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BEDI KARTLISA
revue de kartvélologie
VOL. XLII
ÉTUDES GÉORGIENNES ET CAUCASIENNES
PUBLIÉE AVEC LE CONCOURS
DU CENTRE NATIONAL
DE LA RECHERCHE SCIENTIFIQUE
Paris 1984
DIRECTEUR-RÉDACTEUR :
Kalistrat Salia, Académicien Honoraire de l’Academie des Sciences de
Géorgie, Professeur hon de Lettres, Vice-président de l'Union Inter-
nationale de la Presse Scientifique, 8, rue Berlioz, 75116 Paris. Tél
500.17-93
COMITÉ DE LECTURE:
Dom B. OuTTitR, Secrétaire de Rédaction, Membre du Conseil Scientifique
de B.K.
Nicole Thierry, Dr ès Lettres de l’Université de Paris -1 Membre du Conseil
Scientifique de B.K.
Bernadette Martin-Hisard, de l’Université de Paris-I Membre du Conseil
Scientifique de B.K
CONSEIL SCIENTIFIQUE :
Julius Assfalg, Professeur à l’Université de Munich, Directeur de la section
arabe et de la section géorgienne du Corpus Scriptorum Christianorum
Orientalium, Éditeur de VOriens Christianus
Georges Dumézil, Professeur honoraire au Collège de France, Membre de
l’Académie Française et de l’Académie des Inscriptions et Belles Lettres
Gérard Garitte, Professeur à l’Université de Louvain, Membre de l’Aca-
démie Royale de Belgique, Directeur de la Revue d’études orientales
Le Muséon.
François Graffin, Professeur à l’institut Catholique de Paris, Directeur de
la Patrologia Orientalis.
Yvette Grimaud, Docteur d’Etat ès Lettres et Sciences Humaines, Fonda-
trice du Centre d’Études de Musique Orientale, Paris-Sorbonne, Pro-
fesseur à l’Université de Paris VIL
David Marshall Lang, Professeur d’études caucasiennes à l’Université de
Londres, Docteur Honoris Causa de l’Université de Tbilisi.
Irène Mélikoff, Professeur à l’Université de Strasbourg, Directeur de
l’institut de Turcologie, Directeur de la Revue Turcica
Catherine Paris, Maître de recherche au Centre National de la Recherche
Scientifique, Membre de la Société de Linguistique de Paris et de la
Société Asiatique.
Gertrud Pâtsch, Professeur à Friedrich-Schiller-Universitât, Jena
Karl Horst Schmidt, Professeur à l’Université de Bonn.
Lajos Tardy, Professeur Dr., Membre de la Société Asiatique de Paris.
Budapest.
Michel van Esbroeck, Docteur en philologie orientale, Société des Bollan-
distes, Bruxelles.
Hans Vogt, Professeur à l’Université d’Oslo, Membre des Académies des
Sciences et des Lettres de Norvège et de Danemark, Membre hon. de la
Linguistic Society of America, Docteur Honoris Causa de l’Université
de Tbilisi.
ISSN 0373-1537
Fondateur :
NINO SALIA
Bedi Kartlisa, Revue de Kartvélologie
8, rue Berlioz, 75116 Paris. Tel. . 500 17-93
Compte Salia, 45410 A Crédit Lyonnais
61 ter, avenue de la Grande Armée, Paris
Imprimerie Orientaliste, s prl , PO Box 41, B-3000 Louvain (Belgique)
SOMMAIRE
Eugen Kharadze — Communiqué sur l’élection de K Salia, Acadé-
micien honoraire de l’Académie des Sciences de Géorgie 7
Remerciements . . 7
Lettre adressée par le doyen d’âge de l’Académie des Sciences de
Géorgie, Maître des Études géorgiennes, Akaki Chanidzé à
N. K. Salia ... .... 8
Thamar Béréjiani (f) 9
Thamar Katséladzé (t) . 9
Nodar Doumbadze —Une lumineuse image (tPavlé Ingoroqva) . 11
B. Martin-Hisard — L’aristocratie géorgienne et son passé tradition
épique et références bibliques (VIIe-XIe siècles) . . 13
M van Esbroeck — Le «de sectis» attribué à Léonce de Byzance
(CPG 6823) dans la version géorgienne d'Arsène Iqaltoeli . 35
M Shanidzé. — An old Georgian grammatical treatise in a collection
of homilies attributed to John Chrysostom . 53
T. Kourtsikidzé, N. Kadjaïa — De la composition des «instructions
géorgiennes» de Basile de Césarée ... 69
G. Ninua. — Die Georgische Version der pseudo-Makarios Schriften 80
M. van Esbroeck. — Le IVe symposium sur l’art géorgien à Tbilisi
(23 mai-3 juin) . . . . . .... 88
V. Beridzé. —Architecture géorgienne de la période transitoire (milieu
VIF s.-Deuxième moitié Xe s.) . ... . . 91
T. Sanikidze. — Ouplistsikhé - La ville rupestre à temple . 104
N. Thierry. — Un encensoir protobyzantin à Lagurka à propos des
trésors d’Art en Svanétie . .... 119
N Thierry. — Peintures géorgiennes en Turquie . . 131
S. Dufrenne — Cierge de la Chandeleur dans la présentation du
Christ au Temple, en Géorgie ... . 168
P Licini. — A Venetian Manuscript about the Turkish Invasion of
Georgia by Sultan Amurat III (XVIth c.) . . . . . 177
L. Magarotto — Influences Qajar dans la peinture de Lado Goudiach-
vili........................................................... 185
M Déribéré — Les trésors et l’histoire de la Géorgie . 198
6
SOMMAIRE
M. Déribere. — L’«étendard à la Croix» des Mongols en Géorgie 199
M Inadze. — La colonisation grecque du littoral de la Colchide . 201
N Kakabadzé — Osterreichisch-Georgische Kultur und Literatur-
beziehungen . . . . 212
S. Kiknadzé — Die folkloristischen Varianten der «Bekehrung
Géorgiens» ....................... • ..............222
Dr Marius Schneider (1 7 1903-10 7 1982) . . ... 232
K Hiichins —The Caucasian Albanians and the arab Caliphate in the
seventh and eighth centuries .... . . ... 234
Dom B. Outtier — Le mot fboô existe-t-il en géorgien ancien?
Ce mot, qui apparaît dans une homélie de Mélèce d’Antioche
(CPG 3425 (8)), est une faute de copiste . . .... 246
D Rayfield. — Georgian Dendronyms .................................... 248
René Gsell, Isak Tsey, Catherine Paris, Niaz Batouka, A. Tlich,
Pierre Dréan, Marc-Yves Lautrou. — Patsitse-le-corbeau, conte
Tcherkesse en dialecte Abzakh . . . ... 253
K H. Schmidt. — Vôlker im Süden und Osten des Kaukasus . . 293
R Smeets. — Morphologie Tcherkesse II - La catégorie de possession
Première partie description de la catégorie en Chapsoug de Düzce 332
B G. Hewitt. — K’avk’asiuri enatmecnierebis c’re . . . 352
B. G. Hewitt — Another look at the georgian speech-particle ’-tko//
-tkva’ . . . . . .... 354
L. Magarotto. — I manifesti délia rivista «Cisperi q’anc’ebi» . 361
K Salia. — La littérature géorgienne . .... 368
Dom B. Outtier. — Wolfgang Schulze, Die Sprache der Uden in
Nord-Azerbajdzan. Studien zur Synchronie und Diachronie einer
siid-ostkaukasischen Sprache . ............. . . 379
Dom B. Outtier — Michel van Esbroeck, Barsahée de Jérusalem sur
le Christ et les églises, Patrologia orientalis, t. 41, fasc. 2, n° 187 383
W. Boeder. — Bûcher aus Géorgien : Sprachwissenschaft . 384
Chronique : Dora Panayotova-Piguet (Dr ès Lettres) .... 388
MESSAGE DU PRÉSIDENT DE
L’ACADÉMIE DES SCIENCES DE GÉORGIE
Professeur K Salia
8, rue Berlioz
75116 PARIS (FRANCE)
J’ai l’honneur de vous faire connaître que le 13 octobre 1983 l’assemblée
générale de l'Aca.démie des Sciences de la République de Géorgie vous a élu
à l’unanimité Membre honoraire de l’Académie des Sciences de Géorgie,
pour votre contribution au développement de la science et de la culture
géorgienne Je vous prie d’agréer avec mes félicitations l’expression de mes
meilleurs sentiments
Le Président de l’Académie des Sciences de la
République de Géorgie, l’académicien
E Kharadzè
Réponse
Au Président de l’Académie des Sciences
de la République de Géorgie,
l’académicien E. Kharadzè
Monsieur le Président, je suis profondément touché par la nouvelle de
l’honneur qui m’a été accordé par la plus haute autorité scientifique et
culturelle de ma patrie C’est la plus belle récompense, à laquelle je n’aurais
jamais pensé Elle sera, au soir de ma vie, un puissant encouragement pour
continuer jusqu’au dernier souffle l’œuvre entreprise par nous il y a des
dizaines d’années au service de la culture géorgienne. Je vous prie de trouver
ici l’expression de ma vive gratitude pour cette élection et de remercier en
mon nom chacun des académiciens à qui je dois cette grande joie qui va
réchauffer un peu mon cœur bien fatigué
Très respectueusement,
Kalistrat Salia
8
E KHARADZE
Nous avons reçu de nombreux télégrammes et lettres de félicitation de
nos collaborateurs étrangers et de Géorgie même à qui nous adressons nos
sincères remerciements Nous publions ici les extraits de la lettre d’Akaki
Chanidzé, doyen d'âge de l’Académie des Sciences et Maître incontesté des
études géorgiennes adressée à nous le 17-X-83,
A l’Académicien Honoraire de l’Académie des
Sciences de Géorgie,
à Monsieur K Salia,
Très honoré et cher Monsieur Salia,
Pefmettez-moi de vous féliciter chaleureusement de ce que notre Académie
des Sciences vous a élu Membre Honoraire J’ai eu le grand plaisir d’avoir pu
participer, moi aussi, de près, à votre élection comme Membre Honoraire de
notre Académie En effet, lors de la séance plénière, j’ai adressé à votre sujet
une proposition dans laquelle je caractérisais la vigueur de votre activité
comme directeur de Bedi Kartlisa- vous avez su regrouper autour de vous des
kartvélologues travaillant dans diverses villes d'Europe et vous avez publié
dans votre revue, en français, en anglais, en allemand, en italien, les résultats de
leurs recherches; votre revue est ainsi devenue un solide instrument de travail
de dimension internationale.
Dans ma proposition j’ai examiné longuement votre Histoire de la nation
géorgienne, j’ai exposé son contenu, souligné sa remarquable illustration et j’ai
finalement conclu: «Pour toutes ces raisons, l’ouvrage de Monsieur Salia
constitue un précieux acquis pour la science, il rendra un éminent service à
notre pays car il offre au lecteur des informations fiables et indispensables Si
nous ajoutons à cela que, traduit et publié en anglais, il jouira d’une grande
diffusion et contribuera à dissiper, en Europe, en Amérique et ailleurs, le
brouillard qui enveloppe le passé et le présent de notre pays, je me trouve
pleinement autorisé à présenter à vos suffrages la nomination du Professeur
Kalistrat Salia comme Membre Honoraire de notre Académie des Sciences».
Thamar Béréjiani (+)
Thamar Béréjiani naquit en 1906 à Tiflis, dans une famille de militaires.
Son père, Giorgi Revia, mourut en 1915, au cours de la première guerre
mondiale.
Par sa mère, Thamar était alliée à la famille du grand patriote Dimitri
Qipiani; elle fut souvent reçue chez eux, à Kvichxéti, à Véziri et à Tjala.
Elle avait neuf ans à la mort de son père, elle acheva ses études secondaires
à Tiflis. En 1931, elle se maria avec un ingénieur allemand et ils quittèrent
Moscou pour Berlin, où ils formèrent une famille exemplaire. Néanmoins,
elle ne s'éloigna pas des Géorgiens : elle les recevait une fois par semai-
ne; parmi les célébrités qui étaient alors en Allemagne, on comptait Grigol
Robakidzé, Mixako Tsérétéli, Lado Axmeteli, Grigol Diasamidzé et la famille
Papava. Thamar Papava était la marraine de Thamar.
Pendant la seconde guerre mondiale, Thamar perdit son époux. En 1945,
elle se maria avec son ami d’enfance, Chota Béréjiani et ils vinrent habiter à
Paris : une nouvelle vie commença pour eux. Par leur énergique labeur,
ils construisirent une petite maison dans les environs de Paris. Le fervent
amour de Thamar pour tout Géorgien se traduisait par le renom d’hospitalité
de leur famille ; elle mérita de la part de tous amour et profond respect. En
1982, elle dut entrer en clinique; après une opération, il y eut des complica-
tions. Elle décéda le 31 juillet 1983.
Le décès de Thamar causa une immense tristesse. Elle est enterrée au
cimetière géorgien de Leuville, où reposent côte à côte M. Tsérétéli et G.
Robakidzé.
Thamar Katséladzé (t)
Thamar Katséladzé naquit en 1903 à Tiflis; elle est décédée le 20 janvier
1984. Elle vint à Paris avec ses parents et s’installa à Leuville. Elle poursui-
vit ses études à l’institut de jeunes filles de Montlhéry et obtint son brevet
Elle fit venir auprès d’elle ses parents et les aida. Son bon naturel la poussait
à aider tout le monde, et elle mérita l’affection de tous. Elle s’attachait
de toute son énergie aux affaires communes association de bienfaisance,
affaires scolaires de la colonie géorgienne, etc C’est pourquoi l’Amicale
estimait grandement Thamar, et l’adopta à ce point que la famille fondée
par Thamar devint l’objet de l’affectueux respect de tous les Géorgiens;
quant à Thamar, elle estimait beaucoup nos Géorgiens et pour elle, tout
Géorgien était également honorable • elle ne savait pas faire de différence
Elle estimait bonne et utile toute entreprise géorgienne et l’aidait autant
qu’elle pouvait.
Elle joua un grand rôle dans la transmission du folklore géorgien, que ce
soit les chants ou la danse. Elle créa une école géorgienne pour les en-
fants. Comme une bonne couturière qu’elle était, elle cousait avec joie des
robes géorgiennes pour les danseuses. Elle a beaucoup fait pour la jeunesse.
Il faut noter également qu’elle a orné les monuments funéraires d’inscriptions
en géorgien. Une très nombreuse assistance a accompagné la chère disparue .
beaucoup de larmes furent versées . .
UNE LUMINEUSE IMAGE
Aujourd’hui le peuple géorgien, la littérature géorgienne et la communauté
scientifique, chacun de nous dit adieu à un grand patriote, à un écrivain et à un
chercheur qui a bien mérité, à un citoyen exemplaire, à l’un des fondateurs de
l’Union des écrivains de Géorgie et à l’un de ses membres les plus âgés. Pavlé
Ingoroqva.
Il y a quelques jours, le peuple géorgien reconnaissant lui a souhaité son
quatre-vingt-dixième anniversaire. Mais aujourd’hui, nous sommes dans
l’obligation de prendre congé de cette lumineuse image, resplendissante de
vertu, d’intégrité, de mérite et de patriotisme.
Son trépas n’a point été pour nous inattendu: au contraire, la longévité d’un
homme écrasé par un labeur surhumain mené de jour et de nuit avec une
extraordinaire énergie et sa clarté d’esprit nous étonnaient toujours chez
quelqu’un qui avait été atteint dès sa jeunesse d’un mal grave, presqu’incurable
Quant à moi, je m’explique seulement ainsi ce mystère: la Patrie souffre
toujours du départ d’un de ses enfants méritants, d’un enfant qui augmente le
renom, la gloire, la pensée et l’idéal de son peuple : voilà pourquoi la nature lui
augmente goutte à goutte et lui prolonge la vie, afin de prolonger et de rendre
immortelle sa propre vie.
Le cours de la vie de Pavlé a été difficile, très difficile. La seule considération
du poids que Pavlé Ingoroqva porta tout au long de sa vie, sans s’en décharger,
jette dans la stupeur.
Une profonde analyse de l’œuvre de Giorgi Merculé, de Nikoloz
Baratachvili, d’ilia Tchavtchavadzé, d’Akaki Tsérétéli et de tous les écrivains
du XIX' siècle, les «Documents historiques de Svanéti», la «Louange et
glorification de la langue géorgienne», les ïambes de la reine Tamar,
d étonnants Roustveliana ... je ne sais vraiment pas quoi énumérer • tout ce qui
vient d’être dit et ce qu’il a écrit serait le fier héritage du travail d’une institution
scientifique pendant tout un siècle.
Est-il possible, Pavlé, d’ajouter: «Que te soit légère la terre du Panthéon de
Didoubé»? Terre dorénavant encore plus lourde du chagrin et des larmes du
peuple géorgien! On a de la peine à parler ainsi.
Quelque chose, en tous cas, est absolument évident plus ton fardeau fut
lourd, plus tu te sentais heureux Car ce poids de nouveau t’entraînait vers
12
N DOUMBADZE
la terre de la patrie, t'attirait vers elle et te rapprochait d’elle Aussi sois
grandement heureux, il est heureux de la même façon le pays qui a un tel fils
C’est pourquoi l’homme qui désormais prend sur lui ton joug doit s’attendre
à une vie très difficile, bien qu'heureuse Et à la fin, il quittera cette terre
méritant et le front haut, comme toi.
Adieu, notre cher et bien-aimé Pavlé. dors en paix aux côtés de tes ancêtres
renommés dans ce saint lieu de repos Sache que les chaudes larmes et la grande
tristesse de ton peuple t’accompagnent
Nodar Doumbadzf
(Trad Dom B Ovther)
Président de l’Union des écrivains
Géorgiens Tbilissi
L’ARISTOCRATIE GÉORGIENNE ET SON PASSÉ
TRADITION ÉPIQUE ET RÉFÉRENCES BIBLIQUES
(VIIe-XIe siècles)
Dans l’histoire médiévale de la Géorgie, le XIe siècle correspond à la période
de l’unification en un seul royaume de presque tout l’ensemble des terres
géorgiennes jusque-là politiquement dissociées1 Le royaume unifié de Géorgie
se constitua au bénéfice de la famille des Bagratides dont l'histoire, des origines
au XIe siècle, est racontée dans une œuvre composée vers 1030 par un Géorgien
dont le nom seul nous est connu, Sumbat’ fils de David, c’est une œuvre courte
— 14 pages dans l’édition de référence — qui s’intitule « Vie et Histoire des
Bagratides d'où ils sont venus en ce pays et depuis quand ils ont détenu le pouvoir
royal au Kartli»2. L’analyse du texte de Sumbat’ est à la base de ces quelques
réflexions sur l’aristocratie du haut moyen-âge géorgien, elles ne sont pas
définitives3 et il convient de préciser qu’il y est question non pas de l’origine
réelle des Bagratides4 ni de l’existence et des spécificités d’une éventuelle
féodalité géorgienne5, mais seulement de la manière dont un Géorgien du
1 Sur l'histoire médiévale de la Géorgie, les ouvrages de référence sont les tomes 2 et 3 des
Etudes sur / Histoire de la Geotgie (en géorgien), Tbilisi 1973-1979. et K Salia, Histaùe de la nation
géorgienne. 2e éd . Paris 1983
2 L’édition de référence est celle de KattUs Cvmtebu (Histoire du Kartli), tome I, Tbilisi 1955.
p 372-386 (ouvrage cite désormais K C ) Sur cette œuvre, C Todma\ole, Medietal Geotgian
Historical Literature, dans Traditio 1, 1943, p 154-156 (article cite Toumanoff. Literature)
3 Le contenu de cet article a fait l’objet d'une communication présentée en février 1983 au
séminaire que M Georges Duby consacre au College de France a l'étude des structures familiales
médiévales
La famille des Bagratides est au moyen-âge représentée par deux branches qui ont
parallèlement animé la vie politique en Géorgie d'une part, en Arménie de l'autre La question des
relations entre ces deux branches est complexe et alimente des discussions passionnées et
passionnelles Au moyen-âge, les Bagratides, géorgiens et arméniens, n'ont jamais nie qu'il y ait.
entre eux, des relations, chacun en a rendu compte à sa manière et en fonction de contextes
différents, la divergence de leurs visions n’a guère trouble les hommes de ce temps
En Occident, la question de l'existence d'une société féodale géorgienne qui serait comparable
aux sociétés féodales médiévales d’Europe occidentale a été posee par G Charachidze,
Introduction à / étude de ta féodalité géorgienne ( Le Code de Georges le Brillant ), Genève 1971, en
particulier p 9-25, qui, avec beaucoup de prudence, met en garde contre ce qu’il appelle «les travers
de 1 illusion feodale» C’est dans ce travers que me semble être tombé C Toiimanoef. La noblesse
géorgienne sa genèse et sa struilute, dans Rtsista Araldica 54 9. 1956, notamment p 264-268
La nature des documents géorgiens dont nous disposons jusqu'au XIe s ne permet guere
14
B MARTIN-HISARD
moyen-âge a parlé de l’origine des Bagratides géorgiens auxquels il était lui-
même vraisemblablement apparenté6.
Si l’on considère le titre de son œuvre, il semble que Sumbat’ se soit assigné
un double dessein- étudier l’origine d’une famille initialement étrangère au
Kartli mais ensuite parfaitement intégrée, étudier les circonstances de son
accession au pouvoir Sumbat’ passe traditionnellement pour avoir voulu
démontrer que le pouvoir royal avait été détenu au Kartli, dès la fin du IXe
siècle, par une famille issue du roi biblique David dont il retrace l’histoire
jusqu’au début du XIe siècle. Cependant, à considérer la place de cette œuvre
dans l’ensemble des sources narratives géorgiennes, à considérer aussi sa forme,
je suis tentée de penser que son intérêt ne saurait se limiter à de telles
conclusions, génératrices au demeurant d’appréciations peu scientifiques7
A la différence de l’historiographie arménienne qui s’intéresse principale-
ment aux grandes familles du pays8, la littérature médiévale géorgienne offre,
avec VHisloire des Bagratides de Sumbat’, pratiquement le seul exemple d’un
texte ayant pour objet l’histoire d’une famille Elle pourrait donc paraître
aberrante au sein de cette littérature. Ce n’est pas le cas • elle est, en réalité, liée à
ce que j’appellerai les Annales Royales du Kartli, c’est-à-dire à un groupe de
trois textes, composés à trois périodes différentes (vraisemblablement les VIIIe,
IXe et XIe siècles), ayant subi de nombreux remaniements et qui — continua-
tion les uns des autres — ont été de bonne heure perçus par les Géorgiens
comme formant un tout9 Les Annales, ensemble d’environ 300 pages,
d'appréhender clairement l'organisation sociale du monde géorgien D'autre part, en ce qui
concerne les concepts de féodalité et de féodalisme, la recherche occidentale a considérablement
progresse depuis quelques années, voir par exemple P Toubert, Les féodalités méditerranéennes
un problème d histoire comparée, dans Structures féodales et féodalisme dans / Occident méditerra-
néen (Xl-XIH“ s ) Bilan et perspectives de recherche. Rome 1980 (Collection de l’Ecole Française
de Rome 44), p 1-13, et J -P Poto et E Bournazel, La mutation féodale. Xe-XHl s, Paris 1980
On ne peut plus en rester à la description purement juridique donnée autrefois par F -L Ganshof,
Qu est-ce que la féodalité \ Bruxelles 1957, ni même à la grande synthèse de R BoutRUCHe,
Seigneurie et féodalité. 2 vol . Paris 1959-1970
6 Infra p 25 Je dois beaucoup pour cette façon d'étudier les sources narratives aux travaux
nombreux que M Bernard Guenee a consacres à l’historiographie medievale occidentale Je citerai
en particulier Les généalogies entre / histoire et la politique la fierte d être Capétien en France au
Mas en-âge, dans Annales 1978, p 450-477. et surtout Histoire et Culture historique dans l Occident
médiéval. Paris 1980
Toumanoff, Literature. p 154-155. et surtout du même Studies in Christian Caucasian
Histots. Wetteren 1963 dans l'Excursus intitulé The Rosal List of the Conversion of Georgia and
Sumbat s Histors of the Bagratids p 417-428 (cite désormais Toumanoff, Studies)
J Muyldermans, L Historiographie arménienne, dans Le Museon 76, 1983, p 109-114
9 II s agit de YHistoire des rois kartséliens de Léon Mrovéli (ed K C p 1-71), de la Vie de
I a\t angGorgasaldeDzhuanser(ibid p 139-144) et de la Chronique du Kartli (ibid p 249-317),cf
Toumanoff. Literature. p 166-171 et 173-174 Les liens entre ces œuvres et surtout entre les deux
premières ont été depuis longtemps soulignes, en particulier par K Kekelidzé, largement cité par
Toumanoff, mais l'unanimité des savants est loin d’être acquise quant aux dates de rédaction de ces
L'ARISTOCRATIE GÉORGIENNE ET SON PASSÉ
15
commencent par une longue introduction qui raconte le peuplement originel de
la Géorgie et les débuts de la royauté10 Puis elles donnent en un récit continu
54 notices plus ou moins étoffées, chacune consacrée à l’un des rois qui se sont
succédé en Géorgie orientale depuis les origines mythiques jusqu’en 107211
Trois notices sont particulièrement longues n“ 1, Parnavaz, fondateur de la
royauté après l’expédition d’Alexandre, n" 23, Mirian, le premier roi chrétien
converti par sainte Nino, n° 32, Vaxt’ang Gorgasal12 Chaque notice est
précédée d’un titre qui donne le n° du roi, son nom, sa parenté avec le roi
précédent, et sa lignée (parnavazide, xosroide ou bagratide) Un seul roi, le
n° 50, apparaît comme un individu isolé, et sa lignée est remplacée par une
indication d’origine: il est apxaze13. L’appartenance à une lignée se fait par
descendance masculine, directe ou collatérale, mais aussi par le biais de
l’adoption d’un prince étranger qui épouse, au préalable, la dernière héritière de
la lignée, c’est le cas de Mirian d’origine perse, fondateur de la dynastie
xosroïde Le royaume de Kartli fut supprimé par les Perses sassanides vers 580,
et la période de disparition de la royauté est bien apparente de la notice n" 40 à
la notice n° 48 • le titre de roi est remplacé par ceux de mtavar (chef), de mtavar
des éristavs (chef des ducs), ou par le titre byzantin de curopalate14. Cependant
à l’intérieur de cette série non-royale, les notices nü 43 et 44 semblent indiquer
une restauration au moins provisoire de la fonction royale, puisque Mir et Arçil
sont de nouveau désignés comme rois15
L’œuvre de Sumbat’ qui s’arrête peu après l’avènement du 53e roi, Bagrat’, a
dû être composée vers 1030 On ne peut dire si la troisième partie des Annales,
la Chronique du Kartli, qui couvre les notices 45 à 54, fut composée en sa
totalité après 1073 ou si sa rédaction, progressive, était entreprise lorsque
Sumbat’ écrivit son Histoire'13. Quoi qu’il en soit, on peut remarquer que, dans
l’ensemble, les Annales et l’œuvre de Sumbat’ s’intéressent à la même période
(des origines au XIe siècle) et à un même sujet (le pouvoir royal en Géorgie
œuvres, voir en dernier lieu les rééditions mises a jour du tome 1 de K Kf-keljdze Histoiie de la
littérature géorgienne ancienne (en géorgien). 5e éd Tbilisi 1980. p 237-239 et du tome 2 4e ed
Tbilisi 1958, p 252-259
10 Cette longue introduction, due a Leon Mrovéli, a été tout particulièrement étudiée par K
Kekeljdze, Les sources liueraües de Leon Mtoxeli (en géorgien), dans Moanibe (université de
Tbilisi) 3. 1923, p 27-56, utilise par M Tarchnishvili, Gesdiithte dei kiiddkhen georgiiihen
Literatur, Vatican 1955. p 95
11 Se reporter au schéma p 31
12 KC p 20-26 (Parnavaz). p 60-71 (Mirian) et p 72-130 (pour le long récit de sa conversion
par sainte Nino). p 144-204 (Vaxt'ang)
13 N" 50 Constantin (K C p 267)
14 Ibid p 222-244 et 249-258
15 Ibid p 233-244
16 C'est ce que je tendrais a penser
16
B MARI 1N-HISARD
orientale), dans un même souci (la continuité) et à partir de la même
préoccupation (les origines) C'est pourquoi ['Histoire des Bagratides ne
saurait, selon moi, se comprendre sans une référence constante aux Annales
l’histoire de la famille des Bagratides se déroule en contrepoint de l’histoire des
rois jusqu’au moment où les Bagratides deviennent rois à leur tour, les deux
histoires devraient alors se confondre, nous verrons qu’il n’en est rien Le
parallélisme est tel entre le texte des Annales et celui de Sumbat’ que, lorsqu’à la
fin du XVIIe et au début du XVIIIe siècle, le roi Vaxt’ang VI fit faire — sans
doute sur la base de corpus pré-existants — une compilation générale des
sources narratives de l’histoire de la Géorgie, en vue de constituer comme un
canon officiel de l’histoire nationale, l’œuvre de Sumbat’ se retrouva incorpo-
rée par fragments dans le texte de ce que j’ai appelé les Annales Royales. C’est le
texte de ce canon officiel, rassemblé par le roi Vaxt’ang VI, qui a été édité et
traduit en français, au XIXe siècle, par M -F Brosset17 Quels qu’en soient les
mérites, cette traduction d’une compilation tardive ne saurait être utilisée par
les historiens de la période médiévale comme ouvrage de référence
Sumbat’ a donné à son œuvre une forme très particulière18 Elle se présente
d’abord comme une généalogie19, puis vient une liste de succession héréditai-
re20 que remplace ensuite une nécrologie21, et l’œuvre se termine par deux
notices biographiques plus circonstanciées, assez analogues à celles qui font la
trame des Annales. Le passage d’une partie à l’autre se fait par l'intermédiaire
d’un paragraphe un peu développé consacré à un personnage précis: Guaram
fait passer de la généalogie à la liste successorale, Asot de celle-ci à la
nécrologie, avec Bagrat’ commencent les notices. Une dernière remarque ne
sera pas inutile' le récit de Sumbat’ ne s’attache qu'aux mâles, les filles ou les
épouses des Bagratides ne jouent aucun rôle dans l’histoire, elles sont, à une
exception près (la mère du roi Bagrat’ I), totalement absentes.
Ainsi, contrastant avec l’homogénéité de la structure des Annales, les
variations dans la forme de ['Histoire des Bagratides permettent de supposer
chez son auteur une intention plus complexe que ce que suggérait à première
vue le parallélisme chronologique et thématique de ces deux sources
La première partie de l’œuvre de Sumbat’ est une généalogie de 80 noms
depuis Adam jusqu’aux sept fils d'un certain Salomon22
M -P Brosset, Hisioite de lu Geoigie depuis I 4ntiquiie /usqu uu XIX siede Edition et
/induction Saint-Petersbourg 1849-1856
18 Se reporter au schéma p 30
IQ Un Tel engendra un Tel
20 A un Tel succéda un Tel, son fils
A telle date mourut un Tel fils d'un Tel. ayant tel titre, sans enfant ou avec des enfants mâles
qui avaient ou allaient avoir tel titre
22 K C p 372-373. 6
L'ARISTOCRATIE GÉORGIENNE ET SON PASSÉ
17
Le début, emprunté à l'évangile de saint Matthieu, n’est autre que la
généalogie de Jésus, à deux nuances près: elle ne mentionne pas Jésus mais
seulement Joseph, époux de Marie, et elle comporte une génération supplémen-
taire celle d’un Joachim fils de Josias23 A partir de Joseph, la généalogie est,
me semble-t-il, une création de Sumbat’ Attribuant à Joseph un frère,
Cléophas24, il en énumère 28 descendants, aux noms hébreux, jusqu’à Salomon
dont les fils sont explicitement dits juifs
Cléophas est évidemment le maillon indispensable pour prolonger la lignée
de David qui s’arrête normalement à Jésus Sumbat’ a exploité ici une tradition
chrétienne ancienne, bien connue d’Eusèbe de Césarée, qui fait de Cléophas,
plusieurs fois cité dans les Evangiles, un frère de Joseph, père de nombreux
fils25 Laissant de côté les développements qui font de Cléophas et de ses fils de
parfaits chrétiens, Sumbat' n’a retenu que sa parenté avec Joseph, et puisque
ses descendants sont juifs, il n'y a pas lieu de s’étonner de leur absence dans les
Histoires Ecclésiastiques
Le choix de 28 descendants de Cléophas n’est pas arbitraire, saint Matthieu
avait résumé la généalogie de Jésus en ensembles de 14 générations dont deux à
partir de David. La descendance de Cléophas se fait elle-aussi en deux
ensembles de 14 générations, et puisqu’ici le personnage important n’est pas
Jésus, mais, une génération avant, Cléophas, Sumbat’ a dû — c’est une
hypothèse — introduire ce Joachim fils de Josias, ainsi obtient-il, de part et
d’autre de Cléophas, une lignée bibliquement parfaite, symétriquement organi-
sée en deux fois 14 générations, partant du roi David pour aboutir à un
Salomon dont le nom, éminemment royal, ne résulte sans doute pas du
hasard26.
Sumbat’ donne quelques détails sur les fils de Salomon Juifs de Palestine,
Dieu les a conduits en captivité jusqu’aux frontières de l'Arménie et de la
Géorgie; ils y ont été baptisés et se sont dispersés, souches des familles
bagratides dans ces deux pays27 C’est ainsi qu’arrive au Kartli celui qui
s’appelle Guaram et que Sumbat’ présente à la fois comme «un descendant de
David» et «le père des Bagratides»28 Le texte, qui présente ici un certain
désordre29, ne fournit pas d’explications à cette migration qui conduit les 7
23 Mt 1,10-11 «Amon engendra Josias. Josias engendra Jèchonias et ses frères» Sumbat’(p
372, 15) «Amon engendra losia. losia engendra lovak'im. lovak'im engendra lekonia»
P 372. 19-20 «lak'ob engendra loseb, epoux de Mariant et frere de K'ieop'as»
25 Sur cette tradition, AA SS Sept VII, p 5-10
Mt d Abraham à David, de David à la déportation de Babylone (sous Jèchonias). de la
déportation a Christ Sumbat' d'Abram à Davit. de Davit à lovak'im. de lovak'im a K'ieop'as, de
K leop as à lak'ob, de lak'ob à Solomon Voir note * p 34
27 P 373, 7-p 374. 19
28 P 373. 12 et p 374, 2
Deux passages consécutifs (p 373, 7-25 et p 374. 1-19) disent a peu près la même chose
18
B martin-hisard
frères auprès d’une mystérieuse reine Rachel, mais il donne une précision
chronologique, la royauté des fils de Gorgasal a pris fin, ce qui correspond à la
fin du VF siècle Dans une grande confusion, raconte Sumbaf, et sur fond de
rivalité byzantino-perse, l’aristocratie des éristavs tente de se faire reconnaître
des pouvoirs accrus30 Mais une assemblée convoquée par le catholicos désigne
comme éristav du Kartli Guaram auquel Constantinople décerne la dignité
de curopalate31 Guaram est le premier personnage de Sumbat’ qui permette
un recoupement avec les Annales où il apparaît sous la notice n° 39, mais avec
un profil différent Les Annales qui, pour cette partie, sont l’œuvre de
Dzhuanser, exposent que Guaram était apparenté par les femmes à la lignée
xosroïde et que, les fils du roi n° 38 étant mineurs, Constantinople l’a choisi
comme roi à la demande des grands32 Son successeur, Sfepanoz, renonça au
titre royal par peur des Perses et des Grecs3 ’ Je ne m’essaierai pas à concilier
ces deux traditions ici, j’observerai simplement leur double différence: choix
par Constantinople ou par les éristavs eux-mêmes, subordination à la lignée
principale des xosroîdes ou appartenance à un groupe de sept frères étrangers.
L’histoire de ces sept frères juifs, captifs venus s’établir aux confins arméno-
géorgiens pour fonder les familles royales bagratides, surprend de prime abord
Mais le récit de cet «essaimage royal» qui conduit les Ibères à reconnaître
Guaram pour l’un des leurs et à lui confier la garde de Mcxeta contient, selon
moi, d’implicites références aux premières pages des Annales écrites par Léon
Mrovéli34. Sur la base de traditions qui se retrouvent en Arménie, les Annales
rapportent que les peuples de Caucasie sont tous issus d’un ancêtre commun,
Torgom, descendant de Noé par Japhet Torgom vivait dans la dépendance du
géant Nemrod (le Bel de la Bible) Pour se soustraire à cette captivité, il partit
s’établir avec ses huit fils près de l’Ararat et partagea entre eux la Caucasie
L’aîné, Haos, reçut un territoire qui fut désigné de son nom, Haïk, c’est-à-dire
l’Arménie en arménien ; le second, Kartlos, reçut ce qui devint le Kartli, soit la
Géorgie orientale; un troisième, Egros, eut l’Egrisi, ce qui désigne la Géorgie
occidentale, les autres se répartirent le reste de la Caucasie Les fils de Torgom,
qui étaient tous des êtres exceptionnels, des héros, des gmirni, réussirent à tuer
Nemrod, venu les attaquer, puis, ainsi libérés, ils peuplèrent leurs domaines
respectifs de leur descendance Les huit fils et petits-fils de Kartlos occupèrent
les diverses régions du Kartli, ils leur donnèrent leur propre nom et y fondèrent
3U P 373, 19-24
P 374, 10-11 Eristm est un terme que l’on peut traduire par duc, car il signifie littéralement
chef (tmi) d'un peuple ou d’une armée (éri a ce double sens, comme nopulus chez les Francs)
32 P 217-218
31 P 222, 12-13
Sur ces traditions, supra note 10 KC p 3-26
L'ARISTOCRATIE GÉORGIENNE ET SON PASSÉ
19
des villes, l’aîné des fils, Mcxetos, fonda Mcxeta, au cœur du Kartli intérieur II
n’y eut pas de roi parmi eux, mais un «père de la maison» qui tenait Mcxeta15
Cependant, après une période de confusion marquée par la domination de
peuples étrangers qui introduisirent leur culte impie, un descendant de Kartlos,
Parnavaz, réussit à libérer par la guerre toute la Géorgie, se fit reconnaître roi,
s’établit à Mcxeta et, dans une solennelle consécration, dressa sur la montagne
qui domine la ville, près du tombeau de Kartlos, la grande idole Armazi,
double symbole de purification et de retour aux origines35 36 Après quoi
Parnavaz établit huit éristavs, responsables de la garde des huit subdivisions du
monde géorgien37.
On peut souligner un certain nombre de correspondances entre ce récit et la
première partie de l’œuvre de Sumbat' Aux fils de Torgom répondent les fils de
Salomon, à leur captivité initiale en Palestine celle de la famille de Salomon, la
parenté d’Haos et de Kartlos se retrouve dans celle des Bagratides arméniens et
géorgiens; le baptême des sept frères renvoie à l’affranchissement des fils de
Kartlos par la mort de Nemrod, le désordre maîtrisé par Parnavaz a son
équivalent dans la confusion qui s’ordonne avec Guaram, et le nouveau roi de
Mcxeta, fondateur de la première dynastie royale, apparaît comme la préfigu-
ration du nouvel éristav de Kartli, «père des Bagratides» Sans doute pourrait-
on souligner d’évidentes différences38, mais on peut, je crois, surtout conclure
qu’il n’y a aucune connotation péjorative dans le récit qui présente les
Bagratides comme d’anciens captifs venus d’ailleurs et trouvant en Ibérie la
liberté et un royaume Et cela non seulement parce qu’ils sont de souche
davidique, mais aussi parce que leur histoire est lourde de thèmes populaires,
traditionnels en milieu géorgien, et qui se retrouvent semblablement dans la vie
de sainte Nino. En tout état de cause, Parnavaz se profile derrière Guaram.
35 Ibid p 11,2-6 «Personne, parmi eux. n'etait le plus noble ou le plus célébré Mais en chaque
endroit ils s’appelaient taxadni (chefs) Mais celui qui était à Mcxeta était pour ainsi dire taxadi sur
les autres On ne lui donnait ni le nom de mépe (roi) ni celui d'éristaxi (duc), mais on l'appelait
mamasaxlisi (chef de la maison ou de la famille), et pour les autres fils de Kartlos il était le
conciliateur et le médiateur Car la ville de Mcxeta était la plus renommée de toutes, et on l'appelait
Ville-Mère»
Ibid p 25, 10-14 «Et Parnavaz fit une grande idole à laquelle il donna son nom, c'est
rmazi, car en perse Parnavaz se dit Armazi II dressa l'idole au sommet du Kartli et il fit une
grande consécration pour l'erection de l'idole»
L histoire de Parnavaz est au centre de l'étude de G S Mami lia, Lu formation d une soc ietc
e CliSSe e> d Un E,al d“n'‘ ancien KartH (en géorgien), Tbilisi 1979
On peut noter par exemple la préférence des Annales pour le chiffre 8. celle de Sumbat' pour
e chiffre 7 Ou encore le fait que dans les Annales les eristax s sont nommés par le roi, alors que chez
umbat ce sont les eristaxs qui, tous réunis, nomment Guaram
20
B MAR DN-HISARD
L'arrivée de Guaram au Kartli marque le début de la deuxième partie de
l’œuvre de Sumbat’, partie assez courte19, consacrée aux descendants du
nouvel éristav jusqu’à Adarnasé père d’Asot Cette partie correspond à peu
près à la période 580-780 qui voit l’affrontement des Byzantins et des
Sassanides en Géorgie, puis l’établissement de la domination arabe
La généalogie est remplacée par une brève liste de succession de père en fils
à un Tel succéda un Tel son fils, ou après un Tel il y eut un Tel son fils Les
premiers successeurs ont un titre (éristav, mtavar), ou une dignité (aiithvpato'é).
les derniers n'ont que leur nom Deux d'entre eux ont une singularité Varaz-
Bak’ur dont le nom est un hapax dans la famille bagratide, Nersé dont Sumbat'
ne signale pas la parenté avec son prédécesseur qui est précisément ce même
Vazaz-Bak’ur A trois reprises, Sumbat’ introduit dans sa liste des précisions
événementielles les victoires d’Héraclius qui chasse les Perses d’Ibérie et
rétablit la relique de la Croix à Jérusalem40, le début de l’expansion de
l’Islam41, et la construction de deux églises à Mcxeta et à Tbilisi42
Sumbat’ n’a pas inventé les noms qu'il nous livre Ils figurent tous dans un
texte du IXe siècle, qui est une liste des rois du Kartli, suivie d’une liste des
Grands Eristavs jusqu’à Adarnasé père d’Asot41 On trouve dans cette
deuxième liste la succession Guaram, St’epanoz I, Adarnasé, St’epanoz II,
lesquels apparaissent également dans les Annales sous les nu 39, 40, 41, 42 On
trouve encore, dans la liste, Guaram curopalate, le successeur pour Sumbat’ de
St’epanoz II, c’est là également qu'il a puisé le nom de Varaz-Bak’ur44 et celui
de Nersé, l’indispensable grand-père d’Asot Sumbat’ a coordonné en une
lignée tous ces eristavs et il me paraît évident que, même si cela n'est pas dit, il
considère que Nersé est le fils de Varaz-Bak’ur. Très explicitement en revanche il
’9 P 374-376, 6
40 Ces victoires sont racontées assez longuement a propos de Veiistas Sl'epanoz I, et en grande
partie pour expliquer la construction de l'eglise de Mcxeta
41 Breve indication sous St’epanoz II
42 L'eglise de Sion à Tbilisi. celle de la Croix à Mcxeta
41 Cette Liste se trouve incorporée à la Conversion du Kartli. éditée dans le tome 1 des
Monuments de lu littéruture hctgiogictphique géorgienne ancienne (en géorgien), Tbilisi 1963, p 81-
163 Cf G Paltsch, Die Bekehrung Géorgiens-, « Mokceicn Kcirtlisas », dans Bedi KartHsa 33.
1975.p 288-337 Les passages qui nous intéressent (ed p 94-97) disent ceci «A l’époque de Bak'ur
prit fin la royauté du Kartli Et ils nommèrent Guaram éiistcu et curopalate Apres lui
Stepanoz son fils fut éristav Et ensuite Adarnasé fut éiistm Apres lui Stepanoz son fils fut
eristas Et Guaram curopalate fut éristav. et Guaram le jeune et Arshusha curopalate et Varaz-
Bak ur patrice, ensuite Nerse et ses fils Pilip E. St epanoz, Adrnese, Guaram et Bak'ureani, et
les fils d’Adrnése, St’epanoz et Ashot curopalate et Guram Ce furent les grands eristais» On a
indiqué en majuscules les noms qui se retrouvent chez Sumbat'
44 Je ne saurais dire pourquoi Sumbat’ a retenu ce Varaz-Bak’ur en qui Toumanoff, Studies p
421 -422 verrait volontiers un prince d’Albanie Je me demande tout simplement s'il ne fallait pas un
nom permettant à Sumbat' de présenter encore une sérié de 7 générations entre Guaram et Asot
LARISTOCRA1 1E GÉORGIENNE ET SON PASSE
21
fait de St’epanoz I le père d’Adarnasé et, ce faisant, il est en contradiction avec
les Annales qui n’établissent aucun lien de filiation entre le n° 40 (bagratide par
son père) et le n°41 (qui descend des xosroides), et il s'agit bien des mêmes
personnes, les précisions données par le texte ne laissent à cet égard aucun
doute. Il y a donc, chez Sumbat", comme un «détournement de lignée»,
surprenant de prime abord, mais que l’on peut expliquer de la maniéré
suivante.
Adarnasé et St’epanoz II partagent avec Guaram et St’epanoz I, dans les
Annales, une caractéristique commune ils ont construit les églises de Sion à
Tbilisi, de la Croix à Mcxeta et ils ont institué dans chacune d'elles une liturgie
hebdomadaire particulière. Affirmations qui se retrouvent chez Sumbat" Le
temps et l’histoire ont à peu près respecté ces deux églises toujours chères aux
Géorgiens. Construites simultanément l’une auprès de l’antique capitale de
Mcxeta, l’autre au cœur de Tbilisi, la seconde capitale où s’étaient établis les
Perses, elles sont la traduction religieuse des résultats des victoires militaires
remportées par Héraclius sur les Sassanides qu’il chassa dans un même élan de
Géorgie et de Palestine. Par la dédicace de son église, Sion, Tbilisi se trouve
rapprochée de Jérusalem à laquelle Héraclius vient de rendre sa sainte relique
de la Croix: la ville des mages est redevenue elle-aussi une ville chrétienne A
Mcxeta, l’église de la Croix est plus riche encore de symboles De nos jours
encore, lorsqu’on se trouve au centre de cette ville, à l’emplacement du palais
royal, le regard est immédiatement attiré par cette église qui domine Mcxeta, de
l’autre côté de la rivière, dans une parfaite et aérienne solitude, jailhe dans son
architecture nouvelle du roc abrupt Sa coupole enveloppe la modeste croix de
bois que sainte Nino érigea, non loin de l'endroit où se dressait, près du
tombeau de Kartlos, l’idole Armazi, formidable et pourtant balayée par la
sainte. C’est donc un emplacement sacré où le souvenir des origines païennes,
celui de Kartlos et de Parnavaz, se mêle au souvenir des origines chrétiennes,
celui de Nino et du roi Mirian, par-delà la période de l’occupation perse, la
nouvelle église marque le retour aux sources mêmes de l’identité géorgienne
tout en exprimant la confiance en un avenir fondé sur la Croix, quelles que
soient les vicissitudes du temps45
Les pieux fondateurs de cette nouvelle église ne peuvent être ignorés Trois
bas-reliefs sculptés les évoquent sur la façade orientale au centre, St’epanoz,
humblement agenouillé, offre l’église au Christ, entouré à droite et à gauche de
son frère Démétré et d’un certain Adarnasé46 En exaltant la Croix — thème
Sur la construction de l’eglise de la Croix (en géorgien D:hvari). G T< Ht binashmli, Le\
monuments du type de D:hvari (en russe) Tbilisi 1948, plus accessibledans la traduction italienne de
E Zecchini, Milan 1974 Dans cette traduction, voir p 1-27
On trouvera des reproductions des bas-reliefs des fondateurs dans R Mepisac hvili. V
22
B MARTIN-HISARD
du tympan de la façade principale47 —, les premiers éristavs affirment aussi le
triomphe et l’éternité du royaume du Christ, et c’est peut-être pourquoi
Sumbat' a préféré ne pas leur donner le titre de roi Des monnaies frappées à
cette époque énoncent à leur manière les mêmes idées48 ; ce sont des imitations
des pièces sassanides, mais elles portent le nom de St’epanoz et une invocation
à la Croix en géorgien, et au revers la Croix se dresse triomphante au sommet
d’un temple du feu où elle remplace la flamme ardente que représentent les
pièces sassanides
Il me semble donc qu’en considérant comme bagratides tous ceux qui ont
contribué à construire les églises de Sion et de la Croix, Sumbat’ a voulu
concentrer sur eux le souvenir de tout un passé géorgien, un passé où la
grandeur originelle de Kartlos et de ses fils, ancêtres du peuple géorgien, et la
victorieuse royauté paienne de Parnavaz et de ses descendants sont assumées et
dépassées, à partir de sainte Nino, dans la royauté xosroïde qui commence avec
Mirian. En Guaram, descendant de David et père des Bagratides qui, pour
Sumbat’, ne sont charnellement liés ni aux Parnavazides ni aux Xosroïdes,
peuvent ainsi se récapituler les gloires des deux premières dynasties
Au-delà de St’epanoz II, Sumbat’ s’est contenté d’énoncer sobrement une
courte succession de noms empruntés, nous l’avons dit, à la Liste des Eristavs et
qui lui permettent de rattacher à Guaram Adarnasé père d’Asot. Une telle
continuité est contredite par les Annales qui font d’Adarnasé «.mtavar de la
famille du prophète David» un nouveau-venu au Kartli ayant cherché refuge
auprès du roi Arçil, n° 44, qui l’accueille et l’établit dans son royaume49. Entre
cet Adarnasé et Guaram, les Annales n’établissent aucune relation, mais ne
nient pas non plus qu’il ait pu y en avoir une Nous sommes en présence de
deux traditions, qui ne sont pas nécessairement incompatibles, mais présentent
deux aspects différents d’un même personnage l'une souligne la continuité du
rôle de sa famille au Kartli, l’autre insiste sur sa dépendance envers la lignée
xosroide
Le point de vue de Sumbat’ est remarquable si l’on considère le contexte
historique dans lequel il inscrit cette continuité des Bagratides La période qui
va de St’epanoz II à Adarnasé, de 650 à 780 environ, coïncide avec
l’établissement, puis le durcissement de la domination musulmane en Ibérie A
Tsintsadze. L art de la Géorgie antienne. Leipzig 1978, p 84-85 Le texte des inscriptions est édité
notamment par G Tchubinashvili op lit tables 14-18 de la trad ital
47 R Mepisachvili op cit.p 80
Ces monnaies ont ete principalement étudiées par E A Pachomov, Les monnaies de Géorgie
(en russe), dans Travaux de la Section de Vumismalique de In Sotiété Archéologique russe. Saint-
Petersbourg, 1910. I, fasc 4, p 16-36 Résumé de ces conclusions sur le monnayage sassano-ibère
dans Tchubinashvili op trt , p 23-24 de la trad ital , et dans Toumanoff, Studies p 428-429
49 KC p 243, 9-15
L'ARISTOCRATIE GÉORGIENNE ET SON PASSÉ
23
travers le récit délibérément concentré et discret des Annales se trahissent de
peu glorieux comportements enfouissement de trésors, fuite des cadres
aristocratiques dans le Caucase et en Géorgie occidentale Une profonde crise
sociale se produisit ici, comme en Arménie où elle est mieux documentée50 Les
Annales, au début de la troisième partie, la laissent cependant mieux apparaître
pour le Kartli lorsqu’elles affirment que le nombre des puissants, rivaux les uns
des autres, se multiplia et que les Arabes s’efforcèrent d’écraser quiconque
émergeait51 C’est alors que disparurent la famille xosroîde et, avec elle, six
familles d'éristavs Ces familles sont mentionnées, pour la première fois, à
l’époque du roi Arçil, elles descendaient, affirme Dzhuanser, de quelques
grands serviteurs des rois Mirian et Vaxt'ang, et elles commandaient sous le
contrôle d’Arçil, d’assez vastes territoires, peu différents des entités régionales
définies par les fils et petits-fils de Kartlos ou des duchés créés par Parnavaz La
lignée masculine des Xosroîdes s'éteignant, c’est aux six éristavs, chefs de ces
familles aux noms très flous, que le roi Arçil maria ses nièces, filles de son frère
Mir, la septième étant donnée au tout nouveau roi d’Apxazeti, humble client
d’Arçil. J’ai étudié ailleurs le caractère légendaire de la soi-disant royauté
d’Arçil52 et je me bornerai à souligner ici que les Annales n’ont précédemment
jamais cité une seule famille géorgienne, en dehors des familles royales, mais
elles en citent ici, à l’époque d’Arçil, qui sont censées remonter aux deux plus
prestigieux rois xosroîdes, censées également recueillir le sang royal d'une
lignée qui s’éteint. Mais, par la suite, ces familles n’apparaissent plus, et, sous
les mtavars lované et Dzhuanser (n°45), les Annales ne connaissent que cette
profusion de petits seigneurs aussi anonymes qu’indisciplinés, quant aux
quelques familles qui interviendront plus tard, au Xe siècle, elles sont toutes
nouvelles, à l’exception des Bagratides et de la famille des rois d’Apxazeti
apparue à la fin du IXe s., et ces toutes jeunes familles se définissent au mieux
par deux générations d’ascendants. Seule, donc, la famille bagratide a, au
Kartli, échappé, d’après Sumbat’, à cette désagrégation des cadres aristocrati-
ques; elle émerge ainsi dans toute sa permanence, depuis Guaram au Kartli,
depuis le roi David à travers l'histoire
Pour étayer cette continuité, Sumbat’ s’est d’abord fondé sur des textes
bibliques plus ou moins interprétés, puis il a eu recours à de vieilles traditions
sur les origines du peuple géorgien et de la royauté, s’est servi, en les annexant.
On possédé pour l'Arménie le précieux témoignage du moine Ghèvond
KC p 250, 12-20 Dans ce passage le mot de mtaiar que j'ai précédemment traduit par chef
(surtout lorsque ce titre remplaçait celui de roi) me parait mieux rendu par puissant, seigneur, un
équivalent du terme byzantin de dunastos
B Martin-Hisard. Les Arabes en Géorgie ocridentale au VHP s Etude sur ! idéologie
Politique géorgienne, dans Bedi Kart Usa 40. 1982, p 105-138
24
B MART1N-HISARD
du prestige religieux de quelques étistavs, pour livrer, enfin, un véritable défi
aux réalités historiques En filigrane sont apparus le roi David, le roi Parnavaz,
le roi Mirian. Tout cela devrait maintenant normalement conduire à des
développements sur la restauration du pouvoir royal au Kartli en faveur des
Bagratides II n’en est rien
La troisième partie de l’Histoire des Bagratides commence avec la présenta-
tion d’Asot fils d’Adarnasé sur lequel Sumbat' donne quelques précisions,
comme il l'avait fait pour Guaram.
Mtavar et curopalate à Tbilisi, sans que l’on sache ni comment ni pourquoi,
Asot fuit avec ses fils la pression des Arabes et se réfugie, au sud-ouest du Kartli,
dans les montagnes déshéritées du T'ao-K’lardzheti, à partir de la vieille
forteresse restaurée d’Artanudzh, il impose aux Arabes le respect de son
indépendance et meurt à une date que Sumbat’ formule avec grande précision
«l’an de la Création 6330, 46e année du 13e cycle du k’oronikon, le 26 du mois
de janvier», soit en 82753 Ce même Asot figure, sous le n° 46, dans les Annales
comme un curopalate du Kartli ayant mené plusieurs guerres contre les Arabes
et divers mtavar s, mais elles ne mentionnent pas son enracinement particulier
en K’iardzheti, et si elles évoquent parfois le «royaume» ou la «royauté»
d’Asot, elles ne lui donnent cependant pas le titre de roi54
Sumbat’ consacre toute la troisième partie de son œuvre aux descendants
d’Asot jusqu'à Bagrat’ I, non pas selon une ligne purement verticale de
succession, mais sous la forme d’une nécrologie 69 personnes apparaissent, en
8 générations, au fur et à mesure de la date de leur mort, dans une série de très
courts paragraphes qui se présentent le plus souvent ainsi • à telle date mourut
un Tel, fils de un Tel, avec tel titre, sans enfant ou avec des enfants mâles qui
portaient ou allaient porter tel titre.
Le texte appelle ici deux séries d’observations, sur la datation d’une part, sur
ce qui caractérise les individus d'autre part
Le temps est maintenant intégré au récit Pour la première fois Sumbat’
fournit des éléments précis de chronologie qu’il formule dans le calendrier
géorgien du k'oronikon dont le 13e cycle a commencé en 781 55. Le système du
k’oronikon n’est entré en usage en Géorgie qu’au IXe siècle, il est attesté pour
la première fois dans un manuscrit copié en 864, et le premier événement
historique qu’il a servi à dater est la mort d’Asot. Il y a de fortes présomptions
pour que ce calendrier ait été créé en milieu bagratide, une tradition ultérieure
” KC p 376-377
54 Ibid p 252-254
Le k oronikon est fonde sur le cycle pascal de 532 ans. à partir d'une date de création du
monde fixee en 5604 V Grumll, La Chronologie. Paris 1958. p 151-153
L’ARISTOCRATIE GÉORGIENNE ET SON PASSÉ
25
considère que l’on a retenu la date de 5604 et non de 5508 pour la Création du
monde afin de pouvoir faire coïncider le début d’un cycle avec un événement
marquant de l’histoire des Bagratides : 781 serait ainsi la date à laquelle Asot
prit le pouvoir56. Il y aurait donc eu non seulement apparition d’une mesure du
temps propre à la Géorgie, mais encore, si l’on peut forger ce néologisme, une
«bagratidisation» du temps, le début de temps nouveaux en tous cas
Les individus présentés par Sumbat' sont assez nettement caractérisés pour
qu’il soit possible de tracer à partir d’Asot un arbre généalogique de sa famille
Il est restreint à la seule descendance mâle, une seule femme est mentionnée, la
mère de Bagrat’ I, héritière du royaume d’Apxazeti qu'elle léguera à son
fils57.
Les 69 personnes retenues par Sumbat’ portent au total une dizaine de noms
seulement: Bagrat’ 10 fois, David 8 fois, Adarnasé 7 fois, Asot, Gurgen,
Sumbat’ 6 fois, puis Guaram, Nasra, Démétré, Giorgi 1 fois Ces noms se
retrouvent chez les Bagratides d’Arménie, très rarement dans d’autres familles
Il y a donc un stock onomastique propre qui définit les contours de la famille,
c’est ce qui permet de penser que l’auteur de l’Histoire des Bagratides, Sumbat’
fils de David, appartient à cette famille Je n’ai pu repérer aucun principe
d’attribution des noms, mais l’absence d’indication concernant la date de
naissance ne facilite pas l’analyse II semble en revanche que Sumbat’ ait
cherché à éviter tout risque de confusion entre les individus, non seulement
parce qu’il précise toujours le nom du père et des enfants, mais aussi parce qu’il
indique quelquefois un surnom : le grand, le petit ou le jeune, le noble, le beau,
et encore l’idiot, le non-mûr Autant que je puisse m’en rendre compte, il n’y a
surnom que lorsque deux Bagratides portent simultanément le même nom
L’arbre des Bagratides, construit à partir du texte de Sumbat’, montre une
famille qui est allée s’épanouissant jusqu’au début du Xe siècle vers 850 il
devait y avoir 11 Bagratides, 15 vers 900 à l’époque du roi Adarnasé, ce qui est
le maximum; puis la famille se restreint. 11 vers 925, 9 vers 980, 5 en 1000, 3 en
1010.
Le nouveau comput sert uniquement à enregistrer l’ordre des décés L’accent
ne porte donc plus sur la continuité de la transmission du sang qui n’a sans
doute plus à être démontrée. Pourquoi enregistrer des décés9 On pourrait
penser que Sumbat’ s’est préoccupé d’établir des droits à un héritage, souci que
E Taqaishvili, Georgian Chronologc and ihe Beginnings of Bagiatid Ruie in Georgia, dans
Georgica I, I, oct 1935. p 9-20
Pour des raisons techniques, on ne peut reproduire l’arbre généalogique de la famille
bagratide d’après les indications de Sumbat’ Dans le schéma donné p 30. ne figurent que les
noms et dates essentiels Les tableaux donnes par C Toumanoff, Manuel de Généalogie ei de
Chronologie pour l histoire de la Caucasie chrétienne, Rome 1976, p 116-121, qui intègrent d’autres
données que celles de Sumbat’ peuvent être utiles
26
B MARTIN-HISARD
l’élargissement de la famille rendrait compréhensible Pourtant jamais
n’apparaissent les termes ni même les notions de partage ou de succession Si,
au début, Sumbat’ précise bien dans quelles régions sont établis Asot et ses
fils58, il nous laisse ignorer par la suite si ces terres se sont accrues ou non, si
elles ont été partagées et comment. D’autres textes montrent que ce fut bien le
cas. Mais dans l’œuvre de Sumbat’ il n’est jamais question que d’un ensemble
toujours défini comme «les biens patrimoniaux d’Asot» Les Bagratides vivent
et meurent à l’intérieur d’un espace constant, non divisé, d’un espace clos
également, car l’auteur ne parle jamais des relations entre les Bagratides et leurs
voisins, et cependant ces relations ont existé, surtout au Xe siècle Les Annales,
mais aussi les sources byzantines, arabes, arméniennes sont remplies du récit
des guerres que les Bagratides menèrent avec ou contre les Apxazes, les
Géorgiens de Hereti, de K’axeti, du Kartli intérieur, avec ou contre les peuples
du Caucase, les Arméniens, les Arabes, les Grecs. Comment même ne pas
s’étonner que Sumbat’ fasse si peu de cas du grand curopalate David (f 1002)
dont les armées soutinrent le trône chancelant de Basile II et de Constantin
VIII? Ce souci d’enfermer les Bagratides à l’intérieur d’un territoire défini une
fois pour toutes peut expliquer l’absence des femmes par qui se développe ou se
défait un patrimoine
Si l’on ne transmet pas des terres, dans l’œuvre de Sumbat’, on ne transmet
pas non plus de titres Ceux-ci sont cependant soigneusement notés, et l’on est
frappé par leur diversité et leur progressive amplification, curopalate, mais
aussi anthypatos et magisiros, c’est-à-dire certaines des plus hautes dignités que
Constantinople puisse décerner59 ; leur présence est le meilleur signe de l’intérêt
porté par le basileus aux Bagratides60 Des titres purement géorgiens apparais-
sent aussi, non plus mtavar ou éristav, sans doute trop dévalués, mais éristav
des éristavs, mampal (maître, seigneur) et mépé (roi) Dans le cours du texte, en
dehors de tout souci de titulature, il arrive même à Sumbat’ de parler du
«règne» de tel ou tel qui n’a cependant pas le titre de roi. Sumbat’ ne paraît pas
toutefois s’intéresser à la transmission ou à l’évolution de ces titres, au point
même que lorsqu’il en arrive à Adarnasé (f 924), cité comme roi des
Kartvéliens, il n’accorde à ce titre aucune espèce d’importance61 Et s’il parle
de ses descendants, David, Sumbat’, Bagrat’, Gurgen, comme de rois62, ce
n’est jamais explicitement comme rois du Kartli Chose étrange enfin: Bagrat’
I, celui que les Annales sous le n° 51 qualifient de roi d’Apxazeti et du Kartli,
Ces précisions géographiques sont une des grandes différences avec les Annales
N O1KONOMIDES, Les listes de préséance byzantines des IXe-Xe siècles, Paris 1972
Constantin VII leur consacre deux longs chapitres du De Administrando Imperia
C est ce que confirment les Annales sous le n° 49
Qualité que les Annales pour leur part ne leur reconnaissent pas
L'ARISTOCRATIE GÉORGIENNE ET SON PASSE
27
celui à partir duquel la lignée bagratide détient continûment le pouvoir royal en
Géorgie, n’est jamais appelé roi du Kartli par Sumbat’ Son importance est
cependant reconnue puisque Sumbat' abandonne avec lui la forme nécrologi-
que pour recourir à la notice61
Bagrat’ y est dit grand curopalate, roi des Apxazes, et Sumbat’ note
deux aspects de sa domination Un aspect territorial en premier lieu
il contrôle non seulement les terres patrimoniales de T’ao-K'lardzheti,
mais aussi l’Apxazeti, le Kartli intérieur, le K’axeti, le Hereti, et tout le
Caucase, il soumet l’Albanie et une grande partie de l’Arménie, il s’impose aux
Arabes et aux Grecs qui le respectent64 Partout il gouverne avec sagesse et fait
régner la paix Mais Sumbat’ note aussi à son sujet un certain comportement
familial, et en particulier sa manière brutale d’éliminer ses derniers cousins en
1012-1013. La notice consacrée plus loin à son fils Giorgi est surtout le récit de
ses guerres contre les Byzantins et contre des aristocrates révoltés.
Bagrat’ et Giorgi diffèrent donc de leurs prédécesseurs sans attaches
familiales ou en rupture avec elles, ils sont maintenant liés à un territoire
nouveau, composite, élargi aux dimensions de toute la Caucasie, et ils sont
désormais en rapport avec des puissances voisines dont ils se font respecter
Mais Sumbat’ ne leur donne jamais vraiment de titre précis, même pas celui de
roi du Kartli
Ainsi la nécrologie qui occupe près de la moitié de l’œuvre surprend Elle
donne l’image d’une famille épanouie, toujours plus prestigieuse par ses titres,
donc toujours plus puissante, vivant paisiblement sur le patrimoine d’Asot.
Cette nécrologie semble le tranquille mémorial d’un ensemble familial qui se
confond avec le territoire qu’il habite Et l’on voit mal le rapport que cette
nécrologie peut avoir avec les parties précédentes, linéaires, peu enracinées
dans le temps et dans l'ensemble géorgien, et avec la dernière partie qui a pour
décor l’ensemble du monde caucasien, pour thème la conquête et la défense
d’un véritable empire, la sagesse d’un souverain
Au terme de cette analyse, le résumé traditionnellement fait de ['Histoire des
Bagratidesde Sumbat’ paraît faux dans sa simplicité65 Sans doute le roi David
est-il bien aux origines de la famille, mais il est difficile de dire à partir de quand
Sumbat’ considère que les Bagratides tiennent le pouvoir royal au Kartli • est-ce
avec Adarnasé, ce roi sans successeur? ou avec Bagrat’ dont la puissance
“ Kc P 382, 14 - 383. 3
p 382, 18-20 «En raison de sa puissance et de sa sagesse, le roi des Perses devint son
ami et lui fui plus fidele qu'à ses propres parents, et même le roi des Grecs avait peur de lui en
toutes choses»
65 Supra p 14
28
B MARHN-HISARD
dépasse les limites du Kartli? Mais en definitive, ce n'est probablement pas cela
qui importe L’Histoire s'inscrit dans une tout autre perspective, ce que
l’analyse fait apparaître, ce sont deux registres différents celui que reflète
plutôt la nécrologie (une famille, une région), et celui que suggère plutôt la
quatrième partie (une lignée dynastique, de vastes perspectives) Ces deux
registres correspondent pleinement aux deux phases successives de l’histoire des
Bagratides leur affirmation comme famille dominante dans les régions du
T’ao-K'lardzheti aux IXe-Xe siècles, leur émergence comme souverains dans le
monde caucasien à partir du XIe siècle Et ce que Sumbat' a combiné dans son
œuvre ce sont les deux supports idéologiques dont les Bagratides ont su se doter
à chaque étape pour étayer leur puissance croissante, le support biblique, le
support épique ou héroïque
J’ai plus haut souligné la décomposition sociale et politique de l'Ibérie
qu’entraîna au VIIIe siècle la domination arabe Dès le IXe s, la dispersion des
mtavars commença à s’organiser autour de quelques pôles régionaux le Hereti,
le K’axeti, l’émirat de Tiflis, le Kartli intérieur et le T’ao-K'lardzheti sur les
marges duquel grandissait le royaume occidental d’Apxazeti. Asot a bien
mérité le développement que lui consacre Sumbat’ Avec lui, les Bagratides
surent donner aux régions isolées et désolées dans lesquelles ils s'étaient repliés
la prospérité matérielle qui fonda leur dynamisme politique ultérieur, ils surent
aussi regrouper autour d’eux la petite aristocratie locale des mtavars, mal
connue mais bien réelle ; c’est de ses rangs que vont maintenant sortir la plupart
des saints dont l’hagiographie géorgienne a conservé le nom à partir du IXe
siècle Pour cette double construction politique et économique, les Bagratides
trouvèrent des appuis dans les nombreux monastères dont le développement est
une des plus grandes caractéristiques du T’ao-K’lardzheti de cette époque,
l’initiateur de cette restauration monastique fut le moine Grégoire de Xancta,
contemporain et ami d’Asot et de ses fils66 La Vie de Grégoire, écrite vers 960,
montre l’appui matériel que les mtavars prêtèrent aux moines et les mille liens
qui se tissèrent entre milieux monastiques et milieux aristocratiques Dans
certains cas, le monastère devint le lieu d’une nécropole familiale, et les moines
des hérauts d’une famille constamment évoquée dans leurs prières Par la
protection qu’ils assurèrent aux monastères, par les généreuses libéralités dont
ils les comblèrent, les Bagratides s’attirèrent la reconnaissance de Grégoire et
de ses moines, souvent promus au rang de conseillers spirituels, Grégoire fut
même le parrain du premier petit-fils d’Asot, et je croirais volontiers qu’on lui
doit le prénom de David porté pour la première fois dans la famille bagratide
Sur cet aspect de 1 œuvre d’Asot, B Martin-Hisard, Du T ao-K taidzheii à / Athos moines
géorgiens et réalités sociopolitiques (IXe-XIe s ), dans Bedi Kaidisa 41, 1983, p 34-46
L’ARISTOCRATIE GÉORGIENNE ET SON PASSÉ
29
Je ne crois pas qu’il fut l’inventeur de l’origine davidique de celle-ci, on la
trouve affirmée dès le début du IXe s à Opiza, sur une stèle qui représente
David près du Christ auquel Asot offre une église, la taille de David et sa place
laissent penser qu’il s'agit bien du prophète, et non du petit-fils d’Asot67, cette
origine est connue de Dzhuansher qui composa la deuxième partie des Annales
Mais si Grégoire n’en est peut-être pas l’inventeur, lui et ses moines passent en
tout cas au Xe s pour l’avoir admise et justifiée
Ils l’ont admise. L’hagiographe de Grégoire lui attribue ce discours tenu à
Asot: «Roi que l’on dit fils du prophète David qui reçut l'onction royale, le
Christ Dieu te fera hériter de sa royauté et de ses vertus, et c’est pourquoi, je te
l’annonce, le principal de tes fils et de leurs descendants durera à jamais en ces
régions, ils seront plus fermes que les plus solides rochers, que les montagnes
éternelles»68. Ils l’ont justifiée, au nom de l’excellence du gouvernement des
Bagratides qui permet de les qualifier, en vérité, de royaux «Sachez, dit encore
Grégoire, que vos armées, prêtes pour le combat spirituel, ces saints pères du
désert qui sont vôtres, constituent la force de vos armées matérielles. Elles sont,
dans la guerre, l’arme de tous les rois croyants, et plus spécialement la vôtre,
vous qui dans le haut exercice de la fonction royale avez le souci des saintes
églises et consolez les pauvres»69
A la lecture de ces textes, on peut dire, je crois, que les Bagratides ne sont pas
rois selon un titre donné ou reconnu et qui se fonderait sur une origine
davidique. Ils sont rois essentiellement ou, plutôt, ils sont royaux, quel que soit
leur titre, quel que soit le pays ou la région qu’ils dirigent, il n’y a en effet
aucune revendication territoriale chez eux (on ne voit d’ailleurs pas pourquoi
les héritiers du roi David auraient vocation à régner au Kartli plutôt
qu’ailleurs). Grégoire n’envisage le principal des Bagratides qu’en ces régions,
pas nécessairement au-delà; et lorsque Constantin VII, au milieu du Xe s.,
évoque la tradition de l’origine davidique des Bagratides, tradition devenue
assez forte pour que Constantinople la connaisse, il n’y décèle aucune
prétention impérialiste70 Mais le comportement royal des Bagratides implique
obéissance et respect de la part des mtavars, les moines étaient bien placés pour
diffuser ces idées non seulement dans les milieux aristocratiques locaux, mais
plus largement ensuite, puisque très vite ils peuplèrent les rangs de l’épiscopat
géorgien.
La nécrologie qui forme la troisième partie de l’œuvre de Sumbat’, avec son
Ce bas-relief ornait la façade sud de l'église d'Opiza en K’iardzheti Cf V Beridze,
Architecture de Tao-Klarjetie (en russe et en français) Tbilisi 1981, p 299-300 et pl 120
Vie de Grégoire de Xancta, dans Monuments de la littérature, on ch p 262. 25-31
” Ibid p 276, 6-11
De Adm lmp , éd Gy Moravcsik, Washington 1967, p 204, 2-8
30
B MART1N-HISARD
SCHÉMA DE L'HISTOIRE DES BAGRATIDES DE SUMBAT'
D’Adam a Abraham
D'Abraham à David
De David a Josias ( 14)
De Joachim a Cleophas. frère de Joseph, époux de Marie ( 14)
De Nahum a Jacob (14)
De Michée à Salomon (14)
I
GUARAM et ses six frères (erislav et curopalate. vers 500)
I-------------------------1
ST’EPANOZ Ie eristav Demetrè (sous Héraclius)
I
ADARNASE mtavar
I
ST’EPANOZ II mtavar (expansion de l’Islam)
I
Guaram curopalate. eristav
I
Varaz-Bak'ur, anthypatos
Nerse
I------------LT----------------1
Philippe St’epanoz ADARNASE
I-------------------------1
ASOT CUROPALATE + 827 Gurgen
Adarnasé +942 BAGRAT’ curopalate Guaram
/> I i
DAVID curopalate
I
ADARNASE. roi + 924 886
+ 1013
I --------------1----------------1
David roi + 938 Bagrat’ + 946 Sumbat' roi + 958
I ।
Adarnasé +962 Bagrat' l'idiot roi + 995
1----------------‘-i |
Bagrat + 967 Davicl le Grand + 1002 Gurgen roi + 1009
BAGRAT' I' + 1015
roi d’Apxazeti et du Kartli
I
GIORGI roi + 1028
I
BAGRAT' II roi
L'ARISTOCRATIE GÉORGIENNE ET SON PASSÉ
31
SCHÉMA DES A X \ 4LLS RO > ALEX
De Noé à TORGOM
KARTLOS et ses sept frères dont Haos et Eeros
I
MCXETOS et ses 4 frères
I
UPLOS et ses 2 freres
Ie roi PARNAVAZ (après l'expédition d'Alexandre)
21 successeurs parnava/ides par filiation ou mariage et adoption
23' roi MIRIAN xosroide, converti par Nino
1 9 successeurs xosroides
33' roi VAXT’ANG GORGASAL+ 502
34' roi Daçi fille
38' roi Bak’ur + 580
39' roi GUARAM bagratide
40e mtavar des éristavs |
ST’EPANOZ 1' Démctre
(Herachus)
41e mtavar ADARNASE
42' mtavar ST’EPANOZ II (Islam)
t------1---->
43' roi Mir 44' roi Arçil il accueille ADARNASE «mtavar de la famille
I | du prophète David» I
7 filles H-----------:----1 t-----1-----1
45' mtavars lovane Dzhuanser cp fille 46' curopalate ASOT bagratide
I
47e curopalate BAGRAT'
48' roi DAVID curopalate
I
49' roi-curopalate ADARNASE t 924
50' roi du Kartli ।
Constantin apxaze + 919
51'roi BAGRAT I'V 1008-1015
I
52' roi GIORGI + 1028
I
53' roi BAGRAT' Il 4 1072
I
54' roi GIORGI
32
B MARTIN-H1SARD
comput propre, ses individus dont on se plaît à conserver le souvenir, à évoquer
les titres et les dignités, c’est bien l’expression de la progressive emprise d’une
famille sur une région et un milieu, avec l’appui des moines71 C'est dans ce
contexte familial, régional et monastique que je placerais volontiers la
formation et la popularisation du thème de l’origine davidique des Bagratides
Je ne veux pas dire, par là, que certains Bagratides n’aient pas très tôt nourri
de plus vastes desseins. ainsi Adarnasé fils de David, à la fin du IXe siècle Mais
s’il réussit pour un temps à sortir de son patrimoine, à conquérir même, comme
le racontent les Annales, le Kartli intérieur, ce qui lui valut le titre de roi du
Kartli, ce fut une aventure de courte durée. Non pas seulement en raison de la
puissance des Apxazes qui réussirent à l’évincer72, mais peut-être surtout
parce que jamais la famille bagratide n’a été plus nombreuse qu’à ce mo-
ment71, ce fut sans doute une chance sur le plan régional que ce rapide
épanouissement de la famille qui lui permit d’encadrer de près les mtavars, mais
cela signifiait aussi — quoi que dise Sumbat’ ou plutôt quoi qu'il ne dise
pas — fractionnement des biens patrimoniaux, morcellement et donc faiblesse
C’est bien pourquoi, je pense, le passage de la famille régionale à la dynastie, le
passage de la principauté au royaume, ne purent se faire avec Bagrat’ I que
parce qu’il était détenteur d’une double puissance celle que lui conféra
l’Apxazeti hérité de sa mère, celle que lui conféra le patrimoine des Bagratides
dont il restait l’unique héritier74
Mais au milieu des guerres que la puissance de Bagrat' lui permit de livrer et
de gagner pour s’assurer la maîtrise de la Caucasie et le respect des Arabes et
des Byzantins, apparurent, me semble-t-il, des références à un passé plus
purement géorgien
Sumbat’ a prêté à Bagrat', le souverain sage et guerrier, des traits qui
l'apparentent au plus prestigieux des rois géorgiens, Vaxt’ang, non pas le roi
historique du Ve siècle, assez pâle, mais Vaxt’ang Tête-de-Loup, le roi de
légende créé au IXe siècle par l’auteur de la deuxième partie des Annales alors
que le monde géorgien ployant sous la tutelle arabe cherchait dans son passé la
grandeur qui lui rendrait confiance en son avenir, des souvenirs historiques
habilement combinés à des traditions épiques populaires firent surgir ce
personnage de Vaxt’ang auquel la Géorgie actuelle consacre encore des
chansons et dont la fière statue équestre se dresse au milieu de Tbilisi7 5
1 La nécrologie recopie peui-être un obiuiaire
2 Le roi Constantin (n" 50) est apxaze
1 Supra p 25
4 L élimination de ses cousins y fut pour quelque chose
B Martin-Hisard, Le roigeoigien Lïnt ang Gotgasai dans / histoi/e et dans ta tegende, dans
Temps. Mémoire, Tradition au Mm en-Age (Public de l'Univ de Provence) Aix-en-Provence 1983.
p 207-242
L’ARISTOCRATIE GÉORGIENNE ET SON PASSÉ
33
Vaxt’arig, fils de Nemrod enfin réconcilié avec les fils de Kartlos, c'est le
souverain par excellence, héros et géant, combinant les fantastiques vertus
physiques du héros caucasien Amirani et les vertus chevaleresques des preux, au
service de la nation géorgienne tout entière pour regrouper tout son territoire
sous sa domination d’est en ouest, faire trembler les rois du Caucase, servir de
médiateur entre les Perses et les Grecs, régner dans la sagesse et la piété, car il
tient directement sa couronne de la croix du Christ
Le texte de Sumbat’ est plus discret au sujet de Bagrat', mais le rapproche-
ment de ce dernier avec Vaxt’ang me semble fondé D’une part parce que, très
tôt, l’adjectif forgé sur le surnom de Vaxt’ang, gorgasalien76, est devenu un
attribut d’excellence propre à la dynastie bagratide Ensuite parce qu'un texte
hagiographique du XIe siècle considère en Bagrat’ celui qui a rénové la royauté
«que Vaxt’ang emmena avec lui au tombeau»77 Enfin, et surtout, parce que
les Annales elles-mêmes, après avoir longuement parlé de Bagrat’, concluent
ainsi: «Je dirai encore ceci’ depuis le grand roi Vaxt’ang Gorgasal il n'y eut
personne qui put se comparer à lui par la grandeur, par la puissance, par la
sagesse»78.
De cette étude de VHistoire des Bagratides de Sumbat' fils de David, je
retiendrai en conclusion les quelques idées suivantes.
Je crois que Sumbat’, consciemment ou non, a réuni dans son œuvre les
éléments de deux images complémentaires et successives de la famille bagratide
La première image, probablement développée au IXe et au Xe siècles avec
l’aide de milieux monastiques imprégnés de textes bibliques, est celle de
l’excellence générale d’une famille, une excellence royale, elle s’est clairement
manifestée avec Asot, initiateur de temps nouveaux ; ses descendants partici-
pent tous d’une royauté qui est celle-même de David dont ils sont issus. A cette
famille honneur, gloire et puissance sont dûs, surtout de la part de la petite
aristocratie locale des mtavars C’est à cette image que l’on doit la construction
arborée du texte: les racines davidiques dans la première partie, la continuité
du tronc dans la seconde, l’épanouissement enfin au T’ao-K’lardzheti dans la
troisième.
Une deuxième image a donné les développements qui s’accrochent à Guaram
et toute la dernière partie Plus tardive que la précédente, cette image s’est
formée au XIe siècle lorsque la domination bagratide étendue en Caucasie fit
reculer l’impiété musulmane et rendit aux Ibères indépendance et fierté
nationales. Cette image suggère chez les descendants de David non pas
76 Gorgasal = Tête-de-Loup
Il s agit de la Vie de David ei Constantin, cf B Martin-Hisard. Le\Arabes on di n 136
78 KC p 282,4-5
34
B martin-hisard
simplement une excellence générale, mais une excellence toute particulière et
plus familière, celle des grands rois du passé l’épopée de Vaxt’ang transparaît
dans la grandeur de Bagrat’, les légendes de Kartlos, de Parnavaz et de Mirian
permettent de décrypter les res gestae de Guaram et de ses premiers
successeurs.
L'Histoire des Bagratides n’est donc pas une histoire parallèle aux Annales
Royales C'est la démonstration d’une parfaite adéquation entre une famille,
excellente en ses origines, et une nation, excellente en son passé
Bernadette Martin-H isard
Université de Paris-I
* B Outtier, consulté depuis la communication faite en 1983, a bien voulu me faire remarquer
que 1 addition de la génération de Joachim dans la généalogie de Jésus est une des variantes
anciennement attestées de la version géorgienne de l'Évangile de St Matthieu, Sumbat’ l’a
donc simplement utilisée
le «de sectis» attribué à Léonce de byzance (cpg 6823)
DANS LA VERSION GÉORGIENNE D’ARSÈNE IQALTOELI
Rèslmè
Deux travaux, issus d’un contexte totalement différent, ont vu récemment le
jour. D’une part, Leila Datiachvili, dans la ligne d’une série de recherches sur
Théodore Abu Qurra, vient de donner l’édition «princeps» de dix Traités
qu’elle lui attribue D’autre part, ces dix Traités ne sont autres que ceux de
Léonce de Byzance, dont l’édition critique grecque a été présentée comme
doctorat à l’Université de Gand en 1982 par Maryse Waegeman. Le présent
article entend confronter les deux travaux pour leur bénéfice réciproque
Lorsque, en 1980, l’édition de L Datiachvili nous a été accessible, nous nous
sommes immédiatement précipité pour savoir le contenu des dix traités
inconnus de Théodore Abu Qurra qui remplissent les pages 24 à 77 de
l’édition1 Or, au fur et à mesure que nous lisions, nous nous rendions compte
qu’il s’agissait d’un traité bien connu dans l’histoire théologique du VIe siècle,
le «De Sectis», dont l’attribution, au demeurant, a donné lieu à une série de
publications et d’études fouillées2 Le présent article entend rappeler en
premier lieu le contexte par lequel une œuvre du VIe siècle a pu aboutir à être
confondue avec un auteur du VIIIe siècle Déjà deux manuscrits grecs s’étaient
trompés, et on ne s’étonnera donc pas de ce que l’éditrice géorgienne ait commis
la même méprise Du côté grec, la discussion sur l’authenticité de ce Traité est
encore plus complexe, et comporte des éléments importants pour sa datation
La confrontation de l’apparat critique grec, récemment élaboré, avec le texte
géorgien, permet de situer avec assez de précision l’exemplaire grec dont Arsène
Iqaltoeli s’est servi, et par le fait même, la version géorgienne est utile, non
seulement à l’établissement du texte grec pour certains passages moins clairs,
mais aussi pour l’évolution des attributions, si controversée en zone grecque.
Teodore Abuklra Ttaktatebi da dialogebi targmni/i berynulidan Arseti Iqaltoeüs ntiet. Teksti
gamosacemad moamzada. gamokvleva, sakutar saxelta sa3iebeli da leksikoni daurto Leila
atiasvilma, Tbilisi 1980. 126 p Collection ycetkat tuli pilosopiuri ÿeg/ebi tekstebi da ÿiebani,
n 6
Principalement M Richard, Le traite «de sectis» et Leonce de Byzance, in Reçue d histoire
eelésiastique, t 35(1939), p 695-723 (= Opéra Minora II, Turnhout-Leuven 1977) Citeci-aprés
Le traité
36
M VAN ESBROECK
La nouvelle édition géorgienne entraîne inévitablement un réexamen de tous
ces problèmes
Le contexte de l’édition géorgienne
Publié à la suite d’une série de travaux sur Théodore Abu Qurra3, le texte
géorgien du De Sec lis s’inscrit aussi dans le prolongement des nombreux
travaux dTvane Lolachvili, rédacteur de l’ouvrage, et promoteur de la
collection Monuments, textes et recherches de philosophie en géorgien ancien4
Le cinquiène tome de cette collection est d’ailleurs dévolu à la personnalité
d’Arsène Iqaltoeli5 C'est par ce biais qu’il nous paraît le plus opportun de
situer le texte géorgien du De Sectis
En se basant principalement sur les indications de colophons de manuscrits,
I Lolachvili nous a restitué le cadre de la vie d’Arsène Iqaltoeli Probablement
né à Iqalto dans le Kakheti, vers 1050 environ, il est décédé à une date inconnue
après la mort de David le Constructeur qui survint le 24 janvier 1125. Bien que
Teimuraz ait supposé une éducation au couvent de Sainte-Croix de Jérusalem,
il est plus probable que le jeune homme fit partie des 80 jeunes gens que
Georges Mtatsmindeli amena de Géorgie à Constantinople en 1065. De 1066 à
1080 environ, Arsène réside au couvent de Mangana à Constantinople, où se
forment également Jean Petritsi et que fréquente Michel Psellos Nul doute
qu’il ait eu l’occasion de visiter également le couvent d’Iviron Quelques
colophons de la Montagne Noire mentionnent un Arsène comme compagnon
de traduction d’Ephrem Mtsire, et notamment le ms. A-24, au fol 137v, écrit
explicitement qu’il s’agit d’Arsène Iqaltoeli On doit donc considérer que
jusqu’à la mort d’Ephrem Mtsire vers 1103, Arsène est demeuré près
d’Antioche, à la Montagne Noire De là il revient en Géorgie où il s’installe
d’abord à Shio-Mgvimé, avant de passer à Gelathi que le roi David entreprend
de construire II aurait terminé ses jours à l’académie d’Iqalto qu’il a lui-même
3 L Datiasvjlj a publié successivement «Abukuraw originalobis sakitxisatiis. dans Mac ne 39
(1967 6), p 169-194 [Sur la question de l'originalité d’Abu Qurra], « Tedote edeselis c xoxrebisa» da
« Abukura» dans Jic/z kartuli nuerlobisa da rustxelologiis sakitxebu t 5 ( 1973), p 144-174, Kartul-
Bizantiuri literatursi urtiertobas istoriidan, dans la même revue, t 7-8 (1976), p 65-101, enfin Arsen
Iqaltoeli targmani Teodore Abukuras traktatisa « Sagnirtoxsa da garesisa pilosopobisatxis». dans
îÿxeli kartuli Hteratura(Xl-XVlIl), Tbilisi 1977. p 20-40 Ce dernier article touche de plein fouet les
dix Traites de Léonce de Byzance, et sera cité Arsene
4 Les quatre premiers tomes de la collection ont paru en 1968, sur l'échelle des vertus de Jean
Petritsi, en 1969 sur les sentences des philosophes, en 1972 sur les problèmes de Denys
1 Areopagite. et a nouveau en 1973 sur Denys l'Areopagite et Pierre l'ibère selon les historiens
géorgiens et européens I A Lolasvili a signé encore plusieurs autres livres sur l’Historien de la
reine Thamar, sur David Soslani, sur Sulkhan-Saba Orbeliani, etc
Le tome 5 de la collection Ivane Lolasvili, Arsen Iqaltoeli (Cxovreba da mogvaceoba),
Tbilisi 1978, 163 pp Cité plus bas Arsène
LE «DE SECTIS» ATTRIBUÉ À LÉONCE DE BYZANCF
37
contribué à développer, sinon à Shio-Mgvimé qui était alors l'un des princi-
paux centres d’activité intellectuelle
A la demande du roi David, Arsène Iqaltoeli a créé des recueils liturgique,
dogmatique, juridique et homilétique destinés à promouvoir le profond désir
de réforme de l’Église qui inspirait le souverain géorgien Le plus ancien de ces
gros recueils a certainement été commencé à l’époque où Arsène était encore à
Constantinople, et c’est précisément le Dogmatikon, vaste florilège de traités
divers, choisis selon le critère de ce qui paraissait à l’époque le plus utile pour
l’Église géorgienne Aussi imposant est le Nomocanon, maintenant admirable-
ment édité par E. Gabidzachvili6, qui est basé principalement sur la collection
grecque des XIV chapitres (CPG 7556) A la demande de David, Arsène
traduisit le Canon d’André de Crète. Comme le montre le Mravalthavi H-1347,
il ne dédaigna pas non plus l’hagiographie c’est à lui également, bien que le
nom d’Arsène y soit mutilé, qu’l Lolachvili fait l’honneur de la recension
métaphrastique de la Vie de Sainte Nino7 On lui doit aussi la fameuse charte
de David le Constructeur en 11058
Dans cette œuvre considérable, le traité de Sectis a trouvé place à l’intérieur
du Dogmatikon Cette collection est représentée par deux manuscrits plus
importants, qui ont chacun une descendance Le manuscrit dont personne ne
peut se passer est le codex S-1463, du XIIe siècle, ou même, comme l’indique
une réflexion de L Kadjaïa à M Rapava, de la fin du XIe9 Ceci veut dire que
le codex a dû être écrit à Constantinople même. Précisément dans les fol 190v-
202v de ce précieux codex, il y a des feuillets irrémédiablement abîmés-
heureusement, un autre codex ancien permet d’y remédier, à savoir celui du
Musée de Kutaisi Gelathi 23, du XIVe siècle, fol 189r-222' L’édition de L.
Datiachvili utilise les deux manuscrits, mais n’indique pas les différences entre
les manuscrits, et où le ms de Tbilissi est complété par celui de Kutaissi Du
codex S-1463 dépendent deux copies vers 1777, l’une celle de Giorgi Dadiani
Tchqondideli Q-51, fol. 242v-285, l’autre le ms. S-401, fol 224v-266r. Nous ne
savons pas dans quelle mesure ces mss ont été également utilisés pour le texte
aujourd’hui imprimé. Une autre copie ancienne, le ms A-205, du XIIIe siècle,
ne contient que neuf des dix discours II a une descendance plus nombreuse
encore. Le ms. H-601 en est une copie de Teimuraz II datée de 1746 qui
s appuie sur le ms A-205, et plus encore le ms. A-64, copié en 1751 pour le
E Gab1dzasvili,E Gu nasvili.M Dolxkidze.G Nim a, Didi Siliutiskanoni Tbilisi 1975
628 pp
I Lolasvili, Arsène, p 74-81
E Gabidzasvili, Ruis-Crbnisis krebis ÿegliscera. Tbilisi 1978. p 14-18 Avec E G . nous
suivons la date de 1105 plutôt que celle de 1103. proposée par I Lolachvili
M Rapava, loane Damaskeli, Dialektika. Tbilisi 1976. p 50
38
M VAN ESBROECK
catholicos Antoine, au fol 288r-315v Cette dernière copie a donné lieu à
d’autres plus jeunes dans le ms. A-848 en 1767, dans deux mss de David
Bodbeli, le A-267 ( 1778), fol 134r-164v et A-269 ( 1782), fol 157v-187v, dans le
ms H-985 vers 1790 et dans le ms S-158 écrit en 1802 par un certain Dimitri à
Qaraba10 La préface de l’édition, qui alléchait le chasseur de textes inconnus
et est parue sous forme d’article indépendant, ne tient compte que du ms. A-64
dans la seconde branche de la tradition manuscrite11.
Donnons tout de suite un type de question qui surgit à la lecture du texte
géorgien, et que l’on aimerait voir traité avec tout le raffinement d’un apparat
critique en géorgien P 47,4, le texte géorgien parle des ôoi^otno^obbo
3ô3ôûb6o, les apocrisiaires du Pape Le mot géorgien n’est pas repris dans
l’index Son étymologie au vu du grec ne fait pas de doute - il s’agit du mot
TOTroTqpqTqç, où la première syllabe a été éliminée comme un article Une
structure analogue se trouve dans l’emprunt bmbôb^Qtno, pour le grec
f|ai>-/(m>Tîjpiov, où la première syllabe peut aussi paraître un article, d’autant
que l’accent des mots grecs tend à dévaloriser la première syllabe. Seulement, le
mot bmbôb^Qtno est passé dans le dictionnaire d’Abuladze, celui de
n’a pas eu cette chance Voici donc notre question Si le mot
TO7roTqpqrf]ç a été d’abord exactement translitéré en géorgien, le ms S-1463
qui le contient n’est pas un autographe d’Arsène Iqaltoeli mais une copie
contemporaine Si dès le début le mot a été déformé par une loi analogue à celle
de bmbôb^Qtno, il est étrange que le mot ne soit pas entré davantage dans la
langue courante, le traducteur aurait probablement eu le réflexe de cette
transposition populaire en face du modèle grec complet. Mais précisément, le
feuillet 195v du ms S-1463, nous dit L Datiachvili, est ici très abîmé12 il se
pourrait donc bien que le premier exemplaire ait porté (^mdm^otno^obbo,
jugé trop long par le second copiste Les indications critiques manquent, qui
permettraient de savoir à quel modèle le mot imprimé a été repris.
De l’ensemble de la collection du Dogmatikon, le tableau a été donné
sommairement par le catalogue des manuscrits '3, et avec un certain commen-
taire approprié par I. Lolachvili14. Ce contenu est très important puisque c’est
lui qui a entraîné L. Datiachvili à considérer comme allant de soi
l’identification du Théodore qui figure dans le titre, avec Théodore Abu Qurra.
10 Nous empruntons ce tableau général à I Lolachvili, Arsene. p 146-151
11 Cf Datiachvili. Arsene, p 22-23 L'annonce de l'inédit n'est pas moins alléchante chez I
Lolachvili, Arsene. p 115-116
1 ~ Datiasvili, Arsene. p 22
A BaKRAdze dans Kartul xelnac ei ta agi eriloba S kolekc Usa. t 2 (Tbilisi 1961 ), p 2 B-
222
14 I Lolasvili, Arsene. p 104-144
LE «DE SECTIS» ATTRIBUE À LÉONCE DE BYZANCE
39
Le catalogue compte 72 titres dans le Dogmaticon le plus ancien L'ouvrage
qui nous concerne y porte le n“ 18, et s’insère après une série d’œuvres
d’Anastase le Sinaïte, de Jean Damascène et de Cyrille d’Alexandrie II est suivi
par des Erotapoknseis et des Lettres touchant les conciles, surtout celui de
Chalcédoine. Les n" 28 à 37 sont de Nicétas Stéthatos, suivis d'un texte de
Michel Psellos15 Les textes 39 à 54 sont de Théodore le Philosophe, spécifié
comme évêque de Harran au n° 41 Ce sont effectivement les petits dialogues de
Théodore Abu Qurra, connus déjà en grec, et que L Datiachvili a publiés à la
suite des 10 traités de Léonce de Byzance16 C’est évidemment le titre de
philosophe donné seulement à Théodore dans plusieurs de ces opuscules qui a
incité L Datiachvili à reconnaître le même Théodore Abû Qurra dans le Traité
n° J 8 Aussi I Lolachvili indique-t-il déjà le caractère absolument neuf des dix
traités au moment de commenter le Dogmaticon17
Cependant, la place assez éloignée du traité 18 par rapport au n" 39 aurait pu
inciter à une certaine prudence Notre traité est manifestement dans l’orbite des
discussions qui suivent Chalcédoine II ne me paraît pas du tout évident
qu’Arsène Iqaltoeli ait cru lui-même que ce traité était également de Théodore
Abu Qurra. Mais le titre de ces Traités, curieusement, a été l’objet de
discussions énormes, non seulement pour reconnaître l'auteur en géorgien,
mais surtout pour déterminer l’auteur d’après les variantes du titre en grec
Disons tout de suite que l’attribution de ce Traité à Théodore Abu Qurra
(environ de 720 à 840) est absolument exclue du fait que le «De Sectis» est
employé par le florilège dogmatique «Doctrina Patrum», qui le cite sous le
nom de Léonce Or ce florilège diphysite grec a été écrit, comme l’a montré F
Diekamp, entre 668 et 680 18 L’ouvrage est donc sûrement antérieur, et son
attribution à Léonce exige ici le commentaire du — ou des titres — en grec et en
géorgien. Pour ce faire, nous devons nous tourner maintenant vers la tradition
manuscrite grecque, à laquelle M Waegeman avait déjà consacré un article en
197619.
Le contexte grec de l'édition du «De Sectis»
Le texte imprimé par Migne au tome 86 de la Patrologia Graeca, col 1191-
1268, reproduit celui de l'édition de Leunclavius, qui a vu le jour à Bâle en 1578
Texte édité par I LOLXCltviLI. Mikael Pselosis pilosopiur-egzeçetikiii i iiakiuti
«Pirmsoisatsis», dans j’e/i kai tuli nuetlobis sakitxebi. t 2 (1964). p 74-91
16 Datiasvili, Tiakiatebi p 78-115
Lolasvili. Ai sene p 115
18 Voir plus bas
M Wafglmw The Text Ttacliliott of the Ttecitise De Sectis (Ps Leentius Bszantinus >. in
L Antiquité Classique, t 45 (1976). p 190-196
40
M VAN ESBROECK
L'éditeur se basait sur le ms de Vienne Theol gr 190, du XVe ou XVIe siècle
(W).
Le recours à tous les manuscrits montre que l'édition appartient à un petit
groupe de manuscrits plus récents. SOUFW
— Moscou Musée Historique Synodal 433, du XIIe siècle (S)
— Vienne Théol gr. 19 (1300) (O)
— Utrecht ms gr 3, du XIVe siècle (U)
— Florence Med Laur Plut. IV, 12 (F)
L’éditrice élimine comme copie de U deux exemplaires de Leiden, Vossianus gr
F 30 (XVIIe s ), et Perizon. Q 49 (XVIIe siècle)
Le groupe le plus nombreux et le plus ancien est le suivant EABTCVMLP
— Escorial gr 462, III 7, XIe siècle (E)
— Athènes gr 1431, XIIe siècle (A)
— Athos Vatopedi 286, du XIIIe siècle (B)
— Vienne Théol gr. 173, XIV-XVe siècles (T)
— Athos Vatopedi 236, XII-XIIF siècles (C)
— Vatican gr 668, de 1305 1306 (V)
— Madrid Bibl Nation 4798, XVe siècle (M)
— Londres ms. Arundel 529, de 1111 (L)
— Paris gr. 1115, de 1276 (P)
A ces témoins, l’éditrice ajoute encore quatre mss du XIV/XVe siècle, qui ne
contiennent que le premier des dix traités, et appartiennent au groupe le plus
nombreux20
Une comparaison minutieuse du grec et du géorgien fait apparaître une très
grande affinité entre le modèle d’Arsène et C Mais avant d’en faire la
démonstration, il convient d’analyser le titre qui réserve quelque surprise
Le titre qu’Arsène Iqaltoeli a eu devant les yeux est celui du ms C : L/ôLia
àità (pravfjç ©eoôrâpou toù OeotptLecrrâTou ’A0pâ Kai ootprarctTOU tpiLoocxpou
rijv te Oeictv Kai è^cotiktiv cbç /pq (ptLoootpijoavToç ypatpijv Selon l’analyse
même de M Richard, à l’époque où Arsène est à Constantinople à la fin du
XIIe siècle, cela signifie simplement «d’après, selon» Théodore21 On traduira
donc «Scholies de Théodore l’abbé très aimé de Dieu, et le très sage philosophe
exerçant comme il convient la philosophie sur les écrits sacrés et profanes»
Ceci est très proche de ce que le titre géorgien nous transmet coQcnçocnfôQ
20 Nous utilisons la these de Doctorat dactylographiée M Wafgeman, Het traktaat de sec ti v
(Ps Leonlius Bszantinus) Tekstkritische uitgave en vertaling Deel I Tekstkntische inleiding 279
pp , Deel II Tekst268 pp , Deel IV Kritische aantekeningen, 175 pp Gand 1982 Nous n'avons
pas eu l'accès a la troisième partie contenant la traduction flamande du texte de Léonce Les mss
cites sont tous décrits dans le t 1
21 M Richard. Atro Otovfi; in B\zanlion. t 20 (1950).p 215-222 Cite désormais 4po phone s
LE «DE SECTIS» ATTRIBUÉ À LÉONCE DE BYZANCE
41
u(vj3C’XP (nSfnœob Soiy^jôfiobô 3m5ô‘bm5obô qoô ggftoiûloço ôfodyBobù
co£) 3000061 UôcoôBôçotn ôtnb a^cpob^BoljymcrjôQ
l^gftcncnQbô çpô jôtnySobô go^robrogro&oljô bo^y^pcoôu On peut tradui-
re- «Des paroles du moine très aimé de Dieu Théodore et plus encore du sage
philosophe, comment il convient de comprendre la philosophie divine et
profane»
Ce parallélisme sans problème se complique fort à la lecture de toutes les
discussions provoquées par le titre dans la famille UFW (O lacuneux) et du ms
A qui ajoute, après «Scholies», de «Léonce de Byzance le Scolastique» C’est
évidemment l’origine des citations dans le florilège de F. Diekamp, sous le nom
de Léonce.
La position des patrologues pour l’interprétation du titre complet grec a
varié: F. Loofs en 1887 a estimé qu’il s’agissait d’un remaniement d’un ouvrage
de Léonce de Byzance par un certain Théodore22 Mais il concevait le
«Grundschrift» comme substantiellement différent du remaniement de
Théodore. A cette conception, qui considère que les Scholia de Léonce ont été
perdus, et composés entre 538 et 543, J P. Junglas a opposé une objection En
effet, Loofs considérait le texte des citations du florilège comme originales par
rapport au texte de Théodore Junglas montre qu’il n’en est rien, et que c’est
plutôt le De Sectis qui est original23 Indépendamment l’un de l’autre, M
Richard et S. Rees, en 1939 ont réexaminé les affinités et les différences entre les
Traités qui sont sûrement de Léonce de Byzance et le «De Sectis» Tous deux
arrivent à la même conclusion • le Florilège de la fin du VIe siècle a eu entre les
mains le De Sectis que nous possédons aujourd’hui, tout en le commentant
avec assez de liberté; par ailleurs, les différences doctrinales et politiques qui se
manifestent entre l’opinion de l’auteur du De Scetis et celle de Léonce de
Byzance sont suffisantes pour écarter l’hypothèse qui attribuerait à un même
auteur les deux ouvrages Mais il reste évident que le De Sectis connaissait les
vrais ouvrages de Léonce de Byzance et les utilisait24
De ce fait, S. Rees conclut à une lecture différente du titre que nous
reproduisons ici: «The treatise was originally a sériés of lectures delivered by
Théodore: this is the meaning we are obliged to give to the ànà rpcovfjç
®£oS(ôpou in the title Among those who attended the lectures of Théodore on
the History of Sects and Heresies, there was a certain ‘Leontius, a scholasticus
of Byzantium’. The ‘Scholia’ mentioned in the title are the ‘notes’ of this
F Loofs, Leontius son Bszan: und die gleichnamigen Schriftsteller dei grieihisthen Kirihe
Leipzig 1887
24 ^UNGLAS- Leontius son Bszanz Studien :u seinen Schriften, Paderborn 1908,
S Rees, The «de seetis» a Treatise Attrihuted to Leontius of Bizantiunt. in Journal of
Theological Studies, t 40 (1939), p 346-360 M Richard. Le Traité, p 695-723
42
M VAN ESBROECK
Leontius, who is thus responsible for the transmission of the lectures of
Théodore in their présent shape, viz the De Sectis»25
Cette conclusion assez apodictite a été entièrement reprise par M. Richard,
beaucoup plus tard, dans une étude sur l'usage de l’expression ànè> tpravfjç dans
divers titres scolaires d’ouvrages à partir du VIe siècle. M Richard écrit que le
De Sec tis se présente comme un relevé de cours et que son titre doit se traduire
Notes de Léonce le scolastique prises au cours de Théodore le très pieux abbé et
très sage philosophe »26 Pourtant, les parallèles qu’il met en œuvre ne nous
paraissent pas convaincants. M Richard produit notamment l’exemple d’un
traité de Jean d’Alexandrie (VIIe siècle) divisé en Ttpû^etç avec des clausules
identiques à celles du De Sec tis L/ôLia 'InnoKpâTOVç eiç rô rtepi rraiôiou
tpûosroç ctitô (provijç Troàvvov En note, M. Richard demande de lire le génitif
Hippocrate en le reliant au titre qui suit - l’exemple l’a visiblement gêné 27 Le
parallèle appliqué au De Sectis produirait un titre assez proche de
l’interprétation proposée par F Loofs- «Cours de Léonce le scolastique
interprété oralement par le très pieux abbé Théodore . » La souplesse des
formules utilisées ne nous paraît pas permettre l’exclusion de cette
interprétation
La raison qui nous fait revenir à l’interprétation de Loofs est précisément la
distance qui sépare Léonce de Byzance de son interprète Théodore D'une part
ils se connaissent et Théodore utilise sûrement le florilège dogmatique et les
Traités. Mais il modifie essentiellement en fonction de l’intégration du point de
vue gaianite: les variations d’opinions qui ont été relevées par Marcel Richard
sont exactement proportionnelles à la nécessité de distinguer l’union de l’âme
au corps en vue d’intégrer le point de vue Gaîanite»28- lr.vi>nôc>TOÆOv et sa
relation aux accidents et à l’hypostase sont évoqués dès le début en fonction de
l’aphthartodocétisme dont le De Sectis offre un exposé remarquablement bien
informé.
La différence d’attitude vis-à-vis de Théodore de Mopsueste et d’Origène,
soulignée par S Rees, sont également du même ordre d’une transposition d’un
cadre de cours entre les mains d’un interprète différent Mais déjà Rees a bien
remarqué que les positions respectives à l’égard de Thédore et Origène étaient
celles qui se faisaient jour en Palestine, d’après la Vie de Saint Sabas par Cyrille
de Scythopolis29
Un des problèmes majeurs du De Sectis, est constitué par l’absence d’aucune
25 Rees, art cit. p 359
26 Richard, Apo phones, p 200
2' Ibid , p 205 et note I
28 M Richard, Le Traite, p 698-699, 703-705. et 710
29 S Rees, art cit . p 357-358
LE «DE SECTIS» ATTRIBUÉ À LÉONCE DE BYZANCE
43
allusion au concile de Constantinople en 553 Cette absence a posé un
problème que tous les interprètes essaient d’éclairer, sans grand succès En
effet en rigueur de terme, les indices chronologiques pour la datation du Traité
sont extrêmement, même trop visibles l’action V qualifie Justin de l’adjectif
«premier», donc au moins sous le règne de Justin II après 565 Par ailleurs dans
la même action (1232 C), on énumère les évêques d'Alexandrie jusqu’à
Eulogius (580-607) Les allusions aux Agnoètes et aux trithéistes sous
Théodose pourraient à la rigueur exiger une date postérieure à 553, on reste
loin en tout cas de la date limite imposée par la Doctrina Patrum30 le nom
d’Eulogius a été ajouté, et celui de ses prédécesseurs immédiats, aussi long-
temps que le traité est demeuré d’actualité, c’est-à-dire pratiquement jusqu’aux
problèmes monothélites Le seul mot «premier» ajouté à Justin ne représente
pas non plus davantage qu’une précision faite après la rédaction du De Sectis
Ces indices s’avèrent d’autant plus maigres que, précisément dans les énuméra-
tions de personnages l’érudition des copistes semble en avoir rajouté
L’examen de l’apparat critique grec, augmenté de la version géorgienne, ne fait
aucun doute là-dessus
Nous observons en outre l’étrange remarque à propos de Gaïanos, exilé par
Justinien «depuis lors il disparut jusqu’à aujourd’hui» (1232 C) L'éviction de
Gaianos par les soins du cubiculaire Narsès a eu lieu en 535 Comment un
auteur qui écrirait après 681 aurait-il eu le réflexe de cette remarque? Au
contraire, si le De Sectis à été écrit peu après 543, après les premières décisions
doctrinales de Justinien et avant le concile de 553, la structure entière du Traité
devient très naturelle, si on admet les quelques suppléments On ajoutera que, si
Léonce de Byzance et Léonce le scolastique sont indentiques la mort de ce
dernier en 543 rend la reprise du cours par un autre tout à fait plausible
Les acrobaties tentées pour expliquer l’absence d’aucune référence au concile
de 553, deviennent alors sans objet La difficulté a été bien vue par Rees, qui
propose déjà de considérer que le De Sectis fait suite à l’initiative de
Justinien en 54331. L’étude de J. Speigl sur la politique de Justinien en fonction
du De Sectis n’est pas moins embarrassée : entérinant complètement la position
de M. Richard, J Speigl tente de montrer le peu de poids que l’auteur attribue
aux interventions plutôt mal venues des empereurs pour l’organisation de
conciles œcuméniques Dans cette ligne, le concile de 553 lui aurait paru non
F Diekamp, Doctrina Patrum de Incarnatione t erbi Ein gnechisches Florilegium aus der
endedessiebentenundachtenjahrhunderts, Münster, 1907, p LXXIX F Diekamp montre que
es arguments déjà présentes par Loofs pour dater les 31 premiers chapitres restent valables avant
Or, les citations de Léonce se trouvent déjà dans cette première section Sur la question des
agnoetes et des tritheistes, nous reviendrons dans les Mélangés \an Roei
1 S Rees, art cit, p 354
44
M VAN ESBROECK
nécessaire à être invoqué Pourtant il est patent que le concile de Chalcédoine
n’est jamais répudié par Théodore, qui en fait la pierre de touche de son
analyse32 De considérer le De Sectis comme anterieur à 553 permet également
de faire justice aux arguments de Loofs les objections des monophysites contre
Chalcédoine en fonction de l’acception de Theodoret et Ibas devraient tomber
puisque le concile de 553 les a condamnés, et de même les formules cyrilhennes
pour la christologie ne sont plus à récupérer du moment que le concile de 553
les a entérinées33
Ces remarques préliminaires sur l’auteur du Traité laissent ouverte la
question de savoir si Théodore de Raithu, distinct de Théodore de Pharan, a pu
compléter et adapter à l’actualité le cours de Léonce de Byzance, «l’origéniste»
de Cyrille de Scythopolis Le tableau nuancé que M Richard a tracé de ce
Léonce, l’identification admise par Darrouzès, le caractère somme toute assez
orthodoxe de l’ermite, permettraient de le laisser croire34
A la fin de ce paragraphe qui traite de l’identité de l’auteur et de la forme
du titre du «de Sectis», il nous faut relever une coïncidence fortuite, mais
piquante eu égard à l’édition géorgienne sous le nom d’Abu Qurra En effet,
dans le titre, la formule grecque àppà Kai a été transformée en àPouKapà dans
deux des mss secondaires qui ne possèdent que le premier traité Cet accident
remonte cependant plus haut, car il a fait florès dans le manuscrit E, qui ajoute
au bout du titre toù èTttKLrjOévTOç ’AflouKKoCpa, qui s’appelait Abu Qurra,
tandis que le manuscrit B écrit plus simplement Qeoôrôpou toù ’AflouKapà
Ttepi aipéoerov De Théodore Abu Qarra, sur les hérésies Que ces titres n’ont
aucune influence sur l’insertion de cet auteur dans l’édition géorgienne, on le
verra d’autant plus clairement que le ms. le plus proche s’avère un ancêtre de C
L’apport de la version géorgienne à rétablissement du texte
Nous commencerons par établir l’étroite affinité de G (géorgien) avec le ms
C Une vingtaine de leçons suffiront à l’établir, on indiquera ici la ligne de la
Patrologie afin de permettre à tout lecteur la vérification du passage Les
chiffres qui précèdent le terme géorgien renvoient à la page et à la ligne de
l’édition de L. Datiasvili
CM 1196 A 15 prj§a|ifi + Kai Ttàvrq 25.8 yon3cpôço.
32 J Speigl, Der Autor der Schrift iiber die Kcmzilien und die Religionspolitik Justinians. in
Annuarium Historiae Comiliorum Internationale Zeitschrift für Konziliengeschichtsforschung, t 2
(1970). p 207-230
33 Cf
34 M
(1947), p
M Richard, Le Traité, p 722
Richard, Léonce de Byzance était-il origéniste' dans Reçue des Études Byzantines,
31-66
5
LE «DE SECTIS» ATTRIBUÉ À LÉONCE DE BYZANCE
45
CM 1196 B 1 Ttavra om 25,9
CM CM CM CM PST 1196 B 2 èv toïç om 25 10 1196 B 4-5 âvOpamov KÔapov 25 12 6(033(^0 1196 D 6 ’EPpaîot Kai ’lovôaîot intervers 26 3 1197 B 8 èvoÎKqoaç, ÈvavOpcûTtqOEV 26 36 30680360
CMVLPSTE 1197 B 10 vocpôv om 26 37
CMV c tea 1197 C 14 Kptvai Çrôvraç Kai vEKpoùç Kptcnv ôtKairov Kai àôiKcov 27.17 30600006300 3ô(ôcocpcoô çoô 3(0^0000 1201 A 2 oùpâvou. avOpcintou 29 11 803060a
CMVLP EA 1208 A 3 Ttpotpfirpv — Épi: om 33.28
C L TEAB 1213 A 7 Elarâprov Mùprov 37 30 83(0(060600
C V TEAB 1228 C 5 Ota: "Ocra 48 1 (00(0(03660.
CMVLP TEAB 1233 C 13 tiveç • ttôAâoi 52 13 8(0030^60
C TEAB 1233 D i /tévTE ij rpiâKovra- Ttévre ij ’towç n/.EÎovEÇ 52.15
C V C V P TEAB b£)oo6o ô6£) E>£)£)3£)Q ooô £)8(ôô3£p3b6o 1236 C 9 àkk ô pôvov akkà pôvov â 53 26 0(0063(0 Sbcocpcoço (Ôô6gco£) 806 . 1214 B 3 aiT^oç àpéoroç 52.35 ^606^3^(00
C V C VLP TEAB 1248 B 1 §ùo roç’ ôpotroç 61.25 8630360(0 1248 D 12-14 om ôpo/-O7('.ic>0m ôri aùrôv <pùoEt . 62.25
C VLP TEAB 0(000(036306 £)3£)3 30000(083(0 6^)636000 . 1249 D 3 §ùo eoTiv §ùo r.ïôq eo-tiv 63.29 <o(ô6o 606360.
C V TEA 1264 B 8 rjv + rpv TÉ/vqv 75 19 33(^(03636000
De ce bref tableau, il ne résulte cependant pas que C soit un modèle direct de
G (= géorgien) On notera par exemple 1237 C 4 CV -rpv cmvoôov om., alors
que G écrit bien 3(036060 54.36
Des lectures spécifiques de C paraissent expliquer seulement une adaptation
géorgienne dans un autre cas : pour le texte de Migne (W)
1240 D 3 KaO' ô ôv ècm Ktti KctO'êauro
on a: Kai KaOô ôv èon Kai KctOô Kai KctO'ëctirco
rendu en 56.36 3(0000(0 3000061 05,0 Sycng 0(06 çoô 83(0(03(0 30000(0 030
aôboosbQÔooo
d abord en tant qu’il est existant, ensuite en tant que par lui-même...
Un autre passage semble permettre de récupérer un homoioteleute disparu de
tous les manuscrits grecs, là où Migne écrit 1252 D 1
Kai oùk è£, àvâyKqç §eî ra ôpo^.oyoùpeva ttùvtoç riOévar
G ajoute juste auparavant: çoô ô(ôô ôô^ofntnço 5^3(0 °JTi ô(o6ôô(Ô3&^)cpcoô
çpô 30000(083(0 66.8-9,
Quel on peut aisément rétroverser. «K.ai où xpqoiproç Ertpene rà ôpo^oyoùpE-
Va tiOévat ÔTt...».
46
M VAN FSBROECK
En 1264 B 6, Gest seul a spécifier ÈrriOCcrar par dmdmbbô bgçoô 75.10 «èiriwv
Pwpôv»
Du côté des noms propres les différences sont particulièrement intéressantes
On a déjà vu qu’Eulogius d’Alexandrie pouvait difficilement faire partie du De
Sectis original Le passage se trouve cependant dans tous les témoins, y
compris en géorgien, 50 34. Pour d'autres passages où les noms interviennent,
la différence entre les groupes est plus sensible.
En 1212 D 7, g omet en 37 20 la phrase qui exclut Eusèbe de Césarée et
Théodoret «oûç ctvàyKriç où ÔE/opeOa»
En 1212 B 5, à la série des prophètes, g ajoute çoôboocp Daniel 36,29 avant
Ananie. Le groupe EABTCMLPg rejette Clément de Rome en 1213 A 6, et
Denys l’Aréopagite à la ligne suivante. C’est semble-t-il le même érudit qui a
transformé dans SOUFW Méthode de Myrrhe en Méthode de Patare. Si dans
ce passage, on peut encore discuter quelle famille est originale, l’exemple
suivant nous paraît plus éclairant
En 1216 C 5 sont énumérés une série de Pères de l’Église Les critères du choix
sont à la fois christologiques et géographiques. L'auteur tend à donner un nom
pour chaque siège important touchant la christologie de 325 à 430. A nouveau
la famille SOUFW ajoute, après Nectaire de Constantinople, Atticus, Jean,
Proclus et Flavien Après Epiphane de Chypre en 1216 D 7, le géorgien a ajouté
spontanément Jean Chrysostome, pourtant moins représentatif pour la
Christologie. EABTCMg forment ici à nouveau un groupe. Un peu plus loin,
en 1220 D 7-8, les personnages du concile de 381 sont énumérés après les deux
Grégoire, BTCLPMV et g ajoutent et Basile (g 42 37), après Amphiloque
d'Iconium, EA ajoutent en premier lieu Mélèce d’Antioche, également cité par
g 42 38 Mais les deux mss AE continuent par une série de noms forts éloignés
de 381, comme Cyrille de Jérusalem, Diodore, Isidore, Helladius et Timothée
d’Alexandrie En 1228 D 5, l’évêque Pierre Monge est cité sans son qualificatif
par EABTCVLPM et g 48 15, comme si la chose allait encore de soit Par
ailleurs, en 1229 C 1 c’est certainement par erreur que dans l’énumération des
patriarches monophysites d’Alexandrie la famille ABTCVSOU et g 49 7 a
oublié d’insérer «kcù rtctLiv ’IcûàvvTjç», pour désigner Jean Nikiotes (505-516)
Le lecteur qui aura eu la patience d’apprécier ces différences se rendra déjà
compte de la structure du stemma grec élaboré par M Waegeman Le ms C
avec VM remontent à un archétype q, lequel avec LMPS qui dépend lui-même
de 0 remontent à l’archétype 8. A ô fait face y qui réunit la descendance EABT,
E étant le plus ancien des témoins, le seul ms. grec antérieur au ms S-1463
géorgien La famille a réunit y et 8. Les originalités propres de g obligent à le
situer entre a et 8, à l’exclusion absolue de la famille 0, dont la descendance
comporte S par contamination, et surtout O, U, F et W, le modèle de l’édition
LE «DE SECTIS» ATTRIBUÉ À LÉONCE DE BYZANCE
47
de 1578 Le nombre des dissensions entre a et P est suffisamment élevé pour
demander un jugement général de valeur sur le choix à faire Disons de suite que
ce choix, M Waegeman l’a tranché en faveur de p dans la plupart des cas où
l’hésitation est possible
Il y a pour cela des raisons impressionantes La principale vient toutefois de
la manière dont le florilège dogmatique «Le Sceau de la Foi» cite le «De
sectis» On voit, par exemple, que dans le florilège annexé au Traité 9, FW sont
les seuls mss à citer deux passages patristiques, qui précisément se retrouvent
dans le florilège d'avant 680 Surtout, la citation par le nom de Léonce
correspond au titre de la famille UFW Mais on a vu les difficultés suscitées
pour une attribution directe à Léonce de Byzance • celles-ci ont pu provoquer la
disparition du titre dans les deux branches EBT et 0, comme dans l'archétype
d’Arsène Iqaltoeli Au surplus, le ms A est considérablement augmenté d'une
série d’extraits de Jean Damascène, de Timothée de Constantinople, des
véritables traités de Léonce de Byzance (PG 86, 1940 C — 1941 A et 1485 B), et
d’un long factum dont l’éditrice n’est pas parvenu à identifier l’origine35 On
voit que la capacité de rallonger ou de remanier faisait partie des mœurs de
l’époque. Nous ne contesterons pas que le groupe SOUFW a souvent gardé des
leçons correctes vis-à-vis de toute la famille a Mais nous voudrions cependant
reprendre par le menu quatre exemples où la question de l’antériorité ne nous
semble pas pouvoir aussi aisément être tranchée en faveur de ce groupe
Entre Justin I et Justinien, la phrase 1229 C 11 Kai d>ç |ir,ra fjprcm êviaurov
ev0éa>ç disparaît dans A, tandis qu’elle disparaît avec et y compris le nom de
Justinien dans g 49 16 Au lieu de Eva fjpiau èvtauTÔv B aévvÉa Èvrawràv, L
évéa èvtaOrovç et PM évvéa Éviauroûç II est évident que neuf ans séparent le
règne de Justin de celui de Justinien, de 518 à 527 Le ms A comprend
directement qu’il s’agit du règne conjoint de Justin et Justinien Les autres
manuscrits de la branche semblent admettre que Justin aurait régné par lui-
même un an et demi, avant d’être complètement relayé par Justinien, mais
même cette interprétation est impossible car la déposition de Sévère s’est faite
immédiatement en 518. Nous avons l’impression que le couple Justin et
Justinien a été évoqué directement au début, selon Ag Puis, à cause du pronom
relatif Toutou ôe. on a spécifié «et de suite après une demi-année Justinien»,
leçon gardée dans le groupe P On sait que le neveu de Justin, Pierre
Sabbatinus, fut adopté par son oncle Justin, et reçut à cette occasion son
gentilice de Justinien. La date de cette opération est antérieure au début de 519.
car le pape Hormisdas lui écrit déjà sous le nom de Justinien36 Dès lors, les
M Waegeman. Het Imktaat t 2, p 254-268
A A Vasiliev Justin the kit si Cambridge Massachusetts, 1950, p 92-94
48
M VAN ESBROECK
décisions de Justin lui-même sont en fait celles de Justinien La seule phrase
«Justin et Justinien. Ce dernier régnant », peut se comprendre en rapportant
le règne à Justin La spécification d’une demi-année a pu être à l'origine dans le
texte, et serait alors à mettre au compte d’une documentation excellente pour le
moment de l’adoption légale de Justinien M. Waegeman mène l’analyse dans
un sens bien différent37 II semble que l’harmonisation à neuf ans soit
certainement secondaire, et, comme l’avait déjà vu Loofs, opposée à l’adjectif
eùGéroç, «de suite». A et G ont cependant eu ici un réflexe commun qui
pourrait être une dépendance
Un autre passage intéressant, 1233 D 1, fait réfléchir le passage est
extrêmement corrompu et les variantes nombreuses La lecture choisie par
l’éditrice est la suivante- ETtEtra Se, eî Kcti ttévte ij rpiÙKovra àrro xrôv
ÊcuKoaicov rpictKovrct èkeIvwv eûpeOévteç èv rij cmvôôro È<pàvr|crav TtakipPou-
Lot, où §ia toèito xprj /L' àvôptàv cmvoôov ÙTtoPctLLEcrOctt
Pourtant FW ajoutait ij TtLeiro avant ij rpiÙKovra. Le texte géorgien nous
paraît de loin le plus intelligible parmi les innombrable variantes, ô8obbô
'aQpçojmSôço, ôfiô 6^30063 ^00303 1386103^36-
6o çoô^çojfimdQcpbo 30683 38013636 36136060 806, 3 j^bôbtnyçoôôcocoô
303000 36136060 8ôco dcpoco '83^361036301300 52.14-18
Ensuite, même si cinq ou même davantage se sont trouvés inconstants dans le
concile, il ne convient pas de mépriser pour autant les 630 hommes du concile»
L’apparat critique est brouillé par un report de rptaKovra à partir du chiffre
du concile, reporté dans le raisonnement « Si cinq, ou davantage, ou trente...»
L’accord CREAT est ici remarquable par rapport à la faiblesse de SOUFW
Un troisième passage intéressant est l’omission 1248 D 12-14, où à nouveau
à SOFW s'opposent EABTCVLP et g 62,25 A première vue, il s’agit d’une
énumération de propositions garanties par l’Écriture, dans une série où le saut
du même au même semble s’imposer «Que l’on croie que» commande une
série de six ôri dont le contenu est souvent très proche, à savoir «qu’il est lui-
même [Dieu et Homme, qu’il est lui-même proprement Dieu et proprement
Homme (c’est-à-dire non par métaphore), qu'il est lui-même] Dieu par nature
et Homme par nature, qu’il est lui-même consubstantiel au Père et consubstan-
tiel à nous-mêmes, qu’il est lui-même Un de la Trinité et un de nous, et que Dieu
le Verbe a daigné devenir Homme» Nous avons mis entre crochets le passage
manquant dans la famille a. Après cet exposé, l’auteur soumet ces propositions
à l’épreuve de la nature unique, selon trois types de rattachement à l’hypostase
humaine: l’âme seule, le corps seul et l’homme complet Dans les cas qu’il
M WaEgfman. Het Tiaktaat. I IV, p 89-92. ou la piste est mise sur les confusions
graphiques orientales entre Justin et Justinien
le «de sectis» attribué à Léonce de byzance
49
applique systématiquement, il traite successivement la consubstantialité,
l’identité propre et l’identité par nature. L’identité par nature se trouve
toujours en queue des arguments, particulièrement en 1249 C • on y retrouve ad
litteram le développement que nous avons traduit ci-dessus au passage 1248 D
12-14 et cette fois tous les manuscrits le possèdent en entier Le crescendo des
démonstrations particulières va toujours vers «Dieu par nature et Homme par
nature». Aussi, il ne nous paraît pas évident qu’il s’agisse d’un accident par
homoïoteleute en 1248 D 12-14. La première fois qu’il embraye le raisonne-
ment Léonce a pu directement viser le «par nature», puis dans toutes les
applications, il suit les échelons de la consubstantialité et de la propriété de
Dieu et de l’homme Puis à cause des parallélismes, une version qui retouche le
texte a pu récupérer dans 1248 D les formules de 1249 C, pour l’élégance de la
présentation. La famille a ne nous paraît donc pas nécessairement la moins
originale.
Un dernier exemple touche le passage 1249 D 3 • il s’agit d’une nouvelle
aporie touchant l’union insécable des accidents, envisagée du point de vue
adverse de l’unique nature, et produisant deux ou quatre hypotases. L’énoncé
grec est le suivant. Kai trôç ètri évôç ùtÔ|iou §ûo fiôr| tpûoEiç ëotiv cCpeiv,
leçon de S suivie par M. Waegeman.
Disons de suite que FW omet fjôr| tpûoetç, et que O écrit eïôq tpvcmiç.
EABTCVLP et g 63,29 écrivent simplement eï§r|, qui est certainement la bonne
leçon. Vis-à-vis de l’insécabilité, dès le début du traité, la forme eîôoç est
annoncée sous le point de vue de la substance insécable, en 1193 A Par ailleurs,
le développement suivant qui analyse l’insécabilité de la substance du Christ du
point de vue de l’unique nature ne peut évidemment pas se prévaloir d’une
distinction méthodique préliminaire de deux natures: c’est pourquoi «deux
formes» est certainement la leçon exacte. Mais la réaction du groupe SOFW est
hautement significative. FW très intelligemment a éliminé le groupe r)5r|
(pùcmtç, parce qu’il se rendait compte qu’il était inacceptable. Par itacisme, eïôt]
original s’est trasformé en rjôq, «déjà», et le complément tpûcmiç s’est inséré à la
place laissée vide. La leçon (pûcmtç se trouvait à l’origine de la famille P Mais
c’est la famille a qui a conservé le texte le meilleur
S’il est donc vrai que le florilège composé entre 668 et 680 utilise la famille P.
qu il se permet d’ailleurs de remanier en vue de sa propre thèse et afin
d expliciter le contenu de son modèle, cela ne signifie pas nécessairement que la
famille p soit plus originale que la famille a Celle-ci s’en trouve reportée à une
époque précédant le remaniement, dont seul le ms. A a conservé l’attribution à
Léonce, le scolastique de Byzance
50
M VAN ESBROECK
La qualité du texte géorgien d’Arsène Iqaltoeli
Ayant examiné la manière dont la version géorgienne s’insère dans le stemma
grec, il nous faut revenir maintenant sur les caractéristiques d’Arsène Iqaltoeli
comme traducteur, et sur la qualité du texte grec qui lui servait de modèle
Les correspondances ci tées pl us haut pourraient laisser l’impression au lecteur
que la version géorgienne n’a pas d’accidents propres, ni aucune erreur. Il n’en
est rien Nous donnons ci-dessous une liste des principales altérations dues, soit
au modèle grec d’Arsène, soit déjà à des fautes de transmission dans le ms S-
1463
1193 A 7-8 toùtôv - rctvrôv om. g 25 11, par homoïoteleute
1197 A 8 kcù yvcopioOévTeç - iœorpp om G 26 21
1208 C - 1208 D est subtantiellement résumé dans g 34 25
1212 B 7-8 roù Kûpou - Ttoteîv om g 36.31.
1236 B 1 ùàà'ôti àKoivrovqoîav èttoîr)CTE -rrâ paKctpiro Aéovrt om. g 53.5 cette
variante nous paraît une réaction antilatine
1236 D 8 et 1257 B 2 écorchent le nom de Mari en Mani 9ô6o, cette erreur
pourrait n’être due qu’à la mauvaise condition du ms S-1463, suppléé par
le ms. Gelathi 23 Les lettres 6 et (n sont proches par la forme
1244 D 10-14 ’Apé^ei - roôrrov om. g 59.31.
1248 B 14 perù rqv ëvrocnv om g 61 38
1249 D 1-2 (Bote - XpicToC) om g 63.26.
1252 B 12-13 kutù g”/éc>iv - oâpKct om g 64 27
1252 B 14 ëvvoia est curieusement traduit par dô£po qui correspond normale-
ment à ôûvaptç 64 26
1256 B 10 Le titre Karà pépoç niariq om g 67 18
1257 A 11-15 akka piav qwotv - eItte om g 68.23 par homoïoteleute, dont le
traducteur s’est aperçu deux lignes plus bas en récupérant la citation
sautée de Cyrille en 68 28
En outre, dans le florilège dogmatique du Traité 9, qui n’a pas d’équivalent
dans la Patrologie de Migne, nous citons les pages et les lignes du t. II de M.
Waegeman.
215.93-216.104 pù^^ov - npounocmpKoï. il manque la fin de la citation de
Grégoire de Nysse en g 71.13, qui correspond à PG 45, 1215 D-5/1216 B 5.
221.144-222.157 sont sautées deux citations de Cyrille d’Alexandrie, en g 72.16,
correspondantes à PG 68, 637 A 7 - B 2 et PF 77, 257 B 11-15.
On notera en outre dans le florilège géorgien que les titres des passages cités
sont deux fois mal découpés Comme il n’y a aucune indication sur l’extension
éventuelle des rubriques dans le manuscrit de base, on est réduit à se poser des
LE «DE SECTIS» ATTRIBUE À LÉONCE DE BYZANCE
51
questions. Le premier passage touche l’édition géorgienne p. 70, 12-13, où la fin
de la citation d’Athanase est rattachée en caractères gras à l’annonce du titre
suivant de Grégoire le théologien De même p 71, 15-16, la première ligne de la
citation d’Ambroise doit faire partie du titre en grasses’ «D’Ambroise évêque
de Milan et confesseur, de la lettre à l'empereur Gratien, et le même
témoignage est fourni par le bienheureux Cyrille dans son écrit contre
Nestorius». Le témoignage est tiré de PL 16, 576 13 - C 5
Observons qu’à l’inverse, en 1200 C, M Waegeman a vainement cherché
sans la trouver une citation de Grégoire de Nazianze Un seul regard sur la
version d’Arsène Iqaltoeli explique que sa recherche s’est soldée par un échec
L’édition géorgienne permet immédiatement de constater qu’Arsène Iqaltoeli
lisait la citation, non pas avant «wç tpqoiv ô Tpqyôpioç», mais après (g 28 26)
La référence ne me paraît d’ailleurs pas littérale, mais se rapporter à la manière
dont Grégoire de Nazianze traite la question dans le cinquième discours
théologique, particulièrement PG 36, 142 A 3 et 141 C 8 Quant à la citation
repérée par M. Waegeman avant wç tpqcnv ô Tpriyôpioç, dans VHodegos
d’Anastase, elle se base sans doute sur le De Sec lis U n traité perdu de Grégoire
ne serait cependant pas à exclure car la citation va certainement jusqu’à la fin
du premier Traité.
Ces nombreuses déficiences de la version géorgienne ne font qu’accentuer son
indépendance vis-à-vis des deux embranchements de la famille a, dont elle
constitue une troisième forme. Elle contribue donc à inviter l’édition critique à
ne pas donner nécessairement trop de poids à la prépondérance de la famille
FW, d’ailleurs singulièrement plus récente.
Pour ce qui touche au vocabulaire d’Arsène Iqaltoeli, L Datiachvili a
renoncé à créer un glossaire indépendant pour l’édition des dix traités Le
langage philosophique grec lui paraît être suffisamment éclairci par l’édition du
Dialektika de Jean Damascène, qui figure au début du Dogmaticon d’Arsène
Iqaltoeli, et a été édité avec d’excellents index par M Rapava38 En l’absence
du modèle grec des dix Traités, on comprend que L. Datiachvili n’ait pas été
tentée par une restitution du vocabulaire grec sous-jacent Tout au plus a-t-elle
commenté longuement le terme gjôbfôQQ'bcnQcnboco, parce qu’Arsène Iqaltoeli
lui-même en a laissé une description, sinon un copiste ancien, en marge de
feuillet où figure son premier emploi39. Un coup d’œil sur le modèle grec
permet de lire la solution. l’expression n’est autre que èk ôtapÉrpou. Voir dans
quelle mesure Arsène est resté strictement fidèle dépasse la mesure d’un article’
39 M Rapava. loane Danwskeli. Tbilissi 1976, p 181-300
L Datiachvili, Arsene, p 28-29, d'apres le fol 191'
52
M VAN ESBROECK
constatons par exemple que rô ôicupopov est traduit alors que
dans la Dialektika, f| Sicttpopà se traduit par coococnbôbg ou coocooigQfno
Ceci revient à dire que l’on est en droit d'attendre maintenant la publication
d’une édition critique du De Sec tis en géorgien, et nul ne sera mieux placé pour
le faire que L Datiachvili Cela sera l’occasion également de corriger les
coquilles assez nombreuses dans l’édition du texte d’Arsène, et surtout de
l’harmoniser à un vocabulaire philosophique basé sur le grec, qui pourra être
utilement confronté à celui qui a été employé par Arsène dans la traduction de
Jean Damascène
Ainsi, Léonce de Byzance, s’il s’agit bien de lui comme il nous paraît
probable, à travers son interprète posthume Théodore, trouvera son prolonge-
ment, digne de la structure très forte des dix Traités, dans la version d’Arsène
Iqaltoeli
Michel van Esbroeck
Rome
AN OLD GEORGIAN GRAMMATICAL TREATISE
IN A COLLECTION OF HOMILIES ATTRIBUTED
TO JOHN CHRYSOSTOM
The MS. n 6 from the Georgian Iviron Monastery on Mt Athos has never
been the object of concentrated study Briefly described by both A Tsagareli
(n. 85)1 and R. Blake (n 6)2 as a late copy of John Chrysostom’s some works
impossible to identify owing to the damaged State of the MS , it failed to attract
the attention of scholars, Georgian or Western. It seemed hardly probable that
a MS. believed by Blake to hâve been copied in the 17th century, reduced to
half of its original volume and well-nigh illegible in the remaining half, should
contain anything of importance. However, as anyone who has had to do with
manuscripts knows to happen, the MS. has proved to be unique in more
respects than one' it has been found to contain translations otherwise
unknown in the Georgian language. Furthermore, it has enabled us to add a
new and unexpected chapter to the history of Old Georgian original literature.
The study of this MS. was undertaken in connection with a grammatical
treatise formely found only in a single MS. copied in the year 1541 (S-312,
Institute of MSS., Tbilisi). This important specimen of Old Georgian literature,
which has passed unnoticed to the présent day, was written as a grammatical
commentary on a certain passage in one of Chrysostom’s works which the
author of the treatise had found difficult to translate owing to the différence
between the Greek and the Georgian languages. Neither the title nor the exact
contents of the composition he had undertaken to translate were indicated by
the anonymous author. It was then that I turned my attention to the search for
more information on the subject, namely, to an old list of the Athos MSS.,
compiled by a monk, Ilarion, at the beginning of the 19th century3 Ilarion had
little or no knowledge of the science of cataloguing, and his list is not only
incomplète but lacking in technical description of any kind whatever. However,
m one respect at least his list contained information absent in the American
p 94^ UarapejiH, CBeaenust o naMaimiKax rpyattHCKoü nncbMeHHocTn. Bbm I. 1883, CLIo .
R Blake, Catalogue des manuscrits géorgiens de la bibliothèque de la Laure d'Iviron au
Mont Athos, Paris, 1932, p 26
A L(arape,nu, CBeaenua, Bbin I, npmi I
54
M SHAN1DZÉ
scholar’s catalogue Ilarion had copied out some of the headings from a MS
which was likely to be n 6 of Blake’s catalogue, adding after one of them a note
of his own, which proved to be an important due: "And in this same chapter
the sainted interpréter Euthymius says that the article (artroni4) befits the
Greek language well, but the Georgian it does not ” In the spnng of the year
1981, when the microfilms of the Athos manuscripts were transferred to the
Tbilisi University, I availed myself of the opportunity of examining the MS
n. 6 My surmise proved to be correct. the five titles reproduced in Ilanon’s list
were identical with the titles of the homilies 19-23 in the MS n 6. The first of
these, namely, the 19th, contained the grammatical treatise on the articles
inserted in the text of the translation itself. Morever, it became apparent at
once that the MS contained works not only previously unknown in Georgian
translations but of some importance for Chrysostomian studies as well; these
were the reasons which prompted me to undertake a more detailed
investigation.
We may now pass on to a description of the manuscript itself. In its présent
condition the MS. consists of 167 folia, there are also some fragments of leaves
at the beginning. There are no page-markings; the gatherings of eight folia
(rveulï) are marked in capitals in the usual Georgian manner. The manuscript
must hâve contained not less than 296 folia, the last quire bears the number 37
(/z), but the first half of the manuscript has been lost • the first quire-number is
18 (zë) An uncertain number of leaves has also been lost from the end of the
manuscript; the colophon of the scribe is missing. The remaining part of the
manuscript has also suffered damage from corrosive ink, which has eaten
through the paper; the fines are blurred and often illegible ; in many places the
leaves are mutilated, the bnttle paper having broken into pièces which hâve
fallen out; thus portions of the text are irretnevably lost The State of the
remainder is such as to make the reading of almost every line a thorny task
The condition of the leaves is worse at the beginning, which leads us to assume
that corrosion is also responsible for the destruction of the first half of the
manuscript.
The dimensions are approximately 370 mm x 275 mm. The writing is
arranged in double columns. The scnpt is a regular, closely set, slightly
rounded nusxuri, clearly the work of a skilled and experienced scribe. The
punctuation follows the System onginated by Ephrem Mtsire (one, two, three
and six points) Quotations are indicated by marks in the margin. There are
also spécial signs for marginal notes, the stress, and for the interrogative forms
4 The transcription here and elsewhere is the one used in H Vogt's Grammaire de la langue
géorgienne. 1971
AN OLD GEORGIAN GRAMMAIICAL 1 REATISE
55
This again indicates the influence of the literary school of Ephrem A
remarkable feature is the marking of breathing and stress in Greek words and
articles in the Grammatical treatise From the point of view of orthography the
MS. is almost faultless, scnbal errors being few and insignificant. Variations in
orthography are practically non-existent. The language of the texts is Old
Georgian, but it évincés certain peculiarities which are ordinanly met with only
after the lOth century, such as the absence of ë in noun-endings, the use of -din
instead of-dian in the third pers plural of the Ist subjunctive. Apart from this,
no divergence from the established morphologie norms of Old Georgian seems
observable This, and above ail the style of the scnpt, show that the manuscnpt
cannot be dated later than in the 12th century, the latest it might hâve been
written is the beginning of the 13th cent, the palaeographic peculiarities of the
manuscnpt being the same as those of some dated manuscripts of the same
penod.
In its pristine State the manuscript comprised not less than 33 different
works. Due to the regrettable destruction of the first half of the MS only some
of them hâve corne down to us The headings being numbered, it is certain that
16 of the compositions once included in the copy hâve been lost Ail the works
in the remaining part are recorded under the name of John Chrysostom
(loane Okrop’in) • misive c’midisa mamisa cuenisa loane Okrop’irisa
k’onst’ant’inup’olel mtavarep’isk'op'osisa “of the same, our holy father, John
Chrysostom, the archbishop of Constantinople . .’’ I am inclined to believe
that the missing part of the MS. also comprised works attributed to the same
author.
The compositions are defined in the titles as sit’q’iiay “sermon" or umliay
(ôpiZia). In its présent State the manuscript contains the following homilies :
iz (17). misive . sit'q'uay samarit’elisatws da ray itargmanibis .. The
following test — a whole column — is illegible The next column reads
ray uk’ue rasa it’q’ws c’inaysc’armet'q’ueli ara seemsios, area dasures
(Jes. 40,28)? xolo Mat’tt (sic) maxarebeli macxovrisatws it’q’ws’ daimarxna
ray dyenio ormeoeni da yameni ormeoeni, uk’uanaysk’nel seemsia (Mt. 4,2)
xolo loaneca maxarebeli k’ualad it’q’ws. lesu uk’ue masurali (J 4,6) da
romelime it’q’ws, vitarmed’ seemsia, da romelime k’ualad pnad dasura da
vitar c’inaysc’armet’q’ueli it’q’ws, vitarmed. ara seemsios, area dasures? da
vitar sesajlebel ars ertqmaobit sesc’orebad c’inaysc’armet’q’uelebasa tana9
garna area c’inaysc’armet'q’ueli mt’q'uar ikmana — nu iq’opin ! — area
ntocikulta ucxod tkues .. (q 19, f lv) Cf. PG 59,535: Lqpepov f|pïv ô
Xpiorôç . Ti oùv ’Haictç ô 7rpo<pf]rr|Ç Léyci 'O ©eôç ô pèyaç. The
authenticity is dubious, the homily is thought to be the work of Leontius of
Jérusalem or Sevenan of Gabala (CPG, n. 4581 ; IPG, II, 406; Aldama,
56
M SHAN1DZÉ
Repertorium Pseudochrysostomicum, n 457) It should be noted that the
Greek text here does not correspond in length to the Georgian, the former
being more lengthy.
The Georgian text quoted here and elsewhere has not been translated in
cases when the Greek original has been indicated, the reason being that the
Georgian translation follows the Greek original for the most part almost word
for word to such an extent that often the normal Georgian syntax and style are
rudely violated.
sobitgan brmisatws . sit’q’uay surisatws k'etilmsaxurebisa da sobitgan
brmisatws. c’q’aroy natlisay sit’q’uayymrtisay natlita savse da natel
brc’q’invale gananatlebs gonebata, rametu igi tavisagan twsisa da tavsa soris
twssa brc’q’inavs da mimyebelta mista ganabrc’q’invebs, da ara xolo gananat-
lebs morc’muneta gonebasa, aramed saxelsa natlisasa natlisagan mianic’ebs da
rametu saymrtoy c'erili umecrebasa sina zrdilta da urc’munoebasa soris
cocxalta samartlad saxel-sdebs bnelad (Q 19, f. 7V) Cf PG 59,543 flriyq
(p®TÔç ô Toô ©eoô ^ôyoç .
The authenticity is dubious Sevenan of Gabala is believed to be the author
(IPG, II, 325, Aldama, Repertorium, n. 413, CPG n. 4582).
it (19) misive .. (Q 21, f lv). This is the homily containing the text of the
grammatical treatise It will be discussed in more detail below
k’(20) misive .. c’midisa Ak'ak’istws da mc’q’emsisa da cxovrisa da
k’ret’sabmelisatws da salxinebelisa: k’ualad mart’wlta qsenebay, k’ualad
k’etilmosavta dyesasc’auli, k’ualad angelozta mizezi, k’ualad ek’lesiisa k’rebay,
qsenebay moc’ame-kmniltay, xolo p’at’ivi moc’ametay. p’at’iv-icemebian
moc’ameni knst’estws vnebulni, xolo taq’uanis-icemebis knst’e q’oveltatws
vnebuli. rametu mat vidreme vnebata mier tavni twsni simdablit simayled
ayiq’vannes, xolo macxovari simaylit ymrteebisayt simdabled kacebisa movida
ara didebisagan gamosruli, aramed gangebulebisa momvac’rebeli . (q 23,
f lr) Cf. PG 52,827: flâ^rv paprùprov pvqpr|, rrâ^tv r.ÛGT.p&iv êoprai
The author is Sevenan of Gabala (IPG, II, 280, Aldama, Repertonum,
n. 382; CPG n.4189).
k’a(21) misive. umliay c’midisa da ertarsisa samebisatws jwnad c’midisa
da tanaarsisa da ganuq’opelisa samebisa enata aymleselni da borgneulni da
mxolodsobilisa da sulisa c’midisa yirsebisa damqobad qel-mq’opelni im-
xilebian vidreme misve c’midisa sulisagan, met’q’uelisa c’midata mier
c’inaysc’armet’q’uelta da sit’q’wsaganca mkadagebelisa tavisa twsisa
sak’utansa da qorcita damoslvisa cuen zlit( ?) kalc’ulisagan c’midisa-kmnilisa
gamoutkumelad da ukcevelad .. (q 24, f. lr). Cf. PG 48, 1087' Oi Kccrà rfjç
ayiaç Kai ôpoouoiou ..
The authenticity is dubious Severian of Gabala is probably the author (IPG,
II, 101, Aldama, Repertorium, n 295; CPG n. 4507)
AN OLD GEORGIAN GRAMMATICAL TREATISE
57
k’b (22). misive ... umliay sarc’munoebisatws • samk’urnalosa mimsgavsebul
ars ek’lesiat-mO3yuari mravalta da mravalguarta sentsamk’urnalota c’amalta
mkonebelsa da titoeulisa sneultaganisa saqmarebisaebr vnebisa mimcemelsa
c’ainlisasa. vitar-igi movides vietnime samk’urnalosa ek’lesiisasa simsiv-
nisayta sneulni senita amp’art’avanebisayta ayzuavebulni da mimyebelta
emp’last’rosa simdablisasa simsivne amp’art’avanebisay ganik’urnes . (q 25,
f lv). Cf. PG 60,767: ’lcrtprà ëotKev ô Tfjç èKKÀ.r]crir]ç ôiôùaKu/.oc
The homily is attnbutable to Severian of Gabala (IPG, I, 514, Aldama,
Repertorium, n. 190, CPG n. 4206)
k’g (23). misive ... igavisa mistws bevreulta t’alant’ta tana-mdebisa da asisa
drahk’nisa mimqdelisa (Mt. 18,24-34) da vitarmed q’ovlisa codvisa 3wris-
q’senebay U3wres ars: vitarca grçelisa mgzavrobisagan uk’mokceuli tkuenda
momart, esret mq’op var dyes rametu moq’uaretada, razams ver semslebel
iq’vnen tana-kmnad megobarta, araray sargebel ars maxlobelobisagan, romlis-
atws uk’ue da cuenca, sinagan mq’opni, c’arsrultagan ararayt ganq’opil
viq’venit, vinaytgan c’arsrulsa zamsa zraxvad raysme tkuenda momart ver
seuslet. gama sendobay guecit, rametu area udebebisay iq’o, aramed uslure-
bisay dumili... (q. 25, f. 7r). Cf. PG 51,17*.' Qç èk paKpùç àno8r]|i(aç...
There may be doubt as to whether the authenticity is definite (CPG n 4368)
k’d (24). misive .. sit’q’wsa mistws saxarebisa, vitarmed. romlita
qelmc’ipebita amas ikmt (Mt. 21,23). dasabam maexovarebisa k’actaysa ars
sisi ymrtisay da 3ir q’ovelta cuen sons k’etilta sjuli ymrtisay. xolo area sjuli
ymrtisay twnier sisisa, area sisi twnier s^ulisa. rametu syilsa zeda-
ganc’esebatasa msaxurad akus sisi, xolo sissa zed-dac’esebulta msa^ulad akus
S3uli. vinayea ukue sisit s^ulisa ymrtisa(?) mimart(?) mosruli da s^ulisa
momeemelisa ymrtisa, c’midata soris mokalakobs da yirsta sons ayic'erebis ..
(q. 27, f. 2r). Cf. PG 56,411. ’Apyi) ororripiàç avOprortrov ô toô ©eoô tpôPoç ..
The homily is attnbutable to Sevenan of Gabala (IPG, I, 99; Aldama,
Repertorium, n. 43, CPG n. 4193)
k’e (25). misive .. sit’q’wsa mistws Luk'ays saxarebisa, met'q’uelisa-
nasobno ikednetano, vin gicuena tkuen sivlt’olay gulvebadisagan nsxvisa
(Le. 3,7) da meergasisatws : lamp’an k’etilmsaxurebisay da kadagebay ymrtis-
tnecnierebisay ars ganatlebay ymrtiv-sulierta c’erilta moy/urebisay rametu
c enlta mo3yurebay k’etilmsaxurebisa c’q’aro da c’esmant’ebisa dasabam da
c midata k adniereba da morc’muneta molodeba, mk’wdrovnisa tavisupleba
da sulisa maexovareba. rametu ara esret mnatobni cata, raoden sulta cuenta
ïtnrtisa sit’q’uani ganabrc’q’inveben, ara esoden kueq’anasa naq’opta mraval-
perobay, raoden sulta cuenta c’enlta gwrgwnosan-hq’ops mo3yurebay, ara
esret c q aroni da mdinareni twsta dastxeven c’q’alta, raoden c’midisa sulisa
m°3yurebani t’k’bilta da ganc’medilta daadenen mdinareta . (q. 29, f. 1v). Cf
58
M SHANIDZÉ
PG 64,1365. In illud, Genimina viperarum (Mt. 23,33, Le. 3,7) Inc.' Aaiinàç
eûaePeiaç Kf]puypa Or.oyvcoa'Kzq .
The homily is attributable to Sevenan of Gabala (CPG, n. 4947) To the best
of my knowledge, there is no existing édition of the text
k’v (26) misive . sesxmay c’midata moc’ametay: moc’ameta vidreme
k’rebay semt’k’icnebis cuenda, xolo Krist’es survilman da madlman sek’ribna
vinayea siq’uarol(7) iq’o uplisa cuenisa lesu Krist’es 31itita(?), moc’ameta
p’at’ivisa mimart visc’rapot Vidremeya(?) moc’ameta p’at’ivis-mcemelsa
Knst’e uq’uars, xolo uk’uetu tkueni semc’q’narebeli me semic’q’narebs
(Le. 2,10), moc’ameta sadme p’at’ivis-mcemeli mat mier c’amebulsa p’at’iv-
scems. moc’ameni iqsenebian da Krist’e’ididebis, rametu p’at’ivi K’rist’esi
qsenebay moc’ametay da rametu ver sesa31ebel ars moc’ameta [...] elisa twnier
sesxm [....] c’arslvad qsenebisa, rametu saqsenebeli martlisay sesxmit. xolo
sesxmul ikmnebian moc’ameni ara raytamat kebay miiyon, aramed rayta cuen
kebata mier . . (q 30, f 8V). Cf. PG 64,1367- Encomium in sanctos martyres.
Inc : Mctpwprov pèv f|pàç navriyupiç cmveKpôrqoev..
As far as I know the text is unedited (CPG n 4950)
k’z (27). misive ... sit’q’uay mswdobisatws- angelozni zecata xoroysa
semamt’k’icebelni axarebdes mc’q’emsta met’q’uelni. gaxarebt dyes tkuen
sixarulsa didsa, romeli iq’os q’ovlisa erisa (Le. 2,10). ac’ uk’ue mat c’midata
angeloztagan da cuenca mvasxebelni qmisani gaxarebt tkuen dyes vitarmed.
dyes ek’lesiisani dac’q’narebasa sina da mc’valebelnitani yelvasa, dyes navi
ek’k’lisiisay dac’q’narebasa sina da uyelvosa navtsaq’udelsa mswdobisasa
sevida da mc’valebelta borgay twsta sam-mokcevta sinais iyelvebis. dyes
mc’q’emsni uzrunvelobasa sina da samc’q’soy uctomelobasa sina, mt’erni
uyonoebasa, mgelni umokmedobasa dyes venaqi maexovnsay iepobasa sina
da mokmedni siborot’isani moc’q’inebasa sina ... (q. 31, f. 7V). Cf. A
Papadopoulos-Kerameus, Avct^sKra Tepooo^upirtKfïç cs-ra/uo^oylaç I,
Petrop., 1891,15. Oi âyyekoi rôv oùpâviov /opôv owrr]crâ|ievoi...
See also PG 52,425: Sermo ipsius Sevenani De Pace. The homily is
attributable to Sevenan of Gabala (CPG n. 4214).
k’ê (28). misive ... samocikuloysatws sit’q’wisa, vitarmed: tavs-gedva tumea
cemisa mciredi rayme ugunurebisay (2 Cor 11,1). q’ovelta vidreme vhq’uarob
c’midata, xolo uproysya net’arsa P’avles, c’urc’elsa gamorcevisasa, saq’wrsa
zecisasa, si3is-mq’vanebelsa Knst’essa, xolo ese vtku da t’rpialebay sons
semoviye, rayta tkuen ziar-gq’vne saq’uarelisa( ?) da rametu garesita vidreme
t rpialebita t’rpialta sesabamad vinayme hrcxu [enis] aysaarebad [twstaca]
tavta sircxwleul mq’opelta da sxuataca mavnebelta. xolo amisni t’rpial-
kmnulni nuodes dadumnebian da rametu tavtaca twsta da msmeneltaca
sargebel eq’vnen ketilisa aysaarebisa mier. igi vidreme t’rpialebay codva ars,
AN OLD GEORGIAN GRAMMATICAL TREATISE
59
xolo ese — sesxma, igi vidreme vneba sulisa seginebul, xolo ese — sic'mide
suüsa da sixarul da samk’aul suenier (q 32, f. 4V) Cf PG 51, 301. "Aîtavraç
pèv <piX.œ toùç âyiouç
The authenticity is a matter of dispute (IPG, I, 73, II, 285. Aldama,
Repertorium, n. 392, CPG n 4384)
k’t (29). misive . sit’q'wsa mistws, vitarmed k’ma ars senda madli cemi,
rametu 3ali cemi u31urebasa sina srul ikmnebis (2 Cor 12,9) odes q’ovlad
sec’q’obilsa amas soplisa dasabamsa ayamzadebda ymerti, sak’wrvelta
sak’wirvelta zeda amokmedebda semokmedebisa mier, ara s^ulsa bunebisasa
mmonebeli, aramed qelmc’ipebita 3alisayta q’ovlisa aymgebeli, vitar rasa
vit’q’w? dasabamsa kmna ymertman cay da kueq’anay (Gn 1,1) ixile c'esi da
semdgomobay. p’irvelad sartuli da merme iat’ak’i' rametu vitar-igi vtku, ara
sjulsa bunebisasa hmonebda, area c’essa qelovnebisasa, aramed qelmc’ipebasa
jalisasa; daadgina sartuli, da iat’ak’i ara c’ina iq’o, rametu 3ali mokmedisay
q’ovelsave ip’q’robda ... (q. 33, f. 4V). Cf PG 59,507: "Ote tov 7tctvctp|iôvrov
TOUTOVl KÔopov ...
The authenticity of the homily is dubious It is believed by some to hâve been
written by Sevenan of Gabala (IPG, II, 188, Aldama, Repertonum, n 346,
CPG, n. 4576).
1 (30). misive ... sit’q’uay U3yebisatws [3isa] da xisa cnobadisa k’etilisa da
borot’isa da avazak’isatws : p’irvelad cuenda, 3mano, didman da ymrtiv-
suenierman maexovrisa gamocinebaman, mdidrisa damgebelman t’ablisaman
da zest gardacemulisa t’ak’uk’isa saymrtoysa pilosoposobisasa ganmzavebel-
man q’oveli en, xolo uproysya q’oveli, vitar satkumel ars, mk’wdroani daatro
Daitrvneno, rametu it’q’ws c’inaysc’armet’q’ueli. sip’oxisagan saxlisa senisa da
yuarisa sasuebelisa senisasa asuam mat (Ps 35,9) xolo razams saymrtoy c’erili
it’q’odis simtrvalesa, ara ywnosa it’q’ws damatrobelsa, aramed sit’q'uasa
ganmabrçnobelsa. xolo seudga maexovrisa moslvasa sinanulisa naq’opi,
rametu sesa[dgi]nebel iq’o namdwlve gamobrc’q’invebasa ... (q 34, f. 7r) Cf
PG 59,627. flptbriv fjpîv f) peyaki] . .
The homily is attnbutable to Severian of Gabala (IPG, II, 384, Aldama,
Repertonum, n. 446, CPG n. 4200).
la (31). misive ... Luk’ays tavisa saxarebasa sina c’erilisa drakmisatws da
sit q’wisa mistws, vitarmed. k’acsa visme esxnes or 3e (Le. 15,8)' k’ualad
c tayni Krist’esni daucxromelta c’q’alta siq’uarulisata aymoaceneben, k’ualad
[----]isa lamp’arsemosili sibrçne, aymntebeli santlisa Krist’esi, sasantlesa zeda
ntaxeovarebisasa dadgmuli, q’ovelsa mk’wdroansa gananatlebs k’etilmsa-
Xurebisa mimart amis santlisa mqumevelman ymrtisa sibr3neman da ertisa
drakmisa d’arc’q’medulisa me3iebelman da mp’ovnelman cxrani drakmani
angeloztani seauylna. xolo vin arsa dedak’aci mkonebeli atta drakmatay?
60
M SHAN1DZF
sac’iro ars tkumad, saq’uarelno' igi ars ymrtisa sibrsne, mkonebeli atta
drakmatay, romeltay ayricxuen angelozta, mtavarangelozta, mtavrobata,
qelmc’ipebata, salta, saq'darta, uplebata, kerovimta da serapimtay da Adam
p’irvel-dabadebelisay (q 35, f 8r) Cf. PG 61, 781 Hù^iv oi kôXttoi
Xpiarob dTtctuo-rov
The homily is held to be Pseudo-Chrysostomian (IPG, II, 280, Aldama,
Repertorium, n 386, CPG, n. 4661)
Ib (32) misive ... ganryueulisatws sartulit stat'evebulisa, vitarmed ara igi ars
loanes tavsa sina c’erili da 3isa mamisa tana sc’orebisatws mimtxueulta
ganryueulisata p’irvelad sabanelisa soris cxedarsa zeda mdebarisasa mravali
da didi saurrje vp’oet ara aymomtxrelta kueq’anisata, aramed ganmxilvelta
gonebisata, vp’oet saun^e ara vecxlisa mkonebeli da okroysa da kvata
p’at’iosantay, aramed motminebisa da pilosoposobisa da momc’irneobisay da
mravlisa ymrtisa mimart sasoebisay rametu namdwlve okroysa da q’ovlisa
k’etilp’ovnierebisa up’at’iosnes ars da rametu grjnobadi simdidre avazak’taca,
zeda-moslvisa c’ina 3es ... (q 36, f. 3V) Cf PG 51,47" riEpiw/ôv-rEÇ Ttprorjv rrâ
napaXüTiKÙ) ..
(CPG, n. 4370; IPG, II, 321)
1g (33) misive ... vitarmed 3er ars ergasistaca da samaradisod marxvisa
qsenebay; da vitarmed ara xolo marxvata mq’opobay, aramed da qsnilobayca
mati sargebel ars da ymrtisa c’ina-gangebisatws, da vitarmed sxuatave tana ara
mcire natel(?) ars bunebiti igi msobeltay sobiltamien siq’uaruli, da vitarmed
ara mamatada mxolod, aramed da dedatadaca ganc’esebul ars ganc’urtad
svilta, da dasasrulsa sit’q’wsasa annaystws vinaytgan uk’ue ucxosa visme,
moc’evnulsa cuenda momart, dyeta raodentame semc’q’narebelni siq’uarulis
mzrunvelobit, sit’q’uataca da t’ablata viziarebt mas da esret c’arvavlent, xolo
semdgomad c’arslvisa misisa dyesa dagebasa t’ablisasa meq’seulad moviq-
senebt missa da sit’q’uata ertbamad q’opisata da mravlita ... (q. 37, f. 8r)
Cf PG 54,631 . ’ETTEtôàv ^évov riva Kara/Gévra . .
The homily is considered to be authentically Chrysostomian (IPG I, 334,
CPG 4411 (1))
This collection seems remarkable in many respects In the first place, none of
the homilies mentioned above were previously known in Georgian translations.
To judge from Kekelidze’s famous Catalogue5, there are even no parallel texts
in earlier translations The same is to be said of n. 19. Again, as already pointed
K K ek elize, Et’iudebi, V, 1945 Ucxo avl'orebi ^vel karlul mc'erlobasi. Et'judebi 5\eli
kartuli lil'erat’urat’uris ist’orijdan, V, 1957
AN OLD GEORGIAN GRAMMATICAL TREATISE
61
out, the Georgian version contains matenal the importance of which may be
appreciated more fully when considering the problems presented by the Greek
texts themselves. détermination of authorship is not definite in several cases,
further, some of the homilies are of a rare occurrence in the Greek manu-
scnpts6 * ; another stumbling block for the textual investigation is the absence of
translations, these which are known to be translated are nns 17 and 29 of our
collection (Slavic), n 18 (Latin), 22 (Armenian and Ethiopie), 27 (Latin
abndged) No definite conclusions can of course be reached until a detailed
study of the whole text of the collection has been undertaken, but enough has
been revealed to allow us to stress the importance of the Georgian translations
in future research.
The homily containing the text of the grammatical treatise is the one bearing
the number it (19). The title is in the same style as those of the other homilies-
misive c’midisa mamisa cuenisa loane Okrop’irisa konst'ant’mup’olel
mtavarep’isk’op’osisa sit’q’wsa mistws, vitarmed: Krist’e aymosavali aymo-
savaltay da vitarmed ayvida da stavida da sulisatws c’midisa, vitarmed
q’ovlisa mp’q’robel ars “Of the same, our holy father John Chrysostom, the
archbishop of Constantinople, concerning the words “Christ is the Orient of
Orients,” and concerning this- “he ascended,” and. “he descended,” and
concerning [the words said] of the Holy Ghost, which are "It is Almighty.”
The last word, q’ovlisa mp’q’robeli, is a literal rendenng of the Greek
nav-tOKpœtcop.
No such title is known to me in its entirety, though there are some points of
resemblance to certain works that are also Pseudochrysostomian The homily
commences with the following words gusin cuen, ô Krist’es moq’uareno,
c’inaysc’armet’q’uelta da maxarebelta semosrulta qmata mxolod-sobilisa
ymrtismet’q’uelebay gangwbrc’q’inves knst’es-moq’uaresa ersa. da eqsenebis
ese t’k’iviltmoq’uareta da mosc’rapeta msmeneltaganta, tu vitar cuen
ymrtismet’q’uelebisa 3ht ganguemart’a sit’q’uay mravlad vidreme yirsebisagan
dak’lebuli. The first four words correspond to the incipits of some Greek texts
beginning with the words X0èç f|pîv ro tpiLô/pierrot (PG 52,813 De sancto
spiritu. Cf. also PG 63,543: In illud, In pnncipio erat verbum . . etc.), but the
actual textual resemblance seems to go no further. An approximate English
rendering of the text quoted above is the following: “Yesterday, O lovers of
Chnst, the voices of the Prophets and the Apostles which reached)9) us,
6 M Aubineau, Textes de Jean Chrysostome et Severien de Gabala Athos Pantocrator I
Jahrbuch der ôsterreichischen Byzantinistik 25 B, Wien 1976, S 25
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illuminated the theology of the Only-begotten to us, the people who love
Christ And it is known to those who are painstaking and diligent amongst the
listeners, how a discourse greatly lacking ment(?) has been explained to us by
the force of theology " The text of the homily falls into two distinct parts In
the fïrst the discussion seems rather rambling, touching upon several points,
the second, on the other hand, being a fierce harangue against the heretics, is
well and forcefully written. It is in the second part that we find the passage
which the translator found necessary to explain in more detail: egretve da
maxarebelica • dasabamsa iq’o sit’q’uay da sit’q’uay iq’o ymrtisa tana da
ymerti iq’o sit’q’uay (J 1,1) garna ixile, tu ray p’oa mc’valebelta
siborot’eman, rametu it’q’wan, vitarmed • teos vidreme c’enl ars, romel ars
ymerti uartronod, xolo o teos ara c’eril arso, romel ars ymerti artroniani . .
razams mamisatws c'erili it’q’odiso — it’q’wan — artronsa daudebs .. xolo
3esa twnier artronianisa sit’q’wsa c’erili, rayta gasc’aos ganq’opilebay, rametu
artronisa vidreme mkonebelsa uplebayca umet’esi akuso, xolo ar-mkonebelsa
artronisasa udaresi akus yirsebay k’anonni ese sadayt migiquman, ô amaoo
mc’valebelo da ara- ymrtismet’q’uelo? P’avlesgana gina sxwsa visganme? da
hp’ovea gancxadebuli mo3yurebay, vitarmed artronisa konebay udidesad
acuenebs ymertsa9 rametu me vidreme amas ara vhp’oeb, xolo vp’oeb
nacvalsak’uetebelsa sactunsa misisa maxwlsa. rametu ara uyono var cuenebad
— vinaytgan artronisagan hpilosoposob da ara c’esmant’ebisa — ara uyono
var cuenebad 3isaca artronianad kadagebulisa “And thus says also the
Apostlc In the beginning was the Word, and the Word was with God, and
God was the Word (J. 1,1) But behold [the way] the evilness of the heretics has
found, for they say thus • [there] we find teos — that is, God — wntten without
the article, but we do not find [it] wntten [thus] o teos, — that is, the God —
with the article .. When the Holy Wnt speaks of the Father — so they say — it
puts the article [before his name], but [the name of] the Son is written without
the article to teach you the différence, for he that has the article has more right
— such are their words — but the rank of one who has no article [used with his
name] is less. Where hast thou taken those rules from, O vain heretic, thou who
art no theologian9 Has Paul or any other person given them to you? and has
thou found a manifest doctnne [proving] that God, having the article [used
before his name] has a higher rank? For I hâve not found it, but I hâve indeed
found a weapon against this deceitfulness! For I am not unable to show —
since your philosophy is founded on the article and not on the truth — I am not
unable to show that Son announced with the article.”
It was to make the meaning of this passage plain for the Georgian reader
that the grammatical treatise was written. In the Athos manuscript it has no
AN OLD GEORGIAN GRAMMATICAL TREATISE
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title7, being inserted in the text of the homily, but it is written in a column that
is always the one on the outer side of the page A small sign, a circle, commonly
used to dénoté marginal notes, is found before the first word of this
composition, the same sign being placed after the Greek word leos, trans-
literated in the usual Georgian manner It is thus apparent that the com-
position was conceived by the author as a marginal note, what he achieved in
the end is an independent grammatical work which is of the highest importance
for the history of the origin and development of grammatical studies in
Georgia.
The author commences his work by stating the reasons which led him to
undertake thetask of writing Sit q ’uay artrontatws seisc'ave, vinaitgan artronta
3ht umecrad da bnelad sagonebel ars enasa cuensa zeda leksi targmanebuli,
romelsa c’midata soris loana Okrop'in mc'valebeltagan moyebulad cuen
martlmadidebelta momartad ifq'ws lekssa mas loane maxarebelisa tkumulsa
jisatws, da bei^ulsa sina vidreme natlad 3es leksi igi, xolo gardamoitargmnos
ray, dabneldebis uartronobisatws enisa cuenisa da cxadsa da natelsa sit’q'uasa
ucnaur vinayme hq’ops, rametu seu31ebel ars targmnay misi enasa zeda
kartulsa, xolo rayta gamovacinot, tu ray ars artroni da vitar ver egebis enasa
zeda kartulsa targmnay misi da vitar iqumeven amas artronsa bei^enni, ara
davparot 3alisaebr da gulisqmisq’opisa cuenisa “Know that the word said by
the Apostle John is commented upon by John Chrysostom, who is with the
saints. He says that this word is the one used as a weapon by the heretics
against us, the holders of the orthodox faith It is unfathomable and difficult to
understand in our language because of the articles. In the Greek language this
word is clear indeed, but when translated it becomes obscure, for the reason
that the article is lacking in our language Thus the discourse which is clear and
explicit becomes incompréhensible, since it is impossible to translate the article
into the Georgian language Therefore, we shall conceal nothing to show you
what an article is, also to show the impossibility of translating it into the
Georgian language, and the way this article is used by the Greeks, as well as
our power and understanding permit."
Apart from this introduction the rest of the grammatical treatise, which fïlls
11 columns of the manuscript, is concerned with purely grammatical matters It
is stated at the beginning that ail Greek nouns — saxelni q'ovelta sulierta da
usulotani, xilulta da uxilavtani “the names of those that are animate and
manimate, visible and invisible” — hâve three natesavi "genders” mamali
masculine,” dedali “féminine” and sua "neuter ” The wnter goes on to say
The title sit q ua\ artrontahs s “A discourse on articles” is given to it in the MS S-312
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M SHANIDZÉ
that each gender has declension characteristic only of it ara titoeulsa saxelsa
samnive da samtaganve saxelis-debata ec’odebian, aramed q'ovelta saxelta
sons gina tu mamali ec’odebis saxeli, gina tu dedali, gina tu suay da twsisa
saxelisa akus gank’utnvilebay, da ara gardaerc’q’umis erti meorisasa saxelta
cvalebulebay, aramed titoeuhsa natesavisasa scavs titoeuh drek’asa saxeltasa
“It is not so that each name (i.e. noun) could be defined as having ail three
genders or any of the three, every noun is either masculine, or féminine, or
neuter and belongs to nouns of its own gender And the change of the form of
the names of different genders goes not coincide, but that of each gender
maintains its own form in the declension (drek'a) of nouns ” The author then
passes on to the articles (artroni) used with the nouns of each gender As
mentioned above, the Greek words and articles are transliterated, the trans-
literated forms are of spécial interest in that they show the Greek pronunci-
ation of the time, thus, s, ai are e, i, q - i, o, o> - o, ou - u, ot - w, y - y
(yrammat’ik’osta), / - x (inioxi), P - v, but in well-known loanwords and
Personal names the old traditional forms are retained
The numbers in the Greek language are three eriobiti “singular,” orobiti
“dual” and ganmravlebiti “plural ” Five cases are named. advilobili “nominat-
ive,” sobilobiti or natesavobiti, the latter being used more frequently “genitive,”
micemiti “dative,” mizezobiti “accusative” and c'odebiti “vocative ”
The articles are c’ina-dasadebelni saxeltani "those which are put before the
nouns.” The articles of the masculine gender are the following - o t u, t’o, t on,
o; t’o, t’wn, o; w, t’on, tws, t'us, o Féminine • i, t'is, t’i, t’in, o, t’a, t'en, o; e,
t’on, t'es, t’as, o. Neuter : t’o, t’u, t’o, t’o, o; t’o, t’wn, o; t’a, t’on, t’ws, t’a, o It
can be seen that the translitération, though consistent, is hardly perfect, several
of the Greek forms being indistinguishable: t’o = rù), rô, t on = rôv, tôv, o =
ô, m. We may assume that the signs for breathing and stress mentioned above
must hâve compensated for this deficiency in some measure in the author's
autograph; but in a copy made by a scnbe probably ignorant of the Greek
language their use is faulty and inconsistent
The use of the articles is illustrated, the examples shown being the words teos
(9eôç) for the masculine, t’rias (rptâç) for the féminine and p’nevma (nvEupa)
for the neuter. The declension of these nouns is given both with and without the
articles.
In dealing with the Greek nouns and articles, the writer draws the attention
of the prospective readers to the divergence between the Greek and Georgian
languages in several aspects xolo orobittatws vitarya cxad-vq’ot, rametu area
igini arian enasa zeda kartulsa9 “and how shall we explain the dual, since it
does not exist in the Georgian language?” In the description following this
AN OLD GEORGIAN GRAMMATICAL TREATISE
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rhetorical question the forms of the dual are defined as formally opposed to
those of the plural, rametu tkumita, vitarmed to teo orni p'irni sacnaur
ekmnnes msmenelsa, xolo t’wn tewn ese igi ars vitarmed •/merttani, garna
ortasa sacnaur-hq’ops da ara mravaltasa "for when one says t'o teo, the hearer
understands that that two are spoken of, and t'wn tewn, that is, "of the gods,"
shows only two but not many.” The reason for there being fewer cases in the
dual is the following: orobitnica xutni anan da ganmravlebitnica, garna
orobittasa orta ortronta gardaarc’q’umen sxuata orta zeda amistws, xuttagan
orni ray orta zeda gardaarc’q’une, samad seikmnebian “the [forms] of the dual
are five, as those of the plural, but two of the five of the articles dual merge
with the other two; thus, when you merge two of the five with [the other] two,
they become three.” Here again a formai linguistic cnterion is employed
When translating the Greek exemples, the author uses the Georgian
nominative for the same case in Greek - o teos-ymerti. For the Greek genitive
the “double case” — e.g. the genitiver, having other case-endings is employed •
t’u teu-ymrtisay “that of God.” The Greek dative and accusative are both
translated in the same way: t’o teo, ton teon-ymertsa, the last fôrm being the
dative case in Georgian. It is here that the anonymous author’s linguistic
intuition cornes to light. He writes be^ulad ganq’opilebay akus micemitsa da
mizezobitsa, vitarca zemo twt igi leksni gwcenian, garna kartulad ert leksad
itkumis, dayacatu 3ali on akus “in Greek the dative and the accusative are
dissimilar, as we hâve shown above [with different] words. But in Georgian
both are expressed by one word, though it has two meanings.” The reason for
the dative being called micemiti is the following: micemiti amistws ec’odebis
lekssamas: razams et’q’odi visme, vitarmed: vis miscem amas rasme? da man
grkuas, vitarmed : ymertsa ... anu tu k’acsa "this word is called dative, because
when thou askest anybody: “whom dost thou give this to9,” he will answer.
“to God ... or to a man ” The accusative is explained in the same way xolo
mizezobiti [ec’odebis] amistws, vinaytgan ik’itxvide ray visganme, vitarmed •
vis ejieb? da man grkuas, vitarmed : ymertta gina tu k’acta “and the accusative
is called thus because when thou askest anybody “whom dost thou seek?” He
will answer: “Gods” or “Men”. This is in accordance with the grammatical
theory of the Greeks, but it is but ill-fitting for the Georgian language, as we
hâve seen the author to hâve felt. It is of course natural that he adapts the
Greek case-system as adéquate to the Georgian, we should not expect a scholar
ln the eleventh century, however learned, to know that there is no accusative
case in the Georgian language, either old or new. One should also bear in mind
that the influence of other grammatical Systems is felt even five centuries later,
m the grammatical works of Zurab Sansovani and Catholicos Anthony ' It is
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M SHAN1DZF
our anonymous author who has the crédit of being the first to hâve noticed one
of the basic différences between the Greek and the Georgian declension even if
his reasomng does seem primitive to us
Proving the absence of the article in the Georgian language was, as said
above, the task the author had set himself Therefore, having examined the
forms of the articles in the Greek language, the author again considers this
question da amat atcamet'ta artrontagan erti oden sesaslebel ars emsa
cuenisagan tkumad, romel ars c’odebitisa tavit k’erjo oy, da sxuam artronm
kue dagwt’evianp) da ara tu esret vinme, vitarca bersulad anan, dausxnes,
sxuebr seuslebel ars targmnay "and of those thirteen articles only one is used in
our language, which is oy, the one put before the vocative And the other
articles we hâve left out(9), they must be used in their Greek form, it is
impossible to translate them in any other form " This statement is followed by
a complété paradigm of the three Georgian words having the same meaning as
the Greek ones chosen to illustrate the Greek declension, with Greek articles
ymerti "God,” samebav "Trinity.” su// "Ghost" o ymerti. t'n ymrli.sav .. n
ymertni .i samebav t'a samebani e samebani t'o suli t’ws sulta, t'a
sulta, ô sulno The writer seems to hâve been aware of the slightly comic effect
the combination produces, for he remarks drily. garna area egebis esret
tkumay kartulad da area suenis enasa cuensa artroni berjuli. da kartulni
artronni ara anan "but one must not say thus in Georgian, neither does the
Greek article suit (literally adorn) our language. and articles do not exist in
Georgian” The one exception allowed by him, namely, for the vocative, seems
to contradict his assertion, what he believes to be an article, however, is in
reality an interjection — as it is in Greek
After a final reference to the theme of the controversy between John
Chrysostom and the heretics, the wnter concludes the composition with a
statement concerning the relative pronouns which are called artronni damorci-
lebitni “subjective articles” Here the author does not go into details, he
contents himself with indicaling ten forms for each gender. os, u, o — . n v, a,
the cases are four nominative, genitive, dative, accusative The System of
translitération here is the same as elsewhere, damorcilebiti is a literal rendering
of the Greek Û7to§ctKTU<ôc; The writer explains that he has refrained from a
detailed discussion of those “articles” since ac’indelsa sif q’uasa amatisa salisa
ganmart’ebay ararad eqmareboda "it was not necessary for the présent
discourse to explain their meaning”. What is important here is that the relative
pronouns are classified as artronni, that is. as the articles Here we find another
significant proof of the author’s knowledge of the Greek grammatical theory
The grammatical terms found in the treatise are also direct translations from
AN OLD GEORGIAN GRAMMATIC AL TREATISE
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the Greek language. Even advilobiti, literally meaning "easy", is of Greek
origin' other examples are to be found of the respective Greek term having
been thus understood8
The last question to be dealt with here is obvious Who is the author of the
grammatical treatise — sit’q’uay artrontatw y9 Unfortunately, the answer must
of necessity be founded on indirect evidence Ail we know for certain is that
this composition was written by a learned scholar who translated the ni-
neteenth homily in this collection One can also infer with reasonable certainty
that he was the man who undertook the translation of the whole collection the
similarity of the language and style everywhere is apparent The monk Ilarion
says in his list than Euthymius the Hagiorite is the interpréter, however, what
even our limited knowledge of the individual style of the famous Athonite
scholar permits us to be certain of is that Euthymius cannot hâve been
responsible for the translations found in the Athos MS n 6. The long, winding
sentences and constructions modelled on the Greek syntax are as far from
Euthymius’ clear, concise style as could be, Ilarion’s opinion merely reflects the
fact that Euthymius was believed to hâve translated nearly everything known
in old Georgian literature! The translations found in the Athos MS n. 6 were
made by a représentative of the literary school founded by Ephrem Mtsire, but
we must gain more knowledge of his style as well as of that of his eminent
pupil, Arseni Iq’altoeli, before we turn to a doser considération of the
questions of their possible authorship. The wide scope of knowledge Ephrem
displays, the bnlliancy of his original works, his well-known interest in matters
linguistic and philological, his famous scholia — ail lead one to believe in his
possible authorship. But it should also be added that Arseni followed his
illustrions master in many of the latter’s literary pursuits; Catholicos Anthony
mentions both Ephrem and Arseni as “worthy grammarians” In some respects
the linguistic characteristics in Arseni’s translations bear a close resemblance to
those found in the texts in the Athos MS. n. 6. To quote a single example. the
frequent occurrence of the word vidreme in the sense of an emphatic particle
seems to point to Arseni rather than to Ephrem Another thing we can be
certain of is that the equally famous loane P’et’nc’i, a scholar whose works also
display the writer’s considérable interest in grammatical theory, cannot hâve
possibly been the interpréter of the collection and, consequently, the author of
the grammatical treatise : the artifîcial morphologie formations common in his
H Ajiohu, «Hhohhchh C^PcIkhhckhh h apMancKne T07iK0BaTe.ni. Flerporpaa. 1915. p
CLXVIII
68
M SHANIDZÉ
works are absent here. However, as the matters stand, judgement should be
reserved until more relevant data are found
In order to appreciate more fully the importance of the grammatical treatise
for the history of the grammatical theory in Georgia one should bear in mind
that the earliest hitherto known works that are concerned solely with grammar
are those of Zurab Sansovani (1737) and Cathohcos Anthony (first version
1753, second 1767). On the other hand, interest in linguistic questions is clearly
indicated in old Georgian literature some fragments from the TÉ/vq ypap-
lictTiKii of Dionysius Thrax are to be found in the celebrated Shatberdi Codex
(lOth cent.) as well as more fragments from Epiphanius' treatise “On Weights
and Measures” concerning the Hebrew alphabet, in a compilation supposedly
composed by a Georgian scholar ; an alphabetical list of words which is defined
by Ephrem Mtsire as a liksik'oni “lexicon” is included in his Commentary on
the Psalms (MS. Q-37, a. 1091) Several of the terms and définitions in the
Dictionary of Sulkhan-Saba Orbeliani (1658-1725) indicate his knowledge of
grammatical theory. However, sit’q’uay artrontatws “A discourse on articles”
is the first concrète evidence of the fact that grammatical research started in
Georgia as part of scholarly studies as early as in the 11 th-12th centuries. The
fact that the beginning of grammatical studies in Georgia lay in the work of
Christian theologians does not in any way diminish the importance of a
composition such as sit’q’uay artrontatws Apart from its background, the
work of the anonymous Georgian author is purely grammatical. The wnter
displays not only a knowledge of the Greek language and the Greek gram-
matical theory, but also an ability to reflect on the structure of his native
language and to apply his knowledge to an analysis of the facts of his mother
tongue. We can now be certain that the grammatical works wntten in the 18th
century were based on a continuity of tradition going back to its source in the
works of the eminent wnters of the eleventh and twelfth centuries. That was the
time when the foundations of Georgian grammatical literature were laid
M Shanidzf
DE LA COMPOSITION DES «INSTRUCTIONS GÉORGIENNES»
DE BASILE DE CÉSARÉE
Il est difficile d’apprécier à sa juste valeur la contribution au développement
de la culture géorgienne qui fut celle d’Euthyme l’Athonite, le fondateur de
l’école littéraire du Mont Athos Le mérite du supérieur du monastère géorgien
du Mont Athos, écrivain de grand talent et habile organisateur, réside en
premier lieu dans son activité de traducteur Euthyme l’Athonite, qui fut le
fondateur de ce foyer de culture sur la péninsule lointaine de Chalcidique,
occupa une place de choix parmi ses confrères également grâce au niveau élevé
de ses traductions. Son biographe Georges l’Hagionte signale tout spéciale-
ment que grâce à ses traductions Euthyme «étonna tout le monde parce
qu’hormis les siennes, de telles traductions n’apparurent plus dans notre langue
et je pense qu’il n’en paraîtra plus jamais de semblables» Selon Georges,
Euthyme envoyait ses traductions directement au roi David Curopalate, «qui
élevait dans la joie des louanges à Dieu qui nous envoya en ces temps un
nouveau Chrysostome»2.
Nous pouvons nous faire une idée, sans doute incomplète, mais certaine, des
œuvres traduites par Euthyme l’Athonite, à partir du colophon de son père,
loanné, repris presque sans modification par Georges l’Hagionte dans son
œuvre «Les Vies d’Ioanné et d’Euthyme». Le nombre des traductions qui y
sont mentionnées dépasse la cinquantaine La première œuvre adaptée en
géorgien par Euthyme fut «Le Commentaire de l’Evangile selon saint Jean»,
puis les «Instructions» de notre saint père Basile, du même, «Le Commentaire
des Psaumes»3 etc.
Le colophon nous apprend qu’encore tout jeune, du vivant de son père
loanné, au commencement de son activité de traducteur (975-977), Euthyme
traduisit «La doctrine» du grand cappadocien Basile, puis ses «Commentaires
des psaumes» Le fait que le plus ancien recueil du Mont Athos contenant «La
doctrine» de Basile soit recopié en 977 l’atteste de son côté Comme il apparaît
dans le colophon ci-dessus mentionné d’Ioanné l’Athonite, Euthyme répartit
C horebay lovanesi da Ep'twmesi. Jveli k'arluli agiograp iuli literaturis jeglebi. II, 1967,
P 61
2 Id
3 Id , p 62
70
T KOURTSIK1DZÉ FT N KADJA1A
ces sermons ou les homélies constituant «l’Ethique» sous les titres suivants-
«Instructions de notre saint père Basile» et «Commentaire des psaumes» Le
texte des «Instructions» se trouve dans des recueils aussi anciens que Ath 32
(977)4, H 2251 (Xe s )5 et Jer 14 (1055)6. Quant aux textes du «Commentaire
des psaumes», ils sont contenus dans Ath 337 et A 135 (XIe s )8. Plus tard, sans
doute par analogie avec les manuscrits grecs, ces sermons seront à nouveau
réunis et les recueils géorgiens porteront le titre d’«Ethique»9 Le recueil le plus
ancien A 92710 contenant «l’Ethique» date du XIIe siècle
Tous les autres manuscrits sont d’ongine plus tardive: A 394 (XVIIIe s.)11, A
100 (1713) *2 *, S 376 (1798)11. A 181 (1816)14, H 2350 (XVIIIe s.)15, S 3661
(XVIIIe s)16.
Comme nous l'avons déjà mentionné, la traduction de la première partie de
«l’Ethique» ou des «Instructions» de Basile de Césarée par Euthyme
l’Athonite nous a été conservée par trois des manuscrits les plus anciens. Ce
sont Ath 32, H 2251 et Jer 14
Le manuscrit Ath 32, fut recopié au Mont Athos où il est conservé jusqu’à
nos jours II fut recopié en caractères calligraphiques nouskhouri par Saba Les
post-scriptum du manuscrit mentionnent le traducteur Euthyme, le copiste
Saba et le père d’Euthyme, loanné, «le possesseur du présent livre», ainsi que
4 R Blake. Catalogue des manuscrits géorgiens de la Bibliothèque de la laure d'Iviron au Mont
Athos. Revue de l’Orient Chrétien, troisième série, t IX (XXIX). 1933-1934, N“~ 1 et 2, pp 150-
155
5 L Mep arisvili, etc Helnacert'a agceriloba. sak'art vélos saistorio da saet nograp io sazoga-
doebis qop'ili muzeumis helnac erebi ( H kolek'c’ia. T'bilisi. 1949 t V. pp 179-181
11 R Blake. Catalogue des manuscrits géorgiens de la Bibliothèque patriarcale grecque à
Jérusalem. Revue de l’Onent Chrétien, troisième série, t III (XXIII), 1922-1923, N"' 3 et 4, pp 380-
385
R Blake. Catalogue des manuscrits de la laure d’Iviron au Mont Athos pp 155-159
8 T Bregaje, etc K'art'ul helnacert'a agceriloba. qop’ili saeklesio muzeumis (A) kolek'c'iisa.
T'bilisi, 1976, t 12, pp 154-158
9 Quant à la composition de «['Ethique» cf N C OPURASVILI (N KAJAIA), «it'ikis»
sedgenilobisat'vis dans Mac ne. enisa da literaturis séria. 2 ( 1973), pp 64-78. ibid 1 (1974). pp- 71-
89
10 M Dzanasvili. Opisame rukopisei Cerkovnogo muzeja, Tiflts. 1908, III, pp 201-202
11 P Zordania, Opisanie rukopisei Cerkovnogo muzeja, I, 1903, pp 387-389
12 T Bregaje, etc Kart'ul helnacert a agceriloba. qop'ili saeklesio muzeumis (A) kolek'c'iisa
T'bilisi. 1973, t I, pp 450-454
11 T Bregaje. etc K art ul helnacert a agceriloba, qop'ili k art'velt'a soris cera-kit’hvis
gamavrc elebeli sazogadoebis (S) kolek'c iis. T'bilisi. 1959, t I. p 434
14 T Bregaje etc . k art'ul helnacert a agceriloba qop'ili saeklesio muzeumis (A) kolek'c'iisa.
T'bilisi. 1976, t 2. pp 291-292
" L Mep ansvili. Helnacert'a agceriloba, Sak'artvelos saistorio da saet nograp io sazogadoe-
bis qop'ili muzeumis helnacerebi (kolek'cia H). T'bilisi. 1949. t V. pp 242-247
16 T Bregaje. etc. Kart'ul helnacert'a agceriloba. qop'ili k art velt'a soris cera-kit'hvis
gamavrc elebeli sazogadoebis (S) kolek'c ia. T'bilisi, 1967. t V. pp 139-145
DF LA COMPOSITION DES «INSTRUCTIONS GEORGIENNES
71
leur frères spirituels et leurs partisans Le post-scriptum atteste que le
manuscrit «fut copié au saint Mont Athos, lieu de séjour de la Sainte Vierge, au
monastère de saint Jean l’annonciateur» en 977 (313 r)
Le manuscrit comprend 313 feuillets et contient 27 homélies dont 21 sont
dues à la plume de Basile
1 leiun I 8 Invidia 15 Princ J oh
2 leiun II 9 Destruam 16 Sp S
3 Attende 10 Divites 17 XL mart
4 Grat, act 11 Fam et sicc 18 Ebrios
5 lulitta 12 Princ Prov 19 Lacizis
6 Deus non auct 13 Bapt 20 Humilit
7 Ira 14 Fide 21 Mund adh
Les six autres homélies appartiennent à d'autres auteurs
1 Grégoire de Nazianze, Vie et mémoire de saint Basile (lv-47v) - PG 36.
493-605
2. Grégoire de Nysse, Mémoire sur le saint et grand Basile son frère (48r-
58r) - PG 46, 788-817
3 Grégoire de Nazianze, Commémoration des saints Macchabées (253r-
263r) - PG 35, 911-934
4. André de Crète. Commémoration du saint et glorieux martyr Georges
(263r-278v) - PG 97, 1169-1192
5. Sermon du même sur l’Exaltation de la vénérable Croix (278v-285r) - PG
97, 1017-1036.
6. Du même, Sur la dormition de notre toute sainte reine, la Mère de Dieu et
toujours Vierge Marie (285r-313r)
Dans le manuscrit Ath 32 les œuvres de Basile sont bien séparées de celles des
autres auteurs dont les deux premières sont placées au commencement du
manuscrit ( 1 v-58r), et les quatre autres à la fin du manuscrit (253r-313r)
Le manuscrit H 2251 est défectueux. Il y manque des feuillets aussi bien au
commencement qu'au milieu et à la fin A ce jour il comprend 419 feuillets II
est muni d’une pagination aussi bien par cahiers que par feuillets La première
de ces paginations est contemporaine du manuscrit, tandis que la seconde est
de notre époque, elle a été faite après que le manuscrit ait subi des dommages et
perdu des feuillets
La prise en considération des lacunes de la pagination ordinaire, de même
que la comparaison des textes des manuscrits Ath 32 et Jer 14 avec des textes
correspondants atteste qu'il manque 49 feuillets au manuscrit H 2251 et que
dans son état primitif il comptait 468 feuillets Mentionnons par ailleurs que
72
T KOURTS1KIDZÉ ET N KADJA1A
l’homélie «Princ Joh » s’est conservée jusqu'à nos jours dans le manuscrit H
2251, accompagnée d’un fragment d’une demi page sur le dernier feuillet,
tandis qu’à la différence des manuscrits Ath 32 et Jer 14, on ne trouve pas dans
ce manuscrit «Sp S» et «XL mart » qui dans le manuscrit Ath 32 suivent
immédiatement le texte de «Princ Joh» Ce fait nous amène naturellement à
nous demander si le manuscrit H 2251 ne contenait pas, lui aussi, les trois
homélies ci-dessus mentionnées, dans la même succession, mais placées à la fin
du manuscrit et si les trois textes ne disparurent pas avec les feuillets égarés du
manuscrit, tout en laissant une trace sous la forme du petit fragment du «Princ
Joh»9
Les post-scnptum du manuscrit indiquent à plusieurs reprisses que le
traducteur de ce recueil est Euthyme l’Athonite, tandis que son copiste est «le
béni père lordané», spécialement envoyé au Mont Athos par le roi des
Géorgiens David dans le but de recopier ce manuscrit et de le rapporter
C’est un fait hautement révélateur sous l'angle de l’étude de l’histoire de nos
lettres et de notre culture afin d’enrichir d’un seul monument littéraire son
pays, David, le roi des Géorgiens, envoya un copiste au lointain Mont Athos
(situé à 96 journées de trajet) en lui assignant comme tâche de copier cette
œuvre et de rapporter sa copie en Géorgie
L’importance des post-scnptum d’Euthyme et d’Iordané ne se limite pas à
l’histoire et à la genèse du manuscrit- les données qu’ils contiennent servent à
préciser la date de l’exécution de la copie et à mettre au point les titres des rois
de Géorgie En effet, les post-scnptum mentionnent six fois David quatre fois
en tant que «roi des Géorgiens» et deux fois en tant que «roi»
Le roi des Géorgiens qui vivait au temps d’Euthyme l’Athonite et qui
s’intéressait à son activité de traducteur, comme l'atteste par ailleurs la citation
ci-dessus empruntée aux «Vies d’Ioanné et d’Euthyme», n'est autre que David
Curopalate Toutefois le manuscnt mentionne David non pas en tant que
curopalate, mais, comme nous venons de le dire, soit en sa qualité de «roi des
Géorgiens», soit tout simplement à titre de «roi» Or nulle part les sources
historiques ne mentionnent David Curopalate comme «roi des Géorgiens», ce
qui incitait à penser qu’il ne portait guère ce titre. Mais ce sont précisément les
post-scriptum de ce manuscrit qui attestent que pendant un certain temps
David Curopalate porta effectivement le titre de «roi des Géorgiens» Cette
période embrassait les années 994-1001 qui suivirent le décès du roi des
Géorgiens Bagrat (T 994) Si l’on part de ce fait, on peut dater avec plus de
précision 1 établissement de la copie du manuscrit El 2251 lordané l'aurait
faite après l’adoption par David Curopalate du titre de «roi des Géorgiens», et
avant son décès, c -à-d entre 994 et 1001
DE LA COMPOSITION DES «INSTRUCTIONS GÉORGIENNES»
73
Le manuscrit H 2251 contient au total 26 homélies, dont 19 sont dues à
Basile, les sept autres appartenant à d’autres auteurs Par comparaison avec le
manuscrit Ath 32, le manuscrit H 2251 comprend en plus l’homélie «Sur le
baptême» de Grégoire de Nazianze; en revanche, il ne contient pas deux
homélies de Basile: «Sp. S» et «XL mart».
La succession des chapitres du manuscrit est la suivante.
1. Vie et mémoire de saint Basile
2. Mémoire sur le saint et grand Basile ..
3. Bapt.
4. Bapt. (Gr. Naz.)
5. leiun. I
6. leiun II
7. Attende
8. Grat. act.
9. lulitta
10. Deus non auct.
11. Ira
12. Invidia
13. Destruam
14. Divites
15. Fam. et sicc.
16. Princ. Prov
17. Ebnos
18. Lacizis
19. Humilit.
20. Mund. adh.
21. Commémoration des saints Macchabées
22. Commémoration du saint et glorieux martyr Georges
23. Sur la dormit ion . de la Vierge Marie
24. Sur l’Exaltation de la vénérable Croix
25. Fide
26. Pnnc. Joh.
1er 14 est un manuscrit daté. Il fut spécialement copié pour le monastère
géorgien de la Croix à Jérusalem (496r). Le manuscrit comprend 496 feuillets.
Les post-scriptum attestent que ce manuscrit remarquable «fut écrit et orné par
loanné Dvali» et par son fils Mikael. «Ce fut en l’an 1055» (496r) A part le
traducteur et le copiste, les post-scriptum mentionnent «le saint père
Prokhoré» qui bâtit le monastère de la Croix «sur l’ordre et avec l’aide d’un
homme béni, le père Euthyme». (490 v).
74
T KOURTS1K1DZÉ ET N KADJAIA
Le manuscnt Jer 14 comprend 36 œuvres, dont 21 sont des homélies de
Basile. Autrement dit, toutes les homélies présentes dans le manuscnt Ath 32, le
sont également ici, seul leur ordre de succession est modifié. Parmi les 15 autres
œuvres, cinq — «Vie et mémoire de saint Basile», «Mémoire sur le saint et
grand Basile », «Commémoration du saint et glorieux martyr Georges»,
«Sur l’Exaltation de la vénérable Croix» et «Sur la dormition .. de la Vierge
Mane» — sont déjà contenues dans les manuscnts Ath 32 et H 2251 et
appartiennent à d’autres auteurs Par rapport aux deux autres manuscrits
mentionnés, il manque à Jer 14 la «Commémoration des saints Macchabées».
Quant aux dix autres œuvres, ce sont
1 La doctrine (289r-291r) Inc . «La vraie justice . .»
2 Sur les miracles qui se produisaient à cause de Basile et de Nersès (291r-
299r). Inc. «Alors l’évêque .»
3 . La doctrine (299v-307v) Inc . «Notre Dieu qui aime les hommes .. »
4 Sur la pénitence (307v-31 Or). Inc. «Mes frères, est-ce que celui qui tombe
ne se relève pas9 .»
5 . La doctrine (310r-322r) Inc. «Qui veut en vérité »
6 . La doctrine. (322r-336v). Inc. «Il est écrit dans l’Evangile ..»
7 La doctrine (336v-340v). Inc. «Bien-aimés, si dans un petit...»
8 . La doctrine (340v-342v). Inc . «Quand tu es assis dans ta chambre ...»
9 . Lettre de notre saint père Basile à Grégoire de Nazianze (342v-349r)
10 Les doctrines sur la prière et sur les autres vertus pour revivifier l’âme
(349r-379v) Inc. : «Saint Basile dit: la prière est la conversation de l’âme avec
Dieu . »
Les œuvres que le manuscnt Jer 14 contient en plus de celles contenues dans
Ath 32 et dans H 2251 sont rangées à la fin du manuscnt à la suite les unes des
autres (289r-379v),7.
L’étude comparée de ces trois manuscrits atteste qu’il n’existe point de lien
direct entre eux et qu’ils ne sont guère copiés les uns sur les autres. La table
suivante pourrait traduire, suivant la composition et la succession des chapi-
tres, les différences qui existent entre ces manuscnts
' ’ Nous ne traiterons pas ici spécialement de ces chapitres II s'avère que ces œuvres n'ont rien
de commun avec la tradition des sermons Empruntes à des recueils de caractère tout à fait
differents, ceux-ci trouvèrent place dans le manuscrit Jer 14 et dans celui de «['Ethique» non pas
comme une partie originale, mais bien à titre d’œuvres de Basile de Césaree traduites par Euthyme
l’Athonite A propos de ces chapitres voir pour plus de détails N K'afaia, Basili Kapadokielis
meore epistolis kart’uli t’argmanebi, Mravalt avi. X, 1983, pp 139-145, du même auteur. Les
traductions anciennes géorgiennes des lettres de Basile de Cesarée, Bédi Kartlisa, Revue de
Kartvélologie, vol XLI. 1983, pp 152-154, du même auteur, Basili Kapadokielis ert’i t'hzulebis
k art uli t argmani. sous presse. «Mac'ne», sérié de langue et de littérature
DE LA COMPOSITION DES «INSTRUCTIONS GÉORGIENNES»
75
Ath 23 H 2251 Jer 14
Vie et mémoire du saint Basile 1 1 1
Mémoire sur le saint et grand
Basile son frère 2 2 2
leiun I 3 5 3
leiun. II 4 6 4
Attende 5 7 36
Grat. act 6 8 7
lulitta 7 9 34
Daus non auct 8 10 5
Ira 9 11 8
Invidia 10 12 9
Destruam 11 13 6
Di vîtes 12 14 10
Fam et sicc 13 15 11
Princ. Prov 14 16 12
Bapt. 15 3 31
Fide 16 25 13
Princ. Joh 17 26 14
Sp. S 18 27* 15
XL mart. 19 28* 35
Ebrios 20 17 16
Lacizis 21 18 17
Humilit. 22 19 18
Mund. adh. 23 20 19
Commémoration des
saints Macchabées 24 21
Commémoration de
st. Georges 25 22 33
Exaltation de la
Croix 26 24 32
Dormition de la Vierge 27 23 30
Sur le Baptême 4
Doctrine de Basile — — 20-29
(10 homélies)
Au commencement des trois manuscrits se trouvent les œuvres de Grégoire
de Nazianze et de Grégoire de Nysse. Les œuvres d’autres auteurs sont placées
en annexe au manuscrit Ath 32. Comme on a jugé possible d’admettre que les
homélies «XL mart » et «Sp. S» se trouvaient primitivement à la fin du
76
T KOURTSIKIDZ.E ET N KADJAÏA
manuscrit H 2251, on a mentionné ces homélies dans H 2251 en ajoutant des
astérisques auprès des chiffres 27* et 28*
Par sa composition et par la succession de ses chapitres le manuscrit H 2251
suscite un intérêt exceptionnel Les œuvres de Grégoire de Nazianze et de
Grégoire de Nysse sont suivies non pas directement de l'ensemble des homélies
de Basile, mais par son homélie sur le baptême, elle-même immédiatement
suivie de l’homélie sur le même sujet par Grégoire de Nazianze, en sorte que les
homélies sur le Carême ont été repoussées à la 5e et à la 6e places, inhabituelles
pour elles Un tel intérêt porté aux homélies sur le baptême et le fait qu'elles
sont placées au commencement du recueil ne sont sûrement par dûs au hasard
D’après nous, nous avons sans doute à faire ici à une influence de la pratique
liturgique18
Après ce déplacement (à partir des homélies 3 du manuscrit Ath 32 et 5 du
manuscrit H 2251), pour les 12 homélies suivantes (y compris Pnnc Prov ), les
ordres de succession des manuscrits H 2251 et Ath 32 coïncident totalement
Mais à partir de la 15e homélie du manuscrit Ath 32, comme l’atteste la table, la
différence redevient manifeste. Les quatre œuvres plus haut mentionnées de
Grégoire de Nazianze et d’André de Crète, qui se trouvent à la fin du manuscrit
Ath 32 et qui occupent respectivement les places 24 et 27, se déplacent dans le
manuscrit H 2251 pour y occuper les 21e et 24e positions A première vue il
semble étrange que «Fide» et «Princ Joh.» soient transportées vers la fin du
manuscrit H 2251 où ces homélies occupent les 25e et 26e places, à la suite
d’œuvres d’autres auteurs. De fait, Euthyme attribue à Basile également ces
œuvres d’auteurs étrangers19
Le manuscrit Jer 14 comprend 36 homélies. Comme l’atteste la table, à la
différence des manuscrits Ath 32 et H 2251, il manque à ce manuscrit la
«Commémoration des saints Macchabées» Sous le titre des «Instructions» de
Basile y figurent, aux chapitres 20-29, dix œuvres dont l’une constitue la
seconde lettre de Basile adressée à Grégoire de Nazianze
On se demande d’où viennent une telle composition et une telle répartition
des homélies dans les manuscrits géorgiens
On ne saurait définir la composition de la traduction géorgienne en partant
uniquement de manuscrits géorgiens et sans tenir compte des données des
18 A propos de Baptême (homelie des 5 et 6 janvier). Y Rudberg observe que les recueils qui la
contenaient étaient généralement utilisés pendant les six premiers mois de l’annee liturgique (Stig
Y Rudberg, Etudes , p 109)
19 Dans ces textes des trois manuscrits Basile le Grand figure en tant qu'auteur. à l'exception
toutefois de la «Commémoration des saints Macchabées» dans le manuscrit Ath 32 ou le véritable
auteur, Grégoire de Nazianze. est mentionné dès le titre (253r) et, dans H 2251, de la
«Commémoration de saint Georges», dont on ignore l'auteur
DE LA COMPOSITION DES «INSTRUCTIONS GÉORGIENNES»
77
manuscrits grecs Si l’on prend en considération les manuscrits grecs, leur
composition et la succession des chapitres qu’ils contiennent, on contribue à
élucider le problème du modèle grec de la traduction géorgienne20
Selon Y Rudberg, les recueils grecs, renfermant des sermons de Basile de
Cappadoce, contiennent en principe I 18 sermons écrits d'après les psaumes
(PG 29, 209-493, PG 30, 72-117), II. 31 sermons divers ou causeries (PG 31,
164-617, 1429-1509), on y trouve également ce que l’on appelle des «supplé-
ments» qui ne sont rien d'autre que des épîtres de Basile (plus souvent 45, 46,
243 260); des écrits ascétiques du même auteur, des œuvres appartenant soi-
disant à Basile et des œuvres d’autres auteurs On appelle généralement ces
recueils «rà ijOiKÔ»
Y. Rudberg répartit en 14 groupes les recueils grecs contenant des homélies
de Basile. Les manuscrits du groupe A21, le premier et le plus fourni, révèlent
l’existence de liens particulièrement solides avec le Mont Athos Sur 32
manuscrits, 14 en proviennent La plupart des manuscrits de ce groupe
remontent aux IXe-XIe siècles La succession des chapitres qui les constituent
varie entre les chapitres 1-55 Sur cet ensemble six manuscrits contiennent 42
chapitres chacun. Selon T Rudberg, les manuscrits comprenant 42 chapitres
représenteraient l’état primitif du «corpus» A En vue de prouver cette
considération il attribue une importance particulière au manuscnt Vat gr 418,
Xe-XIe siècles, comprenant 44 textes, dont 42 seulement sont numérotés A
quoi le copiste a joint: ré^oç w tjOiKrov. Ce qui veut dire que dans Vat gr.
418, dans le manuscrit copié il y a 1.000 ans, sous le titre «rà r|0iKa» il n’y avait
que 42 chapitres. C’est pourquoi en établissant le «corpus» pnncipal des
manuscrits du groupe A le savant se limite aux six manuscrits ci-dessus
mentionnés.
En prenant en considération que le recueil le plus ancien des «Instructions» a
été recopié au Mont Athos, nous avons porté notre attention précisément sur
les manuscnts grecs et plus spécialement sur les six manuscnts mentionnés,
dont se rapprochent, dans une certaine mesure, par leur composition et par la
succession de leurs chapitres, les manuscnts géorgiens, surtout Ath 32
Quoique, comme nous l’avons déjà mentionné, Ath 32 enfreigne la tradition
des manuscnts grecs contenant des homélies de Basile et ne comprenne que
divers sermons, la comparaison d'Ath 32 avec la partie pnncipale du «corpus»
A ou athonite atteste une fois de plus leur parenté
20 Y Rudberg a consacre un travail spécial (Etudes . pp 53-120) à l'etude des recueils grecs
contenant les sermons de Basile Comme l'observe Y Rudberg, avant son étude personne n'avait
tenté de classer les manuscnts grecs contenant des homélies Id , pp 11-12 Nous partons des
résultats de cette recherche
21 Etudes , pp 57-60
78
T KOURTSIK1DZÉ ET N KADJAIA
Le «corpus» A
1 2 leiun I leiun II 1 2
3 Attende 3
4 G rat act 4
5 lulitta 5
6 Deus non auct 6
7. Ira 7
8. Invidia 8
9 Destruam 9
10 Divites 10
11 Fam et sicc 11
12 Princ Prov 12
13 Bapt 13
14 Ebrios 18
15 Fide 14
16 Princ J oh 15
17 Sp. S 16
18 Barlaam —
19 Gordius —
20. XL mart. 17
21. Lacizis 19
22. Humilit. 20
23. Mundh adh 21
24 Adolesc —
25 Chr gen —
Ath 32.
Ainsi donc, les treize premiers chapitres des manuscrits grecs-géorgiens se
succèdent dans le même ordre Le chapitre XIV (Ebrios) du «corpus» A
changea de place en géorgien. C’est là l’unique modification dans la succession
des chapitres du manuscrit Ath 32 Le caractère inattendu de ce déplacement
est attesté par le manuscrit H 2251 où Ebrios retrouve sa position primitive
Mis à part cette différence, il manque au recueil géorgien, comparé au
«corpus» A, quatre autres œuvres «Barlaam», «Gordius», «Adolesc », «Chr
gen » A propos de cette dernière il faut observer que plus tard cette œuvre fut
incorporée quand même aux versions complètes de «l’Éthique» (A 394, A 100.
S 376, A 181) et prit place là où il fallait s’y attendre par analogie avec les
manuscrits grecs, c -à-d à la fin du recueil. Quant aux trois premières homélies.
DE LA COMPOSITION DES « 1NSTRLC1 IONS GÉORGIENNES
79
dont il n'existe point de traductions géorgiennes, il se peut que l'original
d’Euthyme ne les ait pas contenues
Ainsi donc, quoique le manuscrit Ath 32 soit effectivement défectueux,
toutefois, sous le rapport de la succession de ses chapitres et de sa composition,
il se trouve être dans une certain mesure plus proche des recueils grecs que ne le
sont entre eux les manuscrits grecs de divers groupes
Telle est la composition des trois manuscrits géorgiens comprenant les
«Instructions» de Basile
Les manuscrits géorgiens ne contiennent point les trois homélies que l’on
trouve dans les recueils grecs «Barlaam», «Gordius», «Adolesc » Ceci
confirme une fois de plus la supposition émise par des savants quant à
l’origine pseudo-basilienne de ces œuvres Par contre les recueils géorgiens
contiennent tous sans exception «Lacizis», œuvre également tenue pour
pseudo-basilienne
Il serait difficile d’aflirmer, partant des manuscrits géorgiens, que «Lacizis»
appartient à Basile Toutefois, lors de l'étude de la composition des manuscrits
grecs du Mont Athos il serait souhaitable que soit prise en considération la
composition de l’un des manuscrits d’origine géorgienne les plus anciens (977)
qui contient «La doctrine» de Basile
Tsiala Kourtsikidzl, Nino Kadiaïa
DIE GEORGISCHE VERSION DER PSEUDO-MAKARIOS
SCHR1FTEN
Rfsumff
Die georgischen Übersetzungen der unter dem Namen Makarios des Agyp-
ters bekannten Werke markieren eine sehr alte und ochinteressante Période in
den kulturellen und literarischen Beziehungen Géorgiens zur griechischsprachi-
gen Welt.
Am «Makariosproblem» sind heute zahlreiche Wissenschaftler interessiert
Erforscht und verôffentlicht wurden bisher die griechischen, arabischen und
âthiopischen Versionen. In der vorliegenden Ausgabe1 werden erstmals die
georgischen Übersetzungen der «Werke des Makarios» verôffentlicht, die
hinsichtlich des Alters der Redaktion und der Handschriften Beachtung
verdienen.
Dem Begründer der agyptischen Klosterkolonie und Glaubenseiferer des IV
Jahrhunderts, dem «groB» genannten Makarios dem Àgypter, werden zahlrei-
che Schriften zugeschrieben, die in griechischer, arabischer, syrischer und
amharischer Sprache vorliegen.
Heute dominiert in der wissenschaftlichen Literatur die Ansicht, daB die
literarische Erbschaft, die die handschriftliche Tradition jahrhundertelang
Makarios dem Àgypter zuschrieb, nicht ihm gehôrt Es besteht die Meinung.
daB der Archetyp der bis heute erhalten gebliebenen, zu verschiedenen
Sammlungen zusammengebundenen und unter dem Namen des Makarios
bekannten Schriften in Gebieten von Syrien und Mesopotamien entstanden
sein kônnte Die Tatsache, daB der Archetyp in griechischer Sprache verfaBt
wurde, ist nicht zu bestreiten
In einigen unter dem Namen des Makarios bekannten arabischen und
griechischen Handschriften erschien der Name Symeon, der sich spater mit den
Schriften des Makarios fest verknüpfte Nach Ansicht des Forchers und
Herausgebers der Makarios-Schriften, H Dôrries, sollte Symeon ein mesopo-
1 Psevdomakaris txzulebata karluli versia, teksti gamosacemad moamzada. gamokvleva da
leksikoni daurlo G Ninuam, Tibilisi. 1982
DIE GEORGISCHE VERSION DER PSEUDO-MAKARIOS SCHRIFTEN
81
tamischer Glaubenseiferer gewesen sein, den Theodoret (Hist eccl. IV, 11,2)
den Messalianerfuhrer nennt
Der obengenannte Archetyp der Makarios-Schriften ist nicht erhalten
geblieben. Deswegen ist die ursprüngliche Reihenfolge seiner Bestandteile und
das Aussehen, das ihm sein Autor gab, in den gegenwàrtig existierenden
Sammlungen schwer zu ersehen und vorstellbar, weil die letztgenannten erst
nach mehrfacher Bearbeitung des Archetyps entstanden sind
Wenn der Autor des Archetyps der Messalianer Symeon war, dann ware
selbstverstàndlich bei der Bearbeitung des Archetyps das erste Ziel der
Redakteure die Vernichtung der durch das Konzil verfluchten messalianisch-
heretischen Spuren in den neuen Redaktionen gewesen. Demzufolge ist heute
das Auffinden von Spuren der Messalianitat in den Texten der in griechischer
Sprache erhaltenen Schriften erschwert Die Schwierigkeit liegt auBer im
Fehlen des Archetyps dieser Schriften noch darin, daB in keiner Sprache eine
einzige echt messalianische Schrift erhalten geblieben ist.
Noch schwieriger ist es, messalianisch-heretische Spuren in den Übersetzun-
gen zu finden. Sowohl die westhche als auch die ôstliche Kirche beauftragte
ihre gebildetsten Vertreter, die Übersetzungen anzufertigen. Ins Georgische
wurden die meisten der Makarios-Schriften vom Glaubenseiferer des georgi-
schen Athos-Klosters — Euthyme Athoneli (955-1028) übersetzt
Eine bekannte Tatsache ist das groBe Ansehen von Euthyme und die
unbestreitbare Anerkennung und Verbreitung seiner Übersetzungen in Géor-
gien. DaB er ein allseitig gebildeter und wahrhaft orthodoxer Gelehrter war, ist
ebensowenig zu bezweifeln. Aus historischen Quellen ist bekannt, daB er die zu
übersetzende Literatur mit groBer Vorsicht auswahlte. Er kannte die apokry-
phische und die hâretische Literatur Es stand nicht in seiner Absicht, der
gecrrgischen Kirche und natürlich auch der georgischen Nation Literatur
haretischen Charakters zu ùbermitteln Und als Euthyme «Das Buch des
Makarios» zur Hand nahm, um es zu übersetzen, war für ihn der Autor dieser
Sammlung nicht etwa irgendein Pseudo-Autor, sondern ein groBer âgyptischer
Glaubenseiferer. Es ist nicht zu bestreiten, daB die Sammlung, die Euthyme zur
Ubersetzung ausgewahlt hat, in den Kreisen, in denen der georgische Glaubens-
eiferer verkehrte, ùber jeden Zweifel erhaben war. Euthymes Tâtigkeitsfeld
war recht umfangreich. Er hatte enge Verbindungen zu allen damais bekannten
kulturellen Zentren. Gebiete des Athos-Berges, Athens und Konstantinopels
sind die Orte seiner unmittelbaren Tatigkeit Es ist bekannt, daB Euthyme mit
klôsterlichen Kreisen vom Sinai-Berg, mit den Gebieten vor Syrien und
Palâstina und überhaupt mit ôstlichen Kirchen in stândiger Verbindung stand
Die meisten der Makarios-Schriften sind in griechischer Sprache erhalten
geblieben. Von den Gelehrten H. Dôrries, E Klostermann, H Berthold, M
82
G NINUA
Kroeger und anderen werden die unter dem Namen des Makarios bekannten,
zu verschiedenen Zeiten entdeckten Handschriften-Sammlungen in vier Typen
geteilt
Diese Klassifikation zeigt uns deutlich bestimmte Stufen der Bearbeitung
und Redakiierung der Texte
In georgischer Sprache sind von den unter dem Namen Makarios des
Âgypters bekannten Schriften 2 Episteln und 26 Lehren, also insgesamt 28
Schriften, erhalten Unsere Untersuehung berührt nicht die Apophthegmata,
die es in der georgischen Überzetzung der Pateriken hâufig gibt. Es muB aber
erwahnt werden, daB wir ein Apophthegma nicht auBer acht lassen konnten
Das ergab sich daraus, daB in allen georgischen Handschriften der Episteln und
Lehren diese Erzahlung, die wir bedingt «Vater Essajas Erzahlung» nennen,
den Makarios-Schriften als 27 (oder 29 ) Kapitel zugezahlt wird und dadurch
die Sammlung der auf dem Boden Géorgiens unter dem Namen dieses Autors
bekannten Werke abschlieBt.
Die mit dem Namen des Makarios verbundenen Werke haben wir nach
ihrem Wesen. ihrer Beziehung zum Original und unter Berucksichtigung der
Übersetzungszeit und der Persônlichkeit des Übersetzers in drei Gruppen
gegliedert 1. Zwei Episteln 2 26 Lehren und 3 «Die Erzahlung von Vater
Essaja» Die letztgenanntesteht, wie oben erwahnt, nicht auf gleicher Stufe mit
den ersten beiden, da diese Erzahlung anderen Charakter tragt und ein anderes
Genre verkôrpert.
1 ZWEI EPISTELN Die zwei Episteln des Makarios sind nicht spater als im
IX. Jahrundert ubersetzt worden. Ihr Übersetzer ist unbekannt Die Texte der
Episteln sind in zwei uralten und unikalen georgischen Handschriften der
Sinai-Kollektion erhalten — Sin 35 (907 J) und Sin 25 (X Jh).
Diese alten Übersetzungen wurden wahrscheinlich von spâteren Abschrei-
bern zusammen mit Euthyme Athonelis Übersetzungen in drei georgische
Handschriften des XI -XII Jahrhunderts eingefugt. Ath 21 (abgeschrieben auf
dem Olympus in Bitwini in Jahre 1030), Jer 73 XI.-XII. Jh und Kutaisi 181
(abgeschrieben in Palawra XL Jh.).
In allen drei Handschriften finden sich Bewerkungen der Abschreiber, in
denen ganz deutlich darauf hingewiesen wird, daB die zwei Episteln früher
ubersetzt wurden Die Lehren aber, mit Ausnahme der «Erzahlung des Vaters
Essaja», sind von Euthyme Atoneli übersetzt Somit ist uns der vollstândige
Text der georgischen Übersetzung von zwei Episteln des Makarios durch 5
georgische Handschriften bekannt: die zwei Handschriften der Sinai-Kollek-
tion sind âlter (Anfang des X. Jh.), drei Handschriften gehôren in die spâtere
Zeit des Euthyme Athoneli.
DIE GEORGISCHE VERSION DER PSEUDO-MAKARIOS SCHRIFTEN
83
Von groBem Interesse ist die Existenz von 2 Episteln, die der im Jahre 907
abgeschriebene Cod Sin géorg 35 enthâlt In dieser Hs gibt es auBer 2 Episteln
des Makarios noch andere patristische Werke und ein alphabetischer Paterik
Unsere Aufmerksamkeit wurde auf eine Erzahlung des alphabetischen
Pateriks gelenkt — das Apophthegma des Vaters Apollo, an dessen Ende
gesagt wird' «Als Vater Apollo in den letzten Zügen lag, baten ihn seine
Brüder flehenthch, ihm einige Worte des Trostes zu sagen Er aber sagte zu
ihnen: Was im Herzen Gottes liegt, hat Makarios der Agypter in seinen zivei
Episteln geschrieben. Merkt euch das, und euch wird Jésus erscheinen»
Die gleiche Erzahlung mit genau demselben Text gibt es auch in der Cod Sin
géorg 25 (Siehe 137 r-v) Der georgische Text dieser Erzahlung ist nach zwei
Handschriften verôffentlicht worden — Ath géorg 12 (XI Jh) und Sin géorg 35
(Siehe «Georgische Übersetzungen der Novellen des Mittelalters», II, heraus-
gegeben von M Dwali, Tbilissi, 1974, S 37)
Im griechischen Text des alphabetischen Pateriks, der dieser Erzahlung
entspricht und den wir nach der im Bande 65 von Migne, P G verôffentlichten
Version kennen, fehlt der Teil, der die zwei Episteln des Makarios betrifft
Woher stammt in den georgischen Handschriften die Nachricht, daB die zwei
Episteln Makarios dem Agypter gehôrenB 9
Zwei Handschriften der obengenannten Sinai-Kollektion enthalten viele
solcher Schriften, deren griechische und fremdsprachige Quellen verlorenge-
gangen sind, deshalb wurde diesen Übersetzungen die Bedeutung des Originals
zugesprochen.
Für bedeutungsvoll hait diese Hss B. Outtier Er unterstreicht den Umstand,
daB die in der Laura des heiligen Saba geschaffene Cod Sin géorg 35 auBerst
alte apophthegmatische Stoffe enthâlt und führt an, daB die griechischen
apophthegmatischen Sammlungen nach dem Typ der Laura des heiligen Saba
nur in den Handschriften der Jahre 1071-1072 enthalten sind.
Den Sin géorg 35 kennzeichnen die aus spâteren griechischen Handschriften
bekannten Besonderheiten des Pateriks in der Redaktion der Laura des hl
Saba. Und wenn wir uns an das Alter der georgischen Hs erinnern (abgeschrie-
ben 907), wird deren Bedeutung für die Entstehungsgeschichte griechischer
Sammlungen âhnlichen Typs sichtbar.
Wie B. Outtier schluBfolgert, sollte der in Sin georg 35 bewahrte anonyme
alphabetische Paterik ungefâhr Ende des VII oder Anfang des VIII Jahrhun-
derts in die georgische Sprache ubersetzt worden sein2.
Das oben Angeführte gibt uns die Môglichkeit, den SchluB zu ziehen, daB in
B Outtier. La plus ancienne traduction géorgienne des apophthegmes son etendue et son
origine, mravaltavi, VII, Tbilisi, 1979, 10-11
84
G NINL'A
zwei sehr alten georgischen Hss der Sinai-Kollektion anzutreffende Nachricht
darüber, daB der Autor der zwei Episteln Makarios der Agypter sei, keine von
den georgischen Abschreibern oder Übersetzern ausgedachte, eigenwillige
Hinzufügung ist. Einen realen Grand oder eine Notwendigkeit zum Ausdenken
solch einer Nachricht gibt es für die georgische Wirklichkeit nicht
Die in zwei sehr alten georgischen Hss, in Sin georg 25 und 35, bewahrte
Auskunft der «Erzahlung des Vaters Apollo» darüber, daB diese zwei Episteln
dem Makarios gehôren, ist zu berückzichtigen und regt zum Nachdenken an
wenn wir annehmen, daB die zwei Episteln von einen Pseudo-Autor stammen
und nicht Makarios dem Agypter zuzuschreiben sind, dann sollte auch diese
Nachricht als Deckmantel des Pseudo-Autors in die uralte patristische Erzah-
lung hineingetragen worden sein Das heutzutage verlorengegangene Original
aber sollte vor dem VII Jahrhundert geschaffen worden sein und diente
demzufolge als Beweis der wirklich orthodoxen Inhalts und der orthodoxen
Fârbung Anderenfalls sollte man annehmen, daB der griechische Autor des
Pateriks sicher war, das die zwei Episteln Makarios dem Agypter gehôren, und
aufrichtig begeistert von deren Inhalt war Wenn wir uns auf diese Auskunft
stützen, dann wird es klar, daB der Autor Makarios ist und die Anwesenheit
eines Pseudo-Autors hinsichtlich dieser zwei Episteln auszuschlieBen ist
Aus diesen zwei obengenannten, in georgischer Sprache erhalten gebliebenen
Episteln gibt es für die erste keinen entsprechenden fremdsprachigen Text, für
die zweite — wurde der erste Teil einer athiopischen Makarios-Schrift ent-
deckt3.
Wenn wir den Umstand berücksichtigen, daB der Text der genannten
athiopischen Schrift in den Handschriften spaterer Jahrhunderte (XV.-XVIII
Jh.) erhalten ist, ist anzunehmen, daB die georgische Übersetzung der zweiten
Epistels die einzige alte Version bewahrt hat Da gegenwartig die erste Epistel
nur in georgischer Übersetzung bekannt ist und für die zweite nur ein spaterer
fremdsprachiger Text vorhanden ist, bekommen die in georgischer Sprache
bewahrten Schriften die Bedeutung des Originals
2. 26 LEHREN. Die unter dem Namen des Makarios bekannte 26 Lehren
enthaltende Sammlung ist von Euthyme Athoneli ubersetzt Diese als «Das
Buch des Makarios» bezeichnete Übersetzung sollte Ekwtime am Anfang
seiner ubersetzerischen Tàtigkeit, ungefahr im letzten Viertel des X Jahrhun-
derts, gemacht haben.
Diese Übersetzung von Euthyme, dazu die noch früher ubersetzten 2
Episteln und die «Erzahlung des Vaters Essaja» gibt es in drei Handschriften’
’ Colleclio monastica. Interprelatus est Victor Arras, Louvain. 1969 S 1-19
DIE GEORGISCHE VERSION DER PSEUDO-MAKAR1OS SCHRIFTEN
85
Ath georg 21 (1030), Jer georg 73 (XI -XII Jh.) und Kutaisi georg 181 (XI
Jh.).
Die georgische Sammlung der Schriften, die die 26 Lehrer enthâlt, entspricht
sowohl der Reihenfolge, als auch dem Text nach der einzig vollstandigen
Handschrift der griechischen Sammlung des sogenannten IV Typs-Cod Par Gr
973 (1045).
Es gibt einen Beweisgrund, der sich auf die Ergebnisse des textologischen
Studium der griechischen Sammlungen aller vier Typen und deren Wechselwir-
kung stùtzt, demzufolge die griechische Sammlung des IV. Typs als alteste
Redaktion betrachtet wird
Auf das Alter der griechischen Sammlung IV von den 26 Logoi weist auch
jene Tatsache hin, daB der georgische Übersetzer Euthyme Athoneli (Ende des
X. Jh.) für seine Übersetzung gerade diese Redaktion als Original benutzte Die
einzige volstândige Hs Par Gr 973 der griechischen Sammlung IV, sowie die
georgische Übersetzung von Euthyme, umfaBt 26 Logoi Dem ersten Werk in
der griechischen Handschrift, das dem ersten Kapitel der Überzetzung von
Euthyme entspricht und dessen Text aus verschiedenen Grùnden nicht mit
anderen Makarios-Schriften verôffentlicht wurde, fehlen ungefahr zwei Seiten
am Anfang. Aile drei georgischen Hss sind vollstandig Demzufolge stellen die
drei georgischen Handschriften, die Euthyme Athonelis Überzetzung enthalte-
ne, Hss-Ath 21, Jer 73 und Kutaisi 181, zusammen mit Cod Par Gr 973 die
griechische Sammlung vom Typ IV dar.
Unserer Meinung nach ist die Existenz der georgischen Übersetzung von
Euthyme auch für die Geschichte der griechischen Sammlungen anderen Typs
bedeutungsvoll. Sie gibt zum Beispiel die Môglichkeit, das Datum der Entste-
hung der griechischen Sammlung II Typs, der «50 geistlichen Homilien»,
festzulegen.
Im Vorwort der Berliner Ausgabe der «50 geistlichen Homilien» (1964) wird
gesagt, daB der in die Sammlung des II Typs eingefugte Text der Homilien
nach Annahme von U Schulze (Diss 1962) im Gefolge der Bearbeitung der
arabischen Version und einiger griechischer Sammlungen entstand, d h. erstellt
ein kompendium dar, das aus der Hand eines fremden Autors stammt, dessen
Schaffenszeit aber noch nicht zu ermitteln ist.
Man nimmt an, daB der Redakteur der griechischen Sammlung des II Typs
em Zeitgenosse Symeons des Neuen Theologen war und daB diese Redaktion
auf dem Athos-Berg und im Umkreis Konstantinopels im X/XI. Jahrhundert
entstand4.
Die 50 geistlichen Homilien des Makarios. Herausgegeben und erlaulert von H Dôrrics E
Klostermann, M Kroeger, Berlin. 1964
86
G NINUA
Euthyme Athoneli war gerade auf dem Athos-Berg und im geographischen
Umkreis von Konstantinopel literarisch tatig und wirkte auch in dieser Période
— im letzten Viertel des X und Anfang des XI Jahrhunderts (Er starb 1028)
Ware die neue vollstandige Redaktion der Makarios-Schriften zu seiner Zeit
erschienen, hatte Ekwtime sie selbstverstândlich früher kennengelernt, und er
hâtte diese Sammlung, die spater groBe Verbreitung fand, zu seinem Original
gewahlt. Aber Euthyme war die griechische Sammlung des II Typs nicht
bekannt. Er ùbersetzt eine ganz andere Sammlung, die des IV Typs, die viel
âlter ist als die Sammlungen des I und III Typs.
Daraus ist zu schlieBen, daB «Die 50 geistlichen Homilien» im X. und
Anfang des XI Jahrhunderts noch nicht vorhanden waren
Diese Version wird auch durch den Umstand unterstützt, daB die àlteste
griechische Hs des II Typs keine Datumsangabe besitzt und nach ihrer Schrift
in das XI -XII. oder auch XIII Jahrhundert datiert wird.
Man kann sagen, daB Euthyme Athoneli die Sammlung der Makarios-
Schriften, die die 26 Logoi enthâlt, im letzten Viertel des X Jahrhunderts
ùbersetzt hat. Ihr griechisches Original ist heutzutage die als IV. Typ bezeich-
nete Sammlung, derer einige volstàndige Hs wir nicht als Euthymes unmittel-
bares Original annehmen dürfen, da sie 17 Jahre nach seinem Tode abgeschrie-
ben worden ist und dadurch einer spàteren Zeit angehôrt als die Hs Ath georg
21
Der Vergleich der griechisch-georgischen Texte ziegt, daB Cod Par Gr 973
ein Exemplar des griechischen Originals ist, das Euthyme benutzt hat.
Die georgische Version, die die 26 Lehren enthâlt, gibt uns neuen Stoff, der
das Alter der griechischen Sammlung des IV. Typs zu bestàtigen scheint.
Das erste Kapitel aus den 26 «Lehren» die Euthyme Athoneli ùbersetzt,
entspricht dem sogenannten «GroBen Lehrbrief» des Makarios, den W Jaeger
in Bûche «Two Rediscovered Works of Ancient Christian Literature. Gregory
of Nyssa and Macarius», Leiden, 1954, verôffentlicht hat
W Jaeger ist der Ansicht, daB der «Lehrbrief» eine erweiteste Périphrase
des Traktats des Gregor von Nyssa «De instituto christiano» ist Euthyme
Athoneli kannte das überkommene litterarische Werk des Gregor von Nyssa
sehr gut, da er es übersetzte, jedoch findet sich unter den von ihm übersetzten
Traktat «De instituto Christiano» nicht. Als Euthyme das erste Kapitel des
«Lehren» (den sogenannte «Didaktischen Brief») übersetzte, zweifelte er
nicht, daB er ein Werk Makarius der Agypters vor sich hatte. Folglich, wuBte es
entweder nichts von der Existenz des Traktats des Gregor von Nyssa, oder er
verstand ihn als Périphrase des Werk Makarius.
Und so geben uns die Analyse des georgischen Version des Sammelbandes,
der unter dem Namen des « Makarius » laufenden Werke und die Ergebnisse des
DIE GEORGISCHE VERSION DER PSEL'DO-MAKARIOS SCHRIFTEN
87
vergleiches dieser Version mit den in anderen Sprachen überlieferten Versionen
das Recht den SchluB zu ziehen, daB sowohl der «Lehrbrief» (das I Kapitel)
und die anderen 25 «Lehren» von ein und demselben Autors stammen
Was die Zwei «Episteln» des Makarius angehe, die schon von Euthyme
übersetzt wurden, so kônnen sie nicht vom selben Autor wie die «Lehren»
stammen da sie sich in Struktur und Stil der Abfassung stark von letzteren
unterscheiden. Wir neigen dazu anzunehmen, daB gerade diese zwei «Epi-
steln», die in dem altgeorgischen Handschriften erhalten sind, den Makarius
des Àgypters angehôren
Gulnara Ninu\
LE IVe SYMPOSIUM SUR L'ART GÉORGIEN À TBILISI
(23 MAI-3 JUIN)
Le IVe symposium sur l'Art Géorgien s'est déroulé du 23 mai au 3 juin 1983
Il incluait deux excursions du 28 mai au 1er juin Deux cent vingt-cinq
participants étaient inscrits au programme, venant d'une douzaine de pays
extérieurs à l'URSS, et d'une dizaine de républiques soviétiques Les travaux et
conférences annoncés approchaient les deux cents Ces seuls chiffres montrent
la difficulté de rendre compte en quelques lignes de l'événement Après la
séance inaugurale plénière dans le grand auditoire de l'Université de Tbilissi, les
communications se déroulaient dans six sections, lesquelles fonctionnaient
simultanément La première regroupait la culture et l'art de l’époque préchré-
tienne, sous la direction d’A Djavakhichvili V Béridzé dirigeait personnelle-
ment la section de l'architecture médiévale T Virsaladzé et C Alibégachvih
présidaient aux très nombreuses conférences sur la peinture médiévale La
quatrième section regroupait les contributions à la connaissance de la sculpture
et des arts mineurs médiévaux, sous la conduite de S. Barnavéli et K
Matchabéli. Le Prof N Djanbéridzé conduisait le groupe dédié à l’Art
géorgien moderne et soviétique Enfin une dernière section était dévolue à la
protection et la restauration des monuments sous la conduite du Prof I
Tsitsichvili
Il est à peine besoin d’observer qu'aucun des participants n'a pu suivre
personnellement toutes les communications On comptait certains participants
supplémentaires, d'autres n'avaient pu venir en dernière minute La séance
finale pour l'évaluation des résultats obtenus, et qui fut télévisée, témoignait
par elle-même combien il était difficile de synthétiser en quelques mots
l'abondance des domaines couverts, même en ne prenant le point de vue qu'à
partir de chaque section Une chose est évidente les échanges furent très
fructueux, et la plupart des participants a beaucoup appris On observe
sûrement un affinement des techniques Les communications qui ont été faites
sur l'église de Bethania par E Privalova, et sur celle d’Aténi par Abramichvili
démontrent qu’aujourd'hui les fresques peuvent être lues en plusieurs couches,
comme les palimpsestes, et révéler des datations plus fines, et des adaptations
après quelques années A côté de ces présentations, les images neuves n’ont pas
manqué, comme celles, très belles, offertes par Mme N Thierry sur l’église de
Kiranc, pleine d’inscriptions géorgiennes
LE IV' SYMPOSIUM SUR L'ART GÉORGIEN À TBILISI
89
Ces nombreuses conférences méritent certes une longue méditation Du
point de vue du participant étranger, le clou du symposium est cependant sans
contredit les sites visités - Bolnisi d’abord Quelles que soient déjà les descrip-
tions qui en ont été faites, et les photos qui ont été publiées, le contact direct
avec le monument rend immédiatement sensibles des facteurs que les photos ne
transmettent jamais. Beaucoup plus monumentale que ne le laisse croire son
aspeet extérieur, très élargi par deux fausses nefs supplémentaires, l’église de
Bolnisi en impose de l’intérieur par son élévation. On trouve aussi à la base des
pilastres autour du chœur des traces de sculptures du type conservé et mis a
jour par les fouilles à Sveti-Tskhoveli, visité le 25 mai, en même temps que
Djvari, débarrassée des échafaudages qui l’emprisonnaient lors du IIe sympo-
sium. Du dimanche 29 au mardi 31, le centre des excursions est devenu
Bordjomi. Les hôtes étaient logés dans un pavillon, un chalet de montagne à
plusieurs étages, construit pour être une maison de repos pour compositeurs, et
que les membres du symposium étaient les premiers à habiter Quelques
mélomanes ont pu ainsi jouir de pianos à queue Petrov, insérés dans des petits
pavillons annexes autour de la résidence principale De Bordjomi, les partici-
pants ont pu visiter sur le chemin d’accès Aténi, Samtavissi, Kintsvitsi et
Tsromi, où une expérience heureuse de restauration provisoire a été effectuée
Le tambour de l’église, écroulé de longue date, a été suppléé par une structure
de bois, redonnant à l’édifice une silhouette plausible, et protégeant ce qu’il en
reste à l’intérieur Le clou de l’excursion était cependant Saphara et surtout
Vardzia. A Saphara, ce qui frappe le plus, c’est l’importance du complexe
monastique dans le fief des Djakeli, dont le château en ruine surplombe les
structures ecclésiastiques. De nombreux groupes folkloriques ont présenté aux
spécialistes de l’art la contre-partie musicale de la symphonie des fresques, non
sans provoquer quelques contestations dues au fait que le temps de photogra-
phie s’en trouvait diminué
La beauté de la nature dans les sites choisis pour ces églises est exceptionnel-
le. L’on monte en général fort haut dans un vallon de plus en plus escarpé, pour
trouver subitement au tournant les formes paisibles et riantes du vieux
monastère, où jadis Arsène de Saphara vécut A Vardzia, le spectacle est
encore plus grand. Les plus fanatiques se passèrent du déjeuner afin de visiter
les grottes lorsque le soleil était encore haut L’ensemble de Vardzia est sans
doute un des plus grands complexes rupestres monastiques La manière dont
les artistes ont tiré parti de la roche pour reproduire le programme normal
d une église à coupole est surprenant A l’extérieur de la nef creusée, une annexe
malheureusement un peu entamée par l’érosion a placé ce qui ailleurs relève de
la coupole. La reine Thamar, dans la nef principale, préside aux destinées de la
prière monastique.
90
M VAN ESBROECK
De Bordjomi, par des chemins de traverse où la longue théorie des autocars
se faufilait près des maisons villageoises, le symposium s’est retrouvé à
Timotesubani, où l’accueillaient encore des choristes et des danseurs La
journée s’y est terminée par un de ces festins dont les Géorgiens ont le secret
quelques vaches observaient pacifiquement l’énorme pique-nique, où les
animaux pendus aux arbres étaient enfilés sur les broches, posés sur les braises,
et arrosés de vin généreux et d’herbes vertes
Au cours du colloque, on a pu voir également plus d’un Musée, et quelques
expositions dont deux nous paraissent particulièrement dignes d’être mention-
née Une série de pièces rarissimes de Svanétie étaient exposées au Musée d’État
des beaux-arts de Géorgie, visité le mardi 24 mai Tandis que le 1er juin, le
mercredi, on a pu admirer à l’institut des Manuscrits une collection vraiment
étonnante par son éclat d’évangéliaires enluminés, et de manuscrits parfois
moins connus où les spécialistes sentaient venir l’eau à la bouche
Mentionnons enfin plusieurs concerts qui ont été offerts le soir aux heureux
bénéficiaires du colloque, témoignant par là que l’Art géorgien n’est étranger à
aucun domaine de l’Art humain
Au terme de ces journées, les remerciements sont allés au comité
d’organisation du IVe symposium, qui n’a rien épargné pour promouvoir une
réussite qui s’avère évidente, même si quelques spécialistes auraient eu l’envie
d’attirer plus de temps en faveur de leur propre spécialité Dans le comité lui-
même, les applaudissements les plus nourris revinrent, comme il est bien
naturel, à Vakhtang Beridze, qui est incontestablement la cheville ouvrière la
plus décisive de cette quinzaine d’étonnement et d’admiration. Qu'y a-t-il en
effet de plus humain que ces qualités de l’enfance qu’un Pirosmani ajetées sur la
toile? Un saut furtif dans une autre section permettait d’en saisir quelques
images admirables. Mais il s’est vraiment pas possible d’entreprendre le résumé
dense de 200 études vécues en six groupes par 225 personnes La seule
satisfaction que portent les participants au moment de leur retour est celle de
continuer, et sans doute en Toscane cette fois, l’approfondissement des
expressions variées de l’Art Géorgien
Michel van Esbroeck
ARCHITECTURE géorgienne de la période transitoire
(MILIEU VIIe S. - DEUXIÈME MOITIÉ Xe S.)
1. Nous avons appelé «période transitoire», dans l’histoire de l’architecture
géorgienne, l’espace de temps compris entre la deuxième moitié du VIE siècle et
le milieu du Xe siècle. Le début de cette période correspond à un événement des
plus importants pour la destinée du peuple, celui de l’invasion des Arabes qui
établissent pour longtemps leur pouvoir dans le pays, la fin de cette période se
rattache à l’époque où avait déjà pleinement mûri le problème de la réunifica-
tion politique des différentes parties disséminées du pays en un seul Etat, et où
se dessinent nettement, dans l’art, et en premier lieu dans l’architecture, les
contours d’un style nouveau qui s’affirme définitivement à la limite des Xe-XIe
siècles.
Les événements essentiels de la vie politique et culturelle du pays sont les
suivants: malgré les lourdes pertes subies par la Géorgie dans sa lutte
exténuante contre les Arabes, ceux-ci ne réussirent pas à soumettre entièrement
le pays à leur joug, la Géorgie occidentale resta hors de leur domination, et en
Géorgie orientale, ils ne réussirent à se fixer d’une manière stable qu’à Tbilissi,
devenu résidence de l’Emir, et dans quelques régions du Kartli
Avant l’invasion arabe, le territoire de la Géorgie était divisé en deux Etats.
le Kartli, descendant de l’ancienne Ibérie dans sa partie orientale, avec Tbilissi
pour capitale, l’Egrissi, ou Lazique, sur le territoire de l’ancienne Colchide
dans sa partie occidentale, sur le littoral de la mer Noire L’époque qui nous
intéresse — à la limite des VIIIe-IXe siècles — voit se former de nouveaux
groupements étatiques géorgiens: le royaume d’Abkhazie avec sa capitale à
Koutaissi, comprenant toute la Géorgie occidentale, la Kakhétie, occupant les
provinces orientales, le royaume de Tao-Klardjétie, situé dans la région Sud-
Est, la partie septentrionale de la région centrale du pays, le Kartli, bien que le
pouvoir n’y fût pas stable, se trouvait également entre les mains des Géorgiens,
ainsi que d’autres provinces des hautes contrées.
2. Les IXe-Xe siècles, époque de la formation et de la consolidation du
système féodal, sont des périodes créatrices. Les terres, dépeuplées par les
envahisseurs, se repeuplent graduellement, l’économie nationale se rétablit,
de nouvelles villes apparaissent, et d’anciennes se restaurent, des forteresses
s erigent. C’est également l’époque de la fondation d’un grand nombre de
monastères — en Kakhétie et particulièrement dans la région de Tao-
KJardjétie, dévastée par les Arabes — dont le rôle fut exceptionnellement
important pour la renaissance du pays, le développement de la littérature
nationale, le renforcement de la conscience nationale et la propagande de l’idée
d unification des provinces désunies. C’est précisément cette tendance à
1 unification et la lutte pour la création d’un seul Etat national, dictées tant par
es exigences d’un développement économique normal du pays, que par
92
V BhRIDZÉ
l’identité de langue et de culture, et la nécessité vitale de s’unir contre l’ennemi
extérieur, qui marquent ces siècles, malgré les contradictions intérieures
inévitables dans toute société féodale, les péripéties complexes de la lutte pour
le pouvoir et, d’autre part, les rapports non moins complexes avec les Etats
voisins intéressés. C’était, tout d’abord, l’Arménie qui, comme la Géorgie,
avait eu à lutter sans cesse pour son indépendance, et deux grandes puissances
agressives' le Khalifat arabe et l’Empire de Byzance.
La présence des Arabes, en qualité de forces d’occupation étrangères, devait
inévitablement marquer de son empreinte la vie du pays, et ce, non seulement à
cause de la domination arabe qui pesait d’un poids accablant sur le peuple, et
des incessantes expéditions de répression qui ruinaient l’économie du pays — il
s’agissait évidemment encore de deux religions hostiles, de différentes idéolo-
gies, de différentes cultures. Il est d’autant plus remarquable que les Géorgiens
aient su conserver, sous la domination arabe, la religion chrétienne, qui s’était
déjà profondément ancrée dans le peuple, ce qui équivalait, en ce temps, à
sauvegarder son originalité nationale et à conserver sa langue maternelle C’est
pourquoi l’incursion et la domination arabe n’ont pas causé en Géorgie de
déformation aussi importante dans la vie sociale et culturelle du pays que, par
exemple, en Iran, en Egypte ou en Syrie où, avec l’instauration de l’Islam, une
ère nouvelle s’était ouverte dans l’histoire de ces pays Les Arabes ne laissèrent
aucune trace dans l’art géorgien, notamment dans l’architecture — l’évolution
de l’art national suivait sa voie en se développant d’une manière organique La
littérature n’a certes pas manqué de refléter les événements ayant trait au joug
arabe, mais cela s’est manifesté — ce qui est caractéristique — dans la création
d’œuvres de tendances anti-arabes parlant précisément de martyrs de la foi et.
par là-même, propageant activement des idées patriotiques
Il va sans dire que la lutte contre les musulmans-arabes avait stimulé le
rapprochement avec la coréligionnaire Byzance dont la culture acquérait une
influence de plus en plus grande dans le monde oriental chrétien Le royaume
de Tao-Klardjétie avait officiellement reconnu Byzance pour son suzerain
Mais un danger menaçait la Géorgie, de ce côté-là aussi: sans parler des
prétentions politiques de Byzance, et de la pression qu’elle avait exercé sur les
Etats géorgiens au cours de leur fondation aux IXe-Xe siècles et au moment de
leur lutte pour l’unification, le danger consistait encore en ce que Byzance
tendait à une pleine hégémonie dans les domaines religieux, théologique et
scientifique du monde chrétien oriental tout entier. La Géorgie ne pouvait s’y
plier. Tout en portant un grand et profond intérêt à la science byzantine, et en
l’assimilant avec persévérance, les hommes d’Église et les savants géorgiens
menaient une lutte idéologique assidue pour la reconnaissance de
l’indépendance géorgienne non seulement politique, mais idéologique et cultu-
relle, en faisant ressortir les thèses sur l’égalité en droits de l’Église chrétienne
géorgienne, sur sa propre illuminatrice, Ste Nino, et sur l’égalité en droits de la
langue géorgienne. C’est encore la période d’un impétueux épanouissement de
1 hagiographie qui servait, en définitive, aux-mêmes buts.
En parlant des rapports avec Byzance, il faut noter que. a) malgré sa
dépendance vassale, le royaume de Tao-Klardjétie adoptait fréquemment une
politique indépendante, ne répondant pas aux intérêts de l’Empire, et des
ARCHITECTURE GÉORGIENNE DE LA PÉRIODE TRANSITOIRE
93
conflits militaires les mettaient quelquefois aux prises, b) l’iconoclasme qui
avait pendant longtemps ébranlé Byzance et avait laissé son empreinte sur le
développement de son art, était resté inconnu en Géorgie
3. En jugeant d’une manière rétrospective la Période transitoire, et en
déterminant la place qu’elle occupe dans l’histoire du pays, on peut affirmer
sans exagérer que son importance dans le développement culturel de la Géorgie
est très grande. C’est précisément alors que furent jetées les bases de la
«Grande époque», du «Siècle d’or» de la Géorgie médiévale, aussi bien dans le
domaine de la littérature, que dans celui des sciences et de l’art II nous est
impossible de parler ici, même en passant, des remarquables œuvres littéraires
______ originaux et traductions — qui furent créées à cette époque dans les
monastères géorgiens, tant en Géorgie-même qu’au-delà de ses frontières — en
Syrie, en Palestine et dans les Balkans, des nombreuses œuvres en repoussé, des
enluminures de livres manuscrits, des miniatures et des modèles premiers de la
peinture monumentale C’était une période de grande intensité créatrice dans la
vie artistique du pays. Nous sommes en droit d’en dire autant de l’architecture
l’examen et l’étude minutieuse des monuments de la Période transitoire nous
permettent d’affirmer que l’opinion qui se rencontre dans la littérature
spécialisée, surtout en Occident, et selon laquelle cette époque aurait été celle
d’un silence monumental, ne correspond pas à la réalité. Il ne faudrait pas
oublier, non plus, que seule une partie des monuments créés à l’époque est
parvenue jusqu’à nous
4. Qu’y avait-il avant cette période, et par quoi avait-elle été suivie,
autrement dit quels phénomènes de la vie artistique relie-t-elle entre eux, et
entre quoi constitue-t-elle une transition7
L’étape qui la précède, c.-à-d. la première période de l’architecture médiévale
géorgienne qui se situe entre l’époque de la christianisation, dans la Ie moitié du
IV' siècle, et l’invasion arabe, pourrait être appelée «classique», précisément
compte tenu des particularités du style qui, vers la fin du VIe et le début du VIIe
siècles, avait atteint sa pleine maturité. C’est l’époque d’une architecture
austère, équilibrée, sobre, quant à son décor architectural, d’une architecture
«pur sang», si je puis m’exprimer ainsi, et dont les monuments caractéristiques
sont: l’église de Djvari, à Mtskhéta, et les églises de «type Djvari», les églises de
Tsromi, de Bana et de Samtsévrissi, et parmi de plus anciennes • les basiliques
de Bolnissi, d’Antchiskhati, d’Ourbnissi, et bien d’autres.
La période qui suit la Période transitoire est celle d’une architecture du
Moyen Age développé que l’on peut considérer comme le second épanouisse-
ment de l’architecture géorgienne médiévale Elle dura jusqu’à la fin du XIIIe
siècle. Ce fut l’époque d’un essor national qui aboutit à la création d’un
puissant Etat national unifié, l’époque d’une intense édification culturelle et
celle de très grandes réalisations dans le domaine de la littérature, des sciences
« de toutes les branches artistiques. Dans l’architecture, ce fut la période des
tendances pittoresques prononcées qui se font sentir dans une nouvelle
conception des tâches compositionnelles très différente de l’ancienne et une
nouvelle conception de la formation du système purement décoratif, de
arrangement des façades et dans la richesse de leur décor sculpté. Les volumes
augmentent — la plupart des plus grandes cathédrales géorgiennes ont été
94
V BERIDZÉ
édifiées ou restaurées dans la IIe moitié du Xe et au XIe siècles, les proportions
changent, l’intérieur des églises était entièrement recouvert de peintures Les
monuments de cette époque sont tous très connus, depuis la cathédrale d’Ochki
et l’église du roi Bagrat à Koutaïssi jusqu’à Pitaréti, Kvatakhévi, et autres
C’est entre ces deux périodes de grand épanouissement que se situe la période
transitoire qui nous intéresse
5. Quelles conclusions pouvons-nous tirer des monuments de cette époque,
parvenus jusqu’à nous?
a) Ce qui présente tout d’abord une importance capitale, c’est qu’entre les
VIIIe et IXe et au Xe siècles, non seulement le Kartli, la Kakhétie, la Tao-
Klardjétie et les basses régions du royaume d’Abkhazie, autrement dit, les plus
développées et les plus progressistes, mais encore les régions des hautes
contrées, comme la Svanétie et le Khévi, dissimulés dans des gorges de la
chaîne du Caucase, les régions en amont de la Ksani, de l’Aragvi, et autres, se
rallient et prennept activement part à l’édification nationale «chrétienne», c.-à-
d la construction d’églises, manifestant, d’ailleurs, des traits communs dans les
constructions des diverses régions On constate même que des traces de
contacts avec la culture géorgienne se retrouvent dans certains monuments du
Caucase septentrional, comme, par exemple, l’église de Tkoha-Erdy en
Ingouchétie
Une telle «géographie» des monuments est peut-être l’indice le plus mar-
quant de l’unité organique qui unissait les provinces historiques géorgiennes
entre elles, encore avant leur unification politique — car les documents écrits de
cette époque, et d’autant plus la production littéraire, ne se rattachent qu’à
quelques provinces, alors que les autres — tout au moins jusqu’à maintenant
— restent «muettes» Ainsi donc, l’importance des monuments d’architecture
de la Période transitoire dépasse les limites de l’histoire de l’art, proprement
dite.
B) Du point de vue thèmes, on n’observe aucun changement avec l’époque
précédente. Les églises restent, comme avant, l’indice le plus marquant de
l’évolution stylistique. Les autres thèmes architecturaux sont également hérités
de l’époque précédente. Mais si, auparavant, nous ne pouvions juger de ces
thèmes — palais de seigneur féodaux, ensemble monastiques, certaines maisons
d’habitation paysannes, constructions rupestres, éléments des intérieurs
d’église aussi spécifiques que les chancels — que d’après des documents écrits,
par analogies et par hypothèses, nous avons maintenant des témoignages
matériels qui se sont réellement conservés (mal, mais néammoins conservés). —
des monuments ou, tout au moins, leurs fragments. Quant à l’architecture des
villes et de la masse des maisons d’habitation, nous n’en avons, comme par
le passé, que des renseignements vagues et médiocres
C) En ce qui concerne le développement du style, ce qui nous apparaît
comme primordial et essentiel, c’est précisément le caractère transitoire de
l’architecture de cette époque La «transitivité» se fait sentir autant dans la
typologie des monuments religieux, dans les expériences thématiques, pourrait-
on dire, qu’encore — fait particulièrement important — dans l’incarnation
artistique et les particularités esthétiques des édifices.
C’est une époque de recherches créatrices. Ce qui attire tout d’abord
l’attention, c’est le grand nombre de types utilisés, leur caractère bariolé A
ARCHITECTURE GÉORGIENNEDE LA PÉRIODE TRANSI LOIRE
95
aucune échelle du développement de l'architecture géorgienne nous
n’observons une telle variété d’édifices de culte. On y voit
a) Types connus d’édifices à coupole et sans coupole qui s'étaient formés
pendant l'époque précédente — chapelles à nef unique, habituellement avec
abside d’autel demi-circulaire II y en a beaucoup en Tao-Klardjétie et en
Kartli; en Svanétie, c’est la seule espèce d'édifices de culte de toutes les
époques, dans les régions géorgiennes de hautes contrées (et non seulement là)
le type répandu est celui des églises à abside rectangulaire, mais à conque fixée
sur des trompes. Les églises à nef unique se conserveront dans l’architecture
géorgienne tout au long du Moyen Age
— Basilique à trois nefs répandues sur tout le territoire de la Géorgie les
églises d'Alvani (VIIIe-IXe s ), de Zédazéni (VIIIe s ), à'Akoura (855) en
Kakhétie, de Sioni et d’Akhaltsikhé (IXe-Xe s ), dans la province de hautes
contrées de Khévi, de Kvahiskhévi (VIIT‘-IXe ss ) et à'Ourta (Xe s ) en Tao-
Klardjétie, et autres L’existence des basiliques prend fin vers la fin de la
Période transitoire et à la limite du siècle suivant
— Basiliques à trois églises, type spécifique qui s’était formé en Géorgie aux
Ve-VIe siècles et qui s’est maintenu, lui aussi jusqu’aux Xe-XIe ss , Ambara, en
Abkhazie (VIIe-VIIIe ss ), Nédzvi en Samtskhé (IXe s.), Eredvi (906) en Kartli,
et bien d’autres, dont quelques unes ont des déviations individuelles que je n’ai
pas la possibilité d'aborder ici.
— Echos du «type Djvari», ou d’un tétraconque à coupole, avec des pièces
aux angles communiquant avec l’espace sous la coupole par des niches
disposées en diagonales C’est un type qui s’était formé parallèlement en
Géorgie et en Arménie (en Arménie le type Avan-Ripsimé) que nous avons
mentionné plus haut : il avait déjà atteint sa pleine maturité artistique à la limite
des VIe-VIIe siècles, et nous ne pouvons parler là que d’échos et non
d’évolution créatrice En tant qu’exemple, citons l’église de Tchamkhoussi, en
Tao-Klardjétie, construite, au plus tard, au IXe s et très mal conservée II existe
encore une variété de ce thème — les pièces des angles sont rejetées, mais les
niches qui les unissent au carré sous la coupole sont conservées. interprétation
nettement décorative Le modèle le plus ancien — VIIe s — est la petite église à
coupole de Dzvéli Chouamta - maintenant, à un autre échelon stylistique, déjà à
la limite de l’époque suivante, nous en avons la réplique du Xe s à Kvétéra
— Eglises à coupole du type «croix libre» ' petite église à Aténi, VIIIe-IXe ss ,
qui, comme dans les modèles connus de la période précédente (Samtsévrissi,
Chio-Mgvimé, et autres), n’a qu’une seule abside (d’autel) et trois bras
rectangulaires, mais à l’extérieur, tous les quatre bras sont de forme
rectangulaire.
- Et enfin, les églises du type «croix inscrite», qui prennent naissance avec
la remarquable église de Tsromi Nous reviendrons à ce thème un peu plus loin.
b) Types inconnus à l'époque précédente, variantes de types connus, composi-
tions «mixtes», constructions uniques en leur genre, n’ayant pas de parallèles et
restés sans suite:
variantes du triconque, thème dont les modèles plus anciens, autrement
dit, remontant à l’époque des IVe-VIIe siècles, nous sont inconnus, tout au
ntoins jusqu’à maintenant Ils étaient édifiés en Kakhétie (Kvélatsminda à
atchnadziani), en Kartli ( Télovanï) et surtout en Tao-Klardjétie (églises de
96
V BER1DZF
petites dimensions. Dort-Kilissa, Issi, Oriouli, Bakhtchalo-Kichla et autres), où
fut édifiée déjà dans la deuxième moitié du Xe siècle, la première église
monumentale du type triconque — la cathédrale d'Ochki
— variantes du têtraconque. simple quadrilobe où toutes les quatre absides
ont, à l’extérieur, une forme rectangulaire, un même quadrilobe, avec
l’annexion d'une ou deux pièces, têtraconque où les absides sont «rajoutées» à
la partie centrale de chacun des côtés du carré, et la coupole repose sur quatre
piliers libres (exemple unique — l’église de Bobisghéri en Tao-Klardjétie)
— Églises à si\ absides qui ne subsistent que peu de temps au Xe s
seulement, et ne se rencontrent plus en Géorgie après le début du XIe siècle
Kiaglis-Altt, Goguiouta, Oltisai, en Tao-Klardjétie, Botchorma, en Kakhétie.
Katskhi, en Géorgie occidentale
— Église à huit bras disposés en rayons — Taoskari, en Tao-Klardjétie
— Basilique à deux coupoles — église à deux coupoles, unique en Géorgie -
Kvélatsminda à Gourdjaani, VIIIe siècle
— Église du type Kuppelhalle — il y en a, en général, peu en Géorgie, et a
l’époque qui nous occupe on n'en trouve que deux ou trois modèles — en
Kakhétie et en Tao-Klardjétie (Solomon-Kala, Parnaki)
— Églises qu’on ne peut rattacher à aucun type répandu, pour ainsi dire
«formulé», par exemple. Tsirkoli (VIIIe s ), Armazi (864), en Kartli, dans les
gorges de la Ksani, où, à part d’autres particularités, la coupole est dissimulée,
à l’extérieur, sous un toit à deux pentes, l’église à coupole du monastère de
Nékressi où le plan est formé d’un simple carré sous la coupole, avec une seule
abside et un collatéral, église de plan cruciforme sans coupole — Sabatsminda.
dans le village de Khéiti; église semi-rupestre d’une espèce toute individuelle, à
Biéti, nombre d’églises rupestres à David-Garedja, à Samsari, et autres
Cependant, des restrictions s’imposent, la classification par types est, dans
bien des cas, conventionnelle,certaines constructions pouvant se rattacher à la
fois à un type et à un autre Ainsi, par exemple, nous voyons des églises
du type» «croix libre» sous l’aspect d’un triconque, d’un têtraconque et a
abside unique, nous voyons des églises cruciformes avec seulement deux
«angles remplis» — nous les avons conventionnellement appelées du type
«croix semi-libre» — parmi celles-ci on trouve aussi bien des triconques et des
tétraconques (Issi, Moukhladjighilissi, Kinépassi, et autres, en Tao-Klardjétie.
Télovani, en Kartli, et de nombreuses autres plus tardives).
— Et enfin, un monument tel que l’église de Kvélatsminda, près de
Vatchnadziani, du IXe siècle, fixe, en quelque sorte, en soi les recherches et les
expériences dans le domaine du plan et de l’espace d’une part on y observe
nettement des liens génétiques avec le thème ancien de la basilique à trois
églises (l’église centrale au collatéral annulaire) et, d’autre part, nous avons la
une composition typique bien formée d’un «Kuppelhalle» et, enfin, on y voit le
motif, trois fois répété du triconque — dans la partie Est de la salle du milieu et
dans les locaux latéraux Est
6 Mais, malgré tout, dans ce mélange kaléidoscopique de types, produisant
même, à première vue, l’impression d'une certaine discordance, on réussit a
dégager et à suivre la tendance essentielle et la ligne générale du développe-
ment: c’est l’élaboration et la formation d’un nouveau type, pourrait-on dire,
national, d’église cruciforme à coupole Cela se réalise grâce à un rejet de tout
ARCHITECTURE GÉORGIENNE DE LA PÉRIODE TRANSITOIRE
97
«superflu» estimé comme incompatible avec le développement ultérieur Les
résultats définitifs d’une semblable sélection seront obtenus et fixés dès le début
de l’époque suivante.
La solution définitive de ces recherches constructives est une église en axe
allongé Est-Ouest, avec les masses constituant dans l’espace la forme d’une
croix, avec deux bras longs (Est et Ouest) et deux bras plus courts, à leur
intersection — un tambour polyèdre haut, recouvert d’une toiture pyramidale,
soutenant une seule coupole; les entre-bras sont plus bas avec des toitures à une
Dente. Mais avant que la formule définitive n'eût été élaborée, on voit
apparaître différentes variantes dont il sera reparlé plus loin La période
transitoire présente de l’intérêt du fait qu’elle nous permet de suivre l’évo-
lution de l’art géorgien, d’en voir les chaînons, en tenant compte du fait que
cette évolution était loin d’être rectiligne, si l’on peut dire «monoligne»
Le premier monument, comme nous l’avons déjà noté plus haut, est l’église
de Tsromi du premier tiers du VIIe siècle qui se présente sous l’aspect déjà bien
formé du type «croix inscrite». Il nous faut spécifier là qu’avec les monuments
analogues d’Arménie, Tsromi est l’un des plus anciens spécimens de ce type
Ensuite viennent: la cathédrale de Samchvildé, en Kartli (VIIIe s.) dont le
thème est déjà plus complexe, par suite de galeries latérales, constituant dans les
masses extérieures comme des nefs supplémentaires; le plan initial du Métékhi
de Tbilissi et l’église du monastère d'Ikalto, en Kakhétie, à quatre piliers, elle
aussi. Il en existe beaucoup de modèles en Tao-Klardjétie • d’une part, nous
voyons un plan cruciforme, avec la coupole s’appuyant sur les murs (Opiza,
Doliskana), d’autre part, un plan à deux piliers (Khandzta, un peu plus tard,
mais toujours au Xe s. — Valé et Khakhouli), des plans à quatre piliers
soutenant la coupole (Vatchédzori), le même en Abkhazie — Mokvi (4 piliers
+ des piliers supplémentaires du côté Ouest), Likhny, Anakopia, Bzyh (à 4
piliers), Bitchvinta (Pitsounda — deux piliers sous la coupole). On observe une
hésitation entre les bras Ouest à nef unique (Opiza, Ichkham) et à trois nefs
(Khandzta, Khakhouli, Mokvi), on trouve encore d’autres variétés importantes
sous forme de bras latéraux saillants prêtant au plan un aspect cruciforme
(Opiza, et par la suite — Khakhouli, Ichkhani, Ochki) et sous forme d’un simple
rectangle où la croix est réellement «inscrite» (Khandzta. Doliskana, en Tao-
Klardjétie, Ikalto, Bartsana, Ozaani, monuments d’Abkhazie). Il faut noter, en
particulier, dans le tableau général de l’évolution, le thème du triconque,
mentionné plus haut.
Nous pouvons suivre ainsi la ligne générale de la formation de ce thème,
résultant, en quelque sorte, d’une «sélection», d’une étude de différentes
possibilités. La formule définitive — d’une église cruciforme à coupole à deux
piliers libres — simple, laconique, devenue stéréotype, est légalisée au XIe siècle
(Samtavro, Samtavissi); il est toutefois important de noter qu’elle apparaissait
encore bien avant, précisément pendant la période de recherches dont nous
venons de parler (Bartsana, Ozaani, Khandzta, Bitchvinta, Valé, et autres). Pour
Yp^er encore une fois où nous en étions à la deuxième moitié du Xe et aux
-XIIe ss., je vais vous présenter quelques-uns des spécimens les plus
importants (Ochki, église du roi Bagrat, à Koutaissi, Alaverdi, Svéti-Tskhovéli, à
iskheta, Samtavro, Samtavissi, Ghélati, Pitaréti, Kvatakhévi, et autres)
98
V BERIDZÉ
7. Une comparaison s’impose tout naturellement avec les monuments des
autres pays et, tout d’abord, avec ceux d’Arménie et de Byzance, les plus liées à
la Géorgie
Comme à l’époque précédente la parenté thématique la plus proche
s’observe avec l’Arménie. Mais là, beaucoup plus qu’en Géorgie, le rôle
prédominant est assigné aux édifices à coupole, quant à la construction des
basiliques, elle est, pratiquement, nulle. Dans l’architecture à coupole, tout
comme en Géorgie, on observe de grandes variétés • on y édifiait des tétracon-
ques à l’état «pur», et agrémentés de différents éléments; des triconques, types
d’église qui n’apparaissent en Géorgie qu’à cette époque, la construction
d’églises à six absides a continué en Arménie pendant beaucoup plus longtemps
— elles ont dû y apparaître avant la Géorgie, on y trouve plus de variétés du
point de vue artistique; on y voit, en plus, des églises à huit absides, inconnues
en Géorgie, on y construisait également des églises de type «croix libre». La
plupart, sinon toutes les constructions citées ci-dessus, ont leurs prototypes à
l’époque ancienne — le respect de la tradition se fait plus fortement sentir en
Arménie qu’en Géorgie
Dans cette grande variété de types, on distingue très nettement, en Arménie
comme en Géorgie, un certain «leitmotiv» du développement — ce sont deux
types essentiels qui resteront pendant longtemps dominants. Et c’est précisé-
ment là que l’on sent qu’à partir de cette époque les voies de l’architecture
géorgienne et arménienne bifurquent et s’éloignent l’une de l’autre: les thèmes
qui, sauf de rares exceptions, deviennent primordiaux pour l’Arménie, ne
trouvent pas de développement, ou restent entièrement inconnus en Géorgie et,
d’autre part, la ligne thématique primordiale de l’architecture religieuse
géorgienne reste également, sauf quelques exceptions, étrangère à l’Arménie
L’un des thèmes arméniens essentiels qui, lui aussi, tire sa source de la période
ancienne est celui du «Kuppelhalle» qui n’apparaît en Géorgie, comme nous
l’avons dit plus haut, qu'à la Période transitoire et qui ne s’est répandu que
partiellement; un autre thème est une église qui s’inscrit à l’extérieur dans un
rectangle quelque peu rallongé, avec quatre pièces aux angles, séparées par des
murs de l’espace central cruciforme et munies de leurs propres absides (comme
par exemple les églises A'Astvatsatsin et d’Aménaprkitch de la Ie moitié et du
milieu du Xe siècle, dans le monastère de Sanahine, et bien d’autres églises
importantes d’époque beaucoup plus tardive), Ce thème reste entièrement
étranger à la Géorgie.
La distinction avec les édifices religieux byzantins est encore plus marquée
Parmi le grand nombre de différentes constructions religieuses édifiées sur le
territoire de l’Empire byzantin, qui comprenait des territoires ayant leurs
propres traditions, on observe également un thème essentiel de recherches —
c’est, derechef, le thème de l’église cruciforme à coupole qui, en se développant,
aboutit au même type de «croix inscrite», mais suivant une voie très différente
de celle de Géorgie, et passant par des étapes également toutes différentes. Le
problème primordial est la création d’un espace central cruciforme Tout
naturellement, le milieu est occupé par un carré, recouvert d’une coupole, et
dont «poussent» sur les côtés les bras de la croix. Mais ce qui est caractéristi-
que c’est qu’aucun des bras, excepté le bras Est (comportant l’autel), n’arrive
ARCHITECTURE GÉORGIENNE DE LA PÉRIODE TRANSITOIRE
99
jusqu’aux murs extérieurs de l’église, étant donné que l'espace central est
entouré, de trois côtés, d’un collatéral, dominé par des tribunes — elles
traversent et emplissent partiellement l'espace des bras transversaux, séparées
de ces derniers et du carré de la coupole par des cloisons à colonnes
(remontant, il se peut, aux cloisons latérales de la salle centrale de l’église Ste
Sophie à Constantinople) Conformément à la corrélation entre les cloisons et
l’espace central, la cruciformité se dessine dans une mesure plus ou moins
grande (dans bien des cas, les bras de la croix ne sont qu’à l’état embryonnaire)
Selon certains auteurs, on peut étudier l’évolution en commençant par l’église
Kasr-ibn-Vardan du VIe s et, en poursuivant par des monuments tels que
l'église de l’Assomptiom à Nicée, celles de Ste Sophie à Salonique, et de St
Nicolas à Myre du VIIIe s., les églises de Constantinople — VIIIe et IXe ss —
de St André à Krissev et de la Vierge Pamakaristos. de St Théodose, l'église de
Dere-Agzy et de St Clément à Ankara, jusqu’au moment où les bras de la
croix arrivent à «se frayer un passage» à travers le collatéral et les tribunes
et atteignant les murs extérieurs, et forment un espace cruciforme «entier»
(Akataleptos et Atik-Mustofa- pachadjami, à Constantinople) On remarquera
sans peine que ce type d’église et son évolution n’ont rien de commun avec
l’évolution des églises à coupole géorgiennes de la Période transitoire Je ne
peux citer que deux monuments géorgiens qui se rapprochent de ceux de
Byzance: Mokvi, dont les bras transversaux ne s’appuient pas non plus contre
les murs extérieurs, mais contre le collatéral annulaire avec ses tribunes, et
Dranda dont le plan se rapproche de celui d’Atik-Mustafa-pachadjami. Tous
les autres monuments, y compris ceux qui se trouvent sur le territoire
d’Abkhazie, dont les contacts avec l’architecture byzantine étaient plus étroits,
sont d’un caractère tout différent. Il ne pourrait en être autrement, d’autant
plus, qu’en fait, en Géorgie (comme en Arménie), le type «croix inscrite» était
déjà parfaitement formé au VIIe s., aussi, dans son développement ultérieur,
n’y avait-il aucune nécessité de faire des recherches en vue de la formation du
type, le développement en était d’ordre strictement artistique et stylistique.
Il est certain que durant cette période également, la distinction entre
l’architecture géorgienne, arménienne et byzantine, comme leurs points com-
muns, ne se limitent nullement à la seule typologie des monuments, mais se
manifestent avec bien plus d’évidence dans l’incarnation artistique réelle — les
proportions, le caractère et les procédés d’utilisation, des matériaux de
construction, le système décoratif de la façade, l’originalité des diverses
ornementations, leur corrélation avec l’architecture, le caractère stylistique
général, l’étape du développement stylistique. Tous ces traits caractéristiques
nous apparaîtront avec plus de plénitude ultérieurement, lorsqu’une nouvelle
ctape de développement de l’architecture se sera formée définitivement dans
tous les trois pays. Cependant, ils sont déjà reconnaissables à l’époque qui nous
'nteresse, puisque le développement de chaque art national étant organique,
chaque degré de l’évolution est indissociable de celui qui le précède et de celui
Qui le suit II m’est impossible de m’arrêter longuement sur des comparaisons, il
aut cependant noter, en ce qui concerne Byzance, à part une toute autre
conception des façades, une distinction très nette dans les proportions les
glises byzantines de cette époque sont, dans leur majorité écrasante, beaucoup
100
V BER1DZF
plus massives que les églises géorgiennes, ce qui se fait, surtout sentir, semble-t-
il, dans les proportions du tambour de la coupole (prenons pour exemple
l’église de l’Assomption à Nicée et n'importe quelle église géorgienne de la
Période transitoire, voire d’une période moins avancée) Mais la distinction
fondamentale réside en ce que les points de départ de l’architecture géorgienne
et byzantine de la Période transitoire sont tout différents: nous avons déjà dit
que l’époque précédente était pour la Géorgie celle d’un style de caractère
classique, et l’étape suivante, précisément celle qui nous intéresse, est marquée
par une déviation du côté d’un style pittoresque Quant à Byzance,
l’architecture des Ve-VIIe siècles se distinguait, précisément, comme on le sait,
par ces traits baroques hérités du monde antique: il est évident que l’évolution
ultérieure du style ne pouvait y être la même qu’en Géorgie
8. Quels sont donc les signes distinctifs de l’incarnation matérielle des
monuments de la Période transitoire9
a) Les monuments des VIIIe-IXe ss. étaient construits, pour la plupart, en
pierres brutes, ou en pierres peu soigneusement taillées, mais qui étaient, il est
vrai, fréquemment posées en rangées régulières (Niakomi, Vetchédzori) Le
revêtement en pierres taillées n’était pas typique (une exception — Samchvildé,
VIIIe s.). Un trait caractéristique est la combinaison d’un matériau plus solide
et mieux travaillé pour certaines parties de l’édifice sciemment mises en relief
(tambour, demi-sphère de la coupole, conques (pas toujours), chambranles de
fenêtres et de portes, pilastres et arcs-doubleaux, parties décorées, inscriptions),
et d’un matériau moins onéreux, d’une qualité inférieure — pour la majeure
partie de l’édifice (Armazi, Tsirkoli, Télovani)
b) Le décor ornemental est le plus souvent absent, ou très sobre et localisé
partiellement. Il est loin des procédés d’entrelacs complexes qui se sont formés
ultérieurement, offrant souvent le reflet de motifs répandus aux Ve-VIIe siècles
Cependant, sur les façades, on trouve, quoique rarement, des figures en relief,
isolées, d’un caractère «préplastique» (il y en avait à Opiza et Pétobani, à
Doliskana, et autres).
c) Jusque là, il n’existait encore pas aux VIIIe-IXe siècles de système de décor
des façades bien formé. L’apparition d’arcs décoratifs formant des renforce-
ments n’est que sporadique (Nékressi, Tsirkoli, Gourdjaani), et, on voit très
rarement des arcs «aposés» sur la façade, autrement dit, plastiques, mais
d’aspect rudimentaire (Télovani).
d) Le tambour de la coupole se rapproche des traditions de l’époque
précédente, il est octaèdre aux faces nettement marquées. Les proportions du
tambour, comparativement à celles des monuments de l’époque ultérieure,
restent encore massives; aux VIII-IXe ss. il se rattache encore au carré par des
trompes (Armazi, Tsirkoli, Kabéni, Gourdjaani, Télovani, petite église dMten/j.
mais on voit déjà apparaître quelques premiers pendentifs (Vatchnadziani)
e) On ne voit encore pas sur la façade est de renfoncements-niches de plan
triangulaire, motif qui s’était constitué à l’époque Djvari-Tsromi, c -à-d à la
limite des VIe-VHe siècles, et qui deviendront plus tard un attribut presque
obligatoire pour toutes les églises à coupole géorgiennes.
Dès les premières décennies du Xe s., étape dernière de la Période transitoire,
on observe un changement radical:
ARCHITECTURE GÉORGIENNE DE LA PÉRIODE TRANSITOIRE
101
._ Le revêtement en pierres de taille reprend ses droits, jusqu’à la moitié du
Xe s., dans bien des cas, on pratique encore l’agencement de pierres de taille
avec des pierres moins bien travaillées’ mais à partir de la deuxième moitié du
siècle — début de la période suivante — les surfaces des façades sont
entièrement revêtues de pierres de taille.
_____ Le Xe siècle est, en quelque sorte, un terme, après lequel commence la
formation graduelle d’un système d’ornementation décorative des façades,
ayant pour base le motif de l’arcature. Les arcs décoratifs s’appuyant sur des
godrons embrassent d’abord le tambour de la coupole pour s’étendre ensuite
sur tout le corps du bâtiment
- Le nombre de sculptures en relief sur les façades, augmente nettement,
l’ornementation sculptée acquiert une importance de plus en plus grande —
mais tout ceci se produit à la limite des deux époques, et se rattache, en fait, à la
période suivante. On peut en dire autant des pendentifs, qui supplantent
définitivement les trompes, et des niches qui, à partir de la deuxième moitié du
Xe siècle, deviennent l’un des éléments essentiels des compositions de façade
9. En parlant de l’aspect artistique des œuvres de la Période transitoire, il
faut noter que, peut-être pas tous, mais un grand nombre de monuments
témoignent, comparativement à l’époque précédente, d’une moins bonne
qualité technique et artistique de l’exécution — cela concerne aussi bien
l’appareillage des murs, des voûtes et des arcs, souvent assez négligé, que le
dessin des profils, et des détails et motifs décoratifs peu nombreux II est
évident que pour l’impression générale, la qualité et le niveau de l’agencement
du matériau de construction n’y jouent pas le dernier rôle En ce sens, à partir
du Xe, et surtout du milieu du Xe siècle, on observe également un tournant — le
niveau de la maîtrise technique et artistique monte graduellement.
Le recul du style «classique» développé de l’époque première se fait sentir,
tant dans la construction compositionnelle et la conception générale, que dans
les particularités. Les plans et, partant, l’espace intérieur des monuments de
l’époque précédente (église du type Djvari, Tsromi, Bana) présentent des
compositions à éléments multiples avec une nette différenciation des parties
indépendantes, avec une salle centrale unique, ayant un espace nettement
limité, déterminé, comme renfermé en soi, perçu simultanément, avec des
formes d’une netteté absolue et comme graphiquement dessinée, l’éclairage y
est uniformément réparti, paisible, sans contrastes, les proportions sont
«solides» et, dans son ensemble, l’édifice laisse précisément une impression de
sérénité, de stabilité, d’équilibre et d’absolue lucidité de l’ensemble et des
particularités. On peut en dire autant de l’intérieur de plan simple du minuscule
Samtsévrissi.
Et voici maintenant les monuments de la Période transitoire '
Gourdjaani, église de Kvélatsminda du VIIIe siècle. Tout d’abord les
corrélations proportionnelles y sont toutes différentes — la nef est étroite,
comme soulevée dans les airs; l’éclairage y est inégal — la distribution de la
lumière sur les murs principaux est irrégulière et les coupoles sont entièrement
p?ns, l’cutbre; le mur Ouest de la nef centrale, l’élément le plus «expressif» de
1 intérieur déterminant son caractère individuel est entièrement sillonné de
•arges baies à arcs disposées en quatre registres, à travers lesquelles s’infiltre
102
V BERIDZÉ
dans la nef centrale un espace supplémentaire, très obscurci, aux contours
confus, avec une seule porte éclairée de l’extérieur, dissimulée par un trumeau
entre les arcs L'impression d’absolue lucidité, de précision et de statisme, fait
place à un état de tension, de contrastes et de complexité spatiale.
On peut en dire autant du majestueux espace intérieur d'un autre remarqua-
ble monument de l’époque, l’église du IXe siècle, non loin de Vatchnadziani.
dont le développement dans le sens vertical est également accentué, et la
perception rendue complexe par ce qu’on pourrait appeler la «multimotivité»,
on y voit une puissante plastique des saillies latérales et un rythme assez
complexe des arcs et des baies de fenêtres latérales de hauteur inégale d’où
paraissent s’infiltrer dans la salle principale les espaces supplémentaires du
collatéral et du premier égage, et des renfoncements rectangulaires latéraux
recouverts de conques sur trompes et, enfin, un motif nouveau — des
pendentifs soutenant la coupole dont les surfaces glissantes témoignent égale-
ment d’une nouvelle conception dans l’arrangement de l’espace Un autre
exemple est l’intérieur de l’église de Tsirkoli, et, pour terminer— la merveilleu-
se miniature où l'architecte donne libre cours à son imagination, comme s’il
voulait créer un admirable jouet — l’église de la forteresse de Kvétéra, du Xe
siècle: à l’intérieur, toute sa carcasse, sans un seul angle droit, qui abonde
d’éléments plastiques, semble modelée plutôt que construite, on a l’impression
d’un mouvement ininterrompu de formes changeant à vue d’œil. C’est là un
monument qui se trouve déjà aux abords de l’époque suivante.
La même corrélation s’observe, tout naturellement, dans les masses extérieu-
res . d’une part, à Djvari, Tsromi, Samtsévrissi, ce sont — la même sensation
d’équilibre, de sérénité, avec la perception des masses principalement frontale,
l’harmonie de l’espace intérieur et des formes extérieures, les larges et
puissantes surfaces du magnifique appareillage des murs en pierres de taille
parfaite, la même précision impeccable des formes nettement différenciées, la
formule de la construction générale d’un laconisme maximal, les «larges»
proportions, le décor sobre et réservé
Aux VIIIe-Xe siècles, les proportions ne changent pas d’un seul coup et
partout, mais l’évolution se fait sentir là très nettement, comme, d’ailleurs, dans
les intérieurs; v. par exemple, les monuments d’Abkhazie, l’église à coupole de
Nékressi, quelques églises à six absides, celles mêmes de Gourdjaani et de
Vatchnadziani et, d’autant plus, les monuments du commencement de la
période suivante — les basiliques A'Otkhta Eklessia et de Parkhali, sans parler
des églises à coupole.
Il arrive fréquemment que les formes extérieures ne correspondent pas à
l’intérieur (à Armazi, à Tsirkoli, et partiellement à Vatchnadziani), parfois ce
sont certains éléments de l’aspect extérieur qui ne correspondent pas entre eux,
autrement dit, on sent l’immaturité de l’époque, en particulier, bien entendu, en
ce qui concerne les monuments d’ordre secondaire
Nous avons parlé plus haut de la progression, déjà à la fin de la Période
transitoire, de tendances décoratives, qui devait aboutir à la formation d’un
système décoratif de façades bien achevé, érigé en formule et, plus tard, à de
nches ornements sculptés. Ces tendances trouvent leur confirmation dans un
motif, n’ayant aucune fonction constructive, tel que la corniche du tambour à
ARCHITECTURE GÉORGIENNE DE LA PÉRIODE IRANSITO1RE
103
plusieurs frontons et, conséquemment, la toiture en forme d’entonnoir (Opiza,
Khandzta, Botchorma, Katskhi, des équivalents en Arménie) Et ces quelques
exemples (Tsromi, Tsiikoli, Opiza, Gourdjaani) montrent la progression gra-
duelle du dynamisme et de la tension dans l’ornement des façades par des arcs
décoratifs.
Pour conclure, revenons à Kvétéra, mais à présent à l’aspect extérieur de
l’église non moins mouvant, comme ondulant, extrêmement pittoresque et d'un
caractère décoratif accentué
Je n’ai abordé là que l’architecture religieuse de la Période transitoire et
certains de ses traits caractéristiques Les palais et les maisons d’habitation
originales de cette époque font l’objet d’un thème spécial
Pour terminer, je voudrais ajouter que
a) Tout en s’écartant, et en rejetant en quelque sorte, l'héritage de l’époque
précédente, l’architecture géorgienne de la Période transitoire lui reste organi-
quement liée, en découle et lui succède sans aucun doute possible.
Par ailleurs, elle est la base sur laquelle se fonde l’architecture de l’époque
suivante — des Xe-XIIIe siècles.
b) Les problèmes et les thèmes de l’architecture géorgienne de cette époque,
ainsi que ceux de l’époque précédente, la rattachent à l’architecture du monde
chrétien oriental dont elle fut une partie organique
c) Cependant, elle continue, maintenant encore, à se développer indépen-
damment, choisissant ses propres voies dans l’élaboration de principes idéolo-
giques et artistiques.
La Période transitoire est l’une des étapes les plus importantes et les plus
intéressantes de l’histoire de l’architecture géorgienne.
V Beridze
OUPLISTSIKHE - LA VILLE RUPESTRE A TEMPLE
Ouplistsikhé, monument unique en son genre de la culture géorgienne, est
situé à 15 kilomètres de la ville de Gori, sur un massif rocheux descendant vers
la rive gauche du Mtkvari. Le monument attire de loin l'attention par son
aspect pittoresque qui donna naissance à de nombreuses légendes mariant,
comme cela est fréquent, la fiction et la réalité Les sources écrites nous ont
conservé de nombreuses données sur ce monument, mais elles ne reflètent que
des épisodes isolés de son histoire. L'éminent historien et géographe géorgien
du XVIIIe siècle, Vakhouchti Bagrationi, donne une caractéristique imagée
d’Ouplistsikhé, précisant que c’était une ville dès avant Tchinguiz-khan (avant
le XIIIe siècle) et qu’à présent «elle est détruite II y a des édifices inhabituels,
taillés dans le rocher, de grandes salles, également taillées dans le rocher, un
grand tunnel atteignant le Mtkvari A l’Ouest il y a un rocher abrupt et, à son
intérieur, des cavernes, également démolies. On s’imagine des guerriers, armés
d’arcs et de lances, des cavaliers se rendant à une expédition militaire Ce lieu,
considéré comme siège de l’oracle, est désigné sous le nom d’Ouplistsikhé»
Ouplistsikhé attire depuis longtemps l’attention des historiens de
l’architecture, des archéologues, des historiens d’art, mais l’étude systématique
du monument n'a débuté qu’en 1957 avec une expédition pluridisciplinaire du
Musée des Beaux-Arts de la Géorgie. Cette expédition procède régulièrement,
chaque année, à des recherches archéologiques assez vastes, menées sur place,
découvrant page après page son histoire complexe et plusieurs fois séculaire
D’autre part il faut mentionner que le Département principal, scientifique et
industriel, chargé de la Protection des monuments, près le Conseil des ministres
de la R S S. de Géorgie, mène parallèlement des travaux visant à consolider et à
conserver les salles rupestres de la ville délaissée.
Aujourd’hui la ville est presque entièrement déblayée, son aspect architectu-
ral est mis en évidence, on a procédé à des fouilles et à des prospections
préalables dans plusieurs endroits attenants au monument et directement liés à
celui-ci
Les matériaux révélés reflètent la vie politique, économique et culturelle non
seulement de cette importante région historique de la Géorgie Orientale, mais
aussi de l’ensemble du pays, à commencer par l’époque ancienne de l’âge de
bronze jusqu’au bas Moyen Age. Ces mêmes matériaux révèlent l’existence de
OUPLISTSIKHE - LA VILLE RUPESTRE A TEMPLE
105
liens de - l’ancienne population d’Ouplistsikhé avec l’Ourartou, l’Iran,
l'Arménie, l’Asie Mineure et le monde gréco-romain
La partie principale des matériaux a été étudiée par l’académicien Ch.
Amiranachvili, le professeur D. Khakhoutaichvili, l’architecte T Karoumidzé
et d’autres savants dont les travaux contiennent des conclusions intéressantes
concernant les aspects les plus importants de l’histoire du monument
C’est de la manière suivante qu’on peut se représenter les débuts de l’histoire
d’Ouplistsikhé: sans doute le rocher — symbole de la puissance et de la
pérennité — a-t-il attiré dans ces lieux le premier homme qui, ayant attribué à
un ou à plusieurs rochers une signification magique et y ayant logé ses dieux, se
rendait là pour les vénérer. D’après les données archéologiques ceci a eu lieu à
la fin du IIe millénaire avant notre ère Jusqu’à présent on n’a guère découvert
de cavernes artificielles remontant à cette époque ou aux quelques siècles
suivants. Elles ont sans doute apparu plus tard. En tout cas, il est hors de doute
que vers le milieu du Ier millénaire avant notre ère ces cavernes étaient déjà
assez nombreuses.
Les sources manuscrites mentionnent Ouplistsikhé parmi les villes anciennes
les plus importantes de la Géorgie Orientale dont l’existence est largement
antérieure à la formation définitive, au commencement du IIIe siècle avant
notre ère, du royaume uni du Kartli (de l’Ibérie). Mais ce n’est qu’à l’époque
hellénistique que la ville constitua une entité architecturale C’est aussi de cette
époque que datent ses constructions principales dont il sera question plus bas.
Nous disposons de données disant qu’au Ier siècle avant notre ère on a
procédé dans ces lieux à d’importants travaux de restauration A l’époque de la
basse Antiquité on continuait à construire dans la ville.
L’importance d’Ouplistsikhé tombe soudain après la promulgation du
christianisme religion d’Etat (les années 30 du IVe siècle), ce qui paraît naturel à
la lumière de certaines circonstances liées à sa destination fonctionnelle
antérieure. Par la suite, à l’époque du Moyen Age, Ouplistsikhé se ranime à
nouveau et, à titre de ville forte, continue de jouer un rôle assez substantiel dans
l’histoire du pays. Ainsi, au Xe siècle, lorsque Tbilissi se trouvait entre les mains
des Arabes, Ouplistsikhé était, de fait, le centre du Kartli
A l’époque du bas Moyen Age la ville étend sensiblement ses frontières
(atteignant dans ses limites nouvelles 9,5 hectares). On observe une grande
concentration de la population civile et des armées, ce qui a laissé son
empreinte sous forme de constructions nouvelles et d’une quantité importante
d annexes destinées à l’économie. A l’époque où les Mongols envahissent la
Géorgie (le milieu du XIIIe siècle) la vie s’éteint graduellement dans la ville.
Grâce à la citation ci-dessus de l’œuvre de Vakhouchti Bagrationi, nous avons
déjà pris connaissance de la dernière page de l’histoire d’Ouplistsikhé Au
106
T SAN1K1DZÉ
XVIIIe siècle la ville est détruite et les constructions qui survivent à la
démolition sont utilisées par les habitants des villages voisins comme abri
temporaire lors des attaques ennemies
Naturellement, au cours d’une période de temps aussi longue chaque
génération d’habitants d’Ouplistsikhé modifiait quelque chose sur place,
ajoutait des locaux ou les appropriait à ses besoins. C’est pourquoi il faudrait
procéder à un tri minutieux des matériaux réunis, afin de se représenter plus ou
moins nettement l’aspect de la ville à telle ou telle autre étape de son histoire
Dans la présente communication nous ne nous intéressons qu’à la période
principale de la construction de la ville, vu que la majeure partie des matériaux
nouveaux mis en évidence par notre expédition au cours des dernières années,
se rattache précisément à cette période
Ainsi donc, quel est l’Ouplistsikhé hellénistique ou, d'une manière plus
générale, de l’époque de la basse Antiquité, vu aujourd’hui, à la lumière de
récentes fouilles archéologiques et de déblayages effectués? Heureusement
Ouplistsikhé a conservé toutes ses composantes, caractéristiques pour les villes
anciennes. La ville possède un plan net et une structure, ce qui fait penser qu’au
commencement il y a eu des principes préétablis de construction, élaborés
concrètement pour cette localité et réalisés, quant à leurs données principales,
au cours d’un laps de temps relativement réduit
Le grand nombre d’édifices, les formes architecturales d’apparat, la réalisa-
tion grandiose de l’ensemble taillé dans un massif rocheux et, enfin, la
dénomination même de «Forteresse du Seigneur» («Oupali» désignant le
seigneur et «tsikhé» la forteresse) attestent l’importance à l’échelon de l’Etat
que revêtait Ouplistsikhé (T. Karoumidzé).
La ville, située sur un versant rocheux, était bien fortifiée des côtés Sud et
Ouest où le rocher est presque vertical et, partant, inabordable. Du Nord et de
l’Est elle est entourée d’un ravin naturel, mais élargi et approfondi artificielle-
ment. Le long du ravin, du côté de la ville, jadis il y avait un mur fortifié d’une
largeur de quelques mètres auquel étaient incorporées des tours à plusieurs
étages, recouvertes de tuiles (Le mur et les tours ont été fortement
endommagés).
Les entrées de la ville sont situées dans sa partie Sud. Parmi celles-ci l’entrée
principale, qui se présente sous forme d’un pandus large et assez abrupt, au-
delà du ravin, hors de la ville rejoint une magnifique route rocheuse se dirigeant
vers l’Est Du côté opposé, de l’Ouest, une route longue (de 60 mètres), étroite
(1,5 m ) et entamant profondément le rocher (formant la petite porte) monte
vers la ville Par ailleurs, la ville possède une autre entrée secrète, soigneusement
dissimulée et prenant forme d’un tunnel, donnant sur la rive du Mtkvari
Toutes ces entrées rejoignent la rue principale, traversant le centre du rocher et
OUPLISTSIKHE - LA VILLE RUPESTRE A TEMPLE
107
constituant, dans le plan et l'espace, l’axe de la ville Les édifices sont disposés
dans les rues latérales, partant de la principale, et sont principalement orientés
de l’Est au Sud
Partant de la densité des constructions, de leur importance architecturale et
fonctionnelle, on peut dégager trois parties principales de la ville, située sur le
versant de la montagne du Sud au Nord
La partie centrale occupe un territoire beaucoup plus important que les deux
autres, situées au Sud et au Nord et qui, de ce fait, constituent des banlieues de
la ville. La partie Sud est même délimitée par un ravin pas très profond Une
telle répartition de la ville correspondait sans doute à un certain «statut»
conditionné par sa particularité fonctionnelle Les constructions les plus
importantes sont situées dans la partie centrale. Elles sont de grandes
dimensions, se distinguent par la netteté du plan géométrique et des formes
architecturales, par leur traitement hautement artistique Le rocher (le grès
étant le matériau se prêtant le mieux au traitement) est travaillé avec des outils
de fer et est soigneusement poli. (Les locaux médiévaux sont traités d’une
manière beaucoup plus grossière et portent les traces de l’instrument de
travail)
Les constructions s’échelonnent en terrasses sur le rocher, ce qui constitue un
principe caractéristique de la planification des villes de la Géorgie Orientale à
l’époque antique. Devant chacune de ces constructions la rue ou la place est
nivelée d’une manière artificielle. Toutes les salles de la période antique sont à
un étage unique Sans doute les bâtisseurs savaient bien que des constructions à
plusieurs étages sont inadmissibles dans le grès (les constructeurs du Moyen
Age ont enfreint ce principe) La plupart des édifices constituent un complexe
architectural au plan régulier ayant comme base un thème architectural unique
dont la solution est dans chaque cas particulière Le noyau de la composition
du complexe est constitué par un portique voûté et rectangulaire, découvert sur
toute sa largeur et hauteur, réunissant les salles relativement réduites qui lui
sont architecturalement subordonnées Devant le portique se trouve un petit
terrain en forme d’une cour découverte constituant une partie organique du
complexe
L attention est plus spécialement attirée par le fait que les édifices rupestres
sont taillés grâce à l’utilisation de procédés ordinaires de construction sur terre
C est pourquoi les édifices en question possèdent non seulement des intérieurs,
niais encore, souvent, des façades dont la solution architecturale est dans
P us,leurs cas réfléchie à l’avance. Ce phénomène, unique en soi dans l’histoire
e 1 architecture, revêt en Géorgie une importance particulière vu qu’aucune
construction de l’époque antique ne s’y est conservée dans sa forme primitive
Qu elles sont toutes détruites 11 faut mentionner ici même que dans le
108
T SANIKIDZÉ
système de l’ornement des salles rupestres on trouve, entre autres, un décor
caractéristique pour l’architecture de pierre (caissons de forme variée, chapi-
teaux, pilastres), de même que l’imitation de divers éléments de constructions
en bois («poutres» plates et semi-circulaires au plafond).
A part les salles rupestres, Ouplistsikhé nous a conservé des vestiges de
constructions érigées avec des procédés ordinaires Parmi celles-ci on peut
mentionner une puissante tour de guet rectangulaire près de l’entrée principale
de la ville et dont la partie inférieure est constituée de blocs calcaires
soigneusement taillés. Le maçonnage est sec, comme cela se pratiquait à
l’époque antique Les blocs sont reliés entre eux grâce aux coins métalliques en
forme de queue d’aronde introduits dans le maçonnage, ce qui est également
caractéristique pour l'art de la construction de l’époque mentionnée La partie
supérieure de la tour est bâtie en briques crues et s’est écroulée actuellement au
fond d’un ravin
C’est l’aboutissement d’un ravin naturel profond et long (de 80 mètres
environ), orienté vers le NSO (avec une sinuosité au milieu) et coupant la ville
intérieure en deux parties inégales. Le ravin était entièrement empli de terre
dont l’expédition a commencé l’extraction dès 1965 (à l’aide d’un téléférique
spécial on a pu retirer près de 20 000 m3 de terre) On a découvert sur place des
couches de plusieurs cultures et des matériaux archéologiques allant de
l’époque de la haute Antiquité au bas Moyen Age. Des vestiges de nombreuses
constructions se sont conservés à des niveaux différents Tout à fait en haut se
trouvait une salle immense (20 x 15 m.), taillée dans le rocher, mais faite avec
un matériau différent. Sur le plancher en terre glaise on a découvert des
fragments de céramique remontant essentiellement au haut Moyen Age et, en
partie, à l’époque de la basse Antiquité.
Plus bas que ce niveau, le long du mur rocheux du ravin se dirige un fosse
d’écoulement qui ne constitue qu’une des branches de tout un système de
canaux analogues recouvrant l’ensemble de la ville.
En 1977-78 on a découvert dans le ravin, à une profondeur de 10 mètres, un
trésor d’une importance exceptionnelle. Sous une couche épaisse de charbon et
de sable mélangés (traces d’un incendie) on y a découvert des objets en or, en
argent, en bronze, en fer, en céramique, en os etc. La plupart de ces objets
étaient sans doute enfermés dans un coffre en bois aux pieds de bronze en
forme de sabots de bœuf Le coffre était enterré et c’est pourquoi il a brûle
lentement lors de l’incendie tout en conservant son contenu A côté du trésor
on a trouvé des restes de quatre grandes jantes en fer de roues en bois, aux
diamètres différents (exactement 170 cm; approximativement 130, 47, 39 cm )
Les deux premières jantes ont été forgées dans du métal massif et ornées de
grosses boules ou pointes, introduites chacune séparément à travers la jante
OUPLISTSIKHE - LA VILLE RUPESTRE A TEMPLE
109
dans le bois et cernant les roues d’un «collier» dense A en juger d’après le
nombre de trous faits par les clous sur une surface donnée de la grande roue, on
peut supposer que la roue était ornée de 96 boules semblables. Les deux petites
jantes répètent la structure des grandes, mais sont faites en fer fin et sont
ornées, à défaut de boules, de clous à tête plate pentaèdre Tous ces vestiges
sont fort endommagés
Les chefs de différentes expéditions (dont moi-même) ont émis l'hypothèse,
rendue publique aussitôt après les deux campagnes archéologiques ci-dessus
mentionnées, selon laquelle on a découvert les vestiges d’un atelier d’orfèvrerie
à destination multiple qui aurait subitement brûlé. Mais après examen plus
minutieux de la matière il convient sans doute de poser la question sous un
angle différent. C’est que la plupart d’objets découverts n’ont aucun rapport à
ce domaine de l’artisanat Parmi ceux-ci il n’y a point d’instruments appro-
priés d’orfèvrerie, on constate quasi l’absence de demi-produits, tandis que
tout le contenu du cofiie en bois — des trousseaux de clochettes de bronze
et d’os d’animaux, une boule hochet en céramique parsemée de petits trous,
des récipients en miniature, des représentations de femmes etc ne sauraient
constituer que des objets de rite Le coffre était recouvert d’un tissu épais
(dont un lambeau s’est conservé), parsemé de broderie d’or (colliers de
verroterie, rosettes, deux représentations massives de lotus à ornement
granuleux, l’arbre de vie etc ), dont une partie a un sens symbolique
et indique, en même temps, l’importance particulière du contenu du coffre
On remarque l’effigie d’un oiseau à rayures (dont la tête ne s’est pas
conservée) qui détient une place particulière au sein du système com-
plexe de symboles du soleil, de même qu’une petite sculpture en terre cuite
(11 x 10 cm.) d’une femme à demi couchée avec des traces de dorure. Selon ses
données de style, la sculpture appartient au cercle largement répandu dans le
monde hellénistique de monuments et trouve les analogies les plus proches
dans la production des ateliers de Tanagradu IIIe siècle avant notre ère. Il est
hors de doute que cette sculpture est importée, de même que de nombreux
autres objets découverts dans la ville rupestre et dans ses environs. Sans doute
la sculpture a-t-elle été perçue sur place comme représentation de la divinité
suprême identifiée, à son tour, au soleil (il est intéressant de rappeler que les
auteurs antiques, en caractérisant la religion des tribus caucasiennes, donnent
aux dieux locaux des noms gréco-romains). Les habitants d’Ouplistsikhé ont
hérité de ce culte du village voisin de Katlanikhévi où jusqu'au premier quart du
1er millénaire avant notre ère il y avait un sanctuaire de la divinité suprême du
panthéon astral des tribus géorgiennes — de la Grande Mère Nana (Mzékali,
Barbalé) et où une sculpture la représentant s’est conservée sous les décombres
d une église. Cette sculpture témoigne d’un degré assez développé du culte du
soleil (D. Khakhoutaïchvili)
110
T SAN1KIDZÉ
Pour l'instant les jantes en fer des roues de bois demeurent sans analogie
directe II est douteux que ces jantes aient appartenu à un char ou à un chariot,
à cause de leurs diamètres différents, des dimensions peu pratiques et du décor
extérieur Même en admettant que ces jantes aient appartenu à quatre chars
différents, il aurait été difficile de les utiliser pratiquement, car il est impossible
de circuler dans une ville rupestre avec de telles roues. Ce qui plus est, selon
nous l’accès de la ville était, d'une manière générale, interdit aux personnes se
déplaçant sur des charrettes et chars, voire même à cheval Sans parler de la
petite porte et du tunnel, même l’entrée principale ne s’y prête guère. Ici un
pandus large à la limite même de la ville est d'une manière préméditée divisé en
deux rues étroites avec des fossés d’écoulement occupant le milieu, trop
incommodes pour s’y déplacer sur des bêtes Du côté Nord non plus il n’y avait
pas de route pour le transport. Dans cette direction, à une distance de 800 m
de la ville, nous est parvenue une partie (également taillée dans le rocher) d’une
voie de commerce et de transit connue jadis dans la Transcaucasie.
Sans doute les roues ci-dessus mentionnées sont des emblèmes de représen-
tants du culte astral géorgien païen — des principales divinités du soleil et de la
lune, ainsi que de deux autres corps célestes De tels emblèmes, mais de formes
réduites, se sont conservés en grand nombre dans plusieurs endroits (dont les
plus proches sont les disques de céramique provenant de Katlanikhévi) Les
dimensions différentes des roues d’Ouplistsikhé pourraient éventuellement
indiquer la prédominance du dieu du soleil C’est de la manière suivante que
nous imaginons leurs utilisation au cours du rituel religieux lors d’une certaine
fête on fixait la roue sur des planches (dont les restes se sont conservés sur
place), on la portait dans un portique découvert de telle ou telle autre église et
on la faisait tourner, en touchant en même temps les boules bordant la roue
avec un objet à bonne résonance Le son aigu qui en résultait effrayait
l’assistance. L’intimidation des gens faisait partie du rituel païen (par analogie
avec la fête païenne de Mtskhéta, décrite dans la «Vie de Sainte Nino») Le
mouvement circulaire en était un trait caractéristique (V. Bardavélidzé), à
preuve — le symbole du soleil tournant (bordjgali), fortement ancré dans le
folklore sous forme d’ornement traditionnel
Il est difficile de se représenter l’édifice qui abritait la roue et le coffre de bois
Nous n’avons même pas réussi à reconstituer son plan.
En 1980 furent terminées les fouilles archéologiques et le déblaiement d'une
partie importante d’Ouplistsikhé — du complexe de Makvliani situé à gauche,
à quelques mètres du ravin Là aussi on a pu constater la présence de plusieurs
couches culturelles et découvrir d’intéressants matériaux archéologiques re-
montant à des époques différentes
OUPLISTSIKHE - LA VILLE RUPESTRE A TEMPLE
111
Le complexe est taillé dans le rocher et appartient à la période principale de
la construction d’Ouplistsikhé Ce sanctuaire païen, occupant une superficie de
385 m2, constitue une variation complexe du thème principal de l'architecture
de l’ensemble de la ville La composition de cette construction se développe en
suivant l’axe longitudinal SN qu’empruntent, en un rythme net, ses formes
s’affirmant dans l'espace et le volume
Une cour rectangulaire se trouve devant la construction, cour entourée de
trois côtés par des murs L’unique accès à l’église — la baie rectangulaire de la
porte avec un seuil élevé — est taillé dans le mur rocheux légèrement à l'Ouest
du centre. La partie orientale de ce mur est en partie bâtie en pierre brisée et
recouverte de plâtre Vient ensuite une salle quadrangulaire, entièrement
découverte par le haut II est difficile de dire si elle a jamais été recouverte,
quoique quelques pierres se soient conservées par terre ayant une ressemblance
avec des bases de colonnes qui, naturellement, auraient dû supporter quelque
poids. Le long des trois murs de la salle (à l’exception de celui du Sud) on voit
passer une marche massive à deux degrés — élément rare dans l’architecture
d’Ouplistsikhé II n’est pas exclu que cette marche ait servi de siège aux prêtres
Le long de l’axe longitudinal, mais plus près du mur Sud, un trou rond (dont la
profondeur ne dépasse guère 10 à 12 cm ) est creusé dans le plancher, destiné
sans doute à recevoir le sang des bêtes immolées A Ouplistsikhé un trou
analogue s’est conservé également dans le complexe de l’église à deux colonnes
Le même trou a été constaté à Vani et dans d’autres lieux et, d'une manière plus
générale, dans la réalité ethnographique, toutefois, sous forme quadrangulaire
et non pas ronde
Partant de la salle, un escalier large, solennel, de huit marches (chiffre sacral,
souvent lié à la représentation du disque solaire, la peinture murale de Karmir-
Blour en est un exemple éclatant) conduit à une plate-forme étroite et longue
Un des sanctuaires de Vani (IIIe siècle avant notre ère) possède exactement le
même escalier à huit marches (d’autres parallèles s’imposent également), ce qui
atteste définitivement l’idée que Makvliani a une destination de culte Au
centre du septième degré on a creusé une mortaise carrée qui accueillait peut-
etre l’autel — un pilier rehaussé d’une plaque horizontale (cf les autels de ce
même Vani).
Au-dessus de la plate-forme s’élève, découvert du côté Sud de toute sa
hauteur et largeur, un portique voûté (la voûte en est demi-circulaire,
légèrement déformée) — le noyau du sens et de la composition de l'édifice — le
long des côtés EON duquel sont situés des locaux plus bas Par ailleurs chacun
des côtés EO est partagé en deux segments et porte les traces d’une transforma-
tion effectuée à l’époque du Moyen Age, ce qu’atteste la manière grossière de
tailler la surface du rocher. A ce local se joignent deux petites pièces secrètes
112
T SANIKIDZÉ
avec des entrées en forme de trous ronds (souvenons-nous de ce que les temples
païens étaient également des trésoreries) La pièce au plafond orné de caissons
carrés, située à côté du portique, était sans doute destinée aux cérémonies
solennelles. Derrière elle le point le plus élevé de l'ensemble est occupé par une
autre petite pièce avec un escalier étroit et escarpé. Toutes ces parties
composantes de l'édifice sont réunies en un organisme architectural unique qui
se distingue par son caractère harmonieux et imposant
La définition de la destination fonctionnelle de l’église de Makvliani revêt
une importance exceptionnelle pour Ouplistsikhé II en résulte que tous les
édifices possèdent un tel portique découvert, c -à-d. la majorité absolue de
complexes rupestres dans la partie centrale de la ville constituent des temples et
non pas des habitations comme on le pensait naguère. La solution du plan du
portique mentionné est en analogie directe avec les églises de Vani en forme de
la lettre russe et se trouve génétiquement liée aux simples autels sous forme de
petites constructions à trois murs qui se sont conservés dans les parties
montagneuses de la Géorgie. Ceci devient plus évident dans la version
simplifiée des églises d’Ouplistsikhé où un portique somptueusement orné (avec
des niches dans les murs, des «poutres» au plafond) et possédant une
couverture en architraves, a un local unique taillé d'une manière moins
appliquée dans le rocher, comme on le fait pour des locaux supplémentaires
Observons, par ailleurs, que cette version s’associe également à un type connu
d’église (sans piliers, car ils auraient été superflus pour de si petites construc-
tions rupestres).
Différents en substance des constructions se rattachant à ce principal thème
architectural, les complexes immenses, comprenant des salles à deux et à quatre
piliers, étaient, selon l’opinion unanime des chercheurs, destinés au culte Sans
aucun doute, au centre de la ville rupestre, à l’endroit le plus élevé et le mieux
visible, là où de nos jours s’élève une basilique chrétienne à trois nefs, se
trouvait également un temple païen, construit par des procédés ordinaires (sur
terre), sur une base de rocher. Il est possible que c’était précisément à ce temple
qu’appartenaient les blocs soigneusement travaillés de granit foncé, inclus çà et
là dans le maçonnage de briques de la basilique, tandis que la petite excavation
large, située sous son mur Est, formait l'entrée du temple
En 1980-81 notre expédition découvrit encore un sanctuaire dans la partie
Nord d’Ouplistsikhé, où ces derniers temps on a procédé à l’investigation
archéologique et au déblaiement d’un territoire assez vaste, comportant de
nombreux édifices rupestres et ordinaires. Le sanctuaire est situé à plusieurs
niveaux et constitue un dépôt de vin (un «marani») avec un pressoir et des
niches creusées dans le rocher et où se trouvaient 25 grandes cruches (des
«kvevris»), alignées les unes près des autres L’idée qu’en Géorgie ancienne le
OUPLISTSIKHE - LA VILLE RUPESTRE A TEMPLE
113
dépôt de vin était un lieu de divin office est attestée par de riches matériaux
archéologiques et ethnographiques auxquels vient de s’ajouter notre découver-
te. Le dépôt de vin fut supprimé au début de l’époque chrétienne II est
symptomatique que sur place on n’ait trouvé des débris que de trois ou quatre
cruches, tandis que les autres ont sans doute été retirées avec soin pour usage
ultérieur. Autrement dit c’est précisément le sanctuaire qui a été supprimé et
ceci malgré la volonté des fidèles qui conservèrent par la suite, selon la
tradition, le souvenir de ce sanctuaire.
A l’époque du bas Moyen Age un sanctuaire existe à nouveau à cette place
__modeste foyer rituel, comparé à l’énorme marani d’antan — dont l’autel de
terre glaise a la forme d’un support à arcs en miniature. Un autre sanctuaire
semblable et de la même époque a été découvert légèrement plus bas (vers le
Sud) que le grand dépôt de vin. On connaît également un fragment d’un
troisème autel analogue (découvert dans la partie centrale de la ville en 1968),
orné de représentations en relief de trois cercles concentriques Le premier de
ces cercles a en haut des saillies en forme de cornes (celles-ci étant sans doute
brisées sur les autres), ce qui le rattache au culte du taureau, largement répandu
dans toute la Géorgie et attesté à plusieurs reprises aussi bien dans la ville
rupestre que dans la région attenante. Le lien du culte du taureau avec l’ancien
panthéon astral géorgien révèle encore une particularité des mœurs religieuses
des habitants d’Ouplistsikhé.
Ainsi donc, l’existence des sanctuaires ci-dessus mentionnés à Ouplistsikhé,
de même que les données contenues dans les sources manuscrites (T Jordania)
servent de preuve éclatante de la présence dans ces lieux d’éléments païens
également à l’époque chrétienne, pendant toute la période du Moyen Age.
Tout ce que nous venons d’exposer nous conduit à une conclusion essentiel-
le : aux époques hellénistique et de basse Antiquité Ouplistsikhé était une ville à
temple, un lieu sacré à l’instar de la ville de Vani, située sur une colline (O.
Lordkipanidzé), ou encore des villes bien connues, consacrées au culte, en
Grèce et en Asie Mineure. Les chercheurs considèrent Ouplistsikhé comme un
important centre politique, économique et religieux de l’ancienne Ibérie
Certes, cette définition, juste pour l’essentiel, ne suscite aucun doute, mais il
convient néanmoins d’en déplacer les accents, vu que c’était le caractère religieux
et le service du culte qui conditionnaient la force et la puissance d’Ouplistsikhé
Sans nous pencher pour l’instant sur les détails assez intéressants de la
question, contentons-nous simplement de constater que cette conclusion peut
sensiblement faciliter l’élucidation de nombreux mystères d’Ouplistsikhé.
Tamaz Sanikidzé
T. SANIKIDZÉ
114
OUPLISTSIKHE - LA VILLE RUPESTRE A TEMPLE
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T SANIKIDZÉ
OUPLISTSIKHE - LA VILLE RUPESTRE A TEMPLE
117
8
T SAN1K1DZÉ
UN ENCENSOIR PROTOBYZANTIN À LAGURKA
À PROPOS DES TRÉSORS D'ART EN SVANÉTIE
Récemment a paru un très intéressant petit livre consacré aux objets précieux
étrangers conservés dans les trésors de quelques églises de Svanétie1 La variété
et la qualité des pièces, étudiées en détail, donnent idée de la renommée des
sanctuaires auxquels ces dons furent faits au cours des siècles L'auteur s'est
attachée aux plus remarquables d'entre eux un carafon sassanide, une cruche
d’argent iranienne des XIIe-XIIIe siècles, une coupe syrienne ornée de scènes
christologiques2, des encensoirs historiés en bronze du type dit .syro-
mésopotamien connu de l’Egypte à la Transcaucasie3, enfin des objets occiden-
taux tels qu'une croix vénitienne du XIIle-XIVe siècle ornée de miniatures, des
médaillons de plomb ajouré représentant des figurines italiennes des XIIIe et
XIVe siècles, l'un ayant conservé la mention de l'origine de l'artiste, Milan
(MAGISTER PETRATIUS DE MEDIOLARO ME FECIT), un calice
allemand du XVIe-XVIIe siècle du type Ananaspokal caractéristique de
l’orfèvrerie de Nuremberg (à son poinçon s’ajoute la dédicace niellée du
propriétaire, Chochita, éristav de Ratcha au XVIIe siècle) De cet inventaire
particulier destiné à mettre en valeur le caractère conservatoire des trésors
d’églises de Svanétie, on tire également l'impression de leur grande richesse,
ces objets n’étant qu’une petite partie de l’ensemble4
Lors de deux voyage d’étude en ces montagnes reculées nous avons pû
examiner quelques uns des trésors les plus importants, ou plus exactement une
partie de chacun d’eux, les conservateurs en effet, soit par réserve, soit par
lassitude, ne montrent aux visiteurs qu’un certain nombre de pièces, rarement
1 Kitly Matchabeli. Tiesin d ai t en Sianetie Tbilissi 1982 En géorgien, résumés russe et
français
P 65-73 Pièce 1res curieuse dont l’attribution au VIe s n’emporte pas la conviction étant
donnée 1 illustration présentée, l'hypothèse d’une appartenance aux Vlllc-Xe s nous paraitrait
Plus recevable
De datation étalee, du VP-VIT au XIIIes . premier article. G de Jerphamon. Un nouvel
encensoir syrien et la sérié des objets similaires, Mél Dussatul. I. Paris 1939. p 297-312. these en
cours (corpus) d'Ilse Richter. Berlin
En supplément, p 171-81 l'auteur donne la description rapide d'un certain nombre d'autres
° jets (en géorgien seulement) Pour l'ensemble, depuis Bernoville. la Comtesse Ouvarova
^*Stlu aux inventaires plus précis actuellement en cours, sur les icônes (G Alibegachvili). les pièces
orfèvrerie (R Kenia). la preuve est faite de son extrême richesse et intérêt
120
N THIERRY
la totalité5 Dans le trésor de l’Église St-Cyr et Julitte à Lagurka nous avions
remarqué un petit encensoir protobyzantin6 sur lequel nous voulons revenir
comme exemple d’objet d'importation
C’est un encensoir très usé d’un beau bronze à patine brune, de forme
hexagonale, pourvu de trois pieds courts qui sont le simple prolongement de
l’intersection des panneaux sus-jacents; ceux-ci sont un peu plus hauts que
larges (environ 55 mm sur 40) et sont ornés de cercles concentriques moulurés
et gravés, le rebord supérieur, plat déborde nettement sur la caisse, trois
anneaux de suspension y sont implantés (fig 1 ) L’encensoir mesure à peu près
60 mm de haut (sans les anneaux), 70 mm de diamètre pour le corps et 100 de
plus grand diamètre du bord supérieur Ses dimensions comme sa forme, la
qualité de sa fonte et son ornementation de cercles concentriques sont tout à
fait caractéristiques d’un type d’encensoir byzantin dont nous connaissons
quelques rares autres exemples
Les deux plus voisins se voyaient dans le commerce dans les années soixante,
au Grand Bazar d’Istanbul où les marchands les donnaient comme provenant
des démolitions de la ville. Nous en donnons ici la description
Encensoir no 1 (fig. 2 et 3)
Encensoir hexagonal à panneaux à peu près carrés (33 à 37 mm de large sur
35 de haut) orné de cercles concentriques dont le plus grand diamètre est de 31
à 33 mm La caisse de l’encensoir s’inscrit dans un cercle de 67 mm de diamètre
et le bord supérieur dans un cercle de 104 mm de diamètre. Ce bord déborde
fortement aux angles, s’avançant en pointe à leur aplomb Le fond est plat,
orné également de deux cercles concentrigues à double tracé, respectivement de
46 et 20 mm de diamètre (fig. 3). Les pieds, qui dépassent le corps de l’encensoir
de 18 à 21 mm s’y rattachent par une pièce angulaire qui prolonge l’intersection
des deux panneaux sus-jacents, ils sont recourbés et légèrement bombés,
rappelant la forme en sabot de cheval stylisé La hauteur totale de l’objet (sans
les anneaux de suspension) est de 64 mm Les parois sont minces et présentent
des traces d’usure, dont un trou dans l’angle inférieur d’un des panneaux La
patine est brune, laissant apparaitre le métal poli et doré
Encensoir no 2 (fig. 4 et 5)
Encensoir hexagonal à panneaux à peu près carrés (34 à 37 mm de large sur
35 de haut) orné de cercles concentriques à double tracé dont le plus grand
diamètre est de 28 à 31 mm. La caisse de l’encensoir s’inscrit dans un cercle de
’ N Thierry. Notes d'un voyage archéologique en Haute-Svanetie. Bedi Kantisa. XXXVII
1979, p 133-79.Id Notes d’un second voyage. BediKa> ttisa, XXXVIII, 1980, p 51-95 (p 83-8s)
6 N Thierry, op lit 1979. p 156-57
UN ENCENSOIR PROTOBYZANTIN À LAGURKA
121
70 mm de diamètre et le bord supérieur, au niveau des angles dans un cercle de
102 mm de diamètre. Le fond, légèrement bombé était orné de deux doubles
cercles inscrits, de 45 et 16 mm de diamètre (fig 5); les cercles intérieurs ont
déterminé une zone de rupture si bien que le fond est troué en son centre Les
pieds sont bombés et articulés nettement sur l'attache angulaire La hauteur
totale (sans les anneaux) est de 65 mm La patine est brune et brillante
Cet encensoir a conservé ses trois chaines de bronze et sa pièce de suspension
terminale. Celle-ci est en forme de rectangle dont chacun des angles est orné de
deux têtes d’oiseaux adossés (fig. 5) De petits cercles creusés à la bouterolle
marquent les angles de la pièce rectangulaire, les yeux des oiseaux, et dessinent
une croix au-dessus du gros anneau intermédiaire7
On voit que l’encensoir de Lagurka, compte tenu de son usure avancée,
s’apparente étroitement à ses homologues provenant de Constantinople par sa
taille et son aspect. En particulier, on note la forme presque carrée des six
panneaux, la forme étoilée du bord supérieur mousse dont les angles pointent
très en dehors du corps de l’encensoir, la qualité de la fonte qui donne des
arêtes arrondies et une patine onctueuse, enfin la similitude des cercles
concentriques, leur centre ombiliqué, la couronne en modelé doux entre les
deux cercles périphériques et les deux cercles intérieurs Quant aux pieds, on
voit que ceux de Lagurka sont incomplets, comme si, au-dela de l’attache
d’angle, ils avaient été amputés Bref, les trois encensoirs relèvent du même type
artisanal, des mêmes traditions de fondeur
Un autre encensoir peut leur être rapproché, il provient d'un cimetière des
environs de Besalu, en Catalogne, et se trouve au musée archiépiscopal de Vie
7 Ce mode d’ornement assez pauvre est connu aussi dans le travail du bois, de l'ivoire, de l’os et
de la pierre, pour son usage sur des bronzes, H Sc iiliink, Kunst dei Spatantike im Miltelmeer-
raum, Berlin 1939, n° 153, p 54 (chandelier provenant de Constantinople), M C Ross
Metalwork, Ceramics, Glass. Gh.pliis. Painting. Catalogue of the byzantine and rat/1 mediayal
Antiquities in the D O Collection, I, Washington 1962, iT 48. 49, p 44-45, pi XXXIII
Early Christian and byzantine art (Catalogue de ! exposition dit Musée de / ai t'y, Baltimore
1947, n° 98, 157, 158, 193, 449. p 39. 50. 55. 96, pl XIX. XXI. XXXII. LXVII1 Une bonne
partie des objets cités ont ete trouvés en Egypte ou lui sont attribues par analogie Mais on
sait que l’inventaire égyptien est depuis longtemps, et de loin, le plus avancé et que, d'autre
Part, le Caire a été durant des décennies le plus grand marché d'antiquités et par con-
séquent a constitué un lieu d'appel pour tout le petit materiel de l'empire ottoman
oir à propos d'une patère de D O les difficultés d’identification du lieu de fabrication
certains bronzes (C M Ross, p 46-48) Rares sont les objets provenant de fouilles régulières
ou [importance d’une petite boucle ornee de ces petits cercles caractéristiques, trouvée à
ntioche avec des monnaies byzantines d'Anastase I à Constant II. M C Ross. Jenelty, Enamels.
and Art of the migration period, Catalogue. II. 1965. p 46-48
122
N THIERRY
(fig 6)8 9 On note comme ressemblances - la forme hexagonale et les panneaux
carrés ornés de cercles, comme différences la fonte plus sèche, les arrêtes très
franches, le bord supérieur rectiligne, l’existence d’un bord inférieur qui sépare
la caisse des pieds, lesquels sont en forme de pattes griffues L’ornement des
cercles concentriques est autre, fait de multiples cercles régulièrement espacés
Enfin, les anneaux de suspension sont ornés de deux têtes d’oiseaux adossés
dont l’aspect et la technique sont semblables à ceux qui décorent la pièce de
suspension de l’encensoir n° 2 provenant de Constantinople (fig. 5) Ainsi cet
encensoir s’apparente aux trois précédents bien qu’il soit d’un atelier nettement
différent S’agit-il d’un objet fait en Espagne d’après un modèle constantinopo-
litain ou d’un objet directement importé99 On sait combien les bronzes
d’époque wisigothique fondus sur place s’inspiraient des types grecs; de
nombreuses buires et patènes du VIE siècle ornées de cercles concentriques en
donnent de multiples preuves10, l’encensoir de Vie pourrait, lui aussi être une
réplique
Quoi qu’il en soit, les quatre encensoirs considérés ici constituent une séné
isolée par rapport à l'ensemble du matériel liturgique actuellement inventoné
Il est vrai que ces objets relativement modestes n'ont guère attiré l’attention des
chercheurs. Si l’on dépouille les catalogues des collections de Londres, Berlin et
du Caire, on est étonné de ne rencontrer aucun autre encensoir du type décrit
ici, on y voit seulement quelques rares encensoirs hexagonaux, avec ou sans
pied, rappelant simplement le corps de l’objet de Vie, mais sans aucun de ses
ornements11. Comparativement, on est frappé par la qualité des trois encen-
soirs, de Constantinople et de Lagurka Le fini de leur décoration et la beaute
de leur patine sont d’une qualité qui évoque celle de la belle argenterie
byzantine du VIe siècle et de la première moitié du VIE siècle. Notamment
toute une série de pièces d'argent massif, chandeliers, plats, patènes et carafons
8 H Schlunk, Ane sisigodo. Ane attuiiano. dans An Hispaniae, II, Madrid 1947, p 320 fig
336 (notre figure). J Guiggari, Encenser de l'epoca rom.ina crisliana, L Asens, 1889. p 38-40
Mentionné dans le D4CL, V 1. col 27
9 La seconde hypothèse est celle de H Schlunk. cf n 8
10 H Schlunk. op < it . p 320-23, fig 338-41. de même pour les boucles de ceinture, p 311 lig
327, A. B. C. E, F (noter sur la broche B le décor des peiits cercles)
11 J Strzygowski Catalogue généra! des 4nii</uite'i égyptiennes du Musée du Caire, Vienne
1904, petits encensoirs, p 281-3 (certains ronds ou hexagonaux, avec ou sans pied), O Wulff und
W F Volbach. Die altchiisiliihen und mittelalterlkhen byzantinischen und italienisihen Bildneilst
Berlin-Leipzig, I. 1090, p 202-7 (le n“ 983, trouvé en Egypte, rappelle le corps de l’encensoir de Vie
pl XLVII. encore moins proche, celui de la fig 4068 du DACL, V. 1. repris dans Strzygowski)
Nous n'avons nen trouve dans le catalogue du British Muséum et Catherine Metzger nous a
précisé qu'il n'y avait pas d'encensoir de ce type dans les collections du Louvre (lettre du 5-12-1983
dont nous la remercions ici) Par courrier (janv 1984), V H Elbern nous dit en avoir vu au
Musee de Berlin (exemplaire non répertorie) et un chez un antiquaire de Francfort Enfin
nous ajoutons celui de Tbilissi, cf en fin d'article
UN ENCI NSOIR PROTOBYZAN HN À LAGURKA
123
datés par leur poinçons des règnes de Phocas, Héraclius et Constant II,
présentent cette ornementation rythmique de cercles concentriques (parfois
avec un léger rinceau ou un autre décor sobre) et cette onctuosité de la matière
qui caractérisent nos trois encensoirs12 C'est en raison de ces éléments
stylistiques que nous pensons pouvoir dater ces encensoirs de la fin du
VIe siècle ou de la première moitié du VIIe siècle et les attribuer à des
bronziers constantinopolitains dont la technique se pliait aux mêmes directives
esthétiques que celle des fondeurs de vaisselle d’argent
L’attribution à Constantinople des deux premiers encensoirs (fig 2-5) nous
parait justifiée par l'absence d’encensoir semblable provenant d’Egypte ou de
Syrie et par les trouvailles concomitantes, à Istanbul, de nombreux petits objets
(ustensiles divers, verreries courantes, sceaux) découverts fortuitement à
l’occasion des importants remaniements urbains entrepris depuis 20 ans Nous
n’ignorons cependant pas que le Grand Bazar concentrait, jusqu'à ces dernières
années, une bonne partie des objets d’antiquité provenant de toute la Turquie,
Antioche y compris (avec, alors, la concurrence des marchands de Beyrouth)
Ajoutons que le problème de la production constantinopolitaine d’objets
usuels reste ouvert, d’une façon générale, on attribue les bronzes modestes aux
ateliers d’Egypte ou de Syrie, mais il s’agit en partie d'un fait scholastique
entrainé par les catalogues de Strzygowski et de Wulff et entretenu par
l’absence de recension des objets trouvés en Asie mineure et à Constantinople
C’est bien des atelier de la capitale que proviennent les superbes portes de la
Grande Sainte Sophie et l’on sait que les bronziers de Constantinople
«occupèrent tout un quartier de la ville depuis le règne de Constantin le Grand
jusqu’à la fin de l’Empire»11 II est bien évident que ces artisans produisirent
toute une foule d’objets, utilitaires et liturgiques Selon toute vraisemblance les
deux encensoirs considérés en faisaient partie
* *
*
La présence en Svanétie d’un encensoir qu'ou peut aisément rattacher à la
production constantinopolitaine est évidemment du plus grand intérêt On sait
que Byzance exportait ses produits manufacturés et même ses marbres sculptés,
comme en témoignent les divers fragments d’un ambon du VIe siècle utilisés
pour édifier la chapelle des Dadiani sur le côté sud de l'église de Xobi en
, A Bank, By zantine ai t in the lollenion of the L SSR Moscou 1966.pl 74,85 90. p 742.
^4-45,M C Ross, op dt n 7(1, 1962), p 20-7 pl X1X-XX (n“ 15-17), bibliographie sur le sujet.
n° Le travail de l'argent, dans L Ad byzantin, ad européen. Athènes 1964, p 408-9.
13 -505 L encensoir de Tbilissi s’ajoute aux trois autres, cl note finale
M C Ross. Le travail du bronze dans L 4rt byzantin, op lit n 12. p 438
124
N THIERRY
Mingrélie (fig 7-9) '4 L’encensoir du trésor de Lagurka témoigne de l’apport de
petit matériel liturgique byzantin, soit directement, soit plus vraisemblablement
à partir de l’Aphkasie ou de la Mingrélie, régions occidentales ouvertes par la
Mer Noire sur le monde méditerranéen14 15 Ainsi est illustrée par ce petit
monument la christianisation de la Géorgie et des hautes vallées de Svanétie où
fleurirent des lieux de pèlerinage comme l’église de Saint-Cyr et Julitte
Nicole Tint nm
NoTL ADDlTIONNf LL1
Nous retrouvons dans notre documentation photographique l’image d’un
encensoir semblable aux deux exemplaires constantinopolitains, encenson
exposé dans une vitrine de la Salle du Trésor du Musée des Beaux-Arts de
Tbilissi, avec quelques encensoirs du type syro-mésopotamien (fig 10)
On reconnaît la forme hexagonale, les panneaux presque carrés où
s’inscrivent les cercles concentriques, la forme étoilée du bord supérieur et les
pieds en sabots, ici fortement articulés sur la pièce d’angle solidaire du corps de
l’encensoir Cette articulation constituait sans doute un point de rupture qui
explique la disparition des pieds de l’encensoir de Lagurka (fig 1) Les
proportions générales de l’objet ainsi que sa belle patine brune, sont également
celles des trois encensoirs déjà décrits De plus, il a conservé sa pièce de
suspension en forme de tente à expansions foliées
Compte-tenu de la rareté des témoignages relatifs à l’archéologie des objets
usuels, la présence en Géorgie d’un autre exemplaire de cet encensoir bien typé
illustre encore la normalité des importations d’articles byzantins aux VIe et VIL
siècles.
14 Sur la production des atelier de Proconnèse. son exportation, son rayonnement, cfcf 1 étude
très documentée de J -P Sodini. La sculpture architecturale à l'époque paléochrétienne en lllxri-
cum, EICHTHCEIC TOY AEKATOY A1E0NOYC CYNEAPIOY XPICT1AN1KHC
ARXAIOAOEIAC. Salonique. 28 sept-4 oct 1980, p 31-119 (l'homogeneité de la sculpuue
monumentale des V'-VI' s est expliquée par «le poids considérable du marbre de Proconnese ci
des marbriers de Constantinople», p 97. ex p 46 60-64. 69 79. 80)
15 P Peeters, Les débuts du christianisme en Géorgie d'apres les sources hagiographiques
Analecta BoHandiana. 50. 1932, p 5-58 Les voies maritimes de la christianisation suis iront celles de
L hellénisation. la pénétration se faisant ensuite à partir des villes de Pityonte. aujourd'hui Pilzunda
et Dioscurias, Sukumi (p 13-18, l'auteur, p 16 sous-estime cependant le caractère consenaloiie de
la Svanétie dans son appréciation sur la presence de manuscrits anciens) Sur la christianisation de
la Géorgie occidentale et l'introduction de la liturgie byzantine de langue grecque, quelques mois
dans M Tamara, L Église géorgienne des origines à nos /ouïs, Rome 1910, p 146-9. 197-200
Sur l'influence de Byzance en Géorgie à partir de 591, cf P Goubert, Btzante osant l hlani
1, Paris 1951, p 226-46, K Salia, Histoite de la Nation géorgienne. Paris 1980. p 127-30
UN ENCENSOIR PROTOBYZANTIN À LAGURKA
Fig. 1. — L'encensoir de Lagurka
Fig 2. — L’encensoir n° 1 provenant de Constantinople.
126
N THIERRY
Fig 4. L'encensoir n“ 2 provenant de Constantinople
UN ENCENSOIR PROTOBYZANTIN À LAGURKA
127
Fig. 5. - L'encensoir n° 2, vue inférieure.
128
N. THIERRY
Fig 6. — L’encensoir de Vie (H. Schlunk, fig. 336).
F'g 1 — Xobi. Fragments protobyzantins utilisés pour les murs de la chapelle des Dadiani
UN ENCENSOIR PROTOBYZANTIN À LAGURKA
129
Fig. 8. — Xobi, détail de l’ambon protobyzantin.
Fig. 9. — Xobi. détail de l'ambon protobyzantin
Fig. 10. — Tbilissi. Musée des Beaux-Arts. Encensoir protobyzantin
THIERRY
PEINTURES GÉORGIENNES EN TURQUIE
I
Au cours de son histoire la Géorgie a dépassé les frontières de son territoire
soviétique actuel. Ainsi trouve-t-on aujourd’hui des monuments géorgiens en
Turquie1 et dans les régions septentrionales d’Arménie soviétique2 Le fait
s’est observé particulièrement du IXe au XIe siècle pour le royaume de Tao-
Clardjétie et du XIIe au XIIIe siècle en Arménie du nord.
Le royaume de Tao-Clardjétie (Sch. 1), qui finit par occuper, en gros, le
bassin du fleuve Çorhu, s’est développé à partir du IXe siècle, quand le reflux
de l’invasion arabe laissa aux dynastes locaux leur autonomie Ces seigneurs,
d’origine arménienne mais ibérisés par mariages, étaient de culture et de
religion géorgiennes; bref, ils étaient devenus géorgiens. Leur ibérisation allait
de pair avec la survie d’un foyer géorgien indépendant et très actif lors de la
période arabe, ce phénomène d’ibérisation se retrouvera d’ailleurs en d’autres
moments de l’histoire de la Géorgie.
Aidés par Byzance, ils accrurent leurs domaines et relevèrent le pays de ses
ruines. Chaque prince eut à cœur d’illustrer son règne par la construction d’une
ou plusieurs églises et par des donations aux monastères Le royaume connut
son apogée dans la seconde moitié du Xe siècle, non du fait des titulaires du
trône, mais grâce à un vassal, David le Grand de Tao, qui agrandit son fief
considérablement et fonda ou restaura de nombreux monastères dont Parhal,
Sur ces régions, E Takaichvili, Expédition archéologique de 1917 en Géorgie méridionale, Tiflis
1952, V Béridzé, Architecture de Tao-Klardjétie, Tbilissi 1981 (analyse J-M Thierry, Byzantion
1984) Principaux articles D Winfield, Sorne early médiéval sculpture from north-east Turkey,
Journal of the Warburg and Courtauld Institutes, XXI, 1968, p 33-72, N et M Thierry, Peintures
u X' s en Géorgie méridionale et leurs rapports avec la peinture byzantine d’Asie mineure, C A ,
et Vorlorum reprints, London 1977, ch V, p 73-113, W Djobadze, The georgian
urches of Tao-Klarjet’i Construcion methods and materials (IX to XI c ), O riens Christianus,
’ 1978, p 114-34, N et M Thierry, Notes d’un nouveau voyage en Géorgie turque, Bédi
artlisa, XXV, 1968, p 51-65, articles où l’on trouvera une bibliographie complémentaire
Nous avons déjà publié des études sur les peintures de trois d’entre eux N Thierry, Les
Peintures de la Cathédrale de Kobayr, C A , 29, 1980-81, p 103-21, Id , Le Jugement dernier
Axtala, Bédi Kartlisa, XL, 1982, p 147-85 Id, A propos de l’église de Kiranc’ Rapport
Préliminaire, Bédi Kartlisa, XLI, 1983, p 194-228 Autre monument, J-M Thierry, L'église Bgavor
* on, Communication au 1 Ve symposium international sur l Art géorgien, Tbilissi 1983
132
N THIERRY
Schéma 1 Carte du Tao-Oardjetie (J-M Thierry) Les flèches indiquent l’extension du royaume
PEINTURE GÉORGIENNE EN TURQUIE
133
Hahul et Ôçvank A sa mort, en 1001, le fief fut partagé en deux parties
délimitées par le cours de la rivière Oltuçay La partie occidentale fut intégrée à
l’empire byzantin tandis que la partie orientale revenait au royaume de Tao-
Clardjètie qui devint, sous Bagrat III, royaume de la Géorgie Unifiée
Le foyer de civilisation géorgienne se déplaça alors au nord-est, dans la
région de la haute Kura, maintenant partagée entre Turquie et Géorgie
soviétique De beaux monuments (Pekreçin, Urta, Djala) témoignent de la
persistance d’une brillante activité artistique sur les rives du lac de Çildir
jusqu’au XIe siècle Le Tao-Clardjètie fut peu touché par l’invasion turque qui
marqua la fin du siècle Par contre, après la conquête mongole, au XIIIe siècle,
les princes Djakélides, qui gouvernaient la région maintinrent sans éclat une
principauté chrétienne jusqu’au XVIIe siècle. Peu de monuments peuvent être
attribués à cette dernière période D’ailleurs la conversion des Djakélides à
l’Islam (1625), imposée par les Ottomans, devait entrainer une déchristianisa-
tion rapide des populations3.
Les monuments de Tao-Clardjètie sont particulièrement importants en
raison de leur beauté et de l’ancienneté de leur témoignage, c’est dire l’intérêt
qu’il y aurait à leur conservation aujourd’hui totalement négligée Ils sont, en
effet, les relais entre les monuments du VIIe siècle, antérieurs à la domination
arabe, et les nombreux monuments de la Grande Géorgie du XIe au XIIIe
siècle4.
La plupart des monuments conservés comprenaient des peintures murales,
malheureusement fort endommagées mais qui méritent cependant d’être
publiées. Jadis nous avons donné la description des peintures d’Içhan et de
Dôrtkilise5. Dans ce premier article nous traiterons de celles d’Opiza, de
Doliçhan6 et de Nikoma, laissant pour un second celles de Hahul, Ôçvank et
Tbèti, en Chavchétie7. L’église de Parhal était peinte mais malheureusement
secondairement badigeonnée.
3 M F Brosset, Histoire de la Géorgie depuis / Antiquité jusqu au XIX' siède, St-Pétersbourg.
1849,1,K Salia, Histoire de la nation géorgienne, Paris 1980 p 141-60. V Béridze, op lit n I, p
216-33
4 Voir la liste et la description des monuments dans V Beridzé, op rit . p 231-33, 281-316
Pour les églises du lac de Çildir, N et M Thierry, A propos de quelques monuments chrétiens du
vilayet de Kars (Turquie), Rev des études arméniennes, VIII, 1971, p 205-13
N et M Thierry, op cil n 1, nous complètion l'analyse d'E Takaichvili Pour Dôrtkilise.
nous reviendrons sur certains points dans notre second article
Nous avons déjà publie une vue intérieure de la coupole. N Thierry. Turquie. Monuments
géorgiens, Archéologia, n° 25, nov -déc 1968, p 75
Depuis E Takaichvili et N Marr, nous avons identifié, a Hahul. l’Ascension d’Elie dans la
coupole (N Thierry, La peinture médiévale géorgienne, Vatiorunt reprints. ch VI, fig 1. Id . A
Propos de l’église de Kiranc’, Bédi Kartlisa, XLI, 1983, p 210, fig 13), et à Tbeti comme à Ôtjk. la
etsis de type triangulaire, c a d avec Marie et le Baptiste sous-jacents au Christ trônant (N
134
N THIERRY
Opiza8
Il s’agissait d’une église en croix libre à long bras ouest, une des plus
anciennes de ce type caractéristique du Tao-Clardjètie (sch 2)9 Lorsque nous
l'avons visitée en 1959, la coupole était encore conservée avec son décor
d’arcatures à colonnettes jumelées sous la toiture en ombrelle (fig l)10 A
l’intérieur, dans les 6 arcatures aveugles du tambour qu’encadraient des
colonnes à peine engagées, chaque fois étaient peinte une grande figure drapée
(fig 2) Il ne restait que la partie médiane des corps, le bras droit levé vers le
ciel, l’un des personnages tenant encore un rouleau déployé dans la main
gauche II s’agissait vraisemblablement de prophètes, situés sous les apôtres
d’une Ascension qui occupait la coupole sus-jacente, conformément à un
programme de coupole répandu dans le monde chalcédonien depuis le IXe
siècle et qu’on peut suivre en Géorgie jusqu’au XIIIe, la croix centrale
remplaçant souvent le Christ dans sa gloire11
La datation exacte de ces décors disparus n’est guère possible La structure
du monument évoque les Xe-XIe siècles, période qui pourrait aussi bien
convenir que la fin du XIIe siècle ou le début du XIIIe qui furent une époque
particulièrement brillante pour le monastère12
Thierry, A propos des peintures d’Ayvali kôy Les programmes absidaux à trois registres axes
Déisis en Cappadoce et en Géorgie, Zograph, 5, 1974, p 15 et 22, fig 20 et sch 6)
8 V Beridzé, op lit .p 299-301, fig 43-45 M et N Thierry, Notes d'un voyage en Géorgie
turque, Bedi Kartlisa. VIII-IX. 1960, p 27-29 Le couvent d'Opiza, consacre à saint Jean Baptisie
est le plus ancien du Tao, Grigol de Xanjt'a y résida vers 780. Asot le Grand v construisit une église
au début du IXe s (inscription) mais, d'apres Kékélidze, il s’agirait d'Asot III son petit-fils (mort en
869) ou le fils de ce dernier, Gwaram (mort en 882) Le couvent a eu une activité importante du X'
au XIII' s comme scriptorium (cf l'Evangile d'Opiza. 913), et atelier d’orfèvrerie (illustré par Beka
Opizari et Besken Opizari), siégé d’évêché jusqu’au XVIIe s (notes de cours de M Thierry, a
1TNALCO, 1983-84) Portraits sculptés des donateurs dans R Mépisachvili et V Tsintsadze. L a> t
de la Géorgie ancienne, Leipzig 1978. p 246 et dans V Béridze, fig 120
’ A Katchatrian. Les églises cruciformes du Tayq, ( A , XVII, 1977, p 203-8
10 Cf n 8
11 Cf l'exemple de Ste-Sophie de Salonique (885), A Giabar. L Iconoclasmes bxzantin Doss.tt
archéologique, Paris 1957, p 194-96, fig 122-36. les nombreux exemples capadociens, cf index
dans G de Jerphanion. Les églises rupestres de Cappadoce, Paris 1925-42. Il, p 492 (El Nazar. Bell,
kilise. Kihclar, Elmali, Damsa, Mavrucan) et N et M Thierry. Voioc/Zes églises rupestres de
Cappadoce, Paris 1963. p 235 (Agaç ait), p 80), les programmes géorgiens, cf exemples plus
tardifs de Doli$han (infra, p 135) et de l’église de Tigiane Honentz à Ani, N et M Thierry, Notes
sur des monuments arméniens en Turquie. Rei des ét mm. II. 1965, p 167, fig 2 (monographie en
cours)
Période d'activité des célébrés orfèvres Béka et Besken. Ch Amiranachvili, Lart dis
ciseleurs géoigiens. Prague-Paris 1971, p 130-42 (l'auteur décrit une école d'Opiza). encore. Leila
Khouskivadze. Beka Opisari, Tbilissi 1976
PHNLLRL GEORGlf NNL 1 X 1 URQUIt
135
tuiema 2 Plan d Opiza ( LM Thierrx)
D()l GHAN ' 1
C'est une église dont le plan est en croix semi-libre à absidioles rectangulaires
et chevet plat, elle est surmontée d’une coupole sur tambour dodécagonal
comme celui d’Opiza, mais coiffée d'un toit conique Nous avons visité le
monument en 1964 et 1967, il y restait quelques fragments de peintures en trois
points, dans l’abside, dans la coupole et le tambour et sur le tympan extérieur
de la porte méridionale, dans le narthex (sch 3)
Décor absidal
Il n’est conservé qu’au sud, et partiellement, mais on reconnait aisément le
programme à trois registres, organisation bien connue en Géorgie et en Asie
mineure depuis le Xe siècle14 Dans la conque figurait le Christ trônant dont ne
subsistent plus que le bas de la tunique pourpre couverte d’un manteau bleu
pale amplement drapé et un des pieds nus chaussés à l’antique reposant sur le
suppedaneum (fig 4) Plus bas figuraient les apôtres, debout de face conformé-
ment à certaines compositions du XIe. il reste les silhouettes acéphales des six
apôtres situés à droite de la fenêtre centrale, à droite du premier (fig 3bis), à
hauteur de la tête détruite on lit le nom abrégé de Jean (ÿ|) Les draperies à
D Winfteld, o/> iii n I p 3s-38 V Beridze p 285-86 fig 47-80 Inscription de fondation
a rattacher à Sembat 1“ curopalate et roi de Géorgie entre 98S et 9S8 le monastère est antérieur
mais postérieur a Grigol de Xanjl’a ( VIIP-IX') Portrait sculpte du donateur D Winfield pl 4
N Thierry, Les programmes abstdaux . <>/> cit n 7 Superposés Déisis, apôtres
évêques
136
N THIERRY
Schéma Plan de Doliçhan (M Dupin)
l’antique ont gardé leurs couleurs, surtout les deux premières tunique rose
sous manteau vert d'eau et tunique gris-bleu sous manteau brun rouge (fig 3)
Le registre inférieur était consacré aux évêques dont il reste six figures, séparées
du piédroit absidal par un haut chandelier (fig. 3) Les Pères de l'Église sont
debout de face, statiques et tenant le livre, leur costume comprend la tunique,
la chasuble et les accessoires caractéristiques' l’omophorion (l’étole étant
souvent repliée sur le bras gauche, le livre posé dessus), l'épitrachélion et
l’enchirion, les manchettes ne sont pas décorées et fépigonation, accessoire
tardif, est absent15 Les attitudes sont stéréotypées, tous esquissent le geste de
1S Typologie peu varice du milieu du XIe au milieu du XIIIe cf N Thierrv Le costume
épiscopal byzantin du IX1' au XIIIe s d'après les peintures datées l'uiiomm jepiinis. ch II
PEINTURE GÉORGIENNE EN TURQUIE
137
la bénédiction tout en maintenant le livre sur l'avant-bras gauche couvert d’un
pan du manteau Les couleurs sont très altérées, seuls les deux derniers évêques
ont encore des vêtements bien colorés tunique bleutée sous une chasuble brun
rouge et tunique rose sous une chasuble vert d'eau.
Deux noms sont conservés, à droite de la tête du second des six, on ht en
Géorgien Hilaire- , puis, encadrant la tête du suivant, st Grégoire le
Thaumaturge. $ T,'Lrl'1 b H T (bSÛ-f" 53 l0. Les autres noms manquent et
ce qui reste d’inscriptions de part et d’autre des épaules des deux derniers
évêques est très fragmentaire, de la mention d’un prieur, SThCF on
peut supposer qu’il s’agissait d'un texte historique17
Au bord extérieur du registre on a représenté un très haut candélabre jaune
pourvu d’un grand cierge, cette image d’ordre liturgique est très caractéristi-
que de certains programmes d’absides géorgiennes18
Décor de la coupole et du tambour
Jadis se développait une belle composition étagée, les deux registres de
l’Ascension dans la coupole, une série de figures de l'Ancien Testament dans le
tambour. Là encore, il n’en reste que des fragments, bien visibles il est vrai lors
de nos visites, les paysans ayant construit un plancher à la base du tambour
pour utiliser l’espace supérieur de l’église comme mosquée à laquelle on
accédait par une échelle.
De l’Ascension ne subsistent que le buste du Christ en gloire, la partie
supérieure de deux des quatre archanges atlantes, le buste de saint Pierre et
quelque chose de l’apôtre qui suivait (fig 5-7). Le Christ n’est plus qu’une
silhouette assombrie; on reconnaît sur l’épaule gauche le drapé bleu-violet du
manteau drapé sur une tunique rouge, et l’esquisse de la tête, le dessin très
ombré des yeux et de la bouche, l’arête nasale fine et la masse opulente des
cheveux encadrant le visage, l’ensemble étant dans la tradition de la plastique et
delà typologie des portraits d’Aténi (1072-1089)19 Les archanges sont drapés
6 Nous remercions ici le R P Bernard Outtier pour la lecture, vérification et commentaires de
nos inscriptions
17 Communication du P Outtier
18 Nous l’avons rencontre dans trois décors de Svanétie dus a Théodore upeint/e du toi»
Iprari, 1096, Cvirmi, c 1100, Nakipari, c 1130 et, du XIlIc-XIVe, à Enas (N Thierry. Notes d'un
voyage archéologique en Haute-Svanetie. Bedi Kartlisa. XXXVII, 1979. p 150. 159, 162 et 146. N
Aladachvili, G Alibegachvili, A Volskaïa. Les centres du peinne Theodme en Haute Stanetie
Tbilissi, 1966, en russe, sch 1,9, 13), ailleurs, à Baskovo Sur leur inspiration d'origine liturgique
S Dufrenne, Cierge de la Chandeleur dans la Présentation au temple en Géorgie, Communication
au IVe Symposium sur I Art géorgien. Tbilissi 1983 Dans ce n” de Bedi Kattlisa. p 111-111.
n 49 à 55
Ch Amiranachvili, Histoire de la peinture monumentale geotgienne. Saxelgami, 1957.pl 75.
138
N THIERRY
dans une tunique rose sous un manteau gris-bleu ou gris-bleu sous un manteau
rose, ils volent vigoureusement, leurs ailes sont puissantes et leur corps est
ployé de façon très dynamique, le buste étant relevé élégamment, les mains
soutenant la gloire, la tête légèrement tournée de trois-quart Leurs visages
restent de type classique, à joue plate et menton carré comme sur les beaux
modèles de la Renaissance macédonienne, mais le graphisme géorgien se décèle
à l’extrême finesse du nez et à un certain allongement de la face La couleur
de la chair a viré au noir en raison de l’emploi du cinabre20. Plus bas on voit
deux apôtre levant les bras, le second, à longue barbe se devine à peine, le
premier est relativement en bon état et l’on reconnaît aisément saint Pierre a
son type physique. Le visage est carré, encadré d’une barbe ronde et d’une
chevelure régulièrement bouclée, le nez est mince, le front saillant, le cou large,
les yeux qui ont conservé leurs prunelles noires donnent de l’animation à la
figure La typologie est celle que l’on voit souvent à Pierre à partir du XIL
siècle dans l’art byzantin21 L’apôtre est drapé à l’antique dans une tunique
gris-bleu et un manteau brun orangé.
Des 8 arcatures aveugles qui rythmaient les parois du tambour (deux entre
chaque fenêtre), deux seulement présentent encore des décors, on avait
représenté quatre figures dont trois sont identifiables - Abraham, Melchisédech
et Joël (fig 5). Abraham est le mieux conservé. r'Ofr)! (r)j
3-? ïC5 , Abraham Patriarche, debout de face, le visage de
trois-quarts (fig. 6), vieillard à barbe bouclée et longue chevelure, tenant
le rouleau à deux mains II est vêtu à l’antique d’une manteau brun rouge
posé sur une tunique blanche à plis bleus. Après lui vient le grand-prêtre
Melchisédech, également nommé Patriarche. 3 C 3 C 3 3-Û'
3-1 T> +ô B (1) ST k) 22• Le personnage se présentait de face, les cheveux blancs
et courts coiffés d’une sorte de couronne plutôt que d’une tiare, son vêtement
20 L’alteration est due à l'oxydation du mélangé de blanc de céruse et de cinabre, nous l'avions
déjà décrit a propos de Dôrtkilise et I$han. ainsi qu'à Tokali II, en Cappadoce, N et M Thierrv
op ut n 1, p 105-06 Rappelons que le cinabre était coûteux, pour les peintures pauvres on
utilisait les ocres Quant au type physique de l’ange, signalons sa parente avec celui d'une icône
provenant de Lagurka. R Mépisachvill. V Tsintsadzé, L au de la Géorgie ancienne, Leipzig
p 283 (cf parallèlement, le saint Georges, p 273), attribuée au XI'-XIT par Gaiane
Alibegachvili, Monuments de la peinture d'icone en Haute-Svanétie, L art médiéval La Russie La
Géorgie, Moscou 1978, p 158-75, p 163
21 Déjà fixée au XI's cf A et J Stylianou, The painted churches o/ C\prus, Stourbridge 1964
fig 9 (St-Nicolas de Kakopetria), Ch Amiranachvili, op cil n 19, pl 70 (Aténi, 1072-1089) Pour
des exemples des XIIe-XIIIe s, S Pelekanidis. Kastoria. Thessalonique 1953, pl 53 (Sts-
Anargyres), G et M Sotiriou, Icônes du Mont Sinai, Athènes 1958, pl 14, 36. 37, 64, 121
22 Orthographiquement, Metk izedek'. l'y pour l'i, est fréquent Note de B Outtier qui renvoie
à Z Sardjveladze dans Matsné 1982. n’’ 3, p 000, lequel en donne des exemples, à Zarzma
notamment Ici, autres exemples sur le rouleau de Joël (fig 7)
peinture géorgienne en Turquie
139
est celui d’un grand-prêtre, sous un grand manteau une tunique longue brodée
sur laquelle est passée une tunique également ornée, comme on le voit
fréquemment pour Melchisédech ou Zacharie23 De la dextre levée, il désigne le
Christ en gloire.
L’arcature suivante était consacrée à deux prophètes dont la seconde image
est à peu près détruite (fig 7). La première est identifiable grâce à l’inscription
Prophète Joël24' Il déploie un long rouleau
sur lequel se lit ?£b «fe)! JHW blM SLTfrr
ï-tfl rj-an Q/*| cp'fc'iï UC Ï7(jjr>d- n(3>0-pljT O-HaHnjfiUr 7
jQ'bÇfir O+fQ-tljR bZ 'LJ'5’1«Le Seigneur dit ceci Fils de Sion, soyez
dans l'allégresse et réjouissez-vous dans le Seigneur votre Dieu car il vous
a donné la subsistance'» (Joël, 2, 23) Le visage du prophète a été détruit, il
portait cheveux court et barbe arrondie et mi-longue Ses vêtements sont clairs,
tunique blanche et manteau d’un vert léger.
Décor de la porte d'enirée sud
Le narthex, du moins sa paroi nord (sch. 3), était consacré au développement
d’un vaste Jugement Dernier25 dont le fragment restant, accroché sur le
tympan de la porte, faisait partie Malgré le mauvais état de la peinture, on
reconnaît facilement l’image paradisiaque du Patriarche Abraham trônant et
tenant en son giron la petite figure de l’âme de Lazare, sujet bien codifié26 II ne
reste plus que l’esquisse, les couleurs ayant disparu, il est difficile de dire s'il
s’agit d’un tableau non terminé ou dépigmenté mais nous penchons plutôt pour
la première hypothèse, on voit en effet, que l’empiècement noir qui orne le col
de la tunique d’une des petites figures debout au pied d'Abraham, est seulement
dessiné pour les autres L’ensemble rappelle le Jugement dernier dessiné, ainsi
que d’autres sujets, à Bertubani27
23 Cf G et M Soliriou, op ctt n 21, pl 54, J Lassus, L illusticitiort btzantine du Liste des
Rois, Paris 1973, fig 112, 113, G Alibegachvili, Miniatutes des manuscrits géorgiens du XL au
début du XIIL s , Tbilissi 1973, fig 7
24 Le a de Yoela est a ajoute aux exemples donnes par Z Sardjveladze dans son article sur les
anthroponymes et toponymes à finale en a (Note de B Outtier)
25 Même situation dans le narthex de St-Gregoire de Tigran Honentz a Ani, le paradis étant,
comme ici, sur la paroi nord (documentation inédite, à paraître dans une monographie en
préparation, rappelons que le Jugement Dernier est postérieur aux peintures de l'eglise. lesquelles
sont de peu anterieures à 1215)
26 Cf les exemples de Baskovo et Torcello dans V Lazarev, Storia délia pitlura bizantina
Torino 1967, fig 352, 370, N Thierry, Le Jugement dernier d'Axtala, Bédi Kan Usa, XL, 1982, fig
12, p 178 A Ateni ( 1072-89), c'est egalement le seul sujet du Paradis qui soit conserve. Abraham
jouxtant la porte sur laquelle figure le séraphin. Ch Amiranachvili. op cil , n 19, pl 72 Nous
navions pas reconnu le sujet en 1967. Bédi Kartlisa, XXV, op cil . n 1. p 55
27 G Tchoubinachvili, Le monastère rupestre de Dasid Garidp. Tbilissi 1948.pl 110, 111
140
N THIERRY
N’est conservée que la partie gauche de la composition II est vraisemblable
qu’au centre du tympan se trouvait la Vierge trônant entre deux archanges et, a
droite du groupe, le bon larron et la porte du Paradis alors qu’à gauche étaient
donc situés le Patriarche et les âmes des justes qui se pressent vers lui (fig 9)
De la Vierge ne subsiste plus que le bas de la tunique, de l’ange placé à gauche
on reconnaît les jambes élégamment dessinées sous les plis du drapé à l’antique
D'Abraham, assis de face sur un coussin à extrémités coniques, on distingue le
torse, le ventre rond, les jambes habilement représentées, l’une de face, l’autre
de trois-quarts écartée, en une pose conventionnelle, de l’âme de Lazare, on
devine la silhouette, assise de côté Symétriquement, deux groupes d’âmes
élues, sous la forme de petites figures pressées les unes contres les autres, les
mains levées en signe de prière, accostent la grande image du Patriarche
Caractères et datations de ces décors
Dans l’abside, le style des draperies, la schématisation des plis sur les épaules
ou sur les jambes (fig 3 et 3bis), la chute des plis au bas des tuniques et
manteaux, le graphisme des drapés sur les jambes du Christ trônant (fig 4).
font partie d’un répertoire comparable à celui d'Aténi (1072-1089) et à celui de
Macxvarisi (1 140)28. Le seul ornement qui subsiste, la ligne de ruban brisé qui
sépare les registres, entre apôtres et évêques, (fig 3) correspond également aux
traditions du XIe-XIIe siècle29 Bref, les peintures du sanctuaire nous parais-
sent relever de l’art en usage en Géorgie à la fin du XIe siècle et au début du
XIIe, art illustré par l’ensemble majeur d’Aténi
Dans la coupole, ce qui reste de l’Ascension, du buste du Christ, des deux
archanges et des deux apôtres (fig 5-7), nous ramène également à l’art des
confins des XIe et XIIe siècles. Nous avons vu que la typologie des visages
correspondaient aux normes du classique en usage alors et il est vraisemblable
que la coupole date de la même campagne décorative que le sanctuaire II est
même possible qu’il s’agisse du même peintre si l’on tient compte de la règle qui
veut que ce genre de sujet dynamique entraine l’artiste à un lyrisme et à un
maniérisme que les présentations hiératique de l’abside excluent30
28 Ch Amaranachvili. op lit ,n 19, pl 53, 57-59, 63 a. T Virsaladze, Les peintures murales d»
peintre Mikaeli Maglakéh, Ars Géorgien, 4, 1955. p 169-231, pl 57. 59. 68. N Thierri
Iconographie cappadocienne et géorgienne. Bédi Kartlisa, XXXVIII, 1980, p 96-112. fig 3-5
29 Encore Ateni Ch Amaranachvili, pl 72. 79, et Macvarisi T Virsaladzc.pl 63. N Thieirs
fig 4, egalement à Zemo-Krixi, XIe s , R Mépisachvili, V Tsintsadzé, L art de la Géorgie am ienm
Leipzig 1978, p 167 Encore employé mais à titre plus secondaire au XIIIe s , cf Eka Privalova Lu
peinture murale de Timot'esubani. Tbilissi 1980. fig 9-11, 45b Notons que l'emploi du bandeau
pour séparer les registres (notre fig 3) est celui d'Aténi
30 Remarque faite par Ch Delvoye à propos de l'Ascension de la Panaghia des Chaudronniers
de Salonique et celle de Ste-Sophie d'Okrid, «d un stsle plus usance que les autres fresques de'
PEINTURE GÉORGIENNE EN TURQUIE
141
Dans le tambour, le style est différent de celui de la coupole En premier lieu
on voit que le peintre des figures était de talent médiocre, ainsi, le visage
d’Abraham est disharmonieux (fig. 9) alors que celui de Pierre est satisfaisant
(fig. 7)- Parallèlement, on note que les inscriptions sont sans élégance (fig 9)
Par contre, l’ornementation, très développée, présente de beaux morceaux
comme les élégants bouquets de polyphyles dans les écoinçons (fig 8), on
reconnaît là le répertoire des miniaturistes ou des orfèvres tels que Béka
Opizari31. On note comme autre ornement la couverture rouge semée de points
blancs des colonnes engagées, destinée sans doute à imiter l’aspect du porphyre
rouge Enfin, les cintres sont ornés d’un rinceau de feuilles disposés en S qui
rappelle les bandeaux épigraphiques de caractères coufiques décorant les
céramiques moulées ou peintes et les pièces d'orfèvrerie et de dinanderie
musulmanes de la fin du XIIe siècle et du XIIIe32 C’est à cette époque que les
peintures du tambour nous semblent se rattacher
Reste enfin le fragment du Jugement dernier peint dans le narthex Son style
d’un graphisme précieux nous rappelle à la fois celui du miniaturiste du Traité
d’Astronomie de 1188 et celui d’un des peintres de l’église de Tigran Honentz,
celui qui, notamment, a peint les draperies moulantes sophistiquées du grand
ange de la scène des Femmes au tombeau (fig. il)33 II est vraisemblable que ce
Jugement a été peint à l’occasion de la construction de ce narthex méridional,
au premier ou au second quart du XIIIe siècle
En conclusion, on voit combien les décors de Doli^han étaient de caractère
disparate et rendaient compte des nombreux remaniements de l’église. Il est
évidemment regrettable que la modicité des fragments conservés n’en permet-
tent une meilleure définition.
Nikoma34
Le hameau de Nyakom, aujourd’hui appelé Vank par les paysans est situé à
trois heures de marche de Tavuçkert, en montagne calcaire II se trouve dans un
memes églises», L’archeologie byzantine au XIIIe congres international des etudes byzantines
d Oxford, Byeantion, XXXVI, fasc I, 1966, p 298 Même chose pour les Ascensions des Églises à
colonnes de Gôreme, N Thierry. L’art monumental en Asie mineure du XIe siècle au XIVe. DO P
29, 1975 (Variorum reprints 1977, ch Vil), p 87-89
31 G Alibegachvili, op cil, n 23, fig 42, 43 Pour Beka, cf n 12
32 Marthe Bernus-Taylor, 10 000 tins dan en Ssrie, Catalogue. Paris 1983. n° 346. 348, 350.
^33^ 2^*301. 308, Kitty Matchabeli, Trésor d art en Ssanétie, Tbilissi 1982. fig 8-10
Ch Amiranachvili, Miniatures géorgiennes, Moscou 1966, pl 56,57.61,64,66 Pour l’eglise
6 T.jgran ^onen^z" monographie en préparation
Encore appelé Niakom, Vank harabesi, Kalmaxi, couvent de Vac'ejori, Didi manastiri (c à
Grand monastère en géorgien) Cf E Takaïchvili, Expédition archéologique en Kola Olthissi et
142
N THIERRY
bouquet d’arbres, au niveau d’un petit bassin fertile dû à un élargissement du
ravin où coule un gros torrent Le chemin qui remonte la vallée passe devant
une petite chapelle avant d’arriver aux principaux corps de bâtiments groupés
près de la grande église St-Etienne, bâtiments en partie remaniés pour servir de
maisons et de granges. En 1974, l’état était celui qu’avaient trouvé D Hill et D
Winfield, c'est à dire très dégradé depuis l’expédition de Takaichvili en 1907
Notre intérêt archéologique s'attachait essentiellement à l’église et à la petite
chapelle
L'église St-Etienne
C'est une église en croix inscrite (sch 4) aujourd'hui caractérisée par
l’étroitesse des bas-côtés latéraux et les énormes colonnes maçonnées qui
soutenaient jadis la coupole sur trompes (fig. 12, 13)35 D’après les documents
publiés, V Béridzé date l’église du IXe siècle ou peut-être de la première moitié
du Xe siècle Nous avons noté encore que l’appui des arcs directement sur les
colonnes puissantes se retrouve à Ninotzminda au niveau des restaurations du
Xe siècle, arcs supérieurs et vestiges du tambour sur trompes36
L’église était jadis entièrement peinte et Takaichvili avait encore identifié des
images de prophètes tenant le rouleau dans le tambour, l’archange Michel dans
le sanctuaire, quelques évêques dont Jean le Thaumaturge, Joachim et Anne '
En 1974, dans les ruines ne subsistaient plus que d’infimes morceaux et
quelques silhouettes délavées sur les colonnes nord. On peut seulement
remarquer que les saints étaient alignés en registres superposés tout autour des
fûts (fig 12), disposition de tradition ancienne illustrée surtout par les longues
théories murales de figures hiératiques mais dont on a quelques exemples du
même type comme celui des volumineux piliers de Direkli kilise en
Cappadoce38.
Il est difficile de tirer des conclusions très assurées d’après les débris
conservés, le meilleur fragment représente deux saints qui apportent cependant
quelques éléments (fig. 13) On reconnaît à droite un martyr tenant sa croix de
la main gauche et relevant la dextre ouverte, en geste d’orant, il est vêtu d’un
en Tchangti, Paris 1938. p 54-61. pl 15-19, D Hills. Mt iratels in Turkes. London 1964, p 227
pl 24. D Winfield, op cit .n t. p 66 pl 32 b. V Béridzé, op cit , n t. p 313-14, ( Vatchedzori)
Les sources historiques manquent et les inscriptions, déplacées, sont difficilement interprétables
15 Plan analytique dans I Zdanévitch, L ilineiaite géoigien de Ru\ Gonzales de Clati/o et
églises aux confins de / Atcihegat. Paris 1966, fig 35
16 R Mepisachvili, V Tsintsadze. op cit , n 29, p 78
E Takaichvili, op cit . n 34
38 Eglise datee du régné de Basile II et Constantin VIII (976-1025) et vraisemblablement de la
fin du Xe s plutôt que du XIe, N et M Thierry. cSoutelles églises rupestres de ( appadoce La région
du Hctscin dcigt. Paris 1963. p 183-92, pl 84-85
PEINTURE GÉORGIENNE EN TURQUIE
143
Schéma 4 Nikoma Plans de l'église Sl-Ettennc et de la chapelle (d'après E Takaichvili)
manteau vert foncé à plis vert clair et empiècement pectoral blanc et d’une
tunique rouge à plis roses réhaussée d’un empiècement blanc autour du cou et à
la racine du bras39 A gauche, il ne reste du saint qu’une partie de la tête et
l’épaule gauche couverte d’une tunique verte claire à plis vert foncé A droite se
trouvait un autre saint dont ne subsiste que le bord du vêtement rouge et vert
L’alternance des deux mêmes couleurs et de leurs teintes dégradées témoigne de
,<< En Géorgie nous n'avons retrouve cel empiècement, approximatif, qu à Sabércébi n" 7. dont
les peintures peuvent être attribuées à la fin du IXe s ou au début du Xe T S Sevjakova. Peintures
monumentales de Gieotgie. Tbilissi 1983. fig 35
144
N THIERRY
la relative pauvreté des décors Parallèlement le tracé des draperies est assez
rudimentaire bien que d'une main sûre, les anatomies sous-jacentes étant
correctes On note la forme particulière de la tête partiellement conservée,
l'ovale régulier se raccordant au front large que barre une coiffure bouclée et en
boule40
Ces peintures sont trop fragmentaires pour que soit clairement appréciée le
part d’un hypothétique archaïsme, cependant, la schématisation des draperies
et de la tête conservées, comme le détail de l’empiècement supérieur de la
tunique, sont en faveur d’une attribution à la première moitié du Xe siècle ou au
milieu de ce siècle plutôt qu'à une époque ultérieure
La chapelle sud-est
C’est un modeste bâtiment rectangulaire semblable à une maison, construite
en petit appareil et en partie ruinée La chapelle à une nef est à fond plat et
couverte d’une voûte en berceau renforcée par des doubleaux appuyés sur des
piliers engagés (sch. 4)
Elle était jadis entièrement peinte mais actuellement, l’enduit est en partie
tombé, entraînant les décors, il ne reste vraiment que les figures des parois
occidentale et méridionale, figures non épargnées cependant par le vandalisme
Le programme comprenait quelques sujets christologiques et une importante
série de portraits de saints Les premiers se trouvaient sur le mur oriental et à la
voûte, il n'en reste que d’infimes morceaux On reconnait une Annonciation a
gauche de l’autel, la silhouette élégante de l’archange s’avançant vers la droite,
la Vierge debout devant sa maison étant à peine discernable On note encore
une fragment d’une Vierge à l’Enfant, Jésus, assis de côté se tourne de l'autre,
allongeant son corps et son bras droit, vraisemblablement vers des rois mages
disparus. Reste enfin à la voûte la partie centrale d'un baptême du Christ, la
scène est difficile à identifier, le Christ debout au centre, le Baptiste à gauche et
les anges, groupe informe, à droite
Le programme hagiographique est mieux conservé et il est aisé d'en décrire
plus que Takaichvili, les personnages étant en assez bon état bien que les
visages aient été détruits
La paroi occidentale est organisée autour de la porte (fig 15) Celle-ci est
encadrée par trois saints militaires au sud et quatre saintes au nord, les
inscriptions permettent de reconnaître la plupart d'entre eux Le premier a
gauche est saint Démètre, P5 vêtu d'une tunique blanche sous une armure
jaune d’or que couvre un grand manteau bleu turquoise éclatant II porte l'épee
“ Forme dont les prototypes remontent au VII1 s , cf à St-Démetre de Salonique par exemple
V Lazarev. op c it n 26, fig 48-51. encore fig 68
PEINTURE GÉORGIENNE EN TURQUIE
145
appuyée sur son épaule droite et protège son bras gauche par un grand bouclier
blanc à bordure jaune d’or et umbo turquoise, bouclier à peu près conique (fig
16). Démètre est jeune et imberbe, comme à l’habitude Les deux saints voisins
sont moins bien conservés, il s’agit d’Eustat/ie,’tHBC<M, saint très populaire en
Cappadoce et en Géorgie, et de st-Procope, U>QMQU1 Tous deux figurent
comme adultes à barbe courte, la main droite maintenant la lance verticale, la
gauche reposant sur le bouclier appuyé au sol (fig 15). L’un est vêtu d’une
tunique turquoise sous un manteau rouge, l’autre d’une tunique blanche sous
un manteau vert, les cuirasses sont semblables à celle de Démètre, celle de
Procope étant barrée d’une écharpe turquoise nouée à hauteur des aisselles
Au nord de la porte se trouve en premier lieu sainte Catherine, 73
’mrE'lMfiC , sa couronne est détruite, son manteau turquoise est enrichi
d’empiècements jaune d’or sur les épaules et sur la ligne médiane, une étole qui
évoque le loros tombe de son bras gauche, enfin, on reconnaît un thorakion de
forme abâtardie sur la cuisse droite (fig. 17)41 De la dextre elle tient la croix
des martyrs et de l’autre main, paume relevée, elle esquisse le geste de prière A
ses côtés, dans la même attitude, se trouvait sainte Barbe reconnaissable à ce
qui reste de sa coiffe ronde et du voile latéral qui encadre le visage, elle porte un
long manteau orné de galons et d’empiècements en rosaces sur les bras A droite
était située sainte Marine, pÿ DEL.BC. Une quatrième sainte terminait la série,
elle portait un maphorion rouge sur une tunique blanche, son nom est détruit
Au-dessus de cette rangée de saints et de la porte, un entrelacs grêle
ménageait une série de médaillons encadrant des bustes (fig. 15)42 Au centre,
c’est à dire au-dessus de la porte d'entrée figurait la Vierge à l’Enfant,
aujourd’hui à peu près détruite. Latéralement on avait représenté d’illustres
moines orants, à présent très délavés et endommagés. Seul celui qui est au-
dessus de sainte Catherine est identifiable, il s’agit de saint Ephrern le Syrien,
7T>7? rbQj>7, vieillard à barbe blanche assez ronde, visage mince et chevelure
courte et bouclée au-dessus des oreilles (fig. 18). E. Takaichvili avait encore
identifié Syméon stylite et saint Sabas.
Sur le mur sud ont été conservés quelques saints, essentiellement les deux
Sur cet «écusson de forme mate ressemblant à un bout lier et broche d or» qui orne le costume
des impératrices et saintes vêtues comme elles, cf G de Jerphanion Le «thoralion». caractéristi-
que iconographique du XIe s , La sois des monuments, \ou\elle sétie, Paris 1938, p 263-78
Ce type d’encadrement apparait relativement tard, déjà à Nerezi, 1164 (R Hamann-Mac
Lean, H Hallensleben, Die Monumenlalmalerei in Setbien und Makedonien. Giessen 1963. fig 37)
son usage se répand au XIIIe, cf la Panaghia i Koympelidika à Kastoria (S Pelekanidis op cit .
n-2/,p\ 102), St-Jean Chrysostome a Hiéraki (N C Moutsopoulos, G Dimitrokallis. Getaki. Les
églises de la bourgade, Thessalonique 1981, fig 19, 20, 24-26) et au XIVe. cf Cerven (R Hamann-
Mac Lean, H Hallensleben, op cit . fig 26)
146
N THIERRY
saints militaires, saint Georges près de la fenêtre orientale, fSW'g 19)et
saint Théodore à l’extrémité occidentale, le long du pilier inscrit, 0»|(fig 20)
Saint Georges tient devant lui sa lance dont l’extrémité est détruite, sa main
gauche repose sur la grande épée dans son fourreau, il porte le grand bouclier
rond accroché derrière le dos, ce qui est une particularité qui apparait assez
tard dans l’iconographie43 Le saint est vêtu d’une tunique bleu turquoise,
d’une cuirasse ceinte d’une écharpe au niveau des aisselles et d’un grand
manteau rose attaché devant le cou, aux membres inférieurs, il porte des
jambières. La jeune tête est coiffée d’une chevelure rousse bouclée et le visage
imberbe a conservé son ovale que cerne une ombre verte, la typologie étant
celle en usage depuis la fin du XIIe siècle44
Saint Théodore répond également à la tradition (fig 21), le visage, excep-
tionnellement préservé, est celui d’un adulte aux joues creuses et à la barbe
courte et fine, ici bifide II porte une cuirasse différente, faite d’un petit nombre
de rangées de longues lanières (fig. 20), elle est couverte d’un beau manteau
turquoise et ceinte d’une écharpe de la même couleur D’un côté il tient la lance
plantée en terre, de l’autre il maintient le bouclier appuyé au sol, bouclier
turquoise à bord et umbo jaune d’or C’est la même couleur turquoise qui
marque les ombres profondes du visage, modelant le masque vigoureux
Restent encore quelques fragments de saints, le bas du corps de deux figures
vêtues à l’antique et les bustes très endommagés de deux évêques, un pontife
d’Alexandrie, c'bl+UFiôj'l 11 45, sans doute Cyrille car on distingue un fragment
de coiffe blance sur sa chevelure (fig 22)46, et un second évêque que nous
n’identifions pas.
*' Dès la fin du XIIIe s , on voit le bouclier, rond et petit, accroché dans le dos des saints
guerriers debout, mais sa taille est nettement inférieure a celle de notre image, cf a St-Nicolas et
St-Jean-Chrysostome de Hieraki (N C Moutsopoulos. G Dimitrokallis, op cil .fig 39, 11 et 23)
La grande taille du bouclier est peut-êire caractéristique de la Géorgie, la forme représentée ici en
cône étale, y est courante au XIIIe s. cf Eka Privalova, Timoiesubani. op cil . n 29 pl l
l'attitude traditionnelle étant celle de l'appui au sol, la main du soldat étant posée en coin sur
l'angle supérieur, comme sur notre fig 20 A Oubissi, 1er moitié du XIVe s , saint Georges porte un
bouclier encore plus grand et régulièrement concave, il le porte au bras gauche dégageant bien le
système de fixation, CH Amiranashvili Geoigian painiet Dcitnicinc. Tbilissi 1974. fig 51 (on
remarque combien le costume est plus sophistiqué qu'à Nikoma où les saints guerriers sont vêtus
comme aux XIIe et XIIIe s )
44 Ainsi à Vardzia. Q'inc'visi et Timot'esubani, cf G Gaprindashvili, I ardzia. Leningrad
1975, pl 124,0 Piralichvili. Lee peintutey de Q inc iici. Tbilissi 1979, pl 27 E Privalova, op cil
n 29. pl L
45 La fin du mot d Alexandrie aurait dû être 5J'Tbl au lieu de ôJ'H.'i (communication de B
Outtier)
46 Ch Walter, Ait and ri tua! <>/ the Byzantine Church. l'aiionim publications. London 1982
p 104-5. fig 6
PE1N1 LIRE GÉORGIENNE LN TURQUIE
147
(Caractères de c es peintures et conclusions
Il s’agit là d’un décor à la fois sophistiqué et pauvre, en effet, l’art est précieux
et de bonne tradition mais la palette du peintre est limitée à un petit nombre de
couleurs De celles-ci il a cependant tiré un très heureux effet, réalisant une
étonnante harmonie faite de roses, de jaunes et de bleu turquoise Les
fragments des deux inscriptions peintes jadis près de saint Georges (fig 19)
n’apportent malheureusement pas de renseignement précis sur l’origine de ces
peintures On note la beauté des caractères épigraphiques
D’une façon générale, le vocabulaire iconographique et stylistique de ces
représentations se place dans la tradition du XIIIe siècle géorgien mais présente
quelques particularités comme le jeu d’entrelacs du mur occidental, ou la façon
dont saint Georges porte son bouclier dans le dos47, qui évoquent la fin de ce
siècle ou le début du XIVe
Les deux ornements conservés n’ajoutent rien à cette conclusion Sous les
figures du mur sud court une frise assez mal dessinée mais d’un type très
répandu en Géorgie, frise où alternent les boutons de fleur avec sépales en
accolade et les palmettes (fig 23)48 Le second ornement est connu de façon
plus générale (fig 24)40, c’est un jeu de quadrillage obtenu par l'intersection de
lignes ondulées réalisant ainsi des sortes d’ailettes en hélice
Ainsi pensons-nous pouvoir attribuer ces peintures à la fin du XIIIe siècle ou
au début du XIVe Ceci nous amène à supposer que l’inscription découverte par
D. Winfield, réemployée dans une construction voisine, pourrait avoir trait à
cette chapelle, elle mentionne une fille du roi Dimitri II (1271-1289) comme
donatrice d’une église50. Ajoutons qu’E Takaichvili avait trouvé une inscrip-
tion de 1306 relative à la construction d’une annexe de l’église Saint-Etienne51
Il est donc évident qu’aux confins des XIIIe et XIVe siècles, le couvent de
Nikoma a connu une période de renouvellement qu’illustrent encore les
peintures de cette chapelle Elles témoignent du maintien, malgré les difficultés
matérielles de l’époque, d’un bon niveau de la tradition picturale géorgienne à
l’orée du Bas Moyen Age au Tao-Clardjètie.
Nicole Thierrx
47 Cf notes 42 et 43
48 La frise fait partie du répertoire de Beka Opi/ari, Ch Amiranachv ili, op cit n 12 fig 83 II
est courant en peinture murale et on le retrouve a Kobayr Berfubani. Timot'esubani, Q'inc'xisi.
Kiranc , bibliographie avec ce dernier exemple. N Thierrv. A propos de l'église de Kiranc’. Bedi
Hcirtlitu, XLI. 1983. p 213. n 52. fig 14c
Pour le XIP s citons les exemples des Sis Anargy res de Kastoria. S Pelekanidis op cit n
pl 5, ll,28(sch p 11 ) ei de Nerezi R Hamann-Mac Lean. H Hallensleben op cit. h 42. fig
D Winfield. op cit n l, p 66
E Takaichvih, op ( u n 34
50
N. THIERRY
Fig. 3. Doli$han. Partie sud de l'abside
PEINTURE GÉORGIENNE EN TURQUIE
131
Fig. 3bis - Doliçhan. Abside Les deux premiers apôtres.
152
N. THIERRY
Fig 4. - Dolijhan. Partie inférieure du Christ trônant
PEINTURE GÉORGIENNE EN TURQUIE
153
Fig. 5 — Dolijhan. Détail de l'Ascension Archange et saint Pierre.
154
N THIERRY
Fig. 6. Doliçhan Visage du second archange.
Fig 7 Doliçhan Visage de saint Pierre.
PEINTURE GÉORGIENNE EN TURQUIE
155
Fig 8 Doliÿhan Le tambour Abraham. Melchisédech et Joël
156
N THIERRY
Fig 9 — Doliÿhan Abraham
PEINTURE GÉORGIENNE EN TURQUIE
157
Fig 10. Doliçhan. Tympan du narthex sud Abraham et les âmes des justes.
Fig 11 - Ani Eglise de Tigran Honentz. L’ange de la scène des femmes au tombeau
158
N THIERRY
Fig 12 Nikoma St-Etienne Colonne nord-est \ue vers l'est
PEINTURE GÉORGIENNE EN TURQUIE
159
Fig. 13 Nikoma St-Elienne Côté nord vu vers l'ouest
160
N THIERRY
Eig 14 Nikoma St-Elicnne Fragment de peinture. Deux saints
PEINTURE GÉORGIENNE EN TURQUIE
161
Fig. 15. — Nikoma. Chapelle. Vue générale du mur occidental
162
N THIERRY
Fig. 16. Nikoma. Chapelle. Saint Démètre.
PEINTURE GÉORGIENNE EN TURQUIE
163
Fig. 17 Nikoma Chapelle. Saintes Catherine. Barbe et nom de Marine
54
N THIERRY
Fig 18 — Nikoma Chapelle. Saint Ephrem le Syrien
PEINTURE GÉORGIENNE EN TURQUIE
165
Fig. 19 — Nikoma Chapelle Saint Georges et inscriptions
Fig 21 Nikoma Chapelle Visage de saint Théodore.
PEINTURE GÉORGIENNE EN TURQUIE
1
Fig. 22 - Nikoma. Chapelle. Saints evèques.
Fig 14 Nikoma. Chapelle Ornement.
CIERGE DE LA CHANDELEUR DANS LA PRESENTATION
DU CHRIST AU TEMPLE, EN GEORGIE
Un certain nombre d’œuvres de l'orfèvrerie géorgienne et une icône de bois,
étagées entre le Xe-XIe siècle et le XVIe siècle1, figurent, dans la scène de la
Présentation du Christ au Temple, un ou deux cierge(s), détail inconnu, pour ce
sujet, dans tout l’art des Églises d’Orient2 Dans ces images géorgiennes, les
personnages du récit de saint Luc (2, 22-38) sont normalement évoqués la
Mère de Dieu tend l’Enfant à Syméon qui le reçoit, mains voilées, saint Joseph,
tenant les deux colombes du sacrifice, est derrière Marie, alors que la
prophétesse Anne suit Syméon Le cierge apparaît soit dans les mains d’Anne
soit dressé sur un chandelier placé au sol, entre Syméon et Marie4, soit encore,
par deux fois figuré, au sol et dans les mains d’Anne5 Quelques études ont mis
1 Les pièces d'orfèvrerie que je connais attestant ce détail des cierges dans la scène de la
Présentation du Christ au Temple sont toutes publiées
a) plaque en argent doté et en argent, de Sagolacheni. conservée a Tbilissi Mus Nat des
Beaux-Arts de Géorgie (G M 1 G J n" K-46 G Cubinasvili (Tchoubinachvili) LOGcmciu
veoi vienne des \ IH' -X \ HT siedes. Tbilissi. 1957, pl 15 Cf avec bibliographie antérieiue le
Catalogue de l Exposition de Paris (Grand Palais, av -juil, 19X2), Au pa\ s de la Toison d ()i ht
aiuien de Geoigie soxieiic/ne, Paris, 19X2 N59 pp 136-137 Pièce datée du X‘-X1‘ siècle
b) une des scènes de l'encadrement de l'icône de la Vierge de Zarzma en argent dore conservée
a Tbilissi. G M I G N 6-77 Cubinasvili op ut pl 39 Catalogue, op t il , N 62 pp 140-141 ci
pl en couleur p 26 Pièce datée du XT s
c) icône emaillée de l'ancienne Collection Botkine, conseivee a Tbilissi G M 1 G N 3223 C
AmiRanac hvii i. Les émaux de Geotgie Paris 19X2 pp 60-61 C atalogue op cil, N 176 Pièce
datee du X1P-X11P siecle
d) croix de Sadgéri Tbilissi. GM IG Clbjxasvilj. op cil pl 170 pièce de lorlcvie
Mamne, datee de 1447-1451. p 20 A Alpago V Blrhvf J Lm-o\taj\i -Dosogm An and
4/c liiiec fine in Mediexa! Gemgia, Louvain-la-Neuve 19X0. fig X0 V Berid/e p 40 date celte
œuvre du XVIe siècle
c) icône en bois de cyprès, de 1 ancienne Collection Stiglic conservée a Leningrad, Musée de
1 Ermitage, Collection orientale N 276 publiée par A Kakovkin. Gruzinskaia derevjannaia
ikonka «Sretenie», dans Soobacenija Gosudarstvennogo Ermitaza 33 (1971) pp X2-X5 (icsiinie
anglais p 105), qui date celte œuvre du XVP siècle
f) une scène de la bordure de l icône de la Vierge d'Ackuri. publiée par G N Ci binasvii i
Gruzinskoe cekannoe iskusstvo Tbilissi, 1959. fig 252 datée du XVIe siècle
2 Voir surtout avec les références anterieures la présentation de K Wi ssh Darsteilung
C hristi im Tempcl. dans Reallexikon ~ui b\ zaminischen Kunxt l (1966) coll 1134-1145 Poui
1 Arménie Dt R Nlrslssi w limenian \fanusaipts in the heci Gallei i o/ Washington 1963
p 52, a souligne que l'iconographie avec cierge n'était pas attestée pour ce sujet
' Plaque de Scgolacheni op en n I a croix de Sadgeri op cit n 1. d
J Email op cit n 1 c
Icône de Zarzma n 1 b icône de 1 Ermitage n 1 e icône d'Ackuri n 1 f
CIERGE DE LA CHANDELEUR
169
en valeur et partiellement élucidé la présence de ce cierge0 Pourtant ce détail,
replacé dans un contexte iconographique global, semble mériter une rapide
reprise du thème de la fête de la Rencontre (Hypapante), si on lui donne son
nom byzantin, de la purification de la Vierge, selon le vocable plus courant en
Occident, ou, dans la formulation même de saint Luc, de la Présentation du
Christ au Seigneur, en son Temple6 7
Parallèlement à ces images qui introduisent un cierge dans la composition, la
Géorgie connaît l’iconographie purement byzantine (sans cierge), avec ses
variantes traditionnelles8. Dans les œuvres géorgiennes de toute technique,
plusieurs types de schémas se distinguent Des formules abrégées, privées de
l’un ou l’autre des personnages, attestent néanmoins l’autel. Ainsi, une des
quatre scènes du Triptique de Martvili ne figure-t-elle pas Anne, mais, sur un
fond d’arcatures, Marie, suivie de Joseph, tend l’Enfant à Syméon, au-dessus
de l’autel9 Plus réduite encore, la composition tardive de l'icône de la Vierge
aux douze fêtes de Vani, se limite aux trois personnages de Syméon portant
l’Enfant et de Marie • entre eux, une sorte de plaque, où semble reposer un livre,
se détache sur le fond ornemental et signifie sans doute l'autel10
Ailleurs la composition est comme décentrée Marie y est en effet suivie
d’Anne, partiellement cachée et se tournant vers Joseph qui tient les oiseaux du
sacrifice: Syméon porte l’Enfant vers lequel Marie tend les mains11 Dans les
images de ce type l’autel est parfois nettement figuré ainsi une fresque de
l’église du peintre Gherassimé, à Ubisi12, sur l’icône de la Présentation du
XVF-XVir s. de Sio-Mgvime13, sur l’ômophorion de Cilkani14 Une porte
6 A Baumstark, Eine Wanderausstellung gcorgischer Kunst, dans Chiens ehiistumus, 3e série.
5 (1930), pp 239-242 et surtout p 241, où est releve le détail des eierges figures dans la scène de la
Présentation du Christ au Temple et où sont soulignes les liens de cette iconographie avec la liturgie
géorgienne, rattachée à l'antique liturgie de Jérusalem et a sa procession de la C handeleur pour ces
divers rapports, A B , dans cet article, se réfère simplement au témoignage de la Vie de Théodose le
Coenobite Cubinasvili, op cit , (n 1), 1959 pp 205-206 reprend les remarques de Baumstark et
les complète par l'argument, donné par un des noms de la fête du février en langue géorgienne qui
évoque les cierges, selon les remarques de K Kekeliszl, leiusalimskii Kmu.nm Vil veka. Tiflis,
1912, pp 180-183
7 Quelques remarques sur la date de célébration et sur les noms donnés a cette fête dans
Wessel, op cit, (n 2). coll 1134-1135
8 Pour l’iconographie byzantine, voir Wessel. op cit , (n 2) coll 1135-1144 voir aussi D C
Shorr The Iconographie Development of the Présentation in the Temple, dans The Ai i Bul/eiin
28 (1946), pp 17-32 Les variantes concernent essentiellement le fond architectural, le nombre et la
position des acteurs de la scène, leurs gestes La presence de l'autel est de règle a l'cpoque post-
iconoclaste (voir ci-dessous)
9 Cubinasvili, 1957, op cit , (n I), pl 4, a
10 Cubinasvili, 1957. op cit . (n 1). pl 179
1 Sans tenter de dégager des conclusions qui exigeraient une etude plus globale, il faut
remarquer que ce schéma où se regroupent Marie. Anne et Joseph est atteste des le début du VIIIe
siècle, dans la mossique disparue de l'Oratoire romain du pape Jean Vil (v ci-dessous n 25) et sera
fréquent en Occident (voir Shorr. passim)
S Amiranisvili, Georgian Puintei, Dimiinne, Tbilissi 1974, pl 34
W Seibt et T Sanikidze. Schutskaniniei Geoigien Miitelulteiliihe Kunsi mis dem siasili-
ehen Kunstmuseum Tbilisi (catalogue de l'exposition du Kunstlerhaus Wien sept-nov 19X1)
Vienne, 1981, N 86, p 134 et fig 103
14 Catalogue de Vienne, op cit (n 13), N 10, p 138 et fig 113
170
S DUFRENNE
d’iconostase(9) et un ciborium suggèrent aussi l’autel sur l’icône composite de
Martvili '5, alors qu’aucun autel n’est visible sur l’icône du XVIT-XVIir siècle
de Kachi16
Les compositions plus classiques où Anne est derrière Symeon, et Joseph
derrière la Mère de Dieu, tantôt présentent l’autel (ainsi la pièce de
Chonciori17, la fresque de Timotesubani '8), l’ômophonon de Tbilissi '9, tantôt
omettent l’autel, comme sur l’icône de Semokmedi20 et sur la plaque de
Sapara21, pour autant que l’état de ces pièces permet d’en juger, d’après les
reproductions publiées
Les artistes géorgiens, adaptant l’iconographie bien connue du monde
byzantin, semblent ainsi avoir hésité sur la présence d’un autel dans
l’iconographie de la Présentation du Christ au Temple Par contre sur les six
images que je connais et qui figurent un cierge, l’autel est toujours absent
Certes, à Byzance, de rares exemples post-iconoclastes de schémas abrégés de
cette iconographie peuvent ne pas présenter d’autel, ainsi le diptyque d’ivoire
de l'Ermitage22 * mais c’est pure exception En fait l’absence de l’autel dans
cette scène, dans le domaine byzantin et dans les terres para-byzantines,
caractérise les œuvres les plus anciennes Sans évoquer l’image par trop
exceptionnelle, remontant au Ve siècle, de l’arc triomphal de Sainte Marie
Majeure, à Rome21, la fresque de Castelseprio, datée sans doute du VIIIe
siècle, situe la scène dans le cadre architectural d’une abside à synthronon, sans
figuration d’autel24 Quand à la mosaique constantinopolitaine de
Kalenderhan Djami, datable du VIIe siècle, elle présente seulement Marie,
Syméon et l’Enfant sur un fond d’or dominant un sol vert et délimité par un
cadre ornemental. aucune architecture, aucun meuble ne s'ajoute aux person-
nages25 Nous ne connaissons qu’à travers un dessin de Grimaldi du XVIIIe
siècle, la Présentation qui faisait partie du cycle de mosaiques de l'Oratoire de
1S C dialogue de Paris, op cit (n 1 ), pp 213-214 Sur cctic icône le c>cle des fêtes est attribue
au XVII1 on \ remarque ca et la des influences occidentales
16 Catalogue de Vienne, op cit (n B) N 105-109. p 140 fig 115
1 C UBINasvH l. 1959, op cit (n 1). fig 386
18 E L Privalova Rosph Ttniotesuhani Tbilissi 1980 fig 17, p 56
19 Catalogue de Vienne (op cit (n 13) N 99 p 138. fig 112. où les details se laissent
difficilement distinguer
2,1 Alpago Blridzl Lafoniaim-Dosognp op cit (n 1) fig 85
21 R Ml Pisx< H\ IL1 et V Tsimsaozi. L an de la Oeotgic ancienne. Leipzig. 1978. p 255
22 K Wht/m\nn An Ivorv Dipivch of the Romanos Group in the Hermitage, public en russe
dans lo )/ ?2 ( 1971 ) repris en anglais dans B\zantine Book Illumination and haiics Londres
1980 N Vlll pp 1-11 Cf Le catalogue de l’Exposition tenue a Leningrad et Moscou en 1976
1977 Iskusstvo bi/antn \ sobianijach SSSR Vol 2 Moscou. 1977 N 583. pp 97 et 100
2< H Karpp Die fiûluliiialichen und nihielaliet lichen Mosaiken in Santa Maiia Maxime zn
Rom Baden-Baden 1966 fig 13-17 B Bri nk. Die /1 ûhc lu tahc hen Mosaiken m S \fana
Ma^iote zu Rom. Wiesbaden 1975 pp 19-24
4 K Weit/mann The f tesco C \cle of S Manu di C aste/sepi io, Princeton 1951 pp 73-75
fig 7 en i 1
“s C L STRiKLRetY D Kl ban. Work at Kalenderhane Camii in Istanbul Third and Fourth
Preliminarx Reports, dans DO P 25 (1971). pp 255-256 fig 11 Composition superposable en
Cappadoce. N Thilrra l n décor pré-iconoclaste de Cappadoce Açikel aga Kilisesi, J* 1.
XVIII 1968 p 33-69 (p 47-9)
C IhRGE Dh LA CHANDfL I IR
171
Jean II, à Rome (début du VIIIe siecle) une abside, sans tiace d'autel, est
figurée derrière Syméon24 Toutes ces œuvres de haute epoque ignorent donc la
figuration d'un autel L'autel ne parait que sui l'émail de la Slavrothèque du
Sancta Sanctorum. attribué au pontificat de Pascal I (817-824)2’ Car on ne
peut rien déduire du fragment d'icône du Sinai2S. que K Weitzmann date de la
fin du IXe ou du début Xe siecle
L'importance du sacrifice dans le texte même de saint Luc (2, 24) et dans
certains commentaires a dû entraîner l'intioduction d'un autel dans cette
iconographie, sans qu’il soit possible de rejetei systématiquement une allusion
eucharistique24 L'ampleur des architectures suggérant le Temple et dominant
les personnages contrastent, dans nos images géorgiennes, avec l'absence
d’autel Cette absence, inscrite dans les images les plus archaïques, peut être
signifiante et souligner, qu’après la destiuction du Temple de Jéiusalem et la
disparition des sacrifices de la loi de Moise. seules les colombes peuvent
traduire le texte évangélique et l’offrande rituelle Quant à l’évocation aichitec-
turale, elle évoque naturellement le cadre même où se déroula la scène et
rappelle ainsi qu’aucun martyrium ne pouvait être consacré à ce souvenir Et
d’ailleurs la procession évoquée par Egérie. célébrant cette fête de la présenta-
tion du Christ, avait lieu, on le sait, à l’Anastasis10 ce contexte «archéologi-
que» explique peut-être pourquoi la Présentation est inconnue sur les ampoules
palestiniennes11, alors que les sources écrites témoignent de la présence de
l'épisode dans les cycles de l'Enfance des églises de Terre Sainte12 une
2(1 J P Nordh XGi The Mosatcs ol John VU (705-707) The mosaïc hagmenis and then
technique, dans icia ad en c haeoio^iam cl ai mm lnsioi uim pci nneniia 2(1965) pl XV111
2~ K Wi ssi L Die b\:aiuinise he Emai/kimsi \om > bis ! 7 Jaln liundei i Reckiinghauscn 1967
pp 48-52
2K K Wiir/vi\\\ The \/ondsicH ai Saint Caiheiitic ai Vhnmi Sinai / he /cons Vol 1 jnnn
l/ie si\ih ( enmi i t > ihe iciuh cenmi i Pnnceion 1976 B 45 pp 77-76 pl XC l\-(.
2Q Luc 2.24 Dans la veision latine des Seimotis d Oitgcnc sur saint Luc pai Rulm d'\quilcc
la consécration des piemiers-ncs devant 1 autel est mise en \aleui pai la citation d Lx 74 2 7 cl
Origenl Homélies sur saint Luc, 14.7 ed Sonne s ( /neiitinics 87 Paris 1962 pp 226-227
On doit néanmoins souligner qu un texte aussi populaire a Bvzance que 1 Hvmne de la
Présentation du Christ au Temple de Roman os le Melode qui chante de strophe et stiophe le «seul
ami des hommes» ne mentionne «1 holocauste» qu en passani pour exaltet 1 enseignement
prophétique de Sxmeon sut le Christ voir le texte et les icniaiques sui 1 intioduction de la léie a
Constantinople, au début du VIe siècle, et sur ce chant de Romanos dans 1 édition de I Grosdidier
de Matons. Romvxos Ihmnes 11 24 (Soin ces (/indiennes) Pans 1965 pp 167-197
Les allusions eucharistiques que peuvent contenir l’iconographie des autels correspondant a
des textes d’Ancient Testament, figures dans Part byzantin a 1 image des autels chrétiens
mériteraient une enquête plus vaste
Egérie Joiiined de toi a%e i Itineianc > et Lettre sm la B 1 Lgeiis (S C 296) Pans 1982 pp
252-257 L'excellente introduction de P Mataval est ires renouvelée pai nippon a celle de 1 édition
de 1948
1 A Grabvr (mpoides de Tchc Sainte ( Monza-Bobbio) Paris 1958
12 Au VIe siècle, Choricius de Gaza, Laudaiiu Maniam 1 56 (éd R Focistei et b Richtsteig
Leipzig, 1929, p 17,cl tradition anglaise de C Mwgo The At i of ihe S\~aninu Enipin A/2-/4>A
P 65). mentionne la Présentation du C hrist au Temple paimi les mosaïques d un cvcle de 1 En lance
dans 1 église Saint Serge de Gaza Par ailleurs, en 876 dans leur lettie a I empeieui Théophile les
patriarches orientaux évoquent les peintures de l'église de la Nativité a Bcthleem qu ils attribuent
172
S DUFRENNE
iconographie palestinienne pouvait donc exister, mais on en ignore tout1 11
serait tentant de la supposer reflétée dans les images sans autel, partout les plus
anciennes et toujours si fréquentes en Géorgie, même en dehors de nos images a
cierges II serait tentant aussi de voir dans l'autel une adjonction byzantine
Mais, dans l'état actuel de nos travaux, avant une étude critique de tous les
monuments paivenus jusqu'à nous (une étude de l'iconographie de la présen-
tation du Christ au Temple reste à faire1), il s’agit là de pures hypothèses
Par contre la figuration ou l'absence de cierge dans nos images est
indiscutablement liée à l'évolution de la liturgie de la fête dans les divers rites
chrétiens A Byzance, la fête dTHypapante, introduite dès le VT siècle, n'a
jamais comporté de procession avec cierges" l'iconographie byzantine, qui
ignore le détail des cierges, répond donc bien à la pratique liturgique
La procession de la fête de la Présentation, attestée à Jérusalem des le IVe
siècle, selon une remarque de Cyrille de Scythopolis, dans la Vie de saint
Théodose, où il évoque «la bienheureuse Hikélia . (qui) donna alors pour la
première fois l’exemple de l’emploi des cierges dans la procession de la
Rencontre de notre Dieu Sauveur» 14 Sans doute le développement de cette
procession n'est-il pas tout-à-fait clair pour nous en effet le lectionnaire de
Jérusalem, connu à travers ses versions arméniennes et géorgiennes15, et les
deux homélies sur la Présentation du Christ du Temple d’Hésychius de
Jérusalem16 l'ignorent Peut-être aussi la procession avec cierges, que d'ailleurs
l’Arménie n'a jamais introduite dans sa liturgie17, s'est-elle primitivement
limitée au Cathisma d'Hikélia pour se généraliser postérieurement18, cai elle
est attestée dans une des Homélies palestiniennes attribuée à Cyrille de
Jérusalem39, mais en fait postérieure à Hésychius et sans doute datablc des
environs de 450 Malgré quelques incertitudes du détail des rites hagiopohtes.
dans leur chronologie et leur topographie, tout spécialement dans le déroule-
à Constantin le Grand et qui. dans le cycle de l'Enlance du Christ comprend une image de la
Présentation du Christ au Temple (Epistola synodica patriarcharum orientalium ed, L Duchesne
dans Roma e l Oiienie, 5 (1912-1913). pp 273-274. cl traduction anglaise MXNGo, p 176) Cl V
Grabar, Mai 11 rium. II. Paris, 1946. pp 242-246
" Sur l'introduction de la fête a Byzance, mises au point de Grosdidilr de Ma ross. «/> ai (n
29). pp 164-165 Sur la célébration à Byzance voir Wl SSH . <>/> ai (n 2). coll 1134-1175
14 A-L FksTt giere, Les mailles d Oiteiit. III 3 Les moines de Palestine. Paris. 1963 p 58 C I
A Blldal, Die Pilgeneise dei 4ethetia. Paderborn. 1927 pp 90-91
” Le P A Renoux m a aidee à entrevoir la complexité des données liturgiques hiérosolinniai-
nes en me renvoyant aux etudes les plus récentes qui m'avaient partiellement échappés je I en
remercie vivement Sur le lectionnaire de Jérusalem, transmis dans les veisions arméniennes 3
Rl\oix. Le codex arménien Jérusalem 121 (P O 35 1 et 36 1). Turnhout. 1969 et 1971 von en
particulier dans le deuxième volume p 91 229) Pour la version géorgienne. M TarchmsviLi li
grand leitionnaiie de l Église de Jérusalem (V'-VIII' s ), I. Louvain. 1959, pp 34-36
M Ai.binlaI', Les homehes festales de leiusaient. I Bruxelles 1978 pp 1-75 Voir aussi pp
2-4, l'excellente introduction sur la fête au début du Ve siècle
1 Der Nersessiax, op cit (n 2). p 52
Re\oi x, op cit (n 35). vol 36 1. p 91. n 2
"* Migne. P G . 33, col 1188. C Aubixeau (n 36). p 4. n 2. pour la date tardive (ca 450-’-)
avec renvoi à R Caro. La homiletica Mariana griega en el siglo V. dans Maiian Lihiat i Sindus
NS 3-5. pp 596-599
CIERGE DE LA CHANDELEUR
173
ment de la fête de la Présentation du Christ411, on peut affirmer l’existence à
Jérusalem, dans la seconde moitié du Ve siècle, d’une procession de la
Chandeleur
L’influence de la liturgie de Jérusalem sur la liturgie géorgienne est connue
Elle ne cède à celle de Constantinople qu’après 900/9304' Un Euchologe
géorgien du Xe siècle, conservé à Sainte Catherine du Mont Sinai, sous la cote
géorg 54, comporte deux oraisons de bénédiction du cierge de l’Hypapante
Les Géorgiens avaient d’ailleurs deux noms pour désigner la fête du 2 février,
l’un traduisant le nom de Rencontre, l’autre, le mot «lamprobay», la fête des
«lampari», notre Chandeleur II faut rappeler aussi la traduction géorgienne de
l’homélie palestinienne, attribuée à saint Cyrille de Jérusalem, très explicite sur
l’emploi de cierges le 2 février40 41 42
Il est donc aisé de situer l’origine des types iconographiques géorgiens de la
Présentation du Christ au Temple L’iconographie sans le cierge traduit
l’influence de la liturgie byzantine et elle provient soit de l’adaptation des
images au rite nouvellement introduit, soit - plus probablement — de la
pénétration (antérieure, comtemporaine ou postérieure à l’adoptation du
nouveau rite) de modèles byzantins L’image accompagnée de cierge(s) reflète,
elle, le rite hiérosolymitain, acclimaté en Géorgie, plusieurs siècles durant
Mais, faute de documents conservés d’origine sûrement palestinienne, on ne
saurait affirmer que nos images avec cierge(s) reproduisent fidèlement un type
créé à Jérusalem Et le détail ici analysé peut tout aussi bien s’expliquer par
l’introduction dans l’iconographie, à un moment donné, du reflet d’un rite
vivant, lointainement originaire de Terre sainte L’évolution liturgique et
iconographique, vécue hors de Byzance et hors de la Géorgie, peut nous aider à
cerner d’un peu plus près ce problème
A Rome, la procession de la Chandeleur, introduite dans la fête du 2 février,
dès le pontificat de Serge I (687-701 )43, a souvent été présentée comme un
moyen de faire reculer une fête paienne44, mais il ne faut pas négliger le rôle
40 Aubineau, op cit (n 36). p 2 Le travail entrepris pour rassembler et etudier les divers
fragments du lectionnaire géorgien pourra peut-être fournir des données plus précisés voir B
Outtier, K Kekelidsé et le lectionnaire géorgien, dans Bedi Kartlisa Revue de kartvélologie 38
(1980), pp 23-35 Par ailleurs A Renoix, op cir (n 35). 2e vol pp 165-166 a bien souligne les
limites des renseignements fournis pas les lectionnaires On peut ajouter que les indications
données par les homélies, en raison du cadre et du genre même, sont elles aussi fragmentaires Leur
silence face à ce que transmettent Egerie et C>nlle de Scythopolis. ne peut être interprété en
certitude
41 Toutes les indications et références que je donne ici el qui complètent celles qui avaient etc
utilisées dans les travaux anterieurs, m’ont été fournies par le P B Outtier qu’il me soit permis de
l’en remercier chaleureusement
42 Voir ci-dessus, références n 39 C est notamment l’opinion du P B Outtier. dans une lettre
du 8 septembre 1982
43 Sur les origines de la fête de la Chandeleur en Occident, voir 1 Del G-St . la testa délia
purificazione in Occidente (secoli IV-V11I), dans Studi MedieniH. Sérié terza 13 (1974), pp 143-
216, spécialement pp 145-146
44 Sur les liens entre le développement de la fête et le désir de faire oubier une fêle paienne. voir
les textes de Bède le Vénérable et d’Ambrosius Autpertus dans Dei g-Si . op cit (n 43). pp 146-
151 Sur les éventuelles confusions entre «une fête en l’honneur de Pluton», evoquee par Béde. et
les Lupercales. combattues par le pape Gclase Ie au Ve siecle. voir déjà les remarques de Shorr. op
174
S DU! RI NNF
qu’ont pu jouer les pèlerinages et les coutumes venues de Jérusalem4"5 Or,
maigre la vitalité du rite, il faut attendre près de cinq siècles46 pour que soit
attestée son influence dans le domaine iconographique au XIIe siecle en effet
sur la verriere de l’Enfance du Christ de la façade occidentale de Chartres une
procession de deux femmes nimbées, portant chacune un cierge, et d’une
femme portant les colombes s'approche de la scène principale, où Marie tend
l’Enfant à Symèon46 Un tel décalage chronologique en Occident, entre le rite
et l’iconographie, tendrait à suggérer l’absence d’une iconographie avec cierge
dans la Palestine de haute époque sinon il faudrait échafauder une hypothèse
gratuite distinguant complètement l’influence liturgique venant éventuellement
de Jérusalem et le domaine iconographique d'où cette influence serait exclue
L’Arménie, pénétrée d’influence liturgique hiérosolymitaine. ignore le cierge
dans l'iconographie de la présentation du Christ au Temple, comme elle a
toujours ignore, d’ailleurs, la procession de la Chandeleur47
En contraste avec la Géorgie et avec l’Occident tardif, le monde chrétien
témoigne d’une relative homogénéité de l’iconographie de la Présentation du
Christ au Temple et, à haute époque, partout, sauf en Géorgie, le cierge est
exclu Ces réalités semblent attester que le détail de l’image du cierge n’a pas
bénéficié du rayonnement que lui aurait sans doute conféré une iconographie
issue de Jérusalem Et nos images géorgiennes semblent donc bien témoigner
d'une adaptation iconographique, vraie création géorgienne
En dehors des questions de la localisation première du détail iconographique
du cieige. plusieurs conclusions peuvent se dégager de cette modeste étude Et
d'abord l’impressionnant décalage chronologique entre l'apparition, ou le
développement, d’un rite et son effet iconographique (attesté pour l’Occident)
trouve une sorte de réponse dans la survie d'une image bien au-delà de la
disparition de ce rite dans la liturgie nos images géorgiennes du XVIe siècle,
comme aussi le reflet linguistique en géorgien de l'antique Chandeleur,
véhiculent des souvenirs de célébration quelque cinq siècles apres leur aban-
don48 De tels écarts démontreraient, si besoin était, les précautions nécessaires
à l'utilisation chronologique de tout détail iconographique
Nos images géorgiennes attestent par ailleurs, avec toute la précision requise,
l’origine strictement liturgique de l’apparition de cierges dans l'iconographie
orientale et plus généralement médiévale Ils ne sont pas une simple transcrip-
cit (n 8) en ajoutant la piesentation de l'affaire des Lupeicales et les textes dans Gi-L\sr 1 Leuu
iiuilie /es / ttpc i < <//es ci di\-hiiil mi om du Soi i iinu uiiiii < Icniin (ed G Pomares S C 65) Paris
1959 aucune allusion dans ces textes a 1 introduction éventuelle de la fête de la Purification
4' Sui I importance des peleiinages en Terre Sainte von I Wiiki\s<i\ Jouculeni Piliiium
befou Cimudu Jeitisalem 147"
“ E M1LI / un ulu;Lii\ du \ll du h i u ! i.mu Pans 1922 pp 122-127 fig l()s V
DiLVPorti et E Hot m 1 Lu miiuiix de lu < iiihuh ale de C hui m s 1 Chaînes 1926, pl IV
4 Voir ci-dessus n 2 Quelques exemples de 1 tconogiaphie annenienne dans le recueil
d articles de S Di R Ni rsi-ssias, Fiudex be zcinlinc e cl ai nu niciime Louvain 1977 lig 470 472
44> (miniatures bv/anunisantes daiani lespecnvement du XV 1‘s eiduXV's cf p 665 669-70
68 7)
Kakovkis, op cit (n I) p 84 a momie que la teprise tardive de la Présentation du Christ
avec cierge est un phénomène de « renov atio» tvpique de la Géorgie occidentale du XVI' siecle de
tels mouvements de «renaissance» sont on le sait une constante de 1 art médiéval
CIERGE DF LA CHASDI LEUR
175
tion visuelle du terme de lumière, même quand le texte qu'ils évoquent est
porteur de la piomesse de lumière divine ils reflètent un rite liturgique, vivant
au moment de la création inconographique du schéma considéré On peut
évoquer d'abord les cierges allumés diessés sur d'etroites parois d'hcmicvcle
d'abside, si fréquents en Géorgie49 Ils sont sémantiquement lies à la liturgie
céleste où officient les saints hiérarques Cette liturgie, modèle spirituel de la
liturgie ecclésiale, terrestre, est iconographiquement tianscnte pai les données
matérielles de la liturgie qui se joue sur terre, dans ('Église les images de tels
cierges dans l'abside de l'ossuaire de Backovo. ou ils sont encadrés par la
procession des saints évêques, l'attestent et imposent une lecture semblable
pour les cierges des absides géorgiennes, même si les évêques > conservent
l’attitude ancienne, frontale5" Il faut surtout citer certaines images de la
Dormition51, certaines figurations de scènes de baptême, illustrant des textes
néo-testamentaires52 on peut tout spécialement mentionner le fol 64v du Pai
gr 645\ où le rite baptismal chrétien est doublement suggéré dans l'image du
baptême du peuple, donné par saint Jean Baptiste sur les bords du Jourdain en
effet le vêtement traditionnel des Juifs est, pour un des nouveaux baptistés.
transformé par les points d'or de son étoffe, en vêtement «blanc», de gloire
baptismale54, et le cierge du nouveau baptisé est mis dans les mains de ce
personnage55
40 Madame N Thicri\ me signale (et je Ton remercie beaucoup) la liequence de la ligiualion de
cierges allumes au registre infcileui de 1 hemicvcle du sanctuaiie dans tiens églises du même peintie
«Théodore, peintre du roi», les églises des Sainte A/changcs d Ipiari 11096) de Saint Geoigcs de
Nakipari (veis 11 30). du Saint Sauveur de C virmi (\ci s I 100) et dans 1 église du village d Lnas
(XII 1e XIVe) voir N Thh RRù Note d un vovage archéologique en Haute Svanetie dans Bedi
Kartlisa. 37 (1979) pp 15(). I 59, 162 et 146 l n cinquième exemple est foui ni par une eglise de
Géorgie méridionale, a Dolishan (viliage de Hamamli, en Turquie) N M \ RR |oui nal de vov âge
en Chavchétie et en Clardétie dans Textes et lecheiches sur la philologie aiméno-gcorgicnne
Saint-Pclersbourg. 1911 pp 183-189, ne piecise pas ce détail poui cette uglise dont les peimuies
sont attribuées au XIIIe siècle dans ce N de Bedi Km i/isa N Thienv p 00 et lig 00 (Dolishan)
C'est sans doute de ces cierges que parle T Vi LM vxs La koine giecque et les légions pciiphériques
orientales du monde bv/antin. dans ,/ O B 11 2 ( 1981 ) 16 < mupes inie) n d emdes b\-anime \ p
693 comme pour les evêques et les apôtres «qui les encadienl» et qu elle raitache a la Deisis de la
conque, elle les détaché sens aucune preuve de toute évocation lituigique pou/ les ijppioche/ de
textes d Isaie et de 1 Apocalvpse
50 A Grabar, La pemuue leh^ieuse de Buh’uue Pans 1928 p 27 I ai 1 intention de revend
sur ce sujet poui tentei de situer ce detail dans le contexte bv/antino-gcoigien
51 On peut se reporter (en attendant la suite de sa recherche) au memone de maîtrise piepaie
sous ma direction, par I -H Mohrv Sniicimc ci e\o/\ui(>ii du schéma ic<nm^iaphic/ue de la I ic i es
dans /</ peiniui e mm ale b\ -anime /usc/u au 111 siècle Paris-Soi bonne 1981 pp 94-95 où a itisie
titre, il rapproche ces «meubles» de 1 encenson
Voir au moins les exemples siciliens du baptême de saint Paul chapelle palatine de Palet me
et cathédrale de Monreale O Di Ml s The Momies (>t \mmmi Sicd\ Londres 1949 fig 40b et 79
H Omo\t. Mmiaiuies des plus anciens manusciiis çiecs de la Bddiihcepic \aimnale du I / au
-V/H' veele, Paris 1929, pl LXXXV
M RiGHiTTi \1anuaie di simia liim^ua H ! saciamenii scuiamcnudi Milan |9s9 pp
122-124 Réferences à plusieurs textes de haute époque dans L Bot \ir. Le m\sieic pascal
Paris, 1954 p 437, n 5C
RlGiitTTi op cit (n 54) p 124 C Boi MR op cit (n 54) p 437 n 5|
176
S DUFRENNE
Un dernier trait retiendra l’attentions si le poids de la liturgie est bien connu
à Byzance dans le monde post-iconoclastes”, nos images géorgiennes, les plus
anciennes, sont attribuées en Xc/Xle siècle, au temps même où le rite de la
Chandeleur va disparaître Comme rien ne permet, autant que je sache, de les
mettre au compte d’un réflexe défensif à l’égard d’une tradition en voie
d’extinction, on peut les créditer d'une création plus ancienne et voir là un des
exemples précoces de l’influence directe de la liturgie dans l’art d’Orient
Suzy Di tRi \\i
Paris
Sb Voir en particulier l'influence de la liturgie dans la peinture manuscrite dans K Wi itzm xw
An lllustrated Greek New Testament of the Tcnth Centurv in the Walters Art Gallerv dan^
Catherin^ in Hanoi oj Doiodn E Minet. Baltimore 1964 pp 19-3S rced dans Bizumini
Lùuigiial Psaheis and gospels Londres 19S0 IX Voir aussi ID The Narrative and Liturgical
Gospel Illustrations, dans M M Panis and 4 P Mikgicn (éd ) Ven Testament Ma/msiiipi
Studies, Chicago, 1950. pp 1S 1-174 et 21 5-219 réed dans K Wljtzm xxx. Studies in C lassiial and
Bxzaniine Manust > ipt I/hmiinadon. Chicago-Londres 1971 pp 247-270
A VENET1AN MANUSCRIPT ABOUT THE TURKISH INVASION
OF GEORGIA BY SULTAN AMURAT III (XVIth c )*
I hâve chosen to propose a Venetian manuscript of the XVIth century in
order to offer a starting point which, as far as I know, has never been exploited
by western historians in the field of Georgian History After the encouraging
results obtained by discovering documents, letters, drawings and rich infor-
mation about Georgia composed by travellers and missionaries especially from
the XVIIth century, the research seems to resign itself not to going backwards,
since there is lack in sources to be found, with the exception of some well-
known and already-studied works by travellers and gentlemen as Ambrosio
Contarini (1474-1476), Hans Schiltberger (Ist half of the XVth c ), Ruy
Gonzales de Clavijo (1405) (1405) (M A HOIIIEBKTOB, 1935 95-99,172-
173).
The only contribution given to the histoncal research in the period before the
XVIIth century about the western sources speaking of Caucasus is that of a
very interesting Georgian work which was published in Tbilisi in 1981 (under
the éditorial staff of Z N Aleksidze, V N Gabasvili, N S Dzanasia, S V
Dzidzigun, I. S Dolidze, S G Kauchcisvili. R K Kiknadze, G A Melikisvili,
E. P. Metreveli, E V Chostarija, editor of the volume Dz Oliseli, editor of the
sériés S G. Kauchcisvili) entitled The Italian Travellers of the Xl'th C in
Georgia1
In this work is pointed out the fact that those news taken from the three
published relations by the Italian diplomatists Catenno Zeno, Giosafat
Barbara and Giovanni Maria Angiolello are greatly important, as the scarce
information about the history of Georgia in the XVth century available in the
country are partially supplied by those given by foreign travellers and
। IVth International Symposium about Georgian Art Tbilisi. 23rd May-2nd June 1982
/ Viaggiatori Italiam ciel ieiole AT cliGimgia Tbilisi. 1981 XIV translation from the Italian
language by E M Mamistsalisvili
178
P LIC1NI
particularly by the Italian ones (/ Viaggiatori Italiani del secolo XV di Giorgia,
1981 89)
It seemed to me that it might be useful to go on following the suggestion
given by the Georgian Colleagues in this work and to seek the possibility of
finding western histoncal documents regarding also the XVIth century about
Georgia which may be interesting for the research in many fields, as
Geography and Arts
I hâve turned to a particular sort of document, the so-called “Relatione”.
which every Venetian diplomatist had to Write in order to give the Government
of Venice a complété report about the events he had seen dunng his
permanence in a foreign country I mean those documents which were to be
composed under some strict and précisé rules, as the wnter had to tell the truth
on his own responsability (Antonibon, 1939’ 13) Every report, or
“Relatione”, was then handed over to the Senate of Venice, where it was kept
“in sécréta” The peremptory prohibition against the spreading of the news had
been repeatedly pointed out in the centuries since 1238 (Antonibon, 1939 13)
and it was severely confirmed towards the end of 1500, when the battle of
Lepanto (1571) against the Turkish Empire and the following peace with
Venice had put the «Serenissima» in a very dangerous and diplomatically
délicate position both in Europe and in the East
Since the beginning of the XlIIth century Venice had been sending its
ambassadors to Megalopoli (Constantinople), where no other western country
was allowed to (G. Soranzo, 1934 : 305) After the development of the sea-trade
through the centuries, the Venetian interests in that area had spread out to
reach Trebizond, Mesopotamia, the Persian Empire and the Black Sea up to
such a level, that it was easy to say " . per totum Mare Ponticum in
regionibus Bulganae, Gazariae, Zichiae, Avogasiae tôt sunt loca vel portus,
unde portantur frumentum, carnes, salse, mel, cera, pisces saisi, legumina,
ordeum et avena non in mediocn, sed m excessiva etiam quantitate"
(Broccardo 508, da G Soranzo, 1934 305)2 Dunng the years following
Lepanto (1572-1575) Venice tned at any rate to restore trade relations with the
East The “Serenissima” couldn’t do without, even if this meant co-operation
with the Turks or at least political connections with them (Dionisotti, 1966
472-473). Moreover the Venetian Republic had also to face the keen com-
pétition of the Low Countries after the discovery of the new way through the
Cape of Good Hope (Sassi, 1948. 122)
These reasons couldn’t do but increasing the sharp cunosity on the part of
ail the foreign ambassadors in Venice because of the secrets of State these
2 A\oga\iu = Abkhazia. in the north-western part of Georgia SSR
A VENETIAN MANUSCRIPT ABOUT THE TURKISH INVASION
179
reports contained and especially for ihe fact that the information written in
them had many particulars and political considérations the official documents
never had, since these last ones were meant to keep certain diplomatie standards
As the foreign diplomatists wanted to seize upon the reports, they entrusted
any yielding copyist with the task of taking down the texts (Antonibon,
1939 18) Consequently there was a great diffusion in the number of copies of
the same report, sometimes with substantial différences in contents, both for
some mistakes or textual errors and for a sort of masked censor "in extremis"
by the copyists themselves
Among ail these relations I hâve chanced to locate one entitled Successi délia
guerra fra Sultan Amoral Imperator de Turchi et Saih Mehemet Chotavent Re di
Persia, et H Giorgiani Christian! dal 1577 fin al 15813, which speaks about the
Turkish invasion of Georgia dunng the war between the Osman Empire and
the Reign of Persia in those years. Two are the versions of the manuscnpt kept
till our days the first one, which has never been published, lies in the
Bibliothèque Nationale of Paris (181 -Italien 1284, 2e Partie, f 68r° à 110r°) and
cornes from the archives of Saint Germain4 This cartaceous manuscript (cm
29 x 22) is not in good conditions, since damp and antiquity patches cover the
whole inferior half of every page The other version of the same manuscript is
kept in the Biblioteca Braidense of Milan (AF. IX 75, n° 1, f 1 r°-78v°) This
miscellaneous document cornes from Sir Gino Capponi’s collection (God N
LXXXII, n° 7) and was published in 1844 by E Albèri (Relazioni degli
ambasciatori veneti al Senato, Firenze, vol. II, sene III, pp. 427-470), but his
transcription is so full of mistakes, gaps and interpolations, that by no means it
is possible for a scholar to make use of Albèn’s pnnted version, if he wants to
avoid dangerous misunderstandings, especially as for the points speaking
about Georgia5
Since the manuscript version of Milan (which I hâve called ms 2) has some
cuts and répétitions, surely due to the copyist, if compared with that of Paris
(ms /), I will ground my analysis on the last one (ms /), which is probably the
This ms is composed by four different relations 1 Memoria d'un viaggio fatto a
Costantionopoli. et di alcune cose notate a quella Porta nella Circoncisione di Sultan Mahometto
figliuolo di Sultan Amorath présente Imperatore de’ Turchi. l’anno 1532". f 1 r"-67 r". by Giacomo
Soranzo (not signed) II. 'Successi délia guerra" quoted, III, "Discorso sopra la Republica di
Genova , f 11 lr"-l 18r“ IV, Battaglia intravenuta ira il Preteiano et il Re de Trogloditi l'anno
1583 , f 119r‘’-!22r° A Marsand (1835 702) speaks only about the first three documents
I must express my thanks to Prof Alberto del Pizzo. Director of the "Istituto Italiano di
Cukura of Grenoble, who has kindly helped me in obtaining the manuscript
Many of the passages suppressed by E Albèri are just those speaking about Georgia Albèn’s
pnnted version differs from the ms of Milan from the very beginning in fact it is entitled "Successi
ella Guerra tra sultano Amurat, Imperatore de 'Turchi, e sultano Caidar Mirza. re di Persia. et 11
kJiorgiani Cristiani. dal 1577 sino all'anno 1581"
180
P L1CIN1
most reliable of the two6 1 shall avail myself of ms 2 only in those cases in
which ms 1 is completely indecipherable The use of compairing two or moie
copies of the same Venetian "Relatione’' is besides encouraged by ail the most
authoritative critical works on the subject (Antonibon, 1939 22, Firpo, 1965
VI), which always stress the fact that the collections published by many editors
could hâve been philologically much more correct, if they had taken also the
numerous variants into considération
The relation I am proposing here speaks about the great Ottoman invasion
of the Georgian countries in 1577 dunng the campaign of sultan Amurat 111
against shah Mohammed Kodabende of Persia
In this circumstance the Georgian People shew a great courage in order to
face the Turkish van towards the East (Meskhia, 1968 26-27) Many councel-
lors of the Safavid dynasty were Georgian, ail trying to put an end to the
dangerous centralized government established in Persia during the fîrst half of
the XVIth century (Shaw, 1978 180)
Being surrounded by Musulman armies. the Christian People of Georgia
had tned to ask for help to the western European countries in order to avoid
any invasion Since Venice was particularly interested in keeping itself at the
same time neutral and sensitive to any development in that area (see above). it
might be probable that the relation examined is part of a group of still-to-be-
discovered documents on the grounds of the fact that there are at least other
two relations speaking about the Georgian People at the end of the XVIth
century (Albèri, 1844, v II, s III 257-294, 103-127)7
It may be observed, however, that the manuscript of Pans présents man}
peculiarities which go beyond the simple chronicle A full range of names ot
castles and fortifications in Georgia, as those of Tschildir (Childir, ms 1 76 r").
Vêla (ms /• 77r°), Sumuch (ms 1. 79 r"), Ton (ms 1 90r°), together with the
mutual distances in days or miles, can be useful in the study of the Georgian
défensive System. Similarly, the names of many ponces, captains and rulers
give histoncal evidence to the events and help in the rebuilding of the political
and social structure of the time8
Closely connected with ail this are, of course, the incidents of the war, the
6 See wls 2 f 37v°. where the copyist wrote in the margin "manca qualche paroletta. per che par
che il senso non sia chiaro in queste righe a faceia" (some little words hâve been omiited, because
these lines in front don't makc sense), f 78v" there is a line which indicates the bounds the copvist
hadn’t to go beyond
The Ist one is entitled ’Relaxione delli successi délia guerra tra il Turco e il Persiano
dall'anno 1577 fine al 1587" by Giovanni Micheh. consul in Aleppo of Sona. the 2nd one is a
relation read in the Council of the Ten on 24th September 1572 by the ambassador from Persia
Vincenzo Alessandn (Antonibon. 1939 116 90)
8 Details will be given in the course of the présent study
A "VENETIAN MANUSCRIPT ABOUT THE TURKISH INVASION
181
répétition of which will be kept up with the analysis of ms 1 The reasons which
led to the invasion of the Georgian territory are generally vague and the
western histonography on the subject scarce N Jorga (1910 217-261) gives
more details, but he avails himself expecially of E Albèn, leaving out ail the
passages omitted by him Beanng this reason in mind, it is not too rash to say
that our manuscript can help in rebuilding the events in detail It is in the light
of such argument that the Ottoman attack upon Persia and the Georgian allies
can be put down to the throne of Iran, as it is common knowledge (Shaw, 1978
180-181, Sykes, 1930 171, Jorga, 1910 236) So far then as the évidence of
ms l goes, it was a diplomatie incident with religious implications that caused
the war
Thus we read
“In June 1577 . Ismael [the king of Persia] wanted to be crowned in
Babilonia, by the shrine of Imam Chussein, its prophet Since he couldn't
go there without a powerful army, because that country was under the
Turkish rule, Ismael gave out money, horses and weapons to his people so
that they could draw up and take him to crown and gird on his sword,
according to their custom In fact, the kings of Persia are in the habit of
not girding on the sword until they are crowned on the tomb of that
Prophet”. (ms 1 68r1’)9
In 1577 the cruel king Ismail had succeeded to his father Tahmasp, who had
married a Georgian lady from the family of Chalikachvili of Samtzkhé
(Manvelichvili, 1951 282) Contranly to his predecessor. who was a good
friend of the Turks, king Ismail didn’t want to reconfirm the pact of peace
before going to Babilonia, even if exhorted by his council (ms 1 68r") As
sultan Amurat hadn’t in fact sent him any congratulation on his ascending to
the Persian throne, he was irremovable in his resolution (ms 1 ' 68 v°)
King Ismail’s warlike plan was stopped by some opposers, who poisoned
him. Nevertheless, his successor, the blind brother Mohammed Kodabendel0,
was determined to move against the Turks, since he was obliged to be crowned
in Babilonia (ms 1: 68 v°, ms 2 2v°)
The news spread over the countries and reached sultan Amurat, who was
urged by his “paça” to be “the first to attack” (ms 169v°) Lastly, the shah of
Persia had offended the Turkish royal family, as he had invaded the land of
Nell anno 1577 nel mese di Giugno Ismael wolendo egli farsi incoronare nclla cittâ di
Babilonia sopra la sepoltura de Imam Chussein suo profeta. ei non potento egli andar in detto
luoco senza grande essercito per esser paese de Turchi et era molto ben guardato dispense danari
cavallj et armi alii suoi fîgli acciô che si mettessero in ordine et andarsene armata inansi ad
incoronarsi, et cingersi la spada com'é loro usanza Imperoché li Re di Persia hanno questa usanza
di non si cinger spada. se prima non si coronono sopra la sepoltura del dette loro Profeta" (m /
68 r°)
In E Albèn's transcription, p 42 Caidar Mirza"
182
P LICINI
sultan Amurat's uncle, sultan Basasit (m.s 1 70 ru) Hence the war11 which
lasted till 1581 At any rate the Georgian People succeeded in saving the
country from a total submission to the Turks, even if the numberless quarrels
among the princes of Georgia facihtated their advance
Thus the events. sultan Amurat gathered his armies, his third vezir Lala
Mustafa Paya and the fourth one Sinan Paya were named générais of the forces
against Caucasus and the reign of Babilonia respectively (ms 1 70r°) (Shaw,
1978 180, Bagrationi, 1976'42) It was the 17th of January, 1577 At this very
point there is the first hint to "the Christian Georgians" who were "friends and
confédérale with the Persians”.
After passing through Scutari (ms / 70v°), Trebizond (ms 1 11 v“), Erzurum
(ms 1. 73 r°), Mustafa attacked the reign of Kartli (ms 1. 75 v°, ms 2 13 ru.
absent in Albèn’s transcription) on the Ist of August, 1578 Now the
manuscript reports the exact way followed by Mustafa's troops through the
Georgian territory and it is interesting to point out how precisely the histoncul
news is, with a view to analyze the Georgian défensive System and the political
alliances both with the Turks and the Persians.
The Georgian resistence was so strong that Mustafa had to ask the Turkish
general Osman of Marassi for help (ms 1 77v°). It was only after the défection
of Manuschiar, one of the most powerful Georgian princes, that the Turks
succeded in seizing the fortresses of Tchildir (14th August Ms 1 76r“, ma 2
14v°), ofVêla(14th August Ms 1 llr°',ms2 15v°) and Sumuch(16th August
Ms 1: 79r°, ms 2 19v°, Sumuch, Albèn, 1844 442, Tumach)
Three other Christian princes of Georgia, Imolehor, Christiano and
Vachtenghi (ms I 79ru, ms 2 20r°-v°, absent in Alberi’s transcription), joined
with Mustafa and were appointed "sancak bey", military commanders Now
the way to Tiflis was smoothed
After conquenng two other castles which were feebly defended, Baiatalli and
Parretheo (msl: 79r°, ms 2: 20v°; absent in Albèri’s), the Ottoman army
headed straight for the capital of Kartli, which was found deserted (ms 1 79 r°)
In the summer of 1579 Mustafa marched into the kingdom of Imereti King
Alexander managed in order to preserve independence and sent Mustafa his
ambassadors to offer him nch présents and allegiance (ms 1 79rü-80v°, ms 2
22v°-23v°; absent in Albèn’s), which the Turkish general accepted with
pleasure. The only tribute the country was laid under was the payment of one
sequin for each Imeretian family King Alexander was also compelled to strike
11 As far as the organization of the Turkish army is concerned. our manuscript givcs a detailed
description of it. ms / 75v’-76r° Il would be interesting to analizc it and make a comparison vnlh
drawings and sketches of the time
A VENETIAN MANUSCRIPT ABOUT THE TURKISH INVASION
183
a coin with the portrait of sultan Amurat (ms 1 81r°), but his country was
rescued from destruction
Mustafa’s forces went on for the Persian district of Shiraz, which was divided
from Georgian by the river Kanak (ms 1 81 vu, ms 2. 24 v“)
The campaign of Shirvan was very hard and cruel By the end of novembre
the Turks moved back to Imereti in order to find supplies (ms 1 89v°, ms 2
39v°) On 26th of November the Turkish army arrived at Tiflis and after four
days it went to the fortress of Tor, in the hands of the Georgian prince Simon
This prince was the king of Tiflis’nephew and he had been sent by the shah in
order to attack the Ottoman rear-guards (ms 1 90 rü), which were in trouble for
the snow. The march went on to Osger, Manuchiar’s twon, and to Erzurum
(21st of December, ms 1 90v°, ms- 2. 42r°), where the Turkish army was
temporarily dismissed to winter.
It was not without success that Simon profitted by this occasion (Tucci,
1956: 380): he joined the Persian captain Caracan, who besieged Tiflis, and
tried to conquer the town (ms 1 93v°, ms 2: 45vu-46r°)
For this reason Mustafa organized a new attack to be launched He divided
ail the terntories he had already conquered and those to be taken into four
areas' Tiflis, Shirvan, Suchum and Gurdshistan (Jorga, 1910 239) But our
manuscrits ends here
Far from exhausting the information about Georgia given by this document,
I hope I hâve made an attempt to underline the richness of this kind of
histoncal source, expecially considenng the fact that there are, in my opinion,
many unexplored possibilities as for the Venetian reports And the research
might begin from the names of some Venetian famous diplomatists, as
Tommaso Contranni (relation of 1 Ith December 1593) and Antonio Tiepolo
(relation of 9th June 1576)12, with a view to learning more and more not only
about the events in the history of Georgia, but also about the relations which
hâve connected Venice and Caucasus through the centuries
Patrizia Lu ini
Sourc ES
— Bibliothèque Nationale, Paris 181-Italien 1284, 2e Partie, f 68r° à 110r°,
(ms l)
Biblioteca Btaideiisc, Milano' AF IX 75, nu 1, f lr°-78v°, (ms 2)
2 T Contanni was consul in Sona, while A Tiepolo was sent to Costantinople as bailo in
184
P LICINI
BlBl lOGRAPin
Albèri, E , Relazioni cleglt ambasciatori veneti al Senato dttranto il sec Xi f
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----. Viaggiatori Italiani del seco/o XV di Giorgia, Tbilisi, Mezniereba, 1981
INFLUENCES QAJAR DANS LA PEINTURE DE
LADO GOUDIACHVILI ’
Déjà Maurice Ravnal, lorsque, en l'an 1925. il a dédié un livre à l'œuvre de
Lado Goudiachvili, a su iclevei une vérité indiscutable, c'est-à-dire la capacité
extraordinaire de Goudiachvili d'accueillir, fidèle en cela à la devise de
Molière. «Je prends mon bien paitout où je le trouve», les enseignements les
plus différents dans le domaine de l'art En utilisant un langage nuancé de
gastronomie, Raynal a écrit «Que Lado ait piatiqtié toutes les cuisines et
toutes les inventions recenles du métier de peintre, son œuvre le prouve
assez»1. Mais il ne s’agit pas seulement pour Lado des «inventions récentes du
métier de peintre», mais plutôt, comme le même Raynal met en évidence,
d’accepter et réinterpréter pour les héros de ses toiles «la noblesse d’attitude
chère aux représentations byzantines», sans oublier «que la frontière persane
n’était pas loin et qu'avec l’art persan ils avaient à compter avec le chatoiement
vivant de la couleur, l'enlacement souple de l'arabesque et l'inspiration la plus
colorée»2 Que l’élément persan fut très profond chez Goudiachvili c’était une
opinion très répandue parmi les critiques parisiens. En effet quelques mois
avant Raynal, A Salmon avait soutenu «L'art du plus proche Orient (. .)
n’est plus tout entier enfermé dans l'ovale des dessus des boîtes persanes ( ),
mais la peinture de Lado Goudiachvili inscrit cet art dans les ondes sans limites
de l’art vivant»1 Sur l'aspect d'une présence persane dans l’œuvre de
Goudiachvili, avait parlé en l'an 1919, et donc bien longtemps avant M. Raynal
et A Salmon, B Korneev en écrivant «Souvent le peintre essaye de lier la
construction de la ville [c'est-à-dire Tbilisi] avec la nature, et ici il tombe au
pouvoir de la miniature persane avec ses caractéristiques (la femme, le daim, les
fleurs)»4. Qu’ensuite les tendances les plus différentes et nombreuses se mêlent
dans l’art de Goudiachvili c’est une constatation qu’en 1926, à l’occasion de la
première exposition de Lado à Tbilisi après son retour en patrie de la France,
T ician T’abidzé, en écrivant l'introduction au catalogue de l’exposition,
reprend et réaffirme avec beaucoup de conviction «Lado Gudiasvilis semok-
M Raynal, Lado Goiahaihyili Paris 1425 p 14
2 Ibid. p 15
A Salmon. Lado Goadiailnili Pans 1425 p t
B Korneev Lado GadiasGli «Feniks» 1414 1
186
I MAGAROTTO
medeba ixsneba arn samk’utxedit kartuli prcsk'a da sp'arsuli miniature.
Nik’o Pirosmanis p'rimitivi, tanamedrovc saprangctis mcmarcxcne mxat'-
vroba»s (c’est-à-dire «L'œuvre de Lado Goudiachvili est expliquée par le
triangle suivant les fresques géorgiennes et les miniatures persanes, le
primitivisme de Nik’o Pirosmani et la peinture contemporaine française
de gauche»)
T T’abidzé, donc, délimite et précise quelles sont les sources de la peinture
de Goudiachvili et on peut ici dire, sans possibilité d’erreur que sur les dites
sources les spécialistes de Goudiachvili ont trouvé, pour ainsi dire, un accord
de principe et ils les ont répétées jusqu'à nos jours comme le fondement de l’art
de Lado Goudiachvili Certainement chacun d’eux a apporté sa particulière
contribution au développement de la recherche sur Goudiachvili, mais sur les
sources de sa peinture on a eu une convergence d’opinions presque totale
Maintenant je voudrais bien, dans ce domaine précis, avancer une proposi-
tion, ou plutôt, disons, formuler une hypothèse Comme nous l'avons vu, on a
toujours parlé d'une influence des miniatures persanes dans l’œuvre de
Goudiachvili et, en même temps, des héros et des thèmes de la peinture de
Nik’o Pirosmani (je ne parlerai pas de fresques géorgiennes, je voudrais
seulement rappeler ici comme exemple la fresque du prince Georgi Gurieli qui
se trouve dans l’église de Chemokmedi) On pourrait alors affirmer que chez
Goudiachvili on retrouve une attraction extraordinaire pour le romantisme,
soit exotique et lointain (en ce qui concerne l'influence persane) soit naïf et
voisin (pour ce qui est de l’œuvre de Pirosmani) On sait déjà, toutefois, que la
vieille Tbilisi avec son milieu bohémien et ses personnages caractéristiques, qui
sont les thèmes principaux dans l'œuvre de Pirosmani, est reprise par
Goudiachvili d’une façon tout à fait différente, il donne, avec les moyens des
écoles européennes, et surtout aux héros, un mouvement fort rapide, par lequel
ils retrouvent une vie complètement nouvelle Bref, comme a écrit V Béridzé, si
dans l’œuvre de Goudiachvili il y a de l’émotion, de l'intuition et de la
subjectivité, il y a aussi toujours des éléments rationnels6 II en est de même
avec l’engouement de l’Onent et surtout de la Perse. En effet Goudiachvili
n’accueille pas la netteté, l'élégance, la maîtrise des miniatures persanes, il est
beaucoup plus frappé par la naïveté (ou la superficialité, comme dit B W
Robinson7) de la peinture Qajar Donc plutôt que par un art déjà complète-
ment codifié et rationalisé comme l'art des miniatures, il est attiré par la
peinture Qajar, qui est hybride, archaïsante et occidentalisante, pompeuse et
' T T’abidzé. Lado Gudiawili dans T\:ulchani srnii omad II Tbihsi 1966. p 171
11 V Bêndze Gudias'ili Tbilisi-Budapest 1975 p 25
B W Robinson La piuiua di iohc in Peisia dans Qajai Milano 1982. p 17
INELUENC ES QAJAR DANS LA Pl IN I URE DE GOUDIACHVILI
187
parfois populaire8 II est vrai qu'on peut dire, pour les meilleures toiles Qajar,
qu'il s'agit de miniatures étendues, mais elles gardent leurs caractéristiques
stylistiques et esthétiques d'une infériorité évidente Mais dans cette infériorité
on peut trouver les limites entre lesquelles bouge Goudiachvili, a savoir la
rationalisation évidente (la perspective scientifique, par exemple, que quelques
peintres avaient apprise en Italie) d'un côté et le sentimentalisme (l'élément
fantastique ou bien psychologique) de l'autre Maurice Raynal avait écrit que
la frontière persane n’était pas loin, mais à vrai dire des toiles Qajar
extraordinaires se trouvaient (et se trouvent) au Musée national des arts à
Tbilisi, en particulier il y a le portrait d'un jeune aristocrate où l'on commence
à voir une analyse psychologique du personnage Mais plutôt que par la
recherche psychologique, Goudiachvili est charmé par le Qajar exotique et
fantastique (il nefautjamais oublier que son imagination exceptionnelle, comme
a affirmé M Kagan, «rivalise avec l'imagination populaire»1') lui donnant la
possibilité de reproduire un Orient géorgien ou une Géorgie orientalisante
Dans les analogies que je vais proposer ici entre les tableaux de Goudiachvili
et les tableaux Qajar on doit y voir simplement des influences, des tendances,
des mouvements, qui à la fin des fins sont des prétextes pour essayer d'entrer
dans le monde imaginaire de Lado et d'en comprendre les fondements Certes,
l’engouement oriental de Goudiachvili n’est pas tellement fort au point de
déterminer une orientation générale dans ses tableaux, parce que, comme on le
sait déjà, il a l'inhabituelle capacité, comme un nouveau roi Midas, de changer
en réalité géorgienne (historique, sociale ou populaire) tout ce qu’il prenait ou
trouvait à l’étranger Alors au lieu d’une directe influence persane, ou peut voir
souvent (et seulement) des fragments, des éclats d'une conventionnalité
orientalisante ou mieux persane-Qajar
[Photo 1] Dans le premier tableau, «Le trio oriental», de l’an 1929, nous
avons le thème même qui facilite la reconstitution d’un milieu oriental, lequel
est toutefois mélangé avec des éléments géorgiens (les instruments, les objets
etc.) Ici il y a la façade d’une mosquée (qui en réalité sont les bains de Tbilisi),
mais elle fait partie du milieu général du tableau Ce qui nous intéresse ici
ce sont les sourcils et le nez, surtout des musiciens, qui nous rappellent
la forme [Photo 2] typique du nez, du front et des sourcils des soldats
a la cour du Chah Fath Ali, tandis que les chapeaux aussi sont d’in-
fluence persane, mais bien plus stylisés Mais si nous regardons avec un
peu d’attention, nous verrons que le trio est statuaire, ce sont des musiciens
qui en effet ne jouent pas, parce que, comme il arrive dans la peinture
8 B M Alfieri Soinis simo haii «FMR» 1982 2
M K agani. Lado Oudiuxi/7/s xc/oy/wbu «Sabc ota xelovneba» 198^ 1
188
L MAGAROTTO
Qajar, la reproduction de manière, tandis qu’elle renforce l’intérêt pour
le portrait, provoque une décadence du symbole et, par conséquent, les
personnages perdent leur vitalité10. Les couleurs chez Goudiachvili sont bien
plus sombres que dans le tableau Qajar et dans l’ensemble le décor d’une Tbilisi
onentalisante est vu à travers les enseignements européens A ce moment là,
alors, je voudrais me demander, si vous voulez, d’une façon contradictoire, si
l’influence de la peinture persane sur Goudiachvili est due au voisinage de la
Perse même ou, au contraire, si l’orientalisme n’est qu'une mode parisienne En
d’autres termes, la frontière persane est-elle plus loin de Tbilisi ou de Pans9
C’est pour cela que je parle toujours d’influences fragmentaires ou limitées
[Photo 3] Dans le deuxième tableau, «Le sort adverse des amoureux»,
de l’an 1938, on voit que le mouvement de la toile est donné par la
position du cheval qui, avec les bêtes féroces, forme un ensemble dynamique
rigoureux Les nuages orageux, le terrain périlleux, les couleurs sombres
participent eux aussi aux événements. [Photo 4] La même chose se passe
avec «Le prince attaqué par le dragon» Nous voyons ici aussi l’ensemble
prince, cheval, dragon qui se tient très étroitement dans son mouvement
complexe et aussi bien les bêtes féroces chez Goudiachvili, que le dragon
ne touchent pas la terre, ils enserrent leur proies au vol 11 est vrai, comme
a écrit S. J. Falk11, qu’il semble que le prince soit moins préoccupé que
son chien, mais les amoureux du tableau de Goudiachvili ne sont ps eux
non plus tellement épouvantés, le seul étant visiblement effrayé chez
chez Goudiachvili c’est le cheval, qui a les yeux exorbités. Le paysage du prince
attaqué n’est pas caractéristique de la Perse, il nous rappelle l’Europe, il y a
trop de vert, trop d’eau, mais, pareil à celui de Goudiachvili, il est vide et
solitaire
[Photo 5] Le tableau «La danseuse Leila», de Tan 1939, nous rappelle,
dans le mouvement des bras et le regard un peu triste et un peu faussement
naif, les danseuses [Photo 6] Qajar qui dansent au son des castagnettes
Evidement la danseuse Leila n’a pas de castagnettes car elle est en train
de danser au son d’une musique géorgienne, mais la flexuosité, ou mieux
l’affectation des mouvements sont proches de la manière Qajar [Photo 7]
Et puis des seins nus ou des voiles on en trouve beaucoup dans la peinture
Qajar
Les éléments orientalisants ou persans naturellement ne s’épuisent pas ici.
et nous pourrions continuer à les énumérer, ([Photo 8] on voit par exemple
10 G Scarcia, Di alcuni dipinti persiani di epoia zand e qàgiii conseriaii pressa il Mw
\aziona!e Geoigiano d 4rte Figuratiia in Thiliti. «Annali dell'Istiluto Universitario Orientale di
Napoli». 1962. XII
"SJ Falk. Qu/ai Paintings, London 1972, p 32
INFLUENCES QAJAR DANS LA PEINTURE DE GOUDIACHVILI 189
les moustaches ou les sourcils de ce chasseur en haut), de sorte qu’on
pourrait découvrir, dans l’œuvre de Goudiachvili, une typologie du détail et
du particulier marquée souvent à l’empreinte Qajar Mais, je l’avais dit,
je voulais simplement formuler une hypothèse de travail et j’espère avoir
atteint mon but.
Université de Venise
Luigi Magarotto
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192
L MAGAROTTO
INFLUENCES QAJAR DANS LA PEINTURE DE GOUDIACHVILI
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INFLUENCES QAJAR DANS LA PEINTURE DE GOUDIACHVILI
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L. MAGAROTTO
INFLUENCES QAJAR DANS LA PEINTURE DE GOUDIACHVILI
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LES TRÉSORS ET L’HISTOIRE DE LA GÉORGIE
Nous avons eu en son temps occasion de dire ici tout le bien que nous
pensions du très remarquable ouvrage de notre confrère et ami K. Salia
consacré à une histoire de la nation géorgienne C’est un monument
d’érudition de très grande importance car cet ouvrage comble une lacune
dans la littérature; il nous a paru de très heureuse initiative qu’un tel livre
culturel de base, couronné par l’Académie française, puisse trouver l’élar-
gissement qui lui est dû par une édition en langue anglaise Celle-ci vient de
paraître en traduction de Katharine Vivian Entretemps s’est tenue à Paris la
fort belle exposition du Grand Palais «Au pays de la toison d’or ou l’art
ancien de Géorgie», cette exposition a eu deux résultats le premier fut de
faire connaître les richesses culturelles et les trésors artistiques (orfèvrerie et
émaux notamment) de ce pays grâce aux visites qui y furent faites mais aussi
grâce aux nombreux articles de presse dont la revue de Kalistrat Salia
Bedi Kartlisa, nous donne une synthèse en son copieux numéro de 1983
(vol. XLI); le second fut de permettre à l’éditeur d’assurer à l’édition anglaise
de «History of the Georgian nation» une iconographie tout à fait exception-
nelle, partie en couleur, et qui vient encore ajouter à son intérêt en soutenant
visuellement un texte précis, concis et très riche L’ouvrage est disponible,
en français ou en anglais, comme la revue Bedi-Kartlisa, chez notre vice-
président K. Salia, 8, rue Berlioz, 75116 Paris.
Maurice Déribére
L’«ÉTENDARD À LA CROIX» DES MONGOLS EN GÉORGIE
Dans un précédent article, nous avons parlé de la première invasion
mongole en Géorgie par Soubotaï et Chepé-Noyon, les compagnons d’armes
et valeureux généraux (orkhons) de Gengis-Khan' C’était en 1220, et les
Mongols revinrent à nouveau en 1236 en une nouvelle invasion qui allait se
compléter d’une implantation. Ce nouveau fait et ce qui s'ensuivit en ce pays est
relaté dans l’Histoire de la Nation Géorgienne2
Entre ces deux événements la Géorgie avait connu des changements
importants, la Reine Russudan, qui régnera de 1223 à 1247, avait succédé à son
frère, Lacha Giorghi et s’était trouvée face à de cruels démêlés avec les
Khorezmiens de Djelal ed Din qui étaient aussi ennemis des Mongols. En 1230
la Reine Russudan avait déclaré comme étant co-souverain avec elle, son fils
David, âgé de cinq ans et elle l’avait fait couronner. Djelal ed Din disparu, la
Reine reprenait son royaume en main, mais elle n’en eut guère le temps Les
Mongols revenaient auxquels la première incursion avait préparé les voies et
qui s’étaient tracé une route vers l’Occident qui passait du Sud au Nord au
travers de la Géorgie
En cette seconde phase de l’invasion Mongole de la Géorgie se situe un
épisode assez curieux et peu connu qui est celui de l’«étendard à la Croix».
Les Mongols qui, selon leur coutume, anéantissaient les villes et les gens qui
leur résistaient bravement, se montraient en général plus cléments pour les villes
qui se rendaient à eux sans résistance Cela était une règle aisément compréhen-
sible en raison de leur éloignement de leurs bases et de la nécessité d’assurer
leurs arrières. Le sachant, et quittant Tiflis à leur approche, la Reine Russudan
donna ordre de faire évacuer la ville par la garnison sans combattre et les
Mongols y entrèrent ainsi sans coup férir.
En sa retraite, la Reine Russudan adressa au Pape, par l’entremise de
1 évêque d’Ani, David, une lettre de protestation à vrai dire assez surprenante
et quelque peu naïve. Cette lettre exposait que les Mongols, qui avaient attaqué
ses troupes et envahi son territoire, avaient déployé devant leurs rangs «un
M Déribére. Les Armees Mongoles de Gengis-Khan en Géorgie. Bedi KarlHsa, 1983.
P 188-193
K Salia, Histoire de la Nation Géorgienne, p 219
200
M DÉR1BÉRÉ
étendard portant la Croix, ce qui avait induit les Géorgiens à penser à tort que
les Mongols étaient Chrétiens»3 Autrement dit elle les accusait ainsi de
trahison et d’un subterfuge indigne de loyaux combattants Les Mongols ne
manquaient certes pas de ruse en leurs entreprises mais il ne semble pas en
l’occurence qu’ils en aient eu besoin. Quant à la réclamation de la Reine, ils
n’en avaient guère cure Ils allaient sous le signe de l’étendard aux neuf queues
(de yak) de Gengis-Khan portant sur triangle le gerfaut bleu au centre et trident
à la hampe. Ce n’était pas celui-là qui avait pu être cause de telle confusion,
mais l’étendard en question était réservé au Khan et ses chefs disposaient
d’autres drapeaux de rang de types divers L’un d’eux, peut-être, pouvait se
prêter davantage à une interprétation de la croix. De toutes manières il semble
que la lettre ait mis beaucoup de temps à parvenir au Pape ou que celui-ci ait
pris large temps de réflexion Toujours est-il que c'est seulement en 1240 que Sa
Sainteté informa la Reine Russudan que «l’Europe n’était pas en mesure de lui
porter aide».
Cette affaire du drapeau à la croix, bien que peu connue, fait couler un peu
d’encre sous la plume des historiens4 Plus tard, à la bataille de Leignitz, le 9
avril 1241, les chroniques polonaises mentionneront encore un étendard sur
lequel on voyait un «emblème semblable à une lettre grecque X, ou croix de
Saint André» Que ce fut un emblème symbolique d’un «rang» mongol, un
signe des chamans qui les accompagnaient et dont une mauvaise interprétation
fit une croix, ou la figure de ralliement en croix réelle d’un groupe de
Nestoriens inclus dans l’armée mongole où ils étaient nombreux, il convient de
considérer cette anecdote comme n’étant qu’une mauvaise excuse des vaincus,
en l’occurence quelque général géorgien s’abritant derrière ce fait pour
expliquer ou tenter d’expliquer sa défaite et pour s’excuser auprès de sa Reine
Pour sa part celle-ci se montrait peu avisée en le prenant au sérieux et en
écrivant la lettre dont nous avons parlé, y moins qu’elle n’ait pensé que cela
pouvait conduire le Pape et la Chrétienté à s’occuper plus sûrement de son
affaire, ce qui en ce cas n’eut pas l’effet escompté Du reste, en toute cette
histoire de l’occupation mongole de la Géorgie on verra aller de pair, et
souvent en prépondérance, diplomatie et combats La Reine Russudan ne s’y
montra pas particulièrement habile puisqu’elle n’y récolta aucun résultat
heureux
M Déribfrf
’ Histoire Secrète des Mongols
4 J Lamb. Gcngis Khan. Stock. Paris, 1929
LA COLONISATION GRECQUE DU LITTORAL DE LA COLCHIDE
Depuis déjà plus de quarante ans, les chercheurs scientifiques étudient le
problème de la colonisation grecque du littoral oriental de la mer Noire, au
cours des deux dernières décennies, l’on assiste à une intensification des travaux
de recherche du fait du nouveau tournant sur lequel ils se trouvent engagés à la
suite de la découverte de nouveaux matériaux archéologiques, mis au jour au
cours des fouilles qui se sont poursuivies sans relâche sur les emplacements des
villes antiques de Colchide (dans les environs de Soukhoumi, de Poti, de
Kobouleti-Pitchvnari, sur les lieux de la forteresse de Batoumi), matériaux qui
s’ajoutent aux monuments archéologiques précédemment découverts à
Otchamtchiré et qui ont déjà donné matière à des publications.
Dans le présent article le problème de la colonisation grecque du rivage de la
Colchide est à l’étude principalement sur la base de matériaux archéologiques
ci-dessus mentionnés.
L’analyse des sources écrites historiques (en l’occurence, les informations
fournies par les auteurs gréco-romains) en constitue une partie importante. Elle
nous a permis d’arriver à la conclusion que les textes des auteurs de f Antiquité,
relatifs à l’histoire et à la géographie, recèlent aussi bon nombre de données
permettant d’éclairer d’un jour nouveau certains aspects du problème que nous
traitons. Bien que la plupart des informations parvenues jusqu’à nous présen-
tent un caractère schématique et fragmentaire, une analyse minutieuse de leurs
origines et leur confrontation avec d’autres données (notamment, archéologi-
ques et numismatiques) permettent cependant d’y déceler des éléments de vérité
historique. Aussi, estimons-nous qu’après l’examen critique qui s’impose, les
témoignages écrits dont nous venons de parler, doivent, sans aucun doute, être
pris en considération et utilisés dans la mesure du possible pour l’étude des
relations entre le monde grec et le rivage oriental de la mer Noire, car ils
constituent une des sources fondamentales de ces dernières.
Toutefois, à l’étape actuelle des recherches, quand se trouvent déjà rassem-
blés d’importants matériaux archéologiques, il apparaît manifestement que, de
ces sources écrites gréco-romaines, se dégage une image, peut-être même
substantielle, mais cela ne constitue que quelques épisodes de l’histoire de la
colonisation du littoral de la Colchide Le processus de colonisation se révèle
infiniment plus complexe, comporte de bien plus nombreux aspects qu’on ne
202
M INADZÉ
pouvait l’imaginer en se fondant sur les données écrites fragmentaires qui
étaient jusqu’alors en notre possession.
C’est au cours des travaux de recherche que naissent nombre de questions
qui ne se résolvent pas uniquement à base de matériaux concrets (souvent
limités à un domaine) ci-dessus mentionnés, mais exigent que l’on embrasse le
processus de la grande colonisation grecque dans son ensemble, et que l’on
examine sa manifestation dans des régions distinctes. A cet égard, sont d’un
grand prix les travaux des chercheurs soviétiques et étrangers, dans lesquels le
problème en question est envisagé au niveau le plus récent de la recherche
scientifique' d’énormes matériaux archéologiques relatifs à la colonisation
hellénique des bords de la mer Noire et de la mer Méditerranée y font l’objet
d’un examen serré d’où sont tirées des vues d’ensemble, permettant une nou-
velle approche dans la solution de toute une série de problèmes généraux dans le
domaine de la colonisation grecque1.
La mise au jour continuelle sur le rivage de la Colchide (à Pitchvnan, sur les
lieux de la forteresse de Batoumi, à Tsikhisdziri, dans les environs de l’antique
Phasis — la localité de Simagré) de céramiques anciennes d’importation, dont
le nombre croît d’année en année (fragments de poteries anciennes —
remontant à la fin du VIIe, première moitié du VIe s. avant notre ère —,
amphores de Chio, objets de céramique ioniens, ornés de bandes rouge foncé,
céramiques de la classe Kamir, dis à «dessins rhodiens-ioniens», et autres)2,
permet de supposer que ce sont des villes-états du monde grec oriental (Milet,
Chio, Rhodes) qui prirent une part active à la mise en valeur commerciale et
économique de la bande côtière de la Colchide. C’est cependant à Milet que
revient le rôle prépondérant dans la colonisation de cette contrée, comme en
témoignent, outre les matériaux archéologiques et la tradition littéraire trans-
mise dans les écrits d’auteurs antiques (Héraclide, le Pseudo-Scymnius,
Pomponius Mêla, Flavius Arnen3, et d’autres encore), des monuments numis-
matiques (didrachmes colchidiens de type archaïque, où est représenté, sur le
1 Cf Recueil d'articles «Les problèmes de la colonisation grecque du littoral nord et oriental
de la mer Noire Les matériaux du Ier symposium de toute l'Union de l’ancienne histoire du
littoral de la mer Noire Tskhaltoubo — 1977, Tbilissi, 1979 (en russe) G Vallet, La cité et son
territoire dans les colonies grecques d’Occident, Napoli, 1968, G Vallet et F Villard, Les
Phocéens en Méditerranée Occidentale à l’époque archaïque et la fondation de Hyéle, « La Parola
del Passato, CVII-CX, 1966» etc
2 O D Lordkipanidzé, Le monde antique et la Colchide, Tbilissi, 1966, p 73 (en géorgien,
résumé en anglais et en russe), O D Lordkipanidzé, La Géorgie et le Monde Grec, BCH, XCVIII,
1974 T K Mikéladzé, L'exploration archéologique dans le plat pays de Rioni, Tbilissi, 1978 (en
géorgien), A I Kachidze, Les villes du rivage de la Géorgie à l'époque antique, Tbilissi, 1971, p
112, 113 (en géorgien)
3 Héraclide XVIII ««Paouivmv ttokireia», Pseudo-Scymnius, Peneg. §3, Pomponius Mêla,
De chorographia, 1 110, Flavius Arrien, Periplus, 6
COLONISATION GRECQUE DU LITTORAL DE LA COLCHIDE
203
côté face, un lion couché, la gueule ouverte, réplique exacte du lion du statère
de Milet4) ainsi que l’adoption dans les colonies ici fondées des cultes des
Dioscures et d’Apollon, si populaires à Milet.
A en juger des toutes dernières découvertes archéologiques faites à Echeri
(localité située à 10 km de Soukhoumi)5, à une époque assez reculée, la
Colchide du Nord, et, avec elle, la région centrale, étaient dans la sphère des
intérêts commerciaux de colonisation de Milet et d’autres centres ioniens Ces
mêmes éléments confirment que les processus de colonisation du rivage de la
Colchide et d’autres régions du Pont se sont déroulés dans un même cadre
chronologique qui s’étend, dans ses grandes lignes, de la fin du VIIe à la
seconde moitié du VIe s. avant notre ère; cette colonisation se voit conditionnée
par de nouveaux facteurs apparus à cette époque à Milet (dévastation et
diminution des terres arables de la cité, aggravation des luttes sociales, etc.).
Les résultats des récentes fouilles archéologiques poursuivies dans la partie
sud-ouest de la Colchide6, permettent d’établir que, dans la période qui
englobe la fin du VIIe et la première moitié du VIe s. avant notre ère, des
établissements ioniens avaient également été fondés dans les régions métallifè-
res du nord du bassin du cours inférieur du Tchoroch, sises sur l’emplacement
de Pitchvnan, de la forteresse de Batoumi et de Tsikhisdzin Toutefois, l’on ne
trouve dans les écrits des auteurs antiques aucune allusion à ces établissements
ioniens (exception faite, peut-être, de la colonie urbanisée sur l’emplacement de
la forteresse de Batoumi, que certains chercheurs identifient à BaOéct mention-
né par Pseudo Aristote7). Cette absence, dans les dits écrits de quelque relation
concernant l’activité colonisatrice de Milet dans la région sud-ouest de la
Colchide ne pouvait manquer de susciter l’intérêt à cet endroit des chercheurs
scientifiques. Ce mutisme des auteurs anciens peut s’expliquer soit par une
omission fortuite de leur part, soit encore par le fait que la fondation de ces
établissements, à la différence de celle de Phasis et de Dioscunas, n’était pas
directement liée à l’activité colonisatrice de Milet, et, par conséquent, qu’il
s’agissait en fait simplement de comptoirs commerciaux de moindre importan-
ce, établis par certains centres ioniens afin de drainer les ressources naturelles
de la région (principalement les métaux).
4 Cf pour plus de détails M P Inadzé, Les villes littorales de l’ancienne Colchide, Tbilissi,
1968, p 167-169, (en russe, résumé en anglais), A I Boltounova, Colchidki, Voprossy drevney
istony, 1973, p 98-100 (en russe), G Doundoua, Pour la genèse des monnaies colchidiennes avec
la représentation du lion, «Matsné», la séné d’histoire, Tbilissi, 1972, 1, p 56-71 (en géorgien)
5 G Chamba, L’ancienne cité d'Echeri, Tbilissi, 1980 (en russe)
A 1 Kachidzé. Les fouilles archéologiques de Pitchvnari et certaines questions de la
colonisation grecque du littoral oriental de la mer Noire Cf Les problèmes , Tskhaltoubo —
1977, p 311-317 (en russe)
T S Kauoukhtchichvili, Les renseignements des écrivains grecs sur la Géorgie, II Tbilissi,
1969, p 10-12 (en russe)
204
M INADZÈ
Dans une telle conjoncture, il y a lieu de s’interroger sur l’importance de
Sinope, le rôle qui lui était dévolu lors de la mainmise des Grecs sur le sud-ouest
de la Colchide, et sa contribution à la fondation d’établissements ioniens,
puisque cette ville, à l’époque, était le centre commercial de transit le plus
important de tout le littoral sud du Pont, commandant donc l’accès, en vue de
leur colonisation, des régions orientales, riches en minerai de fer8 II est
parfaitement plausible que Sinope qui ne cessait d’élargir ses relations écono-
miques, ait étendu son influence aux régions sud-ouest de la Colchide,
lesquelles jouxtaient les territoires où s’exerçait si activement son œuvre
colonisatrice
Les travaux de recherche archéologique qui ont été effectués en de nombreux
points échelonnés le long de la côte de l’ancienne Colchide (dans les environs de
Soukhoumi, à Echen, dans les environs de Poti, à Pitchvnan, sur
l’emplacement de la forteresse de Batoumi), ont permis d’affirmer qu’une
population dense vivait aux alentours des territoires des colonies helléniques, et
cela bien avant l’arrivée en ces lieux des colons (fin du IIe millénaire-premiers
siècles du 1er millénaire avant notre ère), son niveau de développement
économique et social s’avère avoir été suffisamment élevé, après l’arrivée des
colons grecs, elle resta sur place, consacrant ses activités au travail de la terre, à
celui du métal, à l’artisanat d’art et à la poterie, à la pêche et à d’autres
branches de production dépendant étroitement du voisinage de la mer9
L’on relève dans la littérature scientifique spécialisée, l’opinion selon laquelle
la vie publique dans le sud-ouest de la Colchide évolue au cours de l’avancée
colonisatrice des Grecs en direction du rivage oriental de la mer Noire, et
atteint un niveau sensiblement élevé, comparé à celui des peuplades des régions
du Centre, et surtout du Nord du pays, c’est cet état de choses qui conditionne
la fondation dans les parties centrale et septentrionale du bord de mer de
colonies (apoïkias) milésiennes de Phasis et de Dioscurias, tandis que l’on ne
voyait naître dans les régions du sud-ouest de la Colchide que des comptoirs
commerciaux de moindre envergure (A. L Boltounova)10.
Cependant, lorsqu’on confronte les résultats des fouilles archéologiques de
Pitchvnan avec les matériaux mis au jour dans les environs de Soukhoumi
(Gouad-Ikhou, Krasnyi Maïak, Mont de Soukhoumi)11 ainsi qu’à Echen12, il
8 M I Maksimova, Les villes antiques du littoral sud-onental de la mer Noire, M-L 1956 (en
russe), I V Brachynskiy, Sinope et la Colchide, Les questions de l’histoire ancienne, Tbilissi. 1975
p 180 (en russe)
9 Cf pour plus de détails la monographie de M P Inadze cité supra, p 132-136
10 A I Boltounova, Les apoïkias hellènes et la population indigène de la Colchide Les
Problèmes , Tschaltoubo-1977, p 256
11 M M Trapch, Ancienne Soukhoumi. Troudy, 2, Soukhoumi, 1969 (en russe), G Chamba
L'ancienne cité d’Echen, Tbilissi, 1980 (en russe)
12 G K Chamba, L’ancienne cité d’Echeri, Tbilissi, 1980 (en russe)
COLONISATION GRÈCQUE DU LITTORAL DE LA COLCHIDE
205
semble qu’on ne note point de différence essentielle, quant au niveau de
développement des branches principales de la production (artisanat), agricultu-
re etc.), entre la population du Sud et celle du Nord, sans parler même de celle
du Centre de la Colchide Ainsi, par exemple, on observe, dans les alentours de
la baie de Soukhoumi, de même que dans la Colchide méridionale, la
consécration des outils de fer, suite à une large mise en valeur de la production
du fer (VIIF-VIF s. avant notre ère). La découverte sur les territoires de
Krasnyi Maïak et d’Echeri d’objets de fer dont les formes répètent fidèlement
celles des outils de bronze, produits ici même, — leur filiation est indubitable —,
confirme l’existence, dans les environs de Soukhoumi, d’un important foyer
métallurgique où étaient travaillés non seulement le bronze, mais aussi le fer.
L’on constale également que la population indigène des environ de Soukhoumi
utilisait déjà en des temps reculés (VIF-VIe s. avant notre ère) des tours pour la
fabrication de ses poteries.
Il s’agit là d’autant de faits qui devaient immanquablement entraîner une
évolution sociale et economique radicale de la société locale et, partant, la
désagrégation de l’ordre tribal13. Effectivement, à en juger d’après l’inventaire
funéraire des nécropoles de Krasnyi Maïak, les habitants des abords de la baie
de Soukhoumi constituent véritablement, dans la période de pré-colonisation,
une société suffisamment différenciée sur le plan de la possession des biens14.
Par ailleurs, on note dans les environs de Soukhoumi, comme sur le territoire
de Pitchvnan, une concentration de la population locale et un développement
constant des agglomérations Tout au long du premier millénaire, et ce
jusqu’au IF s. avant notre ère, les aborigènes en constituent la population non
seulement le long de la bande côtière (Krasnyi Maïak), mais aussi sur les
hauteurs entourant la baie de Soukhoumi (Mont de Soukhoumi, Gouad-Ikhou,
Letchop, emplacement de l’actuel jardin botanique de Soukhoumi, et en
d’autres lieux)15.
De plus, les chercheurs ont été vivement intéressés par la ressemblance
frappante que présentent les monuments archéologiques découverts dans les
environs de Soukhoumi et à Echeri, avec le matériel culturel colchidien pris
dans son ensemble (armes et outils, fibules ouvragées, diadèmes, céramiques,
identité des formes et de l’ornementation des objets de terre cuite des régions
centrale et méridionale de la Colchide). Tous ces monuments qui s’insèrent
dans le cadre de la culture colchidienne, témoignent de l’existence de relations
13 M P Inadzé, La colonisation grecque du littoral oriental de la mer Noire, Tbilissi, 1982, p
106-114 (en géorgien, résumé en russe et en français)
G T Kvirkvelia, La population indigène dans les alentours de la baie de Soukhoumi Les
problèmes , Tskhaltoubo — 1977, p 317-322 (en russe)
M P Inadzé, La colonisation grecque , p 114, 115
206
M INADZÉ
étroites entre la société locale des régions indiquées du nord-est du littoral de la
mer Noire et le monde colchidien dont elle faisait partie intégrante16.
La seule différence qui se manifestait entre la population locale vivant autour
de la baie de Soukhoumi et les sociétés de Phasis et de Pitchvnari, résidait en la
présence du monde tribal qui environnait la première, et qui se composait
d’unités ethniques diverses, socialement et économiquement peu évoluées en
comparaison avec elle, animées d’un esprit belliqueux et portées à la piraterie,
cet environnement ne pouvait manquer de rejaillir sur la population indigène
des alentours de Soukhoumi et d’Echen et contribua à maintenir chez elle des
traditions de caractère tribal (abondance d’armes dans les inventaires funérai-
res, etc...). Cependant, la population locale de la baie de Soukhoumi nous
apparaît comme un peuple pacifique, absorbé par un labeur intensif. Un fait
corrobore encore ce qui vient d’être dit, à savoir que les Milésiens aient pris la
décision d’établir une colonie dans leur voisinage immédiat, à côté des
agglomérations denses existant autour de ladite baie.
C’est un tableau analogue qui se dégage des résultats des toutes dernières
recherches archéologiques qui ont été poursuivies dans les parties méridionale
et centrale du littoral de la Colchide (Pitchvnari, emplacement de la forteresse
de Batoumi, embouchure du Rioni), où des colonies et des comptoirs commer-
ciaux ioniens avaient également été fondés en présence d’une forte population
locale agricole, dont les activités s’étendaient à une production artisanale
diversifiée et de haute maîtrise, et chez laquelle se dessinait déjà, avant l’arrivée
des Grecs, une propension à constituer des centres d’échange, autour desquels
essaimaient des groupes plus restreints d’habitants.
Sur la base de l’étude des matériaux mentionnés précédemment, nous
sommes arrivé à la conclusion que les colonies ioniennes, tant celles du sud et
du centre que celles du nord de la Colchide, avaient été implantées dans un but
de commerce et que leurs relations avec la population indigène étaient
essentiellement pacifiques. C’est par l’intermédiaire de ces colonies que les
Milésiens élargirent considérablement leurs sources d’approvisionnement en
métaux, principalement en fer. Parallèlement, ces centres servaient à écouler la
production de céramique des villes ioniennes. Ultérieurement, à l’exportation
de la poterie, s’ajouta celle du lin, des tissus de lin de haute qualité, des bois
précieux, entre autres.
Il est permis de penser que les Ioniens obtenaient ces richesses naturelles et
les exportaient avec la collaboration de la population locale, notamment par
voie d’échange contre des produits d’importation. Les besoins en produits
agricoles des colons étaient en majorité assurés par troc avec les aborigènes
16 La monographie de M P Inadzé citée supra, p 114
COLONISATION GRECQUE DU LITTORAL DE LA COLCHIDE
207
vivant dans les environs des villes Nous n’avons aucune donnée nous
permettant de préciser dans quelle mesure se faisait éventuellement sentir
l’expansion des colonies ioniennes de Colchide sur les territoires environnants,
à l’époque première de leur histoire, et quels rapports de dépendance pouvait
avoir avec elles la population indigène Au contraire, toutes les preuves
archéologiques en notre possession parlent contre la possibilité, à cette époque
en Colchide, de voir s’établir des «apoïkias» grecques indépendantes, fondées
sur le principe de la propriété terrienne, considérée comme propriété supérieu-
re de toute la collectivité des citoyens, c’est-à-dire sur le principe de la polis,
avec son organisation complexe et stricte de la surface du sol, tant dans les
limites de la ville q'u’au-delà des murs d’enceinte. Une telle éventualité était
certes exclue dans la partie centrale du rivage de la Colchide en raison des
conditions naturelles de la région — marécages et sol envasé dont le labourage
supposait une longue expérience agricole et exigeait des efforts immenses
Les matériaux archéologiques des nécropoles grecques de Pitchvnari, remon-
tant au Ve s. avant notre èie, confirment que le commerce n’était pas la seule
activité de la population hellène des villes côtières de Colchide ; les artisans grecs
travaillaient principalement pour la construction navale, pour la préparation
des matériaux nécessaires à cette dernière (confection de toile pour les voiles
des navires, de cordages, etc ), dans le domaine de la poterie, il est à présumer
que des maîtres grecs œuvraient aux côtés d’artisans locaux
Les conjonctures politiques existant dans le pays au VIe s avant notre ère,
mettaient obstacle, selon toute vraisemblance, à la naissance et au développe-
ment en Colchide, dans la haute antiquité, de polis grecques autonomes, à
organisation politique et militaire indépendante — les peuplades indigènes
vivant sous l’hégémonie colchidienne poursuivaient leur consolidation dont le
processus devait s’achever dans la seconde moitié de ce siècle avec la création
de cette union de peuplades, peut-être précairement centralisée, mais cependant
suffisamment puissante, qu’était l’empire de Colchide17 Les facteurs ci-dessus
mentionnés auraient dû limiter les possibilités et l’envergure de l’activité
colonisatrice de Milet sur tout le littoral de la Colchide18
En nous basant sur le «Politea des Phasiens», attribué à Aristote (IVe s.
avant notre ère), et sur des faits concrets de l’histoire de la grande colonisation
grecque, qui nous apprennent que l’organisation administrative municipale,
1 ordre étatique, étaient spécifiques non seulement aux «apoikias-polis» de
caractère agraire, mais à de nombreuses colonies de commerce (telles Massalia,
17 M P Inadzé, Les villes littorales . p 158-173
G A Mélikichvili, Les questions de l'ancienne histoire de Géorgie. Tbilissi, 1959, p 244,245
(en russe)
208
M INADZÉ
Ampuna, et d’autres)19, nous pouvons en déduire que les colons grecs de
Phasis et de Dioscurias possédaient des formes déterminées d’administration,
qui, bien que de leur époque, reflétaient l’influence des institutions locales, et
que les règlements avaient dû subir des modifications, acquérant ainsi un
caractère propre, à l’exemple de ce qui avait eu lieu dans nombre de villes de la
périphérie du monde antique à peuplement hétérogène et qui offraient des
formes gréco-barbares d’organisation municipale (cf. Strabon, IV, 1, 5)
C’est dans cet ordre de pensée qu’un passage du «Politea des Phasiens» a
retenu notre attention, il y est dit que les Milésiens sont si hospitaliers qu’ils
ravitaillent les équipages des navires échoués et que ceux-ci, en retour, payent
(aux Phasiens) la somme de 3 mines avant de reprendre la mer20. L’analyse des
détails de ce passage laisse supposer que les arrêtés et réglements publics en
vigueur à Phasis prenaient en considération, d’une part, les intérêts économi-
ques des Milésiens (aide aux commerçants venus de divers centres du monde
antique et victimes d’échouage à l’embouchure du Phase), et d’autre part, les
coutumes et règles de la population locale (dans le cas donné, la survivance du
droit, dit côtier, de prélèvement sur les navires échoués d’une partie de la valeur
de la cargaison — 3 mines) Selon nous, après ce qui vient d’être exposé, l’on
peut dire que de l’extrait du «Politea des Phasiens» se dégage l’un des traits
caractéristiques du régime municipal propre à la ville de Phasis, à savoir un
mélange d’institutions et de règles publiques helléniques et locales C’est cette
particularité qui incita Aristote, qui nous a donné des relations sur les polis à
régime municipal spécifique, à en écrire une sur celle des Phasiens21
Cette coexistence avec la population indigène devait certainement faire
rejaillir l’influence de l’environnement local sur d’autres aspects de l’ad-
ministration municipale, en les modifiant (frappe de la monnaie); il en est
de même des mœurs (rituels funéraires) et des cultes que les colons grecs
avaient apportés avec eux Avec le temps, la composition ethnique et le mode
de vie économique des colonies grecques de la bande côtière orientale de la mer
Noire se transformait également.
L’étude des informations fournies par Plutarque22 et d’autres auteurs
19 Cf pour plus de détails Jean Bérard, L'expansion et la colonisation grecque jusqu aux
guerres médiques, Paris, 1960, p 63, G Vallet et F Villard. Les Phocéens en Méditerranée
Occidentale à l’époque archaïque, p 183, 184, R Martin, Rapports entre les structures urbaines et
les modes de division d'exploitation du territoire Problèmes de la terre en Grèce ancienne Pans-I a
Haye, MCMLXXIII. p 99. 100
20 T S Kaoukhthichvili, Héraclide et ses renseignements sur la Géorgie «La philologie
orientale», 1, 1969, p 189-191 (en géorgien)
21 Cf pour plus de détails M P Inadzé, La colonisation grecque . p 29-37, 188-196
22 Plut, Periclus, XX (Plutarch's Lives with an english translation by Bernadette Persin 1H
London, 1958, p 60-62
COLONISATION GRÈCQUE DU LITTORAL DE LA COLCHIDE
209
anciens23, ainsi que le bilan des fouilles archéologiques de Pitchvnari, d'Echeri
et d’Otchamtchiré (l’ancien Hyénos), qui confirme l’existence en ces lieux, vers
le milieu du Ve s. avant notre ère, d’établissements grecs assez importants où la
céramique attique tient une place dominante, nous amènent à tirer la conclu-
sion qu’avant la guerre du Péloponèse, les Athéniens (sous le gouvernement de
périclès), dont le souci majeur était de consolider leur puissance sur les mers
en renforçant leur flotte, s’efforçaient de raffermir leurs positions économiques
et politiques dans les régions orientale et sud-orientale du rivage de la mer
Noire, riches en matériaux indispensables à la construction navale, en fondant
leurs clérouques à Amisus et à Sinope, et, grâce à ces dernières, se créaient des
points d’appui, sous forme de comptoirs de commerce (facton) importants sur
les territoires de Pitchvnari, d’Otchamtchiré (l’ancien Hyénos), de Soukhoumi
et d’Echeri (près de l’ancien Dioscunas)24 Après l’afflux dans ces aggloméra-
tions de nouvelles vagues de colons, venant d’Attique, on note l’apparition de
nouveaux quartiers grecs — avec leurs nécropoles —, dans les zones périphéri-
ques des établissements antérieurs, et l’on remarque aussi une profonde
différenciation dans la société des colons où se détache alors nettement une
aristocratie aisée de marchands25 Ces cités engagent, comme il apparaît, leurs
relations commerciales avec le monde extérieur en de nouvelles directions, du
fait de l’instauration de l’hégémonie d’Athènes sur le marché de la mer Noire
Cependant, dans la mesure où les données en notre possession permettent de se
faire une idée sur ce qu’il en était de la vie culturelle dans les colonies milésiennes
du littoral de la Colchide, on note une stabilité, une continuité des traditions de
vénération des cultes milésiens, et l’utilisation de l’écriture et du dialecte
ioniens. Ceci s’explique vraisemblablement, d’une part, par les fortes impul-
sions culturelles initiales, et, d’autre part, par les relations ultérieures des
colonies milésiennes (Phasis et Dioscurias) avec les centres ioniens.
Il est permis de penser que c’est à la perte par les Athéniens de leurs positions
sur les marchés prépontiques et à l’extension de l’activité commerciale des cités
du nord de l’Asie Mineure, en particulier de Sinope, qu’est due la fondation,
dans quelques villes colchidiennes du bord de la mer Noire (Pitchvnari,
Dioscourias et d’autres) des comptoirs commerciaux sinopiens, que tenaient
des représentants des ethnies grecques d’Asie Mineure26. Cette migration de
maîtres-artisans et de commerçants de Sinope et d’autre villes du sud du Pont
Thuc , IV, 75, Diod , Bibl , XII, 72, 4, Jusl , Epil Historiae Philipiea. XVI, 3
M P Inadzé, Athènes et le rivage oriental de la mer Noire (à la seconde moitié du Ve s avant
notre ère), «Matsné», la sene d'histoire, Tbilissi. 1975, p 44-63 (en géorgien, résume en russe)
, AI Kachidzé, Le littoral oriental de la mer Noire à l'epoque antique, Tbilissi, 1981
'Autorepherate doctorscoy dissertaciy (en russe)
Cf pour plus de détails M P Inadzé, La colonisation grecque p 171. 172
210
M INADZÉ
vers le rivage de la Colchide, et leur étroite coexistence ultérieure avec la
population locale, accélérèrent notablement l’hellénisation de cette dernière,
hellénisation qui se manifeste par l’apparition de multiples formes de poteries
exécutées à l'imitation de modèles de Sinope et d’autres villes grecques d’Asie
Mineure, par l’emprunt de certains éléments à l’organisation de la production
céramique (contrôle de la municipalité sur la production des tares de cérami-
que), par la propagation des cérémonies religieuses grecques (rites funéraires)
etc
Les matériaux archéologiques mis au jour à Echen et Gvandra, attestent
qu’à l’époque préhellénique l’on fabnquait dans les environs de Dioscurias des
amphores portant le sceau de AIOSKOY27, ce qui indique que la production
potière de cette ville était estampillée, qu’elle relevait donc de la ttôZiç, de
même, les inscriptions nouvellement découvertes à Echeri, les fragments d’écrits
grecs sur plaques de bronze28 et des pièces numismatiques29 permettent de
cerner de plus près les caractères de la colonie grecque de Dioscounas et ses
rapports avec la population locale pendant la période hellénistique Bien
qu’elle dépendît dans une certaine mesure de l’autorité impénale de la contrée,
elle nous apparaît comme possédant sa propre organisation administrative de
la communauté. De plus, l’on doit présumer qu’une zone agricole s’était
constituée, à l’époque hellénistique, autour de Dioscounas, qui exerçait sur elle
un contrôle économique. Les nouvelles découvertes faites à Echeri révèlent
qu’il existait au IVe s. avant notre ère, sur cet emplacement, une localité
urbanisée à population mixte d’aborigènes et de Grecs, qui, selon toute
vraisemblance, faisait partie de la «chora» de Dioscunas et jouait un rôle non
négligeable dans sa vie politique et dans ses rapports avec la société locale En
dépit de certains de ses aspects, propres à la ttôZiç, Dioscounas, à l’époque
hellénistique, manifeste nettement la présence de deux éléments coexistants —
l’élément grec et l’élément local. Il est indubitable que la population indigène
prenait une part active à la vie de la cité, à l’œuvre artisanale, ce qui conférait et
à la vie économique de la ville, et à son organisation sociale et politique, sa
spécificité30 31. Les caractéristiques deviennent encore plus frappantes à
Dioscounas vers la fin de la pénode hellénistique, lorsque le roi du Pont,
Mithridate, anéantit le pouvoir impérial de Colchide3’, et que les villes
27 M M Trapch, Dioscounas, Trudy 2, p 222-223
28 G K Chamba, L’ancienne cité à Echeri, p 55
29 Cf pour plus de details l’article de K V Golenko, Le nouveau type des monnaies du roi
Sav(lak), «Soobchenie AN GSSR», v XXV, N 1, 1960
30 Cf M P Inadzé, Les villes littorales de l’ancienne Colchide, p 128-142, 188-196
31 M P Inadzé. Le travail cité supra, p 227-233, G A Lordkipanidzé, Pour l’histoire ancienne
de la Colchide. Tbilissi, 1970 (en russe)
COLONISATION GRÈCQUE DU LITTORAL DE LA COLCHIDE
21]
acquirent le droit à l’autonomie (monnaie frappée au nom de Dioscurias)32 II
faut remarquer cependant que même sous Mithridate, Dioscurias ne jouit pas
d’une réelle autarcie car, soumise au royaume du Pont, elle constituait pour lui
une base d’appui et servait ses intérêts politiques et économiques
Ainsi donc, les éléments en notre possession permettent de présumer que les
colonies grecques du littoral de la Colchide subirent des changements sur divers
plans au cours du long processus de leur évolution. Ces changements tenaient à
l’arrivée des diverses vagues de colons grecs, aux divers centres d’où partait la
colonisation, aux causes qui la déterminaient et la dirigeaient au cours de son
histoire, aux rapports qui s’établissaient entre les Grecs (Ioniens, Attiques,
Sinopiens, etc. .) et la population aborigène au sein de laquelle naissaient les
colonies. Par ailleurs, bien que fondées dans le cadre de la même situation
démographique, ce qui déterminait en elles bien des traits communs, chacune
de ces colonies helléniques eut son propre destin et suivit sa voie particulière
d’évolution.
M. P. Inadzé
Docteur en histoire
K V Golenko, La circulation monétaire de la Colchide a l’époque romaine, L , 1964, p 20
ÔSTERREICH1SCH-GEORG1SCHE KULTUR UND
LITERATURBEZIEHUNGEN
Ôsterreichisch-georgische Beziehungen reichen zuruck bis in die zueite
Halfte des 14. Jahrhunderts' gemeint ist der letzte Minnesânger und zugleich
Überwinder des Minnesangs, der bedeutendste lyrische Dichter des spàien
Hochmittelalters aus einem Sudtiroler Rittergeschlecht, Oswald von Wolken-
stein, der, wie bekannt, mit 10 Jahren dem Elternhaus entlief und dessen
Wanderleben und Irrfahrten ihn bis nach Géorgien führten Wie bekannt,
wurde er im Schwarzen Meer schiffbrüchig.
In einen Gedicht von Oswald von Wolkenstein lesen wir
Durch Barbarei, Arabia
Durch Harmanei in Persia,
Durch Tartarei in Suria,
Durch Romanei in Türrgia,
Iheria.
Der Sprüng hab’ich vergessen
Durch Preussen, Reussen, Eiffenland,
Gen Litto, Liffen, ùbern Strand ..
Der Name des alten Géorgiens lautet Iberien (Iberia) (Spâter ist Iwenen
nachweisbar)1 Iberia hieB im Mittelalter auch Irland, aber am Schwarzen
Meer, in der Nâhe von Persien, Arménien und Krim befindet sich weder
keltisch Irland, noch die Iherische Halbinsel, sondern georgisch Iberien
Der erste Europaer also, der Géorgien besuchte und daruber schrieb, war
Oswald von Wolkenstein, der Ritter und Minnesânger aus Tirol
Als zweite Stufe in den ôsterreichisch-georgischen Beziehungen kônnen wir
die Versuche der georgischen Kônige betrachten, die mit ôsterreichischen
Kaisern zwischenstaatliche Beziehungen aufzunehmen versuchten- gemeint
sind die Schreiben des georgischen Kônigs Wachtang des VI an den ôsterrei-
chischen Kaiser Karl VI (29.November 1722) und seinen Botschafter in
Konstantinopel-Dirling (20.November 1722). Es erhielten sich auch die Schrei-
ben des anderen georgischen Kônigs, Irakli des IL, an der Kaiser von
Ôsterreich, Joseph II, (18.Oktober 1782). Unsere Kônige versuchten mit den
ôsterreichischen Monarchen Kontakt, zwischenstaatliche Beziehungen aufzu-
nehmen — es war eine der ÀuBerungen der west-europàischen Orientierung
unserer Kônige, die sich von Moslems stets bedràngt und bedroht fühlten Sie
baten um Hilfe und Unterstützung, da Mohammedaner ihr Land ununterbro-
’ Siehe Ulrich Muller, Dichtung und «Wahrheit» in den Liedern Oswalds von Wolkenstein
Die autobiographischen Lieder von den Reisen, Gôttingen 1968, Schota Rewischwili, Deutsch-
georgische Studien, Tbilissi 1977
ÔSTERREICHISCH-GEORGISCHE beziehungen
213
chen überfielen und verwusteten (Diese Schreiben sind im Ôsterreichischen
Staatsarchiv aufbewahrt)2.
Im Jahre 1798 erschien in Wien das Buch Franz Cari Alters, der an der
(jniversitât Wien als Lektor tâtig war — «Über die georgianische Litteratur»
1799 wurde wieder in Wien ein neues Buch desselben Autors, «Philologisch-
kritische Miscellaneen», publiziert, in dem es spezielle Ahschnitte über die
georgianische (d.h. georgische) Sprache gab Im ersten Buch wurde ein kurzer
AbriB der Geschichte der alten georgischen geistlichen Literatur gegeben
Das waren die ersten europàischen wissenschaftlichen Arbeiten uber die
georgische Literatur und Sprache. Sie schufen die ersten Grundlagen für
ôsterreichisch-georgische kulturelle und literarische Beziehungen. Alter kônnen
wir also als Begründer der europàischen Georgistik betrachten.
In Franz Grillparzers dramatischer Trilogie «Das Goldene VlieB» (1822),
die aus drei Einzelstùcken besteht («Der Gastfreund- ein Akt», «Die Argonau-
ten» vier Akte und «Medea» — fünf Akte), spielt die Handlung in den ersten
zwei Stücken im alten Géorgien, in Kolchis und die Hauptfigur der Trilogie ist
eine Georgierin, eine Kolcherin — Medea (die Première dieser Stùckes fand in
Wien im Burgtheater ara 26. und 27 Mârz 1821 statt).
Neun Jahre lang (1876-1885) lebte in Géorgien die beruhmteste Ôsterreiche-
rin, weltbekannte Friedenskàmpferin, leidenschaftliche Agitatorin, politische
Journalistin, groBe Pazifistin, künftige Nobelpreistrâgerin Bertha Baronin von
Suttner mit ihrem Mann, dem Schriftsteller Arthur Gundaccar von Suttner
(wie bekannt, wurde die Verfasserin des Romans— «Die Waffen Nieder!» von
den Friedensgegnern, Militaristen und Nationalisten als «Suffragete des
Friedens», als palmwedelschwingende «Friedensbertha» verspottet)
In Géorgien begann das Ehepaar mit seiner schriftstellerischen Arbeit.
Bertha von Suttner hat ihren Aufenthalt in Géorgien ausführlich in ihren
«Memoiren» (Deutsche Verlagsanstalt, Stuttgart 1909) geschildert. Sie haben
abwechselnd in Gori, Kuthaissi, Tiflis und Zugdidi gelebt Die Suttners
verkehrten in den georgischen intellektuellen und literarischen Kreisen des XIX
Jahrhunderts. Das Dichterehepaar übertrug ins Deutsche und Franzôsische
das georgische Nationalepos, Schotha Rusthawelis Ritterroman — «Der
Mann in Panterfell». Diese Übertragungen wurden nie verôffentlicht und man
weiB heute nicht, wo sich diese Handschriften befinden (ihr Privatarchiv wird in
der Wiener Stadtbibliothek aufbewahrt, ein Teil des schriftstellerischen Nach-
lasses der Friedenskàmpferin befindet sich in der Bibliothek der Vereinten
Nationen in Genf)-
Arthur Gundaccar von Suttner hat mehrere Romane und Erzàhlungen, auch
ethnographische Abhandlungen über kaukasische und georgische Themen
verfaBt, in denen der Schauplatz Kaukasus und Géorgien und Personen
Kaukasier und Georgier sind. Romane — «Daredjan Mingrelisches Sitten-
bud», «Schamyl», «Die Tscherkessen», «Ein Aznaour», Erzàhlungen —
«Kinder des Kaukasus», zwei Bànde («Mein Nachbar Gudja», «Die Nach-
<<Herr Gregor», «Arme Wardo», «Kethewan», «Margalita», «Mingre-
ische Hochzeit», «Hadshi Aga Kendi und seine Pfeife», «Am Berg Urta»,
Siehe Ilia Tabagua, AuBenpolitik Géorgiens in der zweiten Halfte des XVIII Jahrhunderts,
loihssi 1979 (georgisch)
214
N KAKABADZÉ
«Lizas Gluck», «Suleli»). AuBerdem verôffentlichte er im Jahre 1884 in Tiflis
in der russischen Zeitschrift «Kaukasus» eine Reihe von Beitragen über
Schotha Rusthawelis Epos «Der Mann im Panterfell» Gundaccar Suttner
komponierte auch mehrere Walzer, die georgische Themen betreffen, z B
«Thamars Walzer», «Inguri-Walzer» u a Unter seinen ethnographischen Ab-
handlungen kônnen wir «Aus Mingrelien» («Ausland», 58, 1885) erwahnen
1964 wurde in Wien Bertha von Suttners Biographie von Beatrix Kempf
(«Bertha von Suttner. Das Lebensbild einer groBen Frau. Schriftstellerin
Politikerin Journalistin», Ôsterreichischer Verlag) verôffentlicht. 1969 hat mir
die Verfasserin ihr Buch mit folgender Widmung überreicht: «Auf gute
Beziehungen zwischen Ôsterreich und Géorgien im Geiste von Bertha v
Suttner. Wien, am 1. Juli 1969. B. Kempf».
1854 erschien wieder in Wien Czernells «Der Kaukasus und seine Vôlker-
schaften, deren Kâmpfe etc , nebst Charakteristik Schamils. Mit Karte»
Unter den georgistischen Arbeiten H Abichs erwahnen wir ein in Wien 1896
herausgegebenes Buch «Aus kaukasischen Landern. Reisebriefe», hrsg. v
seiner Witwe, 2 Bde
Man kann zahlreiche Arbeiten von Fr. Müller über die georgische Sprache
aufzahlen, darunter. 1. GrundriB der Sprachwissenschaft Bd. 3. Darin: Der
südkaukasische Sprachstamm 1887 Wien 2. «Zur Conjugation des georgi-
schen Verbums», in: Sitzungsberichte der philosophisch-historischen Classe
der kaiserlichen Akademie der Wissenschaften, Wien 1869 3. «Über den
Ursprung der gruzinischen Schrift», in derselben Zeitschrift, Wien 1898.
M. Scherwinsky verôffentlichte in «Allgemeiner Bauzeitung» (Wien 1891)
«Die Baukunst in Géorgien»
1897 ist in Wien in der «Deutschen Rundschau fur Géographie und
Statistik» J. Meurers Abhandlung «Zur Erforschung des Kaukasus» verôffent-
licht worden
Der bekannte ôsterreichische Sprachwissenschaftler, Professer der Grazer
Universitât, ordentlicher Mitglied der Wiener Akademie, Hugo Schuchardt,
untersuchte auch die georgische Sprache und widmete diesem Problem zahlrei-
che Arbeiten, unter anderen folgende: 1. «Kharthwelische Sprachwissen-
schaft», 1-3, In: Wiener Zeitschrift für die Kunde des Morgenlandes 10
1887 .2. «Über das Georgische», Wien 1895 3. «Über den passiven Charakter
des Transitivs in den kaukasischen Sprachen», in. «Sitzungsberichte der
Akademie der Wissenschaften. Phil.-hist. Klasse, 133,1, Wien 1895» 4. «Georgi-
sche Handschriften in Torre del Greco», In: «Beilage zur Allgemeinen
Zeitung», Augsburg u. München 1896 5. «Zur Géographie und Statistik der
khartwelischen (südkaukasischen) Sprachen», in • «Petermanns Geographische
Mitteilungen», 43, 1897 6 «Das georgische Volk», in. «Beilage zur Allgemei-
nen Zeitung», Augsburg u. München 1903 7 «Das georgische Epos Dilariani»,
in - «Beilage zur Allgemeinen Zeitung», Augsburg u. München 1904
Prof. Hugo Schuchardt stand im Briefwechsel mit dem bedeutenden georgi-
schen Schriftsteller des XIX Jahrhunderts, Ilia Tschawtschawadse Es sind nur
5 Briefe von Schuchardt an Tschawtschawadse erhalten (eine auf georgisch,
vier auf franzôsisch)
Schuchardt war auch mit dem ersten Rektor der Tbilisser Universitât, Petre
OSTERREICHISCH-GEORGISCHE BEZIEHUNGEN
215
Melikischwili befreundet, dem er seine Arbeiten über die georgische Sprache
schickte und mit dem er im Briefwechsel stand.
Alexander Beschkenadse reiste 1905 zum Studium nach Graz, wo er bei
Schuchardt an der Grazer Universitât studierte. Schuchardt grundete einen
Zirkel der georgischen Sprache, wo er selber das Altgeorgische, Beschkenadse
aber das Neugeorgische unterrichteten
Noch heute hângt Hugo Schuchardts Bild in der Tbilisser Universitât.
Ich môchte auch die besonderen Verdienste des Wiener Orientalisten Prof
Robert Bleichsteiner (1891-1954) um die Entwicklung der deutschsprachigen
Georgistik (oder- Georgologie) hervorheben. Seine Arbeiten auf dem Gebiet
der georgischen Literatur und Sprache, der Ethnographie und Volkskunde,
seine Übersetzungen aus der georgischen Literatur und Volksdichtung ins
Deutsche sind in Géorgien allbekannt. Die Aufmerksamkeit der Fachleute
haben besonders seine folgenden Untersuchungen auf sich gezogen • 1 «Beitrâ-
ge zur Sprach- und Volkskunde des georgischen Stammes der Gurier», in
«Caucasica», 7, 1931 2 «Besuch der Universitât von Tbilissi», in - «Wiener
Universitâtszeitung», 2,1950, N° 19. 3 «Die Blatterngottheiten und die heilige
Barbara im Volksglauben der Georgier», in - «Kultur und Volk», Festschrift
für Gustav Gugitz (Verôffentlichungen des ôsterreichischen Muséums für
Volkskunde. Wien 5 1954) 4. «Eine georgische Ballade von Amirani», in-
Berichte des Forschungsinstituts für Osten und Orient 2, 1918 5. «Eine
georgische Erzâhlung über den Râuberhauptmann Kôroghlu», in- Leipziger
Vierteljahrsschrift für Südosteuropa, 6, 1942 6 «Géorgien gestern und heute.
Eine Fahrt hinter den Kaukasus» Wien 1950 7. «Die georgische Übersetzung
von Epiphanius’Edelsteinbuch», in: Jahrbuch der Ôsterreichischen Leogesell-
schaft Wien 1930 8. «Der groBe georgische Dichter Nikolos Barataschwili, in:
«Die Brücke», 1, 1945. 9. «Kaukasischen Forschungen» t 1 Georgische und
mingrelische Texte. Wien 1919 (-Osten und Orient. Reihe 1, Bd. 1/1) Sprich-
wôrter, Râtsel, Sagen, Mârchen etc. nebst systematischer Wôrtersammlung der
georgischen und mingrelischer Sprache in lateinischer Transkription mit
deutscher Übersetzung und Kommentar. 10. «Die kaukasischen Sprachgrup-
pe», in: «Anthropos», 32, 1937 11. «Kaukasischer Vôlker Sprachen und
Stâmme», in: Eberts Reallexikon der Vorgeschichte. Bd. 6 12. «Die Literatur
Géorgiens», in: «Die Brücke», Wien, 3, 1948 13. «Der Mann im Pantherfell».
Ein georgischer Minnesang aus dem 12 Jahrhundert, in : Asienberichte 5, 1940
14. «Masken- und Fastnachtsbrâuche bei den Vôlkern des Kaukasus», in.
Ôsterreichische Zeitschrift für Volkskunde, 6, 1952 15. «Überblick uber
kaukasische Vôlker und Sprachen», in- Berichte des Forschungsinstituts für
Osten und Orient 2, 1918 16. «Die Vôlker des Kaukasus», in: Asienberichte 5,
1944, H. 22 17. «Das Volk der Georgier», in: «Die Brücke», Wien 4, 1949 u.a.
Aus Bleichsteiners Übersetzungen kann man erwâhnen: 1. «Neue georgi-
scher Dichter», Wien 1946 2. Simon Tschikowanis Gedicht, «Herbst morgen in
Kachetien», in - «Die Brücke», Wien, 4, 1949 3. Daniel Tschonkadser Roman
«Die Burg der Surami», Wien, 1947 4. Galaktion Tabidse’s Gedichte
«Pfirsichblüten», in: Revue de kartvélologie 4-5, 1958, Paris, und «Der Hirsch
Sieh Heinrich Rohrbacher, Materialien zur georgischen Bibliographie Deutsches Schrifttum
Dr Rudolf Habell GMBH Bonn 1981, S 13-14
216
N KAKABADZÉ
preist die Weide», in Revue de kartvélologie, 6-7, 1959 6 Tschola Lomtatidses
«Legende vom Georgier», in • «Revue de kartvélologie», 2-3, 1957, Paris 1950
kam Bleichsteiner nach Géorgien, um georgische Kultur, georgische Mentah-
tât, georgisches Volk unmittelbar zu erleben, um sich mit eigenen Augen von
der Richtigkeit seiner theoretischen Thesen und SchluBfolgerungen zu uberzeu-
gen Die Leistungen des anderen Ôsterreichers, des Dichters, Übersetzers und
Essayisten Hugo Huppert sind auf dem Gebiet der ôsterreichisch-georgischen
Beziehungen auch hervorragend von ihm stammt eine der besten europaischen
Nachdichtungen von Schotha Rusthawelis Epos, die drei Auflagen erlebt hat
Wàhrend seines Aufenthaltes in Géorgien, als er an der Übertragung des
georgischen Nationalepos arbeitete, schuf der ôsterreichische Lynker die
Gedichtsammlung «Georgischer Wanderstab», in der er das Georgien-Thema
lyrisch zu bewàltigen versuchte Nach Osterreich zurückgekehrt hielt Huppert
eine Reihe von Vortrâgen uber Géorgien, in der Zeitschrift «Weltbühne»
verôffentlichte er eine Sérié von georgischen Impressionen In seinem Buch
«Minuten und Momente», Ausgewahlte Publizistik (1978), finden wir zwei
«georgische» Beitràge- «Ehrwürdiges Tbilissi Kleine Huldigung» (1959) und
«Reporterblick auf Rusthaweli» (1956).
Im dritten Teil seiner Autobiographie — «Schach dem Doppelganger»
beschreibt Hugo Huppert eingehend seinen Aufenthalt in Géorgien und seine
Beziehungen zu seinen georgischen Freunden und Bekannten, unter welchen
viele Schriftsteller und Wissenschaftler vorkommen
In Hugo Hupperts letzter lyrischer Sammlung «Indizien oder Vollmond auf
Bestellung» (1981) steht eines seiner letzten Gedichte — «Im Kaukasus Nach
Motiven Irakli Abaschidses».
1925 bereiste «der rasende Reporter» Egon Erwin Kisch die Sowjetunion,
einige Tage weilte er auch in Géorgien. 1927 erschien sein Reisebuch «Zaren.
Popen, Bolschewiken», in dem zwei Kapitel Géorgien gewidmet sind. Kisch
beschreibt das damalige Tiflis, das um diese Zeit halb europâisch, halb
asiatisch aussah Es gab in Tiflis noch sog «Kintos», die Hausierer (sie
verkauften Grunzeug und Obst) und zugleich Bohémiens, eine Art von
«Schlawinern» waren und die, zusammen mit «Karatschoghelis» (Tiflisser
Handwerker und Bohémiens) dem alten Tiflis eine spezifische Atmosphâre
verliehen hatten.
Reiner Maria Rilke spricht in einem Gedicht («Das Stundenbuch», Zweites
Buch, Das Buch von der Pilgerschaft» — 1901) von «braunen Fraun von Tiflis
und Taschkent».
1932 verôffentlichte der berühmte ôsterreichische Romancier, Robert Neu-
mann einen seiner Hauptromane, «Die Macht», dessen Hauptfigur ein Geor-
gier namens Gregor Karachieraschwili, gekürzt Karachan ist, der aus Géorgien
nach Europa flieht und in Wien ein Jahr lang lebt. Karachan ist ein Naturkind.
er fùhlt sich einsam in der Anonymitàt der groBen Stadt Er ist freigebig, Geiz.
Habgier und Kramergeist sind ihm wesensfremd Er ist ein «reiner Tor». ein
«Màrchen-Dùmmling» à la Parzival — «ein glucklich gewordener Tor»
1928 wurde in Wien «Georgische Gesânge, Text von A. Dirr» publiziert
1929 ist ebenfalls in Wien J Pulner’s «Zur Volkskunde der georgischen Juden»
(in Mitteilungen der Gesellschaft zur jüdischen Volkskunde) herausgegeben
ÔSTERREICHISCH-GEORGISCHE BEZIEHUNGEN
217
worden. Man kann auch zwei anthropologischen Arbeiten erwahnen J
Weninger, Die Mingrelier aus dem Kaukasus in ihrer anthropologischen
Stellung (Wien 1955) und J. Weninger und M Weninger, Anthropologische
Beobachtungen an Georgiern. Transkaukasien (Wien 1959)
Erwâhnenswert ist vielleicht auch die vom Ôsterreichischen Alpenklub
herausgegebene Abhandlung «Zentralkaukasus, westlicher Teil» (in- «Ôster-
reichische Alpenzeitung», Folge 1327, Jànner/Februar 1963)4.
Jetzt einiges über die georgischen Handschriften, überhaupt über die georgi-
schen Materialien, die in Ôsterreich aufbewahrt sind.
Im Ôsterreichischen Staatsarchiv (Haus-Hof-und Staatsarchiv) befinden sich
zwei Briefe des georgischen Kônigs, Wachtang VI.
Georgische Gesânge (Worte und Noten), die von den georgischen Gefange-
nen wâhrend des I. Weltkrieges aufgeschrieben wurden, sind im Wiener
Phonogramm-Archiv aufbewahrt
Materialien über Géorgien gibt es auch in der Bibliothek des armenischen
Wiener Mechitharisten-Klosters
Georgische Handschriften befinden sich auch in der Wiener Nationalbiblio-
thek.
7 Georgische Handschriften sind in der Bibliothek der Universitât Graz
aufbewahrt. Es handelt sich um Handschriften aus dem Katharinenkloster auf
dem Berge Sinai, die Hugo Schuchardt der Grazer Universitâtsbibliothek
vermacht hatte. Es sind liturgische Lesungen aus den Evangelien und Paulus-
briefen, Psalter, das Leben Symeons des Narren um Christi willen, die
Jakobusliturgie in ihrer altesten Fassung usw5
Dies ist ungefahr der ôsterreichische Beitrag zur Georgistik (im weitesten
Sinne des Wortes).
Es gibt auch einen anderen Aspekt desselben Themas, und zwar die
georgische Rezeption der ôsterreichischen Kultur, der ôsterreichischen Litera-
tur und überhaupt des ôsterreichischen Phânomens.
1876 hielt sich in Wien das Volkstanzensemble unter der Leitung von
Michael Bethaneli zu Gastspielen auf, etwas spater studierte am Wiener
Konservatorium bei Prof. Johann Fuchs die georgische Sângerin Clara Gura-
mischwili6.
1910 fuhr der georgische Komponist Irakli Dshabadari nach Wien, um dort
Musik zu studieren. 1913 hat er in Wien seine «Georgische Rhapsodie»
komponiert7.
Thinatin Goziridse studierte am Wiener Konservatorium und gab in Ôster-
reich Konzerte.
Siehe H Rohrbachers oben genanntes Buch
Siehe dazu Gregor Peradze, Über die georgischen Handschriften in Ôsterreich, in Wiener
Zeitschrift fur die Kunde des Morgenlandes 47. 1920 (Peradze war Archimandrit und Professer an
er Warschauer Universitât), Akaki Schanidse, Georgische Handschriften in Graz, in Zeitschrift
er Universitât Tbilissi, 1929, IX (georgisch), W Imnaischwili, Die altgeorgischen Handschriften
,n der Universitâtsbibliothek Graz, in Die Universitât Graz, Jubilaumsband Graz 1977. siehe
au<-h Ilia Tabaghuas und Heinrich Rohrbachers oben genannte Bûcher
SiehA Zamzischwili, Die georgischen Kunstler im Ausland. Tbilissi 1962. S 79 und derselbe.
eimatlose, Tbilissi 1968, S 11 (georgisch)
Siehe A Zamzischwili, Der Komponist Irakli Dshabadari, Tbilissi 1966, S 30-31
218
N KAKABADZÉ
Viele Georgier studierten in der zweiten Halfte des XIX. Jahrhunderts in den
ôsterreichischen Stâdten, aber der bedeutendste und beruhmteste unter ihnen
war der kunftige georgische Prosaiker Niko Lordkipanidse. Er studierte in
Leoben Bergwesen (1902-1907), aber sein eigentliches Interesse galt der
Literatur Er verkehrte in den impressionistischen Kreisen, und seine ersten
schôpferischen Impulse empfing er von Arthur Schnitzler und Peter Altenberg
Nach Géorgien zuruckgekehrt propagierte er die Werke von ôsterreichischen
Impressionisten, ùbersetzte ihre Skizzen und Erzâhlungen und hielt mehrere
Vortrage über Schnitzler und Altenberg. Die erste Période seines Schaffens
steht (das ist in der georgischen Literaturwissenschaft unbestreitbar aner-
kannt) unter dem EinfluB der ôsterreichischen Impressionisten.
Jetzt einiges über die ôsterreichische Dramatik auf georgischen Bùhnen
Der bekannte georgische Dramatiker des 19 Jahrhunderts Giorgi Eristhawi
hat Friedrich Halms «Griseldis» umgearbeitet, er hat das Stùck an die
georgischen Verhâltnisse angepaBt und es «Kwarkware Athabegi» umbe-
nannt
Am 23. Februar 1913 wurde im Kutaisser Theater Friedrich Halms «Der
Fechter von Ravenna» uraufgefuhrt (Régisseur: M. Khoreli; das Stück wurde
im Almanach «theatri» gedruckt. 1913, -N° 6). Am 21. November 1906 in
Kutaissi und am 9. Mârz 1916 in Tbilissi erlebte Philipp Langmanns «Bartel
Turaser» seine Première (Übersetzung von Davith Bakradse).
Am 18. Januar 1906 wurde «Korporal Stâhr», das Stück desselben Autors,
in Tbilissi erstaufgeführt (Übersetzung von Irodion Ewdoschwili).
Am 12 Februar 1909 hat W. Schalikaschwili in Kuthaissi Hugo von
Hofmannsthals «Die Hochzeit der Sobeide» aufgeführt (Übersetzung von I
Ewdoschwili). Am 29. Januar 1923 wurde «Elektra» von Hofmannsthal in
Tbilissi uraufgefuhrt (Régisseur K. Andronikaschwili, Übertragung von D
Kasradse).
Es wurden drei Stücke von Hermann Bahr in Géorgien gespielt: «Die neuen
Menschen» (am 10. Januar 1910, in Kuthaissi, übersetzt von Schalwa Dadia-
ni), «Der Star» (am 9. Oktober 1911 in Tbilissi, übersetzt von L. Meschischwi-
li), «Joséphine» (am 10. Januar 1913 in Kuthaissi, übersetzt von Al. Imeda-
schwili).
Der bekannte georgische Schauspieler Walerian Gunia hat speziell von
Hermann Bahr «Das Konzert» übersetzt, aber dieses Stück wurde aus einem
für uns unerfindlichen Grund nie gespielt.
Am 2. Januar 1925 erlebte in Tbilissi im Rustaweli-Theater Franz Werfels
«Spiegelmensch» seine Uraufführung (Regie von Sandro Achmeteli, Bühne-
naustattung von Irakli Gamrekeli, Übersetzung von Sandro Schanschiaschwi-
li). Es war die erste Auffuhrung dieses Stuckes in der ganzen Sowjetunion
Dieses Drama wurde speziell dem 75 Jahrestag des georgischen Berufstheaters
gewidmet8.
Was die georgische Übersetzungsliteratur aus der ôsterreichischen Literatur
anbelangt, ist sie ziemlich reichhaltig
Das Hauptinteresse des Germanisten Dr. Viktor Kachniaschwili gilt dem
Schaffen von Franz Grillparzer. Er hat übersetzt und verôffentlicht : «Das
8 Sieh Sch Rewischwili, Deutsch-Georgische Studien, Tbilissi 1977 (georgisch)
OSTERREICHISCH-GEORGISCHE BEZIEHUNGEN
219
Kloster bei Sendomir» (in: «Saundshe» N 4, 1980), «Der arme Spielmann»
(«Saundshe», N 3, 1982), «Rede am Grabe Beethovens» («Literaturuli
Sakarthwelo», N 48, 28. XI, 1980) «Clara Wieck und Beethoven» («Lit
Sakh. » N 48, 28. XI, 1980) — das ailes mit Vorwort und Kommentaren
versehen erscheint demnâchst in Buchform. AuBerdem arbeitet Kachniaschwili
zur Zeit an der Übertragung der dramatischen Trilogie «Das goldene VlieB»
«Der Gastfreund» ist schon abgeschlossen und erscheint demnâchst im
Almanach «Saundshe» (n 2, 1983) — einige Fragmente sind schon verôffent-
licht worden. Die Übersetzung wird eingeleitet: «Medeas Figur in der deutsch-
sprachigen Literatur und Franz Grillparzers 'Das goldene VlieB’».
Es sind einige Fragmente aus «Argonauten» und «Medea» publiziert
worden.
LJberhaupt wird «Der Gastfreund» in Kachniaschwilis Buch — «Von
Medea aus der Kolchis bis zum heutigen Géorgien» gedruckt, das in diesem
Jahr im Verlag «Sabtschotha Adshara» (Batumi) erscheint
1960 erschien in Buchform Félix Saltens «Bambi», das zwei Auflagen erlebte
(zweite Auflage im Jahre 1973), versehen mit einer kurzen Biographie des
Verfassers.
Seit langem ist in Géorgien Arthur Schnitzler beliebt und populâr Dies ist
vor allem das Verdienst von Niko Lordkipanidse, von dem wir schon
gesprochen haben. Es sind mehrere Erzahlungen, Novellen und ein Schauspiel
von Schnitzler ins Georgische übertragen (unter anderen, «Sterben», «Die
Frau des Weisen», «Der blinde Geronimo und sein Bruder», «Die Toten
schweigen», «Andréas Thameyers letzter Brief» «Der Reigen» u.a. Bemer-
kenswert scheint mir die Tatsache, daB die beliebte Zeitschrift «Mnathobi»
einen ziemlich umfangreichen Nachruf verôffentlicht hat. «Arthur Schnitzlers
Tod» — 1931, N 11, SS. 276-281). Peter Altenbergs Einführung in die
georgische Literatur ist ebenfalls, wie schon gesagt, das Verdienst von Niko
Lordkipanidse (auBer Lordkipanidse haben seine Skizzen Fragmente und
Miniaturen Giorgi Matschutadse und Nodar Kakabadse übertragen).
Hugo von Hofmannstahl wurde schon 1909 übersetzt («Die Hochzeit der
Sobeide» — übertragen von I. Ewdoschwili). 1923 wurde seine «Elektra» von
D. Kasradse nachgedichtet Hofmannsthals «Brief des Lord Chandos» haben
R. Karalaschwili und S. Kiknadse übersetzt. («Saundshe» N 5, 1979).
Von Stefan Zweig ist fast ailes ins Georgische übertragen worden (aile seine
Novellen, sein Roman «Ungeduld des Herzens», «Joseph Fouché», «Balzac»,
«Stemstunden der Menschheit», «Maria Stuart», «Castello gegen Calvin»,
«Das Haus am Meer», «Die Augen des ewigen Bruders», «Magellan» u.a.
Ubersetzer: K. Dshordshaneli, A. Tschkadua-Gelowani, M. Mamulaschwili,
O. Chuzischwili, N. Kalandarischwili, N. Ruchadse, Leli Dshaparidse, Sch.
Buatschidse, W. Bezukeli, A. Ebralidse, R. Margiani, E. Kwachadse u.a
Rainer Maria Rilke ist ziemlich breit in Géorgien vertreten: seine
edichte übersetzten Vertreter verschiedener Generationen. Surab Kakabadse
(es war der erste Versuch Rilke in die georgische Literatur einzuführen)
U MSetZte Und yerôffentlichte 1962 mehrere Verse Rilkes.
Mit unterschiedlichem Erfolg übertragen seine Lyrik G. Gogiaschwili, D
sumbadse, T. Tschchenkeli, Sch. Papuaschwili.
220
N KAKABADZÉ
Wachuschti Kotetischwili, der von Beruf Iranist ist und sich durch seine
Übersetzungen aus der persischen Poesie einen Namen gemacht hat, versuchte
sich auch an Nachdichtungen Rilkes, er dichtete Rilkes «Duineser Elegien»
nach und übertrug seine lyrische Prosa «Die Weise von Liebe und Tod des
Cornets Christoph Rilke»
Die Germanistin und Prosaikerin Naira Gelaschwili übersetzte Rilkes
einzigen Roman «Die Aufzeichnungen des Malte Laurids Brigge»
Rilkes Briefe übertrugen Asmath Pizchelauri und Thamar Orkodaschwili
Leider kennt der georgische Leser Henimito von Doderer nur durch seine
einzige Erzàhlung «Zwei Lügen oder Eine antikische Tragôdie auf dem
Dorfe».
Von Surab und Nodar Kakabadse stammen die ersten Kafka — Überset-
zungen innerhalb der Sowjetunion («Die Verwandlung», «In der Strafkolo-
nie», «Ein Hungerkünstler», «Das Urteil», «Vor dem Gesetz», «Alltagliche
Verwirrung», «Ein Bericht für eine Akademie» u.a )
Nodar Ruchadse übersetzte «Ein Landarzt» Th Dshawachischwili und L
Narouschwili veroffentlichten im Almanach «Saundshe» «Araber und Scha-
kale ».
Neulich wurde dem georgischen Leser Kafkas Roman «Der ProzeB» in
Nelly Amaschukelis Übertragung zugânglich
Georg Trakls Prosa — «Verwandlung des Bôsen» und seine Gedichte hat
Naira Gelaschwili übertragen.
Georgische Leser haben Robert Musils «Drei Frauen» in Übersetzung von
Thengis Pataraia kennengelernt. G. Matschutadse übertrug Musils «Das
Fliegenpapier»
Paul Celans Gedichte übersetzten Davith Zerediani, Naira Gelaschwili.
Nodar Kakabadse («Todesfuge»).
Ingeborg Bachmann wurde von Nodar Kakabadse in die georgische
literarische Welt eingeführt (der erste Versuch, ihre Gedichte nachzudichten,
stammt von ihm). Bachmanns dichterrische Rezeption in Géorgien setzte D
Zerediani fort.
Besonders zu erwâhnen ist der georgische Almanach für Weltliteratur
«Saundshe» dessen 5. Heft von 1979 ausschlieBlich der deutschsprachigen
Literatur des XX Jahrhunderts gewidmet ist. Der ôsterreichische Teil, den Dr
Reso Karalaschwili zusammengestellt hat, umfaBt auBer schon oben genann-
ten Werken folgendes Material : Alexander Rodas «Der Fall Robida —
Markowitsch» (georgisch von G. Matschutadse), Ôdôn von Horvaths «Der
Tod aus Tradition» (G Matschutadse), Hans Leberts «Orakel» (G Matschu-
tadse), Christine Lavants «Fragt nicht» (D Zerediani), H C. Artmanns
«Abenteuer eines Weichenstellers» (G Matschutadse), Peter Handkes
«BegrüBung des Aufsichtsrates» (G. Matschutadse), Barbara Frischmuths
«Leichenschmaus» (M Beroschwili), Michael Scharangs «Das Mârchen vom
Recht» (G Matschutadse), Alfred Polgars «Einsamkeit» (G Matschutadse)
u.a.
Zum SchluB einiges uber die Sekundarliteratur
Vor allem môchten wir zwei Literaturwissenschaftler erwâhnen, die sich
speziell mit der ôsterreichischen Literatur befassen — es sind die Dozenten
Reso Karalaschwili und Dawith Dawlianidse. Sie haben zusammen für die
ÔSTERREICH1SCH-GEORGISCHE BEZIEHUNGEN
221
Georgische Enzyklopàdie einen eingehenden und aufschluBreichen Artikel
über die ôsterreichische Literatur geschrieben
Reso Karalaschwili leistete folgende ôsterreichische Beitrâge (sein enges
Fach ist Hermann Hesses Werk) «Heimito von Doderer», «Elias Canettis
verspâtete Anerkennung», «Einiges uber die gegenwârtige ôsterreichische
Literatur», Nachwort zur georgischen Übersetzung von Robert Musils — «Die
Portugiesin», «Ôsterreichische Lyrik der Nachkriegszeit», «Ôsterreichische
Novelle». In der russischen Zeitschrift «Inostrannaja Literatura» («Auslandi-
sche Literatur») hat er den sehr interessanten Beitrag «Bekanntschaft mit dem
homo austriacus» publiziert, worin die ôsterreichische Mentalitat charakteri-
siert wird (1982, n° 9)
Davith Dawlianidse beschàftigt sich fast ausschlieBlich mit Robert Musils
Schaffen: seine Promotionsschrift lautet «Robert Musils Frühwerk» (1973),
unter seinen Arbeiten sind hervorzuheben «Robert Musils Début», «Robert
Musils Roman — «Die Verwirrungen des Zôglings TôrleB», «Schneeflocke um
Sommertag» (über «Tonka» von Musil), «Unter dem Zeichen des Mondes»
(über die Novellen - «Grigia» und «Die Portugiesin»), Nachwort zum Buch
Robert Musil, Drei Frauen, Tbilissi 1979, «Der Offene Romananfang Am
Beispiel des ersten Kapitels von R. Musils Roman «Der Mann ohne Eigen-
schaften», in: Musil-Forum, 4. Jg. 1/1978, ebenda: Rezension zu - H Althaus
Zwischen Monarchie und Republik. Schnitzler, Hofmannsthal, Kafka, Musil,
Kommentare zu: Robert Musil, Ausgewâhlte Prosa Verlag Progress, Moskau
1980; «Robert Musil und die Métamorphosé des Romans», in. «Wechselwir-
kung zwischen der Gattung und Méthode in der auslandischen Literatur der
XVIII-XX Jahrhunderte, Woronesh 1982 (russisch), «Robert Musil», in.
«Loonung, 3 1982 (estnisch); «Robert Musil Transformation de la réalité
poétique» in: «L’Herne», N° 41, Paris 1981, «Musils Beitrag zur Entwicklung
des gegenwârtigen Romans», in- Wissenschaftliche Zeitschrift der Lehrerbil-
dungsinstitute der Georgischen SSR Tbilissi 1978, Bd IV u a 1979 wurde
Dawlianidse zum Mitglied des Kuratoriums der internationalen Robert-Musil-
Gesellschaft gewâhlt. Er hat im November 1980 in Tbilissi eine Robert-Musil-
Konferenz veranstaltet.
Nodar Kakabadses Beitrag zur Erforschung der ôsterreichischen Literatur
ist: mehrere Untersuchungen über Stefan Zweig, «Franz Kafkas Leben und
Werk», «Thomas Mann und Franz Kafka», mehrere Arbeiten über Suttners
«Versuch der Interprétation von Paul Celans ‘Todesfuge’» (Mitverfasserin:
Chathuna Zinzadse), «Rainer Maria Rilke», einige Abhandlungen über Hugo
Huppert, Randbemerkungen über Peter Altenberg u.a
Über Rilke haben geschrieben: K. Gamsachurdia, Dali Sicharulidse (ihre
Promotionsschrift behandelt Rilkes Lyrik), Asmath Pizchelauri (die ihre
Diplomarbeit über Rilke an der Jenaer Universitât geschrieben hat), Lamara
Narouschwili, Davith Dawlianidse, Nato Tchilawa u a.
Über Georg Trakl schreibt Naira Gelaschwili.
. Auf diese Weise kônnen wir die ôsterreichisch-georgischen Beziehungen in
ihren Hauptlinien skizzieren.
Nodar Kakabadzè
Tbilissi
DIE FOLKLOR1STISCHEN VARIANTEN DER
«BEKEHRUNG GEORGIENS»
Die Chnstianisierung Iberiens, das Endergebnis des Wirkens der hl Nino, ist
im Text der «Bekehrung Géorgiens» folgendermaBen wiedergegeben :
«Und als das Zeichen des Kreuzes im Lande Kartli aufgerichtet war, stùrzten
sofort zu der Zeit aile Gôtzen, die in Kartlis Grenzen waren, und zerbrachen,
und ihre Heiligtümer zerfielen, als man dieses erstaunliche Eteignis und
Wunder sah, das das siegbnngende Zeichen des Kreuzes an den Gôtzen tat,
wunderte man sich darùber noch mehr und verherrlichte Gott und verehrte
freudig das unbefleckte Kreuz. Und Kônig Mirian und das gesamte Volk von
Mzcheta brachten an diesem Tage dem unbefleckten Kreuz ein groBes Opfer
und legten einen Festtag für das siegreiche Kreuz fest ...» (1, 351). Mit den
gleichen Worten wird der Versuch wiedergegeben, die Gebirgsbevôlkerung
Géorgiens zum christlichen Glauben zu bekehren- «Dann verlieB die heilige
Nino die Stadt Mzcheta und begab sich zu den Leuten im Gebirge, die wie
Tiere lebten, um ihnen das Evangelium zu künden und ihre Gôtzen zu
vernichten» (1, 349). In einem anderen Text lautet derselbe Versuch mit Mirians
Worten, die an die hl. Nino und den Bischof gerichtet sind, so: «Ich will, daB
wir die Bergbewohner gewaltsam mit dem Schwert bekehren ... und sie dem
Sohn Gottes unterwerfen und das unbefleckte Kreuz verehren lassen ...» Und
schlieBlich: «Da hob der Eristawi des Kônigs ein wenig das Schwert gegen sie
und zerstôrte ihre Gôtzen mit Gewalt» (2, 125).
Dieses nach dem mythischen Modell als gleichzeitiger Akt — Vernichtung
der heidnischen Gôtter durch Ernchten des Kreuzes — aufgefaBte epochale
Eteignis, das das ideologische Bild der Flachlandgebiete Géorgiens von Grund
auf wandelte, hinterlieB seine unauslôschliche Spur auch in den gesellschaftli-
chen Institutionen der Gebirgsbewohner Ost-Georgiens Doch das einmal mit
Waffengewalt oder der Macht fnedlichen Predigens eingebürgerte Chnstentum
nahm im Lauf der Zeit (und aus verschiedenen Gründen) hier eine so
eigenartige Gestalt an und wich âuBerlich so stark vom orthodoxen Gittes-
dienst der Métropole ab, daB die Ideologen des Flachlandes argwôhnisch deren
Kult zu beobachten begannen, obwohl dessen chnstliche Grundlage auBer
Zweifel stehen durfte. Der Chronist der Kônigin Tamar schreibt (im zweiten
Jahrzehnt des 13 Jh.). «Und die Pchower sind Diener des Kreuzes und geben
F
FOLKLORISTISCHEN VARIANTEN DES «BEKEHRUNG GEORGIENS» 223
vOr Chnsten zu sein» (3, 111). Trotz des Kontextes (die Rede ist vom
gemeinsamen Aufstand der Pchower, der Vorfahren der Pschawen und Chew-
suren, und der Didoer, die als wilder Stamm dargestellt sind, gegen den
Kônigsthron) bnngt der Chronist vorsichtig seine eigene (oder die offizielle)
Ansicht zum Ausdruck. Diese lakonische Bemerkung beinhaltet wohl weniger,
daB die Pchower, Diener des Kreuzes, keine Christen sind, als vielmehr deren
subjektive Überzeugung, sie seien Chnsten Es ist zu vermerken, daB dieser
Satz recht tolérant, ein wenig ironisch und etwas von oben herab, von der Hôhe
des glanzvollen Kônigsthrons, formuliert ist, aber gleichzeitig das Hauptmerk-
mal des Kultes der Pchower, den Dienst am Kreuz, als sei dies der Unterschied
zum Flachland, festhalt. Dieser Nachncht entspricht die Situation der folgen-
den Jahrhunderte im sakralen Wirken der Bergbewohner, die Tatsache nam-
lich, daB die gebràuchlichste Bezeichnung fur ihre Heiligtümer und die darin
hausenden «Gottheiten» (oder richtiger: Engel) Dshwan (Kreuz) ist
Wie wir sehen, hat der Chronist nicht gesagt, daB die Pchower Heiden sind.
Doch die Mehrzahl der Wissenschaftler unserer Zeit hait es fur môglich, daB in
der heutigen Gebirgsbevôlkerung Überreste vorchnstlichen Heidentums wei-
terleben, mehr noch: sie halten das im Kult und Brauchtum (Ornament auf
Kleidung und Hausgerât) der Gebirgsbewohner gebràuchliche Kreuz, seine
Darstellung (mit den Worten der «Bekehrung Géorgiens» das «Zeichen des
Kreuzes») für ein Symbol vorchristlichen Ursprungs. In Wirklichkeit aber
sehen wir, daB ein offizielles Dokument dem Kreuz nicht weniger Bedeutung
beimiBt. Wir berufen uns auf den oben angefùhrten Auszug aus der «Bekeh-
rung Géorgiens», wo fùnfmal das Kreuz erwahnt ist, und auf das gesamte
Werk, wo im wesentlichen nur vom Kreuz die Rede ist. Das Kreuz steht im
Mittelpunkt des Interesses, wenn es nôtig wird, die in den zwanziger oder
dreiBiger Jahren des 4. Jh vor sich gegangenen Verànderungen sakralsymbo-
lisch zu bezeichnen. Zu dieser Zeit ist die einzige Figur das Kreuz, das
unbefleckte Kreuz, das Zeichen des Kreuzes Die einzige Sorge der neubekehr-
ten Bevôlkerung ist es, ein Kreuz aufzunchten, das die Gôtzen und ihre
Heiligtümer und in deren Gestalt das Heidentum endgultig besiegt Unter dem
Zeichen des Kreuzes zog das Christentum in das Flachland Géorgiens ein, um
Gôtzen zu vernichten, und das gleiche Zeichen des Kreuzes war es, das die
Gôtzen in der heidnischen Gesellschaft des Gebirgslandes vemichtete.
Die Vernichtung der Gôtzen begegnet gewôhnlich als symbolhafte Handlung
m den Texten, die die Einführung des Chnstentums behandeln. Der heilige
Apostel Andréas vernichtet mit der Macht des Chatis (Dshwari (Kreuz) und
Chati sind in der Sprache der Bergbewohner synonym) der Gottesmutter die
Gôtzen Apollo und Artémis (hinter den griechischen Namen vergergen sich
natürlich Gôtzen mit einheimischen Bezeichnungen) in den Provinzen Süd-
224
Z KIKNADZÉ
westgeorgiens, und zwar in Meskhetien und anderswo Doch nicht minder
spielt auf seinem Missionsweg das Eisenkreuz eine Rolle, das er als Siegeszei-
chen an einem bestimmten Ort aufnchtet und das ein bis heute bestehendes
Toponym bildet. Rkinis Dshwari (Eisenkreuz), besonders hervorhebenswert
ist ein mythisierter symbolischer Akt, das Tôten eines Drachen mit diesem
Eisenkreuz, uni die Macht Christi zu beweisen.
Wie fanden in der Folklore der «Diener des Kreuzes» aus dem Gebirge die
Fakten aus der «Bekehrung Géorgiens», das Ergebnis des Wirkens der heiligen
Nino, der Sturz der Gôtzen in ganz Kartli und teilweise im Gebirge durch die
Macht des Kreuzes ihre Widerspiegelung9 Wenn nicht christlichen, welch
anderen Ursprungs sollten die im Gebirge Ostgeorgiens verbreiteten Legenden
haben, von den Gebirglern Andrese1 genannt, in denen vom Kampf gôttlicher
Wesen, die unter der Bezeichnung Dshwari (Kreuz) bekannt sind, gegen
Gôtzenungeheuer in sogenannter prahistorischer Zeit benchtet wird9 Sondert
man aus diesen Andresen die mythologischen und Heldenmotive aus, erhalt
man das Modell, in dem auch die Hauptgeschichte der «Bekehrung Géorgiens»
untergebracht ist der Sturz der Gôtzen durch die Macht des siegverleihenden
Kreuzes und die Begründung einer neuen Religion, der Religion des Kreuzes,
anstelle des heidnischen Glaubens Der Dewi (Ungeheuer) dieser Andrese ist
das gleiche wie der Gôtze aus der «Bekehrung Géorgiens», ein Antagonist des
Kreuzes, der den Menschen feindlich gesonnen ist. Diese Wesen werden oft als
Dew-Kerpi (Gôtzenungeheuer) bezeichnet.
Noch frùher, vor der Schaffung der Andrese, in denen das Kreuz oder ein
Sohn Gottes2 oder ein Heiliger (in einigen Vananten) den Ungeheuern
gegenùbergestellt wurden, fand diese Opposition als figürliche Widerspiegelung
des christlichen Glaubensbekenntnisses energisch wie ein Mythologem seinen
Ausdruck im ersten Werk der georgischen Hagiographie, dem «Martyrium der
heiligen Schuschaniki», wo die Herrin mit folgenden Worten ihren vom
Chnstentum abgefallenen Mann rugt- «Dein Vater hat Heilige in seinem
Hause versammelt, du aber hast Ungeheuer um dich geschart» (IV, 23-24) Es
ist zu vermerken, daB der zum zoroastrischen Glauben ubergewechselte
Warsken gar keine Ungeheuer um sich scharen konnte, denn diese letzteren
sind der Terminologie dieses Glaubens zufolge Gegner der Gruppe der
Heiligen des Ahuramazda, der Ameschaspenten Aber in diesem Kontext hat
1 Nach dortiger Définition «Wenn eine Begebenheit alter wird. wird sie zum Andres»
2 y vtissvili (Sohn Gottes). ein sakrales Synonym des Kreuzes, ist eine folkloristische Dialekt'J
riante des klassischen «yvtis je» («svili» und «je» sind Synonyme zweier verschiedener Schichien
der georgische Sprache). doch mit ihm ist nicht Christus gemeint. sondern irgendein Heiliger (meisl
der hl Georg) oder ein Engel (meist Michael), die als Schutzherren der Gesellschaft von Pschaw
Chew'sunen gelten
FOLKLORISTISCHEN VARIANTEN DES «BEKEHRUNG GEORGIENS» 225
F
das Wort Dewi verallgemeinerte Bedeutung gewonnen, es beinhaltet den Feind
des wahren Glaubens, sozusagen den Antikult, die Gegenreligion In der
gleichen Bedeutung hat dieses Wort in die Folklore der Gebirgsbewohner, und
zwar in die Andrese, Eingang gefunden, wo «Dewi» und sein Synonym
«Kerpi» (beides Worter iranischer Herkunft) heidnische Kulte bezeichnen, die
dem christlichen Kreuz in Kartli und im Bergland entgegentraten und von ihm
bezwungen wurden. Diese in die Folklore ubergegangene Konfrontation des
Kreuzes mit den ortsansâssigen Gôtzen, der Sieg des Kreuzes und seine
Einbürgerung anstelle der alten Kulte formte sich zum Mythos, als heiliger
Andres, der im Laufe der Zeit wenigstens teilweize Züge einer Heldensage
annahm, aber trotzdem seine sakrale Autoritat als Widerspiegelung eines (nach
einem Terminus von M. Eliade (6,82)) illo tempore geschehenen Fakts
beibehielt, weil der Diener des Kreuzes in seiner Gegenwart das Ergebnis des
Kampfes zwischen Kreuzen und Gôtzen real vor sich sah in Gestalt der
traditionell feststehenden Religion, deren christlichen Charakter er nie bezwei-
felte («dideba ymertsa, madli ymertsa, dideba dyes dyesindelsa, r^uls knstian-
tasa ...» (Ruhm sei Gott, Segen sei Gott, Ruhm dem heutigen Tag, dem
Glauben der Chnsten ...) beginnen aile Huldigungslieder), weil er sah, daB
noch heute das illo tempore gegrundete Dshwari-Heiligtum uberall in der
Gesellschaft bestand so wie die Kreuz-Kirche auf dem Berg über Mzcheta.
Darin sah der Diener des Kreuzes die sakrale Wahrhaftigkeit des Andres.
Die gegen die Ungeheuer (bzw. die Gôtzendienerei oder das Heidentum)
Kâmpfenden erscheinen in den Andresen unter dreierlei Namen: als Heiliger,
als Kreuz und als Gottessohn. Aile drei Namen führen uns an den Anfang der
christlichen tradition. Diese drei Bezeichnungen bnngen drei Aspekte der Kraft
zum Ausdruck, die das Christentum in Kartli und seinem Bergland einbürgerte
Es sind gleichsam drei Hypostasen einer Kraft der Heilige ist ein Mensch, das
Zeichen des Kreuzes das Instrument in seiner Hand, und der Gottessohn tragt
denselben Namen wie Christus, Gottes Sohn.
Als fernes Echo jenes Eteignisses und der Kirchentradition, derzufolge das
Christentum durch eine Heilige (die hl. Nino) eingefuhrt wurde, bewahrte uns
eine Gruppe von Andresen die Vorstellung von einem Kampfer gegen die
Gôtzenungeheuer, der als Heiliger3, als Mônch oder als Gottanbeter in
Erscheinung tritt : «lachsari4 war zuerst ein Mensch, ein heiliger Mônch, ein
Gottesanbeter und hatte von Gott groBe Kraft erhalten. Von Gott besaB er
auch die Macht, gegen die Ungeheuer zu kampfen und sie zu vernichten, denn
Ennnem wir uns an die oben zitierte Stelle aus dem «Martyrium der hl Schuschaniki»
l'h. ’ater hat Heilige in seinem Hause versammelt, du aber hast Ungeheuer um dich gescharl»
Name eines Gottessohnes
226
Z KIKNADZÉ
zu jener Zeit traten die Gôtzenungeheuer offen auf, tôteten und fraBen die
Leute .. Darum verlieh Monge Ghmerti (Gott der Ordner)5 lachsari und
Kopala6, zwei heiligen Mônchen, die befreundet waren, die Kraft und das
Vermôgen, gegen die Ungeheuer zu kâmpfen und sie zu vernichten», benchtet
der Andres (4, 143). Nach der Erfüllung der Mission, die ihm von Gott
aufgetragen ist, nach der Vernichtung der Ungeheuer, verwandelt sich das
menschliche Wesen in einen Gottessohn, ein Kreuz oder ein Heiligtum. In der
Sprache der Ortsansassigen «wird er zum Engel», d.h. er steigt eine Stufe hôher
auf der hierarchischen Leiter des Wesen. «lachsari und Kopala hatten die
Ungeheuer ganz ausgerottet. Aus Mônchen verwandelten sie sich durch Gottes
Kraft in Gottessôhne .. », benchtet der Andres (4, 150). Den gleichen
Aufwàrtsweg hat das Mâdchen genommen, die den Georgiern das Christentum
gebracht hat- nach der Erfullung ihrer Mission wurde aus der einfachen
Sterblichen eine Heilige.
In einer Gruppe von Andresen wurde die Tatsache gestaltet, daB ein heiliges
Mâdchen das Chnstentum in Kartli eingeführt hat, indem sie das Kreuz
brachte. Das ist die folklonstische Variante des Lebens und Wirkens der
heiligen Nino. Der Andres berichtet von der Griindung des Kreuzes von Karati
(Ort in Chewsurien) «Die hier das Kreuz begründete, war ein Mâdchen, die
hieB Nino (nach einer anderen Version • Minani. S. K.)... Sie starb schlieBlich
im Kreuz, innen im Raum. Man konnte sie nicht herausbekommen ... Dann
befahl das Kreuz: Begrabt sie in meiner Nâhe. Man begrub sie im Kreuz von
Karati» (4, 161). Dem Andres zufolge erschien das Kreuz dem Mâdchen beim
Huten des Viehs, es nahm sie gefangen, und sie predigte. «Das Volk erfuhr
davon. Wir werden sie umbringen, sagten sie. Das Mâdchen verbarg sich bald
hier, bald dort. Sie folgte dem Kreuz ... Das Mâdchen kannte keine Menstrua-
tion, keinen Mann und keine Schwangerschaft... Sie folgte dem Kreuz. VerlieB
das Kreuz den Ort, ging auch das Mâdchen. Das Mâdchen ging zu FuB, das
Kreuz flog. Es zeigte ihr den Weg ... Wieviel Dôrfer es auch in Tuschetien gab,
überall legte sie Abgaben fest, manchmal Schafe, manchmal Silbergeld. Die
Didoer (ein nordkaukasischer Stamm - S. K ) hat dieses Kreuz christianisiert,
zum Glauben bekehrt. Zuerst begann sie in ganz Chewsurien zu predigen, auch
in Gudani und Chachmati (Orte in Chewsurien - S. K.). Das Mâdchen ging
immer zum Kreuz, um zu beten. Dann baute sie eine Kirche, richtete einen
Gemeinderaum ein und bestimmte Festtage: Atengenoba, Amaghleba und
andere. Das Volk lieB das Mâdchen nicht zur Ruhe kommen : Wer ist das, was
5 Der allschaffende Gott, dasselbe wie Gottvater
6 Einer anderen Tradition zufolge sind Kopala und lachsari ein und derselbe Gottessohn «Er
ist ganz ein und deselbe, man kann ihn lachsari nennen oder Kopala» (4, 158) Es wird
angenommen, daB unter beiden Namen der heilige Georg zu verstehen ist
FOLKLORISTISCHEN VARIANTEN DES «BEKEHRUNG GEORGIENS» 227
macht sie da, was soll das! ..» (4, 162). «Das Màdchen erfullte nicht die
Rituale des Priesters, sie predigte nur» (4. 163)
In diesem Andres sind mit erstaunlicher Genauigkeit bedeutsame Einzelhei-
ten der Persônlichkeit der hl Nino und ihrer Tatigkeit festgehalten, auBerdem
einige spezielle Momente der Verbreitung des Christentums. Das Màdchen des
Andres mit Namen Nino (nach der Kirchentradition) oder Minani (nach der
ôrtlichen Tradition) ist vom Kreuz gefangen, was deutlich das in der griechi-
schen Quelle belegte Epitheton «Gefangene» fur die Bekehrerin der Géorgien
zum Ausdruck bringt (in nichtphysischer Bedeutung der Gefangenschaft). Und
zwar ist Nino im Werk des Kirchenschriftstellers Theodontes (393-458)
dreimal als «Gefangene» bezeichnet (ôopuà/.ojToç, aixiiâZcoroç) (7, 4, 5).
Ebenso bezeichnet sich die hl Nino auch der georgischen Literaturtradition
zufolge als Gefangene und gibt sich als solche der georgischen Bevôlkerung zu
erkennen (2, 93), und obwohl sie nicht genau sagt, was diese Gefangenschaft
bedeutet, so ist doch kiar, daB das apostelgleiche Màdchen dasselbe meint wie
der Apostel Paulus, als er im 2. Bnef an Timotheus (1,8) schrieb • «Schame dich
nicht des Leidens unseres Herrn noch meiner, der ich sein Gebundener bin
(Sèaptou aùroô)»
Die heilige Nino wird in ihrer Hymne als Predigerin bezeichnet: «Predigenn
des Wortes Gottes», und in einem umfangreichen Gesang des Hymnographen
Arseni Bulmaisimisdse aus dem 12. Jh. heiBt es verschiedentlich: «Predigenn
Christi und Schwester Apostel», «Von Christus predigend, kam Nino herein»,
«He, du unsere Predigerin and Bekehrenn» u a. Ebenso bezeichnet der Andres
das vom Kreuz gefangene Màdchen als Kadagi (Predigenn), doch im Sakral-
wesen des Gebirges bedeutet dieses Wort nicht Predigerin, sondern «Prophetin,
Verkünderin» des Wortes und Willens des Herrn. Die Kadagi ist die Sklavin
des Kreuzes, seine Gefangene, die Kündenn seines Willens7 Eine solche
Persônlichkeit war der «Bekehrung Géorgiens» zufolge die hl. Nino und nach
dem chewsurischen Andres das Hirtenmàdchen.
Das Fehlen der Menstruation verdeutlicht einerseits den realen Status einer
Sklavin (oder Hierodule) des Kreuzes und einer Verkünderin, andererseits ist es
eine Widerspiegelung der Reinheit des Madchens. Gleichzeitig ist besonders
der Fakt hervorgehoben, daB das chewsunsche Màdchen trotz ihrer groBen
initiatorischen Rolle nicht den Gottesdienst als Pnester verrichten konnte. Dies
vermochte auch die hl. Nino nicht, wie wir in Leonti Mrowelis Chronik lesen,
obwohl sie den Aposteln gleich war: «... und sie empfingen die Bürde des
Lernens von der heiligen Nino auBer der Taufe, denn es fand sich kein Priester,
Über das Institut des Verkundens im Bergland Ostgeorgiens siehe Ociauri, T kartvelta
“Svelesi sarcmunoebis istonidan, Tbilisi 1954
228
Z KIKNADZÉ
der taufte . » (2, 95). Die Bekehrerin bereitete durch ihre Tatigkeit die
Bedingungen, in deren Gefolge bekanntlich ein Bischof und Priester aus
Konstantinopel eingeladen wurden, um das Volk zu taufen.
Dem Andres zufolge war das Madchen, das zuerst das Christentum
verkundete, eine Hirtin, der das Kreuz beim Hüten erschien, nach dem
literanschen Werk erschien der nach Kartli gehenden «Gefangenen» (der hl
Nino) in ahnlicher Weise in den Bergen Dshawachetis in der Behausungen der
Hirten ein Brief mit Jésus’ Siegel, auf dem zehn Worte standen, das Programm
der Missionstatigkeit (2, 86)
Aus dem Andres geht hervor, daB die Dienerin des Kreuzes, die den neuen
Glauben nach Chewsurien brachte, von den Leuten am Verkunden gehindert
und mit dem Tode bedroht wurde, weshalb sie gezwungen war, sich bald hier,
bald dort zu verstecken. In der «Bekehrung Géorgiens» ist das nicht klar
gesagt, aber es ist nicht ausgeschlossen, daB die hl. Nino in der ersten Zeit nicht
offen ihren Glauben bekennen konnte und sogar verfolgt wurde. Im Text lesen
wir. «Und so lebte sie drei Jahre lang Sie betete heimlich an einem Ort, der
von Brombeergestrüpp uberdeckt war» (1, 322). Und in Leonti Mrowelis
Chronik hat sich ein Hinweis auf das Vorhaben Kônig Mirians erhalten, sie zu
verfolgen: «LaBt uns in bôser Absicht aile Glàubigen des Gekreuzigten
ausrotten .. » (2, 109), was er nicht in die Tat umsetzen konnte wegen des
Wunders auf dem Berg Tchoti (Erblinden und Wiedersehendwerden nach
einem Gebet zum gekreuzigten Gott)8
Und schlieBlich ist das Land Kartli des Kirchendokuments ganz naturlich
durch Chewsurien ersetzt, wo dem Andres zufolge die chewsunsche Verkùnde-
nn den Erfolg der hl. Nino wiederholt, trotz des Widerstandes der ansassigen
Bevôlkerung die Verehrung des Kreuzes durchsetzt (Kirchen baut, Gebaude
für das Kreuz errichtet, Festtage bestimmt u a.), dem fliegenden Kreuz nach
Tuschetien folgt und sogar ins Land der Didoer geht (eine allgemeine
Bezeichnung für Daghestan), wo sich das Christentum bekanntlich via ibenca
verbreitete, wozu die hl. Nino den Impuls gab, und es ist nicht auszuschlieBen,
daB das unter dem Zeichen des Kreuzes eingedrungene Christentum auch dort
im Laufe der Zeit eine Form angenommen hatte, daB der Chronist ahnlich wie
uber die Pchower auch von ihnen gesagt hatte, sie seien Diener des Kreuzes und
nàhmen für sich in Anspruch, Chnsten zu sein. Auf jeden Fall findet das
georgische Wort Dshwari (Kreuz) zusammen mit dem Christentum in die
sakrale Terminologie der Wainachen (Tschetschenen und Inguschen) und
wahrscheinlich auch anderer ethnischer Gruppen (ebenso wie in Kartli bezeich-
8 Vgl das Erlebnis des Apostels Paulus auf dem Weg nach Damaskus (Apostelgeschichte, 9, 3-
18)
FOLKEORISTISCHEN VARIANTEN DES «BEKEHRUNG GEORGIENS» 229
net dieses Wort auch in deren Sprachen sowohl das Kreuzzeichen als auch das
Kultgebâude) und hinterlaBt eine tiefe Spur in der Toponymik (5, 214)
Folglich gibt dieser Andres in seinem sakralen Inhalt recht genau die Christia-
nisierungspolitik von Kartli und dem spateren Géorgien wieder.
Woher kommt dieser mâchtige Kult des Kreuzes, der vor allem fur die
Gesellschaft des ostgeorgischen Gebirgslandes charaktenstisch ist? Naturlich
nicht aus heidnischer Zeit, wie wir es oftmals lakonisch oder mit Überzeugung
formuliert in unserer Literatur finden Denn trotz seiner weiten Verbreitung in
fast allen Kulturregionen unseres Kontinents seit àltester Zeit und trotz seines
hohen und polysemantischen Symbolgehalts ist das Kreuz, «den Juden ein
Àrgemis und den Heiden eine Torheit» (Worte des Apostels Paulus uber den
Gekreuzigten, 1. Brief des Paulus an die Korinther, 1, 23), nie in irgendeiner
Gesellschaft zum Objekt der Verehrung geworden, geschweige denn zu einem
gôttlichen, engelhaften Wesen. Die christliche Herkunft des chewsurischen
Kreuzes als einer Schutzgottheit des Stammes ist klar. Um diese Frage nicht
ausführlich im Umfeld der allgemeinchnstlichen Lebensweise und des christli-
chen Schrifttums zu behandeln, begnügen wir uns unmittelbar mit dem Text
der «Bekehrung Géorgiens». In dem zu Anfang dieses Beitrags angeführten
Abschnitt ist das Kreuz fùnfmal in zweierlei Bedeutung erwahnt: das eine ist
das unbefleckte Kreuz, das himmlische, geistige Wesen, das andere ist das
Zeichen des Kreuzes, die materielle Darstellung des unbefleckten Kreuzes Es
gibt nur ein unbeflecktes Kreuz, aber viele Kreuzzeichen, von ihm, von denen
mehrere auf Veranlassung der hl Nino an verschiedenen Orten Kartlis zum
Zeichen der Annahme des Christentume aufgestellt wurden. Aus dem Ab-
schnitt ist auch ersichtlich, daB das Objekt der Verehrung nicht das Zeichen des
Kreuzes ist, sondera sein geistiger Prototyp, das unbefleckte Kreuz («sie
verherrlichten Gott und verehrten freudig das unbefleckte Kreuz», «wir haben
sie zu Knechten des Sohnes Gottes gemacht und zu Verehrern des unbefleckten
Kreuzes»), mit anderen Worten: der Christ verehrt das Zeichen des Kreuzes,
weil er in ihm das Kreuz als Geist erblickt, dessen vollstandiger Epitheton ist.
unbeflecktes hehres Kreuz in den Himmeln. Das neubekehrte Volk von
Mzcheta sah die wahre Gestalt des Kreuzes, das geistige Kreuz, wie es über
dem von ihrer eigenen Hand geschaffenen und aufgestellten Kreuzzeichen
erschien: «Siehe, da stand eine Saule auf Licht in Form eines Kreuzes über dem
Kreuz» (1, 351) und an anderer Stelle: «Dann sahen sie noch ein anderes
Wunder des unbefleckten Kreuzes: Wie Feuer stand es und wie eine Flamme
brannte es über dem Kreuz, dreimal leuchtender als die Sonne» (1, 351).
Das «unbefleckte, hehre Kreuz in den Himmeln» — dieses Epitheton ist die
verkürzte Wiedergabe der Hierophanie des geistigen Wesens, ein Theologem,
das im Text der «Bekehrung Géorgiens» ausführlicher beschrieben ist: «Siehe,
230
Z KIKNADZÉ
ein Kreuz von Feuer kam herab, von Sternen umkranzt, und blieb über der
Kirche stehen bis zum Morgengrauen .. Und als es tagte, kaum daB es
dâmmrig wurde, gingen zwei Sterne von ihm aus. Einer zog nach Osten und
einer nach Westen Und es selbst verweilte genauso leuchtend, und ganz
langsam bewegte es sich zum Aragwi hin und verharrte uber einem Felsenhu-
gel» (1, 348), d.h. an dem Ort, wo jetzt die Kreuzkirche gegenüber von
Swetizchoweli auf dem jenseitigen Ufer des Aragwi steht. Wie wir sehen, ist
dem Text zufolge die Kreuzkirche von Mzcheta der materielle Ausdruck des
geistigen Kreuzes.
Jetzt wollen wir untersuchen, wie sich der «Diener des Kreuzes» aus dem
Gebirge sein Heiligtum, das Kreuz, vorstellte, wie die Hierophanie des Kreuzes
beschaffen ist, in der (und nicht im Zeichen des Kreuzes, in den überkreuzten
Balken) er einen Geist, eine gôttliche Individualitât begriff, sei es der hl. Georg
oder der Erzengel Michael. Obwohl das unbefleckte Kreuz im Gebirge nicht
mit solchem Glanz und in solch strahlendem Schmuck erscheint wie dem
neubekehrten Volk von Kartli, beschreiben uns die Andrese doch im wesentli-
chen das gleiche Bild der Hierophanie Allenthalben ist ersichtlich, daB das
sozusagen «arme» Kreuz des Gebirges eine «provinzielle» oder «folklonsti-
sche» Variante des von kôniglichem Glanz umgebenen unbefleckten Kreuzes
der «Bekehrung Géorgiens» ist. Bekannt sich Andrese, die vom Erscheinen
sogenannter «fliegender Kreuze» in Gestalt eines leuchtenden und oftmals
unfaBbaren Dings berichten, obwohl derjenige, dem der Andres die Vision
zuschreibt, in diesen unerklarlichen, leuchtenden Dingen, die stàndig ihre
Form wechseln, bald als Taube, bald als Feuerball oder in Gestalt des Kreuzes
selbst dahinfliegen und ab und zu «ausruhen» und mit diesem Niederlassen den
Ort heiligen, wo spâter ihr Zeichen in Form eines Turmes oder eines einfachen
Steinwalles gebaut wird, obwohl der Visionâr, sei es ein Hirt oder ein Jàger, in
diesen Dingen sofort bei ihrem Erscheinen die materielle Manifestation des
Kreuzes als geistigen Wesens erkennt und ihr folgt (oder genauer: das Kreuz
fùhrt den Menschen), bis sich die Taube oder der kreuzgestaltige Gegenstand
dort niederlaBt, wo sein Heiligtum gebaut werden soll. Es geschieht auch, daB
vor den Augen des Visionàrs ein feunges Zeichen des Kreuzes aus dem
Hauptheiligtum auffliegt und sich an einer hôher gelegenen Stelle niederlaBt,
um auch dort den Ort zu heiligen (so wie das unbefleckte Kreuz aus der
«Bekehrung Géorgiens» sich jenseits des Aragwi auf einem hohen Hügel
niederlieB). Andrese dieses Typs, die von fliegenden Kreuzen berichten, sind
auf dem gesamten Terntonum des Berglandes Ostgeorgiens verbreitet (in
Pschaw-Chewsurien, Tuschetien, Chewi, Gudamaqari-Mtiuleti), in fast allen
Orten und lassen eine deutliche Verwandtschaft zum Mythologem des Erschei-
FOLKLORISTISCHEN VARIANTEN DES «BEKEHRUNG GEORGIENS» 231
nens und der Ortsveranderung des unbefleckten Kreuzes aus der «Bekehrung
Géorgiens» erkennen.
Das Kreuz als Geist, als engelhaftes Wesen, als Sohn Gottes verwandelte
sich zugleich mit der Ausbreitung des Chnstentums in ein Heiligtum der
GebirgsbewohnerOstgeorgiens Dies kann nicht in vorchristlicher Zeit von stat-
ten gegangen sein. Das Kreuz als eine Macht, die das in Gestalt von
Gotzenungeheuern vertretene Heidentum vernichtete, faBte in der Gesellschaft
des Gebirges unter dem gleichen knegerischen Aspekt FuB, unter dem dem
Imperator Konstantin vor der Entscheidungsschlacht das Kreuzzeichen mit
der Aufschnft erschien : hoc signe vinces. Die georgischen Gebirgsbewohner
sahen in dem Kreuz einen siegreichen Kâmpfer, den hl. Georg, oder den ebenso
siegreichen, satanbezwingenden Erzengel Michael, und obwohl es in seiner
Ausgangsgrundlage das Zeichen eines gekreuzigten Gottmenschen war, ver-
wandelte es sich in dieser kriegenschen Gesellschaft aus durchaus einleuchten-
den Gründen in das Zeichen eines sieghaften Gottessohnes.
Surab Kiknadzé
Verwendete Literatur:
1. Mokceva kartlisa (satberdis krebuli), Tbilisi 1979.
2. Kartlis exovreba, I, Tbilisi 1955.
3. Kartlis exovreba, II, Tbilisi 1959
4. Ociauri, T. • mitologiun gadmocemebi aymosavlet sakartvelos mtianetsi,
Tbilisi 1967.
5. Goniasvili, T : kartvelta da naxta kulturuli kontaktidan (kavkasiis
etnograpiuli krebuli, III, Tbilisi 1971).
6. Eliade, M.: Le Sacré et le Profane, Gallimard 1965.
7. Eprem Mcire: ucqeba mizezsa kartvelta mokeevisasa ... Tbilisi 1959.
Marius Schneider
1.7.1903-10.7 1982
Dr Marius Schneider
Né le 1.7 1903 à Haguenau (Alsace) Marius Schneider fit des études de
philologie, de musicologie, de piano et de composition à Strasbourg, Paris et
Berlin. Il obtenait son doctorat par une thèse sur «Pars nova du 14e siècle en
France et en Italie» (1930). Partant de l’art harmonique de l’Europe médiévale
il s’est spécialisé dans l’étude de la polyphonie des autres continents en se
basant sur les enregistrements déposés dans les archives d’ethnomusicologie au
musée de Berlin, dont il prit la direction en 1932. Cette confrontation des
polyphonies mondiales publiée en 1933 a été augmentée et publiée en seconde
édition en 1969 (Geschichte der Mehrstimmigkeit). Comme chef de la section
folklorique de l’Instituto Espanol de musicologia à Barcelone, Sch. s’est
consacré à l’étude des couches archaïques des traditions populaires en vue de la
reconstruction des anciennes cosmologies et des relations existant entre la
musique et l’architecture (El origen musical de los animales — simbolos 1946,
La danza de espadas y la tarantela 1948, Singende Steine 1955*). A partir de
1954 il occupait la chaire d’ethnomusicologie à l’Université de Cologne et — en
plus depuis 1966 — celle de l’Université d’Amsterdam. Durant sa retraite (1970)
ses recherches se concentrent sur la typologie musicale et le rôle de la musique
dans les anciennes philosophies cosmologiques et les rites correspondants
(symbolisme dans R Manuel. Histoire de la musique I 1960 et dans J. Porte,
Encyclopédie des musiques sacrées I 1968). Un choix de ses travaux sur la
nature de la musique a paru en traduction italienne sous le titre «Il significado
délia musica» Milano 1970.
Ses travaux sur la musique arabe ont commencé avec une publication de
chants des Fellahs égyptiens (1943) En 1966 il créa les «Colloques de
Beyrouth» où se rassemblent périodiquement différents musicologues de
l’Afrique du Nord et de l’Asie mineure pour confronter et analyser les
différentes techniques de la musique arabe, turque et persane. Comme premier
fruit de ces colloques a paru un fascicule analysant la nouba tunisienne ed Dhil
(1970). Un deuxième cahier de ces «Etudes méditerranéennes» éditées en
allemand et en français présentera les relations existant entre la musique arabe
et turque et celle de l’Europe méridionale... Des archives correspondant à ces
documents ont été constitués à Beyrouth sous la direction du docteur K
Khatchi.
Une bibliographie de Sch. a paru dans le lexique «Musik in Geschichte und
Gegenwart» (1964) et dans la revue «Ethnomusicology» XIII (1969).
Chant des pierres 1976
THE CAUCASIAN ALBANIANS AND THE ARAB CALIPHATE
IN THE SEVENTH AND EIGHTH CENTURIES
Abstract
This study is an aspect of my work on the early history of Azerbaijan It
brings together the available information on the subject in order to show what
I believe to hâve been the décisive effect of the Arab conquest on the fate of the
Albanian State and, in the long-run, on the survival of the Albanians as a
distinct ethnie group.
The Arab invasion of Albania in the fifth decade of the seventh century and
the graduai incorporation of that small country into the political and économie
fabric of the Caliphate caused a steady weakening of the Albanian polity
These events, in turn, contributed significantly to the ethnie assimilation of the
Albanians, a slow process that was to last many centuries and would resuit in
their “disappearance” from history This paper will be concerned first with the
circumstances of the Arab conquest of Albania and then with the connection
between foreign domination and the ultimate fate of the Albanians.
I
On the eve of the Arab invasion Albania was a semi-independent principality
ruled by the native dynasty of the Mikhranids. Although the Albanians
recognized the Sasanian rulers of Persia as their suzerains and paid them
tribute, they had, nonetheless, managed to preserve their political autonomy
and their traditional social structure
From our meager information on the subject it appears that a small noble
class, composed of both lay and ecclesiastical lords, dominated Albanian
political and économie life. The great nobles, who controlled large tracts of
land, which, moreover, was their chief source of wealth and power, seem to
hâve enjoyed considérable autonomy within their own domains. They were
also the dominant force in the central administration, for they served on the
suprême councils of the ruling prince and were primarily responsible for
military service. The prince was a large landholder in his own right and seems
to hâve had great authority, but at the same time he had constantly to be on
THE CAUCASIAN ALBANIANS AND THE ARAB CALIPHATE
235
guard against ambitious or disgruntled nobles. By the beginning of the seventh
century the church had become a powerful économie and political force. It was
second only to the ruling prince as a landowner, and its holdings were
constantly increasing through donations and purchases At the head of a
numerous clergy stood the Catholicos, whose authority over the church and its
faithful was almost unlimited He could even disobey the ruling prince with
impunity and, through his power of excommunication, he could usually bring
refractory nobles to obedience1 Bishops also exercised great authority in their
diocèses and behaved like true ecclesiastical princes. Finally, at the base of the
social pyramid stood the peasantry, who formed the bulk of the population
The majority were bound legally or economically to lay and ecclesiastical lords,
and in a society that was overwhelmingly agricultural they produced most of its
wealth through their labor and taxes2.
The seventh century represents a watershed in the history of the Albanians
For most of that period four powerful neighbors fought one another for
domination of the Albanian homeland • the Byzantines in the west, the Khazars
to the north, and the Persians and then the Arabs to the south. This sériés of
conflicts was inaugurated early in the century with the last of the wars between
the Persians and the Byzantines, which lasted from 603 to 628 A number of
Albanian nobles took advantage of the situation to rebel against Persian rule
Their action had wide support. The Catholicos, Viro (596-630), was deeply
involved and may, in fact, hâve been one of the leaders of the revoit Because of
sudden changes of fortune, about which we hâve little information, Viro
eventually took refuge at the Persian court, where he found a protector in the
emperor’s wife3. While in exile Viro exercised the full range of his gifts as a
diplomat and negotiator He participated in the so-called Persian Council of
the Albanian church in 612-613, which attempted to provide Emperor
Chosroes II (591-628) with an explanation of the Chalcedonian and anti-
Chalcedonian creeds4. Viro obtained from Chosroes the récognition of the
Albanian princes of the Mikhran family as “Lords of Gardman and Princes of
1 The History of the Caucasian Albanians b\ Movsès Dasxurami Translatée! by C J F
Dowsett (London, 1961), p 137 (Henceforth. Dowsett, History)
For general accounts of the Albanian political and social structure before the Arab invasion,
see K V Trever, Oierki po istorii i kuljture kavkazskoi Albanii (Moscow-Leningrad, 1959).
pp 234-250, Zija Bunijatov. Azerbaïdjan v Vll-IX vi (Baku, 1965), pp 38-70, Z M Bounyatov
[Bunijatov], “Rapports sociaux et économiques régnant en Albanie du Caucase à la veille de la
conquête arabe (fin Vl'-début VIF siècles),” Bedi Karl Usa, Vol 29-30 (1972), pp 313-322, and
Farida Mamedova, "Istori/a Alban" Moiseja Kalankatuiskogo kak istoenik po obscestiennomu
stroju rannesrednesekovoi Albanii (Baku, 1977), pp 89-175
3 Dowsett, Histors, pp 93-94, 229
4 Istorija episkopa Sebeos Translated by S Malxasian (Erevan, 1939), p 104
236
K HITCHINS
Albania,” and he himself consecrated the First such ruling prince, Varaz
Grigor, in Ctesiphon, the Persian capital, in 6275 In the same year a new
danger threatened Albania from the north The Khazars, who had alliée!
themselves with Byzantium against Persia in 626, invaded the Caucasus,
causing immense destruction of life and property in Albania6 By 629 or 63ü
Albania had fallen completely under the domination of the Khazars, who
exacted huge sums in tribute from ail éléments of the population But the
Khazars soon withdrew to the north, and Albania maintained her links to
Persia.
These campaigns of Byzantines, Persians, and Khazars undoubtedly
weakened the political and social order in Albania Yet, it is clear from the
sources, however inadéquate they may be in other respects, that the event
which precipitated the final crisis of the Albanian polity was the expansion of
the Arab Caliphate into the Caucasus.
Albanian princes very early recognized the danger from the south To
protect their country from the Arabs they took to the battlefield, but more
often they resorted to diplomacy, playing off one hostile neighbor against
another. During the Arab campaigns against the Persians in the reign of the
Caliph Umar (634-644) Albanian forces under Prince Djevanshir (623-681)
fought alongside the Persians, but after the defeat of the latter at Qadisiya in
637 the Albanians returned home7. Arab forces finally reached the borders of
Albania after the final defeat of the Persian armies at the battle of Nihavand in
642.
In danger of being overwhelmed and now on his own, Djevanshir appealed
to the Byzantines for protection, offering in return to become their vassals. The
Emperor Constans II (641-668) agreed because he, too, was anxious for help
against the seemingly invincible armies. After lengthy negotiations the two
rulers concluded a formai alliance in 6548. But there was widespread oppo-
sition to the alliance from the monophysite Albanians, and, as a conséquence,
Byzantine forces in Albania took to treating the inhabitants more as enemies
than allies9. In the same year as the Byzantine-Albanian treaty the Caliph
Uthman (644-656) sent a large army into Armenia in order to counter a
5 Dowsett, History, pp 109, 229 On Viro's career, see Z M BunIJAtov, "O dejateljnosti
katolikosa Albanii Viro (596-630 gg ),” in Bliinii i Srednii Vostok Sbornik statei (Moscow-
Leningrad, 1962), pp 15-20
6 M I Artamonov, Istorija Xazar (Leningrad, 1962), pp 145-154, Dowsett, History, pp 81-
84
1 On Albanian résistance to the Arabs in coopération with the Persians, see Dowsett, History,
pp 109-113, and Bunuatov, Azerbaïdjan, pp 71-74
8 Dowsett, History, pp 116-119
9 Istorija episkopa Sebeos, p 155
THE CAUCASIAN ALBANIANS AND THE ARAB CALIPHATE
237
Byzantine advance. A part of these forces entered Albania, perhaps as a
response to that country’s rapprochement with Byzantium. The Arabs seized a
number of cities, including Barda, the capital. But on this occasion they
withdrew, and the Albanian State remained intact10
Djevanshir took advantage of the turbulence during the reign of the Caliph
Ali (656-661) to seek protection against the Arabs through a new alliance with
Constans II In 660 they came to an understanding, but it, too, proved to be of
little value to the Albanians. Djevanshir himself apparently had serious doubts
about the usefulness of Byzantine guarantees, particularly after the destructive
raid of the Khazars into Albania in 662. He was able to fight off the Khazars
this time, but they came again in 664, causing enormous destruction up and
down the Kura valley. They could be appeased only by Djevanshir’s acceptance
of their peace terms : vassal status and the regular payment of a large tribute11
In the decade of the sixties Djevanshir was confronted again by the threat of
a large-scale Arab invasion Convinced that Byzantium was too weak to defend
even her own borders, he decided to submit at last to the “yoke of vassalage” of
the “king of the south,” as a chronicler described the Caliph12 He thereupon
abandoned the Byzantine alliance and entered into negotiations with the
Caliph Muawiyah (661-680), the first of the Umayyads. He went to Damascus
twice, where Muawiyah received him with ail due honors. The Albanian prince
was impressed by the military power of the caliphate, which he judged to be far
superior to that of Byzantium. He also recognized that, because of the Arab
conquest of Armenia, he had been effectively eut off from direct contact with
his nominal suzerain, the Byzantine emperor. In return for the acceptance of
vassal status Djevanshir obtained the desired peace treaty with Muawiyah in
667, which guaranteed the autonomy of Albania and recognized him,
Djevanshir, as her ruler13. For his part, Muawiyah, who appreciated the
strategie importance of Albania, wished to use Djevanshir’s forces to defend
the northern frontiers of his new acquisitions in the Caucasus against the
10 The Arab compaigns in the Caucasus in 654-655 are described in A N Ter-Gevondian,
Armenija i Arabskii Xalifat (Erevan, 1977), pp 38-44 The writings of Arab historians and
geographers also contain useful information about military action in Albania For a brief
discussion of these works, see Z M Bunijatov, Obzor istoenikov po istorii Azerbaidzana Isiocniki
arabskie (Baku, 1964), 36 pp One may also consult N M Velixanly, “Istorija izucenija arabskoî
istoriceskoï i geograficeskoï literatury ob Azerbaidzane (IX-XIII vv ),” Azàrbaijan SSR Elmlàr
Akademiîasynyn Khâbârlâri Tarikh, Fàlsàfâ vâ Hiigüg seriîasv, 1970, No 2, pp 26-30, N M
Vàlikhanly, IX-X11 âsr ârâb joghrafiïashünas-süüahiarx Aràrbaijan haggynda (Baku, 1974), 223
pp From these descriptions it is évident that Arabie sources contain little spécifie information
about internai Albanian political and religious problems
11 Dowsett, History, pp 120,122-123
12 Ibid, p 125
13 Ibid , pp 124-126
238
K HITCHINS
Khazars. He permitted the Albanians to manage their own internai affairs, but
as an acknowledgement of their vassal status he subjected them to the kharaj
He also stationed small numbers of his own troops at strategie places in the
country. He apparently thought well of his new vassal, for in 670 he invited
Djevanshir to corne to Damascus again, this time to serve as an intermediary
in his negotiations with the Byzantine Emperor Constantine IV (668-685)14
Djevanshir took advantage of the relative calm following his submission to
the Caliphate to consolidate his position within his own country. He undertook
a systematic and, as it turned out, ill-fated campaign to bring the independent-
minded nobility securely under his control. His interférence with feudal
privilège aroused widespread hostility, and in 681 his enemies, some of whom
were pro-Byzantine and opposed to the Arab alliance, had him assassinated15
Shortly afterwards an assembly of notables was convened in Barda and chose
as Djevanshir’s successor his nephew Varaz Trdat (681-704) The Caliph Yazid
I (680-683) confirmed the élection by accepting him as his “governor for the
Eastern régions and ruler of the Kingdom of Albania and the province of
Uti.”16
During Varaz-Trdat’s reign the struggle among Khazars, Byzantines, and
Arabs for control of Albania reached a climax of destructiveness. The Khazars
overran the country in 684, during one of their most powerful invasions of the
Caucasus, and for a time they forced the Albanians to stop paying tribute to
the Arabs17 18. To meet this new challenge from the north the Byzantine
Emperor Justinian II (685-695) and the Caliph Abd-al-Malik (685-705), whose
armies had been fiercely contesting control of Armenia and Georgia as well as
of Albania, agreed in 685 to a truce, the terms of which provided that they
would share equally the taxes both claimed from the Albanians. To escape
what had now become a kind of triple vassalage Varaz Trdat decided to end
payment of the tribute to Byzantium and to seek a closer relationship with the
Caliphate He took this momentous step in the belief that it was the only hope
of assuring the continued autonomy of his country Yet, he was anxious to
settle his différences with Byzantium peacefully, and in 699 he travelled to
Constantinople for negotiations But upon his arrivai Justinian imprisoned him
and held him in Constantinople until 704’8.
In Albania, in the meantime, a struggle for power was taking place between
14 Ibid, pp 127-128
15 Ibid , pp 142-145
10 Ibid , pp 149. 151
1 Istorija xalifov \ardapeta Ge\onda, piwtelja VIH veka Translatée! by K PaTKAnian (St
Petersburg, 1862). pp 9-10
18 Dowsftt, History. p 202
THE CAUCASIAN ALBANIANS AND THE ARAB CALIPHATE
239
the advocates of close relations with the Caliphate led by Varaz Trdat’s heir
resumptive, Prince Shero, on the one side, and a pro-Byzantine party led by
Varaz Trdat’s wife, Sprama, and the Catholicos of the Albanian church, Nerses
Bakur (688-704), on the other. The Caliph Abd-al-Malik decided to take
drastic action to eliminate once and for ail the anti-Arab opposition and for the
fïrst time intervened directly in internai Albanian political affairs As a resuit,
by the time Varaz Trdat was able to return home from Constantinople in 704,
Albania had lost her vassal status under the Caliphate. Henceforth, she was to
be administered by officiais appointed by the Caliph and responsible directly to
him. The Prince and the Catholicos, who were retained for the time being, had
practically no authority of their own.
In the course of the eighth century Albania was gradually integrated into the
political and économie structure of the Caliphate. For administrative purposes
the Arabs usually included Albania within the same province as Azerbaijan,
Armenia, and parts of eastern Asia Minor, but Arab writers often described it
as a separate territory19
The Arabs regarded Albania primarily as a source of tax revenues Before
they had asserted full control over the country, taxation does not seem to hâve
been unduly onerous As Christians (dhimmis) the Albanians paid two taxes —
jizyah and kharaj — and in assessing them, officiais took into account the
ability to pay20. Under Hisham (724-743), the last great Syrian Umayyad
Caliph, a general census of the population, land, and other possessions and the
application of rigorous new tax policies based upon it brought increased
burdens for the population of Albania. Unfortunately, owing to the lack of
sources, it is impossible to ascertain how much the Albanians contributed to
the Umayyad treasury and what portions came from taxes on land and from
other sources. Similar information about Albania under the Abbasids is also
lacking, at least before the tenth century21 Both the Umayyads and the
Abbasids were also interested in Albania for its commercial potential A
number of its cities were situated along important trade routes to the north and
northeast. Barda, in particular, played a major rôle in the international trade of
the Caliphate, primarily with the peoples of the northern Caucasus and the
Don and Volga river basins. Numerous Albanian cities and towns contributed
the products of their own thriving artisan industries to this commerce.
The consolidation of Arab rule over Albania in the eighth century by no
means went uncontested. A sériés of wars with the Khazars often rendered the
19 Bunuatov, Azerbaidzan. p 143
20 Ibid, p 118
21 Ibid. pp 122, 138
240
K HITCHINS
Arabs’ hold precarious and at the same time contributed greatly to the political
fragmentation of the country Albania was almost constantly a battleground
because of its own abundant resources or its strategie importance for control ot
the Caspian seacoast and Armenia. The last major success of the Khazais
came in 796-797 when a massive army defeated the Arabs and occupied
Albania for two months. But for the remainder of the reign of Harun al-Rashid
(786-809) Khazar raids ceased, and a general peace prevailed22
II
A number of scholars hâve viewed the Arab conquest of Albania as one of
the main causes of the disappearance of the Albanians According to an
interprétation of events which has found favor among Azerbaijani historians,
two processes — Islamization and Armenianization — were mainly responsible
for that disappearance and were at work more or less simultaneously, the first
was set in motion and the second greatly advanced by the Arab conquest
The progress of Islam in Albania seems at first to hâve been marked b\ a
relatively harmonious relationship between the Arabs and the local population
In the second half of the seventh century there were still relatively few Muslims
settled in Albania, and minority status necessarily imposed restraints on their
behavior. The Arabs were also bound to accord the Albanians some measure of
toleration, since they were People of the Book The friendly réception accordée!
to the Arabs by various segments of the Albanian population also helped to
diminish the inévitable friction between conqueror and conquered In the
second half of the seventh century many Albanians welcomed the Arabs as
peacemakers, who had brought an end to the warfare between the Byzantines
and the Persians and the periodic dévastation wrought by the Khazars.
The Arabs demanded submission and collected taxes, as we hâve seen, but
initially they did not interfère in local political and religious affairs Their main
objectives in Albania were material and strategie, and so long as the local
population satisfied these requirements, the Arabs did not concern themselves
with the inner workings of the Albanian polity. There is some evidence.
however meager, to show that the Arab advance into Albania during the reign
of the Caliph Umar was accomplished as much by negotiation as by bloodshed
For example, the Arab military commander took the city of Bailakan bv a
peace treaty, according to which, he guaranteed the inhabitants their lives and
property in return for payment of the kharaj and jizyah At Barda, after a short
22 The wars are described in Bunuatov, Azerbaïdjan, pp 107-115. Dowsett, Histori, pp 208-
210, htorija xaüfoi \ardapeta Geionda. pp 71-72, 80-81. 92-93, and Artamonov, htorila Xazai
pp 202-232
THE CAUCASIAN ALBANIANS AND THE ARAB CALIPHATE
241
siégé he came to a similar agreement with its inhabitants23 Once the Arabs
had established themselves more firmly in the country, they found the
Albanians to be useful auxiliaries, employing both converts to Islam (mwi/i)
and Christians (dhimmis) as soldiers24. The use of Albanian dhimmi units,
which often served as a rearguard or performed other hazardous duties,
continued into the first half of the eight century25.
Although the Arabs exerted little direct pressure upon the Albanians to
accept Islam, there were, nonetheless, strong économie incentives for them to
convert. For example, to remain Christian meant a heavier tax burden,
specifically, payment of the jizyah in addition to the kharaj. Certain éléments of
the population, therefore, showed a greater inclination than others to receive
the new faith. Islam had its greatest success among the nobles, whose
conversion allowed them to retain their lands, and among merchants and
artisans of the towns, to whom the Arabs granted various privilèges in order to
stimulate économie activity and increase revenues The towns, moreover,
because of their mixed population, which was composed of Armenians and
Arabs as well as Albanians, were generally more open to assimilation than the
rural areas. Nonetheless, in the countryside a number of peasants, perhaps the
well-off, also converted in order to escape the jizyah and to retain their lands,
but the majority of the rural population remained loyal to their traditional
faith. Their attachment to Christianity may hâve been reinforced by the
apparent willingness of the Arabs to tolerate existing agrarian structures in
order to gain the support of the landholding upper classes26. In spite of
analogies to general trends in other Arab-dominated areas, the true extent if
Islamization in Albania in the late seventh and eighth centuries, owing to the
paucity of sources, remains an open question.
We are no better informed about a complementary process — Arabization
Under the later Umayyad caliphs an influx of Arab settlers into Albania
occurred. We do not know their numbers, but many were soldiers who
garrisoned the military settlements established along the northern frontier to
guard against attacks by the Khazars. Others settled in the towns in the interior
as merchants, artisans, and administrators. But there seems to hâve been little
direct or sustained contact between the Arabs and the bulk of the population,
23 Bunijatov, Azerbaïdjan, p 83, citing Al-Balazuri, Kitah futah al-Biddau Liber ex-
pugnationis regionum Ed M J de Goeje (Leiden, 1870), pp 203-204
Bunijatov, Azerbaïdjan, pp 83-84, citing al-Balazuri, Ibid , pp 200, 439, and Annales quos
scripsit Abu Djafar Mohammed ibn Djarir ai-Tabari Ed MJ DE Goeje, Vol 3 (Lugduni
Batavorum, 1901), p 639
25 Dowsett, Hisiory, p 209
For a brief account of Islamization in Albania in the seventh and eighth centuries, see
Bunijatov, Azerbaïdjan, pp 86-91
242
K HITCHINS
which lived in the countryside. Arabization, like Islamization, probably had its
greatest success among Albanian nobles in the eighth and ninth centuries A
certain number, again we do not know how many, took Arab Muslim names
and adopted the Arabie language and culture. When the Seljuk Turks arrived
in the latter décades of the eleventh century these Arabized Albanians and the
Arabs themselves underwent Turkization. One effect of Islamization and
Arabization on the Albanians, then, may hâve been to facilitate their assimi-
lation by other Islamic peoples, in particular, the Turks27.
The spread of Arab political domination and of Islamic religious influence in
Albania became intertwined with long-standing religious controversies within
the Christian community itself, notably the rivalry between the Albanian and
Armenian churches As with so many aspects of Albanian history, the sources
for a study of this fundamental problem are sparse and sometimes con-
tradictory Moreover, the whole matter has been clouded in recent years by
partisan exchanges between Azerbaijani and Armenian scholars in the Soviet
Union28. The dispute has centered about the existence of an independent
Albanian church separate from and equal to the Armenian. One body of
opinion, represented mainly by Armenian scholars, holds that the Albanians
never had such a religious organization, but were, instead, subject to the
Armenian Catholicos and carried on their religious functions in Armenian2"'
The consensus among Azerbaijani historians, on the other hand, is that the
Albanians did hâve their own, independent church, that they used their own
language in the service, and that a written literature in Albanian, consisting of
ritual books and other religious works, flourished30. Here is not the place to
27 Ibid, pp 171-172, 177-178
28 The immédiate cause of the polemics was the appearance of Bunijatov’s Azerbaidzan i VII-
IX vv , which was critical of the rôle played by the Armenian church in diminishing the
independence of the Albanian church and in removing Albanian as the liturgical language A
severe indietment of Bunijatov’s views was made by Asatur Mnatsakanian and Paruir Sevak
"Po povodu knigi Z Bunijatova ‘Azerbaidzan v VII-IX vv Patma-Banasirakan Handes, 1967
No 1 (36), pp 177-190 A reply came from M A Ismailov, “Citaia knigu i recenziju o neï, ’
Azârbaïjan SS R Elmlâr Akademiiasynvn Khâbürlüvi Tarikh, Fàlsâfâ vâ Hügüg seriiasy, 1969, No 1
pp 123-127 A careful, scholarly discussion of the Azerbaijani and Armenian positions may be
found in Robert H Hewsfn, “Ethno-history and the Armenian Influence upon the Caucasian
Albanians,” in T J Samuelian, Classical Armenian Culture (Philadelphia Scholars Press, 1982)
pp 27-40
29 A Sh Mnatsakanian, O literature kavkazskoi Albanii (Erevan, 1969), pp 108-127
Support for Mnatsakanian came from H S Anassian, "Mise au point relative à l’Albanie
caucasienne," Revue des Études Arméniennes, Vol 6 (1969), pp 299-330 For a criticism of
Mnatsakanian’s views, see Vorosil Gukasjan, "O nekotoryx voprosax istorii albanskoï pisjmen-
nosti i literatury," Azârbaï/an SS R Elmlâr Akademiïass nyn Khâbàrlâri Àdàbïiïat, DH vâ Injâsànâi
seriïasv, 1968, No 2, pp 85-101
’° Bunuatov, Azerbaidzan, pp 92-94 On the Albanian alphabet and literature, see Dowsett
History, pp 54, 69, Trever, Ocerki, pp 306-315, Vorosil Gukasjan, “Opyt desifovki albanskix
8
THE CAUCASIAN ALBANIANS AND THE ARAB CALIPHATE
243
examine in detail the merits of these two positions, but the controversy itself
deserves attention because it raises fondamental questions about the fate of the
Albanians
Although much of the religious history of Albania is obscure, evidence
indicates that at least by the latter part of the fifth century a regular church
organization headed by a Metropolitan (or Catholicos) and numerous bishops
existed31. The subséquent development of this church in the sixth and seventh
centuries was beset by internai strife between the adhérents of the
Chalcedonian or dyophysite doctrine, who generally looked to Byzantium for
support, and the monophysites, who relied for protection upon the Sasanians
The interférence of these outsiders sometimes had a décisive influence on the
ecclesiastical history of the Albanians For example, at the beginning of the
sixth century the Sasanians tried to separate the churches of Albania, Armenia,
and Georgia from the Church of Constantinople by supporting the monophy-
sites at the expense of the dyophysites To strengthen the former the Sasanians
thought it necessary to unité them and in 527 they sponsored a council of the
three Caucasian churches at Dvin, in Armenia, which formally proclaimed the
monophysite doctrine as the only orthodox creed The coopération of the three
churches apparently did not affect the status of the Albanian Catholicos, who
remained independent of his Armenian colleague The Albanian church
asserted its independence at a new council at Dvin in 607, which ended the
union of the three Caucasian churches32. Neither the first council at Dvin nor
the subséquent persécution of the Chalcedonians brought religious peace to
Albania. The struggle between monophysites and dyophysites continued
unabated during the sixth and seventh centuries.
The crucial test of Albanian church independence was precipitated by the
long exile of Prince Varaz Trdat in Constantinople As we hâve noted, a
struggle for power ensued between his wife, Sprama, and the Catholicos, the
Chalcedonian Nerses Bakur, on the one side, and Varaz Trdafs legal
successor, Shero, and his supporters, on the other side. Both parties had
recourse to outside assistance: Sprama and Nerses Bakur looked to
Byzantium; Shero to the Caliph As a conséquence, this local political and
religious rivalry assumed broader dimensions It became another épisode in the
long, drawn-out contest between Byzantium and the Caliphate for control of
nadpiseï Azerbaidzana,’' Azârbaî/an SS R Elmlâr Akademiias) n\n Khâbârlâri Àdâbiaat, DU in
Injàsânàt seriiiisy, 1969, No 2, pp 52-74, and Voroshjl Gukasian, "De l'histoire de l’Albanie
caucasienne et de l'écriture albanaise,' Bedi Kartlisa, Vol 32 (1974), pp 275-284
31 Dowsett, Histori, pp 50-54, Mamedova, "htorija Alban", pp 153-175
Vorosil Gukasjan, “K osvesceniju nekotoryx voprosov istorii Azerbaidzana v monografii
Azerbaidzan v VII-IX vv Azarbaî/an SSR E/mlür Akademiîasinyn Khàbâr/âri Tarikh, Fâlfâfâ,
và Hügüg seriiasy. 1968, No 4, pp 128-130
244
K HITCHINS
the Caucasus The Caliph Abd-al-Malik found a valuable ally in the person of
the Armenian Catholicos, Ilya It was Ilya, in fact, who had warned him thaï
the Albanians (i.e., the Chalcedonians led by Nerses Bakur and Sprama) had
joined with Byzantium to oppose Arab rule31 Ilya’s objectives were
straightforward to remove those whom he regarded as heretics from control of
the Albanian church and to bring that institution firmly under his own
direction Abd-al-Malik, for his part, saw in the struggle over the Albanian
throne and the related doctrinal complications a splendid opportunity to
undermine Byzantine influence and strengthen his own position in the région
Consequently, he instructed Ilya to take charge of the Albanian church, to rooi
out ail malefactors, and to send Nerses Bakur and Sprama to his capital for
judgment33 34.
In this way Shero and the pro-Arab, monophysite party prevailed But their
victory proved to be a hollow one. Soon after his accession Shero together with
a number of nobles, at the behest of the Caliph, followed Nerses Bakur and
Sprama to Damascus where ail trace of them was lost Varaz Trdat, who had
returned to Albania from Contantinople in 704, may hâve helped the Caliph
remove Shero35, but he had little time to savor his triumph, for he died the
following year What little political autonomy Albanian rulers had managed to
retain disintegrated as their country came under the direct control of the
Caliphate.
While the political fate of Albania was thus being decided, the way was
opened for the Armenian clergy to extend its influence over the Albanian
church. The Armenian Catholicos assumed the power of appointing the head
of the Albanian church. He also began to replace the Albanian clergy, many of
whom he suspected of heretical leanings, with Armenians and initiated an
extensive proselytizing campaign to win over those Albanians who for one
reason or another had resisted Armenian influences or Islam. His work was
facilitated by the mixed population of the towns and certain rural districts,
where many Armenians had settled As Ilya’s work proceeded religious
manuscripts in Albanian were destroyed36 on the grounds that they were fîlled
with heretical teachings.
A number of scholars hâve regarded these ecclesiastical events as the
beginning of the end of Albanian as a literary language37. They argue that its
use not only diminished in the church, but that it also began to disappear from
33 Dowsett, Hislor\, pp 191-192
34 Ibid , pp 192-193, Gukasja^, K osvesceniju, pp 130-131
15 Dowsett, Histon, pp 202-203, noie 2
36 Ibid, p 193
37 See, for example, Gukasjan, K osveiceniju, p 131
THE CAUCASIAN ALBANIANS AND THE ARAB CALIPHATE
245
educational institutions and the State administration. Hence, as time passed,
perhaps after several centuries, its sphere was largely restricted to the hearth
and the market place. The spoken language endured, but the number of
speakers gradually declined The persistence of spoken Albanian in the région
around Barda in the ninth and tenth centuries is recorded by Arab geographers
who reported that ail the inhabitants spoke their native tongue, and the
Armenian historian Kirakos Ganzakets’i, who was living in Ganja in the
thirteenth century, noted that only the Albanian upper classes spoke
Armenian. Although the extension of the Armenian language seems to hâve
been a slow process, it is no less évident that under strong Armenian influence
in the church and éducation the Albanian language was in retreat
III
From this brief account of the Arab invasion and domination of Albania it
appears that the rôle of the Caliphate in the disintegration of Albanian political
and ecclesiastical institutions was décisive The destruction of the Albanian
State, semi-independent or vassal though it was, deprived the Albanians of
effective control over their own destiny Henceforth, their political and social
development would be dépendent upon the interests of others. But even
without a separate State the Albanians could perhaps hâve maintained their
separate identity, if they had been able to preserve the ethnie character of their
church. In the absence of other “national” institutions, an Albanian church,
like those of the Balkan Orthodox peoples at a later time, could hâve served as
an effective guardian of language and tradition As it was, the loss of an
independent church proved especially destructive of Albanian community life.
Since the written language was primarily a tool of ecclesiastics, the replacement
of Albanian by Armenian as the language of the church led to the dérogation
of Albanian as a medium of literature and higher culture. The abandonment of
Albanian, especially by the educated and the upper classes, in turn, hastened
the loss of ethnie identity and facilitated assimilation with other peoples
Perhaps in these events is to be found an explanation for the disappearance of
the Albanians.
University of Illinois Keith Hitchins
at Urbana-Champaign
LE MOT (noô EXISTE-T-IL EN GÉORGIEN ANCIEN9
Ce mot, qui apparaît dans une homélie de Mélèce
d’Antioche (CPG 3425 (8)), est une faute de copiste.
Dans la langue géorgienne moderne, on trouve le mot (noô ; il provient de la
racine ^30 et signifie remue-ménage, tapage, tumulte1
Quant à savoir si le mot existe dans la langue géorgienne classique, il manque
dans le Dictionnaire de Soulkhan-Saba Orbéliani, dans toutes les éditions de
textes anciens munies de lexique que nous avons pu consulter et, plus
curieusement, dans le Dictionaire de la langue géorgienne où I. Abouladzé a
rassemblé tous les mots dignes d’intérêt recueillis au cours de sa féconde
carrière d’éditeur de textes géorgiens anciens2. Si cette dernière omission est
surprenante, c’est qu’l. Abouladzé a lui même édité un texte, connu seulement
en géorgien et transmis uniquement par le manuscrit Tbilissi, Institut des
manuscrits, A-95, texte qui contient le mot (noô.
Il s’agit de l’homélie de Mélèce d’Antioche sur l’Annonciation (CPG 3425
(8))3 Le prédicateur explique ainsi Luc 1,32- «Le Seigneur Dieu lui donnera le
trône de David et il régnera sur la maison de Jacob»:
«(trône) qu’il lui promit aux jours de Jacob,
et il régnera à Jérusalem, et pas seulement à Jérusalem sur une seule tribu,
ni seulement ô9ôL> (noôb4 sur les dix tribus,
mais il régnera sur toute la maison de Jacob
et sur les douze tribus de Jacob
et non comme le royaume de David sera prévu son royaume pour ses
successeurs
et non à quelqu’un de sa descendance sera donné son pouvoir, comme
celui des rois d’Israël.
mais il régnera jusqu’à la fin des temps et son règne n’aura pas de fin.»
Le texte se développe, on le voit, selon une série d’oppositions destinées à
mettre en relief le caractère unique du règne du Christ par rapport aux autres
1 Kartuli enis ganmart ebiti leksik oui. sous la direction générale d'A Cikobava, t VI, Tbilissi
1960, col 429 ria-ria
2 I AbulaJe. jveli kartuli enis leksik oni (masalebi) publie par Elene Met reveli et Ciala
Kurcik iJe, Tbilissi, 1973
3 I AbllaJe, Mrasaltasi. dans Enis, ist oriisa da mat eriahtri k ult uris inst it ut is moambe 14
1944, p 265, 1 5 Nous devons un exemplaire de cette publication au R P M van Esbroeck, qui
préparé l'édition intégrale des œuvres de Melèce conservées en géorgien et en arménien c'est lui qui
nous a posé cette question de vocabulaire Le texte a été commodément réédité dans le t III des
Sromebi d'I Abulaje, Tbilissi 1982 (p 55)
4 Dans son travail fondamental sur Les plus am iens homéliaires géorgiens. Louvain-la-Neuve.
1975, p 309, M van Esbroeck omet prudemment de traduire
LE MOT fnoô EXISTE-T-IL EN GÉORGIEN ANCIEN’
247
successeurs du roi David Ce ne sera pas un règne limité à Jérusalem ou sur le
royaume de Juda seulement; l’auteur fait ici allusion à la séparation d’Israël
d’avec la maison de David, d’où naquirent un royaume de Juda (et Benjamin)
dont la capitale était Jérusalem, et un royaume d’Israél, comprenant les dix
autres tribus et ayant son centre à Sichem en Samarie (voir 1 R 12) Ainsi, il est
désormais clair que l’on doit lire •
«et il régnera à Jérusalem,
et pas seulement à Jérusalem sur une seule tribu,
et pas seulement bôdôtnoôb: en Samarie sur les dix tribus,
mais . »
Ce manuscrit célèbre a eu un scribe parfois négligent on en trouverait
d’autres exemples dans les Apophtegmes de saint Antoine, dans le texte
d’Ephrem (f 169r), ô pour ôÇ, pour L’on doit
donc donner raison à Soulkhan-Saba s et I. Abouladzé qui n’ont pas accueilli le
mot (noô dans leur Dictionnaire, et l’on ne peut s’appuyer sur ce passage pour
conclure à l’existence du mot en géorgien ancien
Dom Bernard Outtier
Abbaye de Solesmes
5 Soulkhan Saba a connu ce manuscrit voir les citations qu'il en fait, par exemple aux mot
83^30 et jmfnojm'bo (textes connus uniquement par ce manuscrit, au moins le premier)
GEORGIAN DENDRONYMS
There are obvious reasons for concentrating on dendronyms for a variety of
linguistic purposes. they are likely to represent a language’s primary voca-
bulary and yet remain more stable than many other basic lexical items, they
provide dues to the mobility and origins of speakers of the language, they
assist us with cultural history, with the associations and genetic and generic
relationships between languages The word and the phenomenon are slow to
alter among the speakers and users
Let us keep in mind certain réservations, for the lunatic fringe of etymology
is as thick here as elsewhere. Trees do disappear and appear from a large area
in the space of one génération, names are lost while the species survive Take
for instance the fact that no English child will see the elm as a familiar species,
or that the word rowan has been replaced by mountain ash over large areas of
England, though the tree is even more common. In the Caucasus the loss of
species and the flux of dendronyms has been exceptionally drastic
The temptations for persisting with an investigation of Georgian den-
dronyms are strong. Here we hâve a language spoken on the same terri tory
long enough to be regarded as autochthonous; we hâve the intersection of two
axes, north-south and east-west, so that the species of Europe and Asia Minor.
the Mediterranean and Central Asia — wild and cultivated — hâve long
existed and been named, with the ’Explanatory Dictionary of the Georgian
Language’ we hâve an exceptionally reliable corrélation of lexemes and plants
The data are probably ncher than in any other language1. At the same time
there are curious anomalies in the phonological structure of dendronyms and
in their relationship to other Caucasian, Indo-European and Mediterranean
dendronyms that provide some answers and raise some questions about the
position of the Kartvelian languages vis-à-vis N W and N.E Caucasian, Indo-
European, and non-Indo-European Mediterranean I cannot say that a study
of dendronyms simplifies the question, it does lead us into the same sort of
quandary as comparative typology or more general etymological study
One stnking fact about Georgian tree names is the paucity of simple roots
1 Ail we lack are the Carbon 14 pollen datings which hâve been so useful in the study of Indo
European dendronyms
GEORGIAN DENDRONYMS
249
While there appears to be little prefixation — which does nothing to help those
who search after fossilised class exponents in Georgian nouns — there is
considérable suffixation, especially with stems in -el, -o and -(x)v The -l-
suffixes give a derivatory quality to the tree names • a phenomenon which we
find in Latin, too, with stems in -ul- (Betula, Populus) and -in- (Carpinus,
Fraxinus). In a Caucasian context, suffixation suggests that tree names are
secondary : this is certainly true of N W Caucasian where most dendronyms
seem to be secondary formations from the fruit or even the manufactured
product of the tree2. In Georgian, too, such pairs as cicibo (Beechmast, cf
N.E.C. Karata, t$itçibo, fir cônes), and cipeli (Beech) suggest that the fruit is
primary, the tree secondary (as in modem French).
Apart from suffixation, reduplication also occurs, thought no more
frequently than in other nouns; oddly enough, such possibly reduplicative
forms as cacxvi (Tilia sp.), zazuna (Crataegus sp.) and jejvz (Paliurus
spinachristi) tend to be among the few dendronyms with non-Kartvelian,
Caucasian echoes (e.q Chechen hex (Tilia), dzaz (Paliurus), Andi zaz
(Quickthorn).
Suffixation, however, does not seem entirely random Dendronyms in -la,
e.g. tela (Ulmus), rcxila (<*krcxeml-) (Carpinus), (r)txmela (Alnus), cahla
(Castanea) are ail large trees of importance as timber. Apart from cipeli
(Beech), other trees providing wild fruit tend to hâve the suffix -eli (e g tameli.
Sorbus torminalis — Chequers); kimeli, vanous edible crategus. Many other
fruiting trees are suffixed -/.., or -al.. — zgmartli, Medlar (cf. the -il- in Greek
and Latin mespilon, mespilus) vasli, Apple, andi, Elderberry, msxali, Pear;
tqemali (if the root is not -mal-), Sloe, for example Herbaceous and shrubby
fruitbearing plants, however, tend to be suffixed in -v or -xv. • mocvi,
Blueberry; marcqvi, Strawberry ; kacvi, Sea Buckthorn as well as the more tree-
like legvi, Fig and sotxvi, Bird cherry. Coincidence and convergence by analogy
may not be enough to explain this phenomenon, even if Caucasian languages
do generate consonantal suffixation spontaneously.
It has been pointed out in the past how many cultivation vocabula in
Georgian, supposedly imported from Indo-European, hâve -o stems But apart
from gvino and terms connected with ploughing, far more indicative is the
primitive, non-cultivated nature of tree and other plant names ending in -o,
which makes borrowing from Indo- European supererogatory. Many are
poisonous but of primary importance for dyeing and medicine. We can list
tutubo (Rhus cariaria), Sumach (a tanner’s dye); kvido (Ligustrum), Privet (a
2 E g Kabarda lanaj, three-legged stool > lanajej. Acer species. but compare English 'spindle'
and spindle tree Euonymus
250
A RAYFIELD
black dye), endro (Rubis tinctona) Dyer’s madder; qaqaco. Poppy; suro, Ivy
In addition, some spice herbs — qaqaco again, as weil as onco, Satureia, tenco,
Watermint, — share the same stem
Three aromatic wild fruiting shrubs can likewise be grouped together
phonetically. hia, Quince (though with Indo-European an Mediterranean
cognâtes), svia, Hops and gvia, Juniper While other ‘rhyming’ groups (e g
those in -ani) sometimes owe their suffixes to a Turkic or Iranian source,
systematic groupings of tree and plan names appear to exist, and these are
groupings that we shall see to hâve more in common with indo-European
(Latin and Greek) on a Mediterranean substratum than with those of
neighbounng Caucasian languages
Admittedly companson with N W , N. and N E Caucasian is difficult In
the case of Abkhaz-Circassian we are hindered by the fact that fundamental
dendronyms for oak, maple, lime, willow, elder, cornelian cherry etc. (import-
ant économie species for millenia) appear to be derived from even more basic
roots Thus Kabarda bzsxw (Tilia) or Ubykh bzss (Salix) seem to be composed
from roots for water and light, while N.W words for oak (Kabarda zagex
Abaza Jc°s) seem to be secondary formations from a root meaning acorn or
tree. Admittedly lexical and etymological work in N W. Caucasian is still in its
early stages and the étymologies proposed by scholars from Abayev to
Shagirov include ludicrous and dubious solutions, but for N.W. we are lefi
with a very few fundamental dendronyms (e.g. Beech, txwey, Fir, psey), many
homophonie roots and possible borrowings (such as Adyghei ptseli, Pussy
Willow, with its correspondences throughout Europe and Asia) which leave
the questions of connections with Kartvelian unanswerable In any case the
structure of N W. Caucasian roots is so simple and the consonantal material
so rich that everything is possible and nothing is certain. Certain dendronyms.
e.g. Kabarda heywe. Quince, may be cognate with, rather than borrowed from
Chechen hayba or Georgian bia, Abkhaz -dzar, Kabarda ze, Cornelian cherry,
may link with Georgian zazuna, Hawthorn, but the saner linguist will turn to
other evidence for the relationship with Kartvelian languages (other than
Svan, which has borrowed extensively from Circassian, e.g. /ira, Oak) One
possibly significant point is that the suffix -eï used in Kabarda to dérivé tree
names from fruit recalls the suffix -ea we find in Greek dendronyms of non-
Indo-European ongin (e.g Itea, Melea, Pteled)
With Nakh-Daghestani languages the position is less ambiguous. We suffer,
however, from the same lack of systematic preliminary research. Furthermore,
with the great défoliation of the eastern Caucasian forest in the nineteenth
century, the species as weil as the names hâve been lost, perhaps irretrievably.
Nevertheless, the limited correspondences with Kartvelian are clearer. Some
GEORGIAN DENDRONYMS
251
are widespread terms, such as komal, Cannabis (Georgian kanapiy bali,
Cherry, an Iranian word which can be found in ail Caucasian languages, or
Chechen hamc, medlar, which has the labial/sibilant basis to be found in ail
Indo-European and Turkic words for this fruit3 (The medlar is not par-
ticularly palatable, but its importance as the last autumn fruit to be harvested
has left a unique mark in the languages of Eurasia) Other fruit such as
Chechen 4zz (and many Daghestani languages share the root) convincingly
resemble Georgian vasli, apple, and perhaps mazalo, crab apple To a small
degree, Chechen has undergone the same Hellenic influence as Georgian
évidence for this lies in the word komar, whose basic meanings include both fig
and mulberry, a combination only likely if it is derived from the Greek
composite sykomoron, (lit. fig/mulberry) Most correspondence between
Chechen and Georgian involve border species, e g. the Norway maple, Acer
platanoides (Chechen lega, Georgian lekis xe), the rough elm, Ulmus scabra
(Chechen müsdecig, Georgian telamusi — a combination of tela, elm and the
Chechen root).
Georgian muxa, Quercus, is linked with such Daghestani forms as Rutul
mâxw, and has in fact supplanted an earlier Kartevlian term, cqani (cf. the
toponym Cqneti) The Daghestani connections of cipeli, Beech, hâve already
been mentioned (with a typical change of spécifie meaning) The Daghestani
languages are as volatile as the Indo-European in switching species of
dendronym (cf Greek phagos, Beech, Latin quercus, Oak, English yew,
Russian iva, Willow), so that our conclusions must be tentative. There is a
tempting parallel in the typically Daghestanian Lezghi word for both tree and
birch, werx with Georgian arqi and Indo-European terms. Other compansons,
such as with terms in N. & N E Caucasian for hornbeam and beech, hinge too
much on the presence of a single labial consonant to be worth making.
Much more attention needs to be paid to these connections with Hellenic
and Mediterranean dendronyms that cannot be explained as mere borrowings
Among these are Georgian pievi, bza, elaii, tela, psta, dapna (Spruce, Box, Pine,
Elm, Pistachio, Laurel) which appear to be more or less closely related to Latin
Picea, Greek pyxos, elatê, ptelea, fistikos, daphne of the same meaning Against
the assumption that they are borrowed are the facts (a) that these trees are as
much indigenous in Georgia as in Greece and (b) that they ail originale in Latin
and Greek from a pre-Indo-European Mediterranean source. On the other
hand, such forms as elati and dapna are so exactly like the Hellenic word that if
they are of common origin, then some Hellenising force has ‘corrected’ them.
In my judgement forms such as tela are cognate rather than borrowed (rare
Cf Ubykh barac , Turkish and Russian musmula
252
A RAYFIELD
though the borrowing of an alien term for an indigenous thing may be, it is
even less plausible when we find parallels such as Armenian t'eli) Other
dendronyms, such as kerati (Ceratonia), kedari (Cedar), kviparisi (Cupressus)
and al vis xe (poplar, from Gk aloe), are clearly borrowed, Generally, however
we are led towards a ‘Mediterranean’ hypothesis by supporting evidence the
links between a great number of herbal terms whose indigenous ongin is hard
to doubt and yet which clearly are close to Mediterranean terms Among these
are halha (Malva), ia (Viola, cf Greek za), salbi Salvia), pitna (Mentha) z/szzp/
(Hyssop)4.
Where comparative study of the Kartvelian languages allows us to re-
construct earlier forms than old and modem Georgian can show, many more
plant names seem to hâve significant similarities with Indo European The
hornbeam — a tree whose distribution and name hâve proved remarkably
stable — shows a pattern of velar, ‘r’ and labial (Latin carpinus, Russian grab)
identical to the reconstructed *krcxeml- for Georgian rcxila, the reduplicative
pattern of qaqaco, poppy, as well as the common p[q alternations suggest a
meaningful link with papaver. This is an area of research where fieldwork, let
alone thinking, remains to be done and it will help to lead us away from the
conception of the Caucasian languages as a family, towards the idea of their
being an orphanage where underneath the superficial similarities imposed by a
common fate and environment there can be detected individual and deepcr
genetic traits.
Queen Mary College,
University of London
Donald Rayheld
* If pilna and Mentha are non-Indo-European, we must discard yet another of the popular
herbalist ‘étymologies’, which links ‘mint’ and ‘mind’, Russian mjatà and (pà-)mjat etc , etc
PATSITSE-LE-CORBEAU, conte tcherkesse en dialecte
ABZAKH
René Gsell, Isak Tsey, Catherine Paris, Nia: Batouka, A Tlich, Pierre Dréan,
Marc-Yves Lautrou.
1. Istrodi c no\
1.1. L’enquête de René Gsell
Dans le cadre d’une mission officielle (mai 1982) auprès des Universités
yougoslaves de Belgrade, Skopje, Sarajevo et Pristina, l’un des co-auteurs du
présent article, René Gsell, professeur à l’Université de Paris III, a eu la
chance de pouvoir faire une enquête linguistique chez les Tcherkesses du
Kossovo. Les Tcherkesses de Yougoslavie, ainsi que l’avait indiqué C. Paris
dans un travail antérieur (Bedi Karl Usa, vol XXXV, 1977, p. 28) vivent
actuellement — à part quelques familles isolées — regroupés dans le village de
Stanovce (Région autonome du Kosmet) et dans ses environs immédiats, et
parlent le dialecte abzakh Les traditions anciennes y sont très bien conservées
et la langue maternelle de tous les jeunes enfants est le tcherkesse, plus tard,
comme leurs camarades de la région, ils apprennent actuellement à l’école
l’albanais et le serbo-croate. Avant la réforme récente du système éducatif de la
région autonome, ils étaient scolarisés d’abord en turc, puis en serbo-croate
Beaucoup d’entre eux continuent d’ailleurs maintenant encore à apprendre le
turc pour pouvoir correspondre avec les membres de leur famille établis en
Turquie. Les étudiants apprennent en outre à l’Université une langue occiden-
tale, généralement l’anglais, si bien que la communauté de Stanovce est
multilingue et par là même d’un grand intérêt pour le linguiste.
Grâce à l’obligeance du professeur Murat Bejta de l’Université de Pristina,
marié à une dame tcherkesse et parlant lui-même la langue, R. Gsell a été reçu
avec les plus grands égards par Hadj Shahib Hassan, propriétaire à Stanovce
et membre influent de la communauté. Ce dernier a bien voulu enregistrer dans
une langue très pure des récits sur l’arrivée des Tcherkesses au Kossovo. Dans
l’après-midi, R. Gsell, Madame Gsell, le Prof. Bejta et sa femme ainsi que
plusieurs membres de la famille Hassan se sont rendus à Pristina sur
l’invitation de Madame Çerkezi qui avait en leur honneur organisé une petite
réunion culturelle tcherkesse, au cours de laquelle Suzan, la fille de la maison,
étudiante d’anglais à l’Université, a chanté des Ballades et des chansons
populaires. Isak Tsey, un cousin de la jeune artiste, lui-même originaire de
Stanovce, poète et écrivain à ses heures — dans le civil ingénieur — a
improvisé la version du conte Kole Patsitse, que l’on lira ci-après. La réunion
était empreinte d’une grande chaleur humaine, nourrie bien sûr par l’intérêt
254
PATSITSE-LE-CORBEAU, CONTE TCHERKESSE
que tous les assistants prenaient aux chants et aux récits du folklore du
Caucase, mais entretenue également par les plats nombreux et variés, le café et
le thé à la menthe que les dames de la maison avaient préparés pour leurs hôtes
et qu’elles ne cessaient de monter au salon Les bruits des portes, les allées et
venues des dames, les applaudissements de l’assistance — et les miaulements du
chat, désireux de participer lui-aussi à la fête — ont quelquefois interrompu le
narrateur en donnant ainsi sa véritable couleur locale au texte
RG
1 2 Le travail en séminaire
M. René Gsell ayant eu l'amabilité de mettre à la disposition du séminaire de
C. Paris (Université de Paris III, Institut de Linguistique et de Phonétique, 19,
rue des Bernardins, 750005 Paris, de 14h30 à 16h) une copie du conte d’Isak
Tsey recueilli dans les circonstances dont on vient de lire le récit, le deuxième
semestre de l’année universitaire 1982-1983 a été consacré à la transcription,
l’analyse et le commentaire collectif de ce texte avec la participation de Niaz
Batouka et A. Tlich, locuteurs abzakhophones, Pierre Dréan, René Gsell et
Marc-Yves Lautrou, la version définitive a été élaborée par C. Paris et
réexaminée lors d’une dernière réunion du séminaire
Kole-Patsitse, le héros de ce conte, n’est pas un inconnu, ni des
Caucasologues, ni des locuteurs actuels de la langue, tels N B. et A.Tl., qui ont
vu, dans ce nom de Kole-Patsitse, un nom propre ordinaire d’un seul tenant qui
ne nécessitait donc, pour eux, aucun commentaire Le Dictionnaire Abzakh (en
préparation) que nous avons établi avec N B. contient cependant un nom
propre masculin Patse, et N B. lui-même indique, à la p 20 de sa thèse de 3e
cycle intitulée Les préverbes abzakh (dialecte tcherkesse occidental) (soutenue
en Sorbonne le 2 Juin 1983, 449 pp ), une tribu occidentale à Quneytra qu’il
appelle les Patsits. D’un autre côté, q"ale (ou q"'ale) qui, pour N B , est un nom
générique désignant toute espèce d’oiseaux rapaces, entre dans la composition
du mot q°'ele z (où za est l’EC «vieux», «grand», «vilain», «redoutable» qui
peut prendre, selon le contexte, d’autres nuances sémantiques): c’est le nom du
corbeau. Les différents dictionnaires de l’adyghé littéraire contiennent les mots
et les définitions suivantes - DAd L et DAd IL q°elebzaw «oiseau»: tame zay'ew
babarepsewasheme afa'°e «on le dit des animaux volants possédant des ailes»,
(felez «corbeau», «corneille». q°elebzawme as as' «appartient à l’espèce des
oiseaux»; avec les exemples, q^elezar q)'ay-qoay a'°eze maÿ'eAe corbeau crie
koar-koar», et q°elezam cetzaye'/er yeha «le corbeau emporte les poussins»
(d’où la définition de N B. pour qu'aie en abzakh)
Le DQ donne les mots q°'ay «corneille», q°'ale «choucas» et q°'elebzav\
«oiseau sauvage».
Selon le DE de A K. Chaguirov (art 750), qa'elebzaw/q°elebzaw est la
dénomination commune de toutes espèces d’oiseaux sauvages, où bzaw désigne
les «petits oiseaux» et/ou le «moineau», et où q°'ale!q°ale (toujours lié à un
autre mot) entre dans la composition du lexème occidental q°ele z: «corbeau»
ou «corneille», indifféremment. L’élément oriental-occidental commun q°'elq°e
est analysé, par G.V. Rogava, comme étant le mot radical, -le comme un
GSELL, TSEY. PARIS, BATOUKA, TLICH. DRÉAN ET LAUTROU
255
suffixe figé Le mot est comparé à géorgien mingrélien k'vcaria
(<q’waria) et à laze q’waozi «corbeau»
Etant donné le rôle joué par le héros dans le récit, N B interprête q°'ale dans
le nom propre q"'ele-Pacayce, ni comme «rapace», ni comme «oiseau» ou
même «corneille», mais comme «corbeau», oiseau qui symbolise pour lui la
ruse. J’ignore cependant s’il s’agit là d’une interprétation qui lui est propre ou
d’une représentation courante dans la culture tcherkesse
1.3.Abréviations, définitions et sources
A . Classe prédicative A. monoactancielle, du type k°'e «aller, marcher»
Adv . . ar.-t A. Tl B Adverbial .arabo-turc .. . A Tlich . Classe prédicative B., biactancielle, du type re ne «lui donner un coup».
C . .Classe prédicative C, biactancielle, du type «le voir>>
Conj D Conjonction. Classe prédicative D , triactancielle, du type ic./a «le lui donner»
DAd DAd. I .Dictionnaire de l’adyghé littéraire Khatamov, A A., Kerac hfva, Z L, Tolkovy/ slovarj advghejskogo jazyka (Dictionnaire raisonné de l’adyghé). Ad Knizn. Izd , Maïkop, 1960
DAd II .. Chaov, J.A, Adyghejsko-russkij slovarj (Dictionnaire adyghé-russe), Maïkop, 1975
DE Chaguirov, A K., Etimologiceskij slovarj adyghskikh (cerkesskikh) jazykov (Dictionnaire étymologique des langues adyghées (tcherkesses)), Izd Nauka, Moscou, 1977, 2 vols
dq Kardanov, B M , Kabardinsko-russkij slovarj (Diction- naire qabarde-russe), Gos Izd Inostr i nac slovarej, Moscou, 1957.
E ... Classe prédicative E., monoactancielle à préverbe, du
EC type q'e ka'e «venir». Elément Central Un Elément Central est défini a) du point de vue distributionnel, en s’opposant aux Eléments Périphériques qui, selon leurs fonctions, peuvent le précé- der ou/et le suivre, b) du point de vue fonctionnel, comme pouvant être noyau prédicatif, c) du point de vue séman-
EC. I. ... EC. La EC. I.b EC. III. ... Edisc tique, comme étant un lexème .. . Elément Central de catégorie I ou «nominal» Elément Central de catégorie I a ou «substantif» Elément Central de catégorie I b. ou «adjectif» Elément Central de catégorie III. ou «verbe de procès» Elément discontinu
256
PATSITSE-LE-CORBEAU, CONTE TCHERKESSE
Empr . . Emprunt
EPpostEC Elément périphérique post-radical (voir la définition sous
EC ), ou «suffixe»
EPpostECc(omp) . Elément périphérique post-radical composé
EPpostEC dise Elément périphérique post-radical discontinu
EPpréEC Elément périphérique pré-radical (voir la définition sous
EC ). ou «préfixe»
EPpréECc(omp) Elément périphérique pré-radical composé
Expr Expression
I Ts . Isak Tsey
Loc Locatif
NB ... Niaz Batouka
p(ers ) . . personne
Pl .pluriel
pos . . position
postpos . postposition
Pr é Prédicat d’état.
Pr pr Prédicat de procès.
sg singulier
synt syntaxique
t ..turc
2 LbTEXTE
2.1 q°'ele-pacayce, le texte en tcherkesse
1 ne.pe.K m c'e za xebar-gfe (r)e q’a s° /e.s ’°e.s.t.
2 . za "e.le-c'a.k°'-g°e.(re)m q°'ele-Pacayc' s.c'ay2
3 y.a ne.re-y a te.re1 3a.de.vv a ya s;0’e.w4 sa ta y5
4 . a.ha.yb y.a.wane yac'ayay1.
5 zada k°'e re r.ay a.s'e re.r ay8 a.ma.i'e z ew /sale m/9 a./e ta y
6. za.ma.fe-g°e.re m y.a ne r ay'°a.y «q°'ele-pacayc10, ya te m ko’<?y",
pxe.n.c'a.pxe.'a.p'e12 q'a.t fe.h ,13
7. ma x°a.ï a x°a.me14 ta pxe n.c'e.n ew »
8. «t/e./’a.ba16 ! s ey n17 ! q'a (p.)/<? s.ha.s.l18» a '°a.y ya te.m k°'a ye.
9. ya.te m ya.c' ay, (f’a.she "a.b-g°e.(re.m'y \enew, z.e c'a A-°'a.m.ay19 sa 'a
a.Xe’fa s rts y, ye.pka.n ew de.k°'eya.y20
10. za.de.k°'a.ye.m ’fa.say, ya./’e.g0 a ma./’e ta z.ew ye ya y.
a d.r(e).a.bŸ>a m
11. ses.ay ma.fa y21 k°'a ye
12 ps.ay za.psa ne °’a z-g°e (re).m22 '°a-fe.k ha y23.
13 a.^pie.w24 (za)da y.ste.y â r25 pxe.n c'apxe.ye r q'a.r ay -
wa.ps'a n ew26 a d.ey a ye.'a Â.ay ye saya y27.
14 '/.es ew psa ya.ye.t ay28
GSELL, TSEY, PARIS, BATOUK.A, TLICH, DRÉAN ET LAUTROU
257
15. ye-r° a ne y>eS29 maq'e za ze/e.y./a.m30, q'a z e was'a m, yanazk°ap
(f'a.she.''a.ba.m q°'e.s.ye.vi zey Âe/’a.m fa.dei w) sana ye
16. z(e:r).a.wa.bata (s:)ta.r31 z ey.s’e.m z ay ye save.pc'a.y32
17. a.she.c’e.re m33 yana z.me34 a.wa.èa/.ay y a.wane a ha y35
18. fe.Àa.za.y.
19. z.e.fe.Àa.za.m, saye-be.t.ew, yana z.me a.'°a.y. «ma "e.le-e'a k°'a.r na ce pe
za.saye.re m36 ta wa c'a si».
20. 5e53.ni ye nef .w) yana.z-g°e.(re.)m a.ya.s°'a y, p xate p.ay.h.ay - n ey was a
fe.de.m a.wa.c’a.n.ew37 - z.ey ye.'a Âa.m, - q°'ele-pacayce saye-be t ew, -
saye.pc’.a z.ay.s'.ay -, c’a.s°e.m de.k°'e.yay yana.z me a sa f, psa z°e
q’a.i'a.r.ay.c'e.n.ew38.
21. cf’ele-pacayce saye.pc' a fe.de z ay.s'.ay - ce ta.k°a.m za pxe.teq'e.z-g°e( r)e
de.k.l.ay39 - ya.j'er.e(w) za'sa saye re.m "a y A ha y40 ye z c'etakaam
k°’a.y de.waè°e.ïa y
22. yana.z.me sesa.m ye ne.w psa z°e.r cfa.r.a.c'a ya.y
23. pse.da.za.m q’a.z ej’.Ae.m41 - a.ye z°a y(e) me ashn.ew - q^'ele-pcicayce
"e.À!
24. «wallah-allah\» a.'°a.y «a.de' ma.fe.da.y z psa z°e . (. .) wa 5<?je.s°a y.a?
q0'ele-pacayc\9.>> z.ey.’°e.m.
25. «sa.saya y, x°a.s:t, fajiv42 ps'a.t'e q’a.se./ay, yac'ay fa be l'e k0' sa.pa.y
ne.h43’, de.f.a, de.f a, sa.reheta.y, sa.saya.y, the s°.ey ye pse w», a.'°a y,
«na.ce.pe.re.rn.ee».
26. ama a.y e.s'e.fa.y yanaz.me, ma.fe.da y.z psa.z°e q’a.r.a c'a ya ye m m ew r
ze(T.a)y.m.ye.z°a ye.r44'
27. n.ey.was.re.ses.m.ay45 «a.sa.fa.m46» a’°a.y «d.ye.saye.n za ses na q°’e m
ta.wa.c’a.sl.»
28. n.ey.wasa.re.sesa.m a.ye.fe À ha y yana.za r se.za.ye a.’a y a47 q’a z.ey he m
a.wa.c’a.n.ew, q’a.z -sa.ke.t ay
29. «A! yana.z'» a.'°ay, «se ÿa re-fe de.re4'9 ye ne.w s.ey.ne tx°a.z°e-fe.be-
c’a.k0'*9 cf a.s-.fa.y .s'a.z.ay50 s.ay y a.ske.(s f)la.y.
30. s°e s°a.y ’.a? za g°e.(r)e q’a s° :fe.s'a.n.ew51 ?» z ey.'°e m
31. «q’a.t:/e.ma.5’.a52 x°a.n.a?» a.'°ay, «we na cepe.re.m.ce
wa.ta.y.he' a.ye.ba9!».
32. z.e.c'e.m53 tx°a z°e-fa.be cf(a).f a.s'.ay a.ye.skay.
33. fe.Xa.za.y.
34. z.e.fe.ka.za.m sesa.m ca.s°e.m de.k°’a ye.yay (deha) se za ye
q’a.X.a.’°a.n.ew a.ye.hezera.y, a.ha.y deha pxe teq'e.za.r q’a.h ay
"a.r.ay.ye.fe.X.ha.y54,
35. j.en-55, za:sa.5ax-(s:)ta.ye m d.ey.
258
36.
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38
39
40.
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PATSITSE-LE-CORBEAU, CONTE TCHERKESSE
sesa m ye ne w se za ye ye r q'a r.a.ja./.ay q’a/.a’u a(y), pxe.teq'e.za.m,
yana z ye.r q'.ay.he.n a z e.x°a m56 ye.z sa.y "e.ye A he.za.y
q'a.ze.(r e)j he ye w57 q'epka y58.
a ye s'e fa.'i Âe.s.ew: «ma.r deha ta.ho c’a ye ba9'» a.’üa.y59
«wa .vait'.s°a y a9 qa'ele-pacayc^» za.'°fm «sa.maAOj’e s°.a ,v°a.n a9
(de.y'0 ew sam....) ma.wane m t'e.k0' bza yye ye60 las.ye za s a ye.saya ye p
ah-*’1 V’a.s't, ,vua.s't, de y°.a, the sü vy.yepse H’62, sa.saj-a.y».
«wallah-allah\ sa tZ.e(w) c' a.p' e ma.q"'ele-pacavce'» a'°a.y, «m ay
j’e.t.s'e.n63 sa.'e p».
«a sa.ya.m» a.’°a y, «we q'e p ha ye.me we ha z q’a.z:t/e.p /a.ye m, ya.ca >
fe.f a ta x°a s’t.ep64 m ay »
jâ q'e.7. ~fe ta ye yana.za m apse.b.a d.a.ye.t'a.s ha y meza m r a.ye.ha y65
za.r a.ye.ha m ma.r sana ye y.a wane-ne.s.e a.ha za n ew.
cerez sag-g°e.(re.)m-d ey ray sa. A a y cerez.q°'a.tame qa wa.fa.y. «cerez
t'e k°' pa.c ay66 ska (m.ay) yanaz’» a ’°a y m ay
cereza m sa.ske-be t.ew61 cerez.q°'a tame(.r) z.ey w t’a.psam ma.r
pa ye.na.ye.w niez g°a.ze.g°a m aslan-gae (re.)m a.pse h.a da fa.y
r ay ha za y.
k°awe me c’.ay me, Zz°aH'e.me c' ay g°e(.m)68 aslana.r aye.stay
q'a.'a r.ay.ja y69.
q'a.7. 'a r.ey.ja.m deha qa.s'a y 'a y q'e k°'e za.y70
q'a z.e k°'e.za m yana z me (a ’°a y) «wallah-allah \ deha q'e k°'e za.y ma r1
aslan m.ay a.ska.yc p, ma.sta ye p71 ’
wa k°awe srta.y !» a ’°a.y, «sa d p.s’e s.ta.y9»
«wered s ’°e.s'ta.y, sa.txe srta.y, s.ay.ye.da d a z.e x°am»
deha «q'a z de p./a.ye.m ha z!» a.'°a y, q’a.r a.ta.y.
q’a.za r a.ta.m a pse.b a de.s.ew a.ha.za-be t ew yana.z.k°ap maz°e ze f a ^a,
'°a.t.ye w72 akey°a.y.
«a.de'» a.'°a.y, «wef s(a).q'e.ye.wac°.ay, m.ew s ey.ye.pk, ma maz°e-
za ja.re me'»
za.maz°e-3e de-z-g°e.(re.)m ye k°'a.A'a y «se.(ra)y q’e.saja.sl»73 a.'°a.y,
«maz°e»1‘l.
«(ma.r) b.ja n.a9» - «sa.ma 3 a ,v°a.s:t.ep» a.'°a y
maz°e.m ye k°'a.À'a y q'a.q°'e.ma.s ew75 y.a.wa.ps'a y, m ew, yana.z.me.
«m.ew, q°’a she.m ya."a.b.a',(’ k°ey-g°e (re.)ma.y c'af.ma y za.g°e(.re)
q°’e ta?» z ey ’°e.m
«q°’e ta.y, mewy, yana z.k°ey-g°e(.re) q°'e t, q°'ashem ya.”a.b.a,
,v°a.s t ep, he’°b> z a.’°e m
«ma.maz°e.r za.sa.ja c’e sa ma wa c’a.n ye w!»
GSELL. TSEY. PARIS. BATOUKA, TLICH, DRÉAN ET LAUTROU
259
61. «ye.ma(r/y a v°a za n77, ye 'a cf'a s7ie m ya ”a /’.a za <c7K wa ma 3a79,
a.r ne h wa ira c’a s ta y'» a ’°« 7.
62. «wallah-allcdd sa d ew A°’«.s:’e ma r, c'a k°' ew t et pka die r80,
m ew je da.\ za m ma maz°e r a 3a s°a s ta9»
63. ye t°'a ne a y rat y.ay81 a pse h a de y ew k°'e-he t ew \anazk°ap
z a.ye pc’a82, p.sa.m /e sa y
64. ye k°’a.A'a.y «s-e(ra)y zazye pc'as t» a’“a y maiawazam a pse b a
q’.ej' x ay, z.ay ye pc'a-be t.ew
65. yana z.me - deha z e a waz.a ya ha 7e y - a ye sane n.ew83
66. ye.t°'a.ne q°'eye.t’e k°' ( .. ) yanazme a a y/a 7a 7e t ay84 psa m
za.’a r.ay ye ba.ys5 q°’a\e(.r) /a y.2 ha 7
67 q°’aye(.r) /a.y.À ha y «s°a.q'a pA'» a'"a.y «may se ye c'e (s’)ta m86,
ma.maz°e.m psa q'a ze( .re) "e z ye sa (s:)ta m'»87
68. yana z.ye(.r) q.ej'/üa-be t ew q°'a\e q'astayS8 z.ey p'a t'a.m psa
qa."e sa y
69. a.ye.wa.^xde.ya 7e m fe.de w " ay yya za 789
70. deha Ae.s ew a ye.sana.ye y 3 a /’e.Au'a.m yana z ye.r
71. deha.ccha z!» a ’°a y a pse b a d a ye t'a s ha y a ha za-be.t ew, ia/ia z me pxe
q’.a ha a.ye.sa.n ew
72. «Ae’°! q'e ye.wad’.ay, m ew, z e'» a '°a 7, «pxe m.ay90 q'a z(e r) a ha re r
p.Âey°a re ba9'»
73. «sa d p s'e (s .)ta.r9» z.ey ’°e.m «w ew dde» a'°ay «c'a pse ce m ew
ma.meza r q’e.s°a.pxa.h\r>
74 «he q'e.ta.pxa.he s .t?»91 za.’°e.m «ze.waz.e» a’°a y «q' a\ s./xa n a92,
s.a.'a b. a93 ya.z.ye.y°e. Zie.n.a, za ler.c’e s ha n a94, 11 ew dde, k°eya m,
75. s'a.ma.fe.m ye ne.w d ye.sa (s :)t ne h95, m.ay ma f-q'e.s e za saga re-a de re
p.h.ew wa.sa.'e s°a.(s )t ep.»
76. «ye.ma(r);ÿ.a ,Y°aza.n'» a '°a 7, «a.s t ew ps.'a v°a.(s-)tep, a meza.r
ze.waz.e ”e p./xa.n ew ya .x°a (s )t.ep, a.r ze.waz.e te taye.ye.p» a.’°ay
77. ye.ra.Y°.c'e96 a y '°.a.sa.za.y.
78. ye.t° ’a.ne deha a.psé b.a q’.ay.ye t'a s ha.y a.ha n.ew r ay ye za y
79. yana.z.me a.’a.ème psa.ye r97 a.rap/a.ye.w98 q’ a ha-be.1 ew
z ey.Aey°a.m-
80. «q'e.ye.wac°a.x, mew'.» a.'°a.y, «ma./'e.A°'a.m’99
81. se mapsa ne.r» a.'°a y «ze waz.e q'e s fa.he n.za, ze.w jâ ze.re..va t ewlüO
s a.’'a.b a ya.ï.ye ’fe.k he n.za, k°eya m s ha (s )t ne.h» a.'°a.y
82. «m ew.s t.ew ma.f-q’e.se pxe cay me a-ra/ew s° ey.5°e.soa s .t.ep m.ay,
x°a.s:t.ep» z.ey.'"e.m
83 «ye ma(r)3 a x°a.za.n'» (a.’°a.Y) «ma.r yana.z.k°eya bl e101 ze dray'02,
w ey.'e x°as'l ep, ye.ma(r);ÿ.a x°a.i.a n'»
260
PATSHSE-LE-CORBEAU, CONTE TCHERKESSE
84 a sa -fa ni, «lana z, niai r) q'a z de p /e m ha z1» a '"a y
85 cf'ele-pacaice a "a ha q’a r ai ye /'ci A ha y \ana za m y a nane-ne s e
q'a sa y
86 y a wane-ne s e q'a z ey se m i u us y r </ la y k°awe ye r a ye za y, k"eia m
de s ye r ay 103 A “ait e w r a ye ici y 104
87 «laz/azar he k°eism q'epsï/79 taysAa(s)t, t ay ->ia c'a (s )t ' » a '"e
z.e v*’a m105
88. «yaa' t ay ska s t ep .sait' z ei s°a m ye yet p'» 106 i ci ne re-i ci te re
a r ay '°<7 7
89 ye rci 7e c'e zayaa./ay, iianem q’ai ha y t'a sa 7e107, ci hct 1 ita/jemay
j-a.ma./e.w sesa m sane z.e v"a m, a '"ci y
90 «tv.ov dde, m ew c'a s°e m 108 q’ er s° ha y ay j<7 1 ana : ew
ta 11a c'a.ya 7e me y adaye.'fa 7e109, m ew p'ciste q’e s° s" ay de t ska s t»
z.ey '"e m
91. yana za.m za ze ye y.ya.m110 k°anie me c'a.va g°e( m) s’a y 'a y bza nam
fe de w meza.m ye.Aci.da y iana z me a ye Ae de za y
92. (f'ele-pacayca y y.a wane q' ay ne za y, psa.w ew, txe z ew 111 q’e.ne za 7
2.2. Traduction
1 . Aujourd’hui, je vais vous raconter une histoire
2 /Il y avait/ un enfant /qui/ s'appelait Patsitse-le-Corbeau
3 Ses parents le chérissaient beaucoup
4 . Cependant /voilà qu’/il était sorti de sa maison.
5 . Il était là, /parmi les gens/, sans savoir où aller ni que faire
6 Un jour, sa mère lui dit «Patsitse-le-Corbeau, va au jardin et apporte-nous
une brassée de plante à balai,
7 pour balayer si on n’a rien d'autre à faire
8 «D’accord, mère, avec joie, je vais t’en apporter» dit-il et il alla au jardin
9 . Il sortit du jardin et monta par derrière sur une colline qu’il aimait, même
enfant, pour regarder
10 Une fois monté, il s’égara et, n’ayant pas retrouvé son chemin, il descendit
de l’autre côté
11 II marcha des jours et des nuits
12. Comme il était fatigué, il se coucha à côté d’un (vieux) puits
13. Il mit la faucille qu’il avait prise avec lui pour couper les plantes à balai à
côté de lui et s’endormit profondément
14. C’est qu’il s’était beaucoup fatigué
15 Ensuite, lorsqu’il entendit des cris et qu’il se réveilla, et qu’il vit venir de
derrière la montagne un groupe de géants, il eut très peur
16 Lorsqu’il comprit que les géants allaient l’attraper, il feignit de dormir
17. Mais les géants l’attrapèrent et l’emportèrent chez eux
18 La nuit (venue), il se coucha pour dormir.
19 Quand il fut couché, pendant son sommeil, les géants dirent: «Ce soir,
quand il dormira, nous tuerons ce garçon»
GSELL. TSEY. PARIS, BATOUKA, TLICH, DRÉAN ET LAUTROU
261
20. Toute la nuit, le géant le flatta, lui témoigna du respect — avec l’arrière-
pensée qu’il allait le tuer le lendemain — et, lorsqu'il eut couché Patsitse-le-
Corbeau, pendant que celui-ci dormait ou faisait semblant de dormir, un
des géants monta au grenier pour lui verser de l’eau bouillante dessus
21. Patsitse-le-Corbeau fit semblant de dormir — il y avait là, dans le coin une
grosse souche — il la mit à l’endroit où il devait dormir et lui-même alla se
placer dans le coin
22. Les géants déversèrent de l’eau bouillante toute la nuit
23. Lorsque le matin ils entrèrent (dans la pièce) pour le manger s'il était /bien
cuit, Patsitse-le-Corbeau était (toujours) là'
24. «Mon Dieu, mon Dieu!» dit le géant «tiens' (avec) autant d’eau bouillan-
te. . As-tu pu dormir, Patsitse-le-Corbeau9'» qu’il a dit
25. «J’ai dormi, d’accord, mais j’ai transpiré, puis j'ai eu aussi un peu chaud,
mais c’est tout, c’est bien, c’est bien, j’ai été à l’aise, j’ai dormi, merci à
vous pour cette nuit».
26. Les géants étaient très étonnés du fait qu’après avoir reçu tant d’eau
bouillante, il ne soit pas cuit'
27. «Alors» dirent-ils la nuit suivante, «nous allons l’endormir et nous le
tuerons à minuit»
28. La nuit suivante ils le couchèrent, et, lorsque le géant entra dans la pièce
pour le tuer, Patsitse-le-Corbeau bondit de sa couche et dit
29. «Ah! géant! Vers cette heure-ci ma mère me préparait toujours un peu de
beurre fondu et me donnait à manger
30. Y a-t-il quelque chose que vous seriez capables de faire?» a-t-il dit
31. /Celui-ci répondit / «Existe-t-il quelque chose que nous ne soyons pas
capables de faire9 N’étais-tu pas, cette nuit, notre invité9'»
32. Us lui préparèrent sur le champ du beurre fondu chaud et lui donnèrent à
manger.
33. Il se coucha pour dormir.
34. Lorsqu’il fut couché, ils montèrent, la nuit, au grenier et se préparèrent à
lui lancer des couteaux, mais il prit de nouveau la grosse souche et la mit
dessous,
35. là, à l’endroit où il dormait.
36. Toute la nuit, les géants lançaient des couteaux d’en haut, les enfonçaient
dans la souche et, lorsqu’ils s’apprêtaient à entrer dans la pièce, lui-même
courut et se recoucha (à sa place)
37. Dès qu’ils entrèrent, il ouvrit les yeux.
38. Ils s’étonnèrent fort: «N'aurions-nous encore pas tué celui-ci?!»
39. «As-tu pu dormir, Patsitse-le-Corbeau?» dirent-ils; «Comment n’aurais-je
pas pu dormir? (. ..) Mais il y a, dans cette pièce, quelques puces et elles
m’ont empêché de dormir.
40. Mais ça va, ça va, c’est bien, merci à vous, j’ai dormi.»
41. «Mon Dieu, mon Dieu, que ce Patsitse-le-Corbeau est affreux» — dirent
les géants — «on ne peut rien contre lui».
42. «Alors» — dirent-ils — «c’est toi qui l’as apporté, rapporte-le donc là où
tu l’as pris, de toute façon, nous n’en viendrons pas à bout»
43. Ainsi, ils le mirent sur les épaules du géant qui l’avait trouvé et ils le lui
firent remporter dans la forêt
262
PATSITSE-LE-CORBEAU. CONTE TCHERKESSE
44. (Alors), Patsitse-le-Corbeau eut peur qu’il ne le rapportât jusque chez lui
45. Il le conduisit auprès d’un cerisier, en recourba une branche et lui dit
«Cueille quelques cerises et manges-en. géant'»
46. Pendant que le géant mangeait des cerises, il laissa échapper la branche du
cerisier à laquelle le garçon était accroché, celui-ci tomba, au milieu de la
forêt, sur le dos d’un lion qui l’emporta.
47. Criant et hurlant sans cesse Patsitse-le-Corbeau effraya le lion qui le
désarçonna.
48. Lorsqu’il fut désarçonné, il s’enfuit encore cette fois-ci et revint
49. Lorsqu’il revint, les géants (dirent.) «Mon Dieu, mon Dieu, il est encore
revenu' Le lion ne l’a pas mangé, et il n’y a rien eu du tout!»
50. «Tu criais!» — dirent-ils — «qu’est-ce que tu faisais?»
51. «Je chantais, j’étais content, pendant qu’il me transportait si vite.»
52. Derechef. « Remporte-le là où tu l’as pris ! » dirent-ils (au premier géant) et
ils le lui donnèrent
53 Lorsqu’ils le lui eurent donné, et pendant que le géant le remportait assis
sur ses épaules, Patsitse-le-Corbeau vit un groupe de géants en train de se
lancer des pierres, au bord (du chemin)
54. «Hé'» — dit-il — «toi' arrête-moi là et laisse-moi regarder ces lanceurs de
pierre ' »
55. Ils s’approcha d’une énorme pierre et dit: «Moi aussi, je vais lancer une
pierre »
56. «Tu as l’intention de lancer ça9» — «Je le veux absolument» — dit-il
57. Il s'approcha de la pierre, et, pas plus grand que celle-ci, là, il demanda aux
géants.
58. «Derrière cette montagne là-bas, y a-t-il un village ou des hommes9»
59. «(Oui,) il y en a, là-bas, il y a un village de géants derrière la colline, non',
ça ne va pas!» dirent-ils.
60. «(C’est) pour ne pas les tuer lorsque je lancerai cette pierre».
61. «Pour l’amour de Dieu, laisse-la par terre, ne lance rien derrière la
montagne, tu les tuerais sûrement'» dirent-ils
62. «Mon Dieu, mon Dieu, qu’il est fort celui-là, qui pourtant nous apparaît
petit, est-ce qu’il pourra lancer cette pierre à une telle distance9»
63. Ensuite, l’ayant enlevé de là, pendant qu’ils avançaient, Patsitse-le-
Corbeau assis sur les épaules du géant, ils virent un groupe de géants se
baigner dans l’eau
64. Patsitse-le-Corbeau s’approcha et dit: «Moi aussi, je vais me baigner», il
descendit de l’épaule de ce géant et, pendant qu’il se baignait
65. les géants essayèrent, encore une fois, de lui faire peur
66. Ensuite, comme il avait un peu de fromage qu’il avait pris aux géants, il
plongea sous l’eau, emportant le fromage
67. Il l’y enfonça et dit «Regardez ce que je vais faire de ça, comment je vais
faire couler de l’eau de cette pierre'» et il plongea la main (sous l'eau).
68. Et, pendant que les géants regardaient, il prit le fromage et, lorsqu’il le
serra, l’eau s’en écoula
69. Il le jeta comme s’il l’émiettait.
70 Alors, il fit de nouveau une grande peur aux géants
GSELL. TSEY. PARIS, BATOUKA. LLICH. DRÉAN ET LAUTROU
263
71, De nouveau, ils dirent «Remporte-le1» et ils le mirent sur les épaules du
géant et, pendant que celui-ci le remportait, (voici que) des géants
apportent du bois pour le brûler
72 «Non ' Arrête-les là un moment» — dit Patsitse-le-Corbeau — «ne vois-tu
pas de quelle manière ils apportent là du bois9'»
73. «Que vas-tu faire?» — dit le géant, «Là-bas» — répondit-il — «ceinturez
cette forêt-là avec une corde'»
74 «Pourquoi la ceinturer1’» — demandèrent les géants, «J’arracherai les
arbres tous ensemble, puis je les mettrai sur mon dos, et je les emporterai
d’un seul coup, là-bas, au village,
75. nous les brûlerons pendant tout l’hiver, ça vaut mieux, tu ne pourras pas
vivre ainsi, en emportant chaque jour un arbre puis un autre»
76. «Pour l’amour de Dieu'» — dirent les géants — «Tu ne peux pas agir
comme ça, tu ne dois pas, non plus, arracher la forêt entière, elle n’est pas
toute à nous» et
77. il l'en éloignèrent avec peine
78. Ensuite, le géant le mit de nouveau sur ses épaules et se mit à l’emporter
79. Ayant vu des géants portant des récipients pleins d’eau attachés sur leur
dos-
80. «Arrête-les ici ' — dit Patsitse-le-Corbeau
81. «Moi, ce puits, je vais piocher tout autour, puis je vais le mettre d'un seul
coup, tel qu’il est, sur mon dos et je l’emporterai au village, ça vaut mieux,
82. sinon, vous ne pourrez pas en boire ainsi, en la transportant chaque jour
dans des tonneaux de bois, ça n’ira pas» dit-il.
83. «Pour l’amour de Dieu'» (— dirent les autres —), ceci est la propriété
commune de nos sept villages de géants, pour l’amour de Dieu'»
84. «Géant! Remporte celui-ci là où tu l’as pris!» dirent-ils alors et
85. le géant mit Patsitse-le-Corbeau sur ses épaules et l'emporta bien jusqu'à sa
maison.
86. Lorsqu’il l’eut conduit jusqu'à sa maison, la mère et le père de Patsitse-le-
Corbeau se mirent à crier, et tous les habitants du village se mirent à crier
(eux aussi)
87. «Pourquoi as-tu amené le géant au village9'» — répétaient-ils — «Il nous
mangera, il nous tuera'»
88 «Aa' Il ne nous mangera pas, allez' Ne vous en faites pas!» dit Patsitse-le-
Corbeau à ses parents
89. Le géant se plia et entra avec peine dans la maison où il s’assit, très à
l’étroit, la nuit, lors qu’il avait (déjà) peur, (il entendit Patsitse-le-Corbeau
dire)
90. «Là, descendez de ce plafond-là la viande fumée des géants que nous
avions tués, allez, préparez-nous aussi du gruau qu’on la mange avec!»
91. Le géant, ayant entendu cela, s’enfuit en criant et en hurlant, se précipita
dans la forêt comme un oiseau et rejoignit définitivement les autres géants
92 Quant à Patsitse-le-Corbeau, il resta chez lui, sain et sauf, et vécut heureux
264
PATSITSE-LE-CORBEAU. CONTE TCHERKESSE
3 Notes ali tfxtl
3 .1. Remarques générales
3 1 1. De caractère phonétique
a) /r/ La prononciation de cette consonne est très affaiblie chez I Ts.
notamment, dans l’EC I. b -g°e re «(un) certain», d’une grande fréquence,
d’où les écoutes [g°ee, g°e\, g“em] etc Ce phénomène est signalé dans
Blrsirov, «Yougoslavskije adyghi i osobennosti ikh reci» (Les Tcherkesses
de Yougoslavie et les particularités de leur parler), Annual of Ibero-
Caucasian Linguistics, VIII, Tbilisi, 1981, p 116-125 -r- interne disparaît
complètement dans une série de mots et d'expressions grammaticales
se.r.ay > [sey] (phrase 55), marÿ appel au secours, interjection > [wwj;],
ze r.a.wa bald.s ts r > [zawabatastar] (phrase 16), ze r ay m ye zua ye r >
[ze\myez°ayer\ etc Nous avons signalé ce phénomène, là où il a lieu dans le
texte, par des parenthèses
b) sk(e) EC. III. «manger» Contrairement au parler de NB , où ce groupe
consonantique suit, quant à son second élément, tous les autres dialectes,
aussi bien occidentaux qu’orientaux sy(e) ou sy(e), le parler de I Ts se
caractérise par le passage de la fricative vélaire à l’occlusif [A] qui ne fait pas
partie de l’inventaire phonologique de ce parler. La forme sk(e) est
caractéristique du dialecte abzakh et ne concerne que certains de ses parlers
c) deha «encore», du turc daha, est prononcé avec une pharyngale au lieu
d’une glottale par rapport au parler de NB
d) Il faut ajouter la prononciation tout-à-fait curieuse de l’initiale bilabiale
dans le nom propre de Pacayce à certains endroits sur la bande magnétique
(mais pas partout), où au lieu d’une bilabiale sourde on entend tantôt une
sonore [6], tantôt encore une sorte de consonne «douce», entre [y] et [6], ce
qui n’est caractéristique, à notre connaissance, d'aucun dialecte ou de parler
tcherkesse II pourrait s'agir d’un «emprunt» au dialecte chapsough ou au
bjedough qui distinguent trois séries d’occlusives sourdes, aspirée, glottali-
sée et «forte» (ou non-aspirée et non-glottalisée), l’initiale de ce nom propre
serait une consonne «forte» /pp/ dont les traces seraient maintenues ainsi
dans le parler d’L Ts. (voir cependant 3 12c)
3.1.2. De caractère grammatical
a) L’abzakh d’I Ts garde, par rapport au parler dp NB , la marque «brève»
des possessions inaliénables et de la 3Ü position syntaxique des prédicats de
procès à l’initiale phonétique absolue des troisièmes personnes, /a/ singulier
et /a/ pluriel, de même que la marque du pluriel devant préverbe, contraire-
ment au parler de NB où les possessions aliénables et inaliénables sont
confondues à la 3° personne - y a- sg et ya- (ou, plutôt, j a-) pl
b) Contrairement au parler de NB., mais suivant en cela le dialecte c'emg°a\
(tchemgouy ou kémirgoy ou témirgoy) ou encore l’adyghé littéraire, l’indice
de la 3° personne du sg ya/ay en 3° position syntaxique tombe dans le parler
d’I Ts. lorsqu’il est immédiatement précédé du préverbe directif q'(e)-
«vers soi-même», q'a.h.ay au lieu de q’a y h.ay (NB et tous les autres
GSELL, TSEY, PARIS, BATOUKA, TLICH. DRÉAN ET LAUTROU
265
dialectes) «lui, l’ayant apporté» (phrase 34), c/’a im fa y au lieu de
q’a.y.wa.fa.y «lui, l’ayant penché» (phrase 45), q'a.sta y au lieu de
q’ay sla.y «lui, l’ayant pris» (phrase 68), q'a sa y au lieu de q'a r sa y «il l'a
amené» (phrase 85)
c) Le morphème du futur -s t (et élément de l’imparfait -s ta ye) des dialectes
occidentaux (à l’exception du bjedough), est prononcé tantôt avec, tantôt
sans la chuintante sourde ///: -t et -ta.ye Dans les 32 occurrences de ces
morphèmes dans le texte, la forme -s t prédomine (21 occurrences) sur la
forme en -t (11 occurrences) -t étant un morphème caractéristique du
dialecte bjedough (phonétiquement une «forte» -//), il faut supposer, dans le
parler d’I. Ts. une influence de ce dialecte, avec assimilation de //// à ji 11 /
selon les possibilités distinctives de l’abzakh Chaque fois qu’l Ts emploie
cette forme dans le texte, l’élément chuintant est néanmoins transcrit entre
parenthèes: -(s )t
3.1.3. Autres remarques
a) De l’adverbe ye.t°'a ne (forme dans le parler de NB.) «ensuite», également
d’une grande fréquence, la bande magnétique semble contenir trois phoné-
tismes: [al°'ane] (phrase 15), [yat°'ane] ou [yaf'ane] (phrases 63, 66 et 78)
Aucun des participants à la transcription n’ayant pu bien distinguer ces
occurrences, nous avons adopté et généralisé la forme des parlers de NB et
de A. Tl. : ye.t°’a.ne
b) C’est le même phénomène qui s’était produit pour l’interjection marj en
contexte, entendue comme [yama(r)^a] (phrases 76, 83), [yama( r)^a]
(phrase 61) et comme [yema(r)^a\ (phrase 83) C’est cette dernière forme,
qui est aussi celle préconisée par NB et A Tl, qui a été retenue et notée
pour l’ensemble du texte.
c) Les trois degrés démonstratifs sont exprimés, en abzakh (de même qu’en
tchemgouy), par les morphèmes ma- «ce- ... ci», m en- «ce- là» et ci- «ce-
... là-bas». Dans certains dialectes, comme le chapsough, la marque du
degré intermédiaire est cependant wa-, w.ew-. Pour ce degré, I Ts emploie
deux formes de locatif: m ew d(d)e et w ew.d(d)e «là-bas» (cf. phrases 63,
66 et 78), apparemment de même valeur Dans la transcription, nous avons
gardé les deux formes
d) La postposition -he.t ew «pendant (que)», avec une sonore initiale, est une
forme chapsough En abzakh de NB. (et dans les autres dialectes occiden-
taux (sauf peut-être en bjedough?), l’initiale est une bilabiale sourde.
-pe.t.ew, du pr é. pe{ 1 ) ta(2) «être debout, situé(2) devant(l)» mais aussi «le
surveiller, le garder», déterminé par la marque d’état ~(e)w «lui) étant situé
devant», «(lui) le surveillant, gardant» On peut concevoir, à partir de ce
prédicat d’état et son sens «primaire», le transfert, métathétique et gramma-
tical, vers une «postposition» (c’est-à-dire une expression qui ne varie plus
selon les personnes) à sémantisme «pendant»: cf NB. saye-pe.t ew «pen-
dant qu’il dort», sa.saye-pe.t.ew «pendant que je dors», mais *saye
sa.pe.t.ew ou *sa.saye sa.pe.l ew.
e) Les endroits peu ou mal audibles sur la bande magnétique sont signalés par
des parenthèses dans la transcription.
266
PATSITSE-LE-CORBEAU, CONTE TCHERKESSE
3.2 Notes au texte
1) Sans voyelle ouverte finale, sorte de citatif/vocatif
2) a.c'e ya y passé antérieur sur la bande magnétique, non justifié par le
contexte narratif NB et A Tl. exigent le passé -y(e) • a.c'a y
3) Réunis par le morphème conjonctif/fréquentatif/duratif -re les syntagmes
y.a ne «sa mère» et t a te «son père» expriment la notion générique de
«parents»
4) $a.de.w a ya.s?'e.w la prononciation de la semi-voyelle bilabiale -h en
position finale est également très affaiblie, entre $a.de h et a ya sa'e h c'est
une sorte de friction pharyngale qui signale la présence d’un élément
consonantique [jada£ayas°'a], en finale de g ya.s°'e.w la fermeture glottale
après /s°7 semble être maintenue sur une durée inhabituelle et le relâche-
ment se produit très brusquement, d’où l’impression d’une voyelle fermée
[<?]•
5) sa.ta y «il était, fut», au singulier, NB rétablit, d’une part, le pluriel -y(e)
et suggère l’emploi, d’autre part, du morphème -y e/-ey du passé, synonyme
de -ye mais stylistiquement plus marqué: sa.t ey.y.
6) she.y ou a she.y dans le parler de NB.
7) Le passé antérieur est accepté ici par les deux abzakhophones
8) Formes de relatif présent, bien que le prédicat principal soit au passé, sans
doute à cause de ya ma s'e z.ew «lui ne le sachant plus» où le morphème
-(e)w exprime un état, NB. et A Tl. préconisent, pour une meilleure
concordance des temps, za da k°'a.y a.s'a.y, formes relatives sans marque
temporelle, en valeur sémantique de passé. NB a accepté cependant, en fin
de compte, les deux formes
9) sale m est ajouté par NB. et A Tl.
10) Chute de la voyelle ouverte finale' impératif/vocatif.
11) k°'a.y. forme impérative (sans l’indice de la 2° pers du sg ) de k°’e' «va1»
suivi de la conjonction -yal-ay «et» où la voyelle [a] en métathèse se
substitue, tout en l’absorbant, à la voyelle finale de l’EC. + >
k°'a.y Le découpage morphologique indique que l’EC. est à finale
vocalique ouverte.
12) ’a p'e ou ’a p°'e où 'e est l’EC «main» et où -p’e et -p°’e sont des avatars
phonétiques de *-pq'e «lieu, endroit»; «gerbe» et/ou «bagage» NB
préfère cependant ’ap'e pour «gerbe», «brassée» (k°e c.’a.p’e «gerbe,
brassée de blé» et meq°’.'a p'e «gerbe, brassée de foin»), mais 'a p°’e dans,
p ex , wane ’a p°’e (où wane «maison»): «l’ensemble des objets apparte-
nant à la maison». Il y a là peut-être l’embryon d’un processus par lequel
*q'epq’e se scinderait, par un passage phonologiquement non significatif
de *pq’e à p'e ou à p°’e, en deux paradigmes sémantiques différents selon
les référents que l’on peut effectivement «embrasser»- 'a.p'e «brassée,
gerbe» qui tient, en effet, dans l’espace des deux bras, et ceux qui sont trop
volumineux pour cela, en passant par ’ap°’e «bagage», mais aussi «un
ensemble d’objets volumineux». Peut-on parler, à ce propos, d’une valeur
phonique symbolique de la labialisation qui, du point de vue articulatoire,
forme un volume buccal plus important que la simple bilabiale?
13) Absence de la voyelle finale -a. marque (ici, redondante) de l’impératif
GSELL. TSEY. PARIS, BATOUKA, TL1CH, DRÉAN ET LAUTROU
267
14) nü x°a z a xaame, expression bâtie autour de TEC III v°<? «être»,
«devenir», où ma- est le préfixe négatif des formes non-finies, -za le suffixe
itératif-réparatif-définitif, ici, en valeur définitive, et -me est la conjonction
hypothétique «si», mot-à-mot «s'il advient qu'il ne sera plus», à interpré-
ter comme «s’il arrive qu'il n’arrive rien» > «s’il n’y a rien d'autre à faire»
15) -n cir: la combinaison du morphème du futur intentionnel/nécessaire -n et
de la marque d'état -(e)w («étant dans l’intention») sert à exprimer le but
«pour balayer». (La marque de pluralité -ye peut s’intercaler entre -n et
16) -ba suffixe interrogatif négatif Bien que ce suffixe soit traité, dans
certaines descriptions grammaticales, comme exclamatif, il contient tou-
jours, dans quelque contexte qu’il apparaisse, un sémantisme négatif. Cf
les contextes suivants, fournis par NB. et par A. Tl
k°'a.y a? «est-il allé?», «est-ce qu’il est allé9» mais k°'a ye ba'1 «n’est-il pas
vrai qu’il est allé9», «n’(y) est-il pas allé?»
sa.k°'a ye ha 7 a Ae/’a ye ba 1 «n’(y) suis-je pas allé9 Ne l’ai-je pas vu9»
— Parayz a adaga bze sa r a ya ,ÿe me sa.da m h1 ay ya s'e re'1
— «Comment as-tu appris qu’on enseigne le tcherkesse à Paris9» (ou, plus
exactement, «Qu'est-ce qui te fait savoir s’ils enseignent le tcherkesse à
Paris9»),
— sa.k°'a ye.ba za sa.r a ya ÿ>e re m?'
— «Ne suis-je pas allé là où on (ils) l’enseigne(nt)9'»
Dans l’expression de.f'.aba, s ej n!9 la nuance exclamative semble
l’emporter car il ne s’agit pas là d’une question, la nuance à la fois
interrogative et négative de l’expression pourrait être interprétée par la
paraphrase' «n’est-ce pas une bonne idée'9», d’où la traduction «avec
joie» (analyse suggérée par M -Y L )
17) s.j a.n dans le parler de NB. de yj a ne «ma mère», s.e) ne étant une
forme orientale, la voyelle ouverte finale tombe dans les deux parlers
abzakh, cette chute confère au syntagme un sémantisme impératif/vocatif
(cf. également la phrase 24).
18) q’e s.ha.s t «j’en/je l’apporterai» sur la bande magnétique NB. et A. Tl
exigent le préverbe fe- «pour»- q'a.(p )fe.s ha.s t «j’en/je l'apporterai
pour toi (-p fe-)’, devant le préverbe fe- la marque de la 2° personne du sg
p- ne se prononce pas.
19) z(a)-.. -m- marque discontinue de relatif temporel dans les dialectes
occidentaux, «lors», «lorsque» Elle peut s’ajouter à tout EC dans les
condition^ suivantes, a) à tout EC du type I, II ou III avec apparition
d’un morphène -e- immédiatement avant l’EC et l’ensemble aura un
sémantisme de passé' 0.z.e c'a.k°'a.m «lorsqu’il était petit»,
0.z.e.sama.fe.m «lorsqu’il était malade», 0.zas.e.sam «lorsqu'il était
assis» et 0 z.e.x°a.m «lorsqu’il advint»; b) aux EC II et III. sans le
morphème préradical -e-, mais s’adjoignant le suffixe
conjonctif/fréquentatif/duratif -re qui confère à l’ensemble un sémantisme
de présent général/futur: 0.za.sa.sa.re m «lorsqu’il est assis en général»,
0za.xPa.re.rn «lorsqu’il advient en général» ou «lorsqu’adviendra» Cette
dernière forme est concurrencée par l’expression discontinue z(a)-. -ce
de même valeur, mais qui s’ajoute à des formes prédicatives non-présentes
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PATSITSE-LE-CORBEAU. CONTE TCHERKESSE
ou «pures», sans adjonction d'autres morphèmes — Si, dans les expres-
sions relatives de lieu, l’indice relatif a besoin d’un support préverbial
obligatoire — qui est donc sémantiquement «vidé» pour cette occasion (cf
k°eyam m.a.ka'e «il va au village» sans préverbe locatif, mais c»
za de k°'a ye r «le village là où il est allé») —, dans les expressions
relatives temporelles le morphème relatif n’a pas de support préverbial et
n’a qu’une obligation de place dans la chaîne syntagmatique
20) Dans la version de NB /«./e m yac'.ay q°'a she "a b-g^e re \enew
z e c'a k°'a.m ay C a ya Aeÿ'a.s ta ye m ye p).a n or de k°'e ya y l’ordre des
mots est changé et le prédicat ( yja ke-fa.s ta y est transformé en une
expression relative
21 ) Version de NB. a) za ses za ma fe k°'a ye «il a marché un jour et une nuit»
ou bien b) za ses.ay za ma /a v k°'a ye «il a marché tout un jour et toute une
nuit»
22) NB et A Tl. ne sont pas d’accord entre eux sur l’interprétation de cette
expression Pour NB. -za est l’EC. I b «vieux» et il traduit psa ne '"a z
comme «embouchure d’un vieux puits» Selon les règles de composition
cependant, le dernier élément étant le déterminant de tout le syntagme
précédent, l’expression devrait s’analyser comme ([/psa.ne/ '"<?].z) «vieille
embouchure de puits» Comme l’indique A Tl, «embouchure d’un vieux
puits» serait exprimée par la formule analytique psa.ne z-g°e.re m y a ’aa
Aussi, il ne s’agit pas, selon lui, de l’EC za «vieux», mais d’un morphème
-za (la différence phonétique entre /z/ et /z/ en finale sur la bande
magnétique est peu audible pour nous) qui signifierait «à côté de» et qui
serait identique au morphème -z de la postposition -dey z «chez», «à côté
de»: psa.'°a.z «(à) côté, au bord d’une rivière», '°a z «(à) côté, au bord
de la mer», et, de même, psa ne.'"a.z «à côté de l’embouchure d’un puits»,
psa ne.’°, sans le morphème -f, devant signifier «l’embouchure, le haut d'un
puits» (où l’on ne peut, évidemment, pas se coucher) Un tel emploi élargi
du morphème -z nous apparaît cependant ici la première fois, quant à NB ,
il ne le connaît pas
23) '°a.-fe 2 ha.y. Le préverbe '°a- est commandé, dans la forme verbale, par le
même élément, en fonction d’un EC L a , à partir de psa.ne.'0
24) -ew marque d’état, en tant que déterminant d’un EC I, — ce dernier étant
le terme déterminé d’une expression relative, — semble servir, en abzakh, à
détacher ce terme de son déterminant et à instaurer ou à conserver un
ordre de détermination du type postposé- De + Dl (cf. X'az «homme
vieux») Ce procédé semble s’être généralisé en abzakh face à l’ordre
D' + De: a.(za ).day.ste.ya.ye-'fapse.r, de même sens, et qui reste tout-à-
fait acceptable
25) 0.0 da ste y.â.r «ce qu’il avait pris avec» ; deux remarques sont à faire ici
1) L’indice 0 - du préverbe comitatif de- «avec» indique une troisième
personne du sg.: «celui(-r) qu’(0) il(->) avait(y.d) pris(s/e) avec(<7e-)
lui(0 )»; l’actant en 3° position syntaxique et l’actant préverbial étant en
coréférence, ce dernier devrait être exprimé par le morphème réfléchi za-
0 za da y.ste.y â.r «celui qu’il avait pris avec soi» Selon NB , cette forme
est, en effet, «meilleure», mais il accepte également la forme non-réfléchie
— 2) La voyelle [à] longue représente le morphème -ye du passé
GSELL, TSEY, PARIS, BATOUKA, TLICH, DRÉAN ET LAUTROU
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0,(za )da y ste ya ye.r, la concaténation de deux marques du passé expri-
me la notion d’un passé antérieur par rapport à l'événement placé dans un
passé ponctuel dans le récit
26) q'-dy w3.ps'd ou yawaps'a, pr. pr C «le couper», «l’abattre» Cette
variante de l’EC ps'(e) et de l’EC composé wa.ps'f e) s’emploie, selon les
deux locuteurs de la langue, pour les arbres ou les plantes, tandis que pour
le référent «herbe» on utilise le prédicat wa ps'e C (via c y a na ps'e «on
fauche, coupe l’herbe»), pour le référent «foin», le pr pr B yene
(meq°'a.m ye we.y «on fane le foin»), et pour le référent «céréales»,
«champ de céréales», le pr pr. C /a (mesa r y.a /a «on fauche les céréales,
le champ»), ya wa.ps’a contient deux éléments supplémentaires par rapport
à wa.ps’e' le préverbe va- qui apparaît ici avec son sémantisme locatif
désignant une «surface» et signale qu’en résultat de l’action le référent de
l’actant en 1° position syntaxique se retrouvera dans une position spatiale
horizontale «couchée», contraire à sa position spatiale innée ou normale,
«érigée». En deuxième lieu, la forme consonantique finale de l’EC indique
qu’il s’agit d’une action «extravertie»; cette affirmation est cependant
difficile à maintenir face au prédicat waps'e, on remarquera seulement que
l’EC. wa.ps’(e) a tendance à apparaître sous sa forme consonantique
chaque fois qu’il est précédé d’un préverbe locatif (cf. g°e waps'a C «le
couper d’à côté de», ye.wa.ps'a C/E. «l’entailler», dialecte de NB ). —
L’emploi du préverbe directif q'e- «en direction vers soi» est déterminé par
une situation générale du vécu et renvoie au gestuel de l’opération qui
consiste à couper des végétaux avec une faucille et qui s’effectue toujours
«vers soi». C’est ce gestuel, que l’on pourrait qualifier de «social», qui
s’exprime dans la généralisation — et l’emploi quasi obligatoire — du
préverbe q’e- dans ce contexte donné, même si l’énonciateur ne se substitue
pas, dans les autres formes prédicatives de la même phrase, à son héros
dont il relate les aventures (cf. a ye 'a A ay et non pas *q'a.y ye 'aAav,
Xe.saya.y et non pas *q'a.xe.saya.y).
27) xesaye, pr. pr. E. «s’endormir» Il s’agit du pr pr. saye de classe A
«dormir», «s’endormir», déterminé par le préverbe locatif «dans une
masse (homogène)». Le pr. pr A saye pouvant déjà exprimer aussi bien la
notion de «dormir» (’’e le-c’a.k°’a.r m e.saye «l’enfant dort») que la notion
de «s’endormir» (’re.le-c’a k°’a r saya.ye «l’enfant s’est endormi»), ce n’est
pas le préverbe /e- qui apporte cette nuance. xe~ peut exprimer, par contre,
grâce à son sémantisme de «masse», différentes autres nuances sémanti-
ques: a) celle d’une action involontaire. x°ama k°'e.r ye.saya y (A. Tl.) «le
gardien s’endormit (malgré lui)», sama.ÿ r xe-saya.y «le malade
s’endormit (par faiblesse, à cause de la maladie)», et, expressément,
sa.ma.s’a.xe.w sa.xe.saya.y «je m’endormis sans m’en être rendu compte
(sa.ma.s’a.xe.w)»; b) celle d’une action d’une durée excessive- sa.xe saya y
au sens de «je ne me suis pas réveillé à temps». Dans le contexte de la
phrase 13 et surtout dans celui de la phrase 14, /eJayay est donc à
comprendre et à interpréter comme «il s’endormit profondément (à cause
de la fatigue)»
28) -t.ay; conjonction de propositions (prédicats) coordonnées de sémantisme
passé; ajouté à un prédicat pourvu déjà d’une marque temporelle du passé,
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PATSITSE-LE-CORBEAU, CONTE TCHERKESSE
elle exprime une cause dont le prédicat à forme finie dénotera la
conséquence, -/ ay relie ici la phrase 14 à la précédente Le passé antérieur
-ya ye indique qu’«auparavant», «au cours de toutes ses aventures», le
garçon s'était beaucoup fatigué psa est, en effet, un prédicat de procès
29) Y’ega EC. III., Pr pr A «crier», dans, p ex "e le-c’a k°'a r m.e.y°ega
«l’enfant crie», ce qui ne semble pas concorder avec ce que l’on attend
comme expression pour des voix de géants. Pour NB et A. Tl , fega ne
s’emploie qu’avec le seul référent «enfant», voici une liste de «cris» et de
leurs expressions selon un référent donné - k°awe A. «crier» s’emploie pour
sad «âne», baze «renard», mais s’applique également à l’homme, ba.wa A
«beugler, hurler» (onomatopée) s'emploie pour sem «vache», sah «cerf».
taŸ’a z «loup», ’andaq’ «hyène», be^e.s «chacal», sa sa A. «hennir»
s’emploie pour sa «cheval», q'e.q'e A «caqueter» — pour cet «poule,
poulet»; he q°'a A «aboyer» pour he «chien», ps'e.wa A «miauler» —
pour ceta.w «chat», ’°eya A «bêler» s’applique àpsen «chèvre» et à me!
«mouton»; quant aux oiseaux, ils «disent» ca r-sa r (bza.war ca.r-sa r
y e.'°e) ou ils «ont une voix» ca.r-sa.r. (ca r-sa r-maq'e «gazouillis») Ni
NB., ni A. Tl. ne connaissent l’expression de la voix du sanglier, q°'e —
Cette enquête, en marge du texte, a révélé en outre les noms des animaux
suivants. sem.-ba.^.ye.s°e(mot-à-mot• «qui tête les pis des vaches»), sorte
de grand lézard, he m p>.a z-tya ba ’° (NB.) ou he.m la w-tya ba ’° (A. Tl )
où he.m.pXa.z «lézard», he.m.la w, dans le dialecte de NB. «ver de terre» et
tya.ba.'° «bossu»: «caméléon»
30) Expression relative temporelle où la marque relative za- fait défaut sur la
bande magnétique: ze ye.y.ya m au lieu de za.ze %e.y ya.m, sans doute à
cause de la présence de l’indice réciproque ze- de même articulation. La
forme ze ye.y.ya.m est cependant bien acceptée par les deux locuteurs.
31) ze re- .. -r/m marque discontinue de relatif factuel et/ou de manière, ici
«le fait qu’ils l’attraperont», la faible articulation du -r- fait qu’on a, à
l’écoute, [zâwabatatar], avec un [«] particulièrement long, incorporant le
morphème pluriel -a- NB. et A Tl ont insisté pour rétablir la forme
grammaticalement «correcte»
32) L’EC. I pc'a «mensonge» peut fonctionner comme un EPpostEC III,
désignant une action qui n’est qu’un faux-semblant: z.ay.ye.saya y «il
s’endormit», mais z.ay ye.sayepc’a.y «il fit semblant de s’endormir, de
dormir» (cf également les phrases 20 et 21)
33) Forme plutôt chapsough/bjedough, avec emploi du suffixe
conjonctif/fréquentatif/duratif -re NB préférerait « she.y.
34) Bien que le suffixe relationnel -me contienne également la notion du
pluriel, A. Tl. exige (mais non pas NB.) qu’on lui ajoute la marque de
pluralité -/e: yana.z ye.me
35) Dans la prononciation d’I Ts , la voyelle ouverte finale /-e/ se fond dans la
voyelle initiale /a/ du syntagme suivant: \yanazmawbatay\ et \yawanahay\
36) z(a)- ...re.m: marque discontinue de relatif temporel (cf. également la note
19) à sémantisme d’un futur général ou a-temporel grâce à la présence du
suffixe conjonctif/fréquentatif/duratif -re, za saye.re m étant suivi d’un
prédicat fini au futur -s t, l’expression aura le sens d’un futur: «quand,
lorsqu'il dormira».
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271
37) n.ey.nasa fe de m a wa Ca n en il s'agit d'une incise, où la marque
composée -n en figure avec son sémantisme «plein»' «lui, étant dans
l’intention de» (cf note 15), fe de m «semblable)ment9) à» se rapporte à
n.ex was.a et est interprété par NB et A Tl comme «un jour comme
demain», avec, cependant, un degré élevé de certitude, «pour, certaine-
ment, le lendemain . »
38) Plusieurs remarques sont à faire 1) A propos de la forme même du terme
final q'a.ta ravc'enew. voyelle ouverte du préverbe / ey- chez NB
q'a.te r ay c'e n en, trait spécifique de son propre parler -r- résulte de la
rencontre de deux morphèmes préradicaux contenant chacun la semi-
voyelle /i/ t ey- «sur» et va-f-ay indice personnel de 3° pers du sg en 3U
position syntaxique 2) Variantes stylistiques proposées par les deux
locuteurs abzakh' NB .p \cite p ay h ay z ey ye'a Aa m — n ey nas a
fe.de m a.wa c'a n en — et A Tl .(f'ele-pacayce saxe pc' a z ay s'a y
yana.z.me a sa s c'a s°e m de.k°'e va.y .
39) Deux remarques sont à faire 1) La bande magnétique contient une forme
de.ka ye.s t ay, signifiant, hors contexte, «il était probablement couché dans
un intervalle», ce qui est résolument rejeté — dans le contexte de la phrase
21 — aussi bien par A. Tl que par NB qui rétablissent de A t ay avec la
conjonction de coordination causale -t ay à sémantisme passé (il s'agit là
d’un prédicat d’état, cf également la note 28) 2) Ce ta ka «coin» Un coin
étant, par définition, un endroit délimité de deux côtés, sa localisation
appelle, dans le prédicat, le préverbe de- «dans un intervalle» La présence
du préverbe de- est déterminée ainsi par ce qu'on pourrait appeler une
«logique du vécu» ou une «logique situationnelle générale» (cf également
le prédicat final de la phrase 21)
40) "e.À he Pr. pr. C. «le mettre dessous» A partir de ce moment du récit et
jusqu’à la fin, tout état ou action localisés à l’endroit où se trouve le lit du
héros exige et exigera, dans le prédicat, le préverbe "e- «sous, dessous»,
bien que la «logique du vécu» ou la «logique situationnelle générale» (cf
note 39) s’inscrivent en faux à un tel emploi Les deux locuteurs, chacun de
son côté, ont supposé à "e- un référent objectai NB la «cheminée», A Tl
une «couverture», jamais mentionnées cependant dans le récit de façon
explicite. A l’intérieur du récit même, toutefois, la couche du héros servira,
à plusieurs reprises, de théâtre à des actions dirigées du haut vers le bas. à
partir du grenier ou du plafond, les géants y jetteront de l'eau bouillante, y
lanceront des couteaux, etc , on peut en conclure que, dès sa première
apparition dans le texte, la couche du héros est déterminée — par une
logique interne au récit — comme un «dessous virtuel» dans son essence
(d’autant que le héros n’y dort jamais), d'où l’emploi régulier du préverbe
"e-,
41) q'a.z.ey.he m (structurellement, q'azaya.ehem > q'azay.ehe.m >
q'a.za.ey.he.m > q'a.z ey .he m) «lorsqu’il(s) entra (entrèrent) dans»' le
préverbe ya- renvoie au référent — sous-entendu — wane «pièce» dont il
est le localisateur privilégié dans le dialecte abzakh. — La proposition
finale introduite par q'a z.ey.he.m, forme relative à sémantisme passé, est,
par contre, au présent' 0 "e À «il(0) est couché (2) dessous (’ e)» (pour le
préverbe "e- cf la note 40), le passage, dans un récit au passé, au temps
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PATSITSE-LE-CORBEAU. CONTE TCHERKESSE
présent est le moyen stylistique qu’emploie la langue pour introduire un
événement brusque, inattendu (cf les phrases 23, 63, 71 et la note 72)
42) Plutôt un râclement à timbre pharyngal sur la bande magnétique
43) Préposé à un EC I b , ne h exprime le degré comparatif et/ou superlatif
de cet élément : ne.h da ye «plus beau», ne ha s"' «meilleur», i a ne h da ye.
y a ne.ha s0' «le plus beau», «le meilleur» (mot-à-mot «leur plus beau»,
«leur meilleur») Postposé au même élément ou encore à un EC III, ne h
semble fonctionner comme prédicat qu’on pourrait gloser par «c'est le
plus», d’où les traductions, selon les contextes, de «ce n’est que», «c'est
tout» ou encore «il vaut mieux», etc
44) ze re- . -rjm'. marque discontinue de relatif factuel (cf également la note
n° 31) «le fait qu'il ne l’ait pas fait cuire» où le référent de l'actant en 3"
position syntaxique est le syntagme relatif élargi psa z"e
0.q'a r a c'a.ya ye.m «(par) l'eau bouillante qu'ils ont versée ici, vers le
bas» A l'intérieur de ce syntagme élargi, psa z°e aurait dû prendre, en
abzakh, la marque d'état -(e)w (cf la note 24). c'est en effet la forme
préférentielle pour NB qui accepte cependant aussi bien l'expression
employée par I Ts. La traduction littérale du relatif factuel est la suivante
« .. le fait qu’autant d'eau bouillante versée par eux sur lui ne l’ait pas fait
cuire »
45) ses.m.ax sur la bande magnétique, sans [a] de liaison entre ses et -m a\ NB
fait rétablir ce [a], car il fait une distinction entre sesa m ay [«nuit» +
relationnel -m + ia/-ar conjonction d’insistance], «la nuit (suivante)
aussi», d’une part, et ses ma i [«nuit» + suffixe hypothétique -me + \a -
ay conjonction d’insistance] «même si c’est la nuit». On pourrait en
conclure que [sesamat] et [sesma\] constituent une paire minimale où
l’opposition réside dans la présence vs. l’absence de la voyelle [a] — et ceci
hors d’un contexte de groupe consonantique —, ce qui conférerait à [a] le
statut d’une voyelle phonologique /<?/ avec opposition à «zéro» Si l'on
considère cependant les deux formes du point de vue des règles de
composition, on s’aperçoit que la présence ou l’absence de l’élément [a] est
prévisible et qu’elle est conforme aux règles énoncées par A H Kuipers
pour le qabarde (cf A H Kuipers, Phoneme and Morphème in Kabardian
(Eastern Adyghe), Mouton, La Haye, 1960, 124 pp). /CVC/4-C >
CVCaC, /CVCaC/ + C > CVCaCaC c’est-à-dire sesama\, et
/CVC/+/CVC/ > CVC CVC, c'est-à-dire ses ma v, -ma y étant en quelque
sorte «préconstitué» comme marque composée où -ay est déterminant de -
me, tandis que dans sesa.m ay il se rapporte au syntagme sesa m entier,
ainsi préconstitué
46) a se ’fa.m, avec une voyelle ouverte /e/ sur la bande magnétique, ailleurs,
cependant, a sa '/'am
47) a.'a y.ew «lui, le tenant», aperture minimale et absence de -a sur la bande
magnétique De fait, -a peut se substituer à diverses marques grammatica-
les en fin de syntagme (cf. la partie Lexique)
48) ja «maintenant», fe de «semblable», la marque conjonctive/ fréquenta-
tive/durative -re désigne ici, d’une part, le caractère «fréquentatif» de la
notion temporelle qu’elle détermine, un «maintenant» «répétitif», et,
d’autre part, le caractère indéterminé de l’heure dans te de re' «vers un
GSELL, TSEY, PARIS, BATOUKA. TLICH, DRÉAN ET LAUTROU
273
maintenant semblable et répétitif», d’où la traduction «vers cette heure-ci»
(A. Tl préférerait: 5» re Je de m) Le suffixe fréquentatif -re préfigure, en
outre, la conception temporelle de toute la phrase dont le prédicat de
forme finie est à l’imparfait: s.a\ ya ske y ta y «il/elle me faisait manger»,
en en soulignant, justement, non pas la nuance durative, mais fréquenta-
tive/répétitive
49) Les deux locuteurs comprennent ici un met qu’ils connaissent sous le nom
de trf'a.zezafe (mot-à-mot- «retombées de beurre grillé») beurre cuit
qu’on mange avec du pain c'a k0' «petit» est à comprendre, d’autre part,
selon NB. et A Tl. comme «un peu», bien que l’expression appropriée
t'e.k0' existe. Etant donné le mot /a-°» ze.za.fe — différent de i x°a z°e fe be-
c’a.k°' du texte — et avancé par NB. et l’emploi du mot «petit» pour «un
peu», seule une enquête directe avec le conteur pourrait davantage éclairer
la signification de cette expression.
50) Selon NB., mauvaise concordance des temps, la conjonction -ay, ajoutée à
une forme non-présente, comme c’est le cas ici, appelant un prédicat fini au
passé (-ye); les deux expressions coordonnées ont alors un sémantisme de
passé: q’a.s fa.y s'a.z.ay .... s ay.ye.ska y «il le fit pour moi et il me fit
manger». Le prédicat fini à l’imparfait, en cas de coordination de deux (ou
plusieurs) propositions, appelle automatiquement une forme non-présente,
coordonnée par le morphème -t.ay qui n’a alors aucun sémantisme causal
q’a.s -fa.y.s'a.t ay ... s.ay.ya ske.s ta.y «il le faisait pour moi et . il me
faisait manger» (Tel est le cas également en chapsough de Cemilbey) Le
suffixe -za dans l’expression donnée par I. Ts. rappelle le caractère
itératif/répétitif de l’action, dans l’expression préconisée par NB., la
«répétitivité» est incluse dans le morphème -t.ay et le prédicat final à
l’imparfait NB. et A Tl admettent cependant également
q’a.s. fa.y.s'a.z.ay.
51) fe.s'a Pr pr. E. (cf. aussi la phrase 31) est, en réalité, le pr. pr. fe s’a de
classe C.: «le faire pour qq’un» d’où l’actant en 3° position syntaxique a
été effacé. 0(1) q'a s-(2):/(3).ej(4)..v>(5) «il(4) le( 1 ) fait(5) pour(3) moi(2)»
(le préverbe q'e- est automatique avec un indice préverbial de 1“ ou de 2°
personne), ou, plutôt, «il/cela( 1) est le faire(5) de lui(4) pour(3) moi(2)»
(ou «son faire», comme nous le glosions jusqu’ici, la glose «de» nous a été
suggérée par M.L. que nous adoptons désormais, car elle rend mieux l’idée
à la fois d’une possession inaliénable et celle d’une source d’où peut émaner
une action) > 0)\).q'a s(2)-/e(3)./EFF/..y'a(4) «il/cela(l) est le faire(4)
pour(3) moi(2)», c’est-à-dire «je suis capable de le faire»
52) Le déterminant non-actanciel du prédicat v°» «être, devenir, advenir
(etc.)» prend une marque «oblique» -a lorsqu’il est à finale consonantique.
Lorsque ce déterminant est à finale à voyelle ouverte, aucune marque
n’apparaît.
53) z.e.c’e.m «tout d’un coup» > «en une fois», d’où «sur le champ».
54) ’'a.r.ay.ye.fe.A ha.y, avec un -r- explétif, comme en chapsough de
Cemilbey (cf. C. Paris, La princesse Kahraman, Contes d’Anatolie en
dialecte chapsough (tcherkesse occidental), Paris, SELAF, 1974, p 21)
Selon NB., la forme sans -r-: "a.y ye fe.A ha y est «mieux», il accepte
cependant la version qui figure sur la bande magnétique
274 PATSITSE-LE-CORBEAU, CONTE TCHERKESSE
55) j.evv, avec 5» «maintenant», mais au sens locatif NB. le perçoit comme
une interjection et propose, à la place, le véritable locatif m.ew «là-bas»
56) Le référent du relatif temporel à sémantisme passé 0 z.e x°a m étant
impersonnel (cf wa.q'.ay he.n.a O.z.e v°a m et non pas *q' ay he.n a
wa.z e.y?a m ni *wa.q' va he n a wa.z e x°a m), l’expression se traduit par
«lorsqu’il advint» Le suffixe -n dans le déterminant dénotant un futur
intentionnel/nécessaire, c’est la combinaison d’une intention future ou
encore d’une nécessité situées dans le passé qui détermine le sémantisme de
ce relatif temporel, celui-ci désigne une action non encore accomplie au
moment auquel renvoie le temps dans le récit, d’où les traductions
possibles «lorsqu’ils devaient entrer», «lorsqu’ils s’apprêtaient à entrer»
— Pour le morphème final du syntagme q' ay.he.n.a cf. la note 52
57) ze re-....-ew marque discontinue de relatif temporel/factuel, ici à séman-
tisme temporel «dès que» (cf également la note 100).
58) Désaccord, entre les deux locuteurs de la langue, quant à l’interprétation
sémantique de ce prédicat Si l’on part du pr pr. de classe A. pÀc, il
contraste avec sa variante à finale consonantique de classe B. ye pAa
«regarder vers», «le regarder», en tant qu’action potentielle versus une
action dirigée, volontaire, m ap>.e peut alors être interprété comme «il
regarde sans intention» ou encore «il regarde en général», mais aussi
comme «il regarde potentiellement», c’est-à-dire «il voit» au sens de «il est
voyant» (et non aveugle). Ce sont bien là les deux sens que présente le pr
pr. pÀe en tcherkesse Sachant que le préverbe q'e- apporte à tout EC le
sens d’une action qui se fait «vers soi» — c’est-à-dire vers l’énonciateur —
q'e.pXe peut signifier «regarder vers ici» • c’est l’interprétation qu’en donne
NB. dans la phrase 37, en précisant que q'e- est énoncé par le narrateur qui
s’implique ainsi dans le récit du côté des géants: «il regarda vers ici — et
moi, narrateur, je parle du point de vue des géants». Mais le préverbe q'e-
est automatique chaque fois qu’il s’agit d’une «action» dont î’Humain est
témoin universel, passif, et donc obligatoire (le soleil se lève «vers ici», on
naît «vers ici», il pleut, il neige «vers ici», etc ): c’est ainsi qu’on ne peut
ouvrir les yeux que «vers ici», c’est-à-dire se rendre potentiellement
voyant. Si q'e.pXe peut signifier à la fois «regarder vers ici» et «ouvrir les
yeux», l’action d’«ouvrir les yeux» ne peut être exprimée que par le pr. pr
E. q'e.pXe d’où l’interprétation préconisée par A Tl «il ouvrit les yeux»
Etant donné le déroulement des événements narrés dans le récit, je
pencherais volontiers du côté de A Tl. : le seul fait d’ouvrir les yeux suffit à
prouver aux géants que le héros n’est pas mort et, du point de vue de
l’économie des moyens expressifs, il n’y a aucun besoin d’un transfert
volontaire de la part du narrateur
59) Bien que a '°a.y «lui, l’ayant dit» et a '°ay «eux, l’ayant dit» soient des
expressions non-finies coordonnées nécessitant un prédicat final au passé,
elles fonctionnent souvent comme un signe démarcatif de fin de discours
direct (souvent, mais pas dans ce récit, elles sont suivies de prédicats finis
identiques à elles-mêmes' a '°ay a.’°a.y «lui, l’ayant dit, il dit») et n’ont
alors aucune autre fonction grammaticale ou sémantique que celle d’un
«guillemet» de nos écritures C’est ce qui explique pourquoi, dans la
GSELL, TSEY, PARIS, BATOUKA, TLICH, DRÉAN ET LAUTROU
275
phrase 38, ci '°a.y est le point final d’une courbe intonationnelle descendan-
te, sans qu’il soit suivi d’un prédicat fini
60) Métathèse, chez I Ts ]bza3e%e]
61) yew, avec un râclement initial très fort
62) the(\) s°(2) ei(3) ye(4)p.se ir(5) «que Dieu(l) il(3) vous(2) fasse(4)
vivre) 5)», l’une des formes modales impératives/optatives
63) Mot-à-mot 0(1) ie(2) z(3) s>(4) h(5) «ce que(l) nous(3) lui(2) ferons(4-
5)»
64) Je.s°'a Pr é E «être bon pour qqch ou qq’un», p ex ma e’aq'e.r
q'as fe.s"' «cette chaussure est bonne pour moi» > «cette chaussure
s’ajuste sur moi», «me va», fe s°' a xua «devenir bon > ajustable» m.a\( 1 )
0(2):/é.s’ü’a(3) m(4) xua(5) s z(6) epÇl) «nous(4) ne(7) deviend(5)rons(6)
pas bons, ajustables(3) à lui(2), à celui-ci) 1 )», d’où’ «nous n’en viendrons
pas à bout».
65) Le fait que le prédicat final ne contienne pas le préverbe /e- «dans une
masse», pourtant en relation privilégiée avec le référent mez «forêt» qui le
prédède dans la phrase, indique, selon NB , que meza m dénote ici non pas
une localisation ponctuelle, mais seulement une direction : la forêt n’est pas
le but final de l’action
66) Une prononciation de chuintante «forte» chez I Ts pa ss ay.
67) Deux remarques sont à faire 1) I Ts fait une métathèse entre les deux
voyelles a/e’ se.ska, 2) Le préverbe locatif général sa- «là, y» a pour
référent cereza.m «à la cerise» ou «aux cerises», dont NB donne deux
interprétations différentes, en établissant la chaîne sémantique suivante A)
meza.m(\) 0)2).s(3).e(4) s/e(5) «il(2) mange(5) (procès-présent-4) là(3)
dans la forêt) 1)» où le référent du préverbe sa- désigne bien une localisa-
tion et ne peut être interprêté autrement, B) s k'e r(l) meq°’(2) '«./<?( 3) m(4)
s.e.s/e «le veau(l) mange là, dans le(4) tas(3) de foin(2)» où sa- restant
toujours locatif, meq°' 'e le «tas de foin» peut être conçu à la fois comme
lieu et comme objet de l’action de «manger», C) On peut passer de là, par
un transfert objectai complet, à un fort affaiblissement du sémantisme
locatif préverbial sans cependant que cela aille jusqu’à sa complète
disparition, et cereza.m s e.s/e signifiera soit «il mange des cerises» (c’est-
à-dire «il en mange»), soit «il mange dans le cerisier», soit encore, comme
le veut NB , cereza.m s.e s/e contiendra les deux significations.
68) La conjonction, généralement hypothétique, -me apparaît ici dans sa
fonction purement conjonctive, en reliant deux prédicats de même forme et
de même valeur fonctionnelle, et sans être suivie d’un prédicat fini au mode
hypothétique. La formule est double: -me. ..-me et/ou -me. ,-g°e m où -
^(e) est un morphème d’action itérative spécifique.
69) q’a.’re.^a Pr. pr C., mot-à-mot «le jeter, lancer de dessous, vers ici», le
syntagme entier signifiant «le jeter (par terre)», «le jeter» et, dans le
contexte de la phrase 47, «le désarçonner», le rôle sémantique du préverbe
restant obscur Le coup de glotte palatalisée de l’abzakh /"/ < *lc"l, du
fait de sa forte palatalitée, apporte souvent des perturbations dans la
concaténation des morphèmes dans la chaîne parlée, ainsi, dans ce
prédicat et à la 3° personne du sg., l’élément palatal est visiblement —
276
PATSITSE-LE-CORBFAU, CONTE TCHERKESSE
audiblement — identifié à une semi-voyelle />•/, cf
0(1) ia(2) z(3) ja(4) y(5) «je(3) l’(l)ai(5) jeté(4) du dedans(2)» et
0(1) r(2) m(3) ja y(4) «il(3) l’( 1 )a jeté(4) du dedans(2)» où -r- représente
l’avatar phonétique (ou morpho-phonétique) du préverbe ta- «dans» a ]a
rencontre de l’indice personnel de 3" personne du sg contenant la même
semi-voyelle /r/ On a, de même, 0</> ’ecja y «je l’ai jeté par terre»,
mais O.q'a ’ar ai ja y «il l’a jeté par terre» où non seulement le trait de
palatalisation a été assimilé à /t / qui passe à //•/, mais où encore, de ce fait,
le morphème ”e- «sous» s'est totalement dépalatalisé et se présente sous un
phonétisme «plein» [Ye)]
70) Le préverbe q’e- dans les deux prédicats coordonnés signale ici un
déplacement volontaire du conteur à côté des géants, théâtre des évène-
ments qu’il s'apprête à conter.
71 ma st est l’expression «passe-partout» employée lorsqu'on ne trouve pas le
mot exact que l’on cherche «chose», «machin» Ici, il est traité en prédicat
et doté de la marque temporelle du passé et de celle de la négation «(le
lion) ne l’a pas mangé, (et) il n’a pas été chose'»
72) yana.z k°ap sert de complément — et de référent — à la fois à l’actant en 3°
pos syntaxique du prédicat 0(1) ze /(2).a(3).ja(4) «ils(3) le( 1 ) lancent(4)
réciproquement les uns aux (pour les) autres(2)» et à l’actant en 1° position
syntaxique de l’adverbial 0(l).’°a(2)/(3)/e(4) ir(5) «ils(l et 4) étant(5)
debout/situés(3) au bord(2)» et du prédicat final 0(1) »(2) Aey°a(3) y(4)
«il(2) le/les( 1 ) vit(3-4)» Le passage au présent (ze / a yya) dans un récit
raconté au passé désigne l’avènement d’un événement inattendu
73) q'esa^as t ou q’e z $a s t, NB préfère cette dernière forme, de même
qu’il préfère za z sa.c’e au lieu de za sa 3a c'e dans la phrase 60. La forme
utilisée par I Ts. peut s’expliquer par le caractère sonore de la consonne
initiale radicale, ce trait étant alors assimilé à la sonorité d’un /h/ ou d’un
/m/, devant lesquels, qu’ils fassent partie d’un morphème ou d’un EC . le
paradigme morphologique de l’actant en 3° position syntaxique prend la
forme canonique de Ca (cf sa.ma.3a phrase 56, sa ma wa c'a n /e.w phrase
60, wa.ma.s(a) et wa wa c'a.s ta y, phrase 61, etc )
74) Indéterminé • «une pierre» ou «des pierres» : «des pierres, moi aussi, je vais
en lancer».
75) Il s’agit du pr. pr C q’a.q°’e sa «le mener, conduire de derrière qqch vers
ici» dont l’actant en 3° position syntaxique a été effacé, ce qui aboutit à un
pr. pr. de classe E., cf. maz°e m(l) 0(2) q'a(3).q°\4).ey(5) sa(6) «il(5) le(2)
conduit)6) vers ici(3) de derrière(4) la pierre(l)» ou, plutôt, «il(2) est la
conduite(6) de lui(5) vers ici(3) de derrière(4) la pierre) 1 )» > maz°e m(l)
0(2).<7>(3).<7°'e(4) /EFF /sa(5) «il(2) est conduit(5) vers ici(3) de derrière(4)
la pierre) 1)», c’est-à-dire «il dépasse la pierre» Au négatif et déterminé par
la marque d’état -(e)w, le syntagme signifie «lui, ne dépassant pas la
pierre».
76) ya.’ra.h.a «à son dos», avec une détermination possessive aliénable ya-.
bien que le mot "a.b «dos» entre dans la catégorie des possessions
inaliénables et doive prendre, à la 3° personne du sg , la marque «brève»
a- dans le parler d’I. Ts. (cf. les formes s.a.”a.b.d, a.”a.b a et a.”a b.a dans
les phrases 74, 79, 81 et 85). Ce traitement «aliénable», régulier tout le long
GSELL. TSEY. PARIS, BATOUK.A. TLICH, DRÉAN ET LAUTROU
277
des phrases 58 à 61, s’explique par l’emploi métathétique du mot «dos» et
son attribution à une «montagne», c’est-à-dire à un référent inanimé (Cf
également la note 93).
77) mars interjection, «appel à une action énergique, rapide», selon le DAd ,
également, et par extension, appel au secours, selon NB., sorte de
supplication C’est à cause de ce dernier sens que nous maintiendrons la
traduction «pour l’amour de Dieu», bien que la formule tcherkesse ne
contienne ni l’idée d’«amour» ni l’idée de «Dieu»
78) ce «grain»; za «un», suivi d’une négation, le syntagme za ce signifie «rien»
( < «pas un grain»).
79) L’une des marques de l’impératif étant la chute de la voyelle finale du
prédicat, wa.ma 3' serait ici l’expression «canonique» Bien que préférant
cette dernière forme, NB. accepte également comme «correcte» la forme
gravée sur la bande magnétique Au négatif de l’impératif, la marque de la
2° personne du sg réapparaît.
80) A première vue, l’expression ye.pka she r peut apparaître comme deux
membres réguliers d’une proposition- c'a k°\ 1) ew(2) 0(3) ye(4) pÂa(5)
she.y(6) 0(7).k°’a.s’e(8) «il(3) le(4) regarde/considère(5) comme(2) petit) 1)
mais(6) il(7) est fort(8)» que l’on peut varier selon les personnes c ’a.k"' en
G.q'ase pka she.y sak°'a.s' «il me considère comme petit, mais je suis
fort»; c’a k°'.ew sa q'a wep/.a she.y wa k°'a s’ «je te considère comme petit,
mais tu es fort» . etc, la marque du passé s’insérant entre le prédicat et
she.y c’a.k°’.ew t.ey.pÀa.ye she.y . «nous le considérâmes comme petit,
mais ...» Dans la phrase 62 cependant, la seconde partie de la proposition
initiale est traitée en proposition indépendante et la première partie n’est,
en quelque sorte, que le déterminant de ma r, une apposition relative, dont
she.y fait alors partie intégrante même du point de vue de l'accent et de la
mélodie intonative- c'a k°'.ew 0.t.ey.pAa.shé.y (cf c'a k°'.ew t éy.pka, shé y
k°’à.s’e). -shey semble fonctionner dans ce cas, à l’instar des autres suffixes
postradicaux, comme un EPpostEC à sémantisme «contrariant»: «(que)
nous regardons/considérons mais», (cf note 32.) qui peut égelement faire
office d’un EPpostEC.
81) Le préverbe ya- semble avoir ici une signification généralisante, à moins
que ce soit la situation elle-même qui soit conçue comme un «trou» (cf le
morphème ya-f-ay IL dans le Lexique)
82) Ordre: ..z.a yepca yana.z k°ap psa.m ye.say sur la bande magnétique,
NB. fait rétablir l’ordre correct. Bien que k°ap «groupe» soit une notion
«singulière», le mot semble être considéré par la langue comme un plurale
tantum et son reflet indiciel est au pluriel (-a- et -/) dans les deux prédicats
auxquels il se rapporte (cf. également la phrase 53).
83) Lorsque deux prédicats ou formes déverbales de classes prédicatives
différentes se succédant dans une phrase donnée ont un actant en commun
en début d’énoncé, celui-ci prend, en général, la marque relationnelle qui le
relie au prédicat (ou à l’expression déverbale) le plus proche. C’est ainsi
que NB. propose deux variantes pour la phrase 65. 1) yana z.ye r deha z.e
ya.waz.a ya.ha.ye.y, y.a ye sane.n.ew ou 2) yana z.me y.q.ye sane n ew, deha
z.e ya.waz.a y a.ha.y e y, préférant la première formule à la seconde et
surtout à l’ordre figurant dans le texte de la bande magnétique
278
PATSITSE-LE-CORBEAU. CONTE TCHERKESSE
84) a a i ./a ya ye s t ay sur la bande magnétique, signifiant, hors contexte, «il
le leur avait probablement pris» que NB et A Tl refusent nettement (cf
également la note 39) dans le contexte de la phrase 66 Ils remplacent donc
cette expression par le même prédicat au passé antérieur, coordonné au
prédicat principal par la conjonction -t ay de sémantique à la fois passé et
causal, a a.y ya 7a 7e 1 «comme il le leur avait pris (des mains)».
85) Même phénomène que pour le pr pr q'a "e.^a (cf note 69)
ra(l).’'ê(2) 5(3) e(4) ye(5) be(6) «je(3) me(l) fais(5) pencher/plonger(6)
dessous(2)», au passé, za "e.z ye.ba.y. mais za 'ar ay.ye ba y «lui, s’étant fait
pencher/plonger dessous», où -r- est explétif et /’'/ est dépalatalisé, au lieu
de za."a y ye.ba y NB accepte cependant bien les deux formes.
86) La rencontre immédiate de l’indice personnel de la 1“ personne du sg s-
avec une sifflante ou une chuintante initiale radicale provoque la collision
des deux sons en un seul qui aura le trait supplémentaire d’une occlusion
glottale : y a s se s ta.m > yac'es ta m, que l’affriquée résultante fasse
partie ou non de l’inventaire phonologique du dialecte Ce phénomène
caractérise les trois parlers envisagés ici • celui de NB., celui de A Tl et
celui d’I Ts., il existe également, quoique à un degré moindre, en
chapsough de Cemilbey.
87) ze re ..r/m: marque discontinue de relatif factuel/de manière (cf. notes 31,
44), ici, en valeur sémantique de manière: «la(-m) façon dont(ze re-) je(-c-)
vais)-s t) la(«zéro») faire(yc-) s’écoulerfsa) de dessous)’e-)». (Voir égale-
ment le relatif de manière q'a ze r a ha re r dans la phrase 72).
88) q'a.sta.y sur la bande magnétique Bien que la semi-chuintante puisse
devenir une sifflante dans certains parlers chapsough, nous rétablissons ici
la prononciation abzakh, en suivant en cela la première prononciation
d’I. Ts lui-même (cf la phrase 13)
89) Sic dans l’original, sans -r- explétif (cf. les notes 54, 85).
90) « .. m ay pxe q'a ze r.a ha.re r.. » sur la bande magnétique, NB préfère
l’ordre «...pxe m.ay q'a ze r.a ha.re r.. », ce qui ne change rien à la fonc-
tion du locatif m.ay.
91) he q'e.t.pya he n ew sur la bande magnétique, forme que NB comme A Tl
jugent incorrecte et qu’ils remplacent par he q'a.ta.pya he.s t «pourquoi le
ceinturerons-nous», avec un curieux [a] de liaison entre l’actant en 3°
position syntaxique et l’EC., qui, du point de vue structurel, ne devrait pas
apparaître.
92) L’ordre des mots sur la bande magnétique est. « ze.waz e q'.ay.s.txa n a
a.'"a y.. ». La modification de NB vise à rassembler sous le même discours
direct toutes les formes coordonnées par -n a.
93) La langue peut utiliser trois formes de possessif pour, notamment, le mot
"a.b, selon que celui-ci désigne le «dos» d’un référent concret, animé —
auquel cas on emploie le paradigme des possessions inaliénables 5 "a b
«mondos»,p.’a.è «tondos», a.”a.b «son dos» (cf. phrase 85) aupl. a "a b
«leur dos» (cf. phrase 79) —, ou qu’il désigne — par un transfert
anthropomorphique — le «dos» d’un référent inanimé, on emploie alors le
paradigme «long» des possessions aliénables (surtout, évidemment, à la 3°
personne) • ya ”a b «son dos», c’est à dire «le versant de la colline» dans les
GSELL, TSEY. PARIS, BATOUKA. TLICH, DRÉAN ET LAUTROU 279
phrases 58, 59, 61 C'est par ce transfert que s’effectuera un autre,
purement directionnel ou locatif, où le «dos» définira désormais tout ce
qui y est attenant et désignera «ce qui est derrière» Aux Ie et 2e personnes
le syntagme incorporera, avec des indices possessifs d'une troisième sorte
de forme structurelle Ca-, un élément directionnel -a- qui n’apparaît que
dans ces constructions 5 a "a h a «derrière moi», h a "a.b a «derrière toi»,
t.a 'a.b a «derrière nous», .s" a "a b a «derrière vous» Le directionnel -a-
n’apparaît pas à la 3° personne du sg., possession aliénable et
directionnel/locatif s'y neutralisant, d'autre part, les emplois des formes
inaliénables et des formes directionnelles/locatives peuvent se confondre
s a "a b a, dans les phrases 74 et 81 semble bien désigner une possession
inaliénable, le «dos» du héros
94) Dernier membre d'une série de formes déverbales coordonnées au futur
intentionnel/nécessaire -n (ici, avec un fort sémantisme d’intention), suivi
de -a, substitut du morphème de coordination -za (cf la phrase 81) Dans
les deux phrases, le prédicat final est au futur général -s t
95) ne h postposé à un prédicat fini, au sens, ici, de. «il vaut mieux», «ça vaut
mieux» (cf. la note 43, de même que la phrase 81).
96) ye.ya.~f c'e ou ye.ya.ye i’e (cf phrase 89) «avec peine» où j e est l’EC I a
«(le) mal», «(du) mal», -re- représente soit le suffixe
conjonctif/fréquentatif/duratif, soit la forme à voyelle ouverte du préfixe
instrumental /•<?-, soit encore l’intersection sémantique des deux éléments,
et où -c'e est le suffixe instrumental/spatio-temporel «avec», «par» -/’e et
-ye sont des suffixes de notions abstraites, sémantiquement liés au niveau
du diasystème, mais différents sur le plan synchronique
97) psa.ye.r, au pluriel • «des eaux», les «récipients» ne sont que sous-entendus
par la forme déverbale a ra p/a ye u «(des eaux) ayant été attachées à leurs
dos», pour apparaître enfin dans la phrase 82
98) L’élément ra représente l’avatar du préverbe y a-, ici, de sémantisme locatif
général («surface»), à la rencontre d’un autre élément préfixé contenant la
semi-voyelle /_>/. Il faut supposer ainsi que, bien que de forme «inaliéna-
ble» — c'est-à-dire réduit à l’expression du pluriel — l’indice
personnel/possessif de la 3° personne du pluriel contient bien la marque
véritablement personnelle r- (cf également a ra.t eu dans la phrase 82).
a ra.pya.ye w représente, en outre, un syntagme d’où l’actant en 3° position
syntaxique a été effacé.
99) L’ordre original est’ «. q'e ye.wac°a x m ew, ma t'e k°'a m a'°ay. NB.
préfère l’ordre présenté dans la phrase écrite’ ma t'e k°'a m devenant ainsi
une sorte de précision au locatif m.ew, par trop imprécis.
100) ze re-.. -ew: relatif discontinu à sémantisme temporel/factuel (cf note
57), ici, grâce au sémantisme du prédicat qu'il détermine, il signifie «tel
que» - ze re.sa.t.ew «tel qu’il est»
101) La voyelle -e confère au syntagme k°eya bl «sept villages» à la fois et une
fonction oblique et la signification de «autant que»’ «autant qu’à sept
villages».
102) Forme réciproque comitative de l’EC et pr é B. ye «être à(9), apparte-
nir». cf a.r(l) se(2) 0(3)a<?(4).v(5) «il(l) à moi(2) il(3)-à-moi(4) est,
280
PATSITSE-LE-CORBEAU. CONTE TCHERKESSE
appartient5)». «c’est le mien», a.r nr 0 wa r «c’est le tien», ar ye z
0.ya r «c’est le sien» et a.r ye za ye me 0 y a y «c'est le leur» ze de
«être, appartenir réciproquement à (n'existe qu’au pluriel) permet les
formes suivantes: a r 0.ze de ta i «il est nôtre, à nous réciproquement les
uns avec les autres», a.r 0 ze de s°a i «il est vôtre, à vous réciproquement
les uns avec les autres» et a.r 0.ze d r a i «il est réciproquement le leur»
(dont les expressions relatives sont, respectivement, 0 ze de la i e r.
O.ze de.s°a.ye r, 0.ze drayer, et 0 ze de.za ye r «ceux à qui c'est la
propriété commune») Dans ze d r a r -r- résulte de la rencontre de
l’indice pluriel y a- avec la semi-voyelle /y / radicale Ce fait — unique
avatar de /r/ préfixai au contact d’une semi-voyelle radicale dans la
langue — semble indiquer que l’EC re n'est, en effet, autre chose -
comme le suppose G Rogava —, que l'indice personnel/possessif de la 3“
personne du sg. en fonction prédicative, quelle que soit la traduction
qu’on donne à cet élément dans cette fonction
103) Au singulier sur la bande magnétique- k°eya.m de sa.r ay
104) ye.ze pr. pr B «se mettre à» exige un déterminant qui sera déterminé, à
son tour, par la marque d’état - (e)y\ Au causatif, ( ye ye ze, classe D , cf
la phrase 86), l’actant en 1° position syntaxique est «impersonnel» «ils
/'ont mis en route», c’est-à-dire qu’ils ont mis en route «leur propre
action»
105) Les expressions relatives temporelles présentées dans les notes 19 et 36
ont chacune une correspondance temporelle régulière avec une forme
finie. Voici ces correspondances, à travers un pr pr A. et un pr pr C
dans le dialecte de NB.
Prédicat fini Relatif temporel
Passé 0 k°'a ye «il alla»
0.y a ’°a y «ils le dirent»
Impft 0 k'°e.s ta ye «il allait»
0 y.a 'ae.s ta.y «ils le
disaient»
Prés / m.a.k'°e «il va» «marche»
a-temp. 0.y a [e] '°e «ils le disent»
futur 0k°'es t «il ira»
gén 0y.a.'°e.s t «ils le diront»
0 z e ka'e m «lorsqu’il alla»
0 z a[e ]'°e m «lorsqu’ils le dirent»
0.k°'e z e x°a m «lorsqu’il allait»
0y.a '°ez.e Va m «lorsqu’ils le disaient»
0.za k°'e c'e «quand il va, marche»
0.z.a.'°e.c'e «quand ils le disent»
0.zd.k°'e re.m «quand il ira»
o z a "e.re m «quand ils le diront»
(NB. ne peut donner, d’une part, le correspondant relatif du futur
intentionnel/nécessaire k°'e n, y a '°e n, ni, d’autre part, le correspondant
fini des expressions relatives 0.k°'e ou 0.y a.'°e 0.za x°a re m et
0 za x° c'e qui signifient, toutes deux, selon lui, «lorsqu’il arrive qu’il
va/qu’ils disent ..»).
Ainsi, a ’°e z.e ,\"a m dans la phrase 87, de même que s ay ye da d a
z e x°a.m dans la phrase 51, désignent des actions à l'«imparfait», c’est-à-
dire expriment une notion de répétitivité ou de durée «lorsque (ou
plutôt, «pendant» qu’ils disaient» et «lorsque — pendant — qu’il me
transportait»
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281
106) pe Pr. pr. A «souffrir», «avoir du souci», sepe «je souffre», «j’ai du
souci», m.a.pe «il souffre», «il a du souci», au causatif (pr pr C ).
s.ey.ya.pe «il me fait souffrir», «il me donne du souci», 0ye ya.pe «il le
fait souffrir», «il lui donne du souci» Selon NB , l’actant en 3" position
syntaxique doit être obligatoirement une non-personne: "a.le r(])
q’a.ze re.ta.m(2) s(3) ey(4).ya(5)pe(6) «le fait qu'il reste absent(2), le
garçon(l), il(4) me(3) fait(5) souffrir(6)». «l’absence prolongée du garçon
me donne du souci», mais en aucun cas une 1° ou une 2“ personne
*sa.we.ya.pe «tu me fais souffrir», «tu me donnes du souci» ou
* wa.se.ya.pe «je te fais souffrir», «je te donne du souci» A l’impératif, —
peut-être à cause de cette carence personnelle — ce même prédicat prend
préférentiellement une double marque causative et passe dans la classe
prédicative D. à trois actants z(l) ev(2).s°a(3).m(4) ye(5) ya(6) p(7)
s’analyse de la façon suivante: «vous(3), ne(4) le(2) faites/laissez(5) pas
faire(6) souffrir(7) vous-mêmes(l)» où l’actant en 2° position syntaxique
est, apparemment, impersonnel (ou encore renvoie à la situation), «ne
vous en souciez pas», «ne vous en faites pas»
107) L’ordre sur la bande magnétique est. ye ra ye ce wane m q'a\ ha y.
z.ay.wa.fa.y, t'a.sa.ye. .
108) ca.s°e EC. I. a. «plafond» mais aussi «grenier», seule expression en
tcherkesse pour les deux référents, signifie, ici, réellement «plafond», où
l’on accroche, selon NB., la réserve en viande fumée de la maisonnée
109) la-ye.yPa.ye, mot-à-mot «viande qui a été séchée» désigne la viande
conservée par un procédé d’enfumage: «viande fumée» la désigne aussi
bien la «viande» que l’on mange que la «chair» des êtres vivants.
110) Prononciation «téléscopée» sur la bande magnétique, [ze/em], la forme
correcte est rétablie par NB. et A. Tl
111) psa.wa.re txe z.ew.. sur la bande magnétique où -re est le suffixe
fréquentatif, -ew étant la marque d’état. NB. et A Tl rétablissent
l’homogénéité en attribuant aux deux syntagmes non seulement la même
marque, mais encore celle dont le sémantisme s’accorde mieux avec le
prédicat final q'e.ne.za.y «il resta définitivement» qui suppose un état
permanent.
4. Lexique
a- ou -a
substitut a) de l’indice personnel de la 3° p. du
sg en 3° pos syntaxique (à l’initiale phonéti-
que absolue), b) de l’actant-possesseur (3°
pos. syntaxique) de la 3° p du sg des posses-
sions inaliénables; c) du relationnel oblique
sg -m, d) de la marque d’état -(e)w, e) de la
conjonction -za
substitut a) de relationnel oblique, b) de la
marque d’état -fejw
282
PATSITSE-LE-CORBEAU, CONTE TCHERKESSE
-(e)p EPpostEC -(e)w EPpostEC -a EPpostEC a- I. EPpréEC suffixe assertif négatif (à valeur prédicative) marque d’état suffixe interrogatif positif. préfixe démonstratif de 3° degré «ce- ..-là là- bas ».
a- II. EPpréEC a) marque du pluriel des indices personnels de 3° personne en 2° et 3° positions syntaxiques, b) substitut de l’actant de la 3° p. du pl en 3" position syntaxique et de l’actant préverbial, c) substitut de l’actant-possesseur de la 3° p du pl., en 3° position syntaxique, des posses- sions inaliénables
-a- EPpréEC a.de a.d.re- EC. I a.ha.y Conj. ama (t ) Conj a.r préfixe directionnel interjection. «(l’)autre» (NB - a.she y) «mais, cependant» «mais» pronom démonstratif de 3° degré, «celui-là là-bas» («non-raisonnable»), en relation directe,
aslan (t ) EC I. a.she c'e.re m Conj. a.sd.'fd m Adv. (a)w/aw/yew Conj b- «lion» (NB. a she.y) «cependant» «alors» «mais» allophone de l’indice personnel na- devant consonne sonore (cf p-).
-ba EPpostEC -be.t.ew Postpos. bld EC. I b-fd EC. I. bzd.w EC. I. bèd.^e EC. I. ce EC. I. c’a/EC. I. c'd.k0' EC. I. c'e EC. I. c’.a.p°'e EC I cerez (empr.) EC I c'd.ya EC III., Pr. pr. A. suffixe interrogatif négatif/exclamatif «pendant» «sept» «côte», côté» « oiseau » «puce» «grain» « homme », « quelqu’un » «petit» «nom» «sale (moralement)» «cerise» «hurler»
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283
-ce EPpostEC suffixe relationnel instrumental/spatio- temporel «avec», «par»
ca.pse EC I «corde»
c'a s°e EC I. 1 «plafond», 2 «grenier»
c'e.td-ka EC I «coin»
d- allophone de l’indice personnel de la 1° pers du pl t(g)- en 3° position syntaxique des prédicats de procès.
de- EPpréEC préverbe locatif «dans/d’un intervalle»
de je Pr. pr E. «tomber dans un intervalle»
de./o Pr. pr. C «l'enlever d’un intervalle», «le prendre dans un intervalle»
-d.ey postpos 1. «chez», 2 «à côté de»
de--...-ye Edisc. élément discontinu de dynamique spatiale ascendente «vers le haut»
de.k°'e.ye Pr pr. E. «monter»
de.ko pr. é E «être (couché), être situé dans un intervalle»
de.ye.t'a.s he Pr pr C «le faire s’asseoir dans un intervalle»
de.f EC. 1 «bon», «bien»
de.sa Pr. é. E 1. «être assis, situé dans un intervalle», 2 «habiter dans»
de.sk a Pr. pr C. (NB. de.sya) «le manger avec»
de.wdé°e Pr pr E «se placer dans un intervalle»
ja EC III., Pr pr C «le lancer, jeter»
ja Adv. «maintenant»
3â < j.ar.a Interjection
ÿt.de EC I. « grand »
3a.de.w Adv. «très»
3.a.fe.k°'d.m Adv/Loc. 1. «à cet endroit-là»; 2 «alors»
3-ew Loc. (NB m ew) «là»
fe- EPpréEC préverbe «pour», «à l’intention de»
fa.be EC. I. 1 «chaud»; 2. «chaleur»
fa.be pe (A.) Expr «avoir chaud»
fe.da.y.z EC. I «autant (que)»
fe.de EC. I/pr. é. E. «semblable», «être semblable»
fe.sa Pr. pr. E. «être capable de le faire»
fe.s'a za Pr. pr C. «le faire — répétitivement — pour»
fe.s°’d Pr. é E. «être bon pour, aller à qq’un»
fe.s°’.d x°g (A.) Expr «y pouvoir quelque chose»
fe.’°e Pr. pr. C «le dire pour, à l’intention de qq’un»
284
PATSITSE-LE-CORBEAU. CONTE TCHERKESSE
g’a.ze.g0 EC I. -g°(e) EPpostEC -g"e.re EC. I ha EC III, Pr pr C ha.za Pr. pr C he he"e EC. I he'° xehar (t ) EC I x°a EC III , Pr. pr A -%(e) EPpostEC «milieu» suffixe d’action répétitive «(un) certain» «le porter, l’emporter» «le rapporter» pronom interrogatif causal «pourquoi 9» «invité» Interjection «non» «histoire» «être, devenir» suffixe pluralisateur des EC I et de l’actant de 3U personne en 1° position syntaxique
/e- EPpréEC préverbe locatif «dans/d’une masse homo- gène»
/p.Âe de Pr pr E. /e. he Pr pr C. /e sa Pr é. E «se précipiter dans une masse» «le mettre dans une masse» 1. «être assis, situé dans une masse», 2 «habiter, vivre dans (une masse)»
Xe.saye Pr pr E ye.ta Pr. é. E. ya te EC. I %e.'°a pr pr C y(aj-j-ay I. EPpréEC «s’endormir (profondément)» «être debout, situé dans une masse» «jardin», «jardin potager» «l’enfoncer dans une masse» a) indice personnel de la 3° pers en 3" position syntaxique (en position phonétique interne), b) indice de l’actant-possesseur de 3" p. (en 3° position syntaxique) des possessions aliénables, c) indice personnel de 3° personne en 2° position syntaxique des prédicats d’état
ya-l-ay II. EPpréEC préverbe locatif a) «dans/d’un endroit clos», «dans/de l’intérieur de», b) «sur/de sur une surface»
-y-af-ay- III EPpostEC Conjonction a) de mise en relief et d’insistance, c) de propositions (prédicats) coordonnées au passé / à l’impératif.
(ya-)l-ay IV EPpostEC suffixe relationnel oblique pronominal et démonstratif.
ya.c’a Pr. pr. E. ya.c'a.y Conj. ya.fe Pr pr. E «sortir de l’intérieur de» «et puis», «et en plus» 1 «tomber dans»; 2. «être contenu dans (à l’intérieur de)»
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285
ya.he Pr. pr E
y»./» Pr. pr. C.
yana.z EC E
ya.pye Pr. pr. C
ya.ye.-fe.À. he Pr pr. C
y a.sa Pr. é. E.
ya.wapsa Pr. pr C.
ya.’e Pr. é. C
ye- I. EPpréEC
ye IE Pr. é. B.
ye.ha.ze Pr. pr D.
ye.^a Pr. pr. B
ye-.-.-ya Edisc
ye.^'eA'e Pr pr B.
ye-...-k'e Edisc.
ye.ne.w Adv
ye.pka Pr. pr. B.
yer (t.) EC I
ye.ye.ha Pr. pr D.
ye.ye.pka Pr. pr D.
ye.ye.ze Pr. pr. D
ye.s'e Pr. pr. D
ye.s°e Pr. pr. B.
ye.se.A’e Pr. pr. D
ye.ta Pr. pr. D.
ye.t°’a.ne Adv
ye.wa.ps'a Pr. pr. B.
ye.z EC. I.
ye.’e Pr pr. B.
ye.’e.be.ya Pr. pr. B.
ye.'°e Pr. pr. D
y.a- EPpréECcomp.
«entrer dans, à l'intérieur de»
«l’enlever de dedans, de l’intérieur de»
«géant»
«l’attacher sur (la surface de)»
«le faire se coucher sur (la surface de)»
1. «être assis, situé dans, à l’intérieur de», 2
«habiter dans, à l’intérieur de»
«le couper (arbres, plantes)»
«être à», («avoir»)
indice personnel de 3U pers en 2U position
synt. des prédicats de procès
«être à, appartenir à»
«se mettre à l’emporter»
«en descendre»
Elément discontinu de dynamique spatiale
descendante «vers le bas»
«s’approcher de»
Elément discontinu de dynamique spatiale
approximante «s’en rapprocher»
«toujours»
«le regarder»
«endroit, place»
«le lui faire porter»
«le faire, le laisser regarder»
«le commencer», «se mettre à»
«le lui faire»
«(en) boire»
«le conduire jusqu’à»
«le lui donner»
«ensuite»
«demander à»
pronom personnel de 3° personne, 1. «lui,
il»; 2 «lui-même» («raisonnable»),
«le toucher», «toucher à»
«enfoncer la main sous», «faire un mouve-
ment avec la main vers le bas»
«le lui dire»
a) indice personnel de 3° p. du pl en 2°
position syntaxique; b) indice possessif de 3°
p du pl. des possessions aliénables.
Z86
PATSITSE-LE-CORBEAU, CONTE TCHERKESSE
j a ne y.a te k°ap (empr.) EC I k°awe EC III, Pr. pr A k°ey (t ) EC I k°'e EC III, Pr pr A k°'a s’e EC I la EC I. Xefa EC III , Pr pr. C Xe.s EC I -m EPpostEC «(sa) mère» «(son) père» «groupe» «crier» «village» «aller, marcher» «fort» «viande», «chair» «le voir» «fort» suffixe relationnel oblique, marque de toutes les relations, actancielles ou non, à l’excep- tion de l’actant en 1° position syntaxique, ainsi que des fonctions obliques adverbiales
ma- I. EPpréEC ma- II. EPpréEC -ma.y., -ma y conj. rna.st EC I/III maz°e EC. I -me I. EPpostEC -me IL EPpostEC ma.fe EC I -me....-g°e.m conj préfixe négatif des formes non-prédicatives préfixe démonstratif de 1° degré- «ce- ci» conjonction d’insistance «chose», «machin», «choser», «machiner» «pierre» suffixe hypothétique «si» suffixe relationnel oblique pluriel «jour» conjonction de procès simultanés répétitifs «tout en . et en . .»
-me . -me conj. conjonction de procès simultanés (répétitifs) (cf. -me... -g°e.rn)
maq'e EC I mars «voix», «bruit» interjection • appel au secours, sorte de supplication
m ew- I. EPpréECcom. m.ew II Loc m.ew.r préfixe démonstratif de 2° degré- «ce- .là» «là», «là-bas» pronom démonstratif de 2° degré, «celui-là» (en relation directe)
m.ew.s t.ew Adv. mez EC. I. -n EPpostEC «ainsi», «de cette manière-là» «forêt» suffixe temporel de futur intentionnel/ néces- saire, suffixe intentionnel
na ce pe Adv. ne.h EC. I/pr. é «ce soir» «plus»; «plus que», «(le) plus»; «être (le) plus»
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287
EC I ne.pe Adv -ne s e Postpos -rt/.jew EPpostECdis «demain», «le lendemain» «aujourd’hui» Postposition «jusqu’à» a) suffixe discontinu intentionnel, b) marque du complément du prédicat ve ze et de ses composés
(ne.)'0 EC I P- «bord de qqch » allophone de l’indice wa- en 3° position syn- taxique devant consonne sourde indice per- sonnel, possessif inaliénable et préverbiale de la 2° pers du sg
pa.ca Pr pr C (I Ts passa) «l’arracher du bout», «le cueillir»
pa ye ne Pr. pr. C pe EC. III., Pr pr A pc 'd EC E pxe EC I pxe cay EC. I pxe.n.c'a.pxe EC I pxe.n.c’e EC III., Pr pr A p.xate pa ha (C ) Expr psa EC L psa ne EC. I psa.z°e EC. I psa.w EC I psa EC. III, Pr. pr A pse.h EC I psa t'e EC I. pse daz EC I. p'a.t’a EC III., Pr pr C. p'aste (empr.) EC I (qa.)de.ya Pr. pr. C q’a.fe.ha Pr pr. C. (q’.)ay.ne za Pr. pr. E. «le faire rester (accroché) au bout» «souffrir», «avoir du souci» «mensonge» «bois» «tonneau de bois» 1 «balai», 2. «plante à balai» «balayer» «témoigner du respect à» «eau » «puits» «eau bouillante» «qui est en bonne santé» «se fatiguer», «être fatigué» «cou, à la hauteur des épaules» «sueur» «matin» «le serrer» «gruau» «l’enlever d’un intervalle (vers ici)» «l’apporter pour» «rester définitivement dans, à l'intérieur de (vers ici)»
q’.ay.txa Pr. pr C q'a.cf'e sa Pr. pr E q’a.z sa de ta pr pr. E. (q’a.)”e yya( za) Pr pr C. «l’arracher de dedans, de la surface» «dépasser de derrière» «bondir (de position couchée ou assise)» 1 «le jeter par terre, (vers ici), (définitive- ment)»; 2 «le désarçonner»
288
PATSITSE-LE-CORBEAU. CONTE TCHERKESSE
(q'a.)"e sa Pr pr E q'e- EPpréEC q'e ha Pr pr C q'e-. . -he Edisc «s’écouler de dessous (vers ici)» préverbe directif «en direction vers soi» «l'apporter» Elément discontinu de dynamique spatiale circulaire «tout autour»
(q' )ey c'aya Pr pr D «le verser — un liquide — vers le bas (vers ici)»
(q'.)e\.5dyd Pr. pr D (q'.)ey.ha.ya Pr pr D q'e.ka'e za Pr pr E q'e.ne.za Pr pr. E q'e pya.he Pr pr C q'e pÀe Pr pr. E (q'e.)-fe ta Pr pr C -q'e.s e Postpos. q'e ste Pr pr. E. (q'e )se Pr pr. C (q'e )na fe Pr pr. C q’e.wasa Pr pr E. q'e.t'a.he Pr pr C cf’a.she EC I tf'a tame EC I. q°’e- EPpréEC (f'aye EC I (f'ele-pacayce EC I. «le lancer vers le bas (vers ici)» «l'apporter vers le bas (vers ici)» «revenir» «rester définitivement» «le ceinturer», «l'attacher tout autour» 1 «ouvrir les yeux», 2 «regarder vers ici» «le trouver (vers ici)» Postposition: «chaque fois que» «le prendre» «le conduir, mener (ici)» «le pencher, courber (vers ici)» «se réveiller» «le bêcher tout autour» «montagne», «colline» «branche» préverbe locatif «derrière/de derrière qqch » «fromage » Kole-Patsitse (Patsitse-le-Corbeau) nom du héros de ce conte
tf’e.sa Pr. pr. E (f’e.ta Pr. é E -r I EPpostEC «arriver (de) par derrière» «être debout, situé derrière» suffixe relationnel direct (renvoie à l’actant en 1° postition syntaxique)
-r/-r- II EPpréEC allophone a) d’un indice personnel de 3° pers b) d’un préverbe locatif ra-, ou explétif, à la rencontre de deux EPpréEC contenant la semi-voyelle />/
-re EPpostEC rehet (ar -t ) EC. I. ye- I EPpréEC -y(e) II. EPpostEC ye.da da ye hezera Pr pr C suffixe conjonctif/fréquentatif/duratif «confortable» préfixe «factitif/permissif» suffixe temporel du passé «le porter très vite, («le secouer9»)» «le préparer»
GSELL. TSEY, PARIS, BATOUKA, TLICH, DRÉAN ET LAUTROU 289
EPpostECc.
ye.fa Pr. pr. C.
ye.fe.k he Pr pr. C.
ye.sa Pr- pr. C.
ye.saye Pr. pr. C.
ye.ske Pr. pr. C.
ye.se.fe Pr. pr C
ye.s°’e Pr. pr C.
ye.sane Pr. pr. C
ye.ste Pr. pr C
ye.wac°a Pr. pr. C
ye.wa.s°x°e ya Pr pr. C
ye.Fe Pr. pr. C
ye.'a.ka Pr. pr C
fa.pse EC I.
fega EC. III, Pr. pr A.
/e.g0 EC I.
fe.ka.za Pr. pr. A.
fe.se EC. III, Pr pr A.
s(a) EPpréEC
sa.d EC. I.
sa.d.ew Adv.
se EC. I.
sag EC. I.
saye EC. III, Pr. Pr. A
saye.pc’a Pr. pr A
saw
se EC. III., Pr. pr. A.
se.za.ye EC. I.
ska EC. III., Pr. pr C
s’e I. EC. III., Pr. pr. C.
s’e IL EC. III, Pr. pr. C.
s°(a) EPpréEC
-s°a EPpostEC
s°e EC. I.
suffixe temporel du passé antérieur
«le faire sécher»
«le coucher»
«le faire brûler»
1. «le faire dormir», 2 «le laisser dormir»
(NB ye sye) «le faire manger»
«l’étonner»
«le chérir»
«faire peur», «l’effrayer»
«l’effrayer»
«l’arrêter»
«l’émietter»
«le faire bouillir»
1 «le placer par terre», 2. «le mettre de côté»
«faucille»
«crier, hurler»
«route, chemin»
«se coucher (pour dormir)»
«s’égarer»
indice personnel/possessif/préverbial de la 1°
personne du sg.
pronom interrogatif (non-raisonnable)
«que, quoi»
«comment», «combien»
pronom personnel de la 1° personne du sg
«moi»
«arbre»
«dormir», «s’endormir»
«faire semblant de dormir»
Interjection
«courir»
«couteau»
(NB' sya) «le manger»
«le faire»
«le savoir»
indice personnel/possessif/préverbial de la 2°
personne du pl «vous»
suffixe potentiel
pronom personnel de la 2° personne du pl
«vous»
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PATSITSE-LE-CORBEAU, CONTE TCHERKESSE
s"' d kefa (C.) Expr sa- EPpréEC sale (NB) EC E sane EC III , Pr pr A. sa.sa Pr é E. sa. ta Pr é E. sa.'e Pr. é E .fer EC. I ses na q° 'e EC I -(s )t EPpostEC «l’aimer» préverbe locatif général «là, y» «les villageois», «les gens» «avoir peur» «être d’entre», «faire partie de» «être, exister» «être, exister, y avoir» «nuit» «minuit» (NB: régulièrement -s t) suffixe temporel du futur général
-(s )ta.y(e) EPpostECcomp (NB’ régulièrement -s ta.y(e)) suffixe tempo- rel composé de l’imparfait
s'a. ma fe EC I. s'e.'e Pr. pr C. t(a)- EPpréEC «hiver» «s’enfuir» indice personnel/possessif/préverbial de la 1° personne du plurièl: «nous»
ta- EPpréEC indice personnel/possessif en 2° position syn- taxique des prédicats d'état
-t.ay I EPpostECcomp conjonction de prédicats coordonnés- a) en valeur temporelle de l’imparfait, b) à séman- tisme causal au passé
ta.y- II. EPpréECcomp indice possessif aliénable de la 1° personne du pluriel: «notre»
teEC I pronom personnel de la T personne du pl «nous»
t ey.c'e Pr. pr. C. taq'e EC. I the EC. I txe za Pr. pr. A. t'a.sa EC. III., Pr. pr. A. t'e k°' I EC. I. t’e k°' II EC I w(a)- EPpréEC «le verser (liquides) sur» «souche» «Dieu» «vivre bien» «s’asseoir» «(un) peu» «lieu, endroit» indice personnel de la 2° personne du sg «tu» a) en 1° position syntaxique; b) en 3° position syntaxique devant /m/, jyf /w/ et générale- ment devant sonores
wa.bata EC III, Pr pr C wa.c'a EC III., Pr pr. C. wane EC I «l’attraper, le saisir» «le tuer» 1. «maison»; 2 «pièce»
GSELL, TSEY, PARIS. BATOUKA. TLICH. DRÉAN ET LAUTROU
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Wa. t'a.psa EC III , Pr pr C -waz.a y a he (E ) Expr «le lâcher» «l’embêter» (avec détermination possessive obligatoire)
neEC I pronom personnel de la 2° personne du sg «toi»
wallah-allah wered EC I wered ’°<? (C ) Expr w.ew- EPpréECc interjection-exclamation «chanson» «chanter» préfixe démonstratif composé de 2" degré, parallèle à m ch - (cf )
w.ew.dde Loc z- (NB m.ew dde) «là-bas» allophone de l’indice s(a)- en 3U position syntaxique devant consonnes sonores
z(a)- EPpréEC indice réfléchi de la 1° position syntaxique des prédicats de procès et de la 2° position syn- taxique des prédicats d'état
-za I. EPpostEC conjonction de prédicats coordonnés a) au présent et au futur, b) à sémantisme causal
za II. Ec I z(a)- Edisc «un» Elément discontinu de relatif temporel à sé- mantisme passé.
z(a) de- I. EPpréEC za de- II EPpréEC za de.ste Pr pr. C z(a)-....-re.m Edisc. préverbe relatif de lieu «là où» préverbe réfléchi comitatif «avec soi» «le prendre avec soi» Elément discontinu de relatif temporel à sé- mantisme a-temporel/futur
za.ye.pc'a Pr. pr. C. za.ye.saye.pc'a Pr. pr. C. za.s'a Pr. pr. C za.sa- EPpréEC za wa.fe Pr pr C za.’"e.ye he Pr pr. C z(e)- EPpréEC ze- I EPpréEC 2-e II. Adv ze.c'e.m Adv. ze de- EPpréEC «se baigner» «faire semblant de dormir» «se faire (qqch )» préverbe locatif général relatif: «là où» «se pencher, se voûter» «plonger sous» indice relatif, personnel/possessif/préverbial indice réciproque «une fois» «d’un coup», «sur le champ» préverbe comitatif réciproque «l’un avec l’autre, les uns avec les autres»
ze de.ye Pr. é B. «appartenir à plusieurs, réciproquement»
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PATSITSE-LE-CORBEAU. CONTE TCHERKESSE
ze Xe- EPpréEC préverbe locatif réciproque «les uns dans la masse des autres»
ze /e x^ Pr pr C r er ye ye pe Pr pr D ze re- .-r/m Edisc «le distinguer», «l’entendre» «s’en soucier», «s’en faire» Elément discontinu a) de relatif factuel «le fait que», b) de relatif de manière «la façon dont»
z e iv Adv ze h az e EC I za EC I -za EPpostEC 'a- EPpréEC 'a xa Pr. pr C 'a.ya Pr é. C ’«p'e EC I "a b EC 1 "e- EPpréEC "e le-c'a k°' EC I "e La Pr é E "e X he Pr pr C "e ye Ÿ'e X he Pr pr C "e ye.sa Pr pr C. "e -fe X he za Pr pr E "e txa Pr pr C '°a- EPpréEC «en une fois», «d’un seul coup» «tout», «tous» «vieux», «redoutable» suffixe itératif/réparatif/definitif préverbe «à, de la main de» «le prendre (des mains de)» «le tenir (à la main)» «brassée » 1 «dos», 2 «arrière de qqch » préverbe locatif «sous/de dessous» «enfant», «garçonnet» «être couché, situé sous qqch » «le mettre sous» «le mettre, le faire se coucher sous» «le faire s’écouler de dessous» «se recoucher sous» «l’arracher de dessous» préverbe locatif, a) «à/de l’embouchure de», b) «au/du bord de»
va fe.X he Pr. pr E. «s’étendre devant, à l’embouchure de» ou «à côté de»
sa.za Pr. pr C '°d ta Pr é E 'ne Pr. pr C «le ramener de devant de» «être debout, situé devant, au bord de» «le dire»
VÔLKER IM SÜDEN UND OSTEN DES KAUKASUS*
Zum besseren Verstàndnis stelle ich meinem Beitrag eine Gliederung in vier Teilen \oran
I Geographischer Überblick
II Historischer Überblick
III Sprachen des Berichtsraumes
IV Bemerkungen zur Volkskullur Literatur
I. Geographischer übfrblick
Geographisch konzentriert sich der hier zu gebende Bencht im wesentlichen
auf zwei Râume : 1 im Suden auf das Gebiet der transkaukasischen Sowjetre-
publiken Géorgien und Arménien, 2. im Osten auf das Bergland des Dagestan
und den westlich daran angrenzenden Bereich der Zentralkaukasischen
Sprachen (ZKS), der uber die Ebene südlich des mittleren Terek und das
angrenzende Gebirge bis zur Hauptkette des Kaukasus reicht Prinzipiell
ausgeschlossen bleiben der westliche Kaukasus, d h die Heimat der West-
kaukasischen Sprachen, deren eine, das Abchasische, den Nordwesten der
Georgischen Sowjetrepublik bildet, das Bergland des zentralen Kaukasus
als Sprachgebiet des indogermanisch-iranischen Ossetischen, dessen südlicher
Teil auf georgischem Territorium liegt1, sowie die von Turkvôlkern be-
siedelten Raume: im Südosten die transkaukasische Sowjetrepublik Aser-
beidschan, im Nordosten der dagestanischen ASSR das Gebiet der Kumyken
am Kaspischen Meer, deren nôrdliche Nachbarn die ebenfalls turksprach-
lichen Nogaer sind ; die Wohngebiete der Karatschaier und Balkaren liegen
ohnehin im westlichen Kaukasus (im Autonomen Karatschaier-Tscherkessen-
Gebiet bzw. in der Kabardino-Balkarischen ASSR).
IL Historischer überblick
Die eben gegebene geographische Eingrenzung des Berichtsraumes auf die
transkaukasischen Sowjetrepubliken Géorgien und Arménien im Suden und
* Vortrag, gehalten an der Universitât Bonn im WS 1978 79 im Rahmen einer Ringvorlesung
uber «Vôlker und Sprachen der Sowjetunion». spatere Literatur konnte nicht mehr berucksichtigt
werden
1 Es handelt sich dabei um die Jugo-Osetinskaja avtonomnaja oblasf
294
K H SCHMIDT
das Hochland des Dagestan sowie das daran angrenzende Gebiet der ZKS im
Osten laBt sich auf den historischen Überblick nicht konsequent anwenden
Unteilbar ist bereits der Name des Kaukasus, um dessen etymologische
Deutung sich schon Plinius (23-79), n h VI 50 ohne sichtbaren Erfolg bemüht
hatte: . appellavere . Scythae ipsi Persas Chorsaros et Caucasum montent
Croucasim, hoc est nive candidum2
Bereits 500 Jahre vor Plinius weiB Herodot (484-425) I 203 zu berichten, daB
das Kaspische Meer (fj §è Kacrnir]) im Westen vom Kaukasus begrenzt wird,
«dem ausgedehntesten und hôchsten von allen Gebirgen» (êôv ôpérov Kai
7rZf)0ei péytcrtov Kai peyâOet uvr)Zô-raTOv) Herodot fahrt dann fort : «Auf
dem Kaukasos gibt es viele und mancherlei Vôlker, welche zumeist von
wilden Früchten des Waldes leben» (Ë0vea §è àvOpûnuov no/.Àà Kai navroîa èv
éourâ) ë/ei ô KaÙKaaoç, rà noZZà navra an' CZqç âypirig Çôovra)3.
Bei dem hier zu gebenden Überblick über die Geschichte des Kaukasus
wollen wir pnnzipiell chronologisch unterscheiden zwischen den in histonscher
Zeit nachweisbaren Fakten und den vorhistorischen und nur durch Hypothe-
sen rekonstruierbaren Ereignissen In vorhistorische Zeit verliert sich der
Ursprung der sog. palâo- oder ibero-kaukasischen Vôlker, die gegenwârtig in
den Sprechern der Südkaukasischen (SKS), Ostkaukasischen (OKS) und
Westkaukasischen Sprachen (WKS) weiterleben Die Frage, inwieweit diese
autochthon oder von auBerhalb zugewandert sind, kann hier nicht verfolgt
werden4
Auch bei Hypothesen zur Ausgliederung der idg. Sprachen hat der bereits in
palâolithischer Zeit besiedelte Kaukasus mit seiner früh entwickelten Metallin-
dustrie5 eine beachtliche Rolle gespielt, wie zwei Beispiele belegen môgen.
a) F Sommer 1947, Iff vertrat die Meinung, daB die Sprecher der
anatolischen idg. Sprachen (Hethiter usw.) bei ihrer Einwanderung in die
anatolische Halbinsel den Kaukasus durchquert hâtten. T.V. Gamkrelidze
1970, 141 bemühte sich um Abstützung dieser These durch Hinweise auf
isomorphe Erscheinungen in den südkaukasischen und idg. Ablautsystemen
(kritisch dazu Schmidt 1971) Als archàologischer Hintergrund wird gegenwar-
2 Vgl EilersMayrhofer 1960, 115ff
1 Übersetzungen nach Braun Barth 1967, 101, zur Überlieferung des Kaukasus in der Antike
vgl Gan 1884, Latysev 1890-1906
4 Vgl dazu elwa Halasi-Kun 1963, 3 «that none of the peoples of the Caucasus appear to be
truly autochthonous», andererseits Krupnov 1963, 8 «that the beginning of the disintegration of
the cultural and ethnie unity in the Caucasus refers approximately to the middle or the end of the
3rd millenium B C », Klimov 1969, 1 If
5 Vgl zB die «transkaukasische Kupferzeitkultur» im frühen 3 Jahrtausend (Gimbutas 1968.
546f )
VOLKER IM SUDEN UND OSTEN DES KAUKASUS
295
tig die Expansion der als protoidg geltenden Kurgankultur im Kaukasus und in
Anatolien diskutiert6
b) In seinen auBerordentlich umstnttenen «Gedanken uber das Indogerma-
nenproblem» (vgl. die Kritik von Benveniste 1966, 107ff ) bestimmte Trubetz-
koy auf Grand typologischer Knterien «das Gebiet, wo die altesten indoger-
manischen Dialekte entstanden sind, irgendwo zwischen den Gebieten der
ugrofinnischen und kaukasischmediterranen Sprachen» (vgl Trubetzkoy
(1939) 1968, 220f.)
Die hier zu gebende Darstellung der in historischer Zeit nachweisbaren
Fakten soll auf doppelte Weise erfolgen . 1 durch verkürzte Aufzâhlung der
Einfàlle und Einflüsse, die von auBen auf den gesamten Kaukasus als wichtige
VerbindungsstraBe zwischen Europa und Asien7 eingewirkt haben und vor-
nehmlich getragen wurden von a) Armeniern, b) Kimmeriern, Iranern,
Griechen und Rômern, c) Hunnen, Türken, Arabern, Mongolen, d) Russen, 2.
durch die erganzende Betrachtung der eigentlichen Berichtsraume Géorgien,
Arménien, Dagestan
1 Von aufien herangetragene Einflüsse
a) Armenier
Der Einfall der idg. Armenier ist im Zusammenhang zu sehen mit dem
Untergang des asianischen (altkleinasiatischen) Kônigreiches Urartu, das vom
9. Jh. bis 7. Jh. in den armenischen Bergen am Van-See florierte und seine
Herrschaft in nôrdlicher Richtung nach Transkaukasien auszudehnen bemüht
war. Die durch verschiedene Inschnften belegte urartâische (oder chaldaische)
Sprache ist genealogisch verwandt mit dem früher auch Subarâisch genannten
Hurrischen oder Hurritischen, der Sprache des in der 2. Halfte des 2
Jahrtausends unter indischer Oberhoheit stehenden Mitanni-Reiches in Kleina-
sien, wahrend sie typologisch Merkmale der KS zeigt (besonders die spater zu
6 Vgl Gimbutas 1968, 547, «Die Kurgankultur in den eurasischen Steppen von der unleren
Wolga bis zum oberen Jemssei» zum Terminus Kurgan «Die fruhesten Graber im unteren
Wolgagebiet waren als Einzelgraber mil tiefen Gruben gebaut, in welchen der Tote auf dem
Rucken lag mil angezogenen Beinen, die Skelelte wurden mit Ocker bestreut und mit Erdhügeln
bedeckt Ich nenne diese Kultur die 'Eurasische Kurgankultur'. nach dem russischen Wort
'kurgan', welches Hugel bedeutet», vgl auch Winn 1974, 137 «On the basis of the Kurgan
associations with the Trans-Caucasian culture, which extended into Anatolia. one is tempted to
place the Hittites in the early third millenium in East Anatolia. where they would hâve become
completely Anatolianized after adopting the local culture», s weiter Gimbutas 1970
7 Vgl etwa Nikuradse 1962, 83f «Führle doch der Handelsweg der hellenischen Welt nach
dem fernen Osten, nach Iran und Indien vorwiegend über den Kaukasus — die Lander Kolchis --
Iberien — Albanien Auch uber Nordkaukasien verlief ein Handelsweg zwischen Gnechenland
und Indien bzw China»
296
K H SCHMIDT
besprechende Ergativkonstruktion)8 Mitte des 7. Jh s bricht Urartu unter dem
Druck von Kimmeriern, Assyrern, Medern, Skythen und Armeniern zusam-
men. Sein Herrschaftsbereich wird anschlieBend von den aus Kleinasien nach
Transkaukasien einsickernden idg. Armeniern eingenommen (Halasi-Kun
1963, 5).
b) Kimmerier und Iraner, Anfange der Griechen9
Von idg. Vôlkern sind es neben den Armerniern vornehmlich Griechen und
Iraner, die die frühe Geschichte des Kaukasus maBgebhch beeinflussen Die
Rômer treten erst spâter in Erscheinung
Die griechischen Handelskolonien an der Küste des Schwarzen Meeres
gehen in ihren Anfângen bis ins 7,6 Jh v Chr zurück. Zu ihnen gehôren (von
Norden nach Osten). die milesischen Gründungen Tyras am Dnjestr (Tyras)
und Olhia am Bug (Hypanis), die dorische Chersonesus Taurica und Pantüa-
paeum (heute Kertsch) auf der Krim (letzteres war der Sitz der bosporanischen
Kônige, die die Maiolis, das heutige Asowsche Meer, beherrschten), ferner
Tanais im Delta des Don (Tanais), Phanagoria und Gorgippia an der Ostküste
der StraBe von Kertsch, sowie Topsidas, Pitiunt, Dioskurias und Phasis an der
Ostküste des Schwarzen Meeres '0 Zum Unterschied von dem auch machtpoh-
tischen EinfluB, der spâter bis zur türkischen Eroberung 1453 in so hohem
MaBe (besonders auf den südlichen bzw südwestlichen Kaukasus) von Byzanz
ausstrahlt, sind die Einwirkungen durch die frühen griechischen Niederlassun-
gen weitgehend fnedlicher (ôkonomischer und kultureller) Natur
Bereits vor Grundung der griechischen Kolonien, d.h am Ende des 8. Jh s.
brechen die Kimmerier in Transkaukasien ein, ein vermutlich idg. (thrakisches
oder iranisches) Volk ", das schon in Homers Vorstellungswelt, wenn auch nur
mythologisch, vorhanden war Od XI 14ff wird von ihren Wohnsitzen am
Eingang der Unterwelt benchtet
ëv0a §è Kipiiepirov àvSptàv ôrjpôç te zrôXiç te
fjèpi Kai VEtpÉZq KEKa?m|i|iÉvoi
8 Vgl Friedrich 1969. Diakonoff 1971
9 Sofern nicht anders vermerkt, stülze ich mich bei der Darstellung von b) c) und d)
vornehmlich auf Halasi-Kun 1963
10 Vgl Zgusla 1955. 39ff und s Halasi-Kun 1963. 5 «It was only a short time after the
foundation of the Scythian Empire that Greek colonies began to appear along the Caucasian Black
Sea coast They were centered around major cities . and formed an unimerrupted chain of Greek
settlements in the Caucasus that hâve lasted until after World War II, since which time both the
settlements and their traditions hâve disappeared»
11 Vgl Halasi-Kun 1963, 3, Zgusta 1955, 14ff Zur Diskussion über ihren Weg in den südlichen
Kaukasus (Herodot IV. 11 Nordkaukasus vs Strabo I 3. 21 Bosporus) vgl Zgusta 1955 141
VOLKER IM SUDEN UND OSTEN DES KAUKASUS
297
Den Kimmenern folgen die iranischen Skythen12 und weitere iranische
Stâmme13, wâhrend gleichzeitig die Einwirkungen iranischer Vôlker (Skythen,
spàter Sarmaten, noch spater Alanen) auf den nôrdlichen Kaukasus ihren
Anfang nehmen. Als lebende Zeugnisse dieses Prozesses finden wir heute die
bereits erwâhnten Osseten in der nordossetischen ASSR und in dem sudosseti-
schen Autonomen Gebiet der Georgischen Sowjetrepublik (s FuBnote l)14
Weitere iranische Einflüsse haben ihren Ausgangspunkt im Süden • Ende des
7. Jh.s erfolgt die Eingliederung Arméniens in den medischen Staatsverband,
im 6. Jh. die Unterwerfung Arméniens und Géorgiens durch die Achameniden,
gegen 280 gründet Mithradates E (Ktiottiç) die iranische Herrschaft von
Pontos am Schwarzen Meer, die spater (107) um die Griechenstadte des
Bosporanischen Reiches und das westgeorgische Kônigreich Kolchis erweitert
wird, schlieBlich aber im Mithradatischen Kneg (74-63) den Rômern erliegt
Unter den Arsakiden (230 v. Chr. — 224 n Chr.) und Sassaniden (224-642)
streiten Rom, spàter Byzanz, auf der einen und die iranischen Dynastien auf
der anderen Seite um den südlichen Kaukasus, besonders um Arménien
(Halasi-Kun 1963,7 ff.); 387 erfolgteine Teilung dasostgeorgische Kônigreich
Iberia, das in Nordaserbeidschan und Sùddagestan gelegene palâokaukasische
Reich Albania und der grôBere Teil von Arménien werden sassanidische
Provinzen, die westgeorgische Kolchis (oder Lazika) bleibt unter byzantinischer
Herrschaft; 591 werden auch Ibenen und Arménien Byzanz eingegliedert
Wesentlich spàter, von Ende des 15. Jh.s bis zum Anfang des 19. Jh.s, hat der
Süden abermals unter persischer Expansion zu leiden
c) Hunnen, Türken, Araber, Mongolen
Im Norden werden gegen Ende des 4 Jh s n Chr die iranischen Alanen von
den Hunnen nach Süden abgedrângt. Turkstàmme aus Westsibinen, z. T mit
den pontischen Hunnen vermischt und unter dem Namen Bulgaren bekanntge-
worden, lassen sich bis ca. 550 im nordwestlichen Kaukasus nieder, ebenso die
in ihrer Begleitung befindlichen finnisch-ugrischen Ungarn, die am Kuban und
Asowschen Meer in der Nachbarschaft der Alanen siedeln Um 550 bereiten
12 Vgl Deeters 1957, 16. der die Einwirkungen kimmerischer und skythischer Superstrate auf
die SKS in Betracht zieht, zu georgisch-iranischen Sprachmischungen vgl Andronikasvili 1966
Die wichtigsten DurchgangsstraBen für die Passierung des Kaukasus sind die Daiial-
Schlucht im mittleren Kaukasus auf der spateren «Georgischen HeerstraBe» (georg Samyedro
gza, russ Voenno-Gruzintkaja doroga) und die /Urfrat-Schlucht oder Kaspische Pforte (Bab el
4bwab) am Kaspischen Meer (vgl Klimov 1965, 6, 1969, 3f )
Vgl Oranskij 1975, I 129ff . Zgusta 1955, 52ff , zu den Namen alan. at. iat,.o\ti (oii).
osetiny vgl Volkova 1973, lOOff . alla» < altiran àrxana- Abaev 1958, 47. zur Sprache der
Osseten vgl in der Bibliographie die Arbeiten von Abaev, Isaev, Bielmeier, Schmidt 1974
298
K H SCHMIDT
die Kôk-Türken aus der auBeren Mongolei der Herrschaft der pontischen
Hunnen ein Ende. Danach werden die Chasaren vom 7. bis 10. Jh. zur fùhrenden
Macht des ganzen Nordkaukasus, eine Position, die sie anschlieBend an die
Kiptschaken und die von diesen teilweise turzisierten Alanen abgeben müssen
Im Süden beenden die Araber die Sassanidenherrschaft und drângen Byzanz
nach Westen zuruck- Kartli (die alte ostgeorgische Iberia), Arran (vordem
Albania) und Arménien werden im 7. Jh zu arabischen Provinzen, Lazika (die
alte Kolchis) bleibt zunàchst byzantinisch, wird spàter armenisch und nach 717
unabhangig Von Aserbeidschan aus erobern die Araber 728 den Dagestan und
führen dort den Islam ein (Erhorn oJ. 72) Trotz der Verdràngung des
arabischen Kalifats aus dem sudlichen Kaukasus (gegen 930) bleibt der
Südostkaukasus zunàchst islamisch und Tiflis wird zum Zentrum eines musli-
mischen Chanats.
Im 11. Jh. rücken die turkischen Seldschuken von Turkmenien und dem
Nordiran aus nach dem südlichen Kaukasus vor, schlagen Byzanz in der
Schlacht von Manzikert (1071) und beginnen mit der Turzisierung der Iranisch
sprechenden Bevôlkerung von Aserbeidschan, der antiken Media Atropatene
(Klimov 1969, 9)'5.
Die mongolische Invasion des 13. Jh.s hat für den Kaukasus keine ethni-
schen Konsequenzen, da die Bevôlkerungsstruktur dadurch nicht wesentlich
veràndert wird, wohl aber politische: Es entstehen verschiedene mongolische
Reiche; das Kiptschak-Imperium im Norden und einander ablôsende Dyna-
stien im Suden (u.a. Il-Chane, Schwarze Hammel, 1391 Timur, WeiBe Ham-
mel). Die osmanischen Türken vernichten 1461 das griechische Reich von
Trapezunt am Schwarzen Meer, verdràngen Ende des 16. Jh.s die persischen
Seffewiden zeitweilig aus dem Südkaukasus, dringen bis zum Kaspischen Meer
vor und bringen den Dagestan unter ihre Herrschaft; auch das westkaukasi-
sche Tscherkessengebiet steht in dieser Zeit unter ihrem EinfluB Die Auseinan-
dersetzungen des 18. Jh.s zwischen Türken, Persern und Russen werden im 19
Jh. durch die Annexionen der Russen beendet.
d) Russen
Die Russen erobern 1556 das tatansche Chanat Astrachan, von wo aus sie
sich an der Kuste des Kaspischen Meeres nach Suden vorschieben (vgl. Allen
1963) Der Feldzug Peters d Gr gegen Persien fuhrt 1722/23 zur formalen
15 Die Media Atropatene ist nach 'ArpoTrcttTp; benannt. dieser war Befehlshaber der Meder m
der Schlacht bei Gaugamela, wurde aber 328 Satrap von Medien Im sudlichen Kaukasus werden
heute noch drei iranische Sprachen gesprochen das Kurdisihe in Géorgien, Arménien, Aserbeid-
schan, das Tatische (Mohammedanisch-Tatisch und Judisch-Tatisch) in Aserbeidschan und
Dagestan, das Talyschisihe in Aserbeidschan
VOLKER IM SÜDEN UND OSTEN DES KAUKASUS
299
Abtretung persischer Provinzen am Kaspischen Meer (darunter Derbent und
Baku) 1783 verlieren die Turken die Krim und damit den entscheidenden
EinfluB auf das Asowsche Meer und die nordôstliche Schwarzmeerküste Die
1784 erfolgte Grundung von Vladikavkaz (ab 1931 Ordschonikidse, daneben
Dsaudschikau) in strategisch wichtiger Position, am Kopf der Georgischen
HeerstraBe südlich des Terek, ermôglicht den Russen die Spaltung der ost- und
westkaukasischen Stâmme Weitere wichtige Daten sind die Eingliederung von
Géorgien (1801) und Arménien (1828) in das Zarenreich Die wahrend des 19
Jh.s durchgeführte Eroberung des Kaukasus wird abgeschlossen mit der
Unterwerfung des Dagestan (1859) und der letzten unabhângigen Tscherkes-
sengebiete (1864), sowie mit der zeitweiligen Abtretung der Provinzen Kars
und Batum durch die Turken auf dem Berliner KongreB 1878
2. Erganzende Betrachtimg von Géorgien, Arménien, Dagestan
a) Géorgien (Eigenbezeichnung sakartvelo) zerfâllt in der Antike in die
Kônigreiche Kolchis (im Westen) und Iberia (im Osten) Kolchis, das bereits in
urartâischen Keilschnfturkunden erwàhnt wird und ab Mitte des 6 Jh.s v Chr
eigene Münzen prâgt (Meskhia 1972, 16f.), zeigt besonders enge Verbindungen
zu Griechenland und zu den griechischen Kolonien an der Schwarzmeerküste,
ich verweise etwa auf Herodot II 10416, der von den Kolchern als ehemaligen
Àgyptern berichtet' tpaivovrat pèv yàp èôvreç oi Kô^/ot AiyVTmot, auf die
Argonautensage oder auf die bereits von Hesiod (700 v Chr ) in seiner
‘Théogonie’ 510ff und von Aischylos (525-456) in dem ‘Gefesselten Prome-
theus’ (fIpO|iTi0eùç Seopcorriç) behandelte Figur des Titanen Prometheus,
deren spàtere Verbreitung als Sujet kaukasischer Dichtungen (vgl. Schmidt
1964, 1071) erklart sich dagegen wohl am besten umgekehrt durch Übernahme
aus dem Griechischen. Ebenso kônnten georgische Lehnwôrter aus dem
Griechischen — wie z.B aklemi ‘Kamel’ aus Kapp^oç — durch die westlichen
südkaukasischen Sprachen der Kolchis vermittelt worden sein (vgl Deeters
1937, 268), soweit zie nicht im Zusammenhang mit der Bibelübersetzung auf
gelehrtem Wege übernommen wurden (Deeters 1937, 269) Die Beziehungen
zwischen griechischer Kultur und Kolchis werden spâter von Rom und Byzanz
weitergefuhrt und ausgebaut17.
Iberia'*, das spàtere Kartli mit seiner alten Hauptstadt Mc/eta, ist in
16 Eine georgische Übersetzung von Herodot II 103-105 gibt Melikisvili 1965. 7f . nicht
zugànglich ist mir Qau/cisvili 1960
17 Vgl Allen 1932, 47 «Colchis was, then, in the first centuries A D the most civil part of the
Caucasus, a part, in fact, of the Graeco-Roman civilization», zur fruhen Geschichte von Kolchis
vgl auch Lomoun 1969
18 Zur Erklarung des (erstmalig bei Strabo genannten) Namens vgl Deeters 1956, 88, der von
dem armen Lokativ Plural i Pïrs' ‘bei den Georgiern’ ausgeht
300
K H SCHMIDT
stàrkerem MaBe persischem EinfluB ausgesetzt Seine Herrscher müssen
politisch zwischen Persien und Rom lavieren19 65 v Chr von Pompeius
besiegt, behalt das Land seine angestammte Dynastie Vespasian (69-79) ehrt
den Kônig Mithradates durch eine Ehrenmauer in Mc/eta, Antoninus Pius
(138-161) den Kônig Pharamanes durch eine Reiterstatue in Rom. Der Kampf
zwischen den persischen Sassaniden und Byzanz um die Vorherrschaft im
sudlichen Kaukasus führt schlieBlich 367 zu der bereits erwahnten Übernahme
des Landes durch die Sassaniden
Mitte des 4. Jh s wird das Christentum zur Staatsreligion in Géorgien,
nachdem die Apostelin Nino um 330 Kônig Mirian bekehrt hatte20 Im 7 Jh
erobern die Araber Ostgeorgien und machen Tiflis ( Tbilisi), das im 5. Jh. erbaut
worden war und im 6. Jh. Mc/eta als Hauptstadt abgelôst hatte, zu dem bereits
erwahnten Zentrum eines Chanats. Der Einigung Géorgiens unter den in
Abchasien an die Macht gekommenen Bagratiden Bagrat III (980-1014) und
Bagrat IV (1028-1072) folgt im 12 und 13 Jh. der Hôhepunkt georgischer
Macht: Unter David II, dem ‘Erneuerer’ (1089-1125), Giorgi III. (1154-1184)
und Kônigin Tamar (1184-1212) wird das auch in kultureller Hochblüte
stehende Reich erweitert: es schlieBt jetzt Teile von Arménien und Persien in
sich ein und reicht vom Schwarzen bis zum Kaspischen Meer
Nach der Eroberung durch die Mongolen um 1240 und der Plünderung
durch Timur um 1386 lôst sich Géorgien Ende des 15. Jh.s auf : es entstehen die
Kônigreiche Kartli und Kachetien (im Osten), sowie Imeretien (im Westen).
auBerdem mehrere Fürstentümer (Samc/e, Odisi, Gurien, Abchasien) Kartli
und Kachetien werden von Persien abhangig; Westgeorgien kommt unter den
EinfluB der Türken, der zur Ausbreitung des Islams und zur Unterwerfung von
Samc^e, Atschanen und Lasien fuhrt. Die Vereinigung von Kartli und
Kachetien erfolgt 1762 durch Kônig Erekle IL (1744-1798), der 1783 einen
Schutzvertrag mit dem russischen Zaren abschlieBt Dieser Vertrag fuhrt 1801
zur Annexion von Géorgien durch RuBland (zunàchst von Kartli und Kache-
tien, darauf in der ersten Hàlfte des 19. Jh.s auch von Westgeorgien) Mehrere
Aufstânde der Georgier im 19. Jh schlagen fehl Nach dem russischen
Zusammenbruch von 1917 erklart Géorgien 1918 seine Unabhângigkeit, wird
jedoch 1921 von der Sowjetarmee erobert und von 1922-36 (zusammen mit
Arménien und Aserbeidschan) in die Transkaukasische Sozialistische Fôdera-
tive Sowjetrepublik eingegliedert; seit 1936 ist es eine eigene Sowjetrepublik
19 Vgl Allen 1932. 47 «Iberia remained the rougher land over the mountains, the up-countrx
parts, its kings, cadets of the Persian royal houses and veenng in their politics between the Roman
Emperors and the Court of Ctesiphon. their capital was rather ruder, more remote than those ol
the Armenian kings in the cities on the Araks. their wetght in politics much less significant»
20 Vgl ABfalg'Kruger 1975, 122ff
VÔLKER IM SÜDEN UND OSTEN DES KAUKASUS
301
b) Arménien (Eigenbezeichnung hayastan21) ist bereits in den altpersischen
Achamenideninschriften bezeugt (als Provinz Armina- mit der Ableitung
Arminiya- ‘Armenier’). Herodot VII 73 benchtet von den Armeniern, die —
wie eingangs bemerkt — im 7. Jh. v Chr Urartu okkupiert hatten, sie seien
Opuycov âiroiKOi ‘Abkômmlinge der Phryger’ und Eudoxos (bei Stephanos von
Byzanz, s.v. Armenia) bemerkt ’Appévioi §è rô yévoç ék Opuyiaç Kai rrj
<pû)vr| rto/Aà (ppuyiÇoucnv ‘die Armenier stammen ihrer Herkunft nach aus
Phrygien und gebrauchen in ihrer Sprache viele phrygische Wôrter’ Nach dem
Zusammenbruch des Achamenidenreiches gérât Arménien unter die Oberherr-
schaft der makedonischen Seleukiden (312-64 v. Chr.), aus der sich
GroBarmenien und Sophene nach der Schlacht bei Magnesia, in der Antiochos
III. (222-186) 190 von L Cornélius Scipio besiegt wird, befreien kônnen
Wâhrend der Zeit der Seleukidenherrschaft war das Land in verschiedene
Herrschaftsgebiete geteilt • 1) Grofiarmenien (Hauptstadt Artaxaid) ôstlich des
Oberen Euphrat, das im Süden uber den Van-See und den Araxes hinausreich-
te, im Norden den Sevan-See, das Karabach-Gebirge und Teile von Südgeor-
gien in sich einschloB, 2) Kleinarmenien westlich des Oberen Euphrat, dem
auch die Bezirke von Siwas und Erzintschan angehôrten, grenzte im Osten an
das antike Kappadokien, 3) die kleinen Kônigreiche Sophene und Kommagene
im Südwesten, von einander durch den mittleren Euphrat getrennt (vgl Lang
1978, 124). Nach der Niederlage der Seleukiden bei Magnesia werden
GroBarmenien (unter Artaxias) und Sophene (unter Zariadris) zu unabhângi-
gen Staaten (Lang 1978, 126).
Seine grôBte Ausdehnung — vom Kaspischen Meer bis nach Syrien und zum
Mittelmeer — hat Arménien spàter unter Kônig Tigranes II (95-55), dem
GroBen, der jedoch 69, von Lucullus und Pompeius geschlagen, zum rômi-
schen Vasallen wird. Kleinarmenien, von Pompeius als Klientelstaat konsti-
tuiert, gliedert Vespasian (69-79) in das Rômerreich ein. Mit dem von den
Rômem als Kônig eingesetzten Tiridaies I. (63-80), dem Bruder des Partherkô-
nigs Vologeses, beginnt die Dynastie der armenischen Arsakiden, die eine
betràchtliche Stàrkung des persischen Einflusses nach sich zieht (Lang 1978,
141) und bis 428 andauert. Das Land wird in diesen Jahrhunderten teils von
Rom, teils von den Persem dominiert; im Frieden von Acilisena erfolgt 387 die
bereits erwàhnte Aufteilung, bei der die sog. Persarmenia ein fùnfmal so groBes
Gebiet einnimmt wie der rômische Anteil im Westen (inklusive Sophene)
301 bekehrt Gregor der Erleuchter Kônig Tindates III. zum Chnstentum
und leitet damit die Chnstianisierung Arméniens ein (Lang 1978, 155ff ). Auf
die arabische Oberherrschaft vom 7. Jh. bis zum Ende des 8. Jh s folgt mit Asot
21
Literatur zur Etymologie des Namens vgl bei Schmidt 1974, 3927
302
K H SCHMIDT
I. (886-891) die Bagratidendynastie (bis 1080) Byzanz gelingt es anschlieBend,
wieder einen Teil von GroBarmenien zu erobern (Kleinarmenien war ohnehin
unter seiner Oberhoheit geblieben), wahrend Ruben (oder Roupen) 1080 ein
neues armenisches Kônigreich in Kilikien (Hauptstadt Sis) gründet, das spâter
nachhaltig die Kreuzzuge unterstützt, 1375 jedoch den agyptischen Mameluk-
ken erliegt (Lang 1978, 200ff.). Nach Eroberungen durch Mongolen, Turkme-
nen 1468, Perser 1472 okkupieren die Turken unter Selim I. 1514 den Hauptteil
des Landes, der Osten bleibt persisch An der Spitze der armenischen
Selbstverwaltung steht in dieser Zeit der Patriarch von Konstantinopel Im
fruhen 17 Jh. deportiert der persische Schah Abbas d Gr (1588-1629)
Tausende von Armeniern nach Isfahan, wo eine armenische Kolonie entsteht
(Lang/Walker 1977, 8, Lang 1978, 210f.)
Im 19 Jh erfolgen die bereits erwâhnten russischen Eroberungen: 1828
verlieren die Perser Erevan, 1878 die Turken Kars, Ardahan und Batum
Durch turkische Massaker 1895/96 und 1914/15 werden über eine Million
Armenier getôtet (Lang/Walker l.c ) Nach dem 1 Weltkrieg verlàuft die
Geschichte Russisch-Armeniens âhnlich der georgischen Geschichte: der Un-
abhangigkeitserklàrung der nationalen Republik Arménien von 1918 (Haupt-
stadt Erevan) folgt 1920 die Besetzung von Kars und Ardahan durch die
Türken, der Rest des Landes wird 1922 in die Transkaukasische Sozialistische
Fôderative Sowjetrepubliek eingegliedert und ist seit 1936 eine eigene Sowjetre-
publik.
c) Der ostkaukasische Dagestan unterscheidet sich von Géorgien und
Arménien durch das Fehlen grôBerer nachantiker Herrschaftsstrukturen, wenn
man absieht von dem untergegangenen fruhchnstlichen Kônigreich Albania
(armen. Aluank', arab Arrân) in Nord-Aserbeidschan und Sùd-Dagestan
zwischen Derbent im Norden, Kachetien im Westen, den Flussen Kura und
Araxes im Sùden und dem Kaspischen Meer im Osten (Hauptstadt Kabala).
das spâter in kleinere Furstentumer (Schirwan und Scheki) zerfàllt22 *. Strabo
(63 v Chr - 19 n. Chr ) benchtet uber die Albaner u.a , daB sie zwischen den
Iberern und dem Kaspischen Meer wohnen (oiKoûoi §è pera^ù tôv Tpfjprov
Kai Trjç Kacntiaç OaZctTrr]g, XI 4,1), ein grôBeres Heer als die Iberer aufstellen,
d.h. bis zu 60000 Mann FuBvolk und 22 000 Reitern (gté/.Lowi §è peiÇtt) rfjç
'ipiiprov orpanav. ’On/_i/oi>c>i yàp Kai puptâôaç tteÇtûv, inttèag 5è
ôtopupiouç Kai ôic>'/i/.ioi>g XI 4,5) und daB in Albanien 26 Sprachen
gesprochen werden (CLÔT-rat ô't'.îaiv ëE, Kai eÏKoai aùroîç XI 4,6)2J.
22 Vgl Trever 1960. 2. Sanidze 1960. Dowsett 1961. Nikuradse 1962. ABfalg Krüger 1975. 5CT
mit weiterer Literatur. Rzaev 1976 Zur Geschichte der Mùkoi, Kûottioi, Oüeioi als fruheren
Siedlungsschichten Albaniens vgl Aliev 1960
21 Vgl Gan 1884, 70f , Nikuradse 1962. 86
VOLKER IM SUDEN UND OSTEN DES KAUKASUS
303
Die letzte Bemerkung laBt den SchluB zu, daB Albanien in Strabos Verstând-
nis mehr als den eben beschriebenen Raum, d h den gesamten Dagestan,
einschloB24. Die Christianisierung Albaniens erfolgte im 5. Jh 25 Wie die
Kônigreiche Iberia, Kolchis und Armenia ist auch Albanien stândigen Angrif-
fen von auBen ausgesetzt 67/66 wird es von Pompeius erobert, im 3 Jh
geraten die Albaner in Abhangigkeit von den persischen Sassaniden, die zur
Sicherung der Kaukasusübergange befestigte Stâdte anlegen (Kabala, Schir-
wan, Derbent. Nikuradse 1962, 88) Die von Byzanz Anfang des 7 Jh s
ausgeùbte Herrschaft wird abgelost durch die der Araber und Chasaren, diese
führte zur Islamisierung des Landes (8 -13. Jh ), an der auch seine zeitweilige
Zugehôrigkeit zum christlichen Géorgien im 11./12. Jh. nichts mehr ândern
kann. Die chnstlich gebliebenen Albaner gehen im 13. Jh in den Armeniern
und Georgiern auf, die Mehrkeit der Bevôlkerung wird turzisiert, eine Fort-
setzung der Sprache vermutet man in dem heutigen Udischen Unter den
histonschen Quellen besonders zu nennen ist die armenische Übersetzung einer
Geschichte Albaniens aus dem 7. Jh , deren albanisches Original verlorenge-
gangen ist (vgl. Dowsett 1961)
Eines der wesentlichen Merkmale des Dagestan, das auch bereits in der
Beschreibung Albaniens durch Strabo zum Ausdruck gebracht wird, stellt seine
ethnische und sprachliche Zersplitterung dar (vgl. Danijalov, in.
Kosven/Chasaev 1955, 6): neben den ‘autochthonen’ ostkaukasischen Vôlkern
im engeren Sinne, deren Zahl in histonscher Zeit 28 betragt, wenn man sie an
der Verschiedenheit ihrer Sprachen miBt, und unter denen im Dagestan
Awaren, Darginer, Lesgier und Lakken, im zentralen Kaukasus Tschetschenen
und Inguschen, eine besondere Position einnehmen, befinden sich in diesem
‘Sprachenberg’, wie man den Dagestan von alters her genannt hat (Danijalov,
Le.), auch iranisch- und turksprachige Vôlker, d h. einerseits Taten und
Bergjuden, andererseits Kumyken, Nogaer und Aserbeidschaner
DaB vorhistonsch innerhalb des Dagestan Verschiebungen eingetreten sind,
ist wahrscheinlich. So vermutet Trubetzkoy 1937, 173, «daB die awaroandi-
schen Stamme, die heute den westlichen Daghestan einnehmen, nicht die
Ureinwohner dieses Gebiets sind. Dies wird dadurch bestatigt, daB das
Lakkische und die tschetschenischen Sprachen mehrere gemeinsame Züge
besitzen, die den awaroandischen Sprachen unbekannt sind» Andererseits
dient der Name der Lesgier, womit heute ein einzelnes Volk im sudlichen
Dagestan benannt wird, noch in jüngster Zeit zur Bezeichnung aller palàokau-
24 Vgl Lasserre 1975, 146. der die Albani folgendermaBen bestimmt «Peuple installe à cheval
sur le Caucase oriental, occupant au sud l'Azerbaidjan jusqu'à la Koura, au nord le Daghestan
jusqu’au Terek»
25 ABfalg Kruger 1975, 7 «von Arménien aus», anders Nikuradse 1962. 86
304
K H SCHMIDT
kasischen Dagestanstamme26 Wie der südliche Kaukasus hat auch Dagestan
vom Mittelalter bis zur Neuzeit unter einander ablôsenden Eroberern (Ara-
bern, Mongolen, Persern, Türken, Russen) zu leiden Besonders wichtige
histonsche Daten sind • a) die bereits erwàhnte Eroberung des Landes durch die
Araber im 8 Jh (728), die zur Übernahme des Islams führt und (durch die
Einsetzung erblicher Herrscher) die Begründung des Feudalismus nach sich
zieht (Erhorn, o J. 72). Eine auBergewôhnlich mâchtige Position unter den
Herrschern nimmt der Chan der Awaren ein (Nikol’skaja, in : Kosven/Chasaev
1955, 25), der in Chunzach residiert, b) die 1859 abgeschlossene Unterwerfung
des ‘Berglandes', das ist die Bedeutung des türkischen Wortes Dagestan, durch
die Russen, diese kônnen sich jedoch erst nach 2 1/2 Jahrzehnten gegen den
awarischen Imam Schamil und die von ihm geleitete islamische Bewegung des
Muridismus durchsetzen (1834-59), c) schlieBlich die 1918 konstituierte und
von RuBland unabhangige Nordkaukasische Republik, der 1921 durch die
Sowjetunion ein Ende gesetzt wird Die Dagestanische ASSR (Hauptstadt
Machatschkala) und die Tschetschenisch-Inguschische ASSR (Hauptstadt
GroznyJ) — das ist das Gebiet der ZKS — werden zu Teilrepubliken der
RSFSR Die Tschetschenisch-Inguschische ASSR wird 1944 zwangsweise
aufgelôst, ihre Bewohner siedelt man nach Zentralasien um, 1957 wird die
Republik wieder hergestellt (Deeters 1963, 11)
III Sprac HEN DES BERICHTSRAUMES
Wenn man die westkaukasischen, iranischen und Turk-Sprachen, sowie den
auf die Gegend von Erevan konzentrierten neusyrischen Dialekt Ai.sor als
Reprasentanten der semitischen Sprachen27, auBerhalb der Betrachtung laBt,
dann bleiben hier drei Sprachen bzw. Sprachfamilien zu behandeln. 1 das idg
Armenische, 2. die SKS, 3 die OKS. Die Darstellung dieser Sprachen soll
jeweilig unter 5 Gesichtspunkten erfolgen:
a) Aufweisung der Quellen,
b) Genetische Identifikation,
c) Areale Stellung,
d) Typologie,
e) Soziolinguistische Position
26 Vgl Klaproth 1X12-1814, Bd 2 2. 5. der von «Daghestan oder Lesgjistân» spricht. fernei
Abdullaev Mikailox 1971, 14f Bodensiedt I 1855, 300ff
Vgl Geiger et alii 1959, 60f
VÔLKER IM SÜDEN UND OSTEN DES KAUKASUS
305
1 Armenisch
a) Quellen
Die Überlieferung des Altarmenischen oder Klassischen Armenischen setzt
im 5- Jh. n. Chr ein Die Texte sind in der Nationalschnft aufgezeichnet, deren
Erfinder Mastoc oder Mesroh hieB28 ; ihre Sprachform, die die im Gebiet von
Van entwickelte Literatursprache des klassischen Zeitalters wiedergibt, ist als
oskedarean hayerên ‘Armenisch des goldenen Zeitalters’ bekannt (Jensen 1959,
2). Zu den àltesten Texten gehôren Übersetzungen aus dem Griechischen und
Syrischen meist kirchlichen, aber auch weltlichen Inhalts
Das seit dem 10 Jh überlieferte Armenische von Kilikien (vgl. Karst 1901)
stellt eine Form des Mittelarmenischen (10.-15. Jh ) dar, eine Zwischenstufe
zum Neu-Westarmenischen, dem der Dialekt von Konstantinopel zu Grunde
liegt, wâhrend das heute in der armenischen Sowjetrepublik gesprochene Neu-
Ostarmenische auf dem Dialekt von Ararat aufbaut (vgl Solta 1963, 8529)
b) Genetische Identifikation
Das Armenische wurde zuerst von Hubschmann 1875 als selbstandige idg
Sprache erkannt, vor diesem Zeitpunkt hatte man es den iranischen Sprachen
zugerechnet (vgl. eine Zusammenfassung dieser Literatur bei Schmitt 1975) Zu
den diachronen Transformationen, die das phonologische System des Altar-
men. dem idg. Rekonstruktionsmodell gegenüber veràndert haben, gehôren
vornehmlich; a) Lautverschiebungen der drei Artikulationsartklassen oder
Serien, die in ihren Ergebnissen der German Lautverschiebung ahnlich sind
(Tenues > Tenues Aspiratae, Mediae > Tenues, Mediae Aspiratae >
Mediae30), 0) Satamentwicklung, d.h. Palatalisierung der Palatale und Über-
gang der Labiovelare zu Velaren; der für die Mehrzahl der Satamsprachen
charaktenstische Zusammenfall von Velaren und Labiovelaren ist im Armeni-
schen bei den Tenues und Mediae Aspiratae mit Sicherheit nicht eingetreten,
28 Vgl Meillet 1913, 2 Mastoc nach Koriwn und Lazar von P'arpi, Mevob nach Moses von
Choren, vgl weiter Melik-Baehsjan/Akopjan 1962
29 Das (in Syrien. Libanon, Agypten, Irak, Frankreich. USA ua gesprochene) Neu-
Westarmenische (Solta 1963, 85) wird auch von den Mechithariw’n gebrauchl. «einer 1701 von
Petros Mechithar in Konstantinopel gegründeten, 1717 nach San Lazzaro bei Venedig übergesie-
delten und seit 1810 auch in Wien heimischen Kongregation armenischer Christen» (Jensen 1959
2) Ost-Armenisch wird auBerhalb der Sowjetunion in Persien und Indien gesprochen
30 Zur Diskussion um die Verschiebung der Mediae Aspiratae vgl zusammenfassend Pisowicz
1976, 13ff , Job 1977, 95ff , die von Gamkrelidze Ivanov 1973 vertretene Position setzt dagegen
fur das Protoidg die Serien der Glottoklusivae (statt Mediae), Tenues Aspiratae (statt Tenues) und
Mediae Aspiratae an und rückt das Armenische (wie das Germanische) in die Nahe dieses
Rekonstruktionsmodells Gegen diese Théorie sind jedoch verschiedene Einwande môghch
306
K H SCHMIDT
wie durch das unterschiedliche Verhalten dieser Phoneme in bestimmten
Kontexten bewiesen wird31, y) kontextbedingte Palatalisierung der armen
Reflexe idg. labiovelarer Tenues und Mediae Aspiratae
Einige Beispiele môgen diese Transformationen verdeutlichen •
armen. k’an ‘als’ lat. quam
armen ein ‘Geburt’. idg *genos
armen jerm ‘warm’: idg *g"hermos
armen. km ‘Frau’: idg *g"enà
Vorhistonsch gehôrt das Armenische in den Kreis der ostidg. Sprachen
Griechisch, Phrygischund Indo-Iranisch (vgl. Schmidt 1980a). Noch in histori-
scher Zeit zeigt das Gnechische von allen idg Sprachen die meisten Überein-
stimmungen mit dem Armen (vgl. Pedersen 1921, 225, Bonfante 1937), gefolgt
(nach den Feststellungen von Solta 1960, 482) vom Altindischen, Germani-
schen, Baltischen und Slavischen. Eine wichtige Isoglosse zwischen Armen ,
Griechisch, Indo-Iranisch und Phrygisch ist der Gebrauch des Augmentes *e-
beim Indikativ der Tempora der Vergangenheit, z.B
ostidg *e-bher-e-t ‘trug’
griech. ë-tpsp-s ( = Ipf )
altind. a-bhar-a-t ( = Ipf.)
armen e-ber ( = Aorist)
aphryg. eôctsç ‘ernchtete’: heth. dais ’setzte’
Unter den gnechisch-armenischen Isoglossen, an denen offenbar auch das
defektiv uberlieferte Phrygische teilhat, nimmt der sog. prothetische Vokal eine
besondere Position ein (vgl. dazu letztlich Greppin 1973) Es handelt sich bei
diesem um «die Erscheinung, daB gewisse Wôrter mit einem Vokal anlauten,
der in den verwandten Sprachen fehlt» (Porzig 1954, 155, s auch Winter 1965,
100f.), z.B.
gnech ùvpp ‘Mann’, armen ayr < *anêr, phryg. ctvap vs. Altind nar-,
oskisch ner u.a. ; gnech. ëpePoç ‘Dunkel der Unterwelt, Totengrund (poet
seit II.), armen. erek, -oy ‘Abend’ vs. altind. rajas (n.) ‘dunkler (niederer)
Luftkreis, Dunst, Staub’, got. riqis, Gen riqizis (n ) ‘Dunkelheit’
Diese Isoglosse verliert auch dadurch nicht an Wert, daB sich der protheti-
sche Vokal nicht selten als Reflex idg Laryngale interpretieren laBt, wofùr u.a
auch einige Belege mit heth Entsprechungen, d.h. mit anlautendem h- im
Heth., als Beweisstücke angefuhrt werden kônnen32. Andererseits setzt die
” Vgl Schmidt 1974, 394 «im Armenischen konnten nur die stimmhaft-aspinerten und
stimmlosen Labiovelare des Idg umgebungsbedingt palatalisiert werden (cork ’4‘, ierm 'warm'.
aber kin 'Frau'). nicht jedoch die ererbten Velare (k erem 'Schere', geljk' ‘Drusen’, krunk
Kranich')»
12 Vgl zB heth lumanza (zu lesen /niants) 'Wind' griech *â(5)r;ai 'weht' altind lâti ‘wehf
(Lindeman 1970, 69f )
VÔLKER IM SÜDEN UND OSTEN DES KAUKASUS
307
offensichtlich spâte Prothèse in Beispielen wie armen erek' ‘3’ < *treies
relativ-chronologisch den Schwund des anlautenden i voraus33, die Prothèse
dient in diesem Falle der Vermeidung von anlautendem *r- und hat mit
Laryngalen nichts zu tun
c) Areale Stellung
Die Struktur der armen. Überlieferung ist nicht nur bestimmt durch das
Faktum, daB es sich dabei (sozusagen in vertikaler Sicht) um eine idg Sprache
handelt, sie wird darüber hinaus entscheidend beeinfluBt durch seine (horizon-
tal zu verstehenden) Sprachkontakte in vorhistorischer und historischer Zeit
Übereinstimmungen mit dem Gnech und Indo-Iran haben Porzig 1954, 162
zu der SchluBfolgerung kommen lassen, «daB die Ursprünge des Griechischen,
Armenischen und Arischen im idg Sprachgebiet benachbart gewesen sind»
Historisch sind dagegen beispielsweise die armenischen Kontakte mit dem idg.
Iranischen und den SKS. Erstere haben die Übernahme zahlreicher parthischer
Lehnwôrter durch das Armenische nach sich gezogen34, z B.
armen. asxarh ‘Land, Welt’ < parthisch xsahr (av xsaOra-), woraus auch
neupers. sahr.
Letztere haben in der Nachfolge von N. J Marrs (1864-1934) Japhetitentheorie
eine Reihe falscher Feststellungen ergeben • der Kern des Armen., einer
hybriden Sprache, gehe auf zwei Stàmme zuruck (Samo jadro dvwodnoe. Marr
1903, XXXI), die Armenier sprachen eine asianische, d h. nichtidg. kleinasiati-
sche, Sprache (Kapancjan und dazu kntisch Godel 1970, 153f.) u.a. Trotz
anfechtbarer Grundthesen kann der armenische Linguist Kajancjan (vgl
Kapancjan 1952) jedoch einige armenische Etymologien als Entlehnungen aus
den stidkaukasischen Sprachen Lasisch und Mingrelisch erklàren, z B.
armen cane ‘Fliege’ : las. mcaÿi, mingrel. can^-i (mit jungerer Lautent-
wicklung gegenuber georg. meer-ï).
Da der armenische Wortschatz nur zu einem geringen Prozentsatz35 aus dem
33 Vgl Meillet 1936, 32, der auch auf altarmen eiëc 'trpFoPûrrpo^'. das er mit lat piisiui
vergleicht, hinweist, s auch eibaxr ‘Bruder’, wo die Prothèse relativ-chronologisch vor der
Dissimilation von *r zu / r anzusetzen ist
34 Eine altéré Zusammenstellung der (persischen, syrischen und griechischen) Lehnwortschich-
ten im Altarmen gibt Hübschmann 1897, zu den iranischen Lehnwôrtern vgl auch die Arbeiten
von Meillet (zitiert bei Bolognesi 1960, 54), ferner Bolognesi 1960, Benveniste 1958 und 1964. vgl
ferner Kusik’jan 1964, 10-23 und Greppin 1975 Die parthischen Lehnwôrter entsprechen dem
medischen und avestischen Lautstand auf altiranischer Stufe, vgl z B *Â, g. gh > med , avest
parth v, z vs altpers 9, d, *tr > Qr, parth hr (armen rh, h) vs » > i im Persischen
35 Kapancjan 1946, 31 und Abaev 1978, 47 sprechen von 10 (im Verhâltnis zu 35 im
Ossetischen). zur Frage der hethitisch-anatolischen Einflüsse auf das Armenische vgl SchultheiB
1961, Greppin 1975a (mit weiterer Literatur). allgemein abgelehnt wird Austins Hypothèse über
den anatolischen Charakter des Armenischen (vgl Austin 1942)
308
K H SCHMIDT
Idg zu etymologisieren ist, bleibt die Aufdeckung der verschiedenen Lehn-
wortschichten eine zentrale Aufgabe
Die durch armenisch-sudkaukasische Nachbarschaft auf anderen sprachh-
chen Ebenen (Phonologie, Grammatik) aufgekommen Interferenzphânomene.
d h Sprachmischungserscheinungen, wurden bereits 1926 27 von Deeters m
seiner wichtigen Arbeit über «Armenisch und Südkaukasisch» zusammen-
fassend behandelt36 Im Prinzip richtig ist darüber hinaus die Formel von Vogt
1945, 223, daB Armenisch, Ossetisch und die SKS sich typologisch den Tuik-
sprachen annahern, sie zeigen «un système des cas riche, l’emploi exclusif des
postpositions et l'ordre des mots fixe déterminant-determiné» Insbesondeie
haben sich auch die phonologischen Système von Georgisch und Armenisch
aneinander angeglichen (Job 1977)
d) Typologisch entspricht das Altarmenische noch dem flektierenden idg
Modell mit Autonomie des Wortes im Satz, flektierender Morphologie u a
Das Neuarmenische zeigt demgegenuber Gruppenflexion mit nicht flektiertem
attributiven Adjektiv in der Syntax und deutliche Züge einer agglutinierenden
Sprache in der Deklination :
a) der pnmar akzentbedingte morphonologische Vokalwechsel des Altaï-
men tendiert zum Ausgleich altarmen loys 'Lichf, Gen Dat Ablat lusox.
Instrum. lusov > neuwestarmen. loys, Gen Dat loysi (lusoy archaisierend),
Ablat. loysê, Instrum. loysov (lusov archaisierend)37.
P) die im Altarmenischen unterschiedenen Stammklassen werden vereinheit-
licht • altarmen. get ‘FluB’, net ‘Pfeif, zard ‘Schmuck’ Instrum. Sg get-o-v, nei-
i-w, zard-u; Gen. Pl get-o-c, net-i-c, zard-u-c > neuostarmen Instrum Sg get-
ov, net-ov, zard-ov; Gen. Pl get-er-ic, net-er-ic, zard-er-ic
y) im Neuarmen sind die Funktionen für Plural und Kasus auf zwei
verschiedene Morphème verteilt, wobei das Numerusmorphem dem Kasus-
morphem vorangeht. Man vergleiche die soeben zitierten Genitive Plural im
Neuostarmenischen (get-er-ii usw.) mit -er- als Numerus- und -ic- als Kasus-
morphem. Die Regelung entspricht dem Sprachmodell agglutinierender Spra-
chen, wâhrend beim flektierenden Sprachtypus ei n Morphem die Funktionen
von Numerus und Kasus gleichzeitig beinhaltet, z B. altarmen. Gen. Pl. get-oc
‘fluviorum’(vgl weiter Schmidt 1971a und 1975) Die Korrelationen der Basil
Order Subjekt-Objekt-Verb (SOV), die sich im attributiven Syntagma mit
Determinans vor Determinatum und im Gebrauch von Postpositionen zeigen.
gelten nicht für das pràdikative Syntagma. Dieses ist im unmarkierten Aussa-
gesatz in der Regel SVO.
16 Vgl ferner Vogt 1938 und 1961, Schmidt 1974, 395ff
,7 Zu diesem Beispiel und den folgenden Belegen vgl Schmidt 1977. 7
VOLKER IM SÜDEN UND OSTEN DES KAUKASUS
309
e) In seiner gegenwartigen soziolinguistischen Position mit über 2 Millionen
Sprechern in der Armenischen Sowjetrepublik38 ist das Armenische durch
mehrere Faktoren bestimmt 1 es handelt sich um eine alte Kultur- und
Kirchensprache mit uber 1500 jahnger Tradition, 2 das Armen ist die
Verwaltungs- und Schulsprache in der Armenischen Sowjetrepublik, 3 trotz
des übermâchtigen Einflusses des Russischen ist die armen. Sprache in der
Bevôlkerung fest verankert und verfugt über hohes Sozialprestige, intensive
Sprachpflege wird betneben, 4 der Gebrauch des Armen auch als Sprache der
Wissenschaft und des gegenwartigen Geistes- und Kulturlebens macht die
stàndige Erweiterung und Erneuerung des Wortschatzes notwendig (vgl.
Kusik’jan 1964), positiv auswirken dürfte sich auch die Existenz des Armen
auBerhalb der Armen Sowjetrepublik. in diesem Zusammenhang ist besonders
hinzuweisen auf das Wirken der gelehrten Mechitharisten-Kongregation in
Konstantinopel, Venedig und Wien
2 SKS
a) Quellen •
Die SKS (geo. kartveluri enebi) umfassen vier miteinander genetisch ver-
wandte Sprachen Georgisch (3,2 Mill Sprecher), Mingrelisch (300 000
Sprecher), Lasisch (50000 Sprecher), Svanisch (35 000 Sprecher). Das in der
türkischen Provinz Lasistan an der Südostküste des Schwarzen Meeres in drei
Dialekten (jpPurk vicur-arkabuli, atinuri) gesprochene Lasische oder Tschani-
sche bildet zusammen mit dem in zwei Dialekten (senakuri, zugdidur-samurza-
qanuli) in Westgeorgien (westlich des C/eniscqali und an der Schwarzmeerku-
ste nôrdlich des Rion bis Ocamcire) gesprochenen Mingrelischen den zanischen
Zweig der SKS, der von den georgischen Gelehrten als eine — dialektisch
differenzierte — Sprache verstanden wird. Im Verhâltnis zu den übngen SKS
nimmt das in den Gebirgstalern am Oberlauf des Ingur und des C/enisçqali in
vier Dialekten (Oberbalisch, Niederbalisch, Laschchisch, Lentechisch) gespro-
chene Svanische eine Sonderstellung ein. Das Georgische, dessen Überlieferung
bereits im 5. Jh. einsetzt, ist die wichtigste unter den SKS und neben dem idg.
Armenischen und dem im 13. Jh. ausgestorbenen ostkaukasischen Albanischen
eine der drei alten christlichen Literatursprachen mit eigenen Schnftsyste-
men39. Sprachgeschichtlich unterscheidet man zwischen dem Altgeo (5.-12.
38 Vgl Tumanjan 1966. 562, Geiger et alii 1959, 45, Lang Walker 1977, 14 setzen an 5.5
Millionen Armenier in der Welt, davon 3,5 Millionen in der SU (2 Millionen in der Armenischen
SSR)
39 Dieses Alphabet ist uns in drei zeitlich unterschiedenen Varianlen uberliefert 1 Mrglovani
Tucuri (5-\0 Jh ), 2 kut'ipvani oder nus%i<ri (10-18 Jh ). 3 nr/edruli ( 11 Jh - heute) Zum Stand
310
K H SCHMIDT
Jh ), dem Neugeo (ab 19 Jh ) und einer dazwischenliegenden Übergangsperio-
de. Das Geo lâBt sich nach ostgeo. und westgeo Dialekten differenzieren, zu
den ostgeo. Dialekten gehôren die besonders altertümlichen «Bergdialekte»
Chewsurisch, Pschawisch, Tuschisch, Mochewisch, Mtiulisch, auBerdem das
Kartalinische und Kachische als Grundlagen fur die Schnftsprache, das
Kisiqische, sowie auBerhalb Géorgiens das Ingiloische in Aserbeidschan und
das Fereidanische im Sudwesten von Téhéran. Die westgeo. Dialekte Imerisch,
Gurisch, Ratschisch stehen unter mingrelischem, die letschchumische Topony-
mie unter svanischem EinfluB Imerchewisch wird innerhalb der Turkei
gesprochen40
b) Genetische Identifikation
Die SKS bilden einen der drei Zweige der KS. Obwohl auf Grund von Laut-
und Wortgleichungen an der Verwandtschaft aller SKS kein Zweifel besteht,
lassen die Merkmale des Svanischen auf frühe Trennung von den übngen
Sprachen schlieBen. Die Position des Svan. zeigt sich: a) diatop in Umgestal-
tungen von Wortschatz und Grammatik durch den EinfluB benachbarter KS.
besonders des westkaukasischen Tscherkessischen41, P) diachron in der Bewah-
rung von konservativen Sprachzügen42, y) im Wortschatz- 800 geo-zan
Gleichungen (Lexemen und Affixen) stehen nur 360 geo.-svan bzw 335 zan -
svan. Gleichungen gegenuber (Klimov 1965, 42f.) Neben der Théorie von
Deeters 1930, 2, die auf Grund des Materials von einer làngeren gemeinsamen
geo.-zan. Période ausgeht, wird heute auch die Hypothèse von
Gamqreli3e/Macavanani 1965, 385 diskutiert, die fur einen frühen Zeitab-
schnitt zwei Dialektareale ansetzen : das westliche Areal, das Svan und Zan
einschlieBt, und das auf das Geo beschrankte ôstliche Areal Die wichtigsten
der Diskussion über die Herkunft des Alphabetes (Armazi-Schrift = aramâisches Alphabet
griech Alphabet) vgl Boeder 1975
40 Zorell 1930. Deeters 1930. 1963. Jijigun 1954. Sanije 1973. Cikobava 1936, 1938. 1950-64
1967, Schmidt 1962. 1978, Klimov 1962, 1964, 1965. Martirosovi 1964, Gamqrelise Macavariam
1965. Kipsidze 1914. Marr 1910, Dumézil 1967, Topuria 1931, 1967. 1979
Sanije Topuria Gujejtani 1939, Sanije Topuria 1938, Davitiani Topuria Kaldani 1957
Giginejsvili Kavtaraje Topuria 1961, Vogt 1971. Tschenkeli 1960-74. Molitor 1962, Oniant
1978
41 Vgl Dondua 1946 (dazu Schmidt 1962. 18) und 1975. 126ff
42 Vgl Schmidt 1976, 215 «Phonologisch stimmt das Svanische in seinem konservativen
Vokalismus grundsatzlich mit dem Georgischen überein wahrend es durch semen eher konservati-
ven Konsonantismus in die Nahe von Lasisch und Mingrelisch rückt Auf morphologisch-
syntaktischer bzw syntaktischer Ebene gehôren zu den Archaismen die Bewahrung des alten
Ergativs. d h die Nichtdifferenzierung von Adverbialis und Ergativ auf -d. die Bewahrung des
kategorialen Unterschieds zwischen inklusiv und exklusiv in der 1 Person Plural der Verbalflexion
die vorliegenden Belege von Tmesis statt univerbierter Verbalkomposition, die Haufigkeit von
Pràfixen in Wortbildung und Grammatik »
VÔLKER IM SÜDEN UND OSTEN DES KAUKASUS
311
Knterien für diese Einteilung sind geographische Lage der Sprachen und
Übereinstimmungen im Affnkaten- und Sibilantensystem von Svan und Zan
(vgl. letzlich die Diskussion bei Schmidt 1978)
Für die genetische Verwandtschaft der durch Rekonstruktion zu
erschlieBenden südkaukasischen Grundsprache mit den beiden nordkaukasi-
schen Sprachengruppen der WKS und OKS sprechen etwa zwei Dutzend
diskutabler Gleichungen (vgl Klimov 1969, 68), die aber im einzelnen doch
nicht so gesichert sind, daB sie als absoluter Beweis für Sprachverwandtschaft
gelten kônnten (vgl Deeters 1957a kritisch zu Bouda 1956) Ein viel zitierter
gesamtkaukasischer Beleg ist das Wort für ‘Herz’ (SK *gw/-, WK *g"a, OK *da-
kw*3, für das man kaum Lehnwortcharakter in Anspruch nehmen wird, da der
semantische Bereich der ‘Kôrperteile’ erfahrungsgemaB dem besonders konser-
vativen Grundwortschatz einer Sprache angehôrt
Aile Versuche, die SKS bzw die KS mit anderen Sprachfamilien, besonders
den asianischen Sprachen des alten Kleinasien, dem Baskischen oder dem
Buruschaski, in genetische Verbindung zu bnngen, mussen beirn gegenwartigen
Forschungsstand als verfehlt bzw. übereilt zuruckgewiesen werden
c) Areale Stellung
Auf dieses Problem war ich bereits wiederholt eingegangen 1. im Zusam-
menhang mit Theorien, die für die vorhistorische Zeit die strukturelle Beein-
flussung der SKS durch idg Superstrate (Hethiter, Kimmerier, Iraner) in
Betracht ziehen, 2 im Zusammenhang mit den georgisch-gnechischen Sprach-
kontakten, 3. im Zusammenhang mit den armenisch-südkaukasischen Sprach-
kontakten bzw. mit der von Vogt 1945, 223 festgestellten konvergenten
Entwicklung von Armenisch, Ossetisch und den SKS «vers un état qui se
trouve déjà réalisé en turc», diese Transformationsnchtung kann aus histori-
schen Grunden naturlich noch nicht für das Altgeorgische gelten, 4. im
Zusammenhang mit der Differenzierung ôstlicher und westlicher Dialektareale
für die vorhistorische Zeit. Noch wenig untersucht sind die Lehnbeziehungen
der SKS untereinander (vgl. Deeters 1963, 37f ), bei denen das Georgische in
aller Regel als Modellsprache wirkt, soweit es nicht seinerseits in Westgeorgien
durch mingrelische und svanische Substrate beeinfluBt wird Die von auBen
aufgekommenen Lehnwortschichten (besonders iranisch, armenisch, grie-
chisch, arabisch, türkisch, russisch)43 44 sind in ihrem Alter von dem Einsetzen
der historischen Kontakte zu den jeweiligen Vôlkern abhangig Demzufolge
43 Ansatze nach Klimov 1969. 68. vgl auch Deeters 1957. 13. Knobloch 1961, 551 Sagirov
1977. 1. 113 Wortgleichungen zwischen den OKS und den WKS vgl bei Trubetzkov 1930
(s p 315)
44 Vgl z B Deeters 1937, 1963, 33ff . Andronikasvili 1966, Dzaukjan 1973
312
K H SCHMIDT
sind etwa turkische, neupersische oder russische Lehnwôrter für die altgeorgi-
sche Période noch nicht zu erwarten
d) Typologie
Phonologisch teilen die SKS mit den OKS und WKS die Differenzierung des
VerschluBlautsystems nach drei Artikulationsartklassen oder Senen (stimmlos
aspiriert. subglottale Artikulation, stimmlos mit KehlkopfverschluB supra-
glottale oder glottoklusive Artikulation, stimmhaft), die auf 6 bis 7 Artikula-
tionsortreihen korrelativ verteilt sind (Schmidt 1962, 50, Macavanani 1965,
11), den Reibelauten fehlt die glottoklusive Sene, die Laryngale verfügen nur
uber /A/. Die Gleichung geo. .s/- = svan H- (Prafix zur Bildung von
Verbalnomina) laBt auf das vorhistorische Vorhandensein einer lateralen
Spirans schlieBen (Schmidt 1962, 78) 1m Vergleich zu den WKS (Ubychiscli
82 Phoneme, Abchasisch bis zu 67, Adygeische Dialekte bis zu 66) und OKS
(Chinalugisch 59, Tabassaranisch 55), fur die ungewôhnlicher Konsonanten-
reichtum charaktenstisch ist, zeigen die südkaukasischen Konsonantensysteme
mit 27-30 Phonemen eher einen begrenzten Umfang
Syntaktisch entspricht den SKS das fur aile KS geltende kaukasische Modell,
bei dem in Abhangigkeit von der Semantik des Verbums zwischen drei
verschiedenen Konstruktionen unterschieden wird. 1. der transi tiven Ergati\-
konstruktion. das Ziel des transitiven fâllt zusammen mit dem Subjekt des
intransitiven Verbums in dem weitgehend unmarkierten Indefinitus oder
Nominativ, der Agens steht in einem obliquen oder besonderen, Ergativ
genannten, Kasus. geo monadirem (Ergativ) mokla (Aonst) iremi (Nominativ)
‘der Jager erlegte den Hirsch, 2. der intransitiven Nominativkonstruktion geo
monadire (Nominativ) iqo (Imperfekt) kalaksi ‘der Jàger war in der Stadt', 3
der affektiven Konstruktion (bei Gefuhls- und Wahrnehmungsverben mit
affizierter Person im Dativ45). altgeorg mi-quar-s (Dativ) kalculi (Nominativ)
‘ich liebe das Màdchen’ = ‘mir ist lieb das Màdchen’ Die Tendenzen, die im
gesamten Kaukasus auf Verdrangung der ergativischen durch nominativische
Konstruktion hinwirken (vgl Schmidt 1972), haben im imperfektiven Prâsens-
system der SKS zu einer nominativischen Transitivkonstruktion gefuhrt, mit
Ziel im Dativ als Ersatz für den fehlenden Akkusativ. monadire (Nominativ)
klavs (Pràsens) irems (Dativ) ‘der Jager erlegt den Hirsch'46
45 Andere KS sind nicht an den Dativ gebunden im Awarischen wird z B zwischen Dativ bei
Gefuhlsverben und sog Lokativ 1 bei Wahrnehmungsverben unterschieden
4<’ Zu den Grunden fur die Begrenzung dieser Transformation auf das Prâsenssvstem. den
alteren imperfektiven Aspekt, vgl Schmidt 1980. wo auch auf die ausgleichenden Entwick-
lungen im Lasischen (analoge Übertragung der Ergativkonstruktion vom Aorist aul Prasens
undPerfekt zum Perf vgl Schmidt 1979) und Mingrelischen (Expansion des Agens im Ergativ
VÔLKER IM SÜDEN UND OSTEN DES KAUKASUS
313
DaB die Morphologie der SKS pnmar flektierend war, ihre agglutinierenden
Züge demnach erst im Verlaufe der Sprachentwicklung aufgekommen sind,
lâBt sich, âhnlich wie beim idg Armenischen, durch Beispiele von altem Ablaut
und erst spater Trennung von Numerus- und Kasus-Morphem in der Nominal-
deklination belegen (vgl. Schmidt 1977, 8). Darüber hinaus bewirkte der
morphonematische Wechsel, ggf in Verbindung mit Suffixen, in der SK
Grundsprache eine Differenzierung der Verbalwurzel nach den Kategorien
Tempus (aus àlterem Aspekt) und Diathese (im Sinne von trans /intrans ), so
z.B. bei der Wurzel *drek-fderk- ’biegen, beugen’.
trans. intrans.
Pras. *drek- *drk-
Aor. *drik- *derk-
Als weiteres Merkmal zeigt die auBerordentlich komplexe fini te Verbalform
(mit bis zu 12 aneinander gereihten Morphemen verschiedener Funktion48) im
SK gemâBigt polysynthetische bzw. inkorponerende Züge. die auBerhalb der
Verbalform stehenden nominalen Satzglieder tendieren (ahnlich wie in den
WKS, aber in geringerem MaBe) dahin, durch Prafixe und Suffixe in die
Verbalform aufgenommen bzw. dann abgebildet zu werden, z B. altgeorgisch
da-m-i-dg-in-n-e-s ‘er wird uns mieten’ (8 Morphème- vgl Deeters 1930, 6f )
e) Die gegenwartige soziolinguistische Position des Georgischen innerhalb der
Sowjetunion wird weitgehend durch die bereits im Zusammenhang mit dem
Armenischen genannten Faktoren bestimmt: 1. Kultur- und Kirchensprache
mit über 1 500 jâhnger Tradition; 2. Verwaltungs- und Schulsprache in der
Georgischen Sowjetrepublik, 3 Feste Verankerung in der Bevolkerung, hohes
Sozialprestige, intensive Sprachpflege (vgl. z.B. Poc/ua/Cabasvili 1967), 4.
Sprache der Wissenschaft, deren Wortschatz stândig erweitert wird (vgl. z.B.
Dvali/Gambasidze 1977). Eine im Erscheinen begriffene «Georgisch-sowjeti-
sche Enzyklopâdie» zeugt von der Kapazitat der georgischen Sprache49
3. OKS
a) Quellen.
Die Familie der OKS oder nachisch-dagestanischen Sprachen umfaBt 28
Sprachen und ist damit wesentlich starker gegliedert als die SKS und WKS
vom trans — auf den intrans Aorist) eingegangen wird Belege für diese Transformationen bei
Cikobava 1936, 103 f
47 Zu diesem 'Schwebeablaut' vgl Gamqrelije Macavariani 1965. 429ff
48 Vgl Deeters 1930, 6. Schmidt 1978, 260f
49 Vgl Bibliographie unter Abasije 1975-1980
314
K H SCHMIDT
Man unterschiedet vier Untergruppen:
I. Die Zentralkaukasischen, Nachischen oder Wejnachischen Sprachen (In-
guschisch waj nax ‘unser Volk’), die in manchen Übersichten als eigenstandige,
zentralkaukasische, Sprachfamilie neben die Dagestansprachen als OKS i. e S
gestellt werden, dazu gehôren die ‘Kistische Gruppe’, bestehend aus den
Schriftsprachen Tschetschenisch, mit (1970) 613 000 Sprechern die grôBte
unter allen Nordkaukasischen Sprachen, und Inguschisch (158 000 Sprecher),
sowie das schnftlose Batsische (2 500 Sprecher). Wie schon bemerkt, werden
Tschetschenisch und Inguschisch in der Tschetschenisch-Inguschischen Auto-
nomen Sowjetrepublik gesprochen; das Batsische ist dagegen heute im Bezirk
Achmeti der GSSR beheimatet. Die ZKS sind stark vom Russischen
beeinfluBt, einzelsprachlich haben auBerdem eingewirkf auf das Tschetscheni-
sche die Dagestansprachen, auf das Inguschische das Ossetische, auf das
Batsische das Georgische50
II. Die Awarisch-Andisch-Didoischen Sprachen, die sich vorhistorisch im
nordwestlichen Dagestan zwischen die Gruppen I und III geschoben haben
(vgl. Trubetzkoy 1937, Bechert 1966, 1967), zerfallen in drei Untergruppen 1
Awarisch, neben dem turksprachigen Kumykischen und dem Russischen die
wichtigste unter den Verkehrssprachen des Dagestan, wird von 396000
Menschen gesprochen Auf der Grundlage des Dialektes von Chunzach und
der reformierten Heeressprache (bal ma c) des Imam Schamil wird Awarisch
auch von den Sprechern der Untergruppen 2 und 3 als Schnft- und Verkehrs-
sprache benutzt; 2. 8 Andische Sprachen (Andisch, Botlichisch, Godobensch,
Karatinisch, Bagwalal, Tschamalal, Tindi, Achwachisch), die von ca. 35 000
Menschen im Tal des mittleren Andischen Koisu gesprochen werden, 3 4
Dido- oder Tsesische Sprachen (Didoisch, Hinuchisch, Chwarschinisch, Ka-
putschinisch); diese sind die Muttersprachen von einigen Tausend Menschen
am oberen Andischen Koisu51
III. Lakkisch und Darginisch sind zwei unabhangige Sprachen, die heute
den Status von Schriftsprachen haben; ihre Sprecher leben zwischen den
Gruppen II und IV Das Lakkische oder Kasikumükische wird von 86 000
Menschen in 5 Dialekten gesprochen, Darginisch von 231 000 Menschen in 3
Dialektgruppen mit zahlreichen Mundarten, das zur Urach-Gruppe gehônge
Hurkilinische oder Htirkanische diente fruher zur Bezeichnung der gesamten
5l> Den bei Deeters 1963, Vinogradov 1967, Klimov 1969 gegebenen Literaturangaben fuge ich
bei Aliroev 1965. Arsachanov 1969. Deserieva 1974, 1979, Crelasvili 1975, zur Stellung der ZKS
vgl die bei Giginejsvili 1977, 21 ff diskulierte Literatur
51 Den bei Deeters 1963. Vinogradov 1967. Klimov 1969 gegebenen Literaturangaben fuge ich
bei Gudava 1971. Magomedbekova 1971
VÔLKER IM SÜDEN UND OSTEN DES KAUKASUS
315
Sprache, unter den Dialekten der Cudaqar-Gruppe am bekanntesten ist das
Kubatschinische (5 000 Sprecher)52.
IV. Die 10 Samursprachen oder Lesgischen Sprachen sind im sudlichen
Dagestan bis zum nôrdlichen Aserbeidschan in den Stromgebieten von Samur
und Gülgen-tschai (ca 350 000 Sprecher) beheimatet Die Gruppe umfaBt die
Schnftsprachen Lesgisch (324000 Sprecher) und Tabassaranisch (35 000 Spre-
cher), sowie die schriftlosen Sprachen Agulisch, Rutulisch, Tsachurisch, Kry-
sisch, Buduchisch, Artschinisch, Chinalugisch, Udisch, unter denen die drei
letztgenannten eine Sonderstellung einnehmen Einige Argumente sprechen
dafür, daB wir in dem Udischen die Fortsetzung des im 13 Jh ausgestorbenen
Albanischen vor uns haben53 Grundlage für die lesgische Schriftsprache ist
der kürinische Dialekt, auf dem bereits im 19 Jh die von P Uslar entwickelte
Schulsprache aufbaute54
b) Genetische Identifikation
Gesichert ist die Verwandtschaft der vier Untergruppen der OKS, die sich
aus einer gemeinsamen Grundsprache ausgegliedert haben Daruber hinaus hat
Trubetzkoy in seinem Aufsatz von 1930 über ‘Nordkaukasische Wortgleichun-
gen’ die genetische Verwandtschaft zwischen den OKS und den WKS wahr-
scheinlich gemacht55. Der genaue RekonstruktionsprozeB steht allerdings
noch aus, er setzt die Gewinnung von Rekonstruktionsmodellen der einzelnen
Untergruppen und deren Konfrontation zur ErschlieBung der Ostkaukasischen
Grundsprache voraus. Das so gewonnene Rekonstrukt muB anschlieBend mit
dem Modell der westkaukasischen Grundsprache verglichen werden.
52 Den bei Deelers 1963, Vinogradov 1967, Klimov 1969 gegebenen Liieraturangaben fuge ich
bei Abdullaev 1971, Gvinjilia 1978, vgl besonders Magometov 1963
53 Vgl Sanidze 1960. llff.derua einige albanische Monatsnamen deutel 1 Monatsname
Nawasardun (Genitiv) sc Monat, als Monat des Neuen Jahres (vgl georg A'/jil-disa-j) der Naine
stellt eine Entlehnung aus dem Persischen dar, das Gen Formans -un liegt ebenfalls im Udischen
vor zB àjz 'Dorf, Gen àjz-un, 11 Monatsname Exna(j) < e/‘Ernte’ + na(j) Genitivformans.
beide Morphème îinden sich auch im Udischen Udisch us 'Ochse, Slier', Gen us-na/, xas "Mond',
Gen xâs-naj u a , et bune dünianun axsr ô Sè Oeptapoç auvré^Eia aitùvôç èartv Math 13, 39, vgl
auBerdem im Georg mkata tse ‘Erntemonat, 2 Monatsname Tulen als Gen des Monats der
Weinlese ('’). allerdings ware im Udischen tu/ 'Weinstock', Gen tul-naj zu erwarten, dem in
arabischen Quellen genannten Namen fur Markt, al-kürkij, konnte griech KVptctKi) (ppÉpa)
'Sonntag' als Lehnwort zu Grunde liegen (Sonntag als Markttag), vgl auch Klimov 1967
54 Den bei Deeters 1963, Vinogradov 1967, Klimov 1969 gegebenen Liieraturangaben füge ich
bei Magometov 1970, Jeiranisvili 1971. Kibrik,Kodsasov Olovjannikova 1972, Pancvije 1974.
Kibnk et alii 1977, 1, 1977, 2. Ibragimov 1978. vgl besonders Bouda 1939a. Magometov 1965
55 Vgl oben p 38 u FuBnote 43, s auBerdem Trubetzkoy 1922, 1926, 1929, 1931. den
Versuch einer Rekonstruktion des ostkaukasischen Konsonantensystems unternimmt Giginejsvili
1977 Vorarbeiten zur Erfassung des Wortschatzes sind Murkelinskij 1971 und Chajdakov 1973
316
K H SCHMIDT
c) Areale Stellung
Noch wenig erforscht sind die Lehnwortschichten, die sich für die OKS aus
ihrer arealen Position und historischen Vergangenheit ergeben und vornehm-
lich dem Arabischen, Turkischen und Russischen zuzurechnen sind Diese
Schichten sind bedingt durch die zur Islamisierung führende arabische In\a-
sion des 7./8 Jh.s, durch die Nachbarschaft von Kumykisch im Norden und
Aserbeidschanisch-Turkisch im Süden und durch die russische Okkupation im
19. Jh. Hinzu kommen u a. iranische (besonders persische und ossetische) und
georgische Lehnwôrter.
Da die OKS im Gegensatz zum Georgischen und Armenischen über keine
alte Überlieferung verfügen, ist der Nachweis ihrer typologischen Transforma-
tion schwerer zu fuhren als beim Georgischen oder Armenischen Immerhin
lassen Reste alten morphonematischen Wechsels in der nominalen und verba-
len Flexion (vgl Verf 1968 und 1976a) die Vermutung zu, daB das agglutinie-
rende Flexionspnnzip — ahnlich wie beim Sudkaukasischen und Armenischen
— auch in den OKS erst durch turksprachlichen EinfluB aufgekommen ist In
die gleiche Richtung weisen auch Tendenzen zur Vokalharmonie.
d) Typologie
Phonologisch zeigen die OKS stark ausgebaute Konsonantensysteme (beson-
ders in den Gruppen IV und II). Neben den 3 Artikulationsartklassen
stimmhaft, stimmlos, stimmlos mit KehlkopfverschluB (glottoklusiv), die für
aile KS relevant sind, verfügen die OKS in einzelsprachlich unterschiedhcher
Verteilung über lange oder geminierte Konsonanten (sog. Stàrkekorrelation)
ZahlenmàBige Differenzen im Konsonanteninventar der OKS erklaren sich
durch das Vorhandensein bzw. Fehlen lateraler, labiovelarisierter und palatali-
sierter Phonemreihen. Die Lokalisierungsreihen schlieBen vielfach im hinteren
Teil des Rachenraumes Uvulare, Pharyngale und Laryngale ein. Affnkaten
und Spiranten sind reich vertreten. Vokalarmut, ein für KS typisches Merkmal.
gilt für die OKS nur begrenzt, besonders nicht für die Gruppen I und einige
Sprachen von II. Pharyngalisierte, nasalisierte, umgelautete und gelangte
Vokale tragen in Einzelfâllen neben Diphthongen zur Vermehrung des Vokal-
inventars bei.
Morphologisch uberwiegt die Agglutination Funktionaler Vokalwechsel
findet sich als Archaismus (z.B Awarisch hetér ‘Kopf, Gen. botrôl, Nom
Plural butrùl) und weist hin auf altéré flektierende Zuge (vgl. Deeters 1963,
29 f.)
Die OKS, denen (wie allen KS) die Genus-Kategorie fehlt, unterscheiden
sich von den übrigen Gruppen der KS durch Klassenflexion die Substantiva
VÔLKER IM SÜDEN UND OSTEN DES KAUKASUS
317
sind auf der Grundlage semantischer Merkmale selektiv nach verschiedenen
Klassen differenziert. Die grammatisdhe Konkordanz zwischen den Substanti-
ven und den ubrigen Satzgliedern (Attributen, Prâdikaten) wird durch Klas-
senzeichen hergestellt, z B. Tabassaranisch ermi ti-r-ynuw "der Mensch flog’ (r
= Klasse ‘Mensch’) vs li-H-ynuw ‘der Vogel flog’ (m = Klasse ‘Nicht-
Mensch’). Fur das Rekonstrukt der ostkaukasischen Grundspreche setzt man
vier Klassen an: 1. mannlich vernünftig, 2 weiblich vernunftig, 3 sonstige
Individuen, 4 Stoffnamen, Kollektiva. Einzelsprachlich schwankt die Zahl der
Klassen zwischen O (Udisch), 2 (Tabassaranisch) bzw 8 (Batsisch), die meisten
OKS verfügen jedoch über Vier- bzw Dreiklassen-Systeme
Dem finiten Verbum56 fehlt im OK die Kategorie Person, es bestehen aber
Tendenzen zum Ausbau einer personalen Verbalflexion mit Hilfe beigefügter
Personalpronomina, z.B im Udischen (Pràsens von be.sun ‘machen’)-
Singular
1 besa-z(u)
2 besa-n(u)
3 besa-ne
Plural
besa-jan
besa-nan
besa-qun
Ein weiteres Merkmal sind starkausgebildete Kasussysteme, die OKS stellen
hierin einen direkten Gegensatz zu den WKS dar, in denen die Lokalverhaltnis-
se überwiegend am Verbum durch Prâverbien ausgedrückt werden Die SKS
nehmen eine mittlere Position ein Fur die OKS sind in der Regel vier
grammatische Kasus (Nominativ, Ergativ, Genitiv, Dativ) und eine groBe
Anzahl lokaler Kasus zu unterscheiden Grundlage des Systems ist der
unmarkierte Nominativ, der als Indefinitus mit dem Stamm des Wortes
züsammenfallt; vom Nominativ/Indefinitus wird durch Suffixe oder Vokal-
wechsel ein gleichzeitig als Ergativ dienender obliquer Stamm abgeleitet, der
seinerseits die Basis für die weitere Deklination darstellt. Diese geschieht bei
den Lokalkasus nach dem Prinzip der sog. Serienbildung. von dem obliquen
Stamm sind einzelsprachlich bis zu 8 Essive (auf die Frage wo?) ableitbar, von
diesen wiederum Allative (auf die Frage wohint), Ablative (auf die Frage
woher?), manchmal auch Translative (auf die Frage wohindurch?), z.B. tabass
Indefinitus (= Nominativ) ywan ‘Stein’ > Obliquus (= Ergativ) ywan-^i )
Lokativ (der Bedeutung ‘unter’) ywan-^i-kk ‘unter dem Stein’ > Allativ ywan-
5i-kk-na ‘unter den Stein’.
Syntaktisch zeigen die OKS in der verbalen Rektion das kaukasische Modell
mit transitiver Ergativ-, intransitiver Nominativ- und affektiver Konstruktion
(bei Gefühls- und Wahrnehmungsverben). Die ‘Basic Order’ weist hin auf die
56
Vgl letztlich Chajdakov 1975
318
K H SCHMIDT
merkmallosen Positionen SOV, Determinans vor Determinatum (mit Zugen
von Gruppenflexion), Nebensatz vor Hauptsatz. In Nebensatzen wird das
finite Verbum durch Konverbien (Partizipien, Gerundia, Verbalsubstantiva)
ersetzt
e) Soziolinguistische Slellung
Sieht man ab von den âuBerst dürftigen albanischen Fragmenten und von
vereinzelten Aufzeichnungen, die bis ins 18., 19. Jh., beim Awanschen bis ins
15. Jh. zurückgehen, so verfügen die OKS — zum Unterschied vom Georgi-
schen und Armenischen — über keine alte schriftliche Überlieferung. Dem
Georgischen und Armenischen vergleichbar, besaB lediglich das Albanische ein
eigenes Schnftsystem Die übngen Sprachen bedienten sich früher des arabi-
schen, lateinischen, gelegentlich auch des georgischen Alphabetes Heute
werden die Schrift- und Schulsprachen unter den OKS — Tschetschenisch.
Inguschisch, Awansch, Lakkisch, Darginisch, Lesgisch und Tabassaranisch —
in kynllischer Schnft geschneben. Diese Sprachen allein haben z.Zt eine
Überlebenschance. Die ubrigen leiden zusâtzlich unter zu geringer Sprecher-
zahl. Der Wortschatz der Schriftsprachen wird durch Entlehnungen und
Übersetzungen, vornehmlich aus dem Russischen, stàndig erweitert.
IV Bemerkungen zur volkskultur literatur
1 Armenisch
Es gehôrt zu den Besonderheiten der armenischen Literatur, daB das sog
Goldene Zeitalter (oskedarean hayerên)der klassischen Période direkt mit dem
Beginn der schnftlichen Überlieferung in der ersten Halfte des 5. Jh s
zusammenfâllt. «Die Sprache der gleich nach der Erfindung der Schrift
entstandenen Literaturwerke wurde weiterhin und noch bis in die neueste Zeit
als mustergültig betrachtet und mit wenigen Abânderungen als Schriftsprache
(grahar) verwendet» (Jensen 1959, 1 f.). Vor diesem Zeitpunkt bedienten sich
die christlichen Armenier des Griechischen und Syrischen als Schrift- und
Literatursprachen Daher standen nach der Erfindung eines eigenen Schriftsy-
stems durch Mastoc oder Mesroh (ca 407) genügend Übersetzer zur Verfu-
gung, um innerhalb von nur 50 Jahren (407-450) Bibel, Liturgie und wichtigste
griechische und synsche Kirchenvater, aber auch weltliche Literatur wie
beispielsweise den Alexanderroman (Meillet 1913, 2), zu übersetzen und durch
armenische Onginalschôpfungen zu erganzen (ABfalg/Kruger 1975, 40). Das
wichtigste unter den selbstandigen Werken ist «Wider die Sekten» (e/c alandoc)
betitelt und von Eznik von Kolb, dem Bischof von Bagrawand und Schùler des
VÔLKER IM SÜDEN UND OSTEN DES KAUKASUS
319
Mesrob (ca 400 geb ), verfaBt Es stellt eine Auseinandersetzung mit Mazdais-
mus, Manichaismus und Gnostizismus dar57 Die Übersetzung der Bibel
erfolgte 410 zunachst aus dem Synschen, wurde dann aber nach dem Konzil zu
Ephesos 431 nach dem Muster griechischer Texte umgearbeitet Die alteste
datierte Hs dieser Übersetzung, die die Evangelien enthalt, stammt aus dem
Jahre 887 und wurde zuerst 1666 in Amsterdam gedruckt Weitere Quellen des
5. Jh.s sind Koriwn, der ca 450 eine Lebensbeschreibung des Mesrob verfaBte,
sowie die Historiker Agat’angelos (Bekehrungsgeschichte Arméniens), Faustos
von Byzanz (Übersetzung eines verlorengegangenen gnech Onginals), Lazar
von Farb und Elise (Elisaeus) Die Geschichte Arméniens (Patmut iwn ha\oc)
des Moses von Choren, die bis zum Sturz der Arsakiden (428) reicht, ist uns
erst in einer spâteren Bearbeitung erhalten.
Nach dem Tode der ersten Übersetzergeneration folgen ab Mitte des 5 Jh s
das Silberne Zeilalter (450-570) und die durch sklavische Nachahmung gnechi-
scher Modelle charakterisierte hellenophile Schule (570-610).
Einen zweiten Hôhepunkt erreicht die armenische Literatur im Reich von
Kilikisch-Armenien (1080-1375) mit dem Katholikos Nerses Schnorhali(= der
Anmutige, Begnadete) als zentraler Figur Nerses (1102-1173), der den Reim in
die armenische Dichtung einführte (ABfalg/Krüger 1975, 215), schrieb u a eine
armenische Geschichte in epischer Form, eine Elegie auf die Stadt Edessa und
die aus 4000 achtsilbigen Zeilen beste’nende Dichtung «Jésus der Sohn»
(Inglisian 1963) Als Theologe trat er für die Union mit der byzantinischen
Kirche ein
Die mittelarmenische Aschughen-Dichtung (von arabisch 'asiq ‘verliebt’) der
Troubadoure des Mittelalters stellt den Übergang dar zu den im 19. Jh.
entwickelten neuost- bzw neuwestarmenischen Literaturen Als Begründer der
ostarmenischen Literatur gilt K. Abovian (1809-1848), der 1840/41 den ersten
armenischen Roman «Die Wunde Arméniens — das Klagelied des Patrioten»
schneb (Inglisian 1963, 241), einer der fruhesten Vertreter der ostarmenischen
Sowjetliteratur war dagegen der Lyriker H Hakohian (1935+) (ABfalg 1964,
139).
Innerhalb der armenischen Folklore nimmt der erst im 19 Jh. entdeckte und
schnftlich festgehaltene Zyklus um David von Sassun eine besondere Stellung
ein (Burney/Lang 1971, 243ff ). Die epische Schilderung der von den Bergbe-
wohnern von Sassun (sudwestlich des Van-Sees) vollbrachten Heldentaten
wurzelt in dem Freiheitskampf der Armenier gegen die Kalifen von Bagdad im
10 Jh
Um eine Renaissance der altarmenischen Sprache und Literatur bemüht ist
51 Vgl Meillet 1913. 2, Jensen 1964, 84. Inglisian 1963, 160. Burne> Lang 1971, 230
320
K H SCHMIDT
der 1701 von Mechithar von Sebaste (1676-1749) in Konstantinopel gegründe-
te armen -kath Orden der Mechitharisten (vgl auch FuBnote 29)
2 SKS
Innerhalb der Kulturen der SKS kommt der geo Literatur eine überragende
Bedeutung zu Poesie und Prosa der schriftlosen Sprachen Lasisch, Mingre-
lisch, Svanisch sind dagegen wenig entwickelt und nur durch mündhche
Tradition und vereinzelte Aufzeichnungen von Gelehrten bekannt.
Die geo Literatur58 laBt sich in 5 Perioden einteilen 1 altgeo geistliche
Literatur (5.-11 Jh ), 2 weltliche Literatur des Mittelalters (11 -13 Jh ), 3
Literatur der vorneugeo Epoche (13.-19 Jh ), 4. neugeo Literatur (19 Jh-
1921), 5 sowjetische Période (ab 1921) Trâger der altgeo geistlichen Literatur
waren überwiegend Mônche, die in Klôstern innerhalb und auBerhalb Geoi-
giens wirkten (Gelati, Ikalto, Palâstina, Sinai, Athos, Antiochia, Backovo)
Die Literatur dieser Epoche umfaBt Übersetzungen aus dem Armenischen,
Syrischen, Griechischen; auBerdem Originalschôpfungen. Zu den bedeutend-
sten Übersetzern gehôren Euthymius ( 10281), Abt des Iviron-Klosters auf dem
Athos, dessen Nachfolger Georgios Hagiorites, Ephrem Mcire (ca. 1103+) und
der Neuplatoniker Johannes Petrizi (ca 1125f). Der altesten Evangelienüber-
setzung lag eine armenische Vorlage zu Grunde, bei der es sich um eine im
Armenischen nicht mehr vorliegende besonders alte Version handelt, die in den
erhaltenen armenischen Evangelienhandschriften nach der griechischen Vorla-
ge überarbeiteten Texte sind demgegenüber jünger59.
Der archaischste georgische Bibeltext ist durch das sog. Evangelium von
Adys aus dem Jahre 897 überliefert, dieses Evangelium ist nach seinem
Fundort in der Kirche des svamschen Dorfes Hadys benannt (Deeters 1963a.
133)
Unter den literanschen Neuschôpfungen zu nennen ist I Curtavelis «Marty-
rium der heiligen Susanik» (Martvilobaj Susanikisi) aus dem 5 Jh Dieses
âlteste geo. Literaturdenkmal uberhaupt schildert die Leidensgeschichte von
Susanik, einer Tochter des armen. Heerführers Vardan, deren georg Gemahl
zum Mazdaismus abfiel (vgl Curtaveli 1978; 1978a). Erwahnt seien ferner I
Sabanis3es «Martyrium des heiligen Abo von Tiflis» (Abo Tpileli), eines
Arabers, der wegen seines Übertritts zum Christentum 786 von dem arabischen
Emir in Tiflis hingenchtet wurde, die Kompilation «Das Leben Ninos» (Ninob
cxovrebaj) oder «Die Bekehrung Géorgiens» (Mokcevaj Kartlisaj), die m
mehreren Redaktionen vorliegt (die âlteste datiert man in das 8./9 Jh ), und die
88 Vgl Deeters 1963a ABtalg 1964 139ff
i:| Vgl oben p 318 f
VOLKER IM SÜDEN UND OSTEN DES KAUKASUS
321
buddhistische Legende von Barlaam und loasaph, deren georgische Version
môglicherweise durch den Hagioriten Euthymius aus dem Georgischen ins
Griechische übersetzt wurde (Lang 1966, Deeters 1963, 136f )
Persisch beeinfluBt waren die an den Furstenhôfen gepflegte mittelalterliche
Dichtung und Prosa In Prosa abgefaBt sind die nach orientalischen Modellen
verfaBten Ritterromane Amirandaredsehaniani des Moses Choneli und Visra-
miani des Sargis Tmogweli, letzterer behandelt ein «Tristan und Isolde»
vergleichbares Motiv60. Besondere Bedeutung als georgischem Nationalepos
und Werk der Weltliteratur kommt dem«Recken im Tigefell» zu Als Verfasser
gilt der Mônch Sota Rustaveli, ein Zeitgenosse der Kônigin Tamar (ca 1200)
Die âltesten Hss. des Epos stammen aus dem 17. Jh , die erste gedruckte
Ausgabe aus dem Jahre 1712. Die über 1650 Strophen des Textes bestehen
jeweilig aus vier 16-silbigen Versen, in der Mitte und in den Halbversen durch
Caesur geteilt : 4 + 4 = mayali sairi vs 5 + 3 bzw. 3 4- 5 = dabali sairi Çduri
von arabisch sa'ir ‘Dichter’) In die Handlung, die sich von Arabien bis nach
Indien und China erstreckt, eingebettet ist die Verherrlichung von Ritterlich-
keit und Freundestreue, besonders aber von Liebe und Leidenschaft.
Im Prolog entwickelt der Dichter Theonen zur Liebe und zur Poesie und
preist die Kônigin Tamar. Die weite Verbreitung, die das Epos auch auBerhalb
Géorgiens gefunden hat, führte zur Übersetzung in eine ganze Reihe von
Sprachen, darunter auch mehrfach ins Deutsche61 In das 17 Jh. und die erste
Hâlfte des 18. Jh.s fallen die dichtenden Kônige Teimuraz I. ( 1663+), Artschil
III. (1713+) und Wachtang VI (1737f); Wachtangs Onkel Sulchan-Saba-
Orbeliani (1725+) verfaBte eine Sammlung von Fabeln, Parabeln und Mâr-
chen, deren Titel in falscher deutscher Übersetzung als «Die Weisheit der
Lüge» bekannt geworden ist62, auBerdem ein geo Wôrterbuch. Im spaten 18
Jh. gewinnen europàische, besonders russische, Einflüsse an Boden.
Die neugeo. Literatursprache wurde von zwei Dichtern geschaffen, die zu den
bedeutendsten Vertretern der geo Literatur zâhlen, Ilia Cavca vase (1907+) und
Akaki Cereteli (1915f). Beide Dichter standen an der Spitze einer Schriftsteller-
vereinigung, die sich Tergdaleulni ‘die aus dem Terek getrunken haben’ nannte
und sozialreformensche Ideen nach russischem Muster propagierte. Prominen-
te Vertreter der sowjetgeo. Literatur wie G. Tabije (*1892) und G Leonise
(*1899) haben ihre Wurzeln im Symbolismus. Der Dichter G. Robakidse
60 Vgl die Sekundarliteratur bei Deeters 1963a, 138 und s Tschenkéli Neukomm 1957
61 Vgl Leist 1889. Huppert 1955, Neukomm 1974, von Tseretheli 1975. Buddensieg 1976. die
letzte mir bekannte englische Übersetzung ist Stevenson 1977
Vgl Orbeliani 1973, die exakte Übersetzung ware 'das Buch der Weisheit und der Lüge'
vgl auch Levin 1978, Nowak 1977, Pape-Asnauri-Gegelaschwili Dschanelidse 1974)
322
K H SCHMIDT
(1962f) emigrierte nach Deutschland und wurde hier auch durch Werke in
deutscher Sprache bekannt
3 . OKS'''
Unter den ostkaukasischen Literaturen versteht man sowohl die — lange
Zeit nur mündlich tradierten — Werke der Volksdichtung als auch die relativ
jungen kunstlerischen und gelehrten Produkte namentlich bekanntgewordener
Autoren, soweit sie in einer der OKS abgefaBt sind. Enge strukturelle
Beziehungen bestehen zu den westkaukasischen Literaturen und zu den
Literaturen in indogermanischen und Turksprachen des Kaukasus, sowie zur
südkaukasischen Folklore Ein verbreitetes Sujet sind die Nartensagen, die von
den iranischen Osseten und westkaukasischen Stammen auch auf die benach-
barten zentralkaukasischen Inguschen und Tschetschenen (und südkaukasi-
schen Svanen) übertragen wurden. Unter der Vôlkern des Dagestan verfugen
besonders die Awaren, Lesgier, Tabassaraner, Lakken und Darginer uber
reiche anonyme Volksepik, in der von historischen Kâmpfen mit Persern und
Russen berichtet wird, etwa vom Sieg, den die Dagestaner 1742 gegen Schah
Nadir erfochten, oder vom politisch-religiôsen Freiheitskampf des Imam
Schamil gegen die Russen. Lieder und Tànze der Lesgier sind von aserbeid-
schanischer Musik beeinfluBt. Bei Darginern und Lakken ist die Lynk stark
entwickelt. Drama und Bühnenkunst finden sich besonders bei Lesgiern und
Lakken. Für den gesamten Kaukasus rechnet man mit mehr als 2000 verschie-
denen Marchenstoffen, von denen uber 1000 allein im Dagestan nachgewiesen
sind.
Vor der russischen Eroberung des Dagestan (1859) herrschte in der Literatur
onentalisch-islamischer EinfluB vor, der darauf zu Gunsten russischer, spâter
sowjetischer, Modelle zurückging Namentlich bekannt gewordene Dichter
sind der awarische Liebesdichter Mahmùd aus Qahahroso (19194*), der lakki-
sche Panislamist Jusuf Qadi Murkelinskij ( 1918t) oder Jetim Emin ( 1878+), der
den Beinamen «Vater der lesgischen Poesie» erhielt und persische Stoffe
verarbeitete Sowjetisch beeinfluBt sind Hamzat Cadasa (1951 f), der als
Begrunder der sozialistischen awanschen Dichtung gilt, der Lesgier Sulejman
Sta/’skij (1937f), von Maksim Gor’kij uberschwenglich als ‘Homer des 20
Jh.s’ gefeiert, oder der in russischer Sprache schreibende Lakke Effendi Kapiev
(1944f). Der Ausbau von Literatursprachen im ôstlichen Kaukasus wird durch
regelmaBig erscheinende Zeitungen wesentlich unterstützt, Beispiele sind Die
Dagestanische Wahrheit (awarisch), Das Kolchosbanner (darginisch) oder Der
Vgl Schmidt 1964
VÔLKER IM SUDEN UND OSTEN DES KAUKASUS
323
jVewe Weg (Lakkisch) Zur Entwicklung der Kunstprosa tragt ferner die
laufend erweiterte ansehnliche Übersetzungsliteratur bei, die bisher besonders
russische Vorlagen und die Standardwerke des Kommunismus erfaBt hat Die
1967 erschienene zweibandige Istorija dagestanakoj sovetskoj literatury zeugt
mit über 900 Seiten von der Produktivitât der gegenwartigen ostkaukasischen
Literatur.
Karl Horst S( hmidi
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MORPHOLOGIE TCHERKESSE II - LA CATEGORIE DE POSSESSION
première partie description de la catégorie en Chapsoug de Düzce
A Formes non-S*
à mes parents
Résiimf
L’article présente une description de la catégorie de «possession» dans un
parler du tcherkesse occidental Le point de départ de l'auteur est formel est
présenté le fonctionnement des préfixes qui peuvent se combiner avec des noms
dans des formes qui ne comportent pas un préfixe-sujet Ces préfixés
(possessifs), qui peuvent aussi se présenter dans des formes prédicatives et dam
d’autres formes à préfixe-sujet, expriment des relations d’appartenance il scia
question de possession neutre, organique, réciproque, partagée et, finalement.
relative. Le lecteur trouvera bien des exemples, ils ne sont pas inutiles vu le
caractère peu étudié des formations et tenu compte du fait qu'on chercherait en
vain une présentation systématique du matériau dans quelque grammaire Le
matériau analysé a été collecté par l’auteur en Turquie La description est
précédée de quelques observations générales sur le tcherkesse
Contenu
0 Introduction (0 1 avant-propos, 0 2 sur la phrase minimale. 0 3 sur la structure des mots 0 4
sur les préfixes des formes-S, 0 5 conventions et exemples). 1 L Expression de possession dans h '
formes-non-S ( 1 1 introduction, 1 2 possession neutre. 1 3 possession organique, 1 4 possession
réciproque, 1 5 8 possession partagée, I 9 sur le fonctionnement des préfixes possessifs dans les
subordonnés), [2 L. Expression de possession dans les foi mes-S dénommâtes (2 1 introduction 2 2
possession neutre, 2 3 possession organique, 2 4 possession réciproque, 2 5 possession partagée
2 6 formes participiales possessives, 2 7 constructions possessives relatives sans prefïxe-suiet
initial),3 Deux serbes possessifs (i \ introduction, 3 2 ?e[l-4 ia-] et i e [1-4 i a-] illustration 3 ’
’e [1-4 ia-] et se [1-4 ia-] commentaire. 3 4 comparaison de constructions possessives) ]
Abréviations, Références
* La rédaction de la revue et l'auteur de cet article ont décidé de publier en deux article-'
consécutifs, répartis sur deux volumes, ce qui à l'origine avait été conçu comme un seul article
(1984 = Formes non-S, 1985 = Formes-S)
MORPHOLOGIE TCHERKESSE II - LA CATÉGORIE DE POSSESSION 333
Introdlc tion
0.1 Avant-propos
Dans les lignes qui suivent nous présentons une description synchronique de
la catégorie de possession dans le ChDz ' La seconde partie de cette étude est
pour paraître en 1986. nous y comparerons l’assiette de la catégorie du ChDz
avec celle des autres dialectes, de même que nous y ferons état des discussions
sur les développements qui ont abouti à la situation actuelle1 2
Avant d’aborder la description envisagée nous donnerons quelques observa-
tions générales sur le tcherkesse pour que le non-tcherkessisant puisse suivre
également l’exposé (Introduction). Le reste de l’article se subdivise en trois
sections- la première — la plus longue — présente la forme et l’emploi des
moyens formels qui expriment la «possession» dans les syntagmes nominaux
qui ne contiennent pas de préfixe-sujet. Dans la deuxième section il sera
question du fonctionnement des mêmes moyens formels dans les formes
comportant un préfixe-sujet («formes-S») Dans cette même section nous
parlerons de la possession relative. La troisième section, finalement, est
consacrée aux deux verbes possessifs du ChDz.
Nous nous servons du terme de «possession» faute de mieux Dans le par
1.1, où l’objet de cet article est exposé, nous parlerons plutôt d’«apparte-
nance»
0.2 Sur la phrase minimale
Une phrase peut se composer d’un seul mot, d’un prédicat Les prédicats
peuvent être formés de verbes aussi bien que de noms Tout prédicat comporte,
en position initiale, un préfixe indiquant l’actant-sujet. Le sujet tcherkesse est
l’équivalent du sujet de verbes intransitifs, et de l’objet direct de verbes
transitifs, de langues comme, par exemple, le latin. Une forme comportant un
préfixe-sujet peut, en principe, héberger plusieurs préfixes personnels
La phrase minimale se caractérise entre autres par le fait qu’elle ne saurait
comporter plus d’une forme munie d’un préfixe-sujet («forme-S»).
Les autres constituants de la phrase minimale peuvent être considérés comme
autant de (syntagmes) subordonnés du prédicat qui, dans les phrases ayant un
1 Le Chapsoug est un dialecte tcherkesse occidental, Duzce est une ville situee entre Istanboul
et Ankara En URSS il y a deux langues tcherkesses «littéraires» LAdyghéen littéraire (tcherkesse
occidental) et le Kabardien littéraire (tcherkesse oriental) Pour le Chapsoug de Duzce, V Smeets
1976 Transcription (notre ordre alphabétique) \o\eltes a, e, a. lomonnes (labiales ) p, b, p . /. p
f, (dentales ) t, d, t , t ", c. <, c , ç, s , (alvéolaires ) ç, z, s, s'". v ", (palatales ) i, i . s", z,
(vélarisée ) s, (latérales ) À, /, A , (vélaires ) k, g. k . v, g, k‘\ g”, k ", (uvulaires ) y, x. g. q°. x". g"
(pharyngale ) h, (laryngales ) ", h, (sonantes ) i, m. m, n, r L’accent affecte - normalement
parlant — la dernière ou la pénultième voyelle du thème Pour le thème, V par 0 3
2 Nous projetons une série d’études pareilles Ces etudes se veulent, d’une part, un complément
de la grammaire du ChDz que nous espérons faire paraître fin 1984, d’autre part elles ont pour but
de décrire l’image totale des catégories traitées du tcherkesse pris dans son ensemble, en partant de
la situation telle qu’elle se présente en ChDz
334
H J SMEETS
ordre de constituants neutre, occupe la position finale ’ Les subordonnés ont,
en principe, une désinence subordonnante Les subordonnés se divisent en deux
groupes selon qu'ils co-réfèrent avec un préfix personnel d'un prédicat, ou non
Dans cet exposé il sera question presque exclusivement de subordonnés co-
référants Les subordonnés qui co-réfèrent avec un préfixe-sujet ont la
désinence ABS(olue), les subordonnés qui co-réfèrent avec des préfixes person-
nels autres ont, en principe, la désinence REL(ative) Les subordonnés non-co-
référents de la phrase minimale ont, le plus souvent, la désinence
INS(trumentale) ou celle MOD(ale)1 * * 4
Les subordonnés, ainsi que les prédicats, peuvent être composés d’un ou de
plus d’un mot Pour plus de clarté nous éviterons — si possible — de présenter
dans nos exemples des syntagmes comportant plus d’un mot
Divers types de formes qui comportent de même un préfixe-sujet peuvent
être tirés de prédicats, ainsi que les prédicats coordonnés et subordonnés, et
quatre types de nominalisation Dans l'exposé qui suit nous parlerons incidem-
ment des nominalisations, notammant des participes
0 3 Sur la structure des mots
Un mot peut se composer d’un seul morphème, le radical, le plus souvent,
cependant, il s’agit de formations plus complexes Un mot comporte un
«thème», suivi ou non d’une ou de plus d’une désinence Ce thème se compose
d'une partie centrale, la base, qui peut être précédée d’un ou de plus d'un
préfixe-thème, et suivi d’un ou de plus d’un suffixe-thème La base est faite
d’un radical ou d’un composé fixe de plusieurs radicaux et peut comporter des
affixes-base Un mot peut comporter plusieurs bases, aussi bien simples que
complexes
MOT
< (préfixes-thème) ____
base)s) ----------------------
(suffixes-thème)
(désinences)
(préfixes-base)
radical (/radicaux)
(suffixes-base)
Dans les formes-S peuvent se présenter des séquences compliquées de
préfixes et/ou de suffixes de thème Dans cet exposé nous aurons principale-
ment affaire à ces affixes-là Pour plus de concision nous parlerons de préfixes
— et de suffixes — tout court alors qu’il s’agira de préfixes et suffixes-thème H
1 En général, c’est le déterminant qui précède le détermine L’exception la plus importante e-i
constituée par la combinaison — à l’intérieur d’un mot - d’un substantif suivi d’un adjectil
déterminant iiane-v "a ‘une bonne (ç "a) maison’
4 Les quatre désinences ABS. REL, INS et MOD sont celles qui indiquent, dans la phra-e
minimale, les fonctions des syntagmes subordonnés Pour les illustrations, V par 19 Les pronom^
personnels ne prennent pas de désinence quand ils co-refèrent avec des préfixes personnels de'
formes-S
MORPHOLOGIE TCHERKESSE II - LA CATÉGORIE DE POSSESSION 335
nous reste encore à souligner que certains des éléments qui normalement sont
des préfixes-thème peuvent aussi se présenter dans la base, mais alors dans des
composés fixes
0.4 Sur Ici préfixes des formes-S
Les préfixes qui peuvent se présenter dans les formes-S peuvent être répartis
en neuf positions Dans quatre de ces neuf positions peuvent se trouver des
préfixes personnels Dans la plupart des positions on peut trouver des préfixes
complexes, et dans trois positions (4, 5, 9) des complexes de préfixes Dans les
positions non-personnelles ne peuvent figurer, en général, qu’un nombre fort
restreint de différents préfixes L'ordre des préfixes est fixe au cent pourcent, ou
peut s’en faut Ainsi, par exemple, aucun des préfixes attribués à des positions
d’un nombre inférieur à 8 ne saurait se trouver — en comptant à partir du
début du mot — au delà du préfix nid- NEg(atif)
Les positions où se logent les préfixes personnels sont celles indiquées par les
numéros 1, 4, 5 et 6 La position 1 héberge le préfixe-SU(jet), la position 4
contient normalement un préfixe du groupe des préverbes ('dans', ‘sur’, 'pour’,
'(ensemble) avec’), précédé d’un préfixe personnel qui renvoie à l’objet
préverbial (préfixe-OP) La position 5 peut contenir un préfixe renvoyant à
l’actant-objet indirect (préfixe-OI), la position 6, finalement, peut loger un
préfixe renvoyant à l’agent (préfixe-AG) Les formes qui contiennent un
préfixe-AG sont transitives
Nous faisons suivre les formes de base des préfixes personnels des différentes
positions Ce sont là les formes que nous insérons ailleurs dans la forme sous-
jacente des mots5 Dans les positions susceptibles de loger des préfixes
personnels on peut trouver, à côté des préfixes indiquant la première, deuxième
et troisième personne du singulier et du pluriel (symbolisés 1. 2, 3 et I, II, III),
un préfixe-PAR(ticipe), un préfixe-REC(iproque) — excepté dans la position 1,
ou un préfixe-REF(léchi) — excepté dans la position 6
1 SU-pos 1 Sd- OP-pos 4 OI-pos 5 se- AG-pos 6 s- pronoms se
I td- t- te- t- te
2 na- P- ive- P~ we
II S°d- s°- s°e- s°e
3 III 0- 0- v-a- \e~ \-a- ta- l -«-
PAR 0- Zd- ze- za-
REC 0- ze- ze- ze re-
REF Zd- ZJ- ze-
Les préfixes-SU et les préfixes-OI 1, I, 2, II sont analysables en .s a- (1 SU),
etc, etenir-(l OI), etc, respectivement Nous nous abstiendrons le plus
possible de donner des règles morphophonologiques Observons toutefois que
5 Pour les formes de base des morphèmes du C hDz, V chapitre 3 de àpaiaîne b. pour quelques
exemples V la note 12
336
H J SMEETS
nommément la morphophonologie des préfixes des formes-S — et à l'inténeui
de ceux-ci des préfixes à r initial — est fort compliquée1’
La plupart des préfixes non-personnels ne pourront pas être évités dans les
exemples dont nous nous servirons dans la suite Ce sont qe- 'vers ici’. ze ie-
‘le fait que, la manière dont’, za- ‘le temps que, le moment où’ (ze re- et za-
nominalisent), were- OPT(atif), me- DYn(amique) (les deux derniers sans la
consonne initiale en position médiale), ma- NEg(atif), ge- CAUS(atif)
0 5 Conventions et exemples
A la fin de cet article on trouvera le tableau des abréviations Nous
ajouterons aux préfixes des formes-S le numéro de la position qu’ils occupent
Les parties composantes des bases complexes sont séparées par un point Le
point s’emploie aussi pour indiquer les séquences fixes de morphèmes dans des
positions autres Pour le reste, les morphèmes sont toujours séparés par un
tiret A la suite des exemples et de leur traduction (souvent très littérale) suivra
entre parenthèses un inventaire morphémique, où les mots sont séparés par le
signe +. Les morphèmes et les combinaisons fixes de morphèmes y sont
représentés soit par des traductions, soit par des abréviations-glose Les gloses
des morphèmes-zéro seront en italiques Pour illustrer le tout nous ferons
suivre quelques formes tirées du verbe intransitif k°e [1] ‘aller’ et du verbe
transitif ta [l-(5-)-6] ‘donner (à)’ — les verbes sont pourvus d’un indexe qui
mentionne les positions qui, dans les formes-S dérivées, doivent être occupées
de toute façon Dans les formes de A e c’est le cas pour la seule position-sujet
dans les formes de ta pour la position-sujet et la position-agent, tandis que la
position-objet indirect peut être occupée
sa-k”e-st 'j’(y) irai', ( 1/SU-aller-FUT),
salb-de-'k°e-st ‘j’(y) irai avec toi’ ( l/SU-2/OP-avec-aller-FUT),
sa-b-d^\a-ge-k°e-st ‘il me fera/laissera aller avec toi’, (l/SU-2/OP-avec-
3/AG-CAUS-aller-FUT),
wa-qa-z-de-za-ge'!k°e-st-er ‘celui qui te fera venir (ici) avec moi’, (2 SU-
vers ici-1 /OP-avec-PAR/AG-CAUS-aller-FUT-ABS), un participe a
désinence ABS,
0-z-ge-k°e-st ‘je l’enverrai’, (3/SL-l/AG-CAUS-aller-FUT),
w-ye-s-ta-st ‘je te donnerai à lui’, (2/SU-3/OI-l/AG-donner-FUT),
0-ye-wa-ma-t ‘ne le lui donne pas'", (3/SL-3/OI-2/AG-NEg-donner),
0-ve-0-t ‘donne-le-lui(3/St/-3/OI-2//lG-donner),
0-ze.re-s-ta-g-er ‘le fait que je l’ai donné’, (J/Stf-que-l/AG-donner-
PRF-ABS),
6 V chapitre 4 de la grammaire annoncée V aussi la note 11 En traduisant nous rendons «_ »
par ‘tu’, etc , et «II» par vous’, etc Les préfixés de la terne personne et les pronoms demonstratiL
ne connaissant pas la categorie de genre, ils sont rendus tantôt par ‘il celui-ci’ etc . tantôt par elle
celle-ci’. etc
MORPHOLOGIE TCHERKESSE II - LA CATÉGORIE DE POSSESSION 337
se c'al-er 0-s-keg°a-g ‘j’ai vu le garçon’, (moi 4- garçon-ABS + 3/SU-
1/AG-voir-PRF);
c'ale-m ses-ya-Xeg°a-g ‘le garçon m'a vu’, (garçon-REL 4- moi + l/'SU-
3/AG-voir-PRF)
Les formes-S peuvent être tirées également de noms De même que les verbes
statiques — et à l’opposé des verbes dynamiques — les noms présentent, au
présent, une opposition formes statiques/formes dynamiques
wa-dax ‘tu es belle’, (2/SU-beau),
w-e-daxe ‘tu deviens belle’, (2/SLJ-DYn-beau),
wa-ze.re-ma-dax-er 0-s-e-s’e ‘je sais que tu n'es pas belle', (2/SU-que-
NEg-beau-ABS + 3/SC-l/AG-DYn-savoir),
the-rn we w-ya-ge-dexa-g ‘dieu t’a rendue belle’, (dieu-REL 4- toi 4-
2/SU-3/AG-CAUS-beau-PRF)
Les préfixes-zéro ne seront présentés qu’exceptionellement dans nos exem-
ples, mais il sera toujours tenu compte d’eux dans les inventaires
morphémiques.
Première Section
1 L’Expression de possession dans les eormes-non-S
1.1 Introduction
Dans le par 0.1 nous avons déjà dit que nous nous servons du terme
«possession» faute de mieux. En ce qui concerne le terme «catégorie» il faut
égafeinent observer de la prudence qu’on ne s'attende pas à un système strict
de distinctions corrélatives sémantiques et formelles Les moyens formels (tous
préfixes) dont nous allons décrire ici le fonctionnement indiquent directement
ou indirectement — une «appartenance» Ces relations d’appartenance ont
toujours un élément de détermination, mais ne s'identifient pas toujours à la
notion de possession dans le sens non-linguistique, loin de là
L’appartenance est présentée comme existant entre le référent de l’élément
déterminé (et qui est placé directement après le préfixe) et le référent du préfixe
déterminant possessif qui renvoie à des personnes grammaticales Dans le cas
de préfixes de la première et de la deuxième personne nous avons presque
toujours affaire à des actants humains et, en conséquence, à des relations
d’appartenance souvent possessives Aussi la plupart des distinctions à signaler
concernent la possession par une première ou deuxième personne 1 2 '
possession neutre, 1.3- possession organique, 1 5 possession partagée, la
338
H J SMEETS
possession réciproque (14) ne se présente que dans le cas de possesseurs
humains
Les possesseurs de la 1ère et 2ème personne sont déterminés sans confusion
possible Aussi est-il impossible de les spécifier, s’il est vrai qu’on peut toujours
les souligner (emphase) par un pronom personnel qui précède immédiatement
le préfixe et qui ne prend pas de désinence subordonnante
Les préfixes possessifs de la 3ème personne, ainsi que le préfixe possessif
relatif, ne déterminent pas sans confusion possible et peuvent être, eux
spécifiés, les préfixes de la 3ème personne par des subordonnés à la désinence
REL, le préfixe PAR des formes possessives relatives par un subordonné à la
désinence MOD
s-ya-cema ‘ma vache', avec .ç-ra- ‘ma’,
se s-ya-cema ‘ma vache (à moi)’,
ya-cema ‘sa vache’, avec y a- ‘sa’,
Xa za-m ya-cema ‘la vache du vieillard’, (vieillard-REL + .),
z-ya-cem-er ‘celui à qui appartient la vache’, (3/SC-PAR/OP-POS-
vache-ABS),
Xaz-ew z-ya-cem-er ‘le vieillard à qui appartient la vache’, (vieillard-
MOD + . )
Des relations d’appartenance déterminative peu possessive se présentent
quand le préfixe possessif a un référent non-humain. Comparez.
wane-m ya-pce ‘la porte de la maison’ (maison-REL -f- 3/PS-POS-porte-
REL ou ABS);
wana-pc-er ‘la porte de maison’, (maison-porte-ABS),
wana-pce ‘une porte de maison’, (maison-porte-^BS ou REL).
Dans les formes-non-S il ne peut pas y avoir d’autres préfixés (de thème) que
ceux dont il sera fait état ci-dessous Notre objet est donc d’étudier dans cet
article les emplois déterminatifs — dits possessifs — des préfixes (de thème) qui
peuvent se présenter dans les formes-non-S
1 2 Possession neutre
Dans la très grande majorité des substantifs on ne peut renvoyer que d’une
seule façon à la personne du possesseur, à savoir par un préfixe personnel qui
fait complexe avec le préverbe ya- POS Les préfixes personnels possessifs
précèdent y a-, tandis que la marque a-, qui indique pluralité de la troisième
personne se trouve placée après ya-.
s-ya-wane ‘ma maison’, avec s-ya- (1/PS-POS),
t-ya-wane ‘notre maison’, avec t-ya- (I/PS-POS),
MORPHOLOGIE TCHERKESSE II - LA CATÉGORIE DE POSSESSION 339
H-pj-no/iP ‘ta maison', avec (2/PS-POS),
s"-ia~wane ‘votre maison’, avec s"-d?- (II/PS-POS).
0-ya-uane ‘sa maison', avec 0-i»- (3/PS-POS),
0->-</-nr>ne ‘leur maison', avec 0-\-a- (3/PS-POS-P1 )
iv-ia-iume s-keg°a-g-ep 'je n'ai pas vu ta maison’, (2/PS-POS-maison-
ABS 4- 3, SC-l/AG-voir-PRF-NEG),
se s-ya-wane-x-er za-x ‘mes maisons (à moi) sont vieilles', (moi 4- 1/PS-
POS-maison-PL-ABS 4- 3,SC-vieux-PL)
Les formes de base des morphèmes dont il s’agit ici sont .s-, /-, p-, s°-, 0-, i a-
et a-, pour la morphophonologie de ces préfixes V par 1 3
1.3 Possession organique
Pour un certain nombre de substantifs on peut renvoyer aussi d’une autre
façon à la personne du possesseur, à savoir au moyen du seul préfixe personnel
de la première et de la deuxième personne singulier et pluriel Ces préfixes
possessifs «courts» se présentent avec des substantifs qui renvoient aux parties
d’entités vivantes, comme famille, corps humain ou animal, et également avec
se ‘nom’
Il y a des dialectes tcherkesses occidentaux où il est encore question d’une
véritable opposition entre possession organique et possession non-organique
Dans le ChDz, et non seulement là, l’opposition est en voie de neutralisation la
plupart des substantifs ne peuvent pas se combiner avec les préfixes possessifs
dits «courts», tandis que les substantifs qui peuvent se combiner avec les
préfixes possessifs «courts» sont aussi en mesure de se combiner avec les
préfixes possessifs «longs», c'est à dire avec les complexes où entre va- POS La
dernière observation ne vaut pas dans la même mesure pour tous les substantifs
en question On peut poser en principe que — dans le ChDz — nous avons
affaire à une opposition organique/neutre, plutôt qu’à une opposition
organique/non-organique
cf. s-ya-wane ‘ma maison’,
s-pe / s-ya-pe ‘mon nez’,
s-'/.a q°e / s-ya-À.a.q°e ‘ma (propre) jambe’,
s-ya-Xa.q°e ‘ma patte’ (p ex d’un animal tué qu’on partage)
Dans le matériau dont nous disposons se présentent les substantifs suivants
en combinaison avec un préfixe personnel court
pe ‘nez’, pe ca.pe ‘pointe du nez’, pe.c’e ‘moustache’, pse ‘âme’, pqa ‘corps,
squelette’, px°a ‘fille’, bat a ‘sein’, bge ‘poitrine’, terne ‘épaule, aile’, txa
‘épine dorsale, dos’, thepe ‘feuille’, the 'k°ame ‘oreille’, ce ‘dent', ce ge 'côte'.
340
H J SMEETS
se ‘nom’, she ‘tête’, she ca ‘cheveux’, s"e ‘peau’, c aha ‘dos’, sa ‘frère’.
sa px°a ‘sœur’, ze ‘bouche’, Xep\e(m)be ‘orteil’, Xe she ‘cheville’, Xe g"e <e
‘genou’, Ae q°e ‘jambe, pied', ka\a ‘gorge’, ke ‘rate’, Caca ‘cerveau,
moelle’, A e ‘queue’, k"eres''a ‘bouton’, ge ‘testicule’, k”e ‘cuisse’, g°a ‘cœur’,
k'uec a ‘intestins’, q°a terne ‘branche’, quashe ‘os’, q“e ‘fils’, ‘bras, main’.
fe teg°a ‘coude’, >e pxe(m)be ‘doigt’, ’e she ‘pouls’, 'e lgene ‘bras’, "p
‘(cavité de la) bouche’, ne ‘œil’
Les préfixes courts s’emploient le plus souvent, d’une part avec des
substantifs qui indiquent les parents (de premier degré) — pour ‘père’, ‘mère’.
V par 1 5 - -, d'autre part avec des substantifs qui ont une consonne initiale
glottalisée ou sourde
Avec les substantifs donnés ci-dessous les préfixes possessifs longs ont
semble-t-il - supplanté les préfixes courts les derniers sont acceptés par nos
informateurs, mais ils ne s’en servent pas spontanément
pse ‘cou’, bze ‘langue’, bga ‘taille’, s°ta ‘cul, sexe', ze ke ‘menton, barbe’.
mene ‘pénis', naba ta ‘nombril', nabe ‘ventre'
Nous ferons suivre les formes de base des préfixes personnels possessifs 1. 1.
2 et II avec leurs allomorphes’
5- 1/PS s- t- I/PS t- P- 2/PS P- s°- Il/PS s°- devant consonnes sourdes
s'-[s- t' P’- s'°-/s°- globalisées
sa- ta- ita- s°a- sonantes
sa-jz- ta-jd- wa-jb- .Ca-fz0- sonores
Remarques: (i) des groupes de consonnes occlusives et/ou constrictives seul
l’élément final a une articulation laryngale distinctive, (ii) les combinaisons de
i-, préfixe de la première personne du singulier, avec s, .s', .s, s’, s°, s". v, <
suivant sont notées s-s, s'-s', etc , mais sont réalisées [fs/r, (A/sJc], etc , (iii) les
combinaisons de Ca ou Ce plus y V donnent — dans la partie préfixale du mot
— normalement C-yV, (iv) devant consonnes globalisées nous ne notons que
5- et s'°-
cf. s-pe t-pe p-pe s°-pe ‘mon, etc., nez’,
s’-^e t’-'e p'-^e ‘ma, etc., main',
sa-ne ta-ne wa-ne s°a-ne ‘mon, etc, oeil',
sa-g°alz-g°a ta-g°a( fd-goa) wa-g°a(/b-g°a) s°a-g°a/z°-g°a ‘mon, etc,
cœur’,
s-ya-pce t-ya-pce w-ya-pce s°-ya-pce ‘ma, etc., porte’
MORPHOLOGIE TCHERKESSE II - LA CATÉGORIE DE POSSESSION 341
Dans la note 13 on peut trouver quelques règles morphophonologiques
p-sa-neha-c’ s-Xeg°a-g-ep ‘je n'ai pas vu ton frère cadet',
(2/PS-frère-plus-jeune-/lBS + 3/SCM/AG-voir-PRF-NEG),
s'-'e-x-er s’°eya-x 'mes mains sont sales’, ( 1/PS-main-PL-ABS -J- 3/SU-
sale-Pl),
s-sa px° ‘ma sœur1’, ( 1/PS-sœur)
Les possesseurs de la troisième personne ne peuvent être indiqués qu’au
moyen de 0-ya- et 0-y-a- (\ 12) Il y a des dialectes qui ont également des
préfixes possessifs courts pour la troisième personne, à savoir a- 3/PS et ct-
III/PS. Il s’ensuit que dans le ChDz l’emploi des préfixes courts est très restreint
quand il s’agit de possesseurs non-humains («mes feuilles», etc )
cf. s-pe / s-ya-pe ‘mon nez’ s-ya-pce ‘ma porte’
ya-pe ‘sonnez’ ya-pce ‘sa porte',
s-thape-x-er / s-ya-thape-x-er ‘mes feuilles' (d’un arbre présenté comme
parlant);
s-ya-thape-x-er ‘mes feuilles’ (qui se trouvent dans ma cour)
1.4 Possession réciproque
La possession réciproque s’exprime au moyen du préfixe ze- Ce préfixe
s’allie à un nombre restreint de substantifs:
sa ‘frère’, sapx°a ‘sœur’, nahi.eg°a ‘ami’, paya ‘ennemi’, nase ‘belle-sœur’,
meÀx°e ‘beau-frère; g°ase ‘compagnon de voyage’, g°an eg°a ‘voisin’
Remarques: (i) nase ne s’emploie qu’exceptionellement avec ze-, on trouve
plutôt nas.eg°a, (ii) -eg°a est un élément de dérivation qui indique le compagnon
en général; cf. nahza ‘l’âge’, g°ane ‘la frontière’, g°a [1-4’c'a-] ‘se trouver bien
ensemble (avec)’; (iii) dans les formes ABS et INS on trouve — normalement
parlant----xe PL, ceci en opposition avec les formes REL et MOD.
sa-x-er ‘les frères’ (qui ne le sont pas nécessairement l’un de l’autre, ou les
uns des autres), (frère-PL-ABS);
ze-sa-x-er ‘les frères’ (l’un de l’autre, ou les uns des autres), (REC/PS-
frère-PL-ABS),
s-sa-neha-c’-ay-t'°-er ze-paya-x-ew x°a-ge-x ‘mes deux frères plus jeunes
sont devenus ennemis’, (1/PS-frère-plus-jeune-CON-deux-ABS +
REC/PS-ennemi-PL-MOD + 3/St/-devenir-PRF-PL),
ze-sa-m fe.d.ew ta-sa-s ‘nous sommes (là) comme des frères’, (REC/PS-
frère-REL + comme + I/SU-là-être (assis)).
342
H J SMEETS
Le même élément ze- se présente dans un certain nombre de combinaisons
fixes de caractère énumératif
ze X'(a)'ze s°aza ‘les époux’, (REC/PS homme"REC/PS femme),
ze sa'ze sa px°a ‘sœurs et frères’,
ze le'ze ra q°e ‘père et fils’, (REC/PS père"REC/PS CON fils),
ze le'ze ra px°a ‘père et fille’, avec px°a ‘fille’,
ze ne'ze ra q°e ‘mère et fils’, avec -ne ‘mère’,
ze ne'ze ra px°a ‘mère et fille'
Quand, dans les publications sur le tcherkesse, on traite des préfixes
possessifs, il n'est point question d'un préfixe possessif ze-, en conséquence, ce
préfixe, parfois, ne fait objet d’aucune observation7 Les considérations qui
nous ont ammené à classer ze- parmi les préfixes possessifs sont les suivantes
(i) ze- indique un rapport d’appartenance possessive, ou — mieux dit — deux
de tels rapports, (ii) dans les positions qui peuvent être occupées par des
préfixes personnels on peut s’attendre aussi à un préfixe REC (V 0 4), (iii) les
préfixes personnels mentionnés plus haut et ze- REC s’excluent (devant les
quelques substantifs qui font combinaison avec ze-), (iv) dans les formes-S ze-
est traité — de même que les préfixes possessifs reconnus généralement comme
tels — comme un préfixe de thème, (v) en rangeant ze- dans le groupe des
préfixes possessifs il est possible de classer dans un ensemble cohérent tous les
préfixes non-figés qui sont susceptibles de se présenter dans les formes-non-S
A l’opposé de ce qui se fait avec les autres préfixes possessifs, ze- n’admet pas
un subordonné spécifiant: possesseurs et «possédés» sont déjà spécifiés par le
substantif auquel s’allie le préfixe ze-8
1.5 /8 Possession partagée
1 5 Dans la séquence préfixale 0-\ -a- (V 1 2) j - a été interprété comme une
réalisation de ya- POS, 0- comme un préfixe possessif de la 3ème personne et.
finalement, a- comme un préfixe pluralisateur indiquant qu’il s’agit d’une 3ème
personne du pluriel. Nous avons attribué à l'élément a- la glose Pl Ici nous
montrerons que l’emploi de a- est beaucoup plus large qu’il ne résulterait du cas
avancé dans le par 1 2 • la séquence v-a- peut aussi se trouver en combinaison
Rogava 1966 le présente bien dans le par fornn \ziiimrimti inien. ou il remarque que ze-
combine avec des substantifs qui autrement — sont munis d’un préfixe possessif Cette
observation ne tient pas pour le ChDz, où les substantifs en question peuvent se présenter
egalement sans préfixé
8 On trouve le même état de choses avec les préfixés réciproques des formes-S te ta-ze-de- gr ? ’
nous jouons ensemble' (nous + I SU-REC OP-avec-DDt-jouer) te ta-ze-piia nous nous
regardons'. ( + I SU-REC OI-£> >//-regarder). te ta-zeje-Xeg"a 'nous nous voyons (l'un l'autre)
( + 1 SU-REC AG-DE/t-voir)
MORPHOLOGIE TCHERKESSE II - LA CATÉGORIE DE POSSESSION 343
avec des préfixes personnels autres que celui de la 3ème personne, et «- peut
indiquer la pluralité de différentes façons Dans tous les cas où on emploie «-
dans un complexe de préfixés possessifs, il est question de ce qu’on peut appeler
«possession partagée» Tout en maintenant la glose Pl dont nous nous sommes
déjà servi, nous présenterons dans les pages qui suivent les différents emplois de
a- On verra que le rôle de a- est toujours d’indiquer que d’une façon ou
d’autre — la personne qui se trouve indiquée devant ( \-)a- n'est pas la seule
qui se trouve dans un rapport de possession envers l’élément possédé Dans les
études concernant l'expression de la possession en tcherkesse seul est traité
l’emploi de a- comme dans i-a-iuwr (V 1 2)
1 6 « Possession collective»
Le possesseur n'est pas seulement la personne indiquée par le préfixe
personnel, mais encore un collectif auquel elle appartient
cf psase-m va-wane 'la maison de la jeune fille', (jeune fille-REL 4- 3jPS-
POS-maison-zlBS ou REL),
psase-m \-a-wane ‘la maison de la famille/des appartenants de la jeune
fille’, ( + J/PS-POS-Pl-maison-zlBS ou REL),
s-y.a ne \-a-wane ta'-k°e-st ‘nous irons à la maison de la famille de ma
mère’, (1/PS-mère-REL + + I/SU-aller-FUT)
Cet emploi est à comparer avec celui des préfixes possessifs de la 1ère et de la
2ème personne du pluriel dans des phrases du type de
se t-ya-nase s-keg°a-g-ep ‘je n’ai pas vu notre belle-sœur', où «notre»
peut être aussi bien exclusif qu’inclusif, (moi + I/PS-POS-belle-sœur-/lBS
+ 3/SC-l/AG-voir-PRF-NEG)
«Père» et «mère»
Les racines «père» et «mère» admettent un certain nombre de variantes A
l’état isolé on trouve ta et na respectivement, dans un nombre de bases
complexes on trouve -ne et -teg Dans les formes possessives on trouve les bases
complexes y.a te et i a ne La séquence j a- est à considérer comme faisant
partie de la base parce que j a- peut être précédé par une séquence de préfixes
de thème 0-y-a- Plus loin (2.4) on verra que j a- fonctionne comme partie de
la base dans les formes-S aussi bien que dans les formes-non-S
9 Cf les formes ze te ze i/"e. etc . (par 1 4). et ne ne z.i 'grand-mère', te te za 'grand-père', (c'a
‘vieux*), na n e 'vieille femme', (?7?ve9 'brue'.) nain> 'maman'*. ta( t) ‘papa ne na g°ese «la jeune
fille enlevee qui attend que son mariage soit réglé», ne na za\e «le garçon ravisseur qui attend »
344
H J SMEE1S
cf. s-v a ne ‘ma mère’ m-i ci ne ‘ta mère'
l-\ ci.ne ‘notre mère' s:"-i ci ne ‘votre mère’
0-\ a ne ‘sa mère’ (jamais *0-i,?-i ci ne)
0-( i -ci-) r ci ne ‘leur mère’
se ,»-i a ne sa-k"e-st ‘j'irai chez ma mère’, (moi + 1 PS-mère-A7.7. +
1/SU-aller-FUT),
se t-v a ne sa-k°e-st ‘j’irai chez ma («notre») mère’,
\i-xe-m e y-a-v.a te-x-er \-ci-\ ci ne-x-er qe- k°a-ge-x ‘leurs pères et leurs
mères sont arrivés’, (celui = là-PL-REL PL 4- 3/PS-POS-P1-POS Pl
mère-PL-ABS + + 3/S(7-vers ici-aller-PRF-PL),
cf se-r-ay k sa^-t ‘moi aussi, je suis père', (moi-CON-et 4- 1/SU-père),
t-ayk n-nk s-ya-'-ep ‘je n’ai père ni mère’, (père-/4BS-et 4- +3 SL -
1/OP-POS-être-NEG)
On peut poser en principe qu’il n’est point étonnant que précisément avec
‘père’ et ‘mère’ — du moins dans leurs variantes possessives — il soit question
de la notion de possession partagée, notion qui se présente également dans
r a te sa ‘oncle paternel', i a te sa px°a ‘tante paternelle’, i ci ne sa ‘oncle mater-
nel’ et y.a.ne.sapx°a ‘tante maternelle’.
En 1974 Rogava met sur le tapis des formes possessives où entrent les racines
‘père’ et ‘mère’ et analyse plus particulièrement des formes du tcherkesse
occidental du type de (division en morphèmes de Rogava) s-v-ane ‘ma mère', s-
y-ale ‘mon père’ Il pose en principe que par ces formes on indique la
possession non-organique («matérielle, vescestvennaia») et signale alors un
problème, pourquoi ne saurait-il être question ici de possession organique
comme cela se fait bien avec ‘sœur’, ‘frère’, ‘fils’, ‘fille’9
Nous considérons dans la deuxième partie de cette étude l’explication
qu’avance Rogava et qui prend son point de départ dans une construction
remontant à un état de langue antérieur Nous nous bornerons ici à observe!
que nous ne sommes pas d’accord avec l’analyse synchronique qui parle de
possession non-organique Nous sommes d’avis qu’on ne saurait parler ici de
possession non-organique pas plus que de possession organique Dans le cas de
‘père’ et ‘mère’ la possession partagée rend inopérante l’opposition possession
organique/non-organique (en ChDz organique/neutre)
1 7 Possession partagée avec substantifs locaux
Il y a un groupe de quelque vingt substantifs qui ont un sens local, qui ne se
présentent pas sans déterminant précédant et qui, comparés à d’autres
substantifs, ont des possibilités morphologiques réduites Nous nous permet-
MORPHOLOGIE TCHERKESSE II - LA CATÉGORIE DE POSSESSION 345
tons de les appeler «substantifs locaux»10 Le déterminant précédent est le plus
souvent un préfixe personnel suivi de ya-, la plupart de ces substantifs locaux
admettent également comme déterminant un autre substantif Quand, dans un
complexe de préfixes possessifs précédant un substantif local, on indique une
1ère ou 2ème personne singulier ou pluriel, on trouve généralement 10- suivi de
a-, indiquant la possession partagée Quand il s’agit de la 3ème personne du
singulier, on trouve presque exclusivement 0-ya-, rarement 0-\-a- «possession
collective». Dans le cas de la 3ème personne du pluriel on trouve exclusivement
0-y-a-, avec a- pluralisant 0- Il n’y a aucune règle, il n’y a même pas une
tendance à avancer, qui détermine l’emploi de complexes sans a- à côté de ceux
avec a- Dans l’Adyghéen Littéraire l’emploi de a- est de règle, dans le cas des
préfixes de la 1ère et de la 2ème personne du singulier aussi bien que du pluriel
Dans le Kabardien Littéraire on ne rencontre jamais un élément a- devant les
substantifs locaux ou «postpositions» comme ils sont appelés traditionellement
dans les grammaires du tcherkesse écrites en russe
cf. -c'aba ‘côté derrière, l’espace derrière',
s-y-a-c'aba ‘(l’espace) derrière moi’;
wane-c'aba ‘(l’espace) derrière la maison’,
w-y-a-c’aba-ge me-g°a.s °e ‘il est en train de rire derrière toi’, (2/PS-POS-
Pl-espace derrière-INS 4- 3/S[/-DYn-rire),
wane-c'aba-m de-k.a-g ‘il est parti de derrière la maison', (maison-espace
derrière-REL 4- 3/SU-3/OP- dans-sortir-PRF);
se s-y-a-pe-ge ma-k°e ‘il marche devant moi', (moi 4- 1/PS-POS-P1-
espace devant-INS 4- 3/St/-DYn-aller),
t-y-a-t'°ac’e / t-ya-t'°ac'e de-k’-eha-g ‘il mourut (dans l'espace) entre
nous’, (I/PS-POS-Pl-espace entre-REL / I/PS-POS- . 4- 3ISU-3IOP-
dans-mourir-INT-PRF),
w-y-a-daz-a ta-k'°e-st ‘nous irons chez toi’, (2/PS-POS-Pl-espace chez-
REL 4- I/SU-aller-FUT),
psase-m ya-daz-a ta-k'°e-st ‘nous irons chez («dans l'espace près de») la
jeune fille’, (jeune fille-REL 4- 3/PS-POS-espace chez-REL 4- ),
psase-m y-a-daz-a ta-k'°e-st ‘nous irons chez la famille de la jeune fille',
(.. 4- 3/PS-POS-P1-espace chez-REL 4- ),
psase-xe-m.e y-a-daz-a ta-k '°e-st ‘nous irons chez les jeunes filles', (jeune
fille-Pl-REL.PL 4- 3/PS-POS-P1 .. 4- )
Si l’on tient à expliquer la présence de l’élément a- dans les formes présentées
plus haut, alors il est possible, ici encore, de faire appel à la notion de
possession partagée Puisque, à côté de la personne indiquée par le préfixe
10 Pour la liste des substantifs locaux du ChDz. V Smeets 1983
346
H J SMEETS
personnel devant i (a)-, il y a toujours une personne grammaticale autre qui est
en relation avec l’espace auquel on réfère Cette personne autre est le sujet de la
forme-S dont la forme qui loge le substantif local est un subordonné Les deux
personnes ont une relation avec l’espace auquel le substantif local renvoie
cf s-v-ci-c ’ab-a za cem de-t ‘derrière moi il y a une vache’, ( 1/PS-POS-P1-
espace derrière-REL 4- une 4- vache-^BS + J/SC-J/OP-dans-être
(debout)), «moi» aussi bien que «la vache» ont une relation spatiale vis-
à-vis de l'espace indiqué;
we y-)a-daz-a sa-.sa-leze-st ‘je travaillerai (dans l’espace) près de toi’,
(toi 4- 2/PS-(POS-)Pl-espace chez-REL 4- 7/SC/-3/OP-y-travailler-
FUT)
1 8 Possession partagée avec noms de nombre
Les noms de nombre ordinaux se composent de j a- initial, suivi d’un nom de
nombre cardinal, suivi d’un élément dérivatif -ene et, finalement, d’un suffixe
dérivatif nominalisant -re Les noms en -re font partie du groupe de noms
«prépositifs» (V 1 9). Les noms de nombre au-dessus de ‘cinquième’ sont
rares. Au lieu d’eux — même là ou l’on s’exprime en tcherkesse pour le reste de
la phrase — on se sert d’équivalents turcs La base indiquant ‘premier’ se forme
en partant de pe ‘nez, commencement’
cf y a pe.re ‘premier’, i a t ° ene re ‘deuxième’,
y.a.s ene re ‘troisème’ y ap À’ ene re ‘quatrième’,
y.a.tf ene.re ‘cinquième’.
Ces noms de nombre ordinaux s’emploient avec ou sans préfixes personnels
possessifs De même qu’avec ‘père’ et ‘mère’ ces préfixes peuvent être employés
directement précédant les combinaisons figées y.a- «possession partagée», qui
font partie de la base
y.a pe.re c al-er fe ‘le premier enfant est grand’, (premier 4- enfant-ABS
4- 3/St/-grand),
se s-y a t'° ane.re c al-er re-À'a-g ‘mon deuxième enfant est mort’, (moi
4- 1 /PS-deuxième 4- 4- 3/SLJ-mourir-PRF),
di-s 0-y a pe re s°az-er s-Àeg°a-g ‘j’ai vu sa première femme’, (celui = là-
REL 4- 3/PS-premier 4- femme-ABS 4- 3/St/-l/AG-voir-PRF),
di-xe-m.e 0-(y-a-)y.a s ane re-m sa-ja-y ‘j’en veux le troisième’, (celui
= là-PL-REL.PL 4- 3/PS-(POS-Pl-) troisième-REL 4- 1/SU-3/PO-
«pour»-« vouloir»).
L’emploi d’un nom de nombre cardinal implique que l’élément déterminé
par le nom de nombre en est un pris dans un total d’éléments plus ou moins
MORPHOLOGIE TCHERKESSE II - LA CATEGORIE DE POSSESSION 34-7
semblables Par la suite l'élément possédé a deux relations d’appartenance
l’une avec un possesseur indiqué par un préfixe personnel, l’autre avec les
autres éléments grâce auxquels il est le tantième Ce type de possession partagée
d’un caractère quelque peu particulier se présente non seulement dans le ChD2
mais dans l’ensemble du tcherkesse occidental
Finalement nous trouvons également v-a- indiquant la possession partagée
avec les noms de nombre cardinaux, le plus souvent devant za ‘un’ QuelqUes
examples :
t-y-a-z(a) k'°e-n fa-y ‘un de nous doit y aller', (I/PS-POS-Pl-un-4fis
3/SC-aller-MSD-^BS + 3/Sé/-«pour»-«falloir»),
s°-y-a-za-m sa-fa-\-ep ‘je ne veux pas l’un de vous’, (II/PS-POS-Pl-Uri
REL 4- l/SU-3/OP-«pour»-«vouloir»-NEG),
kt-xe-m e y-a-z s-keg°a-g ‘j’en ai vu un d’entre eux’, (celui = là-PL-
RELPL + 3/PS-POS-Pl-un-^BS + 3/SC-l/AG-voir-PRF),
y-a-z~\-a-z-ayk ’ s-sxa-g-ep ‘je n’en ai rien mangé du tout’, (J/PS-POS-P).
un'3/PS-POS-Pl-un-^BS-et + 3/SC-l/AG-manger-PRF-NEG)
Comparez
t-y-a-t'°d re-k“e-na-x ‘deux de nous (y) iront’, (I/PS-POS-Pl-deux-q^-
+ 3/St/-aller-FUt-PL), l’emploi de a- comporte que le groupe auqae[
appartiennent les «deux» se compose de plus de deux membres.
l-ay-t’°-ayk’ ta-k'°e-st ‘nous irons tous les deux’, (nous-CON-deux-et 4
I/SU-aller-FUT)
1 9 Sur le fonctionnement des préfixes possessifs dans les subordonnés
Les subordonnés ont deux séries de désinences subordonnantes celles
définies et celles indéfinies Quand il s'agit de (syntagmes nominaux)subordon-
nés du singulier qui ne présentent pas de déterminants déictiques, on a le choix
Dans les formes du pluriel, par exemple, on ne peut se servier que des
désinences définies, ceci vaut également pour les subordonnés ou entre un
pronom démonstratif. Les subordonnés singulier qui n’ont pas d'element
démonstratif mais, en revanche, un préfixe possessif, prennent les désinences
indéfinies
ABS déf s°az-er indéf s°az{d) dém. ma s°dz-er poss. S- \'3-S°3Z
REL s°dzd-m S°dZ-d ma s°dzd-m s-y3-s"s:-s
INS s°dza-m-ge S°3Z3-ge ma s°3Z3-m-ge s-yd-s°szd-ge
MOD S°dZ- ew md s°dz-ew s-ya-s°az-en
‘la femme’ ‘femme’ ‘cette femme’ ‘ma femme’
348
H J SMEETS
cf y-a-s"aza-x-er ‘leurs femmes', ma s-ya-i“az-er «cette ma femme» On
peut trouver des formes du type
,s-ya-s°az-er ‘celle qui est ma femme’, ici on a affaire à une forme
participiale, (B/lA/SB-l/OP-POS-femme-ABS), V 26
Les subordonnés (secondaires) qui spécifient un préfixe personnel possessif
ont la désinence REL Ces subordonnés précèdent toujours directement le
préfixe avec lequel ils co-réfèrent Ils peuvent, à leur tour, avoir des préfixes
possessifs qui, eux aussi, peuvent être spécifies Dans les formes du pluriel a
désinence REL on trouve — généralement parlant — la séquence de désinences
-xe-m e (PL-REL PL) Dans les subordonnés qui spécifient un préfixe possessif
on rencontre très souvent le seul -m e
cf. c'ale-m ya-he dax-ep ‘le chien du garçon n’est pas beau’ (garçon-REL 4-
3/PS-POS-chien-^BS 4- 3/SC-beau-NEG),
c’ale-(xe-)m.e y-a-he da\-ep ‘le chien des garçons n’est pas beau',
(garçons-(PL-)REL PL + 3/PS-POS-Pl-chien-^BS 4- ),
se s-ya-c’ale ya-he ya-s°e dax-ep ‘la peau du chien de mon fils n’est pas
belle, (moi + l/PS-POS-fils-A££ 4- 3/PS-POS-chien-R££ + 3 PS-
POS-peau-^BS 4- )
La séquence spontanément donnée la plus longue que présentent nos textes
est
s-y a.ne sa-m ya-c’ale ya-daye ya-basam g°ase ya-sapx°a-neha-c' re-ka-
g ‘la sœur cadette de la femme de l’oncle maternel du fils de mon oncle
maternel est morte’, (1/PS-oncle maternel-REL 4- 3/BS-POS-fils-RLL
4- 3/PS-POS-oncle maternel (emprunt)-R££ 4- 3/PS-POS-épouse-
REL 4- 3/PS-POS-sœur-plus-jeune-^BS 4- 3/SC-mourir-PRF)
” D'ordinaire on trouve dans la position 4 des formes-S une séquence de deux préfixés le
premier étant un préfixé personnel (OP), l’autre un préfixé à traits de lexeme appelé préverbe I e
sens d’une combinaison d’un préverbe et d’un radical verbal est «predictable» dans la majorité des
cas II y en tout env 40 preverbes (simples et complexes) La plupart ont un sens local, cf s-te- sut
moi’, p-c e- 'sous toi’, C)-g'ë 'à côté de lui’, mais p-fë- 'pour toi’, y-a-de- 'avec eux' Nous
n’identifions pas la- POS avec le preverbe \a- 'dans' (p ex 'dans une maison’, cf de- dans (p ex
un cour)’, et te- 'dans (p ex l'eau)’), nous n'y voyons pas de motivations sémantiques (ni d'ailleurs
diachroniques) Les argumentations contre une telle identification sont fournies par l’emploi de a-
P1 après ta- POS (avec tous les autres préverbes, y compris i a- 'dans'. ( y-)a- III précédé le préverbe
dont l'objet est indique), et par le comportement du préfixe de la 3eme personne OP devant les deux
préverbes la- (devant ia- POS on peut trouver i- 3 OP, V la note 13) Comparez s-ya-h u-g J '
suis entre', (l/SU-3 OP-dans-entrer-PRF). forme sous-jacente + sa- CP ya-he -ge + , sah-ia-
ha-g 'j'étais son chien’, ( 1 SU-3'OP-POS-chien-PRF), forme sous-jacente + sa- ia- ia- he-ge +
y-a-rya-h a-g 'j’y suis entré («dans eux»)' (1 'SU-3 OP-PI-dans-entrer-PRF), + sa-1 0- a- i»- h e
-ge + , sa-r-( i - )a-hn-g, 'j'étais leur chien’, ( 1 'SU-3 OP-(POS-)-Pl-chien-PRF). + sa- i a- ya- a- he
-ge +
MORPHOLOGIE TCHERKESSE II - LA CATÉGORIE DE POSSESSION 349
Les subordonnés à préfixe possessif peuvent se présenter en coordination, ils
peuvent aussi avoir des subordonnés coordinés secondaires
cf s-ya-psase-re s-ya-c ale-re ze-de-geg°a-x ‘ma fille et mon fils jouent
ensemble’, ( 1 /PS-POS-fille-et 4- 1/PS-POS-fils-et 4- 3/SU-RECZOP-
avec-Z) Fn-jouer-PL),
Sa k'a-m-are s°aza-m-are y-a-c ale-x-er psawe-x ‘les enfants de cet
homme et de cette femme sont vivants’, (celui = là 4- homme-DEF-et
+ celui = là 4- femme-DEF-et 4- 3/PS-POS-Pl-enfant-Pl-ABS 4-
3/SU-vivant-PL)
Dans un subordonné de plus d’un mot les pronoms démonstratifs occupent
la position initiale, rien n’y fait la présence de préfixes possessifs Les
subordonnés contenant un démonstratif peuvent être interrompus par un
subordonné secondaire spécifiant le préfixe possessif
cf. s-ya-wane ‘ma maison’,
ma s-ya-wan-er ‘cette mienne maison’,
ma s-ya-g°an.eg°-a ya-wane s-sefa-st ‘j’achèterai 'cette maison qui appar-
tient à mon voisin’, (celui = ci 4- 1/PS-POS-voisin-REL + J/PS-POS-
maison-^RS 4- 3/SZ/-l/AG-acheter-FUT)
Le mot-noyau d’un subordonné peut comporter plusieurs bases Comme les
désinences servent tout ce qui les précède dans le subordonné, de même les
préfixes possessifs déterminent tout ce qui leur suit Dans les mots plus élaborés
de ce type on trouve davantage des préfixes possessifs longs que dans les mots
dont la base se compose d’un seul substantif
cf. s-ya-wane ‘ma maison’,
s-ya-wdne-c'ak’°d-fd.za-daxe-x-er «mes maisons petites blanches belles»,
s-pe ( [s-ya-pe) ‘mon nez’,
s-ya-pe-s'°eya (/s-pe-soeya) ‘mon nez sale’
Le substantif qui en détermine un autre précède le plus souvent directement
le substantif déterminé à l’intérieur d’un même mot II y a quelques groupes
restreints de noms que nous appelions «prépositifs» qui précèdent et définis-
sent, il est vrai, mais celà en tant que mot indépendant Les préfixes possessifs
précèdent, généralement parlant, ces noms prépositifs
cf. s-ya-?adage wane ‘ma maison tcherkesse’, le préfixe possessif peut aussi
précéder le mot-noyau:
'adage s-ya-wane ‘ma maison (incidemment) tcherkesse’.
Une différence de sens est plus nettement sensible dans les cas comme
s-ya-za n-er me-waza ’ mon œil (unique) me fait mal’, (1/PS-POS-un 4-
œil-ABS 4- 3/SU-DYn-faire mal);
za s-ya-ne me-waza ‘un œil (à moi) me fait mal’
350
H J SMEETS
Quand le mot-noyau est déterminé par un participe précédant, alors, le
préfixe possessif se met devant le mot-noyau
ma re-X’a-ge s-\a-s-er h-ew dexa-g ‘ce cheval mort à moi était très beau’,
(celui = ci + PAR/SU-mourir-PRF 4- 1/PS-POS-cheval-ABS +
beaucoup-MOD + J/SE-beau-PRF)
Comparez finalement
s-y a-pere c al-er ‘mon premier enfant', ( 1 /PS-premier + enfant-ABS),
w-y-a-daza re k'-er xel ‘qui est l’homme (qui se trouve) chez toi9’, (2/PS-
POS-Pl-chez suff=dér + homme-ABS + 3/S(7-qui),
,s- i a te ya-daz-a sa-laze-re s-ya-i’ale-x-er ‘mes enfants qui travaillent
chez mon père’, ( 1/PS-père-REL + 3/PS-POS-chez-REL + PAR/SU-
3/OP-y-travailler-DYN + 1/PS-POS-enfant-PL-ABS)
Les exemples donnés ci-dessus présentent des combinations de préfixes
possessifs avec des substantifs (ordinaires, locaux, prépositifs), et avec des
noms de nombre Ce sont là les combinaisons les plus usuelles.
Les préfixes possessifs ne se combinent presque pas avec un adjectif Les
adjectifs ne sont pas munis de préfixes possessifs dans leurs emplois les plus
usités (i' déterminant postpositif’ wane-s'°a ‘une bonne maison’, ii’ base de
formes prédicatives et d’autres formes-S. wa-dax-ep ‘tu n’es pas belle", lii
adverbe — avec la désinence MOD ‘bien’) Les formes ABS et REL
dont la base ne comporte qu’un seul adjectif sont rares, et doivent être
interprétées comme participes.
dax-er ‘la belle («celle qui est belle»)’, (P/lR/S’C-beau-ABS)
Les préfixes possessifs ne se combinent que sporadiquement avec les participes
La forme’
s-ya-dax-er ‘ma belle («celle qui est ma belle»)’ ne fut pas donnée
spontanément
Les formes du pluriel semblent être plus acceptables que celles du singulier
s-ya-da xe-x-er ‘mes belles’
Les préfixes possessifs ne se combinent pas du tout avec des pronoms ou des
verbes
Les «noms déverbaux» (bases complexes dérivées au moyen d’un affixe de
base nominalisant — «dépersonnalisés») peuvent se combiner avec des préfixes
possessifs «longs»’
>oa k'e ‘façon de parler’, cf ,oe [1-6] ‘dire qqch',
s-y a-'"a k e ‘ma façon de parler’,
s-y a-k ’°a k 'e ‘ma façon de marcher’,
MORPHOLOGIE TCHERKESSE II - LA CATEGORIE DE POSSESSION 351
.s-iT-re ge g ak ‘'e 'mon professeur', cf ge [1-5] ‘lire qqch', ge- CAUS et
-ek'°e «celui qui fait le travail de» (ici faire lire)
Les «nominalisations» (formes «dé-prédicatives» qui comportent des pré-
fixes personnels de formes-S et un affixe de thème nominalisant) ne prennent
pas, en principe, un préfixe possessif Exceptionnellement on trouve un tel
préfixe devant un participe prépositif
s-ia-qe-mi-ge ï’ale-x-er ‘mes enfants qui sont restés (quelque part)’,
( 1/PS-POS-P/lR/SU-vers ici-rester-PRF + enfant-PL-ABS)
Les masdars forment un cas à part parmi les nominalisations ils se
présentent avec et sans préfixes personnels des formes-S Dans le dernier cas on
peut trouver un préfixe possessif quand il s'agit d'un verbe intransitif
k'°e-n-er ‘le marcher', (marcher-MSD-ABS),
sa'-k ’"e-n-er / s-\->-k'“e-n-et «mon marcher, mon allure»
Abrfviaiions
ABS — désinence absolue, AG — préfixe personnel agent, CO N — affixes
connectifs, CAUS — préfixe causatif, DEF — désinence définie, DYN -
désinence dynamique, DYn — préfixe dynamique, FUT — suffixe futur 1 (-
//<?), FUt — suffixe futur 2 (-na), IMP — suffixe imparfait, IN S — désinence
instrumentale, INT — suffixe intensif, MOD — désinence modale, MSD —
suffixe masdar, NEG — désinence négative, NEg — préfixe négatif, OI —
préfixe personnel object indirect, OP — préfixe personnel objet préverbial.
PAR — préfixe «personnel» relatif (dans les participes), PL — désinence
pluriel, Pl — préfixe pluriel, pos — position, POS — préfixe-préverbe
«possession» (ya-), PRF— suffixe parfait, PS — préfixe personnel possessif
(surtout dans les formes-non-S), REC — préfixe «personnel» réciproque; REF
— préfixe «personnel» réfléchi, REL — désinence relative, S — dans forme-
S: forme comportant un préfixe-sujet, SU— préfixe personnel sujet, S EM —
préfixe sémelfactif, ChDz — Chapsoug de Düzce,
I — 1ère personne singulier, / — 1ère personne pluriel,
2 — 2ème personne singulier, Il — 2ème personne pluriel,
3 — 3ème personne (singulier) (/// — 3ème personne pluriel)
R. Smfets
K’AVK’ASIURl ENATMECN1EREBIS C’RE
From 13th to 15th July 1983 there took place within the Linguistics'
Department of Hull University, England. a small “Caucasian Colloquium"
devoted to questions concerning the languages of the Caucasus (in both the
autochthonous and geograpical senses of the term) The local organise!
was George Hewitt, who undertook the préparations at the suggestion of two
of his fellow-editors for the “Indigenous Languages of the Caucasus" project
(forthcoming), Rieks Smeets and Michael Job.
The following papers were presented at the Colloquium in the order of then
présentation Jost Gippert (Vienna) “The different sources of Georgian
onomastics”, Sonja Frits (Vienna) “Caucasian éléments in Ossétie onomas-
tics”, Rémy Viredaz (Lausanne) “Proto-Indo-European and North West
Caucasian vowel-systems", Michael Job (Bochum) "Proto-Kartvelian and
Proto-Indo-European — a Sprachbund9", Tine Amse-de Jong (Amsterdam)
“Causatives and half-causatives in East Laz (Turkey)", Donald Rayfield
(London) “Georgian dendronyms — pattern and affiliations", Stephen
Anderson (Stanford) "On représentations in morphology • case, agreement and
inversion in Georgian", George Hewitt (Hull) "On the marking of the direct
object with the Old Georgian ‘infinitive’”, Wolfgang Schulze (Bonn) “The Udi
ergative construction — shifting towards the nominative type", Simon Crisp
(High Wycombe) “Simplification in the Avar démonstrative pronoun-
System", Catherine Paris (Paris) “On the non-ergative analysis of Circassian".
Rieks Smeets (Leiden) "On reconstructing the consonant-system of Common
Circassian (in connection with the publication of M A Kumaxov's
‘Sravnitel’no-istoriceskaja fonetika adygskix jazykov', Moscow, 1981)"
Marianne Moor (Zurich) “Classification of the Lezgian verb", and Dee Ann
Holisky (Washington) “On the nominatively vs ergatively marked subject in
C’ova Tus (Bac)” Also présent at the Colloquium were Martin French
(Manchester), John Payne (Manchester) and Martin Pnor (London)
It was resolved that this Colloquium should represent the first meeting of the
"K’avk’asiuri enatmeenierebis c're", that the second meeting shall be held in
the summer of 1984 in Vienna (local organiser to be Jost Gippert), that
thereafter meetings shajl be held somewhere in Europe every second year so as
k avk asiuri enatmecnierebis C'RE
353
not to clash with the biennial Caucasian section at the gatherings of the
Chicago Linguistic Society, and that participation in “The Circle” be open to
every interested party
Hull University England
B G Hewitt
ANOTHER LOOK AT THE GEORGIAN
SPEECH-PARTICLE -TKO//-TKVA’
[This article appeared in German translation in the journal Georgica (Heft 4,
Jena, 1981) However, owing to a number of serions errors and omissions
introduced by the translater I hâve decided to publish the original English
version in order that the line of reasoning may become quite clear to anyone
confused by the German version]
Two viewsexist as the origin of the Georgian speech-particle /-tko/ /-tkva/,
which latter variant is also well attested in the modem language, view (a) is
that of Sanise (1973 610), who States that the original allomorph /-tkva
represents ‘the 3rd person (sc singular — B G H ) form of the Aorist
indicative’ (in other words, we hâve here a specialised use of the verb-form
/(man) tkva/ ‘he, she, it said')1, whereas view (b) is offered by Vogt (1971 217),
who denves /-tkva/ from the homonymous 2nd person singular of the Aonst
subjunctive with the meaning ‘you should say’. And so, from a purely phonetic
standpoint there is nothing to choose between the two suggestions2. It is the
aim of this paper to examine the evidence in favour of the second of the
alternatives described above.
Ail commentators are agreed on the context in which /-tko/ is employed. in
the formulation of Tschenkéli (1958 I 110), it is used ‘for the représentation of
an instruction from the Ist person to the 3rd person through the médiation of
the 2nd person' Whilst this is by no means a complété charactensation of the
area of usage of this particle. we shall refrain for the moment from any
amplification in the belief that it is indeed this environment in which the
particle first developed.
As far as we are aware, the particle is first found in the 12th century
Georgian translation of the Persian taie ‘Visramiani’3. Sanije in his ‘Grammar
1 In Mingreban the corresponding particle is -so . which Kipsidze (1914 G142) also derises
from the 3rd person singular of the Aorist indicative, which. in the modem language, is (tik) tku
’he, she. it said', with the consonantal complex tk yielding s in the particle
2 The 2nd person singular of the Aorist subjunctive in Mingrelian is tkua (or tkue ), so that
this too could just as plausibly be regarded as the source of -so . with ua yielding o . exactly as in
Georgian
’ We wish to thank Miss Tina Ckit'isvili for providing the references both to the 'Visramiani'
and to Dohje (1970)
THE GEORGIAN SPEF.CH-PARTIC LE -TKO -TKVA'
355
of Old Georgian' (1976) mentions neither -tko' nor -metki , which is used
when a Ist person singular subject is repeating his own original discourse and
which quite clearly dérivés from a fusion of me vtkvi 'I said’4 Imnaisvili
likewise in his grammatical sketch of the oldest dated Georgian manuscript, the
Mravaltavi’ of 864, quotes examples of only the particle -oz (1975 99-100),
which is used to mark a direct quotation in ail contexts from which /-tko and
/-metki/ are excluded A pre-Visramiani example of a place where '-tkva/ might
hâve been expected is Colossians 4 17, where we see that the direct quotation is
totally unmarked
(1) da arkut arkiposs ek’rçale msaxurebasa mas, romeli miiye uplisa mier,
rayta igi ayasrulo
'and say to Archippus “Take heed to the ministry, which thou hast
received in the Lord, that thou fulfil it”
The fact that /-tkva/ is not attested here and in similar passages does not
necessanly imply that the particle was not in use in the contemporary spoken
language, as no such particle existed in the prestigious Greek original, the
Georgian translators may simply hâve wished to avoid introducing any
superfluous element into their text5, but this question is not our prime concern
The ' Visramiani' provides four instances of the particle that interests us, and,
of these, two occur in one passage, which we now quote.
(2) egre moaqsene movida dai seni saq’uareli, moq’uare seni, amovida elvare
mze seni, sit ar moelodi, imedisa senisa nisani gamoenda, sit saec'ui ar
gkonda ac’ya simart’oe mogasora bedman, sentuis xorasnit on mze
gamosulatko da dedasa cemsa gaaxare da moaqsene vesp’isagan mze
daeqsna, bedsa suiansa missa gaeyv^a da momarta tavisa guarsa
p’at'iosanman tualman ratgan ymertman moabadisgan guiqsna, vitamca
q’ovelta c’irtagan qsnil varttko (Gvaxana 1962 110)
'Say thus to him “Thy beloved sister is corne, thy love, thy brilliant sui>
has risen, whence thou didst not expect it, a sign of hope has appeared to
thee whence thou hadst no suspicion of it. Even now fate has put away
loneliness from thee Two suns hâve corne forth from Khuarasan for
thee” And cause my mother to rejoice, and say to her “The sun is
delivered from the dragon, her happy fate has waked, and the precious
jewel has set forth hither to her own race Since God has delivered us from
Moabad, we are delivered from ail griefs” ’ (Adapted from Wardrop’s
translation)
4 The Mingrelian équivalent is mak(i) from ma ptkvi ’I said’ We may noie that Svan
employs the unanalysable particle ij in place both of -mak(i) - -metki and of -so - -tko
(at least where -tko is employed in the context presently being examined)
5 In this connexion it is interesting to note that, according to Imnaisvili (1975 99). the most
general of the speech-particles -o is only found five times in ail four Gospels
356
B G HEWITT
This and the other examples from the same text6 clearly show the context in
which our particle plays its basic rôle and thereby corroborate Tschenkéh's
formulation translated above, further support, if required, cornes from the two
instances in Rustveli’s 'Man in the Pamher's Skin’ (c 1200), namely 103 4 and
158 3 (Sanise. 1956 143) The only modification to Tschenkéli’s formulation is
that there need be no specifii référencé to any 3rd person — the introductory
verb may be the simple impérative of some verb of saying, e g
(3) tkvit, tu met'i gza ar aris, unda
say-IMPERATIVE if more way not at-is it-is-necessary
vimusaot, opli vic'urot-tko (V Barnovi)
we-work-SUBJONCTIVE sweat we-squeeze-it-out-SUBJUNCTIVE
‘Say “If there is no other way, we must labour and work up a real old
sweat”'
But the question still remains open as to what original meaning is to be
ascribed to the particle itself
Let us take the following example and ask to whom the Ist person singular
pronoun in the direct quote refers'
(4) utxari sens cols, me ver moval-tko
say-to-her-IMPERATIVE your wife-DATIVE I non-POTENTlAL
I-shall-come
This is clearly crucial, for, should /me/ be found to refer to ‘the husband’, then
/-tko/ can hardly continue to be regarded as deriving from /tkva/ in the sense of
‘he said', as under no circumstances could the speaker in this situation use the
Ist person singular pronoun to refer to his addressee. In fact, this is preciselv
the reading that Georgians give to this sentence, thereby providing évidence in
support ofthesubjunctive as source of the particle concerned. However, in ordei
to avoid any possible confusion, some speakers prefer either the indirect
équivalent :
(5) utxan sens cols, rom me ver moval
that
‘Tell your wife that I can’t corne'
or the following re-phrased version of (4).
(6) cem-ze utxari sens cols, ver mova-tko
me-about he-will-come
‘About me say to your wife “He can’t come''-say''
The problem is now to explain why any confusion should attach to (4) in the
First place And the answer is surely if a speaker, in the normal speech-situation,
utters the Ist person singular pronoun (or a verb-form containing the Ist
See p 58 line 1 and p 277 line 24 of Gvaxana's édition
THE GEORGIAN SPEECH-PARTICLE -TKO -TKVA'
357
person singular pronominal affix), the listener’s immédiate response is to
assume that the speaker is offenng some information about himself Confusion,
therefore, anses as a resuit of a clash between stnct grammatical requirements
and context-sensitive expectations
Interestingly, the fourth appearance of /-tko/ in the 'Visramiani’ closely
resembles example (4) in that reference to the ist person singular is constantly
being made throughout the quotation, but the two cases differ in that in the
passage from the ‘Visramiani’ the Ist person singular pronouns//affixes refer
not to the onginal addressee but to the speaker This, at first glance, seems to
argue against denving the particle from the subjunctive, but this is not so, since
the introductory impérative is crucially accompanied by the word /cemagier,
‘in my place, instead of me’ (in other words, ‘speak as though you were me, i e
‘use the words I would use, were I to address Ramin myself), e.g
(7) moaqsene cemagier: senad mosvlamdis vin darcebis cocxali9 vis uc guli
esre seuc’oneli, romel useno cocxal iq’os? tu c’axual, ra semoikce, senman
mzeman, cocxalsa veyar mp’oeb. tu cemi sik’udili gec’q’inebis, tana nu
c’ahq’vebi, sina dgomis mizezi rame moigone. cuen aka mxiarulni viq’vnet
da igi dayrejili da c’irveuli sada-gind iq'os-tko. (Gvaxaria- 1962 277)
‘Say to him from me. “Who will remain alive till thy coming9 Who has a
heart so inconsiderate that she could live without thee9 If thou goest,
when thou comest back, by thy sun, thou shalt no longer find me alive If
my death displeases thee, go not with him, think of some pretext for
staying at home. We shall be merry here, and let him (Moabad) go, the
melancholy and gloomy one. wherever he likes’” (Wardrop)
To underline finally the claim outlined above, we may ask why, if /-tko/ is still
to be regarded as denving from the 3rd person singular Aorist indicative, is it
never attested in a quote introduced by a verb in the 3rd person, which would
logically be the context in which it would be most justified? Only /-o/ may
appear on these occasions. One can, of course, imagine contexts in which one
might expect two speech-particles to stand one after the other at the end of a
quote. In fact, Georgian does not allow such a conglomération of particles, but
it is of interest at the présent moment to take one such environment and see
how judgments differ according to which particle is actually realised in the text
Picture Sura talking to Zurab and uttenng the following snatch of convers-
ation : “Zurab, George ’phoned me and advised me to tell you that l’m busy
and can't corne”. The logically anticipated example (8) is not possible
(8) *zurab, jorjma damirek’a da mircia. [zurabs utxant, [me ar mcalia da ver
moval-tko]-o]
where the brackets show the domain of each particle. Now if it is /-o/ that is
actually realised to give /movalo/, the words /me ar mcalia da ver moval/
MUST be regarded as falling within the immédiate domain of /-o/, which may
358
B G HEWITT
here be translater! as 'he said’, such that the meaning becomes ‘George ’phoned
and advised me to tell you, Zurab, that he (i e George) is busy and can’t corne’
Whereas if /-tko/ is realised to give /moval-tko/, the first reading of the
sentence is that Sura is busy and cannot corne7
It thus remains to elaborate on the earher comment that /-tko/ is not
confined to that environment in which we hâve been examimng it thus far If
the verb introducing the quotation has a Ist person plural subject, then the
speaker has an entirely free choice between the particles /-o/ and /-tko/8, e g
(9) cven vtkvit, c’igns vk’itxulobdit-tko // vk’itxulobdito
we we-said book-DAT we-were-reading-it
‘We said “We were reading the book’”
And /-tko/ may also stand in place of /-metki/ This replacement seems to be
particularly charactenstic of West Georgian9, e g
(10) vutxari, rom es q’velaperi simonetidanaa camot’anili-tko
1-told-them that this everything from-Simoneti-is brought-down
T told them “Ail this has been brought down from Simoneti’” (D
K’idiasvili)
Certain informants, however. mainlain lhat even with -tko lhe sentence may be rend as
meaning thaï George, the ’phoner, is engaged and unable to corne This ambiguity ts somewhai
easier to explain than that which we witnessed in (4), for in addition to the arguments put forwatd
to account for the possible confusions in respect of (4) arguments which also apply in the présent
case - . lhe influence of the meaning attaching to the variant-realisalion with movalo must be
strong in the tninds of many speakers here II must, however be admilted that in the following
example from C axc'avaje the Ist person pronoun can only be understood as referring to the
speakei
utxari sens kmars mec dilazed vinaxuleb.
say-it-to-him your husband-DAT 1-too in-the-morning I-shall-see-him
ymertia moc'q’ale-tko
God-is merciful-say
'Tell your husband that. by the gtace of God, 1'11 see him in the morning’
8 No such choice exists in Mingrelian w'here -so is strictly limited to that context we hâve seen
to be fundamental for -tko in Georgian After a 1 st person plural introductory verb in Mingrelian
we hâve the particle -ia . which is the counteipart of Georgian -o eg
cki btkvit(i). c’ignis bk’itxulenditia
we we-said book-DAT we-were-reading-it
We said 'We were reading the book'"
In Svan the same particle ij is used as is found after a Ist person singular introductory verb. as is
seen in this Lasx example provided by Prof A Oniani
nay lôkvd, c'igns 13 xvic'vdândad
we we (exclusive)-said book-DAT we (exel )-were-reading-it
This observation was personnally comraunicated by Sukia Apridoni3e. who also provided
examples (3). (10) and (12) West Georgian must here be understood as including the Georgian
spoken by lhe Svans in Svanetia, for the substitution of -tko for -metki struck the présent authol
as virtually the horm during a recent stay in Mest'ia (Upper Svantetia) This widespredad use of
-tko for -metki amongst the Svans is no doubt facilitated by the fact that, as noted above in
Eootnote [4J. Svan has only the one particle 13 to perform the functions which in Georgian aie
spht between -metki and -tko
IHE GEORGIAN SPEECH-PARTICLE -1 KO -TKVA'
359
(/rom ‘that’ is optionally used together with the speech-particles and does not
affect the direct status of the quotation, indirect speech proper results if rom
is used without any accompanying speech-particle) We suggest below a
possible motive to explain why '-tko/ should hâve been extended to these two
contexts, although we cannot see how a proponent of a 3rd person singular
Aorist indicative source for -tko could account for such an extension to its
privilèges of occurrence
It remains to adduce two interesting examples, both of the 19th century,
where /-tko is used in place of an expected -o'
(11) mec unda mbr3aneboda
me-too it-is-necessary it-should-have-been-commanded-to-me
tkvengan sen samc’q’sos am
by-you-PLURAL your-SINGULAR flock-DAT this-OBLIQUE
rigad seertebas rad
type-ADVERBlAL union-DAT what-ADV you-hinder-it-for-it
‘I too should hâve been commanded by you (thus) “Why are you
blocking this kind of union for your flock (sc panshioners)’”’
(12) rayas mac’valeb, se dalocvilo, agre
what-on-earth-DAT you-torment-me you blessed-VOCATIVE thus
met'q'odi, rom seni aris-tko (C'avc’ava3e II. 282.16)
you-should-have-said-to-me that yours not it-is
‘Why on earth are you tormenting me, confound you — you might
(simply) hâve said to me “It is not yours'”
In this example the Conditional /met’q’odi/, which properly means ‘you would
hâve told me’, is evidently being used in place of the construction /unda getkva
cemtvis/ ‘you ought to // should hâve said to me’ Thus, despite the formai
différences in surface-realisation, examples (11) and (12) share the contextual
feature that a Ist person in advising a 2nd person what words he should hâve
uttered in the Past Now we saw above that the essential charactenstic of the
environment governing the appearance of /-tko/ is that the introductory verb
of saying be in the Impérative, if we now restate that triggering condition in
terms of a Ist person instructing a 2nd person on what he is to say in the
Present-Future, it becomes apparent that the crucial feature m the spread of
/-tko/ to examples like (11) and (12) is the relation between the Ist and 2nd
person actants — this relation alone determining whether or not -tko/ is used.
without the time-reference of the introductory verb of saying having any
décisive rôle to play at ail10
And now that the mechanism which motivâtes the appearance of /-tko' has
been stated in such terms, we perhaps hâve a due as to why this particle is
111 It is not known to what extern -tko rather than -o would he used in the modem language
with pasl-tense introductorv verbs such as we hâve in (11) and (12)
360
B G HEWITT
also used following an introductory verb with Ist person (singular or plural)
subject. Once /-tkva ~-tko/ became re-interpreted as a simple particle and
thereby lost its original identity as a 2nd person singular Aorist subjunctive
with its own Imperative-force, its occurrence was solely dépendent on the
satisfaction of the cnterion sketched above Ail we hâve to suppose now is that
this conditioning factor was simplified by the omission of any reference to
advice being offered to a 2nd person. This would leave as the tngger for the
appearance of /-tko/ merely an introductory verb of saying with a Ist person as
speaker
Dept of Linguistics,
Hull University, England
B G Hewii t
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I MANIFESTI DELLA RIVISTA «CISPERI Q’ANC’EBI»
Dopo le numerose notizie apparse sulla stampa nel corso del mese di
febbraio 1916 che davano per imminente la pubblicazione délia nuova rivista
«Cisperi q’anc’ebi», il 28 febbraio 1916 il quotidiano «Megobari» annunciava
per quelle stesso giorno, con proclamata sicurezza, l’uscita délia rivista1 II
primo numéro délia rivista «Ars» del 1919 collocava invece al 27 febbraio
l’anniversario délia pubblicazione dei «Cisperi q’anc’ebi»2 Confortati da
queste testimonianze, ormai accolte dalla critica letteraria georgiana corne
probanti, si è soliti dunque situare aile fine di febbraio 1916 la pubblicazione,
avvenuta a Kutaisi, allora forse il centro intellettuale più importante délia
Georgia, del primo numéro délia rivista «Cisperi q’anc’ebi», l’organo teorico e
lo strumento pratico deU’omonimo gruppo costituitosi, sempre a Kutaisi, nel
1915. Tuttavia solo con l’apparizione délia propria rivista il gruppo, formato in
gran parte da poeti giovanissimi, avrebbe trovato l'ambiente teorico e lo
spessore creativo necessari per potersi proclamare guida e speranza delle nuove
lettere georgiane. La nascita del nuovo Bund era dovuta in gran parte
all’inesauribile attività di P’aolo lasvili che, di ritorno da Parigi dove aveva
studiato arte, pretendeva di innestare nel fertile solco délia letteratura georgia-
na le nuove esperienze avanguardistiche che allora avevano corso in Francia, e
piû in generale di aprire la tradizione culturale del suo paese all’innovazione
delle lettere e delle arti europee Al nuovo sodalizio partecipavano promettenti
autori, certo animati da altrettanta volontà di realizzazione, corne T’ician
T’abije, Grigol Robaki3e, Valerian Gaprindasvili, K’olau Nadira3e, Ivane
Q’ipiani, Sandro Cirek’ise cui nel 1918 si aggiunsero Giorgi Leoni3e, Sergo
K’idiasvili, Razden Gvet’a3e, Salva Apxai3e, Salva K’armeli, Nik’oloz
Mic’isvili e Ali Arsenisvili. Definire il numéro esatto dei cisperq’anc’elebi non è
certo facile, anche perché gli stessi lasvili e T’abi3e fornirono versioni diverse
sulla consistenza delle proprie file3; risulta comunque acquisito che il gruppo
non superô mai il numéro delle tredici unità.
Perché, dunque, la nascita di questo gruppo9 Si trattava semplicemente di un
engouement occidentalistico da parte di alcuni giovani poeti o era piuttosto il
risultato ultimo di una sérié di inattesi mutamenti, la conclusione incoerente di
contraddizioni profonde? Corne è noto, l’anno 1915 segna una svolta nelle
lettere georgiane. Da un lato si ha la morte, a distanza di pochi mesi, dei due
ultimi grandi délia letteratura- Akaki C’ereteli e Vaza-Psavela (mentre Ilia
C’avc’avaje era scomparso pochi anni prima) con i quali, si puô dire, finiva
un’intera epoca senza che si potessero contare successori capaci di raccogliere.
1 «Megobari», 1916, 121
2 «Golubye Rogi», in «Ars», 1919, 1
3 «Barik’adi», 1922, 5 e 1924, 1
362
L MAGAROTTO
e sviluppare, un cosi ingombrante retaggio, d’altra parte assistiamo aile prime
prove, individuali e isolate, di giovani poeti corne Al Abaseli, I Grisasvili e
Galak'tion T’abise che tentano di percorrere nuove, e originali, vie nella poesia
georgiana E’ qui che prende inizio l'avventura dei cisperq'anc'elebi, anche se
non si produceva interamente dal nulla, dal momento che essi poterono trovare
nell'elaborazione teonca e nella creazione poetica del loro coéquipier,
l’eccentrico Grigol Robakije, di qualche anno più anziano di loro, l’appoggio
ideale e l'indicazione concreta per la propria definitiva affermazione Tuttavia
alla loro iniziativa deve essere riconosciuto, se non altro, un primo e indiscusso
merito, quello di avéré condotto, con estrema decisione, la poesia georgiana a
cercare nuovo respiro nelle più recenti esperienze avanguardistiche europee
Il manifesto di P’aolo lasvili, pubblicato sul primo numéro délia rivista con il
titolo P'irveltkma (La prima parola), è nvelatore a questo proposito Alla
maniera di un mistagogo consumato, egli si propone di rivolgere il suo
«sermone» a tutti «i poeti, ai sognatori e al popolo di Georgia»4 per iniziarh a
un nuovo, inaudito verbo, e fin dall’inizio egli lascia trasparire l’influenza del
manifesto-programma avanguardistico, il piacere per la negazione dei valon
acquisiti, il gusto per la distruzione delle convenzioni, il compiacimento per la
propria esaltazione I cisperq’anc’elebi si ergono subito a vendicatori e
giustizieri• «Per la morte di molti siamo nati noi ( ..)», atteggiandosi ad eroi in
un paese di deboli, «dove gli abitanti hanno perduto la grazia dell’audacia»
Essi sono gli unici coraggiosi che sconfiggono le tenebre délia tradizione e
indicano il nuovo cammino da intraprendere. «Con il nostro nuovo splendore
abbiamo fatto luce sull’essenza oscura délia Georgia e a coloro che avevano
smarrito il sogno, abbiamo indicato la via verso l’azzurro tempio del futuro»
Armati di una parola venefica che brucia corne l’acciaio bollente, essi si
dichiarano poeti sovrani, sono, corne direbbe Blok, «i pochi che sanno, i
simbolisti» che, seduti su un alto trono («Dans une apothéose — afferma
Mallarmé — il [le poète] siège sur un trône d’ivoire, couvert de la pourpre que
lui seul a le droit de porter et le front couronné des feuilles géantes du laurier de
la Turbie »5), esigono da parte di ognuno una dichiarazione di sudditanza Già
dalle prime enunciazioni del suo manifesto, P’aolo lasvili svela la sua frequenta-
zione di due correnti fondamentali délia letteratura europea, e russa il
simbolismo e il futurismo. Innanzi tutto la pubblicazione di un manifesto
rientra in quelle caratteristiche che sono tipiche del Bund. del gruppo avanguar-
distico e non già délia scuola simbolista Conseguentemente anche
l’impostazione stessa, la fattura del manifesto non è un’invenzione di lasvih
ma è mutuata con evidenza dai proclami futuristi italiani e russi, che si urta.
tuttavia, con il linguaggio adottato esoterico, ieratico, iniziatico, di chiara
imitazione simbolista e che, usato nel 1916, dénota un ricercato epigonismo, un
Kitsch perseguito e, in fondo, una volontà di autoironia. Contrariamente a
quanto afferma una giovane ricercatrice georgiana per la quale nel manifesto di
P’aolo lasvili gli elementi futuristi sarebbero soltanto «casuali»6, egli attua in
4 P lasvili. P hxellkma, in «Cisperi qanc'ebi». 1916. 1 D’ora in poi, lutte le citaziom non
dltnmenti indicate saranno traite da questa fonte
' S Mallarmé, S\mphonie /itieiabe. in Œuxies complétés, Paris 1945. p 262
6 Cfr L Avaliani, P ao/o lasxili, Tbilisi 1977. p 45
1 MANIFESTI DELLA RIV1STA «C1SPERI Q ANC EBI»
363
realtà un'operazione teorica postsimbolista tendente a intridere delle nuove
conquiste avanguardistiche i risultati migliori del simbolismo I cis-
perq anc 'elebi. proclamandosi i glorificaton «délia parola nuova, austera,
audace» e i creatori «di parole strane, incomprensibili», si situano assai viciai
aile varie dichiarazioni (S/ovo kak takovoe, ecc , ecc ) dei futuristi russi più che
al mestiere deU’artista simbolista che, nella definizione ivanoviana, toglie con
dita sensibili i veli che ostacolano la nascita délia parola o all’effetto musicale
perseguito con tanta insistenza nella poetica di Verlaine Questo loro perseve-
rare, in particolare, sull’aggettivo «gabeduli» (coraggioso, audace) che, corne
è noto, è uno dei cardini del manifeste del futurisme italiano «Il coraggio,
l’audacia, la ribellione, saranno elementi essenziah délia nostra poesia»7,
contribuisce, senza dubbio, a dar corpo a quella operazione postsimbolista di
eut dicevamo Ma di futurisme il manifeste di lasvili è irrigato nella sua
interezza Essi si dichiarano per la «gioia violenta», esaltano «la grazia délia
distruzione» («Noi voghamo distruggere i museï, le biblioteche, le accademie
d’ogni specie» proclamava il Manifeste del Futurisme italiano8), rifiutano il
passato («il passato ci soffoca», sostenevano i cubofuturisti russi9), irridono
«alla serenità e alla bellezza illuminate dalla tenera luce délia luna» per
deftnirsi cantori e paladini «dell’emozione, del rumore e délia velocità» («Noi
affermiamo — sono parole di Marinetti — che la magnificenza del mondo si è
arricchita di una bellezza nuova’ la bellezza délia velocità»lü) In sintonia con i
precetti del futurisme i cisperq anc elebi mirano a trasformare «la Georgia in
una sconfinata città di sogno dove il rumore delle vie, dalla vita intensa,
sostituisca lo smeraldo dei campi in fiore» • siamo all'apoteosi delle fabbriche e
dei cantieri, all’esaltazione delle automobili e delle locomotive, alla glorificazio-
ne delle lune elettriche e del volo scivolante degli aeroplani Ma essi riconosco-
no d’aver contralto un debito anche nei confronti del simbolismo, e forse, in
parte, del movimento parnassiano, non solo quando si dichiarano fratelli di
Verlaine, Baudelaire, Mallarmé e Rimbaud, ma anche, ad esempio, quando
rivelano di «vivere nella luce e nell’ebbrezza» e pretendono di «meravigliare il
mondo con il proprio narcisismo», ma la loro frequentazione dei simbolisti
francesi si manifesta soprattutto nella perseguita sinestesi che avrebbe dovuto
intridere i loro versi «Nelle nostre canzoni vedrete la policromia e l’allegra
danza dei colori farà impazzire i vostri sguardi tremolanti», nella volontà di
raccogliere, dall’esperienza europea, la scoperta delle associazioni diverse,
costanti e simultanée corne procedimento fondamentale per rinnovare la
poesia georgiana Secondo la migliore tradizione avanguardistica, i
cisperq'ane'elebi si sentono accerchiati da numerosi nemici afoni cantori,
castrati, storpi e ciechi che insidiano dappresso il manipolo di coloro che
sanno, i portatori délia verità e del nuovo Di qui la necessità di organizzarsi
per la «terribile lotta», rivelando finalmente cio che sono dinamitardi e
incendiari, nelle cui «mani di fuoco orgogliosamente bruciano accecanti
micce» Animati da una furia antipassatista, esteti délia negazione, nemici di
Manifeao del Iuiuiiimo, in Mmineni e il Futuiimi. Milano 1973. p 5
8 Ibidem
Polcëiimi obliesnennomu lAuvu, in Liteiatuinie nwnifesh Moskxa 1929 p 77
lü Manifesta del Fuiuiismo cit
364
L MAGAROTTO
ogni tenerezza, essi si rivelano corne i conseguenti eredi del futurisme europeo
e russe, e, corne quegli avanguardisti, anche essi prendono le messe dal grande
solco simbolista, per approdare, perd, a risultati assolutamenti nuovi, e
diversi1 '
I cisperq anc elebi transformarono le bettole di Kutaisi in caffè parigini dove
con i rauchi suoni di qualche organetto, si udivano anche i nomi di Edgar Poe e
Charles Baudelaire, di Friedrich Nietzsche e Oscar Wilde, di Andrej Belyj e
Aleksandr Blok!2 Sovente organizzavano serate di poesia con il fine dichiaia-
to di schernire e irridere, alla maniera avanguardistica, le convinzioni del
pubblico di Kutaisi présente, il quale di norma reagiva scompostamente e le
serate si concludevano solitamente tra urla e lazzi Nella primavera e nellestaie
del 1916, i cisperq’anc elebi erano diventati J’argomento letterario. e di
costume, d'obbligo per la stampa di Kutaisi che di frequente ne riportava le
avventure11 12 * Singolare risonanza riscosse la serata letteraria orgamzzata al
teatro di Kutaisi il 7 giugno 1916 nel corso délia quale P'aolo lasvili, corne
riportarono diversi giornali14, espose i principi letterari e poetici del propno
gruppo, affrontando in particolare la teoria dei due movimenti letterari cui si
richiamavano i cisperq'anc’elebi, il simbolismo e il futurisme, fornendone, a
quanto viene riferito, una singolare, e originale, interpretazione
Nel dicembre del 1916 usciva il seconde e ultime numéro délia rivista
«Cisperi q’anc’ebi», mentre nel numéro di febbraio del 1919, l’organo
«Meocnebe niamorebi»,dove scrivevano soprattuttoxcisperq’anc 'elebi, annun-
ciava l’imminente pubblicazione di un terzo numéro dei «Cisperi q’anc’ebi».
riassumendone perfino l’indice Anche sulle pagine del primo numéro délia
rivista «Ars» del 1919 si promettevala pubblicazione di questo terzo numéro
per la fine di febbraio, ma per una sérié di circostanze di cui non si è a
conoscenza, la rivista non fu mai data aile stampe
Sui secondo numéro dei «Cisperi q’anc’ebi», bisogna nlevare corne teorica-
mente intéressante il manifesto, corne egli stesso lo defini nella sua
Avt'obiograpiidan (Autobiografia)15, di T’ician T’abi3e, la cui prima parte era
già stata pubblicata sui primo numéro délia stessa rivista con il titolo Cispot
q’anc’ebit (Con i corni azzurri). T’it’e T’abi3e, che allora studiava ail
Université di Mosca, dove, tra l’altro, scrisse questo suo manifesto. a
differenza, e, diremmo, in contraste con lasvili, tenta di recuperare interamente
la teoria, l’insegnamento e la scuola del simbolismo francese e russo. alla cui
dottrina egli propone di reinterpretare tutta la letteratura georgiana16 Dette
altrimenti, T’abi3e manifesta di voler sviluppare un proposito artistico che gia
era stato elaborato da colui che non a torto é considerato da alcuni corne il
teorico dell’avanguardia georgiana. Grigol Robaki3e «Partendo dal presup-
11 Ci pare ehe quesia presenza futunsta sia ben colta nello studio di M Abulaje, Lit c-icit mu1
mimdinareobata istoriidun meene sauk unis kentu! nu erlobasi. Tbilisi 1977. al contrario di quani»
accade in L Avaliani, op cit
12 Cfr G Robakije, Giuzinskij niodeinizni, in «Ars». 1918, 1
11 Cfr L Avaliani, op cit
'* Cfr «Samsoblo», 1916, 173 e «Cemi megobari». 1916, 79
15 T T'abije, Ast obiograpiidan, in Leksi mec q eri, TbJisi 1962. p 8
16 Cfr G Xerxeulije, Tanamedrcne kartuli p oezia Tbilisi 1977, p 59
I MANIFESTI DELLA RIVISTA «CISPERI Q'ANC EBI»
365
posto — afferma Robakise — che l’Oriente è più simbolico deU'Occidente
europeo, ho sempre pensato che la Georgia, quale scheggia deU’Oriente, puô
essere definita interamente secondo le linee del simbolismo ( ) Di qui il mio
compito, di carattere puramente artistico, è stato quello di dare una forma
creativa aile profonde concezioni deU'Oriente georgiano mediante la tecnica,
uso questa parola nel suo significato originale, del simbolismo europeo»17
Nello stesso anno del suo manifesto, il 1916, T'abi3e esprime un analogo
intendimento anche con i versi famosi «Gapizis vardi me P'rudonislcavde
vazasi fBesik’is baysi vrgav Bodlerisfborot’ q’vavilebs »18 che di li a qualche
anno sarà ripreso da Giorgi Leoni3e nei versi seguenti «P oeziasi, togou
rumbsi caq'udebuli./Q vêla c'veneb.si. q'vela sxamsi suli cavac’e / Art’ia
Rembostan borot' t q'up'ad caxut'ebuli / Madgamen gvirgvins Teimuraz da
C'avcava^e »19. Mutuando una nozione dello scrittore e critico francese Remy
de Gourmont, il cui Livre des masques era stato tradotto in Russia nel 1913
ottenendo una singolare fortuna, T’ician T’abi3e scopre che al «popolo
georgiano piace la maschera» perché esso ha «una immortale anima d allure
che vuol essere sempre diverse, che ama teatralizzare la vita Perché — egli si
chiede — s’imbelletta la donna georgiana? Non è certo un tributo alla moda,
ma un fenomeno che ha una lunga storia nel nostro paese e la cui causa è valida
ancora oggi si tratta deU’anima dell’attore e délia teatralizzazione délia
vita»20 e il simbolismo è «appunto la filosofia di questa maschera», corne
verità seconda, rimando all’altro, il non visto, l’occultato dalla maschera «Per
questo — egli conclude — il simbolismo ci è necessario» T’abise non risulta
essere particolarmente preoccupato dal fatto che la filosofia simbolista arrivi
da altri paesi perché è sicuro che il popolo georgiano ha la forza di filtrare,
attraverso la propria appercezione nazionale, cio che délia nuova filosofia sente
più vicino, corne è accaduto con Rustaveli che, pur sotto l’influenza di altre
culture, ha saputo creare il grande poema Vepxist q'aosani (Il cavalière dalla
pelle di pantera) dove «profondamente si esprime l'animo georgiano» Cosi
corne la nuova cultura, anche l’artista georgiano dovrà essere in futuro un
punto d’incontro tra la tradizione orientale e l’innovazione occidentale, tra
Rustaveli e Mallarmé, il riunificatore délia parola georgiana e l’espressore del
moderno europeo. Conseguente con i precetti délia nuova dottrina, T'abise
svela l’importanza délia parola (o meglio délia comunicazione linguistica) corne
parte déterminante del fatto simbolico Di qui egli riconosce la necessità di
estendere i limiti del senso (non ancora délia significazione che, corne rileva
Julia Kristeva, sarà il tema su cui indugerà l’avanguardia europea del XX
secolo), abbatterne le barrière alla ricerca di una nuova Bedeutung testuale Nel
17 G Robakise, GruzinsKi} niodeinizm cit
18 «Nel vaso di Prudhomme io metto di Hafiz la rosa, nel giardino di Besiki sentino i fiori di
Baudelaire», in T T'abije, C ignidan « Kaldeas Kaiakebi» Lart poétique. in «Cisperi q'ancebi».
1916, 1
19 «Nella poesia corne in un otre sono entrato In tutti i succhi. in tutti i veleni ranima ho
temprato /Ad Arthur Rimbaud corne a un gemello ribaldo mi sono abbracciato, ed ora délia gloria
di Teimuraz e C’avc’avase sono stato incoronato», in G Leonise. t op oi t rei i. in « Meocnebe
niamorebi», 1921, 6
20 T T'abije, Cisperi q anc ebit, in «Cisperi q'anc’ebi», 1916, 2 D'ora in poi. tutte le citazioni
non altrimenti indicate saranno traite da questa fonte
366
L MAGAROTTO
rispetto del segno, egli sembra suggerire unïnterpretazione délia scrittura
corne moltiplicatnce di senso o un’esperienza dei limiti, ossia crittogramma,
geroglifico dell'esperienza intenore. insomma una tecnicadel fantasma Ci pare
di poter affermare che T'abi3e, diversamente da lasvili, si muove ancora in
un’area prefuturista e perciô tutta simbolista alla quale egli riconduce l’intera
esperienza del movimento futurista europeo intendendola, nella sua parte
migliore, corne la continuazione dell’opera di Mallarmé o anche un approfon-
dimento e uno sviluppo dei nsultati del simbolismo nel suo insieme Una simile
enunciazione non è certo priva di acume, conoscendo ora noi il debito
contratto dal futurismo nei confronti del simbolismo, ma è nello stesso tempo
riduttiva perché riconosce al movimento futurista soltanto una limitata
funzione innovatrice oltre l'ambito simbolista, sottovalutando il ruolo svolto
quale iniziatore délia nuova stagione letteraria del XX secolo, la stagione delle
avanguardie
Fin dal nome scelto, i membri del gruppo Cisperi q’anc ’ebi(I corni azzurri, o
più propriamente, cerulei) intendono simbolicamente rappresentare un punto
di incontro tra la cultura europea e la IVeltanschauung georgiana Azzurro.
ricorda T'ab^e, è il mistico flore di Novalis, e l’azzurro è il colore
dell'ossessione mallarmeiana, è uno dei colori amati da Blok (Sinij, sinip sini]
vzor21), che si ritrova nella tradizione cromatica del folclore e délia letteratura
georgiana (si pensi solo a Baratasvili «Cisa pers, lurzsa per.sjp irvelad kmni/sa
pers»22), mentre i corni, colmi di vino, sono per i georgiani il simbolo per
eccellenza dell'ospitalità e deU'amicizia Seguendo questa via, per cosi dire, di
confluenza tra le due culture, l’orientale e la occidentale, T'abi3e ritrova nel
verso di Rustaveli un’ininterrotta difesa del primato délia musica che fa di lui
un precursore délia magia musicale di E A Poe e di Paul Verlaine Taie difesa
sarà poi continuata nei versi di Besiki, che per i terni linci, la ricchezza delle
rime, la precisione delle nuances, puô essere defînito un antenato del simbohs-
mo, corne Ronsard lo è stato per i francesi e Tjutcev per i russi. Questo apeito
tentativo di rivisitare l’intera letteratura georgiana seconde i principi del
simbolismo è certo condotto acutamente perché T’abi3e non rimuove i pericoh
incombent!, anzi li evidenzia e li denuncia, corne la confusione che si stava
ingenerando tra allegoria e simbolo che concludeva a forzature evidenti e a
interpretazioni grossolane Seconde gli insegnamenti dei simbolisti russi
(Bal’mont. Brjusov, ecc ), l’allegoria, che era stata tipica del simbolismo
medievale, raffigurava un’immagine corne illustrazione di un’idea astratta. di
un concetto, mentre nel simbolo moderne doveva crearsi un equilibrio tra
immagine e idea, per cui l'immagine restava indipendante e virtualmente
poteva esprimere più concetti, idee, sensazioni, stati d’animo Tuttavia, questa
precisazione tabiziana è senza dubbio prefuturista perché in quegli stessi anm
l’avanguardia era impegnata in un formidabile tentativo di estendere i limiti del
significabile moltiplicando le significazioni del simbolo fine a renderle m
pratica di numéro infinito (che equivaleva in sostanza ad annullarle tutte) e
21 A Blok O w\>enienn<>ni wsioimui iiissko^o simholiznia in Poluoe Sobianie Sminemi V i’l
V. Moskva-Leningrad 1962. p 430
22 «11 colore del cielo l'azzurro II colore per primo creato » m N Baratasvili Ts'zulebani
Tbilisi 1968 p 113
I MAN1EFSF1 DELLA RIVISTA «CISPERI Q'ANC EB1» 367
pervenendo in questo modo all’analogia, corne vittoria del segno e conseguente
rivoluzione linguistica
Con i loro perentori manifeste i c isperq une elebi, seppure tra palesi contrad-
dittorieta teoriche, hanno saputo creare una piattaforma artistica attorno alla
quale hanno fondato in Georgia il primo gruppo letterario, secondo il costume
délia letteratura europea del Novecento, gettando in questo modo le basi per
gli ulteriori sviluppi avanguardistici che la letteratura georgiana avrebbe
conosciuto negli anni Dieci e Venti Resterebbe da indagare la cornspondenza
dei principi sostenuti in quei mamfesti con la loro opéra creativa, con i loro
versi raffinati. ma tutto cio. esulando dal tema che ci siamo fissati, si puô solo
proporre corne materia di futura, stimolante ncerca
Luigi Magarotto
Università di Venezia
LA LITTÉRATURE GÉORGIENNE*
La première période ( VL'-XC siècle)
La langue géorgienne appartient à la famille des langues ibéro-caucasiques et
serait, selon certains savants, apparentée au basque L'alphabet géorgien, qui
représente probablement une ramification indépendante de l’alphabet phéni-
cien, comporte deux formes d’écriture l’ecclésiastique (majuscule et minuscule)
et, à partir du XIe siècle, l’alphabet militaire ou profane, qui est en usage
aujourd’hui.
Les origines religieuses
Le premier témoignage incontestable de l’existence d’une littérature géor-
gienne est Le Martyre de Chouchanik, écrit dans les années 476-483 pai le
confesseur de la sainte, Jacob Tsourtaveli, qui donne dans son ouvrage un
tableau expressif des moeurs politiques, sociales et religieuses de la Géorgie de
l’époque II est évident que la littérature géorgienne a dû connaître une assez
longue évolution jusqu’à la composition d’une œuvre aussi parfaite que Le
Martyre, où la langue atteint une puissance d’expression d'une singuheie
grandeur
La Géorgie est un pays dont la personnalité culturelle est fortement
marquée Située au pied du Caucase, elle est au confluent de deux courants de
pensée celui du christianisme mystique et émotionnel de l’Orient ancien,
venant de Syrie et de Palestine, et le courant rationaliste et philosophique,
venant de l’Occident sous la forme de la théologie gréco-byzantine De ces deux
courants, la Géorgie a fait une synthèse absolument originale que l’on a
coutume d’appeler la chrétienté géorgienne, dont la tradition s’est conservée
jusqu’à nous grâce aux œuvres littéraires
Parmi toutes les Églises de l’Orient ancien l’Église géorgienne est la premieie
— et la seule, après le schisme des autres Églises nationales — à être demeurce
fidèle au monde gréco-byzantin Rappelons qu’elle échappa à la crise icono-
claste (726-843) La littérature de cette période est exclusivement religieuse
* Extrait de 1 Etu \dopaeiUa l iiivet sn/is, T 7
LA LITTÉRATURE GÉORGIENNE
369
Outre de multiples traductions de l’Ancien et du Nouveau Testament, les
genres narratif et lyrique figurent au tableau littéraire de l'époque
La littérature narrative se compose d’apocryphes et d’hagiographies Cette
dernière l’emporte pour la richesse de ses productions. À la fin du Xe siècle, les
écrits essentiels de l’hagiographie gréco-orientale avaient été traduits En outre,
les Géorgiens ont réalisé d’intéressantes «vies de saints», notamment la Vie de
sainte Nino, évangélisatrice de la Géorgie (337), et des Vies de héros du
monachisme national’ Serapion de Zarzma, Les Treize Pères s\ riens, ets La
Vie de Grégoire de Kandzta apparait comme la plus importante des œuvres
proprement géorgiennes Elle fut rédigée par Georges Mertchoulé, l'un des
ascètes du monastère que Grégoire avait fondé L’ampleur de la perspective
historique, la manière dramatique de traiter le sujet, la description précise des
scènes, les tableaux de la nature brossés avec des couleurs captivantes, la façon
pittoresque d’admirer la nature, de la diviniser — phénomène rare dans la
littérature religieuse — font la valeur de l’ouvrage L’élément romantique de la
vie féodale géorgienne l’a pénétré avant de s’épanouir dans d’autres formes
plus tardives.
Les centres littéraires géorgiens à l'étranger
Ce sont les monastères géorgiens à l’étranger qui ont avant tout favorisé le
développement de la littérature géorgienne ancienne Parmi les centres les plus
importants, citons la laure Mar-Saba près de Jérusalem, fondée en 483, c’est là
que furent traduits ou composés la majeure partie des manuscrits géorgiens du
Sinaï, où se réfugièrent les moines géorgiens, chassés de Mar-Saba par les
Arabes
Le fonds géorgien du Sinaï contient quatre-vingt-cinq manuscrits dont
l’ancienneté confère à la collection une importance exceptionnelle pour les
études de critique textuelle biblique, de patrologie grecque et de philologie
byzantine. Le Calendrier palestino-géorgien de Jean Zossimé, conservé au Sinaï,
traduit en latin et édité à Louvain par Gérard Garitte, comporte plus de onze
cents annonces hagiographiques ou liturgiques et constitue un document
unique par son ancienneté, son ampleur et la nature de son contenu
Le monastère d’Iviron, au mont Athos, fondé en 980, fut un haut lieu de la
vie spirituelle géorgienne de l’époque. La littérature géorgienne s’enrichit alors
d’innombrables versions de textes grecs, dues aux talentueux écrivains de
l’école athonite et à leurs disciples Euthyme l’Hagiorite (f 1028). Georges
l’Hagionte (t 1065), Arsen d’Iqualto (+ 1130) de la Montagne noire (Arsen
retourna en Géorgie pour y fonder l'académie d’Iqualto en 1114), le philosophe
Jean Pétritsi, de l’école littéraire du monastère géorgien Pétritsoni, fondé en
370
K SALIA
Bulgarie en 1003 Répondant à l’appel du roi David le Bâtisseur, il vint en
Géorgie pour diriger l’académie de Ghélati, fondée par le roi C’est à l’école
athonite d’Iviron, et notamment à Euthyme, qu’on doit la traduction en grec de
l’une des versions géorgiennes du roman Barlaam et Joasaph qui est à l’origine
de toutes les rédactions postérieures de ce livre répandues à travers l’Europe
La tradition géorgienne a conservé des œuvres d’auteurs orientaux que la
littérature grecque n’a pas connues ou qu’elle n’a point gardées œuvres de
Syriens comme Aphraate et Martyrius-Sahdona, œuvres d’Egyptiens telles que
les Lettres de saint Antoine, d Arsène, de Macaire, des histoires édifiantes
jointes au Pré spirituel, des textes traduits du syriaque, comme la Vie de saint
Ephrem, de Pierre libère, que certains savants identifient avec Denys
l’Aréopagite, la Vie de Syméon stylite l Ancien, ainsi que le Commentaire sur le
Cantique des Cantiques, le Commentaire de PEcclésiaste, La Séparation des
Eglises, le Grand Lee tionnaire de Jérusalem, dont la découverte et la publication
comblent une lacune de dix siècles d’histoire liturgique, la Vie de Simeon
Métaphraste, la Vie de Jean Xiphilirt, etc
Le genre ly rique est représenté dans la littérature religieuse de la première
période par la poésie hymnographique Son origine se situe au VIE siècle,
dans les milieux littéraires de Tao-Klardjétie apparaît toute une phalange
d’hymnographes remarquables, tels Zossimé, Jean Mintchki et surtout
Mikhaél Modrékili avec son célèbre «recueil d’hymnes». La poésie liturgique
géorgienne acquiert une véritable indépendance nationale, se sépare complète-
ment des normes grecques, elle inclut même dans les recueils hymnographiques
grecs les œuvres géorgiennes originales.
De la littérature religieuse aux lettres profanes
La pensée et l’histoire
Aux XIe-XIIe siècles, la Géorgie est un puissant royaume qui englobe tout le
Caucase C’est l’époque de la reine Tamar, l’âge d’or de l’histoire de la Géorgie
En même temps que s’épanouissent diverses branches de la littérature pure-
ment théologique, sont posées les bases de la littérature philosophique,
principalement religieuse, tandis que la littérature historique représente une
étape intermédiaire entre la littérature historique religieuse et la littérature
profane. Dans le domaine de l’historiographie nationale, l’attention se fixe en
premier lieu sur les artisans de la puissance politique et de la renaissance
nationale du pays, sur les représentants de la dynastie régnante des Bagratides
L’un de ces derniers, Sumbat Davitisdzé, relate l’histoire de sa dynastie
jusqu’au VIe siècle, liant au nom des Bagratides toute l’histoire ultérieure du
pays. Un autre historien, Léonti Mrovéli, écrit Histoire des premiers pères et des
premiers rois. Vient ensuite Djouancher qui prolonge l’œuvre de Mrovéli
LA LITTÉRATURE GÉORGIENNE
371
jusqu'aux premières années de Georges II (1072-1089) Puis le moine Arsène,
l’auteur de l'Histoire de David le Bâtissent, terminée aus environs de 1126
L'Histoire de ht reine Tamat ( 1184-1212), beaucoup plus intéressante du point
de vue littéraire, est parvenue en deux rédactions La plus ancienne, écrite vers
1225, dont la paternité est attribuée pai certains au poète Chota Roustavéli, est
une véritable ode en l’honneur de la «grande» reine «égale à Dieu», «dont le
règne fut préparé par tout le cours de l'histoire mondiale anterieure»
La première œuvre de littérature profane que l'on connaisse est le poeme
épique Vis-Ramiani. version géorgienne du poème persan Lis et Raminn Le
roman héroïque Amiran-Darejaniani, qui conte les exploits chevaleresques
d’Amirani, le Prométhée géorgien, est un autre échantillon de la prose
géorgienne du XIIe siècle
L’épopée de Chota Roustavéli
Vepkis-Tqaossani ( L Homme à la peau de léopard), de Chota Roustavéli est
l’œuvre la plus représentative de la poésie épique de l’époque «classique»
Dédié à la reine Tamar, ce poème qui, plusieurs siècles avant la Renaissance de
l’Europe occidentale, reflétait des idées humanitaires appartient au nombre de
ces œuvres du passé qui ont conservé jusqu'à nos jours une valeur de norme et
de modèle indépassable C’est la longue histoire des souffrances ardentes, des
tourments, des pérégrinations indéfinies et des exploits héroïques de deux
couples royaux, amoureux jusqu’à l’abnégation Tous les épisodes de ce vaste
poème se déploient sur le fond de l’opposition entre ces deux manifestations
fondamentales de l'âme humaine que sont l’amour passionné et le sens du
devoir qui se manifestent par le dévouement fraternel et l’amitié à toute
épreuve
L’intérêt de l’ouvrage ne réside pas seulement dans le charme du récit, qui se
lit d’un bout à l’autre avec un intérêt qui ne se relâche pas, mais aussi dans le
fait qu’il est pailleté d’expressions imagées, d’aphorismes profonds, de senten-
ces édifiantes et de maximes divertissantes à caractère philosophique, moral et
didactique II constitue ainsi une source intarissable de sagesse et d’expérience
de la vie, où chacun puisait selon ses besoins Bien que l’action se passe dans les
pays d’Orient, ce poème reflète avec une étonnante précision tous les détails de
la vie de la société féodale géorgienne de l’époque de la reine Tamar, de cette
société chrétienne qui, par sa structure sociale et sa conception du monde, était
étroitement apparentée à la société d'Europe occidentale
De l'invasion mongole à l âge d'argent
Le milieu du XIIIe siècle marque la fin de la littérature géorgienne ancienne,
fin provoquée par un terrible fléau qui s’abattit sur le pays l’invasion mongole
372
K SALIA
qui entraîna la destruction impitoyable des monuments de la culture matérielle
et spirituelle Au XVe siècle, les Turcs succédèrent aux Mongols et s'emparèrent
du berceau de la culture géorgienne, le Tao-K.lardjeti-Samzké, dont ils con-
traignirent les habitants à embrasser l'islam II est évident qu’il ne pouvait dès
lors plus être question d'activité culturelle, ni en Géorgie ni en dehors de ses
frontières
Avec le XVIe siècle commence la «période de la renaissance» ou encore
l'«âge d'argent», qui s'étend jusqu’à la troisième décennie du XIXe siècle Elle
est marquée par un renouveau de la litérature géorgienne, qui se manifeste dans
tous les domaines De nombreux écrivains apparaissent qui pénètrent profon-
dément dans l'esprit de la vie contemporaine et la reflètent avec précision La
littérature épique est représentée par des œuvres de caractère romantique,
historique et didactique, comme Roussoudanicini, Châh-Navciziani et Did-
Moouraviani
Les figures les plus éminentes de l'âge d’argent de la littérature géorgienne
sont Saba-Soulkan Orbéliani (1658-1725), le roi Vakhtang VI (171 1-1737),
fondateur de l'imprimerie géorgienne, et David Gouramichvili (1705-1792)
Saba-Soulkan Orbéliani fut le plus brillant styliste de son temps Parmi ses
œuvres il faut mentionner le Lexique géorgien. Concordance, répertoire alpha-
bétique des lieux saints, et surtout La Sagesse du mensonge, où il plaide en
faveur d’une éducation démocratique de l'héritier du trône Le recueil com-
prend environ cent soixante-deux fables, sentences, aphorismes et anecdotes
En 1713, Saba fut chargé par le roi Vakhtang VI d'une mission diplomatique
auprès de Louis XIV et du pape Clément XI, à la suite de cette mission, il
écrivit Le l'otage en Europe, qui constitue le meilleur échantillon de la
littérature mémorialiste géorgienne
La période russe romantisme et littérature contemporaine
En 1801, après une histoire plus de deux fois millénaire, la Géorgie fut
annexée à la Russie et devint une province périphérique d’une monarchie
bureaucratique. Les œuvres littéraires reflètent alors toutes les péripéties de
cette sombre époque.
Le romantisme nationaliste
L’idéalisation du passé, l'évocation des beautés d’une patrie ardemment
aimée alimentent la tendance romantique de la littérature géorgienne des
premières décennies du XIXe siècle, dominée par les écrivains A
Tchavtchavadzé, G. Orbéliani et N Barathachvili Nikolos Barathachvih
(1817-1845) est un maître incomparable de la poésie romantique géorgienne a
LA LITTÉRATURE GÉORGIENNE
373
laquelle il donne une résonance universelle comme chantre des aspirations
communes à tous les hommes Grâce à la puissance de son verbe poétique qui
se distingue par la profondeur philosophique de la pensée, le poète disperse les
ténèbres de son époque, il s’efforce d'éclairer par des idées avancées la vie
confinée d’alors et de dévoiler les vastes horizons où «le cœur ne connaît pas les
tourments et où l’esprit ignore l’angoisse» Barathachvih lance un défi au sort,
il veut dominer une époque de tristesse et de malheurs pour sa patrie Son
poème Merani (Le Pégase), chef-d’œuvre de la poésie romantique, est une
apologie passionnée de la recherche de voies nouvelles pour un avenir meilleur
de l’humanité. Le héros de Barathachvili veut briser les fers de la destinée, il va
de l’avant sans se soucier des menaces, traverse les abîmes pour tracer par son
exploit le chemin du bonheur pour les générations futures
Deux noms surtout illustrent les dernières décennies du XIXe siècle et le
début du XXe Ilia Tchavtchavadzé (1837-1907) et Akaki Tséréthéli (1840-
1915) qui ont profondément marqué la vie culturelle et politique de la nation
Ils apparaissent sur la scène littéraire au moment de l’intense politique de
russification menée par les tsars Porte-parole de toutes les espérances nationa-
les et animateurs du mouvement de libération, ils ne restent indifférents à
aucun problème relatif à la vie de leur pays. Critiquant sévèrement la politique
russe, ils ressuscitent dans la mémoire de leurs concitoyens les plus belles pages
de l’histoire de la patrie et célèbrent ce qui peut exalter le peuple dans sa lutte
pour la libération Les poèmes Vision, Le Lac de Basaleti de Tchavtchavadzé,
Le Poignard, Tornike Eristavi et Natéla de Tséréthéli sont écrits dans cet esprit.
Ils sont devenus des chants patriotiques dont la popularité franchit même les
frontières de leur pays Leurs auteurs sont les créateurs de la nouvelle
littérature géorgienne, ainsi que de la langue moderne La nation les désigne
par leur prénom- Ilia, Akaki, en signe de grande affection.
Vaja-Pchavéla (1861-1915), leur contemporain, non moins important, relève
d’un genre tout différent d’inspiration poétique. Aucun poète de survivance
païenne n’a réussi comme lui à se faire l’écho des mythes traditionnels de son
pays et à les revêtir d’une forme vivante II semble créer comme un génie
impersonnel et l’on croirait parfois que la fantaisie collective des siècles
successifs a collaboré à son œuvre. Il lègue des poèmes, de la prose, des
esquisses historiques, ethnographiques, où se reflète avec éclat son extraordi-
naire talent. Tout ce qu’il a écrit est animé d’un patriotisme sublime. Vaja-
Pchavéla est un peintre incomparable du Caucase. Il est le confident de ses
secrets. Les paysages qu’il a créés sont aussi immortels que la nature elle-même.
Ses grands poèmes sont Le Mangeur de serpents, Gogotour et Apchina,
Baktrioni.
374
K SALIA
Romanciers et poètes
Les prosateurs géorgiens du début de XXe siècle maintinrent et enrichirent
les traditions de la littérature géorgienne classique Une des premières places
parmi ces écrivains revient à Niko Lordkipanidzé (1880-1944), maître du
réalisme critique géorgien, dont l’œuvre ouvrit de vastes perspectives à la prose
des temps nouveaux
Mikheil Djavakichvili ( 1880-1937) est l’un des fondateurs du roman géorgien
d'après la révolution d’Octobre II peignit principalement des personnages
frappés par le malheur, mis au ban de la société et condamnés On chercherait
en vain dans ses œuvres des artisans de la vie nouvelle, des héros contempo-
rains Dans la plupart des cas, ils ne sont que sous-entendus Les plus
importants de ses ouvrages sont Le Kizani de Djako et Arsène de Marabda
L’accumulation des événements historiques, le grand nombre de personnages
et la complexité du sujet n’ont pas empêché l’écrivain d’ordonner le tout en une
harmonieuse composition II est mort tragiquement en 1937.
Constantiné Gamsakhourdia (1891-1977) est célèbre, non seulement en
Géorgie, mais également au-delà de ses frontières II soutint la conception de
l’art pour l’art, faisant siens les principes esthétiques de l’impressionnisme
allemand Son premier écrit important consacré à la réalité soviétique est un
roman en trois volumes, L’Enlèvement de la Lune, qui décrit la lutte des classes
dans un village au moment de la collectivisation de l’agriculture La critique
soviétique reprocha à l’écrivain d’avoir, dans ce roman, représenté le monde
révolu avec une certaine sympathie et quelque nostalgie. Gamsakhourdia se
consacra ensuite aux romans historiques Sa Dextre du Grand Maître (traduit
en français, en anglais et en allemand) et la tétralogie David le Bâtisseur sont des
œuvres capitales du roman historique géorgien soviétique.
Quatre noms dominent la poésie géorgienne contemporaine Le premier est
celui de Galaktion Tabidzé (1892-1959), poète des grands bouleversements
sociaux qui se produisirent dans le pays au tournant du XXe siècle, alors que
tout le peuple se lançait hardiment dans la lutte pour la liberté nationale-et
sociale Le poète dit lui-même qu’il a été engendré par la sublime aurore du
soulèvement révolutionnaire Dans ses poèmes se reflète la vie nouvelle de la
Géorgie, sa poésie est tout entière un hymne enflammé à la patrie qui l’a conçu
et mis au monde La musique de ses vers, leur lyrisme envoûtant confèrent aux
œuvres de Tabidzé une force saisissante
Ghiorghi Léonidzé (1899-1966) appartenait à l’école des symbolistes géor-
giens Olifants bleus, groupant de nombreux poètes de talent. Leur chef spirituel
était le philosophe et écrivain Grigol Robakidzé, mort en exil. Ce cercle a joué
un rôle important dans le développement de la poésie géorgienne. Mais son
LA LITTÉRATURE GÉORGIENNE
375
activité, de plus en plus restreinte apres la soviétisation du pays, devait prendre
fin La poésie de Léonidzé est une véritable encyclopédie des pensées, des
aspirations et des joies de son peuple Toutes les forces de la vie alimentent son
œuvre. Il n'y a pour lui ni bon ni mauvais thème Tout chante sous sa plume
Irakli Abachidzé (né en 1909) se désigne lui-même dans l’une de ses œuvres
comme «poète de la vie nouvelle et des fleurs» Il défend le droit du poète à la
diversité et à la richesse des sentiments, des intérêts, des émotions Poète
d’inspiration libre et de ton absolument naturel, il est le plus fidèle continuateur
de la tradition poétique classique géorgienne
Au nombre de ses poèmes les plus remarquables figurent Sur les traces de
Rustaveli et Palestine, Palestine, écrits après son voyage à Jérusalem en 1962,
lors d’une mission scientifique au monastère géorgien de la Croix qui permit de
découvrir le portrait de Roustavéli et une série de documents relatifs aux
dernières années du poète Bouleversé d’émotion, saisi d’inspiration poétique,
Abachidzé écrivit Palestine, Palestine, avec la passion, l’audace et la précision
d’un maître profondément pénétré d’un thème privilégié II a su recréer l’image
du célèbre humaniste solitaire et a réussi de façon merveilleuse à transposer
cette confession poétique du XIIe siècle dans notre époque moderne
Grigol Abachidzé, né en 1914, est l’auteur d’un grand nombre de poèmes
lyriques, dont le premier vit le jour en 1938, peu après qu'il eût achevé ses
études supérieures à la Faculté des lettres de l’Université de Tbilisi La même
année voit paraître son «Printemps de la ville noire», viennent ensuite
«Ghiorghi VI», «Le Caucase vainqueur», «La vision de Zarzma», inspirés
par les combats historiques du peuple géorgien
Grigol Abachidzé a également publié des romans: «Lacharéla», «Une
Longue nuit», «Les Ides de Mars». On lui doit enfin des pièces de théâtre
et des traductions en géorgien, de différentes langues, notamment du français
Fidèle aux traditions multiséculaires de la littérature géorgienne, la poésie
de Grigol Abachidzé magnifie en premier lieu la douceur et la force du
sentiment national, l'énergie du peuple, la beauté inspirée de la nature
La poésie de G Abachidzé contient aussi une vision pleine de fraîcheur
et d’intuition du monde intérieur, des sentiments, des résonances secrètes de
l'âme, elle dépeint le monde des souvenirs de l'enfance et l’émouvante
insertion du passé dans le présent
Pour écrire ses ouvrages, G Abachidzé a fréquenté assidûment les chroni-
ques géorgiennes et s’en est imprégné de telle sorte que non seulement il
restitue le coloris de l'époque, mais qu’il fait revivre l'âme géorgienne pro-
fonde, celle qui transcende les siècles et touche le lecteur qui y reconnaît un
376
K SALIA
message personnel et actuel, remarque Dom B. Outtier dans son compte-
rendu (B.K. XXXVI)
La littérature géorgienne compte aujourd'hui toute une pléiade de jeunes
romanciers et de poètes de talent, qui, s'appuyant sur les solides traditions
nationales, s’efforcent de préserver dans leurs œuvres la présence de l’esprit
de la littérature géorgienne de tous les temps
Kalistrat Salia
Bibliographie
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COMPTES RENDUS
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Otto Harrassowitz, 1982, XVIII-313p, 24 cm
Les Oudis, ainsi qu'en témoignent la toponymie aussi bien que les historiens,
ont jadis été beaucoup plus nombreux et ont occupé un espace beaucoup plus
vaste que les quelques milliers d’habitants des trois villages actuels Ils
représentent, pour reprendre l’expression de G Dumézil, les restes d’une
«chrétienté disparue, les Albaniens du Caucase» L’importance de leur ancien-
ne culture rend urgent d’en sauver les dernières traces, et l’on ne peut que se
réjouir de ce que le Dr. K -H Schmidt ait suggéré à l’un de ses élèves de
travailler sur ce thème
La première grammaire oudi a été publiée en allemand A Schieenlr,
Versuch über die Sprache der Uden, St-Petersburg, 1863, en cent vingt ans, de
grands progrès ont été faits dans la connaissance des langues du Caucase,
surtout des langues du groupe de l’est II faut notamment signaler la parution
des grammaires de E Jeiranisvili et V Pancvije, toutes deux en langue
géorgienne, qui datent respectivement de 1971 et 1974, et du Dictionnaire de V
Gukasjan, également de 1974 Certaines langues du groupe lezgui sont ainsi
beaucoup moins accessibles que l’oudr on annonce pour cette année seule-
ment, par exemple, un petit dictionnaire budux, langue pour laquelle une
grammaire détaillée fait toujours défaut Pour revenir à l’oudi, il était donc
possible de reprendre à frais nouveaux l’étude de la langue, et l’ouvrage qui est
ici recensé est le premier travail de ce genre en Europe occidentale. Il s’appuie,
bien sûr, sur les études publiées en U R S S , dont on trouvera une bibliogra-
phie presque exhaustive à la fin de l’ouvrage, p 303-313
Le volume se divise en cinq sections (Abschnitt), de longueur variable Vient
d’abord une «topique», p. 3-11, qui situe géographiquement et statistiquement
les Oudis et résume l’histoire de l’étude de la langue
Une deuxième section consiste en textes, accompagnés d’une traduction
juxtalinéaire - ce sont deux des contes publiés par A. Dirr en 1928 ainsi que les
chapitres 1 à 5 de l’Evangile selon S Marc, d’après l’édition de 1902
Dans la traduction, l’imparfait est souvent rendu par un présent, alors que
l’aspect imperfectif est très sensible. Be’ysun, en face d'aksun, a posé un
380
COMPTES-RENDUS
problème p 146, note 212, l'A avoue qu’il ne voit pas comment les
différencier Be'ysun signifie regarder, il se construit donc régulièrement avec
l’ergatif, aksun signifie voir et se construit avec le datif, comme les autres
verbes de perception. Mc 4,12 teqoaksa doit se traduire nicht-ilinen-sehen
Ayant ainsi fourni à son lecteur des échantillons de la langue, auxquels il
renverra en priorité dans les exemples illustrant les sections suivantes, l’A
donne dans la troisième partie l’exposé grammatical, p 57-202 Cette section se
subdivise en Phonologie, p 57-91, Morphologie, p 92-189 et Syntax, p 190-
202
La phonologie repose sur des données livresques (p 69)' aussi l’A n'ose-t-il
pas conclure en certains domaines spéciaux, voire propres à l’oudi Les voyelles
pharingalisées peuvent se réaliser seules et ne sont donc pas, du point de vue
phonologique, liées aux consonnes (Trubetzkoy) Il faut bien reconnaître que la
confusion est accrue en ce domaine du fait que les divers auteurs qui ont eu
contact direct avec des locuteurs oudis, ou sont eux-mêmes Oudis, ne donnent
pas des descriptions concordantes des phonèmes Selon Gukasjan, a pharinga-
lisé manque dans le dialecte de Vartachen, néanmoins, on le rencontre dans
l’Evangile. Mc 1,27, 1,35, 3,3 — pour ces formes, le dictionnaire de Gukasjan
donne i pharingalisé La discussion sur la série plus complexe de consonnes
«sibilantes moyennes», p 81-83, aurait pu intégrer utilement, semble-t-il, les
données de l’étymologie, si souvent mises à profit dans le reste de l'ouvrage
Dans uc etmu’ca’, c est le réflexte de *<< Le z de zikpi. Mc 1.26, est également
prononcé très emphatiquement Ne faut-il pas conclure que pour certains au
moins des phonèmes de cette série, il y a autre chose qu’un lieu d’articulation
pré-alvéolaire? Cela manifeste en tous cas que l’un des besoins les plus urgents
en la matière est la réalisation d’études phonométriques rigoureuses
La morphologie se répartit à peu près également entre noms-pronoms, p 92-
142 et verbe, p. 143-189 Les analyses sont claires, en général prudentes, en ce
qu’elles soulignent la part d’hypothèse qui affecte les nombreuses propositions
nouvelles L’A , qui connaît et juge bien les travaux de ses prédécesseurs,
semble bâtir surtout sur une intelligente logique structurelle des formes et
fonctions, sans jamais négliger la comparaison avec les langues du groupe
lezgui, ce qui sera du reste l’objet propre de la section suivante
Les pluriels nominaux en -ur. que l’A. (p 99) connaît uniquement par le
Dictionnaire de Gukasjan, sont déjà attestés par la grammaire manuscrite de
1842: sumur, muzur, cilur, etc L’oudi est une mine pour les typologistes, car
c’est une langue où l’on peut assister aux processus d’unification (il y a encore
douze suffixes du pluriel nominal), de réinterprétation sous l'influence de
langues d’autres groupes: arménien, persan, turc azéri (perte de la construction
ergative pure) Le datif en -u, écrit l’auteur p. 114, semble utilisé uniquement
avec racine amplifiée; ici encore, la grammaire de 1842 suppose muzu vs muzex
Le 16,24, cilu vs cillu<cilnu Mt 13,31, etc La rare lexicalisation en locatif du
datif en -ix, signalée p. 114, n. 110, est encore attestée par xasix, dans la
lumière, Mt 10, 27, à côté du datif xasnu(x) Jn 11,9; 12,36 — de même pour
l’ablatif qui en dérive xasixo Le 1,26 vs xasnuxo Jn 3, 19 Les formes du
COMPTES-RENDUS
381
pronom pers 2 p pl datif en e'fa'(x), p 127, ne sont pas caractéristiques du
dialecte de NiJ, on les rencontre dans l’Évangile Mc 1,8, 1,17, 3,28 etc La
place du pronom personnel n’est pas indiquée dans la formation du futur, p
158, elle peut être à la fin, comme en tabassaran (Dirr, conte 1. 1 22) pour le
futur1, elle varie pour le futur2 en tête pour les racines simples avec la
négation (Le 9,5, 13,35), brisant la racine (Dirr 2,24), entre les deux termes
pour les racines composées (Le 11,49) Les racines brisées, caractéristiques de
l’oudi, ne sont pas les restes d’un système de classe, argumente l'A p 169,
accepterait-il d’y voir la conséquence possible d’une réinterprétation après la
disparition des préverbes9 La particule -g/-, outre son rôle conditionnel, sert
aussi de conjonction pouvant régir la proposition complément du comparatif
Dans ce cas, signalé sans explication par Pancvi3e et l'A., p 165, elle est suivie
du pronom personnel suffixe, avec ellipse du verbe outre Mt 10,15 voir Mt
11,22, 18,13, Le 15,7, 18,14; Jn 3,19, 12,43. La négation nae- est donnée sous
la forme naei- par la traduction des Evangiles. Elle s'y trouve plus d’une fois
avec le futur2 sans -gi-’ Mt 21,21, 23,39, Jn 5,19, 16,7, 20,25 Doit-on
l’interpréter alors comme la contraction régulière en dialecte de NiJ naei- < nae-
gi-l En Jn 19,11, on lit nâgi- La négation nut/nut, forme habituelle pour les
substantifs — elle régit donc surtout les masdars et les participes -- n’est pas
signalée p. 181, serait-elle une contraction de nu-te"7 Voir Mt 23,39, Jn 3,36,
8,10 Le gérondif de postériorité «Konverb der Nachzeitigkeit» est analysé,
p 188-189 en -ma (et variantes), l’A s’écarte ainsi de l’analyse traditionnelle du
morphème: -ama, sans fournir de justification pour cette nouvelle analyse
La 3° section se conclut par une brève mais suffisante syntaxe L’hypotaxe ne
paraît exister que par influence des langues voisines non caucasiques. Le point
le plus marquant est constitué par les divers degrés d’évolution de la construc-
tion ergative.
Une petite distraction, p 198, fait dire à Jeiranisvili que la postposition
-cirik régit le cas absolu (saxelclobr signifie à savoir, et non nominatif)
jeiranisvili indique, p 120-121, deux cas régis, génitif et superessif Personne
d’autre ne signale le génitif- il faut peut-être y voir une tendance récente à
aligner -cirik sur le modèle de la majorité des postpositions, qui régissent le
génitif.
La section IV, p. 205-278 est sans contredit la plus neuve elle définit «la
place de l’oudi dans le groupe des langues lezguis» Après une rapide
présentation des neuf autres langues du groupe, l’auteur passe en revue les
principaux essais de classification depuis Güldenstàdt Puis il compare l’oudi
aux autres langues pour la phonologie, la morphologie (indice de classes,
pluriel, déclinaisons, pronoms personnels et démonstratifs, préverbes, noms de
nombre de 1 à 10 et 20-100 est annoncé, mais non présenté) Le domaine des
numéraux, bien étudié déjà, est particulièrement stimulant, car il manifeste
presque toujours une unité des langues avar-andi-dido-lezguis. C’est la premiè-
re fois, à ma connaissance, qu’une comparaison d’ensemble embrassant toute
la phonologie et la morphologie, est présentée Elle confirme, bien sûr,
382
COMPTES-RENDUS
l’appartenance de l'oudi au groupe lezgui, mais on remarquera que l’A. suggère
à plusieurs reprises une date élevée pour la séparation de l’oudi d’avec le
groupe «urlezgisch» et son évolution autonome (p 246, 276)
Une remarque de détail, p 230, la pharingalisation est présentée comme un
phénomène secondaire, au moins pour l’arci, avec renvoi à l’ouvrage posthume
de E. A Bokarev, Sravitel'no-istoriceskaja fonetika vostocnokavkazskixjazykov
(Moscou 1981, disons-le en passant, ce livre est à manier avec précautions, en
particulier la documentation oudi, antérieure à la parution du Dictionnaire de
Gukasjan, est faible) Si je comprends bien Bokarev, il dit au contraire. «La
pharingalisation est ancienne en arci, mais secondaire au voisinage de q»
La dernière section, p 282-293, «Oudi et albanien du Caucase» est une brève
présentation des trois articles de S. N. Mouraviev, juste parus au moment de
l’achèvement du livre - une première lecture confirme en effet la proximité de
l’albanien des anciennes inscriptions et de l’oudi parlé aujourd’hui.
L'ouvrage se termine par un index des mots cités dans les sections III à V et
par la bibliographie
C’est parce que cette monographie sur un sujet neuf en Occident est
intelligente et stimulante que j’ai dépassé les bornes habituelles pour une
recension, et que je me suis permis d’apporter quelques compléments et
rectifications de détail Puisse l’auteur ne pas abandonner ce thème, aller sur
place vérifier la phonologie et participer à cette tâche urgente- recueillir et
publier le patrimoine de cette langue jadis écrite, devenue orale, et qui est
menacée Quelques pages seulement ont été publiées depuis cinquante ans c’est
trop peu pour sauver une tradition Souhaitons que le livre de W S. contribue à
susciter des vocations pour réaliser cette œuvre
Dom Bernard Outtifr
Abbaye de Solesmes
COMPTES-RENDUS
383
M van Esbrofck, Barsahée de Jérusalem sur le Christ et les églises,
Patrologia orientalis, t 41. fasc 2, n° 187, 1982, 111 p (152-255)
Comme il l’écrit avec humour «le nom de cet évêque de Jérusalem
n’évoque, pas grand chose à qui s’est occupé de patristique» En fait,
M v E nous avait donné les seuls renseignements dont on disposait ac-
tuellement — à part les mentions ne signalant que l’existence de la pièce —
dans sa précieuse thèse- «Les plus anciens homéliaires géorgiens Étude
descriptive et historique» (Louvain-la-neuve 1975, passim) C’est heureux
qu’il nous présente maintenant l’édition et la traduction intégrales de cette
pièce mystérieuse, qui présente ses plus grandes affinités avec les écrivains du
IIe (Justin, Irénée) et surtout du IIIe siècle (Hippolyte). M v E croit per-
sonnellement que pour l’essentiel le texte grec (qui a été traduit directement
en géorgien, sans intermédiaire arménien) remonte à cette haute époque, il
refuse néanmoins de repousser absolument l’hypothèse d’une composition
des V-VIe siècles La mariologie de cette pièce ne nous semble pas postérieure
au IVe siècle Le texte est attaché à Jérusalem comme à son lieu de naissance
Dans une remarquable introduction — qu’il était sans doute le seul à
pouvoir écrire — M v E. noue d’abord les témoignages (grecs et arméniens)
relatifs à Barsabée. on y trouvera la traduction de la lettre de Juste IV de
Jérusalem et de celle de Grégoire Arzrouni sur la fête de la Présentation,
une deuxième partie donne le plan, très structuré, de la pièce (alors que les
articulations sont élémentaires’ «venons-en maintenant» 8 fois, «voyons
encore» 7 fois) Les parallèles patristiques sont très documentés La théologie
est rassemblée sous les principaux chefs, typologie, l’Église, les sacrements,
christologie.
S’il faut regretter que cette pièce très intéressante ne nous soit plus connue
que par un seul manuscrit (du Xe siècle), copié sur un modèle lacuneux,
il faut davantage se réjouir de ce qu’ainsi elle ait échappé à la totale
disparition. Grâce au travail très important de M v.E., une fois encore,
— et ici, dans les meilleures conditions possibles — un texte originaire de
Jérusalem, perdu dans l’original grec et conservé uniquement en géorgien,
nous est rendu accessible
Abbaye de Solesmes
Dom Bernard Outtier
BÛCHER AUS GEORGIEN SPRACHWISSENSCHAFT
[Sanije, Akaki] Schanidze, Akaki Altgeorgisches Elenientarbiich 1 Teil
Grammatik der altgeorgischen Sprache Aus dem Georgischen von Heinz
Fahnrich/Elementaruli cigni 3vel' Kartuli enis sescavlad I-li naçili 3vel>
Kartuli enis gramatika Kartulisagan targmna Haine Penrixma [Gramma-
tika drevnegruzinskogo jazyka Perevel s gruzinskogo Ch Fenrich (Staats-
universitât Tbilissi Schriften des Lehrstuhls für altgeorgische Sprache
24/DzvKEKSr 24) Tbilisi TU gam-ba, 1982, 197 p
Es handelt sich um eine Übersetzung des vor sechs Jahren erschienenen
Handbuchs (^veli Kartuli enis gramatika (= 3veli Kartuli enis katedris srome-
bi 18). Tbilisi TU gam-ba) Dieses Buch inhaltlich zu besprechen, würde auf
eine Auseinandersetzung mit weiten Teilen der vom Verfasser seit Jahrzehnten
entwickelten grammatischen Théorie des Georgischen hinauslaufen Die Ken-
nerschaft und Autoritât Akaki Schanidzes braucht nicht hervorgehoben zu
werden — sie ist bekanntlich unvergleichlich Die Besonderheit des vorliegen-
den Bûches liegt darin, daB es gleichzeitig sehr knapp gehalten ist (nur die
Darstellung von R. Zwolaneck, cf B K 36 (1978) 372-374, ist kürzer) und sich
durch vollkommene Klarheit und Übersichtlichkeit auszeichnet, andererseits
aber eine verblüffende Vollstandigkeit im Detail und Anschaulichkeit durch
zahlreiche Beispiele aufweist Dem Übersetzer, der seit Jahren nicht nur als
Kaukasist hervorgetreten ist, sondern sich auch durch zahlreiche Übersetzun-
gen groBe Verdienste um die georgische Kultur erworben hat, gebührt Dank ob
der sachkundigen, gewaltigen Arbeit, die er geleistet hat. Besonders bemer-
kenswert ist auch die Tatsache, daB dies Buch unter so schwierigen Bedingun-
gen so schôn und vor allem fast druckfehlerfrei gedruckt worden ist, die
Korrektoren und Drucker sind zu bewundern. Wenn hier noch einige kritische
Anmerkungen zur Terminologie folgen, so geschieht dies in der Hoffnung, daB
recht bald eine Neuauflage die Gelegenheit zu einigen Korrekturen geben
môge.
Im folgenden schreibe ich die beanstandeten Formen in Klammern hinter den
Korrekturvorschlag, Z = Zeile, A = Absatz 8 Es wâre besser, dem q den Namen
«Koppa» hinzuzufugen, auch müssen Uneingeweihte denken, q sei die griechische
Buchstabenform —§ 19etpassim entweder sollte es immer «unsilbisch» oder immer
«nichtsilbisch» heiBen — §20 kumsva 'Vokalreduktion' oder ‘Synkope’ («Zusammen-
schrumpfen» ist gar kein grammatischer Terminus). «Koniraktion», <<kontrahieren».
das hier und §§ 30. 150 et passim gebraucht wird. ist etwas anderes, umgekehrt kann in
§ 29d sercqma mit ‘Kontraktion’ f Verschmelzung’) übersetzt werden — § 39 et passim
mimariulebili wird meist passend mil dem verbreiteten ’Direktionaf ("Richtungskasus )
ubersetzi, ‘Aditiv’ finde ich nicht besser — § 39 unisno hier ‘endungslos’ ('unbezeich-
net") — § 86 sercqmu/i saxelebi sinngemâfi handelt es sich um Dvandva-Komposita.
’zusammengeschlossene Nomina’ ist mir als grammatischer Terminus unbekannt —
§ 90 et passim Mir ist unverstandlich, warum "Transitivitat’ überall durch 'Transitât
ersetzt wurde — § 129 Es ware wohl gunstig gewesen, statt 'Thema' gleich uberall
COMPTES-RENDUS
385
‘Stamm’ einzufuhren, zumal sich diese Gleichsetzung in § 150 findet und das Themazei-
chen (nicht ‘Themenzeichen’, cf ‘Themavokal’) tatsâchlich dem Stammbildungsele-
ment (ggf dem ‘Themavokal’) der Indogermanisten entspricht — §130 imisno
‘zeichenloses’ oder ’affixloses’ (‘merkmalloses’) — §238 mimaitehili niiniarteba ‘Rela-
tivpartikeln", ‘Relation/Beziehung’ (‘Hinwendungspartikeln’, ‘Hinwendung’)
In vielen Fallen ware ein internationaler Terminus dem deutschen vorzuziehen (auch
im Hinblick auf nicht-deutsche Benutzer) § 36, § 56 et passim ’determiniert’ (‘be-
stimmt’), § 56 ‘Determinans’, ‘Determinandum’ (so auch § 267 et passim) (‘Bestim-
mung’, ‘Bestimmtes’), — §37 ‘Genus’ (‘Geschlecht’) und ‘Maskulinum, Femininum,
Neutrum’ (‘mannlich, weiblich, sachlich’) — §49 ‘Appellativa (Nomina communia)’
(‘allgemeine Nomina’) — § 52 ‘Apposition’ (‘Zusatz’) — § 56 ‘Kongruenz' (‘Uber-
einstimmung’) (aber §261 et passim ‘Kongruenz’) — §70 ‘Possessivnomina’ (‘Nomina
des Habens’). — §79 ‘Kollektivbezeichnungen’ (‘Sammelnamen’) — §112 ‘perfektiv’
(so in § 126) (‘vollendet’) — § 228, 3 A ’Kasus' (‘Falle, aber ‘Kasus’ eine Zeile
darüber) — § 235 ‘disjunktive Konjunktionen’ (‘trennende’) — § 235 ‘adversative
Konjunktionen’ (‘entgegenstellende’) — § 268 ’Numerus’ (so auch in der Überschrift)
(‘Zabi’) —Esgibteinige Versehen in der Übersetzung, die aber kaum sinnentstellend sind
Erwahnenswert sind am ehesten §163,2 A , letzte Z ‘schwacher Laut’(‘labiler Laut’)
— § 163, letzter A. ‘voi Vokalen Null’(‘Nullstelle’) § 179, 2 A ‘durch Austausch
von Subjektszeichen gegen entsprechende Zeichen des indirekten Objekts’ usw (‘durch
den Wechsel von den Zeichen der Subjektspersonen auf die Zeichen der indirekten
Objektspersonen’ usw ) — §226, letzter A ‘derjenige, der trunken ist’ ist unverstand-
lich, wenn man nicht weiB, daB das Subjekt von ‘trunken’ im Georgischen im Dativ steht
(visac sirays) — §280 ‘der wegen Aufruhrs und Mordes ins Gefàngnis geworfen
worden war‘ (‘der um Aufruhrs und Mordes willen ins Gefàngnis geworfen war’) —
§ 283 ‘warest du hier gewesen, ware mein Bruder nicht gestorben' (‘wurde mein Bruder
nicht sterben’) — § 68, 2 A ‘Euer Wort/eure Rede «Ja» sei «Ja», und «Nein»
«Nein»’ (‘Eure Rede sei Ja ja und Nein nein’ — diese Übersetzung zerstôrt die
grammatische Pointe an dieser Stelle ’)
Das Buch wird das Studium des Altgeorgischen sehr erleichtern Erfreuli-
cherweise arbeitet der Verfasser auch an einer Chrestomathie mit Glossar
Damenia, Meri Kartuli zmnuri morpemebis slrukturuli modelebi / Strukturnye
modeli glagol’nych morfem v gruzinskom [R 263-271] (SMA, Aghml).
Tbilisi: Mecniereba, 1982, 272 p
Diese strukturelle Beschreibung des georgischen Verbs beruht auf der Ana-
lyse eines Korpus von 300.000 Formen ’ Die Verfasserin gehôrte um 1960 zu den
Pionieren der maschinellen Übersetzung in Géorgien, mehrere ihrer Aufsàtze
sind 1960-61 in den beiden ersten Banden der Zeitschrift: SMA, Elektronikis,
avtomatikisa da telemekanikis instituti: Sromebi / ANGSSR, Institut elektro-
niki, avtomatiki i telemechaniki : Trudy (heute : Mankanuri targmani / Masin-
nyj perevod) erschienen. Das unmittelbare Ergebnis dieser gewaltigen Arbeit ist
der zweite Teil der vorliegenden Bûches- ein vollstàndiges Lexikon aller
georgischen Prâfix- und Suffixkombinationen mit deren grammatischer Be-
stimmung und Beispielen, die manche Überraschungen bereithalten, sowohl
was die Prâfixe (Formen wie z.B. ukusemo(-gvibrunda) oder garsemof-
mixvia)) betrifft, als auch die Komplexitat der Suffigierung (Formen wie (ga-
g-a-kan-eb-av-eb-)in-eb-d-e-t fallen einem nicht sofort ein, wenn man über
georgische Verbformenspricht...). — Im ersten Teil untersucht die Verfasserin
das georgische Verb von einer Art «item-and-arrangement»-Ansatz aus
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COMPTES-RENDUS
insbesondere beschreibt sie die «ranks» (L Bloomfield) der morphologischen
Struktur, d h Positionen, mit deren Hilfe man «coocurrence restrictions»
beschreiben kann, und zwar unmittelbar nach dem Vorbild von H. A Gleason;
dabei wird unterschieden zwischen der Position eines Morphems in einer
gegebenen Wortform (poziciuri adgili) und der Position, die aile Allomorphe
eines Morphèmes bezüglich der Position aller anderen Morphème aller Verb-
formen einnehmen (rangi, rigiti adgili)
Einen breiten Raum nimmt naheliegenderweise die komplexe Beziehung
zwischen Form und Bedeutung ein Das Georgische gilt als «agglutinierende
Sprache», aus den Abweichungen von den dafür typischen Form-Inhalts-
Beziehungen ergeben sich nun allerlei Problème diskontinuierliche Morphe
oder bei der «Rang» zuweisung das doppelte Auftreten eines Morphs (wie in
aket-eb-in-eb-s und ca-v-sul-v-ar), vor allem aber UnregelmâBigkeiten verschie-
dener Art bei den sog Charaktervokalen Diese treten nicht immer mit der
Bedeutung und unter den syntaktischen Bedingungen auf, die im Normalfall zu
erwarten sind (transititive Verben mit passivem e-, Verben ohne indirektes
Objekt mit u- usw ) Die verschiedenen Faite werden mit viel Beispielmaterial
belegt, manches verdient als rein deskriptives Detail Interesse, z.B die Beob-
achtung, daB zu den e-Passiv oft mehrere «dreipersonige» Aktivformen mit
gleicher Bedeutung, aber verschiedenem Charaktervokal gehôren (p 91-92)
egli^eba vs hgle^sjugle^sl agle^s is mas tansacmels, miesivnen vs
miusiesfmiasies inecxvareebma ^aylebi mgels, ekacreba vs hkacravsjakacravsl
ukacravs kata bavsvs saxes etc — Besonderen Wert legt die Verfasserin
auf die Feststellung, daB in der gleichen morphologischen Position nicht
beliebige Morphème erscheinen kônnen, sondern nur solche, die einer
Kategorie angehôren und in diesem Sinne in einer Identitàtsbeziehung (z.B das
i- der subjektiven und das i-/u- der objektiven Version) oder «relativen»
Identitàtsbeziehungzueinander stehen. Z.B steht das /-der subjektiven Version
nach Auffassung der Verfasserin insofern innerhalb der Kategorie Genus verbi
als Aktiv in Opposition zum Passiv, als das i- der subjektiven Version zwar kein
Aktivmorphem ist, aber — da es nur im Aktiv vorkommt — dieses Genus verbi
«beinhaltet» (itavsebs), ebenso ist e- kein Zeichen der objektiven Version,
sondern ein Passiv-Morphem, aber da es notwenigerweise die objektive
Version beinhaltet (von UnregelmâBigkeiten abgesehen), ist e- ein «potentiel-
les» Zeichen der objektiven Version, ohne daB es als Versionszeichen gelten
kann und ohne daB die objektive Version im Passiv etwa das Allomorph e-
hâtte — es gibt ja auch Passive mit i-ju- — Wàhrend manche dieser Problème
sich sicher durch den Beschreibungsansatz selbst ergeben, gehôrt die hier
aufgeworfene Frage, inwieweit die Paradigmen in einer morphologischen
Position semantisch begrundete Klassen bilden, wahrscheinlich zu den interes-
santesten Problemen der Morphologie, die in diesem Buch angesprochen
werden
Flonti, Aleksandre [Glonti, Aleksandr] Pilologis canacetebi / Zapiski filologa
Tbilisi Sabcota Sakartvelo, 1980, 410 p.
Der Band vereinigt 48 «kleine Schriften» des Verfassers aus den letzten 45
Jahren. Der Titel ist treffend gewàhlt, denn es handelt sich um Philologie im
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weitesten Sinne, in der die Beschâftigung mit Texten in einer Sprache und
Beschaftigung mit deren System nicht getrennt sind und auch Lexikologie.
Toponymie, Grammatik, Dialektologie usw umfassen kônnen, einschlieBlich
der Réflexion der Geschichte der eigenen Disziplin Nach des Verfassers
eigener Einschatzung liegt der Schwerpunkt des Bûches im Bereich der Lexik
und Lexikologie Die Sammlung ist deshalb hochwillkommen, weil vieles
vorher nur an sehr entlegenem Ort erschienen ist und erst jetzt richtig
zugânglich wird, schade nur. daB dem Leser bei diesem Teil auBer dem
Entstehungsjahr aile bibliographischen Angaben vorenthalten bleiben Des-
halb ist auch nicht ersichtlich, welche Arbeiten hier dankenswerterweise zum
ersten Mal verôffentlicht werden
Der gleiche Verfasser hat in den letzten zehn Jahren vier kleine Monogra-
phien über georgische Ortsnamen herausgebracht, die hier zusammen aufge-
führt seien, da sie auBerhalb Géorgiens bisher wahrscheinlich fast unbekannt
sind.
Tlonti, Aleksandre Toponimikuri ^iehani I Damxmare
xelsyvanelo umavlcs sascavlebelta pilologiis pakultetis studentebisatvis /
Toponimiceskie razyskanija I Ucebnoe posobie dlja studentov filologi-
ceskich fakul’tetov vyssich ucebnych zavedenij (Sakartvelos SSR Umaylesi
da sasualo specialuri ganatlebis saministros Samecniero-metoduri kabineti/
Naucno-metodiceskij kabinet Ministerstva vyssego i srednego special’nogo
obrazovanija Gruzinskoj SSR) Tbilisi. TU gam-ba, 1971, 107 p , Mcxetis
toponomia II Toponimikuri siebani / Toponimiceskie razyskanija II Topo-
nimika Mcchety. Tbilisi Sabcota Sakartvelo, 1975, 78 p , Toponimikuri
Siebani III Lagoetis toponomia / Toponimiceskie razyskanija III. Topo-
nimija Lagoeti (Sakartvelos SSR [ cf 1971]) Tbilisi. TU gam-ba, 1981,
75 p., Kiziqis toponimia Toponimikuri 3iebani, IV / Toponimija Kiziki
Toponimiceskie razyskanija, IV Tbilisi Sabcota Sakartvelo, 1982, 83 p
Jedes dieser verdienstvollen Bandchen besteht etwa je zur Halfte aus einer
Einleitung und einem Lexikon von Ortsnamen aus dem gesamten Gebiet der
Georgischen SSR (I) bzw. aus dem Rayon Mzcheta westlich von Tbilissi (II),
dem Rayon Lagodech in Kachetien (III) und den Rayonen Sighnaghi (Siynayi)
und citeli Cqaro (in Kachetien) Bei den Namen der Orte sind auch jeweils die
Namen der dort ansàssigen Familien verzeichnet, was also auch eine intéres-
sante Quelle fur die Personennamenforschung darstellt — Die Einleitungen
enthalten oft eine ausführliche Diskussion der Etymologie einzelner Namen
und vor allem der haufigsten Wortbildungsmittel Besonders ausfuhrlich sind
die Bildungen auf -et und Verwandtes behandelt (besonders im II. Heft,
1975 • 15-34), auf die damit verbundenen morphologischen und syntaktischen
Problème der Pluralbildung im Georgischen gedenke ich spâter genauer
einzugehen, hier môchte ich nur hervorheben, daB die Ortsnamenforschung
eine wichtige Nebenquelle der historischen Morphologie des Georgischen ist,
zumal sie wenigstens teilweise eine grôBere zeitliche Tiefe erreicht und Varian-
ten erfaBt, die der altgeorgischen schriftsprachlichen Norm mehr oder weniger
fremd waren
Kutelia, Natela (ed ) Lazuri paramitepe Cigni okodginu do literaturuli
redakcia uxenu Natela Kuteliak Leksikoni numcxves Sergi Jikiak da Natela
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Kuteliak / Lazuri polklori (Kartuli enis Lazur dialektze). Cigni seadgina da
Uteraturuli redakcia gauketa Natela Kuteliam, leksikoni seadgines Sergi
3ikiam da Natela Kuteliam / Lazskij fol’klor Tekst i literaturnaja obrabotka
Nately Samsonovny Kutelija Sostaviteli slovarja Sergej Simonovic Dzikija i
N. S Kutelija [Redaktori Zurab Tandilava] Tbilisi SMA stamba 1982, 103 p
An lasischen Texten mangelt es inzwischen nicht mehr, aber diese Sammlung
ist besonders bemerkenswert Sie enthâlt ein in seiner Art einzigartiges lasisch-
mingrelisch-georgisch-türkisches Wôrterbuch mit schâtzungsweise 800 Eintra-
gen, auf diese Weise sind die Gedichte und Geschichten auch denjenigen Lasen
zugânglich, die diese Sprachform (welcher Dialekt ist es9 der von Sarpi9) nicht
so gut kennen — sofern sie das georgische Alphabet gelernt haben, was sicher
selten ist Tatsachlich richtet sich das Buch, dem Vorwort entsprechend, eher an
Georgier und an Kartwelologen im Ausland, und diese werden den Verfassern
die Mühe sehr danken, die sie sich gemacht haben, zumal ihr Name für
Zuverlàssigkeit bürgf N Kutelia ist durch phonetische Arbeiten zum Mingre-
lisch-Lasischen hervorgetreten, S jikia ist ein bekannter Turkologe und
Kenner des Lasischen. — Übrigens ist das Büchlein schon gedruckt und
illustriert.
Winfried Boeder
Universitât Oldenburg
Dora Panayotova-Piguet Dr ès Lettres
Nous avons le plaisir d’annoncer la soutenance de la thèse «Monuments
bulgares à l’époque des Paléologues», de notre collaboratrice Madame Dora
Panayotova-Piguet, à l’Université de Paris I-Panthéon-Sorbonne, le 2 juillet
1983. Madame Dora Panayotova-Piguet a été admise au grade de «Docteur
d’Etat ès Lettres et Sciences Elumaines» avec la mention . très honorable.
NOTE DE LA REDACTION
Il semble que la mode revienne de considérer les premiers siècles de la
Géorgie chrétienne comme une époque d’obscurantisme II est tout de même
pour le moins surprenant que des monuments comme le Sioni de Bolnissi,
les restes du monastère géorgien de Bethléem et ses inscriptions ainsi que les
chefs d’œuvre d’orfèvrerie ne fassent pas davantage réfléchir les historiens,
qui semblent par ailleurs oublier qu’un monument littéraire de l’importance
du Grand Lectionnaire géorgien de Jérusalem a été traduit du grec — et non
du syriaque ou de l’arménien — au Ve siècle, pour sa majeure partie
Qui se contente de rabâcher le témoignage attribué à Koriwn, comme on le
lit encore dans l’article tout récent Géorgien de la Theologische Real-
enzyklopadie, t. XII, tombe sous le coup du jugement déjà exprimé il y a
plus de vingt ans dans cette revue: «La légende selon laquelle l’alphabet
géorgien aurait été inventé au Ve siècle par Mesrop-Machtotz ne peut trouver
aujourd’hui aucun crédit auprès des savants dignes de ce nom (B.K. 1963,
P 12)»