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Author: Foenix-Riou B. Valderrama A.
Tags: psychologie psychologie de la personnalité
ISBN: 9782412072035
Year: 2021
Text
Béatrice Foenix-Riou
Asunción Valderrama
L’ennéagramme
L’ennéagramme pour les Nuls
© Éditions First, un département d’Édi8, 2021.
Publié en accord avec John Wiley & Sons, Inc.
« Pour les Nuls » est une marque déposée de John Wiley & Sons, Inc.
« For Dummies » est une marque déposée de John Wiley & Sons, Inc.
ISBN : 9782412072035
Dépôt légal : août 2021
Correction : Judith Lévitan
Illustrations intérieures : Stéphane Martinez et Fabrice Del Rio Ruiz
Mise en pages : KN Conception
Éditions First, un département d’Édi8
92, avenue de France
75013 Paris – France
Tél. : 01 44 16 09 00
E-mail : firstinfo@efirst.com
Site internet : www.pourlesnuls.fr
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de poursuivre toute atteinte à ses droits de propriété intellectuelle devant les
juridictions civiles ou pénales.
Ce livre numérique a été converti initialement au format EPUB par Isako w
ww.isako.com à partir de l'édition papier du même ouvrage.
À propos des auteures
Si elles sont toutes deux formatrices et maîtres praticiennes en
ennéagramme (certification de l’Institut français de
l’ennéagramme), c’est dans le monde de l’information que
Béatrice Foenix-Riou et Asunción Valderrama ont mené leur
carrière.
Alors qu’elle était responsable de la bibliothèque d’un
organisme international, Asunción Valderrama a découvert
l’ennéagramme dans le cadre d’une formation à
l’accompagnement spirituel et s’est passionnée pour cet outil.
Son mémoire de certification (2013) a porté sur
« l’ennéagramme et le fruit de l’Esprit1 ». En marge de son
activité professionnelle, elle s’est alors investie dans l’animation
de formations pour faire découvrir l’ennéagramme comme outil
de connaissance de soi, via des stages et accompagnements
individuels. Elle a enrichi ses connaissances en obtenant auprès
de Jerome Wagner la certification Certified Advanced Teacher in
the Enneagram Spectrum Method (juin 2021) et a rejoint
l’équipe de Ennéa-via, pour relier ennéagramme et croissance
spirituelle2.
Béatrice Foenix-Riou, quant à elle, est une spécialiste de la
recherche d’information et de la veille ; elle a écrit de nombreux
articles et ouvrages sur le sujet, et a animé de multiples
formations pour aider les professionnels à gagner en efficacité
sur Internet. C’est à l’occasion d’une discussion avec Asunción
qu’elle a découvert l’ennéagramme. Elle s’est enthousiasmée
pour ce modèle, a entrepris de s’y former et l’utilise
quotidiennement, tant dans sa vie personnelle que
professionnelle ; son mémoire de certification a porté sur l’étude
de l’ennéatype du Portugal3.
Au fil du temps, leur relation s’est transformée en complicité et,
depuis plusieurs années déjà, elles organisent et animent
ensemble des formations sur le sujet. Pour compléter la
rédaction à quatre mains de cet ouvrage, elles viennent de lancer
le site www.enneagramme-explorations.com, qui
propose des articles sur l’ennéagramme et des informations sur
les formations qu’elles animent.
1 www.enneagramme.com/Articles/2013/IFE_1311_a1.pdf
2 www.ennea-via.com
3 www.enneagramme.com/Articles/2019/IFE_1902_a1.pdf
Introduction
nnéagramme… Le mot intrigue et évoque des figures
E
géométriques chargées de sens symboliques. Il n’y a pourtant
rien de mystérieux dans ce modèle, qui décrit à la fois l’unicité
de chaque personne et sa proximité ou distance avec d’autres.
Neuf « familles » de personnalités sont ainsi décrites, à
l’intérieur desquelles chaque être humain va exprimer une
motivation profonde et vivre à sa manière les caractéristiques
qui l’accompagnent.
L’ennéagramme a commencé à être enseigné aux États-Unis à
partir des années 1970 et ce modèle est maintenant largement
connu et pratiqué dans le monde entier ; coachs,
accompagnateurs et thérapeutes l’utilisent pour aider des
personnes à mieux se connaître, s’accepter et accepter les autres.
À propos de ce livre
Ce livre est né de notre désir de faire connaître au plus grand
nombre cet extraordinaire outil de compréhension de soi et des
autres qu’est l’ennéagramme. Nous sommes convaincues de sa
pertinence et de son utilité, et ne cessons de l’expérimenter au
quotidien. Ce n’est pas un simple passe-temps distrayant
permettant d’emboîter les personnes dans une description
sommaire, mais un véritable révélateur de nos motivations
profondes.
Sans doute n’aurions-nous jamais réussi à concrétiser cette
envie, s’il n’y avait eu la pandémie de Covid-19 et les
modifications qu’elle a engendrées, dans nos façons de travailler
comme dans nos emplois du temps. Écrire ensemble un livre sur
l’ennéagramme nous a semblé être à la fois un moyen de
« confiner utile » et de tirer profit de ce modèle pour mieux
vivre la situation.
Et c’est tout l’intérêt de l’ennéagramme. Une fois que l’on s’est
approprié son mécanisme à la fois précis et complexe, que l’on a
compris la façon dont nous évoluons dans les différents niveaux
de notre ennéatype, on est à même de repérer dans notre vie
quotidienne les moments où nous mettons en place
inconsciemment des défenses qui nous sécurisent, mais nous
font voir le monde avec des filtres. Prendre conscience des
angles morts de notre champ de vision nous aide
indubitablement à élargir notre point de vue et à mieux accepter
certaines situations !
Si l’ennéagramme nous a permis de mieux vivre le confinement,
il nous a également aidées à travailler ensemble, afin de rédiger
cet ouvrage à quatre mains. Nos ennéatypes différents induisent
en effet une gestion du temps qui nous est propre et une façon
d’écrire bien particulière : droit à l’essentiel et efficace pour le
Trois, pleine de détails et d’histoires pour le Neuf. Nous nous
sommes donc réparti les chapitres selon nos ennéatypes et la
collaboration a fonctionné merveilleusement, y compris dans les
moments de fatigue ou de tension, puisque l’ennéagramme nous
faisait rire de nos réactions.
Nous espérons que cet ouvrage vous permettra de découvrir
votre profil de personnalité, de prendre conscience de ses forces,
mais aussi de ses limites – pour mieux vous en libérer – et que
vous aurez autant de plaisir à le lire que nous en avons eu à
l’écrire !
Fausse et vraie personnalité
L’ennéagramme pointe une faille de notre personnalité et nous
montre des aspects de notre comportement que nous pouvons
avoir du mal à accepter. Nous avons si bien endossé le costume
de notre personnalité de façade (ou ego) que nous n’en sommes
pas du tout conscients. Le but de l’ennéagramme est de nous
permettre de comprendre les stratégies que nous avons mises en
œuvre au fil du temps, afin de pouvoir enfin nous en libérer et
nous rapprocher ainsi de notre personnalité authentique, aussi
appelée « essence ». Peut-être aurez-vous l’impression en lisant
les descriptions des ennéatypes que certaines sont plus critiques
que d’autres. Nous pouvons vous assurer qu’il n’en est rien ! Si
une description vous paraît particulièrement négative, il est
possible toutefois, même si ce n’est pas une règle absolue,
qu’elle corresponde en fait à votre ennéatype et vous touche de
plus près.
Comment ce livre est organisé
L’Ennéagramme pour les Nuls se compose de cinq parties,
divisées en chapitres.
Première partie : À la
découverte du modèle de
l’ennéagramme
Ennéagramme… On entend de plus en plus ce mot, mais savezvous précisément ce qu’il recouvre ? Les trois chapitres de cette
partie vous permettront de découvrir les bases de cet outil de
connaissance de soi, d’en connaître les origines, et surtout d’en
comprendre le mécanisme à la fois précis, complexe et profond.
Deuxième partie : Plongée au
cœur des neuf types de
personnalités
Vous arrive-t-il de vous dire : « Je ne sais pas ce que j’ai en ce
moment », ou de penser d’un ami ou de votre conjoint : « Je ne
comprends vraiment pas sa réaction » ? Si tel est le cas,
n’hésitez pas à plonger avec nous au cœur de chaque ennéatype ;
cette incursion vous révélera le comportement et les motivations
des neuf personnalités de l’ennéagramme. Et sans doute aurezvous la surprise, au fil des explications et des témoignages, de
vous reconnaître intuitivement dans l’une d’entre elles.
Troisième partie : Expression
et attitude de chaque
ennéatype
Identifier son ennéatype permet de comprendre la structure
interne de sa personnalité. Mais qu’en est-il de la place que nous
occupons dans le monde, de la façon dont nous nous
exprimons ? C’est le point qu’abordera la troisième partie, avec
un premier chapitre dédié à la communication – car chaque type
a un dialecte qui lui est propre – et un second, aux « sous-types »
de chaque ennéatype. Ces instincts fondamentaux, que nous
avons tous développés selon notre histoire personnelle,
expliquent en effet les comportements différents que peut avoir
un même type de personnalité.
Quatrième partie : Impact et
coloration des autres
ennéatypes
Pour la dernière étape de cette exploration de soi – et des
autres –, nous tenterons de percevoir l’impact que certains
ennéatypes ont sur notre profil de personnalité. Le modèle de
l’ennéagramme est si riche qu’il estime en effet que nous
sommes impactés, dans notre comportement notamment, par les
ennéatypes qui nous entourent et par ceux vers lesquels nous
tendons en suivant les lignes du diagramme, au gré de nos
évolutions et de nos régressions.
Cinquième partie : Les dix
commandements
Vous vous êtes familiarisé avec ce modèle de connaissance de
soi et vous vous sentez prêts à l’exploiter en « typant » les
personnes qui vous sont proches… C’est un réflexe bien naturel,
mais attention, la démarche n’est pas neutre ! C’est pourquoi
nous avons rassemblé dans cette partie les « dix points
d’attention » à garder en mémoire dans votre pratique de
l’ennéagramme. Ce chapitre est complété par les dix ouvrages et
sites Web incontournables et par les termes clés qui vous
permettront de comprendre cet ouvrage, et auxquels vous
pourrez vous référer tout au long de votre lecture.
Les icônes utilisées dans ce
livre
Plusieurs icônes figurent en marge du texte et sont là pour attirer
votre attention sur des points importants, ou pour vous permettre
de repérer instantanément certains types d’information.
Souvent relativement détaillés, les « Témoignages » sont des
situations vécues par des personnes de notre entourage qui, en
racontant elles-mêmes leur anecdote, illustrent les mécanismes
de chaque ennéatype (les prénoms ont quelquefois été changés).
Les « Exemples » sont là pour illustrer de façon généralement
succincte une explication détaillée. Ce sont le plus souvent des
manifestations de comportements « égotiques » remarqués chez
des personnes que nous avons côtoyées. Les prénoms ont, bien
sûr, été modifiés.
Cette icône rappelle et souligne certaines caractéristiques d’un
ennéatype.
Conseils pratiques, pour ne pas laisser notre ego prendre les
commandes.
Cette icône met en avant les paradoxes de la communication de
chaque ennéatype.
Les scénaristes et romanciers s’inspirent souvent de
l’ennéagramme pour construire leurs personnages. Cette icône,
présente dans le chapitre dédié aux sous-types, en donne une
illustration avec une sélection de quelques stéréotypes de chaque
ennéatype, retrouvés dans des fictions (romans, films, séries,
etc.).
Un vocabulaire accessible au
profane
Le modèle de l’ennéagramme est exceptionnellement riche et
décrit de façon très fine le mécanisme d’un ennéatype. Il utilise
pour ce faire un vocabulaire qui lui est propre, issu le plus
souvent des travaux d’Oscar Ichazo qui, le premier, a enseigné
aux Etats-Unis l’ennéagramme des personnalités dans les
années 60-70.
Ce vocabulaire, que l’on retrouve dans de nombreux ouvrages
sur l’ennéagramme, utilise des termes comme la passion et la
vertu, la fixation et l’idée supérieure…, qui peuvent être
employés dans d’autres contextes et pousser ainsi le lecteur
néophyte à faire des contresens.
Nous avons préféré pour cet ouvrage utiliser un vocabulaire plus
explicite, que nous avons soigneusement choisi avec l’aide
d’une psychologue et psychothérapeute, pour décrire au plus
juste l’évolution que connaît par moments notre type de
personnalité.
À titre d’exemple, « obsession cognitive » et « mécanisme de
progression » remplacent « fixation » et « idée supérieure »,
quand « distorsion émotionnelle » et « restructuration
émotionnelle » remplacent « passion » et « vertu ».
Nous avons néanmoins conservé les termes originaux entre
parenthèses, pour ne pas désorienter les lecteurs déjà initiés à ce
modèle…
Par où commencer ?
Nous avons certes écrit ce livre pour qu’il soit lu d’un bout à
l’autre, en respectant une « logique » dans la progression, mais
rien ne vous empêche de le parcourir à votre rythme et dans
l’ordre qui vous convient. Feuilletez l’ouvrage et plongez dans
le monde de l’ennéagramme, en l’abordant par l’aspect qui vous
attire. À vous maintenant de vous lancer dans cette découverte
avec bienveillance et curiosité !
Partie 1
À la découverte du modèle de
l’ennéagramme
Dans cette partie…
Vous découvrirez ce qu’est l’ennéagramme et
pourquoi ce modèle est un puissant outil de
connaissance de soi et de compréhension des
autres, qui vous permet d’être pleinement vousmême et non la personne que vous pensez être.
Vous décrypterez le mécanisme complexe d’un
ennéatype et les manières très fines dont son
fonctionnement vous rapproche de l’essence ou
vous précipite dans l’ego.
Vous prendrez enfin conscience des trois centres
d’intelligence que vous utilisez au quotidien et des
stratégies que vous avez mises en place pour les
employer dans un ordre bien particulier.
De nombreuses notions vont ainsi vous être
présentées et vous les retrouverez dans différents
chapitres. À tout moment, vous pourrez vous
rappeler leur signification en vous reportant au ch
apitre 20 (page 321), qui rassemble les principaux
termes clés de l’ennéagramme.
DANS CE CHAPITRE
Présentation de l’ennéagramme
•
Utilisation de ce modèle d’analyse des personnalités
•
Origines de l’ennéagramme
Chapitre 1
Qu’entend-on par
ennéagramme ?
nnéagramme, ce mot vient du grec et signifie neuf (ennea)
E
signes (gramma). Il désigne une typologie de personnalités qui
décrit neuf points de vue sur le monde et sur les autres, neuf
manières d’envisager les relations, les actions ou les
raisonnements. Cette représentation de la diversité humaine peut
laisser perplexe au premier abord. Le schéma a un petit air
ésotérique, les traits qui relient les points semblent n’obéir à
aucune logique. Cette cartographie de la personnalité n’a
pourtant rien de mystérieux ni d’occulte.
Le symbole de l’ennéagramme
Figure 1-1 Le symbole de l’ennéagramme.
Ces points de vue sont appelés « types » ou « ennéatypes » et
sont numérotés de Un à Neuf. Ils sont représentés sur un cercle
et sont équidistants. Aucun de ces points de vue n’est meilleur ni
pire qu’un autre. Les neuf se valent, mais les neuf ne voient
qu’une partie de la réalité, celle qui correspond à leur vision
particulière du monde et qui les conforte dans leurs croyances et
leurs comportements.
Une image de soi idéale
Chaque ennéatype a des capacités particulières, un domaine
d’excellence qui va lui permettre de rester dans sa zone de
confort, c’est son « image de soi idéale », sa « fierté ». Il
développe ainsi des qualités qui sont réelles et le plus souvent
reconnues par les autres, mais en voulant s’accorder à cette
image, il s’emprisonne dans un personnage qui est une
personnalité de façade (son ego).
Figure 1-2 L’image de soi idéale ou fierté de chaque ennéatype.
Ce qu’il faut éviter pour
garder sa fierté
Pour pouvoir maintenir cette image de soi, il lui faut éviter
d’être confronté à une situation qui la mettrait à mal. Chaque
ennéatype va donc avoir un « évitement » particulier, une
motivation profonde afin de pouvoir garder son image intacte.
C’est l’angle mort de son champ de vision.
À titre d’exemple, le Sept se voit comme quelqu’un d’heureux et
d’optimiste et il est fier de cette image qu’il a de lui. Pour la
conserver, il cherche à éviter tout ce qui peut venir troubler sa
joie de vivre et, inconsciemment, il fait en sorte d’échapper à la
souffrance que pourraient lui procurer ses propres pensées.
Le Neuf, quant à lui, se voit comme quelqu’un de calme,
s’adaptant facilement à son environnement, et il est
généralement perçu comme facile à vivre par son entourage.
Pour ne pas troubler l’harmonie de son monde, il fait tout pour
éviter les conflits.
Figure 1-3 L’évitement ou compulsion de chaque ennéatype.
Une description des
motivations et non des
comportements
L’ennéagramme ne décrit pas des comportements, il décrit des
motivations qui peuvent se traduire de manières très différentes.
Le travail de découverte de ce modèle consiste, à partir de la
connaissance de son ennéatype, à visualiser ses angles morts et
ses zones de confort qui, en se combinant, deviennent des zones
d’ombre.
Ainsi, prendre conscience du réflexe qu’il a de vouloir éviter la
souffrance (son angle mort) permet au Sept de déceler les
moments où il s’évade dans la construction de plans agréables
(sa zone de confort), pour ne pas affronter ce qui peut le faire
souffrir (sa zone d’ombre). De la même façon, être lucide sur
son réflexe à vouloir éviter les conflits aide le Neuf à repérer les
moments où il n’agit pas ou refuse de prendre position, comme
ceux où il s’oublie, pour ne pas faire de vagues…
L’ennéagramme ouvre ainsi chaque personne à un élargissement
de son propre point de vue et à la découverte et à la
compréhension des points de vue des autres ennéatypes.
Le but recherché est donc d’abord de mieux se connaître soimême et de prendre conscience des ornières dans lesquelles nous
nous enfonçons naturellement, afin d’être capables de nous en
extraire. Dans un deuxième temps, la connaissance de ce modèle
permet d’avoir de meilleures relations et, surtout, plus de
bienveillance envers des personnes dont les motivations et les
comportements nous heurtent ou nous posent problème.
Trois centres d’intelligence
L’ennéagramme rattache chaque ennéatype à un « centre »
parmi les trois moteurs principaux de la personnalité : l’action,
les émotions ou la pensée. Trois ennéatypes sont situés dans le
centre instinctif, trois dans le centre émotionnel et trois dans le
centre mental.
Figure 1-4 Les trois centres de l’ennéagramme.
Les ennéatypes situés dans le centre instinctif (Huit, Neuf et Un)
privilégient l’action pour s’exprimer et exister dans le monde,
ceux du centre émotionnel (Deux, Trois et Quatre) utilisent
d’abord leurs émotions pour entrer en relation et décoder leur
environnement, et ceux du centre mental (Cinq, Six et Sept)
cherchent en premier à comprendre le monde pour le rendre
prévisible.
Ceci ne signifie nullement que seuls les ennéatypes Huit, Neuf et
Un passent à l’action, que seuls les ennéatypes Deux, Trois et
Quatre aient des émotions, ni que seuls les ennéatypes Cinq, Six
et Sept réfléchissent et cherchent à comprendre !
Il ne s’agit que de l’énergie préférée, du moteur qui se met le
premier en route face à une sollicitation, mais les deux autres
composantes de la personnalité sont bien présentes dans chaque
ennéatype. À l’intérieur de chaque centre, chaque ennéatype va
utiliser son énergie préférée dans un sens particulier : vers son
environnement extérieur, en son for intérieur, ou en alternance.
Le chapitre 3 sera entièrement consacré à cet aspect essentiel de
la théorie de l’ennéagramme.
Le nombre de neuf ennéatypes s’obtient en multipliant les trois
centres par les trois sens d’utilisation de l’énergie propre à
chacun d’entre eux. Il ne s’agit donc ni d’un nombre arbitraire,
ni d’un calcul cabalistique. Le découpage de la personnalité en
trois composantes, action – émotions – pensée, est classique et la
description de trois sens différents d’utilisation de chaque
énergie relève de la simple observation.
Un diplôme de maîtrise pour
chaque ennéatype
Dans cet ouvrage, les ennéatypes sont toujours identifiés par leur
chiffre, pour éviter les confusions et mauvaises interprétations,
qui peuvent naître de l’attribution d’adjectifs pour les qualifier.
Nous avons néanmoins choisi de leur décerner un « diplôme de
maîtrise » dans un domaine, celui dans lequel ils excellent
particulièrement. Pour faciliter leur mémorisation, nous avons
utilisé ce nom explicite comme titre dans le chapitre qui est
dédié à chaque ennéatype (en deuxième partie).
Figure 1-5 Les « diplômes de maîtrise » des neuf personnalités.
Un outil de connaissance de soi
L’ennéagramme associe à chaque ennéatype une série de
caractéristiques qui découlent de l’appartenance à un centre et
du sens d’utilisation de l’énergie de ce centre.
La nature de ces caractéristiques sera détaillée au chapitre 2.
Chaque ennéatype, voyant le monde à partir de son point de vue,
a mis en place des filtres qui lui permettent de ne pas voir ce qui
serait en contradiction avec sa vision particulière.
L’ensemble de ces filtres compose l’ego, ou personnalité de
façade. Le but de l’ennéagramme est de permettre à chaque
personne, à partir de la découverte de ces filtres, de se libérer
des limites dans lesquelles l’ego cherche à l’enfermer, croyant
ainsi assurer sa sécurité.
Cette libération permet à l’essence, ou personnalité
authentique, de développer ses forces spécifiques qui sont
capables de faire disparaître, ou tout du moins de réduire
considérablement, les filtres de l’ego.
Cette transformation ne se fait pas du jour au lendemain. Elle est
d’abord le fruit d’un travail d’auto-observation, afin de
découvrir son ennéatype et de prendre ainsi conscience du filtre
utilisé et du point de vue limité qui lui est associé. Elle n’est pas
non plus un chemin linéaire qui permettrait à la personne de se
libérer une fois pour toutes de l’emprise de son ego. La route
vers l’essence est le parcours de toute une vie, passant par des
moments de profond découragement quand la personne constate
la force des filtres de son ennéatype.
La prise de conscience de ces mécanismes et la connaissance des
éléments qui les sous-tendent sont les clés pour avancer sur un
chemin de connaissance de soi dans le but d’une croissance
personnelle. Loin d’enfermer la personne dans une boîte
soigneusement étiquetée, l’ennéagramme, au contraire, permet à
celle-ci de jouer au mieux le seul rôle qu’elle est appelée à
jouer : être pleinement elle-même et non celle qu’elle pense
être.
L’ennéagramme est aujourd’hui utilisé dans de nombreux
domaines qui vont du coaching aux ressources humaines en
passant par la gestion des conflits ou l’accompagnement
spirituel. C’est un puissant outil d’amélioration de la
communication interpersonnelle, que ce soit au sein d’un couple,
d’une famille, d’une association ou en entreprise.
Malheureusement, on trouve aussi une offre de type ésotérique
qui a causé du tort à cet outil en l’associant à des pratiques
pseudo-spirituelles. Le manque de clarté sur les origines de
l’ennéagramme et les filiations alambiquées qu’on a pu lui
attribuer ont contribué à maintenir la confusion.
L’origine de l’ennéagramme
Certains auteurs tiennent à relier l’ennéagramme à des courants
spirituels anciens et à lui prêter des racines millénaires. On peut
ainsi essayer d’établir des rapprochements avec des philosophes
de l’Antiquité grecque, avec l’enseignement des Pères du désert
pour le christianisme, avec les mystiques soufis pour l’islam ou
avec l’arbre de vie de la Kabbale pour le judaïsme.
On peut effectivement retrouver des similitudes avec des
typologies qui décrivent la personnalité à partir de l’attachement
particulier à certains penchants, comme les huit passions de
l’âme, de Jean Cassien, ou les sept péchés capitaux retenus par
l’Église catholique. Le fruit de l’observation de l’âme humaine
est étonnamment constant au cours des âges et il n’est donc pas
étonnant que des auteurs aient relevé à des siècles et des
kilomètres de distance les mêmes entraves au développement
harmonieux de la personne.
Georges Gurdjieff1, un personnage pour le moins controversé, a
fait connaître en Occident le symbole de l’ennéagramme, mais
comme un schéma permettant de représenter toutes les réalités,
sans s’attarder sur la description de la personnalité.
La seule certitude que l’on a est que cet outil, tel qu’on le
connaît aujourd’hui, a été développé dans les années 19601970 en Amérique par un Bolivien, Oscar Ichazo (1931-2020) et
un psychiatre argentin, Claudio Naranjo (1932-2019). Ce dernier
avait suivi les enseignements dispensés par Ichazo avant que
celui-ci s’installe en 1971 aux États-Unis. C’est Claudio Naranjo
qui, le premier, a compris comment structurer les théories sur
l’ennéagramme pour les rendre compréhensibles en utilisant le
vocabulaire de la psychologie moderne. Il s’est installé, lui
aussi, aux États-Unis et a enseigné en Californie. Séduit par cet
outil, l’un de ses élèves, le jésuite Bob Ochs, l’a enseigné à son
tour à l’université Loyola de Chicago, d’où il sera largement
diffusé. Helen Palmer, une psychologue, fondait de son côté
l’école californienne. Les deux courants, affrontés au départ, se
retrouvent aujourd’hui au sein de l’International Enneagram
Association (IEA, www.internationalenneagram.org)2.
Aujourd’hui, l’ennéagramme est utilisé dans le monde entier et
l’un de ses intérêts majeurs, dans la société plurielle qui est la
nôtre, est que des personnes de tout âge ou niveau d’étude,
venant de cultures très différentes, se reconnaissent dans l’un des
neuf ennéatypes. Il ne s’agit pas d’une construction intellectuelle
occidentale, mais bien d’un outil de connaissance de soi qui est
mis à la disposition de tous.
1 George Ivanovitch Gurdjieff (né entre 1866 et 1877 et mort en 1949) était un enseignant spirituel,
compositeur, philosophe, qui s’est intéressé à la psychologie et à la cosmologie, comme à
l’occultisme et à l’ésotérisme.
2 Pour plus de détails sur l’histoire de l’ennéagramme, consulter Fabien et Patricia Chabreuil :
L’Ennéagramme : dynamique de connaissance et d’évolution. https://enneagramme.co
m/Livres/9edce_d.htm
DANS CE CHAPITRE
Le mécanisme complexe de l’ennéatype : apport au
monde et image de soi, désir et peur profonde,
évitement et mécanisme de défense, etc.
•
L’interférence de l’ego sur la vision de chaque ennéatype
•
Intégration et désintégration interne
Chapitre 2
Le mécanisme d’un ennéatype
omment et quand va se mettre en place un ennéatype ? La
C
réponse n’est pas unanime mais il y a, aujourd’hui, beaucoup
d’éléments qui font penser qu’il est présent dès la naissance d’un
enfant. Le fait qu’il reste le même tout au long de la vie, que des
frères et sœurs n’aient pas le même ennéatype, que ses
composantes soient très semblables chez des personnes ayant
des histoires familiales complètement différentes ou venant
d’arrière-plans culturels très divers, sont autant d’éléments qui
soutiennent cette hypothèse.
Mais l’inné et l’acquis ne s’excluent pas mutuellement car un
trait de caractère ou physique peut être génétique et ne se révéler
que dans un certain environnement. De même, avant sa
naissance, le développement de l’enfant est déjà soumis à des
facteurs environnementaux (tels que la malnutrition, la maladie,
les situations de stress, l’abus de substances, etc.). À partir d’un
même ennéatype, une personne va amplifier des réponses
spécifiques, adaptées à son histoire de vie. Rappelons que
l’ennéagramme ne définit pas des comportements mais une
motivation profonde, celle d’éviter d’être confronté à une zone
d’ombre que l’on préfère ignorer.
Cette motivation va se manifester de manière très différente
selon le milieu, l’éducation, la culture, les circonstances
particulières que vit une personne. On peut ainsi rencontrer des
individus qui n’ont jamais pu incarner leur ennéatype dans leur
milieu familial ou professionnel, au point d’adopter les
caractéristiques d’un autre ennéatype proche auquel le leur est
relié sur le schéma de l’ennéagramme. Il suffit parfois d’un
changement d’état pour que la personne puisse enfin exprimer
son véritable ennéatype et cette prise de conscience est alors
vécue comme une libération.
L’ennéagramme décrit une personnalité dans sa globalité et quel
que soit son niveau de développement. Il rend compte de son
évolution positive ou de sa dégradation, alerte sur les signes
précurseurs qui annoncent la désintégration de la personnalité et
informe sur les leviers qui peuvent conduire à l’intégration. Le
système est d’une cohérence remarquable qui ne suffirait
cependant pas à expliquer son succès, si les descriptions qu’il
propose ne trouvaient pas écho en nous.
Nous allons décrire dans le chapitre qui suit les différents
mécanismes qui structurent un ennéatype1.
Structure d’un ennéatype :
différents éléments
Nous avons vu précédemment que l’ennéagramme distingue
l’ego (ou personnalité de façade) de l’essence (ou personnalité
authentique). Le premier est une sorte de caricature, de
contrefaçon, c’est la version « trafiquée » de l’essence.
Figure 2-1 Le profil complet d’un ennéatype.
L’apport au monde de chaque
ennéatype
Quand il habite sa personnalité authentique, qu’il est dans son
essence, chaque ennéatype a une contribution spécifique, un
apport qui est indispensable au bon fonctionnement du monde
et que chaque personne va vivre de manière unique. Aucun être
humain n’est semblable à un autre, chacun incarne à sa manière,
avec son histoire et son vécu, l’une des neuf facettes
représentées dans la figure 2-2.
Tous les ennéatypes peuvent contribuer au monde par ces
apports, mais l’un d’entre eux les exprime plus particulièrement.
Figure 2-2 L’apport au monde de chaque ennéatype.
De l’apport au monde à
l’image de soi idéale (ou fierté)
Si l’on superpose les informations de « l’image de soi idéale » et
celles de « l’apport au monde », on peut visualiser comment se
construit la personnalité de façade, qui est une « contrefaçon »
de l’essence. L’apport au monde, la compétence particulière que
l’ennéatype peut apporter devient une fierté (figure 2-3) et va
limiter le point de vue de l’ennéatype en le concentrant sur son
domaine d’excellence.
Figure 2-3 Le passage de l’apport au monde à la fierté pour chaque
ennéatype.
Le Deux, par exemple, apporte au monde l’amour, et il a un
véritable don pour nouer avec ceux qui l’entourent une relation
pleine d’amour et de générosité. Il est conscient de cette qualité
et il ne peut s’empêcher d’en être fier. Cela le conduit, par
moments (lorsqu’il est dans son ego), à devancer les désirs de
ses proches – quitte à être intrusif – pour les aider, et être ainsi
en accord avec son image de soi idéale (mais il est alors loin de
l’amour désintéressé de l’essence).
Consciente qu’elle excelle dans un domaine, la personne va
donc surjouer son rôle et perdre ainsi son authenticité. Les
qualités particulières de chaque ennéatype vont être utilisées à
mauvais escient par l’ego, pour lui garantir de ne pas avoir à se
confronter à son évitement. Comme le dit Pascal2, « le malheur
veut que qui veut faire l’ange fait la bête ». Cette tendance est
d’autant plus difficile à contrer que la personne pense bien faire,
puisqu’elle le fait bien et que toute une série de mécanismes –
que nous allons détailler – se mettent en place pour la conforter
dans cette croyance.
Désir profond et peur
profonde
Le désir profond (ou désir de base, figure 2-4) est une sorte de
nostalgie, de vision déformée de l’essence. L’ennéatype aspire à
pouvoir apporter au monde sa qualité intrinsèque, mais il est
dérouté dans sa progression vers l’essence par sa personnalité de
façade (son ego), qui est dominée par la peur profonde (ou peur
de base, figure 2-5) propre à son ennéatype.
Figures 2-4 et 2-5
De la peur profonde à
l’évitement
En superposant la peur profonde et l’évitement de chaque
ennéatype, on peut voir comment la compulsion d’évitement est
une sorte de raccourci que l’ego fait prendre à la personne. On
estime généralement que l’évitement est le mécanisme fondateur
de l’ego.
Cherchant à juguler sa peur profonde, la personne décide
d’ignorer ce qui, croit-elle à tort, la conduirait à y être
confrontée.
Figure 2-6 Le passage de la peur profonde à l’évitement pour chaque
ennéatype.
Ainsi le Quatre, désirant être lui-même et craignant d’être privé
d’identité, refuse ou ignore ce qu’il considère être banal. Il pense
qu’il est essentiel d’être différent des autres pour avoir une
véritable identité. Il s’occulte à lui-même le fait que chaque être
humain est unique et qu’il est inutile de fuir la banalité. Cette
fuite, en monopolisant ses ressources, ne fera que le détourner
de sa marche vers l’essence.
Un mécanisme de défense,
pour se protéger
Chaque ennéatype va mettre en place un mécanisme de défense
(figure 2-7), une manœuvre stratégique, pour se protéger de sa
peur profonde et pour ne pas être confronté à ce qu’il cherche à
éviter. Ces mécanismes seront expliqués dans les chapitres
consacrés à chaque ennéatype. Leur fonctionnement est d’autant
plus redoutable qu’ils sont difficilement reconnaissables par la
personne.
Figure 2-7 Le mécanisme de défense de chaque ennéatype.
Ainsi, pour ne pas être confronté à sa faiblesse qu’il veut éviter
par-dessus tout, le Huit nie ou refuse d’admettre tout ce qui peut
représenter une faille dans sa cuirasse. Il lui est presque
impossible de reconnaître une erreur et il évite de se laisser
atteindre par ses proches. Il peut nier avoir tenu certains propos
ou défendu une position erronée. Il contrôle ceux qu’il aime car
il ne supporterait pas qu’il leur arrive un malheur et qu’ainsi il
soit confronté à sa propre vulnérabilité.
Chaque ennéatype est un point de vue sur le monde, ce qui
revient à ne voir le monde que depuis un seul point et à écarter
ce qui ne correspondrait pas ou mettrait en cause celui-ci.
Pour rester dans sa zone de confort, l’ego va interférer de
manière différente avec chacun des trois centres, émotionnel,
mental et instinctif.
Distorsion et restructuration
dans le centre émotionnel
Le centre émotionnel va connaître une distorsion émotionnelle
(ou « passion », figure 2-8) propre à chaque ennéatype et qui se
manifeste quand il craint d’être confronté à la situation qu’il
cherche à éviter. En lui occultant sa zone d’ombre, elle le garde
dans un schéma émotionnel réduit et le conforte dans ses
croyances et ses fiertés.
Figure 2-8 Distorsion émotionnelle (ou passion) de chaque ennéatype.
Si l’on prend l’exemple du Trois, sa personnalité de façade (son
ego) lui fait croire que, pour être apprécié des autres, il doit
réussir tout ce qu’il entreprend. Lorsqu’il craint d’être confronté
à un échec (ce qu’il veut éviter à tout prix), il cherche à faire
illusion. Il se cache la vérité et la cache à ceux qui l’entourent, et
il est alors dans le mensonge.
Cette distorsion émotionnelle a cependant son « antidote », son
« contrepoids » : la restructuration émotionnelle (ou « vertu »,
figure 2-9). Cette force permet à l’ennéatype de ne pas être le
jouet de la distorsion émotionnelle. Il peut ainsi se relier à son
essence, afin de développer sa compétence spécifique et apporter
au monde la richesse de sa personnalité.
Dans le cas du Cinq, ses mécanismes égotiques lui font
accumuler des savoirs et être avare de son temps et de sa
personne. Quand il se connecte à sa personnalité authentique
(son essence), il comprend que les informations partagées ne
sont pas perdues pour lui. Il peut se contenter de ce qu’il possède
sans s’y accrocher et ne ressent plus le besoin de défendre son
monde intérieur d’éventuelles intrusions.
Figure 2-9 La restructuration émotionnelle (ou vertu) de chaque
ennéatype.
Obsession cognitive et
mécanisme de progression
dans le centre mental
Lorsque l’ego se sent en danger, il enferme le centre mental dans
une obsession cognitive (ou « fixation », figure 2-10), un
schéma mental qui va écarter tout ce qui ne correspond pas à sa
vision du monde. Ainsi, il ne sera pas confronté à l’évitement
propre à chaque ennéatype et pourra continuer d’ignorer son
angle mort. Il concentrera son énergie mentale de manière
exclusive sur cette obsession et n’aura donc pas ou peu d’espace
de cerveau disponible pour sortir de ce schéma.
Figure 2-10 L’obsession cognitive (ou fixation) de chaque ennéatype.
Confronté à la peur de la transgression, l’ego du Six va plonger
le centre mental dans le doute. Toute décision va être remise en
cause car il n’arrive pas à en mesurer les conséquences, tout
choix peut cacher un nouveau danger dans lequel il pourrait
entraîner son groupe. Il est incapable d’avancer car chaque
option prise semble conduire à une impasse ou le précipiter dans
un gouffre. Il est littéralement la proie du doute.
Pour surmonter son obsession cognitive, chaque ennéatype
dispose d’un mécanisme de progression (ou « idée
supérieure », figure 2-11) qui lui est propre et qui va corriger son
schéma mental défectueux. La pratique de ce mécanisme de
progression permet d’élargir le champ de vision du centre
mental et habilite l’ennéatype à déployer sa compétence
spécifique.
Figure 2-11 Le mécanisme de progression (ou idée supérieure) de chaque
ennéatype.
Lorsque le Un se connecte à sa personnalité authentique (son
essence), il prend conscience que le perfectionnisme est voué à
l’échec et qu’il peut se contenter de faire de son mieux. Il fait
taire le critique intérieur qui pointe la moindre défaillance et il
accepte avec sérénité que la perfection est une notion relative.
Ces différents mécanismes expliquent la façon dont l’ego
s’exprime dans le centre émotionnel et dans le centre mental. Ils
sont décrits en détail dans les chapitres dédiés à chacun des
ennéatypes (deuxième partie).
Dans le centre instinctif en revanche, l’action de l’ego va se
manifester différemment. Il va affecter le fonctionnement des
trois instincts que la nature a mis en place pour assurer la survie
de l’espèce : l’instinct d’autoconservation, l’instinct social et
l’instinct sexuel. Cet aspect sera abordé en détail dans la
troisième partie.
Intégration et désintégration
interne
Nous avons vu les différentes composantes du profil d’un
ennéatype (figure 2-1) et comment elles sont affectées par l’ego
ou l’essence. Ces modifications sont appelées « intégration »
quand elles permettent à l’ennéatype de se rapprocher de son
essence et « désintégration » quand elles laissent l’ego prendre
le contrôle. On dira d’une personne qui va bien qu’elle est
« intégrée », les différentes composantes s’assemblant
harmonieusement. À l’inverse, une personne qui va mal est
« désintégrée » car elle est comme éparpillée et tiraillée. Elle est
entraînée par les forces de son ego qui la contrôlent.
Ces mouvements d’intégration et de désintégration sont un des
apports majeurs de l’ennéagramme, car ils rendent compte de
manière très fine des différentes étapes par lesquelles passe une
personne dans son chemin entre l’ego et l’essence. Riso et
Hudson3 sont allés jusqu’à décrire neuf « niveaux de
développement » qui montrent comment une personne peut aller
du meilleur au pire et vice versa, en enclenchant les différents
leviers qui la rapprochent de l’essence ou la précipitent vers
l’ego.
D’une façon générale, un ennéatype s’intègre quand il élargit
son point de vue et peut être confronté à son évitement sans
chercher à l’ignorer ou à le repousser. Il se désintègre quand il
réduit son point de vue pour ne pas être confronté à son
évitement.
L’impact des autres ennéatypes
Outre cette intégration et désintégration « interne », chaque
ennéatype est capable d’élargir encore son champ de vision en y
ajoutant les caractéristiques de son ennéatype d’intégration et de
désintégration, c’est-à-dire l’un de ceux auxquels il est relié par
un trait sur le schéma (par exemple, les ennéatypes Deux et Cinq
pour le Huit, ou Sept et Quatre pour le Un, figure 2-12). On
parle alors d’intégration et de désintégration « externe ». Ce
point sera développé en détail au chapitre 17.
Figure 2-12 La direction d’intégration et de désintégration.
D’autres éléments extérieurs viennent encore impacter le
mécanisme d’un ennéatype. L’ennéagramme considère ainsi que
les deux ennéatypes situés à gauche et à droite de l’ennéatype de
base, que l’on désigne sous le nom de ses « ailes », ont ou
peuvent avoir une influence sur le comportement de celui-ci, en
lui faisant manifester leurs propres caractéristiques. Par
exemple, un Quatre peut avoir des mécanismes propres à son
aile de Trois ou de Cinq ou un Sept des caractéristiques issues de
son aile de Six ou de Huit.
Les différentes façons dont chaque ennéatype peut être impacté
par les autres seront étudiées dans la quatrième partie de cet
ouvrage (chapitres 16 et 17).
1 Les définitions de ces mécanismes sont regroupées au chapitre 20 « Les termes clés pour
comprendre cet ouvrage ».
2 Discours sur les passions de l’amour.
3 Don Richard Riso et Russ Hudson, La sagesse de l’ennéagramme, InterÉditions, 2018.
DANS CE CHAPITRE
Définition et fonctionnement des centres
•
L’ordre d’entrée en scène des centres
•
À la recherche du centre réprimé
•
Des exemples et des témoignages
Chapitre 3
Les centres : les trois moteurs
de la personnalité
es enseignants et les commerciaux le savent bien : s’ils
L
veulent capter l’intérêt d’un groupe d’élèves ou de clients, ils
doivent s’adresser aux trois fonctions principales d’attention de
la personne : sensorielle, affective et cognitive. S’ils ne sonnent
qu’à l’une de ces portes d’entrée, une bonne partie de leur
auditoire leur échappera. Certains seront plus accessibles à des
constructions rationnelles qui font appel à leur capacité de
raisonnement logique, d’autres à des éléments subjectifs qui
éveilleront des émotions et d’autres encore auront besoin
d’aborder concrètement, de faire ou de toucher pour
comprendre.
Nous retrouvons ces trois fonctions (action, émotion, réflexion)
rattachées à ce que l’ennéagramme appelle « centres » : le centre
instinctif, le centre émotionnel et le centre mental. Ce chapitre
va explorer cette notion et montrer la part importante qu’elle
occupe dans ce modèle de personnalités.
Le repas s’éternise et autour de la table, chacun s’évade en
utilisant sa stratégie préférée. Pour un convive, ce sera d’aller
porter des plats à la cuisine et d’en profiter pour commencer à
faire la vaisselle, un autre s’intéressera aux déboires familiaux
de son voisin de table, pendant que le troisième discute de
projets futurs avec ses proches. Face à une situation de
contrainte, les échappatoires ne sont pas les mêmes.
Spontanément, elles seront le reflet de la zone dans laquelle la
personne est plus à l’aise : dans l’action, dans l’émotion ou dans
la construction mentale.
À l’heure de s’intéresser au monde qui l’entoure et à ceux qui
l’habitent, tout être humain utilise ces trois formes
d’intelligence mais, selon son ennéatype, il en privilégiera
une. C’est celle qui lui est le plus facilement accessible, celle
qui fonctionne bien et sur laquelle il s’appuie naturellement.
C’est le moteur qui démarre au quart de tour, bien entretenu et
bien rodé et c’est généralement celui qui est mis en route le
premier en cas de stress ou face à une situation inconnue. Ce
« moteur » qui lui est d’un abord plus facile, c’est celui dans
lequel est situé son ennéatype (voir figure 1-4).
Trois formes d’intelligence à
notre service
Le centre instinctif
Combien de fois dans une journée faisons-nous un geste sans
avoir besoin d’y réfléchir ? Il s’agit de réactions naturelles de
protection face à un danger ou d’actions nous permettant de
nous déplacer dans un espace, de nous nourrir ou de prendre
soin de notre corps. La coordination des gestes, le rapport à
l’espace, les sensations physiques, les réactions spontanées, sont
des formes d’intelligence corporelle et celles qu’utilisent le
mieux les personnes appartenant au centre dit « instinctif »
(ennéatypes Huit, Neuf et Un).
Face à une situation donnée, elles comparent le présent à une
expérience passée et répliquent par le geste approprié et qui a
fait ses preuves. De la même manière que, sans réfléchir, nous
ouvrons une poignée en l’abaissant ou en la tournant dans le
sens des aiguilles d’une montre, les personnes du centre
instinctif vont essayer d’abord d’appliquer « la recette qui
marche » à toute situation qui leur est présentée. La prévisibilité
et la routine les rassurent, alors que le besoin d’innover ou de
faire une exception les perturbe car, dans ce cas, elles ne
contrôlent plus le processus.
Cette perte de contrôle va générer chez elles une exaspération ou
une colère ressentie physiquement, mais elles vont en être plus
ou moins conscientes selon leur ennéatype. Les personnes du
centre instinctif sont des « terriennes » bien ancrées au sol. Elles
aiment l’action, mais le brassage d’idées sans application
pratique ou l’étalage d’émotions leur sont pénibles. Elles veulent
savoir où elles se tiennent et ce qui les entoure. La question à
laquelle elles ont besoin d’avoir une réponse est :
« Comment ? »
Le centre émotionnel
Après avoir été négligée, l’intelligence émotionnelle est
considérée aujourd’hui comme partie intégrante d’une
personnalité équilibrée. Son importance est reconnue dans de
nombreux domaines, y compris ceux qui semblent éloignés du
champ émotionnel, comme l’exercice de fonctions de direction.
La capacité à décrypter les informations en utilisant aussi nos
émotions est un atout reconnu dans les relations
interpersonnelles et une aide à la prise de décisions éclairées.
Pour certaines personnes, elle est leur porte d’accès privilégiée à
la compréhension du monde. Ce sont celles appartenant au
centre dit « émotionnel » (ennéatypes Deux, Trois et Quatre).
Elles cherchent à percevoir les émotions de leur entourage et les
leurs, pour ajuster leur comportement en conséquence et à un
instant précis. Ces personnes vivent dans le présent qui est, par
définition, un environnement mouvant. Elles doivent donc revoir
en permanence leur grille de lecture. Elles voient leur identité
évoluer au fil des émotions et au rythme des sollicitations
extérieures, et de l’image d’elles-mêmes qui leur est renvoyée
ou qu’elles ont générée.
Elles sont très perturbées si le retour qu’elles reçoivent les
déçoit, car c’est leur pivot qui est déstabilisé. Les personnes du
centre émotionnel existent d’abord dans le regard des autres et
leurs décisions seront fortement influencées par les facteurs
humains. Les idées désincarnées ou les actions qui ne tiennent
pas compte des contraintes personnelles leur sont étrangères. La
question à laquelle elles ont besoin d’avoir une réponse est :
« Qui suis-je ? »
Le centre mental
L’utilisation du centre mental n’est pas réservée aux personnes
éduquées ou dotées d’un QI élevé. Il s’agit simplement d’une
des trois formes d’intelligence, un des trois moteurs dont dispose
l’être humain. C’est la capacité à manipuler des concepts qui ne
sont ni physiquement présents autour de nous, ni perceptibles
par les émotions. Elle suppose de pouvoir se projeter dans un
lieu, dans un temps, dans un environnement qui n’existe que
dans notre tête et de le visualiser comme s’il était réel. Elle
demande de faire appel à l’imagination et à l’anticipation. C’est
cette approche du monde qui est privilégiée par les personnes
appartenant au centre dit « mental » (ennéatypes Cinq, Six et
Sept).
Elles manient les idées abstraites et les concepts avec aisance.
Elles peuvent se projeter dans un futur immédiat ou lointain et
l’imaginer. Elles cherchent à le prévoir et à le modéliser tant que
possible, car cela les rassure. Pour y parvenir, elles élaborent des
constructions mentales dont elles testent la viabilité et peuvent
se prendre à ce jeu, même si aucune application concrète n’est
envisagée. Elles pourraient se laisser séduire par une idée dont
l’application est susceptible d’avoir des conséquences humaines
désastreuses, simplement parce qu’elle est bien construite.
La capacité à se projeter dans le futur et à manipuler des idées
permet de mesurer ce qui est possible et ce qui ne l’est pas mais,
pour ce faire, elle doit envisager toutes les éventualités. Ceci est
un facteur d’anxiété, voire de peur, puisque certaines d’entre
elles sont inquiétantes ou difficilement prévisibles. Tout ne peut
pas être modélisé, prévu, ni expliqué, tout n’est pas
compréhensible. Quand les personnes du centre mental se
trouvent confrontées à cette situation, elles ressentent l’anxiété
de celui qui ne peut plus répondre à la question : « Pourquoi ? »
Trois moteurs, trois énergies,
trois directions d’utilisation
Dans chaque centre, un ennéatype va diffuser son énergie en
externe (sur son entourage), l’autre la concentrer en interne (sur
lui-même) et le troisième – l’ennéatype du milieu, celui qui est
situé sur un triangle dans le schéma – va essayer de
contrebalancer les directions pour arriver à l’équilibre, sans
toutefois y parvenir de manière continue.
Dans le centre instinctif,
centre du contrôle
Le Huit cherche à contrôler ce qui l’entoure. Il va utiliser son
énergie instinctive en la projetant pour maîtriser son
environnement. Il va manifester ouvertement sa colère et tracer
des lignes et des frontières qui lui permettent de marquer son
territoire et de séparer ceux qui sont avec lui de ceux qui sont
contre lui. Aucune faille ne doit exister dans ce bouclier de
protection.
Le Un utilise son énergie pour garder le contrôle de luimême et ne pas laisser échapper une colère qui l’empêcherait
d’arriver à son but. Son exaspération devant des situations qui ne
se déroulent pas comme prévu est aussi forte que celle du Huit.
Cependant, il va d’abord s’en prendre à lui-même et se
considérer comme responsable d’y remédier. Il est sans
indulgence et ne se laisse rien passer !
Et au milieu, le Neuf alterne, cherchant à utiliser l’énergie
instinctive en même temps pour contrôler l’extérieur et pour
se contrôler lui-même. Le résultat est que, tiraillé entre ces
deux forces, il finit par être immobilisé dans une attitude de nonintervention dans les deux domaines. Il présente un aspect lisse à
l’extérieur pour ne pas susciter des réactions qu’il devrait
chercher à contrôler et, en interne, reste dans les coulisses de sa
propre personnalité pour ne pas avoir à se dominer.
Dans le centre émotionnel,
centre de l’image
Le Deux projette autour de lui sa capacité de compréhension
émotionnelle afin de détecter et de répondre aux émotions et
aux besoins des autres et de renvoyer ainsi une image positive.
Toute son énergie est dépensée dans cette tâche. Il crée ainsi une
barrière qui lui évite d’avoir à reconnaître ses propres besoins et
qui empêche les autres de les découvrir.
Le Quatre tourne et retourne autour de ses émotions et de
ses besoins, espérant arriver à les connaître suffisamment bien
pour pouvoir enfin savoir qui il est et espérer renvoyer son
image authentique aux autres. Cette quête l’enferme dans un
labyrinthe circulaire duquel il a bien du mal à sortir, revenant
toujours vers lui-même.
Et au milieu, le Trois va percevoir les émotions et besoins des
autres dans le but d’ajuster son image à ce qui est attendu de
lui. Il reste en périphérie de ses émotions et de ses besoins, qu’il
visualise comme un vortex intérieur qui pourrait l’aspirer s’il se
laissait aller à les reconnaître. Pour se détacher de ses émotions,
il se regarde jouer son rôle comme s’il était derrière une glace
sans tain.
Dans le centre mental, centre
de l’insécurité
Le Cinq émet son énergie mentale en direction du monde qui
l’entoure pour s’en prémunir. Il se sert de sa capacité à
comprendre, afin d’obtenir le plus de connaissances possibles et
ne pas être en insécurité intellectuelle. Continuellement sur ses
gardes mentalement, il repousse ainsi les autres, les empêchant
d’accéder à lui et de venir réveiller des émotions qu’il ne saurait
pas traiter.
Le Sept fait tourner autour de lui son énergie mentale et sa
capacité d’anticipation, dans le but d’empêcher son insécurité de
remonter à la surface. Il reste en permanence sur une vague
d’optimisme et passe d’une ligne de pensée à l’autre, dès que la
première semble l’entraîner dans une zone de souffrance
potentielle.
Et au milieu, le Six va osciller entre l’accumulation
d’informations sur son environnement et les règles du jeu qui
régissent celui-ci, afin d’assurer sa sécurité, et un dialogue
intérieur avec ses zones d’insécurité, pour se prémunir des
dangers qu’elles signalent. Il en résulte régulièrement une
confusion mentale, quand les directions indiquées par ces deux
sources d’information ne sont pas cohérentes, ou vont dans des
directions opposées.
Impacts de la direction
d’utilisation du centre préféré
Les Huit, Deux et Cinq s’intéressent surtout à la conquête
active, émotionnelle ou mentale du monde qui les entoure. Par
conséquent, ils se connaissent mal, car ils diffusent leur énergie
vers l’extérieur, et s’empêchent ainsi de se tourner vers euxmêmes. Ils craignent de s’adonner à une introspection qui les
affaiblirait, car elle leur révélerait des fragilités qu’ils ne
sauraient pas comment traiter.
Les Un, Quatre et Sept appliquent leur énergie de manière
autocentrée et réduisent le monde à leur échelle. Le résultat est
qu’ils connaissent mal leur environnement, car ils ont
tendance à penser que ce qui est bon, beau ou plaisant pour eux
l’est aussi pour tous les autres.
Les Neuf, Trois et Six oscillent entre ces deux extrêmes et ce
mouvement constant les empêche de tirer pleinement parti de la
forme d’intelligence du centre dans lequel se situe leur
ennéatype. C’est souvent leur deuxième « moteur » qui
fonctionne le mieux. Il leur arrive même de perdre
complètement le contact avec leur centre préféré et de ne plus
s’appuyer que sur leur centre de support.
L’ordre d’entrée en scène des
centres
Si toutes les écoles de l’ennéagramme s’accordent sur la
préférence de chaque ennéatype pour l’utilisation du centre dans
lequel il est situé, et sur la direction d’utilisation qu’il fait de
cette énergie, il n’y a pas de consensus sur l’ordre avec lequel
chaque ennéatype utilise ses trois centres d’intelligence, ni sur
l’impact de cet ordre sur son fonctionnement. Les limites de ce
livre ne permettent pas de détailler les différentes théories ; nous
nous bornerons à décrire rapidement les principales
présentations.
Un centre préféré… et un
centre réprimé
Kathleen Hurley et Theodore Dobson ont mis en avant, dans leur
ouvrage My Best Self: Using the Enneagram to Free the Soul, le
fait que si chaque ennéatype utilise en priorité le centre dans
lequel il est situé (il en fait son centre préféré et le survalorise),
il en réprime un autre : celui qui est situé à son opposé, dans le
schéma de l’ennéagramme.
Chaque personne a accès à ces trois « moteurs », à ces trois
formes d’intelligence. L’un d’entre eux lui sera d’un abord
facile, ce sera le centre « préféré », celui dans lequel est situé
son ennéatype. Le deuxième, appelé centre « de support » ou
« auxiliaire », est au service du premier, mais n’a pas vocation à
être aux commandes. C’est la mise en route du troisième, dit
centre « réprimé », qui peut poser plus ou moins de problèmes
selon le niveau de difficulté qu’a la personne à le mobiliser.
On peut ainsi se représenter l’empilement des trois centres
utilisés sous la forme d’une pyramide tronquée inversée (voir fig
ure 3-1), symbolisant l’ordre dans lequel nous faisons appel à
eux : en haut figure le centre « préféré », que l’on a tendance à
surutiliser. Il est suivi du « centre de support » qui l’aide à
fonctionner, et en bas se trouve le « centre réprimé », que l’on
néglige quelquefois. Plus la base de cette « pyramide inversée »
est large, plus équilibrée sera donc notre personnalité, et
inversement.
Être conscient de la difficulté à accéder à l’un de ses centres est
un grand pas dans la découverte de notre fonctionnement. En
effet, nous mettons en place plusieurs stratégies pour ne pas être
confrontés à nos limitations dans ce domaine et elles ont des
conséquences importantes dans notre vie quotidienne.
Figure 3-1 Le profil des centres de l’ennéagramme.
C’est en particulier dans notre vie personnelle que cette carence
se fait jour, car nous sommes moins sur nos gardes que dans le
domaine professionnel ou social. Nous connaissons tous ces
personnes hyperactives au travail mais qui, arrivées chez elles,
préfèrent se passer d’un objet utile plutôt que de monter à l’étage
le chercher ! Combien de thérapeutes, de soignants, de religieux,
qui sont tout ouïe envers les personnes qu’ils accompagnent,
laissent les émotions à la porte de leur domicile ? Ou
d’enseignants-chercheurs qui préfèrent tailler la haie ou
repeindre la balustrade que de travailler sur leur prochain
article ? Quel que soit notre centre préféré, nous avons tout
intérêt à bien développer les deux autres et, surtout, celui dont
nous nous servons le moins bien, notre centre réprimé.
La qualité avec laquelle on utilise un centre n’est pas liée à
l’ennéatype, mais à l’histoire de vie de l’individu, à son
environnement professionnel, familial ou culturel.
Un ordre d’utilisation précis,
sauf pour les types du triangle
Dans l’approche de Hurley et Dobson, chaque ennéatype a un
profil précis, dans lequel les trois centres apparaissent toujours
dans le même ordre, sauf pour les ennéatypes Trois, Six et Neuf,
situés sur le triangle du schéma. Le centre préféré est celui dans
lequel l’ennéatype est situé et le centre réprimé est celui qui est
situé à son opposé, dans le schéma de l’ennéagramme.
Ainsi, pour le centre instinctif, le Huit réprime l’émotionnel, le
Un le mental. Le Neuf oscillera entre le mental ou l’émotionnel
en dernier, car les ennéatypes du triangle peuvent s’incliner vers
l’une ou l’autre de leurs « ailes » (ennéatypes situés à leur droite
ou à leur gauche), dont l’influence sera décrite dans la troisième
partie.
Figure 3-2 Le profil des ennéatypes du centre instinctif.
Le même schéma s’applique au centre émotionnel :
Figure 3-3 Le profil des ennéatypes du centre émotionnel.
Ainsi qu’au centre mental :
Figure 3-4 Le profil des ennéatypes du centre mental.
Dans cette approche, c’est l’ordre des centres qui explique la
nature même de l’ennéatype. Le centre de support est au service
du centre préféré, mais il le canalise aussi. Par exemple : le
Deux, dans le centre émotionnel et ayant un centre instinctif en
deuxième position, se sent obligé d’agir. Ses émotions doivent se
traduire par des actions, alors que le Quatre, qui a un centre
mental en support, pense ses émotions, les « mentalise » et a du
mal à s’en extraire et à passer à l’action.
Pour ce qui concerne les ennéatypes du triangle (Trois, Six et
Neuf), ils ont la particularité, en situation de stress, d’accéder
très difficilement à leur centre préféré : le Trois se coupe du
centre émotionnel et ne tient pas plus compte de ses émotions
que de celles de son entourage ; le Six tourne en rond dans ses
idées et ne sait plus se diriger lui-même ; le Neuf n’arrive plus à
mettre en marche son centre instinctif et est complètement
paralysé.
Cette difficulté spécifique aux ennéatypes du triangle peut
rendre plus difficile leur identification, car leur centre préféré
n’est pas toujours aussi visible que pour les autres ennéatypes,
leur centre de support étant très présent dans leur
fonctionnement quotidien.
Le Modèle unifié de
l’ennéagramme
Nous devons à Fabien et Patricia Chabreuil, fondateurs de
l’Institut français de l’ennéagramme, d’avoir approfondi la
structure des ennéatypes et d’avoir construit le « Modèle unifié
de l’ennéagramme »1, qui rend compte de l’existence de deux
hiérarchies de centres différentes pour chaque ennéatype.
Le centre préféré reste celui dans lequel l’ennéatype est inséré
dans le schéma de l’ennéagramme, mais le centre réprimé peut
être l’un des deux autres centres et pas forcément le plus éloigné
du centre préféré.
Par exemple, un Quatre peut réprimer le centre instinctif
(approche usuelle) ou bien réprimer le centre mental, un Sept
peut réprimer le centre émotionnel (approche usuelle) ou bien
réprimer le centre instinctif.
D’autre part, le Modèle unifié de l’ennéagramme considère que
pour les ennéatypes du triangle (Trois, Six et Neuf), le centre
préféré devient un centre co-réprimé. On dit alors qu’il
« bascule ». La personne n’a plus accès qu’à son centre de
support, qui est normalement au service du centre préféré et qui
n’est pas apte à prendre le contrôle de la situation.
Le Modèle unifié de l’ennéagramme invite donc chaque
ennéatype à découvrir quel est son centre réprimé, afin de
pouvoir avancer dans le travail d’intégration2.
Le diagnostic du centre réprimé
Nous allons maintenant présenter brièvement les manifestations
habituelles de cette répression pour chaque centre.
Répression du centre mental
•
Absence d’intérêt ou difficulté à manipuler des concepts
abstraits.
•
Manque de vision d’ensemble, de recul, face à une
situation.
•
Prise de décision influencée par des points de détail ou
par les émotions des autres.
Caroline a grandi dans une famille d’intellectuels et a exercé un
métier qui demande de faire surtout appel au centre mental. La
lecture est son passe-temps favori et, dans son entourage, elle est
prise pour une « intello ». Pourtant, c’est le centre mental qu’elle
a tendance à négliger. Son préféré est le centre émotionnel et son
centre instinctif fonctionne très bien en centre de support. Son
éducation et sa pratique professionnelle font qu’il lui est facile
d’avoir recours à son centre mental quand elle en a besoin, mais
spontanément, et surtout dans un moment de fatigue ou de
stress, elle va se confronter à un problème en s’appuyant sur ses
émotions ou en trouvant ce qu’on peut « faire » pour le régler.
Se concentrer et réfléchir de manière abstraite lui est
particulièrement pénible, dès qu’elle est en « mode détente » ou
si elle est sous stress.
Répression du centre
instinctif
•
•
•
Absence d’intérêt pour l’action, méfiance envers les
éléments matériels.
Position de retrait et d’observation face à un problème.
Passage à l’action soumis à l’étude préalable des
différentes options.
Hélène travaille et est mère de famille nombreuse. Elle n’a pas
d’autre choix que d’être active. Dès le matin, elle a bien en tête
la liste des différentes activités de la journée et elle s’organise
pour que celles-ci se déroulent sans lui demander d’efforts
supplémentaires, ni d’ajustements de dernière minute. La
planification et l’anticipation vont lui permettre d’être le plus
efficace possible et de mener à bien des activités qui ne la
passionnent pas, mais qu’elle sait être indispensables à la bonne
marche de la famille. Dès qu’elle le peut, elle va se préserver des
moments pour écouter de la musique ou pour lire, ses deux
passions. Si on lui demande alors de rendre un service ou
d’ajouter à son emploi du temps une tâche imprévue, cela va lui
sembler insurmontable, même si elle ne représente que quelques
minutes. Sa première réaction va être de l’agacement face à cette
corvée, qu’elle n’avait pas « pensée » au préalable. Elle verra
ensuite s’il n’existe pas des solutions alternatives qui lui
éviteraient d’avoir à s’y consacrer et, en dernier recours,
l’accomplira soit très rapidement pour s’en débarrasser, soit de
façon à ce qu’elle ne l’oblige pas à réfléchir pour pouvoir
s’évader mentalement pendant qu’elle s’y consacre.
Répression du centre
émotionnel
•
Absence d’émotions visibles ou difficulté à supporter les
émotions des autres.
•
Préférence pour la solitude ; la présence des autres
entraîne une sensation de fatigue.
•
Absence de prise en compte des facteurs personnels dans
la prise de décision.
Marie est une femme intelligente et droite. C’est une personne
fiable qui fait toujours ce qu’elle s’engage à faire et qui est
gouvernée par son sens du devoir. Douée dans de nombreux
domaines, elle joue un rôle de modèle pour beaucoup de ses
amis et elle est la marraine de plusieurs enfants. Elle n’est pas
d’une nature chaleureuse, mais elle a toujours veillé à garder le
contact avec ses filleuls, s’adaptant à leurs centres d’intérêt au
fur et à mesure de leur croissance, même quand ils s’engageaient
sur des chemins qu’elle n’approuvait pas. Dans la plupart des
circonstances de la vie, le fait que Marie réprime son centre
émotionnel ne lui pose pas de problème majeur. Ce qu’elle
n’aime vraiment pas, ce sont les grandes réunions et les étalages
de sentiments. Assister à des soirées de mariage est une véritable
corvée pour elle ! Elle le fera, par sens du devoir, mais
s’assurera de pouvoir rentrer rapidement et par ses propres
moyens.
Différents degrés de répression
des centres
Il y a différents degrés de répression d’un centre et les trois
exemples précédents nous en montrent des formes légères. Le
bon fonctionnement des deux autres et la capacité à avoir
recours au centre réprimé quand cela est nécessaire permettent
que le centre réprimé ne représente pas un véritable handicap
dans la plupart des circonstances de la vie. La pyramide des
centres de ces personnes pourrait être représentée ainsi :
Figure 3-5 Pyramide des centres d’une personne équilibrée.
Le centre réprimé a moins d’importance que les deux autres
mais la différence ne crée pas un déséquilibre gênant au
quotidien.
Il peut en être tout autrement quand cette répression atteint des
niveaux qui empêchent de mener une vie normale. On peut ainsi
voir des personnes incapables du moindre recul à l’heure de
faire un choix ou de prendre une décision, laissant leur cerveau
aux mains de leurs émotions ou de leurs pulsions, des personnes
handicapées dans la vie quotidienne par leur horreur des tâches
pratiques et routinières (souvenons-nous de la « phobie
administrative » qui coûta son poste à un ministre), ou des
personnes incapables de manifester une émotion ou de supporter
l’expression des émotions de leurs proches, au point de ne plus
les fréquenter. La pyramide des centres de ces personnes serait
représentée ainsi :
Figure 3-6 Pyramide des centres d’une personne déséquilibrée.
Nous voyons que le centre préféré est surutilisé et que la part du
centre réprimé est très réduite, se traduisant par un déséquilibre
réel.
Entre ces deux extrêmes il y a plusieurs degrés, une même
personne pouvant voir sa capacité d’accès à son centre réprimé
s’aggraver, si elle n’y prête pas attention, ou s’améliorer, si elle
en prend conscience et travaille à y remédier.
L’intégration externe de chaque ennéatype permet un meilleur
accès au centre réprimé, puisqu’elle se produit, dans la plupart
des cas, vers un ennéatype situé précisément dans ce centre.
Dans le Modèle unifié de l’ennéagramme, cette notion est
enrichie par la reconnaissance de l’existence de deux variantes
pour chaque ennéatype, avec deux directions d’intégration en
conséquence.
Ces notions d’intégration et de désintégration externes seront
abordées plus en détail dans le chapitre 17.
1 https://enneagramme.com/Theorie/9_hie3c.htm
2 Pour une étude approfondie de cette problématique : Fabien et Patricia Chabreuil, Le grand livre
de l’ennéagramme, Eyrolles, 2021.
Partie 2
Plongée au cœur des neuf
types de personnalités
Dans cette partie…
Vous découvrirez dans le détail le comportement
et les motivations des neuf personnalités de
l’ennéagramme. Chacune est attachante, bien sûr,
et toutes sont indispensables au monde. Si leurs
comportements dans leur vie quotidienne peuvent
être très proches, vous vous apercevrez que leurs
motivations diffèrent et que l’ennéagramme
permet de les décrypter.
En reconnaissant votre ennéatype, vous pourrez
repérer comment l’ego vous fait agir
automatiquement, selon les filtres avec lesquels
vous percevez la réalité et auxquels vous vous
identifiez. Apporter de la conscience à ces
mécanismes vous aidera à diminuer leur emprise
et à vous connecter à vos qualités essentielles.
DANS CE CHAPITRE
Les filtres d’attention de l’ennéatype Un
•
La vie quotidienne du Un : motivations, relations
affectives, attitude professionnelle et introspection
•
Les mécanismes du Un quand il est dans son ego et
dans son essence
•
Quelques pistes pour abandonner ses automatismes
Chapitre 4
L’ennéatype Un : le maître de
la rigueur
ous avons décerné à l’ennéatype Un le diplôme de Maître de
N
la rigueur, car il a une vision idéale de ce que le monde devrait
être et c’est avec une force de volonté remarquable et une grande
rigueur personnelle qu’il tente de concrétiser les idéaux élevés
qu’il s’est fixés.
Le Un veut avant tout être quelqu’un d’intègre et son attention
première se porte constamment sur ce qui est correct ou
incorrect, c’est-à-dire conforme ou non à ses propres critères. Il
détecte intuitivement comment les choses pourraient être
améliorées et il fait son possible pour y parvenir, en ayant
comme ligne de mire rien de moins que l’excellence.
Il pense d’ailleurs que toutes les personnes devraient avoir le
même objectif et il est généralement contrarié et agacé quand il
s’aperçoit que ce n’est pas le cas ! S’il essaye de ne pas le
montrer, il ne peut s’empêcher de donner des conseils et de
signaler ce qu’il perçoit comme des erreurs.
Le Un se considère comme quelqu’un de droit et de travailleur,
et il en est fier. Il estime que la vie est difficile, que le repos se
mérite et qu’il faut attendre que les tâches à réaliser soient
exécutées, avant de penser au plaisir.
Pour être en accord avec ses valeurs, il tente d’adopter une
conduite exemplaire et de tout faire bien tout le temps. Mais la
barre de ses idéaux est si haute que personne ne peut l’atteindre
et surtout pas lui-même. Et son impuissance l’irrite facilement.
Ce qui caractérise l’ennéatype Un :
•
Apport au monde : la droiture.
•
Image de soi : je suis droit, je suis travailleur.
•
Évitement : la colère.
•
Désir profond : être intègre.
•
Peur profonde : être corrompu.
Une intelligence instinctive,
pour mieux se contrôler
Le Un est quelqu’un qui fonctionne, en permanence, en étant
guidé par des valeurs morales et éthiques. Ses perceptions sont
d’abord instinctives et il privilégie l’action pour améliorer le
monde dans lequel il vit et pour résoudre les multiples
problèmes qui peuvent se présenter dans la vie. Il est en effet
persuadé que l’on peut toujours faire quelque chose pour
surmonter l’adversité et il agit en essayant de rester fidèle à ses
valeurs, quelles que soient les difficultés.
Pour ce faire, il utilise en priorité son centre instinctif et il en
exploite l’énergie pour agir, bien sûr, mais avant tout pour garder
le contrôle de lui-même. Car sa motivation première est de
rester, envers et contre tout, quelqu’un de rigoureux, de juste,
d’honnête et de consciencieux.
La colère refoulée du Un
Tenter sans cesse d’agir en visant l’excellence est une tâche
perdue d’avance, et cette impossibilité emplit le Un de la colère
du centre instinctif. C’est une colère qu’il dirige le plus souvent
contre lui-même, beaucoup plus que contre les autres (même s’il
s’emporte parfois contre eux !), car il se reproche sans cesse de
ne pas parvenir à la qualité qu’il vise dans ce qu’il fait ; il en
ressent d’ailleurs souvent les tensions musculaires comme
psychologiques.
Mais le centre instinctif est le centre du contrôle et le Un tient à
juguler cette colère. Il se blâme de son courroux et le vit comme
un manque de maîtrise de soi, ce qui est pour lui insupportable,
car non conforme à ses idéaux. Il a donc tendance à exclure son
exaspération de son champ de conscience et à la refouler.
D’ailleurs, de nombreux Un ne se reconnaissent pas comme « en
colère ». Ils vont se dire « agacés » ou « énervés » par une
situation, mais pas « en colère », même si tout dans leur
attitude – mâchoires crispées, front plissé, sourire forcé… – la
trahit.
Ce ressentiment enfoui et non reconnu génère une frustration
permanente, une insatisfaction de soi et du monde, si bien qu’un
grief légitime peut ensuite faire jaillir une énorme colère
jusqu’ici refoulée, dont le Un culpabilisera.
D’une façon générale, le Un est quelqu’un qui « bouillonne »,
dès qu’une situation ne se déroule pas comme il estime qu’elle le
devrait. Il ne peut s’empêcher de focaliser sur les imperfections
du moment et la moindre erreur peut prendre une importance
démesurée.
Pierre (type Un) : Alors que j’étais chez moi, j’ai trouvé dans la
boîte aux lettres l’avis de réception d’une lettre recommandée,
que le facteur n’a pas fait l’effort de me remettre en mains
propres. Qui plus est, le préposé a fait une erreur sur l’avis en
indiquant que la lettre serait disponible au bureau de poste
dès 14 heures, quand celui-ci était justement fermé cet aprèsmidi-là… Résultat : je me suis déplacé inutilement et je suis
rentré chez moi absolument furieux après le préposé, d’autant
plus que le même problème s’était produit déjà plusieurs fois !
D’une façon générale, je n’accepte pas que quelqu’un puisse
bâcler son travail, quel qu’il soit ; mais quand je dois subir, en
plus, les conséquences d’un manque de rigueur professionnelle,
la situation me devient tellement insupportable que je peux avoir
un coup de sang ! J’ai écrit un long courrier de mécontentement
au receveur, pour signaler les lacunes inadmissibles de son
service. J’ai ruminé mon irritation et je ne suis pas arrivé à me
calmer, à tel point que l’événement m’a donné des palpitations.
Au final, il m’a fallu 24 heures pour me remettre de cet incident
qui, je le reconnais, n’avait en soi aucun caractère de gravité. Je
m’en veux de me mettre dans des états pareils pour des
« broutilles », mais je n’arrive pas à me raisonner.
La vie quotidienne du Un
Motivation et organisation
Parce qu’il veut sans cesse améliorer le monde, le Un attache
une importance extrême à la qualité et tend à être dans un
processus de perfection sans fin. Il considère que tout ce qui doit
être fait se doit d’être bien fait. Et il applique cette résolution à
tout ce qu’il entreprend.
Identifier LA bonne façon de faire
Lorsqu’il s’attaque à une tâche, le Un le fait avec une grande
conscience. Sa rigueur personnelle le pousse à penser que les
choses sont bonnes ou mauvaises, parfaites ou imparfaites,
justes ou injustes… sans nuances intermédiaires. Il estime donc
le plus souvent qu’il n’y a qu’une seule façon de bien faire les
choses, une seule solution correcte pour chaque situation. Il
n’envisage pas qu’une autre approche puisse donner des
résultats tout aussi convenables, ou qu’une solution qui semble
juste pour une personne puisse ne pas être satisfaisante pour une
autre.
Quand il sait ce qu’il faut faire ou quand l’urgence de la
situation le nécessite, le Un utilise l’énergie du centre instinctif
pour agir immédiatement et foncer dans l’action. En revanche,
quand il doit choisir une solution, il est très soucieux de trouver
la bonne méthode et se montre précis, méticuleux et très
organisé.
Pour prendre une décision, il ne compte que sur lui-même. Il va
soigneusement étudier tous les aspects du problème, après avoir
rassemblé une large documentation sur le sujet. Son exigence ne
tolère pas la moindre négligence et il pense qu’il est toujours
possible de faire mieux. Il prend le temps nécessaire avant de
faire ses choix et il les fait avec une certaine anxiété, par peur de
se tromper (ce qui le culpabiliserait).
Faire mieux, toujours mieux que…
Le Un a une véritable obsession de l’amélioration. Il estime en
général qu’il y a toujours un moyen de s’améliorer et il a pris
l’habitude de vivre en faisant sans cesse des comparaisons entre
ce qu’il fait (ou pense) et la potentielle perfection d’une
situation.
C'est un peu comme s’il avait mis au point un système de
surveillance intérieure, qui contrôle en permanence ses pensées,
ses paroles et ses actes, par peur d’être critiqué, d’être « jugé »
par les autres.
C’est ce qui explique que le Un est très sensible et facilement
blessé par les critiques, qui se révèlent d’ailleurs contreproductives avec lui : son juge intérieur l’a déjà accablé, il est
inutile d’en rajouter !
Alex-Adrien (type Trois) : Je travaille dans une entreprise dont
le fondateur est de type Un. Lors d’un échange avec lui, nous
discutions des performances de l’équipe commerciale. Il était
ravi de voir que l’équipe progressait et que nous étions fiers de
ce que nous produisions, même si nous étions tous d’accord pour
reconnaître qu’il restait encore des progrès à faire. Dans un élan
d’enthousiasme, il nous a dit : « C’est fou de voir que nous
faisons des propositions d’une grande qualité ; et pourtant nous
sommes encore nuls ! » Après avoir prononcé ces quelques
mots, il a lu sur mon visage que la formulation n’était pas
optimale et il s’est repris : « Enfin, on va encore beaucoup
s’améliorer, c’est super ! » Nous sommes toujours amusés de
voir ce que révèlent les formulations de chacun.
« Après l’effort, le réconfort »… pas
sûr !
Lorsqu’il cherche à résoudre un problème – que d’autres
n’auraient même pas perçu –, le Un se montre opiniâtre et
persévère jusqu’à trouver une solution qui lui convienne. Inutile
de lui suggérer alors de se changer les idées par une promenade
ou un cinéma ou, pire encore, de « laisser tomber ». C’est tout
simplement inenvisageable pour lui.
Le Un ne s’accorde aucun moment de détente avant d’avoir
mené sa tâche à bien. Il estime en effet que ses devoirs passent
avant ses besoins. Il fait passer le « il faut » avant le « je veux »
ou plutôt, il se convainc qu’il veut faire ce qu’il faut faire.
Relations affectives
Une personne rigide… mais de
confiance
Dans la mesure où le Un s’efforce sans cesse d’être à la hauteur
des exigences de son juge intérieur, il estime que ses relations se
doivent d’être aussi intransigeantes et il n’hésite pas à le leur
faire savoir. Cette façon d’être génère du respect, mais elle crée
en même temps de la distance entre lui et les autres ; le Un peut
être perçu comme quelqu’un de rigide, de froid, de pointilleux et
d’autoritaire, d’autant qu’il est plus enclin à émettre des
critiques que des compliments.
Sa rigueur personnelle va de pair avec une grande honnêteté, une
grande loyauté et un sens évident de la justice. Le Un traite
chacun avec égalité et refuse toute compromission qui irait à
l’encontre de son sens de la morale.
C’est une personne de confiance, profondément responsable, qui
n’hésite pas à s’investir pour aider son prochain et qui
s’implique toujours au maximum pour réaliser les missions dont
elle a la charge.
Relation de couple : à la recherche
de l’excellence
Dans sa relation de couple comme dans sa vie en général, les
idéaux du Un sont très élevés. Il recherche la relation parfaite et
il fait beaucoup d’efforts pour essayer d’être le conjoint idéal.
Son besoin profond est d’être aimé malgré ses imperfections,
mais il a la conviction intime que celles-ci vont faire fuir son
partenaire et il vit dans cette angoisse.
De la même façon, il a une vision du conjoint idéal et il veut
l’aider à améliorer ce qu’il considère comme des imperfections.
Il est persuadé de connaître précisément ses attentes et il
s’applique à y répondre ; mais souvent, il n’a pas vérifié la
justesse des désirs perçus et ses efforts ne sont pas forcément
reconnus.
Attitude professionnelle
Le Un ne peut s’investir dans le contexte professionnel que s’il y
a adéquation entre ses valeurs et celles de l’organisme. Il attache
notamment beaucoup d’importance aux aspects éthiques et à
leurs applications et attend de sa hiérarchie qu’elle reconnaisse
les implications de chacun. Il apprécie que les procédures soient
respectées et que les responsabilités soient clairement définies.
C’est l’un des grands travailleurs de l’ennéagramme et il
s’implique pour que son travail soit bien fait, à toutes les étapes
de la réalisation d’une tâche. Cette attention le ralentit
quelquefois, car il peut se perdre dans les détails et peaufiner des
choses sans importance ; la pression du temps peut alors le
stresser. Les interruptions et les bavardages l’exaspèrent et,
d’une façon générale, il déteste être interrompu dans ce qu’il
fait.
Son obsession de la qualité et son esprit critique font qu’il repère
automatiquement la moindre faille d’un projet. Il voit très vite ce
qui peut être amélioré, mais il ne sait pas toujours l’exprimer
sans blesser son interlocuteur.
Le Un est attentif à ses collaborateurs et les soutiendra s’ils font
des efforts, mais il attend de chacun une grande rigueur. Il émet
facilement des critiques, car il estime qu’elles montrent un axe
de progression et qu’elles sont donc positives. Il est par
conséquent souvent perçu comme quelqu’un de négatif et il en
souffre, car son intention est de faire avancer les projets. En
revanche, les compliments qu’il fait sont toujours sincères, et un
éloge de Un mériterait d’être inscrit dans un CV !
Un peu d’introspection
Le Un est en général quelqu’un d’extrêmement sensible, mais il
a le plus souvent des difficultés à exprimer ce qu’il ressent, car il
juge de nombreuses émotions peu convenables. Il essaye donc
de les contrôler ou au moins de ne pas les manifester. Et cette
répression est pour lui une nouvelle source de pression.
Son attention est tellement focalisée par la question « Que
faudrait-il faire ? » pour satisfaire les exigences de son critique
intérieur, qu’il en oublie d’écouter ses aspirations véritables. Il
refoule ses désirs et les remplace par une liste de « je devrais »,
et cette privation l’emplit de ressentiment.
Pour évacuer cette pression, il extériorise quelquefois sa colère
(et culpabilise aussitôt), ou fait preuve de comportements
excessifs à certains moments.
Parfois, le Un contrebalance la tension qui existe entre ses
besoins et son autocritique en menant une « double vie » : une
vie publique dans laquelle il respecte les règles et une vie privée
dans laquelle il donne libre cours à sa spontanéité. Ce peut être
un comportement différent dans sa vie professionnelle et dans sa
vie familiale, avec les personnes qu’il connaît (et qui peuvent le
juger) et avec les inconnus, ou tout simplement un coin de sa
maison où il s’autorise un grand désordre…
Le Un au prisme de
l’ennéagramme
L’apport au monde et sa
contrefaçon : l’image de soi
Apport au monde : la droiture
La compétence principale du Un, ce qu’il apporte au monde,
c’est la droiture et la rigueur personnelle qu’il manifeste, pour
atteindre les objectifs qu’il s’est fixés. C’est une quête qui le
conduit à vouloir, sans relâche, accéder à la représentation idéale
qu’il a pour lui-même et pour le monde, qu’il veut rendre
meilleur, et il possède un talent véritable pour voir comment y
parvenir.
Image de soi : je suis droit, je suis
travailleur
Lorsqu’il est victime des automatismes de son ego, le Un
surjoue son rôle et perd son authenticité, en dénaturant sa
compétence. Afin d’éviter la colère, il s’enferme dans toujours
plus de rigueur et de travail, car il estime que le monde est mal
fait et que les autres ne sont pas assez rigoureux. Sa peur de se
tromper ou d’être critiqué lui fait revoir toujours à la hausse ses
exigences.
François-Louis (type Un) : Aller droit, travailler et être
rigoureux pour faire ce que j’estimais être mon devoir a toujours
été pour moi une ligne de conduite que je me suis efforcé de
tenir. Étant épris de liberté et de justice, je me suis engagé dans
la Résistance alors que je n’avais pas 18 ans, car je jugeais que
c’était « mon devoir ». Puis je suis « monté » à Paris à 20 ans,
j’y ai rencontré celle qui allait devenir ma femme et, très vite,
nous avons eu plusieurs enfants. J’ai travaillé toute ma vie
(jusqu’à 73 ans !), avec toujours comme motivation première le
besoin profond de pouvoir assurer les besoins matériels qu’il
fallait pour nourrir et élever mes nombreux enfants. J’estimais
que c’était mon rôle et je n’ai jamais lésiné sur les efforts
nécessaires pour le remplir, même s’il fallait pour cela m’oublier
dans le travail. Mais j’ai laissé à ma femme le soin d’apporter
seule à mes enfants l’amour qu’ils réclamaient. Et j’ai signé
leurs carnets de note avec peut-être trop de sévérité, car je tenais
à ce qu’ils se comportent bien et qu’ils réussissent leurs études.
Aujourd’hui, à 95 ans, je reste attaché à la rigueur pour ce qui
me concerne, mais j’ai considérablement baissé mes exigences.
J’ai appris à me connecter à mes émotions et je les partage plus
facilement. Je me contente de faire ce que je peux et, somme
toute, je suis heureux d’être encore capable de le faire !
Évitement : la colère
Le Un est ancré dans l’action et il veut utiliser son énergie pour
garder le contrôle de lui-même, car il tient à être reconnu pour la
qualité de ce qu’il est et de ce qu’il fait. Il s’irrite facilement de
ce que les situations ne se déroulent pas comme il le voudrait,
mais il veut par-dessus tout éviter de s’emporter, car il associe
cette colère à une perte de maîtrise de soi, qui la rend
intrinsèquement « non conforme ».
Son ego se construit en se persuadant que, pour être en sécurité,
il doit se dominer constamment. Le Un cherche donc à éviter la
colère – et plus spécialement sa propre colère –, de façon à
maintenir l’image qu’il veut avoir de lui-même et être
irréprochable.
Jocelyne (type Un) : Je reçois régulièrement des amis à dîner et
l’un d’entre eux a le don de m’exaspérer. C’est un syndicaliste
acharné qui tient un discours extrêmement agressif contre le
patronat en général, alors qu’il sait très bien que j’étais cheffe
d’entreprise. Et comme par un fait exprès, c’est vers moi qu’il se
tourne le plus souvent pour se plaindre, car je suis la seule à ne
pas l’envoyer sur les roses… La première fois, j’ai essayé de
l’écouter car je tenais à me montrer « gentille et bien élevée » ;
j’étais la maîtresse de maison et je ne voulais surtout pas faire
d’esclandre. Alors que la colère bouillonnait à l’intérieur de moi
et que je me sentais tendue et exaspérée, je n’ai pas dit un mot et
je suis restée impassible, en gardant mon sourire, sûrement
crispé ! J’avais l’impression qu’il me provoquait et seule la peur
de perdre le contrôle de moi-même m’empêchait de rétorquer à
ses propos virulents et tellement injustes sur les patrons. J’ai
préféré quitter la table pour aller dans la cuisine préparer le
plateau de fromages et j’y suis restée un bon moment, le temps
de faire redescendre la pression. Quand on a réinvité ces amis,
j’ai été gagnée par l’appréhension à l’idée de le revoir. Mais j’ai
anticipé en choisissant un plan de table qui l’éloigne le plus
possible de moi, et me permette de l’ignorer toute la soirée.
Mécanisme de défense : la
formation réactionnelle
Lorsque la pulsion de colère envahit le Un, que cette colère soit
dirigée contre lui ou contre les autres, il se défend en renforçant
inconsciemment son contrôle de soi et en refoulant ce sentiment,
qui est contraire à ses idéaux.
Certes, ses mâchoires serrées ou son sourire crispé laisseront
percevoir l’énervement à son entourage, mais le Un n’en a pas
conscience, car il remplace alors automatiquement son
ressentiment par un comportement opposé, compatible avec ses
valeurs.
Ce mécanisme de défense est appelé « la formation
réactionnelle ».
Madeleine (type Un) : Installée devant mon ordinateur, je me
concentre sur la création d’une carte d’anniversaire pour ma
petite-fille. Le travail de graphisme me demande beaucoup
d’application et de créativité, car je recherche l’émotion que la
carte pourra provoquer quand elle sera reçue. Mais la sonnette
de la porte d’entrée retentit. Je commence par pester et
bougonner, et ne me lève pas spontanément. Puis je me précipite
à la porte, visage fermé, même si je n’ai que quelques pas à
faire. Un flash me dit que c’est peut-être important, même si je
n’attends personne. Dès que j’ai posé la main sur la poignée, le
calme revient spontanément et j’accueille mon facteur avec un
sourire sincère – même s’il est encore figé – et un grand
« bonjour ». Il me remet un colis ; encore un grand « merci »,
puis surgit un sentiment de honte de mon énervement démesuré
et injustifié, ressenti comme une pulsion furtive et qui me met
mal à l’aise. Je m’assois devant mon ordinateur et je me dis que
je n’aurais pas dû. Je me remets lentement à ma création et mon
conscient efface cette pulsion intérieure.
La distorsion émotionnelle et
son antidote : la
restructuration émotionnelle
Distorsion émotionnelle : la colère
Le Un dans son ego a un tel niveau d’exigence qu’il n’est jamais
satisfait de la situation, même s’il dépense beaucoup d’énergie à
tenter de l’améliorer, et il se montre critique envers lui-même et
envers les autres. Son idéal est si haut qu’il est inatteignable et
cela induit chez lui une colère qui le culpabilise et à laquelle il
veut résister. Mais ne pas être présent à sa colère le frustre et
l’irrite, et cette irritation engendre une tension interne très forte
qui augmente sa rigidité.
Le Un est à ce moment incapable de s’opposer à la distorsion
émotionnelle (ou passion) qui le domine : la colère. Ainsi, l’ego
du Un rumine constamment une forme de colère – et c’est une
véritable souffrance pour lui –, pour avoir cherché justement à
éviter la colère, ce qui provoque une insatisfaction chronique
envers lui-même et la réalité.
À noter que le Un partage avec le Six la particularité d’avoir
comme distorsion émotionnelle l’émotion caractéristique de son
centre préféré (la colère pour le Un, la peur pour le Six).
Anne (type Un) : Si je me suis très vite retrouvée dans les
caractéristiques de l’ennéatype Un, j’ai mis beaucoup de temps à
reconnaître la colère. Car non seulement il ne me semblait pas
laisser libre cours à ma colère, mais au contraire, j’avais le
sentiment d’essayer sans cesse de me contrôler. Prendre du recul
m’a permis de mettre des mots sur ce qu’on pourrait aussi
appeler « du ressentiment ». J’ai pris conscience qu’il y avait en
moi un agacement presque permanent, contre tout ce qui n’est
pas aussi bien que ce que je souhaiterais. C’est simple, je peux
être ennuyée de voir que la pièce n’est pas rangée, énervée
contre les personnes que je rencontre et qui ne respectent pas les
consignes – l’autre jour encore, une femme s’est approchée
à 30 cm de moi avec un masque en tissu tout fin ! –, agacée par
le temps que met la personne à ranger ses affaires à la caisse du
supermarché, exaspérée par la tache que je n’arrive pas à faire
partir de la moquette…
Mon mari me dit : « Tu es tellement dure avec toi », et mon
entourage pointe très souvent mes exigences. Personnellement,
je ne m’en rends pas compte. Je ressens simplement le besoin
fondamental que les choses soient faites « correctement ». Et si
l’on me rétorque « mais ce n’est pas grave… » cela a le don de
m’exaspérer. Si, pour moi, c’est grave ! Certains jours, surtout
lorsque je suis fatiguée, tout m’énerve ! Et ça m’épuise. Mais je
n’avais pas fait le lien avec la colère parce qu’au fond de moi, je
me suis longtemps interdit de l’être. Je travaille sur moi, pour
reconnaître cette colère et pour l’accepter. Me dire : « Ta colère
est légitime, tu as le droit d’être en colère » m’aide à la faire
tomber. Mais depuis que je la reconnais, il me semble qu’elle
sort plus facilement et qu’elle explose beaucoup plus. Et j’en
culpabilise ! Ça peut être un cycle sans fin. Me détendre et
méditer m’aide à relativiser.
Restructuration émotionnelle : la
patience
Lorsque le Un se connecte à son essence, il éprouve une force
qui lui permet de vivre la restructuration émotionnelle (ou vertu)
de son type : la patience. Ses émotions et ses pensées sont
apaisées et il prend conscience de ses sentiments, sans les
refouler. Il soulage sa culpabilité et accepte l’idée que rien dans
la vie n’est jamais parfait, que faire de son mieux est suffisant et
qu’il y a un plaisir à trouver dans les imperfections de la vie.
Cette ouverture lui permet d’interagir avec le monde de manière
plus efficace et avec plus de compassion, d’être ouvert et
réceptif, sans se sentir meilleur ou pire que les autres. Il est dans
l’acceptation de ce qui est ; chaque instant est alors équilibre et
il retrouve une forme de sérénité, de plénitude, quels que soient
les hauts et les bas de la vie.
L’obsession cognitive et son
contrepoids : le mécanisme de
progression
Obsession cognitive : le
perfectionnisme
Lorsque l’ego du Un se sent en danger et qu’il veut éviter la
colère, il est en proie à une obsession cognitive (ou fixation) : le
perfectionnisme. Il croit que pour éviter la colère, il faut
atteindre la perfection dans tout ce qu’il fait.
Le Un se focalise alors sur la façon de restaurer un ordre
approprié et il porte un soin maniaque à parfaire tout ce qu’il
entreprend, dans les grandes lignes comme dans les petits
détails. C’est ce qui explique la rigueur avec laquelle il étudie un
dossier, la précision qu’il accorde à toutes les étapes d’un projet,
ou encore le temps qu’il lui faut parfois pour atteindre le niveau
de qualité qui l’obsède…
Philippe (type Un) : Parmi mes passions figurent en bonne
place les voyages et la photo. J’ai donc de nombreuses photos de
voyages classées et archivées, mais celles que j’ai prises avec un
appareil argentique commencent à s’abîmer. J’ai voulu les
protéger du temps en les numérisant et j’ai entrepris de les
scanner une à une, ce qui a nécessité de longues heures de
travail. Et c’est en visionnant le résultat que je me suis aperçu
qu’il y avait quelques traces sur les photos numériques. J’avais
bien sûr nettoyé la vitre du scanner mais la poussière s’était sans
doute infiltrée à l’intérieur. J’ai demandé son avis à ma femme
(type Neuf), qui m’a dit ne rien déceler, ou peut-être une infime
trace ; elle estimait que les photos étaient très bien comme ça.
Mais quand je les regardais, je ne voyais justement que cette
« infime trace ». J’ai hésité un peu, très peu en fait. J’ai cherché
sur le Net comment démonter le scanner pour nettoyer l’envers
de la vitre et j’ai tout recommencé ! J’ai même été jusqu’à
retravailler numériquement les photos scannées, car certaines
traces semblaient inaltérables. Ces images étaient destinées à
être stockées – et non à être imprimées et mises sous verre –,
mais je ne supportais pas l’idée de les classer sans être
totalement satisfait du résultat !
Mécanisme de progression : la
perfection
Lorsque le Un se connecte à son essence, il surmonte son
obsession grâce à un mécanisme de progression (ou idée
supérieure) : la perfection. Il comprend que la réalité peut être
un lieu d’harmonie, même incomplète, que l’expérience a
toujours une justesse inhérente et que chacun peut avoir une
vision différente de l’idéal. En apaisant sa culpabilité, il se libère
de la tension de bien faire et intègre que la véritable perfection
n’est pas fixe et immuable, mais qu’elle est un équilibre
permanent entre des éléments positifs et négatifs. Il accomplit
ses tâches avec la quantité d’énergie requise pour accéder au
mieux atteignable et il retrouve une forme de sérénité.
Figure 4-1 Le récapitulatif des mécanismes de l’ennéatype Un.
Intégration et désintégration
de la personnalité
Lorsque le Un est connecté à son essence, il est intègre et
tolérant, capable d’améliorer le monde par son engagement, par
sa vision de ce qui est perfectible et par sa volonté et son énergie
pour agir en conséquence. Il admet que tout le monde ne peut
pas lutter avec la même conviction et apprend à se fixer des
priorités pour agir. Il accepte que sa norme de perfection ne soit
pas la seule recevable. Il reconnaît ses émotions, devient
bienveillant et vit en accord avec sa conscience et sa raison.
Le Un dans sa routine est un grand travailleur, digne de
confiance, productif et consciencieux, avec une forte tendance à
critiquer et à agir à la place des autres (qui ne font jamais aussi
bien que lui). Il cherche à convaincre de la pertinence de ses
points de vue et se sent obligé d’être à la hauteur, quelles que
soient les circonstances.
Le Un dominé par les mécanismes de son ego est intolérant,
dogmatique et sévère, plein d’amertume et de ressentiment ; il
souffre de n’être pas soutenu alors que les autres comptent sur
lui sans manifester la moindre gratitude. Il a tendance à
s’autocontrôler de manière obsessionnelle et refoule ses désirs. Il
est moralisateur et facilement inflexible.
Outre ce mouvement d’intégration et de désintégration
« interne » (au cours duquel il se connecte à son essence ou est
dominé par son ego), le Un peut vivre par moments un
mécanisme d’intégration et de désintégration « externe » ; il
ajoute alors à ses caractéristiques les capacités ou les travers de
l’essence ou de l’ego d’un autre type, auquel il est relié dans le
schéma de l’ennéagramme. Ce mécanisme est décrit dans le cha
pitre 17 (page 293).
Quelques pistes pour évoluer
Pour réduire l’emprise de son ego et se connecter à son essence,
le Un doit arriver à reconnaître, dans sa vie quotidienne, les
moments où il se laisse diriger par son juge intérieur. Il lui faut
repérer, par exemple, les instants où il ne peut s’empêcher de
focaliser sur les petites imperfections qui pourraient être
améliorées, et ceux où il ne fait plus la distinction entre « il
faut » et « je veux ».
Plusieurs pratiques peuvent lui permettre d’évoluer.
Accepter ce qui est
Le Un cherche tellement à atteindre ses idéaux qu’il s’épuise à
essayer d’être parfait, tant dans ses actes que dans ses pensées.
Mais cette quête est illusoire et ne peut que renforcer son
ressentiment et son angoisse de la critique.
Admettez vos erreurs et les imperfections de vos réalisations.
Votre critique intérieur reculera et vous serez capable d’accepter
les petits défauts. Le point clé dans le pardon est d’admettre
l’erreur sans vous critiquer. Une astuce pour progresser dans
cette voie : faites sciemment quelques petites fautes (laissez une
ou deux coquilles dans votre mail, portez des chaussettes
dépareillées, etc.), et prenez conscience que vous n’en êtes pas
moins apprécié pour autant ! Le maître mot dont vous avez
besoin est « acceptation ».
Reconnaître et écouter ses
besoins
Le juge intérieur que le Un abrite au fond de lui-même
condamne et refoule une bonne partie de ses émotions. La
colère, bien sûr, qui est jugée comme non acceptable, mais aussi
des besoins véritables, lorsqu’ils ne sont pas conformes à des
critères de correction (comme s’accorder un moment de détente
alors qu’il y a tant de choses à faire). Et cette répression emplit
le Un de ressentiment…
Habituez-vous à repérer la voix de votre juge intérieur et à la
distinguer de votre moi. Prêtez attention à la façon dont ses
messages affectent votre sens du bien-être. Car le bon soldat que
vous avez au fond de vous donne des ordres et vous fait croire
que vous voulez les exécuter. Accordez-vous plus de temps pour
vous détendre, écoutez vos sentiments et vos besoins et n’hésitez
pas à les faire passer en priorité, sans culpabiliser. La véritable
inspiration vient de la joie et non du surmenage.
Identifier et traiter sa colère
Le Un ressent beaucoup de colère, à la fois contre lui-même, car
il n’arrive pas à atteindre ses idéaux, et contre les autres, qu’il
juge souvent négligents et irresponsables ; mais il a tendance à la
refouler. Ce faisant, il la retient dans son corps, ce qui se traduit
à la fois par des tensions et par des frustrations.
Apprenez à percevoir votre colère et à la traiter. La colère est
une émotion naturelle qui nous informe qu’un besoin n’est pas
satisfait. Quand on laisse notre colère exister sans lui résister,
elle émerge, nous traverse et est de courte durée. Alors que
quand nous lui résistons, elle se perpétue dans des pensées
obsessionnelles. Il est important de prendre conscience de ses
émotions et de les exprimer.
DANS CE CHAPITRE
Les filtres d’attention de l’ennéatype Deux
•
La vie quotidienne du Deux : motivations, relations
affectives, attitude professionnelle et introspection
•
Les mécanismes du Deux quand il est dans son ego et
dans son essence
•
Quelques pistes pour abandonner ses automatismes
Chapitre 5
L’ennéatype Deux : le maître
du dévouement
ous avons décerné à l’ennéatype Deux le diplôme de Maître
N
du dévouement, car il a un véritable don pour nouer avec ses
proches une relation empreinte d’amour et de générosité. Il
possède une réelle aptitude à prendre en charge les besoins de
son entourage et il est le premier à vouloir se rendre utile en les
aidant. C’est ce qui nourrit son cœur et donne un sens à sa vie.
Centré sur sa relation à l’autre, le Deux est attentionné et plein
d’empathie pour ceux qui comptent pour lui. Il est d’ailleurs
perçu comme tel et ses proches le classent sans se tromper dans
la catégorie des personnes sur qui l’on peut compter. Fier de ce
classement, qui lui donne l’impression d’être aimé, le Deux fait
tout pour ne pas démériter. Non seulement il fait en sorte de
répondre à tous les besoins exprimés, mais il les devance en
comprenant intuitivement ce qui est susceptible d’aider l’autre –
quelquefois avant même que celui-ci n’en soit conscient – et en
proposant spontanément son secours.
Mais en mettant toute son énergie dans le soutien qu’il apporte
aux autres, le Deux en arrive à nier ses propres besoins et par là
même à refuser de reconnaître ses souffrances. Il s’épuise en
aidant ses proches et attend implicitement d’eux une
reconnaissance qu’il estime justifiée.
Ce qui caractérise l’ennéatype Deux :
•
Apport au monde : l’amour.
•
Image de soi : j’aime, j’aide.
•
Évitement : reconnaître ses besoins.
•
Désir profond : être aimé.
•
Peur profonde : être indigne d’être aimé.
Une intelligence émotionnelle,
pour déceler les besoins des
autres
Le Deux perçoit principalement ses intuitions par le biais
d’identifications émotionnelles, qui lui permettent d’être en
empathie avec ses relations et de capter ce qu’elles vivent. Il
exploite de façon prioritaire l’énergie de son centre émotionnel
pour détecter les besoins des autres et y répondre. Toute son
attention étant dirigée vers l’extérieur, les relations humaines lui
sont nécessaires et il supporte mal d’être seul ou inactif.
Il appréhende ainsi le monde (les autres, sa vie, ses projets, etc.)
avec le filtre de ses émotions et c’est à partir de ce qu’il ressent
qu’il prend ses décisions et qu’il agit. Ses proches occupant une
place centrale pour lui, il se décide souvent en fonction d’eux
sans en être vraiment conscient, ce qui peut le conduire à agir de
façon irrationnelle.
Le besoin d’être aimé du Deux
À l’instar des autres types du centre émotionnel, le Deux est
préoccupé par son image. Il n’a pas une idée claire de son
identité et il la perçoit par le biais des émotions suscitées par le
regard de l’autre. Comme lui-même ne prend pas le temps de
s’aimer, considérant qu’il s’agit là d’un acte égoïste, il passe sa
vie à essayer qu’on lui prouve qu’il est aimé et estimé, ce dont il
est loin d’être sûr.
C’est pourquoi il ressent de façon intense le besoin d’être
apprécié par ceux auxquels il tient, et qu’il attache une telle
importance aux regards que les autres portent sur lui et à leurs
manifestations d’estime. Il voudrait sentir qu’il leur est
indispensable, pour apaiser la peur qu’il a de ne servir à rien ou
d’être rejeté. Et comme il ne peut s’empêcher de croire que
l’amour qu’on lui porte est proportionnel à l’aide qu’il apporte,
il essaie de devancer les désirs de ses proches et de répondre à
leurs besoins. Il espère ainsi renforcer le lien qui les unit et qui
lui donne le sentiment d’être aimé, ce qui est selon lui la
condition indispensable à son propre bonheur.
Jean-Pierre (type Deux) : J’ai toujours été tourné vers les
autres et je suis conscient que je ne peux vivre sans eux.
D’ailleurs, j’ai constamment été entouré, que ce soit dans mon
enfance (au CP, déjà, je ramenais ma classe à la maison !), mon
adolescence ou ma vie d’adulte. Même si les périodes de couvrefeu que nous avons vécues ont changé la donne, il ne se passe
pas une semaine sans que je ne reçoive mes amis ou ma famille.
Le poète Pierre Reverdy écrivait : « Il n’y a pas d’amour, il n’y a
que des preuves d’amour. » C’est bien mon avis et, pour ce qui
me concerne, j’aime prouver aux autres l’amour que je leur
porte, par le biais notamment de la nourriture. J’ai ainsi à cœur
de concocter pour mes invités des plats originaux et goûteux, et
je suis capable de passer plusieurs jours pour élaborer un repas,
quitte à traverser Paris pour aller chercher des épices que je n’ai
pas. Bien sûr, je profite moi aussi de ma cuisine, car je suis
gourmet et gourmand, mais ma motivation profonde est de faire
plaisir à mes invités, de combler leurs papilles gustatives et,
avouons-le, de tenter de les éblouir avec mon savoir-faire
culinaire. Jamais je ne cuisine de plat pour moi seul.
Mais attention, si j’invite très facilement amis et voisins, il est
important pour moi qu’ils me rendent la pareille, même si c’est
pour partager une raclette. Je me sens blessé s’ils ne le font pas
et je n’hésite pas alors à me détourner d’eux, puisqu’ils estiment
que je ne mérite pas leur intérêt.
La vie quotidienne du Deux
Motivation et organisation
Un rôle de « meilleur ami » sur
mesure
Le Deux est un séducteur et il essaye d’adapter sa personnalité à
ce que l’autre attend, à tel point qu’il peut adopter des
comportements très différents selon son interlocuteur, tant il
tient à capter son attention et susciter son approbation. Sa
présence chaleureuse met en confiance et invite à la confidence,
d’autant qu’il sait trouver les mots justes pour rassurer et
valoriser. Il porte à l’autre une attention particulière, l’encourage
et l’écoute attentivement, le complimente fréquemment et se
souvient de tous les détails de sa vie ; bref, il lui fait comprendre
qu’il occupe une place privilégiée dans son cœur.
Mais le Deux a un besoin profond de sentir la réciprocité de ce
lien émotionnel et peut en faire beaucoup pour être au centre des
relations. Il excelle notamment dans le rôle du « meilleur ami »,
à qui l’on confie ses soucis et qui est toujours là pour prêter
main-forte, épaule accueillante ou oreille compatissante. Fier de
son dévouement, il peut lui arriver de se faire valoir auprès
d’autres du soutien qu’il a apporté ou des conseils qu’il a
donnés, montrant ainsi à quel point ses amis ne peuvent se
passer de lui.
Aider, oui… mais pas n’importe qui !
S’il peut aider sans compter, le Deux est sélectif à propos des
personnes qu’il assiste et il centre ses relations sur celles qui
sont importantes pour lui, sur un plan professionnel ou
personnel.
Il est plein d’empathie et sa gentillesse, sa serviabilité comme
ses qualités de compréhension en font rapidement quelqu’un
d’indispensable. Cela étant, le Deux tient à ce que l’on
reconnaisse son soutien à sa juste valeur. La non-reconnaissance
de son dévouement peut le blesser profondément et il est capable
de se détourner d’une relation qui ne tient pas compte de ses
conseils, pour se tourner vers les nombreux autres qui, eux,
savent en profiter.
Relations affectives
Centré sur ses relations, le Deux se réjouit des bonnes choses qui
leur arrivent. Son bien-être est lié à celui des autres et il a besoin
de les entourer de son attention ; il veut partager avec ses
proches ce qu’il y a de bien dans sa vie.
Une aide quelquefois envahissante
Le Deux cherche à faire plaisir et a le sentiment de deviner
intuitivement ce dont les autres ont besoin ; il pense parfois être
le mieux à même pour les aider et est alors prêt à se sacrifier
d’une façon qu’il estime désintéressée, mais qui répond en fait à
un immense besoin d’amour.
Pour arriver à ses fins, il est capable de se montrer par moments
intrusif dans la vie des autres et d’aller jusqu’à utiliser
inconsciemment des façons très subtiles de les manipuler, qui les
rendent dépendants de ses attentions, en les culpabilisant par
exemple de ne pas accepter le soutien qu’il leur offre de si bon
cœur.
Il est important de prendre conscience que le Deux s’identifie à
l’aide et aux services qu’il apporte. Si dans votre entourage une
personne de type Deux se montre par moments trop envahissante
pour mieux vous aider, prenez soin de ne pas rejeter brutalement
son aide, en lui disant par exemple que vous n’en avez pas
besoin. Ce serait vécu par elle comme un refus de l’aimer.
Remerciez-la de son attention et rassurez-la sur l’affection que
vous lui portez, tout en restant ferme sur vos choix. Vous
l’aiderez ainsi à comprendre que l’amour n’est pas une réalité
qui s’achète, qu’il est gratuit et qu’elle peut le recevoir sans
avoir besoin de trop en faire !
Se dévouer jusqu’à l’épuisement
Le Deux a terriblement besoin d’être sûr de l’amour qu’on lui
porte, au point que, par moments, ce désir peut être difficile à
satisfaire. Sa capacité à aimer et à se dévouer pour les autres est
immense, mais en cherchant à exaucer leurs attentes, il nie ses
propres besoins. Il peut ainsi s’épuiser, physiquement et
moralement, dans l’aide qu’il leur apporte, d’autant qu’il y en a
toujours certains qui tirent profit de son inépuisable générosité
pour demander, encore et toujours, des services qu’il ne sait pas
refuser.
Faire passer systématiquement les besoins des autres avant les
siens génère du ressentiment, que le Deux s’évertue à refouler. Il
aimerait en fait que ses désirs, qu’il n’exprime jamais, soient
perçus par les autres comme lui sait si bien le faire pour eux. Il
tente parfois de les faire discerner à son entourage de façon
déguisée et il espère que l’allusion sera ainsi entendue. Lorsque
ses besoins ne sont pas devinés, il n’hésite pas à se plaindre du
déséquilibre de la relation et ressent une réelle frustration, qui
peut se transformer en colère violente, estimant qu’après tout ce
qu’il a fait pour eux, ses mérites ne sont pas récompensés.
Une relation de couple « aux petits
soins »
Lorsqu’il est amoureux, le Deux se montre attentionné, soucieux
du bien-être de son partenaire et sensible à ses besoins. Il peut
mettre de côté son propre bonheur pour soutenir l’autre et
n’hésite pas à se dévouer pour lui. En bref, il est prêt à faire tout
ce qu’il peut pour rendre son conjoint heureux.
Il éprouve néanmoins le besoin de se sentir important et valorisé
par la relation et veut être au cœur de la vie de son partenaire. Il
a un besoin vital d’être apprécié et est attentif aux marques
d’affection. Sa peur d’être rejeté peut l’amener à devenir
possessif, voire jaloux.
Comme dans ses relations d’une façon générale, le Deux peut
avoir des comportements manipulatoires dans son couple ; il
peut ainsi adopter une posture de victime pour culpabiliser son
conjoint et manifester des colères violentes, s’il estime que ses
besoins n’ont pas été respectés. Mais, une fois exprimés, les
ressentiments passent très vite, car il est rarement rancunier.
Attitude professionnelle
Dans sa vie professionnelle, le Deux donne le meilleur de luimême quand son rôle apporte quelque chose de positif aux
autres et il a besoin d’interagir avec eux en les aidant et en les
conseillant. D’un naturel généreux, chaleureux et positif, il est
motivé par les services plus que par les objectifs et il tient à
travailler pour les autres, plutôt qu’avec eux.
C’est sans doute ce qui explique qu’on le rencontre souvent dans
les professions médicales et sociales et que, dans les
organisations, même s’il est attiré par le pouvoir, on le retrouve
rarement en position de direction. Il préfère déployer ses
capacités en restant dans l’ombre de l’autorité, tout en ayant un
rôle stratégique, tel le conseiller influent ou l’assistant de
direction, qui contrôle le planning et connaît les secrets.
Extrêmement sensible à la reconnaissance, le Deux a besoin que
son action soit approuvée et appréciée, en particulier de ses
supérieurs, et il ressent les critiques comme autant de marques
de désapprobation personnelle. Il peut se décourager et se
désengager de son travail s’il a l’impression que son rôle n’est
pas reconnu, ou au contraire œuvrer pour se rendre
indispensable.
Grâce à sa capacité naturelle à nouer des contacts, il a en général
un très bon réseau relationnel, qu’il sait activer pour obtenir des
informations qui le mettent en valeur, ou pour aider son
entourage, du moins ceux qui, selon lui, en valent la peine. Il est
de cette manière souvent informé, bien avant les autres, des
interactions, des projets et des rumeurs qui circulent dans
l’entreprise.
Un peu d’introspection
Le Deux est conscient de l’aide qu’il apporte aux autres et il en
est fier. Comme il est fier de n’exprimer, lui, aucun besoin ! Il
sait que sa présence est nécessaire, que ses proches espèrent son
soutien, et cela le rassure. Il aime cette image d’altruiste qu’il a
de lui-même, ce sentiment de se dévouer pour les autres qui le
remplit, même s’il apprécierait parfois un peu plus de
reconnaissance !
Mais par moments il se sent aliéné par l’aide qu’il apporte et par
ses engagements envers les autres. Certes, il les a lui-même
proposés, ou n’a pas su les refuser, mais cela l’épuise et il estime
que son entourage devrait en avoir conscience.
Le Deux au prisme de
l’ennéagramme
L’apport au monde et sa
contrefaçon : l’image de soi
Apport au monde : l’amour
La compétence principale du Deux, ce qu’il apporte au monde,
c’est sa grande capacité à aimer les autres et à leur offrir avec
générosité l’aide et le soutien dont ils ont besoin. Le Deux
possède un don véritable pour se connecter aux personnes avec
chaleur ; il perçoit leurs besoins, leur vient en aide de façon
désintéressée et sait les entourer d’un amour inconditionnel.
Image de soi : j’aime, j’aide
Lorsqu’il est victime des automatismes de son ego, le Deux
surjoue son rôle et perd son authenticité, en dénaturant sa
compétence. Pour ne pas être confronté à ses propres besoins et
se sentir utile, il va au-devant des autres et tente de leur apporter
son soutien.
Alain (type Deux) : Je ne sais pas si j’ai un « don particulier »
pour aider les autres, mais il est certain que, quand je peux
dépanner quelqu’un que j’apprécie, je n’hésite pas une seconde.
Ma femme me dit que pour mes proches, je suis capable de me
mobiliser, en abandonnant mes priorités personnelles. Il est vrai
que quand l’un d’entre eux téléphone pour me demander un
conseil, que ce soit en matière de bricolage ou de santé (j’étais
kiné), j’arrête immédiatement ce que je fais pour trouver avec lui
une solution à son souci. J’adore réfléchir en binôme si je suis en
connivence avec la personne et je mets un point d’honneur à
aboutir au résultat escompté. En fait, je crois que je suis fier
qu’ils aient besoin de moi et ça me rend heureux d’être utile.
Dans ma vie professionnelle, ce réflexe a pu me peser. J’avais le
plus souvent une relation chaleureuse avec ma patientèle et
quand j’en voyais certains désespérés, n’arrivant pas à obtenir
des rendez-vous pour des examens d’imagerie ou autres, je me
décarcassais pour essayer d’en décrocher pour eux en urgence,
via mon réseau. Résultat : mes journées de travail étaient
rallongées d’autant et j’étais relativement surmené lorsque j’ai
stoppé mon activité. En revanche, je suis très touché par les
cartes de vœux et les marques de sympathie d’anciens patients
reçues depuis.
Évitement : reconnaître ses
propres besoins
Le Deux tient avant tout à être une personne aimante, qui essaie
de répondre aux besoins de ses proches. Mais à force de centrer
son attention sur eux pour mieux anticiper leurs désirs, il perd le
contact avec ses propres besoins et craint de les percevoir.
Son ego se construit en se persuadant que, pour être aimé, il faut
donner la priorité aux autres. Il se refuse donc à exprimer le
moindre besoin, par crainte inconsciente d’être vu comme
égoïste, d’être rejeté ou de ne plus être aimé et, à la place, il
prend à son compte les sentiments de ceux avec qui il a
fusionné.
Pour autant, ne pas reconnaître ses besoins ne l’empêche pas de
les connaître, mais il préfère que les autres les devinent d’euxmêmes ; son altruisme est ici teinté d’égoïsme, puisque quelque
part, il attend un retour de son dévouement, attente non explicite
qui, si elle est ignorée, peut générer de la colère.
Sandrine (type Deux) : J’ai fait la connaissance il y a trois ans
de Nathalie et j’ai immédiatement sympathisé avec elle. L’an
dernier, elle m’a appris que sa fille Manon allait se marier et elle
se réjouissait de cet événement, mais elle était angoissée car elle
n’avait pas encore trouvé de salle pour la réception. Sans guère
prendre le temps de la réflexion, je lui ai offert spontanément
mon aide. Comme j’habite dans une propriété relativement
grande, et que le mariage devait avoir lieu au mois d’août, je lui
ai proposé mon jardin. Il devrait bien pouvoir accueillir les
quatre-vingts personnes prévues, quitte à installer des barnums si
le temps s’annonce menaçant. Nathalie a immédiatement
accepté mon offre, qui la soulageait grandement, et m’a
chaleureusement remerciée. Mais la date du mariage a
finalement été repoussée d’un an, en raison du contexte
sanitaire. Nathalie semble penser qu’il va de soi que je maintiens
ma proposition, ce qui ne m’arrange pas du tout, car j’avais
prévu de faire installer une piscine dans le jardin, au mois de
juin. Impossible de réaliser ce projet, si la réception a lieu en
août. Mes amis estiment que Nathalie exagère, que le report lui
laisse le temps de trouver une autre salle, que je n’ai pas d’états
d’âme à avoir et que je dois me désister. Mais j’ai peur qu’elle
ne comprenne pas et qu’elle m’en veuille ; j’espère qu’elle
prendra conscience de l’effort qu’elle me demande et qu’elle
cherchera d’elle-même une autre solution. Sinon, tant pis, la
piscine attendra…
Mécanisme de défense : la
répression
Pour répondre au mieux aux attentes des autres, le Deux
repousse ses propres besoins. Mais ce refoulement déclenche des
réactions intérieures d’agressivité et d’angoisse que le Deux ne
peut accepter, car elles sont en contradiction avec son image de
soi. Aussi réprime-t-il inconsciemment toute émotion
incompatible avec l’image de la personne aimante, dévouée et
désintéressée qu’il veut avoir.
Yann (type Huit) : Mon père est de type Deux et quand je vais
le voir, il est toujours plein d’attentions pour moi. L’autre jour, il
m’a tendu son ordinateur en me demandant si je pouvais y jeter
un œil, car il mettait un temps fou à s’allumer et à exécuter la
moindre opération. J’étais pressé, mais je ne pouvais pas le
laisser en plan et j’ai voulu regarder rapidement. Quand j’ai vu
le nombre de fichiers qui occupaient son bureau, j’ai été agacé et
je n’ai pu m’empêcher de m’exclamer : « Ah ! mais tu es bien
comme les vieux, tu laisses tous les fichiers sur ton bureau.
Comment
veux-tu
que
ton
ordinateur
fonctionne
correctement ! » Il n’a rien dit, mais j’ai bien vu qu’il se fermait
complètement. Il n’est jamais revenu sur l’incident. Ma mère
m’a dit après coup que ma remarque l’avait profondément
blessé. Pour une fois qu’il me demandait quelque chose ! Nous
n’en avons jamais reparlé.
La distorsion émotionnelle et
son antidote : la
restructuration émotionnelle
Distorsion émotionnelle : l’orgueil
Lorsque le Deux cherche à aider tout en évitant de reconnaître
ses besoins, il est incapable de résister à une distorsion
émotionnelle (ou passion) qui le domine : l’orgueil. Il a au fond
de lui un immense besoin d’amour et il croit l’obtenir en
apportant son aide, dans une relation asymétrique. Car l’orgueil
lui fait croire que son soutien est indispensable, mais que lui n’a
besoin de rien. Il refoule ses envies en se réfugiant derrière la
fierté que lui procure le fait d’aider et il n’hésite pas à mettre en
avant le soutien qu’il apporte, car il est fier de cette image
d’altruiste qu’il a de lui-même.
L’orgueil peut amener le Deux à aller au-devant des désirs des
autres et à faire preuve d’ingérence, en croyant qu’il sait mieux
qu’eux ce dont ils ont besoin.
Annie (type Deux) : Ma fille Sophie a emménagé il y a peu à
Clermont-Ferrand et m’a invitée à venir quelques jours, pour
que je voie l’endroit où elle vit désormais et pour fêter sa
nouvelle maison. J’étais ravie d’être un peu avec elle mais j’étais
malgré tout déçue, car Sophie n’avait pas réussi à se libérer et
travaillait une partie de la journée. J’ai estimé que, pour une fois
que j’allais chez elle, elle aurait pu faire un effort ! Mais je n’ai
rien dit. Quand je me suis retrouvée seule dans la maison, j’ai
cherché ce que je pouvais faire pour me rendre utile et j’ai vu
tout de suite comment optimiser certaines pièces. La chambre
d’amis, par exemple, n’était pas très grande et le lit était mal
orienté. J’ai aussitôt imaginé comment rendre la pièce plus
accueillante et surtout plus fonctionnelle. J’ai changé le lit de
place et interverti les bibelots sur les étagères. C’est fou comme
en modifiant quelques éléments, on peut donner un autre
caractère à une pièce. Je me suis attaquée ensuite à la cuisine,
qui était organisée en dépit du bon sens. J’ai placé les assiettes
dans le meuble bas et les verres dans le meuble haut, c’est bien
plus logique comme ça. Et j’ai fait le tri dans ses placards, en
jetant de nombreuses épices, périmées depuis longtemps. J’étais
fière de ce que j’avais réalisé, mais quand Sophie est rentrée,
elle n’a pas semblé enthousiasmée par la nouvelle organisation
de la maison. Après tout le mal que je m’étais donné pour
optimiser son espace, elle aurait pu au moins me remercier !
Restructuration émotionnelle :
l’humilité
Lorsque le Deux est relié à son essence, il éprouve une force qui
lui permet de vivre la restructuration émotionnelle (ou vertu) de
son type : l’humilité. Conscient de ses limites et de ses capacités,
il assume ses besoins sans honte et permet aux autres de lui
offrir l’amour. Il a une vision claire de ce dont ils ont
véritablement besoin et il donne avec abandon, générosité et
sans condition. Il comprend que donner véritablement, c’est
aussi recevoir et il peut vivre avec les autres une relation
équilibrée, basée sur l’échange et la réciprocité.
L’obsession cognitive et son
contrepoids : le mécanisme de
progression
Obsession cognitive : le dédain
Lorsque le Deux a besoin de se voir comme une personne
aidante, il ne peut s’empêcher de complimenter les autres et de
les valoriser pour obtenir leur attention et créer un lien. Il espère
inconsciemment qu’en retour ils reconnaîtront sa nature
généreuse et aimante et qu’il pourra les aider car, à cet instant, il
est persuadé que lui seul sait comment les soutenir. Il est alors en
proie à une obsession cognitive (ou fixation) : le dédain. Car en
procédant ainsi, alors même qu’il nie ses propres besoins, il
manifeste une certaine condescendance à l'égard des autres.
Sarah (type Huit) : J’ai quitté il y a peu une maison que je
louais et j’avais prévu d’y retourner pour tout nettoyer, avant de
remettre les clés. Mon amie Emma (type Deux), qui m’avait déjà
aidée à déménager, s’est exclamée immédiatement qu’elle allait
prendre un jour de RTT pour me donner un coup de main. J’ai
décliné son offre car je pensais régler ça rapidement, mais elle
n’a rien voulu savoir et le jour J, elle m’attendait devant la porte,
avec des croissants ! Elle m’a expliqué que j’avais été malade il
y a peu, que je ne devais pas faire d’efforts, qu’elle tenait
beaucoup à moi, que je ne pouvais pas me charger de tout et que
prendre soin de ma santé était plus important pour elle que de
prendre des vacances, bref, elle était trop gentille, mais elle m’a
un peu soûlée en me donnant l’impression d’être infirme ! Et
elle a passé la matinée à faire les carreaux, ce qui n’était pas
forcément indispensable pour un état des lieux. Au cours de la
matinée, elle m’a appris incidemment qu’elle allait se faire
opérer très prochainement du canal carpien de la main droite et
qu’elle allait être arrêtée une semaine. J’ai voulu la rassurer en
lui proposant de préparer à l’avance un certain nombre de plats
qu’elle n’aurait plus qu’à faire réchauffer, mais elle a refusé
catégoriquement mon aide. Elle avait déjà tout anticipé, avait
acheté tout ce qu’il lui fallait et je ne pouvais absolument pas lui
être utile. Son implication dans mon déménagement et le fait
que, dans le même temps, elle refuse aussi énergiquement mon
aide, m’ont fait ressentir l’asymétrie de la relation et je me suis
sentie gênée.
Mécanisme de progression : la
liberté
Lorsque le Deux est en lien avec son essence, il surmonte son
obsession grâce à un mécanisme de progression (ou idée
supérieure) : la liberté. Il prend conscience qu’il peut reconnaître
et satisfaire ses propres besoins, sans pour autant être égoïste, et
que dire non est aussi acceptable que de dire oui. Il sait
développer et encourager le potentiel des autres et il les aime
sans attendre de retour. Autonome et indépendant, il est libre de
vivre l’instant présent, en étant plein de la certitude qu’il est
aimé pour lui-même. Il est libéré de sa dépendance aux autres et
de son besoin de reconnaissance.
Figure 5-1 Le récapitulatif des mécanismes de l’ennéatype Deux.
Intégration et désintégration
de la personnalité
Lorsque le Deux est connecté à son essence, il est aimant,
plein d’attentions, altruiste et désintéressé. Tourné vers les
autres, il sait ce qu’il peut raisonnablement attendre en retour.
Son excellente connaissance de la nature humaine lui permet
d’apporter, dans l’empathie, une aide sincère et généreuse. Il a
appris à formuler ses propres besoins et à dire non sans se sentir
coupable ; il est capable de liberté et peut se consacrer à son
propre développement.
Le Deux dans sa routine est agréable et chaleureux, aux petits
soins pour les autres, toujours volontaire pour aider, mais avec
une tendance à l’intrusion. Il cherche par tous les moyens à se
rendre indispensable et sait occuper une place importante dans la
vie de son entourage. Le service aux autres est son seul but, mais
il s’oublie dans cette quête et, comme il ne sait pas dire non, il
souffre de voir son indépendance aliénée par l’aide qu’il apporte,
d’autant que certains profitent de son dévouement et n’hésitent
pas à le solliciter. Il peut devenir envahissant et basculer dans la
possessivité.
Le Deux dominé par les mécanismes de son ego s’apitoie sur
lui-même, manipule les autres et exige beaucoup d’eux. Il estime
qu’il leur a tout donné et qu’il ne récolte pas l’attention qu’il
mérite. Il s’accroche littéralement à eux et met tout en œuvre
pour être « récompensé » de son dévouement, en ayant recours
au chantage affectif et à la culpabilisation.
Outre ce mouvement d’intégration et de désintégration
« interne » (au cours duquel il se connecte à son essence ou est
dominé par son ego), le Deux peut vivre par moments un
mécanisme d’intégration et de désintégration « externe » ; il
ajoute alors à ses caractéristiques les capacités ou les travers de
l’essence ou de l’ego d’un autre type, auquel il est relié dans le
schéma de l’ennéagramme. Ce mécanisme est décrit dans le cha
pitre 17 (page 293).
Quelques pistes pour évoluer
Pour réduire l’emprise de son ego et se connecter à son essence,
le Deux doit arriver à se libérer de sa dépendance émotionnelle
et repérer par exemple, dans sa vie quotidienne, les moments où
il ne peut s’empêcher d’aider l’autre pour se sentir utile. Il lui
faut prendre conscience que l’amour ne se mérite pas, mais qu’il
se vit, et il doit pour cela apprendre d’abord à s’aimer.
Plusieurs pratiques peuvent lui permettre d’évoluer.
S’aimer soi-même
En étant centré sur les autres, le Deux s’enferme dans une
dépendance émotionnelle, qui lui fait croire qu’il ne peut être
heureux s’il ne ressent pas leur amour. Il se focalise alors
tellement sur l’aide qu’il peut leur apporter qu’il nie ses propres
besoins. Ce faisant, il se déconnecte de lui-même et s’oublie,
jugeant que s’aimer soi-même est un acte égoïste.
L’amour de soi est un vrai chemin de sagesse, car c’est le seul
amour dont vous avez vraiment besoin. Ce chemin peut prendre
différentes formes : être authentique, prendre le temps de
s’écouter, ou encore savoir poser ses limites… L’amour de soi
s’apprend tous les jours et se renforce en posant des actes
concrets. Aimez-vous comme personne ne vous aimera jamais.
L’amour que vous vous portez vous permettra d’aimer les autres,
comme votre confiance en vous-même se prolonge en la
confiance en l’autre. De cette rencontre intime naîtra une foi
profonde en vous, en l’autre, en la vie.
Reconnaître ses besoins
Pour mieux percevoir les besoins des autres et pouvoir y
répondre, le Deux a tendance à être en empathie avec eux et à
ressentir leurs attentes et leurs souffrances. Ce faisant, il
fusionne avec leurs besoins et se déconnecte des siens propres,
qu’il juge égoïste d’exprimer.
Comment prendre soin des autres si vous ne savez pas prendre
soin de vous ? Prenez le temps de vous explorer, de vous
connaître. Partez à la découverte de vous-même et tentez de
décrypter vos sentiments en affinant vos ressentis, même s’ils
vous déplaisent. Soyez à l’écoute de vos besoins et veillez à les
satisfaire, en posant des demandes, en décelant ce qui peut vous
faire du bien. C’est en prenant le temps nécessaire pour vous
occuper de vous que vous apprendrez à prendre soin des autres.
S’autoriser à être seul
Parce qu’il a une peur sous-jacente de ne pas avoir de valeur et
de ne pas être « aimable », le Deux recherche auprès des autres
la confirmation qu’il leur est utile. Il a tellement besoin de leur
regard qu’il supporte mal la solitude, qui le renvoie à l’image
qu’il a de lui-même et à ses craintes. À noter : certains Deux, au
contraire, ont besoin de la solitude, qui leur permet de mettre au
repos l’écoute qu’ils ont des autres et dont ils sont conscients.
Exercez-vous à passer du temps seul, en vous connectant à vousmême. En courant après les autres, vous vous êtes abandonné
toute votre vie. Jacques Salomé dit que « la pire des solitudes
n’est pas d’être seul, mais d’être un mauvais compagnon pour
soi-même ». Apprenez à être à l’aise dans la solitude, à retrouver
un regard bienveillant et respectueux sur vous-même, en vous
emplissant de votre présence, dans la joie et la plénitude. Votre
estime de vous dépend de l’amour que vous vous donnez, et non
de celui que vous recevez des autres.
DANS CE CHAPITRE
Les filtres d’attention de l’ennéatype Trois
•
La vie quotidienne du Trois : motivations, relations
affectives, attitude professionnelle et introspection
•
Les mécanismes du Trois quand il est dans son ego et
dans son essence
•
Quelques pistes pour abandonner ses automatismes
Chapitre 6
L’ennéatype Trois : le maître
de l’efficacité
ous avons décerné à l’ennéatype Trois le diplôme de Maître
N
de l’efficacité car il a un véritable don pour repérer et saisir les
opportunités, anticiper les embûches et improviser des solutions,
afin de réaliser et réussir ce vers quoi il tend. L’efficacité est son
mot d’ordre et son carburant est l’admiration que ses réussites
suscitent.
Le Trois a le besoin profond que sa valeur soit reconnue par
ceux à qui il tient, et pour ce faire, il met tout en œuvre pour
réussir ce qu’il entreprend et ainsi être admiré. Il pense obtenir
l’amour et l’approbation des autres par ce qu’il fait dans sa vie,
plus que par ce qu’il est et il multiplie les activités pour cumuler
les succès.
Selon le milieu dans lequel il vit, cette réussite peut désigner
aussi bien le succès professionnel, la prospérité matérielle, que
le bonheur familial, les performances sportives ou encore la
reconnaissance publique… Qu’importe ! Le Trois veut briller
aux yeux de ceux qui comptent pour lui et ne surtout pas être
quelqu’un d’insignifiant.
Pour susciter l’approbation, le Trois adapte ainsi sa vie en se
fixant des objectifs qui sont approuvés par sa communauté, et il
se focalise sur leur réalisation, avec une motivation et un
engagement puissants.
Mais il est tellement préoccupé par les projets qu’il mène qu’il
finit parfois par s’identifier à eux et qu’il confond alors ce qu’il
fait et ce qu’il est véritablement. Jusqu’à oublier ce qu’il désire
et ce qu’il ressent.
Ce qui caractérise l’ennéatype Trois :
•
Apport au monde : l’efficacité.
•
Image de soi : je réussis, je suis efficace.
•
Évitement : l’échec.
•
Désir profond : avoir de la valeur.
•
Peur profonde : être privé d’identité.
Une intelligence émotionnelle,
pour répondre aux attentes de
sa communauté
Le Trois passe sa vie à se battre pour prouver qu’il mérite d’être
aimé et estimé, ce dont il est loin d’être sûr. Pour y parvenir, il
utilise en priorité son centre émotionnel et l’exploite à la fois
pour capter les attentes des autres et s’y ajuster, et pour tenter de
comprendre ce qu’il ressent.
Lorsque cela fonctionne, le Trois a conscience de ses émotions
et de celles des autres et il dispose de formidables capacités
relationnelles. Mais par moments (parfois très courts), il perd le
contact avec son centre préféré et il est coupé de ses propres
ressentis et de ceux des autres.
Il se réfugie alors dans la réalisation de projets à court terme,
pour atteindre rapidement ses objectifs et obtenir l’approbation
de sa communauté – c’est leurs retours qui le motivent ; il vit
ainsi des émotions suscitées par ses actions. Il s’adonne à la
réflexion ou s’engouffre dans l’action concrète pour mener à
bien ses projets et cette focalisation sur la performance l’éloigne
de ce qu’il est véritablement et de sa nature profonde.
Le besoin de reconnaissance
du Trois
Comme les autres types du centre émotionnel, le Trois est
préoccupé par son image. Il n’a pas une idée claire de son
identité et il la perçoit par le biais de l’image que ses proches ou
sa communauté lui renvoient. C’est pourquoi il attache une telle
importance aux regards que les autres portent sur lui et qu’il
ressent un besoin souvent compulsif d’être excellent dans tout ce
qu’il entreprend, afin de susciter les éloges de ceux auxquels il
tient.
Le Trois est capable de détecter ce que les autres attendent de lui
et il s’ajuste à leur vision en faisant preuve d’une remarquable
capacité d’adaptation. Il a la faculté de s’accorder à son
écosystème et d’adopter les valeurs de son milieu, quel qu’il
soit. C’est d’ailleurs pour cette habileté qu’on l’appelle « le
caméléon de l’ennéagramme ». D’une certaine façon, il se
construit à travers l’opinion qu’ont les autres de lui et de ses
réalisations.
Asunción (type Trois) : Je viens d’une famille dont les valeurs
de réussite étaient le succès dans les études et l’investissement
pour le bien d’autrui. Mon père était issu d’un milieu social
assez humble et avait dû se battre pour pouvoir suivre des études
qui l’avaient mené jusqu’au doctorat en langues sémitiques.
Quant à ma mère, elle était très attentionnée de nature et
concernée par la souffrance et les injustices. Enfant, déjà, je
voulais devenir bibliothécaire ; sans doute parce que l’échec
dans ma famille était de « ne pas savoir » et que ce métier allait
me donner les clés indiscutées de la connaissance, tout en étant
au service des autres ! Je l’ai exercé avec bonheur pendant
presque quarante ans et j’ai toujours eu une bouffée de fierté
quand je trouvais et fournissais les informations dont une
personne avait besoin. Mariée et mère de famille très jeune, j’ai
poursuivi mes études alors que je suivais mon mari en France,
où il préparait un doctorat. Le résultat est que, à 22 ans, j’avais
deux enfants et deux diplômes universitaires (en France et en
Espagne). Je trouvais que c’était tout à fait normal ! Répondre
aux attentes de mon père (les études) et de ma mère (la vie de
famille) a été mon carburant dans cette course d’obstacles ! Et je
me devais de faire vite car mon père, qui avait 46 ans à ma
naissance, pensait qu’il ne vivrait pas assez longtemps pour me
voir adulte. Il a finalement pu, à 90 ans, tenir dans ses bras mon
premier petit-fils !
La vie quotidienne du Trois
Motivation et organisation
Le Trois pense qu’il y a deux types de personnes dans la vie :
ceux qui acceptent leur existence et ceux qui se donnent les
moyens de leur réussite. Il sait qu’il appartient
incontestablement à la seconde catégorie et cela lui donne une
énergie, une ambition et une croyance en lui-même souvent
prodigieuses.
La réussite dans l’action
Le Trois est tourné vers les objectifs et s’engage avec vigueur
pour réaliser ses rêves, qu’il poursuit sans relâche. Il est plein
d’énergie et a une vision optimiste du futur. Motivé par le succès
et la compétition, il veut briller dans ce qu’il fait et il n’est pas
avare de son temps pour acquérir de nouvelles compétences afin
d’être, constamment, à son niveau d’efficacité maximum.
En matière de décisions, il ne traîne pas et ne se perd pas dans
les détails. Pour lui, une bonne décision est une décision rapide
et le Trois passe très vite de l’idée à l’action. Mais il ne décide
d’agir que s’il est sûr de réussir. Certes, le stress et la
compétition le motivent, mais il faut avant tout que l’action
puisse être couronnée de succès.
Le Trois met ainsi en place une forme d’activité perpétuelle qui
absorbe tout son temps libre et fait office d’antidépresseur
naturel : en étant toujours actif, il n’a pas le temps de se pencher
sur ses états d’âme, ni de se laisser abattre par les difficultés de
la vie. Non seulement il multiplie les projets professionnels et
personnels – qu’il sait mener de front –, mais il a en outre une
grande propension à faire plusieurs choses à la fois. Pour lui, la
détente n’a pour but que de préparer le projet suivant…
Arlette (type Trois) : Ma sœur m’a fait remarquer que le seul
moment où nous n’étions pas interrompues pendant un appel
téléphonique était lorsque j’utilisais la voiture (et le Bluetooth,
bien sûr) pour un déplacement. Forcément, lorsque je suis au
bureau ou chez moi, il ne me viendrait pas à l’idée de ne faire
« que » téléphoner. Parce que j’ai tellement de choses à faire que
je tiens à optimiser mon timing, et puis parce que j’arrive
parfaitement à discuter avec ma sœur (en français), tout en lisant
et en écrivant des mails (en anglais) et en écoutant parallèlement
la conversation d’autres personnes. Aussi, rester assise à
« simplement » discuter est tout bonnement inenvisageable pour
moi… L’autre jour, elle m’a envoyé par mail un texte de vingt
pages sur lequel elle voulait mon avis. Comme il est difficile de
lire à l’écran et de faire autre chose en même temps, mon
premier réflexe a été de convertir le document Word en fichier
audio, pour pouvoir l’écouter en voiture ; le résultat n’était
malheureusement pas satisfaisant. J’ai dû me résoudre à
l’imprimer et je l’ai lu en faisant la cuisine, avant de lui faire
mes commentaires au téléphone, les mains occupées à une autre
activité !
Enjoliver la réalité
Le Trois a une telle volonté de réussite qu’il ne peut s’empêcher
d’enjoliver la réalité, lorsque celle-ci ne lui convient pas. Il peut
ainsi transformer quelques faits pour apparaître plus performant
qu’il ne l’est, voire se cacher ses échecs et les métamorphoser en
succès partiels. Il sait si bien créer une illusion de réussite dans
tout ce qu’il fait qu’il est persuadé que la façade qu’il montre
aux autres est vraie.
C’est là que réside son principal danger. Afin de faire illusion, il
déguise par moments la vérité et la masque à ceux qui
l’entourent. Il se ment à lui-même car la perspective d’un échec
l’angoisse et il lui est insupportable de sortir du rôle de gagnant
qu’il s’est fixé. Toute son attention est accaparée par sa volonté
d’incarner l’image qu’il veut donner. Dans ces moments-là, le
Trois s’oublie pour devenir ce que les autres s’attendent à voir ;
il a alors du mal à entrer en contact avec ses émotions et à
marquer une pause dans sa vie.
Relations affectives
Le Trois sait intuitivement comment se comporter à son
avantage et il est généralement perçu comme quelqu’un de
cordial, chaleureux et souvent charismatique ; il est bien
considéré et populaire parmi ses pairs.
Il s’adapte inconsciemment aux personnes qu’il rencontre et il
adopte l’image qui va les séduire, disposant d’un sixième sens
qui lui permet de captiver aisément un auditoire ou de charmer
son contact. Comme il croit en lui et en ses capacités, il fait
souvent figure d’exemple ou de modèle, d’autant qu’il incarne
les qualités reconnues par sa communauté.
Et parce qu’il tient à cette image, le Trois ne dévoile que très
rarement sa vulnérabilité ou ses incertitudes, s’abstenant autant
que faire se peut d’avouer ses faiblesses ou de demander de
l’aide ou du soutien. Il se cache ses propres doutes, comme s’il
avait du mal à distinguer ses vrais sentiments de ceux qu’il juge
appropriés à l’image qu’il veut donner.
Rester pudique dans ses relations
Le Trois veut se persuader – et persuader les autres – qu’il
maîtrise tout ce qu’il fait. Aussi évite-t-il souvent de nouer des
relations trop intimes. Une peur inconsciente lui fait craindre en
effet qu’en autorisant la proximité, il laisse percevoir ses failles
ou la divergence entre l’image qu’il projette et son moi
authentique, et qu’il soit rejeté pour cela.
Plutôt que de prendre le risque, il préfère entretenir une sorte
d’amitié professionnelle, énergique et franche, qui remplace
l’intimité d’une relation. S’il se montre naturellement amical
avec son entourage, il ne se livre qu’exceptionnellement et avec
de très rares personnes.
Cette pudeur s’applique également à son conjoint. Le Trois
maintient souvent une certaine distance émotionnelle avec lui,
par peur de montrer sa vulnérabilité. Cette peur du rejet peut
d’ailleurs empêcher le Trois de nouer une relation durable ou, au
contraire, le pousser à multiplier les conquêtes pour se rassurer
sur son image. Il témoignera en revanche un amour
inconditionnel à son conjoint s’il se sait aimé et accepté tel qu’il
est par celui-ci.
Le rôle du conjoint parfait
Le Trois a besoin que son partenaire soit fier de lui et de ses
réalisations. Comme il perçoit intuitivement ses attentes, il a
tendance à s’incarner dans l’image du partenaire attendu, en
jouant parfois un rôle. Il sait par exemple projeter l’image de la
tendresse lorsque cela est nécessaire ou à l’inverse, refouler sa
colère pour ne pas la laisser apparaître, car il estime qu’elle
ternirait le regard porté sur lui par son conjoint.
S’il tient à donner l’image d’un couple réussi, il se laisse
néanmoins facilement détourner de la relation par ses projets. Il
privilégie facilement leur réalisation et se justifie en ayant
l’impression d’agir pour le bien de sa famille ; ses réussites sont
pour lui une façon d’exprimer son attachement.
Mais lorsqu’il s’implique, il sait apporter un soutien sans faille
aux membres de sa famille. Il n’hésite pas à s’investir pour leur
permettre de découvrir et de réaliser leurs vocations et leur
apporte son appui pour qu’ils aillent plus vite et plus loin.
Attitude professionnelle
Le Trois est l’un des grands travailleurs de l’ennéagramme et il a
tendance à s’identifier à son travail. Il en arrive d’ailleurs à
incarner le prototype de sa profession. Il s’investit avec vigueur
et enthousiasme et se laisse facilement absorber par ses tâches
professionnelles, qui le poursuivent dans ses loisirs.
Il préfère les projets à court terme, qui lui permettent de tirer
rapidement bénéfices et reconnaissances de ses réussites et il se
lance dans l’action avec fougue, en appliquant des méthodes
éprouvées. Tendu vers le résultat, il attache beaucoup
d’importance au rendement et à l’efficacité de ses actions. Mais
contrairement au Un, il n’est pas perfectionniste ; tant pis pour
les « fils qui dépassent », pourvu que le costume fasse son effet !
Comme il est très attaché à son image, le Trois se montre
facilement cordial et chaleureux. C’est un manager né, qui
dispose d’un talent particulier pour rassembler les personnes
autour d’un projet et les motiver. Il sait définir des objectifs
clairs et précis, déléguer et dynamiser son équipe, mais il attend
d’elle qu’elle s’investisse avec la même ardeur que lui. Il
s’accommode mal de ceux qui hésitent ou ne sont pas motivés et
il maudit l’incompétence.
Un peu d’introspection
Le Trois est tellement centré sur ses réalisations personnelles
qu’il en oublie sa vie intérieure ; il n’accorde que peu de temps
aux remises en question existentielles, pourtant nécessaires.
Il ne se rend pas compte que sa préoccupation du « faire » ne
laisse aucun temps à l’écoute de ses ressentis et empêche ses
sentiments d’émerger. D’ailleurs, c’est inconsciemment pour les
étouffer qu’il évite d’avoir du temps libre et qu’il préfère se
concentrer sur les tâches à mener. Les émotions sont comme
mises en suspens pour ne pas interférer avec la réalisation des
projets et les seuls sentiments que le Trois exprime sont ceux qui
concernent ces derniers.
En fait, le Trois éprouve souvent une impression de confusion
lorsqu’il tente d’analyser ses propres sentiments. Il lui est
difficile de distinguer ceux qu’il ressent vraiment de ceux qu’il
juge appropriés à son image.
Le Trois au prisme de
l’ennéagramme
L’apport au monde et sa
contrefaçon : l’image de soi
Apport au monde : l’efficacité
La compétence principale du Trois, ce qu’il apporte au monde,
c’est son efficacité, sa capacité à réaliser et réussir. Elle se
caractérise par l’ingéniosité qu’il sait déployer pour mener à
bien, avec beaucoup d’audace et d’enthousiasme, sa vision ou
son projet. Le Trois dispose en effet d’un talent véritable pour
faire en sorte que toutes les facettes de ses plans se coordonnent
harmonieusement et il y parvient en s’appuyant sur l’énergie
fantastique dont il est plein.
Image de soi : je réussis, je suis
efficace
Lorsqu’il est victime des automatismes de son ego, le Trois
surjoue son rôle et perd son authenticité, en dénaturant sa
compétence. Pour percevoir l’admiration dans les yeux de son
entourage, il se persuade qu’il doit absolument produire,
accomplir et réussir, et que l’échec n’est pas une option. Pour y
parvenir, il tend alors à se focaliser sur les succès faciles en se
limitant aux réalisations sans risques réels.
Corinne (type Trois) : Je vis près de Lisbonne et j’ai eu
l’occasion il y a quelques années d’acquérir une propriété en
Alentejo, où tout était à construire. Comme mon mari est de type
Huit et que les challenges ne lui font pas peur, il m’a encouragée
à y réaliser mon rêve : faire de cet endroit un élevage de chevaux
de la race alter real. Me tenant debout à côté des ruines de ce que
je voyais comme ma future maison, en regardant les hectares de
terrain envahis de broussailles, j’imaginais déjà les juments et
leurs poulains galoper dans des prés entourés de clôture. Cette
vision m’a tant portée que je me suis lancée avec toute mon
énergie dans ce projet, que certains jugeaient insensé. Je m’y
suis totalement identifiée et j’ai trouvé en moi la force de
surmonter toutes les difficultés, qui étaient nombreuses. Il m’a
fallu gérer les prêts nécessaires aux premiers travaux, les
contacts avec les ouvriers, la reconstruction de la ferme (petit à
petit), les achats de matériel, mais aussi la recherche de juments
poulinières, la rencontre avec divers professionnels du monde
équin, etc. Comme je ressentais d’autre part le besoin de m’y
impliquer, j’ai mis la main à la pâte pour débroussailler le
terrain, clôturer les prés, aménager la maison, soigner les
premiers chevaux… Tout n’a pas été facile, loin de là. J’habitais
alors à plus de 200 km et pendant un temps, j’ai multiplié les
déplacements. Je voulais tellement réussir que je me suis entêtée
dans ce projet qui était vraiment à la limite du réalisable. Les
investissements nécessaires étaient tels que la question de sa
poursuite s’est réellement posée. Ma vie familiale a pâti de cet
engagement. Mais j’ai tenu bon. Et ce lieu, qui abrite
aujourd’hui mon élevage, est si beau que nous avons décidé d’y
résider définitivement.
Évitement : l’échec
Utilisant le centre émotionnel en priorité, le Trois perçoit le
monde à travers le filtre de ses émotions et il attache une grande
importance à son image. Il a au fond de lui le besoin profond
d’avoir de la valeur et d’être reconnu socialement et il croit y
parvenir en réalisant des projets qui lui vaudront l’approbation
de sa communauté.
Son ego se construit donc en se persuadant que, pour être aimé
et admiré par les autres, il lui faut réussir ce qu’il entreprend et
éviter par-dessus tout les échecs. Car s’il échoue, il perd la face
devant les autres et ne peux plus être aimé.
Thomas (type Trois) : J’ai longtemps eu du mal à surmonter les
échecs que je rencontrais, car ils me donnaient le sentiment que
je ne valais rien. Tout s’effondrait alors et je n’arrivais pas à
trouver en moi les ressources pour me relever. J’apprends à les
affronter et ils me touchent de moins en moins longtemps.
J’essaie désormais de m’appuyer sur ces échecs et de les
transformer en défis, pour essayer de créer autre chose de plus
ambitieux et qui me corresponde mieux. J’utilise alors l’échec
comme un moteur vers la réussite. Il y a peu, j’ai écrit un
ouvrage que je voulais autobiographique. L’éditeur avec qui
j’avais eu des premiers contacts l’a finalement refusé et ça m’a
vraiment atteint émotionnellement. Je l’ai pris comme quelque
chose de personnel et j’ai été incapable d’écrire une ligne
pendant six mois. Il y avait une forme d’autoculpabilisation et je
me disais : « C’est de ma faute ; il y a un truc que j’ai mal fait. »
C’est ce « truc » qui m’a servi de ressource pour créer autre
chose, car il me semblait impossible de laisser le manuscrit dans
un tiroir. Après l’avoir laissé reposer, je l’ai totalement remanié
en l’améliorant. Et j’ai su séduire très vite un autre éditeur.
Mécanisme de défense :
l’identification
Pour se protéger des échecs et ne pas y être confronté, le Trois
focalise son attention sur l’objectif, en incarnant
inconsciemment les caractéristiques du rôle idéal à tenir, pour
que son projet aboutisse. Ce mécanisme de défense est appelé
« l’identification ».
Le Trois s’identifie alors à un modèle auquel il finit par
ressembler, ce modèle étant construit à partir de l’image qu’il se
fait, par exemple, du conjoint idéal, du leader charismatique ou
de l’entrepreneur inspiré qu’il lui faut être pour réussir. Il se
comporte comme ce modèle et ne fait plus la différence entre sa
valeur personnelle et la valeur de ce qu’il fait. Il se fond dans un
rôle, dans une tâche ou dans un projet et il l’assimile à lui. Il en
arrive à personnifier les caractéristiques de ses projets et
confond ce qu’il fait et ce qu’il est.
Arnaud (type Trois) : Il y a une expression que j’utilise
beaucoup, c’est « faire comme si ». Pas « faire semblant », mais
bien « comme si ». Selon mes projets, je fais « comme si »
j’étais entrepreneur, réalisateur, formateur, chaman… et du coup,
je le deviens. Ça me met dans un état proche de celui de l’acteur
au théâtre, à ceci près que j’incarne réellement le personnage.
Actuellement par exemple, je fais « comme si j’étais bâtisseur ».
J’ai acquis un moulin qui nécessite de gros travaux et je me suis
transformé en bâtisseur. Il y a dix ans, c’était compliqué pour
moi de poser une étagère. Depuis que j’ai cette propriété, je suis
dans une vibration qui n’a jamais été la mienne. Je me suis
inspiré d’autres constructeurs et architectes, j’ai vu comment ils
procèdent et c’est comme si, en me connectant à la personnalité
du bâtisseur, j’en trouvais les qualités et les audaces. Je me suis
mis dans la posture de pouvoir investir, diriger les travaux,
rénover un grenier, construire une cabane dans les arbres, une
librairie… Et ça me devient naturel. Comme si je m’appropriais
des qualités que je n’avais jamais explorées avant. Je ressens
clairement cette identification, qui varie selon mes projets. Le
tout, c’est de bien choisir ses modèles. Parce qu’il est facile de
faire « comme si » l’on était par exemple dépressif ou instable.
J’ai conscience de me raconter des histoires et je prends garde à
bien les choisir et à ne pas me tromper de rôle !
La distorsion émotionnelle et
son antidote : la
restructuration émotionnelle
Distorsion émotionnelle : le
mensonge
Lorsque le Trois craint d’être confronté à l’échec, il cherche à
faire illusion. Il se cache la vérité et la cache à ceux qui
l’entourent. Il est alors incapable de résister à une distorsion
émotionnelle (ou passion) qui le domine : le mensonge.
Le Trois s’identifie tellement à « celui qui réussit » qu’il
remplace inconsciemment ses véritables émotions par les
sentiments qu’il attribue aux gagnants, ou du moins à la
personne qui, selon lui, est admirée par les autres. Il se présente
sous un jour qui n’a rien à voir avec son moi authentique et se
convainc qu’il correspond à cette image idéalisée. Cette duperie,
ce mensonge, sont des tendances addictives et le Trois souffre de
cette habitude, qui le pousse à adopter une posture suscitant
l’admiration des autres ; mais il le fait car il craint que ces
derniers repèrent ses faiblesses et le rejettent. Il réprime son
sentiment d’être inadéquat, se ment à lui-même – et quelquefois
aux autres – et s’encourage pour se motiver ; il lui est très
difficile de sortir de son rôle et d’entrer en contact avec ses
émotions réelles.
Marie-Claude (type Trois) : Longtemps, j’ai accepté avec
empressement les soirées à l’Opéra. Travaillant de l’autre côté
de Paris, je bousculais mon agenda pour pouvoir être à temps à
la Bastille, et prenais l’air réjoui en arrivant dans le hall. Certes,
je m’apercevais que je m’ennuyais assez souvent pendant le
spectacle, mais j’en attribuais la cause à ma fatigue après une
journée de réunions. C’est ce que je chuchotais aussi aux
entractes à mes amis, lorsque nous échangions sur les chanteurs,
mises en scènes, etc. Je rentrais contente de moi à la maison,
après avoir manifesté ma reconnaissance et mon intérêt à
recommencer aux personnes qui m’avaient invitée. Il a fallu la
rencontre avec un ami, proche et attentionné, pour que le déclic
se fasse : ce qu’il me disait de l’opéra, qui le passionnait, ne
faisait écho en rien en moi. J’avais envie pourtant d’être celle –
et d’être vue comme celle – qui appréciait ce type de musique,
échangeait avec esprit lors des entractes… La bienveillance sans
jugement de cet ami m’a aidée à prendre conscience de ce
mensonge, tout en me laissant un sentiment de « vide » : OK, je
n’aime pas l’opéra, mais ai-je une personnalité ? Suis-je
capable d’aimer « véritablement » quelque chose ? Interrogation
difficile, heureusement en partie apaisée par l’émotion qui me
prend à la gorge, parfois, en écoutant du jazz vocal féminin, bien
installée chez moi dans un fauteuil.
Restructuration émotionnelle : la
vérité
Lorsque le Trois se connecte à son essence, il éprouve une force
qui lui permet de vivre la restructuration émotionnelle (ou vertu)
de son type : la vérité. Il quitte alors ses mécanismes égotiques
et comprend que sa valeur ne dépend pas du regard des autres. Il
tombe le masque et se connecte à lui-même, à ses besoins et
désirs personnels. Il exprime la vérité de ce qu’il est et réalise
des projets qui lui appartiennent, sans rechercher l’approbation
des autres, en étant loyal et fidèle à ses engagements.
Dans l’essence, le Trois est connecté à son cœur et incarne
l’authenticité. Ses attitudes sont sincères et il n’hésite pas à
révéler sa vraie nature. Il ancre son action dans la vérité, en
acceptant la réalité telle qu’elle est, en se reliant à sa propre
vérité et en l’exprimant.
L’obsession cognitive et son
contrepoids : le mécanisme de
progression
Obsession cognitive : la vanité
Lorsque l’ego du Trois se sent en danger, il cherche à éviter
l’échec et il est alors en proie à une obsession cognitive (ou
fixation) : la vanité. Le Trois se laisse alors entraîner dans une
compétition sans fin pour être le premier. Il va au bout de son
excès et ne peut s’empêcher d’afficher les signes de sa réussite,
car il a besoin d’être admiré par sa communauté. Il peut par
exemple mettre en avant ses nouvelles réalisations, exposer les
signes matériels de sa prospérité (belle demeure, etc.), porter aux
nues les réussites de ses enfants, ou communiquer sur les dons
caritatifs importants qu’il fait… tout ce qui pour lui est, en fait,
une preuve de sa réussite.
Il est important de distinguer l’obsession cognitive de vanité du
type Trois de la distorsion émotionnelle d’orgueil du type Deux.
Le Trois est fier de ce qu’il fait et il n’hésite pas à s’en glorifier,
quand le Deux a une estime exagérée de lui-même, mais ne le
manifeste pas forcément.
Yves (type Trois) : Le dictionnaire du CNRTL indique que la
vanité est le « caractère d’une personne satisfaite d’elle-même et
étalant complaisamment son plaisir de paraître ». La définition
me semble sévère, mais je ne peux malgré tout qu’y souscrire et
reconnaître que j’ai parfois (souvent ?) ce trait de caractère. J’ai
le sentiment profond d’avoir « réussi », tant professionnellement
que matériellement, et j’en suis d’autant plus fier que je suis
parti de rien. J’ai une communauté importante qui me suit sur
différents réseaux sociaux et avec laquelle j’échange
régulièrement. Je n’hésite pas à communiquer sur mes projets et
réussites, tout en sachant que si la plupart vont s’en réjouir,
d’autres vont me jalouser ou penser que « je me la pète ». Je sais
bien qu’inconsciemment la vanité me pousse à faire connaître
mes succès. Aussi, je prends toujours le temps de réfléchir à
l’intention qui me fait partager. Est-ce que je peux me sentir
digne de ce que je partage ? On estime souvent que celui qui se
met en avant est un arrogant, imbu de sa personnalité. Mais je
crois aussi que le plus grand service qu’on puisse rendre aux
autres est d’affirmer sa beauté, son talent, son image. Et si notre
plus grande humilité était d’offrir notre lumière au monde ?
Mécanisme de progression :
l’espérance
Connecté à son essence, le Trois surmonte son obsession grâce à
un mécanisme de progression (ou idée supérieure) : l’espérance.
Il prend conscience que le monde est plus grand que lui, que les
choses s’accomplissent selon les lois universelles et qu’il est
inutile d’être en activité permanente. Il lâche prise et réalise
qu’il a de la valeur parce qu’il existe, indépendamment de ses
actes. Il se connecte à l’espérance et se met à croire en lui-même
et en les autres, envers qui il a une attitude intègre et qu’il aime
d’un amour inconditionnel.
Figure 6-1 Le récapitulatif des mécanismes de l’ennéatype Trois.
Intégration et désintégration
de la personnalité
Lorsque le Trois est connecté à son essence, il arrive à se
libérer de son besoin de paraître, à entrer en contact avec ses
sentiments, à vivre l’authenticité et à accepter de prendre le
temps de « bien » faire. Énergique, adaptable et enthousiaste, il
fait preuve de bienveillance envers les autres.
Le Trois dans sa routine est une personne efficace, qui relève
des défis et fait tout pour atteindre rapidement ses objectifs,
même s’il peut surévaluer ses capacités. D’un excellent
relationnel, il est conscient de son image et apprécie les autres
tant qu’ils sont utiles à la bonne marche de son projet, mais peut
être froid et cassant dès qu’il considère que ce n’est plus le cas.
Il a tendance à se rapprocher des personnes qui peuvent
contribuer à son succès.
Le Trois dominé par les mécanismes de son ego est prêt à tout
pour réussir et devient de plus en plus opportuniste. La peur
d’échouer le pousse à se mentir et à mentir aux autres. Il
entreprend de multiples activités sans se donner les moyens de
les mener à bien. Il sombre dans la critique systématique et tient
les autres pour responsables de ses échecs, ce qui génère colère
et agressivité.
Outre ce mouvement d’intégration et de désintégration
« interne » (au cours duquel il se connecte à son essence ou est
dominé par son ego), le Trois peut vivre par moments un
mécanisme d’intégration et de désintégration « externe » ; il
ajoute alors à ses caractéristiques les capacités ou les travers de
l’essence ou de l’ego d’un autre type, auquel il est relié dans le
schéma de l’ennéagramme. Ce mécanisme est décrit dans le cha
pitre 17 (page 293).
Quelques pistes pour évoluer
Pour réduire l’emprise de son ego et se connecter à son essence,
le Trois doit arriver à reconnaître, dans sa vie quotidienne, les
moments où son attention est centrée sur l’image idéalisée qu’il
veut donner aux autres, pour susciter l’admiration.
Il lui faut admettre la différence profonde qu’il peut y avoir entre
son moi authentique et la posture qu’il adopte alors, et prendre
conscience qu’il existe distinctement de cette image et qu’il peut
être accepté pour ce qu’il est réellement.
Plusieurs pratiques peuvent lui permettre d’évoluer.
Apprendre à s’arrêter
Parce qu’il croit être aimé pour ce qu’il fait, le Trois a tendance
à vivre dans une activité permanente, qui lui assure d’avoir sans
cesse de nouveaux projets. C’est le plus souvent contraint et
forcé – par un problème de santé… – qu’il s’octroie des pauses,
tant il lui est difficile de prendre le temps de s’asseoir. Mais cette
hyperactivité se substitue à l’indispensable reconnaissance de
ses besoins émotionnels réels.
Apprenez à vous arrêter. Accordez-vous des moments de calme
pour vous recentrer et vous reconnecter à vous-même.
Interrompez-vous dans ce que vous faites et prenez un temps
pour faire le point et laisser à vos émotions le temps d’émerger.
Parce qu’il est difficile à un Trois de s’arrêter sans rien faire,
vous pouvez vous entraîner en essayant par exemple de très bien
faire une petite chose que personne ne remarquera, comme
couper en tout petits dés un poivron à mettre dans un plat. Un
Trois a besoin d’avoir les mains occupées pour pouvoir se
détendre ! Ces temps de calme vous aideront à réduire votre
stress et à laisser surgir les besoins émotionnels que vous avez
enfouis.
Être authentique
Le Trois est attentif à son image et a tendance à s’incarner dans
le rôle de celui qui maîtrise la situation. Il met une telle force
d’attention sur la façon d’atteindre ses objectifs qu’il met ses
sentiments en suspens, par crainte qu’ils ne le ralentissent. Ce
faisant, il se coupe de son moi véritable.
Être authentique, c’est accueillir ses émotions et faire de la place
pour un soi imparfait. Reconnaissez vos sentiments de tristesse,
de colère ou de déception, même s’ils ne correspondent pas à
l’image que vous essayez de représenter. Acceptez votre
vulnérabilité et partagez-la avec quelqu’un de confiance, sans
crainte d’être rejeté. Prenez conscience que vous êtes aimé pour
ce que vous êtes, avec vos failles et vos imperfections, et non
pour l’image que vous projetez.
Accepter de perdre
Pour le Trois, la simple idée de perdre (que ce soit lors d’une
compétition sportive ou d’un jeu avec ses enfants) suscite la
peur d’avoir à endurer le sentiment insupportable d’être sans
valeur. Aussi a-t-il un besoin compulsif de gagner, d’être le
meilleur, pour écarter l’anxiété ou la honte qu’il peut ressentir.
Identifiez une situation de compétition amicale – sportive,
ludique… – où vous pouvez vous permettre de perdre sans qu’il
y ait de répercussion. Faites l’exercice – autant de fois que
nécessaire – de laisser gagner volontairement votre compétiteur,
mais sans qu’il s’aperçoive que c’était délibéré. Que ressentezvous ? Vous devez parvenir à vous féliciter sincèrement de la
victoire de votre adversaire.
Vous pouvez aussi vous entraîner à apprendre une chose pour
laquelle vous n’êtes pas doué, mais que vous avez envie de faire,
comme danser le flamenco ou apprendre le finnois. Ne vous
fixez aucun défi. Soyez juste dans le plaisir de la découverte.
DANS CE CHAPITRE
Les filtres d’attention de l’ennéatype Quatre
•
La vie quotidienne du Quatre : motivations, relations
affectives, attitude professionnelle et introspection
•
Les mécanismes du Quatre quand il est dans son ego et
dans son essence
•
Quelques pistes pour abandonner ses automatismes
Chapitre 7
L’ennéatype Quatre : le maître
de l’absolu
ous avons décerné à l’ennéatype Quatre le diplôme de
N
Maître de l’absolu, car il porte en lui un idéal de perfection qui
le pousse à vivre chaque moment de façon intense, en dégageant
son sens profond et absolu, et en étant conscient de son unicité.
Cette perception lui donne un don particulier pour appréhender
le monde avec le prisme de l’esthétisme, et percevoir et faire
voir la beauté de ce qui l’entoure.
Le Quatre peut ainsi être bouleversé par des instants fugaces de
beauté, qu’il peut discerner aussi bien dans la mélodie du chant
d’un oiseau, dans un rayon de soleil se reflétant dans l’eau, que
dans le mécanisme d’une horloge ou dans une équation
mathématique. Dans toutes les choses, en fait, qui révèlent
l’absolu et déclenchent chez lui une émotion esthétique.
Il a le sentiment d’être quelqu’un à part, avec des émotions à
fleur de peau et cette différence lui plaît. Il pense que personne
ne peut vraiment comprendre l’intensité de ce qu’il vit, mais, de
toute façon, il se sent incapable de faire saisir aux autres ce qu’il
ressent. Il est convaincu d’avoir des talents particuliers, mais
aussi des défauts spécifiques et il a une conscience aiguë de ses
déficiences et de ses insuffisances. Il en éprouve un manque
d’estime chronique pour lui-même, qu’il essaie de compenser en
ayant une image de lui idéalisée, construite souvent sur des faits
imaginaires. Il se compare aux autres et se sent incomplet,
comme s’il manquait une pièce au puzzle et cela provoque chez
lui tout à la fois une sensation d’envie et de mélancolie.
Pour être en accord avec ses ressentis, le Quatre se concentre sur
ce qui le différencie des autres, au niveau émotionnel d’abord,
mais aussi quelquefois dans son attitude, son apparence ou ses
goûts. Il rejette le banal et rêve de vivre des sensations hors du
commun, avec des personnes hors du commun et dans une vie
hors du commun.
Ce qui caractérise l’ennéatype Quatre :
•
Apport au monde : le sens de l’absolu.
•
Image de soi : je suis différent, je suis sensible.
•
Évitement : la banalité.
•
Désir profond : être soi-même.
•
Peur profonde : être privé d’identité.
Une intelligence émotionnelle,
pour mieux se décrypter
Le Quatre est quelqu’un qui tente constamment d’analyser le
plus finement possible tout ce qu’il ressent et c’est par le biais
des émotions qu’il perçoit le plus souvent ses intuitions. Il utilise
de façon prioritaire son centre émotionnel en se tournant vers ses
ressentis, car tout ce qui se passe dans le monde et autour de lui
déclenche en lui des émotions, qu’il vit avec intensité et dont il a
une conscience très fine.
Il est dans une quête constante du sens de la vie, de l’Univers et
de toute expérience, mais il cherche avant tout à trouver le sens
de son existence propre. Il a le besoin profond d’être reconnu et
accepté pour ce qu’il est vraiment et il essaie pour cela d’être le
plus authentique possible.
La quête identitaire du Quatre
À l’instar des autres types du centre émotionnel, le Quatre est
préoccupé par son image. Il n’a pas une idée claire de son
identité et il a le sentiment que celle-ci est définie par son
ressenti intérieur. Aussi a-t-il besoin d’explorer et d’analyser
dans le moindre détail ce qu’il vit sur le plan émotionnel. Mais
les émotions sont par essence changeantes et souvent
contradictoires et cela plonge le Quatre dans une quête
identitaire permanente. Il cherche à poser les mots exacts sur les
différents aspects de sa personnalité et il a un besoin constant de
reconnaissance et de retours sur son image.
Il explore ses émotions durant de longues périodes, quitte à se
laisser submerger par elles. Il souffre d’être incompris et a le
sentiment que, par rapport aux autres, quelque chose lui manque,
et il craint d’être rejeté à cause de cela. Il a tendance à se
focaliser sur ce qu’il n’a pas et cela génère chez lui un fond de
mélancolie, présent même lors des moments de joie.
Du fait de cette attention particulière à ce qui lui semble
manquer, le Quatre vit rarement dans le quotidien. Il va et vient
de façon spontanée vers le passé, vers le futur, vers l’absent, vers
ce qui est difficile à obtenir… avec une adhésion au présent qui
est davantage de l’ordre du rêve que de celui du réel.
Sylvain (type Quatre) : J’ai du mal à imaginer comment font
les personnes qui me disent ne rien ressentir. Moi, mes émotions
sont toujours à fleur de peau, même si je ne sais pas toujours les
exprimer. Je passe un temps infini à essayer de décortiquer ce
que je ressens et à échanger dans ma tête avec ceux que j’aime.
J’ai des dialogues imaginaires sans fin avec ma fille que je ne
vois pas assez souvent et j’ai l’impression de les vivre
véritablement, de façon aussi intense que s’ils étaient réels. Dans
ma tête, nous avons des échanges profonds et authentiques où
j’arrive à lui expliquer ce que je vis. Je lui parle avec franchise
de mes trop nombreuses addictions, de la nostalgie que j’ai de la
période de sa naissance, de ce qu’aurait pu être ma vie si
seulement…, de l’intensité de ce que j’éprouve quand je joue de
la musique, des pensées morbides que j’ai parfois, de l’attrait
qu’a souvent la mélancolie pour moi… et elle me comprend. Je
me nourris de ces échanges chimériques. Mais quand je dois la
voir ou lui téléphoner, même si je sais que le bonheur va
forcément être là, j’angoisse à l’idée de l’image qu’elle va avoir
de moi.
La vie quotidienne du Quatre
Motivation et organisation
Le Quatre évalue son existence à l’aune de ses émotions et il a
par conséquent une vision à la fois émotive et subjective de la
vie. Les décisions qu’il prend sont fondées davantage sur ce
qu’il ressent que sur une perception objective des faits.
Les « coups de blues » fréquents qu’il peut avoir peuvent
provoquer des moments d’isolement et d’intériorisation, des
plongées profondes dans la mélancolie ou susciter au contraire
une hyperactivité de tous les instants.
Mais il ne faudrait pas croire que la mélancolie qu’il côtoie est
forcément douloureuse. Générée par le sentiment diffus
d’abandon qui l’accompagne souvent, elle crée une atmosphère
de doux regrets, dans laquelle il aime se promener et où il se
sent intensément vivant, d’autant que ses émotions évoluent très
rapidement et que son état d’âme peut passer en un instant d’un
extrême à l’autre.
Un focus sur ce qui ne va pas
De façon inconsciente, le Quatre est attiré par ce qui n’est pas
disponible. Il ne peut s’empêcher de centrer son attention sur ce
qui manque dans sa vie pour être épanoui et heureux, sans voir
les atouts de ce qu’il a ou qu’il peut obtenir facilement. S’il
invite par exemple des amis à une soirée et que l’un d’entre eux
ne peut venir, il profitera mal des personnes présentes et sera
dans le regret de l’absent, persuadé que leurs échanges lui
auraient apporté ce dont il avait justement besoin ce soir-là…
Il en résulte un fond de tristesse, car le Quatre ne se satisfait pas
d’un bien partiel, quand il recherche l’absolu.
Place à la singularité
Le Quatre a le sentiment profond de sa différence et il tend à
l’entretenir, car cela renforce son identité. Son besoin « d’être
lui-même » le pousse d’ailleurs à avoir certains comportements :
parce qu’il se sent unique, il cherche à manifester sa différence
en ayant une attitude singulière ou des opinions atypiques, en
préservant son besoin de se sentir original, ou en vivant ses
émotions avec intensité, les amplifiant inconsciemment en
passant instantanément du rire aux larmes.
Mais ses états d’âmes changeants, comme son comportement,
parfois à la limite de la provocation, ne sont pas toujours
compris par son entourage, et peuvent créer entre les autres et lui
un fossé, qui matérialise son sentiment d’être unique et
incompris. Alors que le Quatre cherche à être le plus authentique
possible, c’est l’opposé qui parfois est perçu.
Il a besoin d’appliquer sa touche personnelle sur tout ce qu’il
fait, car il lui faut mettre du beau dans sa vie. Il est attiré par ce
qui est esthétique et apprécie de s’entourer de beaux objets, de
musique, de lumières… qui font écho à sa personnalité et aux
sentiments auxquels il s’identifie.
Le Quatre juge la normalité banale et, par conséquent, il la
refuse. Ce rejet peut le conduire à décider que les règles sociales
et les codes de la vie ordinaire ne s’appliquent pas à lui. Il peut
alors mépriser les règles, braver les normes et rejeter la moindre
contrainte, y compris à propos de ses sentiments.
En fait, le paradoxe du Quatre est qu’il oscille constamment
entre le besoin de se distinguer, car l’idée d’être « comme tout le
monde » l’insupporte, et la douleur engendrée par le fait d’être
incompris. Il recherche l’exceptionnel, tout en étant dans une
quête presque obsessionnelle de reconnaissance par ses pairs. Il
désire par-dessus tout sortir du lot… en étant reconnu par « le
lot ».
Relations affectives
Une communication symbolique
Très sensible aux états d’âme des autres, le Quatre perçoit
intuitivement leurs changements d’humeur. Lui se sent en
revanche éternellement incompris et a l’impression de ne pas
exister pour eux. Il voudrait savoir partager ses émotions, mais
celles-ci évoluent constamment et il n’y a pas assez de mots
pour les décrire. Il adopte alors parfois d’autres façons de
communiquer, qui peuvent être très symboliques et difficiles à
décrypter par son entourage.
Sa manière de s’habiller est l’une des façons dont il exprime ses
ressentis. Le Quatre peut ainsi arborer des tenues excentriques
mais toujours très recherchées, choisir de ne porter que des
vêtements noirs en signe de mélancolie, adopter une tenue qui
peut sembler quelconque mais qui a été choisie avec le plus
grand soin, ou encore ne porter que des vêtements vintage ou de
créateurs, donc rares.
D’une façon générale, le Quatre attend beaucoup de ses proches,
envers lesquels il a de fortes exigences et passe facilement de
l’idéalisation de la relation à la déception.
Un confident sensible et à l’écoute
Déterminé à comprendre la vérité de ce qu’il vit, le Quatre
n’hésite pas à analyser sa propre nature sombre et assume ses
parts d’ombre. La mort, le deuil, sont des thèmes récurrents de
son imaginaire. Il a de ce fait une grande sensibilité à l’émotion
et à la souffrance des autres et une vraie aptitude à soutenir les
personnes qui traversent des expériences douloureuses. Son vécu
émotionnel lui donne la capacité d’endurer la souffrance avec
une force tranquille. Il a donc une excellente qualité d’écoute et
est un confident plein de compassion.
Relation de couple : à la recherche
de l’âme sœur
Éternel romantique, le Quatre est à la recherche de l’âme sœur,
qui pourra le comprendre et l’aimer passionnément. Son présent
est plein de rêveries chimériques où il imagine la rencontre des
deux cœurs et cette rencontre est pour lui la seule clé d’accès à
la plénitude.
Mais aucune relation ne peut répondre totalement aux besoins
d’absolu du Quatre et, lorsqu’il est en couple, le rapport avec
son partenaire est souvent bâti sur un schéma de va-et-vient.
Quand il est loin de lui, il se projette dans l’avenir et vit
intensément la joie des retrouvailles. Et lorsqu’ils sont réunis, il
remarque les petits défauts et tend à se focaliser sur ce qui
manque à la relation pour être complète.
Sa crainte d’être jugé incapable et d’être rejeté le pousse à
garder longtemps une distance et à ne pas se découvrir. Lorsqu’il
s’engage, en revanche, c’est le plus souvent avec passion et
implication.
Attitude professionnelle
Le besoin d’originalité du Quatre s’applique aussi à sa vie
professionnelle et le Quatre s’épanouit bien davantage dans son
travail si celui-ci est singulier et surtout s’il lui permet
d’exprimer sa créativité. Celle-ci peut se manifester de multiples
façons, du moment que le Quatre perçoit de la « beauté » dans
son métier, quel qu’il soit.
Son environnement professionnel se doit également de porter ou
de manifester des valeurs humaines fortes, car le respect humain
est une valeur culte pour lui. Il a besoin d’être respecté, mais il
tient aussi à ce que tout le monde le soit. Il sait être à l’écoute de
ses collaborateurs et manifeste de l’empathie pour leurs
problèmes.
L’utilisation prioritaire de son centre émotionnel a forcément des
répercussions dans sa vie professionnelle. Ainsi, il s’implique
davantage s’il comprend le sens profond d’un projet et qu’il y
adhère. Son besoin permanent de reconnaissance fait qu’il aspire
à être vu comme quelqu’un de différent et de supérieur. Il est
donc particulièrement sensible aux encouragements et, à
l’inverse, il vit mal certaines critiques, surtout s’il se sent
comparé aux autres. Enfin, sa tendance à se focaliser sur ce qui
manque peut le faire passer pour quelqu’un de négatif.
De nombreux Quatre se partagent souvent entre une vie
professionnelle considérée comme un « gagne-pain » et une
passion dans laquelle ils ont la possibilité d’extérioriser leurs
émotions et leur créativité et qu’ils considèrent comme la vraie
vie.
Un peu d’introspection
Le Quatre est le type de l’ennéagramme qui dispose de la palette
émotionnelle la plus riche, car il scrute et analyse tous les
sentiments qui le traversent et qui changent perpétuellement.
Pour lui, toutes les émotions, qu’elles soient confortables ou
non, sont importantes à vivre, puisqu’il s’évalue par elles. Il vit
le monde en le faisant passer par lui, comme un filtre qui lui
permet de tout ressentir, pour pouvoir être concerné. Cela lui
donne parfois l’impression de n’exister que par les autres et de
ne ressentir l’incarnation qu’en se laissant habiter par le monde.
Il vit ses émotions de façon intense, en se plaçant le plus souvent
aux deux extrêmes d’une réaction émotionnelle, ce qui le fait
passer rapidement de la joie la plus vive à l’abattement le plus
profond. Lorsqu’ils sont trop chargés d’intensité, ces hauts et ces
bas peuvent le bouleverser et le conforter dans l’idée qu’il ne
mérite pas d’exister, ce qui est pour lui une grande douleur. Il
souffre alors d’un sentiment d’illégitimité à la vie.
Le Quatre au prisme de
l’ennéagramme
L’apport au monde et sa
contrefaçon : l’image de soi
Apport au monde : le sens de
l’absolu
La compétence principale du Quatre, ce qu’il apporte au monde,
c’est sa capacité à dégager de toute expérience son sens profond
et absolu, et à l’exprimer en sublimant l’intensité de ce qu’il a
ressenti. Le Quatre a un sens inné de la qualité et il dispose d’un
talent véritable pour voir et mettre de la beauté dans son
quotidien – cette beauté pouvant s’appliquer à tous les
domaines – en étant capable de la faire percevoir aux autres. Il
porte ainsi un regard esthétique sur le monde, quand le Un en a
une vision éthique.
Image de soi : je suis sensible, je
suis différent
Lorsqu’il est victime des automatismes de son ego, le Quatre
surjoue son rôle et perd son authenticité, en dénaturant sa
compétence. Pour éviter d’être confronté à la banalité, il est en
recherche permanente de l’unicité et vit ses sentiments avec
encore plus d’intensité, en les amplifiant par ses fantasmes. Dans
le même temps, il se sent seul et il lui est difficile d’accepter les
autres dans son monde et de leur transmettre la beauté qu’il
perçoit.
Béatrice : Ma mère était de type Quatre et l’ennéagramme me
permet aujourd’hui de mettre des mots sur cette quête constante
d’absolu qui l’habitait, et qui lui faisait ressentir le sens profond
de la vie, mais pouvait aussi la plonger dans des profondeurs
abyssales. En fait, tout déclenchait chez elle des émotions
d’ordre esthétique. Elle avait « une âme d’artiste », qui lui
donnait un goût inné pour décorer la maison avec de petits riens,
selon une logique qui n’appartenait qu’à elle, mais qui apportait
aux pièces une chaleur indéniable. Lorsqu’elle étendait le linge,
elle assemblait les vêtements selon leurs couleurs et leurs
formes, et nous faisait remarquer que sa corde à linge s’était
transformée en un tableau abstrait. Elle avait un sentiment
profond de la beauté de la nature et la percevait dans tout ce qui
nous entourait ; elle refusait à ce titre que l’on taille les arbres ou
que l’on tue le moindre insecte. Elle donnait un prénom aux
abeilles et aux fourmis, et nous présentait d’ailleurs la première
fourmi de l’année, qui annonçait l’arrivée du printemps, en la
baptisant invariablement Philomène… Et alors qu’elle n’avait
jamais fait d’études (elle s’était mariée à 17 ans et avait dû
s’occuper de ses nombreux enfants), elle savait instinctivement
traduire ses émotions dans des poèmes sublimes et poignants,
qu’elle écrivait d’un trait dans un petit cahier bleu…
Évitement : la banalité
Le Quatre fonde son identité sur ses ressentis émotionnels ; le
fait que ses émotions changent constamment génère chez lui un
questionnement identitaire, qui explique l’importance qu’il
accorde à son image et aux regards que les autres portent sur lui.
Il cherche sans cesse à décrypter ce qu’il ressent pour renvoyer
une image authentique, car il a le sentiment profond de sa
différence et a le désir d’être soi-même.
Son ego se construit donc en se persuadant que, pour exister en
tant qu’individu, il lui faut éviter à tout prix la banalité, en se
différenciant des autres sur le plan émotionnel ; cela peut le
pousser par exemple à intensifier ses émotions, ou à entretenir
des sentiments différents de ceux des autres. Son besoin « d’être
authentique » peut aussi le conduire à se distinguer dans son
allure, ses goûts, son comportement, ses idées.
Léa (type Quatre) : Lors de mes études en langues étrangères
appliquées (anglais-suédois), le programme Erasmus m’a donné
l’occasion de partir un semestre à l’étranger. J’ai choisi d’aller à
Manchester – quand tous les étudiants de ma classe préféraient
la Suède –, parce que je rêvais de l’Angleterre depuis que mon
père m’avait fait découvrir et aimer le rock. J’ai emménagé dans
une colocation, avec le sentiment de commencer enfin ma vie
d’adulte. Le moment était magique, même si je ne pouvais
m’empêcher de compter les jours qui me séparaient du retour,
dont l’approche me rendait mélancolique. Ressentant le besoin
profond de garder ce lieu en moi, j’ai décidé de me faire tatouer
dans cette ville et d’en porter ainsi un souvenir indélébile. Mais
il fallait aussi que le dessin me corresponde. C’est en repensant à
mon année de terminale littéraire que j’ai choisi le motif du
tatouage. C’est l’année du bac en effet que j’ai pris conscience –
avec fierté – de mon côté saltimbanque et excentrique et surtout
que j’ai eu un vrai coup de cœur pour Les Mains libres, le
recueil de dessins de Man Ray, illustrés par des poèmes de Paul
Éluard. J’ai senti que je devais créer mon propre dessin en
m’inspirant de celui qui accompagne « Solitaire » – le poème
qui me parlait le plus – et le faire tatouer sur mon bras à
Manchester. Je ne l’ai jamais regretté, même si ma mère a cru
devenir dingue quand elle l’a appris (de type Huit, elle ne
supportait pas que son « bébé » se fasse tatouer à l’étranger…) !
Mécanisme de défense :
introjection et sublimation
Pour décrypter le monde et le comprendre, le Quatre a besoin
d’intérioriser les situations, puis de les ressentir de l’intérieur, en
les vivant ; il peut alors créer ses émotions et ses fantasmes.
C’est son mécanisme de défense d’introjection.
Mais ce mécanisme le remplit aussi d’émotions qui peuvent le
submerger. Il extériorise alors celles-ci par le biais d’activités
qui mettent en œuvre son sens du beau et sa singularité, et qui
expriment ses sentiments. C’est la sublimation que le Quatre
peut déployer dans toute occupation qui a pour lui une
dimension esthétique (ce peut être aussi bien la musique, la
peinture… que la soudure !) ou qui le fait se sentir exceptionnel.
Il se rassure ainsi sur le fait qu’il n’est pas inadapté.
Le Quatre a donc deux mécanismes de défense en un et il est
important qu’il utilise les deux. Les émotions qu’il vit de
l’intérieur doivent en effet pouvoir être extériorisées, sans quoi
elles pourraient le plonger dans la dépression, voire lui donner
des idées suicidaires, d’autant qu’il a souvent une fascination
pour la mort.
Hélène (type Quatre) : En tant que pianiste classique, il m’est
arrivé de jouer huit heures par jour à certaines périodes de ma
vie. Ce travail acharné est toujours rendu possible par la quête
du beau, de l’absolu, la passion incessante de l’intensité.
Lorsque je me plonge dans une œuvre, c’est comme si je
devenais cette vibration, cette histoire, cet univers. Quand je
joue, j’ai l’impression que je quitte mon corps et que mon
« âme » (que vous pouvez appeler comme vous voulez) prend
enfin toute sa place. Je ne suis plus « je », Hélène, mais l’image
introjectée du compositeur que j’interprète, et toutes les cellules
de mon corps vivent ses sentiments, qui m’habitent. Je n’existe
plus que par lui, et je m’incarne dans sa musique. Et c’est
remplie de cette conscience que je cherche à sublimer ce que je
ressens par mon jeu ; je change alors complètement d’humeur
selon ce que j’interprète. Chopin me fait vivre la mélancolie
poétique. Bach me connecte à l’absolu ; je touche à la grâce, à la
fulgurance, à la perfection, à la profonde légèreté ou à la légèreté
profonde. Avec Schuman, je change complètement d’humeur au
fil de ses pièces. Je deviens cette personnalité duale, entre rêveur
sentimental et poète mélancolique frôlant les ténèbres.
D’ailleurs, les changements rapides et extrêmes d’émotions que
je ressentais en l’interprétant m’ont donné un temps l’impression
de devenir folle moi-même, jusqu’à ce que je comprenne que
c’était sa musique qui était comme ça…
La distorsion émotionnelle et
son antidote : la
restructuration émotionnelle
Distorsion émotionnelle : l’envie
Le Quatre voit les autres comme stables et normaux, et il est
bien conscient qu’il est le seul à vivre des émotions si intenses et
dramatisées. Il vit cette différence à la fois comme un don – il se
distingue des autres – et comme une malédiction, car cela
l’empêche de profiter d’un bonheur simple, dont les autres
semblent jouir facilement.
Il est alors incapable de résister à une distorsion émotionnelle
(ou passion) qui le domine : l’envie. Il se compare aux autres et
a le sentiment que quelque chose de fondamental lui manque,
même s’il peut avoir des difficultés à identifier ce qu’est le
« quelque chose ». Se percevant comme inachevé et défectueux,
il se sent abandonné par les autres, se mésestime et se focalise
sur ce qu’il n’a pas, en se désintéressant de ce qui lui est
accessible. Étrangement, cette envie de ressentir le même
bonheur que les autres, et par là même de leur ressembler, est en
totale contradiction avec son évitement de la banalité.
Danielle (type Quatre) : J’ai huit enfants qui représentent toute
ma vie, mais que je ne vois pas assez à mon goût. Certes, ils me
téléphonent régulièrement et ceux qui vivent près de chez moi
passent assez souvent me voir, mais ce ne sont que des visites
d’une heure ou deux, bien trop courtes pour me rassasier. L’autre
jour, la visite de ma fille m’a donné une joie intense. Mais très
vite, cette joie a été remplacée par de la tristesse, car j’ai pris
conscience qu’elle n’allait pas rester et qu’à son départ je
ressentirai la peine profonde de la séparation. J’étais avec elle,
mais en même temps, je ne pouvais pas m’empêcher de vivre en
pensée le moment inéluctable où elle allait me quitter, et cette
idée me remplissait d’amertume et m’empêchait de profiter
d’elle.
Restructuration émotionnelle : le
contentement
Lorsque le Quatre se connecte à son essence, il éprouve une
force qui lui permet de vivre la restructuration émotionnelle (ou
vertu) de son type : le contentement, que l’on désigne
quelquefois par le terme « équanimité » (égalité d’âme,
d’humeur). Il cesse d’être poussé vers ce qu’il ne peut avoir et
prend conscience qu’il possède sa propre parcelle de talents,
dont il se satisfait. Il centre son attention sur le présent, se sent
connecté aux autres et apprécie leurs dons, sans craindre leur
rejet. Il est en harmonie avec lui-même et avec la vie, et atteint
l’équanimité, le contentement.
L’obsession cognitive et son
contrepoids : le mécanisme de
progression
Obsession cognitive : la mélancolie
Le Quatre s’identifiant à ses émotions, il se pose régulièrement
la question de son identité, puisque celles-ci changent
constamment. Comme il cherche à éviter la banalité, aucune
réponse ne le satisfait vraiment. Il en éprouve du ressentiment,
puis un effondrement mélancolique, qui provoque chez lui une
souffrance présente même lors des instants de joie. Il est alors en
proie à une obsession cognitive (ou fixation) : la mélancolie.
Le Quatre s’abandonne dans ce sentiment de tristesse vague et
douce, qui renforce son impression d’isolement, favorise la
rêverie désenchantée où il se prend à imaginer des choses
irréalisables. La mélancolie donne à la vie du Quatre une saveur
douce-amère et des émotions beaucoup plus puissantes que
l’insignifiant « bonheur ». Pour le Quatre, la joie est d’autant
plus passionnée et profonde qu’il sait que la souffrance n’est
jamais très loin. Ainsi, quand il a la sensation d’avoir enfin
atteint ce qu’il « mérite », il imagine qu’il va le perdre et cela le
terrorise, car ce serait pour lui la preuve qu’il n’en est pas digne
(ce qui est sa plus grande peur).
Héloïse (type Quatre) – Si je devais définir la mélancolie, je le
ferais en ces mots : « la nostalgie du divin ». La mélancolie est
pour moi le désir d’un ailleurs inaccessible. La sensation de me
sentir triste au milieu d’une foule joyeuse. En fait, j’ai
l’impression d’être « H24 » dans cet état-là, sauf à certains
moments où, tout d’un coup, je me connecte au divin, à la joie.
Mais c’est très passager. C’est un peu comme si je voyais la vie
à travers un filtre, un voile doux-amer, un sourire triste ou une
joie voilée qui coexistent, comme dans la musique de Ravel. La
mélancolie me permet de me connecter à une lucidité et d’avoir
tous mes sens en éveil ; elle est source d’inspiration et de
création. Je la trouve magnifique… tant que je n’y plonge pas et
que je ne m’y identifie pas complètement ; car elle devient alors
extrêmement douloureuse, en étant arrachement, déchirement et
désespoir. Mais la connaissant depuis que je suis née, j’arrive
peu à peu à l’apprivoiser…
Mécanisme de progression :
l’originalité
Lorsque le Quatre se connecte à son essence, il surmonte son
obsession grâce à un mécanisme de progression (ou idée
supérieure) : l’originalité (dans le sens d’être unique). Il n’est
plus obsédé par l’image qu’il a de lui-même, et il prend
conscience qu’il a autant de valeur que les autres. Il découvre
qu’il peut « être lui-même » sans faire d’effort particulier et que
son vrai moi est unique, comme celui de chaque être humain. Il
n’a plus besoin de se sentir différent et est conscient de la beauté
qu’il trouve en lui. Il atteint l’originalité.
Figure 7-1 Récapitulatif des mécanismes de l’ennéatype Quatre.
Intégration et désintégration
de la personnalité
Lorsque le Quatre est connecté à son essence, il met en valeur
la beauté et l’harmonie autour de lui. Heureux et plein de
confiance en lui, il a un sentiment clair de son identité
personnelle et il sait l’exprimer simplement. Il révèle sa
créativité et partage ce qu’il ressent avec les autres. Sa capacité à
percevoir leurs émotions le rend précieux et sensible,
accompagnant d’une grande compassion ses amis.
Le Quatre dans sa routine se réfugie souvent dans son
imaginaire, ce qui intensifie ses états d’âme. Sa recherche de la
beauté le pousse à vouloir redécorer le monde qui l’entoure et à
ne pas accepter la médiocrité. Son humeur est fluctuante et
imprévisible et il peut se dévouer pour vous, comme couper le
lien facilement et mettre votre amitié à l’épreuve, s’il se sent
abandonné. Il est attiré par le manque et a l’impression de passer
à côté de sa vie, enviant la stabilité des autres.
Le Quatre dominé par les mécanismes de son ego est
persuadé d’être rejeté et mis à l’écart par les autres. Il est plein
de colère contre ceux qui ne le comprennent pas et contre luimême. Il manque de confiance en lui, se focalise sur ses défauts,
réels ou imaginaires et inhibe ses propres talents ; il peut
sombrer dans la dépression, éprouvant un sentiment d’injustice
intense et insoluble et un manque de reconnaissance
extrêmement douloureux.
Outre ce mouvement d’intégration et de désintégration
« interne » (au cours duquel il se connecte à son essence ou est
dominé par son ego), le Quatre peut vivre par moments un
mécanisme d’intégration et de désintégration « externe » ; il
ajoute alors à ses caractéristiques les capacités ou les travers de
l’essence ou de l’ego d’un autre type, auquel il est relié dans le
schéma de l’ennéagramme. Ce mécanisme est décrit dans le cha
pitre 17 (page 293).
Quelques pistes pour évoluer
Pour réduire l’emprise de son ego et se connecter à son essence,
le Quatre doit arriver à reconnaître, dans sa vie quotidienne, les
moments où il détourne son attention de ses émotions pour
fantasmer sur ce qu’il ne peut atteindre. Il lui faut repérer, par
exemple, les instants où il se focalise sur ce qu’il n’a pas, et ceux
où il trouve des défauts à ce qu’il a ou qu’il peut obtenir.
Plusieurs pratiques peuvent lui permettre d’évoluer.
Centrer son attention sur le
présent
Parce que le Quatre a l’impression d’exister quand il ressent des
émotions profondes, il a tendance à utiliser son imagination pour
intensifier ses sentiments. Il fantasme ainsi sur des personnes,
des rencontres, des situations qui exaltent ses émotions, et revit
avec nostalgie des moments du passé.
Vous n’avez pas besoin de vivre des émotions intenses pour
exister, ni pour être créatif. Autorisez l’émergence spontanée de
vos émotions dans l’instant. Repérez les moments où vous
partez dans vos fantasmes et quittez vos rêveries pour revenir au
moment présent. Soyez conscient de ce qui vous entoure et du
bonheur d’être là, ici et maintenant, simplement.
Reconnaître ses vrais talents
Persuadé d’être plein de défauts ou, au mieux, incomplet, le
Quatre a souvent un sentiment de honte de lui-même. Il envie la
stabilité des autres, leur spontanéité et leur capacité à avoir une
bonne estime de soi. Il se réfugie alors dans l’imaginaire, où il
rêve d’un moi fantasmé, basé sur des qualités idéalisées.
Identifiez précisément les qualités que vous vous prêtez lorsque
vous vous réfugiez dans vos fantasmes. Analysez-les
concrètement et distinguez celles que vous pourriez développer
en les travaillant, de celles qui sont forcément inaccessibles et de
l’ordre du rêve (comme « être plus grand »…). Prenez
conscience que ces dernières sont de l’ordre du rejet que vous
avez de vous-même. Acceptez-vous tel que vous êtes car votre
potentiel est aussi infini que votre créativité et votre
imagination. Reconnaissez et appréciez vos véritables talents et
exploitez-les.
Être soi-même, simplement
Comme le Quatre fonde son identité sur son ressenti intérieur, il
lui est difficile d’accepter que d’autres puissent vivre des
émotions similaires aux siennes. Il se complaît alors dans des
états d’âmes qui contrastent avec ceux de son entourage et se
crée inconsciemment une identité négative, qui l’empêche de
voir la beauté de ce qu’il a à offrir.
En vous focalisant sur ce qui vous différencie des autres, vous
rejetez inconsciemment certaines de vos qualités, pour la seule
raison que les autres les possèdent aussi. Recherchez une
authenticité dans la simplicité d’être : vous pouvez être aimé
sans avoir besoin de faire, dire, penser ou être quoi que ce soit
d’autre que vous-même. Prenez conscience que vous êtes
unique, comme chaque être humain et découvrez la beauté de ce
que vous avez à offrir aux autres.
DANS CE CHAPITRE
Les filtres d’attention de l’ennéatype Cinq
•
La vie quotidienne du Cinq : motivations, relations
affectives, attitude professionnelle et introspection
•
Les mécanismes du Cinq quand il est dans son ego et
dans son essence
•
Quelques pistes pour abandonner ses automatismes
Chapitre 8
L’ennéatype Cinq : le maître
des savoirs
ous avons décerné à l’ennéatype Cinq le diplôme de Maître
N
des savoirs, car il est curieux de tout et est porté par le besoin
profond de comprendre le fonctionnement du monde dans lequel
il vit. Il est dans une quête constante d’informations objectives,
qu’il s’applique à vérifier et analyser. Lorsqu’un sujet
l’intéresse, il a un besoin irrépressible d’amasser des
informations aussi précises que possible le concernant et il les
engrange avec soin dans sa bibliothèque mentale, comme un
gourmand accumulerait des mets délectables. Il possède un
véritable talent pour structurer ses idées, leur donner un sens et
les expliquer avec précision. Son besoin de maîtriser tous les
aspects de son domaine en fait un expert naturellement reconnu,
ce dont il se félicite.
Pour autant, ses connaissances – généralement théoriques – lui
semblent souvent insuffisantes lorsqu’il s’agit de les mettre en
pratique. Son naturel le plus souvent introverti lui fait préférer la
posture de l’observateur à celle de l’acteur, et il redoute de se
comporter de façon inadaptée dans le monde. Il perçoit
d’ailleurs le monde extérieur comme dangereux car envahissant
et il se sent facilement vulnérable face à lui. Un peu comme si
son énergie pouvait être « aspirée » par les autres et risquer de se
dissoudre.
Aussi a-t-il régulièrement besoin de s’isoler, physiquement ou
mentalement, pour analyser la situation, enrichir encore son
savoir ou simplement se ressourcer. Il se réfugie alors dans son
jardin secret, qui le protège à la fois de l’intrusion des autres et
de ses propres émotions, en un mot de tout ce qui est susceptible
de perturber son activité intellectuelle.
Ce qui caractérise l’ennéatype Cinq :
•
Apport au monde : la sagesse.
•
Image de soi : je sais, je comprends.
•
Évitement : le vide intérieur.
•
Désir profond : être capable.
•
Peur profonde : être incapable.
Une intelligence mentale, pour
comprendre le fonctionnement
du monde
Pour appréhender son environnement et le maîtriser, le Cinq a un
besoin vital et constant d’informations, qu’il recherche par tous
les moyens (ouvrages, Internet, conférences, observations
personnelles, etc.). Comme il aime anticiper, il prend ses
décisions de façon rationnelle et analytique, en exploitant en
priorité l’énergie de son centre mental ; elle lui permet
d’appliquer au monde qui l’entoure des théories et des modèles,
élaborés à partir des informations qu’il a accumulées.
Le Cinq vit ainsi beaucoup dans ses pensées et a tendance à
examiner toute chose – y compris lui-même – comme le ferait
un observateur derrière une glace sans tain. Il analyse les
situations avec détachement et c’est en focalisant son attention
sur le monde extérieur qu’il parvient à comprendre, à l’aune des
informations qu’il a capitalisées, comment celui-ci fonctionne et
comment il peut y trouver sa place.
La peur d’être démuni face au
monde
Comme tous les types du centre mental, le Cinq a une
problématique avec l’insécurité. Il s’agit ici d’une peur de
manquer intérieurement de ressources, ces « ressources »
pouvant être aussi bien des connaissances que des compétences
ou de l’énergie. Le Cinq craint en fait de se sentir démuni face
au monde extérieur et de ne pas pouvoir répondre de façon
adaptée aux attentes de son entourage, qu’il perçoit facilement
comme intrusif.
Il a au fond de lui la peur de ne pas savoir ce qu’il ressent et
d’être incapable de se faire comprendre ou tout simplement de
manquer d’énergie pour agir, comme si sa force vitale ou son
savoir allaient être absorbés par les autres. Il appréhende aussi –
et surtout – que les interférences déclenchent chez lui des
émotions, qui viennent paralyser ses réflexions.
Ce sentiment d’insécurité intellectuelle le pousse à limiter ses
interactions et à se réfugier dans son mental, espérant ainsi se
ressourcer ou enrichir encore ses connaissances, qu’il juge
incomplètes et qu’il désire étoffer, encore et toujours.
Violaine (type Cinq) : J’étais invitée l’autre jour à
l’anniversaire d’une amie proche, qui a insisté pour que je
vienne. J’ai accepté pour ne pas la blesser, mais il a fallu que je
me fasse violence, car l’idée de passer une après-midi entourée
de personnes que je ne connais pas m’indispose. Mes craintes
étaient d’ailleurs fondées. La discussion a porté rapidement sur
les goûts et les passions de chacun, et les échanges se sont
animés. On m’a prise à témoin, s’attendant visiblement à ce que
je partage mes engouements. J’ai ressenti un réel sentiment de
vide face à une situation que je ne maîtrisais pas. Je n’arrivais
plus à penser, ni à savoir comment réagir et je me suis sentie un
instant oppressée et comme pétrifiée. D’autant que je déteste me
confier, a fortiori à des personnes que je ne connais pas ! J’ai
trouvé très vite un prétexte pour m’esquiver et je me suis
éloignée, pour me rapprocher de la bibliothèque. Je me sentais
vidée et je me suis plongée dans la lecture des ouvrages, tout en
gardant un œil sur ce qui se passait dans la pièce ; je me suis peu
à peu détendue en observant les liens qui se nouaient entre les
invités et en essayant d’analyser leurs comportements. Et je suis
restée dans mon coin jusqu’à ce que mon amie décide de
souffler les bougies de son gâteau et d’ouvrir ses cadeaux.
La vie quotidienne du Cinq
Motivation et organisation
Une citadelle bien défendue
Le Cinq a souvent la sensation de se vider de ses ressources
intérieures au contact du monde, que ce soit lorsqu’il se dépense
physiquement ou quand il s’implique psychologiquement. Il a
donc le souci constant de se préserver et il veille à ne pas
gaspiller ses ressources. Qu’il s’agisse de ses connaissances, ses
émotions ou sa force vitale, il préfère les garder pour lui et évite
de les partager.
Aussi le Cinq se sent-il, d’une façon générale, peu disponible
pour les autres. Considérant que son temps est précieux, il
préfère rester en retrait, de façon à pouvoir mener ses recherches
sur les sujets qui l’intéressent, sans être perturbé par des tensions
émotionnelles. Il peut ainsi choisir de vivre dans des endroits
reculés, sans ressentir particulièrement l’envie de sortir de chez
lui ou d’avoir des contacts avec l’extérieur, même s’il est
capable de mener par moments une vie sociale plus animée. Il
n’a pas vraiment besoin de compagnie et il ne partage ses projets
personnels qu’avec un petit cercle de proches. Qu’il soit seul ou
en public, le Cinq a besoin de pouvoir se réfugier dans sa
citadelle mentale, du haut de laquelle il observe le monde pour
mieux le comprendre.
Il a d’ailleurs tendance à garder avec son entourage une distance
de sécurité qu’il est important de respecter, car il ne supporte pas
qu’on s’incruste ou qu’on empiète sur son territoire. Comme il a
besoin de se préparer aux événements futurs pour ne pas risquer
d’être déstabilisé, il est préférable de bannir les visites
improvisées ! Lorsque vous allez voir un Cinq, prenez l’habitude
de le prévenir et de lui indiquer les raisons de votre entrevue – et
si possible sa durée estimée. Il en sera rassuré et se montrera
plus accueillant.
La quête sans fin d’un savoir pour
soi
Le Cinq se passionne pour des thématiques qui peuvent varier au
fil du temps – avec une préférence pour les sujets insolites ou
peu explorés – et à propos desquels il a une envie incoercible
d’aller toujours plus loin dans l’exploration. Il peut passer
beaucoup de temps à observer, jusqu’à intérioriser ses
connaissances. Maîtriser les sujets qui le captivent est pour lui
une quête sans fin, et lui permet de gagner en confiance.
Pour autant, faire connaître les résultats de ses recherches est
loin d’être une priorité, bien au contraire. Il ne peut s’empêcher
de retenir l’information, comme si la diffuser risquait de l’en
déposséder. Il s’arrange pour la conserver par-devers lui ou, s’il
doit la transmettre, pour la rendre incompréhensible aux autres
sans un minimum d’efforts. Le savoir, ça se mérite ! En
revanche, lorsqu’il sent chez son interlocuteur un réel intérêt sur
un sujet qu’il maîtrise, il peut alors se lancer dans un exposé
analytique brillant, construit et exhaustif, qu’il est quelquefois
difficile d’interrompre.
C’est l’une de ses contradictions : autant le Cinq apprécie de
présenter à un public connaisseur le résultat de ses travaux, car il
y voit une confirmation de sa compétence, autant il se montre
taiseux lorsque les discussions portent sur des thèmes qu’il ne
maîtrise pas ou, pire, sur des sujets d’ordre personnel…
Indépendance et cloisonnement
Le Cinq est généralement très autonome. Son indépendance
repose en fait sur sa capacité à vivre dans ses pensées. Sans pour
autant se transformer en ermite, il apprécie réellement la
solitude, qui lui permet de recharger ses batteries et de réfléchir
tranquillement à ses projets. Il a peu de besoins matériels
(hormis peut-être une bonne connexion Internet !) et il rejette
facilement la société de consommation. Comme il rejette
d’ailleurs tout ce qu’il juge futile ou superficiel. Il essaye par
tous les moyens de se suffire à lui-même et il se débrouille pour
être opérationnel, en essayant de tout savoir, pour tout
comprendre.
Pour ne pas se laisser envahir et mieux se protéger, le Cinq
cloisonne les différents aspects de son existence ; ainsi, chaque
connaissance, relation, engagement, aspect de sa vie
professionnelle ou personnelle… est rangé dans un
compartiment. Il évite de les mélanger, par exemple en invitant
ensemble des connaissances de milieux différents, et attribue à
chaque « compartiment » un temps d’attention spécifique. Il lui
est ainsi plus facile de prendre du recul et d’analyser la situation
de l’un des points, sans se laisser submerger par un autre aspect
de sa vie.
Relations affectives
D’une nature généralement calme et réservée, voire taciturne, le
Cinq fait son possible pour ne pas être sous les feux des
projecteurs ; il peut ainsi fréquenter un lieu pendant des années
sans que personne ne le connaisse vraiment. En fait, il est
souvent plongé dans ses pensées et donne quelquefois
l’impression de ne pas être totalement là. Mais sa simple
présence est le signe qu’il apprécie justement d’être là.
Maintenir les émotions à distance
Contrairement à ses idées, qu’il aime manipuler, le Cinq évite de
se connecter à ses émotions. Il les dévoile peu (surtout en
public) et est facilement mal à l’aise face aux démonstrations de
ses semblables. Les émotions sont pour lui une source d’anxiété
car non seulement il ne les maîtrise pas, mais en plus elles
l’empêchent de penser, en particulier lorsqu’elles le submergent
alors qu’il est en société.
Cette peur qu’il a des émotions le pousse à éviter de trop
s’impliquer dans des relations. La distance qu’il garde avec les
autres peut quelquefois lui donner une attitude froide et
arrogante, voire condescendante. Il se confie peu et n’est
généralement pas bavard, mais il a en revanche une bonne
qualité d’écoute et est un confident objectif. Sa soif d’apprendre
fait qu’il peut s’intéresser à tout le monde, adulte ou enfant,
puisque toute personne peut potentiellement lui apprendre
quelque chose et l’aider à comprendre. Il sait garder un secret,
sans se laisser envahir par les autres ; son interlocuteur se sent
pris au sérieux et jamais en otage.
Lucie (type Cinq) : Depuis toute petite, j’ai toujours été attirée
par les différences naturelles ou choisies, qu’elles soient subies
ou assumées. À l’école, par exemple, j’allais automatiquement
vers ceux dont le parcours était différent et qui rencontraient des
difficultés dans leur scolarité ou leur famille. J’étais curieuse et
je voulais comprendre pourquoi cet élève avait une autre façon
de s’habiller, ne faisait pas ses devoirs, répondait aux
professeurs, était violent ou triste. Les choses n’ont pas vraiment
changé et je m’aperçois que tout ce qui est transgressif me
questionne toujours. Avec pour conséquence que je me retrouve
souvent dans la posture de la confidente, vers qui les amis qui
vont mal se tournent pour s’épancher. J’aimerais les aider et les
accompagner, mais lorsque je suis dans l’empathie, j’absorbe
tout sans filtre et je me perds. J’en sors épuisée, d’autant plus
que cela réveille chez moi des émotions que je croyais enfouies
et d’autres que je ne connaissais pas et qui sont douloureuses. Je
préfère donc rester dans la posture de l’observateur, mais je
souffre de cette situation où je ne suis qu’écoute et où il n’y a
pas de réel échange.
Une relation de couple
intellectualisée
Quelle que soit l’intensité de la relation amoureuse, le Cinq a
besoin de préserver ses rapports avec la solitude. Il ressent les
attachements émotionnels comme une perte d’énergie et il vit les
attentes de son partenaire comme pesantes. Sa crainte de
l’engagement, sa relative froideur et son besoin de retrait
expliquent que de nombreux Cinq préfèrent le célibat. Pour
autant, il peut s’engager de façon durable, si l’on accepte ses
limites claires de temps et d’énergie, et s’il peut garder son
jardin secret.
Comme il lui est difficile d’exprimer ses sentiments, il attend
généralement d’être seul pour analyser ses émotions et il
intellectualise la relation plutôt que de la ressentir. Il peut
éprouver un profond attachement pour son conjoint, penser
régulièrement à lui lorsqu’il est seul, anticiper avec plaisir les
retrouvailles… sans pour autant juger utile de le lui dire, et sans
que ce dernier n’en soit conscient. Il apporte à la relation sa
loyauté, sa créativité et sa capacité à résoudre les problèmes et
apprécie particulièrement les conversations approfondies sur de
nouvelles théories.
Attitude professionnelle
Le besoin permanent qu’éprouve le Cinq de comprendre et
d’analyser les situations, en adoptant la posture de l’observateur,
s’applique également au contexte professionnel. Une
indispensable phase de réflexion précède toutes ses décisions,
qu’il prend de manière rationnelle. Comme toutes les occasions
sont prétexte à approfondir ses connaissances, il se fait très vite
connaître comme un expert de son domaine, d’autant que son
esprit curieux allié à son exceptionnelle capacité de
concentration et de synthèse facilite ses découvertes et ses
trouvailles.
Sa crainte de voir son énergie diminuer au contact des autres le
pousse à restreindre le temps et l’attention qu’il leur accorde.
Les contacts personnels l’épuisent et il apprécie d’être autonome
et indépendant dans son poste et de pouvoir ainsi s’isoler, même
s’il est tout à fait capable de s’impliquer et de travailler
intensément. Il a besoin de planifier son temps et les instants
qu’il accorde aux autres.
Il a avec ses collaborateurs des échanges précis et concis, aussi
neutres que possible, et il attend d’eux la même attitude. Les
démonstrations d’émotion le font fuir.
Un peu d’introspection
Le Cinq apprécie d’être seul et en sécurité dans sa citadelle
mentale pour manipuler ses observations et tenter de
comprendre le sens du monde. C’est à ce moment qu’il
s’intéresse à ce qu’il ressent vraiment, qu’il repense à ce qu’il a
pu dire ou faire dans la journée, aux personnes qu’il a côtoyées,
aux échanges qu’il a eus, aux instants agréables (ou non) qu’il a
vécus, et qu’il se laisse aller à des rêveries. Il apprécie ces
moments de solitude et ne s’ennuie pas. Ces plongées dans sa
vie intérieure lui permettent de se sentir très proche de personnes
avec qui il a pourtant un échange verbal minimal.
Le Cinq au prisme de
l’ennéagramme
L’apport au monde et sa
contrefaçon : l’image de soi
Apport au monde : la sagesse
La compétence principale du Cinq, ce qu’il apporte au monde,
c’est sa grande capacité à se concentrer pour approfondir ses
idées et ses connaissances, de façon à avoir une juste
appréciation des choses, à comprendre le monde qui l’entoure et
à l’expliquer avec précision. Le Cinq possède un don véritable
de sagesse, qui lui permet d’analyser et d’exprimer de façon
exacte et concise ce qu’il a observé et compris.
Image de soi : je sais, je comprends
Lorsqu’il est victime des automatismes de son ego, le Cinq
surjoue son rôle et perd son authenticité, en dénaturant sa
compétence. Pour échapper à la sensation de vide intérieur, il
cherche à accumuler des informations sur des spécialisations
quelquefois inutiles et de plus en plus arides, qui peuvent
l’amener à se détacher du monde réel.
Magali (type Cinq) : J’ai toujours aimé explorer les
connaissances et découvrir de nouveaux aspects des choses.
Toute petite déjà, les jouets m’ennuyaient, à l’exception des
cubes, des images et de l’observation de ce qui m’entourait, pour
essayer de comprendre le monde. Si je n’ai jamais eu envie de
« jouer à la poupée », j’ai découvert un univers que je
n’imaginais pas avec la lecture et je m’y suis précipitée. Pour
moi, tout est matière à apprendre, et ce n’est sûrement pas un
hasard si j’exerce aujourd’hui dans le domaine de la gestion du
savoir et de l’information. Quand je travaille sur des projets
complexes, où il y a beaucoup d’éléments à prendre en
considération, de scénarios possibles, j’ai l’impression de
visualiser le projet en 3D et je peux l’examiner sous tous les
angles. Avec mon esprit de synthèse, j’obtiens une vraie vision
panoramique, à 360 degrés. Le problème est qu’elle me donne
envie d’analyser dans le moindre détail et le plus loin possible
chacun des aspects. Comme cela n’a pas de fin, je suis obligée
de me restreindre, ce qui me frustre et la prise de décision
s’apparente à une tempête sous un crâne !
Évitement : le vide intérieur
Le Cinq utilise son centre mental pour comprendre son
environnement et prendre des décisions. Comme il considère
que le monde est exigeant et imprévisible, il se rassure en
accumulant des informations qui vont lui permettre de maîtriser
toutes les situations. Mais le monde de ses émotions lui fait peur,
et il craint que ces dernières ne viennent perturber ses réflexions.
Pour essayer de les réduire et de les mettre de côté, il focalise
son attention sur l’extérieur et réprime la totalité de son
fonctionnement intérieur, ce qui génère chez lui une sensation de
vide intérieur qui l’effraie.
L’ego du Cinq se construit donc en se persuadant que, pour
atteindre la sagesse, il lui faut à tout prix éviter cette sensation
de vide intérieur. Ce qu’il essaye de faire en comblant ce vide
par toujours plus de connaissances provenant de l’extérieur (qui
soient neutres émotionnellement).
Ce mécanisme égotique bien particulier, parfois difficile à saisir
pour qui n’est pas Cinq, est clairement expliqué par Fabien et
Patricia Chabreuil dans leur article « Le type Cinq et l’utilisation
extérieure du centre mental », sur le site de l’Institut français de
l’ennéagramme1.
Bruno (type Cinq) : Après ma journée de travail, je sens que les
interactions m’ont épuisé et j’ai comme une sensation de vide
intérieur. J’ai alors envie d’être en action mentale, mais en
restant dans ma bulle. J’ai pris l’habitude de me ressourcer en
jouant, après le dîner, à un jeu de stratégie en ligne ; il faut y
faire preuve d’ingéniosité et de savoir-faire et aller à la
recherche de stocks et de matières premières, en mettant en
place un système économique. Le jeu permet d’interagir avec
d’autres joueurs, de s’entraider et de former des guildes.
J’appartiens ainsi à une guilde d’une vingtaine de personnes,
mais les échanges ne m’intéressent pas. Je les salue en arrivant,
mais ne réponds jamais à leurs messages. Je ne suis pas là pour
me faire des copains ! Je me concentre sur le jeu et j’ai
l’impression que tous les rouages de mon cerveau se mettent en
marche, pour analyser la situation et choisir les meilleures
stratégies. Et cette impression me remplit. Ma femme a
longtemps pensé que j’étais addict à ce jeu, mais ce n’est pas
cela. C’est simplement le moyen que j’ai trouvé pour me
ressourcer, en m’évadant de façon intelligente, tout en restant
isolé.
Mécanisme de défense :
l’isolation
Lorsque le Cinq est confronté à une certaine panique intérieure
(lorsqu’il craint d’être incompétent, par exemple, ou qu’il est
face à un événement qui l’effraie), il écarte de son champ de
pensée les émotions qui lui semblent difficiles à vivre et qui
risquent de perturber ses réflexions et il les rend inconscientes. Il
peut ainsi se focaliser sur son activité intellectuelle, en se
dissociant de ses ressentis. On appelle ce mécanisme
« l’isolation ».
Il peut ensuite analyser – ou pas – ses émotions en différé et
avec détachement, lorsqu’il est en sécurité dans sa citadelle.
Prendre du recul lui donne la possibilité de conceptualiser ses
émotions et de réfléchir au comportement qu’il doit adopter,
pour avoir une attitude « normale » dans une situation donnée.
Denis (type Cinq) : Je suis parti l’an dernier en vacances à la
Réunion avec ma femme et, quelques jours après notre arrivée,
elle a ressenti des douleurs dans la poitrine, qu’elle a décidé
d’attribuer à la nourriture épicée. Ses douleurs m’inquiétaient et
ont fait ressurgir le souvenir de mon père, décédé d’une crise
cardiaque devant moi, quand j’avais 15 ans. Mais ma femme,
qui est de type Huit, avait décidé qu’elle n’avait rien de grave ;
et je sais que rien n’aurait pu la convaincre de consulter. J’ai
donc refusé de m’inquiéter pour quelque chose sur lequel je
n’avais pas prise, tout en restant vigilant sur l’évolution des
symptômes. Les derniers jours, l’intensité de sa douleur m’a fait
comprendre qu’il était temps de prendre les choses en mains. Je
me suis débrouillé pour arriver plus tôt que prévu à l’aéroport et
j’ai exigé qu’elle voie un médecin avant d’embarquer. Nous
sommes arrivés en dix minutes à l’antenne de SOS Médecins, où
ils lui ont fait trois électrocardiogrammes et une batterie
d’examens… avant de nous dire qu’elle était en pleine crise
cardiaque et qu’elle devait être opérée en urgence le lendemain
matin. Je suis resté d’un calme olympien et à aucun moment je
n’ai craqué, ni laissé monter la peur ou la panique. Je
réfléchissais à toutes les démarches à faire et j’affichais une
confiance que je n’étais pas sûr d’avoir. Je suis resté calmement
avec elle pour lui changer les idées, jusqu’à ce qu’elle soit prise
en charge. Ce n’est qu’a posteriori, quand je me suis trouvé seul
dans ma chambre d’hôtel, que j’ai pensé aux risques qu’elle
courait… et j’ai passé une nuit blanche !
La distorsion émotionnelle et
son antidote : la
restructuration émotionnelle
Distorsion émotionnelle : l’avarice
Lorsque le Cinq ressent la peur du vide intérieur, il se perçoit
comme incapable de se défendre dans le monde, qu’il voit
comme un lieu de privation et de rétention. Il est persuadé que
les interactions avec celui-ci vont le vider de ses ressources
physiques comme psychologiques. Il fait alors son possible pour
minimiser ses propres besoins et se réfugie dans son mental ; il
se replie sur lui et tente d’économiser ses ressources, en se
persuadant qu’il peut se passer de tout. Il est à ce moment
incapable de résister à une distorsion émotionnelle (ou passion)
qui va le dominer : l’avarice.
L’avarice du Cinq se manifeste avant tout par une avarice de luimême (de son temps, de sa présence, de son énergie) ou par une
rétention d’information. Le Cinq peut, par exemple, rationaliser
en se trouvant toutes les bonnes raisons de ne pas répondre à une
question, ou simplement omettre sciemment de donner certaines
informations, notamment si elles le concernent personnellement.
Mais l’avarice peut aussi s’étendre à l’argent.
Carole (type Huit) : Mon gendre Benjamin (type Cinq) nous a
aidés il y a quelques mois à emménager à une centaine de
kilomètres de la région parisienne, et c’est une fois installés que
nous nous sommes rendu compte, en comparant nos différents
opérateurs et nos smartphones, que nos portables captaient très
mal et que nous devions être en « zone blanche ». Certes,
l’ADSL me permettait d’accéder à Internet, mais je devais me
réfugier au fond du jardin pour pouvoir téléphoner, ce qui avait
le don de me mettre en rogne ! Je crois que tout mon entourage a
dû m’entendre râler et pester ! Et puis un soir, j’ai eu comme un
flash. J’ai appelé Benjamin, qui est ingénieur et grand geek
devant l’Éternel, et je lui ai demandé directement : « Dis,
Benjamin, aurais-tu une solution pour que je puisse téléphoner
depuis la maison ? » Ce à quoi il m’a répondu immédiatement et
très simplement : « Oui, bien sûr, comme vous avez un iPhone,
il suffit de le mettre en mode avion pour forcer la connexion au
wifi et du coup, il oubliera le réseau téléphonique qu’il capte
mal. » Il m’avait entendue râler cent fois et il avait dû faire des
recherches en amont pour trouver la solution à mon problème.
Mais il n’avait jamais pensé à me la donner. S’il avait été devant
moi, je crois que je l’aurais embrassé… avant de l’étrangler !
Restructuration émotionnelle : le
désintéressement
Quand le Cinq maîtrise sa peur du vide intérieur et qu’il se relie
à son essence, il éprouve une force qui lui permet de vivre la
restructuration émotionnelle (ou vertu) de son type : le
désintéressement. Il dépasse sa peur du monde extérieur et ose
se connecter aux autres et à l’environnement, en partageant sa
vie intérieure. Il prend conscience que l’Univers est riche en
ressources et qu’il est inutile de s’accrocher à celles qu’il
possède, comme de prendre plus que ce qui lui est nécessaire. Il
conçoit qu’il peut échanger une information sans en être
dépossédé pour autant et il accepte de donner librement ce qu’il
a reçu librement.
L’obsession cognitive et son
contrepoids : le mécanisme de
progression
Obsession cognitive : le
détachement
Lorsque le Cinq craint de se sentir démuni face au monde
extérieur, qu’il a peur de ne pas savoir répondre aux attentes de
ceux qui l’entourent, il est en proie à une obsession cognitive
(ou fixation) : le détachement. Il ressent alors un besoin
irrépressible de prendre du recul par rapport à une situation et de
se retirer, physiquement ou psychologiquement, en adoptant la
posture de l’observateur.
Ce besoin de détachement peut survenir au milieu d’une soirée
où tout se passe bien. Le Cinq détache son attention de ses
sensations pour observer la situation de l’extérieur, en étant
coupé de ses émotions. Il ressent généralement une envie
lancinante de retourner dans sa citadelle, pour être seul avec ses
pensées. Il peut alors trouver une excuse pour rentrer chez lui,
ou bien se mettre simplement en retrait des autres et se plonger
dans ses observations, présent mais sans être vraiment là.
Chloé (type Quatre) : Mon mari est de type Cinq et certains
week-ends, on se croise à peine. Il va et vient entre la maison et
le jardin, où il a « son » cabanon. Quelquefois, il me fait penser
à ces chats, qui ne rentrent chez eux qu’à l’heure des repas !
Dans ces moments-là, je sens chez lui un besoin vital de se
réfugier dans sa bulle, dans son monde à lui. Il s’installe dans la
cabane qu’il s’est appropriée, où il a plaisir à bricoler, il réfléchit
en jardinant, il revient surfer sur Internet, etc. Il est perdu dans
ses pensées et il est inutile de chercher à les partager. Mes
questions n’obtiennent que des réponses laconiques (À quoi
penses-tu ? À rien !), voire pas de réponse du tout. Pendant
longtemps, j’ai très mal vécu son besoin de s’isoler. Je me
sentais seule et délaissée, je me demandais ce qui clochait dans
notre relation et j’avais tendance à exiger des explications qui
dégénéraient en disputes, quelquefois violentes, pouvant
conduire à ce qu’on fasse chambre à part ! Mais l’ennéagramme
m’a permis de comprendre son fonctionnement de Cinq. Alors
que je me disais : « il n’a plus envie d’être avec moi », j’ai
compris que c’était seulement : « il a envie d’être avec luimême ». Et depuis que je l’accepte, notre relation est apaisée.
Mécanisme de progression : la
satiété mentale
Lorsque le Cinq se connecte à son essence, il surmonte son
obsession grâce à un mécanisme de progression (ou idée
supérieure) : la satiété mentale.
Dans l’essence, le Cinq passe du savoir à la sagesse. Il comprend
que l’acquisition des connaissances n’a de sens que s’il utilise
ces dernières pour agir et prendre sa place dans le monde. Il ne
réserve plus son énergie et son temps à sa propre survie et
abandonne sa soif insatiable de savoirs, car il peut discerner
quand il en sait assez sur un sujet. C’est par l’expérience
personnelle directe qu’il veut enrichir son savoir et il s’engage
avec bienveillance dans la construction de projets innovants
pour améliorer la société.
Figure 8-1 Récapitulatif des mécanismes de l’ennéatype Cinq.
Intégration et désintégration
de la personnalité
Lorsque le Cinq est connecté à son essence, c’est le « sage »
du groupe, de la famille ou de l’institution, disposant d’une
grande intuition et d’une bonne intelligence sociale. Sa capacité
à observer, à rester en dehors d’une situation, lui donne une
vision de l’ensemble du problème et lui permet d’en fournir une
synthèse parfaite, avec un point de vue original. Le Cinq met ses
grandes capacités mentales au service des autres et est capable
de s’engager pour une noble cause, au lieu de se contenter d’un
apprentissage empirique. Admettant l’absurdité de la vie, il est
capable d’avoir un sens de l’humour décapant.
Le Cinq dans sa routine s’intéresse aux autres, tout en gardant
ses distances. Il essaye d’en apprendre le plus possible, mais en
évitant de s’engager ou de participer. Ne comptant que sur lui et
sur ses connaissances, il défend son espace et on le voit à la
périphérie du groupe, participant de loin aux événements afin de
garder son autonomie. Il craint que les autres ne l’absorbent et le
vident de sa substance. Neutre, il évite les conflits et les
implications.
Le Cinq dominé par les mécanismes de son ego se protège à
outrance, gardant pour lui tout ce qu’il sait ou possède. Fermé au
monde réel et aux autres, incapable de se concentrer sur un sujet
puisque tout est bon à prendre, il accumule tout ce qui lui passe
sous la main « au cas où ». Cynique et procédurier, il s’isole et
se rend complètement insensible aux besoins ou aux droits des
autres afin de se protéger.
Outre ce mouvement d’intégration et de désintégration
« interne » (au cours duquel il se connecte à son essence ou est
dominé par son ego), le Cinq peut vivre par moments un
mécanisme d’intégration et de désintégration « externe » ; il
ajoute alors à ses caractéristiques les capacités ou les travers de
l’essence ou de l’ego d’un autre type, auquel il est relié dans le
schéma de l’ennéagramme. Ce mécanisme est décrit dans le cha
pitre 17 (page 293).
Quelques pistes pour évoluer
Pour réduire l’emprise de son ego et se connecter à son essence,
le Cinq doit arriver à distinguer, dans sa vie quotidienne, les
moments où il se coupe de ses émotions et où il fuit la réalité
pour se réfugier dans ses pensées et ses constructions mentales.
Il lui faut se reconnecter au monde et être présent à ce qu’il
ressent, pour s’ouvrir à lui-même et aux autres.
Plusieurs pratiques peuvent lui permettre d’évoluer.
Ressentir ses émotions dans
l’instant
Mal à l’aise avec les émotions, le Cinq a tendance à s’en
dissocier quand elles surviennent pour se concentrer sur ses
réflexions. Il préfère y repenser plus tard, lorsqu’il est seul et
qu’il se sent en sécurité. Mais ce faisant, il les intellectualise et
ne les perçoit pas réellement, car les émotions ne peuvent être
vécues que dans l’instant présent.
Plutôt que d’éviter vos émotions, apprenez à plonger en elles au
moment où elles surgissent, à les décrypter, à les comprendre et
à les aimer. Ce n’est pas en les supprimant que vous trouverez la
paix, mais en modifiant votre regard sur elles. Commencez par
vous questionner sur ce que vous ressentez ici et maintenant :
est-ce de la tristesse, de la colère, de la peur, de la joie ? Mettez
des mots sur votre ressenti. Puis identifiez le besoin qui y est
associé. Que pourriez-vous faire pour y répondre ? Sur qui
comptez-vous pour le satisfaire ? Entraînez-vous aussi souvent
que possible et vous parviendrez à apprivoiser vos émotions.
Renforcer son ancrage
Dès que le Cinq se sent dépassé, il a tendance à se couper de ses
sensations pour s’échapper dans son mental. Il joue avec les
idées et se plaît à les manipuler et à les associer sans fin. Ce
faisant, il se déconnecte de ses ressentis et perd le contact avec
son corps, ignorant ses propres besoins tels que la faim, la soif
ou la fatigue.
Concentrez-vous sur le moment que vous vivez et soyez attentif
à ce que vous faites à cet instant. Sortez du monde des pensées
et revenez dans le monde réel, corporel. Prenez conscience de
votre corps, dans son intégralité et soyez dans l’intention de
vous connecter à la terre, de vous enraciner. Prenez une
respiration profonde et, sur l’expiration, faites descendre votre
énergie dans votre corps, visualisez-la sortir de vos pieds et
s’enfoncer profondément dans la terre. À l’inspiration, ressentez
l’énergie de la terre qui passe par vos pieds et qui remonte en
vous. Pratiquez ainsi quelques respirations amples, puis écoutez
votre énergie intérieure. Que vous dit-elle ? Que ressent votre
corps ? Être enraciné vous aide à vous sentir profondément relié
à la terre et, par là même, à développer votre présence au corps,
pour être dans l’acceptation du moment présent.
S’ouvrir aux autres
La peur de l’intrusion du Cinq, sa tendance à s’isoler et sa mise
à distance des émotions le poussent souvent à limiter ses
échanges au seul plan informationnel. Il évite de communiquer
sur ses besoins, ses désirs ou ses sentiments, ne serait-ce que
pour ne pas se rendre vulnérable en admettant un manque. Mais
il réprime ainsi son intelligence émotionnelle et se coupe de la
bienveillance.
Apprenez à percevoir les moments sympathiques que vous vivez
au contact des autres dans la journée. Choisissez de les cultiver
et de les rendre plus intenses, en décidant par exemple de
partager une émotion vraie, tout en étant connecté à l’autre par
votre cœur. Soyez tendre avec vous-même et avec l’autre et
ressentez la qualité du lien que vous entretenez ainsi. Ne rendelle pas votre vie plus riche ?
1 https://www.enneagramme.com/Articles/1999/EM_9901_a3.htm
DANS CE CHAPITRE
Les filtres d’attention de l’ennéatype Six
•
La vie quotidienne du Six : motivations, relations
affectives, attitude professionnelle et introspection
•
Les mécanismes du Six quand il est dans son ego et
dans son essence
•
Quelques pistes pour abandonner ses automatismes
Chapitre 9
L’ennéatype Six : le maître de
la prévoyance
ous avons décerné à l’ennéatype Six le diplôme de Maître de
N
la prévoyance, car il a un talent particulier pour imaginer
intuitivement les risques potentiels d’une situation et pour
prendre en conséquence les décisions qui lui permettront
d’assurer de façon fiable la réussite de son projet.
Le Six pense que de nombreux dangers peuvent se cacher
derrière les apparences et il estime avoir sur le sujet une vision
plus lucide que celle de la plupart des gens. D’ailleurs, il se
méfie de ce qu’on lui dit et préfère vérifier par lui-même, en
passant beaucoup de temps à se documenter, pour se rassurer et
prendre les bonnes décisions. Cet état d’esprit génère néanmoins
une certaine anxiété, qui l’accompagne le plus souvent.
Comme il manque intrinsèquement de confiance en lui, il
structure sa vie autour de personnes en qui il croit et qui le
rassurent (sa famille, son entreprise, une communauté
particulière…). Il se sent lié à elles par un profond sentiment
d’appartenance et de loyauté, qui le sécurise et dont il est fier.
Pour garder solide le lien qui le relie à ces personnes, il respecte
scrupuleusement ses engagements et fait ce qu’il estime être son
devoir. Il s’appuie sur les règles et les codes de conduite de son
groupe – tant explicites qu’implicites – et fait en sorte que ceuxci soient observés par tous.
Ce qui caractérise l’ennéatype Six :
•
Apport au monde : la loyauté.
•
Image de soi : je suis loyal, je fais mon devoir.
•
Évitement : la transgression.
•
Désir profond : être en sécurité.
•
Peur profonde : être démuni.
Une intelligence mentale, pour
bien appréhender le monde et
se comprendre
Le Six est en permanence dans l’anticipation et, pour gérer le
futur, il a un besoin vital et constant d’informations. Ses
perceptions viennent le plus souvent du mental et lui permettent
de faire des choix, de prendre des décisions et de comprendre à
la fois son environnement extérieur et lui-même.
Il utilise en priorité son centre mental et il en exploite l’énergie
pour appliquer au monde qui l’entoure les modèles et
paradigmes qu’il a construits, mais aussi pour identifier ses
propres zones d’insécurité et se préserver des dangers qu’elles
signalent.
Lorsque cela fonctionne, le Six sait répondre à toutes les
questions qu’il se pose grâce aux informations qu’il a
accumulées, analysées et structurées. Mais par moments, en cas
de stress par exemple, son centre préféré ne fonctionne plus. Il
est alors coupé de son intelligence mentale, ce qui se traduit
notamment par des moments de « blancs », souvent
accompagnés par la sensation, particulièrement oppressante, de
ne plus savoir dans quelle direction il doit aller. Privé de son
GPS intérieur, il ne trouve plus ses mots, n’arrive plus à
synthétiser une idée, ou est envahi au contraire par une multitude
de pensées qui se croisent dans sa tête en quelques secondes et
perturbent la prise de décision.
Dans ces moments – parfois très courts – où le centre mental ne
répond plus, le Six a du mal à raisonner, ce qui le conduit à des
choix précipités, basés sur l’action ou sur des émotions comme
la colère ou la peur.
L’anxiété latente du Six
Comme tous les types du centre mental, le Six a une
problématique avec l’insécurité. Il ne s’agit pas ici d’une peur
contextuelle, comme d’une phobie des serpents ou des espaces
confinés par exemple, mais plutôt d’une inquiétude, d’une
anxiété naturelle qui le fait systématiquement imaginer toutes les
difficultés susceptibles d’arriver : la toiture qui fuit en cas
d’orage, l’accident de voiture sur la route, la maladie pendant les
vacances…
Le plus souvent, le Six ne vit pas cette inquiétude comme de la
peur. Imaginer le pire le rassure, au contraire, car en
l’envisageant, il se prépare à faire face aux problèmes. Il ne
réalise pas qu’en procédant ainsi, son imagination est
systématiquement tournée vers toutes les hypothèses
défavorables possibles et leurs conséquences. Et que si cette
peur reste généralement à l’état d’inquiétude, elle peut aussi se
transformer en angoisse et l’empêcher d’agir, face aux scénarios
catastrophe qu’il s’est représentés.
En fait, le Six a l’impression latente que, quelque part, un danger
peut le guetter. Cette hypothèse intérieure suffit pour déclencher
un vague sentiment d’insécurité, qui le pousse à être d’un naturel
méfiant et à rechercher autour de lui des évidences qui
confirment sa croyance ; alors, il scrute en permanence les
risques cachés, que ce soit dans son environnement ou dans les
gestes ou les paroles de la personne avec qui il discute…
Michel (type Six) : J’ai l’habitude d’organiser des voyages et
quand nous décidons avec ma femme (et quelquefois des amis)
de partir dans un pays lointain, c’est à moi que revient la
responsabilité de concevoir et de préparer le circuit. Cette phase
me prend toujours un temps infini, parce que je tiens à ce que
tout se passe bien et que je vérifie, recoupe et revérifie encore la
moindre information. Pour l’élaboration du circuit en lui-même
par exemple, je me pose mille et une questions. Je sélectionne
les points les plus intéressants et je vais vérifier la faisabilité de
mon projet en allant discuter avec les chefs de produits de
différentes agences de voyages. Comme on n’est jamais trop
prudent, je recoupe leurs informations en interrogeant des
forums de discussion touristiques, pour échanger avec des
voyageurs sur les difficultés qu’ils ont pu rencontrer. Quand la
date du voyage approche, j’ai régulièrement des insomnies au
cours desquelles mon esprit se focalise sur des problèmes
susceptibles d’advenir – du retard d’avion aux mouvements de
grève, en passant par les ennuis de santé ou le vol des devises –
et je me lève alors dans la nuit, pour noter des points de détail
que je veux vérifier… Bref, le voyage improvisé n’est pas ma
tasse de thé. Mon surnom dans la famille de ma femme est
« Ceinture et bretelles ». Je crois avoir compris pourquoi !
La vie quotidienne du Six
Motivation et organisation
Se décider… après avoir beaucoup
hésité
Utilisant le centre mental en priorité, le Six aime prendre des
décisions de manière logique, en se référant à ses modèles et
paradigmes. Il est conscient des doutes et inquiétudes qui
l’habitent et il a besoin de temps lorsqu’il doit faire un choix
important. Il lui faut en effet connaître et comprendre toutes les
données du problème, analyser les risques potentiels, prendre
avis et conseils auprès de ceux qui maîtrisent le sujet, hésiter
longuement, comparer, hésiter encore… avant d’arriver à
trancher.
Les nombreuses questions qu’il se pose (et qu’il pose aux
autres), la peur qu’il a de se tromper, ses fréquents doutes et
hésitations, peuvent retarder la prise de décision. Le Six passe
d’ailleurs quelquefois de l’envie d’agir selon son idée à la
remise en question de cette idée et la réflexion peut alors aller
jusqu’à remplacer l’action.
Mais en revanche, lorsqu’il sait précisément ce qu’on attend de
lui, ou lorsqu’il est conscient de ne pas disposer de temps, il est
en mesure d’agir rapidement et efficacement.
Se rassurer en s’adossant à des
« groupes »
Pour calmer son anxiété, le Six choisit en général de s’adosser à
des repères extérieurs en qui il a confiance et qui le sécurisent.
Bien sûr, sa famille est le plus souvent son principal point
d’ancrage. Mais le Six peut aussi se sentir profondément relié à
son entreprise (ou à un service de celle-ci), se dévouer pour une
communauté (religieuse, politique, etc.), s’investir dans un
groupe (associatif, sportif, etc.), ou même avoir comme repère
un mentor (un ami, un collègue, une personnalité, etc.), un
concept ou un projet.
Dans tous les cas, cette « entité repère », que l’ennéagramme
nomme le plus souvent « groupe », est un élément clé de sa
sécurité et le Six a pour lui un profond sentiment de loyauté. Il
s’attache au cours de sa vie à plusieurs groupes – parfois
simultanément – et il croit à ces repères sécurisants. Il n’hésite
pas à investir beaucoup de temps et d’énergie dans ses
engagements en pensant que cela lui vaudra un soutien mutuel,
qui renforcera sa sécurité. Il prend ses décisions en s’appuyant
sur son groupe et il fait tout pour entretenir le lien qui les unit…
du moins tant qu’il n’a pas le sentiment d’être trompé ou déçu
par lui. Auquel cas il n’hésite pas à le quitter, en éprouvant alors
un sentiment d’illégitimité absolue, qui renforce sa méfiance
naturelle.
Identifier le – ou plutôt les – groupe(s) auxquels le Six se sent
relié est donc un élément clé pour comprendre sa personnalité et
expliquer son comportement. La tâche est quelquefois plus ardue
qu’on ne le pense, car le Six peut accorder sa loyauté à des
groupes de natures très diverses, mais aussi parce que lui-même
n’est pas toujours conscient de l’allégeance qu’il leur porte…
Relations affectives
D’une façon générale, le Six se montre, tout au moins avec son
groupe, responsable et engagé dans ce qu’il entreprend ; il tient à
faire les choses « comme il faut ». Facilement dévoué, il
applique avec rigueur les règles telles qu’il les comprend et il
s’attache à ce que les autres fassent de même. Selon la nature du
groupe, il peut se montrer instinctivement méfiant vis-à-vis du
monde extérieur.
Un Six à deux visages, phobique et
contre-phobique
Le Six a la particularité de pouvoir avoir deux comportements
contradictoires, dont l’un est en général dominant.
Le Six phobique est conscient des peurs et des doutes qui
l’habitent et a besoin d’un cadre qui le rassure, en échange de
son engagement. Il se sent protégé par son groupe et veut en être
digne ; le plus souvent, il n’exprime pas sa peur et apparaît au
contraire comme amical et tourné vers les autres.
Le Six contre-phobique en revanche n’a pas conscience de la
peur qui le mène et a besoin de se confronter au cadre, plutôt
que de s’y soumettre. Il cherche à combattre ce qu’il redoute et,
par conséquent, il ne craint pas les disputes et est facilement sur
la défensive dans le dialogue. Il peut être obstinément téméraire
et braver les dangers.
D’une façon générale, le Six oscille entre les deux tendances,
avec l’une qui est majoritaire et la tendance inverse, qui apparaît
dans certains contextes, à certains moments de sa vie, ou avec
certains groupes.
Nicolette (type Six, généralement contre-phobique) : J’ai été
invitée cet été à partir quelques jours en vacances chez des amis,
qui avaient une maison au bord de la mer. J’ai beaucoup
apprécié cette escapade et ils m’ont ramenée dans leur voiture,
avec leurs enfants. C’est Thierry qui conduisait et, rapidement,
même en étant assise à l’arrière, j’ai remarqué qu’il dépassait
très allègrement les limitations de vitesse. Qui plus est, il avait
tendance à « coller » la voiture de devant et à klaxonner pour
forcer le passage. Comme ses filles avaient peur et que sa
femme ne lui disait rien, je suis montée au créneau. J’ai
commencé par lui dire qu’il roulait bien trop vite et qu’il était
irresponsable de conduire à cette vitesse, alors qu’il transportait
sa femme et ses enfants. Il a répondu qu’il maîtrisait
parfaitement son véhicule et que nous ne courrions aucun risque.
Le ton entre nous est monté crescendo et j’ai fini par le traiter de
chauffard, en l’assurant que jamais plus je ne voyagerai avec lui
au volant. Je serais descendue de voiture si j’avais pu, mais nous
étions sur l’autoroute. Bien sûr, ils m’avaient invitée et j’aurais
pu dire les choses autrement, en évitant de faire un esclandre
devant ses enfants. Mais j’étais vraiment furieuse contre lui,
furieuse de le voir transgresser à la fois le Code de la route et sa
responsabilité envers sa famille.
Relation à l’autorité
Du fait de son manque de confiance en lui, le Six a tendance à
surévaluer les personnes qui ont une autorité naturelle, qui
agissent et réussissent dans la vie et cette surévaluation influence
le regard qu’il porte sur elles : il surestime inconsciemment leur
pouvoir réel, et cela génère chez lui un désir d’approbation et de
protection.
Comme son besoin infiniment profond de sécurité le pousse à
rechercher cette sécurité à l’extérieur, il est enclin à idéaliser une
figure d’autorité qu’il respecte, auprès de qui il prend conseil,
qui le tranquillise et dont il suit scrupuleusement les décisions
(Six phobique).
Mais comme la sécurité n’est pas en lui, les doutes émergent vite
et avec eux, la peur de la menace extérieure ; il repère alors les
failles et les problèmes, met en doute la légitimité de la figure
d’autorité et tente de découvrir ses intentions cachées (Six
contre-phobique). Cela peut lui donner une attitude facilement
anti-autoritaire qui, conjuguée à son sens du devoir, le pousse à
prendre la défense des plus faibles. Le Six n’hésite pas en effet à
s’investir et se dévouer pour un ami, une cause… en adoptant
une position de sauveur ou de type « nous contre eux ».
Une relation de couple durable
Les doutes et les craintes qui habitent constamment le Six se
manifestent forcément lorsqu’il envisage de s’engager dans une
relation. La sécurité étant chez lui un sujet clé, il lui faut pouvoir
compter sur son partenaire de façon absolue et il peut avoir
besoin de temps pour accorder sa confiance.
Mais une fois qu’il l’a fait, il s’investit pour une relation qu’il
souhaite de longue durée. Sa loyauté le pousse généralement à
s’impliquer dans son couple et à prendre en charge de
nombreuses obligations familiales.
Bien sûr, les doutes reviennent souvent. Du fait de ses
inquiétudes permanentes, le moindre problème peut ainsi
remettre toute la relation en question. Il a donc régulièrement
besoin d’être rassuré sur l’engagement de son conjoint.
Attitude professionnelle
Comme il a besoin de repères, le Six apprécie un contexte
professionnel où il a une idée claire de ce qu’on attend de lui et
du cadre – formel ou non – à l’intérieur duquel il peut évoluer. Il
tient à ce que les tâches qui lui sont confiées soient définies avec
précision et préfère pour les mener utiliser des méthodes
traditionnelles qui ont fait leurs preuves.
Il investit facilement beaucoup d’énergie dans son travail et
s’applique à faire de son mieux, en respectant
consciencieusement les processus, tels qu’il les a compris. Il se
sent souvent relié à l’entreprise ou l’organisation qui l’emploie
et fait alors preuve d’une loyauté totale, à condition toutefois
qu’il ait confiance dans la direction. Sans quoi il n’hésitera pas à
manifester son opposition, notamment s’il estime que les
membres du personnel ont besoin d’être défendus.
Bénéficiant d’une bonne capacité d’analyse, le Six sait percevoir
les différents aspects d’une situation et détecte automatiquement
les risques potentiels d’un projet. Cette faculté lui permet
d’avoir intuitivement le sens de ce qui est possible et de ce qui
ne l’est pas. Ses craintes innées et sa façon d’envisager le pire le
font quelquefois percevoir comme quelqu’un de négatif ou de
pessimiste. Mais son anticipation lui permet justement de réagir
activement et efficacement lorsque des problèmes se présentent.
Un peu d’introspection
Au fond de lui, le Six manque de confiance et doute de ses
pensées et jugements, comme il peut douter du monde et des
personnes qui l’entourent. Il lui arrive d’imaginer que certaines
personnes ont des intentions cachées susceptibles de le mettre en
danger, et cela l’inquiète. Il est dans une quête permanente
d’assurance et de réassurance, car il craint de faire une faute qui
dégraderait ses relations avec son groupe.
Il a besoin de s’appuyer sur « quelque chose de sûr » qui
sécurise son environnement, que ce soit son foyer, une épargne
pour les incidents de parcours, un investissement pour la
retraite… et plus s’il peut les imaginer !
Son anxiété latente et son besoin permanent d’anticiper les
choses expliquent qu’il n’aime guère les imprévus ou les
changements soudains de programme, surtout s’il est plutôt de
type phobique.
Le Six au prisme de
l’ennéagramme
L’apport au monde et sa
contrefaçon : l’image de soi
Apport au monde : la loyauté
La compétence principale du Six, ce qu’il apporte au monde,
c’est sa loyauté. Elle se caractérise par le sentiment
d’engagement qu’il éprouve envers les personnes, les groupes ou
les croyances qu’il a choisis. Son « groupe » constitue pour lui
un repère pour lequel il se dévoue, et il se rassure en étant
soutenu et guidé par des valeurs comme la fidélité aux
engagements qu’il prend ou le sens de la communauté et des
responsabilités.
Image de soi : je suis loyal, je fais
mon devoir
Lorsqu’il est victime des automatismes de son ego, le Six
surjoue son rôle et perd son authenticité, en dénaturant sa
compétence. Pour éviter la transgression et s’assurer d’être
loyal, il s’attache à des croyances dictées par la peur, qui le
portent à croire que seul le groupe peut assurer sa sécurité.
Cela étant, le sentiment de loyauté est un concept que le Six a
souvent du mal à percevoir ; il est tellement naturel et imbriqué
à lui-même qu’il n’en est pas conscient car, pour lui, il va de soi.
Pour le repérer, il doit s’interroger sur les raisons qui expliquent
des réactions très fortes et irrationnelles ; c’est souvent le signe
qu’une loyauté est mise en danger.
Alice (type Six) : Je suis responsable de bibliothèque et j’ai
découvert ce matin, dans l’ordre du jour du conseil de faculté,
que le point « possibilité de vente de livres » – tâche qui me
concerne directement – allait être discuté. J’ai réagi sur l’instant
extrêmement violemment, jugeant qu’il était irresponsable
d’envisager une vente de livres dans le contexte sanitaire actuel.
Mon sang n’a fait qu’un tour car des loyautés contradictoires
étaient en jeu et elles allaient être, quoi qu’il en soit, mises à mal
par la décision :
•
loyauté vis-à-vis de mon équipe, d’abord, déjà débordée
de travail et qui n’avait pas le temps de gérer une telle
vente ;
•
envers les étudiants, ensuite, qui allaient prendre des
risques en allant « tripoter » des livres ;
•
vis-à-vis de mon employeur, car après tout cette tâche fait
partie de mon travail ;
•
et vis-à-vis de la croyance qu’il est nécessaire de tous
participer à l’effort national pour nous sortir de cette crise
sanitaire.
C’est la violence de ma réaction qui m’a fait prendre conscience
de ce qui était en jeu. Dans l’essence, en effet, je reste présente
et loyale au groupe, mais sans peur du rejet, avec courage et
confiance. Dans l’ego, les loyautés sont vécues comme
aliénantes, j’ai peur et je ne prends pas en compte la situation
réelle. C’est ainsi que j’ai estimé que la vente de livres mettrait
les étudiants en danger. Après tout, peut-être pouvait-elle être
organisée en respectant toutes les consignes sanitaires, ce qui
serait de plus pour eux l’occasion de se réjouir ! Prendre
conscience de ce mécanisme m’a permis de me raisonner, et
d’envisager un compromis : je ne veux pas prendre en charge
cette vente, mais si d’autres veulent le faire, je ne m’y opposerai
pas.
Évitement : la transgression
Le Six a besoin de son centre mental pour comprendre les
conséquences de ses choix et décisions. Pour pallier les
moments où il en est coupé, il se relie à un groupe qui le protège
et donne une structure à son existence. Aussi a-t-il une peur
inconsciente d’être rejeté par ce groupe.
L’ego du Six se construit en s’efforçant d’éviter ce qui peut
briser le lien entre le Six et le groupe auquel il est rattaché. Le
Six cherche donc par-dessus tout à éviter la transgression : il
tend inconsciemment à respecter scrupuleusement les règles,
codes, principes… qui régissent la vie du groupe, quitte à
chercher aussi ce qui est implicite ; bref, il s’abstient de
provoquer tout ce qui, selon lui, peut le faire mal voir par les
membres du groupe.
Cet évitement s’étend également aux personnes ; autrement dit,
le Six dans son ego fuit les personnes qu’il juge transgressives.
Et il est par ailleurs très attentif à ce que les règles de son groupe
soient également bien respectées par les autres membres de
celui-ci.
Santiago (type Six) : J’ai souvent l’occasion de voyager dans
des pays d’Amérique latine et j’apprécie d’autant plus ces
voyages que l’espagnol est ma langue natale. Cela simplifie les
échanges, même s’il y a des différences dans la façon de
s’exprimer entre les pays. À titre d’exemple, en Espagne nous
utilisons une forme de tutoiement au pluriel qui nous est propre
et qui dénote en Amérique latine. Plus gênant, certains mots qui
sont très courants en espagnol, comme le verbe « prendre », ont
une connotation sexuelle au Mexique et en Argentine, faisant
planer une gêne quand nous les utilisons en toute innocence. Je
m’efforce donc de ne plus les utiliser, même en Espagne ! Lors
de notre dernier voyage au Mexique, ma femme m’a fait prendre
conscience que je mettais du temps à formuler mes pensées.
Nous étions avec des relations professionnelles qui connaissaient
nos origines espagnoles et qui ne se seraient probablement pas
formalisées si j’avais utilisé le verbe « prendre » ou si je les
avais tutoyées. Mais, voulant à tout prix éviter de créer des
obstacles dans notre relation, je cherchais des synonymes pour
éviter d’utiliser les mots interdits. Je crois que, inconsciemment,
je craignais aussi que les mauvais souvenirs laissés par la
colonisation espagnole au Mexique influencent nos contacts et
qu’ils portent d’emblée un regard négatif sur moi. Cette crainte a
probablement renforcé mon besoin de m’adapter…
Mécanisme de défense : la
projection
Lorsque le Six craint d’être rejeté par son groupe et qu’il veut
maintenir son image de personne loyale, il se défend en
attribuant inconsciemment aux autres ses propres peurs, pensées,
émotions, doutes, etc., qu’ils soient positifs ou négatifs. Ce
mécanisme de défense est appelé « la projection ».
Le plus souvent, la projection se fait car le Six n’ose pas
conscientiser son ressenti, par peur de déplaire ou par crainte
que le groupe ne le lâche. Il attribue alors en toute bonne foi à
l’autre des pensées qu’il n’a pas et, ce qui est pire, des intentions
qui peuvent n’exister que dans son imagination conduite par la
peur. Il peut aussi projeter sur l’autre ses propres goûts ou
émotions, en étant persuadé que ce dernier les partage, dans le
but inconscient de créer un lien imaginaire et se rassurer.
La projection n’est bien sûr pas propre au Six et nombreux sont
ceux qui, inconsciemment, prêtent par moments leurs propres
émotions à leurs relations. Mais chez le Six, ce mécanisme est
plus fréquent, car systématique dès qu’un risque de transgression
existe.
La projection est sans doute le mécanisme de défense le plus
inconscient de l’ennéagramme, et donc l’un des plus difficile à
repérer.
Aimée (type Six) : J’ai longtemps travaillé avec Catherine, de
type Huit et j’appréciais sa fougue, sa forte personnalité et son
dynamisme. Elle est devenue une amie et, pendant une période,
nous avons souvent partagé nos loisirs, entre vacances et sorties
culturelles. Puis j’ai pris ma retraite et j’ai passé davantage de
temps avec mes petits-enfants. J’ai moins vu Catherine et cela
m’a peinée. J’ai longtemps été persuadée qu’elle me délaissait
car je ne l’intéressais plus, parce que j’étais devenue une
retraitée s’occupant de ses petits-enfants, que je n’avais plus
grand-chose d’intéressant à dire à la femme d’affaires qu’elle
était toujours et, qu’en plus, je lui renvoyais une image de ce
qu’elle ne voulait surtout pas devenir. J’ai été persuadée de
cela… jusqu’à ce que je découvre l’ennéagramme. J’ai alors
compris que les idées que j’attribuais à Catherine étaient en fait
une magnifique projection de mes peurs et de mes craintes par
rapport à la retraite et que j’étais allée jusqu’à lui attribuer une
« projection fantasmée » qu’elle n’avait jamais eue. En prendre
conscience a permis d’apaiser bien des tensions dans notre
relation.
La distorsion émotionnelle et
son antidote : la
restructuration émotionnelle
Distorsion émotionnelle : la peur
Pour rester loyal à ses « groupes », le Six cherche à tout prix à
en respecter les règles telles qu’il les comprend, quitte à aller
trop loin dans leur identification. Lorsque son ego craint de ne
pouvoir les suivre, il est alors incapable de résister à une
distorsion émotionnelle (ou passion) qui le domine : la peur.
Pour autant, le Six ne reconnaît pas forcément sa peur. Il peut se
sentir inquiet, stressé, tendu ou oppressé, en colère ou déprimé,
se réveiller la nuit ou éprouver une pression dans la poitrine,
sans pour autant y voir de la peur. Celle-ci se traduit par un souci
constant de l’insécurité et des éventuels problèmes à venir ou
par des anxiétés à propos des autres. Inconsciemment, il imagine
une menace mineure et l’amplifie au point d’en faire un danger
terrible (et si…?). Ses craintes sont donc basées sur une
possibilité qui ne peut être totalement réfutée, ce qui les rend
difficile à apaiser. Cette peur peut le pousser à rechercher la
sécurité de façon quelquefois rigide (Six phobique) ou au
contraire à être en quête d’aventures hors des sentiers battus (Six
contre-phobique).
À noter : le Six partage avec le Un la particularité d’avoir
comme passion l’émotion, caractéristique de son centre préféré
(la peur pour le Six, la colère pour le Un).
Clémence (type Six, généralement phobique) : Je crois qu’au
fond de moi, un sentiment d’anxiété est tapi et peut se réveiller à
tout moment. D’ailleurs, ma famille me surnomme « la mère La
Panique », parce que j’ai constamment envie de dire « fais
attention ! » J’essaye de me contrôler car je suis bien consciente
que je peux plonger mes enfants dans l’angoisse, ou à l’inverse
dans l’intrépidité, parce qu’ils ont envie de me prouver que ma
crainte est absurde. L’une de mes filles vit par exemple à la
campagne et devant chez elle, le terrain descend de façon
abrupte. Elle a eu des jumelles et dès qu’elles ont commencé à
marcher, je me suis inquiété du fait qu’elles risquaient de tomber
dans ce trou. Je voulais qu’elle mette un grillage. Mais je crois
que ma fille s’est construite « contre » mon attitude et essaye au
contraire d’autonomiser ses enfants en les responsabilisant. En
fait, quand je suis avec elle, je dois faire un gros effort pour ne
pas prendre les choses en main et « sécuriser le territoire » ; j’y
renonce car ce serait l’infantiliser. Et puis je suis déjà
suffisamment cataloguée par mes petites-filles qui, dès qu’on
sort, partent en riant et en criant : « Mets-ta-cagoule »…
Restructuration émotionnelle : le
courage
Lorsque le Six se connecte à son essence, il éprouve une force
qui lui permet de vivre la restructuration émotionnelle (ou vertu)
de son type : le courage. Il est alors dans la réalité du moment
présent et ne se laisse plus envahir par les difficultés imaginaires
qui l’angoissent. Il assume la responsabilité de ses propres
pensées et croyances, comme de ses décisions et actions. Sa peur
disparaît et il se sent solide et soutenu, en accord avec son moi
intérieur, ce qui le remplit d’un courage infini. Il ne s’agit pas ici
de la témérité qu’il manifeste quelquefois pour combattre sa
peur, mais d’une émotion forte qui est profondément ancrée et
ne laisse pas de place à l’anxiété. Il a le courage d’être et est
guidé par sa boussole intérieure.
L’obsession cognitive et son
contrepoids : le mécanisme de
progression
Obsession cognitive : le doute
Lorsque l’ego du Six se sent en danger, il est en proie à une
obsession cognitive (ou fixation) : le doute. Il projette ses
schémas mentaux dans la réalité présente et il se sent déstabilisé
si les deux ne sont pas cohérents, a fortiori dans les moments où
il est coupé de son intelligence mentale. Son GPS intérieur ne
fonctionne plus et il est envahi par l’incertitude.
Il doute à la fois de lui-même, de ce qu’il pense et des choix
qu’il envisage de faire, mais aussi des autres, en étant sceptique
sur leurs propos et en se méfiant de ce qu’ils pensent de lui. Il
craint de se fier à ses propres jugements et se sent vulnérable et
facilement blessé. C’est souvent auprès d’une personne « de
référence » qu’il cherche alors la clé qui lui manque.
Antoine (type Six) : J’ai décidé cet été d’acheter un barbecue,
pour que l’on puisse dîner sur notre terrasse. J’ai commencé par
disséquer l’offre et analyser les avantages et inconvénients des
différents produits, puis je me suis rendu dans plusieurs
magasins pour avoir l’avis des vendeurs sur celui que j’avais
repéré, car je voulais être rassuré sur mon choix. L’un des
magasins liquidait justement son stock et offrait en promotion,
en complément de l’appareil, une housse de protection et des
ustensiles de cuisine. Avant de prendre le dernier carton
disponible, j’ai voulu vérifier que les « cadeaux promotionnels »
étaient bien insérés dans celui-ci. Le vendeur me l’a confirmé en
validant l’information sur son poste informatique, mais cette
affirmation ne m’a pas suffi. Je sais bien que les erreurs de
conditionnement, ça existe ! J’ai insisté pour pouvoir vérifier par
moi-même le contenu du carton, qui était scellé. Le vendeur m’a
regardé avec des yeux ronds mais, comme j’ai tenu bon, il est
allé chercher un cutter pour l’ouvrir ; j’ai pu déballer tout son
contenu… qui était bien complet. Je suis parti rassuré.
Mécanisme de progression : la
confiance
Connecté à son essence, le Six surmonte son obsession grâce à
un mécanisme de progression (ou idée supérieure) : la confiance.
Il quitte alors ses mécanismes égotiques, cesse de douter des
autres et de lui-même et se sent empli d’assurance. Il ne
recherche plus les appuis extérieurs mais croit en ses propres
ressources, qu’il utilise. Il est capable de générer des plans
d’urgence en cas de problème, comme de remettre en question et
contester un statu quo. Il ne se laisse plus envahir par le doute et
la suspicion et accorde aux autres une confiance réaliste. Cette
confiance lui permet de ne pas perdre pied quand son GPS
intérieur n’est pas disponible et il est à même de chercher son
chemin avec assurance.
Figure 9-1 Récapitulatif des mécanismes de l’ennéatype Six.
Intégration et désintégration
de la personnalité
Lorsque le Six est connecté à son essence, il apprend à se faire
confiance et à ne plus douter des autres. Il est sûr de lui, solide,
apaisé et courageux. Il abandonne son obsession de la sécurité et
sait agir de manière décidée et efficace. Il travaille de façon
responsable, dans le calme et la sérénité, tout en prenant la vie
moins au sérieux.
Le Six dans sa routine est loyal, respectueux des règles et fidèle
à ses principes. Tant que son milieu le protège, on peut compter
sur lui, mais s’il doit faire face à un imprévu ou qu’il craint
qu’un comportement transgressif menace la sécurité du groupe,
il devient sourcilleux et intolérant. Facilement anxieux et
pessimiste, il réfléchit au lieu d’agir et a tendance à la
procrastination.
Le Six dominé par les mécanismes de son ego devient de plus
en plus inquiet et peut arriver à agir de manière désordonnée et
irrationnelle. Il perçoit les autres comme un danger et vit entouré
de menaces imaginaires. Il cache son manque d’assurance
derrière l’agressivité ou l’abattement, et peut déployer une
activité frénétique comme sombrer dans l’indécision et
l’immobilisme.
Outre ce mouvement d’intégration et de désintégration
« interne » (au cours duquel il se connecte à son essence ou est
dominé par son ego), le Six peut vivre par moments un
mécanisme d’intégration et de désintégration « externe » ; il
ajoute alors à ses caractéristiques les capacités ou les travers de
l’essence ou de l’ego d’un autre type, auquel il est relié dans le
schéma de l’ennéagramme. Ce mécanisme est décrit dans le cha
pitre 17 (page 293).
Quelques pistes pour évoluer
Pour réduire l’emprise de son ego et se connecter à son essence,
le Six doit arriver à reconnaître, dans sa vie quotidienne, les
moments où son attention se dirige naturellement vers les
risques potentiels d’une situation.
Il lui faut distinguer les vrais dangers de ceux qui sont seulement
plausibles ou imaginaires et s’exercer à aller vers la peur et le
doute. Il apprendra alors à les traverser, sans les fuir ni les défier,
et pourra ainsi se faire confiance.
Plusieurs pratiques peuvent lui permettre d’évoluer.
Plonger dans l’inconnu
Parce que ce qui est connu est toujours rassurant, le Six
s’installe facilement dans une routine qui le sécurise, mais lui
fait craindre dans le même temps l’imprévu et le changement. La
peur le pousse à rester dans sa zone de confort et le prive par là
même de découvertes enrichissantes.
En sautant sciemment dans l’inconnu, vous choisissez de
privilégier ce qui est difficile et inconfortable et de dépasser vos
peurs, pour vivre une expérience nouvelle. C’est le pari du
courage, car vous acceptez de quitter la sécurité pour vous
aventurer en terres inconnues. Cette impulsion vous permettra
d’apprivoiser une nouvelle manière de penser, de réfléchir, mais
surtout d’agir.
Rester serein dans
l’incertitude
L’esprit de doute est tellement habituel chez le Six que la
moindre incertitude lui fait envisager, automatiquement, les plus
mauvaises hypothèses. Cette activité mentale génère une anxiété
sous-jacente qui le rend moins efficace pour faire face aux défis
qui se présentent.
Apprenez à faire davantage confiance à la vie, aux autres et à
vous-même. Repérez les moments où vous réfléchissez aux
problèmes éventuels par simple réflexe et recentrez votre
attention sur des expériences positives authentiques. Prenez
conscience que si un problème se présente, vous saurez de
nouveau y faire face et trouver en vous les ressources
nécessaires pour l’affronter et le dépasser.
Développer la présence au
corps
Chroniquement inquiet, le Six n’a généralement pas conscience
d’être gouverné par la peur et le scepticisme. Constamment, il
envisage les moyens de faire face aux éventuelles difficultés ou
oppositions. Mais en restant centré dans sa tête, il laisse la peur
l’envahir et remplace quelquefois l’action par la réflexion.
Pour ne pas laisser vos pensées vous diriger, centrez votre
attention sur votre corps. Soyez attentif à vos sensations
physiques, en étant ancré dans le « ici et maintenant », sans
réagir à d’éventuels sentiments d’anxiété. Votre activité mentale
sera ainsi contrebalancée et vous aurez d’autres repères auxquels
vous identifier. En pratiquant régulièrement une activité
physique, vous aiderez par ailleurs votre corps à se mettre
instinctivement en mouvement et à être dans l’action juste, avec
un mental apaisé.
DANS CE CHAPITRE
Les filtres d’attention de l’ennéatype Sept
•
La vie quotidienne du Sept : motivations, relations
affectives, attitude professionnelle et introspection
•
Les mécanismes du Sept quand il est dans son ego et
dans son essence
•
Quelques pistes pour abandonner ses automatismes
Chapitre 10
L’ennéatype Sept : le maître
des idées
ous avons décerné à l’ennéatype Sept le diplôme de Maître
N
des idées, car il manipule les idées avec talent, notamment pour
inventer des expériences réjouissantes, qu’il vit par anticipation.
Curieux et touche-à-tout par nature, il aime profiter de ce que la
vie lui apporte et il s’emballe facilement pour ce qu’il découvre.
Il a d’ailleurs un don particulier pour vivre sa vie de façon
joyeuse et optimiste, et pour partager sa gaieté et son
enthousiasme avec ceux qui l’entourent. Idéaliste et enjoué, il a
l’art de rassembler autour de lui car il aime rire et faire rire, en
faisant preuve parfois d’un humour mordant et dévastateur.
Pour rendre sa vie passionnante et excitante, le Sept s’intéresse à
tout ce qui peut lui procurer du plaisir. Le monde est pour lui
une porte ouverte vers l’aventure et il compte bien explorer
toutes les pistes qui l’attirent, sans se laisser contraindre par les
règles ni par les difficultés. Il est à l’affût des expériences, qu’il
aime par-dessus tout nouvelles et stimulantes. Lorsqu’il ne peut
les réaliser sur le moment, il les conçoit grâce aux ressources
inépuisables de son imagination et il les savoure comme si elles
étaient réelles. Mais goûter à une nouvelle source de plaisir lui
donne envie d’en user et d’en abuser jusqu’à l’excès.
Cette recherche compulsive de plaisirs cache en fait une peur
d’affronter la souffrance, celle des autres bien sûr, mais avant
tout la sienne. Le Sept masque son anxiété par une activité
continue qui l’étourdit et qui le pousse à inventer des futurs
possibles. Il se rassure en imaginant des scénarios différents
pour chaque situation, véritables solutions de repli lui offrant la
possibilité d’abandonner sans regrets un contexte difficile.
Ce qui caractérise l’ennéatype Sept :
•
Apport au monde : l’enthousiasme.
•
Image de soi : je suis heureux, je suis optimiste.
•
Évitement : la souffrance.
•
Désir profond : être heureux.
•
Peur profonde : être privé.
Une intelligence mentale, pour
multiplier les satisfactions
Comme le Cinq et le Six, le Sept est en permanence dans
l’anticipation. Ses intuitions viennent du mental et lui
permettent, grâce aux informations qu’il a accumulées,
analysées et structurées, de faire des choix et de prendre des
décisions pour vivre sa vie comme il l’entend.
Il utilise en priorité son centre mental et en exploite l’énergie
pour imaginer, inventer et planifier des projets, de façon à se
créer une réalité aussi enthousiasmante que possible. Selon ses
inclinations, il peut multiplier les occasions de réjouissance entre
amis, dévorer les livres, se noyer dans la musique, s’adonner aux
plaisirs de la table – sans oublier ceux de la chair –, s’enivrer de
tout… Bref, le Sept est souvent un épicurien, un hédoniste, ou à
tout le moins un gobichonneur (d’après le CNRTL : « personne
gourmande, qui aime festoyer ; personne qui mène joyeuse
vie »).
Cela étant, si la version « épicurienne » du Sept est la plus
courante, il existe aussi dans sa version « stoïcienne » : la
motivation est toujours la même – éviter la souffrance – mais il y
parvient en réduisant ses envies, afin de ne pas être confronté à
la frustration.
Jouer à éviter la souffrance
À l’instar des autres types du centre mental, le Sept a une
problématique avec l’insécurité. Il s’agit pour lui essentiellement
d’une peur que les autres viennent contrarier l’exécution des
plans qu’il imagine intérieurement et génèrent ainsi une
privation qu’il reçoit comme une souffrance. Le Sept est bien
conscient de son anxiété, mais ne la laisse pas transparaître aux
autres. Au fond de lui, il craint en effet qu’en l’affichant il fasse
fuir ses proches. Et puis la vie est trop courte pour se lamenter !
Il veut croire que la souffrance n’existe pas vraiment – ou du
moins qu’elle n’est jamais nécessaire – et il pense toujours
pouvoir réussir à l’éviter. Il donne ainsi l’impression de jongler
pour échapper à toute privation et ne retenir que les meilleurs
aspects de la vie.
Pauline (type Sept) : C’est un fait certain que je cherche à
éviter la souffrance et que je fais tout pour ne pas la voir. Et
lorsque je dois la côtoyer, j’essaye que notre rencontre soit le
plus gaie possible. Avec un groupe d’amis, j’ai accompagné il y
a peu une proche qui était en fin de vie. Nous avons fait en sorte
de nous relayer pour lui permettre de bénéficier de
l’hospitalisation à domicile. Et pendant plusieurs mois, nous
l’avons assistée en organisant nos emplois du temps respectifs,
pour qu’elle ne soit presque jamais seule. Je crois que lors de
chaque soirée que j’ai passée avec elle, il y avait de la joie, car
tout était prétexte au rire. Même lorsque l’on abordait le sujet de
la mort, ça se terminait en rigolant. Alors qu’elle arrivait encore
à marcher un peu, je l’ai emmenée faire un tour en province et
l’allure de notre tandem m’avait rendue hilare : elle était
tellement maigre que j’avais l’impression d’être accompagnée
d’un squelette habillé. Mes remarques lui avaient fait piquer un
fou rire. Quand elle est décédée, nous nous sommes tous
retrouvés dans son appartement pour finir les fonds de bouteille
qu’on n’avait pas eu le temps de vider avant ! Jamais je n’ai eu
l’impression de « souffrir » dans cette période. Au contraire. Car
nous nous retrouvions régulièrement à plusieurs et tout était
prétexte à rire, boire et manger ! La souffrance n’est venue
qu’après, quand j’ai dû faire face à son absence.
La vie quotidienne du Sept
Motivation et organisation
Souvent plein d’énergie, le Sept veut avant tout jouir de la vie. Il
sait que les façons de vivre intensément sont infinies et il compte
bien les découvrir. Aussi refuse-t-il le plus souvent d’être freiné
dans ses explorations, de quelque manière que ce soit.
D’ailleurs, d’une façon générale, il déteste les règles, les
obligations, la routine et tout ce qui lui donne l’impression d’être
contraint,
car
l’enfermement
–
physique
comme
psychologique – lui fait littéralement horreur.
Le cruel dilemme du choix
Déterminé à vivre autant d’expériences que possible, le Sept a
souvent des difficultés à prendre des décisions. Inconsciemment,
il fait sienne la citation d’André Gide : « Choisir, [c’est]
renoncer pour toujours, pour jamais, à tout le reste et la quantité
nombreuse de ce reste [demeure] préférable à n’importe quelle
unité. » (Les Nourritures terrestres).
Écarter une possibilité lui est donc douloureux car, ce faisant, il
élimine les milliers de conséquences en chaîne possibles, dont
certaines sont à coup sûr extraordinaires. Choisir lui rappelle
qu’il ne peut pas tout avoir et l’oblige à gérer une frustration
qu’il a généralement du mal à supporter.
Et puis choisir, c’est aussi s’engager, et prendre la responsabilité
de faire un mauvais choix et de se retrouver dans une situation
qu’il n’apprécie guère. Aussi le Sept s’arrange-t-il toujours pour
multiplier les échappatoires, en imaginant des sorties de secours
à emprunter en cas de difficulté.
Des échappatoires en abondance
Le Sept construit sa vie en inventant des futurs possibles et
entretient de multiples plans de secours pour tout ce qu’il
entreprend. Il peut choisir, par exemple, d’accepter une
opportunité qui se présente alors même qu’il est déjà engagé
ailleurs ; cela lui permet à la fois de ne pas renoncer à une
occasion de se divertir et de disposer d’un plan alternatif pour
s’échapper plus vite, si l’une des options s’avère pénible. C’est
une habitude qu’il applique inconsciemment pour les
engagements qu’il prend, et qui lui donne l’impression d’être
libre.
C’est aussi pour ces raisons qu’il multiplie les activités. Le Sept
s’intéresse à tout, pourvu qu’il en tire du plaisir ! Il préfère
s’enthousiasmer
parallèlement
–
mais
souvent
superficiellement – pour des sujets divers et variés, plutôt que de
se spécialiser sur l’un d’entre eux. C’est un moyen pour lui de
fuir l’ennui, et c’est aussi une façon de se cacher – et de cacher
aux autres – certaines incompétences tangibles. Manquant
quelquefois de confiance en lui-même, il fuit son sentiment
d’incapacité en se réfugiant derrière son image de brillant
touche-à-tout. Mais la diversité de ses centres d’intérêt comme
la rapidité avec laquelle il passe de l’un à l’autre laissent parfois
une impression d’amateurisme.
La conception comme passe-temps
Privilégiant le centre mental, le Sept sait manier les idées, les
rapprocher et les synthétiser de façon créative. Il a une vraie
capacité à porter son attention sur plusieurs points en même
temps et à faire des associations fulgurantes entre des sujets sans
rapport entre eux. On dit d’ailleurs de lui qu’il a un « esprit de
singe » pour désigner sa pensée, qui saute extrêmement
rapidement d’une idée à l’autre.
Mais son mental toujours en action le pousse à concevoir sans
cesse des plans, quitte à promettre quelquefois la lune. Comme il
ne veut rien manquer, il lui arrive d’accepter des projets sans
être certain de pouvoir s’y engager et sans s’inquiéter outre
mesure des conséquences d’une éventuelle annulation. D’une
façon générale, le Sept s’investit tant qu’un sujet l’amuse. Et il y
a tant de choses passionnantes qui l’attendent !
Relations affectives
Le Sept est le plus souvent quelqu’un de très sociable, plein
d’humour, capable de rire et de jouer comme un gamin. Ne rien
prendre au sérieux est sa manière de vaincre la peur que ses
anxiétés intérieures lui inspirent.
La panoplie du blagueur insouciant
Fondamentalement optimiste, le Sept a un don pour propager sa
joie de vivre autour de lui ; il est généralement perçu comme
quelqu’un de festif et insouciant, aimant rire et plaisanter. À la
fois charmeur, enthousiaste et blagueur, il met de l’ambiance
dans les réunions amicales comme professionnelles, et n’hésite
pas à lancer des discussions sur les multiples sujets qui le
passionnent, avec une vision à la fois stimulante et réjouissante.
Sa tendance à ne voir systématiquement que le verre « à moitié
plein » le pousse cependant parfois à relativiser les vrais
problèmes et à les esquiver, car il fuit le mal-être. Si l’un de ses
proches traverse un moment difficile, il s’efforcera de le divertir
pour l’aider à oublier ses soucis, plutôt que de l’écouter et tenter
de l’apaiser. Les moments dramatiques peuvent d’ailleurs
provoquer chez lui une envie presque incontrôlable de souligner
l’absurdité de la situation, ou de rire pour minimiser son
intensité.
En couple : un parfait compagnon
de jeux
D’une façon générale, le Sept évite, autant que faire se peut, de
s’engager sur le long terme et cet évitement s’applique a fortiori
lorsqu’il s’agit de nouer une relation de couple. Par peur de
l’ennui notamment, il a du mal à restreindre sa relation
amoureuse à une personne, quand tant d’autres aventures
l’attendent peut-être…
Lorsqu’il s’implique, en revanche, il s’engage dans une relation
où la joie de vivre doit être présente. Il aime poursuivre à deux
les activités qu’il faisait seul jusque-là, imaginer des projets avec
son partenaire, en réaliser quelques-uns, le faire rire souvent et
partager les moments de joie. S’il s’avère habile à remonter le
moral de son conjoint lorsque celui-ci en a besoin, il peut avoir
tendance à ne pas remarquer ses besoins et ses attentes, et à
esquiver les soucis du quotidien, en se disant qu’ils finiront bien
par s’arranger.
Attitude professionnelle
La bonne humeur et l’enthousiasme naturels du Sept font de lui
une personne ouverte aimant rassembler ses collaborateurs, aussi
bien pour partager des idées que pour fêter un événement.
Le Sept aime donner libre cours à son imagination et, à ce titre,
il apprécie particulièrement d’avoir à réfléchir aux futurs
possibles d’un projet, d’une équipe ou d’une organisation. Le
brainstorming l’amuse et son enthousiasme le pousse à innover
et à multiplier les propositions. La compétition le motive et il
peut travailler intensément en menant plusieurs projets de front.
Mais si le Sept aime initier un projet pour lui donner vie
rapidement, il se déconcentre et se démotive facilement
lorsqu’arrive la phase de mise en œuvre – et les problèmes qui
vont souvent avec !
Comme il a une haute idée de lui-même et qu’il est convaincu de
la supériorité de ses idées, ses relations avec la hiérarchie sont
quelquefois difficiles. Il se place sur un pied d’égalité avec elle
et il utilise son charme pour la séduire intellectuellement. D’une
façon générale, il aime être indépendant et autonome, et ne
supporte pas qu’on porte atteinte à ses libertés, ou qu’on lui
dicte ce qu’il doit faire. Le travail est pour lui un jeu et ses
tâches doivent l’amuser. S’il se sent enfermé dans des processus
rigides et routiniers, sa productivité risque fort d’en pâtir.
Le Sept aimant travailler dans une atmosphère gaie et optimiste,
ses relations avec ses collaborateurs sont en général très
cordiales, du moins quand ces derniers s’impliquent et adhèrent
à ses idées. Il tient à ce que ses pairs aient une bonne image de
lui et supporte mal la critique. En revanche, manager ne
l’intéresse guère, car il juge les responsabilités trop
contraignantes.
Un peu d’introspection
Inconsciemment, le Sept se focalise sur les côtés positifs d’une
situation, parce qu’il préfère la joie à la peine, mais aussi parce
que son mental le pousse à croire que, quelle que soit la
difficulté, il doit exister une solution pour la résoudre, et qu’il
est donc inutile de se préparer au pire. Il préfère s’évader en
imaginant les futurs possibles et il savoure ces anticipations.
Mais se réjouir à l’avance de ses prochains moments de fête ne
l’empêche pas de côtoyer l’anxiété. S’il tient à éviter autant que
possible les contrariétés et la tristesse, c’est bien parce que l’idée
d’y faire face le terrifie. Aussi repousse-t-il toujours à plus tard
le moment de faire le point sur lui-même, de laisser émerger les
émotions désagréables qu’il tente d’ignorer et de s’attacher à
résoudre les difficultés qui empoisonnent sa vie.
Le Sept au prisme de
l’ennéagramme
L’apport au monde et sa
contrefaçon : l’image de soi
Apport au monde : l’enthousiasme
La compétence principale du Sept, ce qu’il apporte au monde,
c’est sa capacité à vivre en ressentant naturellement de la joie,
en voyant les choses de façon optimiste et en diffusant son
enthousiasme autour de lui. Le Sept possède un don véritable
pour vivre pleinement la joie et la partager avec son entourage.
Image de soi : je suis heureux, je
suis optimiste
Quand il est victime des automatismes de son ego, le Sept
surjoue son rôle et perd son authenticité, en dénaturant sa
compétence. Sa crainte de la souffrance le pousse dans un
mécanisme de fuite face à tout ce qui est susceptible de ternir
son enjouement, qui est alors un simili de joie.
Nicolas (type Sept) : J’ai toujours été considéré comme un
boute-en-train, car je suis le premier à faire des blagues pour
détendre l’atmosphère – y compris dans le domaine
professionnel – ou pour faire baisser la tension dans un groupe.
J’aime rire et faire rire, profiter de la vie et j’ai un sixième sens
pour identifier ce qui pourra m’apporter un plaisir immédiat.
Pendant longtemps, j’ai calé ma joie de vivre sur la météo du
jour : je prenais ce qui marchait, quant au reste, tant pis, je
n’allais pas creuser plus loin. Je me réjouissais en fait d’une
accumulation de petits plaisirs, réussites, blagues… qui ne
formaient pas vraiment quelque chose de consistant, et je ne
voulais pas entendre l’insatisfaction que cela générait. Je me
complaisais dans la légèreté, estimant que rien n’était vraiment
très grave ! L’ennéagramme m’a permis de comprendre les
pièges dans lesquels me plongeait mon ego et j’essaye, depuis,
de former mon esprit à aller vers une plus grande constance dans
ma vie. J’ai pris conscience que la souffrance existait réellement,
que ce n’était pas un mythe et qu’il fallait accepter que les
situations puissent être douloureuses, pénibles ou longues à
aboutir. Je m’efforce de ne plus me laisser modeler par les
circonstances du moment et d’être capable d’encaisser et
d’assimiler aussi bien les opportunités que les difficultés, sans
chercher à m’extraire de ce qui est douloureux. J’ai l’impression
alors de me connecter à une forme d’espérance, d’être à même
de la communiquer aux autres et de ressentir la vraie joie.
Évitement : la souffrance
Le Sept utilise son centre mental pour comprendre les situations
et prendre des décisions. Il imagine et construit sans cesse des
plans et des projets qui devraient lui permettre d’atteindre ce
qu’il recherche : la joie et l’insouciance.
Son ego se construit donc en s’efforçant d’éviter à tout prix ce
qui peut l’empêcher d’être heureux. Le Sept met tout en œuvre
pour rester joyeux et tente par-dessus tout d’échapper à la
souffrance que peuvent lui procurer ses propres pensées et
sentiments. Il s’oppose parfois violemment à ce qui fait obstacle
à son bonheur, en se concentrant sur des événements extérieurs
qu’il imagine agréables. Pour éviter que la douleur n’entre dans
son champ de conscience, il la sublime alors en la transformant
inconsciemment en quelque chose d’intéressant ou de bon, de
façon à se focaliser uniquement sur le bon côté des situations.
Jeanne (type Sept) : Alors que je vivais en appartement avec
mes quatre enfants, dont un bébé en situation de handicap, j’ai
pris la décision de faire construire un pavillon. J’avais calculé en
effet que les charges y seraient beaucoup moins lourdes et je
voulais profiter d’une opportunité immobilière intéressante,
idéalement placée à côté de bons lycées pour mes aînés. Je me
suis lancée dans ce projet avec toute mon énergie, négociant les
crédits, sélectionnant un architecte, inventant avec lui des
solutions innovantes pour l’aménagement de la future maison,
de façon à ce que chaque enfant ait son espace. Je les imaginais
découvrant leur nouveau domaine, j’entendais la maison retentir
de leurs rires et je savourais ces rêves comme s’ils étaient réels.
Jusqu’à mon rendez-vous au centre spécialisé, où la rééducatrice
m’a demandé : « Mais est-ce bien raisonnable de faire construire
une maison avec plusieurs étages, alors que vous ne savez pas
encore si votre bébé pourra marcher un jour ? » J’ai pris alors
conscience que je m’étais toujours interdit de réfléchir
sérieusement aux conséquences d’une telle hypothèse. J’ai
balayé ses arguments d’un revers de main en lui répondant que
si cela s’avérait nécessaire, je pourrai toujours revendre et faire
rebâtir. Et pendant quatre ans, j’ai porté mon fils qui ne marchait
pas à travers les étages. Puis, les déplacements avec lui devenant
difficiles et mes aînés ayant quitté le lycée, j’ai déménagé en
faisant construire une nouvelle maison, conçue cette fois-ci
spécifiquement pour son handicap.
Mécanisme de défense : la
rationalisation
Le Sept fait son possible pour ne pas être pris en défaut et porter
la responsabilité d’un comportement ou d’une émotion qui est
jugé discutable. Il utilise alors son mental pour justifier a
posteriori ses actions et sentiments, en prouvant qu’ils étaient
bien adaptés à la situation et en imputant le cas échéant la faute à
d’autres. Ce mécanisme de défense est appelé « la
rationalisation ».
En rationalisant ainsi, le Sept procède à un recadrage positif
d’une situation, qui le disculpe et le dispense d’assumer la
responsabilité personnelle de ce qui s’est passé ou, à tout le
moins, qui lui évite de quitter le monde qu’il voit à travers le
filtre de ses lunettes roses.
Le Sept est facilement conscient du fait de rationaliser et ce
mécanisme peut devenir chez lui une façon de penser, qui lui
permet de conserver une image idéalisée de lui-même.
Yves-Marie (type Sept) : Après avoir travaillé comme salarié
dans différentes sociétés, j’ai pris la décision, à plus de 40 ans,
de me mettre à mon compte et de livrer à vélo des plats et des
colis. Cette décision n’a pas toujours été comprise par mon
entourage. Mais depuis bientôt trois ans que j’exerce ce métier –
je dis en riant que je suis pilote pour des clients –, je persiste à
lui trouver une multitude d’atouts. Le premier est que, pour être
capable de pédaler cinq à six heures par jour sans souffrir de
courbatures, il a fallu que je prenne soin de moi ! Je me suis
donc beaucoup entraîné en salle de sport et j’ai notablement
diminué ma consommation de cigarettes. Résultat : j’ai
aujourd’hui un corps d’athlète et je me sens physiquement
infiniment mieux qu’avant. Puis, j’apprécie les horaires. Le gros
du travail étant entre les deux repas, je peux faire la grasse
matinée et les soirées m’appartiennent. Que demander de plus !
Bien sûr, être indépendant m’oblige à avoir une certaine rigueur
vis-à-vis de moi-même. Lorsqu’il pleut beaucoup, il m’est
quelquefois difficile d’enfourcher mon destrier. Mais je me
motive et je me dis, en pédalant sous la pluie : « Ça va être cool
demain, quand je vais faire ce boulot au soleil, je vais trouver ça
extraordinaire. » Et c’est ce qui se passe ! Au final, je fais ce
métier avec un réel plaisir : je suis à l’air libre, je profite du
soleil, je suis curieux du monde autour de moi, j’ai constamment
la musique dans les oreilles grâce à l’enceinte que j’accroche sur
mon vélo, bref, je m’amuse. D’ailleurs, alors que je livrais un
colis l’autre jour, on m’a dit : « T’as l’air du mec le plus heureux
du monde »… Yep ! C’est exactement ça.
La distorsion émotionnelle et
son antidote : la
restructuration émotionnelle
Distorsion émotionnelle :
l’intempérance
Le Sept dans son ego est dans une recherche continuelle de
satisfactions. Le sentiment de ne pas être totalement satisfait du
moment présent provoque chez lui un besoin insatiable de tester
d’autres expériences agréables et il peut déployer une énergie
illimitée pour y répondre. Il est prêt à foncer tête baissée dans ce
qui peut lui apporter un maximum de bien-être instantané.
Cette attirance est pour lui un moyen de masquer son anxiété et
de combler un sentiment de frustration ou d’insuffisance (le
trop-plein imaginé comblant l’insuffisance ressentie).
Il est, à ce moment-là, incapable de résister à une distorsion
émotionnelle (ou passion) qui le domine : l’intempérance (que
l’ennéagramme désigne parfois comme la gloutonnerie). Cette
fringale peut s’appliquer aussi bien à des stimulations mentales
que physiques ou sensorielles ; c’est une envie irraisonnée de
faire « plus » (de sorties, de rencontres, d’expériences, de
nourriture…).
Chantal (type Sept) : Je crois que l’intempérance, je la vis à
travers mon fils. J’ai fait un transfert vers lui et je lui trouve sans
cesse de nouvelles activités, auxquelles bien sûr je
l’accompagne. Je suis actuellement en train de lui vendre
l’escalade, en lui demandant s’il n’a pas envie d’essayer ce
sport, qui a l’air génial. Le contexte sanitaire a ralenti son
agenda cette année mais l’an passé, il avait par exemple :
•
lundi : musique et solfège,
•
mardi : basket et orchestre,
•
mercredi : basket et théâtre,
•
vendredi : piscine,
•
•
samedi : il commençait la matinée par un cours de
violoncelle, puis il allait faire de l’improvisation, il avait
un match de basket l’après-midi et il terminait la journée
en participant à un orchestre ; il allait jusqu’à trois fois
dans la journée à la musique !
quant au dimanche, il fait du scoutisme une fois par mois.
Et moi, non seulement je l’accompagne, mais je participe
souvent à ses activités : je suis parent d’élève dans les
associations, coach et entraîneuse au basket (c’est un sport que
j’ai longtemps pratiqué), responsable du matériel des scouts, etc.
Pour la musique, j’ai été jusqu’à l’inscrire dans un cours qui
utilisait la méthode Suzuki. Elle permet de démarrer un
instrument très jeune (je l’ai inscrit à 3 ans), et elle implique les
parents dans l’apprentissage, basé sur l’écoute et la rythmique.
J’ai donc appris le violoncelle en même temps que mon fils et
j’ai adoré ! Je l’ai accompagné pendant cinq ans comme ça, mais
nous avons déménagé et on ne m’a pas laissé entrer à son
nouveau cours de musique. J’ai été très déçue.
Restructuration émotionnelle : la
tempérance
Lorsque le Sept comprend que l’on ne peut fuir la souffrance et
qu’il l’accepte, il se connecte à son essence et il éprouve une
force qui lui permet de vivre la restructuration émotionnelle (ou
vertu) de son type : la tempérance (ou sobriété).
Il prend conscience que le véritable plaisir ne se trouve pas dans
l’accumulation d’expériences, mais dans la modération, et que,
pour le connaître, il doit s’engager et s’investir pleinement et sur
le long terme. Il canalise son énergie dans une action et est ancré
dans le moment présent, qui lui suffit et qu’il accepte de vivre
avec ses bons et ses mauvais côtés. Il ne recherche plus les
plaisirs pour eux-mêmes, mais les reconnaît lorsqu’ils se
présentent. Il est libre alors de profiter du moment tel qu’il est,
de savourer pleinement l’instant et d’en être satisfait, pour ce
qu’il est.
L’obsession cognitive et son
contrepoids : le mécanisme de
progression
Obsession cognitive : la
planification
Pour éviter les pensées ou sentiments qui le tourmentent et
l’empêchent de ressentir de la joie, le Sept se projette dans le
futur en imaginant des opportunités plaisantes, qu’il pourra
mettre en œuvre facilement s’il juge que la situation devient
difficile. Il est alors en proie à une obsession cognitive (ou
fixation) : la planification.
Le Sept planifie sa vie en inventant, de façon souvent très
créative, de multiples projets excitants qu’il pourra utiliser
comme plan de secours dans toutes les situations. La puissance
de son imagination le rend presque euphorique et il se délecte à
l’avance de ces moments de plaisir qu’il essaye d’accumuler,
même si ce besoin de maintenir les différentes alternatives qu’il
a envisagées l’empêche parfois de s’engager pleinement dans
une voie.
Élise (type Sept) : La planification est pour moi une source de
plaisir. J’adore remplir mon agenda de moments de réjouissance
et je suis capable d’organiser ma journée de façon à déjeuner
avec une amie, en retrouver d’autres pour le café, faire un ciné
avec des potes, un apéro chez des voisins, avant de terminer la
soirée chez des copains. Ça me rassure face à un avenir incertain
et ma peur de l’ennui y est sûrement pour quelque chose. Et puis
l’avantage est qu’ainsi, si le déjeuner avec ma copine traîne en
longueur, je peux l’écourter facilement puisque je dois retrouver
d’autres amis pour le café ! L’inconvénient est que j’ai le
sentiment de mal profiter du moment présent. Je ne suis pas du
tout en pleine conscience avec les gens, car je suis tout le temps
en train de penser au truc d’après et de regarder ma montre. Et je
n’ai aucune place pour la spontanéité. En fait, c’est l’anticipation
de ce que je vais faire qui me donne du plaisir, plus que l’action
elle-même, qui s’avère être quelquefois une énorme déception.
Je me réjouis tellement à l’avance que ce n’est jamais si bien
qu’espéré et je suis souvent déçue. Et si le plan sur lequel j’ai
tant imaginé est annulé sans que je puisse trouver d’alternative –
ça m’est arrivé l’autre jour en m’apercevant, au moment de
partir à une fête d’anniversaire, que je m’étais bêtement trompée
de date –, ça me met dans un état catastrophique : mon sentiment
de frustration était tellement insupportable que j’ai passé la
soirée roulée en boule dans mon lit ! C’est pourquoi j’ai décidé
de me forcer à laisser davantage de place à la spontanéité.
Désormais, un week-end par mois est dédié à l’improvisation.
Ce que je ferai ne pourra être que mieux, puisque je n’aurai rien
prévu !
Mécanisme de progression : la
concentration
Lorsque le Sept se connecte à son essence, il surmonte son
obsession grâce à un mécanisme de progression (ou idée
supérieure) : la concentration. Il est alors capable de vivre
pleinement le moment présent et il cesse de disperser son
attention sur les possibilités futures. Il maintient son énergie sur
ce qu’il fait et il poursuit sa tâche jusqu’à ce qu’il ait atteint ses
objectifs. Il sait définir des priorités, accepter des contraintes et
se restreindre, pour être plus productif. Il peut renoncer aux
stimulations extérieures sans se sentir brimé, car il sait ce qui le
satisfait profondément.
Figure 10-1 Le récapitulatif des mécanismes de l’ennéatype Sept.
Intégration et désintégration
de la personnalité
Lorsque le Sept est connecté à son essence, c’est un
visionnaire et un idéaliste, qui aide les autres à s’ouvrir au
champ des possibles. Ses grandes capacités mentales, mises au
service d’un réel engagement, lui permettent de découvrir des
solutions innovantes et durables. Attentionné, apportant joie de
vivre et optimisme, il sait aller au bout des choses et est capable
de faire face à la souffrance.
Le Sept dans sa routine est curieux et plein d’humour, ouvert
aux autres et toujours prêt pour de nouvelles découvertes et
aventures. Hyperactif, il fonce sans réfléchir et multiplie les
projets, sans pour autant les mener à bien, remettant les
décisions au lendemain. La légèreté dont il fait preuve au
quotidien devient détachement, voire fuite, quand il faut faire
face à l’adversité.
Le Sept dominé par les mécanismes de son ego est prêt à tout
dans sa recherche de plaisir et dans sa fuite de la souffrance. Il
ignore les autres et rationalise son attitude, manquant à tous ses
engagements. La crainte d’avoir ruiné sa santé et sa vie le
pousse à des comportements imprévisibles et peut le plonger
dans la dépression.
Outre ce mouvement d’intégration et de désintégration
« interne » (au cours duquel il se connecte à son essence ou est
dominé par son ego), le Sept peut vivre par moments un
mécanisme d’intégration et de désintégration « externe » ; il
ajoute alors à ses caractéristiques les capacités ou les travers de
l’essence ou de l’ego d’un autre type, auquel il est relié dans le
schéma de l’ennéagramme. Ce mécanisme est décrit dans le cha
pitre 17 (page 293).
Quelques pistes pour évoluer
Pour réduire l’emprise de son ego et se connecter à son essence,
le Sept doit arriver à distinguer, dans sa vie quotidienne, les
moments où il s’évade de l’instant présent pour imaginer la
prochaine expérience qu’il veut expérimenter. Il lui faut
reconnaître que le vrai bonheur est disponible en lui et autour de
lui et vivre avec reconnaissance l’instant donné.
Plusieurs pratiques peuvent lui permettre d’évoluer.
Être présent à soi
Parce que le Sept ressent du plaisir quand son mental anticipe
une action plaisante et que cela l’exalte, il a du mal à goûter
réellement le moment présent. À peine a-t-il entamé quelque
chose que son esprit est déjà attiré par l’idée des distractions
futures. Ce faisant, il ne tire pas une réelle satisfaction de ce
qu’il vit, car son présent est envahi par l’avenir et ses
projections.
Concentrez-vous sur le moment que vous vivez et soyez attentif
à ce que vous faites. Plongez en vous pour revenir à votre corps.
Si vous êtes en train de marcher, par exemple, prenez conscience
de vos muscles qui se tendent, de l’impact du sol quand vous
posez le pied, de l’air que vous respirez, des chants d’oiseaux
que vous entendez… Ne laissez pas votre esprit vagabonder,
mais ramenez-le doucement à ce que vous faites, ici et
maintenant. Soyez dans la plénitude de l’instant, car il est
unique.
Écouter l’autre
Alors qu’il est facilement beau parleur, qu’il s’écoute volontiers
discourir et qu’il aime partager avec son auditoire les multiples
idées innovantes qu’il a toujours, le Sept est tellement pris par
ses pensées qu’il en oublie souvent d’écouter l’autre. Il réprime
alors son intelligence émotionnelle, se coupe de la bienveillance
et reste centré sur lui-même.
Apprenez à écouter l’autre, en vous concentrant sur ce qu’il dit,
sans laisser vos pensées dériver. Ne craignez pas les moments de
silence ; laissez-le parler, car écouter, c’est commencer par se
taire. Ne cherchez pas à commenter ses propos en les comparant
avec vos propres expériences. Essayez de le comprendre et
d’être dans l’empathie. Faites taire vos remarques ou vos
préoccupations, mais réfléchissez aux mots que vous avez
entendus. Accueillez l’autre tel qu’il est, dans sa différence, et
recevez ses émotions. Vous vous ouvrez alors sur l’extérieur
avec bienveillance, en vivant le moment présent.
Accepter la souffrance
Pour se dégager des situations douloureuses, le Sept met en
place inconsciemment des stratagèmes tels que se réfugier dans
des pensées séduisantes, maintenir à distance ses émotions, ou
sortir des engagements qu’il a pu prendre. En procédant ainsi, il
disperse son énergie pour tenter d’échapper à la souffrance,
plutôt que de l’accepter pour mieux la traverser.
Acceptez de souffrir ou de vous sentir vide et insatisfait. Ne
fuyez pas les émotions désagréables ou inconfortables comme la
souffrance, l’insatisfaction ou l’ennui. Concentrez votre
attention sur ces sentiments, en acceptant le fait qu’ils soient là.
Explorez ces sensations que vous percevez comme négatives,
expérimentez-les et laissez-les vous toucher. Puis revenez à
l’essentiel, sans vous disperser, en étant attentif à votre ressenti
intérieur. Une fois ces moments surmontés, vous vous sentirez
plein d’une joie plus réelle et significative.
DANS CE CHAPITRE
Les filtres d’attention de l’ennéatype Huit
•
La vie quotidienne du Huit : motivations, relations
affectives, attitude professionnelle et introspection
•
Les mécanismes du Huit quand il est dans son ego et
dans son essence
•
Quelques pistes pour abandonner ses automatismes
Chapitre 11
L’ennéatype Huit : le maître du
jeu
ous avons décerné à l’ennéatype Huit le diplôme de Maître
N
du jeu, car il a le besoin permanent de maîtriser sa vie, son
monde et le monde extérieur en prenant ses propres décisions,
sans rien se laisser dicter. Il aime se confronter aux challenges,
tout comme il aime pousser les autres à se dépasser et il a un
talent particulier pour mettre sa puissance et son courage au
service de son action, en se sentant prêt à relever tous les défis.
Les conflits ne lui font pas peur et il n’hésite pas à affronter
quiconque représente un danger pour lui et les siens, ou à partir
en croisade pour se battre contre l’injustice, du moins telle qu’il
se la représente. Il se considère comme quelqu’un de fort et de
juste et il se sent naturellement protecteur de ceux qui lui sont
proches.
Voulant garder le contrôle de sa vie, il ne supporte pas qu’on
puisse avoir une quelconque emprise sur lui, que ce soit d’ordre
psychologique, social, sexuel ou financier. Il détecte
intuitivement où réside le pouvoir et il sait comment l’obtenir, le
conserver et l’utiliser. Il s’interdit toute manifestation de
faiblesse et s’efforce d’être fort en toutes circonstances, quitte à
refuser inconsciemment de voir ce qui le gêne. Il veut être
indépendant et ne rien devoir à personne, afin de rester maître de
son destin.
Ce qui caractérise l’ennéatype Huit :
•
Apport au monde : la puissance.
•
Image de soi : je suis fort, je suis juste.
•
Évitement : la faiblesse.
•
Désir profond : être en maîtrise.
•
Peur profonde : être dépendant.
Une intelligence instinctive,
pour agir sur le monde
Le Huit estime que le monde est dangereux et il cherche en
permanence à contrôler ce qui l’entoure. Persuadé que l’on peut
toujours faire quelque chose pour résoudre les problèmes de
l’existence, il exploite en priorité l’énergie de son centre
instinctif pour agir sur le monde, afin d’assurer sa sécurité en
maîtrisant son environnement.
Tirant parti de sa volonté et de son énorme vitalité, il se réalise
dans l’action et a peu d’attirance pour l’introspection. C’est en
agissant qu’il se sent vivant et son énergie débordante est en
général perceptible par tous.
Sa préoccupation première est de protéger son territoire en
rétablissant ce qui lui apparaît être la justice et il mobilise sa
colère et son action – toutes deux légitimes, de ce fait, à ses
yeux – pour y parvenir. La colère est alors une réaction
instinctive et lui procure un sentiment de puissance, qui vient
recouvrir ses peurs enfouies d’être vulnérable ou trahi par
quelqu’un de confiance.
La colère explosive du Huit
À l’instar des autres types qui utilisent prioritairement leur
intelligence instinctive, le Huit est empli de colère. Mais alors
que le Neuf et le Un ont tendance, respectivement, à réprimer et
à refouler leurs ressentiments, le Huit a une colère décomplexée
et l’exprime avec force, en la dirigeant contre les autres.
Il veut tout contrôler et la moindre faille décelée déclenche chez
lui des emportements. Il n’hésite jamais à dire ce qu’il veut dire,
le plus souvent sans concession ni diplomatie, et il a d’ailleurs
tendance à s’enorgueillir de son côté entier. Pour lui, toute vérité
est bonne à dire et il ne s’en prive pas !
Il peut parfois être violent verbalement et physiquement et il lui
arrive d’utiliser un langage cru, en s’amusant de l’effet produit
autour de lui. Souvent dans l’excès, il n’a pas peur des conflits et
n’hésite pas à piquer des colères cosmiques qui terrorisent son
entourage. Certains Huit cependant voient cette violence comme
une faiblesse et se l’interdisent.
D’une façon générale, la colère franche semble essentielle au
Huit dans une relation, y compris une relation amicale ; elle ne
lui apparaît pas comme négative, même s’il la regrette
quelquefois a posteriori, quand elle a blessé un ami. En fait,
l’emportement agit sur le Huit comme un excitant ; c’est une
énergie qui bouillonne et lui permet d’exprimer sa puissance en
restant centré.
Anne (type Huit) : L’autre jour, j’ai emmené ma collègue Marie
(type Neuf) déjeuner dans un restaurant chinois. Nous avions
passé commande et nous attendions qu’on nous amène les plats
quand j’ai remarqué que l’un de nos voisins mangeait salement :
il décortiquait ses gambas à la main, sans se servir de ses
couverts ! Comme je suis un peu maniaque pour ce qui concerne
l’hygiène, j’ai commencé à me crisper quand j’ai repéré qu’il
avait laissé tomber un morceau de carapace par terre, entre nos
deux tables. Je m’attendais à ce que le serveur s’en aperçoive et
qu’il nettoie, mais cet abruti n’a rien vu. Je lui ai alors fait
remarquer vertement qu’il y avait des morceaux de carapace par
terre et que ces détritus n’avaient pas leur place dans un
restaurant. J’étais furieuse car je me disais que s’il n’accordait
pas d’importance à ça, c’est que l’hygiène ne devait pas être
respectée dans les cuisines ! J’ai parlé fort en critiquant à la fois
ceux qui ne savent pas manger et ceux qui sont incapables de
nettoyer, et le serveur s’est empressé de laver le sol entre nos
tables. Mais j’ai bien vu que j’avais mis tout le monde mal à
l’aise : le serveur, les autres clients et surtout ma collègue, qui
semblait vouloir disparaître dans un trou de souris ! Venant
d’elle, je n’étais pas étonnée, j’avais déjà remarqué qu’elle ne
supporte pas qu’on se fasse respecter de la sorte !
La vie quotidienne du Huit
Motivation et organisation
Aller de l’avant, toujours
Le Huit a le sentiment constant qu’il doit s’imposer dans un
environnement qui peut être hostile. Cela ne l’intimide pas outre
mesure et il aime par-dessus tout utiliser sa puissance et son
énergie pour aller de l’avant, en suivant ses impulsions, sans
forcément réfléchir à ses motivations, ni remettre en question ses
désirs. Il a d’ailleurs relativement peu d’inhibitions et ses idées
ou envies sont le plus souvent rapidement suivies d’actions ; il
évite ainsi la frustration, qu’il ne supporte pas et qui le met en
colère.
Le Huit est en général quelqu’un de déterminé, qui sait où il va
et qui y va franchement, sans se laisser influencer par les autres
et sans forcément se préoccuper des conséquences de ses actes.
Prendre une décision ne lui pose donc aucun problème. Il ne
s’intéresse pas aux subtilités qui pourraient le conduire à
remettre en question son opinion et admettre qu’il a tort.
C’est le plus souvent un bon organisateur, capable d’analyser
tous les contextes d’une situation mais, centre instinctif oblige,
les théories ne l’intéressent que si elles débouchent sur une
action concrète. Sa créativité naît dans le feu de l’action.
Comme il lui faut être fort pour changer le monde, il s’interdit
toute faiblesse susceptible de le ralentir et est capable de
travailler à l’excès, jusqu’à ce que son corps le lâche. D’ailleurs,
ce jusqu’au-boutiste de l’action met la même énergie dans tout
ce qu’il fait, et il n’est pas rare d’entendre des Huit parler de
matchs – de badminton, de football, de tennis… – qu’ils ont
voulu terminer à tout prix, malgré la douleur d’une blessure.
Garder le contrôle, constamment
Afin de ne pas être contrôlé par les autres, le Huit cherche
constamment à garder ou à renforcer son pouvoir, quel qu’il soit.
Lorsqu’il est au sein d’un groupe (professionnel, associatif, ou
autre), il détecte immédiatement la personne qui détient
l’autorité et il la teste pour vérifier qu’elle en est digne. Il
s’amuse quelquefois à appuyer sur ses points sensibles – qu’il
repère intuitivement –, pour observer ses réactions. S’il juge la
personne fiable, il l’accepte et la respecte. Sinon, il fera tout
pour la remplacer, car il estime qu’une autorité faible est un
danger pour le groupe. Il préfère alors la prise de pouvoir totale
à la recherche d’alliances.
Le Huit peut provoquer des affrontements dans le simple but de
vérifier son autorité et être rassuré sur son pouvoir. Quant aux
limites, il a un besoin constant de repousser celles qu’on lui fixe
et il n’hésite pas à contourner les règles, même lorsqu’il les a
lui-même mises en place.
Marine (type Huit) : J’ai participé avec ma famille (à savoir ma
fille, mon mari et mon gendre) à un escape game, qui m’a fait
vivre une expérience proprement insoutenable. Nous étions
censés être des journalistes enquêtant sur la disparition d’autres
journalistes et nous avions une heure pour nous échapper de la
prison dans laquelle on nous retenait. Le fait d’être enfermée et
menottée au départ m’a immédiatement oppressée. Un néon
diffusant une lumière glauque clignotait et nous a fait découvrir
l’univers du jeu, criant de réalisme. Il a fallu passer – grâce aux
indices découverts – d’une cellule sordide à une salle de douche
immonde, dans laquelle se trouvaient les « cadavres » des
journalistes disparus.
Cette expérience a été pour moi une abomination. Je perdais
pied entre la réalité et le jeu et j’ai trouvé cela épouvantable. Je
hurlais comme une tarée, en étant à la limite de l’hystérie. Ma
fille (de type Quatre) ressentait profondément ma terreur et
pleurait. Quant aux deux hommes (tous deux de type Cinq), ils
s’amusaient comme des fous, réfléchissaient, retournaient tout
pour trouver les indices et admiraient la qualité des décors. Bien
sûr, j’aurais pu stopper le jeu, mais je me suis refusée à le faire,
pour ne pas frustrer mes coéquipiers. Nous avons finalement
« gagné » – grâce aux garçons – et le maître du jeu est venu nous
féliciter. Je lui ai passé un sacré savon, en le traitant
d’irresponsable ! J’ai tremblé comme une feuille pendant deux
heures et je n’ai rien pu avaler au restaurant. Pendant trois nuits
je n’ai pas dormi. Cette impression de perdre le contrôle m’a
clairement fait voir les limites de ce que je pouvais supporter !
Une vision du monde sans nuances
Le Huit a une perception du monde sans nuances. Pour lui, il y a
les bons et les mauvais, les choses justes et les situations
injustes, les amis et les ennemis. Il n’envisage pas les positions
intermédiaires et ne s’intéresse pas aux subtilités, qui pourraient
le conduire à devoir revoir son opinion et admettre qu’il a tort.
D’ailleurs, il a facilement tendance à considérer que la source du
problème, c’est l’autre et, par conséquent, à rejeter les opinions
contradictoires, qu’il tient alors pour fausses ou stupides.
Cette vision du monde le pousse à avoir des opinions tranchées
sur les personnes. Il peut ainsi classer quelqu’un dans la
catégorie des individus « indignes de confiance » pour une
simple faute commise et aura du mal à revenir sur son jugement.
Relations affectives
Le Huit se voit comme le socle de ses relations familiales et
professionnelles. Il estime avoir la force nécessaire pour aider et
défendre les autres et endosse facilement ce rôle. Il s’interdit les
doutes et les peurs mais, ce faisant, il se prive des moments
d’intimité susceptibles de laisser percevoir sa fragilité.
Facilement excessif dans ses relations, il peut aussi bien se
montrer démesurément protecteur et généreux envers les siens
qu’implacable et brutal contre quelqu’un, s’il a le sentiment
d’avoir été trahi.
C’est en général une personnalité forte, qui ne laisse personne
indifférent ; elle attire ou elle fait fuir !
Une confiance difficilement
accordée
Le Huit n’accorde jamais directement sa confiance à quelqu’un.
Il ne peut s’empêcher de contrôler ceux qui l’entourent, y
compris parfois dans les plus petits détails. Ce contrôle peut
aussi s’exercer sous la forme d’une préoccupation constante
pour ceux qui sont sous sa protection.
Sa grande sensibilité à l’injustice le rend excessivement attentif
à tous les signes de trahison. Il peut ainsi rechercher
maladivement les indices d’une malveillance plus ou moins
consciente, à laquelle il réagira de façon extrêmement violente.
D’une façon générale, le Huit n’est pas conscient de son impact
sur les autres et refuse souvent de reconnaître les conséquences
de ses actes.
Une relation de couple sous
contrôle
Avant de pouvoir s’impliquer dans une relation de couple, le
Huit ressent en général le besoin de tester son partenaire et
d’aborder la relation sur une base conditionnelle, qui clarifie les
positions de chacun. Il exprime son amour davantage par la
protection que par la tendresse. Il prend son conjoint sous son
aile et s’assure de sa sécurité.
Quand il finit par lui faire confiance, il s’autorise enfin à baisser
la garde. Mais il a spontanément une attitude possessive dans sa
relation, qui peut se transformer en besoin de contrôler la vie de
son conjoint.
Dans son couple également, le Huit veut dominer, mais il est
attiré en même temps par un partenaire indépendant et fort, car il
respecte quelqu’un qui résiste à sa domination.
Attitude professionnelle
L’énergie considérable du Huit se traduit dans sa vie
professionnelle par une formidable force de travail. Le Huit est
capable – et aime – prendre des décisions rapidement et tout
faire pour les concrétiser. Les risques ne lui font pas peur et il
sait gérer les situations de stress. Il s’implique à fond et attend
des autres le même engagement.
C’est quelqu’un qui aime et sait commander. Il prend sous son
aile les membres de son équipe et les défend à n’importe quel
prix, s’il estime qu’ils font leur travail. Il apprécie les personnes
sincères, qui n’hésitent pas à exprimer franchement leur avis et
exige d’ailleurs de ses collaborateurs une complète transparence.
Mais gare à celui qui se trouve dans sa ligne de mire, pour ne
pas avoir respecté son autorité ou avoir manqué à sa mission. Si
le Huit considère qu’il y a eu tromperie, il fera tout ce qui est en
son pouvoir pour le faire disparaître de son horizon, car la
confiance est pour lui un concept crucial.
Enfin, le Huit aime jouer les Pygmalion avec les membres de
son équipe à qui il accorde sa confiance. Il les aide à développer
leurs capacités pour prendre leur envol et est fier de leurs
réussites.
Un peu d’introspection
Le Huit est un vrai individualiste – pas forcément physiquement
et socialement, mais psychologiquement parlant –, et il se suffit
à lui-même. Il a besoin d’être indépendant et ne veut rien devoir
à personne.
Il est en général dur avec lui-même et il est tellement déterminé
dans son action qu’il n’écoute pas sa fatigue. Il prend souvent sa
résistance pour acquise et peut négliger sa santé.
Il craint en revanche les blessures affectives et, pour protéger ses
sentiments, il a tendance à garder une distance émotionnelle
avec les autres. Il s’autorise rarement à baisser la garde, par peur
d’être vulnérable.
Le Huit au prisme de
l’ennéagramme
L’apport au monde et sa
contrefaçon : l’image de soi
Apport au monde : la puissance
La compétence principale du Huit, ce qu’il apporte au monde,
c’est sa puissance. Elle se caractérise par l’énergie vitale
impressionnante qu’il est capable de mobiliser pour maîtriser les
situations et par la force et la volonté avec lesquelles il se bat
pour combattre l’injustice et protéger les siens. Le Huit est alors
plein d’une détermination sans faille pour agir sur le monde, de
façon juste.
Image de soi : je suis fort, je suis
juste
Lorsqu’il est victime des automatismes de son ego, le Huit
surjoue son rôle et perd son authenticité, en dénaturant sa
compétence. Pour ne pas faire preuve de faiblesse, il tente de
prouver qu’il est fort et juste et il se lance dans un combat pour
prendre le contrôle et garder le pouvoir.
Vitor (type Huit) : Je me considère comme un homme d’action
visionnaire et j’aime me confronter aux challenges, surtout
quand ils me donnent la possibilité d’explorer des domaines que
je ne connais pas et d’inventer des solutions pour rendre
concrètes mes idées. Je me sens alors empli d’une force qui me
donne la conviction que je sais comment agir sur le monde et sur
ma vie, et cette force me nourrit. Dans ma vie professionnelle, je
n’ai jamais eu peur de relever les défis, tout en étant conscient
des risques que je prenais. Je suis ainsi parti au Cap-Vert avec
ma famille pour créer de toutes pièces une entreprise de
panification, qui a compté jusqu’à 65 salariés. Puis j’ai monté un
café près de Lisbonne avec ma femme où nous avons travaillé
comme des forçats, avant que je ne lance ma société de
torréfaction, qui a sans nul doute été mon challenge le plus
ambitieux et mon plus gros succès. J’ai d’ailleurs offert à mes
quatre enfants la possibilité d’y travailler avec moi. Et c’est sans
parler des défis « annexes », que je lance uniquement parce
qu’ils concernent les miens, comme l’ouverture d’un bar à jazz à
Lisbonne ou d’un élevage de chevaux en Alentejo. Quand je
m’investis dans un challenge, je prends les problèmes à bras-lecorps et j’arrive à trouver des solutions quelquefois improbables
pour les résoudre. Mais j’ai bien conscience que, par moments,
je ne supporte pas qu’on me fasse une remarque ni même qu’on
me donne des conseils. J’ai besoin de sentir que je garde le
contrôle. Ma femme, qui est de type Trois, m’a souvent reproché
d’avoir un caractère dominant et me dit que je suis un « mâle
alpha ». Elle n’a pas forcément tort. Mais je ne l’admettrai
jamais devant elle !
Évitement : la faiblesse
Appartenant au centre instinctif, le Huit est ancré dans l’action et
il veut utiliser son énergie pour contrôler son environnement, car
il tient à être reconnu pour sa force. Son ego se construit en se
persuadant que, pour être en sécurité dans ce monde menaçant, il
faut à tout prix être le plus fort. Et pour être le plus fort, il faut
absolument éviter de se montrer fragile, pour ne pas risquer
d’être blessé et contrôlé par les autres.
Le Huit est donc à l’affût de toute manifestation de faiblesse
chez lui ; il entretient comme un mythe d’invincibilité à son
sujet, qui peut aller jusqu’à la négation de la douleur physique et
émotionnelle.
Cette traque des signes de fragilité lui fait reconnaître celle des
autres ; elle le pousse à protéger les personnes qui comptent pour
lui, mais à mépriser ceux qui sont faibles, prêts aux compromis
et qui ne se battent pas devant l’adversité.
Mécanisme de défense : le
déni
Lorsque l’ego du Huit craint d’être confronté à la faiblesse, il se
défend en refusant d’envisager cette possibilité. Il a l’impression
que le moindre signe d’insuffisance de sa part peut avoir un
impact grave sur sa sécurité et qu’il doit à tout prix maîtriser la
situation. Il bloque les prises de conscience indésirables et nie
les situations douloureuses, qui cessent d’exister à ses yeux. Le
Huit est alors dans le déni et, même s’il regarde en face le
problème, il ne le voit plus, car l’idée d’être vulnérable est
insupportable pour lui. Il peut ainsi refuser de reconnaître une
situation extérieure qui le contrarie, comme il peut nier quelque
chose qu’il a dit, fait ou ressenti. Ainsi, il repousse
inconsciemment tout bouleversement susceptible de le mettre en
situation de faiblesse.
Carole (type Huit) : Je suis partie l’an passé avec mon mari
pour des vacances à la Réunion qui devaient être paradisiaques
mais, quelques jours après notre arrivée, j’ai ressenti des
douleurs dans la poitrine. Je voulais tellement que tout se passe
comme prévu que j’ai décidé que la nourriture épicée en était la
cause et que je ferais passer la souffrance – qui augmentait au fil
des jours – avec des pansements gastriques. Il était hors de
question que des problèmes de santé gâchent ces vacances et j’ai
refusé de changer quoi que ce soit au programme que j’avais
prévu. Le jour du départ, alors que nous venions de procéder aux
formalités d’enregistrement et face à la douleur qui s’accentuait,
mon mari a exigé que je consulte avant d’embarquer. Effrayé par
mes symptômes, le médecin du Samu m’a interdit de prendre
l’avion et nous a ordonné de foncer en taxi au cabinet de SOS
Médecins. Dix minutes plus tard, on me faisait trois
électrocardiogrammes et une batterie d’examens… avant de me
dire que j’étais en pleine crise cardiaque depuis une semaine,
que c’était un miracle que je sois encore vivante et qu’ils
m’envoyaient d’urgence à la clinique pour me faire opérer.
J’avoue que, sur le coup, je n’ai pas eu peur. J’étais même
furieuse de voir que je n’allais pas pouvoir prendre le vol
comme prévu. Mais le médecin a rétorqué de façon brutale que
prendre l’avion équivaudrait à signer mon arrêt de mort et je me
suis instantanément calmée. Tout s’est ensuite enchaîné très vite.
J’ai été opérée en urgence aux premières heures le lendemain et
ils m’ont posé trois stents. Je me souviens que sur la table
d’opération, je ne pouvais pas m’arrêter de pleurer. Je crois que
je ne pleurais pas de peur, mais de colère : j’avais le sentiment
de ne plus rien contrôler, de ne plus rien maîtriser, de mettre ma
vie entre les mains de parfaits inconnus et ça m’était absolument
intolérable.
La distorsion émotionnelle et
son antidote : la
restructuration émotionnelle
Distorsion émotionnelle : l’excès
Pour empêcher qu’émerge une impression de faiblesse – comme
une idée pénible, ou une prise de conscience susceptible de
menacer son sentiment de puissance –, le Huit dans son ego est
incapable de résister à une distorsion émotionnelle (ou passion)
qui le domine : l’excès. C’est pour lui une façon de détourner
son attention et d’occulter ainsi un danger, ou encore de masquer
ses vrais besoins émotionnels en les remplaçant par une
hyperstimulation, qui le fait se sentir profondément vivant.
Le Huit a alors un besoin irrépressible de prendre possession de
ce qu’il veut immédiatement et de le contrôler. Si tout peut être
vécu intensément – le travail, le sport, les loisirs, les relations
amoureuses, la façon de s’alimenter, etc. –, c’est souvent dans le
domaine des interactions que l’excès est le plus visible ; selon le
contexte, la distorsion émotionnelle lui fait ressentir aussi bien
des colères disproportionnées que des sentiments de protection
étouffants.
Céline (type Huit) : Je sais que je suis facilement dans l’excès,
pour tout ce que je fais. Que ce soit la cuisine, les travaux de
couture, le jardinage ou même la paperasserie administrative,
j’ai besoin de faire tout à fond, au moment où je le décide, et je
suis capable de rester concentrée dix heures d’affilée sans lever
la tête.
Mais s’il y a un domaine où j’ai très nettement conscience d’être
« excessivement excessive », c’est dans ma relation avec ma
fille Mathilde, qui a 23 ans. J’ai un besoin incontrôlable et
insupportable de la savoir en sécurité. Tout le temps. Même si
elle a toujours été une jeune fille tout ce qu’il y a de raisonnable,
qu’elle ne m’a jamais donné de raisons de m’inquiéter et même
si elle vit depuis plusieurs mois avec son compagnon. J’ai besoin
d’être sûre que le soir, elle va s’endormir tranquillement chez
elle. Et je ne dors pas tant que je n’ai pas reçu son SMS ! Sinon,
je suis capable de me raconter des films qui m’inquiètent,
jusqu’à m’en rendre malade. Je sais bien que mon comportement
est totalement démesuré et excessif, et qu’il faut absolument que
je prenne du recul et que je la laisse vivre sa vie. En attendant
d’y parvenir, je me réjouis presque de cette période de couvrefeu sanitaire à répétition que nous vivons : je sais où est ma fille
le soir et je me tranquillise !
Restructuration émotionnelle : la
simplicité
Lorsque le Huit se connecte à son essence, il éprouve une force
qui lui permet de vivre la restructuration émotionnelle (ou vertu)
de son type : la simplicité, ou l’innocence. Sa confiance en lui
devient vraie et il peut alors s’ajuster naturellement à l’action
appropriée, sans chercher à prendre le pouvoir. Il a conscience
de sa puissance et la met au service de causes justes. Il se sent
satisfait et épanoui dans le présent et vit chaque moment sans
jugement et sans attente. Il sait qu’il a un rôle à jouer dans le
monde et il devient pour les autres une source d’inspiration.
L’obsession cognitive et son
contrepoids : le mécanisme de
progression
Obsession cognitive : la vengeance
Lorsque le Huit estime que les engagements n’ont pas été
respectés, qu’on lui a menti ou qu’il a été offensé, il est alors en
proie à une obsession cognitive (ou fixation) : la vengeance.
Se focaliser sur des idées de vengeance est pour lui une façon de
maintenir hors de sa conscience des sentiments qu’il juge
incompatibles avec la puissance et ainsi de ne pas ressentir, par
exemple, une sensation d’humiliation. C’est aussi une façon de
ne pas accepter une défaite et de maintenir vivant, par la
rancune, le désir de se battre – et de gagner.
La notion de justice est souvent au centre du désir de vengeance
du Huit. Il veut se venger car il a l’impression d’avoir été blessé
injustement et il tient par-dessus tout à rééquilibrer la situation.
Marlène (type Huit) : Nous avions prévu de déménager en
nous éloignant de cent kilomètres et, comme la date du
déménagement approchait, qu’il restait beaucoup à faire et que
je sentais que mon mari commençait à paniquer, je me suis
résolue à demander de l’aide à une bande d’amis proches que je
connais depuis de longues années et avec qui j’ai l’habitude
d’échanger via un groupe WhatsApp. Je leur ai dit que j’avais
besoin d’eux pour emballer et transporter les cartons, le weekend d’avant Noël. Certains se sont immédiatement proposés,
d’autres étaient dans l’impossibilité de se libérer à cette date-là
et quelques-uns n’ont rien répondu. Le fait qu’ils ne prennent
même pas la peine de me répondre alors que, pour une fois, je
les appelais à l’aide m’a mise dans une rage folle. J’ai vécu cela
comme une trahison et comme une injustice, car je suis la
première à les inviter chez moi et à leur prêter notre résidence
secondaire pour leurs vacances. D’ailleurs, je ne me suis pas
gênée pour leur écrire ce que je pensais. L’une de mes amies
(depuis trente ans !) s’est justifiée en me disant que mon
message n’était pas clair ; j’ai refusé son appel téléphonique car
je crains de m’emporter et d’aller au conflit et malgré tout, je
tiens à elle… Je sais que les choses devraient finir par se tasser,
mais j’ai besoin de temps. En attendant, j’ai quitté le groupe
WhatsApp pour en créer un autre avec mes fidèles. Quant aux
traîtres, ils devront trouver une autre destination cet été !
Mécanisme de progression :
l’altérité
Lorsque le Huit se connecte à son essence, il surmonte son
obsession grâce à un mécanisme de progression (ou idée
supérieure) : l’altérité. Il admet alors sa faiblesse et laisse
paraître sa vulnérabilité. Il abandonne son image de personne
forte et se libère de sa peur d’être blessé ou contrôlé par autrui.
Son action énergique est tempérée par la compassion pour soi et
pour les autres et il n’hésite pas à s’investir pour défendre des
personnes privées de leurs droits. Il est conscient de son impact
sur le monde et sur son entourage et s’applique à réduire les
incidences négatives. Il ouvre son cœur aux autres, accepte leurs
erreurs et comprend la confiance.
Figure 11-1 Le récapitulatif des mécanismes de l’ennéatype Huit.
Intégration et désintégration
de la personnalité
Lorsque le Huit est connecté à son essence, il est autonome et
contrôle sa vie en confiance. C’est le prototype du chef
courageux et magnanime, du leader visionnaire qui sait réunir
autour de grandes causes. Il met son énergie et sa vaillance au
service de la justice et protège les siens, tout en les aidant à
développer leurs propres forces. Il sait accorder sa confiance aux
autres et se sent en sécurité.
Le Huit dans sa routine est plein d’énergie et prend les choses
en mains, avec de réelles capacités d’organisation. Il appréhende
de ne pas avoir les moyens de mener à bien ses actions et fait
tout pour trouver les ressources nécessaires, sans forcément
respecter les autres. Il peut basculer dans l’agressivité et évoluer
dans un rapport de force constant, en maintenant un sentiment de
domination et d’intimidation.
Le Huit dominé par les mécanismes de son ego est dans
l’agressivité, la rage, l’humiliation et la vengeance. Incapable
d’accepter ses erreurs, il se considère victime de son entourage,
qu’il terrorise. Excessif en tout et querelleur, il se cherche des
ennemis et n’a pas de mal à les trouver. Il se sent invulnérable et
essaie de les détruire.
Outre ce mouvement d’intégration et de désintégration
« interne » (au cours duquel il se connecte à son essence ou est
dominé par son ego), le Huit peut vivre par moments un
mécanisme d’intégration et de désintégration « externe » ; il
ajoute alors à ses caractéristiques les capacités ou les travers de
l’essence ou de l’ego d’un autre type, auquel il est relié dans le
schéma de l’ennéagramme. Ce mécanisme est décrit dans le cha
pitre 17 (page 293).
Quelques pistes pour évoluer
Pour réduire l’emprise de son ego et se connecter à son essence,
le Huit doit arriver à reconnaître, dans sa vie quotidienne, les
moments où il croit devoir se battre pour rester indépendant. Il
lui faut repérer, par exemple, les instants où il essaye de
s’imposer dans un environnement qu’il perçoit comme non
coopératif et ceux où il se sent en guerre avec le monde entier.
Dans ces moments-là en effet, le Huit a tendance à déployer plus
d’énergie qu’il n’en faut pour la moindre activité ; il devient
excessif en tout et son penchant pour la domination prend le
dessus. Il doit apprendre à laisser tomber ses défenses en
abandonnant le contrôle et accepter sa vulnérabilité.
Plusieurs pratiques peuvent l’aider à évoluer.
Temporiser avant de réagir
Le Huit a un besoin permanent de se protéger et ne peut
s’empêcher d’être sans cesse dans un rapport de force avec les
autres. La moindre contradiction est susceptible d’occasionner
une polémique, voire de susciter une explosion de colère…
Analysez l’enchaînement des circonstances qui provoque chez
vous une relation d’opposition. À quel moment ressentez-vous le
besoin de prendre le contrôle d’une discussion, pour déterminer
ceux qui sont avec et contre vous ? Remarquez et tempérez votre
intensité, vos excès et votre impact sur les autres. Laissez-leur
prendre l’initiative de l’action. Temporisez votre réaction et
mesurez les conséquences.
Apprendre à pardonner
Lorsqu’il a l’impression d’avoir été trahi, qu’il estime qu’on lui
a menti ou qu’on l’a blessé injustement, le Huit se focalise sur
des idées de vengeance et maintient vivaces ses rancunes. Il rend
les autres responsables des épreuves qu’il traverse et cela génère
chez lui beaucoup d’amertume, de colère et de ressentiment. Ce
faisant, il se place en situation de victime et ne peut plus se
libérer.
Le pardon va rarement de soi. C’est pourtant l’étape
indispensable pour apaiser ce qui, en vous, est en conflit. Car il
n’y a pas de libération sans pardon à l’autre et à vous-même.
Tant que vous ne pardonnez pas, vous restez dans une
dépendance toxique qui ne vous permet pas de passer à autre
chose. Car la vengeance, la haine et le ressentiment se
nourrissent les uns des autres ! La seule issue est l’ouverture du
cœur. Apaisez ce qui en vous est en conflit et vous pourrez faire
la paix avec vos ennemis. L’important n’est pas l’événement luimême, mais la façon dont vous l’avez transformé. Et la
meilleure défense est de ne pas vous sentir attaqué.
Accepter sa vulnérabilité
Pour ne pas se dévoiler devant les autres et leur permettre ainsi
d’avoir une emprise sur lui, le Huit se protège par une cuirasse et
vit sur la défensive. Il ne laisse pas paraître ses sentiments et
cache au plus profond de lui-même ses émotions, qu’il assimile
à des faiblesses. Il nie ce qui le touche, craint par exemple de
reconnaître sa tendresse et sa douceur et empêche les autres de
savoir qu’ils comptent pour lui.
Apprenez à vous connecter à votre cœur et à vos sentiments. Ne
craignez pas qu’ils vous blessent, bien au contraire. Permettez à
votre vulnérabilité de refaire surface et vous découvrirez qu’il
est inutile de la protéger. Vivez en harmonie avec votre cœur et
exprimez vos sentiments plus souvent. Il ne s’agit pas de les
afficher à tout instant, mais d’oser les laisser paraître par
moments, sans dissimuler vos fragilités. Dévoiler votre
vulnérabilité permet aux autres de savoir que vous leur faites
confiance et qu’ils comptent pour vous.
DANS CE CHAPITRE
Les filtres d’attention de l’ennéatype Neuf
•
La vie quotidienne du Neuf : motivations, relations
affectives, attitude professionnelle et introspection
•
Les mécanismes du Neuf quand il est dans son ego et
dans son essence
•
Quelques pistes pour abandonner ses automatismes
Chapitre 12
L’ennéatype Neuf : le maître
de l’harmonie
ous avons décerné à l’ennéatype Neuf le diplôme de Maître
N
de l’harmonie, car il ressent de façon profonde le besoin d’être
en paix et qu’il a un talent particulier pour développer le calme
et l’harmonie dans son monde. Pour préserver sa tranquillité
d’esprit, le Neuf tente d’avoir avec les autres des relations aussi
sereines que possible, exemptes de conflits ; il y parvient en
s’abstenant par tous les moyens de provoquer leur agressivité.
Pour éviter de se trouver tiraillé entre des opinions contraires, il
a pris l’habitude de s’oublier et de se fondre dans les autres.
C’est une façon de faire innée pour lui, car il a une grande
capacité d’écoute et d’empathie. D’un naturel pacifique, il
estime que ce qui importe est de bâtir la paix et l’harmonie et
qu’il est préférable d’éviter ce qui divise. Il sait intuitivement
comprendre ceux qui l’entourent, les accepter tels qu’ils sont et
accorder leurs points de vue. Il devine leurs besoins et fusionne
presque avec eux. Rester en retrait est pour lui le meilleur
moyen de vivre paisiblement, en échappant aux désaccords. Il
évite ainsi d’avoir à s’affirmer face aux autres et il assoupit ses
propres besoins, qu’il a souvent du mal à identifier.
Conscient d’être calme et facile à vivre, le Neuf est posé, se
plaint rarement et parle peu de lui-même ; il aime vivre à son
rythme et alterner des moments de grande vitalité et d’autres où
il se plonge dans des rêveries. Il adopte en général une attitude
discrète.
Ce qui caractérise l’ennéatype Neuf :
•
Apport au monde : la paix.
•
Image de soi : je suis calme, facile à vivre.
•
Évitement : les conflits (intérieurs et extérieurs).
•
Désir profond : être en paix.
•
Peur profonde : être séparé.
Une intelligence instinctive,
pour se protéger et vivre en
paix
Profondément ancré dans la terre, le Neuf compte bien
construire un environnement sécurisé et apaisé autour de lui et
en lui, en contrôlant sa stabilité intérieure et en maintenant la
paix dans son monde. Il exploite pour ce faire l’énergie du centre
instinctif, qu’il utilise en priorité pour agir à la fois sur lui-même
et sur le monde qui l’entoure.
Lorsque cela fonctionne, le Neuf se sent empli de la vitalité
considérable de ce centre. Il est présent dans son corps, plein de
vigueur et serein. Mais agir est toujours susceptible de
provoquer des conflits et le Neuf hésite parfois à passer à
l’action, ce qui l’immobilise dans une posture de nonintervention.
Il est à ce moment coupé de sa force instinctive et peut alors se
montrer apathique, se réfugier dans la rêverie, sombrer dans la
force d’inertie et manquer de consistance. Un peu comme s’il
utilisait son énergie contre lui et qu’il se retrouvait enlisé,
incapable d’agir.
Ces moments de « coupure » peuvent être éphémères (quelques
secondes ou quelques minutes), mais peuvent aussi persister,
dans certaines circonstances, quelques jours, voire de longues
semaines (ou plus).
Lorsqu’une situation vous stresse et que vous vous sentez envahi
et paralysé par vos émotions ou par vos idées qui tournent à cent
à l’heure, c’est sans doute que votre centre instinctif s’est
immobilisé. Dans ce cas, le meilleur moyen pour le remettre en
mouvement est justement… de vous mettre en mouvement.
Réfléchissez à la situation qui vous préoccupe en marchant de
long en large dans votre bureau ou mieux, en sortant à
l’extérieur, ne serait-ce que pour faire le tour du pâté de maison.
C’est souvent la solution la plus efficace pour remettre votre
centre instinctif en marche et éviter de rester bloqué dans vos
émotions ou dans votre mental.
La colère dormante du Neuf
Le Neuf tient à pouvoir agir pour contrôler son environnement,
tant intérieur qu’extérieur, et en être par moment incapable
l’emplit de la colère du centre instinctif. Mais il tient tellement à
sa tranquillité d’esprit qu’il réprime inconsciemment son
animosité, à tel point qu’il a souvent l’impression de ne pas en
ressentir. Dans les faits, cependant, il l’éprouve et l’exprime
indirectement, par un humour acerbe, en se montrant grognon ou
stressé, ou encore en faisant preuve d’une prodigieuse force
d’inertie pour ne pas faire ce qu’il n’a pas envie de faire.
Du fait qu’il comprend et accepte si bien le point de vue des
autres, le Neuf renonce par ailleurs souvent à exprimer son
propre désaccord ou sa déception sur un sujet et se contente d’un
discret « ce n’est pas grave ». Mais la colère réprimée est alors
emmagasinée et il peut lui arriver de réagir brutalement et à
retardement aux multiples avanies qu’il a collectionnées ; la
réaction, souvent disproportionnée par rapport au dernier affront
subi, ne passe alors pas inaperçue…
Asunción (type Trois) : J’ai eu l’occasion de croiser – pire, de
susciter ! – la colère d’un Neuf, et je m’en souviens encore de
longues années après. Je faisais une escale d’un week-end à
Madrid, avant un voyage au Maroc, et nous avions prévu de
dîner au restaurant avec un ami d’enfance de mon mari et sa
femme. Il se trouve que la veille, nous étions arrivés en pleine
tempête de neige et qu’aucun bagage n’avait pu être récupéré.
Sur un coup d’intuition, j’ai décidé de retourner à l’aéroport
avant d’aller au restaurant et j’ai réussi par culot à localiser nos
valises et à repartir avec, ce qui m’a rendue euphorique. Certes,
le détour nous avait mis en retard d’une heure pour le dîner, mais
le retard est presque une coutume en Espagne, nous avions
prévenu nos amis et je pensais qu’ils avaient commencé
tranquillement. Juan (type Neuf) n’avait pas vécu les choses
comme ça. Pour dîner avec nous, il avait confié ses enfants à la
garde de sa belle-mère, qui visiblement gérait très mal la
situation, et il avait déjà dû régler plusieurs fois au téléphone des
disputes entre frère et sœur, ce qui l’avait beaucoup agacé. Notre
retard a clairement été « la goutte d’eau qui fait déborder le
vase ». À peine étions-nous arrivés au restaurant qu’il a piqué
une colère homérique contre nous, devant tous les clients, en
étant absolument furieux. L’explosion n’a pas duré longtemps,
mais elle nous a laissés pantois, et lui, honteux et contrarié.
Nous n’avions jamais vu Juan en colère, et ça a été un choc de
découvrir que, sous son apparence bonhomme et tranquille, se
cachait un volcan capable de se réveiller. Ce qui est certain, c’est
que nous prenons garde désormais de ne plus arriver en retard
chez eux. J’ai trop peur de déclencher un autre tsunami !
La vie quotidienne du Neuf
Motivation et organisation
D’une façon générale, le Neuf aime avoir le temps de faire ce
qu’il doit faire sans stress. Il déteste ce qui rompt sa tranquillité
et ce qui l’oblige à prendre une décision rapide ou à agir sous
pression. S’il est tout à fait capable de travailler intensément
pendant un moment, il le fait généralement en se réjouissant à
l’avance du temps calme qu’il aura ensuite. Il met parfois en
place des activités de routine ou des habitudes, qui lui
permettent de fonctionner en mode automatique, sans avoir à
faire de choix.
Le fait qu’il soit par moment coupé de son centre instinctif,
associé à ses constantes hésitations, explique qu’il a parfois du
mal à se lancer dans l’action. Il a souvent besoin d’un élan
extérieur pour le faire, qu’il émane d’une personne qu’il
apprécie ou d’un groupe auquel il appartient, et il fusionne alors
avec l’enthousiasme de l’autre. Consciencieux et responsable, il
peut être amené à prendre en charge de nombreuses tâches,
d’autant plus facilement qu’il a parfois du mal à les refuser.
Une tendance à mélanger
l’essentiel et l’accessoire
Le Neuf peut ainsi se retrouver chargé de choses à faire, qu’il
peine à terminer. Comme il a tendance à ne rien considérer
comme particulièrement urgent, il remet facilement à plus tard et
oublie quelquefois. Alors qu’il lui faut s’attaquer à une tâche
importante, il est capable de démarrer d’autres occupations qui
lui semblent brusquement tout aussi vitales. Ce peut être un
besoin soudain de classer les dossiers de son ordinateur, de
mettre de l’ordre dans ses papiers ou de nettoyer les placards de
la cuisine…
En fait, plus le Neuf a du temps devant lui, plus il se disperse et
repousse la réalisation de ce qui est essentiel, jusqu’à se
retrouver dos au mur ; il utilise alors toute son énergie pour
rattraper le retard, respecter les délais et éviter le conflit. Cette
mauvaise gestion de la priorité des tâches le place souvent en
situation de stress.
Un embarras certain à dire non
Comme le Neuf fusionne avec son interlocuteur pour mieux le
comprendre, il lui est généralement difficile de dire non, parce
qu’il a presque fait siennes les attentes de l’autre. Plutôt qu’un
refus, il choisit alors souvent de ne rien dire… et de ne rien faire.
Il esquive ainsi la réponse et donne l’impression qu’il est
d’accord.
Pour autant, son assentiment apparent n’a pas valeur
d’engagement réel. Il signifie juste qu’il a besoin de temps pour
prendre la décision et pour savoir ce qu’il souhaite réellement.
Le Neuf préfère en effet laisser traîner les choses pour ne pas
s’engager trop vite et parce que ça l’embête d’avoir à décevoir
son interlocuteur. Et il est inutile de le presser à se décider : il
répondrait par une attitude passive-agressive, en utilisant son
énergie pour s’immobiliser.
Décryptez le langage du Neuf
•
Quand le Neuf dit « oui », ça signifie « j’ai noté votre
demande ».
•
Quand il dit « oui, pourquoi pas », c’est souvent que
ça ne l’intéresse pas vraiment, mais que peut-être…
•
Quand il dit « peut-être », c’est généralement pour
dire non.
•
Quand il dit « non », c’est alors un vrai non. Et il
mettra en place une réelle force d’inertie pour ne pas
bouger.
Le cruel dilemme du choix
Le choix est généralement source de dilemme pour un Neuf. À
la fois parce qu’il se laisse facilement séduire par les
propositions des autres, mais aussi parce qu’il connaît mal ses
propres envies.
Son flegme peut donner l’impression qu’il adhère à une
décision, mais, dans le même temps, son mental est en
effervescence et tente de savoir quelle est sa propre préférence.
Il fait des allers-retours entre les possibilités et éprouve une
difficulté infinie à faire un choix.
Pour éviter d’avoir à défendre son point de vue et pour ne pas
creuser dans les profondeurs inconnues de ses envies, il se
contente alors souvent d’un « comme tu veux ». Il pense ainsi
éviter de décevoir son interlocuteur mais, dans les faits, cette
réponse peut agacer et provoquer du ressentiment.
Paradoxalement, lorsqu’il a pris une décision, le Neuf a tendance
à s’y accrocher et peut faire preuve d’un réel entêtement.
Lorsqu’un Neuf se bloque parce qu’il n’arrive pas à faire un
choix entre plusieurs options, le moyen le plus efficace pour
l’aider est de lui demander d’éliminer les options qui
l’intéressent le moins. Car s’il ne sait pas toujours ce qu’il
préfère, il sait en général très bien ce qu’il n’aime pas, ou qu’il
ne veut pas faire ! Vous pourrez ensuite lui exposer votre
préférence parmi les options restantes, et lui demander s’il est
prêt à suivre votre avis…
Relations affectives
Le Neuf fait en sorte de maintenir dans le temps les relations qui
comptent pour lui – qu’elles soient amicales, amoureuses ou
professionnelles –, car il vit toute séparation très difficilement.
Une présence apaisante
Le Neuf est le plus souvent une personne accueillante, facile à
vivre et dont la simple présence est rassurante pour son
entourage. Quand on lui parle, on a le sentiment d’être compris
et l’on sent qu’aucun jugement n’est porté, que l’on est accepté
tel que l’on est. Sa présence tranquille, sa façon de parler, sa
posture… tout concourt à diffuser autour de lui une atmosphère
apaisante.
Il a une disposition naturelle pour se sentir connecté aux autres
et prêter l’oreille, tout en reformulant les propos, sans émettre
d’opinion. On a d’ailleurs tendance à se confier spontanément à
lui, même si on ne le connaît pas vraiment. Sa capacité d’écoute
en fait d’ailleurs un médiateur très efficace, qui sait entendre et
accepter tous les points de vue et proposer des solutions
originales et innovantes, qui réconcilient les parties.
Une relation de couple fusionnelle
C’est dans sa relation de couple que la capacité du Neuf à se
fondre dans les autres prend toute son ampleur. Il fusionne en
effet avec son conjoint et devine ses centres d’intérêt et ses
priorités, qu’il reprend à son compte. En fait, le Neuf connaît
davantage les sentiments de son partenaire que les siens propres,
et l’accompagner dans ses envies est l’une de ses principales
motivations pour agir. Son conjoint devient le centre de sa vie et
c’est en fonction de lui qu’il prend ses décisions.
Pour autant, le fait de fusionner avec les envies de son partenaire
n’empêche pas le Neuf d’avoir besoin d’être autonome. Il
apprécie qu’on le consulte et n’aime pas qu’on prenne les
décisions à sa place.
Attitude professionnelle
Le besoin de paix et d’harmonie que ressent le Neuf s’applique
également au contexte professionnel. Il travaille de façon
optimale dans une ambiance calme, dans laquelle les incidents
sont rares ; il se sent mieux dans une petite équipe ou une
entreprise familiale que dans une organisation ayant une
structure hiérarchique rigide.
Il apprécie que le cadre de son travail soit clairement défini, que
les responsabilités soient fixées et les objectifs clairs. Il peut
travailler beaucoup et avec efficacité si on ne l’oblige pas à agir
sous pression. Il a souvent besoin de temps pour prendre une
décision, car il lui faut avoir une vision globale de la situation,
connaître les différents avis et réussir à trancher ! Il préfère être
autonome et n’aime guère qu’on lui donne des ordres. De toute
façon, s’il estime que la demande n’est pas adaptée, il s’y
opposera par sa force d’inertie, évitant ainsi le conflit direct avec
sa hiérarchie.
Le Neuf a besoin d’approbation pour son travail, mais il ne se
met pas en avant. Ses capacités d’écoute et de médiation font de
lui une personne généralement appréciée, et il a naturellement
une relation de bonne entente avec les membres de l’équipe.
C’est le plus souvent lui qui met de l’huile dans les rouages pour
éviter les conflits et apaiser les tensions et qui fait le liant entre
les différents collaborateurs. Il aime travailler en confiance et
n’a aucune difficulté à déléguer. Mais pour être réellement
efficace, il a besoin d’être épaulé pour les prises de décision
rapides ou conflictuelles.
Un peu d’introspection
Pour ne pas perturber sa tranquillité d’esprit, le Neuf a tendance
à ignorer les aspects sombres de sa vie, à les minimiser et à
s’imaginer que les choses vont s’arranger. Il peut alors se perdre
dans ses rêveries ou se focaliser sur ce qui est positif, pour ne
pas voir en face la réalité d’un problème.
Il est tellement habitué à se fondre dans les autres qu’il ne sait
pas réellement qui il est, et il n’a pas un sens fort de sa propre
identité. De toute façon, ça ne l’intéresse pas vraiment de le
savoir. Il lui est très difficile de s’affirmer face aux autres. Dans
les situations où il pourrait le faire, il a souvent la sensation que
son avis n’a pas vraiment d’importance et que les choses
peuvent bien se dérouler d’elles-mêmes. Il considère qu’il n’a
rien de remarquable et se voit comme insignifiant. Il a appris à
se contenter de peu et à avoir peu d’attentes, pourvu que règne
en lui et autour de lui une atmosphère de paix et de sérénité.
Mais en procédant ainsi, il tend à s’oublier lui-même et a du mal
à prendre sa place dans le monde.
Le Neuf au prisme de
l’ennéagramme
L’apport au monde et sa
contrefaçon : l’image de soi
Apport au monde : la paix
La compétence principale du Neuf, ce qu’il apporte au monde,
c’est sa capacité à établir la paix, en lui et autour de lui. Elle se
caractérise par le talent particulier qu’il a pour comprendre les
autres et les accepter tels qu’ils sont, sans les juger. Le Neuf
possède un véritable don pour écouter ses interlocuteurs avec
empathie, centrer son attention sur eux en restant présent à lui,
comprendre les différentes positions, apaiser les situations et
trouver un consensus.
Image de soi : je suis calme, facile à
vivre
Lorsqu’il est victime des automatismes de son ego, le Neuf
surjoue son rôle et perd son authenticité, en dénaturant sa
compétence. Pour fuir les conflits, il tend à se montrer calme et
facile à vivre, en se fondant dans les autres ; mais il nie alors ses
propres besoins et s’oublie.
Béatrice (type Neuf) : Il y a quelques années, je crois que si
l’on m’avait questionnée sur ma « qualité principale », j’aurais
répondu presque sans hésiter « je suis facile à vivre ». Je
ressentais profondément cette sensation de me fondre dans les
autres et j’avais effectivement l’impression d’être « facile à
vivre », puisque j’étais toujours d’accord pour tout ; en fait,
j’étais presque fière de répondre « comme tu veux » aux
questions que mon mari ou d’autres me posaient (que ce soit
« ciné ou balade ? » ou « entrée ou dessert ? »). En fusionnant
avec leurs envies, j’avais l’impression de leur simplifier la vie,
puisque je suivais l’option qu’ils préféraient. L’ennéagramme
m’a fait prendre conscience du mécanisme égotique qui se
cachait derrière ces fiertés et dont je devais me libérer. J’essaye
désormais de m’interdire les réponses du type « ça m’est égal »,
pour percevoir au fond de moi mes envies les plus cachées et les
exprimer. Quant à la sensation « d’être en paix », je la vis
régulièrement et j’ai pleinement conscience de ces moments de
« délectation tranquille » qui parsèment mes journées. Je
m’amuse de ce que mes frères et sœurs me surnomment en riant
« Béa la béate », sans être vraiment sûre que ce soit un réel
compliment pour eux. Je sais bien que je vis encore trop souvent
dans « le monde des Bisounours », que j’excuse quelquefois trop
facilement les réactions de chacun et que j’évite instinctivement
les discussions qui fâchent. Mais j’essaye désormais de prendre
ma place et de mettre de la conscience dans mes décisions, et
pour moi, ça change tout.
Évitement : les conflits
Appartenant au centre instinctif, le Neuf est ancré dans l’action
et tient à contrôler à la fois son environnement et lui-même.
Comme il ressent le besoin profond de se sentir paisible, tant
intérieurement que dans ses relations avec son entourage, son
ego se construit en se persuadant que pour être en sécurité il lui
faut éviter toute opposition avec les autres, afin de ne pas
déclencher leur colère, risquer un conflit avec eux et perdre le
lien.
Le Neuf cherche donc perpétuellement à éviter les conflits –
surtout ceux qui l’impliquent personnellement –, qu’ils soient
extérieurs ou intérieurs. Cet évitement est souvent à l’origine de
sa difficulté à prendre des décisions et à dire non.
Dominique (type Neuf) : J’aime travailler dans le jardin, selon
mon inspiration et à mon rythme. Un jardinier très compétent y
effectuant les lourdes tâches, le jardinage est pour moi une
source de plaisir et de ressourcement. Au petit matin, je choisis
les zones ensoleillées et je me réfugie à l’ombre quand le soleil
tape. Il m’est insupportable que mon mari (qui est de type Un)
me donne dans ce domaine des directives précises. Un jour, il a
pris la décision de tailler sans plus attendre un grenadier
envahissant. C’était un travail pénible, les branches étaient
denses, piquantes et très hautes. Il s’y est attelé dès la décision
prise, en pleine après-midi, sous un soleil accablant. Il attendait
de moi que j’évacue les branches coupées au fur et à mesure,
pour lui permettre de voir clair. La pénibilité de la tâche rendait
son humeur maussade… Ce n’était pas mon choix de tailler cet
arbre ; le jardinier pouvait le faire plus tard, j’étais fatiguée et il
faisait très chaud. Je savais que mon mari mènerait son travail de
forçat jusqu’au bout et qu’il serait exaspéré de le faire seul. Je
n’ai pas envisagé de dire non, craignant sans doute
inconsciemment qu’un refus net et catégorique ne provoque de
la colère en retour. J’ai simplement fui au fond du jardin,
montrant que j’étais accaparée par une tâche de désherbage
essentielle et urgente… Mais l’humeur de mon mari s’aggravant
au cours du temps, j’ai finalement consenti à ramasser ces
maudites branches !
Mécanisme de défense : la
narcotisation
Lorsque le Neuf sent qu’il ne peut éviter le conflit (intérieur ou
extérieur), il a tendance à se réfugier dans des activités annexes
et non prioritaires, ou plus simplement à utiliser des manières
répétitives de penser et de faire. En procédant ainsi, il évite de se
confronter à ce qui est important pour lui et il s’oublie lui-même.
Ce mécanisme de défense est appelé « la narcotisation ».
C’est son utilisation inconsciente qui explique que le Neuf, alors
qu’il doit s’attaquer à quelque chose d’important pour lui, peut
ressentir une envie irrépressible de reporter ce qu’il doit faire
pour s’éparpiller dans d’autres activités, qui peuvent être stériles
et futiles, comme le classement des trombones par ordre de taille
par exemple !
C’est pour cela aussi qu’il laisse parfois son énergie et son
attention être détournées par des habitudes, auxquelles il ne peut
résister et dont il devient dépendant (juste un petit jeu de Sudoku
avant de m’attaquer au dossier).
Dans ces moments-là, le Neuf s’investit dans des occupations
qui l’anesthésient et le coupent de ses besoins propres, qu’il ne
veut pas connaître. Il remplace en fait ses besoins par des
substituts, qui peuvent être très variés : les jeux, Internet, la
lecture, le travail, ou encore le chocolat, l’alcool, les
somnifères… tout ce qui contribue à ce que le temps passe, à
l’abri de tout conflit !
La narcotisation n’est bien sûr pas propre au Neuf et nombreux
sont ceux qui peuvent par exemple perdre du temps sur
Facebook, alors qu’ils ont un dossier à boucler. Mais chez le
Neuf, ce mécanisme est plus fréquent, car systématique dès qu’il
doit s’attaquer à quelque chose d’important pour lui, surtout si
un risque de conflit existe.
La distorsion émotionnelle et
son antidote : la
restructuration émotionnelle
Distorsion émotionnelle : la paresse
Pour parvenir à maintenir une vie harmonieuse et calme, où rien
ne peut vraiment l’atteindre, le Neuf tente de s’ajuster aux
attentes des autres. Il ignore ses propres besoins et ses désirs, qui
pourraient être en opposition avec ceux de son entourage et se
focalise inconsciemment sur l’entente entre leurs points de vue.
Il est à ce moment incapable de résister à une distorsion
émotionnelle (ou passion) qui va le dominer : la paresse.
Le Neuf préfère s’anesthésier dans ses habitudes et fuir ses
ressentis, ignorer ce qu’il veut et ce qu’il éprouve, ne pas être
conscient de ses colères, de ses douleurs et de ses frustrations. Il
y parvient en s’effaçant, en prenant la vie comme elle vient, en
refusant de voir ses aspects gênants et en fuyant les tensions.
La paresse du Neuf est avant tout une paresse à se connaître.
Mais lorsque l’ego prend de l’ampleur, elle peut devenir une
paresse à faire et se transformer alors en inertie et en torpeur.
Jean-Pierre (type Neuf) : J’ai longtemps hésité à me mettre en
travers d’un important projet d’urbanisme dans mon village, à
cause de l’amitié qui me liait au maire et au président de la
communauté de communes, qui en étaient à l’origine. Mille fois
je me suis dit qu’il fallait, mille fois j’ai renoncé, car je savais
qu’un tel engagement bouleverserait ma vie dans un sens qui ne
correspondait pas à mon inclination. Jusqu’à un dîner avec des
amis qui m’ont rappelé que l’enquête publique touchait à son
terme et que l’impact sur le village serait important. Nous
sommes montés à vélo à la mairie pour voir le dossier et, à cause
de la pluie qui venait de s’abattre, le maire a proposé de nous
redescendre. J’ai fini par lui demander un stylo pour inscrire
mon opposition au projet, puisqu’on me demandait mon avis et
que j’étais monté pour le donner. À mon retour j’en ai parlé, et
tant de gens qui n’avaient rien dit m’ont affirmé penser comme
moi que l’opposition s’est naturellement déclenchée ; elle s’est
prolongée par un contentieux devant la justice administrative.
S’en est suivie la recherche du véritable intérêt général, qui est
devenue essentielle… et m’a pris dix ans de ma vie. À aucun
moment je n’ai eu l’impression de « décider » quelque chose. Je
m’étais interrogé, avais pesé le pour et le contre, sans réussir à
trancher. J’ai eu l’impression que les événements ont entraîné
pour moi un engrenage dont j’avais bien pris la mesure des
enjeux dès le départ et dont je ne regrette rien. À quel moment le
mécanisme s’est-il mis en route ? Assurément quand j’ai
demandé un stylo. Sans d’ailleurs en prévoir encore la portée.
Pour autant, n’importe quel grain de sable aurait eu les moyens
d’inverser l’ensemble.
Restructuration émotionnelle :
l’activité
Lorsque le Neuf se connecte à son essence, il éprouve une force
qui lui permet de vivre la restructuration émotionnelle (ou vertu)
de son type : l’activité, au sens d’engagement. Le Neuf
s’intéresse alors à ce qui se passe aujourd’hui et maintenant. Il
connaît ses besoins et sait les exprimer ; il s’engage pleinement
avec les autres et le monde et peut affronter le conflit avec
assertivité. Il est lucide et passionnément intéressé par la réalité.
Il estime que son opinion, son avis, compte aussi et il ne se
cache pas dans les coulisses ou sur le banc de touche en espérant
ne jamais être appelé ! Il fait preuve d’enthousiasme et est
rempli d’une énergie venue de l’intérieur.
L’obsession cognitive et son
contrepoids : le mécanisme de
progression
Obsession cognitive : l’oubli de soi
Lorsque l’ego du Neuf se sent en danger, il cherche à éviter les
conflits et il est alors en proie à une obsession cognitive (ou
fixation) : l’oubli de soi.
Pour ne pas être affecté par la réalité, être touché en profondeur,
le Neuf s’accroche à un état d’âme confortable et se concentre
sur sa relation avec les autres. Il fusionne avec leurs désirs et
leurs besoins et les fait passer avant les siens en s’oubliant, en
s’ignorant et en se déconnectant de lui-même. De ce fait, il ne
s’engage pas pleinement dans la vie et ne prend pas réellement
sa place. C’est un « aquoiboniste », qui considère que rien n’est
vraiment important…
Hélène (type Neuf) : Le programme de mes soirées est somme
toute assez routinier car le plus souvent, après le repas, mon
mari a pris l’habitude de visionner un film à la télévision. Il me
pose la traditionnelle question « que veux-tu regarder ce soir ? »
à laquelle je réponds presque invariablement « ce que tu veux »
car, au fond, je lui fais confiance sur le choix du programme.
Certains soirs, je ressens pourtant une envie de faire autre chose,
et je m’imagine passer la soirée à lire, écouter de la musique ou
peindre. Dans les faits cependant, ce désir reste du domaine du
rêve. Lorsque mon mari allume la télévision, je ne me sens pas
l’énergie de quitter le salon pour « vivre ma vie ». Comme s’il
me manquait l’impulsion pour le faire. Alors, par facilité et par
paresse, j’oublie mon envie première et je regarde la télévision
avec lui. Et puis, regarder un bon film, c’est toujours agréable !
Le Neuf est le seul type de l’ennéagramme où distorsion
émotionnelle et obsession cognitive sont si proches. Mais la
paresse est d’ordre émotionnel : le Neuf dans son ego ne fait pas
l’effort de reconnaître émotionnellement ses besoins ou ses
envies. L’oubli de soi est pour sa part d’ordre mental, le besoin
est conscientisé, mais le Neuf l’enterre très vite.
Mécanisme de progression : l’amour
Connecté à son essence, le Neuf surmonte son obsession grâce à
un mécanisme de progression (ou idée supérieure) : l’amour.
Il place son attention à l’intérieur de lui-même et découvre sa
capacité à être présent au présent. Il s’ouvre à l’amour de soi et
peut alors ressentir l’amour des autres, dans une relation
authentique et symétrique. Bon médiateur, il sait réconcilier les
opposés. Il est en paix avec lui-même et est capable d’amour
inconditionnel, tout en maintenant sa conscience à lui-même.
Figure 12-1 Récapitulatif des mécanismes de l’ennéatype Neuf.
Intégration et désintégration
de la personnalité
Lorsque le Neuf est connecté à son essence, il est capable de
diriger sa vie et ses activités de manière responsable et
autonome. Il apporte son égalité d’humeur, son écoute réceptive
et ses qualités de conciliateur. Il est énergique, prend des
initiatives et quitte alors son fauteuil de spectateur. Il abandonne
la conviction qu’il n’a pas de valeur et découvre qu’il est aimé
pour lui-même, inconditionnellement.
Le Neuf dans sa routine est facile à vivre, ami avec tout le
monde, tant qu’il n’est pas nécessaire de s’engager vraiment.
Effacé, il ne défend pas son point de vue (à quoi bon ?) mais
comprend toujours celui des autres. Il recherche la tranquillité
d’esprit et évite de faire face aux problèmes, qu’il ne veut pas
voir. Il éprouve des difficultés à dire non et à imposer des limites
à son entourage. Toujours serviable et souvent souriant, il passe
inaperçu.
Le Neuf dominé par les mécanismes de son ego devient de
plus en plus passif, indolent et prisonnier de tout ce qui le
protège d’une réalité déplaisante. De plus en plus négligent, il
reporte sans cesse ce qu’il doit faire, mettant en avant toutes les
excellentes raisons pour ne pas agir. Il a un sentiment
d’impuissance et de désespérance et se sent complètement
paralysé. Sa colère éclate de façon violente et souvent hors
contexte.
Outre ce mouvement d’intégration et de désintégration
« interne » (au cours duquel il se connecte à son essence ou est
dominé par son ego), le Neuf peut vivre par moments un
mécanisme d’intégration et de désintégration « externe » ; il
ajoute alors à ses caractéristiques les capacités ou les travers de
l’essence ou de l’ego d’un autre type, auquel il est relié dans le
schéma de l’ennéagramme. Ce mécanisme est décrit dans le cha
pitre 17 (page 293).
Quelques pistes pour évoluer
Pour réduire l’emprise de son ego et se connecter à son essence,
le Neuf doit arriver à reconnaître, dans sa vie quotidienne, les
moments où il s’oublie et n’est pas présent à lui-même. Il lui
faut repérer, par exemple, les instants où il détourne son
attention d’une priorité et se disperse avec une activité
secondaire ou une pensée obsédante, et ceux où il ne s’interroge
pas sur ce qu’il veut réellement.
Plusieurs pratiques peuvent lui permettre d’évoluer.
Apprendre à dire non
Le Neuf se sent en position très inconfortable lorsqu’on lui
présente une proposition qui ne l’attire pas. Il comprend très
bien les attentes de son interlocuteur et ne veut pas le décevoir.
Son premier réflexe est souvent de s’oublier et d’acquiescer
silencieusement, quitte à le regretter par la suite et à résister en
mode passif-agressif.
Avant de répondre à une proposition, soyez à l’écoute de vos
besoins, de votre rythme et de ce que vous dit votre corps : un
sentiment de légèreté et de détente, une ouverture au niveau du
diaphragme signalent le oui quand la crispation, la tension et la
lourdeur révèlent que votre corps vous dit non.
Assumez votre choix en posant clairement vos limites. En
exprimant un vrai non, vous entretenez une relation sincère avec
l’autre et vous êtes authentique avec vous-même. Vous prenez
peut-être le risque de le décevoir, mais cette rupture n’est rien
comparée à celle qui se manifeste quand vous coupez le lien
avec vous-même. D’ailleurs, d’une façon générale, c’est votre
vraie opinion qui est attendue par l’autre.
Affirmer ses choix
Paresse à se connaître et oubli de soi expliquent que le Neuf a
toujours beaucoup de difficultés à savoir réellement ce qu’il
veut, dans une situation donnée. En fusionnant avec les autres, il
adopte leurs points de vue et en oublie les siens.
Lorsque l’on vous demande vos préférences, interdisez-vous de
répondre « comme tu veux » ou « ça m’est égal ». Prenez le
temps de vous interroger, quitte à demander un délai de
réflexion. Ne vous précipitez pas. Apprenez à reconnaître ce que
vous souhaitez au fond de vous. Et n’hésitez pas à l’affirmer et à
suivre votre choix.
Reconnaître et gérer sa colère
De nombreux Neuf ne reconnaissent pas leur colère, par peur de
troubler leur tranquillité d’esprit. Cette colère est alors
intériorisée et se manifeste par des bougonnements, ou par une
force d’inertie importante lorsqu’on leur demande de faire ce
qu’ils n’ont pas envie de faire.
Apprenez à percevoir votre colère, à la ressentir. La colère est
une émotion naturelle qui nous informe qu’un besoin n’est pas
satisfait. Il est important d’en prendre conscience et de
l’exprimer. C’est elle qui vous permettra de vous connecter à
votre énergie intérieure. Prenez conscience de votre colère,
ressentez-la et osez l’exprimer. Car tout ce qui n’est pas exprimé
s’imprime et se transforme en un ressentiment qui finit par
s’ancrer.
DANS CE CHAPITRE
Principales confusions dans l’identification de son
ennéatype
Chapitre 13
Identifier son ennéatype :
principales confusions
i certaines personnes découvrent immédiatement leur
S
ennéatype, d’autres peuvent hésiter longuement. Nous avons
relevé ici les confusions les plus courantes :
Les doublets classiques
Un ou Six ?
Les deux ennéatypes sont guidés par le sens du devoir et veulent
bien faire, se sentant coupables lorsqu’ils n’atteignent pas leurs
idéaux (pour le Un) ou qu’ils ne tiennent pas leurs engagements
(pour le Six). Ils sont exigeants envers eux-mêmes, mais pour
des raisons différentes. Pour le Un, parce qu’il se considère
personnellement responsable de la bonne marche du monde,
pour le Six par crainte de ne pas être à la hauteur de ce que son
groupe attend de lui. Le Un est son propre juge, le Six craint le
jugement du groupe. Le Un, dans le centre instinctif, a besoin
d’agir, alors que le Six a besoin de s’assurer qu’il sait comment
faire face à une situation.
Cinq ou Neuf ?
Cette confusion, très fréquente, est le plus souvent le fait d’un
Neuf ayant un QI élevé, qui se prend pour un Cinq. D’abord
parce que certains confondent « être intelligent, studieux, aimer
les livres et les connaissances » et être un Cinq, mais aussi parce
que les Neuf ont tellement peu le sens de leur identité qu’ils ont
souvent du mal à se reconnaître dans un type. Et puis les deux
ennéatypes ont besoin de retrait et de calme. Le Cinq a horreur
du conflit, à cause de la décharge émotionnelle qui
l’accompagne, mais il n’hésitera pas à défendre son territoire s’il
se sent envahi. Le Neuf déteste qu’on le brusque, mais il ne le
manifestera généralement pas.
Six ou Deux ?
Les Six, surtout s’ils sont dans un milieu où le souci des autres
est « la ligne du parti », peuvent facilement se prendre ou être
pris pour des Deux. Ils partagent avec ceux-ci le besoin d’être
approuvés, la sollicitude envers leurs proches et peuvent
également poser trop de questions, au point de sembler
indiscrets. Le Six le fera pour essayer de comprendre et il n’aura
pas la volonté de contrôle du Deux. Le Deux se permettra
d’enfreindre des règles pour le « bien » de l’autre, ce que le Six
ne fera que si, après mûre réflexion, il estime que la règle est
inique.
Neuf ou Sept ?
Conflit et souffrance vont souvent de pair, il n’est donc pas
étonnant que les Neuf et les Sept puissent confondre leurs
mécanismes égotiques. Le Sept pense consentir à des sacrifices
inhumains dès qu’il doit renoncer à satisfaire une envie et peut
imaginer qu’il s’oublie lui-même. Le mécanisme de
narcotisation du Neuf peut être confondu avec la fuite de la
souffrance et les justifications alambiquées qu’il émet pour ne
pas passer à l’action ressemblent à la rationalisation du Sept. Et
puis les deux types font tout pour ne pas voir les difficultés et
adopter une attitude positive. Mais le Neuf n’aime pas qu’on
l’oblige à faire quelque chose alors que le Sept déteste qu’on
l’empêche de faire ce qu’il veut.
Les doublets plus subtils
Deux ou Neuf ?
Refusant de reconnaître leurs propres besoins, ces deux
ennéatypes prêtent à confusion. Le Deux est en recherche active
pour aller au-devant des autres, là où le Neuf agit, ou pas, sur
demande. L’orgueil du Deux transparaît dès qu’on remet en
cause son action alors que le Neuf ne cherche pas à s’imposer.
Quatre ou Un ?
Les deux ennéatypes recherchent un idéal et ils peuvent être tout
aussi intolérants envers ceux qui s’écartent de ce qui leur paraît
beau ou bon. Ils sont tous deux très critiques envers eux-mêmes,
mais le Un ne navigue pas sur des montagnes russes
émotionnelles et le Quatre n’est pas perfectionniste pour luimême.
Huit ou Deux ?
Les Huit, surtout s’ils ne sont pas en position de pouvoir exercer
leur autorité naturelle, peuvent se prendre pour des Deux et
confondre leur besoin de contrôle avec un souci de répondre aux
besoins des autres. La confusion est plus rare dans l’autre sens.
Un triplet de choc : Trois, Sept
ou Huit ?
Le Trois est la version émotionnelle du Huit et le Sept, la
version mentale du Trois. Optimistes, fonceurs, débordants
d’idées comme les Sept, et prêts à les mettre en œuvre comme
les Huit, les Trois ont parfois du mal à se déterminer entre ces
deux types. Le Sept peut se voir comme un Trois quand il n’est
pas conscient de sa difficulté à mener un projet jusqu’au bout. Il
peut faire penser à un Huit quand il use de l’ascendant que lui
donnent sa flexibilité mentale et son irrévérence naturelle pour
assurer son indépendance. Un Huit, s’il est d’un naturel plus
relationnel et chaleureux, peut confondre son besoin de contrôler
avec la recherche du résultat propre au Trois et se prendre pour
cet ennéatype.
La quadrature du doute : Un ou
Deux ou Cinq ou Neuf ?
La réponse à cette question est généralement Six ! Cet ennéatype
a beaucoup de mal à se reconnaître car il a des affinités avec la
droiture du Un, le dévouement du Deux, la sagesse du Cinq et la
recherche du bien-être du groupe du Neuf. Et quand il finit par
se reconnaître, il en doute…
Partie 3
Expression et attitude de
chaque ennéatype
Dans cette partie…
Vous découvrirez que les neuf personnalités de
l’ennéagramme ont chacune leur propre dialecte,
et qu’il est utile de le maîtriser si l’on ne veut pas
commettre d’impairs ! Pour vous aider dans cette
interprétation, nous vous dévoilerons, pour
chaque ennéatype, les « sept règles » à connaître
pour bien parler le langage de l’autre.
Au-delà de la communication, la compréhension
d’un ennéatype passe aussi par l’analyse de ses
comportements, par la façon dont il occupe sa
place dans le monde. C’est là qu’interviennent ses
instincts fondamentaux, généralement à l’origine
de préoccupations et d’attitudes caractéristiques
qui imprègnent chaque personnalité ; ils
constituent à ce titre un excellent moyen de valider
l’hypothèse de votre ennéatype.
DANS CE CHAPITRE
Parlons-nous la même langue quand nous
communiquons entre nous ?
•
Comment chaque ennéatype communique-t-il ?
•
Comment communiquer avec chaque type ?
•
Le paradoxe de chaque type
Chapitre 14
Communiquer avec chaque
ennéatype
vez-vous déjà voyagé dans un pays dont vous ne connaissez
A
pas la langue ? En général, on s’y prépare en en apprenant
quelques rudiments, on achète un guide de conversation ou un
traducteur automatique ou bien on s’inscrit à un voyage organisé
et on se met entre les mains des organisateurs. Il est rare qu’on
se lance dans ce type d’aventure sans avoir pris quelques
précautions et elles nous semblent tout à fait normales.
Mais avez-vous voyagé dans un pays où l’on parle votre langue
maternelle ou une autre langue que vous maîtrisez ? Vous ne
vous êtes probablement pas inquiété, pensant arriver en terrain
connu. N’avez-vous pas été surpris par certaines tournures, par
le vocabulaire ou par l’accent que vous avez eu du mal à
comprendre ? Peut-être avez-vous commis un impair en insistant
(ou en n’insistant pas) face à un refus ou une offre ? Sans même
quitter votre pays, ne vous êtes-vous jamais retrouvé parachuté
dans un milieu social ou culturel dont vous ignoriez les codes ?
Toutes ces occasions vous ont permis de prendre conscience des
difficultés inhérentes à la communication interpersonnelle, qui
vont bien au-delà de la connaissance de la langue parlée.
Le tour du monde en neuf
ennéatypes
La communication n’est pas un processus automatique !
Nous utilisons des codes dont nous ne sommes pas conscients,
nous n’entendons pas notre accent (nous en avons tous un) et
nous imaginons que nos intentions sont claires et
compréhensibles.
Notre ennéatype est un facteur qui a une très grande influence
sur notre manière de communiquer. Notre manière particulière
d’être au monde se traduit dans neuf dialectes différents et ils
nous confrontent aux mêmes difficultés de compréhension que
lorsque nous arrivons dans un de ces pays dont nous pensons
connaître la langue, mais dont nous ignorons les subtilités, les
intonations et les particularismes ! Et, de même que nous
pouvons être choqués par l’usage du tutoiement systématique ou
par celui d’expressions que nous jugeons déplacées, voire
grossières, notre vocabulaire, nos gestes, notre humour ou son
absence, la distance à laquelle nous nous tenons de notre
interlocuteur, tout ceci peut heurter une personne d’un autre
ennéatype que le nôtre. Il n’y a là aucune intention dévoyée, ces
expressions ne traduisent ni agressivité, ni mépris de notre part,
peut-être bien au contraire ! Mais c’est ainsi qu’elles peuvent
être reçues à notre grand étonnement.
En lisant ce chapitre, vous allez apprendre à décoder les biais de
communication de votre ennéatype et découvrir les rudiments de
la langue de chacun des huit autres. Vous verrez que c’est un
apprentissage qui est à votre portée et ce, quel que soit
l’ennéatype de votre interlocuteur. Contrairement à ce que
beaucoup de personnes croient, tous les ennéatypes peuvent
s’entendre entre eux, même ceux qui sont les plus éloignés.
La capacité à communiquer est le fruit de la connaissance de
quelques règles de base et du degré d’intégration des deux
parties. Il n’y a pas de relations nécessairement privilégiées ni de
relations impossibles entre les ennéatypes quand les personnes
sont intégrées.
Les neuf modes de
communication
Sermon ou leçon : la langue du
Un
Le Un est convaincu qu’il est toujours possible d’apprendre à
mieux faire. Il cherche à s’améliorer et à améliorer le monde qui
l’entoure, puisqu’il est important pour lui de concrétiser ses
idéaux. Les idées ne l’intéressent que si elles peuvent être mises
en œuvre.
Face à ce qu’il perçoit comme une imperfection, la sienne ou
celle de l’autre, il manifeste de la colère et il est difficile, vu de
l’extérieur, de savoir qui ou quoi en est la cause. N’étant pas
conscient de cette colère, il n’entend pas le ton sec de ses
propos.
Il est précis et donne des détails quand il fournit des
explications, mais les nuances ne sont pas son point fort. Il a
tendance à asséner des remarques critiques qui, même si elles
sont souvent fondées, sont très mal reçues par son entourage. Il
s’agit en fait de marques d’intérêt puisqu’il considère son
interlocuteur apte à s’améliorer. Il cherche donc à l’y aider,
n’imaginant même pas que cela ne l’intéresse pas ! Tenir compte
des sentiments personnels ou de l’existence de compromis
éventuels n’est pas dans sa nature. Il lui est difficile d’adapter
son discours pour qu’il soit plus recevable, cela reviendrait pour
lui à de la compromission et il en a horreur.
Le Un pense qu’il est toujours possible de s’améliorer. Il le
manifeste par des phrases commençant par « il faut » ou « tu
dois ». Si son interlocuteur est capable de dépasser le ton
professoral de ces recommandations et de les appliquer, il en
tirera grand profit ! Le Un l’aidera dans sa progression et ne le
laissera pas tomber. Il a un sens profond de l’engagement et la
difficulté ne le fait pas reculer. Il respecte les personnes qui
cherchent sincèrement à s’améliorer, mais ses injonctions sont
parfois difficiles à entendre car il ne se contente pas d’un à-peuprès.
C’est le grand paradoxe des Un, qui obtiennent très souvent le
contraire de ce qu’ils voudraient susciter chez leurs
interlocuteurs. Eux qui voudraient être pédagogues poussent les
autres à ne même plus essayer de bien faire, puisque le Un n’est
« jamais content ». Le sérieux et l’investissement personnel
qu’ils apportent au monde sont perçus comme de la rigidité.
Les sept règles pour parler Un
❶ Netteté et précision : Présentez des idées claires et bien
formulées, oubliez les fioritures et l’humour. Le Un
rejettera un discours évasif qui ne lui fournit pas les
éléments dont il a besoin ou qui cherche à détourner son
attention. Il est sérieux et s’attend à ce que les autres le
soient aussi. Une personne qui pratique l’humour lui
semblera désinvolte et peu fiable.
➋ Ponctualité et respect : Le Un a horreur de perdre son
temps et d’être en retard. Il apprécie la politesse et déteste
tout particulièrement être interrompu, car il risque de
perdre le fil de son raisonnement linéaire. Il est également
très attaché aux formules de politesse et aux voies
administratives et hiérarchiques, qui garantissent une
procédure sans passe-droits.
❸ Sincérité : Une erreur avouée, et qui n’est pas le fait de
votre légèreté ou de votre négligence, sera pardonnée.
Dans tous les cas, prenez les devants car le Un s’en
apercevra tôt ou tard ! Vous éviterez ainsi de passer pour
un dissimulateur et de perdre sa confiance.
❹ Justesse et modération : Les compliments et les critiques
sont à manier avec précaution. Il est très peu sensible aux
premiers et n’en tiendra compte que s’ils sont justifiés. La
flatterie est à proscrire avec le Un, il y est complètement
insensible et vous serez vu comme une personne peu
fiable. Quant aux critiques, il s’en fait déjà bien assez luimême s’il sait qu’il a tort, et ne les acceptera pas s’il est
convaincu d’avoir raison.
❺ Ouverture : Plutôt que de contredire le Un, il vaut mieux
lui proposer de s’ouvrir à d’autres options, pourvu, bien
sûr, qu’elles soient réalistes et honnêtes.
❻ Cohérence : Le Un suit les règles et les procédures en
place. Il a besoin de les connaître et s’attend à ce qu’elles
soient appliquées sans altération. Une règle qui n’est pas
connue ou qui est fantaisiste n’est pas une règle.
❼ Sérieux : L’effort passe toujours avant le réconfort et les
personnes qui prétendent mêler travail et plaisir ne sont
pas fiables. Inutile de proposer une activité distrayante
sans avoir bien travaillé au préalable sous peine d’être
disqualifié !
Secours ou conseils : la langue
du Deux
Le Deux se donne pour mission de vous aider et c’est ce
message qu’il vous transmet par son langage verbal, corporel et
émotionnel. Pour cela, il cherche à être proche de vous, quitte à
envahir votre espace physique ou mental. Il joue de ses émotions
pour s’assurer qu’elles syntonisent avec les vôtres ou du moins,
avec celles qu’il vous prête. Son désir d’être perçu comme une
personne aimante et concernée par les besoins de son
interlocuteur peut pousser le Deux à le surprotéger, au point de
créer chez celui-ci une forme de dépendance affective ou de
rejet.
La difficulté à garder les distances est l’une de ses principales
caractéristiques. Ceci se traduit aussi bien par une proximité
physique, que par l’intensité du regard ou par la collecte et
conservation d’informations personnelles qui pourront être
utilisées comme preuves de son souci et de son affection. Il peut
chercher à infantiliser son interlocuteur, pour ensuite le
convaincre qu’il est en mesure de lui apporter ce dont il a
besoin.
S’il ne peut se mettre en position de supériorité, il va avoir
recours à la flatterie pour faciliter le contact. Il ne sait pas
toujours manier cette arme à bon escient et elle peut lui aliéner
certaines personnes, qui vont naturellement se méfier de ce type
d’approche. Avec d’autres, en revanche, plus confiantes, elle
peut être d’une redoutable efficacité !
Le Deux manifeste aussi son affection par des cadeaux, des
gestes d’attention, des petits mots. Il peut être très généreux, au
point de se mettre en difficulté financière. Il aime faire plaisir et
il aime qu’on lui en soit reconnaissant. Il donne son avis même
s’il n’a pas été sollicité et prodigue aide et conseils, parfois avec
trop d’insistance, tant il tient à être la personne qui vous aura tiré
d’une difficulté !
Le Deux a une capacité particulière à être là au moment
opportun ou à dire le mot d’affection dont son interlocuteur a
besoin. Quand il ne se laisse pas déborder par ses émotions, elles
lui permettent d’aider les autres à exprimer leurs états d’âme ou,
tout du moins, à sentir qu’ils ont été compris.
Triste paradoxe du Deux… Lui qui utilise toute une palette de
possibilités pour manifester son amour et sa capacité à vous
comprendre et vous aider, il déclenche des mécanismes de
défense contre l’intrusion et la manipulation.
Les sept règles pour parler Deux
❶ Présence : Le Deux ne se contente pas d’un intérêt distant
ou d’une analyse circonstanciée de sa situation. Il n’aime
généralement pas être seul et le contact direct et
chaleureux a toujours sa préférence. Il sentira tout de suite,
même au téléphone, si vous êtes ailleurs dans vos pensées.
➋ Partage : Manifestez des émotions sincères mais ne vous
laissez pas entraîner sur ce terrain, sa capacité
émotionnelle est supérieure à la vôtre. Il est très sain que,
de cette façon, un Deux découvre que l’on peut exprimer
de vraies émotions en gardant une certaine retenue, car il
prend souvent celle-ci pour de l’indifférence.
❸ Limites : Marquez les limites que vous ne le laisserez pas
franchir, mais c’est à vous qu’il revient de les faire
respecter. C’est à vous de ne pas faire les confidences que
vous ne souhaitez pas lui faire.
❹ Renvoi : Le Deux projette souvent ses propres besoins sur
les autres, ce qui lui permet de les satisfaire tout en pensant
être altruiste. Évitez de rentrer dans son jeu ! N’hésitez pas
à lui dire que vous serez ravi de faire ceci ou cela avec lui
parce que vous voyez que ça lui fera plaisir, au lieu de le
conforter dans l’idée que ça aurait été votre choix.
❺ Clarté : Le Deux n’hésitera pas à répondre à des appels
personnels pendant une réunion ou professionnels pendant
un repas. Soyez clair de votre côté, ne l’appelez pas à toute
heure. Vous n’êtes pas non plus obligé de devenir son ami
si c’est un collègue, ni son collègue si c’est un ami.
❻ Reconnaissance : On s’habitue aux services que les Deux
nous rendent, au point d’oublier de les remercier ! Faites-le
sincèrement, sans fanfare, mais n’omettez pas cette étape
quand il a réellement répondu à une attente ou à un besoin.
Ne considérez pas son aide comme allant de soi.
❼ Respect : Le point faible du Deux est sa difficulté à
refuser de rendre un service qu’on lui demande. Il est
presque trop facile d’en profiter pour se débarrasser sur lui
des corvées. C’est une manœuvre à éviter par pur respect
pour lui et pour éviter de tomber dans une surenchère de
manipulation émotionnelle.
Propagande ou argumentaire :
la langue du Trois
Le Trois veut vous convaincre et il va user de toutes ses
ressources pour cela. Quel que soit le contexte dans lequel il
s’exprime, vous aurez l’impression qu’il est en train de vous
vendre quelque chose. Nul besoin pour cela d’être en transaction
commerciale avec lui ! Il peut tout aussi bien s’agir d’une bonne
adresse que d’un auteur qu’il a découvert, de son kiné ou de sa
dernière réalisation. Il déroule un argumentaire et sait aussi
comment obtenir des informations de son interlocuteur. Il a un
flair tout particulier pour savoir sur quel registre il doit
s’adresser à vous et quels seront les critères pour vous
convaincre. Il est généralement sympathique et souriant,
s’approchant parfois un peu trop de son interlocuteur.
Naturellement expressif, sa gestuelle sert bien son discours.
Le Trois laisse rarement passer l’occasion de se faire admirer
pour ses réalisations, plus ou moins subtilement selon son degré
d’intégration. Il se protège ainsi d’entrer dans des considérations
plus personnelles sur des sujets intimes. S’il donne parfois
l’impression de s’être livré, c’est souvent dans un objectif précis
(vous faire croire que vous êtes dans son cercle proche, susciter
votre intérêt). La véritable confidence reste rare, elle est un
cadeau précieux !
Le Trois a une grande capacité à ajuster son attitude et sa posture
à la personne à qui il s’adresse et il s’en sert à bon ou mauvais
escient. C’est un des signes les plus révélateurs de son
ennéatype ! S’il est bien intégré, cela fait de lui un vis-à-vis hors
pair, une personne qui vous offre exactement la hauteur d’épaule
sur laquelle vous avez besoin de vous appuyer. S’il est
déconnecté de son centre émotionnel, ou qu’il est trop pressé
d’aboutir, il ne perçoit pas les informations nécessaires et n’est
plus ajusté à son interlocuteur. La dissonance entre son discours
et ses intentions véritables devient alors palpable.
Le Trois a toujours la solution à votre problème ! Mais peut-être
n’avez-vous pas envie de le régler ? Ou de le faire de cette
manière si expéditive ? Ou peut-être que vous n’avez pas
l’énergie de le faire ? Ou tout simplement pas de problème du
tout ? Alors qu’il pense vous offrir son efficacité, vous percevez
de la suffisance.
Les sept règles pour parler Trois
❶ Conviction : Difficile d’intéresser un Trois si vous ne
croyez pas à ce que vous dites ! Il supporte très mal les
personnes défaitistes ainsi que les petits joueurs. Il a
tendance à fuir les deux ou à les écarter comme s’ils
étaient contagieux. Plus ce qu’on lui dit est bref et précis –
chiffré même, si c’est possible –, plus le Trois est prêt à
s’enthousiasmer et à s’engager.
➋ Sincérité : Le Trois est très doué pour repérer les fauxsemblants et les fils qui dépassent dans un récit ! Il est plus
fort que vous à ce jeu-là, ne vous y essayez donc pas. La
flatterie est aussi à proscrire pour la même raison. Si vous
lui faites un compliment, soyez honnête et mesuré.
Rapportez-le à sa personne et non à ses réalisations, ça
l’aidera à découvrir qu’il a de la valeur par lui-même.
❸ Appréciation : Le Trois vous manifeste son affection en
réglant tous vos problèmes et en aplanissant votre chemin.
Manifestez votre appréciation pour ses efforts et n’en
profitez pas pour le laisser tout faire, même s’il est parfois
difficile de le devancer ! Montrez-lui que vous mesurez
l’affection qu’il vous témoigne. C’est un émotionnel et il a
besoin d’être rassuré sur la qualité de votre relation. Vous
pourrez alors lui demander de vous consacrer du temps et
pas seulement des efforts.
❹ Rapidité : Contrairement à d’autres ennéatypes, le Trois
n’a pas besoin d’avoir tout le déroulé d’une histoire pour la
comprendre. Les détails l’encombrent et l’agacent, inutile
de les lui fournir s’il ne vous les demande pas. Le Trois
déteste perdre son temps et si vous le ralentissez sans
raison il ne vous écoutera plus.
❺ Faire ensemble : Si vous voulez passer du temps avec un
Trois, proposez-lui une activité commune, utile de
préférence, qui occupera ses mains mais qui lui laissera
tout loisir de vous écouter, sans avoir l’impression de
perdre son temps. Non seulement ça ne le distraira pas
mais, au contraire, ça l’aidera à vous prêter attention !
❻ Limites : Le Trois a beaucoup de mal à s’arrêter, fixez-lui
des limites. Si c’est un collègue ou votre supérieur, ne vous
sentez pas obligé de répondre à ses messages à 6 heures du
matin. Si c’est un ami ou un conjoint, dites clairement
quelles sont les plages horaires que vous lui demandez de
réserver pour vous ou pour sa famille.
❼ Fiabilité : Le Trois a besoin de savoir qu’il peut compter
su vous, donc tenez vos engagements. Si vous n’êtes pas
fiable vous devenez un possible facteur d’échec, vous
serez écarté de ses projets. Il ne perdra pas du temps à
vous le dire en face, il fera sans vous ou vous contournera.
Silences éloquents ou drame :
la langue du Quatre
Le Quatre a tendance à se laisser envahir par ses émotions,
qu’elles soient positives ou négatives. Il leur laisse libre cours et
elles peuvent le submerger, ainsi que ses interlocuteurs qui se
trouvent prisonniers de ce flot émotionnel. Le Quatre ne se
contente pas d’avoir des émotions, il les incarne au point de ne
plus se distinguer d’elles. Il lui est difficile de ne pas faire part
de tous ses états d’âme car il vivrait cela comme un manque
d’authenticité.
Sa palette émotionnelle est si riche que la langue ne suffit pas
toujours à la décrire avec la précision voulue. Le Quatre a donc
souvent recours à la communication non verbale. La manière de
s’habiller, la décoration intérieure, le choix d’une voiture ou
d’un plat dans un menu, tout peut se prêter à transmettre des
informations cryptées, dont il espère qu’elles seront décodées,
ou pas…
Car le Quatre aime entretenir un jardin secret dans lequel il peut
vivre sa différence même si, paradoxalement, il regrette en
même temps que si peu de personnes en trouvent l’entrée. De là
à penser qu’il n’est pas assez intéressant pour qu’on fasse
l’effort de le comprendre, il n’y a qu’un pas qu’il franchit
facilement.
Les problèmes et les soucis du Quatre prennent des proportions
telles qu’il lui est difficile de parler d’autre chose. Quand la
conversation s’en éloigne, il peut la ramener vers ses
préoccupations sans logique apparente pour ses interlocuteurs.
Comme il cherche à décrire ses émotions de la manière la plus
juste possible, il lui arrive de laisser ses phrases inachevées, car
il se trouve à cours de mots pour exprimer une émotion, ou car
celle-ci s’est modifiée pendant qu’il cherchait à la fixer.
Les symboles sont très importants pour lui et il a tendance à en
user et à en abuser. Il peut lui être impossible de prendre des
notes s’il n’a pas la couleur d’encre ou le cahier approprié à
l’état émotionnel qu’il est en train de vivre. De même, le port
d’un vêtement précis peut devenir indispensable dans une
circonstance particulière, car il est chargé d’un souvenir
important. Ce qui peut sembler à d’autres un simple effet
décoratif, ou même passer inaperçu, peut représenter des heures
de questionnements pour le choix d’une couleur ou d’une
matière.
Le Quatre est généralement un bon compagnon dans les
moments de souffrance ou quand des émotions négatives nous
envahissent. Dans les moments de joie, une touche d’envie ou
un brin de mélancolie risquent de venir ternir la communication
avec lui.
Alors que le Quatre cherche à exprimer des émotions
authentiques et à laisser percevoir ce qui a de la valeur pour lui,
sa communication est souvent perçue comme étant trop
travaillée, voire théâtrale.
Les sept règles pour parler Quatre
❶ Acceptation : Dire à un Quatre de se calmer ou de s’en
tenir aux faits revient à lui fermer la porte au nez. Inutile
également de lui dire que ce n’est pas grave ou d’essayer
de voir les bons côtés d’une situation, s’il la perçoit
comme étant dramatique.
➋ Empathie : N’imaginez pas que le Quatre est venu
chercher des conseils ou, pire encore, des solutions ! Il
n’en a pas besoin, il veut que vous écoutiez ses
interrogations.
❸ Implication : Soyez clair dans vos engagements et
montrez que la relation est importante pour vous. Le
Quatre a naturellement peur de l’abandon, il a besoin
d’être rassuré et de savoir qu’il peut compter sur vous.
❹ Honnêteté : N’essayez pas d’acheter un Quatre en le
récompensant. Garantissez-lui plutôt un espace de
créativité dans le projet, quel qu’il soit. De son côté, il ne
peut pas s’attendre à une gratification émotionnelle que
son entourage ne sera pas en mesure de lui apporter, mais
il sera sensible à l’existence d’un véritable esprit de
coopération.
❺ Précautions : Ne rentrez pas dans une surenchère
émotionnelle pour essayer de dialoguer avec un Quatre.
Essayez plutôt d’ouvrir son espace de réflexion (pour faire
travailler son centre mental) ou d’action (pour faire
travailler son centre instinctif).
❻ Pondération : Dans une discussion, même dans un milieu
professionnel, l’opinion subjective d’un Quatre a plus de
valeur pour lui que les données statistiques qu’il aurait dû
vous fournir pour vous convaincre. Si ça n’est pas votre
cas, c’est votre droit de demander à les obtenir aussi, sans
pour autant retirer de la balance son opinion subjective.
❼ Mystère : Acceptez de montrer que vous n’avez pas tout
compris, ni tout anticipé. Partagez la beauté de ce qu’il
vous révèle mais laissez-lui sa part de mystère, même si
vous pensez l’avoir percée !
Monosyllabes ou traité : la
langue du Cinq
La communication du Cinq est très particulière. En général, il
parle peu car, soit il pense ne pas en savoir assez pour
s’exprimer, soit il croit que son interlocuteur n’en sait pas assez
pour le comprendre. Afin de les situer, il laisse les autres parler
avant de le faire lui-même. Quand il se décide à prendre la
parole, son discours peut avoir la forme d’un cours magistral
difficile à arrêter, généralement destiné à décourager son
interlocuteur ou à le noyer d’informations qu’il ne saura pas
interpréter. Si le sujet l’intéresse, s’il en sait suffisamment et s’il
estime que ses interlocuteurs sont en mesure de le comprendre, il
sera un modèle de précision et de concision.
Le Cinq est concret, objectif et impartial. C’est un excellent
confident quand il accepte d’écouter, mais il ne faudra pas
attendre de lui qu’il partage les émotions de son interlocuteur –
et surtout pas en direct ! Il privilégie d’autres moyens moins
risqués en exprimant à bonne distance l’importance qu’il
accorde à la relation.
Il préfère être seul, car il a besoin de moments de retrait pour
recharger ses batteries et réfléchir tranquillement à ce qui occupe
son monde mental très riche. Il se tient à bonne distance
physique et a tendance à reculer si on empiète sur son territoire.
Il ne connaît pas l’ennui et ne comprendra pas le besoin de
compagnie des autres. Très secret, il ne livre que très peu de luimême, au point de cacher des informations sans importance.
S’il ne peut pas s’isoler physiquement, il se repliera en lui-même
et son entourage sentira qu’il est devenu inaccessible. Ses
silences et son impassibilité se prêtent à des interprétations
erronées, car il est en effet facile de les prendre pour de
l’indifférence ou de l’antipathie. Il faut essayer de lui faire
comprendre cette éventualité pour éviter des malentendus qui
pourraient être graves, quand de nouvelles personnes rejoignent
son cercle.
Le Cinq ne devancera pas un besoin d’informations. Il estime
que c’est à son interlocuteur de poser des questions s’il a besoin
d’en savoir plus. Il n’est pas conscient du fait que son attitude
peut paraître suffisante ou hautaine. Il a tendance à négliger les
facteurs humains qu’il ne saisit pas bien.
Alors que le Cinq cherche à fournir des informations aussi
concises que précises, ses interlocuteurs se sentent perdus dans
un brouillard de mots ou en sont réduits à essayer de lire dans
ses pensées.
Les sept règles pour parler Cinq
❶ Silence : Évitez de meubler la conversation. Le Cinq n’est
pas gêné par le silence, bien au contraire ! L’idéal est de ne
lui parler que quand c’est utile, voire indispensable.
➋ Informations : Si vous voulez susciter son intérêt,
apportez-lui des informations pertinentes, des
connaissances qu’il pourra engranger et savourer par la
suite.
❸ Discrétion : Respectez son besoin d’intimité et restez
discrets. La divulgation d’informations sur son compte,
même banales à vos yeux, équivaut à une rupture de
relation.
❹ Respect : Quand un Cinq vous consacre du temps,
assurez-vous qu’il sait à quelle heure vous arrivez et à
quelle heure vous allez repartir. Tenez-vous bien à ces
horaires et, la prochaine fois, il sera plus détendu pour
vous écouter. Bien entendu, ne venez pas le voir sans
l’avoir prévenu au préalable.
❺ Anticipation : Ne le prenez pas de court en lui demandant
quelque chose à l’improviste ou en bouleversant son
emploi du temps. Il a besoin de recul pour prendre une
décision et, comme tous les ennéatypes du centre mental, il
a horreur qu’on veuille lui imposer des obligations.
❻ Concentration : Si un Cinq sort de sa cachette pour venir
vous voir, c’est qu’il est en train de vous faire un cadeau.
Méritez-le en lui consacrant toute votre attention, sans
vous laisser distraire par d’autres sollicitations. De toute
façon, il ne restera pas longtemps !
❼ Contentement : Le Cinq est économe de ses réactions.
S’il vous dit qu’il est satisfait ou d’accord, contentez-vous
de cette affirmation et n’en attendez pas plus. Si vous
cherchez à lui arracher une réaction plus enthousiaste,
vous n’obtiendrez qu’un repli immédiat.
Limites ou mise en garde : la
langue du Six
Le Six est l’ennéatype le plus complexe à décrire et sa
communication n’échappe pas à cette caractéristique. Pris entre
loyauté et questionnement, puissance de raisonnement et doute
constitutif, il sera aussi bien votre plus sûr appui qu’il pourra
avoir besoin d’être rassuré au moment où vous vous y attendrez
le moins. Il passera en un instant du rôle d’avocat de la défense à
celui d’avocat du diable et pourfendra les agresseurs avec la
même force qu’il protégera les faibles.
Le Six à besoin de connaître les règles du jeu et de savoir ce que
l’on attend de lui, afin de pouvoir s’y conformer. Il énonce ses
règles et ses attentes, non pour sermonner son interlocuteur,
mais pour lui éviter de les enfreindre, ce qui serait pour luimême une source d’angoisse qu’il veut épargner à l’autre.
Il cherche à obtenir les informations dont il pense avoir besoin
pour agir correctement et supportera très mal qu’on omette de
les lui communiquer. Il pourra penser que cette attitude est
délibérée et il sera difficile de lui prouver le contraire. Sa
recherche d’informations peut parfois dépasser les bornes de la
discrétion mais, même sans atteindre ces limites, le Six pose
habituellement beaucoup de questions.
Le Six tient un discours rationnel, même dans les moments où il
s’est déconnecté de son centre mental. Il se trompe en bloc mais
comme tout s’imbrique dans son raisonnement, il n’est pas
toujours aisé de démêler l’écheveau. Il peut aussi basculer dans
ses relations et passer rapidement d’une posture chaleureuse à
une posture fermée ou agressive, avec une grande capacité de
retrait. Sa loyauté sans faille envers son groupe ne l’empêche
pas d’être lucide, voire critique, envers ceux qui le composent,
s’ils ne respectent pas les règles qui le régissent. Il ne manquera
pas de les rappeler à l’ordre, pensant, là aussi, leur éviter de
s’égarer et donc leur rendre service. Comme lui-même craint de
se fourvoyer, il projette cette peur chez ses interlocuteurs et ne
comprendra pas les réactions négatives que ses rappels à l’ordre
ne manqueront pas de susciter.
Le Six cherche à éviter les erreurs de jugement comme les prises
de risque qu’il considère injustifiées et identifie tous les
scénarios catastrophe possibles. Ce qui est pour lui un désir de
protection et une marque d’intérêt est reçu comme une attitude
négative et décourageante.
Les sept règles pour parler Six
❶ Cohérence : Le Six cherche à être cohérent avec ses
valeurs et il ne supporte pas que l’on joue sur deux
registres. Il ne comprend pas qu’on puisse changer d’avis
sans des arguments solides et il détecte immédiatement les
ruptures de cohérence dans un discours.
➋ Explications : Si vous voulez convaincre un Six, il va
falloir vous y employer ! Les arguments du style « parce
que c’est comme ça » n’ont aucun effet sur lui. Il faut
toutes les données disponibles et les plus solides possibles.
Ses questions vous donneront l’impression de passer un
examen, mais dites-vous qu’il ne cherche pas à vous
coincer, il cherche à comprendre et à se former sa propre
opinion.
❸ Clarté : Les sous-entendus le déstabilisent beaucoup, car
ils déclenchent toutes sortes de suspicions et il ira
beaucoup plus loin que vous ne le supposiez. Si le doute
commence à planer, tout l’édifice est en danger. Il vous
écoute avec attention mais finissez vos phrases,
n’imaginez pas qu’il bouchera les trous dans votre
discours.
❹ Considération : Le Six questionne tout, même ce qui est
pour vous une évidence. Ne commettez pas l’erreur de le
traiter avec condescendance parce qu’il a pu imaginer
l’inimaginable. Ne traitez pas à la légère son angoisse, car
il perdrait confiance en vous. Écoutez plutôt ses
interrogations car elles peuvent vous alerter sur une
éventualité que vous n’aviez pas imaginée.
❺ Mesure : Le Six apprécie les propos mesurés et fondés.
Les exagérations sont un sujet d’angoisse, car il ne peut
pas les écarter d’emblée et doit d’abord déterminer le
risque possible. Les compliments doivent, eux aussi,
garder des proportions raisonnables et vous devez être
légitime pour les formuler. Justifiez-les et éventuellement
étayez-les par des exemples, ça le rassurera sur vos
intentions.
❻ Rappel : Si vous êtes proche d’un Six, gardez bien en tête
toutes les situations qui se sont bien déroulées, tout ce qui
s’est bien passé et tous les obstacles qu’il a déjà
surmontés. Il a besoin qu’on les lui rappelle car il a
tendance à les oublier ou à les minimiser et à exagérer la
part des problèmes.
❼ Fiabilité : Montrez-lui qu’il peut compter sur vous, tenez
vos engagements, reconnaissez vos erreurs. Soyez constant
dans le soutien que vous lui apportez et n’hésitez pas à lui
rappeler votre implication à ses côtés quand il doute de
vous. Rassurez-le sur votre bienveillance, souvenez-vous
qu’il doute d’abord de lui-même, y compris de sa
perception de vous !
Profusion d’idées ou histoires :
la langue du Sept
Le Sept recherche la légèreté et l’amusement. Il aime jouer avec
des idées qu’il produit comme des bulles de savon. Il adore
« pelleter les nuages », comme disent les Québécois. Les détails
pratiques l’ennuient et il les écarte, puisqu’il ne s’attend pas du
tout à devoir concrétiser ce qu’il imagine.
C’est un théoricien qui n’aime pas qu’on lui rappelle qu’il n’y a
qu’en théorie que tout est possible. Quand un Sept vous parle de
ses projets et de ses expériences, souvenez-vous que son rapport
à la vérité est souvent assez créatif. Il ne ment pas, il brode, il
raconte et ne comprend pas que vous vous offusquiez alors que
son histoire était si bien tournée. Fallait-il aussi qu’elle soit
vraie ? Il se dira qu’il ne voulait tout simplement pas vous
décevoir.
La confrontation aux problèmes est souvent difficile, voire
impossible. Le Sept va les minimiser ou les ridiculiser, ainsi que
ceux qui les exposent. Comme il manie très bien les mots et les
concepts, il peut être un ennemi redoutable. Ce manque de
considération et de sérieux n’est en fait qu’une tactique pour
cacher sa peur de la souffrance possible. Quand il ne peut éviter
d’être confronté à la réalité, il va vociférer et rationaliser son
attitude avec des explications a posteriori, qui lui évitent d’être
tenu pour responsable.
L’implication est difficile pour le Sept, puisqu’elle suppose des
renoncements et donc une perte de liberté, situations qu’il fuit
par-dessus tout. Il cherchera à échapper aux contraintes
extérieures mais il est capable de s’en imposer à lui-même, s’il
estime que c’est nécessaire.
Les personnes qui n’ont pas d’humour, qui ne sont pas prêtes à
le suivre dans ses plans imaginaires et qui prétendent l’amarrer à
la réalité ne l’intéressent pas. Si elles ne sont pas capables de
jouer avec des idées, c’est qu’elles manquent d’intelligence.
Le Sept a besoin d’être optimiste et gai pour museler ses peurs.
Il fera tout son possible pour que son entourage le soit aussi, ce
qui en fait un compagnon très plaisant dans les bons moments.
Alors qu’il cherche à offrir à son entourage une vie sans nuages,
celui-ci peut souffrir de sa légèreté et sa désinvolture.
Les sept règles pour parler Sept
❶ Rapidité : Essayez dans la mesure du possible de suivre
son rythme ou, tout du moins, ne cherchez pas à le ralentir
exprès pour lui donner une leçon. Ne vous accrochez pas
aux détails si vous voulez garder son attention, restez-en
aux grandes lignes.
➋ Lâcher du lest : Ne l’attachez pas au poteau trop vite et
laissez-le vagabonder, mieux encore, accompagnez-le dans
ses rêves. Il ne vous en écoutera que mieux quand l’heure
de la raison devra sonner.
❸ Cadrage : Concentrez-vous sur ce qui doit réellement être
fait et sur les engagements qui doivent être tenus. Mettezvous d’accord sur sa part de responsabilité et, si c’est
possible, mettez les termes clairement par écrit et assurezvous qu’ils sont acceptés.
❹ Image : Le Sept a horreur d’être ridiculisé ou moqué. Si
vous le faites, il vous le revaudra et il est plus fort que
vous à ce jeu-là. Si vous avez des critiques à lui formuler,
ne le faites pas en public. Elles n’auront pas d’autre effet
que de le pousser à vous rendre la pareille.
❺ Enthousiasme : Le Sept peut aussi avoir de bonnes idées,
ne les disqualifiez pas d’office ! Simplement, ne comptez
pas sur lui pour les réaliser, assurez-vous qu’il est là pour
donner les grandes lignes et qu’il accepte que d’autres se
chargent de l’exécution.
❻ Variété : La répétition l’ennuie à un point qui est
difficilement imaginable pour les autres ennéatypes.
Tenez-en compte dans la mesure du possible. Souvenezvous qu’il a besoin de fuir sa peur de la souffrance et pour
cela, les distractions sont les bienvenues.
❼ Impact : Les changements constants, l’humour plus ou
moins lourd, le manque d’engagement du Sept peuvent
vous mettre dans l’embarras ou vous faire souffrir. Parlezlui sans exagération mais avec fermeté de l’impact que son
attitude a sur vous.
Ordres ou menaces : la langue
du Huit
Le Huit a besoin de savoir qui est pour lui et qui est contre lui,
sur qui il peut vraiment compter et qui est susceptible de le
trahir. Sa communication va donc chercher à distinguer
clairement ces catégories, en affirmant haut et fort sa position.
Il ne supporte pas de se sentir floué et va réagir violemment dès
qu’il aura l’impression qu’on lui a menti ou qu’on a cherché à le
manipuler. Cette impression est souvent fausse mais, comme il a
besoin de tester la fiabilité de son entourage, il peut proférer
menaces et diatribes pour voir comment son interlocuteur réagit.
Pas de fioritures, il va droit au but !
Un Huit qui sait choisir ses batailles est déjà une personne
intégrée. Si ce n’est pas le cas, toute interaction peut prendre
l’allure d’une confrontation. Il emploiera un ton agressif, parlant
haut et fort et employant souvent un langage cru, s’amusant de
ses propres transgressions. Ses colères cosmiques ne sont qu’une
forme d’expression et il ne comprend pas pourquoi son
entourage les craint. Il n’est généralement pas conscient de
l’impact négatif que son attitude peut avoir sur la plupart des
personnes.
Très intrusif et cherchant à contrôler ses relations, il est
particulièrement possessif envers ceux qui comptent pour lui et
qu’il veut défendre à tout prix. Il ne supporterait qu’il leur arrive
malheur parce qu’ils ont échappé à son contrôle ! Il évite de
manifester les émotions qui pourraient le mettre en position de
faiblesse et, généralement, ne témoigne pas son affection par de
la tendresse ou des mots doux, mais plutôt par des ordres et des
contraintes.
Les nuances ne l’intéressent pas : c’est vrai ou faux, blanc ou
noir, juste ou injuste. Tout ce qui se situe entre-deux déclenche
la suspicion de mensonge ou de compromission. Il n’aime pas
les détours et ne comprend pas le besoin de chercher à
convaincre. Il aime dire non et ne s’en prive pas, puisque c’est
un moyen efficace de tester la résistance qu’on pourrait lui
opposer. Son énergie débordante supporte mal d’être ralentie par
une quelconque contradiction. Dès qu’il n’est plus en contrôle il
se sent en insécurité et c’est cette peur inavouable qu’il cache et
se cache en haussant le ton.
Le paradoxe du Huit se manifeste alors dans toute sa force. Lui
qui veut dégager une image de puissance et de protection
renvoie celle de l’autoritarisme et de la rudesse.
Les sept règles pour parler Huit
❶ Affirmation : La règle de base est aussi la plus difficile à
appliquer. C’est celle de l’affirmation de soi et de
l’assertivité. Le Huit est à l’affût du moindre signe de
faiblesse pour disqualifier son interlocuteur. Si celui-ci
s’écarte, il considère que la place est à prendre. Lui fixer
clairement les limites à ne pas dépasser, s’y tenir et
affirmer franchement ses positions constituent le meilleur
socle pour une collaboration.
➋ Franchise : Le Huit ne supporte pas le mensonge, qu’il
vit comme une trahison. Comme il n’y a pas de demimesures pour lui, un mensonge ou une dissimulation sur
un sujet, aussi minime soit-il, range son interlocuteur dans
la mauvaise catégorie. Ayez le courage d’avouer vos
erreurs et d’affronter la tempête qui ne manquera pas de
s’abattre.
❸ Respect : On oublie souvent que beaucoup de Huit ne
sont pas en position d’autorité. Ils souffrent d’autant plus
de leur situation qu’ils pensent être sous les ordres de
personnes moins douées qu’eux pour gouverner une
famille, une institution ou une entreprise. Si vous devez
donner des ordres à un Huit, montrez-lui du respect, ne
cherchez pas à le faire plier.
❹ Conviction : Le Huit ne s’encombre pas de détails. Si
vous voulez le faire adhérer à un projet (ce qui signifie,
pour lui, le prendre en charge), vous devez y croire vousmêmes. Défendez-le de manière claire et en montrant que
vous êtes prêt à vous y impliquer.
❺ Concret : Le Huit a besoin de grandes lignes et de mise
en pratique. Les discussions qui se perdent dans les détails
et celles qui ne vont déboucher sur rien de concret ne
l’intéressent pas et il vous le fera rapidement savoir.
❻ Positif : Dans la même logique, le Huit veut savoir ce qui
peut être fait, pas ce qui n’est ni réalisable, ni
envisageable. Pourquoi s’encombrer de possibilités qui
n’en sont pas ? Formulez des phrases en positif, la
négation l’exaspère.
❼ Feed-back : Le Huit peut être brutal, mais il ne se rend
pas compte des dégâts qu’il cause. Dites-lui avec franchise
et sérénité l’impact que ses paroles ou agissements ont sur
vous. Sur le moment, il ne vous écoutera probablement pas
ou vous tournera en dérision, mais il est bien possible que
vos paroles lui reviennent ensuite en mémoire et qu’il
agisse avec plus de ménagement par la suite. Ne vous
attendez quand même pas à des excuses !
Spirales de l’histoire ou
confusion : la langue du Neuf
Exprimer un avis ou une préférence fait toujours courir le risque,
même mineur, de déclencher un conflit. La langue du Neuf va
donc éviter le plus possible ces deux écueils, en reformulant les
demandes des autres sans émettre lui-même d’opinion. Dès
qu’un sujet abordé peut devenir épineux, il va l’emballer dans
une spirale de paroles qui va le neutraliser.
Le Neuf a généralement un catalogue de sujets de conversation
agréables. Celui-ci peut inclure des points conflictuels, pourvu
que son interlocuteur soit d’accord avec lui. Il peut alors se
laisser aller à des diatribes qui ne lui font courir aucun risque de
conflit.
Les détails sans importance sont aussi les moins sensibles, le
Neuf va donc se concentrer sur eux, surtout comme un moyen
d’éviter d’en arriver aux sujets qui fâchent. Quand un Neuf
raconte des faits, il reprend le plus d’éléments possibles et
remonte dans le temps pour lisser les points saillants.
Si vous avez besoin de faire prendre une décision à un Neuf,
sachez qu’il risque de s’entraver dans une multitude de facteurs
parmi lesquels il ne peut discriminer. Il se réfugie souvent dans
des tâches triviales qui sont idéales pour l’occuper et éviter d’en
arriver à celles qui posent problème.
L’expression d’un refus est très difficile pour le Neuf, entre
autres parce qu’il ne sait pas s’il est d’accord ou pas ! Le « non »
est un mot difficile à prononcer et il se débrouille pour l’éviter,
générant toute sorte de malentendus. Il vous dira ce que vous
voulez entendre ou répondra par des tournures comme
« pourquoi pas ? », « on peut voir ça demain », « c’est une
possibilité », qui sont des substituts du « non ! » Le silence est
aussi l’équivalent d’un refus qu’il est difficile de le lui arracher
sans exercer une contrainte.
L’humour sans agression est une autre manière de distraire son
interlocuteur. Cependant, si vous êtes la cible de véritables
moqueries, prenez-le comme un compliment ! Ça veut dire qu’il
est suffisamment en sécurité avec vous pour se permettre de
vous taquiner.
Quand la recherche de l’harmonie et de l’apaisement prend le
pas sur la prise de responsabilités et sur la clarté d’intentions, le
message qui est envoyé est si insaisissable et flou qu’il finit par
alimenter les conflits auquel le Neuf a essayé d’échapper.
Les sept règles pour parler Neuf
❶ Suivi : Le fait qu’un Neuf ne vous ait pas dit « non » ne
signifie pas qu’il est d’accord ou qu’il a compris ce qu’on
attend de lui. Mettez en place un suivi régulier pour vous
assurer de son implication active. Il a tendance à penser
que sa contribution n’a pas grande importance et qu’il
n’est donc pas essentiel qu’il participe.
➋ Présence : Le Neuf se fait discret et demande peu
d’attention. Il est facile d’oublier de lui manifester de
l’intérêt. Si vous devez ou souhaitez cultiver une relation
avec un Neuf, il faut chercher à le rencontrer car il ne le
fera pas de lui-même. Il est important de lui consacrer du
temps, car le moindre coup de fil ou distraction, forcément
plus importants que lui, lui donnera l’occasion de
disparaître.
❸ Humilité : Humilier un Neuf, c’est comme voler un
pauvre, c’est une double faute. Le Neuf a tendance à
valoriser son interlocuteur et à lui laisser toute la place. La
tentation peut être grande, pour celui-ci, de prendre le
dessus sur lui ou de le disqualifier publiquement. Faites
attention à le ménager, évitez de lui imposer votre point de
vue ou de lui donner des ordres. C’est trop facile et ça ne
l’aide certainement pas à s’affirmer.
❹ Distance : Le Neuf n’aime pas qu’on envahisse l’espace
de paix et d’harmonie qu’il essaie de créer autour de lui
mais, par pure complaisance, il ne manifestera pas sa
contrariété. Ce n’est pas une raison pour en profiter ou
pour lui imposer un rythme, en particulier de prise de
décisions, qui n’est pas le sien.
❺ Tri : La capacité du Neuf à tout comprendre ne l’aide pas
à trier dans les priorités. Il a tendance à tout mettre au
même niveau puisque faire un choix suppose de
s’impliquer et de risquer de heurter quelqu’un. Dans la
mesure du possible, aidez-le à trier dans ses tâches, ses
priorités ou ses engagements. Ça ne veut pas dire faire le
tri à sa place, mais lui permettre d’écarter les options qui
ne lui conviennent pas du tout.
❻ Persuasion : La force du Neuf est une force d’inertie. Il
est difficile de persuader une personne qui ne vous
exprime pas son avis et d’être ferme avec quelqu’un qui
n’oppose pas de résistance. Il est d’autant plus important
que vos attentes, y compris en termes de relations
personnelles, soient claires. L’idéal est, bien sûr, que les
objectifs aient été énoncés et approuvés par le Neuf.
❼ Vue d’ensemble : Le Neuf n’est pas individualiste et il ne
cherche pas à tirer la couverture à lui. Cependant, il
appréciera de savoir quelle est sa part et comment son
apport s’insère dans un cadre plus vaste. Il aime les détails,
qui le rassurent, mais il est important qu’il comprenne que
le tableau ne sera pas complet sans sa contribution.
DANS CE CHAPITRE
Définition et description des trois instincts
fondamentaux
•
Les sous-types de chaque ennéatype
•
Quelques stéréotypes de chaque sous-type dans les
fictions
Chapitre 15
Les instincts fondamentaux
de chaque ennéatype
’ennéagramme décrit trois formes d’intelligence, trois sources
L
d’énergie, trois façons d’entrer en relation avec le monde
extérieur : les centres instinctif, émotionnel et mental. Le chapitr
e 3 a présenté en détail ce fonctionnement et la façon dont
chaque ennéatype utilisait ces trois centres.
Ce chapitre va s’intéresser plus particulièrement au
fonctionnement de notre centre instinctif, c’est-à-dire celui de
notre intelligence corporelle, qui a en particulier la charge de
notre bien-être physique et de notre sécurité.
Les trois instincts
fondamentaux de
l’ennéagramme
L’ennéagramme considère qu’il y a trois instincts fondamentaux
(ou sous-types) chez les humains, dont le but est d’assurer notre
survie. Il s’agit de l’instinct d’autoconservation ou de
préservation, de l’instinct social ou grégaire et de l’instinct
sexuel ou de relation exclusive1. Ces instincts sont tous les trois
présents dans chaque personne, mais il est rare qu’ils soient
constamment en équilibre. Selon notre histoire personnelle et
selon les difficultés que nous traversons à un moment précis, les
demandes émanant de l’un de ces trois instincts s’imposent à
nous d’une manière trop importante, voire excessive, par rapport
aux deux autres. L’absence de réponse aux demandes de cet
instinct est perçue par notre intelligence corporelle comme une
véritable menace pour notre survie.
Les missions des trois
instincts, ou sous-types
Le premier instinct, celui d’autoconservation, donne la priorité
à la satisfaction des besoins de base (nourriture, vêtement,
logement, sécurité financière, santé) et nous conduit à nous
assurer par nous-mêmes que nous disposons de tout ce qui nous
est nécessaire dans ces domaines.
Le deuxième, l’instinct social, régit nos besoins relationnels et
de positionnement par rapport à la communauté ou groupes
auxquels nous appartenons, leur donnant une place essentielle
dans l’assurance de notre survie. L’établissement de bonnes
relations est très important pour ce sous-type et il consacre
beaucoup d’énergie à occuper et conserver sa place dans le
groupe.
Le troisième, l’instinct sexuel, nous conduit à développer des
relations intimes le plus satisfaisantes possibles, nous focalisant
sur une personne et une seule à la fois pour nous assurer les
meilleures chances de survie. Il y a une notion d’exclusivité
attachée à ce sous-type et qui induit un besoin d’affirmation par
rapport aux autres personnes.
Des instincts quelquefois
blessés
Ces trois instincts ont des missions spécifiques et leur bon
fonctionnement est nécessaire pour mener une vie équilibrée.
Il y en a généralement un des trois qui revêt plus d’importance,
qui prend plus de place, qui nous préoccupe plus que les deux
autres, au point de créer des déséquilibres dans notre mode de
fonctionnement. Ce phénomène peut avoir diverses origines et
leur explication dépasse les limites de cet ouvrage. Elles sont
d’abord liées aux phases de développement de l’enfant, de sa vie
intra-utérine jusqu’à ses 3 ans. Pendant cette période, il n’aura
d’abord que la préoccupation de ses besoins essentiels
(autoconservation), il s’intéressera ensuite à ceux qui l’entourent
et à la place qu’il occupe dans sa famille (social), pour pouvoir
ensuite s’affirmer vis-à-vis d’un autre individu (sexuel).
Si une situation est vécue comme problématique au cours d’une
de ces phases, il est probable que la personne sera
particulièrement sensible aux préoccupations qui y sont
rattachées. On dit que cet instinct est « blessé » et si, dans
certains cas, la prise de conscience de cette blessure suffit pour
la réparer, il peut être nécessaire de recourir à une thérapie pour
surmonter les conséquences qu’elle entraîne.
Ces situations ne concernent pas que les bébés ! L’adulte est
régulièrement confronté à des phases de ce type si, par exemple,
sa santé est en danger, s’il est séparé de son groupe par un
déménagement ou s’il tombe amoureux. Il est courant de voir,
dans ces circonstances, un autre instinct prendre le dessus de
manière temporaire. Il n’y a pas une hiérarchie unique des
instincts, elle peut varier selon les circonstances traversées ou
grâce à un travail thérapeutique.
Surutilisation ou sousutilisation des instincts
Il faut noter que la place prépondérante prise par un instinct peut
se manifester par une surutilisation ou une sous-utilisation de
celui-ci. On rencontre ainsi des personnes de sous-type
autoconservation qui ne verront jamais un médecin par peur de
la maladie, des personnes de sous-type social qui seront en
marge du groupe ou des personnes de sous-type sexuel qui
pratiqueront l’abstinence.
Face à des menaces visant l’un de ces trois instincts, chaque
ennéatype va développer une réponse spécifique qui est la
combinaison de sa distorsion émotionnelle (ou passion), de
son obsession cognitive (ou fixation) et de la préoccupation
propre à chaque instinct. Plus la personne est en situation
égotique, plus cette réponse sera disproportionnée. C'est ce qui
explique que certaines descriptions vous sembleront peut-être
sévères voire caricaturales.
Des qualificatifs ont été traditionnellement associés aux trois
sous-types de chaque ennéatype. Ceux repris dans ce chapitre
sont ceux attribués par Claudio Naranjo, et ceux choisis par Riso
et Hudson, ces derniers figurant entre parenthèses.
L’ennéagramme fournit des descriptions très cohérentes du
caractère et il est fréquent de retrouver des personnages de
fiction (films, séries ou romans) qui correspondent à un
ennéatype et à ses sous-types. Nous avons donc sélectionné
quelques figures qui incarnent des stéréotypes rencontrés dans
les fictions pour illustrer les différents sous-types de chaque
ennéatype.
Les sous-types du Un
Le Un de sous-type
autoconservation : anxiété
(autocontrôle)
L’ennéatype Un a naturellement tendance à ne faire confiance à
personne et il est l’auteur de normes exigeantes qu’il suit avec
rigueur. Ces tendances viennent s’ajouter aux caractéristiques
propres au sous-type autoconservation, qui ne compte que sur
lui-même pour assurer sa survie. Le Un de sous-type
autoconservation se considère donc seul responsable d’assurer sa
protection et tenu de veiller à l’observation des précautions
nécessaires. Il se doit de les avoir toutes prévues et sera très
critique envers lui-même s’il estime que ça n’est pas le cas. La
possibilité d’avoir sous-estimé ou ignoré un danger, et de se
trouver dans une situation qu’il ne pourrait pas contrôler génère
anxiété et colère envers lui-même. Le perfectionnisme du Un va
s’exercer ici envers tout ce qui concerne sa sécurité, sa santé et
son environnement : gérer parfaitement ses comptes, ne pas se
permettre d’écarts ou les compenser immédiatement, avoir des
stocks de nourriture, une maison propre et rangée ou un bureau
dégagé. Comme le Un a du mal à déléguer, il va devoir assurer
une somme de travail considérable pour remplir ses critères. Il
cherchera toujours à garder le contrôle de ses actions pour ne pas
devoir dépendre du manque de sérieux ou subir les changements
de programme de son entourage.
Le Un de sous-type social :
inadaptabilité (réformateur)
Le Un est sa propre boussole, on ne le dira jamais assez !
N’échappant pas à cette règle, le Un de sous-type social a sa
propre idée des règles à respecter en termes de vie de groupe.
Lui-même s’y tient avec rigueur et il ne lui viendrait pas à l’idée
de les enfreindre ou de les contourner. Alors que l’instinct social
pousse la personne à s’adapter à son environnement, le Un ne
peut pas accepter de faire des compromis envers ses propres
valeurs et sa vision idéale de ce que la société, le groupe ou la
famille devraient être. Il ne comprend pas que les autres
enfreignent les règles et considère de son devoir de le leur faire
remarquer. Cette attitude le rend souvent impopulaire et il est
soit craint, s’il détient une autorité, soit évité par ceux qui ne
veulent pas recevoir une leçon.
Les besoins personnels ne sont pas importants pour lui et les
membres du groupe qui se permettent de les faire passer avant
les intérêts collectifs perdent toute crédibilité à ses yeux. Sans
qu’il le recherche, le Un social joue un rôle de modèle pour son
entourage, au risque d’être enfermé dans une image de personne
parfaite.
Le Un de sous-type sexuel :
jalousie (chevalerie, amour
courtois)
Le Un sexuel est une personne intense et tendue, car en elle
cohabitent l’autocontrôle rigoureux que le Un s’impose et
l’intensité de l’énergie de conquête propre au sous-type sexuel.
Il ne lui est pas facile de trouver un partenaire qui puisse
atteindre les critères très élevés qu’il impose. Quand il en a
trouvé un, il passe en revue ses propres limites et ses
imperfections, et vit dans la crainte de perdre son partenaire, car
il ne cesse de se mesurer aux autres et ne se trouve jamais à leur
hauteur. La jalousie apparaît car il pense que son partenaire va
être attiré par quelqu’un de plus parfait que lui et il va donc
s’imposer à lui-même d’être irréprochable. Le Un sexuel attend
également de son partenaire une perfection inatteignable et il ne
laisse aucun espace à celui-ci pour le décevoir. Il le soutiendra,
le poussera, voire le persécutera pour qu’il devienne conforme à
cet idéal. Il souffre de cette situation, mais sa soif d’absolu ne
peut se contenter de moins. Cette intensité dans la recherche
d’une relation parfaite peut être douloureusement vécue par le
conjoint qui n’a pas la même quête et qui se retrouve piégé dans
un rôle qui ne lui correspond pas.
Quelques stéréotypes du Un
dans les fictions
Le perfectionnisme et l’intransigeance des Un sont souvent
caricaturés dans les œuvres de fiction. Si le personnage est de
sous-type autoconservation, ce sera sous l’angle de la
maniaquerie et de l’obsession pour la poursuite de la qualité
dans les moindres détails de la vie quotidienne (Bree Van de
Kamp dans Desperate Housewives, Monica dans Friends). S’il
est de sous-type social, ce sera l’engagement sans faille et sans
concessions pour une cause (Erin Brockovich dans le film du
même nom, Juliana Crane dans The Man in the High Castle,
Don Shirley dans Green Book). Le Un de sous-type sexuel
apparaît fréquemment sous les traits d’un conjoint (généralement
une femme) qui a une haute idée de ce que son partenaire doit
être et qui va mettre tout en œuvre pour qu’il réussisse (Claire
Underwood dans House of Cards, Claire Fraser dans Outlander).
Les sous-types du Deux
Le Deux de sous-type
autoconservation : moi
d’abord (privilège,
récompenses)
L’orgueil typique du Deux se manifeste de manière particulière
pour ce sous-type qui, par définition, cherche à assurer sa propre
survie alors que son ennéatype le pousse à s’occuper des besoins
des autres. Le Deux autoconservation va régler cette
contradiction en obtenant pour une autre personne ce dont luimême a envie ou besoin. Dans ce but, il se dit et dit autour de lui
qu’il mène cette action pour l’autre uniquement et de manière
désintéressée. Le plus souvent, la personne n’a rien demandé et
n’attend pas ce type d’aide, mais ce n’est qu’un point de détail
pour le Deux, qui pense savoir mieux que l’autre ce dont celui-ci
a besoin. Si on lui fait remarquer que, curieusement, cette aide
sert aussi ses propres intérêts, le Deux tombera des nues car il
n’en est pas du tout conscient !
Le Deux autoconservation peut aussi s’accorder un bénéfice qui
le rassure dans son besoin de protection, sous prétexte qu’il l’a
« bien mérité » au vu de tous les sacrifices qu’il fait pour les
autres. Souvent cette attitude de demande, voire d’exigence, de
privilèges se limite à la sphère familiale dont il estime qu’elle se
doit de l’épauler pour qu’il puisse continuer à faire le bien. Le
Deux autoconservation a l’impression d’être incompris et se sent
une âme de martyr, victime de sa trop grande générosité alors
que personne ne pense à ses besoins.
Le Deux de sous-type social :
ambition (l’ami de tous)
Ce sous-type de Deux a un flair tout particulier pour repérer les
personnes qui comptent et avec lesquelles il va nouer des
relations, toujours dans le but de pouvoir faire profiter les autres
des avantages que celles-ci pourraient lui apporter. Très doué
pour bâtir des réseaux, il va profiter de la protection et de
l’influence que ceux-ci lui assurent et il saura les alimenter en
rendant de nombreux services et en mettant des personnes en
relation. Il est d’un naturel gai et positif, cherchant à se faire des
amis de toute personne croisée qui pourrait lui être utile. La
chaleur avec laquelle il regarde fait que son interlocuteur a
vraiment l’impression d’être quelqu’un d’important.
Il a cependant tendance à privilégier les relations avec des
personnes en vue, espérant rehausser ainsi son propre statut,
surtout s’il peut se flatter de leur avoir rendu service. Il ne perdra
pas l’occasion de faire savoir qu’untel ou unetelle lui doivent sa
réussite ou d’avoir trouvé l’âme sœur. Sa conversation est
souvent émaillée de noms de personnes célèbres (name
dropping) ou du moins en vue dans son milieu. Il a besoin d’être
remarqué pour l’étendue de ses relations et a tendance à
surcharger son agenda comme preuve de son importance.
Le Deux de sous-type sexuel :
séduction agressive (intimité)
L’ennéatype Deux a naturellement tendance à s’approcher de
son interlocuteur mais s’il est de sous-type sexuel, cette
manœuvre frôle l’envahissement. Il a encore plus besoin de
proximité et de ressentir une intimité particulière avec celui ou
celle qu’il cherche à attirer ou tout simplement à fréquenter. Plus
sélectif dans ses relations que le sous-type social, il va se
concentrer sur des personnes clés dont il veut être très proche et
compter réellement pour elles. L’intensité de son regard est telle
que ces personnes se sentent l’unique objet de son attention,
comme si elles avaient éclipsé le monde entier.
Ce déploiement de séduction n’a pas forcément un but sexuel et
le Deux sera le premier surpris si cette attitude est prise pour des
avances. Il ne cherche en fait qu’à créer une connexion forte,
une relation exclusive, mais son langage corporel est souvent
ambigu. Sa manière de s’habiller peut aussi prêter à confusion,
cherchant à attirer les regards sur ses avantages physiques.
Il confond être désiré et être aimé, et peut se perdre dans une
sorte d’escalade de recherche d’intimité. En couple, comme en
amitié,
il imposera sa présence et sera très jaloux de toute relation ou
affection dont il ne serait pas l’objet exclusif, pouvant tomber
dans une forme d’obsession.
Quelques stéréotypes du Deux
dans les fictions
La générosité débordante du Deux mais aussi sa tendance à
savoir mieux que les autres ce qui est bon pour eux sont les traits
qui apparaissent le plus souvent dans les fictions. Si le
personnage est de sous-type autoconservation, c’est le côté
« donneur de leçons » qui s’illustrera (Agnès Jaoui dans Les
Bonnes Intentions, Emily Gilmore dans Gilmore Girls). Le
besoin d’être associé à des personnes importantes est souvent la
marque du Deux social (Tahani dans The Good Place, la
princesse Diana dans The Crown). Les Deux de sous-type sexuel
apparaissent quant à eux sous les traits de femmes de poigne
mais au grand cœur, qui pourraient faire penser à des Huit
(Madeline dans Big Little Lies, Nairobi dans La Casa de Papel,
Gloria dans Modern Family).
Les sous-types du Trois
Le Trois de sous-type
autoconservation : sécurité
(travaillomane)
Le maître mot de l’ennéatype Trois est l’efficacité et, quand il
est de sous-type autoconservation, il va déployer ce trait de
caractère pour s’assurer que rien de ce qui lui est indispensable
ne va lui manquer. Il est le champion des listes de tâches et de
courses, et il travaille si efficacement qu’il ne laisse pas le temps
à qui que ce soit d’autre de s’en occuper. Il arrive souvent que
son entourage ignore qu’une tâche est à accomplir, car elle est
menée à bien avant même qu’il soit conscient de son existence.
Il prend soin de sa forme physique, indispensable pour garder
son niveau d’efficacité à la hauteur de ses besoins. Il ne ménage
ni son temps, ni ses efforts pour pouvoir accumuler ce qui lui
donne sa sécurité et sa valeur vis-à-vis de son milieu. Ses
relations personnelles peuvent se sentir négligées par cet excès
de travail. Il leur consacre rarement un temps exclusif et est
souvent en train de réaliser plusieurs tâches en même temps ou
de répondre à plusieurs sollicitations. L’inactivité est très
anxiogène pour lui, car elle le met en insécurité. Il ne peut
s’empêcher de penser à tout ce qu’il pourrait être en train de
faire et de craindre qu’un autre le devance dans son travail et
compromette ainsi son ascension sociale, gage de sa sécurité.
Le Trois de sous-type social :
prestige (statut)
Si l’image que les autres ont d’eux est importante pour tous les
Trois, elle a encore plus de poids pour le sous-type social. Il
s’attache à tout ce qui va renforcer son statut dans son milieu et
pour cela, il cherchera à s’assurer qu’il excelle dans ce que
celui-ci valorise. Il ne s’agit plus ici de sécurité matérielle
comme pour le sous-type autoconservation et si le groupe
valorise l’ascétisme ou la frugalité, il sera le « meilleur employé
du mois » dans ce domaine ! Il saura s’ajuster à ce qui plaît aux
membres, quitte à changer de personnage quand il change de
contexte. C’est le plus conforme à l’image que l’on se fait du
Trois et le plus adaptable et « caméléon » de tous.
Il se doit d’être le meilleur et d’être identifié comme tel par ses
pairs, que ce soit au travail, avec ses amis ou dans la famille. Il
lui faut des signes tangibles de cette reconnaissance et il se
repaît des classements, récompenses, distinctions et tableaux
d’honneur. Très doué pour les relations sociales, sachant utiliser
le langage de chacun, il cherche à augmenter son réseau pour
s’assurer qu’il en contrôle tous les contours.
Il lui est très difficile de renoncer à une activité dans laquelle il
excelle, même si elle ne l’intéresse pas. Il ne se pose pas
vraiment la question en ces termes : si quelque chose est bon
pour son image et qu’il le fait bien, il s’y consacrera sans se
demander s’il l’aime ou pas. Ses propres sentiments lui sont
étrangers, surtout s’ils risquent de perturber son succès.
Le Trois de sous-type sexuel :
masculinité/féminité
(trophée)
La réussite du Trois de sous-type sexuel est d’incarner le
partenaire idéal de la personne qu’il cherche à séduire. Il s’y
emploie avec toute sa capacité à deviner ce qui peut lui plaire et
à se montrer sous le jour attendu. Il se dégage de lui une grande
capacité de séduction, indépendante de sa beauté réelle.
Le Trois s’identifie à ce que son partenaire attend de lui. Il en est
de même avec ses relations proches, et une femme Trois saura
parler avec des hommes comme si elle était l’un d’eux, pendant
que l’homme Trois maniera le vocabulaire qui lui vaudra d’être
accepté dans un cercle féminin. Cette attitude ne traduit pas une
quelconque orientation ou ambiguïté sexuelle, elle est
simplement une manifestation de la capacité du Trois à
s’identifier pour mieux séduire.
Il est sûr de son pouvoir d’attraction, mais il craint aussi de ne
pouvoir retenir la personne, car le charme pourrait cesser
d’opérer si elle le voyait comme il est réellement. Il va donc
chercher à s’adapter constamment à l’image idéale qu’a son
partenaire, pour éviter qu’une quelconque faille lève le voile sur
la supercherie. Mais comme il doit aussi séduire ses relations
professionnelles ou amicales, il peut en arriver à se perdre entre
ces différentes représentations idéales.
Quelques stéréotypes du Trois
dans les fictions
L’opportunisme et l’arrivisme du Trois sont plus souvent
exploités que sa capacité d’adaptation à son milieu, son côté
« caméléon ». Certains scénaristes parviennent à dévoiler la part
émotionnelle du Trois et montrent ainsi des personnages plus
profonds et touchants. C’est le cas de Tom Ripley dans Le
Talentueux Mr Ripley (autoconservation), de Berlin dans La
Casa de Papel ou d’Eli Gold dans The Good Wife (social) et de
Harvey dans Suits, ou de Haley Dunphy dans Modern Family
(sexuel).
Les sous-types du Quatre
Le Quatre de sous-type
autoconservation : intrépidité
(le[la] sensuel[le])
Le Quatre de sous-type autoconservation va concentrer sur son
environnement immédiat son attirance esthétique. Il soigne
beaucoup son intérieur où il se réfugie autant que possible. Cet
intérêt pour un lieu concret et pour son aménagement lui donne
un côté plus pratique que les autres sous-types du Quatre. Cela
ne l’empêchera pas de mettre sa sécurité financière en danger
par un achat « coup de cœur », s’il lui permet d’embellir son lieu
de vie et de le rendre unique. Le goût pour la communication
symbolique, typique du Quatre, s’exprime ici avec toute sa
force, d’autant que seules quelques personnes triées sur le volet
sont autorisées à pénétrer dans son refuge. Chaque détail aura
son importance et chaque objet une histoire.
Le Quatre autoconservation est appelé « intrépidité », car il a
tendance à prendre des risques inconsidérés et à négliger sa
santé, refusant de se plier à des contraintes de sécurité qui lui
semblent bien banales.
Ce sous-type cherche à être indépendant et autonome, il est
généralement plus discret sur ses émotions ou sa souffrance que
les autres Quatre. Il passera souvent par des phases de retrait
pour s’assurer de l’intérêt des autres ou, plus simplement, parce
que l’absence de contact écarte la possibilité du rejet et lui
permet de consacrer plus d’énergie émotionnelle à ses passions.
Le Quatre de sous-type social :
honte (outsider)
Le Quatre de sous-type social est confronté à la contradiction
entre son besoin d’être différent et de fuir la banalité, et son
désir d’intégrer un groupe pour assurer sa survie. La mauvaise
image qu’il a de lui-même va lui faire craindre d’être rejeté à
cause de ses défauts, alors que sa recherche d’authenticité le met
en porte-à-faux vis-à-vis du groupe. La difficulté à ajuster son
comportement génère chez lui un sentiment de honte, aggravé
par les compromis auxquels il peut se résoudre pour être
accepté.
Très conscient de ses manques, il pense que ceux-ci seront tôt ou
tard découverts et qu’ils lui vaudront l’exclusion. Il ne se résigne
pas à passer inaperçu en se fondant dans le groupe et prend
souvent la tête de mouvements de contestation, dont le but est de
revenir aux véritables valeurs et à l’authenticité de départ. Bien
sûr, il les quittera dès qu’ils deviendront majoritaires. Sa
difficulté à taire ses convictions et sentiments fera de lui un bouc
émissaire tout trouvé, ce qui renforcera son sentiment
d’inadéquation.
Le Quatre social est le sous-type qui ressemble le plus aux
descriptions habituelles de cet ennéatype. Il est le plus
imprévisible dans ses réactions et celui dont le manque de
naturel est le plus visible, à cause des efforts qu’il fait pour se
conformer aux us et coutumes du groupe tout en tâchant de
rester lui-même.
Le Quatre de sous-type
sexuel : compétition (imbu de
lui-même)
L’agressivité qui caractérise les sous-types sexuels est doublée,
chez le Quatre, par la passion d’envie propre à son ennéatype. Il
peut faire penser à un Huit car il est très compétitif, cherchant à
éliminer tous les concurrents potentiels. Il ne se contente pas de
fantasmes romantiques, il veut vivre des passions réelles et
turbulentes et cherche à attirer des personnes qui ont des qualités
qu’il admire ou envie.
Une fois la personne conquise, elle va perdre de son attrait car
elle ne correspondra pas à l’idéal que le Quatre s’en était fait. La
fuite de la banalité rend la vie quotidienne et la construction
d’une relation stable très difficile. Il va être souvent attiré par
des personnes qui sont inatteignables, soit parce qu’elles sont
déjà engagées dans une autre relation, d’un milieu social très
différent ou d’une orientation sexuelle incompatible. Le Quatre
peut se lancer quand même à leur conquête, quitte à briser un
couple ou des tabous sociaux.
Quand le Quatre s’engage dans une relation, il a besoin d’être
unique sans exception possible, y compris dans le temps car il
sera jaloux des anciens partenaires. Il ne supporte pas de se
sentir comparé, l’idée même de la comparaison étant
particulièrement révulsive pour un Quatre qui cherche à tout prix
à être unique.
Quelques stéréotypes du
Quatre dans les fictions
L’originalité des Quatre, leur capacité à agir contre leurs propres
intérêts et à prendre des risques inconsidérés sont des ressorts
bien exploités par les auteurs et scénaristes. En décalage par
rapport à leur place dans la vie réelle, on les voit sous les traits
de personnages impulsifs et déterminés pour le Quatre
autoconservation (Jessica Jones dans la série éponyme, Jasmine
dans Blue Jasmine), honteux de faire partie d’une société qu’ils
peinent à comprendre pour le Quatre social (Mafalda dans la BD
de Quino, Kurt Wallander dans la série de polars de Henning
Mankell), ou entraînés dans une relation amoureuse vouée à
l’échec (la princesse Margaret dans The Crown, Gillian Holroyd
dans L’Adorable Voisine) pour le Quatre sexuel.
Les sous-types du Cinq
Le Cinq de sous-type
autoconservation : château
fort (solitude)
Le Cinq de sous-type autoconservation est le plus conforme à la
description habituelle de cet ennéatype. Très économe de sa
personne, il fuit toutes les interactions qui l’éloignent de son
monde mental. Il cherche à être autosuffisant pour ne pas avoir à
entrer en contact avec d’autres. Le meilleur moyen d’y parvenir
est de réduire la palette de ses besoins au strict minimum. C’est
chez ce sous-type que la passion d’avarice conduit à être très
regardant envers les dépenses d’argent et pas seulement
d’énergie émotionnelle. Celles-ci vont, non seulement
représenter des interactions inévitables, même si la possibilité
d’acheter à distance peut les minimiser, mais elles diminuent
aussi son capital dont le but est de préserver son indépendance
en lui évitant de devoir dépendre financièrement des autres.
Les personnes qui l’entourent ou qu’il doit croiser représentent
toutes un danger potentiel de perte de temps ou d’énergie dont il
a besoin pour assurer sa survie. Le Cinq autoconservation est le
plus solitaire de tous les types décrits par l’ennéagramme. Il est
le plus détaché de ses émotions positives ou négatives. Il peut
cependant se mettre en colère s’il se sent envahi.
S’il doit exercer une occupation qui le met en contact avec
d’autres, il use de stratégies d’isolation et de détachement. Cela
peut aller des plantes vertes pour se cacher dans un open space à
une déconnexion entre ses mains et le reste de son corps si son
métier implique des contacts physiques.
Le Cinq de sous-type social :
totem (spécialiste)
Le Cinq de sous-type social a besoin d’être reconnu par le
groupe pour assurer sa survie, mais il doit en même temps se
préserver des interactions qui ne lui apportent rien ou qui lui
prennent trop de temps ou d’énergie. Il va régler cette
contradiction en occupant une place particulière : celle de « celui
qui sait », du spécialiste. C’est le plus intellectuel des Cinq, il se
consacre souvent à des occupations qui lui permettent d’être en
contact permanent avec la connaissance comme l’enseignement,
la recherche ou les archives et bibliothèques. L’avarice du Cinq
social va se concentrer sur l’accumulation de savoirs, qui lui
donnent l’illusion d’être puissant, surtout quand il ne les partage
que partiellement.
Cette position lui permet d’avoir des interactions d’ordre
intellectuel, qui ne lui demandent pas d’investissement
émotionnel, et d’avoir un rôle dans le groupe. C’est souvent le
sage que l’on vient consulter sur un point précis dont il est le
spécialiste. Il voudrait tout savoir sur un sujet qui peut être
extrêmement pointu. À la Renaissance ou au siècle des
Lumières, cette quête paraissait atteignable mais aujourd’hui, le
rêve du Cinq social peut tourner à l’obsession tant il est en
même temps facile d’accéder à des informations pointues et
impossible d’en faire le tour, vu leur volume.
Le Cinq de sous-type sexuel :
confidence, confiance
(dévoilement)
Le Cinq de sous-type sexuel est le plus créatif et imaginatif des
Cinq. Il poursuit la quête passionnée d’un autre avec qui il
pourra entrer dans une relation intime et intense, tout en
préservant sa possibilité de s’isoler. Son monde intérieur peut
être très tourmenté et il craint d’effrayer son partenaire s’il le lui
laisse entrevoir. Il procède par dévoilements progressifs, en
partageant des indices et des confidences afin de s’assurer qu’il
peut faire confiance à l’autre.
Cette intensité de relation est impossible à vivre dans la durée,
car elle perturberait trop son fonctionnement mental. Il va donc
émailler ses relations de quelques moments de communion
intime, se retirant ensuite dans sa solitude. Il peut très bien
s’accommoder d’une relation à distance qui ne permet que de
brèves mais intenses rencontres.
Sa communication est généralement non verbale, elle demande à
être décryptée correctement, ce qui lui permet de s’assurer que la
personne à qui il s’adresse est digne de sa confiance. Le Cinq
sexuel peut mettre fin sans explications à une relation si la
personne n’a pas réussi l’examen de passage ou bien rester seul
car il ne trouve jamais cette âme sœur.
Quelques stéréotypes du Cinq
dans les fictions
Les difficultés des Cinq pour entrer en contact avec les autres
par des moyens traditionnels sont largement exploitées par les
scénaristes. Présentés comme des personnes bourrues et
misanthropes (William Forrester dans À la recherche de
Forrester, Roberto dans El Chino interprété par Ricardo Darin)
pour le sous-type autoconservation, ce sont des scientifiques qui
ne peuvent communiquer leur savoir que dans un cercle restreint
(Sheldon dans The Big Bang Theory, Alfred Jones dans Des
saumons dans le désert, Sherlock Holmes) pour le Cinq social.
Le sous-type sexuel est moins souvent représenté car il se prête
plus difficilement à la caricature (Elizabeth Harmon dans The
Queen’s Gambit, le Professeur dans La Casa de Papel).
Les sous-types du Six
Le Six de sous-type
autoconservation : cordialité
(responsabilité)
Le Six de sous-type autoconservation combine le souci pour sa
survie matérielle et sa santé avec son besoin d’être en relation
avec son groupe. Il ne pourra donc pas simplement s’inquiéter
de lui-même et devra s’assurer qu’il s’est acquitté de toutes ses
responsabilités envers les autres, car le bien-être de son ou ses
groupes est une condition indispensable pour assurer sa sécurité.
Il est généralement très affable et cordial, au service des autres,
ce qui lui permet de bien les connaître et de découvrir ainsi leurs
intentions réelles. Il va plutôt se concentrer sur la réalisation de
tâches pratiques et sur la résolution de problèmes matériels que
sur la qualité des relations.
Il peut adopter un profil bas, quitte à se rendre vulnérable. Il
cherche en fait à neutraliser les possibles agressions en
minimisant sa capacité de nuisance et en donnant des preuves de
bonne conduite. Pourquoi s’en prendrait-on à une personne
inoffensive et qui rend service à tout le monde ? Il peut
cependant abandonner cette attitude avec ceux sur lesquels il est
sûr de pouvoir compter et être franc, direct, voire sarcastique, ou
brusque envers eux.
C’est le plus anxieux et le plus craintif des Six, celui qui aura
tendance à développer tous les scénarios catastrophe
imaginables et qui cherchera à tout anticiper jusque dans les
moindres détails pratiques.
Le Six de sous-type social :
loyauté (soutien)
Le Six de sous-type social est une personne loyale et mue par
son devoir. Il a besoin de savoir quelles sont les règles à
respecter et quel rôle on attend de lui, afin de s’y conformer en
toutes circonstances. Pour calmer son anxiété et ses doutes, il ne
peut pas compter sur lui-même et craint de se tromper en prenant
de mauvaises décisions. Le groupe, ses autorités et les règles
qu’elles ont établies le rassurent. Il tire sa sécurité des liens,
alliances et relations qu’il cultive avec sérieux.
Il va être très déstabilisé et perdre sa boussole si les normes ne
sont pas claires, s’il ne sait pas quelle est la conduite à tenir ou
s’il soupçonne que l’autorité n’est pas exercée de manière juste
au sein du groupe. L’idée qu’on puisse lui cacher des
informations dont il aurait besoin pour accomplir son devoir ou
prendre les bonnes décisions le met dans un état d’anxiété qui se
manifeste souvent par de la colère.
Il est d’un abord plus rigide et entier que les autres Six.
L’injustice, le comportement arrogant, le manque de cohérence
dans la prise de décisions ou dans les consignes données peuvent
aussi le faire sortir de ses gonds. Il cherchera à rappeler au
groupe ses valeurs pour lui éviter la déviance et cette attitude est
souvent perçue comme de la rigidité. Ce faisant, il risque d’être
désigné comme responsable des difficultés dans le groupe,
attribuées à son manque de flexibilité et non au
dysfonctionnement qu’il a essayé de dénoncer.
Le Six de sous-type sexuel :
force/beauté (vulnérabilité
fougueuse)
Le Six de sous-type sexuel ne se reconnaît souvent pas de prime
abord, car il cache son insécurité et sa peur sous des dehors
arrogants, voire intimidants. Il cultive son aspect extérieur pour
impressionner par sa force ou sa beauté. Il est souvent pris ou se
prend pour un Huit, à cause de son déploiement de force, ou un
Quatre, à cause de ses goûts esthétiques. Il lui est très difficile
d’accepter sa peur et de reconnaître l’influence qu’elle a sur son
comportement.
Son vocabulaire, son rappel des conventions et des bonnes
manières, sa recherche de sécurité trahissent cependant son
appartenance à l’ennéatype Six, mais il faut le voir en dehors de
son environnement habituel pour que ces traits se manifestent
clairement. Il peut être très agressif dans son attitude envers les
autres, mais il s’agit d’une stratégie de défense. Au lieu de
signaler les possibles problèmes aux personnes qu’il cherche à
protéger, comme le font constamment les autres Six, il va les y
confronter de manière brusque, voire hargneuse.
Il est plus souvent contre-phobique et cherche à cacher ses
faiblesses, car il pense qu’elles vont conduire à ce qu’on
l’abandonne s’il n’est pas assez fort pour assurer la sécurité de la
personne qui compte pour lui. Il est très attiré par la beauté ou la
force chez son partenaire car elles le rassurent sur sa propre
capacité de séduction ou sur la protection dont il va pouvoir
bénéficier.
Quelques stéréotypes du Six
dans les fictions
Le Six est un élément essentiel dans des scénarios par son jeu
collectif et sa capacité à anticiper. Il apparaît comme doutant de
lui, loyal et ami de tous pour le sous-type autoconservation
(Paige Dineen dans Scorpion, Charlie Brown dans Peanuts). Il
est responsable et sérieux, s’opposant à l’arbitraire s’il est de
sous-type social (le commissaire Maigret de Georges Simenon,
l’inspecteur-chef Gamache dans la série de romans de Louise
Penny, Lord Varys dans Game of Thrones, Obi-Wan Kenobi
dans Star Wars). Prudent mais sous des dehors de fier-à-bras
(Tony Lip dans Green Book), le côté flamboyant du sous-type
sexuel peut le faire prendre pour un Huit ou pour une Quatre
(Mary Yellan dans L’Auberge de la Jamaïque).
Les sous-types du Sept
Le Sept de sous-type
autoconservation : clan
(épicurien)
Le Sept entend bien être heureux et il recherche ce qui peut
éloigner de lui la souffrance. Le sous-type autoconservation va
s’assurer qu’il a accès à tout ce qui peut lui faire plaisir et que
personne ne va lui imposer de vivre des expériences négatives. Il
ne le fera pas à n’importe quel prix car il cherche à contrôler les
dépenses, sous-type autoconservation oblige. Il a un côté
beaucoup plus pratique et organisateur que les autres Sept dans
le but de ne pas vivre de frustrations.
Il craint de s’ennuyer et a toujours un arsenal de distractions à sa
portée. Il est très amical et aime la bonne compagnie mais peut
se montrer égoïste et profiteur dans certaines situations. Très
actif et intéressé par tout, il aime découvrir de nouveaux lieux,
de nouvelles bonnes adresses, des goûts nouveaux, voyager dans
des endroits plaisants, tout ce qui lui permet de garder le
contrôle de sa peur d’être confronté au manque ou d’éviter de se
sentir limité ou enfermé.
Si ses désirs ne sont pas satisfaits, ou s’il craint d’être privé ou
contraint, il peut adopter une attitude enfantine, incapable de
vivre une frustration même en théorie, et devenir impatient et
exigeant. Il s’entoure généralement d’un groupe qui va lui
garantir l’accès à ses besoins et la protection envers les
contraintes. Ce groupe fait partie de son arsenal de survie et il y
est très attaché, d’où le nom de « clan » donné aussi à ce soustype.
Le Sept de sous-type social :
sacrifice (occasions
manquées)
Le Sept de sous-type social est confronté à la contradiction
existant entre son désir d’indépendance et d’autonomie, et son
besoin d’être relié au groupe. C’est le moins visible des Sept car
il laisse moins le champ libre à son goût immodéré de la vie. Il
est plus idéaliste, se dévoue pour des causes et peut se sacrifier
pour les autres. Sa gourmandise s’exerce surtout dans le
domaine des idées et des projets auxquels il se consacre avec
enthousiasme. Il cherche à construire un monde plus juste et plus
libre, et voudrait en bannir la souffrance, pas seulement pour lui
mais pour la société dans laquelle il vit.
Il est très sociable, aime s’entourer d’amis et partager ses
convictions, ce qui en fait un enseignant très stimulant. Il est peu
respectueux de l’autorité et de la hiérarchie, préférant que
chacun puisse être libre et responsable. Ce mélange d’idéalisme
et d’enthousiasme est galvanisant pour les autres qui le suivent
dans ses aventures, quitte à devoir se charger du travail de fond
qui l’intéresse beaucoup moins.
En tant que sous-type social, son statut dans le groupe compte
pour lui. Il sacrifiera sa liberté, du moins temporairement, pour
s’assurer qu’il a les bons diplômes, les bons codes et que son
image sert ses intérêts.
Le Sept de sous-type sexuel :
imagination (néophile)
Le Sept de sous-type sexuel est attiré par des expériences
nouvelles et fascinantes, d’où l’appellation de « néophile » que
lui donne Russ Hudson. Le monde suffit à peine à lui fournir
assez de sensations à découvrir et il passe d’une aventure à
l’autre avec la même énergie que celle avec laquelle il vit de
nouvelles relations amoureuses. C’est le Sept qui prend le plus
de risques, tant financiers que personnels, son confort et sa
sécurité ayant peu d’importance à l’heure de se lancer dans de
nouvelles explorations. Il aime voyager et ne se soucie guère des
détails pratiques ou des contraintes matérielles.
Il a le don de transporter son partenaire dans un monde
imaginaire et c’est ce qui attire chez lui. Les personnes
l’intéressent peu, il recherche surtout l’intensité de la relation à
un instant précis. Il peut se détourner de l’autre très vite dès que
le premier moment de fascination est passé. C’est le plus
insaisissable des Sept et celui qui est le plus souvent dépeint
dans les livres.
La réalité lui fait peur et il s’accroche à son imagination pour
l’embellir. Refusant de voir les aspects négatifs, il peut se laisser
influencer, voire berner par l’espoir d’un monde où tout serait
plaisir. Si l’on évoque devant lui des sujets difficiles, il va
rapidement changer de sujet ou rationaliser. Il manie mieux que
personne la rationalisation, ce mécanisme de défense propre aux
Sept.
Quelques stéréotypes du Sept
dans les fictions
Aventuriers et beaux parleurs, défiant l’autorité avec humour, les
Sept sont des personnages très présents dans les films d’action et
les romans policiers. Un brin solitaire mais bon vivant dans sa
version autoconservation (le commissaire Montalbano d’Andrea
Camilleri), capable de se sacrifier temporairement pour une
cause s’il s’agit du Sept social (le Dr Siri Paiboun de Colin
Cotterill, Indiana Jones, Peter Frorrick dans The Good Wife) ou
séducteur et amateur de risques pour le Sept sexuel (Han Solo
dans Star Wars, Peter Pan).
Les sous-types du Huit
Le Huit de sous-type
autoconservation : survie
(survivant)
Le Huit de sous-type autoconservation est obsédé par sa sécurité
et cherche à tout contrôler pour l’assurer. Rien ne doit lui
échapper car, pour lui, il n’y a pas de détails sans importance.
Chaque faiblesse, aussi petite soit-elle, peut conduire à une faille
majeure et il ne fait confiance qu’à lui-même pour vérifier. Sa
très grande énergie se déverse dans cette quête et il lui faut tout
de suite et en très grande quantité tout ce dont il pense avoir
besoin. Les signes extérieurs de puissance sont très importants
pour lui car ils renforcent sa position dominante. Il est très
attaché à avoir une belle maison, avec tous les gadgets qui en
garantissent la sécurité ou une belle voiture bien fiable, qui lui
permet de se déplacer par ses propres moyens sans dépendre des
transports en commun, ou tout autre attribut marquant sa
supériorité et le mettant à l’abri du danger, selon
l’environnement auquel il appartient.
C’est le plus indépendant et le plus solitaire des Huit, souvent
sec et intimidant. Il est très casanier car il se sent en sécurité
chez lui et en ayant tout à portée de main. Il a beaucoup de mal à
différer la satisfaction de ses besoins car être en demande ou
dans l’attente le mettrait en position de faiblesse. S’il est
confronté à un délai ou à un refus il devient agressif et même
violent, car il se sent littéralement en danger.
Il aime le travail physique et les efforts qui lui permettent de
concrétiser pratiquement son besoin de sécuriser son périmètre.
Il a beaucoup de mal à accepter de l’aide puisque cette demande
serait la preuve d’une faiblesse.
Le Huit de sous-type social :
complicité (camaraderie)
Le Huit de sous-type social s’entoure de personnes dont il a
soigneusement mis à l’épreuve la fidélité et sur lesquelles il sait
pouvoir compter quoi qu’il arrive. De son côté, il fera aussi tout
pour les défendre, qu’elles soient ou non dans leur bon droit.
C’est le moins abrupt des Huit, le plus charmeur mais aussi le
plus intéressé par l’exercice du pouvoir.
Il a de nombreux réseaux et tisse des alliances pour pouvoir
contrôler son environnement. Il s’informe avec précision sur les
forces et faiblesses de ceux qui l’intéressent afin de pouvoir les
utiliser à bon escient. Il s’agit là de manœuvres purement
stratégiques, son vrai réseau d’amis est très limité, mais très
solide.
Il cherche très clairement à être en position dominante, à être le
protecteur, le défenseur et le justicier. Le Huit social s’engage
souvent pour de grandes causes sociales ou en politique. Il
défend ses points de vue avec opiniâtreté et c’est dans ce
domaine que s’exerce chez lui l’excès typique du Huit. Il aime
attirer l’attention et n’a pas peur de se faire remarquer en élevant
la voix.
Le Huit social détecte immédiatement un ennemi potentiel et va
se charger de l’écarter. Il déteste les personnes timorées, qui ne
prennent pas position et qui peuvent changer de bord, car elles
représentent un danger. S’il estime avoir été trahi, il cherchera à
se venger même s’il s’agit d’un membre de sa famille ou d’un
proche.
Le Huit de sous-type sexuel :
possessivité (mainmise)
Le Huit de sous-type sexuel est une personne naturellement
dominante et charismatique qui attire les regards. Les
caractéristiques propres au sous-type sexuel (besoin d’attirer,
agressivité) sont amplifiées ici pour donner un mélange
détonant. Il contrôle les autres par l’attirance qu’il exerce sur
eux. Il cherche à créer des liens forts tout en gardant son
autonomie pour ne pas tomber sous la coupe d’une autre
personne. L’intimité l’effraie, car elle suppose de laisser
quelqu’un envahir son territoire, mais il la désire en tant que
sous-type sexuel.
Il a un besoin viscéral de loyauté et il va falloir que son
partenaire la lui prouve à plusieurs reprises pour qu’il envisage
de baisser la garde. Il est extrêmement possessif et ne supporte
pas le moindre partage, ne serait-ce que de l’attention ou du
temps, car cela le met en position de faiblesse. Il est aussi très
protecteur car il craint qu’il arrive malheur à son partenaire.
Cette préoccupation peut se manifester par une grande
agressivité ou une méchanceté récurrente envers celui-ci, car son
partenaire représente une faille potentielle dans son système de
sécurité.
Pour éviter de tomber dans la dépendance vis-à-vis d’une autre
personne, le Huit de sous-type sexuel peut se contenter de
conquêtes successives qui le rassurent sur sa capacité d’attirance
sans le mettre en danger.
Quelques stéréotypes du Huit
dans les fictions
Du justicier solitaire à la femme flic sans complexes, le Huit se
décline en plusieurs versions. Méfiant et autonome s’il est de
sous-type autoconservation (John Wayne dans la plupart de ses
films, la détective Kinsey Millhone de Sue Grafton) ou
cherchant à avoir un fort impact sur son entourage (la
commissaire Petra Delicado d’Alicia Giménez-Bartlett, Lucy
dans Peanuts) s’il est de sous-type social. Le sous-type sexuel
est, lui, bagarreur, protecteur, possessif et en même temps
séducteur (Jamie dans Outlander, Dark Vador dans Star Wars, la
commissaire Romano de Sophie Chabanel).
Les sous-types du Neuf
Le Neuf de sous-type
autoconservation : appétit
(confort)
Le Neuf de sous-type autoconservation cherche à assurer sa
protection en s’enrobant de tout ce qui l’éloigne des situations
conflictuelles et des exigences des uns et des autres. Il peut aussi
bien s’agir de nourriture, de boisson, de lectures que de séries,
l’essentiel étant que ce soit à portée de main et que ça s’intègre
dans une routine. Ces deux éléments sont importants car ils lui
garantissent qu’il n’aura pas à sortir de sa zone de confort ou à
s’attirer des ennuis pour y avoir un accès illimité.
C’est le plus solitaire des Neuf, mais aussi celui qui peut le plus
facilement se buter et même élever la voix s’il se sent envahi ou
dérangé dans ses habitudes. En général, il se contentera de ne
pas répondre aux sollicitations malvenues en espérant que la
personne n’insistera pas. Comme il aime s’isoler et qu’il
accumule facilement, il est parfois pris pour un Cinq, surtout s’il
a des goûts intellectuels. Il aime beaucoup la nature qui le repose
et lui offre un cadre harmonieux, simple et à portée de main.
Le Neuf de sous-type autoconservation développe non
seulement la paresse à se connaître, caractéristique de son
ennéatype, mais il est aussi susceptible d’être paresseux au sens
strict du terme, allant jusqu’à se négliger physiquement, le tout
dans le but de s’économiser pour rencontrer le moins de
résistance possible.
Le Neuf de sous-type social :
participation périphérique
(famille heureuse)
Le Neuf de sous-type social est une personne dynamique et qui
s’investit beaucoup pour ses groupes, car il se rattache à leur
énergie. Ceux-ci lui permettent de vivre, d’avoir des valeurs, de
s’engager pour des projets sans qu’il soit à l’origine de ces
mouvements. Il anesthésie ses besoins en endossant ceux des
autres. Toutes ces activités donnent une épaisseur à son
personnage, mais en lui évitant d’avoir à réfléchir à son propre
rôle. Le costume est tout prêt pour lui !
C’est aussi pour cela qu’il tient beaucoup au respect des
conventions sociales qui régissent le groupe, car il ne
supporterait pas que, en les transgressant, certains mettent en
danger son cadre de vie ou même en modifient les codes qu’il a
si bien assimilés. Ces conventions sociales lui permettent
également d’avoir la bonne attitude en société sans devoir
mesurer lui-même les pas à donner.
Le Neuf de sous-type social est généralement très actif
physiquement et donne beaucoup de son temps et de son énergie
au groupe, mais il évitera de prendre des responsabilités car cela
lui demanderait de sortir de sa zone de confort. Malgré sa
résistance, il arrive régulièrement qu’un Neuf social se retrouve
propulsé à des postes de responsabilité, car il est la personne
consensuelle qui ne s’est pas fait d’ennemis. Il se trouve alors
confronté à l’obligation de prendre parti mais risque bien de
privilégier le camp qui lui permettra d’éviter le conflit, quitte à
commettre une injustice. S’il dépasse cette limitation il peut
alors être un excellent dirigeant, charismatique et généreux.
Le Neuf de sous-type sexuel :
union (fusion)
Le Neuf de sous-type sexuel va se confondre avec la personne
qu’il aime ou s’abîmer dans une quête de type mystique. Dans
les deux cas, cette union ou fusion lui permet de ne pas avoir à
jouer son propre rôle, ni à se demander quels sont ses besoins,
aspirations ou valeurs.
Il devient une sorte de miroir de l’autre, absorbant ses désirs et
ses aspirations, qu’il prend à son compte. Il fait tout pour
répondre aux besoins de son partenaire et le fait d’autant mieux
qu’il les perçoit mieux que les siens.
Il éprouve néanmoins le besoin d’exister indépendamment de
son conjoint et, s’il n’a pas la possibilité d’exprimer sa propre
personnalité, il peut se séparer, souvent sans faire grand bruit.
Mais ce sera alors pour mieux se réunir avec une autre personne,
car la vie seul avec lui-même est tout simplement
inenvisageable.
Le Neuf de sous-type sexuel traverse des moments de grande
anxiété quand il ne sait plus à qui se rattacher, au point de
pouvoir faire penser à un Quatre, car il vit des moments
d’angoisse existentielle. À la recherche d’une relation intense et
fusionnelle qu’il idéalise, il peut multiplier les relations tant
qu’il n’a pas trouvé son âme sœur. Très sensuel, il est aussi le
plus artiste et imaginatif des Neuf.
Quelques stéréotypes du Neuf
dans les fictions
Le Neuf semble, à première vue, moins présent dans les fictions
car, comme dans la vraie vie, il a tendance à passer inaperçu. Il
peut se contenter d’un second rôle pourvu qu’il puisse avoir à
portée de main de quoi se réconforter, s’il est de sous-type
autoconservation (Linus dans Peanuts, l’inspecteur Danglard
dans les polars de Fred Vargas). Jouant un rôle social dans sa
communauté, souvent contre son gré, le Neuf social est
repérable dans des personnages aussi divers que Mma
Ramotswe d’Alexander McCall Smith, Frère Cadfael dans les
romans et nouvelles d’Ellis Peters ou Tom Kirkman dans
Designated
Survivor.
Le
Neuf
sexuel
est
plus
cinématographique, grâce au côté absolu de son mécanisme de
fusion (Benigno, l’infirmier de Parle avec elle, Roger
MacKenzie dans Outlander ou la troublante prestation de
Lauren Bacall dans The Gift of Love). Une mention spéciale est
à décerner au personnage d’Élisabeth II dans The Crown, qui
s’oublie elle-même pour se confondre avec son rôle de reine
d’Angleterre.
1 Les noms donnés aux trois instincts diffèrent selon les auteurs ; c’est le vocabulaire développé
par Oscar Ichazo (autoconservation, social, sexuel) qui a été choisi ici.
Partie 4
Impact et coloration des
autres ennéatypes
Dans cette partie…
Après avoir fait un long périple au cœur d’un
ennéatype, qui vous a permis d’en comprendre le
fonctionnement, de découvrir ses motivations et
ses mécanismes quand il est dans son ego et son
essence, d’interpréter son dialecte et de repérer
l’influence de ses instincts fondamentaux, vous
vous attacherez dans cette partie à percevoir
l’impact que les autres ennéatypes ont sur lui et à
discerner la manière dont ils le colorent.
Vous appréhenderez notamment le rôle des
« ailes » et la façon dont chaque ennéatype peut
être porté par ses ailes ou au contraire être
entravé par elles, avant d’aborder les mécanismes
et les conséquences de l’intégration et de la
désintégration externe, c’est-à-dire dans un autre
ennéatype.
DANS CE CHAPITRE
Définition et dynamique des ailes
•
Ce que chaque aile apporte à un ennéatype
•
Comment chaque aile entrave un ennéatype
•
Des exemples de manifestation égotique de chaque aile
Chapitre 16
Les ailes et leur impact sur
chaque ennéatype
orsque nous découvrons l’ennéagramme, nous sommes
L
souvent surpris par les profondes différences qui existent entre
les ennéatypes qui côtoient un type de base sur le schéma et que
l’on désigne comme ses ailes. Par exemple, un Un a une aile en
Neuf et une aile en Deux, un Quatre une aile en Trois et une aile
en Cinq. Il est particulièrement intéressant de voir comment ces
ennéatypes « mitoyens » s’influencent, malgré leurs différences.
Figure 16-1 Le positionnement des ailes de l’ennéatype Un.
Les deux ailes et leur
dynamique
Les deux ailes n’ont pas une influence égale. L’une d’elles se
développe naturellement, souvent dès l’adolescence, mais en
l’absence d’un travail précis dans ce sens, l’autre ne le fera
qu’en deuxième moitié de vie. Le penchant vers l’une ou l’autre
aile est souvent une forme d’adaptation à un milieu, en
particulier professionnel, mais pas uniquement. L’engagement
politique ou la militance pour une cause peuvent aussi nous
pousser à développer l’aile qui est plus utile ou admise dans
notre milieu.
Asunción (type Trois) a longtemps travaillé dans le milieu du
développement ou associatif. Elle s’est toujours beaucoup
appuyée sur son aile de Deux qui était bien mieux perçue par
son entourage que celle de Quatre ou que son ennéatype
d’origine.
Il existe, ici aussi, plusieurs écoles et explications sur l’origine,
la mise en place et le fonctionnement des ailes. Pour certains
auteurs, l’aile qui nous précède (en suivant le sens des aiguilles
d’une montre) est notre part d’ombre et la suivante est notre
alliée. Pour d’autres, elles ont toutes deux une grande influence,
parfois positive, parfois négative. D’autres encore les voient
comme étant au service de l’ennéatype de base, lui permettant
d’équilibrer ses travers. La présentation des arguments étayant
ces approches dépasse le cadre de cet ouvrage. Nous nous
limiterons donc ici à décrire l’influence positive ou négative de
chacune des ailes.
Une erreur commune est de leur donner trop d’importance à
l’heure de la découverte de l’ennéatype, comme on le fait parfois
avec les ennéatypes d’intégration ou de désintégration. Il est
courant d’entendre une personne dire qu’elle ne peut pas
appartenir à tel ennéatype, parce qu’elle ne se reconnaît pas dans
ses ailes ou dans son intégration/désintégration. Nous ne
redirons jamais assez que c’est dans l’ennéatype de base qu’il
faut se reconnaître. Les nuances et influences des quatre autres
ennéatypes (ailes et types de désintégration/intégration) sont
subtiles et il faut avoir déjà une bonne connaissance du modèle
pour découvrir leur véritable impact, si on ne veut pas tomber
dans la caricature.
L’aile ne modifie donc pas la motivation profonde de
l’ennéatype, et elle est au même niveau d’intégration ou de
désintégration que celui-ci. Elle « déteint » sur lui avec ses
propres distorsion émotionnelle et obsession cognitive quand la
personne va mal et elle le « colore » avec ses propres
reconstruction émotionnelle et mécanisme de progression
lorsque l’individu va bien. Nous allons voir maintenant
comment cela se traduit pour chaque ennéatype.
Influence des ailes sur chaque
ennéatype
Les ailes du Un
Figure 16-2 Les ailes du Un.
Quand le Un est porté par son aile Neuf : Respecter le rythme
des autres ou leurs points de vue devient atteignable pour le Un,
qui passe de la critique à la collaboration. En poussant plus loin
cette exploration, il peut même en arriver à la constatation
sereine que certaines circonstances ne peuvent être changées ! Il
arrête de se prendre continuellement en faute et apprend à
relativiser ses erreurs.
Quand le Un est entravé par son aile Neuf : Il se perd dans les
tâches à accomplir et a tendance à les négliger par peur de
l’imperfection. Il laisse de côté ce qui est vraiment important
pour lui pour ne se consacrer qu’à ce qui « doit » être fait,
s’oubliant et se dévalorisant. Il procrastine et n’arrive pas à tenir
les délais.
Clément est un Un, il a toujours refusé de chercher à découvrir
son ennéatype car, dit-il, « je préfère consacrer mon temps à des
personnes plus intéressantes que moi ».
Quand le Un est porté par son aile Deux, la voix du critique
intérieur est modérée par l’acceptation et la compréhension des
faiblesses des autres, et même de ses propres limites. Il se met
au service des autres, non pour les cadrer ou les réformer, mais
pour les aider à grandir. Il sait adapter les règles à leurs
capacités.
Quand le Un est entravé par son aile Deux, si ses efforts pour
améliorer le monde ne sont pas reconnus, la colère va se mêler
de déception et même du sentiment d’être blessé. Il refuse de
reconnaître ses besoins, victimise et se sent exploité, car il a pris
en charge tout le travail sans être ni aidé ni reconnu dans ses
efforts.
Aline est la trésorière d’une association qui traverse une grave
crise et a dû réduire son personnel. Elle se dévoue pour cette
fonction et assure bénévolement une bonne part du travail
administratif, négligeant sa propre activité de consultante. Ses
critiques constantes découragent toute aide de la part des autres
membres.
Les ailes du Deux
Figure 16-3 Les ailes du Deux.
Quand le Deux est porté par son aile Un, alors qu’il a
facilement tendance à favoriser ses « protégés » en tordant les
règles pour leur faire plaisir, il sait faire preuve d’impartialité et
d’équité. La pratique d’une discipline personnelle lui permet de
ne pas négliger ses propres besoins et de contenir ses émotions
pour lui éviter des débordements en paroles ou en actions. Il est
ainsi à même d’agir pour corriger ou améliorer au lieu de se
contenter de réponses émotionnelles.
Quand le Deux est entravé par son aile Un, il devient très
critique envers ceux qui lui manquent de reconnaissance. Il
s’investit trop et se perd dans son désir d’agir pour les autres,
cherchant toujours à faire plus et ne se sentant jamais à la
hauteur des besoins de son entourage. Il se néglige
complètement et s’épuise dans l’action.
Claire veut aider sa fille Sarah à trouver un emploi. Elle fait
pression sur une amie pour qu’elle la prenne en stage dans son
service. L’amie accepte tout en la prévenant qu’elle ne pourra
confier à Sarah que des tâches peu intéressantes car toute son
équipe est mobilisée par un projet déjà bien avancé. Dix jours
après Claire va se plaindre auprès de son amie car elle estime
que sa fille est traitée injustement.
Quand le Deux est porté par son aile Trois, il se donne des
objectifs clairs et s’organise pour y parvenir. Il ne cherche pas à
tout faire lui-même mais sait travailler en équipe. Il ne se perd
pas dans des considérations personnelles inutiles mais sait
s’adapter aux autres sans fusionner avec eux.
Quand le Deux est entravé par son aile Trois, il se consacre à
ses multiples tâches de manière compulsive et se concentre dans
l’aide aux personnes en vue pour en retirer du prestige. Il se
ment à lui-même sur ses véritables intentions prétendant agir
pour le bien d’un autre. Il cherche à se faire remarquer par des
personnes influentes et peut devenir un pion entre leurs mains.
Anne est assistante de direction. Elle cherche régulièrement à
contourner le règlement de la société au bénéfice de son patron
car elle trouve qu’il ne profite pas assez des avantages que lui
confère sa position. Un jour, elle lui propose d’obtenir un
surclassement en business pour son épouse, qui va voyager avec
lui, et considère la réaction outrée de celui-ci comme de
l’ingratitude.
Les ailes du Trois
Figure 16-4 Les ailes du Trois.
Quand le Trois est porté par son aile Deux, la poursuite de ses
objectifs ne se fait plus au détriment des personnes de son
entourage. Il respecte leurs priorités ou les associe à des
réussites qui ne sont plus seulement les siennes propres. Il les
apprécie pour ce qu’elles sont et non pour leurs contributions au
succès de l’équipe. Il les soutient dans leurs difficultés et les
encourage dans leurs progrès.
Quand le Trois est entravé par son aile Deux, il se fond
complètement pour se conformer aux attentes des autres et à
l’image qu’on lui prête. Il se rend indispensable et supporte très
mal de ne pas être reconnu en tant que tel, ou que ses efforts
pour les autres ne soient pas couronnés de succès.
Aude s’est donné pour objectif de faciliter la vie de son
entourage en anticipant leurs besoins et en mettant toute sa
redoutable efficacité à leur service. Elle passe si rapidement à
l’action que les autres sont incapables de la suivre et
abandonnent souvent en cours de route, la décevant
régulièrement.
Quand le Trois est porté par son aile Quatre, il s’intéresse à
son monde intérieur et à l’authenticité de ses émotions et de ses
désirs, qui ne sont plus guidés par la perspective du succès.
L’efficacité et l’utilité ne sont plus des critères absolus et il
apprécie la beauté des formes ainsi que la création artistique. Il
cherche la sincérité dans les relations humaines et perçoit avec
justesse les fluctuations d’humeur des autres.
Quand le Trois est entravé par son aile Quatre, il se perd dans
les méandres d’une vie intérieure qu’il connaît mal. Son désir de
briller va rencontrer le besoin d’être unique et peut l’entraîner à
prendre des positions extrêmes pour se faire remarquer. Il
supporte très mal que d’autres aient du succès et va s’attacher à
ternir leur image.
Liliane est une femme à qui tout réussi et qui se donne à fond
aussi bien pour sa famille que dans son travail. Elle ne peut
mettre en doute l’admiration qu’on lui porte, mais cela ne lui
suffit pas. Il lui faudrait être la seule à la susciter et elle souffre
de la réussite des autres.
Les ailes du Quatre
Figure 16-5 Les ailes du Quatre.
Quand le Quatre est porté par son aile Trois, il ne se contente
pas de rêves et de fantaisies mais il exprime ses capacités
créatrices dans des réalisations concrètes. Il devient une source
d’inspiration pour d’autres et les aide à développer leur propre
créativité. Il s’intéresse au partage et à la mise en œuvre de ses
idées avec d’autres tout en s’assurant de ne pas tomber dans la
facilité.
Quand le Quatre est entravé par son aile Trois, il a vraiment
besoin d’occuper le devant de la scène ! Prêt à tout pour se faire
remarquer, il se lance dans une hyperactivité qui le rassure en lui
permettant d’occuper tout l’espace disponible. Il reste insatisfait
et surjoue, espérant atteindre ainsi une position unique.
Le proverbe espagnol « il (ou elle) voudrait être le bébé dans un
baptême, la mariée dans un mariage et le mort dans un
enterrement » est un parfait exemple du comportement du
Quatre à aile Trois.
Quand le Quatre est porté par son aile Cinq, il prend du recul
et de la distance vis-à-vis de son débordement émotionnel. Ses
intuitions ne sont plus inquestionnables et il accepte les faits au
lieu de les balayer, s’ils contredisent ses intuitions. L’authenticité
n’est plus un critère absolu. La rationalité du Cinq lui permet de
mettre de l’ordre dans sa perception de la réalité, qui devient
moins passionnelle. Le détachement lui évite de s’éloigner de la
démesure.
Quand le Quatre est entravé par son aile Cinq, il cherche
encore plus à se distinguer des autres et s’éloigne de leur
banalité au propre comme au figuré. Mentalisant ses émotions, il
tourne en rond et creuse un écart qui l’isole. Il attend des autres
qu’ils fassent le premier pas pour rétablir la relation, mais leur
marque son dédain quand ils s’y risquent.
Miléna a su tisser des amitiés durables, bien qu’elle les ait mises
à l’épreuve en s’isolant par périodes et en évitant tout contact.
Tout se passe comme si un tort lui avait été causé, mais elle ne
saurait pas le nommer. Elle rejette les premières tentatives
d’approche de ses amis, qui doivent reconquérir patiemment le
terrain perdu et prouver qu’ils méritent qu’elle quitte sa tour
d’ivoire.
Les ailes du Cinq
Figure 16-6 Les ailes du Cinq.
Quand le Cinq est porté par son aile Quatre, il ne se contente
plus de son rôle d’observateur et il entre en contact avec ses
sentiments. Il s’engage auprès de ceux qui comptent pour lui et
met ses capacités analytiques au service de sa créativité. Il
trouve des expressions artistiques qui lui conviennent et l’aident
à apprivoiser ses émotions.
Quand le Cinq est entravé par son aile Quatre, il se croit
encore plus incompris et différent, mesurant tout ce qui le sépare
des autres et de leur fonctionnement. Il s’enferme dans son
monde mental et se laisse aller à l’envie et à la mélancolie.
Jeanne est traductrice dans une organisation internationale. Elle
ne supporte pas de travailler en équipe et se compare
constamment à ses collègues, estimant être toujours lésée par
rapport aux autres. Elle ne se rapproche d’eux que si elle peut en
tirer un bénéfice.
Quand le Cinq est porté par son aile Six, il collabore avec
d’autres en s’engageant pour défendre des causes auxquelles il
accepte de croire. Il comprend qu’il peut apporter une
contribution réelle et joue un rôle apprécié au sein d’un groupe
ou d’une équipe.
Quand le Cinq est entravé par son aile Six, il devient encore
plus méfiant et se protège des autres. Il doute d’eux et se croit
facilement critiqué. Il est encore plus hésitant sur ses capacités
personnelles et résiste à tout engagement.
Julien est responsable informatique dans un centre de recherche.
Il se méfie constamment de ses collègues, qui ne sont pour lui
que des dangers potentiels pour le système informatique. Il ne se
prive pas de traquer leurs mouvements sur Internet, sous
prétexte d’assurer la sécurité du réseau.
Les ailes du Six
Figure 16-7 Les ailes du Six.
Quand le Six est porté par son aile Cinq, il profite de la
capacité d’analyse et du recul du Cinq pour clarifier sa vision
d’une situation. Il se fait confiance pour émettre des jugements
sans avoir besoin de les faire valider par son groupe. Il ne se
perd pas dans les méandres du doute et peut avoir une vision
d’ensemble.
Quand le Six est entravé par son aile Cinq, il se retire de ses
cercles habituels et retourne dans sa tête ses angoisses mentales.
Il n’arrive plus à passer à l’action et se coupe de ses émotions,
s’enfermant dans une attitude de défense et de marginalisation.
Élisabeth est le bras droit du directeur et se dépense sans
compter pour organiser et suivre dans les moindres détails les
séances du conseil d’administration. Celles-ci sont
traditionnellement suivies par un cocktail et un dîner. Mais,
comme elle déteste les mondanités, dès que les séances de
travail s’achèvent, elle disparaît dans son bureau pour préparer
la séance du lendemain.
Quand le Six est porté par son aile Sept, il sait profiter des
bonnes choses en compagnie de ceux qui comptent pour lui. Il
accepte de s’ouvrir à d’autres possibles sans se limiter aux
solutions éprouvées. Il affiche un optimisme raisonnable et traite
avec humour son besoin d’être rassuré.
Quand le Six est entravé par son aile Sept, il ne supporte pas
d’être limité dans ce qui est « permis ». Il accumule tout ce qui
le rassure sans aucune retenue et panique s’il pense en être privé.
Il s’évade mentalement pour ne pas être confronté à ses peurs et
intellectualise les situations pour ne pas s’y confronter.
Louis n’a pas le sens de l’orientation et il craint toujours de se
perdre. Quand il conduit, il active le GPS de la voiture et celui
de son téléphone et, si sa femme est avec lui, il attend d’elle
qu’elle vérifie aussi l’itinéraire.
Les ailes du Sept
Figure 16-8 Les ailes du Sept.
Quand le Sept est porté par son aile Six, il limite le nombre de
possibilités à celles qui sont réellement envisageables et accepte
de considérer les problèmes dont il faudrait tenir compte. Il
gagne en profondeur et s’engage pour un nombre limité de
personnes. Celles-ci comptent vraiment pour lui et elles sont
assurées de son appui.
Quand le Sept est entravé par son aile Six, il se méfie de tous
ceux qui pourraient restreindre sa liberté, même dans les choix
les plus insignifiants. Il se sent en insécurité dès qu’il ne détient
pas toutes les clés et ne contrôle pas toutes les décisions.
Victor ne participe jamais à un voyage ou à une activité qu’il
n’aura pas organisés lui-même. Il s’assure toujours d’avoir le
choix de la chambre dans un hôtel ou du menu au restaurant.
Cependant, il est important pour lui que tout le groupe suive
dans la bonne humeur !
Quand le Sept est porté par son aile Huit, il ne se contente
plus d’imaginer des options, il les met en œuvre. Si leur
réalisation entraîne une part de souffrance, il va l’accepter
comme faisant partie du processus. Il s’engage pour le bien
commun et sait convaincre et rassurer ses partenaires.
Quand le Sept est entravé par son aile Huit, son refus de la
souffrance devient une exigence absolue et il peut s’adonner à
toute sorte d’excès pour ne pas y être confronté. Il impose autour
de lui une « dictature du bonheur » et la défend de manière
agressive si nécessaire.
Le commissaire Montalbano, créé par l’auteur italien Andrea
Camilleri, est un archétype de Sept à aile Huit. Fin gourmet, il
ne supporte pas qu’on lui adresse la parole pendant un repas
même quand il y a urgence, mais poursuit le médecin légiste
jusqu’à chez lui pour obtenir ses conclusions. Son éternelle
fiancée, Livia, est priée d’oublier ses états d’âme quand elle
vient le voir et de renoncer à toute tentative de contrôler son
emploi du temps.
Les ailes du Huit
Figure 16-9 Les ailes du Huit.
Quand le Huit est porté par son aile Sept, il intègre la notion
de planification et de stratégie au lieu de foncer tête baissée sans
penser aux conséquences. Il apprécie d’échanger avec d’autres et
verbalise ses intentions au lieu d’imposer ses choix sans
contradiction possible.
Quand le Huit est entravé par son aile Sept, son besoin de
pouvoir est multiplié par sa soif de nouvelles expériences. Il ne
peut différer ses envies et accumule tout ce qu’il perçoit comme
un marqueur de supériorité. Il assimile la privation ou le
renoncement à de la faiblesse.
Anne a de graves problèmes de santé mais elle ne peut envisager
de renoncer aux plaisirs de la table et aux voyages, même s’ils
lui sont formellement déconseillés. Elle accumule les
responsabilités qui l’obligent à travailler tard le soir et explose
dès qu’on lui fait remarquer qu’elle devrait se ménager.
Quand le Huit est porté par son aile Neuf, il s’intéresse à
l’avis et aux arguments des autres et ne va pas chercher à
imposer les siens par la force. Il se donne et donne à son
entourage du temps pour prendre une décision ou passer à
l’action.
Quand le Huit est entravé par son aile Neuf, il néglige ses
véritables intérêts pour se lancer dans des activités qui lui
permettront de garder le contrôle, même si elles ne le satisfont
pas à titre personnel. S’il a un conjoint, il peut en devenir très
dépendant tout en le malmenant.
Pendant des années André a enchaîné les missions à l’étranger
afin, selon lui, de pouvoir donner le meilleur à sa famille qui
mène une belle vie. Il a envers sa femme et ses enfants une
attitude ambivalente car, d’un côté il ne manque pas une
occasion de les rabaisser en public, mais de l’autre il est très
dépendant d’eux affectivement sans pouvoir se l’avouer.
Les ailes du Neuf
Figure 16-10 Les ailes du Neuf.
Quand le Neuf est porté par son aile Huit, il est conscient de
sa capacité à réaliser et ne craint pas de s’affirmer dans son
domaine de compétence. Il peut être direct et déterminé dans ses
actions mais sans envahir le terrain des autres. Il exprime
franchement ses intentions.
Quand le Neuf est entravé par son aile Huit, il accumule
beaucoup d’insatisfaction et se laisse facilement aller à des
colères qui ne surprennent plus son entourage. Ses frustrations
peuvent s’exprimer par des stratégies de vengeance mesquine.
Pierre a été le directeur administratif d’une institution et a
accumulé beaucoup de griefs envers ses collègues. Peu avant
son départ à la retraite, il fait faire des travaux de rénovation qui
incluent la pose d’un parquet très bruyant à la place de la
moquette, obligeant ainsi le personnel à marcher sur la pointe
des pieds pour ne pas déranger les collègues, des années encore
après son départ !
Quand le Neuf est porté par son aile Un, il s’engage
résolument dans l’action sans se perdre dans des excuses pour ne
pas mener à bien ce qu’il considère être de son devoir pour
améliorer le monde.
Quand le Neuf est entravé par son aile Un, il lui devient
encore plus difficile de prendre une décision par peur de mal
faire. Sa difficulté naturelle à distinguer l’essentiel et à se perdre
dans les détails est exacerbée par la recherche de solutions
parfaites. La procrastination est alors la seule solution qu’il lui
reste pour éviter de commettre des erreurs.
Guillaume travaille dans une administration publique et doit,
entre autres, rédiger des courriers, demander des devis et passer
des commandes. C’est un travail routinier qui lui convient bien
et qu’il exécute ponctuellement. Les difficultés commencent
quand il doit s’adresser à un nouveau fournisseur ou commander
un bien ou une prestation pour la première fois. Il craint
tellement de ne pas exprimer correctement sa demande ou de se
tromper dans le choix d’un fournisseur qu’il peut passer des
semaines bloqué sur une tâche qui ne devrait lui prendre que
quelques heures.
DANS CE CHAPITRE
S’intégrer ou se désintégrer dans un autre ennéatype
•
Comment chaque ennéatype vit ce mécanisme
•
Atouts et faiblesses des ennéatypes d’intégration et
désintégration
Chapitre 17
Intégration et désintégration
externe
a description du mécanisme d’intégration et désintégration est
L
l’un des apports majeurs de l’ennéagramme. Nous avons vu dans
les deux premières parties quel était l’effet de l’intégration et de
la désintégration internes de la personnalité et comment chaque
ennéatype peut évoluer pour aller du meilleur au pire, dans un
continuum que Riso et Hudson découpent en neuf étapes1.
Dans la description de chaque type, nous avons pu voir quelle
était sa vision particulière du monde, ses aptitudes propres mais
aussi les pièges dans lesquels il tombe quand il est prisonnier de
son ego. Nous avons décrit son comportement lorsqu’il est
connecté à son essence, dans sa routine, ou qu’il est dominé par
son ego (intégration et désintégration internes). Tout ceci
constitue son « écosystème » avec ses forces et ses faiblesses.
Mais l’ennéagramme va plus loin en ajoutant la notion
d’intégration et de désintégration externes. Ce mouvement est
reflété dans le diagramme par les lignes qui unissent chaque
ennéatype à deux autres ennéatypes. Par exemple, le Un est relié
au Sept et au Quatre, le Deux au Huit et au Quatre, le Trois (sur
le triangle) au Six et au Neuf, etc.
Figure 17-1 Symbole de l’ennéagramme.
Dans des situations de stress intense ou de bien-être réel,
l’ennéatype va aller en visiter un autre de manière ponctuelle ou
plus durable. Ses forces (quand elles sont correctement
déployées) et ses faiblesses (quand elles sont poussées à
l’extrême) vont le faire s’aventurer dans l’écosystème d’un autre
ennéatype, parmi les deux auxquels il est relié. Ces deux
ennéatypes peuvent, soit servir d’antidote à sa distorsion
émotionnelle, mécanisme de défense, obsession cognitive et
évitement (on parlera alors d’intégration externe), soit aggraver
encore leur toxicité (ce sera la désintégration externe).
Ce mécanisme explique pourquoi, dans certaines circonstances,
nous ne nous reconnaissons plus nous-mêmes ou nous sommes
abasourdis ou émerveillés par le comportement d’une personne
que nous pensions bien connaître.
Ce phénomène peut être très passager ou s’installer durablement,
au point de rendre difficile l’identification de l’ennéatype d’une
personne très bien intégrée ou très désintégrée.
Les comportements qu’elle adoptera ressembleront à s’y
méprendre à ceux d’un autre ennéatype, mais sa motivation, sa
peur et son désir profonds resteront ceux du sien. Ce sont eux
qu’il faut toujours interroger pour connaître son ennéatype.
L’ennéatype de base ne disparaît pas dans l’intégration ou la
désintégration. On ne « devient » pas un autre ennéatype, mais
on additionne ses capacités ou ses travers à ceux du nôtre.
L’ennéatype de base est toujours présent, mais son point de vue
est modifié parce qu’il voit la réalité à travers d’autres
« verres », qui lui permettent d’élargir ou de diminuer sa focale
sur le monde.
Des représentations différentes
Le schéma de l’ennéagramme rattache chaque point à deux
autres et il existe en deux versions. Dans la première, les lignes
qui relient les neuf points du diagramme apparaissent sous forme
de flèches.
Figure 17-2 Les directions d’intégration et de désintégration (version
fléchée).
Cette version décrit un sens précis de circulation : la flèche
représente une seule possibilité d’intégration ou de
désintégration. Suivre le sens de la flèche, c’est la pente
descendante et facile de la désintégration. Aller contre le sens de
la flèche, c’est remonter le courant en progressant vers
l’intégration. Par exemple, le Quatre va aller vers le Un pour
s’intégrer et vers le Deux pour se désintégrer. Le Cinq
s’intégrera en allant vers le Huit et se désintégrera en allant vers
le Sept.
Il est plus fréquent de représenter ce schéma uniquement avec
des traits, comme nous avons choisi de le faire dans cet ouvrage.
Cette représentation tient compte du fait que les sens
d’intégration et de désintégration ne semblent pas être uniques.
La pratique nous conduit à rencontrer des Quatre qui s’intègrent
en Deux et se désintègrent en Un ou des Cinq qui s’intègrent en
Sept et se désintègrent en Huit, pour reprendre les exemples
cités plus haut.
Le Modèle unifié de l’ennéagramme (voir page 43) considère,
quant à lui, que ce phénomène s’explique par l’existence de
deux versions de l’ennéatype, appelées « variantes », selon le
centre qu’il réprime. La direction d’intégration et de
désintégration sera inversée pour chacune des variantes2.
La plupart des auteurs reconnaissent aujourd’hui que, d’une
manière ou d’une autre, un ennéatype peut prendre les bons ou
les mauvais côtés des deux ennéatypes auxquels il est relié.
Cette théorie est formalisée de manière rigoureuse avec les deux
variantes du Modèle unifié de l’ennéagramme. Elle est
exprimée, à divers degrés, par d’autres auteurs (Jerome Wagner,
Riso & Hudson, Palmer), mais dans des termes moins codifiés.
Nous présenterons donc les deux possibilités d’intégration et de
désintégration pour chaque ennéatype.
Intégration et désintégration
externes de chaque ennéatype
Nous allons voir maintenant comment se manifeste pour chaque
ennéatype l’influence de son type d’intégration et de
désintégration.
Intégration et désintégration
externes du Un
Quand le Un s’intègre en Sept, il aborde les situations de
manière plus globale et accepte d’autres manières de faire que la
sienne. Il accède à une vision plus optimiste, nuance ses prises
de position et devient moins critique envers les autres, mais
également envers lui-même. Il accepte d’être simplement en
chemin et s’autorise à profiter de la vie.
Quand le Un se désintègre en Sept, il va se disperser et ajouter
de nouvelles tâches à sa liste. Il est intempérant dans
l’accumulation d’obligations et dans son intolérance envers les
autres. La souffrance qu’il peut leur infliger ne l’arrête pas dans
la recherche de ce qu’il pense être la perfection. Il va argumenter
avec d’autant plus de fermeté qu’il est convaincu d’avoir raison.
Quand le Un s’intègre en Quatre, il se connecte à son moi
authentique. Il est capable de connaître ses véritables
aspirations, désirs, goûts et d’y consacrer son énergie. Il laisse
libre cours à sa créativité et s’exprime au travers d’activités qui
n’auront plus besoin d’être utiles. En se connectant à ses
émotions, il fait entrer le facteur humain dans sa prise de
décisions.
Quand le Un se désintègre en Quatre, la colère qui l’habite va
se tourner encore plus contre lui-même. Il va sombrer dans une
spirale d’envie envers les autres, qui semblent bien plus capables
que lui. Il a tendance à exagérer ses faiblesses et à se laisser
envahir par des émotions auxquelles il ne sait pas faire face.
Figure 17-3 Les atouts et les faiblesses des ennéatypes Quatre et Sept
pour le Un.
Intégration et désintégration
externes du Deux
Quand le Deux s’intègre en Quatre, il va entrer en contact
avec ses propres besoins et émotions, même négatives. Au lieu
d’agir pour être reconnu et aimé, il est capable de se laisser
guider par d’autres critères et d’avoir des gestes beaux et
généreux, mais qui ne lui « rapportent » rien en termes d’image.
Il se donne le droit d’exister sans y attacher le devoir d’être utile.
Quand le Deux se désintègre en Quatre, il va ajouter l’envie à
sa jalousie naturelle et elles seront toutes deux exacerbées par
l’impression d’être la victime de sa trop grande générosité.
Celle-ci a permis à d’autres d’accéder à ce qui lui est refusé ! Il
s’apitoie sur lui-même et sombre dans une mélancolie, qui a
cependant besoin de spectateurs.
Quand le Deux s’intègre en Huit, il va se libérer du poids de
l’opinion des autres. Il arrive à marquer clairement son territoire,
à ne pas se laisser envahir par les demandes d’aide et à préserver
son intégrité. Il est capable de dire non sans culpabilité, il sait
quelles sont les limites de ses responsabilités.
Quand le Deux se désintègre en Huit, il cherche à contrôler
encore plus les autres. Il est capable d’utiliser les confidences
qu’il a reçues et sa connaissance des points sensibles pour se
venger de ceux qu’il a auparavant aidés, et qui ne lui manifestent
pas la reconnaissance à laquelle il estime avoir droit. Il exige
d’être aimé en récompense des services qu’il impose aux autres
d’accepter.
Figure 17-4 Les atouts et les faiblesses des ennéatypes Quatre et Huit
pour le Deux.
Intégration et désintégration
externes du Trois
Quand le Trois s’intègre en Six, il découvre la loyauté à ses
véritables valeurs. Il se consacre à ce qui a du sens pour lui au
lieu de focaliser son énergie sur ce qui peut le faire briller. Il met
son efficacité au service du jeu collectif et fait confiance aux
autres dans la conduite d’un projet. Il ne se focalise plus sur la
réalisation de l’objectif, mais accepte l’importance du processus.
Quand le Trois se désintègre en Six, il se plie aux exigences du
groupe et s’identifie à ses valeurs, sans les remettre en question.
Il peut accepter n’importe quelle décision et la faire appliquer
dans le but d’être bien vu. Il doute de ses capacités à réussir, il se
tourmente et, ne sachant plus être un caméléon, ne sait tout
simplement plus qui il est.
Quand le Trois s’intègre en Neuf, il se donne à lui-même le
temps de se connaître et de laisser affleurer ses véritables
sentiments. Il abandonne ses prétentions de grandeur et ne
cherche plus la lumière des projecteurs. Il ralentit son propre
rythme et respecte celui des autres. Il consacre son efficacité et
ses ressources à créer un meilleur climat autour de lui.
Quand le Trois se désintègre en Neuf, il est incapable de se
fixer des priorités, il tourne en rond de façon hyperactive. Il
s’anesthésie pour ne pas se laisser atteindre par les autres et
tombe facilement dans la lâcheté pour ne pas perdre la face. Il se
désintéresse encore plus de ses sentiments et de ses valeurs, les
sacrifiant volontiers face à un risque de conflit.
Figure 17-5 Les atouts et les faiblesses des ennéatypes Six et Neuf pour
le Trois.
Intégration et désintégration
externes du Quatre
Quand le Quatre s’intègre en Un, il met sa créativité au
service de ses idéaux. Au lieu de se perdre dans ses sentiments,
il peut se concentrer sur les faits et faire avancer une situation. Il
est rigoureux dans l’exécution, acceptant que l’utile et le
pratique puissent prendre le pas sur le beau ou le désirable. Il
cherchera cependant une certaine élégance dans l’application des
normes, en alliant l’éthique à l’esthétique.
Quand le Quatre se désintègre en Un, il perçoit les
dissonances ou défaillances de manière exacerbée. Tout ce qui
s’écarte de son idéal est grave, il tombe dans la « dictature
esthétique ». Il est très critique envers ceux qui ne suivent pas
ses préceptes, qui ne peuvent être remis en question. Il se donne
sans compter pour les défendre et peut en arriver à des attitudes
messianiques.
Quand le Quatre s’intègre en Deux, il s’ouvre aux émotions et
aux besoins des autres, sans laisser l’envie dominer ses relations
avec eux. Il met son originalité et sa créativité au service du bien
commun. La grande richesse de sa palette émotionnelle le rend
particulièrement apte à comprendre les autres et à leur donner le
moyen d’exprimer leurs ressentis, qu’ils soient positifs ou
négatifs.
Quand le Quatre se désintègre en Deux, il cherche à être
reconnu pour ce qu’il fait pour les autres, puisqu’il n’arrive pas à
l’être pour ce qu’il est. Il va ignorer ses propres besoins et se
lancer dans l’aide avec toute l’intensité dont il est capable,
cherchant à compter pour les autres mais sans arriver à renoncer
à son besoin de se démarquer. Son aide est souvent mal perçue,
car trop intrusive ou inadaptée, et enferme le Quatre dans le rôle
de victime incomprise.
Figure 17-6 Les atouts et les faiblesses des ennéatypes Un et Deux pour
le Quatre.
Intégration et désintégration
externes du Cinq
Quand le Cinq s’intègre en Huit, il s’autorise à exprimer ses
besoins et à sortir de sa réserve. Il accepte d’avoir une
contribution à apporter et il passe à l’action. Il ne voit plus les
autres comme un danger et il se sent capable de leur apporter ses
connaissances sans s’en sentir dépossédé. Il ne craint plus d’être
envahi car il sait se faire respecter. Il accepte de supporter
l’intensité de ses émotions.
Quand le Cinq se désintègre en Huit, il est encore plus
indifférent aux autres. Il devient agressif pour protéger son
besoin d’isolement et pour obtenir les informations qu’il
convoite. Il perd tout scrupule sur le moyen d’y parvenir et peut
en arriver à être cruel envers son entourage, si celui-ci
l’empêche d’accumuler ce dont il estime avoir besoin.
Quand le Cinq s’intègre en Sept, il développe des compétences
sociales, notamment par le maniement de l’humour. Il s’autorise
à profiter de la vie en s’intéressant à d’autres sujets et en
découvrant de nouveaux centres d’intérêt. Il ne se sent pas
obligé de les creuser à fond, mais en tire simplement satisfaction
en élargissant ainsi ses horizons.
Quand le Cinq se désintègre en Sept, il se cantonne dans un
monde imaginaire et se désintéresse encore plus des autres. Il
peut sombrer dans un encyclopédisme maladif en se perdant
dans l’immensité du savoir, sans aucune méthode. Il fuit la
souffrance que provoquent en lui les exigences des autres et les
émotions qu’elles font naître.
Figure 17-7 Les atouts et les faiblesses des ennéatypes Sept et Huit pour
le Cinq.
Intégration et désintégration
externes du Six
Quand le Six s’intègre en Trois, il met ses capacités mentales
au service de l’action. Il est plus confiant en lui et en ses
facultés. Il sait prendre la mesure des autres et les associer à ses
projets. Au lieu de tourner en rond dans sa tête en pensant à tout
ce qui pourrait aller mal, il sait ce qu’il est capable d’accomplir
et le mène à bout. Il s’autorise des réussites personnelles et ne
craint plus d’être en vue.
Quand le Six se désintègre en Trois, il se lance dans l’action
pour fuir ses peurs et ses doutes (ou s’y confronter de manière
inappropriée s’il est contre-phobique). Il cherche à faire bonne
figure dans le groupe et voit comme des transgresseurs ceux qui
l’en empêchent. Il accumule les projets et les activités et met des
exigences impossibles sur les autres. Ceci multiplie tout autant
son anxiété, car il n’arrive plus à répondre aux attentes de son
entourage et met en danger sa place et son acceptation dans le
groupe.
Quand le Six s’intègre en Neuf, il se sent en sécurité et est
capable de calmer son anxiété. Il fait confiance aux autres dont il
comprend et accepte les points de vue. Il peut se laisser porter
par le courant et découvrir que les problèmes qui
assombrissaient son horizon ne sont pas si graves ou qu’ils se
résolvent d’eux-mêmes. Il s’intéresse au bien-être de chacun
dans le groupe, y compris au sien propre.
Quand le Six se désintègre en Neuf, il se réfugie dans
l’indécision et s’absente de la scène, refusant de s’impliquer,
surtout s’il y a un risque de conflit. Il se concentre sur des sujets
sans importance et narcotise en cherchant ainsi à calmer son
angoisse. Il se livre à un « butinage mental » qui lui évite d’être
confronté à des situations auxquelles il ne sait pas comment
répondre.
Figure 17-8 Les atouts et les faiblesses des ennéatypes Trois et Neuf pour
le Six.
Intégration et désintégration
externes du Sept
Quand le Sept s’intègre en Un, il ne se contente plus
d’imaginer des plans mais passe à l’action et mène à bout ses
projets, y compris ceux qui ne lui apportent pas que des
satisfactions. Il prend sa part de responsabilité, sans fuir face aux
difficultés. Il est capable de s’investir au nom d’un idéal élevé et
de s’y tenir.
Quand le Sept se désintègre en Un, il se considère victime de
l’ineptie des autres, qu’il critique abondamment. Il devient
irritable et pointilleux. Il ignore sa colère, la rationalise ou la
transforme en un humour aussi sarcastique que redoutable. S’il
n’y parvient pas, il la tourne contre lui-même et sombre dans la
dépression.
Quand le Sept s’intègre en Cinq, il développe son observateur
intérieur et apprend à focaliser son attention. Il découvre le
plaisir d’approfondir un sujet, au lieu de le survoler et d’analyser
une situation, sans se laisser distraire par de nouveaux stimuli. Il
apprend à apprécier la tranquillité et le silence et à s’intéresser
réellement à ce qui l’entoure.
Quand le Sept se désintègre en Cinq, il se replie sur lui et sur
ses exigences, fuyant la réalité pour un monde imaginaire. Il se
coupe des autres pour ne pas vivre de frustrations. Il cherche à
accumuler les connaissances et les jouissances, avec un
détachement total vis-à-vis des conséquences que ceci peut avoir
sur son entourage.
Figure 17-9 Les atouts et les faiblesses des ennéatypes Un et Cinq pour le
Sept.
Intégration et désintégration
externes du Huit
Quand le Huit s’intègre en Deux, il découvre la notion
d’empathie et s’intéresse aux émotions des autres ainsi qu’aux
siennes propres. Il met son énergie au service d’individus ou
d’une communauté et il va se battre, non pour défendre son
autorité mais pour défendre la justice. Il ne cherche plus à
affaiblir les autres, mais à les réhabiliter dans leurs droits.
Quand le Huit se désintègre en Deux, il impose son aide et sa
protection sans tenir compte des désirs et besoins des autres. Il
se vante de sa générosité et est plus sensible à son image. Il
manipule sans vergogne ceux qui se mettent sous son aile, mais
celui qui refuse de se laisser protéger par lui devient un ennemi.
Quand le Huit s’intègre en Cinq, il prend du recul et analyse
une situation, au lieu de passer tout de suite à l’action. Il laisse
de l’espace aux autres et leur permet d’exister, sans les ranger
dans un camp. Il est capable d’objectivité, y compris envers luimême. Il découvre le plaisir de diversifier ses centres
d’attention.
Quand le Huit se désintègre en Cinq, il se coupe de son
entourage et s’isole, se désintéressant totalement des autres ou
planifiant leur destruction. Il accumule tout ce dont il pense
avoir besoin pour assurer sa protection, ne comptant vraiment
plus que sur lui-même. Se détachant complètement des
émotions, il peut devenir encore plus dur et violent.
Figure 17-10 Les atouts et les faiblesses des ennéatypes Deux et Cinq
pour le Huit.
Intégration et désintégration
externes du Neuf
Quand le Neuf s’intègre en Trois, il ne se cache plus dans les
coulisses mais prend sa place sur le devant de la scène. Il fait
confiance à ses opinions et à ses intuitions et agit en
conséquence. Il met sa capacité à comprendre les autres au
service de la bonne marche d’un projet. Il sait s’adapter aux
besoins des autres tout en respectant les siens.
Quand le Neuf se désintègre en Trois, il se laisse contrôler par
des détails pour différer la mise en œuvre par peur de l’échec. Il
se lance dans une hyperactivité stérile mais dont il se vante. Il se
compromet pour être bien vu et approuvé des autorités.
Quand le Neuf s’intègre en Six, il intègre pleinement son
groupe et en défend les valeurs. Il est loyal envers les autres
mais aussi envers lui-même, s’autorisant à manifester son
désaccord en défendant ce qui est juste à ses yeux. Il met ses
capacités de médiateur au service du vivre-ensemble. Il prend
position avec courage et s’engage pour ce qui compte réellement
pour lui.
Quand le Neuf se désintègre en Six, il ajoute les atermoiements
et les doutes existentiels à son hésitation naturelle à passer à
l’action. Il se cache derrière les règles qui lui évitent de devoir
prendre une position personnelle. Il va les défendre avec
opiniâtreté et les appliquer sans prendre le risque d’en dévier. Il
se méfie des autres et de leurs opinions sur lui.
Figure 17-11 Les atouts et les faiblesses des ennéatypes Trois et Six pour
le Neuf.
1 Don Richard Riso et Russ Hudson, La sagesse de l’ennéagramme,
InterÉditions, 2018.
2 Pour des informations plus détaillées, consulter l’article « Désintégration et intégration » sur le
site de l’Institut français de l’ennéagramme (https://enneagramme.com/Theorie/9_intdes.htm).
Partie 5
Les dix commandements
Dans cette partie…
Dans cette partie signature de la collection Pour les
Nuls, nous avons synthétisé les dix points
d’attention que vous devrez garder en mémoire
pour utiliser l’ennéagramme de façon responsable.
Vous découvrirez une sélection d’ouvrages et de
sites Web qui vous permettra d’enrichir vos
connaissances sur le sujet et de vous familiariser
avec les applications du modèle. Et vous trouverez
rassemblés dans le dernier chapitre les termes clés
pour comprendre l’ennéagramme, tels que nous
les avons utilisés dans cet ouvrage.
DANS CE CHAPITRE
L’ennéagramme est avant tout destiné à la connaissance
de soi
•
Il est important de laisser chacun découvrir son
ennéatype
•
Le modèle est un outil puissant de compréhension et de
compassion
•
Nous sommes beaucoup plus qu’un ennéatype
Chapitre 18
Dix points d’attention à garder
en mémoire
orsque l’on découvre l’ennéagramme, que l’on se reconnaît
L
dans un ennéatype, on est souvent tellement impressionné par la
puissance du modèle que l’on est pris d’une envie irrépressible
d’appliquer ses découvertes à son entourage et de « typer » les
autres ; on essaie alors d’analyser leurs comportements au
prisme de l’ennéagramme, avec tous les risques que cela
implique.
En nous appuyant notamment sur le code d’éthique de
l’International Enneagram Association (IEA) (www.internati
onalenneagram.org/about/ethical-guidelines/), nous
avons synthétisé dans ce chapitre les dix points d’attention qu’il
est utile de garder en mémoire, pour utiliser l’ennéagramme de
façon responsable.
Un but premier : mieux se
connaître
Le but premier de l’ennéagramme est de nous permettre de
mieux nous connaître, en nous montrant les filtres que nous
appliquons au monde qui nous entoure et qui réduisent notre
champ de vision. C’est avant tout un outil de transformation
personnelle, qui nous donne des clés pour nous dégager des
routines dans lesquelles nous nous enfermons parce qu’elles
nous confortent dans notre vision particulière du monde. C’est
donc à nous-mêmes et à notre observation que nous devons
l’appliquer en premier.
Communiquer, plutôt
qu’intellectualiser
Les nombreux ouvrages sur l’ennéagramme permettent de
comprendre le fonctionnement du modèle. Mais pour se
l’approprier réellement, rien ne remplace une communication
ouverte et sincère avec d’autres, basée sur le partage
d’information et d’expérience. La compréhension intellectuelle
de l’ennéagramme ne remplacera jamais les échanges entre
personnes. Eux seuls peuvent permettre de saisir les différences
qui existent entre chaque être et de percevoir la façon dont
chacun incarne son ennéatype.
Laisser chacun découvrir son
ennéatype
Nous pouvons être très tentés de cataloguer les personnes de
notre entourage et il est difficile de s’empêcher de le faire. Il est
cependant important de garder ces déductions pour nous et de
laisser la personne découvrir par elle-même son ennéatype,
si elle s’y intéresse. Cette découverte peut en effet avoir des
effets profonds sur une personne et il est essentiel de laisser
chacun la faire à son rythme, en étant attentif à ses réactions et à
la perception de sa nouvelle image.
Nous sommes plus qu’un
ennéatype
L’ennéatype décrit de manière très fine les mécanismes de notre
personnalité mais il ne peut englober la richesse de chaque
individu, son histoire personnelle, son intelligence, ses talents…
Nous sommes beaucoup plus qu’un ennéatype. Enfermer une
personne, ou s’enfermer soi-même, dans un rôle qui semble
cohérent avec son ennéatype est contraire au but recherché par
l’étude de l’ennéagramme.
Un outil de croissance, pas une
excuse
Lorsque nous découvrons notre ennéatype, nous pouvons être
tentés de nous en servir comme d’une parade pour justifier nos
travers. L’ennéagramme est un outil de croissance, pas une
excuse ou un constat d’impuissance.
Chaque ennéatype est
indispensable
Tous les ennéatypes sont extraordinaires quand ils vont bien,
tous les ennéatypes sont invivables quand ils vont mal. Il n’y a
pas d’ennéatypes meilleurs ou pires que d’autres. On peut
toujours bien s’entendre avec une personne qui est bien intégrée,
quels que soient son ennéatype et le nôtre. Il n’y a ni
incompatibilités absolues, ni affinités particulières entre les
ennéatypes. Chercher à recruter un collaborateur ou à trouver le
conjoint idéal en se basant sur son ennéatype n’est pas la bonne
approche.
Un outil de compréhension et
de compassion
L’ennéagramme est un outil de compréhension de soi et des
autres et de compassion envers nous-mêmes et envers les autres.
Découvrir les motivations profondes qui se cachent derrière
certains comportements peut nous permettre de les comprendre
et de les accepter.
Un outil élaboré et complexe
L’ennéagramme est un outil élaboré et un système complexe et
la simple lecture de ce livre ne permet certainement pas d’en
faire le tour. Des formations d’approfondissement existent
pour mieux le cerner. Elles donnent aussi l’occasion de
rencontrer des personnes de différents ennéatypes et de voir
comment elles incarnent, chacune à sa manière, les
caractéristiques de celui-ci.
Se former pour s’approprier ce
modèle
L’utilisation professionnelle de l’ennéagramme demande une
formation préalable et une véritable pratique. L’utiliser pour
accompagner des personnes ou conseiller des équipes sans en
avoir une véritable connaissance est un manque de
professionnalisme.
L’ennéagramme n’explique pas
tout
Ne voyons pas le monde à travers le seul prisme de
l’ennéagramme ! Il est tentant, dans le zèle du néophyte, de tout
expliquer à travers cet outil. C’est aussi inutile pour soi que
lassant pour son entourage.
DANS CE CHAPITRE
Des ouvrages de référence en français et en anglais
pour aller plus loin
•
Des livres dédiés à l’utilisation de l’ennéagramme en
entreprise
•
Des sites Web pour enrichir sa connaissance du modèle
Chapitre 19
Dix ressources indispensables
près avoir lu cet ouvrage, nous espérons que vous aurez
A
envie d’aller plus loin dans la découverte de ce modèle. Nous
avons rassemblé dans ce chapitre des livres et des sites Web qui
vous permettront d’élargir votre vision du sujet.
Des ouvrages de référence en
français
Le grand livre de
l’ennéagramme
Rédigé par Fabien et Patricia Chabreuil, fondateurs de l’Institut
français de l’ennéagramme en 1993, Le grand livre de
l’ennéagramme fait figure de référence et est l’ouvrage le plus
complet publié en français. Incontournable pour approfondir sa
connaissance du modèle, il en fait une présentation pragmatique
et détaillée, qui permet aussi bien de découvrir les neuf types de
personnalités que d’utiliser l’ennéagramme au quotidien, dans
ses échanges avec les autres.
CHABREUIL Fabien et Patricia, Le grand livre
l’ennéagramme, 3e édition, Eyrolles, à paraître
septembre 2021.
de
en
La sagesse de l’ennéagramme
Traduction d’un classique de deux théoriciens reconnus de
l’ennéagramme, assorti de questionnaires mis au point par les
auteurs, cet ouvrage fouillé présente notamment l’approche
particulière de Riso et Hudson sur les neuf niveaux d’évolution.
Il accompagne le lecteur pas à pas sur le chemin de croissance
qu’est la connaissance de soi et lui permet de gagner en liberté et
sagesse intérieure.
RISO Don Richard et HUDSON Ross, La sagesse de
l’ennéagramme. Le guide complet de développement
psychologique et spirituel pour les neuf types de personnalité,
InterEditions, 2018, 514 pages.
Le guide de l’ennéagramme
Traduction d’un ouvrage de référence paru dans une trentaine de
langues, le livre d’Helen Palmer donne une description détaillée
des différents profils, en abordant aussi bien la vie quotidienne
que la structure psychologique et le développement spirituel.
PALMER Helen, Le guide de l’ennéagramme. Comprendre les
autres et soi-même au quotidien, InterEditions, 1995, réédité
en 2009 et révisé en 2020 par Eric Salmon, 424 pages.
La Clé de l’Ennéagramme : les
Sous-Types
Cet ouvrage écrit par Éric Salmon, le fondateur du Centre
d’études de l’ennéagramme, est consacré aux sous-types et à
leur impact sur nos comportements. Les descriptions sont
illustrées de nombreux exemples et témoignages.
SALMON, Éric. La Clé de l’Ennéagramme : les Sous-Types. 3e
édition, InterEditions, 2020, 320 pages.
Les 9 visages de l’âme
Un ouvrage classique et d’une lecture facile, intéressant et
profond, écrit par un franciscain et un pasteur luthérien.
ROHR Richard et EBERT Andreas, Ennéagramme.
Les 9 visages de l’âme, Guy Trédaniel, 1997, réédité en 2019,
384 pages.
L’ennéagramme appliqué au
monde de l’entreprise
Comprendre et gérer les types
de personnalité
Appliquant concrètement l’ennéagramme au monde de
l’entreprise, les auteurs expliquent comment ce modèle permet à
la fois de reconnaître les qualités des collaborateurs, de prévenir
et de dénouer les conflits, mais aussi d’optimiser le
fonctionnement d’une équipe, en prenant en compte notamment
le style d’apprentissage ou la gestion du temps de chacun.
CHABREUIL Fabien et Patricia, Comprendre et gérer les types
de personnalité : guide de l’ennéagramme en entreprise, 2e
édition, Dunod, 2005, 216 pages.
Le leadership : identifier ses
talents et les développer avec
l’ennéagramme
Ce livre s’adresse à des personnes qui occupent des fonctions de
direction, mais les remarques et conseils qu’il contient ont une
portée plus large.
LAPID-BOGDA Ginger, Le leadership : identifier ses talents et
les développer avec l’ennéagramme, ESF Éditeur, 2008,
259 pages.
Notre choix en anglais
Nine Lenses on the World: the
Enneagram Perspective
Un ouvrage d’abord facile et à la lecture aisée. Des conférences
et des articles de J. Wagner sont par ailleurs disponibles sur son
site https://enneagramspectrum.com/
WAGNER Jerome, Nine Lenses on the World : the Enneagram
Perspective, Enneagram Studies and Applications, 2010,
540 pages.
What’s My Type ?
Hurley et Dobson y présentent de manière très complète la
problématique du centre réprimé.
HURLEY Kathleen V. & DOBSON Theodore E., What’s My
Type ? HarperOne, 1992, 186 pages.
Et sur le Web…
Enneagramme.com : le site de
l’Institut français de
l’ennéagramme
Animé pendant plus de vingt ans par Fabien et Patricia
Chabreuil, ce site, qui n’est plus mis à jour, reste une mine
d’informations pour tous ceux qui s’intéressent à
l’ennéagramme. On y trouve en particulier :
•
des mini-séminaires vidéo qui constituent une excellente
introduction au sujet (https://enneagramme.com/T
heorie/9_minisemi.htm) ;
•
des ressources comprenant à la fois des traductions
d’articles de la revue Enneagram Monthly et d’autres
articles et mémoires originaux (https://www.enneagr
amme.com/Articles/9_articles.htm) ;
•
le forum Enné-agora, aujourd’hui fermé en écriture, mais
riche de plus de 15 000 messages classés par thèmes
(partages d’expériences réparties par ennéatype,
exploration comparée d’un même thème chez tous les
ennéatypes, etc.) ; les multiples témoignages apportent des
éléments de compréhension précieux et irremplaçables sur
la façon dont chacun incarne son ennéatype (https://ww
w.enneagramme.com/forum/).
DANS CE CHAPITRE
Quelques définitions indispensables pour s’approprier le
fonctionnement d’un ennéatype
Chapitre 20
Les termes clés pour
comprendre cet ouvrage
haque domaine a un vocabulaire qui lui est propre et
C
l’ennéagramme ne fait pas exception. Vous trouverez dans ce
chapitre les principaux termes clés que nous avons utilisés dans
cet ouvrage, pour expliquer le fonctionnement d’un ennéatype.
Vous retrouverez bien sûr d’autres explications au fil des pages,
mais nous avons estimé que rassembler les principales
définitions en fin d’ouvrage vous permettrait d’y retourner plus
facilement.
Ailes
Les ennéatypes situés à gauche et à droite de chaque chiffre sur
le schéma sont désignés comme étant ses « ailes ». Ils
influencent positivement ou négativement l’ennéatype (voir cha
pitre 16).
Apport au monde ou
Orientation
Compétence spécifique à chaque ennéatype et qui représente sa
contribution au monde.
Centres
Les trois moteurs principaux de la personnalité : l’action (centre
instinctif), les émotions (centre émotionnel) ou la pensée (centre
mental). Ces trois composantes sont présentes dans chaque
ennéatype, mais sont utilisées dans un ordre particulier. Les
ennéatypes Huit, Neuf et Un privilégient l’action (centre
instinctif), les Deux, Trois et Quatre, les émotions (centre
émotionnel) et les Cinq, Six et Sept, la pensée (centre mental)
(voir chapitre 3).
Désir profond ou Désir de base
Condition à remplir pour être une personne qui mérite d’exister :
« Je me dois d’être… »
Désintégration
Zone de risque atteinte quand un ennéatype réduit son point de
vue pour ne pas être confronté à son évitement. Dans un premier
temps, il va être contrôlé par les parts d’ombre de son ennéatype
(désintégration interne), puis rétrécir encore son champ de vision
en y ajoutant celles de son ennéatype de désintégration (auquel il
est relié par un trait sur le schéma). On parle alors de
« désintégration externe ».
Distorsion émotionnelle ou
Passion
Distorsion des émotions causée par la crainte de la situation que
l’ennéatype cherche à éviter.
Ego ou Personnalité de façade
Ensemble des filtres mis en place par chaque ennéatype pour
affirmer la croyance (image de soi ou fierté) qui lui est propre. Il
croit ainsi assurer sa sécurité.
Ennéatype
Un des neuf points de vue sur le monde identifiés par
l’ennéagramme. Nous les avons désignés par des chiffres de Un
à Neuf.
Essence ou Personnalité
authentique
Ensemble des forces spécifiques à chaque ennéatype qui sont
capables de faire disparaître, ou tout du moins de réduire
considérablement, les filtres de l’ego.
Évitement ou Compulsion
Situation à laquelle l’ennéatype évite d’être confronté, au point
souvent de l’ignorer (angle mort).
Image de soi ou Fierté
Vision biaisée de soi qui amplifie l’apport de l’ennéatype, tout
en ignorant l’influence de son évitement.
Intégration
Zone de développement atteinte quand un ennéatype élargit son
point de vue et peut être confronté à son évitement, sans
chercher à l’ignorer ou à le repousser. Il est alors capable de
développer les parts positives de son ennéatype (intégration
interne), puis d’élargir encore son champ de vision en y ajoutant
celles de son ennéatype d’intégration (auquel il est relié par un
trait sur le schéma). On parle alors d’« intégration externe ».
Mécanisme de défense
Manœuvre stratégique mise en place par l’ennéatype pour
écarter ou rejeter ce qui lui semble inacceptable ou qui le
confronterait à son évitement.
Mécanisme de progression ou
Idée supérieure
Mécanisme spécifique qui permet à l’ennéatype de surmonter
son obsession cognitive.
Obsession cognitive ou Fixation
Schéma mental dans lequel s’enferme un ennéatype pour ne pas
être confronté à son évitement.
Peur profonde ou Peur de base
Point de vulnérabilité face auquel l’ennéatype se sent
particulièrement démuni.
Restructuration émotionnelle
ou Vertu
Force spécifique qui permet à l’ennéatype de sortir de la
distorsion émotionnelle.
Sous-types
Les trois instincts fondamentaux (ou sous-types) présents chez
les humains, dont le but est d’assurer notre survie. Il s’agit de
l’instinct d’autoconservation ou de préservation, de l’instinct
social ou grégaire et de l’instinct sexuel ou de relation exclusive
(voir chapitre 15).
Sommaire
Couverture
L'Ennéagramme pour les Nuls, poche
Copyright
À propos des auteures
Introduction
À propos de ce livre
Fausse et vraie personnalité
Comment ce livre est organisé
Les icônes utilisées dans ce livre
Un vocabulaire accessible au profane
Par où commencer ?
Partie 1. À la découverte du modèle de l’ennéagramme
Chapitre 1. Qu’entend-on par ennéagramme ?
Le symbole de l’ennéagramme
Un outil de connaissance de soi
L’origine de l’ennéagramme
Chapitre 2. Le mécanisme d’un ennéatype
Structure d’un ennéatype : différents éléments
Intégration et désintégration interne
L’impact des autres ennéatypes
Chapitre 3. Les centres : les trois moteurs de la personnalité
Trois formes d’intelligence à notre service
Trois moteurs, trois énergies, trois directions d’utilisation
L’ordre d’entrée en scène des centres
Le diagnostic du centre réprimé
Différents degrés de répression des centres
Partie 2. Plongée au cœur des neuf types de personnalités
Chapitre 4. L’ennéatype Un : le maître de la rigueur
Une intelligence instinctive, pour mieux se contrôler
La vie quotidienne du Un
Le Un au prisme de l’ennéagramme
Quelques pistes pour évoluer
Chapitre 5. L’ennéatype. Deux : le maître du dévouement
Une intelligence émotionnelle, pour déceler les besoins des autres
La vie quotidienne du Deux
Le Deux au prisme de l’ennéagramme
Quelques pistes pour évoluer
Chapitre 6. L’ennéatype. Trois : le maître de l’efficacité
Une intelligence émotionnelle, pour répondre aux attentes de sa communauté
La vie quotidienne du Trois
Le Trois au prisme de l’ennéagramme
Quelques pistes pour évoluer
Chapitre 7. L’ennéatype. Quatre : le maître de l’absolu
Une intelligence émotionnelle, pour mieux se décrypter
La vie quotidienne du Quatre
Le Quatre au prisme de l’ennéagramme
Quelques pistes pour évoluer
Chapitre 8. L’ennéatype. Cinq : le maître des savoirs
Une intelligence mentale, pour comprendre le fonctionnement du monde
La vie quotidienne du Cinq
Le Cinq au prisme de l’ennéagramme
Quelques pistes pour évoluer
Chapitre 9. L’ennéatype Six : le maître de la prévoyance
Une intelligence mentale, pour bien appréhender le monde et se comprendre
La vie quotidienne du Six
Le Six au prisme de l’ennéagramme
Quelques pistes pour évoluer
Chapitre 10. L’ennéatype. Sept : le maître des idées
Une intelligence mentale, pour multiplier les satisfactions
La vie quotidienne du Sept
Le Sept au prisme de l’ennéagramme
Quelques pistes pour évoluer
Chapitre 11. L’ennéatype. Huit : le maître du jeu
Une intelligence instinctive, pour agir sur le monde
La vie quotidienne du Huit
Le Huit au prisme de l’ennéagramme
Quelques pistes pour évoluer
Chapitre 12. L’ennéatype. Neuf : le maître de l’harmonie
Une intelligence instinctive, pour se protéger et vivre en paix
La vie quotidienne du Neuf
Le Neuf au prisme de l’ennéagramme
Quelques pistes pour évoluer
Chapitre 13. Identifier son ennéatype : principales confusions
Les doublets classiques
Les doublets plus subtils
Un triplet de choc : Trois, Sept ou Huit ?
La quadrature du doute : Un ou Deux ou Cinq ou Neuf ?
Partie 3. Expression et attitude de chaque ennéatype
Chapitre 14. Communiquer avec chaque ennéatype
Le tour du monde en neuf ennéatypes
Les neuf modes de communication
Chapitre 15. Les instincts fondamentaux de chaque ennéatype
Les trois instincts fondamentaux de l’ennéagramme
Les sous-types du Un
Les sous-types du Deux
Les sous-types du Trois
Les sous-types du Quatre
Les sous-types du Cinq
Les sous-types du Six
Les sous-types du Sept
Les sous-types du Huit
Les sous-types du Neuf
Partie 4. Impact et coloration des autres ennéatypes
Chapitre 16. Les ailes et leur impact sur chaque ennéatype
Les deux ailes et leur dynamique
Influence des ailes sur chaque ennéatype
Chapitre 17. Intégration et désintégration externe
Des représentations différentes
Intégration et désintégration externes de chaque ennéatype
Partie 5. Les dix commandements
Chapitre 18. Dix points d’attention à garder en mémoire
Un but premier : mieux se connaître
Communiquer, plutôt qu’intellectualiser
Laisser chacun découvrir son ennéatype
Nous sommes plus qu’un ennéatype
Un outil de croissance, pas une excuse
Chaque ennéatype est indispensable
Un outil de compréhension et de compassion
Un outil élaboré et complexe
Se former pour s’approprier ce modèle
L’ennéagramme n’explique pas tout
Chapitre 19. Dix ressources indispensables
Des ouvrages de référence en français
L’ennéagramme appliqué au monde de l’entreprise
Notre choix en anglais
Et sur le Web…
Chapitre 20. Les termes clés pour comprendre cet ouvrage
Ailes
Apport au monde ou Orientation
Centres
Désir profond ou Désir de base
Désintégration
Distorsion émotionnelle ou Passion
Ego ou Personnalité de façade
Ennéatype
Essence ou Personnalité authentique
Évitement ou Compulsion
Image de soi ou Fierté
Intégration
Mécanisme de défense
Mécanisme de progression ou Idée supérieure
Obsession cognitive ou Fixation
Peur profonde ou Peur de base
Restructuration émotionnelle ou Vertu
Sous-types