Author: Foenix-Riou B.   Valderrama A.  

Tags: psychologie   psychologie de la personnalité  

ISBN: 9782412072035

Year: 2021

Text
                    
Béatrice Foenix-Riou Asunción Valderrama L’ennéagramme
L’ennéagramme pour les Nuls © Éditions First, un département d’Édi8, 2021. Publié en accord avec John Wiley & Sons, Inc. « Pour les Nuls » est une marque déposée de John Wiley & Sons, Inc. « For Dummies » est une marque déposée de John Wiley & Sons, Inc. ISBN : 9782412072035 Dépôt légal : août 2021 Correction : Judith Lévitan Illustrations intérieures : Stéphane Martinez et Fabrice Del Rio Ruiz Mise en pages : KN Conception Éditions First, un département d’Édi8 92, avenue de France 75013 Paris – France Tél. : 01 44 16 09 00 E-mail : firstinfo@efirst.com Site internet : www.pourlesnuls.fr Cette œuvre est protégée par le droit d’auteur et strictement réservée à l’usage privé du client. Toute reproduction ou diffusion au profit de tiers, à titre gratuit ou onéreux, de tout ou partie de cette oeuvre est strictement interdite et constitue une contrefaçon prévue par les articles L 335-2 et suivants du Code de la propriété intellectuelle. L’éditeur se réserve le droit de poursuivre toute atteinte à ses droits de propriété intellectuelle devant les juridictions civiles ou pénales. Ce livre numérique a été converti initialement au format EPUB par Isako w ww.isako.com à partir de l'édition papier du même ouvrage.
À propos des auteures Si elles sont toutes deux formatrices et maîtres praticiennes en ennéagramme (certification de l’Institut français de l’ennéagramme), c’est dans le monde de l’information que Béatrice Foenix-Riou et Asunción Valderrama ont mené leur carrière. Alors qu’elle était responsable de la bibliothèque d’un organisme international, Asunción Valderrama a découvert l’ennéagramme dans le cadre d’une formation à l’accompagnement spirituel et s’est passionnée pour cet outil. Son mémoire de certification (2013) a porté sur « l’ennéagramme et le fruit de l’Esprit1 ». En marge de son activité professionnelle, elle s’est alors investie dans l’animation de formations pour faire découvrir l’ennéagramme comme outil de connaissance de soi, via des stages et accompagnements individuels. Elle a enrichi ses connaissances en obtenant auprès de Jerome Wagner la certification Certified Advanced Teacher in the Enneagram Spectrum Method (juin 2021) et a rejoint l’équipe de Ennéa-via, pour relier ennéagramme et croissance spirituelle2. Béatrice Foenix-Riou, quant à elle, est une spécialiste de la recherche d’information et de la veille ; elle a écrit de nombreux articles et ouvrages sur le sujet, et a animé de multiples formations pour aider les professionnels à gagner en efficacité sur Internet. C’est à l’occasion d’une discussion avec Asunción qu’elle a découvert l’ennéagramme. Elle s’est enthousiasmée pour ce modèle, a entrepris de s’y former et l’utilise quotidiennement, tant dans sa vie personnelle que professionnelle ; son mémoire de certification a porté sur l’étude de l’ennéatype du Portugal3.
Au fil du temps, leur relation s’est transformée en complicité et, depuis plusieurs années déjà, elles organisent et animent ensemble des formations sur le sujet. Pour compléter la rédaction à quatre mains de cet ouvrage, elles viennent de lancer le site www.enneagramme-explorations.com, qui propose des articles sur l’ennéagramme et des informations sur les formations qu’elles animent. 1 www.enneagramme.com/Articles/2013/IFE_1311_a1.pdf 2 www.ennea-via.com 3 www.enneagramme.com/Articles/2019/IFE_1902_a1.pdf
Introduction nnéagramme… Le mot intrigue et évoque des figures E géométriques chargées de sens symboliques. Il n’y a pourtant rien de mystérieux dans ce modèle, qui décrit à la fois l’unicité de chaque personne et sa proximité ou distance avec d’autres. Neuf « familles » de personnalités sont ainsi décrites, à l’intérieur desquelles chaque être humain va exprimer une motivation profonde et vivre à sa manière les caractéristiques qui l’accompagnent. L’ennéagramme a commencé à être enseigné aux États-Unis à partir des années 1970 et ce modèle est maintenant largement connu et pratiqué dans le monde entier ; coachs, accompagnateurs et thérapeutes l’utilisent pour aider des personnes à mieux se connaître, s’accepter et accepter les autres. À propos de ce livre Ce livre est né de notre désir de faire connaître au plus grand nombre cet extraordinaire outil de compréhension de soi et des autres qu’est l’ennéagramme. Nous sommes convaincues de sa pertinence et de son utilité, et ne cessons de l’expérimenter au quotidien. Ce n’est pas un simple passe-temps distrayant permettant d’emboîter les personnes dans une description sommaire, mais un véritable révélateur de nos motivations profondes. Sans doute n’aurions-nous jamais réussi à concrétiser cette envie, s’il n’y avait eu la pandémie de Covid-19 et les modifications qu’elle a engendrées, dans nos façons de travailler comme dans nos emplois du temps. Écrire ensemble un livre sur
l’ennéagramme nous a semblé être à la fois un moyen de « confiner utile » et de tirer profit de ce modèle pour mieux vivre la situation. Et c’est tout l’intérêt de l’ennéagramme. Une fois que l’on s’est approprié son mécanisme à la fois précis et complexe, que l’on a compris la façon dont nous évoluons dans les différents niveaux de notre ennéatype, on est à même de repérer dans notre vie quotidienne les moments où nous mettons en place inconsciemment des défenses qui nous sécurisent, mais nous font voir le monde avec des filtres. Prendre conscience des angles morts de notre champ de vision nous aide indubitablement à élargir notre point de vue et à mieux accepter certaines situations ! Si l’ennéagramme nous a permis de mieux vivre le confinement, il nous a également aidées à travailler ensemble, afin de rédiger cet ouvrage à quatre mains. Nos ennéatypes différents induisent en effet une gestion du temps qui nous est propre et une façon d’écrire bien particulière : droit à l’essentiel et efficace pour le Trois, pleine de détails et d’histoires pour le Neuf. Nous nous sommes donc réparti les chapitres selon nos ennéatypes et la collaboration a fonctionné merveilleusement, y compris dans les moments de fatigue ou de tension, puisque l’ennéagramme nous faisait rire de nos réactions. Nous espérons que cet ouvrage vous permettra de découvrir votre profil de personnalité, de prendre conscience de ses forces, mais aussi de ses limites – pour mieux vous en libérer – et que vous aurez autant de plaisir à le lire que nous en avons eu à l’écrire ! Fausse et vraie personnalité L’ennéagramme pointe une faille de notre personnalité et nous montre des aspects de notre comportement que nous pouvons avoir du mal à accepter. Nous avons si bien endossé le costume de notre personnalité de façade (ou ego) que nous n’en sommes
pas du tout conscients. Le but de l’ennéagramme est de nous permettre de comprendre les stratégies que nous avons mises en œuvre au fil du temps, afin de pouvoir enfin nous en libérer et nous rapprocher ainsi de notre personnalité authentique, aussi appelée « essence ». Peut-être aurez-vous l’impression en lisant les descriptions des ennéatypes que certaines sont plus critiques que d’autres. Nous pouvons vous assurer qu’il n’en est rien ! Si une description vous paraît particulièrement négative, il est possible toutefois, même si ce n’est pas une règle absolue, qu’elle corresponde en fait à votre ennéatype et vous touche de plus près. Comment ce livre est organisé L’Ennéagramme pour les Nuls se compose de cinq parties, divisées en chapitres. Première partie : À la découverte du modèle de l’ennéagramme Ennéagramme… On entend de plus en plus ce mot, mais savezvous précisément ce qu’il recouvre ? Les trois chapitres de cette partie vous permettront de découvrir les bases de cet outil de connaissance de soi, d’en connaître les origines, et surtout d’en comprendre le mécanisme à la fois précis, complexe et profond. Deuxième partie : Plongée au cœur des neuf types de personnalités
Vous arrive-t-il de vous dire : « Je ne sais pas ce que j’ai en ce moment », ou de penser d’un ami ou de votre conjoint : « Je ne comprends vraiment pas sa réaction » ? Si tel est le cas, n’hésitez pas à plonger avec nous au cœur de chaque ennéatype ; cette incursion vous révélera le comportement et les motivations des neuf personnalités de l’ennéagramme. Et sans doute aurezvous la surprise, au fil des explications et des témoignages, de vous reconnaître intuitivement dans l’une d’entre elles. Troisième partie : Expression et attitude de chaque ennéatype Identifier son ennéatype permet de comprendre la structure interne de sa personnalité. Mais qu’en est-il de la place que nous occupons dans le monde, de la façon dont nous nous exprimons ? C’est le point qu’abordera la troisième partie, avec un premier chapitre dédié à la communication – car chaque type a un dialecte qui lui est propre – et un second, aux « sous-types » de chaque ennéatype. Ces instincts fondamentaux, que nous avons tous développés selon notre histoire personnelle, expliquent en effet les comportements différents que peut avoir un même type de personnalité. Quatrième partie : Impact et coloration des autres ennéatypes Pour la dernière étape de cette exploration de soi – et des autres –, nous tenterons de percevoir l’impact que certains ennéatypes ont sur notre profil de personnalité. Le modèle de l’ennéagramme est si riche qu’il estime en effet que nous
sommes impactés, dans notre comportement notamment, par les ennéatypes qui nous entourent et par ceux vers lesquels nous tendons en suivant les lignes du diagramme, au gré de nos évolutions et de nos régressions. Cinquième partie : Les dix commandements Vous vous êtes familiarisé avec ce modèle de connaissance de soi et vous vous sentez prêts à l’exploiter en « typant » les personnes qui vous sont proches… C’est un réflexe bien naturel, mais attention, la démarche n’est pas neutre ! C’est pourquoi nous avons rassemblé dans cette partie les « dix points d’attention » à garder en mémoire dans votre pratique de l’ennéagramme. Ce chapitre est complété par les dix ouvrages et sites Web incontournables et par les termes clés qui vous permettront de comprendre cet ouvrage, et auxquels vous pourrez vous référer tout au long de votre lecture. Les icônes utilisées dans ce livre Plusieurs icônes figurent en marge du texte et sont là pour attirer votre attention sur des points importants, ou pour vous permettre de repérer instantanément certains types d’information. Souvent relativement détaillés, les « Témoignages » sont des situations vécues par des personnes de notre entourage qui, en racontant elles-mêmes leur anecdote, illustrent les mécanismes de chaque ennéatype (les prénoms ont quelquefois été changés). Les « Exemples » sont là pour illustrer de façon généralement succincte une explication détaillée. Ce sont le plus souvent des manifestations de comportements « égotiques » remarqués chez
des personnes que nous avons côtoyées. Les prénoms ont, bien sûr, été modifiés. Cette icône rappelle et souligne certaines caractéristiques d’un ennéatype. Conseils pratiques, pour ne pas laisser notre ego prendre les commandes. Cette icône met en avant les paradoxes de la communication de chaque ennéatype. Les scénaristes et romanciers s’inspirent souvent de l’ennéagramme pour construire leurs personnages. Cette icône, présente dans le chapitre dédié aux sous-types, en donne une illustration avec une sélection de quelques stéréotypes de chaque ennéatype, retrouvés dans des fictions (romans, films, séries, etc.). Un vocabulaire accessible au profane Le modèle de l’ennéagramme est exceptionnellement riche et décrit de façon très fine le mécanisme d’un ennéatype. Il utilise pour ce faire un vocabulaire qui lui est propre, issu le plus souvent des travaux d’Oscar Ichazo qui, le premier, a enseigné aux Etats-Unis l’ennéagramme des personnalités dans les années 60-70. Ce vocabulaire, que l’on retrouve dans de nombreux ouvrages sur l’ennéagramme, utilise des termes comme la passion et la vertu, la fixation et l’idée supérieure…, qui peuvent être employés dans d’autres contextes et pousser ainsi le lecteur néophyte à faire des contresens.
Nous avons préféré pour cet ouvrage utiliser un vocabulaire plus explicite, que nous avons soigneusement choisi avec l’aide d’une psychologue et psychothérapeute, pour décrire au plus juste l’évolution que connaît par moments notre type de personnalité. À titre d’exemple, « obsession cognitive » et « mécanisme de progression » remplacent « fixation » et « idée supérieure », quand « distorsion émotionnelle » et « restructuration émotionnelle » remplacent « passion » et « vertu ». Nous avons néanmoins conservé les termes originaux entre parenthèses, pour ne pas désorienter les lecteurs déjà initiés à ce modèle… Par où commencer ? Nous avons certes écrit ce livre pour qu’il soit lu d’un bout à l’autre, en respectant une « logique » dans la progression, mais rien ne vous empêche de le parcourir à votre rythme et dans l’ordre qui vous convient. Feuilletez l’ouvrage et plongez dans le monde de l’ennéagramme, en l’abordant par l’aspect qui vous attire. À vous maintenant de vous lancer dans cette découverte avec bienveillance et curiosité !
Partie 1 À la découverte du modèle de l’ennéagramme
Dans cette partie… Vous découvrirez ce qu’est l’ennéagramme et pourquoi ce modèle est un puissant outil de connaissance de soi et de compréhension des autres, qui vous permet d’être pleinement vousmême et non la personne que vous pensez être. Vous décrypterez le mécanisme complexe d’un ennéatype et les manières très fines dont son fonctionnement vous rapproche de l’essence ou vous précipite dans l’ego. Vous prendrez enfin conscience des trois centres d’intelligence que vous utilisez au quotidien et des stratégies que vous avez mises en place pour les employer dans un ordre bien particulier. De nombreuses notions vont ainsi vous être présentées et vous les retrouverez dans différents chapitres. À tout moment, vous pourrez vous rappeler leur signification en vous reportant au ch apitre 20 (page 321), qui rassemble les principaux termes clés de l’ennéagramme.
DANS CE CHAPITRE Présentation de l’ennéagramme • Utilisation de ce modèle d’analyse des personnalités • Origines de l’ennéagramme Chapitre 1 Qu’entend-on par ennéagramme ? nnéagramme, ce mot vient du grec et signifie neuf (ennea) E signes (gramma). Il désigne une typologie de personnalités qui décrit neuf points de vue sur le monde et sur les autres, neuf manières d’envisager les relations, les actions ou les raisonnements. Cette représentation de la diversité humaine peut laisser perplexe au premier abord. Le schéma a un petit air ésotérique, les traits qui relient les points semblent n’obéir à aucune logique. Cette cartographie de la personnalité n’a pourtant rien de mystérieux ni d’occulte. Le symbole de l’ennéagramme
Figure 1-1 Le symbole de l’ennéagramme. Ces points de vue sont appelés « types » ou « ennéatypes » et sont numérotés de Un à Neuf. Ils sont représentés sur un cercle et sont équidistants. Aucun de ces points de vue n’est meilleur ni pire qu’un autre. Les neuf se valent, mais les neuf ne voient qu’une partie de la réalité, celle qui correspond à leur vision particulière du monde et qui les conforte dans leurs croyances et leurs comportements. Une image de soi idéale Chaque ennéatype a des capacités particulières, un domaine d’excellence qui va lui permettre de rester dans sa zone de confort, c’est son « image de soi idéale », sa « fierté ». Il développe ainsi des qualités qui sont réelles et le plus souvent reconnues par les autres, mais en voulant s’accorder à cette image, il s’emprisonne dans un personnage qui est une personnalité de façade (son ego).
Figure 1-2 L’image de soi idéale ou fierté de chaque ennéatype. Ce qu’il faut éviter pour garder sa fierté Pour pouvoir maintenir cette image de soi, il lui faut éviter d’être confronté à une situation qui la mettrait à mal. Chaque ennéatype va donc avoir un « évitement » particulier, une motivation profonde afin de pouvoir garder son image intacte. C’est l’angle mort de son champ de vision. À titre d’exemple, le Sept se voit comme quelqu’un d’heureux et d’optimiste et il est fier de cette image qu’il a de lui. Pour la conserver, il cherche à éviter tout ce qui peut venir troubler sa joie de vivre et, inconsciemment, il fait en sorte d’échapper à la souffrance que pourraient lui procurer ses propres pensées. Le Neuf, quant à lui, se voit comme quelqu’un de calme, s’adaptant facilement à son environnement, et il est généralement perçu comme facile à vivre par son entourage.
Pour ne pas troubler l’harmonie de son monde, il fait tout pour éviter les conflits. Figure 1-3 L’évitement ou compulsion de chaque ennéatype. Une description des motivations et non des comportements L’ennéagramme ne décrit pas des comportements, il décrit des motivations qui peuvent se traduire de manières très différentes. Le travail de découverte de ce modèle consiste, à partir de la connaissance de son ennéatype, à visualiser ses angles morts et ses zones de confort qui, en se combinant, deviennent des zones d’ombre. Ainsi, prendre conscience du réflexe qu’il a de vouloir éviter la souffrance (son angle mort) permet au Sept de déceler les moments où il s’évade dans la construction de plans agréables
(sa zone de confort), pour ne pas affronter ce qui peut le faire souffrir (sa zone d’ombre). De la même façon, être lucide sur son réflexe à vouloir éviter les conflits aide le Neuf à repérer les moments où il n’agit pas ou refuse de prendre position, comme ceux où il s’oublie, pour ne pas faire de vagues… L’ennéagramme ouvre ainsi chaque personne à un élargissement de son propre point de vue et à la découverte et à la compréhension des points de vue des autres ennéatypes. Le but recherché est donc d’abord de mieux se connaître soimême et de prendre conscience des ornières dans lesquelles nous nous enfonçons naturellement, afin d’être capables de nous en extraire. Dans un deuxième temps, la connaissance de ce modèle permet d’avoir de meilleures relations et, surtout, plus de bienveillance envers des personnes dont les motivations et les comportements nous heurtent ou nous posent problème. Trois centres d’intelligence L’ennéagramme rattache chaque ennéatype à un « centre » parmi les trois moteurs principaux de la personnalité : l’action, les émotions ou la pensée. Trois ennéatypes sont situés dans le centre instinctif, trois dans le centre émotionnel et trois dans le centre mental.
Figure 1-4 Les trois centres de l’ennéagramme. Les ennéatypes situés dans le centre instinctif (Huit, Neuf et Un) privilégient l’action pour s’exprimer et exister dans le monde, ceux du centre émotionnel (Deux, Trois et Quatre) utilisent d’abord leurs émotions pour entrer en relation et décoder leur environnement, et ceux du centre mental (Cinq, Six et Sept) cherchent en premier à comprendre le monde pour le rendre prévisible. Ceci ne signifie nullement que seuls les ennéatypes Huit, Neuf et Un passent à l’action, que seuls les ennéatypes Deux, Trois et Quatre aient des émotions, ni que seuls les ennéatypes Cinq, Six et Sept réfléchissent et cherchent à comprendre ! Il ne s’agit que de l’énergie préférée, du moteur qui se met le premier en route face à une sollicitation, mais les deux autres composantes de la personnalité sont bien présentes dans chaque ennéatype. À l’intérieur de chaque centre, chaque ennéatype va utiliser son énergie préférée dans un sens particulier : vers son environnement extérieur, en son for intérieur, ou en alternance. Le chapitre 3 sera entièrement consacré à cet aspect essentiel de la théorie de l’ennéagramme.
Le nombre de neuf ennéatypes s’obtient en multipliant les trois centres par les trois sens d’utilisation de l’énergie propre à chacun d’entre eux. Il ne s’agit donc ni d’un nombre arbitraire, ni d’un calcul cabalistique. Le découpage de la personnalité en trois composantes, action – émotions – pensée, est classique et la description de trois sens différents d’utilisation de chaque énergie relève de la simple observation. Un diplôme de maîtrise pour chaque ennéatype Dans cet ouvrage, les ennéatypes sont toujours identifiés par leur chiffre, pour éviter les confusions et mauvaises interprétations, qui peuvent naître de l’attribution d’adjectifs pour les qualifier. Nous avons néanmoins choisi de leur décerner un « diplôme de maîtrise » dans un domaine, celui dans lequel ils excellent particulièrement. Pour faciliter leur mémorisation, nous avons utilisé ce nom explicite comme titre dans le chapitre qui est dédié à chaque ennéatype (en deuxième partie).
Figure 1-5 Les « diplômes de maîtrise » des neuf personnalités. Un outil de connaissance de soi L’ennéagramme associe à chaque ennéatype une série de caractéristiques qui découlent de l’appartenance à un centre et du sens d’utilisation de l’énergie de ce centre. La nature de ces caractéristiques sera détaillée au chapitre 2. Chaque ennéatype, voyant le monde à partir de son point de vue, a mis en place des filtres qui lui permettent de ne pas voir ce qui serait en contradiction avec sa vision particulière. L’ensemble de ces filtres compose l’ego, ou personnalité de façade. Le but de l’ennéagramme est de permettre à chaque personne, à partir de la découverte de ces filtres, de se libérer des limites dans lesquelles l’ego cherche à l’enfermer, croyant ainsi assurer sa sécurité. Cette libération permet à l’essence, ou personnalité authentique, de développer ses forces spécifiques qui sont
capables de faire disparaître, ou tout du moins de réduire considérablement, les filtres de l’ego. Cette transformation ne se fait pas du jour au lendemain. Elle est d’abord le fruit d’un travail d’auto-observation, afin de découvrir son ennéatype et de prendre ainsi conscience du filtre utilisé et du point de vue limité qui lui est associé. Elle n’est pas non plus un chemin linéaire qui permettrait à la personne de se libérer une fois pour toutes de l’emprise de son ego. La route vers l’essence est le parcours de toute une vie, passant par des moments de profond découragement quand la personne constate la force des filtres de son ennéatype. La prise de conscience de ces mécanismes et la connaissance des éléments qui les sous-tendent sont les clés pour avancer sur un chemin de connaissance de soi dans le but d’une croissance personnelle. Loin d’enfermer la personne dans une boîte soigneusement étiquetée, l’ennéagramme, au contraire, permet à celle-ci de jouer au mieux le seul rôle qu’elle est appelée à jouer : être pleinement elle-même et non celle qu’elle pense être. L’ennéagramme est aujourd’hui utilisé dans de nombreux domaines qui vont du coaching aux ressources humaines en passant par la gestion des conflits ou l’accompagnement spirituel. C’est un puissant outil d’amélioration de la communication interpersonnelle, que ce soit au sein d’un couple, d’une famille, d’une association ou en entreprise. Malheureusement, on trouve aussi une offre de type ésotérique qui a causé du tort à cet outil en l’associant à des pratiques pseudo-spirituelles. Le manque de clarté sur les origines de l’ennéagramme et les filiations alambiquées qu’on a pu lui attribuer ont contribué à maintenir la confusion. L’origine de l’ennéagramme Certains auteurs tiennent à relier l’ennéagramme à des courants spirituels anciens et à lui prêter des racines millénaires. On peut
ainsi essayer d’établir des rapprochements avec des philosophes de l’Antiquité grecque, avec l’enseignement des Pères du désert pour le christianisme, avec les mystiques soufis pour l’islam ou avec l’arbre de vie de la Kabbale pour le judaïsme. On peut effectivement retrouver des similitudes avec des typologies qui décrivent la personnalité à partir de l’attachement particulier à certains penchants, comme les huit passions de l’âme, de Jean Cassien, ou les sept péchés capitaux retenus par l’Église catholique. Le fruit de l’observation de l’âme humaine est étonnamment constant au cours des âges et il n’est donc pas étonnant que des auteurs aient relevé à des siècles et des kilomètres de distance les mêmes entraves au développement harmonieux de la personne. Georges Gurdjieff1, un personnage pour le moins controversé, a fait connaître en Occident le symbole de l’ennéagramme, mais comme un schéma permettant de représenter toutes les réalités, sans s’attarder sur la description de la personnalité. La seule certitude que l’on a est que cet outil, tel qu’on le connaît aujourd’hui, a été développé dans les années 19601970 en Amérique par un Bolivien, Oscar Ichazo (1931-2020) et un psychiatre argentin, Claudio Naranjo (1932-2019). Ce dernier avait suivi les enseignements dispensés par Ichazo avant que celui-ci s’installe en 1971 aux États-Unis. C’est Claudio Naranjo qui, le premier, a compris comment structurer les théories sur l’ennéagramme pour les rendre compréhensibles en utilisant le vocabulaire de la psychologie moderne. Il s’est installé, lui aussi, aux États-Unis et a enseigné en Californie. Séduit par cet outil, l’un de ses élèves, le jésuite Bob Ochs, l’a enseigné à son tour à l’université Loyola de Chicago, d’où il sera largement diffusé. Helen Palmer, une psychologue, fondait de son côté l’école californienne. Les deux courants, affrontés au départ, se retrouvent aujourd’hui au sein de l’International Enneagram Association (IEA, www.internationalenneagram.org)2. Aujourd’hui, l’ennéagramme est utilisé dans le monde entier et l’un de ses intérêts majeurs, dans la société plurielle qui est la
nôtre, est que des personnes de tout âge ou niveau d’étude, venant de cultures très différentes, se reconnaissent dans l’un des neuf ennéatypes. Il ne s’agit pas d’une construction intellectuelle occidentale, mais bien d’un outil de connaissance de soi qui est mis à la disposition de tous. 1 George Ivanovitch Gurdjieff (né entre 1866 et 1877 et mort en 1949) était un enseignant spirituel, compositeur, philosophe, qui s’est intéressé à la psychologie et à la cosmologie, comme à l’occultisme et à l’ésotérisme. 2 Pour plus de détails sur l’histoire de l’ennéagramme, consulter Fabien et Patricia Chabreuil : L’Ennéagramme : dynamique de connaissance et d’évolution. https://enneagramme.co m/Livres/9edce_d.htm
DANS CE CHAPITRE Le mécanisme complexe de l’ennéatype : apport au monde et image de soi, désir et peur profonde, évitement et mécanisme de défense, etc. • L’interférence de l’ego sur la vision de chaque ennéatype • Intégration et désintégration interne Chapitre 2 Le mécanisme d’un ennéatype omment et quand va se mettre en place un ennéatype ? La C réponse n’est pas unanime mais il y a, aujourd’hui, beaucoup d’éléments qui font penser qu’il est présent dès la naissance d’un enfant. Le fait qu’il reste le même tout au long de la vie, que des frères et sœurs n’aient pas le même ennéatype, que ses composantes soient très semblables chez des personnes ayant des histoires familiales complètement différentes ou venant d’arrière-plans culturels très divers, sont autant d’éléments qui soutiennent cette hypothèse. Mais l’inné et l’acquis ne s’excluent pas mutuellement car un trait de caractère ou physique peut être génétique et ne se révéler que dans un certain environnement. De même, avant sa naissance, le développement de l’enfant est déjà soumis à des
facteurs environnementaux (tels que la malnutrition, la maladie, les situations de stress, l’abus de substances, etc.). À partir d’un même ennéatype, une personne va amplifier des réponses spécifiques, adaptées à son histoire de vie. Rappelons que l’ennéagramme ne définit pas des comportements mais une motivation profonde, celle d’éviter d’être confronté à une zone d’ombre que l’on préfère ignorer. Cette motivation va se manifester de manière très différente selon le milieu, l’éducation, la culture, les circonstances particulières que vit une personne. On peut ainsi rencontrer des individus qui n’ont jamais pu incarner leur ennéatype dans leur milieu familial ou professionnel, au point d’adopter les caractéristiques d’un autre ennéatype proche auquel le leur est relié sur le schéma de l’ennéagramme. Il suffit parfois d’un changement d’état pour que la personne puisse enfin exprimer son véritable ennéatype et cette prise de conscience est alors vécue comme une libération. L’ennéagramme décrit une personnalité dans sa globalité et quel que soit son niveau de développement. Il rend compte de son évolution positive ou de sa dégradation, alerte sur les signes précurseurs qui annoncent la désintégration de la personnalité et informe sur les leviers qui peuvent conduire à l’intégration. Le système est d’une cohérence remarquable qui ne suffirait cependant pas à expliquer son succès, si les descriptions qu’il propose ne trouvaient pas écho en nous. Nous allons décrire dans le chapitre qui suit les différents mécanismes qui structurent un ennéatype1. Structure d’un ennéatype : différents éléments Nous avons vu précédemment que l’ennéagramme distingue l’ego (ou personnalité de façade) de l’essence (ou personnalité
authentique). Le premier est une sorte de caricature, de contrefaçon, c’est la version « trafiquée » de l’essence. Figure 2-1 Le profil complet d’un ennéatype. L’apport au monde de chaque ennéatype
Quand il habite sa personnalité authentique, qu’il est dans son essence, chaque ennéatype a une contribution spécifique, un apport qui est indispensable au bon fonctionnement du monde et que chaque personne va vivre de manière unique. Aucun être humain n’est semblable à un autre, chacun incarne à sa manière, avec son histoire et son vécu, l’une des neuf facettes représentées dans la figure 2-2. Tous les ennéatypes peuvent contribuer au monde par ces apports, mais l’un d’entre eux les exprime plus particulièrement. Figure 2-2 L’apport au monde de chaque ennéatype. De l’apport au monde à l’image de soi idéale (ou fierté) Si l’on superpose les informations de « l’image de soi idéale » et celles de « l’apport au monde », on peut visualiser comment se construit la personnalité de façade, qui est une « contrefaçon » de l’essence. L’apport au monde, la compétence particulière que l’ennéatype peut apporter devient une fierté (figure 2-3) et va
limiter le point de vue de l’ennéatype en le concentrant sur son domaine d’excellence. Figure 2-3 Le passage de l’apport au monde à la fierté pour chaque ennéatype. Le Deux, par exemple, apporte au monde l’amour, et il a un véritable don pour nouer avec ceux qui l’entourent une relation pleine d’amour et de générosité. Il est conscient de cette qualité et il ne peut s’empêcher d’en être fier. Cela le conduit, par moments (lorsqu’il est dans son ego), à devancer les désirs de ses proches – quitte à être intrusif – pour les aider, et être ainsi en accord avec son image de soi idéale (mais il est alors loin de l’amour désintéressé de l’essence). Consciente qu’elle excelle dans un domaine, la personne va donc surjouer son rôle et perdre ainsi son authenticité. Les qualités particulières de chaque ennéatype vont être utilisées à mauvais escient par l’ego, pour lui garantir de ne pas avoir à se confronter à son évitement. Comme le dit Pascal2, « le malheur veut que qui veut faire l’ange fait la bête ». Cette tendance est
d’autant plus difficile à contrer que la personne pense bien faire, puisqu’elle le fait bien et que toute une série de mécanismes – que nous allons détailler – se mettent en place pour la conforter dans cette croyance. Désir profond et peur profonde Le désir profond (ou désir de base, figure 2-4) est une sorte de nostalgie, de vision déformée de l’essence. L’ennéatype aspire à pouvoir apporter au monde sa qualité intrinsèque, mais il est dérouté dans sa progression vers l’essence par sa personnalité de façade (son ego), qui est dominée par la peur profonde (ou peur de base, figure 2-5) propre à son ennéatype.
Figures 2-4 et 2-5
De la peur profonde à l’évitement En superposant la peur profonde et l’évitement de chaque ennéatype, on peut voir comment la compulsion d’évitement est une sorte de raccourci que l’ego fait prendre à la personne. On estime généralement que l’évitement est le mécanisme fondateur de l’ego. Cherchant à juguler sa peur profonde, la personne décide d’ignorer ce qui, croit-elle à tort, la conduirait à y être confrontée. Figure 2-6 Le passage de la peur profonde à l’évitement pour chaque ennéatype. Ainsi le Quatre, désirant être lui-même et craignant d’être privé d’identité, refuse ou ignore ce qu’il considère être banal. Il pense qu’il est essentiel d’être différent des autres pour avoir une véritable identité. Il s’occulte à lui-même le fait que chaque être
humain est unique et qu’il est inutile de fuir la banalité. Cette fuite, en monopolisant ses ressources, ne fera que le détourner de sa marche vers l’essence. Un mécanisme de défense, pour se protéger Chaque ennéatype va mettre en place un mécanisme de défense (figure 2-7), une manœuvre stratégique, pour se protéger de sa peur profonde et pour ne pas être confronté à ce qu’il cherche à éviter. Ces mécanismes seront expliqués dans les chapitres consacrés à chaque ennéatype. Leur fonctionnement est d’autant plus redoutable qu’ils sont difficilement reconnaissables par la personne. Figure 2-7 Le mécanisme de défense de chaque ennéatype. Ainsi, pour ne pas être confronté à sa faiblesse qu’il veut éviter par-dessus tout, le Huit nie ou refuse d’admettre tout ce qui peut représenter une faille dans sa cuirasse. Il lui est presque
impossible de reconnaître une erreur et il évite de se laisser atteindre par ses proches. Il peut nier avoir tenu certains propos ou défendu une position erronée. Il contrôle ceux qu’il aime car il ne supporterait pas qu’il leur arrive un malheur et qu’ainsi il soit confronté à sa propre vulnérabilité. Chaque ennéatype est un point de vue sur le monde, ce qui revient à ne voir le monde que depuis un seul point et à écarter ce qui ne correspondrait pas ou mettrait en cause celui-ci. Pour rester dans sa zone de confort, l’ego va interférer de manière différente avec chacun des trois centres, émotionnel, mental et instinctif. Distorsion et restructuration dans le centre émotionnel Le centre émotionnel va connaître une distorsion émotionnelle (ou « passion », figure 2-8) propre à chaque ennéatype et qui se manifeste quand il craint d’être confronté à la situation qu’il cherche à éviter. En lui occultant sa zone d’ombre, elle le garde dans un schéma émotionnel réduit et le conforte dans ses croyances et ses fiertés.
Figure 2-8 Distorsion émotionnelle (ou passion) de chaque ennéatype. Si l’on prend l’exemple du Trois, sa personnalité de façade (son ego) lui fait croire que, pour être apprécié des autres, il doit réussir tout ce qu’il entreprend. Lorsqu’il craint d’être confronté à un échec (ce qu’il veut éviter à tout prix), il cherche à faire illusion. Il se cache la vérité et la cache à ceux qui l’entourent, et il est alors dans le mensonge. Cette distorsion émotionnelle a cependant son « antidote », son « contrepoids » : la restructuration émotionnelle (ou « vertu », figure 2-9). Cette force permet à l’ennéatype de ne pas être le jouet de la distorsion émotionnelle. Il peut ainsi se relier à son essence, afin de développer sa compétence spécifique et apporter au monde la richesse de sa personnalité. Dans le cas du Cinq, ses mécanismes égotiques lui font accumuler des savoirs et être avare de son temps et de sa personne. Quand il se connecte à sa personnalité authentique (son essence), il comprend que les informations partagées ne sont pas perdues pour lui. Il peut se contenter de ce qu’il possède
sans s’y accrocher et ne ressent plus le besoin de défendre son monde intérieur d’éventuelles intrusions. Figure 2-9 La restructuration émotionnelle (ou vertu) de chaque ennéatype. Obsession cognitive et mécanisme de progression dans le centre mental Lorsque l’ego se sent en danger, il enferme le centre mental dans une obsession cognitive (ou « fixation », figure 2-10), un schéma mental qui va écarter tout ce qui ne correspond pas à sa vision du monde. Ainsi, il ne sera pas confronté à l’évitement propre à chaque ennéatype et pourra continuer d’ignorer son angle mort. Il concentrera son énergie mentale de manière exclusive sur cette obsession et n’aura donc pas ou peu d’espace de cerveau disponible pour sortir de ce schéma.
Figure 2-10 L’obsession cognitive (ou fixation) de chaque ennéatype. Confronté à la peur de la transgression, l’ego du Six va plonger le centre mental dans le doute. Toute décision va être remise en cause car il n’arrive pas à en mesurer les conséquences, tout choix peut cacher un nouveau danger dans lequel il pourrait entraîner son groupe. Il est incapable d’avancer car chaque option prise semble conduire à une impasse ou le précipiter dans un gouffre. Il est littéralement la proie du doute. Pour surmonter son obsession cognitive, chaque ennéatype dispose d’un mécanisme de progression (ou « idée supérieure », figure 2-11) qui lui est propre et qui va corriger son schéma mental défectueux. La pratique de ce mécanisme de progression permet d’élargir le champ de vision du centre mental et habilite l’ennéatype à déployer sa compétence spécifique.
Figure 2-11 Le mécanisme de progression (ou idée supérieure) de chaque ennéatype. Lorsque le Un se connecte à sa personnalité authentique (son essence), il prend conscience que le perfectionnisme est voué à l’échec et qu’il peut se contenter de faire de son mieux. Il fait taire le critique intérieur qui pointe la moindre défaillance et il accepte avec sérénité que la perfection est une notion relative. Ces différents mécanismes expliquent la façon dont l’ego s’exprime dans le centre émotionnel et dans le centre mental. Ils sont décrits en détail dans les chapitres dédiés à chacun des ennéatypes (deuxième partie). Dans le centre instinctif en revanche, l’action de l’ego va se manifester différemment. Il va affecter le fonctionnement des trois instincts que la nature a mis en place pour assurer la survie de l’espèce : l’instinct d’autoconservation, l’instinct social et l’instinct sexuel. Cet aspect sera abordé en détail dans la troisième partie.
Intégration et désintégration interne Nous avons vu les différentes composantes du profil d’un ennéatype (figure 2-1) et comment elles sont affectées par l’ego ou l’essence. Ces modifications sont appelées « intégration » quand elles permettent à l’ennéatype de se rapprocher de son essence et « désintégration » quand elles laissent l’ego prendre le contrôle. On dira d’une personne qui va bien qu’elle est « intégrée », les différentes composantes s’assemblant harmonieusement. À l’inverse, une personne qui va mal est « désintégrée » car elle est comme éparpillée et tiraillée. Elle est entraînée par les forces de son ego qui la contrôlent. Ces mouvements d’intégration et de désintégration sont un des apports majeurs de l’ennéagramme, car ils rendent compte de manière très fine des différentes étapes par lesquelles passe une personne dans son chemin entre l’ego et l’essence. Riso et Hudson3 sont allés jusqu’à décrire neuf « niveaux de développement » qui montrent comment une personne peut aller du meilleur au pire et vice versa, en enclenchant les différents leviers qui la rapprochent de l’essence ou la précipitent vers l’ego. D’une façon générale, un ennéatype s’intègre quand il élargit son point de vue et peut être confronté à son évitement sans chercher à l’ignorer ou à le repousser. Il se désintègre quand il réduit son point de vue pour ne pas être confronté à son évitement. L’impact des autres ennéatypes Outre cette intégration et désintégration « interne », chaque ennéatype est capable d’élargir encore son champ de vision en y ajoutant les caractéristiques de son ennéatype d’intégration et de désintégration, c’est-à-dire l’un de ceux auxquels il est relié par
un trait sur le schéma (par exemple, les ennéatypes Deux et Cinq pour le Huit, ou Sept et Quatre pour le Un, figure 2-12). On parle alors d’intégration et de désintégration « externe ». Ce point sera développé en détail au chapitre 17. Figure 2-12 La direction d’intégration et de désintégration. D’autres éléments extérieurs viennent encore impacter le mécanisme d’un ennéatype. L’ennéagramme considère ainsi que les deux ennéatypes situés à gauche et à droite de l’ennéatype de base, que l’on désigne sous le nom de ses « ailes », ont ou peuvent avoir une influence sur le comportement de celui-ci, en lui faisant manifester leurs propres caractéristiques. Par exemple, un Quatre peut avoir des mécanismes propres à son aile de Trois ou de Cinq ou un Sept des caractéristiques issues de son aile de Six ou de Huit. Les différentes façons dont chaque ennéatype peut être impacté par les autres seront étudiées dans la quatrième partie de cet ouvrage (chapitres 16 et 17).
1 Les définitions de ces mécanismes sont regroupées au chapitre 20 « Les termes clés pour comprendre cet ouvrage ». 2 Discours sur les passions de l’amour. 3 Don Richard Riso et Russ Hudson, La sagesse de l’ennéagramme, InterÉditions, 2018.
DANS CE CHAPITRE Définition et fonctionnement des centres • L’ordre d’entrée en scène des centres • À la recherche du centre réprimé • Des exemples et des témoignages Chapitre 3 Les centres : les trois moteurs de la personnalité es enseignants et les commerciaux le savent bien : s’ils L veulent capter l’intérêt d’un groupe d’élèves ou de clients, ils doivent s’adresser aux trois fonctions principales d’attention de la personne : sensorielle, affective et cognitive. S’ils ne sonnent qu’à l’une de ces portes d’entrée, une bonne partie de leur auditoire leur échappera. Certains seront plus accessibles à des constructions rationnelles qui font appel à leur capacité de raisonnement logique, d’autres à des éléments subjectifs qui éveilleront des émotions et d’autres encore auront besoin d’aborder concrètement, de faire ou de toucher pour comprendre.
Nous retrouvons ces trois fonctions (action, émotion, réflexion) rattachées à ce que l’ennéagramme appelle « centres » : le centre instinctif, le centre émotionnel et le centre mental. Ce chapitre va explorer cette notion et montrer la part importante qu’elle occupe dans ce modèle de personnalités. Le repas s’éternise et autour de la table, chacun s’évade en utilisant sa stratégie préférée. Pour un convive, ce sera d’aller porter des plats à la cuisine et d’en profiter pour commencer à faire la vaisselle, un autre s’intéressera aux déboires familiaux de son voisin de table, pendant que le troisième discute de projets futurs avec ses proches. Face à une situation de contrainte, les échappatoires ne sont pas les mêmes. Spontanément, elles seront le reflet de la zone dans laquelle la personne est plus à l’aise : dans l’action, dans l’émotion ou dans la construction mentale. À l’heure de s’intéresser au monde qui l’entoure et à ceux qui l’habitent, tout être humain utilise ces trois formes d’intelligence mais, selon son ennéatype, il en privilégiera une. C’est celle qui lui est le plus facilement accessible, celle qui fonctionne bien et sur laquelle il s’appuie naturellement. C’est le moteur qui démarre au quart de tour, bien entretenu et bien rodé et c’est généralement celui qui est mis en route le premier en cas de stress ou face à une situation inconnue. Ce « moteur » qui lui est d’un abord plus facile, c’est celui dans lequel est situé son ennéatype (voir figure 1-4). Trois formes d’intelligence à notre service Le centre instinctif Combien de fois dans une journée faisons-nous un geste sans avoir besoin d’y réfléchir ? Il s’agit de réactions naturelles de
protection face à un danger ou d’actions nous permettant de nous déplacer dans un espace, de nous nourrir ou de prendre soin de notre corps. La coordination des gestes, le rapport à l’espace, les sensations physiques, les réactions spontanées, sont des formes d’intelligence corporelle et celles qu’utilisent le mieux les personnes appartenant au centre dit « instinctif » (ennéatypes Huit, Neuf et Un). Face à une situation donnée, elles comparent le présent à une expérience passée et répliquent par le geste approprié et qui a fait ses preuves. De la même manière que, sans réfléchir, nous ouvrons une poignée en l’abaissant ou en la tournant dans le sens des aiguilles d’une montre, les personnes du centre instinctif vont essayer d’abord d’appliquer « la recette qui marche » à toute situation qui leur est présentée. La prévisibilité et la routine les rassurent, alors que le besoin d’innover ou de faire une exception les perturbe car, dans ce cas, elles ne contrôlent plus le processus. Cette perte de contrôle va générer chez elles une exaspération ou une colère ressentie physiquement, mais elles vont en être plus ou moins conscientes selon leur ennéatype. Les personnes du centre instinctif sont des « terriennes » bien ancrées au sol. Elles aiment l’action, mais le brassage d’idées sans application pratique ou l’étalage d’émotions leur sont pénibles. Elles veulent savoir où elles se tiennent et ce qui les entoure. La question à laquelle elles ont besoin d’avoir une réponse est : « Comment ? » Le centre émotionnel Après avoir été négligée, l’intelligence émotionnelle est considérée aujourd’hui comme partie intégrante d’une personnalité équilibrée. Son importance est reconnue dans de nombreux domaines, y compris ceux qui semblent éloignés du champ émotionnel, comme l’exercice de fonctions de direction. La capacité à décrypter les informations en utilisant aussi nos
émotions est un atout reconnu dans les relations interpersonnelles et une aide à la prise de décisions éclairées. Pour certaines personnes, elle est leur porte d’accès privilégiée à la compréhension du monde. Ce sont celles appartenant au centre dit « émotionnel » (ennéatypes Deux, Trois et Quatre). Elles cherchent à percevoir les émotions de leur entourage et les leurs, pour ajuster leur comportement en conséquence et à un instant précis. Ces personnes vivent dans le présent qui est, par définition, un environnement mouvant. Elles doivent donc revoir en permanence leur grille de lecture. Elles voient leur identité évoluer au fil des émotions et au rythme des sollicitations extérieures, et de l’image d’elles-mêmes qui leur est renvoyée ou qu’elles ont générée. Elles sont très perturbées si le retour qu’elles reçoivent les déçoit, car c’est leur pivot qui est déstabilisé. Les personnes du centre émotionnel existent d’abord dans le regard des autres et leurs décisions seront fortement influencées par les facteurs humains. Les idées désincarnées ou les actions qui ne tiennent pas compte des contraintes personnelles leur sont étrangères. La question à laquelle elles ont besoin d’avoir une réponse est : « Qui suis-je ? » Le centre mental L’utilisation du centre mental n’est pas réservée aux personnes éduquées ou dotées d’un QI élevé. Il s’agit simplement d’une des trois formes d’intelligence, un des trois moteurs dont dispose l’être humain. C’est la capacité à manipuler des concepts qui ne sont ni physiquement présents autour de nous, ni perceptibles par les émotions. Elle suppose de pouvoir se projeter dans un lieu, dans un temps, dans un environnement qui n’existe que dans notre tête et de le visualiser comme s’il était réel. Elle demande de faire appel à l’imagination et à l’anticipation. C’est cette approche du monde qui est privilégiée par les personnes
appartenant au centre dit « mental » (ennéatypes Cinq, Six et Sept). Elles manient les idées abstraites et les concepts avec aisance. Elles peuvent se projeter dans un futur immédiat ou lointain et l’imaginer. Elles cherchent à le prévoir et à le modéliser tant que possible, car cela les rassure. Pour y parvenir, elles élaborent des constructions mentales dont elles testent la viabilité et peuvent se prendre à ce jeu, même si aucune application concrète n’est envisagée. Elles pourraient se laisser séduire par une idée dont l’application est susceptible d’avoir des conséquences humaines désastreuses, simplement parce qu’elle est bien construite. La capacité à se projeter dans le futur et à manipuler des idées permet de mesurer ce qui est possible et ce qui ne l’est pas mais, pour ce faire, elle doit envisager toutes les éventualités. Ceci est un facteur d’anxiété, voire de peur, puisque certaines d’entre elles sont inquiétantes ou difficilement prévisibles. Tout ne peut pas être modélisé, prévu, ni expliqué, tout n’est pas compréhensible. Quand les personnes du centre mental se trouvent confrontées à cette situation, elles ressentent l’anxiété de celui qui ne peut plus répondre à la question : « Pourquoi ? » Trois moteurs, trois énergies, trois directions d’utilisation Dans chaque centre, un ennéatype va diffuser son énergie en externe (sur son entourage), l’autre la concentrer en interne (sur lui-même) et le troisième – l’ennéatype du milieu, celui qui est situé sur un triangle dans le schéma – va essayer de contrebalancer les directions pour arriver à l’équilibre, sans toutefois y parvenir de manière continue.
Dans le centre instinctif, centre du contrôle Le Huit cherche à contrôler ce qui l’entoure. Il va utiliser son énergie instinctive en la projetant pour maîtriser son environnement. Il va manifester ouvertement sa colère et tracer des lignes et des frontières qui lui permettent de marquer son territoire et de séparer ceux qui sont avec lui de ceux qui sont contre lui. Aucune faille ne doit exister dans ce bouclier de protection. Le Un utilise son énergie pour garder le contrôle de luimême et ne pas laisser échapper une colère qui l’empêcherait d’arriver à son but. Son exaspération devant des situations qui ne se déroulent pas comme prévu est aussi forte que celle du Huit. Cependant, il va d’abord s’en prendre à lui-même et se considérer comme responsable d’y remédier. Il est sans indulgence et ne se laisse rien passer ! Et au milieu, le Neuf alterne, cherchant à utiliser l’énergie instinctive en même temps pour contrôler l’extérieur et pour se contrôler lui-même. Le résultat est que, tiraillé entre ces deux forces, il finit par être immobilisé dans une attitude de nonintervention dans les deux domaines. Il présente un aspect lisse à l’extérieur pour ne pas susciter des réactions qu’il devrait chercher à contrôler et, en interne, reste dans les coulisses de sa propre personnalité pour ne pas avoir à se dominer. Dans le centre émotionnel, centre de l’image Le Deux projette autour de lui sa capacité de compréhension émotionnelle afin de détecter et de répondre aux émotions et aux besoins des autres et de renvoyer ainsi une image positive. Toute son énergie est dépensée dans cette tâche. Il crée ainsi une
barrière qui lui évite d’avoir à reconnaître ses propres besoins et qui empêche les autres de les découvrir. Le Quatre tourne et retourne autour de ses émotions et de ses besoins, espérant arriver à les connaître suffisamment bien pour pouvoir enfin savoir qui il est et espérer renvoyer son image authentique aux autres. Cette quête l’enferme dans un labyrinthe circulaire duquel il a bien du mal à sortir, revenant toujours vers lui-même. Et au milieu, le Trois va percevoir les émotions et besoins des autres dans le but d’ajuster son image à ce qui est attendu de lui. Il reste en périphérie de ses émotions et de ses besoins, qu’il visualise comme un vortex intérieur qui pourrait l’aspirer s’il se laissait aller à les reconnaître. Pour se détacher de ses émotions, il se regarde jouer son rôle comme s’il était derrière une glace sans tain. Dans le centre mental, centre de l’insécurité Le Cinq émet son énergie mentale en direction du monde qui l’entoure pour s’en prémunir. Il se sert de sa capacité à comprendre, afin d’obtenir le plus de connaissances possibles et ne pas être en insécurité intellectuelle. Continuellement sur ses gardes mentalement, il repousse ainsi les autres, les empêchant d’accéder à lui et de venir réveiller des émotions qu’il ne saurait pas traiter. Le Sept fait tourner autour de lui son énergie mentale et sa capacité d’anticipation, dans le but d’empêcher son insécurité de remonter à la surface. Il reste en permanence sur une vague d’optimisme et passe d’une ligne de pensée à l’autre, dès que la première semble l’entraîner dans une zone de souffrance potentielle.
Et au milieu, le Six va osciller entre l’accumulation d’informations sur son environnement et les règles du jeu qui régissent celui-ci, afin d’assurer sa sécurité, et un dialogue intérieur avec ses zones d’insécurité, pour se prémunir des dangers qu’elles signalent. Il en résulte régulièrement une confusion mentale, quand les directions indiquées par ces deux sources d’information ne sont pas cohérentes, ou vont dans des directions opposées. Impacts de la direction d’utilisation du centre préféré Les Huit, Deux et Cinq s’intéressent surtout à la conquête active, émotionnelle ou mentale du monde qui les entoure. Par conséquent, ils se connaissent mal, car ils diffusent leur énergie vers l’extérieur, et s’empêchent ainsi de se tourner vers euxmêmes. Ils craignent de s’adonner à une introspection qui les affaiblirait, car elle leur révélerait des fragilités qu’ils ne sauraient pas comment traiter. Les Un, Quatre et Sept appliquent leur énergie de manière autocentrée et réduisent le monde à leur échelle. Le résultat est qu’ils connaissent mal leur environnement, car ils ont tendance à penser que ce qui est bon, beau ou plaisant pour eux l’est aussi pour tous les autres. Les Neuf, Trois et Six oscillent entre ces deux extrêmes et ce mouvement constant les empêche de tirer pleinement parti de la forme d’intelligence du centre dans lequel se situe leur ennéatype. C’est souvent leur deuxième « moteur » qui fonctionne le mieux. Il leur arrive même de perdre complètement le contact avec leur centre préféré et de ne plus s’appuyer que sur leur centre de support.
L’ordre d’entrée en scène des centres Si toutes les écoles de l’ennéagramme s’accordent sur la préférence de chaque ennéatype pour l’utilisation du centre dans lequel il est situé, et sur la direction d’utilisation qu’il fait de cette énergie, il n’y a pas de consensus sur l’ordre avec lequel chaque ennéatype utilise ses trois centres d’intelligence, ni sur l’impact de cet ordre sur son fonctionnement. Les limites de ce livre ne permettent pas de détailler les différentes théories ; nous nous bornerons à décrire rapidement les principales présentations. Un centre préféré… et un centre réprimé Kathleen Hurley et Theodore Dobson ont mis en avant, dans leur ouvrage My Best Self: Using the Enneagram to Free the Soul, le fait que si chaque ennéatype utilise en priorité le centre dans lequel il est situé (il en fait son centre préféré et le survalorise), il en réprime un autre : celui qui est situé à son opposé, dans le schéma de l’ennéagramme. Chaque personne a accès à ces trois « moteurs », à ces trois formes d’intelligence. L’un d’entre eux lui sera d’un abord facile, ce sera le centre « préféré », celui dans lequel est situé son ennéatype. Le deuxième, appelé centre « de support » ou « auxiliaire », est au service du premier, mais n’a pas vocation à être aux commandes. C’est la mise en route du troisième, dit centre « réprimé », qui peut poser plus ou moins de problèmes selon le niveau de difficulté qu’a la personne à le mobiliser. On peut ainsi se représenter l’empilement des trois centres utilisés sous la forme d’une pyramide tronquée inversée (voir fig ure 3-1), symbolisant l’ordre dans lequel nous faisons appel à
eux : en haut figure le centre « préféré », que l’on a tendance à surutiliser. Il est suivi du « centre de support » qui l’aide à fonctionner, et en bas se trouve le « centre réprimé », que l’on néglige quelquefois. Plus la base de cette « pyramide inversée » est large, plus équilibrée sera donc notre personnalité, et inversement. Être conscient de la difficulté à accéder à l’un de ses centres est un grand pas dans la découverte de notre fonctionnement. En effet, nous mettons en place plusieurs stratégies pour ne pas être confrontés à nos limitations dans ce domaine et elles ont des conséquences importantes dans notre vie quotidienne. Figure 3-1 Le profil des centres de l’ennéagramme. C’est en particulier dans notre vie personnelle que cette carence se fait jour, car nous sommes moins sur nos gardes que dans le domaine professionnel ou social. Nous connaissons tous ces personnes hyperactives au travail mais qui, arrivées chez elles, préfèrent se passer d’un objet utile plutôt que de monter à l’étage le chercher ! Combien de thérapeutes, de soignants, de religieux, qui sont tout ouïe envers les personnes qu’ils accompagnent, laissent les émotions à la porte de leur domicile ? Ou d’enseignants-chercheurs qui préfèrent tailler la haie ou repeindre la balustrade que de travailler sur leur prochain article ? Quel que soit notre centre préféré, nous avons tout intérêt à bien développer les deux autres et, surtout, celui dont nous nous servons le moins bien, notre centre réprimé.
La qualité avec laquelle on utilise un centre n’est pas liée à l’ennéatype, mais à l’histoire de vie de l’individu, à son environnement professionnel, familial ou culturel. Un ordre d’utilisation précis, sauf pour les types du triangle Dans l’approche de Hurley et Dobson, chaque ennéatype a un profil précis, dans lequel les trois centres apparaissent toujours dans le même ordre, sauf pour les ennéatypes Trois, Six et Neuf, situés sur le triangle du schéma. Le centre préféré est celui dans lequel l’ennéatype est situé et le centre réprimé est celui qui est situé à son opposé, dans le schéma de l’ennéagramme. Ainsi, pour le centre instinctif, le Huit réprime l’émotionnel, le Un le mental. Le Neuf oscillera entre le mental ou l’émotionnel en dernier, car les ennéatypes du triangle peuvent s’incliner vers l’une ou l’autre de leurs « ailes » (ennéatypes situés à leur droite ou à leur gauche), dont l’influence sera décrite dans la troisième partie. Figure 3-2 Le profil des ennéatypes du centre instinctif. Le même schéma s’applique au centre émotionnel :
Figure 3-3 Le profil des ennéatypes du centre émotionnel. Ainsi qu’au centre mental : Figure 3-4 Le profil des ennéatypes du centre mental. Dans cette approche, c’est l’ordre des centres qui explique la nature même de l’ennéatype. Le centre de support est au service du centre préféré, mais il le canalise aussi. Par exemple : le Deux, dans le centre émotionnel et ayant un centre instinctif en deuxième position, se sent obligé d’agir. Ses émotions doivent se traduire par des actions, alors que le Quatre, qui a un centre mental en support, pense ses émotions, les « mentalise » et a du mal à s’en extraire et à passer à l’action. Pour ce qui concerne les ennéatypes du triangle (Trois, Six et Neuf), ils ont la particularité, en situation de stress, d’accéder très difficilement à leur centre préféré : le Trois se coupe du centre émotionnel et ne tient pas plus compte de ses émotions que de celles de son entourage ; le Six tourne en rond dans ses idées et ne sait plus se diriger lui-même ; le Neuf n’arrive plus à
mettre en marche son centre instinctif et est complètement paralysé. Cette difficulté spécifique aux ennéatypes du triangle peut rendre plus difficile leur identification, car leur centre préféré n’est pas toujours aussi visible que pour les autres ennéatypes, leur centre de support étant très présent dans leur fonctionnement quotidien. Le Modèle unifié de l’ennéagramme Nous devons à Fabien et Patricia Chabreuil, fondateurs de l’Institut français de l’ennéagramme, d’avoir approfondi la structure des ennéatypes et d’avoir construit le « Modèle unifié de l’ennéagramme »1, qui rend compte de l’existence de deux hiérarchies de centres différentes pour chaque ennéatype. Le centre préféré reste celui dans lequel l’ennéatype est inséré dans le schéma de l’ennéagramme, mais le centre réprimé peut être l’un des deux autres centres et pas forcément le plus éloigné du centre préféré. Par exemple, un Quatre peut réprimer le centre instinctif (approche usuelle) ou bien réprimer le centre mental, un Sept peut réprimer le centre émotionnel (approche usuelle) ou bien réprimer le centre instinctif. D’autre part, le Modèle unifié de l’ennéagramme considère que pour les ennéatypes du triangle (Trois, Six et Neuf), le centre préféré devient un centre co-réprimé. On dit alors qu’il « bascule ». La personne n’a plus accès qu’à son centre de support, qui est normalement au service du centre préféré et qui n’est pas apte à prendre le contrôle de la situation. Le Modèle unifié de l’ennéagramme invite donc chaque ennéatype à découvrir quel est son centre réprimé, afin de pouvoir avancer dans le travail d’intégration2.
Le diagnostic du centre réprimé Nous allons maintenant présenter brièvement les manifestations habituelles de cette répression pour chaque centre. Répression du centre mental • Absence d’intérêt ou difficulté à manipuler des concepts abstraits. • Manque de vision d’ensemble, de recul, face à une situation. • Prise de décision influencée par des points de détail ou par les émotions des autres. Caroline a grandi dans une famille d’intellectuels et a exercé un métier qui demande de faire surtout appel au centre mental. La lecture est son passe-temps favori et, dans son entourage, elle est prise pour une « intello ». Pourtant, c’est le centre mental qu’elle a tendance à négliger. Son préféré est le centre émotionnel et son centre instinctif fonctionne très bien en centre de support. Son éducation et sa pratique professionnelle font qu’il lui est facile d’avoir recours à son centre mental quand elle en a besoin, mais spontanément, et surtout dans un moment de fatigue ou de stress, elle va se confronter à un problème en s’appuyant sur ses émotions ou en trouvant ce qu’on peut « faire » pour le régler. Se concentrer et réfléchir de manière abstraite lui est particulièrement pénible, dès qu’elle est en « mode détente » ou si elle est sous stress. Répression du centre instinctif
• • • Absence d’intérêt pour l’action, méfiance envers les éléments matériels. Position de retrait et d’observation face à un problème. Passage à l’action soumis à l’étude préalable des différentes options. Hélène travaille et est mère de famille nombreuse. Elle n’a pas d’autre choix que d’être active. Dès le matin, elle a bien en tête la liste des différentes activités de la journée et elle s’organise pour que celles-ci se déroulent sans lui demander d’efforts supplémentaires, ni d’ajustements de dernière minute. La planification et l’anticipation vont lui permettre d’être le plus efficace possible et de mener à bien des activités qui ne la passionnent pas, mais qu’elle sait être indispensables à la bonne marche de la famille. Dès qu’elle le peut, elle va se préserver des moments pour écouter de la musique ou pour lire, ses deux passions. Si on lui demande alors de rendre un service ou d’ajouter à son emploi du temps une tâche imprévue, cela va lui sembler insurmontable, même si elle ne représente que quelques minutes. Sa première réaction va être de l’agacement face à cette corvée, qu’elle n’avait pas « pensée » au préalable. Elle verra ensuite s’il n’existe pas des solutions alternatives qui lui éviteraient d’avoir à s’y consacrer et, en dernier recours, l’accomplira soit très rapidement pour s’en débarrasser, soit de façon à ce qu’elle ne l’oblige pas à réfléchir pour pouvoir s’évader mentalement pendant qu’elle s’y consacre. Répression du centre émotionnel • Absence d’émotions visibles ou difficulté à supporter les émotions des autres.
• Préférence pour la solitude ; la présence des autres entraîne une sensation de fatigue. • Absence de prise en compte des facteurs personnels dans la prise de décision. Marie est une femme intelligente et droite. C’est une personne fiable qui fait toujours ce qu’elle s’engage à faire et qui est gouvernée par son sens du devoir. Douée dans de nombreux domaines, elle joue un rôle de modèle pour beaucoup de ses amis et elle est la marraine de plusieurs enfants. Elle n’est pas d’une nature chaleureuse, mais elle a toujours veillé à garder le contact avec ses filleuls, s’adaptant à leurs centres d’intérêt au fur et à mesure de leur croissance, même quand ils s’engageaient sur des chemins qu’elle n’approuvait pas. Dans la plupart des circonstances de la vie, le fait que Marie réprime son centre émotionnel ne lui pose pas de problème majeur. Ce qu’elle n’aime vraiment pas, ce sont les grandes réunions et les étalages de sentiments. Assister à des soirées de mariage est une véritable corvée pour elle ! Elle le fera, par sens du devoir, mais s’assurera de pouvoir rentrer rapidement et par ses propres moyens. Différents degrés de répression des centres Il y a différents degrés de répression d’un centre et les trois exemples précédents nous en montrent des formes légères. Le bon fonctionnement des deux autres et la capacité à avoir recours au centre réprimé quand cela est nécessaire permettent que le centre réprimé ne représente pas un véritable handicap dans la plupart des circonstances de la vie. La pyramide des centres de ces personnes pourrait être représentée ainsi :
Figure 3-5 Pyramide des centres d’une personne équilibrée. Le centre réprimé a moins d’importance que les deux autres mais la différence ne crée pas un déséquilibre gênant au quotidien. Il peut en être tout autrement quand cette répression atteint des niveaux qui empêchent de mener une vie normale. On peut ainsi voir des personnes incapables du moindre recul à l’heure de faire un choix ou de prendre une décision, laissant leur cerveau aux mains de leurs émotions ou de leurs pulsions, des personnes handicapées dans la vie quotidienne par leur horreur des tâches pratiques et routinières (souvenons-nous de la « phobie administrative » qui coûta son poste à un ministre), ou des personnes incapables de manifester une émotion ou de supporter l’expression des émotions de leurs proches, au point de ne plus les fréquenter. La pyramide des centres de ces personnes serait représentée ainsi :
Figure 3-6 Pyramide des centres d’une personne déséquilibrée. Nous voyons que le centre préféré est surutilisé et que la part du centre réprimé est très réduite, se traduisant par un déséquilibre réel. Entre ces deux extrêmes il y a plusieurs degrés, une même personne pouvant voir sa capacité d’accès à son centre réprimé s’aggraver, si elle n’y prête pas attention, ou s’améliorer, si elle en prend conscience et travaille à y remédier. L’intégration externe de chaque ennéatype permet un meilleur accès au centre réprimé, puisqu’elle se produit, dans la plupart des cas, vers un ennéatype situé précisément dans ce centre. Dans le Modèle unifié de l’ennéagramme, cette notion est enrichie par la reconnaissance de l’existence de deux variantes pour chaque ennéatype, avec deux directions d’intégration en conséquence. Ces notions d’intégration et de désintégration externes seront abordées plus en détail dans le chapitre 17. 1 https://enneagramme.com/Theorie/9_hie3c.htm 2 Pour une étude approfondie de cette problématique : Fabien et Patricia Chabreuil, Le grand livre de l’ennéagramme, Eyrolles, 2021.
Partie 2 Plongée au cœur des neuf types de personnalités
Dans cette partie… Vous découvrirez dans le détail le comportement et les motivations des neuf personnalités de l’ennéagramme. Chacune est attachante, bien sûr, et toutes sont indispensables au monde. Si leurs comportements dans leur vie quotidienne peuvent être très proches, vous vous apercevrez que leurs motivations diffèrent et que l’ennéagramme permet de les décrypter. En reconnaissant votre ennéatype, vous pourrez repérer comment l’ego vous fait agir automatiquement, selon les filtres avec lesquels vous percevez la réalité et auxquels vous vous identifiez. Apporter de la conscience à ces mécanismes vous aidera à diminuer leur emprise et à vous connecter à vos qualités essentielles.
DANS CE CHAPITRE Les filtres d’attention de l’ennéatype Un • La vie quotidienne du Un : motivations, relations affectives, attitude professionnelle et introspection • Les mécanismes du Un quand il est dans son ego et dans son essence • Quelques pistes pour abandonner ses automatismes Chapitre 4 L’ennéatype Un : le maître de la rigueur ous avons décerné à l’ennéatype Un le diplôme de Maître de N la rigueur, car il a une vision idéale de ce que le monde devrait être et c’est avec une force de volonté remarquable et une grande rigueur personnelle qu’il tente de concrétiser les idéaux élevés qu’il s’est fixés. Le Un veut avant tout être quelqu’un d’intègre et son attention première se porte constamment sur ce qui est correct ou incorrect, c’est-à-dire conforme ou non à ses propres critères. Il
détecte intuitivement comment les choses pourraient être améliorées et il fait son possible pour y parvenir, en ayant comme ligne de mire rien de moins que l’excellence. Il pense d’ailleurs que toutes les personnes devraient avoir le même objectif et il est généralement contrarié et agacé quand il s’aperçoit que ce n’est pas le cas ! S’il essaye de ne pas le montrer, il ne peut s’empêcher de donner des conseils et de signaler ce qu’il perçoit comme des erreurs. Le Un se considère comme quelqu’un de droit et de travailleur, et il en est fier. Il estime que la vie est difficile, que le repos se mérite et qu’il faut attendre que les tâches à réaliser soient exécutées, avant de penser au plaisir. Pour être en accord avec ses valeurs, il tente d’adopter une conduite exemplaire et de tout faire bien tout le temps. Mais la barre de ses idéaux est si haute que personne ne peut l’atteindre et surtout pas lui-même. Et son impuissance l’irrite facilement. Ce qui caractérise l’ennéatype Un : • Apport au monde : la droiture. • Image de soi : je suis droit, je suis travailleur. • Évitement : la colère. • Désir profond : être intègre. • Peur profonde : être corrompu. Une intelligence instinctive, pour mieux se contrôler
Le Un est quelqu’un qui fonctionne, en permanence, en étant guidé par des valeurs morales et éthiques. Ses perceptions sont d’abord instinctives et il privilégie l’action pour améliorer le monde dans lequel il vit et pour résoudre les multiples problèmes qui peuvent se présenter dans la vie. Il est en effet persuadé que l’on peut toujours faire quelque chose pour surmonter l’adversité et il agit en essayant de rester fidèle à ses valeurs, quelles que soient les difficultés. Pour ce faire, il utilise en priorité son centre instinctif et il en exploite l’énergie pour agir, bien sûr, mais avant tout pour garder le contrôle de lui-même. Car sa motivation première est de rester, envers et contre tout, quelqu’un de rigoureux, de juste, d’honnête et de consciencieux. La colère refoulée du Un Tenter sans cesse d’agir en visant l’excellence est une tâche perdue d’avance, et cette impossibilité emplit le Un de la colère du centre instinctif. C’est une colère qu’il dirige le plus souvent contre lui-même, beaucoup plus que contre les autres (même s’il s’emporte parfois contre eux !), car il se reproche sans cesse de ne pas parvenir à la qualité qu’il vise dans ce qu’il fait ; il en ressent d’ailleurs souvent les tensions musculaires comme psychologiques. Mais le centre instinctif est le centre du contrôle et le Un tient à juguler cette colère. Il se blâme de son courroux et le vit comme un manque de maîtrise de soi, ce qui est pour lui insupportable, car non conforme à ses idéaux. Il a donc tendance à exclure son exaspération de son champ de conscience et à la refouler. D’ailleurs, de nombreux Un ne se reconnaissent pas comme « en colère ». Ils vont se dire « agacés » ou « énervés » par une situation, mais pas « en colère », même si tout dans leur attitude – mâchoires crispées, front plissé, sourire forcé… – la trahit.
Ce ressentiment enfoui et non reconnu génère une frustration permanente, une insatisfaction de soi et du monde, si bien qu’un grief légitime peut ensuite faire jaillir une énorme colère jusqu’ici refoulée, dont le Un culpabilisera. D’une façon générale, le Un est quelqu’un qui « bouillonne », dès qu’une situation ne se déroule pas comme il estime qu’elle le devrait. Il ne peut s’empêcher de focaliser sur les imperfections du moment et la moindre erreur peut prendre une importance démesurée. Pierre (type Un) : Alors que j’étais chez moi, j’ai trouvé dans la boîte aux lettres l’avis de réception d’une lettre recommandée, que le facteur n’a pas fait l’effort de me remettre en mains propres. Qui plus est, le préposé a fait une erreur sur l’avis en indiquant que la lettre serait disponible au bureau de poste dès 14 heures, quand celui-ci était justement fermé cet aprèsmidi-là… Résultat : je me suis déplacé inutilement et je suis rentré chez moi absolument furieux après le préposé, d’autant plus que le même problème s’était produit déjà plusieurs fois ! D’une façon générale, je n’accepte pas que quelqu’un puisse bâcler son travail, quel qu’il soit ; mais quand je dois subir, en plus, les conséquences d’un manque de rigueur professionnelle, la situation me devient tellement insupportable que je peux avoir un coup de sang ! J’ai écrit un long courrier de mécontentement au receveur, pour signaler les lacunes inadmissibles de son service. J’ai ruminé mon irritation et je ne suis pas arrivé à me calmer, à tel point que l’événement m’a donné des palpitations. Au final, il m’a fallu 24 heures pour me remettre de cet incident qui, je le reconnais, n’avait en soi aucun caractère de gravité. Je m’en veux de me mettre dans des états pareils pour des « broutilles », mais je n’arrive pas à me raisonner. La vie quotidienne du Un Motivation et organisation
Parce qu’il veut sans cesse améliorer le monde, le Un attache une importance extrême à la qualité et tend à être dans un processus de perfection sans fin. Il considère que tout ce qui doit être fait se doit d’être bien fait. Et il applique cette résolution à tout ce qu’il entreprend. Identifier LA bonne façon de faire Lorsqu’il s’attaque à une tâche, le Un le fait avec une grande conscience. Sa rigueur personnelle le pousse à penser que les choses sont bonnes ou mauvaises, parfaites ou imparfaites, justes ou injustes… sans nuances intermédiaires. Il estime donc le plus souvent qu’il n’y a qu’une seule façon de bien faire les choses, une seule solution correcte pour chaque situation. Il n’envisage pas qu’une autre approche puisse donner des résultats tout aussi convenables, ou qu’une solution qui semble juste pour une personne puisse ne pas être satisfaisante pour une autre. Quand il sait ce qu’il faut faire ou quand l’urgence de la situation le nécessite, le Un utilise l’énergie du centre instinctif pour agir immédiatement et foncer dans l’action. En revanche, quand il doit choisir une solution, il est très soucieux de trouver la bonne méthode et se montre précis, méticuleux et très organisé. Pour prendre une décision, il ne compte que sur lui-même. Il va soigneusement étudier tous les aspects du problème, après avoir rassemblé une large documentation sur le sujet. Son exigence ne tolère pas la moindre négligence et il pense qu’il est toujours possible de faire mieux. Il prend le temps nécessaire avant de faire ses choix et il les fait avec une certaine anxiété, par peur de se tromper (ce qui le culpabiliserait). Faire mieux, toujours mieux que…
Le Un a une véritable obsession de l’amélioration. Il estime en général qu’il y a toujours un moyen de s’améliorer et il a pris l’habitude de vivre en faisant sans cesse des comparaisons entre ce qu’il fait (ou pense) et la potentielle perfection d’une situation. C'est un peu comme s’il avait mis au point un système de surveillance intérieure, qui contrôle en permanence ses pensées, ses paroles et ses actes, par peur d’être critiqué, d’être « jugé » par les autres. C’est ce qui explique que le Un est très sensible et facilement blessé par les critiques, qui se révèlent d’ailleurs contreproductives avec lui : son juge intérieur l’a déjà accablé, il est inutile d’en rajouter ! Alex-Adrien (type Trois) : Je travaille dans une entreprise dont le fondateur est de type Un. Lors d’un échange avec lui, nous discutions des performances de l’équipe commerciale. Il était ravi de voir que l’équipe progressait et que nous étions fiers de ce que nous produisions, même si nous étions tous d’accord pour reconnaître qu’il restait encore des progrès à faire. Dans un élan d’enthousiasme, il nous a dit : « C’est fou de voir que nous faisons des propositions d’une grande qualité ; et pourtant nous sommes encore nuls ! » Après avoir prononcé ces quelques mots, il a lu sur mon visage que la formulation n’était pas optimale et il s’est repris : « Enfin, on va encore beaucoup s’améliorer, c’est super ! » Nous sommes toujours amusés de voir ce que révèlent les formulations de chacun. « Après l’effort, le réconfort »… pas sûr ! Lorsqu’il cherche à résoudre un problème – que d’autres n’auraient même pas perçu –, le Un se montre opiniâtre et persévère jusqu’à trouver une solution qui lui convienne. Inutile de lui suggérer alors de se changer les idées par une promenade
ou un cinéma ou, pire encore, de « laisser tomber ». C’est tout simplement inenvisageable pour lui. Le Un ne s’accorde aucun moment de détente avant d’avoir mené sa tâche à bien. Il estime en effet que ses devoirs passent avant ses besoins. Il fait passer le « il faut » avant le « je veux » ou plutôt, il se convainc qu’il veut faire ce qu’il faut faire. Relations affectives Une personne rigide… mais de confiance Dans la mesure où le Un s’efforce sans cesse d’être à la hauteur des exigences de son juge intérieur, il estime que ses relations se doivent d’être aussi intransigeantes et il n’hésite pas à le leur faire savoir. Cette façon d’être génère du respect, mais elle crée en même temps de la distance entre lui et les autres ; le Un peut être perçu comme quelqu’un de rigide, de froid, de pointilleux et d’autoritaire, d’autant qu’il est plus enclin à émettre des critiques que des compliments. Sa rigueur personnelle va de pair avec une grande honnêteté, une grande loyauté et un sens évident de la justice. Le Un traite chacun avec égalité et refuse toute compromission qui irait à l’encontre de son sens de la morale. C’est une personne de confiance, profondément responsable, qui n’hésite pas à s’investir pour aider son prochain et qui s’implique toujours au maximum pour réaliser les missions dont elle a la charge. Relation de couple : à la recherche de l’excellence
Dans sa relation de couple comme dans sa vie en général, les idéaux du Un sont très élevés. Il recherche la relation parfaite et il fait beaucoup d’efforts pour essayer d’être le conjoint idéal. Son besoin profond est d’être aimé malgré ses imperfections, mais il a la conviction intime que celles-ci vont faire fuir son partenaire et il vit dans cette angoisse. De la même façon, il a une vision du conjoint idéal et il veut l’aider à améliorer ce qu’il considère comme des imperfections. Il est persuadé de connaître précisément ses attentes et il s’applique à y répondre ; mais souvent, il n’a pas vérifié la justesse des désirs perçus et ses efforts ne sont pas forcément reconnus. Attitude professionnelle Le Un ne peut s’investir dans le contexte professionnel que s’il y a adéquation entre ses valeurs et celles de l’organisme. Il attache notamment beaucoup d’importance aux aspects éthiques et à leurs applications et attend de sa hiérarchie qu’elle reconnaisse les implications de chacun. Il apprécie que les procédures soient respectées et que les responsabilités soient clairement définies. C’est l’un des grands travailleurs de l’ennéagramme et il s’implique pour que son travail soit bien fait, à toutes les étapes de la réalisation d’une tâche. Cette attention le ralentit quelquefois, car il peut se perdre dans les détails et peaufiner des choses sans importance ; la pression du temps peut alors le stresser. Les interruptions et les bavardages l’exaspèrent et, d’une façon générale, il déteste être interrompu dans ce qu’il fait. Son obsession de la qualité et son esprit critique font qu’il repère automatiquement la moindre faille d’un projet. Il voit très vite ce qui peut être amélioré, mais il ne sait pas toujours l’exprimer sans blesser son interlocuteur.
Le Un est attentif à ses collaborateurs et les soutiendra s’ils font des efforts, mais il attend de chacun une grande rigueur. Il émet facilement des critiques, car il estime qu’elles montrent un axe de progression et qu’elles sont donc positives. Il est par conséquent souvent perçu comme quelqu’un de négatif et il en souffre, car son intention est de faire avancer les projets. En revanche, les compliments qu’il fait sont toujours sincères, et un éloge de Un mériterait d’être inscrit dans un CV ! Un peu d’introspection Le Un est en général quelqu’un d’extrêmement sensible, mais il a le plus souvent des difficultés à exprimer ce qu’il ressent, car il juge de nombreuses émotions peu convenables. Il essaye donc de les contrôler ou au moins de ne pas les manifester. Et cette répression est pour lui une nouvelle source de pression. Son attention est tellement focalisée par la question « Que faudrait-il faire ? » pour satisfaire les exigences de son critique intérieur, qu’il en oublie d’écouter ses aspirations véritables. Il refoule ses désirs et les remplace par une liste de « je devrais », et cette privation l’emplit de ressentiment. Pour évacuer cette pression, il extériorise quelquefois sa colère (et culpabilise aussitôt), ou fait preuve de comportements excessifs à certains moments. Parfois, le Un contrebalance la tension qui existe entre ses besoins et son autocritique en menant une « double vie » : une vie publique dans laquelle il respecte les règles et une vie privée dans laquelle il donne libre cours à sa spontanéité. Ce peut être un comportement différent dans sa vie professionnelle et dans sa vie familiale, avec les personnes qu’il connaît (et qui peuvent le juger) et avec les inconnus, ou tout simplement un coin de sa maison où il s’autorise un grand désordre…
Le Un au prisme de l’ennéagramme L’apport au monde et sa contrefaçon : l’image de soi Apport au monde : la droiture La compétence principale du Un, ce qu’il apporte au monde, c’est la droiture et la rigueur personnelle qu’il manifeste, pour atteindre les objectifs qu’il s’est fixés. C’est une quête qui le conduit à vouloir, sans relâche, accéder à la représentation idéale qu’il a pour lui-même et pour le monde, qu’il veut rendre meilleur, et il possède un talent véritable pour voir comment y parvenir. Image de soi : je suis droit, je suis travailleur Lorsqu’il est victime des automatismes de son ego, le Un surjoue son rôle et perd son authenticité, en dénaturant sa compétence. Afin d’éviter la colère, il s’enferme dans toujours plus de rigueur et de travail, car il estime que le monde est mal fait et que les autres ne sont pas assez rigoureux. Sa peur de se tromper ou d’être critiqué lui fait revoir toujours à la hausse ses exigences. François-Louis (type Un) : Aller droit, travailler et être rigoureux pour faire ce que j’estimais être mon devoir a toujours été pour moi une ligne de conduite que je me suis efforcé de tenir. Étant épris de liberté et de justice, je me suis engagé dans la Résistance alors que je n’avais pas 18 ans, car je jugeais que c’était « mon devoir ». Puis je suis « monté » à Paris à 20 ans,
j’y ai rencontré celle qui allait devenir ma femme et, très vite, nous avons eu plusieurs enfants. J’ai travaillé toute ma vie (jusqu’à 73 ans !), avec toujours comme motivation première le besoin profond de pouvoir assurer les besoins matériels qu’il fallait pour nourrir et élever mes nombreux enfants. J’estimais que c’était mon rôle et je n’ai jamais lésiné sur les efforts nécessaires pour le remplir, même s’il fallait pour cela m’oublier dans le travail. Mais j’ai laissé à ma femme le soin d’apporter seule à mes enfants l’amour qu’ils réclamaient. Et j’ai signé leurs carnets de note avec peut-être trop de sévérité, car je tenais à ce qu’ils se comportent bien et qu’ils réussissent leurs études. Aujourd’hui, à 95 ans, je reste attaché à la rigueur pour ce qui me concerne, mais j’ai considérablement baissé mes exigences. J’ai appris à me connecter à mes émotions et je les partage plus facilement. Je me contente de faire ce que je peux et, somme toute, je suis heureux d’être encore capable de le faire ! Évitement : la colère Le Un est ancré dans l’action et il veut utiliser son énergie pour garder le contrôle de lui-même, car il tient à être reconnu pour la qualité de ce qu’il est et de ce qu’il fait. Il s’irrite facilement de ce que les situations ne se déroulent pas comme il le voudrait, mais il veut par-dessus tout éviter de s’emporter, car il associe cette colère à une perte de maîtrise de soi, qui la rend intrinsèquement « non conforme ». Son ego se construit en se persuadant que, pour être en sécurité, il doit se dominer constamment. Le Un cherche donc à éviter la colère – et plus spécialement sa propre colère –, de façon à maintenir l’image qu’il veut avoir de lui-même et être irréprochable. Jocelyne (type Un) : Je reçois régulièrement des amis à dîner et l’un d’entre eux a le don de m’exaspérer. C’est un syndicaliste acharné qui tient un discours extrêmement agressif contre le patronat en général, alors qu’il sait très bien que j’étais cheffe
d’entreprise. Et comme par un fait exprès, c’est vers moi qu’il se tourne le plus souvent pour se plaindre, car je suis la seule à ne pas l’envoyer sur les roses… La première fois, j’ai essayé de l’écouter car je tenais à me montrer « gentille et bien élevée » ; j’étais la maîtresse de maison et je ne voulais surtout pas faire d’esclandre. Alors que la colère bouillonnait à l’intérieur de moi et que je me sentais tendue et exaspérée, je n’ai pas dit un mot et je suis restée impassible, en gardant mon sourire, sûrement crispé ! J’avais l’impression qu’il me provoquait et seule la peur de perdre le contrôle de moi-même m’empêchait de rétorquer à ses propos virulents et tellement injustes sur les patrons. J’ai préféré quitter la table pour aller dans la cuisine préparer le plateau de fromages et j’y suis restée un bon moment, le temps de faire redescendre la pression. Quand on a réinvité ces amis, j’ai été gagnée par l’appréhension à l’idée de le revoir. Mais j’ai anticipé en choisissant un plan de table qui l’éloigne le plus possible de moi, et me permette de l’ignorer toute la soirée. Mécanisme de défense : la formation réactionnelle Lorsque la pulsion de colère envahit le Un, que cette colère soit dirigée contre lui ou contre les autres, il se défend en renforçant inconsciemment son contrôle de soi et en refoulant ce sentiment, qui est contraire à ses idéaux. Certes, ses mâchoires serrées ou son sourire crispé laisseront percevoir l’énervement à son entourage, mais le Un n’en a pas conscience, car il remplace alors automatiquement son ressentiment par un comportement opposé, compatible avec ses valeurs. Ce mécanisme de défense est appelé « la formation réactionnelle ». Madeleine (type Un) : Installée devant mon ordinateur, je me concentre sur la création d’une carte d’anniversaire pour ma
petite-fille. Le travail de graphisme me demande beaucoup d’application et de créativité, car je recherche l’émotion que la carte pourra provoquer quand elle sera reçue. Mais la sonnette de la porte d’entrée retentit. Je commence par pester et bougonner, et ne me lève pas spontanément. Puis je me précipite à la porte, visage fermé, même si je n’ai que quelques pas à faire. Un flash me dit que c’est peut-être important, même si je n’attends personne. Dès que j’ai posé la main sur la poignée, le calme revient spontanément et j’accueille mon facteur avec un sourire sincère – même s’il est encore figé – et un grand « bonjour ». Il me remet un colis ; encore un grand « merci », puis surgit un sentiment de honte de mon énervement démesuré et injustifié, ressenti comme une pulsion furtive et qui me met mal à l’aise. Je m’assois devant mon ordinateur et je me dis que je n’aurais pas dû. Je me remets lentement à ma création et mon conscient efface cette pulsion intérieure. La distorsion émotionnelle et son antidote : la restructuration émotionnelle Distorsion émotionnelle : la colère Le Un dans son ego a un tel niveau d’exigence qu’il n’est jamais satisfait de la situation, même s’il dépense beaucoup d’énergie à tenter de l’améliorer, et il se montre critique envers lui-même et envers les autres. Son idéal est si haut qu’il est inatteignable et cela induit chez lui une colère qui le culpabilise et à laquelle il veut résister. Mais ne pas être présent à sa colère le frustre et l’irrite, et cette irritation engendre une tension interne très forte qui augmente sa rigidité. Le Un est à ce moment incapable de s’opposer à la distorsion émotionnelle (ou passion) qui le domine : la colère. Ainsi, l’ego du Un rumine constamment une forme de colère – et c’est une
véritable souffrance pour lui –, pour avoir cherché justement à éviter la colère, ce qui provoque une insatisfaction chronique envers lui-même et la réalité. À noter que le Un partage avec le Six la particularité d’avoir comme distorsion émotionnelle l’émotion caractéristique de son centre préféré (la colère pour le Un, la peur pour le Six). Anne (type Un) : Si je me suis très vite retrouvée dans les caractéristiques de l’ennéatype Un, j’ai mis beaucoup de temps à reconnaître la colère. Car non seulement il ne me semblait pas laisser libre cours à ma colère, mais au contraire, j’avais le sentiment d’essayer sans cesse de me contrôler. Prendre du recul m’a permis de mettre des mots sur ce qu’on pourrait aussi appeler « du ressentiment ». J’ai pris conscience qu’il y avait en moi un agacement presque permanent, contre tout ce qui n’est pas aussi bien que ce que je souhaiterais. C’est simple, je peux être ennuyée de voir que la pièce n’est pas rangée, énervée contre les personnes que je rencontre et qui ne respectent pas les consignes – l’autre jour encore, une femme s’est approchée à 30 cm de moi avec un masque en tissu tout fin ! –, agacée par le temps que met la personne à ranger ses affaires à la caisse du supermarché, exaspérée par la tache que je n’arrive pas à faire partir de la moquette… Mon mari me dit : « Tu es tellement dure avec toi », et mon entourage pointe très souvent mes exigences. Personnellement, je ne m’en rends pas compte. Je ressens simplement le besoin fondamental que les choses soient faites « correctement ». Et si l’on me rétorque « mais ce n’est pas grave… » cela a le don de m’exaspérer. Si, pour moi, c’est grave ! Certains jours, surtout lorsque je suis fatiguée, tout m’énerve ! Et ça m’épuise. Mais je n’avais pas fait le lien avec la colère parce qu’au fond de moi, je me suis longtemps interdit de l’être. Je travaille sur moi, pour reconnaître cette colère et pour l’accepter. Me dire : « Ta colère est légitime, tu as le droit d’être en colère » m’aide à la faire tomber. Mais depuis que je la reconnais, il me semble qu’elle sort plus facilement et qu’elle explose beaucoup plus. Et j’en
culpabilise ! Ça peut être un cycle sans fin. Me détendre et méditer m’aide à relativiser. Restructuration émotionnelle : la patience Lorsque le Un se connecte à son essence, il éprouve une force qui lui permet de vivre la restructuration émotionnelle (ou vertu) de son type : la patience. Ses émotions et ses pensées sont apaisées et il prend conscience de ses sentiments, sans les refouler. Il soulage sa culpabilité et accepte l’idée que rien dans la vie n’est jamais parfait, que faire de son mieux est suffisant et qu’il y a un plaisir à trouver dans les imperfections de la vie. Cette ouverture lui permet d’interagir avec le monde de manière plus efficace et avec plus de compassion, d’être ouvert et réceptif, sans se sentir meilleur ou pire que les autres. Il est dans l’acceptation de ce qui est ; chaque instant est alors équilibre et il retrouve une forme de sérénité, de plénitude, quels que soient les hauts et les bas de la vie. L’obsession cognitive et son contrepoids : le mécanisme de progression Obsession cognitive : le perfectionnisme Lorsque l’ego du Un se sent en danger et qu’il veut éviter la colère, il est en proie à une obsession cognitive (ou fixation) : le perfectionnisme. Il croit que pour éviter la colère, il faut atteindre la perfection dans tout ce qu’il fait.
Le Un se focalise alors sur la façon de restaurer un ordre approprié et il porte un soin maniaque à parfaire tout ce qu’il entreprend, dans les grandes lignes comme dans les petits détails. C’est ce qui explique la rigueur avec laquelle il étudie un dossier, la précision qu’il accorde à toutes les étapes d’un projet, ou encore le temps qu’il lui faut parfois pour atteindre le niveau de qualité qui l’obsède… Philippe (type Un) : Parmi mes passions figurent en bonne place les voyages et la photo. J’ai donc de nombreuses photos de voyages classées et archivées, mais celles que j’ai prises avec un appareil argentique commencent à s’abîmer. J’ai voulu les protéger du temps en les numérisant et j’ai entrepris de les scanner une à une, ce qui a nécessité de longues heures de travail. Et c’est en visionnant le résultat que je me suis aperçu qu’il y avait quelques traces sur les photos numériques. J’avais bien sûr nettoyé la vitre du scanner mais la poussière s’était sans doute infiltrée à l’intérieur. J’ai demandé son avis à ma femme (type Neuf), qui m’a dit ne rien déceler, ou peut-être une infime trace ; elle estimait que les photos étaient très bien comme ça. Mais quand je les regardais, je ne voyais justement que cette « infime trace ». J’ai hésité un peu, très peu en fait. J’ai cherché sur le Net comment démonter le scanner pour nettoyer l’envers de la vitre et j’ai tout recommencé ! J’ai même été jusqu’à retravailler numériquement les photos scannées, car certaines traces semblaient inaltérables. Ces images étaient destinées à être stockées – et non à être imprimées et mises sous verre –, mais je ne supportais pas l’idée de les classer sans être totalement satisfait du résultat ! Mécanisme de progression : la perfection Lorsque le Un se connecte à son essence, il surmonte son obsession grâce à un mécanisme de progression (ou idée supérieure) : la perfection. Il comprend que la réalité peut être un lieu d’harmonie, même incomplète, que l’expérience a
toujours une justesse inhérente et que chacun peut avoir une vision différente de l’idéal. En apaisant sa culpabilité, il se libère de la tension de bien faire et intègre que la véritable perfection n’est pas fixe et immuable, mais qu’elle est un équilibre permanent entre des éléments positifs et négatifs. Il accomplit ses tâches avec la quantité d’énergie requise pour accéder au mieux atteignable et il retrouve une forme de sérénité. Figure 4-1 Le récapitulatif des mécanismes de l’ennéatype Un. Intégration et désintégration de la personnalité Lorsque le Un est connecté à son essence, il est intègre et tolérant, capable d’améliorer le monde par son engagement, par sa vision de ce qui est perfectible et par sa volonté et son énergie pour agir en conséquence. Il admet que tout le monde ne peut pas lutter avec la même conviction et apprend à se fixer des priorités pour agir. Il accepte que sa norme de perfection ne soit
pas la seule recevable. Il reconnaît ses émotions, devient bienveillant et vit en accord avec sa conscience et sa raison. Le Un dans sa routine est un grand travailleur, digne de confiance, productif et consciencieux, avec une forte tendance à critiquer et à agir à la place des autres (qui ne font jamais aussi bien que lui). Il cherche à convaincre de la pertinence de ses points de vue et se sent obligé d’être à la hauteur, quelles que soient les circonstances. Le Un dominé par les mécanismes de son ego est intolérant, dogmatique et sévère, plein d’amertume et de ressentiment ; il souffre de n’être pas soutenu alors que les autres comptent sur lui sans manifester la moindre gratitude. Il a tendance à s’autocontrôler de manière obsessionnelle et refoule ses désirs. Il est moralisateur et facilement inflexible. Outre ce mouvement d’intégration et de désintégration « interne » (au cours duquel il se connecte à son essence ou est dominé par son ego), le Un peut vivre par moments un mécanisme d’intégration et de désintégration « externe » ; il ajoute alors à ses caractéristiques les capacités ou les travers de l’essence ou de l’ego d’un autre type, auquel il est relié dans le schéma de l’ennéagramme. Ce mécanisme est décrit dans le cha pitre 17 (page 293). Quelques pistes pour évoluer Pour réduire l’emprise de son ego et se connecter à son essence, le Un doit arriver à reconnaître, dans sa vie quotidienne, les moments où il se laisse diriger par son juge intérieur. Il lui faut repérer, par exemple, les instants où il ne peut s’empêcher de focaliser sur les petites imperfections qui pourraient être améliorées, et ceux où il ne fait plus la distinction entre « il faut » et « je veux ». Plusieurs pratiques peuvent lui permettre d’évoluer.
Accepter ce qui est Le Un cherche tellement à atteindre ses idéaux qu’il s’épuise à essayer d’être parfait, tant dans ses actes que dans ses pensées. Mais cette quête est illusoire et ne peut que renforcer son ressentiment et son angoisse de la critique. Admettez vos erreurs et les imperfections de vos réalisations. Votre critique intérieur reculera et vous serez capable d’accepter les petits défauts. Le point clé dans le pardon est d’admettre l’erreur sans vous critiquer. Une astuce pour progresser dans cette voie : faites sciemment quelques petites fautes (laissez une ou deux coquilles dans votre mail, portez des chaussettes dépareillées, etc.), et prenez conscience que vous n’en êtes pas moins apprécié pour autant ! Le maître mot dont vous avez besoin est « acceptation ». Reconnaître et écouter ses besoins Le juge intérieur que le Un abrite au fond de lui-même condamne et refoule une bonne partie de ses émotions. La colère, bien sûr, qui est jugée comme non acceptable, mais aussi des besoins véritables, lorsqu’ils ne sont pas conformes à des critères de correction (comme s’accorder un moment de détente alors qu’il y a tant de choses à faire). Et cette répression emplit le Un de ressentiment… Habituez-vous à repérer la voix de votre juge intérieur et à la distinguer de votre moi. Prêtez attention à la façon dont ses messages affectent votre sens du bien-être. Car le bon soldat que vous avez au fond de vous donne des ordres et vous fait croire que vous voulez les exécuter. Accordez-vous plus de temps pour vous détendre, écoutez vos sentiments et vos besoins et n’hésitez pas à les faire passer en priorité, sans culpabiliser. La véritable inspiration vient de la joie et non du surmenage.
Identifier et traiter sa colère Le Un ressent beaucoup de colère, à la fois contre lui-même, car il n’arrive pas à atteindre ses idéaux, et contre les autres, qu’il juge souvent négligents et irresponsables ; mais il a tendance à la refouler. Ce faisant, il la retient dans son corps, ce qui se traduit à la fois par des tensions et par des frustrations. Apprenez à percevoir votre colère et à la traiter. La colère est une émotion naturelle qui nous informe qu’un besoin n’est pas satisfait. Quand on laisse notre colère exister sans lui résister, elle émerge, nous traverse et est de courte durée. Alors que quand nous lui résistons, elle se perpétue dans des pensées obsessionnelles. Il est important de prendre conscience de ses émotions et de les exprimer.
DANS CE CHAPITRE Les filtres d’attention de l’ennéatype Deux • La vie quotidienne du Deux : motivations, relations affectives, attitude professionnelle et introspection • Les mécanismes du Deux quand il est dans son ego et dans son essence • Quelques pistes pour abandonner ses automatismes Chapitre 5 L’ennéatype Deux : le maître du dévouement ous avons décerné à l’ennéatype Deux le diplôme de Maître N du dévouement, car il a un véritable don pour nouer avec ses proches une relation empreinte d’amour et de générosité. Il possède une réelle aptitude à prendre en charge les besoins de son entourage et il est le premier à vouloir se rendre utile en les aidant. C’est ce qui nourrit son cœur et donne un sens à sa vie. Centré sur sa relation à l’autre, le Deux est attentionné et plein d’empathie pour ceux qui comptent pour lui. Il est d’ailleurs
perçu comme tel et ses proches le classent sans se tromper dans la catégorie des personnes sur qui l’on peut compter. Fier de ce classement, qui lui donne l’impression d’être aimé, le Deux fait tout pour ne pas démériter. Non seulement il fait en sorte de répondre à tous les besoins exprimés, mais il les devance en comprenant intuitivement ce qui est susceptible d’aider l’autre – quelquefois avant même que celui-ci n’en soit conscient – et en proposant spontanément son secours. Mais en mettant toute son énergie dans le soutien qu’il apporte aux autres, le Deux en arrive à nier ses propres besoins et par là même à refuser de reconnaître ses souffrances. Il s’épuise en aidant ses proches et attend implicitement d’eux une reconnaissance qu’il estime justifiée. Ce qui caractérise l’ennéatype Deux : • Apport au monde : l’amour. • Image de soi : j’aime, j’aide. • Évitement : reconnaître ses besoins. • Désir profond : être aimé. • Peur profonde : être indigne d’être aimé. Une intelligence émotionnelle, pour déceler les besoins des autres Le Deux perçoit principalement ses intuitions par le biais d’identifications émotionnelles, qui lui permettent d’être en empathie avec ses relations et de capter ce qu’elles vivent. Il
exploite de façon prioritaire l’énergie de son centre émotionnel pour détecter les besoins des autres et y répondre. Toute son attention étant dirigée vers l’extérieur, les relations humaines lui sont nécessaires et il supporte mal d’être seul ou inactif. Il appréhende ainsi le monde (les autres, sa vie, ses projets, etc.) avec le filtre de ses émotions et c’est à partir de ce qu’il ressent qu’il prend ses décisions et qu’il agit. Ses proches occupant une place centrale pour lui, il se décide souvent en fonction d’eux sans en être vraiment conscient, ce qui peut le conduire à agir de façon irrationnelle. Le besoin d’être aimé du Deux À l’instar des autres types du centre émotionnel, le Deux est préoccupé par son image. Il n’a pas une idée claire de son identité et il la perçoit par le biais des émotions suscitées par le regard de l’autre. Comme lui-même ne prend pas le temps de s’aimer, considérant qu’il s’agit là d’un acte égoïste, il passe sa vie à essayer qu’on lui prouve qu’il est aimé et estimé, ce dont il est loin d’être sûr. C’est pourquoi il ressent de façon intense le besoin d’être apprécié par ceux auxquels il tient, et qu’il attache une telle importance aux regards que les autres portent sur lui et à leurs manifestations d’estime. Il voudrait sentir qu’il leur est indispensable, pour apaiser la peur qu’il a de ne servir à rien ou d’être rejeté. Et comme il ne peut s’empêcher de croire que l’amour qu’on lui porte est proportionnel à l’aide qu’il apporte, il essaie de devancer les désirs de ses proches et de répondre à leurs besoins. Il espère ainsi renforcer le lien qui les unit et qui lui donne le sentiment d’être aimé, ce qui est selon lui la condition indispensable à son propre bonheur. Jean-Pierre (type Deux) : J’ai toujours été tourné vers les autres et je suis conscient que je ne peux vivre sans eux. D’ailleurs, j’ai constamment été entouré, que ce soit dans mon enfance (au CP, déjà, je ramenais ma classe à la maison !), mon
adolescence ou ma vie d’adulte. Même si les périodes de couvrefeu que nous avons vécues ont changé la donne, il ne se passe pas une semaine sans que je ne reçoive mes amis ou ma famille. Le poète Pierre Reverdy écrivait : « Il n’y a pas d’amour, il n’y a que des preuves d’amour. » C’est bien mon avis et, pour ce qui me concerne, j’aime prouver aux autres l’amour que je leur porte, par le biais notamment de la nourriture. J’ai ainsi à cœur de concocter pour mes invités des plats originaux et goûteux, et je suis capable de passer plusieurs jours pour élaborer un repas, quitte à traverser Paris pour aller chercher des épices que je n’ai pas. Bien sûr, je profite moi aussi de ma cuisine, car je suis gourmet et gourmand, mais ma motivation profonde est de faire plaisir à mes invités, de combler leurs papilles gustatives et, avouons-le, de tenter de les éblouir avec mon savoir-faire culinaire. Jamais je ne cuisine de plat pour moi seul. Mais attention, si j’invite très facilement amis et voisins, il est important pour moi qu’ils me rendent la pareille, même si c’est pour partager une raclette. Je me sens blessé s’ils ne le font pas et je n’hésite pas alors à me détourner d’eux, puisqu’ils estiment que je ne mérite pas leur intérêt. La vie quotidienne du Deux Motivation et organisation Un rôle de « meilleur ami » sur mesure Le Deux est un séducteur et il essaye d’adapter sa personnalité à ce que l’autre attend, à tel point qu’il peut adopter des comportements très différents selon son interlocuteur, tant il tient à capter son attention et susciter son approbation. Sa présence chaleureuse met en confiance et invite à la confidence,
d’autant qu’il sait trouver les mots justes pour rassurer et valoriser. Il porte à l’autre une attention particulière, l’encourage et l’écoute attentivement, le complimente fréquemment et se souvient de tous les détails de sa vie ; bref, il lui fait comprendre qu’il occupe une place privilégiée dans son cœur. Mais le Deux a un besoin profond de sentir la réciprocité de ce lien émotionnel et peut en faire beaucoup pour être au centre des relations. Il excelle notamment dans le rôle du « meilleur ami », à qui l’on confie ses soucis et qui est toujours là pour prêter main-forte, épaule accueillante ou oreille compatissante. Fier de son dévouement, il peut lui arriver de se faire valoir auprès d’autres du soutien qu’il a apporté ou des conseils qu’il a donnés, montrant ainsi à quel point ses amis ne peuvent se passer de lui. Aider, oui… mais pas n’importe qui ! S’il peut aider sans compter, le Deux est sélectif à propos des personnes qu’il assiste et il centre ses relations sur celles qui sont importantes pour lui, sur un plan professionnel ou personnel. Il est plein d’empathie et sa gentillesse, sa serviabilité comme ses qualités de compréhension en font rapidement quelqu’un d’indispensable. Cela étant, le Deux tient à ce que l’on reconnaisse son soutien à sa juste valeur. La non-reconnaissance de son dévouement peut le blesser profondément et il est capable de se détourner d’une relation qui ne tient pas compte de ses conseils, pour se tourner vers les nombreux autres qui, eux, savent en profiter. Relations affectives Centré sur ses relations, le Deux se réjouit des bonnes choses qui leur arrivent. Son bien-être est lié à celui des autres et il a besoin
de les entourer de son attention ; il veut partager avec ses proches ce qu’il y a de bien dans sa vie. Une aide quelquefois envahissante Le Deux cherche à faire plaisir et a le sentiment de deviner intuitivement ce dont les autres ont besoin ; il pense parfois être le mieux à même pour les aider et est alors prêt à se sacrifier d’une façon qu’il estime désintéressée, mais qui répond en fait à un immense besoin d’amour. Pour arriver à ses fins, il est capable de se montrer par moments intrusif dans la vie des autres et d’aller jusqu’à utiliser inconsciemment des façons très subtiles de les manipuler, qui les rendent dépendants de ses attentions, en les culpabilisant par exemple de ne pas accepter le soutien qu’il leur offre de si bon cœur. Il est important de prendre conscience que le Deux s’identifie à l’aide et aux services qu’il apporte. Si dans votre entourage une personne de type Deux se montre par moments trop envahissante pour mieux vous aider, prenez soin de ne pas rejeter brutalement son aide, en lui disant par exemple que vous n’en avez pas besoin. Ce serait vécu par elle comme un refus de l’aimer. Remerciez-la de son attention et rassurez-la sur l’affection que vous lui portez, tout en restant ferme sur vos choix. Vous l’aiderez ainsi à comprendre que l’amour n’est pas une réalité qui s’achète, qu’il est gratuit et qu’elle peut le recevoir sans avoir besoin de trop en faire ! Se dévouer jusqu’à l’épuisement Le Deux a terriblement besoin d’être sûr de l’amour qu’on lui porte, au point que, par moments, ce désir peut être difficile à satisfaire. Sa capacité à aimer et à se dévouer pour les autres est immense, mais en cherchant à exaucer leurs attentes, il nie ses propres besoins. Il peut ainsi s’épuiser, physiquement et
moralement, dans l’aide qu’il leur apporte, d’autant qu’il y en a toujours certains qui tirent profit de son inépuisable générosité pour demander, encore et toujours, des services qu’il ne sait pas refuser. Faire passer systématiquement les besoins des autres avant les siens génère du ressentiment, que le Deux s’évertue à refouler. Il aimerait en fait que ses désirs, qu’il n’exprime jamais, soient perçus par les autres comme lui sait si bien le faire pour eux. Il tente parfois de les faire discerner à son entourage de façon déguisée et il espère que l’allusion sera ainsi entendue. Lorsque ses besoins ne sont pas devinés, il n’hésite pas à se plaindre du déséquilibre de la relation et ressent une réelle frustration, qui peut se transformer en colère violente, estimant qu’après tout ce qu’il a fait pour eux, ses mérites ne sont pas récompensés. Une relation de couple « aux petits soins » Lorsqu’il est amoureux, le Deux se montre attentionné, soucieux du bien-être de son partenaire et sensible à ses besoins. Il peut mettre de côté son propre bonheur pour soutenir l’autre et n’hésite pas à se dévouer pour lui. En bref, il est prêt à faire tout ce qu’il peut pour rendre son conjoint heureux. Il éprouve néanmoins le besoin de se sentir important et valorisé par la relation et veut être au cœur de la vie de son partenaire. Il a un besoin vital d’être apprécié et est attentif aux marques d’affection. Sa peur d’être rejeté peut l’amener à devenir possessif, voire jaloux. Comme dans ses relations d’une façon générale, le Deux peut avoir des comportements manipulatoires dans son couple ; il peut ainsi adopter une posture de victime pour culpabiliser son conjoint et manifester des colères violentes, s’il estime que ses besoins n’ont pas été respectés. Mais, une fois exprimés, les ressentiments passent très vite, car il est rarement rancunier.
Attitude professionnelle Dans sa vie professionnelle, le Deux donne le meilleur de luimême quand son rôle apporte quelque chose de positif aux autres et il a besoin d’interagir avec eux en les aidant et en les conseillant. D’un naturel généreux, chaleureux et positif, il est motivé par les services plus que par les objectifs et il tient à travailler pour les autres, plutôt qu’avec eux. C’est sans doute ce qui explique qu’on le rencontre souvent dans les professions médicales et sociales et que, dans les organisations, même s’il est attiré par le pouvoir, on le retrouve rarement en position de direction. Il préfère déployer ses capacités en restant dans l’ombre de l’autorité, tout en ayant un rôle stratégique, tel le conseiller influent ou l’assistant de direction, qui contrôle le planning et connaît les secrets. Extrêmement sensible à la reconnaissance, le Deux a besoin que son action soit approuvée et appréciée, en particulier de ses supérieurs, et il ressent les critiques comme autant de marques de désapprobation personnelle. Il peut se décourager et se désengager de son travail s’il a l’impression que son rôle n’est pas reconnu, ou au contraire œuvrer pour se rendre indispensable. Grâce à sa capacité naturelle à nouer des contacts, il a en général un très bon réseau relationnel, qu’il sait activer pour obtenir des informations qui le mettent en valeur, ou pour aider son entourage, du moins ceux qui, selon lui, en valent la peine. Il est de cette manière souvent informé, bien avant les autres, des interactions, des projets et des rumeurs qui circulent dans l’entreprise. Un peu d’introspection Le Deux est conscient de l’aide qu’il apporte aux autres et il en est fier. Comme il est fier de n’exprimer, lui, aucun besoin ! Il
sait que sa présence est nécessaire, que ses proches espèrent son soutien, et cela le rassure. Il aime cette image d’altruiste qu’il a de lui-même, ce sentiment de se dévouer pour les autres qui le remplit, même s’il apprécierait parfois un peu plus de reconnaissance ! Mais par moments il se sent aliéné par l’aide qu’il apporte et par ses engagements envers les autres. Certes, il les a lui-même proposés, ou n’a pas su les refuser, mais cela l’épuise et il estime que son entourage devrait en avoir conscience. Le Deux au prisme de l’ennéagramme L’apport au monde et sa contrefaçon : l’image de soi Apport au monde : l’amour La compétence principale du Deux, ce qu’il apporte au monde, c’est sa grande capacité à aimer les autres et à leur offrir avec générosité l’aide et le soutien dont ils ont besoin. Le Deux possède un don véritable pour se connecter aux personnes avec chaleur ; il perçoit leurs besoins, leur vient en aide de façon désintéressée et sait les entourer d’un amour inconditionnel. Image de soi : j’aime, j’aide Lorsqu’il est victime des automatismes de son ego, le Deux surjoue son rôle et perd son authenticité, en dénaturant sa compétence. Pour ne pas être confronté à ses propres besoins et se sentir utile, il va au-devant des autres et tente de leur apporter son soutien.
Alain (type Deux) : Je ne sais pas si j’ai un « don particulier » pour aider les autres, mais il est certain que, quand je peux dépanner quelqu’un que j’apprécie, je n’hésite pas une seconde. Ma femme me dit que pour mes proches, je suis capable de me mobiliser, en abandonnant mes priorités personnelles. Il est vrai que quand l’un d’entre eux téléphone pour me demander un conseil, que ce soit en matière de bricolage ou de santé (j’étais kiné), j’arrête immédiatement ce que je fais pour trouver avec lui une solution à son souci. J’adore réfléchir en binôme si je suis en connivence avec la personne et je mets un point d’honneur à aboutir au résultat escompté. En fait, je crois que je suis fier qu’ils aient besoin de moi et ça me rend heureux d’être utile. Dans ma vie professionnelle, ce réflexe a pu me peser. J’avais le plus souvent une relation chaleureuse avec ma patientèle et quand j’en voyais certains désespérés, n’arrivant pas à obtenir des rendez-vous pour des examens d’imagerie ou autres, je me décarcassais pour essayer d’en décrocher pour eux en urgence, via mon réseau. Résultat : mes journées de travail étaient rallongées d’autant et j’étais relativement surmené lorsque j’ai stoppé mon activité. En revanche, je suis très touché par les cartes de vœux et les marques de sympathie d’anciens patients reçues depuis. Évitement : reconnaître ses propres besoins Le Deux tient avant tout à être une personne aimante, qui essaie de répondre aux besoins de ses proches. Mais à force de centrer son attention sur eux pour mieux anticiper leurs désirs, il perd le contact avec ses propres besoins et craint de les percevoir. Son ego se construit en se persuadant que, pour être aimé, il faut donner la priorité aux autres. Il se refuse donc à exprimer le moindre besoin, par crainte inconsciente d’être vu comme égoïste, d’être rejeté ou de ne plus être aimé et, à la place, il
prend à son compte les sentiments de ceux avec qui il a fusionné. Pour autant, ne pas reconnaître ses besoins ne l’empêche pas de les connaître, mais il préfère que les autres les devinent d’euxmêmes ; son altruisme est ici teinté d’égoïsme, puisque quelque part, il attend un retour de son dévouement, attente non explicite qui, si elle est ignorée, peut générer de la colère. Sandrine (type Deux) : J’ai fait la connaissance il y a trois ans de Nathalie et j’ai immédiatement sympathisé avec elle. L’an dernier, elle m’a appris que sa fille Manon allait se marier et elle se réjouissait de cet événement, mais elle était angoissée car elle n’avait pas encore trouvé de salle pour la réception. Sans guère prendre le temps de la réflexion, je lui ai offert spontanément mon aide. Comme j’habite dans une propriété relativement grande, et que le mariage devait avoir lieu au mois d’août, je lui ai proposé mon jardin. Il devrait bien pouvoir accueillir les quatre-vingts personnes prévues, quitte à installer des barnums si le temps s’annonce menaçant. Nathalie a immédiatement accepté mon offre, qui la soulageait grandement, et m’a chaleureusement remerciée. Mais la date du mariage a finalement été repoussée d’un an, en raison du contexte sanitaire. Nathalie semble penser qu’il va de soi que je maintiens ma proposition, ce qui ne m’arrange pas du tout, car j’avais prévu de faire installer une piscine dans le jardin, au mois de juin. Impossible de réaliser ce projet, si la réception a lieu en août. Mes amis estiment que Nathalie exagère, que le report lui laisse le temps de trouver une autre salle, que je n’ai pas d’états d’âme à avoir et que je dois me désister. Mais j’ai peur qu’elle ne comprenne pas et qu’elle m’en veuille ; j’espère qu’elle prendra conscience de l’effort qu’elle me demande et qu’elle cherchera d’elle-même une autre solution. Sinon, tant pis, la piscine attendra…
Mécanisme de défense : la répression Pour répondre au mieux aux attentes des autres, le Deux repousse ses propres besoins. Mais ce refoulement déclenche des réactions intérieures d’agressivité et d’angoisse que le Deux ne peut accepter, car elles sont en contradiction avec son image de soi. Aussi réprime-t-il inconsciemment toute émotion incompatible avec l’image de la personne aimante, dévouée et désintéressée qu’il veut avoir. Yann (type Huit) : Mon père est de type Deux et quand je vais le voir, il est toujours plein d’attentions pour moi. L’autre jour, il m’a tendu son ordinateur en me demandant si je pouvais y jeter un œil, car il mettait un temps fou à s’allumer et à exécuter la moindre opération. J’étais pressé, mais je ne pouvais pas le laisser en plan et j’ai voulu regarder rapidement. Quand j’ai vu le nombre de fichiers qui occupaient son bureau, j’ai été agacé et je n’ai pu m’empêcher de m’exclamer : « Ah ! mais tu es bien comme les vieux, tu laisses tous les fichiers sur ton bureau. Comment veux-tu que ton ordinateur fonctionne correctement ! » Il n’a rien dit, mais j’ai bien vu qu’il se fermait complètement. Il n’est jamais revenu sur l’incident. Ma mère m’a dit après coup que ma remarque l’avait profondément blessé. Pour une fois qu’il me demandait quelque chose ! Nous n’en avons jamais reparlé. La distorsion émotionnelle et son antidote : la restructuration émotionnelle Distorsion émotionnelle : l’orgueil
Lorsque le Deux cherche à aider tout en évitant de reconnaître ses besoins, il est incapable de résister à une distorsion émotionnelle (ou passion) qui le domine : l’orgueil. Il a au fond de lui un immense besoin d’amour et il croit l’obtenir en apportant son aide, dans une relation asymétrique. Car l’orgueil lui fait croire que son soutien est indispensable, mais que lui n’a besoin de rien. Il refoule ses envies en se réfugiant derrière la fierté que lui procure le fait d’aider et il n’hésite pas à mettre en avant le soutien qu’il apporte, car il est fier de cette image d’altruiste qu’il a de lui-même. L’orgueil peut amener le Deux à aller au-devant des désirs des autres et à faire preuve d’ingérence, en croyant qu’il sait mieux qu’eux ce dont ils ont besoin. Annie (type Deux) : Ma fille Sophie a emménagé il y a peu à Clermont-Ferrand et m’a invitée à venir quelques jours, pour que je voie l’endroit où elle vit désormais et pour fêter sa nouvelle maison. J’étais ravie d’être un peu avec elle mais j’étais malgré tout déçue, car Sophie n’avait pas réussi à se libérer et travaillait une partie de la journée. J’ai estimé que, pour une fois que j’allais chez elle, elle aurait pu faire un effort ! Mais je n’ai rien dit. Quand je me suis retrouvée seule dans la maison, j’ai cherché ce que je pouvais faire pour me rendre utile et j’ai vu tout de suite comment optimiser certaines pièces. La chambre d’amis, par exemple, n’était pas très grande et le lit était mal orienté. J’ai aussitôt imaginé comment rendre la pièce plus accueillante et surtout plus fonctionnelle. J’ai changé le lit de place et interverti les bibelots sur les étagères. C’est fou comme en modifiant quelques éléments, on peut donner un autre caractère à une pièce. Je me suis attaquée ensuite à la cuisine, qui était organisée en dépit du bon sens. J’ai placé les assiettes dans le meuble bas et les verres dans le meuble haut, c’est bien plus logique comme ça. Et j’ai fait le tri dans ses placards, en jetant de nombreuses épices, périmées depuis longtemps. J’étais fière de ce que j’avais réalisé, mais quand Sophie est rentrée, elle n’a pas semblé enthousiasmée par la nouvelle organisation
de la maison. Après tout le mal que je m’étais donné pour optimiser son espace, elle aurait pu au moins me remercier ! Restructuration émotionnelle : l’humilité Lorsque le Deux est relié à son essence, il éprouve une force qui lui permet de vivre la restructuration émotionnelle (ou vertu) de son type : l’humilité. Conscient de ses limites et de ses capacités, il assume ses besoins sans honte et permet aux autres de lui offrir l’amour. Il a une vision claire de ce dont ils ont véritablement besoin et il donne avec abandon, générosité et sans condition. Il comprend que donner véritablement, c’est aussi recevoir et il peut vivre avec les autres une relation équilibrée, basée sur l’échange et la réciprocité. L’obsession cognitive et son contrepoids : le mécanisme de progression Obsession cognitive : le dédain Lorsque le Deux a besoin de se voir comme une personne aidante, il ne peut s’empêcher de complimenter les autres et de les valoriser pour obtenir leur attention et créer un lien. Il espère inconsciemment qu’en retour ils reconnaîtront sa nature généreuse et aimante et qu’il pourra les aider car, à cet instant, il est persuadé que lui seul sait comment les soutenir. Il est alors en proie à une obsession cognitive (ou fixation) : le dédain. Car en procédant ainsi, alors même qu’il nie ses propres besoins, il manifeste une certaine condescendance à l'égard des autres. Sarah (type Huit) : J’ai quitté il y a peu une maison que je louais et j’avais prévu d’y retourner pour tout nettoyer, avant de
remettre les clés. Mon amie Emma (type Deux), qui m’avait déjà aidée à déménager, s’est exclamée immédiatement qu’elle allait prendre un jour de RTT pour me donner un coup de main. J’ai décliné son offre car je pensais régler ça rapidement, mais elle n’a rien voulu savoir et le jour J, elle m’attendait devant la porte, avec des croissants ! Elle m’a expliqué que j’avais été malade il y a peu, que je ne devais pas faire d’efforts, qu’elle tenait beaucoup à moi, que je ne pouvais pas me charger de tout et que prendre soin de ma santé était plus important pour elle que de prendre des vacances, bref, elle était trop gentille, mais elle m’a un peu soûlée en me donnant l’impression d’être infirme ! Et elle a passé la matinée à faire les carreaux, ce qui n’était pas forcément indispensable pour un état des lieux. Au cours de la matinée, elle m’a appris incidemment qu’elle allait se faire opérer très prochainement du canal carpien de la main droite et qu’elle allait être arrêtée une semaine. J’ai voulu la rassurer en lui proposant de préparer à l’avance un certain nombre de plats qu’elle n’aurait plus qu’à faire réchauffer, mais elle a refusé catégoriquement mon aide. Elle avait déjà tout anticipé, avait acheté tout ce qu’il lui fallait et je ne pouvais absolument pas lui être utile. Son implication dans mon déménagement et le fait que, dans le même temps, elle refuse aussi énergiquement mon aide, m’ont fait ressentir l’asymétrie de la relation et je me suis sentie gênée. Mécanisme de progression : la liberté Lorsque le Deux est en lien avec son essence, il surmonte son obsession grâce à un mécanisme de progression (ou idée supérieure) : la liberté. Il prend conscience qu’il peut reconnaître et satisfaire ses propres besoins, sans pour autant être égoïste, et que dire non est aussi acceptable que de dire oui. Il sait développer et encourager le potentiel des autres et il les aime sans attendre de retour. Autonome et indépendant, il est libre de vivre l’instant présent, en étant plein de la certitude qu’il est
aimé pour lui-même. Il est libéré de sa dépendance aux autres et de son besoin de reconnaissance. Figure 5-1 Le récapitulatif des mécanismes de l’ennéatype Deux. Intégration et désintégration de la personnalité Lorsque le Deux est connecté à son essence, il est aimant, plein d’attentions, altruiste et désintéressé. Tourné vers les autres, il sait ce qu’il peut raisonnablement attendre en retour. Son excellente connaissance de la nature humaine lui permet d’apporter, dans l’empathie, une aide sincère et généreuse. Il a appris à formuler ses propres besoins et à dire non sans se sentir coupable ; il est capable de liberté et peut se consacrer à son propre développement. Le Deux dans sa routine est agréable et chaleureux, aux petits soins pour les autres, toujours volontaire pour aider, mais avec une tendance à l’intrusion. Il cherche par tous les moyens à se
rendre indispensable et sait occuper une place importante dans la vie de son entourage. Le service aux autres est son seul but, mais il s’oublie dans cette quête et, comme il ne sait pas dire non, il souffre de voir son indépendance aliénée par l’aide qu’il apporte, d’autant que certains profitent de son dévouement et n’hésitent pas à le solliciter. Il peut devenir envahissant et basculer dans la possessivité. Le Deux dominé par les mécanismes de son ego s’apitoie sur lui-même, manipule les autres et exige beaucoup d’eux. Il estime qu’il leur a tout donné et qu’il ne récolte pas l’attention qu’il mérite. Il s’accroche littéralement à eux et met tout en œuvre pour être « récompensé » de son dévouement, en ayant recours au chantage affectif et à la culpabilisation. Outre ce mouvement d’intégration et de désintégration « interne » (au cours duquel il se connecte à son essence ou est dominé par son ego), le Deux peut vivre par moments un mécanisme d’intégration et de désintégration « externe » ; il ajoute alors à ses caractéristiques les capacités ou les travers de l’essence ou de l’ego d’un autre type, auquel il est relié dans le schéma de l’ennéagramme. Ce mécanisme est décrit dans le cha pitre 17 (page 293). Quelques pistes pour évoluer Pour réduire l’emprise de son ego et se connecter à son essence, le Deux doit arriver à se libérer de sa dépendance émotionnelle et repérer par exemple, dans sa vie quotidienne, les moments où il ne peut s’empêcher d’aider l’autre pour se sentir utile. Il lui faut prendre conscience que l’amour ne se mérite pas, mais qu’il se vit, et il doit pour cela apprendre d’abord à s’aimer. Plusieurs pratiques peuvent lui permettre d’évoluer. S’aimer soi-même
En étant centré sur les autres, le Deux s’enferme dans une dépendance émotionnelle, qui lui fait croire qu’il ne peut être heureux s’il ne ressent pas leur amour. Il se focalise alors tellement sur l’aide qu’il peut leur apporter qu’il nie ses propres besoins. Ce faisant, il se déconnecte de lui-même et s’oublie, jugeant que s’aimer soi-même est un acte égoïste. L’amour de soi est un vrai chemin de sagesse, car c’est le seul amour dont vous avez vraiment besoin. Ce chemin peut prendre différentes formes : être authentique, prendre le temps de s’écouter, ou encore savoir poser ses limites… L’amour de soi s’apprend tous les jours et se renforce en posant des actes concrets. Aimez-vous comme personne ne vous aimera jamais. L’amour que vous vous portez vous permettra d’aimer les autres, comme votre confiance en vous-même se prolonge en la confiance en l’autre. De cette rencontre intime naîtra une foi profonde en vous, en l’autre, en la vie. Reconnaître ses besoins Pour mieux percevoir les besoins des autres et pouvoir y répondre, le Deux a tendance à être en empathie avec eux et à ressentir leurs attentes et leurs souffrances. Ce faisant, il fusionne avec leurs besoins et se déconnecte des siens propres, qu’il juge égoïste d’exprimer. Comment prendre soin des autres si vous ne savez pas prendre soin de vous ? Prenez le temps de vous explorer, de vous connaître. Partez à la découverte de vous-même et tentez de décrypter vos sentiments en affinant vos ressentis, même s’ils vous déplaisent. Soyez à l’écoute de vos besoins et veillez à les satisfaire, en posant des demandes, en décelant ce qui peut vous faire du bien. C’est en prenant le temps nécessaire pour vous occuper de vous que vous apprendrez à prendre soin des autres. S’autoriser à être seul
Parce qu’il a une peur sous-jacente de ne pas avoir de valeur et de ne pas être « aimable », le Deux recherche auprès des autres la confirmation qu’il leur est utile. Il a tellement besoin de leur regard qu’il supporte mal la solitude, qui le renvoie à l’image qu’il a de lui-même et à ses craintes. À noter : certains Deux, au contraire, ont besoin de la solitude, qui leur permet de mettre au repos l’écoute qu’ils ont des autres et dont ils sont conscients. Exercez-vous à passer du temps seul, en vous connectant à vousmême. En courant après les autres, vous vous êtes abandonné toute votre vie. Jacques Salomé dit que « la pire des solitudes n’est pas d’être seul, mais d’être un mauvais compagnon pour soi-même ». Apprenez à être à l’aise dans la solitude, à retrouver un regard bienveillant et respectueux sur vous-même, en vous emplissant de votre présence, dans la joie et la plénitude. Votre estime de vous dépend de l’amour que vous vous donnez, et non de celui que vous recevez des autres.
DANS CE CHAPITRE Les filtres d’attention de l’ennéatype Trois • La vie quotidienne du Trois : motivations, relations affectives, attitude professionnelle et introspection • Les mécanismes du Trois quand il est dans son ego et dans son essence • Quelques pistes pour abandonner ses automatismes Chapitre 6 L’ennéatype Trois : le maître de l’efficacité ous avons décerné à l’ennéatype Trois le diplôme de Maître N de l’efficacité car il a un véritable don pour repérer et saisir les opportunités, anticiper les embûches et improviser des solutions, afin de réaliser et réussir ce vers quoi il tend. L’efficacité est son mot d’ordre et son carburant est l’admiration que ses réussites suscitent. Le Trois a le besoin profond que sa valeur soit reconnue par ceux à qui il tient, et pour ce faire, il met tout en œuvre pour
réussir ce qu’il entreprend et ainsi être admiré. Il pense obtenir l’amour et l’approbation des autres par ce qu’il fait dans sa vie, plus que par ce qu’il est et il multiplie les activités pour cumuler les succès. Selon le milieu dans lequel il vit, cette réussite peut désigner aussi bien le succès professionnel, la prospérité matérielle, que le bonheur familial, les performances sportives ou encore la reconnaissance publique… Qu’importe ! Le Trois veut briller aux yeux de ceux qui comptent pour lui et ne surtout pas être quelqu’un d’insignifiant. Pour susciter l’approbation, le Trois adapte ainsi sa vie en se fixant des objectifs qui sont approuvés par sa communauté, et il se focalise sur leur réalisation, avec une motivation et un engagement puissants. Mais il est tellement préoccupé par les projets qu’il mène qu’il finit parfois par s’identifier à eux et qu’il confond alors ce qu’il fait et ce qu’il est véritablement. Jusqu’à oublier ce qu’il désire et ce qu’il ressent. Ce qui caractérise l’ennéatype Trois : • Apport au monde : l’efficacité. • Image de soi : je réussis, je suis efficace. • Évitement : l’échec. • Désir profond : avoir de la valeur. • Peur profonde : être privé d’identité.
Une intelligence émotionnelle, pour répondre aux attentes de sa communauté Le Trois passe sa vie à se battre pour prouver qu’il mérite d’être aimé et estimé, ce dont il est loin d’être sûr. Pour y parvenir, il utilise en priorité son centre émotionnel et l’exploite à la fois pour capter les attentes des autres et s’y ajuster, et pour tenter de comprendre ce qu’il ressent. Lorsque cela fonctionne, le Trois a conscience de ses émotions et de celles des autres et il dispose de formidables capacités relationnelles. Mais par moments (parfois très courts), il perd le contact avec son centre préféré et il est coupé de ses propres ressentis et de ceux des autres. Il se réfugie alors dans la réalisation de projets à court terme, pour atteindre rapidement ses objectifs et obtenir l’approbation de sa communauté – c’est leurs retours qui le motivent ; il vit ainsi des émotions suscitées par ses actions. Il s’adonne à la réflexion ou s’engouffre dans l’action concrète pour mener à bien ses projets et cette focalisation sur la performance l’éloigne de ce qu’il est véritablement et de sa nature profonde. Le besoin de reconnaissance du Trois Comme les autres types du centre émotionnel, le Trois est préoccupé par son image. Il n’a pas une idée claire de son identité et il la perçoit par le biais de l’image que ses proches ou sa communauté lui renvoient. C’est pourquoi il attache une telle importance aux regards que les autres portent sur lui et qu’il ressent un besoin souvent compulsif d’être excellent dans tout ce
qu’il entreprend, afin de susciter les éloges de ceux auxquels il tient. Le Trois est capable de détecter ce que les autres attendent de lui et il s’ajuste à leur vision en faisant preuve d’une remarquable capacité d’adaptation. Il a la faculté de s’accorder à son écosystème et d’adopter les valeurs de son milieu, quel qu’il soit. C’est d’ailleurs pour cette habileté qu’on l’appelle « le caméléon de l’ennéagramme ». D’une certaine façon, il se construit à travers l’opinion qu’ont les autres de lui et de ses réalisations. Asunción (type Trois) : Je viens d’une famille dont les valeurs de réussite étaient le succès dans les études et l’investissement pour le bien d’autrui. Mon père était issu d’un milieu social assez humble et avait dû se battre pour pouvoir suivre des études qui l’avaient mené jusqu’au doctorat en langues sémitiques. Quant à ma mère, elle était très attentionnée de nature et concernée par la souffrance et les injustices. Enfant, déjà, je voulais devenir bibliothécaire ; sans doute parce que l’échec dans ma famille était de « ne pas savoir » et que ce métier allait me donner les clés indiscutées de la connaissance, tout en étant au service des autres ! Je l’ai exercé avec bonheur pendant presque quarante ans et j’ai toujours eu une bouffée de fierté quand je trouvais et fournissais les informations dont une personne avait besoin. Mariée et mère de famille très jeune, j’ai poursuivi mes études alors que je suivais mon mari en France, où il préparait un doctorat. Le résultat est que, à 22 ans, j’avais deux enfants et deux diplômes universitaires (en France et en Espagne). Je trouvais que c’était tout à fait normal ! Répondre aux attentes de mon père (les études) et de ma mère (la vie de famille) a été mon carburant dans cette course d’obstacles ! Et je me devais de faire vite car mon père, qui avait 46 ans à ma naissance, pensait qu’il ne vivrait pas assez longtemps pour me voir adulte. Il a finalement pu, à 90 ans, tenir dans ses bras mon premier petit-fils !
La vie quotidienne du Trois Motivation et organisation Le Trois pense qu’il y a deux types de personnes dans la vie : ceux qui acceptent leur existence et ceux qui se donnent les moyens de leur réussite. Il sait qu’il appartient incontestablement à la seconde catégorie et cela lui donne une énergie, une ambition et une croyance en lui-même souvent prodigieuses. La réussite dans l’action Le Trois est tourné vers les objectifs et s’engage avec vigueur pour réaliser ses rêves, qu’il poursuit sans relâche. Il est plein d’énergie et a une vision optimiste du futur. Motivé par le succès et la compétition, il veut briller dans ce qu’il fait et il n’est pas avare de son temps pour acquérir de nouvelles compétences afin d’être, constamment, à son niveau d’efficacité maximum. En matière de décisions, il ne traîne pas et ne se perd pas dans les détails. Pour lui, une bonne décision est une décision rapide et le Trois passe très vite de l’idée à l’action. Mais il ne décide d’agir que s’il est sûr de réussir. Certes, le stress et la compétition le motivent, mais il faut avant tout que l’action puisse être couronnée de succès. Le Trois met ainsi en place une forme d’activité perpétuelle qui absorbe tout son temps libre et fait office d’antidépresseur naturel : en étant toujours actif, il n’a pas le temps de se pencher sur ses états d’âme, ni de se laisser abattre par les difficultés de la vie. Non seulement il multiplie les projets professionnels et personnels – qu’il sait mener de front –, mais il a en outre une grande propension à faire plusieurs choses à la fois. Pour lui, la détente n’a pour but que de préparer le projet suivant…
Arlette (type Trois) : Ma sœur m’a fait remarquer que le seul moment où nous n’étions pas interrompues pendant un appel téléphonique était lorsque j’utilisais la voiture (et le Bluetooth, bien sûr) pour un déplacement. Forcément, lorsque je suis au bureau ou chez moi, il ne me viendrait pas à l’idée de ne faire « que » téléphoner. Parce que j’ai tellement de choses à faire que je tiens à optimiser mon timing, et puis parce que j’arrive parfaitement à discuter avec ma sœur (en français), tout en lisant et en écrivant des mails (en anglais) et en écoutant parallèlement la conversation d’autres personnes. Aussi, rester assise à « simplement » discuter est tout bonnement inenvisageable pour moi… L’autre jour, elle m’a envoyé par mail un texte de vingt pages sur lequel elle voulait mon avis. Comme il est difficile de lire à l’écran et de faire autre chose en même temps, mon premier réflexe a été de convertir le document Word en fichier audio, pour pouvoir l’écouter en voiture ; le résultat n’était malheureusement pas satisfaisant. J’ai dû me résoudre à l’imprimer et je l’ai lu en faisant la cuisine, avant de lui faire mes commentaires au téléphone, les mains occupées à une autre activité ! Enjoliver la réalité Le Trois a une telle volonté de réussite qu’il ne peut s’empêcher d’enjoliver la réalité, lorsque celle-ci ne lui convient pas. Il peut ainsi transformer quelques faits pour apparaître plus performant qu’il ne l’est, voire se cacher ses échecs et les métamorphoser en succès partiels. Il sait si bien créer une illusion de réussite dans tout ce qu’il fait qu’il est persuadé que la façade qu’il montre aux autres est vraie. C’est là que réside son principal danger. Afin de faire illusion, il déguise par moments la vérité et la masque à ceux qui l’entourent. Il se ment à lui-même car la perspective d’un échec l’angoisse et il lui est insupportable de sortir du rôle de gagnant qu’il s’est fixé. Toute son attention est accaparée par sa volonté d’incarner l’image qu’il veut donner. Dans ces moments-là, le
Trois s’oublie pour devenir ce que les autres s’attendent à voir ; il a alors du mal à entrer en contact avec ses émotions et à marquer une pause dans sa vie. Relations affectives Le Trois sait intuitivement comment se comporter à son avantage et il est généralement perçu comme quelqu’un de cordial, chaleureux et souvent charismatique ; il est bien considéré et populaire parmi ses pairs. Il s’adapte inconsciemment aux personnes qu’il rencontre et il adopte l’image qui va les séduire, disposant d’un sixième sens qui lui permet de captiver aisément un auditoire ou de charmer son contact. Comme il croit en lui et en ses capacités, il fait souvent figure d’exemple ou de modèle, d’autant qu’il incarne les qualités reconnues par sa communauté. Et parce qu’il tient à cette image, le Trois ne dévoile que très rarement sa vulnérabilité ou ses incertitudes, s’abstenant autant que faire se peut d’avouer ses faiblesses ou de demander de l’aide ou du soutien. Il se cache ses propres doutes, comme s’il avait du mal à distinguer ses vrais sentiments de ceux qu’il juge appropriés à l’image qu’il veut donner. Rester pudique dans ses relations Le Trois veut se persuader – et persuader les autres – qu’il maîtrise tout ce qu’il fait. Aussi évite-t-il souvent de nouer des relations trop intimes. Une peur inconsciente lui fait craindre en effet qu’en autorisant la proximité, il laisse percevoir ses failles ou la divergence entre l’image qu’il projette et son moi authentique, et qu’il soit rejeté pour cela. Plutôt que de prendre le risque, il préfère entretenir une sorte d’amitié professionnelle, énergique et franche, qui remplace l’intimité d’une relation. S’il se montre naturellement amical
avec son entourage, il ne se livre qu’exceptionnellement et avec de très rares personnes. Cette pudeur s’applique également à son conjoint. Le Trois maintient souvent une certaine distance émotionnelle avec lui, par peur de montrer sa vulnérabilité. Cette peur du rejet peut d’ailleurs empêcher le Trois de nouer une relation durable ou, au contraire, le pousser à multiplier les conquêtes pour se rassurer sur son image. Il témoignera en revanche un amour inconditionnel à son conjoint s’il se sait aimé et accepté tel qu’il est par celui-ci. Le rôle du conjoint parfait Le Trois a besoin que son partenaire soit fier de lui et de ses réalisations. Comme il perçoit intuitivement ses attentes, il a tendance à s’incarner dans l’image du partenaire attendu, en jouant parfois un rôle. Il sait par exemple projeter l’image de la tendresse lorsque cela est nécessaire ou à l’inverse, refouler sa colère pour ne pas la laisser apparaître, car il estime qu’elle ternirait le regard porté sur lui par son conjoint. S’il tient à donner l’image d’un couple réussi, il se laisse néanmoins facilement détourner de la relation par ses projets. Il privilégie facilement leur réalisation et se justifie en ayant l’impression d’agir pour le bien de sa famille ; ses réussites sont pour lui une façon d’exprimer son attachement. Mais lorsqu’il s’implique, il sait apporter un soutien sans faille aux membres de sa famille. Il n’hésite pas à s’investir pour leur permettre de découvrir et de réaliser leurs vocations et leur apporte son appui pour qu’ils aillent plus vite et plus loin. Attitude professionnelle Le Trois est l’un des grands travailleurs de l’ennéagramme et il a tendance à s’identifier à son travail. Il en arrive d’ailleurs à
incarner le prototype de sa profession. Il s’investit avec vigueur et enthousiasme et se laisse facilement absorber par ses tâches professionnelles, qui le poursuivent dans ses loisirs. Il préfère les projets à court terme, qui lui permettent de tirer rapidement bénéfices et reconnaissances de ses réussites et il se lance dans l’action avec fougue, en appliquant des méthodes éprouvées. Tendu vers le résultat, il attache beaucoup d’importance au rendement et à l’efficacité de ses actions. Mais contrairement au Un, il n’est pas perfectionniste ; tant pis pour les « fils qui dépassent », pourvu que le costume fasse son effet ! Comme il est très attaché à son image, le Trois se montre facilement cordial et chaleureux. C’est un manager né, qui dispose d’un talent particulier pour rassembler les personnes autour d’un projet et les motiver. Il sait définir des objectifs clairs et précis, déléguer et dynamiser son équipe, mais il attend d’elle qu’elle s’investisse avec la même ardeur que lui. Il s’accommode mal de ceux qui hésitent ou ne sont pas motivés et il maudit l’incompétence. Un peu d’introspection Le Trois est tellement centré sur ses réalisations personnelles qu’il en oublie sa vie intérieure ; il n’accorde que peu de temps aux remises en question existentielles, pourtant nécessaires. Il ne se rend pas compte que sa préoccupation du « faire » ne laisse aucun temps à l’écoute de ses ressentis et empêche ses sentiments d’émerger. D’ailleurs, c’est inconsciemment pour les étouffer qu’il évite d’avoir du temps libre et qu’il préfère se concentrer sur les tâches à mener. Les émotions sont comme mises en suspens pour ne pas interférer avec la réalisation des projets et les seuls sentiments que le Trois exprime sont ceux qui concernent ces derniers. En fait, le Trois éprouve souvent une impression de confusion lorsqu’il tente d’analyser ses propres sentiments. Il lui est
difficile de distinguer ceux qu’il ressent vraiment de ceux qu’il juge appropriés à son image. Le Trois au prisme de l’ennéagramme L’apport au monde et sa contrefaçon : l’image de soi Apport au monde : l’efficacité La compétence principale du Trois, ce qu’il apporte au monde, c’est son efficacité, sa capacité à réaliser et réussir. Elle se caractérise par l’ingéniosité qu’il sait déployer pour mener à bien, avec beaucoup d’audace et d’enthousiasme, sa vision ou son projet. Le Trois dispose en effet d’un talent véritable pour faire en sorte que toutes les facettes de ses plans se coordonnent harmonieusement et il y parvient en s’appuyant sur l’énergie fantastique dont il est plein. Image de soi : je réussis, je suis efficace Lorsqu’il est victime des automatismes de son ego, le Trois surjoue son rôle et perd son authenticité, en dénaturant sa compétence. Pour percevoir l’admiration dans les yeux de son entourage, il se persuade qu’il doit absolument produire, accomplir et réussir, et que l’échec n’est pas une option. Pour y parvenir, il tend alors à se focaliser sur les succès faciles en se limitant aux réalisations sans risques réels.
Corinne (type Trois) : Je vis près de Lisbonne et j’ai eu l’occasion il y a quelques années d’acquérir une propriété en Alentejo, où tout était à construire. Comme mon mari est de type Huit et que les challenges ne lui font pas peur, il m’a encouragée à y réaliser mon rêve : faire de cet endroit un élevage de chevaux de la race alter real. Me tenant debout à côté des ruines de ce que je voyais comme ma future maison, en regardant les hectares de terrain envahis de broussailles, j’imaginais déjà les juments et leurs poulains galoper dans des prés entourés de clôture. Cette vision m’a tant portée que je me suis lancée avec toute mon énergie dans ce projet, que certains jugeaient insensé. Je m’y suis totalement identifiée et j’ai trouvé en moi la force de surmonter toutes les difficultés, qui étaient nombreuses. Il m’a fallu gérer les prêts nécessaires aux premiers travaux, les contacts avec les ouvriers, la reconstruction de la ferme (petit à petit), les achats de matériel, mais aussi la recherche de juments poulinières, la rencontre avec divers professionnels du monde équin, etc. Comme je ressentais d’autre part le besoin de m’y impliquer, j’ai mis la main à la pâte pour débroussailler le terrain, clôturer les prés, aménager la maison, soigner les premiers chevaux… Tout n’a pas été facile, loin de là. J’habitais alors à plus de 200 km et pendant un temps, j’ai multiplié les déplacements. Je voulais tellement réussir que je me suis entêtée dans ce projet qui était vraiment à la limite du réalisable. Les investissements nécessaires étaient tels que la question de sa poursuite s’est réellement posée. Ma vie familiale a pâti de cet engagement. Mais j’ai tenu bon. Et ce lieu, qui abrite aujourd’hui mon élevage, est si beau que nous avons décidé d’y résider définitivement. Évitement : l’échec Utilisant le centre émotionnel en priorité, le Trois perçoit le monde à travers le filtre de ses émotions et il attache une grande importance à son image. Il a au fond de lui le besoin profond d’avoir de la valeur et d’être reconnu socialement et il croit y
parvenir en réalisant des projets qui lui vaudront l’approbation de sa communauté. Son ego se construit donc en se persuadant que, pour être aimé et admiré par les autres, il lui faut réussir ce qu’il entreprend et éviter par-dessus tout les échecs. Car s’il échoue, il perd la face devant les autres et ne peux plus être aimé. Thomas (type Trois) : J’ai longtemps eu du mal à surmonter les échecs que je rencontrais, car ils me donnaient le sentiment que je ne valais rien. Tout s’effondrait alors et je n’arrivais pas à trouver en moi les ressources pour me relever. J’apprends à les affronter et ils me touchent de moins en moins longtemps. J’essaie désormais de m’appuyer sur ces échecs et de les transformer en défis, pour essayer de créer autre chose de plus ambitieux et qui me corresponde mieux. J’utilise alors l’échec comme un moteur vers la réussite. Il y a peu, j’ai écrit un ouvrage que je voulais autobiographique. L’éditeur avec qui j’avais eu des premiers contacts l’a finalement refusé et ça m’a vraiment atteint émotionnellement. Je l’ai pris comme quelque chose de personnel et j’ai été incapable d’écrire une ligne pendant six mois. Il y avait une forme d’autoculpabilisation et je me disais : « C’est de ma faute ; il y a un truc que j’ai mal fait. » C’est ce « truc » qui m’a servi de ressource pour créer autre chose, car il me semblait impossible de laisser le manuscrit dans un tiroir. Après l’avoir laissé reposer, je l’ai totalement remanié en l’améliorant. Et j’ai su séduire très vite un autre éditeur. Mécanisme de défense : l’identification Pour se protéger des échecs et ne pas y être confronté, le Trois focalise son attention sur l’objectif, en incarnant inconsciemment les caractéristiques du rôle idéal à tenir, pour que son projet aboutisse. Ce mécanisme de défense est appelé « l’identification ».
Le Trois s’identifie alors à un modèle auquel il finit par ressembler, ce modèle étant construit à partir de l’image qu’il se fait, par exemple, du conjoint idéal, du leader charismatique ou de l’entrepreneur inspiré qu’il lui faut être pour réussir. Il se comporte comme ce modèle et ne fait plus la différence entre sa valeur personnelle et la valeur de ce qu’il fait. Il se fond dans un rôle, dans une tâche ou dans un projet et il l’assimile à lui. Il en arrive à personnifier les caractéristiques de ses projets et confond ce qu’il fait et ce qu’il est. Arnaud (type Trois) : Il y a une expression que j’utilise beaucoup, c’est « faire comme si ». Pas « faire semblant », mais bien « comme si ». Selon mes projets, je fais « comme si » j’étais entrepreneur, réalisateur, formateur, chaman… et du coup, je le deviens. Ça me met dans un état proche de celui de l’acteur au théâtre, à ceci près que j’incarne réellement le personnage. Actuellement par exemple, je fais « comme si j’étais bâtisseur ». J’ai acquis un moulin qui nécessite de gros travaux et je me suis transformé en bâtisseur. Il y a dix ans, c’était compliqué pour moi de poser une étagère. Depuis que j’ai cette propriété, je suis dans une vibration qui n’a jamais été la mienne. Je me suis inspiré d’autres constructeurs et architectes, j’ai vu comment ils procèdent et c’est comme si, en me connectant à la personnalité du bâtisseur, j’en trouvais les qualités et les audaces. Je me suis mis dans la posture de pouvoir investir, diriger les travaux, rénover un grenier, construire une cabane dans les arbres, une librairie… Et ça me devient naturel. Comme si je m’appropriais des qualités que je n’avais jamais explorées avant. Je ressens clairement cette identification, qui varie selon mes projets. Le tout, c’est de bien choisir ses modèles. Parce qu’il est facile de faire « comme si » l’on était par exemple dépressif ou instable. J’ai conscience de me raconter des histoires et je prends garde à bien les choisir et à ne pas me tromper de rôle ! La distorsion émotionnelle et son antidote : la
restructuration émotionnelle Distorsion émotionnelle : le mensonge Lorsque le Trois craint d’être confronté à l’échec, il cherche à faire illusion. Il se cache la vérité et la cache à ceux qui l’entourent. Il est alors incapable de résister à une distorsion émotionnelle (ou passion) qui le domine : le mensonge. Le Trois s’identifie tellement à « celui qui réussit » qu’il remplace inconsciemment ses véritables émotions par les sentiments qu’il attribue aux gagnants, ou du moins à la personne qui, selon lui, est admirée par les autres. Il se présente sous un jour qui n’a rien à voir avec son moi authentique et se convainc qu’il correspond à cette image idéalisée. Cette duperie, ce mensonge, sont des tendances addictives et le Trois souffre de cette habitude, qui le pousse à adopter une posture suscitant l’admiration des autres ; mais il le fait car il craint que ces derniers repèrent ses faiblesses et le rejettent. Il réprime son sentiment d’être inadéquat, se ment à lui-même – et quelquefois aux autres – et s’encourage pour se motiver ; il lui est très difficile de sortir de son rôle et d’entrer en contact avec ses émotions réelles. Marie-Claude (type Trois) : Longtemps, j’ai accepté avec empressement les soirées à l’Opéra. Travaillant de l’autre côté de Paris, je bousculais mon agenda pour pouvoir être à temps à la Bastille, et prenais l’air réjoui en arrivant dans le hall. Certes, je m’apercevais que je m’ennuyais assez souvent pendant le spectacle, mais j’en attribuais la cause à ma fatigue après une journée de réunions. C’est ce que je chuchotais aussi aux entractes à mes amis, lorsque nous échangions sur les chanteurs, mises en scènes, etc. Je rentrais contente de moi à la maison, après avoir manifesté ma reconnaissance et mon intérêt à recommencer aux personnes qui m’avaient invitée. Il a fallu la
rencontre avec un ami, proche et attentionné, pour que le déclic se fasse : ce qu’il me disait de l’opéra, qui le passionnait, ne faisait écho en rien en moi. J’avais envie pourtant d’être celle – et d’être vue comme celle – qui appréciait ce type de musique, échangeait avec esprit lors des entractes… La bienveillance sans jugement de cet ami m’a aidée à prendre conscience de ce mensonge, tout en me laissant un sentiment de « vide » : OK, je n’aime pas l’opéra, mais ai-je une personnalité ? Suis-je capable d’aimer « véritablement » quelque chose ? Interrogation difficile, heureusement en partie apaisée par l’émotion qui me prend à la gorge, parfois, en écoutant du jazz vocal féminin, bien installée chez moi dans un fauteuil. Restructuration émotionnelle : la vérité Lorsque le Trois se connecte à son essence, il éprouve une force qui lui permet de vivre la restructuration émotionnelle (ou vertu) de son type : la vérité. Il quitte alors ses mécanismes égotiques et comprend que sa valeur ne dépend pas du regard des autres. Il tombe le masque et se connecte à lui-même, à ses besoins et désirs personnels. Il exprime la vérité de ce qu’il est et réalise des projets qui lui appartiennent, sans rechercher l’approbation des autres, en étant loyal et fidèle à ses engagements. Dans l’essence, le Trois est connecté à son cœur et incarne l’authenticité. Ses attitudes sont sincères et il n’hésite pas à révéler sa vraie nature. Il ancre son action dans la vérité, en acceptant la réalité telle qu’elle est, en se reliant à sa propre vérité et en l’exprimant. L’obsession cognitive et son contrepoids : le mécanisme de progression
Obsession cognitive : la vanité Lorsque l’ego du Trois se sent en danger, il cherche à éviter l’échec et il est alors en proie à une obsession cognitive (ou fixation) : la vanité. Le Trois se laisse alors entraîner dans une compétition sans fin pour être le premier. Il va au bout de son excès et ne peut s’empêcher d’afficher les signes de sa réussite, car il a besoin d’être admiré par sa communauté. Il peut par exemple mettre en avant ses nouvelles réalisations, exposer les signes matériels de sa prospérité (belle demeure, etc.), porter aux nues les réussites de ses enfants, ou communiquer sur les dons caritatifs importants qu’il fait… tout ce qui pour lui est, en fait, une preuve de sa réussite. Il est important de distinguer l’obsession cognitive de vanité du type Trois de la distorsion émotionnelle d’orgueil du type Deux. Le Trois est fier de ce qu’il fait et il n’hésite pas à s’en glorifier, quand le Deux a une estime exagérée de lui-même, mais ne le manifeste pas forcément. Yves (type Trois) : Le dictionnaire du CNRTL indique que la vanité est le « caractère d’une personne satisfaite d’elle-même et étalant complaisamment son plaisir de paraître ». La définition me semble sévère, mais je ne peux malgré tout qu’y souscrire et reconnaître que j’ai parfois (souvent ?) ce trait de caractère. J’ai le sentiment profond d’avoir « réussi », tant professionnellement que matériellement, et j’en suis d’autant plus fier que je suis parti de rien. J’ai une communauté importante qui me suit sur différents réseaux sociaux et avec laquelle j’échange régulièrement. Je n’hésite pas à communiquer sur mes projets et réussites, tout en sachant que si la plupart vont s’en réjouir, d’autres vont me jalouser ou penser que « je me la pète ». Je sais bien qu’inconsciemment la vanité me pousse à faire connaître mes succès. Aussi, je prends toujours le temps de réfléchir à l’intention qui me fait partager. Est-ce que je peux me sentir digne de ce que je partage ? On estime souvent que celui qui se met en avant est un arrogant, imbu de sa personnalité. Mais je crois aussi que le plus grand service qu’on puisse rendre aux
autres est d’affirmer sa beauté, son talent, son image. Et si notre plus grande humilité était d’offrir notre lumière au monde ? Mécanisme de progression : l’espérance Connecté à son essence, le Trois surmonte son obsession grâce à un mécanisme de progression (ou idée supérieure) : l’espérance. Il prend conscience que le monde est plus grand que lui, que les choses s’accomplissent selon les lois universelles et qu’il est inutile d’être en activité permanente. Il lâche prise et réalise qu’il a de la valeur parce qu’il existe, indépendamment de ses actes. Il se connecte à l’espérance et se met à croire en lui-même et en les autres, envers qui il a une attitude intègre et qu’il aime d’un amour inconditionnel. Figure 6-1 Le récapitulatif des mécanismes de l’ennéatype Trois.
Intégration et désintégration de la personnalité Lorsque le Trois est connecté à son essence, il arrive à se libérer de son besoin de paraître, à entrer en contact avec ses sentiments, à vivre l’authenticité et à accepter de prendre le temps de « bien » faire. Énergique, adaptable et enthousiaste, il fait preuve de bienveillance envers les autres. Le Trois dans sa routine est une personne efficace, qui relève des défis et fait tout pour atteindre rapidement ses objectifs, même s’il peut surévaluer ses capacités. D’un excellent relationnel, il est conscient de son image et apprécie les autres tant qu’ils sont utiles à la bonne marche de son projet, mais peut être froid et cassant dès qu’il considère que ce n’est plus le cas. Il a tendance à se rapprocher des personnes qui peuvent contribuer à son succès. Le Trois dominé par les mécanismes de son ego est prêt à tout pour réussir et devient de plus en plus opportuniste. La peur d’échouer le pousse à se mentir et à mentir aux autres. Il entreprend de multiples activités sans se donner les moyens de les mener à bien. Il sombre dans la critique systématique et tient les autres pour responsables de ses échecs, ce qui génère colère et agressivité. Outre ce mouvement d’intégration et de désintégration « interne » (au cours duquel il se connecte à son essence ou est dominé par son ego), le Trois peut vivre par moments un mécanisme d’intégration et de désintégration « externe » ; il ajoute alors à ses caractéristiques les capacités ou les travers de l’essence ou de l’ego d’un autre type, auquel il est relié dans le schéma de l’ennéagramme. Ce mécanisme est décrit dans le cha pitre 17 (page 293). Quelques pistes pour évoluer
Pour réduire l’emprise de son ego et se connecter à son essence, le Trois doit arriver à reconnaître, dans sa vie quotidienne, les moments où son attention est centrée sur l’image idéalisée qu’il veut donner aux autres, pour susciter l’admiration. Il lui faut admettre la différence profonde qu’il peut y avoir entre son moi authentique et la posture qu’il adopte alors, et prendre conscience qu’il existe distinctement de cette image et qu’il peut être accepté pour ce qu’il est réellement. Plusieurs pratiques peuvent lui permettre d’évoluer. Apprendre à s’arrêter Parce qu’il croit être aimé pour ce qu’il fait, le Trois a tendance à vivre dans une activité permanente, qui lui assure d’avoir sans cesse de nouveaux projets. C’est le plus souvent contraint et forcé – par un problème de santé… – qu’il s’octroie des pauses, tant il lui est difficile de prendre le temps de s’asseoir. Mais cette hyperactivité se substitue à l’indispensable reconnaissance de ses besoins émotionnels réels. Apprenez à vous arrêter. Accordez-vous des moments de calme pour vous recentrer et vous reconnecter à vous-même. Interrompez-vous dans ce que vous faites et prenez un temps pour faire le point et laisser à vos émotions le temps d’émerger. Parce qu’il est difficile à un Trois de s’arrêter sans rien faire, vous pouvez vous entraîner en essayant par exemple de très bien faire une petite chose que personne ne remarquera, comme couper en tout petits dés un poivron à mettre dans un plat. Un Trois a besoin d’avoir les mains occupées pour pouvoir se détendre ! Ces temps de calme vous aideront à réduire votre stress et à laisser surgir les besoins émotionnels que vous avez enfouis. Être authentique
Le Trois est attentif à son image et a tendance à s’incarner dans le rôle de celui qui maîtrise la situation. Il met une telle force d’attention sur la façon d’atteindre ses objectifs qu’il met ses sentiments en suspens, par crainte qu’ils ne le ralentissent. Ce faisant, il se coupe de son moi véritable. Être authentique, c’est accueillir ses émotions et faire de la place pour un soi imparfait. Reconnaissez vos sentiments de tristesse, de colère ou de déception, même s’ils ne correspondent pas à l’image que vous essayez de représenter. Acceptez votre vulnérabilité et partagez-la avec quelqu’un de confiance, sans crainte d’être rejeté. Prenez conscience que vous êtes aimé pour ce que vous êtes, avec vos failles et vos imperfections, et non pour l’image que vous projetez. Accepter de perdre Pour le Trois, la simple idée de perdre (que ce soit lors d’une compétition sportive ou d’un jeu avec ses enfants) suscite la peur d’avoir à endurer le sentiment insupportable d’être sans valeur. Aussi a-t-il un besoin compulsif de gagner, d’être le meilleur, pour écarter l’anxiété ou la honte qu’il peut ressentir. Identifiez une situation de compétition amicale – sportive, ludique… – où vous pouvez vous permettre de perdre sans qu’il y ait de répercussion. Faites l’exercice – autant de fois que nécessaire – de laisser gagner volontairement votre compétiteur, mais sans qu’il s’aperçoive que c’était délibéré. Que ressentezvous ? Vous devez parvenir à vous féliciter sincèrement de la victoire de votre adversaire. Vous pouvez aussi vous entraîner à apprendre une chose pour laquelle vous n’êtes pas doué, mais que vous avez envie de faire, comme danser le flamenco ou apprendre le finnois. Ne vous fixez aucun défi. Soyez juste dans le plaisir de la découverte.
DANS CE CHAPITRE Les filtres d’attention de l’ennéatype Quatre • La vie quotidienne du Quatre : motivations, relations affectives, attitude professionnelle et introspection • Les mécanismes du Quatre quand il est dans son ego et dans son essence • Quelques pistes pour abandonner ses automatismes Chapitre 7 L’ennéatype Quatre : le maître de l’absolu ous avons décerné à l’ennéatype Quatre le diplôme de N Maître de l’absolu, car il porte en lui un idéal de perfection qui le pousse à vivre chaque moment de façon intense, en dégageant son sens profond et absolu, et en étant conscient de son unicité. Cette perception lui donne un don particulier pour appréhender le monde avec le prisme de l’esthétisme, et percevoir et faire voir la beauté de ce qui l’entoure.
Le Quatre peut ainsi être bouleversé par des instants fugaces de beauté, qu’il peut discerner aussi bien dans la mélodie du chant d’un oiseau, dans un rayon de soleil se reflétant dans l’eau, que dans le mécanisme d’une horloge ou dans une équation mathématique. Dans toutes les choses, en fait, qui révèlent l’absolu et déclenchent chez lui une émotion esthétique. Il a le sentiment d’être quelqu’un à part, avec des émotions à fleur de peau et cette différence lui plaît. Il pense que personne ne peut vraiment comprendre l’intensité de ce qu’il vit, mais, de toute façon, il se sent incapable de faire saisir aux autres ce qu’il ressent. Il est convaincu d’avoir des talents particuliers, mais aussi des défauts spécifiques et il a une conscience aiguë de ses déficiences et de ses insuffisances. Il en éprouve un manque d’estime chronique pour lui-même, qu’il essaie de compenser en ayant une image de lui idéalisée, construite souvent sur des faits imaginaires. Il se compare aux autres et se sent incomplet, comme s’il manquait une pièce au puzzle et cela provoque chez lui tout à la fois une sensation d’envie et de mélancolie. Pour être en accord avec ses ressentis, le Quatre se concentre sur ce qui le différencie des autres, au niveau émotionnel d’abord, mais aussi quelquefois dans son attitude, son apparence ou ses goûts. Il rejette le banal et rêve de vivre des sensations hors du commun, avec des personnes hors du commun et dans une vie hors du commun.
Ce qui caractérise l’ennéatype Quatre : • Apport au monde : le sens de l’absolu. • Image de soi : je suis différent, je suis sensible. • Évitement : la banalité. • Désir profond : être soi-même. • Peur profonde : être privé d’identité. Une intelligence émotionnelle, pour mieux se décrypter Le Quatre est quelqu’un qui tente constamment d’analyser le plus finement possible tout ce qu’il ressent et c’est par le biais des émotions qu’il perçoit le plus souvent ses intuitions. Il utilise de façon prioritaire son centre émotionnel en se tournant vers ses ressentis, car tout ce qui se passe dans le monde et autour de lui déclenche en lui des émotions, qu’il vit avec intensité et dont il a une conscience très fine. Il est dans une quête constante du sens de la vie, de l’Univers et de toute expérience, mais il cherche avant tout à trouver le sens de son existence propre. Il a le besoin profond d’être reconnu et accepté pour ce qu’il est vraiment et il essaie pour cela d’être le plus authentique possible. La quête identitaire du Quatre À l’instar des autres types du centre émotionnel, le Quatre est préoccupé par son image. Il n’a pas une idée claire de son
identité et il a le sentiment que celle-ci est définie par son ressenti intérieur. Aussi a-t-il besoin d’explorer et d’analyser dans le moindre détail ce qu’il vit sur le plan émotionnel. Mais les émotions sont par essence changeantes et souvent contradictoires et cela plonge le Quatre dans une quête identitaire permanente. Il cherche à poser les mots exacts sur les différents aspects de sa personnalité et il a un besoin constant de reconnaissance et de retours sur son image. Il explore ses émotions durant de longues périodes, quitte à se laisser submerger par elles. Il souffre d’être incompris et a le sentiment que, par rapport aux autres, quelque chose lui manque, et il craint d’être rejeté à cause de cela. Il a tendance à se focaliser sur ce qu’il n’a pas et cela génère chez lui un fond de mélancolie, présent même lors des moments de joie. Du fait de cette attention particulière à ce qui lui semble manquer, le Quatre vit rarement dans le quotidien. Il va et vient de façon spontanée vers le passé, vers le futur, vers l’absent, vers ce qui est difficile à obtenir… avec une adhésion au présent qui est davantage de l’ordre du rêve que de celui du réel. Sylvain (type Quatre) : J’ai du mal à imaginer comment font les personnes qui me disent ne rien ressentir. Moi, mes émotions sont toujours à fleur de peau, même si je ne sais pas toujours les exprimer. Je passe un temps infini à essayer de décortiquer ce que je ressens et à échanger dans ma tête avec ceux que j’aime. J’ai des dialogues imaginaires sans fin avec ma fille que je ne vois pas assez souvent et j’ai l’impression de les vivre véritablement, de façon aussi intense que s’ils étaient réels. Dans ma tête, nous avons des échanges profonds et authentiques où j’arrive à lui expliquer ce que je vis. Je lui parle avec franchise de mes trop nombreuses addictions, de la nostalgie que j’ai de la période de sa naissance, de ce qu’aurait pu être ma vie si seulement…, de l’intensité de ce que j’éprouve quand je joue de la musique, des pensées morbides que j’ai parfois, de l’attrait qu’a souvent la mélancolie pour moi… et elle me comprend. Je me nourris de ces échanges chimériques. Mais quand je dois la voir ou lui téléphoner, même si je sais que le bonheur va
forcément être là, j’angoisse à l’idée de l’image qu’elle va avoir de moi. La vie quotidienne du Quatre Motivation et organisation Le Quatre évalue son existence à l’aune de ses émotions et il a par conséquent une vision à la fois émotive et subjective de la vie. Les décisions qu’il prend sont fondées davantage sur ce qu’il ressent que sur une perception objective des faits. Les « coups de blues » fréquents qu’il peut avoir peuvent provoquer des moments d’isolement et d’intériorisation, des plongées profondes dans la mélancolie ou susciter au contraire une hyperactivité de tous les instants. Mais il ne faudrait pas croire que la mélancolie qu’il côtoie est forcément douloureuse. Générée par le sentiment diffus d’abandon qui l’accompagne souvent, elle crée une atmosphère de doux regrets, dans laquelle il aime se promener et où il se sent intensément vivant, d’autant que ses émotions évoluent très rapidement et que son état d’âme peut passer en un instant d’un extrême à l’autre. Un focus sur ce qui ne va pas De façon inconsciente, le Quatre est attiré par ce qui n’est pas disponible. Il ne peut s’empêcher de centrer son attention sur ce qui manque dans sa vie pour être épanoui et heureux, sans voir les atouts de ce qu’il a ou qu’il peut obtenir facilement. S’il invite par exemple des amis à une soirée et que l’un d’entre eux ne peut venir, il profitera mal des personnes présentes et sera dans le regret de l’absent, persuadé que leurs échanges lui auraient apporté ce dont il avait justement besoin ce soir-là…
Il en résulte un fond de tristesse, car le Quatre ne se satisfait pas d’un bien partiel, quand il recherche l’absolu. Place à la singularité Le Quatre a le sentiment profond de sa différence et il tend à l’entretenir, car cela renforce son identité. Son besoin « d’être lui-même » le pousse d’ailleurs à avoir certains comportements : parce qu’il se sent unique, il cherche à manifester sa différence en ayant une attitude singulière ou des opinions atypiques, en préservant son besoin de se sentir original, ou en vivant ses émotions avec intensité, les amplifiant inconsciemment en passant instantanément du rire aux larmes. Mais ses états d’âmes changeants, comme son comportement, parfois à la limite de la provocation, ne sont pas toujours compris par son entourage, et peuvent créer entre les autres et lui un fossé, qui matérialise son sentiment d’être unique et incompris. Alors que le Quatre cherche à être le plus authentique possible, c’est l’opposé qui parfois est perçu. Il a besoin d’appliquer sa touche personnelle sur tout ce qu’il fait, car il lui faut mettre du beau dans sa vie. Il est attiré par ce qui est esthétique et apprécie de s’entourer de beaux objets, de musique, de lumières… qui font écho à sa personnalité et aux sentiments auxquels il s’identifie. Le Quatre juge la normalité banale et, par conséquent, il la refuse. Ce rejet peut le conduire à décider que les règles sociales et les codes de la vie ordinaire ne s’appliquent pas à lui. Il peut alors mépriser les règles, braver les normes et rejeter la moindre contrainte, y compris à propos de ses sentiments. En fait, le paradoxe du Quatre est qu’il oscille constamment entre le besoin de se distinguer, car l’idée d’être « comme tout le monde » l’insupporte, et la douleur engendrée par le fait d’être incompris. Il recherche l’exceptionnel, tout en étant dans une quête presque obsessionnelle de reconnaissance par ses pairs. Il
désire par-dessus tout sortir du lot… en étant reconnu par « le lot ». Relations affectives Une communication symbolique Très sensible aux états d’âme des autres, le Quatre perçoit intuitivement leurs changements d’humeur. Lui se sent en revanche éternellement incompris et a l’impression de ne pas exister pour eux. Il voudrait savoir partager ses émotions, mais celles-ci évoluent constamment et il n’y a pas assez de mots pour les décrire. Il adopte alors parfois d’autres façons de communiquer, qui peuvent être très symboliques et difficiles à décrypter par son entourage. Sa manière de s’habiller est l’une des façons dont il exprime ses ressentis. Le Quatre peut ainsi arborer des tenues excentriques mais toujours très recherchées, choisir de ne porter que des vêtements noirs en signe de mélancolie, adopter une tenue qui peut sembler quelconque mais qui a été choisie avec le plus grand soin, ou encore ne porter que des vêtements vintage ou de créateurs, donc rares. D’une façon générale, le Quatre attend beaucoup de ses proches, envers lesquels il a de fortes exigences et passe facilement de l’idéalisation de la relation à la déception. Un confident sensible et à l’écoute Déterminé à comprendre la vérité de ce qu’il vit, le Quatre n’hésite pas à analyser sa propre nature sombre et assume ses parts d’ombre. La mort, le deuil, sont des thèmes récurrents de son imaginaire. Il a de ce fait une grande sensibilité à l’émotion et à la souffrance des autres et une vraie aptitude à soutenir les personnes qui traversent des expériences douloureuses. Son vécu
émotionnel lui donne la capacité d’endurer la souffrance avec une force tranquille. Il a donc une excellente qualité d’écoute et est un confident plein de compassion. Relation de couple : à la recherche de l’âme sœur Éternel romantique, le Quatre est à la recherche de l’âme sœur, qui pourra le comprendre et l’aimer passionnément. Son présent est plein de rêveries chimériques où il imagine la rencontre des deux cœurs et cette rencontre est pour lui la seule clé d’accès à la plénitude. Mais aucune relation ne peut répondre totalement aux besoins d’absolu du Quatre et, lorsqu’il est en couple, le rapport avec son partenaire est souvent bâti sur un schéma de va-et-vient. Quand il est loin de lui, il se projette dans l’avenir et vit intensément la joie des retrouvailles. Et lorsqu’ils sont réunis, il remarque les petits défauts et tend à se focaliser sur ce qui manque à la relation pour être complète. Sa crainte d’être jugé incapable et d’être rejeté le pousse à garder longtemps une distance et à ne pas se découvrir. Lorsqu’il s’engage, en revanche, c’est le plus souvent avec passion et implication. Attitude professionnelle Le besoin d’originalité du Quatre s’applique aussi à sa vie professionnelle et le Quatre s’épanouit bien davantage dans son travail si celui-ci est singulier et surtout s’il lui permet d’exprimer sa créativité. Celle-ci peut se manifester de multiples façons, du moment que le Quatre perçoit de la « beauté » dans son métier, quel qu’il soit. Son environnement professionnel se doit également de porter ou de manifester des valeurs humaines fortes, car le respect humain
est une valeur culte pour lui. Il a besoin d’être respecté, mais il tient aussi à ce que tout le monde le soit. Il sait être à l’écoute de ses collaborateurs et manifeste de l’empathie pour leurs problèmes. L’utilisation prioritaire de son centre émotionnel a forcément des répercussions dans sa vie professionnelle. Ainsi, il s’implique davantage s’il comprend le sens profond d’un projet et qu’il y adhère. Son besoin permanent de reconnaissance fait qu’il aspire à être vu comme quelqu’un de différent et de supérieur. Il est donc particulièrement sensible aux encouragements et, à l’inverse, il vit mal certaines critiques, surtout s’il se sent comparé aux autres. Enfin, sa tendance à se focaliser sur ce qui manque peut le faire passer pour quelqu’un de négatif. De nombreux Quatre se partagent souvent entre une vie professionnelle considérée comme un « gagne-pain » et une passion dans laquelle ils ont la possibilité d’extérioriser leurs émotions et leur créativité et qu’ils considèrent comme la vraie vie. Un peu d’introspection Le Quatre est le type de l’ennéagramme qui dispose de la palette émotionnelle la plus riche, car il scrute et analyse tous les sentiments qui le traversent et qui changent perpétuellement. Pour lui, toutes les émotions, qu’elles soient confortables ou non, sont importantes à vivre, puisqu’il s’évalue par elles. Il vit le monde en le faisant passer par lui, comme un filtre qui lui permet de tout ressentir, pour pouvoir être concerné. Cela lui donne parfois l’impression de n’exister que par les autres et de ne ressentir l’incarnation qu’en se laissant habiter par le monde. Il vit ses émotions de façon intense, en se plaçant le plus souvent aux deux extrêmes d’une réaction émotionnelle, ce qui le fait passer rapidement de la joie la plus vive à l’abattement le plus profond. Lorsqu’ils sont trop chargés d’intensité, ces hauts et ces bas peuvent le bouleverser et le conforter dans l’idée qu’il ne
mérite pas d’exister, ce qui est pour lui une grande douleur. Il souffre alors d’un sentiment d’illégitimité à la vie. Le Quatre au prisme de l’ennéagramme L’apport au monde et sa contrefaçon : l’image de soi Apport au monde : le sens de l’absolu La compétence principale du Quatre, ce qu’il apporte au monde, c’est sa capacité à dégager de toute expérience son sens profond et absolu, et à l’exprimer en sublimant l’intensité de ce qu’il a ressenti. Le Quatre a un sens inné de la qualité et il dispose d’un talent véritable pour voir et mettre de la beauté dans son quotidien – cette beauté pouvant s’appliquer à tous les domaines – en étant capable de la faire percevoir aux autres. Il porte ainsi un regard esthétique sur le monde, quand le Un en a une vision éthique. Image de soi : je suis sensible, je suis différent Lorsqu’il est victime des automatismes de son ego, le Quatre surjoue son rôle et perd son authenticité, en dénaturant sa compétence. Pour éviter d’être confronté à la banalité, il est en recherche permanente de l’unicité et vit ses sentiments avec encore plus d’intensité, en les amplifiant par ses fantasmes. Dans le même temps, il se sent seul et il lui est difficile d’accepter les
autres dans son monde et de leur transmettre la beauté qu’il perçoit. Béatrice : Ma mère était de type Quatre et l’ennéagramme me permet aujourd’hui de mettre des mots sur cette quête constante d’absolu qui l’habitait, et qui lui faisait ressentir le sens profond de la vie, mais pouvait aussi la plonger dans des profondeurs abyssales. En fait, tout déclenchait chez elle des émotions d’ordre esthétique. Elle avait « une âme d’artiste », qui lui donnait un goût inné pour décorer la maison avec de petits riens, selon une logique qui n’appartenait qu’à elle, mais qui apportait aux pièces une chaleur indéniable. Lorsqu’elle étendait le linge, elle assemblait les vêtements selon leurs couleurs et leurs formes, et nous faisait remarquer que sa corde à linge s’était transformée en un tableau abstrait. Elle avait un sentiment profond de la beauté de la nature et la percevait dans tout ce qui nous entourait ; elle refusait à ce titre que l’on taille les arbres ou que l’on tue le moindre insecte. Elle donnait un prénom aux abeilles et aux fourmis, et nous présentait d’ailleurs la première fourmi de l’année, qui annonçait l’arrivée du printemps, en la baptisant invariablement Philomène… Et alors qu’elle n’avait jamais fait d’études (elle s’était mariée à 17 ans et avait dû s’occuper de ses nombreux enfants), elle savait instinctivement traduire ses émotions dans des poèmes sublimes et poignants, qu’elle écrivait d’un trait dans un petit cahier bleu… Évitement : la banalité Le Quatre fonde son identité sur ses ressentis émotionnels ; le fait que ses émotions changent constamment génère chez lui un questionnement identitaire, qui explique l’importance qu’il accorde à son image et aux regards que les autres portent sur lui. Il cherche sans cesse à décrypter ce qu’il ressent pour renvoyer une image authentique, car il a le sentiment profond de sa différence et a le désir d’être soi-même.
Son ego se construit donc en se persuadant que, pour exister en tant qu’individu, il lui faut éviter à tout prix la banalité, en se différenciant des autres sur le plan émotionnel ; cela peut le pousser par exemple à intensifier ses émotions, ou à entretenir des sentiments différents de ceux des autres. Son besoin « d’être authentique » peut aussi le conduire à se distinguer dans son allure, ses goûts, son comportement, ses idées. Léa (type Quatre) : Lors de mes études en langues étrangères appliquées (anglais-suédois), le programme Erasmus m’a donné l’occasion de partir un semestre à l’étranger. J’ai choisi d’aller à Manchester – quand tous les étudiants de ma classe préféraient la Suède –, parce que je rêvais de l’Angleterre depuis que mon père m’avait fait découvrir et aimer le rock. J’ai emménagé dans une colocation, avec le sentiment de commencer enfin ma vie d’adulte. Le moment était magique, même si je ne pouvais m’empêcher de compter les jours qui me séparaient du retour, dont l’approche me rendait mélancolique. Ressentant le besoin profond de garder ce lieu en moi, j’ai décidé de me faire tatouer dans cette ville et d’en porter ainsi un souvenir indélébile. Mais il fallait aussi que le dessin me corresponde. C’est en repensant à mon année de terminale littéraire que j’ai choisi le motif du tatouage. C’est l’année du bac en effet que j’ai pris conscience – avec fierté – de mon côté saltimbanque et excentrique et surtout que j’ai eu un vrai coup de cœur pour Les Mains libres, le recueil de dessins de Man Ray, illustrés par des poèmes de Paul Éluard. J’ai senti que je devais créer mon propre dessin en m’inspirant de celui qui accompagne « Solitaire » – le poème qui me parlait le plus – et le faire tatouer sur mon bras à Manchester. Je ne l’ai jamais regretté, même si ma mère a cru devenir dingue quand elle l’a appris (de type Huit, elle ne supportait pas que son « bébé » se fasse tatouer à l’étranger…) ! Mécanisme de défense : introjection et sublimation
Pour décrypter le monde et le comprendre, le Quatre a besoin d’intérioriser les situations, puis de les ressentir de l’intérieur, en les vivant ; il peut alors créer ses émotions et ses fantasmes. C’est son mécanisme de défense d’introjection. Mais ce mécanisme le remplit aussi d’émotions qui peuvent le submerger. Il extériorise alors celles-ci par le biais d’activités qui mettent en œuvre son sens du beau et sa singularité, et qui expriment ses sentiments. C’est la sublimation que le Quatre peut déployer dans toute occupation qui a pour lui une dimension esthétique (ce peut être aussi bien la musique, la peinture… que la soudure !) ou qui le fait se sentir exceptionnel. Il se rassure ainsi sur le fait qu’il n’est pas inadapté. Le Quatre a donc deux mécanismes de défense en un et il est important qu’il utilise les deux. Les émotions qu’il vit de l’intérieur doivent en effet pouvoir être extériorisées, sans quoi elles pourraient le plonger dans la dépression, voire lui donner des idées suicidaires, d’autant qu’il a souvent une fascination pour la mort. Hélène (type Quatre) : En tant que pianiste classique, il m’est arrivé de jouer huit heures par jour à certaines périodes de ma vie. Ce travail acharné est toujours rendu possible par la quête du beau, de l’absolu, la passion incessante de l’intensité. Lorsque je me plonge dans une œuvre, c’est comme si je devenais cette vibration, cette histoire, cet univers. Quand je joue, j’ai l’impression que je quitte mon corps et que mon « âme » (que vous pouvez appeler comme vous voulez) prend enfin toute sa place. Je ne suis plus « je », Hélène, mais l’image introjectée du compositeur que j’interprète, et toutes les cellules de mon corps vivent ses sentiments, qui m’habitent. Je n’existe plus que par lui, et je m’incarne dans sa musique. Et c’est remplie de cette conscience que je cherche à sublimer ce que je ressens par mon jeu ; je change alors complètement d’humeur selon ce que j’interprète. Chopin me fait vivre la mélancolie poétique. Bach me connecte à l’absolu ; je touche à la grâce, à la fulgurance, à la perfection, à la profonde légèreté ou à la légèreté profonde. Avec Schuman, je change complètement d’humeur au
fil de ses pièces. Je deviens cette personnalité duale, entre rêveur sentimental et poète mélancolique frôlant les ténèbres. D’ailleurs, les changements rapides et extrêmes d’émotions que je ressentais en l’interprétant m’ont donné un temps l’impression de devenir folle moi-même, jusqu’à ce que je comprenne que c’était sa musique qui était comme ça… La distorsion émotionnelle et son antidote : la restructuration émotionnelle Distorsion émotionnelle : l’envie Le Quatre voit les autres comme stables et normaux, et il est bien conscient qu’il est le seul à vivre des émotions si intenses et dramatisées. Il vit cette différence à la fois comme un don – il se distingue des autres – et comme une malédiction, car cela l’empêche de profiter d’un bonheur simple, dont les autres semblent jouir facilement. Il est alors incapable de résister à une distorsion émotionnelle (ou passion) qui le domine : l’envie. Il se compare aux autres et a le sentiment que quelque chose de fondamental lui manque, même s’il peut avoir des difficultés à identifier ce qu’est le « quelque chose ». Se percevant comme inachevé et défectueux, il se sent abandonné par les autres, se mésestime et se focalise sur ce qu’il n’a pas, en se désintéressant de ce qui lui est accessible. Étrangement, cette envie de ressentir le même bonheur que les autres, et par là même de leur ressembler, est en totale contradiction avec son évitement de la banalité. Danielle (type Quatre) : J’ai huit enfants qui représentent toute ma vie, mais que je ne vois pas assez à mon goût. Certes, ils me téléphonent régulièrement et ceux qui vivent près de chez moi passent assez souvent me voir, mais ce ne sont que des visites
d’une heure ou deux, bien trop courtes pour me rassasier. L’autre jour, la visite de ma fille m’a donné une joie intense. Mais très vite, cette joie a été remplacée par de la tristesse, car j’ai pris conscience qu’elle n’allait pas rester et qu’à son départ je ressentirai la peine profonde de la séparation. J’étais avec elle, mais en même temps, je ne pouvais pas m’empêcher de vivre en pensée le moment inéluctable où elle allait me quitter, et cette idée me remplissait d’amertume et m’empêchait de profiter d’elle. Restructuration émotionnelle : le contentement Lorsque le Quatre se connecte à son essence, il éprouve une force qui lui permet de vivre la restructuration émotionnelle (ou vertu) de son type : le contentement, que l’on désigne quelquefois par le terme « équanimité » (égalité d’âme, d’humeur). Il cesse d’être poussé vers ce qu’il ne peut avoir et prend conscience qu’il possède sa propre parcelle de talents, dont il se satisfait. Il centre son attention sur le présent, se sent connecté aux autres et apprécie leurs dons, sans craindre leur rejet. Il est en harmonie avec lui-même et avec la vie, et atteint l’équanimité, le contentement. L’obsession cognitive et son contrepoids : le mécanisme de progression Obsession cognitive : la mélancolie Le Quatre s’identifiant à ses émotions, il se pose régulièrement la question de son identité, puisque celles-ci changent constamment. Comme il cherche à éviter la banalité, aucune
réponse ne le satisfait vraiment. Il en éprouve du ressentiment, puis un effondrement mélancolique, qui provoque chez lui une souffrance présente même lors des instants de joie. Il est alors en proie à une obsession cognitive (ou fixation) : la mélancolie. Le Quatre s’abandonne dans ce sentiment de tristesse vague et douce, qui renforce son impression d’isolement, favorise la rêverie désenchantée où il se prend à imaginer des choses irréalisables. La mélancolie donne à la vie du Quatre une saveur douce-amère et des émotions beaucoup plus puissantes que l’insignifiant « bonheur ». Pour le Quatre, la joie est d’autant plus passionnée et profonde qu’il sait que la souffrance n’est jamais très loin. Ainsi, quand il a la sensation d’avoir enfin atteint ce qu’il « mérite », il imagine qu’il va le perdre et cela le terrorise, car ce serait pour lui la preuve qu’il n’en est pas digne (ce qui est sa plus grande peur). Héloïse (type Quatre) – Si je devais définir la mélancolie, je le ferais en ces mots : « la nostalgie du divin ». La mélancolie est pour moi le désir d’un ailleurs inaccessible. La sensation de me sentir triste au milieu d’une foule joyeuse. En fait, j’ai l’impression d’être « H24 » dans cet état-là, sauf à certains moments où, tout d’un coup, je me connecte au divin, à la joie. Mais c’est très passager. C’est un peu comme si je voyais la vie à travers un filtre, un voile doux-amer, un sourire triste ou une joie voilée qui coexistent, comme dans la musique de Ravel. La mélancolie me permet de me connecter à une lucidité et d’avoir tous mes sens en éveil ; elle est source d’inspiration et de création. Je la trouve magnifique… tant que je n’y plonge pas et que je ne m’y identifie pas complètement ; car elle devient alors extrêmement douloureuse, en étant arrachement, déchirement et désespoir. Mais la connaissant depuis que je suis née, j’arrive peu à peu à l’apprivoiser… Mécanisme de progression : l’originalité
Lorsque le Quatre se connecte à son essence, il surmonte son obsession grâce à un mécanisme de progression (ou idée supérieure) : l’originalité (dans le sens d’être unique). Il n’est plus obsédé par l’image qu’il a de lui-même, et il prend conscience qu’il a autant de valeur que les autres. Il découvre qu’il peut « être lui-même » sans faire d’effort particulier et que son vrai moi est unique, comme celui de chaque être humain. Il n’a plus besoin de se sentir différent et est conscient de la beauté qu’il trouve en lui. Il atteint l’originalité. Figure 7-1 Récapitulatif des mécanismes de l’ennéatype Quatre. Intégration et désintégration de la personnalité Lorsque le Quatre est connecté à son essence, il met en valeur la beauté et l’harmonie autour de lui. Heureux et plein de confiance en lui, il a un sentiment clair de son identité personnelle et il sait l’exprimer simplement. Il révèle sa créativité et partage ce qu’il ressent avec les autres. Sa capacité à
percevoir leurs émotions le rend précieux et sensible, accompagnant d’une grande compassion ses amis. Le Quatre dans sa routine se réfugie souvent dans son imaginaire, ce qui intensifie ses états d’âme. Sa recherche de la beauté le pousse à vouloir redécorer le monde qui l’entoure et à ne pas accepter la médiocrité. Son humeur est fluctuante et imprévisible et il peut se dévouer pour vous, comme couper le lien facilement et mettre votre amitié à l’épreuve, s’il se sent abandonné. Il est attiré par le manque et a l’impression de passer à côté de sa vie, enviant la stabilité des autres. Le Quatre dominé par les mécanismes de son ego est persuadé d’être rejeté et mis à l’écart par les autres. Il est plein de colère contre ceux qui ne le comprennent pas et contre luimême. Il manque de confiance en lui, se focalise sur ses défauts, réels ou imaginaires et inhibe ses propres talents ; il peut sombrer dans la dépression, éprouvant un sentiment d’injustice intense et insoluble et un manque de reconnaissance extrêmement douloureux. Outre ce mouvement d’intégration et de désintégration « interne » (au cours duquel il se connecte à son essence ou est dominé par son ego), le Quatre peut vivre par moments un mécanisme d’intégration et de désintégration « externe » ; il ajoute alors à ses caractéristiques les capacités ou les travers de l’essence ou de l’ego d’un autre type, auquel il est relié dans le schéma de l’ennéagramme. Ce mécanisme est décrit dans le cha pitre 17 (page 293). Quelques pistes pour évoluer Pour réduire l’emprise de son ego et se connecter à son essence, le Quatre doit arriver à reconnaître, dans sa vie quotidienne, les moments où il détourne son attention de ses émotions pour fantasmer sur ce qu’il ne peut atteindre. Il lui faut repérer, par exemple, les instants où il se focalise sur ce qu’il n’a pas, et ceux où il trouve des défauts à ce qu’il a ou qu’il peut obtenir.
Plusieurs pratiques peuvent lui permettre d’évoluer. Centrer son attention sur le présent Parce que le Quatre a l’impression d’exister quand il ressent des émotions profondes, il a tendance à utiliser son imagination pour intensifier ses sentiments. Il fantasme ainsi sur des personnes, des rencontres, des situations qui exaltent ses émotions, et revit avec nostalgie des moments du passé. Vous n’avez pas besoin de vivre des émotions intenses pour exister, ni pour être créatif. Autorisez l’émergence spontanée de vos émotions dans l’instant. Repérez les moments où vous partez dans vos fantasmes et quittez vos rêveries pour revenir au moment présent. Soyez conscient de ce qui vous entoure et du bonheur d’être là, ici et maintenant, simplement. Reconnaître ses vrais talents Persuadé d’être plein de défauts ou, au mieux, incomplet, le Quatre a souvent un sentiment de honte de lui-même. Il envie la stabilité des autres, leur spontanéité et leur capacité à avoir une bonne estime de soi. Il se réfugie alors dans l’imaginaire, où il rêve d’un moi fantasmé, basé sur des qualités idéalisées. Identifiez précisément les qualités que vous vous prêtez lorsque vous vous réfugiez dans vos fantasmes. Analysez-les concrètement et distinguez celles que vous pourriez développer en les travaillant, de celles qui sont forcément inaccessibles et de l’ordre du rêve (comme « être plus grand »…). Prenez conscience que ces dernières sont de l’ordre du rejet que vous avez de vous-même. Acceptez-vous tel que vous êtes car votre potentiel est aussi infini que votre créativité et votre
imagination. Reconnaissez et appréciez vos véritables talents et exploitez-les. Être soi-même, simplement Comme le Quatre fonde son identité sur son ressenti intérieur, il lui est difficile d’accepter que d’autres puissent vivre des émotions similaires aux siennes. Il se complaît alors dans des états d’âmes qui contrastent avec ceux de son entourage et se crée inconsciemment une identité négative, qui l’empêche de voir la beauté de ce qu’il a à offrir. En vous focalisant sur ce qui vous différencie des autres, vous rejetez inconsciemment certaines de vos qualités, pour la seule raison que les autres les possèdent aussi. Recherchez une authenticité dans la simplicité d’être : vous pouvez être aimé sans avoir besoin de faire, dire, penser ou être quoi que ce soit d’autre que vous-même. Prenez conscience que vous êtes unique, comme chaque être humain et découvrez la beauté de ce que vous avez à offrir aux autres.
DANS CE CHAPITRE Les filtres d’attention de l’ennéatype Cinq • La vie quotidienne du Cinq : motivations, relations affectives, attitude professionnelle et introspection • Les mécanismes du Cinq quand il est dans son ego et dans son essence • Quelques pistes pour abandonner ses automatismes Chapitre 8 L’ennéatype Cinq : le maître des savoirs ous avons décerné à l’ennéatype Cinq le diplôme de Maître N des savoirs, car il est curieux de tout et est porté par le besoin profond de comprendre le fonctionnement du monde dans lequel il vit. Il est dans une quête constante d’informations objectives, qu’il s’applique à vérifier et analyser. Lorsqu’un sujet l’intéresse, il a un besoin irrépressible d’amasser des informations aussi précises que possible le concernant et il les engrange avec soin dans sa bibliothèque mentale, comme un
gourmand accumulerait des mets délectables. Il possède un véritable talent pour structurer ses idées, leur donner un sens et les expliquer avec précision. Son besoin de maîtriser tous les aspects de son domaine en fait un expert naturellement reconnu, ce dont il se félicite. Pour autant, ses connaissances – généralement théoriques – lui semblent souvent insuffisantes lorsqu’il s’agit de les mettre en pratique. Son naturel le plus souvent introverti lui fait préférer la posture de l’observateur à celle de l’acteur, et il redoute de se comporter de façon inadaptée dans le monde. Il perçoit d’ailleurs le monde extérieur comme dangereux car envahissant et il se sent facilement vulnérable face à lui. Un peu comme si son énergie pouvait être « aspirée » par les autres et risquer de se dissoudre. Aussi a-t-il régulièrement besoin de s’isoler, physiquement ou mentalement, pour analyser la situation, enrichir encore son savoir ou simplement se ressourcer. Il se réfugie alors dans son jardin secret, qui le protège à la fois de l’intrusion des autres et de ses propres émotions, en un mot de tout ce qui est susceptible de perturber son activité intellectuelle. Ce qui caractérise l’ennéatype Cinq : • Apport au monde : la sagesse. • Image de soi : je sais, je comprends. • Évitement : le vide intérieur. • Désir profond : être capable. • Peur profonde : être incapable.
Une intelligence mentale, pour comprendre le fonctionnement du monde Pour appréhender son environnement et le maîtriser, le Cinq a un besoin vital et constant d’informations, qu’il recherche par tous les moyens (ouvrages, Internet, conférences, observations personnelles, etc.). Comme il aime anticiper, il prend ses décisions de façon rationnelle et analytique, en exploitant en priorité l’énergie de son centre mental ; elle lui permet d’appliquer au monde qui l’entoure des théories et des modèles, élaborés à partir des informations qu’il a accumulées. Le Cinq vit ainsi beaucoup dans ses pensées et a tendance à examiner toute chose – y compris lui-même – comme le ferait un observateur derrière une glace sans tain. Il analyse les situations avec détachement et c’est en focalisant son attention sur le monde extérieur qu’il parvient à comprendre, à l’aune des informations qu’il a capitalisées, comment celui-ci fonctionne et comment il peut y trouver sa place. La peur d’être démuni face au monde Comme tous les types du centre mental, le Cinq a une problématique avec l’insécurité. Il s’agit ici d’une peur de manquer intérieurement de ressources, ces « ressources » pouvant être aussi bien des connaissances que des compétences ou de l’énergie. Le Cinq craint en fait de se sentir démuni face au monde extérieur et de ne pas pouvoir répondre de façon adaptée aux attentes de son entourage, qu’il perçoit facilement comme intrusif.
Il a au fond de lui la peur de ne pas savoir ce qu’il ressent et d’être incapable de se faire comprendre ou tout simplement de manquer d’énergie pour agir, comme si sa force vitale ou son savoir allaient être absorbés par les autres. Il appréhende aussi – et surtout – que les interférences déclenchent chez lui des émotions, qui viennent paralyser ses réflexions. Ce sentiment d’insécurité intellectuelle le pousse à limiter ses interactions et à se réfugier dans son mental, espérant ainsi se ressourcer ou enrichir encore ses connaissances, qu’il juge incomplètes et qu’il désire étoffer, encore et toujours. Violaine (type Cinq) : J’étais invitée l’autre jour à l’anniversaire d’une amie proche, qui a insisté pour que je vienne. J’ai accepté pour ne pas la blesser, mais il a fallu que je me fasse violence, car l’idée de passer une après-midi entourée de personnes que je ne connais pas m’indispose. Mes craintes étaient d’ailleurs fondées. La discussion a porté rapidement sur les goûts et les passions de chacun, et les échanges se sont animés. On m’a prise à témoin, s’attendant visiblement à ce que je partage mes engouements. J’ai ressenti un réel sentiment de vide face à une situation que je ne maîtrisais pas. Je n’arrivais plus à penser, ni à savoir comment réagir et je me suis sentie un instant oppressée et comme pétrifiée. D’autant que je déteste me confier, a fortiori à des personnes que je ne connais pas ! J’ai trouvé très vite un prétexte pour m’esquiver et je me suis éloignée, pour me rapprocher de la bibliothèque. Je me sentais vidée et je me suis plongée dans la lecture des ouvrages, tout en gardant un œil sur ce qui se passait dans la pièce ; je me suis peu à peu détendue en observant les liens qui se nouaient entre les invités et en essayant d’analyser leurs comportements. Et je suis restée dans mon coin jusqu’à ce que mon amie décide de souffler les bougies de son gâteau et d’ouvrir ses cadeaux. La vie quotidienne du Cinq
Motivation et organisation Une citadelle bien défendue Le Cinq a souvent la sensation de se vider de ses ressources intérieures au contact du monde, que ce soit lorsqu’il se dépense physiquement ou quand il s’implique psychologiquement. Il a donc le souci constant de se préserver et il veille à ne pas gaspiller ses ressources. Qu’il s’agisse de ses connaissances, ses émotions ou sa force vitale, il préfère les garder pour lui et évite de les partager. Aussi le Cinq se sent-il, d’une façon générale, peu disponible pour les autres. Considérant que son temps est précieux, il préfère rester en retrait, de façon à pouvoir mener ses recherches sur les sujets qui l’intéressent, sans être perturbé par des tensions émotionnelles. Il peut ainsi choisir de vivre dans des endroits reculés, sans ressentir particulièrement l’envie de sortir de chez lui ou d’avoir des contacts avec l’extérieur, même s’il est capable de mener par moments une vie sociale plus animée. Il n’a pas vraiment besoin de compagnie et il ne partage ses projets personnels qu’avec un petit cercle de proches. Qu’il soit seul ou en public, le Cinq a besoin de pouvoir se réfugier dans sa citadelle mentale, du haut de laquelle il observe le monde pour mieux le comprendre. Il a d’ailleurs tendance à garder avec son entourage une distance de sécurité qu’il est important de respecter, car il ne supporte pas qu’on s’incruste ou qu’on empiète sur son territoire. Comme il a besoin de se préparer aux événements futurs pour ne pas risquer d’être déstabilisé, il est préférable de bannir les visites improvisées ! Lorsque vous allez voir un Cinq, prenez l’habitude de le prévenir et de lui indiquer les raisons de votre entrevue – et si possible sa durée estimée. Il en sera rassuré et se montrera plus accueillant.
La quête sans fin d’un savoir pour soi Le Cinq se passionne pour des thématiques qui peuvent varier au fil du temps – avec une préférence pour les sujets insolites ou peu explorés – et à propos desquels il a une envie incoercible d’aller toujours plus loin dans l’exploration. Il peut passer beaucoup de temps à observer, jusqu’à intérioriser ses connaissances. Maîtriser les sujets qui le captivent est pour lui une quête sans fin, et lui permet de gagner en confiance. Pour autant, faire connaître les résultats de ses recherches est loin d’être une priorité, bien au contraire. Il ne peut s’empêcher de retenir l’information, comme si la diffuser risquait de l’en déposséder. Il s’arrange pour la conserver par-devers lui ou, s’il doit la transmettre, pour la rendre incompréhensible aux autres sans un minimum d’efforts. Le savoir, ça se mérite ! En revanche, lorsqu’il sent chez son interlocuteur un réel intérêt sur un sujet qu’il maîtrise, il peut alors se lancer dans un exposé analytique brillant, construit et exhaustif, qu’il est quelquefois difficile d’interrompre. C’est l’une de ses contradictions : autant le Cinq apprécie de présenter à un public connaisseur le résultat de ses travaux, car il y voit une confirmation de sa compétence, autant il se montre taiseux lorsque les discussions portent sur des thèmes qu’il ne maîtrise pas ou, pire, sur des sujets d’ordre personnel… Indépendance et cloisonnement Le Cinq est généralement très autonome. Son indépendance repose en fait sur sa capacité à vivre dans ses pensées. Sans pour autant se transformer en ermite, il apprécie réellement la solitude, qui lui permet de recharger ses batteries et de réfléchir tranquillement à ses projets. Il a peu de besoins matériels (hormis peut-être une bonne connexion Internet !) et il rejette facilement la société de consommation. Comme il rejette
d’ailleurs tout ce qu’il juge futile ou superficiel. Il essaye par tous les moyens de se suffire à lui-même et il se débrouille pour être opérationnel, en essayant de tout savoir, pour tout comprendre. Pour ne pas se laisser envahir et mieux se protéger, le Cinq cloisonne les différents aspects de son existence ; ainsi, chaque connaissance, relation, engagement, aspect de sa vie professionnelle ou personnelle… est rangé dans un compartiment. Il évite de les mélanger, par exemple en invitant ensemble des connaissances de milieux différents, et attribue à chaque « compartiment » un temps d’attention spécifique. Il lui est ainsi plus facile de prendre du recul et d’analyser la situation de l’un des points, sans se laisser submerger par un autre aspect de sa vie. Relations affectives D’une nature généralement calme et réservée, voire taciturne, le Cinq fait son possible pour ne pas être sous les feux des projecteurs ; il peut ainsi fréquenter un lieu pendant des années sans que personne ne le connaisse vraiment. En fait, il est souvent plongé dans ses pensées et donne quelquefois l’impression de ne pas être totalement là. Mais sa simple présence est le signe qu’il apprécie justement d’être là. Maintenir les émotions à distance Contrairement à ses idées, qu’il aime manipuler, le Cinq évite de se connecter à ses émotions. Il les dévoile peu (surtout en public) et est facilement mal à l’aise face aux démonstrations de ses semblables. Les émotions sont pour lui une source d’anxiété car non seulement il ne les maîtrise pas, mais en plus elles l’empêchent de penser, en particulier lorsqu’elles le submergent alors qu’il est en société.
Cette peur qu’il a des émotions le pousse à éviter de trop s’impliquer dans des relations. La distance qu’il garde avec les autres peut quelquefois lui donner une attitude froide et arrogante, voire condescendante. Il se confie peu et n’est généralement pas bavard, mais il a en revanche une bonne qualité d’écoute et est un confident objectif. Sa soif d’apprendre fait qu’il peut s’intéresser à tout le monde, adulte ou enfant, puisque toute personne peut potentiellement lui apprendre quelque chose et l’aider à comprendre. Il sait garder un secret, sans se laisser envahir par les autres ; son interlocuteur se sent pris au sérieux et jamais en otage. Lucie (type Cinq) : Depuis toute petite, j’ai toujours été attirée par les différences naturelles ou choisies, qu’elles soient subies ou assumées. À l’école, par exemple, j’allais automatiquement vers ceux dont le parcours était différent et qui rencontraient des difficultés dans leur scolarité ou leur famille. J’étais curieuse et je voulais comprendre pourquoi cet élève avait une autre façon de s’habiller, ne faisait pas ses devoirs, répondait aux professeurs, était violent ou triste. Les choses n’ont pas vraiment changé et je m’aperçois que tout ce qui est transgressif me questionne toujours. Avec pour conséquence que je me retrouve souvent dans la posture de la confidente, vers qui les amis qui vont mal se tournent pour s’épancher. J’aimerais les aider et les accompagner, mais lorsque je suis dans l’empathie, j’absorbe tout sans filtre et je me perds. J’en sors épuisée, d’autant plus que cela réveille chez moi des émotions que je croyais enfouies et d’autres que je ne connaissais pas et qui sont douloureuses. Je préfère donc rester dans la posture de l’observateur, mais je souffre de cette situation où je ne suis qu’écoute et où il n’y a pas de réel échange. Une relation de couple intellectualisée Quelle que soit l’intensité de la relation amoureuse, le Cinq a besoin de préserver ses rapports avec la solitude. Il ressent les
attachements émotionnels comme une perte d’énergie et il vit les attentes de son partenaire comme pesantes. Sa crainte de l’engagement, sa relative froideur et son besoin de retrait expliquent que de nombreux Cinq préfèrent le célibat. Pour autant, il peut s’engager de façon durable, si l’on accepte ses limites claires de temps et d’énergie, et s’il peut garder son jardin secret. Comme il lui est difficile d’exprimer ses sentiments, il attend généralement d’être seul pour analyser ses émotions et il intellectualise la relation plutôt que de la ressentir. Il peut éprouver un profond attachement pour son conjoint, penser régulièrement à lui lorsqu’il est seul, anticiper avec plaisir les retrouvailles… sans pour autant juger utile de le lui dire, et sans que ce dernier n’en soit conscient. Il apporte à la relation sa loyauté, sa créativité et sa capacité à résoudre les problèmes et apprécie particulièrement les conversations approfondies sur de nouvelles théories. Attitude professionnelle Le besoin permanent qu’éprouve le Cinq de comprendre et d’analyser les situations, en adoptant la posture de l’observateur, s’applique également au contexte professionnel. Une indispensable phase de réflexion précède toutes ses décisions, qu’il prend de manière rationnelle. Comme toutes les occasions sont prétexte à approfondir ses connaissances, il se fait très vite connaître comme un expert de son domaine, d’autant que son esprit curieux allié à son exceptionnelle capacité de concentration et de synthèse facilite ses découvertes et ses trouvailles. Sa crainte de voir son énergie diminuer au contact des autres le pousse à restreindre le temps et l’attention qu’il leur accorde. Les contacts personnels l’épuisent et il apprécie d’être autonome et indépendant dans son poste et de pouvoir ainsi s’isoler, même s’il est tout à fait capable de s’impliquer et de travailler
intensément. Il a besoin de planifier son temps et les instants qu’il accorde aux autres. Il a avec ses collaborateurs des échanges précis et concis, aussi neutres que possible, et il attend d’eux la même attitude. Les démonstrations d’émotion le font fuir. Un peu d’introspection Le Cinq apprécie d’être seul et en sécurité dans sa citadelle mentale pour manipuler ses observations et tenter de comprendre le sens du monde. C’est à ce moment qu’il s’intéresse à ce qu’il ressent vraiment, qu’il repense à ce qu’il a pu dire ou faire dans la journée, aux personnes qu’il a côtoyées, aux échanges qu’il a eus, aux instants agréables (ou non) qu’il a vécus, et qu’il se laisse aller à des rêveries. Il apprécie ces moments de solitude et ne s’ennuie pas. Ces plongées dans sa vie intérieure lui permettent de se sentir très proche de personnes avec qui il a pourtant un échange verbal minimal. Le Cinq au prisme de l’ennéagramme L’apport au monde et sa contrefaçon : l’image de soi Apport au monde : la sagesse La compétence principale du Cinq, ce qu’il apporte au monde, c’est sa grande capacité à se concentrer pour approfondir ses idées et ses connaissances, de façon à avoir une juste appréciation des choses, à comprendre le monde qui l’entoure et
à l’expliquer avec précision. Le Cinq possède un don véritable de sagesse, qui lui permet d’analyser et d’exprimer de façon exacte et concise ce qu’il a observé et compris. Image de soi : je sais, je comprends Lorsqu’il est victime des automatismes de son ego, le Cinq surjoue son rôle et perd son authenticité, en dénaturant sa compétence. Pour échapper à la sensation de vide intérieur, il cherche à accumuler des informations sur des spécialisations quelquefois inutiles et de plus en plus arides, qui peuvent l’amener à se détacher du monde réel. Magali (type Cinq) : J’ai toujours aimé explorer les connaissances et découvrir de nouveaux aspects des choses. Toute petite déjà, les jouets m’ennuyaient, à l’exception des cubes, des images et de l’observation de ce qui m’entourait, pour essayer de comprendre le monde. Si je n’ai jamais eu envie de « jouer à la poupée », j’ai découvert un univers que je n’imaginais pas avec la lecture et je m’y suis précipitée. Pour moi, tout est matière à apprendre, et ce n’est sûrement pas un hasard si j’exerce aujourd’hui dans le domaine de la gestion du savoir et de l’information. Quand je travaille sur des projets complexes, où il y a beaucoup d’éléments à prendre en considération, de scénarios possibles, j’ai l’impression de visualiser le projet en 3D et je peux l’examiner sous tous les angles. Avec mon esprit de synthèse, j’obtiens une vraie vision panoramique, à 360 degrés. Le problème est qu’elle me donne envie d’analyser dans le moindre détail et le plus loin possible chacun des aspects. Comme cela n’a pas de fin, je suis obligée de me restreindre, ce qui me frustre et la prise de décision s’apparente à une tempête sous un crâne ! Évitement : le vide intérieur
Le Cinq utilise son centre mental pour comprendre son environnement et prendre des décisions. Comme il considère que le monde est exigeant et imprévisible, il se rassure en accumulant des informations qui vont lui permettre de maîtriser toutes les situations. Mais le monde de ses émotions lui fait peur, et il craint que ces dernières ne viennent perturber ses réflexions. Pour essayer de les réduire et de les mettre de côté, il focalise son attention sur l’extérieur et réprime la totalité de son fonctionnement intérieur, ce qui génère chez lui une sensation de vide intérieur qui l’effraie. L’ego du Cinq se construit donc en se persuadant que, pour atteindre la sagesse, il lui faut à tout prix éviter cette sensation de vide intérieur. Ce qu’il essaye de faire en comblant ce vide par toujours plus de connaissances provenant de l’extérieur (qui soient neutres émotionnellement). Ce mécanisme égotique bien particulier, parfois difficile à saisir pour qui n’est pas Cinq, est clairement expliqué par Fabien et Patricia Chabreuil dans leur article « Le type Cinq et l’utilisation extérieure du centre mental », sur le site de l’Institut français de l’ennéagramme1. Bruno (type Cinq) : Après ma journée de travail, je sens que les interactions m’ont épuisé et j’ai comme une sensation de vide intérieur. J’ai alors envie d’être en action mentale, mais en restant dans ma bulle. J’ai pris l’habitude de me ressourcer en jouant, après le dîner, à un jeu de stratégie en ligne ; il faut y faire preuve d’ingéniosité et de savoir-faire et aller à la recherche de stocks et de matières premières, en mettant en place un système économique. Le jeu permet d’interagir avec d’autres joueurs, de s’entraider et de former des guildes. J’appartiens ainsi à une guilde d’une vingtaine de personnes, mais les échanges ne m’intéressent pas. Je les salue en arrivant, mais ne réponds jamais à leurs messages. Je ne suis pas là pour me faire des copains ! Je me concentre sur le jeu et j’ai l’impression que tous les rouages de mon cerveau se mettent en marche, pour analyser la situation et choisir les meilleures stratégies. Et cette impression me remplit. Ma femme a
longtemps pensé que j’étais addict à ce jeu, mais ce n’est pas cela. C’est simplement le moyen que j’ai trouvé pour me ressourcer, en m’évadant de façon intelligente, tout en restant isolé. Mécanisme de défense : l’isolation Lorsque le Cinq est confronté à une certaine panique intérieure (lorsqu’il craint d’être incompétent, par exemple, ou qu’il est face à un événement qui l’effraie), il écarte de son champ de pensée les émotions qui lui semblent difficiles à vivre et qui risquent de perturber ses réflexions et il les rend inconscientes. Il peut ainsi se focaliser sur son activité intellectuelle, en se dissociant de ses ressentis. On appelle ce mécanisme « l’isolation ». Il peut ensuite analyser – ou pas – ses émotions en différé et avec détachement, lorsqu’il est en sécurité dans sa citadelle. Prendre du recul lui donne la possibilité de conceptualiser ses émotions et de réfléchir au comportement qu’il doit adopter, pour avoir une attitude « normale » dans une situation donnée. Denis (type Cinq) : Je suis parti l’an dernier en vacances à la Réunion avec ma femme et, quelques jours après notre arrivée, elle a ressenti des douleurs dans la poitrine, qu’elle a décidé d’attribuer à la nourriture épicée. Ses douleurs m’inquiétaient et ont fait ressurgir le souvenir de mon père, décédé d’une crise cardiaque devant moi, quand j’avais 15 ans. Mais ma femme, qui est de type Huit, avait décidé qu’elle n’avait rien de grave ; et je sais que rien n’aurait pu la convaincre de consulter. J’ai donc refusé de m’inquiéter pour quelque chose sur lequel je n’avais pas prise, tout en restant vigilant sur l’évolution des symptômes. Les derniers jours, l’intensité de sa douleur m’a fait comprendre qu’il était temps de prendre les choses en mains. Je me suis débrouillé pour arriver plus tôt que prévu à l’aéroport et
j’ai exigé qu’elle voie un médecin avant d’embarquer. Nous sommes arrivés en dix minutes à l’antenne de SOS Médecins, où ils lui ont fait trois électrocardiogrammes et une batterie d’examens… avant de nous dire qu’elle était en pleine crise cardiaque et qu’elle devait être opérée en urgence le lendemain matin. Je suis resté d’un calme olympien et à aucun moment je n’ai craqué, ni laissé monter la peur ou la panique. Je réfléchissais à toutes les démarches à faire et j’affichais une confiance que je n’étais pas sûr d’avoir. Je suis resté calmement avec elle pour lui changer les idées, jusqu’à ce qu’elle soit prise en charge. Ce n’est qu’a posteriori, quand je me suis trouvé seul dans ma chambre d’hôtel, que j’ai pensé aux risques qu’elle courait… et j’ai passé une nuit blanche ! La distorsion émotionnelle et son antidote : la restructuration émotionnelle Distorsion émotionnelle : l’avarice Lorsque le Cinq ressent la peur du vide intérieur, il se perçoit comme incapable de se défendre dans le monde, qu’il voit comme un lieu de privation et de rétention. Il est persuadé que les interactions avec celui-ci vont le vider de ses ressources physiques comme psychologiques. Il fait alors son possible pour minimiser ses propres besoins et se réfugie dans son mental ; il se replie sur lui et tente d’économiser ses ressources, en se persuadant qu’il peut se passer de tout. Il est à ce moment incapable de résister à une distorsion émotionnelle (ou passion) qui va le dominer : l’avarice. L’avarice du Cinq se manifeste avant tout par une avarice de luimême (de son temps, de sa présence, de son énergie) ou par une rétention d’information. Le Cinq peut, par exemple, rationaliser en se trouvant toutes les bonnes raisons de ne pas répondre à une
question, ou simplement omettre sciemment de donner certaines informations, notamment si elles le concernent personnellement. Mais l’avarice peut aussi s’étendre à l’argent. Carole (type Huit) : Mon gendre Benjamin (type Cinq) nous a aidés il y a quelques mois à emménager à une centaine de kilomètres de la région parisienne, et c’est une fois installés que nous nous sommes rendu compte, en comparant nos différents opérateurs et nos smartphones, que nos portables captaient très mal et que nous devions être en « zone blanche ». Certes, l’ADSL me permettait d’accéder à Internet, mais je devais me réfugier au fond du jardin pour pouvoir téléphoner, ce qui avait le don de me mettre en rogne ! Je crois que tout mon entourage a dû m’entendre râler et pester ! Et puis un soir, j’ai eu comme un flash. J’ai appelé Benjamin, qui est ingénieur et grand geek devant l’Éternel, et je lui ai demandé directement : « Dis, Benjamin, aurais-tu une solution pour que je puisse téléphoner depuis la maison ? » Ce à quoi il m’a répondu immédiatement et très simplement : « Oui, bien sûr, comme vous avez un iPhone, il suffit de le mettre en mode avion pour forcer la connexion au wifi et du coup, il oubliera le réseau téléphonique qu’il capte mal. » Il m’avait entendue râler cent fois et il avait dû faire des recherches en amont pour trouver la solution à mon problème. Mais il n’avait jamais pensé à me la donner. S’il avait été devant moi, je crois que je l’aurais embrassé… avant de l’étrangler ! Restructuration émotionnelle : le désintéressement Quand le Cinq maîtrise sa peur du vide intérieur et qu’il se relie à son essence, il éprouve une force qui lui permet de vivre la restructuration émotionnelle (ou vertu) de son type : le désintéressement. Il dépasse sa peur du monde extérieur et ose se connecter aux autres et à l’environnement, en partageant sa vie intérieure. Il prend conscience que l’Univers est riche en ressources et qu’il est inutile de s’accrocher à celles qu’il possède, comme de prendre plus que ce qui lui est nécessaire. Il
conçoit qu’il peut échanger une information sans en être dépossédé pour autant et il accepte de donner librement ce qu’il a reçu librement. L’obsession cognitive et son contrepoids : le mécanisme de progression Obsession cognitive : le détachement Lorsque le Cinq craint de se sentir démuni face au monde extérieur, qu’il a peur de ne pas savoir répondre aux attentes de ceux qui l’entourent, il est en proie à une obsession cognitive (ou fixation) : le détachement. Il ressent alors un besoin irrépressible de prendre du recul par rapport à une situation et de se retirer, physiquement ou psychologiquement, en adoptant la posture de l’observateur. Ce besoin de détachement peut survenir au milieu d’une soirée où tout se passe bien. Le Cinq détache son attention de ses sensations pour observer la situation de l’extérieur, en étant coupé de ses émotions. Il ressent généralement une envie lancinante de retourner dans sa citadelle, pour être seul avec ses pensées. Il peut alors trouver une excuse pour rentrer chez lui, ou bien se mettre simplement en retrait des autres et se plonger dans ses observations, présent mais sans être vraiment là. Chloé (type Quatre) : Mon mari est de type Cinq et certains week-ends, on se croise à peine. Il va et vient entre la maison et le jardin, où il a « son » cabanon. Quelquefois, il me fait penser à ces chats, qui ne rentrent chez eux qu’à l’heure des repas ! Dans ces moments-là, je sens chez lui un besoin vital de se réfugier dans sa bulle, dans son monde à lui. Il s’installe dans la cabane qu’il s’est appropriée, où il a plaisir à bricoler, il réfléchit
en jardinant, il revient surfer sur Internet, etc. Il est perdu dans ses pensées et il est inutile de chercher à les partager. Mes questions n’obtiennent que des réponses laconiques (À quoi penses-tu ? À rien !), voire pas de réponse du tout. Pendant longtemps, j’ai très mal vécu son besoin de s’isoler. Je me sentais seule et délaissée, je me demandais ce qui clochait dans notre relation et j’avais tendance à exiger des explications qui dégénéraient en disputes, quelquefois violentes, pouvant conduire à ce qu’on fasse chambre à part ! Mais l’ennéagramme m’a permis de comprendre son fonctionnement de Cinq. Alors que je me disais : « il n’a plus envie d’être avec moi », j’ai compris que c’était seulement : « il a envie d’être avec luimême ». Et depuis que je l’accepte, notre relation est apaisée. Mécanisme de progression : la satiété mentale Lorsque le Cinq se connecte à son essence, il surmonte son obsession grâce à un mécanisme de progression (ou idée supérieure) : la satiété mentale. Dans l’essence, le Cinq passe du savoir à la sagesse. Il comprend que l’acquisition des connaissances n’a de sens que s’il utilise ces dernières pour agir et prendre sa place dans le monde. Il ne réserve plus son énergie et son temps à sa propre survie et abandonne sa soif insatiable de savoirs, car il peut discerner quand il en sait assez sur un sujet. C’est par l’expérience personnelle directe qu’il veut enrichir son savoir et il s’engage avec bienveillance dans la construction de projets innovants pour améliorer la société.
Figure 8-1 Récapitulatif des mécanismes de l’ennéatype Cinq. Intégration et désintégration de la personnalité Lorsque le Cinq est connecté à son essence, c’est le « sage » du groupe, de la famille ou de l’institution, disposant d’une grande intuition et d’une bonne intelligence sociale. Sa capacité à observer, à rester en dehors d’une situation, lui donne une vision de l’ensemble du problème et lui permet d’en fournir une synthèse parfaite, avec un point de vue original. Le Cinq met ses grandes capacités mentales au service des autres et est capable de s’engager pour une noble cause, au lieu de se contenter d’un apprentissage empirique. Admettant l’absurdité de la vie, il est capable d’avoir un sens de l’humour décapant. Le Cinq dans sa routine s’intéresse aux autres, tout en gardant ses distances. Il essaye d’en apprendre le plus possible, mais en évitant de s’engager ou de participer. Ne comptant que sur lui et sur ses connaissances, il défend son espace et on le voit à la
périphérie du groupe, participant de loin aux événements afin de garder son autonomie. Il craint que les autres ne l’absorbent et le vident de sa substance. Neutre, il évite les conflits et les implications. Le Cinq dominé par les mécanismes de son ego se protège à outrance, gardant pour lui tout ce qu’il sait ou possède. Fermé au monde réel et aux autres, incapable de se concentrer sur un sujet puisque tout est bon à prendre, il accumule tout ce qui lui passe sous la main « au cas où ». Cynique et procédurier, il s’isole et se rend complètement insensible aux besoins ou aux droits des autres afin de se protéger. Outre ce mouvement d’intégration et de désintégration « interne » (au cours duquel il se connecte à son essence ou est dominé par son ego), le Cinq peut vivre par moments un mécanisme d’intégration et de désintégration « externe » ; il ajoute alors à ses caractéristiques les capacités ou les travers de l’essence ou de l’ego d’un autre type, auquel il est relié dans le schéma de l’ennéagramme. Ce mécanisme est décrit dans le cha pitre 17 (page 293). Quelques pistes pour évoluer Pour réduire l’emprise de son ego et se connecter à son essence, le Cinq doit arriver à distinguer, dans sa vie quotidienne, les moments où il se coupe de ses émotions et où il fuit la réalité pour se réfugier dans ses pensées et ses constructions mentales. Il lui faut se reconnecter au monde et être présent à ce qu’il ressent, pour s’ouvrir à lui-même et aux autres. Plusieurs pratiques peuvent lui permettre d’évoluer. Ressentir ses émotions dans l’instant
Mal à l’aise avec les émotions, le Cinq a tendance à s’en dissocier quand elles surviennent pour se concentrer sur ses réflexions. Il préfère y repenser plus tard, lorsqu’il est seul et qu’il se sent en sécurité. Mais ce faisant, il les intellectualise et ne les perçoit pas réellement, car les émotions ne peuvent être vécues que dans l’instant présent. Plutôt que d’éviter vos émotions, apprenez à plonger en elles au moment où elles surgissent, à les décrypter, à les comprendre et à les aimer. Ce n’est pas en les supprimant que vous trouverez la paix, mais en modifiant votre regard sur elles. Commencez par vous questionner sur ce que vous ressentez ici et maintenant : est-ce de la tristesse, de la colère, de la peur, de la joie ? Mettez des mots sur votre ressenti. Puis identifiez le besoin qui y est associé. Que pourriez-vous faire pour y répondre ? Sur qui comptez-vous pour le satisfaire ? Entraînez-vous aussi souvent que possible et vous parviendrez à apprivoiser vos émotions. Renforcer son ancrage Dès que le Cinq se sent dépassé, il a tendance à se couper de ses sensations pour s’échapper dans son mental. Il joue avec les idées et se plaît à les manipuler et à les associer sans fin. Ce faisant, il se déconnecte de ses ressentis et perd le contact avec son corps, ignorant ses propres besoins tels que la faim, la soif ou la fatigue. Concentrez-vous sur le moment que vous vivez et soyez attentif à ce que vous faites à cet instant. Sortez du monde des pensées et revenez dans le monde réel, corporel. Prenez conscience de votre corps, dans son intégralité et soyez dans l’intention de vous connecter à la terre, de vous enraciner. Prenez une respiration profonde et, sur l’expiration, faites descendre votre énergie dans votre corps, visualisez-la sortir de vos pieds et s’enfoncer profondément dans la terre. À l’inspiration, ressentez l’énergie de la terre qui passe par vos pieds et qui remonte en vous. Pratiquez ainsi quelques respirations amples, puis écoutez
votre énergie intérieure. Que vous dit-elle ? Que ressent votre corps ? Être enraciné vous aide à vous sentir profondément relié à la terre et, par là même, à développer votre présence au corps, pour être dans l’acceptation du moment présent. S’ouvrir aux autres La peur de l’intrusion du Cinq, sa tendance à s’isoler et sa mise à distance des émotions le poussent souvent à limiter ses échanges au seul plan informationnel. Il évite de communiquer sur ses besoins, ses désirs ou ses sentiments, ne serait-ce que pour ne pas se rendre vulnérable en admettant un manque. Mais il réprime ainsi son intelligence émotionnelle et se coupe de la bienveillance. Apprenez à percevoir les moments sympathiques que vous vivez au contact des autres dans la journée. Choisissez de les cultiver et de les rendre plus intenses, en décidant par exemple de partager une émotion vraie, tout en étant connecté à l’autre par votre cœur. Soyez tendre avec vous-même et avec l’autre et ressentez la qualité du lien que vous entretenez ainsi. Ne rendelle pas votre vie plus riche ? 1 https://www.enneagramme.com/Articles/1999/EM_9901_a3.htm
DANS CE CHAPITRE Les filtres d’attention de l’ennéatype Six • La vie quotidienne du Six : motivations, relations affectives, attitude professionnelle et introspection • Les mécanismes du Six quand il est dans son ego et dans son essence • Quelques pistes pour abandonner ses automatismes Chapitre 9 L’ennéatype Six : le maître de la prévoyance ous avons décerné à l’ennéatype Six le diplôme de Maître de N la prévoyance, car il a un talent particulier pour imaginer intuitivement les risques potentiels d’une situation et pour prendre en conséquence les décisions qui lui permettront d’assurer de façon fiable la réussite de son projet. Le Six pense que de nombreux dangers peuvent se cacher derrière les apparences et il estime avoir sur le sujet une vision plus lucide que celle de la plupart des gens. D’ailleurs, il se
méfie de ce qu’on lui dit et préfère vérifier par lui-même, en passant beaucoup de temps à se documenter, pour se rassurer et prendre les bonnes décisions. Cet état d’esprit génère néanmoins une certaine anxiété, qui l’accompagne le plus souvent. Comme il manque intrinsèquement de confiance en lui, il structure sa vie autour de personnes en qui il croit et qui le rassurent (sa famille, son entreprise, une communauté particulière…). Il se sent lié à elles par un profond sentiment d’appartenance et de loyauté, qui le sécurise et dont il est fier. Pour garder solide le lien qui le relie à ces personnes, il respecte scrupuleusement ses engagements et fait ce qu’il estime être son devoir. Il s’appuie sur les règles et les codes de conduite de son groupe – tant explicites qu’implicites – et fait en sorte que ceuxci soient observés par tous. Ce qui caractérise l’ennéatype Six : • Apport au monde : la loyauté. • Image de soi : je suis loyal, je fais mon devoir. • Évitement : la transgression. • Désir profond : être en sécurité. • Peur profonde : être démuni. Une intelligence mentale, pour bien appréhender le monde et se comprendre Le Six est en permanence dans l’anticipation et, pour gérer le futur, il a un besoin vital et constant d’informations. Ses
perceptions viennent le plus souvent du mental et lui permettent de faire des choix, de prendre des décisions et de comprendre à la fois son environnement extérieur et lui-même. Il utilise en priorité son centre mental et il en exploite l’énergie pour appliquer au monde qui l’entoure les modèles et paradigmes qu’il a construits, mais aussi pour identifier ses propres zones d’insécurité et se préserver des dangers qu’elles signalent. Lorsque cela fonctionne, le Six sait répondre à toutes les questions qu’il se pose grâce aux informations qu’il a accumulées, analysées et structurées. Mais par moments, en cas de stress par exemple, son centre préféré ne fonctionne plus. Il est alors coupé de son intelligence mentale, ce qui se traduit notamment par des moments de « blancs », souvent accompagnés par la sensation, particulièrement oppressante, de ne plus savoir dans quelle direction il doit aller. Privé de son GPS intérieur, il ne trouve plus ses mots, n’arrive plus à synthétiser une idée, ou est envahi au contraire par une multitude de pensées qui se croisent dans sa tête en quelques secondes et perturbent la prise de décision. Dans ces moments – parfois très courts – où le centre mental ne répond plus, le Six a du mal à raisonner, ce qui le conduit à des choix précipités, basés sur l’action ou sur des émotions comme la colère ou la peur. L’anxiété latente du Six Comme tous les types du centre mental, le Six a une problématique avec l’insécurité. Il ne s’agit pas ici d’une peur contextuelle, comme d’une phobie des serpents ou des espaces confinés par exemple, mais plutôt d’une inquiétude, d’une anxiété naturelle qui le fait systématiquement imaginer toutes les difficultés susceptibles d’arriver : la toiture qui fuit en cas d’orage, l’accident de voiture sur la route, la maladie pendant les vacances…
Le plus souvent, le Six ne vit pas cette inquiétude comme de la peur. Imaginer le pire le rassure, au contraire, car en l’envisageant, il se prépare à faire face aux problèmes. Il ne réalise pas qu’en procédant ainsi, son imagination est systématiquement tournée vers toutes les hypothèses défavorables possibles et leurs conséquences. Et que si cette peur reste généralement à l’état d’inquiétude, elle peut aussi se transformer en angoisse et l’empêcher d’agir, face aux scénarios catastrophe qu’il s’est représentés. En fait, le Six a l’impression latente que, quelque part, un danger peut le guetter. Cette hypothèse intérieure suffit pour déclencher un vague sentiment d’insécurité, qui le pousse à être d’un naturel méfiant et à rechercher autour de lui des évidences qui confirment sa croyance ; alors, il scrute en permanence les risques cachés, que ce soit dans son environnement ou dans les gestes ou les paroles de la personne avec qui il discute… Michel (type Six) : J’ai l’habitude d’organiser des voyages et quand nous décidons avec ma femme (et quelquefois des amis) de partir dans un pays lointain, c’est à moi que revient la responsabilité de concevoir et de préparer le circuit. Cette phase me prend toujours un temps infini, parce que je tiens à ce que tout se passe bien et que je vérifie, recoupe et revérifie encore la moindre information. Pour l’élaboration du circuit en lui-même par exemple, je me pose mille et une questions. Je sélectionne les points les plus intéressants et je vais vérifier la faisabilité de mon projet en allant discuter avec les chefs de produits de différentes agences de voyages. Comme on n’est jamais trop prudent, je recoupe leurs informations en interrogeant des forums de discussion touristiques, pour échanger avec des voyageurs sur les difficultés qu’ils ont pu rencontrer. Quand la date du voyage approche, j’ai régulièrement des insomnies au cours desquelles mon esprit se focalise sur des problèmes susceptibles d’advenir – du retard d’avion aux mouvements de grève, en passant par les ennuis de santé ou le vol des devises – et je me lève alors dans la nuit, pour noter des points de détail que je veux vérifier… Bref, le voyage improvisé n’est pas ma
tasse de thé. Mon surnom dans la famille de ma femme est « Ceinture et bretelles ». Je crois avoir compris pourquoi ! La vie quotidienne du Six Motivation et organisation Se décider… après avoir beaucoup hésité Utilisant le centre mental en priorité, le Six aime prendre des décisions de manière logique, en se référant à ses modèles et paradigmes. Il est conscient des doutes et inquiétudes qui l’habitent et il a besoin de temps lorsqu’il doit faire un choix important. Il lui faut en effet connaître et comprendre toutes les données du problème, analyser les risques potentiels, prendre avis et conseils auprès de ceux qui maîtrisent le sujet, hésiter longuement, comparer, hésiter encore… avant d’arriver à trancher. Les nombreuses questions qu’il se pose (et qu’il pose aux autres), la peur qu’il a de se tromper, ses fréquents doutes et hésitations, peuvent retarder la prise de décision. Le Six passe d’ailleurs quelquefois de l’envie d’agir selon son idée à la remise en question de cette idée et la réflexion peut alors aller jusqu’à remplacer l’action. Mais en revanche, lorsqu’il sait précisément ce qu’on attend de lui, ou lorsqu’il est conscient de ne pas disposer de temps, il est en mesure d’agir rapidement et efficacement. Se rassurer en s’adossant à des « groupes »
Pour calmer son anxiété, le Six choisit en général de s’adosser à des repères extérieurs en qui il a confiance et qui le sécurisent. Bien sûr, sa famille est le plus souvent son principal point d’ancrage. Mais le Six peut aussi se sentir profondément relié à son entreprise (ou à un service de celle-ci), se dévouer pour une communauté (religieuse, politique, etc.), s’investir dans un groupe (associatif, sportif, etc.), ou même avoir comme repère un mentor (un ami, un collègue, une personnalité, etc.), un concept ou un projet. Dans tous les cas, cette « entité repère », que l’ennéagramme nomme le plus souvent « groupe », est un élément clé de sa sécurité et le Six a pour lui un profond sentiment de loyauté. Il s’attache au cours de sa vie à plusieurs groupes – parfois simultanément – et il croit à ces repères sécurisants. Il n’hésite pas à investir beaucoup de temps et d’énergie dans ses engagements en pensant que cela lui vaudra un soutien mutuel, qui renforcera sa sécurité. Il prend ses décisions en s’appuyant sur son groupe et il fait tout pour entretenir le lien qui les unit… du moins tant qu’il n’a pas le sentiment d’être trompé ou déçu par lui. Auquel cas il n’hésite pas à le quitter, en éprouvant alors un sentiment d’illégitimité absolue, qui renforce sa méfiance naturelle. Identifier le – ou plutôt les – groupe(s) auxquels le Six se sent relié est donc un élément clé pour comprendre sa personnalité et expliquer son comportement. La tâche est quelquefois plus ardue qu’on ne le pense, car le Six peut accorder sa loyauté à des groupes de natures très diverses, mais aussi parce que lui-même n’est pas toujours conscient de l’allégeance qu’il leur porte… Relations affectives D’une façon générale, le Six se montre, tout au moins avec son groupe, responsable et engagé dans ce qu’il entreprend ; il tient à faire les choses « comme il faut ». Facilement dévoué, il applique avec rigueur les règles telles qu’il les comprend et il
s’attache à ce que les autres fassent de même. Selon la nature du groupe, il peut se montrer instinctivement méfiant vis-à-vis du monde extérieur. Un Six à deux visages, phobique et contre-phobique Le Six a la particularité de pouvoir avoir deux comportements contradictoires, dont l’un est en général dominant. Le Six phobique est conscient des peurs et des doutes qui l’habitent et a besoin d’un cadre qui le rassure, en échange de son engagement. Il se sent protégé par son groupe et veut en être digne ; le plus souvent, il n’exprime pas sa peur et apparaît au contraire comme amical et tourné vers les autres. Le Six contre-phobique en revanche n’a pas conscience de la peur qui le mène et a besoin de se confronter au cadre, plutôt que de s’y soumettre. Il cherche à combattre ce qu’il redoute et, par conséquent, il ne craint pas les disputes et est facilement sur la défensive dans le dialogue. Il peut être obstinément téméraire et braver les dangers. D’une façon générale, le Six oscille entre les deux tendances, avec l’une qui est majoritaire et la tendance inverse, qui apparaît dans certains contextes, à certains moments de sa vie, ou avec certains groupes. Nicolette (type Six, généralement contre-phobique) : J’ai été invitée cet été à partir quelques jours en vacances chez des amis, qui avaient une maison au bord de la mer. J’ai beaucoup apprécié cette escapade et ils m’ont ramenée dans leur voiture, avec leurs enfants. C’est Thierry qui conduisait et, rapidement, même en étant assise à l’arrière, j’ai remarqué qu’il dépassait très allègrement les limitations de vitesse. Qui plus est, il avait tendance à « coller » la voiture de devant et à klaxonner pour forcer le passage. Comme ses filles avaient peur et que sa femme ne lui disait rien, je suis montée au créneau. J’ai
commencé par lui dire qu’il roulait bien trop vite et qu’il était irresponsable de conduire à cette vitesse, alors qu’il transportait sa femme et ses enfants. Il a répondu qu’il maîtrisait parfaitement son véhicule et que nous ne courrions aucun risque. Le ton entre nous est monté crescendo et j’ai fini par le traiter de chauffard, en l’assurant que jamais plus je ne voyagerai avec lui au volant. Je serais descendue de voiture si j’avais pu, mais nous étions sur l’autoroute. Bien sûr, ils m’avaient invitée et j’aurais pu dire les choses autrement, en évitant de faire un esclandre devant ses enfants. Mais j’étais vraiment furieuse contre lui, furieuse de le voir transgresser à la fois le Code de la route et sa responsabilité envers sa famille. Relation à l’autorité Du fait de son manque de confiance en lui, le Six a tendance à surévaluer les personnes qui ont une autorité naturelle, qui agissent et réussissent dans la vie et cette surévaluation influence le regard qu’il porte sur elles : il surestime inconsciemment leur pouvoir réel, et cela génère chez lui un désir d’approbation et de protection. Comme son besoin infiniment profond de sécurité le pousse à rechercher cette sécurité à l’extérieur, il est enclin à idéaliser une figure d’autorité qu’il respecte, auprès de qui il prend conseil, qui le tranquillise et dont il suit scrupuleusement les décisions (Six phobique). Mais comme la sécurité n’est pas en lui, les doutes émergent vite et avec eux, la peur de la menace extérieure ; il repère alors les failles et les problèmes, met en doute la légitimité de la figure d’autorité et tente de découvrir ses intentions cachées (Six contre-phobique). Cela peut lui donner une attitude facilement anti-autoritaire qui, conjuguée à son sens du devoir, le pousse à prendre la défense des plus faibles. Le Six n’hésite pas en effet à s’investir et se dévouer pour un ami, une cause… en adoptant une position de sauveur ou de type « nous contre eux ».
Une relation de couple durable Les doutes et les craintes qui habitent constamment le Six se manifestent forcément lorsqu’il envisage de s’engager dans une relation. La sécurité étant chez lui un sujet clé, il lui faut pouvoir compter sur son partenaire de façon absolue et il peut avoir besoin de temps pour accorder sa confiance. Mais une fois qu’il l’a fait, il s’investit pour une relation qu’il souhaite de longue durée. Sa loyauté le pousse généralement à s’impliquer dans son couple et à prendre en charge de nombreuses obligations familiales. Bien sûr, les doutes reviennent souvent. Du fait de ses inquiétudes permanentes, le moindre problème peut ainsi remettre toute la relation en question. Il a donc régulièrement besoin d’être rassuré sur l’engagement de son conjoint. Attitude professionnelle Comme il a besoin de repères, le Six apprécie un contexte professionnel où il a une idée claire de ce qu’on attend de lui et du cadre – formel ou non – à l’intérieur duquel il peut évoluer. Il tient à ce que les tâches qui lui sont confiées soient définies avec précision et préfère pour les mener utiliser des méthodes traditionnelles qui ont fait leurs preuves. Il investit facilement beaucoup d’énergie dans son travail et s’applique à faire de son mieux, en respectant consciencieusement les processus, tels qu’il les a compris. Il se sent souvent relié à l’entreprise ou l’organisation qui l’emploie et fait alors preuve d’une loyauté totale, à condition toutefois qu’il ait confiance dans la direction. Sans quoi il n’hésitera pas à manifester son opposition, notamment s’il estime que les membres du personnel ont besoin d’être défendus. Bénéficiant d’une bonne capacité d’analyse, le Six sait percevoir les différents aspects d’une situation et détecte automatiquement
les risques potentiels d’un projet. Cette faculté lui permet d’avoir intuitivement le sens de ce qui est possible et de ce qui ne l’est pas. Ses craintes innées et sa façon d’envisager le pire le font quelquefois percevoir comme quelqu’un de négatif ou de pessimiste. Mais son anticipation lui permet justement de réagir activement et efficacement lorsque des problèmes se présentent. Un peu d’introspection Au fond de lui, le Six manque de confiance et doute de ses pensées et jugements, comme il peut douter du monde et des personnes qui l’entourent. Il lui arrive d’imaginer que certaines personnes ont des intentions cachées susceptibles de le mettre en danger, et cela l’inquiète. Il est dans une quête permanente d’assurance et de réassurance, car il craint de faire une faute qui dégraderait ses relations avec son groupe. Il a besoin de s’appuyer sur « quelque chose de sûr » qui sécurise son environnement, que ce soit son foyer, une épargne pour les incidents de parcours, un investissement pour la retraite… et plus s’il peut les imaginer ! Son anxiété latente et son besoin permanent d’anticiper les choses expliquent qu’il n’aime guère les imprévus ou les changements soudains de programme, surtout s’il est plutôt de type phobique. Le Six au prisme de l’ennéagramme L’apport au monde et sa contrefaçon : l’image de soi
Apport au monde : la loyauté La compétence principale du Six, ce qu’il apporte au monde, c’est sa loyauté. Elle se caractérise par le sentiment d’engagement qu’il éprouve envers les personnes, les groupes ou les croyances qu’il a choisis. Son « groupe » constitue pour lui un repère pour lequel il se dévoue, et il se rassure en étant soutenu et guidé par des valeurs comme la fidélité aux engagements qu’il prend ou le sens de la communauté et des responsabilités. Image de soi : je suis loyal, je fais mon devoir Lorsqu’il est victime des automatismes de son ego, le Six surjoue son rôle et perd son authenticité, en dénaturant sa compétence. Pour éviter la transgression et s’assurer d’être loyal, il s’attache à des croyances dictées par la peur, qui le portent à croire que seul le groupe peut assurer sa sécurité. Cela étant, le sentiment de loyauté est un concept que le Six a souvent du mal à percevoir ; il est tellement naturel et imbriqué à lui-même qu’il n’en est pas conscient car, pour lui, il va de soi. Pour le repérer, il doit s’interroger sur les raisons qui expliquent des réactions très fortes et irrationnelles ; c’est souvent le signe qu’une loyauté est mise en danger. Alice (type Six) : Je suis responsable de bibliothèque et j’ai découvert ce matin, dans l’ordre du jour du conseil de faculté, que le point « possibilité de vente de livres » – tâche qui me concerne directement – allait être discuté. J’ai réagi sur l’instant extrêmement violemment, jugeant qu’il était irresponsable d’envisager une vente de livres dans le contexte sanitaire actuel. Mon sang n’a fait qu’un tour car des loyautés contradictoires étaient en jeu et elles allaient être, quoi qu’il en soit, mises à mal par la décision :
• loyauté vis-à-vis de mon équipe, d’abord, déjà débordée de travail et qui n’avait pas le temps de gérer une telle vente ; • envers les étudiants, ensuite, qui allaient prendre des risques en allant « tripoter » des livres ; • vis-à-vis de mon employeur, car après tout cette tâche fait partie de mon travail ; • et vis-à-vis de la croyance qu’il est nécessaire de tous participer à l’effort national pour nous sortir de cette crise sanitaire. C’est la violence de ma réaction qui m’a fait prendre conscience de ce qui était en jeu. Dans l’essence, en effet, je reste présente et loyale au groupe, mais sans peur du rejet, avec courage et confiance. Dans l’ego, les loyautés sont vécues comme aliénantes, j’ai peur et je ne prends pas en compte la situation réelle. C’est ainsi que j’ai estimé que la vente de livres mettrait les étudiants en danger. Après tout, peut-être pouvait-elle être organisée en respectant toutes les consignes sanitaires, ce qui serait de plus pour eux l’occasion de se réjouir ! Prendre conscience de ce mécanisme m’a permis de me raisonner, et d’envisager un compromis : je ne veux pas prendre en charge cette vente, mais si d’autres veulent le faire, je ne m’y opposerai pas. Évitement : la transgression Le Six a besoin de son centre mental pour comprendre les conséquences de ses choix et décisions. Pour pallier les moments où il en est coupé, il se relie à un groupe qui le protège et donne une structure à son existence. Aussi a-t-il une peur inconsciente d’être rejeté par ce groupe. L’ego du Six se construit en s’efforçant d’éviter ce qui peut briser le lien entre le Six et le groupe auquel il est rattaché. Le
Six cherche donc par-dessus tout à éviter la transgression : il tend inconsciemment à respecter scrupuleusement les règles, codes, principes… qui régissent la vie du groupe, quitte à chercher aussi ce qui est implicite ; bref, il s’abstient de provoquer tout ce qui, selon lui, peut le faire mal voir par les membres du groupe. Cet évitement s’étend également aux personnes ; autrement dit, le Six dans son ego fuit les personnes qu’il juge transgressives. Et il est par ailleurs très attentif à ce que les règles de son groupe soient également bien respectées par les autres membres de celui-ci. Santiago (type Six) : J’ai souvent l’occasion de voyager dans des pays d’Amérique latine et j’apprécie d’autant plus ces voyages que l’espagnol est ma langue natale. Cela simplifie les échanges, même s’il y a des différences dans la façon de s’exprimer entre les pays. À titre d’exemple, en Espagne nous utilisons une forme de tutoiement au pluriel qui nous est propre et qui dénote en Amérique latine. Plus gênant, certains mots qui sont très courants en espagnol, comme le verbe « prendre », ont une connotation sexuelle au Mexique et en Argentine, faisant planer une gêne quand nous les utilisons en toute innocence. Je m’efforce donc de ne plus les utiliser, même en Espagne ! Lors de notre dernier voyage au Mexique, ma femme m’a fait prendre conscience que je mettais du temps à formuler mes pensées. Nous étions avec des relations professionnelles qui connaissaient nos origines espagnoles et qui ne se seraient probablement pas formalisées si j’avais utilisé le verbe « prendre » ou si je les avais tutoyées. Mais, voulant à tout prix éviter de créer des obstacles dans notre relation, je cherchais des synonymes pour éviter d’utiliser les mots interdits. Je crois que, inconsciemment, je craignais aussi que les mauvais souvenirs laissés par la colonisation espagnole au Mexique influencent nos contacts et qu’ils portent d’emblée un regard négatif sur moi. Cette crainte a probablement renforcé mon besoin de m’adapter…
Mécanisme de défense : la projection Lorsque le Six craint d’être rejeté par son groupe et qu’il veut maintenir son image de personne loyale, il se défend en attribuant inconsciemment aux autres ses propres peurs, pensées, émotions, doutes, etc., qu’ils soient positifs ou négatifs. Ce mécanisme de défense est appelé « la projection ». Le plus souvent, la projection se fait car le Six n’ose pas conscientiser son ressenti, par peur de déplaire ou par crainte que le groupe ne le lâche. Il attribue alors en toute bonne foi à l’autre des pensées qu’il n’a pas et, ce qui est pire, des intentions qui peuvent n’exister que dans son imagination conduite par la peur. Il peut aussi projeter sur l’autre ses propres goûts ou émotions, en étant persuadé que ce dernier les partage, dans le but inconscient de créer un lien imaginaire et se rassurer. La projection n’est bien sûr pas propre au Six et nombreux sont ceux qui, inconsciemment, prêtent par moments leurs propres émotions à leurs relations. Mais chez le Six, ce mécanisme est plus fréquent, car systématique dès qu’un risque de transgression existe. La projection est sans doute le mécanisme de défense le plus inconscient de l’ennéagramme, et donc l’un des plus difficile à repérer. Aimée (type Six) : J’ai longtemps travaillé avec Catherine, de type Huit et j’appréciais sa fougue, sa forte personnalité et son dynamisme. Elle est devenue une amie et, pendant une période, nous avons souvent partagé nos loisirs, entre vacances et sorties culturelles. Puis j’ai pris ma retraite et j’ai passé davantage de temps avec mes petits-enfants. J’ai moins vu Catherine et cela m’a peinée. J’ai longtemps été persuadée qu’elle me délaissait car je ne l’intéressais plus, parce que j’étais devenue une retraitée s’occupant de ses petits-enfants, que je n’avais plus grand-chose d’intéressant à dire à la femme d’affaires qu’elle était toujours et, qu’en plus, je lui renvoyais une image de ce
qu’elle ne voulait surtout pas devenir. J’ai été persuadée de cela… jusqu’à ce que je découvre l’ennéagramme. J’ai alors compris que les idées que j’attribuais à Catherine étaient en fait une magnifique projection de mes peurs et de mes craintes par rapport à la retraite et que j’étais allée jusqu’à lui attribuer une « projection fantasmée » qu’elle n’avait jamais eue. En prendre conscience a permis d’apaiser bien des tensions dans notre relation. La distorsion émotionnelle et son antidote : la restructuration émotionnelle Distorsion émotionnelle : la peur Pour rester loyal à ses « groupes », le Six cherche à tout prix à en respecter les règles telles qu’il les comprend, quitte à aller trop loin dans leur identification. Lorsque son ego craint de ne pouvoir les suivre, il est alors incapable de résister à une distorsion émotionnelle (ou passion) qui le domine : la peur. Pour autant, le Six ne reconnaît pas forcément sa peur. Il peut se sentir inquiet, stressé, tendu ou oppressé, en colère ou déprimé, se réveiller la nuit ou éprouver une pression dans la poitrine, sans pour autant y voir de la peur. Celle-ci se traduit par un souci constant de l’insécurité et des éventuels problèmes à venir ou par des anxiétés à propos des autres. Inconsciemment, il imagine une menace mineure et l’amplifie au point d’en faire un danger terrible (et si…?). Ses craintes sont donc basées sur une possibilité qui ne peut être totalement réfutée, ce qui les rend difficile à apaiser. Cette peur peut le pousser à rechercher la sécurité de façon quelquefois rigide (Six phobique) ou au contraire à être en quête d’aventures hors des sentiers battus (Six contre-phobique).
À noter : le Six partage avec le Un la particularité d’avoir comme passion l’émotion, caractéristique de son centre préféré (la peur pour le Six, la colère pour le Un). Clémence (type Six, généralement phobique) : Je crois qu’au fond de moi, un sentiment d’anxiété est tapi et peut se réveiller à tout moment. D’ailleurs, ma famille me surnomme « la mère La Panique », parce que j’ai constamment envie de dire « fais attention ! » J’essaye de me contrôler car je suis bien consciente que je peux plonger mes enfants dans l’angoisse, ou à l’inverse dans l’intrépidité, parce qu’ils ont envie de me prouver que ma crainte est absurde. L’une de mes filles vit par exemple à la campagne et devant chez elle, le terrain descend de façon abrupte. Elle a eu des jumelles et dès qu’elles ont commencé à marcher, je me suis inquiété du fait qu’elles risquaient de tomber dans ce trou. Je voulais qu’elle mette un grillage. Mais je crois que ma fille s’est construite « contre » mon attitude et essaye au contraire d’autonomiser ses enfants en les responsabilisant. En fait, quand je suis avec elle, je dois faire un gros effort pour ne pas prendre les choses en main et « sécuriser le territoire » ; j’y renonce car ce serait l’infantiliser. Et puis je suis déjà suffisamment cataloguée par mes petites-filles qui, dès qu’on sort, partent en riant et en criant : « Mets-ta-cagoule »… Restructuration émotionnelle : le courage Lorsque le Six se connecte à son essence, il éprouve une force qui lui permet de vivre la restructuration émotionnelle (ou vertu) de son type : le courage. Il est alors dans la réalité du moment présent et ne se laisse plus envahir par les difficultés imaginaires qui l’angoissent. Il assume la responsabilité de ses propres pensées et croyances, comme de ses décisions et actions. Sa peur disparaît et il se sent solide et soutenu, en accord avec son moi intérieur, ce qui le remplit d’un courage infini. Il ne s’agit pas ici de la témérité qu’il manifeste quelquefois pour combattre sa peur, mais d’une émotion forte qui est profondément ancrée et
ne laisse pas de place à l’anxiété. Il a le courage d’être et est guidé par sa boussole intérieure. L’obsession cognitive et son contrepoids : le mécanisme de progression Obsession cognitive : le doute Lorsque l’ego du Six se sent en danger, il est en proie à une obsession cognitive (ou fixation) : le doute. Il projette ses schémas mentaux dans la réalité présente et il se sent déstabilisé si les deux ne sont pas cohérents, a fortiori dans les moments où il est coupé de son intelligence mentale. Son GPS intérieur ne fonctionne plus et il est envahi par l’incertitude. Il doute à la fois de lui-même, de ce qu’il pense et des choix qu’il envisage de faire, mais aussi des autres, en étant sceptique sur leurs propos et en se méfiant de ce qu’ils pensent de lui. Il craint de se fier à ses propres jugements et se sent vulnérable et facilement blessé. C’est souvent auprès d’une personne « de référence » qu’il cherche alors la clé qui lui manque. Antoine (type Six) : J’ai décidé cet été d’acheter un barbecue, pour que l’on puisse dîner sur notre terrasse. J’ai commencé par disséquer l’offre et analyser les avantages et inconvénients des différents produits, puis je me suis rendu dans plusieurs magasins pour avoir l’avis des vendeurs sur celui que j’avais repéré, car je voulais être rassuré sur mon choix. L’un des magasins liquidait justement son stock et offrait en promotion, en complément de l’appareil, une housse de protection et des ustensiles de cuisine. Avant de prendre le dernier carton disponible, j’ai voulu vérifier que les « cadeaux promotionnels » étaient bien insérés dans celui-ci. Le vendeur me l’a confirmé en validant l’information sur son poste informatique, mais cette
affirmation ne m’a pas suffi. Je sais bien que les erreurs de conditionnement, ça existe ! J’ai insisté pour pouvoir vérifier par moi-même le contenu du carton, qui était scellé. Le vendeur m’a regardé avec des yeux ronds mais, comme j’ai tenu bon, il est allé chercher un cutter pour l’ouvrir ; j’ai pu déballer tout son contenu… qui était bien complet. Je suis parti rassuré. Mécanisme de progression : la confiance Connecté à son essence, le Six surmonte son obsession grâce à un mécanisme de progression (ou idée supérieure) : la confiance. Il quitte alors ses mécanismes égotiques, cesse de douter des autres et de lui-même et se sent empli d’assurance. Il ne recherche plus les appuis extérieurs mais croit en ses propres ressources, qu’il utilise. Il est capable de générer des plans d’urgence en cas de problème, comme de remettre en question et contester un statu quo. Il ne se laisse plus envahir par le doute et la suspicion et accorde aux autres une confiance réaliste. Cette confiance lui permet de ne pas perdre pied quand son GPS intérieur n’est pas disponible et il est à même de chercher son chemin avec assurance.
Figure 9-1 Récapitulatif des mécanismes de l’ennéatype Six. Intégration et désintégration de la personnalité Lorsque le Six est connecté à son essence, il apprend à se faire confiance et à ne plus douter des autres. Il est sûr de lui, solide, apaisé et courageux. Il abandonne son obsession de la sécurité et sait agir de manière décidée et efficace. Il travaille de façon responsable, dans le calme et la sérénité, tout en prenant la vie moins au sérieux. Le Six dans sa routine est loyal, respectueux des règles et fidèle à ses principes. Tant que son milieu le protège, on peut compter sur lui, mais s’il doit faire face à un imprévu ou qu’il craint qu’un comportement transgressif menace la sécurité du groupe, il devient sourcilleux et intolérant. Facilement anxieux et pessimiste, il réfléchit au lieu d’agir et a tendance à la procrastination.
Le Six dominé par les mécanismes de son ego devient de plus en plus inquiet et peut arriver à agir de manière désordonnée et irrationnelle. Il perçoit les autres comme un danger et vit entouré de menaces imaginaires. Il cache son manque d’assurance derrière l’agressivité ou l’abattement, et peut déployer une activité frénétique comme sombrer dans l’indécision et l’immobilisme. Outre ce mouvement d’intégration et de désintégration « interne » (au cours duquel il se connecte à son essence ou est dominé par son ego), le Six peut vivre par moments un mécanisme d’intégration et de désintégration « externe » ; il ajoute alors à ses caractéristiques les capacités ou les travers de l’essence ou de l’ego d’un autre type, auquel il est relié dans le schéma de l’ennéagramme. Ce mécanisme est décrit dans le cha pitre 17 (page 293). Quelques pistes pour évoluer Pour réduire l’emprise de son ego et se connecter à son essence, le Six doit arriver à reconnaître, dans sa vie quotidienne, les moments où son attention se dirige naturellement vers les risques potentiels d’une situation. Il lui faut distinguer les vrais dangers de ceux qui sont seulement plausibles ou imaginaires et s’exercer à aller vers la peur et le doute. Il apprendra alors à les traverser, sans les fuir ni les défier, et pourra ainsi se faire confiance. Plusieurs pratiques peuvent lui permettre d’évoluer. Plonger dans l’inconnu Parce que ce qui est connu est toujours rassurant, le Six s’installe facilement dans une routine qui le sécurise, mais lui fait craindre dans le même temps l’imprévu et le changement. La
peur le pousse à rester dans sa zone de confort et le prive par là même de découvertes enrichissantes. En sautant sciemment dans l’inconnu, vous choisissez de privilégier ce qui est difficile et inconfortable et de dépasser vos peurs, pour vivre une expérience nouvelle. C’est le pari du courage, car vous acceptez de quitter la sécurité pour vous aventurer en terres inconnues. Cette impulsion vous permettra d’apprivoiser une nouvelle manière de penser, de réfléchir, mais surtout d’agir. Rester serein dans l’incertitude L’esprit de doute est tellement habituel chez le Six que la moindre incertitude lui fait envisager, automatiquement, les plus mauvaises hypothèses. Cette activité mentale génère une anxiété sous-jacente qui le rend moins efficace pour faire face aux défis qui se présentent. Apprenez à faire davantage confiance à la vie, aux autres et à vous-même. Repérez les moments où vous réfléchissez aux problèmes éventuels par simple réflexe et recentrez votre attention sur des expériences positives authentiques. Prenez conscience que si un problème se présente, vous saurez de nouveau y faire face et trouver en vous les ressources nécessaires pour l’affronter et le dépasser. Développer la présence au corps Chroniquement inquiet, le Six n’a généralement pas conscience d’être gouverné par la peur et le scepticisme. Constamment, il envisage les moyens de faire face aux éventuelles difficultés ou
oppositions. Mais en restant centré dans sa tête, il laisse la peur l’envahir et remplace quelquefois l’action par la réflexion. Pour ne pas laisser vos pensées vous diriger, centrez votre attention sur votre corps. Soyez attentif à vos sensations physiques, en étant ancré dans le « ici et maintenant », sans réagir à d’éventuels sentiments d’anxiété. Votre activité mentale sera ainsi contrebalancée et vous aurez d’autres repères auxquels vous identifier. En pratiquant régulièrement une activité physique, vous aiderez par ailleurs votre corps à se mettre instinctivement en mouvement et à être dans l’action juste, avec un mental apaisé.
DANS CE CHAPITRE Les filtres d’attention de l’ennéatype Sept • La vie quotidienne du Sept : motivations, relations affectives, attitude professionnelle et introspection • Les mécanismes du Sept quand il est dans son ego et dans son essence • Quelques pistes pour abandonner ses automatismes Chapitre 10 L’ennéatype Sept : le maître des idées ous avons décerné à l’ennéatype Sept le diplôme de Maître N des idées, car il manipule les idées avec talent, notamment pour inventer des expériences réjouissantes, qu’il vit par anticipation. Curieux et touche-à-tout par nature, il aime profiter de ce que la vie lui apporte et il s’emballe facilement pour ce qu’il découvre. Il a d’ailleurs un don particulier pour vivre sa vie de façon joyeuse et optimiste, et pour partager sa gaieté et son enthousiasme avec ceux qui l’entourent. Idéaliste et enjoué, il a
l’art de rassembler autour de lui car il aime rire et faire rire, en faisant preuve parfois d’un humour mordant et dévastateur. Pour rendre sa vie passionnante et excitante, le Sept s’intéresse à tout ce qui peut lui procurer du plaisir. Le monde est pour lui une porte ouverte vers l’aventure et il compte bien explorer toutes les pistes qui l’attirent, sans se laisser contraindre par les règles ni par les difficultés. Il est à l’affût des expériences, qu’il aime par-dessus tout nouvelles et stimulantes. Lorsqu’il ne peut les réaliser sur le moment, il les conçoit grâce aux ressources inépuisables de son imagination et il les savoure comme si elles étaient réelles. Mais goûter à une nouvelle source de plaisir lui donne envie d’en user et d’en abuser jusqu’à l’excès. Cette recherche compulsive de plaisirs cache en fait une peur d’affronter la souffrance, celle des autres bien sûr, mais avant tout la sienne. Le Sept masque son anxiété par une activité continue qui l’étourdit et qui le pousse à inventer des futurs possibles. Il se rassure en imaginant des scénarios différents pour chaque situation, véritables solutions de repli lui offrant la possibilité d’abandonner sans regrets un contexte difficile. Ce qui caractérise l’ennéatype Sept : • Apport au monde : l’enthousiasme. • Image de soi : je suis heureux, je suis optimiste. • Évitement : la souffrance. • Désir profond : être heureux. • Peur profonde : être privé.
Une intelligence mentale, pour multiplier les satisfactions Comme le Cinq et le Six, le Sept est en permanence dans l’anticipation. Ses intuitions viennent du mental et lui permettent, grâce aux informations qu’il a accumulées, analysées et structurées, de faire des choix et de prendre des décisions pour vivre sa vie comme il l’entend. Il utilise en priorité son centre mental et en exploite l’énergie pour imaginer, inventer et planifier des projets, de façon à se créer une réalité aussi enthousiasmante que possible. Selon ses inclinations, il peut multiplier les occasions de réjouissance entre amis, dévorer les livres, se noyer dans la musique, s’adonner aux plaisirs de la table – sans oublier ceux de la chair –, s’enivrer de tout… Bref, le Sept est souvent un épicurien, un hédoniste, ou à tout le moins un gobichonneur (d’après le CNRTL : « personne gourmande, qui aime festoyer ; personne qui mène joyeuse vie »). Cela étant, si la version « épicurienne » du Sept est la plus courante, il existe aussi dans sa version « stoïcienne » : la motivation est toujours la même – éviter la souffrance – mais il y parvient en réduisant ses envies, afin de ne pas être confronté à la frustration. Jouer à éviter la souffrance À l’instar des autres types du centre mental, le Sept a une problématique avec l’insécurité. Il s’agit pour lui essentiellement d’une peur que les autres viennent contrarier l’exécution des plans qu’il imagine intérieurement et génèrent ainsi une privation qu’il reçoit comme une souffrance. Le Sept est bien conscient de son anxiété, mais ne la laisse pas transparaître aux autres. Au fond de lui, il craint en effet qu’en l’affichant il fasse fuir ses proches. Et puis la vie est trop courte pour se lamenter !
Il veut croire que la souffrance n’existe pas vraiment – ou du moins qu’elle n’est jamais nécessaire – et il pense toujours pouvoir réussir à l’éviter. Il donne ainsi l’impression de jongler pour échapper à toute privation et ne retenir que les meilleurs aspects de la vie. Pauline (type Sept) : C’est un fait certain que je cherche à éviter la souffrance et que je fais tout pour ne pas la voir. Et lorsque je dois la côtoyer, j’essaye que notre rencontre soit le plus gaie possible. Avec un groupe d’amis, j’ai accompagné il y a peu une proche qui était en fin de vie. Nous avons fait en sorte de nous relayer pour lui permettre de bénéficier de l’hospitalisation à domicile. Et pendant plusieurs mois, nous l’avons assistée en organisant nos emplois du temps respectifs, pour qu’elle ne soit presque jamais seule. Je crois que lors de chaque soirée que j’ai passée avec elle, il y avait de la joie, car tout était prétexte au rire. Même lorsque l’on abordait le sujet de la mort, ça se terminait en rigolant. Alors qu’elle arrivait encore à marcher un peu, je l’ai emmenée faire un tour en province et l’allure de notre tandem m’avait rendue hilare : elle était tellement maigre que j’avais l’impression d’être accompagnée d’un squelette habillé. Mes remarques lui avaient fait piquer un fou rire. Quand elle est décédée, nous nous sommes tous retrouvés dans son appartement pour finir les fonds de bouteille qu’on n’avait pas eu le temps de vider avant ! Jamais je n’ai eu l’impression de « souffrir » dans cette période. Au contraire. Car nous nous retrouvions régulièrement à plusieurs et tout était prétexte à rire, boire et manger ! La souffrance n’est venue qu’après, quand j’ai dû faire face à son absence. La vie quotidienne du Sept Motivation et organisation
Souvent plein d’énergie, le Sept veut avant tout jouir de la vie. Il sait que les façons de vivre intensément sont infinies et il compte bien les découvrir. Aussi refuse-t-il le plus souvent d’être freiné dans ses explorations, de quelque manière que ce soit. D’ailleurs, d’une façon générale, il déteste les règles, les obligations, la routine et tout ce qui lui donne l’impression d’être contraint, car l’enfermement – physique comme psychologique – lui fait littéralement horreur. Le cruel dilemme du choix Déterminé à vivre autant d’expériences que possible, le Sept a souvent des difficultés à prendre des décisions. Inconsciemment, il fait sienne la citation d’André Gide : « Choisir, [c’est] renoncer pour toujours, pour jamais, à tout le reste et la quantité nombreuse de ce reste [demeure] préférable à n’importe quelle unité. » (Les Nourritures terrestres). Écarter une possibilité lui est donc douloureux car, ce faisant, il élimine les milliers de conséquences en chaîne possibles, dont certaines sont à coup sûr extraordinaires. Choisir lui rappelle qu’il ne peut pas tout avoir et l’oblige à gérer une frustration qu’il a généralement du mal à supporter. Et puis choisir, c’est aussi s’engager, et prendre la responsabilité de faire un mauvais choix et de se retrouver dans une situation qu’il n’apprécie guère. Aussi le Sept s’arrange-t-il toujours pour multiplier les échappatoires, en imaginant des sorties de secours à emprunter en cas de difficulté. Des échappatoires en abondance Le Sept construit sa vie en inventant des futurs possibles et entretient de multiples plans de secours pour tout ce qu’il entreprend. Il peut choisir, par exemple, d’accepter une opportunité qui se présente alors même qu’il est déjà engagé ailleurs ; cela lui permet à la fois de ne pas renoncer à une
occasion de se divertir et de disposer d’un plan alternatif pour s’échapper plus vite, si l’une des options s’avère pénible. C’est une habitude qu’il applique inconsciemment pour les engagements qu’il prend, et qui lui donne l’impression d’être libre. C’est aussi pour ces raisons qu’il multiplie les activités. Le Sept s’intéresse à tout, pourvu qu’il en tire du plaisir ! Il préfère s’enthousiasmer parallèlement – mais souvent superficiellement – pour des sujets divers et variés, plutôt que de se spécialiser sur l’un d’entre eux. C’est un moyen pour lui de fuir l’ennui, et c’est aussi une façon de se cacher – et de cacher aux autres – certaines incompétences tangibles. Manquant quelquefois de confiance en lui-même, il fuit son sentiment d’incapacité en se réfugiant derrière son image de brillant touche-à-tout. Mais la diversité de ses centres d’intérêt comme la rapidité avec laquelle il passe de l’un à l’autre laissent parfois une impression d’amateurisme. La conception comme passe-temps Privilégiant le centre mental, le Sept sait manier les idées, les rapprocher et les synthétiser de façon créative. Il a une vraie capacité à porter son attention sur plusieurs points en même temps et à faire des associations fulgurantes entre des sujets sans rapport entre eux. On dit d’ailleurs de lui qu’il a un « esprit de singe » pour désigner sa pensée, qui saute extrêmement rapidement d’une idée à l’autre. Mais son mental toujours en action le pousse à concevoir sans cesse des plans, quitte à promettre quelquefois la lune. Comme il ne veut rien manquer, il lui arrive d’accepter des projets sans être certain de pouvoir s’y engager et sans s’inquiéter outre mesure des conséquences d’une éventuelle annulation. D’une façon générale, le Sept s’investit tant qu’un sujet l’amuse. Et il y a tant de choses passionnantes qui l’attendent !
Relations affectives Le Sept est le plus souvent quelqu’un de très sociable, plein d’humour, capable de rire et de jouer comme un gamin. Ne rien prendre au sérieux est sa manière de vaincre la peur que ses anxiétés intérieures lui inspirent. La panoplie du blagueur insouciant Fondamentalement optimiste, le Sept a un don pour propager sa joie de vivre autour de lui ; il est généralement perçu comme quelqu’un de festif et insouciant, aimant rire et plaisanter. À la fois charmeur, enthousiaste et blagueur, il met de l’ambiance dans les réunions amicales comme professionnelles, et n’hésite pas à lancer des discussions sur les multiples sujets qui le passionnent, avec une vision à la fois stimulante et réjouissante. Sa tendance à ne voir systématiquement que le verre « à moitié plein » le pousse cependant parfois à relativiser les vrais problèmes et à les esquiver, car il fuit le mal-être. Si l’un de ses proches traverse un moment difficile, il s’efforcera de le divertir pour l’aider à oublier ses soucis, plutôt que de l’écouter et tenter de l’apaiser. Les moments dramatiques peuvent d’ailleurs provoquer chez lui une envie presque incontrôlable de souligner l’absurdité de la situation, ou de rire pour minimiser son intensité. En couple : un parfait compagnon de jeux D’une façon générale, le Sept évite, autant que faire se peut, de s’engager sur le long terme et cet évitement s’applique a fortiori lorsqu’il s’agit de nouer une relation de couple. Par peur de l’ennui notamment, il a du mal à restreindre sa relation amoureuse à une personne, quand tant d’autres aventures l’attendent peut-être…
Lorsqu’il s’implique, en revanche, il s’engage dans une relation où la joie de vivre doit être présente. Il aime poursuivre à deux les activités qu’il faisait seul jusque-là, imaginer des projets avec son partenaire, en réaliser quelques-uns, le faire rire souvent et partager les moments de joie. S’il s’avère habile à remonter le moral de son conjoint lorsque celui-ci en a besoin, il peut avoir tendance à ne pas remarquer ses besoins et ses attentes, et à esquiver les soucis du quotidien, en se disant qu’ils finiront bien par s’arranger. Attitude professionnelle La bonne humeur et l’enthousiasme naturels du Sept font de lui une personne ouverte aimant rassembler ses collaborateurs, aussi bien pour partager des idées que pour fêter un événement. Le Sept aime donner libre cours à son imagination et, à ce titre, il apprécie particulièrement d’avoir à réfléchir aux futurs possibles d’un projet, d’une équipe ou d’une organisation. Le brainstorming l’amuse et son enthousiasme le pousse à innover et à multiplier les propositions. La compétition le motive et il peut travailler intensément en menant plusieurs projets de front. Mais si le Sept aime initier un projet pour lui donner vie rapidement, il se déconcentre et se démotive facilement lorsqu’arrive la phase de mise en œuvre – et les problèmes qui vont souvent avec ! Comme il a une haute idée de lui-même et qu’il est convaincu de la supériorité de ses idées, ses relations avec la hiérarchie sont quelquefois difficiles. Il se place sur un pied d’égalité avec elle et il utilise son charme pour la séduire intellectuellement. D’une façon générale, il aime être indépendant et autonome, et ne supporte pas qu’on porte atteinte à ses libertés, ou qu’on lui dicte ce qu’il doit faire. Le travail est pour lui un jeu et ses tâches doivent l’amuser. S’il se sent enfermé dans des processus rigides et routiniers, sa productivité risque fort d’en pâtir.
Le Sept aimant travailler dans une atmosphère gaie et optimiste, ses relations avec ses collaborateurs sont en général très cordiales, du moins quand ces derniers s’impliquent et adhèrent à ses idées. Il tient à ce que ses pairs aient une bonne image de lui et supporte mal la critique. En revanche, manager ne l’intéresse guère, car il juge les responsabilités trop contraignantes. Un peu d’introspection Inconsciemment, le Sept se focalise sur les côtés positifs d’une situation, parce qu’il préfère la joie à la peine, mais aussi parce que son mental le pousse à croire que, quelle que soit la difficulté, il doit exister une solution pour la résoudre, et qu’il est donc inutile de se préparer au pire. Il préfère s’évader en imaginant les futurs possibles et il savoure ces anticipations. Mais se réjouir à l’avance de ses prochains moments de fête ne l’empêche pas de côtoyer l’anxiété. S’il tient à éviter autant que possible les contrariétés et la tristesse, c’est bien parce que l’idée d’y faire face le terrifie. Aussi repousse-t-il toujours à plus tard le moment de faire le point sur lui-même, de laisser émerger les émotions désagréables qu’il tente d’ignorer et de s’attacher à résoudre les difficultés qui empoisonnent sa vie. Le Sept au prisme de l’ennéagramme L’apport au monde et sa contrefaçon : l’image de soi Apport au monde : l’enthousiasme
La compétence principale du Sept, ce qu’il apporte au monde, c’est sa capacité à vivre en ressentant naturellement de la joie, en voyant les choses de façon optimiste et en diffusant son enthousiasme autour de lui. Le Sept possède un don véritable pour vivre pleinement la joie et la partager avec son entourage. Image de soi : je suis heureux, je suis optimiste Quand il est victime des automatismes de son ego, le Sept surjoue son rôle et perd son authenticité, en dénaturant sa compétence. Sa crainte de la souffrance le pousse dans un mécanisme de fuite face à tout ce qui est susceptible de ternir son enjouement, qui est alors un simili de joie. Nicolas (type Sept) : J’ai toujours été considéré comme un boute-en-train, car je suis le premier à faire des blagues pour détendre l’atmosphère – y compris dans le domaine professionnel – ou pour faire baisser la tension dans un groupe. J’aime rire et faire rire, profiter de la vie et j’ai un sixième sens pour identifier ce qui pourra m’apporter un plaisir immédiat. Pendant longtemps, j’ai calé ma joie de vivre sur la météo du jour : je prenais ce qui marchait, quant au reste, tant pis, je n’allais pas creuser plus loin. Je me réjouissais en fait d’une accumulation de petits plaisirs, réussites, blagues… qui ne formaient pas vraiment quelque chose de consistant, et je ne voulais pas entendre l’insatisfaction que cela générait. Je me complaisais dans la légèreté, estimant que rien n’était vraiment très grave ! L’ennéagramme m’a permis de comprendre les pièges dans lesquels me plongeait mon ego et j’essaye, depuis, de former mon esprit à aller vers une plus grande constance dans ma vie. J’ai pris conscience que la souffrance existait réellement, que ce n’était pas un mythe et qu’il fallait accepter que les situations puissent être douloureuses, pénibles ou longues à aboutir. Je m’efforce de ne plus me laisser modeler par les circonstances du moment et d’être capable d’encaisser et d’assimiler aussi bien les opportunités que les difficultés, sans
chercher à m’extraire de ce qui est douloureux. J’ai l’impression alors de me connecter à une forme d’espérance, d’être à même de la communiquer aux autres et de ressentir la vraie joie. Évitement : la souffrance Le Sept utilise son centre mental pour comprendre les situations et prendre des décisions. Il imagine et construit sans cesse des plans et des projets qui devraient lui permettre d’atteindre ce qu’il recherche : la joie et l’insouciance. Son ego se construit donc en s’efforçant d’éviter à tout prix ce qui peut l’empêcher d’être heureux. Le Sept met tout en œuvre pour rester joyeux et tente par-dessus tout d’échapper à la souffrance que peuvent lui procurer ses propres pensées et sentiments. Il s’oppose parfois violemment à ce qui fait obstacle à son bonheur, en se concentrant sur des événements extérieurs qu’il imagine agréables. Pour éviter que la douleur n’entre dans son champ de conscience, il la sublime alors en la transformant inconsciemment en quelque chose d’intéressant ou de bon, de façon à se focaliser uniquement sur le bon côté des situations. Jeanne (type Sept) : Alors que je vivais en appartement avec mes quatre enfants, dont un bébé en situation de handicap, j’ai pris la décision de faire construire un pavillon. J’avais calculé en effet que les charges y seraient beaucoup moins lourdes et je voulais profiter d’une opportunité immobilière intéressante, idéalement placée à côté de bons lycées pour mes aînés. Je me suis lancée dans ce projet avec toute mon énergie, négociant les crédits, sélectionnant un architecte, inventant avec lui des solutions innovantes pour l’aménagement de la future maison, de façon à ce que chaque enfant ait son espace. Je les imaginais découvrant leur nouveau domaine, j’entendais la maison retentir de leurs rires et je savourais ces rêves comme s’ils étaient réels. Jusqu’à mon rendez-vous au centre spécialisé, où la rééducatrice m’a demandé : « Mais est-ce bien raisonnable de faire construire une maison avec plusieurs étages, alors que vous ne savez pas
encore si votre bébé pourra marcher un jour ? » J’ai pris alors conscience que je m’étais toujours interdit de réfléchir sérieusement aux conséquences d’une telle hypothèse. J’ai balayé ses arguments d’un revers de main en lui répondant que si cela s’avérait nécessaire, je pourrai toujours revendre et faire rebâtir. Et pendant quatre ans, j’ai porté mon fils qui ne marchait pas à travers les étages. Puis, les déplacements avec lui devenant difficiles et mes aînés ayant quitté le lycée, j’ai déménagé en faisant construire une nouvelle maison, conçue cette fois-ci spécifiquement pour son handicap. Mécanisme de défense : la rationalisation Le Sept fait son possible pour ne pas être pris en défaut et porter la responsabilité d’un comportement ou d’une émotion qui est jugé discutable. Il utilise alors son mental pour justifier a posteriori ses actions et sentiments, en prouvant qu’ils étaient bien adaptés à la situation et en imputant le cas échéant la faute à d’autres. Ce mécanisme de défense est appelé « la rationalisation ». En rationalisant ainsi, le Sept procède à un recadrage positif d’une situation, qui le disculpe et le dispense d’assumer la responsabilité personnelle de ce qui s’est passé ou, à tout le moins, qui lui évite de quitter le monde qu’il voit à travers le filtre de ses lunettes roses. Le Sept est facilement conscient du fait de rationaliser et ce mécanisme peut devenir chez lui une façon de penser, qui lui permet de conserver une image idéalisée de lui-même. Yves-Marie (type Sept) : Après avoir travaillé comme salarié dans différentes sociétés, j’ai pris la décision, à plus de 40 ans, de me mettre à mon compte et de livrer à vélo des plats et des colis. Cette décision n’a pas toujours été comprise par mon entourage. Mais depuis bientôt trois ans que j’exerce ce métier –
je dis en riant que je suis pilote pour des clients –, je persiste à lui trouver une multitude d’atouts. Le premier est que, pour être capable de pédaler cinq à six heures par jour sans souffrir de courbatures, il a fallu que je prenne soin de moi ! Je me suis donc beaucoup entraîné en salle de sport et j’ai notablement diminué ma consommation de cigarettes. Résultat : j’ai aujourd’hui un corps d’athlète et je me sens physiquement infiniment mieux qu’avant. Puis, j’apprécie les horaires. Le gros du travail étant entre les deux repas, je peux faire la grasse matinée et les soirées m’appartiennent. Que demander de plus ! Bien sûr, être indépendant m’oblige à avoir une certaine rigueur vis-à-vis de moi-même. Lorsqu’il pleut beaucoup, il m’est quelquefois difficile d’enfourcher mon destrier. Mais je me motive et je me dis, en pédalant sous la pluie : « Ça va être cool demain, quand je vais faire ce boulot au soleil, je vais trouver ça extraordinaire. » Et c’est ce qui se passe ! Au final, je fais ce métier avec un réel plaisir : je suis à l’air libre, je profite du soleil, je suis curieux du monde autour de moi, j’ai constamment la musique dans les oreilles grâce à l’enceinte que j’accroche sur mon vélo, bref, je m’amuse. D’ailleurs, alors que je livrais un colis l’autre jour, on m’a dit : « T’as l’air du mec le plus heureux du monde »… Yep ! C’est exactement ça. La distorsion émotionnelle et son antidote : la restructuration émotionnelle Distorsion émotionnelle : l’intempérance Le Sept dans son ego est dans une recherche continuelle de satisfactions. Le sentiment de ne pas être totalement satisfait du moment présent provoque chez lui un besoin insatiable de tester d’autres expériences agréables et il peut déployer une énergie
illimitée pour y répondre. Il est prêt à foncer tête baissée dans ce qui peut lui apporter un maximum de bien-être instantané. Cette attirance est pour lui un moyen de masquer son anxiété et de combler un sentiment de frustration ou d’insuffisance (le trop-plein imaginé comblant l’insuffisance ressentie). Il est, à ce moment-là, incapable de résister à une distorsion émotionnelle (ou passion) qui le domine : l’intempérance (que l’ennéagramme désigne parfois comme la gloutonnerie). Cette fringale peut s’appliquer aussi bien à des stimulations mentales que physiques ou sensorielles ; c’est une envie irraisonnée de faire « plus » (de sorties, de rencontres, d’expériences, de nourriture…). Chantal (type Sept) : Je crois que l’intempérance, je la vis à travers mon fils. J’ai fait un transfert vers lui et je lui trouve sans cesse de nouvelles activités, auxquelles bien sûr je l’accompagne. Je suis actuellement en train de lui vendre l’escalade, en lui demandant s’il n’a pas envie d’essayer ce sport, qui a l’air génial. Le contexte sanitaire a ralenti son agenda cette année mais l’an passé, il avait par exemple : • lundi : musique et solfège, • mardi : basket et orchestre, • mercredi : basket et théâtre, • vendredi : piscine, • • samedi : il commençait la matinée par un cours de violoncelle, puis il allait faire de l’improvisation, il avait un match de basket l’après-midi et il terminait la journée en participant à un orchestre ; il allait jusqu’à trois fois dans la journée à la musique ! quant au dimanche, il fait du scoutisme une fois par mois.
Et moi, non seulement je l’accompagne, mais je participe souvent à ses activités : je suis parent d’élève dans les associations, coach et entraîneuse au basket (c’est un sport que j’ai longtemps pratiqué), responsable du matériel des scouts, etc. Pour la musique, j’ai été jusqu’à l’inscrire dans un cours qui utilisait la méthode Suzuki. Elle permet de démarrer un instrument très jeune (je l’ai inscrit à 3 ans), et elle implique les parents dans l’apprentissage, basé sur l’écoute et la rythmique. J’ai donc appris le violoncelle en même temps que mon fils et j’ai adoré ! Je l’ai accompagné pendant cinq ans comme ça, mais nous avons déménagé et on ne m’a pas laissé entrer à son nouveau cours de musique. J’ai été très déçue. Restructuration émotionnelle : la tempérance Lorsque le Sept comprend que l’on ne peut fuir la souffrance et qu’il l’accepte, il se connecte à son essence et il éprouve une force qui lui permet de vivre la restructuration émotionnelle (ou vertu) de son type : la tempérance (ou sobriété). Il prend conscience que le véritable plaisir ne se trouve pas dans l’accumulation d’expériences, mais dans la modération, et que, pour le connaître, il doit s’engager et s’investir pleinement et sur le long terme. Il canalise son énergie dans une action et est ancré dans le moment présent, qui lui suffit et qu’il accepte de vivre avec ses bons et ses mauvais côtés. Il ne recherche plus les plaisirs pour eux-mêmes, mais les reconnaît lorsqu’ils se présentent. Il est libre alors de profiter du moment tel qu’il est, de savourer pleinement l’instant et d’en être satisfait, pour ce qu’il est. L’obsession cognitive et son contrepoids : le mécanisme de
progression Obsession cognitive : la planification Pour éviter les pensées ou sentiments qui le tourmentent et l’empêchent de ressentir de la joie, le Sept se projette dans le futur en imaginant des opportunités plaisantes, qu’il pourra mettre en œuvre facilement s’il juge que la situation devient difficile. Il est alors en proie à une obsession cognitive (ou fixation) : la planification. Le Sept planifie sa vie en inventant, de façon souvent très créative, de multiples projets excitants qu’il pourra utiliser comme plan de secours dans toutes les situations. La puissance de son imagination le rend presque euphorique et il se délecte à l’avance de ces moments de plaisir qu’il essaye d’accumuler, même si ce besoin de maintenir les différentes alternatives qu’il a envisagées l’empêche parfois de s’engager pleinement dans une voie. Élise (type Sept) : La planification est pour moi une source de plaisir. J’adore remplir mon agenda de moments de réjouissance et je suis capable d’organiser ma journée de façon à déjeuner avec une amie, en retrouver d’autres pour le café, faire un ciné avec des potes, un apéro chez des voisins, avant de terminer la soirée chez des copains. Ça me rassure face à un avenir incertain et ma peur de l’ennui y est sûrement pour quelque chose. Et puis l’avantage est qu’ainsi, si le déjeuner avec ma copine traîne en longueur, je peux l’écourter facilement puisque je dois retrouver d’autres amis pour le café ! L’inconvénient est que j’ai le sentiment de mal profiter du moment présent. Je ne suis pas du tout en pleine conscience avec les gens, car je suis tout le temps en train de penser au truc d’après et de regarder ma montre. Et je n’ai aucune place pour la spontanéité. En fait, c’est l’anticipation de ce que je vais faire qui me donne du plaisir, plus que l’action
elle-même, qui s’avère être quelquefois une énorme déception. Je me réjouis tellement à l’avance que ce n’est jamais si bien qu’espéré et je suis souvent déçue. Et si le plan sur lequel j’ai tant imaginé est annulé sans que je puisse trouver d’alternative – ça m’est arrivé l’autre jour en m’apercevant, au moment de partir à une fête d’anniversaire, que je m’étais bêtement trompée de date –, ça me met dans un état catastrophique : mon sentiment de frustration était tellement insupportable que j’ai passé la soirée roulée en boule dans mon lit ! C’est pourquoi j’ai décidé de me forcer à laisser davantage de place à la spontanéité. Désormais, un week-end par mois est dédié à l’improvisation. Ce que je ferai ne pourra être que mieux, puisque je n’aurai rien prévu ! Mécanisme de progression : la concentration Lorsque le Sept se connecte à son essence, il surmonte son obsession grâce à un mécanisme de progression (ou idée supérieure) : la concentration. Il est alors capable de vivre pleinement le moment présent et il cesse de disperser son attention sur les possibilités futures. Il maintient son énergie sur ce qu’il fait et il poursuit sa tâche jusqu’à ce qu’il ait atteint ses objectifs. Il sait définir des priorités, accepter des contraintes et se restreindre, pour être plus productif. Il peut renoncer aux stimulations extérieures sans se sentir brimé, car il sait ce qui le satisfait profondément.
Figure 10-1 Le récapitulatif des mécanismes de l’ennéatype Sept. Intégration et désintégration de la personnalité Lorsque le Sept est connecté à son essence, c’est un visionnaire et un idéaliste, qui aide les autres à s’ouvrir au champ des possibles. Ses grandes capacités mentales, mises au service d’un réel engagement, lui permettent de découvrir des solutions innovantes et durables. Attentionné, apportant joie de vivre et optimisme, il sait aller au bout des choses et est capable de faire face à la souffrance. Le Sept dans sa routine est curieux et plein d’humour, ouvert aux autres et toujours prêt pour de nouvelles découvertes et aventures. Hyperactif, il fonce sans réfléchir et multiplie les projets, sans pour autant les mener à bien, remettant les décisions au lendemain. La légèreté dont il fait preuve au quotidien devient détachement, voire fuite, quand il faut faire face à l’adversité.
Le Sept dominé par les mécanismes de son ego est prêt à tout dans sa recherche de plaisir et dans sa fuite de la souffrance. Il ignore les autres et rationalise son attitude, manquant à tous ses engagements. La crainte d’avoir ruiné sa santé et sa vie le pousse à des comportements imprévisibles et peut le plonger dans la dépression. Outre ce mouvement d’intégration et de désintégration « interne » (au cours duquel il se connecte à son essence ou est dominé par son ego), le Sept peut vivre par moments un mécanisme d’intégration et de désintégration « externe » ; il ajoute alors à ses caractéristiques les capacités ou les travers de l’essence ou de l’ego d’un autre type, auquel il est relié dans le schéma de l’ennéagramme. Ce mécanisme est décrit dans le cha pitre 17 (page 293). Quelques pistes pour évoluer Pour réduire l’emprise de son ego et se connecter à son essence, le Sept doit arriver à distinguer, dans sa vie quotidienne, les moments où il s’évade de l’instant présent pour imaginer la prochaine expérience qu’il veut expérimenter. Il lui faut reconnaître que le vrai bonheur est disponible en lui et autour de lui et vivre avec reconnaissance l’instant donné. Plusieurs pratiques peuvent lui permettre d’évoluer. Être présent à soi Parce que le Sept ressent du plaisir quand son mental anticipe une action plaisante et que cela l’exalte, il a du mal à goûter réellement le moment présent. À peine a-t-il entamé quelque chose que son esprit est déjà attiré par l’idée des distractions futures. Ce faisant, il ne tire pas une réelle satisfaction de ce qu’il vit, car son présent est envahi par l’avenir et ses projections.
Concentrez-vous sur le moment que vous vivez et soyez attentif à ce que vous faites. Plongez en vous pour revenir à votre corps. Si vous êtes en train de marcher, par exemple, prenez conscience de vos muscles qui se tendent, de l’impact du sol quand vous posez le pied, de l’air que vous respirez, des chants d’oiseaux que vous entendez… Ne laissez pas votre esprit vagabonder, mais ramenez-le doucement à ce que vous faites, ici et maintenant. Soyez dans la plénitude de l’instant, car il est unique. Écouter l’autre Alors qu’il est facilement beau parleur, qu’il s’écoute volontiers discourir et qu’il aime partager avec son auditoire les multiples idées innovantes qu’il a toujours, le Sept est tellement pris par ses pensées qu’il en oublie souvent d’écouter l’autre. Il réprime alors son intelligence émotionnelle, se coupe de la bienveillance et reste centré sur lui-même. Apprenez à écouter l’autre, en vous concentrant sur ce qu’il dit, sans laisser vos pensées dériver. Ne craignez pas les moments de silence ; laissez-le parler, car écouter, c’est commencer par se taire. Ne cherchez pas à commenter ses propos en les comparant avec vos propres expériences. Essayez de le comprendre et d’être dans l’empathie. Faites taire vos remarques ou vos préoccupations, mais réfléchissez aux mots que vous avez entendus. Accueillez l’autre tel qu’il est, dans sa différence, et recevez ses émotions. Vous vous ouvrez alors sur l’extérieur avec bienveillance, en vivant le moment présent. Accepter la souffrance Pour se dégager des situations douloureuses, le Sept met en place inconsciemment des stratagèmes tels que se réfugier dans des pensées séduisantes, maintenir à distance ses émotions, ou sortir des engagements qu’il a pu prendre. En procédant ainsi, il
disperse son énergie pour tenter d’échapper à la souffrance, plutôt que de l’accepter pour mieux la traverser. Acceptez de souffrir ou de vous sentir vide et insatisfait. Ne fuyez pas les émotions désagréables ou inconfortables comme la souffrance, l’insatisfaction ou l’ennui. Concentrez votre attention sur ces sentiments, en acceptant le fait qu’ils soient là. Explorez ces sensations que vous percevez comme négatives, expérimentez-les et laissez-les vous toucher. Puis revenez à l’essentiel, sans vous disperser, en étant attentif à votre ressenti intérieur. Une fois ces moments surmontés, vous vous sentirez plein d’une joie plus réelle et significative.
DANS CE CHAPITRE Les filtres d’attention de l’ennéatype Huit • La vie quotidienne du Huit : motivations, relations affectives, attitude professionnelle et introspection • Les mécanismes du Huit quand il est dans son ego et dans son essence • Quelques pistes pour abandonner ses automatismes Chapitre 11 L’ennéatype Huit : le maître du jeu ous avons décerné à l’ennéatype Huit le diplôme de Maître N du jeu, car il a le besoin permanent de maîtriser sa vie, son monde et le monde extérieur en prenant ses propres décisions, sans rien se laisser dicter. Il aime se confronter aux challenges, tout comme il aime pousser les autres à se dépasser et il a un talent particulier pour mettre sa puissance et son courage au service de son action, en se sentant prêt à relever tous les défis.
Les conflits ne lui font pas peur et il n’hésite pas à affronter quiconque représente un danger pour lui et les siens, ou à partir en croisade pour se battre contre l’injustice, du moins telle qu’il se la représente. Il se considère comme quelqu’un de fort et de juste et il se sent naturellement protecteur de ceux qui lui sont proches. Voulant garder le contrôle de sa vie, il ne supporte pas qu’on puisse avoir une quelconque emprise sur lui, que ce soit d’ordre psychologique, social, sexuel ou financier. Il détecte intuitivement où réside le pouvoir et il sait comment l’obtenir, le conserver et l’utiliser. Il s’interdit toute manifestation de faiblesse et s’efforce d’être fort en toutes circonstances, quitte à refuser inconsciemment de voir ce qui le gêne. Il veut être indépendant et ne rien devoir à personne, afin de rester maître de son destin. Ce qui caractérise l’ennéatype Huit : • Apport au monde : la puissance. • Image de soi : je suis fort, je suis juste. • Évitement : la faiblesse. • Désir profond : être en maîtrise. • Peur profonde : être dépendant. Une intelligence instinctive, pour agir sur le monde Le Huit estime que le monde est dangereux et il cherche en permanence à contrôler ce qui l’entoure. Persuadé que l’on peut toujours faire quelque chose pour résoudre les problèmes de
l’existence, il exploite en priorité l’énergie de son centre instinctif pour agir sur le monde, afin d’assurer sa sécurité en maîtrisant son environnement. Tirant parti de sa volonté et de son énorme vitalité, il se réalise dans l’action et a peu d’attirance pour l’introspection. C’est en agissant qu’il se sent vivant et son énergie débordante est en général perceptible par tous. Sa préoccupation première est de protéger son territoire en rétablissant ce qui lui apparaît être la justice et il mobilise sa colère et son action – toutes deux légitimes, de ce fait, à ses yeux – pour y parvenir. La colère est alors une réaction instinctive et lui procure un sentiment de puissance, qui vient recouvrir ses peurs enfouies d’être vulnérable ou trahi par quelqu’un de confiance. La colère explosive du Huit À l’instar des autres types qui utilisent prioritairement leur intelligence instinctive, le Huit est empli de colère. Mais alors que le Neuf et le Un ont tendance, respectivement, à réprimer et à refouler leurs ressentiments, le Huit a une colère décomplexée et l’exprime avec force, en la dirigeant contre les autres. Il veut tout contrôler et la moindre faille décelée déclenche chez lui des emportements. Il n’hésite jamais à dire ce qu’il veut dire, le plus souvent sans concession ni diplomatie, et il a d’ailleurs tendance à s’enorgueillir de son côté entier. Pour lui, toute vérité est bonne à dire et il ne s’en prive pas ! Il peut parfois être violent verbalement et physiquement et il lui arrive d’utiliser un langage cru, en s’amusant de l’effet produit autour de lui. Souvent dans l’excès, il n’a pas peur des conflits et n’hésite pas à piquer des colères cosmiques qui terrorisent son entourage. Certains Huit cependant voient cette violence comme une faiblesse et se l’interdisent.
D’une façon générale, la colère franche semble essentielle au Huit dans une relation, y compris une relation amicale ; elle ne lui apparaît pas comme négative, même s’il la regrette quelquefois a posteriori, quand elle a blessé un ami. En fait, l’emportement agit sur le Huit comme un excitant ; c’est une énergie qui bouillonne et lui permet d’exprimer sa puissance en restant centré. Anne (type Huit) : L’autre jour, j’ai emmené ma collègue Marie (type Neuf) déjeuner dans un restaurant chinois. Nous avions passé commande et nous attendions qu’on nous amène les plats quand j’ai remarqué que l’un de nos voisins mangeait salement : il décortiquait ses gambas à la main, sans se servir de ses couverts ! Comme je suis un peu maniaque pour ce qui concerne l’hygiène, j’ai commencé à me crisper quand j’ai repéré qu’il avait laissé tomber un morceau de carapace par terre, entre nos deux tables. Je m’attendais à ce que le serveur s’en aperçoive et qu’il nettoie, mais cet abruti n’a rien vu. Je lui ai alors fait remarquer vertement qu’il y avait des morceaux de carapace par terre et que ces détritus n’avaient pas leur place dans un restaurant. J’étais furieuse car je me disais que s’il n’accordait pas d’importance à ça, c’est que l’hygiène ne devait pas être respectée dans les cuisines ! J’ai parlé fort en critiquant à la fois ceux qui ne savent pas manger et ceux qui sont incapables de nettoyer, et le serveur s’est empressé de laver le sol entre nos tables. Mais j’ai bien vu que j’avais mis tout le monde mal à l’aise : le serveur, les autres clients et surtout ma collègue, qui semblait vouloir disparaître dans un trou de souris ! Venant d’elle, je n’étais pas étonnée, j’avais déjà remarqué qu’elle ne supporte pas qu’on se fasse respecter de la sorte ! La vie quotidienne du Huit Motivation et organisation
Aller de l’avant, toujours Le Huit a le sentiment constant qu’il doit s’imposer dans un environnement qui peut être hostile. Cela ne l’intimide pas outre mesure et il aime par-dessus tout utiliser sa puissance et son énergie pour aller de l’avant, en suivant ses impulsions, sans forcément réfléchir à ses motivations, ni remettre en question ses désirs. Il a d’ailleurs relativement peu d’inhibitions et ses idées ou envies sont le plus souvent rapidement suivies d’actions ; il évite ainsi la frustration, qu’il ne supporte pas et qui le met en colère. Le Huit est en général quelqu’un de déterminé, qui sait où il va et qui y va franchement, sans se laisser influencer par les autres et sans forcément se préoccuper des conséquences de ses actes. Prendre une décision ne lui pose donc aucun problème. Il ne s’intéresse pas aux subtilités qui pourraient le conduire à remettre en question son opinion et admettre qu’il a tort. C’est le plus souvent un bon organisateur, capable d’analyser tous les contextes d’une situation mais, centre instinctif oblige, les théories ne l’intéressent que si elles débouchent sur une action concrète. Sa créativité naît dans le feu de l’action. Comme il lui faut être fort pour changer le monde, il s’interdit toute faiblesse susceptible de le ralentir et est capable de travailler à l’excès, jusqu’à ce que son corps le lâche. D’ailleurs, ce jusqu’au-boutiste de l’action met la même énergie dans tout ce qu’il fait, et il n’est pas rare d’entendre des Huit parler de matchs – de badminton, de football, de tennis… – qu’ils ont voulu terminer à tout prix, malgré la douleur d’une blessure. Garder le contrôle, constamment Afin de ne pas être contrôlé par les autres, le Huit cherche constamment à garder ou à renforcer son pouvoir, quel qu’il soit. Lorsqu’il est au sein d’un groupe (professionnel, associatif, ou autre), il détecte immédiatement la personne qui détient
l’autorité et il la teste pour vérifier qu’elle en est digne. Il s’amuse quelquefois à appuyer sur ses points sensibles – qu’il repère intuitivement –, pour observer ses réactions. S’il juge la personne fiable, il l’accepte et la respecte. Sinon, il fera tout pour la remplacer, car il estime qu’une autorité faible est un danger pour le groupe. Il préfère alors la prise de pouvoir totale à la recherche d’alliances. Le Huit peut provoquer des affrontements dans le simple but de vérifier son autorité et être rassuré sur son pouvoir. Quant aux limites, il a un besoin constant de repousser celles qu’on lui fixe et il n’hésite pas à contourner les règles, même lorsqu’il les a lui-même mises en place. Marine (type Huit) : J’ai participé avec ma famille (à savoir ma fille, mon mari et mon gendre) à un escape game, qui m’a fait vivre une expérience proprement insoutenable. Nous étions censés être des journalistes enquêtant sur la disparition d’autres journalistes et nous avions une heure pour nous échapper de la prison dans laquelle on nous retenait. Le fait d’être enfermée et menottée au départ m’a immédiatement oppressée. Un néon diffusant une lumière glauque clignotait et nous a fait découvrir l’univers du jeu, criant de réalisme. Il a fallu passer – grâce aux indices découverts – d’une cellule sordide à une salle de douche immonde, dans laquelle se trouvaient les « cadavres » des journalistes disparus. Cette expérience a été pour moi une abomination. Je perdais pied entre la réalité et le jeu et j’ai trouvé cela épouvantable. Je hurlais comme une tarée, en étant à la limite de l’hystérie. Ma fille (de type Quatre) ressentait profondément ma terreur et pleurait. Quant aux deux hommes (tous deux de type Cinq), ils s’amusaient comme des fous, réfléchissaient, retournaient tout pour trouver les indices et admiraient la qualité des décors. Bien sûr, j’aurais pu stopper le jeu, mais je me suis refusée à le faire, pour ne pas frustrer mes coéquipiers. Nous avons finalement « gagné » – grâce aux garçons – et le maître du jeu est venu nous féliciter. Je lui ai passé un sacré savon, en le traitant d’irresponsable ! J’ai tremblé comme une feuille pendant deux
heures et je n’ai rien pu avaler au restaurant. Pendant trois nuits je n’ai pas dormi. Cette impression de perdre le contrôle m’a clairement fait voir les limites de ce que je pouvais supporter ! Une vision du monde sans nuances Le Huit a une perception du monde sans nuances. Pour lui, il y a les bons et les mauvais, les choses justes et les situations injustes, les amis et les ennemis. Il n’envisage pas les positions intermédiaires et ne s’intéresse pas aux subtilités, qui pourraient le conduire à devoir revoir son opinion et admettre qu’il a tort. D’ailleurs, il a facilement tendance à considérer que la source du problème, c’est l’autre et, par conséquent, à rejeter les opinions contradictoires, qu’il tient alors pour fausses ou stupides. Cette vision du monde le pousse à avoir des opinions tranchées sur les personnes. Il peut ainsi classer quelqu’un dans la catégorie des individus « indignes de confiance » pour une simple faute commise et aura du mal à revenir sur son jugement. Relations affectives Le Huit se voit comme le socle de ses relations familiales et professionnelles. Il estime avoir la force nécessaire pour aider et défendre les autres et endosse facilement ce rôle. Il s’interdit les doutes et les peurs mais, ce faisant, il se prive des moments d’intimité susceptibles de laisser percevoir sa fragilité. Facilement excessif dans ses relations, il peut aussi bien se montrer démesurément protecteur et généreux envers les siens qu’implacable et brutal contre quelqu’un, s’il a le sentiment d’avoir été trahi. C’est en général une personnalité forte, qui ne laisse personne indifférent ; elle attire ou elle fait fuir !
Une confiance difficilement accordée Le Huit n’accorde jamais directement sa confiance à quelqu’un. Il ne peut s’empêcher de contrôler ceux qui l’entourent, y compris parfois dans les plus petits détails. Ce contrôle peut aussi s’exercer sous la forme d’une préoccupation constante pour ceux qui sont sous sa protection. Sa grande sensibilité à l’injustice le rend excessivement attentif à tous les signes de trahison. Il peut ainsi rechercher maladivement les indices d’une malveillance plus ou moins consciente, à laquelle il réagira de façon extrêmement violente. D’une façon générale, le Huit n’est pas conscient de son impact sur les autres et refuse souvent de reconnaître les conséquences de ses actes. Une relation de couple sous contrôle Avant de pouvoir s’impliquer dans une relation de couple, le Huit ressent en général le besoin de tester son partenaire et d’aborder la relation sur une base conditionnelle, qui clarifie les positions de chacun. Il exprime son amour davantage par la protection que par la tendresse. Il prend son conjoint sous son aile et s’assure de sa sécurité. Quand il finit par lui faire confiance, il s’autorise enfin à baisser la garde. Mais il a spontanément une attitude possessive dans sa relation, qui peut se transformer en besoin de contrôler la vie de son conjoint. Dans son couple également, le Huit veut dominer, mais il est attiré en même temps par un partenaire indépendant et fort, car il respecte quelqu’un qui résiste à sa domination.
Attitude professionnelle L’énergie considérable du Huit se traduit dans sa vie professionnelle par une formidable force de travail. Le Huit est capable – et aime – prendre des décisions rapidement et tout faire pour les concrétiser. Les risques ne lui font pas peur et il sait gérer les situations de stress. Il s’implique à fond et attend des autres le même engagement. C’est quelqu’un qui aime et sait commander. Il prend sous son aile les membres de son équipe et les défend à n’importe quel prix, s’il estime qu’ils font leur travail. Il apprécie les personnes sincères, qui n’hésitent pas à exprimer franchement leur avis et exige d’ailleurs de ses collaborateurs une complète transparence. Mais gare à celui qui se trouve dans sa ligne de mire, pour ne pas avoir respecté son autorité ou avoir manqué à sa mission. Si le Huit considère qu’il y a eu tromperie, il fera tout ce qui est en son pouvoir pour le faire disparaître de son horizon, car la confiance est pour lui un concept crucial. Enfin, le Huit aime jouer les Pygmalion avec les membres de son équipe à qui il accorde sa confiance. Il les aide à développer leurs capacités pour prendre leur envol et est fier de leurs réussites. Un peu d’introspection Le Huit est un vrai individualiste – pas forcément physiquement et socialement, mais psychologiquement parlant –, et il se suffit à lui-même. Il a besoin d’être indépendant et ne veut rien devoir à personne. Il est en général dur avec lui-même et il est tellement déterminé dans son action qu’il n’écoute pas sa fatigue. Il prend souvent sa résistance pour acquise et peut négliger sa santé. Il craint en revanche les blessures affectives et, pour protéger ses sentiments, il a tendance à garder une distance émotionnelle
avec les autres. Il s’autorise rarement à baisser la garde, par peur d’être vulnérable. Le Huit au prisme de l’ennéagramme L’apport au monde et sa contrefaçon : l’image de soi Apport au monde : la puissance La compétence principale du Huit, ce qu’il apporte au monde, c’est sa puissance. Elle se caractérise par l’énergie vitale impressionnante qu’il est capable de mobiliser pour maîtriser les situations et par la force et la volonté avec lesquelles il se bat pour combattre l’injustice et protéger les siens. Le Huit est alors plein d’une détermination sans faille pour agir sur le monde, de façon juste. Image de soi : je suis fort, je suis juste Lorsqu’il est victime des automatismes de son ego, le Huit surjoue son rôle et perd son authenticité, en dénaturant sa compétence. Pour ne pas faire preuve de faiblesse, il tente de prouver qu’il est fort et juste et il se lance dans un combat pour prendre le contrôle et garder le pouvoir. Vitor (type Huit) : Je me considère comme un homme d’action visionnaire et j’aime me confronter aux challenges, surtout quand ils me donnent la possibilité d’explorer des domaines que je ne connais pas et d’inventer des solutions pour rendre
concrètes mes idées. Je me sens alors empli d’une force qui me donne la conviction que je sais comment agir sur le monde et sur ma vie, et cette force me nourrit. Dans ma vie professionnelle, je n’ai jamais eu peur de relever les défis, tout en étant conscient des risques que je prenais. Je suis ainsi parti au Cap-Vert avec ma famille pour créer de toutes pièces une entreprise de panification, qui a compté jusqu’à 65 salariés. Puis j’ai monté un café près de Lisbonne avec ma femme où nous avons travaillé comme des forçats, avant que je ne lance ma société de torréfaction, qui a sans nul doute été mon challenge le plus ambitieux et mon plus gros succès. J’ai d’ailleurs offert à mes quatre enfants la possibilité d’y travailler avec moi. Et c’est sans parler des défis « annexes », que je lance uniquement parce qu’ils concernent les miens, comme l’ouverture d’un bar à jazz à Lisbonne ou d’un élevage de chevaux en Alentejo. Quand je m’investis dans un challenge, je prends les problèmes à bras-lecorps et j’arrive à trouver des solutions quelquefois improbables pour les résoudre. Mais j’ai bien conscience que, par moments, je ne supporte pas qu’on me fasse une remarque ni même qu’on me donne des conseils. J’ai besoin de sentir que je garde le contrôle. Ma femme, qui est de type Trois, m’a souvent reproché d’avoir un caractère dominant et me dit que je suis un « mâle alpha ». Elle n’a pas forcément tort. Mais je ne l’admettrai jamais devant elle ! Évitement : la faiblesse Appartenant au centre instinctif, le Huit est ancré dans l’action et il veut utiliser son énergie pour contrôler son environnement, car il tient à être reconnu pour sa force. Son ego se construit en se persuadant que, pour être en sécurité dans ce monde menaçant, il faut à tout prix être le plus fort. Et pour être le plus fort, il faut absolument éviter de se montrer fragile, pour ne pas risquer d’être blessé et contrôlé par les autres. Le Huit est donc à l’affût de toute manifestation de faiblesse chez lui ; il entretient comme un mythe d’invincibilité à son
sujet, qui peut aller jusqu’à la négation de la douleur physique et émotionnelle. Cette traque des signes de fragilité lui fait reconnaître celle des autres ; elle le pousse à protéger les personnes qui comptent pour lui, mais à mépriser ceux qui sont faibles, prêts aux compromis et qui ne se battent pas devant l’adversité. Mécanisme de défense : le déni Lorsque l’ego du Huit craint d’être confronté à la faiblesse, il se défend en refusant d’envisager cette possibilité. Il a l’impression que le moindre signe d’insuffisance de sa part peut avoir un impact grave sur sa sécurité et qu’il doit à tout prix maîtriser la situation. Il bloque les prises de conscience indésirables et nie les situations douloureuses, qui cessent d’exister à ses yeux. Le Huit est alors dans le déni et, même s’il regarde en face le problème, il ne le voit plus, car l’idée d’être vulnérable est insupportable pour lui. Il peut ainsi refuser de reconnaître une situation extérieure qui le contrarie, comme il peut nier quelque chose qu’il a dit, fait ou ressenti. Ainsi, il repousse inconsciemment tout bouleversement susceptible de le mettre en situation de faiblesse. Carole (type Huit) : Je suis partie l’an passé avec mon mari pour des vacances à la Réunion qui devaient être paradisiaques mais, quelques jours après notre arrivée, j’ai ressenti des douleurs dans la poitrine. Je voulais tellement que tout se passe comme prévu que j’ai décidé que la nourriture épicée en était la cause et que je ferais passer la souffrance – qui augmentait au fil des jours – avec des pansements gastriques. Il était hors de question que des problèmes de santé gâchent ces vacances et j’ai refusé de changer quoi que ce soit au programme que j’avais prévu. Le jour du départ, alors que nous venions de procéder aux formalités d’enregistrement et face à la douleur qui s’accentuait,
mon mari a exigé que je consulte avant d’embarquer. Effrayé par mes symptômes, le médecin du Samu m’a interdit de prendre l’avion et nous a ordonné de foncer en taxi au cabinet de SOS Médecins. Dix minutes plus tard, on me faisait trois électrocardiogrammes et une batterie d’examens… avant de me dire que j’étais en pleine crise cardiaque depuis une semaine, que c’était un miracle que je sois encore vivante et qu’ils m’envoyaient d’urgence à la clinique pour me faire opérer. J’avoue que, sur le coup, je n’ai pas eu peur. J’étais même furieuse de voir que je n’allais pas pouvoir prendre le vol comme prévu. Mais le médecin a rétorqué de façon brutale que prendre l’avion équivaudrait à signer mon arrêt de mort et je me suis instantanément calmée. Tout s’est ensuite enchaîné très vite. J’ai été opérée en urgence aux premières heures le lendemain et ils m’ont posé trois stents. Je me souviens que sur la table d’opération, je ne pouvais pas m’arrêter de pleurer. Je crois que je ne pleurais pas de peur, mais de colère : j’avais le sentiment de ne plus rien contrôler, de ne plus rien maîtriser, de mettre ma vie entre les mains de parfaits inconnus et ça m’était absolument intolérable. La distorsion émotionnelle et son antidote : la restructuration émotionnelle Distorsion émotionnelle : l’excès Pour empêcher qu’émerge une impression de faiblesse – comme une idée pénible, ou une prise de conscience susceptible de menacer son sentiment de puissance –, le Huit dans son ego est incapable de résister à une distorsion émotionnelle (ou passion) qui le domine : l’excès. C’est pour lui une façon de détourner son attention et d’occulter ainsi un danger, ou encore de masquer
ses vrais besoins émotionnels en les remplaçant par une hyperstimulation, qui le fait se sentir profondément vivant. Le Huit a alors un besoin irrépressible de prendre possession de ce qu’il veut immédiatement et de le contrôler. Si tout peut être vécu intensément – le travail, le sport, les loisirs, les relations amoureuses, la façon de s’alimenter, etc. –, c’est souvent dans le domaine des interactions que l’excès est le plus visible ; selon le contexte, la distorsion émotionnelle lui fait ressentir aussi bien des colères disproportionnées que des sentiments de protection étouffants. Céline (type Huit) : Je sais que je suis facilement dans l’excès, pour tout ce que je fais. Que ce soit la cuisine, les travaux de couture, le jardinage ou même la paperasserie administrative, j’ai besoin de faire tout à fond, au moment où je le décide, et je suis capable de rester concentrée dix heures d’affilée sans lever la tête. Mais s’il y a un domaine où j’ai très nettement conscience d’être « excessivement excessive », c’est dans ma relation avec ma fille Mathilde, qui a 23 ans. J’ai un besoin incontrôlable et insupportable de la savoir en sécurité. Tout le temps. Même si elle a toujours été une jeune fille tout ce qu’il y a de raisonnable, qu’elle ne m’a jamais donné de raisons de m’inquiéter et même si elle vit depuis plusieurs mois avec son compagnon. J’ai besoin d’être sûre que le soir, elle va s’endormir tranquillement chez elle. Et je ne dors pas tant que je n’ai pas reçu son SMS ! Sinon, je suis capable de me raconter des films qui m’inquiètent, jusqu’à m’en rendre malade. Je sais bien que mon comportement est totalement démesuré et excessif, et qu’il faut absolument que je prenne du recul et que je la laisse vivre sa vie. En attendant d’y parvenir, je me réjouis presque de cette période de couvrefeu sanitaire à répétition que nous vivons : je sais où est ma fille le soir et je me tranquillise !
Restructuration émotionnelle : la simplicité Lorsque le Huit se connecte à son essence, il éprouve une force qui lui permet de vivre la restructuration émotionnelle (ou vertu) de son type : la simplicité, ou l’innocence. Sa confiance en lui devient vraie et il peut alors s’ajuster naturellement à l’action appropriée, sans chercher à prendre le pouvoir. Il a conscience de sa puissance et la met au service de causes justes. Il se sent satisfait et épanoui dans le présent et vit chaque moment sans jugement et sans attente. Il sait qu’il a un rôle à jouer dans le monde et il devient pour les autres une source d’inspiration. L’obsession cognitive et son contrepoids : le mécanisme de progression Obsession cognitive : la vengeance Lorsque le Huit estime que les engagements n’ont pas été respectés, qu’on lui a menti ou qu’il a été offensé, il est alors en proie à une obsession cognitive (ou fixation) : la vengeance. Se focaliser sur des idées de vengeance est pour lui une façon de maintenir hors de sa conscience des sentiments qu’il juge incompatibles avec la puissance et ainsi de ne pas ressentir, par exemple, une sensation d’humiliation. C’est aussi une façon de ne pas accepter une défaite et de maintenir vivant, par la rancune, le désir de se battre – et de gagner. La notion de justice est souvent au centre du désir de vengeance du Huit. Il veut se venger car il a l’impression d’avoir été blessé injustement et il tient par-dessus tout à rééquilibrer la situation.
Marlène (type Huit) : Nous avions prévu de déménager en nous éloignant de cent kilomètres et, comme la date du déménagement approchait, qu’il restait beaucoup à faire et que je sentais que mon mari commençait à paniquer, je me suis résolue à demander de l’aide à une bande d’amis proches que je connais depuis de longues années et avec qui j’ai l’habitude d’échanger via un groupe WhatsApp. Je leur ai dit que j’avais besoin d’eux pour emballer et transporter les cartons, le weekend d’avant Noël. Certains se sont immédiatement proposés, d’autres étaient dans l’impossibilité de se libérer à cette date-là et quelques-uns n’ont rien répondu. Le fait qu’ils ne prennent même pas la peine de me répondre alors que, pour une fois, je les appelais à l’aide m’a mise dans une rage folle. J’ai vécu cela comme une trahison et comme une injustice, car je suis la première à les inviter chez moi et à leur prêter notre résidence secondaire pour leurs vacances. D’ailleurs, je ne me suis pas gênée pour leur écrire ce que je pensais. L’une de mes amies (depuis trente ans !) s’est justifiée en me disant que mon message n’était pas clair ; j’ai refusé son appel téléphonique car je crains de m’emporter et d’aller au conflit et malgré tout, je tiens à elle… Je sais que les choses devraient finir par se tasser, mais j’ai besoin de temps. En attendant, j’ai quitté le groupe WhatsApp pour en créer un autre avec mes fidèles. Quant aux traîtres, ils devront trouver une autre destination cet été ! Mécanisme de progression : l’altérité Lorsque le Huit se connecte à son essence, il surmonte son obsession grâce à un mécanisme de progression (ou idée supérieure) : l’altérité. Il admet alors sa faiblesse et laisse paraître sa vulnérabilité. Il abandonne son image de personne forte et se libère de sa peur d’être blessé ou contrôlé par autrui. Son action énergique est tempérée par la compassion pour soi et pour les autres et il n’hésite pas à s’investir pour défendre des personnes privées de leurs droits. Il est conscient de son impact
sur le monde et sur son entourage et s’applique à réduire les incidences négatives. Il ouvre son cœur aux autres, accepte leurs erreurs et comprend la confiance. Figure 11-1 Le récapitulatif des mécanismes de l’ennéatype Huit. Intégration et désintégration de la personnalité Lorsque le Huit est connecté à son essence, il est autonome et contrôle sa vie en confiance. C’est le prototype du chef courageux et magnanime, du leader visionnaire qui sait réunir autour de grandes causes. Il met son énergie et sa vaillance au service de la justice et protège les siens, tout en les aidant à développer leurs propres forces. Il sait accorder sa confiance aux autres et se sent en sécurité. Le Huit dans sa routine est plein d’énergie et prend les choses en mains, avec de réelles capacités d’organisation. Il appréhende de ne pas avoir les moyens de mener à bien ses actions et fait
tout pour trouver les ressources nécessaires, sans forcément respecter les autres. Il peut basculer dans l’agressivité et évoluer dans un rapport de force constant, en maintenant un sentiment de domination et d’intimidation. Le Huit dominé par les mécanismes de son ego est dans l’agressivité, la rage, l’humiliation et la vengeance. Incapable d’accepter ses erreurs, il se considère victime de son entourage, qu’il terrorise. Excessif en tout et querelleur, il se cherche des ennemis et n’a pas de mal à les trouver. Il se sent invulnérable et essaie de les détruire. Outre ce mouvement d’intégration et de désintégration « interne » (au cours duquel il se connecte à son essence ou est dominé par son ego), le Huit peut vivre par moments un mécanisme d’intégration et de désintégration « externe » ; il ajoute alors à ses caractéristiques les capacités ou les travers de l’essence ou de l’ego d’un autre type, auquel il est relié dans le schéma de l’ennéagramme. Ce mécanisme est décrit dans le cha pitre 17 (page 293). Quelques pistes pour évoluer Pour réduire l’emprise de son ego et se connecter à son essence, le Huit doit arriver à reconnaître, dans sa vie quotidienne, les moments où il croit devoir se battre pour rester indépendant. Il lui faut repérer, par exemple, les instants où il essaye de s’imposer dans un environnement qu’il perçoit comme non coopératif et ceux où il se sent en guerre avec le monde entier. Dans ces moments-là en effet, le Huit a tendance à déployer plus d’énergie qu’il n’en faut pour la moindre activité ; il devient excessif en tout et son penchant pour la domination prend le dessus. Il doit apprendre à laisser tomber ses défenses en abandonnant le contrôle et accepter sa vulnérabilité. Plusieurs pratiques peuvent l’aider à évoluer.
Temporiser avant de réagir Le Huit a un besoin permanent de se protéger et ne peut s’empêcher d’être sans cesse dans un rapport de force avec les autres. La moindre contradiction est susceptible d’occasionner une polémique, voire de susciter une explosion de colère… Analysez l’enchaînement des circonstances qui provoque chez vous une relation d’opposition. À quel moment ressentez-vous le besoin de prendre le contrôle d’une discussion, pour déterminer ceux qui sont avec et contre vous ? Remarquez et tempérez votre intensité, vos excès et votre impact sur les autres. Laissez-leur prendre l’initiative de l’action. Temporisez votre réaction et mesurez les conséquences. Apprendre à pardonner Lorsqu’il a l’impression d’avoir été trahi, qu’il estime qu’on lui a menti ou qu’on l’a blessé injustement, le Huit se focalise sur des idées de vengeance et maintient vivaces ses rancunes. Il rend les autres responsables des épreuves qu’il traverse et cela génère chez lui beaucoup d’amertume, de colère et de ressentiment. Ce faisant, il se place en situation de victime et ne peut plus se libérer. Le pardon va rarement de soi. C’est pourtant l’étape indispensable pour apaiser ce qui, en vous, est en conflit. Car il n’y a pas de libération sans pardon à l’autre et à vous-même. Tant que vous ne pardonnez pas, vous restez dans une dépendance toxique qui ne vous permet pas de passer à autre chose. Car la vengeance, la haine et le ressentiment se nourrissent les uns des autres ! La seule issue est l’ouverture du cœur. Apaisez ce qui en vous est en conflit et vous pourrez faire la paix avec vos ennemis. L’important n’est pas l’événement luimême, mais la façon dont vous l’avez transformé. Et la meilleure défense est de ne pas vous sentir attaqué.
Accepter sa vulnérabilité Pour ne pas se dévoiler devant les autres et leur permettre ainsi d’avoir une emprise sur lui, le Huit se protège par une cuirasse et vit sur la défensive. Il ne laisse pas paraître ses sentiments et cache au plus profond de lui-même ses émotions, qu’il assimile à des faiblesses. Il nie ce qui le touche, craint par exemple de reconnaître sa tendresse et sa douceur et empêche les autres de savoir qu’ils comptent pour lui. Apprenez à vous connecter à votre cœur et à vos sentiments. Ne craignez pas qu’ils vous blessent, bien au contraire. Permettez à votre vulnérabilité de refaire surface et vous découvrirez qu’il est inutile de la protéger. Vivez en harmonie avec votre cœur et exprimez vos sentiments plus souvent. Il ne s’agit pas de les afficher à tout instant, mais d’oser les laisser paraître par moments, sans dissimuler vos fragilités. Dévoiler votre vulnérabilité permet aux autres de savoir que vous leur faites confiance et qu’ils comptent pour vous.
DANS CE CHAPITRE Les filtres d’attention de l’ennéatype Neuf • La vie quotidienne du Neuf : motivations, relations affectives, attitude professionnelle et introspection • Les mécanismes du Neuf quand il est dans son ego et dans son essence • Quelques pistes pour abandonner ses automatismes Chapitre 12 L’ennéatype Neuf : le maître de l’harmonie ous avons décerné à l’ennéatype Neuf le diplôme de Maître N de l’harmonie, car il ressent de façon profonde le besoin d’être en paix et qu’il a un talent particulier pour développer le calme et l’harmonie dans son monde. Pour préserver sa tranquillité d’esprit, le Neuf tente d’avoir avec les autres des relations aussi sereines que possible, exemptes de conflits ; il y parvient en s’abstenant par tous les moyens de provoquer leur agressivité.
Pour éviter de se trouver tiraillé entre des opinions contraires, il a pris l’habitude de s’oublier et de se fondre dans les autres. C’est une façon de faire innée pour lui, car il a une grande capacité d’écoute et d’empathie. D’un naturel pacifique, il estime que ce qui importe est de bâtir la paix et l’harmonie et qu’il est préférable d’éviter ce qui divise. Il sait intuitivement comprendre ceux qui l’entourent, les accepter tels qu’ils sont et accorder leurs points de vue. Il devine leurs besoins et fusionne presque avec eux. Rester en retrait est pour lui le meilleur moyen de vivre paisiblement, en échappant aux désaccords. Il évite ainsi d’avoir à s’affirmer face aux autres et il assoupit ses propres besoins, qu’il a souvent du mal à identifier. Conscient d’être calme et facile à vivre, le Neuf est posé, se plaint rarement et parle peu de lui-même ; il aime vivre à son rythme et alterner des moments de grande vitalité et d’autres où il se plonge dans des rêveries. Il adopte en général une attitude discrète. Ce qui caractérise l’ennéatype Neuf : • Apport au monde : la paix. • Image de soi : je suis calme, facile à vivre. • Évitement : les conflits (intérieurs et extérieurs). • Désir profond : être en paix. • Peur profonde : être séparé. Une intelligence instinctive, pour se protéger et vivre en
paix Profondément ancré dans la terre, le Neuf compte bien construire un environnement sécurisé et apaisé autour de lui et en lui, en contrôlant sa stabilité intérieure et en maintenant la paix dans son monde. Il exploite pour ce faire l’énergie du centre instinctif, qu’il utilise en priorité pour agir à la fois sur lui-même et sur le monde qui l’entoure. Lorsque cela fonctionne, le Neuf se sent empli de la vitalité considérable de ce centre. Il est présent dans son corps, plein de vigueur et serein. Mais agir est toujours susceptible de provoquer des conflits et le Neuf hésite parfois à passer à l’action, ce qui l’immobilise dans une posture de nonintervention. Il est à ce moment coupé de sa force instinctive et peut alors se montrer apathique, se réfugier dans la rêverie, sombrer dans la force d’inertie et manquer de consistance. Un peu comme s’il utilisait son énergie contre lui et qu’il se retrouvait enlisé, incapable d’agir. Ces moments de « coupure » peuvent être éphémères (quelques secondes ou quelques minutes), mais peuvent aussi persister, dans certaines circonstances, quelques jours, voire de longues semaines (ou plus). Lorsqu’une situation vous stresse et que vous vous sentez envahi et paralysé par vos émotions ou par vos idées qui tournent à cent à l’heure, c’est sans doute que votre centre instinctif s’est immobilisé. Dans ce cas, le meilleur moyen pour le remettre en mouvement est justement… de vous mettre en mouvement. Réfléchissez à la situation qui vous préoccupe en marchant de long en large dans votre bureau ou mieux, en sortant à l’extérieur, ne serait-ce que pour faire le tour du pâté de maison. C’est souvent la solution la plus efficace pour remettre votre centre instinctif en marche et éviter de rester bloqué dans vos émotions ou dans votre mental.
La colère dormante du Neuf Le Neuf tient à pouvoir agir pour contrôler son environnement, tant intérieur qu’extérieur, et en être par moment incapable l’emplit de la colère du centre instinctif. Mais il tient tellement à sa tranquillité d’esprit qu’il réprime inconsciemment son animosité, à tel point qu’il a souvent l’impression de ne pas en ressentir. Dans les faits, cependant, il l’éprouve et l’exprime indirectement, par un humour acerbe, en se montrant grognon ou stressé, ou encore en faisant preuve d’une prodigieuse force d’inertie pour ne pas faire ce qu’il n’a pas envie de faire. Du fait qu’il comprend et accepte si bien le point de vue des autres, le Neuf renonce par ailleurs souvent à exprimer son propre désaccord ou sa déception sur un sujet et se contente d’un discret « ce n’est pas grave ». Mais la colère réprimée est alors emmagasinée et il peut lui arriver de réagir brutalement et à retardement aux multiples avanies qu’il a collectionnées ; la réaction, souvent disproportionnée par rapport au dernier affront subi, ne passe alors pas inaperçue… Asunción (type Trois) : J’ai eu l’occasion de croiser – pire, de susciter ! – la colère d’un Neuf, et je m’en souviens encore de longues années après. Je faisais une escale d’un week-end à Madrid, avant un voyage au Maroc, et nous avions prévu de dîner au restaurant avec un ami d’enfance de mon mari et sa femme. Il se trouve que la veille, nous étions arrivés en pleine tempête de neige et qu’aucun bagage n’avait pu être récupéré. Sur un coup d’intuition, j’ai décidé de retourner à l’aéroport avant d’aller au restaurant et j’ai réussi par culot à localiser nos valises et à repartir avec, ce qui m’a rendue euphorique. Certes, le détour nous avait mis en retard d’une heure pour le dîner, mais le retard est presque une coutume en Espagne, nous avions prévenu nos amis et je pensais qu’ils avaient commencé tranquillement. Juan (type Neuf) n’avait pas vécu les choses comme ça. Pour dîner avec nous, il avait confié ses enfants à la garde de sa belle-mère, qui visiblement gérait très mal la situation, et il avait déjà dû régler plusieurs fois au téléphone des
disputes entre frère et sœur, ce qui l’avait beaucoup agacé. Notre retard a clairement été « la goutte d’eau qui fait déborder le vase ». À peine étions-nous arrivés au restaurant qu’il a piqué une colère homérique contre nous, devant tous les clients, en étant absolument furieux. L’explosion n’a pas duré longtemps, mais elle nous a laissés pantois, et lui, honteux et contrarié. Nous n’avions jamais vu Juan en colère, et ça a été un choc de découvrir que, sous son apparence bonhomme et tranquille, se cachait un volcan capable de se réveiller. Ce qui est certain, c’est que nous prenons garde désormais de ne plus arriver en retard chez eux. J’ai trop peur de déclencher un autre tsunami ! La vie quotidienne du Neuf Motivation et organisation D’une façon générale, le Neuf aime avoir le temps de faire ce qu’il doit faire sans stress. Il déteste ce qui rompt sa tranquillité et ce qui l’oblige à prendre une décision rapide ou à agir sous pression. S’il est tout à fait capable de travailler intensément pendant un moment, il le fait généralement en se réjouissant à l’avance du temps calme qu’il aura ensuite. Il met parfois en place des activités de routine ou des habitudes, qui lui permettent de fonctionner en mode automatique, sans avoir à faire de choix. Le fait qu’il soit par moment coupé de son centre instinctif, associé à ses constantes hésitations, explique qu’il a parfois du mal à se lancer dans l’action. Il a souvent besoin d’un élan extérieur pour le faire, qu’il émane d’une personne qu’il apprécie ou d’un groupe auquel il appartient, et il fusionne alors avec l’enthousiasme de l’autre. Consciencieux et responsable, il peut être amené à prendre en charge de nombreuses tâches, d’autant plus facilement qu’il a parfois du mal à les refuser.
Une tendance à mélanger l’essentiel et l’accessoire Le Neuf peut ainsi se retrouver chargé de choses à faire, qu’il peine à terminer. Comme il a tendance à ne rien considérer comme particulièrement urgent, il remet facilement à plus tard et oublie quelquefois. Alors qu’il lui faut s’attaquer à une tâche importante, il est capable de démarrer d’autres occupations qui lui semblent brusquement tout aussi vitales. Ce peut être un besoin soudain de classer les dossiers de son ordinateur, de mettre de l’ordre dans ses papiers ou de nettoyer les placards de la cuisine… En fait, plus le Neuf a du temps devant lui, plus il se disperse et repousse la réalisation de ce qui est essentiel, jusqu’à se retrouver dos au mur ; il utilise alors toute son énergie pour rattraper le retard, respecter les délais et éviter le conflit. Cette mauvaise gestion de la priorité des tâches le place souvent en situation de stress. Un embarras certain à dire non Comme le Neuf fusionne avec son interlocuteur pour mieux le comprendre, il lui est généralement difficile de dire non, parce qu’il a presque fait siennes les attentes de l’autre. Plutôt qu’un refus, il choisit alors souvent de ne rien dire… et de ne rien faire. Il esquive ainsi la réponse et donne l’impression qu’il est d’accord. Pour autant, son assentiment apparent n’a pas valeur d’engagement réel. Il signifie juste qu’il a besoin de temps pour prendre la décision et pour savoir ce qu’il souhaite réellement. Le Neuf préfère en effet laisser traîner les choses pour ne pas s’engager trop vite et parce que ça l’embête d’avoir à décevoir son interlocuteur. Et il est inutile de le presser à se décider : il répondrait par une attitude passive-agressive, en utilisant son énergie pour s’immobiliser.
Décryptez le langage du Neuf • Quand le Neuf dit « oui », ça signifie « j’ai noté votre demande ». • Quand il dit « oui, pourquoi pas », c’est souvent que ça ne l’intéresse pas vraiment, mais que peut-être… • Quand il dit « peut-être », c’est généralement pour dire non. • Quand il dit « non », c’est alors un vrai non. Et il mettra en place une réelle force d’inertie pour ne pas bouger. Le cruel dilemme du choix Le choix est généralement source de dilemme pour un Neuf. À la fois parce qu’il se laisse facilement séduire par les propositions des autres, mais aussi parce qu’il connaît mal ses propres envies. Son flegme peut donner l’impression qu’il adhère à une décision, mais, dans le même temps, son mental est en effervescence et tente de savoir quelle est sa propre préférence. Il fait des allers-retours entre les possibilités et éprouve une difficulté infinie à faire un choix. Pour éviter d’avoir à défendre son point de vue et pour ne pas creuser dans les profondeurs inconnues de ses envies, il se contente alors souvent d’un « comme tu veux ». Il pense ainsi éviter de décevoir son interlocuteur mais, dans les faits, cette réponse peut agacer et provoquer du ressentiment.
Paradoxalement, lorsqu’il a pris une décision, le Neuf a tendance à s’y accrocher et peut faire preuve d’un réel entêtement. Lorsqu’un Neuf se bloque parce qu’il n’arrive pas à faire un choix entre plusieurs options, le moyen le plus efficace pour l’aider est de lui demander d’éliminer les options qui l’intéressent le moins. Car s’il ne sait pas toujours ce qu’il préfère, il sait en général très bien ce qu’il n’aime pas, ou qu’il ne veut pas faire ! Vous pourrez ensuite lui exposer votre préférence parmi les options restantes, et lui demander s’il est prêt à suivre votre avis… Relations affectives Le Neuf fait en sorte de maintenir dans le temps les relations qui comptent pour lui – qu’elles soient amicales, amoureuses ou professionnelles –, car il vit toute séparation très difficilement. Une présence apaisante Le Neuf est le plus souvent une personne accueillante, facile à vivre et dont la simple présence est rassurante pour son entourage. Quand on lui parle, on a le sentiment d’être compris et l’on sent qu’aucun jugement n’est porté, que l’on est accepté tel que l’on est. Sa présence tranquille, sa façon de parler, sa posture… tout concourt à diffuser autour de lui une atmosphère apaisante. Il a une disposition naturelle pour se sentir connecté aux autres et prêter l’oreille, tout en reformulant les propos, sans émettre d’opinion. On a d’ailleurs tendance à se confier spontanément à lui, même si on ne le connaît pas vraiment. Sa capacité d’écoute en fait d’ailleurs un médiateur très efficace, qui sait entendre et accepter tous les points de vue et proposer des solutions originales et innovantes, qui réconcilient les parties.
Une relation de couple fusionnelle C’est dans sa relation de couple que la capacité du Neuf à se fondre dans les autres prend toute son ampleur. Il fusionne en effet avec son conjoint et devine ses centres d’intérêt et ses priorités, qu’il reprend à son compte. En fait, le Neuf connaît davantage les sentiments de son partenaire que les siens propres, et l’accompagner dans ses envies est l’une de ses principales motivations pour agir. Son conjoint devient le centre de sa vie et c’est en fonction de lui qu’il prend ses décisions. Pour autant, le fait de fusionner avec les envies de son partenaire n’empêche pas le Neuf d’avoir besoin d’être autonome. Il apprécie qu’on le consulte et n’aime pas qu’on prenne les décisions à sa place. Attitude professionnelle Le besoin de paix et d’harmonie que ressent le Neuf s’applique également au contexte professionnel. Il travaille de façon optimale dans une ambiance calme, dans laquelle les incidents sont rares ; il se sent mieux dans une petite équipe ou une entreprise familiale que dans une organisation ayant une structure hiérarchique rigide. Il apprécie que le cadre de son travail soit clairement défini, que les responsabilités soient fixées et les objectifs clairs. Il peut travailler beaucoup et avec efficacité si on ne l’oblige pas à agir sous pression. Il a souvent besoin de temps pour prendre une décision, car il lui faut avoir une vision globale de la situation, connaître les différents avis et réussir à trancher ! Il préfère être autonome et n’aime guère qu’on lui donne des ordres. De toute façon, s’il estime que la demande n’est pas adaptée, il s’y opposera par sa force d’inertie, évitant ainsi le conflit direct avec sa hiérarchie. Le Neuf a besoin d’approbation pour son travail, mais il ne se met pas en avant. Ses capacités d’écoute et de médiation font de
lui une personne généralement appréciée, et il a naturellement une relation de bonne entente avec les membres de l’équipe. C’est le plus souvent lui qui met de l’huile dans les rouages pour éviter les conflits et apaiser les tensions et qui fait le liant entre les différents collaborateurs. Il aime travailler en confiance et n’a aucune difficulté à déléguer. Mais pour être réellement efficace, il a besoin d’être épaulé pour les prises de décision rapides ou conflictuelles. Un peu d’introspection Pour ne pas perturber sa tranquillité d’esprit, le Neuf a tendance à ignorer les aspects sombres de sa vie, à les minimiser et à s’imaginer que les choses vont s’arranger. Il peut alors se perdre dans ses rêveries ou se focaliser sur ce qui est positif, pour ne pas voir en face la réalité d’un problème. Il est tellement habitué à se fondre dans les autres qu’il ne sait pas réellement qui il est, et il n’a pas un sens fort de sa propre identité. De toute façon, ça ne l’intéresse pas vraiment de le savoir. Il lui est très difficile de s’affirmer face aux autres. Dans les situations où il pourrait le faire, il a souvent la sensation que son avis n’a pas vraiment d’importance et que les choses peuvent bien se dérouler d’elles-mêmes. Il considère qu’il n’a rien de remarquable et se voit comme insignifiant. Il a appris à se contenter de peu et à avoir peu d’attentes, pourvu que règne en lui et autour de lui une atmosphère de paix et de sérénité. Mais en procédant ainsi, il tend à s’oublier lui-même et a du mal à prendre sa place dans le monde. Le Neuf au prisme de l’ennéagramme
L’apport au monde et sa contrefaçon : l’image de soi Apport au monde : la paix La compétence principale du Neuf, ce qu’il apporte au monde, c’est sa capacité à établir la paix, en lui et autour de lui. Elle se caractérise par le talent particulier qu’il a pour comprendre les autres et les accepter tels qu’ils sont, sans les juger. Le Neuf possède un véritable don pour écouter ses interlocuteurs avec empathie, centrer son attention sur eux en restant présent à lui, comprendre les différentes positions, apaiser les situations et trouver un consensus. Image de soi : je suis calme, facile à vivre Lorsqu’il est victime des automatismes de son ego, le Neuf surjoue son rôle et perd son authenticité, en dénaturant sa compétence. Pour fuir les conflits, il tend à se montrer calme et facile à vivre, en se fondant dans les autres ; mais il nie alors ses propres besoins et s’oublie. Béatrice (type Neuf) : Il y a quelques années, je crois que si l’on m’avait questionnée sur ma « qualité principale », j’aurais répondu presque sans hésiter « je suis facile à vivre ». Je ressentais profondément cette sensation de me fondre dans les autres et j’avais effectivement l’impression d’être « facile à vivre », puisque j’étais toujours d’accord pour tout ; en fait, j’étais presque fière de répondre « comme tu veux » aux questions que mon mari ou d’autres me posaient (que ce soit « ciné ou balade ? » ou « entrée ou dessert ? »). En fusionnant avec leurs envies, j’avais l’impression de leur simplifier la vie, puisque je suivais l’option qu’ils préféraient. L’ennéagramme m’a fait prendre conscience du mécanisme égotique qui se
cachait derrière ces fiertés et dont je devais me libérer. J’essaye désormais de m’interdire les réponses du type « ça m’est égal », pour percevoir au fond de moi mes envies les plus cachées et les exprimer. Quant à la sensation « d’être en paix », je la vis régulièrement et j’ai pleinement conscience de ces moments de « délectation tranquille » qui parsèment mes journées. Je m’amuse de ce que mes frères et sœurs me surnomment en riant « Béa la béate », sans être vraiment sûre que ce soit un réel compliment pour eux. Je sais bien que je vis encore trop souvent dans « le monde des Bisounours », que j’excuse quelquefois trop facilement les réactions de chacun et que j’évite instinctivement les discussions qui fâchent. Mais j’essaye désormais de prendre ma place et de mettre de la conscience dans mes décisions, et pour moi, ça change tout. Évitement : les conflits Appartenant au centre instinctif, le Neuf est ancré dans l’action et tient à contrôler à la fois son environnement et lui-même. Comme il ressent le besoin profond de se sentir paisible, tant intérieurement que dans ses relations avec son entourage, son ego se construit en se persuadant que pour être en sécurité il lui faut éviter toute opposition avec les autres, afin de ne pas déclencher leur colère, risquer un conflit avec eux et perdre le lien. Le Neuf cherche donc perpétuellement à éviter les conflits – surtout ceux qui l’impliquent personnellement –, qu’ils soient extérieurs ou intérieurs. Cet évitement est souvent à l’origine de sa difficulté à prendre des décisions et à dire non. Dominique (type Neuf) : J’aime travailler dans le jardin, selon mon inspiration et à mon rythme. Un jardinier très compétent y effectuant les lourdes tâches, le jardinage est pour moi une source de plaisir et de ressourcement. Au petit matin, je choisis les zones ensoleillées et je me réfugie à l’ombre quand le soleil tape. Il m’est insupportable que mon mari (qui est de type Un)
me donne dans ce domaine des directives précises. Un jour, il a pris la décision de tailler sans plus attendre un grenadier envahissant. C’était un travail pénible, les branches étaient denses, piquantes et très hautes. Il s’y est attelé dès la décision prise, en pleine après-midi, sous un soleil accablant. Il attendait de moi que j’évacue les branches coupées au fur et à mesure, pour lui permettre de voir clair. La pénibilité de la tâche rendait son humeur maussade… Ce n’était pas mon choix de tailler cet arbre ; le jardinier pouvait le faire plus tard, j’étais fatiguée et il faisait très chaud. Je savais que mon mari mènerait son travail de forçat jusqu’au bout et qu’il serait exaspéré de le faire seul. Je n’ai pas envisagé de dire non, craignant sans doute inconsciemment qu’un refus net et catégorique ne provoque de la colère en retour. J’ai simplement fui au fond du jardin, montrant que j’étais accaparée par une tâche de désherbage essentielle et urgente… Mais l’humeur de mon mari s’aggravant au cours du temps, j’ai finalement consenti à ramasser ces maudites branches ! Mécanisme de défense : la narcotisation Lorsque le Neuf sent qu’il ne peut éviter le conflit (intérieur ou extérieur), il a tendance à se réfugier dans des activités annexes et non prioritaires, ou plus simplement à utiliser des manières répétitives de penser et de faire. En procédant ainsi, il évite de se confronter à ce qui est important pour lui et il s’oublie lui-même. Ce mécanisme de défense est appelé « la narcotisation ». C’est son utilisation inconsciente qui explique que le Neuf, alors qu’il doit s’attaquer à quelque chose d’important pour lui, peut ressentir une envie irrépressible de reporter ce qu’il doit faire pour s’éparpiller dans d’autres activités, qui peuvent être stériles et futiles, comme le classement des trombones par ordre de taille par exemple !
C’est pour cela aussi qu’il laisse parfois son énergie et son attention être détournées par des habitudes, auxquelles il ne peut résister et dont il devient dépendant (juste un petit jeu de Sudoku avant de m’attaquer au dossier). Dans ces moments-là, le Neuf s’investit dans des occupations qui l’anesthésient et le coupent de ses besoins propres, qu’il ne veut pas connaître. Il remplace en fait ses besoins par des substituts, qui peuvent être très variés : les jeux, Internet, la lecture, le travail, ou encore le chocolat, l’alcool, les somnifères… tout ce qui contribue à ce que le temps passe, à l’abri de tout conflit ! La narcotisation n’est bien sûr pas propre au Neuf et nombreux sont ceux qui peuvent par exemple perdre du temps sur Facebook, alors qu’ils ont un dossier à boucler. Mais chez le Neuf, ce mécanisme est plus fréquent, car systématique dès qu’il doit s’attaquer à quelque chose d’important pour lui, surtout si un risque de conflit existe. La distorsion émotionnelle et son antidote : la restructuration émotionnelle Distorsion émotionnelle : la paresse Pour parvenir à maintenir une vie harmonieuse et calme, où rien ne peut vraiment l’atteindre, le Neuf tente de s’ajuster aux attentes des autres. Il ignore ses propres besoins et ses désirs, qui pourraient être en opposition avec ceux de son entourage et se focalise inconsciemment sur l’entente entre leurs points de vue. Il est à ce moment incapable de résister à une distorsion émotionnelle (ou passion) qui va le dominer : la paresse.
Le Neuf préfère s’anesthésier dans ses habitudes et fuir ses ressentis, ignorer ce qu’il veut et ce qu’il éprouve, ne pas être conscient de ses colères, de ses douleurs et de ses frustrations. Il y parvient en s’effaçant, en prenant la vie comme elle vient, en refusant de voir ses aspects gênants et en fuyant les tensions. La paresse du Neuf est avant tout une paresse à se connaître. Mais lorsque l’ego prend de l’ampleur, elle peut devenir une paresse à faire et se transformer alors en inertie et en torpeur. Jean-Pierre (type Neuf) : J’ai longtemps hésité à me mettre en travers d’un important projet d’urbanisme dans mon village, à cause de l’amitié qui me liait au maire et au président de la communauté de communes, qui en étaient à l’origine. Mille fois je me suis dit qu’il fallait, mille fois j’ai renoncé, car je savais qu’un tel engagement bouleverserait ma vie dans un sens qui ne correspondait pas à mon inclination. Jusqu’à un dîner avec des amis qui m’ont rappelé que l’enquête publique touchait à son terme et que l’impact sur le village serait important. Nous sommes montés à vélo à la mairie pour voir le dossier et, à cause de la pluie qui venait de s’abattre, le maire a proposé de nous redescendre. J’ai fini par lui demander un stylo pour inscrire mon opposition au projet, puisqu’on me demandait mon avis et que j’étais monté pour le donner. À mon retour j’en ai parlé, et tant de gens qui n’avaient rien dit m’ont affirmé penser comme moi que l’opposition s’est naturellement déclenchée ; elle s’est prolongée par un contentieux devant la justice administrative. S’en est suivie la recherche du véritable intérêt général, qui est devenue essentielle… et m’a pris dix ans de ma vie. À aucun moment je n’ai eu l’impression de « décider » quelque chose. Je m’étais interrogé, avais pesé le pour et le contre, sans réussir à trancher. J’ai eu l’impression que les événements ont entraîné pour moi un engrenage dont j’avais bien pris la mesure des enjeux dès le départ et dont je ne regrette rien. À quel moment le mécanisme s’est-il mis en route ? Assurément quand j’ai demandé un stylo. Sans d’ailleurs en prévoir encore la portée. Pour autant, n’importe quel grain de sable aurait eu les moyens d’inverser l’ensemble.
Restructuration émotionnelle : l’activité Lorsque le Neuf se connecte à son essence, il éprouve une force qui lui permet de vivre la restructuration émotionnelle (ou vertu) de son type : l’activité, au sens d’engagement. Le Neuf s’intéresse alors à ce qui se passe aujourd’hui et maintenant. Il connaît ses besoins et sait les exprimer ; il s’engage pleinement avec les autres et le monde et peut affronter le conflit avec assertivité. Il est lucide et passionnément intéressé par la réalité. Il estime que son opinion, son avis, compte aussi et il ne se cache pas dans les coulisses ou sur le banc de touche en espérant ne jamais être appelé ! Il fait preuve d’enthousiasme et est rempli d’une énergie venue de l’intérieur. L’obsession cognitive et son contrepoids : le mécanisme de progression Obsession cognitive : l’oubli de soi Lorsque l’ego du Neuf se sent en danger, il cherche à éviter les conflits et il est alors en proie à une obsession cognitive (ou fixation) : l’oubli de soi. Pour ne pas être affecté par la réalité, être touché en profondeur, le Neuf s’accroche à un état d’âme confortable et se concentre sur sa relation avec les autres. Il fusionne avec leurs désirs et leurs besoins et les fait passer avant les siens en s’oubliant, en s’ignorant et en se déconnectant de lui-même. De ce fait, il ne s’engage pas pleinement dans la vie et ne prend pas réellement sa place. C’est un « aquoiboniste », qui considère que rien n’est vraiment important…
Hélène (type Neuf) : Le programme de mes soirées est somme toute assez routinier car le plus souvent, après le repas, mon mari a pris l’habitude de visionner un film à la télévision. Il me pose la traditionnelle question « que veux-tu regarder ce soir ? » à laquelle je réponds presque invariablement « ce que tu veux » car, au fond, je lui fais confiance sur le choix du programme. Certains soirs, je ressens pourtant une envie de faire autre chose, et je m’imagine passer la soirée à lire, écouter de la musique ou peindre. Dans les faits cependant, ce désir reste du domaine du rêve. Lorsque mon mari allume la télévision, je ne me sens pas l’énergie de quitter le salon pour « vivre ma vie ». Comme s’il me manquait l’impulsion pour le faire. Alors, par facilité et par paresse, j’oublie mon envie première et je regarde la télévision avec lui. Et puis, regarder un bon film, c’est toujours agréable ! Le Neuf est le seul type de l’ennéagramme où distorsion émotionnelle et obsession cognitive sont si proches. Mais la paresse est d’ordre émotionnel : le Neuf dans son ego ne fait pas l’effort de reconnaître émotionnellement ses besoins ou ses envies. L’oubli de soi est pour sa part d’ordre mental, le besoin est conscientisé, mais le Neuf l’enterre très vite. Mécanisme de progression : l’amour Connecté à son essence, le Neuf surmonte son obsession grâce à un mécanisme de progression (ou idée supérieure) : l’amour. Il place son attention à l’intérieur de lui-même et découvre sa capacité à être présent au présent. Il s’ouvre à l’amour de soi et peut alors ressentir l’amour des autres, dans une relation authentique et symétrique. Bon médiateur, il sait réconcilier les opposés. Il est en paix avec lui-même et est capable d’amour inconditionnel, tout en maintenant sa conscience à lui-même.
Figure 12-1 Récapitulatif des mécanismes de l’ennéatype Neuf. Intégration et désintégration de la personnalité Lorsque le Neuf est connecté à son essence, il est capable de diriger sa vie et ses activités de manière responsable et autonome. Il apporte son égalité d’humeur, son écoute réceptive et ses qualités de conciliateur. Il est énergique, prend des initiatives et quitte alors son fauteuil de spectateur. Il abandonne la conviction qu’il n’a pas de valeur et découvre qu’il est aimé pour lui-même, inconditionnellement. Le Neuf dans sa routine est facile à vivre, ami avec tout le monde, tant qu’il n’est pas nécessaire de s’engager vraiment. Effacé, il ne défend pas son point de vue (à quoi bon ?) mais comprend toujours celui des autres. Il recherche la tranquillité d’esprit et évite de faire face aux problèmes, qu’il ne veut pas voir. Il éprouve des difficultés à dire non et à imposer des limites
à son entourage. Toujours serviable et souvent souriant, il passe inaperçu. Le Neuf dominé par les mécanismes de son ego devient de plus en plus passif, indolent et prisonnier de tout ce qui le protège d’une réalité déplaisante. De plus en plus négligent, il reporte sans cesse ce qu’il doit faire, mettant en avant toutes les excellentes raisons pour ne pas agir. Il a un sentiment d’impuissance et de désespérance et se sent complètement paralysé. Sa colère éclate de façon violente et souvent hors contexte. Outre ce mouvement d’intégration et de désintégration « interne » (au cours duquel il se connecte à son essence ou est dominé par son ego), le Neuf peut vivre par moments un mécanisme d’intégration et de désintégration « externe » ; il ajoute alors à ses caractéristiques les capacités ou les travers de l’essence ou de l’ego d’un autre type, auquel il est relié dans le schéma de l’ennéagramme. Ce mécanisme est décrit dans le cha pitre 17 (page 293). Quelques pistes pour évoluer Pour réduire l’emprise de son ego et se connecter à son essence, le Neuf doit arriver à reconnaître, dans sa vie quotidienne, les moments où il s’oublie et n’est pas présent à lui-même. Il lui faut repérer, par exemple, les instants où il détourne son attention d’une priorité et se disperse avec une activité secondaire ou une pensée obsédante, et ceux où il ne s’interroge pas sur ce qu’il veut réellement. Plusieurs pratiques peuvent lui permettre d’évoluer. Apprendre à dire non Le Neuf se sent en position très inconfortable lorsqu’on lui présente une proposition qui ne l’attire pas. Il comprend très
bien les attentes de son interlocuteur et ne veut pas le décevoir. Son premier réflexe est souvent de s’oublier et d’acquiescer silencieusement, quitte à le regretter par la suite et à résister en mode passif-agressif. Avant de répondre à une proposition, soyez à l’écoute de vos besoins, de votre rythme et de ce que vous dit votre corps : un sentiment de légèreté et de détente, une ouverture au niveau du diaphragme signalent le oui quand la crispation, la tension et la lourdeur révèlent que votre corps vous dit non. Assumez votre choix en posant clairement vos limites. En exprimant un vrai non, vous entretenez une relation sincère avec l’autre et vous êtes authentique avec vous-même. Vous prenez peut-être le risque de le décevoir, mais cette rupture n’est rien comparée à celle qui se manifeste quand vous coupez le lien avec vous-même. D’ailleurs, d’une façon générale, c’est votre vraie opinion qui est attendue par l’autre. Affirmer ses choix Paresse à se connaître et oubli de soi expliquent que le Neuf a toujours beaucoup de difficultés à savoir réellement ce qu’il veut, dans une situation donnée. En fusionnant avec les autres, il adopte leurs points de vue et en oublie les siens. Lorsque l’on vous demande vos préférences, interdisez-vous de répondre « comme tu veux » ou « ça m’est égal ». Prenez le temps de vous interroger, quitte à demander un délai de réflexion. Ne vous précipitez pas. Apprenez à reconnaître ce que vous souhaitez au fond de vous. Et n’hésitez pas à l’affirmer et à suivre votre choix. Reconnaître et gérer sa colère De nombreux Neuf ne reconnaissent pas leur colère, par peur de troubler leur tranquillité d’esprit. Cette colère est alors
intériorisée et se manifeste par des bougonnements, ou par une force d’inertie importante lorsqu’on leur demande de faire ce qu’ils n’ont pas envie de faire. Apprenez à percevoir votre colère, à la ressentir. La colère est une émotion naturelle qui nous informe qu’un besoin n’est pas satisfait. Il est important d’en prendre conscience et de l’exprimer. C’est elle qui vous permettra de vous connecter à votre énergie intérieure. Prenez conscience de votre colère, ressentez-la et osez l’exprimer. Car tout ce qui n’est pas exprimé s’imprime et se transforme en un ressentiment qui finit par s’ancrer.
DANS CE CHAPITRE Principales confusions dans l’identification de son ennéatype Chapitre 13 Identifier son ennéatype : principales confusions i certaines personnes découvrent immédiatement leur S ennéatype, d’autres peuvent hésiter longuement. Nous avons relevé ici les confusions les plus courantes : Les doublets classiques Un ou Six ? Les deux ennéatypes sont guidés par le sens du devoir et veulent bien faire, se sentant coupables lorsqu’ils n’atteignent pas leurs idéaux (pour le Un) ou qu’ils ne tiennent pas leurs engagements (pour le Six). Ils sont exigeants envers eux-mêmes, mais pour des raisons différentes. Pour le Un, parce qu’il se considère personnellement responsable de la bonne marche du monde,
pour le Six par crainte de ne pas être à la hauteur de ce que son groupe attend de lui. Le Un est son propre juge, le Six craint le jugement du groupe. Le Un, dans le centre instinctif, a besoin d’agir, alors que le Six a besoin de s’assurer qu’il sait comment faire face à une situation. Cinq ou Neuf ? Cette confusion, très fréquente, est le plus souvent le fait d’un Neuf ayant un QI élevé, qui se prend pour un Cinq. D’abord parce que certains confondent « être intelligent, studieux, aimer les livres et les connaissances » et être un Cinq, mais aussi parce que les Neuf ont tellement peu le sens de leur identité qu’ils ont souvent du mal à se reconnaître dans un type. Et puis les deux ennéatypes ont besoin de retrait et de calme. Le Cinq a horreur du conflit, à cause de la décharge émotionnelle qui l’accompagne, mais il n’hésitera pas à défendre son territoire s’il se sent envahi. Le Neuf déteste qu’on le brusque, mais il ne le manifestera généralement pas. Six ou Deux ? Les Six, surtout s’ils sont dans un milieu où le souci des autres est « la ligne du parti », peuvent facilement se prendre ou être pris pour des Deux. Ils partagent avec ceux-ci le besoin d’être approuvés, la sollicitude envers leurs proches et peuvent également poser trop de questions, au point de sembler indiscrets. Le Six le fera pour essayer de comprendre et il n’aura pas la volonté de contrôle du Deux. Le Deux se permettra d’enfreindre des règles pour le « bien » de l’autre, ce que le Six ne fera que si, après mûre réflexion, il estime que la règle est inique. Neuf ou Sept ?
Conflit et souffrance vont souvent de pair, il n’est donc pas étonnant que les Neuf et les Sept puissent confondre leurs mécanismes égotiques. Le Sept pense consentir à des sacrifices inhumains dès qu’il doit renoncer à satisfaire une envie et peut imaginer qu’il s’oublie lui-même. Le mécanisme de narcotisation du Neuf peut être confondu avec la fuite de la souffrance et les justifications alambiquées qu’il émet pour ne pas passer à l’action ressemblent à la rationalisation du Sept. Et puis les deux types font tout pour ne pas voir les difficultés et adopter une attitude positive. Mais le Neuf n’aime pas qu’on l’oblige à faire quelque chose alors que le Sept déteste qu’on l’empêche de faire ce qu’il veut. Les doublets plus subtils Deux ou Neuf ? Refusant de reconnaître leurs propres besoins, ces deux ennéatypes prêtent à confusion. Le Deux est en recherche active pour aller au-devant des autres, là où le Neuf agit, ou pas, sur demande. L’orgueil du Deux transparaît dès qu’on remet en cause son action alors que le Neuf ne cherche pas à s’imposer. Quatre ou Un ? Les deux ennéatypes recherchent un idéal et ils peuvent être tout aussi intolérants envers ceux qui s’écartent de ce qui leur paraît beau ou bon. Ils sont tous deux très critiques envers eux-mêmes, mais le Un ne navigue pas sur des montagnes russes émotionnelles et le Quatre n’est pas perfectionniste pour luimême. Huit ou Deux ?
Les Huit, surtout s’ils ne sont pas en position de pouvoir exercer leur autorité naturelle, peuvent se prendre pour des Deux et confondre leur besoin de contrôle avec un souci de répondre aux besoins des autres. La confusion est plus rare dans l’autre sens. Un triplet de choc : Trois, Sept ou Huit ? Le Trois est la version émotionnelle du Huit et le Sept, la version mentale du Trois. Optimistes, fonceurs, débordants d’idées comme les Sept, et prêts à les mettre en œuvre comme les Huit, les Trois ont parfois du mal à se déterminer entre ces deux types. Le Sept peut se voir comme un Trois quand il n’est pas conscient de sa difficulté à mener un projet jusqu’au bout. Il peut faire penser à un Huit quand il use de l’ascendant que lui donnent sa flexibilité mentale et son irrévérence naturelle pour assurer son indépendance. Un Huit, s’il est d’un naturel plus relationnel et chaleureux, peut confondre son besoin de contrôler avec la recherche du résultat propre au Trois et se prendre pour cet ennéatype. La quadrature du doute : Un ou Deux ou Cinq ou Neuf ? La réponse à cette question est généralement Six ! Cet ennéatype a beaucoup de mal à se reconnaître car il a des affinités avec la droiture du Un, le dévouement du Deux, la sagesse du Cinq et la recherche du bien-être du groupe du Neuf. Et quand il finit par se reconnaître, il en doute…
Partie 3 Expression et attitude de chaque ennéatype
Dans cette partie… Vous découvrirez que les neuf personnalités de l’ennéagramme ont chacune leur propre dialecte, et qu’il est utile de le maîtriser si l’on ne veut pas commettre d’impairs ! Pour vous aider dans cette interprétation, nous vous dévoilerons, pour chaque ennéatype, les « sept règles » à connaître pour bien parler le langage de l’autre. Au-delà de la communication, la compréhension d’un ennéatype passe aussi par l’analyse de ses comportements, par la façon dont il occupe sa place dans le monde. C’est là qu’interviennent ses instincts fondamentaux, généralement à l’origine de préoccupations et d’attitudes caractéristiques qui imprègnent chaque personnalité ; ils constituent à ce titre un excellent moyen de valider l’hypothèse de votre ennéatype.
DANS CE CHAPITRE Parlons-nous la même langue quand nous communiquons entre nous ? • Comment chaque ennéatype communique-t-il ? • Comment communiquer avec chaque type ? • Le paradoxe de chaque type Chapitre 14 Communiquer avec chaque ennéatype vez-vous déjà voyagé dans un pays dont vous ne connaissez A pas la langue ? En général, on s’y prépare en en apprenant quelques rudiments, on achète un guide de conversation ou un traducteur automatique ou bien on s’inscrit à un voyage organisé et on se met entre les mains des organisateurs. Il est rare qu’on se lance dans ce type d’aventure sans avoir pris quelques précautions et elles nous semblent tout à fait normales. Mais avez-vous voyagé dans un pays où l’on parle votre langue maternelle ou une autre langue que vous maîtrisez ? Vous ne
vous êtes probablement pas inquiété, pensant arriver en terrain connu. N’avez-vous pas été surpris par certaines tournures, par le vocabulaire ou par l’accent que vous avez eu du mal à comprendre ? Peut-être avez-vous commis un impair en insistant (ou en n’insistant pas) face à un refus ou une offre ? Sans même quitter votre pays, ne vous êtes-vous jamais retrouvé parachuté dans un milieu social ou culturel dont vous ignoriez les codes ? Toutes ces occasions vous ont permis de prendre conscience des difficultés inhérentes à la communication interpersonnelle, qui vont bien au-delà de la connaissance de la langue parlée. Le tour du monde en neuf ennéatypes La communication n’est pas un processus automatique ! Nous utilisons des codes dont nous ne sommes pas conscients, nous n’entendons pas notre accent (nous en avons tous un) et nous imaginons que nos intentions sont claires et compréhensibles. Notre ennéatype est un facteur qui a une très grande influence sur notre manière de communiquer. Notre manière particulière d’être au monde se traduit dans neuf dialectes différents et ils nous confrontent aux mêmes difficultés de compréhension que lorsque nous arrivons dans un de ces pays dont nous pensons connaître la langue, mais dont nous ignorons les subtilités, les intonations et les particularismes ! Et, de même que nous pouvons être choqués par l’usage du tutoiement systématique ou par celui d’expressions que nous jugeons déplacées, voire grossières, notre vocabulaire, nos gestes, notre humour ou son absence, la distance à laquelle nous nous tenons de notre interlocuteur, tout ceci peut heurter une personne d’un autre ennéatype que le nôtre. Il n’y a là aucune intention dévoyée, ces expressions ne traduisent ni agressivité, ni mépris de notre part,
peut-être bien au contraire ! Mais c’est ainsi qu’elles peuvent être reçues à notre grand étonnement. En lisant ce chapitre, vous allez apprendre à décoder les biais de communication de votre ennéatype et découvrir les rudiments de la langue de chacun des huit autres. Vous verrez que c’est un apprentissage qui est à votre portée et ce, quel que soit l’ennéatype de votre interlocuteur. Contrairement à ce que beaucoup de personnes croient, tous les ennéatypes peuvent s’entendre entre eux, même ceux qui sont les plus éloignés. La capacité à communiquer est le fruit de la connaissance de quelques règles de base et du degré d’intégration des deux parties. Il n’y a pas de relations nécessairement privilégiées ni de relations impossibles entre les ennéatypes quand les personnes sont intégrées. Les neuf modes de communication Sermon ou leçon : la langue du Un Le Un est convaincu qu’il est toujours possible d’apprendre à mieux faire. Il cherche à s’améliorer et à améliorer le monde qui l’entoure, puisqu’il est important pour lui de concrétiser ses idéaux. Les idées ne l’intéressent que si elles peuvent être mises en œuvre. Face à ce qu’il perçoit comme une imperfection, la sienne ou celle de l’autre, il manifeste de la colère et il est difficile, vu de l’extérieur, de savoir qui ou quoi en est la cause. N’étant pas conscient de cette colère, il n’entend pas le ton sec de ses propos.
Il est précis et donne des détails quand il fournit des explications, mais les nuances ne sont pas son point fort. Il a tendance à asséner des remarques critiques qui, même si elles sont souvent fondées, sont très mal reçues par son entourage. Il s’agit en fait de marques d’intérêt puisqu’il considère son interlocuteur apte à s’améliorer. Il cherche donc à l’y aider, n’imaginant même pas que cela ne l’intéresse pas ! Tenir compte des sentiments personnels ou de l’existence de compromis éventuels n’est pas dans sa nature. Il lui est difficile d’adapter son discours pour qu’il soit plus recevable, cela reviendrait pour lui à de la compromission et il en a horreur. Le Un pense qu’il est toujours possible de s’améliorer. Il le manifeste par des phrases commençant par « il faut » ou « tu dois ». Si son interlocuteur est capable de dépasser le ton professoral de ces recommandations et de les appliquer, il en tirera grand profit ! Le Un l’aidera dans sa progression et ne le laissera pas tomber. Il a un sens profond de l’engagement et la difficulté ne le fait pas reculer. Il respecte les personnes qui cherchent sincèrement à s’améliorer, mais ses injonctions sont parfois difficiles à entendre car il ne se contente pas d’un à-peuprès. C’est le grand paradoxe des Un, qui obtiennent très souvent le contraire de ce qu’ils voudraient susciter chez leurs interlocuteurs. Eux qui voudraient être pédagogues poussent les autres à ne même plus essayer de bien faire, puisque le Un n’est « jamais content ». Le sérieux et l’investissement personnel qu’ils apportent au monde sont perçus comme de la rigidité. Les sept règles pour parler Un ❶ Netteté et précision : Présentez des idées claires et bien formulées, oubliez les fioritures et l’humour. Le Un rejettera un discours évasif qui ne lui fournit pas les éléments dont il a besoin ou qui cherche à détourner son attention. Il est sérieux et s’attend à ce que les autres le
soient aussi. Une personne qui pratique l’humour lui semblera désinvolte et peu fiable. ➋ Ponctualité et respect : Le Un a horreur de perdre son temps et d’être en retard. Il apprécie la politesse et déteste tout particulièrement être interrompu, car il risque de perdre le fil de son raisonnement linéaire. Il est également très attaché aux formules de politesse et aux voies administratives et hiérarchiques, qui garantissent une procédure sans passe-droits. ❸ Sincérité : Une erreur avouée, et qui n’est pas le fait de votre légèreté ou de votre négligence, sera pardonnée. Dans tous les cas, prenez les devants car le Un s’en apercevra tôt ou tard ! Vous éviterez ainsi de passer pour un dissimulateur et de perdre sa confiance. ❹ Justesse et modération : Les compliments et les critiques sont à manier avec précaution. Il est très peu sensible aux premiers et n’en tiendra compte que s’ils sont justifiés. La flatterie est à proscrire avec le Un, il y est complètement insensible et vous serez vu comme une personne peu fiable. Quant aux critiques, il s’en fait déjà bien assez luimême s’il sait qu’il a tort, et ne les acceptera pas s’il est convaincu d’avoir raison. ❺ Ouverture : Plutôt que de contredire le Un, il vaut mieux lui proposer de s’ouvrir à d’autres options, pourvu, bien sûr, qu’elles soient réalistes et honnêtes. ❻ Cohérence : Le Un suit les règles et les procédures en place. Il a besoin de les connaître et s’attend à ce qu’elles soient appliquées sans altération. Une règle qui n’est pas connue ou qui est fantaisiste n’est pas une règle. ❼ Sérieux : L’effort passe toujours avant le réconfort et les personnes qui prétendent mêler travail et plaisir ne sont pas fiables. Inutile de proposer une activité distrayante
sans avoir bien travaillé au préalable sous peine d’être disqualifié ! Secours ou conseils : la langue du Deux Le Deux se donne pour mission de vous aider et c’est ce message qu’il vous transmet par son langage verbal, corporel et émotionnel. Pour cela, il cherche à être proche de vous, quitte à envahir votre espace physique ou mental. Il joue de ses émotions pour s’assurer qu’elles syntonisent avec les vôtres ou du moins, avec celles qu’il vous prête. Son désir d’être perçu comme une personne aimante et concernée par les besoins de son interlocuteur peut pousser le Deux à le surprotéger, au point de créer chez celui-ci une forme de dépendance affective ou de rejet. La difficulté à garder les distances est l’une de ses principales caractéristiques. Ceci se traduit aussi bien par une proximité physique, que par l’intensité du regard ou par la collecte et conservation d’informations personnelles qui pourront être utilisées comme preuves de son souci et de son affection. Il peut chercher à infantiliser son interlocuteur, pour ensuite le convaincre qu’il est en mesure de lui apporter ce dont il a besoin. S’il ne peut se mettre en position de supériorité, il va avoir recours à la flatterie pour faciliter le contact. Il ne sait pas toujours manier cette arme à bon escient et elle peut lui aliéner certaines personnes, qui vont naturellement se méfier de ce type d’approche. Avec d’autres, en revanche, plus confiantes, elle peut être d’une redoutable efficacité ! Le Deux manifeste aussi son affection par des cadeaux, des gestes d’attention, des petits mots. Il peut être très généreux, au point de se mettre en difficulté financière. Il aime faire plaisir et il aime qu’on lui en soit reconnaissant. Il donne son avis même
s’il n’a pas été sollicité et prodigue aide et conseils, parfois avec trop d’insistance, tant il tient à être la personne qui vous aura tiré d’une difficulté ! Le Deux a une capacité particulière à être là au moment opportun ou à dire le mot d’affection dont son interlocuteur a besoin. Quand il ne se laisse pas déborder par ses émotions, elles lui permettent d’aider les autres à exprimer leurs états d’âme ou, tout du moins, à sentir qu’ils ont été compris. Triste paradoxe du Deux… Lui qui utilise toute une palette de possibilités pour manifester son amour et sa capacité à vous comprendre et vous aider, il déclenche des mécanismes de défense contre l’intrusion et la manipulation. Les sept règles pour parler Deux ❶ Présence : Le Deux ne se contente pas d’un intérêt distant ou d’une analyse circonstanciée de sa situation. Il n’aime généralement pas être seul et le contact direct et chaleureux a toujours sa préférence. Il sentira tout de suite, même au téléphone, si vous êtes ailleurs dans vos pensées. ➋ Partage : Manifestez des émotions sincères mais ne vous laissez pas entraîner sur ce terrain, sa capacité émotionnelle est supérieure à la vôtre. Il est très sain que, de cette façon, un Deux découvre que l’on peut exprimer de vraies émotions en gardant une certaine retenue, car il prend souvent celle-ci pour de l’indifférence. ❸ Limites : Marquez les limites que vous ne le laisserez pas franchir, mais c’est à vous qu’il revient de les faire respecter. C’est à vous de ne pas faire les confidences que vous ne souhaitez pas lui faire. ❹ Renvoi : Le Deux projette souvent ses propres besoins sur les autres, ce qui lui permet de les satisfaire tout en pensant être altruiste. Évitez de rentrer dans son jeu ! N’hésitez pas à lui dire que vous serez ravi de faire ceci ou cela avec lui
parce que vous voyez que ça lui fera plaisir, au lieu de le conforter dans l’idée que ça aurait été votre choix. ❺ Clarté : Le Deux n’hésitera pas à répondre à des appels personnels pendant une réunion ou professionnels pendant un repas. Soyez clair de votre côté, ne l’appelez pas à toute heure. Vous n’êtes pas non plus obligé de devenir son ami si c’est un collègue, ni son collègue si c’est un ami. ❻ Reconnaissance : On s’habitue aux services que les Deux nous rendent, au point d’oublier de les remercier ! Faites-le sincèrement, sans fanfare, mais n’omettez pas cette étape quand il a réellement répondu à une attente ou à un besoin. Ne considérez pas son aide comme allant de soi. ❼ Respect : Le point faible du Deux est sa difficulté à refuser de rendre un service qu’on lui demande. Il est presque trop facile d’en profiter pour se débarrasser sur lui des corvées. C’est une manœuvre à éviter par pur respect pour lui et pour éviter de tomber dans une surenchère de manipulation émotionnelle. Propagande ou argumentaire : la langue du Trois Le Trois veut vous convaincre et il va user de toutes ses ressources pour cela. Quel que soit le contexte dans lequel il s’exprime, vous aurez l’impression qu’il est en train de vous vendre quelque chose. Nul besoin pour cela d’être en transaction commerciale avec lui ! Il peut tout aussi bien s’agir d’une bonne adresse que d’un auteur qu’il a découvert, de son kiné ou de sa dernière réalisation. Il déroule un argumentaire et sait aussi comment obtenir des informations de son interlocuteur. Il a un flair tout particulier pour savoir sur quel registre il doit s’adresser à vous et quels seront les critères pour vous convaincre. Il est généralement sympathique et souriant,
s’approchant parfois un peu trop de son interlocuteur. Naturellement expressif, sa gestuelle sert bien son discours. Le Trois laisse rarement passer l’occasion de se faire admirer pour ses réalisations, plus ou moins subtilement selon son degré d’intégration. Il se protège ainsi d’entrer dans des considérations plus personnelles sur des sujets intimes. S’il donne parfois l’impression de s’être livré, c’est souvent dans un objectif précis (vous faire croire que vous êtes dans son cercle proche, susciter votre intérêt). La véritable confidence reste rare, elle est un cadeau précieux ! Le Trois a une grande capacité à ajuster son attitude et sa posture à la personne à qui il s’adresse et il s’en sert à bon ou mauvais escient. C’est un des signes les plus révélateurs de son ennéatype ! S’il est bien intégré, cela fait de lui un vis-à-vis hors pair, une personne qui vous offre exactement la hauteur d’épaule sur laquelle vous avez besoin de vous appuyer. S’il est déconnecté de son centre émotionnel, ou qu’il est trop pressé d’aboutir, il ne perçoit pas les informations nécessaires et n’est plus ajusté à son interlocuteur. La dissonance entre son discours et ses intentions véritables devient alors palpable. Le Trois a toujours la solution à votre problème ! Mais peut-être n’avez-vous pas envie de le régler ? Ou de le faire de cette manière si expéditive ? Ou peut-être que vous n’avez pas l’énergie de le faire ? Ou tout simplement pas de problème du tout ? Alors qu’il pense vous offrir son efficacité, vous percevez de la suffisance. Les sept règles pour parler Trois ❶ Conviction : Difficile d’intéresser un Trois si vous ne croyez pas à ce que vous dites ! Il supporte très mal les personnes défaitistes ainsi que les petits joueurs. Il a tendance à fuir les deux ou à les écarter comme s’ils étaient contagieux. Plus ce qu’on lui dit est bref et précis –
chiffré même, si c’est possible –, plus le Trois est prêt à s’enthousiasmer et à s’engager. ➋ Sincérité : Le Trois est très doué pour repérer les fauxsemblants et les fils qui dépassent dans un récit ! Il est plus fort que vous à ce jeu-là, ne vous y essayez donc pas. La flatterie est aussi à proscrire pour la même raison. Si vous lui faites un compliment, soyez honnête et mesuré. Rapportez-le à sa personne et non à ses réalisations, ça l’aidera à découvrir qu’il a de la valeur par lui-même. ❸ Appréciation : Le Trois vous manifeste son affection en réglant tous vos problèmes et en aplanissant votre chemin. Manifestez votre appréciation pour ses efforts et n’en profitez pas pour le laisser tout faire, même s’il est parfois difficile de le devancer ! Montrez-lui que vous mesurez l’affection qu’il vous témoigne. C’est un émotionnel et il a besoin d’être rassuré sur la qualité de votre relation. Vous pourrez alors lui demander de vous consacrer du temps et pas seulement des efforts. ❹ Rapidité : Contrairement à d’autres ennéatypes, le Trois n’a pas besoin d’avoir tout le déroulé d’une histoire pour la comprendre. Les détails l’encombrent et l’agacent, inutile de les lui fournir s’il ne vous les demande pas. Le Trois déteste perdre son temps et si vous le ralentissez sans raison il ne vous écoutera plus. ❺ Faire ensemble : Si vous voulez passer du temps avec un Trois, proposez-lui une activité commune, utile de préférence, qui occupera ses mains mais qui lui laissera tout loisir de vous écouter, sans avoir l’impression de perdre son temps. Non seulement ça ne le distraira pas mais, au contraire, ça l’aidera à vous prêter attention ! ❻ Limites : Le Trois a beaucoup de mal à s’arrêter, fixez-lui des limites. Si c’est un collègue ou votre supérieur, ne vous sentez pas obligé de répondre à ses messages à 6 heures du matin. Si c’est un ami ou un conjoint, dites clairement
quelles sont les plages horaires que vous lui demandez de réserver pour vous ou pour sa famille. ❼ Fiabilité : Le Trois a besoin de savoir qu’il peut compter su vous, donc tenez vos engagements. Si vous n’êtes pas fiable vous devenez un possible facteur d’échec, vous serez écarté de ses projets. Il ne perdra pas du temps à vous le dire en face, il fera sans vous ou vous contournera. Silences éloquents ou drame : la langue du Quatre Le Quatre a tendance à se laisser envahir par ses émotions, qu’elles soient positives ou négatives. Il leur laisse libre cours et elles peuvent le submerger, ainsi que ses interlocuteurs qui se trouvent prisonniers de ce flot émotionnel. Le Quatre ne se contente pas d’avoir des émotions, il les incarne au point de ne plus se distinguer d’elles. Il lui est difficile de ne pas faire part de tous ses états d’âme car il vivrait cela comme un manque d’authenticité. Sa palette émotionnelle est si riche que la langue ne suffit pas toujours à la décrire avec la précision voulue. Le Quatre a donc souvent recours à la communication non verbale. La manière de s’habiller, la décoration intérieure, le choix d’une voiture ou d’un plat dans un menu, tout peut se prêter à transmettre des informations cryptées, dont il espère qu’elles seront décodées, ou pas… Car le Quatre aime entretenir un jardin secret dans lequel il peut vivre sa différence même si, paradoxalement, il regrette en même temps que si peu de personnes en trouvent l’entrée. De là à penser qu’il n’est pas assez intéressant pour qu’on fasse l’effort de le comprendre, il n’y a qu’un pas qu’il franchit facilement.
Les problèmes et les soucis du Quatre prennent des proportions telles qu’il lui est difficile de parler d’autre chose. Quand la conversation s’en éloigne, il peut la ramener vers ses préoccupations sans logique apparente pour ses interlocuteurs. Comme il cherche à décrire ses émotions de la manière la plus juste possible, il lui arrive de laisser ses phrases inachevées, car il se trouve à cours de mots pour exprimer une émotion, ou car celle-ci s’est modifiée pendant qu’il cherchait à la fixer. Les symboles sont très importants pour lui et il a tendance à en user et à en abuser. Il peut lui être impossible de prendre des notes s’il n’a pas la couleur d’encre ou le cahier approprié à l’état émotionnel qu’il est en train de vivre. De même, le port d’un vêtement précis peut devenir indispensable dans une circonstance particulière, car il est chargé d’un souvenir important. Ce qui peut sembler à d’autres un simple effet décoratif, ou même passer inaperçu, peut représenter des heures de questionnements pour le choix d’une couleur ou d’une matière. Le Quatre est généralement un bon compagnon dans les moments de souffrance ou quand des émotions négatives nous envahissent. Dans les moments de joie, une touche d’envie ou un brin de mélancolie risquent de venir ternir la communication avec lui. Alors que le Quatre cherche à exprimer des émotions authentiques et à laisser percevoir ce qui a de la valeur pour lui, sa communication est souvent perçue comme étant trop travaillée, voire théâtrale. Les sept règles pour parler Quatre ❶ Acceptation : Dire à un Quatre de se calmer ou de s’en tenir aux faits revient à lui fermer la porte au nez. Inutile également de lui dire que ce n’est pas grave ou d’essayer de voir les bons côtés d’une situation, s’il la perçoit comme étant dramatique.
➋ Empathie : N’imaginez pas que le Quatre est venu chercher des conseils ou, pire encore, des solutions ! Il n’en a pas besoin, il veut que vous écoutiez ses interrogations. ❸ Implication : Soyez clair dans vos engagements et montrez que la relation est importante pour vous. Le Quatre a naturellement peur de l’abandon, il a besoin d’être rassuré et de savoir qu’il peut compter sur vous. ❹ Honnêteté : N’essayez pas d’acheter un Quatre en le récompensant. Garantissez-lui plutôt un espace de créativité dans le projet, quel qu’il soit. De son côté, il ne peut pas s’attendre à une gratification émotionnelle que son entourage ne sera pas en mesure de lui apporter, mais il sera sensible à l’existence d’un véritable esprit de coopération. ❺ Précautions : Ne rentrez pas dans une surenchère émotionnelle pour essayer de dialoguer avec un Quatre. Essayez plutôt d’ouvrir son espace de réflexion (pour faire travailler son centre mental) ou d’action (pour faire travailler son centre instinctif). ❻ Pondération : Dans une discussion, même dans un milieu professionnel, l’opinion subjective d’un Quatre a plus de valeur pour lui que les données statistiques qu’il aurait dû vous fournir pour vous convaincre. Si ça n’est pas votre cas, c’est votre droit de demander à les obtenir aussi, sans pour autant retirer de la balance son opinion subjective. ❼ Mystère : Acceptez de montrer que vous n’avez pas tout compris, ni tout anticipé. Partagez la beauté de ce qu’il vous révèle mais laissez-lui sa part de mystère, même si vous pensez l’avoir percée !
Monosyllabes ou traité : la langue du Cinq La communication du Cinq est très particulière. En général, il parle peu car, soit il pense ne pas en savoir assez pour s’exprimer, soit il croit que son interlocuteur n’en sait pas assez pour le comprendre. Afin de les situer, il laisse les autres parler avant de le faire lui-même. Quand il se décide à prendre la parole, son discours peut avoir la forme d’un cours magistral difficile à arrêter, généralement destiné à décourager son interlocuteur ou à le noyer d’informations qu’il ne saura pas interpréter. Si le sujet l’intéresse, s’il en sait suffisamment et s’il estime que ses interlocuteurs sont en mesure de le comprendre, il sera un modèle de précision et de concision. Le Cinq est concret, objectif et impartial. C’est un excellent confident quand il accepte d’écouter, mais il ne faudra pas attendre de lui qu’il partage les émotions de son interlocuteur – et surtout pas en direct ! Il privilégie d’autres moyens moins risqués en exprimant à bonne distance l’importance qu’il accorde à la relation. Il préfère être seul, car il a besoin de moments de retrait pour recharger ses batteries et réfléchir tranquillement à ce qui occupe son monde mental très riche. Il se tient à bonne distance physique et a tendance à reculer si on empiète sur son territoire. Il ne connaît pas l’ennui et ne comprendra pas le besoin de compagnie des autres. Très secret, il ne livre que très peu de luimême, au point de cacher des informations sans importance. S’il ne peut pas s’isoler physiquement, il se repliera en lui-même et son entourage sentira qu’il est devenu inaccessible. Ses silences et son impassibilité se prêtent à des interprétations erronées, car il est en effet facile de les prendre pour de l’indifférence ou de l’antipathie. Il faut essayer de lui faire comprendre cette éventualité pour éviter des malentendus qui
pourraient être graves, quand de nouvelles personnes rejoignent son cercle. Le Cinq ne devancera pas un besoin d’informations. Il estime que c’est à son interlocuteur de poser des questions s’il a besoin d’en savoir plus. Il n’est pas conscient du fait que son attitude peut paraître suffisante ou hautaine. Il a tendance à négliger les facteurs humains qu’il ne saisit pas bien. Alors que le Cinq cherche à fournir des informations aussi concises que précises, ses interlocuteurs se sentent perdus dans un brouillard de mots ou en sont réduits à essayer de lire dans ses pensées. Les sept règles pour parler Cinq ❶ Silence : Évitez de meubler la conversation. Le Cinq n’est pas gêné par le silence, bien au contraire ! L’idéal est de ne lui parler que quand c’est utile, voire indispensable. ➋ Informations : Si vous voulez susciter son intérêt, apportez-lui des informations pertinentes, des connaissances qu’il pourra engranger et savourer par la suite. ❸ Discrétion : Respectez son besoin d’intimité et restez discrets. La divulgation d’informations sur son compte, même banales à vos yeux, équivaut à une rupture de relation. ❹ Respect : Quand un Cinq vous consacre du temps, assurez-vous qu’il sait à quelle heure vous arrivez et à quelle heure vous allez repartir. Tenez-vous bien à ces horaires et, la prochaine fois, il sera plus détendu pour vous écouter. Bien entendu, ne venez pas le voir sans l’avoir prévenu au préalable. ❺ Anticipation : Ne le prenez pas de court en lui demandant quelque chose à l’improviste ou en bouleversant son
emploi du temps. Il a besoin de recul pour prendre une décision et, comme tous les ennéatypes du centre mental, il a horreur qu’on veuille lui imposer des obligations. ❻ Concentration : Si un Cinq sort de sa cachette pour venir vous voir, c’est qu’il est en train de vous faire un cadeau. Méritez-le en lui consacrant toute votre attention, sans vous laisser distraire par d’autres sollicitations. De toute façon, il ne restera pas longtemps ! ❼ Contentement : Le Cinq est économe de ses réactions. S’il vous dit qu’il est satisfait ou d’accord, contentez-vous de cette affirmation et n’en attendez pas plus. Si vous cherchez à lui arracher une réaction plus enthousiaste, vous n’obtiendrez qu’un repli immédiat. Limites ou mise en garde : la langue du Six Le Six est l’ennéatype le plus complexe à décrire et sa communication n’échappe pas à cette caractéristique. Pris entre loyauté et questionnement, puissance de raisonnement et doute constitutif, il sera aussi bien votre plus sûr appui qu’il pourra avoir besoin d’être rassuré au moment où vous vous y attendrez le moins. Il passera en un instant du rôle d’avocat de la défense à celui d’avocat du diable et pourfendra les agresseurs avec la même force qu’il protégera les faibles. Le Six à besoin de connaître les règles du jeu et de savoir ce que l’on attend de lui, afin de pouvoir s’y conformer. Il énonce ses règles et ses attentes, non pour sermonner son interlocuteur, mais pour lui éviter de les enfreindre, ce qui serait pour luimême une source d’angoisse qu’il veut épargner à l’autre. Il cherche à obtenir les informations dont il pense avoir besoin pour agir correctement et supportera très mal qu’on omette de les lui communiquer. Il pourra penser que cette attitude est
délibérée et il sera difficile de lui prouver le contraire. Sa recherche d’informations peut parfois dépasser les bornes de la discrétion mais, même sans atteindre ces limites, le Six pose habituellement beaucoup de questions. Le Six tient un discours rationnel, même dans les moments où il s’est déconnecté de son centre mental. Il se trompe en bloc mais comme tout s’imbrique dans son raisonnement, il n’est pas toujours aisé de démêler l’écheveau. Il peut aussi basculer dans ses relations et passer rapidement d’une posture chaleureuse à une posture fermée ou agressive, avec une grande capacité de retrait. Sa loyauté sans faille envers son groupe ne l’empêche pas d’être lucide, voire critique, envers ceux qui le composent, s’ils ne respectent pas les règles qui le régissent. Il ne manquera pas de les rappeler à l’ordre, pensant, là aussi, leur éviter de s’égarer et donc leur rendre service. Comme lui-même craint de se fourvoyer, il projette cette peur chez ses interlocuteurs et ne comprendra pas les réactions négatives que ses rappels à l’ordre ne manqueront pas de susciter. Le Six cherche à éviter les erreurs de jugement comme les prises de risque qu’il considère injustifiées et identifie tous les scénarios catastrophe possibles. Ce qui est pour lui un désir de protection et une marque d’intérêt est reçu comme une attitude négative et décourageante. Les sept règles pour parler Six ❶ Cohérence : Le Six cherche à être cohérent avec ses valeurs et il ne supporte pas que l’on joue sur deux registres. Il ne comprend pas qu’on puisse changer d’avis sans des arguments solides et il détecte immédiatement les ruptures de cohérence dans un discours. ➋ Explications : Si vous voulez convaincre un Six, il va falloir vous y employer ! Les arguments du style « parce que c’est comme ça » n’ont aucun effet sur lui. Il faut toutes les données disponibles et les plus solides possibles.
Ses questions vous donneront l’impression de passer un examen, mais dites-vous qu’il ne cherche pas à vous coincer, il cherche à comprendre et à se former sa propre opinion. ❸ Clarté : Les sous-entendus le déstabilisent beaucoup, car ils déclenchent toutes sortes de suspicions et il ira beaucoup plus loin que vous ne le supposiez. Si le doute commence à planer, tout l’édifice est en danger. Il vous écoute avec attention mais finissez vos phrases, n’imaginez pas qu’il bouchera les trous dans votre discours. ❹ Considération : Le Six questionne tout, même ce qui est pour vous une évidence. Ne commettez pas l’erreur de le traiter avec condescendance parce qu’il a pu imaginer l’inimaginable. Ne traitez pas à la légère son angoisse, car il perdrait confiance en vous. Écoutez plutôt ses interrogations car elles peuvent vous alerter sur une éventualité que vous n’aviez pas imaginée. ❺ Mesure : Le Six apprécie les propos mesurés et fondés. Les exagérations sont un sujet d’angoisse, car il ne peut pas les écarter d’emblée et doit d’abord déterminer le risque possible. Les compliments doivent, eux aussi, garder des proportions raisonnables et vous devez être légitime pour les formuler. Justifiez-les et éventuellement étayez-les par des exemples, ça le rassurera sur vos intentions. ❻ Rappel : Si vous êtes proche d’un Six, gardez bien en tête toutes les situations qui se sont bien déroulées, tout ce qui s’est bien passé et tous les obstacles qu’il a déjà surmontés. Il a besoin qu’on les lui rappelle car il a tendance à les oublier ou à les minimiser et à exagérer la part des problèmes. ❼ Fiabilité : Montrez-lui qu’il peut compter sur vous, tenez vos engagements, reconnaissez vos erreurs. Soyez constant
dans le soutien que vous lui apportez et n’hésitez pas à lui rappeler votre implication à ses côtés quand il doute de vous. Rassurez-le sur votre bienveillance, souvenez-vous qu’il doute d’abord de lui-même, y compris de sa perception de vous ! Profusion d’idées ou histoires : la langue du Sept Le Sept recherche la légèreté et l’amusement. Il aime jouer avec des idées qu’il produit comme des bulles de savon. Il adore « pelleter les nuages », comme disent les Québécois. Les détails pratiques l’ennuient et il les écarte, puisqu’il ne s’attend pas du tout à devoir concrétiser ce qu’il imagine. C’est un théoricien qui n’aime pas qu’on lui rappelle qu’il n’y a qu’en théorie que tout est possible. Quand un Sept vous parle de ses projets et de ses expériences, souvenez-vous que son rapport à la vérité est souvent assez créatif. Il ne ment pas, il brode, il raconte et ne comprend pas que vous vous offusquiez alors que son histoire était si bien tournée. Fallait-il aussi qu’elle soit vraie ? Il se dira qu’il ne voulait tout simplement pas vous décevoir. La confrontation aux problèmes est souvent difficile, voire impossible. Le Sept va les minimiser ou les ridiculiser, ainsi que ceux qui les exposent. Comme il manie très bien les mots et les concepts, il peut être un ennemi redoutable. Ce manque de considération et de sérieux n’est en fait qu’une tactique pour cacher sa peur de la souffrance possible. Quand il ne peut éviter d’être confronté à la réalité, il va vociférer et rationaliser son attitude avec des explications a posteriori, qui lui évitent d’être tenu pour responsable. L’implication est difficile pour le Sept, puisqu’elle suppose des renoncements et donc une perte de liberté, situations qu’il fuit par-dessus tout. Il cherchera à échapper aux contraintes
extérieures mais il est capable de s’en imposer à lui-même, s’il estime que c’est nécessaire. Les personnes qui n’ont pas d’humour, qui ne sont pas prêtes à le suivre dans ses plans imaginaires et qui prétendent l’amarrer à la réalité ne l’intéressent pas. Si elles ne sont pas capables de jouer avec des idées, c’est qu’elles manquent d’intelligence. Le Sept a besoin d’être optimiste et gai pour museler ses peurs. Il fera tout son possible pour que son entourage le soit aussi, ce qui en fait un compagnon très plaisant dans les bons moments. Alors qu’il cherche à offrir à son entourage une vie sans nuages, celui-ci peut souffrir de sa légèreté et sa désinvolture. Les sept règles pour parler Sept ❶ Rapidité : Essayez dans la mesure du possible de suivre son rythme ou, tout du moins, ne cherchez pas à le ralentir exprès pour lui donner une leçon. Ne vous accrochez pas aux détails si vous voulez garder son attention, restez-en aux grandes lignes. ➋ Lâcher du lest : Ne l’attachez pas au poteau trop vite et laissez-le vagabonder, mieux encore, accompagnez-le dans ses rêves. Il ne vous en écoutera que mieux quand l’heure de la raison devra sonner. ❸ Cadrage : Concentrez-vous sur ce qui doit réellement être fait et sur les engagements qui doivent être tenus. Mettezvous d’accord sur sa part de responsabilité et, si c’est possible, mettez les termes clairement par écrit et assurezvous qu’ils sont acceptés. ❹ Image : Le Sept a horreur d’être ridiculisé ou moqué. Si vous le faites, il vous le revaudra et il est plus fort que vous à ce jeu-là. Si vous avez des critiques à lui formuler, ne le faites pas en public. Elles n’auront pas d’autre effet que de le pousser à vous rendre la pareille.
❺ Enthousiasme : Le Sept peut aussi avoir de bonnes idées, ne les disqualifiez pas d’office ! Simplement, ne comptez pas sur lui pour les réaliser, assurez-vous qu’il est là pour donner les grandes lignes et qu’il accepte que d’autres se chargent de l’exécution. ❻ Variété : La répétition l’ennuie à un point qui est difficilement imaginable pour les autres ennéatypes. Tenez-en compte dans la mesure du possible. Souvenezvous qu’il a besoin de fuir sa peur de la souffrance et pour cela, les distractions sont les bienvenues. ❼ Impact : Les changements constants, l’humour plus ou moins lourd, le manque d’engagement du Sept peuvent vous mettre dans l’embarras ou vous faire souffrir. Parlezlui sans exagération mais avec fermeté de l’impact que son attitude a sur vous. Ordres ou menaces : la langue du Huit Le Huit a besoin de savoir qui est pour lui et qui est contre lui, sur qui il peut vraiment compter et qui est susceptible de le trahir. Sa communication va donc chercher à distinguer clairement ces catégories, en affirmant haut et fort sa position. Il ne supporte pas de se sentir floué et va réagir violemment dès qu’il aura l’impression qu’on lui a menti ou qu’on a cherché à le manipuler. Cette impression est souvent fausse mais, comme il a besoin de tester la fiabilité de son entourage, il peut proférer menaces et diatribes pour voir comment son interlocuteur réagit. Pas de fioritures, il va droit au but ! Un Huit qui sait choisir ses batailles est déjà une personne intégrée. Si ce n’est pas le cas, toute interaction peut prendre l’allure d’une confrontation. Il emploiera un ton agressif, parlant haut et fort et employant souvent un langage cru, s’amusant de
ses propres transgressions. Ses colères cosmiques ne sont qu’une forme d’expression et il ne comprend pas pourquoi son entourage les craint. Il n’est généralement pas conscient de l’impact négatif que son attitude peut avoir sur la plupart des personnes. Très intrusif et cherchant à contrôler ses relations, il est particulièrement possessif envers ceux qui comptent pour lui et qu’il veut défendre à tout prix. Il ne supporterait qu’il leur arrive malheur parce qu’ils ont échappé à son contrôle ! Il évite de manifester les émotions qui pourraient le mettre en position de faiblesse et, généralement, ne témoigne pas son affection par de la tendresse ou des mots doux, mais plutôt par des ordres et des contraintes. Les nuances ne l’intéressent pas : c’est vrai ou faux, blanc ou noir, juste ou injuste. Tout ce qui se situe entre-deux déclenche la suspicion de mensonge ou de compromission. Il n’aime pas les détours et ne comprend pas le besoin de chercher à convaincre. Il aime dire non et ne s’en prive pas, puisque c’est un moyen efficace de tester la résistance qu’on pourrait lui opposer. Son énergie débordante supporte mal d’être ralentie par une quelconque contradiction. Dès qu’il n’est plus en contrôle il se sent en insécurité et c’est cette peur inavouable qu’il cache et se cache en haussant le ton. Le paradoxe du Huit se manifeste alors dans toute sa force. Lui qui veut dégager une image de puissance et de protection renvoie celle de l’autoritarisme et de la rudesse. Les sept règles pour parler Huit ❶ Affirmation : La règle de base est aussi la plus difficile à appliquer. C’est celle de l’affirmation de soi et de l’assertivité. Le Huit est à l’affût du moindre signe de faiblesse pour disqualifier son interlocuteur. Si celui-ci s’écarte, il considère que la place est à prendre. Lui fixer clairement les limites à ne pas dépasser, s’y tenir et
affirmer franchement ses positions constituent le meilleur socle pour une collaboration. ➋ Franchise : Le Huit ne supporte pas le mensonge, qu’il vit comme une trahison. Comme il n’y a pas de demimesures pour lui, un mensonge ou une dissimulation sur un sujet, aussi minime soit-il, range son interlocuteur dans la mauvaise catégorie. Ayez le courage d’avouer vos erreurs et d’affronter la tempête qui ne manquera pas de s’abattre. ❸ Respect : On oublie souvent que beaucoup de Huit ne sont pas en position d’autorité. Ils souffrent d’autant plus de leur situation qu’ils pensent être sous les ordres de personnes moins douées qu’eux pour gouverner une famille, une institution ou une entreprise. Si vous devez donner des ordres à un Huit, montrez-lui du respect, ne cherchez pas à le faire plier. ❹ Conviction : Le Huit ne s’encombre pas de détails. Si vous voulez le faire adhérer à un projet (ce qui signifie, pour lui, le prendre en charge), vous devez y croire vousmêmes. Défendez-le de manière claire et en montrant que vous êtes prêt à vous y impliquer. ❺ Concret : Le Huit a besoin de grandes lignes et de mise en pratique. Les discussions qui se perdent dans les détails et celles qui ne vont déboucher sur rien de concret ne l’intéressent pas et il vous le fera rapidement savoir. ❻ Positif : Dans la même logique, le Huit veut savoir ce qui peut être fait, pas ce qui n’est ni réalisable, ni envisageable. Pourquoi s’encombrer de possibilités qui n’en sont pas ? Formulez des phrases en positif, la négation l’exaspère. ❼ Feed-back : Le Huit peut être brutal, mais il ne se rend pas compte des dégâts qu’il cause. Dites-lui avec franchise et sérénité l’impact que ses paroles ou agissements ont sur
vous. Sur le moment, il ne vous écoutera probablement pas ou vous tournera en dérision, mais il est bien possible que vos paroles lui reviennent ensuite en mémoire et qu’il agisse avec plus de ménagement par la suite. Ne vous attendez quand même pas à des excuses ! Spirales de l’histoire ou confusion : la langue du Neuf Exprimer un avis ou une préférence fait toujours courir le risque, même mineur, de déclencher un conflit. La langue du Neuf va donc éviter le plus possible ces deux écueils, en reformulant les demandes des autres sans émettre lui-même d’opinion. Dès qu’un sujet abordé peut devenir épineux, il va l’emballer dans une spirale de paroles qui va le neutraliser. Le Neuf a généralement un catalogue de sujets de conversation agréables. Celui-ci peut inclure des points conflictuels, pourvu que son interlocuteur soit d’accord avec lui. Il peut alors se laisser aller à des diatribes qui ne lui font courir aucun risque de conflit. Les détails sans importance sont aussi les moins sensibles, le Neuf va donc se concentrer sur eux, surtout comme un moyen d’éviter d’en arriver aux sujets qui fâchent. Quand un Neuf raconte des faits, il reprend le plus d’éléments possibles et remonte dans le temps pour lisser les points saillants. Si vous avez besoin de faire prendre une décision à un Neuf, sachez qu’il risque de s’entraver dans une multitude de facteurs parmi lesquels il ne peut discriminer. Il se réfugie souvent dans des tâches triviales qui sont idéales pour l’occuper et éviter d’en arriver à celles qui posent problème. L’expression d’un refus est très difficile pour le Neuf, entre autres parce qu’il ne sait pas s’il est d’accord ou pas ! Le « non » est un mot difficile à prononcer et il se débrouille pour l’éviter,
générant toute sorte de malentendus. Il vous dira ce que vous voulez entendre ou répondra par des tournures comme « pourquoi pas ? », « on peut voir ça demain », « c’est une possibilité », qui sont des substituts du « non ! » Le silence est aussi l’équivalent d’un refus qu’il est difficile de le lui arracher sans exercer une contrainte. L’humour sans agression est une autre manière de distraire son interlocuteur. Cependant, si vous êtes la cible de véritables moqueries, prenez-le comme un compliment ! Ça veut dire qu’il est suffisamment en sécurité avec vous pour se permettre de vous taquiner. Quand la recherche de l’harmonie et de l’apaisement prend le pas sur la prise de responsabilités et sur la clarté d’intentions, le message qui est envoyé est si insaisissable et flou qu’il finit par alimenter les conflits auquel le Neuf a essayé d’échapper. Les sept règles pour parler Neuf ❶ Suivi : Le fait qu’un Neuf ne vous ait pas dit « non » ne signifie pas qu’il est d’accord ou qu’il a compris ce qu’on attend de lui. Mettez en place un suivi régulier pour vous assurer de son implication active. Il a tendance à penser que sa contribution n’a pas grande importance et qu’il n’est donc pas essentiel qu’il participe. ➋ Présence : Le Neuf se fait discret et demande peu d’attention. Il est facile d’oublier de lui manifester de l’intérêt. Si vous devez ou souhaitez cultiver une relation avec un Neuf, il faut chercher à le rencontrer car il ne le fera pas de lui-même. Il est important de lui consacrer du temps, car le moindre coup de fil ou distraction, forcément plus importants que lui, lui donnera l’occasion de disparaître. ❸ Humilité : Humilier un Neuf, c’est comme voler un pauvre, c’est une double faute. Le Neuf a tendance à
valoriser son interlocuteur et à lui laisser toute la place. La tentation peut être grande, pour celui-ci, de prendre le dessus sur lui ou de le disqualifier publiquement. Faites attention à le ménager, évitez de lui imposer votre point de vue ou de lui donner des ordres. C’est trop facile et ça ne l’aide certainement pas à s’affirmer. ❹ Distance : Le Neuf n’aime pas qu’on envahisse l’espace de paix et d’harmonie qu’il essaie de créer autour de lui mais, par pure complaisance, il ne manifestera pas sa contrariété. Ce n’est pas une raison pour en profiter ou pour lui imposer un rythme, en particulier de prise de décisions, qui n’est pas le sien. ❺ Tri : La capacité du Neuf à tout comprendre ne l’aide pas à trier dans les priorités. Il a tendance à tout mettre au même niveau puisque faire un choix suppose de s’impliquer et de risquer de heurter quelqu’un. Dans la mesure du possible, aidez-le à trier dans ses tâches, ses priorités ou ses engagements. Ça ne veut pas dire faire le tri à sa place, mais lui permettre d’écarter les options qui ne lui conviennent pas du tout. ❻ Persuasion : La force du Neuf est une force d’inertie. Il est difficile de persuader une personne qui ne vous exprime pas son avis et d’être ferme avec quelqu’un qui n’oppose pas de résistance. Il est d’autant plus important que vos attentes, y compris en termes de relations personnelles, soient claires. L’idéal est, bien sûr, que les objectifs aient été énoncés et approuvés par le Neuf. ❼ Vue d’ensemble : Le Neuf n’est pas individualiste et il ne cherche pas à tirer la couverture à lui. Cependant, il appréciera de savoir quelle est sa part et comment son apport s’insère dans un cadre plus vaste. Il aime les détails, qui le rassurent, mais il est important qu’il comprenne que le tableau ne sera pas complet sans sa contribution.
DANS CE CHAPITRE Définition et description des trois instincts fondamentaux • Les sous-types de chaque ennéatype • Quelques stéréotypes de chaque sous-type dans les fictions Chapitre 15 Les instincts fondamentaux de chaque ennéatype ’ennéagramme décrit trois formes d’intelligence, trois sources L d’énergie, trois façons d’entrer en relation avec le monde extérieur : les centres instinctif, émotionnel et mental. Le chapitr e 3 a présenté en détail ce fonctionnement et la façon dont chaque ennéatype utilisait ces trois centres. Ce chapitre va s’intéresser plus particulièrement au fonctionnement de notre centre instinctif, c’est-à-dire celui de notre intelligence corporelle, qui a en particulier la charge de notre bien-être physique et de notre sécurité.
Les trois instincts fondamentaux de l’ennéagramme L’ennéagramme considère qu’il y a trois instincts fondamentaux (ou sous-types) chez les humains, dont le but est d’assurer notre survie. Il s’agit de l’instinct d’autoconservation ou de préservation, de l’instinct social ou grégaire et de l’instinct sexuel ou de relation exclusive1. Ces instincts sont tous les trois présents dans chaque personne, mais il est rare qu’ils soient constamment en équilibre. Selon notre histoire personnelle et selon les difficultés que nous traversons à un moment précis, les demandes émanant de l’un de ces trois instincts s’imposent à nous d’une manière trop importante, voire excessive, par rapport aux deux autres. L’absence de réponse aux demandes de cet instinct est perçue par notre intelligence corporelle comme une véritable menace pour notre survie. Les missions des trois instincts, ou sous-types Le premier instinct, celui d’autoconservation, donne la priorité à la satisfaction des besoins de base (nourriture, vêtement, logement, sécurité financière, santé) et nous conduit à nous assurer par nous-mêmes que nous disposons de tout ce qui nous est nécessaire dans ces domaines. Le deuxième, l’instinct social, régit nos besoins relationnels et de positionnement par rapport à la communauté ou groupes auxquels nous appartenons, leur donnant une place essentielle dans l’assurance de notre survie. L’établissement de bonnes relations est très important pour ce sous-type et il consacre beaucoup d’énergie à occuper et conserver sa place dans le groupe.
Le troisième, l’instinct sexuel, nous conduit à développer des relations intimes le plus satisfaisantes possibles, nous focalisant sur une personne et une seule à la fois pour nous assurer les meilleures chances de survie. Il y a une notion d’exclusivité attachée à ce sous-type et qui induit un besoin d’affirmation par rapport aux autres personnes. Des instincts quelquefois blessés Ces trois instincts ont des missions spécifiques et leur bon fonctionnement est nécessaire pour mener une vie équilibrée. Il y en a généralement un des trois qui revêt plus d’importance, qui prend plus de place, qui nous préoccupe plus que les deux autres, au point de créer des déséquilibres dans notre mode de fonctionnement. Ce phénomène peut avoir diverses origines et leur explication dépasse les limites de cet ouvrage. Elles sont d’abord liées aux phases de développement de l’enfant, de sa vie intra-utérine jusqu’à ses 3 ans. Pendant cette période, il n’aura d’abord que la préoccupation de ses besoins essentiels (autoconservation), il s’intéressera ensuite à ceux qui l’entourent et à la place qu’il occupe dans sa famille (social), pour pouvoir ensuite s’affirmer vis-à-vis d’un autre individu (sexuel). Si une situation est vécue comme problématique au cours d’une de ces phases, il est probable que la personne sera particulièrement sensible aux préoccupations qui y sont rattachées. On dit que cet instinct est « blessé » et si, dans certains cas, la prise de conscience de cette blessure suffit pour la réparer, il peut être nécessaire de recourir à une thérapie pour surmonter les conséquences qu’elle entraîne. Ces situations ne concernent pas que les bébés ! L’adulte est régulièrement confronté à des phases de ce type si, par exemple, sa santé est en danger, s’il est séparé de son groupe par un déménagement ou s’il tombe amoureux. Il est courant de voir,
dans ces circonstances, un autre instinct prendre le dessus de manière temporaire. Il n’y a pas une hiérarchie unique des instincts, elle peut varier selon les circonstances traversées ou grâce à un travail thérapeutique. Surutilisation ou sousutilisation des instincts Il faut noter que la place prépondérante prise par un instinct peut se manifester par une surutilisation ou une sous-utilisation de celui-ci. On rencontre ainsi des personnes de sous-type autoconservation qui ne verront jamais un médecin par peur de la maladie, des personnes de sous-type social qui seront en marge du groupe ou des personnes de sous-type sexuel qui pratiqueront l’abstinence. Face à des menaces visant l’un de ces trois instincts, chaque ennéatype va développer une réponse spécifique qui est la combinaison de sa distorsion émotionnelle (ou passion), de son obsession cognitive (ou fixation) et de la préoccupation propre à chaque instinct. Plus la personne est en situation égotique, plus cette réponse sera disproportionnée. C'est ce qui explique que certaines descriptions vous sembleront peut-être sévères voire caricaturales. Des qualificatifs ont été traditionnellement associés aux trois sous-types de chaque ennéatype. Ceux repris dans ce chapitre sont ceux attribués par Claudio Naranjo, et ceux choisis par Riso et Hudson, ces derniers figurant entre parenthèses. L’ennéagramme fournit des descriptions très cohérentes du caractère et il est fréquent de retrouver des personnages de fiction (films, séries ou romans) qui correspondent à un ennéatype et à ses sous-types. Nous avons donc sélectionné quelques figures qui incarnent des stéréotypes rencontrés dans les fictions pour illustrer les différents sous-types de chaque ennéatype.
Les sous-types du Un Le Un de sous-type autoconservation : anxiété (autocontrôle) L’ennéatype Un a naturellement tendance à ne faire confiance à personne et il est l’auteur de normes exigeantes qu’il suit avec rigueur. Ces tendances viennent s’ajouter aux caractéristiques propres au sous-type autoconservation, qui ne compte que sur lui-même pour assurer sa survie. Le Un de sous-type autoconservation se considère donc seul responsable d’assurer sa protection et tenu de veiller à l’observation des précautions nécessaires. Il se doit de les avoir toutes prévues et sera très critique envers lui-même s’il estime que ça n’est pas le cas. La possibilité d’avoir sous-estimé ou ignoré un danger, et de se trouver dans une situation qu’il ne pourrait pas contrôler génère anxiété et colère envers lui-même. Le perfectionnisme du Un va s’exercer ici envers tout ce qui concerne sa sécurité, sa santé et son environnement : gérer parfaitement ses comptes, ne pas se permettre d’écarts ou les compenser immédiatement, avoir des stocks de nourriture, une maison propre et rangée ou un bureau dégagé. Comme le Un a du mal à déléguer, il va devoir assurer une somme de travail considérable pour remplir ses critères. Il cherchera toujours à garder le contrôle de ses actions pour ne pas devoir dépendre du manque de sérieux ou subir les changements de programme de son entourage. Le Un de sous-type social : inadaptabilité (réformateur)
Le Un est sa propre boussole, on ne le dira jamais assez ! N’échappant pas à cette règle, le Un de sous-type social a sa propre idée des règles à respecter en termes de vie de groupe. Lui-même s’y tient avec rigueur et il ne lui viendrait pas à l’idée de les enfreindre ou de les contourner. Alors que l’instinct social pousse la personne à s’adapter à son environnement, le Un ne peut pas accepter de faire des compromis envers ses propres valeurs et sa vision idéale de ce que la société, le groupe ou la famille devraient être. Il ne comprend pas que les autres enfreignent les règles et considère de son devoir de le leur faire remarquer. Cette attitude le rend souvent impopulaire et il est soit craint, s’il détient une autorité, soit évité par ceux qui ne veulent pas recevoir une leçon. Les besoins personnels ne sont pas importants pour lui et les membres du groupe qui se permettent de les faire passer avant les intérêts collectifs perdent toute crédibilité à ses yeux. Sans qu’il le recherche, le Un social joue un rôle de modèle pour son entourage, au risque d’être enfermé dans une image de personne parfaite. Le Un de sous-type sexuel : jalousie (chevalerie, amour courtois) Le Un sexuel est une personne intense et tendue, car en elle cohabitent l’autocontrôle rigoureux que le Un s’impose et l’intensité de l’énergie de conquête propre au sous-type sexuel. Il ne lui est pas facile de trouver un partenaire qui puisse atteindre les critères très élevés qu’il impose. Quand il en a trouvé un, il passe en revue ses propres limites et ses imperfections, et vit dans la crainte de perdre son partenaire, car il ne cesse de se mesurer aux autres et ne se trouve jamais à leur hauteur. La jalousie apparaît car il pense que son partenaire va être attiré par quelqu’un de plus parfait que lui et il va donc
s’imposer à lui-même d’être irréprochable. Le Un sexuel attend également de son partenaire une perfection inatteignable et il ne laisse aucun espace à celui-ci pour le décevoir. Il le soutiendra, le poussera, voire le persécutera pour qu’il devienne conforme à cet idéal. Il souffre de cette situation, mais sa soif d’absolu ne peut se contenter de moins. Cette intensité dans la recherche d’une relation parfaite peut être douloureusement vécue par le conjoint qui n’a pas la même quête et qui se retrouve piégé dans un rôle qui ne lui correspond pas. Quelques stéréotypes du Un dans les fictions Le perfectionnisme et l’intransigeance des Un sont souvent caricaturés dans les œuvres de fiction. Si le personnage est de sous-type autoconservation, ce sera sous l’angle de la maniaquerie et de l’obsession pour la poursuite de la qualité dans les moindres détails de la vie quotidienne (Bree Van de Kamp dans Desperate Housewives, Monica dans Friends). S’il est de sous-type social, ce sera l’engagement sans faille et sans concessions pour une cause (Erin Brockovich dans le film du même nom, Juliana Crane dans The Man in the High Castle, Don Shirley dans Green Book). Le Un de sous-type sexuel apparaît fréquemment sous les traits d’un conjoint (généralement une femme) qui a une haute idée de ce que son partenaire doit être et qui va mettre tout en œuvre pour qu’il réussisse (Claire Underwood dans House of Cards, Claire Fraser dans Outlander). Les sous-types du Deux Le Deux de sous-type autoconservation : moi
d’abord (privilège, récompenses) L’orgueil typique du Deux se manifeste de manière particulière pour ce sous-type qui, par définition, cherche à assurer sa propre survie alors que son ennéatype le pousse à s’occuper des besoins des autres. Le Deux autoconservation va régler cette contradiction en obtenant pour une autre personne ce dont luimême a envie ou besoin. Dans ce but, il se dit et dit autour de lui qu’il mène cette action pour l’autre uniquement et de manière désintéressée. Le plus souvent, la personne n’a rien demandé et n’attend pas ce type d’aide, mais ce n’est qu’un point de détail pour le Deux, qui pense savoir mieux que l’autre ce dont celui-ci a besoin. Si on lui fait remarquer que, curieusement, cette aide sert aussi ses propres intérêts, le Deux tombera des nues car il n’en est pas du tout conscient ! Le Deux autoconservation peut aussi s’accorder un bénéfice qui le rassure dans son besoin de protection, sous prétexte qu’il l’a « bien mérité » au vu de tous les sacrifices qu’il fait pour les autres. Souvent cette attitude de demande, voire d’exigence, de privilèges se limite à la sphère familiale dont il estime qu’elle se doit de l’épauler pour qu’il puisse continuer à faire le bien. Le Deux autoconservation a l’impression d’être incompris et se sent une âme de martyr, victime de sa trop grande générosité alors que personne ne pense à ses besoins. Le Deux de sous-type social : ambition (l’ami de tous) Ce sous-type de Deux a un flair tout particulier pour repérer les personnes qui comptent et avec lesquelles il va nouer des relations, toujours dans le but de pouvoir faire profiter les autres des avantages que celles-ci pourraient lui apporter. Très doué pour bâtir des réseaux, il va profiter de la protection et de
l’influence que ceux-ci lui assurent et il saura les alimenter en rendant de nombreux services et en mettant des personnes en relation. Il est d’un naturel gai et positif, cherchant à se faire des amis de toute personne croisée qui pourrait lui être utile. La chaleur avec laquelle il regarde fait que son interlocuteur a vraiment l’impression d’être quelqu’un d’important. Il a cependant tendance à privilégier les relations avec des personnes en vue, espérant rehausser ainsi son propre statut, surtout s’il peut se flatter de leur avoir rendu service. Il ne perdra pas l’occasion de faire savoir qu’untel ou unetelle lui doivent sa réussite ou d’avoir trouvé l’âme sœur. Sa conversation est souvent émaillée de noms de personnes célèbres (name dropping) ou du moins en vue dans son milieu. Il a besoin d’être remarqué pour l’étendue de ses relations et a tendance à surcharger son agenda comme preuve de son importance. Le Deux de sous-type sexuel : séduction agressive (intimité) L’ennéatype Deux a naturellement tendance à s’approcher de son interlocuteur mais s’il est de sous-type sexuel, cette manœuvre frôle l’envahissement. Il a encore plus besoin de proximité et de ressentir une intimité particulière avec celui ou celle qu’il cherche à attirer ou tout simplement à fréquenter. Plus sélectif dans ses relations que le sous-type social, il va se concentrer sur des personnes clés dont il veut être très proche et compter réellement pour elles. L’intensité de son regard est telle que ces personnes se sentent l’unique objet de son attention, comme si elles avaient éclipsé le monde entier. Ce déploiement de séduction n’a pas forcément un but sexuel et le Deux sera le premier surpris si cette attitude est prise pour des avances. Il ne cherche en fait qu’à créer une connexion forte, une relation exclusive, mais son langage corporel est souvent
ambigu. Sa manière de s’habiller peut aussi prêter à confusion, cherchant à attirer les regards sur ses avantages physiques. Il confond être désiré et être aimé, et peut se perdre dans une sorte d’escalade de recherche d’intimité. En couple, comme en amitié, il imposera sa présence et sera très jaloux de toute relation ou affection dont il ne serait pas l’objet exclusif, pouvant tomber dans une forme d’obsession. Quelques stéréotypes du Deux dans les fictions La générosité débordante du Deux mais aussi sa tendance à savoir mieux que les autres ce qui est bon pour eux sont les traits qui apparaissent le plus souvent dans les fictions. Si le personnage est de sous-type autoconservation, c’est le côté « donneur de leçons » qui s’illustrera (Agnès Jaoui dans Les Bonnes Intentions, Emily Gilmore dans Gilmore Girls). Le besoin d’être associé à des personnes importantes est souvent la marque du Deux social (Tahani dans The Good Place, la princesse Diana dans The Crown). Les Deux de sous-type sexuel apparaissent quant à eux sous les traits de femmes de poigne mais au grand cœur, qui pourraient faire penser à des Huit (Madeline dans Big Little Lies, Nairobi dans La Casa de Papel, Gloria dans Modern Family). Les sous-types du Trois Le Trois de sous-type autoconservation : sécurité
(travaillomane) Le maître mot de l’ennéatype Trois est l’efficacité et, quand il est de sous-type autoconservation, il va déployer ce trait de caractère pour s’assurer que rien de ce qui lui est indispensable ne va lui manquer. Il est le champion des listes de tâches et de courses, et il travaille si efficacement qu’il ne laisse pas le temps à qui que ce soit d’autre de s’en occuper. Il arrive souvent que son entourage ignore qu’une tâche est à accomplir, car elle est menée à bien avant même qu’il soit conscient de son existence. Il prend soin de sa forme physique, indispensable pour garder son niveau d’efficacité à la hauteur de ses besoins. Il ne ménage ni son temps, ni ses efforts pour pouvoir accumuler ce qui lui donne sa sécurité et sa valeur vis-à-vis de son milieu. Ses relations personnelles peuvent se sentir négligées par cet excès de travail. Il leur consacre rarement un temps exclusif et est souvent en train de réaliser plusieurs tâches en même temps ou de répondre à plusieurs sollicitations. L’inactivité est très anxiogène pour lui, car elle le met en insécurité. Il ne peut s’empêcher de penser à tout ce qu’il pourrait être en train de faire et de craindre qu’un autre le devance dans son travail et compromette ainsi son ascension sociale, gage de sa sécurité. Le Trois de sous-type social : prestige (statut) Si l’image que les autres ont d’eux est importante pour tous les Trois, elle a encore plus de poids pour le sous-type social. Il s’attache à tout ce qui va renforcer son statut dans son milieu et pour cela, il cherchera à s’assurer qu’il excelle dans ce que celui-ci valorise. Il ne s’agit plus ici de sécurité matérielle comme pour le sous-type autoconservation et si le groupe valorise l’ascétisme ou la frugalité, il sera le « meilleur employé du mois » dans ce domaine ! Il saura s’ajuster à ce qui plaît aux
membres, quitte à changer de personnage quand il change de contexte. C’est le plus conforme à l’image que l’on se fait du Trois et le plus adaptable et « caméléon » de tous. Il se doit d’être le meilleur et d’être identifié comme tel par ses pairs, que ce soit au travail, avec ses amis ou dans la famille. Il lui faut des signes tangibles de cette reconnaissance et il se repaît des classements, récompenses, distinctions et tableaux d’honneur. Très doué pour les relations sociales, sachant utiliser le langage de chacun, il cherche à augmenter son réseau pour s’assurer qu’il en contrôle tous les contours. Il lui est très difficile de renoncer à une activité dans laquelle il excelle, même si elle ne l’intéresse pas. Il ne se pose pas vraiment la question en ces termes : si quelque chose est bon pour son image et qu’il le fait bien, il s’y consacrera sans se demander s’il l’aime ou pas. Ses propres sentiments lui sont étrangers, surtout s’ils risquent de perturber son succès. Le Trois de sous-type sexuel : masculinité/féminité (trophée) La réussite du Trois de sous-type sexuel est d’incarner le partenaire idéal de la personne qu’il cherche à séduire. Il s’y emploie avec toute sa capacité à deviner ce qui peut lui plaire et à se montrer sous le jour attendu. Il se dégage de lui une grande capacité de séduction, indépendante de sa beauté réelle. Le Trois s’identifie à ce que son partenaire attend de lui. Il en est de même avec ses relations proches, et une femme Trois saura parler avec des hommes comme si elle était l’un d’eux, pendant que l’homme Trois maniera le vocabulaire qui lui vaudra d’être accepté dans un cercle féminin. Cette attitude ne traduit pas une quelconque orientation ou ambiguïté sexuelle, elle est
simplement une manifestation de la capacité du Trois à s’identifier pour mieux séduire. Il est sûr de son pouvoir d’attraction, mais il craint aussi de ne pouvoir retenir la personne, car le charme pourrait cesser d’opérer si elle le voyait comme il est réellement. Il va donc chercher à s’adapter constamment à l’image idéale qu’a son partenaire, pour éviter qu’une quelconque faille lève le voile sur la supercherie. Mais comme il doit aussi séduire ses relations professionnelles ou amicales, il peut en arriver à se perdre entre ces différentes représentations idéales. Quelques stéréotypes du Trois dans les fictions L’opportunisme et l’arrivisme du Trois sont plus souvent exploités que sa capacité d’adaptation à son milieu, son côté « caméléon ». Certains scénaristes parviennent à dévoiler la part émotionnelle du Trois et montrent ainsi des personnages plus profonds et touchants. C’est le cas de Tom Ripley dans Le Talentueux Mr Ripley (autoconservation), de Berlin dans La Casa de Papel ou d’Eli Gold dans The Good Wife (social) et de Harvey dans Suits, ou de Haley Dunphy dans Modern Family (sexuel). Les sous-types du Quatre Le Quatre de sous-type autoconservation : intrépidité (le[la] sensuel[le])
Le Quatre de sous-type autoconservation va concentrer sur son environnement immédiat son attirance esthétique. Il soigne beaucoup son intérieur où il se réfugie autant que possible. Cet intérêt pour un lieu concret et pour son aménagement lui donne un côté plus pratique que les autres sous-types du Quatre. Cela ne l’empêchera pas de mettre sa sécurité financière en danger par un achat « coup de cœur », s’il lui permet d’embellir son lieu de vie et de le rendre unique. Le goût pour la communication symbolique, typique du Quatre, s’exprime ici avec toute sa force, d’autant que seules quelques personnes triées sur le volet sont autorisées à pénétrer dans son refuge. Chaque détail aura son importance et chaque objet une histoire. Le Quatre autoconservation est appelé « intrépidité », car il a tendance à prendre des risques inconsidérés et à négliger sa santé, refusant de se plier à des contraintes de sécurité qui lui semblent bien banales. Ce sous-type cherche à être indépendant et autonome, il est généralement plus discret sur ses émotions ou sa souffrance que les autres Quatre. Il passera souvent par des phases de retrait pour s’assurer de l’intérêt des autres ou, plus simplement, parce que l’absence de contact écarte la possibilité du rejet et lui permet de consacrer plus d’énergie émotionnelle à ses passions. Le Quatre de sous-type social : honte (outsider) Le Quatre de sous-type social est confronté à la contradiction entre son besoin d’être différent et de fuir la banalité, et son désir d’intégrer un groupe pour assurer sa survie. La mauvaise image qu’il a de lui-même va lui faire craindre d’être rejeté à cause de ses défauts, alors que sa recherche d’authenticité le met en porte-à-faux vis-à-vis du groupe. La difficulté à ajuster son comportement génère chez lui un sentiment de honte, aggravé
par les compromis auxquels il peut se résoudre pour être accepté. Très conscient de ses manques, il pense que ceux-ci seront tôt ou tard découverts et qu’ils lui vaudront l’exclusion. Il ne se résigne pas à passer inaperçu en se fondant dans le groupe et prend souvent la tête de mouvements de contestation, dont le but est de revenir aux véritables valeurs et à l’authenticité de départ. Bien sûr, il les quittera dès qu’ils deviendront majoritaires. Sa difficulté à taire ses convictions et sentiments fera de lui un bouc émissaire tout trouvé, ce qui renforcera son sentiment d’inadéquation. Le Quatre social est le sous-type qui ressemble le plus aux descriptions habituelles de cet ennéatype. Il est le plus imprévisible dans ses réactions et celui dont le manque de naturel est le plus visible, à cause des efforts qu’il fait pour se conformer aux us et coutumes du groupe tout en tâchant de rester lui-même. Le Quatre de sous-type sexuel : compétition (imbu de lui-même) L’agressivité qui caractérise les sous-types sexuels est doublée, chez le Quatre, par la passion d’envie propre à son ennéatype. Il peut faire penser à un Huit car il est très compétitif, cherchant à éliminer tous les concurrents potentiels. Il ne se contente pas de fantasmes romantiques, il veut vivre des passions réelles et turbulentes et cherche à attirer des personnes qui ont des qualités qu’il admire ou envie. Une fois la personne conquise, elle va perdre de son attrait car elle ne correspondra pas à l’idéal que le Quatre s’en était fait. La fuite de la banalité rend la vie quotidienne et la construction d’une relation stable très difficile. Il va être souvent attiré par
des personnes qui sont inatteignables, soit parce qu’elles sont déjà engagées dans une autre relation, d’un milieu social très différent ou d’une orientation sexuelle incompatible. Le Quatre peut se lancer quand même à leur conquête, quitte à briser un couple ou des tabous sociaux. Quand le Quatre s’engage dans une relation, il a besoin d’être unique sans exception possible, y compris dans le temps car il sera jaloux des anciens partenaires. Il ne supporte pas de se sentir comparé, l’idée même de la comparaison étant particulièrement révulsive pour un Quatre qui cherche à tout prix à être unique. Quelques stéréotypes du Quatre dans les fictions L’originalité des Quatre, leur capacité à agir contre leurs propres intérêts et à prendre des risques inconsidérés sont des ressorts bien exploités par les auteurs et scénaristes. En décalage par rapport à leur place dans la vie réelle, on les voit sous les traits de personnages impulsifs et déterminés pour le Quatre autoconservation (Jessica Jones dans la série éponyme, Jasmine dans Blue Jasmine), honteux de faire partie d’une société qu’ils peinent à comprendre pour le Quatre social (Mafalda dans la BD de Quino, Kurt Wallander dans la série de polars de Henning Mankell), ou entraînés dans une relation amoureuse vouée à l’échec (la princesse Margaret dans The Crown, Gillian Holroyd dans L’Adorable Voisine) pour le Quatre sexuel. Les sous-types du Cinq Le Cinq de sous-type autoconservation : château
fort (solitude) Le Cinq de sous-type autoconservation est le plus conforme à la description habituelle de cet ennéatype. Très économe de sa personne, il fuit toutes les interactions qui l’éloignent de son monde mental. Il cherche à être autosuffisant pour ne pas avoir à entrer en contact avec d’autres. Le meilleur moyen d’y parvenir est de réduire la palette de ses besoins au strict minimum. C’est chez ce sous-type que la passion d’avarice conduit à être très regardant envers les dépenses d’argent et pas seulement d’énergie émotionnelle. Celles-ci vont, non seulement représenter des interactions inévitables, même si la possibilité d’acheter à distance peut les minimiser, mais elles diminuent aussi son capital dont le but est de préserver son indépendance en lui évitant de devoir dépendre financièrement des autres. Les personnes qui l’entourent ou qu’il doit croiser représentent toutes un danger potentiel de perte de temps ou d’énergie dont il a besoin pour assurer sa survie. Le Cinq autoconservation est le plus solitaire de tous les types décrits par l’ennéagramme. Il est le plus détaché de ses émotions positives ou négatives. Il peut cependant se mettre en colère s’il se sent envahi. S’il doit exercer une occupation qui le met en contact avec d’autres, il use de stratégies d’isolation et de détachement. Cela peut aller des plantes vertes pour se cacher dans un open space à une déconnexion entre ses mains et le reste de son corps si son métier implique des contacts physiques. Le Cinq de sous-type social : totem (spécialiste) Le Cinq de sous-type social a besoin d’être reconnu par le groupe pour assurer sa survie, mais il doit en même temps se préserver des interactions qui ne lui apportent rien ou qui lui prennent trop de temps ou d’énergie. Il va régler cette
contradiction en occupant une place particulière : celle de « celui qui sait », du spécialiste. C’est le plus intellectuel des Cinq, il se consacre souvent à des occupations qui lui permettent d’être en contact permanent avec la connaissance comme l’enseignement, la recherche ou les archives et bibliothèques. L’avarice du Cinq social va se concentrer sur l’accumulation de savoirs, qui lui donnent l’illusion d’être puissant, surtout quand il ne les partage que partiellement. Cette position lui permet d’avoir des interactions d’ordre intellectuel, qui ne lui demandent pas d’investissement émotionnel, et d’avoir un rôle dans le groupe. C’est souvent le sage que l’on vient consulter sur un point précis dont il est le spécialiste. Il voudrait tout savoir sur un sujet qui peut être extrêmement pointu. À la Renaissance ou au siècle des Lumières, cette quête paraissait atteignable mais aujourd’hui, le rêve du Cinq social peut tourner à l’obsession tant il est en même temps facile d’accéder à des informations pointues et impossible d’en faire le tour, vu leur volume. Le Cinq de sous-type sexuel : confidence, confiance (dévoilement) Le Cinq de sous-type sexuel est le plus créatif et imaginatif des Cinq. Il poursuit la quête passionnée d’un autre avec qui il pourra entrer dans une relation intime et intense, tout en préservant sa possibilité de s’isoler. Son monde intérieur peut être très tourmenté et il craint d’effrayer son partenaire s’il le lui laisse entrevoir. Il procède par dévoilements progressifs, en partageant des indices et des confidences afin de s’assurer qu’il peut faire confiance à l’autre. Cette intensité de relation est impossible à vivre dans la durée, car elle perturberait trop son fonctionnement mental. Il va donc émailler ses relations de quelques moments de communion
intime, se retirant ensuite dans sa solitude. Il peut très bien s’accommoder d’une relation à distance qui ne permet que de brèves mais intenses rencontres. Sa communication est généralement non verbale, elle demande à être décryptée correctement, ce qui lui permet de s’assurer que la personne à qui il s’adresse est digne de sa confiance. Le Cinq sexuel peut mettre fin sans explications à une relation si la personne n’a pas réussi l’examen de passage ou bien rester seul car il ne trouve jamais cette âme sœur. Quelques stéréotypes du Cinq dans les fictions Les difficultés des Cinq pour entrer en contact avec les autres par des moyens traditionnels sont largement exploitées par les scénaristes. Présentés comme des personnes bourrues et misanthropes (William Forrester dans À la recherche de Forrester, Roberto dans El Chino interprété par Ricardo Darin) pour le sous-type autoconservation, ce sont des scientifiques qui ne peuvent communiquer leur savoir que dans un cercle restreint (Sheldon dans The Big Bang Theory, Alfred Jones dans Des saumons dans le désert, Sherlock Holmes) pour le Cinq social. Le sous-type sexuel est moins souvent représenté car il se prête plus difficilement à la caricature (Elizabeth Harmon dans The Queen’s Gambit, le Professeur dans La Casa de Papel). Les sous-types du Six Le Six de sous-type autoconservation : cordialité (responsabilité)
Le Six de sous-type autoconservation combine le souci pour sa survie matérielle et sa santé avec son besoin d’être en relation avec son groupe. Il ne pourra donc pas simplement s’inquiéter de lui-même et devra s’assurer qu’il s’est acquitté de toutes ses responsabilités envers les autres, car le bien-être de son ou ses groupes est une condition indispensable pour assurer sa sécurité. Il est généralement très affable et cordial, au service des autres, ce qui lui permet de bien les connaître et de découvrir ainsi leurs intentions réelles. Il va plutôt se concentrer sur la réalisation de tâches pratiques et sur la résolution de problèmes matériels que sur la qualité des relations. Il peut adopter un profil bas, quitte à se rendre vulnérable. Il cherche en fait à neutraliser les possibles agressions en minimisant sa capacité de nuisance et en donnant des preuves de bonne conduite. Pourquoi s’en prendrait-on à une personne inoffensive et qui rend service à tout le monde ? Il peut cependant abandonner cette attitude avec ceux sur lesquels il est sûr de pouvoir compter et être franc, direct, voire sarcastique, ou brusque envers eux. C’est le plus anxieux et le plus craintif des Six, celui qui aura tendance à développer tous les scénarios catastrophe imaginables et qui cherchera à tout anticiper jusque dans les moindres détails pratiques. Le Six de sous-type social : loyauté (soutien) Le Six de sous-type social est une personne loyale et mue par son devoir. Il a besoin de savoir quelles sont les règles à respecter et quel rôle on attend de lui, afin de s’y conformer en toutes circonstances. Pour calmer son anxiété et ses doutes, il ne peut pas compter sur lui-même et craint de se tromper en prenant de mauvaises décisions. Le groupe, ses autorités et les règles
qu’elles ont établies le rassurent. Il tire sa sécurité des liens, alliances et relations qu’il cultive avec sérieux. Il va être très déstabilisé et perdre sa boussole si les normes ne sont pas claires, s’il ne sait pas quelle est la conduite à tenir ou s’il soupçonne que l’autorité n’est pas exercée de manière juste au sein du groupe. L’idée qu’on puisse lui cacher des informations dont il aurait besoin pour accomplir son devoir ou prendre les bonnes décisions le met dans un état d’anxiété qui se manifeste souvent par de la colère. Il est d’un abord plus rigide et entier que les autres Six. L’injustice, le comportement arrogant, le manque de cohérence dans la prise de décisions ou dans les consignes données peuvent aussi le faire sortir de ses gonds. Il cherchera à rappeler au groupe ses valeurs pour lui éviter la déviance et cette attitude est souvent perçue comme de la rigidité. Ce faisant, il risque d’être désigné comme responsable des difficultés dans le groupe, attribuées à son manque de flexibilité et non au dysfonctionnement qu’il a essayé de dénoncer. Le Six de sous-type sexuel : force/beauté (vulnérabilité fougueuse) Le Six de sous-type sexuel ne se reconnaît souvent pas de prime abord, car il cache son insécurité et sa peur sous des dehors arrogants, voire intimidants. Il cultive son aspect extérieur pour impressionner par sa force ou sa beauté. Il est souvent pris ou se prend pour un Huit, à cause de son déploiement de force, ou un Quatre, à cause de ses goûts esthétiques. Il lui est très difficile d’accepter sa peur et de reconnaître l’influence qu’elle a sur son comportement. Son vocabulaire, son rappel des conventions et des bonnes manières, sa recherche de sécurité trahissent cependant son
appartenance à l’ennéatype Six, mais il faut le voir en dehors de son environnement habituel pour que ces traits se manifestent clairement. Il peut être très agressif dans son attitude envers les autres, mais il s’agit d’une stratégie de défense. Au lieu de signaler les possibles problèmes aux personnes qu’il cherche à protéger, comme le font constamment les autres Six, il va les y confronter de manière brusque, voire hargneuse. Il est plus souvent contre-phobique et cherche à cacher ses faiblesses, car il pense qu’elles vont conduire à ce qu’on l’abandonne s’il n’est pas assez fort pour assurer la sécurité de la personne qui compte pour lui. Il est très attiré par la beauté ou la force chez son partenaire car elles le rassurent sur sa propre capacité de séduction ou sur la protection dont il va pouvoir bénéficier. Quelques stéréotypes du Six dans les fictions Le Six est un élément essentiel dans des scénarios par son jeu collectif et sa capacité à anticiper. Il apparaît comme doutant de lui, loyal et ami de tous pour le sous-type autoconservation (Paige Dineen dans Scorpion, Charlie Brown dans Peanuts). Il est responsable et sérieux, s’opposant à l’arbitraire s’il est de sous-type social (le commissaire Maigret de Georges Simenon, l’inspecteur-chef Gamache dans la série de romans de Louise Penny, Lord Varys dans Game of Thrones, Obi-Wan Kenobi dans Star Wars). Prudent mais sous des dehors de fier-à-bras (Tony Lip dans Green Book), le côté flamboyant du sous-type sexuel peut le faire prendre pour un Huit ou pour une Quatre (Mary Yellan dans L’Auberge de la Jamaïque). Les sous-types du Sept
Le Sept de sous-type autoconservation : clan (épicurien) Le Sept entend bien être heureux et il recherche ce qui peut éloigner de lui la souffrance. Le sous-type autoconservation va s’assurer qu’il a accès à tout ce qui peut lui faire plaisir et que personne ne va lui imposer de vivre des expériences négatives. Il ne le fera pas à n’importe quel prix car il cherche à contrôler les dépenses, sous-type autoconservation oblige. Il a un côté beaucoup plus pratique et organisateur que les autres Sept dans le but de ne pas vivre de frustrations. Il craint de s’ennuyer et a toujours un arsenal de distractions à sa portée. Il est très amical et aime la bonne compagnie mais peut se montrer égoïste et profiteur dans certaines situations. Très actif et intéressé par tout, il aime découvrir de nouveaux lieux, de nouvelles bonnes adresses, des goûts nouveaux, voyager dans des endroits plaisants, tout ce qui lui permet de garder le contrôle de sa peur d’être confronté au manque ou d’éviter de se sentir limité ou enfermé. Si ses désirs ne sont pas satisfaits, ou s’il craint d’être privé ou contraint, il peut adopter une attitude enfantine, incapable de vivre une frustration même en théorie, et devenir impatient et exigeant. Il s’entoure généralement d’un groupe qui va lui garantir l’accès à ses besoins et la protection envers les contraintes. Ce groupe fait partie de son arsenal de survie et il y est très attaché, d’où le nom de « clan » donné aussi à ce soustype. Le Sept de sous-type social : sacrifice (occasions
manquées) Le Sept de sous-type social est confronté à la contradiction existant entre son désir d’indépendance et d’autonomie, et son besoin d’être relié au groupe. C’est le moins visible des Sept car il laisse moins le champ libre à son goût immodéré de la vie. Il est plus idéaliste, se dévoue pour des causes et peut se sacrifier pour les autres. Sa gourmandise s’exerce surtout dans le domaine des idées et des projets auxquels il se consacre avec enthousiasme. Il cherche à construire un monde plus juste et plus libre, et voudrait en bannir la souffrance, pas seulement pour lui mais pour la société dans laquelle il vit. Il est très sociable, aime s’entourer d’amis et partager ses convictions, ce qui en fait un enseignant très stimulant. Il est peu respectueux de l’autorité et de la hiérarchie, préférant que chacun puisse être libre et responsable. Ce mélange d’idéalisme et d’enthousiasme est galvanisant pour les autres qui le suivent dans ses aventures, quitte à devoir se charger du travail de fond qui l’intéresse beaucoup moins. En tant que sous-type social, son statut dans le groupe compte pour lui. Il sacrifiera sa liberté, du moins temporairement, pour s’assurer qu’il a les bons diplômes, les bons codes et que son image sert ses intérêts. Le Sept de sous-type sexuel : imagination (néophile) Le Sept de sous-type sexuel est attiré par des expériences nouvelles et fascinantes, d’où l’appellation de « néophile » que lui donne Russ Hudson. Le monde suffit à peine à lui fournir assez de sensations à découvrir et il passe d’une aventure à l’autre avec la même énergie que celle avec laquelle il vit de nouvelles relations amoureuses. C’est le Sept qui prend le plus de risques, tant financiers que personnels, son confort et sa
sécurité ayant peu d’importance à l’heure de se lancer dans de nouvelles explorations. Il aime voyager et ne se soucie guère des détails pratiques ou des contraintes matérielles. Il a le don de transporter son partenaire dans un monde imaginaire et c’est ce qui attire chez lui. Les personnes l’intéressent peu, il recherche surtout l’intensité de la relation à un instant précis. Il peut se détourner de l’autre très vite dès que le premier moment de fascination est passé. C’est le plus insaisissable des Sept et celui qui est le plus souvent dépeint dans les livres. La réalité lui fait peur et il s’accroche à son imagination pour l’embellir. Refusant de voir les aspects négatifs, il peut se laisser influencer, voire berner par l’espoir d’un monde où tout serait plaisir. Si l’on évoque devant lui des sujets difficiles, il va rapidement changer de sujet ou rationaliser. Il manie mieux que personne la rationalisation, ce mécanisme de défense propre aux Sept. Quelques stéréotypes du Sept dans les fictions Aventuriers et beaux parleurs, défiant l’autorité avec humour, les Sept sont des personnages très présents dans les films d’action et les romans policiers. Un brin solitaire mais bon vivant dans sa version autoconservation (le commissaire Montalbano d’Andrea Camilleri), capable de se sacrifier temporairement pour une cause s’il s’agit du Sept social (le Dr Siri Paiboun de Colin Cotterill, Indiana Jones, Peter Frorrick dans The Good Wife) ou séducteur et amateur de risques pour le Sept sexuel (Han Solo dans Star Wars, Peter Pan). Les sous-types du Huit
Le Huit de sous-type autoconservation : survie (survivant) Le Huit de sous-type autoconservation est obsédé par sa sécurité et cherche à tout contrôler pour l’assurer. Rien ne doit lui échapper car, pour lui, il n’y a pas de détails sans importance. Chaque faiblesse, aussi petite soit-elle, peut conduire à une faille majeure et il ne fait confiance qu’à lui-même pour vérifier. Sa très grande énergie se déverse dans cette quête et il lui faut tout de suite et en très grande quantité tout ce dont il pense avoir besoin. Les signes extérieurs de puissance sont très importants pour lui car ils renforcent sa position dominante. Il est très attaché à avoir une belle maison, avec tous les gadgets qui en garantissent la sécurité ou une belle voiture bien fiable, qui lui permet de se déplacer par ses propres moyens sans dépendre des transports en commun, ou tout autre attribut marquant sa supériorité et le mettant à l’abri du danger, selon l’environnement auquel il appartient. C’est le plus indépendant et le plus solitaire des Huit, souvent sec et intimidant. Il est très casanier car il se sent en sécurité chez lui et en ayant tout à portée de main. Il a beaucoup de mal à différer la satisfaction de ses besoins car être en demande ou dans l’attente le mettrait en position de faiblesse. S’il est confronté à un délai ou à un refus il devient agressif et même violent, car il se sent littéralement en danger. Il aime le travail physique et les efforts qui lui permettent de concrétiser pratiquement son besoin de sécuriser son périmètre. Il a beaucoup de mal à accepter de l’aide puisque cette demande serait la preuve d’une faiblesse.
Le Huit de sous-type social : complicité (camaraderie) Le Huit de sous-type social s’entoure de personnes dont il a soigneusement mis à l’épreuve la fidélité et sur lesquelles il sait pouvoir compter quoi qu’il arrive. De son côté, il fera aussi tout pour les défendre, qu’elles soient ou non dans leur bon droit. C’est le moins abrupt des Huit, le plus charmeur mais aussi le plus intéressé par l’exercice du pouvoir. Il a de nombreux réseaux et tisse des alliances pour pouvoir contrôler son environnement. Il s’informe avec précision sur les forces et faiblesses de ceux qui l’intéressent afin de pouvoir les utiliser à bon escient. Il s’agit là de manœuvres purement stratégiques, son vrai réseau d’amis est très limité, mais très solide. Il cherche très clairement à être en position dominante, à être le protecteur, le défenseur et le justicier. Le Huit social s’engage souvent pour de grandes causes sociales ou en politique. Il défend ses points de vue avec opiniâtreté et c’est dans ce domaine que s’exerce chez lui l’excès typique du Huit. Il aime attirer l’attention et n’a pas peur de se faire remarquer en élevant la voix. Le Huit social détecte immédiatement un ennemi potentiel et va se charger de l’écarter. Il déteste les personnes timorées, qui ne prennent pas position et qui peuvent changer de bord, car elles représentent un danger. S’il estime avoir été trahi, il cherchera à se venger même s’il s’agit d’un membre de sa famille ou d’un proche. Le Huit de sous-type sexuel : possessivité (mainmise)
Le Huit de sous-type sexuel est une personne naturellement dominante et charismatique qui attire les regards. Les caractéristiques propres au sous-type sexuel (besoin d’attirer, agressivité) sont amplifiées ici pour donner un mélange détonant. Il contrôle les autres par l’attirance qu’il exerce sur eux. Il cherche à créer des liens forts tout en gardant son autonomie pour ne pas tomber sous la coupe d’une autre personne. L’intimité l’effraie, car elle suppose de laisser quelqu’un envahir son territoire, mais il la désire en tant que sous-type sexuel. Il a un besoin viscéral de loyauté et il va falloir que son partenaire la lui prouve à plusieurs reprises pour qu’il envisage de baisser la garde. Il est extrêmement possessif et ne supporte pas le moindre partage, ne serait-ce que de l’attention ou du temps, car cela le met en position de faiblesse. Il est aussi très protecteur car il craint qu’il arrive malheur à son partenaire. Cette préoccupation peut se manifester par une grande agressivité ou une méchanceté récurrente envers celui-ci, car son partenaire représente une faille potentielle dans son système de sécurité. Pour éviter de tomber dans la dépendance vis-à-vis d’une autre personne, le Huit de sous-type sexuel peut se contenter de conquêtes successives qui le rassurent sur sa capacité d’attirance sans le mettre en danger. Quelques stéréotypes du Huit dans les fictions Du justicier solitaire à la femme flic sans complexes, le Huit se décline en plusieurs versions. Méfiant et autonome s’il est de sous-type autoconservation (John Wayne dans la plupart de ses films, la détective Kinsey Millhone de Sue Grafton) ou cherchant à avoir un fort impact sur son entourage (la commissaire Petra Delicado d’Alicia Giménez-Bartlett, Lucy
dans Peanuts) s’il est de sous-type social. Le sous-type sexuel est, lui, bagarreur, protecteur, possessif et en même temps séducteur (Jamie dans Outlander, Dark Vador dans Star Wars, la commissaire Romano de Sophie Chabanel). Les sous-types du Neuf Le Neuf de sous-type autoconservation : appétit (confort) Le Neuf de sous-type autoconservation cherche à assurer sa protection en s’enrobant de tout ce qui l’éloigne des situations conflictuelles et des exigences des uns et des autres. Il peut aussi bien s’agir de nourriture, de boisson, de lectures que de séries, l’essentiel étant que ce soit à portée de main et que ça s’intègre dans une routine. Ces deux éléments sont importants car ils lui garantissent qu’il n’aura pas à sortir de sa zone de confort ou à s’attirer des ennuis pour y avoir un accès illimité. C’est le plus solitaire des Neuf, mais aussi celui qui peut le plus facilement se buter et même élever la voix s’il se sent envahi ou dérangé dans ses habitudes. En général, il se contentera de ne pas répondre aux sollicitations malvenues en espérant que la personne n’insistera pas. Comme il aime s’isoler et qu’il accumule facilement, il est parfois pris pour un Cinq, surtout s’il a des goûts intellectuels. Il aime beaucoup la nature qui le repose et lui offre un cadre harmonieux, simple et à portée de main. Le Neuf de sous-type autoconservation développe non seulement la paresse à se connaître, caractéristique de son ennéatype, mais il est aussi susceptible d’être paresseux au sens strict du terme, allant jusqu’à se négliger physiquement, le tout
dans le but de s’économiser pour rencontrer le moins de résistance possible. Le Neuf de sous-type social : participation périphérique (famille heureuse) Le Neuf de sous-type social est une personne dynamique et qui s’investit beaucoup pour ses groupes, car il se rattache à leur énergie. Ceux-ci lui permettent de vivre, d’avoir des valeurs, de s’engager pour des projets sans qu’il soit à l’origine de ces mouvements. Il anesthésie ses besoins en endossant ceux des autres. Toutes ces activités donnent une épaisseur à son personnage, mais en lui évitant d’avoir à réfléchir à son propre rôle. Le costume est tout prêt pour lui ! C’est aussi pour cela qu’il tient beaucoup au respect des conventions sociales qui régissent le groupe, car il ne supporterait pas que, en les transgressant, certains mettent en danger son cadre de vie ou même en modifient les codes qu’il a si bien assimilés. Ces conventions sociales lui permettent également d’avoir la bonne attitude en société sans devoir mesurer lui-même les pas à donner. Le Neuf de sous-type social est généralement très actif physiquement et donne beaucoup de son temps et de son énergie au groupe, mais il évitera de prendre des responsabilités car cela lui demanderait de sortir de sa zone de confort. Malgré sa résistance, il arrive régulièrement qu’un Neuf social se retrouve propulsé à des postes de responsabilité, car il est la personne consensuelle qui ne s’est pas fait d’ennemis. Il se trouve alors confronté à l’obligation de prendre parti mais risque bien de privilégier le camp qui lui permettra d’éviter le conflit, quitte à commettre une injustice. S’il dépasse cette limitation il peut alors être un excellent dirigeant, charismatique et généreux.
Le Neuf de sous-type sexuel : union (fusion) Le Neuf de sous-type sexuel va se confondre avec la personne qu’il aime ou s’abîmer dans une quête de type mystique. Dans les deux cas, cette union ou fusion lui permet de ne pas avoir à jouer son propre rôle, ni à se demander quels sont ses besoins, aspirations ou valeurs. Il devient une sorte de miroir de l’autre, absorbant ses désirs et ses aspirations, qu’il prend à son compte. Il fait tout pour répondre aux besoins de son partenaire et le fait d’autant mieux qu’il les perçoit mieux que les siens. Il éprouve néanmoins le besoin d’exister indépendamment de son conjoint et, s’il n’a pas la possibilité d’exprimer sa propre personnalité, il peut se séparer, souvent sans faire grand bruit. Mais ce sera alors pour mieux se réunir avec une autre personne, car la vie seul avec lui-même est tout simplement inenvisageable. Le Neuf de sous-type sexuel traverse des moments de grande anxiété quand il ne sait plus à qui se rattacher, au point de pouvoir faire penser à un Quatre, car il vit des moments d’angoisse existentielle. À la recherche d’une relation intense et fusionnelle qu’il idéalise, il peut multiplier les relations tant qu’il n’a pas trouvé son âme sœur. Très sensuel, il est aussi le plus artiste et imaginatif des Neuf. Quelques stéréotypes du Neuf dans les fictions Le Neuf semble, à première vue, moins présent dans les fictions car, comme dans la vraie vie, il a tendance à passer inaperçu. Il peut se contenter d’un second rôle pourvu qu’il puisse avoir à portée de main de quoi se réconforter, s’il est de sous-type
autoconservation (Linus dans Peanuts, l’inspecteur Danglard dans les polars de Fred Vargas). Jouant un rôle social dans sa communauté, souvent contre son gré, le Neuf social est repérable dans des personnages aussi divers que Mma Ramotswe d’Alexander McCall Smith, Frère Cadfael dans les romans et nouvelles d’Ellis Peters ou Tom Kirkman dans Designated Survivor. Le Neuf sexuel est plus cinématographique, grâce au côté absolu de son mécanisme de fusion (Benigno, l’infirmier de Parle avec elle, Roger MacKenzie dans Outlander ou la troublante prestation de Lauren Bacall dans The Gift of Love). Une mention spéciale est à décerner au personnage d’Élisabeth II dans The Crown, qui s’oublie elle-même pour se confondre avec son rôle de reine d’Angleterre. 1 Les noms donnés aux trois instincts diffèrent selon les auteurs ; c’est le vocabulaire développé par Oscar Ichazo (autoconservation, social, sexuel) qui a été choisi ici.
Partie 4 Impact et coloration des autres ennéatypes
Dans cette partie… Après avoir fait un long périple au cœur d’un ennéatype, qui vous a permis d’en comprendre le fonctionnement, de découvrir ses motivations et ses mécanismes quand il est dans son ego et son essence, d’interpréter son dialecte et de repérer l’influence de ses instincts fondamentaux, vous vous attacherez dans cette partie à percevoir l’impact que les autres ennéatypes ont sur lui et à discerner la manière dont ils le colorent. Vous appréhenderez notamment le rôle des « ailes » et la façon dont chaque ennéatype peut être porté par ses ailes ou au contraire être entravé par elles, avant d’aborder les mécanismes et les conséquences de l’intégration et de la désintégration externe, c’est-à-dire dans un autre ennéatype.
DANS CE CHAPITRE Définition et dynamique des ailes • Ce que chaque aile apporte à un ennéatype • Comment chaque aile entrave un ennéatype • Des exemples de manifestation égotique de chaque aile Chapitre 16 Les ailes et leur impact sur chaque ennéatype orsque nous découvrons l’ennéagramme, nous sommes L souvent surpris par les profondes différences qui existent entre les ennéatypes qui côtoient un type de base sur le schéma et que l’on désigne comme ses ailes. Par exemple, un Un a une aile en Neuf et une aile en Deux, un Quatre une aile en Trois et une aile en Cinq. Il est particulièrement intéressant de voir comment ces ennéatypes « mitoyens » s’influencent, malgré leurs différences.
Figure 16-1 Le positionnement des ailes de l’ennéatype Un. Les deux ailes et leur dynamique Les deux ailes n’ont pas une influence égale. L’une d’elles se développe naturellement, souvent dès l’adolescence, mais en l’absence d’un travail précis dans ce sens, l’autre ne le fera qu’en deuxième moitié de vie. Le penchant vers l’une ou l’autre aile est souvent une forme d’adaptation à un milieu, en particulier professionnel, mais pas uniquement. L’engagement politique ou la militance pour une cause peuvent aussi nous pousser à développer l’aile qui est plus utile ou admise dans notre milieu. Asunción (type Trois) a longtemps travaillé dans le milieu du développement ou associatif. Elle s’est toujours beaucoup appuyée sur son aile de Deux qui était bien mieux perçue par son entourage que celle de Quatre ou que son ennéatype d’origine. Il existe, ici aussi, plusieurs écoles et explications sur l’origine, la mise en place et le fonctionnement des ailes. Pour certains auteurs, l’aile qui nous précède (en suivant le sens des aiguilles d’une montre) est notre part d’ombre et la suivante est notre alliée. Pour d’autres, elles ont toutes deux une grande influence, parfois positive, parfois négative. D’autres encore les voient
comme étant au service de l’ennéatype de base, lui permettant d’équilibrer ses travers. La présentation des arguments étayant ces approches dépasse le cadre de cet ouvrage. Nous nous limiterons donc ici à décrire l’influence positive ou négative de chacune des ailes. Une erreur commune est de leur donner trop d’importance à l’heure de la découverte de l’ennéatype, comme on le fait parfois avec les ennéatypes d’intégration ou de désintégration. Il est courant d’entendre une personne dire qu’elle ne peut pas appartenir à tel ennéatype, parce qu’elle ne se reconnaît pas dans ses ailes ou dans son intégration/désintégration. Nous ne redirons jamais assez que c’est dans l’ennéatype de base qu’il faut se reconnaître. Les nuances et influences des quatre autres ennéatypes (ailes et types de désintégration/intégration) sont subtiles et il faut avoir déjà une bonne connaissance du modèle pour découvrir leur véritable impact, si on ne veut pas tomber dans la caricature. L’aile ne modifie donc pas la motivation profonde de l’ennéatype, et elle est au même niveau d’intégration ou de désintégration que celui-ci. Elle « déteint » sur lui avec ses propres distorsion émotionnelle et obsession cognitive quand la personne va mal et elle le « colore » avec ses propres reconstruction émotionnelle et mécanisme de progression lorsque l’individu va bien. Nous allons voir maintenant comment cela se traduit pour chaque ennéatype. Influence des ailes sur chaque ennéatype Les ailes du Un
Figure 16-2 Les ailes du Un. Quand le Un est porté par son aile Neuf : Respecter le rythme des autres ou leurs points de vue devient atteignable pour le Un, qui passe de la critique à la collaboration. En poussant plus loin cette exploration, il peut même en arriver à la constatation sereine que certaines circonstances ne peuvent être changées ! Il arrête de se prendre continuellement en faute et apprend à relativiser ses erreurs. Quand le Un est entravé par son aile Neuf : Il se perd dans les tâches à accomplir et a tendance à les négliger par peur de l’imperfection. Il laisse de côté ce qui est vraiment important pour lui pour ne se consacrer qu’à ce qui « doit » être fait, s’oubliant et se dévalorisant. Il procrastine et n’arrive pas à tenir les délais. Clément est un Un, il a toujours refusé de chercher à découvrir son ennéatype car, dit-il, « je préfère consacrer mon temps à des personnes plus intéressantes que moi ». Quand le Un est porté par son aile Deux, la voix du critique intérieur est modérée par l’acceptation et la compréhension des faiblesses des autres, et même de ses propres limites. Il se met au service des autres, non pour les cadrer ou les réformer, mais pour les aider à grandir. Il sait adapter les règles à leurs capacités. Quand le Un est entravé par son aile Deux, si ses efforts pour améliorer le monde ne sont pas reconnus, la colère va se mêler de déception et même du sentiment d’être blessé. Il refuse de reconnaître ses besoins, victimise et se sent exploité, car il a pris en charge tout le travail sans être ni aidé ni reconnu dans ses efforts.
Aline est la trésorière d’une association qui traverse une grave crise et a dû réduire son personnel. Elle se dévoue pour cette fonction et assure bénévolement une bonne part du travail administratif, négligeant sa propre activité de consultante. Ses critiques constantes découragent toute aide de la part des autres membres. Les ailes du Deux Figure 16-3 Les ailes du Deux. Quand le Deux est porté par son aile Un, alors qu’il a facilement tendance à favoriser ses « protégés » en tordant les règles pour leur faire plaisir, il sait faire preuve d’impartialité et d’équité. La pratique d’une discipline personnelle lui permet de ne pas négliger ses propres besoins et de contenir ses émotions pour lui éviter des débordements en paroles ou en actions. Il est ainsi à même d’agir pour corriger ou améliorer au lieu de se contenter de réponses émotionnelles. Quand le Deux est entravé par son aile Un, il devient très critique envers ceux qui lui manquent de reconnaissance. Il s’investit trop et se perd dans son désir d’agir pour les autres, cherchant toujours à faire plus et ne se sentant jamais à la hauteur des besoins de son entourage. Il se néglige complètement et s’épuise dans l’action. Claire veut aider sa fille Sarah à trouver un emploi. Elle fait pression sur une amie pour qu’elle la prenne en stage dans son service. L’amie accepte tout en la prévenant qu’elle ne pourra confier à Sarah que des tâches peu intéressantes car toute son équipe est mobilisée par un projet déjà bien avancé. Dix jours
après Claire va se plaindre auprès de son amie car elle estime que sa fille est traitée injustement. Quand le Deux est porté par son aile Trois, il se donne des objectifs clairs et s’organise pour y parvenir. Il ne cherche pas à tout faire lui-même mais sait travailler en équipe. Il ne se perd pas dans des considérations personnelles inutiles mais sait s’adapter aux autres sans fusionner avec eux. Quand le Deux est entravé par son aile Trois, il se consacre à ses multiples tâches de manière compulsive et se concentre dans l’aide aux personnes en vue pour en retirer du prestige. Il se ment à lui-même sur ses véritables intentions prétendant agir pour le bien d’un autre. Il cherche à se faire remarquer par des personnes influentes et peut devenir un pion entre leurs mains. Anne est assistante de direction. Elle cherche régulièrement à contourner le règlement de la société au bénéfice de son patron car elle trouve qu’il ne profite pas assez des avantages que lui confère sa position. Un jour, elle lui propose d’obtenir un surclassement en business pour son épouse, qui va voyager avec lui, et considère la réaction outrée de celui-ci comme de l’ingratitude. Les ailes du Trois Figure 16-4 Les ailes du Trois. Quand le Trois est porté par son aile Deux, la poursuite de ses objectifs ne se fait plus au détriment des personnes de son entourage. Il respecte leurs priorités ou les associe à des réussites qui ne sont plus seulement les siennes propres. Il les
apprécie pour ce qu’elles sont et non pour leurs contributions au succès de l’équipe. Il les soutient dans leurs difficultés et les encourage dans leurs progrès. Quand le Trois est entravé par son aile Deux, il se fond complètement pour se conformer aux attentes des autres et à l’image qu’on lui prête. Il se rend indispensable et supporte très mal de ne pas être reconnu en tant que tel, ou que ses efforts pour les autres ne soient pas couronnés de succès. Aude s’est donné pour objectif de faciliter la vie de son entourage en anticipant leurs besoins et en mettant toute sa redoutable efficacité à leur service. Elle passe si rapidement à l’action que les autres sont incapables de la suivre et abandonnent souvent en cours de route, la décevant régulièrement. Quand le Trois est porté par son aile Quatre, il s’intéresse à son monde intérieur et à l’authenticité de ses émotions et de ses désirs, qui ne sont plus guidés par la perspective du succès. L’efficacité et l’utilité ne sont plus des critères absolus et il apprécie la beauté des formes ainsi que la création artistique. Il cherche la sincérité dans les relations humaines et perçoit avec justesse les fluctuations d’humeur des autres. Quand le Trois est entravé par son aile Quatre, il se perd dans les méandres d’une vie intérieure qu’il connaît mal. Son désir de briller va rencontrer le besoin d’être unique et peut l’entraîner à prendre des positions extrêmes pour se faire remarquer. Il supporte très mal que d’autres aient du succès et va s’attacher à ternir leur image. Liliane est une femme à qui tout réussi et qui se donne à fond aussi bien pour sa famille que dans son travail. Elle ne peut mettre en doute l’admiration qu’on lui porte, mais cela ne lui suffit pas. Il lui faudrait être la seule à la susciter et elle souffre de la réussite des autres.
Les ailes du Quatre Figure 16-5 Les ailes du Quatre. Quand le Quatre est porté par son aile Trois, il ne se contente pas de rêves et de fantaisies mais il exprime ses capacités créatrices dans des réalisations concrètes. Il devient une source d’inspiration pour d’autres et les aide à développer leur propre créativité. Il s’intéresse au partage et à la mise en œuvre de ses idées avec d’autres tout en s’assurant de ne pas tomber dans la facilité. Quand le Quatre est entravé par son aile Trois, il a vraiment besoin d’occuper le devant de la scène ! Prêt à tout pour se faire remarquer, il se lance dans une hyperactivité qui le rassure en lui permettant d’occuper tout l’espace disponible. Il reste insatisfait et surjoue, espérant atteindre ainsi une position unique. Le proverbe espagnol « il (ou elle) voudrait être le bébé dans un baptême, la mariée dans un mariage et le mort dans un enterrement » est un parfait exemple du comportement du Quatre à aile Trois. Quand le Quatre est porté par son aile Cinq, il prend du recul et de la distance vis-à-vis de son débordement émotionnel. Ses intuitions ne sont plus inquestionnables et il accepte les faits au lieu de les balayer, s’ils contredisent ses intuitions. L’authenticité n’est plus un critère absolu. La rationalité du Cinq lui permet de mettre de l’ordre dans sa perception de la réalité, qui devient moins passionnelle. Le détachement lui évite de s’éloigner de la démesure.
Quand le Quatre est entravé par son aile Cinq, il cherche encore plus à se distinguer des autres et s’éloigne de leur banalité au propre comme au figuré. Mentalisant ses émotions, il tourne en rond et creuse un écart qui l’isole. Il attend des autres qu’ils fassent le premier pas pour rétablir la relation, mais leur marque son dédain quand ils s’y risquent. Miléna a su tisser des amitiés durables, bien qu’elle les ait mises à l’épreuve en s’isolant par périodes et en évitant tout contact. Tout se passe comme si un tort lui avait été causé, mais elle ne saurait pas le nommer. Elle rejette les premières tentatives d’approche de ses amis, qui doivent reconquérir patiemment le terrain perdu et prouver qu’ils méritent qu’elle quitte sa tour d’ivoire. Les ailes du Cinq Figure 16-6 Les ailes du Cinq. Quand le Cinq est porté par son aile Quatre, il ne se contente plus de son rôle d’observateur et il entre en contact avec ses sentiments. Il s’engage auprès de ceux qui comptent pour lui et met ses capacités analytiques au service de sa créativité. Il trouve des expressions artistiques qui lui conviennent et l’aident à apprivoiser ses émotions. Quand le Cinq est entravé par son aile Quatre, il se croit encore plus incompris et différent, mesurant tout ce qui le sépare des autres et de leur fonctionnement. Il s’enferme dans son monde mental et se laisse aller à l’envie et à la mélancolie.
Jeanne est traductrice dans une organisation internationale. Elle ne supporte pas de travailler en équipe et se compare constamment à ses collègues, estimant être toujours lésée par rapport aux autres. Elle ne se rapproche d’eux que si elle peut en tirer un bénéfice. Quand le Cinq est porté par son aile Six, il collabore avec d’autres en s’engageant pour défendre des causes auxquelles il accepte de croire. Il comprend qu’il peut apporter une contribution réelle et joue un rôle apprécié au sein d’un groupe ou d’une équipe. Quand le Cinq est entravé par son aile Six, il devient encore plus méfiant et se protège des autres. Il doute d’eux et se croit facilement critiqué. Il est encore plus hésitant sur ses capacités personnelles et résiste à tout engagement. Julien est responsable informatique dans un centre de recherche. Il se méfie constamment de ses collègues, qui ne sont pour lui que des dangers potentiels pour le système informatique. Il ne se prive pas de traquer leurs mouvements sur Internet, sous prétexte d’assurer la sécurité du réseau. Les ailes du Six Figure 16-7 Les ailes du Six. Quand le Six est porté par son aile Cinq, il profite de la capacité d’analyse et du recul du Cinq pour clarifier sa vision d’une situation. Il se fait confiance pour émettre des jugements sans avoir besoin de les faire valider par son groupe. Il ne se
perd pas dans les méandres du doute et peut avoir une vision d’ensemble. Quand le Six est entravé par son aile Cinq, il se retire de ses cercles habituels et retourne dans sa tête ses angoisses mentales. Il n’arrive plus à passer à l’action et se coupe de ses émotions, s’enfermant dans une attitude de défense et de marginalisation. Élisabeth est le bras droit du directeur et se dépense sans compter pour organiser et suivre dans les moindres détails les séances du conseil d’administration. Celles-ci sont traditionnellement suivies par un cocktail et un dîner. Mais, comme elle déteste les mondanités, dès que les séances de travail s’achèvent, elle disparaît dans son bureau pour préparer la séance du lendemain. Quand le Six est porté par son aile Sept, il sait profiter des bonnes choses en compagnie de ceux qui comptent pour lui. Il accepte de s’ouvrir à d’autres possibles sans se limiter aux solutions éprouvées. Il affiche un optimisme raisonnable et traite avec humour son besoin d’être rassuré. Quand le Six est entravé par son aile Sept, il ne supporte pas d’être limité dans ce qui est « permis ». Il accumule tout ce qui le rassure sans aucune retenue et panique s’il pense en être privé. Il s’évade mentalement pour ne pas être confronté à ses peurs et intellectualise les situations pour ne pas s’y confronter. Louis n’a pas le sens de l’orientation et il craint toujours de se perdre. Quand il conduit, il active le GPS de la voiture et celui de son téléphone et, si sa femme est avec lui, il attend d’elle qu’elle vérifie aussi l’itinéraire. Les ailes du Sept
Figure 16-8 Les ailes du Sept. Quand le Sept est porté par son aile Six, il limite le nombre de possibilités à celles qui sont réellement envisageables et accepte de considérer les problèmes dont il faudrait tenir compte. Il gagne en profondeur et s’engage pour un nombre limité de personnes. Celles-ci comptent vraiment pour lui et elles sont assurées de son appui. Quand le Sept est entravé par son aile Six, il se méfie de tous ceux qui pourraient restreindre sa liberté, même dans les choix les plus insignifiants. Il se sent en insécurité dès qu’il ne détient pas toutes les clés et ne contrôle pas toutes les décisions. Victor ne participe jamais à un voyage ou à une activité qu’il n’aura pas organisés lui-même. Il s’assure toujours d’avoir le choix de la chambre dans un hôtel ou du menu au restaurant. Cependant, il est important pour lui que tout le groupe suive dans la bonne humeur ! Quand le Sept est porté par son aile Huit, il ne se contente plus d’imaginer des options, il les met en œuvre. Si leur réalisation entraîne une part de souffrance, il va l’accepter comme faisant partie du processus. Il s’engage pour le bien commun et sait convaincre et rassurer ses partenaires. Quand le Sept est entravé par son aile Huit, son refus de la souffrance devient une exigence absolue et il peut s’adonner à toute sorte d’excès pour ne pas y être confronté. Il impose autour de lui une « dictature du bonheur » et la défend de manière agressive si nécessaire. Le commissaire Montalbano, créé par l’auteur italien Andrea Camilleri, est un archétype de Sept à aile Huit. Fin gourmet, il
ne supporte pas qu’on lui adresse la parole pendant un repas même quand il y a urgence, mais poursuit le médecin légiste jusqu’à chez lui pour obtenir ses conclusions. Son éternelle fiancée, Livia, est priée d’oublier ses états d’âme quand elle vient le voir et de renoncer à toute tentative de contrôler son emploi du temps. Les ailes du Huit Figure 16-9 Les ailes du Huit. Quand le Huit est porté par son aile Sept, il intègre la notion de planification et de stratégie au lieu de foncer tête baissée sans penser aux conséquences. Il apprécie d’échanger avec d’autres et verbalise ses intentions au lieu d’imposer ses choix sans contradiction possible. Quand le Huit est entravé par son aile Sept, son besoin de pouvoir est multiplié par sa soif de nouvelles expériences. Il ne peut différer ses envies et accumule tout ce qu’il perçoit comme un marqueur de supériorité. Il assimile la privation ou le renoncement à de la faiblesse. Anne a de graves problèmes de santé mais elle ne peut envisager de renoncer aux plaisirs de la table et aux voyages, même s’ils lui sont formellement déconseillés. Elle accumule les responsabilités qui l’obligent à travailler tard le soir et explose dès qu’on lui fait remarquer qu’elle devrait se ménager. Quand le Huit est porté par son aile Neuf, il s’intéresse à l’avis et aux arguments des autres et ne va pas chercher à imposer les siens par la force. Il se donne et donne à son
entourage du temps pour prendre une décision ou passer à l’action. Quand le Huit est entravé par son aile Neuf, il néglige ses véritables intérêts pour se lancer dans des activités qui lui permettront de garder le contrôle, même si elles ne le satisfont pas à titre personnel. S’il a un conjoint, il peut en devenir très dépendant tout en le malmenant. Pendant des années André a enchaîné les missions à l’étranger afin, selon lui, de pouvoir donner le meilleur à sa famille qui mène une belle vie. Il a envers sa femme et ses enfants une attitude ambivalente car, d’un côté il ne manque pas une occasion de les rabaisser en public, mais de l’autre il est très dépendant d’eux affectivement sans pouvoir se l’avouer. Les ailes du Neuf Figure 16-10 Les ailes du Neuf. Quand le Neuf est porté par son aile Huit, il est conscient de sa capacité à réaliser et ne craint pas de s’affirmer dans son domaine de compétence. Il peut être direct et déterminé dans ses actions mais sans envahir le terrain des autres. Il exprime franchement ses intentions. Quand le Neuf est entravé par son aile Huit, il accumule beaucoup d’insatisfaction et se laisse facilement aller à des colères qui ne surprennent plus son entourage. Ses frustrations peuvent s’exprimer par des stratégies de vengeance mesquine. Pierre a été le directeur administratif d’une institution et a accumulé beaucoup de griefs envers ses collègues. Peu avant
son départ à la retraite, il fait faire des travaux de rénovation qui incluent la pose d’un parquet très bruyant à la place de la moquette, obligeant ainsi le personnel à marcher sur la pointe des pieds pour ne pas déranger les collègues, des années encore après son départ ! Quand le Neuf est porté par son aile Un, il s’engage résolument dans l’action sans se perdre dans des excuses pour ne pas mener à bien ce qu’il considère être de son devoir pour améliorer le monde. Quand le Neuf est entravé par son aile Un, il lui devient encore plus difficile de prendre une décision par peur de mal faire. Sa difficulté naturelle à distinguer l’essentiel et à se perdre dans les détails est exacerbée par la recherche de solutions parfaites. La procrastination est alors la seule solution qu’il lui reste pour éviter de commettre des erreurs. Guillaume travaille dans une administration publique et doit, entre autres, rédiger des courriers, demander des devis et passer des commandes. C’est un travail routinier qui lui convient bien et qu’il exécute ponctuellement. Les difficultés commencent quand il doit s’adresser à un nouveau fournisseur ou commander un bien ou une prestation pour la première fois. Il craint tellement de ne pas exprimer correctement sa demande ou de se tromper dans le choix d’un fournisseur qu’il peut passer des semaines bloqué sur une tâche qui ne devrait lui prendre que quelques heures.
DANS CE CHAPITRE S’intégrer ou se désintégrer dans un autre ennéatype • Comment chaque ennéatype vit ce mécanisme • Atouts et faiblesses des ennéatypes d’intégration et désintégration Chapitre 17 Intégration et désintégration externe a description du mécanisme d’intégration et désintégration est L l’un des apports majeurs de l’ennéagramme. Nous avons vu dans les deux premières parties quel était l’effet de l’intégration et de la désintégration internes de la personnalité et comment chaque ennéatype peut évoluer pour aller du meilleur au pire, dans un continuum que Riso et Hudson découpent en neuf étapes1. Dans la description de chaque type, nous avons pu voir quelle était sa vision particulière du monde, ses aptitudes propres mais aussi les pièges dans lesquels il tombe quand il est prisonnier de son ego. Nous avons décrit son comportement lorsqu’il est connecté à son essence, dans sa routine, ou qu’il est dominé par
son ego (intégration et désintégration internes). Tout ceci constitue son « écosystème » avec ses forces et ses faiblesses. Mais l’ennéagramme va plus loin en ajoutant la notion d’intégration et de désintégration externes. Ce mouvement est reflété dans le diagramme par les lignes qui unissent chaque ennéatype à deux autres ennéatypes. Par exemple, le Un est relié au Sept et au Quatre, le Deux au Huit et au Quatre, le Trois (sur le triangle) au Six et au Neuf, etc. Figure 17-1 Symbole de l’ennéagramme. Dans des situations de stress intense ou de bien-être réel, l’ennéatype va aller en visiter un autre de manière ponctuelle ou plus durable. Ses forces (quand elles sont correctement déployées) et ses faiblesses (quand elles sont poussées à l’extrême) vont le faire s’aventurer dans l’écosystème d’un autre ennéatype, parmi les deux auxquels il est relié. Ces deux ennéatypes peuvent, soit servir d’antidote à sa distorsion émotionnelle, mécanisme de défense, obsession cognitive et évitement (on parlera alors d’intégration externe), soit aggraver encore leur toxicité (ce sera la désintégration externe).
Ce mécanisme explique pourquoi, dans certaines circonstances, nous ne nous reconnaissons plus nous-mêmes ou nous sommes abasourdis ou émerveillés par le comportement d’une personne que nous pensions bien connaître. Ce phénomène peut être très passager ou s’installer durablement, au point de rendre difficile l’identification de l’ennéatype d’une personne très bien intégrée ou très désintégrée. Les comportements qu’elle adoptera ressembleront à s’y méprendre à ceux d’un autre ennéatype, mais sa motivation, sa peur et son désir profonds resteront ceux du sien. Ce sont eux qu’il faut toujours interroger pour connaître son ennéatype. L’ennéatype de base ne disparaît pas dans l’intégration ou la désintégration. On ne « devient » pas un autre ennéatype, mais on additionne ses capacités ou ses travers à ceux du nôtre. L’ennéatype de base est toujours présent, mais son point de vue est modifié parce qu’il voit la réalité à travers d’autres « verres », qui lui permettent d’élargir ou de diminuer sa focale sur le monde. Des représentations différentes Le schéma de l’ennéagramme rattache chaque point à deux autres et il existe en deux versions. Dans la première, les lignes qui relient les neuf points du diagramme apparaissent sous forme de flèches.
Figure 17-2 Les directions d’intégration et de désintégration (version fléchée). Cette version décrit un sens précis de circulation : la flèche représente une seule possibilité d’intégration ou de désintégration. Suivre le sens de la flèche, c’est la pente descendante et facile de la désintégration. Aller contre le sens de la flèche, c’est remonter le courant en progressant vers l’intégration. Par exemple, le Quatre va aller vers le Un pour s’intégrer et vers le Deux pour se désintégrer. Le Cinq s’intégrera en allant vers le Huit et se désintégrera en allant vers le Sept. Il est plus fréquent de représenter ce schéma uniquement avec des traits, comme nous avons choisi de le faire dans cet ouvrage. Cette représentation tient compte du fait que les sens d’intégration et de désintégration ne semblent pas être uniques. La pratique nous conduit à rencontrer des Quatre qui s’intègrent en Deux et se désintègrent en Un ou des Cinq qui s’intègrent en Sept et se désintègrent en Huit, pour reprendre les exemples cités plus haut.
Le Modèle unifié de l’ennéagramme (voir page 43) considère, quant à lui, que ce phénomène s’explique par l’existence de deux versions de l’ennéatype, appelées « variantes », selon le centre qu’il réprime. La direction d’intégration et de désintégration sera inversée pour chacune des variantes2. La plupart des auteurs reconnaissent aujourd’hui que, d’une manière ou d’une autre, un ennéatype peut prendre les bons ou les mauvais côtés des deux ennéatypes auxquels il est relié. Cette théorie est formalisée de manière rigoureuse avec les deux variantes du Modèle unifié de l’ennéagramme. Elle est exprimée, à divers degrés, par d’autres auteurs (Jerome Wagner, Riso & Hudson, Palmer), mais dans des termes moins codifiés. Nous présenterons donc les deux possibilités d’intégration et de désintégration pour chaque ennéatype. Intégration et désintégration externes de chaque ennéatype Nous allons voir maintenant comment se manifeste pour chaque ennéatype l’influence de son type d’intégration et de désintégration. Intégration et désintégration externes du Un Quand le Un s’intègre en Sept, il aborde les situations de manière plus globale et accepte d’autres manières de faire que la sienne. Il accède à une vision plus optimiste, nuance ses prises de position et devient moins critique envers les autres, mais également envers lui-même. Il accepte d’être simplement en chemin et s’autorise à profiter de la vie. Quand le Un se désintègre en Sept, il va se disperser et ajouter de nouvelles tâches à sa liste. Il est intempérant dans
l’accumulation d’obligations et dans son intolérance envers les autres. La souffrance qu’il peut leur infliger ne l’arrête pas dans la recherche de ce qu’il pense être la perfection. Il va argumenter avec d’autant plus de fermeté qu’il est convaincu d’avoir raison. Quand le Un s’intègre en Quatre, il se connecte à son moi authentique. Il est capable de connaître ses véritables aspirations, désirs, goûts et d’y consacrer son énergie. Il laisse libre cours à sa créativité et s’exprime au travers d’activités qui n’auront plus besoin d’être utiles. En se connectant à ses émotions, il fait entrer le facteur humain dans sa prise de décisions. Quand le Un se désintègre en Quatre, la colère qui l’habite va se tourner encore plus contre lui-même. Il va sombrer dans une spirale d’envie envers les autres, qui semblent bien plus capables que lui. Il a tendance à exagérer ses faiblesses et à se laisser envahir par des émotions auxquelles il ne sait pas faire face. Figure 17-3 Les atouts et les faiblesses des ennéatypes Quatre et Sept pour le Un.
Intégration et désintégration externes du Deux Quand le Deux s’intègre en Quatre, il va entrer en contact avec ses propres besoins et émotions, même négatives. Au lieu d’agir pour être reconnu et aimé, il est capable de se laisser guider par d’autres critères et d’avoir des gestes beaux et généreux, mais qui ne lui « rapportent » rien en termes d’image. Il se donne le droit d’exister sans y attacher le devoir d’être utile. Quand le Deux se désintègre en Quatre, il va ajouter l’envie à sa jalousie naturelle et elles seront toutes deux exacerbées par l’impression d’être la victime de sa trop grande générosité. Celle-ci a permis à d’autres d’accéder à ce qui lui est refusé ! Il s’apitoie sur lui-même et sombre dans une mélancolie, qui a cependant besoin de spectateurs. Quand le Deux s’intègre en Huit, il va se libérer du poids de l’opinion des autres. Il arrive à marquer clairement son territoire, à ne pas se laisser envahir par les demandes d’aide et à préserver son intégrité. Il est capable de dire non sans culpabilité, il sait quelles sont les limites de ses responsabilités. Quand le Deux se désintègre en Huit, il cherche à contrôler encore plus les autres. Il est capable d’utiliser les confidences qu’il a reçues et sa connaissance des points sensibles pour se venger de ceux qu’il a auparavant aidés, et qui ne lui manifestent pas la reconnaissance à laquelle il estime avoir droit. Il exige d’être aimé en récompense des services qu’il impose aux autres d’accepter.
Figure 17-4 Les atouts et les faiblesses des ennéatypes Quatre et Huit pour le Deux. Intégration et désintégration externes du Trois Quand le Trois s’intègre en Six, il découvre la loyauté à ses véritables valeurs. Il se consacre à ce qui a du sens pour lui au lieu de focaliser son énergie sur ce qui peut le faire briller. Il met son efficacité au service du jeu collectif et fait confiance aux autres dans la conduite d’un projet. Il ne se focalise plus sur la réalisation de l’objectif, mais accepte l’importance du processus. Quand le Trois se désintègre en Six, il se plie aux exigences du groupe et s’identifie à ses valeurs, sans les remettre en question. Il peut accepter n’importe quelle décision et la faire appliquer dans le but d’être bien vu. Il doute de ses capacités à réussir, il se tourmente et, ne sachant plus être un caméléon, ne sait tout simplement plus qui il est.
Quand le Trois s’intègre en Neuf, il se donne à lui-même le temps de se connaître et de laisser affleurer ses véritables sentiments. Il abandonne ses prétentions de grandeur et ne cherche plus la lumière des projecteurs. Il ralentit son propre rythme et respecte celui des autres. Il consacre son efficacité et ses ressources à créer un meilleur climat autour de lui. Quand le Trois se désintègre en Neuf, il est incapable de se fixer des priorités, il tourne en rond de façon hyperactive. Il s’anesthésie pour ne pas se laisser atteindre par les autres et tombe facilement dans la lâcheté pour ne pas perdre la face. Il se désintéresse encore plus de ses sentiments et de ses valeurs, les sacrifiant volontiers face à un risque de conflit. Figure 17-5 Les atouts et les faiblesses des ennéatypes Six et Neuf pour le Trois.
Intégration et désintégration externes du Quatre Quand le Quatre s’intègre en Un, il met sa créativité au service de ses idéaux. Au lieu de se perdre dans ses sentiments, il peut se concentrer sur les faits et faire avancer une situation. Il est rigoureux dans l’exécution, acceptant que l’utile et le pratique puissent prendre le pas sur le beau ou le désirable. Il cherchera cependant une certaine élégance dans l’application des normes, en alliant l’éthique à l’esthétique. Quand le Quatre se désintègre en Un, il perçoit les dissonances ou défaillances de manière exacerbée. Tout ce qui s’écarte de son idéal est grave, il tombe dans la « dictature esthétique ». Il est très critique envers ceux qui ne suivent pas ses préceptes, qui ne peuvent être remis en question. Il se donne sans compter pour les défendre et peut en arriver à des attitudes messianiques. Quand le Quatre s’intègre en Deux, il s’ouvre aux émotions et aux besoins des autres, sans laisser l’envie dominer ses relations avec eux. Il met son originalité et sa créativité au service du bien commun. La grande richesse de sa palette émotionnelle le rend particulièrement apte à comprendre les autres et à leur donner le moyen d’exprimer leurs ressentis, qu’ils soient positifs ou négatifs. Quand le Quatre se désintègre en Deux, il cherche à être reconnu pour ce qu’il fait pour les autres, puisqu’il n’arrive pas à l’être pour ce qu’il est. Il va ignorer ses propres besoins et se lancer dans l’aide avec toute l’intensité dont il est capable, cherchant à compter pour les autres mais sans arriver à renoncer à son besoin de se démarquer. Son aide est souvent mal perçue, car trop intrusive ou inadaptée, et enferme le Quatre dans le rôle de victime incomprise.
Figure 17-6 Les atouts et les faiblesses des ennéatypes Un et Deux pour le Quatre. Intégration et désintégration externes du Cinq Quand le Cinq s’intègre en Huit, il s’autorise à exprimer ses besoins et à sortir de sa réserve. Il accepte d’avoir une contribution à apporter et il passe à l’action. Il ne voit plus les autres comme un danger et il se sent capable de leur apporter ses connaissances sans s’en sentir dépossédé. Il ne craint plus d’être envahi car il sait se faire respecter. Il accepte de supporter l’intensité de ses émotions. Quand le Cinq se désintègre en Huit, il est encore plus indifférent aux autres. Il devient agressif pour protéger son besoin d’isolement et pour obtenir les informations qu’il convoite. Il perd tout scrupule sur le moyen d’y parvenir et peut
en arriver à être cruel envers son entourage, si celui-ci l’empêche d’accumuler ce dont il estime avoir besoin. Quand le Cinq s’intègre en Sept, il développe des compétences sociales, notamment par le maniement de l’humour. Il s’autorise à profiter de la vie en s’intéressant à d’autres sujets et en découvrant de nouveaux centres d’intérêt. Il ne se sent pas obligé de les creuser à fond, mais en tire simplement satisfaction en élargissant ainsi ses horizons. Quand le Cinq se désintègre en Sept, il se cantonne dans un monde imaginaire et se désintéresse encore plus des autres. Il peut sombrer dans un encyclopédisme maladif en se perdant dans l’immensité du savoir, sans aucune méthode. Il fuit la souffrance que provoquent en lui les exigences des autres et les émotions qu’elles font naître. Figure 17-7 Les atouts et les faiblesses des ennéatypes Sept et Huit pour le Cinq.
Intégration et désintégration externes du Six Quand le Six s’intègre en Trois, il met ses capacités mentales au service de l’action. Il est plus confiant en lui et en ses facultés. Il sait prendre la mesure des autres et les associer à ses projets. Au lieu de tourner en rond dans sa tête en pensant à tout ce qui pourrait aller mal, il sait ce qu’il est capable d’accomplir et le mène à bout. Il s’autorise des réussites personnelles et ne craint plus d’être en vue. Quand le Six se désintègre en Trois, il se lance dans l’action pour fuir ses peurs et ses doutes (ou s’y confronter de manière inappropriée s’il est contre-phobique). Il cherche à faire bonne figure dans le groupe et voit comme des transgresseurs ceux qui l’en empêchent. Il accumule les projets et les activités et met des exigences impossibles sur les autres. Ceci multiplie tout autant son anxiété, car il n’arrive plus à répondre aux attentes de son entourage et met en danger sa place et son acceptation dans le groupe. Quand le Six s’intègre en Neuf, il se sent en sécurité et est capable de calmer son anxiété. Il fait confiance aux autres dont il comprend et accepte les points de vue. Il peut se laisser porter par le courant et découvrir que les problèmes qui assombrissaient son horizon ne sont pas si graves ou qu’ils se résolvent d’eux-mêmes. Il s’intéresse au bien-être de chacun dans le groupe, y compris au sien propre. Quand le Six se désintègre en Neuf, il se réfugie dans l’indécision et s’absente de la scène, refusant de s’impliquer, surtout s’il y a un risque de conflit. Il se concentre sur des sujets sans importance et narcotise en cherchant ainsi à calmer son angoisse. Il se livre à un « butinage mental » qui lui évite d’être confronté à des situations auxquelles il ne sait pas comment répondre.
Figure 17-8 Les atouts et les faiblesses des ennéatypes Trois et Neuf pour le Six. Intégration et désintégration externes du Sept Quand le Sept s’intègre en Un, il ne se contente plus d’imaginer des plans mais passe à l’action et mène à bout ses projets, y compris ceux qui ne lui apportent pas que des satisfactions. Il prend sa part de responsabilité, sans fuir face aux difficultés. Il est capable de s’investir au nom d’un idéal élevé et de s’y tenir. Quand le Sept se désintègre en Un, il se considère victime de l’ineptie des autres, qu’il critique abondamment. Il devient irritable et pointilleux. Il ignore sa colère, la rationalise ou la transforme en un humour aussi sarcastique que redoutable. S’il n’y parvient pas, il la tourne contre lui-même et sombre dans la dépression.
Quand le Sept s’intègre en Cinq, il développe son observateur intérieur et apprend à focaliser son attention. Il découvre le plaisir d’approfondir un sujet, au lieu de le survoler et d’analyser une situation, sans se laisser distraire par de nouveaux stimuli. Il apprend à apprécier la tranquillité et le silence et à s’intéresser réellement à ce qui l’entoure. Quand le Sept se désintègre en Cinq, il se replie sur lui et sur ses exigences, fuyant la réalité pour un monde imaginaire. Il se coupe des autres pour ne pas vivre de frustrations. Il cherche à accumuler les connaissances et les jouissances, avec un détachement total vis-à-vis des conséquences que ceci peut avoir sur son entourage. Figure 17-9 Les atouts et les faiblesses des ennéatypes Un et Cinq pour le Sept.
Intégration et désintégration externes du Huit Quand le Huit s’intègre en Deux, il découvre la notion d’empathie et s’intéresse aux émotions des autres ainsi qu’aux siennes propres. Il met son énergie au service d’individus ou d’une communauté et il va se battre, non pour défendre son autorité mais pour défendre la justice. Il ne cherche plus à affaiblir les autres, mais à les réhabiliter dans leurs droits. Quand le Huit se désintègre en Deux, il impose son aide et sa protection sans tenir compte des désirs et besoins des autres. Il se vante de sa générosité et est plus sensible à son image. Il manipule sans vergogne ceux qui se mettent sous son aile, mais celui qui refuse de se laisser protéger par lui devient un ennemi. Quand le Huit s’intègre en Cinq, il prend du recul et analyse une situation, au lieu de passer tout de suite à l’action. Il laisse de l’espace aux autres et leur permet d’exister, sans les ranger dans un camp. Il est capable d’objectivité, y compris envers luimême. Il découvre le plaisir de diversifier ses centres d’attention. Quand le Huit se désintègre en Cinq, il se coupe de son entourage et s’isole, se désintéressant totalement des autres ou planifiant leur destruction. Il accumule tout ce dont il pense avoir besoin pour assurer sa protection, ne comptant vraiment plus que sur lui-même. Se détachant complètement des émotions, il peut devenir encore plus dur et violent.
Figure 17-10 Les atouts et les faiblesses des ennéatypes Deux et Cinq pour le Huit. Intégration et désintégration externes du Neuf Quand le Neuf s’intègre en Trois, il ne se cache plus dans les coulisses mais prend sa place sur le devant de la scène. Il fait confiance à ses opinions et à ses intuitions et agit en conséquence. Il met sa capacité à comprendre les autres au service de la bonne marche d’un projet. Il sait s’adapter aux besoins des autres tout en respectant les siens. Quand le Neuf se désintègre en Trois, il se laisse contrôler par des détails pour différer la mise en œuvre par peur de l’échec. Il se lance dans une hyperactivité stérile mais dont il se vante. Il se compromet pour être bien vu et approuvé des autorités.
Quand le Neuf s’intègre en Six, il intègre pleinement son groupe et en défend les valeurs. Il est loyal envers les autres mais aussi envers lui-même, s’autorisant à manifester son désaccord en défendant ce qui est juste à ses yeux. Il met ses capacités de médiateur au service du vivre-ensemble. Il prend position avec courage et s’engage pour ce qui compte réellement pour lui. Quand le Neuf se désintègre en Six, il ajoute les atermoiements et les doutes existentiels à son hésitation naturelle à passer à l’action. Il se cache derrière les règles qui lui évitent de devoir prendre une position personnelle. Il va les défendre avec opiniâtreté et les appliquer sans prendre le risque d’en dévier. Il se méfie des autres et de leurs opinions sur lui. Figure 17-11 Les atouts et les faiblesses des ennéatypes Trois et Six pour le Neuf.
1 Don Richard Riso et Russ Hudson, La sagesse de l’ennéagramme, InterÉditions, 2018. 2 Pour des informations plus détaillées, consulter l’article « Désintégration et intégration » sur le site de l’Institut français de l’ennéagramme (https://enneagramme.com/Theorie/9_intdes.htm).
Partie 5 Les dix commandements
Dans cette partie… Dans cette partie signature de la collection Pour les Nuls, nous avons synthétisé les dix points d’attention que vous devrez garder en mémoire pour utiliser l’ennéagramme de façon responsable. Vous découvrirez une sélection d’ouvrages et de sites Web qui vous permettra d’enrichir vos connaissances sur le sujet et de vous familiariser avec les applications du modèle. Et vous trouverez rassemblés dans le dernier chapitre les termes clés pour comprendre l’ennéagramme, tels que nous les avons utilisés dans cet ouvrage.
DANS CE CHAPITRE L’ennéagramme est avant tout destiné à la connaissance de soi • Il est important de laisser chacun découvrir son ennéatype • Le modèle est un outil puissant de compréhension et de compassion • Nous sommes beaucoup plus qu’un ennéatype Chapitre 18 Dix points d’attention à garder en mémoire orsque l’on découvre l’ennéagramme, que l’on se reconnaît L dans un ennéatype, on est souvent tellement impressionné par la puissance du modèle que l’on est pris d’une envie irrépressible d’appliquer ses découvertes à son entourage et de « typer » les autres ; on essaie alors d’analyser leurs comportements au prisme de l’ennéagramme, avec tous les risques que cela implique.
En nous appuyant notamment sur le code d’éthique de l’International Enneagram Association (IEA) (www.internati onalenneagram.org/about/ethical-guidelines/), nous avons synthétisé dans ce chapitre les dix points d’attention qu’il est utile de garder en mémoire, pour utiliser l’ennéagramme de façon responsable. Un but premier : mieux se connaître Le but premier de l’ennéagramme est de nous permettre de mieux nous connaître, en nous montrant les filtres que nous appliquons au monde qui nous entoure et qui réduisent notre champ de vision. C’est avant tout un outil de transformation personnelle, qui nous donne des clés pour nous dégager des routines dans lesquelles nous nous enfermons parce qu’elles nous confortent dans notre vision particulière du monde. C’est donc à nous-mêmes et à notre observation que nous devons l’appliquer en premier. Communiquer, plutôt qu’intellectualiser Les nombreux ouvrages sur l’ennéagramme permettent de comprendre le fonctionnement du modèle. Mais pour se l’approprier réellement, rien ne remplace une communication ouverte et sincère avec d’autres, basée sur le partage d’information et d’expérience. La compréhension intellectuelle de l’ennéagramme ne remplacera jamais les échanges entre personnes. Eux seuls peuvent permettre de saisir les différences qui existent entre chaque être et de percevoir la façon dont chacun incarne son ennéatype.
Laisser chacun découvrir son ennéatype Nous pouvons être très tentés de cataloguer les personnes de notre entourage et il est difficile de s’empêcher de le faire. Il est cependant important de garder ces déductions pour nous et de laisser la personne découvrir par elle-même son ennéatype, si elle s’y intéresse. Cette découverte peut en effet avoir des effets profonds sur une personne et il est essentiel de laisser chacun la faire à son rythme, en étant attentif à ses réactions et à la perception de sa nouvelle image. Nous sommes plus qu’un ennéatype L’ennéatype décrit de manière très fine les mécanismes de notre personnalité mais il ne peut englober la richesse de chaque individu, son histoire personnelle, son intelligence, ses talents… Nous sommes beaucoup plus qu’un ennéatype. Enfermer une personne, ou s’enfermer soi-même, dans un rôle qui semble cohérent avec son ennéatype est contraire au but recherché par l’étude de l’ennéagramme. Un outil de croissance, pas une excuse Lorsque nous découvrons notre ennéatype, nous pouvons être tentés de nous en servir comme d’une parade pour justifier nos travers. L’ennéagramme est un outil de croissance, pas une excuse ou un constat d’impuissance.
Chaque ennéatype est indispensable Tous les ennéatypes sont extraordinaires quand ils vont bien, tous les ennéatypes sont invivables quand ils vont mal. Il n’y a pas d’ennéatypes meilleurs ou pires que d’autres. On peut toujours bien s’entendre avec une personne qui est bien intégrée, quels que soient son ennéatype et le nôtre. Il n’y a ni incompatibilités absolues, ni affinités particulières entre les ennéatypes. Chercher à recruter un collaborateur ou à trouver le conjoint idéal en se basant sur son ennéatype n’est pas la bonne approche. Un outil de compréhension et de compassion L’ennéagramme est un outil de compréhension de soi et des autres et de compassion envers nous-mêmes et envers les autres. Découvrir les motivations profondes qui se cachent derrière certains comportements peut nous permettre de les comprendre et de les accepter. Un outil élaboré et complexe L’ennéagramme est un outil élaboré et un système complexe et la simple lecture de ce livre ne permet certainement pas d’en faire le tour. Des formations d’approfondissement existent pour mieux le cerner. Elles donnent aussi l’occasion de rencontrer des personnes de différents ennéatypes et de voir comment elles incarnent, chacune à sa manière, les caractéristiques de celui-ci.
Se former pour s’approprier ce modèle L’utilisation professionnelle de l’ennéagramme demande une formation préalable et une véritable pratique. L’utiliser pour accompagner des personnes ou conseiller des équipes sans en avoir une véritable connaissance est un manque de professionnalisme. L’ennéagramme n’explique pas tout Ne voyons pas le monde à travers le seul prisme de l’ennéagramme ! Il est tentant, dans le zèle du néophyte, de tout expliquer à travers cet outil. C’est aussi inutile pour soi que lassant pour son entourage.
DANS CE CHAPITRE Des ouvrages de référence en français et en anglais pour aller plus loin • Des livres dédiés à l’utilisation de l’ennéagramme en entreprise • Des sites Web pour enrichir sa connaissance du modèle Chapitre 19 Dix ressources indispensables près avoir lu cet ouvrage, nous espérons que vous aurez A envie d’aller plus loin dans la découverte de ce modèle. Nous avons rassemblé dans ce chapitre des livres et des sites Web qui vous permettront d’élargir votre vision du sujet. Des ouvrages de référence en français
Le grand livre de l’ennéagramme Rédigé par Fabien et Patricia Chabreuil, fondateurs de l’Institut français de l’ennéagramme en 1993, Le grand livre de l’ennéagramme fait figure de référence et est l’ouvrage le plus complet publié en français. Incontournable pour approfondir sa connaissance du modèle, il en fait une présentation pragmatique et détaillée, qui permet aussi bien de découvrir les neuf types de personnalités que d’utiliser l’ennéagramme au quotidien, dans ses échanges avec les autres. CHABREUIL Fabien et Patricia, Le grand livre l’ennéagramme, 3e édition, Eyrolles, à paraître septembre 2021. de en La sagesse de l’ennéagramme Traduction d’un classique de deux théoriciens reconnus de l’ennéagramme, assorti de questionnaires mis au point par les auteurs, cet ouvrage fouillé présente notamment l’approche particulière de Riso et Hudson sur les neuf niveaux d’évolution. Il accompagne le lecteur pas à pas sur le chemin de croissance qu’est la connaissance de soi et lui permet de gagner en liberté et sagesse intérieure. RISO Don Richard et HUDSON Ross, La sagesse de l’ennéagramme. Le guide complet de développement psychologique et spirituel pour les neuf types de personnalité, InterEditions, 2018, 514 pages. Le guide de l’ennéagramme Traduction d’un ouvrage de référence paru dans une trentaine de langues, le livre d’Helen Palmer donne une description détaillée
des différents profils, en abordant aussi bien la vie quotidienne que la structure psychologique et le développement spirituel. PALMER Helen, Le guide de l’ennéagramme. Comprendre les autres et soi-même au quotidien, InterEditions, 1995, réédité en 2009 et révisé en 2020 par Eric Salmon, 424 pages. La Clé de l’Ennéagramme : les Sous-Types Cet ouvrage écrit par Éric Salmon, le fondateur du Centre d’études de l’ennéagramme, est consacré aux sous-types et à leur impact sur nos comportements. Les descriptions sont illustrées de nombreux exemples et témoignages. SALMON, Éric. La Clé de l’Ennéagramme : les Sous-Types. 3e édition, InterEditions, 2020, 320 pages. Les 9 visages de l’âme Un ouvrage classique et d’une lecture facile, intéressant et profond, écrit par un franciscain et un pasteur luthérien. ROHR Richard et EBERT Andreas, Ennéagramme. Les 9 visages de l’âme, Guy Trédaniel, 1997, réédité en 2019, 384 pages. L’ennéagramme appliqué au monde de l’entreprise Comprendre et gérer les types de personnalité
Appliquant concrètement l’ennéagramme au monde de l’entreprise, les auteurs expliquent comment ce modèle permet à la fois de reconnaître les qualités des collaborateurs, de prévenir et de dénouer les conflits, mais aussi d’optimiser le fonctionnement d’une équipe, en prenant en compte notamment le style d’apprentissage ou la gestion du temps de chacun. CHABREUIL Fabien et Patricia, Comprendre et gérer les types de personnalité : guide de l’ennéagramme en entreprise, 2e édition, Dunod, 2005, 216 pages. Le leadership : identifier ses talents et les développer avec l’ennéagramme Ce livre s’adresse à des personnes qui occupent des fonctions de direction, mais les remarques et conseils qu’il contient ont une portée plus large. LAPID-BOGDA Ginger, Le leadership : identifier ses talents et les développer avec l’ennéagramme, ESF Éditeur, 2008, 259 pages. Notre choix en anglais Nine Lenses on the World: the Enneagram Perspective Un ouvrage d’abord facile et à la lecture aisée. Des conférences et des articles de J. Wagner sont par ailleurs disponibles sur son site https://enneagramspectrum.com/
WAGNER Jerome, Nine Lenses on the World : the Enneagram Perspective, Enneagram Studies and Applications, 2010, 540 pages. What’s My Type ? Hurley et Dobson y présentent de manière très complète la problématique du centre réprimé. HURLEY Kathleen V. & DOBSON Theodore E., What’s My Type ? HarperOne, 1992, 186 pages. Et sur le Web… Enneagramme.com : le site de l’Institut français de l’ennéagramme Animé pendant plus de vingt ans par Fabien et Patricia Chabreuil, ce site, qui n’est plus mis à jour, reste une mine d’informations pour tous ceux qui s’intéressent à l’ennéagramme. On y trouve en particulier : • des mini-séminaires vidéo qui constituent une excellente introduction au sujet (https://enneagramme.com/T heorie/9_minisemi.htm) ; • des ressources comprenant à la fois des traductions d’articles de la revue Enneagram Monthly et d’autres articles et mémoires originaux (https://www.enneagr amme.com/Articles/9_articles.htm) ;
• le forum Enné-agora, aujourd’hui fermé en écriture, mais riche de plus de 15 000 messages classés par thèmes (partages d’expériences réparties par ennéatype, exploration comparée d’un même thème chez tous les ennéatypes, etc.) ; les multiples témoignages apportent des éléments de compréhension précieux et irremplaçables sur la façon dont chacun incarne son ennéatype (https://ww w.enneagramme.com/forum/).
DANS CE CHAPITRE Quelques définitions indispensables pour s’approprier le fonctionnement d’un ennéatype Chapitre 20 Les termes clés pour comprendre cet ouvrage haque domaine a un vocabulaire qui lui est propre et C l’ennéagramme ne fait pas exception. Vous trouverez dans ce chapitre les principaux termes clés que nous avons utilisés dans cet ouvrage, pour expliquer le fonctionnement d’un ennéatype. Vous retrouverez bien sûr d’autres explications au fil des pages, mais nous avons estimé que rassembler les principales définitions en fin d’ouvrage vous permettrait d’y retourner plus facilement. Ailes Les ennéatypes situés à gauche et à droite de chaque chiffre sur le schéma sont désignés comme étant ses « ailes ». Ils influencent positivement ou négativement l’ennéatype (voir cha pitre 16).
Apport au monde ou Orientation Compétence spécifique à chaque ennéatype et qui représente sa contribution au monde. Centres Les trois moteurs principaux de la personnalité : l’action (centre instinctif), les émotions (centre émotionnel) ou la pensée (centre mental). Ces trois composantes sont présentes dans chaque ennéatype, mais sont utilisées dans un ordre particulier. Les ennéatypes Huit, Neuf et Un privilégient l’action (centre instinctif), les Deux, Trois et Quatre, les émotions (centre émotionnel) et les Cinq, Six et Sept, la pensée (centre mental) (voir chapitre 3). Désir profond ou Désir de base Condition à remplir pour être une personne qui mérite d’exister : « Je me dois d’être… » Désintégration Zone de risque atteinte quand un ennéatype réduit son point de vue pour ne pas être confronté à son évitement. Dans un premier temps, il va être contrôlé par les parts d’ombre de son ennéatype (désintégration interne), puis rétrécir encore son champ de vision en y ajoutant celles de son ennéatype de désintégration (auquel il est relié par un trait sur le schéma). On parle alors de « désintégration externe ».
Distorsion émotionnelle ou Passion Distorsion des émotions causée par la crainte de la situation que l’ennéatype cherche à éviter. Ego ou Personnalité de façade Ensemble des filtres mis en place par chaque ennéatype pour affirmer la croyance (image de soi ou fierté) qui lui est propre. Il croit ainsi assurer sa sécurité. Ennéatype Un des neuf points de vue sur le monde identifiés par l’ennéagramme. Nous les avons désignés par des chiffres de Un à Neuf. Essence ou Personnalité authentique Ensemble des forces spécifiques à chaque ennéatype qui sont capables de faire disparaître, ou tout du moins de réduire considérablement, les filtres de l’ego. Évitement ou Compulsion Situation à laquelle l’ennéatype évite d’être confronté, au point souvent de l’ignorer (angle mort).
Image de soi ou Fierté Vision biaisée de soi qui amplifie l’apport de l’ennéatype, tout en ignorant l’influence de son évitement. Intégration Zone de développement atteinte quand un ennéatype élargit son point de vue et peut être confronté à son évitement, sans chercher à l’ignorer ou à le repousser. Il est alors capable de développer les parts positives de son ennéatype (intégration interne), puis d’élargir encore son champ de vision en y ajoutant celles de son ennéatype d’intégration (auquel il est relié par un trait sur le schéma). On parle alors d’« intégration externe ». Mécanisme de défense Manœuvre stratégique mise en place par l’ennéatype pour écarter ou rejeter ce qui lui semble inacceptable ou qui le confronterait à son évitement. Mécanisme de progression ou Idée supérieure Mécanisme spécifique qui permet à l’ennéatype de surmonter son obsession cognitive. Obsession cognitive ou Fixation Schéma mental dans lequel s’enferme un ennéatype pour ne pas être confronté à son évitement.
Peur profonde ou Peur de base Point de vulnérabilité face auquel l’ennéatype se sent particulièrement démuni. Restructuration émotionnelle ou Vertu Force spécifique qui permet à l’ennéatype de sortir de la distorsion émotionnelle. Sous-types Les trois instincts fondamentaux (ou sous-types) présents chez les humains, dont le but est d’assurer notre survie. Il s’agit de l’instinct d’autoconservation ou de préservation, de l’instinct social ou grégaire et de l’instinct sexuel ou de relation exclusive (voir chapitre 15).
Sommaire Couverture L'Ennéagramme pour les Nuls, poche Copyright À propos des auteures Introduction À propos de ce livre Fausse et vraie personnalité Comment ce livre est organisé Les icônes utilisées dans ce livre Un vocabulaire accessible au profane Par où commencer ? Partie 1. À la découverte du modèle de l’ennéagramme Chapitre 1. Qu’entend-on par ennéagramme ? Le symbole de l’ennéagramme Un outil de connaissance de soi L’origine de l’ennéagramme Chapitre 2. Le mécanisme d’un ennéatype Structure d’un ennéatype : différents éléments Intégration et désintégration interne
L’impact des autres ennéatypes Chapitre 3. Les centres : les trois moteurs de la personnalité Trois formes d’intelligence à notre service Trois moteurs, trois énergies, trois directions d’utilisation L’ordre d’entrée en scène des centres Le diagnostic du centre réprimé Différents degrés de répression des centres Partie 2. Plongée au cœur des neuf types de personnalités Chapitre 4. L’ennéatype Un : le maître de la rigueur Une intelligence instinctive, pour mieux se contrôler La vie quotidienne du Un Le Un au prisme de l’ennéagramme Quelques pistes pour évoluer Chapitre 5. L’ennéatype. Deux : le maître du dévouement Une intelligence émotionnelle, pour déceler les besoins des autres La vie quotidienne du Deux Le Deux au prisme de l’ennéagramme Quelques pistes pour évoluer Chapitre 6. L’ennéatype. Trois : le maître de l’efficacité Une intelligence émotionnelle, pour répondre aux attentes de sa communauté La vie quotidienne du Trois Le Trois au prisme de l’ennéagramme Quelques pistes pour évoluer Chapitre 7. L’ennéatype. Quatre : le maître de l’absolu Une intelligence émotionnelle, pour mieux se décrypter La vie quotidienne du Quatre
Le Quatre au prisme de l’ennéagramme Quelques pistes pour évoluer Chapitre 8. L’ennéatype. Cinq : le maître des savoirs Une intelligence mentale, pour comprendre le fonctionnement du monde La vie quotidienne du Cinq Le Cinq au prisme de l’ennéagramme Quelques pistes pour évoluer Chapitre 9. L’ennéatype Six : le maître de la prévoyance Une intelligence mentale, pour bien appréhender le monde et se comprendre La vie quotidienne du Six Le Six au prisme de l’ennéagramme Quelques pistes pour évoluer Chapitre 10. L’ennéatype. Sept : le maître des idées Une intelligence mentale, pour multiplier les satisfactions La vie quotidienne du Sept Le Sept au prisme de l’ennéagramme Quelques pistes pour évoluer Chapitre 11. L’ennéatype. Huit : le maître du jeu Une intelligence instinctive, pour agir sur le monde La vie quotidienne du Huit Le Huit au prisme de l’ennéagramme Quelques pistes pour évoluer Chapitre 12. L’ennéatype. Neuf : le maître de l’harmonie Une intelligence instinctive, pour se protéger et vivre en paix La vie quotidienne du Neuf
Le Neuf au prisme de l’ennéagramme Quelques pistes pour évoluer Chapitre 13. Identifier son ennéatype : principales confusions Les doublets classiques Les doublets plus subtils Un triplet de choc : Trois, Sept ou Huit ? La quadrature du doute : Un ou Deux ou Cinq ou Neuf ? Partie 3. Expression et attitude de chaque ennéatype Chapitre 14. Communiquer avec chaque ennéatype Le tour du monde en neuf ennéatypes Les neuf modes de communication Chapitre 15. Les instincts fondamentaux de chaque ennéatype Les trois instincts fondamentaux de l’ennéagramme Les sous-types du Un Les sous-types du Deux Les sous-types du Trois Les sous-types du Quatre Les sous-types du Cinq Les sous-types du Six Les sous-types du Sept Les sous-types du Huit Les sous-types du Neuf Partie 4. Impact et coloration des autres ennéatypes Chapitre 16. Les ailes et leur impact sur chaque ennéatype Les deux ailes et leur dynamique
Influence des ailes sur chaque ennéatype Chapitre 17. Intégration et désintégration externe Des représentations différentes Intégration et désintégration externes de chaque ennéatype Partie 5. Les dix commandements Chapitre 18. Dix points d’attention à garder en mémoire Un but premier : mieux se connaître Communiquer, plutôt qu’intellectualiser Laisser chacun découvrir son ennéatype Nous sommes plus qu’un ennéatype Un outil de croissance, pas une excuse Chaque ennéatype est indispensable Un outil de compréhension et de compassion Un outil élaboré et complexe Se former pour s’approprier ce modèle L’ennéagramme n’explique pas tout Chapitre 19. Dix ressources indispensables Des ouvrages de référence en français L’ennéagramme appliqué au monde de l’entreprise Notre choix en anglais Et sur le Web… Chapitre 20. Les termes clés pour comprendre cet ouvrage Ailes Apport au monde ou Orientation Centres Désir profond ou Désir de base
Désintégration Distorsion émotionnelle ou Passion Ego ou Personnalité de façade Ennéatype Essence ou Personnalité authentique Évitement ou Compulsion Image de soi ou Fierté Intégration Mécanisme de défense Mécanisme de progression ou Idée supérieure Obsession cognitive ou Fixation Peur profonde ou Peur de base Restructuration émotionnelle ou Vertu Sous-types