à chaque chose, ni une unique participation qui
serait commune à toutes, en sorte que2 participeraient
de lui les choses qui en procèdent, et que celui-là leur
donnerait quelque chose de lui-même ; ou bien, si l’on
ne veut pas de cela, qu’on n’aille pas non plus dire que
les choses ne tiendront pas leur être de là-haut et qu’elles
n’auront rien de commun avec l’un ; en effet, si les choses
ont quelque chose de commun avec l’un, ou bien l’un
devra être en elles et non pas en lui même, ou bien
ces choses devront être en lui et il n’y aura rien en
dehors de lui. On doit dire que cette sorte d’apories
1-2. Voir Notes complémentaires, p. 171.
R. I, 80 DE PRINCIPIIS 121
ckcîvos Trjs éviaias irpoo8ou, ov qpcis ouïrai auwooûpev,
otc pepepicrpévoi els povqv Kaî rrpcoSov koi èiriCTTpo^rqv, ô
8c ccttiv ùrrèp tov Siopiopov tov toioÙtoiv) outc âvayKaîov
qvûofiai, cl pr] SiaKpîvrjTai, outc 8iaKplveCT0ai, cl pr)
rjvajrai ‘ ckcîvo yàp i^v rrpô ap<|>oiv àfiiôpiorov, rà 8é ccttiv 5
àvTiKCipeva.
Mt]8c au ^r]TCiTa> tis cl rrapâyci, rà 8c irapàycTai ' cl
yàp èvcpycî, Kai Sùvarai Kai uirâpxci ' Tpia oùv Ta irâvra,
àXX* oùx ev, urrap^is, Sùvapis, êvépycia. ’AXX’ clp-qrai
oti ckcîvo rrpô èvepyeias Kai 8uvàpca>s Kai ûrràp^cais (cv 10
yàp, àXX où Tpia, rrpô 8è tûv âXXaiv ûs cv Kai rà Tpia),
àrropla 8c ^peîs Kai vor^ceais Kai è^qyrjCTcais rrapàyciv
aÙTÔ ôpais Xéyopev. AiaKaflapréov 8è tov Tpôrrov ttjs
irapayaiyr)s, ûs ovra àaup^iuXov qpîv, Kai outc tû èvepycîv
outc tû SuvaoOai outc tû ùiràpxciv êrriTcXoùpevov, aXXà 15
tû évi rrpô tûv Tpiûv ârroppi)Ta> Tpôrra».
MqSè XeyéTOi tis àrroppeîv Tiva àrr* aùroû pdkÇiv, outc
ISiav CKaoTou yiyvopèvrjv outc koivtjv pîav àrravTaiv, îva
peText] aùroû rà air aùroû rrpocXflôvTa, Kai ckcîvo 8i8û
ti à<}>’ éauroû toîs rrpoeXfloÛCTiv, î], cl pr) TaÛTa, pi]8c 20
ckcîOcv cx»v tÔ cîvai, pr]8é ti koivov cîvai aÙToîs irpàs
ckcîvo • ci yàp cîvai ti, î) èv toÙtois CCTeCT0ai ckcîvo, Kai
où KaO’ éaurô, î) raûra êv ckcivo, Kai où8èv cîvai irap
aÙTÔ. Tô yàp toioutov cÎSos tûv àrropiûv IctxÙciv <}>aTéov
5-6 supra, p. 120.7-19 || 9-10 supra, p. 114.13-115.4.
5 fy coni. Ruelle : rî]v A, to mg. initio pag. sequentis A1.
122
DES PREMIERS PRINCIPES
a de la force dans le cas de ce qui se produit et de ce qui
procède selon la distinction. Or, de même que nous avons
posé que, à partir de l’un, la procession des choses
qui en viennent n’e.st ni selon l’union ni selon la
distinction, de même aussi nous avons posé que
l’accomplissement qui vient de là-haut et la participation
de. l’un ne sont ni en tant que l’un donnerait quelque
chose de lui-même, ni en tant qu’il retiendrait le don, ni
en tant qu’il aurait quelque chose de commun avec
les autres choses, à savoir l’illumination même qui est
donnée, ni en tant qu’il se serait complètement isolé et
ne serait nullement en communauté avec ces choses.
C’est que toutes les oppositions de ce genre sont dans
la distinction ; mais lui, comme on l’a dit souvent,
est indéterminé, de sorte qu’on doit dire que ces choses
sont en lui toutes en même temps, et qu’à l’inverse
aucune n’est isolément distinguée e.n soi, et ce qui est
plus vrai, il n’est même pas tout, mais un antérieurement
à tout, résolvant dans sa simplicité toutes ces choses
à la fois.
[13. L’un irnparlicipable et ses dérivés]
Qu’est-ce donc que la lumière de la vérité1 qui,
d’apres Platon, est projetée à partir de l’un? Que
Platon ait proclamé cela au sujet de l’un, en tenant le
plus grand compte de nos conceptions, c’est ce qu’il a
montré clairement ailleurs, en jugeant bon de placer
sur le seuil de l’un non pas la vérité seule, mais aussi la
beauté et la proportionf Néanmoins, remarquons qu’il
ne prend pas nécessairèhient comme sujet cet un là
qui est antérieur à tout, m* s celui auquel l’être est
suspendu directement2 ; c’est pourquoi Platon dit que
cette lumière est le lien du connaissable et de ce qui est
capable de connaître, c’est-à-dire de l’intelligible et de
l’intellectif3, en tant qu’elle est fondée dans l’intelligible
et qu’elle rend vrais en même temps le pensant et le
pensé. Mais cela, nous devrons l’examiner une autre fois
1-3. Voir Noies complémentaires, p. 171-172.
R. I, 80-81
DE PRINCIPIIS
122
eiri tûv Ktrrà 8iâ.Kpi<nv rrapayôvnov Kai irpoiovTWv. "îlarrcp
8È eÛepev cnr* ÈKeîvou ttjv irpôo8ov tûv àrr* aùroû p^re
Karà evooiv pi]TE Karà SiaKpuriv, outüj Kai ttjv ekeiOev
TeXeioxriv Kai ttjv Èkeivou pÈ0e£iv eîvai pl^TE ûs ti 8 8ovtos
à<}>’ ÈauToû, pi)re ûs ÈrrÉxoVTOS tt)v 8ooiv pi)TE ûs e/ovtÔs 5
ti KOivàv rrpôs rà âXXa, aÙTTjv tt)v 8i8opévr]v eXXapiJ/iv,
pi)T< ûs irâvTT] 8i<j>KurpÈvou Kai oùSapfj irpàs aura
koiviovoûvtos* Ai yàp TOiaÛTai irâaai àvnfle eis èv 8io-
piapÛ ' TO 8È ÈcTTIV, ûs ElpT]Tai iroXXoKlS, àSlÔpUTTOV,
ûare apa iravra TaÛTa Èv Èkeivo prjrÈov, Kai au ouSev 10
pôvov Ka0’ aÙTÔ Siopio’pévov, to 8e àXr]0éoTepov, ouSÈ
iravra, àXXà rrpô iràvrwv ev ôpoû rrâvTwv toutwv âirXom-
kov
(40) Ti ouv to tt)s aXi]0eias àir’ aùroû irpoirepirôpEvov
Karà nXaTWva <|>ûs ) "Oti pÈv irpoaExeorepov Taîs ^pEré- 15
pais èvvoiais àva^OÉyyeTai TaÛTa ô flXaTov irepi aùroû,
È8i)X<i>aev Èv âXXoïs où ttjv aXi]0Eiav pôvrjv, àXXà Kai
KaXXos Kai auppETpiav Èv îrpo0upois aùroû tÔtteiv à^iûv.
Eîra pÈvTOi oû8È rravros Èkeîvo tô rrpô ttÔvtwv TrapeiXT]4>ev,
âXX’ où ro ôv T)pTT)rai TrpoaExûs ’ 8 o toû yvcxrroû Kai 20
yvwoTiKoû, o Èon votjtoû Kai vospoû, ctuvBetikÔv eîvai
4>t]cti toûto to <f>ûs> ûs Èv tû votjtû Ka0i8pupévov Kai
àXi]0i^ov ôpoû tô vooûv Kai vooûpevov. ’AXXa toûto
pÈv ÈrriOKEITTÈoV Kai au0is
9 supra, p 111.4-5; 119.11; 120.8-10; 121.2-3 II 14-15 = Besp.
VI 508 e 1 509 a 5 || 17-18 = Phil. 64 c 1-65 a 5 || 20-22 = Besp.
ibid || 23-24 infra, fort RI, p. 181.26 ss.
2 ârv’1] fort. èk.
123
DES PREMIERS PRINCIPES
Quoiqu’il en soit, si nous disons que la vérité est aussi
la lumière de l’un antérieur, nous devrons déclarer que
l’éclat qui vient de lui est la procession des hénades
divines, comme il semble aux philosophes1. I\’est-il
pas vrai alors que ces hénades ont quelque chose de
commun entre elles, grâce à quoi tous les dieux sont dits
et sont effectivement un seul Dieu? Oui certainement,
dirai-je, mais ou bien c’est en tant que tous les dieux
sont dérivés d’un seul principe et rapportés à un seul2,
de telle manière que ce principe aussi est une pluralité, ou
bien, s’il s’agit d’un certain un encore indifférencié,
c’est-à-dire d’une seule racine de la pluralité des dieux,
cette racine n est en rien semblable à l’un antérieur
et n’en est pas une participation ; mais elle est la racine
des procédants, qui procède avec eux, comme une
monade, s’il est permis de dire, du nombre divin.
Quant à l’un de la matière, si l’on vient à mentionner
encore celui-ci comme quelque dernière trace de l’un
antérieur, on se trompera du tout au tout3. Car la
matière est déterminée par rapport à la forme et le
dernier par rapport au premier ; or, la nature de cet
un-là est antérieure à ces déterminations. Et, en un mot,
partout, une forme coexiste à la matière ; il s’ensuit
donc que la forme et la matière procèdent à partir
du même ordre Mais cela nous le verrons aussi plus
tard4.
Quant à ce que nous avons mentionné après toutes
les questions posées antérieurement, à savoir le coagrégat
de tout en chaque chose6, lequel est antérieur à tout
ce qui est en chacune, il est assurément quelque chose
d analogue à l’un antérieur, sans être pourtant comme
une image de celui-là ni même sa lumière, mais il est,
lui aussi, de ce qui a procédé un sommet et une racine
qui a procédé avec cela, selon un mode naturellement
constitué à partir de l’un antérieur, comme a procédé
aussi la racine unique et commune6 de toutes choses ;
or, l’un antérieur, comme nous le savons, n’est pas
racine, mais il est antérieur à tout, n’étant même pas
1 6. Voir Notes complémentaires, p. 172.
R. I, 81 DE PRINCIPIIS 123
Ei 8’ oûv Kai ckcivou <}>a>s Xèyoïpev ttjv aXq0e av ttjv
air’ aÙToû cjxqcropev eîvai aùyqv irpooSov tûv 0eîcov evaScov,
ûç 8oKeî toîs <|>iXo<to<|>ois. ’Apa ouv ouk èxoucn Tl koivov
trpôs aXXrjXas auTai ai évà8es, Ka0’ o travTes oi 0eoi eîs
0eos eîoi Te Kai XeyovTai ; flâvu ye, «jt-qoco, àXX qroi ü>s 5
à<J>* evos Kai irpos ev, ûcrre Kai toûto iroXXâ ' q ei ti Kai
â8ia<|>opov ev oîov piÇa pia tûv iroXXûv 0eûv, oû8èv a rq
oîov eKeîvo Kai ckc vou pé0e£is, piÇa 8è tûv trpoeXOôvTwv
irpoïoûo-a perà tûv •trpoïôvTiov, oîov povâs, ei OepiTov
<|>âvai, toû 0eîou âpi0poû.
Tô 8è -rqs üXqs, eï tis Kai toûto irpo<j>epoi os eKeivou ti
ÏXV°S ëaxaTOV, toû traVTÔs âpapTqaerai. 'H yàp uXq trpôs
to eîSos 8iûpicrrai Kai to èaxarov trpôs to rrpûrov, eKeîvou
8e q <J>ûcris trpô toutcov. Kai oXcos travTaxoû tt] uXq
enjvecrriv eî8os o0ev apa tô eîSos irpôeicn, Kai q Xq àrrô 15
rqs aÙTqs TaÇecos- AXXà toûto pèv Kai ücrrepov.
‘0 8è éïri. irâcriv eïpqTai toîs Trpoqiropqpévois, to èv
éKaarco auvaipepa iravrcov irpô rràvTCov ôv tûv èv eKacTTio,
èari pev ckcivco àvaXoyoûv, où pqv oîov eKeivou ïv8aXpa
ou8e <}>ûs, aXXa toû irpoeX0ôvTOs Kai toûto èari Kopu<|>q ’20
Kai p £a oùv auTto irpoeX0oûo-a tov àir’ eKeîvou ire<|>uKOTa
Tpoirov, ûairep Kai q pia piÇa tûv irâvTCOv q Koiv-q ‘ to 8e
ouk îjv piÇa aXXa irpô irâvTiov, oû8è piÇa povov aXXa
17 supra, p. 99.1 11 || 18 supra, p. 100.6-11.
2 aùyîjv scripsi : aÙTqv A || 18 2v scripsi . Êv A
124
DES PREMIERS PRINCIPES
racine seulement, mais le tout avec la racine. Ainsi
donc, il est l’un-tout et antérieurement à tout, tandis
que le tout procède de lui, la racine en même temps
que les rameaux. Comment alors la racine, qu’il n’y en ait
qu’une ou qu’il y en ait plusieurs, pourrait-elle être un
retentissement de celui-là, que nous avons reconnu être à
la fois et la racine et les rameaux, en le reconnaissant
comme un-tout indéterminé antérieurement à tout? De
plus, la racine est distinguée par rapport aux rameaux, et
le sommet l’est par rapport à tout le reste. Par consé-
quent, l’illumination qui vient de là-haut n’est pas,
en fin de compte, ce qui, antérieurement à tout en
chacun des pluriflés, a le caractère de l’un, car ce
caractère dans son état coordonné serait plurilié de
quelque façon, ainsi que distingué, sous quelque rapport,
de l’un illuminant.
Néanmoins, ce n’est pas, parce que les autres choses
[que l’un] ne participent pas de lui de cette façon,
que pour autant elles ne doivent en participer d’aucune
manière, et que nous devrons le regarder comme s’étant
isolé de toutes les choses ; car il faut refuser encore la
seconde série d’apories1, qui s’attaquent à la façon de
participer habituelle dans les autres cas, mais qui
n’ont pas de valeur absolue. Admettons, en effet, que,
de même que le soupçon de l’hypostase de l’un est
sui yeneris, de même l’est aussi celui de sa procession,
laquelle n’est ni selon l’union ni selon la distinction, ni de
forme semblable ni de forme dissemblable, mais est
antérieure aux deux [modes] ; admettons qu’il en est
de même au sujet de la participation, laquelle ne se
produit ni selon une présence de 1 un, ni selon une
illumination qui se séparerait de lui, mais antérieurement
aux deux. Il ne conviendra donc pas de dire que ce
qui est donné est commun ou propre, car cela aussi est
au-delà des deux ; et, en vérité, on ne peut même pas
dire que cela est donné, ni non plus dire, au contraire,
que cela n’est pas donné, car ces prédicats aussi
1. Voir Noies complémentaires, p. 172.
R. I, 81-82 DE PR1NCIPI1S 121
irâvra peTa tt]s pi^rjs. AÙtÔ pèv ouv ev rràvTa Kai rrpô
rrâvruiv, rà 8è navra rrpôeuriv àrr’ aùroû, pi£a âpa Kai
kXoSoi. F1ûs ouv r] pi£a èiceîvou arrqxrjpa, ®ïT< Pia «ire
al rroXXai, otrep âpa Kai pi£av Kai kXq8ous aipoXoyrjKa
pev, àSiopiCTTOV ëv rravra rrpô rrâvTWV opoXoyqoavres ; H 5
8e pi£a Siûpiarai rrpôs tous kXÔSous, Kai r] Kopu<J>r] rrpôs
to âXXo rrâv. Ouk âpa r) eKeîfiev ëXXapipis r^v âpa to rrpô
rrâvTOv èv ÉKacrTa» tûv irerrXr]6 cr v évoei8és, èrrei
toûto ye tt] Kararâ^ei rrerrXr]0uapévov eir] âv Tiva Tporrov
Kai 8i<i>piapévov rrr] àrrô toû èXXâprrovTos.
’AXXà prjv oùx °Tl TaÙTT] où perexei rà aXXa aùroû,
8ià toûto oùSapfj âv peréxoi, Kai SuoKiapévov èKeîvo
6r]crôpe6a tûv rrâvTov ' âvàyKT] yap àvaiveaflai Kai ras
SeuTÉpas àrroplas, rrpôs pèv tov ctuvt)6t] toîs XXois
Tporrov ttjs peToxrjs pax°pévas, ârrXûs 8e où KaXûs 15
èxoùcras. “Ecttw yâp, ûs ùrroaTâcrews aùroû i8iÔTporros
ùrrôvoia, outo Kai rrpoô8ou, oùre Kara ëvuaiv oucttjs
oùre Karà SiâKpuriv, outc ôpoeiSoûs outc àvopoeiSoûs,
àXXà rrpô àp<|>oîv Kai irepi r-qs peGé^eios, outc Kara
rrapoualav aùroû yiyvopévrjs oùre Karà ëXXapi|nv Ttjv 20
àrr’ aÙTOÛ xa>Pl^°P^VT)v’> àXXà rrpô àp<J>oîv. Où toivuv
âppoaei Xéyeiv oti koivov i] iSiov to SiSopcvov, Kai toûto
yàp èrrcKeiva toîv Suoîv où8é ye pT)v SiSopcvov, où8e
au pr] 8i8ôpevov, avriKeirai yàp rrus Kai Taûra, to 8e
8 èv Kopp : êv A || érrel scripsi : évi A, mg. A1 || 16 IStorpôrrcùç
A, correxi || 17 oCarjç scripsi : ovBtç, mg uirg. cens., A
125
DES PREMIERS PRINCIPES
s opposent de quelque façon, alors que l’un est au-delà
de toute opposition, même au-delà de l’opposition des
contradictoires, et donc à bien plus forte raison encore
au-delà de toute autre opposition. Par conséquent, ce qui
est donné n’est ni corruptible ni incorruptible, mais
digne d’avoir un nom antérieur à ces derniers, si
toutefois quelque dénomination pouvait s’appliquer
proprement à l’un. Mais comment cela serait-il possible,
alors qu’on ne peut lui attribuer ni le propre ni le
commun? I\ous ne sommes donc en aucune façon
rendus semblables à lui, en qui justement il n’y a pas de
propriété, mais seulement à quelqu’une des choses qui
viennent après lui, puisque nous ne sommes pas non
plus unis à l’un antérieur, mais à l’un qui est après
lui, tandis que lui, comme nous le savons, outre l’un
est aussi le tout, pour ainsi dire, lui qui est antérieur
à l’un et au tout
Que veut donc dire pour Platon le « rayon de l’âme1 »?
Répondons qu’il s’unit à la lumière qui vient de l’un
antérieur, mais non à cet un-là. Mais quoi, la lumière
qui vient de l’un ne lui est-elle pas unie? Répondons
qu’elle lui est unie selon l’image de l’analogie, mais
qu’en réalité elle ne l’est plus, car l’un ne supporte pas
d’être en contact avec autre chose2, ce que n’a même
pas supporté le point3. Mais comment la lumière
pourrait-elle être immédiatement après l’un? C’est ou
bien parce qu’elle est la première des autres choses à
s’être manifestée, ou bien parce qu’elle ne s’est pas
complètement penchée hors du sanctuaire inaccessible ;
enfin, bref, nous reviendrons plus tard sur ce qu’a
dit Platon.
Ajoutons que le deuxième principe après l’un, quel
qu’il puisse être, si on le considère en tant qu’il vient de
celui-là, procède avec tout selon le mode totalement
indéterminé, qui ne comporte pas l’opposition à la
détermination, mais, si on le considère en tant qu il
est aussi deuxième principe, il projettera en nous
différentes notions sur lui et sur les choses qui viennent
1-3. Voir Noies complémentaires, p. 172.
R. I, 82-83
DE PRINCIPIIS
125
irâorjs àvnOéoecüs èireKeiva, Kai ttjs àvTi<|>aTiK'qs> iroXXû
âpa pei^ôvos Kai -rîjs âXXijs âirâorjs. “flore outc <J>0aprov
outc â<|>6apTOV, aXXà irpo toÙtov âÇiov KeKXrjoflai, eîirep
•îjv ISiûvupôs ns aùroû irpoarjyopia. dûs 8’ av eïi), w pi]8è
to ïSiov irpôoeon, pt]8è to koivov , Ot>x ôpo oùpefla oSv 5
aÙTÛ oùSapûs, û ye pi] eveariv ISiÔTqs, àXXà tivi tûv
peT’ aÙTO, èirei où8è évoùpeOa eKeîvo, àXXa tû êvi oirep
èori per’ aùrô, eKeîvo 8e irpôs to évi Kai iravra Tjv, îva
outos eïiro, to irpô toû évos Kai tûv irâvTOv.
{41) ’H oBv aùyt) Tijs 'PUXT1S ™ PoûXerai to dXaTovi J "H 10
auvâirrei auTi] tû <|>a>Ti tû àir* ckcivou, àXX’ ouk ckcivo.
Ti 8e ; to 4>ûs aÙTÛ où ouvîjirTai to àir’ aùroû ; H Karà
pèv tt)v eiKÔva rqs àvaXoyias auvrjTrrai, Karà 8e aXt]0e av
oukcti ' où yàp ûiropévei eKeîvo ttjv irpos ërepov ouvajjnjv,
T]v ye où8è to arjpeîov ùirépeivev. ’AXXà irûs per’ aùrà 15
eù8ùs ! "H oti tûv âXXwv rrpûrov e^ec^avr], i] où TeXéoç "*
àirô toû aSuTOU rrpoéKu^ev ' Kai oXws irepi tûv flXarovi
elprjpévov ùorepov.
“En 8è to SeÙTepov peT* eKeîvo, o ti irorè âv Tj, ûs pèv
àir’ eKeîvou pera irâvrov irpôeioi tov àSiopiarov iravrr] 20
Tpôirov, aveu Tijs irpàs 8iopiopôv avrifléoews, ûs 8è àpxi)
Kai aÙTÔ Seurépa âXXas ^pîv irpogaXe Tai èwoiaç irepi
10 Resp. VU, 540 a 7-8.
11 awartiei coni. Ruelle : -eiv A (an scr. awàirreiv aùrîjv ?) ||
14 ûrropévei Ax: -ij i A. || 21 rrpdç, aliquid s.u. erasum, A.
12G
des premiers principes
de lui. Car il est évident qu il faut que nous rendions nos
propres pensées semblables aux réalités dans la mesure
du possible. En effet, les conjectures que nous avons
formées, nous avons essayé de les rassembler, en
partant de la simplicité de l’un antérieur à tout, quoique
notre premier mouvement se soit empressé, en sens
contraire, d’éveiller les pensées naturellement divisées de
notre âme, ou plutôt nous nous efforc ons [alors]
d’adapter nos conjectures disloquées à celui qui est
absolument un, et qui, rien de moins, sinon même
davantage, enveloppe tout en lui-même, ou pour mieux
dire est tout, ou peut-être, pour mieux dire encore,
n’est meme pas tout, mais est, au-delà de cela, l’un-tout.
C’est pourquoi un grand trouble aussi se produisait, car
la raison divisée risque toujours ou de disperser l’un
dans le multiple, ou de perdre entièrement sa propre
nature, sa propre puissance et son acte propre.
[14. Conclusion sur l’un]
Voilà donc pourquoi de ce qui précède nous tirons
encore ces conclusions, à savoir qu’on ne doit dire de
l’un aucun de ces prédicats qui sont dans la distinction,
ni même les dire tous ensemble réunis, par exemple
qu’il est la cause de tout, le premier, le bien, le plus
simple, l’au-delà de l’être, la mesure, le désirable, la fin,
le principe. En effet, les notions de toutes ces choses
sont déterminées, alors qu’à lui ne convient aucune
détermination, de même que ne lui convient pas non
plus l’indéterminé [comme] opposé du déterminé ;
mais si, antérieurement à toutes ces choses, il en est
une qui les signifie toutes, c’est elle seulement qu’on
doit conjecturer de lui. Car, comme l’un est un et tout,
les deux ensemble, en tant qu’il est un antérieurement
à l’un et au tout, il n’a ni notion propre ni notion à la
fois complète et simple, ni, à plus forte raison encore,
dénomination ; néanmoins, il réclame une dénomination
telle que nous sommes dans l’incapacité de la lui
H. I, 83
DE PRINCIPIIS
126
èauToû te Kai tûv àir’ aÙToû. ArjXov yàp oti è£opoioûv
8eî irpôs tù irpâypaTa eîs Sûvapiv Tas ^perèpas èwoias-
Kai yàp airep ûirevo'qoapev, àirô Tr|s âirXÔTrjTos toû irpô
irâvTov èvôs èirei.pâflrjpev ouvayayeîv, ei Kai irpôs to
avTi^ouv rjpîv t] ôppi] èyeipeaGai èorreuSev Tas 4>ûoei 5
pepepiapévas èwoias tt]s 4,uX'*ÎS> pâXXov 8e Tas Sieo-iraapé-
vas rjpûv ûirovoias tû èvl ttAvtt] Kai ou8ev ^ttov, ei pi]
Kai paXXov, iravra èv eau ire ieiXi]<|>OTi, î], apeivov
<t>âvai, ôirâpxovTi, l'cros 8e apeivov en pt]8è ôirâpxovTi,
àXXà ûirèp toûto iravra èvl irpoaappô£eiv <|>iXoveiKOÛVTes> 10
Aià Kai ô iroXùs èyiyveTO 6opu£os, KivSuveûovros àei toû
pepiaroû Xôyou i] Siaairâaai to èv es iroXXà, ï] ttjv
oùceiav àiroXéaai iravrâiraaiv <}>Ûctiv Te Kat Sûvapiv Kai
èvèpyeiav.
Toiyapoûv Kai èKeîva toÛtois eiropeva auvâyopev, oti 15
èKeîvo oùSèv prjréov tûv èv Siopiapû toioutwv Xeyopèvwv,
ou6è ôpoû iravra cruveXfiovra, otov oti aïnov irâvTWv, oti
irpÛTov, on aya0 v, oti ro âirXoûoraTov, oti ro cireKeiva
toû ovtos, on pèrpov, on è<|>eTÔv, oti rèXos, oti apX'1]
Ai pèv yàp toûtov àiràvTOV èwoiai 8ia>piopévai eiaïv, 20
èKeivco 6e ou8els irpoar^Kei ôiopiapôs, ûs ye ou8è to àvn-
Keipevov tû 6i<i>piopeva> aôiopiorov * aXX e ti è<rri irpo
toÛtwv âiravTWV èv irâvTwv orjpavTiKov, toûto pôvov
èir’ èKeivou uirovorjTèov. ”Ev yàp ov Kai iravra opoû Ta
8ûo, ûs èv irpà toû èvôs Kai tûv irâvrov, ouk «X1El
oiKeiav oüre êvvoiav iravreX-q Kai apa âirX-qv, outc iroXXw
paXXov irpoaTjyopiav ‘ âirarreî 8e opos TOiaûrTjv oîav
18-19 = Resp. VI, 509 b 9 19 = Leg. IV, 716 c 4-5 ; cf ibid.
715 e 8 || 20-22 supra, p. 120.15-19.
16 rotoÛTiü B, rccte fort.
127
DLS PREMIERS PRINCIPES
apporter C’est pourquoi auss la seule connaissance
que nous formons de lui est celle d’après laquelle
nous jugeons inconvenant de lui appliquer tout ce qui
est nôtre ; de même, tout ce que nous attribuons aux
choses qui viennent après lui, cela aussi nous jugeons
inconvenant de le lui attribuer, et nous croyons qu’il
n’est ni l’une de toutes les choses, ni toutes ensemble,
parce que nous estimons qu’il est cause de tout et
absolument simple, non qu’il soit simple à la manière de
quelque chose du tout, ni non plus comme la simplicité
elle-même (car elle aussi est quelque chose qui fait
partie du tout), mais il est simple au sens où il est
à la fois tout, et il est tout au sens où il est à la fois
simple ; et il n’est pas tout, au contraire, au sens où
le tout est plusieurs, ou bien au sens où le tout est
formé des plusieurs, mais il est tout au sens où il est un
antérieurement à tout.
Mais puisque l’un a été déclaré tel, à la suite de cela
il conviendrait de faire porter la recherche sur ce qui a
procédé après lui, quelle qu’en soit la nature (ce point, en
effet, réservons-le) ; mais, en considérant seulement
le fait que cela vient de l’un et se trouve après lui
on doit chercher, d’abord, si cela s’est distingué de. lui
et ensuite, si le premier demeure, tandis que le second
procède (car il faut toujours qu’avant ce qui procède
soit ce qui demeure), enfin si le second procède tout en
demeurant, ou s’il ne fait que procéder. Commençons
alors par le commencement.
Si donc le deuxième s’est distingué du premier,
il est absolument certain que le premier aussi s’est
distingué du deuxième, car le distingué se distingue
d’un distingué. Mais, s’il en est ainsi, ou bien c’est
à partir du deuxième, se distinguant lui-même, que
le premier subit, lui aussi, la distinction, — et alors,
comment se peut-il qu’à partir de l’effet la cause soit
altérée ou subisse quoi que ce soit? Ou bien c’est à
partir de lui même que le premier a acquis cet état, et,
dans 1 acte de distinguer de lui le deuxième, il s’en
distingue aussi lui même, — et alors, comment peut-il
R. I, 83-84
DE PRINCIP1IS
127
irpoaeveyKeîv àiropoûpev Aïo Kaî povqv aùToû yvûoiv
TroioupeOa Taûrqv, KaO qv àripâÇopev rà qperepa iravTa
aÙTÛ Trpoaappô^eiv • Kai oaa irepi tûv per’ aUTO TiOepeOa,
Kai raÛTa ànpà^opev, Kai oiopeGa ÈKeîvo outc ti eîvai tûv
irâvTuv outc ôpoû navra, 8i6ti iràvTGJV aiTiov qyoùpcGa | 5
Kai iravrrj àirXoûv, oüre outios àirXoûv ûg ti tûv iravrajv,
où8è ûg aÙTT] q âirXÔTqs (Kai aérq yap ti tûv àrravTaiv
èariv), àXX’ outios àirXoûv ûs âpa rràvra, Kai outio iravTa
ûs âpa âirX ûv ' oÛTe a3 irâXiv outw iravTa ûs iroXXa Ta
iravTa, q ûs ro irav Èk iroXXûv, aXX’ outio iravra ûs ëv irpô 10
irâvTiov.
(42) AXX èirei toioutov Èkcivo àiroire<{>avTai, é£qs âv eïq
ÇqTqcrai irepi toû peT auTÔ irpoeXOovTOS, o ti iroTÈ av jj,
—• toûto pèv yàp r]pas irepipevÈTio ’ àXXà KaOà povov àrr
Èkcivou koi peT ÈKeîvo, ÇqTqTÈov ëv pèv ci SieKpîOq àrr’ 15
auToû, eTepov 8è ci ÈKeîvo pévei, toutou irpoiovTOS (8eî yap
àei irpô toû iàvTOS eîvai to pévov), Kai ei pcvov irpoeicnv,
q povov irpocioiv. ApyaipeOa 8e âvwOev
Ei toivuv SieKpîOq to 8eÙTepov àrro roû irpaxrou, iràvTcos
oti Kai to rrpÛTov SieKpîOq toû Scurépou ’ to yap 8iaKpi- 20
vépcvov 8 aKpivopèvou SiaKpîvcTai. ’AXX ci touto, q àiro
toû 8cuTcpou, 8iaKpivavTOS cauTÔ, ireirovOe Kai aÙTÔ
ttjv 8iàKpioiv, (Kai irûs àtrô toû aiTiaToû to aÏTiov
qXXoïuxrai [irûs] q otioûv iréirovOcv ;) q a<}> ÉauToû
èa-%ev toûto, Kai Èv tû SiaKpîveiv to ScÙTepov a<|> éauroû 25
Kai èauTÔ 8iaKpivci àrr èkcivou, — Kai irûs Èctti 8iaKpiTiKÔv
14 infra, R. I. p 86.3 - p. 121.27.
3 aùr<7> scripsi : oô-ro A |
ei pévov mg. A1 : om, A ||
Ttûç deleui, mg. uirg. cens.
17 Iôvtoç] scr rrpotôvTO? ? Il xal
21 toûto, q A* : toûtov A ] 24
A || 26 Siaxpîvei scripsi : -ew A.
128
DES PREMIERS PRINCIPES
être apte à distinguer, lui qui n a pas jugé bon d’être
même unificateur? Et, en bref, comment se peut-il
qu’il soit distingué du deuxième, ou encore qu’il soit
unifié avec ce dernier, lui qui ne supporte ni union ni
distinction par rapport à rien du tout ?
Mais s’il n’est pas distingué, comment peut-il y avoir,
d’une part la cause, d’autre part l’effet? Et comment
se peut-il [en ce cas] que l’engendré ne soit pas
complètement identique1 à l’engendrant? Peut-être donc
est-il plus sage de dire < que > le premier, étant sans
union et sans distinction, parce qu’il est au-delà de l’un
aussi bien que de la pluralité2, produit tout, comme
on l’a dit auparavant, selon un mode qui nous est
étranger, et qu’il est séparé de tout et immanent à tout
selon un autre mode semblable. Or, là où commence
< la > distinction, là même commencera aussi ce
qui est transcendant et ce qui est coordonné, ou, en un
mot, le premier et le deuxième ; < quant à > nous,
si nous disons cela aussi au sujet de ces principes,
c’est seulement dans l’intention de suggérer quelque
chose sur ceux qui sont absolument indéterminés. Par
conséquent, aucun des autres, ni même celui qui paraît
être le deuxième, n’est ni distingué du premier ni unifie
avec lui ; car [autrement] le premier aussi serait unifié.
De même donc que, de lui, nous ne jugeons pas
convenable de dire qu’il est différent, ni non plus qu’il
est identique, parce qu il n’y a pas encore d’identité
ni d’altér’té, de même donc nous ne jugeons pas
convenable de dire qu’il s’unit, ni non plus qu’il se
distingue, parce qu’il n’y a pas encore d’union ni de
distinction. Par suite, en lui, et pour la même raison,
il n’y a pas non plus distinction de maneiice de
procession et du conversion.
Par conséquent, nous n’aurons pas de raison non
plus de nous interroger sur les autres propriétés, et
plus tard nous aurons à chercher où celles-ci se
manifestent3, qu’est-ce qui, en elles, demeure, procède,
1-3. Voir Notes complémentaires, p. 173.
H. I, 84-85
DE PRINCIPIIS
128
8 ye où8è êvoiroiôv rj^ioaev clvai ; Flûs 8è 8Xos 8iaKCKpiTai
toû ScuTcpou, 1} Kai ïjvioTai Trpôs aÙTÔ 8 ye irpô$ où8èv
tûv ttÔvtov ëvoaiv T] 8iaKpiaiv uiropcvci ;
’AXX’ ci pî] 8iaKCKpiTai, Trûs to pèv aiTiov, to 8c
avriaTov ; Flûs 8è où iràvTT] àirapaXXaKTeî Trpôs to ycwûv 5
to yevvûpcvov ; Mt]ttotc o3v àa<|>aXcaTcpov Xéyciv (oti^ to
TrpÛTov aveu tc êvûoeos Kai aveu 8iaKpiaeos, arc Kai èvôs
Kai ttXt)0ous eirCKCiva ov, irâvTa rrapâyei, ûs irpéafiev
cïpT]Tai, tov âaup<|>uXov Tpéirov, Kai irâvTov Kc/ûpiaTai
Kai irâaiv cvccttiv Tpéirov ercpov toioûtov. A<| ou 8 av 10
ap^TjTai (t]^ Sicucpiais, àirô toutou Kai to èÇppi]pévov î}
«ruvTCTaypcvov, Kai 8Xos to irpÔTcpov âpÇcTai Kai 8eû-
Tcpov ’ Tjpcis <8c^ Ka1, TaÛTa irepi ckcivov Xcyopcv
èv8ciKVua0ai ti pôvov PouXôpcvoi irepi tûv irâvTp à8io-
piaTov. “Qcttc outc ti tÛv âXXov outc to SeÛTcpov clvai 15
8okoûv, outc SiaKCKpiTai air’ ckcivou outc Tjvurai aÙTÛ *
cÏt] yàp âv Kai ckcîvo rjvopcvov. "flarrep ouv ou8è eTepov
ou8è TaÙTÔv à^ioûpev cir* aÙToû eiireîv, oti p'qiro TauTOTTjs
Kai CTcpôrqs, outos o3v où8e évoûpevov ou8e SiaKpivôpevov,
oti pi^rro êvoois Kai SiaKpiais ’ où8c apa povrç tis ckcivou, 20
où8è irpôoSos, où8e cir cTpci^T] 8iûpicrrai 8 a ttjv aÙTTjv
alTiav.
Ouk âpa où8è Ta Xoiirà SiKaîos àiropT]aopcv, uarcpov
8c ^T]TT|aopev orrou TaÛTa àva<|>aîvcTai, Kai ti êv ckcivois
to pévov i] to irpoiôv î] to cmoTpc<}>ôpcvov, Kai el TaÙTÔv 25
8-9 supra, p. 121.13-16.
1 Uûç 8è Ruelle : ocSe, mg. uirg. cens., A |j 6 6ti addidi II
10 8-rj] -r) ex corr. Ax, scr. 8’ ? || II t; add. Kopp j| 13 8è,addidi ||
17 oôv s.u. ius. A1 || 18 aÙToû B ; aÙTÔv A 24 àrrotpaivETai A,
correxi.
129
DES PREMIERS PRINCIPES
ou se convertit, et s’il s’agit là d’une même chose selon
la totalité de l’hypostase, ou si ce sont trois hypostase».
Et, si, comme à tâtons dans les ténèbres, on voulait
cependant, même dans ces principes, apercevoir ces
[trois] moments1 par analogie, non par allusion, mais
selon un mode supérieur à celui de la vérité susceptible
d’allusion, alors, que le premier soit analogue à la cause
qui demeure, celui qui en procède en premier lieu,
analogue à la cause qui procède et qui commence la
procession proprement dite, et pnfïn le troisième à
partir du premier, analogue à la cause qui se convertit.
Et si nous parvenons à distinguer ces principes eux-
mêmes tels que nous les conjecturons, nous saurons
alors que l’analogie leur conviendra ; sauf qu’il faut
désormais chercher si toutefoi celui qui demeure n’est
pas diiïérent de celui qu’on a supposé, en commençant,
être l’un-tout, car celui-ci n’est rien de déterminé2. Or,
dos principes qui sont après lui, et qui sont au nombre
de trois, on pourrait dire que celui qui demeure est le
premier, car, bien que ces principes soient parfaits et que
chacun soit indéterminé, du moins déjà on pourrait les
suggérer davantage en quelque mesure ; on pourrait
suggérer davantage le premier par ce qui demeure, le
second par ce qui procède, le troisième par ce qui se
convertit3. Ou bien encore, si l’on veut suggérer ces
moments dans ces principes, celui qui est l’un-tout
suffît à suggérer ce qui demeure4, en cela même que le
premier qui a procédé de l’un-tout n’est pas demeuré
l’un-tout, mais il en procède, tandis que l’un-tout ne.
procède en aucune façon, parce qu’avant lui il y a,
comme nous le savons, l’ineffable, dont on ne peut rien
dire, même pas par allusion. Rien par conséquent ne
procède de l’ineffable, donc même pas l’un-tout ; mais de
celui qui ne procède pas, on peut dire, précisément pour
eette raison, qu’il demeure, en parlant par analogie,
puisque, même de celui qui en procède, on peut dire
qu’il demeure. Or, puisque ce dernier en procède
1-4. Voir Noies complémentaires, p. 173-174.
R. I, 85 DE PRINCIPIIS 129
KaG* ùirôaToaiv oX-qv, t] Tpeîs aurai ù-irocTaoeis. El 8e
ns eflèXoi, GJCTirep èv aKÔrei â^âaaiDV, opus Kai èv ckcIvois
Karà àvaXoyîav TaÛTa Oeupeîv, où Karà ëvSei^iv àXXà
KpciTTÔvus î] Karà tt]v èv8eiKvuaGai 8uvapévi]v aX-qOeiav,
àvaXoyeînj èKCÎvo pèv tû pévovn aina), to 8è à-ir’ aùroû 5
irpoîôv -irpûnas tû -irpoiôvn Kai âpxovn T-rjs ku plias
irpoé8ou, to 8è TpiTov à-ir* aùroû tû è-iriirrpè<|>ovTi. Eàv 8è
aura TaÛTa 8iacm)aûpeGa oîa eîvai ûrrovooûpev, eiaôpeGa
on -irpeij/ei aùroîs T] àvaXoyia ' -irXr]v on Kai èvTeûOev Î]8t)
Çi]TT]Tèov pTjiroTC aXXo to pévov -rrapà è£ apxqs ùiro- 10
Kelpevov êv -iravra eîvai ’ toûto yàp oû8év èan Sicopiapévov.
Tûv 8è per’aùré, Tpiûv ovtcùv, eï-iroi tis âv irpûrov eîvai
ro pévov ‘ ei yàp Kai TaÛTa -iravreX-îj Kai aSiopiaTov
CKaaTov, àXX’ î]8-q pâXXov âv ti èvSeiÇaiTO • to pèv Karà
ro pévov ev8e ÇaiTO pâXXov, ro 8e Karà to irpoiév, to 8è 15
Karà ro èiri<rrpe<|>ôpevov. "H Kai ei TaÛTa PoûXoïTÔ tis èir*
èKeivuv èvSeiKVuaOai, âpKeî to ev iravra eKeîvo irpôs tt|v
toû pévovTos cv8eiÇiv, Kaôôn Kai to rrpûrov â-ir’ aùroû
rrpoeXOèv ouk êpeivev aùrô, àXXà irpôeiaiv àir’ aùroû,
ckcîvo 8è où8apûs irpéeiaiv, 8iôn irpè aùroû to àiréppi]Tov 20
^v è<|>’ ou où8èv ^v eiireîv, où8è Karà ev8ei£i Où8è âpa
irpôeiaî n àir’ aùroû, où8è âpa to ëv -iravra ' rb 8e à-irpôiTov
Kara ye aùrô toûto Xèyoïro âv péveiv, oîov Karà àvaXoyiav,
èirei Kâv to à-ir’ aùroû péveiv Xèyoïro. ’E-irel 8e toûto Kai
10-11 supra, p. 126.15-p. I27.II.
24 ’Errel 8è scripsi : èirsiSr) A.
130 DES PREMIERS PRINCIPES
aussi, en tant qu’il est après lui, il faudra qu’antérieure-
ment à sa procession soit posé quelque chose qui
demeure, si vraiment nous estimons qu’antérieurement
à ce qui procède il y a ce qui demeure. Donc, ou bien
nous chercherons autre chose, et cela à l’infini, ou bien
nous regarderons l’un-tout comme le demeurant, lui
que, nous aussi, nous posions comme ce qui demeure
antérieurement à ce qui procède1, parce que, s’il n’est
pas anterieur à [tout] ce qui demeure de quelque façon
que ce soit, celui qui est après lui ne sera pas non plus le
premier de [tout] ce qui procède de quelque façon.
Et c’est jusqu’à ce point qu’il fallait poursuivre ce sujet.
1. Cf. supra, n. 2 de la p. 129. — Lu disant « nous aussi »
Damascius semble évoquer ici ses prédécesseurs (Proelus notam-
ment) qui parlaient de l’un selon l’analogie de la manence pure.
R. I, 85-86
DE PR1NCIPIIS
130
TTpôeiaiv air’ aù-roû, ko.6’ oaov èaTi per’ aÙTÔ, [ko.0o]
Seijaei Kaî irpô tt^s toutou irpoo8ou Gea8a ti pevov, eîircp
a^ioûpev irpè toû irpoïôvTos eîvai to pevov “Htoi ouv aXXo
ÇijTTjaopev, Kaî toûto err’ arreipov, -q to êv irâvTa Troit]CTopev
pevov, 8 Kaî i]pei$ ETiGépeGa ûs pevov Trpô toû irpoiovTOÇ, 5
èirci ei p.r] toûto irpè tûv ottiûs ttotc pevôvTov, ou8e to
peT1 aÙTÔ | irpÛTov êaTai tûv ottü>s ttotÈ TrpoiôvTa>v. Kaî
toûto pèv axpi toctoutou rrpoT])(Oci>.
1 z.aOô deleui
NOTES COMPLÉMENTAIRES
Page 1.
1. L’usage du verbe PoûXeaOai pour signifier une tendance,
une exigence ou une qualité propre à la nature de quelque ch s ,
est fréquent chez Aristote (cf. Bonitz, Index aristotelicus, s.v.,
p. 110 b 41 ss), et il l’est aussi chez Damascius; par contre, il est
rare chez Proclus (cf. L. G. Westerink, Dam. In Phil. Index s.v.,
p. 128).
2. Damascius argumente ici par la nécessité intrinsèque de la
notion du tout qui exclut l’illimité. Aristote démontrait que le
tout est limité du fait que le nombre des lieux est nécessairement
fini, Met. K 10, 1067 a 20-23.
3. Où8èv &p' êÇcù ... èv fi ÿ} pièv ... 8’ ... : en retouchant,
en effaçant et en corrigeant, Bessarion a fait disparaître pour
toujours les leçons originales; pour les reconstituer, on n’a
aucun indice en dehors de l’espace disponible. Une possibilité
parmi d’autres serait : -rà yàp firtetpa oùx av eïi) razvra ànapri,
ovôé ëÇcù çaveÏTai tôSv Trâvrov. "Opoç yâp -riç y] îtavré-njc xal
•ç8t] 7tepi?.7)'piç, év fj 7) (om. pèv) àp/v) rrépaç rà &va>, yào
àp'lÿfi, Êa/axov népaç -rô xârcù.
Page 2.
1. Mla œjvTaEiç signifie le tout dans son architectonique : ce
n’est pas seulement le système réalisé, mais sa systéimiltisation
même, en acte, à partir do son principe immanent, c’est-à-dire le
tout à la fois comme principe, opération et résultat. L’expression
a ses lettres de noblesse. Entre autres exemples, Platon l’utilise
pour expliquer que la communauté du corps et de l’âine souffre
tout entière de la blessure du doigt, à cause de l’unique coordi-
nation dans laquelle elle se trouve par l’effet de son principe
(flép. V, 4G2 c 13). — Plotin, qui pose la question « qu’est-ce donc
que l’unique coordination î » répond en évoquunt l’intégration de
toutes les parties, soit dans l’individu, soit dans 1 univers, sous un
principe unique qui fait que « tout conspire » (Enn., II 3, 7.14-18).
2. La conclusion implicite est : donc le principe est • issi dans
le tout.
14
132
NOTES COMPLÉMENTAIRES
3. Merà t^ç est une correction de Bessarion ; le ms.
porte p.erà ttjv àp/^v, mais cette possibilité (le tout est après le
principe et provient de lui) a été discutée la première (p. 1.8-
p. 2.8, El pèv yàp toûto...) ; en outre, la supposition que le tout
est après le principe impliquerait que le principe est hors du tout
et, dans ce Cas, on ne s’expliquerait pas que le problème d’une
regressio ad inflnitum soit évoqué dans la ligne 12.
Page 3.
1. Après Ed. Zeller(DiePhilosophieder Griechen, II, 1, p. 1002,
note), P. Lang, De Speusippi Academici scriptis, Bonn 1911
(réimp. 1964), p. 70-71, suggère que Damascius peut avoir mal
compris un passage d'Aristote, Met. N 1, 1087 b 30-33, où il est
dit que pour ceux qui opposent l’un au multiple, i’un est nécessai-
rement quelque chose de moins nombreux. Notons que la même
conception de l’un, que Damascius prête à Spcusippe, est aussi
mise sous le nom de ce dernier, dans un commentaire anonyme
du Parménide (attribué à Porphyre par P. Hadot), conservé
dans le cod. Taurinensis F VI I, fol. 91r, 17-24, dans l’édition de
P. Hadot, Porphyre et Victorinus, Paris 1968, II, p. 66 (voir
aussi I, p. 113-114). Dans les commentaires d'Alexandre et de
Syrianus sur la Met., le passage plus haut mentionné n’est pas
identifié comme visant Spcusippe. D’autre part, les néoplato-
niciens connaissaient bien la définition courante de l’un (ou de la
monade) comme quantité minimum (Jambl., In Nicom., p. 11.1-2 ;
Syr., In Met., p. 140.6-7; Procl., In Tim., III, p. 222.9-10;
Dam., De princ. infra, p. 60.14; p. 93.16). On sait maintenant
qu’ils avaient d’autres sources d'information sur Spcusippe,
peut-être Nicomaque (voir R. Klibansky et C. Labowsky, Procl.,
In Parm., VII, p. 38.32-p. 40.5, avec la note p. 86). L. Taràn,
dans son récent recueil des fragments de Speusippe (Speusippas
of Alhens, Leyde 1981, p. 356-357) estime que Damascius (ou
bien sa source) a pu mal interpréter un passage tel que Met. M 8,
1084 b 23-28.
2. KaTOcitiév : correction de Kopp; cf. infra, p. 4.12. L’image
dérive des mythes orphiques de Kronos qui avale ses enfants
(Orphie., fr. 146) et de Zeus qui avale Phanès-Métis (ibid., fr. 82,
129, 167). Proclus ne l’emploie que dans ce contexte, surtout dans
Vin Tim. et Vin Crat. (voir les index) ; chez Damascius, c’est
devenu un terme quasi technique. Voir infra, p. 31.24; p. 118.12.
L’image de ravalement symbolise la fécondité de tout principe,
qui, comme tel, a déjà absorbé, pour ainsi dire, tous ses dérivés,
qu’il fait se retourner vers lui. Elle suggère a fortiori la plénitude
de l'un, anlicipatrice de tout, puisque l’un, dans sa simplicité, est
tout antérieurement à tout. « Car ce qu’on nomme « déglutitions »
(HocraraSosci;) chez les Théologiens sont de certains envelop
pements (ireptoxal)... » (Procl., In Tim., II, p. 93.18-19, trad.
A. J. Festugière).
NOTES COMPLÉMENTAIRES
133
3. Le tout selon le mode plurifié est le tout vu dans la distinc-
tion des formes de l'intellect (voir infra, p. 60.8-12 et n. 2).
Anticipée dans l’intellect intelligible, cette distinction ne sera
totalement explicite que dans l’intellect intellectif, avant d’être
déployée dans les raisons de l’âme et dans le monde des choses.
Le tout selon le mode unifié est le tout contracté selon l’hénade
de l’unifié, qui, dans son indifférenciation, est l’unité concrète
et antérieure de toutes les choses. Le tout selon le mode unitaire
est le tout immanent à l’un, selon les hénades de l’un limitant et
do la pluralité illimitée qui sont les premières fonctions de l’un.
Sur l’ensemble de ces notions qu’expliquera le Traité des Premiers
Principes, voir Introd., supra, p. ux-LXin.
4. ’Aç’ évôç xal Ttp&ç Êv : cette expression technique de
provenance aristotélicienne (Eth. Nie. I 4, 1096 b 27 ; Met. B 2,
1003 a 33), se rapporte à la possibilité de prendre une réalité en
plusieurs acceptions mais toujours à partir d’un terme unique ou
relativement à lui, en un sens qui n’est pas une pure homonymie.
Pour des détails complémentaires, voir L. G. Westerink,
Damascius, Lectures on the Philebus, p. 20, note 5 et index s.v.
eïç ; E. R. Dodds, Proclus, The Eléments of Theology*, Oxford
1963, p. 256 ; J. Tricot, Aristote, La Métaphysique’1, Paris 1953,
I, p. 176, n. 2 ; R. A. Gauthier et J. Y. Jolif : Aristote, Eth. Nie.,
Louvain-Paris 1959, II, p. 45-46; P. Aubenque, Les origines
néoplatoniciennes de la doctrine de l’analogie de l’étre, dans
Néoplatonisme, Mélanges Jean Trouillard, Paris 1981, p. 63-76.
Page i.
1. ’Hjxeïç 8è ol pepîÇovTeç : ce sont exactement les termes
qu'emploie Proclus (In Parm., IV, 963.21-22) : « c’est nous qui
divisons » ; cor, comme l’explique Proclus, la division est en
nous : «la guerre des Géants est dans les âmes» (In Parm., 1,
692.27-28). Damascius dit, de son côté : «nous restons disloqués
dans la guerre litnnique » (infra, p. 66.18-19). Le thème de la
division, chez Proclus et Damascius, évoque en permanence le
mythe orphique de Dionysos enfant, déchiré et dévoré par les
Titans (hormis le cœur sauvé par Athéna et demeuré indivis).
Des cendres des Titans, foudroyés par Zeus, sont nés les hommes
qui ont ainsi une double origine dionysiaque et titanique. Par le
multiple de la deuxième, nous déchirons l’unité de 1« première :
« nous disloquons le Dionysos qui est en nous... tandis que nous
sommes ainsi des Titans» (Dam. In Phaed., I, § 59.5-8). Cette
passion de la division caractérise la connaissance humaine. Aussi,
en essayant de connaître l’un, nous entreprenons en fait, dit
encore Damascius, de faire remonter en lui cette passion qui est
nôtre (infra, p. 87.2-4), puisque nous projetons sur l’un « les
prédicats qui sont en nous divisés» (infra, p. 5.4-6), sauf à recon-
naître ensuite l’échec de notre tentative. Sur le mythe do Dionysos
et des Titans, Orphie., fr. 34, 35, 210-235. Voir Dam., In Phaed.,
134
NOTES COMPLÉMENTAIRES
I, § 3-9 et Olympiod., In Phaed. I, § 3-6, avec les notes de
L. G. Westerink.
2. ’AvocXiJovtéç -te xal àvaÀu6p.evoi : dans cette expression, il
est évident que le verbe est employé deux fois dans le même
sens : nous résolvons l’objet de notre pensée et notre pensée
elle-même dans le plus simple. Remarquons cependant que
ci-dessous, p 63.4 (et de même dans Procl., In Parm. 982.24-25),
la forme active est apparemment employée au sens intransitif de
« partir, repartir », terme d’origine nautique qui, en lui-même,
n’a rien à voir avec l’analyse ; il est question toutefois, dans le
paragraphe suivant, de la résolution des formes, des ctres, des
uns dans le plus simple. — Sur les quatre méthodes de la dialec-
tique, à savoir la division, la définition, la démonstration et
l’analyse, voir Procl., Théol. Plat., I 9, p. 40.5-10, note 2 ; Dam.,
In Phil. §§ 52-56 et notes. L’analyse est la réintégration, dans le
principe, de tout ce qui en est sorti ; elle est conversion et elle est
mise sous le signe d'Épiméthée. A l’opposé, la division déploie les
dérivés du principe hors de lui ; elle est procession et elle est mise
sous le signe de Prométhée. C’est là, d’nprès Damascius, l’inter-
prétation de Jamblique, fondée sur les pythagoriciens (In Phil.,
§ 57, et note de L. G. Westerink).
3. Les non-êtres = le non-être supérieur à l’être et le non-être
inférieur. Le non-être supérieur à l’être est celui de l’un et celui
des plusieurs purs qui sont supérieure au sommet des êtres,
c’est-à-dire à l’unifié. Le non-être inférieur est celui de la matière,
laquelle, selon la conception proclienne, participe elle-même de
l’un.
4. Les éléments purs de tous les êtres sont maintenus dans
l’union au sein de l’unifié, qui est aussi le principe de tous les
mixtes subséquents.
Page 5.
1. ’ExpTjpôsTa'. : métaphore introduite par Damascius, comme
synonyme de è^eXlvreTac (infra, p. 7.8).
2. ©piyxô; : la raison pour laquelle nous traduisons par « mur
d’enceinte » et non par « couronnement » sera donnée infra,
p. 24.4 et n. 2.
Page G.
1. ’OStç, chez Damascius, comme habituellement chez Proclus,
sert à exprimer non pas le travail d’enfantement proprement dit,
mais la phase de formation latente qui le précède. L’image est
fréquemment employée pour suggérer l’état de gestation dans
lequel se trouve l’âme qui cherche à se duc les premiers principes,
tels que l’un cl l’ineffable, sans jamais en venir à l’enfantement
même. D’une part, la pensée cherche à connaître, par l'analogie
et les négations, ce qui devrait être au terme de la concentration,
NOTES COMPLÉMENTAIRES
135
de la simplification et de la purification dont elle est capable »
d’autre part, elle connaît qu’elle ne connaît pas ce terme, car
celui auquel elle aboutit n’est jamais que son propre état et son
propre effort de dépouillement. Cependant, elle reconnaît la
distance qui sépare son expérience de son but, parce que ce qu’elle
n’atteint pas et ne peut pas atteindre ne lui fait signe qu’en sc
démarquant toujours de toute relation. C’est ainsi que notre
âme a la divination (pavreocTai, p. 4.13) de ce qu’elle ne peut pas
dire. Ses gestations n’arrivent jamais au fruit, mais elles supposent
une fécondation ineffable. Cette doctrine des gestations aporé-
tiques évoque un mode de < connaissance » unitive dans lequel
la connaissance s’abîme et se dissout comme connaissance.
Damascius revient sur la doctrine des gestations en de nombreux
passages (voir notamment infra, p. 8.12-9.3; 11.6-16; 27.9-10;
75.21-76.2 ; 82.3-19 ; 83.7-84.12 ; 86.10-19 ; 87.17-89.3 ; 118.5-19 ;
120.7-19. — Sur les divers sens de <ù3lç chez Plmton, Plotin et
Proclus, voir R. Klibansky et C. Labowsky, Proclus, In Parm.,
VII, p. 87-88, n. de la p. 42.26.
2. 'YTtep-rççavo; a Habituellement un sens péjoratif (orgueilleux ;
arrogant), et rarement un sens laudatif (splendide, sublime) ;
cependant LSJ signale plusieurs usages du mot en ce dernier
sens dans Platon (Phédon 96 a 7 ; Banque! 217 e 5 ; Gorqias
511 d5).
3. ’O OecapiQTixôç, s.-ent. 6coç, cf. Arisl., Elh. Nie., 1 3,
1095 b 17-19. — Sur le rang de la vie théorétique, selon
Damascius, cf. Introd. supra, p. xt.vn-xi.viii et u-r.ii.
Page 7.
1. Suvaipcpa faute de mieux, nous traduisons pur
« coagrégat », mais en sous-entendant toujours l’idée de contraction
et de concentration, cf. auvaipeïv et auvatpeai; (à la fois coagré-
gation et contraction). Le coagrégat de l’unifié, et aussi celui des
formes, ne sont pas des agglomérats a posteriori, mais des touts
antérieurs à tous les êtres et à toutes les formes. Ces touts sont, à
la lettre, des principes synthétiques a priori, du point de vue de
toute réalité.
Page 8
1. Kevep6trreïv : mot [qui paraît depuis Plutarque; sens
ontologique, Plotin, Enn., III 9,3.11; sens épistémologique
Dam., infra, p. 69.16, et passim.
2. "ASvtov : nom donné à la partie la plus reculée des temples
gjecs primitifs (Sèlïnonte, Paestum, teniple d’Alhénâ à Athènes,
Delphes) ; son caractère inaccessible symbolisait la transcendance
de la divinité qui .était.ccijsée s’y cacher, — Voir chez Plotin le
rfilo que joue lu notion d’fiSuTov dans le symbolisme de l’union
au principe, qui est lui mf-me suggéré par cette notion (Enn ,
VI 9, 11.15-35).
13G
NOTES COMPLÉMENTAIRES
3. L’enjeu de l’aporétique de la notion de principe consistera à
distinguer, d’une part, ce renversement du discours à l'égard de
l'ineffable (voir infra, p. 9.10 ss ; 16.5; 18.9; 21.18; 22.19;
26.3; 85.2), ainsi que de l’un (infra, p. 9.3; 38.15; 85.1), et,
d’autre part, le renversement du discours vis-à-vis du néant de
pure nullité (infra, p. 9.21 ; 23.3 ; 23.25). Ce sont les deux manières
de marcher dans le vide, dont il vient d’être question quelques
lignes plus haut (supra, p. 8.1).
4. Sur la notion de curiosité indiscrète (TroXuTrpotypooiSvT)), voir
Procl., Théol. Plat., Il 8, p. 55.26-p. 56.5, n. 1.
5. Olxeïa 7râ(h) : nos propres étals. La même idée est plusieurs
fois exprimée par Damascius ; voir notamment, infra, p. 12.20-
21 ; 14.7-8; 15.3-5; 16.7-8. — De son côté, Proclus disait :
«... et il ne convient pas de rapporter au premier les propriétés
qui sont en nous; car, sans nous en rendre compte, c’est nous-
mêmes et non pas lui que nous dirons » (In Parm., VI, 1073.
28-30). — Voir Anonym., In Parm., IV, fol. 94v.35-V, fol. 64v.2
(P. Iladot, II, p. 78 et note 1 de la p. 79), où l’expression de
rçp.é’repa rccOi; est employée dans un contexte analogue.
Page 9.
1. On retrouve là l’énoncé platonicien do la lre hypothèse
du Parménide : « si l’un est », et sa conclusion : • Il n’a donc même
pas assez d’être pour être un ; car, du coup, il serait et partici-
perait à l’être. Il apparaît bien, au contraire, et que l’un n’est
pas un cl que l'un n’est pas... » (Parm. 141 e 10 12, trad. A. Diès).
Dans la négation du fait d’être un, Platon inclut la négation du
minimum d’être, c’est-à-dire purement et simplement la négation
de l’être. En fait, Damascius n’énonce que la lre partie de la
conclusion, à savoir que l’un n’est pas un, mais il sous-entend
la 2e, à savoir l’un n’est pas, puisque, dans le texte, il enchaîne :
« Mais, s’il n’est pas, etc. ».
2. Tà fiXXa, c’est-à-dire les « autres » que l’un, tous les plusieurs
ou tous les prédicats quels qu’ils soient, qui, comme prédicats,
diffèrent nécessairement de l’un, donc y compris même l’un
comme prédicat (car il dualise l’un), et y compris l’être. La
suppression des « autres » aboutit à l’un pur. Mais Platon,
selon Damascius (1. 10-13), semble avoir été tenté de supprimer
même l'un pour faire place au pur ineffable. Cependant, ajoute
Damascius quelques lignes plus bas, si Platon s’est tu après
s’être élevé jusqu'à l’un, c’est qu’il a craint que l’on n'interprétât
celte suppression de l’un comme la consécration du néant de pure
nullité. Donc, si Platon a nié que l’un soit un et s’il a nié l’être de
l’un, il n’a pas nié pour autant l’un, comme Damascius le souli-
gnera par la suite à plusieurs reprises (voir infra, p. 55.13-22;
64.17-19; R. I, p. 92.9-10; p. 98.27-p. 99.1). Cependant, plus
loin encore, Damascius finira par admettre que Platon, dans la
lre hypothèse, a aussi supprimé l’un (R. I, p. 147.11-13).
NOTES COMPLÉMENTAIRES
137
3. Cotte double interprétation de l’un de la lrc hypothèse du
Parménide (l’ineffable au-delà de l’un), et de l’un du Sophiste
(l’un en soi au-delà de l’être) est à la base de la problématique
générale du Traité des Premiers Principes. Par là, Damascius
rejoint li position de Jamblique, selon lequel l’ineffable trans-
cende au-delà de l’un absolu qui est lui-même transcendant à la
triade chaldaïque (le père, la puissance, l’intellect) ; Proclus ne
posait qu’un unique principe transcendant à cette triade, à
savoir l'un qui est pour lui l’ineffable, tandis que Porphyre
estimait que le principe transcendant est le premier membre de
lu triade elle-même, à savoir le père (cf. R. I, p. 86.3-p. 87.7).
Damascius nous apprend (R. ]., p. 101.11-15; p. 103.6-10) que
Jamblique posait, après l’un et antérieurement à l’un-être ou
l’unifié), le limitant, qui a le caractère de l’un, et l’illimité
qui a celui de la pluralité. Cependant, Ltamaseius ne contre-
distinguera pas ces derniers, et il précisera que • chacun des deux
est l’un-tout, mais celui-là comme un, celui-ci comme pluralité »
(R. 1, p. 94.9-22). Plus loin, dans un vocabulaire plus approprié,
il appellera un-tout le premier et tout un le second (R. I, p. 110.20-
p. 111.2), les deux principes évoquant toujours le même un,
chacun selon son mode.
4. Dans ce texte, Damascius semble se souvenir de Plnton,
Lettre VII (341 c 4-342 a 1), ainsi que de passages apparentés
de la Lettre II (314 a 1-2 ; 314 b 7-c 3). — La Lettre II est, en
fait, apocryphe ; elle est l’œuvre de quelque néopythagoricien
du ier siècle après J.-C. (selon l’hypothèse de John M. Rist,
confirmée par H. D. Saffrey et L. G. Westerink, dans l’édition
de Proclus, Théol. Plat., II, p. xx-lix). Mais, il va sans dire que
Damascius, tout comme Plotin et Proclus, no doute pas de son
authejiticité, et infra, p. 86.22 ss, il en cite un extrait (313 a 3-4),
en nommant explicitement Platon.
5. La variante -rèv àvopoiirTjTOÇ rrèvrov (Plat. Polit
273 d 6-7) se trouve aussi chez Proclus, In Aie., p. 34.6; In
Crat. p. 47.25-26; In Parm. 1009.24-25; In Ilemp. II 69.17;
In Tint., I, p. 174.10-11; p. 175.20; p. 179.25-26; Simpl., In
Phys., p. 1122.10-11 • Michael Ephes., In eth. Nicom. 480.17.
Par contre, la leçon dos manuscrits, tôttov, est appuyée par
Plotin, Enn., I 8, 13.16-17, et par Proclus, In Aie., p. 257.11.
6. La correction xal tç> y’ évl pour xal toi yéve>. s’impose. Si,
pour sauvegarder le sens, nous avons ensuite ajouté la négation
où/ (avec Bessarion), c’est aux dépens de la grammaire, puisque,
en gree, « si les démonstrations ne conviennent pas non plus à
l’un » serait normalement et 8è al àrroSelÇeiç où8è to y' 4vl
âppZÇouot, tandis que l'équivalent de « même s il est vrai que les
démonstrations ne conviennent pas à l’un » serait el 8è xal al
àTroSeiEeiç t<7> y’ évl oùy âppéÇouai. On pourrait tourner te
difficulté en écrivant <àç>app.6Çoixn, mais c’est un mot rare et
qui, autant que nous sachions, ne se trouve pas chez les Plato-
niciens; àvappoCTOÜai, d’autre part, est employé par Platon, et
138
NOTES COMPLÉMENTAIRES
serait donc acceptable pour Damascius, mais celle forme est trop
éloignée de àpjzéÇoucn pour expliquer la faute.
Page 10
1. Damascius résume ici brièvement les enseignements de la
Lettre Vil (342 a 7-343 c 6). Voir un résumé analogue du même
passage dans Proclus (In Parm., V, 985.15-19), qui ajoute que la
forme (ici le cercle en soi) n’est connaissable que par l’intellection
(véqoiç). Damascius a dù avoir sous les yeux le texte de Proclus,
qui a pu l’induire è souligner, dans la phrase suivante (1. 7-8),
l’absence chez nous de l’intellection. La science (érciarqaT)), qui a
été exclue de la connaissance de la forme, était donc la science
dianoétique, qui est la nôtre, et non la science intellective.
L’intolleetion se distribue selon les trois niveaux marqués dans la
suite immédiate du texte : l’intellection spécifiée ou intuition des
formes, l’intellection contractée ou intuition de l’être et de
l’unifié, l’intellection unitaiie dans laquelle la vision se retire au
profit de l’union à l’un.
2. Mveiv : se tenir les yeux fermés, imago fréquente du
recueillement mystique chez les néoplatoniciens depuis Plotin
(Enn., I 6, 8.25). Pour Proclus, voir les références données par
IL D. Saffrcy et L. G, Westerink dans Théol. Plat., II 8, p. 56.9,
n. 3.
3. Les méthodes de l’analogie et dos négations ici proposées
seront reprises (infra, p. 64.11-24) et critiquées (infra, p. 69 13-
70.18), au cours de la discussion sur la cognoscibilité de l’un.
4. <’Aïv6ppi)TOV> ... [outcûç]. Voir supra, p. lxxxvii-lxxxviii.
Page 11.
1. Le sens demande déXXov -rpérrov, expression qui chez Dam.
signifie un mode d'être analogue, mais supérieur (cf. infra,
p. 58.8). Ou peut expliquer la faute ou supposant l’orthographe
fautive aXov corrigée par un second X au-dessus do la ligne, qui
aurait été pris pour la terminaison -tjç.
2. Damascius paraît ici se souvenir de Proclus qui voyait
dans l’un de l’âme l’image de l’un, et dans son réveil le moyen de
nous rapprocher de l’un qui est en soi, à partir do I un qui est en
nous (In Parm., VI, 1071.25-27 ; 1072.8-10).
3. ’Exeîvo : nous traduisons par l’ineffable, car c’est bien de lui
qu’il s’agit ici.
Page 12.
1. La structure de l’argument s’apparente â celle du paradoxe
du Minon . ce que nous cherchons, ou bien nous le connaissons,
ou bien nous ne le connaissons pas ; mais comment pouvons-nous
chercher ce que nous connaissons, et comment pouvons-nous
NOTES COMPLÉMENTAIRES
139
chercher ce que nous ne connaissons pas, puisque nous l’ignorons
(Mén. 80 e 2-5).
2. La formule platonicienne dont s approche, pour une part
seulement, celle de Damascius, est la suivante : « .ce qu’on
sait, on ne peut pas croire que c’est [identique à] cela même
qu’on ne sait pas, ni croire inversement que ce qu’on ne sait pas
[est identique à] ce qu’on sait » (Théét. 188 c 2-3).
3. Cet exemple s'apparente è celui que, dans un contexte
analogue, on trouve dans Anonym., In Parm., IX, fol. 92r.12-20
(P. Hadot, II, p. 92-94).
Page 13.
1. ’AyvoïjTÔv : ce mot semble forgé par Damascius, amateur de
telles formations (par exemple OTOi/eioi-rév, élémenté, cf. In
Phil., index s.v.). On a l’analogie des deux séries suivantes :
yiyvôiaxeiv, YiyvGioxôpevov, yvcaoTÔv : connaître, connu, connais-
sable — àyvoeïv, àyvooépevov, àyvoiQTÔj : ignorer, ignoré, ignorable.
2. «Dans les autres cas», c’est-à-dire partout où il s’agit
d’une négation relative, non du néant absolu selon le meilleur ou
selon le pire.
Page 15.
1. Damascius transpose à l’endroit do l’ineffable une réflexion
que fait Aristote au sujet du néant de pure nullité, dans le traité
De inlerpr. 11, 21 a 32-33, sous la forme suivante : « Çluanl au
non-être, il n’est pas vrai de dire que, puisqu’il est objet d’opinion,
il est : en effet, l’opinion qui porte sur lui est non pas qu’il est,
mais qu’il n’est pas » (trad. J. Tricot). Cf. aussi Soph, el. 5,
167 a 1.
2. Doctrine de la vérité comme adéquation du jugement à
l’être de la chose. Cf. Aristote, De interpr. 9, 19 a 33 : « les propo-
sitions sont vraies en tant qu’elles se conforment aux choses
mêmes » (trad. J. Tricot) ; cf. aussi Met. ® 10, 1051 b 1-6.
3. Tô àXrjOôS; <J>ev8oç. Chez Platon (Rép., Il, 382 b 7-8),
l’expression signifie l’erreur en tant qu’ello est involontaire,
sorte de mensonge purement objectif dù à l’ignorance, ou plutôt,
qui est l’ignorance même dans l’âme de l’homme trompé : c’cst
là l'erreur vraie. L’expression est reprise dans le Théélile (189 c 7).
Chez Plotin (Enn., II 5, 5.22-24) elle signifie la matière qui, en
tant que réel non-être, est le véritable mensonge. 11 en est de
même chez Jambliquo, cf. J. M Dillon, lambl. fr., p. 90.6-7.
4. La forme emphatique tô pvjSapÿ prSapêSç Ôv que Damascius
utilise pour signifier le néant absolu (cf. supra, p. 8.2-3 ; p. 9.20, et
passim) a été formée par Platon dans Parm. 163 c 6 ; ÔtI oùSapôç
oùSczpî) ïotiv (voir encore IGG a 2-6). Dans le Sophiste, Platon dit
pi) Ôv (237 c 2, passim) ou g.7J8ap.càç Ôv (237 b 7-8 ; 240 e 2).
1 10
NOTES COMPLÉMENTAIRES
Page 17.
1. Formulalion de l’argument légèrement d ITérente de la
première, supra, p. 7 21, où Damascius disait «ce qui Échappe
sans cesse (tô àvaçeüvov àel)_____à nos conceptions est plus
digne... ». Ici, àel est déplacé et détermine euploxopiev au lieu de
tô ÔTrôp ttjv yvûniv, un peu à l’encontre du mouvement de
l’argumentation précédente.
Page 18. •
1. On reconnaît ici la théorie proclienne des négations par
transcendance ; voir Procl., In Parm., VI, 1073 2-1074.21 ;
Théol. Plat., Il 5, p. 38.26-28 ; 10, p. 63.18-20.
2. Damascius sous-entend ici le je.u de mots suivant : tô où8év
(le néant) = tô où8è êv (le même pas un ou la négation de l’un).
Le néant d’un, plus radical que le néant d’être, est ensuite
(1. 18-21) déclaré double : d une part, celui qui est au-delà du
1er un (c’est le néant mystique de la lre hypothèse du Parm.) ;
d’autre part, celui qui est en deçà du dernier un ou de la matière
(c’est le néant absurde de l’un, comme impossible absolu, tel
que le présente la 7e hypothèse du Parménide). — Sur l’équivalence
de oùBè êv et de oùBév chez Proclus, voir H. D. SalTrcy el
L. G. Westerink, Procl., Théol. Plat., II 1, p. 4.13-15, n. 7;
R. Klibansky el C. Labowsky, Procl., In Parm., VII, p. 89,
n. de la p. 46.17.
Page 19.
1. Tû KoXvTip.7)T<ù vâ> : même expression infra, p. 34.12;
d'autres exemples chez Syrianus, Proclus et Simplicius, voir
H. D. Saffrey et L. G. Westerink, Procl. Théol. Pial., I 19, p. 93.13,
n 1.
2. Il ne s’agit pas ici simplement des êtres connaissables, soit
en tant que subsistants, soit en tant que participants de l’un.
Mais Damascius énonce les trois points de vue selon lesquels
les connaissables peuvent être atteints, soit comme êtres, soit
comme subsistants, soit comme participants de l’un. Sans doute,
tout être est subsistant et participant de l’un. Cependant, tout
subsistant n’est pas un être parmi d’autres, v g. le limitant,
l’illimité, l’unifié el toutes las hénades. Considérées en elles-
mêmes, les hénades sont subsistantes, mais à un autre point de
vue, elles se définissent comme des participations de l’un, et, en
dernier ressort, leur subsistence s’enracine dans la subsistence
pure de l’un.
3. Tô 8’ (1. 14) renvoie à ézeïvo 8ô êmèp tô êv (1. 10). Il s’agit
bien de l’ineffable.
4. Ce dieu est le dieu premier et absolu. Ce qui est au-delà ne
saurait même être nommé dieu. Mystère d’un dieu qui se laisse
transcender en l’un imparticipable, tandis que l’un lui-même est
NOTES COMPLÉMENTAIRES
141
transcendé par l’ineffable, sans que d’ailleurs la moindre dualité
vienne s’introduire entre l’un et le dieu qui demeure en lui, ni
entre l’ineffable et l’un. Sur le deuxième et le troisième dieu,
voir infra, p. 89.19 et n. 1. Sur l’attribution de la notion de dieu
et le dégradé de cette notion chez Proclus, cf. Théol. Plat., I 26,
p. 115.14-p. 116.3.
Page 20.
1. IIoXXç» 81; ouv : scil. [xâXXov. L’ellipse de p.àXXov a pour
point de départ PoûXeoOai et ses synonymes (où l’élément compa-
ratif est déjà implicite dans le verbe), el s’étend en grec tardif
à l’usage plus général (souvent méconnu) de pour p.5XXov fj, et
même jusqu’à des cas où la particule manque. Pour toXXôS
toXXôS p.âXXov dans un argument a fortiori, cf. Procl., In Parm.,
IV, 867.5 ; Dam., In Phaed., 11, § 17.5 : Arctlias, Scripta minora, 1
(Leipzig 1968) p. 343.13. Il s’agit d’une manière littéraire plutôt
que d’un développement naturel.
2. Tvjç TTpcbtnQç Û7To6éaecùç. Nous ne pensons pas que soit
désignée ici la première hypothèse du Parménide. Dire que nos
propos ne sont pas dignes de cette hypohtèse ne présenterait
guère de sens, à moins de l’entendre de son objet qui est l’un.
Mais, dans ce cas, Damascius aurait dit tout simplement : de l’un.
De plus, il faut noter le voisinage des mots ÙTrotiOeoOai (p. 21.6)
et ÙTToxeïoOai (p. 21.11 et 12) dans l’acception de « poser comme
principe ». Plus loin, Damascius parlera « de ce qui a été posé
comme premier » (tô TTpÔTOv Te0év, p. 27.1 et 7). Dans tous ces
cas, il s’agit de l’ineffable au-delà de l’un.
Page 21.
1. Cf. Procl. Théol. Plat., II 10, p. 63.23-24 ; In Parm., VII,
p. 76.6-7 : Nam per negari el ipse removit <omnes> abnegationes.
Silentio aulem conclusii eam que de ipso theoriam.
Page 23.
1. Cet usage du verbe mzaye'.v rappelle celui qu’en a fait
Platon dans le Sophiste (245 al-blO), où l’étre est dit affecté
par l’un, au sens ou il en reçoit l’unité.
2. La matière est ainsi le néant d être, ou l’un tombé au-
dessous de l’être et de toute forme ; cf. l’un de la matière,
supra, p. 18.17.
Page 24.
I. C’est de ce néant que Damascius a dit, plus haut (p. 18.20-
21), qu’on ne peut pas le conjecturer même comme le dernier un,
qui est celui de la matière.
142
NOTES COMPLÉMENTAIRES
2. ©piyxôç : le sens de « couronnement • est exclu, puisque
l’ineffable est dit non seulement élevé au-dessus de tout, mais
encore posé au-dessous de tout, comme une assise. Par ailleurs,
0piyx6ç avec le sens de « mur d’enceinte » est bien connu, et
l’image est cohérente avec le contexte : dans la lrc question,
l'ineffable est apparu comme une sorte d arriùrc-fond qui dépasse
tout en deçà et au-delà. Enfin l’emploi de rrcptéyei (1. 9),
confirme ce sens.
Page 27.
1. Cf. toute la 2e partie du Parminide do Platon à partir de
137 c 3, où est appliquée la méthode exposée en 136 h 7 - c 6 et
137 b 3-5.
2. Après avoir rapproché sa propre démarche de celle du
Parménide, Damascius indique le caractère différent de son
procédé analytique, régressif à partir du sensible, tandis que le
procédé platonicien est hypothético-déducüf à partir de l’un.
3. Cf. Procl., Théol. Plat., Il 2, p. 20.22-24 : «le principe-
est ec qui ne manque de rien ; en effet, s’il a besoin de quelque
chose, il sera forcément inférieur à la chose dont il a besoin ».
Damascius fait de cette formule, énoncée par Prochis au sujet du
premier principe des êtres, un axiome qui lui sert de critère pour
évaluer le rapport do chaque ordre de réalité à la notion de
principe. C’est là l’éléinent a priori de la remontée a posteriori.
Celle-ci sera une critique de l’évidence de la notion de principe
à cfutquc degré où cette notion prétend se réaliser, jusqu’à celui
où son intégration coïncide avec son anéantissement dans l’inef-
fable. On ne peut envisager de critique plus exhaustive de la
notion même de réalité.
Page 28.
1. ’AvriSeÏTai. On noiera l’emploi de ce verbe très rare, dont
un seul exemple est signalé dans LSJ (Platon, Lâchés, 186 d 6).
2. Sôp.a TCSTcoitùpévov : terme stoïcien (SVF, II, fr. 794,
p. 220.15-16) et ensuite néopythagoricien (Procl. Tim., Il, p. 270.8 ;
III, p. 328.15) ; il signifie le corps qualifié, par opposition au corps
non qualifié, au sujet duquel voir ci dessous, p. 29.3-9 ; p. 10.6 7;
p. 41.5 (ifcroiov).
3. Tô -roiévSe : la talité, ou la qualité particulière qui fait du
corps non qualifié tel corps, par exemple, corps igné ou terrestre
[infra, p. 29.5-6).
Page 29.
1. Il ne s’agit pas d une citation littérale, mais d'une rémi-
niscence (sans doute à travers une interprétation de Proclus,
In. Tim., II, p. 153 6-8) de Soph. 245 a 1-3, où, sans que figure
NOTES COMPLÉMENTAIRES 143
le verbe auvéysiv, est exprimée l’idée de l’unité imposée aux par-
ties (de l’ètrej.
2. Pour la correction teXeioî (déjà dans C, au lieu de teXsï),
voir las exemples de la combinaison têXêioï xal zoapeî dans
Proclus, cités par Saffrey-Weslerink dans Théol. Pial., II 3,
p. 28.25, n. 3.
3. Le « second substrat » ou la « matière seconde » est, chez les
néoplatoniciens, le corps non encore qualifié (ré finotov oôpa,
cf. infra, p. 40.6-7), mais déjà tridimensionnel, phase intermé-
diaire entre le corps pleinement qualifié et la matière première
qui comme chez Aristote, est le premier substrat des formes.
L’expression Stoiov ccSpa vient des stoïciens (SVF, II, fr. 320,
p. 115.23 ; fr. 326, p 116.26 ; fr. 794, p. 220.16), qui ne conçoivent
pas, quant à eux, do matière antérieure au « corps sans qualité »,
celui-ci étant rénrozelpevov et la substance elle même à laquelle
s’ajoutent les qualités, elles aussi de nature corporelle. Voir la
note de L. G. Westerink dans Dam. In Phaetl., I, § 249.8, p. 150-
151.
4. Tà StaxpiTixôv, t8 cuyxpiTixôv : ce vocabulaire appartient
au contexte de la théorie corpusculaire de la vision selon les
atomistes, théorie qui a été en partie intégrée par Platon dans
le Timée (67 d 1 - e 6). Les particules émanant des corps viennent
frapper les particules de l’organe de la vue et, selon qu’elles sont
plus grandes ou plus petites que ces dernières, elles les rassemblent
(sensation de noir) ou les dissocient (sensation de bhsnc).
Page 30.
I. S'jve'.oâYov : normalement, avec ce type de verbe le datif
dépend du préfixe (cûv), mais ici, d'après le sens, il doit dépendre
du verbe cloàY<d. Cf. Eunp., Aie. 1112 : Sù 8’ aù-rèq aùrvjV
EÏaay’, et [3oùXst, 86poL;, cas unique, au lieu de elç 86pouç
en prose, mais il y a plusieurs exemples du dut if avec eloçépo.
2. Ce sont à peu de choses près les termes mêmes de la défini-
tion d’Aristote [Phys , II 1, 192 b 20-23) : ...o6gt,ç «puracaç
âpX’ç; Tivôç xal al-rlaç vov xiveïaOai xal çpepxïv év & orrâp/et
TrpÔTO; zaO’ auTÔ xal pi) xavà cvpÊEOTjxôç (» la nature est un
principe cl une cause de mouvement et de repos pour lu chose
en laquelle elle réside immédiatement par essence et non par
accident», trad. II. Carteron).
Page 31.
1. Ce sont les trois facultés naturelles les plus générales selon
Galien, De fac. nul., I 5, éd. C. G. Kuhn, Op. omn. Leipzig 1821-
1833, II, p. 10-11 ; éd. A J. Brock, Cambridge (Mass.) 1916,
p. 16-19.
144
NOTES COMPLÉMENTAIRES
Page 32.
1. 'H ÆXoyoç ipu/^ : l'appellation d’âme non-rationnelle
désigne stricto sensu le principe de la vie sensitive et appétitive,
et non celui de la vie végétative dont il a été question dans le
paragraphe précédent, consacré à la nature. Bien que Damascius
emploie le nom d’âme, végétative et qu’il distingue celle-ci de la
nature, il ne se prononce pas de manière absolue sur lo fait do
savoir si elle est vraiment âme plutôt que nature, et il la laisse
dans l’entre-deux, entre la nature et l’âme [infra, p. 51.2-4).
Le non-rationnel (&Xoyov) définit ainsi, â proprement parler, lo
domaine animal.
2. Zqiov : sauf dans les cas où ce mot est opposé à çu-rôv
(végétal) el où il doit être traduit par » animal » (v.g. infra,
p. 42.12-13), nous le traduisons par «vivant»; le contexte sullltâ
indiquer, dans chaque cas, s’il s’agit soit des animaux proprement
dits, comme ici, soit du vivant rationnel (l’homme, qui est la
réunion du corps vivant et de l’âme rationnelle, mais non leur
composé au sens aristotélicien), soit du vivant qu’est le monde,
soit du vivant-en-soi qu’est l’intellect intelligible. La traduction
de Çqiov par « vivant * laisse au texte toute sa fluidité en renvo-
yant immédiatement au sujet en question, tandis que la traduc-
tion par « animal » aurait l’inconvénient de brouiller la diversité
des sens mentionnés ci-dessus dans l’univocité abstraite du
genre aristotélicien. Dans le néoplatonisme, le « genre » se donne
de l’intérieur la richesse de ses différences et s’exprime par elles ;
l’extension maxima coïncide avec la compréhension maxima.
Page 34.
1. Dans cet exposé relatif à l’âme rationnelle, on pourrait
reconnaître une réference à la doctrine de Proclus, El. théol.,
§ 106; § 191. Selon cette doctrine, entre les êtres qui sont tota-
lement éternels et ceux qui sont totalement temporels (tant dans
leur substance que dans leur activité), se rangent ceux qui sont
éternels sous un aspect (celui de leur substance) et temporels
sous un autre (celui de leur activité) : telles sont les âmes
rationnelles. Voir le commentaire de C. Steel dans The Changing
Self..., p. 69-73.
2. llÀTQpôpara. Nous transcrivons ici le mot, pour ne pas
privilégier un seul sens de rrX^pcapa parmi les suivants : ce qui
remplit, composant, complément, somme ou ensemble complets,
ordre parfait et total, plénitude divine. En effet, tous ces sens
se trouvent ici réunis, puisqu’il s'agit des constellations d'ordres
exemplaires, saturés et divins, dont se compose l’intellect dans
sa totalité. Nous garderons cet usago dans les cas similaires.
L’avanlage de «plérôme » est de conserver au mot l’écho de son
sens gnostique, qui a pénétré dans le néoplatonisme avec
Jamblique (De myst., p. 28.20), cf. E. R. Dodds, Proclus, El.
théol., p. 292-293. — Sur nXr;p<üpo, cf. A D. Nock « Early Gentile
NOTES COMPLÉMENTAIRES 145
Christianity and its Hellenistic Background », dans A. F. J. Raw-
linson, Essaye on the Trinily and the Incarnation, London 1928,
p. 101, n. 3, réimpr. New York 1964, p. 49, n. 3 ; Nock-Festugièrc,
Corp. Herm., I, Paris 1945, p. 76, n. 17.
3. Selon l’interprétation de Proclus et de Damascius, les
attributs ici mentionnés (cf. Parm. 145 a 2-6) appartiennent au
monde intelligible et intellectif qui est considéré comme le
niveau supérieur du monde intellectif.
4. Il s’agit bien évidemment de l’un de l’intellect, ou du carac-
tère par lequel l’intellect est un en même temps que plusieurs,
de même qu’il est tout et parties.
Paye 35.
1. Cependant, dans la mesure où l’un-être apparaîtra ensuite
comme le premier mixte, sa procession autoconstituante (cf.
R. I, p. 114.22) à partir de la pluralité et de l’un, impliquera une
conversion vers soi sur le mode unifié de l'intelligible, mais non
sur le mode distinct de i’intellectif ou du cognitif (cf. R. 1,
p. 166.13-14 ; p. 193.9-13).
2. Cf. le vers de Parménide : ëc-rt yàp oùx éniSeuéç • [prj)]
éôv 8* âv iravrôç éSeiro (fr. 28 B 8, v. 33, Diels-Kranz4, I, p. 238).
3. C’est de l’être que Platon énonce cette définition (Soph.
245 a 5-6 ; 245 b 8-9). Mais l’identité entre l’être affecté par l’un
et l’unifié est évidente dans le terme même d’unifié, que Proclus
utilise, lui aussi, dans ce sens [Théol. Plat., I 4, p 18.17-20),
quoique de façon moins courante que Damascius.
Page 36.
1. Telle est la conception de Proclus pour lequel l’être provient
du mélange du limitant (népaç) et de 1 illimité (ôireipov), cf.
Théol. Pial., III 9, p. 34.20-p. 40 8, comme il en est du mixte
chez Platon (Phil. 23cl2-dl). La restriction, apportée par
Damascius dans la formule «comme Plnlon parait le dire, du
mixte », s’explique par le fait que Platon, dans un autre passage
(Phil. 27dI-10), considère le mixte comme antérieur au limitant
cl à l’illimité, pris comme éléments (là dessus, voir Procl. Théol.
Plat., III 10, p. 42.13-26 ; Dam. In Phil., § 104.1-4).
2. Conception de l’être ou du mixte d’après Damascius, qui
fait apparaître le caractère autoconstituant selon lequel l’être
manifeste en même temps que lui même ses propres éléments.
Cc passage rappelle l’Jn Phil., § 104.5-10. Voir, en outre, Inlrod.,
supra, p. lv-lvi.
3. Oùcla ^8ij àvrl évâSoç. Celte formule signifie ici simple-
ment que l’être, dans sa détente à partir de l’un, d’unitaire se fait
substantiel, et elle ne doit pas faire méconnaître que l’unifié,
chez Damascius, est, à la fois et radicalement, hénade et être
116 NOTES COMPLÉMENTAIRES
unitaire qui projette, ensuite l’être substantiel. Sans quoi, on ne
comprendrait pas l’appellation de « troisième dieu », donnée à
l’unifié ou être unitaire (voir infra, p. 89.9-20, et In Phil.,
§ 106.1-3), ni la critique que fait Damascius de l’interprétation
proclienne des triades intelligibles, scion laquelle chacune se
composerait de deux premiers principes qui sont des hénades
(le limitant et l’illimité) et d’un troisième (soit 1 tire, soit la vie,
soit l'intellect) qui ne serait pas hénade (voir R I, p. 285.13-
p. 286.20).
4. I a correction yetpôvcjv à la place de xpeiTrévew s’impose.
Le sens est : ne pas former le mixte à partir des éléments, mais
les éléments à partir du mixte. Pour Damascius le supérieur
qu est le mixte originel, tout en participant sans doute du limitant
et de l'illimité, comme de principes et non d’éléments, forme
à partir de lui et en lui les éléments inférieurs qui sont les siens.
5. L’insertion est nécessaire, parce que, sans elle, les mots
xal -rb auvapupérepov ézaTÔpov ne se rapporteraient à rien.
6. ’EnavOeïv (cf. notre corr.) s’emploie depuis Plotin {Enn.,
VI 2, 21.23) comme synonyme, de éiriylyvecOai, «se surajouter»
(à uno substance déjà existante). Voir R. I, p. 300.2; Dam.,
In Phil., § 77.6 ; § 89.3 ; § 91.2 ; § 136.7 ; § 235.3.
Page 37.
I. C’est-à-dire l’un-fitrc ou l’unifié.
2. Allusion à la définition de l’àya06v dans Ps.-Plat. Définit.
414 e 9, comme tô at-rtov atav^plaç toîç oCoiv.
3. Formule à rapprocher de celle de Plotin, Enn., VI 7, 41.
11-17 : ’Ea-réov oôv rà &D.a. Tràv-n; èm çûaeiaç àplc-njç oùSepxâ;
t~ixouplaç 8eo[xévi)q • 6 yàp av — poaOfjç, TjXàTTOiaaç -ri; rrpoaÔfjZT)
rijv oûSevèç Seopéviqv.
Page 40
I. C est la raison que donnait Aristote {Met G 8, 1049 b 23-27),
pour démontrer que l’acte est antérieur à la puissance, tant du
point de vue chronologique que du point de vue logique et
ontologique. — Voir Procl., El. Ihtol., § 77, et commentaire de
Dodds, p. 241 242.
2. Au sujet des notions communes, voir Saffrey-Westerink,
Proclus, Théol. Plat., I 25, n. 4 de la p. ilO.
3. Tô fi~oiov c£>p.a, l’explication de cette notion a déjà été
donnée à l’occasion du « second substrat » et de la « matière
seconde », voir supra, p. 29.8-9 et n. 3.
4. Les stoïciens sont ici très clairement désignés de la même
manière que chez Plotin {Enn. II 4, 1. 6-14), et que chez Proclus
(Théol. Pial. I 3, p. 12.13-17).
NOTES COMPLÉMENTAIRES
147
Page 41
1. nXvjptbjzaTa, il s’agit ici de toutes les catégories nécessaires
qui déterminent la substance, en la complétant ou en la remplis-
sant, mais do façon propre à chaque chose.
2. C'est en ces termes mêmes que Damascius traduit l’argument
des contraires, au sujet de l’immortalité de l'âme (Phédon
69 e 6 - 72 e 2) dans hi Monographie qu’il lui a consacrée, In
Phaed., I § 207-§ 252, voir surtout § 232. 1-3.
Page 44
1 "Airvouca : cf. supra, p. 32.21, où le même verbe a été
restitué par conjecture dens le même contexte, celui des motions
instinctives. C’est pour celte raison, et parce que fereiv est un
mot piutôt rare et, par là, moins facile à reconnaître, qu’on a
préféré lÏTTOvca ô à-ioüca, qui serait également possible du point
de vue do la paléographie.
2. On ne trouve pas dans les Lois et le Timée une mention
littérale de cet automoteur dit en un sens plus commun (plus
large que le mouvement automoteur proprement dit de l'âme
universelle). Mais, dans les Lois, ce qu’on peut estimer être tel
est sans doute ce qui meut (comme à partir de soi-même), tout en
étant mû par un autre, cl en ne faisant, en somme, que transmettie
à travers la série, le mouvement reçu depuis le mouvement premier
et réellement automoteur qui est celui de i’âme universelle. Ainsi,
le mouvement de ce qui meut en étant mû n'est jamais que second
(Lois, X, 894b 8 - 895 b 7) ; il a seulement l’apparence de la
spontanéité : telle est l’automotricité « plus commune », qui
est celle de l’animal. — A partir de l’affirmation du Timée
(77 c 2-4), à savoir que les végétaux ne sont pas mus, on peut
inférer I ) qu’ils ne participent pas du mouvement communiqué
par l'âme universelle ; 2) que les animaux en participent
puisqu’ils se meuvent selon le lieu, comme à partir d’eux mêmes
mais non par eux mêmes. I n commentaire de Syrianus sur
le livre X des Lois est cité par Simplicius, In Phgs , p 618 25-
p. 619.2; p. 635.11 14; p. 637.25-30. Damascius {In Phaed., Il,
§ 44) cite un commentaire sur le livre III des Lois, sans préciser
l'auteur, qui a pu être Proclus ou lui-même.
3. La forme tardive rlvocouv (au lieu de ovtivocoûv) doit
être le produit d’une division erronée, cf. Olympiod., In Gorg
p. 126.6 et p. 244.11 ê&Xo ti oïv (= êrloüv), et de là, au
masculin, p. 266.17 &XXoç tlç o5v. Déjà chez Proclus, Ihéol.
Plat., II 2, p. 17.1 ; El. théol., § 16, p 18.9 (variante) ; Dam.,
R. I, p. 177.12-13; R. Il, p. 181.28-29; plus tard, Ps.-Dias,
In Isag. 50, 10.
Page 45.
1. Le sens de ce passage peut être tiré au clair de cet* e façon :
que l'âme non rationnelle soit mue par quelque chose de supérieur,
148
NOTES COMPLÉMENTAIRES
c’est déjà exclu (cas des actes irrationnels, cf. supra, p. 43.9-17) ;
qu’elle soit mue par quoi que ce soit, il est sous-entendu que c’est
absurde ; qu’elle soit mue par le corps, c’est impossible. Ainsi est
démontrée que l’àme non-rationnelle n’est pas purement et
simplement mue par un autre. Or, si dans le contexte de ce
passage « être mû à partir de soi » (ânô) est opposé à être mû
par soi (vn6), c'est donc être mû par un autre, et la conclusion est
claire : l'hypothèse d’une telle automotricité, où le soi serait
réduit à un pur relais do transitivité, vient d’être écartée de
toutes les façons. Un peu plus loin {infra, p. 47.20-p. 48.6),
Damascius dira que le composé a l’apparence d’être tout entier
automoteur, en tant qu'il est mouvant selon (xa-râ) l’àme et mû
selon le corps, mais non par (viré) l’àme, ni par le corps, ni à plus
forte raison par soi, faute de conversion vers soi. Mais la substitu-
tion de xarâ à à?r6 mérite d'être soulignée ; xarà déterminera un
certain champ d’automotricité, propre à la causalité formelle du
composé.
Page 46.
1. Ilàvrtùç fivt = Ttàvrcüç (8îjXov) fin ou rcàvTtùç (ërcerai) fivi. La
locution se trouve une cinquantaine de fois dans l’ensemble des
écrits de Damascius ; à notre conna ssance, on ne la rencontre
pas ailleurs, sauf deux fois chez Syrianus, In Met., p. 147.18 et 20.
Page 47.
1. Le premier couple cité (l’âme rationnelle et le vivant)
définit l’homme. En lui, le vivant corporel est l’instrument de
l’àme rationnelle. Les deux autres couples groupent, toujours sur
le mode de l’instrumentalité, les divers types de véliicules qui se
trouvent dans l’homme : l’ostréeux, le pneumatique et le lumineux.
Ces véhicules désignent trois sortes de corps vivants qu’utilise
l’àme. Ils peuvent être considérés comme les traces et les schèmes
de sa procession, et comme les horizons de sa projection. Par le
lumineux l’âme habite le cosmos, par le pneumatique elle est
citoyenne du devenir, par l’ostréeux elle a tel ou tel séjour sur
la terre (Proclus, In Tim., III, p. 298-299). Ce sont là aussi bien
les modes de son retour vers le principe. Sur le rôle des « initia-
tions » dans ce retour, voir Dam. In Phaed. I § 168 et les notes
de L. G. Westerink. Pour Damascius, à la différence de Proclus,
l’âme rationnelle, dans une dernière conversion, peut être affran-
chie du corps lumineux lui-même et être introduite dans le
supracosmique ou l'intelligible (In Phaed., I, § 551.3-5). — Sur
ces trois éléments comme enveloppes de l’àme, on consultera :
I. Iladot, Le problème du néoplatonisme alexandrin, p. 181-187;
sur la théorie générale do la projection du véhicule, .1. Trouiilard,
« Réflexions sur l’6yr)p.a dans les Élémt nts de Théologie de
Proclus », R.E.G., 70, 1957, p. 102-107 ; La mystagogie de Proclos,
NOTES COMPLÉMENTAIRES
149
Paris 1982, p. 219-221 ; voir encore le commentaire de E. R. Dodds
dans Procl., El. Ihéol. p. 306-309 ; p. 313-321 ; p. 347-348.
2. La comparaison établie momentanément entre l'automoteur
apparent (l'animal) et les couples de substances dont il vient
d’être question ne saurait masquer la différence entre, d’une
part, l’unité de composition substantielle (qui caractérise ce qui
est supposé formé d’un corps-substrat et d’une âme-forme non
rationnelle) et, d’autre part, l’unité de simple relation instrumen-
tale (établie entre deux substances dont l’une se comporterait
comme l’agent et l’autre comme le véhicule ou le vêlement).
Dès lors, dans le cadre de l’originalité du composé (qui définit
ici l’animal), Damascius étudie le mode d’aulomotricité qui lui
est propre.
Page 48.
1. «L’ensemble des deux», dans tout ce contexte, est l’en-
semble du substrat et de ce qui est dans le substrat. « L’un et
l’autre » signifient ce selon quoi le composé meut (i.e. l’âme) et
ce selon quoi il est mû (i.e. le corps).
2. On reconnaît ici la distinction de la cause efficiente (v<p’ oS)
et de la cause formelle (xa6’ fi) ; cf. la nomenclature des causes
par Porphyre, telle que ia rapporte Simplicius, In Phgs., II. Diels,
p. 10.35-11.3, chez Saffrcy-Westerink, Théol. Plat., II 9, note 4
de la p. 60. — C. G. Steel, dans The Changing Self..., p. 128,
note 29, souligne le rôle important que joue cette distinction
dans la doctrine des rapports de l'âme et du corps, qui est celle
du Ps.-Simplicius dans le commentaire du De anima.
Page 49.
1. ’Epupu/la, l’animation, comme vie du corps, est la cause
formelle du mouvement, non sa cause efficiente (l’âme). Voir
Dam., ht Phaed., I, § 177.1, et note de L. G. Westerink qui
renvoie à Procl., In Tim., III, p. 285.3; p. 287.10; p. 324.29;
In Remp., II, p. 90.11.
Page 50.
1. Allusion probable à Porphyre, qui développe longuement la
thèse de la rationalité des animaux au long du livre III du De
abslinenlia. Porphyre fonde sur cette thèse le végétarisme et nos
devoirs de justice envers les animaux, comme le faisaient les
pythagoriciens.
2. Cf. supra, p. 40.2-3 et n. 2.
3. L’âine non-rationnelle peut, en effet, entrer en composition,
un certain nombre de fois, avec des substrats successifs, car elle
ne meurt qu’après un certain nombre de réincorporations. Mais
celte séparabilité temporaire ne suffit pas à lui conférer la véri-
150
NOTES COMPLÉMENTAIRES
table automol ricité, dont jouit l’âme rationnelle, douée de conver-
sion vers soi et d’une complète séparabilité.
Page 51.
1 Platon et Aristote distinguent l’âme végétative de la
nature, comme le souligne Simplicius {In Phys., p. 286.20-36),
tandis que les stoïciens l’identifient à une nature (SVF, II,
fr. 708-712, p. 204 ; fr. 714-715, p. 205).
2. ’Ev fiW.oiç : on pense, en premier lieu, au commentaire
sur le Timée, cité plusieurs fois dans Vin Parm. et Vin Phaed.
Puisque, ici, Damascius parle d'un projet, il s ensuivrait que le
Traité des Premiers Principes esl antérieur au commentaire sur
le Timée, et, par conséquent, à ceux sur le Parménide et le Phédon ;
mais il va sans dire qu’il y a d'autres possibilités, pnr ex un
commentaire sur les Lois (voir ci-dessus, fin de la n. 2 de la
p. 44.20) ou sur Aristote, De anima, ou une monographie spéciale
consacrée à ce sujet.
3. L’automoteur humain, comme automoteur réel, n’est pas
l’homme que l’on voit, mais seulement l’âme rationnelle qui se
désigne aux sens à travers les signes des conduites spécifiquement
humaines. Il y a ainsi dans l’homme, d’une part, un automoteur
réel (l'âme est une même chose indivisible, mue tout entière par
elle-même), d'autre part, un automoteur apparent, image et
participation du premier : c’est le vivant non-rationnel ou le
corps vivant comme instrument de i’ârne, c’est-à-dire l’animé.
4. C'est le principe tiré du Philèbe, 52 c l - 53 c 3, et. Dain.,
In Phil., § 212 et infra, p. 56.11-12.
Page 52.
1. La structure de ce raisonnement rappelle celle du raisonne-
ment utilisé par Aristote pour démontrer la nécessité du premier
moteur immobile, Mét. A 7, 1072 a 23-26; Phys. VIII, 5, 256
b 14-27. — La division triadique de ce qui est uniquement moteur,
de ce qui esl uniquement mû cl de ce qui est intermédiaire (à la
fois mû et moteur), division devenue classique depuis Aristote,
permet à Proclus de répartir l’ensemble des êtres (le terme inter-
médiaire étant subdivisé selon la distinction faite par Platon
entre le mouvement qui meut en étant mû par un autre et le
mouvement automoteur de l’âme, Phèdre, 245 c 5-d 8; Lois, X,
894 b 8-c 8) :
1. ce qui meut sans être mû = l’intellect
2. ce qui ù la fois meut et est mû par soi = l’âme (incorporel
indivisible)
ce qui à In fois meut un autre et est mû par un autre =
les qualités et les formes matérielles (incorporels divisés)
3. ce qui est mû sans mouvoir = les corps.
Cf. Procl , Théol. Plat., I 14, p. 60.12 p. 69 7 ; El. Theol., § 14,
§ 20, et commentaire de E. R. Dodds, p. 201-202 et p. 206-207.
NOTES COMPI flMENTAIRES
151
Page 53.
1. Ces composants découlent (comme des traces ou des partici-
pations) des ordres supérieurs à l’âme automotrice : l’ordre de
l’intelligible indifférencié (l’être), 1 ordre de rintelligible-intellcctif
en train de se distinguer (la vie), l’ordre de l’intellectif complè-
tement distingué (l'intellect immobile qui sc convertit et connaît).
2. Tô dcxlvrjrov 7T>.T)pcjpLa t<ôv Tptûv roû-rcw el3éôv. Le
plérôme immobile de ces trois formes e.st l’intellect lui-même.
Nous gardons ici le mot ♦ plérôme », car il s’agit de la totalisation
a priori que l’intellect réalise de ces formes dans sa plénitude
immobile ; nXi)p6[xaTa a déjà été traduit de cel to façon, supra,
p. 34.15 (voir n. 2), relativement aux ordres totalitaires qui sont
dans l'intellect. Celui-ci apparaît maintenant comme le plérôme
de ces plérômes
3. 'O voüç œùOuTcéœraroç. L’autoconstitution est le pouvoir
de se produire soi-même et de se donner son essence en procédant
d’un ou de plusieurs principes supérieurs (voir Procl., El. théol.,
§40-§ 51, et commentaire de Dodds, p. 223 se; J. Trouillard,
p. 51-52 et notes des p. 87-91). L’autoeonstilution n’est pas la
mnnence pure, mais une manence qui passe par le détour de la
procession et de la conversion. Seul s’autoconslitue ce qui procède
et se convertit, tout en demeurant d’une certaine man ere dans
son principe. L’autoconstitution exprime, dans l'intervalle que
déploie en elle-même toute hypostase intelleetive ou psychique,
la coïncidence initiale et instantanée du point de départ de sa
procession et du point d’arrivée de sa conversion. L’autoconsti-
tution suppose donc une dualité interne, maie une dualité qui,
dans son déploiement même, est déjà surmontée. Bile définit en
propre le caractère de l'intellect. qui se pose lui même à la fois
comme distingué et comme unifié dans sa conversion vers soi
selon la substance. On retrouve le modèle de cette autoconstitu-
tion non seulement dans l’âme universelle, mais encore, dans
l’âme particulière. Damascius parle aussi de la procession auto-
constituante de l’unifié ou du mixte premier, à la fois un et
plusieurs (cf. R. I, p. 114.22). L’unifié, en effet, se produit lui-
même, en synthétisant a priori, dans une sorte de conversion
pure vers soi, les participations en lui des deux principes de sa
procession, l’un-tout et le tout-un. Cependant, énoncée de l’unifié,
l'autoconslitution est un concept impropre el purement symbo-
lique, dû ô la division de notre propre discours à l’égard de la
simplicité unique de l’être, dans lequel manence, procession et
conversion ne sont pas encore distinguées, cf. R. 1, p. 193.9
13. — Sur l'autoconslitution, cf. S. E. Gersli, KINHSIS
AKINI1TOS, A Study of Spiritual Motion in the Philosophg
of Proclus, Leyde 1973, p. 128-135; J Wliilluker, «The Historien!
Background of Proclus’ Doctrine of the AT0TIIOSTATA »,
dans De Jambtigue à Proclus, Entretiens sur l’Antiquilé classique,
XXI, Vandœuvres-Genàve 1975, p. 193-237 ; J Trouillard,
« Théologie négative et autoconstitution psychique chez les
152
NOTES COMPLÉMENTAIRES
néoplatoniciens », dans Savoir, faire, espérer, I, Mélanges H. van
Camp, Bruxelles 1976, p. 307-321, et « Procession néoplatonicienne
et création judéo-chrétienne », dans Néoplatonisme, Mélanges
J. Trouillard, Paris 1981, p. 16-22.
4. Ol coçol : c’est-à-dire ici tous les platoniciens. — La triade
zvoip.évov (ou àStâxpt-rov), 8iaxpiv6[zevov, 8iaxexpipévov (= ov,
Çcvt), voüç), introduite par Proclus (par ex. Théol. Plat., I 11,
p. 54.18-22), n’obtient une place centrale que chez Damascius.
5. Suvatpeciç, cf. supra, p. 7.10 et n. 1. — Les plusieurs de
l’unifié ne sont pas les plusieurs purs (de même l’un qui se trouve
dans l'unifié n’est pas l'un qui précède les plusieurs purs). Nous
devons ici anticiper sur La doctrine qui sera développée dans le
2e volume do cette édition : « Dans le troisième principe, en effet,
ni l’un n est resté sans être affecté par les plusieurs, mais il s’est
en quelque manièie distingué dans sa coordination avec eux, ni
les plusieurs n’ont conservé leur propre fusion infinie, mais ils se
sont condensés selon la divine nécessité de l’un, laquelle détermine
toujours ce qui est présent. Des deux (principes) est né l'unifié,
et il a été affecté par l’être dans sa constitution et dans son
hypostase » (IL I, p. 128.11-15). Damascius appellera TrXeltù les
multiples propres à l'unillé (IL 1, p. 112.26). Cas multiples, en
tant qu’élémenls du mixte originel, cachent sous l’union leur
distinction ; ils sont unis de manière plus parfaite que les parties
dans le tout, lesquelles sont, à leur tour, moins distinctes entre
elles que ne le sont les formes dans l'intellect (R. I, p. 117.7-21
Page 54.
1. C’est à la suite d’un raisonnement semblable sur l’être que
Proclus avait conclu à l’impossibilité d'un illimité, qui le serait
un nombre infini de fois, cf. Théol. Plat., II 1, p. 5.9-p. 6.2, et
n. 2, 3, 4 ; cf aussi PI. théol., § 1.
Page 55.
2. La présence d’éléments communs et d’une structure ana-
logue, dans l’argumentation de Damascius el celle de Proclus
[Théol. Plat., II 2, p. 21.5-p. 22.3) sur le thème des rapports de
l’être et de l’un, montre que Damascius a eu sous les yeux le
texte de Proclus. Mais l’originalité de son argumentation par
rapport à celle de son devancier en est d’autent plus frappante.
3. 'Eviùv : dans les manuscrits, on lit ici évtôv (comme év6ç ;
idem chez Procl., In Ilemp., 1, p. 258.16 et In Tim., II, p. 147.1 ;
mais on trouve ëvtav (comme où8év<av) infra, p. 71.11 et Procl.
In Tim., II, p. 147.1 et 6. Inutile de dire que le choix est arbitraire,
puisque Damascius n’écrivait pas les accents, et que la forme
n’existait pas dans la langue vivante.
4. 11 s’agit des deux principes qui, selon Proclus, sont consti-
tutifs de l’étre [Théol. Plat., III 9, p. 34.20-p. 40.8), et, selon
Platon, constitutifs du mixte [Phil. 23 c9-d I).
NOTES COMPLÉMENTAIRES 153
5. Tout le passage (p. 55.9-25) est ô rapprocher d’un
passage précédent {supra, p. 9.3-22) et notes correspondantes,
en particulier n. 3 de la p. 9 ; voir encore infra, p. 64.14-24 et
R. I, p. 92.9-12 ; p. 98.27-p. 99.1.
Page 56.
1. La connaissance composée est la connaissance discursive,
qui nous appartient, tandis que la connaissance simple est la
connaissance intuitive, qui appartient aux dieux.
2. "AOeroç, mot rare. Aristote l’emploie au propre {Met. A 6,
1016 b 25 ei 30) po ir distinguer le point et l’unité, car s’ils sont
tous les deux absolument indivisibles, le premier l’est avec
position, le deuxième sans position.
3. Cf. supra, p. 51 17-19 et n. 4.
4. L’indicible relatif de l’un renvoie à l’ineffable absolu en
lequel éclate toute notion, y compris nécessairement celle du
principe.
Page 57.
1. Platon dit du monde qu'il est «un vivant parfait formé de
parties parfaites» {Tim. 32 d 1) et que le démiurge lui a fait
• un corps parfait composé de corps parfaits» [Tim. 34 b 2). Proclus
entend par ces derniers corps les quatre éléments {In Tim. Il,
p. 101.31-32).
2. Proclus, commentant Platon {Tim. 34 a 1-3), souligne
combien ce mouvement circulaire apparente le monde à l’intellect
démiurgique. De même que ce dernier se pense en se tournant
vers lui même, tandis qu’il embrasse l’intelligible, ainsi que ses
formes, de même, le monde, dans sa rotation, enveloppe son
propre centre et ses productions (cf. In Ttm. II, p. 92.27-p. 93.30).
3. Suvé/oucav : cf. Olympiod., In Phaed. 4, § 10.6-7 (en
parlant des corps célestes) : ftvèç 8è xal -rqv <pimx7)V pouXovrai
aùrà ë/eiv, eï ye àei cuvé^erai. — La source d’Olympiodore est
sans doute ici, comme ailleurs, le commentaire de Damascius, et
peut-être un texte de Proclus {In Tim 11, p. 282.15-18), selon
lequel Porphyre voyait dans le plan médian du corps du monde
le siège de la faculté végétative de son 6me
Page 58.
I. C’est dire d’une autre manière que le monde exclut l’accrois-
sement et la génération en tant qu’ils ont des contraires, et, par
là, que le monde est inaltérable, comme Aristote le disait des
premiers corps (De caelo, 1 3, 270 a 13-22).
2. "flç <paoiv. Il semble que Damascius désigne ici Syrianus
et Proclus. De fait, Proclus, dans son Commentaire sur te Timie
ne traite de la vie non rationnelle du monde que sous son aspect
154
NOTES COMPLÉMENTAIRES
sensitif {In Tim., Il, p. 81.16-p. 92,9), et quand il parle de l’amour
du monde pour lui-même (In Tim., II, p. 110.25-29) et de son
caractère bienheureux (Ibid., p. 112.6-16) il le fait en des termes
qui semblent ressortir plutôt ft la puissance intellcctive de son
âme. — Cependant Slephanus [Ps.-Philopon] (In De anima,
M. Hayduck, C.A.G. XV, 1897, III, p. 597.31-37) dit que, selon
«les platoniciens », les corps célestes possèdent la faculté concu-
piscible (êmOuptcc) et non la faculté irascible (Ovpéç) ; mais il vise
peut-être Plutarque d’Athènes. — Au sujet de la vie sensitive
chez les dieux visibles, voir les textes suivants : Dam., In Phil.,
§ 209.1-5 et Olympiod., In Phaed. 4, § 9-10, et les notes de
L. G. Westerink.
3. Tg 6eta fao-rûvp : expression fréquente chez les néoplato-
niciens (voir Dam., In Phil., g 154.9, note et index s.v. ; Olympiod.,
In Phaed. 6, § 6.4 et la note). Cette expression s’inspire d’une
formule homérique, Oeoi feïa ÇcGovreç (II. 6.138 et Od. 4.805,
adoptée par Plotin, Enn., V 8, 4.1) et d’un passage de Platon,
Lois, X, 903 e 3 - 905 c 4, où il est dit que grâce au libre arbitre de
l’homme la providence divine peut opérer, dans le monde, sans
effort (903 e 3-4 : f;itep 3v ë/oi faarwv7]ç èitqteZeiaç Osoîç râv
iràvrtdv, -raurn pioc Sozô çpàÇeiv____, 904 a 3-4 : vüv 8’
Oaupacrri) f«a-r<!>vq T<à tou rravriç érripe?,oupév<ji).
4. Sur le monde comme « vivant », cf. Platon, Tim. 30 b 8-9 ;
30 d 4 ; 32 d 1 ; 33 b 1-4.
5. Les textes de référence étant ici Lois, X, 898 a 8-9 et Tim.
34 a 3-5, voir le commentaire de Proclus, In Tim., II, p 94.15-
96.28, et, dans la trad. de A. J. Festugière, t. III, p. 130 n. 2.
Page 59.
1. Cette question est à rapprocher de celle que pose Proclus
dans un contexte semblable (Théol. Plat., I 14, p. 65.8-13).
2. ’AiSioç. Chez. Damascius, et depuis Proclus, mot réservé
normalement à lu durée perpétuelle de ce qui ne commence ni
ne finit dans le temps. Il faut distinguer l'éternité, l’éternel et le
perpétuel : 1) L’éternilé (al&v), au-dessous de l'un-êtrc, maintient
encore dans l’unité la totalité des parties de ce dernier, alors
qu’elles sont en train de se différencier. Elle caractérise la vie
intelligible qui procède de l’être. 2) L'éternel (aidmov) est une
participation de i'aldw ; il caractérise l'intellect intelligible,
ou le vivant en-soi (aû-roÇôiov), dans lequel s’achève la procession
de la vie intelligible, ainsi que l’intellect intellectif, dans lequel
s’achève la procession de l’intellect vital. De son côté, l’intellect
intellectif se convertit vers l’intellect intelligible cl vers soi ; en
se pensant lui-même, il pense l’intellect intelligible et ses formes
éternelles ; c est ainsi que le vivant-en soi est, ù travers la pensée
du démiurge, le modèle de la constitution de l’âme et du corps du
monde. Par sa substance, cetle âme est, elle aussi, éternelle, niais
son activité, qui s’exerce dans le changement au cours du temps,
NOTES COMPLÉMENTAIRES
155
est perpétuelle. 3) Le perpétuel (dt8iov), qui a sa forme au sein de
l’intellect intellectif, est imitation de l’éternel dans la durée
successive ; il signifie, chez Damascius, la permanence du temps
total (6 <n>p.7ttxç ypèvoç) qui s'écoule toujours (sur cette notion,
voir Inlrod., supra, p. xliv), ainsi que la permanence de ce qui
est coextensif à ce temps total : tel est le monde selon la conception
envisagée à la 1. 4. Dans cette perspective, l’immobilité du monde
a pour cause l'intellect immobile. Dans la conception exprimée à
la I 5, et d’après laquelle le monde pourrait avoir une durée
extrêmement longue sans être perpétuel, la cause de son immobilité
est altribuée à son âme automotrice dont l’activité retourne
toujours du même au même, car sa substance est suspendue à
1 intellect immobile. — Sur le caractère perpétuel du monde
chez Proclus, cf. In Tim., 111, p. 49.27-p. 51.21 ; p. 94.10-p. 95.6.
3. Nous traduisons ici le supplément, donné ex. gr., èvapYelaç.
4. La leçon de A a disparu ; Bessanon u lu (ou corrigé)
tmp.p.erpov, le copiste de C ïpqzeTpov. Cette dern ère leçon est
appuyée par ïpujiu/ov (leçon de A3 et de B) dont le second élément
est évidemment fautif ; en faveur de côp.p.eTpov, on peut citer
quelques passages parallèles : Plotin, Enn., 11 9, 16.42-43 : rè
cèp-pe-rpov xal àvâXoyov xal -re-rœYp.évov, et Proclus, In Aie.
325.12 : rè -reTaYP-évov xal ri oùp.pierpov xal ri xarà «puaiv.
Page 60.
1. Platon utilise l'expression de « vivants divins » à propos des
astres fixes, «qui tournent toujours dans le même lieu» (Tim.
40 b 5-6) ; mais cette appellation ne leur appartient pas en
exclusivité, car les asti es errants ou les planètes composent aussi,
avec les astres fixes, la première espèce des vivants qui est celle
des dieux « visibles et engendrés » (Tim. 39 c 10-40 d 5). — Proclus
précise que tous les astres, fixes et cirants, sont des « vivants
divins », expression qui signifie, d’après lui, que chacun a reçu
une hénade singulière qui le divinise, un intellect divin immobile
et une àme divmc automotrice (In Tim., III, p. 126.11-p. 128.1).
2. Le monde pluriflé et divisé en formes(1. II «que l’on vient
d’appeler immobile», est l’intellect (cf. supra, p. 53.11-13).
3. Le « monde, caché » : expression attribuée aux Oracles
Chahlaîques (E. des Places, fi. 198 , mais qui semble plutôt
d'origine orphique (hymn. orph. VI 5, cité par Festugière, ht Tim.,
Irad., II, p. 307, n. 2). Celte origine ressort d’un texte de
Damascius qui désigne par cotte formule l’unifié en tant qu’il est
à la racine de tout ee qui est (R. I., p. 107.7-20). Cette acception
de 1 unifié prend aussi appui sur un fragment des Oracles
(1 . des Places, fr. 21 ; W. Kroll, p. 19), souvent cité par Damascius :
• car il est toutes choses, mais sous le modo intelligible» (R. I,
p. 147.27 i’el est, selon Jamblique, l’intelligible qui demeure
autour de l’un parce qu’il est plus uni à l’un qu'à l’être, et qu’il se
constitue conformément à l’un plutôt qu’à l’être (R. I, p. 147.
156
NOTES COMPLÉMENTAIRES
22-23). Proclus parle, lui aussi, dans le même sens, du « inonde
intelligible et caché» {Théol. Pial., 111 25, p. 89.1 et note 1),
mais il le désigne aussi bien sous le nom de « l’être caché », d’où
viennent tous les êtres et autour duquel ils ont reçu l’union
(In Parm., 1, 708.28-29).
Page 64.
1. Ce passage (p. 63.21-p. 64.7) est à rapprocher de Procl., El.
théol., § l-§ 5.
2. Avant d’en venir à la connaissance de l’un, Damascius
commence par énoncer trois modes de connaissance qui corres-
pondent à trois degrés de clarté et de présence vis-à-vis de
l’objet : l’intuition intellective, le syllogisme ou raisonnement
proprement dit, et le raisonnement bâtard. Sur ce dernier, voir
ci-dcssous la n. 4 ; sur l’intuition (èjriëoXiç), cf. R. Klibansky
et C. Labowsky, Procl., In Parm., VII, p. 92, n. do la p. 56.27.
Sur le syllogisme ou raisonnement proprement dit, voir la note
suivante.
3. ’ErrepeiSopév/; : ce composé de êpeiSo se rattache au
vocabulaire de la théorie stoïcienne de la connaissance par
empreinte (rûraxnç), d’après l’explication qu'en donne Proclus
[In Parm., IV, 841.1-8) : l’empreinte du sceau dans la cire suppose
une pression (<b0iop.6ç) une résistance (âvri-nmta), un appui
(érrépcimç). On peut concevoir analogiquement que la vue du
misonncincnt syllogistique prend lointaineinent appui sur son
objet par l’intermédiaire de la nécessité de la conséquence.
4. Karà v60ov rivà Xoyicp.6v : cf. l’expression célèbre de
Platon dans Timée (52 a 8-b 3) pour désignej le raisonnement
bâtard qui porte sur l’insaisissable matière comme lieu (y/>pa)
universel. Le raisonnement bâtard, en l’absence de toute liaison
à son objet, procède par hybridation de notions et d’images.
Selon Damascius, il s’agit du raisonnement qui s’applique à tout
non-être cl donc à l’un (infra, p. 65.3-4 , p. 69.14 ; p. 83.16).
5. ’Airépeioiv : mêmes remarques que ci-dessus n. 3, avec
cette différence que dtaxpefôo signifie «prendre un appui point de
départ dans « et ènepelSo « prendre nppui sur «. Le raisonnement
bâtard ne bénéficie même pas d’un appui lointain dans lequel
il aurait son point de départ, mais il procède en pensant les
choses les unes à partir des autres, par le moyen de l’analogie et
des négations, ainsi qu’il est dit, 1. 16-19.
6. La structure de cette phrase rappelle Procl , Théol. Plat.,
II 5, p. 37.12-19.
7. Cf. supra, p. 10.10 : l’intellection contractée (crovflp-çjxévç .
Page 65.
2. 'II aûyq Çuxijç. On sait que pour Platon les yeux «lu
corps sont porteurs de lumière (<pcùtr<p6pa, Tim. 45a). La rencontre
NOTES COMPLÉMENTAIRES
157
des particules de cette lumière intérieure et des particules de la
lumière extérieure, réfléchie pur les objets, produit la vision
(Tim. 45 c 3-d 3), le soleil étant la source de toute lumière. De
manière analogue, l’œil de l’àme porte en lui-même un rayon de
lumière qu’il doit tourner vers en haut (Tlép., VII, 540 a 7-8), de
telle sorte que le réveil de l’âine, ou sa conversion vers l’un, est
le retour de ce rayon à la lumière de la vérité qui émane de l’un,
cf. infra, p. 106.3-5 ; voir aussi Dam , Vita isidori, Z. 4.7 ; II. VI.
8 (2).
3. Tè fivGoç .. - TÎ)ç ... yvcxierdc f la fleur de notre connais-
sance, formule dérivée du v6ou iévGoç des Oracles Chald.
(E. des Places, fr. 1 et note; W. Kroll p. II). Dans ce passage,
il s’agit pour Damascius du sommet unitaire de l’âme, comme
pour Proclus (Thiol. Plat. I 3, p. 15.3-8, n. 1).
4. Cf. Olympiod., In Aie., p. 8.11-12.
5. Les connaissables unitaires sont les hénades divines. Tout
dieu est une fonction dérivée du dieu premier et absolu qui
demeure en l’un. Les hénades, comme fonctions de l’un, trans-
mettent l’unité à tout multiple de la série dont chacune, en deçà
dos trois hénades fondamentales (le limitant, l'illimité et l'unifié),
est le principe et la loi. L'univers tout entier et la moindre appa-
rence concertent avec l’un par les hénades. Sur la théorie des
hénades, Procl., El. Ihéol., § II3-§ 165, commentaire de E. R.
Dodds, p. 257-p. 284 ; J. Trouillard, introd., p. 24-25 ; p. 52-p. 57 ;
J. M. Dillon, lamblichi ...fragmenta, p. 412-419; Saffrey-Weste-
rink, Procl. Théol. Pial., III, p. rx-Lxxvn ; C. Guémrd, «La
théorie des hénades et la mystique de Proclus», Dionysius, VI,
1982, p. 73-82.
6. Mc0ckt6ç : supplément fautif de Bessarion (A’, suivi par A8),
car on distingue encore dans A, un esprit doux (peut être à- ou
&-), l’espace ne suffit que pour un total de 5 ou 6 lettres —
Cependant la correction a du sens ; en effet, le dieu parlicipable
(en deçà de l’un imparticipable) désigne l'hénade participée par
la série dont clic est le principe de déploiement et, en même temps,
de résolution en l’un, chaque hénade ayant un point de coïncidence
avec l'un. L’argument développé est celui-ci : de même que les
intellects rattachés se connaissent eux-mêmes comme rattachés
à leurs principes que sont les intellects hénadiques, de même ces
derniers sc connaissent comme fonctions de l’un ; donc, la
contraction de ces connaissables unitaires devrait s’achever dans
une connaissance unitaire de l’un comme « coagrégat simple de la
pluralité des hénades» (infra, p. 66.11). Mais il sera dit plus
loin que le plus simple n’est encore que le degré le plus élevé de
l’unification, c’est-à-dire l’unifié lui-même et non l'un (infra,
p. 71.11-15).
Page 66.
1. llpodtpytav : mot rare, sans exemple dans la littérature
philosophique, et sans usage comparable dans les textes non-
158
NOTES COMPLÉMENTAIRES
philosophiques, où le sens est so t « commencer » (les hostilités,
etc.), soit « précéder dans la magistrature ». Cependant, comme ce
mot admet l’explication «être supérieur comme principe», on
n’a pas voulu faire la correction facile TrpoüTrdp^tùV.
2. D’après le contexte, et du fait que, dans cet ouvrage,
Damascius, pour reprendre les termes d’une énumération, com-
mence toujours par le dernier, c’est bien l’unitaire qui est ici
qualifié de suprasubstantiel et l’unifié de substantiel. Cet unitaire
suprasubstantiel correspond à l’unifié suprasubstantiel ou être
unitaire (infra, p. 71.11-15). Au-dessous, est l’unifié substantiel
ou être substantiel. Mais, par le suite, Dninascius parlera de
l’unifié pur, et antérieur à la dualité de l’unilaire el du substantiel,
qui sont en lui repiiés et en deçà de lui distincts, cf. R. 1, p. 151.
5-13; p. 153.1-3; p. 219.16-21 ; p. 282-11-p. 283.31.
3. Dans l’interprétation néoplatonicienne de ce mythe, les
Titans symbolisent les principes d’individuation et do division
qui inorcèlent l’intellect cosmique (Dionysos) dans l'espace el
dans le temps. Voir supra, p. 4.6, et n. 1 ; p. 5.4-6 ; infra, p. 87.
2-3 ; Dam. In Phil., § 60 et n. — La correction 8iearaxcjp.évou<;
s’impose (voir L. G. Westerink, The Greek Commenlaries...,
II, Index s.v. StacTtâv) ; avveaKacpévouç est dû à l’influence du
mol cvvalpeoiç qui précède.
Page 67.
2. Les formules ici énoncées ne sont pas des citations
de Syrianus et de Proclus, mais des propositions dans les-
quelles Damascius résume des points de leur doctrine. Elles
servent de prémisses à des conclusions (1. 7-8) qui sont en
désaccord avec cette doctrine, car Damascius, dans son argu-
mentation, entend ici &izt> (1. 4 et 5) en un sens inclusif. Le
connaissable est alors inclus dans l’un et l’un est connaissable,
ce qui va contre la doctrine de la Théol. Pial, et de Vin Parm.
de Proclus. La deuxième inclusion (celle du connaissable et du
connaissant dans les dieux) appelle la correction suivante : la
connaissance divine n’est pas une connaissance proprement dite,
mais une préconnaissanee (Procl., El. Théol., § 121) ; elle est
donc antérieure à la distinction du connaissable cl du connaissant.
En outre, Proclus précise que les dieux en eux-mêmes ne sont pas
connaissables et qu’ils ne le sont qu’indircctemenl à partir de
leurs participants (El. Théol., § 162).
3. Kai Sei/Oijcjerai_, firav ... Enfuit, Damasciusmontrera
alors (infra, p. 85.12-17) que ce qui est connaissable c'est
l’ensemble un cl tout (et ses éléments), mais non pas l’un qui est
au-dessus de cet ensemble. Celui-ci est seulement soupçonnable
à travers cet ensemble comme à travers une image Le connaissable
commencera au-dessous de lui, et, en ce sens seulement, à partir
de lui.
4. Damascius renvoie à un poème apocryphe de Linus, intitulé
Ilepl çvcecuç z.6cp.ov. Stobée, I 10, 5, nous en a préservé un
NOTES COMPLÉMENTAIRES 159
fragment de treize vers, qui n’est pas contenu dans les Orphicorum
fragmenta de O. Kern, el dont voici le début :
’Xlç xa-r’ ëpiv awàizmza zvëepvâ'rac 8ià zrav-rôç •
èx razVTÔç 8è rà raivra xal èx Trâvrtùv rônav cgtI.
Hâvra 8 ëv èa-rtv, ëzatrrov 6Xou [zépaq, èv 8’ èvl Ttàvra,
èx yàp èv<5ç ttot’ èôvroç fiXou râ3e 7n£vr’ èyèvoVTO '
èx iràvTOv 8è ttot’ auOiç êv ëcaerai èv ypôvoi atcq),
alèv êv Ôv xal TTOÀXà.
Apparemment, Dam. n’a pas mis en doute l'authenticité de cet
écrit, de même qu'il acceptait sans question les Orphica et plusieurs
apocryphes sous le nom de Pythagore et son école, bien que les
faux pythagoriciens fussent déjà notoires à cette époque (voir
Elias, In cat. 128.1-10).
Quant au renvoi à Pythagore, le mot cité ne paraît ni dans les
textes hellénistiques recueillis par Thesleff, ni dans les fragments
assignés aux pythagoriciens du ive siècle par Diels-Kranz Cepen-
dant, l’énoncé peut être inféré ad sensurn è partir d’un texte
d’Aristote, désignant le groupe des philosophes qui posent l’un
comme principe, substance et élément de toutes choses, Met. M 6,
1080 b 6-7 : ol Xêyovreç tô êv àpyçv eîvai xal oùclav xal
aTOiyeïov mcvroiv. 1 a suite du texte, 1080 b 30-33, indique à
l'évidence que les pythagoriciens font partie de ce groupe, même
s’ils n’en sont pas les seuls (les autres étant des platoniciens).
Voir encore Diog. Laèrce, VIII 25 : àpyqv pèv t<5v arravrov
pov<48a.
Page 6S.
1. ’AvéOopev : ù travers le mol, composé du verbe Opcpaxeiv, et
l’image du jaillissement, on perçoit un écho des Oracles Chaldaïques
(E. des Places, fr. 34 et 35 ; W. Kroll, p. 20) ; cf. Procl., Ihéol.
Pial., I, 27, p. 118.18, n. 1.
Page 70.
2. Tô T/jç àÀT)6eiaç <pêSç : Platon dit que le bien procure la
vérité au connaissable et la capacité de connaître au connaissant
(Tîép., VI, 508 e 1-3). De l’analogie, vue/lumière = connaissance/
vérité, résulté In justification de l’expression «lumière de la
vérité », platonicienne pour le sens, sinon pour la lettre. Cf.
Procl., Théol. Pial., I 21, p. 100.13 15 : «aussi bien, la lumière
qui, dans la Jiépublique, procède du bien et qui conjoint l’intellect
à l’intelligible, Platon l'appelle vérité ». Autres textes de Proclus :
In Parm., IV, 903.20-22; VI, 1044.26-1045.2. Sur l’expression
elle-même de «lumière de la vérité», voir Théol. Plat., 111 1,
p. 6.6-7, n. 3. — L’argument que Damascius utilise ici en faveur
de l’incognoscibihlé de l’un, rappelle la manière dont Platon u
lui-même prévenu toute confusion entre le bien et la vérité qui
en découle (Bép., VI, 509 a 1-c 2).
160
NOTES COMPLÉMENTAIRES
Page 71.
2. Cf. supra, p. 55.1 et n. 1.
3. Damascius veut dire qu’après l’un commence la distinction
)a plus faible, car ce n’est qu’après 1 unifié que se prépare la
véritable distinction, c’est-à-dire la « distinction substantielle »
(cf. infra, p. 101 13-14 et n. 1), et même celle-ci n’est réalisée
qu’après l’intellect intelligible, au 1er ordre des inlelligibles-intel-
Icctïfs.
Page 73.
1. Hiérarchie classique des diacosmes néoplatoniciens, on deçà
de l’un qui n’est pas un diacosme : « l'être est supérieur à la vie,
la vie à l'intellect et l’intellect à l’àme » (Procl., Théol. Plat ,1116,
p. 24.25-26). Chacun d’eux est triadique selon le triple schème
do la manence, de la procession et de la conversion. Ainsi, l'être
demeure en lui-même, indifférencié ; il procède en se distinguant
(vie) ; et, une fois distingué, il se convertit (intellect intelligible) ;
de même, la vie et l’intellect, à leur tour, demeurent, procèdent
et se convertissent. C’est dans la conversion selon 1 intellect
intellectif (c’est-à-dire au 9e degré après l’être ou l’unifié)
qu’apparaît le maximum de distinction et d’opposition. 1 n elle,
les termes de la relation se déterminent proprement comme le
connaissant et le connu. — Sur la triade 6v, Çwq, voüç, cf.
P. Hadot, « Etre, vie, pensée, chez Plotin et avant Plotin » dans
les Sources de Plotin, Entretiens sur l’Antiquité classique, V,
Vandceuvres Genève 1960, p. 107-141, et Porphyre et Victorinus,
Paris 1968, p. 213-344.
4. Doctrine plotinicnne bien connue : on ne voit le principe
que par le principe, ou plutût l’union au principe est celle du
semblable au semblable. Cf. Plotin, Enn., VI 9, 11.31-32; 43 45.
— C'est là une application de la loi de l’assimilation qui régit
toute union et toute connaissance, et, sur un autre plan, tous
les rapports des éléments : le semblable recherche le semblable
(cf. Einpédocle, fr. 31 B 109, v. 1-3 H. Diels-W. Kranz", I,
p. 351). — Voir un passage parallèle, dans Proclus, Théol. Plat.,
1 3, p 15.17-21.
5. "Iva, Damascius utilise plusieurs fois ïva dans ce sens quasi
consécutif (cf. infra, p 78.3; p. 110.16 ; p. 121.18). Le sensdu pré-
sent passage est : si la procession de quelque chose est impossible,
a fortiori sa conversion l’est aussi
Page 79.
1. La subsistance (ÔTrœpÇiç) de l’un exprime la nécessité
intrinsèque selon laquelle sa sursimplicité est compréhensive de
tout, en tant que pré fondement de tout, antérieurement à toute
causalité même En suite de quoi, la subsistence de tout être est
NOTES COMPLÉMENTAIRES
161
sa relation constitutive à l’un, à travers l’unifié dont la subsis-
tance médiatise celle de l'un. Proclus emploie ÔTtepiçTtXcûcOai
de deux façons : 1) « s’étendre au-dessus de », cf. Théol. Plat., I 20,
p. 95 23, n. 3 ; 2) « transcender en simplicité », ibitl., II 10, p. 62.5,
n. 1 Damascius ne paraît utiliser le mot qu’au second sens,
infra p. 83.5-6.
Page 80.
1. L’adjectif xoivbv comble d’une manière satisfaisante la
petite lacune dans A ; cvvèv (C) est contraire au sens requis,
tandis que pévov (B, et Bessarion dans C est exclu pur l’accent
grave clairement visible dans A.
2. riyvrbaxei... ytyv<ï>cxerai sont les formes que Damascius
vient d'employer, et de plus, cette correction yiyvcùaxet pour
ytyvdicxeiv) est plus légère que celle proposée par C. E. Ruelle,
yiyvdxrzetv ... yi^-v6axeo0at..
Page 81
1 Cf. supra, p. 10.2-3. ; p. 20.14-19.
2. Rappel de la constitution de l’être, selon Proclus interprétant
le mixte de Platon ; supra, p. 36.3-4, n I
3. nWjptop.a, la raison de celte transcription déjà adoptée
pour l’intellect (supra, p. 53.4 et n. 2) vaut a fortiori pour l’être.
Page 82.
I Tl; üvavTeç, cf. Platon, Phèdre, 247 b 1 ; Bip., VIII, 568 d 1 ;
Procl Théol. Plat., I 1, p. 8.10
2. L'illumination soudaine : Lettre Vil, 341 c 6 : ov8ap.ûç êcrcv
oiç &XXa paO^para, àXX’ éx ttoU.^ç cuvouala; irepl -ri rrpâypa
avril xal toû auÇîjv iZaiçvrfi olov âiri mjpèç TnjS-qaavroç éÇaçÔèv
év r/j <j>vyîj yevépevov avril éauri J/,8r, rpéçei (cf. Banquet
210 e 3-5) ; cf/'Plot., Enn., V 5, 3.12-13; VI 7, 36 15-21 ; Dam.,
R. I, p. 179.26-27, et p. 305.7-10. — Sur l’expression <p£>ç àX-qOelaç,
voir supra p. 70.17 et n. 2.
3. Après la tentative infructueuse, mais nécessaire, de la
contraction (ci-dessus, p. 80 1 p. 82.2), la simplification est
appliquée è la connaissance de la forme de l’être (p. 82.19-
p. 83.3) et de l’un (p. 83.3-6).
Page 83.
1. Cf supra, p. 73 6-8 et n. 4.
2. ’AvrepelStd. Pour ce nouveau composé de èpel8<ù, supra
p 64.11-12, et n. 3 et 5. Voir Procl, In Tim , III p. 112.12
p 113.30 (raïç fiipeci) ; 11, p. 12.21 (rrpôç ttjv âqrqv ; ; dans ces
1G2
NOTES COMPLÉMENTAIRES
trois cas, c’est l’objet qui, par sa résistance, offre un appui au
regard ou au tact. — Le raisonnement bâtard, dont la nature a été
exposée plus haut (p. 64.11-24), est privé de ce point d’appui.
Page 85.
2. Tô rrœvTa ëv : ô cause de l’article au singulier, on traduil
par « l’un-tout » au lieu de « tout-un » Cette expression n’a ici
d'autre but que de suggérer seulement l'un lui-même par la
correction réciproque du symbole de la simplicité et du symbole
de l'enveloppement de toutes choses, comme à la p. 81.8-11, et
p. 86.10-13. Il s’agit du principe, qui venant après l’ineffable, est
plus communément nommé tô ëv navra.
Page 86.
1. Ces derniers sont l’unifié et l’un, entre lesquels il y aura
effectivement la pluralité pure.
2. Nous avons de Proclus plusieurs monobibloi, ô savoir les
Tria opuscula sur la providence et le mal (dans la traduction
de Guillaume de Mocrbckc) el une grande partie des traités qui
forment ensemble le Commentaire sur la République ; d’autres
nous sont connus par ailleurs : le traité sur les trois prouves de
l’immortalité chez Platon (résumé par Priscianus, Soluliones ad
Chosrocm, p. 47-49, et par Miskawayh, Fawz al-asghar, II 6-7,
cf. L. G. Westerink, «Proclus on Plato's Three Proofs of Immorta-
lity » dans mélanges E. de Strijcker, Antwerpen-Utrecbt 1973,
p. 296-p. 306, art. repr. dans Tcads and Studies in Neoplatonism
and Rgzantine Lileralure, Amsterdam 1980, p. 345-p. 355), et
celui sur les trois monades du Philèbe, cité par Proclus lui-même,
In Remp., I, p. 295.24-p. 296.1 (èv tç> nepl Ttàv rpiôiv toutcov
[XOvàScov (jiôXiip) et Théol. Plat., III 18, p. 63.16-21 (ôv ëvl tûv
p.ovo6î6X<ùv). Le monobible,s mentionné ici pourrait bien être ce
dernier.
Page 87.
1. Littéralement, ce que Platon considère comme la cause de
tous les maux, c’est la question « quelle sorte de chose cst-ce donc »
(Lettre II, 313 a 3-4). La paraphrase «1* division du propre»
rappelle Proclus (tô tt(v IfiiôrrçTa tov npcârov Çtjtsïv, In Parm.,
VI, 1081.1-3. Dumascius ajoute «selon la qualité et le quelque
chose ». Si l’on voulait entendre dans ces derniers mots un écho
de la Lettre, VH, 343 b 8-9 (6ti Svoïv ôvtoiv, tov te ôvtoç xal toû
ttoiov tivoç, ov tô iroiôv ti, tô 8ô tI, Çtjtoûotjç elSévat tt)ç 'J'UX’fë)
on ne pourrait pas manquer d'observer, d'après l’ensemble du
contexte, la substitution du ti indéfini au ri interrogatif, ce qui
modifie profondément le sens, en transposant la question du plan
NOTES COMPLÉMENTAIRES
163
<lo l'essence platonicienne à celui du genre indéterminé stoïcien.
Mais celui-ci est encore trop explicite pour correspondre ù l’un. —
ÇliMlillant ensuite de titaniquo cette passion de la division,
Damascius semble faire allusion à l’étymologie du nom de Titan,
telle que Proclus la rapporte en l’attribuant à Amélius, cf. In
Crat., p. 56.13-19; voir aussi Olympiod., In Phaed. 1, § 5.12
(toû tI pspiHÔv 8-iqXoûvtoç). — Autres lieux où la question rroîôv
ti p-fy est évoquée par Proclus : In Parm. 1096.19-21 ; 1097.3-4 ;
Théol. Plat., 11 8, p. 55.20-22.
2. Il s’agit de l'intellect qui contemple les formes de l’intellect
intelligible.
Page 89.
1. Si l’unifié est dit le 3e dieu (ou 3e hénade), comme procédant
de lu pluralité et de l’un, de son côté la pluralité illimitée (ou l’un
de nature dyadique) est le 2e dieu (ou 2e hénade), tandis que l’un
limitant (ou l’un de nature monadique) est le 1er dieu (ou lro
hénade) qui demeure en l’un seul lui-même. Sur « le 3e dieu »
cf. R. I, p. 318.20-p. 319.6 ; R. II, p. 59.9-13 ; In Phil., § 240.4 ;
Procl., Théol. Pial., IV 28, p. 81.20-23.
2. La correction 8tj ëv (au lieu de Slïôv, « de Zeus ») est
confirmée par un fragment de phrase presque identique infra,
p. 100.8 : 6 8^ T)va>pévov tpapév, 8 8ï) Ôv ôvojjufÇopEV. Dans le
système de Proclus et de Damascius, Zeus ne parait qu’au 3e degré
de l’ordre intollectif.
Page 91.
I. ’EvSetxvuaGai (au lieu de etvai SelxvuaOai dans A) : la
grammaire demande une forme composée parce que 8elxvupt ne
s’emploie pas au moyen (en prose).
2. La pré-causalité de l’un est analogue ù sa subsistence
sursimplifiée ; cf. supra, p. 79.12 et n. 1.
Page 93.
I. Jambliquo, Vita Pt/lh. 29. 162, cite l’hémistiche ’Apyrj 8é
toi ijp.iau iravrôç comme un apophtegme de Pythagorc lui-même.
La suite, cependant, est do Platon et non de Pythagore, à moins
qu’un faussaire néopy thagoricien ne se soit approprié le passage,
Lois, VI, 7é3 e 6-754 a I : àp/7) yàp XéyeTai pèv î)p.iau TtavTÔç
èv Taîç Trapoiplaiç èpyou... ’ to 8’ Sctiv tc, ô>ç époi çaiveTai,
rrXéov î) tô ijpiau. Pour la formule ’Ap-/r( 8é toi îjptau Travrôç,
cf. Corpus Parœmiogr. graec. II, E. L. Leulsch et F. G. Schneide-
win, p. 13 (Diogenianus 1.83) et n. — Cf. encore Horace, Epist.
I, 2, v. 40 : « dimidium facti, qui ccepit, habet ». On trouve dans
Hésiode : ... nXéov ijpiou rravTÔç (Opéra et Dies. v. 40).
2. ’Avrlacopoq (àvrtaopoç A) : mot rare, cité par Lampe,
15
164
NOTES COMPLÉMENTAIRES
A Palrislic Greek Lcxicon, d’après Grégoire le Grand, trad.
Zacharie (vme s.), P. L. 77, 218 C (I8où tôv avOpomov toütov
àvriacùpov 'mèp aÙToû —ap£/<o ; en latin vicarium au sens d un
esclave qu’on donne en échange d’un autre), et Lphracm, In
margarilani, il, 273 A Asscmani (vcs.) ; le Thésaurus de Stephanus-
Dindorf mentionne < ncore Palladius, De genlibus Indtae et
Hragmanibus, I, 13, p. 10.13-14 Berghoff (àvTitrrijaavTeq ouv unèp
œùrôSv rà àvTtocopa [PÇQ : àvrl acoparcav A, rô àvrtacopa
éd.] rbv è—(XoiTTov èyxpa-reéovTai /pôvov, en partant des enfants
qui vont prendre la place de leurs parents). C’est donc un terme
d’otigiue commerciale, plutôt que philosophique, et qui n’exprime
pas exactement ce que demande le contexte. Pour ces raisons,
une autre correction, avrlaraOpot; (ANTIC<TA>©MOC), mérite
d’être considérée ; cf. Pial. Soph. 229 c 1-3 àyvolaç . . péya
ti .. etSoç, rrâni toï; SXXoiç aÙTÏjç avria-raOpov pépeaiv.
3. ’AiTaicSpupa, mot très rare, formé à jmrlir de à~ai<ü-
péopai, et déjà dans ilipp., Tract. 30 III, p. 522.4 L.).
4. ’Arro-rfOspev : Olympiod., In Gorg., p. 2-14.13-14, emploie
le moyen dans le meme sens : &XXà ànoriOeao aùràç [sciZ. les
puissances divines] èv T<p —parera air «a.
5. Cf. supra, p. 3.9-10
Page 95.
I. Mouvement, repos, altérité et identité, c’est-à-dire les
genres de l’être scion le Sophiste 254 d 4 ss.
2. 11 s'agit là de la structure oppositionnelle de l’un de la
2e hypothèse du Parménide, après le partage de l’un et de la
substance par la première altérité. C’est ainsi quo, dans cette 2e
hypothèse, se trouve réalisé le désir que Soerate exprimait d’abord
à Zénon, à savoir qu’on lui montrât des oppositions entrelacées
au cœur même de l’intelligible (Parm. 129 b 1 130 a 3).
3. C’est ainsi que Proclus interprète Platon (Phil. 23 d 7-8),
dans Théol. Plat., III 9, p. 36.20-p. 37.20. Damascius se détache
de cette position, infra, p. 97.9 ss.
Page 96.
I. Tô 8è êv èzeïvo. Nous traduisons par l’un antérieur, par
souci de clarté, en nous basant sur ce qui est dit supra, p. 95.12-14.
2. Tô cuvayroyôv. A noter que l’expression de « l’un rassem-
blcur», utilisée supra, p. 95.17, ne paraît pas dans le Philèbe. —
Platon emploie le terme crjvaycoyéç, dans le Timée, au sujet du
lien par lequel le démiurge unit le feu et la terre pour formel le
corps du monde, ce lien étant la proportion (àvaî.oyta), cf Tim.
31 c 1-4. Un tel lien est le symbole de la cause unique d’après
NOTES COMPLÉMENTAIRES 165
Proclus (In Tim., II, p. 16,13-21). Pour l’expression de «l’un
rassembleur » chez Proclus, voir El. théol., § 13.
3. Tà &XXa : les « autres », dont il s’agit ici sont les plusieurs,
comme « autres » de l’un. Us équivalent à l’illimité, de meme que
l’un équivaut au limitant.
Page 97.
I. Ici est indiqué le rôle que jouent les trois monades dans ta
préparation du mélange des éléments. Ce rôle sera précisé plus
bas, p. 98.23-26.
2. C’est-à-dire la cause du mixte.
3. A la différence de Proclus, qui identifie l’un «intérieur et la
cause du mixte (cf. supra, p. 95.17-18 et n. 3), Damascius les disso-
cie. Lu transcendance de l’un exige qu’il soit affranchi de toute
activité déterminée (supra, p. 96.16-18) ; l’un seulement un n’est
cause que de l’un. Prenant son relais, la cause du mixte sera la
cause du mélange, du rasscmbloment, de l’union et de la distinction
à la fois ; tel sera l’unifié. Cette conception sera confirmée plus
loin, infra, p 106.18-20.
4. Ici, toü èvôç Üvtoç (1. 18) opposé à toü rrWjOouç ne peut pas
signifier l’un-être (l’unifié), mais « ce qui est un », entendu comme
le limitant par rapport à l’illimité qu’est la pluralité. Cette
interprétation est justifiée par le passage suivant de Vin Phil.
(§ 108.4-5) : TIIv Sè av Sp.ei.vov t6 pèv Êv tczvtoiv aÏTtov rroieïv,
évdiaeœq 8è tô îrèpaç, Siazplaewç Sè tS Srceipov, toü Sè [zeTÉ/ov-
toç àpupoïv t4 [ziktôv. (« 11 est préférable de faire de l’un la cause
de tout, du limitant la cause de l’union, de l’illimité la cause de
la distinction, et du mixte la cause de ce qui participe des deux »).
On aurait alors les correspondances suivantes :
De princ. p 97.9-20 In Phil. §108.4-5
1 le seulement un = l’un couse do tout
2. ce qui est un, cause de l’u-
nion
3. la pluralité, cause de la dis-
tinction
4. ce qui, étant à la fois unifi-
cateur et plurificateur, est
cause de la communauté,
antérieurement aux deux
(i.e. à l’union et à la dis-
tinction).
le limitant, cause de l’union
l’illimité, cause de la distinction
le mixte, cause de ce qui parti-
< ipe des deux (les deux étant
I union et ta distinction, et
ce qui participe des deux
étant les éléments).
Cette dernière équivalence, qui désigne la cause du mixte en De
princ., p. 97.19-20, s’accorde bien avec le contexte et la doctrine :
a) la cause de ta communauté, c’est la cause du mixte (ibitl.,
p. 97.12-16), qui est dissociée de 1 un seulement un (ib d., p. 97.11-
13) ; b) le mixte, « cause de ce qui participe des deux», est iden-
15
166
NOTES COM ELEMEN TAIRES
tique à la « cause du mixte » (/n Phil., § 104.6-7) ; c’est le mixte
autoconstituant; c) un te) mixte peut être considéré comme
antérieur à ses éléments (comme chez Platon, Phil. 27 d 1-10 ;
d) il y a correspondance entre ce mixte originel de Vin Phil. et
1 unifié du De Peine, (références supra, p. lv et n 5) ; c) l’unifié
e.st à la fois unificateur et plurifleateur, en ce sens qu'en lui appa-
raissent pour la première fois les multiples (rà TtXslro), et en
même temps l’union des « multiples » (R. I, p. 112.26-p. 113.1).
5. Toüto : d’après le contexte explicité dans la note précédente,
ce mot ne peut pas renvoyer fi toü ... évottoioü xal xXqGoTroioü
(1. 19-20'. En effet. «ce qui est à la fois unificateur et plurifl-
eateur » est la «muse du mixte ou l’unifié, qui n'est pas antérieur
A fout, à la différence du principe ici désigné. L’ambiguïté du
texte eût été évitée, si Damascius avait écrit éxstvo au lieu de
toûto, mais il lui arrive d’omployer l’un pour l’autre.
Page 98.
1. Cf. supra, p. 95.4-10.
2. II s’agit du sujet de doute qui apparaît dès les premières
pages (supra, p. 3.25-p. 4.12) et qui constitue ensuite le thème
fondamental de I aporétique de la notion de l’un.
Page 100.
I. Celte hypostase parfaite désigne le principe de position dans
l’être, principe qu’est l’unifié même dans sa subsistcnce (ÜTrapÇic)
propre, laquelle a été distinguée plus haut de la subsistance
sursimpliflée de l’un (p 79.11-12).
2. Tou évdç tou Évi>ç p.<5vou. Cette exprossion «I un qui est
pris comme un isolément » indique l’un, on tant qu’on l’oppose à la
pluralité, c’est-è dire l’un limitant.
Page 101.
1. La «distinction substantielle » ici désignée ast celle qui se
produit, en deçà de l’intelligible, au commencement des intclli-
gibles-intellectifs, par l’effet de la première altérité laquelle
contredivisc l’un et l’être, cf. Plat., Parm. 143 a4-b8 ; c’est à
partir de là qu’est réelle In distinction au sens strict.
2. Le texte de Platon (Soph. 2-19 a 1-2) porte .... àXXà aepvèv
xal âytov, voüv oùx g/ov, dcxtvçrov éoTÔç eîvai ; Damascius para-
phrase, ici, éaTTjxev Sytov, oùSè xivoûpevov, «pqalv èxeïvoç, et
plus loin, R. I, p 134.25-p. 135.1, ô ye éoTcx; aytov (sic A :
aïftov A1), où8è xivoûpevov àxotpalvcrai. Dans le second cas,
aïrtov est une correction peu heureuse du copiste, qui n’avait pas
NOTES COMPLÉMENTAIRES
167
reconnu la citation ; dans le premier cas, fiyiov est la leçon posl
corr. (A1 s.u. : ÊaTTjxs xœyiov A), à moins que les deux leçons
n’aient changé de place, ce qui n’est pas rare, la correction
passant de la position interlinéaire a celle sur la ligne; ea-njue
Ttâytov serait alors une correction intentionnelle de êa-r^xev âytov,
qu’on ne comprenait pas (pour Sarq-zs raxytov, cf. R. II, p. 133.9,
et Libanius, Or. 64.'17). Quoi qu’il en soit, la variante doit provenir
du modèle de A, car il est inconcevable que le même copiste, qui
a éliminé la leçon correcte dans un cas, l’ait restituée dans un
autre.
3. IJ no s’agit pas ici des plusieurs purs qui sont avant l’être
et qui, comme l’un, sont des non-êtres par transcendance ;
Damascius indique seulement que l’être ne fait pas partie d’une
série où il procéderait.
4. ’ATro-rprfjaei : la forme àTto-rp-qyeoOat ci-dessous (p. 102.4)
suggère que Damascius a connu et peut-être employé la forme
àîcoT[i.y,5si qu’on lit dans l'autre témoin, Clément d’Alexandrie ;
àTTOTpqast, In forme normale, a pu la supplanter sous l’influence
de àTro-qx^accOai (1. 25). — Nous empruntons la traduction de
ce vers (fr. 28 B 4, v. 2, Diels-Kranz*, I, p. 232) fc J. Beaufret, Le
poème de Parrninide, Paris 11)55, p. 80.
Page 102.
1. Toü évéç : l’un désigné ici est l’un en tant qu’opposé à la
pluralité, supra, p. 100.19-20 et n. 2.
2. Sur la distinction entre l’éternel (alcoviov) et le perpétuel
(àtôiov), voir supra, n. 2 de ta p. 59.4.
Page 103.
I. Les «autres» signifient ici les formes dites inutérielles
(xà Svu?,a) destinées à la matière et au corps sans qualité. Ce
sont les « autres » dits ailleurs spécifiés (-rà el8i]Tixà âXXa, R. H,
p. 292.26) par opposition aux « autres » purs de la matière (zà
ùXixà SXXa, R. II, p. 287.23). Ces formes sont l'objet du commen-
taire de la 4e hypothèse du Parmtnide (R. II, p. 273.12-p. 280.27).
2. Par ce qui se comporte comme une sorte de matière est
clairement désigné le corps non encore qualifié (ânoiov), le second
substrat, supra, p. 29.8-9 et n. 3.
3. L’un qui est la matière même = l’un de la matière, ou le
dernier un, cf. supra, p. 18.16-17; p. 23.19-21. L’être qui est anté-
rieur à la matière le corps non qualifié (comme chez Proclus, In
Parm., II, 735.33-37). Selon cette doctrine, la force do l’un s’étend
jusqu’à la matière et celle de rétro jusqu'au corps sans qualité
(sur ce dernier, cf. supra, n. 2).
4. 'Il pla tüv ôXcûv àp/q l’expression désigne très précisé-
ment 1 un ; cf. In Parm., R II, p. 310 3 et 18.
168
NOTES COMPLÉMENTAIRES
5. Nous gardons ici le mot « plérômes » qui convient mieux
habituellement aux totalités incorruptibles, mais qui, par exten-
sion, peut être appliqué aux ensembles corruptibles.
Page 104.
1 L’exclamation rlç 'q àTroxX^pwau; (et l'infinitif) sert unique-
ment à dénoncer le caractère arbitraire d'un raisonnement qui,
dans des conditions identiques, admettrait, pour un cas donné, ce
qu'il refuserait pour un autre. Aussi, les traductions que l’on
trouve dans la plupart des dictionnaires, comme « Qu’y a-t-il
d’étrange à... î (Bailly), « [What] absurdity » (Sophocles) « What
is there unreasonable in... ? » (LSJ), bien qu’elles puissent éveil
tuellement convenir à l’un ou l’autre des contextes, n’expriment
pas le véritable sens de la locution. Exemples de lieux où paraît
cette locution : Apoll. Dysc., Synt. 267 17 Bekker (= 380.9
Uhlig) ; Alex. Aphrod , De an. 22.25 ; Sext. Lmp , Adu. math.,
VIII 351 ; Clem. Alex., Paedag., 1 6, p. 114.13-14 Stulilin ; Orig.,
Contra Cels., I 25, p. 76.3 Koetschau. Usage très fréquent dans
l’école d’Ammonius : Ammonius, De interpr. 177 16; Olympiod.,
In cal. 92.33 ; In meleora 54.16; 55.26; 136.19, etc.; Simpl.,
De caelo 27.5-6 ; Philopon, In anal. pr. 160.3-4 ; In meleora 27.12 ;
133.35 ; De gejier. cl corr. 93.94 ; 172.23; 180.24 ; De anima
172.23; 190.35; 191.2; 4; 328.17. In Phys. 98.3 etc.; Dam.
De princ., R I, p. 160.21.
2 . Image semblable à celle qu’utilise Platon Parm. 131 b 3-1.
Page 105.
1. Car ce n est pas là le véritable rapport des éléments à l’éle
menté, comme il sera dit plus loin, cf. R I, p 202.7 11 les
éléments ne sont pas la matière de l’élérncnlé, mais ils sont seule-
ment analogues à la matière et comme la pluralité de choque
forme par rappo t à l’un.
2 Nouvelle précision au sujet de la sub istence. La procession
ne se produit pas directement à partir de la subsistence de 1 un,
symbolisée par le centre, dans lequel les origines des rayons ne
sont pas encore déterminées, mais à partir de la pluralité pure,
symbolisée par l’image d’un pur continu fluent par définition
dans toutes les directions autour du centre; cela fait penser à
l’infinité des centres virtuels secondaires en train de rayonner
chacun vers un point déterminé. Telle est la cause plurificatrice,
cause de l’écartement des rayons qui symbolisent la procession.
Page 106.
1. Cf. supra, p. 65.4-6 et n. 2.
2. C’est le principe nommé t<5 ye düwjOôç ev et déclaré
absoli ment indivisible par Platon dans Soph. 24o a 8 9
3. Cet ouvrage est le Philibe. Dans l'interprétation insolite
NOTES COMPLÉMENTAIRES 169
qui suit et qui, d'ailleurs, est, proposée avec quelque réserve
comme une hypothèse (Ïœcôç, 1. 18), il ne serait pas question de
l’un antérieur dans cet ouvrage, et ce serait l’unifié qui jouerait le
rôle du dieu révélateur de l’illimité et du limitant Tels sont les
« trois principes » signalés par Damascius à la 1. 17 Dans cette
hypothèse, l’unifié est substitué à l’un ou au bien, sur le seuil
duquel se trouvent les trois monades, beauté, proportion et
vérité, Phil. 64. c 1-65 a 5. — Cette interprétation vient confirmer,
à sa façon, la dissociation de l’un antérieur et de la cause du mixte
cf supra, p. 97.9 ss), car elle n’aurait pas pu être proposée, si
cette dissociation n’avait été tenue pour acquise.
Page 107.
1. "fîç <paot, c’est sans doute d’après Syrianus et ses disciples
Ilennias et Proclus, que Damuscius infère cette conception de
la puissance comme èz.révcia de la substance. Formé à partir
de éxTetvce, le mot récent êxTévsia (extension), auquel Damascius
fait une certaine fortune (cf. De princ., R I, p 132.5 ; 133.16 ;
135.8; 137.14; 139.28 (èxTevéç); 140.15; 273.3; 302.15-16;
313.1 ; 313.22 ; In Parm., R. II, 101.22), est employé par Proclus
(In Tim. I. p. 366.2, p. 367.16; éx-revéç : In Tim., I, p. 365.21,
Théol. Pial., Il] 2, p. 9.17). Hermias, dans les In Platonis Phae-
drum scholia (éd. P. Couvreur, Paris 1901, réimp. Hildeshcim
1971, avec index de C. Zintzcn), où il rapporte le cours de
Syrianus sur le Phèdre de Phiton, explique la notion d’èxTévsia, à
l'occasion de l'argument en faveur de l’immortalité de l'âme de
Phèdre 24b c 5-d 1. Cet argument peut être explicité par les deux
raisonnements suivants : (I) « L’âme est automotrice ; ce qui est
automoteur est toujours on mouvement ; cc qui est toujours en
mo ivcment est immortel donc l’âme est immortelle... (2) L’âme
est automotrice ; ce qui est automoteur est principe du mouve-
ment le principe du mouvement est inengendré ; ce qui est
inengendré est incorruptible; ce qui est incorruptible est immortel,
donc 1 âme est immortelle .. » (In Phaedr , p. 104.6-12). 1 e 1er
raisonnement se rapporte à I aùràpxsta de la substance de 1 âme,
le 2e à son éxréveta, en tant que l’âme est source et principe du
mouvement pour les corps. D où la définition : « Est capable
d’extension ce qui communique aussi aux autres ce qui lui appar-
tient en propre » — êxrsvèç 8é ècti tù psra8i86v tg>v èauToû xal
toîç &X7,oiç ‘ toûto yàp tvjç àyaOociSoüç xal àcpOôvov <puaeâ>ç êaTi
XapaxrçpiaTixôv xal toü ùirepTtX^pouç tî;ç Suvàpecoç (In
Phaedr , p. 115.7-13 . Dans ce contexte, la formule de Damascius
J; Svvaptç éxTéveia ttjç oùalaç livre tout son sens.
2. La substance unitaire (dans l’unifié), première avant la
puissance et l’acte, n’est que troisième à partir de l’un, puisque
les plusieurs se trouvent entre l'un et l’unifié. Sur la triade ovala,
Sùvaptç, èvépycia, voir A. J. Festuglère, La révélation d'Hermès
Trismégisle, III, Paris 1953, p. 190, n. 1, et P. Hadot, Porphyre
ei Viclorinus, I, Paris 1968, p. 268, n. 10.
170
NOTES COMF1 ÉMENTAIRES
Page 109.
1. Cette doctrine de l’agir par l'être est déjà énoncée par
Proclus, Théol. Plat., I 15, p. 76.1-4, n. 1 ; 18, p. 82.8-11, n. 2. —
Voir l’article de J. Trouilhird, « Agir par son être même la causa-
lité selon Proclos », dans liev des Sc. Ilelig. 32, 1958, p. 347-357.
2. Cf supra, p. 38.12-14 el p 99 15-16 la matière entendue
coinn e l’un le plus affaibli ; c’est là un thème proclicn souvent
repris par Damascius, mais à propos duquel il soulèvera plus
loin une aporie (infra p. II 1.23 112.9 et n. I et p. 123.11-16).
3. llàvra êv .. yuuvèv. ., dans cet te expression, la matière
est présentée comme l’inversion de l’un dans la privation de tout.
Le singulier yupvèv désignant êv comme le mot principal dans
l’oxprcssion rravta êv nous traduisons celle-ci par « un-tout » au
lieu de « tout-un ».
4. Cf Plat. Timée 48 d 4 e 1 : Oeèv 8^) «al vüv ... <7G>-ri;pa
éKixaXeaàp.Evoi raxXtv àp/câpeOa Xéyeiv, ce <pn confirme la
correction 0e6v au lieu de olov.
Page 111.
1. Critique du thème proclien, selon lequel la matière est une
trace de l’un et a quelque analogie avec lui, du fait, qu el e n
participe (Procl., Théol Plat., I 21, p. 98.26) Damascius conteste
cette participation au nom de l'indétermination absolue do l’un,
à laquelle il oppose la détermination de la matière, o.n tant qu’il
la considère comine spéciflable (1. 24 ss). Mais on pourrait objecter
que la participation do la matière à l’un n'impliquerait pas que
l’un ne soit pas absolument indéterminé et imparticipable, la
relation n’étant pas réciproque De plus, Damascius admet que
tout est enveloppé par l’un (y compris la matière, infra, p 112
11-14), sans que soit compromise l’imparticipabilité de l’un. —
Dans Vin Parm., au commentaire de la 5e hypothèse la non-pal ti-
cipation de la matière à l’un sera maintenue (R. Il, p. 283.3-
p. 284.2), mais ce sera, cette fois, dans le contexte plus normal de
l’indétermination absolue (par défaut) de la matière; son même-
pas-un renverra alors, d’une certaine façon, au même-pas-un d»
l’ineffable au-delà même de 1 un, et a fortiori de tout ordre
Page 112.
1. C’est-à-dire la nature absolument indéterminée de l’un.
2. 'ÏTOaTaOpi) ' dans le Phédon 109 c 2, l'eau, le brouillard et
l’air sont les sédiments de l’éther, qui se rassemblent dans les
creux de la terre La métaphore du sédiment est ci appliquée à la
matière, comme chez Proclus, In Ale., p 181 17, In Tim. II,
p. 65.24
3. 11 sera encore question de la matière, et dans la même
perspective de la matière spécifiablc, infra, p. 123.11 -16. L’allusion
peut aussi concerner le commentaire que Damascius consacrera à
la cinquième hypothèse du Parménide (R. II, p 280.28-p. 289 4).
NUTLb COMPLÉMENTAIRES
171
4. C csl-à-dire l’un indéterminé.
5 Allusion à lu doctrine d’Aristote sur le premier moteur,
Met. A 7.
Page 114.
1 Subsistence praxpÇtç , puissance (Suvaptç) et acte (èvépyeiai
constituent, chez Damascius, une autre manière d’évoquer la
triade clialdaïque père, puissance, intellect. C'est ainsi que
Damascius dira des principes pie sont l’un les plusieurs et I unifié:
» le premier sc conçoit selon la subsistence, comme on le voit dans
les Oracles ; le deuxième selon la puissance, il est même appelé
ainsi de façon explicite, le troisième s’adjoindra aussi 1 acte », R I,
p. 131.16-19. - Vo r infra, n. 2 de la p. 118.14-15.
Page 116
I. Cf. R. I, j>. 230.5 : olov ottou tj TOÙTérqç, xal % èrEpérqç,
et In Parm., IL II, p. 189.8-9, èirel xal iSttou toùtÔttjç, xal
èrepÔTijc.
Page Ils
2. Cf. Or. Chald. (E. des Places, fr 4 ; W. Kroll, p 13) : p pèv
yàp Suvapi^ aùv ézelvo, voüç 8’ an’ Èxelvou, où èxcïvoç signifie le
Père, identifié avec l’CxapÇlç par les néoplatoniciens, qui
ainsi construisent la triade ünapÇtç, Süvaptç, voüç, cf. Procl.
El. Théol., § 121, et commentaire de L. R Dodds, p. 264. Cette
identification remonte à Porphyre Cf. P. lladot Porphyre el
Vidorinus I, p 264 272, et « La métaphysique de Porphyre »
dans Porphyre, Entretiens sur I Antiquité classique XII, Van-
deeuvres Genève 1965 p. 127-157.
Page 120.
1 Aiarâ-rteaOai = « faire ses arrangements », « arranger ses
idées », « se prononcer sur » ; cf. Procl In Eucl., p. 57 1 Dam.,
In Phil , § 10 1.
Page 121.
1. La triade clialdaïque est « le chiffre du tout », comme l’était
déjà la triade pythagoricienne (cf. Arist. De caelo, 1 1,268 a 10-13 :
xaGànep yàp çaal xal oi nuOayépstoi, rè nâv xal to navra toïç
rptalv éSpiOTOi • teXsut/) yàp xal péaov xal àp/vj rèv àpi6pôv ë/st
rèv toü navrôç, toûto 8è rl>v rr,ç rp Ô8oç).
2. 'Iva, a ici un sens quasi consécutif
Page 122.
J Cf. supra, p. 70.17 18 et n. 2.
172
NOTES CO M P L É M EN T AIR E S
2. L’un auquel est suspendu directement l’être est l’un de
l’être dans Van-élre.
3. Cf. supra, p. 99.12-14.
Page 123.
1. Toîç çtXoaéçotç. Par ce mot, Damascius désigne ici,
comme ailleurs, Syrianus et Proclus. De fait, pour Proclus {Théol.
Plat., I 21, p. 100.9-12 ; 1114, p. 16.15-p. 17.12) la « lumière » de
llép., VI 508 e 1-509 a 5, qui est ta vérité, représente les hénades
divines, c’est-ù-dire l’un (le bien) en lent que participable.
2. '£7; &<f‘ évèç xal Ttpéç ëv : voir supra, p. 3 18 et n. 4.
3. Cf. supra, p. 111.23 ss et n. I.
4, Voir R. I, p. 252.16-18, les formes matérielles (ïwXa)
procèdent de l’ordre démiurgique ; voir encore In Parm., R. II,
p. 275.23-26. Réciproquement, la matière, en tant que spécifiable,
relève de cet ordre, R. 11, p. 171.8-15. Mais différent du problème
de la spécification est celui de la cause exemplaire de la matière en
tant que matière. Ce problème, posé en R. H, p. 13.9-23, a beau-
coup plus loin ta solution suivante : dans son indétermination
totale, la matière ne dépend d’aucun ordre ni d’aucun un, mais
de l’ineffable lui-même (R. II, p. 283.16-p. 284.1).
5. Il s’agit de l’unifié désigné supra, p. 100.6-14, comme
l’analogue de l’un antérieur, en chaque chose.
6. Il doit s’agir ici de la pluralité pure, ou un dyadique dont il
sera dit plus loin explicitement qu’il est le premier à avoir procédé
(R. 1, p. 106.27-p. 107.2).
Page 124.
1. Tàç Scv-répaç ànoplaç, comme dans Dam., In Phaed. 1,
§ 445.1, cette expression signifie «la seconde série d’apories»;
elles ont été énoncées et réfutées ù partir de la p. 99 1, la première
série occupant les p 62.1-98.27.
Page 125.
1. Cf. supra, p. 106.3-8.
2. Cela est équivalemment dit par Platon dans l'expression
èitézeiva -rijç oùclaç, Rép., VI, 509 b 9. Rappelons que Platon a
explicitement dénoncé toute confusion entre la vérité et le bien,
comme entre la lumière et le soleil (Rép., VI, 509 a 1-5).
3 Le point, en raison de son caractère inétendu reste indivisible
et matériellement insaisissable on soi ; bien que repérable par sa
pure position spatiale, il reste sans contact et comme séparé. En ce
sens, il est le symbole géométrique de l’unité, ou l’analogue encos-
mique de ta monade, laquelle est le symbole de l’un, lequel est le
symbole de l’ineffable.
NOTES GOMPLÉMENTAIRES
173
Page 128.
1. Le verbe âxapaXXaxTSÏv, qui ne se trouve qti’ici, ne paraît
dans aucun dictionnaire, et il serait facile de corriger par
àrazpà>J.axTOV. Mais la formation est correcte (cf. drrax'reïv,
à-rapaxTscv, et le nom àTrapaXXaÇia), <d Damascius aime les
néologismes.
2. C'est-à-dire au-delà de l’un et de la pluraliié en tant qu’on
les prend dans un rapport d'opposition.
3. Les « autres propriétés », dont il est ici question, sont les
propriétés de l'intelligible : substance, vie, intellect. 11 est
évident que si manence, procession, conversion ne sont pas
discernables dans l’un, il n’y a pas à rechercher en lui ces autres
propriétés. Elles n’apparaîtront, pour Damascius, qu’avec la
friudisation de l’unifié, troisième des trois principes qui viennent
après l’un. La problématique de ces propriétés occupera, par la
suite, une part importante du traité, au cours de l’étude consacrée
à l’unifié, cf. D. I p. 149.2-5-p. 196.32.
Page 129.
I. Taüra : ces « moments » de la manence, de la procession et
de la conversion.
2. En parlant, comme il l’a fait plus haut (p 118.9-19), du
deuxième principe (la cause de distinction) comme de la « puis-
sance • de l’un (l’un-tout initial), Damascius, encore qu’il ait
atténué la distinction, a laissé s'introduire ia supposition que le
deuxième principe est au premier comme le procédant au demeu-
rant. La même supposition reparaît p. 127.12-18 et p. 129.1-7. II y
a là une ambiguïté sur la notion de l’un-tout indéterminé et en
même temps premier de série, que Damascius veut faire disparaître :
«il faut désormais rechercher si toutefois celui qui demeure
n'est pas différent de celui qu’on a supposé, en commençant,
être l’un-tout, car celui-ci n’est rien de déterminé ». Par ces mots,
Damascius introduit un aspect du problème général qui sera
examiné dans la suite (cf. R. I, p. 86.3 ss), à savoir : faut-il avec
Porphyre identifier l’un au « demeurant », c’est-à-dire au père
de la triade intelligible, ou avec Proclus situer l'un au-delà du
père, ou avec Jamblique situer encore l’ineffable aii-dalà de l’un
séparé. C'est en se rattachant à la position de Jamblique que
Damascius résoudra le problème. Voir supra, n. 3 do lu p. 9.16.
3. Ces principes postérieurs à l’un Sont les principes constitutifs
de la triade intelligible, dont il va être question dans la suite,
cf. R. 1, p. 86.19-p. 87.4, et en particulier p. 87.16-24 où Damascius
rappelle explicitement le présent passage. — On a les correspon-
dances suivantes :
174
NOTES COM P [. ÉM ENTA IK ES
Pythagoriciens Platon, Proclus
Le principe
qui demeure — monade................ limitant........
Le principe
qui procède dyade................... illimité ......
Le principe
qui se convertit = triade........... mixte...........
Or. Chal-
dalqties
père
puissance
intellect
4. Après avoir mis en doute la convenance du « demeurant » à
l’un-tout anterieur, Damascius, par cet « Ou bien » introduit
cependant la possibilité de le suggérer par ce vocable, en parlant
alors selon l’analogie, non au sens propre. Cela ne contredit en
rien sa pensée fondamentale, selon laquelle l’un resta absolument
indéterminé, au-delà de tout nom, cc qui ne. sera nullement
infirmé par kl suite.
TABLE DES MATIÈRES
Avant-propos.............................. vn
Introduction............................... ix
]. Damascius : l’homme et le penseur.. . ix
2. La destinée de l’œuvre............ - xxvi
3. Les œuvres de Damascius............... xxxm
Lr TEXTE DU TRAITÉ DES PREMIERS PRINCIPES. I.XX1II
1. La collection philosophique........... i.xxm
2. Le Marcianus gr. 246 ................ lxxxi
3. L’état du texte...................... lxxxiv
4. Les manuscrits dérivés de A.......... xc
5. La descendance de C.................. xciv
6. La descendance, de B................. xcvi
7. Le pseudo-Hercnnius..........-........ cxi
8. Stcmma............................... cxv
Notice............................. • cxvn
Abréviations............................... cli
Sigles..................................... clv
TRAITÉ DES PREMIERS PRINCIPES
I : DE L’INEFFABLE ET DE L UN
Première partie
De l’ineffable : aporétique de la notion
DE PRINCIPE ABSOLU
1. L’aporie du principe......... .. 1
2. Modes du tout et exigence du principe.. 2
3. Nécessité et ineffabilité du principe. 4
176
TABLE DES MATIÈRES
4. De l'un indicible et dicible............... 9
5. De l’ineognoscibilité de l'ineffable...... 11
6. L’ineffable n’est pas objet d opinion. . 14
7. De notre ignorance à l’égard de l’ineffable.. 16
8. Le renversement total du discours............. 20
9. Trois questions et réponses............... 23
Deuxième partie
Essai de remontée vers le principe
1. Remontée par l’absence de besoin . 27
1.1. Le corps qualifié. . ... ............... 28
1.2. La nature et la vie végétative............ 30
1.3. L’âme non-rationnelle..................... 32
1 4 L’âme rationnelle ......................... 33
1.5. L’intellect............................... 34
1.6. L’un-être... .......................... 35
1.7. L’un......................................... 37
1.8. L’ineffable................................ 39
2. Remontée par le besoin....................... 39
2.1. Le corps qualifié............................ 40
2.2. La nature .... ... 41
2.3. La vie végétative............................ 41
2.4. La vie sensitive et l’automoteur apparent. . 42
2.41. Problème de l’automotricité non-rationnelle. 43
2.42. Trois hypothèses............................ 44
2.43. Solution proposée.. . 46
2.41. Le « par quoi » et le « selon quoi »..... 48
2.45. Degrés d’automotricité...................... 49
2.5. L’automoteur réel ou rationnel............... 51
2.6. La cause immobile............................ 51
2.7. De l’intellect au pur unifié................. 52
2.8. Du pur unifié à l’un........................ 54
2.9. De l’un à l'ineffable.. .56
3. Remontée par les mondes parfaits............. 57
3.1. De l’automoteur à l’immobile et à l’unifié.. 57
3.2. De l’unifié à l’un........... 6ü
3.3. De 1 un à 1 ineffable........................ 61
TABLE DES MATIÈRES 177
Troisième partie
APORÉTIQUE DE LA NOTION DE L UN
1. L’un est il connaissable ?.............. 02
2. Arguments positifs. La méthode des con-
tractions.................................... 63
3. L’analogie et les négations ................. 04
4. La connaissance unitaire................ 65
5. Les contractions dans l’ordre unitaire.... 65
6. Le « quelque » un. 60
7. L’un comme tout......................... 67
8. Arguments négatifs. L’un comme tout....... 68
9 Le « quelque » un....................... 69
10. L’analogie et les négations............. 69
IL Les contractions unitaires.. 70
12. Autres arguments négatifs. Le purement un. 71
13. I ’un comme tout........................ 72
14. L’union n’est pas connaissance.......... 72
15 Impossibilité de la procession et de la
conversion................................ 73
16. L’un ne peut pas subir de distinction ... 74
17 Conclusion sur l’incognoseibilité de l’un. 75
18. Solution de l’aporie de la procession..... 76
19. Exemple du soleil....................... 77
20. Exemple de la matière et de la forme ... 77
21. Possiblité de la conversion vers l’un..... 78
22. La contraction du divisé dans l’indivisible.. 80
23 L’évocation allusive de l’un............ 82
24. L’approche unitive de 1 un .................. 83
25 L’un caché par l’ineffable • 84
26. Le statut aporétique de l’un................. 85
27. Du connaissable à l’inconnaissable... 85
28. La gestation de la notion de l’un 86
29. Trois questions......................... 89
29.1. Réponse à la 3e question.. 89
29.2. Réponse à la 2e question.... 90
29 3 Réponse à la lre question . . 92
30. L’un indéterminé et l’un déterminé.... 94
178
TABLE DES MATIÈRES
Quatrième partie
L’un ft la procession
1. Y a-t-il une procession à partir de l’un?.. . 99
2. Arguments pour la procession................... 99
3. Arguments contre la procession................ 100
4. Hypothèse d’une participation commune.. . 104
5. Postulation d’une cause de distinction . . . 105
6. Apories liées à la distinction de cette cause. 108
7. Indétermination absolue de l’un............... 109
8. Indétermination et causalité dans l’un..... 112
9. Aporie de la contradistinction................ 115
10. La puissance de l’un.......................... 118
11. Les choses distinguées et 1 un........ 118
12. Procession, production et participation uni-
taires............................................ 120
13. L’un iinparticipable et ses dérivés........... 122
14. Conclusion sur l’un........................... 126
Motes complémentaires................... 131
Table des matières...................... 175
N.B. Un Index des noms propres et des textes cités sera donné
dans le vol. 111 de cette édition
ACHEVÉ D’iMPRIMER
LE 2R AVRIL 1986
SUR LF-S PRESSES
DF
L IMPRIMERIE A. BONTEMPS
A LIMOGES (FRANGE)
DÉPÔT LÉGAL : 28 AVRIL 1986
IMPR. v 6093 83, ÉDIT. h° 2545