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                    BIBLIOTHEQUE AUGUSTINIENNE
<EUVRES DE
SAINT AUGUSTIN
3t! SERlE
20/A
PREMIERES REACTIONS
ANTIPELAGIENNES I I
, ,
SALAIRE ET PARDON DES PECHES
DE PECCATORVM MERITIS ET REMISSIONE
Texte critique du CSEL
Traduction de Madeleine MOREAU t et
Christiane INGREMEAU
Introduction, annotation et notes complementaires de
Bruno DELAROCHE
Ouvrage publie avec Ie soutien des Augustins de l'Assomption
(www.assomption.org), du Centre national du livre
et de l'Universite de Paris-Sorbonne (Paris IV)
,
Institut d'Etudes Augustiniennes
PARIS
2013


La publication de cet ouvrage a ete preparee a I'lnstitut d'Etudes Augustiniennes, composante de I'U.M.R. 8584 du Centre National de la Recherche Scientifique. La mise en page a ete realisee par Marjorie BROSSE (C.N.R.S.). 
BIBLIOTHEQUE AUGUSTINIENNE <EUVRES DE SAINT AUGUSTIN Fondateurs: Fulbert CAYRE t, Georges FOLLIET t Ancien Directeur: Goulven MADEC t Directeurs: Martine DULAEY et Jean-Marie SALAMITO Comite scientifique Emmanuel BERMON, Isabelle BOCHET, Pierre-Marie HOMBERT, Vincent ZARINI Tous droits reserves pour tous pays. Aux termes du Code de la Propriete Intellectuelle, toute reproduction ou representation, integrale ou partielle, faite par quelque procede que ce soit (photocopie, photograph ie, microfilm, bande magnetique, disque optique ou autre) sans Ie consentement de l'auteur ou de ses ayants droits ou ayants cause est illicite et constitue une contrefaon sanction nee par les articles L 335-2 a L 335-10 du Code de la Propriete Intellectuelle. ISBN: 978-2-85121-244-3 ISSN: 0996-4657 @ Institut d'Etudes Augustiniennes 2013 
INTRODUCTION 
I. - CIRCONSTANCES DE COMPOSITION 1. La reponse a l'appel d'un ami Comme tant d'autres ecrits d'Augustin, Ie De pecca- torum meritis et remissione l est ne d'un appel exterieur. L'introduction de l'ouvrage et la notice que lui cons a- crent les Revisions sont, a cet egard, tres claires : «Je n'ai pas voulu etre plus longtemps en dette envers ton zele, tres cher Marcellinus (...) pour resoudre, autant que j 'en aurai la force, les questions que tu m'as adressees par ecrit 2 »; «les circonstances m'obligerent a ecrire contre une nouvelle heresie : la pelagienne (. . .). On m'envoya de Carthage leurs questions en me demandat de les refuter par ecrit. Je composai d'abord trois livres intitules Du salaire et du pardon des peches 3 .» Flavius Marcellinus avait ete envoye en Afrique par l'empereur Honorius, fin 410, pour y organiser une confrontation generale entre les episcopats catholique et donatiste, arbitrer les debats et, par un jugement imperial, clore un conftit qui dechirait I'Eglise locale depuis plus d'un siecle 4 . La confrontation s'ouvrit Ie 1 er juin 411. Le 8 au soir, Marcellinus trancha en faveur de la communaute catholique, ordonnant aux donatistes de reintegrer l'unite de I'Eglise universelle. Marcellinus etait un chretien fervent et intelligent, aussi Augustin et lui devinrent-ils vite amis, comme en temoigne ce qui nous reste de leur correspondance. Vers septembre, l'eveque supplie Ie tribun de ne pas appliquer la peine 1. Quand des citations de l'ouvrage seront faites, Ie titre de celui-ci sera ramene a l'abreviation suivante: Pecc. mer. 2. Pecc. mer. I, 1, 1. 3. Revisions II, 60, BA 12, p. 508-509. 4. Sur Marcellinus, voir A. MANDOUZE en collaboration avec A.-M. LA BONNARDIERE, Prosopographie chretienne du Bas-Empire 1: Prosopographie de l'Afrique chretienne (303-533), Paris, 1982, p. 671-688. 7 
DE PECCATORVM MERIT IS ET REMISSIONE de mort prononcee contre des donatistes meurtriers 5 . De son cote, Marcellinus interroge Augustin sur des questions qui Ie tracassent sans doute et comme chretien et comme haut fonctionnaire, car ce sont des objections que des patens de Carthage font a la religion chretienne. Ainsi, l'observance des preceptes evangeliques de dou- ceur par les derniers empereurs n'est-elle pas la cause des presents malheurs de l'Empire, comme la prise de Rome puis son pillage par les Wisigoths d'Alaric du 24 au 26 aoOt 410 6 ? Augustin envoie une breve reponse 7 , prelude a un bien plus vaste chantier, qui sera la confection des dix premiers livres de la Cite de Dieu entamee en 413. Mais les sollicitations continuent. Plusieurs courriers ont dO etre ensuite envoyes par Marcellinus, ce qu'evoquent precisement les premieres lignes de notre ouvrage. 2. Theses diffusees par un proche de Pelage, Caelestius Cette fois, les objections que son ami soumet a l'eveque d'Hippone n'emanent pas du cercle de patens carthaginois. II s'agit d'opinions sur la doctrine que des catholiques expo sent a d'autres catholiques. Augustin repond avec cet espoir: «Arriver a faire quelque chose d'ou il ressorte que - sinon suffisamment, du moins avec soumission - j 'aurai servi tes bonnes dispositions ainsi que celles des personnes que Ie sujet preoccupe 8 .» Le sujet parait en effet avoir trouble des chretiens cultives d'Afrique car la derniere partie de l'ouvrage, appelee depuis livre III, contient ce constat: «Voici que la situa- 5. Cf. Ep. 133. 6. Cf. Ep. 136. Sur Ie courrier echange entre les deux hommes, voir l'etude de de M. MOREAU, Le dossier Marcellinus dans la corres- pondance de saint Augustin (Collection des Etudes augustiniennes, Serie Antiquite 57), Paris, 1973. 7. Ep. 137. 8. Pecc. mer. I, 1, 1. 8 
INTRODUCTION tion est desormais a ce point tendue que des freres en viennent a nous consulter 9 . » Le De peccatorum meritis et remissione reprend, pour les etudier, trois affirmations que Marcellinus signale apres en avoir reu lui-meme connaissance. Ainsi, il y a des gens «qui disent qu'Adam a ete cree tel que, meme sans avoir peche, il serait mort, non en punition d 'une faute mais par une necessite de sa nature». Les memes «en outre refusent de croire que leur bapteme absout chez les tout-petits Ie peche originel: ils soutiennent sa totale inexistence chez les nouveau-nes». Par ailleurs, la question est posee de savoir «si l'on peut imaginer ou bien s'il existe, a existe ou existera un etre humain sans peche en cette vie» a l'exception du Christ IO ., Ces trois opinions paraissent avoir ete inconnues de l'Afrique chretienne jusqu'a l'epoque qui nous occupe. D'une part, aucune trace ecrite ne nous en est parvenue qui remonte en amont du debut du v e siecle. D'autre part, on constate que, des leur premiere diffusion, elles heur- tent et troublent profondement les elites catholiques de cette province romaine on I , Eglise etait depuis longtemps bien implantee. Plusieurs fois Ie De peccatorum meritis et remissione les denonce comme des «innovations» {nouitates}, c'est-a-dire des affirmations etrangeres a la foi reue et transmise depuis ses origines II. Augustin se souvient d'avoir ete lui-meme abasourdi d'entendre, «il y a peu », des gens se dire entre eux que les bebes ne sont pas baptises pour recevoir un pardon 12 . La notice retrospective qu'en 427 les Revisions consacrent a l'ouvrage designe a la fois les «fauteurs de trouble» et Ie caractere tres recent de leur apparition au 9. Pecc. mer. III, 6, 12. 10. Voir successivement: Pecc. mer. I, 2, 2; I, 9, 9; I, 39, 70. 11. Augustin ajoute qu'elles n'ont meme jamais ete proferees par des heretiques ou des schismatiques (cf. Pecc. mer. III, 6, 12). 12. Cf. Pecc. mer. III, 6, 12. 9 
DE PECCATORVM MERITIS ET REMISSIONE moment on Augustin commenait de composer: «Je me trouvai aussi, par necessite, contraint a ecrire contre une heresie nouvelle, l'heresie pelagienne I3 .» En Afrique, la premiere trace d'une propagande ouverte de ceux qu'on appellera ensuite «les pelagiens» remonte aux annees 410-411. Le seul nom emergeant a l'epoque fut celui d'« un certain Caelestius I4 ». Fuyant les Wisigoths, cet italien avait debarque en Afrique avec de grandes families romaines et en probable compagnie du moine Pelage dont il eta it disciple. Son enseignement perturba les esprits au point que, ayant postule au sacerdoce, il vit sa candidature contestee. II comparut a Carthage en 411, devant Aurelius et d'autres eveques, a propos de six theses qu'on lui reprochait de repandre, declara qu'il y avait la matiere a libre discussion et non pas heresie I5 et, ayant refuse de les rejeter, fut econduit. Non amende, il rembarqua I6 sans doute pour I'Orient, on Pelage l'avait precede. Precisement quatre des six theses en question recou- pent les trois que Marcellinus a rapportees a Augustin, a savoir: 1)« Adam a ete cree mortel; qu'il eOt ou non peche, il serait aile a la mort»; 2) «les tout-petits a leur naissance sont dans la condition qui fut celie d'Adam avant sa desobeissance»; 3) «dire que par la mort et la 13. Retr. 11,60, BA 12, p. 508-509. 14. Cf. De gest. Pel. 35, 62, BA 21, p. 566: «Ista haeresis cum plu- rimos decepisset et fratres quos non deceperat conturbaret, Caelestius quidam talia sentiens ad iudicium Carthaginensis ecclesiae perductus episcoporum sententia condemnatus est. » 15. «Caelestius dixit: "lam de traduce peccati dixi quia intra catholicam constitutos plures audiui destruere necnon et alios astruere: licet quaestionis res sit ita, non haeresis"» (AuG., De gratia Christi et de pecc. or. 11,4,3, BA 22, p. 164). Citations conservees des Actes de cette confrontation: De gratia Christi et de pecc. or. II, 2, 2 - II, 4,3 (BA 22, p. 160-164) et II, 11, 12 (BA 22, p. 176-178); MARIUS MERCATOR, Commonitorium de nomine CaelestU II, ACO I, V, 1 et Liber subnotationum, pref. 5, PL 48, col. 114-115. 16. Cf. Ep. 157, 22: «Magis conuictus et ab Ecc1esia detestatus quam correctus et pacatus abscessit. » 10 
INTRODUCTION desobeissance d'Adam Ie genre humain tout entier meurt, cela est faux tout comme il est faux que par la resurrec- tion du Christ Ie genre humain tout entier ressuscite» ; 4) «meme avant la venue du Seigneur, il y a eu des hom- mes impeccables, c'est-a-dire sans peche». Une autre cOIncide avec une opinion qu'Augustin dit avoir apprise par d'autres que Marcellinus 17 : «Le peche d'Adam n'a nui qu'a sa personne et non au genre humain I8 .» De fait, l'eveque rapporte 19 avoir lu un libellus breuissimus, qui est presque sOrement la brochure que Caelestius produisit pour sa defense, mais aussi un ouvrage plus volumineux (liber), peut-etre aussi de la main de Caelestius, en tout cas apparente au Liber de fide d'un pretre Rufin, dont Caelestius revendiqua, devant les eveques, Ie patronage theologique 2o . / II. - DATATION 1. Contestation recente de la datation admise C'est une «periode tres riche de la vie d'Augustin 2I » que celie ou il redige Ie De peccatorum meritis et remissione, et une periode ou il a beaucoup ecrit. La 17. Cf. Pecc. mer. I, 9, 9: «Ce peche est passe chez les autres hommes, non par voie de propagation, mais par imitation. » 18. Sources de ces theses: MARIUS MERCATOR, Commonitorium II, ACO I, V, 1, p. 66 et Liber subnotationum, pref., PL 48, col. 114-115); AUG., De gest. Pel. 11, 23, BA 21, p. 484 et De pecc. or. 3-4, BA 21, p. 160-164. Paulin de Milan resumait ainsi une sixieme these repro- chee: «La loi conduit au royaume des cieux de la meme faon que I'Evangile. » 19. Voir Pecc. mer. I, 34, 64. 20. Sur lui, voir G. BONNER, «Rufinus of Syria and African Pelagianism», Augustinian Studies, 1, 1970, p. 31-47; E. TESELLE, « Rufinus the Syrian, Calestius, Pelagius. Explorations in the prehistory of the Pelagian Controversy», Augustinian Studies, 3, 1972, p. 61-95; F. NUVOLONE, «"Pelage" et "pelagianisme"», dans Dictionnaire de spiritualite, XII/2, 1986, col. 2890-2891. 21. P.-M. HOMBERT, Nouvelles recherches de chronologie augus- tinienne (Collection des Etudes augustiniennes, Serie Antiquite 163), Paris, 2000, p. 182. 11 
DE PECCATORVM MERITIS ET REMISSIONE critique interne et comparee des documents de l'epoque 22 et les travaux de la plupart des chercheurs sur I 'activite d'Augustin dans les annees 410-412 portent a confirmer la datation communement admise, etalee entre la fin de l'annee 411 et Ie debut de l'annee 412 23 . Mais cette datation a ete recemment contestee par W. Dunph y 24. II lui reproche d'obliger a supposer l'invraisemblable: que, avant son retour a Hippone en septembre-octobre 411, Augustin n'avait pas la moindre idee de la propagande menee par Caelestius et d'autres disciples de Pelage, mais qu'une fois alerte par Marcellinus, il ait interrompu toute activite pour «torcher 25 » une reponse pourtant volumi- neuse et temoignant d'une remarquable connaissance et comprehension de ce qui etait en jeu 26 . En realite, selon ce chercheur, la diffusion de theses pelagiennes commen- cerait des Ie debut de 411 et serait aussi Ie fait de Pelage. 22. Essentiellement: Pecc. mer. (I, 1 , 1 ; I, 9, 9; I, 34, 63-64; III, 1, 1 ; III, 6, 12 et III, 13,23); Ep. 133 (fin 411), 138, 139 et 143 (respec- tivement fin 411, avant fin fevrier 412, debut du printemps 412); De spiro et litt. 1, 1 (printemps et ete 412); Ep. 157, 3, 22 au syracusain Hilaire (fin 414); De nat. et gr. 14, 15 (entre fin 414 et courant 415); De gest. Pel. 11,25 (fin 416 ou tout debut de 417); enfin Revisions, II, 60 et II, 64 (en 427). 23. Voir surtout F. REFOULE, «Datation du premier concile de Carthage contre les pelagiens et du Libellus fidei de Rufin », Revue des Etudes augustiniennes, 9, 1963, p. 41-49; O. WERMELINGER, Rom und Pelagius. Die theologische Position der romischen Bischofe im Pelagianischen Streit in den Jahren 411-432, Stuttgart, 1975, p. 4-28; M. MOREAU, Le dossier Marcellinus...; P.-M. HOMBERT, Nouvelles recherches. .., p. 182-184; bilan de la recherche et refutation d'autres hypotheses: B. DELAROCHE «La datation du De peccatorum meritis et remissione», Revue des Etudes augustiniennes, 41, 1995, p. 37-57, mais ici corrige quant a la datation de 1'« affaire» Caelestius. 24. W. DUNPHY, «A Lost Year: Pelagianism in Carthage, 411 A.D. », Augustinianum, 45, 2, 2005, p. 389-467. 25. W. DUNPHY, «A Lost Year... », p. 403, n. 48. 26. L'idee qu'Augustin ignorait ce qui etait «dans l'air» avant son depart de Carthage (selon P. BROWN, La vie de saint Augustin, nouvelle ed., Paris, 2001, p. 453) «force les limites de la credulite» (W. DUNPHY, «A Lost Year...», p. 401), d'autant que Brown admet cette remarquable connaissance du sujet demontree par Augustin dans sa reponse. 12 
INTRODUCTION Caelestius aurait postule au sacerdoce au printemps, peut-etre des fevrier. Son proces aura it eu lieu ou du moins debute alors que Pelage etait encore a Carthage, soit au debut de juin. Marcellinus aurait sollicite l'avis d'Augustin avant ou apres Ie proces, a titre personnel, mais jiussi pour remplir sa mission de restaurer l'unite de I'Eglise africaine. Entre debut avril et Ie 17 mai, Augustin serait arrive a Carthage, y aurait lu les Actes du proces et decide avec Aurelius, primat d'Afrique, de combattre les erreurs par des sermons et des ouvrages plutot que par des proces. En juin et a Carthage, alors que Pelage avait quitte l'Afrique, Augustin aurait com- mence simultanement a ecrire sa reponse a Marcellinus (Ie De peccatorum meritis et remissione) et a precher sur Ie probleme pelagien, ou plus specifiquement cae- lestien. Peu apres avoir acheve les livres I et II, ayant lu les Expositiones de Pelage, il aura it cru devoir ajouter une lettre pour clarifier son attitude envers lui a propos des citations que tous deux auraient faites du (ou des) livre(s) de Caelestius. Fin septembre, ce dernier a sans doute quitte l'Afrique, condamne par les eveques sans s'etre amende, en sorte que, pour Augustin, la question aurait ete dorenavant officiellement bouclee (in tran- sactis atque abolitis 2 1) quand, debut octobre, il rentra a Hippone. En janvier-fevrier 412 seulement, il aurait acheve Ie complement qu'est Ie livre III. II n'y aurait done plus eu d'urgence a ses yeux en cette affaire. Ce reexamen a Ie merite d 'attirer I 'attention sur des points importants: Augustin pouvait-il ne pas avoir connaissance de 1'« affaire» Caelestius quand il entre- prit de repondre a Marcellinus? Combien de temps a dO lui prendre la redaction des deux gros livres I et II? Comment expliquer qu'il dise ne plus se souvenir precisement de la raison du retour de ceux-ci? Quelle position a-t-il voulu prendre envers Pelage? Cependant la methode d'elucidation employee oublie des donnees 27. Pecc. mer. III, 6, 12. 13 
DE PECCATORVM MERITIS ET REMISSIONE essentielles du temoignage d'Augustin et recourt a trop de conjectures ou de suspicions pour emporter la conviction, et elle n'echappe pas a une invraisemblance majeure. 2. Nouveaute des assertions et rapidite de leur diffusion II est en effet une double constante dans la memoire de l'eveque a propos de la controverse suscitee par des gens comme Caelestius et elle provient de reftexions qu'il se fait souvent dans Ie De peccatorum meritis et remis- sione : bien des assertions rapportees par Marcellinus ou apprises directement par l'eveque sont des «nouveau- tes» (nouitates), c'est-a-dire des declarations heurtant la tradition de la foi enseignee 28 ; et Augustin avoue qu'il ne les a pas vues venir et a ete surpris par la rapidite avec laquelle elles ont suscite emoi et debat en Afrique. «D'ou nous est sortie soudain cette affaire? Je l'ignore 29 .» Une cause concomitante de cet effet de surprise aura ete la mobilisation des energies, tout au long du premier semestre 411 et au-dela, pour Ie reglement du schisme donatiste. Augustin Ie premier en temoigne aupres de Marcellinus pour se faire excuser du retard 28. Cf. Pecc. mer. I, 28, 56, a la fin du dossier biblique: «Nihil inuenitur nisi quod uniuersa Ecclesia tenet, quae aduersus omnes pro- Janas nouitates (cf. I Tim. 6,20) uigilare debet»; I, 20, 26: «Conantur paruulis non baptizatis innocentiae merito salutem ac uitam aetemam tribuere (...) noua quadam et mirabili presumptione»; III, 6, 12: «Nescio cuius nouae disputationis audacia quidam nobis facere conantur incertum, quod maiores nostri ad dissoluenda quaedam quae nonnullis uidebatur incerta, tamquam certissimum proferebant (...) qua nouitate permotus»; III, 13, 22: «Ilia disputatio, contra cuius nouitatem antiqua ueritate nitendum est. » 29. Pecc. mer. III, 6, 12: «Vnde nobis hoc negotium repente emerserit nescio (.. .). Quando enim primitus hoc disputari coeperit nescio. » 14 
INTRODUCTION pris a repondre a ses sollicitations d'ordre theologique 3o . L'aveu de surprise fait aussi apparaitre qu'entre Ie debut de sa reponse et ce qu'il y ajoute par une lettre, du temps s'est ecoule, avec une extension rapide du trouble qui avait decide Ie tribun a ecrire a l'eveque. Car ce dernier s'explique aussitot de son ignorance par Ie souvenir per- sonnel d'avoir entendu des gens se dire que Ie bapteme des bebes ne comportait pas de pardon. «Le propos me sortit de l'esprit facilement et entierement 3I . Mais voici qu'a present Ie zele s'enftamme et l'on defend cette idee.» Cela ne relevait donc que de l'anecdote et avait visiblement eu lieu avant I '«affaire» Caelestius 32 . 3. Paulin de Milan, Caelestius La prise en compte de l'integralite du temoignage d'Augustin, ci-dessus rapporte, permet de comprendre que Ie theologien n'ait pas ete aux avant-postes d'une reaction de l'autorite ecclesiale a de tels propos, du fait qu'ils emanaient de gens sans importance exrimant une opinion proprement inoule en terre africaine 33 . 30. Cf. Pecc. mer. I, 1, 1: «Quoique environne du lourd tourment des soucis et ennuis qui nous paralysent du fait de pecheurs abandon- nant la loi de Dieu, encore que nous les mettions aussi au compte de nos propres peches, je n'ai pas voulu, tres cher Marcellinus, demeurer plus longtemps redevable a ton devouement. » 31. Pecc. mer. III, 6, 12: «Facile hoc in transactis atque abolitis habui. » 32. W. DUNPHY, «A Lost Year... », p. 450-451 et 464, n'est donc pas fonde a dater cette conversation bien apres la condamnation de Caelestius en s 'appuyant (p. 450, n. 73) sur la traduction de R. J. TESKE, The Works oJ Saint Augustine 1/23; Answer to the Pelagians, New York, 1997, p. 128: «Je tins aisement la chose comme pas see et reglee.» Dunphy cite la traduction d'A. TRAPE, NBA XVII/I, p. 221: «Je rangeai sans peine l'evenement parmi les choses pas sees et tom- bees dans l'oubli», mais en relevant a juste titre l'incoherence de sa justification car Trape comprend curieusement la nouitas ressentie par Augustin «comme s'il s'agissait d'une heresie antique et morte» (p. 221, n. 11). 33. Cf. Pecc. mer. III, 6, 12: «qua nouitate permotus». 15 
DE PECCATORVM MERIT IS ET REMISSIONE Tout autre parait avoir ete la position d 'un Paulin de Milan, diacre italien residant a Carthage, frequentant aussi bien l'eveque Aurelius que les cercles intellectuels, qui comptaient, outre les Africains, des refugies au nombre desquels figurait Caelestius. Paulin n'etait pas Ie premier venu en theologie: il avait ete Ie secretaire de l'eveque Ambroise. II n'etait pas non plus un clerc de second rang puisqu'il administrait les biens de I'Eglise de Milan en terre africaine. Nous ignorons jusqu'a quel point il connaissait les idees que developpaient Pelage, Caelestius et d'autres chretiens avant leur arrivee en Afrique. C'est la candidature spontanee de Caelestius au sacerdoce qui semble l'avoir decide a intervenir aupres d 'Aurelius. Qui etait donc ce Caelestius pour qu'un important ministre ordonne fit objection a une candidature qui concernait I 'Eglise locale de Carthage? Force est aux historiens de constater qu'il est malaise de repondre a la question, du fait que I 'homme, a peine entre en scene, s'est trouve marginalise par les autorites ecclesiales, mais aussi du fait que l'incertitude reste grande sur ce qui, de sa defense ecrite, peut lui etre attribue avec certitude 34 . Quant au premier point, les portraits de Caelestius sont tous posterieurs aI' echec de sa candidature au sacerdoce et tires par des adversaires. Une constante merite cepen- dant consideration: Caelestius est presente comme ayant reu une solide formation juridique, comme un homme tres doue dans Ie maniement de l'argumentation 35 . Par 34. A juste titre, R. DODARO, « Note on the Carthaginian Debate over Sinlessness, A.D. 411-412 (Augustine, Pecc. Mer. 2.7.8 - 16.25»), Augustinianum, 40,2000, p. 202, renvoie a l'etude menee par G. HONNAY, «Caelestius, Discipulus Pelagii», Augustiniana, 44, 1994, p.271-302, qui conclut (p.302) qu'«en un certain sens, Caelestius demeure un "etranger"». 35. MARIUS MERCATOR, Commonitorium II, ACO I, V, 1, p.66, dit qu'il eta it «eunuque de naissance», mais alors l'acces au sacerdoce lui eOt ete d'emblee interdit. II evoque un homme «d'une faconde incroyable» et JEROME, Aduersus Pelagianos II, 4, CCSL 80, p. 59, 16 
INTRODUCTION ailleurs, comme Pelage, il beneficie de smpathies dans les plus hautes spheres du clerge romain 6. II passe pour un discipulus de Pelage depuis au moins 390, mais Ie terme n'implique pas la passivite d'un repetiteur des leons de son maitre 37 . Ainsi, jeune homme, il aurait ecrit trois lettres d'ex- hortation morale 38 a ses parents, puis un livre Contra traducem peccati inspire par sa rencontre avec Ie theolo- gien Rufin Ie Syrien, puis un libellus presente a Carthage a l!i commission devant laquelle il comparut 39 , et enfin a Ephese, en 415, une liste de raisonnements, diffuses comme des Definitiones4°. Mais seule une faible partie des contenus nous est parvenue. Quel est ce libellus qui parait 'correspondre au libellus breuissimus signale dans Ie De peccatorum meritis et remissione? Procuree par deux adversaires, une copie de son ecrit suivant parvient a Hippone et, cette fois, Augustin Ie cite en signalant qu'il y trouve des «raisonnements» (ratiocinationes) plutot que des defi- nitions, et que l'opuscule a cela precisement en commun Ie compare a Demosthene. Recapitulation des donnees biographiques chez V. GROSSI, «Celestius», dans Dictionnaire encyclopedique du christianisme ancien, t. 1, 1990, p. 443-444; G. DE PLINVAL, Pelage, ses ecrits, sa vie et sa reJorme, Paris, 1943, p. 254-260 et G. BONNER, « Caelestius », dans Augustinus-Lexikon, vol. I, col. 693-698. 36. Cf. AUG., Ep. 191, 1. 37. MARIUS MERCATOR, Commonitorium II, p. 66: «Ante uiginti plus minus annos discipulus et auditor Pelagii». Voir W. DUNPHY, «A Lost Year... », p. 398, n. 22. 38. Cf. GENNADE, De uiris illustribus, 44, PL 58, col. 1083-1084. 39. Cf. l'anonyme Praedestinatus, I (ed. critique dans CCSL 25B par F. Gori, pour qui l'auteur serait Amobe Ie leune). Paulin aurait den once un (ou des) livres de Caelestius. 40. Enfin, deux plaidoyers presentes en 417 au pape Zosime: un libellus appellationis assorti d'un libellus fidei dont ne nous restent que des fragments grace a AUG., De gr. Christi et de pecc. or. I, 30, 32; I, 33, 36 et II, 5, 5 - 7, 8 (cf. BA 22, p. 114, 122-124 et 166-170, et NC 5, p. 690-692). Sur les ecrits de Caelestius, voir F. NUVOLONE, «"Pelage" et "pelagianisme"...», dans Dictionnaire de spiritualite, XII, 2, col. 2891-2895. 17 
DE PECCATORVM MERIT IS ET REMISSIONE avec un autre ecrit qu'il a lu et qui est admis comme un ouvrage de Caelestius 4I . On voit donc se dessiner ici une forme de pensee structuree, persistante et independante de celie d'un Pelage, voire anterieure a elle au moins partiellement 42 . Mais la paternite de sa trace ecrite n'est pas clairement assuree avant 417, Caelestius n'ayant jusque-la pas formellement assumee celle-ci 43 . De ce fait, I 'aveu de P. Brown garde sa pertinence: «II est extremement difficile d'identifier les opinions et les pamphlets qui fournirent a Augustin Ie materiau pour une premiere description coherente des idees qu'il attribuerait plus tard a Pelage 44 .» La comparution de Caelestius ne peut prouver que les opinions verbales ou ecrites examinees dans Ie De peccatorum meritis et remissione emanent de lui seul 45 . Aussi trouvera-t-on en 41. Cf. De pert iust. homo 1, 1, BA 21, p. 126: «Neque istae breues definitiones uel potius ratiocinationes ab illius abhorrent ingenio, quod in oPere alio eius insPexi, cuius eum esse constat auctorem.» Puis Augustin cite 16 syllogismes avec lesquels Caelestius veut prou- ver que l'homme peut vivre sans pecher. 42. Le Praedestinatus, I, 88, designe Caelestius comme auteur, non nomme par Pelage, mais connu de lui comme tel, de la declaration que l'ascete cite dans son commentaire de Rom. 5, 12: «Pelagius (...) tangens Caelestium, qui contra traducem peccati primus scripsit, his uerbis ait: "Hi, inquit, qui contra traducem ueniunt"... », declaration citee par Augustin en Pecc. mer. III, 2, 2. 43. Augustin est a deux reprises temoin de cette incertitude des lecteurs: «Definitionibus quae dicuntur Caelestii esse» (De pert iust. 1, 1, BA 21, p. 126); «legi ego, quo sensu id Caelestius in libro suo posuerit, si tamen eum suum esse non negat» (De gest. Pel. 13, 29, BA 21, p. 496). 44. P. BROWN, La vie de saint Augustin, p.454. R. DODARO, « Note. . . », p. 202, ajoute que «la fascination des chercheurs pour Ie role de Caelestius dans la promotion de la these selon laquelle des humains vecurent des vies sans peche est fondee sur sa condamnation a Carthage en 411 et sur Ie Liber definitiorum, dont l'attribution est incertaine ». 45. Ainsi conclut R. DODARO, «Note...», p. 202: «Plus encore, meme si [Caelestius] enseigna a Carthage une doctrine de l'impec- cabilite qui lui valut d'@tre condamne, il est egalement possible que d'autres que lui soient tenus pour responsables de sa diffusion dans 18 
INTRODUCTION fin de volume et dans deux notes complementaires 46 Ie releve des declarations rapportees, avec les affinites de fond et de forme que certaines presentent avec des ecrits de l'epoque, mentionnes ou non par Augustin. 4. Pelage et Augustin connaissent leurs divergences Qu' en est - il cependant de Pelage a I 'epoque de 1'« af- faire» Caelestius ? Augustin a deja entendu parler de lui. II Ie raconte plus tard, a la suite du premier proces public du moine (decembre 415), dans Ie De gestis Pelagii, redige a la fin de 416 ou au tout debut de 417 47 . Alors que Pelage reside encore a Rome, Augustin ntend parler de lui en tres grand bien: sa personne, son enseignement, tout parait alors lie dans un meme eloge, dont l'echo gagne Hippone 48 . Mais «ensuite» (postea) commence a y circuler «la rumeur qu'il disputerait contre la grace de Dieu». Augustin desire vivement entendre l'interesse, ou Ie lire, pour verifier la grave accusation 49 . Cette deuxieme phase remonte a 404 ou 405 avec l'incident, a Rome, de la colere provoquee chez Pelage par cette priere des Confessions: «Donne ce que tu ordonnes, la cite d'Afrique et des debats qu'elle suscita a l'automne ou a l'hiver 411-412. » 46. Voir la Table des reJerences 1) et les NC 40 et 44. 47. Voir Y.-M. DUVAL dans BA 46/B, Lettres 1-29 (nouvelles lettres), p. 432, et A. KESSLER, «Gestis Pelagii (De -) », dans Augustinus-Lexikon, 3, col. 158-167. 48. Voir De gest. Pel. 22,46, BA 21, p. 532. 49. Voir De gest. Pel. 22, 46, BA 21, p. 532-533: «Je n'en avais pas moins Ie desir d'apprendre pareille chose de sa bouche meme ou par un de ses ecrits en sorte que, pris par moi sur Ie fait, it ne puisse nier.» Voir aussi De gest. Pel. 26, 51. La discussion sur Ie sens de la gratia etait donc deja ancienne avant l'entree en scene de Caelestius. Voir Y.-M. DUVAL, «Le De natura de Pelage. Les premieres etaPes de la controverse sur la nature et la grace», Revue des Etudes augusti- niennes, 36, 1990, p. 257-283, et W. A. LOHR, «Pelagius's Schrift ,De natura': Rekonstruktion und Analyse», Recherches augustiniennes, 31, 1999, p. 235-294 (ici p. 285-292). 19 
DE PECCATORVM MERITIS ET REMISSIONE et ordonne ce que tu veux 50 » que lui citait un ami du pasteur, qui fut ensuite informe de la scene 5I . La chose n'a pu qu'inciter ce dernier a rechercher a leur source meme les positions de Pelage 52 . A-t-il pu Ie faire avant 411 ? Aucune citation expresse du moine n'apparaissant sous sa plume avant l'hiver 411-412, il est improbable qu'il ait deja pu disposer d'ecrits de celui-ci. Si Ie De peccatorum meritis et remissione est Ie plus ancien document connu a signaler la diffusion des theses avancees au meme moment a Carthage par des lalcs catholiques, auparavant deja, et hors d'Afrique, il y avait mefiance et resistance envers I' enseignement de Pelage. II s'agit des discussions orageuses que ce dernier suscita a Rome sur la grace, son opposition aI' exegese de Jerome dont il reprochait la tournure allegorique 53 . Aussi, rien d 'etonnant a ce que ce soient des Italiens qui reagissent les premiers aux theses diffusees par I'Italien Caelestius: Ie diacre Paulin de Milan, qui Ie denonce, puis Marcellinus. Pelage, lui, ne cree pas d'incident lors de son bref sejour africain. Absent d'Hippone lors de son debarquement, Augustin reoit de lui une lettre elogieuse, mais sans offre de rendez-vous, a laquelle il repond par 50. Conf. X, 39,40; X, 31,45 et X, 37,60. 51. L'incident est raconte en Perseu. 20, 53, BA 24, p. 730. Le lecteur fut sans doute I'Africain Evodius d'Uzalis plutot que Paulin de Nole. Voir J.-M. SALAMITO, Les virtuoses et la multitude. Aspects sociaux de la controverse entre Augustin et les pelagiens, Grenoble, 2005, p. 8, qui renvoie a A. SOLIGNAC, «Autour du De natura de Pelage», dans Valeurs dans Ie stoicisme, p. 182, et a Y.-M. DUVAL, «La correspondance entre Augustin et Pelage», Revue des Etudes augustiniennes, 45, 1999, p. 376. 52. G. MARTINETTO, «Les premieres reactions anti-augustinien- nes de Pelage» , Revue des Etudes augustiniennes, 17, 1971, p. 84, avance que ce desir serait ne de la lecture d'une lettre (perdue depuis) adressee par Pelage a Paulin de Nole vers 405/406. Mais il pouvait suffire a Augustin de savoir 1'« allergie» declaree de Pelage a sa conception de la priere et de la grace pour desirer acceder a des textes de la main meme de l'ascete. 53. Voir G. DE PLINVAL dans BA 21, p. 13. 20 
INTRODUCTION un billet soulignant son vif desir d 'une rencontre 54 . Vers la fin mai 411, ill'entr'aperoit une ou deux fois a Carthage, mais sans pouvoir l'aborder, accapare qu'il est par les derniers preparatifs de la conference entre eve- ques donatistes et catholiques. Puis en juin, semble-t-il, et precipitamment, Ie moine embarque pour I'Orient 55 . II faut donc se tourner aussi du cote de Pelage, dont Caelestius etait notoirement proche. Avant 411, avait-il redige quelque chose de la position theologique qu'en Afrique la seule rumeur lui pretait alors? Et l'avait-il fait en reagissant plus particulierement a la theologie de la grace developpee par Augustin? Signale par les contemporains, nous est parvenu un commentaire des epitres de Paul, precisement l'ouvrage dont l'eveque d'Hippone prend connaissance alors qu'il vient d'achever deux livres de reponse a Marcellinus. On situe sa com- position entre 395 et 410 56 . II presente, pour I , Epitre aux Romains, bien des contacts litteraires avec les premiers travaux d'Augustin sur la meme epitre. Un chercheur y a vu la preuve que Pelage avait ici mene une exegese hostile a celie qu'Augustin soutenait duis son De diuersis quaestionibus ad Simplicianum 5 . Sur Ie fond, c'est-a-dire, les rapports entre les deux hommes, il est sOr que Pelage est Ie premier a avoir en quelque sorte 54. II s'agit de I' Ep. 146, citee et commentee six ans plus tard (De gest. Pel. 26, 51 - 29, 53). Pelage avait quitte Hippone «plus tot qu'on ne pensait» (De gest. Pel. 22, 46, BA 21, p. 533). A. MANDOUZE, L'aventure de la raison et de la grace, Paris, 1968, p. 394, se demande si ce n'est pas «la prudence de Pelage» qui empecha leur rencontre. 55. Suite des souvenirs rapportes en De gest. Pel. 22, 46, BA 21, p. 532-534. La reponse a la leure (perdue) de Pelage est I'Ep. 146. Voir Y.-M. DUVAL, «La correspondance... », p. 363-384. 56. Voir F. NUVOLONE, «"Pelage" et "pelagianisme"...», dans Dictionnaire de spiritualite, XII, 2, col. 2895, et P. T. CAMELOT, «Pelage, pelagianisme», Catholicisme, 10, col. 1092. Texte: A. SOUTER, Pelagius's Expositions oJ 13 Epistles oJ St Paul (Text and Studies IX), Cambridge, 1922-1931; H.l. FREDE, Pelagius, der Irische Paulustext. Sedulius Scottus, Freiburg, 1961, p. 48-58. 57. G. MARTINETTO, «Les premieres reactions. . . », p. 84. 21 
DE PECCATORVM MERITIS ET REMISSIONE attaque, comme l'atteste son rejet du «Da quod iubes, et iube quod uis» des Confessions, ce qu'un autre cher- cheur, voici plus d'un siecle, avait d'ailleurs bien etabli 58 . Mais l'enquete menee pour trouver des traces ecrites de cette hostilite avant 411 n' est pas probante quant aux Expositiones 59 . En effet, celles-ci ne s'en prennent jamais expressement a l'eveque, lequel de son cote n'a jamais reagi a leur lecture comme s'il s'y etait senti vise. Rien de ce texte tres bref n'est repere par l'eveque au livre III comme attaquant son exegese de l'Apotre. Mais autre chose est I 'histoire de la redaction et transmission des Expositiones jusqu'en l'etat oil elles nous sont parve- nues. Deja, dans Ie De gestis Pelagii, Augustin signale qu'« il existe certains commentaires de l'epitre de Paul aux Romains qui passent pour etre l'reuvre de Pelage meme60». Pourquoi cette attribution non assumee par ce dernier? Une raison pourrait etre que Ie texte connu d'Augustin en 416 contient au moins une interpretation de I'Apotre (Rom. 9, 16) contraire a celie que, selon les Actes du proces de Lydda (decembre 415), l'eveque Jean de Jerusalem soutint en faveur de la necessite de la grace et a laquelle Pelage declara aussi adherer6 I . L'ascete 58. F. LOOFS, «Augustinus», Realencyclopadie Jur protestantis- che Theologie und Kirche, II [1897], p. 278: «L'augustinisme ne fut pas une reaction contre Ie pelagianisme ; au contraire, ce fut bien plu- tot Ie pelagianisme qui constitua une reaction aux vues d'Augustin. » 59. L'hypothese de Martinetto est critiquee par M.-F. BERROUARD, «L'exegese augustinienne de Rom. 7, 7-25 entre 396 et 418, avec des remarques sur les deux premieres periodes de la crise "pelagienne"», Recherches augustiniennes, 16, 1981, p. 129. 60. De gest. Pel. 16,39, BA 21, p. 520. 61. Cf. De gest. Pel. 14, 37, BA 22, p. 518-520: Jean declara «qu'il y avait des gens qui insinuaient a voix basse et pretendaient que, aux dires de Pelage, "sans la grace de Dieu l'on POuvait realiser l'ideal" dont it avait parle precedemment, a savoir que "l'homme peut etre sans che". "Le blamant en ce point, dit Jean, j'ai avance Ie fait que meme l'apotre Paul (...) avait dit (...): Ceci n'est pas leJait de l'homme 22 
INTRODUCTION lui-meme cherche a s'expliquer. En 415, une citation augustinienne de son De natura informe qu'il ecrit pour apaiser les nombreuses personnes que choue son assurance des capacites humaines a faire Ie bien 2. Une autre, en 418, rapporte qu'il a dO, «douze ans environ» avant sa lettre au pape Innocent (debut 417), s'exrliquer avec deux eveques sur sa conception de la grace 6 . II est donc tres plausible qu'il ait, des 404-405, commence de preciser sa theologie, ainsi dans Ie De natura. L'ouvrage contenant des renvois plus ou moins explicites a des ecrits d'Augustin des annees 387-401, c'est un indice que Pelage, encore a Rome, a pu exprimer par ecrit quelque chose de ce qui Ie rapprochait ou l'eloignait du theolo- gien africain, mais secondairement, Ie public vise etant des chretiens romains qu'il s'agissait a la fois de rassurer et de convaincre 64 . qui veut ou qui court, mais de Dieu qui Jait misericorde (Rm 9, 16)" (...) Or Pelage dit: "Telle est aussi ma conception"». Pourtant, note Augustin lisant Ie commentaire attribue a Pelage, ce verset «"n'emane pas de Paul Personnellement", dit l'auteur, "mais il a pris la voix de quelqu'un qui interroge et repond en disant cela comme ce qu'il ne fallait precisement pas dire"». W. DUNPHY, «A Lost Year... », p. 422, n. 110, rejette l'hypothese (presentee aussi par Y.-M. DUVAL, «La correspondance. . . », p. 377) de modifications ulterieures du texte des Expositiones, en s'en tenant a la publication de SOUTER, donc sans prendre en compte Ie travail critique fourni par L. F. LADARIA, «Paul (st). Chez les Peres de I'Eglise», dans Dictionnaire de spiritualite, XII, 1, 1984, col. 512-522. 62. Cf. De natura et gratia 44, 52, BA 21, p. 340: «II dit en effet: "Mais ce qui trouble bien des personnes, diras-tu, c'est que tu soutiens que ce n'est pas par la grace de Dieu que l'homme est capable de se trouver sans peche."» 63. De gratia Christi et de pecc. or. 1,35,38, BA 22, p. 126. 64. Voir Y.-M. DUVAL, «La date du De natura». II avance ainsi, a juste titre, de 10 ans la redaction du De natura grace a l'examen de textes des deux hommes, surtout des Lettres d'Augustin recemment decouvertes. Certaines laissent entendre que Jacques et Timase, encore disciples de Pelage en 410-412, connaissaient l'ouvrage avant Ie passage de Pelage en Afrique. Le De natura fait appel au De libero arbitrio d'Augustin, compose entre 388 et 391. 23 
DE PECCATORVM MERITIS ET REMISSIONE 5. Augustin menage un peu Pelage, ne nomme pas Caelestius Ainsi les deux hommes se seront-ils juste entr'aperus un jour du printemps 411, mais sans se parler face a face. Hormis une lettre et sa breve reponse, c'est de maniere croisee qu'ils ontjusqu'ici communique l'un a propos de l'autre 65 . Mais chacun en savait assez de la spiritualite de l'autre pour constater combien elles divergeaient. En ce sens, la remarque est juste a propos d'Augustin : «II avait, a-t-on pu dire, refute Pelage avant meme de Ie connai- tre 66 .» Mais Ie De peccatorum meritis et remissione est Ie premier ecrit qui, meme a mots couverts, Ie vise assurement. D'abord, des l'ouverture du livre II: a qui imagine que l'homme pourra, avec son seul libre-arbi- tre, resister aux tentations, l'eveque rappelle les prieres bibliques d'imploration et, par trois fois, fait suivre ses citations de la formule: «Par la que disons-nous d'autre sinon: "Donne ce que tu ordonnes''67?» L'histoire de la colere de Pelage devant cette priere des Confessions avait dO assez se repandre hors de Rome depuis plu- sieurs annees pour qu'un Italien comme Marcellinus comprenne a quoi il etait ici fait allusion. Ainsi, Ie pre- mier temoignage de l'eveque sur l'opposition de Pelage a l'auteur des Confessions apparait quatre ans avant Ie premier proces public intente contre Ie moine, fin 415, ce qui infirme la these selon laquelle nous ne disposerions, 65. Et de maniere feutree dans la reponse d'Augustin a la lettre (146) de Pelage: court billet sollicitant pour lui la priere de l'autre et formant Ie vreu qu'il soit agreable a Dieu. Car Pelage a-t-il peru qu'il y avait la une allusion a Rom. 9, 16 (la justice n'est pas reuvre de la volonte humaine, mais de Dieu), comme Augustin Ie commente six ans plus tard (De gest. Pel. 26, 51 et 29, 53)? 66. E. GILSON, Introduction a l'etude de saint Augustin, 2 e ed., Paris, 1943, p. 206. 67. Cf. Pecc. mer. 11,5,5. 24 
INTRODUCTION du cote d'Augustin, que de jugements retrospectifs sur les debuts declares de la controverse 68 . Pourquoi l'eveque ne nomme-t-il pas Pelage dans ce livre II? Sauf a hasarder des speculations plus ou moins souponneuses, nous ne pouvons repondre a la question sans tenir compte de ce qu'Augustin dira apres que Pelage aura eu a s'expliquer ouvertement devant un tribunal episcopal, mais deja de ce qu'il ecrit dans ce complement aux livres I et II qui est devenu Ie livre III. En effet, la premiere mise en cause theologique de Pelage par Augustin fait suite a la nouvelle, reue par lui, du proces intente contre Ie moine breton a Lydda (Diospolis) en decembre 415. Elle s'exprime dans Ie Sermon Dolbeau 30, prononce a Hippone dans la seconde moitie de mai ou au debut de juin 416 69 . L'eveque rappelle qu'« une heresie nouvelle s'insinue a la derobee et se repand partout», heresie qu'il a «supportee en silence jusqu'a ce qu'elle eclate au grand jour», allusion sans doute aux declarations de Caelestius en Afrique car Augustin ajoute que, des lors, «nous n'avons cesse de denoncer l'erreur, mais sans citer de noms, pour Ie cas ou, quand nous denoncions l'erreur, les individus en seraient 68. M. R. RACKETT, « What's Wrong with Pelagianism? Augustine and Jerome on the Dangers of Pelagius and his Followers », Augustinian Studies, 33, 2002, p. 231, ecrit curieusement: «Le De peccatorum manque de toute critique directe des conceptions pela- giennes de la grace.» W. DUNPHY, «A Lost Year... », p. 408, n. 64, a raison de trouver cela incoherent avec Pecc. mer. I, 27,43: «Quanto diligentius curauit [scil. Paulus] commendare gratiam Dei aduersus eos qui operibus gloriabantur.» Mais a l'est de maniere bien plus flagrante avec l'allusion a l'hostilite personnelle de Pelage ala priere « Da quod iubes, et iube quod uis». 69. Texte latin edite par F. DOLBEAU, «Le Sermon 348A de saint Augustin contre Pelage», Recherches augustiniennes, 28, 1995, p. 37- 63 (pour la datation, voir p. 41-50) et «Un second manuscrit complet du Sermo contra Pelagium (S. 348A augmente»), Revue des Etudes augustiniennes, 45, 1999, p. 353-361. 25 
DE PECCATORVM MERITIS ET REMISSIONE venus a se corriger» 70. Mais voici un fait nouveau: «Nous venons de l'apprendre, l'homme meme qui est Ie principal auteur de ce dogme ruineux a ete, lors d 'une reunion d'eveques des regions orientales, absous 7I » sur la foi de sa denegation de ce qui lui etait reproche, et Augustin nomme alors Pelage et dit red outer de sa part une duplicite, car Ie moine lui a fait remettre un texte 00 il se defend, mais sans lettre personnelle authentifiant l'ecrit comme c'etait l'usage 72 . Or l'eveque declare etre informe depuis un an deja du trouble qu'entretient en Palestine I' enseignement de Pelage 73. Fin 416 ou au tout debut de 417, ayant enfin eu acces aux Actes du proces de Lydda, Augustin compose un explicite De gestis Pelagii. Se demandant pourquoi sa refutation 74 du De natura - qu'il savait alors pourtant de Pelage - ne nom me pas son auteur, il se rappelle avoir eu, a l'epoque, souci d'une amitie a preserver, de l'hon- neur d'un homme a menager encore, mais sans epargner ses ecrits 75. Six mois plus tard, I' eveque renouvelle et nuance son temoignage: «Dans la mesure ou la nouvelle a son sujet» (a savoir qu'il combattait la grace de Dieu) «fut assez longtemps lancee a tous vents par la rumeur publique, il fut bien malaise d'y croire car la rumeur a coutu me d'etre mensongere »76. Ainsi donc, Diospolis mit un terme a l'epoque et au regime de la «rumeur» (fama) qui avaient justifie, aux yeux du theologien africain, sa prudence personnelle. Le 70. S. Dolbeau 30,  5 (traduction de Ch. CARRAUD et J.-M. SALAMITO dans Conference, 18, 2004, p. 495-496). 71. S. Dolbeau 30,  6 (p. 497). 72. Cf. S. Dolbeau 30,  7. L'ecrit est connu sous Ie nom de Chartula deJensionis (fragments dans Ie CSEL 42, p. 111-113). 73. Cf. S. Dolbeau 30,  6. 74. Environ deux ans plus tot, entre fin 414 et courant 415. 75. Cf. De gest. Pel. 23,47, BA 21, p. 534. 76. Cf. Ep. 186, I, 1, CSEL 57, p. 45. 26 
INTRODUCTION motif de celle-ci est donne au seuil du livre III du De peccatorum meritis et remissione, debut 412: «J'avais termine deux livres (.. .). Or il y a tres peu de jours j'ai lu quelque chose de Pelage 77 », a savoir des commentaires 78 d'epitres de Paul, avec citation d'objections similaires a celles qui circulaient a Carthage. L'une d'elles presentant une argumentation jusque-la ignoree d'Augustin, celui-ci ajoute une lettre aux deux livres acheves. V oici surtout la premiere occasion qui lui est donnee de nommer Pelage et de commenter un de ses ecrits 79. II distingue alors la personnalite prestigieuse et l'auteur. II fait entierement credit a l'excellente reutation morale du chretien dont temoignent ses proches o. Mais quant au theologien, il note simplement sa prudence sur un point difficile 8I , son recours a lusieurs interpreta- tions d'une expression paulinienne 2 et Ie fait que les irrecevables objections rencontrees dans son texte sont des citations d'autrui 83 . Pour Ie reste, s'il cherche bien a convaincre Marcellinus que Pelage ne partage pas les theses qu'il rapporte, c'est par conjecture qu'il s'y 77. Pecc. mer. III, 1, 1. 78. Augustin ecrit: «des Expositiones», mais nous ignorons si Ie manuscrit portait ce titre. 79. L'opinion emise par W. DUNPHY, «A Lost Year... », p. 424 et 449, qu'Augustin a ajoute Ie livre III pour se disculper vis-a-vis de Marcellinus et son entourage d'avoir accuse Pelage dans les livres let II, releve de la supposition. Augustin n'est d'ailleurs pas person nelle- ment porte a traquer les heresies. 80. Cf. Pecc. mer. III, 1, 1; III, 3, 5 et III, 3, 6. Voir de meme Retr. II, 33, 60. 81. Sur l'ame dans la transmission du peche originel, «observe, je t'en prie, comment en homme prudent Pelage sent combien est delicate la question de l'ame. En effet, il ne dit pas que l'ame n'est pas transmise hereditairement mais emet cette hypothese: uSi elle ne l'est pas"» (Pecc. mer. III, 10, 18). 82. En Pecc. mer. III, 4, 9, sur Ie sens de Jorma Juturi (Rom. 5, 14). 83. Cf. Pecc. mer. III, 2, 4 et III, 3, 6. 27 
DE PECCATORVM MERIT IS ET REMISSIONE emploie et en se refusant a croire qu'il y adhere, mais au seul vu de sa reputation morale 84 . Tout laisse donc penser que Ie theologien africain attend encore de l'ascete breton une claire prise de position sur les points en debate Un souci d'honnetete intellectuelle expliquerait son attitude de l'epoque. La prudence a dO jouer aussi: ne pas attaer de front un homme dispo- sant d'appuis haut places 5. Avec Caelestius, la situation etait tout differente puisqu'il avait affiche des positions theologiques, qu'elles avaient ete officiellement rejetees et qu'il avait refuse d'y renoncer. Pourtant, meme ne des graves troubles de la foi que celui-ci provoqua en Afrique, Ie De peccatorum meritis et remissione est des plus discrets sur lui. II ne Ie nomme pas et ne renvoie nommement qu'une fois a son Libellus breuissimus: quand il admet que Ie bapteme est redemption et, par cette concession, laisse la porte ouverte a une entente 86 . En pasteur et theologien, Augustin montre par la qu'il cherche, dans les declarations des objecteurs, tout ce qui, par-dela les malentendus de langage, rejoint la foi de I'Eglise et peut contribuer au dialogue en son seine De fait, l'eveque dira plus tard avoir choisi Ie combat des idees, non celui des personnes. Ainsi quand, en 414, avise de la campagne que des catholiques menent a Syracuse en faveur d'idees nouvelles, Augustin 84. Cf. Pecc. mer. III, 3, 6: «Peut-etre n'est-il pas d'accord lui- meme pour dire que l'homme nait sans peche» ; III, 3, 5 : «II nous faut observer - et ce n'est pas a negliger - que cet homme bon et recom- mandable, comme Ie disent ceux qui Ie connaissent, n'a pas introduit comme la sienne propre cette argumentation contre la transmission du peche. » 85. Pelage disposait alors de plus puissantes protections qu'Augus- tin, avant tout grAce a son role de directeur de conscience aupres de families senatoriales. Voir P. BROWN, «The Patrons of Pelagius. The Roman Aristocracy between East and West», Journal oJ Theological Studies, N.S. 21, 1970, p. 56-72. La presence en Afrique de families aristocratiques amies de Pelage a pu aussi retenir Augustin. 86. Voir o. WERMELINGER, Rom und Pelagius..., p. 22. 28 
INTRODUCTION s'aperoit que deux d'entre elles sont identiques a deux theses condamnees par Ie tribunal de 411, il ecrit a son correspondant: «Nous avons abondamment parle de ces questions dans d'autres ouvrages et dans des sermons a l'eglise; car chez nous egalement, il s'est trouve des gens pour repandre partout ou ils pouvaient les germes nouveaux de leur erreur. Mais avec la misericorde du Seigneur notre ministere ou celui de nos freres en a gueri plusieurs du fteau 87 .» Augustin mentionne Ie nom de Caelestius parce que ce pourrait bien etre lui qui trouble cette fois les chretiens siciliens. Ces objecteurs se reve- lent plus nombreux qu'on ne s'y attend. «Pourtant, nous preferons les soigner dans Ie cadre de I'Eglise, autant du moins que les necessites Ie permettent, plutot que de les amputer de son corps comme si c'etaient des membres inguerissables 88 . » Le meme temoignage revient deux ans plus tard, dans Ie De gestis Pelagii. Augustin s'y souvient qu'a l'epoque de 1'« affaire» Caelestius, lui et d'autres n'etaient pas partisans des poursuites judiciaires. «II etait nettement plus salutaire, estimions-nous, d'agir contre eux en les refutant et en denonant leur erreurs tout en ne men- tionnant pas leurs noms.» Car «de la sorte, ils seraient corriges par la crainte du tribunal ecclesiastique plutot que punis par Ie tribunal meme. Nous ne cessions donc pas d'argumenter contre ce mal tant par des livres que par des instructions au peuple 89 ». Comment concilier ce souvenir avec celui qui nous est rapporte dix ans plus tard dans les Revisions: «Les circonstances m'obligerent a ecrire contre une nouvelle heresie: la pelagienne, que nous combattions d'abord, 87. Ep. 157, 3, 22, BA 21, p. 78. 88. Ep. 157, 3, 22, BA 21, p. 80. Voir la NC 41. 89. De gest. Pel. 22, 46, BA 21, p. 534-535; Retr. II, 60, BA 12, p. 508-509: «Dans ces livres (Pecc. mer.), j'ai juge qu'il fallait encore taire leurs noms, dans l'espoir qu'ils pourraient ainsi plus aisement s'amender. » 29 
DE PECCATORVM MERIT IS ET REMISSIONE quand il y en avait besoin, non par des ecrits, mais par des sermons et des eXfoses, selon que chacun de nous Ie pouvait ou Ie devait 9 »? Le premier temoignage decrit clairement la periode d 'environ quatre ans ou, suite aux declarations de Caelestius, toute une serie de theses etaient etalees au grand jour en Afrique, mais sans que les eveques africains eussent en main un ecrit de Pelage les assumant lui aussi. Le De peccatorum meritis et remissione est, ici, Ie plus ancien ecrit conserve. Mais Ie second temoignage est malaise a interpreter: «d'abord» (prius) a jusqu'ici ete compris au sens de «auparavant», ce qu'autorise l'imparfait descriptif agebamus 9I , mais a condition de restreindre I 'heresie combattue avant 411 a cette mise en cause de la puissance de la grace dont la rumeur accusait Pelage, quand il sejournait encore a Rome. Car la nouitas heretique dans I'Afrique de 411 fut dans d'autres theses (Ie corps humain est mortel par nature, Ie bapteme des bebes ne comporte pas de pardon). Cela a conduit un chercheur a traduire prius par «en priorite 92 », mais alors reste l'incoherence entre «nous ne cessions pas» et «quand il y en avait besoin (. ..) selon que chacun de nous Ie pouvait ou Ie devait». En resume, Ie plus probable semble etre une evolution en deux phases de la conduite des eveques d'Afrique, et non du seul Augustin: jusqu'au passage de Pelage et Caelestius, la mise en garde des auditeurs des sermons contre une devalorisation de l'action divine dans l'agir humain; a partir de 411 et des premiers devoilements publics, en Afrique meme, de l'ensemble des theses 90. Revisions, II, 33 (60), BA 12, p. 508-509. 91. P.-M. HOMBERT, Nouvelles recherches..., p. XI, releve la tra- duction erronee de G. BARDY (BA 12, p. 509) par un plus-que-parfait: « que nous avions combattue ». 92. P.-M. HOMBERT, Nouvelles recherches..., p. XIII. Mais l'ab- sence, dans Ie De pecc. mer., de phrases du genre «comme je l'ai deja maintes fois preche» ne saurait masquer les trois renvois d'Augustin a son «Da quod iubes», qui visent nettement Pelage. 30 
INTRODUCTION qui se reveleront quatre ans plus tard «pelagiennes», la denonciation ecrite et constante de ces erreurs, et argu- mentee parce qu' elle pouvait repondre, point par point, a une argumentation adverse diffusee par ecrit. 6. Marcellinus Reste a tenir Ie plus grand compte, pour une datation plausible de l'reuvre, de l'homme qui a obtenu sa reali- sation. Ce haut fonctionnaire 93 avait ete, Ie 14 octobre 410, choisi par Honorius pour, muni des pleins pouvoirs, pre sider une conference au sommet entre eveques catho- liques et donatistes, puis trancher. Marcellinus a dO debarquer en Afrique fin 410 et s'atteler aussitot a la meilleure instruction possible du dossier, tout en preparant la convocation a la conference et les modalites de sa tenue, a faire approuver par les deux parties. En effet, la premiere trace de correspon- dance entre Augustin et Ie tribun est constituee de deux courriers tres officiels que I' eveque d 'Hippone adresse a ce dernier au nom de «tout l'episcopat catholique» vers la fin mai 411 94 . Puis, dans les mois qui suivent la conclusion de la Conference, vient, cette fois, une lettre personnelle 00 Augustin supplie de ne pas executer des donatistes convaincus d'assassinat et de mutilation de clercs catholiques 95 . La liberte de style et de ton denote une evolution des rapports entre les deux hommes vers l'amitie, ce que confirme un courrier posterieur, ou se surajoute a la question du sort des meurtriers et du traitement des violences commises par les donatistes extremistes, la premiere mention du De peccatorum 93. Les eveques catholiques africains s'adressent a lui comme a un «uir clarissimus et spectabilis, tribunus et notarius ». 94. Ep. 128 et 129. 95. Ep. 133. Une autre (134) est adressee dans Ie meme sens a Apringius, frere de Marcellinus et proconsul. Voir A. MANDOUZE, Prosopographie. .., p. 85. 31 
DE PECCATORVM MERITIS ET REMISSIONE meritis et remissione comme d'un travail fini auquel son auteur doit cependant apporter un complement 96 . Ainsi, meme si nous ignorons la date precise de la comparution de Caelestius, il apparait bien que les demarches de Marcellinus aupres d'Augustin puis la reponse de celui-ci sont posterieures a la Conference. Augustin est alors, de son pro pre aveu, un homme «occupe au plus haut point 97 » par cette affaire cruciale, et Marcellinus sans doute tout autant. 7. Chronologie la plus probable de la composition du De peccatorum meritis et remissione La comparution de Caelestius a eu lieu apres la Conference, soit pendant l'ete soit au debut de l'automne 98 , en tout cas en l'absence d'Augustin, et sans que cela ait gene Aurelius 99 . Car d'autres eveques avec lui n'etaient pas partisans de tribunaux en la matiere et il s'est alors agi d'un examen de candidature plus que d'un proces proprement dit IOO . Pelage avait quitte l'Afrique, 96. Ep. 139. La correspondance s'intensifie ensuite jusqu'a I'Ep. 143, quelques mois plus tard, 00 Augustin confie notamment a son ami qu'il projette de reviser tous ses ecrits, ce qu'il realisera en 426/427 avec ses Revisions. 97. Occupatissimus (De gest. Pel. 22,46, BA 21, p. 534). 98. Voir J. H. KOOPMANS,« Augustine's First Contact with Pelagius and the Dating of the Condemnation of Caelestius at Carthage», Vigiliae Christianae, 8, 1954, p. 152 (entre juillet et debut septembre). F. REFOULE, «Datation...», p. 42, admet les deux temps «si Augustin etait bien absent de Carthage durant cette periode». Je corrige donc mon propos de «La datation. . . », p. 40. 99. «L'evidente tournure anti-augustinienne de certains des argu- ments en circulation contre Ie tradux peccati» (W. DUNPHY, «A Lost Year...», p. 426) n'a rien d'evident, car tout l'episcopat africain soute- nait la doctrine de la transmission du peche originel. G. DE PLINVAL, Pelage. .., p. 260, fait observer que «l'eveque d'Hippone n'avait, en effet, rien a voir dans une affaire qui echappait completement a sa juridiction ». 100. Pour avoir soutenu qu'il n'y avait pas la de doctrine eta- blie, Caelestius a ete econduit, mais pas formellement condamne. 32 
INTRODUCTION en hate, se rappellera Augustin cinq ans plus tard, signe peut-etre que l'ascete voulait continuer d'eviter une implication personnelle, alors que les theses repandues par ses proches avaient commence de «bouillonner IOI ». Augustin etait de retour a Hione dans la seconde quinzaine de septembre. C'est la 2 qu'il reut plusieurs courriers de Marcellinus reclamant son avis sur les assertions qui continuaient de circuler a Carthage, mal- gre Ie desaveu officiel de Caelestius. L'insistance de son ami fut forte: «Ainsi, dis-je, ai-je ete pousse, conduit, entraine a resoudre selon mes forces bien limitees les questions que tu m'as adressees par ecrit I03 .» Et, si ces lettres sont perdues, la trace en reste vive das la memoire de l'eveque plusieurs annees apres: «La sollicitude de la charite (...) en est venue a nous forcer d'ecrire encore a Marcellinus, de bienheureuse memoire I04 , qui endurait journellement ces raisonneurs penibles au plus haut point et me consultait par lettres, a nous forcer d'ecrire sur des w. DUNPHY, « A Lost Year...», p. 432, repousse aussi l'idee d'un synodus ou concilium. Le fait que Ie veritable concile de 416 s'en tienne a un vague «il y a environ cinq ans» s'expliquerait ainsi par la modicite de ce jury de la seule Eglise de Carthage. 101. Cf. De gest. Pel. 22,46, BA 21, p. 534: «Ule uero etiam inde ad transmarina properauit; interea per ora eorum qui eius discipuli ferebantur dogmata ista feruebant.» W. DUNPHY, «A lost year...», p. 428, souligne que interea oblige a comprendre: «tandis que Pelage se trouvait encore a Carthage», ce qui est juste mais n'impose pas que la comparution de Caelestius ait eu lieu avant Ie depart de Pelage et meme avant la Conference. P. BA TIFFOL, Le catholicisme de saint Augustin, Paris, 1920, p. 361 : «Le concile de Carthage n'anathema- tise pas formellement les erreurs qu'il denonce, comme s'il hesitait a s'engager a fond.» 102. Retr. II, 60, BA 12, p. 508-509: «On m'envoya de Carthage leurs questions en me demandant de les refuter par ecrit. » 103. Pecc. mer. I, 1, 1: «Sic, inquam, me conpulit, sic duxit et traxit ad dissoluandas pro tantillis uiribus quaestiones quas mihi scribendo indixisti. » 104. Victime innocente de la repression imperiale d'un complot en Afrique, Marcellinus fut decapite Ie 13 septembre 413, malgre les interventions en sa faveur de son ami Augustin. 33 
DE PECCATORVM MERIT IS ET REMISSIONE questions qu'elles me soumettaient I05 .» II y eut un delai d'attente avant que l'eveque d'Hippone pOt se mettre au travail 106 . Mais quand ille fit, ce fut en concentrant toute son attention sur sa reponse a d'aussi precises questions. Loin d'avoir expedie la tache, Augustin examina tres attentivement les theses rapportees, exposa en quoi elles heurtaient Ie creur meme de la revelation chretienne, argumenta, produisit un volumineux dossier scriptu- raire, Jusqu'a se rendre compte, au terme de deux livres epais l 7, «que ce debat l'a emporte un moment dans mon esprit sur d'autres I08 ». La redaction soignee de ces deux livres a pu mobili- ser les deux derniers mois de 411. Envoyes alors a leur commanditaire, ils reviennent pourtant a Hippone. Nous apprenons ce retour par la Lettre 139 ou, cependant, l'eveque avoue ne plus se rappeler qui en eut l'initiative. Comment nous risquer a nous substituer a lui pour repondre? Jusqu'a quel point meme nous estimer fondes a suspecter un oubli volontaire I09 ? II observe seule- ment: «.. .si ce n'est qu'en les revoyant, je les ai trouves 105. De gest. Pel. 11, 25, BA 21, p. 488-489. Deja dans sa lettre de fin 411, Augustin evoque «ce dont tu me presses d'ecrire a coups de reclamations et de rappels» (Ep. 139, 3). M. MOREAU, Le dos- sier Marcellinus..., p. 45-46, peut donc envisager «des entretiens a Carthage et une ou plusieurs lettres perdues de Marcellinus a Augustin» comme sources de la redaction du De peccatorum meritis et remissione. 106. Ceci contredit P. BROWN, La vie de saint Augustin, p. 454: «Cependant Augustin repondit sur-Ie-champ a la lettre de Marcellinus. Comme toujours il formula d'emblee son jugement avant meme d'avoir pris Ie temps de lire tout ce qu'on lui avait envoye.» 107. Cf. la fin du livre II (Pecc. mer. II, 36, 59): «1\1 as entre les mains l'ouvrage - aussi utile que long, j'esre ! - que j'ai elabore en fonction de mes forces et dont je pourrais defendre la longueur si, en la defendant, je ne craignais de l'allonger.» 108. Pecc. mer. I, 1, 1: «.. .ut ea causa in animo meo paulisper uinceret alias». 109. Un pas que franchit W. DUNPHY, «A Lost Year...», p. 406- 407: «Quand il suggere que Marcellinus POurrait avoir retoume Ie manuscrit pour corriger des erreurs triviales commises par Ie copiste, 34 
INTRODUCTION defectueux et que j'ai voulu les corriger, ce que par suite d'emRechements multiples, je n'ai pas fait jusqu'a pre- sentI 0.» Nous pouvons au moins en deduire que l'oubli a partie liee avec du temps ecoule depuis l' envoi du long manuscrit, temps de sa lecture par Marcellinus et les proches interesses par Ie sujet III . La Lettre 139, en tout cas, n'a pu etre ecrite au-dela de la fin fevrier 412, car elle appelle a la clemence Marcellinus et son frere, lequel est sorti de charge proconsulaire Ie 28 fevrier l12 . Augustin y apprend au tribun que, depuis l'envoi des deux livres, il a choisi de leur ajouter comme complement une lettre, interrompue pour l'heure. Le motif de l'ajout est donne en ouverture de l'crit: «Tres peu de jours apres (l'achevement des deux livres), j'ai lu certains ecrits de Pelage (...) contenant sur les lettres de l'apotre Paul de tres courtes explications, et la j'ai trouve (...) une argumentation de ceux qui nient que les tout-petits portent Ie peche originel que j'avoue n'avoir pas refutee dans mes ouvrages pourtant si volumineux, car il ne m'etait absolument pas venu a l'esprit que l'on pOt concevoir ou dire pareilles choses. C'est pourquoi n'ayant voulu rien ajouter a cet ouvrage auquel j'avais mis clairement fin, j'ai pense devoir inserer dans cette lettre et I 'argumentation dans les termes memes ou je I 'ai lue et la refutation que j'ai cru bon de lui opposer I 13. » Dans la Lettre 139, Augustin ecrit: «J'avais commence de dieter (cette lettre) quand j'etais la-bas 1l4 » et ajoute eel a sonne comme une pure, voire pietre circonlocution pour dire qu'il prefererait ne pas encore mentionner la vraie raison.» 110. Ep. 139, 3, CSEL 44, p. 152-153. 111. Augustin ecrit en effet aussi pour «ceux qui ont souci de ces questions» (Pecc. mer. I, 1, 1, fin de l'introduction). 112. Voir Cod. Theodos. VI, 29, 9; VIII, 4, 23; XI, 1, 32 et 7, 19- 20; PALLU DE LESSERT, Fastes des provinces africaines, Paris, 1901, p. 124-125; A. MANDOUZE, Prosopographie..., p. 85 et 684. 113. Pecc. mer. III, 1, 1. 114. Ep. 139, 3, CSEL 44, p. 152: «(epistolam) quam cum ibi essem iam dictare coeperam». Ce serait donc lors d'un passage a 35 
DE PECCATORVM MERIT IS ET REMISSIONE qu'il a repris la dictee a son retour, mais sans avoir encore acheve car il a dO donner priorite a des taches urgentes 115. La lettre finira par prendre, elle aussi, les proportions d'un livre, ainsi que Ie reconnait l'auteur tout a la fin de l'ouvrage 1l6 . Le livre III a vraisemblablement ete acheve dans les semaines qui suivirent l'envoi de la Lettre 139. Au total, la redaction du De peccatorum meritis et remissione a donc dO prendre plusieurs mois entre la fin de l'automne 411 et Ie printemps 412, mais en deux phases: la plus longue, en fin d'annee 411, pour les volu- mineux livres I et II, suivie de I' envoi et de la lecture par Marcellinus et ses proches; la plus courte, entre janvier et mars, pour Ie livre III, mais avec une interruption puis une reprIse. III. - OBJET « Ouvrage composite », comme l'a ecrit A. Mandouze II7 , il l'est deja litteralement, puisque Augustin lui-meme a temoigne l'avoir redige en trois temps. Mais sa complexite se lit plus profondement encore dans les appellations variees qu 'en a donnees son propre auteur. Appeles «livres sur Ie bapteme des tout-petits» alors qu'il leur ajoute ce qui deviendra Ie livre 111 118 , Carthage en tout debut d'annee 412. 115. Cf. Ep. 139, 3: «Si j'y ai ajoute un peu, sache qu'elle est encore inachevee. Si seulement je pouvais te rendre compte des autres obligations qui occupent tous mes jours et toutes mes veilles, tu serais vivement attriste et surpris de ce que je sois tourmente par tant de choses qui ne peuvent absolument pas etre differees.» Ainsi, il a dQ donner priorite a l'achevement du Breuiculus et de I'Ad Donatistas. Quant a savoir 00 la dictee avait ete interrompue, voir plus loin au fil du texte du livre III. 116. Pecc. mer. III, 13, 23: «Je comptais donner jour a une courte lettre, mais c'est un livre prolixe qui est ne.» 117. A. MANDOUZE, Saint Augustin. L'aventure de la raison et de la grace, Paris, 1968, p. 397. 118. Ep. 139, 3 (CSEL 44, p. 152), de janvier-fevrier 412. 36 
INTRODUCTION une fois Ie tout acheve, les voici qualifies d'« opuscules sur Ie bapteme des tout-petits et sur la perfection de la justice de I'homme II9 ». II reprend la meme bipartition moins de trois ans plus tard en parlant d'« opuscules » qui discutent ces deux objections: la possibilite de ne plus pecher, l'innocence absolue des nouveau-nes qui prouverait que leur bapteme n'a rien d'un pardon I20 , puis evoque ailleurs les «livres que j'ai ecrits a Marcellinus a ce propos », a savoir l'unite entre deux versets johanni- ques: I Ioh. 3, 9 (les baptises sont totalement pardonnes) et I Ioh. 1, 8 (tout homme peche), livres oil il a aussi cherche a expliquer pourquoi la mort phrsique persiste, meme apres Ie pardon reu au bapteme I2 . Cependant, plus subtilement et quinze aD'S plus tard, les Revisions nous presentent «trois livres dont Ie titre est Du salaire des peches et de leur pardon, oil il est surtout question du bapteme des tout-petits - en raison du peche originel- et de la grace qui nous justifie, c'est- a-dire fait de nous des justes encore que nul en cette vie n'observe les commandements de la justice au point de ne plus avoir a supplier pour ses propres peches: "Pardonne-nous nos offenses"122». De meme, la notice suivante, consacree au De spiritu et littera, rappelle que l'eveque vena it d'ecrire «trois livres dont Ie titre est Du salaire des peches et de leur pardon, livres qui traitent minutieusement aussi du bapteme des tout-petits I 23 ». 119. De spiritu et littera, 1, 1 (CSEL 60, p. 155), printemps 412. L'hypothese de G. BONNER «Perfection de la justice de l'homme (Sur la»), dans Encyclopedie saint Augustin, p. 1123, selon laquelle la mention « sur la perfection de la justice de l'homme» pourrait desi- gner l'ouvrage distinct d'Augustin qui porte ce nom (De perJectione iustitiae hominis) est hasardeuse. 120. Cf. Ep. 157, 3, 22 (BA 21, p. 78-79), de fin 414. 121. De natura et gratia, 14, 15; 23, 25 (BA 21, p. 268), de 415. 122. Retr. II, 60, BA 12, p. 508-509. 123. Retr. II, 64, BA 12, p. 516-517. Vers 420, Augustin dit avoir resolu la question de l'origine et la nature de la mort «dans notre ouvrage Le bapteme des petits enJants» (<< iam ista quaestio in alio 37 
DE PECCATORVM MERIT IS ET REMISSIONE A. travers ces diverses appellations, on retrouve plus ou moins les trois theses que Marcellinus avait soumises a son ami comme autant de defis lances a l'enseigne- ment traditionnel de I'Eglise: contestation que la mort physique soit la punition d'un peche d'Adam; refus que Ie bapteme des tout-petits comprenne un pardon; hypo- these qu'on peut arriver sur terre a etre sans peche. Mais Ie titre finalement donne a l'ouvrage et son commentaire manifestent, qu'avec Ie recul du temps, Augustin a res- saisi de deux faons conjointes (Ie pardon divin et son signe dans Ie bapteme des tout-petits) l'enjeu global, pour les chretiens, de ce qu'avait introduit en Afrique Caelestius et, plus largement, ceux qu'on appellerait plus tard «les pelagiens ». La traduction « salaire et pardon des peches » fait echo a la phrase de saint Paul: «Le salaire du peche, c'est la mort, mais Ie don gratuit de Dieu, c'est la vie eternelle en Jesus Christ Notre Seigneur» (Rom.  23), car Augustin expose a Marcellinus la doctrine de l' hglise sur la condi- tion humaine et ce que lui apporte Ie salut realise par I'Incarnation 124. Le pluriel «peches» est explique, dans I 'ouvrage, par Ie rappel de la confession de foi chretienne selon laquelle l'etre humain fait une double experience de culpabilite devant Dieu: la conscience de ses propres peches et celie d'une culpabilite genera Ie de l'huma- nite depuis ses premiers pas, ce qu'Augustin appelle l'experience du peccatum originale. Or, comme c'est cette derniere realite qui est niee par les objecteurs et se trouve donc evacuee par eux de tout bapteme, l'eveque insiste plus particulierement sur Ie sens du bapteme des tout-petits comme pardon. Ce bapteme devient pour lui, a travers sa liturgie, un signe irrefutable de la confession, par toute I 'Eglise, que tout etre humain, quel que soit son nostro opere quod scripsimus de baptismo paruulorum tractata et soluta est»: De Ciu. Dei XIII, 4, CCSL 48, p. 387). 124. Voir la NC 1: «Comment traduire au mieux en franais Ie titre de I' ouvrage ». 38 
INTRODUCTION age, est prisonnier d'une situation pecheresse tant qu'il n'a pas commence de recevoir les sacrements du salut en Jesus Christ. Tel est Ie theme theologique general du De peccato- rum meritis et remissione, avec une insistance repetee sur Ie cas du bapteme des bebes comme lieu d'attestation concrete de la foi chretienne qu'Augustin et Marcellinus voyaient mise en danger. De fait, pres de la moitie des assertions reproduites et discutees ont trait a la condition humaine des nouveau-nes et au sens precis de leur bap- teme, 22 sur 45 port ant sur Ie sujet I25 . Mais cela s'accorde tout a fait avec Ie contexte: lors de la comparution de Caelestius, l'interrogatoire des eveques s'eta,it concentre sur ce meme point doctrinal, et Augustin a toujours garde en memoire que les sollicitations de Marcellinus portaient «avant tout sur Ie bapteme des tout-petits 126 ». On ne saurait donc dissocier les deux premiers livres quant a l'objectif vise par leur auteur I27 . 125. Voir O. WERMELINGER, Rom und Pelagius..., p. 15-18. «De baptismo paruulorum» eta it deja Ie titre que l'eveque donnait au livre I en entamant Ie II, et il y revient vers 417-418 en De pecc. or. 21,24 et en De ciu. Dei XIII, 4. JEROME fait de meme quand il evoque Ie De peccatorum meritis et remissione (Contra Pelagianos, III, 19). Cela invalide Ie jugement de W. DUNPHY, «A Lost Year... », p. 428, pour qui Ie livre I ne serait que «la face emergee d'un iceberg», l'essentiel de l'objet de l'ouvrage entier, sa face immergee, etant, avec Ie livre II, Ie traitement de l'hypothese qu'un homme puisse parvenir a etre sans peche. 126. De gest. Pel. 11, 25, BA 21, p. 488-489. 127. C'est l'erreur de G. DE PLINVAL, Pelage..., p. 261: «De la question du bapteme, c'est-a-dire a un autre point de vue, celie de l'exemption naturelle du peche originel, theme caelestien qu'il traite dans Ie livre premier, Augustin passe dans Ie livre second a la critique des theories proprement pelagiennes concernant l'exemption volon- taire du P6che actuel, c'est-a-dire l'impeccabilite.» Car Caelestius soutenait et l'exemption du peche originel et l'impeccabilite. Plinval reconnait d'ailleurs aussitot (ibidem) qu'«entre les dires de Caelestius et la morale de Pelage, entre la doctrine de l'innocence infantile et celie de l'impeccabilite, il etablit une solidarite qui, a premiere vue, POuvait ne pas paraitre s'imposer», avec renvoi a Pecc. mer. 11,34,38. Non seulement la premiere «doctrine» est rediscutee aux livres II et 39 
DE PECCATORVM MERIT IS ET REMISSIONE IV. - METHODE ET PLAN GENERAL Marcellinus pressait son ami d'elucider des questions precises que son entourage et lui se voyaient soumettre par d'autres avec insistance. Augustin s'engage, des Ie court prologue de sa reponse, a Ie faire aussi precise- ment que possible. C 'est pourquoi il en vient aussitot a citer puis a discuter I 'une des declarations qui lui ont ete communiquees, puis de meme les autres. Mais si l'on y regarde de plus pres, on s'aperoit que l'expose d'Augus- tin repond, a travers les sequences des citations et leurs reprises, a une organisation de sa pensee et en manifeste la progression. Cela apparait deja dans l'enonce des declarations abordees. Augustin traite dans cet ordre 128 quatre gran- des theses: d'abord l'affirmation que la mort physique est une pure necessite de la nature humaine sans lien avec Ie peche ; puis l'affirmation que Ie peche se transmet par imitation, et non par propagation de l'espece depuis Adam; enfin l'affirmation que Ie bapteme des tout-petits ne comporte aucun pardon; Ie traitement de ces trois theses ayant rempli un premier livre, l'eveque aborde dans un second la quatrieme affirmation, a savoir qu'un homme pourrait arriver sur terre a etre sans peche. III, mais la seconde commence d'etre contestee des Ie livre I (I, 9, 10; 14; 15, 19) par la qualite unique (et essentielle au salut de tout homme) du Christ justificateur, pas seulement homme moralement juste. 128. L'ordre coincide avec celui que donne MARIUS MERCATOR, Commonitorium II, ACO V, 1, 66, qui affirme avoir travaille «pieces en mains» (quorum gestorum exemplaria habemus in manibus), a savoir les Actes de la comparution de Caelestius. Mais Marcellinus ne parait pas avoir connu l'integralite de la plainte deposee par Paulin car c'est par un autre canal qu'Augustin a connu la these 2 et il n'evo- que pas la these 5 (voir plus haut, 2. Theses diffusees par un proche de Pelage, Caelestius). Les theses 2 et 4 sont cependant reunies en une seule par l'eveque. 40 
INTRODUCTION Cependant, les trois premieres affirmations ne sont pas examinees isolement les unes des autres. Peu apres avoir engage la discussion de la premiere these, a propos de Rom. 5, 12 (<<par un seul homme Ie peche est entre dans Ie monde et, par Ie peche, la mort»), Augustin declare: «D'apres ce que j'ai trouve ailleurs, ils estiment que la mort dont il est ici question n'est pas celie du corps car ils refusent qu'elle ait ete Ie salaire du peche d'Adam, mais celie de l'ame, qui se produit dans Ie peche meme, et que ce peche est passe chez les autres hommes non par voie de propagation, mais par imitation. De la vient qu'ils refusent aussi d'admettre que Ie bapteme efface chez les tout-petits Ie peche originel, qu'ils jretendent absolument inexistant chez les nouveau-nes 1'2 .» Ainsi, pour Augustin, les trois affirmations se rejoi- gnent dans la mesure oil elles relevent d'une meme conception du peche. Meme s'il ne les a pas apprises comme emanant d'une seule source, elles sont pour lui theologiquement liees I30 . Aussi revient-il sur les deux premieres lorsqu'il aborde en detailla troisieme. Le livre I cherche a montrer, en definitive, que tout bapteme est salut et pardon du Christ, et cela pour l'etre humain tout entier, donc y compris dans notre realite corporelle. Avec Ie livre II, un deuxieme temps prolonge Ie pre- mier: exprimer la verite revelee que toute vie baptismale est un chemin de saintete personnelle seulement achevee 129. Pecc. mer. I, 9, 9. 130. La deuxieme et la troisieme n'en forment meme qu'une seule dans son esprit. Cf. Pecc. mer. III, 1, 1: «J'avais deja acheve deux gros livres contre ceux qui disent qu'Adam, meme s'il n'avait pas peche, serait mort (1) et que rien qui soit issu de sa faute n'est passe a ses descendants par propagation, la meilleure preuve: Ie bapteme des tout-Petits que pratique l'Eglise universelle selon une coutume tres pieuse et maternelle (2) et qu'en cette vie il y a eu et il y aura des enfants des hommes entierement exempts de peche (3). » 41 
DE PECCATORVM MERITIS ET REMISSIONE au dernier jour par la resurrection des corps. En effet, Augustin integre Ie traitement de la quatrieme objection dans l'enjeu pour la foi qu'a mis au jour la discussion des trois premieres. L'hypothese qu'il puisse y avoir en cette vie un etre humain sans peche sous-tend, a ses yeux, quatre questions a bien distinguer: pourrait-il exister un etre humain ne commettant aucun peche? Existe-t-il un etre humain qui ne commet aucun peche? Pourquoi se fait-il qu'aucun etre humain n'est sans peche? Un etre humain sans peche aurait-il pu ou pourrait-il exister? Or en repondant a chacune, l'une apres l'autre, Augustin reintroduit tout Ie debat en cours, ,comme il en previent d'ailleurs d'emblee son lecteur I3I . A la premiere question il repond positivement: avec la grace divine et Ie bon usage, par l'interesse, de son libre-arbitre, on peut ad met- tre a priori que ce soit realisable, mais en nous rappe!ant que meme notre responsabilite est un don de Dieu. A la deuxieme, il repond par la negative: I , Ecriture dit que tous commettent des peches ; Ie bapteme renove la seule dimension spirituelle, par une renovation a traduire en actes jour apres jour. A la troisieme question, Augustin repond en evoql!ant l'actuel defaut d'intelligence et de desir humains. A la quatrieme, il repond categorique- ment: non, a l'exception de l'unique Mediateur entre Dieu et les hommes, l'homme Jesus Christ, il n'est pas dans l'histoire entiere d'etre humain absolument indemne du peche, cela a cause de la connivence de tous avec Ie peche originel. Une lettre de complement a fini par prendre l'ampleur d'un livre, sans doute parce qu'Augustin s'etait entre temps rendu compte de l'etendue du peril, les objections troublant, semble-t-il, un nombre croissant de person- nes. Quelques phrases du debut de ce troisieme livre adressees, par dela Marcellinus, a d'autres catholiques 131. Cf. Pecc. mer. II, 1, 1 : «II ne faudra pas s'etonner que, selon la necessite ou l'opportunite, s'insere dans cette discussion la question du peche ou du bapteme des tout-petits. » 42 
INTRODUCTION de Carthage, donnent a penser que Ie tribun avait lu l'ensemble I et II a des gens de son entourage et que son accueil n'avait pas satisfait tout Ie monde I32 . v. - ARGUMENTATION Les objections apprises cherchent souvent un appui scripturaire. Mais vu la disparite de leur provenance, il nous est impossible de savoir si les contradicteurs de l'epoque avaient constitue un dossier biblique en faveur de leurs positions theologiques. Nous voyons quand meme qu'ils eprouvent un certain embarras: pour sou- tenir qu'un humain peut etre sans peche, its semblent disposer d 'un arsenal de textes sur la saintete de figures de l'un et l'autre Testament; mais leurs autres affirma- tions paraissent etre deja critiquees par l'invocation de tel ou tel verset qu'il leur faut donc reinterpreter a leur propre avantage. Cela se remarque surtout a pro- pos de saint Paul et de saint Jean, Ie premier a cause de son parallele entre Adam et Ie Christ (Rom. 5) et de son insistance sur la necessite de la grace (par ex. en I Cor. 4, 7), Ie second a cause de sa catechese baptismale fondee sur la parole du Christ: Nul, a moins de renaitre de l'eau et de l'Esprit, ne peut entrer dans le Royaume des Cieux (Ioh. 3, 5). Or, en ce cas, la methode souvent retenue consiste, non pas a proceder a un nouvel examen du passage biblique a la lumiere de son contexte, mais a degager ce qui parait Ie plus logique dans la forme de l'enonce et ses consequences. Ainsi certains refusent-ils que la mort dont parle Rom. 5, 12 soit celie du corps, 132. Cf. Pecc. mer. III, 2, 4: «Quand bien meme certains trou- veraient (l'ouvrage) insuffisant ou obscur, qu'ils m'accordent leur indulgence et composent avec ceux qui, Peut-etre, lui reprochent non pas sa brievete, mais sa prolixite; quant a ceux qui ne comprennent pas encore les explications que j'ai donnees, clairement, ce me sem- ble, compte tenu de la nature de ces questions, ils voudront bien ne pas m'incriminer a tort pour ma negligence et mon incapacite, mais plutot solliciter Dieu pour en recevoir l'intelligence. » 43 
DE PECCATORVM MERITIS ET REMISSIONE parce que «si la faute du premier homme a eu pour consequence que nous mourons, alors la venue du Christ a pour conseuence que nous qui croyons en lui nous ne mourons pas I 3». La reponse d'Augustin n'ecarte pas tout recours au raisonnement logique. II apparait, dans plus d'une argumentation ad hominem, des appels au bon sens et a l'experience humaine. Mais l'eveque argumente d'abord a partir de I'Ecriture et de la pratique sacramentelle de I'Eglise, ici, bien sOr, sa liturgie baptismale. Celle-ci est bien pour lui Ie lieu incontournable on se traduit en actes ce que I'Eglise croit par la Revelation scripturaire. Comme on en viendra a dire en adage: Lex orandi, lex credendi I34 . Les paroles et les gestes rituels du bapteme etant alors les memes pour tous les ages, Ie pasteur y voit la preuve que tout bapteme comporte un pardon. Quant a l'invocation de I'Ecriture sainte, Ie De pec- catorum meritis et remissione est Ie fruit d'un travail de theologie biblique tres elaboree I35 . L'expose recourt a des citations ponctuelles, a l'analyse d'une section entiere d'epitre paulinienne, au rapprochement de pas- sages differents ou a leur confrontation. Le theologien s'efforce de manifester la coherence globale de I'Ecri- ture jusque dans certaines apparentes discordances chez un meme auteur sacre. «lIs se trompent grandement a trop peu examiner les Ecritures I36 », dit-il des objecteurs qui selectionnent les seules phrases qui s'accordent avec leurs opinions. Aussi en vient-il a exposer tout un cata- logue de textes neo-testamentaires, on saint Paul occupe 133. Pecc. mer. II, 30,49. 134. «Comme il faut prier, a l'identique it faut croire.» 135. Cf. A. TRAPE, St Augustin. L'homme Ie pasteur, Ie mystique, Paris, 1988, p. 177: «La premiere reuvre (du combat anti-Upelagien"), Merites et remission des peches, fondamentale, contient la premiere theologie biblique de la redemption et du peche originel. » 136. Pecc. mer. II, 7, 9: «Multum falluntur minus considerando Scripturas. » 44 
INTRODUCTION la place la plus importante I37 . Comme ill'avait fait pour refuter les donatistes, au seuil de ce qu'il pressent etre un nouveau et dur debat interne a I'Eglise, Augustin se constitue pour l'avenir un solide dossier scripturaire 138 . VI. - SUITES DE L'HISTOIRE DE L'OUVRAGE Le De peccatorum meritis et remissione est ainsi pour nous Ie premier temoin conserve contemporain du trou- ble qu'en 411 des chretiens venus d'Italie provoquent en Afrique, troubles qui apparaitront, a posteriori, comme les premiers signes de la controverse dite «pelagienne». II est donc regrettable que l'ouvrage n'ait pas fait jusqu'ici l'objet d'examens approfondis, mais ait ete Ie plus souvent cite a propos de l' ensemble de la crise pelagienne, ce qui masque son apport specifique, au seuil meme de l'engagement d'Augustin. Nous cherche- TOns a degager cet apport ainsi que son influence non seulement sur la suite de la contribution du pasteur et 137. Cf. Pecc. mer. I, 26, 39 - 27, 54. La section 27,43-49 rassem- ble les extra its de I'Apotre: «Prete maintenant attention aux textes de Paul sur cette question, d'autant plus nombreux qu'il a ecrit plus de leures et qu'il a eu un souci plus attentif de faire valoir la grace de Dieu a ceux qui se glorifient de leurs reuvres et, ignorant la justice de Dieu et voulant etablir leur propre justice, n'etaient pas soumis a la justice de Dieu» (27,43). 138. Cf. G. DE PLINVAL, La crise pelagienne.oo, p. 17: «II avait reuni dans son livre l'armature maitresse de son argumentation (...) il n'aura pour ainsi dire rien de substantiel a ajouter aux arguments produits dans Ie De peccatorum meritis et remissione.» De meme G. MADEC, La patrie et la voie. Le Christ dans la vie et la pensee de st Augustin (Jesus et Jesus Christ, 36), Paris, 1989, p. 269-270: Augustin «saisit d'emblee, encore une fois, l'enjeu de la controverse ; et c'est pourquoi il s'appliqua, des sa premiere reuvre antipelagienne, a dresser Ie "dossier scripturaire de la redemption" et a en administrer ainsi ul a preuve scripturaire"; ce qui tend a prouver que Ie pelagia- nisme, dans son esprit, n'etait pas seulement oppose a son experience personnelle, mais aussi en contradiction avec l'Ecriture ». L'auteur renvoie, pour ses citations, a 1. RIVIERE, Le dogme de la redemption chez saint Augustin, 3 c edition, Paris, 1933, p. 339-347. 45 
DE PECCATORVM MERIT IS ET REMISSIONE theologien d'Hippone au debat pelagien, mais sur son ecriture de nouvelles reuvres, voire la retouche apportee a des reuvres anterieures, aides en cela par l'aport de la recherche recente en matiere de chronologie I 9. L'enseignement public d'un Caelestius et des textes d'anonymes avaient trouble l'elite chretienne africaine sur des points de doctrine traditionnelle de I'Eglise. Augustin montre alors qu'un meme enjeu unit les diverses contestations: qu'est-ce que l'incarnation de Dieu en Jesus revele aux hommes de leur condition presente? Qu'a-t-elle realise pour eux d'une maniere et vitale et unique qui justifie l'originalite radicale de la foi chretienne et son temoignage? En definitive, qu'apporte concretement a tout humain ce que l'Eglise appelle Ie salut en Jesus Christ I40 ? Cependant, meme si la reponse de l'eveque s'avere fortement argumentee et unifiee, elle ne pretend pas etre definitive. L'auteur lui-meme se souviendra plus tard: «Je composai d'abord trois livres intitules Du salaire et du pardon des pecheS I4I .» De fait, quelques 139. Contribution de premier plan: celie de P.-M. HOMBERT, Nouvelles recherches..., qui ecrit: «C'est seulement a partir de l'hiver 411-412 qu'apparaissent un grand nombre de themes et de versets bibliques; ceux-ci devenant du meme coup des balises fiables permettant de dater une reuvre au plus tot. » 140. A.-M. LA BONNARDIERE, Biblia Augustiniana. Le Livre de la Sagesse, Paris, 1970, p. 36, resume bien «sur quel plan saint Augustin situait Ie debat avec Ie pelagianisme naissant: d'emblee, il avait compris que c'etait l'reuvre du Christ lui-meme qui etait mise en cause». De meme A. ZUMKELLER, Aurelius Augustinus Lehrer der Gnade: Schriften gegen die Pelagianer, I, Wiirzburg, 1971, p. 33: «Pour Ie Pere d I 'Eglise, des Ie debut de la controverse pelagienne il y va d'abord et essentiellement de la defense de la grace immeritee et du salut par Ie Christ. Jesus Christ occupe la place centrale comme l'universel "redemptor", "mediator" et "salvator".» 141. Revisions, II, 60, BA 12, p.508-509. C'est pourquoi aller jusqu'a parler de «systeme» (P. BROWN, La vie de saint Augustin, p. 454: «Sa reponse revele une extraordinaire penetration du nouveau probleme: ce qui, a Carthage, etait apparu comme quelques brandons suspects mais disparates, prit corps pour la premiere fois dans cette 46 
INTRODUCTION mois au plus apres l'achevement de l'ouvrage, une lettre a Marcellinus revele qu'un debat public sur la question centrale du salut etait maintenant en route. Augustin avait reu un courrier du tribun lui confiant son embar- ras a propos d'une phrase du De libero arbitrio: «Dans les corps inferieurs, l'ame qui y a ete etablie apres Ie peche gouverne Ie corps non pas absolument selon sa volonte, mais selon que Ie permettent les lois de l'uni- vers.» Augustin ne privilegiait-il pas la une des quatre hypotheses sur l'origine de l'ame exposees plus loin I42 ? II repond par la negative, en reprenant «ceux qui esti- ment» qu'il aura it «etabli et arrete comme certain soit que l'ame serait heritee des geniteurs, soit gu'elle aurait pee he dans une vie celeste anterieure puis ete enfermee, en punition, dans un corps corruptible I43 ». En realite, il n'avait pas emis cette derniere hypothese et n'avait pas non plus tranche parmi les quatre avancees. II esquissait deja dans Ie De libero arbitrio sa conviction de croyant qu'« "apres Ie peche" du premier homme, tous les autres sont nes et naissent dans la chair de peche que, dans Ie Seigneur, la ressemblance de la chair de peche (Rom. 8, 3) est venue guerir I44 ». Par-dela Marcellinus et la question de l'origine de l'ame, Augustin vise donc une controverse en cours, qui Ie met en cause et concerne avant tout l'etat pecheur de l'ame dans l'actuelle condition humaine. Ceux qui reuvre d'Augustin et devint un systeme coherent.») parait inapproprie en soi et a l'horizon de l'age patristique. Mais il est vrai que «c'est Ie premier ouvrage de cette longue serie de traites sur la grace 00 devait se manifester avec tant de puissance et de vigueur la propre concep- tion religieuse d'Augustin» (G. DE PLINVAL, Pelage..., p. 261). 142. Cf. Ep. 143,5: citation de De libero arbitrio III, 11,34, BA 6, p.448-449. Les quatre hypotheses sont exposees en De lib. arb. III, 20, 56-58. 143. Ep. 143,5. 144. Ep. 143, 5. Augustin ajoute: «Car je n'ai pas dit (de l'ame): "apres son P6che" ou "apres qu'elle eut peche", mais "apres Ie peche"» (Ep. 143, 6). 47 
DE PECCATORVM MERIT IS ET REMISSIONE attaquent un passage du De libero arbitrio font partie de ces «ennemis prets a mordre », evoques plus haut dans la lettre. Ce sont bien des partisans de Caelestius, voire de Pelage, fervents chretiens d'Afrique ou y sejournant I45 . Car Ie De peccatorum meritis et remissione renou- velie a deux reprises les hypotheses sur l'origine de l'ame qu'avait avancees, vingt ans plus tot, Ie De libero arbitrio, encore une fois sans trancher entre aucune, et en ajoutant que l'essentiel est d'adherer a la foi commune que l'etre humain tout entier, corps et ame, a besoin du pardon divin 146. La condition humaine, universellement marquee par Ie peche, trouve en l'homme Jesus Christ Ie seul saint qui peut guerir les infirmites de notre volonte. Cette conviction repetee dans l'ouvrage marque d'autres ecrits suivants de l'eveque. Ainsi en va-t-il de celui qu'il avait parallelement en chantier: sa lettre a un autre ami, Honoratus. Ce dernier lui avait soumis cinq questions portant chacune sur un texte biblique. Augustin repond: «Ajoutons-en une sixieme et demandons-nous plutot quelle est la grace de la Nouvelle Alliance», car c'est en les reliant entre elles par cette question-cle qu'el- les pourront etre mieux resolues 147. La lettre developpe un expose du salut chretien on la doctrine paulinienne tient une place centrale avec des versets deja tres pre- sents dans notre ouvrage, mais aussi des associations de versets. 145. Cf. Ep. 143, 3. 146. Cf. Pecc. mer. I, 38, 69 et III, 9, 17. La remarque d'Augustin est en II, 36, 59. Dans la Lettre 143, il fait aussi allusion a ceux qui ne croient pas a la transmission du peche en leur concedant que la chair n'est pas seulement faible a cause du peche mais deja par nature (Ep. 143, 6). 147. Ep. 140, 2, CSEL 44, p. 156, ecrit devenu livre precisement appele De gratia Testamenti Noui. Cf. Retr., II, 63, BA 12, p. 514: « En pensant a la nouvelle heresie susdite, j'ajoutai une sixieme ques- tion Sur la grace du Nouveau Testament (.. .). Je resolus egalement toutes les autres questions, non pas dans l'ordre 00 elles avaient ete proposees, mais dans celui 00 elles pouvaient Ie mieux s'adapter a mon travail sur la grace du Nouveau Testament. » 48 
INTRODUCTION L'impact du De peccatorum meritis et remissione se fait encore sentir sur la predication. Qu'on pense aux grands Sermons 293 et 294, prononces les 24 et 27 juin 413, dont Ie fil conducteur reprend l'argumentation scripturaire et sacramentaire de notre ouvrage. Mais d'autres homelies presentent avec celui-ci de semblables parentes dans l'orchestration biblique. II faut aussi se reporter au De spiritu et littera, puisqu'il s'agit de la reponse d'Augustin (printemps ou ete 412) a des questions que son ami s'etait posees en lisant, dans Ie livre II du De peccatorum meritis et remissione, qu'on ne peut exclure l'hypothese qu'un etre humain soit sans peche, meme si dans les faits il n'y en a qu'un: Jesus. La encore, Augustin emprunte Ie titre de ce comple- ment a saint Paullui-meme (en II Cor. 3, 6), centrant sa reflex ion sur ce verset avec l'appui de passages de I'Epl- tre aux Romains I48 . De meme, sa reponse au syracusain Hilaire (Lettre 157), vers la fin 414, reprend plus d'une citation et d'une argumentation du livre II sur Ie meme sujet. Le De peccatorum meritis et remissione siue de paruulorum baptismo constitue donc une indispensable base de recherche pour etudier I 'extension de la theo- logie biblique augustinienne au fil des annees 412-430 dans la controverse pelagienne. Son contenu et sa methode montrent que, sitot reues les premieres alertes, l'eveque d'Hippone a peru en quoi les theses avancees contredisaient a la fois Ie temoignage biblique, la priere et la pratique sacramentelle de I'Eglise un iverselle 149. 148. Un plausible motif urgent de ce recours: la suite de la lecture des Expositiones de Pelage. Voir I. BOCHET, «La lettre tue, l'Esprit vivifie. L'exegese augustinienne de II Cor. 3, 6», Nouvelle revue theo- logique, 114,3, 1992, p. 341-370, en part. p. 342-343. 149. Ainsi que Ie resume S. LANCEL, Saint Augustin, p. 462, «ce qui fait la puissante originalite du De peccatorum meritis, c'est que des ce premier ouvrage, alors qu'il n'a encore qu'une connaissance incomplete des ecrits de Pelage, Augustin a une claire conscience 49 
DE PECCATORVM MERITIS ET REMISSIONE Aussi est-il aile y puiser abondamment dans la suite de la controverse, y compris apres les attaques de Julien d'Eclane, en reprenant les memes citations bibliwes ou les memes images que celles de l'hiver 411-412 1 o. Les contemporains ne s'y sont pas trompes, non plus que les chretiens des generations suivantes. En effet, l'ouvrage a connu une diffusion rapide et lointaine 151 , permettant aux uns et aux autres de mesurer l'enjeu, pour la foi chretienne, des questions auxquelles il avait cherche a repondre tout en recherchant un terrain d 'entente partout on cela avait paru possible. Peut-etre et sans doute meme est-ce la raison majeure pour laquelle cet ecrit semble bien avoir ete employe par I'Eglise latine du v e s. dans son enseignement antipelagien, et cela du vivant de l'auteur comme apres sa mort. Un manuscrit en temoi- gne clairement, qui, sans nom mer l'auteur, recopie bien des passages de l'ouvrage relatifs a trois des objections des enjeux theologiques du debat qui s'engage et de toutes ses implications ». 150. A Julien qui contestait l'exemplarite de l'olivier franc, dont la graine ne produit que des oliviers sauvages (ex. en De nuptiis et concupiscentia, I, 19, 21), l'eveque repond (Contra lulianum, VI, 7, 18-21, PL 44, col. 833 BC, ecrit en 420) par l'exemple de la circonci- sion (elle ne se transmet pas d'un re circoncis a son fils), qu'il n'avait plus repris depuis Pecc. mer. III, 8, 16 puis Ie Sermon 294 (condense du De pecc. mer.), 16, 16, PL 38, col. 1345. Or Ie meme exemple apparait dans l' Ep. 6* a Atticus de Constantinople, ce qui induit une redaction de celle-ci vers 420 (selon Y.-M. DUVAL, Ep. 1*-29*, NC pour I'Ep. 6*, BA 46/B, p. 455). 151. O. WERMELINGER, Rom und Pelagius..., p. 23, signale une diffusion a Rome (source: Ep. 193, 7 d'Augustin a Marius Mercator), en Gaule (cf. Ep. 187, 22 d'Augustin a Dardanus) et en Palestine (cf. Ep. 166, 8 d'Augustin a Jerome; Ep. 172, 1 de Jerome a Augustin; JEROME, Dialogu' contra Pelagianos, III, 19). Y.-M. DUVAL, L'affaire lovinien: d'une crise de la societe romaine a une crise de la pen see chretienne a la fin du lye et au debut du ve siecle (Studia Ephemeridis Augustinianum, 83), Roma, 2003, p. 351, releve 3 paralleles dans Ie Dialogus (1,4; II, 16 et III, 15-16) avec Pecc. mer. 11,5,6 et II, 10, 13. A. la question ultime de Critobule: «Pourquoi les petits enfants sont- Hs baptises?», Jerome repond par une citation integrale de Rom. 5, 14 (que transcrivait deja Pecc. mer. I, 13) avec la meme interpretation qu'Augustin dans Ie passage. 50 
INTRODUCTION qu'y traite saint Augustin 152. Mais ce n'est la au fond qu'une consequence de l'approbation du texte meme de l'eveque par Ie magistere de I'Eglise, et quatre ans seulement apres sa redaction, car Ie concile de Milev de 416 condamne ceux qui nient Ie peche originel chez les nouveau-nes en reprenant des termes typiques et repetes (comme peccatum originale, ex Adam trahere) de l'ex- pose du De peccatorum meritis et remissione I53 . VII. - BIBLIOGRAPHIE 1. Editions modernes Mauristes, 10/1, 1-84, Paris, 1690. Jacques-Paul MIGNE, PL 44, 109-200, Paris, 1865 (d'apres les Mauristes, mais avec des erreurs ou des corrections injustifiees). Carl F. VRBA et Joseph ZYCHA, cSEL 60, 3-151, Wien, 1913 (avec des ameliorations du texte des Mauristes). 152. Voir D. DE BRUYNE, « Un ecrit anti-pelagien », Revue benedictine, 43, 1931, p. 142-144, qui reproduit Ie texte du manus- crit Paris B.N. 13344, feuillets 61-63. La confrontation operee par nous en detail, ce sont les trois-quarts de ces courts «temoignages contre l'heretique Pelage» qui citent, litteralement ou de maniere accommodee, des phrases du De peccatorum meritis et remissione, toutes issues des livres I ou III. Le ftorilege d'EuGIPPE (Excerpta ex operibus S. Augustini, CCCXVII, CSEL 9/1) ne recopie que deux extraits: Pecc. mer. I, 31, 59 - 32, 60 (p. 1010) et Pecc. mer. II, 34, 54 - 36, 59 (p. 1072). 153. Concile de Milev de 416, can. 2, PL 84,229 (cf. MANSI 3, 811 ; 4, 327): «Placuit ut quicunque paruulos recentes ab uteris matrum baptizandos negat aut dicit in remissionem quidem Peccatorum eos baptizari, sed nihil ex Adam trahere originalis peccati quod lauacro regenerationis expietur (...) anathema sit.» La distinction «trahere- contrahere peccatum» a ete creee par Augustin a partir du De peccatorum meritis et remissione, alors que Cyprien n'utilisait que contrahere a propos du peche herite d'Adam par tout etre humain (cf. sa leure Ep. 64 ad Fidum citee en Pecc. mer. 111,5, 10). 51 
DE PECCATORVM MERITIS ET REMISSIONE Editions bilingues modernes auxquelles il est fait reference: Augustinus Lehrer der Gnade: Schriften gegen die Pelagianer I, Wurzburg, 1971, p. 54-300 (texte et traduction); p. 10-38 et 569-652 (commentaires). Traduction: Rochus HABITZKY. Introduction et com- mentaires: Adolar ZUMKELLER. Bibliotheca de Autores Cristianos 9, Madrid, 1952, p. 187-198 (introduction); p. 200-453 (texte et traduc- tion). Traduction: Victorio CAPANAGA. Opere di sant'Agostino, Natura e grazia I, Nuova Biblioteca Agostiniana 17/1, Roma, 1981, p. VII-CIC (introduction generale); p. 3-14 (introduction parti- culiere) et p. 16-239 (texte et traduction). Traduction: Italo VOLPI. Introductions et notes: Agostino TRAPE. The Works of Saint Augustine, 1/23: Answer to the Pelagians, Hyde Park, New York, 1996. Traduction, introduction et notes: Roland 1. TESKE. Sigles et abreviations dans les notes de bas de page et notes complementaires Acta conciliorum oecumenicorum, ed. SCHWARTZ, Berlin - Leipzig. Augustinus Lehrer der Gnade: Schriften gegen die Pelagianer, Wurzburg. Bibliotheque augustinienne, Paris. Bibliotheca de Autores Cristianos, Madrid. Corpus Scriptorum, Series Latina, Thrnhout. Corpus Scriptorum Ecclesiasticorum Latinorum, Wien. Opere di sant'Agostino, Roma. Patrologiae cursus completus, Series Latina, Jacques-Paul MIGNE (ed.), Paris. Sources chretiennes, Paris. The Works of Saint Augustine, New York. ACO ALG BA BAC CCSL CSEL OSA PL SC WSA 52 
INTRODUCTION 2. Etudes d'auteurs modernes Ne sont mentionnees ici que les etudes d'interet general ou portant precisement sur Ie De peccatorum meritis et remissione; la bibliographie relative a des points particuliers figure a la fin des notes complementaires consacrees a ceux-ci. Gustave BARDY, «Celestius», dans Dictionnaire d'his- toire et de geographie ecclesiastique, XII, Paris, 1953, p. 104-107. Pierre BATIFFOL, Le catholicisme de saint Augustin, Paris, 1929, p. 349-411 = ch. 6: "Augustin, Pelage et Ie siege apostolique (411-417)". Marie-Franois BERROUARD, «L'exegese augustinienne de Rom. 7, 7-25 entre 396 et 418, avec des remarques sur les deux premieres periodes de la crise "pel a- gienne"», Recherches augustiniennes, 16, 1981, p. 101-196. Jacques DE BLIC, « Le peche originel selon saint Augustin», Recherches de science religieuse, 16, 1926, p. 97-119; 17, 1927, p. 414-433 et 512-531. Gerald BONNER, «Caelestius », dans Augustinus- Lexikon, Wiirzburg, vol. I, col. 693-698 e. - «Rufinus of Syria and African Pelagianism», Augustinian Studies, 1, 1970, p. 31-47. - Augustine and modern research on Pelagian ism (The St Augustine Lecture 1970), Villanova, Pennsylvania, 1972. Peter BROWN, «The Patrons of Pelagius. The Roman Aristocracy between East and West», Journal of Theological Studies, N.S. 21, 1970, p. 56-72. - La vie de saint Augustin, nouvelle edition, Paris, 2001. Cf. surtout p. 447-463 (ch. "Pelage et Ie pelagia- nisme") et p. 465-469 (debut du ch. "causa gratiae"). Jean CHENE, La theologie de saint Augustin. Grace et predestination, Le Puy - Lyon, 1962. Nello CIPRIANI, «Un'altra traccia dell'Ambrosiaster in Agostino. De peccatorum meritis et remissione II, 36, 58-59», Augustinianum, 24, 1984, p. 515-525. 53 
DE PECCATORVM MERITIS ET REMISSIONE Donatien DE BRUYNE, «Un ecrit anti-pelagien», Revue benedictine, 43, 1931, p. 142-144. Bruno DELAROCHE, «La datation du De peccatorum meritis et remissione», Revue des Etudes augusti- niennes, 41, 1995, p. 37-57. - St Augustin lecteur et inter prete de saint Paul (Collection des Etudes augustiniennes, Serie Antiquite 146), Paris, 1995. - «Memoire et methode exegetiques a la premiere ecoute de theses pelagiennes», dans Saint Augustin et la Bible. Actes du colloque de l'universite Paul Verlaine-Metz (7-8 avril 2005), Gerard Nauroy et Marie-Anne Vannier (ed.), Berne, 2008, p. 235-243. Jean-Charles DIDIER, « Saint Augustin et Ie bapteme des enfants», Revue des Etudes augustiniennes, 2, 1956, p. 109-129. Walter DUNPHY, «A Lost Year: Pelagianism in Carthage, 411 A.D.», Augustinianum, 45, 2, 2005, p. 389-467. Yves-Marie DUVAL, «Le De natura de Pelage. Les premieres etapes de la controverse sur la nature et la grace», Revue des Etudes augustiniennes, 36, 1990, p. 257-283. - L'affaire lovinien: d'une crise de la societe romaine a une crise de la pen see chretienne a la fin du lve et au debut du ve siecle (Studia Ephemeridis Augustinianum, 83), Roma, 2003, en particulier p. 320-326 (<< L'impeccabilite en Afrique en 411-413 »). Vittorino GROSSI, «Celestius», dans Dizionario patris- tico e di antichita cristiane, p. 443-444. - «Battesimo dei bambini e teologia», Augustinianum, 67, 1967, p. 323-337. Pierre-Marie HOMBERT, Nouvelles recherches de chronologie augustinienne (Collection des Etudes augustiniennes, Serie Antiquite 163), Paris, 2000. Guido HONNA Y, «Caelestius, Discipulus Pelagii », Augustiniana,44, 1994, p. 271-302. Jacob H. KOOPMANS, «Augustine's First Contact with Pelagius and the Dating of the Condemnation of 54 
INTRODUCTION Caelestius at Carthage», Vigiliae Christianae, 8, 1954. Adalbert KUNZELMANN, «Die Chronologie der ,Sermones' des hI. Augustinus», dans Miscellanea Augustiniana, II, Roma, 1931, p. 417-520. Luis F. LADARIA, « Paul (st). Chez les Peres de I'Eglise», dans Dictionnaire de sp iritua lite, XII/I, coI. 512-522. Serge LANCEL, Saint Augustin, Paris, 1999, en particu- lier p. 458-462. W. A. LOHR, «Pelagius's Schrift ,De natura': Rekonstruktion und Analyse», Recherches augusti- niennes, 31, 1999, p. 235-294 (voir particulierement p. 285-292). Goulven MADEC, La patrie et la voie. Le Christ dans la vie et la pensee de saint Augustin (Jesus et Jesus Christ, 36), Paris, 1989, en particulier p. 265-274. Andre MANDOUZE, Saint Augustin. L'aventure de la raison et de la grace, Paris, 1968, en particulier p. 393-398. - en collaboration avec Anne-Marie LA BONNARDIERE, Prosopographie chretienne du bas Empire. 1: Prosopographie de l'Afrique chretienne (303-533), Paris, 1982, p. 671-688 = article "Marcellinus". Maria Grazia MARA, Agostino interprete di Paolo, Roma, 1993. Henri Irenee MARROU, Saint Augustin et la fin de la culture antique, Paris, 1938. Giovanni MARTINETIO, « Les premieres reactions anti-augustiniennes de Pelage», Revue des Etudes augustiniennes, 17, 1971, p. 83-117. Madeleine MOREAU, Le dossier Marcellinus dans la correspondance de st Augustin (Collection des Etudes augustiniennes, Serie Antiquite 57), Paris, 1973. - «Lecture du "De doctrina christiana" », dans Saint Augustin et la Bible (Bible de tous les temps, 3), Anne- Marie La Bonnardiere (dir.), Paris, 1987, p. 253-285. 55 
DE PECCATORVM MERITIS ET REMISSIONE Flavio NUVOLONE, « "Pelage" et "pelagianisme" », dans Dictionnaire de spiritualite, XII/2, 1986, co!. 2889-2942. Vera PARONETIO, Augustin. Le message d'une vie (= Agostino, messagio di una vita, Roma, 1981), Paris, 1986. Voir en particulier p. 197-204. Othmar PERLER et Jean-Louis MAIER, Les voyages de saint Augustin, Paris, 1969, p. 300-305. Charles PERROT, L'Epitre aux Romains (Cahiers Evangile, 65), Paris, 1988. Philipp PLATZ, Der Romerbrief in der Gnadenlehre Augustins (Cassiciacum, 5), Wiirzburg, 1938. Georges DE PLINVAL, Pelage, ses ecrits, sa vie et sa reforme, Paris, 1943, p. 254-259. Alessandra POLLASTRI, « Agostino d'Ippona », dans Bibbia e storia nel cristianesimo latino, Alessandra Pollastri et Prancesca Cocchini (ed.), p. 13-93 = parte prima, Roma, 1988. Michael R. RACKETI, « What's Wrong with Pelagianism? Augustine and Jerome on the Dangers of Pelagius and his Followers», Augustinian Studies, 33, 2002. Franois REFOULE, «Datation du premier concile de Carthage contre les pelagiens et du "Libellus fidei" de Rufin», Revue des Etudes augustiniennes, 9, 1963, p.41-49. Graziano RIPANTI, Agostino teorico dell'interpretazione (Filosofia dell a religione, Testi e Studi; 111), Brescia, 1980. Jean RIVIERE, Le dogme de la redemption chez saint Augustin, 3 e edition, Paris, 1933, en particulier p. 339-347. Saint Augustin et la Bible, Anne-Marie La Bonnardiere (dir.), (Bible de tous les temps, 3), Paris, 1987, p. 27-47 (- chap. 1 : "L'initiation biblique d'Augustin"); p. 205- 211 (= introduction aux chap. 12 et 13: "L'eventail des correspondances"); p. 329-352 (= chap. 17: "Bible et polemiques"). 56 
INTRODUCTION Bernard SESBOUE, Jesus-Christ l'unique Mediateur. Essais sur la redemption et le salute T. 1 : Problematique et relecture doctrinale (Jesus et Jesus- Christ, 33), Paris, 1988 et T. 2: Recits du Salut (Jesus et Jesus Christ, 51), Paris, 1992. Aime SOLIGNAC, «"Pelage" et "pelagianisme"», dans Dictionnaire de spiritualite, XII, 1986, co!. 2889- 2942 (= "theologie de Pelage"). - «Les exces de l'intellectus fidei dans la doctrine d'Augustin sur la grace», Nouvelle revue theologique, 110, 1988, p. 825-849. Eugene TESELLE, « Rufinus the Syrian, Caelestius, Pelagius. Explorations in the Prehistory of the Pelagian controversy», Augustininan Studies, 3, 1972, p. 61-95. Agostino TRAPE, Saint Augustin. L'homme, le pasteur, le mystique (traduction de S. Agostino. L'uomo, il pastore, il mistico, Fossano, 1976), Paris, 1988. - «aint Augustin», dans Initiation aux Peres de l'Eglise. IV: Du concile de Nicee (325) au concile de Chalcedoine (451), les Peres latins, Angelo Di Berardino (dir.), traduction franaise, Paris, 1986, p. 544-577. - Opere di S. Agostino. Natura e grazia I (Nuova Biblioteca Agostiniana, XVII/I), Roma, 1981 = Agostino TRAPE, S. Agostino: introduzione alia dot- trina della grazia.1. Natura e grazia (Collana di Studi Agostiniani, 3), Roma, 1987. Maurice F. WILES, The Divine Apostle. The Interpretation of St Paul's Epistles in the Early Church, Cambridge, 1967. S. M. ZARB., Chronologia operum S. Augustini, Roma, 1934. Adolar ZUMKELLER, Augustinus Lehrer der Gnade: Schriften gegen die Pelagianer, I, Wiirzburg, 1971, p. 10-38 (introduction) et p. 569-652 (commentaire). 57 
RETRACTATIONVM LIBRI II, XXXIII (LX) De peccatorum meritis et remissione et de baptismo paruulorum ad Marcellinum, libri tres. Venit etiam necessitas quae me cogeret aduersus nouam pelagianam haeresim scribere, contra quam prius, cum opus erat, non scriptis sed sermonibus et collocutionibus agebamus, ut quisque nostrum poterat aut debebat. Missis ergo mihi a Carthagine quaestionibus eorum quae rescribendo dissoluerem, scripsi primum libros tres quorum titulus est De peccatorum meritis et remissione, ubi maxime disputatur de baptismate paruulorum propter originale peccatum et de gratia Dei qua iustificamur, hoc est iusti efficimur, quamuis in hac uita nemo ita seruet mandata iustitiae ut non sit ei necessarium pro suis pec- catis orando dicere: Dimitte nobis debita nostra. Contra quae omnia sentientes ilia nouam haeresim condiderunt. In his autem libris tacenda ad hue arbitratus sum nomina eorum, sic eos facilius posse corrigi spe- rans, immo etiam in tertio libro - quae est epistola sed in libris habita propter duos quibus eam connectandam putaui - Pelagii ipsius nomen non sine aliqua laude posui, quia uita eius a multis praedicabatur et eius ilia redargui quae in suis scriptis non ex persona sua posuit, sed quid ab aliis diceretur exposuit; quae tamen postea iam haereticus pertinacissima animositate defendit. 154. Iloh. 3, 24. 155. Matth. 6, 12. 156. Cf. De gestis Pelagii, 23, 47. 58 
REVISIONS, LIVRE II, CHAPITRE 33 (60) Du salaire et pardon des peches et du bapteme des tout-petits, a Marcellinus, trois livres. Je me trouvai aussi, par necessite, contraint a ecrire contre une heresie nouvelle, l'heresie pelagienne. Nous la combattions auparavant, quand il en etait besoin, non par des ecrits mais par des sermons et des entretiens, comme chacun de nous etait en mesure ou en devoir de Ie faire. On m'adressa donc de Carthage les questions de ces gens-la en me priant de les refuter par ecrit. Je redigeai tout d'abord trois livres, dont Ie titre est Le salaire et le pardon des peches. II y est surtout discute du bapteme des tout-petits a cause du peche originel et de la grace de Dieu qui nous justifie, autrement dit qui nous rend justes, encore que, en cette vie, il n'existe personne pour observer les commandements I54 de la justice au point qu'il n'ait pas besoin de dire, en priant pour ses peches: Remets-nous nos dettes I55 . C'est en emettant une opinion contraire a tous ces points qu'ils ont fonde la nouvelle heresie. Neanmoins, j'ai estime que, dans ces livres, il fallait encore taire leurs noms, car j'eserais qu'ils pourraient ainsi plus facilement s'amender 56. Bien plus, dans Ie troisieme livre - en realite une lettre, mais elle est consi- deree comme livre parce que j'ai pense necessaire de l'adjoindre aux deux livres qui la precedent - j'ai men- tionne Ie nom de Pelage en personne non sans quelque eloge, parce que bien des gens celebraient sa conduite; et si j 'ai refute les opinions contenues dans son ouvrage, ce n'etait pas qu'illes sou tint a titre personnel, mais il les rapportait comme l'expression d'autres gens. Mais, par la suite, desormais heretique, illes defendit avec une 59 
DE PECCATORVM MERIT IS ET REMISSIONE Caelestius uero, discipulus eius, iam propter tales asser- tiones apud Carthaginem in episcopali iudicio, ubi ego non interfui, excommunicationem meruerat. In secundo libro, quodam loco: «Hoc quibusdam», inquam, «in fine largietur ut mortem repentina com- mutatione non sentiant», seruans locum diligentiori de hac re inquisitioni. Aut enim non morientur, aut de uita ista in mortem et de morte in aeternam uitam celerrima commutatione tanquam in ictu oculi transeundo mortem non sentient. Hoc opus sic incipit: «Quamuis in mediis et magnis curarum aestibus... » 60 
INTRODUCTION hargne des plus tetues. Quant a Caelestius, son disciple, de telles declarations lui avaient deja valu l'excommu- nication de la art d 'un tribunal episcopal, auquel je ne participai pas l 7. Quelque part dans Ie deuxieme livre, j'ai ecrit: «C'est a la fin des temps que ce privilege sera accorde a quel- ques-uns d'etre brusquement transformes sans ressentir cette mort I 58 . » Je reserve les droits d'une recherche plus poussee sur ce point. En effet, ou bien ils ne mourront pas, ou bien, passant de cette vie presente a la mort et de la mort a la vie eternelle par une transformation extremement rapide, comme en un clin d'ceil I59 , ils ne sentiront pas la mort. L'ouvrage commence ainsi: «Quamuis in mediis et magnis curarum aestibus. . . » 157. Cf. De gest. Pel. 35, 62. 158. Pecc. mer. II, 31, 50. 159. Cf. I Cor. 15, 52. 61 
STRUCTURE DU DE PECCATORVM MERITIS ET REMISSIONE Preface (I, 1, 1) LIVRE I 1. La contestation de la mort physique comme punition du peche d'Adam et Eve. Reponse (I, 2, 2 - 8, 8). 2. La contestation de la propagation universelle du peche (on ne peche que par imitation du mauvais exemple d'Adam). Reponse (I, 9, 9 - 15, 20 avec explanatio de la section de Rom. 5, 12-21 : I, 10, 12 - 15, 20). 3. La preuve par Ie bapteme des tout-petits (I, 16, 21) : 3.1. Reponse a ceux qui justifient Ie bapteme des tout- petits par un pardon de leurs peches personnels (I, 17, 22). 3.2. Reponse a ceux qui justifient Ie bapteme des tout- petits pour leur acces au royaume des cieux, mais sans besoin d'un pardon (I, 18, 23). 3.3. Reponse a ceux qui pretendent que Ie Christ a loue les tout-petits comme justes (I, 19, 24 - 21, 29). 3.4. Reponse a ceux qui trouvent injuste que les tout- petits morts non baptises soient prives du salut eternel (I, 21, 30). 4. Annonce d'un catalogue de textes bibliques (I, 26, 39). Catalogue de textes bibliques (I, 27,40-54). 5. Par Ie bapteme tous reoivent Ie pardon (I, 28, 55-56). 6. Le mariage, bon usage de la concupiscence (I, 29, 57). 7. Le bapteme des tout-petits comporte bien un pardon divin, qui ne peut etre que celui du peche orginel commun a tous les humains (I, 30, 58 - 33, 62). 62 
INTRODUCTION 8. Preuve par la liturgie baptismale et la condition infan- tile (I, 34, 63 - 38, 69). 9. Pourquoi la concupiscence demeure chez Ie baptise. Annonce du theme du livre II (I, 39, 70). LIVRE II Introduction. L'objet de ce livre et son enjeu pour la foi chretienne (II, 1, 1 - 5, 6). 1. La question comporte quatre sous-questions. Reponse a la premiere sous-question: un humain sans Ie moin- dre peche pourrait-il exister? - Oui (II, 6, 7). 2. Reponse a la deuxieme sous-question: existe-t-il un humain qui ne peche pas? - Non (II, 7, 8 - 16, 25). 3. Reponse a la troisieme sous-question: pourquoi se fait-il qu'aucun humain n'est sans peche? - Parce que les humains, par ignorance ou par faiblesse, ne veulent pas bien agir (II, 17, 26 - 19, 33). 4. Reponse a la quatrieme sous-question: a-t-il pu et pourra-t-il exister un etre humain indemne de tout peche? - Non, a l'exception de Jesus (II, 20, 34 - 27, 43). 5. La concupiscence qui persiste chez les baptises n'est pas peche (II, 27, 44 - 28, 46). 6. Jesus Christ est I 'unique Sauveur de tous les humains (II, 29, 47 - 36, 58). 7. Une question delicate: celie de l'implication de l'ame dans la condition pecheresse des humains (II, 36, 59). LIVRE III Motifs de l'adjonction de cette lettre aux deux livres deja acheves (III, 1, 1). La nouvelle argumentation decouverte par Augustin (III, 2, 2-3). 63 
DE PECCATORVM MERITIS ET REMISSIONE Les autres objections ont ete traitees dans les livres I et II. Bien noter que Pelage ne fait que les citer (III, 2, 4 - 3, 6). Le point de vue d'Augustin. Retour sur l'argumentaire deploye dans les livres I et II (III, 4, 7-9). Citation d'un texte de Cyprien de Carthage (III, 5, 10-11). Citation de deux textes de Jerome (III, 6, 12 - 7, 14). Reponse aux objections citees par Pelage, sur Ie pardon des peches et Ie bapteme, qu'Augustin avait mention- nees plus haut (III, 8, 15-16). Discours d'Augustin aces objecteurs (III, 9, 17). Reponse a une objection rapportee par Pelage: innocence de l'ame si celle-ci ne se transmet pas (III, 10, 18). Recapitulation 1. La mort et Ie peche sont passes d'Adam a tous les humains, hormis Ie Christ (III, 11, 19 - 12, 21). Recapitulation 2. Denonciation de la sournoise mise en cause du bapteme des bebes (III, 13, 22). Recapitulation 3. La priere nous oblige a confesser qu'il n'y a pas, a ce jour, d'humain sans peche, hormis Ie Christ (III, 13, 23). 
Le texte latin est celui qui a ete etabli par Rochus Habitzky, Aurelius Augustinus Lehrer der Gnade. Schriften gegen die Pelagianer, Wiirzburg, Augustinus- Verlag, 1971 sur l'edition du Corpus Scriptorum Ecclesiasticorum Latinorum (CSEL, volume 60, Wien, 1913, p. 3-151) procuree par Carl Franz Vrba et Joseph Zycha a partir de l'edition benedictine des Mauristes (10.1, 1-84, Paris, 1690). Quelques corrections y ont ete apportees, signalees dans l'apparat. Les debuts de page du texte latin du CSEL seront signales entre crochets droits. 
SALAIRE ET PARDON DES PECHES 
LIVRE I 
LIBER PRIMVS I, 1. (Proemium) [3] Quamuis in mediis et magnis curarum aestibus atque taediorum, quae nos detinent a peccatoribus relin- quentibus legem Dei - licet ea quoque ipsa nostrorum etiam peccatorum meritis inputemus - studio tamen tuo, Marcelline carissime, quo nobis es gratior atque iucundior, diutius esse debitor nolui atque, ut uerum audias, non potui. Sic enim me conpulit uel ipsa caritas, qua in uno incommutabili unum sumus in melius com- mutandi, uel timor ne in te offenderem Deum qui tibi desiderium tale donauit, cui seruiendo illi seruiam qui donauit, sic, inquam, me conpulit, sic duxit et traxit ad dissoluandas pro tantillis uiribus quaestiones quas mihi scribendo indixisti, ut ea causa in animo mea paulisper uinceret alias, donec aliquid efficerem quo me bonae tuae uoluntati et eorum quibus haec curae sunt etsi non sufficienter, tamen oboedienter seruisse constaret. II, 2. Qui dicunt «Adam sic creatum ut etiam sine peccati merito moreretur non poena culpae, sed neces- sitate naturae» profecto illud quod in lege dictum est: 1. Voir la NC 2: « Les preoccupations d' Augustin fin 411 ». 2. Sur l'amitie entre les deux hommes, voir M. MOREAU, Le dossier Marcellinus dans la correspondance de saint Augustin, Paris, 1973. 3. Cf. Rom. 12, 5 et Gal. 3, 28. 4. Affirmation (1) rapportee par Marcellinus. Elle avait ete sou- tenue publiquement par Caelestius, com me Ie rappellera plus tard AUGUSTIN (cf. De gestis Pelagii, 2, 23 et De gratia Christi et de peccato originali, II, 2, 12) et it a pu la lire dans Ie libellus breuissimus signale en I, 34, 63, ecrit de Caelestius. Voir NC 3: «Le corps humain 70 
LIVRE PREMIER I, 1. (Preface) Quoique environne du lourd tourment des soucis et ennuis qui nous paralysent du fait de pecheurs aban- donnant la loi de Dieu I, encore que nous les mettions aussi au compte de nos propres peches, je n' ai pas voulu, tres cher Marcellinus 2 , demeurer plus longtemps redevable a ton devouement, pour lequel tu nous es si precieux et si agreable et, a vrai dire, je ne I' ai pas pu. Ainsi m' a pousse ou la charite elle-meme 3 , par laquelle nous sommes un dans l'Un immuable pour acceder a une transformation meilleure, ou la crainte d' offenser, en ta personne, Dieu qui t' a donne un tel desir dont Ie service fera que je servirai celui qui l'a donne - ainsi, dis-je, ai-je ete pousse, conduit, entraine a resoudre selon mes forces bien limitees les questions que tu m' as adressees par ecrit, au point que ce debat l'a emporte un moment dans mon esprit sur d' autres, jusqu' a ce qu' il rut evident que j' aie rendu service, insuffisamment sans doute, mais avec obeissance, et a ta volonte droite et a ceux qui ont souci de ces questions. 1. La contestation de la mrt physique comme punition du peche d' Adam et Eve. Reponse. II, 2. Ceux qui disent: «Adam a ete cree de faon a mourir, meme sans Ie salaire du peche, non pour ex pier une faute mais selon une necessite de la nature 4 » ten- tent done de rapporter ce qui est dit dans la Loi : 1£ jour et la mort selon les objecteurs», et NC 4: «Le corps humain et la mort chez des auteurs chretiens precedents ».  
DE PECCATORVM MERITIS ET REMISSIONE Qua die ederitis, morte moriemini non ad mortem corporis, sed ad mortem animae, quae [4] in peccato fit, referre conantur. Qua morte mortuos significauit Dominus infideles de quibus ait: Sine mortuos sepelire mortuos suos. Quid ergo respondebunt cum legitur hoc Deum primo homini etiam post peccatum increpando et damnando dixisse: Terra es et in terram ibis? Neque enim secundum animam, sed, quod manifestum est, secundum corpus terra erat et morte eiusdem corporis erat iturus in terram. Quamuis enim secundum corpus terra esset et corpus in quo creatus est animale gestaret, tamen si non peccasset in corpus fuerat spiritale mutan- dus et in illam incorruptionem quae fidelibus et sanctis promittitur, sine mortis supplicio transiturus. Cuius rei desiderium nos habere non solum ipsi sentimus in nobis, uerum etiam monente Apostolo agnoscimus ubi ait: Etenim in hoc ingemescimus, habitaculum nostrum quod de caelo est superindui cupientes, si tamen et induti, non nudi inueniamur. Etenim qui sumus in hac habitatione ingemescimus grauati, in quo nolumus expo lia ri, sed superuestiri, ut absorbeatur mortale a uita. Proinde si non peccasset Adam, non erat expo- liandus corpore, sed superuestiendus inmortalitate et incorruptione, ut absorberetur mortale a uita, id est ab animali in spiritale transiret. 5. Gen. 2, 17. C' est l' exegese spiritualisante des tenants de l' affir- mation (1), donc probablement soutenue dans Ie libellus. 6. Matth. 8, 22; Luc. 9, 60. 7. Gen. 3, 19. 8. Cf. I Cor. 15,47a.44a. 9. Cf. I Cor. 15,51-53 et I Thess. 4, 15-17. 10. II Cor. 5, 2-4. Curieusement, Augustin se represente l'a-venir du corps du premier humain si celui-ci n' avait pas peche a partir des aspirations de I 'homme actuel, donc apres la faute originelle. Le cupientes de Paul rejoint ici Ie desiderium evoque par Augustin au sens 72 
LIVRE I ou vous aurez mange, vous mourrez 5 non a la mort du corps, mais a la mort de I' arne, qui se produit dans Ie peche; et par cette mort Ie Seigneur a designe comme morts les infideles dont il dit: Laisse les morts ensevelir les morts 6 . Que repondront-ils quand on lit que Dieu a dit aussi du premier homme en lui adressant apres son peche reproches et condamnation: Tu es terre et tu retourneras a la terre 7 ? Car ce n' est pas selon I' arne qu'il etait de la terre, mais, bien evidemment, selon Ie corps, et c' est par la mort de ce meme corps qu' il devait retourner a la terre. Car bien qu' il rut terre selon Ie corps et portat comme animal Ie corps dans lequel il fut cree, il etait neanmoins destine, s' il n' avait pas peche, a etre transfonne en corps spiritueZS et a acceder sans Ie supplice de la mort a I' incorruptibilite promise aux fideles et aux saints 9 ; et Ie desir de cette situation, nous sentons que non seulement nous I' avons en nous-memes, mais nous Ie reconnaissons dans I' enseignement de I' Apotre quand il dit: Car nous gemissons dans le desir d'etre revetus de notre demeure celeste pour qu'une fois revetus, nous ne nous trouvions pas nus. Car nous qui sommes dans cette demeure, nous gemissons sous un jardeau dont nous ne voulons pas etre depouilles mais revetus, pour que ce qui est mortel soit absorbe par la vie IO . Si donc Adam n'avait pas peche, il n'aurait pas eu a etre depouille de son corps, mais a etre revetu d'immortalite et d'incorruptibilite pour que ce qui est mortel soit absorbe par la vie et que ce qui est animal soit transfonne en spirituel I I. litteral du terme, a savoir un desir nostalgique de ce qui avait ete Perdu par la faute d' Adam. Voir la NC 6: «Statut et destin du corps humain selon Augustin». 11. Cf. I Cor. 15, 43b-44a. 73 
DE PECCATORVM MERITIS ET REMISSIONE III, 3. Neque enim metuendum fuit ne forte, si diu- tius hic uiueret in corpore animali, senectute graueretur et paulatim ueterescendo perueniret ad mortem. Si enim Deus Israhelitarum uestimentis et calciamentis praesti- tit, quod per tot annos non sunt ob[5]trita, quid mirum si oboedienti homini eiusdem potentia praestaretur ut animale, hoc est mortale, habens corpus haberet in eo quendam statum, quo sine defectu esset annosus, tempore quo Deus uellet a mortalitate ad inmortalitatem sine media morte uenturus? Sicut enim ipsa caro quam nunc habemus non ideo non est uulnerabilis quia non est necesse ut uulneretur, sic ilia non ideo non fuit mortalis quia non erat necesse ut moreretur. Talem puto habitudinem adhuc in corpore animali atque mortali etiam illis qui sine morte hinc translati sunt fuisse concessam. Neque enim Enoc et Helias per tam longam aetatem senectute marcuerunt nec tamen eos credo iam in illam spiritalem qualitatem corporis commutatos qualis in resurrectione promittitur, quae in Domino prima praecessit; nisi quia isti fortasse nec his cibis egent qui sui consumptione reficiunt, sed ex quo translati sunt ita uiuunt ut similem habeant satietatem illis quadraginta diebus quibus Helias ex calice aquae et collyride panis sine cibo uixit; aut, si et his susten- taculis opus est, ita in paradiso fortasse pascuntur sicut Adam priusquam propter peccatum inde exire meruis- set. Habebat enim, quantum existimo, et de lignorum fructibus refectionem contra defectionem et de ligno uitae stabilitatem contra uetustatem. 12. Cf. I Cor. 15,47a. 13. Cf. Deut. 8,4 + 29, 4. 14. Cf. Gen. 5, 24; IV Reg. (= 2 Rois) 2, 11; Eccli.44, 16 et 48, 9; I Macc. 2, 58; Hebr. 11, 5. Voir la NC 5: «Corps et mort. Le cas d 'Henoch et Elie». 15. Cf. I Cor. 14,44a. 16. Cf. I Cor. 15,51-53 et I Thess. 4, 15-17. 17. Cf. Act. 26,23; I Cor. 15,20; Col. 1,18. 18. Cf. III Reg. (= 1 Rois) 19, 8.6. 74 
LIVRE I HI, 3. II n'y avait pas a craindre que l'homme, s'il venait a vivre un peu longuement dans un corps ani- 1OOl I2 , fut appesanti par la vieillesse et, en vieillissant, parvint progressivement a la mort. Car si Dieu a per- mis aux vetements et aux chaussures des Israelites de ne s'etre pas uses pendant tant d'annees I3 , qu'y a-t-il d' etonnant a ce que, par sa puissance, il eOt pennis a I 'homme obeissant, ayant un corps animal, c' est-A-dire mortel, d'avoir en ce corps comme une stabilite qui lui vaudrait d' etre charge d' annees sans deficience et, du moment ou Dieu Ie voudrait, d' aller de la mortalite a l'immortalite sans passer par la mort? De meme, en effet, que cette chair que nous avons maintenant n' est pas vulnerable pour la raison qu' il n' est pas 'inevitable qu'elle soit blessee, de meme cette autre chair n'etait pas mortelle pour la raison qu' il n' etait pas inevitable qu' elle mourut. Je pense que cette disposition demeuree encore telle dans un corps animal et mortel a ete accordee aussi a ceux qui ont ete emmenes d'ici-bas sans connaitre la mort. Car ni Henoch ni Elie I4 , au cours d'une si longue existence, n' ont deperi sous Ie poids de la vieillesse, et pourtant je ne crois pas u'ils soient deja passes a cette sorte de corps spirituel 1 promis pour la resurrection 16 qui a precede pour la premiere fois dans Ie Seigneur I7 . Si ce n' est peut -etre qu ' ils n' ont pas besoin des aliments qui reconfortent du fait de la digestion mais que, depuis qu'ils ont ete enleves de la terre, ils vi vent de telle faon qu'ils se satisfont comme dans ces quarante jours ou Elie a vecu d'une coupe d'eau et d'un petit pain, sans autre nourriture I8 . Ou bien s'ils ont besoin d'aliments pour se soutenir, peut -etre se nourrissent - ils comme Adam, avant qu'il eut a sortir (du jardin) comme sanction de son peche. Car il avait, autant que je Ie presume, dans les fruits des arbres un soutien contre la faiblesse et dans I' arbre de vie un appui contre Ie vieillissement 19. 19. Cf. Gen. 2, 9. 75 
DE PECCATORVM MERITIS ET REMISSIONE IV, 4. Praeter hoc autem quod puniens Deus dixit: Terra es et in terram ibis, quod nisi de morte corporis quomodo intellegi possit ignoro, sunt et alia testimonia, quibus euidentissime appareat non tantum spiritus, sed etiam corporis mortem propter peccatum meruisse genus humanum. Ad Romanos Apostolus dicit: Si [6] autem Christis in uobis est, corpus quidem mortuum est propter peccatum, spiritus autem uita est propter iusti- tiam. Si ergo spiritus eius qui suscitauit Iesum a mortuis habitat in uobis, qui suscitauit Christum Iesum a mortuis uiuificabit et mortalia corpora uestra per inhabitantem spiritum eius in uobis. Puto quod non expositore sed tantum lectore opus habet tam clara et aperta sententia. Corpus, inquit, mortuum est non propter fragilitatem terrenam quia de terrae puluere factum est, sed propter peccatum. Quid quaerimus amplius? Et uigilantissime non ait «mortale» sed mortuum. V, 5. Namque antequam inmutaretur in illam incor- ruptionem quae in sanctorum resurrectionem promittitur, poterat esse mortale quamuis non moriturum, sicut hoc nostrum potest, ut ita dicam, esse aegrotabile quamuis non aegrotaturum. Cuius enim caro est quae non aegro- tare possit, etiamsi aliquo casu priusquam aegrotet occumbat? Sic et illud corpus iam erat mortale. Quam mortalitatem fuerat absumptura mutatio in aetemam incorruptionem si in homine iustitia, id est oboedientia, pennaneret; sed ipsum mortale non est factum mortuum nisi propter peccatum. Quia uero ilia in resurrectione futura mutatio non solum nullam mortem quae facta 20. Gen. 3, 19. 21. Rom. 8, 10-11. Mais les Bibles modemes tendent a traduire: «L'Esprit (Saint) est vie.» Augustin comprend: «l'esprit humain» parce qu'il est engage dans un debat autour des deux sortes de mort humaine: physiologique et spirituelle. Voir NC 6: «Statut et destin du corps humain selon Augustin», et B. DELAROCHE, Saint Augustin lecteur..., p. 210. 22. Cf. I Cor. 15,51-53 et I Thess. 4, 15-17. 76 
LIVRE I IV, 4. Outre Ie fait que Dieu, punissant I 'homme, lui a dit: Tu es terre et tu iras a la terre 20 , texte dont j'ignore comment on pourrait Ie comprendre autrement qu' a propos de la mort du corps, il y ad' autres textes qui temoignent tres clairement que c' est non seulement la mort de I' esprit, mais aussi celie du corps, que Ie genre humain a meritee a cause du peche. Aux Romains I' Apotre dit: Si le Christ est en vous, le corps, bien sur, est mort a cause du pee he, mais l' esprit est vie a cause de la justice. Si done l' esprit de celui qui a ressuscite Jesus d' entre les morts habite en vous, celui qui a ressuscite Jesus d'entre les morts rendra aussi la vie a vos corps mortels par son esprit qui habite ,en vouS 2I . J'estime qu'une declaration si claire n'a pas besoin de commentateur, mais seulement d 'un lecteur; le corps, y est-il dit, est mort non a cause de sa fragilite terrestre parce qu' il a ete fait de la poussiere de la terre, mais a cause du pee he. Que cherchons-nous de plus? Et avec un tres grand soin il ne dit pas «mortel», mais mort. V, 5. Car avant d'etre change en cet etat d'incoITUfti- bilite qui est promis pour la resurrection des saints 2 , Ie corps pouvait etre mortel sans etre destine a la mort, tout comme Ie coq>s qui est Ie notre peut etre, si je puis dire, « maladible 23 » sans etre destine a etre malade. Quelle est en effet la chair qui ne puisse etre malade meme si, par quelque accident, elle meurt avant d' etre malade? De meme ce corps d'autrefois etait deja mortel. Cette mortalite devait etre abolie par une transfonnation en incorruptibilite etemell24 si dans I 'homme demeurait la justice, c' est-A-dire I' obeissance. Mais Ie mortel meme n' est devenu mort qu' en raison du peche. Or, parce que cette transfonnation qui aboutirait a la resurrection ne devait connaitre non seulement nulle mort, laquelle ne 23. L'adjectif aegrotabile est forge par Augustin pour faire pendant a mortale, et il prie d' excuser Ie neologisme par son « si je puis dire» (ut ita dicam). 24. Cf. I Cor. 15, 53. 
DE PECCATORVM MERITIS ET REMISSIONE est propter peccatum, sed nec mortalitatem habitura est quam corpus animale habuit ante peccatum, non ait qui suscitauit Christum Iesum a mortuis uiuijicabit et mortua corpora uestra cum supra dixisset corpus mortuum, sed uiuijicabit, inquit, et mortalia corpora uestra, ut scilicet iam non solum non sint mortua, [7] sed nec mortalia cum ani male resurget in spiritale et mortale hoc induet inmortalitatem et absorbebitur mortale a uita. VI, 6. Mirum si aliquid quaeritur hac manifestatione liquidius. Nisi forte audiendum est - quod huic perspicuitati contradicitur - ut mortuum corpus secundum ilium modum hic intellegamus quo dictum est: Mortijicate membra uestra quae sunt super terram. Sed hoc modo corpus propter iustitiam mortificatur, non propter pecca- tum; ut enim operemur iustitiam mortificamus membra nostra quae sunt super terram. Aut si putant ideo additum: propter peccatum ut non intelligamus quia peccatum factum est, sed ut peccatum non fiat - tamquam diceret: Corpus quidem mortuum est propter non faciendum peccatum - quid sibi ergo uult quod, cum adiunxisset: Spiritus autem uita est, addi- dit: propter iustitiam? Suffecerat enim si adiungeret a «uitam spiritus» ut etiam hic subaudiretur propter non faciendum peccatum, ut sic utrumque propter unam rem a. Selon la leon «si adiungeret» donnee par trois manuscrits, preferable a « sic adiungere», retenue par Ie CSEL. 25. Rom. 8, 10. 26. Rom. 8, 11. 27. Cf. I Cor. 15,44a.53-54. 28. Cf. II Cor. 5, 4. La consonance du verset avec Rom. 8, 10-11 et I Cor. 15, 44a.53-54 est en partie contestable. Voir NC 6. Ce retour d' Augustin a II Cor. 5 ferme la «boucle» exegetique ouverte en I, 2, 2. 29. Col. 3, 5. Rien n'indique qu' Augustin rapporte une interpreta- tion qu'il aurait lue ou entendue (comme l'ecrit A. ZUMKELLER, ALG, p. 570: «Le Pere de I 'Eglise rapporte que son adversaire interpretait 78 
LIVRE I s' est produite qu' en raison du peche, mais non plus la mortalite que possedait Ie corps animal avant Ie peche, il ne dit pas: «Celui qui ressuscita Ie Christ Jesus d' entre les morts fera vivre aussi vos corps morts» au sens 00 il avait dit plus haut : 1£ cOTs est mort 25 , mais : Il fera vivre aussi vos corps mortels 2 , etant donne que desonnais ils ne seront non seulement pas morts, mais pas meme mor- tels, du fait que Ie corps animal ressuscitera en spirituel, que ce qui est mortel revetira I' immortalite 27 , et que ce qui est mortel sera absorbe par la vie 28 . VI, 6. II serait etonnant de chercher une analyse plus limpide que cette explication bien claire. A moins peut -etre qu' il ne faille entendre (ce qui est en contradiction avec cette evidence) que nous ayons a comprendre ici corps mort selon Ie sens du texte ou il est dit: F aites mourir vos membres qui sont de la terre 29 . Mais en ce sens Ie corps est mortifie en raison de la justice et non en raison du peche. En effet, pour faire reuvre de justice, nous nlortifions nos membres qui sont de la terre. Ou bien, si l'on pense qu'a ete ajoute en raison du peche pour que nous comprenions, non qu 'un peche a ete commis, mais «pour qu' il n'y ait point de peche» - comme s' il disait: «Le corps en verite est mort pour que Ie peche ne soit point commis» - que veut-il dire, apres avoir ajoute mais l'esprit est vie, en ajoutant en raison de la justice 30 ? II aurait suffi, en effet, s' il ajoutait: «L' esprit est vie», que I' on sous-entende: «pour que Ie peche ne . soit pas commis», afin que nous comprenions que l'une et l'autre expression ont Ie cette parole differemment.») car il ne s'agit que d'une hypothese avan- cee, tout comme la suivante. Voir la NC 6. Si Ie texte des Expositiones de Pelage, tel qu'il nous est parvenu, contient une interpretation purement morale de la mors de Rom. 8, 10, celle-ci n' est accompagnee d'aucun appui analogique sur Col. 3, 5. 30. Rom. 8, 10. 79 
DE PECCATORVM MERITIS ET REMISSIONE intelligeremus : et mortuum esse corpus et uitam esse spiritum propter non faciendum peccatum. Ita quippe, etiamsi tantummodo uellet dicere propter iustitiam, hoc est « propter faciendam iustitiam », utrum- que ad hoc posset referri: et mortuum esse corpus et uitam esse spiritum propter faciendam iustitiam. Nunc uero et mortuum corpus dixit esse propter peccatum et spiritum esse uitam propter iustitiam, diuersa merita diuersis rebus adttibuens : morti quidem corporis meritum peccati, uitae autem spiritus meritum iusti- tiae. Quodcirca si, ut dubitari non potest, spiritus uita est propter iustitiam, hoc est merito iustitiae, profecto corpus mortuum [8] propter peccatum, quid aliud quam «merito peccati» intellegere debemus aut possumus si apertissimum scripturae sensum nondum non pro arbittio peruertere ac detorquere conamur? Huic etiam uerborum consequentium lumen accedit. Cum enim praesentis temporis gratiam detenninans diceret mor- tuum quidem esse corpus propter peccatum quia in eo nondum per resurrectionem renouato peccati meritum manet, hoc est necessitas mortis, spiritum autem uitam esse propter iustitiam quia licet adhuc corpore mortis huius oneremur iam secundum interiorem hominem coepta renouatione in fidei iustitiam respiramus, tamen, ne human a ignorantia de resurrectione corporis nihil speraret, etiam ipsum quod propter meritum peccati in praesenti saeculo dixerat mortuum, in futuro propter iustitiae meritum dicit uiuificandum nec sic ut tantum ex mortuo uiuum fiat, uerum etiam ex mortali inmortale. 31. Rom. 8, 10 32. Rom. 8, 10. 33. Cf. Rom. 6, 23. 34. Cf. Gal. 6, 7b-8. 35. Cf. Rom. 6, 23a. 36. Cf. Rom. 7, 24b 37. Cf. Rom. 7, 22. 38. Cf. II Cor. 4, 16b. 80 
LIVRE I meme sens, que ce qui est mort, c' est Ie corps et que la vie, c' est I' esprit pour ne point commettre Ie peche. Ainsi, en verite, meme s' il voulait seulement dire: «en raison de la justice», c'est-a-dire: «pour faire reuvre de justice», les deux expressions pourraient se rapporter a cette seule idee que Ie corps est mort et que I' esprit est vie en vue de I' accomplissement de la justice. Mais en realite il a dit et que le corps est mort en raison du peChe"3I et que l'esprit est vie en raison de la justice 32 , attribuant des salaires divers a des realites diverses: ala mort du corps Ie salaire du peche"33, a I' esprit de vie Ie salaire de la justice 34 . C' est pourquoi si, comme on ne saurait en douter, l' esprit est vie en raison d la justice, c'est-a-dire par Ie salaire de la justice, dans le corps est mort en raison du peche que devons-nous ou gouvons- nous comprendre d'autre que salaire du peche 5 si nous essayons de ne pas efonner t detoumer a notre gre Ie sens si clair de I'Ecriture? A cela s'ajoute encore la lumiere des paroles qui sui vent car, lorsque, precisant la grace du temps present, il disait que le corps est mort en raison du peche parce qu'en ce corps qui n'est pas encore renove par la resurrection Ie salaire du peche demeure, c'est-a-dire la necessite de la mort, mais que l' esprit est vie en raison de la justice parce que, bien que nous soyons encore charges de ce corps de mort 36 , deja, selon l' homme interieui3 7 , le renouvellement etant deja commence"38, nous aspirons a la justice qui nait de la foi, cependant - pour que l'ignorance humaine ne so it pas sans esperance en ce qui conceme la resurrection du cos, ce corps lui-meme qu'a cause du salaire du pechl3 il avait dit mort en cette vie du siecle present - il dit que, dans l'avenir, a cause du salaire de la justice, il devra etre vi vifie, et pas seulement en passant de la mort a la vie, mais aussi de la mortalite a I' immortalit e 40. 39. Cf. Rom. 6,23. 40. Cf. I Cor. 15, 53-54. 81 
DE PECCATORVM MERITIS ET REMISSIONE VII, 7. Quamquam itaque uerear ne res manifesta exponendo potius obscuretur, apostolicae tamen senten- tiae lumen adtende. Si autem Christus, inquit, in uobis, corpus quidem mortuum est propter peccatum, spiritus autem uita propter iustitiam. Hoc dictum est ne ideo putarent homines uel nullum uel paruum se habere beneficium de gratia Christi quia necessario morituri sunt corpore. Adtendere quippe de bent corpus quidem adhuc peccati meritum gerere, quod condicioni mortis obstrictum est, sed etiam spi- ritum coepisse uiuere propter iustitiam fidei, qui et ipse in homine fuerat quadam morte infidelitatis exstinctus. «Non igitur», inquit, «parum uobis muneris putetis esse conlatum per id quod Christus in uobis est, quod in corpore propter [9] peccatum mortuo iam propter iusti- tiam uester spiritus uiuit, nec ideo de uita quoque ipsius corporis desperetis. Si enim spiritus eius qui suscitauit Christum a mortuis habitat in uobis, qui suscitauit Christum a mortuis uiuificabit et mortalia corpora uestra per inhabitantem spiritum eius in uobis. » Quid adhuc tantae luci fumus contentionis offundi- tor? Clamat Apostolus: Corpus quidem mortuum est in uobis propter peccatum sed uiuificabuntur etiam morta- lia corpora uestra propter iustitiam, propter quam nunc spiritus iam uita est, quod totum perficietur per gratiam Christi, hoc est per inhabitantem spiritum eius in uobis. Et adhuc reclamatur: dicit etiam quemadmodum fiat ut uita in se mortem mortificando conuertat: Ergo, inquit, fratres, debitores sumus non carni ut secundum carnem uiuamus. Si enim secundum carnem uixeritis, morie- mini,. si autem spiritu facta carnis mortificaueritis, uiuetis. 41. Rom. 8, 10. 42. Cf. Rom. 6, 23. 43. Rom. 8, 11. 82 
LIVRE I Vll, 7. Aussi, encore que je craigne, en expos ant une question bien claire, de plutot I' obscurcir, fais attention pourtant a la lumineuse expression de I' Apotre: Si le Christ est en vous, le corps sans doute est mort en raison du pee he, mais l' esprit est vie en raison de la justice 4I . Ceci a ete dit pour que les hommes ne croient pas qu'ils ne retirent aucun avantage ou seulement un faible avantage de la grace du Christ parce qu' il est inevitable qu'iIs aient a mourir dans leur corps. lIs doivent, en verite, faire attention que Ie corps porte encore le salaire du peche 42 parce qu' il est lie etroitement a la condition mortelle, mais que I' esprit a deja commence a vivre a cause de la justice nee de la foi, cet e,sprit qui dans l'homme s'etait eteint d'une sorte de mort nee de l'in- fidelite. «Ne pensez donc pas, dit-il, qu'i! ne vous a ete donne que peu de secours par Ie fait que Ie Christ est en vous, car dans votre corps mort a cause du peche votre esprit vit deja a cause de la justice et, pour cette raison, ne desesperez pas de la vie de ce corps non plus. Si en effet l'esprit de Celui qui a ressuscite le Christ d'entre les morts habite en vous, Celui qui a ressuscite le Christ d'entre les morts rendra la vie a vos corps mortels par son esprit qui habite en vous4 3 . » Pourquoi repandre encore la brume de la discussion sur une lumiere si vive? L' Apotre s'ecrie: «Le corps mortel est en vous a cause du peche, mais les corps mortels aussi seront rendus a la vie a cause de la justice par laquelle maintenant l' esprit est vie, et tout cela sera accompli par la grace du Christ, c' est-A-dire par son esprit qui habite en vous.» Et cela est encore repete bien fort: il dit aussi comment il se fait que la vie, par la mortification, change la mort en elle-meme. Done, dit- iI, mesfreres, nous ne sommes pas debiteurs de la chair afin de vivre selon la chair car, si vous vivez selon la chair, vous mourrez, mais si vous mortifiez par l' esprit les actes de la chair, vous vivrez44. 44. Rom. 8, 12-13. 83 
DE PECCATORVM MERITIS ET REMISSIONE Quid est aliud quam hoc: «Si secundum mortem uixeritis, totum morietur; si autem secundum uitam uiuendo mortem mortificaueritis, totum uiuet» ? VllI, 8. Item quod ait: Per hominem mors et per hominem resurrectio mortuorum, quid aliud quam de morte corporis intellegi potest quando ut hoc diceret de resurrectione corporis loquebatur eamque instantissima et acerrima intentione suadebat? Quid est ergo quod hic ait ad Corinthios: Per hominem mors et per hominem resurrectio mortuorum,. sicut enim in Adam omnes moriuntur, sic et in Christo omnes uiuificabuntur nisi quod ait etiam ad Romanos: Per unum hominem pec- catum intrauit in mundum et per peccatum [10] mors? Hanc illi mortem non corporis, sed animae intellegi uolunt; quasi aliud dictum sit ad Corinthios per homi- nem mors, ubi omnino animae mortem accipere non sinuntur, quia de resurrectione corporis agebatur, quae morti corporis est contraria. Ideo etiam sola mors ibi per hominem facta commemorata est, non etiam peccatum, quia non agebatur de iustitia, quae contraria est peccato, sed de corporis resurrectione, quae contraria est corporis morti. IX, 9. Hoc autem apostolicum testimonium in quo ait: Per unum hominem peccatum intrauit in mundum et per peccatum mors, conari eos quidem in aliam nouam 45. Autrement dit Ie corps et l'esprit humains, tout comme Gen. 3 evoque Ie peche d' Adam comme une faute qui a introduit la mort dans toutes les dimensions de la nature humaine (cf. 1,4,4). 46. I Cor. 15,21. 47. Cf. I Cor. 15, 12-23. 48. I Cor. 15,21-22. 49. Rom. 5, 12a. Sur l'association des deux epitres pauliniennes, voir NC 7: «I Cor. 15, 21-22 et Rom. 5, 12 dans l'itineraire theologi- que d' Augustin». 50. flU, tenants de l' affirmation (1) sign alee en I, 2, 2, parait annon- cer ceux dont Augustin dit plus loin (I, 9, 9) qu'une autre source que MarceUinus lui a appris leur exegese de Rom. 5, 12. 51. Augustin ressaisit Pertinemment la thematique d' ensemble du 84 
LIVRE I Que dit-il d'autre la que: «Si vous vivez selon la mort, Ie tout4 5 mourra, mais si, en vivant selon la vie, vous mortifiez la mort, Ie tout vivra» ? VITI, 8. De meme quand il dit: La mort est venue par un homme et la resurrection des morts par un homme 46 , comment peut-on comprendre qu'il s'agit d'autre chose que de la mort du corps puisque, pour parler ainsi, c' est de la resurrection du corps qu' il etait question, et il cherchait a en persuader avec une vigueur fort pressante et tres energique 47 ? Que signifie ce qu' il dit aux Corinthiens: C' est par un homme que la mort est venue et par un homme la resurrection des morts, car de meme que tous meurent en Adam, de meme aussi tous sont ramenes a la vie dans le Chrisr4 8 , sinon ce qu' il dit aussi aux Romains: Par un seul homme le Ceche est entre dans le monde, et par le peche la morr4 . Ces gens 50 veulent que I' on comprenne ici la mort, non du corps, mais de I' ame, comme si c' etait autre chose qui avait ete dit aux Corinthiens: C' est par un homme que la mort est venue, ou il n' est absolument pas permis de comprendre la mort de I' ame parce qu' il traitait de la resurrection du corps, qui est I' oppose de la mort du corps. Ainsi est ici evoquee seulement la mort reuvre de I 'homme, et pas encore Ie peche, parce qu' il n' etait pas question de la justice, qui est I' oppose du peche, mais de la resurrection du corps, qui est I' oppose de la mort du COrps5I. 2. La contestation de la propagation universelle du peche (on ne peche que par imitation du mauvais exemple d' Adam). Reponse. IX, 9. Quant a ce texte de I' Apotre ou il dit: Par un seul homme le {eche est entre dans le monde, et par le peche la mort 5 , tu m' as fait savoir dans ta lettre qu' ils chapitre 15 de la premiere lettre aux Corinthiens, qui est la resurrection finale des corps et la propre resurrection de Jesus. 52. Rom. 5, 12a. 85 
DE PECCATORVM MERITIS ET REMISSIONE detorquere opinionem tuis litteris intimasti, sed quidnam illud sit quod in his uerbis opinentur tacuisti. Quantum autem ex aliis comperi, hoc ibi sentiunt quod et mors ista quae illic commemorata est non sit corporis, quam nolunt Adam peccando meruisse, sed animae, quae in ipso peccato fit, et ipsum peccatum non propagatione in alios homines ex primo homine, sed imitatione tran- sisse. Hinc enim etiam in paruulis nolunt credere per baptismum solui originale peccatum quod in nascenti- bus nullum esse omnino contendunt. Sed si peccatum Apostolus illud commemorare uoluisset, quod in hunc mundum non propagatione, sed imitatione intrauerit, eius principem non Adam, sed diabolum diceret, de quo scriptum est: Ab initio diabolus peccat, de quo etiam legitur in libro Sapientiae: Inuidia autem diaboli mors intrauit in orbem terrarum. Nam quoniam ista mors sic a diabolo uenit in homines, non quod ab illo fue- rint propagati, sed quod eum fuerint imitati, continuo subiunxit: Imitantur autem eum qui sunt ex parte eius. Proinde Apostolus [11] cum illud peccatum ac mortem commemoraret, quae ab uno in omnes propagatione transisset, eum principem posuit, a quo propagatio generis humani sumpsit exordium. 10. Imitantur quidem Adam quotquot per in oboe- dientiam transgrediuntur mandatum Dei; sed aliud est quod exemplum est uoluntate peccantibus, aliud quod 53. Ces «autres» informateurs sont Peut-etre ceux qui ont procure a Augustin, sinon Ie libellus breuissimus de Caelestius (transmis par Marcellinus 1), du moins Ie liber sign ale en I, 34, 64. En tout cas, c'est plus tard, en lisant Ie commentaire de I' epitre par Pelage qu' Augustin decouvrira une interpretation tres argumentee de Rom. 5, 12 (cf. III, 1, 1). 54. RapPel de I' opinion (1) signalee en I, 2, 2 et I, 8, 8. Elle avait ete soutenue par Caelestius et se lisait donc dans Ie libellus breuissimus. 55. Opinion (2). Caelestius ne l'avait pas ouvertement defendue devant les eveques. Elle se trouvait Peut-etre dans Ie liber. 56. Opinion (3) transmise par Marcellinus com me (1) et sou- tenue par Caelestius. L'expression peccatum originale a-t-elle ete 86 
LIVRE I s'efforcent de detoumer ce passage pour une autre inter- ". . .. .. pretatlon ; mals en quol conslste cette opInIon, to ne me I' as pas dit. Autant que je I' ai trouve par d' autres 53 , leur sentiment sur ce point est que cette mort qu ' ils evoquent n' est pas celie du corps, qu' ils ne veulent pas qu' Adam ait meritee par Ie peche, mais celie de I' ame, qui se produit dans Ie peche meme 54 , et que ce peche est passe chez les autres hommes, non par voie de propagation, mais par imitation 55 . C' est pourquoi ils refusent aussi d'admettre que chez les tout-petits est efface par Ie bapteme Ie peche originel, qu' ils pretendent absolument inexistant chez les nouveau-nes 56 . Mais si I' ApOtre avait voulu evoquer un peche entre dans Ie monde non par propagation, mais par imitation, if dirait que l'initiateur n'en est pas Adam, mais Ie diable, dont il est ecrit: Au debut, c' est le diable qui peche 57 , lui dont on dit aussi au livre de la Sagesse: C'est par laalousie du diable que la mort est entree dans le monde 8. En effet, puisque cette mort est venue aux hommes par Ie diable, non parce qu'ils naissent de lui, mais parce qu'ils l'ont imite, il aJoute aussitot: Et l' imitent ceux qui sont de son parti 5 . Aussi l' Apotre, evoquant Ie peche et la mort qui etaient passes par propagation d'un seul a tous 60 , a donne comme I' initiateur celui a partir duquella trans- mission du genre humain a trouve sa source. 10. Certes, ils imitent Adam chaque fois que, par desobeissance, ils transgressent un ordre de Dieu. Mais une chose est I' exemple donne a ceux qui pechent utili see par ces objecteurs ? C' est en tout cas son premier emploi sous la plume d' Augustin. Voir NC 8: «L'expression originale peccatum chez Augustin avant Ie De peccatorum meritis et remissione», NC 9 : «Peccatum originale: reconnaissances patristiques anterieures a Augustin» et NC 10: «Originale peccatum dans Ie De peccatorum meritis et remissione». 57. I loh. 3, 8. 58. Sap. 2, 24. 59. Sap. 2, 25. 60. Cf. Rom. 5, 12a.14. 87 
DE PECCATORVM MERITIS ET REMISSIONE origo est cum peccato nascentibus. Nam et Christum imitantur sancti eius ad sequendam iustitiam. Vnde et idem Apostolus dicit: Imitatores mei estote sicut et ego Christi. Sed praeter hanc imitationem gratia eius inluminationem iustificationemque nostram etiam inttinsecus operatur illo opere de quo idem praedica- tor eius dicit: Neque qui plantat est aliquid neque qui rigat, sed qui incrementum dat Deus. Hac enim gratia baptizatos quoque paruulos suo inserit corpori, qui certe imitari aliquem nondum ualent. Sicut ergo HIe in quo omnes uiuificantur, praeter quod se ad iustitiam exemplum imitantibus praebuit, dat etiam sui spiritus occultissimam fidelibus gratiam quam latenter infundit et paruulis, sic et HIe in quo omnes moriuntur, praeter quod eis qui praeceptum Domini uoluntate transgre- diuntur imitationis exemplum est, occulta etiam tabe camalis concupiscentiae suae tabificauit in se omnes de sua stirpe uenturos. Hinc omnino nec aliunde Apostolus dicit: Per unum hominem peccatum intrauit in mundum et per peccatum mors,. et ita in omnes homines pertransiit in quo omnes peccauerunt. Hoc si ego dicerem, resisterent isti meque non recte dicere, non recte sentire clamarent. Nullam quippe in his uerbis intellegerent sententiam cuiuslibet hominis qui haec diceret, nisi istam quam in Apostolo intellegere nolunt. Sed quia eius uerba [12] sunt cuius auctoritati docttinaeque succumbunt, cum ea quae 61. I Cor. 11, 1. 62. Voir NC 55 : «La justice dans la condition actuelle de 1 'homme ». 63. I Cor. 3, 7. 64. Cf. I Cor. 15, 22b. 65. Cf. I Cor. 15, 22a. 66. La forme verbale tabijicare parait etre un neologisme forge par Augustin d'apres Ie substantif tabes, «corruption». Sur la notion de concupiscentia, voir NC 11 : «Concupiscentia et peccatum». 88 
LWRE I volontairement, une autre I' origine de la faute pour des etres qui naissent avec Ie peche. Car les saints imitent aussi Ie Christ pour suivre la justice, ce qui fait dire a l' Apotre: Imitez-moi comme moi j' imite le Chrisf'I. Mais outre cette imitation, sa grace opere interieure- ment en nous illumination et justification 62 par cette operation dont Ie meme predicateur dit: Ce n' est pas celui qui plante qui est quelque chose, ni celui qui arrose, mais celui qui donne la croissance 63 . Car par cette grace il integre a son corps les baptises, meme les tout-petits, qui ne sont pas encore capables d'imiter quelqu'un. De meme donc que lui, en qui tous ont la vie 64 , outre qu' il s' est presente a ceux qui imitent son exemple pour aller vers la justice et donne aux fideles la grace tres cachee de son esprit, qu' il repand secretement sur les enfants aussi, de meme encore est-ce I' autre, en qui tous meurenf'5, outre qu' il est un exemple a imiter pour ceux qui transgressent volontairement I' enseigne- ment du Seigneur, qui, par la corruption cachee de la concupiscence charnelle, a corrompu 66 en lui tous ceux qui seraient issus de sa race. Et c' est de la absolument, et non d' ailleurs, que I' Apotre dit: Par un seul homme le peche est entre dans Ie monde et par le peche la mort, et ainsi il est passe a tous les hommes en celui en qui tous ont peche'67. Si c' etait moi qui parlais, ils s' opposeraient a moi et s' ecrieraient que je ne parle pas justement, que je ne pense pas justement, car ils comprendraient que dans ces paroles il n'y a pas d'autre pen see de la part de l'homme qui les pronocerait que celIe qu'ils ne veulent pas comprendre chez I' Apotre. Mais parce que ce sont les paroles de celui dont I' autorite et I' enseignement les 67. Rom. 5, 12. La traduction latine et les textes grecs dont dispo- sait Augustin ne donnent pas de sujet a pertransiit alors que les autres textes grecs et la Vulgate precisent qu'il s'agit de la mort. Cf. D. DE BRUYNE, Saint Augustin reviseur de la Bible, MA II, p. 527. Aussi pour I' eveque la preuve scripturaire est patente que Ie peche commis par Adam se propage a sa descendance entiere. 89 
DE PECCATORVM MERITIS ET REMISSIONE perspicue dicta sunt in nescio quid aliud detorquere conantur. Per unum, inquit, hominem peccatum intrauit in mundum et per peccatum mors: hoc propagationis est, non imitationis ; nam «per diabolum » diceret. Quod autem nemo ambigit, istum primum hominem dicit qui est appellatus Adam. Et ita, inquit, in omnes homines pertransiit. X, 11. Deinde quod sequitur: In quo omnes peccaue- runt, quam circumspecte, quam proprie, quam sine ambiguitate dictum est! Si enim «peccatum» intel- lexeris quod per unum hominem intrauit in mundum, in quo «peccato» omnes peccauerunt, certe manifestum est alia esse propria cuique peccata in quibus hi tantum peccant quorum peccata sunt, aliud hoc unum in quo omnes peccauerunt, quando omnes HIe unus homo fue- runt. Si autem non «peccatum», sed «ipse unus homo» intellegitur, in quo uno homine omnes peccauerunt, quid etiam ista manifestatione manifestius? Nempe legimus iustificari in Christo qui credunt in eum propter occultam communicationem et inspirationem gratiae spiritalis qua quisquis haeret Domino unus spiritus est. Quamuis eum et imitentur sancti eius, legatur mihi 68. Accusation (4) lancee par ceux dont Augustin a appris (cf. 1,9, 9) leur exegese de Rom. 5, 12. Lue dans Ie liber s'il depend du Liber de fide. Voir NC 12: «L' interpretation augustinienne de Rom. 5, 12-21, la solidarite humaine en Adam» et NC 44: «Le liber lu par Augustin et Ie Liber de fide attribue a Rufin Ie Syrien». 69. Rom. 5, 12a. 70. Rom. 5, 12b. 71. Rom. 5, 12c (fin du verset). 72. Rom. 5, 12a. 73. Huit ans plus tard, l'hiver 419-420, Augustin ecarte cette interpretation pour une raison grammaticale: «peche» etant en grec un nom de genre feminin (af.WQ'tLa) ne peut etre l'antecedant d'un pronom relatif de genre masculin (latin quo). Voir Contra duas epistu- las Pelagianorum, IV, 4, 7. 74. Sur ce theme recurrent tout au long de l'ouvrage, voir NC 13: «La distinction augustinienne entre peche originel et peches person- nels (propria)>>. Sur l'expression «quand tous etaient cet homme 90 
LIVRE I accablent, ils nous objectent notre lenteur a comprendre quand ils s' efforcent de detoumer des declarations tres clairement exprimees en je ne sais quoi d' autre 68 . Par un seul homme, dit-il, le peche est entre dans le monde, et par le peche la mort6 9 . lIs' agit la de propagation, non d'imitation, car il aurait dit «par Ie diable» et, ce dont personne ne doute, il designe ici Ie premier homme, qui s'appelait Adam. Et ainsi, dit-il, (le peche) est passe dans tous les hommes 7o . X, 11. Puis ce qui suit: En qui tous ont peche/l I , avec quelle prudence soigneuse, quelle propriete dans les ter- mes, que lie absence d'ambigulte cela a-t-il ete dit! Car si l'on comprenait du peche qui, par un seul homme est entre dans le monde 72 , que c'est en lui, «peche 73 », que tous ont peche, il est bien evident que seraient propres a chacun d' autres peches dans lesquels pechent seulement ceux dont ce sont les peches, et autre chose cet unique peche dans lequel tous ont peche quand tous etaient cet homme unique 74; mais si I' on entend, non Ie peche, mais cet homme unique, homme unique en qui tous ont peche, quoi de plus explicite que cette explication? C'est un fait que nous lisons que sont justifies dans le Christ ceux qui croient en lui 75 a cause de cette commu- nication et inspiration secrete de la grace spirituelle par laquelle quiconque est attache au Seigneur est un seul esprit 76 avec lui. Encore que ses saints l'imitent aussi 77 , que l'on me lise quelque chose de semblable au sujet de unique», voir NC 12: «L' interpretation augustinienne de Rom. 5, 12-21, la solidarite en Adam». 75. Rom. 4, 5. L'appel ace verset dit la conviction de foi que c'est la situation de I 'homme «en Christ» qui lui devoile la vraie situation de tout homme «en Adam». Le contexte immediat de Rom. 4, 5 n'evoque pourtant pas Ie Christ lui-meme mais Augustin s'explique plus loin (I, 14, 18) sur son interpretation. 76. I Cor. 6, 17. 77. Cette proposition est rattachee a tort par Ie CSEL a la phrase precedente. 91 
DE PECCATORVM MERITIS ET REMISSIONE tale aliquid de his qui sanctos eius imitati sunt, utrum quisquam dictus sit iustificatus in Paulo aut in Petro aut in quolibet eorum quorum in populo Dei magna excellit auctoritas; nisi quod in Abraham dicimur benedicti, sicut ei dictum est: Benedicentur in te omnes gentes propter Christum qui semen [13] eius dictus est secun- dum camem. Quod manifestius dicitur cum hoc idem ita dicitur: Benedicentur in semine tuo omnes gentes. Dictum autem quemquam diuinis eloquiis peccasse uel peccare in diabolo, cum eum iniqui et impii omnes imi- tentur, nescio utrum quisquam repperiat. Quod tamen cum Apostolus de primo homine dixerit - in quo omnes peccauerunt - adhuc de peccati propagine disceptatur et nescio qua nebula imitationis obponitur. 12. Adtende etiam quae secuntur. Cum enim dixisset : In quo omnes peccauerunt, secutus adiunxit: Vsque enim ad legem peccatum in mundo fuit, hoc est quia nec lex potuit auferre peccatum, quae subintrauit ut magis abundaret peccatum, siue naturalis lex in qua quisque iam ratione utens incipit peccato originali addere et pro- pria, siue ipsa quae scripta per Moysen populo data est. Si enim data esset lex quae posset uiuijicare, omnino ex lege esset iustitia. Sed conclusit scriptura omnia sub peccato ut promissio ex fide Iesu Christi daretur credentibus. 78. Gal. 3, 8, reprise libre de Gen. 12, 3. 79. Gen. 22, 18. Repris en Act. 3, 25. 80. Rom. 5, 12c. 81. La section 1,10,12 - 11, 14 est qualifiee a tort d'excursus par A. ZUMKELLER (ALG, p. 579). En effet, l'ensemble I, 10, 12 - 15, 20 deploie l'explanatio de Rom. 5, 13-21 comme la suite du verset Rom. 5, 12 qui fait corps et sens avec lui. 82. Rom. 5, 12c. 83. Rom. 5, 13a. 84. Cf. Rom. 5, 20. 92 
UVRE I ceux qui ont imite ses saints pour savoir si quelqu 'un a ete dit justifie en Paul ou en Pierre ou en n' importe lequel de ceux dont I' autorite I' emporte grandement dans Ie peuple de Dieu. Si ce n' est que I' on dit «etre ooni en Abraham» comme il lui a ete dit: routes les nations seront benies en toi 78 a cause du Christ qui a ete dit sa descendance selon la chair, ce qui est exprime plus clairement lorsque la meme chose est ainsi exprimee: routes les nations seront benies dans ta descendance 79 . Mais une parole disant que quelqu 'un, selon les paroles divines, avait peche ou pechait dans Ie diable, alors que tous les mechants et tous les impies I' imitent, je ne sais si l'on pourrait en trouver. Mais que I' Apotre, a propos du premier homme, ait dit: en qui tous ont, pecho, c' est encore sur la propagation du peche que porte Ie debat et qu'on lui oppose je ne sais quelle fumeuse idee d'imitation. 12. Sois attentif aussi a ce qui suit 8I , car ayant dit: En qui tous ont pech e 'd2, il ajoute aussitot: Jusqu' a la loi en effet le peche Jut dans le monde 83 , c'est-a-dire que la loi n' a pu enlever Ie peche, elle qui est intervenue de fafon qu' abondat le peche'd4, soit la loi naturelle dans laquelle quiconque usant de sa raison se met a a jouter au peche originelles siens propres, soit la loi qui, ecrite par MOIse, fut donnee au peuple 85 . Si, en effet, avait ete donnee une loi qui pouvait susciter la vie, la justice viendrait toute de la loi ,. mais l' Ecriture a tout enferme sous le peche afin que la promesse JUt donnee par la foi en Jesus Christ a ceux qui croiraienr8 6 . 85. Augustin comprend donc par Jusqu'a la Loi: y compris dans un regime de loi, «naturelle» ou transmise par MOise. Mais ce n' est pas Ie propos de Paul, qui essaie d' expliquer pourquoi, meme avant la loi mosalque, tous les humains avaient des conduites reprehensibles. A. TRAPE, OSA, p. 31, n. 10, reconnait que «ce que dit Augustin est vrai mais ne colle pas au texte biblique». 86. Gal. 3, 21b-22. 93 
DE PECCATORVM MERITIS ET REMISSIONE Peccatum autem non deputabatur cum lex non esset. Quid est non deputabatur nisi « ignorabatur et peccatum esse non putabatur»? Neque enim ab ipso Domino Deo tamquam non esset habebatur, cum scriptum sit: Quicumque sine lege peccauerunt sine lege peribunt. XI, 13. Sed regnauit, inquit, mors ab Adam usque ad Moysen, id est a primo homine usque ad ipsam etiam legem quae diuinitus promulgata est, quia nec ipsa potu it regnum mortis auferre. Regnum enim mortis uult intel- legi quando ita dominatur in hominibus reatus peccati ut eos ad uitam aetemam, quae uera uita est, [14] uenire non sinat, sed ad secundam etiam, quae poenaliter aetema est, mortem trahat. Hoc regnum mortis sola in quolibet homine gratia destruit saluatoris, quae operata est etiam in antiquis sanctis quicumque, antequam in came Christus ueniret, ad eius tamen adiuuantem gratiam, non ad legis litteram, quae iubere tantum, non adiuuare poterat, pertinebant. Hoc namque occultabatur in uetere testamento pro temporum dispensatione iustis- sima, quod nunc reuelatur in nouo. Ergo in omnibus regnauit mors ab Adam usque ad Moysen qui Christi gratia non adiuti sunt, ut in eis regnum mortis destrueretur, ergo et in eis qui non peccauerunt in similitudine praeuaricationis Adae, id est qui nondum sua et propria uoluntate sicut HIe 87. Rom. 5, 13b. 88. Rom. 2, 12. 89. Rom. 5, 14. 90. Donc y compris au temps 00 fut en vigueur la loi mosalque. 91. Cf. Apoc. 20, 14. Augustin quitte Ie cadre de sa reponse a la premiere objection (rapport entre peche et mort physique) pour dire jusqu' 00 Peut conduire Ie peche pour I' etemite. A. ZUMKELLER, ALG, p. 571-572, releve qu' Augustin a su, a propos de Rom. 5, 14 «degager la vaste amplitude du concept paulinien de "mort"». 92. Cf. Iloh. 4, 2 et Illoh. 7. 93. Sur cette action anticipee, voir G. DE PLINVAL, «Le salut des justes anciens» et «Saintete des justes anciens », NC 5 et 46, BA 21, p. 586-587 et 609. 94 
LIVRE I Mais le peche n' eta it pas impute quand la loi n' exis- tait pas 87 . Que signifie n' eta it pas impute sinon «etait ignore et n' etait pas considere comme peche»? Mais il n'etait pas ignore par Ie Seigneur lui-meme comme s'il n' existait pas, puisqu' il est ecrit: Tous ceux qui ont peche sans la loi periront sans la loi 88 . XI, 13. Mais la mort a regne, dit-il, depuis Adam jusqu'a Moise 89 , c'est-a-dire depuis Ie premier homme jusqu'a cette loi meme90 qui fut promulguee par Dieu, parce qu' elle non plus n' a pu detruire Ie regne de la mort. Le «regne de la mort» demande a etre compris comme la situation ou I' etat de peche domine les hommes, ne leur pennettant pas d'arriver a la vie etemelle qui est la vraie vie, mais les entraine a une seconde mort 9I qui est un chatiment etemel. Ce «regne de la mort», seule Ie detruit en tout homme la grace du Sauveur, qui a ete a l'reuvre meme chez les saints d'autrefois 92 , tous ceux qui, avant que Ie Christ vint dans la chair, relevaient de sa grace qui leur portait secours 93 , non de la lettre de la loi qui pouvait seulement commander et non porter secours. Car cela etait cache dans I' Ancien Testament en raison de I' ordonnance tres justement organisee des temps et cela est maintenant revele dans Ie Nouveau. Donc la mort regna depuis Adamjusqu'a Moise 94 en tous ceux qui n' ont pas reu Ie secours de la grace du Christ pour qu' en eux rut detruit Ie regne de la mort et done aussi en ceux qui n' ont pas peche en imitant la transgression d'Adam 95 , c'est-a-dire qui n'ont pas encore, de leur propre volonte, peche contre lui 96 , 94. Rom. 5, 14 (debut). 95. Rom. 5, 14 (suite). 96. Augustin vise donc ici les etre irresponsables selon les lois humaines alors que Paul pensait aux adultes qui, ayant ignore la loi mosalque, n' ont pas peche par une transgression analogue a celie que commit Adam. L' eveque pense aux etres en bas-age et prepare ainsi ses lecteurs ace qu'il va dire plus loin sur leur statut. 95 
DE PECCATORVM MERITIS ET REMISSIONE peccauerunt, sed ab illo peccatum originale traxerunt qui est forma fuJuri, quia in illo constituta est «fonna» condemnationis futuris posteris qui eius propagine crea- rentur, ut ex uno omnes in condemnationem nascerentur ex qua non liberat nisi gratia saluatoris. Scio quidem plerosque latinos codices sic habere: Regnauit mors ab Adam usque ad Moysen in eos qui peccauerunt in similitudinem praeuaricationis Adae, quod etiam ipsum qui ita legunt ad eundem referunt intellectum, ut in similitudinem praeuaricationis Adae peccasse accipiunt qui in illo peccauerunt, ut ei similes crearentur sicut ex homine homines, ita ex peccatore peccatores, ex morituro morituri damnatoque damnati. Graeci autem codices unde in latinam linguam interpre- tatio facta est aut omnes aut paene omnes id quod a me primo positum est habent. 14 [15]. Sed non, inquit, sicut delictum ita et dona- tio,. si enim ob unius delictum multi mortui sunt, multo magis gratia Dei et donum in gratia unius hominis Iesu Christi in multos abundauit. Non «magis multos», id est multo plures homines - neque enim plures iustifican- tur quam condemnantur - sed multo magis abundauit. Adam quippe ex uno suo delicto reos genuit; Christus autem etiam quae homines delicta propriae uoluntatis ad 97. Rom. 5, 14 (suite). 98. Si Adam figure du Christ-a-venir est l'interpretation la plus repandue chez les Peres depuis IRENEE, Aduersus haereses, III, 22, 3, SC 34, p. 378, celle-ci ne se retrouve que chez Origene (qui hesite entre les deux sens) et Ephrem, tres proche d' Augustin car pour lui, dans 'tU3tO 'to\) AAovtO, Ie genitif est un neutre: «C'est-a-dire la Jorme du temps a venir; tout comme Adam est devenu pour tous la cause de la mort, de meme Ie Christ la cause de la vie.» Augustin reprend la meme interpretation en III, 4, 9. 99. Cf. Rom. 7, 24-25. 100. Rom. 5, 14 (debut). 96 
LIVRE I mais ont tire Ie peche originel de celui qui est figure de celui qui allait venir 97 , parce qu' en lui a ete etablie la « figure» de la condamnation destinee aux descendants a venir, qui seraient crees selon sa filiation 98 , afin que d 'un seul iIs naissent tous pour la condamnation dont ne libere que la grace du Sauveur 99 . Je sais bien que la plupart des textes latins portent: La mort a regne depuis Adamjusqu'a Moise sur ceux qui ont peche en imitant la transgression d'Adam IOO , ce que ceux qui lisent ainsi ramenent au meme sens, comprenant qu'ils ont peche en imitant la transgression d'Adam, ceux qui ont peche en lui IOI , en sorte qu'ils sont crees sembI abIes a lui comme des hommes nes d'un homme et, de meme, comme des pecheurs nes d'un pecheur, mortels nes d'un mortel, condamnes nes d 'un condamne. Mais les textes grecs a partir desquels a ete faite la traduction latine, soit tous, soit presque tous, portent ce qui a ete avance par moi au debut I02 . 14. Mais il n' en va pas, dit- iI, du don de la grace comme de la faute,. en effet, si par la faute d'un seul beaucoup sont morts, la grace de Dieu et le don, dans cette grace, du seul homme Jesus Christ, ont ete beau- coup plus abondants pour un grand nombre I03 , non pas «un plus grand nombre», c'est-a-dire des hommes beaucoup plus nombreux - car ne sont pas en plus grand nombre ceux qui sont justifies que ceux qui sont condamnes - mais ont ete beaucoup plus abondants. Adam, en verite, a, de son unique faute, fait naitre des coupables. Le Christ, lui, meme les fautes que les 101. Cf. Rom. 5, 12. 102. Augustin renouvelle cette observation de critique textuelle trois ans plus tard, dans un courrier (Ep. 157, III, 19 a Hilaire de Syracuse), et pour soutenir la meme interpretation. Voir NC 14: «Les regles d'interpretation de l'Ecriture rapPelees dans Ie De peccatorum meritis et remissione», et NC 62: « Trace de l' Ambrosiaster dans quelques passages du De peccatorum meritis et remissione ?» 103. Rom. 5, 15. 97 
DE PECCATORVM MERITIS ET REMISSIONE originale, in quo nati sunt, addiderunt gratia sua soluit atque donauit, quod euidentius in consequentibus dicit. XII, 15. Verum illud diligentius intuere quod ait ob unius delictum multos mortuos. Cur enim ob unius illius et non potius «ob delicta sua propria», si hoc loco intellegenda est imitatio, non propagatio? Sed adtende quod sequitur: Et non sicut per unum peccantem ita est donum,. nam iudicium quidem ex uno in condemnatio- nem, gratia autem ex multis delictis in iustificationem. Nunc dicant ubi locum habeat in his uerbis ilia imita- tio. Ex uno, inquit, in condemnationem; quo uno nisi delicto? Hoc enim explanat cum adiungit: Gratia autem ex multis delictis in iustificationem. Cur ergo iudicium ex uno delicto in condemnationem, gratia uero ex multis delictis in iustificationem? Nonne, si nullum est origi- nale delictum, non solum ad iustificationem gratia, sed etiam iudicium ad condemnationem ex multis delictis homines ducit? Neque enim gratia multa delicta donat et non etiam multa delicta condemnate Aut si propterea ex uno delicto in condemnationem ducuntur quia omnia delicta quae condemnantur ex unius illius imitatione commissa sunt, eadem causa est cur ex uno delicto etiam ad iustificationem duci intelle[16]gantur, quia omnia delicta quae iustificatis remittuntur ex illius unius imitatione commissa sunt. 104. Augustin croit pouvoir relever ici que la surabondance de la grace n'est pas dans un nombre plus eleve de beneficiaires qu'il n'y a d 'humains qui se Perdent, mais dans la double remise de Peine (pardon et du peche originel et des peches personnels). Ce n'est pourtant pas a ce niveau que Paul situe Ie surcroit. Son bien plus (multo magis) tient a la disproportion qu'il confesse entre Ie retentissement d'une faute humaine (commise par Adam) et celui de l'action divine (Ie salut opere par Dieu-fait-homme). 105. Rom. 5, 15. 106. Rom. 5, 15. 107. Rom. 5, 16. 98 
LWRE I hommes ajouterent de leur propre volonte a la faute originelle dans laquelle ils sont nes, les a, par Ie don de sa grace, absoutes et pardonnees, ce qui est dit plus clairement dans Ie passage qui suit 104 . XII, 15. Mais examine avec plus de soin Ie fait qu' il dit que par la faute d'un seul beaucou sont morts I05 . Car pourquoi par la faute de lui seul l et non plutot «par leurs propres fautes» si dans ce passage il faut comprendre «imitation» et non «propagation»? Mais prends garde a ce qui suit: Et il n' en va pas de meme pour ce qui depend d'un unique pecheur et pour le don, car si le jugement aboutit, a partir d'une seule, a la condamnation, la grace, elle, aboutit, a partir d'un grand nombre de fautes, a la justijication I07 . Qu'ils disent main tenant ou trouve place dans ces paroles cette imitation qu'ils avancent. A partir d'une seule, dit-il, on vient a la condamnation. Quelle est cette «seule» sinon une faute? C' est ce qu' il explique clairement quand il ajoute: Mais c' est a partir d'un grand nom- bre de fautes que la grace aboutit a la justijication 108 . Pourquoi donc Ie jugement aboutissant, a partir d'une seule faute, a la condamnation, tandis que la grace, a partir de nombreuses fautes, mene a la justijication? N'est-il pas vrai, s'il n'y a point de faute originelle, qu'a partir d'un grand nombre de fautes, non seulement la grace conduit a la justification, mais aussi Ie jugement a la condamnation ? Car alors on ne peut pas dire que la grace pardonne un grand nombre de fautes, et que Ie jugement n' en condamne pas aussi un grand nombre. Autrement dit, si la raison pour laquelle les hommes sont conduits a la condamnation a partir d'une seule faute, c' est que toutes les fautes condamnees ont ete commises par l'imitation de ce seul homme, on com- prendra qu' ils sont aussi conduits a la justification pour la meme raison, a savoir que toutes les fautes remises aux justifies ont ete commises en imitant ce seul homme. 108. Rom. 5, 16b. 99 
DE PECCATORVM MERITIS ET REMISSIONE Sed hoc uidelicet non intellegebat Apostolus cum dicebat: Iudicium quidem ex uno delicto in condemna- tionem, gratia uero ex multis de lie tis in iustificationem! Immo uero nos intellegamus Apostolum et uideamus ideo dictum iudicium ex uno delicto in condemnationem quia sufficeret ad condemnationem, etiamsi non esset in hominibus nisi origin ale peccatum. Quamuis enim condemnatio grauior sit eorum qui originali delicto etiam propria coniunxerunt, et tanto singulis grauior quanto grauius quisque peccauit, tamen etiam illud solum quod originaliter tractum est non tantum a regno Dei separat, quo paruulos sine accepta Christi gratia defunctos intrare non posse ipsi etiam confitentur, uerum et a salute ac uita aeterna facit alienos, quae nulla esse alia potest praeter regnum Dei quo sola Christi societas introducit. XIII, 16. Ac per hoc ab Adam in quo omnes peccaui- mus, non omnia nostra peccata, sed tantum originale traximus b . A Christo uero in quo omnes iustificamur non illius tantum originalis sed etiam ceterorum quae ipsi addidimus peccatorum remissionem consequimur. Ideo non sicut per unum peccantem ita est et donum. Nam iudicium quidem ex uno delicto, si non remittitur, b. A. traduximus (CSEL) on preferera la lon traximus, oubliee dans l'apparat critique du CSEL mais presente dans l'edition des Mauristes (PL 44). Voir G. FOLLIET, «"Trahere/contrahere peccatum". Observations sur la terminologie augustinienne du che», dans Homo spiritalis. Festgabeflir Luc Verheijen zu seinem 70. Geburtstag, C. Mayer ed., Wiirzburg, 1987, p. 125 et la NC 15: «La transmission (tradux) du peche originel: une terminologie desormais fixee». 109. Rom. 5, 16. 110. Declaration (5) qu'imposnt aux objecteurs les paroles du Christ rapportees par saint Jean: A moins de renaftre d'En-Haut, nul ne peut entrer dans Ie royaume de Dieu (Ioh. 3,5), comme il est dit plus loin. Augustin a pu l' apprendre de Marcellinus et par une source ecrite comme Ie liber signale plus loin (I, 34, 64). Voir la NC 44: «Le liber lu par Augustin et Ie Liber de fide attribue a Rufin Ie Syrien». 100 
LIVRE I Mais, a I' evidence, ce n' est pas ce que comprenait I' Apotre lorsqu' il disait: 1£ jugement, c ' est a partir d'une seule faute qu'il mene a la condamnation, mais la grace, c'est a partir t!'un grand nombre qu'elle mene a lajustification I09 ! A nous plutot de comprendre I' Apotre et de voir que le jugement pour la condam- nation a ete prononce a partir d'une seule faute parce que cette seule faute serait suffisante pour conduire a la condamnation, meme s'il n'y avait chez les hommes que Ie peche originel. Car, bien que plus lourde soit la condamnation de ceux qui a la faute originelle ont ajoute des fautes personnelles, et d' autant plus lourde individuellement que I' on a peche plus lourdement, cependant cette seule faute qui a ete conttactee a I' ori- gine non seulement separe du royaume de Dieu, 00 ils reconnaissent eux aussi que les petits enfants morts sans avoir reu la grace du Christ ne peuvent entrer IIO , mais aussi rend etranger au salut et a la vie etemelle, qui ne peut etre rien d'autre que Ie royaume de Dieu ou seule nous introduit I 'union avec Ie Christ. XIII, 16. II en resulte que d' Adam, en qui nous avons tous peche III , nous avons tire, non tous nos peches, mais seulement Ie peche originel II2 , tandis que du Christ, en qui nous sommes tous justifies I 13 , nous obtenons Ie pardon non seulement du peche originel, mais encore de tous les autres peches que nous lui avons ajoutes. Ainsi n' en va-t-il pas de meme pour ce qui depend d'un unique pecheur et pour le don 1l4 . Car Ie jugement portant sur une seule faute, a savoir la faute 111. Cf. Rom. 5, 12c. 112. Voir la NC 15: «La transmission (tradux) du che originel: une tenninologie desormais fixee». 113. Cf. Rom. 5, 16, construit sur Ie modele de Rom. 5, 12c. 114. Rom. 5,16. 101 
DE PECCATORVM MERITIS ET REMISSIONE id est originali, in condemnationem iam potest ducere, gratia uero ex multis de lie tis remissis, hoc est non solum illo originali, uerum etiam omnibus ceteris, ad iustificationem perducit. 17. Si enim ob unius delictum mors regnauit per unum, multo magis qui abundantiam gratiae et iustitiae acci- piunt in uita regnabunt per unum Iesum Chri[17]stum. Cur ob unius delictum mors regnauit per unum nisi quia mortis uinculo tenebantur in illo uno in quo omnes peccauerunt, etiamsi propria peccata non adderent? Alioquin non ob unius delictum mors per unum regnauit, sed ob delicta multa multorum per unumquemque peccantem. Nam si propterea ceteri ob alterius hominis delictum mortui sunt, quia ilIum in delinquendo praecedentem subsequentes imitati sunt, ille quoque et multo magis ob alterius delictum mortuus est, quem diabolus delinquendo ita praecesserat ut ei delictum etiam ipse suaderet. Adam uero nihil suasit imitatoribus suis et multi qui eius imitatores dicuntur eum fuisse et tale aliquid commisisse uel non audierunt uel omnino non credunt. Quanto ergo rectius, sicut iam dixi, diabolum principem constituisset Apostolus, a quo uno peccatum et mortem per omnes transisse diceret si hoc loco non propagationem, sed imitationem docere uoluisset! Multo enim rationabilius Adam dicitur imi- tator diaboli, quem suasorem peccati habuit, si potest quisque imitari etiam ilium qui nihil ei tale suasit uel omnino quem nescit. 115. Rom. 5, 17. 116. Rom. 5, 12c. 117. Cf. Iloh. 3,8. 118. Cf. Gen. 3, 1. 119. Cf. Rom. 5, 12b. 102 
LIVRE I originelle, si elle n' est pas remise, peut alors conduire a la condamnation, tandis que la grace, a partir d'un grand nombre de fautes pardonnees, c'est-a-dire non seulement la faute originelle, mais toutes les autres, conduit a la justification. 17. Si, en effet, par lafaute d'un seulla mort a regne du fait d'un seul, bien plus ceux qui refoivent l'abon- dance et de la grace et de la justice regneront dans la vie par le seul Jesus Christl 15 . Pourquoi a cause de la faute d'un seulla mort a-t- elle regne par un seul, sinon parce qu' ils etaient retenus par Ie lien de la mort en ce seul homme en qui tous ont peche 1l6 , meme s'ils n'y ajoutaient pas de peches personnels? Autrement, ce n' est pas a cause de la faute d'un seul que la mort a regne par un seul, mais a cause des nombreuses fautes d'un grand nombre par chaque pecheur en particulier. Car si tous les autres sont morts a cause de la faute d' un autre homme parce qu' ils I' ont imite, succedant ainsi a qui les avait precedes, celui-la aussi, et bien plus, est mort pour la faute d 'un autre, Ie diable, qui I' avait precede dans Ie peche 117 en Ie pous- sant lui-meme a la fauteII8. Adam, lui, n'a nullement pousse a la faute ses imitateurs et beaucoup que I' on dit ses imitateurs n' ont pas appris ou ne croient absolument pas qu' il a existe et commis un tel acte. Combien plus justement, comme je I'ai deja dit, l' ApOtre aurait-il pre- sente Ie diable comme I 'unique initiateur a partir duquel declarer ue Ie peche et la mort sont passes d'homme a homme II , s' il avait voulu enseigner ici non la propa- gation, mais I' imitation! Car c' est avec beaucoup plus de raison qu' Adam est declare imitateur du diable, qu' il tint pour celui qui Ie persuada de pecher I20 , si l'on peut imiter meme quelqu 'un qui ne vous a rien inspire de tel et dont on ignore absolument tout. 120. Cf. Gen. 3, 13 (Eve accuse Ie serPent, figure du diable, de l' avoir trompee). 103 
DE PECCATORVM MERITIS ET REMISSIONE Quid est autem: Qui abundantiam gratiae et iustitiae accipiunt, nisi quod non ei tantum peccato in quo omnes peccauerunt, sed eis etiam quae addiderunt gratia remissionis datur eisque hominibus tanta iustitia dona- tur ut, cum Adam consenserit ad peccatum suadenti, non cedant isti etiam cogenti ? Et quid est: Multo magis in uita regnabunt, cum mortis regnum multo plures in aetemas poenas trahat, nisi intellegamus eos ipsos in utroque dici qui transeunt ab Adam ad Christum, id est [18] a morte ad uitam, quia in uita aetema sine fine regnabunt, magis quam in eis temporal iter et cum fine regnauit? 18. Itaque sicut per un ius delictum in omnes homines ad condemnationem ita et per un ius iustificationem in omnes homines ad iustificationem uitae. Hoc unius delictum, si imitationem adtendamus, non erit nisi dia- boli. Sed quia manifestum est de Adam, non de diabolo dici, restat intellegenda non imitatio, sed propagatio peccati. XIV. Nam et quod ait de Christo: Per unius iusti- ficationem, magis hoc expressit quam si «per unius iustitiam» diceret. Eam quippe iustificationem dicit qua Christus iustificat impium, quam non imitandam propo- suit, sed solus hoc potest. Nam potuit Apostolus recte dicere: «Imitatores mei estote sicut et ego Christi», numquam autem diceret: «Iustificamini a me sicut et 121. Rom. 5, 17 (debut). 122. Rom. 5, 12c. 123. Rom. 5, 17 (suite). 124. Sur ce passage de multo magis (<< combien davantage») a multo plures (<<combien plus d'humains»), voir plus loin, I, 15,20. 125. A savoir: ceux qui sont concemes par Ie pardon du seul che originel et ceux qui sont concemes par Ie pardon et du che originel et de leurs peches Personnels. 126. Rom. 5, 18. 127. Cf. Rom. 5, 18. 128. Cf. Rom. 4, 5. 104 
LIVRE I Par ailleurs, que signifie: ui refoivent l' abondance de la grace et de la justice I I, sinon que ce n' est pas seulement a ce peche dans lequel tous ont peche I22 , mais aux peches qu' ils ont a joutes qu' est donnee la grace du pardon, et qu' aces hommes est accordee une justice si gran de que, alors qu' Adam a donne son consentement a qui Ie poussait au peche, ceux-la ne lui cedent pas, meme sous sa contrainte? Et pourquoi: lls regneront beaucoup plus dans la vie I23 , alors que Ie regne de la mort en entraine beaucoup plus dans les chatiments etemels I24 , sinon pour que nous comprenions que sont designes dans les deux cas 125 ceux qui pas sent d' Adam au Christ, c'est-a-dire de la mort a la vie, parce que dans la vie etemelle ils regneront sans fin, plus I que la mort n ' a regne en eux dans Ie temps et de faon limitee ? 18. Aussi, de meme que, par lafaute d'un seul, pour tous les hommes on va a la condamnation, de meme aussi, par la justification d'un seul, our tous les hom- mes on va a lajustification de la vie l 6. Cette faute d'un seul, si nous admettions l'imitation, ne sera que celIe du diable. Mais parce qu' il est clair qu' il s' agit d' Adam et non du diable, il reste qu'on doit comprendre non pas « imitation», mais «propagation» du peche. XIV. Et quand il dit du Christ: Par la justification d'un seul I27 , il exprime mieux cette pensee que s'il disait «par la justice d 'un seul ». II appelle en effet «justifica- tion» ce par quoi Ie Christ justifie l'impie I28 , ce qu'il n'a Eas propose d'imiter mais que lui seul peut accom- plir 29. Car I' Apotre  pu dire avec raison: Soyez mes imitateurs comme je le suis du Christl 30 , mais jamais il n' aurait dit: «Vous etes justifies par moi comme je suis 129. Si Ie Christ a ete juste dans sa vie Personnelle et imitable comme tel, il est encore plus - car a titre unique - Ie justificateur de tout humain. Voir NC 55: «La justice dans la condition actuelle de 1 'homme». Augustin annonce a Marcellinus Ie traitement de la qua- trieme grande objection (un homme Peut parvenir a etre parfaitement juste) auquel est consacre Ie livre II de Pecc. mer. 130. I Cor. 11, 1. 105 
DE PECCATORVM MERITIS ET REMISSIONE ego sum iustificatus a ChristO», quoniam possunt esse et sunt et fuerunt multi iusti homines et imitandi, iustus autem et iustijicans nemo nisi Christus. V nde dicitur: Credenti in eum qui iustijicat impium deputatur fides eius ad iustitiam. Quisquis ergo ausus fuerit dicere: «Iustifico te», consequens est ut dicat etiam: «Crede in me.» Quod nemo sanctorum recte dicere potuit nisi sanctus sanctorum: Credite in Deum et in me credite ut, quia ipse iustijicat impium, credenti in eum qui iustijicat impium deputetur fides ad iustitiam. XV, 19. Nam si sola imitatio facit peccatores per Adam, cur non etiam per Christum sola imitatio iustos facit? Sicut enim, inquit, per un ius delictum in omnes homines ad condemnation em, sic et per un ius iustijicatio- nem in omnes homines ad iustijicationem uitae. Proinde isti «unus» et «unus » non Adam et Christus, sed Adam et Abel constitui debuerunt, quoniam cum multi nos in huius uitae tempore praecesserint peccatores [19] eos- que imitari fuerint qui posteriore tempore peccauerunt, ideo tamen uolunt isti non nisi Adam dictum, in quo omnes imitatione peccauerinrc, quia primus hominum ipse peccauit ac per hoc Abel dici debuit, in quo uno similiter homines imitatione iustificentur, quoniam ipse primus hominum iuste uixit. Aut si propter quendam articulum temporis ad noui testamenti exordium perti- nentem Christus est positus propter imitationem caput c. Le CSEL retient la lon peccauerunt mais Ie subjonctif peccaue- rint que presentent quelques-uns des plus anciens manuscrits parat"t mieux etabli pour Ie sens (Augustin rapporte l'opinion des isti) et est retenu par R. Habitzky et R. Teske. 131. Cf. Rom. 3,26. 132. Rom. 4, 5. 133.loh. 14, 1. 134. Rom. 4, 5. 135. Rom. 5, 18. 136. Isti designe les Personnes qui emettent l' opinion (3) rapportee 106 
LIVRE I justifie par Ie Christ», parce qu'il peut y avoir, il y a et il y a eu bien des hommes justes et dignes d' etre imites, mais que personne n' est juste et capable de justifier I 3 I sinon Ie Christ. Aussi est-il dit: A celui qui croit en celui qui justifie l'impie, sa foi est imputee a justice I32 . Aussi pour quiconque aura ose dire: «Je te justifie», il est logique qu' il dise aussi: «Crois en moL» Ce que nul parmi les saints n' a ose dire si ce n' est Ie saint des saints: Croyez en Dieu et croyez en moi I33 pour que, puisque lui-meme justifie l'impie, a qui croit en celui quijustifie l'impie, lafoi soit imputee a justice I 34. XV, 19. Car si c'est l'imitation seule qui fait les pecheurs en Adam, pourquoi la seule imitation ne fait- elle pas les justes en Christ? De meme que, dit-il, c'est par le peche d'un seul que l'on en vient a la condam- nation pour tous les hommes, c' est par la justification d'un seul qu' on en vient a la justification de la vie pour tous les hommes I35 . Par consequent, ces «un seul» et «un seul» auraient dO etre presentes non comme Adam et Ie Christ, mais comme Adam et Abel puisque, bien qu'ils aient ete nombreux, nos predecesseurs en cette vie, a avoir peche et que les aient imites ceux qui ont vecu aux epoques suivantes, neanmoins ils I36 veulent qu'il ne so it question que d' Adam, en qui tous auraient peche I37 par imitation parce que lui, Ie premier des hommes, a peche. Et pour cette raison il aurait dO etre question d' Abel, en qui seul, de la meme faon, les hommes seraient justifies par I' imitation parce qu' il est Ie premier homme a avoir vecu selon la usticeI38. Ou bien si, en raison d'une certaine periode l 9 appartenant au debut du Nouveau Testament, Ie Christ a ete propose a l'imitation en tant que «tete» des justes, Judas, qui par Augustin au debut de cette section (I, 9, 9) d'apres leur propre interpretation de Rom. 5, 12. 137. Cf. Rom. 5, 12c. 138. Cf. Hebr. 11, 4. 139. Articulum designe l'epoque de la premiere generation de chn5tiens. 107 
DE PECCATORVM MERITIS ET REMISSIONE iustorum, Iudas eius traditor caput poni debuit peccato- rum. Porro si propterea Christus unus est in quo omnes iustificentur quia non sola eius imitatio iustos facit sed per spiritum regenerans gratia, propterea et Adam unus est in quo omnes peccauerunt quia non sola eius imitatio peccatores facit sed per camem generans poena. Ob hoc etiam dictum est «omnes» et «omnes». Neque enim qui generantur per Adam idem ipsi omnes per Christum regenerantur; sed hoc recte dictum est quia sicut nullius camalis generatio nisi per Adam sic spiritalis nullius nisi per Christum. Nam si aliqui possent came gene- rari non per Adam et aliqui generari d spiritu non per Christum, non liquide omnes siue hic siue ibi dicerentur. Eosdem autem omnes postea multos dicit; possunt quippe in aliqua re omnes esse qui pauci sunt. Sed multos habet generatio camalis, multos et spiritalis, quamuis non tam multos haec spiritalis quam ilia car- nalis. Verum tamen quemadmodum ilia omnes habet homines, sic ista omnes iustos homines, quia sicut nemo praeter illam homo sic nemo praeter istam iustus homo, et in utraque multi. Sicut enim per inoboedientiam unius hominis [20] peccatores constituti sunt multi, ita per oboedientiam unius hominis iusti constituentur multi. d. Generari, retenu par R. Habitzky et R. Teske, plutot que regene- rari, a cause du parallele precedent (carne generari). 140. Voir NC 55. 141. Rom. 5, 12c. 142. «RegenereS», c'est-a-dire, tout d'abord baptises dans la foi de I'Eglise (cf. Tit. 3, 5c: Sauves par Ie bain de la regeneration). En ce sens, Ie decompte d' Augustin est arithmetiquement juste. Ill' est aussi theologiquement, a ses yeux, en vertu des paroles de Jesus: A moins de renaitre de l'eau et de l'Esprit, nul ne peut entrer dans Ie Royaume des cieux (Ioh. 3, 5). 143. Rom. 5, 19. Dans Ie vocabulaire semitique, « beaucoup » signifie « la multitude» jusqu' au sens de «toUS», ainsi quand Jesus dit : «Mon sang (qui sera) verse pour la multitude» (Matth. 26, 28; voir aussi Matth. 20,28 et Marc. 10,45). II convient donc de ne pas forcer 108 
LNRE I I' a trahi, aurait do etre presente comme «tete» des pecheurs. D' autre part, si Ie Christ est Ie seul en qui tous soient justifies car ce n' est pas sa seule imitation qui les fait justes, mais la grace qui regenere par I' action de l'EritI40, Adam aussi est Ie seul en qui tous ont pee he I car ce n' est pas sa seule imitation qui fait les pecheurs, mais la condamnation qui les engendre. Pour cette raison aussi il a ete dit tous et tous car ceux qui sont engendres par Adam ne sont pas tous regeneres par Ie Christ I42 . Mais cela a ete dit justement parce que, de meme qu ' il n' y a de generation charnelle que par Adam, il n' en est de spirituelle que par Ie Christ. Car si certains pouvaient etre engendres dans la chair autrement que par Adam et certains engendres en esprit autrement que par Ie Christ, tous ne serait pas employe clairement dans ce cas et dans I' autre. Mais ces to us , I' Apotre les dit ensuite nombreux: peuvent en verite, en tel ou tel cas, etre appeles «toUS» des gens peu nombreux; mais la generation charnelle en compte un grand nombre, un grand nombre aussi la spirituelle, encore que cette generation spirituelle n ' en compte pas autant que la charnelle. Cependant, de meme que la premiere compte tous les hommes, de meme la seconde tous les hommes justes, car de meme que personne n' existe comme homme en dehors de la premiere, de meme il n' est pas d 'homme juste en dehors de la seconde, et dans I 'une et I' autre ils sont nombreux : De meme en effet que par la desobeissance d'un seul homme des pecheurs ont ete constitues en grand nom- bre, de meme, par l'obeissance d'un seul homme, des justes seront constitues en grand nombre I43 . theologiquement ce multi (grec oi 3tOAAO£), estime A. ZUMKELLER apres O. Kuss, ALG, p.238. Voir J. JEREMIAS, «Polloi», dans Theologisches Worterbuch zum Neuen Testament, VI, Stuttgart, 1959, p. 536-545. Mais Augustin n'eOt pas admis une extension du sens latin litteral puisqu 'illit dans Ie verset une opposition entre «les humains» et ceux d'entre eux qui sont devenus «justes », alors que Paul meditait plus exactement sur Ie passage de la condition de «pecheurs» a celle de «justes». 109 
DE PECCATORVM MERITIS ET REMISSIONE 20. Lex autem subintrauit ut abundaret delictum. Hoc ad originale homines addiderunt iam propria uoluntate, non per Adam; sed hoc quoque soluitur sanaturque per Christum quia ubi abundauit peccatum superabundauit gratia ut, quemadmodum regnauit peccatum in mortem, etiam quod non ex Adam traxerunt homines, sed sua uoluntate addiderunt, sic et gratia regnet per iustitiam in uitam aeternam. Non tamen aliqua iustitia praeter Christum sicut aliqua peccata praeter Adam. Ideo cum dixisset: Quemadmodum regnauit peccatum in mortem, hic non addidit: Per unum aut per Adam quia supra dixerat etiam de peccato illo quod subintrante lege abundauit et hoc utique non est originis, sed iam propriae uoluntatis. Cum autem dixisset: Sic et gratia regnet per iustitiam in uitam aeternam, addidit: Per Iesum Christum Dominum nostrum quia generante came illud tantummodo trahitur quod est originale peccatum, regenerante autem Spiritu non solum originalis, sed etiam uoluntariorum fit remissio peccatorum. XVI, 21. Potest proinde recte dici paruulos sine baptismo de corpore exeuntes in damnatione omnium mitissima futuros. Multum autem fall it et fallitur 144. Rom. 5, 20a. 145. Rom. 5, 20b. 146. Rom. 5, 21a. 147. Rom. 5, 21b. 148. Rom. 5, 21a. 149. Rom. 5, 20a. 150. Rom. 5,21 b. 151. Rom. 5, 21b. 152. Ainsi s'acheve Ie commentaire suivi de Rom. 5, 12-21, 00 Augustin a voulu montrer que Paul soutenait que Ie Christ est l'unique sauveur non seulement des humains qui se rendent coupables de fautes personnelles, mais de tout etre humain puisque tous les descendants d' Adam sont pecheurs solidairement en lui. Tel n' etait pas, en realite, I' objectif declare de I' Ap<>tre. Mais Augustin etait, du moins, en droit de puiser en Rom. 5 des elements d' intelligence du mystere du salut chretien puisque I' Ap<>tre y medite sur ce que la foi dans Ie Christ revele du che, de la loi, de la justice et du destin de I'humanite. 110 
LNRE I 20. Mais la loi est intervenue pour faire surabonder la jaute I44 . C'est la ce que les hommes ajouterent au peche originel, desonnais de leur propre volonte et non par Adam. Mais cela aussi est pardonne et gueri par Ie Christ parce que, la ou le peche a abonde, a surabonde la grace I45 de faon 2ue, de meme que le peche a regne pour donner la mort l 6 - meme ce que les hommes n' ont pas tire d' Adam mais ont ajoute de leur propre volonte -, de meme aussi la race regne par la justice pour donner la vie eternelle 47. Or il n' est pas de justice sans Ie Christ comme il n' est point de peches sans Adam. Aussi, ayant dit: De meme que le peche a regne pour donner la mort I48 , il n'a pas ajoute ici «par un seul» ou «par Adam» parce qu' il avait dit aussi plus haut a propos de ce peche-la que, la loi etant intervenue, il devint abondant I49 et cela n' etait pas d' origine, bien sOr, mais issu desonnais de la volonte propre. Puis, ayant dit: De fafon que de meme aussi la grace regne par la justice pour la vie eternelle I50 , il ajouta: Par Jesus Christ, notre Seigneur I5I parce que dans la generation charnelle n' est transmis que ce qui est peche originel, mais que de la regeneration par I 'Esprit resulte non seulement Ie pardon du che originel, mais aussi celui des peches volontaires 1 . 3. La preuve par Ie bapreme des tout-petits I53 . XVI, 21. Aussi peut-il etre dit justement que les tout- petits qui quittent leur corps sans bapteme sont promis a la condamnation, mais la plus douce de toutes I54 . Mais I' on se trompe et I' on est fortement trompe si I' on 153. Voir NC 16: «La pratique, entre Ir s. et ve s., de baptiser des tout-Petits», NC 17: «Positions d'auteurs chretiens sur Ie motif theo- logique de baptiser des tout -Petits» et NC 18: «Augustin et Ie bapteme des tout-Petits avant Ie De peccatorum meritis et remissione et apres 1 ui ». 154. Sur cette «condamnation la plus douce de toutes », voir NC 19: «Mitissima damnatio/poena. L' adoucissement des Peines de I' enfer pour les non-baptises morts en bas-age». 111 
DE PECCATORVM MERITIS ET REMISSIONE qui eos in damnatione predicat non futuros, dicente Apostolo: Judicium ex uno delicto in condemnationem et paulo post: Per unius delictum in omnes homines ad condemnationem. Quando ergo peccauit Adam non oboe[21]diens Deo, tunc eius corpus, quamuis esset ani- male ac mortale, gratiam perdidit qua eius animae omni ex parte oboediebat; tunc ille extitit bestialis motus pudendus hominibus quem in sua erubuit nuditate; tunc etiam morbo quodam ex repentina et pestifera corrup- tione concepto factum in illis est ut ilia in qua creati sunt stabilitate aetatis amissa per mutabilitates aetatum irent in mortem. Quamuis ergo annos multos postea uixerint, illo tamen die mori coeperunt quo mortis legem quam in senium ueterescerent acceperunt. Non enim stat uel temporis puncto sed sine intennissione labitur quicquid continua mutatione sensim currit in finem non perficien- tem, sed consumentem. Sic itaque impletum est quod dixerat Deus: Qua die ederitis, morte moriemini. Ex hac igitur inoboedientia camis, ex hac lege pec- cati et mortis quisquis camaliter generator regenerari spiritaliter opus habet, ut non solum ad regnum Dei perducatur, uerum etiam a peccati damnatione liberetur. Simul itaque peccato et morti primi hominis obnoxii nascuntur in came, et simul iustitiae uitaeque aetemae secundi hominis sociati renascuntur in baptismo; sic et in Ecclesiastico scriptum est: A muliere initium factum 155. Rom. 5, 16. 156. Rom. 5, 18. 157. Cf. Gen. 3, 7. Augustin approfondit cela a partir de I, 29, 57, en abordant la sexualite conjugale, puis en II, 22, 36. Voir la NC 38 : «La sexualite, lieu d' experience sensible de la condition humaine, blessee par Ie he originel ». 158. Cf. Rom. 8, 2. 159. Gen. 2, 17. 160. Cf. Rom. 8, 2. De retour en Afrique et avant son ordination episcopale, Augustin avait commente la double expression paulinienne (De diu. quaest. 83, quo 66): «On dit loi de peche, non parce que la loi 112 
LIVRE I pretend qu' ils ne sont pas promis a la condamnation, puisque I' Apotre dit: 1£ juement voue a la condam- nation pour une seule faute 55 et un peu plus loin: Par la faute d'un seulla condamnation tombe sur tous les hommes I56 . Lorsque donc Adam eut peche pour n'avoir pas obei a Dieu, son corps, quoique pourvu d'une ame et mortel, perdit alors la grace par laquelle il obeissait tout entier a son ame; c' est alors que se manifesta ce mouvement bestial, qui fait honte aux humains, qui Ie fit rougir dans sa nudite I57 ; c'est alors que, par un mal ne d'une corruption soudaine et contagieuse, il se fit en eux que, ayant perdu la duree inalterable de la jeunesse, ils allaient a la mort a travers les ,changements de I' age; et donc, bien qu' ils vecussent encore de nom- breuses annees, ils commencerent a mourir Ie jour ou leur fut imposee la loi de la mort I58 selon laquelle ils devaient vieillir jusqu' a la decrepitude. Car ne s' arrete pas un seul instant mais glisse sans interruption tout ce qui, en une mutation continuelle, court jusqu' a une fin qui n' est pas achevement, mais dissolution. C' est ainsi qu' est accompli ce que Dieu avait dit: 1£ jour OU vous mangerez, vous mourrez I59 . Donc par cette desobeissance de la chair et cette loi du peche et de la mort I60 , tout ce qui est engendre charnellement a besoin d' etre regenere spirituellement, non seulement pour etre conduit au royaume de Dieu, mais pour etre libere de la condamnation du peche. De meme, donc, que les hommes naissent dans la chair exposes au peche et a la mort du premier homme, de meme ils renaissent dans Ie bapteme associes a la justice et a la vie etemelle du second homme I6I . Ainsi est-il ecrit aussi dans l'Ecclesiastique: D'une femme serait che, mais parce qu' elle est imposee aux cheurs; de meme loi de la mort parce que la mort est Ie salaire du peche (Rom. 6, 23: Stipendium peccati mors).» 161. «Ie premier homme» (Adam): cf. I Cor. 15, 45.47; «Ie second» (Jesus Christ): cf. I Cor. 15,47. 113 
DE PECCATORVM MERITIS ET REMISSIONE est peccati et per illam omnes morimur. Siue autem a muliere siue ab Adam dicatur, utrumque ad primum hominem pertinet quoniam, sicut nouimus, mulier ex uiro est et uttiusque una caro est. V nde et illud quod scriptum est: Et erunt duo in carne una. Igitur iam non duo, inquit Dominus, sed una caro. XVII, 22. Quapropter qui dicunt paruulos ideo bap- tizari ut hoc eis remittatur quod in hac uita proprium contraxerunt, non quod ex Adam traduxerun , non magno molimine refellendi sunt. Quando enim secum ipsi paululum sine certandi studio cogitauerint quam sit absurdum nec dignum disputatione quod dicunt, conti- nuo [22] sententiam commutabunt. Quod si noluerint, non usque adeo de humanis sensibus desperandum est ut metuamus ne hoc cuipiam persuadeant. Ipsi quippe, ut hoc dicerent, alicuius alterius sententiae suae praeiu- dicio, ni failor, inpulsi sunt ac propterea cum remitti baptizato peccata necessario faterentur nec fateri uellent ex Adam ductum esse peccatum quod remitti fatebantur infantibus, ips am infantiam coacti sunt accusare; quasi accusator infantiae hoc securior fieret quo accusatus ei respondere non posset. Sed istos, ut dixi, omittamus; neque enim sennone uel documentis opus est quibus innocentia probetur infantum quantum ad eorum pertinet e. G. FOLLIET, «UTrahere/contrahere"oo.», p. 124, s'etonne de ne pas trouver de lon traxerunt dans la mesure 00 Ie couple contrahere - trahere est une creation d' Augustin et ecrit: «Malgre tout, la leon "traxerunt" nous parait s' imposer.» Mais tous les manuscrits portent traduxerunt et Augustin rapporte ici Ie point de vue d' objecteurs. 162. Eccli. 25, 24. 163. Cf. Gen. 2,21-23. 164. Matth. 19,5-6,00 Jesus cite Gen. 2,24. 165. Premiere explication theologique (opinion 6) avancee par certains de la pratique du baptSme des hehes. Elle est repetee (15) en I, 34, 63 puis (17) en I, 34, 64. Caelestius ne la soutenait pas mais, 114 
LIVRE I est sortie l' origine du peche, et par elle nous mourons tous I62 . Que l'on parle de la femme ou d'Adam, dans les deux cas on se rerere au premier homme puisue, comme nous Ie savons, la femme sort de l'homme l et ils ne sont qu 'une seule chair. D' ou aussi ce qui est ecrit : Et Us seront deux en une seule chair. lls ne sont done plus deux, dit Ie Seigneur, mais une seule chair I64 . 3.1. Reponse it ceux qui justifient Ie bapreme des tout-petits par un pardon de leurs peches personnels. XVII, 22. C'est pourquoi ceux qui disent que les tout-petits sont baptises pour que leur so it pardonne ce qu'ils ont commis personnellement en cette vie, mais non ce qu'ils ont tire d' Adam I65 doivent etre refutes sans grande peine. Car, lorsqu' ils auront reflechi un peu en eux-memes, sans passion pour la controverse, a quel point ce qu' ils disent est absurde et indigne de discus- sion, ils changeront aussitot d'avis. Et s'ils s'y refusent, il ne faut pas desesperer de I' intelligence humaine au point de redouter qu' ils en seduisent certains. Eux, sans doute, pour dire cela, ont ete, si je ne me trompe, pousses par un prejuge ne de l'opinion de quelqu'un d'autre I66 . .". et, pour cette raIson, reconnalssant necessalrement que les peches sont pardonnes au baptise et, ne voulant pas reconnaitre qu'est venu d'Adam Ie peche qu'ils recon- naissaient comme pardonne aux petits enfants, ils ont ete contraints d' accuser la petite enfance elle-meme, comme si I' accusateur de la petite enfance etait dans une situation d' autant plus sOre que I' accuse ne pouvait lui repondre. Mais laisons ces gens-la, comme je l'ai dit. Car il n' est point besoin de discours ou de temoignages pour prouver I' innocence des petits enfants quant a la d'apres I, 34, 63, d'autres chretiens entendus par MarceUinus depuis la conclusion de la comparution de Caelestius. 166. Qui serait cet « autre » (qui Peut renvoyer a plusieurs Per- sonnes)? Apparemment pas Caelestius car, devant la commission d'eveques, il avait esquive Ie mot «pardon», admettant seulement que Ie bapteme confere aux nouveau-nes est un acte de redemption. 115 
DE PECCATORVM MERITIS ET REMISSIONE uitam quam recenti ortu in se ipsis agunt, si eam non agnoscit sensus humanus nullis amminiculis cuiusquam disputationis adiutus. XVIII, 23. Sed illi mouent et aliquid consideratione ac discussione dignum uidentur afferre qui dicunt paruu- los recenti uita editos uisceribus matrum non propter remittendum peccatum percipere baptismum, sed ut spiritalem procreationem habentes creentur in Christo et ipsius regni caelorum participes fiant eodem modo filii et heredes Dei, coheredes autem Christi. A quibus tamen cum quaeritur utrum non baptizati et non effecti coheredes Christi regnique caelorum participes habeant saltem beneficium salutis aetemae in resurrectione mortuorum, laborant uehementer nec exitum inueniunt. Quis enim Christianorum ferat cum dicitur ad aetemam salutem posse quemquam peruenire si non renascatur in Christo, quod per baptismum fieri uoluit eo iam tempore quo tale [23] sacramentum constituendum fuit regenerandis in spem salutis aetemae? Vnde dicit Apostolus: Non ex operibus iustitiae quae nos fecimus, sed secundum suam misericordiam saluos nos fecit per lauacrum regenerationis. Quam tamen salutem in spe dicit esse cum hic uiuimus, ubi ait: Spe enim saluifacti sumus. Spe autem quae uidetur non est spes,. quod enim uidet quis, quid sperat ? Si autem quod non uidemus speramus, per patientiam expectamus. 167. Pour toute la section I, 18, 23 - 25, 38, voir NC 20: «La confession du peche originel: surtout a propos des tout-Petits?» 168. Cf. II Cor. 5, 17a. 169. Cf. loh. 3, 5. 170. Rom. 8, 17. Deuxieme essai d' explication (opinion 7) du bap- teme des hehes, sans doute lu dans Ie liber signale plus loin (I, 34, 64), la declaration ici rapportee se lisant quasi a I' identique dans Ie Liber de fide. Voir la NC 44. 171. En l' absence d' exrience Personnelle, Augustin parait evo- quer ici des discussions avec ces Personnes, en Afrique meme, dont il aura entendu parler, par exemple par Marcellinus. 116 
LIVRE I vie qu'ils menent en eux-memes lorsqu'ils viennent de naitre, si Ie bon sens de l'homme ne la reconnait pas comme telle sans Ie secours d'une discussion. 3.2. Reponse a ceux qui justifient Ie bapteme des tout-petits pour leur acces au royaume des cieux, mais sans besoin d'un pardon I67 . XVIII, 23. Mais d' autres deplacent Ie debat et semblent apporter un element digne de reflex ion et de discussion. lIs disent que les tout-petits qui viennent de sortir des entrailles de leur mere reoivent Ie bapteme non pour Ie pardon du peche, mais pour que, beneficiant d' une procreation spirituelle, ils soient crees dans Ie Christ Ib8 et que, participant au royaume des cieux 169, ils deviennent de la meme faon fils et heritiers de Dieu, et aussi coheritiers du Christl 70. Pourtant, lorsqu'on leur demande si des non-baptises, qui ne sont pas deve- nus coheritiers du Christ et participants au royaume des cieux, ont tout de meme Ie benefice du salut a la resurrection des morts, ils sont bien embarrasses et ne trouvent pas d'issue I7I . Quel chretien, en effet, ad met- trait qu' on dise que quelqu 'un peut parvenir au salut etemel sans renaitre en Christ, ce que lui-meme voulut operer par Ie bapteme 172, a I' epoque 00 un tel sacrement fut etabli pour la regeneration de I 'homme dans I' espoir du salut etemel ? C' est pour cela que I' Apotre dit: Ce n' est pas selon les lEuvres de justice que nous avons faites, nous, mais c 'est selon sa misericorde qu' il nous a sauves par le bain de la regen era ti(J n 173 ; mais ce salut, ille dit etre dans I' esperance tant que nous vivons ici-bas, quand il dit: C' est en esperance que nous avons ete sauves, mais l'esperance, quand on voit, n'est pas esperance, car ce que l' on voit, pourquoi l' esperer? Mais si nous espe- rons ce que nous ne voyons pas, nous attendons dans 172. Cf. loh. 3, 5. 173. Tit. 3, 5ab. 117 
DE PECCATORVM MERITIS ET REMISSIONE Sine ista ergo regeneratione saluos in aetemum posse paruulos fieri quis audeat adfinnare, tamquam non pro eis mortuus sit Christus? Etenim Christus pro impiis mortuus est. Isti autem qui, ut manifestum est, nihil in sua propria uita impie commiserunt, si nec originaliter ullo impetatis uinculo detinentur, quomodo pro eis mortuus est qui pro impiis mortuus est? Si nulla originalis peccati aegrltudine sauciati sunt, quomodo ad medicum Christum, hoc est ad percipiendum sacramentum salutis aetemae, suorum currentium f pio timore portantur et non eis in ecclesia dicitur: «Auferte hinc innocentes istos: Non est opus sanis medic us, sed male habentibus,. non uenit Christus uocare iustos, sed peccatores» ? Numquam dictum est, numquam dicitur, numquam dicetur in ecclesia Christi tale commentum. XIX, 24. Ac ne g quis existimet ideo paruulos ad baptismum adferri oportet quia, sicut peccatores non sunt, ita nec iusti sunt, quomodo ergo quidam meritum huius aetatis a Domino laudatum esse commemorant quando ait: Sinite paruulos uenire ad me,. talium est f. Currentium figure sur tous les manuscrits. La correction curantium (<< ceux qui ont soin d' eux ») due a un editeur modeme (ENGELBRECHT) et suivie par Ie CSEL, puis R. HABITZKY et R. TEsKE mais pas I. VOLPI, trahit l' ignorance du contexte Ie plus frequent des baptSmes de hehes au temps d' Augustin, a savoir Ie danger de mort imminente. Voir la NC 22. g. La section ne quis existimet (. . .) iusti sunt dePend de la proposi- tion principale quomodo ergo quidam (. . .) caelorum 00 ergo prolonge ues logiquement Ie raisonnement deploye depuis I, 18, 23. II n 'y a donc pas lieu de remplacer ne par si (absent des manuscrits) comme Ie fait Ie CSEL, suivi par R. Habitzky. 174. Rom. 8, 24-25. Apparait ici l'amorce de la thematique «en esrance»l«en realite» (in spe ou spe/in re) deployee au livre II section II, 7, 9; 8, 10; 10, 12; 24. 175. Rom. 5, 6. 118 
LIVRE I la patience I74 . Sans cette regeneration, donc, qui oserait affinner que les tout-petits peuvent etre sauves pour I' etemite comme si Ie Christ n' etait pas mort pour eux ? Car le Christ est mort pour les impies l75 , mais ces petits qui, comme c ' est evident, n' ont rien commis d'impie dans leur vie personnelle, s'ils ne sont pri- sonniers des I' origine dans quelque lien d' impiete, comment est-il mort pour eux, lui qui est mort pour les impies I76 ? S'ils n'ont ete blesses par aucune maladie I77 nee du peche originel, comment sont-ils portes devant ce medecin qu' est Ie Christ 178, c' est -a-dire afin de recevoir Ie sacrement du salut etemel, par la crainte pieuse de ceux qui se precipitent 179, et comment ne leur est - il pas dit dans l'eglise: «Retirez d'ici ces innocents: les bien portants n ' ont pas besoin de medecin, mais ceux qui sont malades I80 ; Ie Christ n'est pas venu appeler les justes, mais les pecheUrS I8I »? Jamais n'a ete prononcee,jamais n'est prononcee, absolument jamais ne sera prononcee dans I , Eglise du Christ une telle interpretation. 3. 3. Reponse a ceux qui pretendent que Ie Christ a loue les tout-petits comme justes. XIX, 24. Et comment donc certains, par crainte qu' on pense qu'il convient de porter les tout-petits au bapteme pour la raison que, tout en n' etant pas des pecheurs, ce ne sont pas des justes, comment donc rappellent-ils que la valeur de cet age a ete louee par Ie Seigneur quand il a dit: Laissez venir a moi les tout-petits car c' est a de tels 176. Rom. 5, 6. 177. «Maladie» (aegritudo): voir la NC 21 : «Christus medicus et la metaphore medicale sur Ie peche originel ». 178. Cf. Matth. 9,12; Marc. 2,17; Luc. 5, 31. 179. Currentium. Voir laNC 22: « Grande frequence, chez Augustin, de l'expression currere ad baptismum a propos des tout-Petits ». 180. Luc. 5, 31. 181. Cf. Luc. 5, 32. 119 
DE PECCATORVM MERITIS ET REMISSIONE enim regnum caelorum? Si enim hoc non propter [24] humilitatis similitudinem, quod humilitas paruulos faciat, sed propter puerorum uitam laudabilem dictum est, profecto et iusti sunt. Non enim recte aliter dici potuit: Talium est regnum caelorum cum esse non pos- sit nisi iustorum. Sed forte hoc quidem non congruenter dicitur quod paruulorum uitam laudauerit Dominus dicens talium esse regnum caelorum cum uerax ille sit intellectus quod humilitatis similitudinem in parua aetate posuerit. Verum tamen forsitan hoc tenendum est, quod dixi, propterea paruulos baptizari debere quia, sicut peccatores non sunt, ita nec iusti sunt. Sed cum dictum esset: Non ueni uocare iustos, quasi ei responderetur: « Quos ergo uocare uenisti? », continuo subiunxit : Sed peccatores in paenitentiam. Ac per hoc quomodo, si iusti sunt, ita etiam si peccatores non sunt, non eos uenit uocare qui dixit: Non ueni uocare iustos, sed pec- catores? Et ideo baptismo eius qui eos non uocat, non tantum frustra, uerum etiam inprobe uidentur inruere; quod absit ut sentiamus. Vocat eos igitur medicus qui non est opus sanis, sed aegrotantibus, nec uenit uocare iustos, sed peccatores in paenitentiam. Et ideo quia suae uitae propriae peccatis nullis adhuc tenentur obnoxii, originalis in eis aegritudo sanatur in eius gratia, qui saluos lacit per lauacrum re generationis. 25. Dicet aliquis: Quomodo ergo et ipsi uocantur in paenitentiam? Numquid tantillus potest aliquid paenitere? Huic respondetur: Si propterea paenitentes 182. Marc. 10, 14. Affinite de cette opinion (8) avec (7). Car c'est l'appui biblique (Marc. 10, 14-15) de RUFIN, Liber de fide n041. Voir la NC 44. Voir la NC 23: «Sicut peccatores non sunt, ita nec iusti sunt. L'hypothese d'un statut d'exception des tout-Petits parmi les humains ». 183. Luc. 5, 32 (debut). 184. Luc. 5, 32 (fin). 185. Cf. Luc. 5, 31-32. 186. Tit. 3, 5c. 120 
LWRE I etres qu' appartient le royaume des cieux I82 ? Si cela a ete dit, non par reference a I 'humilite, car I 'humilite est la marque des tout-petits, mais a cause de la vie digne d' eloges des enfants, assurement ils sont justes aussi; car autrement on ne saurait dire: Car c' est a de tels etres qu'appartient le royaume des cieux puisqu'il ne peut qu'appartenir aux justes. Mais peut-etre n'est-il pas convenable de dire que Ie Seigneur a loue la vie des tout- petits en disant que c' est a de tels etres qu' appartient le royaume des cieux, alors que I' interpretation veritable est qu' il a presente dans Ie tout jeune age une image de I 'humilite. Neanmoins, peut-etre faut-il pourtant retenir ce que j'ai dit: que les tout-petits doivent etre baptises parce que, de meme qu'ils ne sont pas des' pecheurs, ils ne sont pas non plus des justes; mais ayant dit: J e ne suis pas venu appeler les justes 183 , comme si on lui avait demande: «Qui donc es-tu venu appeler?», il ajouta aussitot: mais les pecheurs, pour qu' Us lassent peni- tence I84 . Et, de ce fait, comment, si les tout-petits sont justes, autrement dit s'ils ne sont pas pecheurs, n'est-il pas venu les appeler, lui qui a dit: J e ne suis pas venu appeler le justes, mais les pecheurs? Aussi semblent-ils non seulement inutilement, mais me me injustement se precipiter vers Ie bapteme de celui qui ne les appelle pas! Gardons-nous de cette pen see : Ie medecin les invite donc, lui dont n' ont pas besoin les bien portants, mais les malades, et qui ne vient pas appeler les justes, mais les pecheurs, pour qu'ils fassent penitence I85 . Et ainsi, parce qu' ils ne sont encore prisonniers d' aucun peche relevant de leur vie personnelle, c' est la maladie originelle qui est guerie en eux dans la grace de celui qui les a sauves par le bain de la regeneration I86 . 25. Quelqu'un I87 dira: Comment donc sont-ils appe- les eux aussi a la penitence? De quoi peut bien se repentir un etre aussi petit? On lui repondra: S 'ils ne doivent pas 187. Objection imaginee par Augustin. 121 
DE PECCATORVM MERITIS ET REMISSIONE dicendi non sunt quia sensum paenitendi nondum habent, nec fideles dicendi sunt quia similiter sensum credendi nondum habent. Si autem propterea recte fide- les uocantur quoniam [25] fidem per uerba gestantium quodam modo profitentur, cur non prius etiam paeniten- tes habeantur cum eorundem uerba gestantium diabolo et huic saeculo renuntiare monstrantur? Totum hoc in spe fit ui sacramenti et diuinae gratiae quam Dominus donauit ecclesiae. Ceterum quis ignorat quod baptizatus paruulus, si ad rationales annos ueniens non crediderit nec se ab inlicitis concupiscentiis abstinuerit, nihil proderit quod paruus acceperit? Verum tamen si percepto baptismate de hac uita emigrauerit, soluto reatu cui original iter erat obnoxius, perficietur in illo lumine ueritatis quod incom- mutabiliter manens in aetemum iustificatos praesentia creatoris inluminat. Peccata enim sola separant inter homines et Deum, quae soluuntur eius gratia per quem mediatorem reconciliamur, cum iustificat impium. XX, 26. Terrentur autem isti sententia Domini dicen- tis: Nisi quis natus fuerit denuo, non uidebit regnum Dei - quod cum exponeret ait: Nisi quis renatus fuerit ex aqua et Spiritu, non intrabit in regnum caelorum - et propterea conantur paruulis non baptizatis innocentiae merito salutem ac uitam aetemam tribuere sed, quia baptizati non sunt, eos a regno caelorum facere alienos 188. Gestantium: les adultes qui se portent ainsi garants pour Ie heM de son adhesion (future) a la foi chretienne. 189. Voir NC 26: «Totum hoc in spefit ui sacramenti. Le sacrement pour les tout-Petits esperance pour leur future foi Personnelle». Voir aussi NC 27: «Affinites entre Ie De peccatorum meritis et remissione et la Lettre 98 a Bonifatius». 190. Sur ce devoir du baptise en bas age d'accueillir ensuite la grace du sacrement, voir notamment l' Ep. 3*, BA 46/8, 102, de la collection Divjak (datation impossible), En. Ps. 50 (juillet 413) et l'etude de S. POQUE, «Un souci pastoral d' Augustin: la Perseverance des chretiens baptises dans leur enfance», Bulletin de litterature eccle- siastique, 88, 1987, p. 273-286. 122 
LWRE I etre appeles penitents car ils n' ont pas encore la notion de la penitence, on ne doit pas non plus les appeler fideles car, de la meme faon, ils n' ont pas encore la notion de la foi; mais s' ils sont avec raison appeles fideles parce qu'ils affinnent d'une certaine faon leur foi par les paroles de ceux qui les portent, pourquoi ne seraient - ils pas consideres auparavant comme des penitents uand, par les paroles de ces memes gens qui les portent 88, ils declarent renoncer au diable et a ce monde? Tout cela se fait dans I' esperance par la force du sacrement et de la grace divine que Ie Seigneur a donnee a l'Eglise I89 . D'ailleurs, qui ignore que Ie tout-petit baptise, si, arrive a I' age de raison, il ne croit pas et ne se tient pas eloigne des concupiscences illicites, ne tirera aucun profit de ce qu'il a reu tout-petit I90 ? Au contraire, celui qui quitte, baptise, cette vie, de livre de la culpabilite a laquelle il etait originellement expose, atteindra la perfection dans cette lumiere de la verite qui, demeurant inchangee, illu- mine pour I' etemite, par la presence du createur, ceux qui ont ete justifies. Car seuls les peches sont un obstacle entre les hommes et Dieu, et ils sont detruits par la grace de ce mediateur par lequel nous sommes reconcilies I9I puisqu'il justifie l'impie I92 . XX, 26. Mais ces gens sont effrayes par cette parole du Seigneur: Quiconque ne renalt pas ne verra pas le royaume de Dieu I93 , qu'il explicite ainsi: Quiconque ne renalt pas de l' eau et de l' Esprit n' entrera pas dans le royaume des cieux I94 . C'est pourquoi ils tentent d'attri- buer aux tout-petits non baptises, grace au merite lie a l'innocence, Ie salut et la vie etemelle, mais parce qu'ils n' ont pas ete baptises, de les faire etrangers au royaume 191. Cf. Rom. 5, 11 + I TIm. 2,5. 192. Cf. Rom. 4, 5. 193. loh. 3, 3. 194. loh. 3, 5. 123 
DE PECCATORVM MERITIS ET REMISSIONE noua quadam et mirabili praesumptione quasi salus aetemae uitae possit esse praeter Christi hereditatem, praeter regnum caelorum. Habent enim uidelicet quo confugiant atque ubi delitiscant quia non ait Dominus: Si quis non renatus fuerit ex aqua et Spiritu « non habebit uitam», sed ait: Non intrabit in regnumDei. Nam si illud dixisset, nulla hinc dubitatio posset oboriri. Auferatur ergo iam dubitatio, Do[26]minum audiamus, non suspi- ciones coniecturasque mortalium, Dominum audiamus, inquam, non quidem hoc de sacramento sancti lauacri dicentem, sed de sacramento sanctae mensae suae quo nemo rite nisi baptizatus accedit: Nisi manducaueritis carnem meam et biberitis sanguinem meum, non habe- bitis uitam in uobis. Quid ultra quaerimus? Quid ad hoc responderi potest nisi pertinacia pugnaces neruos aduersus constantiam perspicuae ueritatis intendat? 27. An uero quisquam etiam hoc dicere audebit quod ad paruulos haec sententia non pertineat possintque sine participatione corporis huius et sanguinis in se habere uitam, quia non ait «qui non manducauerit» sicut de baptismo: Qui non renatus fuerit, sed ait: Si non man- ducaueritis, uelut eos alloquens qui au dire et intellegere poterant, quod utique non ualent paruuli ? Sed qui hoc dicit non adtendit quia nisi omnes ista sententia teneat, 195. Variante de l'opinion (5) signalee en I, 18, 23 sur Ie sens du bapteme des hehes. Cela fait sans doute echo au liber signale plus loin (I, 34, 64), ce demier presentant alors des affinites avec Ie Liber de fide, n040. Voir la NC 44. 196. La distinction entre Royaume de Dieu et Vie etemelle n' appa- rait pas avec les ecrits dits «lagiens», mais elle etait deja un theme theologique a la fin du IVC s. Voir la NC 28: «Traces d'une distinction, selon des chretiens contemporains d' Augustin, entre regnum Dei et uita/salus aeterna ». 197. loh. 3, 5. Suite de l'opinion (8). Augustin revient a la fin du livre (I, 30,58) sur Ie fait que ces cl1retiens s'appuient sur loh. 3, 5. 198. loh. 6, 54. 199. Objection fictive ou emanant d'un des objecteurs reels signales par Marcellinus. Augustin y revient plus loin (III, 4, 7). Sur la place de 124 
LIVRE I des cieux 195, par une conception nouvelle et etonnante, comme si Ie salut qu' est la vie etemelle pouvait exister en marge de I 'heritage du Christ, en marge du royaume des cieux l96 . Car ils ont apparemment un refuge et un abri parce que Ie Seigneur ne dit pas: «Quiconque ne renalt pas de l' eau et de l' Esprit n' aura pas la vie», mais il dit: N'entrera pas dans le royaume des cieux I97 . Car s'il avait dit cela aucun doute n' aurait pu surgir. Que Ie doute soit donc desonnais aboli, ecoutons Ie Seigneur, non pas des suppositions et des conjectures de mortels, ecoutons, dis-je, Ie Seigneur non quand il parle du sacre- ment du saint bapteme, mais du sacrement de sa table sainte, auquel n' accede legitimement que celui qui a ete baptise: Si vous ne mangez ma chair et 'ne buvez mon sang, vous n'aurez pas la vie en vous I98 . Que deman- dons-nous de plus? Que peut-on repondre a cela, sinon que I' entetement dirige des forces agressi yes contre la pennanence de la claire verite? 27. Mais quelqu'un peut-etre osera dire que cette parole ne conceme pas les tout-petits 199 et qu 'ils peuvent, sans participer a ce corps et a ce sang 2OO , avoir la vie en eux, parce qu' il ne dit pas: «Quiconque ne mange pas» comme a prOJ?os du bapteme: Quiconque ne renalt pas de nouveau 2 , mais il dit: Si vous ne mangez pas 202 , comme s'adressant a des gens qui pouvaient l'entendre et Ie comprendre, ce dont, bien sOr, ne sont pas capables les tout-petits. Mais qui parle ainsi ne prend pas garde que si cette phrase n'englobe pas tous les hommes, l'eucharistie dans Ie debat naissant, voir la NC 24: «Les tout-Petits et leur acces ai' eucharistie». 200. Selon l'usage primitif de l'Eglise (conserve par l'Eglise ortho- doxe), tout nouveau fidele, meme en bas age, recevait simultanement les sacrements du baptSme et de I' eucharistie. Voir NC 24 et NC 25 : «La pratique du bapteme de tout-Petits, preuve que tous les humains ont besoin d'un pardon divin ». 201. loh. 3, 5. 202. loh. 6, 54. 125 
DE PECCATORVM MERITIS ET REMISSIONE ut sine corpore et sanguine filii hominis uitam habere non possint, frustra etiam aetas maior id curat. Potest enim, si non uoluntatem sed uerba loquentis adtendas, eis solis uideri dictum quibus tunc Dominus loquebatur, quia non ait « Qui non manducauerit», sed: Si non man- ducaueritis. Et ubi est quod eodem loco de hac ipsa re ait: Panis quem ego dedero, caro mea est pro saeculi uita? Secundum hoc enim etiam ad nos pertinere illud sacramentum intellegimus, qui tunc nondum fuimus, quando ista dicebat, quia non possumus dicere ad sae- culum nos non pertinere, pro cuius uita Christus suam camem dedit. Quis autem ambigat «saeculi» nomine « homines» significasse qui nascendo in hoc saeculum ueniunt? Nam, sicut alibi ait, [27] filii saeculi huius generant et generantur. Ac per hoc etiam pro paruulo- rum uita caro data est quae data est pro saeculi uita; et si non manducauerint camem filii hominis, nec ipsi habebunt uitam. 28. Hinc est etiam illud: Pater diligit Filium et omnia dedit in manu eius. Qui credit in Filium habet uitam aeternam,. qui autem incredulus est Filio non habebit uitam sed ira Dei manet super eum. In quo igitur horum genere ponemus infantes? In eorum qui credunt in Filium an in eorum qui sunt increduli Filio ? «In neutro», ait aliquis, «quia cum adhuc credere non possunt nec increduli deputandi sunt». Non hoc indicat ecclesiastica regula, quae baptizatos infantes fidelium numero adiungit. Porro si isti qui baptizantur propter uirtutem celebrationemque tanti sacramenti, quamuis suo corde atque ore non agant quod ad credendum 203. C'est une regie d'exegese sur laquelle insiste Augustin a plusieurs reprises dans cet ouvrage comme dans d' autres: it faut tenir compte tout ensemble et des paroles et de I' intention de celui qui s' ex- prime dans Ie texte sacre. Voir la NC 14: «Les regles d'interpretation de 1 'Ecriture rapPelees dans Ie De peccatorum meritis et remissione». 204. loh. 6, 52. 205. Luc. 20, 34. 206. loh. 6, 52. 126 
LIVRE I lesquels sans Ie corps et Ie sang du Fils de l'homme ne pourraient avoir la vie, c' est inutilement aussi que I' age adulte s' en soucie. Car, si I' on ne prend pas garde a I' intention de celui qui parle, mais seulement a ses paroles, elles pourraient sembler dites seulement pour ceux auxquels Ie Seigneur s' adressait alors, parce qu' il ne dit pas: «Quiconque ne mange pas», mais: Si vous ne mangez pas 203 . Et OU est donc Ie texte dans lequel il dit dans Ie meme passage, sur Ie meme sujet: 1£ pain que je donnerai, c' est ma chair pour la vie du monde 204 ? D'apres cela, nous comprenons que ce sacrement nous conceme, nous qui n' existions pas encore quand il disait ces paroles, parce que nous ne pouvons I;'as dire que nous n'appartenons pas au monde pour la vie duquelle Christ a donne sa chair. Qui donc pourrait douter que, par Ie mot «monde», il a designe les hommes qui, en naissant, viennent dans ce monde? En effet, comme il Ie dit ailleurs, les enfants de ce siecle engendrent et sont engendres 205 . Et d' apres cela, c' est pour la vie des tout- petits aussi qu' a ete donnee cette chair, qui a ete donnee pour la vie du monde 206 ; et s' ils ne mangent pas la chair du Fils de I 'homme, eux non plus n' auront pas la vie. 28. Puis vient ceci : 1£ Pere aime le Fils et a tout remis entre ses mains. Celui qui croit au Fils a la vie eternelle, mais celui qui ne croit pas au Fils n' aura pas la vie, mais la colere de Dieu demeure sur lui 207 . Dans quelle categorie mettrons-nous les tout-petits? Parmi ceux qui croient au Fils ou parmi ceux qui sont incredules envers Ie Fils? «Ni d'un cote ni de l'autre, dira-t-on, parce que, comme ils ne peuvent'pas encore croire, ils ne peuvent pas non plus etre consideres comme des incredules.» Ce n'est pas ce qu'indique la regIe de I'Eglise, qui joint les petits enfants baptises au nombre des fideles. De plus, si ceux qui sont baptises, a cause de la valeur et de la celebration d' un si grand sacrement, quoique, dans leur creur et par leur bouche, ils ne fassent pas ce qui 207. loh. 3, 35-36. 127 
DE PECCATORVM MERITIS ET REMISSIONE ut sine corpore et sanguine filii hominis uitam habere non possint, frustra etiam aetas maior id curat. Potest enim, si non uoluntatem sed uerba loquentis adtendas, eis solis uideri dictum quibus tunc Dominus loquebatur, quia non ait « Qui non manducauerit», sed: Si non man- ducaueritis. Et ubi est quod eodem loco de hac ipsa re ait: Panis quem ego dedero, caro mea est pro saeculi uita? Secundum hoc enim etiam ad nos pertinere illud sacramentum intellegimus, qui tunc nondum fuimus, quando ista dicebat, quia non possumus dicere ad sae- culum nos non pertinere, pro cuius uita Christus suam camem dedit. Quis autem ambigat «saeculi» nomine « homines» significasse qui nascendo in hoc saeculum ueniunt? Nam, sicut alibi ait, [27] filii saeculi huius generant et generantur. Ac per hoc etiam pro paruulo- rum uita caro data est quae data est pro saeculi uita; et si non manducauerint camem filii hominis, nec ipsi habebunt uitam. 28. Hinc est etiam illud: Pater diligit Filium et omnia dedit in manu eius. Qui credit in Filium habet uitam aeternam,. qui autem incredulus est Filio non habebit uitam sed ira Dei manet super eum. In quo igitur horum genere ponemus infantes? In eorum qui credunt in Filium an in eorum qui sunt increduli Filio? «In neutro», ait aliquis, «quia cum adhuc credere non possunt nec increduli deputandi sunt». Non hoc indicat ecclesiastica regula, quae baptizatos infantes fidelium numero adiungit. Porro si isti qui baptizantur propter uirtutem celebrationemque tanti sacramenti, quamuis suo corde atque ore non agant quod ad credendum 203. C'est une regie d'exegese sur laquelle insiste Augustin a plusieurs reprises dans cet ouvrage comme dans d' autres: it faut tenir compte tout ensemble et des paroles et de I' intention de celui qui s' ex- prime dans Ie texte sacre. Voir la NC 14: «Les regles d' interpretation de 1 'Ecriture rapPelees dans Ie De peccatorum meritis et remissione». 204. loh. 6, 52. 205. Luc. 20,34. 206. loh. 6, 52. 126 
LIVRE I lesquels sans Ie corps et Ie sang du Fils de l'homme ne pourraient avoir la vie, c' est inutilement aussi que l'age adulte s'en soucie. Car, si l'on ne prend pas garde a I' intention de celui qui parle, mais seulement a ses paroles, elles pourraient sembler dites seulement pour ceux auxquels Ie Seigneur s' adressait alors, parce qu' il ne dit pas: «Quiconque ne mange pas», mais: Si vous ne mangez pas 203 . Et OU est donc Ie texte dans lequel il dit dans Ie meme passage, sur Ie meme sujet: 1£ pain que je donnerai, c' est ma chair pour la vie du monde 204 ? D'apres cela, nous comprenons que ce sacrement nous conceme, nous qui n' existions pas encore quand il disait ces paroles, parce que nous ne pouvons 'pas dire que nous n' appartenons pas au monde pour la vie duquelle Christ a donne sa chair. Qui donc pourrait douter que, par Ie mot «monde», il a designe les hommes qui, en naissant, viennent dans ce monde? En effet, comme il Ie dit ailleurs, les en/ants de ce siecle engendrent et sont engendres 205 . Et d'apres cela, c'est pour la vie des tout- petits aussi qu' a ete donnee cette chair, qui a ete donnee pour la vie du monde 206 ; et s' ils ne mangent pas la chair du Fils de l'homme, eux non plus n'auront pas la vie. 28. Puis vient ceci : 1£ Pere aime le Fils et a tout remis entre ses mains. Celui qui croit au Fils a la vie eternelle, mais celui qui ne croit pas au Fils n' aura pas la vie, mais la colere de Dieu demeure sur lui 207 . Dans quelle categorie mettrons-nous les tout-petits? Parmi ceux qui croient au Fils ou parmi ceux qui sont incredules envers Ie Fils? «Ni d'un cote ni de l'autre, dira-t-on, parce que, comme ils ne peuvent pas encore croire, ils ne peuvent pas non plus etre consideres comme des incredules.» Ce n'est pas ce qu'indique la regIe de l'Eglise, qui joint les petits enfants baptises au nombre des fideles. De plus, si ceux qui sont baptises, a cause de la valeur et de la celebration d' un si grand sacrement, quoique, dans leur creur et par leur bouche, ils ne fassent pas ce qui 207. loh. 3, 35-36. 127 
DE PECCATORVM MERITIS ET REMISSIONE confitendumque pertineat, tamen in numero credentium conputantur, profecto illi quibus sacramentum defuerit in eis habendi sunt qui non credunt Filio; atque ideo si huius inanes gratiae corpore exierunt, sequetur eos quod dictum est: Non uidebunt uitam sed ira Dei manet super eos. Et unde hoc, quando eos clarum est peccata propria non habere, si nec originali peccato teneantur obnoxii ? XXI, 29. Bene autem non ait: «Ira Dei ueniet super eum» sed: Manet super eum. Ab hac quippe ira qua omnes sub peccato sunt, de qua dicit Apostolus : Fuimus enim et nos aliquando na tura liter filii irae sicut et ceteri, nulla res liberat nisi gratia Dei per Iesum Christum Dominum nostrum. Haec gratia cur ad ilium ueniat, ad ilIum non ueniat, occulta esse causa potest, iniusta non potest. Numquid enim iniquitas apud Deum? Absit. Sed prius sanctarum scripturarum auctoritatibus colla sub- denda sunt ut ad intellectum per fidem quisque perueniat. Neque enim frustra dictum est: Iudicia tua sicut multa abyss us . Cuius abyssi altitudinem ueluti expauescens exclamat Apostolus: 0 altitudo diuitiarum sapientiae et scientiae Dei! Praemiserat quippe sententiam mirae profunditatis dicens: Conclusit enim Deus omnes in 208. Cf. Rom. 10, 10. 209. loh. 3, 36. 210. Echo de Pecc. mer. I, 18,23 (voir un peu plus haut). 211. loh. 3, 36. 212. Cf. Rom. 3, 9. Paul comprenait par to us la reunion des Juifs et des «Grecs», c'est-a-dire les non-Juifs. Augustin comprend: les humains de tous les temps. Ailleurs, cependant, i1 precise qui vise I' ApOtre, ainsi dans I' En. Ps. 118, s. 25,2, mais parce qu'il est alors en train de commenter l' ensemble Rom. 2, 10-12 et sa suite, qui exami- nent la situation humaine in Lege et sine lege. 213. Eph. 2, 3. 214. Rom. 7, 25a. Les Bibles modemes traduisent: Graces soient a Dieu, etc. en s' appuyant sur Ie grec xaQ bE 't4> Stq>. Mais la version latine gratia Dei, commune a tous les manuscrits anciens conserves, n'innovait pas puisque bien des temoins grecs ont la leon it XaQL<; 'tou Stov. K. ALAND et alii, The Greek New Testament, Munster, 1975 (= 3 e ed.), p. 547, tranchent non sans hesitation pour xaQ bE 't4> 128 
LWRE I releve de la foi et de la confession 208 , sont cependant comptes au nombre des croyants, assurement ceux a qui Ie sacrement a manque doivent etre mis au nombre de ceux qui ne croient pas au Fils; et pour cette raison, s'ils ont quitte leur corps en etant depourvus de cette grace, il s' ensuivra pour eux ce qui a ete dit: lls ne verront pas la vie, mais la colere de Dieu demeure sur eu.x 209 . Et d'ou vient cela, puisqu' il est clair qu' ils n' ont pas de peches personnels, s' ils ne sont pas non plus maintenus soumis au peche origine1 2IO ? XXI, 29. Or, a juste titre, il ne dit pas: «La colere de Dieu viendra sur lui », mais demeure sur lui 2II . II s' ait de cette colere qui fait que tous sont sous Ie peche 2 2, celIe dont l' Apotre dit: No us fUmes, nous aussi, un jour naturellementfils de la colere, comme tous les autres 2I3 , et dont rien ne libere sinon la grace de Dieu par Jesus Christ notre Seigneur 2I4 . Cette grace, pourquoi va-t-elle a I'un, ne va-t-elle pas a l' autre? La cause peut en etre cachee, mais ne peut etre injuste. Car y a-t-il en Dieu de l'injustice? Cela est exclu 2I5 ! Mais d'abord notre nuque doit se soumettre a I' autorite des saintes Ecritures afin que chacun parvienne a I' intelligence par la foi. Car ce n' est pas pour rien qu' il a ete dit: res jugements sont comme un vaste abfme 2I6 . Et comme epouvaqte par la profondeur de cet abime, I' Apotre s' ecrie: 0 goulfr,e des richesses de la sagesse et de la science de Dieu I7! II avait en verite prononce auparavant une phrase d'une etonnante profondeur, en disant: Dieu les a enfermes 8eq>, signalant les leons it xaQ 'tou 8eo'U (mss D, Irenee, Origene, Ambrosiaster, Jerome) et it xaQ 'tou X'UQLo'U (G, Irenee). 215. Rom. 9, 14. Sur l'evolution de la comprehension, par Augustin, de Rom. 9 comme meditation du mystere de I' election divine, voir P. GoRDAY, Principles oJ Patristic Exegesis. Rom. 9-11 in Origen, John Chrysostom and Augustine, New York - Toronto, 1983 et w. S. BABCOCK, «Augustine on Paul. The Case of Romans IX », dans Studia patristica, 16, II, Leuven, 1985, p. 473-479. 216. Ps. 35, 7. 217. Rom. 11,33. 129 
DE PECCATORVM MERITIS ET REMISSIONE incredulitate ut omnibus misereatur. Cuius profunditatis ueluti horrore percussus: 0 altitudo, inquit, diuitiarum sapientiae et scientiae Dei! Quam inscrutabilia sunt iudicia eius et inuestigabiles uiae eius! Quis enim co gnouit sensum Domini? Aut quis consiliarius illius fuit? Aut quis prior dedit illi et retribuetur ei ? Quoniam ex ipso et per ipsum et in ipso sunt omnia,. ipsi glo- ria in saecula saeculorum, amen. Valde ergo paruum sensum habemus ad discutiendam iustitiam iudiciorum Dei, ad discutiendam gratiam gratuitam, nullis meritis praecedentibus non iniquam, quae non tam mouet cum praestatur indignis quam cum aeque indignis aliis denegatur. 30. Nam et hi quibus uidetur iniustum ut paruuli sine gratia Christi de corpore exeuntes non solum regno Dei, quo et ipsi fatentur nisi per baptismum renatos intrare non posse, uerum etiam uita aetema et salute priuentur, quaerentes quomodo iustum sit ut alius ab originali impietate soluatur, alius non soluatur cum eadem sit uttiusque conditio, ipsi respondeant secundum sen- tentiam suam, quomodo identidem iustum sit ut huic prestetur baptismus quo intret in regnum Dei, illi non praestetur cum sit utriusque par causa. 218. Rom. 11, 32. Ce tous conceme encore ici, pour Paul, Ie mystere des deux Peuples dont Ie Christ n'a fait qu'un (cf. Eph. 2, 14): Israel et les Nations. Le verset fait partie d'une section bien particuliere de la lettre (les chapitres 9-11) et qui a des paralleles dans l'epistolaire paulinien (cf. Eph.2, 3). Mais Augustin continue d' appliquer I' intentio globale de I' epitre: defendre que la grace est entierement gracieuse (cf. Pecc. mer. I, 27,43). 219. L'interpretation d' Augustin est ici contestable: Ie Afin de jairemisericorde a tous et I' exclamation qui suit expriment bien plutot Ie joyeux acte d'esperance de Paul face a la generosite divine. Voir B. DELAROCHE, Saint Augustin lecteur..., p. 231-232. 220. Rom. 11,33-36. Noter la continuite de l'expression de la foi d' Augustin depuis l' Ad Simplicianum 00 I' on trouve Ie meme mou- vement de phrase avec la meme invocation de Rom. 9, 14 et Rom. 11, 33 (cf. De diu. quo ad Simple I, 2, 22). 130 
LIVRE I tous dans l' incredulite, afin de faire misericorde a tous 2I8 ; et, comme "'sous Ie coup de l'effroi 2I9 de cette profondeur, il dit: 0 gouffre des richesses de la sagesse et de la science de Dieu! Comme insondables sont ses jugements et indechiffrables ses chemins! Car qui connait la pensee du Seigneur? Qui a ete associe a ses conseils? Et qui lui a donne le premier et en recevra retribution? Puisque tout vient de lui et par lui et en lui. A lui la gloire pour les siecles des siecles! Amen 220 . Nous n' avons donc que peu d' intelligence pour discuter la justice des jugements de Dieu, pour discuter cette grace gratuite, donnee sans injustice, sans qu'aucun merite I' ait precedee, et qui n' etonne pas autant lorsqu' elle est accordee a des gens indignes que lorsqu' elle est refusee ad' autres, egalement indignes. 3. 4. Reponse a ceux qui trouvent injuste que les tout-petits morts non baptises soient prives du salut eterneI. 30. En effet, ceux aussi a qui il semble injuste que les tout-petits qui sortent de leur corps sans la grace du Christ soient prives non seulement du royaume de Dieu, ou ils reconnaissent eux-memes qu'ils ne peuvent entrer sinon regeneres par Ie bapteme, mais encore de la vie etemelle et du salut, se demandant comment il est juste que l'un soit lib ere de l'impiete originelle et que l'autre ne Ie soit pas, alors que la condition de l'un et l'autre est la meme, qu' ils repondent eux aussi, selon leur avis, a la question de savoir comment il est juste de la meme faon que Ie bapteme soit donne a I 'un pour qu'il puisse entrer dans Ie royaume de Dieu, et non accorde a I' autre, alors que la cause de I 'un et de I' autre est la meme 22I . 221. Augustin repond par un argument ad hominem. Le raisonne- ment (9) ainsi contre-attaque veut appuyer les opinions (5) et (7), et, comme elles, a pu etre lu par Augustin dans Ie liber, alors proche de RUFIN, Liber de fide n041. Voir NC 44. 131 
DE PECCATORVM MERITIS ET REMISSIONE Si enim mouet cur ex illis duobus, cum ex aequo ambo sint originaliter peccatores, alius ab hoc uinculo soluitur cui conceditur baptismus, alius non soluitur cui talis gratia non conceditur, cur non taliter mouet quod ex duobus originaliter innocentibus alius accepit baptismum quo in regnum Dei possit intrare, alius non accepit ne ad regnum Dei possit accedere? Nempe in utraque causa ad illam exclamationem reditur: 0 altitudo diuitiarum! Ex ipsis deinde baptizatis paruulis dicatur mihi cur alius rapitur ne malitia mutet intellectum eius et alius uiuit impius futurus? Nonne, si ambo raperentur, ambo in regnum caelorum ingrederentur? Et tamen non est ini- quitas apud Deum. Quid? Illud quem non moueat, quem non in tanta altitudine exclamare conpellat, quod alii paruuli spiritu inmundi uexantur, alii nihil tale patiuntur, alii etiam in uteris matrum sicut Hieremias sanctificantur cum omnes, si est originale peccatum, pariter rei sint, si non est pariter innocentes sint? V nde ista tanta diuersitas nisi quia inscrutabilia sunt iudicia eius et inuestigabiles uiae eius ? XXII, 31. An forte illud iam explosum repudiatumque sentiendum est, quod animae prius in caelesti habita- tione peccantes gradatim atque paulatim ad suorum meritorum corpora ueniant ac pro ante gesta uita magis minusue corporeis pestibus adfligantur? Cui opinioni quamuis sancta scriptura apertissime contradicat, quae cum gratiam commendaret nondum natis, inquit, nee qui 222. Rom. 11,33. 223. Sap. 4, II. 224. Cf. Rom. 9, 14. 225. Cf. Luc. 6, 18. 226. Cf. Hier. 1,5. 227. Rom. 11,33. 228. C'est l'hypothese plotinienne reprise par Origene, que les ames vivent une preexistence celeste avant de s' incarner dans un corps terrestre. Sur cette opinion et la propre recherche d' Augustin, notam- ment sa circonsPection (<< illud iam explosum repudiatumque forte 132 
LWRE I Si en effet la question les etonne de savoir pourquoi de ces deux, qui sont tous les deux egalement pecheurs par leur origine, l'un est libere de cette chaine, celui a qui Ie bapteme est confere, et que I' autre ne I' est pas, celui a qui une telle grace n' est pas accordee, pourquoi ne les etonne pas autant Ie fait que de deux personnes originellement innocentes l'une a reu Ie bapteme, par lequel elle pourra entrer dans Ie royaume de Dieu, et I' autre ne l' a pas reu, de faon qu' elle ne pourra entrer au royaume de Dieu? Assuremeqt, dans les deux cas on revient a cette exclamation: 0 gouffre des riches- ses 222 ! Puis, de ces tout-petits baptises, que I' on me dise pourquoi I 'un est enleve de telle jaEon que la malice ne pervertisse point son intelligence 23 et que I' autre vit de telle faon qu'il devient un impie? N'est-il pas vrai que si tous deux etaient enleves, tous les deux entre- raient dans Ie royaume de Dieu? Et pourtant il n'y a pas d' injustice en Dieu 224 . Quoi? Qui ne s' etonnerait pas, qui ne serait pas pousse, devant un tel gouffre, a s'ecrier que certains tout-petits sont tounnentes par un esprit impur 225 , que d' autres ne subissent rien de tel, que d'autres, comme Jeremie 226 , sont meme sanctifies dans Ie sein de leur mere, alors que tous, s' il y a peche originel, sont egalement coupables, et s ' il n' existe pas, egalement innocents? D' ou vient cette si grande difference, si ce n' est de ce que ses jugements sont insondables et indechiffrables, ses chemins 227 ? XXII, 31. Faut-il par hasard prendre en compte I' opinion deja abolie et rejetee selon laquelle les ames, pechant d' abord dans une residence celeste, viennent par degres et peu a peu dans les corps selon les peines meritees et, pour une vie menee auparavant, sont frar- pees plus ou moins fortement de maux corporels 22 ? <;ette opinion est tres clairement contredite par la sainte Ecriture qui, faisant I' eloge de la grace, dit qu' a ceux sentendium est»), voir NC 29: « La question de l' origine des ames et de leur mode d'implication dans la condition cheresse». 133 
DE PECCATORVM MERITIS ET REMISSIONE aliquid egerint boni aut mali, ut secundum electionem propositum Dei maneret non ex operibus sed ex uocante dictum est quod maior seruiet minori, nec ipsi tamen qui hoc sentiunt euadunt huius quaestionis angustias sed in eis [30] coartati et haerentes similiter: 0 altitudo! exclarnare coguntur. Vnde enim fit ut homo ab ineunte pueritita modestior, ingeniosior, temperantior, ex magna parte libidinum uictor, qui oderit auaritiarn, luxuriarn detestetur atque ad uirtutes ceteras prouectior aptiorque consurgat [et h ] tamen eo loco sit ubi ei praedicari gratia christiana non possit - quomodo enim inuocabunt in quem non cre- diderunt? aut quomodo credent quem non audierunt? quomodo autem audient sine praedicante? - alius autem tardus ingenio, libidinibus deditus, flagitiis et facinoribus coopertus ita gubemetur ut audiat, credat, baptizetur, rapiatur aut, si detentus hic fuerit, laudabi- liter uiuat? Vbi duo isti tarn diuersa merita contraxerunt, non dico ut iste credat, ille non credat, quod est propriae uoluntatis, sed ut iste audiat quod credat, ille non audiat - hoc enim non est in hominis potestate - ubi, inquarn, haec tam diuersa merita contraxerunt? Si in caelo ege- runt aliquarn uitam ut pro suis actibus propellerentur uel laberentur in terras congruisque suae ante actae uitae corporeis receptaculis tenerentur, ille utique melius ante hoc mortale corpus uixisse credendus est, qui eo non multum meruit praegrauari ut et bonum haberet ingenium et concupiscentiis eius mitioribus urgeretur quas posset facile superare, et tarnen earn sibi gratiam praedicari non meruit, qua sola posset a secundae mortis h. Ce et est a juste titre ecarte pour Ie sens par Ie CSEL et R. Habitzky car il rompt totalement la logique de I' enonce. 229. Rom. 9, 11-12, qui cite Gen. 25,23. 230. Rom. 11,33. 231. Rom. 10, 14. 134 
LIVRE I qui n' etaient pas encore nes et qui n' avaient rien fait de bien ni de mal pour que, selon le choix qu'il avait fait, le dessein de Dieu demeurat ferme, il Jut dit, non en raison des lEuvres mais de son appel, que l'afne serait assujetti au plus jeune 229 ; et ceux memes qui pen sent ainsi n' echappent pas aux difficultes de cette question mais, empetres et embaJIasses dans ces problemes, ils sont forces de s' ecrier: 0 gouffre 230 ! D'ou vient, en effet, qu'un homme des l'enfance assez modeste, intelligent, mesure, maitre pour une grande part de ses passions, halssant la cupidite, detes- tant la luxure et s' elevant avec assez d' ardeur et d' assez bonnes dispositions jusqu' aux autres vertus, se trouve cependant en un lieu ou la grace chretienne ne peut lui etre annoncee - Car comment invoqueront-ils quel- qu 'un en qui ils n ' ont pas cru ? Ou comment croiront-ils quelqu 'un qu'ils n' ont pas entendu? Et comment enten- dront-ils sans quelqu'un pour le leur annoncer 23I ? - et qu 'un autre, au contraire, d' esprit lent, adonne a la debauche, couvert de hontes et de crimes, se trouve conduit a entendre, a croire, a etre baptise et a etre enleve au monde, ou, s' il y est retenu, a vivre de louable faon ? D'ou vient donc que ces hommes aient reu des sorts si differents? Je ne veux pas dire de faon que l'un croie et I' autre non, ce qui releve de la volonte personnelle, mais que l'un entende ce qu'il devra croire, que l'autre ne I' entende pas, car cela ne releve pas du pouvoir de l'homme, d'ou vient, dis-je, qu'ils aient reu des sorts si differents ? S' ils ont mene dans Ie ciel une vie telle qu ' ils en ont ete chasses en raison de leurs actes, sont tombes sur la terre et sont detenus dans des prisons corporelles en rapport avec la vie qu'ils ont menee auparavant, du premier on doit croire qu'il a a coup sOr mieux vecu avant ce corps mortel, lui qui a merite de ne pas etre trop accable, puisqu'il a un bon naturel, qu'il n'est en butte qu' a des concupiscences assez faibles qu' il peut facilement dominer, et pourtant il n' a pas merite que lui soit prechee la grace par laquelle seule il pourrait 135 
DE PECCATORVM MERITIS ET REMISSIONE pemicie liberari; HIe autem pro meritis deterioribus, sicut putant, grauiori corpori inplicitus et ob hoc cordis obtusi, cum camis inlecebris ardentissima cupidine uinceretur et per nequissimam uitam peccatis pristinis quibus ad hoc uenire meruerat adderet peiora terrena, aut in cruce tamen audiuit: Hodie mecum eris in para- diso, aut alicui cohaesit apostolo cuius praedicatione mutatus et per lauacrum regenerationis saluus effectus est, ut ubi abundauit peccatum superabundaret gratia. Quid hinc responde ant omnino non uideo, qui uolentes humanis coniecturis iustitiam Dei defendere et ignoran- tes altitudinem gratiae fabulas inprobabiles texuerunt. 32. Multa enim dici possunt de miris uocationibus hominum, siue quas legimus siue quas experti sumus, quibus eorum opinio subuertatur, qui credunt ante ista corpora sua quasdam proprias uitas gessisse animas hominum qui bus ad haec uenirent pro diuersitate meritorum diuersa hic experturae uel bona uel mala. Sed tenninandi huius operis cura non sinit in his diutius . . Inmoran. V num tamen quod inter multa mirabile comperi non tacebo. Quis non, secundum istos qui ex meritis prio- ris uitae ante hoc corpus in caelestibus gestae animas terrenis corporibus magis minusue grauari opinantur, adfinnet eos ante istam uitam sceleratius inmaniusque peccasse qui mentis lumen sic amittere meruerunt ut 232. Cf. Apoc. 20,6-7. 233. Cf. Sap. 9, 15a. 234. Luc. 23,43. 235. Allusion possible au bapteme de Paul par Ananie (Ac. 9, 17- 18), plus sQrement a celui de l'eunuque par PhiliPPe (Ac. 8, 30-38). «Le bain de la regeneration» (lauacrum regeneration is) : TIt. 3, 5c. 236. Rom. 5, 20. 237. Reprise de I' opinion rap portee plus haut en I, 22, 31. 136 
LIVRE I etre libere du malheur de la seconde mort 232 ; I' autre, au contraire, a cause d'une conduite plus mauvaise, pense- t-on, est encombre d'un corps bien lourd 233 et, de ce fait d'un creur grossier, devenu la proie de passions effre- nees pour les desirs de la chair et de peches d' autrefois dans une vie infame pour lesquels il avait merite d' en venir a cet etat, et il y ajoutait des fautes terrestres pires; cependant, il a entendu sur la croix: Aujourd' hui tu seras avec moi dans le paradis 234 , ou bien il s' est attache a un apotre dont la predication I' a transfonne, et il a trouve Ie Salut par le bain de la regeneration 235 , de faon que la ou le peche avait abonde la grace a surabondp36. Ie ne vois absolument pas ce que repondent la ceux qui veulent defendre la justice de Dieu par des conjectures humaines et qui, ignorant la profondeur de la grace, ont tisse des fables incertaines. 32. Car on peut dire bien des choses sur d' etonnantes vocations d 'hommes, soit que nous les ayons lues, so it que nous en ayons ete temoins, par lesquelles serait retoumee I' opinion de ceux qui croient que, avant les corps, les ames des hommes auraient mene des vies per- sonnelles, a la suite desquelles elles en seraient venues, selon la diversite de leurs merites, a connaitre ici des situations diverses, soit bonnes soit mauvaises 237 . Mais Ie souci que j'ai d'arriver au tenne de mon ouvrage ne me pennet pas de m'attarder la-dessus plus longtemps. Pourtant, il est un cas parmi beaucoup d' autres que j' ai trouve etonnant et que je ne tairai pas. Qui done, selon nos adversaires qui pensent que, en fonction des merites acquis dans une vie anterieure a ce corps pas see dans les regions celestes, les ames sont plus ou moins accablees dans leurs corps terrestres 238 , qui donc n' affinnerait pas qu'avant cette vie avaient peche de faon plus coupable et scelerate ceux qui ont merite de perdre la lumiere de 238. Cf. Sap. 9, 15a. 137 
DE PECCATORVM MERITIS ET REMISSIONE sensu uicino pecoribus nascerentur - non dico tardissimi ingenio nam hoc de aliis dici solet - sed ita excordes ut etiam cirrati ad mouendum risum exhibeant cordatis delicias fatuitatis, quorum nomen ex graeco deriuatum « moriones » uulgus appellat ? Talium tamen quidam fuit ita christianus ut, cum esset omnium iniuriarum suarum mira fatuitate patientissimus, iniuriam tamen nominis Christi uel in se ipso religionis [32] qua inbutus erat sic ferre non posset ut blasphemantes uidelicet cordatos, a quibus haec ut prouocaretur audiebat, insectari lapidibus non desisteret nec in ea causa uel dominis parceret. Tales ergo praedestinari et creari arbitror ut qui possunt intellegant Dei gratiam et Spiritum qui ubi uult spirat, ob hoc omne ingenii genus in filiis misericordiae non praeterire itemque omne ingenii genus in gehennae filiis praeterire, ut qui gloriatur in Domino glorietur. Illi autem qui pro meritis uitae superioris accipere quasque animas diuersa terrena corpora adfinnant, quibus alia magis, aliae minus grauentur et pro eisdem meritis humana ingenia uariari ut acutiora sint quaedam et alia obtunsiora, proque ipsius uitae superioris meritis diui- nam quoque gratiam liberandis hominibus dispensari, quid de isto poterunt respondere? Quomodo ei ttibuent et teterrimam uitam superiorem ut ex hoc fatuus 239. Moriones vient du grec f.LOOQ6 qui renvoie particulierement a l'hebetude des faibles d'esprit. Voir plus loin (I, 35, 66) et la NC 30: «Les moriones ». 240.lnbutus erat. Imbui signifie «imbiber», «impregner», d'ou, au sens figure: «former», « instruire ». Voir De cat. rude I, 1, CCSL 46, p. 121: «Qui fide christiana primitus imbuti sunt» (litteralement, ecrit en note G. MADEC, BA 11/1, p. 45: «Ceux qui ont a recevoir leur premiere "teinture" de foi chretienne »), et De bapt. I, 15, 24: «diuinis sacramentis imbuti». L'image revient deux fois plus loin: en II, 2, 2 et III, 11, 19. 241. loh. 3, 8. 242. Filii misericordiae designe tous les humains qui se laissent pardonner par Dieu, ce qui commence par leur bapteme. Filii pourrait evoquer la figure celebre du «fils prodigue» de la parabole rapportee en Luc. 15, 11-32. Voir plus loin (II, 17,26). 138 
LIVRE I I' esprit au point de naitre avec une conscience voisine de celIe des betes - je ne veux pas parler de I' extreme len- teur d'esprit, car cela se dit d'ordinaire d'autres gens-, mais d' etres si deraisonnables qu' ils vont, en bouffons, etaler les charmes de leurs sottises devant les esprits raisonnables, et la foule leur donne d'un mot derive du grec Ie nom de «morions 239 » ? II y eut pourtant, panni les gens de cette sorte, un homme si chretien que, alors qu'il manifestait, avec une etrange stupidite, la plus grande patience devant toutes les insultes subies par sa personne, il ne pouvait tolerer une insulte portee contre Ie nom du Christ ou, s' adressant a lui, contre la religion dont il etait impregne 240 , et ce a tel point qu' aux gens senses qui blasphemaient, qui lui adressaierit ces propos pour Ie provoquer, il ne cessait de lancer des pierres et, en ce cas, ne menageait meme pas les grands. Je pense donc que de tels etres sont predestines et crees afin que ceux qui Ie peuvent comprennent e la grace de Dieu et I 'Esprit qui souffle ou il veut 41 n' abandonnent aucune sorte d' esprits panni les fils de la misericorde 242 et abandonnent de meme toutes sortes d' esprits parmi les fils de la gehenne, afin que celui qui se glorifie, se glorifie en Dieu 243 . Ceux, d'autre part, qui professent que les ames reoivent des corps terrestres differents selon les merites de leur vie anterieure si bien que les uns sont accables davantage et d' autres moins, et qu' en fonction de ces memes merites les esprits varient de telle faon que les uns sont plus penetrants et les autres plus obtus, et que c' est selon les merites de cette vie anterieure que la grace divine est donnee aux hom- mes pour leur liberation, que pourront-ils repondre au sujet de cet homme? Comment lui attribueront-ils une vie anterieure tout a fait mauvaise au point d' en naitre 243. I Cor. 1,31 (= II Cor. 10, 17), citation libre de Hier. 9, 22-23. Celle-ci est amenee chez Paul par sa description de la communaute chretienne de Corinthe, composee surtout de gens « faibles» ou « vils » aux yeux du monde (cf. I Cor. 1, 26-29). Or tel est precisement Ie cas des moriones. 139 
DE PECCATORVM MERITIS ET REMISSIONE nasceretur et tam bene meritam ut ex hoc in Christi gratia multis acutissimis praeferretur? 33. Cedamus igitur et consentiamus auctoritati sanctae scripturae quae nescit falli nec fallere et, sicut nondum natos ad discemenda merita eorum aliquid boni uel mali egisse non credimus, ita omnes sub peccato esse quod per unum hominem intrauit in mundum et per omnes homines pertransiit, a quo non liberat nisi gratia Dei per Dominum nostrum Iesum Christum minime dubitemus. XXIII. Cuius medicinalis aduentus non est opus sanis, sed aegrotantibus quia non uenit uocare iustos sed peccatores, in cuius regnum non intrabit nisi qui renatus fuerit ex aqua et Spiritu [33] nec praeter regnum eius salutem ac uitam possidebit aetemam, quoniam qui non manducauerit carnem eius et qui incredulus est Filio non habebit uitam sed ira Dei manet super eum. Ab hoc peccato, ab hac aegritudine, ab hac ira Dei cuius naturaliter filii sunt qui, etiam si per aetatem non habent proprium, trahunt tamen origin ale peccatum, non liberat nisi agnus Dei qui tollit peccata mundi, non nisi medicus qui non uenit propter sanos, sed propter aegrotos, non nisi saluator de quo dictum est generi humano : Natus est uobis hodie saluator, non nisi redemptor cuius sanguine deletur debitum nostrum. 244. Cf. Rom. 9, 11. 245. Cf. Rom. 3, 9. 246. Rom. 5, 12a. 247. Rom. 5, 12b. 248. Cf. Rom. 7, 24b. 249. Rom. 7,25. 250. Cf. Matth. 9, 12-13. 251. Cf. loh. 3, 5. 252. Cf. loh. 6, 54. 253. Cf. loh. 3,36. 140 
LNRE I stupide, et si meritoire au point d' en etre prefere dans la grace du Christ a bien des esprits tres perspicaces ? 33. Inclinons-nous donc et donnons notre accord a I' autorite de la sainte Ecriture, qui ne sait ni se tromper ni tromper, et de meme que nous ne croyons pas que ceux qui ne sont pas encore nes aient fait quoi que ce soit en bien ou en mal qui autorise a discerner des merites 244 , de meme ne doutons absolument pas que tous sont soumis au peche/245, qui est entre dans le monde par un seul homme 246 et a passe par tous les hommes 247 , et dont nous libere 248 la seule grace de Dieu par notre Seigneur Jesus Christ 249 . I XXDI. De sa venue comme medecin les bien portants n' ont pas besoin, mais les malades ; car il n' est pas venu appeler les justes, mais les pecheurs 25o , et dans son royaume n' entrera que celui qui sera rene de I' eau et de I 'Esprit25I , et hors de son royaume on ne possedera ni Ie salut ni la vie eternelle, puisque celui qui n'aura pas mange sa chair et ne croit pas au Fils n' aura pas la vie 252 , et la colere de Dieu demeure sur lui 253 . De ce peche, de cette maladie, de cette colere divine dont sont naturellement fils254 ceux qui, meme si du fait de leur age ils n' ont pas de peche personnel, trainent avec eux pourtant Ie peche originel, ne les libere que l' Agneau de Dieu qui efface les peches du monde 255 , que Ie medecin qui ne vient pas pour les bien port ants mais pour les malades 256 , que Ie Sauveur dont il a ete dit au genre humain: Aujourd' hui un Sauveur vous est ne/257, que Ie redempteur dont Ie sang efface notre dette 258 . 254. Cf. Eph. 2, 3. 255. loh. 1, 29. 256. Cf. Matth. 9, 12-13. 257.Luc.2, 11. 258. Cf. Matth. 26, 38 + Eph. 1, 7. 141 
DE PECCATORVM MERITIS ET REMISSIONE Nam quis audeat dicere non esse Christum infantium saluatorem nec redemptorem? Vnde autem saluos facit si nulla in eis est originalis aegritudo peccati? Vnde redimit si non sunt per originem primi hominis uenundati sub peccato? Nulla igitur ex nostro praeter baptismum Christi salus aetema promittatur infantibus quam non promittit scriptura diuina humanis omnibus ingeniis praeferenda. XXIV, 34. Optime Punici Christiani baptismum ipsum nihil aliud quam « salutem » et sacramentum Christi nihil aliud quam «uitam» uocant. Vnde, nisi ex antiqua, ut existimo, et apostolica traditione qua ecclesiae Christi insitum tenent praeter baptismum et participationem mensae dominicae non solum ad regnum Dei, sed nec ad salutem et uitam aetemam posse quemquam hominum peruenire? Hoc enim et scriptura testatur secundum ea quae supra diximus. Nam quid aliud tenent qui baptismum nomine salutis appellant nisi quod dictum est: Saluos nos fecit per lauacrum regeneration is et quod Petrus ait: Sic et uos simili forma baptisma saluos facit? Quid aliud etiam qui sacramentum mensae [34] dominicae « uitam» uocant nisi quod dictum est: Ego sum panis uiuus qui de caelo descendi et: Panis quem ego dedero caro mea est pro saeculi uita et: Si non manducaueritis carnem filii hominis et sanguinem biberitis, non habebitis uitam in uobis ? Si ergo, ut tot et tanta diuina testimonia concinunt, nee salus nec uita aetema sine baptismo et corpore et sanguine Domini cuiquam speranda est, frustra sine his 259. A propos de cette image medicale, voir NC 21: «Christus medicus et la metaphore medicale sur Ie peche originel». 260. Cf. Rom. 7, 14b. 261. Voir NC 31: « Le bapteme en langue punique : "salut" ; 1 'eucharistie: "vie" ». 262. TIt. 3, 5c. 263. I Petro 3, 21. 264. loh. 6, 51. 142 
LIVRE I Car qui oserait dire que Ie Christ n' est pas Ie sauveur et Ie redempteur des petits enfants? Et urquoi les sauve-t-il s'il n'y a pas en eux la maladie 59 du peche originel? Pourquoi les rachete-t-il si, de par l'origine du premier homme, ils n' ont pas ete vendus au peche 260 ? Ne promettons donc de nous-memes aux petits enfants, en dehors du bapteme du Christ, aucun salut que ne promet pas I , Ecriture divine, laquelle doit etre preferee a toutes les inventions humaines. XXIV, 34. C'est tres justement que les chretiens de langue punique n'appellent pas Ie bapteme lui-meme autrement que «salut», et Ie sacrement du corps du Christ autrement que «vie». D'ou cela vient-il, sinon - je pense - d'une tradition ancienne et apostolique 261 selon laquelle ils tiennent comme inculque a l'Eglise du Christ que, hors du bapteme et de la participation a la table du Seigneur, personne parmi les hommes ne peut parvenir non seulement au royaume de Dieu, mais pas non plus au salut et a la vie etemelle? Cela est en effet atteste aussi par I , Ecriture, selon ce que nous avons dit plus haute Car que pen sent d' autre ceux qui designent Ie bapteme par Ie nom de «salut» que ce qui est dit ainsi : Il nous a sauves par le bain de la regeneration 262 et que ce que dit Pierre: Et ainsi c' est !tar un bapteme de forme semblable qu' il vous a sauves 63? Et quoi d' autre ceux qui appellent « vie» Ie sacrement de la table du Seigneur que ce qui a ete dit ainsi: Je suis le pain vivant, moi qui suis descendu du cief264 et: 1£ pain que je vous donne- rai, c' est ma chair pour la vie du siecle 265 , et: Si vous ne mangez pas la chair du Fils de l' homme et ne buvez pas son sang, vous n ' aurez pas la vie en vous 266 ? Si donc, etant donne que concordent des temoignages divins si nombreux et si importants, ni Ie salut ni la vie etemelle ne doivent etre esperes par personne sans Ie bapteme et Ie corps et Ie sang du Seigneur, c' est en vain 265. loh. 6, 52. 266. loh. 6, 54. 143 
DE PECCATORVM MERITIS ET REMISSIONE promittitur paruulis. Porro si a salute ac uita aetema hominem nisi peccata non separant, per haec sacramenta non nisi peccati reatus in paruulis soluitur, de quo reatu scriptum est neminem esse mundum nee si un ius diei fuerit uita eius. V nde est et illud in Psalmis: Ego enim in iniquitatibus conceptus sum et in peccatis mater mea me in utero aluit; aut enim ex persona generali ipsius hominis dicitur aut, si proprie Dauid hoc de se dicit, non utique de fomicatione, sed de legitimo conubio natus est. Non itaque dubitemus etiam pro infantibus bapti- zandis sanguinem fusum qui priusquam funderetur, sic in sacramento datus est et commendatus ut diceretur: Hie est sanguis meus qui pro multis effundetur in remis- sionem peccatorum. Negant enim illos liberari qui sub peccato esse nolunt fateri. Nam unde liberantur si nulla seruitute peccati tenentur obstricti ? 35. Ego, inquit, lux in saeculum ueni ut omnis qui crediderit in me non maneat in tenebris. Hoc dicto quid ostendit nisi in tenebris esse omnem qui non credit in eum et credendo efficere ne maneat in tenebris? Has tenebras quid nisi peccata intellegimus? Sed quodli- bet aliud intellegantur hae tenebrae, profecto qui non credit in Christum manebit in eis et utique poenales sunt, non quasi noctumae ad quietem animantium necessariae. [35] XXV. Proinde paruuli, si per sacramentum quod ad hoc diuinitus institutum est in credentium numerum non transeant, profecto in his tenebris remanebunt.. . 267. Cf. Is. 59, 2. 268. lob 14, 5. 269. Ps. 50,7. 270. Matth. 26,28. 271. Cf. Rom. 3, 9b. 144 
liVRE I que sans eux on les pro met aux tout-petits. En outre, si ce sont bien les peches qui separent I 'homme du salut et de la vie eternelle 267 , c' est bien, par ces sacrements, l'imputation de peche qui est effacee chez les tout-petits, imputation dont il est ecrit que personne n' est exempt, meme si sa vie n'a dure qu'un jour 268 . D'ou aussi ce qui figure dans les Psaumes: Car j' ai ete confu dans les iniquites et c' est dans les peches que ma mere m' a nourri en son sein 269 . Ou bien cela est dit de I 'homme en general ou bien, si David I' a dit de lui particuliere- ment, il n' est de toute faon pas ne de la fornication mais d'une union legitime. Ne doutons donc pas que Ie sang a ete repandu aussi pour les peits enfants a baptiser, ce sang qui avant d' etre repandu a ete donne et recommande dans Ie sacrement selon cette parole: Voici mon sang qui sera repandu pour un grand nombre en vue du pardon des peches 27o . lIs disent en effet que ne sont pas delivres ceux ui ne veulent pas reconnaitre qu'ils sont sous Ie peche 2 . Car de quoi sont - ils liberes s'ils ne sont pas tenus lies par I' esclavage du peche? 35. Moi, dit-il, la lumiere, je suis venu dans le monde pour que celui qui aura cru en moi ne demeure pas dans les tenebreS 272 . Par cette parole, que montre-t-il, sinon qu'est dans les tenebres quiconque ne croit pas en lui et que, en croyant, il reussit a ne pas demeurer dans les tenebres? Ces «tenebres», comment les comprendre sinon comme etant les peches ? Mais quelle que soit la faon dont ces «tenebres » peuvent etre entendues, il est sOr que celui qui ne croit pas dans Ie Christ y demeurera, et elles sont bien sur'des chatiments, mais pas comme les tenebres de la nuit, necessaires au repos des etres vivants. XXV. Par consequent, les petits enfants, s' ils n' acce- dent pas au nombre des croyants par Ie sacrement qui a ete divinement institue a cette fin, resteront certainement dans ces tenebres... 272.loh. 12,46. 145 
DE PECCATORVM MERITIS ET REMISSIONE 36. .. .quamuis i eos nonnulli mox natos inluminari credant sic intellegentes quod scriptum est: Erat lumen uerum quod inluminat omnem hominem uenientem in hunc mundum. Quod si ita est, multum mirandum est quomodo inluminati ab unico Filio, quod erat in principio Verbum Deus apud Deum, non ammitantur ad regnum Dei nec sint heredes Dei, coheredes autem Christi. Hoc enim eis nisi per baptismum non praestari etiam qui hoc sentiunt confitentur. Deinde iam inlu- minati, si ad consequendum regnum Dei nondum sunt idonei, saltem ipsum baptismum quo ad hoc idonei fiunt laeti suscipere debuerunt; cui tamen eos uidemus cum magnis fletibus reluctari eamque ignorantiam in ilia aetate contemnimus, ut sacramenta quae illis prodesse nouimus in eis etiam reluctantibus compleamus. Cur enim et Apostolus dicit: Nolite pueri esse mentibus si iam lumine illo uero quod Verbum Dei est eorum men- tes inluminatae sunt? 37. Itaque illud quod in euangelio positum est: Erat lumen uerum quod inluminat omnem hominem uenientem in hunc mundum, ideo dictum est quia nullus hominum inluminatur nisi illo lumine ueritatis quod Deus est, ne quisquam putaret ab eo se inluminari, a quo aliquid audit ut discat, non dico, si quemquam magnum hominem, sed nec si angelum ei contingat habere doc- torem. Adhibetur enim senno ueritatis exttinsecus uocis i. Plutot qu'au depart d'une nouvelle phrase (selon la ponctuation du CSEL), cette proposition est subordonnee a ce qui precede. I. Volpi et R. Teske Ie comprennent de meme. 273.loh. 1, 9. Opinion (10) variante de (8) et s'appuyant sur une phrase de saint Jean, Peut -etre lue par Augustin dans Ie liber, tres proche alors du Liber de fide. Voir NC 44. 274.loh. 1, 1. 275. Cf. Rom. 8, 17. 276. Cette resistance n'est donc pas ici un indice du bien-fonde du 146 
LIVRE I 36. .. . encore que quelques-uns croient que ceux-ci, une fois nes, reoivent bientot la lumiere, comprenant ainsi ce qui est ecrit: Il etait la vraie lumiere qui illu- mine tout homme venant en ce monde 273 . S'il en est ainsi, on peut se demander avec beaucoup d'etonnement comment, illumines par Ie Fils unique, qui au commen- cement etait le Verbe, Dieu aupres de Dieu 274 , ils ne sont pas admis au royaume de Dieu et ne sont pas les heritiers de Dieu, coheritiers du Christ 275 . Car ceux qui pen sent ainsi professent aussi que cela ne leur est accorde que par Ie bapteme. De plus, etant deja illumines, s'ils ne sont pas encore capables d' obtenir Ie royaume, ils auraient au moins dO recevoir dans la joi ce bapteme par lequel precisement ils en deviennent capables ; nous les voyons pourtant y resister avec des flots de larmes et nous regardons avec mepris cette ignorance de leur age, si bien que, meme s' ils y resistent encore, nous accomplissons les rites sacramentels que nous savons leur etre profitables 276 . Pourquoi en effet I' Apotre dit-il aussi: Ne soyez pas des en/ants quant a l'intelligence 277 si leurs intelligences ont deja ete illuminees par cette vraie lumiere qui est Ie Verbe de Dieu 278 ? 37. C'est pourquoi ce qui figure dans l'evangile: Il etait la vraie lumiere qui illumine tout homme venant en ce monde 279 , a ete dit parce que tout homme n' est illu- mine que par cette lumiere de la verite qui est Dieu, de faon que personne ne se croie illumine par celui dont il entend quelque enseignement 280 : je ne dis pas s' il s' agit de quelque homme 9'envergure, mais meme s'il lui arrive d'avoir un ange comme maitre! Car Ie langage de la verite s' exprime exterieurement par Ie ministere sacrement pour les tout-Petits, mais Ie devient un an plus tard chez Augustin. Voir NC 25. 277. I Cor. 14, 20. 278. Cf. loh. 1, 9. 279.loh. 1, 9. 280. Cf. loh. 6, 45. 147 
DE PECCATORVM MERITIS ET REMISSIONE ministerio corporalis, uerum tamen neque qui plantat est aliquid neque qui rigat, sed qui incrementum dat Deus. Audit quippe homo dicentem uel hominem uel ange- lum ; sed ut sentiat et cognoscat uerum esse quod dicitur, illo lumine intus mens eius aspergitur, quod aetemum [36] manet, quod etiam in tenebris lucet. Sed sicut sol iste a caecis, quamuis eos suis radiis quodam modo ues- tiat, sic ab stultitiae tenebris non comprehenditur. 38. Cur autem cum dixisset: Quod inluminat omnem hominem, addiderit: uenientem in hunc mundum - unde haec opinio nata est quod in exortu corporali ab utero mattis recentissimo inluminet mentes nascentium paruulorum - quamuis in graeco ita sit positum ut possit intellegi etiam «ipsum lumen» ueniens in hunc mun- dum, tamen si «hominem» uenientem in hunc mundum necesse est accipi, aut simpliciter dictum arbitror, sicut multa in scripturis repperiuntur quibus etiam detractis nihil sententiae minuatur, aut si propter aliquam distinc- tionem additum esse credendum est, fortasse hoc dictum est ad discemendam spiritalem inluminationem ab ista corporali quae siue per caeli luminaria siue quibusque ignibus inluminat oculos carnis ut hominem interiorem dixerit uenientem in hunc mundum, quia exterior corpo- reus est sicut hic mundus, tamquam diceret: «Inluminat omnem hominem uenientem in corpUS» secundum illud quod scriptum est: Sortitus sum animam bonam et ueni in corpus incoinquinatum. Aut ergo sic dictum est, si distinctionis alicuius gratia dictum est: Inluminat omnem hominem uenientem in 281./ Cor. 3, 7. 282. Cf. loh. 1, 9. 283.loh. 1, 5. 284. C'est l'opinion (10) rapportee plus haut, en I, 25, 36. Augustin y repond par une critique textuelle de loh. 1, 9. 285. lei la distinction entre «homme interieur» et « homme exte- rieur» fait bien echo a la catechese paulinienne. Cf. Rom. 7, 22. 148 
LIVRE I d'une voix corporelle, mais pourtant et celui qui plante et celui qui arrose ne sont rien, mais Dieu, qui donne la croissance 28I . L'homme, bien sOr, ecoute celui qui parle, homme ou ange, mais, pour juger et savoir que ce qui est dit est vrai, son intelligence est arrosee interieu- rement de cette lumiere qui demeure pour I' etemite, qui luit meme dans les tenebres 282 . Mais de meme que Ie soleil n' est pas peru par les aveugles, lui qui pourtant les revet en quelque sorte de ses rayons, de meme elle n' est point perue par les tenebres de la sottise. 38. Mais pourquoi, ayant dit qui illumine tout homme, a-t-il ajoute venant en ce monde 283 ? C'est de cette parole qu ' est nee l' opinion selon laquelle, ,aussitot sortis physiquement du sein de leur mere, les intelligences des nouveau-nes reoi vent I' illumination 284 . Quoique dans Ie grec ait ete exprime quelque chose qui puisse etre compris comme la lumiere meme venant en ce monde, pourtant, s ' il faut necessairement que I' on entende «I 'homme venant en ce monde», ou bien je pense que cela a ete dit tout simplement comme pour bien des textes dans les Ecritures dans lesquels la suppression n ' affaiblit en rien Ie sens, ou bien, s' il faut croire que cela a ete ajoute pour faire apparaitre quelque nuance, peut-etre cela a-t-il ete dit pour distinguer I' illumination spirituelle de la corporelle qui illumine les yeux de la chair soit par les luminaires celestes soit par des feux, afin de designer I 'homme interieur venant en ce monde car l'homme exterieur est corporel comme ce monde- ci 285 ; c'est alors comme s'il disait: «Elle illumine tout homme venant en uil corpS», comme il est ecrit: J' ai refu du sort une ame bonne et je suis venu dans un corps sans souillure 286 . Ou bien donc il a ete dit, si cela I' a ete en vue d' eta- blir une distinction: elle illumine tout homme venant 286. Sap. 8, 19-20. 149 
DE PECCATORVM MERITIS ET REMISSIONE hunc mundum tamquam dictum esset: « Inluminat omnem interiorem hominem» quia homo interior, cum ueraciter fit sapiens, non nisi ab illo inluminatur quod est lumen uerum; aut si rationem ipsam qua humana anima rationalis appellatur, quae ratio adhuc uelut quieta et quasi sospita, tamen insita et quodam modo insemi- nata in paruulis latet, inluminationem uoluit appellare tamquam interioris oculi creationem, non resistendum est tunc eam fieri, cum anima creatur, et non absurde hoc [37] intellegi, cum homo uenit in mundum. Verum tamen etiam ipse quamuis iam creatus oculus necesse est in tenebris maneat si non credat in eum qui dixit: Ego lux in saeculum ueni ut omnis qui credit in me non maneat in tenebris. Quod per sacramentum in paruulis fieri non dubitat mater ecclesia, quae cor et os matemum eis praestat ut sacris mysteriis imbuantur, quia nondum possunt corde proprio credere ad iustitiam nec ore pro- prio confiteri ad salutem. Nec ideo tamen eos quisquam fidelium fideles appellare cunctatur, quod a credendo utique nomen est quamuis hoc non ipsi, sed alii pro eis inter sacramenta responderint. XXVI, 39. Nimis longum fiet si ad singula testimo- nia similiter disputemus. Vnde commodius esse arbitror aceruatim multa congerere quae occurrere potuerint uel quae sufficere uidebuntur, quibus appareat Dominum Iesum Christum non aliam ob causam in carne uenisse ac fonna serui accepta factum oboedientem usque ad mor- tem crucis nisi ut hac dispensatione misericordissimae gratiae omnes quibus tamquam membris in suo corpore 287. Cf. loh. 1, 9. 288. loh. 12, 46. 289. Cf. Rom. 10, 10. 290. Dans la liturgie baptismale d'alors, Ie realisme sacramentel imposait, en effet aux gestantes (parrainlmarraine) de dire du tout- petit: «il renonce (au mal)>> et «il croit (en Dieu»). 291. Cf. Iloh. 4, 2. + Illoh. 7. 292. Cf. Phil. 2, 7-8bc. 150 
LWRE I en ce monde comme s' il etait dit: «Elle illumine tout homme interieur» parce que l'homme interieur, quand il devient sage selon la verite, n' est illumine par rien d' autre que par ce qui est la vraie lumiere; ou bien, s' il s'agit de la raison elle-meme par quoi l'ame humaine est dite rationnelle, raison qui est encore cachee comme au repos et pour ainsi dire assoupie, mais introduite et jetee comme une semence dans les petits enfants, si c' est cette raison qu ' il a voulu appeler « illumination» comme une creation d 'un reil interieur, il ne faut pas s' opposer a I' idee qu' elle apparait quand I' ante est creee et il n' est pas absurde de comprendre cela comme Ie moment ou I 'homme vient au monde 287 . Cependant cet reil, encore que deja cree, do it necessairement demeurer dans les tenebres s' il ne croit pas a celui qui a dit: Moi qui suis la lumiere, je suis venu dans le monde pour que celui qui croit en moi ne demeure pas dans les tenebres 288 . Et que cela se produise chez les petits enfants, notre mere I , Egli se n' en doute pas, elle qui leur accorde un creur et une bouche matemels pour qu'ils soient impregnes des saints mysteres parce qu' ils ne peuvent pas encore croire, d 'un mouvement personnel de leur creur, a la justice ni, de leur pro pre bouche, confesser Ie salut 289 . Et pour cela nul des fideles n'hesite ales appeler« fideles», parce que c' est Ie nom qui leur convient de par la foi, meme si ce ne sont pas eux, mais d' autres pour eux, qui ont repondu lors des sacrements 290 . 4. Annonce d'un catalogue de textes bibliques. XXVI, 39. II serait trop long de discuter de la meme faon, un par un, les temoignages scripturaires. II sera plus commode,je crois, d' en rassembler un grand nombre que I' on aura pu rencontrer ou qui sembleront assez forts, grace auxquels il puisse apparaitre que Ie Seigneur Jesus Christ n'est venu dans la chair29I , n'a pris la condition d' esclave en se faisant obeissant jusqu' a la mort de la croix 292 pour nulle autre raison que, en dispensant cette grace tres misericordieuse a tous les hommes, dont il est la tete, comme a des membres faisant partie de son 151 
DE PECCATORVM MERITIS ET REMISSIONE constitutis caput est j , ad capessendum regnum caelorum uiuificaret, saluos faceret, liberaret, redimeret, inlumina- ret qui prius fuissent in peccatorum morte, languoribus, seruitute, captiuitate, tenebris constituti sub potestate diaboli principis peccatorum, ac sic fieret mediator Dei et hominum, per quem post inimicitias impietatis nostrae illius gratiae pace finitas reconciliaremur Deo in aetemam uitam ab aetema morte quae talibus inpen- debat erepti. Hoc enim cum abundantius apparuerit, consequens erit ut [38] ad istam Christi dispensationem quae per hanc eius humilitatem facta est pertinere non possint qui uita, salute, liberatione, redemptione, inluminatione non indigent. Et quoniam ad hanc pertinet baptismus quo Christo consepeliuntur ut incorporentur illi membra eius, hoc est fideles eius, profecto nec baptismus est necessarius eis qui illo remissionis et reconciliationis beneficio quae fit per mediatorem non opus habent. Porro quia paruulos baptizandos esse concedunt qui contra auctoritatem uniuersae ecclesiae procul dubio per Dominum et apostolos traditam uenire non pos- sunt, concedant oportet eos egere illos illis beneficiis mediatoris ut abluti per sacramentum caritatemque j. Comme R. Habitzky et R. Teske, nous plaons ici la virgule, et non apres ad capessendum regnum caelorum (ce que font Ie CSEL et I. Volpi) qui dePend en realite de la serle de verbes juxtaposes uiuifica- ret, saluos Jaceret, liberaret, redimeret, inluminaret. 293. Cf. I Cor. 12, 27 + Eph. 5, 30. 294. Cf. Col. 1, 12-14. 295. Cf. Eph. 2, 1. 296. I Tim. 2,5. 297. Cf. Rom. 5,10-11 + Eph. 2,14.16 = Col. 1,20. 298. Remarquable recapitulation des motifs de l'incarnation. Voir NC 32: «Les motifs de l'Incarnation et Ie bapteme». 299. Cf. Rom. 6,4 + Col. 2, 12. 300. Cf. I Cor. 12,27 + Eph. 1,22-23. 152 
LIVRE I COrpS293, pour les faire revivre afin qu' ils obtiennent Ie royaume de Dieu 294 , pour nulle autre raison que pour les sauver, les liberer, les racheter, les illuminer, eux qui auparavant se trouvaient etablis dans la mort nee des peches 295 , les maladies, I' esclavage, les tenebres, au pouvoir du diable, prince des pecheurs, et pour se faire ainsi le mediateur entre Dieu et les hommes 296 par qui nous serons reconcilies avec Dieu, les inimities nees de notre impiete ayant pris fin par la paix venant de sa grace 297 , arraches pour la vie etemelle a la mort etemelle qui pesait sur de telles creatures 298 . Quand ceci sera apparu avec plus d'abondance, il s'ensuivra que ne peuvent relever de ce don du Christ qui s' est opere par son abaissement ceux qui n' ont pas besoin de la vie, du salut, de la liberation, de la redemption, de I' illumination. Et puisque c' est cela que regarde Ie bapteme, par lequel ils sont ensevelis avec Ie Christ 299 afin de lui etre incorpores comme ses mem- bres 3OO , c' est-A-dire ses fideles, il est sOr que Ie bapteme n' est pas necessaire a ceux qui n' ont pas besoin de ce bienfait que sont Ie pardon et la reconciliation, lesquels s' operent par Ie Mediateur. Et parce qu'ils admettent que les tout-petits doivent etre baptises, ceux 30I qui ne peuvent s'opposer a l'auto- rite de I , Eglise universelle, transmise a coup sOr par Ie Seigneur et par les apotres, il convient qu' ils admettent que ces petits ont besoin de ces bienfaits du Mediateur afin que, laves par Ie sacrement 302 et la charite des 301. Caelestius et les autres acceptent en effet cette pratique. 302. Cf. Tit. 3, 5c. Comme l'a note A.-M. LA BONNARDIERE dans son releve de citations (Biblia Augustiniana. Nouveau Testament. Les Epitres aux Thessaloniciens, a Tite et a Philemon, Paris, 1964, p. 37), «c' est a partir de 411 et dans les reuvres de la polemique antila- gienne que saint Augustin a use Ie plus souvent de l'Epitre a Tire ». Or «Tit. 3, 5 a lui seul totalise au moins 50 citations». Mais Ie verset est «ues souvent reduit a son fragment c (lauacrum regeneration is pour designer Ie bapteme)>>. «C' est cette phrase qui polarise l' attention de saint Augustin» (p. 36). 153 
DE PECCATORVM MERITIS ET REMISSIONE fidelium ac sic incorporati Christi corpori, quod est eccle- sia, reconcilientur Deo ut in illo uiui, ut salui, ut liberati, ut redempti, ut inluminati fiant. V nde nisi a morte, uitiis, reatu, subiectione, tenebris peccatorum ? Quae quoniam nulla in ea aetate per suam uitam propriam commiserunt, restat originale peccatum. XXVD, 40. Haec ratiocinatio tunc erit fortior cum ea quae promisi testimonia multa congessero. lam supra posuimus: Non ueni uocare iustos, sed peccatores. Item cum ad Zaccheum esset ingressus: Hodie, inquit, salus domui huic facta est, quoniam et iste filius est Abrahae. Venit enim filius hominis quaerere et saluare quod perie- rat. Hoc est de oue perdita et relictis nonaginta nouem quaesita et inuenta, hoc et de drachma quae perierat ex decem. Vnde oportebat, ut dicit, praedicari in nomine eius paenitentiam et remissionem peccatorum in omnes gentes incipientibus ab Hierusalem. Marcus etiam in fine euangelii sui Dominum dixisse testatur: Euntes in mundum uniuersum praedicate euan- gelium omni [39] creaturae. Qui crediderit et baptizatus fuerit saluus erit,. qui uero non crediderit condemnabi- tur. Quis autem nesciat credere esse infantibus baptizari, non credere autem non baptizari ? Ex Iohannis autem euangelio, quamuis iam nonnulla posuerimus, adtende etiam ista. Iohannes Baptista de illo: Ecce agnus Dei, ecce qui tollit peccata mundi; et 303. Cf. Eph. 1,22-23 + I Cor. 12,27. 304. Cf. Col. 1, 20. 305. Augustin entend donc combiner raisonnement discursif (ratiocinatio) et temoignage scripturaire. Sur Ie rassemblement de « temoignages» scripturaires, voir la NC 33: «La constitution de catalogues de textes bibliques com me testimonia: une pratique bien etablie depuis Ie nf s. ». 306. Luc. 5, 32. 307. Luc. 19,9-10. 308. Cf. Luc. 15,3-10. 309. Cf. Luc. 15, 8-10. 310. Luc. 24,46-47. 154 
LIVRE I fideles et pevenus ainsi incorpores au corps du Christ qui est I , Eglise 303 , ils soient reconcilies avec Dieu 304 , de telle faon qu' en lui ils deviennent vivants, sauves, liberes, rachetes, illumines. Venant d' ou sinon de la mort, des vices, de la culpabilite, de I' asservissement et des tenebres des peches ? Et puisque, a leur age, ils n' ont rien pu commettre de cela dans leur vie personnelle, reste Ie peche originel. Catalogue de textes bibliques. XXVII, 40. Ce raisonnement sera plus fort lorsque j'aurai rassemble ici les nombreux temoignages que j'ai promis 305 . Nous avons deja indique plus haut: Je ne suis pas venu appeler les justes, mais les pecheurs 306 . De meme, quand il fut entre chez Zachee: Aujourd' hui, dit-il, le salut est venu pour cette maison parce que lui aussi est un fils d'Abraham. Car le Fils de l'homme est venu chercher et sauver ce qui avait peri 307 . Et aussi Ie texte sur la brebis perdue, cherchee et retrouvee, les quatre-vingt-dix-neuf autres ayant ete laissees 308 , celui sur la drachme qui, sur dix, avait ete perdue 309 . Aussi convenait-il, comme ille dit, que fussent preches en son nom la penitence et le pardon des peches a toutes les nations, en commenant par Jerusalem 310 . Marc aussi, a la fin de son evangile, atteste que Ie Seigneur a dit: Allez dans le monde entier precher l' evangile a toute creature. Qui aura cru et aura ete baptise sera sauve,. mais celui qui n' aura pas cru sera condamne'3II. Qui donc peut ignorer que, pour les enfants, croire c' est tre baptise, et ne pas croire c' est n' etre pas baptise ? Dans I' evangile de Jean, bien que nous ayons deja cite quelques textes, fais attention a ceux-ci: Jean-Baptiste dit de Jesus: Voici l' Agneau de Dieu, voici celui qui enleve les peches du monde 3I2 ; et de lui-meme Jesus dit: 311. Marc. 16,15-16. 312.loh. 1, 29. 155 
DE PECCATORVM MERITIS ET REMISSIONE ipse de se ipso: Qui de ouibus meis sunt uocem meam audiunt et ego noui illas et secuntur me,. et ego uitam aeternam do illis et non peribunt in aeternum. Quia ergo de ouibus eius non esse incipiunt paruuli nisi per bap- tismum, profecto, si hoc non accipiunt, peribunt; uitam enim aetemam quam suis dabit ouibus non habebunt. Item alio loco: Ego sum uia, ueritas et uita ,. nemo uenit ad Patrem nisi per me. 41. Hanc docttinam suscipientes apostoli uide quanta contestatione declarent. Petrus in prima epistola : Benedictus est, inquit, Pater Domini nostri lesu Christi, secundum multitudinem misericordiae suae qui rege- nerauit nos in spem uitae aeternae per resurrectionem lesu Christi, in hereditatem inmortalem et intaminatam, florentem, seruatam in caelis uobis qui in ueritate Dei conuersamini per fidem in salutem paratam palam fieri in tempore nouissimo. Et paulo post: Inueniamini, inquit, in laudem et honorem lesu Christi quem ignorabatis, in quem modo non uidentes creditis, quem cum uideritis exultabitis gaudio inenarrabili et honorato gaudio percipientes testamentum fidei, salutem animarum [40] uestrarum. Item alio loco: Vos autem, inquit, genus electum, regale sacerdotium, gens sancta, populus in adoptione, ut uirtutes enuntietis eius qui uos de tenebris uocauit in illud admirabile lumen suum. Et iterum: Christus, inquit, pro peccatis nostris pass us est, iustus pro iniustis, ut nos adducat ad Deum. Item cum comme- moras set in arca Noe octo homines saluos factos: Sic et uos, inquit, simili forma baptisma saluos facit. Ab hac ergo salute et lumine alieni sunt paruuli et in perditione ac tenebris remanebunt nisi per adoptionem populo Dei 313.loh. 10,27-28. 314.loh. 14,6. 315. I Petro 1, 3-5. 316. I Petro 1, 7-9. 317. I Petro 2,9. 318. I Petro 3, 18. 156 
LWRE I Ceux qui/ont partie de mes brebis entendent ma voix, et moi je les connais, et Us me suivent, et moi je leur donne la vie eternelle, et Us ne periront pas pour l'eternite'3I3. Donc, puisque les petits enfants ne commencent a etre au nombre de ses brebis que par Ie bapteme, il est sOr que s' ils ne Ie reoivent pas, ils periront; car la vie etemelle qu' il donnera a ses brebis, ils ne I' auront pas. Et encore ailleurs: Je suis la voie, la verite et la vie; personne ne vient au Pere que par moi 3I4 . 41. Voyez les apotres recevant cet enseignement, avec quelle fennete ils Ie proclament. Pierre, dans sa premiere lettre: Beni est Dieu, Pere de notre Seigneur Jesus Christ, qui selon l'abondance de sa misericorde nous a regeneres dans l'esperance de la vie eternelle par la resurrection de Jesus Christ, pour un heritage immortel et incorruptible, florissant, conserve dans les cieux pour vous qui passez votre vie dans la verite, par la /oi, pour ce salut prepare afin d' etre manifeste a la fin des t emps 315, et peu apres: Puissiez-vous etre trouves pour la gloire et l'honneur de Jesus Christ, que vous ignoriez, et en qui maintenant vous croyez sans le voir et devant qui, quand vous le verrez, vous exulterez d'une joie indicible, d'une joie pleine d' honneur en recevant le testament de la /oi, qui est le salut de vos ames 3I6 . Et encore dans un autre passage: Quant a vous, race choisie, sacerdoce royal, nation sainte, peuple adopte pour annoncer les grandeurs de celui qui vous a appeles des tenebres a son admirable lumiere 3I7 . Et encore: 1£ Christ a souffert pour nos peches, lui le juste pour les injustes, pour no us conduire jusqu'a Dieu 3I8 . Et aussi quand il eut rappele que dans l'arche de N06 huit hommes avaient ete sauves, ainsi, vous aussi, de semblable /aon, le bapteme vous sauve 3I9 . A. ce salut done et a cette lumiere sont etrangers les tout-petits et ils demeureront dans la perdition et les tenebres s'ils n'ont ete, par adoption, associes au peuple de Dieu, assures 319. I Petro 3,21. 157 
DE PECCATORVM MERITIS ET REMISSIONE fuerint sociati tenentes Christum passum iustum pro iniustis ut eos adducat ad Deum. 42. Ex epistola etiam Iohannis haec mihi occurrerunt quae huic quaestioni necessaria uisa sunt. Quodsi in lumine, inquit, ambulauerimus sicut et ipse est in lumine, societatem habemus in inuicem et sanguis Iesu filii eius purgabit nos ab omni delicto. Item alio loco: Si testi- monium, inquit, hominum accipimus, testimonium Dei maius est quia hoc est testimonium Dei. Qui crediderit in Filium Dei habet testimonium in semet ipso. Qui non crediderit Deo mendacem lacit eum, quia non credidit in testimonium quod testificatus est de Filio suo. Et hoc est testimonium: quia uitam aeternam dedit nobis Deus et haec uita in Filio eius est. Qui habet Filium habet uitam,. qui non habet Filium non uitam habet. Non solum igitur regnum caelorum, sed nec uitam paruuli habebunt si Filium non habebunt, quem nisi per baptismum eius habere non possunt. Item alio loco: In hoc, inquit, mani- festatus est Filius Dei ut soluat opera diaboli. Non ergo pertinebunt paruuli ad gratiam manifestationis Filii Dei si non in eis soluet opera diaboli. 43. lam nunc adtende in hanc rem Pauli Apostoli testimonia tanto utique plura quanto plures epistolas scrips it et quanto diligentius curauit commendare gra- tiam Dei aduersus eos qui operibus gloriabantur atque, ignorantes Dei iustitiam et suam iustitiam uolentes constituere, iustitiae Dei non erant subditi. In epistola ad Romanos : Iustitia, inquit, Dei in omnes qui credunt,. non enim est distinctio. Omnes enim 320. Cf. I Petro 3, 18. 321. Iloh. 1, 7. 322. Iloh. 5, 9-12. 323. Iloh. 3, 8. 324. Cf. I loh. 3, 8. 325. Cf. Rom. 10, 3. Suivent 22 extraits d'epitres qui, a une excep- tion pres (Eph. 4, 30: Nolite contristare Spiritum Sanctum Dei in quo signati estis in diem redemptionis. verset cite en I, 27, 46, sans doute 158 
LIVRE I que Ie Christ a souffert, lui, le juste pour les injustes, afin de les conduire a Dieu 32o . 42. Dans I' epitre de Jean, aussi, se sont presentes a moi des textes qui me semblent tres lies a cette question. Que si, dit-il, nous avons marche dans la lumiere, de meme qu'il est, lui aussi, dans la lumiere, nous nous trouvons mutuellement associes et le sang de Jesus, son Fils, nous purifiera de toute faute 32I . De meme ailleurs: Si nous accueillons le temoignage des hommes, le temoignage de Dieu est plus grand, parce que c' est le temoignage de Dieu. Celui qui a cru au Fils de Dieu a ce temoignage en lui. Celui qui n' a pas cru en Dieu fait de lui un menteur parce qu'il n' a pas cru au temoignage par lequel il porte temoignage au sujet de son Fils. Et ce temoignage, c'est que Dieu nous a donne la vie eternelle et que cette vie se trouve dans son Fils. ui a le Fils a la vie, qui n' a pas le Fils n 'a pas la vie 32 . Ainsi, les petits enfants, non seulement n'auront pas Ie royaume des cieux, mais la vie non plus, s' ils n' ont pas Ie Fils, qu' ils ne peuvent avoir que par son bapteme. De meme ailleurs, le Fils de Dieu s' est manifeste pour detruire les lEuvres du diable 323 . En consequence, les petits enfants ne participeront pas a la grace de la manifestation du Fils de Dieu, s' il ne detruit pas en eux les lEuvres du diable 324 . 43. Prete maintenant attention aux textes de Paul sur cette question, textes d' autant plus nombreux qu' il a ecrit plus de lettres et qu' il a eu un souci plus aigu de faire valoir la grace de Dieu contre ceux qui se glorifient de leurs reuvres et qui, ignorant la justice de Dieu et voulant etablir leur propre justice, n' etaient pas soumis a la justice de Dieu 32 . Dans I' epitre aux Romains : La justice de Dieu concerne tous ceux qui croient. Il n'y a point de distinction car pour son allusion a un des rites baptismaux) rendent tous expresse- ment temoignage a Jesus Christ comme I 'unique sauveur pour tous les humains. 159 
DE PECCATORVM MERITIS ET REMISSIONE peccauerunt et egent gloria Dei, iustificati gratis per gratiam ipsius, per redemptionem quae est in Christo lesu quem proposuit Deus propitiatorium per fidem in sanguine ipsius ad ostensionem iustitiae eius propter propositum praecedentium peccatorum in Dei patientia, ad ostendendam iustitiam ipsius in hoc tempore, ut sit iustus et iustificans eum qui ex fide est lesu. Item alio loco: Ei qui operatur, inquit, merces non inputatur secundum gratiam, sed secundum debitum,. ei uero qui non operatur, credit autem in eum qui iustificat impium, deputatur fides ad iustitiam. Sicut et Dauid dicit beatitudinem hominis cui Deus accepto fert iustitiam sine operibus: « Beati quorum remissae sunt iniquitates et quorum tecta sunt peccata. Beatus uir cui non inpu- tauit Dominus peccatum. » Item paulo post: Non est autem scriptum, [42] inquit, propter ilium tantum quia deputatum est illi, sed et propter nos quibus deputabitur credentibus in eum qui excitauit lesum Christum Dominum nostrum ex mortuis, qui traditus est propter delicta nostra et resurrexit prop- ter iustificationem nostram. Et paulo post: Si enim Christus, inquit, cum infirmi essemus adhuc, iuxta tempus pro impiis mortuus est. Et alibi: Scimus, inquit, quia lex spiritalis est,. ego autem carnalis sum, uenundatus sub peccato. Quod enim operor ignoro,. non enim quod uolo hoc ago, sed quod odi illud facio. Si autem quod nolo hoc facio, consentio legi quoniam bona. Nunc autem iam non ego operor illud, sed id quod in me habitat peccatum. Scio enim quia non habitat in me, hoc est in carne mea, bonum. Velie enim adiacet mihi. Perficere autem bonum non inuenio. Non enim quod uolo facio bonum sed quod nolo malum, hoc ago. Si autem quod nolo ego hoc facio, iam non ego operor illud sed quod habitat in me peccatum. Inuenio 326. Rom. 3, 22-26. 327. Rom. 4, 4-8 avec, a la fin, citation de Ps. 31, 1-2. 328. Rom. 4, 23-25. 329. Rom. 5, 6. 160 
UVRE I tous ont peche et ont besoin de la gloire de Dieu, justifies gratuitement par sa grace, de par la redemption qui est dans le Christ Jesus, que Dieu a presente comme victime propitiatoire par la foi qu 'on aurait en son sang, pour la manifestation de sa justice en consideration des peches passes supportes par la patience de Dieu, pour montrer sa justice en ce temps de maniere a etre juste tout en justifiant celui qui, par.. sa foi, appartient a Jesus 326 . De meme ailleurs : A celui qui travaille le salaire n 'est pas compte comme une grace, mais comme un du. Mais a qui ne travaille pas, mais croit en celui qui justifie l'impie, la foi est comptee pour la justice. Ainsi David parle du bonheur de l'homme a qui Dteu impute la justice sans les lEuvres : « Heureux ceux dont les peches ont ete pardonnes et dont les fautes sont couvertes,. heureux l'homme a qui le Seigneur n'a point impute de pechi3 27 1» De meme un peu apres: Et cela n 'a pas ete ecrit pour lui seul parce que la foi lui a ete comptee, mais aussi pour nous a qui la foi sera comptee parce que nous croyons en lui, qui a ressuscite des morts Jesus Christ notre Seigneur, qui a ete livre pour nos peches et est ressuscite pour notre justification 328 . Et un peu plus bas: Car si le Christ, alors que nous etions encore des infirmes, est mort, au temps fixe, pour les impies 329 . . . Et ailleurs : Nous savons que la loi est spirituelle, mais moi je suis charnel, vendu sous le peche. En effie, ce que je fais, je l'ignore ,. car je ne fa is pas ce que je veux, mais je fais ce que je hais,. mais si je fais ce que je ne veux pas, je suis en accord avec la loi, parce qu' elle est bonne,. mais ce n' est pas moi qui fais le mal, mais le peche qui habite en moi. Car je sais que le bien n'habite pas en moi, c' est-a-dire dans ma chair. Vouloir m' est possible, mais je ne trouve pas le moyen d'accomplir le bien. Car je ne fais pas le bien que je veux, mais le mal que je ne veux pas, c'est cela que je fais. Mais si ce que je ne veux pas je le fais, ce n' est pas moi qui agis, mais le peche qui habite en moi. Je trouve done une loi 161 
DE PECCATORVM MERITIS ET REMISSIONE ergo legem mihi uolenti facere bonum, quoniam mihi malum adiacet. Condelector enim legi Dei secundum interiorem hominem, uideo autem aliam legem in mem- bris meis repugnantem legi mentis meae et captiuantem me in lege peccati quae est in membris meis. Miser ego homo! Quis me liberabit de corpore mortis huius ? Gratia Dei per Iesum Christum Dominum! Dicant qui possunt hominem nasci non k in corpore mortis huius, ut possint etiam dicere non ei necessa- riam gratiam Dei per Iesum Christum, qua liberetur de cor[ 43]pore mortis huius. Item paulo post: Quod enim inpossibile erat legis, in quo infirmabatur per carnem, Deus Filium suum misit in similitudine carnis peccati et de peccato damnauit peccatum in carne. Dicant qui audent oportuisse nasci Christum in simi- litudine carnis peccati nisi nos nati essemus in came peccati. 44. Item ad Corinthios: Tradidi enim uobis in primis, inquit, quod et accepi: quia Christus mortuus est pro peccatis nostris secundum scripturas. Item ad eosdem Corinthios in secunda: Caritas enim Christi conpellit nos iudicantes hoc: quoniam unus pro omnibus mortuus est,. ergo omnes mortui sunt et pro omnibus mortuus est ut qui uiuunt iam non sibi uiuant sed ei qui pro ipsis mortuus est et resurrexit. Itaque nos amodo neminem nouimus secundum carnem et, si noue- ramus secundum carnem Christum, sed nunc iam non k. MSme si la lon non est tres minoritaire, il faut la preferer a nisi pour resPecter la logique du raisonnement, car Augustin denonce ici ceux qui nient tout lien entre mort physique et peche. 330. Rom. 7, 14-25. 331. Rom. 8,3. 332. Cf. Rom. 8, 3. 162 
LIVRE I quand je veux faire le bien, puisque c' est le mal qui est en mon pouvoir. Car je me complais en la loi de Dieu selon l' homme interieur, mais je vois une autre loi dans mes membres, qui combat la loi de mon esprit et me tient captif dans la loi du peche, qui est dans mes membres. Malheureux homme que je suis! Qui me delivrera du corps de cette mort? La grace de Dieu par Jesus Christ Seigneur3 30 . Que disent ceux qui Ie peuvent que l'homme ne nait pas dans Ie corps de cette mort, afin de pouvoir dire aussi que ne lui est pas necessaire la grace de Dieu par Jesus Christ, par laquelle il soit libere du corps de cette mort. De meme un peu plus loin: Ce qui etait impossible a la loi, en quoi elle etait rendue infirme par La chair, Dieu a envoye son Fils dans la ressemblance de la chair de peche et, a partir du peche, il a condamne le peche dans la chair3 3I . Qu'ils Ie disent, s' ils I' osent, qu' il fallait que Ie Christ naquit dans la ressemblance de la chair du peche'332, si nous n'etions pas nous-memes nes dans la chair du peche 333 ! 44. De meme aux Corinthiens: Je vous ai, en elfet, transmis d' abord ce que j' ai moi aussi refu, c' est-a- d,ire que le Christ est mort pour nos peches selon les Ecritures 334 . De meme, aux memes Corinthiens, dans la seconde lettre: Car la charite du Christ nous pousse ace jugement qu ' il est mort seul pour tous ,. tous done sont morts et il est mort pour tous, pour que ceux qui vivent ne vivent plus pour eux, mais pour lui, qui est mort et ressuscite pour eux. Ainsi nous, deso rma is, nous ne connaissons plus personne selon la chair et si nous connaissions le Christ selon la chair, nous ne le connaissons plus ainsi. 333. Cf. Rom. 8, 3. 334. I Cor. 15, 3. 163 
DE PECCATORVM MERITIS ET REMISSIONE nouimus. Si qua igitur in Christo noua creatura,. uetera transierunt, ecce facta sunt noua. Omnia autem ex Deo qui reconciliauit nos sibi per Christum et dedit nobis ministerium reconciliationis. Quemadmodum? Quia Deus erat in Christo mundum reconcilians sibi, non reputans illis delicta eorum et ponens in nobis uerbum reconciliationis. Pro Christo ergo legatione fungimur tamquam Deo exhortante per nos: obsecramus pro Christo reconciliari Deo. Eum qui non nouerat pecca- tum pro nobis peccatum fecit ut nos simus iustitia Dei in ipso. Cooperantes autem et rogamus ne in uacuum gratiam Dei suscipiatis. Dicit enim: «Tempore accep- tabili exau[44]diui te et in die salutis adiuui te.» Ecce nunc tempus acceptabile, ecce nunc dies salutis. Ad hanc reconciliationem et salutem si non pertinent paruuli, quis eos quaerit ad baptismum Christi? Si autem pertinent, inter homines mortuos sunt pro quibus HIe mortuus est, nec ab eo reconciliari et saluari possunt nisi dimissa non reputet delicta eorum. 45. Item ad Galatas: Gratia uobis et pax a Deo Patre et Domino Iesu Christo, qui dedit semet ipsum pro peccatis nostris ut eximeret nos de praesenti saeculo maligno. Et alio hoc: Lex transgressionis gratia proposita est donee ueniret semen cui promissum est, disposi- tum per angelos in manu mediatoris. Mediator autem unius non est, Deus uero unus est. Lex ergo aduersus promissa Dei? Absit! Si enim data esset lex quae posset uiuijicare, omnino ex lege esset iustitia. Sed conclusit scriptura omnia sub peccato ut promissio ex fide Iesu Christi daretur credentibus. 335. II Cor. 5, 14 - 6, 2, avec, a la fin, citation d'ls. 49, 8. 336. Gal. 1, 3-4. 337. Gal. 3, 19-22. 164 
LIVRE I Si done quelqu'un est dans le Christ, c'est une creature nouvelle,. les choses anciennes sont passees, voici que de nouvelles ont ete faites. Or tout vient de Dieu, qui nous a reconcilies avec lui par le Christ et nous a donne le ministere de la reconciliation. Comment? Parce que Dieu etait dans le Christ, reconciliant le monde avec lui, ne leur imputant pas leurs fautes et mettant en nous la parole de la reconciliation. Nous avons done charge d'ambassadeurs a la place du Christ, comme si Dieu vous exhortait par notre bouche: nous vous supplions, au nom du Christ, de vous reconcilier avec Dieu. Celui qui ne connaissait pas le peche, Dieu l'a fait peche pour nous afin que nous soyons justice de Dieu en lui. Et cooperant avec lui nous vous demandons aussi de ne pas recevoir en vain la grace de Dieu car il dit: «Au moment favorable, je t'ai entendu et au jour du salut je t' ai secouru.» Voici maintenant le temps favorable, voici maintenant le jour du salut 335 . Si les petits enfants ne sont pas concemes par cette reconciliation et ce salut, qui les cherche pour qu' ils reoivent Ie bapteme du Christ? Mais s' ils sont concer- nes, ils font partie des hommes morts pour lesquels il est mort, et ils ne peuvent etre reconcilies et sauves par lui s'il ne considere pas leurs peches comme pardonnes. 45. De meme aux Galates: A vous la grace et la paix venant de Dieu le Pere et du Seigneur Jesus Christ, qui s'est donne lui-meme pour nos peches, pour nous enle- ver a ce siecle pervers 336 . Et dans un autre passage: La loi a ete promulguee pour determiner la transgression jusqu 'a ce que vienne le rejeton a qui avait ete faite la promesse deposee par les anges dans la main du mediateur. Mais il n 'y a pas de mediateur d'un seul. Or Dieu est unique. La loi est done opposee aux promesses de Dieu? Nullement. Car, si avait ete donnee une loi qui put donner la vie, la justice releverait tout entiere de la loi, mais l' Ecriture a tout enferme sous le peche pour que la prom esse JUt donnee par lafoi en Jesus Christ a ceux qui croiraient 337 . 165 
DE PECCATORVM MERITIS ET REMISSIONE 46. Ad Ephesios etiam: Et uos, cum essetis mortui delictis et peccatis uestris in quibus aliquando ambu- lastis secundum saeculum mundi huius, secundum principem potestatis aeris, spiritus eius qui nunc opera- tur infiliis diffidentiae, in quibus et nos omnes aliquando conuersati sumus in desideriis carnis nostrae, facientes uoluntatem carnis et affectionum, et eramus naturaliter filii irae sicut et ceteri,. Deus autem, qui diues est in misericordia, propter multam dilectionem qua dilexit nos et cum essemus mortui peccatis conuiuificauit nos Christo cuius gratia sumus salui facti. Et paulo post: [45] Gratia, inquit, salui facti estis per fidem et hoc non ex uobis, sed Dei donum est, non ex operibus, ne forte quis extollatur. Ipsius enim sumus figmentum, creati in Christo Iesu in operibus bonis quae praeparauit Deus ut in illis ambulemus. Et paulo post: Qui era tis , inquit, illo tempore sine Christo, alienati a societate Israhel et peregrini testa- mentorum et promissionis, spem non habentes et sine Deo in hoc mundo, nunc autem in Christo Iesu qui aliquando eratis longe, facti estis prope in sanguine Christi. Ipse est enim pax nostra, qui fecit utraque unum et medium parietem maceriae soluens, inimicitias in carne sua, legem mandatorum decretis euacuans, ut duos conderet in se in unum nouum hominem, faciens pacem et commutaret utrosque in uno corpore Deo per crucem, interficiens inimicitias in semet ipso. Et ueniens euangelizauit pacem uobis qui eratis Longe et pacem his qui prope, quia per ipsum habemus accessum ambo in uno Spiritu ad Patrem. 338. Eph. 2, 1-5. 339. Eph. 2, 8-10. 166 
LIVRE I 46. Puis aux Ephesiens: Et vous, alors que vous etiez morts a cause de vos fautes et de vos peches au milieu desquels vous avez un temps marche, conformement au siecle de ce monde, selon le prince de la puissance de l' air, de l' esprit de celui qui maintenant agit chez les fils de l'incredulite, parmi lesquels nous tous aussi avons vecu un temps dans les desirs de notre chair, faisant la volonte de la chair et des passions, et nous etions natu- rellement fils de la colere, comme tous les autres ,. mais Dieu, qui est riche de misericorde, dans l'abondance de l'amour dont il nous a aimes et alors que nous etions morts a cause des peches, Dieu nous a fait revivre avec le Christ, par la grace de qui nous avons te sauves 338 . Et un peu plus loin: C' est par la grace que vous avez ete sauves moyennant la foi et cela ne vient pas de vous mais c'est un don de Dieu, non en raison des lEuvres, afin que personne ne se glorifie. Car nous sommes son ouvrage, cree dans le Christ Jesus, dans les lEuvres bonnes que Dieu a preparees pour que nous march ions au milieu d'elles 339 . Et peu apres: Vous etiez en ce temps-La sans le Christ, eloignes de la societe d'Israel et etrangers a l' alliance et a la promesse, n' ayant pas d' esperance, etant sans Dieu en ce monde. Mais main tenan t, dans le Christ Jesus, vous qui etiez, un temps, bien loin, vous etes devenus tres proches dans le sang du Christ. Car il est notre paix, lui qui, de deux peuples en afait un seul, rompant le mur de separation entre eux, supprimant les inimities dans sa chair, abolissant la loi par les decisions de ses com- mandements, afin d'etablir en lui les deux hommes qui deviennent un seul homme nouveau, en faisant la paix, et afin de transformer en un seul corps 1 'un et l' autre pour Dieu, par la croix, detruisant les inimities en lui. Et en venant, il vous a annonce la paix, a vous qui etiez loin, et a ceux qui etaient proches, parce que c' est par lui que nous avons acces au Pere, les uns et les autres, en un seul Esprit 340 . 340. Eph. 2, 12-18. 167 
DE PECCATORVM MERITIS ET REMISSIONE Item alibi: Sicut est ueritas in Jesu, deponere uos secundum priorem conuersationem ueterem homi- nem, eum qui corrumpitur secundum concupiscentias deceptionis,. renouamini autem spiritu mentis uestrae et induite nouum hominem, eum qui secundum Deum creatus est in iustitia et sanctitate ueritatis. Et alibi: Nolite contristare Spiritum sanctum Dei, in quo signati estis in diem redemptionis. 47. Ad Colossenses etiam ita loquitur: Gratias agen- tes Patri idoneos facienti nos in partem sortis sanctorum [46] in lumine, qui eruit nos de potestate tenebrarum et transtulit in regnum Filii caritatis suae, in quo habemus redemptionem in remissione peccatorum. Et alio loco: Et estis, inquit, in illo repleti qui est caput omnis principatus et potestatis, in quo etiam circumcisi estis circumcisione non manu facta, in expoliatione corporis earn is, in circumcisione Christi, consepulti ei in baptismo in quo et conresurrexistis per fidem operationis Dei qui suscitauit ilium a mortuis, et uos cum essetis mortui delictis et praeputio carnis uestrae, uiuificauit cum illo, donans nobis omnia delicta, delens quod aduersus nos erat chirographum decretis quod erat contrarium nobis, tollens illud de medio et adfigens illud cruci, exuens se carnem principatus et potestates exemplauitfiducialiter triumphans eos in semet ipso. 48. Et ad Timotheum: Human us, inquit, sermo et omni acceptatione dignus quia Christus uenit in hunc mundum peccatores saluos facere, quorum primus sum ego. Sed ideo misericordiam consecutus sum ut in me primo ostenderet Christus Jesus omnem longanimitatem ad informationem eorum qui credituri sunt illi in uitam aeternam. 341. Eph. 4, 21-24. 342. Eph. 4, 30. 343. Col. 1, 12-14. 344. Col. 2, 10-15. 345. I TIm. 1, 15-16. 168 
LIVRE I De meme ailleurs: Tout comme la verite en Jesus, c' est de depouiller en vous votre premier etat, le vieil homme, celui qui est corrompu selon les convoitises du mensonge, renouvelez-vous done dans l'esprit de votre ame et revetez l'homme nouveau, celui qui a ete cree selon Dieu dans la justice et la sa in tete de la verite/34I. Et ailleurs: N' affligez pas l' Esprit Saint de Dieu, dans lequel vous avez ete marques pour le jour de la redemption 342 . 47. Aux Colossiens il parle encore ainsi: Rendant grace au Pere qui nous rend capables de participer au sort des saints, dans la lumiere, lui qui nous a arraches au pouvoir des tenebres et nous a fait passer au royaume du Fils de son amour, en ui nous avons la redemption par Ie pardon des peches 3 3. Et dans un autre passage: Et vous etes combles en lui, qui est la tete de toute puissance et de tout pouvoir, en qui aussi vous avez ete circoncis d'une circoncision qui n' a pas ete faite par une main, dans le depouillement du corps charnel, dans la circoncision du Christ, et ensevelis avec lui dans le bapteme, dans lequel vous etes ressuscites avec lui par votre foi en l' lEuvre de Dieu qui l'a ressuscite des morts, et vous, alors que vous etiez morts a cause des fautes et du prepuce de votre chair, il vous a fait revivre avec lui, nous pardonnant toutes nos fautes, detruisant par ses decrets la reconnaissance de dette qui etait etablie contre nous et qui nous etait contraire, la retirant et la clouant a la croix,. et se depouillant de sa chair, il a donne en exemple les pou- voirs et les puissances, triomphant d' eux avec assurance en lui-meme 344 . 48. Et a Timothee: C' est une parole qui vaut pour tous les hommes et digne d'etre refue pleinement que le Christ est venu en ce monde pour sauver les pecheurs, dont je suis le premier. Mais j'ai refu sa misericorde pour qu'en moi, le premier, le Christ Jesus montre toute sa patience pour informer ceux qui allaient croire en lui pour la vie eternelle 345 . 169 
DE PECCATORVM MERITIS ET REMISSIONE Item dicit: Vnus enim Deus, unus et mediator Dei et hominum, homo Christus Jesus qui dedit semet ipsum redemptionem pro omnibus. In secunda etiam ad eundem: Noli ergo, inquit, eru- bescere testimonium Domini nostri neque me uinctum eius, sed conlabora euangelio secundum uirtutem Dei saluos nos facientis et uocantis [47] uocatione sua sancta non secundum opera nostra, sed secundum suum propositum et gratiam quae data est nobis in Christo Jesu ante saecula aeterna, manifestata autem nunc per aduentum Domini nostri Jesu Christi euacuantis quidem mortem, inluminantis autem uitam et incorruptionem per euangelium. 49. Ad Titum etiam: Expectantes, inquit, illam beatam spem et manifestationem gloriae magni Dei et saluatoris nostri Jesu Christi, qui dedit semet ipsum pro nobis ut nos redimeret ab omni iniquitate et mundaret nos sibi populum abundantem, aemulatorem bonorum operum. Et alio loco: Cum autem benignitas et humanitas inluxit saluatoris Dei nostri, non ex operibus iustitiae nos quae fecimus, sed secundum suam misericordiam saluos nos fecit per lauacrum regeneration is et renoua- tionis Spiritus sancti quem ditissime effudit super nos per Jesum Christum saluatorem nostrum, ut iustificati ipsius gratia heredes efficiamur secundum spem uitae aeternae. 50. Ad Hebreos quoque epistula, quamquam non- nullis incerta sit, tamen, quoniam legi quosdam huic nostrae de baptismo paruulorum sententiae contraria sentientes etiam ipsam quibusdam opinionibus suis testem adhibere uoluisse magisque me mouet auctoritas 346. I Tim. 2, 5-6. 347. II Tim. 1,8-10. 348. Tit. 2, 13-14. 170 
LIVRE I II dit encore: Il n 'y a qu 'un Dieu et qu 'un seul media- teur entre Dieu et les hommes, l'homme Jesus Christ, qui s'est donne en redemption pour tous 346 . Et aussi dans la seconde lettre au meme: Ne rougis done point du temoignage de notre Seigneur, ni de moi, son captif, mais souffre avec moi pour l' Evangile, selon la force de Dieu qui nous sauve et no us appelle de son saint appel, non selon nos lEuvres, mais selon son dessein et sa grace, laquelle nous a ete donnee dans le Christ Jesus avant I' eternite des siecles, et a ete maintenant manifestee par la venue de notre Seigneur Jesus Christ, qui detrui la mort mais illumine la vie et 1 'incorruptibilite par l' Evangile 347 . 49. A Tite aussi: Attendant, dit-il, cette bienheureuse esperance et la manifestation de la gloire de notre grand Dieu et Sauveur Jesus Christ, qui s'est livre pour nous pour nous racheter de toute iniquite et nous purifier, pour se fa ire un peuple nombreux et rivalisant d'lEuvres bonnes 348 . Et ailleurs: Quand la bonte et l' amour pour les hom- mes du Sauveur notre Dieu ont repandu leur lumiere, ce n' est pas en raison des lEuvres de justice que nous avons accomplies, mais selon sa misericorde qu'il a fait de nous des sauves par le bain de la regeneration et du renouvellement venant de l' Esprit Saint, qu' il a repandu si largement sur nous par Jesus Christ notre Sauveur, afin que, justifies par sa grace, nous devenions heritiers, selon l'esperance, de la vie eternelle 349 . 50. L' epitre aux Hebreux, quoique pour quelques-uns elle soit douteuse, neanmoins, puisque j' ai lu que certains qui professent des opinions contraires a la notre au su jet du bapteme des petits enfants ont voulu utiliser cette lettre comme temoignage a I' appui de leurs idees et que me detennine davantage I' autorite des Eglises orientales, 349. Tit. 3,4-7. 171 
DE PECCATORVM MERITIS ET REMISSIONE ecclesiarum orientalium, quae hanc etiam in canonicis habent, quanta pro nobis testimonia contine at aduerten- dum est. In ipso eius exordio legitur: Multis partibus et mul- tis modis olim Deus locutus est patribus in prophetis, postremo in his diebus locutus est nobis in Filio quem constituit [48] heredem uniuersorum, per quem fecit et saecula. Qui cum sit splendor gloriae et figura subs- tantiae eius, gerens quoque omnia uerbo uirtutis suae, purgatione peccatorum a se facta, sedet ad dexteram maiestatis in excels is. Et post pauca: Si enim qui per angelos dictus sermo factus est firmus et omnis praeuaricatio et inoboedientia ius tam accepit mercedis retributionem, quomodo nos effugiemus tantam neglegentes salutem ? Et alio loco: Propterea ergo pueri communicauerunt sanguini et carni et ipse propemodum eorum partici- pauit, ut per mortem euacuaret eum qui potestatem habebat mortis, id est diabolum, et liberaret eos qui timore mortis per totam uitam rei erant seruitutis. Et paulo post: Vnde debuit, inquit, secundum omnia fratribus similis esse, ut misericors fieret et fidelis princeps sacerdotum eorum quae sunt ad Deum propi- tiandum pro delictis populi. Et alibi: Teneamus, inquit, confessionem,. non enim habemus sacerdotem qui non possit conpati infirm i- tatibus nostris,. etenim expertus est omnia secundum similitudinem sine peccato. 350. Augustin savait que la canonicite de cette epitre etait discutee dans I'Eglise latine. Pour sa part, ill'a toujours accept6e mSme si, autour de 410, it n' affirme plus aussi resolument qu' auparavant qu' elle est de saint Paul. Voir la NC 34: «La Lettre aux Hebreux et Ie Canon de l'Ecriture. Evolution d' Augustin». Qui sont ces chretiens (opinion [11]) qui recourent a Hebr. pour justifier leur theologie du baptSme des Petits? Augustin precise plus loin (cf. II, 25, 39) qu'ils invoquent Hebr. 7, 9 a l'appui d'une argumentation (31). Le «j'ai lu» (leg i) pourrait se rapporter au liber, mais comme source ici indePen- dante du Liber de fide de Rufin car celui-ci n'invoque jamais Hebr. a propos de theologie baptismale. 172 
LIVRE I qui la comptent elle aussi dans les livres canoniques, il faut prendre garde aux importants temoignages qu'elle contient en notre faveur 35o . Dans son exorde on lit: En divers lieux et de bien des manieres, Dieu jadis a parle a nos peres dans les prophetes, et finalement en notre temps il nous a parle par son Fils, qu'il a etabli heritier de toutes choses, par qui il a cree aussi les siecles,. lui qui, dans la splendeur de sa gloire et l' empreinte de sa substance, portant tout par la parole de sa puissance, ayant accompli la purifi- cation de nos peches, est assis a la droite de la majeste souveraine, au plus haut des cieux 35I . Et un peu plus loin: Si, en effet, la parQle prononcee par les anges a ete garantie, si toute prevarication et desobeissance a reu la juste retribution qu' elle merite, comment done echapperons-nous, si nous n' avons cure d'un tel salut 352 ? Et dans un autre passage: Les enfants done ont en commun et la chair et le sang, et lui-meme a presque participation avec eux, de faon a eliminer par sa mort celui qui avait pouvoir sur la mort, c' est-a-dire le diable, et a liberer ceux qui, dans la crainte de la mort, etaient tout au long de leur vie tenus dans la servitude 353 . Et un peu apres: C' est pourquoi il a da etre en tout semblable a ses freres pour devenir le misericordieux et fidele grand-pretre du culte ojfert a Dieu pour qu'il pardonne les fa utes du peuple 35 . Et ailleurs: Tenons ferme notre confession, car nous n' avons pas un pretre qui ne puisse compatir a nos faiblesses puisqu'il a particiration a tout selon sa ressemblance, hormis au peche'35 . 351. Hebr. 1, 1-3. 352. Hebr. 2, 2-3. 353. Hebr. 2, 14-15. 354. Hebr. 2, 17. 355. Hebr. 4, 14-15. 173 
DE PECCATORVM MERITIS ET REMISSIONE Et alio loco: Intransgressibile, inquit, habet sacerdo- tium. Vnde et saluos perficere potest eos qui adueniunt per ipsum ad Deum, semper uiuens ad interpellandum pro ipsis. Talem enim decebat habere nos principem sa cerdotum, iustum, sine malitia, incontaminatum, separatum a peccatoribus, altiorem a cae lis factum, non habentem [49] cotidianam necessitatem, sicut principes sacerdotum, primum pro suis peccatis sacrificium offerre, dehinc pro populo,. hoc enim semel fecit offerens see Et alio loco: Non enim in manu fabricata san eta introiit Christus, quae sunt similia uerorum, sed in ipsum caelum apparere ante faciem Dei pro nobis, non ut saepius offerat semet ipsum, sicut princeps sacerdotum intrat in sancta semel cum sanguine alieno. Ceterum oportebat eum saepius pati a mundi constitutione, nunc autem semel in extremitate saeculorum ad remissionem peccatorum per sacrificium suum manifestatus est. Et sicut constitutum est hominibus semel tantum mori et post hoc iudicium, sic et Christus semel oblatus est ut multo rum peccata portaret, secundo sine peccatis appa- rebit eis qui eum sustinent ad salutem. 51. Apocalypsis etiam Iohannis has laudes Christo per canticum nouum testator offerri : Dignus es accipere librum et aperire signacula eius quoniam occisus es et redemisti nos Deo in sanguine tuo de omni gente et lingua et populo et natione. 52. Item in Actibus apostolorum inceptorem uitae Petrus apostolus dixit esse Dominum Iesum, increpans Iudaeis quod occidissent eum, ita loquens: Vos autem sanctum et iustum onerastis et negastis et postulastis hominem homicidam uiuere et donari uobis,. nam incep- torem uitae occidistis. 356. Hebr. 7,24-27. 357. Hebr. 9, 24-28. 358. Apoc. 5, 9. 359. Act. 3, 14-15. 174 
LIVRE I Et ailleurs: Il a un sacerdoce indestructible. Aussi peut-il sauver completement ceux qui vont par lui vers Dieu, vivant a jamais pour interceder pour eux. Il convenait, en effet, que nous ayons un tel grand-pretre, juste, sans trace de mal, pur, separe des pecheurs, place plus haut que les cieux, sans l'obligation quotidienne, comme les grands-pretres, d' offrir un sacrifice, d' abord pour leurs peches, puis our le peuple : il ne le fit qu 'une fois, s'offrant lui-meme 56. Et ailleurs: Car le Christ n ' entra pas dans un sanctuaire fait de main d'homme, figure seulement du veritable, mais dans le ciel meme, pour apparaitre a notre place, sous le regard de Dieu, non pour s'offrir lui- meme plusieurs fois comme le grand-pr€tre entre dans le sanctuaire une fois par an avec un sang etranger. Il aura it alors dO, souffrir plusieurs fois depuis la creation du monde, mais maintenant il s'est manifeste une seule fois, a lafin des siecles, pour le pardon des peches, par son propre sacrifice,. et de meme qu' il est etabli que les hommes ne meurent qu 'une fois et qu' apres vient le jugement, de meme le Christ a ete offert une fois pour porter les peches du grand nombre, et il apparaitra une seconde fois sans peches a ceux qui l'attendent pour obtenir le salut 357 . 51. L' Apocalypse de Jean aussi atteste que les louan- ges que voici sont offertes au Christ dans un cantique nouveau: Tu es digne de recevoir le livre et d'en ouvrir les sceaux puisque tu as ete mis a mort et que tu nous as rachetes pour Dieu dans ton sang, de toute tribu, langue, peuple et nation 358 . 52. De meme encore dans les Actes des apotres, I' apotre Pierre a dit que I' initiateur de la vie, c' est Ie Seigneur Jesus, en reprochant aux Juifs de l'avoir mis a mort. lIs' exprime ainsi: Mais vous, vous avez charge et aneanti le saint et le juste et vous avez reclame que vive un meurtrier et qu ' on vous l' accorde ,. car vous avez mis a mort l' initiateur de la vie 359 . 175 
DE PECCATORVM MERITIS ET REMISSIONE Et alio loco: Hie est lapis reprobatus a uobis [50] aedijicantibus, qui factus est in caput anguli. Non est enim aliud nomen sub caelo datum hominibus, in quo oportet saluos fieri nos. Et alibi: Deus patrum l suscitauit Iesum quem uos interfecistis suspendentes in ligno. Hunc Deus principem et saluatorem exaltauit gloria sua, dare paenitentiam Israhel et remissionem peccatorum in Ulo. Item alio loco: Huic omnes prophetae testimonium perhibent remissionem pecca to rum accipere per manum illius omnem credentem in eum. Item in eodem libro apostolus Paulus: Notum ergo sit uobis, inquit, uiri fratres, quoniam per hunc uobis remissio peccatorum annuntiatur,. ab omnibus quibus non potuistis in lege Moysi iustijicari, in hoc omnis credens iustijicatur. 53. Hoc tanto aggere testimoniorum cuius aduersus ueritatem Dei elatio non prematur? Et multa quidem alia repperiri possunt sed et finiendi huius operis cura non neglegenter habenda est. De libris quoque ueteris testamenti multas contestationes diuinorum eloquiorum adhibere in hanc sententiam superuacaneum putaui. Quando quidem illic quod occultabatur sub uelamento uelut terrenarum promissionum, hoc in noui testamenti praedicatione reuelatur. Et ipse Dominus librorum ueterum utilitatem breuiter demonstrauit et definit dicens oportuisse inpleri quae de illo scripta essent in Lege et Prophetis et Psalmis et haec ipsa esse quod oportebat Christum pati et resurgere a mortuis tertia die et praedicari in nomine eius paenitentiam et remis- sionem peccatorum per omnes gentes incipientibus ab l. Le CSEL ajoute ici un nostrorum absent de tous les manuscrits. 360. Act. 4, 11-12. 361. Act. 5, 30-31. 176 
LIVRE I Et ailleurs: Il est la pierre rejetee par vous qui construisiez, lui qui est devenu la pierre d'angle. Nul autre nom sous le ciel n' a ete donne aux hommes dans lequel il convient que nous soyons sauves 360 . Et ailleurs: 1£ Dieu des peres a ressuscite Jesus, que vous avez tue en le suspendant au bois,. c' est lui que Dieu a eleve par sa gloire comme prince et sauveur, pour accorder la penitence a Israel et le pardon des peches en lui 36I . , De meme dans un autre passage: A lui tous les pro- phetes rendent temoignage, disant que de sa main refoit le pardon des peches quiconque croit en lui 362 . De meme dans Ie meme livre, l'apotre Paul: Sa chez done, mes freres, que c' est par lui que vous est annonce le pardon des peches,. et de tout ce dont vous n' avez pu etre justifies par la loi de Moise, quiconque croit est justifie en lui 363 . 53. Sous un tel amoncellement de temoignages, qui donc, dans sa pretention as' elever contre la verite de Dieu, ne serait pas ecrase? Et I' on peut en decouvrir beaucoup d'autres. Mais Ie souci de mettre un tenne a cet ouvrage ne doit pas etre neglige. Pour les livres de I' Ancien Testament, j'ai trouve superftu d'apporter d' abondantes argumentations a I' appui de notre these, puisque ce qui s'y trouve cache sous Ie voile de promesses temporelles est maintenant revele dans I' enseignement du Nouveau Testament, et Ie Seigneur lui-meme a brievement demontre l'utilite des livres anciens et l'a precisee en disant qu' il avait fallu que s' accomplit ce qui avait ete ecrit de lui dans la Loi, les Prophetes et les Psaumes, et que cela etait: Qu' il lallait que le Christ souffrlt et ressuscitat d' entre les morts au trois ieme jour, et que fussent preches en son nom la penitence et le par- don des peches parmi toutes les nations en commenfant 362. Act. 10,43. 363. Act. 13, 38-39. 177 
DE PECCATORVM MERITIS ET REMISSIONE Hierusalem. Et Petrus dicit quod paulo ante comme- moraui, huic omnes prophetas testimonium perhibere remissionem peccatorum accipere per manum eius omnem credentem in eum. [51] 54. Verum tamen commodius est etiam ex ipso uetere testamento testimonia pauca depromere quae uel ad supplementum uel potius ad cumulum ualere debebunt. Ipse Dominus per prophetam in psalmo loquens ait: Sanctis qui in terra sunt eius mirificauit omnes uoluntates meas in illis, non «merita eorum », sed uoluntates meas. Nam illorum quid nisi quod sequitur? Multiplicatae sunt infirmitates eorum supra quod infirmi erant. Ad hoc et: Lex subintrauit ut abundaret delictum. Sed quid adiun- git? Postea adcelerauerunt. Multiplicatis infirmitatibus, hoc est abundante delicto, alacrius medicum quaesierunt ut, ubi abundauit peccatum, superabundaret gratia. Denique: Non congregabo, inquit, conuenticula eorum de sanguinibus, quoniam multis sacrificiorum sanguinibus, cum prius in tabemaculum uel in templum congregarentur, conuincebantur potius peccatores quam mundabantur. «Non ergo iam», inquit, «de sanguinibus congregabo conuenticula eorum»; unus enim sanguis pro multis datus est, quo ueraciter mundarentur. Denique sequitur : Nee memor ero nomina illorum per labia mea, tamquam mundatorum, tamquam innouatorum. 364. Cf. Luc. 24, 44-47. 365. Cf. Act. 10,43. 366. Ps. 15, 3. 367. Ps. 15,4. 368. Rom. 5, 20a. 369. Ps. 15,4. 370. Cf. Matth. 9,12; Marc. 2,178; Luc. 5,31. 371. Rom. 5, 20b. 178 
LIVRE I par J erusalem 364 . Et Pierre dit, ce que j' ai rappele un peu plus haut, que tous les prophetes apportaient Ie temoignage que reoit de sa main le pardon des peches quiconque croit en lui 365 . 54. Neanmoins, il est assez a propos de produire quelques temoignages tires de cet Ancien Testament, qui vaudront ou comme complement ou, plutot, comme couronnement a notre argumentation. Le Seigneur lui-meme, parI ant par Ie prophete dans un psaume dit: Aux saints qui sont sur la terre il a fait paraftre admirables a leurs yeux toutes mes volontes 366 , et non point « leurs merites », mais mes volontes, car que possedaient-ils d'autre que ce qui suit? Leurs jaiblesses se sont multipliees 367 : c' est qu' ils etaient faibles. En outre la loi s' y est a joutee, qui a produit l' abondance du peche'368. Mais qu'ajoute-t-il? Et elles ont pris de l'elan 369 . Les faiblesses s'etant multipliees, la faute etant donc surabondante, ils demanderent un medecin 370 avec plus d'ardeur P9ur que la OU avait abonde le peche surabondat la grace37 I . Enfin: Je ne reunirai pas des assemblees reposant sur le sang 372 parce que, dans l'abondance du sang des sacrifices, alors qu' ils s' assemblaient auparavant sous la Tente ou au Temple, les pecheurs etaient convaincus de peches plutot que purifies. Je ne reunirai pas, dit-il, leurs assemblees reposant sur le sang car un seul sang a ete donne pour Ie grand nombre 373 , par lequel ils seraient purifies reellement. Apres quoi: J e ne me souviendrai pas de leurs noms ur mes levreS 374 , comme etant les noms d' etres purifies, renouveles. 372. Ps. 15,4. 373. Cf. Matth. 26, 28. 374. Ps. 15,4. 
DE PECCATORVM MERITIS ET REMISSIONE Nam nomina eorum erant prius filii carnis, filii sae- culi, filii irae, filii diaboli, «inmundi», «peccatores», inpii, postea uero filii Dei, homini nouo nomen nouum cantanti canticum nouum per testamentum nouum. Non sint ingrati homines gratiae Dei, pusilli cum magnis, a minore usque ad maio rem, totius ecclesiae uox est: Erraui sicut [52] ouis perdita, omnium membrorum Christi uox est: Omnes ut oues errauimus et ipse tradi- tus est pro peccatis nostris. Qui totus prophetiae locus apud Esaiam, quo per Philippum sibi exposito spado ille Candacis reginae in eum credidit, uide quotiens hoc ipsum commendet et tamquam superbis nescio quibus uel contentiosis identidem inculcet. Homo, inquit, in plaga et qui sciat ferre infirmitates, propter quod et auertit se facies eius, iniuriata est nee magni aestimata est. Hie infirmitates nostras portat et pro nobis in doloribus est. Et nos existi- mauimus ilium in doloribus esse et in plaga et in poena. Ipse autem uulneratus est propter peccata nostra et infirmatus est propter iniquitates nostras. Eruditio pacis nostrae in eum, liuore eius sanati sumus. Omnes ut oues errauimus, et Dominus tradidit ilium pro peccatis nos- tris. Et ipse, quoniam male tractatus est, non aperuit os; ut ouis ad immolandum ductus est et, ut agnus ante eum qui se tonderet, fuit sine uoce, sic non aperuit os suum. 375. Rom. 9, 8. 376. Luc. 20, 34. 377. Eph. 2, 3. 378. Iloh. 3, 10. 379. Rom. 5, 6. 380. Rom. 9, 8. 381. Apoc. 2, 17 + 3, 12. 382. Eph. 2, 15 + 4, 24; Col. 3, 10. 383.Ps.33,2;Ps.40,4;Ps.96, I;Ps.98, I;Ps. 144, 9; Apoc. 5, 9 + 14, 3. 384. Hier. 31, 31; Luc. 22, 20; I Cor. 11, 25; II Cor. 3,6; Hebr. 8, 8.13+9,15. 385. Cf. Apoc. 11, 18; 19, 5. 180 
LIVRE I Car leurs noms auparavant etaient fils de la chair3 75 , fils du monde 376 , fils de la colere 377 , Jls du diable 378 , «etres imKurs», «pecheurs», impies 3 9; mais apres fils de Dieu 38 , nom nouveau 381 pour un homme nouveau 382 chantant un cantique nouveau 383 dans une alliance nou- velle 384 de Dieu. Que les hommes ne soient pas ingrats a I' egard de la grace, les tout-petits en meme terrs que les grands 385 , du plus petit jusqu 'au plus grand3 8 . C' est la voix de I'Eglise entiere: J'ai erre comme la brebis perdue 387 , la voix de tous les membres du Christ: To us , nous avons erre comme des brebis et lui, il a ete livre pour nos peches 388 . Et tout ce passage de la prophetie chez Isale est celui par lequel, quand Philippe Ie lui eut expOse, I' eunuque de la reine Candace crut en lui 389 ; vois combien de fois il Ie met en avant et cherche a Ie faire penetrer autant dans les esprits de je ne sais quels orgueilleux qu' en ceux des rebelles. L'homme, dit-il, dans la misere et sachant supporter ses infirmites a detourne son visage, qui a subi des injures et a ete I' objet du mepris. C' est lui qui porte nos infirmites et c' est pour nous qu' il est dans la douleur. Et nous, nous avons bien vu qu'il est dans la misere, dans la douleur et dans la peine. Et il a ete blesse pour nos peches, il a ete meurtri pour nos cri- mes. Notre apprentissage de la paix repose sur lui, nous avons ete gueris par les bleus qu' il a ref us . Tous nous avons erre comme des brebis, et le Seigneur l'a livre pour nos peches. Et lui, alors qu'il etait maltraite, n'a pas ouvert la bouche. Il a ete conduit au sacrifice comme une brebis ,. et comme un agneau devant celui qui doit le tondre il est reste sans voix et n'a pas ouvert la bouche. 386. Hier. 1, 34. Cite par Hebr. 8, 11. Voir la NC 9: «Peccatum originale; reconnaissances patristiques anterieures a Augustin». 387. Ps. 118,176. 388. Is. 53, 6. 389. Cf. Act. 8,27-39. 181 
DE PECCATORVM MERITIS ET REMISSIONE In humilitate sublatum est iudicium eius, generationem eius quis enarrabit ? Quoniam tolletur de terra uita eius. Ab iniquitatibus populi mei ductus est ad mortem. Dabo ergo malos propter sepulturam eius et diuites propter mortem eius, ob hoc quod iniquitatem non fecerit nee dolum ore suo. Dominus uult purgare ilium de plaga. Si dederitis uos ob delicta uestra animam uestram, uide- bitis semen longissimae uitae. Et uult Dominus auferre a doloribus animam eius, [53] ostendere illi lucem et figurare per sensum, iustificare iustum bene seruientem pluribus et peccata illorum ipse sustinebit. Propterea ipse hereditabit conplures et fortium partietur spolia propter quod tradita est ad mortem anima eius et inter iniquos aestimatus est et ipse peccata multorum susti- nuit et propter iniquitates eorum traditus est. Adtende etiam illud eiusdem prophetae quod de se completum lectoris etiam functus officio in synagoga ipse recitauit: Spiritus Domini super me propter quod unxit me euangelizare humilibus, misit me ut refrigerent qui in pressura cordis sunt, praedicare captiuis remis- sionem et caecis uisum. Omnes ergo agnoscamus nec ullus exceptus sit eorum qui uolumus corpori eius haerere, per eum in ouile eius intrare, ad uitam et salutem quam suis promisit perpe- tuam pertinere, omnes, inquam, agnoscamus eum qui peccatum non fecit et peccata nostra pertulit corpore suo super lignum, ut a peccatis separati cum iustitia uiuamus, cuius cicatricibus sanati sumus, infirmi cum essemus m tamquam pecora errantia. m. Apres essemus les Mauristes conjecturent une lacune. 390. Is. 53,3-12. 391. Cf. Luc. 4, 18-19. 392. Is. 61, 1. 393. Cf. Rom. 12,4 -5; cf. I Cor. 12. 394. Cf. loh. 10, 2-14. 395. I Petro 2, 22a, qui cite Is. 53, 9. 182 
LIVRE I Dans son abaissement la conscience lui a ete enlevee. Qui done racontera son histoire ? Parce que sa vie sera retiree de la terre, a cause des iniquites de mon peuple il a ete conduit a la mort. Je livrerai done les mechants pour prix de sa sepulture et les riches en compensation de sa mort pour la raison qu'il n' a point commis le mal, ni le mensonge par sa bouche. 1£ Seigneur veut le libe- rer de sa misere. Si vous livrez pour vos fa utes votre vie, vous connaftrez la semence d'une vie tres longue. Et le Seigneur veut retirer son ame de ses douleurs, lui mon- trer la lumiere et lafaire apparaftre par les sens,justifier lejuste qui se devoue pour un grand nombre, et c'est lui qui portera leurs peches. Aussi heritera-t-il d'un grand nombre, il repartira les depouilles des puissants, parce que son ame a ete livree a la mort, a ete jugee au milieu des criminels, et il a porte lui-meme les peches du and nombre et c' est pour leurs crimes qu'il a ete livre'3 . Prends garde aussi a ce texte du meme prophete, texte accompli a son su jet et que, remplissant la fonction de lecteur dans la synagogue, il lut lui-meme a haute VOix 39I : L' Esprit du Seigneur est sur moi, car il m' a donne l' onction pour evangeliser les humbles, il m' a envoye pour soulager ceux qui sont opprimes dans leur ClEUr, afin d'annoncer aux captifs la remise de leur peine et aux aveugles la vue 392 . Reconnaissons-le donc tous et que ne soit exclu aucun de nous qui voulons faire partie de son COrps393, entrer par lui dans la bergerie 394 , appartenir a jamais a la vie et au salut qu' il a promis aux siens, tous, dis- je, reconnais- sons-Ie, lui qui n 'a pas commis de peche'395 et qui a porte nos peches dans son corps sur le bois afin que, separes des peches, nous vivions dans la justice de celui dont les cicatrices nous ont gueris 396 , alors que nous etions des infirmes 397 , semblables a du betail errant 398 . 396. I Petro 2, 24, avec allusion a Is. 53, 5. 397. Rom. 5, 6a. 398. I Petro 2, 25a, qui cite Is. 53, 6. 183 
DE PECCATORVM MERITIS ET REMISSIONE XXVIII, 55. Quae cum ita sint, neminem umquam eorum qui ad Christum accesserunt per baptismum sana fides et sana docttina putauit exceptum a gratia remissionis peccatorum nec esse posse alicui praeter regnum eius aetemam salutem. Haec enim parata est reuelari in tempore nouissimo, hoc est in resurrectione mortuorum pertinentium non ad mortem aetemam, quae secunda mors appellatur, sed ad uitam aetemam, quam promisit non mendax [54] Deus sanctis et fidelibus suis, cuius uitae participes omnes non uiuificabuntur nisi in Christo sicut in Adam omnes moriuntur. Quemadmodum enim omnes omnino pertinentes ad generationem uoluntatis carnis non moriuntur nisi in Adam, in quo omnes peccauerunt, sic ex his omnes omnino pertinentes ad regenerationem uoluntatis spiritus non uiuificantur nisi in Christo, in quo omnes iustificantur quia sicut per unum omnes ad condemna- tionem, sic per unum ad iustificationem nec est ullus ulli medius locus ut possit esse nisi cum diabolo qui non est cum Christo. Hinc et ipse Dominus uolens auferre de cordibus male credentium istam nescio quam medietatem quam conantur quidam paruulis non baptizatis ttibuere, ut quasi merito innocentiae sint in uita aetema sed, quia non sunt baptizati, non sint cum Christo in regno eius, definitiuam protulit ad haec ora obstruenda sententiam ubi ait: Qui mecum non est, aduersum me est. Constitue 399. I Petro 1, 5. 400. Cf. I Petr. 1, 4. 401. Cf. Apoc. 2, 11.20 + 6, 19. 402. Cf. I Cor. J 5, 22b. 403. I Cor. 15, 22a. 404. Cf. loh. 1, 13. 405. Rom. 5, 12. 406. Cf. I Cor. 15, 22b. 407. Cf. Rom. 5, 18. 408. Voir NC 35: «Le refus, par Augustin, d'un locus medius pour les non-baptises morts en bas-age». 184 
LWRE I 5. Par Ie bapteme tous recoivent Ie pardon. XXVIII, 55. Quoi qu'il en soit, jamais personne de ceux qui ont accede au Christ par Ie bapteme, selon la vraie foi et la vraie docttine, n' a ete exclu de la grace du pardon des peches, et Ie salut etemel ne peut advenir a quiconque en dehors de son royaume. Ce salut a ete pre- pare pour etre revele a la fin des t emps 399, c'est-a-dire lors de la resurrection des morts 400 , qui appartiennent non a la mort etemelle, qu' on appelle seconde mort4{)l, mais a la vie etemelle que Dieu qui ne ment pas a promise a ses saints et a ses fideles, et tous ceux qui ont part a cette vie ne seront vivifies que dans le ChrisrW 2 , de meme que tous meurent en Adam 403 . , En effet, de meme que tous ceux qui agcartiennent a la generation nee de la volonte charnelle ne meurent qu' en Adam, en qui tous ont peche 405 , de meme ceux qui appartiennent a la regeneration par la volonte spirituelle ne sont vivifies que dans le ChrisrW 6 , en qui tous sont justifies, parce que, de me me que par un seul tous etaient voues a la condamnation, de meme par un seul tous sont appeles a la justification407. Et il n' est pour personne de lieu intennediaire ou puisse se trouver, sinon avec Ie diable, celui qui n' est pas avec Ie Christ40 8 . De la vient que Ie Seigneur lui-meme, voulant oter des creurs de croyants mal instruits cette notion de je ne sais quellieu intennediaire que certai ns 409 s' efforcent d' attribuer aux petits enfants non baptises pour qu' ils soient, au benefice de leur innocence, comme dans la vie etemelle, mais, n' etant pas baptises, ne soient pas avec Ie Christ dans son royaume, de la vient que Ie Seigneur a exprime cette opinion decisive afin de leur fenner la bouche, disant: Qui n' est pas avec moi est contre moi 4IO . 409. Opinion (12) des memes gens qui objectent (voir plus haut en I, 12, 15; I, 18, 23; I, 20, 26; I, 21, 30) que les tout-Petits morts non baptises, etant innocents de toute faute, ont, a defaut du Royaume des cieux, acces du moins a la vie et au salut etemels. On ne sait si Augustin a lu chez eux I' expression locus medius. 410.Alauh.12,30. 185 
DE PECCATORVM MERITIS ET REMISSIONE igitur quemlibet paruulum: si iam cum Christo est, ut quid baptizatur? Si autem, quod habet ueritas, ideo bap- tizatur ut sit cum Christo, profecto non baptizatus non est cum Christo et, quia non est cum Christo, aduersus Christum est; neque enim eius tam manifestam debemus aut possumus infinnare uel inmutare sententiam. Vnde igitur aduersus Christum si non ex peccato? Neque enim ex corpore et anima: quae utraque Dei creatura est. Porro si ex peccato, quod in ilia aetate nisi origin ale et antiquum ? Vna est quippe caro peccati in qua omnes ad damna- tionem nascuntur et una est caro in similitudine carnis peccati per quam omnes a damnatione liberantur. Nec ita dictum est «omnes» uelut quicumque nascuntur in carne peccati, idem ipsi «omnes » mundari intellegantur per carnem similem carni peccati - Non enim omnium est fides - sed omnes pertinentes [55] ad generationem conubii carnalis non nascuntur nisi in carne peccati et omnes pertinentes ad generationem conubii spiritalis non mundantur nisi per carnem similem carni peccati ; hoc est: illi per Adam ad condemnationem, isti per Christum ad iustificationem. Tamquam si dicamus uerbi gratia: «Vna est obstetrix in hac ciuitate quae omnes excipit et unus est hic lit- terarum magister qui omnes docet», neque ibi possunt intellegi omnes nisi qui nascuntur neque hic omnes nisi qui discunt; non tamen omnes qui nascuntur litteras 411. Cf. Matth. 12, 30. 412. Augustin souligne ainsi que la relation arne-corps est une solidarite essentielle qui definit tout etre humain par nature. 413. Cf. Rom. 8,3. 414. Cf. Rom. 8,3. 415. Cf. Rom. 8,3. 416. Cf. Rom. 8,3. 417. II Thess. 3,2. 418. Cf. Rom. 8, 3. 419. Cf. Rom. 8,3. La difference grammatic ale entre « in carne Pec- cati» et «per carnem Peccati» parait bien sous-tendre une distinction 186 
UVRE I Considere un enfant quelconque: s' il est deja avec Ie Christ, a quoi bon Ie baptiser? Mais si - c' est la la verite - il est baptise pour etre avec Ie Christ, il est certain que Ie non baptise n' est pas avec Ie Christ et, parce qu' il n' est pas avec Ie Christ, il est contre Ie Christ4 II . Et nous ne devons ni ne pouvons infinner ni modifier une aussi claire affinnation du Christ. Mais d' ou vient qu' il est contre Ie Christ si ce n'est du fait du peche? Et ce n'est ni par Ie cos ni par l'ame, qui sont l'un et l'autre creatures de Dieu 12. Et si c'est en raison du peche, quel peche, a cet age, si ce n' est I' originel et antique? Une, en verite, est la chair du peChe 4I3 , dans laquelle tous naissent pour la condamnation, et une la chair a la ressemblance de la chair du peChe 4I4 par' laquelle tous sont liberes de la condamnation. Et il n' a pas ete dit « tous », comme etant ceux qui naissent dans la chair du peche 4I5 , mais que I'on entende que tous sont purifies par une chair semblable a la chair du peChe 4I6 - car tous n'ont pas lafoi 4I7 -, mais tous ceux qui appartiennent a la generation nee de l' union charnelle ne naissent que dans la chair du peChe 4I8 ; et tous ceux qui appartiennent a la generation de I 'union spirituelle ne sont Eurifies que par une chair semblable a la chair du peche 19; c'est-a- dire que les premiers, par Adam, vont a la condamnation, et les autres, par Ie Christ, a la justification. C'est comme si nous disions par exemple: «II n'y a qu'une sage-femme dans notre cite, qui met au monde tous les enfants, et un seul maitre de lettres, qui enseigne a toUS»; et dans cette phrase on ne peut comprendre Ie premier « tous » que comme designant ceux qui naissent, et I' autre «toUS» ceux qui etudient. Car ce ne sont pas tous ceux qui naissent qui apprennent a lire, mais il est thoologique capitale aux yeux d' Augustin: la «chair de peche» decrit I' etat impuissant «dans» (in) lequel nait tout humain; mais notre salut est la «chair» du Christ «puissante» car mediatrice (per). Voir B. DELAROCHE, Saint Augustin lecteur..., p. 244 et note 197, et la NC 60: «Rom. 8,3, verset capital de la christologie d'Augustin». 187 
DE PECCATORVM MERITIS ET REMISSIONE discunt sed cuiuis claret, quod et illic recte dictum est: «Omnes excipit praeter cuius manus nemo nascitur» et hic recte dictum est: «Omnes docet praeter cuius magisterium nemo discit. » 56. Consideratis autem omnibus diuinis testimoniis quae commemoraui siue singillatim de unoquoque dis- putans siue aceruatim multa congestans uel quaecumque similia non commemoraui, nihil inuenitur nisi quod uniuersa ecclesia tenet, quae aduersus omnes profanas nouitates uigilare debet, omnem hominem separari a Deo nisi qui per mediatorem Christum reconciliatur Deo nee separari quemquam nisi peccatis intercludentibus posse, non ergo reconciliari nisi peccatorum remissione per unam gratiam misericordissimi saluatoris, per unam uictimam uerissimi sacerdotis ac sic omnes filios mulie- ris quae serpenti credidit ut libidine corrumperetur, non liberari a corpore mortis huius nisi per filium uirginis quae angelo credidit ut sine libidine fetaretur. [56] XXIX, 57. Bonum ergo coniugii non est feruor concupiscentiae sed quidam licitus et honestus illo feruore utendi modus propagandae proli, non explendae libidini accommodatus. Voluntas ista, non uoluptas 420. La comparaison avec Ie maitre revient sous la plume d' Augus- tin dans ses reponses a Julien d'Eclane: Ie De nuptiis et concupiscentia, II, 27, 46 (hiver 420-421) puis dans I' Opus imp. II, 209 (428-429). 421. Cf. I Tim. 6, 20. 422. Cf. Rom. 5, 11 + I Tim. 2, 5. Sur l'importance don nee par Augustin a I Tim. 2, 5, voir l'etude detaillee de G. REMY, Le Christ Mediateur dans l'lEuvre de saint Augustin, Lille - Paris, 1979 (2 volumes). 423. Cf. Tit. 2, 11. 424. Cf. Hebr. 6-7 et 9, 11-12. 425. Cf. Gen. 3, 1-6. 426. Cf. Rom. 7, 24b. 188 
LIVRE I evident pour n' importe qui que, d' une part, on a raison de dire «elle met au monde tous les enfants» quand nul ne nait sans passer par ses mains, raison de dire, d' autre part, «il enseigne a tout Ie monde» uand personne n' apprend sans les leons de ce maitre 42 . 56. Et si l'on considere tous les temoignages divins que j' ai rappeles, soit en les discutant chacun un par un, so it en en rassemblant un certain nombre, et meme d' autres semblables que je n' ai pas rappeles, on ne decouvre rien d'autre que ce que propose I'Eglise universelle, qui doit etre vigilante envers toutes les nouveautes profanes4 21 : tout homme est separe de Dieu, honnis celui qui est reconcilie avec Dieu par le Christ mediateu,-422. Et personne ne peut etre separe sinon par les peches qui effectuent cette separation, donc ne peut etre reconcilie que par Ie pardon des peches dans la seule grace du Sauveur tres misericordieux4 23 , par la seule victime offerte par Ie tres veritable pretre24, et ainsi tous les fils de la femme qui a cru Ie serpent4 25 jusqu' a etre corrompue par la concupiscence ne sont liberes de ce corps de morf426 que par Ie fils de la vierge qui a cru I' ange 427 jusqu' a etre fecondee sans concupiscence. 6. Le mariage, bon usage de la concupiscence. XXIX, 57. Le bien du mariage n' est donc pas I' ardeur de la concupiscence, mais une faon licite et honnete d 'utiliser cette ardeur qui soit ordonnee a la propaga- tion de I' espece, non aI' assouvissement du desif428. C'est cette volonte, et non cette volupte, qui releve 427. Cf. Luc. 1,26-38. Voir la NC 36: « Le parallele "les fils d'Eve -Ie fils de Marie"». 428. Cf. Tob.8, 7. Voir NC 37: «Le "bien du mariage" (bonum coniugii) dans Ie De peccatorum meritis et remissione et Ie De bono coniugali». Cette reftexion sur Ie mariage a ete amenee par la confes- sion christologique de la matemite virginale de Marie et s' inscrit dans l' effort d' Augustin pour analyser, a la lumiere de I 'Incarnation, ce qu'il en est de notre condition physiologique et psychologique. 189 
DE PECCATORVM MERITIS ET REMISSIONE ilia, nuptialis est D . Quod igitur in membris corporis mortis huius inoboedienter mouetur totumque animum in se deiectum conatur adtrahere et neque cum mens uoluerit exsurgit neque cum mens uoluerit conquiescit, hoc est malum peccati cum quo nascitur omnis homo. Cum autem ab inlicitis corruptionibus refrenatur et ad sola generis humani supplementa ordinate propaganda pennittitur, hoc est bonum coniugii per quod ordinata societate nascitur homo. Sed nemo renascitur in Christi corpore nisi prius nascatur in peccati corpore. Sicut autem bono male uti malum est, sic malo bene uti bonum est. Duo igitur haec: bonum et malum et alia duo: bonus et usus malus, sibimet adiuncta quattuor differentias faciunt: bene utitur bono continentiam dedicans Deo, male utitur bono continenti am dedicans idolo; male utitur malo concupiscentiam relaxans adulterio, bene utitur malo concupiscentiam restringens conubio. Sicut ergo melius est bene uti bono quam bene uti malo cum sit utrumque bonum, ita qui dat uirginem suam bene facit et qui non dat nuptum melius facit. De qua quaestione multo uberius et multo sufficien- tius in duobus libris, uno De bono coniugali, altero De sancta uirginitate, quantum Dominus dedit pro mearum n. La phrase «Voluntas ista, non uoluptas ilia nuptialis est» est imprimee entre parentheses par les Mauristes parce qu' elle manque dans nombre d' anciens manuscrits. 429. Cf. Rom. 7, 23-24. 430. Ace sujet, voir NC 38: « La sexualite, lieu d'experience sensi- ble de la condition humaine, blessee par Ie che originel». 431. Cf. Rom. 6, 6. Le passage de caro peccati (Rom. 8, 3) a corpus peccati (Rom. 6, 6) est sans doute dQ a corpus mortis huius (Rom. 7, 24) et corpus Christi, mais aussi a la catechese de Rom. 6 (cf. Rom. 6, 12: Que Ie peche ne regne plus dans votre corps mortel de maniere a vous plier a ses convoitises). Voir F.-J. THONNARD, «La morale conjugale selon saint Augustin», Revue des Etudes augustiniennes, 15, 1969, p. 113-131. 190 
LNRE I du mariage. Le mouvement donc qui s'agite de faon desordonnee dans les membres de ce corps de mort4 29 et qui tente d' attirer tout I' esprit qui reside en lui, qui ne s' eleve point quand I' esprit Ie veut, ne s' arrete point quand I' esprit Ie veut, tel est Ie mal du peche avec lequel nalt tout homme 43o . Et lorsqu'un frein Ie soustrait aux corruptions illicites, et qu' il est laisse au seul objectif d' apporter de faon ordonnee un accroissement du genre humain, c' est cela Ie bien du mariage, par lequel l'homme nait selon une relation bien ordonnee. Mais personne ne renait dans Ie corps du Christ, s' il ne nait d'abord dans Ie corps de peche3I. Et de meme qu'il est mal de faire mauvais usage d'un bien, de,meme est-il bon de faire bon usage d'un mal. Ces deux elements donc, Ie bien et Ie mal, et les deux autres, Ie bon usage et Ie mauvais usage, combines ensemble, constituent quatre choses differentes: on use bien d'une bonne chose en dedi ant aDieu la continence, on use mal d'une bonne chose en dediant la continence a une idole ; on use mal d 'un mal en lachant a I' adultere les renes de la concupiscence, on use bien d'un mal en bridant la concupiscence par Ie mariage 432 . De meme donc qu'il vaut mieux user bien d'un bien que bien user d 'un mal, encore que I 'un et I' autre soient un bien, de meme celui qui marie sa fille vierge fait bien et celui qui ne la donne pas en mariage fait mieux 433 . Sur cette question, j' ai disserte beaucoup plus lon- guement et plus completement en deux livres, I 'un Sur Ie bien du mariage, l'autre Sur la sainte virginite, cela selon Ie pouvoir que Dieu m'a donne dans la mesure 432. C'est, a posteriori, l'amorce de l'expose detaille qu' Augustin menera, en 418-419, dans son De nuptiis et concupiscentia, en reponse a Julien d'Eclane. 433. Cf. I Cor. 7, 38. Mais Paul n'appuie pas sur Ie «bien user d'un bien» la superiorite de la virginite sur Ie mariage. Celle-ci tient, a son avis Personnel, a la plus grande disponibilite aDieu qu' offre Ie celibat. Sur ce point et sur I 'usage, par Augustin, de la tenninologie pauli- nienne (caro, corpus), voir B. DELAROCHE, Saint Augustin lecteur .., p. 247, notes 9 et 11. 191 
DE PECCATORVM MERITIS ET REMISSIONE uirium exiguitate disserui. Non itaque per nuptiarum bonum defendant concupiscentiae malum qui camem et sanguinem praeuaricatoris aduersus camem et san- guinem redemptoris extollunt, non erigantur in superbia erroris alieni de [57] quorum paruula aetate nobis dedit Dominus humilitatis exemplum. Solus sine peccato natus est quem sine uirili conplexu non concupiscentia camis, sed oboedientia mentis uirgo concipit; sola nos- tro uulneri medicinam parareo potu it quae non ex peccati uulnere gennen piae prolis emisit. XXX, 58. lam nunc scrutemur diligentius quantum adiuuat Dominus, etiam ipsum euangelii capitulum ubi ait: Nisi qui renatus fuerit ex aqua et Spiritu non intra- bit in regnum Dei. Qua isti sententia nisi mouerentur, omnino paruulos nec baptizandos esse censerent. «Sed quia non ait, inquiunt: "Nisi quis renatus fuerit ex aqua et Spirito non habebit salutem ac uitam aetemam", tan- tummodo autem dixit: Non intrabit in regnum Dei, ad hoc paruuli baptizandi sunt: ut sint etiam cum Christo in regno Dei, ubi non erunt si baptizati non fuerint, quamuis et sine baptismo si paruuli moriantur salutem uitamque aetemam habituri sint quoniam nullo peccati uinculo obstticti sunt. » o. Parare plutot que parere qui ne Peut avoir de complement direct. 434. Les deux ouvrages ont ete composes (Ie De bono coniugali juste avant Ie De sancta uirginitate) apres decembre 403. Sur l'hypo- these de retouches apport6es au De bono coniugali sous influence de Pecc. mer., voir la NC 37. 435. Sur mariage et sexualite, voir H. CROUZEL, «La concupis- cence chamelle dans Ie mariage selon saint Augustin», Bulletin de litterature ecclesiastique, 88, 1987, en particulier p. 293-204, 00 il est montre que la conception augustinienne s 'inscrit dans une tradition de nombreux auteurs chretiens anterieurs. 436. Cf. Marc. 10, 14. 437. loh. 3,5. Augustin va donc regarder la section loh. 3, 1-21. 192 
LIVRE I limitee de mes forces 434 . Que ne defendent donc pas, au nom du bien du mariage, Ie mal qu ' est la concupiscence, ceux qui opposent la chair et Ie san du prevaricateur a la chair et au sang du redempteur4 3 , qu' ils ne se dres- sent pas dans I' orgueil d' une erreur etrangere a la foi, en s'appuyant sur Ie jeune age de ceux aue Ie Seigneur nous a donnes en exemple d'humilite 4 6. Seul est ne sans peche celui qu'une vierge a conu sans l'etreinte d'un homme, non de la concupiscence de la chair, mais dans I' obeissance de I' esprit; seule elle a pu preparer un remede a notre blessure, elle qui a produit, en dehors de la blessure du peche, Ie fruit d 'une lignee sainte. 7. Le bapteme des tout-petits comporte bien un pardon divin, qui ne peut etre que celui du peche originel commun a tous les humains. XXX, 58. Et maintenant, examinons plus soigneu- sement, dans Ja mesure ou Ie Seigneur nous aide, Ie chapitre de l'Evangile ou il dit: Celui qui ne renaltra pas de l' eau et de l' Esprit n ' entrera pas dans le royaume de Dieu4 37 . Si nos adversaires n' etaient pas ebranles par cette parole, ils jugeraient certainement qu ' il ne faut pas baptiser les petits enfants. «Mais, disent-ils, parce qu'il ne dit pas: "Celui qui ne renaitra pas de I' eau et de I 'Es- prit n'aura pas Ie salut ou la vie etemelle", mais qu'il a seulement dit: Il n' entrera pas dans le royaume de Dieu, les petits enfants doivent etre baptises afin qu'ils soient aussi avec Ie Christ dans Ie royaume de Dieu, ou ils ne seront pas s' ils n' ont pas ete baptises, encore que, meme si des petits enfants mouraient sans bapteme, ils auraient Ie salut et la vie etemelle puisqu'ils n'ont ete soumis au lien d' aucun peche 438 . » 438. Opinion (13) qui, comme (7) en I, 18, 23 et I, 20, 26, reven- dique une interpretation restrictive de loh. 3, 5 et provient sans doute aussi du liber signale plus loin (I, 34, 64). Voir NC 44. 193 
DE PECCATORVM MERITIS ET REMISSIONE Haec dicentes primo numquam explicant isti qua iustitia nullum peccatum habens imago Dei separetur a regno Dei. Deinde uideamus utrum Dominus Iesus, unus et solus magister bonus, in hac ipsa euangelica lectione non significauerit et ostenderit non nisi per remissionem peccatorum fieri ut ad regnum Dei perueniant baptizati, quamuis recte intellegentibus sufficere debuerit quod dictum est: Nisi quis natus fuerit denuo, non potest uidere regnum Dei et: Nisi quis renatus fuerit ex aqua et Spiritu non potest introire in regnum Dei. Cur enim nascatur denuo nisi renouandus? [58] Vnde renouandus nisi a uetustate? Qua uetustate nisi in qua uetus homo noster simul confixus est cum Ulo ut euacuetur corpus peccati? Aut unde imago Dei non intrat in regnum Dei nisi impedimento prohibente peccati ? Verum tamen, ut proposuimus, totam ipsam circumstantiam euangelicae lectionis ad rem de qua agitur pertinentem intente, quantum possumus, diligenterque uideamus. 59. Erat autem homo, inquit, ex pharisaeis, Nicodemus nomine, princeps Judaeorum. Hie uenit ad eum nocte et dixitei: « Rabbi, scimus quia a Deo uenisti magister,. nemo enim potest haec signa facere quae tu facis nisi fuerit Deus cum eo. » Respondit Jesus et dixitei: «Amen, amen, dico tibi: nisi qui natus fuerit denuo, non potest uidere regnum Dei. » Dicit ad eum Nicodemus: «Quomodo potest homo nasci cum senex sit? Numquid potest in utero matris suae iterum introire et nasci ? » 439. Cf. Gen. 1, 26-27. 440. Cf. Matth. 23, 10. 441. Cette lectio euangelica est donc Ie verset loh. 3,5. 442. loh. 3, 3. 443. loh. 3, 5. 444. Cf. Eph. 4, 22-23 = Col. 3,9-10. 194 
LIVRE I En disant cela, tout d' abord ils n' eXfliquent jamais selon quelle justice I' image de Dieu 43 depourvue de peche serait separee du royaume de Dieu. Ensuite, voyons si Ie Seigneur Jesus, I 'unique bon maitre 440 , precisement dans ce texte evangelique44I n' a pas indique et montre que c' est seulement par Ie pardon des peches que les baptises parviennent au royaume de Dieu, encore qu'a ceux qui comprennent aisement devrait suffire cette parole: Si quelqu 'un n' est fas ne a nouveau, il ne peut voir le royaume de Dieu44 et: Si quelqu 'un n' est pas rene de l' eau et de l' esprit, il ne peut entrer au royaume de Dieu44 3 . Pourquoi naltre a nouveau, sinon pour etre renouvele ? Renouvele de quoi sinon d 'un etat de vetuste 444 ? De que lie vetuste sinon de celie dans laquelle le vieil homme que nous sommes a ete crucifie avec lui pour que le corps de peche soit elimine 445 ? Et d'ou vient que l'image de Dieu n'entre pas au royaume de Dieu sinon qu'elle en est empechee par Ie poids du peche? Cependant, comme nous I' avons propose, voyons, autant que nous Ie pouvons et avec attention, que tout I' entourage de ce texte evangelique conceme de tres pres la question que nous traitons. 59. Il y avait, dit-il, parmi les Pharisiens, un homme nomme Nicodeme, au premier rang des Juifs. Il vint le trouver de nuit et lui dit: « Rabbi, nous savons que tu es venu comme un maItre envoye de Dieu,. car personne ne peut fa ire les signes que tu fa is si Dieu n 'est pas avec lui. » Jesus repondit en lui disant: « En verite, en verite, je te le dis, personne, s'il ne nalt de nouveau, ne peut voir le royaume de Dieu. » Nicodeme lui dit: «Comment un homme peut-il nal- tre, alors qu'i/ est deja un vieillard? Peut-i/ entrer a nouveau dans le sein de sa mere et naltre ? » 445. Rom. 6, 6. 195 
DE PECCATORVM MERITIS ET REMISSIONE Respondit Jesus: «Amen, amen, dico tibi: nisi quis renatus fuerit ex aqua et Spiritu non potest introire in regnum Dei. Quod natum est de carne caro est et quod natum est ex Spiritu spiritus est. Non mireris quia dixi tibi: "Oportet uos nasci denuo." Spiritus ubi uult spirat et uocem eius audis,. sed non scis unde ueniat et quo uadat. Sic est omnis qui natus est ex Spiritu. » Respondit Nicodemus et dixitei: « Quomodo possunt haec fieri? » Respondit Jesus et dixitei: «Tu es magister in Jsrahel [59] et haec ignoras? Amen, amen, dico tibi quia quod scimus loquimur et qui uidemus testificamur, et testimo- nium nostrum non accipitis. Si terrena dixi uobis et non credidistis, quomodo, si dixero uobis caelestia, credetis ? Nemo ascendit in caelum nisi qui de caelo descendit: filius hominis qui est in caelo. Et sicut Moyses exaltauit serpentem in deserto, ita exaltari oportet filium hominis ut omnis qui credit in eum non pereat sed habeat uitam aeternam. Sic enim dilexit Deus mundum ut Filium suum unigenitum daret ut omnis qui credit in eum non pereat sed habeat uitam aeternam. Non enim misit Deus Filium suum in mundum ut iudicet mundum sed ut salue- tur mundus per ipsum. Qui credit in eum non iudicatur ,. qui autem non credit iam iudicatus est quia non credit in nomine unigeniti Filii Dei. Hoc est autem iudicium quia lux uenit in mundum et dilexerunt homines magis tenebras quam lucem,. erant enim eorum mala opera. Omnis enim qui male agit odit lucem et non uenit ad lucem ut non arguantur opera eius,. qui autem facit ueritatem uenit ad lucem ut manifestentur eius opera quia in Deo sunt facta. » Huc usque est ad rem de qua quaerimus pertinens totus sermo HIe contextus; deinceps in aliud narrator abscedit. 446. loh. 3, 1-21. 196 
LIVRE I Jesus repondit: « En verite, en verite, je te le dis, per- sonne, s'il ne renalt de l'eau et de l'Esprit, ne peut entrer dans le royaume de Dieu. Ce qui est ne de la chair est chair, ce qui est ne de I'Esprit est esprit. Ne t'etonne pas de ce que je dis: "Il faut naltre de nouveau." L' esprit souffle ou il veut et tu entends sa voix, mais tu ne sais d'ou il vient et ou il va. Ainsi de tout homme qui est ne de l' Esprit. » Nicodeme repondit et lui dit: «Comment cela peut-il se faire ? » Jesus repondit et lui dit: «Tu es maItre en Israel et tu ignores cela? En verite, en verite, je te dis que nous parlons de ce que nous savons, que nous temoignons de ce que nous voyons, et vous ne recevez pas 'notre temoi- gnage. Si je vous ai parle de choses terrestres et que vous n' avez pas cru, comment, si je vous parle de choses celestes, croirez-vous? Personne n' est monte au ciel hormis celui qui en est descendu : le fils de l' homme, qui est au ciel. Et de meme que Moise fit exalter un serpent dans le desert, de meme faut-il que le fils de l' homme soit exalte, afin que celui qui croit en lui ne perisse pas mais possede la vie eternelle. Car Dieu a aime le monde au point de lui donner son Fils unique, afin que tout homme qui croit en lui ne perisse pas mais ait la vie eternelie . Car il n' a pas envoye son Fils dans le monde pour juger le monde, mais pour que le monde soit sauve par lui. Celui qui croit en lui n' est pas jugee Celui qui ne croit pas a deja ete juge, parce qu'il ne croit pas au nom du Fils unique de Dieu. Et le jugement, le voici: la lumiere est venue dans le monde et les hommes ont prefere les tenebres a la lumiere,. car leurs lEuvres etaient mau- vaises. Car quiconque fait le mal hait la lumiere et ne vient pas a la lumiere de peur que ses lEuvres ne soient denoncees,. celui, au contraire, qui fait la verite va a la lumiere afin que ses lEuvres soient mises en evidence, parce qu' elles ont ete faites en Dieu 446 . » Tout ce discours dans son ensemble se rapporte a la question que nous traitons; puis I' auteur du recit passe a un autre sujet. 197 
DE PECCATORVM MERITIS ET REMISSIONE XXXI, 60. Cum ergo Nicodemus quae dicebantur non intellegeret, quaesiuit a Domino quomodo ista possent fieri. Videamus quid Dominus ad hoc respon- deat. Profecto enim si ad interrogata [60] respondere dignabitur: «Quomodo possunt ista fieri?», hoc dic- turus est quomodo possint fieri regeneratio spiritalis uenientes homines ex generatione camali. Notata itaque paululum eius inperitia qui se ceteris de magisterio praeferebat et omnium talium incredulitate reprehensa, quod testimonium non acciperent ueritatis, addidit etiam se illis terrena dixisse nec eos credidisse, quaerens uel ammirans quomodo essent caelestia credituri. Sequitur tamen et respondet, quod alii credant si illi non credunt, ad illud quod interrogatus est, quomodo possint ista fieri: Nemo, inquit, ascendit in caelum nisi qui de caelo descendit : filius hominis qui est in caelo. Sic, inquit, fiet generatio spiritalis : ut sint caelestes homines ex terrenis, quod adipisci non poterunt nisi membra mea efficiantur ut ipse ascend at qui descendit, quia nemo ascendit nisi qui descendit. Nisi ergo in unitatem Christi omnes mutandi leuandi- que concurrant ut Christus, qui descendit, ipse ascendat, non aliud deputans corpus suum, id est ecclesiam suam, quam se ipsum - quia de Christo et ecclesia uerius intel- legitur: Erunt duo in carne una, de qua re ipse dixit: Igitur iam non duo, sed una caro - ascendere omnino non poterunt quia Nemo ascendit in caelum nisi qui de 447. loh. 3,9. 448. Cf. loh. 3, 6.8. 449. Cf. loh. 3, 10-11. 450. Cf. loh. 3, 12. 451. loh. 3, 13. 452. Cf. loh. 3, 6.8. 453. Cf. I Cor. 15, 47. 454. Cf. Eph. 5, 30. 455. Cf. loh. 3, 13. 198 
LIVRE I XXXI, 60. Comme Nicodeme ne comprenait pas ce qui etait dit, il demand a au Seigneur comment tout cela pouvait se faire; voyons ce que Ie Seigneur repond a cette question. II est certain, en effet, que, s' il veut bien repondre a I' interrogation: Comment cela peut-il se jaire 447 ?, il va dire comment peuvent devenir generation spirituelle les hommes qui viennent d 'une generation chamelle 448 . Aussi, ayant quelque peu fait remarquer !'ignorance de cet homme qui se mettait devant les autres a cause de sa fonction de maitre, et ayant blame l'incredulite de tous les esprits de cette sorte car ils n'acceptaient pas Ie temoignage de la verite 449 , il ajouta encore qu' illeur avait aussi parle de choses, terrestres et qu'ils ne l'avaient pas cru, se demandant avec etonne- ment comment ils allaient croire les choses du ciel 45o . II poursuit cependant et repond que, si eux ne croient pas, certains croient a ce sur quoi il a ete interroge, a savoir comment cela pourrait se faire: Nul, dit-il, n' est monte au ciel hormis celui qui est descendu du ciel: le fils de l'homme, qui est dans le ciel 45I . C'est ainsi, dit-il, que se fera la generation spirituelle 452 de faon que les hommes soient celestes, de terrestres qu' ils etaient4 53 , ce qu' ils n' ont pu obtenir sans devenir mes membres4 54 , pour que monte celui qui est descendu, parce que nul ne monte hormis celui qui est descendu4 55 . Si donc tous ne se rassemblent pas dans l'unite du Christ pour etre transfonnes et releves de faon que Ie Christ qui est descendu mont lui-meme, ne considerant pas son corps, c'est-a-dire l'Eglise, comme autre chose que lui-meme - parce que c'est du Christ et de l'Eglise que I' on comprend Ie plus justement: lls seront deux en une seule chair4 56 , verite dont il a dit lui-meme: lls ne sont done plus deux, mais une seule chair4 57 -, ils ne pourront absolument pas monter. Car nul ne monte 456. Cf. Eph. 5,29-32 qui contient la citation de Gen. 2,24. 457. Matth. 19,6 commentant Gen. 2, 17.24. 199 
DE PECCATORVM MERITIS ET REMISSIONE caelo descendit :filius hominis qui est in caelo. Quamuis enim in terra factus sit filius hominis, diuinitatem tamen suam qua in caelo manens descendit ad terram, non indi- gnam censuit nomine filii hominis, sicut camem suam dignatus est nomine Filii Dei ne quasi duo Christi [61] accipiantur: unus Deus et alter homo, sed unus atque idem Deus et homo: Deus quia in principio erat Verbum et Deus erat Verbum; homo quia Verbum caro factum est et habitauit in nobis. Ac per hoc per distantiam diu i- nitatis et infinnitatis Filius Dei manebat in caelo, filius hominis ambulabat in terra; per unitatem uero personae qua utraque substantia unus Christus est, et Filius Dei ambulabat in terra et idem ipse filius hominis manebat in caelo. Fit ergo credibiliorum fides ex incredibilioribus cre- ditis. Si enim diuina substantia longe distantior atque incomparabili diuersitate sublimior potuit propter nos ita suscipere humanam substantiam ut una persona fieret ac sic filius hominis, qui erat in terra per camis infinnitatem, idem ipse esset in caelo per participatam cami diuinita- tem, quanto credibilius alii homines sancti et fideles eius fiunt cum homine Christo unus Christus, ut omnibus per eius hanc gratiam societatemque ascendentibus ipse unus Christus ascend at in caelum, qui de caelo descendit! Sic Apostolus ait: Sicut in uno corpore multa membra habemus, omnia autem membra corporis, cum sint multa, unum est corpus, ita et Christus. Non dixit: «ita et Christi», id est corpus Christi uel membra Christi sed: Ita et Christus, unum Christum appellans caput et corpus. 458. loh. 3, 13. On remarquera l'entrelacement, par citations ou allusions, de paroles pauliniennes et johanniques, comme pour expri- mer 1 'unite theologique des deux auteurs inspires. 459.loh. 1, 1. 460.loh. 1, 14. 461. L'union croyante a I 'unite humano-divine Personnelle de Jesus peut seule Permettre Ie salut effectif des hommes jusque dans leur etre physique: la resurrection finale. Sur cette insistance d' Augustin, voir NC 39: «L'unite de la Personne du Christ, condition de 1 'unification de l' etre humain et de son salut». 200 
LIVRE I au ciel sinon celui qui est descendu du ciel: le fils de l'homme, qui est dans le ciel 458 . En verite, bien que sur terre il soit devenu fils de l'homme, sa divinite par laquelle, tout en restant dans Ie ciel, il est descendu sur terre, il ne l'a pas jugee comme inadaptee au nom de fils de l'homme, de meme qu'il a juge sa chair digne du nom de Fils de Dieu, de faon qu' on ne comprit pas qu'il s'agissait de deux Christs: l'un Dieu, l'autre homme, mais d'un seul, Ie meme etant Dieu et homme: Dieu parce qu' au commencement etait le Verbe et le Verbe etait Dieu4 59 , homme parce q!le le Verbe s' est fait chair et il a habite parmi nous46U. Et ainsi, par la distance entre la divinite et la faiblesse, Ie Fils de Dieu demeurait dans Ie ciel, Ie fils de I 'homme marchait sur la terre, mais par l'unite de la personne, par quoi avec l'une et I' autre substance il est Ie seul Christ, comme Fils de Dieu il marchait sur la terre et comme fils de l'homme il demeurait dans Ie ciel46I . Ainsi la foi en des propositions plus faciles a croire nait de la croyance en des propositions moins faciles a croire. En effet, si la substance divine, beaucoup plus eloignee et incomparablement plus elevee a pu pour notre bien assumer la substance humaine de faon a constituer une seule personne et qu' ainsi Ie fils de Dieu, qui etait sur la terre dans la faiblesse de la chair, etait dans Ie ciel en sa divinite participant a la chair, combien plus credible Ie fait que d' autres hommes, saints et fideles, deviennent un seul Christ avec Ie Christ homme, si bien que c' est pour tous ceux qui montent par sa grace et son alliance avec eux que Ie Christ monte au ciel, lui qui est descendu du ciel ! C' est ce que I' Apotre di t : De meme que dans un seul corps nous avons bien des membres et que ces mem- bres du corps, malgre leur nombre, ne sont qu'un seul corps, ainsi le Chrisr4 62 . II n'a pas dit: «il en est ainsi de celui du Christ», c'est-a-dire du corps du Christ ou des membres du Christ, mais: ainsi du Christ, nommant Ie seul Christ comme etant et la tete et Ie corps. 462. I Cor. 12, 12. 201 
DE PECCATORVM MERITIS ET REMISSIONE XXXII, 61. Magna haec et mira dignatio ! Quae quo- niam fieri non potest nisi per remissionem peccatorum, sequitur et dicit: Et sicut Moyses exaltauit serpentem in deserto, ita exaltari oportet filium hominis ut omnis qui crediderit in eum non pereat, sed habeat uitam aeternam. Quid tunc in deserto factum sit nouimus: serpentum morsibus multi moriebantur. Tunc populus peccata sua confitens per Moysen deprecatus est Dominum ut hoc [62] ab eis uirus auferret. Ac sic Moyses ex praecepto Domini exaltauit in deserto aeneum serpentem ammo- nuitque populum ut ilium exaltatum quisquis a serpente morderetur adtenderet; hoc facientes continuo sana- bantur. Quid est exaltatus serpens nisi mors Christi eo significandi modo quo per efficientem id quod efficitur significatur? A serpente quippe mors uenit qui peccatum quo mori mereretur homini persuasit. Dominus autem in camem suam non peccatum transtulit tamquam uenenum serpentis, sed tamen transtulit mortem ut esset in similitudine carnis peccati poena sine culpa, unde in carne peccati et culpa solueretur et poena. Sicut ergo tunc qui conspiciebat exaltatum serpentem et a ueneno sanabatur et a morte liberabatur, sic nunc qui confonnatur similitudini mortis Christi per fidem baptismumque eius et a peccato per iustificationem et a morte per resurrectionem liberatur. Hoc est enim quod ait: Vt omnis qui credit in eum non pereat, sed habeat uitam aeternam. Quid igitur opus est ut Christi morti per baptismum conformetur paruulus si morsu serpentis non est omnino uenenatus ? 463. loh. 3, 14-15. 464. Cf. Num. 21,6-9. 465. Cf. Rom. 8, 3. 466. Cf. Rom. 8, 3. 467. Cf. Rom. 6, 5a. 468. loh. 3, 15. 202 
LIVRE I XXXII, 61. Quelle grande et etonnante marque de consideration ! Comme elle ne peut se realiser que par Ie pardon des peches, il poursuit et dit : De meme que Moise a eleve le serpent dans le desert, de meme convient-i/ que Ie fils de l' homme soit eleve, pour que quiconque aura cru en lui ne perisse pas, mais ait la vie eternelle 463 . Nous savons ce qui s' est passe alors au desert: beau- coup mouraient de morsures de serpent. Alors Ie peuple, reconnaissant ses peches, pria Ie Seigneur par I' intenne- diaire de MOIse pour que s' eloignat d' eux ce venin, et ainsi MOIse, sur Ie commandement du Seigneur, eleva dans Ie desert un serpent d' airain pour que tous ceux qui seraient mordus par Ie serpent regardet ce serpent dresse au-dessus d' eux; agissant ainsi, ils etaient aussi- tot gueris 464 . Qu' est -ce que ce serpent dresse, sinon la mort du Christ, dans cette representation symbolique dans laquelle est symbolise, par celui qui la realise, ce qui est realise? La mort est venue par Ie serpent, qui a porte I 'homme au peche, par lequel il meriterait la mort. Mais Ie Seigneur n' a pas communique Ie peche a sa chair comme Ie venin d 'un serpent; illui a communiue la mort, afin que dans la ressemblance de la chair4 6 il y ait chatiment du peche sans la faute, d' ou viendrait dans la chair du peche 466 la remise et de la faute et de la peine. De meme donc que, dans ces temps-la, celui qui regardait Ie serpent dresse etait gueri du venin et libere de la mort, de meme maintenant celui qui se confonne a la ressemblance de la mort du Christ, par la foi en lui et son bapteme 467 , est libere du peche par la justification, et de la mort par la resurrection. C' est, en effet, ce qu' il dit: Pour que quiconque croit en lui ne perisse pas, mais ait la vie eternelle 468 . Quelle necessite donc qu'un petit enfant so it rendu, par le bapteme, conforme a la mort du Christ46 9 , s' il n' est nullement infecte par la morsure du serpent? 469. Cf. Rom. 6, 5a. 203 
DE PECCATORVM MERITIS ET REMISSIONE XXXIII, 62. Deinde si - quod consequenter dicit - Deus sic dilexit mundum ut Filium suum unigenitum daret ut omnis qui credit in eum non pereat, sed habeat uitam aeternam, periturus erat paruulus nec habiturus uitam aetemam si per sacramentum baptismi non crede- ret in unigenitum Dei Filium, dum interim sic uenit ut non iudicet mundum, sed ut saluetur mundus per ipsum, praesertim quia sequitur et dicit: Qui credit in [63] eum non iudicatur,. qui autem non credit iam iudicatus est quia non credit in nomine unigeniti Filii Dei. Vbi ergo paruulos ponimus baptizatos nisi inter fideles, sicut uniuersae ubique ecclesiae clamat auctoritas? Ergo inter eos qui crediderunt - hoc enim eis adquiritur per uirtutem sacramenti et offerentium responsionem - ac per hoc eos qui baptizati non sunt, inter eos qui non crediderunt. Porro si illi qui baptizati sunt non iudicantur, isti, quia carent baptismo, iudicantur. Quod uero adiunxit: Hoc est autem iudicium quia lux uenit in mundum et dilexerunt homines tenebras magis quam lucem, unde lux uenit in mundum nisi de suo dicit aduentu? Sine cuius aduentus sacramento quomodo paruuli esse dicuntur in luce ? Aut quomodo non et hoc in dilectione tenebrarum habent qui quemadmodum ipsi non credunt, sic nec baptizandos suos paruulos arbitrantur quando eis mortem corporis timent ? In Deo autem facta dicit opera eius qui uenit ad lucem quia intellegit iustificationem suam non ad sua merita, sed ad Dei gratiam pertinere. Deus est enim, inquit Apostolus, qui operatur in nobisP p. Les Mauristes ont retenu uobis, conforme it l'original grec, mais nobis est atteste par les six plus anciens manuscrits. 470. loh. 3, 16. 471. Cf. loh. 3,17. 204 
LIVRE I XXXIII, 62. Puis si - ce qu ' il dit dans la suite - Dieu a tellement aime le monde qu'il lui a donne son Fils unique, pour que tout homme qui croit en lui ne perisse pas mais ait la vie eternelle 47o , Ie petit enfant allait perir et ne pas avoir la vie etemelle si, par Ie sacrement du bapteme, il n' avait pas cru au Fils unique de Dieu, a celui qui est venu, non pour juger Ie monde, mais pour que Ie monde soit sauve par lui47 I , surtout parce qu'il poursuit en disant: Qui croit en lui ne subit pas ce jugement, mais qui ne croit pas a deja ete juge, parce qu'i! ne croit pas dans le nom du Fils unique de Dieu 472 . Ou donc plaons-nous les petits enfants baptises, sinon parmi les fideles, comme Ie proclame partQut I' autorite de I , Eglise universelle, donc parmi ceux qui ont cru? Car cela leur est acquis par la vertu du sacrement et les paroles de ceux qui les presentent. Et, de ce fait, ceux qui n' ont pas ete baptises [nous les plaons] parmi ceux qui n'ont pas cru. De plus, si ceux qui ont ete baptises ne sont pas sou- mis au jugement, ceux qui n' ont pas Ie bapteme sont juges. Et ce qu'il ajoute: Voici le jugement : c' est que la lumiere est venue dans le monde et les hommes ont pre- jere les tenebres a la lumiere 473 , ne Ie dit-il pas a propos de sa venue? Sans Ie mystere de sa venue comment les petits enfants sont-ils dits «dans la lumiere» ? Ou bien ne sont-ils pas dans l'amour des tenebres ceux qui, de meme qu'ils ne croient pas eux-memes, ne jugent pas que leurs petits enfants doivent etre baptises, alors qu'ils craignent pour eux la mort du corps? Et il dit qu' en Dieu ont ete faites les .reuvres de celui qui est venu a la lumiere 474 , parce qu' il comprend que sa justification ne tient pas a ses merites, mais a la grace de Dieu. C' est Dieu, en effet, dit I' Apotre, qui realise en nous et de 472. loh. 3, 18. 473. loh. 3, 19. 474. Cf. loh. 3, 21. 205 
DE PECCATORVM MERITIS ET REMISSIONE et uelle et operari pro bona uoluntate. Hoc modo ergo fit omnium ex camali generatione ad Christum uenientium regeneratio spiritalis. Ipse hoc aperuit, ipse monstrauit cum ab eo quaerebatur quomodo possent ista fieri, nemini humanam argumentationem in hac causa liberam fecit. Non alienentur paruuli a gratia remissionis peccatorum; non aliter transitur ad Christum, nemo aliter potest Deo reconciliari et ad Deum uenire nisi per Christum. XXXIV, 63. Quid de ipsa fonna sacramenti loquar? Vellem aliquis istorum qui contraria sapiunt mihi bapti- zandum paruulum afferret. Quid in illo agit exorcismus meus si in familia diaboli non [64] tenetur? Ipse certe mihi fuerat responsurus pro eodem paruulo quem ges- taret quia pro se ille respondere non posset. Quomodo ergo dicturus erat eum renuntiare diabolo cuius in eo nihil esset? Quomodo conuerti ad Deum a quo non esset auersus? Credere inter cetera in remissionem peccatorum quae illi nulla tribueretur? Ego quidem si contra haec eum sentire existimarem nec ad sacramenta cum paruulo intrare pennitterem; ipse autem in hoc qua fronte ad homines, qua mente ad Deum se ferret ignoro nec uolo aliquid grauius dicere. Falsam igitur uel fallacem tradi paruulis baptismatis fonnam in qua sonare atque agi uideretur et tamen nulla fieret remissio peccatorum, uiderunt aliqui eo rum nihil 475. Phil. 2, 13. Par pro bona uoluntate (grec: im;£Q 'tfl EuboXLa), on pourrait aussi comprendre «selon sa bienveillance», donc la volonte divine. Mais Ie contexte porte ai' autre intelligence, comme pour la nouvelle citation du verset en II, 18, 30. Voir NC 58: «Pro bona uoluntate: bonne volonte humaine ou divine?». 476. Cf. Rom. 5,10-11. 477. Se reporter pour cette section a la NC 61 : «Les informations contenues dans Ie De peccatorum meritis et remissione sur Ie rite catechumenal ». 478. Cf. Iloh. 3, 9-10. 479. Noter avec Ie balancement: « Pour ma part... mais Quant a lui...» (ego quidem... ipse autem...) la prudence d'Augustin qui, 206 
LNRE I vouloir et de realiser selon une volonte bonne 475 . De cette faon donc se fait la regeneration spirituelle de ceux qui viennent de la generation de la chair jusqu' au Christ. Lui-meme a explique, lui-meme a montre cela quand on lui demandait comment cela pouvait se faire, et a personne en cette affaire il n'a laisse la liberte d'une argumentation humaine. Que les petits enfants ne soient pas exclus de la grace du pardon des peches; on ne va pas autrement au Christ, personne ne peut etre recon- cilie avec Dieu et parvenir aDieu autrement que par Ie Christ4 76 . 8. Preuve par la liturgie baptismale et la condition infantile. XXXIV, 63. Que dire de la forme merne du sacre- ment4 77 ? Je voudrais que l'un de ceux qui professent des opinions contraires me presente un petit enfant a baptiser. Que fait en lui mon exorcisme s'il n'appartient pas aux serviteurs du diable 478 ? C'est lui qui se serait trouve avoir a me repondre pour ce meme enfant qu'il presentait car cet enfant ne pouvait repondre par lui- meme. Comment donc allait-il dire qu'il renonait au diable, dont il n' avait rien en lui, et qu' il retoumait a Dieu, dont il n' avait pas ete separe? Qu' il croyait, entre autres articles de foi, au pardon de peches dont aucun ne pouvait lui etre attribue? Pour ma part, si je I' estimais en desaccord avec ces propositions, je ne lui permettrais pas non plus d' acceder aux sacrements avec Ie petit enfant. Mais lui personnellement, avec que I front se presenterait-il devant les hommes, avec quels sentiments devant Dieu sur ce su jet? Je I' ignore et ne veux rien dire de plus accablant4 79 . C'est donc une forme de bapteme fausse et trompeuse qui serait donnee aux tout-petits, ou apparaitraient paro- les sonores et gestes sans qu' il y eOt pardon de peches ; certains d' entre eux ont vu que rien de plus detestable ni faute d'informations detaillees sur les objecteurs, pretere s'en tenir a la discussion theologique de I' objection telle qu' elle lui est parvenue. 207 
DE PECCATORVM MERITIS ET REMISSIONE execrabilius ac detestabilius posse dici atque sentiri. Proinde quod adtinet ad baptismum paruulorum, ut eis sit necessarius, redemptionem etiam ipsis opus esse concedunt sicut cuiusdam eorum libello breuissimo continetur, qui tamen ibi remissionem alicuius peccati apertius exprimere noluit. Sicut autem mihi ipse litteris intimasti, fatentur iam, ut dicis, etiam in paruulis per baptismum remissionem fieri peccatorum. Nec mirum; non enim redemptio alio modo posset intellegi. «Non tamen originaliter, inquiunt, sed in uita iam propria, posteaquam nati sunt, peccatum habere coeperunt. » 64. Quamobrem uides quantum iam distet inter eos contra quos in hoc opere diu iam multumque disserui, quorum etiam unius legi librum ea continentem quae, ut potui, refutaui... Inter istos, ergo, ut dicere coeperam, qui omnino paruulos ab omni peccato, et originali et proprio, puros et liberos esse defendunt, et istos qui eos iam natos propria putant contraxisse peccata a quibus eos credunt per baptismum oportere purgari, quantum intersit uides. Proinde [65] isti posteriores intuendo scripturas et auctoritatem totius ecclesiae et fonnam ipsius sacramenti bene uiderunt per baptismum in paruulis peccatorum 480. Cette declaration (14) a ete trouvee par Augustin dans ce libellus breuissimus qui est Ie libellus ecrit par Caelestius, lequel avait en effet admis, lors de sa comparution, que les hehes oivent, eux aussi, delivrance et redemption a travers Ie sacrement de bapteme. Voir NC 40: «Le libellus breuissimus (I, 34, 63); traces de l'ecrit de Caelestius dans Ie De peccatorum meritis et remissione» et NC 41 : « Caelestius et ses ecrits». 481. C'est donc une declaration (15) entendue recemment a Carthage par Marcellinus, puis transmise par lui a Hippone. Nous ne disposons d' aucune trace d' une inflexion en ce sens de la theologie de Caelestius; il s' agirait donc d' autres personnes alors presentes en Afrique. Meme opinion que (6) deja signalee en I, 17, 22. Voir NC 42: « Diversite des opinions des objecteurs sur bapteme des hehes et par- don a Carthage en 411 ». 482. Liber et libellus (diminutif de liber) sont donc deux ecrits differents, comme on Ie voit encore par la mention etiam. Si 208 
LIVRE I de plus execrable ne pouvait etre dit et pense. Aussi, en ce qui conceme Ie bapteme des petits enfants, pour qu ' il leur so it necessaire, ils concedent qu' ils ont eux aussi besoin de redemption, comme cela est exprime dans un tres bref opuscule de l'un d'eux qui n'a pas voulu pourtant cPreciser plus clairement Ie pardon de tel ou tel peche 8 . Mais, ainsi que tu me I' as fait connaitre toi- meme dans ta lettre, ils admettent maintenant, comme tu Ie dis, que meme chez les petits enfants Ie bapteme accomplit Ie pardon des peches ; et ce n' est pas etonnant, car la redemption ne saurait etre comprise autrement. «Cependant, ce n' est pas a titre originel, disent-ils, mais dans leur vie personnelle que, afres leur, naissance, ils ont commence a avoir Ie peche 48 .» 64. Ainsi vois-tu que lie distance il y a entre ceux contre lesquels j' ai, dans mon ouvrage, discute deja depuis longtemps et 10nAuement, dont j' ai lu aussi Ie livre de l'un d'entre eux 2 et l'ai refute comme j'ai pu - entre ceux donc, comme je commenais a Ie dire, qui pretendent que les petits enfants sont absolument furs et exempts de tout peche, originel ou personnel 48 , et ceux qui pen sent que, une fois nes, ils ont deja commis des peches personnels dont ils croient qu' il y a lieu de les purifier par Ie bapteme 484 , tu vois la distance qui les separe. Aussi ces demiers, en examinant les Ecritures et l'autorite de l'Eglise entiere et la fonne du sacrement lui-meme, ont bien vu que par Ie bapteme se faisait Ie pardon des peches ds les petits enfants, mais qu'il y ait Augustin a eu connaissance du libellus, il parait avoir concentre son attention sur Ie liber, car il contenait plus de matiere et possedait toute une argumentation. Quant a I' identite de son auteur, voir la NC 44: «Le liber lu par Augustin et Ie Liber de fide attribue a Rufin Ie Syrien». 483. Opinion (16) reprise du liber et qu'on retrouve dans Ie Liber de fide. Voir NC 44. 484. Opinion (17) qui reprend (6), signale en I, 17, 22, et (15), signale en I, 34, 63. 209 
DE PECCATORVM MERITIS ET REMISSIONE fieri remissionem, sed originale esse quicquid illud in eis est uel nolunt dicere uel uidere non possunt. Illi autem priores in ipsa natura humana, quae ab omnibus ut consideretur in promptu est, bene uiderunt - quod facile fuit - aetatem illam in sua iam uita pro- pria nihil peccati potuisse contrahere sed, ne peccatum originale fateantur, nullum esse omnino peccatum in paruulis dicunt. In his ergo quae singula uera dicunt prius inter se ipsi consentiant et consequenter fiet ut a nobis nulla ex parte dissentiant. Nam si paruulis baptizatis remissionem fieri peccatorum concedant illi istis, paruulos autem, ut ipsa natura in tacitis infantibus clamat, suae uitae propriae nullum adhuc contraxisse peccatum concedant isti illis, concedant utrique nobis nullum nisi originale restare quod per baptismum soluatur in paruulis. XXXV, 65. An uero et hoc quaesituri et de hoc dis- putaturi et tempus ad hoc inpensuri sumus ut probemus atque doceamus quomodo per propriam uoluntatem, sine qua nullum uitae propriae potest esse peccatum, nihil mali commiserint infantes qui propter hoc uocan- tur ab omnibus innocentes? Nonne tanta infinnitas animi et corporis, tanta rerum ignorantia, tanta nulla omnino praecepti capacitas, nullus uel naturalis uel conscriptae legis sensus aut motus, nullus in alterutram partem rationis usus hoc multo testatiore silentio quam sermo noster proclamat atque indicat ? Valeat aliquid ad se ipsam persuadendam ipsa euidentia; nam nusquam sic non inuenio quod dicam quam ubi res de qua dicitur manifestior est quam omne quod dicitur. 485. On notera la prudence d' Augustin sur les motifs de la position theologique de ces chretiens. 486. Augustin s' amuse-t-il des contradictions entre ces objecteurs ? En tout cas, en pasteur, il apPelle a un consensus des catholiques. Voir NC 42: «Diversite des opinions des objecteurs sur baptSme des hehes et pardon a Carthage en 411 ». 487. L' examen de I' age neo-natal occuPe presque toute cette fin du livre I (I, 35, 65 - 38, 69). Voir NC 45: «Une enigme avouee: la 210 
LIVRE I quelque chose d' originel en eux, ou bien ils ne veulent pas Ie dire, ou bien ils ne peuvent pas Ie voir4 85 . Quant aux premiers, dans la nature humaine, dont I' examen est a la portee de tous, ils ont bien vu - ce qui etait facile - que cet age ne pouvait dans sa vie propre avoir contracte Ie moindre peche. Mais, pour ne point reconnaitre Ie peche originel, ils disent qu'il n'y a abso- lument aucun peche chez les petits enfants. Pour eux tous donc, que d' abord ils s' accordent entre eux sur les verites qu' ils professent isolement, et il en resultera qu' ils ne seront en aucun point en desaccord avec nous86. Car si les demiers accordaient aux pre- miers que s' opere pour les petits enfant baptises Ie pardon des peches, et si les premiers accordaient aux demiers que les petits enfants, comme la nature Ie proclame elle-meme chez les tout-petits encore muets, n' ont dans leur vie personnelle contracte encore aucun peche, ils nous concederaient les uns et les autres qu' il ne reste que Ie peche originel a effacer par Ie bapteme chez les petits enfants. XXXV, 65. Mais allons-nous demander, discuter et depenser du temps a prouver et enseigner comment, par leur volonte personnelle, sans laquelle il ne peut y avoir aucun peche dans la vie personnelle, rien de mal n' a ete commis par les tout-petits, qui sont, pour cette raison, qualifies par tous d'innocents? N'est-il pas vrai qu'une si grande faiblesse de I' esprit et du corps, une si gran de ignorance, une si complete incapacite a recevoir un commandement, aucne comprehension ni sensibilite devant une loi ou naturelle ou ecrite, aucun usage de la raison sur l'un ou l'autre aspect d'une question, tout eel a Ie proclame et Ie signifie par un silence beaucoup plus expressif que notre discours 487 ? Que I' evidence ait quelque force pour se persuader elle-meme! Car je ne trouve rien a dire quand la chose dont on parle est plus claire que tout ce qu' on en dit. condition miserable de I' etre humain en bas-age». 211 
DE PECCATORVM MERITIS ET REMISSIONE [66] 66. Vellem tamen quisquis hoc sapit diceret quod peccatum uiderit uel putarit infantis recentis ab utero cui redimendo fatetur iam baptismum necessarium, quid mali in hac propria sua uita per animum proprium corpusue commiserit. Si forte quod plorat taedioque est maioribus, mirum si hoc iniquitati, non infelicitati potius deputandum est. An quod ab ipso fletu nulla sua ratione, nulla cuiusquam prohibitione conpescitur? At hoc igno- rantiae est in qua profundissima iacet, qua etiam matrem, cum post exiguum tempus ualuerit, percutiet iratus et saepe ipsas eius mammas quas, dum esurit, exigit. Haec non modo feruntur, uerum etiam diliguntur in paruulis et hoc quo affectu nisi carnali, quo etiam risus iocusque delectat acutorum quoque hominum ipsa quasi absurdi- tas conditus? Qui si eo modo sentirentur, ut dicitur, non iam illi tamquam faceti sed tamquam fatui riderentur. Ipsos quoque fatuos uidemus quos uulgo «moriones» uocant, ad cordatorum delicias adhiberi et in mancipio- rum aestimatione pretiosiores esse cordatis : tantum ualet camalis affectus etiam minime fatuorum in delectatione alieni malL Nam cum homini iucunda sit aliena fatuitas nee ipse tamen talis esse uoluisset; et si suum paruu- lum filium a quo garriente talia pater laetus expectat et prouocat talem praesciret futurum esse cum creuerit, nullo modo dubitaret miserabilius lugendum esse quam mortuum. Sed dum spes subest incrementorum et ingenii lumen accessurum creditur aetatis accessu, fit ut conui- cia paruulorum etiam in parentes non solum iniuriosa non sint, uerum etiam grata atque iucunda sint. Quod quidem prudentium nemo probauerit ut a dictis uel factis 488. Deja signales plus haut (I, 22, 31). Voir NC 30: «Les moriones ». 212 
LIVRE I 66. Je voudrais pourtant que quelqu'un d'infonne sur cette question dise quel peche il a pu voir ou discerner chez un enfant qui vient de sortir du sein de sa mere, peche pour Ie rachat duquel il reconnait la necessite du bapteme, quel mal il a commis dans sa vie personnelle, en son esprit ou en son corps. Si c' est parce qu' il pleure et qu' il est un poids pour ses parents, on peut se deman- der si cela doit etre mis au compte de sa mechancete et non pas plutot au compte de la malchance. Et Ie fait que ni sa raison ni I' interdiction de quiconque n' apaisent ses pleurs? Mais telle est l'ignorance dans laquelle il se trouve enfoui qu' il va, dans sa colere, jusqu ' a frapper sa mere et souvent les seins memes qu'il reclame quand il a faim. Ces attitudes, non seulement sont tolerees, mais meme aimees dans les petits enfants ; et cela selon quelle emotion, sinon charnelle, selon laquelle aussi rires et plaisanteries nous font plaisir, meme de la part d 'hom- mes a I' esprit penetrant, releves qu' ils sont comme par leur absurdite meme? Si l'on en jugeait litteralement, ces gens ne passeraient pas pour spirituels, mais seraient moques comme des fous. Nous voyons aussi que ces idiots qu'on appelle vulgai- rement «morions 488 » sont employes a faire les delices des gens raisonnables, et qu' au marche des esclaves ils ont plus de prix que ceux qui sont raisonnables: si fort est Ie penchant naturel, meme chez les moins fous, a se plaire au mal qui est dans les autres. En effet, alors qu' on trouve plaisante la folie d' autrui, on ne voudrait pas pour autant lui ressembler. Et si un pere prevoyait que son fils tout petit - dont, dans. son babillage, il guette de tels ges- tes et meme les provoque - serait de cette sorte une fois grand, il ne douterait nullement devoir en pleurer plus douloureusement que si ce fils etait mort. Mais, tant que I' espoir subsiste d 'un developpement et que I' on croit que la lumiere de la raison progressera avec Ie progres de I' age, il arrive que les insolences des enfants, meme a I' endroit de leurs parents, non seulement ne soient pas blessantes, mais memes agreables et plaisantes. Et nul parmi les sages n' approuverait que de tels propos et 213 
DE PECCATORVM MERITIS ET REMISSIONE huiusmodi non tantum non prohibeantur cum prohiberi [67] iam possunt, uerum in haec etiam concitentur studio ridendi et uanitate maiorum. Nam plerumque ilIa aetas iam patrem matremque agnoscens neutti eorum audet maledicere nisi ab altero eorum aut ab utroque uel pennissa uel ius sa. Verum haec eorum sunt paruulorum qui iam in uerba prorumpunt et animi sui motus qualibuscumque linguae signis promptare iam possunt. Illam potius recentium natorum profundissimam ignorantiam uideamus ex qua ad istam non pennansuram balbutientem fatuitatem tam- quam ad scientiam locutionemque tendentes proficiendo uenerunt. XXXVI, 67. Illas, inquam, consideremus tenebras mentis utique rationalis in quibus et Deum prorsus igno- rant, cuius sacramentis etiam cum baptizantur obsistunt ; in has quaero unde et quando summersi sint. Itane uero eas hic contraxerunt et in hac uita sua iam propria per nimiam neglegentiam obliti sunt Deum, pru- dentes uero et religiosi uixerunt uel in uteris matrum? Dicant ista qui ausi fuerint, audiant qui uoluerint, cre- dant qui potuerint; ego autem puto quod omnes quorum mentem non obnubilat defendendae suae sententiae peruicacia haec sentire non possunt. An nullum est ignorantiae malum et ideo nec pur- gandum? Et quid agit ilia uox: Delicta iuuentutis et ignorantiae meae ne memineris ? Etsi enim damnabiliora peccata sunt quae ab scientibus committuntur, tamen si ignorantiae peccata nullum essent hoc non legeremus quod commemoraui: Delicta iuuentutis et ignorantiae meae ne memineris. In illas igitur ignorantiae densissi- mas tenebras ubi anima infantis recentis ab utero, utique 489. Ps. 24, 7. 214 
LIVRE I de tels actes non seulement ne leur soient pas interdits quand deja ils peuvent l'etre, mais encore qu'ils y soient excites pour Ie plaisir du rire et la vanite des parents. Car, la plupart du temps, quand cet age commence a reconnaitre pere et mere, il n'ose mal parler a l'un d'eux s'il n'y est autorise ou invite par l'un d'eux ou par l'un et I' autre. Mais cela est Ie fait de petits enfants qui deja s' expri- ment par des paroles et peuvent deja manifester leurs sentiments par les divers signes du langage. Considerons plutot la tres profonde ignorance des nouveau-nes, d' ou ils sont venus a cette folie balbutiante qui ne doit pas durer, comme si, en progressant, ils tendaient au savoir et a son expression. ' XXXVI, 67. Considerant, dis- je, les tenebres de leur esprit pourtant rationnel, dans lesquelles ils ignorent meme Dieu, s' opposant encore a ses sacrements meme au moment ou on les baptise, je me demande quand et comment ils y ont ete plonges. Dira-t-on qu'ils ont contracte cette ignorance ici et que dans cette vie personnelle de maintenant ils ont oublie Dieu par un exces de negligence, mais qu' ils ont vecu selon la sagesse et la religion dans Ie sein de leur mere? Que Ie disent ceux qui I' osent, que I' entendent ceux qui Ie veulent, Ie croient ceux qui Ie peuvent; mais pour moi, je pense que tous ceux dont l'acharnement a defendre leur opinion n' obscurcit pas I' esprit ne peuvent adtpettre cette explication. A moins que I' ignorance ne soit pas un mal, et qu' il n'y ait pas lieu de la corriger? Que signifie alors I' appel : Ne te souviens pas des fautes de ma jeunesse et de mon ignorance 489 ? Car bien que soient plus condamnables les fautes commises par des gens qui savent, cependant, si les peches d' ignorance n' existaient pas, vous ne liriez pas Ie texte que j' ai cite: Ne te souviens pas de mes fautes de jeunesse et de mon ignorance. Par consequent, dans ces tenebres si epaisses de I' ignorance ou git I' ame de I' enfant tout juste sorti du sein de sa mere, qui est 215 
DE PECCATORVM MERITIS ET REMISSIONE anima hominis, utique anima rationalis, non solum indocta, uerum [68] etiam indocilis iacet, quare aut quando aut unde contrusa est? Si naturae est hominis sic incipere et non iam uitiosa est ista natura, cur non talis creatus est Adam ? Cur HIe capax praecepti et ualens uxori et omnibus animalibus nomina inponere ? Nam et de ilIa dixit: Haec uocabitur mulier et: Quodcumque uocauit Adam ani- mam uiuam, hoc est nomen eius. Iste autem nesciens ubi sit, quid sit, a quo creatus, a q quibus genitus sit, iam reus delicti, nondum capax praecepti, tam profunda ignoran- tiae caligine inuolutus et pressus ut neque tamquam de somno excitari possit, ut haec saltem nescio quam uelut ebrietatem non per unam noctem, sicut quaelibet grauis- sima solet, sed per aliquot menses atque annos paulatim digerat - quod donec fiat, tam multa quae in maioribus punimus, toleramus in paruulis ut numerari omnino non possint - hoc tam magnum ignorantiae atque infirmitatis malum si in hac uita iam nati paruuli contraxerunt, ubi, quando, quomodo magna aliqua impietate commissa repente tantis tenebris inuoluti sunt? XXXVII, 68. Dicet aliquis: Si haec naturae purae non sunt sed uitiosae primordia, quia talis non est crea- tus Adam, cur Christus longe excellentior et certe sine ullo peccato natus ex uirgine in hac tamen infinnitate atque aetate procreatus apparuit? q. Le CSEL retient, de preference a a, un ex atteste seulement par une minorite des plus anciens manuscrits. 490. Voir NC 46: « La condition d' Adam a sa creation. Differences de representation entre Augustin et d'autres theologiens ». 491. Cf. Gen. 2, 16-17. 492. Gen. 2, 23. 493. Gen. 2, 19. Voir la suite (I, 37, 68). 494. Ces observations et leur commentaire etaient deja consignes ainsi dans les Confessions (Con! I, 7, 11). Voir NC 45. 216 
LIVRE I une ame humaine, ame rationnelle, non seulement non instruite mais de plus rebelle a I' instruction, pourquoi, quand et comment y a-t-elle ete projetee? Si la nature de l'homme est de commencer ainsi et que cette nature ne soit pas vicieuse, pourquoi Adam n' a-t-il pas ete cree ainsi 4 9<f ? Pourquoi etait-il capable de recevoir un commande- ment4 9I , et en mesure d' attribuer des noms a son epouse et a tous les etres vivants? Car d' elle il dit: Celle-ci s'appellera jemme 492 et quelque nom qu'Adam ait donne a toute ame vivante, c'est cela son nom 493 . Le tout-petit, lui, qui ignore ou il est, ce qu'il est, par qui il a ete cree, de qui il est ne, mais deja accuse de peche sans etre capable de comprendre un coinmandement, enveloppe et accable de I' obscurite d 'une ignorance si profonde qu' il ne peut etre tire de cette espece de sommeil, pour qu' il s' instruise au moins de ce qui lui sera explique, mais qu' il faut attendre Ie temps ou il aura dissipe cette sorte d' ivresse, non en une seule nuit (comme cela arrive pour l'autre ivresse, meme tres grave), mais peu a peu au cours des mois et des annees; et jusqu ' a ce que cela se produise, les fautes que nous punissons chez leurs aines, nous les supportons chez les tout-petits, en si grand nombre que nous ne pourrions les compter4 94 ; alors, ce si grand mal que sont I' ignorance et la faiblesse, si dans la vie presente les tout-petits I' ont deja contracte a la naissance, ou, quand, comment, pour avoir commis quel acte de grave impiete, ont-ils ete soudain enveloppes de si profondes tenebres? XXXVII, 68. Quelqu 'un dira 495 : «Si ce sont la les commencements d 'une nature non pas pure mais viciee, parce qu' Adam n' a pas ete cree tel, pourquoi Ie Christ, qui est tellement au-dessus de nous, qui est ne vraiment sans peche de la Vierge, est-il apparu pourtant dans cet etat de faiblesse, a cet age? » 495. Objection imaginee par Augustin. 217 
DE PECCATORVM MERITIS ET REMISSIONE Huic propositioni respondemus Adam propterea non talem creatum quia nullius parentis praecedente peccato non est creatus in carne peccati, nos ideo tales quia illius praecedente peccato nati sumus in carne peccati. Christus ideo talis quia, ut de peccato condemnaret peccatum, natus est in similitudine carnis peccati. Non enim hoc agitur de Adam quod pertinet ad corporis quantitatem, quia non paruulus factus est, sed perfecta mole membro- rum - potest enim dici etiam [69] pecora sic creata, nec tamen eorum peccato factum esse ut ex eis pulli paruuli nascerentur, quod quale sit nunc non quaerimus - sed agitur de illius mentis quadam ualentia usuque rationis quo praeceptum Dei legemque mandati et docilis Adam caperet et facile posset custodire si uellet. Nunc autem homo sic nascitur ut hoc omnino non possit propter horrendam ignorantiam atque infinni- tatem non carnis, sed mentis, cum omnes fateamur in paruulo non alterius, sed eiusdem substantiae cuius in primo homine fuit, hoc est rationalem animam degere. Quamquam etiam ipsa tanta carnis infinnitas nescio quid, quantum arbitror, poenale demonstrate Mouet enim, si illi primi homines non peccassent, utrum tales essent filios habituri qui nec lingua nec manibus nec pedibus uterentur. Nam propter uteri capacitatem fortasse necesse fuerit paruulos nasci, quamuis cum exigua sit pars corporis costa, non tamen propter hoc Deus paruu- lam uiro coniugem fecit quam aedificauit in mulierem. 496. Cf. Rom. 8, 3. 497. Cf. Rom. 8, 3. 498. Rom. 8, 3. 499. Representation conforme a la litteralite du recit du Livre de la Genese. II est interessant d'examiner, par contraste, celie d'irenee de Lyon pour qui, l'humanittS n'etant qu'a ses debuts historiques en Adam et Eve, ces premiers humains etaient comme des Petits enfants dans I' apprentissage de leur responsabilite morale. Voir NC 46: «La condition d' Adam a sa creation. Differences de representation entre Augustin et d' autres theologiens ». 500. Cette opinion, avancee prudemment, tient sans doute a I 'unite corps-ame de l' etre humain a laquelle Augustin est tres attache, la 218 
LIVRE I A. cette objection, nous repondrons qu' Adam n' a pas ete cree ainsi parce que, sans aucun parent qui I' ait precede dans Ie peche, il n' a pas ete cree dans la chair du peche 496 alors que nous, si, parce que precedes £ar son peche, nous sommes nes dans la chair du peche 97. Le Christ est tel parce que, pour condamner le peche a partir du peche, il est ne dans la ressemblance de la chair du peche 498 . Ne conceme pas Adam ce qui touche a la taille de son corps, parce qu' il n' a pas ete fait petit enfant mais dans la tail Ie accomplie de son COrpS499. On peut dire, en effet, que les betes aussi ont ete creees ainsi, mais pas que c' est par suite d 'un peche de leur part que leur progeniture nait de petite taille - et ce n' est pas Ie probleme que nous posons maintenant. II s'agit pour Adam d'une certaine force de son esprit et de I' usage de la raison, par lesquels, apte a se laisser instruire, il recevait Ie precepte de Dieu et la loi de son commandement, et pouvait aisement les observer s' ille voulait. Mais maintenant, I' etre humain nait dans I' absolue incapacite de realiser cela, a cause d' une ignorance et d 'une faiblesse terribles, non de la chair, mais de I' esprit, alors que nous reconnaissons tous que dans un petit enfant reside une ame qui n' est pas d 'une subs- tance autre, mais identique a celie qui se trouvait chez Ie premier homme, c' est-A-dire une ame raisonnable. Toutefois, cette si gran de faiblesse de la chair fait appa- raitre elle aussi, a mon sens, je ne sais quel caractere de chatiment 5OO . II est troublant, en effet, de se demander, au cas ou ces premiers hommes n'auraient pas peche, s'ils auraient eu des fils tels qu'ils n'utiliseraient ni langue, ni mains, ni pieds. Car, a cause de la taille de l'uterus, il eOt peut-etre ete necessaire qu'ils naquissent tout-petits, encore que, alors que la cote n' est qu 'une petite partie de son corps, Dieu n' ait pas pour autant fait a I 'homme toute petite I' epouse qu' il construisit en condition physiologique universe lie exprimant une condition morale universelle de I 'humanite. 219 
DE PECCATORVM MERITIS ET REMISSIONE V nde et eius filios poterat omnipotentia creatoris mox editos grandes protinus facere. XXXVID, 69. Sed, ut hoc omittam, poterat certe quod multis etiam pecoribus praestitit, quorum pulli, quamuis sint paruuli neque accedentibus corporis incrementis etiam mente proficiant quoniam rationalem animam non habent, tamen etiam minutissimi et currunt et matres agnoscunt nec surgendis uberibus cura et ope admouentur aliena sed ea ipsi in matemi corporis loco abdito posita mirabili facilitate nouerunt. Contra homini nato nec ad incessum pedes idonei nec manus saltem ad scalpendum habiles et, nisi opere nutrientis inmotis labris papilla uberis ingeratur, nec ubi sint sentiunt et iuxta se iacentibus mammis [70] magis possint esurientes flere quam sugere. Proinde infinnitati mentis congruit haec omnino infinnitas corporis. Nec fuisset caro Christi in similitudine carnis peccati nisi caro esset ista peccati cuius pondere rationalis anima sic grauatur, siue et ipsa ex parenti bus tracta siue ibi- dem creata siue desuper inspirata, quod nunc quaerere differo. XXXIX, 70. In paruulis certe gratia Dei per bap- tismum eius qui uenit in similitudine carnis peccati id agitur ut euacuetur caro peccati. Euacuatur autem non ut 501. Cf. Gen. 2, 22. 502. Cf. Rom. 8, 3. 503. Cf. Rom. 8, 3. 504. Cf. Sap. 9, 15a. Ce debut du verset revient sou vent chez Augustin. A.-M. LA BONNARDIERE, Biblia Augustiniana. Ancien Testament. Le Livre de la Sagesse, Paris, 1970, p. 206, en releve 115 mentions dans toute l'reuvre. II est souvent associe a I Cor. 15, 54-57 et a II Cor. 5, 1-4, mais aussi a Rom. 8, 3, ainsi en Pecc. mer. 505. Elle sera menee aux livres II (II, 36, 59) et III (III, 10, 18). 506. Rom. 8,3. 507. Cf. Rom. 6,6, mais corpus est ici remplace par Ie caro de Rom. 8, 3, apparemment pour homogeneiser la combinaison des deux versets. D'ordinaire (car ce n'est pas systematique chez lui), Paul emploie 220 
LIVRE I femme accomplie 50I . La toute puissance du Createur aurait pu faire que ses fils aussi devinssent, a peine nes, aussitot de gran de taille. XXXVIII, 69. Mais, pour laisser de cote cette ques- tion, il pouvait faire ce qu' il a donne aussi a beaucoup d' animaux, dont les petits, quoiqu' ils soient tres petits et ne fassent pas de progres par I' esprit lorsque survient Ie developpement du corps puisqu' ils n' ont pas d' ame rationnelle, cependant, tout menus qu' ils soient, courent, reconnaissent leur mere et n'ont pas besoin pour s'al- laiter du secours ni de I' aide d' autrui, mais connaissent avec une etonnante facilite les mamelles placees dans un endroit cache du corps matemel. Au contraire, I 'homme, quand il nait, n' a point de pieds aptes a la marche ni de mains capables de saisir et, si la pointe du sein n' est pas mise avec I' aide de la nour- rice entre des levres sans mouvement, elles ne savent pas non plus ou il est et, tandis que les mamelles se trouvent a sa portee, I' etre humain pourrait plutot pleurer de faim que les sucer. Ainsi, cette faiblesse du corps est tout a fait en rapport avec la faiblesse de I' esprit. Et la chair du Christ n'aurait pas ete a la ressemblance de la chair du peche'502, si la chair de peche'503 n' etait pas telle que son poids alourdit I' ame rationnelle 504 , que celle-ci tire son origine des parents ou bien soit comme creee ici-bas ou inspiree d' en haut, su jet sur lequel je remets la reflexion a plus tard 505 . 9. Pourquoi la concupiscence demeure chez Ie bap- tise. Annonce du theme du livre II. XXXIX, 70. Chez les petits enfants, la grace de Dieu, par Ie bapteme fonde sur celui qui est venu dans la ressemblance de la chair de peche'506, a pour effet de detruire la chair de peche'507. Mais elle est detruite non «chair» pour d6crire l'humanite a la fois pecheresse et incapable de salut par elle-meme et « corpS» pour designer la dimension physiolo- gique de chaque humain. 221 
DE PECCATORVM MERITIS ET REMISSIONE in ipsa uiuente came concupiscentia conspersa et innata repente absumatur et non sit, sed ne obsit mortuo quae inerat nato. Nam si post baptismum uixerit atque ad aetatem capacem praecepti peruenire potuerit, ibi habet cum qua pugnet eamque adiuuante Deo superet si non in uacuum gratiam eius suscepit, si reprobus esse noluerit. Nam nec grandibus hoc praestatur in baptismo nisi forte miraculo ineffabili omnipotentissimi creatoris, ut lex peccati quae inest in membris repugnans legi men- tis penitus extinguatur et non sit, sed ut quicquid mali ab homine factum, dictum, cogitatum est cum eidem concupiscentiae subiecta mente seruiret, totum abolea- tur ac uelut factum non fuerit habeatur, ipsa uero soluto reatus uinculo quo per illam diabolus animam retinebat, et interclusione destructa qua hominem a suo creatore separabat maneat in certamine quo corpus nostrum castigamus et seruituti subicimus, uel ad usus licitos et necessarios relaxanda uel continentia cohibenda. Sed quoniam diuino Spiritu qui multo melius quam nos omnia generis humani nouit, uel praeterita uel prae- sentia uel futura, talis uita humana praecognita atque praedicta est ut [71] non iustificetur in conspectu Dei omnis uiuens, fit ut per ignorantiam uel infinnitatem non exertis aduersus eam totis uiribus uoluntatis eidem ad inlicita etiam nonnulla cedamus, tam magis et crebrius quanto deteriores, tanto minus et rarius quanto meliores sumus. 508. Augustin ne veut pas ecarter I' eventualite d 'une action divine exceptionnelle puisque Dieu est Ie «Tout-puissant» (omnipotens) et que lui seul sait ce qui est bon. La meme attitude reviendra au livre II (II, 6, 7) en reponse a la question: une vie humaine totalement impeccable est-elle possible sur terre ? 509. Cf. Rom. 7,23. 510. Cf. I Cor. 9, 27. 222 
LIVRE I de telle faon que la concupiscence, repandue et innee dans la chair vivante, soit aneantie soudain, mais de faon qu' elle ne nuise pas au [futur] mort, elle qui etait presente a sa naissance. Car s' il vit apres Ie bapteme et peut parvenir a I' age ou I' on est apte a recevoir un commandement, il a alors de quoi la combattre et la vaincre avec l' aide de Dieu s' il n' a pas reu sa grace en vain, s' il n' a pas voulu etre reprouve. Car il n'est pas accorde non plus aux adultes dans Ie bapteme - a moins d'un eventuel miracle ineffable du Createur tout puissant 508 - que la loi du pee he qui reside dans leurs membres en luttant contre la loi de l' esprip09 soit completement aneantie et n' existe pus. Mais il leur est accorde que tout ce que l'individu a pu faire, dire, penser de mal alors que, son ame etant asservie a la concupiscence, il demeurait esclave, soit totalement detruit et considere comme n'ayant pas ete commis; et quant a la concupiscence meme, une fois brise Ie lien de culpabilite ou Ie diable retenait I' ame par son moyen et une fois detruite I' incarceration par laquelle il separait l'homme de son Createur, elle demeure dans la lutte par laquelle nous chations notre corps et le reduisons a la servitude 5IO , tantot en lui lachant la bride pour des usages pennis et indispensables, tantot en Ie bridant par la continence. Mais puisque, par I 'Esprit divin qui connait bien mieux que nous tous les aspects du genre humain, ou passes, ou presents, ou a venir, la vie humaine a ete d'avance connue et annoncee de telle faon qu'elle ne soit as justifiee tout entiere de son vivant aux yeux de Dieu 5II , il arrive que par ignorance ou faiblesse, toutes les forces de notre volonte n' etant pas deployees contre cette concupiscence, nous cedions aussi a quelques conduites illicites, d' autant plus frequentes que nous sommes plus mauvais, d'autant moindres et plus rares que nous sommes meilleurs. 511. Cf. Ps. 142,2. 
DE PECCATORVM MERITIS ET REMISSIONE Sed quoniam de hac quaestione in qua quaeritur utrum possit uel utrum sit, fuerit futurusque sit homo sine peccato in hac uita, excepto illo qui dixit: Ecce uenit princeps mundi et in me nihil inueniet, aliquanto diligentius disserendum est, iste sit huius uoluminis modus ut illud ab alio quaeramus exordio. 224 
LIVRE I Mais puisque sur la question 5I2 de savoir s'il est possible ou si c' est un fait qu' il y a eu et qu' il y aura un homme sans peche dans cette vie a I' exception de celui qui a dit: Voici que vient le prince de ce monde et il ne trouvera rien en moi 5I3 , il faudrait mener l'analyse avec un peu plus d' attention, qu' ici soit la limite de ce volume, afin que nous examinions la question a partir d'un autre point de depart. 512. Quaeritur est un rapPel de la sollicitation initiale de Marcellinus, trace d'au moins une lettre, Perdue depuis. Voir R. DoDARO, «Note on the Carthaginian Debate over Sinlessness, A.D. 411-412 (Augustine, Pecc. Mer. 2.7.8 - 16.25) », Augustinianum, 40, 2000, p. 187. La ques- tion soulevee conceme une des six theses qui avaient ete soutenues publiquement par Caelestius. 513.loh. 14,30. 225 
LIVRE II 
LIBER SECVNDVS I, 1. De baptismo paruulorum, Marcelline carissime, quod non solum eis ad regnum Dei, uerum etiam ad salutem uitamque aetemam adipiscendam detur, quam sine Dei regno et sine Christi saluatoris societate in quam nos suo sanguine redemit habere nullus potest, priore libro satis, ut arbitror, disputauimus. In hoc autem uiuatne aliquis in hoc saeculo uel uixerit uicturusue sit sine ullo omnino peccato, excepto uno mediatore Dei et hominum, homine Iesu Christo qui dedit semet ipsum redemptionem pro omnibus, quanta ipse donat diligentia uel facultate disserendum enodan[72]dumque suscepi. Cui disputationi si se identidem aliqua necessitate uel opportunitate inseruerit quaestio de peccato uel baptismo paruulorum miran- dum non erit nec defugiendum ut eis locis ad omnia quae responsionem nostram flagitant sicut ualemus respondeamus. II, 2. Huius autem quaestionis solutio de hominis uita sine ulla subreptione uel praeoccupatione peccati 1. A. vrai dire, dans Ie livre I, Augustin a repondu a trois questions, ou plutot trois theses, successivement: 1. que la mort physique est indePendante du peche; 2. que I 'unique lien funeste entre Adam et sa descendance est une consciente imitation de son mauvais exemple; 3. et qu' en consequence les hehes ne sont pas baptises pour se faire pardonner un queiconque che herite d' Adam. Mais la discussion sur Ie sens theologique du bapteme des tout-Petits a pris la plus grande place dans l'expose de l'eveque. 2. Cf. Apoc. 5,9. 3. Cf. I Tim. 2, 5. 4. Cf. I Tim. 2, 6. 5. Voir la NC 47: «Objet specifique du livre II; la question ouverte de la perJectio iustitiae humanae ». 228 
LIVRE DEUXIEME Introduction. L'objet de ce livre et son enjeu pour la foi chretienne. I, 1. Mon tres cher Marcellinus, la I question dont nous avons traite - suffisamment, je pense - au livre precedent est celIe du bapteme des tout -petits, qui leur est donne non seulement pour I' entree dans Ie royaume de Dieu, mais encore pour I' obtention du salut et de la vie etemelle, laquelle ne peut etre accordee a aucun homme sans Ie royaume de Dieu et sans l'union avec Ie Christ Sauveur, cette union en vue de laquelle il nous a rachetes par son sang 2 . Dans ce livre-ci, il s'agit de savoir s'il y a, s'il y a eu, s ' il y aura en ce monde, un homme exempt de tout peche sa vie durant, a I' exception du seul mediateur entre Dieu et les hommes, l'homme Jesus Christ 3 , qui s'est donne lui-meme en ranon pour tous4: c' est ce que j' ai entre- pris de developper et d' expliquer, avec toute I' attention et la capacite que Dieu lui-meme m'accorde 5 . Et si au cours de cette discussion, vient a ressurgir a diverses reprises - par necessite ou a I' occasion - la question du peche et du bapteme des tout -petits, cela n' aura rien d' etonnant et il ne faudra pas s' y derober, de maniere a repondre sur Ie champ autant que possible, a tout ce qui . , requlert notre reponse. II, 2. Or la solution de cette question relative a une vie d'homme sans la moindre emprise ou 6 la moindre 6. Cela elargit Ie debat: l'hypothese qu'un humain parvienne a ne jamais pecher de toute sa vie implique, aux yeux d' Augustin, que cet humain n' eprouve meme aucune tentation de pecher. 229 
DE PECCATORVM MERITIS ET REMISSIONE propter cotidianas etiam nostras orationes maxime necessaria est. Sunt enim quidam tantum praesumentes de libero humanae uoluntatis arbitrio, ut ad non peccandum nec adiuuandos nos diuinitus opinentur semel ipsi naturae nostrae concesso liberae uoluntatis arbittio. Vnde fit consequens ut nec orare debeamus ne intremus in temp- tationem, hoc est ne temptatione uincamur uel cum fallit et preoccupat nescientes uel cum premit atque urget infinnos. Quam sit autem noxium et saluti nostrae quae in Christo est pemiciosum atque contrarium ipsique religioni qua inbuti sumus et pietati qua Deum colimus, quam uehementer aduersum ut pro tali accipiendo beneficio Dominum non rogemus atque in ipsa oratione dominica: Ne nos inferas in temptationem frustra posi- tum existimemus, uerbis explicare non possumus. III, 3. Acute autem sibi uidentur dicere, quasi nos- trum hoc ullus ignoret, quod si nolumus non peccamus nec praeciperet Deus homini quod esset humanae inpossibile uoluntati. Sed hoc minus uident quod ad nonnulla superanda uel quae male cupiuntur uel quae male metuuntur, magnis aliquando et totis uiribus opus est [73] uoluntatis quas nos non perfecte in omnibus adhibituros praeuidit qui per prophetam ueridice dici uoluit: Non iustificabitur in conspectu tuo omnis uiuens. Tales itaque nos futuros Dominus praesciens quaedam salubria remedia contra 7. Voir la NC 48: «Pourquoi prier». 8. Augustin resume ici une position (18) plus qu'il ne cite un pro- pos. La source parait Stre Ie libellus de Caelestius plutot que Ie liber car cette position est absente du Liber de fide de Rufin. 9. Cf. Matth. 26,41, etc. 10. «Religioni qua inbuti sumus». L'image figurait deja en 1,22,32 et reviendra en III, 13, 19. 11. L'expression designe traditionnellement Ie « Notre Pere». 12. Matth. 6, 13a. Augustin avait de longue date medittS ce verset. Voir la NC 49: «Parentes entre Ie livre II du De peccatorum meritis et remissione et Ie De libero arbitrio». 230 
LIVRE II offensive du peche est tout particulierement necessaire aussi pour nos prieres quotidiennes 7 . II est en effet des hommes assez presomptueux du libre arbitre de la volonte humaine pour croire que nous n'avons pas besoin d'etre aides par Dieu a ne pas pecher, du moment qu' a notre nature meme a ete une fois pour toutes accorde I' arbitrage d 'une volonte libre 8 . D' ou il s' en suit que nous n' aurions pas a prier pour ne pas entrer en tentation 9 , c'est-a-dire pour n'etre pas vaincus par la tentation quand elle nous egare et prend I' offensi ve a notre insu ou quand elle nous presse et nous accable dans notre faiblesse. Or je ne saurais exprimer par de simples mots combien il est nuisible ainsi que pemicieux et contraire a notre salut qui est dans Ie Christ et combien il est violemment oppose au sentiment religieux meme dont nous avons ete impre- gnes IO et a la piete par laquelle nous honorons Dieu de ne pas prier Ie Seigneur pour recevoir un tel bienfait et d' estimer que c' est sans raison que figure dans la priere du Seigneur ll ce: Ne nous porte pas a la tentation I2 . III, 3. Pourtant ils s' imaginent avancer un argument percutant en disant que, si nous ne voulons pas pecher, nous ne pechons pas, et que Dieu ne commanderait pas a I 'homme ce qui serait impossible a la volonte humaine 13, comme si l'un d'entre nous pouvait l'ignorer. Mais ce qu' ils voient moins bien, c' est que, pour triompher de desirs mauvais ou de craintes mauvaises, il est parfois besoin de grandes forces, de toutes les forces de notre volonte; et Dieu a bien prevu que nous ne les emploierions pas parfilitement en toutes circonstances, lui qui a fait dire par la bouche du prophete ces paroles veridiques : Aucun vivant ne sera trouve juste a tes yeux I4 . Aussi Ie Seigneur, sachant par avance nos defaillances futures, a trouve bon de nous donner efficacement 13. Objection (19) analogue a (18) et, de ce fait, sans doute lue dans Ie libellus. 14. Ps. 142,2. 231 
DE PECCATORVM MERITIS ET REMISSIONE reatum et uincula peccatorum etiam post baptismum dare ac ualere dignatus est, opera scilicet misericordiae cum ait: Dimittite et dimittetur uobis ,. date et dabitur uobis. Quis enim cum aliqua spe adipiscendae salutis aetemae de hac uita emigraret manente ilIa sententia quod qui- cumque totam legem seruauerit, offendat autem in uno, factus est omnium reus, nisi post paululum sequeretur: Sic loquimini et sic facite tamquam per legem libertatis incipientes iudicari. Iudicium enim sine misericordia illi qui nonfacit misericordiam,. superexultat autem miseri- cordia iudicio ? IV, 4. Concupiscentia igitur tamquam lex peccati manens in membris corporis mortis huius cum paruulis nascitur, in paruulis baptizatis a reatu soluitur, ad ago- nem relinquitur, ante agonem mortuos nulla damnatione persequitur; paruulos non baptizatos reos innectit et tamquam irae filios, etiamsi paruuli moriantur, ad condemnationem trahit. In grandibus autem baptizatis in quibus iam ratione utentibus quicquid eidem concupiscentiae mens ad peccandum consensit, propriae uoluntatis est; deletis peccatis omnibus, soluto etiam reatu quo uinctos ori- ginaliter detinebat, ad [74] agonem interim manet non sibi ad inlicita consentientibus nihil omnino nocitura donee absorbeatur mors in uictoriam et pace perfecta nihil quod uincatur existat. Consentientes autem sibi ad inlicita reos tenet et, nisi per medicinam paenitentiae et opera misericordiae per caelestem sacerdotem pro nobis 15. Luc. 6, 37-38. Augustin associe de la sorte etroitement la priere (rapPelee juste auparavant, en II, 2, 2) et la charite (les «reuvres de misericorde ») comme moyens vitaux pour triompher dui peche. 16. lac. 2, 10. 17. lac. 2, 12-13. 18. Cf. Rom. 7,23-24. 19. Cf. Eph. 2, 3. 20. Cf. I Cor. 15, 54. 232 
LIVRE II certains remedes salutaires contre la culpabilite et les liens du peche, meme apres Ie bapteme: il s' agit bien entendu des reuvres de misericorde. C' est ainsi qu' il dit: Remettez, et il vous sera remis,. donnez, et il vous sera donne I5 . Quel homme en effet ne quitterait cette vie avec quelque espoir d' obtenir Ie salut etemel si I' on s' en tenait a cette sentence: Quiconque a observe toute la Loi, mais vient a l' enfreindre sur un seul point, est rendu coupable en tous points I6 , sans tenir compte de ce qui suit peu apres: Parlez et agissez comme vous appretant a etre juges par une loi de liberte. Car le jugement est sans misericorde pour celui qui ne fait pas misericorde mais la misericorde surpasse le jugement I7 ? IV, 4. La concupiscence, donc, perdurant en tant que loi du peche dans les membres du corps de cette mort I8 , nalt en meme temps que les tout-petits, mais, s' ils sont baptises, elle est deliee de toute culpabilite ; elle demeure en vue de la lutte mais, s' ils meurent avant la lutte, elle ne les poursuit d' aucune condamnation; en revanche, les tout-petits qui ne sont pas baptises, elle les retient comme coupables et, meme s'ils meurent en bas age, elle les entraine vers la condamnation, en tant que fils de la colere 19. Quant a ceux qui ont ete baptises a I' age adulte, ayant deja I 'usage de la raison, chaque fois que leur esprit a cede a cette meme concupiscence pour pecher, c' est Ie fait de leur volonte pro pre ; apres que tous leurs peches ont ete effaces, apres qu'ils ont ete delies aussi de la culpabilite qui les tenait originellement enchaines, la concupiscence toutefois perdure en eux pour la lutte, sans faire aucun mal pourtant s'ils ne lui cedent pas pour commettre des actes illicites, et ce jusqu ' a ce que la mort soit absorbee dans la victoire 20 et que, la paix etant acquise, il n'y ait plus rien a vaincre. Ceux au contraire qui lui cedent pour commettre des actes illicites, la concupiscence les retient comme coupables et, a moins qu'ils ne cherchent dans la medecine de la penitence et dans les reuvres de misericorde a etre gueris par I' entremise du pretre celeste 233 
DE PECCATORVM MERITIS ET REMISSIONE interpellantem sanentur, ad secundam mortem damna- tionemque perducit. Propter hoc et Dominus orare nos docens inter cetera monuit ut dicamus: Dimitte nobis debita nostra sicut et nos dimittimus debitoribus nostris. Ne nos inferas in temptationem sed Libera nos a malo. Manet enim malum in carne nostra non natura, in qua diuinitus creatus est homo, sed uitio quo uoluntate prolapsus est ubi amissis uiribus non ea qua uulneratus est uoluntatis facilitate sanatur. De hoc malo dicit Apostolus: Scio quia non habitat in carne mea bonum. Cui malo nos non oboe- dire praecepit cum dicit: Non ergo regnet peccatum in uestro mortali corpore ad oboediendum desideriis eius. Si ergo his desideriis concupiscentiae carnis inlicita uoluntatis inclinatione consensimus, ad hoc sanandum dicimus : Dimitte nobis debita nostra, adhibentes remedium ex opere misericordiae in eo quod addimus: Sicut et nos dimittimus debitoribus nostris. Vt autem non ei consentiamus, deprecamur adiutorium dicentes: Et ne nos inferas in temptationem uel, sicut nonnulli codices habent: Ne nos inducas in temptationem - non quod ipse Deus tali temptatione aliquem temptet, nam Deus intemptator malorum est, ipse autem neminem temptat - sed ut, si forte [75] temptari coeperimus a 21. Cf. Rom. 8,34; Hebr. 7, 25. 22. Cf. Apoc. 2, 11. 23. Matth. 6, 12-13. 24. Voir De musica VI, 5, 14, ouvrage compose en 389. 25. Rom. 7, 18. 26. Rom. 6, 12. Manifestement, pour Augustin, Paul decrit ici les baptises qui prennent douloureusement conscience de ce qui, en eux, resiste a la grace du sacrement, Ie peche en quelque sorte mis en scene en Rom. 6, 12 etant, plus qu 'une faute isolee, une puissance malefique qui habite ce qui, de I' etre humain, demeure fragile (la «chair»). Cette puissance est comme Personnifiee a quatre reprises par Paul: en Rom. 5, 12a (Le peche est entre dans Ie monde), Rom. 6, 12 (Qu'U ne regne plus), Rom. 6, 14a (alors Peche ne sera plus un seigneur; dans les manuscrits, QfIDQ'tLa est sans article) et Rom. 7, 7-20 (7, 11: Le peche saisit l'occasion et, utUisant Ie precepte, me seduisit et par son 234 
LIVRE II qui intercede pour nous 2I , elle les conduit a la seconde mort 22 et a la condamnation. C' est pour cela encore que Ie Seigneur, nous enseignant a prier, nous a, entre autres, appris a dire: Remets-nous nos dettes comme nous aussi nous remettons a nos debiteurs. Et ne nous porte pas a la tentation, mais delivre-nous du maP3. Car si Ie mal demeure dans notre chair, ce n' est pas en raison de la nature dans laquelle I 'homme a ete cree par Dieu, c' est en raison du vice ou il est tombe par sa volonte lorsque, ayant perdu ses forces, il ne peut guerir au moyen de cette volonte par laquelle il a ete blesse 24 . De ce mal, I' Aotre dit: Je sais que le bien n'habite pas dans ma chair 5. Et a ce mal, il nous a ordonne en ces tennes de ne pas obeir: Ainsi done, que le peche ne regne point dans votre corps mortel pour vous faire obeir a ses desirs 26 . Si donc nous avons cede aces desirs de concupiscence de la chair par un penchant illicite de notre volonte, nous disons pour en guerir: Remets-nous nos dettes 27 et recourons au remede tire de l'reuvre de misericorde en ce que nous ajoutons: Comme nous aussi nous remettons a nos debiteurs 28 . Mais, afin de ne pas ceder au mal, nous implorons ainsi son aide: Et ne nous porte pas a la tentation 29 ou, selon certains manuscrits: Ne nous induis pas en tentation - non que Dieu tente qui que ce soit par une telle tentation car Dieu est tout sauf le tentateur du mal, et lui-meme ne tente personne 30 -, mais nous l'implorons pour que, si d'aventure nous commenons d'etre tentes par notre moyen me tua). Sur cette personnification, voir C. PERROT, L'Epftre aux Romains..., p. 35,36 et 39. 27. Matth. 6, 12a. 28. Matth. 6, 12b. 29. Matth. 6, 13a. 30. lac. 1, 13. Sur cette double traduction latine et sur Ie soin pris par Augustin a en ecarter une interpretation attribuant aDieu l'initiative de tenter l'homme, voir la NC 50: «Ne nos inducas I ne nos inferas in temptationem; la mise en garde patristique contre une interpretation non chretienne du texte latin». 235 
DE PECCATORVM MERITIS ET REMISSIONE concupiscentia nostra, adiutorio eius non deseramur ut in eo possimus uincere, ne abstrahamur inlecti, deinde addimus quod perficietur in fine, cum absorbebitur mortale a uita: Sed Libera nos a malo. Tunc enim nulla erit talis concupiscentia cum qua certare et cui non consentire iubeamur. Sic ergo totum hoc in ttibus beneficiis positum breuiter peti potest: «Ignosce nobis ea in quibus sumus abstracti a concupiscentia, adiuua ne abstrahamur a concupiscentia, aufer a nobis concupiscentiam. » V, 5. Ad peccandum namque non adiuuamur a Deo ; iusta autem agere uel iustitiae praeceptum omni ex parte implere non possumus nisi adiuuemur a Deo. Sicut enim corporis oculus non adiuuatur a luce ut ab eadem luce clausus auersusue discedat, ut autem uideat adiuuatur ab ea neque hoc omnino, nisi ilia adiuuerit, potest, ita Deus, qui lux est hominis interioris, adiuuat nostrae mentis obtutum ut non secundum nostram, sed secundum eius iustitiam boni aliquid operemur. Si autem ab illo auertimur, nostrum est et tunc secundum carnem sapimus, tunc concupiscentiae carnis ad inlicita consentimus. Conuersos ergo Deus adiuuat, auersos deserit. Sed etiam ut conuertamur ipse adiuuat, quod certe oculis corporis lux ista non praestat. Cum ergo nobis iubet dicens: Conuertimini ad me, et conuertar ad uos nosque illi dicimus: Conuerte nos, 31. lac. 1, 14. 32. Cf. II Cor. 5, 4. Ce «retour» des deux versets I Cor. 15, 54 (plus haut) e II Cor. 5, 4, cites deja au debut du livre I, est associe a des versets qui decrivent la condition actuelle du chretien. Augustin exprime a present la « tension» eprouvee par les baptises adultes : dans la foi ils avouent ce qui entrave encore leur marche ; dans I' esperance ils attendent leur liberation totale et definitive. 33. Matth. 6, 13b. 34. Cf. Matth. 6, 12-13, a savoir les trois demieres supplications du «Notre Pere ». La concupiscentia apparait comme 1 'inclinaison au maJ sous toutes ses formes. 236 
LIVRE II concupiscence 3I , nous ne soyons pas prives de son aide; nous I' implorons pour que nous puissions vaincre en lui sans nous laisser seduire et detoumer. Puis nous ajou- tons ce qui sera pleinement realise a la fin des temps, quand ce qui est mortel sera absorbe par la vie 32 : Mais delivre-nous du map3. Alors, en effet, il n'y aura plus nulle concupiscence que nous ayons ordre de combattre avec defense de lui ceder. Voila pourquoi tout cela peut etre resume dans cette triple demande de bienfaits: «Pardonne-nous ce en quoi nous nous sommes laisses entrainer par la concupiscence, aide-nous an' etre pas entraines &ar la concupiscence, eloigne de nous la concupiscence 4.» V, 5. Car, pour commettre des peches, nous ne sommes pas aides par Dieu ; mais a I' inverse, faire ce qui est juste et satisfaire en tous points au precepte de justice, voila ce dont nous sommes incapables si nous ne sommes pas aides par Dieu. En effet, I' reil du corps n' est pas aide par la lumiere pour peu qu' en se fennant ou en se detour- nant il s'ecarte de cette meme lumiere; et neanmoins il a besoin de son aide pour voir, il en est totalement incapable si elle ne I' y aide pas. De meme Dieu, qui est la lumiere de I 'homme interieur, aide Ie regard de notre intelligence pour que nous fassions du bien non selon notre justice mais selon la sienne; mais si nous nous detoumons de lui, cela est notre fait: alors nous sentons selon la chair 35 , alors nous cedons a la concupiscence de la chair pour commettre des actes illicites. Dieu aide donc qui se toume vers lui, et abandonne qui se detoume de lui. Mais c' est encore lui qui nous aide a nous toumer vers lui, ce que la lumiere naturelle ne fait certes pas pour les yeux du corps. Lors donc qu'il nous ordonne: Tournez-vous vers moi, et je me tournerai vers vous 36 et que nous lui disons: 35. Cf. Rom. 8, 5. 36. Zacharias 1,3; Malachias 3, 7. 237 
DE PECCATORVM MERITIS ET REMISSIONE Deus sanitatum a nostrarum et: Deus uirtutum, conuerte nos, quid aliud dicimus quam: «Da quod iubes» ? Cum iubet dicendo: Intellegite ergo, qui insipientes estis in populo nosque illi dicimus : Da mihi intellectum ut dis- cam mandata tua, quid aliud dicimus quam: «Da quod iubes» ? Cum iubet dicendo [76] : Post concupiscentias tuas non eas nosque dicimus: Scimus quoniam nemo esse potest continens nisi Deus det, quid aliud dicimus quam: «Da quod iubes» ? Cum iubet dicendo: F acite iustitiam itemque dicit: Beati qui esuriunt et sitiunt ius- titiam quoniam ipsi saturabuntur, a quo debemus petere cibum potumque iustitiae nisi ab illo qui esurientibus eam et sitientibus promittit eius saturitatem? 6. Repellamus itaque ab auribus et mentibus nosttis eos qui dicunt accepto semelliberae uoluntatis arbittio nec orare nos debere ut Deus nos adiuuet ne peccemus. Talibus enim tenebris nec pharisaeus ille caecabatur qui, quamuis in hoc erraret quod sibi addendum ad ius- titiam nihil putabat seque arbitrabatur eius plenitudine saturatum, Deo tamen gratias agebat quod non esset sicut ceteri homines, iniusti, raptores, adulteri, sicut ille publicanus, quod bis in sabbato ieiunaret, quod omnium quae possidebat decimas daret. Nihil sibi addi a. Le CSEL pretere reprendre a une serle d' anciens manuscrlts la leon sanitatium. 37. Ps. 84,5. 38. Ps. 79, 8. 39. Confessions X, 29, 40 (deux fois); X, 31, 45; X, 37, 60. Sur cette citation insistante (par trois fois), voir la NC 51: «Da quod iubes; motifs et suites de cette auto-citation ». 40. Ps. 93, 8. 41. Ps. 118, 73. 42. Eccli. 18, 30. 43. Cf. Sap. 8, 21. 44. Is. 56, 1. 45. Ps. 118, 12. 238 
LIVRE II Tourne-nous vers toi, Dieu de nos guerisons 37 et: Dieu des vertus, tourne-nous vers toi 38 , faisons-nous autre chose que de dire: «Donne ce que to ordonnes 39 »? Lorsqu'il ordonne: Soyez done intelligents, insenses que vous etes dans le peuple 40 et que nous lui disons: Donne-moi l'intelligence afin que j'apprenne tes ordres4 I , faisons-nous autre chose que de dire: «Donne ce que to ordonnes»? Lorsqu' il ordonne: Ne suis pas tes desirs concupiscents4 2 et que nous disons: «Nous savons que personne ne peut etre temperant a moins que Dieu ne Ie lui donne 43 », faisons-nous autre chose que de dire: «Donne ce que to ordonnes » ? Lorsqu' il ordonne : Pratiquez la justice44 et que nous disons: Enseigne-moi les voies de ta justice 45 , faisons-nous autre chose que de dire: «Donne ce que tu ordonnes» ? De meme lorsqu' il dit: Heureux ceux qui ont faim et soif de justice car Us seront rassasies4 6 , a qui devons-nous demander cette nourriture et ce breuvage de justice, sinon a celui qui en promet la satiete a ceux qui ont faim et so if de justice? 6. Repoussons donc loin de nos oreilles et de nos esprits ceux qui disent que, du moment que nous avons une fois reu Ie pouvoir d' exercer notre libre volonte, nous n'avons pas a prier pour que Dieu nous aide a ne pas pecher4 7 . Le pharisien lui-meme 48 n'etait pas aveu- gle par d' aussi epaisses tenebres: bien qu' il se trompat en ce qu' il estimait n' avoir besoin d' aucun surcroit de justice et s' en croyait pleinement rassasie, cependant il rendait graces a Dieu de ce qu' il n' etait pas comme les autres hommes, injustes, voleurs, adulteres, ni comme ce publicain, de ce qu' il jeOnait deux fois dans la semaine et qu'il donnait la dime de tout ce qu'il possedait. Des lors 46. Matth. 5,6. 47. These (20), variante de (18), signalee un Peu plus haut (II, 2, 2). On n'en trouve pas trace dans Ie Liber defide. Peut-etre lue dans Ie libellus, en tout cas entendue puis rapportee par Marcellinus. 48. Cf. Luc. 18, 10-14. 239 
DE PECCATORVM MERITIS ET REMISSIONE ad iustitiam iam petebat, sed tamen ex his quae habebat gratias Deo agendo ab illo se accepisse omnia fatebatur. Et tamen inprobatus est et quia ueluti saturatus nihil de alimentis iustitiae iam rogabat accipere et quod eam publicano esurienti ac sitienti se uelut insultans prae- ferre gestiebat. Quid ergo illis fiet qui, etsi fateantur se non habere uel non plenam habere iustitiam, tamen a se ipsis haben- dam, non a suo creatore ubi horreum eius et fons est deprecandam esse praesumunt? Nec ideo tamen solis de hac re uotis agendum est [77] ut non subinferatur ad bene uiuendum etiam nostrae efficacia uoluntatis. Adiutor enim noster Deus dicitur nec adiuuari potest nisi qui aliquid etiam sponte conatur, quia non sicut in lapidibus insensatis aut sicut in eis in quorum natura rationem uoluntatemque non condidit salutem nostram Deus operatur in nobis. Cur autem ilium adiuuet, ilIum non adiuuet, illum tantum, ilIum autem tantum, istum illo, ilium isto modo, penes ipsum est et aequitatis tam secretae ratio et excel- lentia potestatis. VI, 7. Nam qui dicunt esse posse in hac uita hominem sine peccato, non est eis continuo incauta temeritate obsistendum. Si enim esse posse negauerimus, et 49. Aveu (21) des objecteurs eux-memes, sans doute entendu par Marcellinus, voire lu par Augustin. 50. Cf. Ps. 61,9. 51. «Dieu ne nous traite pas comme les pierres insensibles.» On trouve une image similaire pour dire la me me chose (Dieu veut 1 'homme responsable devant Lui) chez JEAN CHRYSOSTOME: «Le Christ (...) veut aussi nous apprendre que les ApOtres etaient des hommes comme nous et que ce n'est pas toujours la grace qui fait tout, sinon on les aurait pris tout simplement pour des morceaux de bois» (Vingtieme homelie sur les Actes des Apotres). Voir la NC 57: «Vive conscience d' Augustin de devoir tenir ensemble necessite de la grace et realite de la responsabilite humaine». La meme conviction revient plus loin (II, 18, 28). 52. Tel est, en resume, la these (22) a laquelle Augustin consacre ce livre II de sa reponse a Marcellinus. Car ce demier avait dQ entendre 240 
LIVRE II il ne demandait pour lui-meme nul surcroit de justice; et cependant, en rend ant graces a Dieu de ce qu' il avait, il reconnaissait qu' il avait tout reu de lui. Pourtant, il fut blame, a la fois parce que, se croyant rassasie, il ne demandait plus a recevoir nulle nourriture de justice et parce que, insultant en quelque sorte Ie publicain, il triomphait de se croire superieur a lui qui avait faim et soif de justice. Qu'adviendra-t-il donc de ceux qui, tout en recon- naissant qu' ils n' ont pas la justice ou qu' ils ne I' ont pas pleinement4 9 , croient pourtant dans leur presomption devoir l'acquerir par eux-memes au lieu de la deman- der a leur Createur qui en est Ie grenier et la source? Neanmoins il ne s' agit pas non plus de s' en tenir aces seules prieres pour I' obtention de la justice sans que soit mise a contribution, pour une vie droite, l'activite de notre volonte. Car Dieu est appele notre secours 50 , mais seul peut etre secoufl1: celui qui fait aussi quelque effort de son cote. Dieu en effet ne nous traite pas comme les pierres insensibles ou comme les etres dans la nature desquels il n' a pas inclus la raison et la volonte, lors- qu'il opere en nous notre salut 5I . Mais pourquoi aider l'un et non I' autre, pourquoi l'un tellement et l'autre si peu, pourquoi un mechant de belle faon et un bon de pietre faon ? En lui resident la raison d'une aussi secrete equite et l'excellence de sa pUIssance. 1. La question comporte quatre sous-questions. Reponse a la premiere sous-question: un humain sans Ie moindre poche pourrait-il exister? - Oui. VI, 7. De fait, il ne faut pas s'opposer d'emblee avec une imprudente temerite a ceux qui disent qu' il peut exister un homme sans peche en cette vie 52 . En effet, si l'affirmation et Augustin a pu la lire dans Ie libellus breuissimus, Caelestius I' ayant soutenue et ayant refuse de la retracter. RUFIN, dans Ie Liber de fide, est plus precis, et soutient (cf. n° 39) par les contre- exemples d' Abel, Henoch, Elie et Noe que Ie peche d' Adam et Eve n'a pu faire des criminels de leur descendance tout entiere. Voir la NC 40. 241 
DE PECCATORVM MERITIS ET REMISSIONE hominis libero arbittio qui hoc uolendo appetit et Dei uirtuti uel misericordiae qui hoc adiuuendo efficit derogabimus. Sed alia quaestio est utrum esse possit, alia utrum sit, alia, si non est cum possit esse, cur non sit; alia utrum qui omnino numquam ullum peccatum habuerit non solum quisquam sit, uerum etiam potuerit b aliquando esse uel possit. In hac quadripertita propositione quaestionum si a me quaeratur utrum homo sine peccato possit esse in hac uita, confitebor posse per Dei gratiam et liberum eius arbittium, ipsum quoque liberum arbittium ad Dei gratiam, hoc est ad Dei dona, pertinere non ambigens, nec tantum ut sit, uerum etiam ut bonum sit, id est ad facienda mandata Domini conuertatur atque ita Dei gra- tia non solum ostendat quid faciendum sit, sed adiuuet etiam ut possit fieri quod ostenderit. Quid enim habemus quod non accepimus? Vnde et Hieremias dicit: Scio, Domine, quia non est in homine uia eius nee uiri est ut ambulet et [78] dirigat gressus suos. Hinc et in Psalmis cum quidam dixisset Deo: Tu praecepisti mandata tua custodiri nimis, continuo non de se praesumpsit, sed optauit ut faceret: Vtinam, inquit, dirigantur uiae meae ad custodiendas iustifica- tiones tuas! Tunc non confundar dum inspicio in omnia b. On a reteau la leon potuerit, syntaxiquement plus comprehen- sible que poterit et qui s'impose d'autant plus que l'on retrouve plus loin (II, 20, 34) une formulation presque identique de cette quatrieme question avec, cette fois, un potuerit c1airement etabli, sans qu'il soit fait mention d' aucune autre lon: «Quartum iam illud restat quo explicato, quantum adiuuat Dominus, sermo quoque iste tam prolixus tandem terminum sumat, utrum qui omnino numquam ullum Peccatum habuerit habiturusque sit, non solum quisquam natorum hominum sit, uerum etiam potuerit aliquando esse uel possit. » 242 
LIVRE II nous nions cette possibilite, nous derogerons et au libre arbitre de l'homme qui aspire a cela par sa volonte et a la puissance et misericorde de Dieu qui realise cela par son aide. Mais il y a lieu de distinguer plusieurs questions et de se demander d' abord si un tel homme peut exister, puis s'il existe, puis, au cas ou un tel homme n' existe pas alors qu ' il pourrait exister, pourquoi il n' existe pas, enfin si un homme exempt de tout peche non seulement existe, mais meme a pu ou pourra exister un jour. Selon cette quadruple presentation des questions, sup- posons qu' on me demande s' il peut exister un homme sans peche en cette vie, je reconnaitrai qe c' est possible avec la grace de Dieu et Ie libre arbitre de I 'homme, tout en sachant que Ie libre arbitre lui-meme releve aussi de la grace de Dieu, a savoir des dons de Dieu, non seulement pour etre, mais encore pour etre bon, c' est -a-dire pour se toumer vers l'accomplissement des commandements du Seigneur, si bien que la grace de Dieu non seulement nous montre ce qu'il faut faire, mais encore nous aide pour que nous puissions faire ce qu' elle nous a montre. Qu' avons-nous en effet, que nous n' ayons reu53? C'est pourquoi Jeremie dit: Je sais, Seigneur, que la voie de l' homme n' est pas en lui, et qu ' il n' apartient pas a l'homme de marcher et de diriger ses pas 4. De la aussi ce qu' on trouve dans les Psaumes ; alors que quelqu'un venait de dire aDieu: Toi, tu as or donne que tes commandements soient observes tres exactement 55 , immediatement, sans presumer de lui-meme, il demanda de pouvoir les accomplir: Puissent mes voies, dit-il, se diriger vers l' observance de tes preceptes de justice! Alors je ne serai pas confondu tant que mes yeux seront 53. Cf. I Cor. 4, 7. 54. Hier. 10, 23. 55.Ps.118,4. 243 
DE PECCATORVM MERITIS ET REMISSIONE mandata tua. Quis autem optat quod in potestate sic habet ut ad faciendum nullo indigeat adiumento? A quo autem id optet quia non a fortuna uel a fato uel a quolibet alio praeter Deum, in consequentibus satis ostendens: itinera, inquit, mea dirige secundum uerbum tuum et ne dominetur mihi omnis iniquitas? Ab huius execrandae dominae seruitute liberantur quibus Dominus Iesus eum recipientibus dedit potestatem filios Dei fieri. Ab ista horrenda dominatione liberandi fuerant quibus dicit: Si uos Filius liberauit, tunc uere liberi eritis. His atque huiusmodi aliis innumerabilibus testimoniis dubitare non possum nec Deum aliquid inpossibile homini prae- cepisse nec Deo ad opitulandum et adiuuandum quo fiat quod iubet inpossibile aliquid esse. Ac per hoc potest homo, si uelit, esse sine peccato adiutus a Deo. VII, 8. Si autem, quod secundo loco posueram, quae- ratur utrum sit, esse non credo. Magis enim Scripturae credo dicenti: Ne intres in iudicium cum seruo tuo, quoniam non iustijicabitur in conspectu tuo omnis uiuens. Et ideo misericordia Dei opus est, quae superexultat iudicio, quae illi non erit qui non lacit misericordiam. Et quod propheta cum diceret: Dixi: pronun[79]tiabo aduersus me delictum meum Domino, et tu dimisisti impietatem cordis mei, continuo subiunxit: Pro hac orabit ad te omnis sanctus in tempore oportuno, non ergo omnis peccator sed omnis sanctus; uox enim sanctorum est: Si dixerimus quia peccatum non habemus, nos ipsos decipimus et ueritas in nobis non est. 56. Ps. 118,5-6. 57. Ps. 118, 13. 58. Cf. loh. 1, 12. 59. loh. 8, 36. 60. Ps. 142, 2. 61. Cf. lac. 2, 13. 62. Ps. 31, 5-6. 63. Ps. 31,6. 64.lloh.l,8. 244 
LIVRE II fixes sur tous tes commandements 56 . Or qui demande ce qu'il a en son pouvoir en sorte qu' il n' a besoin d' aucune aide pour Ie faire? Et a qui Ie demanderait-il, car cette priere ne s' adresse ni a la fortune, ni au destin, ni a quel- que autre que Dieu? II Ie montre suffisamment dans la suite de ses propos: Dirige mes chemins selon ta parole, et ne laisse aucune iniquite me dominer5 7 . Or ils sont liberes de I' esclavage de cette execrable dominatrlce, les hommes qui accueillent Ie Seigneur Jesus et ont ainsi reu de lui Ie pouvoir de devenir fils de Dieu 58 . Et ils devaient etre liberes de cette effroyable domination, eux auxquels Jesus dit: Si le Fils vous libere, alors vous serez vraiment libres 59 . Fort de ces temoignages et d' in- nombrables autres de ce genre, je puis affiriner, sans Ie moindre doute, que Dieu n' a rien prescrit d' impossible a I 'homme et que rien n' est impossible a Dieu pour nous secourir et nous aider en sorte qu' advienne ce qu' il ordonne. Et de ce fait, I 'homme peut, s' il Ie veut, etre sans peche, avec I' aide de Dieu. 2. Reponse it la deuxieme sous-question: existe-t-il un humain qui ne peche pas? - Non. VII, 8. Quant a la question que j' avais placee en deuxieme position: supposons que I' on me demande s' il existe un homme sans peche, je crois que non. , En effet, je crois plutot les paroles de I , Ecriture : N'entre pas en jugement avec ton serviteur, car aucun vivant ne sera trouve juste a tes yeuxflJ. Et c ' est pourquoi la misericorde de Dieu est necessaire, elle qui sur passe Ie jugement ,. mais elle ne sera point pour celui qui ne fait point misericorde 6I . Et, puisque Ie prophete a declare: J'ai dit: contre moi-meme je confesserai ma faute au Seigneur, et toi, tu remets l' impiete de mon cceur6 2 , puis ajoute aussitot: En raison de cette impiete, tout homme saint te priera au temps opportun 63 , il ne s' agit donc pas de tout homme pecheur, mais bien de tout homme saint; car telle est la parole des saints: Si nous disons que nous n ' avons point de peche, nous nous abusons nous-memes et la verite n ' est point en nous 64 . 245 
DE PECCATORVM MERITIS ET REMISSIONE Vnde in eiusdem apostoli Apocalypsi ilia centum quadraginta et quattuor milia sanctorum qui etiam cum mulieribus se non coinquinauerunt - uirgines enim pennanserunt - et non est inuentum in ore eorum men- dacium quia inreprehensibiles sunt, profecto ideo sunt inreprehensibiles quia se ipsos ueraciter reprehenderunt ; et ideo non est inuentum in ore eorum mendacium quia, si dicerent se peccatum non habere, se ipsos deciperent et ueritas in eis non esset et utique mendacium esset ubi ueritas non esset quoniam iustus, cum in sennonis exordio accusator sui est, non utique mentitur. 9. Ac per hoc quod scriptum est: Qui natus est ex Deo non peccat et non potest peccare, quia semen eius in ipso manet et si quid aliud eo modo dictum est, multum falluntur minus considerando scripturas. Non enim aduertunt eo quosque fieri filios Dei quo incipiunt in nouitate Spiritus et renouari in interiore homine secundum imaginem eius qui creauit eos. Non enim ex qua hora quisque baptizatur omnis uetus infir- mitas eius absumitur, sed renouatio incipit a remissione omnium peccatorum et [80] in quantum quisque spirita- lia sapit qui iam sapit. Cetera uero in spe facta sunt donec 65. Cf. Apoc. 14,4-5. 66. Cf. I loh. 1, 8. 67. Cf. Prou. 18, 17. 68. Iloh. 3, 9. 69. A. un verset unique Augustin va opposer comme un panorama. Voir la NC 14: «Les regles d'interpretation de I'Ecriture rapPelees dans Ie De peccatorum meritis et remissione». II est donc informe - par Marcellinus? - que des chretiens pretendent s' appuyer sur Iloh. 3, 9 pour soutenir (23) que Ie bapteme rend indemne de tout peche. Le Liber de fide ne cite pas Iloh. 3, 9. Peut-etre Caelestius l'avait-il fait dans Ie libellus ou Ie liber. 70. Cf. Rom. 7, 6 ; Rom. 8, 14. 71. Cf. II Cor. 4, 16b. 72. Cf. Col. 3, 10; Eph. 4, 24. 246 
LIVRE II D' ou, dans I' Apocalypse du meme apotre, les cent quarante-quatre mille hommes saints, qui ne se sont pas meme souilles avec des femmes car ils sont demeures vierges, et il ne s' est point trouve de mensonge dans leur bouche car ils sont irreprochables 65 ; or s' ils sont irreprochables, c' est assurement parce qu' ils se sont fait des reproches a eux-memes confonnement a la verite; et s'il ne s'est point trouve de mensonge dans leur bou- che, c' est parce que, s' ils disaient qu' ils n' ont point de peche, ils s'abuseraient eux-memes et la verite ne serait point en eux 66 , et il y aurait certes mensonge la ou la verite ne serait point car Ie juste, lorsqu' il commence par s'accuser lui-meme, n'est certes pas menteur6 7 . 9. Et quant a la parole de I , Ecriture : Celui qui est ne de Dieu ne peche pas et ne peut pas pecher, car la semence de Dieu demeure en lui 68 ou quelque autre propos de ce genre qui s'y trouverait, ils se trompent grandement en scrutant insuffisamment les Ecritures 69 . En effet, ils ne pretent pas attention au fait que tous deviennent fils de Dieu des lors qu'ils commencent a etre dans la nouveaute de l' Esprit 70 et a etre renou- veles dans l'homme interieur 7I selon l'image de celui qui les a crees 72. Effectivement, pour chacun ce n' est pas a l'heure du bapteme que diarait toute sa vieille infirmite 73 ; mais la renovation 7 commence avec Ie pardon de tous ses peches et dans la mesure oil cha- que homme deja capable de discemement disceme les choses spirituelles 75 ; tout Ie reste n' est qu' en esperance, 73. Cf. Eph. 4, 22. 74. Cf. Eph. 4, 23. Ici, par attraction du theme, egalement pauli- nien, du «vieil homme» et de «I 'homme nouveau», theme que parait lui avoir inspire Ie «renouvellement de jour en jour» de II Cor. 4, 16b, Augustin laisse dans I' ombre I' opposition de Rom. 7, 6 entre «nou- veaute de l'Esprit» et «vetuste de la lettre» qu'amenait la citation du verset. 75. Cf. Rom. 8, 5. 247 
DE PECCATORVM MERITIS ET REMISSIONE etiam in re fiant usque ad ipsius corporis renouationem in meliorem statum inmortalitatis et incorruptionis qua induemur in resurrectione mortuorum. Nam et ipsam Dominus «regenerationem» uocat, non utique talem qualis fit per baptismum sed in qua etiam corpore perficietur quod nunc Spiritu incoatur: In regeneratione, inquit, cum sederit filius hominis in sede maiestatis suae, sedebitis et uos super duodecim sedes iudicantes duodecim tribus Israhel. Nam in baptismo quamuis tota et plena fiat remissio peccatorum, tamen, si continuo tota et plena etiam homi- nis in aetemam nouitatem mutatio fieret - non dico et in corpore, quod certe manifestum est adhuc in ueterem corruptionem atque in mortem tendere in fine postea renouandum quando uere tota nouitas erit, sed excepto corpore si in ipso animo qui est homo interior perfecta in baptismo nouitas fieret - non diceret Apostolus: Etsi exterior homo noster corrumpitur, sed interior renoua- tur de die in diem. Profecto enim qui de die in diem adhuc renouatur, nondum totus est renouatus ; et in quantum nondum est renouatus, in tantum adhuc in uetustate est. Proinde ex hoc quod adhuc in uetustate sunt, quamuis iam baptizati, ex hoc etiam adhuc sunt filii saeculi ; et hoc autem quod in nouitate sunt, hoc est ex plena et perfecta remissione peccatorum et quantumcumque illud est quod spiritaliter sapiunt eique congruos mores agunt, filii Dei sunt. Intrinsecus enim exuimus ueterem hominem [81] et induimus nouum quoniam ibi deponimus mendacium et 76. Cf. I Cor. 15, 53. Noter Ie balancement in spe... in re..., qui revient plus loin en II, 8, 10; II, 10, 12 et II, 16, 24. 77. Matth. 19,28. 78. II Cor. 4, 16b. 79. Cf. Eph. 4, 22. 80. Cf. Luc. 20,34. 81. Cf. Rom. 8, 5 + cf. Eph. 4, 23 + cf. Eph. 4, 1.22.24-35. 82. Cf. Luc. 20, 36. 83. Cf. Eph. 4, 22-25. 248 
LIVRE II en attendant d' advenir aussi en realite jusqu' a ce que Ie corps lui-meme soit renouvele en cet etat meilleur d'im- mortalite et d' incorruptibilite dont nous serons revetus a la resurrection des morts 76. Car Ie Seigneur appelle aussi ce demier etat une regeneration, non certes comme celIe qui advient par Ie bapteme, mais une regeneration dans laquelle se realisera aussi dans Ie corps ce qui est des a present commence en Esprit: Au jour de la regeneration, dit-il, lorsque le fils de l' homme siegera sur le trone de sa majeste, vous aussi, vous siegerez sur douze trones, jugeant les douze tribus d']srae(l7. En effet, dans Ie bapteme Ie pardon des, peches a beau etre plenier et entier, neanmoins la transformation de l'homme vers un etat nouveau pour l'etemite n'est pas pour autant d ' emblee pleine et entiere. Je ne parle pas ici du corps, lequel laisse bien voir qu' il tend encore vers I' ancienne corruption et la mort pour etre renouvele plus tard, a la fin des temps, quand la nouveaute sera vrai- ment la tout entiere; mais, sans parler du corps, si dans I' ame meme qui est I 'homme interieur la nouveaute etait parfaite dans Ie bapteme, I' Apotre ne dirait pas: Mime si, en nous, l'homme exterieur se co rromft, l'homme interieur, lui, se renouvelle de jour en jour 7 . Assurement en effet, celui qui se renouvelle encore de jour en jour, n' est pas encore entierement renouvele ; et dans la mesure ou il n' est pas encore renouvele, il est encore dans la vetuste. Par suite, du fait que les hommes sont encore dans la. vetuste 79 , meme deja baptises, ils sont encore aussi de ce fait fils du monde 8o ; mais, du fait qu' ils sont dans la nouveaute (laquelle est consecu- tive au pardon plenier et parfait des peches) et dans la me sure ou c'est la ce qu'ils discement selon I'Esprit 8I , menant une vie confonne ace discemement, ils sontfils de Dieu 82 . C' est interieurement, en effet, que nous depouillons Ie vieil homme et revetons Ie nouveau; car alors nous quittons Ie mensonge, nous disons la verite 83 et faisons 249 
DE PECCATORVM MERITIS ET REMISSIONE loquimur ueritatem, et cetera quibus Apostolus explicat quid sit exui ueterem hominem et indui nouo qui secun- dum Deum creatus est in iustitia et sanctitate ueritatis. Et hoc ut faciant iam baptizatos fidelesque adhortatur; quod adhuc monendi non essent si hoc in baptismo iam perfecte factum esset. Et tamen factum est sicut et salui facti sumus ; saluos enim nos fecit per lauacrum regene- rationis. Sed alio loco dicit quemadmodum hoc factum sit: Non solum, inquit, sed etiam nos ipsi primitias habentes Spiritus et ipsi in nobismet ipsis ingemescimus adoptionem expectantes, redemptionem corporis nostri. Spe enim salui facti sumus,. spes autem quae uidetur non est spes,. quod enim uidet quis, quid et sperat? Si autem quod non uidemus speramus, per patientiam expectamus. VOl, 10. Adoptio ergo plena filiorum in redemptione fiet etiam corporis nostri. Primitias itaque Spiritus nunc habemus, unde iam filii Dei re ipsa facti sumus; in ceteris uero spe sicut salui, sicut innouati ita et filii Dei, re autem ipsa quia nondum salui, ideo nondum plene innouati, nondum etiam filii Dei, sed filii saeculi. 84. Voir l'ensemble de la section d' Eph. 4, 26 - 6, 20. 85. Cf. Eph. 4, 24. 86. Eph. 4, 24. 87. Tit. 3, 5. 88. Rom. 8, 23-25. Ainsi a un premier tableau de la condition des baptises (les commencements de «renovation» reelle [in re] de l'etre interieur selon I 'Esprit) a succede celui du «reste» de la filiation divine qui, lui, est porte en esperance (in spe) par les baptises (la «renova- tion» du corps par son passage, au Demier Jour, a l'immortalite et a l'incorruption). La combinaison de Rom., II Cor. et Eph. presente ici une intelligence avisee des images pauliniennes de «homme interieurl homme exterieur» et «vieil homme/homme nouveau». Sur la Percep- tion, par Augustin, de ce que recouvre la creatio evoquee par Rom. 8, 23 par rapport a nos ipsi, a savoir les baptises, voir M. ALFECHE, «Groaning Creation in the Theology of Augustine », Augustiniana, 34, 1984, p. 5-52; M. T. CLARK, «St Augustine and Cosmic Redemption», Theological Studies, 19, 1958, p. 133-164; H.-I. MARROU etA.-M. LA BONNARDIERE, «Le dog me de la resurrection des corps et la theologie 250 
LIVRE II tout ce que I' Apotre enumere 84 pour expliquer en quoi consiste Ie fait de depouiller le vieil homme et revetir le nouveau 85 , qui a ete cree selon Dieu dans la justice et la saintete de la verite6. Et il exhorte a se conduire de la sorte ceux qui sont deja des baptises et des fide- les; or cet avertissement n' aurait plus lieu d' etre si la transfonnation avait ete deja parfaitement realisee dans Ie bapteme. Et pourtant, elle s' est realisee, de meme que nous avons ete sauves; en effet il nous a sauves par le bain de la regeneration 87 . Mais I' ApOtre dit en un autre endroit comment cette transfonnation s' est realisee : Non seulement (La Creation), mais nous aussi, qui possedons les premices de l'Esprit, nous gemissons nous aussi en nous-memes en attendant l'adoption, la redemption de notre corps. Car c'est en esperance que nous avons ete sauves,. or l' esperance qui se laisse voir n 'est plus espe- ranee,. en effet, ce que l' on voit, pourquoi l' esperer ? Mais si nous esperons ce ue nous ne voyons pas, nous l' attendons avec patience 8 . VllI, 10. L' adoption complete des fils se fera donc dans la redemption de notre corps egalement 89 . C'est pourquoi nous possedons des a present les premices de l' Esprit 90 , et far la nous sommes deja reellement devenus fils de Dieu 9 ; mais pour Ie reste, c' est en esperance gue nous avons ete sauves 92 , que nous avons ete renoves 9 et que nous sommes aussi fils de Dieu tandis que, dans la realite, parce que nous ne sommes pas encore sauves et, partant, non encore pleinement renoves, nous ne sommes pas encore fils de Dieu on plus, mais fils du monde 94 . des valeurs humaines selon l'enseignement de saint Augustin», Revue des Etudes augustiniennes, 12, 1966, p. 111-136 (repris dans Patristique et humanisme, Paris, 1976, p. 429-454). 89. Cf. Rom. 8, 23c. 90. Cf. Rom. 8, 23b. 91. Cf. Iloh. 3, 1. 92. Rom. 8, 24a. 93. Cf. II Cor. 4, 16b. 94. Fils de Dieu I du monde: cf. Rom. 9, 8; Luc. 20,34-36. 251 
DE PECCATORVM MERITIS ET REMISSIONE Proficimus ergo in renouationem iustamque uitam per quod filii Dei sumus et per hoc peccare omnino non possumus, donec totum in hoc transmutetur, etiam illud quo adhuc filii saeculi sumus ; per hoc enim et peccare adhuc possumus. Ita fit ut et qui natus est ex Deo non peccet et, si dixerimus quia peccatum non habemus, nos ipsos decipiamus et ueritas non sit in nobis. Consumetur ergo quod filii [82] carnis et saeculi sumus et perficietur quod filii Dei et Spiritu renati sumus. Vnde idem Ioannes: Dilectissimi, inquit, filii Dei sumus et nondum apparuit quod erimus. Quid est hoc sumus et erimus nisi quia sumus in spe, erimus in re? Nam sequitur et dicit: Scimus quia, cum apparuerit, similes ei erimus quoniam uidebimus eum sicuti est. Nunc ergo et similes ei esse iam coepimus primitias habentes Spiritus, et adhuc dissimiles sumus per reli- quias uetustatis. Proinde in quantum similes, in tantum regenerante Spiritufilii Dei, in quantum autem dissimi- les, in tantumfilii carnis et saeculi. Illinc ergo peccare non possumus; hinc uero, si dixerimus quia peccatum non habemus nos ipsos decipimus, donec totum transeat in adoptionem et non sit peccator et quaeras locum eius et non inuenias. 95. Iloh. 3, 9. 96. Iloh. 1, 8. Quatre a cinq ans plus tot (annees 406-407), dans son In lohannis primam Epistulam, Augustin predicateur voyait designe par peccatum non pas tout che mais «Ie peche contre la charite» en tant que racine de tous les ches. Cites isolement l'un de l'autre en II, 7, 8-9, les versets Iloh. 3, 9 et Iloh. 1, 8, apparemment contradic- toires, sont mainenant confrontes pour etre «tenus» ensemble dans la foi. Voir encore plus loin (I, 10, 12). 97. « de la chair» : cf. Rom. 9, 8 ; « du monde» : cf. Luc. 20, 34. 98. Cf. Rom. 9, 8; Luc. 20, 36. 99. Cf. loh. 3, 5; Rom. 8, 14. 100. Iloh. 3, 2. 101. Iloh. 3, 2. 102. Cf. Rom. 9, 8. 252 
LIVRE II Nous progressons donc vers la renovation et la vie juste en ce que nous sommes fils de Dieu et, en cela, nous ne pouvons absolument pas pecher, jusqu' a ce que tout soit transfonne, y compris ce par quoi nous sommes encore fils du monde; car, en cela, nous pouvons encore aussi pecher. C'est ainsi gue, d'une part, celui qui est ne de Dieu ne pee he pas 95 et que, d'autre part, si nous disons que nous n' avons point de peche, nous nous abusons nous-memes et la verite n 'est point en nous 96 . Sera donc aneanti ce en quoi nous sommes fils de la chair 97 et du monde, et sera accompli ce en quoi nous sommesfils de Dieu 98 et regeneres par l'Esprit 99 . D'ou ce que dit Ie meme Jean: Mes bien-aimes, nous sommes fils de Dieu et ce que nous serons n' est pas encore apparu IOO . Que signifient ces mots: Nous sommes et no us serons sinon que nous sommes en esperance et que nous serons en realite? Car il poursuit en disant: Nous savons que, lorsqu'il apparaitra, nous serons emblables a lui puisque nous le verrons tel qu'il est I01 . A present donc, nous commenons deja a etre semblables a lui parce que nous possedons les premices de l'Esprit; mais nous sommes encore differents de lui, a cause des restes de notre vetuste. Par suite, dans la mesure ou nous sommes sembI abIes a lui, I 'Esprit nous regenere et nous sommesfils de Dieu, mais dans la mesure ou nous sommes differents de lui, nous sommes fils de la chair I02 et du monde I03 . D 'un cote donc, nous ne pouvons pas pecher, mais de I' autre, si nous disons que nous n' avons point de peche, nous nous abusons nous-memes I04 , et ce.jusqu'aujour du passage a l'adop- tion complete, jour ou il n'y aura plus de pecheur, OU l'on en cherchera la place et ne la trouvera pas I05 . 103. Cf. Luc. 20, 34. 104. Cf. Iloh. 1, 8. 105. Cf. Ps. 36, 10. 253 
DE PECCATORVM MERITIS ET REMISSIONE IX, 11. Frustra itaque nonnulli etiam illud argu- mentantur ut dicant: «Si peccator genuit peccatorem ut paruulo eius reatus originalis peccati in baptismi acceptione soluatur, etiam iustum gignere debuit» quasi ex hoc quisque carnaliter gignat quod iustus est, et non ex hoc potius quod in membris eius concupiscentialiter mouetur et ad usum propagandi lex peccati mentis lege conuertitur. Ex hoc ergo gignit quod adhuc uetustum trahit inter filios saeculi, non ex hoc quod in nouitatem promouit inter filios Dei; filii enim saeculi huius gene- rant et generantur. Inde et quod nascitur tale est quia quod nascitur de carne caro est. Iusti autem non sunt nisi filii Dei; in quantum autem suntfilii Dei, carne non gignunt quia Spiritu et ipsi non carne nati sunt. Sed ex hoc carne gignunt quicumque eorum gignunt, ex quo nondum in nouitatem perfectam [83] totas uetustatis reliquias commutarunt. V nde quisquis filius de hac parte nascitur uetusta et infinna, necesse est ut etiam ipse uetustus sit et infinnus ; idcirco oportet ut etiam ipse in aliam generationem per remissionem peccati Spiritu renouetur. Quod si in eo non fit, nihil ei proderit pater iustus; Spiritu enim iustus est quo eum non genuit. Si 106. II faut en effet sous-entendre un iustus sujet de debuit car l'on retrouve cette meme phrase au livre 11,25,39 avec, cette fois, un iustus c1airement exprime. 107. Ce sont la avant tout des adversaires de la tradux peccati puis- que, selon eux, il n'y a de peches que Personnels. Cette assertion (24) en forme de syllogisme familier a Caelestius pourrait venir de son libellus. L'apPeI a l'heredite est absent du Liber de fide de Rufin. MARIUS MERCATOR, Commonitorium II, 10, attribue a tort a Pelage une argumentation analogue. 108. Cf. Rom. 7, 23. 109. Cf. Rom. 7, 23. 110. Cf. Luc. 20, 34. 111. Cf. Eph. 4, 22-24. 112. Cf. Eph. 4, 22-24. 113. Cf. Iloh. 3, 1. 254 
LIVRE II IX, 11. C'est donc en vain que quelques-uns avan- cent encore cet argument et disent: «Si un pecheur a engendre un pecheur et que son enfant soit delie de la culpabilite du che originel par la reception du bap- teme, un juste l devrait aussi engendrer un juste I07 »: c'est la raisonner comme si un homme engendrait selon la chair parce qu' il est juste et non parce qu' il y a dans ses membres un mouvement concupiscent ainsi que la loi du peche I08 convertie par la loi de l' esprit I09 pour la propagation de I' espece. Si donc il engendre, c' est parce que, au nombre des fils du mondellO, il traine encore le vieil homme llI ; ce n'est pas parce qu'il a accede a la nouveaute II2 , au nombre des fils de Dieu 11  ; car ce sont les fils du monde qui engendrent et sont engendres II4 . En consequence, tel est aussi ce qui nait, car ce qui nalt de la chair, est chair II5 . De fait, seuls sont justes les fils de Dieu ll6 . Or, dans la mesure ou ils sont fils de Dieu, ils n'engendrent pas selon la chair, parce qu'eux-memes aussi sont nes de l'Esprit et non de la chair II7 ; mais tous ceux d' entre eux qui engendrent Ie font selon la chair, parce qu' ils n' ont pas encore transfonne dans la nou- veaute parfaite tous les restes de leur vetuste ll8 . C'est pourquoi tout fils, ne de cette part de vetuste et d'in- firmite, est necessairement, lui aussi, un vieil homme infinne; il faut donc qu' il soit lui aussi renouvele par I 'Esprit pour une autre generation, grace au pardon du peche. Si cela n' est pas realise en lui, il ne lui servira de rien que son pere soit juste ; en effet, c' est selon I 'Esprit que Ie pere est juste, mais ce n' est pas selon I 'Esprit 114. Luc. 20, 34. Echo d'un texte tres different de celui de la Vulgate (filii saeculi huius nubunt et traduntur ad nuptias). Par ailleurs, Augustin mene la une exegese allegorique morale de la declaration de Jesus alors que la citation lucanienne fait seulement dire au Christ qu 'it n 'y a que « sur terre» qu' on se marie ou remarie, mais pas «au ciel». 115. loh. 3, 6. 116. Cf. Rom. 9, 8. 117. Cf. loh. 1, 13 + loh. 3, 6. 118. Cf. Eph. 4, 22-24. 255 
DE PECCATORVM MERITIS ET REMISSIONE autem fit, nihil ei oberit etiam pater iniustus; iste enim gratia spiritali in spem nouitatis aetemae transitum fecit, ille autem mente camali totus in uetustate pennansit. X, 12. Non igitur contrarium testimonium est illud quo dictum est: Qui natus est ex Deo non peccat ei tes- timonio quo iam natis ex Deo dicitur: Si dixerimus quia peccatum non habemus nos ipsos decipimus et ueritas in nobis non est. Quamdiu enim homo quamuis totus in spe iam et iam in re ex parte regeneratione spiritali renouatus adhuc tamen portat corpus quod corrumpitur et adgrauat animam, quid quo pertineat et quid unde dicatur, etiam in uno homine distinguendum est. Nam, ut ego arbitror, non facile cuiquam scriptura Dei tam magnum iustitiae perhibet testimonium quam tribus famulis eius, Noe, Danihel et lob, quos Hiezechiel propheta dicit ab inminente quadam iracundia Dei solos posse liberari, in tribus utique illis uiris tria quaedam hominum liberanda genera praefigurans: in Noe, quan- tum arbitror, iustos plebium praepositos propter arcae tamquam ecclesiae gubemationem, in Danihele iustos continentes, in lob iustos coniugatos [84] et si quis est forte alius intellectus de quo nunc non est necesse disquirere. Verum tamen quanta isti iustitia praeminue- rint et hoc prophetico et aliis diuinis testimoniis satis apparet. Nec ideo quisquam sobrius dixerit ebrietatem non esse peccatum quae tamen subrepsit tanto uiro; nam Noe, sicut legimus, fuit aliquando ebrius, quamuis absit ut fuerit ebriosus. 119. Iloh. 3,9. 120. Iloh. 1, 8. Nouvelle confrontation des deux versets. La sec- tion II, 10, 12 - 14, 21 veut montrer que les justes de l'un et l'autre Testaments (hormis Jesus) sont justes devant Dieu dans un sens toujours relatif. 121. Cf. Sap. 9, 15. 122. Cf. Ezech. 14, 14. 123. Cf. Gen. 6,9; Eccli. 44, 17; II Petro 2,5; Dan. 6,22; lob. 1,8. 256 
LIVRE II qu'ill'a engendre. A I' inverse, si la renovation est reali- see, 'meme un pere injuste ne lui fera aucun tort; lui, en effet, par la grace de l'Esprit, est passe dans l'esperance de la nouveaute etemelle, tandis que Ie pere, par son ame charnelle, est demeure tout entier dans la vetuste. X, 12. Ce temoignage de I , Ecriture ou il est dit: Celui qui est ne de Dieu ne peche pas 1l9 n' est donc pas contraire a cet autre temoignage ou il est dit a des hommes deja nes de Dieu: Si nous disons que nous n' avons point de peche, nous nous abusons no us-memes et la verite n 'est point en nous I20 . En effet, aussi longtemps qu 'un homme - fOt-il renouvele totalement deja en esperance et deja partiellement en realite par la regeneration de I 'Esprit - porte encore un corps qui se corrompt et appesantit son ame I2I , il faut distinguer en lui, pourtant un seul et meme homme, ce qu'on dit de sa fin et ce qu'on dit de son onglne. De fait, selon moi, il n' est pas facile de trouver un homme a qui I , Ecriture divine rende un aussi grand temoignage pour sa justice qu' aux trois serviteurs de Dieu Noe, Daniel et Job. D'eux, Ie prophete Ezechiel declare qu' ils peuvent seuls etre sauves d 'une colere imminente de Dieu 122; les trois, en tout cas, prefigurent pour lui les trois categories d 'hommes a sauver: Noe, a ce qu' il me semble, figure les justes places a la tete des peuples car il gouveme I' arche comme une Eglise; Daniel figure les justes temperants et Job les justes maries; et si I' on peut donner quelque autre interpreta- tion, il n'y a pas lieu <:Ie s'en enquerir pour Ie moment. Quoi qu'il en soit, la preeminence de leur justice I23 est assez manifeste et dans la parole du prophete et dans les autres temoignages divins. Mais aucun homme sobre ne saurait dire pour autant que l'ivresse n'est pas un peche, bien qu'elle ait surpris un si grand homme; car Noe fut ivre un jour, a ce que nous lisons 124, mais loin de nous l'idee qu'il fOt un ivrogne! 124. Cf. Gen. 9, 21. 257 
DE PECCATORVM MERITIS ET REMISSIONE 13. Danihel uero post orationem quam fudit Deo de se ipse dicit: Cum orarem et confiterer peccata mea et peccata populi mei Domino Deo meo... Propterea, nisi faIlor, per supra memoratum Hiezechielem cuidam superbissimo dicitur: Numquid tu sapientior quam Danihel? Neque hic dici potest quod quidam contra orationem dominicam argumentantur, quia «etsi orabant eam, inquiunt, sancti et perfecti iam apostoli nullum omnino habentes peccatum, non tamen pro se ipsis sed pro inperfectis et adhuc peccatoribus dicebant: Dimitte nobis debita nostra sicut et nos dimittimus debitoribus nostris », ut per hoc, inquiunt, quod dicerent nostra in uno esse corpore demonstrarent et illos adhuc haben- tes peccata et se ipsos qui iam carebant omni ex parte peccato. In Danihele certe hoc non potest dici qui, ut credo, tamquam propheta praeuidens hanc aliquando prae- sumptionem futuram cum in oratione saepe dixisset: Peccauimus, non ita nobis exposuit cur hoc dixerit ut ab illo audiremus: «Cum orarem et confiterer peccata populi mei Domino Deo meo» nec adhuc distinctione confusa ut esset incertum propter unius corporis societa- tem si diceret: «Cum peccata nostra confiterer Domino Deo meo», sed omnino [85] tam distincte tamquam de se ipsa distinctione satagens eamque maxime uehemen- terque commendans: Peccata, inquit, mea et peccata populi mei. Quis huic euidentiae contradicit nisi quem plus delectat defensare quod sentit quam quid sentien- dum sit inuenire ? 125. Dan. 9, 20. 126. Ezech. 28, 3. 127. Matth. 6, 12. 128. Par un tel raisonnement (25), ces objecteurs ressentaient donc Ie besoin de justifier leur these en interpretant en leur sens la priere du «Notre Pere». Ce n' est en tout cas pas Augustin qui la leur oppose. L' affirmation est absente du Liber de fide, elle pourrait avoir ete tout simplement entendue par Marcellinus. 129. Cf. Dan. 9,5; 9, 11 ; 9, 15. 258 
LIVRE II 13. Daniel, lui, au tenne d 'une priere epanchee devant Dieu, dit en parlant de lui-meme: Tandis que je priais et que je confessais mes peches et les peches de mon peuple au Seigneur mon Dieu 125. .. Voila pourquoi I' on trouve, si je ne me trompe, dans la bouche d'Ezechiel men- tionne plus haut, cette parole adressee a un homme tres orgueilleux: Est-ce que toi, par hasard, tu es plus sage que Daniel I26 ? Et I' on ne peut objecter ici les arguments que certains avancent contre la priere du Seigneur: selon leurs dires, «meme si les apotres, hommes saints et deja parfaits, exempts de tout peche, faisaient cette priere, neanmoins, ce n' etait pas pour eux -memes mais pour les hommes imparfaits et encore pecheurs qu' il disaient: Remets-nous nos dettes, comme nous aussi, nous remet- tons a nos debiteurS I27 »; en sorte que, selon eux, en disant nos dettes, ils manifestaient que tous fonnaient un seul corps: ceux qui avaient encore des peches, et eux-memes qui etaient deja totalement depourvus de peche 128. En ce qui conceme Daniel, en tout cas, I' objection ne peut etre retenue; car, a ce que je crois, en sa qualite de prophete, prevoyant la presomption qui serait un jour la leur, apres avoir repete dans sa priere: Nous avons peche I29 , il ne s' en est pas explique en nous disant: «Tandis que e priais et que je confessais les peches de mon peuple I 0»; il ne I' a pas fait non plus au moyen d'une distinction encore imparfaite, en nous laissant dans l'incertitude ou nous serions a cause de la communion en un seul corps s' il disait: «Tandis que je confessais nos peches au Seigneur mon Dieu » ; au contraire, il a ete parfaitement clair, s' appliquant en quelque sorte a cette distinction precisement et la faisant valoir hautement et vigoureusement: Mes peches, dit-il, et les peches de mon peuple I3I . Qui peut nier cette evidence, sinon l'homme qui trouve plus de plaisir a defendre ce qu' il pense qu' a trouver ce qu' il faut penser? 130. Cf. Dan. 9, 20. 131. Dan. 9,20. 259 
DE PECCATORVM MERITIS ET REMISSIONE 14. lob autem post tam magnum de illo iustitiae testi- monium Dei quid dicat ipse uideamus. In ueritate, inquit, scio quia ita est. Quemadmodum enim iustus erit ante Dominum ? Si enim uelit contendere cum eo, non poterit oboedire ei. Et paulo post: Quis, inquit, iudicio eius aduersabitur? Quodsi fuero iustus, os meum impie loquetur. Iterum paulo post: Scio, inquit, quia inpunitum me non dimittit. Quia sum impius, quare non sum mortuus? Quodsi purificatus niue et munda- tus fuero mundis manibus, sufficienter in sordibus me tinxisti. Item in alio suo sennone: Quia conscripsisti, inquit, aduersus me mala et induisti me iuuentutis meae peccata et posuisti pedem meum in prohibitione, seruasti omnia opera mea et in radices pedum meorum inspexisti, qui ueterescunt sicut uter uel sicut uestimentum a tinea comestum. Homo enim natus ex muliere parui est tempo- ris et plenus iracundia et, sicut flos cum floruit et decidit, discessit, sicut umbra non manet. Nonne et huius curam fecisti uenire in iudicium tuum? Quis enim erit mundus a sordibus? Nemo nee si unius dieifuerit uita eius. Et paulo [86] post: Dinumerasti, inquit, necessitudines meas et nihil te latuit de peccatis meis,. signasti peccata mea in folliculo et adnotasti si quid inuitus commisi. Ecce et lob confitetur peccata sua et in ueritate se dicit scire quia non est iustus quisquam ante Dominum. Et ideo iste hoc in ueritate scit quia, si nos dixerimus non habere peccatum, ipsa ueritas in nobis non est. Proinde secundum modum conuersationis humanae perhibet ei 132. lob 9, 2-3. Le texte de toutes les citations du Livre de Job contenues en Pecc. mer. differe et de la Septante et de la Vulgate. Mais dans des ouvrages suivants et antilagiens, Augustin recourt a une version latine de la Septante (notamment pour lob 14, 4-5). Sur l' evocation augustinienne de Job, voir la NC 53: «Job et les autres Justes, figures d'une justice encore relative dans 1 'attente du seul Juste, Jesus Christ». 133. lob 9, 19-20. 134. lob 9, 28-31. 135. lob 13, 26 - 14, 5. 136. lob 14,16-17. 260 
LIVRE II 14. Quant a Job, voyons ce que, de lui-meme, il dit apres Ie si grand temoignage que Dieu lui a rendu pour sa justice. II declare: Je sais en verite ce qu'il en est. Comment en elfet l'homme sera-t-il juste devant Dieu? S'il veut plaider contre lui, il ne pourra lui etre soumis I32 . Et peu apres: Qui s' opposera au jugement de Dieu ? Si je suis juste, ma bouche parlera de maniere impie I33 . Et de nouveau peu apres: Je sais qu'il ne me renvoie pas sans me punir. Puisque je suis impie, pourquoi ne suis-je pas mort? Si je me suis purifie dans la neige et nettoye, avec les mains nettes, tu m'as encore suffisamment plonge dans lafange I34 . De meme, il dit dans un autre de ses discours: Car tu as consigne mes fautes contre moi, tu m' as revetu des peches de ma jeunesse, tu as impose une entrave ames pieds, tu as observe toutes mes lEuvres et scrute les racines de mes pas, qui vieillissent comme une outre ou comme un vetement ronge par les mites. En elfet, l'homme ne de la femme est de peu de temps et rempli de colere et, telle une fleur lorsqu' elle a fleuri puis s' est fanee, il a sitot disparu : telle une ombre, il ne demeure pas. Or n' as-tu pas pris soin, pour lui aussi, de le faire comparaltre en ton jugement? Qui en elfet sera exempt de souillures? Personne, quand meme sa vie n' aura it ete que d'un jour I35 . Et peu apres: Tu as denombre mes liens, et de mes peches rien ne t'a echappe,. tu as see lie mes peches dans un sac et tu as note ce que j'ai commis malgre moi I36 . Voila donc que Job.lui aussi confesse ses peches, et dit qu'il sait en verite que nul n'est juste devant Ie Seigneur I 37. Et s'ille sait en verite, c'est parce que, si nous disons que nous n' avons point de peche, la verite meme n' est point en nous 138. C' est donc selon la mesure de l'humaine condition que Dieu lui rend, pour sa 137. Cf. lob 9, 2. 138. Cf. Iloh. 1, 8. 261 
DE PECCATORVM MERITIS ET REMISSIONE Deus tam magnum iustitiae testimonium; ipse autem se metiens ex regula ilia iustitiae quam sicut potest conspi- cit apud Deum in ueritate scit quia ita est et adiungit: Quemadmodum enim iustus erit ante Dominum? Si enim uelit contendere cum eo, non poterit oboedire ei, id est: «Si iudicandus ostendere uoluerit non in se inueniri posse quod damnet, non poterit oboedire ei» ; amittit enim etiam illam oboedientiam qua oboedire posset praecipienti confitenda esse peccata. Vnde quosdam increpat dicens: Quid uultis mecum iudicio contendere? Quod ille praecauens: Ne, inquit, intres in iudicium cum seruo tuo, quoniam non iustifi- cabitur in conspectu tuo omnis uiuens. Ideo etiam dicit lob: Quis enim iudicio eius aduersabitur ? Quodsi fuero iustus, os meum impie loquetur. Hoc est enim: «Si me iustum dixero contra iudicium eius, ubi perfecta ilia iustitiae regula me conuincit iniustum, profecto impie loquetur os meum quia contra Dei ueritatem loquetur. » 15. Fragilitatem quoque ipsam uel potius damn a- tionem camalis generationis ostendens ex originalis transgressione peccati, cum de peccatis suis ageret uelut eorum causas reddens dixit hominem [87] natum ex muliere paruui esse temporis et plenum iracundia. Qua iracundia nisi qua sunt omnes, sicut dicit Apostolus, naturaliter, hoc est original iter, irae filii quoniam filii sunt concupiscentiae carnis et saeculi ? 139. lob 9,2-3. 140. Hier. 2, 29. 141. Ps. 142,2. 142. lob 9, 19-20. 143. Cf. lob 14, 1. 144. Eph. 2, 3. «Originellement», c' est-a-dire depuis Ie peche com- mis par les premiers humains. Depuis 388-395 (De libero arbitrio III, 19, 54) et contre l'interpretation manicheenne, Augustin defend ce sens d' Eph. 2, 3. Voir J. MEHLMANN, Natura filii irae. Historia inter- pretationis Eph 2,3 eiusque cum doctrina de Peccato Originali nexus, Roma, 1957, en particulier p. 164-181. 262 
LIVRE II justice, un si grand temoignage; mais Job, se mesurant lui-meme a la regIe de justice qu'il entrevoit, comme il peut, aupres de Dieu, sait en verite ce qu' il en est, et il ajoute: Comment en effet l'homme sera-t-il juste devant le Seigneur? S' il veut plaider contre lui, il ne pourra lui etre soumis I39 . C'est-a-dire: «Si en instance de jugement il veut montrer qu' on ne peut rien trouver a condamner en lui, il ne pourra lui etre soumis. » En effet il perd meme la soumission qu'il pourrait manifester a celui qui commande de confesser ses peches. D'ou ce reproche que Dieu fait a quelques-uns: Pouruoi voulez-vous plaider contre moi en mon juge- ment 4O? Aussi Ie psalmiste, pour eviter c reproche, dit: N' entre pas en jugement avec ton serviteur, car aucun vivant ne sera trouve juste a tes yeux I4I . Et c' est la meme raison qui fait dire a Job: Qui en effet s' oppo- sera au jugement de Dieu? Si je suis juste, ma bouche parlera de maniere impie I42 . C'est-a-dire: «Si je me dis juste contre Ie jugement de Dieu, la ou la regIe parfaite de la justice m' accuse d' etre in juste, assurement ma bouche parlera de maniere impie, car elle parlera contre la verite de Dieu. » 15. II montre aussi que notre fragilite meme, ou plu- tot la condamnation de toute naissance charnelle, vient de la transgression que fut Ie peche originel ; alors qu' il traitait de ses propres peches comme pour en rechercher les causes, il a dit que I 'homme ne de la femme est de peu de temps et rempli de colere 143. De que lie colere parle-t-il, sinon de cell par laquelle tous les hommes sont, selon les tennes de I' ApOtre, naturellement, autre- ment dit originellement,fils de la colere I44 parce qu'ils sontfils de la concupiscence charnelle et du monde I45 ? 145. Cf. Rom. 9, 8; Luc. 20, 34. Filii carnis etfilii concupiscentiae sont en passe de devenir une formule-cle d' Augustin pour designer la condition a la fois infirme et pecheresse de tous les humains, des leur naissance, sans Ie secours de la grace divine. 263 
DE PECCATORVM MERITIS ET REMISSIONE Ad ipsam iram pertinere etiam mortem hominis consequenter ostendit. Cum enim dixisset: Parui est temporis et plenus iracundia, addidit etiam: et sicut flos cum floruit et decidit discessit, sicut umbra non manet. Cum autem subiungit: Nonne et huius curam fecisti uenire in iudicium tuum? Quis enim erit mundus a sordibus? Nemo nee si unius dieifuerit uita eius, hoc utique dicit: «Curam hominis breuis uitae fecisti uenire in iudicium tuum. Quantumlibet enim breuis fuerit uita eius, etiamsi unius diei esset, mundus a sordibus esse non posset et ideo iustissime in iudicium tuum ueniet. » Illud uero quod ait: Dinumerasti omnes necessitudines meas et nihil te latuit de peccatis meis ,. signasti peccata mea in folliculo et adnotasti si quid inuitus commisi, nonne satis aperuit etiam ilia peccata iuste inputari quae non delectationis inlecebra committuntur, sed causa deuitandae molestiae alicuius aut doloris aut mortis? Nam et haec dicuntur quadam necessitate committi cum omnia superanda sint amore et delectatione iustitiae. Potest etiam quod dixit: Et adnotasti si quid inuitus commisi, ad illam uocem uideri pertinere qua dictum est: Non enim quod uolo ago sed quod odi hoc facio. 16. Quid quod ipse Dominus qui ei perhibuerat tes- timonium, cum etiam scriptura, hoc est Dei Spiritus, dixerit in omnibus quae [88] contigerunt ei, non eum 146. lob 14, 1. 147. lob 14, 2. 148. lob 14,3-5. Versets 4-5, Septante: Comment un etre pur pour- rait-il provenir d'un milieu impur? Pas un seul puisque ses jours sont tous comptes et Qui est exempt de peche? Pas meme I' enfant dont la vie sur terre ne date que d'un jour; Vulgate: Qui peut rendre pur ce qui a ete confu d'une semence impure? Les jours de l'homme sont courts, Ie nombre de ses mois est devant toi ,. tu en as fixe Ie nombre, il ne pourra en etre ajoute. 149. lob 14, 16-17. 150. lob 14, 17. 151. Rom. 7, 15. Des cette citation, c'est la Personne meme de Paul qu' Augustin designe a Marcellinus, quoique avec precautions. Sur la 264 
LIVRE II Or il montre ensuite que la mort de l'homme aussi est liee a cette meme colere. En effet, aEres avoir dit: Il dure peu de temps et rempli de colere 46, il a encore ajoute: Et, telle une fleur lorsqu' elle a fleuri puis s' est fanee, il a sitot disparu,. telle une ombre, il ne demeure pas 147. Et lorsqu'il poursuit: Or n'as-tu pas pris soin, pour lui aussi, de le faire comparaltre en ton jugement ? Qui en elfet est exempt de souillures ? Personne, quand meme sa vie n' aurait ete que d'un jour I48 , il dit bien: «Tu as pris soin, pour I 'homme a la vie breve, de Ie faire comparaitre en ton jugement. En effet, si breve qu' ait ete sa vie, fOt-ce d'un jour, il ne pourrait etre exempt de souillures, et c' est pourquoi il sera tres juste qu' il comparaisse en ton jugement. » Quant a ces paroles: Tu as denombre tous mes liens, de mes peches rien ne t'a echappe,. tu as scelle mes peches dans un sac et tu as note ce que j'ai commis malgre moi I49 , n'ont-elles pas '" . '" ,. . A assez expose que nous sont Imputes a Juste tItre meme les peches non commis par I' attrait du plaisir, mais pour eviter quelque des agrement, la douleur ou la mort? Car on pretend que ces peches memes sont commis comme par necessite, alors qu' il faudrait tout sunnonter pour I' amour et Ie plaisir de la justice. Quant a la parole de Job: Et tu as note ce que j' ai commis malgre moi I50 , elle peut meme apparaitre comme liee a cette autre parole: Ie ne fais pas ce que je veux, mais ce que je hais, je le fais I5 r. 16. Mais que penser de cette c0l!tradiction : Ie Seigneur a rendu temoignage a Job et l'Ecriture meme, c'est-a-dire I'Esprit de Dieu I52 , a bien dit de lui qu'au milieu de tous les malheurs qui lui etaient arrives il perception du degre de saintete de Paul par Augustin en 411-412, face a la revendication de certains que I 'homme Peut parvenir a la perfec- tion dans sa vie, voir la NC 56: «Rom. 7, 14-25: aveu de faiblesse personnelle reconnu par saint Paul». 152. Voir la NC 54 : « Une formule etonnante d' Augustin: Scriptura, hoc est Dei Spiritus ». 265 
DE PECCATORVM MERITIS ET REMISSIONE peccasse labiis suis ante Dominum, postea tamen cum ei loqueretur increpans locutus est sicut ipse lob testis est dicens: Quid adhuc ego iudicor monitus et increpa- tiones Domini audiens? Nemo autem iuste increpatur nisi in quo est aliquid quod increpatione sit dignum. XI. Et ipsa increpatio qualis est, quae ex Domini Christi persona intellegitur? Enumerat illi diuina opera potestatis suae sub hac sententia increpans ut eum dicere appareat: Numquid potes haec tanta quae possum? Quo autem pertinet nisi ut intellegat lob - etiam hoc ei diuinitus credimus inspiratum ut praesciret Christum ad passionem esse uenturum - intellegat ergo quam debeat aequo animo tolerare quae pertulit si Christus in quo peccatum, cum propter nos homo factus esset, omnino nullum fuit et in quo Deo tanta potentia est, nequaquam tamen passionis oboedientiam recusauit? Quod puriore cordis intentione lob intellegens responsioni suae addi- dit: Auris auditu audiebam te prius et nunc ecce oculus meus uidet tee Ideo uituperaui me ipsum et distabui et aestimaui me ipsum terram et cinerem. Quare sibi ita in hoc tam magno intellectu displicuit? Neque enim opus Dei quo erat homo recte illi poterat displicere, cum etiam ipsi Deo dicatur: Opera manuum tuarum ne despexeris. Sed profecto secundum illam iustitiam qua se nouerat iustum, se uituperauit atque distabuit aestimauitque se terram et cinerem mente 153. Cf. lob 1,22; 2, 10. 154. lob 39, 34. 155. C'est en effet, par l'incamation du Fils, la Nouvelle Alliance qui eclaire la revelation deja donnee, mais comme en ombre, dans I' Ancienne. 156. Cf. lob 38-39. 157. Cf. loh. 8, 46 ; etc. 158. Cf. Matth. 26, 39. 159. lob 42, 5-6. 160. Ps. 137,8. 266 
LIVRE II n'avait point peche par ses levres devant Ie Seigneur I53 ; et pourtant Ie Seigneur meme, s'adressant a Job, lui fait ensuite des reproches comme Job lui-meme en temoi- gne: Pourquoi suis-je encore mis en jugement, moi qui ai refu les avertissements et entendu les reproches du Seigneur I54 ? Or il n'est personne a qui l'on fasse ajuste titre des reproches, sinon I 'homme en qui I' on trouve matiere a des reproches mentes. XI. Et quelle est donc la nature de ce reproche, qui se comrend a la lumiere de la personne du Seigneur Christl 5? Dieu enumere I56 a Job les reuvres divines de sa toute-puissance, lui faisant reproche par cette sentence au point qu'il semble lui dire: «Et-ce que vraiment tu pourrais tout ce que je peux?» A quoi tendent ces propos, si ce n'est a faire comprendre a Job - et nous croyons que Dieu lui a meme inspire la prescience que Ie Christ viendrait un jour pour subir sa passion -, faire comprendre a Job, donc, avec que lIe resignation il doit supporter ce u' il endure si Ie Christ, qui etait exempt de tout peche I 7 bien qu' il se soit fait homme pour nous et qui, en tant que Dieu, possedait une si grande puis- sance, n' a ceendant nullement refuse de se soumettre a sa passion 1 8? Or c'est ce que Job a compns en une clairvoyance plus gran de de son creur, et il a ajoute dans sa reponse: Jusqu' a present je ne te connaissais que par l'oui"e de mon oreille, mais a present voici que mon lEil te voit. C'est pourquoi je me blame moi-meme, je m' aneantis et je vois que je ne suis moi-meme que terre et cendre 159. Pourquoi s'est-illili meme deprecie avec une telle hauteur de vue? En effet, ce n' est pas I' reuvre de Dieu par ou il etait homme qu' il pouvait deprecier a bon droit, puisqu'il est meme dit a Dieu en personne: Ne meprise pas les lEuvres de tes mains I60 . Mais c'est assurement selon cette justice dont il se savait juste qu' il se blame, s'aneantit et ne voit plus en lui que terre et cendre I6I : 161. Cf. lob 42, 6. 267 
DE PECCATORVM MERITIS ET REMISSIONE conspiciens Christi iustitiam in cuius non tantum diuinitate sed nec in anima nec in came ullum potuit esse peccatum secundum quam iustitiam quae ex Deo est, etiam Paulus apostolus illud suum quod secundum iusti[89]tiam quae ex lege est fuit sine querella, non solum damna, uerum etiam stercora existimauit. XII, 17. Non igitur praeclarum illud testimonium Dei quo laudatus est lob contrarium est ei testimonio quo dictum est: Non iustijicabitur in conspectu tuo omnis uiuens, quia non id persuadet prorsus in illo nihil fuisse quod uel ab ipso ueraciter uel a Domino Deo recte reprehenderetur, quamuis iam iustus et uerax Dei cultor et ab omni malo opere se abstinens non mendaciter diceretur. Haec enim de illo uerba sunt Dei: Animo aduertisti in puerum meum lob? Non enim est illi homo similis super terram, sine querella, iustus, Dei culto,.c, abstinens ab omni opere malo. Primis uerbis ex hominum qui sunt in terra comparatione laudatur; proinde omnibus qui tunc in terra iusti esse poterant excellebat. Non ergo ipse propterea nullum peccatum omnino habebat quia in profectu iustitiae ceteros anteibat. Deinde adiungitur sine querella de cuius uita nemo iuste quereretur; iustus qui tam morum probitate pro- fecerat ut nullus ei esset aequandus; uerus Dei cultor quippe etiam suorum peccatorum uerax humilisque confessor; abstinens se ab omni opere malo, mirum si ab omni etiam uerbo et cogitatu malo. Quantus quidem c. A la suite des Mauristes, R. Habizky ajoute un «uerus» devant « Dei cultor» parce qu' Augustin a annonce la citation de lob 1, 8 par ces qualificatifs: tam iustus et uerax Dei cultor et qu'il commente plus loin, distincts, iustus et uerus Dei cultor. Mais l'adjectif est absent de la plupart des anciens manuscrits. 162. Cf. Phil. 3, 9b. 163. Cf. Phil. 3, 9a. 164. Cf. Phil. 3, 6-8. 268 
LNRE II il considere en son esprit la justice du Christ, en qui aucun peche n' a pu trouver place, ni dans sa divinite, ni non plus dans son ame et dans sa chair; c' est selon cette meme justice qui vient de Dieu 162 que I' apOtre Paul, pourtant irreprochable selon la justice qui vient de la Loi 163, a estime lui aussi que ses merites etaient non seulement des pertes, mais encore des dechets I64 . XII, 17. Ce remarquable temoignage de Dieu a la louange de Job n'est donc point contraire a cet autre temoignage ou il est dit: Aucun vivant ne sera trouve juste a tes yeux I65 ; en effet, cela ne veut pas dire que Job n' avait absolument rien a se reprocher en toute verite ou que Dieu n'avait absolument rien a lui reprocher en toute justice, bien qu' il fut dit de lui sans mensonge qu'il etait un homme juste, veritable adorateur de Dieu et s' abstenant de toute reuvre mauvaise. Voici en effet les paroles de Dieu a son su jet: As-tu prete attention a mon serviteur Job? En elfet, il n' a pas son pareil sur la terre,. c' est un homme irreprochable, juste, adorateur de Dieu, s' abstenant de toute lEuvre mauvaise I66 . Dans les premiers mots, on loue Job par comparaison avec les hommes qui sont sur la terre; il I' emportait donc sur tous les hommes qui pouvaient etre justes sur la terre a son epoque. Mais on ne peut pas dire que lui-meme etait exempt de tout peche par la raison qu'il surpassait tous les autres hommes dans sa marche vers la justice. On ajoute ensuite qu'il etait irreprochable car nul ne pouvait a bon droit se plaindre de sa conduite ; qu' il etait juste car il avait tant progresse grace a la probite de ses mreurs que personne ne pouvait I' egaler; qu' il etait un veritable adorateur de Dieu car, de surcroit, sincere et humble confesseur de ses peches; qu' il s' abstenait de toute lEuvre mauvaise, et peut-etre meme - ce qui serait admirable - de toute parole mauvaise et de toute pen see 165. Ps. 142, 2. 166. lob 1, 8. 269 
DE PECCATORVM MERITIS ET REMISSIONE lob fuerit ignoramus; sed nouimus iustum, nouimus etiam in perferendis horrendis ttibulationum tempta- tionibus magnum; nouimus non propterea peccata, sed propter eius demonstrandam iustitiam ilia omnia fuisse perpessum. Verum tamen haec uerba [90] quibus a Domino lau- datur, possent etiam de illo dici qui condelectatur legi Dei secundum interiorem hominem, uidet autem aliam legem in membris suis repugnantem legi mentis suae, praesertim quia dicit: Non quod uolo facio bonum, sed quod odi malum, hoc ago. Si autem quod odi malum, hoc facio, iam non ego operor illud, sed quod habitat in me peccatum. Ecce et iste secundum interiorem hominem alienus est ab omni opere malo, quia illud non operator ipse, sed quod in came eius habitat malum; et tamen cum illud ipsum quo condelectatur legi Dei non habeat nisi ex gratia Dei, adhuc liberationis indigens clamat: Miser ego homo! Quis me liberabit de corpore mortis huius? Gratia Dei per Iesum Christum Dominum nostrum. XIII, 18. Sunt ergo in terra iusti, sunt magni, fortes, prudentes, continentes, patientes, pH, misericordes, temporalia mala omnia propter iustitiam aequo animo tolerantes; sed si uerum est quia et uerum est: Si dixe- rimus quia peccatum non habemus, nos ipsos decipimus et: Non iustificabitur in conspectu tuo omnis uiuens, non sunt sine peccato nec quisquam eorum tam arroganter insanit ut non sibi pro suis qualibuscumque peccatis dominica oratione opus esse arbitretur. 167. Cf. Rom. 7,22-23. 168. Rom. 7, 19-20. 169. Cf. Rom. 7,22. 170. Rom. 7, 24-25a. 171.lloh.1,8. 172. Ps. 142, 2. 270 
LNRE II mauvaise. Nous ignorons, certes, combien Job a ete grand; mais nous savons qu' il a ete juste, nous savons aussi qu' il a ete grand au milieu des honibles epreuves de ses ttibulations; nous savons que ce n' est pas pour ses peches, mais pour que soit manifestee sa justice, qu'il a endure tous ces maux. Du reste, ces paroles prononcees par Ie Seigneur a la louange de Job pourraient s' appliquer aussi a celui- la qui se complait dans la loi de Dieu selon l'homme interieur, mais voit dans ses membres une autre loi com- battant la loi de son esprit I67 , et tout particulierement lorsqu'il dit: Je ne fais pas le bien que je veux, mais Ie mal que je hais, je le fais. Or si je fais le mal que je hais, des lors ce n' est pas moi qui agis ainsi, mais le peche qui habite en moi 168 . Voici donc que cet homme- la, lui aussi, est etranger a toute reuvre mauvaise selon l'homme interieur, car ce n'est pas lui-meme qui agit ainsi, mais Ie mal qui habite en sa chair; et pourtant, puisque ce par quoi il se complait dans la loi de Dieu 169, il ne Ie tient que de la grace de Dieu, il a encore besoin de liberation et s' ecrie : Malheureux homme que je suis! Qui me delivrera du corps de cette mort? La grace de Dieu, par Jesus Christ notre Seigneur I70 . Xill, 18. II Y a donc sur la terre des hommes justes, des hommes grands, courageux, prudents, temperants, patients, pieux, misericordieux, supportant avec resi- gnation pour la justice tous les maux temporels ; mais il est ecrit: Si nous disons que le peche n' est point en no us, nous nous abusons nous-memes I7I , et: Aucun vivant ne sera trouve juste a tes'yeux I72 ; si c' est vrai, et c' est vrai, ces hommes ne sont pas sans peche, et aucun d' entre eux ne saurait montrer une arrogance assez folIe pour penser qu' il n' a nul besoin de la priere du Seigneur I73 pour ses propres peches, si infimes soient - ils. 173. Autrement dit, Ie «Notre Pere» (cf. 11,2, 2 - 4,4 et II, 13). 271 
DE PECCATORVM MERITIS ET REMISSIONE 19. Nam de Zacharia et Elisabeth qui nobis saepe in huius quaestionis disputationibus obiciuntur, quid dicamus nisi quod euidenter scriptura testatur eminenti iustitia fuisse Zachariam in principibus sacerdotum ad offerenda ueteris testamenti sacrificia pertinentium? Legimus autem in epistola quae ad Hebreos scribitur, [91] quod testimonium in libro priore iam posui, solum Christum esse principem sacerdotum qui non haberet necessitatem, sicut illi qui sacerdotum principes dice- bantur, sacrificium pro suis primum offerre peccatis cotidie, deinde pro populo. Talem enim decebat, inquit, habere nos principem sacerdotum iustum, sine malitia, incontaminatum, separatum a peccatoribus, altiorem a caelis factum, non habentem cotidianam necessitatem, sicut princi- pes sacerdotum, primum pro suis peccatis sacrificium offerre. In hoc sacerdotum numero Zacharias, in hoc Finees, in hoc ipse Aaron, a quo iste ordo exorsus est fuit et quicumque alii in illo sacerdotio laudabiliter iusteque uixerunt, qui tamen habebant necessitatem sacrificium primitus pro suis offerre peccatis, solo Christo existente, cuius uenturi figuram gestabant, qui hanc necessitatem sacerdos incontaminabilis non haberet. 20. Quid autem de Zacharia et Elisabeth laudabile dictum est quod non in eo comprehendatur quod de se Apostolus, cum in Christum nondum credidisset, profes- sus est? Dixit enim se secundum iustitiam quae in lege est fuisse sine querella, hoc et de illis ita legitur: Erant autem ambo iusti ante Deum, incedentes in omnibus 174. Augustin se fait donc I' echo de discussions ouvertes en Afrique a la suite immediate de 1'« affaire» Caelestius. Dans son De natura, Pelage avait invoque de grandes figures bibliques comme Elisabeth et Zacharie (cf. De natura et gratia, 36, 42), mais Augustin ignorait encore l'ouvrage. Surce recours (26), voir laNC 47: «Objet scifique du livre II: la question ouverte de la perJectio iustitiae humanae ». 175. Cf. Luc. 1, 5-9. 176. Voir plus haut (I, 27, 50). 272 
LWRE II 19. Et que dire de Zacharie et d'Elisabeth, qu'on I74 nous oppose souvent dans les discussions relatives a cette question? Nous dirons ,simplement que, selon Ie temoignage evident de I'Ecriture I75 , Zacharie fit preuve d 'une eminente justice panni les grands-pretres charges d ' offrir les sacrifices de I' ancienne alliance. Or nous lisons dans la lettre aux Hebreux (temoignage deja mentionne au livre un I76 ), que Ie Christ est Ie seul grand pretre a n'avoir pas besoin - comme ceux que l' on appelait grands-pretres - d' offrir chaque jour un sacrifice, d' abord pour ses propres peches, et ensuite pour ceux du peuple 177. En elfet, dit-il, tel est le grand-pretre qu 'il,nous conve- nait d'avoir: juste, sans malignite, immacule, separe des pecheurs, eleve plus haut que les cieux, n' ayant pas besoin, comme les grands-pretres, d'offrir chaue jour un sacrifice, d'abord pour ses propres peches 78. Or au nombre de ces pretres on comptait Zacharie, on comptait Phinees, on comptait Aaron lui-meme, d'ou est issue cette lignee, et tous ceux enfin qui ont consacre a ce sacerdoce une vie louable et juste; et pourtant ils avaient besoin d' offrir un sacrifice, tout d' abord pour leurs propres peches 179, Ie Christ - dont ils prefiguraient la venue - etant Ie seul an' avoir pas cette obligation, pretre inaccessible a toute souillure. 20. Mais qu'a-t-on dit d'elogieux sur Zacharie et Elisabeth qui ne s' entende dans ce que I' Apotre a declare sur son propre compte, lorsqu' il ne croyait pas encore au Christ? II a dit en effet que, confonnement a la justice selon la Loi 180, il etait irreprochable. Or voici ce qu' on lit encore a leur su jet: Tous deux etaient justes devant Dieu, marchant dans tous les commandements et 177. Cf. Hebr. 6, 20. 178. Hebr. 7,26-27. 179. Cf. Hebr. 5, 1-3. 180. Cf. Phil. 3,6. 273 
DE PECCATORVM MERITIS ET REMISSIONE mandatis et iustificationibus Domini sine querella. Quia ergo quicquid in eis erat iustitiae non erat ad homines simulatum, ideo dictum est: Ante Deum. Quod autem de [92] Zacharia et eius coniuge scriptum est: In omnibus mandatis et iustificationibus Domini, hoc ille breuiter dixit: In lege. Non enim alia lex illis, alia isti fuit ante euangelium, sed una atque eadem quam legimus per Moysen datam pattibus eorum, secundum quam etiam sacerdos erat Zacharias et uice sua sacrificabat. Et tamen Apostolus, qui simili tunc iustitia praeditus fuit, sequitur et dicit: Quae mihi lucra fuerunt, haec propter Christum damna esse duxi. Verum tamen et arbitror omnia damnum esse propter eminentem scien- tiam Christi Iesu Domini nostri, propter quem omnia non solum detrimenta credidi, uerum etiam stercora existimaui esse ut Christum lucrifaciam et inueniar in illo, non habens meam iustitiam quae ex lege est, sed eam quae est per fidem Christi quae est ex Deo iustitia in fide ad cognoscendum eum et uirtutem resurrectionis eius et communicationem passionis eius, conformatus morti ipsius si quo modo occurram in resurrectionem mortuorum. Tantum ergo longe est ut propter ilIa uerba Zachariam et Elisabeth credamus sine ullo peccato perfectam habuisse iustitiam ut nec ipsum Apostolum eiusdem regulae summitate arbitremur fuisse perfectum non solum in ilIa legis iustitia quam similem istis habuit, quam inter damna et stercora deputat in conparatione eminentissimae iustitiae quae in fide Christi est, uerum etiam in ipso quoque euangelio, ubi et tanti apostolatus meruit principatum, quod dicere non auderem nisi ei non credere nefas ducerem. 181.Luc.l,6. 182. Phil. 3, 5b. 183. Phil. 3,7-11. 184. Cf. Phil. 3, 9-10. 274 
LNRE II les rescriptions du Seigneur d'une maniere irreprocha- hle 81. Donc, toute la justice qui etait en eux n' etai t point une feinte pour tromper les hommes, et c' est pourquoi il est dit: Devant Dieu. Quant a ce qui est ecrit au sujet de Zacharie et de son epouse: Dans tous les comman- dements et les prescriptions du Seigneur, I;ApOtre l'a resume en disant: Selon la Loi I82 . Avant I'Evangile en effet, il n'y avait pas une loi pour ceux-la, une autre pour celui-ci, mais une seule et meme Loi, dont nous lisons qu'elle fut donnee par MOIse a leurs peres, et suivant laquelle Zacharie aussi etait pretre et sacrifiait a son tour. Et pourtant I' Apotre, alors pourvu <Je cette meme justice, poursuit en ces tennes: Ce qui ames yeux etait un gain, a cause du Christ je l' ai considere comme une perte. Mais en verite, j'en viens meme a penser que tout est perte, tant est sureminente la connaissance du Christ Jesus, notre Seigneur,. a cause de lui, je me suis mis a tout considerer comme un dommage, et meme a tout regarder comme des dechets, afin de gagner le Christ et d' etre trouve en lui, non avec ma justice, celie qui vient de la Loi, mais avec la justice qui nait par la foi en Christ, celie qui vient de Dieu dans la foi ,. ceci afin de le connaitre, lui, la puissance de sa resurrection et la com- munion a sa passion, etant devenu conforme a lui dans sa mort, pour parvenir, si possible, a la resurrection des morts I83 . En consequence, les propos sur Zacharie et Elisabeth sont bien loin de nous faire croire qu'ils aient ete par- faitement justes safts Ie moindre peche, car nous ne pensons pas non plus que I' Apotre lui-meme ait atteint la perfection dans I' observance absolue de cette meme regIe, et ce, non seulement selon la justice de la Loi qu' il observait comme eux, et qu'il considere comme perte et dechets en comparaison de la sureminente justice qui est dans la foi en Christl 84 , mais encore selon I , Evangile meme, ou il a pourtant merite la primaute d'un si grand apostolat. Voila une remarque que je n' oserais faire, si je n'estimais pas impie de ne pas ici l'en croire lui-meme. 275 
DE PECCATORVM MERITIS ET REMISSIONE Vbi enim sequitur et adiungit: Non quia iam acce- perim aut iam perfectus [93] sim, sequor autem si conprehendam in quo et adprehensus sum a Christo Iesu. Fratres, ego me ipsum non arbitror adprehen- disse,. unum autem, quae retro oblitus in ea quae ante sunt extentus, secundum intentionem sequor ad pal- mam supernae uocationis Dei in Christo Iesu, ipse se confitetur nondum accepisse, nondum esse perfectum in plenitudine iustitiae quam adipisci dilexit in Christo, sed adhuc secundum intentionem sequi et praeterita obliuiscentem in ea quae ante sunt extendi, ut nouerimus etiam ad ipsum pertinere illud quod ait: Et si exterior homo noster corrumpit, sed interior renouatur de die in diem, quamuis iam esset perfectus uiator, etsi nondum erat ipsius itineris perfectione peruentor. Denique tales uult secum in isto cursu comites rapere quibus continuo subiungit et dicit: Quotquot ergo per- fecti, hoc sapiamus ,. et si quid aliter sapitis, hos quoque Deus uobis reuelabit ,. uerum tamen in quod peruenimus, in eo ambulemus. Ambulatio ista non corporis pedibus, sed mentis affectibus et uitae moribus geritur, ut possint esse perfecti iustitiae possessores, qui recto itinere fidei de die in diem sua renouatione proficientes iam perfecti facti sunt eiusdem iustitiae uiatores. XIV, 21. Sic itaque omnes quicumque in hac uita diuinarum scripturarum testimoniis in bona uoluntate 185. Phil. 3, 12-14. 186. II Cor. 4, 16b. 187. II n' est pas possible de rendre peruentor en franais par un autre substantif. Selon De consensu euangelistarum, II, 29, 49 et Contra Faustum, 33, 7, Ie terme etait usite pour designer ceux qui reussissent a contacter des autorites, bien que ce soit Ie plus souvent grace a des intermediaires. De Trinitate, 12, 23 evoque aussi, par peruentor, l'etre humain qui parvient aux n5alites intelligibles, mais ne peut se maintenir dans leur contemplation, ce qui fait, en effet, Penser a Paul rapportant avoir connu des extases (cf. II Cor. 12, 2-4). 188. Phil. 3, 15-16. 276 
LIVRE II L' ApOtre poursuit en effet en ajoutant: Ce n' est pas que j'aie deja reu ou que je sois deja parfait, mais je poursuis ma course pour tenter de saisir, en ce que j' ai aussi ete saisi par le Christ Jesus. Freres,je ne pense pas avoir saisi moi-meme,. mais j' ai un seul but: oubliant ce qui est en arriere et tendu vers ce qui est en avant, je poursuis ma course conformement a cette tension, en vue de la palme celeste a laquelle Dieu nous appelle dans le Christ Jesus I85 . Ce faisant, il reconnait que lui- meme n' a pas encore reu, qu' il n' est pas encore parfait dans la plenitude de la justice qu' il desirait atteindre dans Ie Christ, mais que, confonnement a cette tension, il poursuit encore sa course et que, oubliant Ie passe, il est tendu vers ce qui est en avant. II veut que nous sachions qu'a lui aussi s'applique ce qu'il dit: Meme si, en nous, l'homme exterieur se corrot, l'homme interieur, lui, se renouvelle de jour enjour l 6; bien qu'il rut deja un voyageur accompli, neanmoins il n' etait as encore parvenu a I' accomplissement de son chemin I 7. II veut enfin entrainer avec lui dans cette course des compagnons semblables a lui, pour lesquels il ajoute aussitot: Nous tous, done, qui sommes parfaits, c' est ainsi qu' il nous faut penser,. et si, sur quelque point, vous pensez autrement, cela aussi Dieu vous le revelera ,. cependant, la ou nous sommes parvenus, marchons en ce sens I88 . Or cette marche ne requiert pas les pieds de notre corps, mais la disposition de notre ame et la conduite de notre vie; ainsi se peut-il que soient en parfaite possession de la justice les hommes qui, pro- gressant sur Ie droit chemin de la foi en se renouvelant de jour en jour I89 , sont deja devenus, quant a cette meme justice, des voyageurs parfaits 190. XIV, 21. C'est pourquoi tous ceux que les divines Ecritures ont celebres en leur rendant temoignage pour 189. Cf. II Cor. 4, 16b. 190. Voir la NC 56: «Rom. 7, 14-25: aveu de faiblesse Personnelle reconnue par saint Paul». 277 
DE PECCATORVM MERITIS ET REMISSIONE atque actibus iustitiae praedicati sunt, et quicumque tales uel post eos fuerunt, quamuis non eisdem testimoniis praedicati atque laudati, uel nunc usque etiam sunt uel postea quoque futuri sunt, omnes magni, omnes iusti, omnes ueraciter laudabiles sunt, sed sine peccato aliquo non sunt quoniam scripturarum testimoniis, quibus de illorum laudibus credimus, hoc etiam credimus, non iustificari in conspectu Dei [94] omnem uiuentem et ideo rogari ne intret in iudicium cum seruis suis et non tantum uniuersaliter fidelibus omnibus, uerum etiam singulis esse orationem dominicam necessariam quam tradidit discipulis suis. XV, 22. «At enim ait Dominus: Estote perfecti sicut pater uester caelestis perfectus est, quod non praecipe- ret, inquiunt, si sciret fieri non posse quod praecipit.» Non nunc quaeritur utrum fieri possit si istam perfec- tionem ad hoc accipiunt ut sine ullo sit quisque peccato cum hanc agit uitam - iam enim supra respondimus posse fieri - sed utrum aliquis faciat, hoc nunc quaeri- muse Neminem autem esse qui tantum uelit quantum res exigit ante praecognitum est, sicut scripturarum quae supra commemoraui testimonia tanta declarant. Et tamen cum dicitur cuiusque perfectio, qua in re dicatur uidendum est. Nam ex Apostolo testimonium paulo ante posui ubi se fatetur in acceptione iustitiae quam desiderat nondum esse perfectum, et tamen continuo dicit: Quotquot ergo perfecti, hoc sapiamus; quod utrumque non diceret nisi in alia re perfectus esset, 191. Cf. Ps. 142,2. 192. Cf. Ps. 142,2. 193. Matth. 5,48. 194. Objection (27) identique a celie (19) que rapporte plus haut II, 3, 3, mais enrichie de l'appui sur Matth. 5, 48 et analogue a la these (18) signalee en II, 2, 2, donc sans doute aussi entendue puis rapportee par Marcellinus, voire lue dans Ie libellus. 195. Voir plus haut, II, 13, 20. 278 
LIVRE II leur bonne volonte et leurs actes de justice en cette vie, tous ceux qui, apres eux, leur ont ressemble sans que ce meme temoignage les ait celebres ou loues, tous ceux qui leur ressemblent a present encore ou leur ressembleront a I'avenir aussi, tous ceux-la sont grands, justes, verita- blement dignes d' eloge, et pourtant ils ne sont pas sans quelque peche ; car, si nous croyons les temoignages des Ecritures a la louange de ces hommes, nous la croyons egalement en ceci: aucun vivant n'est trouve juste aux yeux de Dieu 191, et c' est pourquoi l' on prie, pour qu' il n' entre point en jugement avec son serviteur I92 ; et la priere que Ie Seigneur a laissee a ses disciples est une necessite a la fois pour tous les fideles en general et pour chacun en particulier. ' XV, 22. «Mais, objectent-ils, Ie Seigneur dit: Soyez parfaits comme votre Pere celeste est parfait I93 ; or il ne commanderait pas cela, s' il savait que ce qu' il com- man de est impossibleI 94 .» La question a present n' est pas de savoir s' il est possi- ble qu'un homme soit sans peche en cette vie (puisqu'ils conoivent ainsi la perfection) car nous avons deja repondu plus haut que c' etait possible; en revanche, existe-t-il un homme qui realise cette perfection, telle est la question qui nous occupe a present. Or il est deja bien connu qu' il n' est personne pour avoir une volonte a la hauteur de ce precepte, comme Ie montrent clairement les eminents temoignages des Ecritures cites plus haut. D' ailleurs, quand elles parlent de perfection pour un homme, il faut voir en quel sens elles en parlent. Car je citais tout a I'heure I95 " un temoignage de I' Apotre ou il reconnait n' etre pas encore parfait en ce qui conceme I' accueil de cette justice qu' il desire 196; et pourtant il poursuit: Nous tous, done, ui sommes parfaits, c' est ainsi qu'il nous faut penser 97; il ne tiendrait pas ces deux propos contradictoires s'il n'etait parfait en un 196. Cf. Phil. 3, 12. 197. Phil. 3, 15. 279 
DE PECCATORVM MERITIS ET REMISSIONE in alia non esset. Velut si iam sit quisquam sapientiae perfectus auditor - quod nondum erant illi quibus dice- bat: Lac uobis potum dedi, non escam,. nondum enim poteratis sed nee adhuc quidem potestis; eis quippe et illud ait: Sapientiam loquimur inter perfectos, utique perfectos auditores uolens intellegi - potest ergo fieri, sicut dixi, ut iam sit aliquis sapientiae perfectus auditor cuius nondum sit perfectos et doctor; potest perfectos esse iustitiae cognitor, nondum [95] perfectos effector; potest perfectus esse ut diligat inimicos qui nondum est perfectus ut sufferat. Et qui perfectus est in eo quod omnes homines diligit, quippe qui etiam ad inimicorum dilectionem peruenerit, quaeritur utrum iam sit in ipsa quoque dilectione perfectus, id est utrum quos diligit tantum diligat quantum ilIa incommutabilis regula ueri- tatis diligendos esse praescribit. Cum ergo legitur in Scriptoris cui usque perfectio, qua in re dicatur non neglegenter intuendum est, quoniam non ideo quisque prorsus sine peccato esse intellegitur, quia in aliqua re dicitur esse perfectos. Quamquam et in hoc possit ita dici ut non quia iam non est quo proficiat, sed quia ex maxima parte profecit, hoc nomine dignus habeatur, sicut in docb1na legis dici potest quisquam d perfectus, etiamsi eum aliquid adhuc latet ; sicut perfec- tus dicebat Apostolus quibus tamen ait: Et si quid aliter sapitis, id quoque uobis Deus reuelabit,. uerum tamen in quod peruenimus, in eo ambulemus. XVI, 23. Neque negandum est hoc, Deum iubere ita nos in facienda iustitia esse debere perfectos ut nullum d. Le CSEL opte pour un quisque present dans une minorite de manuscrits. 198. I Cor. 3, 2a. 199. I Cor. 2, 6a. 280 
LIVRE II sens, mais en un autre non. C'est comme si un homme etait deja parfaitement apte a entendre la sagesse; tels n' etaient pas encore ceux auxquels I' Apotre disait: C' est du lait que je vous ai donne a boire, non de la nourri- ture solide ,. car vous n' en etiez pas encore capables, et meme a present vous n' en etes pas encore capables I98 ; mais, de fait, il leur dit aussi: Il est une sage sse que nous prechons parmi les parfaits 199, voulant certes faire comprendre qu' il s' agit d' auditeurs parfaits; il peut donc amver, disais-je, qu 'un homme soit deja parfaitement apte a entendre la sagesse sans etre encore parfaitement apte a I' enseigner; il peut connaitre parfaitement la justice sans pouvoir encore la realiser parfaitement; il peut etre parfait au point d' aimer ses enneniis sans etre encore assez parfait pour les supporter. Quant a celui qui est parfait en ce qu'il aime tous les hommes, etant meme parvenu a I' amour des ennemis, reste a savoir s' il est deja parfait jusque dans cet amour meme, c' est-A-dire si ceux qu' il aime, illes aime autant que I' immuable regIe de la verite prescrit de les aimer. Quand donc dans les Ecritures on parle de perfection pour un homme, il faut examiner soigneusement en que I sens on en parle, car si un homme est dit parfait en un sens, cela ne signifie pas pour autant qu'il soit absolu- ment sans peche. Encore que, la aussi, cela puisse etre dit au sens ou un homme est juge digne de ce nom, non pas parce qu' il n' a plus de progres a faire, mais parce qu'il a fait la majeure partie de ces progres; de meme, on peut dire d'un homme qu'il connait parfaitement la Loi, meme si quelque point lui demeure encore obscur; et de meme I' Apotre qualifiait de parfaits ceux auxquels il dit pourtant: Et si, sur quelque point, vous pensez autrement, cela aussi Dieu vous le revelera ,. cependant, la ou nous sommes parvenus, marchons en ce sens 2OO . XVI, 23. On ne saurait nier que Dieu nous assigne Ie devoir d' etre parfaits dans I' observance de la justice au 200. Phil. 3, 15-16. 281 
DE PECCATORVM MERITIS ET REMISSIONE habeamus omnino peccatum. Nam neque peccatum erit, si quid erit, si non diuinitus iubetur ut non sit. « Cur ergo iubet, inquiunt, quod scit nullum hominum esse facturum ?» Hoc modo etiam dici potest cur primis illis hominibus iusserit qui duo soli erant, quod sciebat eos non esse facturos. Neque enim dicendum est, ideo iussisse ut nostrum aliquis id faceret si illi non facerent; hoc enim, ne de ilIa scilicet arbore cibum sumerent, non nisi iUis solis Deus ius sit quia, sicut sciebat quid iustitiae facturi non erant, ita etiam sciebat quid iustitiae de illis erat ipse facturus. Eo [96] modo ergo iubet omnibus hominibus ut non faciant ullum peccatum, quamuis sit praesciens neminem hoc inpleturum, ut quicumque impie ac damnabiliter eius praecepta contempserint, ipse faciat eorum damnatione quod iustum est, quicumque autem in eius praeceptis oboedienter et pie proficientes nec tamen omnia quae praecepit inplentes, sicut sibi dimitti uolunt, sic aliis peccata dimiserint, ipse faciat in eorum mundatione quod bonum est. Quomodo enim dimittenti dimittitur per Dei misericordiam, si peccatum non est? Aut quomodo non uetatur per Dei iustitiam, si peccatum est? 24. «Sed ecce, inquiunt, Apostolus dicit: Bonum certamen certaui, cursum consummaui, fidem seruaui; superest mihi corona iustitiae, quod non diceret si habe- ret ullum peccatum. » Immo uero respondeant quomodo potuit haec dicere cui adhuc restabat ipsius passionis quam sibi inpendere dixerat tam magna conflictatio, tam molestum et grande 201. Objection (28) analogue it la precedente, probablement de la meme source. 202. Cf. Gen. 2, 17. 203. Cf. Matth. 6, 12. 204. II Tim. 4, 7-8. 205. Affirmation (29), puisee sans doute aux memes sources que les deux precedentes. 282 
LIVRE II point que nous soyons exempts de tout peche. De fait, s'il se commet un peche, ce n'en sera pas un si Dieu ne prescrit pas de n' en point commettre. «Pourquoi donc, objectent-ils, Dieu ordonne-t-il ce qu'il sait qu' aucun homme ne fera 20 I ?» De la sorte, on pourrait aussi demander pourquoi il a ordonne aux premiers humains, qui n'etaient que deux, ce qu'il savait qu'ils ne feraient pas. On ne saurait non plus dire, en effet, que Dieu a ordonne que l'un de nous fasse cela pour Ie cas 00 eux ne Ie feraient pas: il n' a donne qu' a eux seuls cet ordre, a savoir de ne pas prendre de nour- riture a cet arbre 202 , car, de meme qu' il savait ce qu' ils ne feraient pas selon la justice, de meme i1 savait aussi ce que lui-meme ferait a leur egard selon la justice. De meme, il ordonne donc a tous les hommes de ne com- mettre aucun peche, tout en sachant par avance que nul n' accomplira pleinement cet ordre, en sorte que tous ceux qui auront ete assez impies et condamnables pour mepriser ses commandements, Dieu lui-meme fasse ce qui est juste en les condamnant et qu'en revanche tous ceux qui, progressant dans la pieuse obeissance a ses commandements sans toutefois accomplir pleinement tout ce qu'il a commande, auront pardonne aux autres leurs peches comme ils veulent que leur soient pardonnes les leurs 203 , Dieu lui-meme fasse ce qui est bon en les purifiant. En effet s' il n' est pas de peche, comment Dieu, dans sa misericorde, pardonnerait-il a qui pardonne? Et, si Ie peche existe, comment Dieu, dans sa justice, ne l'interdirait-il pas? 24. «Mais, voyez, objectent-t-ils, I' Apotre dit: J' ai combattu le bon combat, j'ai acheve ma course, j'ai garde la foi,. il ne me reste qu' a recevoir la couronne de justice 204 ; et il ne dirait pas cela, s'il avait Ie moindre peche 205 . » J'aimerais au contraire qu'ils nous expliquent: com- ment I' Apotre a pu parler ainsi quand illui restait encore a soutenir une lutte si importante, un combat si rude et si grand, celui de sa passion, qu' il venait de presenter 283 
DE PECCATORVM MERITIS ET REMISSIONE certamen. An ad eius consummandum cursum parum adhuc deerat, quando illud deerat, ubi erat futurus acrior et crudelior inimicus ? Quodsi ideo talibus uerbis certus securusque gaudebat quia de uictoria futuri tanti certa- minis certum eum securumque iam fecerat qui eandem passionem iam illi reuelauerat inminere, non re plenis- sima sed spe firmissima haec dixit, et quod futurum esse praesumpsit tamquam factum fuerit indicauit. Si ergo his uerbis etiam hoc adderet ut diceret: «Nullum habeo iam peccatum», hoc quoque ilium intellegeremus non de rei factae, sed de rei futurae perfectione dixisse. Sic enim ad ipsius cursus consummationem pertinebat nullum habere peccatum, quod isti putant, cum haec diceret, iam in illo fuisse conpletum, [97] quemadmodum ad ipsius cursus consummationem pertinebat etiam in certamine passionis aduersarium superare, quod etiam ipsi necesse est fateantur, cum haec diceret, adhuc in illo fuisse conplendum. Hoc ergo totum nos dicimus tunc fuisse adhuc perficiendum, quando iam de Dei promissione praefidens totum ita dicebat tamquam fuisset effectum. Ad ipsius quippe cursus consummationem pertinebat etiam quod peccata dimittebat debitoribus suis atque ita sibi ut dimitterentur orabat; qua Domini pollicitatione certissimus erat in illo fine quem adhuc futurum iam fidendo dicebat inpletum, nullum se habiturum esse peccatum. Nam, ut alia omittam, miror si, cum uerba ilia dicebat per quae istis uisus est nullum habuisse peccatum, iam fuerat ab illo ablatus ille stimulus carnis de quo a se auferendo Dominum ter interrogauerat responsumque 206. Cf. II Tim. 4, 6. 207. Cf. II Tim. 4, 6. 208. Cf. Matth. 6, 12. 209. Lafides de Paul s' ajuste au sens objectif que lui donne Hebr. 11, 1 (LaJoi est la realite de ce qu'on espere, la preuve des choses qu'on ne voit pas), comme exprime plus loin (cf. II, 24, 38). 210. Cf. II Cor. 12,7-9. Surce «je me demande vraiment» (miror), signe d'une reelle evolution d' Augustin dans sa Perception de la 284 
LIVRE II comme deja imminente 206 . Lui manquait-il donc si peu de chose pour achever sa course, quand illui manquait de connaitre ce combat ou l'ennemi se montrerait plus achame et plus cruel? S' il exprimait sa joie en ces ter- mes, avec assurance et certitude, parce que de sa victoire dans Ie grand combat a venir il etait deja assure et rendu certain par celui qui lui avait deja revele l'imminence de cette meme passion 207 , cela etant, ces paroles lui etaient dictees, non par une realite pleine et entiere, mais par une esperance tres fenne, et ce qu'il a decrit comme un fait accompli, c' est I' avenir qu ' il pressentait. Par conse- quent, a supposer meme qu' a ces paroles il ait ajoute la fonnule: «Je n' ai plus aucun peche», nous entendrions que, la encore, il s' agit de I' accomplissement, non d 'une realite existante, mais d'une realite a venit. En effet, s'il importait a l'achevement de sa course me me qu'il n'eOt aucun peche (ce qui, a les en croire, etait deja pleinement realise en lui quand il prononait ces mots), de meme il importait a I' achevement de cette course meme qu' il triomphat de I' adversaire jusque dans Ie combat de sa passion; or nos objecteurs eux-memes en conviendront: quand il prononait ces mots, cela devait encore etre pleinement realise en lui. Nous disons donc que tout devait encore etre acheve en cette heure ou I' Apotre, plein de confiance en la promesse de Dieu, s' exprimait deja comme si tout eOt ete accompli. De fait, il importait encore a I' achevement de cette course me me qu' il remIt leurs peches a ses debiteurs et priat pour que les siens lui fussent remis 208 ; et c' est a cause de la promesse du Seigneur qu'il etait parfaitement sOr de n'avoir plus aucun peche au moment de cette fin encore a venir mais que, dans sa foi 209 , il disait deja pleinement realisee. De fait, pour m' en tenir a cette seule question, je me demande vraiment si, a I 'heure ou il prononait ces mots qui leur ont fait croire qu'il etait sans peche, il etait deja delivre de cet aiguillon de la chair, dont il avait, trois fois, prie Ie Seigneur de Ie delivrer 2IO , recevant cette saintete de Paul, voir la NC 56. 285 
DE PECCATORVM MERITIS ET REMISSIONE acceperat: Sufficit tibi gratia mea,. uirtus in infirmitate perficitur. Huic tanto uiro perficiendo necessarium fuit ut ab illo angelus Satanae non auferretur, a quo propterea colaphizabatur ne magnitudine reuelationum extollere- tur, et audet quisquam quemquam uel putare uel dicere positum sub onere uitae huius ab omni omnino mundum esse peccato ? 25. Sint licet homines tanta excellentes iustitia ut ad eos de columna nubis loquatur Deus, qualis Moyses et Aaron in sacerdotibus eius et Samuhel in his qui inuocant nomen eius, cuius magnae laudes pietatis et innocentiae scriptura ueridica [98] praedicantur ab ineunte pue- ritia, ex quo eum mater uotum soluens in templo Dei constituit et seruum Domino dedicauit, etiam de tali bus tamen scriptum est: Tu propitius eras illis et uindicans in omnes affectiones eorum. In filios quippe damnationis uindicat iratus, in filios autem gratiae uindicat propitius, dum quem diligit corripit et flagellat omnem filium quem recipit. Nulla autem uindicta, nulla correptio, nullum Dei flagellum debetur nisi peccato, excepto illo qui in flagella paratus est ut experiretur omnia secundum similitudinem sine peccato, ut esset sanctus sanctorum sacerdos interpellans etiam pro sanctis, qui non menda- citer etiam de se quisque dicunt: Dimitte nobis debita nostra sicut et nos dimittimus debitoribus nostris. V nde et ipsi qui contra haec disputant, cum sint casta uita moribusque laudabiles nec dubitent facere quod illi diuiti pro consequenda uita aetema consilium requirenti, 211. II Cor. 12, 9a. 212. Cf. Ps. 98, 7. 213. Ps. 98,6. 214. Cf. I Sm. 1, 11. 215. Ps. 98, 8. 216. Cf. Prou. 3, 12. 217. Cf. Hebr. 12,6. 218. Cf. Ps. 37, 18. 219. Cf. Hebr. 4, 15. 286 
LIVRE II reponse : Ma grace te suffit ,. la vertu s ' accomplit dans la jaiblesse 2I1 . Un si grand homme avait donc besoin, pour devenir parfait, de n'etre pas de livre de l'ange de Satan qui Ie souffletait precisement pour qu' il ne s' enorgueillit pas de la grandeur des revelations reues ; et I' on oserait penser, on oserait dire qu 'un homme, charge du fardeau de cette vie, est absolument pur de tout peche ! 25. Accordons qu'il y ait des hommes d'une justice si eminente que Dieu leur parle depuis la colonne de nuee 212 , tels Moise et Aaron parmi ses rretres, et Samuel parmi ceux qui invoquent son nom 2I - Samuel dont I , Ecriture, tou jours veridique, loue grandement la piete et I' innocence des Ie plus jeune age, du jour oil sa mere, comme elle en avait fait Ie vreu, I' etablit dans Ie temple de Dieu et Ie consacra au service du Seigneur 2I4 - eh bien! meme de tels hommes il est pourtant ecrit: Toi, tu etais bienveillant envers eux, mais tu les unissais aussi pour tous leurs changements d' humeur 2 5. Car si Dieu punit dans sa colere les fils de la condamnation, il punit aussi dans sa bienveillance les fils de la grace: celui qu'il aime, ille corrige 2I6 , et il chatie Ie fils qu' il accueille 2I7 . Or il n' est nulle punition divine, nulle correction, nul chatiment, qui ne soient dus au peche, exception faite pour celui qui a accepte les chatiments 2I8 pour eprouver toutes choses a notre ressemblance, mais sans Ie peche 2I9 , afin d' etre Ie retre saint entre tous, intercedant meme pour les saints 2 0, qui eux aussi disent sincerement et chacun a son propos: Remets-nous nos dettes, comme no us aussi nous remet- tons a nos debiteurs22 I  C'est pourquoi ceux-la meme qui combattent nos idees peuvent, certes, meriter des eloges pour leur vie pure et pour leur conduite; ils peuvent, certes, suivre sans hesiter I' avis donne a ce riche qui demandait conseil pour obtenir la vie etemelle; comme il venait 220. Cf. Hebr. 7,24-25. 221. Matth. 6, 12. 287 
DE PECCATORVM MERITIS ET REMISSIONE cum se respondisset iam omnia legis inpleuisse mandata, precepit Dominus, si uellet esse perfectus, uenderet omnia quae habebat et daret pauperibus thesaurumque transferret in caelum, nemo tamen eorum audet dicere se esse sine peccato. Quod, sicut credimus, non fallaci animo dicunt ; si autem mentiuntur, eo ipso incipiunt uel augere uel habere peccatum. XVII, 26. lam ergo quod loco tertio posui uideamus. Cum uoluntatem humanam gratia adiuuante diuina sine peccato in hac uita possit homo esse, cur non sit, possem facillime ac ueracissime respondere: quia homines nolunt. Sed si ex me quaeritur quare nolint, imus in longum; uerum tamen etiam hoc sine praeiu- dicio diligentioris inquisitionis breuiter dicam. N olunt homines facere quod iustum est, siue quia latet an ius- tum sit siue quia non delectate [99] Tanto enim quidque uehementius uolumus, quanto certius quam bonum sit nouimus eoque delectamur ardentius. Ignorantia igitur et infinnitas uitia sunt quae inpediunt uoluntatem ne moueatur ad faciendum opus bonum uel ab opere malo abstinendum. Vt autem innotescat quod latebat et suaue fiat quod non delectabat, gratiae Dei est qua hominum adiuuat uoluntates; qua ut non adiuuentur in ipsis itidem causa est, non in Deo, siue damnandi praedestinati sunt propter 222. Cf. Matth. 19,20-21. 223. Augustin est tout dispose a faire I' eloge des objecteurs dont la vie morale et :)pirituelle cherche sincerement a repondre aux apPels evangeliques, et il se Peut qu'il Pense ici it Pelage, dont la reputation de bonne conduite lui etait connue. nleur fait credit d' etre de bonne foi dans leur desir declare de saintete. Mais 1 'humilite leur commande de se reconnaitre cheurs, donc encore en chemin. Dans Ie De spiritu et littera, ouvrage qi prolongera en quelque sorte ce livre II, l'eveque ecrit en ce sens: «A mon avis, il a beaucoup progresse en cette vie dans Ie Perfectionnement de la justice, celui qui, en progressant, a compris combien il est loin de la Perfection de la justice» (De sp. et 288 
LIVRE II de repondre qu' il avait pleinement accompli tous les commandements de la Loi, Ie Seigneur lui enjoignit, s'il voulait etre parfait, de vendre tout ce qu' il possedait, de Ie donner aux pauvres, et de transporter son tresor dans Ie cie1 222 ; neanmoins aucun d'entre eux n'oserait se dire sans peche. Cela, ils Ie disent sans intention de tromper, croyons-nous22; mais s'ils mentent, ils commencent par la meme a accroitre leur peche ou a pecher. 3. Reponse it la troisieme sous-question: pourquoi se fait-i1 qu'aucun humain n'est sans peche? - Parce que les humains, par ignorance ou par faiblesse, ne veulent pas bien agir. XVII, 26. Voyons donc maintenant Ie troisieme point que j' ai propose. Puisque I' aide qu' apporte la grace divine a la volonte humaine pennet a l'homme d'etre sans peche en cette vie, pourquoi n'en est-il pas ainsi? Je pourrais tres facilement et en toute verite repondre a cette question: parce que les hommes ne Ie veulent pas. Mais si I' on me demande pourquoi ils ne Ie veulent pas, cela nous entraine loin; pourtant, j'y repondrai aussi, en peu de mots, sans prejudice d'un examen plus attentif. Les hommes ne veulent pas faire ce qui est juste, soit qu ' illeur echappe que cela est juste, soit parce qu ' ils n' y trouvent aucun plaisir. En effet, nous voulons d' autant plus vivement toute chose que nous la connaissons plus certainement pour bonne et que nous y trouvons un plus ardent plaisir. L'ignorance et la faiblesse sont donc des vices qui empechent la volonte de se porter a faire une bonne action ou as' abstenir d 'une mauvaise. Or, pour que se fasse connaitre ce qui echappait et que devienne agreable ce qui n' offrait aucun plaisir, il faut la grace divine, qui vient en aide aux volontes des hommes. S'ils n'en sont point aides, c'est encore en eux-memes que se trouve la cause, et non en Dieu, soit lilt. 36,64, CSEL 60, p. 225: «Quantum mihi uidetur, in ea quae perfi- cienda est iustitia multum in hac uita ille profecit qui quam longe sit a perfectione iustitiae proficiendo cognouit » ). 289 
DE PECCATORVM MERITIS ET REMISSIONE iniquitatem superbiae, siue contra ipsam suam super- biam iudicandi et erudiendi si filii sunt misericordiae. Vnde Hieremias cum dixisset: Scio, Domine, quia non est in homine uia eius nee uiri est ut ambulet et dirigat gressus suos, continuo subiunxit: Corripe me, Domine, uerum tamen in iudicio et non in furore tuo, tamquam diceret: «Scio ad correptionem meam pertinere quod minus abs te adiuuor ut perfecte dirigantur gressus mei ; uerum tamen hoc ipsum noli sic mecum agere tamquam in furore quo iniquos damnare statuisti, sed tamquam in iudicio quo doces tuos non superbire.» V nde alibi dicitur: Et iudicia tua adiuuabunt me. 27. Nullius proinde culpae humanae in Deum referas causam. Vitiorum namque omnium humanorum causa superbia est. Ad hanc conuicendam atque auferendam talis medic in a caelitus uenit: ad elatum hominem per superbiam Deus humilis descendit per misericordiam, gratiam claram manifestamque commendans in ipso homine quem tanta prae participibus suis caritate sus- cepit. Neque enim et ipse ita uerbo Dei coniunctus ut ea coniunctione unus Filius Dei et [100] idem ipse unus filius hominis fieret, praecedentibus suae uoluntatis meritis fecit. V num quippe ilium esse oportebat; esset autem et duo et tres et plures si hoc fieri posset non per Dei proprium donum, sed per hominis liberum arbittium. 224. L'expression filii misericordiae (deja employee en I, 22, 32) designe les humains se laissant pardonner par Dieu, a commencer par leur bapteme, distincts des orgueilleux endurcis. Augustin a souligne que chaque humain est responsable de sa relation aDieu (la precision «a cause de I' iniquite de [leur] orgueil» ecarte un pur arbitraire du luge divin) mais, etrangement, it surajoute un choix divin de pre- destination a la condamnation (<< siue damnandi praedestinati sunt») pourtant absent de Hier. 10, 24 comme de l'Ecriture entiere, laquelle ne confesse que la vocation divine des humains au salut (cf. Eph. 1, 11-12: II nous a predestines a etre, ala louange de sa gloire, ceux qui ont par avance espere dans Ie Christ). Mais la paraphrase fait dire au prophete que Dieu reserverait aux uns sa colere, aux autres son juge- ment a visee de correction, quand Ie verset dit seulement I' importance de la responsabilite Personnelle a travers cet acte de foi qu' est la priere du prophete. 290 
LIVRE II qu'ils aient ete predestines a la condamnation a cause de I' iniquite de leur orgueil, soit qu' il leur faille etre juges et instruits contre leur orgueil meme, s' ils sont fils de la misericorde 224 . C' est pourquoi, apres avoir dit: Ie sais, Seigneur, que le chemin d'un etre humain ne depend pas de lui, et qu'il n'appartient pas a l'homme de marcher et de diriger ses pas 225 , Jeremie a aussitot ajoute ces patoles : Corrige-moi, Seigneur, mais selon ta justice, non se Lon ta colere 226 , comme s' il disait: «C' est pour ma correction, je Ie sais, que je suis moins aide de toi, pour que mes pas soient parfaitement diriges. Pourtant, en cela meme, n'agis pas avec moi comme dans la colere par laquelle tu as resolu (ie condamner les impies, mais comme tu Ie fais dans Ie jugement par lequel tu enseignes aux tiens a ne pas s' enorgueillir. » C' est pourquoi il est dit ailleurs: Et tes jugements me viendront en aide 227 . 27. Par consequent, n'impute aDieu aucune faute humaine. Car la cause de tous les vices humains reside dans I' orgueil. Mais, pour Ie confondre et I' extirper, voici quel remede nous est venu du ciel: jusqu'a l'homme eleve par orgueil, Dieu, dans son humilite, s' est abaisse par misericorde, faisant manifestement eclater sa grace en l'homme meme, dont il a pris la nature, dans l'amour infini qu' il lui portait, en regard de ses autres creatu- res 228 . Car ce n'est pas non plus l'homme lui-meme qui, prenant les devants par les merites de sa volonte, a rea- lise l'union avec Ie Verbe de Dieu, de sorte que, grace a cette union, un seul t meme etait a la fois Fils de Dieu et fils de I 'homme. Car il fallait que celui-la fOt unique; ils seraient au contraire deux, trois et meme davantage, si cela pouvait se faire non par Ie don pro pre de Dieu, 225. Hier. 10,23. 226. Hier. 10, 24. 227. Ps. 118,175. 228. Cf. Ps. 44, 8. Cf. Hebr. 1,9 et 3, 14. 291 
DE PECCATORVM MERITIS ET REMISSIONE Hoc ergo praecipue commendatur, hoc in sapientiae atque scientiae thesauris in Christo absconditis, quantum existimare audeo, praecipue docetur et discitur. Ideo quisque nostrum bonum opus suscipere, agere, inplere nunc scit, nunc nescit, nunc delectatur, nunc non delectatur, ut nouerit non suae facultatis, sed diuini muneris esse uel quod scit uel quod delectatur, ac sic ab elationis uanitate sanetur et sciat quam uere non de terra ista, sed spiritaliter dictum sit: Dominus dabit suauitatem et terra nostra dab it fructum suum. Tanto autem magis delectat opus bonum quanto magis diligitur Deus, summum atque incommutabile bonum et auctor qualiumcumque bonorum omnium. Vt autem diligatur Deus, caritas eius diffusa est in cordibus nostris non per nos, sed per Spiritum sanctum qui datus est nobis. XVIII, 28. Sed laborant homines inuenire in nostra uoluntate quid boni sit nostrum quod nobis non sit ex Deo, et quomodo inueniri possit ignoro. Excepto enim quod Apostolus ait cum de bonis hominum loqueretur: Quid enim habes quod non accepisti ? Si autem accepisti, quid gloriaris quasi non acceperis?, ipsa etiam ratio, quae de his rebus a talibus quales sumus iniri potest, quemlibet nostrum quaerentem uehementer angustat ne sic defendamus gratiam ut liberum arbitrium auferre uideamur, rursus ne liberum sic asseramus arbitrium ut superba impietate ingrati Dei gratiae iudicemur. 229. Cf. Col. 2, 3. 230. Ps. 84, 13. 231. Rom. 5, 5. C'est la l'unique renvoi de l'ouvrage a un verset dont A.-M. LA BONNARDIERE, «Le verset paulinien Rm 5, 5 dans l'reuvre de st Augustin», dans Augustinus Magister, II, Paris, 1954, p.657-665, a pourtant releve au moins 201 mentions entre 387 et 429, dont 150 apres 411. Mais il est abondamment cite dans l'Ep. 140 (lettre en chantier quand Augustin acheve Pecc. mer.), avec la meme association a I Cor. 4, 7b, et on Ie rencontre 14 fois dans Ie De spiritu et littera, ce complement au livre II de Pecc. mer. que I' eveque ecrit pour Marcellinus au printemps ou ai' ete 412. 232. I Cor. 4, 7. 292 
LIVRE II mais par Ie libre arbitre de I 'homme. Voila donc ce qui est principalement mis en lumiere ; voila donc ce qui est principalement enseigne et appris - j' ose du moins Ie penser - dans les tresors de sagesse et de science caches dans Ie Christ 229 . Si chacun de nous, lorsqu' il s' agit d' entreprendre, de faire, d' accomplir une bonne reuvre, tantot sait Ie faire, tantot ne Ie sait pas, tantot y trouve plaisir, tantot n' en trouve aucun, c' est pour qu' il prenne conscience que ce savoir ou ce plaisir ne dependent pas de ses facultes, mais de la grace divine, et qu' ainsi il se trouve gueri de sa vaine arrogance et sache avec quelle verite il est dit, non pas de cette terre, mais en un sens spirituel: Le Seigneur donnera la douceur et notre terre donnera son fruit 230 . Or une bonne action procure d' autant plus de plaisir que I' on a plus d' amour pour Dieu, bien souverain et immuable, auteur de tous les biens sans distinction. Mais pour que Dieu soit aime, sa tendresse a ete repandue dans nos ClEurs, non pas de notre fait, mais par l' Esprit Saint qui nous a ete donne/23I . XVIII, 28. Mais les hommes s' acharnent a decouvrir dans notre volonte un bien qui soit notre et ne nous vienne pas de Dieu, et j'ignore comment on peut Ie decouvrir. En effet, si I' on omet ce que dit I' Apotre, parlant des biens de I 'homme: Qu' as-tu, en effet, que tu n' aies refu? Or, si tu l' as refu, fourquoi t' en glorifier comme si tu ne l' avais pas refu 23 ?, la raison, elle aussi, qui peut etre engagee par des gens tels que nous dans ces considerations, embarrasse fort quiconque parmi nous s' interroge: nous craignons de defendre la grace au point de paraitre supprimer Ie libre arbitre, mais inversement, nous craignons d' affinner Ie libre arbitre au point d'etre accuses d'ingratitude envers la grace de Dieu en une orgueilleuse impiete 233 . 233. Sur cette delicate relation entre grace divine et liberte humaine, voir la NC 57: «Vive conscience d' Augustin de devoir tenir ensemble necessite de la grace et realite de la responsabilite humaine». 293 
DE PECCATORVM MERITIS ET REMISSIONE 29. [101] Namque illud Apostoli quod commemo- raui, sic defendere quidam uoluerunt ut dicerent: «Ideo quicquid etiam bonae uoluntatis habet homo, Deo ttibuendum esse quia et hoc in illo esse non posset si homo ipse non esset; cum uero, ut sit aliquid atque ut homo sit non habeat nisi a Deo, cur non auctori Deo ttibuatur etiam quicquid in illo est bonae uoluntatis, quod non esset nisi esset in quo esset? » Sed hoc modo etiam illud dici potest malam quoque uoluntatem Deo auctori e tribuendam, quia nec ipsa esse posset in homine nisi homo esset in quo esset. Vt autem homo sit, Deus auctor est; ita et eius malae uoluntatis quae, nisi hominem haberet ubi esset, esse omnino non posset, ad auctorem Deus esse referendum. Quod nefas est dicere. 30. Quapropter nisi obtineamus non solum uoluntatis arbitrium, quod huc atque illuc liberum flectitur atque in eis naturalibus bonis est quibus et male uti malus potest, sed etiam uoluntatem bonam, quae iam in eis bonis est quorum esse usus non potest malus nisi ex Deo nobis esse non posse, nescio quemadmodum defendamus quod dictum est: Quid enim habes quod non accepisti ? Nam si nobis libera quaedam uoluntas ex Deo est quae adhuc potest esse uel bona uel mala, bona uero uoluntas ex nobis est, melius est id quod a nobis quam quod ab illo est. Quod si absurdissime dicitur, oportet fateamur etiam bonam uoluntatem nos diuinitus adipisci. Quamquam uoluntas mirum si potest in medio quodam ita con[102]sistere ut nec bona nec mala sit. Aut enim iustitiam diligimus et bona est - et si magis diligimus e. Le CSEL intercale ici un esse present dans une minorite de temoins anciens. 234. Affirmation (30) qui presente une affinite avec les declarations 18 (II, 2, 2) et 19 (II, 3, 3), donc sans doute, comme elles, entendue par Marcellinus, voire lue dans Ie libellus. 294 
LIVRE II 29. De fait, ces paroles de I' Apotre que je viens de citer, certains ont pretendu ainsi les defendre: «Toute la bonne volonte que I 'homme possede do it etre attribuee a Dieu pour la simple raison qu' elle aussi ne pourrait exister en l'homme si lui-meme n' existait pas; or, puis- qu'il tient de Dieu seul son existence et son humanite, pourquoi ne pas encore attribuer au Dieu createur toute la bonne volonte qui est en lui, laquelle n' existerait pas si elle ne trouvait ou exister 234 ?» Mais, de cette faon, on pourrait aller jusqu' a dire qu'il faut attribuer au Dieu createur la mauvaise volonte aussi, car elle non plus ne pourrait exister en I 'homme s'il n'y avait pas d'homme en qui elle pO,t exister. Or, si I 'homme existe, son createur est Dieu; ainsi, pour ce qui est de sa mauvaise volonte, laquelle ne pourrait aucunement exister si elle ne trouvait d'homme ou exister, il faudrait renvoyer a un Dieu qui en serait aussi I' auteur. Mais un tellangage serait impie. 30. C' est pourquoi, si nous n' affinnons pas que nous ne pouvons tenir que de Dieu, non seulement I' arbitrage de notre volonte, qui incline librement ici ou la et figure parmi les biens naturels dont Ie mauvais peut egalement mal user, mais encore la bonne volonte, qui fait deja partie des biens dont l'usage ne peut etre mauvais, je ne sais comment nous defendrons ce qui a ete dit: Qu' as-tu que tu n' aies reu235 ? Car si nous tenons de Dieu une volonte libre, laquelle peut encore etre bonne ou mau- vaise, alors que nous tenons de nous la bonne volonte, ce qui vient de nous v.aut mieux que ce qui vient de lui. Face a une telle absurdite, il nous faut avouer que nous acquerons aussi la bonne volonte par grace divine. II est d' ailleurs etonnant que la volonte puisse s' arreter dans une position mediane et n'etre ni bonne ni mauvaise. En effet, soit nous aimons la justice, et la volonte est bonne - et si nous I' aimons plus, elle est meilleure, si 235. I Cor. 4, 7. 295 
DE PECCATORVM MERITIS ET REMISSIONE magis bona, si minus minus bona est - aut si omnino non diligimus non est bona. Quis uero dubitet dicere uoluntatem nullo modo iustitiam diligentem non modo esse malam, sed etiam pessimam uoluntatem? Si ergo uoluntas aut bona est aut mala et utique malam non habemus ex Deo, restat ut bonam uoluntatem habeamus ex Deo; alioquin nescio, cum ab eo iustificamur, quo alio munere ipsius gaudere debeamus. Et hinc scriptum arbitror: Paratur uoluntas a Domino et in Psalmis: A Domino gressus hominis dirigentur f et uiam eius uolet et quod Apostolus ait: Deus est enim qui operatur in uobis et uelle et operari pro bona uoluntate. 31. Quocirca quoniam quod a Deo nos auertimus nostrum est - et haec est uoluntas mala -, quod uero ad Deum nos conuertimus nisi ipso excitante atque adiuuante non possumus - et haec est uoluntas bona-, quid habemus quod non accepimus? Si autem accepi- mus, quid gloriamur quasi non acceperimus? Ac per hoc ut qui gloriatur, in Domino glorietur, quibus hoc Deus donare uoluerit eius misericordiae est, non meritis illorum, quibus autem noluerit ueritatis est. Iusta nam- que peccatoribus poena debetur quoniam misericordiam et ueritatem diligit Dominus Deus et: Misericordia et ueritas occurrerunt sibi et: Vniuersae uiae Domini misericordia et ueritas. Et quis explicet quam crebro haec duo coniuncta diuina scriptura commemoret? f. Le CSEL opte pour diriguntur, atteste pourtant par une minorite d'anciens manuscrits. L'ensemble de l'enonce est au futuro 236. Prou. 8, 35 selon la traduction latine de la Septante dont dis- posait Augustin. C'est la premiere apparition connue de cette citation sous la plume de I' eveque. Voir la NC 58 : «Pro bona uoluntate : bonne volonte humaine ou divine?» 237. Ps. 36, 23. 238. Phil. 2, 13. Voir la NC 58: «Pro bona uoluntate: bonne volonte humaine ou divine?» et la NC 59: «Liberte du chretien dans son actuelle condition humaine ». 296 
LWRE II nous l'aimons moins, elle est moins bonne -, so it nous ne I' aimons pas du tout, et la volonte n' est pas bonne. Or qui hesiterait a dire qu'une volonte qui n'aime en aucune faon la justice est une volonte mauvaise, et meme tres mauvaise? Si donc la volonte est soit bonne soit mauvaise et si, dans tous les cas, nous ne tenons pas de Dieu la mauvaise volonte, il s' ensuit que nous tenons de lui la bonne volonte. Sinon, je ne sais de que I autre don de Dieu nous devrions nous rejouir quand il nous justifie. Et t' est pourquoi, je pense, il est ecrit: La volonte est preparee par le Seigneur 236 , de meme que dans les Psaumes: Les pas de l'homme seront diriges par le Seigneur et il decidera de sa voie 237 , ou encore, chez I' Apotre: C' est Dieu, en effet, qui rialise en vous et de vouloir et de realiser selon une volonte bonne 238 . 31. Ainsi, puisque nous detoumerde Dieu nous appar- tient en propre (et c' est la mauvaise volonte), tandis que nous toumer vers Dieu nous est chose impossible sans son incitation et son aide precisement (et c'est la bonne volonte), qu' avons-nous que nous n' ayons reu239? Or, si nous l'avons reu, pourquoi nous en glorifier comme si nous ne l'avions pas reu240? Et par la meme, pour que celui qui se glorifie se glorifie dans le Seigneur2 4I , ceux auxquels Dieu a voulu faire ce don Ie doivent a sa misericorde et non a leur merite, ceux auxquels il I' a refuse Ie doivent a sa verite. De fait, un juste chatiment est dO aux pecheurs puisue le Seigneur Dieu aime la misericorde et la verite/24 , que misericorde et verite se sont rencontrees 243 , et que toutes les voies du Seigneur sont misericorde et verite/244. Qui saurait denombrer avec quelle frequence la divine Ecriture les mentionne 239. Cf. I Cor. 4, 7. 240. Cf. I Cor. 4, 7. 241. I Cor. 1,31;IICor. 10, 17. 242. Ps. 83,12. 243. Ps. 84, 11. 244. Ps. 24, 10. 297 
DE PECCATORVM MERITIS ET REMISSIONE Aliquando [103] etiam mutatis nominibus ut gratia pro misericordia ponatur - unde est: Et uidimus gloriam eius, gloriam tamquam unigeniti a Patre, plenum gratia et ueritate -, aliquando pro ueritate iudicium, sicut est: Misericordiam et iudicium cantabo tibi, Domine. 32. Quare autem illos uelit conuertere, illos pro auersione punire, cum et in beneficio ttibuendo nemo iuste reprehend at misericordem et in uindicta exercenda nemo iuste reprehendat ueracem, sicut in illis euangeli- cis operariis aliis placitam mercedem reddentem, aliis etiam non placitam largientem nullus iuste culpauerit, cons ilium tamen occultioris iustitiae penes ipsum est. XIX. Nos, quantum concessum est, sapiamus et intel- legamus, si possumus, Dominum Deum bonum ideo etiam sanctis suis alicuius operis iusti aliquando non tti- buere uel certam scientiam uel uictticem delectationem, ut cognoscant non a se ipsis, sed ab illo sibi esse lucem qua inluminentur tenebrae eorum et suauitatem qua det fructum suum terra eorum. 33. Cum autem ab illo illius adiutorium deprecamur ad faciendam perficiendamque iustitiam, quid aliud deprecamur quam ut aperiat quod latebat et suaue faciat quod non delectabat? Quia et hoc ab illo esse deprecan- dum eius gratia didicimus, dum antea lateret, eius gratia dileximus, dum antea non delectaret, ut qui gloriatur non in se, sed in Domino glorietur. Extolli quippe in super- biam propriae uoluntatis est hominum, non operis Dei; neque enim ad hoc eos con[I04]pellit aut adiuuat Deus. 245. loh. 1, 14. 246. Ps. 100, 1. 247. Cf. Matth. 20,9-10. 248. Cf. Luc. 1,79 et Ps. 84,13. 249. Cf. I Cor. 1, 31. 298 
LIVRE II toutes deux con jointement ? Parfois aussi elle modifie les tennes, si bien que grace est mis pour misericorde, ce qui donne: Et nous avons vu sa gloire, gloire telle que le Fils unique la refoit de son Pere ,. nous l' avons vu rempli de grace et de verite/245; et parfois c' est jugement qui remplace verite, comme dans ce passage: Je chanterai, Seigneur, ta misericorde et ton jugement 246 . 32. Quant a savoir pourquoi il veut toumer vers lui les uns et punir les autres pour s' etre detoumes de lui, bien que personne ne soit en droit de Ie blamer quand il manifeste sa misericorde dans I' attribution d 'un bienfait, ni quand il dit la verite dans l'exercice de sa vindicte, de meme que, dans Ie cas des travailleurs de I' evangile 247 , nul n'etait en droit d'accuser celui qui payait aux uns Ie salaire convenu et aux autres donnait meme plus que Ie salaire convenu, Dieu lui-meme, en tout cas, detient Ie dessein d 'une justice encore plus impenetrable. XIX. Pour nous, sachons, autant qu' il nous I' a ete concede, et comprenons, si nous Ie pouvons, que, si Ie Seigneur Dieu, qui est bon, parfois n' accorde pas, meme a ses saints, soit la connaissance assuree, so it Ie plaisir qui pousse a une reuvre juste, c' est pour qu' ils appren- nent que ce n'est pas d'eux-memes mais de lui que leur viennent la lumiere qui illumine leurs tenebres et la douceur qui pennet a leur terre de porter son fruit 248 . 33. Or, quand nous Ie prions de nous accorder son aide pour pratiquer et parfaire la justice, de quoi Ie prions- nous, sinon de decouvrir ce qui echappait et de rendre doux ce qui ne charmait pas? Car c'est par sa grace que nous avons appris qu' il fallait aussi lui demander cela, alors que cela, auparavant, echappait; c' est par sa grace que nous avons aime cela, qui, auparavant, ne charmait pas; ainsi, celui qui se glorifie ne se glorifiera pas en lui-meme, mais dans Ie Seigneur 249 . En effet, etre porte a l'orgueil releve de la volonte propre des hommes, non de I' reuvre de Dieu: a cela, Dieu ne les pousse ni ne les aide. 299 
DE PECCATORVM MERITIS ET REMISSIONE Praecedit ergo in uoluntate hominis adpetitus quidam propriae potestatis, ut fiat inoboediens per superbiam. Hic autem adpetitus etiam si non esset, nihil molestum esset et cum hoc uoluit homo sine difficultate noluisset; secutum est autem ex debita iusta poena tale uitium ut iam molestum esset oboedire iustitiae. Quod uitium nisi adiuuante gratia superetur, ad iustitiam nemo conuer- titur; nisi operante gratia sanetur, iustitiae pace nemo perfrui tur. Cuius autem gratia uincitur et sanatur nisi illius cui dicitur: Conuerte nos, Deus sanitantium nostrarum, et auerte iram tuam a nobis? Quo et si facit, miseri- cordia facit ut dicatur: Non secundum peccata nostra fecit nobis nee secundum iniquitates nostras retribuit nobis. Et quibus non facit, iudicio non facit. Et quis dicet illi: «Quid fecisti cui misericordia et iudicium pia sanctorum mente cantatur?» Idcirco etiam sanctos et fideles suos in aliquibus uitiis tardius sanat, ut in his eos minus quam inplendae ex omni parte iustitiae sufficit, delectet bonum, siue cum latet siue cum etiam manifes- tum est ut, quantum pertinet ad integerrimam regulam ueritatis eius, non iustificetur in conspectu eius omnis uiuens. Nec in eo ipso uult nos damnabiles esse, sed humiles, commendans nobis eandem gratiam suam, ne facilitatem in omnibus adsecuti nostrum putemus esse quod eius est; qui error multum est religioni pietatique contrarius. Nec ideo tamen in eisdem uitiis nobis pennanen- dum esse existimemus, sed aduersus ipsam maxime 250. Ps. 84, 5. 251. Ps. 102, 10. 252. Cf. Ps. 100, 1. 253. Cf. Ps. 142, 2. 300 
LWRE II Ainsi donc, dans la volonte de I 'homme precede un certain appetit de sa propre puissance qui Ie rend desobeissant par orgueil. Or, s' il n' existait meme pas cet appetit, rien ne serait penible: quand l'homme a voulu une chose, il n' aurait eu aucune difficulte a ne pas la vouloir; mais d'un chatiment juste et merite a decoule ce vice qu' illui fut desonnais penible d' obeir a la justice. Et si ce vice n' est pas dompte par Ie secours de la grace, nul ne se toume vers la justice; s' il n' est pas gueri par I' operation de la grace, nul ne jouit de la paix qu' apporte la justice. Or a qui appartient la grace qui pennet de Ie vaincre et de Ie guerir sinon a celui auquel il est dit: F ais- nous revenir, Dieu de nos guerisons, 'et detourne de nous ta colere 250 ? S'il Ie fait a quelque egard, c'est par misericorde qu'ille fait, si bien qu'il est dit: Il ne nous a pas traites selon nos peches ni retribues selon nos iniquites 25I . Et pour ceux auxquels il ne Ie fait pas, c'est par son jugement qu'il ne Ie fait pas. Et qui lui dira: «Qu' as-tu fait, toi dont la misericorde et Ie jugement sont chantes par I' ame pieuse des saints 252 ?» S'il tarde a guerir meme ses saints et ses fideles en ce qui conceme certains vices, c' est pour que, dans ces vices, Ie bien leur plaise moins qu' il n' est necessaire au parfait accomplissement de la justice, soit quand il leur echappe, soit meme quand il est manifeste, de sorte qu'aucun etre vivant, pour ce qui regarde la rele inalterable de sa verite, n' est justifie en sa presence 53. Et en cela meme il ne veut pas nous condamner, mais nous rendre humbls, nous faisant eprouver cette meme grace qui est sienne, afin que nous ne tenions pas pour notre ce qui lui appartient parce ue nous aurions en toutes choses rencontre la facilite 54; cette erreur est fort contraire a la religion et a la piete. Ne pen sons pas cependant qu' il nous faille pour autant persister dans les memes vices mais, pour ce qui est de 254. Cf. I Cor. 4, 7. 301 
DE PECCATORVM MERITIS ET REMISSIONE superbiam propter quam in eis humiliamur g et nos uigilanter conemur et ipsum deprecemur ardenter simul intelle[105]gentes et quod sic conamur et quod sic precamur do no illius nos habere, ut in omnibus non ad nos respicientes, sed sursum cor habentes Domino Deo nostro gratias agamus et, cum gloriamur, in illo gloriemur. XX, 34. Quartum iam illud restat quo explicato, quan- tum adiuuat Dominus, senno quoque iste tam prolixus tandem tenninum sumat, utrum qui omnino numquam ullum peccatum habuerit habiturusque sit, non solum quisquam natorum hominum sit, uerum etiam potuerit aliquando esse uel possit. Hunc prorsus nisi unum mediatorem Dei et hominum, hominem Christum Iesum, nullum uel esse uel fuisse uel futurum esse certissimum est. Vnde iam multa diximus de baptismo paruulorum, qui si nullum peccatum habent, non solum sunt homines innumerabiles sine peccato, uerum etiam fuerunt et erunt. Porro si ueraciter illud constitit unde secundo loco egimus, neminem esse sine peccato, profecto nec paruuli sine peccato sunt. Ex quo conficitur, etsi quisquam in hac uita esse potuisset qui uirtute ita perficeretur ut ad tantam plenitudinem iustitiae perueniret qua nullum haberet omnino pecca- tum, fuisse tamen eum antea peccatorem unde in istam nouitatem uitae conuerteretur non esse dubitandum. Etenim secundo illo loco aliud quaerebatur, aliud in hoc quarto propositum est. Nam in illo utrum aliquis in hac uita ad perfectam, quae prorsus sine ullo peccato g. Le CSEL retient humilamur, que ne donnent que deux temoins anciens. 255. Cf. I Cor. 1, 31. 256. Cf. I Tim. 2, 5. 257. Augustin renvoie ici Marcellinus et ses autres lecteurs au livre I. 258. Essentiellement en II, 7, 8 - 13, 20. 302 
LNRE II nous, deployons des efforts vigil ants et prions ardem- ment Dieu pour combattre avant tout I' orgueil qui fait qu' en ces vices nous sommes humilies; et comprenons en meme temps que ces efforts et ces prieres memes nous sont un don de Dieu; ainsi en toutes choses, sans un regard sur nous-memes mais en elevant notre creur, nous rendrons graces au Seigneur notre Dieu et, lorsue nous nous glorifierons, nous nous glorifierons en lui 2 5. 4. Reponse a la quatrieme sous-question: a-t-il pu et pourra-t-il exister un etre humain indemne de tout pkhe? - Non, a l'exception de Jesus. xx, 34. Reste desonnais Ie quatrieme point qui, une fois developpe avec l'aide du Seigneur, clora du meme coup enfin ce si long propos: il s' agit de savoir s' il existe, parmi les enfants des hommes, et meme s' il a pu un jour ou s' il peut exister un etre qui, absolument jamais, n' ait eu ou ne doive avoir aucun peche. Or un tel etre, assurement, il est absolument certain qu'a l'exception du seul Mediateur entre Dieu et les hommes, l'homme Jesus-Christ 256 , il n'en existe, n'en a existe ou n' en existera aucun. Voila pourquoi nous avons deja tant parle du bapteme des tout-petits 257 car, s'ils n'ont aucun peche, innombrables sont les hommes sans peche non seulement dans Ie present, mais aussi dans Ie passe et I' avenir. Allons plus loin: si I' on recon- nalt comme une verite etablie ce dont nous avons traite en deuxieme lieu 258 , a savoir que personne n' est sans peche, assurement les tout-petits non plus ne sont pas sans peche. D' ou il. s' en suit que, meme s' il avait pu exister dans cette vie un homme assez parfait en vertu pour parvenir a une telle plenitude de justice qu' il n' eOt absolument aucun peche, il ne faut point douter qu' il eOt pourtant ete pecheur avant de se toumer vers cette renovation de sa vie. En effet, la question traitee dans Ie deuxieme point etait differente de celIe qui est proposee ici en quattieme lieu. Peut -on, en cette vie, parvenir a la perfection totalement exempte de peche par Ie zele de sa volonte 303 
DE PECCATORVM MERITIS ET REMISSIONE est, uitam perueniret per gratiam Dei studio uoluntatis, hoc requirebatur; in hoc autem quarto, utrum esset in filiis hominum uel esse potuisset aut posset qui non ex peccato ad iustitiam perfectissimam perueniret, sed nullo omnino umquam peccato esset obsttictus, hoc quaeritur. Ideo, si ilia uera sunt quae [106] tam multa de paruulis diximus, nec est iste in filiis hominum quis- quam nee fuit nec erit, excepto uno mediatore in quo nobis propitiatio et iustificatio posita est per quam finitis inimicitiis peccatorum reconciliemur Deo. Non itaque ab re est, quantum praesenti causae sufficere uidetur, ab ipso exordio generis humani pauca repetere, quibus aduersus quaedam quae mouere possent legentis animus infonnetur. XXI, 35. Posteaquam illi primi homines, uir unus Adam et ex illo Eua uxor eius, accepto Dei praecepto seruare oboedientiam noluerunt, iusta eos poena ac debita consecuta est. Sic enim comminatus fuerat Dominus, quod ea die qua uetitum cibum ederent morte morerentur. Proinde, quia utendi ad escam omni ligno quod in paradiso erat acceperant potestatem, in quo etiam lignum uitae plantauerat Deus, ab illo autem solo eos prohibuerat, quod appellauit scientiae boni et mali, quo nomine significaretur experientiae consequentia, et quid boni custodita et quid mali essent transgressa prohibitione sensuri, recte profecto intelleguntur ante malignam diaboli persuasionem abstinuisse cibo uetito atque usi fuisse concessis ac per hoc et ceteris et praeci- pue ligno uitae. 259. Cf. I Tim. 2, 5. 260. Cf. Rom. 3, 25. 261. Cf. Rom. 5, 10-11. 262. Augustin se propose donc, en quelque sorte, de reintroduire ici la reftexion qu'il avait menee dans Ie livre I (section I, 9, 9 - 15, 20). nle fait dans la section II, 21, 35 - 24, 38 en partant de Gen. 1-3 puis en y retoumant. 263. Cf. Gen. 2, 17. 304 
LWRE II aide de la grace divine? Telle est la question traitee dans Ie deuxieme point. Existe-t-il, a-t-il pu ou peut-il exister, parmi les enfants des hommes, non un etre qui parvienne, au sortir du peche, a la justice la plus parfaite, mais un etre qui n'ait absolumentjamais ete lie par aucun peche? Voila, en revanche, la question traitee ici dans Ie qua- trieme point. Si donc ce que nous avons si longuement developpe au sujet des tout-petits est vrai, il n'existe, n'a existe et n' existera aucun etre tel parmi les enfants des hommes, a I' exception du seul Mediateur2 59 , sur lequel reposent notre pardon et notre justification 260 qui, met- tant fin aux inimities de nos peches, nous reconcilient avec Dieu26I . Aussi n' est - il pas hors de propos - mais dans une me sure qui semble suffisante au present sujet - de remonter en quelques mots a I' origine meme du genre humain, afin de premunir I' esprit du lecteur contre certaines difficultes susceptibles de I' ebranler 262 . XXI, 35. Apres gue les premiers humains, Adam, Ie seul homme, et Eve, son epouse qui fut tiree de lui, eurent refuse d'obeir plus longtemps au precepte reu de Dieu, un chatiment juste et merite s'ensuivit. Le Seigneur, en effet, avait fonnule la menace qu' ils mour- raient de mort Ie jour ou ils mangeraient la nourriture defendue 263 . Ainsi donc, ils avaient reu Ie pouvoir d'user, pour se nourrir, de tout arbre existant au paradis, dans lequel Dieu avait aussi plante I' arbre de vie, mais illeur en avait interdit un seul, qu' il appela I' arbre de la science du bien et du maI 264 , nom destine ales eclairer sur les suites de I' experience ainsi que sur Ie bien ou Ie mal qu' ils eprouveraient selon qu' ils respecteraient ou transgresseraient l'interdiction ; de ce fait, on comprend bien, assurement, qu' ils se sont abstenus de la nourriture interdite avant la persuasion maligne du demon, et qu 'ils ont use des arbres permis, donc de tous, en particulier de I' arbre de vie. 264. Cf. Gen. 2,9.16.17. 305 
DE PECCATORVM MERITIS ET REMISSIONE Quid enim absurdius quam ut credantur ex aliis arbo- ribus alimenta sumpsisse, non autem etiam ex illo quod et similiter pennissum fuerat et utilitate praecipua per aetatum labem mutari, quamuis animalia corpora atque in mortem ueterescere non sinebat, tribuens hoc corpori humano de suo corpore beneficium et mystica signifi- catione demons trans quid per sapientiam, cuius figuram gestabat, conferretur animae rationali, ut alimento eius uiuificata nequaquam in labem mortemque nequitiae uerteretur? Merito enim de ilia dicitur: Li[107]gnum uitae est amplectentibus eam. Sicut haec arbor in cor- porali, sic ilia in spiritali paradiso, ista exterioris, ilIa interioris hominis sensibus praebens uigorem sine ulla in deterius temporis commutatione uitalem. Seruiebant igitur Deo uehementer sibi commendata pietate oboedientiae, qua una colitur Deus. Quae per se ips am quanta sit quamque sola sufficiat ad tuendam ratio- nalem sub creatore creaturam, non potu it excellentius intimari quam ut a ligno prohiberentur non malo. Absit enim ut bonorum creator qui fecit omnia et ecce bona ualde, male aliquid in illius etiam corporalis paradisi fertilitate plantaret. Sed ut ostenderetur homini cui esset sub tali Domino utilissima seruitus, quantum esset solius oboedientiae bonum quam solam de famulo exegerat, cui oboedire non propter ipsius dominatum, sed propter seruientis utilitatem potius expediret, ab eo ligno sunt prohibiti, quo si uterentur non prohibiti, nihil omnino paterentur, ut quod illo post prohibitionem utentes passi 265. Prou. 3, 18. 266. Gen. 1,31. 306 
LIVRE II Quoi de plus absurde, en effet, que de croire qu' ils ont mange les fruits des autres arbres, mais pas de celui- la qui leur avait ete pareillement pennis et qui, par une vertu speciale, empechait que leurs corps, malgre leur nature animale, ne se trouvent changes par la souillure des ans et ne vieillissent jusqu' a la mort? II communi- quait au corps humain ce bienfait tire de sa propre nature et revelait, en un sens mystique, ce qui, par la sagesse dont il etait la figure, etait confere a I' Arne raisonnable, afin que, vivifiee par son aliment, elle ne tombe en aucune maniere dans la souillure et la mort du mal. Et c'est avec raison qu'on dit de la sa 8 esse: Elle est l'arbre de vie pour ceux qui s'y attachent 65. De mme que cet arbre etait dans Ie paradis terrestre, elle est dans Ie para- dis spirituel, l'un procurant aux facultes exterieures de I 'homme, I' autre a ses facultes interieures une vigueur dont la vie se maintient sans etre aucunement degradee par Ie temps. lIs servaient donc Dieu avec la pieuse obeissance a eux vivement recommandee, par laquelle seule on rend un culte a Dieu. Or la grandeur de l'obeissance en elle-meme et combien, a elle seule, elle suffit a garder la creature raisonnable soumise a son Createur, cela ne pouvait leur etre intime de faon plus excellente qu' en leur interdisant de toucher a un arbre qui n' etait pas mau- vais. Loin de nous, en effet, I' idee que Ie Createur de tout bien, I' auteur de toutes choses - et voici to utes choses tres bonnes 266 - pOt planter quelque chose de mauvais dans Ie sol fertile de ce paradis, meme terrestre. Mais Dieu voulait que fOt mantre a I 'homme, qui connaissait sous un tel Maitre une servitude tres profitable, que I bien representait a elle seule I' obeissance, seule exigence imposee au serviteur, dont I' interet etait d' obeir non pas tant a cause de la souverainete divine que pour Ie profit de celui qui servait; illeur fut donc interdit de toucher a cet arbre, dont I' usage ne leur aurait fait aucun mal sans cette interdiction, afin qu' il fut suffisamment manifeste que ce qu'ils ont subi en usant de cet arbre apres I' interdiction 307 
DE PECCATORVM MERITIS ET REMISSIONE sunt satis ostenderetur quod eis hoc non intulerit arbor cibo noxio pemiciosa, sed tantum oboedientia uiolata. XXII, 36. Hanc ergo priusquam uiolassent, placebant Deo et placebat eis Deus et, quamuis corpus animale gestarent, nihil inoboediens in illo aduersum se moueri sentiebant. Faciebat quippe hoc ordo iustitiae ut, quia eorum anima farnulum corpus a Domino acceperat, sicut ipsa eidem Domino suo, ita illi corpus eius oboediret atque exhiberet uitae illi congruum sine ulla resistentia famulatum. Hinc et nudi erant et non confundebantur. Animam quippe rationalem naturali uerecundia nunc pudet quod in carne in cuius seruitutem ius potestatis accepti, nescio qua infinnitate efficere non [108] potest, ut se nolente moueantur membra et se uolente mouean- tur. Quae propter hoc in quouis casto merito appellantur pudenda, quod aduersus dominam mentem, quasi suae sint potestatis, sicut libitum est, excitantur idque solum iuris in his habent frena uirtutis ut ad inmundas et inlici- tas corruptiones ea peruenire non sinant. Haec igitur carnis inoboedientia quae in ipso motu est, etiamsi habere non pennittatur effectum, non erat in illis tunc primis hominibus quando nudi erant et non confun- debantur. Nondum quippe anima rationalis domina carnis inoboediens extiterat Domino suo, ut poena reci- proca inoboedientiam experiretur carnem famulam suam cum sensu quodam confusionis et molestiae suae, quem sensum certe ipsa per inoboedientiam suam non intulit 267. Cf. I Cor. 15,44a. 268. Cf. Gen. 2, 25. 269. «Chair» (caro) est ici identifie a «corps» (corpus), mais ensuite (II, 23, 37) designe la condition native humaine comme Ie fait Paul en Rom. 8, 3 (in similitudine carnis peccati) a propos de l'in- carnation du Verbe. 270. Deja evoque en I, 16, 21. Augustin d6crit ici l'asPeCt pul- sionnel de la sexualite humaine. Voir la NC 38: «La sexualite, lieu d'exrience sensible de la condition humaine, blessee par Ie peche originel ». 308 
LIVRE II ne leur est pas venu d 'un arbre dangereux par la nocivite de ses fruits, mais seulement de la transgression de I' obeissance. XXII, 36. Avant donc qu'ils ne l'eussent transgressee, ils etaient agreables aDieu et Dieu leur etait agreable et, bien que revetus d 'un corps animaf2 67 , ils ne sentaient en lui aucun mouvement rebelle a leur encontre. L' ordre de la justice, en effet, realisait ceci: leur ame ayant reu du Seigneur un corps qui lui etait soumis, comme cette ame elle-meme obeissait a son Seigneur, pareillement son corps lui obeissait et lui manifestait sans aucune resis- tance une soumission confonne a la vie paradisiae. C' est pourquoi ils etaient nus et n' en rougissaient pas 68. En effet, si aujourd'hui l'ame raisonnable eprouve de la honte par pudeur naturelle, c' est qu' en ce qui conceme la chair 269 , qu' elle a reu Ie pouvoir d' asservir, je ne sais que lie faiblesse l'empeche d'obtenir que ses membres ne soient pas ebranles quand elle ne Ie veut pas et qu' ils Ie soient quand elle Ie veut. Et ce qui justifie chez toute personne chaste Ie fait qu' on les appelle parties honteu- ses, c' est qu' ils s' excitent a leur gre contre I' ame, leur maitresse, comme s' ils relevaient de leur pro pre pouvoir, et que I 'unique droit dont disposent sur eux les freins de la vertu est de les empecher d'arriver a d'impures et illicites debauches 27o . Donc cette desobeissance de la chair, presente dans l'impulsion elle-meme, meme si l'on ne pennet pas qu'elle soit sui vie d'effet, n'existait pas alors chez ces premiers humains, puisqu' ils etaient nus et n' en rougis- saient pas27 I . C' est que I' ame raisonnable, maitresse de la chair, n' avait pas encore fait preuve de desobeissance envers son Seigneur et, partant, n' experimentait pas la desobeissance de la chair, sa servante, comme un chati- ment en retour, avec un certain sentiment de confusion et de gene, sentiment qu'elle-meme n'a certes pas inspire a 271. Cf. Gen. 2, 25. 309 
DE PECCATORVM MERITIS ET REMISSIONE Deo. Neque enim Deo pudendum est aut molestum, si nos ei non oboedimus, cuius in nos summam potestatem nullo modo minuere ualeamus, sed nobis pudendum est quod imperio nostro caro non seruit, quia hoc fit per infinnitatem quam peccando meruimus uocaturque peccatum habitans in membris nosttis. Sic est autem hoc peccatum ut sit poena peccati. Denique posteaquam est ilia facta transgressio et anima inoboediens a lege sui Domini auersa est, habere coepit contra eam seruus eius, hoc est corpus eius, legem inoboedientiae et puduit illos homines nuditatis suae animaduerso in se motu quem ante non senserant, quae animaduersio apertio dicta est oculorum; neque enim oculis clausis inter illas arbores oberrabant. Sic et de Agar scriptum est: Aperti sunt oculi eius et uidit puteum. Tunc illi homines pudenda texerunt quae Deus illis membra, ipsi uero pudenda fecerunt. [109] XXIII, 37. De hac lege peccati nascitur caro peccati expianda per illius sacramentum qui uenit in similitu- dine carnis peccati, ut euacuetur corpus peccati quod et corpus mortis huius appellat, unde miserum hominem 272. Dans la Cite de Dieu, Augustin revient sur cette obeissance initiale chez les premiers humains et emploie la meme expression reciproca poena (cf. Ciu. 13, 13, BA 35, p. 282-283) pour designer un effet de leur desobeissance aDieu. 273. L' expression combine Rom. 7, 17 (= Rom. 17, 20: peccatum habitans) et Rom. 7,23 (legi peccati quae in membris meis habitat). 274. «Peehe en tant que chitiment du peche». Voir la NC 38. Meme si, en Rom. 7, Paul ne prolonge pas son examen de la faiblesse du baptise par un retour sur ce qu'il disait, en Rom. 5, sur Ie reten- tissement sur l'humanite de la faute d' Adam, l'analyse d' Augustin n' en est pas moins fondee a deceler ici une piste pour distinguer entre conscience des peches Personnels et conscience d'une emprise plus vaste touchant, de naissance, tous les humains. 275. Cf. Gen. 3, 7. Mais Ie recit biblique est muet sur ce point. Augustin extrapole en referant la conscience honteuse, par Adam et Eve, de leur nudite a une experience d' excitation non controlee de leurs organes sexuels. Le meme «retrecissement» s' etait manifeste au livre I (I, 29, 57), quand Augustin lisait en Rom. 6, 6 une exhortation de Paul aux cl1retiens a maitriser chacun les pulsions de ses organes genitaux. Voir la NC 38. 310 
LIVRE II Dieu par sa desobeissance 272 . Dieu, en effet, ne saurait eprouver ni honte ni gene si, pour notre part, nous ne lui obeissons pas, car nous ne pouvons en aucune faon entamer son pouvoir souverain sur nous; mais nous, nous devons avoir honte de ce que la chair n'est pas soumise a notre empire, car cela provient de la faiblesse que nous avons meritee en chant et s' appelle le peche qui habite en nos membres 73. Mais il est peche en tant que chatiment du peche 274 . Enfin, quand la transgression eut ete accomplie et que I' ame, en desobeissant, se fut detoumee de la loi de son Seigneur, son propre serviteur, c' est-A-dire Ie corps, adopta des lors contre elle la loi de desobeissance et les hommes, alors, eurent honte de leur nudite en decouvrant en eux-memes un mouvement non encore eprouve; c' est cette decouverte dont il est dit que leurs yeux furent ouverts 275 ; car ils n' avaient pas les yeux fermes lorsqu' ils se promenaient parmi les arbres. Ainsi est-il ecrit d' ASar elle aussi: Ses yeux s' ouvrirent et elle vit un puits 76. Alors les hommes couvrirent leurs parties honteuses 277 : Dieu leur avait fait des membres, eux les ont rendus honteux. XXIII, 37. De cette loi du peche/278 nait la chair du peche/279, qui doit etre expiee par Ie sacrement de celui qui est venu dans la ressemblance de la chair du peche/280, afin que soit extirp6 Ie corps de peche/28I, qu'il appelle egalement corps de cette mort 282 et dont Ie 276. Gen. 21, 19. Le rapprochement de cette scene (sic) avec celie 00 Adam et Eve se rendent compte avec honte qu' ils sont nus a de quoi etonner. 277. Cf. Gen. 3, 7. 278. Cf. Rom. 7, 23.25b. Cf. Rom. 8, 2. 279. Cf. Rom. 8, 3. 280. Cf. Rom. 8, 3. TERTULLIEN, De carne Christi, 18, evoque dans Ie meme sens I' expiatam carnem sordibus antiquitatis. Voir la NC 60 : «Rom. 8, 3, verset capital de la christologie d' Augustin». 281. Rom. 6, 6. 282. Cf. Rom. 7, 24. 311 
DE PECCATORVM MERITIS ET REMISSIONE non liberat nisi gratia Dei per Iesum Christum Dominum nostrum. Sic enim ab eis transitum fecit in posteros ista lex initium mortis, quemadmodum labor quo cuncti homines laborant in terra, quemadmodum in feminas parturitio cum doloribus. Haec enim, cum de peccato arguerentur, Dei sententia meruerunt quae non in eis solis, sed etiam in successoribus eorum, in aliis magis, in aliis minus, tamen in omnibus uidemus inpleri. Cum itaque primorum illorum hominum fuerit prima iustitia oboedire Deo et hanc in membris aduersus legem mentis suae legem concupiscentiae non habere, nunc post eorum peccatum nata ex eis nostra carne peccati pro magno obtinetur ab his qui oboediunt Deo desideriis eiusdem concupiscentiae non oboedire et crucifigere in se carnem cum passionibus et concupiscentiis, ut sint Iesu Christi qui hoc in sua cruce figurauit, quibus per gratiam suam dedit potestatemfilios Deifieri. Non enim omnibus hominibus dedit, sed quotquot receperunt eum, ut Deo renascerentur Spiritu qui saeculo nati erant carne. Sic enim de his dictum est: Quotquot autem receperunt eum, dedit eis potestatem filios Dei fieri, qui non ex carne, non ex sanguine, non ex uoluntate uiri nee ex uoluntate carnis, sed ex Deo nati sunt. XXIV, 38. Secutus autem addidit: Et Verbum caro factus est et habitauit in nobis, tamquam dicens: 283. Cf. Rom. 7, 24-25. L'association de Rom. 8, 3, Rom. 6, 6 et Rom. 7, 24 avec Ie meme sens donne a caro et corpus avait ete faite par ORIGENE, In Ep. ad Rom. 5,9, PG 14, 1046C: «De Saluatore quodam loco dicit (Paulus) qui uenerit in similitudine carnis peccati (Rom. 8, 3), ut de peccato damnaret peccatum in carne (fin de Rom. 8,3) ... Sic ergo Paulus (...) corpus nostrum corpus peccati (Rom. 6,6) et corpus mortis (Rom. 7, 24) et corpus humilitatis (Phil. 3, 21) apPellat.» 284. Cf. Gen. 3, 16. 285. Cf. Rom. 7,23. 286. Cf.Rom. 8,3.0RIGENE,lnEp.adRom. 5,9 comprendde meme (fin de la citation donnee ci-dessus): «Corpus ergo peccati (Rom. 6,6) est corpus nostrum quia nec Adam scribitur cognouisse Euam uxorem suam et genuisse CaIn (cf. Gen. 4, 1) nisi post Peccatum. » 312 
LIVRE II malheureux etre humain n' est libere 3fe par la grace de Dieu par Jesus-Christ notre Seigneur 83. C'est ainsi, en effet, que cette loi, principe de mort, est pas see d' eux a leurs descendants, comme Ie labeur sous lequel peinent tous les hommes sur terre, et comme, pour les femmes, l'enfantement dans la douleur 284 . En effet, etant convain- cus de peche, ils ont merite de la sentence divine ces miseres que nous voyons s' accomplir, non en eux seuls, mais egalement dans leur posterite, plus chez les uns, moins chez les autres, mais en tous cependant. C'est pourquoi, alors que la premiere justice, pour ces premiers humains, fut d'obeir a Dieu sans eprouver dans leurs membres I' opposition de cette loi de, la concupis- cence a la loi de leur esprit 285 , aujourd'hui, apres leur peche, notre chair issue d' eux etant chair du peche/286, ceux qui obeissent aDieu obtiennent a grand-peine de ne pas obeir aux desirs de cette meme concupiscence 287 et de crucifier en eux la chair avec ses passions 288 et ses concupiscences, pour etre a Jesus-Christ, qui a figure eel a dans sa croix; et par sa grace il leur a donne le pouvoir de devenir enfants de Dieu 289 . En effet, il n' a pas donne a tous les hommes, mais a tous ceux qui l'ont reu290, de renaitre a Dieu par I 'Esprit, eux qui etaient nes au siecle par, la chair 29 . C' est ainsi, en effet, qu' il a ete dit d' eux: A tous ceux qui l' ont reu il a donne le pouvoir de devenir fils de Dieu, eux qui ne sont nes ni de la chair, ni du sang, ni de la volonte de l'homme, ni de la volonte de la chair, mais de Dieu 292 . XXIV, 38. Or l'evgeliste a poursuivi en disant: Et le Verbe s' est fait chair et il a habite chez nous 293 ; il 287. Cf. Rom. 6, 12. 288. Cf. Gal. 5, 24. 289. loh. 1, 12. 290. loh. 1, 12. 291. Cf. loh. 3,5. 292.loh. 1, 12-13. 293. loh. 1, 14. 313 
DE PECCATORVM MERITIS ET REMISSIONE «Magnum [110] quidem hoc in his factum est, ut Deo nascerentur ex Deo qui prius nati fuerant ex came sae- culo quamuis creati ab ipso Deo; sed longe mirabilius factum est quod, cum istis naturae fuerit nasci de came, beneficii uero nasci ex Deo, propter hoc inpertiendum beneficium HIe qui de Deo naturaliter natus est nasci etiam misericorditer de came dignatus est.» Hoc est enim: Et Verbum caro factum est et habitauit in nobis. Per hoc, inquit, factum est ut nati de came caro postea nascendo de Spiritu spiritus essemus et habitaremus in Deo, quia et Deus natus de Deo postea de came nas- cendo caro factus est et habitauit in nobis. Verbum enim, quod caro factum est, in principio erat et apud Deum Deus erat. Verum tamen ipsa participatio ill ius in inferiora nostra, ut nostra esset in superiora illius, tenuit quandam et in camis natiuitate medietatem ut nos quidem nati essemus in carne peccati, HIe autem in similitudine carnis peccati, nos non solum ex came et sanguine, uerum etiam ex uoluntate uiri et uoluntate carnis, HIe autem tantum ex came et sanguine, non ex uoluntate uiri neque ex uoluntate carnis, sed ex Deo natus est. Et ideo nos in mortem propter peccatum, ille propter nos in mortem sine peccato. Sicut autem inferiora eius quibus ad nos descendit non omni modo coaequata sunt inferioribus nosttis in quibus nos hic inuenit, sic et superiora nostra quibus ad eum ascendimus non 294. Cf. loh. 1, 13d. 295. Cf. loh. 1, 13b et 3, 6a. 296. loh. 1, 14. 297. Cf. loh. 3, 6. 298. Cf. loh. 1, i 4. 299. Cf. loh. 1, 14 puis loh. 1, 1. 300. Cf. Rom. 8, 3. 301. Cf. Rom. 8, 3. Voir la NC 60: «Rom. 8, 3, verset capital de la christologie d' Augustin». 302. Cf. loh. 1, 13abc. 303. Cf. loh. 1, 13. Des chretiens Jean dit qu'ils sont, comme tels, nes de Dieu et non d'une naissance purement humaine. Mais Augustin 314 
LIVRE II disait en quelque sorte: «Certes, c' est une grande chose qui s' est operee en eux: naitre de Dieu 294 aDieu, eux qui d' abord etaient nes de la chair 295 au siecle, bien que crees par Dieu en personne; mais voici une merveille bien plus grande encore: alors qu' ils devaient a leur nature de naitre de la chair, mais a un bienfait de naitre de Dieu, celui qui, par nature, est ne de Dieu a, pour leur faire partager ce bienfait, daigne naitre aussi de la chair par misericorde.» C' est en effet ce que veut dire: Et le Verbe s' est fait chair, et il a habite chez nous 296 . Par la, dit-il, il s' est produit qu' etant chair, nes de la chair, nous devenions esprit en naissant ensuite de I , Esprit 297 et habitions en Dieu car Dieu aussi, ne de Dieu, s' est fait chair en naissant ensuite de la chair et il a habite chez nous 298 . En effet, Ie Verbe qui s' est fait chair etait au commen- cement et etait Dieu aupres de Dieu 299 . Pourtant, dans la part meme qu' il a prise a notre inferiorite pour que nous ayons part a sa preeminence, il a garde un moyen tenne, meme dans sa naissance selon la chair: nous, nous sommes nes vraiment dans la chair du peche'300, lui est ne dans la ressemblance de la chair du peChe'30I ; nous, nous sommes nes non seulement de la chair et du sang, mais encore de la volonte de l' homme et de la volonte de la chair3° 2 , lui est ne seulement de la chair et du sang, non de la volonte de l'homme ni de la volonte de la chair, mais de Dieu 303 . Aussi allons-nous a la mort a cause du peche, tandis que lui, a cause de nous, va a la mort sans Ie peche 304 . Et de meme que son inferiorite, par laquelle il est descendu jusqu' a nous 305 , n' etait en aucune faon comparable a la notre ou il nous a trouves ici-bas, de meme notre preeminence, par laquelle nous accommode la citation, car il veut souligner la difference de condition native entre Jesus et tous les autres humains: lui seul est ne d'une vierge, etant seul par nature Fils de Dieu. Voir la NC 60. 304. Cf. Rom. 5, 8-9; I Cor. 15,3; II Cor. 5, 15. 305. Cf. loh. 3, 13. 315 
DE PECCATORVM MERITIS ET REMISSIONE coaequabuntur superioribus eius in quibus eum illic inuenturi sumus. Nos enim ipsius gratia facti erimus filii Dei, ille semper natura erat Filius Dei; nos aliquando conuersi adhaerebimus inpares Deo, ille numquam auersus manet aequalis Deo; nos participes uitae aeter- nae, ille uita aeterna. Solus ergo ille etiam homo [111] factus manens Deus peccatum nullum umquam habuit nec sumpsit carnem peccati quamuis de materna carne peccati. Quod enim carnis inde suscepit, id profecto aut suscipiendum mun- dauit aut suscipiendo mundauit. Ideo uirginem matrem non lege carnis peccati, id est non concupiscentiae car- nalis motu concipientem, sed pia fide sanctum gennen in se fieri promerentem quam eligeret creauit, de qua crearetur elegit. Quanto magis ergo caro peccati bapti- zanda est propter euadendum iudicium si baptizata est caro sine peccato propter imitationis exemplum ! XXV, 39. Quod autem supra respondimus aduersus qui dicunt: «Si peccator genuit peccatorem, iustus quoque iustum gignere debuit», hoc etiam his respon- demus qui dicunt de homine baptizato natum iam uelut baptizatum haberi debuisse. «Cur enim non, inquiunt, in lumbis patris sui potuerit baptizari, si secundum 306. Cf. Matth. 3, 17. 307. Cf. Phil. 2, 6. 308. Cf. loh. 14, 6 et 11, 25. 309. Cf. I Petro 2, 22a. 310. Cf. Rom. 8,3. 311. Cf. Rom. 8, 3. 312. Al'instar de tous les autres Peres de l'Eglise, Augustin ne fait pas d' exception pour Marie: comme tous les autres humains, hormis Jesus, elle a herite du che originel. Mais c' est sa matemite virginale qui, pour Ie theologien africain, garantit la non-contamination de la chair de Jesus par Ie regime de notre commune «chair de peche». Voir laNC 60. 313. L'expression fusionne Rom. 7, 23 (lex peccati) et Rom. 8, 3 (caro peccati). 316 
LWRE II montons jusqu'a lui, ne sera pas comparable ala sienne ou nous Ie retrouverons la-haute Nous, en effet, nous serons devenus fils de Dieu par sa seule grace, lui de tout temps etait par nature Fils de Dieu 306 ; nous, retoumes un jour a lui, nous nous attacherons a Dieu sans I' egaler, lui, qui ne s'est jamais detoume, demeure egal a Dieu 307 ; nous, nous prendrons part a la vie etemelle, lui est la vie etemelle 308 . Donc lui seul, meme devenu homme, ne cessant d'etre Dieu, n' a jamais eu aucun peche 309 et n' a pas pris la chair du peche 3I 0 , bien qu' issu par sa mere de la chair du peche 3II . En effet, ce qu' il en prit de charnel, ill' a assu- rement purifie pour Ie prendre ou purifie en Ie prenant 3I2 . nlui fallait pour mere une vierge qui ne Ie conOt pas selon la loi de la chair du peche 3I3 , c'est-a-dire par un mouvement de la concupiscence charnelle, mais qui meritat par une pieuse foi que Ie saint fruit gennat en elle; aussi la fit-il naitre afin de la choisir, il la choisit afin de naitre d' elle. Combien plus faut-il donc que soit baptisee la chair du peche 3I4 pour echapper au jugement, si une chair sans peche a ete baptisee pour nous donner un exemple a imiter 3I5 ! XXV, 39. Or la reponse que nous avons faite plus haut a ceux qui disent: «Si un pecheur engendre un pecheur, un juste devrait aussi engendrer un juste 3I6 », nous la faisons aussi a ceux qui disent que I' enfant ne d'un baptise doit etre considere comme deja baptise. «Pourquoi, disent-ils, ne pourrait-il pas, en effet, etre baptise dans les entraiUes de son pere si, selon I' epitre 314. Cf. Rom. 8,3. 315. Cf. Matth.3, 13-15. La fin du livre I (voir fin de I, 28, 56 et I, 29, 57) d6crivait deja l'exceptionalite de la conception et de la naissance du Christ. Mais Augustin souligne a present que cette excep- tionnalite est un enseignement revele de la condition de tous les autres humains, marques par Ie peche originel. 316. Objection (24) des nonnulli cites plus haut (II, 9, 11). 317 
DE PECCATORVM MERITIS ET REMISSIONE epistolam quae ad Hebreos scripta est in lumbis Abrahae Leui potuit decimari ? » Hoc qui dicunt adtendant non propterea Leui postea non fuisse decimatum quia iam fuerat decimatus in lumbis Abrahae, sed quia sic ordinatus est honore sacer- dotii ut acciperet decimas, non praeberet; alioquin nec ceteri fratres eius, qui ei praebebant, decimarentur, quia et ipsi in lumbis Abrahae a Melchisedech iam fuerant decimati. 40. Sed ne quis dicat propterea recte potuisse Abrahae filios decimari, quamuis iam fuissent in lumbis patris sui decimati, quia [112] decimatio talis erat quae in uno- quoque homine saepe fuerat facienda, sicut Israhelitae annis omnibus ex fructibus omnibus decimas tota uita sua ere bras solent praebere Leuitis, baptismum autem tale sacramentum esse quod semel datur et, si iam hoc acceperat quisque cum in patre suo esset, non nisi bap- tizatum fuisse deputandum cum de illo qui baptizatus fuerat gigneretur ; qui hoc dicit, ne diu disputem, circum- cisionem respiciat, quae semel fiebat et tamen in singulis singulatim fiebat. Sicut ergo tempore illius sacramenti de circumciso qui nasceretur circumcidendus fuit, sic nunc de baptizato qui natus fuerit baptizandus est. 317. Cf. Hebr.7, 9. Affirmation (31) visiblement exprimee par d' autres objecteurs que ces nonnulli puisqu' Augustin se toume vers d' autres chretiens (<<hoc etiam his respondemus qui dicunt...») qui, eux, contestent la necessite de baptiser les hehes de baptises, Ie bapteme de ceux-ci sanctifiant d'avance leur progeniture. La citation pourrait provenir du liber mentionne en I, 34, 64, avec affinites avec Ie Liber de fide qui soutient que « les enfants ne sont pas punis pour leurs parents non plus que les parents pour leurs enfants» (n° 38, ed. Miller, p. 110) avec appui sur Deut. 24, 16 et Ez. 18,25.2-4. Le recours de ces objecteurs a un passage de I' epitre aux Hebreux avait ete annonce plus haut (cf. I, 27, 50). 318 
LIVRE II ecrite aux Hebreux, Levi a pu etre soumis a la dime dans les entrailles d' Abraham 3I7 ?» Que ceux qui parlent ainsi soient attentifs au fait que, si Levi, plus tard, ne fut pas soumis a la dime, ce n' est pas parce qu' il I' avait deja ete dans les entrailles d' Abraham 3I8 , mais parce qu'il etait destine par la dignite du sacerdoce a recevoir la dime, et non a la verser; sinon, tous ses freres, qui, eux, la lui versaient, n' auraient pas non plus ete soumis a la dime, puisque eux aussi I' avaient dea ete par Melchisedech dans les entrailles d' Abraham 3 9. 40. Mais n' allons pas dire que les fils d' Abraham, quoique deja soumis a la dime dans les 'entrailles de leur pere, ont tres bien pu y etre soumis parce que son paiement constituait une obligation incombant regulie- rement a chacun - c' est ainsi que les Israelites versent chaque annee aux Uvites, durant toute leur vie, une dime importante, et sur toutes leurs recoltes -, tandis que Ie bapteme est un sacrement qui ne se donne qu 'une fois et, si quelqu 'un I' avait reu des Ie moment ou il se trouvait dans les entrailles de son pere, il ne saurait etre tenu que pour baptise puisque engendre par un baptise. Pour abreger la discussion, que celui qui parle ainsi se rappelle la circoncision, qui n' avait lieu qu 'une fois et pourtant pour chacun, individuellement. De meme donc qu'a l'epoque de ce sacrement il fallait circoncire celui qui naissait d'un circoncis, de meme, maintenant, il faut baptiser celui qui est ne d 'un baptise. 318. Cf. Hebr. 7,9. 319. Cf. Hebr. 7, 10. 
DE PECCATORVM MERITIS ET REMISSIONE 41. «At enim ait Apostolus: Filii uestri inmundi essent, nunc autem sancti sunt; et ideo, inquiunt, fide- lium filii iam baptizari minime debuerunt. » Miror hoc dicere qui negant peccatum ex Adam originaliter trahi. Si enim hanc Apostoli sententiam sic accipiunt ut credant de fidelibus sanctificatos filios nasci, cur eos etiam ipsi baptizari oportere non dubitant? Cur denique nolunt fateri de parente peccatore aliquod peccatum originaliter trahi, si de sancto aliqua sanctitas trahitur? Et contra nostram quidem non est adsertionem, etiamsi ex fidelibus sancti propagantur, quod eos dici- mus, si non baptizantur, pergere in damnationem, quibus et ipsi regnum caelorum intercludunt, quamuis eos dicant non habere ullum uel proprium uel originale peccatum. Aut si eis indignum uidetur ut sancti damnentur, quo- modo est h dignum ut a regno Dei sancti separentur? Illud potius adtendant, quomodo non de peccatoribus parentibus trahitur aliquod peccatum, si de sanctis aliqua sanctitas trahitur et inmunditia de inmundis. V trumque enim dixit qui dixit: Alioquin filii uestri inmundi essent, nunc autem sancti sunt. [113] Explicent etiam quomodo iustum sit ut sancti ex fidelibus et inmundi ex infidelibus h. Le CSEL retient erit, leon d 'une minorite des manuscrits anciens. 320. I Cor. 7, 14. Augustin revient sur ce verset en III, 12, 21. 321. Affirmation (32) emanant des memes objecteurs que ceux dont Augustin vient de dire qu'ils soutiennent (31) que l'enfant ne d'un baptise doit etre considere comme deja baptise (II, 25, 39). La source parait bien etre Ie liber car il est ici tres proche du Liber de fide de RUFIN, n° 40. Voir la NC 44. 322. En realite, la contradiction interne du discours de ces objec- teurs n' existe pas: ce qu' ils contestent, c' est que les nouveau-nes aient besoin du bapteme pour se Jaire pardonner une faute.Le bapteme leur est necessaire pour d'autres raisons. Voir la NC 42. 323. Erreur d'interpretation de I Cor. 7, 14b: Paul ne considere qu 'une seule situation, tenue pour reelle, a savoir la «saintete» du conjoint non baptise et de la progeniture qu'il a eue avec son conjoint 320 
LIVRE II 41. «Mais, objectent-ils, I' Apotre dit: Vos ls seraient impurs, alors qu' a present Us sont saints 20; partant, les fils des fideles n' auraient plus du tout a etre baptises 32I . » Cette objection m' etonne venant de ceux qui nient que Ie peche soit originellement transmis depuis Adam. En effet, si pour eux cette phrase de I' Apotre signifie que les fideles donnent naissance a des fils sanctifies, pourquoi alors affirment-ils sans hesiter qu'eux aussi doivent etre baptises 322 ? Pourquoi enfin ne veulent-ils pas reconnaitre que quelque peche so it transmis origi- nellement d'un pere pecheur si un pere saint transmet quelque saintete 323 ? Ce n' est certes pas I contraire a nos affirmations, meme si I' on admet que les fideles procreent des saints; car nous disons qu' en I' absence de bapteme ils vont a la condamnation 324 . Or nos adversaires eux aussi leur ferment Ie royaume des cieux tout en disant qu' ils n' ont aucun peche, ni personnel ni originel 325 . Ou bien, s' il ne leur semble pas bon que des saints soient condamnes, comment est-t-il bon que des saints soient exclus du royaume de Dieu ? Voici a quoi ils devraient plutot etre attentifs: com- ment des parents pecheurs ne transmettraient - ils pas quelque peche, si des saints transmettent quelque sain- tete et des hommes impurs quelque impurete ? L' Apotre, en effet, a dit l'un et l'autre quand il a dit: Sinon, vos fils seraient impurs, alors qu' a present Us sont saints 326 . Qu'ils expliquent encore comment il serait juste qu' a des saints nes de fideles et des impurs nes d' infideles baptise. Mais Augustin parait avoir ete convaincu que pouvait s'appli- quer ici une logique antithetique... logique d' ai lie urs souvent maniee par les objecteurs, dont Caelestius. 324. Autrement dit, admet Augustin, un fils de baptise tire de son geniteur a la fois une certaine saintete et un certain etat pecheur. 325. Recapitulation de la serle d'opinions issues de (5) en I, 12, 15: les tout-Petits ont besoin du baptSme pour d'autres motifs qu'un pardon, etant exempts de tout peche. 326. I Cor. 7, 14. 321 
DE PECCATORVM MERITIS ET REMISSIONE nati pariter tamen, si baptizati non fuerint, regnum Dei non pennittantur intrare. Quid ergo illis ista sanc- titas prodest? Nam si damnari faterentur inmundos ex infidelibus natos, sanctos autem filios fidelium in Dei quidem regnum intrare non posse nisi fuerint baptizati, non tamen damnari quia sancti sunt, esset qualiscumque distinctio ; nunc uero natos de sanctis sanctos et inmun- dis inmundos aequaliter dicunt et, quia peccatum non habent, non damnari et, quia baptismum non habent, a Dei regno separari. Hanc absurditatem tali a ingenia non uidere, quis credat? 42. Nostrae autem, immo ipsius Apostoli sententiae qui dixit: Ex uno omnes ad condemnationem et: Ex uno omnes ad iustificationem uitae, quam non sit contrarium hoc quod ait cum de alia re ageret: Alioquin filii ues- tri inmundi essent, nunc autem sancti sunt, paululum adtende. XXVI. Non unius modi est sanctificatio; nam et catechumenos secundum quendam modum suum per signum Christi et orationem manus inpositionis puto sanctificari et, quod accipiunt quamuis non sit corpus Christi, sanctum est tamen et sanctius quam cibi quibus alimur, quoniam sacramentum est, uerum et ipsos cibos quibus ad necessitatem sustentandae uitae huius utimur, sanctificari idem Apostolus dixit per uerbum Dei et ora- tionem qua oramus utique nostra corpuscula refecturi. Sicut ergo ista ciborum sanctificatio non efficit ut, quod in os intrauerit, non in uentrem uadat et in secessum 327. Rom. 5, 16b. 328. Rom. 5, 18. 329. I Cor. 7, 14. 330. Les candidats au baptSme recevaient quelques grains de sel ou un morceau de pain saupoudre de sel. Voir la NC 61: «Les informations contenues dans Ie De peccatorum meritis et remissione sur Ie rite catechumenal». 322 
LIVRE II on interdise a egalite d' entrer ,dans Ie royaume des cieux s'ils n' ont pas ete baptises. A quoi sert donc aux pre- miers une telle saintete? Car s' ils admettaient que sont condamnes les impurs, nes d' infideles, tandis que les saints, fils de fideles, ne peuvent certes pas entrer dans Ie royaume de Dieu s' ils n' ont ete baptises, mais pour autant ne sont pas condamnes puisqu' ils sont saints, il y aurait une certaine distinction; mais voila qu' ils mettent sur Ie meme plan les saints nes de parents saints et les impurs nes de parents impurs, en affinnant tout a la fois qu'ils ne sont pas condamnes, n' ayant pas de peche, et qu'ils sont exclus du royaume de Dieu, n'ayant pas reu Ie bapteme. Or c' est une absurdite: coment croire que de tels esprits ne Ie voient pas? 42. Quant a notre doctrine, ou plutot celIe de I' Apotre lui-meme qui a dit: Par un seul homme tous sont conduits a la condamnation 327 et: Par un seul homme tous sont conduits a la justification qui donne la vie 328 , elle n' est pas du tout contredite par ce qu'il a dit a un autre sujet: Sinon, vos ls seraient impurs, alors qu' a present Us sont saints 3 9; tu Ie verras avec un peu d' attention. XXVI. II n'y a pas qu'une sorte de sanctification. En effet, les catechumenes sont, je pense, sanctifies dans une mesure qui leur est propre par Ie signe du Christ et la priere de l'imposition des mains; et ce qu'ils reoi- vent, sans etre Ie corps du Christ, est cependant chose sainte, et plus sainte que les nourritures dont nous nous sustentons puisqu' il s' agit d' un sacrement 330 . Mais en outre les nourritures memes dont nous usons necessai- rement pour soutenir notre vie ici-bas sont sanctifiees, a dit encore I' Apotre, par la parole de Dieu et par la priere que nous lui adressons 33 , notamment au moment de restaurer nos humbles corps. Or cette sanctification des aliments n' empeche pas ce qui est entre dans la bouche de descendre dans I' estomac et d' etre rejete en un lieu 331. Cf. I Tim. 4, 3b-5. Paul fait en effet allusion aux benedjctions d' aliments qui entourent les repas. 323 
DE PECCATORVM MERITIS ET REMISSIONE emittatur per corruptionem qua omnia terrena soluuntur, unde et [114] ad aliam escam quae non corrumpitur nos Dominus exhortatur, ita sanctificatio catechumeni, si non fuerit baptizatus, non ei ualet ad intrandum regnum caelorum aut ad peccatorum remissionem. Ac per hoc et ilia sanctificatio, cuiusque modi sit, quam in filiis fidelium esse dixit Apostolus, ad istam de baptismo et de peccati origine uel remissione quaes- tionem omnino non pertinet. Nam et coniuges infideles in coniugibus fidelibus sanctificari dicit eo ipso loco ita loquens: Sanctificatur enim uir infidelis in uxore et sanctificatur mulier infidelis in fratre,. alioquin filii uestri inmundi essent, nunc autem sancti sunt. Non, opinor, quisquam tam infideliter intellegit, quodlibet in his uerbis intellegat, ut ob hoc existimet etiam maritum non Christianum, quia Christiana fuerit uxor eius, neque iam baptizari oportere et ad peccatorum remissionem iam peruenisse et in regnum caelorum esse intraturum, quia sanctificatus dictus est in uxore. XXVII, 43. Quisquis uero adhuc mouetur quare baptizentur qui iam de baptizatis nascuntur, hoc breuiter accipiat. Sicut generatio carnis peccati per unum Adam ad condemnation em trahit omnes qui eo modo generantur, sic regeneratio i spiritus gratiae per unum Iesum Christum i. R. Habitzky ecarte la Ion regeneratio (conservee par Ie CSEL) parce qu' elle est foumie par une minorite des plus anciens manuscrits. Elle a cePendant pour elle deux appuis : la reminiscence biblique et I' in- sistance habituelle d' Augustin sur la sequence generatio-regeneratio, attestee ici aussi par «sicut qui generantur ... sic qui regenerantur». 332. Cf. Matt. 15, 17. 333. Cf. loh. 6, 27. 334. I Cor. 7, 14. 335. Augustin montre Ie «hors sujet» commis par les objecteurs signales en II, 25, 41, en citant l' integralite du verset I Cor. 7, 14 et son contexte (/ Cor. 7, 12-16). La « sanctification» des enfants est du 324 
LIVRE II retire 332 du fait de la corruption oil se desagregent toutes choses terrestres - et c' est pourquoi Ie Seigneur nous exhorte egalement a prendre une autre nourriture, qui ne se corrompt pas 333 ; de la meme faon, donc, la sanctifi- cation du catechumene, s' il n' est pas baptise, ne lui sert de rien pour entrer dans Ie royaume des cieux ou pour Ie pardon de ses peches. C' est pourquoi cette sanctification dont I' Apotre a atteste I' existence dans les fils des fideles, de quelque sorte qu' elle soit, n' a absolument rien a voir avec la question du bapteme et de I' origine du peche ou de son pardon. Car il dit aussi des conjoints infideles qu' ils sont sanctifies dans leurs conjoints fidels, et voici ses tennes dans ce meme passage precisement: En elfet, l' epoux infidele est sanctifie en son epouse et l' epouse infidele est sanctifiee en un frere ,. sinon vos ls seraient impurs, alors qu' a present ils sont saints 34. Or per- sonne, je pense, quoi qu' il comprenne en ces paroles, ne les interprete assez infidelement pour en conclure que meme un marl non chretien, parce que son epouse est chretienne, n' a plus besoin d' etre baptise, qu' il est deja parvenu au pardon des peches et qu'il entrera dans Ie royaume des cieux parce qu' on I' a dit sanctifie en son epouse 335 XXVII, 43. Et que ceux qui s'emeuvent encore de ce que I' on baptise ceux qui naissent de parents deja baptises me pretent un instant d' attention. De meme que la generation de la chair du peche'336, par Ie seul Adam, e.ntraine a la condamnation tous 337 ceux qui sont ainsi engendres, de meme la regeneration spirituelle de la grace, par le seul Jesus-Christ 338 , meme ordre que celie du conjoint « infidele» (c'est-a-dire non-baptise). Elle ne provient pas de la «saintete» unique du couple des geniteurs, puisqu 'un seul conjoint est croyant. 336. Cf. Rom. 8, 3. 337. Cf. Rom. 5, 16.18. 338. Cf. Rom. 5, 17. 325 
DE PECCATORVM MERITIS ET REMISSIONE ad iustificationem uitae aetemae ducit omnes qui eo modo praedestinati regenerantur. Sacramentum autem baptismi profecto sacramentum regenerationis est. Quocirca sicut homo qui non uixerit mori non potest et qui mortuus non fuerit resurgere non potest, ita qui natus non fuerit renasci non potest. Ex quo conficitur neminem in suo parente renasci potuisse non natum. Oportet autem ut, si natus fuerit, renascatur, quia nisi quis natus fuerit denuo, non potest uidere regnum Dei. Oportet igitur ut sacramento regenerationis, ne sine illo male de hac uita exeat, etiam [115] paruulus inbuatur; quod non fit nisi in remissionem peccatorum. Quod etiam ipso loco Christus ostendit, cum interrogatus quomodo possent ista fieri, commemorauit quid Moyses fecerit in exaltatione serpentis. Cum itaque per baptismi sacramentum morti Christi confonnantur infantes, eos a serpentis morsu fatendum est liberari, si a Christianae fidei regula nolumus aberrare. Quem tamen morsum non in sua uita propria, sed in illo cui primitus inflictus estacceperunt. 44. Neque illud fallat quod nec parenti post conuer- sionem obsunt propria peccata. « Quanto » enim « magis», inquiunt, « filio eius obesse non possunt», sed qui hoc sentiunt non adtendunt quia, sicut parenti per hoc quod Spiritu renatus est propria peccata non obsunt, ita qui de illo natus est, nisi eo modo renascatur, quae a parente tracta sunt oberunt, quia et 339. Cf. Rom. 5, 18. 340. Cf. Tit. 3, 5. 341. loh. 3, 3. 342. Cf. Marc. 1, 4; Act. 2, 38. 343. Cf. loh. 3, 14; Num. 21, 4-9. 344. Cf. Col. 2, 12. 345. Cf. Gen. 3. 346. Affirmation (33) qui n'est qu'une variante de (32), donc lancee par les meme objecteurs cites en II, 25, 41 avec meme source commune: Ie liber. 326 
LIVRE II conduit a la justification de la vie etemelle 339 tous ceux qui, ainsi predestines, se trouvent regeneres 340 . Or Ie sacrement du bapteme est assurement Ie sacrement de la regeneration. C'est pourquoi, de meme que l'homme qui n'a pas vecu ne peut mourir et que celui qui n'est pas mort ne peut ressusciter, de meme celui qui n' est pas ne ne peut renaitre. II s'ensuit que nul n'a jamais pu renaitre en son pere avant d' etre nee Or il faut qu 'une fois ne il renaisse car, a moins de naitre a nouveau, on ne peut voir le royaume de Dieu 34I . II faut donc qu'il soit, encore tout petit, impregne du sacrement de la regeneration, de peur qu' il ait Ie malheur de quitter cette v,ie sans I' avoir reu; car ce sacrement n' est donne que pour Ie pardon des peches 342 . Et cela, Ie Christ Ie montre aussi dans Ie passage precisement OU, s' entendant demander comment c' etait possible, il rappela Ie geste de MOIse elevant Ie serpent d' airain 343 . Ainsi, du moment que les bebes, par Ie sacrement du bapteme, sont rendus confonnes a la mort du Christ 344 , il faut convenir qu'ils sont delivres de la morsure du serpent si nous ne voulons pas nous ecarter de la regIe de la foi chretienne. Cette morsure, pourtant, ils ne I' ont pas reue durant leur pro pre vie, mais en celui auquel elle fut primitivement infligee 345 . 5. La concupiscence qui persiste chez les baptises n'est pas peche. 44. Et ne nous laissons pas abuser par Ie fait que les parents, apres leur conversion, ne subissent plus Ie pre- judice de leurs propres pches. lIs disent en effet: «A plus forte raison leur fils ne saurait Ie subir 346 !» Mais ceux qui pen sent ainsi ne sont pas attentifs a ceci: de meme que Ie pere, des lors qu'il est rene de I'Esprit, ne subit pas Ie prejudice de ses propres peches 347 , de meme Ie fils, a moins de renaitre pareillement, subira Ie prejudice des peches contractes 347. Cf. loh. 3,5. 327 
DE PECCATORVM MERITIS ET REMISSIONE innouati parentes non ex primitiis nouitatis, sed ex reli- quiis uetustatis carnaliter gignunt, et filii ex parentum reliqua uetustate toti uetusti in peccati carne propagati damnationem ueteri homini debitam sacramento spiri- talis regenerationis et renouationis euadunt. Illud namque praecipue propter quaestiones quae de hac re motae sunt uel moueri adhuc possunt, adten- dere ac meminisse debemus tantummodo peccatorum omnium plenam perfectamque remissionem baptismo fieri, hominis uero ipsius qualitatem non totam continuo commutari, sed spiritales primitias in bene proficienti- bus de die in diem nouitate crescente commutare in se quod carnaliter uetus est, donec totum ita renouetur ut animalis etiam infirmitas corporis ad firmitatem spirita- lem incorruptionemque perueniat. [116] XXVill, 45. Haec autem lex peccati quod etiam peccatum appellat Apostolus cum dicit: Non ergo regnet peccatum in uestro mortali corpore ad oboedien- dum desideriis eius, non sic manet in membris eorum qui ex aqua et Spiritu renati sunt, tamquam non sit eius facta remissio ubi omnino plena et perfecta fit remissio peccatorum omnibus inimicitiis interfectis quibus sepa- rabamur a Deo, sed manet in uetustate carnis tamquam superatum et peremptum, si non inlicitis consensionibus quodam modo reuiuiscat et in regnum proprium domi- nationemque reuocetur. 348. Cf. Eph. 4, 22. 349. Cf. Rom. 8, 3. 350. Cf. Eph. 4,22-23 et Tit. 3, 5b. Augustin revient ainsi sur l'ana- lyse de la condition du baptise qu'il avait ouverte en II, 7, 9. 351. Cf. Col. 2, 13. 352. Cf. II Cor. 4, 16b. 353. Cf. I Cor. 15, 44b et 44a. 354. Rom. 7, 23 = Rom. 7, 25b. Rom. 8, 2. 355. Rom. 6, 12. 356. Cf. Rom. 7, 23. loh. 3, 5. 328 
LIVRE II par son pere, car les parents, meme renouveles, n' en- gendrent pas selon les premices de la nouveaute, mais charnellement, selon les restes du vieil etat 348 , et les fils, tout entiers a la vetuste par suite du vieil etat qui subsiste chez leurs parents, perpetues qu' ils sont dans la chair de peche'349, echappent a la condamnation due au vieil homme par Ie sacrement de la regeneration et de la renovation spirituelles 35o . De fait, a cause des questions qui ont ete soulevees a ce sujet ou qui peuvent l'etre encore, nous devons parti- culierement appliquer notre attention et notre memoire au fait que du bapteme ne resulte que Ie pardon plenier et parfait de tous les peches35I , mais que la nature de l'homme lui-meme n'en est pas aussitot entierement modifiee; en revanche, chez ceux qui proessent en bien, la nouveaute croissant de jour en jour 352 , les premices de l'esprit s'assimilent ce qui est vieux selon la chair jusqu' a ce qu' il soit entierement renouvele, de sorte que me me la faiblesse animale du cos parvienne a la force et a I' incorruptibilite de I' esprit 3 . XXVIII, 45. Or cette loi du peche'354 - que I' Apo- tre appelle aussi peche quand il dit: Que le peche ne regne donc !as dans votre corps mortel pour obeir a ses desirs 35 - ce peche, donc, ne subsiste pas dans les membres de ceux qui renaissent de l' eau et de I'Es- prit 356 comme ce serait Ie cas si son pardon ne s'etait pas effectue, tandis que Ie pardon des peches se fait, plein et entier, par I' extinction de toutes les inimities qui nous separaient de Dieu 357 ; mais Ie peche subsiste dans la vetuste de la chair; en quelque sorte vaincu et aneanti, tant qu' on ne Ie fait pas revivre de quelque faon par des consentements illicites et qu' on ne Ie rappelle pas a son empire et a sa domination. 357. Cf. Eph. 2, 16. Es. 59,2. 329 
DE PECCATORVM MERITIS ET REMISSIONE Ab hac autem uetustate camis in qua est lex ista peccati uel peccatum iarn remissum usque adeo Spiritus uita discemitur, in cuius nouitate baptizati per Dei gra- tiarn renascuntur, ut parum fuerit Apostolo dicere tales non esse in peccato, nisi etiarn diceret in ipsa carne illos non esse antequarn ex hac mortali uita emigrarent: Qui enim in carne sunt, inquit, Deo placere non possunt; uos autem non estis in carne, sed in Spiritu si tamen Spiritus Dei habitat in uobis. Verum tamen sicut ipsa carne quarnuis corruptibili bene utuntur qui membra eius ad opera bona conuertunt, in qua carne non sunt quia non secundum earn sapiunt neque uiuunt, sicut denique etiarn morte, quae primi peccati poena est, bene utuntur qui earn pro fratribus, pro fide, pro quacumque uera et sancta iustitia fortiter et patienter inpendunt, sic ilia etiam lege peccati, quod iarn remissum in uetustate carnis manet, bene utuntur coniugati fideles qui ex eo quod sunt in Christi nouitate dominari sibi libidinem minime patiuntur, ex eo autem quod adhuc trahunt Adae uetustatem regenerandos inmortaliter filios mort aliter generant, cum ea propagine peccati qua illi qui renati sunt obnoxii non tenentur et qua illi qui [117] nascuntur renascendo soluuntur. Quamdiu ergo manet lex concupiscentialis in mem- bris, manente ipsa, reatus eius soluitur; sed ei soluitur qui sacramentum regenerationis accepit renouarique iarn coepit. Ex ilIa autem manente concupiscentiae uetustate quod nascitur renasci indiget ut sanetur, quia parentes fideles et nati carnaliter et renati spiritaliter filios 358. Rom. 7,23. Rom. 8,2. 359. Cf. Rom. 8,5. 360. Cf. Rom. 7, 6. 361. Rom. 8,8-9. 362. Cf. Rom. 8, 5b. 363. Cf. Rom. 6, 23. 364. Rom. 7,23.Rom. 8,2. 365. Cf. Rom. 7,6 + 8, 1. 366. Cf. /oh. 3, 3. 330 
LIVRE II Or cette vetuste de la chair, dans laquelle subsiste cette loi du peche'358 ou Ie peche deja remis, la vie de l' Esprit dans la nouveaute de laquelle 359 les baptises renaissent par la grace de Dieu 360 s' en distingue a tel point que I' Apotre, non content d'affirmer que de tels hommes ne sont plus dans Ie peche, a ajoute qu'avant de quitter cette existence mortelle, ils ne sont plus dans la chair elle-meme. En effet, dit-il, ceux qui sont dans la chair ne peuvent plaire aDieu,. or vous, vous n' etes pas dans la chair mais dans l' Esprit, si toutefois l' Esprit de Dieu habite en VOUS36 I . Pourtant, de meme que de la chair, bien qu'elle soit corruptible, ceux-la font bon usage qui destinent a de bonnes actions les membres de cette chair dans laquelle ils ne sont plus car ils ne reglent sur elle ni leurs goOts ni leur vie 362 , de meme enfin que de la mort aussi, chatiment du premier peche 363 , ceux-la font bon usage qui I' offrent avec courage et patience pour leurs freres, pour la foi, pour toute justice veritable et sainte, de meme aussi, de cette loi du peche'364 qui, deja remis, subsiste desonnais dans la vetuste de la chair, les fideles maries font bon usae, eux qui, parce qu' ils sont dans la nouveaute du Christ 65, ne se laissent pas du tout dominer par Ie desir, mais, parce qu' ils trainent encore la vetuste d' Adam, engendrent suivant la condition mortelle des fils qui devront etre regeneres pour la vie immortelle, dans la perpetuation du peche, qui ne retient &luS sous sa dependance ceux qui sont nes de nouveau 3 , et dont ceux qui naissent sont delies en naissant de nouveau 367 . Donc, tant que la loi de la concupiscence demeure dans nos membres, la faute en est deliee, alors que cette loi meme demeure; mais elle est deliee pour qui a reu Ie sacrement de la regeneration et a deja commence a se renouveler. En revanche, ce qui nait de cette vetuste persistante de la concupiscence a besoin de renaitre pour etre gueri ; car des parents fideles, nes selon la chair et de 367. Cf. loh. 3, 3. 331 
DE PECCATORVM MERITIS ET REMISSIONE camaliter genuerunt, filii uero antequam nascerentur renasci quomodo potuerunt ? 46. Nee mireris quod dixi manente concupiscentialiter lege peccati reatum eius solui per gratiam sacramenti. Sicut enim facta et dicta et cogitata iniqua quantum ad ipsos motus animi et corporis pertinet, iam praeterierunt et non sunt, eis tamen praeteritis et non iam existen- tibus reatus eorum manet nisi peccatorum remissione soluatur, sic contra in hac non iam praeterita, sed adhuc manente lege concupiscentiae reatus eius soluitur et non erit cum fit in baptismo plena remissio peccatorum. Denique si continuo consequatur ab hac uita emigratio, non erit omnino quod obnoxium hominem teneat solutis omnibus quae tenebant. Sicut ergo non est mirum prae- teritorum factorum, cogitatorum atque dictorum reatum manere ante peccatorum remissionem, sic contra non debet esse mirum manentis concupiscentiae reatum praeterlre post peccatorum remissionem. XXIX, 47. Quae cum ita sint, ex quo per unum hominem peccatum intrauit in hunc mundum et per pec- catum mors et ita in omnes homines pertransiit usque in finem camalis huius generationis et corruptibilis saeculi cuius filii generant et generantur, nullo existente homine de quo in hac uita constituto ueraciter dici pos- sit quod nullum habeat omnino peccatum, excepto uno mediatore qui [118] nos creatori nostro per remissionem reconciliat peccatorum, idem ipse Dominus noster hanc suam medellam null is generis humani temporibus ante ultimum futurum adhuc iudicium denegauit eis 368. Cf. loh. 3, 5-6. 369. Cf. Rom. 7, 23 et 8, 2. 370. Rom. 5, 12. 371. Cf. Luc. 20,34. 372. Cf. Rom. 3, 23. 373. Cf. Tim. 2, 5 et Rom. 5, 10-11. 332 
LWRE II nouveau selon I , Esprit 368 , ont engendre leurs fils selon la chair; or ces fils, comment pourraient-ils renaitre avant de naitre ? 46. Et ne t' etonne pas si j' ai dit que, la loi du peche'369 demeurant par la concupiscence, la faute en est deliee par la grace du sacrement. En effet, les actions, les paroles et les pensees coupables, dans la me sure oil sont concernes les mouvements memes de I' esprit et du corps, sont deja pas sees et ne sont plus mais, bien qu' elles soient passees et n' existent plus, la faute en demeure a moins d' etre deliee par Ie pardon des peches; de meme, en sens inverse, concernant cette loi de la concupiscence, non deja passee mais demeurant toujours, la faute en est deliee pour n'etre plus quand, dans Ie bapteme, s'opere Ie plein pardon des peches. Bref, a supposer que l'on quitte aussitot apres cette vie, il n 'y aura plus du tout de peche qui tienne 1 'homme sous sa dependance, tous ceux qui Ie tenaient ayant ete delies. De meme donc qu' il n' est pas etonnant que la faute attachee aux actions, aux pen sees et aux paroles pas sees demeure avant Ie pardon des peches, de meme, en sens inverse, on ne doit pas s' etonner que passe, apres Ie pardon des peches, la faute de la concupiscence qui, elle-meme, demeure. 6. Jesus Christ est l'unique Sauveur de tous les humains. XXIX, 47. Dans ces conditions, depuis que par un seul homme le peche est entre dans ce monde et, par le peche, la mort,. qui est ainsi pas see dans tous les hommes 37o , depuis lors et jusqu ' au tenne de cette generation charnelle et de ce siecle corruptible dont les fils engendrent et sont engendres37I , puisqu' il n' existe aucun homme dont on puisse dire en verite, tant qu'il est dans cette vie, qu'il n'a absolument aucun peche 372 , a I' exception de 1 'unique Mediateur qui nous reconcilie avec notre Createur par Ie pardon des peches 373 , ce meme Mediateur, notre Seigneur, en aucun temps du genre humain jusqu'au Jugement dernier encore a venir 333 
DE PECCATORVM MERlTIS ET REMISSIONE quos per certissimam praescientiam et iustissimam beneficentiam secum regnaturos in uitam praedestinauit aetemam. Namque ante natiuitatem camis infinnita- temque passionis et uirtutem resurrectionis suae earum rerum futurarum fide eos qui tunc fuerant infonnabat ad hereditatem salutis aetemae, quarum rerum praesentium fide infonnauit eos qui, cum gererentur, aderant atque inpleri praedicta cemebant, quarum etiam praeteritarum fide qui postea fuerunt et nos ipsos et qui deinde futuri sunt infonnare non cessat. Vna ergo fides est quae omnes saluos facit qui ex camali generatione in spiritalem renascendo saluantur, tenninata in eo qui uenit pro nobis iudicari et mori, iudex uiuorum et mortuorum. Sed huius unius fidei pro significationis oportunitate per uaria tempora sacramenta uariata sunt. 48. Idem ipse itaque saluator est paruulorum atque maiorum, de quo dixerunt angeli : Natus est uobis hodie saluator et de quo dictum est ad uirginem Mariam: Vocabis nomen eius Iesum,. ipse enim saluum faciet populum suum a peccatis eorum, ubi aperte demonstra- tom est eum hoc nomine quo appellatus est Iesus propter salutem quam nobis ttibuit nominari: «Iesus» quippe latine «saluator» est. Quis est igitur qui audeat dicere Dominum Christum tantum maioribus, non etiam paruu- lis esse « Iesum » ? Qui uenit in similitudine earn is peccati ut euacuaret corpus peccati, in quo in[119]finnissimo nulli usui congruis uel idoneis infantilibus membris anima rationalis miserabili ignorantia praegrauatur. 374. Cf. Eph. 1,5. 375. Cf. Luc. 8, 48. 376. Cf. loh. 3, 5. 377.Luc.2, 11. 378. Matth. 1, 21. 379. Cf. Rom. 8, 3. 334 
LIVRE II n'a refuse ce remede qui est sien a ceux que, dans sa prescience infaillible et sa tres juste bienfaisance, il a predestines 374 a regner avec lui pour la vie etemelle. De fait, avant sa naissance dans la chair, I' abaissement de sa passion et la puissance de sa resurrection, c' est par la foi en ces evenements a venir qu' il fonnait a I 'heritage du salut etemel ceux qui vivaient alors ; par la foi en ces evenements presents il a fonne ceux qui etaient la quand ils se produisaient et voyaient s' accomplir ce qui avait ete predit; et c' est encore par la foi en ces evenements passes qu ' il ne cesse de fonner ceux qui vecurent ensuite, nous-memes et ceux qui vivront apres nous. II n'y a donc qu'une seule foi, laquelle conduit au salut tous les hommes 375 qui sont sauves en 'passant d'une generation charnelle a la regeneration spirituelle 376 , et cette foi trouve son aboutissement en celui qui, pour nous, est venu pour etre juge et mourlr, lui, Ie Juge des vivants et des morts. Mais cette unique foi a ete confessee diversement aux diverses epoques, selon I' opportunite qu' on avait de I' exprimer. 48. C'est pourquoi il est en meme temps Ie Sauveur des tout-petits et des adultes, lui dont les anges ont pro- clame: Il vous est ne aujourd' hui un Sauveu1-3 77 , et dont il fut dit a la Vierge Marie: Tu lui donneras le nom de Jesus,. en effet, c' est lui qui sauvera son peuple de ses peches 378 , ce qui demontre a l'evidence que Ie nom de Jesus dont on l'a appele, ille porte a cause du salut qu'il nous a apporte; «Jesus», en effet, se traduit en latin par « Sauveur». Qui donc oserait dire que Seigneur Christ n' est «Jesus» que pour les adultes, et non aussi pour les tout-petits? Car il est venu dans la ressemblance de la chair du peche'379, pour detruire Ie corps de peche'380; or, dans l'extreme faiblesse de ce corps aux membres d'enfant impropres ou inaptes a un quelconque usage, l'ame raisonnable est ecrasee sous Ie poids d'une pitoya- ble ignorance. 380. Rom. 6, 6. Pour Augustin, corpus a donc ici Ie sens du caro de Rom. 8, 3. 335 
DE PECCATORVM MERITIS ET REMISSIONE Quam plane ignorantiam nullo modo crediderim fuisse in infante illo in quo Verbum caro factum est ut habitaret in nobis, nec illam ipsius animi infirmitatem in Christo paruulo fuerim suspicatus quam uidemus in paruulis. Per hanc enim etiarn, cum motibus inra- tionabilibus perturbantur, nulla ratione, nullo imperio, sed dolore aliquando uel doloris terrore cohibentur, ut omnino uideas illius inoboedientiae filios, quae mouetur in membris repugnans legi mentis nec, cum uult ratio, conquiescit; uerum et ipsa saepe uel dolore corporis tamquarn uapulando conpescitur uel pauescendo uel tali aliquo animi motu non tamen uoluntate praecipiente conprimitur. Sed quia erat in eo similitudo carnis peccati muta- tiones, aetatum perpeti uoluit ab ipsa exorsus infantia, ut ad mortem uideatur etiam senescendo ilIa caro peruenire potuisse, nisi iuuenis fuisset occisus. Quae tamen mors in carne peccati inoboedientiae debita red- ditur, in similitudine autem carnis peccati oboedientiae uoluntate suscepta est. Ad earn quippe iturus eamque passurus hoc ait: Ecce uenit princeps mundi huius, et in me nihil inueniet,. sed ut sciant omnes quia uoluntatem patris facio, surgite, eamus hinc. His dictis, perrexit ad indebitam mortem, factus oboediens usque ad mortem. XXX, 49. Quapropter illi qui dicunt: «Si primi homi- nis peccato factum est ut moreremur, Christi aduentu fieret ut credentes in eum non moreremur», et addunt quasi rationem dicentes: «Neque enim praeuaricatoris 381. Cf. loh. 1, 14. 382. Voir NC 45 : « Une enigme avouee: la condition miserable de l' etre humain en bas-age». 383. Cf. Rom. 7, 23. 384. Cf. Rom. 8, 3. 385. Voir la NC 45. 386. Cf. Rom. 8, 3. 387. Cf. Rom. 8, 3. 388. loh. 14, 30-31. 336 
LWRE II Mais, a coup sOr, je ne saurais aucunement croire que cette ignorance se soit trouvee chez cet enfant en qui le Verbe s'est fait chair afin d'habiter chez nous38 I , et je ne saurais souponner dans Ie Christ petit enfant cette faiblesse de l'esprit lui-meme que nous voyons chez les tout-petits 382 . Car c'est a cause d'elle aussi que, lorsqu'ils sont troubles par des mouvements deraison- nables, ils ne sont retenus par aucune raison, aucune autorite, mais parfois par la douleur ou la crainte de la douleur, de sorte que I' on a tout a fait sous les yeux les fils de cette desobeissance qui s' agite en leurs membres, luttant contre la loi de I' esprit, et ne se calme pas quand la raison I' exige 383 ; au contraire, si cette desobeissance meme est sou vent contenue, par exemple sous Ie coup de la douleur physique ou par peur de celle-ci ou par tout autre mouvement semblable de l'ame, elle n'est pourtant pas arretee sur I' ordre de la volonte. Le Christ, lui, parce qu ' il portait en lui la ressemblance de la chair du peche'384, a voulu subir les alterations suc- cessives de I' age, en debutant par I' enfance meme 385 , si bien que son corps aurait a I' evidence pu aussi, en vieillissant, parvenir a la mort s' il n' avait ete tue dans sa jeunesse. Mais pourtant, dans la chair du peche'386, cette mort, due a la desobeissance, est Ie paiement d 'une dette, tandis que, dans la ressemblance de la chair du peche'387, elle fut assumee par une volonte d' obeissance. Car, sur Ie point d'aller a elle et de la souffrir, Jesus dit: Voici que vient le prince de ce monde, et il ne trouvera rien en moi,. mais afin que tous sachent que je ais la volonte de mon pere, levez - vous, partons d' ici 3 8. Sur ces mots, il marcha vers une mort indue, s' etant fait obeissant jusqu 'a la mort 389 . XXX, 49. C'est pourquoi ceux qui disent: «Si Ie peche du premier homme nous a valu la mort, la venue du Christ devrait nous valoir de ne pas mourir quand nous croyons en lui», et qui ajoutent en guise 389. Phil. 2, 8. 337 
DE PECCATORVM MERITIS ET REMISSIONE transgressio plus nobis nocuit quam incamatio uel redemptio [120] profuit saluatoris», cur non potius hoc adtendunt, hoc sine disceptatione credunt quod Apostolus sine ambiguitate locutus est: Quia per homi- nem mors et per hominem resurrectio mortuorum, sicut enim in Adam omnes moriuntur, sic et in Christo omnes uiuificabuntur? Neque enim aliunde quam de corporis resurrectione dicebat. Omnium ergo corporis mortem factam per unum hominem dixit et omnium corporis resurrectionem in uitam aetemam per unum Christum futuram esse promisit. Quomodo ergo plus nobis nocuit HIe peccando quam iste profuit redimendo, cum per illius peccatum tempo- raliter moriamur, per istius autem redemptionem non ad temporal em uitam, sed ad perpetuam resurgamus? Nostrum ergo corpus mortuum est propter peccatum, Christi autem corpus solum mortuum est sine peccato, ut fuso sanguine sine culpa omnium culparum chirogra- pha delerentur. Quibus debitores qui in eum credunt a diabolo antea tenebantur. Ideo: Hie est sanguis meus, qui pro multis effundetur in remissionem peccatorum. XXXI, 50. Poterat autem etiam hoc donare cre- dentibus ut nec istius experirentur corporis mortem; sed si hoc fecisset, cami quaedam felicitas adderetur, minueretur autem fidei fortitudo. Sic enim homines 390. Affirmation (34) qui vise a demontrer la verite de la premiere grande these trait6e dans l' ouvrage (cf. I, 2, 2), a savoir que la mort phy- sique des hommes est inscrite dans leur nature. Elle etait soutenue par Caelestius, mais pas par Rufin, selon qui Adam est mort physiquement pour avoir peche. Mais Rufin a inspire Caelestius a propos des tout- petits puisqu'il nie qu'ils meurent en punition d'un peche. Augustin a donc pu lire ce syllogisme, typique de la maniere d'argumenter de Caelestius, dans Ie liber. De fait, une des six theses reprochees a Caelestius par Paulin etait la suivante: « Le genre humain, dans sa totalite, ne meurt pas a cause de la mort ou de la prevarication d' Adam, pas plus qu' il ne ressuscite en sa totalite en vertu de la resurrection du Christ» (De gest. Pel. 35, 65; BA 21, p. 574: «Quod neque Per mortem uel praeuaricationem Adae omne genus hominum moriatur neque per resurrectionem Christi omne genus hominum resurgat»). 338 
LIVRE II d'explication: «La transgression d'un prevaricateur ne peut, en effet, nous avoir nui davantage que ne nous ont servi I' incarnation et la redemption du Sauveur 390 », feraient mieux d' entendre attentivement, d' ecouter et de croire sans discussion ce que I' ApOtre a dit sans ambigulte: Parce que la mort est venue par un homme, c'est aussi par un homme que viendra la resurrection des morts. De meme, en effet, que tous meurent en Adam, de meme tous revivront aussi dans le Christ 39I . Ces mots, en effet, n' avaient en vue rien d' autre que la resurrection du corps. II a donc dit que la mort du corps s' est produite, pour tous, par un seul homme et il a promis que la resurrection du corps pour la vie etemelle se produira, pour tous, par Ie seul Jesus-Christ. Comment donc Ie premier a-t-il pu nous nuire davantage en pechant que Ie second ne nous a servi en nous rachetant, alors que Ie peche de I' un cause notre mort temporelle, tandis que la redemption de I' autre nous fait ressusciter, non pour une vie temporelle, mais pour I' etemite? Notre corps est donc mort a cause du peche'392 , mais seul Ie corps du Christ est mort sans peche afin que, grace au sang verse en I' absence de faute, fOt detruite la liste de toutes les fautes 393 ; car, du fait de celles-ci, les debiteurs qui a present croient en lui etaient auparavant tenus par Ie demon 394 . C' est pourquoi il a dit: Ceci est mon sang, ui sera verse pour la multitude en remission des peches 95. XXXI, 50. Or il aurait pu accorder aussi aux croyants de ne pas eprouver non plus la mort de ce corps; mais, s'il l'avait fait, la chair y aurait gagne une certaine felicite, mais la vigueur de la foi aurait ete diminuee. Les hommes, en effet, craignent a tel point cette mort 391. I Cor. 15,21-22. 392. Cf. Rom. 8, lOa. 393. Cf. Col. 2, 13b-14a. 394. Cf. Col. 2, 15. 395. Matth. 26, 28. 339 
DE PECCATORVM MERITIS ET REMISSIONE mortem istam timent, ut non ob aliud felices dicerent esse Christianos nisi quod mori omnino non possent, ac per hoc nemo propter illam uitam quae post istam mor- tem beata futura est, per uirtutem etiam contemnendae ipsius mortis ad Christi gratiam festinaret, sed propter remouendam mortis molestiam delicatius crederetur in Christum. Plus ergo gratiae praestitit, plus fidelibus suis sine dubitatione donauit. Quid enim magnum erat, uidendo non mori eos qui credere nt, credere se non moriturum? Quanto est maius, [121] quanto fortius, quanto laudabilius ita credere ut se speret moriturus sine fine uicturum! Denique hoc quibusdam in fine largietur, ut mortem istam repentina commutatione non senti ant, sed simul cum resurgentibus rapiantur in nubibus obui Christo in aera et sic semper cum Domino uiuant. Et recte illis, quia non erunt iam posteri, qui propter hoc credunt non sperando quod non uident, sed amando quod uident. Quae fides est eneruis et debilis nec fides omnino dicenda, quando quidem fides ita definita est: Fides est sperantium substantia, conuictio rerum quae non uidentur. Vnde etiam in eadem, ubi et hoc scriptum est, ad Hebreos epistola, cum consequenter enumerasset quos- dam qui Deo fide placuerunt: Secundum fidem, inquit, mortui sunt hi omnes cum non accepissent promissiones, sed Longe eas uidentes et salutantes et confitentes, quia hospites et peregrini sunt super terram. Et paulo post j. R. Habitzky ecarte avec justesse un in devant obuiam (retenu par Ie CSEL) tres modestement atteste et non indisPensable grammaticalement. 396. Cf. I Th. 4, 17. Dans ses Revisions, II, 33 (60), Augustin ecrit a propos de la premiere partie de la phrase (<< Bref [. . .] sans ressentir cette mort»): «Je reserve les droits d'une recherche plus POussee sur ce point. En effet, ou bien ils ne mourront pas, ou bien, passant de cette vie presente a la mort et de la mort a la vie etemelle par une transformation extremement rapide, comme en un clin d'ai! (/ Cor. 15, 340 
LIVRE II qu'ils diraient que tout Ie bonheur des chretiens est de ne pouvoir aucunement mourir; personne, alors, pour obtenir la vie qui, apres cette mort, sera bienheureuse, ne se haterait vers la grace du Christ par son courage a mepriser la mort meme; mais I' on croirait en Christ d 'une maniere trop facile, pour s' eviter I' inquietude de la mort. II a donc manifeste plus de grace, il a, sans contredit, accorde plus a ses fideles. En quoi serait-il grand, en effet, en voyant que ceux qui croient ne meu- rent pas, de croire qu' on ne mourra pas? Combien il est plus grand, plus courageux, plus louable de croire en esperant, quoique devant mourir, que l'on vivra etemellement ! Bref, c'est a la fin des temps que ce privilege sera accorde a quelques-uns d' etre brusquement transformes sans ressentir cette mort, d' etre, en meme temps que les ressuscites, emportes dans les airs pour rejoindre Ie Christ, et de vivre ainsi a jamais avec Ie Seigneur 396 . Et c' est juste pour ceux -ci, car ils n' auront plus de descen- dants pour croire, non en esperant ce qu' ils ne voient pas, mais en aimant ce qu' ils voient. U ne telle foi est sans vigueur et sans force, elle ne doit meme aucune- ment recevoir ce nom, puisque la foi a ete ainsi definie : La foi est la realite de ce qu' on espere, la preuve des choses qu' on ne voit pas 397 . C'est pourquoi, dans la meme epitre aux Hebreux ou se trouve cette fonnule, I' Apotre a ensuite enumere un certain nombre d'hommes qui ont plu a Dieu par leur foi, et il a ajoute: C' est selon la foi que sont morts tous ces hommes, sans av.oir reu ce qui etait promis, mais Ie voyant, le saluant de loin, et confessant leur statut d'hotes et d'etrangers sur la terre 398 . Un peu plus loin, 52), ils ne sentiront pas la mort. » Des deux lettres aux Thessaloniciens Pecc. mer. n'evoque que deux versets (en simple incise: II Thess. 3, 2b: Car tous n'ont pas laJoi) et I Thess. 4, 17 (ici et trois reminiscen- ces en I, 2, 2; I, 3, 3 et I, 5, 5). 397. Hebr. 11, 1. 398. Hebr. 11, 13. 341 
DE PECCATORVM MERITIS ET REMISSIONE eandem fidei laudem ita conclusit: Et omnes, inquit, testimonium consecuti per fidem non tulerunt promis- siones Dei,. pro nobis enim meliora prouiderunt, ne sine nobis perfecti perficerentur. Haec laus fidei non esset nec omnino, ut iam dixi, fides esset, si homines in cre- dendo praemia uisibilia sequerentur, hoc est si fidelibus merces inmortalitatis in hoc saeculo redderetur. 51. Hinc et ipse Dominus mori uoluit ut, quemad- modum de illo scriptum est, per mortem euacuaret eum qui potestatem habebat mortis, id est diabolum, et liberaret eos qui timore mortis per totam uitam rei erant seruitutis. Hoc testimonio satis etiam illud monstratur et mortem istam corporis principe atque auctore diabolo, hoc est ex peccato, accidisse, quod [122] ille persuasit; neque enim ob aliud potestatem habere mortis uerissime diceretur. V nde ille qui sine ullo peccato uel originali uel proprio moriebatur dixit quod paulo ante commemo- raui: Ecce ueniet princeps mundi - id est diabolus, qui potestatem habet mortis - et in me nihil inueniet, id est peccati propter quod homines mori fecit. Et quasi dice- retur ei: «Quare ergo moreris ? », Sed ut sciant omnes, inquit, quia uoluntatem Patris mei facio, surgite, eamus hinc, id est «Vt moriar, non habens mortis causam de peccato sub auctore peccati, sed de oboedientiae iustitia factus oboediens usque ad mortem». Et hoc ergo illo testimonio demonstratum est et, quod timorem mortis 399. Hebr. 11,39-40. 400. Ainsi, pour Augustin, Ie maintien, apres bapteme, de la neces- site de mourir, conserve a la foi chretienne sa «vigueur» (fortitudo) , qui est d'etre, de la part dufidelis Ie courage d'esrer. Mais Ie terme fides s' origine dans Ie sens objectif que lui donne Hebr. 11, 1 : «realite de ce qui est espere», sens rapPele par BENOIT XVI, encyclique Spe salui, 7. 401. Hebr. 2, 14-15. 402.loh. 14, 30. 403. loh. 14, 31. 342 
LIVRE II il a conclu Ie meme eloge de la foi par ces mots: Et pourtant, tous ces hommes, s' ils ont obtenu par leur foi ce temoignage, n'ont pas vu s'accomplir les promes- ses de Dieu,. en effet, ils ont entrevu pour nous mieux encore, si bien u'ils ne devaient pas parvenir sans nous a la perfection 3 9. Or cet eloge de la foi ne serait pas et, comme je l'ai deja dit, il n'y aurait aucunement foi, si les hommes, en croyant, poursuivaient des recompenses visibles, c'est-a-dire si Ie salaire de l'immortalite etait donne aux fideles en ce monde 400 . 51. C'est encore pourquoi Ie Seigneur lui-meme a voulu mourir afin, comme il a ete ecrit a son sujet, d'aneantir par sa mort celui qui detenait, la puissance de la mort, c'est-a-dire le diable, et de liberer ceux qui, par peur de la mort, etaient toute leur vie condamnes a la servitud e 40I. Grace a ce temoignage il est aussi suffi- samment montre que cette mort du corps, elle aussi, est survenue a l'initiative et a l'instigation du diable, c'est- a-dire par suite du peche qu' il conseilla; on ne saurait en effet, pour une autre raison, dire en toute verite qu' il detient la puissance de la mort. C' est pourquoi celui qui mourait sans aucun peche originel ou personnel a prononce les mots que j'ai rappeles un peu plus haut: Voici que viendra le prince de ce monde - c'est-a-dire Ie diable, qui detient la puissance de la mort - et il ne trouvera rien en moi 402 , c'est-a-dire nulle trace du peche qui, de son fait, a cause la mort des hommes. Et, comme si on lui disait: «Alors, pourquoi meurs-tu ? », il ajoute: Mais pour que tous sachent que je lais la volonte de mon Pere, levez-vous; partons d'ici 40 , entendez: «Pour que je meure, bien que ma mort ne tire pas sa cause du peche sous I' emprise de I' auteur du peche, mais, par la justice de I' obeissance, je me suis fait obeissant jusqu 'a la morrW4.» Voila donc ce qui a ete demontre par ce 404. Cf. Phil. 2, 8b. 343 
DE PECCATORVM MERITIS ET REMISSIONE fideles uincunt, ad agonem ipsius fidei pertinere qui profecto defuisset si mox esset credentes inmortalitas consecuta. XXXII, 52. Quamuis itaque multa Dominus uisibilia miracula fecerit, unde ipsa fides uelut quibusdam pri- mordiis lactescentibus germinaret et in suum robur ex ilIa temeritate coalesceret - tanto est enim fortior quanto magis iam ista non quaerit -, tamen illud quod promis- sum speramus, inuisibiliter uoluit expectari ut iustus ex fide uiueret, in tantum ut nec ipse qui die tertio resurrexit inter homines esse uoluerit sed, eis demonstrato in sua carne resurrectionis exemplo quos huius rei testes habere dignatus est, in caelum ascenderit illorum quoque se oculis auferens nihilque tale cuiusquam eorum carni iam tribuens quale in carne propria demonstrauerat, ut et ipsi ex fide uiuerent eiusque iustitiae, in qua ex fide uiuitur, praemium quod post erit uisibile, nunc interim per patientiam inuisibiliter expectarent. Ad hunc intellectum credo etiam illud esse referen- dum quod ait de sancto Spiritu: Non potest ipse uenire nisi ego abiero. Hoc enim erat dicere: «Non poteritis iuste uiuere ex fide, quod de meo dono, id est de sancto Spiritu, habebitis nisi [123] a uestris oculis hoc quod intuemini abstulero, ut spiritaliter cor uestrum inuisibi- lia credendo proficiat. Hanc ex fide iustitiam identidem loquens de Spiritu sancto ita commendat: file, inquit, arguet mundum de peccato, de iustitia, de iudicio,. de peccato quidem quia non crediderunt in me, de iustitia quia ad Patrem uado et iam non uidebitis me. Quae est ista iustitia qua eum non uiderent, nisi ut iustus ex fide 405. Cf. Rom. 1, 17. 406. Cf. Marc. 16, 7 et Luc. 24,48. 407.loh. 16,7b. 408. Cf. Phil. 3, 9b. 409.loh. 16, 8-10. 410. Cf. Rom. 1, 17 et Gal. 3, 11. 344 
LIVRE II remoignage, mais aussi que la victoire des fideles sur la peur de la mort conceme Ie combat de la foi elle-meme, lequel eOt assurement fait defaut, si I' immortalite avait d'emblee accompagne les croyants. XXXII, 52. C'est pourquoi, bien que Ie Seigneur ait fait de nombreux miracles visibles d' ou la foi elle- meme pOt genner comme nourrie d'un premier lait et, de ce tendre etat, pousser et parvenir a sa propre vigueur - elle est, en effet, d' autant plus forte qu' elle ne reclame plus ces nourritures -, il a cependant voulu nous faire attendre, sans que nous Ie voyions, Ie bien promis que nous esperons, pour que Ie juste vi ve de la foi 405 ; et cela est si vrai que lui-meme, ressuscite Ie troisieme jour, n'a pas voulu etre parmi les hommes, mais, la preuve de la resurrection ayant ete faite dans sa chair pour ceux qu' il a daigne choisir comme temoins de cet evenement40 6 , il est monte au ciel, se derobant aussi a leurs yeux, sans rien conceder des lors a la chair d'aucun d'eux de ce qu' il avait laisse voir dans sa propre chair; ainsi eux-memes devraient vivre de leur foi et attendre dans l'intervalle, patiemment, sans la voir, la recompense de cette justice dans laquelle on vit de la foi, recompense qui sera visible plus tarde e' est a ce sens, je crois, qu' il nous faut aussi rattacher ce qu'il dit de I'Esprit Saint: Lui-meme ne peut venir si moi, je ne m' en vais40 7 . Cela, en effet, revenait a dire: «Vous ne pourrez pas vivre en justes de la foi - ce que vous recevrez du don que je vais vous faire, c' est-A-dire I 'Esprit Saint -, si je ne soustrais avos yeux ce que vous regardez, afin que votre creur progresse spirituellement, en crant a l'invisible.» Or cette justice qui vient de la foi 8, sou vent, parlant de I 'Esprit Saint, ille recom- mande en ces tennes: Lui, dit-il, denoncera le monde pour ce qui est du peche, de la justice, du jugement : du peche, parce qu'ils n'ont pas cru en moi, de la justice, parce que je vais a mon pere et que vous ne me verrez plus40 9 . Quelle est cette justice dans laquelle on ne Ie voit plus, sinon I' exigence que Ie juste vive de la foi 4IO 345 
DE PECCATORVM MERITIS ET REMISSIONE uiueret et non respicientes quae uidentur, sed quae non uidentur Spiritu ex fide spem iustitiae expectaremus ? XXXDI, 53. Qui autem dicunt: «Si peccato mors ista corporis accidisset, non utique post remissionem peccatorum quam redemptor nobis tribuit moreremur», non intellegunt quomodo res quarum reatum, ne post hanc uitam obsint, Deus soluit, tamen eas ad certamen fidei sinit manere, ut per ill as erudiantur et exerceantur proficientes in agone iustitiae. Posset enim et alius hoc non intellegens dicere: «Si propter peccatum dixit Deus homini : In sudore uultus tui edes panem tuum et spinas et tribulos pariet tibi terra, quare et post remissionem peccatorum labor hic pennanet et haec dura et aspera parit etiam terra fidelium? Item si propter peccatum mulieri dictum est: In gemitu paries, cur etiam post peccatorum remissionem feminae fideles eosdem dolo- res in parturiendo patiuntur? Et tamen constat propter peccatum quod admiserant illos a Deo primos homines haec audisse atque meruisse, nec resistit his uerbis diuini libri quae posui de labore hominis et de parturitione mulieris, nisi qui prorsus alienus a fide catholica eisdem litteris aduersatur. XXXIV, 54. Verum quia et tales non desunt, quemadmodum eis hac quaestione proposita respon- demus dicentes ante remissionem esse ilia supplicia peccatorum, post remissionem autem certamina [124] exercitationesque iustorum, ita et illis quos de morte corporis similiter mouet respondere debemus, ut eam et 411. Argumentation (35), variante de (34), Peut-etre lue elle aussi par Augustin dans Ie liber, dans la mesure 00 Ie Liber de fide presente une objection analogue a propos des hehes: «Si, comme its Ie soutien- nent, les hehes meurent a cause du peche d' Adam, qu' ils nous disent pourquoi, sitot baptises, illeur est donne de goQter la mort?» Voir la NC 44. 412. Gen. 3, 19 et 18. 413. Gen. 3, 16. 346 
LIVRE II et que, considerant non Ie visible mais I' invisible, nous attendions de la foi, par I 'Esprit, ce que laisse esp6rer la justice? XXXIII, 53. Quant a ceux qui affinnent: «Si cette mort du corps etait survenue a cause du peche, nous ne saurions evidemment mourir apres Ie pardon des peches, que nous a accorde Ie Redempteur UI », ils ne compren- nent pas que Dieu a aboli la culpabilite liee aces choses, pour qu' elles ne nous fassent pas obstacle apres cette vie, mais qu' il les laisse cependant subsister pour qu' elles servent au combat de la foi, afin qu' a travers elles soient instruits et eprouves ceux qui progressent dans la lutte de lajustice. Faute de comprendre cela, en effet, un autre aussi pourrait dire: «Si c' est a cause du peche que Dieu a dit a I 'homme: Tu mangeras ton pain a la sueur de ton front et la terre produira pour toi epines et chardons4 I2 , pourquoi, meme apres Ie pardon des peches, ce labeur perdure-t-il et la terre des fideles aussi produit-elle ces fruits ingrats et epineux ? De meme, si c' est a cause du pee he qu'il fut dit a la femme: Tu enfanteras dans les gemissements4 I3 , pourquoi, meme apres Ie pardon des peches, les femmes fideles 4I4 endurent-elles toujours les memes souffrances en enfantant?» Et pourtant, cela est certain, c' est a cause du peche qu' ils avaient commis que les premiers humains ont entendu et merite cette condamnation venant de Dieu, et seul resiste a ces paroles du livre divin que j' ai citees sur Ie labeur de I 'homme et l'enfantement de la femme celui qui, resolument hostile a la foi catholique, s' oppose a ces memes Ecritures. XXXIV, 54. Mais, puisque de telles personnes ne sont pas rares, nous leur repondons sur ce demier point en disant qu' avant Ie pardon, ces maux sont les chatiments des peches, tandis qu' apres Ie pardon ils sont les com- bats et les epreuves des justes; de la meme faon nous devons repondre aussi a ceux que trouble pareillement 414. Fideles, c'est-a-dire «baptisees dans la foi chretienne ». 347 
DE PECCATORVM MERITIS ET REMISSIONE peccato accidisse fateamur et post peccatorum remissio- nem, ut magnus timor eius a proficientibus superetur, ad certamen nobis relictam esse non dedignemur. Si enim parua uirtus esset fidei quae per dilectionem operatur, mortis metum uincere, non esset tanta marty- rum gloria nec Dominus diceret : Maiorem hac caritatem nemo habet quam ut animam suam ponat pro amicis suis. Quod in epistula sua Ioannes ita dicit: Sicut ille an imam suam pro nobis posuit, sic et nos debemus animam pro fratribus ponere. Nequaquam igitur in morte pro iustitia subeunda uel contemnenda laudaretur praecipua patien- tia, si mortis non esset magna multumque dura molestia. Cuius timorem qui uincit ex fide, magnam ipsius fidei comparat gloriam iustamque mercedem. Vnde mirandum non est et mortem corporis non fuisse euenturam homini nisi praecessisset peccatum, cuius etiam talis poena consequeretur, et post remissio- nem peccatorum eam fidelibus euenire, ut in eius timore uincendo exerceatur fortitudo iustitiae. 55. Caro enim, quae primo facta est, non erat caro peccati, in qua noluit homo inter delicias paradisi seruare iustitiam. V nde statuit Deus ut post eius peccatum prop a- gata caro peccati ad recipiendam iustitiam laboribus et molestiis niteretur. Propter hoc etiam de paradiso dimis- sus Adam contra Eden habitauit, id est contra sedem deliciarum, ut significaret quod in laboribus, qui sunt deliciis contrarii, erudienda esset caro peccati, quae in deliciis oboedientiam non [125] seruauit antequam esset caro peccati. Sicut ergo illi primi homines postea iuste 415. Cf. Gal. 5,6. 416.loh. 15, 13. 417. loh. 3, 16. 418. Cf. Rom. 8, 3. 419. Cf. Rom. 8,3. 420. Cf. Gen. 3, 23. 421. Cf. Rom. 8, 3. 348 
LWRE II la question de la mort corporelle, en reconnaissant que celle-ci est survenue a cause du peche, mais sans negli- ger Ie fait qu' apres Ie pardon des peches, elle nous a ete laissee pour Ie combat, afin que la grande crainte qu' elle . .. , . InspIre SOlt sunnontee par ceux qUI progressent. En effet, si, pour la foi qui opere par l'amour4 I5 , il n'y avait qu'un pietre merite a vaincre la mort, la gloire des martyrs ne serait pas si gran de et Ie Seigneur ne dirait pas: Nul ne manifeste une plus grande charite qu'en donnant sa vie pour ses ami,s4I6. C'est ce que Jean exprime dans son epitre par ces mots: De meme qu'il a donne sa vie pour nous, de meme nous devons nous aussi donner notre vie pour nos jreres4 I7 . Qn ne louerait done nullement comme Ie comble de la patience Ie fait de subir ou de mepriser la mort pour la justice, si les rigueurs de la mort n' etaient grandes et fort penibles. Et celui qui triomphe par la foi de la crainte qu' elle inspire acquiert, pour cette foi meme, grande gloire et juste recompense. Aussi n' est-il pas etonnant de dire a la fois que la mort corporelle ne serait pas echue a I 'homme si n' avait precede Ie peche, qui entrainait aussi un tel chatiment, et qu' apres Ie pardon des peches, elle echoit aux fideles, afin que, par Ie triomphe sur la peur qu' elle inspire, soit eprouve Ie courage de la justice. 55. En effet, la chair qui fut d'abord creee n'etait pas la chair du peChe 4I8 , mais dans cette chair l'homme n'a pas voulu conserver la justice parmi les delices du para- dis. C'est pourquoi Dieu a decide qu'apres Ie peche de l'homme, la chair du peChe 4I9 , s'etant propagee, devrait, pour recouvrer la justice, lutter au prix de labeurs et de peines. C'est encore pour cela qu' Adam, chasse du paradis, habita face a I'Eden 420 , c'est-a-dire face au sejour des delices, afin de signifier que, dans ces labeurs opposes aux delices, la chair devait etre eduquee, elle qui n' a pas dans les delices garde I' obeissance avant d' etre chair du peche 42I . De meme donc que ces premiers humains, en vivant par la suite en justes - et I' on a raison 349 
DE PECCATORVM MERITIS ET REMISSIONE uiuendo - unde merito creduntur per Domini sanguinem ab extremo supplicio liberati - non tamen in ilia uita meruerunt ad paradisum reuocari, sic et caro peccati, etiamsi remissis peccatis homo in ea iuste uixerit, non continuo meretur eam mortem non perpeti quam traxit de propagine peccati. 56. Tale aliquid nobis insinuatum est de pattiarcha Dauid in libro Regnorum, ad quem propheta missus esset eique propter peccatum quod admiserat euentura mala ex iracundia Dei comminaretur, confessione pec- cati ueniam meruit, respondente propheta quod illud ei flagitium facinusque remissum sit; et tamen consecuta sunt quae Deus fuerat comminatus, ut sic humiliaretur a filio. Quare et hic non dicitur: «Si Deus propter pecca- tum illud fuerat comminatus, cur dimisso peccato quod erat minatus inpleuit?», nisi quia rectissime, si dictum fuerit, respondebitur remissionem illam peccati factam ne homo a percipienda uita inpediretur aetema, subse- cutum uero ill ius comminationis effectum, ut pietatis hominis in ilIa humilitate exerceretur atque probaretur? Sic et mortem corporis, et propter peccatum Deus homini inflixit, et post peccatorum remissionem propter exercendam iustitiam non ademit. XXXV, 57. Teneamus ergo indeclinabilem fidei confessionem. Solus unus est qui sine peccato natus est in similitudine carnis peccati, sine peccato uixit inter aliena peccata, sine peccato mortuus est propter nostra peccata. Non declinemus in dexteram aut sinistram; in dexteram enim declinare est se ipsum decipere dicendo se esse sine peccato, in sinistram autem per nescio quam peruersam et prauam [126] securitatem se tamquam 422. Cf. Rom. 8, 3. 423. Cf. III Reg. (= II Sam.) 12, 13. 424. Cf. III Reg. (= II Sam.) 16, 11. 425. Cf. Rom. 8, 3. 426. Cf. I Petro 3, 18a. 427. Cf. Prou. 4, 27. 350 
LIVRE II de les croire pour cela liberes de I 'ultime supplice par Ie sang du Seigneur -, n'ont cependant pas merite d'etre rappeles au paradis en cette vie, de meme aussi la chair du peche 422 , meme si, les peches etant remis, l'homme mene en elle une vie juste, ne merite pas immediatement de ne pas subir la mort, qu' elle a tiree de la propagation du peche. 56. C'est un exemple de ce genre qui a ete insere pour nous dans Ie livre des Rois a propos du pattiarche David: comme Ie prophete avait ete envoye vers lui et Ie menaait, pour Ie peche qu' il avait commis, de maux qui lui viendraient de la colere de Dieu, il merita Ie pardon grace a la confession de son peche, puisque Ie prophete lui repond que cette ignominie et ce crime lui sont remis 423 ; et pourtant les menaces de Dieu s' acc0"¥llirent a travers cette humiliation qu'il subit de son fils4 . Pourquoi, ici aussi, n'objecte-t-on pas: «Si Dieu avait menace a cause de ce peche, pourquoi, Ie peche pardonne, a-t-il accom- pli ses menaces?»; c' est qu' a I' objection I' on pourra fort justement repondre que ce pardon du peche a ete effectue afin de ne pas empecher I 'homme de recevoir la vie etemelle, mais que cette menace a ete suivie d' effet afin que la piete de I 'homme fOt eprouvee et manifestee a travers cette humiliation. II en va de meme pour la mort du corps: c' est a cause du peche que Dieu I' a infligee a l'homme et c'est pour eprouver sa justice qu'il ne l'a pas abolie apres Ie pardon des peches. XXXV, 57. Maintenons donc sans deviance la confes- sion de la foi. II n'y a qu 'un seul et unique etre qui soit ne sans peche dans la ressemblance de la chair du peche 425 , qui ait vecu sans peche parmi les peches d ' autrui, qui soit mort sans peche a cause de nos peches4 26 . Ne devions ni a droite ni a gauche 427 ; en effet, devier a droite, c' est s'abuser soi-meme en disant qu'on est sans peche 428 ; devier a gauche, c' est s' adonner aux peches comme si c' etait impunement, par je ne sais quelle absence de 428. Cf. Iloh. 1, 8. 351 
DE PECCATORVM MERITIS ET REMISSIONE inpune dare peccatis. Vias enim, quae a dextris sunt, nouit Dominus, qui solus sine peccato est et nostra potest delere peccata; peruersae autem sunt quae a sinistris, amicitiae cum peccatis. Tales etiam illi uiginti annorum adulescentuli figuram noui populi praemiserunt, qui in terram promissionis intrarunt, qui nec in dextram nec in sinistram dicti sunt declinasse. Non enim et uiginti annorum aetas conparanda est innocentiae paruulorum sed, ni faIlor, hic numerus mysticum aliquid adumbrat et resonate Vetus enim testamentum in quinque Moysi libris excel- lit, nouum autem quattuor euangeliorum auctoritate praefulget. Qui numeri per se multiplicati ad uicenarium perue- niunt; quater enim quini uel quinquiens quatemi uiginti sunt. Talis populus, ut praedixi, eruditus in regno caelo- rum per duo testamenta, uetus et nouum, non declinans in dextram superba praesumptione iustitiae neque in sinistram secura dilectione peccati, in terram illius promissionis intrabit, ubi iam peccata ulterius nec nobis donanda optemus nec in nobis punienda timeamus, ab illo redemptore liberati qui non uenundatus sub peccato redemit Israhel ab omnibus iniquitatibus eius, siue pro- pria cuiusquam uita commissis siue originaliter tractis. 429. «Ne devions ni a droite ni a gauche» (Non declinemus in dex- teram aut sinistram). La recommandation Peut etre rapprochee de ce qu' Augustin ecrit dans Ie De sancta uirginitate, 9, 19 contre la doubl erreur d'egaler Ie mariage au celibat consacre et de Ie condamner: «A force de s' eviter, ces deux erreurs finissent par s' affronter pour n' avoir pas voulu tenir Ie juste milieu de la verite» (ueritatis medium tenere). 430. Cf. Prou. 4, 27. 431. Cf. Prou. 4, 27. 432. Cf. Num. 14, 29-30. 433. Cf. los. 23, 6. 352 
LIVRE II crainte perverse et depravee 429 . En effet, le Seigneur connait les voies qui sont a droite 430 , lui qui seul est sans peche et peut effacer nos peches; mais il en est de perverses, qui sont a gauche 43 : ce sont nos liens avec les peches. Voila meme comment ils ont prefigure Ie peuple nouveau, ces jeunes gens de vingt ans qui entrerent en terre promise 32 et dont il a ete dit qu' ils ne devierent ni a droite ni a gauche 433 . En effet, cet age de vingt ans n'est pas comparable a l'innocence des tout-petits, mais, si je ne me trom, ce nombre recouvre et fait entendre quelque mystere 34. En effet, I' Ancien Testament excelle dans les cinq livres de MOIse tandis que Ie Nouveau res- plendit plus que tout de I' autorite des quatre evangiles. Or, multiplies l'un par I' autre, ces deux nombres attei- gnent vingt ; en effet, quatre fois cinq ou cinq fois quatre font vingt4 35 . Or voila Ie peuple qui, instruit du royaume des cieux, comme je I' ai dit, par les deux testaments, l' Ancien et Ie Nouveau, ne deviant ni a droite par une confiance orgueilleuse en sa justice, ni a gauche par un amour sans crainte du peche, entrera dans la terre de cette promesse ou nous n'aurons plus jamais a souhai- ter que des peches nous soient pardonnes ni a craindre qu'ils ne soient punis en nous, liberes que nous serons par Ie Redempteur qui, n' etant pas esclave du peche 436 , a rachete Israel de toutes ses iniquites, commises person- nellement par chacun dans sa vie pro pre ou contractees originellement. 434. La symbolique des nombres occuPe une certaine place chez les Peres de I'Eglise. Augustin la puise dans I'Ecriture. Voir W. G. MOST, «The Scriptural Basis of St Augustine's Arithmologie», The Catholic Biblical Qua terly , 13, 1951, p. 284-295, et C. COUTURIER, «Sacramentum et mysterium dans I' reuvre de saint Augustin», dans Etudes augustiniennes, Paris, 1953, p. 243-255. 435. La meme interpretation reviendra dans les Quaestiones in Heptateuchum, IV, 2, CCSL 33, p. 235. 436. Cf. Rom. 7, 14. 353 
DE PECCATORVM MERlTIS ET REMISSIONE XXXVI, 58. Non enim parum scripturarum diuina- rum auctoritati ueritatique cesserunt qui, etsi noluerunt litteris suis aperte exprimere paruulis remissionem necessariam peccatorum, redemptionem tamen eis opus esse confessi sunt. Alio quippe uerbo, etiam [127] ipso de christiana eruditione deprompto, nihil aliud omnino dixerunt. Nec dubitandum est eis qui diuina scripta fideliter legunt, fideliter audiunt, fideliter tenent, quod ab ilia came quae prius uoluntate peccati facta est caro peccati, deinceps per successionem transeunte in omnes transcriptione iniquitatis et mortis caro sit propagata peccati, excepta una similitudine carnis peccati quae tamen non esset nisi esset caro peccati. 59. De anima uero, utrum et ipsa eodem modo propagata reatu qui ei dimittatur obstticta sit - neque enim possumus dicere solam camem paruuli, non etiam animam indigere saluatoris et redemptoris auxilio alie- namque ab ea esse gratiarum actione quae in Psalmis est, ubi legimus et dicimus : Benedic, anima mea, Dominum et noli obliuisci omnes retributiones eius, qui propitius fit omnibus iniquitatibus tuis, qui sanat omnes languores tuos, qui redimit de corruptione uitam toom - an etiam non propagata, eo ipso quo carni peccati aggrauanda 437. Repetition de l'affirmation (14), en forme de concession, deja rapportee en I, 34, 64, et trouvee par Augustin dans Ie libellus breuissi- mus qu'il mentionnait alors. C'est ce qu'avait admis Caelestius devant la commission d' eveques. 438. Augustin ne donne pas ce mot. Mais la citation d'objecteur qu'il avait reproduite en I, 18, 23 (et qu'il avait sans doute lue dans Ie liber car elle se trouve quasi a l'identique dans Ie Liber de fide de Rufin) parlait de «procreation», «creation dans Ie Christ» (emprunt a II Cor. 5, 17a) et d'«heritage de Dieu», «coheritage avec Ie Christ» (emprunt a Rom. 8, 17 avec theme de I' adoption filiale). Julien d 'Eclane (cite par Augustin en Contra lulianum, III, 3, 8) disait: «Quos fecerat [Deus] condendo bonos, fecit innouando adoptandoque meliores.» 439. Cf. Rom. 8, 3. 440. Cf. Gen. 2, 16. 354 
LIVRE II XXXVI, 58. En realite, ce n'est pas une mince concession a l'autorite et a la verite des divines Ecritures qu' ont faite ces gens qui, meme s' ils n' ont pas voulu exprimer clairement dans leurs ecrits que Ie pardon des peches etait necessaire aux tout-petits, ont cependant reconnu que ceux -ci avaient besoin de la redemption 437 . Car, tout en usant d 'un autre mot, lui-meme tire de I' enseignement chretien 438 , ils n' ont absolument rien dit d' autre. Et pour qui lit fidelement, entend fidelement, garde fidelement les divines Ecritures, il ne peut faire aucun doute qu' a partir de cette chair, qui est d' abord devenue chair de peche 439 par la volonte du peche, s' est ensuite propagee une chair de peche, l'arre d'iniquite et de motfWO se transmettant a tous successivement; seule fut exceptee la ressemblance de la chair du peche44 I , laquelle cependant n'existerait pas s'il n'y avait pas de chair du peche. 7. Une question delicate: celie de l'implication de 1'8me dans la condition pecheresse des humains. 59. Pour ce qui est de l'ame, si elle-meme se transmet de la meme faon, se trouve-t-elle liee par une accusation dont elle doive etre acquittee? En effet, nous ne pouvons dire que ce soit la seule chair du tout-petit, et non aussi son ame, qui ait besoin du secours d'un Sauveur et d'un Redempteur, et que cette demiere demeure etrangere a I' action de graces qui se trouve dans les Psaumes, ou nous lisons et disons: Mon ame, benis le Seigneur, n 'oublie aucun de ses bienfaits, lui qui se montre indulgent pour tes iniquites, guerit toutes tes faiblesses et rachete ta vie de la corruption 442 . Ou bien, meme si l'ame ne se transmet pas, du seul fait qu' elle se trouve melee a la chair du peche 443 dont elle doit subir Ie poids 444 , a-t-elle 441. Cf. Rom. 8, 3. 442. Ps. 102,2-4. 443. Cf. Rom. 8, 3. 444. Cf. Sap. 9, 15a. 355 
DE PECCATORVM MERITIS ET REMISSIONE miscetur, iam ipsius peccati remissione et sua redemp- tione opus habeat, Deo per summam praescientiam iudicante qui paruulorum ab isto reatu non mereantur absolui, etiam qui nondum nati nihil alicubi propria sua uita egerunt uel boni uel mali, et quomodo Deus, etiamsi non de traduce animas creat, non sit tamen auctor reatus eiusdem propter quem redemptio sacramenti necessaria est animae paruuli, magna quaestio est aliamque dispu- tationem desiderat, eo tamen, quantum [128] arbitror, moderamine temperatam, ut magis inquisitio cauta laudetur quam praecipitata reprehendatur assertio. Vbi enim de re obscurissima disputatur non adiuuanti- bus diuinarum auctoritatum certis clarisque documentis, cohibere se debet humana praesumptio nihil faciens in partem alteram declinando. Etsi enim quodlibet horum, quemadmodum demonstrari et explicari possit, ignorem, illud tamen credo, quod etiam hinc diuinorum eloquio- rum clarissima auctoritas esset, si homo id sine dispendio promissae salutis ignorare non posset. Habes elaboratum - utinam tam commodum quam prolixum! - pro meis uiribus opus, cuius prolixitatem fortasse defenderem nisi id uererer facere defendendo prolixius. 356 
LWRE II des loTS besoin du pardon de ce peche et de sa propre redemption, Dieu jugeant dans sa prescience souveraine lesquels des tout -petits ne meritent pas d' etre absous de cette accusation, meme ceux qui, n' etant pas encore nes, n' ont nulle part fait ni bien ni mal dans leur propre vie 445 ? Et meme si Dieu ne cree pas les ames par trans- mission, comment cependant n'est-il pas Ie garant de cette meme accusation qui rend necessaire, pour I' ame du tout-petit, la redetion par Ie sacrement? C' est la une grave question , qui demande un autre debat, mais tempere, selon moi, par une grande moderation, de faon qu'on y loue la prudence de l'examen plutot que d'en blamer les hatives assertions. En effet, quand on discute une question si obscure sans l'aide des enseignements certains et lumineux des autorites divines, la presomption humaine doit s'impo- ser un frein sans rien faire en penchant d'un cote ou de I' autre. Meme si, en effet, j' ignore comment on peut demontrer ou expliquer I 'un de ces points, j' ai cepen- dant la conviction que I' autorite des paroles divines serait tres claire si I 'homme ne pouvait ignorer cela sans prejudice pour Ie salut qui lui a ete promis 447 . To as entre les mains I' ouvrage - aussi utile que long, j' espere ! - que j' ai elabore en fonction de mes forces et dont je pourrais defendre la longueur si, en la defendant, je ne craignais de I' allonger. 445. Cf. Rom. 9, 11. 446. Question deja soulevee plus haut (I, 22, 31 et I, 38, 69) et qui reviendra plus loin (III, 10, 18). Voir la NC 29: «La question de l' origine des ames et de leur mode d' implication dans la condition pecheresse». Voir aussi la NC 62: «Trace de l' Ambrosiaster dans quelques passages du De peccatorum meritis et remissione? ». 447. Voir la NC 14: «Les regles d'interpretation de l'Ecriture rappelees dans Ie De peccatorum meritis et remissione ». 357 
LIVRE III 
LIBER TERTIVS Carissimo filio Marcellino Augustinus episcopus, seruus Christi seruorumque Christi, in Domino salutem. I, 1. De quaestionibus quas mihi proposueras, ut ad te aliquid scriberem aduersus eos qui dicunt Adam, etiamsi non peccasset, fuisse moriturum nec ex eius peccato quicquam ad eius posteros propagando tran- sisse, maxime propter baptismum paruulorum quem more piissimo atque matemo uniuersa frequentat eccle- sia, et quod in hac uita sint, fuerint futurique sint filii hominum nullum habentes omnino peccatum, iam duos prolixos absolueram libros. Quibus [129] mihi uisus sum non quidem omnibus omnium occurrisse in hac causa motibus animorum - quod uel a me uel a quoquam utrum fieri possit ignoro, immo fieri non posse non dubito -, sed tamen egisse aliquid, quo de his rebus a maioribus traditae fidei defensores contra nouitates eorum qui aliter sentiunt non inennes, usquequaque consisterent. Verum post paucissimos dies legi Pelagii quaedam scripta sancti uiri, ut audio, et non paruo prouectu 1. II y a donc la trois opinions rapportees par Marcellinus, dont deux ont ete traitees au livre I, la troisieme etant discutee dans Ie livre II. Mais on notera que Ie resume de la deuxieme opinion (<<rien de son che n' a ete transmis a ses descendants») renvoie (maxime propter) a la pratique du bapteme des nouveau-nes, Augustin laissant entendre que les objecteurs eux-memes apportent une interpretation du sens de ce bapteme a leur argumentation contre la realite d'un peche originel. Comme Ie suggere W. DUNPHY, «A Lost Year...», p. 424, « la lettre pouvait aussi circuler indePendamment [des deux 360 
LIVRE TROISIEME Augustin eveque, serviteur du Christ et des serviteurs du Christ, a son tres cher fils Marcellinus salut dans Ie Seigneur. Motifs de l'adjonction de cette lettre aux deux livres deja acheves. I, 1. A propos des questions que tu m'avais soumises pour que je t'ecrive quelque reponse contre ceux qui disent qu' Adam, meme s' il n' avait pas peche, serait mort, et que rien de son peche n' a ete transmis a ses descendants, surtout quand il s' agit du bapteme des tout-petits - que I'Eglise entiere pratique selon une coutume tres pieuse et matemelle - et qu' en cette vie il y a, il y a eu et il y aura des fils d 'hommes absolument exemfts de tout peche, j'avais deja acheve deux gros Ii vres . Grace a eux, il m'a semble, certes non avoir prevenu en cette affaire tous les troubles de tous les esprits (m'etait-il possible a moi ou a tout autre de Ie faire? je l'ignore, ou plutot ne doute pas que ce soit impossible), mais du moins avoir fait reuvre utile, afin que sur ces questions les defenseurs de la foi transmise par les anciens ne se trouvent pas desarmes face aux theories nouvelles de ceux qui pensent autrement, en quoi qu' el- les consistent. Mais tres peu de jours apres, j' ai lu certains ecrits de Pelage - un saint homme, a ce que j'entends dire, et chretien de grand merite - ecrits qui contiennent sur les premiers livres], d'ou la precaution prise de resumer, en introduction, la reponse aux theses de Caelestius». 361 
DE PECCATORVM MERITIS ET REMISSIONE Christiani, quae in Pauli apostoli epistolas expositiones breuissimas continerent, atque ibi comperi, cum ad ilium uenisset locum ubi dicit Apostolus: Per unum hominem peccatum intrasse in mundum et per pecca- tum mortem atque ita in omnes homines pertransisse, quandam eorum argumentationem qui negant paruulos peccatum originale gestare, quam, fateor in illis tam lon- gis uoluminibus meis non refelli, quia in mentem mihi omnino non uenerat quemquam posse talia cogitare uel dicere. Quapropter, quoniam illi operi quod iam certo fine concluseram nihil addere uolui, et ipsam eisdem uerbis quibus eam legi et quid mihi contra uideatur huic epistolae inserendum putaui. II, 2. Sic ergo ilia argumentatio posita est: « Hi autem, inquit, qui contra traducem peccati sunt, ita illam impugnare nituntur: "Si Adae, inquiunt, peccatum etiam non peccantibus nocuit, ergo et Christi iustitia etiam non credentibus prodest, quia similiter, immo et magis dicit per unum saluari quam per unum ante perierunt".» Huic ergo, ut dixi, argumento in illis duobus libris quos ad te scripsi nihil respondi neque [130] id mihi prorsus redarguendum proposui. Nunc ergo prius illud adtende quemadmodum, cum dicunt: «Si Adae peccatum etiam 2. L' ouvrage nous est parvenu sous Ie titre suivant: Expositiones XlII Epistularum S. Pauli; edite par A. Souter, Cambridge, 1926 et dans Ie Supplement de la Patrologie Latine (PLS) , vol. I. Sur cet ecrit, voir la NC 63: «Le commentaire de Paul par Pelage parvenu it Augustin». Voir aussi la NC 64: «Pelage et Augustin en 410-411 ». 3. Rom. 5, 12ab. 4. Cf. Rom. 5, 17-19.21. 5. Cf. Rom. 5, 12.18-19.21. 6. Cf. Rom. 5, 15.l7.20b. 7. Cf. Rom. 5, 12.17-19. 8. PELAGE, Expositiones in epistulam ad Romanos, 5, 15, PLS I, col. 1137. Cette affirmation (36) rapportee par Pelage presente une argumentation nouvelle, mais au service de la meme these deja rap- portee plusieurs fois: declarations 2 (I, 9, 9 et III, 1, 1) et 24 (II, 9, 11). Augustin citera de nouveau Ie passage en De gratia Christi et de 362 
LIVRE III lettres de I' apotre Paul de tres courtes explications 2 , et la j' ai trouve, quand il en vient au passage ou I' Apotre dit: Par un seul homme le peche est entre dans le monde et par le peche la mort, et ainsi le peche a passe dans tous les hommes 3 , une argumentation de ceux qui nient que les tout -petits portent Ie peche originel que j' avoue n' avoir pas refutee dans mes ouvrages pourtant si volumineux, car il ne m' etait absolument pas venu a I' esprit que I' on pOt concevoir ou dire pareilles choses. C'est pourquoi, n'ayant voulu rien ajouter a cet ouvrage auquel j'avais mis clairement fin, j' ai pense devoir inserer dans cette lettre et I' argumentation dans les tennes memes 00 je I' ai lue et la refutation que j' ai cru bon de ui opposer. La nouvelle argumentation decouverte par Augustin. D, 2. Voici donc I' argumentation en question: «Ceux qui, dit Pelage, s' opposent a la transmission du peche s' efforcent de la combattre par des propos tels que ceux- ci: "Si Ie peche d' Adam, disent-ils, a nui meme a ceux qui ne pechent pas, donc la justice du Christ, elle aussi, profite meme a ceux qui ne croient pas; car Paul dit que le salut vient par un seul 4 , de la meme maniere 5 et meme plus encore 6 que la perdition est d'abord venue par un seu(1"8. » A cet argument donc, comme je I' ai dit, je n' ai rien repondu dans les deux livres que j'ai ecrits a ton inteq- tion, et je n' ai pas du tout envisage d' avoir a Ie refuter. A present donc, observe tout d' abord comment, lorsqu' ils affinnent: «Si Ie peche d' Adam nuit meme a ceux qui peccato originali, II, 21, 24, BA 22, p. 200, ajoutant: .. .et, a la suite, toutes les arguties du meme genre que, Dieu aidant, j' ai toutes refutees et reduites a neant dans mes livres sur Ie bapteme des tout-Petits », allusion donc a III, 3, 5-6. L'auteur anonyme du Praedestinatus, I, 88 designe Caelestius comme I' auteur cite et vise par Pelage: «Pelagius (. . .) tangens Caelestium, qui contra traducem peccati primus scrips it, his uerbis ait: "Hi, inquit, qui contra traducem ueniunt"...» Voir la NC 65: «Fondements de I' argumentation des Personnes citees par Pelage» . 363 
DE PECCATORVM MERITIS ET REMISSIONE non peccantibus nocet, ergo et Christi iustitia etiam non credentibus prodest», absurdissimum utique et falsissi- mum iudicant ut Christi iustitia etiam non credentibus prosit. Vnde putant confici nec primi hominis peccatum paruulis non peccantibus nocere potuisse, sicut Christi iustitia prodesse ullis non credentibus non potest. Dicant itaque iustitia Christi quid baptizatis paruulis prosit, dicant omnino quod uolunt. Profecto enim, si se Christianos esse meminerunt, aliquid prodesse non ambigunt. Quodlibet igitur prosit, prodesse, sicut etiam ipsi adserunt, non credentibus non potest. Vnde cogun- tur paruulos baptizatos in credentium numero deputare et auctoritati sanctae ubique ecclesiae consentire, quae fidelium eos nomine non censet indignos, quibus iustitia Christi etiam secundum istos prodesse non nisi creden- tibus posset. Sicut ergo eorum per quos renascuntur iustitiae spiri- tus responsione sua traicit in eos fidem quam uoluntate propria nondum habere potuerunt, sic eorum per quos nascuntur caro peccati traicit in eos noxam quam nondum uita propria contraxerunt. Et sicut eos uitae Spiritus in Christo regenerat fideles, sic eos corpus mortis in Adam generauerat peccatores ; ilia enim camalis generatio est, haec spiritalis; ilIa facitfilios carnis, haec Spiritus; ilIa filios mortis, haec filios resurrectionis ; ilIa filios saeculi, 9. Augustin convient donc avec les contradicteurs que la justice du Christ ne Peut profiter qu'a des croyants. Mais puisque I'Eglise baptise des humains meme en bas age et les apPelle «croyants» (fide- les) comme les autres, c' est que la justice du Christ leur profite. La nuance «en quelque faon» (aliquid) parait exprimer la conscience qu' a I' eveque du cas particulier de ce bapteme d' etres non encore en mesure de confesser eux-memes la foi chretienne. 10. Cf. Rom. 8,3. 11. Noxa, terme pour la premiere fois employe dans I' ouvrage, est plus complexe que culpa car il renvoie a la fois au prejudice subi, a la faute commise et a la punition qui s' ensuit. 12. Cf. Rom. 7, 25. 364 
LIVRE III ne pechent pas, donc la justice du Christ, elle aussi, profite meme a ceux qui ne croient pas», ils po sent un jugement totalement absurde et faux selon lequella jus- tice du Christ profiterait meme a ceux qui ne croient pas. lIs en concluent que Ie peche du premier homme n'a pu nuire aux tout-petits, qui ne pechent pas, tout comme la justice du Christ ne saurait profiter a aucun de ceux qui ne croient pas. Qu'ils disent donc en quoi la justice du Christ profite aux tout-petits une fois baptises, qu'ils disent tout ce qu'ils veulent car, assurement, ils ne doutent pas, s'ils se rappellent qu' ils sont chretiens, que la justice du Christ ne soit profitable en quelque faon. Or de quelque faon qu'elle Ie soit, elle ne peut profiter a ceux qui ne croient pas, comme eux aussi Ie reconnaissent. lIs sont donc contraints de compter au nombre des croyants les tout-petits une fois baptises et de souscrire a l'autorite de la sainte Eglise universelle, laquelle ne juge pas indignes du nom de fideles ceux qui, meme selon ces gens, ne pourraient profiter de la justice du Christ s'ils ne croyaient pas 9 . De meme donc que l'esprit de justice de ceux qui les font renaitre leur communique, en repondant pour eux, la foi qu' ils ne pourraient avoir de par leur propre volonte, de meme la chair de peche IO de ceux qui les font naitre leur communique une faute II qu'ils n'ont pas contractee par leur propre vie. Et de meme que I 'Esprit de vie les regenere fideles dans Ie Christ, ainsi Ie corps de mort I2 les avait engendres pecheurs en Adam: I 'une est, en effet, une gneration charnelle, I' autre une gene- ration spirituelle; I' une roduit les en/ants de la chair I 3 , l'autre ceux de I'Esprit 4; l'une des en/ants de mort I5 , l'autre des en/ants de resurrection 16 ; l'une des en/ants 13. Cf. Rom. 9, 8 et loh. 3, 6a. 14. Cf. loh. 3, 6b. 15. Cf. Rom. 7, 5. 16. Cf. Luc. 20, 36b. 365 
DE PECCATORVM MERITIS ET REMISSIONE haec filios Dei; ilIa filios irae, haec filios misericordiae ; ac per hoc ilia peccato originali obligatos, ista omnis peccati uinculo liberatos. 3. Postremo ad id quod intellectu perspicacissimo assequi non ualemus, auctoritate diuina consentire cogamur. Bene, quod ipsi nos [131] admonent, ius- titiam Christi nisi credentibus prodesse non posse et prodesse aliquid paruulis confitentur. Vnde, ut diximus, necesse est eos baptizatos in credentium numero sine ulla tergiuersatione constituant. Consequenter igitur, si non baptizentur, inter eos qui non credunt erunt ac per hoc nee uitam habebunt, sed ira Dei manet super eos, quoniam qui non credit Filio non habebit uitam, sed ira Dei manet super eum, et iudicati sunt, quoniam qui non credit iam iudicatus est, et condemnabuntur quoniam qui crediderit et baptizatus fuerit saluus erit, qui autem non crediderit condemnabitur. lam nunc uideant isti qua iustitia temptent uel conen- tur adserere non ad uitam aetemam, sed ad iram Dei pertinere et iudicari diuinitus atque damnari homines qui sine peccato sunt, si quemadmodum proprium ita nullum in eis est etiam originale peccatum. 4. lam ceteris quae Pelagius insinuat eos dicere qui contra originale peccatum disputant, in illis duobus pro- lixi mei operis libris satis, quantum arbitror, dilucideque respondi, quod etsi quibusdam uel parum uel obscurum 17. Cf. Luc. 20,34. 18. Cf. Luc. 20, 36b; loh. 1,12; Iloh. 3,1-2. 19. Cf. Eph. 2, 3. 20. loh. 3, 36. 21. loh. 3, 18. 22. Marc. 16, 16. 23. L' allusion aces «autres objections» indique qu' Augustin a eu entre les mains un texte des Expositiones qui contenait, par exemple, l'interpretation purement morale de Rom. 5, 12 ainsi exposee dans la PLS I, col. 1136: «Et ita in omnes homines pertransiit, in quo omnes peccauerunt. Dum ita peccant, et similiter moriuntur» et les 366 
LIVRE III du monde 17 , l'autre des enfants de Dieu l8 ; l'une des en/ants de la colere 19, I' autre ceux de la misericorde; et c'est pourquoi l'une les fait esclaves du peche originel tandis que I' autre les affranchit du lien de tout peche. 3. Enfin, a ce que par notre intelligence - si perspicace soit-elle - nous ne pouvons atteindre, soyons obliges de souscrire par I' autorite divine. lIs font bien, comme ils nous Ie rappellent eux-memes, d'avouer que la justice du Christ ne peut profiter aux non croyants et qu'elle est d'un certain profit aux tout petits. C'est pourquoi, comme nous I' avons dit, il est necessaire de les compter sans aucune discussion, une fois baptises, au nombre des croyants. En consequence, donc, a moins d' etre baptises, ils seront parmi ceux qui ne croient pas et, de ce fait ils n'auront pas la vie, mais la colere de Dieu demeure sur eux 20 , puisque celui qui ne croit pas au Fils n' aura pas la vie, mais la colere de Dieu demeure sur lui, et ils seront juges puisque celui qui ne croit pas est deja juge/l I , et ils seront condamnes, puisque celui qui croira et qui sera baptise sera sauve, mais celui qui ne croira pas sera conda mne /l 2 . Qu'ils voient des a present, ces gens, par quelle justice ils tentent ou s' efforcent de soutenir que sont promis non a la vie etemelle mais a la colere de Dieu et au jugement divin et a la condamnation les hommes qui sont sans peche, s' il est vrai qu' ils sont exempts, tout comme de peches personnels, egalement meme du peche originel. Les autres objections ont ete traitees dans les livres I et II. Bien Doter que Pelage ne fait que les citer. 4. Quant aux autres objections que Pelage prete a ceux qui contestent Ie peche originel, je les ai deja suffisam- ment et clairement refutees, je crois, dans les deux livres de mon abondant ouvrage 23 . Quand bien meme certains autres explications de la dePendance de ses descendants vis-a-vis d' Adam par la seule imitation de son mauvais exemple. Augustin a refute cela en I, 2, 2 - 8, 8. 367 
DE PECCATORVM MERITIS ET REMISSIONE uidebitur, dent ueniam et componant cum eis qui fortasse illud non quia parum est, sed quia nimium reprehendunt ; et qui ea quae pro natura quaestionum dilucide dicta existimo adhuc non intellegunt, non mihi calumnientur pro neglegentia uel pro meae facultatis indigentia, sed Deum potius pro accipienda intellegentia deprecentur. III, 5. Verumtamen nos non neglegenter oportet aduertere istum, sicut eum qui nouerunt loquuntur, bonum ac praedicandum uirum hanc argumentationem contra peccati propaginem non ex propria intulisse per- sona, sed quid illi dicant qui eam non adprobant [132] intimasse nec solum hoc quod modo proposui eique respondi, uerum etiam cetera quibus me in iBis libris iam respondisse recolui. Nam cum dixisset: «"Si Adae, inquiunt, peccatum etiam non peccantibus nocuit, ergo et Christi iustitia etiam non credentibus prodest"» - quod in his quae respondi cemis quam non solum non expugnet quod dicimus, sed etiam nos admoneat quid dicamus - secutus adiunxit: «"Deinde si baptismus mundat antiquum illud delictum, qui de duobus baptizatis nati fuerint debent hoc carere peccato; non enim potuerunt ad posteros transmittere quod ipsi minime habuerunt." Illud quoque accedit, inquit, quia, si anima non est ex traduce, sed sola caro, ipsa tantum habet traducem peccati et ipsa sola poenam 24. Voir la NC 64. 25. Retition de l'affirmation (36) rapportee par Pelage et signalee plus haut, en III, 2, 2, 00 Augustin a repondu. 26. Affirmation (37) rapportee par Pelage, qui presente des ressem- blances avec (31-33) signalees successivement en II, 25, 39; II, 25,41 et II, 27, 44. Dans la mesure 00 elle est donnee par Pelage comme la suite de (36), si l'auteur anonyme du Praedestinatus, I, 88, a vu juste en designant Caelestius comme l'auteur vise de (36), l'affirmation (37) serait a lui attribuer, mais un enonce tres proche se lit dans Ie Liber de fide (n° 40) de son maitre Rufin. Augustin repond plus loin (III, 8, 16). 368 
LWRE III Ie trouveraient insuffisant ou obscur, qu' ils m' accordent leur indulgence et compo sent avec ceux qui, peut-etre, lui reprochent non pas sa brievete, mais sa prolixite; quant a ceux qui ne comprennent pas encore les expli- cations que j' ai donnees - clairement, ce me semble, compte tenu de la nature de ces questions - ils voudront bien ne pas m'incriminer a tort pour ma negligence et mon incapacite, mais plutot solliciter Dieu pour en recevoir I' intelligence. 111,5. Neanmoins, il nous faut sans negligence remarquer que cet homme de bien dont on doit louer les merites, comme disent ceux qui Ie connaissent, n' a pas presente comme issue de sa pen see personnelle cette argumentation contre la transmission du peche, mais qu' il a fait connaitre des objections d' autrui contre celle-ci, et non seulement ce que je viens d' exposer et de refuter, mais encore les autres points que je me suis deja attache a refuter dans mes deux livres 24 . De fait, apres avoir ecrit: «"Si Ie peche d' Adam, disent-ils, a nui meme a ceux qui ne pechent pas, donc la justice du Christ elle aussi profite meme a ceux qui ne croient pas 25 " » - et tu constates d' apres les reponses que j' ai fonnulees que, loin de contredire mon propos, il nous signifie meme ce qu' il faut dire -, il a continue en ajoutant: «lIs disent ensuite: "Si Ie bapteme lave cette ancienne faute, les enfants nes de deux baptises doi vent etre exempts de ce peche, car ils n' ont pu trans- mettre a leurs dscendants ce qu'eux-memes n'avaient pas du tout 26 ." A cea s'ajoute encore, dit-il 27 , que si I' ame n' est pas Ie fruit d 'une transmission, mais la chair seule, celle-ci seulement connait la transmission 27. Dans la PL, cette phrase suit immediatement la precedente (<< ...quod ipsi mimime habuerunt. Illud quoque accidit quia, si anima. . . » ); c' est donc encore une citation d' autrui par Pelage. Cf. Expositiones in epistulam ad Romanos, 5, 15. 369 
DE PECCATORVM MERITIS ET REMISSIONE meretur, "iniustum esse" dicentes "ut hodie nata anima, non ex massa Adae, tam antiquum peccatum portet alie- num". » «Dicunt etiam, inquit, "nulla ratione concedi ut Deus qui propria peccata remittit imputet aliena". » 6. Videsne, obsecro, quemadmodum hoc totum Pelagius non ex sua, sed ex aliorum persona indiderit scriptis suis, usque adeo sciens hanc nescio quam esse nouitatem quae contra antiquam a ecclesiae insitam opi- nionem sonare nunc coeperit, ut eam ipse confiteri aut uerecundatus aut ueritus fuerit? Et forte hoc ipse non sentit quod sine peccato nasca- tur homo, cui fatetur necessarium esse baptismum, in quo fit remissio peccatorum; quod sine peccato dam- netur homo, quem necesse est non baptizatum in non credentibus deputari, quia utique scriptura euangelica fallere non potest, in qua apertissime legitur: Qui non crediderit, condemnabitur; postremo quod sine peccato imago Dei non admittatur ad regnum Dei, quoniam nisi quis renatus fuerit ex aqua et Spiritu [133] non potest introire in regnum Dei, atque ita uel in aetemam mortem a. Le CSEL, a la suite d'une minorite d'anciens temoins, ajoute un et apres antiquam. 28. Opinion (38) rapportee par Pelage, appuyee sur une nouvelle argumentation, mais au service de la meme these traittSe plus haut: declarations (2) en I, 9, 9 + III, 1, 1 et (24) en II, 9, 11. Comme elle suit (36) et (37) son auteur en serait encore Caelestius. Augustin y repond plus loin (III, 10, 18). 29. Affirmation (39) rapportee, equivalente a la precedente (38). Son auteur en serait alors aussi Caelestius. Augustin repond plus loin (III, 8, 15). 30. PELAGE, Expositiones..., 5, 15, PLS I, col. 1137. Affirmation (40) rapportee par Pelage (et, puisqu'elle suit immediatement [39], son auteur serait Caelestius) et qui appuie les precedentes tout en etant nouvellement introduite dans Ie Pecc. mer.: pour ses partisans, Dieu n' agit qu' envers des individus, car ils refusent la solidarite morale et metaphysique des humains dans leur nature heritee d' Adam. Voir la NC 65: «Fondements de I' argumentation des Personnes cittSes par Pelage» . 370 
LIVRE III du peche et elle seule merite la punition 28 . "II serait injuste, disent-ils, qu 'une ame nee aujourd 'hui sans etre issue de la matiere d' Adam porte Ie goids d'un peche si ancien, alors qu'il est celui d'autrui 9".» «lIs ajoutent, dit-il, qu'aucune raison ne saurait admettre que Dieu, qui pardonne a I 'homme ses propres peches, lui impute ceux d' autrui 30. » 6. Tu vois, n' est -ce pas, comment Pelage a intro- duit tout cela dans ses ecrits, non d' apres sa pen see personnelle mais d' apres celie d' autrui? II savait si pertinemment qu' il s' agit de je ne sais quelle nouveaute qui commence a se faire entendre aujourd'hui contre l'ancienne croyance etablie de l'Eglise que, par honte ou par crainte, il ne l'a pas professee lui-meme. Et peut-etre n'est-il pas d'avis lui-meme que l'homme nait sans che3I: il reconnait que Ie bapteme lui est necessaire 2, dans lequel se fait Ie pardon des peches; ni que soit condamne un homme sans peche qui, non bap- tise, est necessairement compte parmi les non-croyants, car Ie texte de I , Evangile ne saurait, certes, nous tromper, ou on lit tres clairement: Celui qui ne croira pas sera condamne'33; enfin, peut-etre n'est-il pas d'avis que, sans avoir peche, l'image de Dieu 34 puisse ne pas etre admise au royaume de Dieu, car si l'on ne renait de l'eau et de l' Esprit, on ne peut entrer dans le royaume de Dieu 35 , et 31. Opinion (41) equivalente a ce qui est rapporte (3) depuis I, 9, 9. Caelestius, sans aller jusqu'a refuser l'reuvre d'un pardon dans Ie bapreme des tout-Petits, 6cartait en tout cas la transmission hereditaire du peche d' Adam, se revendiquant en cela de Rufin. 32. La proposition relative a valeur causale: «Peut-etre n' est-il pas d'avis lui-meme que l'homme nait sans peche, a qui it reconnait que Ie bapteme lui est necessaire.» C'etait une concession des objecteurs (42) maintes fois mentionnee plus haut: (4) en I, 12, 15 et II, 25, 41; (6) en I, 18,23; (8) en I, 20, 26; (9) en I, 21,30; (12) en I, 28, 55; (13) en I, 30, 58; (16) en I, 34, 64 ; (42) et (43) en III, 3, 6. Caelestius avait reconnu que les hehes doivent etre baptises. 33. Marc. 16, 16. 34. Cf. Gen. 1, 26. 35. loh. 3, 5. 371 
DE PECCATORVM MERITIS ET REMISSIONE sine peccato praecipitetur aut, quod est absurdius, extra regnum Dei habeat uitam aetemam, cum Dominus prae- dicens quid suis in fine dicturus sit: Venite, benedicti Patris mei, percipite regnum quod uobis paratum est ab initio mundi, manifestauerit etiam quid sit ipsum regnum, quod dicebat ita concludens: Sic ibunt illi in ambustionem aeternam, iusti autem in uitam aeternam. Haec ergo et alia, quae hunc sequuntur errorem, nimium peruersa et Christianae repugnantia ueritati credo quod uir ille tam egregie Christianus omnino non senti at. Sed fieri potest ut etiam istorum argumentis qui contra peccati traducem sentiunt, adhuc fortasse ita moueatur ut audire uel nosse quid contra eos dicatur exspectet; et ideo quid illi dicant, qui contra peccati tra- ducem sentiunt, nec tacere uoluit ut quaestio discutienda insinuaretur, et a personna sua remouit, ne hoc etiam ipse sentire iudicaretur. IV, 7. Ego autem etsi refellere istorum argumenta non ualeam, uideo tamen inhaerendum esse his quae in scripturis sunt apertissima, ut ex his reuelentur obscura aut, si mens nondum est idonea, quae possit ea demons- trata cemere uel abstrusa uestigare, sine ulla haesitatione credantur. Quid autem apertius tot tantisque testimoniis diui- norum eloquiorum, quibus delucidissime apparet nee praeter Christi societatem ad uitam salutemque aetemam posse quemquam hominum peruenire, nec diuino iudicio 36. Matth. 25, 34. 37. Matth. 25,46. «Peut-etre n'est-il pas d'avis...». La these expri- mee (43) est analogue a la precedente (42) et a bien d'autres depuis (4) en I, 12, 15. Noter qu'en I, 30, 58 se trouvait aussi Ie theme de l'imago Dei. Caelestius etait du nombre de ces chretiens ici vises: il admettait la necessite du bapteme meme pour les hehes tout en defendant leur innocence. 38. Tout ce paragraphe a propos de Pelage, ecrit avec tact et habi- lete, est en definitive un apPeI au moine, courtois mais pas moins clair, pour qu'il prenne position Personnellement sur les assertions qu'il a 372 
LIVRE III qu'ainsi sans avoir peche l'homme soit precipite dans la mort etemelle ou, ce qui est plus absurde encore, qu' il ait la vie etemelle en dehors du royaume de Dieu, alors que Ie Seigneur, annonant ce qu' il dira aux siens a la fin du monde - Venez, les benis de mon Pere, recevez le royaume qui vous a ete prepare des l' origine du monde 36 - a meme revele quel est precisement Ie royaume dont il parlait, concluant en ces tennes: Ainsi Us iront au leu eternel, tandis que les justes iront a la vie eternelle 3 . Ces opinions, donc, et d' autres qui decoulent de la meme erreur, trop perverses et contraires a la verite chretienne, je crois que cet homme, un chretien si remarquable, ne saurait nullement les epouser. Mais il se peut que meme les arguments des adversaires de la transmission du peche continuent peut -etre de I' ebranler, si bien qu' il attendrait d' apprendre et de savoir comment les refuter; voila pourquoi il n' a pas voulu taire les arguments de ceux qui s' opposent a la transmission du peche, afin d' i ntrodu ire la question a discuter, mais il a evite de parler en son nom personnel, afin u' on ne pense pas que telle est aussi sa propre opinion 3 . Le point de vue d' Augustin. Retour sur l'argumen- taire deploye dans les livres I et II. IV, 7. Pour ma part, meme si je ne suis pas capable de refuter leurs arguments, je cOl}state cependant qu' il faut s' attacher a ce qui, dans les Ecritures, est parfaitement clair, afin que les obscurites se devoilent, ou qu' on les croie sans hesitation si I' esprit n' est encore apte ni a dis- tinguer ce qui est montre, ni a chercher ce qui est cache. Or peut-il y avoir rien de plus clair que les temoignages si nombreux et si importants des paroles divines, les- quelles montrent si lumineusement et que, s' il n' est pas associe au Christ, aucun homme ne peut parvenir a la vie et au salut etemels, et que nul ne peut etre injustement rapportees dans son ouvrage. Voir la NC 64: « Pelage et Augustin en 410-411 ». 373 
DE PECCATORVM MERITIS ET REMISSIONE iniuste aliquem posse damnari, hoc est ab ilia uita et salute separari? Vnde fit consequens ut, quoniam nihil agitur aliud, cum paruuli baptizantur, nisi ut incorpo- rentur ecclesiae, id est Christi corpori membrisque socientur, manifestum sit eos ad damnationnem, nisi hoc eis conlatum fuerit, pertinere. Non autem damnari possent, si peccatum utique non haberent. Hoc [134] quia ilia aetas nullum in uita propria contrahere potuit, restat intellegere uel, si hoc nondum possumus, saltim credere trahere paruulos origin ale peccatum. 8. Ac per hoc si ambigui aliquid habent uerba aposto- lica quibus dicit: Per unum hominem peccatum intrauit in mundum et per peccatum mors et ita in omnes homi- nes pertransiit, possuntque in aliam duci transferrique sententiam, numquid et ambiguum est: Nisi quis renatus fuerit ex aqua et Spiritu, non potest introire in regnum Dei? Numquid et illud: Vocabis nomen eius Iesum,. ipse enim saluum faciet populum suum a peccatis eorum? Numquid etiam illud, quia non est opus sanis medic us, sed ae grotantibus, hoc est quia non est necessarius Iesus eis qui non habent peccatum, sed eis qui saluandi sunt a peccato? Numquid etiam illud, quia nisi manducauerint homines carnem eius, hoc est participes facti fuerint corporis eius, non habebunt uitam ? His atque huiusmodi aliis quae nunc praetereo testimoniis diuina luce clarissimis, diuina auctoritate cer- tissimis, nonne ueritas sine ulla ambiguitate proclamat, 39. Raisonnement deja tenu en I, 16, 21 avec Rom. 5, 16.21 pour appui scripturaire. 40. Raisonnement deja tenu en I, 18, 23 avec Rom. 5, 6. lei est bien presente la distinction augustinienne entre trahere peccatum (contrac- ter Ie peche originel, ce qui est un fait de transmission hereditaire) et contrahere peccatum (contracter Ie peche par nos fautes Personnelles commises Pendant notre vie). Voir G. FOLLIET, «"Traherelcontrahere peccatum " ... ». 41. Rom. 5, 12ab. 42. /oh. 3, 5. 374 
LIVRE III condamne par Ie jugement divin, c' est-A-dire prive de cette vie et du salut? D' ou la consequence que, puisque Ie bapteme des tout-petits n'a d'autre effet que de les incorporer a l'Eglise et de les associer au corps et aux membres du Christ, ceux-ci sont manifestement voues a la condamnation s'ils n'ont pas reu Ie bapteme 39 . Mais ils ne pourraient etre condamnes s' ils n' avaient pas du tout de peche; or, puisque cet age ne saurait avoir contracte de peche dans sa vie propre, il nous reste a comprendre ou, si nous n' en avons pas encore les moyens, a croire que les tout-petits contractent Ie peche originel 40 . 8. C'est pourquoi, s'il se trouve quelque ambigulte dans les paroles de I' Apotre quand il dit: Par un seul homme le peche est entre dans le monde et, par le peche, la mort,. et ainsi il a passe dans tous les hommes4 1 , et si elles peuvent etre interpretees et transposees autre- ment, Ie texte que voici comporte-t-il, lui aussi, quelque ambigulte: Personne, a moins de renaftre de I' eau et de l'Esprit, ne peut entrer dans le royaume de Dieu4 2 ? Et celui-ci: Tu I' appelleras du nom de Jesus, car lui-meme sauvera son peuple de leurs peches4 3 ? Et cette parole encore selon laquelle ce ne sont pas les bienJortants, mais les malades qui ont besoin d'un medecin , c'est-a- dire que Jesus n' est pas necessaire a ceux qui n' ont pas de peche, mais a ceux qui doivent etre sauves du peche? Et cette parole encore selon laquelle, si les hommes ne mangent la chair du Christ - c' est -a-dire s' ils ne sont devenus participants de son corps - ils n' auront pas la vie 45 ? . A. travers ces temoignages et d' autres similaires que, pour l'heure, je laisse de cote, si parfaitement eclaires par la lumiere divine et certifies par l'autorite divine, la Verite ne proclame-t-elle pas sans nulle ambigulte que, 43. Matth. 1,21. 44. Matth. 9, 12. 45. Cf. loh. 6, 54. 375 
DE PECCATORVM MERITIS ET REMISSIONE non solum in regnum Dei non baptizatos paruulos intrare non posse, sed nec uitam aetemam posse habere praeter Christi corpus, cui ut incorporentur sacramento baptismatis inbuuntur? Nonne ueritas sine ulla dubi- tatione testatur eos non ob aliud ad Iesum, hoc est ad saluatorem et ad medicum Christum, piis gestantium manibus ferri, nisi ut per medicinam sacramentorum eius possint a peccati peste sanari ? Quid ergo cunctamur Apostoli uerba de quibus forte dubitabamus etiam ipsa sic intellegere, ut his congruant testimoniis de quibus dubitare non possumus? 9. Quamquam toto ipso loco ubi per un ius peccatum multo rum condemnationem et per unius iustitiam multo- rum iustificationem [135] Apostolus loquitur, nihil mihi uideatur ambigui, nisi quod ait Adam formam futuri. Hoc enim reuera non solum huic sententiae conuenit, quia intellegitur futuros eius posteros ex eadem forma cum peccato esse generatos, sed etiam in alios et alios intellectus possunt haec uerba deduci. Nam et nos aliud inde aliquando diximus et aliud fortasse dicemus, quod 46. Imbuuntur, meme verbe qu' en I, 22, 32 et II, 2, 2, 00 it s' agissait de la religio dont les chretiens sont «impregneS» et comme «teints ». lei, I' image est encore plus parlante puisqu' elle est rapportee au Corps du Christ, son Eglise, dans lequel on etait immerge par un realiste bain baptismal. 47. Cf. Matth. 1,21. 48. II s'agit des adultes qui portent a l'eglise un nouveau-ne pour Ie faire baptiser, Ie plus sou vent, quand il est en ril de mort, ceux qui vont se porter pour lui garants de la foi chretienne (aujourd'hui les parrains et marraines). Voir deja I, 18, 23 et la NC 22: «Grande fr6quence, chez Augustin, de l' expression currere ad baptismum a propos des tout-Petits». 49. Ainsi Augustin apPelle-t-il a une influence mutuelle de ces deux autorites: I 'Ecriture et la pratique sacramentelle de I 'Eglise. 50. Cf. Rom. 5, 18-19. 51. Cf. Rom. 5, 14. 52. Meme interpretation avancee au livre I (I, 13). 376 
LIVRE III non seulement les tout-petits ne peuvent entrer sans bap- teme dans Ie royaume de Dieu, mais encore ils ne peuvent avoir la vie etemelle en dehors du corps du Christ, dont les impregne 46 Ie sacrement du bapteme pour qu'ils lui soient incorpores ? La Verite n' atteste-t-elle pas sans nul doute que, s'ils sont apportes a Jesus - c'est-a-dire Ie Sauveuf47 - et au Christ medecin par les mains pieuses de ceux qui les portent4 8 , c' est pour qu' ils puissent etre gueris de la contagion du peche grace aux remedes de ses sacrements ? Pourquoi alors hesitons-nous a donner aussi a ces paroles memes de I' Apotre, sur lesquelles nous pouvions avoir quelque doute, I' interpretation qui est confonne aces temoignages dont nous ne pouvons ? ' 9. Certes, dans tout Ie passage oil I' Apotre dit que Ie peche d'un seul entraine la condamnation de beaucouf et la justice d' un seul la justification de beaucoup5 , il n'y a, je crois, rien d'ambigu, si ce n'est qu'il dit Adam figure de celui qui va venirS I . Ceci, en verite, est confonne a I' opinion qui entend que ses descendants a venir, provenant de la meme figure, sont engendres avec Ie peche 52 ; mais, de plus, ces mots peuvent etre interpretes dans bien d' autres sense De fait, nous aussi, nous en avons un jour donne une autre explication 53 et peut-etre en donnerons-nous une autre 54 , qui toutefois 53. Augustin avait en effet deja commente au moins deux fois l' expression Adam Jorma futuri: en 394 dans I' Expositio quarumdam propositionum ex epistola ad Romanos, 29,00 il voyait en Adam l'an- titype du Christ; dans Ie Contra F austum, 13, 8, 00 Adam etait montre comme sa prefiguration prophetique. 54. Augustin reviendra sur Adam Jorma futuri dans l'Ep. 157, puis dans deux 6crits de controverse avec Julien d'Eclane: De nuptiis et concupiscentia, II, 6 et Contra lulianum, VI, 9. Sur l'evolution de son exegese de I' expression, voir P. PLATZ, Der RomerbrieJ in der Gnadenlehre Augustins, Wiirzburg, 1932, p. 112-114, qui analyse ses trois principales interpretations. 377 
DE PECCATORVM MERITIS ET REMISSIONE tamen huic intellectui non sit aduersum, et ipse Pelagius non uno modo id exposuit. Cetera uero quae ibi dicuntur, si diligenter aduertan- tur atque tractentur, sicut in primo duorum illorum libro utcumque conatus sum, etiamsi subobscurum pariunt rerum ipsarum necessitate sennonem, non tamen pote- runt alium sensum habere nisi per quem factum est, ut antiquitus uniuersa ecclesia retineret fideles paruulos originalis peccati remissionem per Christi baptismum consecutos. V, 10. Vnde non immerito beatus Cyprianus satis ostendit quam hoc ab initio creditum et intellectum seruet Ecclesia. Qui cum paruulos matemo utero recentissimo iam idoneos ad percipiendum Christi bap- tismum adsereret, quoniam consultus fuerat utrum hoc ante octauum diem fieri deberet, quantum potuit, cona- tus est eos demonstrare perfectos, ne quis ipso numero dierum quo octauo antea circumcidebantur infantes, eos adhuc perficiendos existimaret. Sed cum magnum eis defensionis patrocinium praestitisset, ab originali tamen peccato eos immunes non esse confessus est, quia, si hoc negaret, ipsius baptismi causam propter quem per- cipiendum eos defendebat auferret. Potes ipsam epistolam memorati martyris [136] de baptizandis paruulis legere, si uolueris, neque enim potest deesse Carthagini. Verum in hanc etiam nostram, quantum praesenti quaestioni satis uisum est, pauca inde tranferenda arbitratus sum, quae prudenter adtende. 55. L'eveque parait donc attache a l'interpretation nouvelle qu'il vient de donner. 56. Voir PELAGE, Expositio in epistulam ad Romanos, 5, 14, PLS I, col. 1137. Premiere interpretation: tout comme Adam est venu au monde hors union sexuelle, Ie Christ est ne par la puissance de l'Esprit (deja chez IRENEE, Aduersus haereses, III, 21, 10, PG 7, col. 954). Deuxieme: Adam est l'antityPe du Christ. 57. Voir en particulier I, 9, 9. 378 
LIVRE III ne contredise pas la presente 55 ; et Pelage lui-meme ne l'a pas explique d'une seule faon56. Mais Ie reste de ce qui est dit la, pour peu qu' on I' etu- die et Ie pese avec soin comme je m'y suis efforce tant bien que mal dans Ie premier des deux livres 57 , produit certes un discours assez obscur - necessite due au su jet meme -, mais ne pourra toutefois avoir d'autre sens que celui qui tient a ce fait: depuis les temps anciens, I 'Eglise universelle garde en son sein comme fideles les tout-petits qui ont obtenu Ie pardon du peche originel par Ie bapteme du Christ. Citation d 'un texte de Cyprien de Carthage. V, 10. Ce n'est donc pas a tort que Ie bienheureux Cyprien a suffisamment montre combien I 'Eglise, depuis I' origine, conserve cette croyance et cette interpretation. II affinnait, en effet, que les tout-petits a peine sortis du sein matemel etaient deja aptes a recevoir Ie bapteme du Christ; a ceux qui I' avaient consulte pour savoir si cela devait se faire avant Ie huitieme jour il s' effora, autant qu' il put, de demontrer qu' ils en etaient parfaite- ment capables, afin qu' on ne pensat pas qu' ils devaient encore se parfaire pendant ce nombre precis de jours, les bebes etant auparavant circoncis Ie huitieme jour. Mais, bien qu' illeur eOt apporte Ie puissant soutien de sa defense, il reconnaissait neanmoins qu'ils ne sont pas exempts du peche originel ; car s ' ille niait, il supprimait la raison meme du bapteme, alors qu'il defendait leur droit a Ie recevoir. Tu peux, si tu Ie veux., lire cette lettre du celebre martyr sur Ie bapteme des tout-petits: elle ne peut manquer de se trouver a Carthage. Mais j' ai pense devoir en trans- crire quelques passages dans ma lettre, dans la mesure ou cela m' a semble assez interessant pour la question presente 58 . Prete-leur donc toute ton attention: 58. Voir la NC 66: «Citation d 'un texte de Cyprien» et la NC 71 : «Le recours d' Augustin aux auteurs ecclesiastiques». 379 
DE PECCATORVM MERITIS ET REMISSIONE «Quantum uero, inquit, ad causam infantium pertinet, quos dixisti intra secundum uel tertium diem quo nati sunt constitutos baptizari non oportere, et considerandam esse legem circumcisionis antiquae, ut intra octauum diem eum qui natus est baptizandum et sanctificandum non putares, longe aliud in concilio nostro uisum est. In hoc enim, quod tu putabas esse faciendum, nemo consensit; sed uniuersi potius iudicauimus, nulli hominum nato misericordiam Dei et gratiam denegandam. Nam cum Dominus in euangelio suo dicat: Filius hominis non uenit animas hominum perdere, sed saluare, quantum in nobis est, si fieri potuerit, nulla anima perdenda est. » Aduertisne quid dicat, quemadmodum sentiat, non tantum cami, sed animae quoque infantis exitiabile esse atque mortiferum sine illo salutari sacramento exire de hac uita? V nde, si iam nihil aliud diceret, intellegere nostrum fuit sine peccato animam perire non posse. Sed uide paulo post defendens innocentiam paruulorum, quid tamen de illis apertissime fateatur: «Ceterum si homines, inquit, impedire aliquid ad consecutionem gra- tiae posset, magis adultos et prouectos et maiores natu possent impedire peccata grauiora. Porro autem si etiam grauissimis delictoribus et in Deum multum ante peccan- tibus, cum postea crediderint, remissa [137] peccatorum datur et a baptismo atque gratia nemo prohibetur, quanto magis prohiberi non debet infans, qui recens natus nihil peccauit, nisi quod secundum Adam camaliter natus contagium mortis antiquae prima natiuitate contraxit! 59. Luc. 9, 56. 60. CYPRIEN DE CARTHAGE, Ep. 64,5 ad Fidum, CSEL 3/2, p. 718. 61. Contraxit. Augustin a donc cree lui-meme Ie couple trahere- contrahere 00 contrahere ne designe plus (comme chez Cyprien) la contamination du peche d' Adam sur l'humanite entiere, mais l'ajout, 380 
LIVRE III «Quant a ce qui conceme la question des bebes, to as dit qu'il ne faut pas les baptiser avant Ie deuxieme ou Ie troisieme jour de leur naissance, et qu' il faut prendre en consideration I' ancienne loi de la circoncision, si bien que tu n' es pas d' avis qu 'un nouveau-ne soit baptise et sanctifie avant Ie huitieme jour. Or, au cours de notre concile, les avis ont ete fort differents: sur ce que tu considerais comme une obligation, personne n'a ete d'accord; au contraire, a l'unanimite, nous avons plutot juge que la misericorde et la grace de Dieu ne doivent etre refusees a aucun etre humain des lors qu' il est nee Car, puisque Ie Seigneur dit dans son Evangile: 1£ Fils de l'homme n'est pas venu pour perdre les ames, mais pour les sauver5 9 , dans la mesure 00 cela depend de nous, aucune ame, s' il est possible, ne do it se perdre 60 . » Remarques-tu ce qu'il dit et comme il pense qu'il serait pemicieux et fatal non seulement pour la chair d 'un bebe, mais aussi pour son ame de quitter cette vie sans avoir reu ce sacrement salutaire ? En consequence, s'il n'ajoutait rien de plus, il nous appartiendrait de com- prendre qu'une ante sans peche ne peut perir. Mais vois un peu plus loin ce que, tout en defendant I' innocence des tout-petits, il reconnait pourtant en tennes tres clairs a leur sujet: «D' ailleurs, si quelque obstacle pouvait empecher les hommes d'obtenir la grace, ce sont surtout les adultes, les personnes avancees en age et les aines qui pourraient etre empeches par des peches plus graves. Mais allons plus loin: si les plus grands coupables et ceux qui, par Ie passe, pechaient beaucoup contre Dieu, se voient accorder Ie pardon de leurs peches lorsque plus tard ils croient, et si Ie bapteme et la grace ne sont refuses a personne, ceux-ci doivent d'autant moins etre interdits a un bebe; car, venant de naitre, il n' a commis aucun peche si ce n'est que, ne charnellement selon Adam, il a contracte 6I par sa premiere naissance la contagion de I' ancienne mort. Et il lui est d' autant plus facile de par 1 'homme, de peches Personnels au cours de son existence. Voir deja I, 13, 16 et NC 15. 381 
DE PECCATORVM MERITIS ET REMISSIONE Qui ad remissionem peccatorum accipiendam hoc ipso facilius accedit, quod illi remittuntur non propria, sed aliena peccata. » 11. Vides quanta fiducia ex antiqua et indubitata fidei regula uir tantus ista loquatur. Qui haec documenta cer- tissima ideo protulit, ut illud quod erat incertum unde consuluerat ille cui rescribit et unde concilii decretum constitutum esse commemorat, ut scilicet etiam ante octauum diem, ex quo die natus esset infans, eum, si afferretur, baptizare nemo dubitaret, per haec finna- menta probaretur. Neque enim hoc tunc quasi nouum aut quasi aliqua cuiusquam contradictione pulsatum concilio statuebatur seu finnabatur, quod obstricti originali peccato tenerentur infantes, sed cum illic ilIa consultatio uersaretur et dis- ceptaretur propter legem carnalis circumcisionis, utrum eos et ante octauum diem baptizari oporteret, ideo ei qui hoc negabat nemo consensit, quia iam non consulendum nec disceptandum, sed finnum certumque habebatur animam saluti aetemae perituram, si hanc uitam sine illius sacramenti, consecutione finiret, quamuis ab utero recentissimi paruuli solo reatu essent peccati originalis obstricti ; quare illis et si multo facilior, quod alienorum, sed tamen esset necessaria remissio peccatorum. His certis ilIa incerta de octauo die quaestio disso- luta est atque in concilio iudicatum homini nato, ne in [138] aetemum pereat, omni die licere succurrere, cum etiam de ipsa carnali circumcisione ratio redderetur, quod umbra esset futuri, non quo intellegeremus etiam baptismum octauo ex quo natus est homo die dari 62. CYPRIEN, Lettre 64, 5, CSEL 3/2, p. 720. Sur l'usage du pluriel au lieu du singulier pour renvoyer au peche originel, voir la NC 67 : «Remissio peccatorum au sens de remissio peccati originalis». 382 
LWRE III recevoir Ie pardon des peches qu' a lui sont pardonnes, non des peches personnels, mais ceux d' autrui 62 . » 11. Tu vois avec quelle confiance, tiree de I' ancienne et indubitable regIe de la foi, un homme aussi eminent tient ce langage. Car, s' il a produit cet enseignement tres assure, c' est pour que soit tranchee, grace aces confirmations, la question en suspens sur laquelle I' avait consulte celui a qui il repond et sur laquelle un decret du concile avait ete formule, comme ille rappelle: a savoir qu'evidemment personne n'hesite a baptiser un bebe, meme avant Ie huitieme jour de sa naissance, si on Ie , presentee Et, de fait, a I' epoque, cette decision et ,cette decla- ration du concile, a savoir que les bebes sont retenus dans les entraves du peche originel, n' apparaissaient ni comme une nouveaute, ni comme provoquees par quel- que contradiction emise par qui que ce soit. Mais, en I' occurrence, Ie debat et la discussion toumaient autour de ceci: fallait-il, compte tenu de la loi de la circonci- sion charnelle, qu' ils fussent baptises meme avant Ie huitieme jour? Et si personne ne fut d' accord avec celui qui s'y opposait, c'est parce que l'on considerait comme ne devant plus etre debattu ni discute, mais comme certain, que l'ame serait perdue pour Ie salut etemel si elle achevait cette vie sans voir obtenu ce sacrement, meme si les tout-petits, tout nouvellement nes, n' etaient entraves que par la seule faute du peche originel; voila pourquoi, bien que Ie pardon des peches fOt pour eux beaucoup plus facile que pour les autres humains, il etait cependant necessaire. . Grace a ces certitudes, la question incertaine du hui- tieme jour fut resolue et l'on jugea au concile qu'il etait permis d' accorder Ie salut, quel que soit Ie jour, a un homme, des lors qu' il etait ne, afin qu' il ne perisse pas pour l'etemite. Quant a la circoncision charnelle preci- sement, on en rendait compte aussi en disant qu ' elle etait une figure de I' avenir; ceci pour nous signifier, non pas qu'il faut aussi donner Ie bapteme Ie huitieme jour apres 383 
DE PECCATORVM MERITIS ET REMISSIONE oportere, sed nos in Christi resurrectione spiritaliter circumcidi, qui tertio quidem post diem passionis, in diebus tamen quibus tempora prouoluuntur, octauo, hoc est post sabbatum primo die, a mortuis resurrexit. VI, 12. Et nunc nescio cuius nouae disputationis audacia quidam nobis facere conantur incertum, quod maiores nostri ad dissoluenda quaedam quae nonnullis uidebatur incerta, tamquam certissimum proferebant. Quando enim primitus hoc disputari coeperit, nescio. Illud tamen scio, quod etiam sanctus Hieronymus, qui hodieque in litteris ecclesiasticis tam excellentis doctti- nae fama ac labore uersatur, ad quasdam soluendas in suis libris quaestiones etiam hoc certissimum adhibet sine ulla disceptione documentum. Nam in eo quod in Ionam prophetam scripsit, cum ad eum uenisset locum, ubi commemorantur etiam paruuli ieiunio castigati: «Maior, inquit, aetas incipit, usque ad minorem peruenit. Nullus enim absque peccato nee si un ius quidem diei fuerit uita eius et numerabiles anni uitae illius. Si enim stellae non sunt mundae in conspectu Dei, quanto magis uennis et putredo et hi qui peccato offendentis Adam tenentur obnoxii ! » Hunc doctissimum uirum si facile interrogare possemus, quam multos utriusque linguae diuinarum scripturarum trac- tatores et Christianarum [139] disputationum scriptores commemoraret, qui non aliud ex quo Christi ecclesia est constituta senserunt, non aliud a maioribus acceperunt, non aliud posteris tradiderunt. Ego quidem, quamuis longe pauciora legerim, non memini me aliud audisse a Christianis qui utrumque 63. Cf. Matth. 16, 21 = Luc. 9, 22. 64. Cf. Matth. 28, 1 = Marc. 16,9 = Luc. 24, 1 = loh. 20, 1. 65. Voir la NC 68: «Citation de deux textes de Jerome» et la NC 71 : «Le recours d' Augustin aux auteurs ecclesiastiques». 66. lob 14,4-5. 67. Cf. lob 25, 5-6. 68. JEROME, Commentarium in lonam prophetam, III, 5, PL 25, col. 1195 M. 384 
LIVRE III la naissance, mais que nous devons etre spirituellement circoncis dans la resurrection du Christ; car il s 'est releve d' entre les morts Ie troisieme jour, certes, apres celui de sa passion 63 , mais Ie huitieme dans les jours de la semaine qui deroulent Ie temps, c' est-A-dire Ie premier jour apres Ie sabbat 64 . Citation de deux textes de Jerome. VI, 12. Et aujourd'hui certains, avec l'impudence de je ne sais quelle envie nouvelle de debattre, s' efforcent de rendre incertain a nos yeux ce que nos peres presen- taient comme parfaitement certain lorsqu' il s' agissait de resoudre des questions que d'aucuns jugeaient incertaines. J'ignore a quel moment cOlnmena cette contestation a I' origine; mais je sais une chose: Ie saint homme Jerome, lui aussi, qui a place aujourd'hui dans la litterature ecclesiastique par la reputation de son excel- lente doctrine et par ses travaux, a recours pour resoudre quelques questions dans ses ouvrages a ce meme ensei- gnement tres certain, sans la moindre discussion 65 . En effet, dans son commentaire sur Ie prophete Jonas, arrivant au passage ou il est rappele que meme les tout- petits furent amendes par Ie jeOne, il dit: «Le grand age commence (a jeOner) et cela va jusqu'au plus jeune age. Car nul n' est exempt de peche, quand bien meme sa vie n' aurait ete que d'un jour6 6 ou peu nombreuses les annees de sa vie. Car si les etoiles ne sont pas pures au regard de Dieu 67 , combien moins encore Ie sont Ie ver de terre, la pourriture et tous ceux qui sont retenus comme coupables du peche de l'offenseur Adam 68 !» Or s'il nous etait facile de consulter ce remarquable erudit, combien mentionnerait-il- de langue grecque aussi bien que latine - de commentateurs des saintes Ecritures et d' ecrivains ayant traite des questions debattues par les chJetiens, qui n' ont eu d' autre conviction depuis que l'Eglise du Christ s'est constituee, qui n'en ont pas reu d'autre des anciens ni transmis d'autre a la posterite! Pour ma part, quoique j'aie beaucoup moins lu, je n' ai pas souvenir d' avoir reu autre chose des chretiens 385 
DE PECCATORVM MERITIS ET REMISSIONE accipiunt testamentum, non solum in catholica ecclesia, uerum etiam in qualibet heresi uel schismate constitutis, non memini me aliud legisse apud eos quos de his rebus aliquid scribentes legere potui, qui scripturas canonicas sequerentur uel sequi se crederent crediue uoluissent. Vnde nobis hoc negotium repente emerserit, nescio. Nam ante paruum tempus a quibusdam transitorie con- loquentibus cursim mihi aures persttictae sunt, cum illic apud Carthaginem essemus, non ideo paruulos baptizari ut remissionem accipiant peccatorum, sed ut sanctificen- tur in Christo. Qua nouitate pennotus et quia oportunum non fuit ut contra aliquid dicerem et non tales homines erant de quorum essem auctoritate sollicitus, facile hoc in transactis atque abolitis habui. Et ecce iam studio flammante defenditur, ecce scribendo etiam memoriae commendatur, ecce res in hoc discrimen adducitur ut hinc etiam a fratribus consulamur, ecce contra disputare atque scribere cogimur ! VII, 13. Ante paucos annos Romae quidam extitit Iouinianus, qui sanctimonialibus etiam aetate iam prouectioribus nuptias persuasisse dicatur non inli- ciendo, quo earum aliquam ducere uellet uxorem, sed disputando uirgines sanctimonio dicatas nihil amplius fidelibus coniugatis apud Deum habere meritorum. Numquam tamen hoc ei commentum uenit in mentem, ut asserere conaretur sine originali peccato nasci hominum filios. Et utique si hoc astrueret, multo [140] procliuius 69. «II y a PeU» (ante paruum tempus) est assez vague. Cela a dO en tout cas se passer avant la denonciation de la candidature de Caelestius. Voir Introduction 2. 2: «nouveaute» des assertions et rapidite soudaine de leur diffusion par leurs propagateurs. 70. Opinion (44), qui en rapPelle d'autres communiquees depuis Ie livre I: (6 + 8 + 12 + 13 + 16) respectivement en I, 18,23; I, 20, 26; I, 28, 55 ; I, 30, 58 et I, 34, 64. 71. Sur cette conclusion, voir la NC 69: «La scene dont Augustin raconte qu'iI fut temoin involontaire a Carthage». 72. Allusion au libellus breuissimus signale en I, 34, 63 et au liber signale en I, 34, 64 - deux ecrits auxquels Augustin a tache 386 
LIVRE III qui acceptent l'un et l'autre Testament, non seulement dans I , Eglise catholique, mais meme chez les adeptes de quelque heresie ou schisme que ce soit; je n' ai pas souvenir d' avoir lu autre chose chez les ecrivains traitant de ces sujets que j',ai pu parcourir, pour autant qu'ils se confonnaient aux Ecritures canoniques ou croyaient s'y confonner ou auraient voulu qu'on Ie crut. D'ou nous est sortie soudain cette affaire? Je l'ignore. De fait, il y a peu 69 , alors que nous etions la-bas, a Carthage, mes oreilles furent incidemment effleurees par des propos echanges en passant, comme quoi, si les tout-petits sont baptises, ce n' est pas pour recevoir Ie pardon des peches, mais pour etre sanctifies dans Ie Christ 70. Cette nouveaute me troubla; mais comme il n'etait pas oppor- tun de la contredire et qu' il ne s' agissait pas d 'hommes susceptibles de m' alarmer par leur autorite, Ie propos me sortit de I' esprit facilement et entierement 71. Mais voici qu' a present Ie zele s' enflamme et I' on defend cette idee; voici qu'en l'ecrivant 72 on va jusqu'a la confier a la memoire! Voici que la chose en arrive a un point si crucial que meme nos freres nous consultent dessus ; nous voici contraints a une refutation ecrite ! VII, 13. Voila quelques annees, il y eut a Rome un certain Jovinien 73 qui, dit-on, incitait au mariage les per- sonnes consacrees, me me d'un age assez avance, non par seduction dans I' intention d' epouser I 'une d' elles, mais par conviction que les vierges vouees a la consecration n'ont nullement plus de merite aux yeux de Dieu que les fideles mariees. Mais jamais il ne lui vint a I' esprit de chercher a soutenir que les enfants des hommes naissent sans Ie peche originel. Et certes, s' il avait echafaude de repondre dans les livres I et II - mais aussi, de maniere voilee, au Commentaire de saint Paul compose par Pelage, dans la mesure 00 son auteur y a mis par ecrit des affirmations de ces objecteurs. Augustin semble supposer que ce demier ecrit est tout recent. 73. Sur ce Personnage, voir la NC 70: « 10vinien». 387 
DE PECCATORVM MERITIS ET REMISSIONE uellent feminae nubere fetus mundissimos pariturae. Huius sane scripta - nam et scribere ausus est - cum fratres ad Hieronymum refellenda misissent, non solum in eis nihil tale conperit, uerum etiam ad quaedam eius uana refutanda hoc tamquam certissimum de hominis originali peccato, unde utique nec ipsum dubitare cre- debat inter multa sua documenta deprompsit. Id agentis haec uerba sunt: «Qui dicit se, inquit, in Christo manere, debet sicut ille ambulauit et ipse ambu- lare. Eligat aduersarius e duobus quod uult; optionem ei damus. Manet in Christo an non manet? Si manet, ita ergo ambulet ut Christus. Si autem temerarium est similitudinem uirtutum Domini polliceri, non manet in Christo, quia non ingreditur ut Christus. file peccatum non fecit neque inuentus est dolus in ore eius,. qui cum malediceretur, non remaledixit et tamquam agnus coram tondente, sic non aperuit os suum,. ad quem uenit prin- ceps mundi istius et inuenit in eo nihil ,. qui cum peccatum non fecisset, pro nobis peccatum eum fecit Deus. Nos autem iuxta epistolam Iacobi multa peccamus omnes et nemo mundus a peccatis, nee si unius quidem diei fuerit uita eius. Quis enim gloriabitur castum se habere cor? Aut quis confidet mundum se esse a peccatis? Tenemurque rei in similitudine praeuaricationis Adam. V nde et Dauid: Ecce, inquit, in iniquitatibus conceptus sum et in de lie tis concepit me mater mea.» [141] 74. I loh. 2, 6. 75. Cf. Is. 53, 9.7 repris en I Petro 2, 22-23. 76. Cf. loh. 14, 30. 77. II Cor. 5, 21. 78. lac. 3, 2. 79. lob 14, 4-5. 80. Prou. 20, 9. 81. Rom. 5, 14b. 388 
LIVRE III cela, les femmes seraient beaucoup plus enclines a se marier pour donner naissance a des petits parfaitement purse Or les ecrits de Jovinien (car il osa meme ecrire) ayant ete envoyes par les freres a Jerome pour qu'illes refutat, non seulement ce demier n'y trouva rien de tel, mais encore, pour refuter des idees creuses de celui-ci, il decouvrit panni ses multiples enseignements, presente comme tout a fait certain, Ie principe du peche originel de l'homme, si bien qu'en tout cas il croyait que meme Jovinien n' en doutait pas. Ce faisant, voici les propos que Jerome tient: «Celui qui dit qu'il demeure dans le Christ doit marcher, lui aussi, comme le Christ a marche/74. Que notre adver- saire se prononce entre les deux, nous' lui donnons Ie choix. Demeure-t-il ou non dans Ie Christ? S'il demeure en lui, qu'il marche donc comme Ie Christ. Mais s' il est temeraire de pretendre a I' imitation des vertus du Seigneur, il ne demeure pas dans Ie Christ puisqu'il n'avance pas comme Ie Christ. Lui, il n'a pas commis de peche et l' on n' a pas trouve de ruse dans sa bouche,. alors qu' on l' outrageait, il n' a pas rendu les outrages et, tell'agneau devant celui qui le tond, il n'a pas ouvert la bouche 75 ; le prince de ce monde est venu vers lui et n' a rien trouve en lui 76 ; alors qu'il n' avait commis aucun peche, Dieu l' a fait peche pour nous 77. Nous, au contraire, selon I' epitre de Jacques, nous com- mettons tous de nombreux peches 78 et nul n'est-tur de tout peche, meme si sa vie n'a ete que d'unjour . Qui, en elfet, se glorifiera d'avoir un ClEur chaste? Qui se croira pur de tous peches 80 ? Et nous sommes retenus comme inculpes, a la ressemblance de la prevarication d'Adam 8I . D'ou ces paroles de David aussi: Voila, j'ai ete confu dans les iniquites et ma mere m 'a confu dans les fautes 82 .» 82. Ps. 50, 7. JER6ME, Aduersus louinianum, II, 2, PL 23, col. 296. 389 
DE PECCATORVM MERITIS ET REMISSIONE 14. Haec non ideo commemoraui quod disputatorum quorumlibet sententiis tamquam canonica auctoritate nitamur, sed ut appareat ab initio usque ad praesens tem- pus, quo ista nouitas orta est, hoc de originali peccato apud ecclesiae fidem tanta constantia custoditum, ut ab eis, qui dominica tractarent eloquia, magis certissimum proferretur ad alia falsa refutanda quam id tamquam falsum refutari ab aliquo temptaretur. Ceterum in sanctis canonicis libris uiget huius sententiae clarissima et plenis- sima auctoritas. Clamat Apostolus: Per unum hominem peccatum intrauit in mundum et per peccatum mors et ita omnes homines pertransiit, in quo omnes peccaue- runt. Vnde nec illud liquide dici potest, quod peccatum Adae etiam non peccantibus nocuit, cum scriptura dicat: In quo omnes peccauerunt. Nec sic dicuntur ista aliena peccata, tamquam omnino ad paruulos non pertineant - si quidem in Adam omnes tunc peccauerunt, quando in eis natura ilia insita ui qua eos gignere poterat, adhuc omnes HIe unus fuerunt -, sed dicuntur aliena quia nondum ipsi agebant uitas proprias, sed quicquid erat in futura propagine uita unius hominis continebat. VnI, 15. «"Nulla, inquiunt, ratione conceditur ut Deus, qui propria peccata remittit, imputet aliena".» 83. Voir la NC 71: «Le recours d' Augustin aux auteurs eccle- siastiques » et la NC 72 : « L' enseignement de 1 'Eglise sur Ie peccatum originale selon Augustin dans Ie De peccatorum meritis et remissione ». 84. Rom. 5, 12. 85. Rom. 5,12c. 86. Allusion a la fin du deuxieme passage cite de Cyprien: «Illi remittuntur non propria, sed aliena peccata. » 87. Voir la NC 12: «L'interpretation augustinienne de Rom. 5, 12- 21, la solidarite en Adam» et la NC 13: « La distinction augustinienne entre peche originel et peches Personnels (propria)). C'est la la plus ancienne comprehension, par Augustin, du mode de transmission du che d' Adam: la solidarite metaphysique de tous les humains de 1 'histoire en Adam, mais ici renforcee de maniere realiste par un lien quasi genetique. Avant que d'etre interprete figurativement (ainsi d'apres Rom. 5, 14b), Adam demeure donc, pour Augustin, cet etre 390 
LIVRE III 14. Si j'ai rappele ces propos, ce n'est pas que nous pretendions nous appuyer sur I' opinion de raisonneurs, quels qu ' ils soient, comme sur I' autorite de textes canoniques; mais je voulais faire apparaitre que, des origines jusqu' au temps present ou est apparue cette nouveaute, cette conviction sur Ie peche originel a ete gardee dans la foi de I , Eglise avec une telle constance que les interpretes des Paroles du Seigneur ont mis en avant cette conviction parfaitement sOre pour refuter les autres erreurs plutot que tente, l'un ou l'autre, de la refuter comme une erreur8 3 . Du reste, dans les saints livres canoniques, I' autorite de cet avis s' epanouit dans tout son eclat et toute sa plenitude. L' Apotre proclame : Par un seul homme le peche est entre dans' le monde et, par le peche, la mort, et ainsi il a passe dans tous les hommes,. en lui, tous ont pech e /S4. Aussi est-illimpide qu'on ne peut pas dire non plus que Ie peche d' Adam a nui meme a ceux qui ne chent pas, puisque I , Ecriture dit: En lui tous ont peche5. Et, puisque tous ont peche en Adam lorsque tous etaient encore ce seul homme, la vigueur qui pennettait de les engendrer etant enracinee dans sa nature, ces peches ne sont pas dits «d' autrui »86 comme s'ils ne concemaient aucunement les tout-petits, mais ils sont dits «d' autrui» dans la mesure ou ces demiers n'ont pas encore par eux-memes mene une existence propre; mais la vie d'un seul homme contenait en genne tout ce qui existerait dans sa future lignee 87 . Reponse aux objections citees par Pelage, sur Ie pardon des peches et Ie bapteme, qu' Augustin avait mentionnees plus haute VIII, 15. «"Aucune raison, disent-ils, ne peut admet- tre que Dieu qui pardonne les peches personnels en historique en quelque sorte «inaugural». La conviction de l'eveque se retrouve dans Ie chapitre 8 du De Genesi ad litteram, compose Peu apres Pecc. mer. : «Ipse Adam, etsi aliquid significat secundum id quod eum formam fu.turi dixit Aposto\us (Rom. 5, 14b), homo tamen in natura propria expressus accipitur» (De Gen. ad litt. VIII, 1, 1, BA 49, 8). 391 
DE PECCATORVM MERITIS ET REMISSIONE Remittit, sed Spiritu regeneratis, non came generatis; imputat uero non iam aliena, sed propria. Aliena quippe erant, quando hi qui ea propagata portarent nondum erant; nunc uero camali generatione iam eorum sunt, quibus nondum spiritali regeneratione dimissa sunt. 16. Sed «"si baptismus, inquiunt, mundat antiquum illud delictum, qui de duobus baptizatis nati fuerint debent hoc carere peccato. Non enim potuerunt ad pos- teros transmittere quod ipsi mini me habuerunt" ». Ecce [142] unde plerumque conualescit error, cum homines idonei sunt his rebus interrogandis quibus intel- legendis non sunt idonei. Cui enim auditori uel quibus explicem uerbis, quomodo mortalia uitiosa primordia non obsint eis qui aliis immortalibus inchoati sunt, et tamen obsint eis quos idem ipsi, quibus iam non obsunt, ex a eisdem uitiosis primordiis generauerint? Quomodo id intellegat homo cuius tardiusculam mentem impedit etiam suae sententiae praeiudicium et peruicaciae grauissimum uinculum? Verum tamen si aduersus eos mihi esset causa ista suscepta, qui omnino paruulos baptizari prohiberent aut superft uo baptizari contenderent, dicentes eos ex 88. PELAGE, Expositio in epistulam ad Romanos, 5, 15, PLS I, col. 1137. Mais dans Ie texte de Pelage cette phrase se trouve plusieurs lignes apres l' objection que cite ensuite Augustin: «Si baptismus mundat...». C'est l'affirmation (40) qui avait ete citee plus haut (III, 3,5) sans qu' Augustin y repondit sur-Ie-champ. 89. lei, Augustin se demarque de Cyprien en qualifiant Ie peche originel comme «Personnel» (proprium) a l'etre humain des lors qu'i! s'agit d'un humain venu a l'existence. La naissance terrestre d'un individu inaugure en meme temps une relation de son createur a lui comme etre Personnellement responsable. Mais Augustin maintient la difference entre Ie che originel ainsi approprie et les ches Person- nels que chacun lui ajoute au fil de sa vie, et dont sont exempts les nouveau-nes. Voir la NC 12. 90. PELAGE, Expositio in epistulam ad Romanos, 5, 15, PLS I, col. 1137. C'est l'affirmation (37), elle aussi rapportee plus haut en III, 3, 5. 392 
LIVRE III impute qui viendraient d' autrui "88.» II pardonne, mais a ceux que I 'Esprit a regeneres, non a ceux que la chair a engendres ; et s' il impute des peches, ceux -ci ne sont plus Ie fait d' autrui, mais sont personnels. Car ils etaient Ie fait d' autrui quand n' existaient pas encore ceux qui les porteraient une fois transmis; mais a present la generation charnelle les rend desormais propres a ceux pour qui la regeneration spirituelle ne les a pas encore pardonnes 89 . 16. «"Mais, disent-ils encore, si Ie bapteme lave cette ancienne faute, ceux qui sont nes de deux baptises doi vent etre exempts de ce peche; en effet, ils n' ont pu transmettre a leurs descendants ce qu"eux-memes n' avaient pas du tout"90. » Voila comment se developpe I' erreur la plupart du temps: quand les hommes sont aptes a soulevr des questions qu' ils ne sont pas aptes a comprendre. A quel auditeur, en effet, et avec quels mots expliquer comment les semences mortelles perverties 9I ne nuisent pas a ceux qui ont eu un nouveau commencement grace a des semences d' immortalite, et que, pourtant, ces memes semences perverties nuisent a ceux qu' ils ont engendres a partir d'elles, alors qu'a eux-memes pourtant elles ne nuisent plus? Comment pourrait Ie comprendre un homme dont I' esprit deja lent est entrave par Ie pre- juge de sa ropre opinion et la si lourde chaine de son obstination 2? Supposons neanmoins que j' aie ete charge de cette cause: pI aider contre ceux qui interdisent absolument de baptiser les tout-petits ou soutiennent que c' est superftu en disant que, s ' ils sont nes de fideles, ils 91. Voir I, 3, 3: «Ilia [caro] non ideo non fuit mortalis quia non erat necesse ut moreretur» et la NC 6. La desobeissance d' Adam a eu pour punition que sa mortalite est devenue pour lui inevitable. 92. Tardiusculam mentem. Augustin retoume contre les objecteurs leur accusation rapportee en I, 9, 10: «lis nous objectent (4) notre lenteur a comprendre [Ie sens de Rom. 5, 12]» (nobis intellegendi obiciunt tarditatem). 393 
DE PECCATORVM MERITIS ET REMISSIONE fidelibus natos parentum meritum necessario consequi, tunc deberem ad hanc opinionem conuincendam labo- riosius fortassis et operosius excitari, tunc si mihi apud obtunsos et contensiosos propter rerum naturae obscu- ritatem difficultas refellendi falsa et persuadendi uera resisteret, ad haec forte quae in usu atque in promptu essent exempla confugerem uicissimque interroga- rem, ut, quia eos moueret quomodo peccatum, quod mundatur per baptismum, maneat in eis quos genue- rint baptizati, ipsi explicarent quomodo praepucium quod per circumcisionem aufertur maneat in eis quos genuerint circumcisi, quomodo etiam palea, quae opere humano tanta diligentia separatur, maneat in fructu qui de purgato tritico nascitur. IX, 17. His et talibus forsitan utcumque conarer exemplis persuadere hominibus, qui mundationis sacra- menta superftuo filiis mundatorum crederent adhiberi, quam recto consilio baptizatorum paruuli baptizentur quamque fieri possit, ut homini habenti utrumque semen, et mortis in carne et immortalitatis in Spiritu, non obsit regenerato per Spiritum, quod obest eius filio generato per carnem, sitque in isto remissione mundatum, quod sit etiam in illo simili remissione [143] uelut circumci- sione uelut trituratione ac uentilatione mundandum. Nunc uero, quando quidem cum eis agimus, qui confitentur baptizatorum filios baptizandos, quanto 93. A vrai dire, cela n'est pas soutenu expressement par eux, mais indirectement, puisqu'ils admettent l'usage et l'utilite du bapteme pour tous, tout en soutenant pour la plupart (ce que leur reproche aussitot l'eveque) que les tout-Petits doivent etre baptises pour une autre raison qu'un pardon, dont ils n'ont pas besoin. Trois raisons ont ete rapportees au fil du livre I: en I, 12, 15 (opinion 4, reprise en I, 20, 26, I; 28, 55 et I, 30, 58 : entrer dans Ie royaume de Dieu) ; en I, 18, 23 (opinion 7: etre crees dans Ie Christ et devenir co-heritiers avec lui); en I, 34, 63 (opinion 16: recevoir la redemption) et une quatrieme au livre III, en III, 6, 12, propos 44 entendu par Augustin lui-meme: etre sanctifies dans Ie Christ. 94. Ici commence une longue et puissante interPellation des objecteurs imaginee par Augustin, mais dont on notera qu'illa met au compte d' autres catholiques avec lui (<< quando quidem cum eis 394 
LIVRE III acquierent necessairement Ie merite de leurs parents, alors je devrais, pour ttiompher de cette opinion, etre anime sans doute d'une bien grande ardeur a la peine et au travail. Alors si, en face d'hommes obtus et opinia- tres, compte tenu de l'obscurite du sujet, la difficulte de refuter l'erreur et de persuader de la verite me resistait, je pourrais avoir recours aux exemples usuels et a la portee de tous; a mon tour je les interrogerais: puis- qu'ils sont troubles par la maniere dont Ie peche, qui est lave par Ie bapteme, demeure en ceux qu'ont engendres des baptises, qu' ils m' expliquent, eux, comment Ie pre- puce, qui est enleve par la circoncision, demeure chez ceux qu' ont engendres des circoncis ; et aussi comment la balle, qui est si soigneusement separee par Ie travail humain, demeure dans Ie grain qui nait du ble nettoye. Discours d' Augustin it ces objecteurs. IX, 17. Et c'est peut-etre avec ces exemples et d' autres sembI abIes que j' entreprendrais, vaille que vaille, de persuader les hommes qui croient superft u de recourir au sacrement de la purification pour les enfants de ceux qui ont ete purifies; je montrerais comme est juste la decision de faire baptiser les tout-petits nes de baptises et comment il peut se faire qu'un homme qui porte a la fois, dans sa chair, une semence de mort et, dans I 'Esprit, une semence d' immortalite ne soit pas en butte, ayant ete regenere par I 'Esprit, a ce qui nuit a son fils engendre par la chair; et comment il peut se faire que, dans I 'un, ait ete purifie par Ie pardon ce qui, dans I' autre aussi, do it etre. purifie par un sembI able pardon, comme on Ie fait par la circoncision ou pour Ie battage et Ie vannage du ble. Mais en realite, puisque nous traitons avec des gens qui reconnaissent que les fils de baptises doivent etre baptises 93 , nous faisons beaucoup mieux en disant 94 : agimus ut dicamus. . . »), un indice que la discussion se poursuivait en Afrique meme apres Ie desaveu de Caelestius, un signe de plus, aussi, de la volonte du pasteur africain, de parvenir ai' entente entre tous. 395 
DE PECCATORVM MERITIS ET REMISSIONE melius sic agimus, ut dicamus: «Vos, qui asseritis de hominibus a peccati labe mundatis sine peccato nasci filios debuisse, cur non attenditis eo modo uobis posse dici, de Christianis parentibus Christianos nasci filios debuisse? Cur ergo eos Christianos fieri debere cense- tis? » Numquid in eorum parentibus corpus Christianum non erat quibus dictum est: Nescitis quia corpora uestra membra sunt Christi? An forte corpus quidem Christianum de Christianis parenti bus natum est, sed non Christianam animam accepit? Hoc uero multo est mirabilius. Namque utrumlibet de anima sentiatis: quia profecto cum Apostolo non eam creditis, antequam nasceretur, aliquid egisse boni aut mali, aut de traduce adtracta est et similiter ut corpus de Christianis Christianum anima etiam Christiana esse debuit, aut a Christo creata, uel in Christiano corpore uel propter Christianum corpus, Christiana debuit seu creari seu mitti. Nisi forte dice- tis Christianos homines christianum corpus gignere potuisse et ipsum Christum animam Christianam non potuisse procreare? Cedite itaque ueritati et uidete, sicut fieri potuit, quod et uos fatemini, ut de Christianis non Christian us, de membris Christi non membrum Christi atque - ut occurramus etiam omnibus qui, licet falso, tamen quo- cumque religionis nomine detinentur - de consecratis non consecratus, ita etiam fieri ut de mundatis non mun- datus nascatur. Quid respondebitis quare de Christianis 95. C'est Ie rapPel de l'affirmation (31) rapportee en II, 25, 39 avec appui sur Hebr. 12,9. 96. Sans qu' ils I' expriment litteralement ainsi, tous les objecteurs cites qui nient Ie che originel admettent la pratique du baptSme a tout age et son utilite. 97. I Cor. 6, 15. 98. Cf. Rom. 9, 11. Cette conviction (45) est, a coup sQr, celie d' Augustin, qu' il esre partagee par les objecteurs. S' il ne I' a pas lue dans Ie liber, elle est en tout cas exprimee dans Ie Liber de fide. Voir la NC 44. 396 
LIVRE III «Vous qui soutenez que les enfants issus de parents purifies de la souillure du peche doivent etre nes sans peche 95 , pourquoi ne remarquez-vous pas que l'on pourrait vous dire, de la meme faon, que les enfants issus de parents chretiens doivent etre nes chretiens? Pourquoi alors pensez-vous qu'ils doivent devenir chretiens 96 ?» Serait-ce que, chez leurs parents, Ie corps n'etait pas chretien, eux a qui il a ete dit: Ne savez-v0u..s pas que vos corps sont les membres du Christ 97 ? A moins que leur corps so it ne, certes, chretien, puisqu' il est issu de parents chretiens, mais n' ait pas reu une ame chretienne ? C' est encore bien plus extravagant! De fait, des deux opinions sur I' arne, que lie que soit la votre (car assurement avec I' Apotre vous 'ne croyez as que I' ame, avant de naitre, ait fait du bien ou du mal 8), ou bien elle a ete transmise d' un intennediaire et, alors, comme est chretien un corps issu de parents chretiens, I' ame aussi doit etre chretienne, ou bien, si elle a ete creee par Ie Christ dans un corps chretien, que ce soit dans un corps chretien ou a cause d'un corps chretien, lle doit etre chretienne par creation ou par emission. A moins que, peut-etre, vous disiez que des hommes chretiens pourraient engendrer un corps chretien et que Ie Christ, lui, ne pourrait pro creer une ame chretienne? Cedez donc a la verite et voyez: tout comme il a pu se faire (vous aussi Ie reconnaissez) que des chretiens ne donnent pas naissance a un chretien ni des membres du Christ a un membre du Christ ni (pour nous adresser aussi a tous ceux qui estiment avoir une religion, fOt- elle fausse) des etres consacres a un etre consacre 99 ; eh bien, de meme, il est egalement possible que des etres purifies ne donnent pas naissance a un etre purifie. Que repondrez-vous si l'on vous demande pourquoi, 99. Dans la mesure 00 tous les objecteurs admettent la validite du bapteme a tout age car il contere toujours un bien divin, Augustin en deduit qu' ils reconnaissent que la foi et l' appartenance ecclesiale ne sont pas hereditaires, mais cela ne ressort pas expressement des declarations rapportees par Pecc. mer. 397 
DE PECCATORVM MERITIS ET REMISSIONE non Christianus nascatur, nisi quia non facit generatio, sed regeneratio Christianos? Hanc igitur uobis reddite rationem, quia similiter a peccatis nemo nascendo, sed omnes renascendo mundantur. Ac per hoc de hominibus ideo mundatis, quoniam renatis, homo qui nascitur renascatur ut [144] etiam ipse mundetur. Potuerunt enim parentes ad posteros transmittere quod ipsi minime habuerunt, non solum sicut frumenta paleam et praepu- tium circumcisus, sed etiam, quod et uos dicitis, fideles infidelitatem in posteros traiciunt; quod non est iam illorum per Spiritum regeneratorum, sed, quo in carne generati sunt, mortalis seminis uitium. N am utique quos paruulos per sacramentum fidelium fideles faciendos esse iudicatis, infideles natos ex parentibus fidelibus non negatis. X, 18. At enim: «Si anima non est ex traduce, sed sola caro, ipsa tantum habet traducem peccati et ipsa sola poenam meretur» - hoc enim sentiunt - « "iniustum esse", dicentes, "ut hodie nata anima non ex massa Adae tam antiquum peccatum portet alienum"». Adtende, obsecro te, quemadmodum uir circumspectus Pelagius - nam ex eius libro haec quae modo posui uerba trans- cripsi - sensit quam in difficili de anima quaestione uersetur. Non enim ait quia anima non est ex traduce, sed « si anima non est ex traduce», rectissime faciens de re tam obscura, de qua nulla in scripturis sanctis certa 100. La phrase fait a coup sQr penser a la celebre formule de TERTULLIEN, autre Pere de l'Eglise d' Afrique: «On ne nait pas chre- tien, on Ie devient» (fiunt, non nascuntur christiani: Apologeticum, XVIII, 4, CCSL 1, p. 118), s' inspirant du mot de SENEQUE: (sapiens) scit neminem nasci sapientem, sed fieri (De ira, 2, 10, 6, ed. Bourgery, p. 37). 101. Fideles, infideles: c'est-a-dire adherents (ou non) a la foi de 1 'Eglise. 102. PELAGE, Expositio in Epistulam ad Romanos, 5, 15, PLS I, 398 
LNRE III issu de parents chretiens, on ne nait pas chretien, sinon que ce n' est as la generation qui rend chretien, mais la regeneration oo? Eh bien, rendez-vous compte de ceci: de la meme faon, personne n' est purifie des peches a la naissance, mais tous Ie sont par une renaissance. Et voila pourquoi doit renaitre I 'homme qui nait d 'hommes purifies par leur renaissance, renaitre pour etre lui aussi personnellement purifie. Les parents, en effet, ont pu transmettre a leurs descendants ce qu' ils n' avaient plus du tout personnellement, tout comme Ie ble transmet la paille et comme Ie circoncis transmet un prepuce; mais il y a plus, et vous Ie dites aussi: les fideles transmettent l'infidelite a leurs descendants 10I ; or ce vice n'est plus Ie leur puisqu' ils ont ete regeneres par I 'Esprit, mais c' est Ie vice de la semence mortelle qui les a engendres dans la chair. De fait, ceux que vous estimez devoir, tout- petits, devenir des fideles par Ie sacrement des fideles, vous ne niez certes pas qu' ils sont nes infideles, quoique de parents fideles. Reponse a une objection rapportee par Pelage: innocence de I' ime si celle-ci ne se transmet pas. X, 18. Mais, de fait, «si I' ame n' est pas transmise, mais seulement la chair, celle-ci seulement se voit trans- mettre Ie peche et elle seule merite Ie chatiment». C' est en effet ce qu' ils pensent, «disant qu' "il serait in juste qu'une ame nee aujourd'hui en dehors de la pate d' Adam porte un peche si ancien et imputable a autrui" 102 ». Remarque, je te prie, comme cet homme circonspect qu' est Pelage (car le propos que je viens de citer sont extraits de son livre) a compris dans que lie difficile question il se trouve au sujet de I' ame. En effet, il ne dit pas que I' ame n' est pas transmise, mais «si I' ame n' est pas transmise»; et, s 'agissant d'un sujet aussi obscur sur lequel, dans les saintes Ecritures, nous ne pouvons pas trouver - ou fort difficilement - des temoignages sOrs et col. 1137. Cf. 3, 5. C'est l'affirmation (38) qui avait ete seulement relevee plus haut, en III, 3, 5. 399 
DE PECCATORVM MERITIS ET REMISSIONE et aperta testimonia possumus inuenire aut difficillime possumus, cunctanter loqui potius quam fidenter. Quapropter ego quoque huic propositioni non praeci- piti assertione respondeo: si anima non est ex traduce, ergo quae ista iustitia est, ut recens creata et ab omni delicto prorsus inmunis, ab omni peccati contagione penitus libera, passiones camis diuersosque cruciatus et, quod est horribilius, etiam daemonum incursus in paruulis sustinere cogatur? Neque enim aliquid horum caro sic patitur ut non ibi anima potius, quae uiuit ac sentit, poenas luat. Hoc enim si iustum ostenditur, sic etiam ostendi potest, qua iustitia in carne quoque peccati subeat originale peccatum baptismatis sacramento [145] et gratiae miseratione mundandum. Si autem illud ostendi non potest, neque hoc posse arbitror. Aut ergo utrumque occultum feramus et nos homines esse meminerimus, aut alias aliud de anima opus, si necesse uidebitur, cau- tela sobria disputando moliamur. XI, 19. Nunc tamen illud, quod ait Apostolus: Per unum hominem peccatum intrauit in mundum et per peccatum mors et ita in omnes homines pertransiit, in quo omnes peccauerunt, sic accipiamus, ne tot tantisque apertissimis diuinarum scripturarum testimoniis, quibus docemur praeter Christi societatem quae in illo et cum illo fit, cum sacramentis eius imbuimur et eius membris incorporamur, uitam salutemque aetemam adipisci neminem posse, nimis insipienter atque infeliciter repugnare iudicemur. Neque enim alio sensu dictum est 103. Augustin voit donc la une objection a 1 'hypothese creatianiste, mais ne tranche pas pour autant en faveur de I 'hypothese traducianiste. Lui aussi veut etre ici circumspectus. Voir la NC 29. 104. Cf. Rom. 8, 3. 105. Augustin parait donc n'admettre de solution claire qu'a la condition qu' elle prenne en compte la solidarite corps-ame de la nature humaine. 106. Rom. 5, 12. 107. Imbuimur. Voir deja plus haut, en I, 22, 32 et 11,2, 2. 400 
LIVRE III clairs, il fait tres bien de s' exprimer avec prudence plutot qu'avec confiance. C' est pourquoi moi aussi, je reponds a cette presen- tation en declarant sans precipitation: si I' ante n' est pas transmise, quelle est donc cette justice qui fait qu'une ante tout juste creee, entierement exempte de toute faute et totalement libre de toute contagion du peche, soit, chez des tout-petits, contrainte de supporter les passions et les divers tounnents de la chair et, ce qui est plus hor- rible encore, les assauts memes des demons 103 ? En effet, la chair n' endure aucun de ces tounnents sans qu' alors l' ame surtout, qui est vivante et sensible, subisse Ie chatiment. Si I' on demontre en effet que c' est jusie, de meme on peut encore demontrer selon quelle justice, dans une chair de peche I04 elle aussi se glisse Ie peche originel, qui doit etre purifie par Ie sacrement du bapteme et la misericorde de la grace. Si, au contraire, on ne peut demontrer l'un, je ne pense pas qu'on puisse demontrer l'autre I05 . Par consequent, acceptons ce double mystere et souvenons-nous que nous sommes des hommes; ou bien, si cela semble necessaire, entreprenons ailleurs un autre ouvrage sur l'ame, en debattant avec une prudente reserve. Recapitulation 1. La mort et Ie peche sont passes d' Adam a tous les humains, hormis Ie Christ. XI, 19. Mais pour Ie moment acceptons ce que dit I' Apotre: Par un seul homme le peche est entre dans Ie monde et, par le peche, la mort, et ainsi il a passe dans tous les hommes,. en lui, tous ont peche I06 . Ainsi, nous ne laisserons pas penser que nous resistons par trop sottement et de faon sterile aux si nombreux et si grands temoignages tres clairs des divines Ecritures, lesquels nous enseignent qu'en dehors de l'union au Christ, qui se fait en lui et avec lui lorsque nous som- mes impregnes I07 de ses sacrements et incorpores a ses membres, nul ne peut atteindre la vie et Ie salut etemels. En effet, les paroles adressees aux Romains : Par un seul 401 
DE PECCATORVM MERITIS ET REMISSIONE ad Romanos: Per unum hominem peccatum intrauit in mundum et per peccatum mors atque ita in omnes homi- nes pertransiit, quam illo quo dictum est ad Corinthios: Per hominem mors et per hominem resurrrectio mor- tuorum,. sicut enim in Adam omnes moriuntur, sic et in Christo omnes uiuificabuntur. Nemo quippe ambigit hoc ibi de morte corporis dictum, quoniam de resurrectione corporis magna Apostoli intentione quaestio uersabatur. Et ideo uidetur ibi de peccato tacuisse, quia non erat quaestio de iustitia; hic autem ad Romanos utrumque posuit et utrumque diutissime commendauit, peccatum in Adam, iustitiam in Christo et mortem in Adam, uitam in Christo; quae omnia uerba sennonis apostolici, quantum potui satisque uisum est, in primo, ut iam dixi, duorum illorum libro perscrutatus aperui. [146] 20. Quamquam etiam ibi ad Corinthios locum ipsum de resurrectione diu tractatum sic in fine concluserit, ut nos dubitare non sineret, mortem quoque corporis merito accidisse peccati. Cum enim dixisset: Oportet corruptibile hoc induere incorruptionem, et mortale hoc induere immortalitem. Cum autem corruptibile hoc indutumfuerit incorruptionem et mortale hoc inmmorta- litem, tunc fiet, inquit, sermo qui scriptus est: «Absorta est mors in uictoria. Vbi est, mors, uictoria tua ? Vbi est, mors, aculeus tuus? » Deinde subiecit: Aculeus autem mortis est peccatum, uirtus uero peccati lex. 108. Rom. 5, 12ab. 109. I Cor. 15, 21-22. Nouvelle association des deux epitres pauliniennes. Voir la NC 7: «I Cor. 15,21-22 et Rom. 5, 12 dans l'iti- neraire theologique d' Augustin». S. LYONNET, «Rm 5, 12 chez saint Augustin... », p. 335, Peut ecrire: «En cette demiere citation de Rm 5, 12 dans son traite, Augustin revient exactement a son point de depart: l'affirmation de Paul en 1 Co 15,21-22.» 110. Voir III, 2, 4. Ici, Augustin renvoie plus precisement MarceUinus a deux sections du livre I (I, 8, 8: exegese comparee de I Cor. 15, 21-22 et de Rom. 5, 12; I, 9, 9 - 15, 20: exegese suivie de Rom. 5, 12-21). 111. A savoir la section de I Cor. 15, 12-57. 402 
LIVRE III homme le peche est entre dans le monde et, par le peche, la mort, et ainsi il a passe dans tous les hommes I08 n' ont pas un autre sens que celles qui sont adressees aux Corinthiens : Par un homme la mort est venue et par un homme la resurrection des morts ,. car, de meme que tous meurent en Adam, de meme tous seront rendus a la vie dans le Christ I09 . De fait, nul ne doute qu'il s'agisse la de la mort du corps puisque, dans la preoccupation de I' Apotre, la grande question etait celIe de la resurrection du corps. Et s' il semble y avoir passe sous silence Ie peche, c' est qu'il n'etait pas question de la justice. Ici, au contraire, s'adressant aux Romains, il a expose l'un et l'autre et a fort longuement fait valoir I 'un et I' autre: que Ie peche est en Adam et la justice en Christ, la mort en Adam et la vie en Christ. Mais tous les tennes du discours de I' Apo- tre, je les ai soigneusement examines et eclaires dans Ie premier des deux livres, comme je l'ai deja dit llO , autant que je I' ai pu et qu' il a pam suffisant. 20. Et pourtant, meme la, s' adressant aux Corinthiens, il a finalement conclu Ie rassage meme longuement consacre a la resurrection I I de maniere a ne pas nous laisser douter que la mort du corps aussi est advenue par Ie salaire du peche II2 . En effet il a dit d'abord: Il taut que cet etre corruptible revete l' incorruptibilite, et que cet etre mortel revete l' immortalite. Or quand cet etre corruptible aura revetu l' incorruptibilite et cet etre mortell'immortalite, alors se realisera, dit-il, la parole de I' Ecriture : « La mort a ete engloutie dans la vie to ire . Ou est-elle, mort, ta' victoire? OU est-il, mort, ton aiguillon 1l3 ? » Mais ensuite il a ajoute: Or I' aiguillon de la mort, c' est le peche et la force du peche, c' est la Loi 1l4 . 112. Cf. Rom. 6,23. 113. I Cor. 15,53-55, avec allusion a Is. 25, 8 et Os. 13, 14. 114. I Cor. 15, 56. 403 
DE PECCATORVM MERITIS ET REMISSIONE Quia ergo, sicut Apostoli apertissima uerba declarant, eo absorbebitur mors in uictoria, quo corruptibile et mortale hoc in duet incorruptionem et immortalitatem, id est uiuificabit Deus et mortalia corpora nostra propter inhabitantem Spiritum eius in nobis, manifestum est et huius mortis corporis, quae resurrectioni corporis contraria est, aculeum autem, quo mors facta est, non quem mors fecit; peccato enim morimur, non morte peccamus. Sic itaque dictum est aculeus mortis, quo- modo lignum uitae, non quod hominis uita faceret, sed quo uita hominis fieret, et quomodo lignum scientiae, per quod scientia fieret hominis, non quod per suam scientiam fecerit homo. Sic ergo et aculeus mortis, quo mors facta est, non quem mors fecit. Sic enim dicimus et pocu[147]lum mortis, quo aliquis mortuus sit uel mori possit, non quod moriens mortuusque confecerit. Aculeus itaque mortis peccatum est, peccato punctum mortificatum est genus human us. Quid adhuc quaerimus cuius mortis, utrum animae an corporis? Vtrum primae, qua nunc omnes morimur, an secundae, qua tunc impii morientur? Nulla causa est exagitandi quaestionem, nullus tergiuersandi locus; Apostoli uerba, quibus id agebat, interrogata respondent. Cum mortale hoc, inquit, induerit inmortalitem, tunc fiet sermo qui scriptus est: «Absorta est mors in uictoriam. Vbi est, mors, uictoria tua? Vbi est, mors, aculeus tuus?» Aculeus 115. Cf. I Cor. 15, 54b. 116. Cf. I Cor. 15, 53-54a. 117. Cf. Rom. 8,11. 118. Augustin revient ainsi sur la premiere partie de son expose du livre I (I, 2, 2 - 8, 8): la mort physique (et pas seulement celie de l' ame) est une consequence du peche d' Adam. 119. Cf. Gen. 2, 9. 120. Cf. Gen. 2, 9. 121. Cf. Apoc. 2, 11. 122. La question est-elle rhetorique? Ou bien Augustin reagit-il a une preoccupation dont il a eu connaissance ? Dans I' etat 00 elles nous 404 
LIVRE III Donc, comme Ie declarent tres clairement les paroles de l' Apotre, la mort sera engloutie dans la victoire 1l5 du fait que cet etre corruptible et mortel revetira l'incorrup- tibilite et l'immortalite 1l6 , c'est-a-dire que Dieu rendra la vie aussi a nos corps mortels a cause de son Esprit qui habite en nous 117 ; par suite, il est evident que Ie peche a ete I' aiguillon de cette mort du corps, elle aussi, contraire a sa resurrection 118, mais un aiguillon qui a produit la mort et non que la mort a produit; car c' est Ie peche qui nous fait mourir et non la mort qui nous fait pecher. C'est pourquoi il est dit l'aiguillon de la mort comme l'arbre de vie 1l9 : ce n'est pas que la vie de I'homme Ie produise, mais il produit la vie de l'homme. Et de meme il est dit l'arbre de la science I20 car par lui se produisait la science de I'homme, et non pas que l'homme I'ait produit par sa science. Ainsi il est dit aussi l' aiguillon de la mort, lui qui a produit la mort et non que la mort a produit. De la meme faon, en effet, nous disons aussi «un breuvage de mort», c'est-a-dire dont quelqu'un est mort ou pouvait mourir, et non un breuvage qu'un mourant ou un mort aurait confectionne. Voila pourquoi I' aiguillon de la mort, c' est Ie peche ; pique par Ie peche, Ie genre humain a ete voue a la mort. Pourquoi nous demandons-nous encore a quelle mort, celIe de I' ame ou celie du corps? La premiere, dont tous nous mourons maintenant, ou la seconde I2I , dont mourront alors les impies I22 ? II n'y a nulle raison d'agiter la question, nulle place pour tergiverser; les tennes dans lesquels I' Apotre trai- tait cela repondent aux interrogations: Lorsque cet etre mortel, dit-il, aura revetu l'immortalite, alors se reali- sera la parole de l' Ecriture: «La mort a ete engloutie dans la victoire. Ou est-elle, mort, ta victoire ? OU est-ii, mort, ton aiguillon ? » Or l' aiguillon de la mort, c' est Ie sont parvenues, les Expositiones de Pelage presentent une exegese purement morale de Rom. 8, 10, mais aucun echo n'en ressurgit dans ce livre III. 405 
DE PECCATORVM MERITIS ET REMISSIONE autem mortis peccatum, uirtus uero peccati lex. De resurrectione corporis agebat, quod absorbebitur mors in uictoria, cum mortale hoc induerit immortalitatem. Tunc ipsi morti insultabitur, quae in uictoriam resur- rectione corporis absorbebitur. Tunc ei dicetur: Vbi est, mors, uictoria tua? Vbi est, mors, aculeus tuus? Morti ergo corporis hoc dicetur. Hanc enim absorbebit uictoriosa immortalitas, cum mortale hoc immortalitate induetur. Morti, inquam, corporis tunc dicetur: Vbi est, mors, uictoria tua?, qua b omnes sic uiceras ut etiam Dei Filius tecum confligeret teque non uitando, sed suscipiendo superaret? Vicisti in morientibus, uicta es in resurgentibus. Victoria tua, qua absorbueras corpora morientium, temporalis fuit; uictoria nostra, qua in corporibus absorta es resurgentium, aetema constabit. Vbi est aculeus tuus ? Hoc est peccatum; quo puncti et uenenati sumus, ut etiam in nostris corporibus fieres et ea tam longo saeculo [148] possideres. Aculeus autem mortis est peccatum, uirtus uero peccati lex. Peccauimus in uno omnes, ut moreremur in uno omnes ; accepimus legem, non ut emendatione finiremus peccatum, sed ut transgressione augeremus. Lex, enim, subintrauit ut abundaret peccatum et Conclusit scriptura omnia sub peccato. Sed Deo gratias, qui dedit nobis uictoriam per Dominum nostrum Iesum Christum ut, b. Suivant une minorite de manuscrits anciens, Ie CSEL ajoute un hic apres qua. 123. I Cor. 15,54-56. 124. Cf. I Cor. 15, 54b. 125. Cf. I Cor. 15,53. 126. Cf. I Cor. 15, 54a. 127. I Cor. 15,55. 128. I Cor. 15, 56. 129. Cf. Rom. 5,12c. 406 
LIVRE III peche, et la force du peche, c' est la Loi I23 . II traitait de la resurrection du corps, car la mort sera engloutie dans la victoire I24 uand cet etre mortel, dit-il, aura revetu l'immortalite l 5. Alors on insultera la mort elle-meme I26 , qui sera engloutie dans la victoire par la resurrection du corps. Alors on lui dira: OU est-elle, mort, ta victoire? OU est-ii, mort, ton aiguillon I27 ? C'est donc a la mort du corps que ces paroles seront adressees. Car l'immor- talite victorieuse I' engloutira quand cet etre mortel sera revetu de l'immortalite. C'est a la mort du corps, dis-je, que I' on dira alors: OU est-elle, mort, ta victoire? Par elle, ici-bas, to avais vaincu tous les etres, si bien que meme Ie Fils de Dieu lutta avec toi et l'emporta, non en t'evitant, mais en t'assumant. Tu as vaincu dans ceux qui meurent, tu es vaincue dans ceux qui ressuscitent. Ta victoire, par laquelle tu engloutissais les corps des mourants, a ete temporelle, tandis que notre victoire, par laquelle tu es engloutie dans les corps qui ressuscitent, demeurera etemelle. ou est-ii, ton aiguillon, c' est-A-dire Ie peche dont nous avons ete piques et empoisonnes au point meme que tu t' installes dans nos corps et en aies la possession pour de si longs siecles? Or l' aiguillon de la mort, c' est le peche, et la force du peche, c' est la Loi I28 . Tous, nous avons peche en un seul I29 , si bien que tous, nous mourons en un seu}l30; et nous avons reu la Loi, non pour mettre fin au peche par notre amendement, mais pour l'accroitre par la transgression. En effet la Loi est intervenue en sorte qu ' abondat le peche I3I et l' Ecriture a tout enferme sous le peche I32 . Mais graces soient aDieu, qui nous a donne la victoire par notre Seigneur Jesus 130. Cf. I Cor. 15, 22. Troisieme association des deux epitres pauliniennes, voir la NC 7: « I Cor. 15, 21-22 et Rom. 5, 12 dans l'itineraire theologique d' Augustin ». 131. Rom. 5,20. 132. Gal. 3, 22a. 407 
DE PECCATORVM MERITIS ET REMISSIONE ubi abundauit peccatum, superabundaret gratia atque ut promissio ex fide Iesu Christi daretur credentibus et uinceremus mortem per immortalem resurrectionem et aculeum eius peccatum per gratuitam iustificationem. XU, 21. Nemo itaque de hac re fallatur et fallat. Omnes adimit atque aufert iste sanctae scripturae sen- sus manifestus ambages. Quemadmodum ab origine trahitur mors in corpore mortis huius, sic ab origine tractum est et peccatum in hac came peccati; propter quod sanandum et propagine adtractum et uoluntate auctum atque ipsam camem resuscitandam medicus uenit in similitudine carnis peccati, qui non est opus sanis, sed aegrotantibus, nec uenit uocare iustos, sed peccatores. Proinde quod ait Apostolus, cum fideles moneret ut se ab infidelibus coniugibus non disiungerent: Sanctijicatus est enim uir infidelis in uxore et sanctiji- cata est mulier infidelis in fratre,. alioquin filii uestri inmundi essent, nunc autem sancti sunt, aut sic est acci- piendum, quemadmodum et nos alibi et Pelagius cum eandem ad Corinthios epistolam tractaret expo suit, quod exempla iam praecesserant et uirorum quos uxores et feminarum quas mariti lucrifecerant Christo [149], et paruulorum ad quos faciendos Christianos uoluntas Christiana etiam unius parentis euicerat, aut si 133. I Cor. 15, 57. 134. Cf. Rom. 5, 20b. 135. Gal. 3, 22b. 136. Cf. I Cor. 15,56. 137. Cf. Rom. 7, 24b. 138. Cf. Rom. 8, 3. 139. Cf. Matth. 9, 12; Marc. 2, 17;Luc. 5, 31. 140. Cf. Rom. 8, 3. 141. Cf. Marc. 2, 17. 142. I Cor. 7, 14. 408 
LIVRE III Christl 33 , afin que la OU abondait le peche surabondat la grace I34 et afin que, par suite de la foi en Jesus Christ, la promesse JUt accordee aux croyants I35 ; que nous vainquions la mort !Jar I' immortelle resurrection et son aiguillon, Ie peche I 6, par la justification gracieuse. XII, 21. Ainsi, sur cette question, nul ne doit se lais- ser tromper ni tromper. Cette signification manifeste de I , Ecriture sainte supprime et ecarte toutes les ambiguI- res. De meme que, des I' ori.fine, la mort est contractee dans Ie corps de cette mort 13 , de meme, des I' origine, Ie peche aussi a ete contracte dans notre chair de peche 138 ; or c' est pour guerir ce peche, a la fois contracte par transmission et accru par notre volonte, c' est pour la chair elle-meme qu'est venu Ie Medecin I39 dans la ressemblance de la chair de peche I40 , lui dont n' ont pas besoin les bien-portants mais les malades et 3ui n' est pas venu appeler les justes, mais les pecheUrS I4 . Par consequent, lorsque I' Apotre engage les fideles a ne pas se separer de leurs conjoints infideles: L' homme infidele se trouve sanctifie dans son epouse et la femme infidele se trouve sanctifiee dans celui qui est un frere, sinon vos fils seraient impurs, alors qu' en fait Us sont saints 142, ses propos doivent etre compris comme nous-memes l'avons fait ailleurs I43 et comme Pelage l'a expose dans son commentaire de cette meme lettre aux Corinthiens I44 : a savoir qu'il y a deja eu precedem- ment des exemples d'hommes que leurs epouses - et de femmes que leurs marls - ont gagnes au Christ; et des exemples de tout-petits dont la volonte chretienne d'un seul meme de leurs parents a ttiomphe pour en faire 143. Voir AUGUSTIN, De sermone Domini in monte, I, 16,45. Mais l'eveque avait deja aborde ce sujet dans Ie livre II (II, 25,41) a propos du meme verset de I Cor. 7, 14 et de I' interpretation (32) qu' il avait lue qu 'en faisaient certains. 144. Voir PELAGE, Expositio in epistolam primam ad Corinthios, 7, 14, PLS I, col. 1201. 409 
DE PECCATORVM MERITIS ET REMISSIONE - quod magis uerba Apostoli uidentur sonare et quodam modo cogere - aliqua illic intellegenda est sanctificatio, qua sanctificabantur uir uel mulier infidelis in coniuge fideli et qua sancti nascebantur filii fidelium, siue quia in menstruo cruore mulieris a concubitu continebat, quicumque uir uel femina id in lege didicerat - nam hoc Hiezechiel inter ilIa praecepta ponit quae non figurate accipienda sunt -, siue propter aliam quamlibet, quae ibi aperte posita non est, ex ipsa necessitudine coniugiorum atque filiorum sanctitatis asperginem, illud tamen sine dubitatione tenendum est, quaecumque ilia sanctificatio sit, non ualere ad Christianos faciendos atque ad dimit- tenda peccata, nisi Christiana et ecclesiastic a institutione et sacramentis efficientur fideles. N am nec coniuges infideles, quamlibet sanctis et iustis coniugibus haereant, ab iniquitate mundantur, quae a regno Dei separatos in damnationem uenire compellit, nec paruuli de quibus- libet sanctis iustisque procreati originalis peccati reatu absoluuntur, nisi in Christo fuerint baptizati, pro quibus tanto inpensius loqui debemus quanto pro se ipsi minus possunt. XIII, 22. Id enim agit ilIa disputatio, contra cuius nouitatem antiqua ueritate nitendum est, ut infantes omnino superft uo baptizari uideantur. Sed aperte hoc non dicitur, ne tam finnata salubriter ecclesiae consue- tudo uiolatores suos ferre non possit. Sed si pupillis opem ferre praecipimur, quanto magis pro istis laborare debemus, qui destitutiores et miseriores pupillis sub 145. Cf. Hiez. 18,6. 146. Augustin estime ainsi Stre en devoir absolu de se faire I' avocat de ces Stres humains qui n' ont pas encore de voix pour se defendre. Dans Ie paragraphe suivant (III, 13, 22), il insiste sur ce devoir, qui est celui de I 'Eglise entiere puisqu' elle vient au secours des tout-Petits en leur offrant Ie baptSme qu'il ne Peuvent solliciter par eux-memes. 410 
LIVRE III des chretiens. Ou bien, comme les tennes de I' ApOtre semblent plutot Ie faire entendre et l'imposer en quel- que maniere, il faut peut-etre entendre ici une certaine sanctification par laquelle un homme ou une femme infidele se trouvent sanctifies dans leur conjoint fidele, et par laquelle les fils de fideles naissent saints, soit parce que, pendant les menstrues de l'epouse, tout homme et toute femme I' ayant appris dans la Loi s' abstenaient de l'union conjugale - car Ezechiel pose cela parmi les preceptes qui ne doivent pas etre pris au sens figure I45 _, soit encore en raison de quelque rejaillissement de sain- tete dO aux liens memes du mariage et de la filiation, mais qui n'a pas ete ici expose clairement. Neanmoins il faut retenir sans hesitation que cette sanctification, quelle qu' elle soit, n' a aucune valeur pour rendre chre- tien et pardonner les peches, si I' on ne devient fidele par une fonnation chretienne et ecclesiastique et par les sacrements. Car les epoux non baptises, quelque saints et justes que soient les conjoints a qui ils sont lies, ne sont pas purifies de I' iniquite qui contraint ceux qui sont separes du royaume de Dieu a subir la condamnation ; et les tout-petits, quelque saints et justes que soient leurs parents, ne sont pas delies de la faute du peche originel s'ils n' ont pas ete baptises dans Ie Christ; et nous devons parler pour eux avec d' autant plus d' energie u' eux peu- vent d'autant moins plaider pour eux-memes 46. Recapitulation 2. Denonciation de la sournoise mise en cause du bapteme des bebes. XIII, 22. En effet, cette controverse dont il faut com- battre la nouveaute en s' appuyant sur I' ancienne verite vise a faire paraitre tout a fait superftu Ie bapteme des bebes. Mais cela n' est pas dit ouvertement, de peur que la coutume de I 'Eglise, si solidement implantee de faon salutaire, ne puisse supporter ceux qui la violent. Mais s'il nous est prescrit de porter secours aux orphelins, combien plus devons-nous nous donner de la peine en faveur de ceux qui, meme sous une autorite parentale, demeureront plus delaisses et plus malheureux que des 411 
DE PECCATORVM MERITIS ET REMISSIONE parentibus remanebunt, si eis Christi gratia denegabitur, quam per se ipsi flagitare non possunt! [150] 23. Illud autem quod dicunt sine ullo peccato ali- quos homines iam ratione propriae uoluntatis utentes in hoc saeculo uixisse uel uiuere optandum est ut fiat, conandum est ut fiat, supplicandum est ut fiat, non tamen quasi factum fuerit confidendum. Hoc enim optantibus et conantibus et digna supplicatione deprecantibus, quidquid remanserit peccatorum, per hoc cotidie solui- tur, quod ueraciter in oratione dicimus: Dimitte nobis debita nostra, sicut et nos dimittimus debitoribus nos- tris. Quam orationem quisquis cuilibet, etiam homini sancto et Dei uoluntatem scienti atque facienti, praeter unum sanctum sanctorum, dicit in hac uita necessariam non fuisse, multum errat nec potest omnino illi ipsi pla- cere quem laudat; si autem se ipsum talem putat, ipse se decepit et ueritas in eo non est, non ob aliud, nisi quia falsum putat. Nouit ergo ille medicus, qui non est opus sanis, sed aegrotantibus, quemadmodum nos curando perficiat in aetemam salutem, qui et ipsam mortem, quamuis peccati merito inflicta sit, non aufert in hoc saeculo eis quibus peccata dimittit, ut etiam cum eius timore superando suscipiant pro fidei sinceritate certamen, et in quibusdam etiam iustos suos, quoniam adhuc extolli possunt, non adiuuat ad perficiendam iustitiam, ut, dum 147. C'est donc bien Ie pasteur, avant tout, qui s'exprime ici. Son inquietude porte sur la perennite de la pratique du bapteme a tout age, y compris pour ces «tout-Petits» (paruuli), meme si cette pratique est ancienne et si imp:antee que les contradicteurs n' osent pas la denoncer, car leur argumentation vide de sens cette pratique. 148. Affirmation (22) deja rapportee en II, 6, 7 puis, sous d'autres formes, en II, 2, 2 (18), II, 3, 3 (19) et II, 5, 6 (20). On se rappelle qu' elle avait ete soutenue par Caelestius a Carthage. 149. Matth. 6, 12. 150. A savoir, bien entendu, Jesus Ie Christ. 151. Cf. Iloh. 1,8. 412 
LWRE III orphelins, si leur est refusee la grace du Christ, qu' eux- memes ne peuventreclamerpar leurs propres moyens I47 ! Recapitulation 3. La priere noDS oblige it comes- ser qu'il n'y a pas, it ce jour, d'humain sans peche, hormis Ie Christ. 23. Quant a leur affinnation que quelques hommes, usant deja de la raison de leur volonte propre, ont vecu ou vi vent dans ce monde sans commettre aucun peche I48 , il faut souhaiter qu'elle se realise, s'efforcer qu' elle se realise, supplier qu' elle se realise, et pourtant il ne faut pas la croire comme si elle s' etait realisee. En effet, pour ceux qui Ie souhaitent, s'y efforcent et prient en une digne supplication, tout ce qui reste de leurs peches est absout chaque jour, du fait que nous disons en verite dans la priere: Remets-nous nos dettes comme nous aussi nous remettons a nos debiteurS I49 . Or quiconque dit que cette priere n' est pas necessaire a tous en cette vie, meme pour un homme saint connais- sant et faisant la volonte de Dieu - a I' exception d 'un seul qui est Ie Saint des saints I50 -, celui-la commet une grave erreur et ne saurait en aucun cas plaire a Celui qu'illoue; et s'il pense, lui, etre tel, il s'abuse lui-meme et la verite n'est pas en luP5I pour l'unique raison qu'il pense faux. II sait donc, lui, le Medecin dont n ' ont pas besoin les bien-portants, mais les malades I52 , comment, en nous soignant, nous parfaire pour Ie salut etemel: d 'une part, bien que la mort ait ete infligee en salaire du peche 153 , il ne la supprime pas .en ce monde pour ceux dont il pardonne les peches, afin que, meme avec la peur de cette mort, ils la sunnontent et engagent Ie combat pour l'integrite de leur foi ; d' autre part, en certains cas, parce que ses justes pourraient encore s' enorgueillir, meme eux, il ne les aide pas a parfaire leur justice; ainsi, 152. Cf. Matth. 9, 12. 153. Cf. Rom. 6,23. 413 
DE PECCATORVM MERITIS ET REMISSIONE non iustificatur in conspectu eius omnis uiuens, actionem gratiarum semper indulgentiae ipsius debeamus et sic ab ilia prima causa omnium uitiorum, hoc est a tumore superbiae, sancta humilitate sanemur. Hanc epistolam dum [151] dispositio mea breuem parturit, liber prolixus est natus, utinam tam perfectus quam tandem aliquando finitus ! 414 
LNRE III aucun etre vivant n'etant justifie sous son regard 1 54, nous devons sans cesse action de grace, a son indulgence et ainsi nous sommes gueris, par une sainte humilite, de cette cause premiere de tous les vices, a savoir I' enflure de I' orgueil. Tandis que mon intention concevait cette lettre comme breve, c'est un livre volumineux qui est nee PlOt au Ciel qu' il rot aussi parfait qu' il est, enfin, une bonne fois tennine ! 154. Cf. Ps. 142, 2. 
NOTES COMPLEMENTAIRES 
1. Comment traduire au mieux en franais Ie titre de I'ouvrage Le pluriel peccatorum inclut l'experience et la confession des peches personnels, comme si celles-ci se trouvaient incontoumables pour confesser Ie peche originel. Augustin montre par la que, si Ie pardon divin effectue aupres des tout- petits dans leur bapteme est celui du seul peche originel, c'est la confession, par des etres responsables moralement, de leurs propres peches qui eclaire l'intelligence de ce que I'Eglise nomme «peche». La traduction de meritis, quant a elle, es delicate. D'un cote, comme Ie reI eve F.-J. THONNARD, «Merite et demerite chez Augustin», NC 30, BA 23, p. 783, «si on peut meriter ("mereri" ou "merere") un chatiment aussi bien qu'une recom- pense, en langage courant, par contre, Ie merite est pris en bonne part». Traduire en franais Ie titre de l'ouvrage par «Des merites et de la remission des peches» (G. BARDY, BA 12, p. 509; C. BROC, traductrice de l'article de G. BONNER sur Ie Pecc. mer. dans l'Encyclopedie saint Augustin. La Mediterranee et l'Europe, lve s.-xxr s., Paris, 2005) introduit une contradiction dans les termes; traduire par «La peine» (comme Ie font les auteurs de l'edition Vives [1872], suivis par M. NEUSCH, «Le bapteme des petits enfants. Plaidoyer d'Augustin», Itineraires augustiniens, 29, janvier 2003, p.5-16) rend Ie sens du titre entier particulierement obscur. S. LANCEL, Saint Augustin, 1999, p. 462, note c, echappe aux « pieges» en traduisant: Des peines meritees par les peches et de leur remission, ce qui fait toutefois un titre long et « savant». D'un autre cote, Ie substantif latin epouse differents sens selon qu'il est employe adverbialement (merito), au singu- lier ou au pluriel avec adjectif possessif ou Ie complement homines (nostra merita, merita hominum) ou encore avec un complement comme peccatum. Dans Ie premier cas, il se traduit par «a bon droit», dans Ie deuxieme par «merites» et 419 
NOTES COMPLEMENTAIRES il est alors presque toujours mis en balance par Augustin avec gratia, dans Ie troisieme cas par «salaire» ou «retribution», autrement dit comme l'exercice du jugement divin des actes humains, qu'ils soient bons ou mauvais (cf. Pecc. mer. I, 6, 6: «Et mortuum corpus dixit esse propter peccatum et spiri- tum esse uitam propter iustitiam [Rom. 8, 10], diuersa merita diuersis rebus adtribuens: morti quidem corporis meritum peccati, uitae autem spiritus meritum iustitiae»; de meme TERTULLIEN, Apol. 21: «Meritum fuit delictorum eorum »). Aussi ai-je traduit Ie titre de Pecc. mer. par Salaire et par- don des pechis, qui a l'avantage d'etre court et de renvoyer a Rom. 6, 23: Car Ie salaire du pechi, c'est la mort, pour Ie sens du moins car la Vetus Latina dont disposait Augustin donne Stipendium (synonyme de meritum) peccati mors. On pourra seulement s'etonner que l'eveque ne cite pas ce verset dans la premiere section du livre I de Pecc. mer., pourtant attachee a rappeler que la mort physique ineluctable est, pour les hommes, un chatiment du peche d'Adam. II est pourtant cite avant Ie debut de la controverse pelagienne (cf. De diu. quaest. 83, quo 66) comme pendant celle-ci (cf. De gratia et libero arbitrio, 8, 20). L'emploi de meritum/merita peccati/peccatorum est tres ancien chez l'eveque. En De diu. quaestionibus ad Simplicianum, quo 1, 11, il ecrit: «Certe enim ipsum uelle in potestate est quoniam adiacet nobis; sed quod perficere bonum non est in potestate ad meritum pertinet originalis peccati », autrement dit «est a mettre au compte du peche originel»; similairement, on trouve en Pecc. mer. I, 1, 1: «Quamuis in mediis et magnis curarum aestibus atque taediorum, quae nos detinent a peccatoribus relinquentibus legem Dei - licet ea quoque ipsa nostrorum etiam peccatorum meritis inpute- mus...», soit «nous Ie portons au compte de nos peches». BIBLIOGRAPHIE: 1. RIVIERE, « Merite», Dictionnaire de thiologie catholique, X, col. 643-651; F.-1. THONNARD, «Merite et demerite chez Augustin », NC 30, BA 23, p. 783-784. 420 
NOTES COMPLEMENTAIRES 2. Les preoccupations d'Augustin fin 411 La preoccupation immediate est celIe du pasteur confronte aux resistances de donatistes aux conclusions de la collatio. «In mediis et magnis curarum aestibus atque taediorum, quae nos detinent a peccatoribus relinquentibus legem Dei» (Pecc. mer. I, 1, 1). Aestibus construit avec deux complements est donc employe ici dans un sens metaphorique, et non pas litte- ral comme l'imagine W. DUNPHY, «A Lost Year... », p. 455 : «forte chaleur », pour justifier une redaction de Pecc. mer. en plein ete 411. Grace a la Lettre 139 (sans doute fevrier 412), ou Augustin detaille a Marcellinus la foule de devoirs ecrits qui 1'« ecarte- lent» (Ep. 139,3, CSEL 44, 152: Quanta me distendant), nous pouvons avoir une idee des devoirs ecrits qui accaparaient l'eveque vers la fin de l'annee 411 : outre Ie courrier quotidien de premiere urgence, comme les interventions officielles dans Ie conflit avec les donatistes (cf. Ep. 133 et 134), les Lettres suivantes (137 et 138) qui ont ete envoyees respectivement a Marcellinus et a Volusianus, la redaction d'une Breuiatio collation is nostrae (resume de la conference entre catholiques et donatistes, achevee alors qu'Augustin ecrit la Lettre 139), une lettre aux lalcs donatistes (devenue Ie livre Ad Donatistas post conlationem, achevee elle aussi ala meme date), un livre a l'intention d'Honoratus (De gratia Noui Testamenti, reper- torie aussi comme la Lettre 140, encore en chantier en fevrier 412). P.-M. HOMBERT, Nouvelles recherches..., p. 182-184 ajoute d'autres travaux:' a son retour a Hippone en septem- bre, Augustin se remet au De Genesi ad litteram (a partir de IIIb) et au De Trinitate (II), puis, fin 411-debut 412, envoie la Lettre 148 a Fortunatianus sur la vision de Dieu, donc sur la meme question que lui avait posee Pauline (comment peut-on voir Dieu ?) sans doute courant 411. BIBLIOGRAPHIE: P.-M. HOMBERT, Nouvelles recherches de chronologie augustinienne, Collection des Etudes augusti- niennes, Serie Antiquite 163, Paris, 2000. 421 
NOTES COMPLEMENTAIRES 3. Le corps humain et la mort selon les objecteurs (I, 2, 2) L'opinion rapportee par Marcellinus etait soutenue par Caelestius et, de ce fait, avait figure en tete de la liste des the- ses reprochees et condamnees par Ie tribunal ecclesiastique reuni a Carthage sans doute a l'automne 411. Augustin a donc pu la trouver dans Ie libellus breuissimus, court plaidoyer ecrit par Caelestius. II y revient 7 fois tres explicitement: voir Pecc. mer. I, 8, 8; I, 9, 9 (2 fois); I, 9, 10; II, 30, 49; II, 33, 53; III, 1, 1. L'interpretation de Caelestius revient a n'attribuer qu'un sens moral a la mort evoquee par Gen. 2-3. Ce type d'exe- gese se retrouve dans la version qui nous est parvenue des Commentaires de saint Paul par Pelage, mais ne figurait pas dans Ie texte lu par Augustin, qui ne releve rien de semblable (cf. livre III). De meme, cette interpretation est absente du Liber de fide de Rufin, qui admet qu'Adam, personnellement, est mort parce qu'it avait peche. Cf. n° 29, edition Miller, p. 94: «Je dirais que si les premiers humains ont ete crees immortels quant a leur arne, quant a leur corps its ont ete crees mortels; jamais pourtant its n'auraient connu la mort si du moins its avaient observe Ie commandement de Dieu. » BIBLIOGRAPHIE: G. BONNER, «Caelestius», Augustinus- Lexikon, vol. I, col. 693-698; M. LAMBERIGTS, «Celestius», Encyclopedie saint Augustin, Paris, 2005, p. 210-211. 4. Le corps humain et la mort chez des auteurs chretiens precedents Rom. 8, 10 est interprete dans un sens moral par une majorite de Peres grecs. Ainsi, CLEMENT D'ALEXANDRIE, Stromates III, 77, 3, GCS 15, p. 230, influence par l'image platonicienne du corps tombeau, dit que la mortalite du corps revele celle de l'ame tant que celle-ci n'est pas sanctifiee par Dieu: to ,rev oWf.La VEXQOV L' af.LaQtLaV (Rom. 8, 10), OflA,WV we; OtL f.Lf) VEWe; (cf. I Cor. 3, 16 et 6, 19), ta<t>oe; (cf. Stromates III, 16, 3 et PLATON, Cratyle 400 BC) 0' EOtLV EtL tf]e; <t>uxf]e; (cf. I Cor. 3, 16 + 6, 19). Voir aussi ORIGENE traduit 422 
NOTES COMPLEMENTAIRES par RUFIN, In Epistolan ad Romanos, PG, col. 1099-1101: «Le corps doit etre mort au peche»; JEAN CHRYSOSTOME, Homelie sur Rom., PG 60, col. 569F; THEODORET DE CYR, Commentaire de Rom., PG 82, col. 132. De meme, l'AM- BROSIASTER, Comm. in ep. ad Romanos, PL 17, col. 121, comprend: Ie corps mortel - c'est-a-dire l'homme tout entier - est rendu a nouveau vivant grace a sa bonne conduite. Cette interpretation se retrouve dans Ie texte actuel de PELAGE, Expositio in epistolam ad Romanos, 8, 10. Le verset est ainsi commente: «Si vous imitez Ie Christ, Ie corps ne provoque aucune resistance, tout comme s'il etait mort. » Rom. 8, 10 est interprete dans un sens physique par TERTULLIEN, De resurrectione carnis, 46 et Aduersus Marcionem, 5, 15; AMBROSIASTER, Commentaria in epis- tolam ad Romanos, 5 = PL 17, col. 92C-D: «(Adam) dum praeuaricauit, indignus factus edere de arbore uitae, ut moreretur. Mors autem dissolutio corporis est, cum anima a corpore separatur. Est et alia mors, quae secunda dicitur in gehenna, quam non peccato Adae patimur, sed eius occasione propriis peccatis acquiritur. » Rom. 8, 10 rattache au peche la mort de notre corps, selon METHODE D'OLYMPE, De resurrectione, I, 21, 23; IRENEE DE LYON, Aduersus haereses, V, 7, 1, SC 153, p. 86: «De meme il dit aux Romains: Mais si l'Esprit est vie, etc. (Rom. 8, 11). Que sont donc les corps mortels? (...) Que reste-t-il a dire sinon que Ie corps mortel est l'ouvrage modele par Dieu, autre- ment dit la chair? Car c'est elle qui meurt et se decompose, et non l'ame ou l'Esprit.» Irenee semble donc avoir connu une interpretation purement spiritualiste du verset, sans doute influencee par Ie courant gnostique. Voir K. H. SCHELKLE, Paulus Lehrer der Vater, p. 270. On peut conclure avec G. M. LUKKEN, Original Sin..., p. 108, que «la tradition latine considere la mort qui vint dans Ie monde en consequence du peche d'Adam non pas comme purement physique, mais aussi comme une mort spirituelle et ultimement eschatologique». Et, comme l'a bien montre 423 
NOTES COMPLEMENTAIRES S. Lyonnet, les Grecs ne sont donc pas les seuls a avoir ainsi compris Rom. 5, 12. Par ailleurs, l'interpretation theologique, par Ambroise, de la mortalite humaine inevitable integre sa connaissance de l'opinion publique comme «accoutumee» au fait que tous les humains doivent mourir un jour; elle exprime aussi des accents differents de ceux d'Augustin dans Pecc. mer.: «La mort ne doit pas etre pleuree, puisqu'elle est cause de salut (...) la mort n'etait pas naturelle, mais elle l'est devenue; car au commencement Dieu n'a pas cree la mort; il nous l'a don- nee comme un remede (...) a cause de la transgression (.. .). II fallait mettre un terme [au] malheur [de l'homme], afin que sa mort lui rende ce que sa vie avait perdu» (Homelie pour la mort de son frere Saturus, II, 46-47, CSEL 73, p. 273-274). BIBLIOGRAPHIE: G.M. LUKKEN, Original Sin in the Roman Liturgy, Leiden, 1973, p. 268-269; K. H. SCHELKLE, Paulus Lehrer der Vater. Die altkirchliche Auslegung von Romer 1- 11, Dusseldorf, 1956. S. Corps et mort. Le cas d'Henoch et EUe (I, 3, 3) Sans doute en application du «principe du surcroit» deja formule par saint Paul (combien plus recevons-nous du Christ que nous ne tenons d'Adam !), Augustin envisage donc Ie statut du corps ressuscite comme superieur a celui d'Adam avant sa faute. Sans elle, Dieu aurait pu donner a l'homme de prendre de l'age sans souffrir de la vieillesse et de passer insensiblement, sans mort, de la mortalite a l'immortalite. Tel peut etre d'ailleurs, estime-t-il, Ie statut de «ceux qui ont ete emmenes d'ici-bas sans connaitre la mort», ces justes de l'An- cien Testament que sont Henoch et Elie. Curieusement, sans tenir compte du fait qu'ils appartenaient a l'humanite desor- mais affaiblie par Ie peche d'Adam, l'eveque imagine qu'ils ont vieilli sans peines et, enleves au ciel, n'ont pour ainsi dire plus besoin de nourriture sinon celle du paradis. «Pourtant », prend-il soin d'ajouter, «je ne crois pas qu'ils soient mainte- nant passes a cette sorte de corps spirituel qui est promis lors 424 
NOTES COMPLEMENTAIRES de la resurrection» (Pecc. mer. I, 3, 3), car Ie Seigneur Jesus est Ie premier a etre ressuscite. Tout Ie Pecc. mer. confesse en effet que, pour tout etre humain, rien n'est accompli de son salut tant que n'est pas advenue la resurrection finale des corps, au dernier Jour, avec l'avenement glorieux du Christ. En s'appuyant precisement sur Ie cas d'Henoch, dont l'en- levement au ciel ante mortem, rapporte par Gen. 5, 24, est explique par Hebr. 11, 5, Ie Liber de fide attribue au pretre Rufin soutient qu'en recompense de sa bonne conduite un humain peut echapper a sa condition mortelle. Cf. Liber de fide, n° 29, ed. Miller, Rufini presbyteri.. ., p. 94: «Numquam mortem gustassent [Adam et Eua] siquidem mandatum Dei seruare uoluissent sicut beatus Henoch meruit. Hic namque licet mortalis esset, tamen translatus est ut mortem penitus non uideret (Hebr. 11, 5 evoquant Gen. 5, 24).» Voir encore Liber de fide, n° 39 (p. 112), qui invoque, outre celui d'He- noch, Ie cas d'Abel (a peccatis alienus) et d'Elie, enleve au ciel comme Henoch. Augustin a peut-etre lu dans Ie liber qu'il mentionne en I, 34, 64 une revendication de ces deux figures de «justes ». BIBLIOGRAPHIE: B. DELAROCHE, Saint Augustin lecteur et interprete de saint Paul, Collection des Etudes augustiniennes, Serie Antiquite 146, Paris, 1995, p. 362; M. W. MILLER, Rufini Presbyteri liber de fide. A Critical Text with Introduction and Commentar, Patristic Studies 96, Washington, 1964. 6. Statut et destin du corps humain selon Augustin Avant 411 Rom. 8, 10 est interprete par Augustin dans un sens moral en De diuersis quaestionibus 83, quo 66, BA 10, p. 252: Paul «declare Ie corps "mort" tant qu'il est en etat d'importuner l'ame par Ie besoin de choses corporelles et de l'exciter, par certaines impulsions nees de ce besoin meme, a convoiter les realites terrestres. Mais meme si ces pressions existent, l'esprit ne consent pas a faire Ie mal, lui qui, desormais sert la loi de Dieu (cf. Rom. 7, 25b) et se trouve etabli sous la 425 
NOTES COMPLEMENTAIRES graCe». Dans les Revisions (I, 26), Augustin desavouera cette interpretation. La reponse d 'Augustin dans Pecc. mer. : 1. Le corps physique et la mort Augustin admet d'abord que I'Ecriture traite parfois de la seule mort de I'ame (ex.: en Matth. 8, 22). Mais it conteste que ce soit Ie cas pour Gen. 2-3, avec sa description bien phy- sique de I'etre humain: Tu es terre et tu iras a La terre (Gen. 3, 19). Puis aussitot, comme par association mentale, l'eveque fait echo a deux passages des deux lettres aux Corinthiens: I Cor. 15, 44-53 et II Cor. 5, 2-4 (avec une trace de I Thess. 4, 15-17), qui renvoient eux-memes a Gen. 2-3, puis it en vient a des citations explicites de saint Paul pour decrire selon la foi chretienne I'avenir du corps du premier homme si celui- ci n'avait pas peche. Dans cette hypothese, Ie corps d'Adam serait passe de I'etat «animal» a I'etat «spirituel», autrement dit a 1'« incorruption» (cf I Cor. 15, 44). Nous ressentons tous intimement ce desir d'incorruption, comme Paul Ie decrit en II Cor. 5, 2-4. A vrai dire, I'Apotre ne cherche pas a imaginer ce que sera it devenu notre corps si I'homme n'avait jamais peche, mais a exprimer I'esperance dans la resurrection promise des corps. De plus, la restriction Si du moins nous sommes trouves habilles et non pas nus montre que, dans son esprit, l'image du vetement designe autant notre «tenue» morale devant Dieu que notre «habitation» dans un corps mortel. Augustin semble donner au «desir» (cupientes) pau- linien de I'avenir final du corps Ie sens conjoint, absent du texte, d'une nostalgie (desiderium, Ie mot meme qu'Augustin emploie) de ce que Ie peche a empeche. Ressaisi dans son ensemble (II Cor. 4-5), Ie propos de saint Paul est en fait plus complexe, jusqu'a susciter meme quelque obscurite. Car it decrit Ie croyant dans une double situation terrestre: celle de I'«homme exterieur», etre physi- que et, comme tel, ne pouvant echapper aux souffrances, a la degradation et a la mort, et celle de 1'« homme interieur», cheminant «par la foi, pas encore par la vision». Augustin 426 
NOTES COMPLEMENTAIRES passe la-dessus, mais y vient plus loin en abordant, avec la quatrieme these, la question de l'actuelle condition humaine se reconnaissant pecheresse a la lumiere du salut apporte par Ie Christ (cf. Pecc. mer. II, 4, 4; II, 7, 9; II, 13, 20; II, 27, 44). L'appel a un autre texte paulinien (Rom. 8, 10-11) traduit Ie souci de manifester la «symphonie» du discours de Paul a travers au moins trois epitres. Le commentaire exploite ici la difference entre mortale, moriturus et mortuum . Le corps du premier humain pouvait etre «mortel» (corpus mortale) sans que cela signifiat qu'il etait immanquablement «destine a mourir» (moriturum). Mais il est mort a cause du peche (Rom. 8, 10: Mortuum est propter peccatum). Cependant, fait observer Augustin, en exprimant ainsi l'esperance chretienne : Celui qui a ressuscite Ie Christ Jesus d'entre ies morts don- nera la vie jusqu'O, vos corps mortels (Rom. 8, 11 : et mortalia corpora uestra), Paul signifiait que la resurrection finale ira plus loin qu'une restauration de l'etre humain dans sa condi- tion adamique, puisque Ie mortellui-meme sera englouti par la vie (cf. II Cor. 5,4). 2. L'etre humain tout entier et la mort Relevons aussi qu'Augustin ne se limite pas a la discussion du rapport entre corps et mort. Pour lui, Ie peche a affecte l'etre humain tout entier, corps et arne, et c'est la revelation du Christ sauveur qui en donne conscience. Car Rom. 8, 10-13 affirme un premier «bienfait reu de la grace du Christ: si Ie corps est mort a cause du peche, l'esprit est vie a cause de la justice (Rom. 8, 10)). Alors que les Bibles modernes tendent a traduire: « I 'Esprit Saint », Augustin comprend «l'esprit humain», selon la conception bi-partite de l'homme, «corps/ame», courante dans la culture greco-romaine. La justice revelee par Dieu vivifie notre esprit, signe que «lui aussi, dans I 'homme, avait ete eteint par une certaine mort: l'infidelite» et signe d'esperance pour Ie corps, a son tour (Pecc. mer. I, 7, 7). Mais «tout cela sera accompli par la grace du Christ, c'est-a-dire par son Esprit qui habite en vous (Rom. 8, 11)), en sorte que si nous mortifions la mort, «tout 427 
NOTES COMPLEMENTAIRES l'etre» vivra. G. MADEC, Lectures augustiniennes, p. 160- 161, resume la methode employee par Augustin: «rassembler les textes pertinents: les testimonia (...) cette maniere de faire n'a rien d'originel; elle est commune dans toute la litterature patristique, mais on n'y prete pas assez attention. Augustin, du reste, a fait cette operation, au tout debut de la controverse pelagienne, qui a trait pour une large part a la corporalite, pas seulement a la sexualite»; il a dresse «Ie dossier scriptuaire de la redemption» (1. RIVIERE, Le dogme de la redemption chez saint Augustin, Paris, 1933, p. 339-347) dans Ie De pec- eatorum meritis et remissione, I, 26, 39 - 28, 56. Influence de 1'« affaire» Caelestius sur la poursuite ou Ie remaniement d'ecrits dans les annees 411-412 En De Genesi ad litteram. (VI, 22, 33, section ecrite a par- tir de l'automne 411), Augustin repond a des gens pour qui Ie corps humain meurt «naturellement» (naturaliter) puisqu'il est animal originellement. En realite, seulement «susceptible de mourir» a sa creation (mortale), il est depuis Ie peche d'Adam «condamne a mourir» (moriturus). Sur Ie statut du corps humain avant Ie peche, voir De Genesi ad litteram, VI, 25, 36: Ie premier etre humain etait a la fois mortel et immortel: mortel «du fait du statut animal de son corpS» (conditione corporis animalis), immortel «par un bien fait du Createur» (beneficio Conditoris). «Car si son corps etait animal, il etait donc mortel, puisqu'il pouvait mou- rir» (si enim corpus animale, utique mortale, quia et mori poterat). La distinction entre mortale et moriturus se retrouve dans Ie traite De bono coniugali, compose vers 403-404, mais il pourrait y avoir la trace d 'une retouche apportee aI' ouvrage par Augustin au moment ou il ecrivait Pecc. mer. L'hypothese a ete emise par P.-M. HOMBERT, Nouvelles recherches..., p. 113-114. Voir la NC 37. BIBLIOGRAPHIE: G. BARDY et 1.-A. BECKAERT, «La mort a cause du peche», NC 75, BA 10, p. 741; 10., «Le fardeau de la mortalite», NC 75, BA 10, p. 751-752; B. DELAROCHE, 428 
NOTES COMPLEMENTAIRES Saint Augustin lecteur et interprete de saint Paul, Collection des Etudes augustiniennes, Serie Antiquite 146, Paris, 1995, p. 203-204; P.-M. HOMBERT, Nouvelles recherches de chro- nologie augustinienne, Collection des Etudes Augustiniennes, Serie Antiquite 163, Paris, 2000; G. MADEC, «Caro chris- tiana: saint Augustin et la corporalite», Trans versa lites, 1997, p. 157-165: «Le corps chretien ou la chair et I 'esprit». 7.1 Cor. 15, 21-22 et Rom. 5, 12 dans l'itineraire theologi- que d'Augustin (I, 8, 8; III, 11,20) Le plus apre du litige exegetique entre les Pelagiens et Augustin s'est fixe, apres Pecc. mer., sur un verset paulinien: Rom. 5, 12. C'est par ailleurs l'unique texte scripturaire invo- que en faveur de la doctrine du peche originel par les concHes de Carthage, Orange et Trente, tous si impregnes de theologie augustinienne. Par suite l'idee s'est repandue qu'Augustin aurait fonde sa conviction et sa demonstration sur Rom. 5, 12, et cela des l'epoque de l'Ad Simplicianum. Pourtant A. C. DE VEER, Le sens de Rm 5, 12 en son contexte..., rappelait que saint Augustin, Quant a lui, invoquait l'ensemble de la Bible. En realite, les plus anciennes meditations d'Augustin sur la revelation chretienne du lien entre peche et mortalite invoquent I Cor. 15, 21-22. On trouve en ce sens une premiere mention de I Cor. 15,22 dans Ie De moribus Ecclesiae catho- licae (387-388), une deuxieme en De diuersis quaestionibus ad Simplicianum, I, quo 2, 16. Rom. 5, 12 est alors cite sans commentaire particulier ou sinon dans Ie sillage de I Cor. 15, 21-22. S. Lyonnet a, Ie premier (entre 1963 et 1967), demontre a partir des textes que Rom. 5, 12 est un verset peu cite par Augustin avant l'ouverture de la controverse pelagienne et, meme a partir de ce moment la, toujours amene par ou associe etroitement a I Cor. 15, 21-22. Pecc. mer. renouvelle et renforce la conviction du lien. Les contradicteurs invoquant pour eux Rom. 5, 12 avec 429 
NOTES COMPLEMENTAIRES l'interpretation restrictive selon laquelle l'apotre n'y parlerait que de la mort de l'ame, Augustin fait observer l'harmonie de sens entre ce verset et I Cor. 15, 21: Par un homme la mort et par un homme la resurrection des morts, qui s'inscrit dans tout un enseignement clairement centre sur Ie corps humain et sa resurrection. L'ultime citation de Rom. 5, 12 (Pecc. mer. III, 19), don- nee a cause de l'interpretation qu'en avancent les objecteurs, amene de nouveau I Cor. 15, 21-22 sous la plume d'Augustin, comme un retour au point de depart de l'expose (observe par S. LYONNET, «Rom. 5, 12 chez saint Augustin...», p. 335). Non pas pourtant, comme l'avance Lyonnet, qu 'Augustin montre «que la mort mention nee en I Cor. 15, 21-22 ne peut qu'inclure la mort corporelle puisqu'elle s'oppose a la resur- rection corporelle du Christ» (p. 335, note 45) car l'eveque y reconnait clairement la mort corporelle, mais Ie rappro- chement avec Rom. 5, 12 lui permet de soutenir que, dans sa lettre aux Romains, Paul pense a la mort physique autant qu'a la mort spirituelle. Par la suite, Augustin a continue d'associer les deux passages pauliniens. Cf. Lettre 157 (3, 11) a Hilaire (414) puis l'ensemble des ecrits de debat avec des pelagiens, par ex. Julien d'Eclane (De nuptiis et concupiscentia, II, 27, 46). BIBLIOGRAPHIE: A. C. DE VEER, «Le sens de Rom. 5, 12 en son contexte», NC 20, BA 23, p.734-740; S. LYONNET, «Rom. 5, 12 chez saint Augustin. Note sur l'elaboration augustinienne du peche originel », dans L'homme devant Dieu. Melange Henri de Lubac, 1. 1 : Exegese et patristique, Theologie 56, Paris, 1963, p. 327-339; «A. propos de Rom. 5, 12 dans l'reuvre de saint Augustin. Note complementaire», Biblica, 45, 4, 1964, p. 541-542; «Augustin et Rm 5, 12 avant la controverse pelagienne. A. propos d 'un texte de saint Augustin sur Ie bapteme des enfants », Nouvelle revue theolo- gique, 89, 1967, p. 842-849. 430 
NOTES COMPLEMENTAIRES 8. L'expression originale peccatum chez Augustin avant Ie De peccatorum meritis et remissione Le De diuersis quaestionibus ad Simplicianum presente une premiere apparition de l'expression originale peccatum, en I, 1, 10, BA 10, p. 424: «D'ou (Paul) tient-il, comme ille dit, que ce n' est pas du tout Ie bien qui habite en sa chair (cf. Rom. 7, 18), mais Ie peche, sinon de la transmission de la mortalite et de la persistance de la sensualite? La premiere provient du chatiment du peche originel, la seconde du cha- timent du peche souvent commis. Nous naissons a cette vie avec ce peche-Ia, en vivant nous y ajoutons celui-ci» (Illud est ex poena originalis peccati, hoc est ex poena frequen- tati peccati. Cum illo in hanc uitam nascimur, hoc uiuendo addimus). Une formulation voisine s'y rencontre plus loin, en I, 2, 19, BA 10, p. 500: «Et Ules a fait marcher dans des voies differentes (Eccl. = Sir. 10, 11), en sorte qu'ils vivent desor- mais soumis a la mort. Alors a ete formee la masse unique de tous les humains, masse issue de la transmission du peche et du chatiment qu'est la mortalite (una massa omnium ueniens de traduce peccati et de poena mortalitatis) (...) La concupiscence charnelle, dont la tyrannie fait suite au cha- timent du peche, avait confondu la totalite du genre humain comme en une seule et meme pate, la faute originelle enta- chant tout» (uniuersum genus humanum tamquam totam et unam conspersionem originali reatu in omnia permanante confuderat). L'expression reapparait dans les Confessions, V, 9, 16, BA 13, p. 490-492: «Je m'en allais deja vers les enfers, charge de tous les mefaits que j'avais commis et contre toi et contre moi et contre les autres, nombreux et lourds peches ajoutes a la servitude du peche originel, qui nous fait tous mourir en Adam» (I Cor. 15, 22) (multa et grauia super originalis pec- cati uinculum quo omnes in Adam morimur). 431 
NOTES COMPLEMENTAIRES On voit donc que chez Augustin peccatum originale ou reatus originalis ne designe pas alors simplement la faute personnelle et initiale d'Adam (<< peche d'origine» comme l'a exprime la theologie de l'age modeme), mais une faute qui rejaillit (cf. permanante) sur tout nouvel etre humain a sa naissance. 1. GROSS, Entstehungsgeschichte des Erbsundendogmas..., ecrit (p. 274): «De toutes faons, deja en 397, l'enseignement d'Augustin sur Ie peche originel etait arrete dans ses lignes essentielles.» Ill'etait meme, du propre aveu d'Augustin, depuis son retour dans I'Eglise catholique (<< Ab initio conuersionis meae sic tenui semper ut teneo»: Contra Iul. VI, 12, 39, PL 44, 843). A. ZUMKELLER, ALG, p. 572 signale d'autres termes equi- valents chez Augustin: «dette hereditaire» (debitum here- ditarium), «peche en quelque sorte hereditaire» (peccatum quodammodo hereditarium). Mais ils sont tres rares sous sa plume (Ie premier: cf. Tractatus in Ioannis Euangelium, 84, 2, CCSL 36, 538; Ie second: cf. Revisions, I, 12, 5, BA 12, 346). BIBLIOGRAPHIE: 1. GROSS, Entstehungsgeschichte des Erbsundendogmas. Yon der Bibel bis Augustin, MUnchen - Basel, 1960; V. GROSSI, La liturgia battesimale in s. Agos- tino. Studio sulla catechesi del peccato originale negli anni 393-412, Roma, 1970; P. RIGBY, Original Sin in Augustine's Confessions, Ottawa, 1987; A. ZUMKELLER, Augustinus Lehrer der Gnade, WUrzburg, 1971, p. 572-573. 9. Peccatum originale: reconnaissances patristiques ante- rieures a Augustin G. M. LUKKEN, Original Sin..., recense chez neuf ecri- vains chretiens anterieurs a Augustin une profession de la foi que tous les humains sont, de naissance, solidaires dans Ie peche introduit par Adam. Si un passage de JUSTIN (Apologia, I, 61, 10) est mis a part car, trait ant d'adultes, non de bebes, it n'evoque que Ie pardon de peches personnels, en revanche tel n'est pas Ie cas chez IRENEE, Aduersus haereses, V, 16, 3, (G. M. LUKKEN, p. 268-269: «peut-etre Ie premier avocat du 432 
NOTES COMPLEMENTAIRES concept que tous ont peche en Adam ») ; ORIGENE, In Romanos Commentarii, 5, 9, PG 14, col. 1047 (les genuinae sordes peccati sont presents dans les enfants) et 5, 1 (s'il est ecrit que Levi eta it dans les reins d'Abraham [Hebr. 7, 9 sq.], combien plus tous les humains etaient-ils dans les reins d'Adam quand celui-ci etait encore au paradis); 10., In Leu. Hom. 12, 4, GCS 29, p. 460: «Hoc ipsum ergo quod in uulua matris est positus et quod materiam corporis ab origine paterni seminis sumit, in patre et in matre contaminatus dici potest ... Omnis ergo homo in patre et in matre pollutus est, solus uere lesus ... in hanc generation em mundus ingressus est»; TERTULLIEN, De resurrectione, 49, 6, CCSL 2, p. 991 : «Sicut portauimus imaginem choici, portemus etiam imaginem I supercaelestis (I Cor. 15, 49). Portauimus enim [earn] imaginem choici per collegium transgressionis, per consortium mortis, per exilium paradisi»; CYPRIEN, Lettre 64, 5; AMBROISE, De Excess. Sa tyri , 2, 6: «ego in Adam/ego in Christo» et Exp. Eu. Luc. 7, 234: «Fuit Adam et in illo fuimus omnes; periit Adam et in illo omnes perierunt»); HILAIRE DE POITIERS, In Matthaeum, 18, 6: «Sed in unius Adae errore omne hominum genus aberrauit. » Le premier auteur latin usant ici explicitement de Rom. 5, 12 semble l'AMBROSIASTER, Comm. in Ep. ad Rom. 5, 12, PL 17, col. 92 «<manifestum itaque est in Adam omnes pec- casse quasi in massa; ipsa enim per peccatum corruptus quos genuit, omnes nati sunt sub peccato. Ex eo igitur cuncti pec- catores quia ex eo ipso sumus omnes »). Voir encore CYPRIEN, Lettre 64, 5; DIDYME D'ALEXANDRIE, Contra Manichaeos, 8, PG 39, col. 1096; TERTULLIEN, De testimonio animae, 3 ; AMBROISE, Apol. Dauid, I, 11, 57; EPHREM, Commentarii in Ep. Diui Pauli (In Rom. 5, 12): «Sicut per Adam peccatum intrauit et per peccatum mors, sic et super omnes haec eadem mors propagata est, omnes enim tunc maiores tunc minores peccando peccauerunt. » Ce maiores tunc minores est equivalent au pusilli cum magnis repris de Ps. 103, 25 et Ps. 114, 13 par Augustin, et 433 
NOTES COMPLEMENTAIRES de longue date, ainsi contre les manicheens (Contra Faustum, 5, 11) a la fois pour decrire la diversite des chretiens et en reference au jugement divin egal pour tous car l'expression est reemployee en ce sens par Ap. 11, 18 et 19, 5 (cf. En. Ps. 103, 25 ; En. Ps. 117, 3; Pecc. mer. I, 28, 54 et son echo en Contra Iul. II, 34 et Contra Iul. imp. VI, 29). Ainsi, bien plus de Peres grecs ou latins qu'on ne croit ou qu'on ne dit ont exprime une vue theologique analogue, sinon presque identique, a celle qu'Augustin expose dans Pecc. mer. a travers l'expression peccatum originale: CYRILLE DE JERUSALEM, Catechese baptismale, 13, 2 comprend en Rom. 5, 12a que «Ie peche d'un unique homme a ete capable d'apporter la mort au monde»; EPHREM, Commentarii..., confesse que, a cause d'Adam, Ie premier humain, «Ie ferment du mal a ete fabrique dans notre entiere masse et son ferment a change notre masse», ce qui fait penser a ce qu'ecrira plus tard l'Ambrosiaster. Signalons enfin ce contemporain de 1'6veque d'Hippone, CYRILLE D'ALEXANDRIE, si proche, dans l'expression, de son collegue africain: «A la ressemblance de la mort d'Adam, la mort a frappe tout entiere la race descen- dant de lui, tout comme, quand un arbre est empoisonne a la racine, tous les rameaux qui poussent a partir de lui doivent mourir» (Comm. de Rom. 5, 14, PG 74, p. 787) et: «La nature humaine est devenue malade du peche» (vEvoorp(,Ev i] <t>UOL ti]v af.WQt£av: Comm. de Rom. 5, 18, PG 74, p. 789AB), expression etonnamment proche de la «maladie du peche originel» ou «maladie originelle» evoquee par Augustin en I, 19, 24. Certes, A. ZUMKELLER, ALG, p. 646-647 commence par signaler qu'«on est devenu aujourd'hui tres reserve Quant a reconnaitre des temoins de l'enseignement du peche originel parmi les Peres d'avant Augustin» et cite des chercheurs qui, entre 1933 et 1966, s'y sont refuse. Mais il n'en rejette pas moins l'affirmation de 1. GROSS, Entstehungsgeschichte des Erbsundendogmas..., qu'Augustin serait «au plein sens du terme, Ie pere du dogme du peche originel» (p. 368), car 434 
NOTES COMPLEMENTAIRES l'eveque a trouve chez les auteurs d'Occident et d'Orient bien des racines theologiques a ce qu'it exprime personnellement. BIBLIOGRAPHIE: B. DELAROCHE, Saint Augustin lecteur et interprete de saint Paul, Collection des Etudes augus- tiniennes, Serie Antiquite 146, Paris, 1995, p. 321-323 ; G.M. LUKKEN, Original Sin in the Roman Liturgy, Leiden, 1973; A. ZUMKELLER, Augustinus Lehrer der Gnade, Wiirzburg, 1971, p. 646-647. 10. Originale peccatum dans Ie De peccatorum meritis et remissione (I, 9, 9; I, 26, 39 et passim) A. ZUMKELLER, ALG, p.572 observe qu'«on a soutenu que cet emploi est Ie premier dans l'reuvre entiere du Pere de I'Eglise oil celui-ci utilise Ie mot dans ce sens special (= Ie peche du premier humain qui affecte toute sa descen- dance»), ajoutant: «Sans doute Ie rencontre-t-on deja 15 ans plus tot, par deux fois, dans son De diuersis quaestionibus ad Simplicianum; mais it designe alors visiblement Ie peche personnel d'Adam. » En realite, peccatum orignale renvoie ici a une faute initiale, mais entrain ant une situation pecheresse historique de l'humanite entiere. Augustin est-it surement «Ie createur de l'expression pec- catum originale» (A. V ANNESTE, «Le decret du concite de Trente sur Ie peche originel», Nouvelle revue theologique, 88, 1966, p. 590)? En tout cas, elle se rencontre sous sa plume pour la premiere fois de faon massive a partir de Pecc. mer. D'apres A. SAGE, «Peche originel. Naissance d'un dogme», p. 211, «des Ie De peccatorum meritis et remissione, sous la nouveaute du vocabulaire, se derobe une nouveaute de pen see dont it importe de cerner la portee et dont it reste a juger si elle respecte ou trahit I' enseignement traditionnel de I'Eglise». Le chercheur se represente ainsi l'itineraire theolo- gique d'Augustin: 1. jusqu'au De diuersis quaestionibus ad Simplicianum (397): l'homme subit la punition heritee du peche personnel d'Adam dans la mortalite de sa chair; 435 
NOTES COMPLEMENTAIRES 2. entre 397 et 411 : il herite de cette punition dans son ame aUSSl ; 3. a partir de Pecc. mer. (411): l'homme herite, de nais- sance, d'un peche lie a la punition: Ie peche originel. Mais dans son introduction, Sage ecrit que la pen see d'Augustin a progresse par des «glissements subtils». Or cette reconstructrion elimine tous les doutes et les recherches, par ex. celIe d'un peccatum originale dans Ie De catechizan- dis rudibus. Par ailleurs, chez Augustin l'heredite de la peine implique une «maladie hereditaire qui a sa culpabilite et, donc, son aspect penal» (p. 37). Ce qui est neanmoins clai- rement affirme dans Pecc. mer., c'est que la dependance du peche d'Adam est contractee de naissance par les humains, et non pas par simple imitation. Le lecteur averti doit etre bien conscient que Ie vocabulaire d 'Augustin ne releve pas des systemes philosophiques, signe que, pour l'eveque, ce que recouvre la confession du peche originel tient plus d'une realite vecue que du concept. Mais les variations de termes traduisent aussi la conscience de la difficulte a decrire dans toute sa complexite cette rea- lite. Ainsi Augustin distingue-t-il de la faute initiale (hoc est originis) toutes les fautes personnelles commises depuis par les descendants d'Adam (hoc est iam propriae uoluntatis), cf. Pecc. mer. I, 15, 20. Ailleurs il distingue «peche originel» et «maladie (aegritudo) originelle» quand il veut souligner la difference entre la faute personnelle et volontaire d'Adam (ce que nous appellerions «Ie peche d'Adam») et ses effets sur la condition humaine universelle, a savoir un etat devenu maladif de cette condition. La distinction apparait surtout a propos des bebes, sans doute parce qu'Augustin veut alors ecarter toute inculpation de ceux-ci a titre personnel. Voir Pecc. mer. I, 18, 23: «S'ils n'ont ete blesses d'aucune maladie nee du peche originel, comment sont-ils amenes devant ce medecin qu'est Ie Christ?» Voir aussi Pecc. mer. 1,19,24: «Parce qu'ils ne sont encore prisonniers d'aucun peche relevant de leur vie person nelle, c'est la maladie originelle qui est guerie en eux.» 436 
NOTES COMPLEMENTAIRES Voir encore Pecc. mer. I, 23, 33: «Pourquoi les sauver s'il n'y a pas en eux la maladie originelle du peche ? » L'image medicale latine de l'aegritudo s'accorde bien avec Ie theme grec de la <t>80Qa usite par les Peres orientaux. L'examen des textes oblige donc a cesser d'opposer une supposee «decision d 'Augustin, si lourde de consequences pour I'Eglise et la civilisation occidentale» et de supposees «approches bien plus prudentes» des Peres grecs dont on pourrait dire qu'elles seules «soulignent du moins, retros- pectivement, Ie caractere analogique du concept de "peche" originel», comme Ie soutient C. THEOBALD, Le peche origi- nel..., p. 170-171. S. LYONNET, «Rom. 5, 12 chez saint Augustin... », p. 337, soulignait avec justesse qu'Augustin «n'a jamais renie la dis- tinction faite tres clairement au livre III du De libero arbitrio (III, 54) entre "illud peccatum quod proprie uocatur pecca- turn: libere enim et ab sciente committitur" et, d'autre part, "illud quod iam de huius supplicio consequatur necesse est"». Pecc. mer. precise bien a propos du peccatum originale: «Sic est autem hoc peccatum ut sit poena peccati» (Pecc. mer. II, 22, 36, CSEL 60, p. 108). De fait, B. SESBOUE, Le peche originel..., p. 18, cite Pecc. mer. I, 26, 39 en ajoutant: «II fallait citer ce texte qui est l'acte de naissance theologique de la formulation du peche originel, car Augustin est vraiment Ie createur du dogme du peche originel (.. .). Sans doute Ie concept de peche est-il ici analogique par rapport au sens courant ou Ie peche designe toujours un acte personnel, libre et responsable. II s 'agit ici d'un etat, d'une situation qui affecte chacun uolens nolens, d'une condition pecheresse "objective" en quelque sorte. Son contenu est double: elle comporte d'une part une rupture de la relation de grace avec Dieu et, d'autre part et de ce fait, une degradation de l'etre humain par rapport ace qu'il devrait etre, un desequilibre, une sorte de malefice interieur, que tout etre humain ratifie en pechant a son tour.» II precise plus loin (p. 22): «Le terme de "peche originel" est la: il vit et 437 
NOTES COMPLEMENTAIRES il agit dans les mentalites. On est oblige de "faire avec". Le role de la theologie et de la pastorale est de rendre compte en verite des realites sous-jacentes a cette expression (.. .). C'est a la lumiere du salut en Jesus Christ que I 'humanite decouvre qu'elle est enfermee dans Ie peche, interpretation theologale de la situation que son experience lui fait affronter. A partir de la, la reflex ion sur Ie commencement de l'humanite lui ouvre une lueur sur l'origine de cette situation.» P. RICCEUR, Le conflit des interpretations..., p. 277, admet de meme: «Pelage peut avoir mille fois raison contre Ie pseudo-concept de peche originel, saint Augustin fait passer a travers cette mythologie dogmatique quelque chose d' essentiel que Pelage a entierement meconnu. » Plutot que de «dogme», on peut parler de doctrine d'Augustin sur Ie peche originel. Elle etait ancree en lui bien avant 411-412. Mais, souligne G. BONNER, «Les origines africaines... », p. 115-116, la contestation pelagienne a conduit l'eveque a developper cette doctrine. Ajoutons avec A. ZUMKELLER, ALG, p. 578: «Augustin, en penseur de I'Eglise antique, pense non pas dans l'ordre abstrait, speculatif, mais concret, historique. C'est pourquoi sa comprehension du peche originel porte une impregnation existentielle. Le "peccatum orignale" n'est pas pour lui exclu- sivement peche de l'ame, mais de la nature humaine entiere.» BIBLIOGRAPHIE: G. BONNER, «Les origines africaines de la doctrine augustinienne sur la chute et Ie peche originel», Augustinus, 12, 1967, p. 97-116; S. LYONNET, «Rom. 5, 12 chez saint Augustin. Note sur l'elaboration augustinienne du peche originel», dans L'homme devant Dieu. Melange Henri de Lubac, 1. 1: Exegese et patristique, Theologie 56, Paris, 1963, p. 327-339; P. RICCEUR, «Le peche originel, etude de signification», dans Le conflit des interpretations, Paris, 1968, p. 265-282; A. SAGE, «Peche originel. Naissance d'un dogme», Revue des Etudes augustiniennes, 13, 1967, p. 211- 248; «Le peche originel dans la pen see de saint Augustin, de 412 a 430», Revue des Etudes augustiniennes, 15, 1969, p. 75- 438 
NOTES COMPLEMENTAIRES 112; B. SESBOOE et C. THEOBALD, «Concilium», dans Le peche origineL. Heurs et maLheurs d'un dogme, C. Boureux et C. Theobald dir., Paris, 2005, p. 18-22 et p. 170-171 ; A. V ANNESTE, «Le decret du concile de Trente sur Ie peche originel», Nouvelle revue theoLogique, 88, 1966, p. 590; A. ZUMKELLER, Augustinus Lehrer der Gnade, I, Wiirzburg, 1971, p. 572 et p. 578-579. 11. Concupiscentia et peccatum (I, 9, 10; I, 29, 57) La concupiscence dans La generation et La transmision du peche origineL. Representation antique puis medievaLe Dans la representation antique, seulle pere st au principe actif de la procreation; c'est lui qui communique la nature humaine. Un acte de procreation qui ne transmette pas, avec elle, Ie peche originel, doit donc ne pas etre Ie fait d 'un pere. Ainsi s'explique la conception du Christ par l'Esprit Saint en Marie, sans intervention masculine d'un pere, et sans qu'il faille ecarter absolument l'union sexuelle it cause de la concu- piscence qu' elle comporte. D'autres auteurs qu'Augustin ont traite des rapports de la concupiscence avec Ie peche originel: GREGOIRE LE GRAND, Moralia, II, 52, 70; FAUSTE DE RIEZ, De gratia, I, 2 et FULGENCE, De uerit. Praed. I, 4, 10. Mais ce sont des auteurs posterieurs a Augustin, donc sans doute influences par ses ecrits. A partir du XIII e s. seulement, les theologiens disent que Ie seul fait de la generation humaine (donc independamment de l'influence de la con'cupiscence) entraine la solidarite de tous les humains en Adam comme heritant de sa faute. Ainsi Thomas d'Aquin (influence par Anselme): la concupiscence comme telle est entierement naturelle. Elle se trouve desor- don nee parce que l'homme a perdu la justice originelle. Mais chez Thomas, cette perte ne reoit pas l'enorme charge morale qu'elle avait reue chez Augustin. Cf. THOMAS, Somme theoLogique, la, IIae, quo 82 a 3, respondeo 1: «Quand la concupiscence sort des frontieres du raisonnable, l'homme 439 
NOTES COMPLEMENTAIRES se retrouve oppose a sa nature. Telle est la concupiscence qui appartient au peche originel.» Chez Thomas, la «matiere» du peche originel est une concupiscence non intrinsequement pecheresse. Concupiscence et transmission du peche originel selon Augustin II faut lire ensemble I, 9, 10 et I, 29, 57 pour approcher au plus juste Ie sens qu'Augustin donne au rapport entre concu- piscentia et peccatum. En I, 9, 10, Augustin analyse la faute d'Adam comme un abandon volontaire a un «desir charnel» (carnalis concupiscentia), au sens paulinien, c'est-a-dire un desir non inspire et conduit par l'Esprit Saint. Ce desir portait en lui un germe de corruption qui a infecte en quelque sorte toute sa descendance (<< occulta etiam tabe carnalis concupis- centiae suae tabificauit in se omnes de sua stirpe uenturos »), donc par voie de generation. En I, 29, 57, la thematique pauli- nienne des deux Adam (Adam meme puis Jesus Christ) lui fait donc comprendre la conception de ce dernier par une vierge comme Ie signe que Ie Christ seul est, de naissance meme, indemne de toute concupiscentia. Mais on ne saurait en deduire qu'Augustin qualifie Ie desir sexuel comme peche en- soi. La concupiscentia eprouvee dans l'exercice de la sexua- lite est une «blessure du peche », qui a ete epargnee a Marie non pour son bien propre, mais pour la guerison de l'humanite entiere (<< solo nostro uulneri medicinam parare potuit quae non ex peccati uulnere germen piae prolis emisit »). II y a donc contre-sens a identifier chez Augustin concu- piscentia et peccatum, comme Ie fait P. F. BEATRICE, Tradux peccati... Selon lui, a l'oppose de «Pelage et tous les Grecs» (p. 134), supposes interpreter la causalite entre Ie chef de race, Adam, et ses descendants comme «extrinseque» et de nature « exemplariste », Augustin, influence par l'encratisme, l'aurait definie comme «intrinseque» et de nature «physiologique, seminale» (p. 133-134). Tout cela doit etre revise par une analyse ponderee comme celle de A. SOLIGNAC, «La condi- tion de l'homme pecheur...» et «Les exces de l'intellectus 440 
NOTES COMPLEMENTAIRES fidei... » (voir NC 12 et NC 38). Quant a l'isolement pretendu d'Augustin par rapport aux autres Peres, surtout les Grecs, il est dementi par bien des affinites signalees plus haut (voir NC 9), en particulier avec Cyrille d'Alexandrie. Beatrice admet qu'« ici Cyrille s'approche beaucoup de la notion augustinienne de natura uitiata», tout en ajoutant: «mais rejette explicitement l'idee d'une cooperation des hommes au peche d'Adam a travers quelque forme que ce soit d'identite seminale» (p. 135). Mais on serait bien en peine de trouver pareille notion chez un ecrivain de l'Antiquite.. . BIBLIOGRAPHIE: P. F. BEATRICE, Tradux peccati. Alle fonti della dottrina agostiniana del peccato originale, Studia Patristica Mediolanensia 8, Milano, 1978; A. SOLIGNAC, «La condition de l'homme pecheur d'apres saint Augustin», Nouvelle revue theologique, 78, 1956, p. 359-387; «Les exces de l'intellectus fidei dans la doctrine d'Augustin sur la grace », Nouvelle revue thiologique, 110, 1988, p. 825-849. 12. L'interpretation augustinienne de Rom. 5, 12-21, la solidarite humaine en Adam (I, 9, 9 - 15, 20; III, 7, 14) Adam et les autres humains, d'apres Paul puis les Peres Meme si la traduction ambivalente in quo de Rom. 5, 12 a empeche une juste comprehension de la phrase de Paul par les Peres latins, Paul n'en a pas moins exprime la conviction d'une certaine solidarite des humains avec Adam pecheur. L'exegete C. PERROT, L'Epitre aux Romains..., p.34, fait remarquer ceci: «Du judalsme de son temps Paul reoit pour- tant l'idee d'un peche premier qui porta la mort (.. .). L'auteur de l'Apocalypse de Baruch (Ier siecle) ecrit: "Si Adam a peche Ie premier et a amene la mort sur ceux qui n'existaient pas en son temps, cependant, parmi ceux qui sont nes de Iui, chacun a prepare pour lui-meme Ie supplice a venir (.. .). Adam n'a ete cause que pour lui-meme, mais chacun de nous tous pour lui-meme est devenu Adam" (2 Baruch 54, 15, 19).» Perrot s'interroge: «Lorsque en Rom. 5, 12, l'Apotre declare que tous ont pechi, il s 'agit effectivement des peches personnels 441 
NOTES COMPLEMENTAIRES d'un chacun, comme en Rom. 3, 23. Pourtant l'Apotre n'irait- il pas plus loin? L'homme n'est pas simplement un "Adam pour soi". Pour que fonctionne l'argument de l'Apotre, dans un recours a l'originaire qui puisse justifier l'universalite et l'egalite pecheresse entre tous les hommes (Rom. 1, 18 - 3, 20), il importe en effet que les peches personnels d'un chacun se relient de quelque maniere a une solidarite de I 'humanite dans Ie peche, dont Adam porte Ie signe d'origine.» Adam selon Augustin est un individu. «II est Ie premier homme et Ie premier pecheur; nous sommes loin, chez Augustin, des speculations origeniennes sur un Homme ideal» (A. SOLIGNAC, La condition de l'homme pecheur..., p. 384). Mais, ajoute A. Solignac, il «est aussi un personnage transin- dividuel: il est lui-meme et (...) il est toute l'humanite» en ce sens qu'il porte en germe sa descendance. Un appui biblique majeur est ici Rom. 5, 12 avec son in quo omnes peccauerunt, puisque pour l'eveque quo renvoie a Adam. Voir Pecc. mer. I, 10, 11: «Omnes ille unus homo fuerunt» et III, 7, 14: «In Adam omnes tunc peccauerunt (cf. Rom. 5,12) quando in eius natura illa insita ui qua eos gignere poterat, adhuc omnes ille unus fuerunt (.. .). Quicquid erat in futura propagine uita unius hominis continebat.» C'est la une representation patristique anterieure a Augustin. Citons seulement AMBROISE, Expositio in Lucam, VIII, 234: «Fuit Adam et in illo fuimus omnes. » Le in quo de Rom. 5, 12 Le «peche originel grammatical» rappele en 1875, par G. VOLKMAR, Paulus Romerbriej, mais denonce pour la pre- miere fois, vers 420, par JULIEN D'EcLANE (Cf. De nuptiis et concupiscentia, II, 27, 45 - 28, 47 ou Augustin rapporte l'ac- cusation lancee contre lui par Julien dans son Ad Turbantium) provient de la traduction latine in quo (<< en Adam», comprend Augustin) du e<p'Q> grec, qui, lui, ne pretait pas a malentendu (<< en ce que »). Mais est-il pour autant « l'enfant de son esprit» (1. GROSS, Entstehungsgeschichte des Erbsundendogmas..., p. 294)? En realite, des ecrivains chretiens latins, tels l'Ambrosiaster et Ambroise, avaient deja commis l'erreur, 442 
NOTES COMPLEMENTAIRES qui ne disposaient que de ce texte. L'erreur grammaticale est d'ailleurs double chez Augustin et d'autres, dans la mesure ou Ie sujet mors de pertransiit manquant dans nombre de manus- crits, its ont attribue au peche ce passage d'Adam a tous ses descendants. L'interpretation d 'Augustin Si, dans Pecc.mer., it laisse d'abord ouvert Ie choix entre peccatum et homo comme sujet de pertransiit (cf. I, 13, 17), it en vient a ne plus retenir que homo (cf. I, 15, 19; I, 28, 55 ; III, 7, 14), sans doute pour une raison theologique: l'attraction du parallele paulinien Christ-Adam, resurgent avec Rom. 4, 5 (I, 10, 11). , Par ailleurs, resume A. SOLIGNAC, « La condition de l'homme pecheur...», p. 377-379, «Augustin exprime (...) la transmission du peche d'Adam de la maniere la plus realiste qui soit : par Ie role physiologique des semina et par la presence active et incontrolable de la concupiscence dans l'acte genera- teur. II indique ainsi deux voies par lesquelles se transmet Ie peche originel»: un schema «biologico-juridique» (plutot: metaphysique) et un schema «psychologico-ethique (.. .). C'est donc par une sorte d 'application de ce que nous appellerions aujourd'hui les lois de l'heredite que s'expliquerait Ie passage de la faute d'Adam a toute sa descendance. Augustin a mis en valeur l'idee que les personnes humaines ne se succedent pas les unes aux autres comme des monades incommunicables, mais Use propagent" comme des corps animes procedant les uns des autres et lies a leur ascendance par les lois memes de la propagation». C'est bien ce principe d'inclusion de l'huma- nite entiere dans Ie premier humain en date qu'exprime Pecc. mer. III, 7, 14. Nous lisons dans I'In Ioannem, X, 11: «Nous avons deja dit (...) qu'Adam fut un unique humain et Ie genre humain meme tout entier. » Cependant, la formule-choc «omnis homo Adam, omnis homo Christus» de I'En. Ps. 70, s. 2, 1 et sa suite (<<Adam a donc fait l'experience du mal, mais tout humain est Adam tout comme en ceux qui ont eu foi tout homme est Ie 443 
NOTES COMPLEMENTAIRES Christ parce qu'ils sont les membres du Christ») trouvent leur pleine explication dans Pecc. mer. ou Augustin repete a satiete que la re-naissance baptismale permet la re-generation de tout homme dans Ie Christ, qui Ie sauve de la generation d' ordre charnel qui lie tout homme, de naissance, au premier Adam. La profession de foi vise clairement les tenants, comme Caelestius, d'une solidarite malheureuse entre les humains et Adam liee seulement par l'imitation de son mauvais exemple. BIBLIOGRAPHIE: C. PERROT, L' Epitre aux Romains, Cahiers Evangile 65, Paris, 1988, p. 34-35 ; A. SOLIGNAC, «La condi- tion de l'homme pecheur d'apres saint Augustin», Nouvelle revue theologique, 78, 1956, p. 359-387; G. VOLKMAR, Paulus Romerbriej, Ziirich, 1875, p. 88; A. ZUMKELLER, Augustinus Lehrer der Gnade, Wiirzburg, 1971, p. 574-576. 13. La distinction augustinienne entre peche originel et peches personnels (propria) En attirant l'attention sur Ie «theme de uita propria», P.-M. HOMBERT, Nouvelles recherches..., p. 160-165, a mis en lumiere la place prise, au seuil de la controverse avec les Pelagiens, de la distinction entre «peches personnels» (propria peccata) et «peche originel» commun a l'humanite entiere. Les premiers sont dits propria (cf. I, 10, 12: «quisque iam ratione utens incipit peccato originali addere et propria» ; I, 12, 15: «ob delicta sua propria» ; I, 20, 28; II, 27, 44) dans la mesure ou ils relevent d'une uoluntas propria (cf. I, 11, 13; I, 15, 20: «Supra dixerat etiam de peccato illo quod subin- trante lege abundauit, et hoc utique non est originis, sed iam propriae uoluntatis »). Les objecteurs usent aussi de l'expres- sion peccata propria (cf. III, 3, 5). Mais c'est Augustin qui insiste pour preciser que, selon la foi de I'Eglise, les peches personnels sont ajoutes a la culpabilite commune heritee d'Adam par les humains a partir du moment ou ils sont aptes a exercer une responsabilite morale personnelle (cf. I, 10, 12: «Quisquis iam ratione utens incipit peccato originali addere et propria»). 444 
NOTES COMPLEMENTAIRES Aussi, au fil de Pecc. mer., Augustin parle-t-il abondam- ment de la «vie propre» (uita propria) qui est celle de l'etre humain moralement responsable de ses actes. P.-M. Hombert observe que «c'est plus de dix fois que l'expression revient» (p. 161), douze en tout exactement: cf. I, 18, 23; I, 19, 24; I, 34, 63; I, 34, 64; I, 35, 66; I, 36, 67 ; II, 27, 43; II, 35, 57 ; II, 36, 59; III, 2, 2; III, 4, 7; III, 7, 14. P.-M. Hombert associe Ie theme de la uita propria au recours a Rom. 9, 11. Le verset est effectivement invoque dans Pecc. mer., une fois dans chaque livre (cf. I, 22, 31-33; II, 36, 59; III, 9, 17), et chaque fois pour rejeter l'hypothese que la condition humaine dependrait d'une responsabilite morale de l'ame anterieurement a son union a un corps. Neanmoins, chez l'auteur, Ie theme de la uita propria n'est pas lie au recours a Rom. 9, 11 (il n'apparait ainsi qu'en II, 36, 59). II veut d'abord insister sur la distinc- tion qu'on doit maintenir, dans la vie humaine, entre l'age non encore moralement responsable a titre personnel et l'age responsable a ce titre. Puisque les etres en bas-age reoivent, par Ie bapteme, un pardon et qu'il est hors de question de leur imputer des peches personnels (commis avant ou apres leur naissance), c'est donc que Ie bapteme leur ote la culpabilite du peche originel. Ainsi, au livre III, parce que Cyprien y est cite evoquant Ie pardon que reoivent les nouveau-nes comme pardon de «fautes d'autrui» (<< illi remittuntur non propria, sed aliena peccata»: Lettre 64, 5 ad Fidum, citee en Pecc. mer. III, 5, 10), Augustin precise qu'il faut entendre par la Ie peche issu d'Adam, par distinction'des peches que, en grandissant en responsabilite morale, ces etres commettront par eux-memes : «dicuntur aliena quia nondum ipsi agebant uitas proprias» (Pecc. mer. III, 7, 14). II sera it interessant de voir si Ie theme de la uita propria et des peccata propria par distinction d'avec Ie peccatum origi- nale s'amplifie sous la plume d'Augustin a partir de 411-412. P.-M. Hombert, p. 162, estime que la conjonction du theme et de l'appui sur Rom. 9, 11 dans Ie livre VI du De Genesi ad 445 
NOTES COMPLEMENTAIRES litteram (VI, 9, 14-15) est un indice probant de la contempo- raneite d'ecriture de ce livre et de Pecc. mer. Voir son tableau p. 164-165. BIBLIOGRAPHIE: P.-M. HOMBERT, Nouvelles recher- ches de chronologie augustinienne, Collection des Etudes Augustiniennes, Serie Antiquite 163, Paris, 2000, p. 160-165. 14. Les regles d'interpretation de l'Ecriture rappelees dans Ie De peccatorum meritis et remissione Au fil de Pecc. mer., son auteur foumit a Marcellinus des criteres de discernement dans la lecture et l'interpretation de l'Ecriture, ou l'on peut retrouver la marque du De doctrina christiana, dont les deux premiers livres et la moitie du troi- sieme avaient ete rediges par Ie jeune eveque, debut 397. Les contradicteurs aussi avancent des passages bibliques a l'appui de leurs theses, voire contestent l'interpretation traditionnelle de tel verset. Ainsi pour Rom. 5, 12 «ils nous objectent notre lenteur a comprendre (nobis intellegendi obiciunt tarditatem) quand ils s'efforcent de detourner des declarations tres clairement exprimees en je ne sais quoi d'autre. Par un seul homme, dit-il, Ie peche est entre dans Ie monde, et par Ie peche la mort. II s'agit la de propagation, non d'imitation» (I, 9, 10). Le travail de critique textuelle (emendatio) Augustin en avait pose les regles au livre II du De doctrina christiana (II, 12, 17 - 15, 22; voir aussi III, 4, 8). Deux fois dans Pecc. mer. il s'applique a cette tache: a propos de Rom. 5, 140u la presence ou non d'une negation conditionne doctrinalement Ie sens de la phrase entiere (I, 11, 13), et de Ioh. 1, 9 parce que son texte grec est plus riche de sens que la traduction latine dont dispose l'eveque (I, 25, 38). Le travail d'explicitation du contenu (explanatio) L'expression Adam formam futuri de Rom. 5, 14 est reconnue assez obscure et admettant, de ce fait, plusieurs sense Mais Augustin precise aussitot qu'il s'interdira toujours 446 
NOTES COMPLEMENTAIRES d'avancer plusieurs interpretations qui se contrediraient (III, 4, 9) et ajoute plus loin (III, 12, 21), a propos d'un autre verset paulinien delicat, I Cor. 7, 14, que ne sont admissibles que les interpretations conformes a la foi reue. II en appelle aussi a la confrontation de plusieurs passages bibliques pour elucider Ie sens de tel ou tel ou pour se garder de lui donner un sens restrictif. Ainsi fait-il au sujet de I Ioh. 3, 9 (qui est ne de Dieu ne peche pas), car les partisans de l'impeccabilite morale de certains chretiens brandissaient ce verset en leur faveur. «lIs se trompent grandement a examiner trop peu les Ecritures» ou «trop peu des Ecritures» (multum falluntur minus considerando Scripturas), leur repond l'eve- que (II, 7, 9). Et d'ajouter Rom. 7, 6; 8, 14; 8, 5 ; II Cor. 4, 15b et I Cor. 15, 53 et plus loin (II, 8, 10 et II, 10, 12) IIoh. 1, 8. Augustin recommande aussi de relier les versets d'un meme passage (cas de lac 2, 10 et lac 2, 12-13 en II, 3, 3). Cependant, quand il ne trouve pas d'eclairage biblique a une question theologique, ainsi du mode d'implication de l'ame dans la commune condition pecheresse issue de la faute d'Adam, il avoue son embarras et se refuse a trancher: «Quand on discute d 'un sujet des plus difficiles sans etre aide par des temoignages clairs et nets des autorites divines, la presomption humaine do it se refrener, du fait qu'a pencher en sens contraire elle n'aboutit a rien (non plus)) (II, 36, 59). II approuve Pelage de s'en etre tenu a une tournure hypothetique (<< si l'ame ne provient pas d'une transmission») pour «parler avec retenue plutot qu'avec assurance» (III, 10, 18). Enfin, l'eveque avertit que la pratique de l'Eglise d'ac- cueillir au bapteme a tout age doit nous interdire de donner a un passage scripturaire (ici Rom. 5, 14-19) «un sens different de celui qui a fait que l'Eglise universellement et depuis l'an- tiquite tient que par Ie bapteme du Christ les bebes fideles ont reu pardon du peche originel» (III, 4, 9). BIBLIOGRAPHIE: I. BOCHET, Introduction au De doctrina christiana et NC 16: «Pluralite des sens de l'Ecriture», BA 11/2, p. 14-36 et p. 558-562; F. CHATILLON, 447 
NOTES COMPLEMENTAIRES «Orchestration scripturaire», Revue du Moyen-Age latin, 10, 1954, p. 210-218; D. DE BRUYNE, «Saint Augustin reviseur de la Bible», dans Miscellanea Augustiniana, I, Roma, 1931, p. 521-606; B. DELAROCHE, Saint Augustin lecteur et inter- prete de saint Paul, Collection des Etudes augustiniennes, Serie Antiquite 146, Paris, 1995, p. 175-198 et p. 333-341 ; «Memoire et methode exegetiques a la premiere ecoute de theses pelagiennes», dans Saint Augustin et la Bible. Actes du colloque de l'universite Paul Verlaine-Metz (7-8 avril 2005), G. Nauroy et M.-A. Vannier ed., Bern, 2008, p. 235-243 ; L. F. PIZZOLATO, «Studi sull'esegesi agostiniana», Rivista di Storia e Letteratura religiosa, 4, 1968, p. 338-357 (Augustin "emendator"), p. 503-548 (Augustin "explanator"). 15. La transmission (tradux) du peche originel: une ter- minologie desormais fixee Tradux peccati (I, 11, 13) La transmission, par Adam, de sa faute a sa descendance est don nee en latin par Ie substantif tradux qui ne parait pas avoir ete une creation d'Augustin puisque Pelage evoque, dans ses Expositiones, ceux qui contra traducem peccati sunt (III, 2, 2; voir aussi III, 3, 5). Mais nous trouvons une expression synonyme sous la plume d'Augustin en III, 3, 5: «cette argu- mentation contre la propagation du peche» (contra peccati propaginem). Propago est associe au verbe adtrahere en III, 12, 21: «Propter quod [peccatum] sanandum et propagine adtractum. . . ». Trahere, contrahere En revanche, G. FOLLIET, «Traherelcontrahere pecca- tum...» a fait apparaitre qu'« Augustin est Ie premier a intro- duire une distinction a propos de la culpabilite de tout homme vis-a-vis du peche originel, d'une part, et du peche personnel, d'autre part, par son recours diversifie aux expressions typi- ques trahere peccatum et contrahere peccatum (p. 119). 448 
NOTES COMPLEMENTAIRES G. Folliet a recense en tout chez Augustin 372 occurrences de trahere au sens de «recevoir en heritage» Ie peche d'Adam et 93 enplois de contrahere peccatum au sens de «commet- tre un peche personnel». Dans Ie seul Pecc. mer., il trouve 15 occurrences de trahere (cf. I, 11, 13; I, 12, 15; I, 15, 20, 2 fois; I, 23, 33; II, 25, 41, 3 fois; II, 26, 43; II, 27, 44; II, 28, 45; II, 34, 55; II, 35, 57; III, 4, 7 et III, 12, 21) et 8 de contrahere (I, 17, 22; I, 34, 64; I, 36, 67; III, 2, 2; III, 4, 7; III, 7, 10 mais chez Cyprien). En realite, on doit en compter 17 de trahere car Pecc. mer. II, 25,41 reproche par deux fois aux objecteurs d 'admettre que les enfants «tirent» en heritage de saints parents une certaine saintete mais refusent qu'ils tirent, originellement, un peche de parents pecheurs  «Cur denique nolunt fateri de parente peccatore aliquod peccatum originali- ter trahi si de sancto aliqua sanctitas trahitur?» On voit bien par la que trahere peccatum rapporte au peche originel est une expression recurrente et pregnante qu'Augustin semble bien avoir longuement «rodee» a travers sa reponse a Marcellinus, et l'on comprend pourquoi elle fait l'objet de plus d'emplois que contrahere. L'originalite d'Augustin se reconnait encore au fait que, dans Pecc. mer. comme ailleurs, il cite Cyprien, lequel employait contrahere a propos de la dependance universelle du peche d'Adam. C'est Ie cas en III, 7, 10. Notons encore que contrahere peccata se trouve Ie plus souvent associe a uita propria, soit a l'age humain ou un indi- vidu peut desormais repondre de ses actes. Voir la NC 13. De plus, dans la mesure ou.la plus ancienne reflex ion d'Augustin sur Ie salut l'a conduit a mediter sur la mortalitas humaine comme symptome d'une condition pecheresse commune issue du peche d'Adam, il semble bien que l'usage de trahere se soit etendu de la transmission de la mortalite a celle du peche originel. Cf. III, 12, 21 : «Quemadmodum ab origine trahitur mors in corpore mortis huius (cf. Rom. 7, 24b), sic ab origine tractum est et peccatum in hac carne peccati (cf. Rom. 8, 3).» 449 
NOTES COMPLEMENTAIRES Le couple adtrahere de traduce apparait aussi au sujet de l'ame. Cf. III, 9, 17: «Aut de traduce adtracta est... ». Laformulation d'Augustin accueillie par Ie concile de 418 Six ans et demi apres Pecc. mer., Ie concile de Carthage du l er mai 418 condamne quiconque pretendrait que les nouveau- nes «nihil ex Adam trahere originalis peccati quod lauacro regeneration is expietur», car ils sont baptises «ut in eis regeneratione mundetur quod generatione traxerunt» (Reg. Eccl. Carth., exc. 110, CCSL 149, p. 221). Ainsi se trouve enterinee par l'Eglise d'Afrique une formulation chere a l'eve- que d'Hippone, ou trahere s'integre a la thematique des deux naissances: generatio charnelle et regeneratio baptismale, si presente dans Pecc. mer. Le debat porte cependant aussi, conjointement, sur les modalites de cette presence universelle. Si elle affecte tous les humains des leur naissance, c'est donc que ce peche est hereditaire. Cela amene une question: comment? et un voca- bulaire: celui de la transmission ou propagation. BIBLIOGRAPHIE: G. FOLLIET, «Traherelcontrahere pec- catum. Observations sur la terminologie augustinienne du peche», dans Homo spiritalis. Festgabe fur Luc Verheijen zu seinem 70. Geburstag, C. Mayer ed., Wiirzburg, 1987. 16. La pratique, entre lie s. et v e s., de baptiser des tout-petits Cette pratique apparait bien repandue au moins depuis Ie milieu du lIe s. P.-T. CAMELOT, «Le bapteme des petits enfants. . .», mentionne une longue liste de temoins de l'usage: IRENEE, A.H., II, 24, 4; HIPPOLYTE, Trad. Apost. 21, 4 (aux celebrations baptismales, les premiers baptises sont les enfants, qu'ils soient en age de repondre ou pas encore, auquel cas «que d'autres repondent a leur place») ; ORIGENE, In Rom. 5, 9 (cette pratique est une tradition apostolique). II signale de CYPRIEN DE CARTHAGE De lapsis, 23 (cas d'une fillette baptisee puis eucharistiee), mais aussi sa lettre a Fidus (Ep. 64) qu'Augustin cite en Pecc. mer. III, 5, 10. 450 
NOTES COMPLEMENTAIRES Augustin lui-meme affirme de longue date, ainsi en De lib. arb. 111,26,67, que l'Eglise a toujours pratique ce bapteme, ce qu'il repete dans sa lutte pour resorber Ie schisme donatiste: «Ce que l'Eglise universelle tient et qui n'a pas ete institue par un concile, qui a toujours ete maintenu, cela ne peut venir que de l'autorite de la tradition apostolique» (De bapt. IV, 31). On s'etonnera d'autant moins de sa constante defense de cet usage que l'Afrique est Ie territoire oil ce dernier est Ie plus anciennement atteste. BIBLIOGRAPHIE: G. BONNER, « Baptismus paruulo- rum», Augustinus-Lexikon, vol. 1, 1994, col. 593-594; P.-T. CAMELOT, «Le bapteme des petits enfants dans l'Eglise des premiers siecles», La Maison-Dieu, 88, 1966, p. 23-42. 17. Positions d'auteurs chretiens sur les motifs theologi- ques de la pratique de baptiser des tout-petits Une contestation apparait vers 200. TERTULLIEN, De bapt. 18, 5: «Ait quidem Dominus: Nolite illos prohibere ad me uenire (Matth. 19, 4). Veniant ergo dum adolescunt, dum discunt, dum quo ueniant docentur; fiant christiani cum Christum nosse potuerint! Quid festinat innocens aetas ad remissionem peccatorum?» Tertullien croit a l'emprise du mal sur toute ame (cf. De an. 41, 1: «ex originis uitio», un terme emprunte ensuite par AUGUSTIN, De gr. et pecc. or. II, 17 pour dire peccatum originate), mais ce mal ne descend pas d'Adam, il est dO aux influences palennes avant et apres la naissance, ce qui, d'apres G. BONNER, «Baptismus paruulo- rum. . . », «ne rendait pas, aux yeux de Tertullien, absolument essentiel» de baptiser les humains n'ayant pas encore com- mis de fautes personnelles; mais ce dernier, De bapt. 11 sq. admettait Ie bapteme des bebes en danger de mort, puisque pour lui il est essentiel au salut (De bapt. 11 et 18, 4: «Quel besoin y a-t-il, si en realite il n'y a aucun besoin, meme pour leurs parrains, a etre portes en cas de danger? »). Des restrictions se font jour au IV e s. GREGOIRE DE NAZIANZE preconise d'attendre que l'enfant ait 3 ans environ, 451 
NOTES COMPLEMENTAIRES l' age ou il pourra entendre les paroles du rituel, ou elles pourront impregner sa memoire (Oratio 40, 28, PG 36, 400). Augustin rapporte une tendance des adultes a differer Ie bapteme de leurs enfants pour ne pas avoir sur la conscience une mauvaise education morale de ceux-ci (Con! I, 11,18). Bien des auteurs du IV e S traitent des bebes comme d'etres innocents: GREGOIRE DE NAZIANZE, Oratio II, 23, PG 34, 398; GREGOIRE DE NYSSE, De infant. qui praemat. abrip., PG 46, col. 177; JEAN CHRYSOSTOME, In Matth. Horn. XXVIII, 3, PG 57, col. 353 et cite par AUGUSTIN, Contra Iul. I, 6, 22; THEODORE DE MOPSUESTE, In Ps. 50, 7; AMBROISE, De paradiso 31 (<< Paruulus sine ull0 est crimine praeuaricationis et culpae ») et l'AMBROSIASTER, Quaest. 81 (<< Infantes autem propterea baptizantur, cum sint innocentes, ut anima rudis nata in corpore signum habeat mortis euictae, ne possit ab ea teneri »). Les tout-petits sont pour eux innoeentes dans la mesure ou ils ne sont pas personnellement coupables du peche d'Adam et de ses suites pour toute l'humanite. JEAN CHRYSOSTOME, Rapt. Leet. III, 6 explique: «Vous avez vu Ie grand nombre des dons du bapteme. Bien que beaucoup de gens pen sent que Ie seul don qu'il confere so it Ie pardon des peches, nous avons releve jusqu'a dix Ie nombre de ses bienfaits. Et c'est pourquoi nous baptisons meme des bebes, bien qu'ils soient innocents, afin qu'ils puissent recevoir les autres dons: sanctification, droiture, adoption filiale, heritage, qu'ils puissent etre freres et membres du Christ et deviennent des lieux de residence pour l'Esprit» (de meme GREGOIRE DE NAZIANZE, Carmina, I, 1, 9, 1. 87-92). Pour 1. JEREMIAS, «Die Kindertaufe... », p.62 (contre K. ALAND, Die Saiiglingstaufe im Neuen Testament und in der alten Kirehe, Theologische Existenz Heute 86, Miinchen, 1961, p. 48-53), la pratique de baptiser en bas-age etait un argument en faveur de l'innocence des bebes plutot que la 452 
NOTES COMPLEMENTAIRES culpabilite des bebes Ie fondement de leur bapteme (<< du moins dans les premieres sources», p. 38). E. FERGUSON, « Inscriptions and the Origin of Infant Baptism», cite Origene justifiant ce bapteme par Ie recours a lob 14, 5 et Ioh. 3, 5. Or ce sont la deux versets recurrents dans Ie Pecc. mer. Ioh. 3, 5 parait bien avoir ete l'appui bibli- que pour la reflex ion des chretiens sur l'apres-vie des enfants. Ce «logion» «etait Ie texte baptismal favori du lIe s» (cf. HERMAS, Sim. IX, 16, 3; JUSTIN, Apol. I, 61; THEOPHILE, Ad Autol. II, 16; IRENEE, Aduersus haereses, III, 17, 1 sq; CLEMENT D'ALEXANDRIE, Strom. IV, 25; TERTULLIEN, De hapt. 12). Remarquons bien qu'Origene repond a une ques- tion courante: «Je saisis l'occasion pour discuter un point sur lequel nos freres nous interrogent sou vent. Les bebes sont bap- tises pour Ie pardon des peches. De quelles sortes de peches ? Ou encore quand ont-ils peche ?» (Hom. in Luc. XIV, 5). Beaucoup d'inscriptions funeraires font etat de bapteme administre alors que Ie bebe etait a 1 'article apparent de la mort; de fait il est declare mort dans les heures qui suivent ou avoir survecu quelques mois. Le sacrement est dit lui avoir confere la foi (fide lis facta}, mais aussi la grace (gratiam acce- pit, gratiam consecuta), donc un pardon. Mais alors que pour «Apronius qui vecut un an, neuf mois et cinq jours, comme il etait tendrement aime de sa grand-mere et qu'elle vit qu'il etait sur Ie point de mourir, elle demand a a I'Eglise qu'il fOt auto- rise a quitter ce monde en croyant» (E. DIEHL, Inscriptiones latinae christianae ueteres, n° 1343, Catacombes de Priscille, HIe S.), il semble qu'au debut du v e s. en Afrique, ces baptemes etaient acceptes d'emblee par Ie clerge. BIBLIOGRAPHIE: B. DELAROCHE, Saint Augustin lecteur et interprete de saint Paul, Collection des Etudes augus- tiniennes, Serie Antiquite 146, Paris, 1995, p. 324-326; E. DIEHL, Inscriptiones latinae christianae ueteres, Roma, 1961 ; E. FERGUSON, «Inscriptions and the Origin of Infant 453 
NOTES COMPLEMENTAIRES Baptism», The Journal of Theological Studies, N.S., 30, 1, 1979, p. 37-46; 1. JEREMIAS, Die Kindertaufe in den ersten vier Jahrhunderten, Gottingen, 1958, p. 62. 18. Augustin et Ie bapteme des tout-petits avant Ie De pee- eatorum meritis et remissione et apres lui Le bapteme des bibis, source de deux questions successives 1. Avant 401-402: la question du bienfait qu'apporte aux bebes leur bapteme, puisque, «la plupart du temps» (plerumque), ils meurent ensuite avant d'avoir pu prendre conscience qu'ils sont chretiens (cf. De lib. arb. III, 23, 67). II Y a la un indice de l'importante mortalite infantile a l'epoque. Voir B. DELAROCHE, Saint Augustin lecteur..., p. 347-350. 2. Entre 401/402 et 1'« affaire» Caelestius: la question de ce que nous revele de l'homme Ie bapteme des tout-petits comme salut et pardon divins (cf. De baptismo, IV, 31, compose en 404), mais aussi de ce qui rend operant Ie sacrement chez des etres qui ne peuvent pas encore exprimer personnellement la foi de I'Eglise (cf. Lettre 98 a Bonifatius, 408 ou 411-4121). Voir B. DELAROCHE, Saint Augustin lecteur..., p. 350-353. Appuis d'Augustin avant Pecc. mer. La relation entre Ie peche originel et son pardon dans Ie lauacrum regenerationis (Tit. 3, 5) qu'est Ie bapteme est deja exposee avant la controverse pelagienne: ainsi dans Ie De continentia (date habituellement don nee : 394, mais A.-M. LA BONNARDIERE, Revue des Etudes augustiniennes, 5, 1959, p. 121-127, Ie date d'apres 413 car Ie texte de De cont. 7, 18 reprend quasi a la lettre un passage de Pecc. mer. I, 19, 24: «Originalis in eis (= infantibus) aegritudo sanatur in cuius gratia qui saluos facit per lauacrum regenerationis »). Deux textes bibliques cles sont alors mis en avant: - I Cor. 15, 22 (cf. Coni X, 20, 29, BA 14, p. 194: «Nescio quomodo nouerunt earn (= felicitas) ... utrum singillatim omnes, an in illo homine qui primus peccauerit, in quo et omnes mortui sumus et de quo omnes cum miseria nati sumus »). 454 
NOTES COMPLEMENTAIRES - Rom. 5, 12 (cf. De cat. rude 26, 52): une penalite de mort exclut pour tous Ie salut; Rom. 5, 12 et I Cor. 15, 21-22 (cf. In Ioh. Euangelium, 3, 12), bien vu par S. LYONNET, «Rom. 5, 12 chez saint Augustin... », meme s'il n'a pas examine Rom. 5, 12-19 cite en De cat. rude 26, 52. A partir du debat avec Caelestius et consorts II s'agit de reaffirmer pourquoi l'Eglise, par sa pratique baptismale, repond au besoin vital de tout humain, quel que soit son age, de recevoir un authentique pardon divin pour etre sauve. Cf. Sermo 294, 1, PL 38, 1336 Uuin 413): «lIs conce- dent que les tout-petits doivent etre baptises. La question entre eux et nous n'est donc pas de savoir s'il faut baptiser les petits enfants, mais pourquoi les baptiser» (concedunt paruulos baptizari oportere. Non ergo quaestio est inter nos et ipsos, utrum paruuli baptizandi sint; sed de causa quaeritur, quare baptizandi sint). BIBLIOGRAPHIE: B. DELAROCHE, Saint Augustin lecteur et interprete de saint Paul, Collection des Etudes augustinien- nes, Serie Antiquite 146, Paris, 1995, p. 347-353; S. LYONNET, «Rom. 5, 12 chez saint Augustin. Note sur l'elaboration de la doctrine augustinienne du peche originel», dans L' homme devant Dieu. Melange Henri de Lubac, 1. 1: Exegese et patristique, Theologie 56, Paris, 1963, p. 327-339. 19. Mitissimll damnatiolpoena. L'adoucissement des pei- nes de l'enfer pour les non-baptises morts en bas-age (I, 16, 21) Augustin convaincu que la condamnation de ceux qui ajou- tent au peche originel leurs peches personnels sera grauior, «plus lourde» (I, 12, 15), precise plus loin, quant aux non-bap- tises morts en bas-age, que leur punition sera mitissima, «des plus douces». C'est la Ie premier emploi connu de l'expres- sion par l'eveque. G. FOLLIET, «Tolerabilior damnatio...», retrace son itineraire. Elle revient en 421-423 (Enchiridion, 23, 93: mitissima poena) et, avec trois autres adjectifs dans la Lettre 184bis 1, 2, debut 417 (minima poena), l'En. in Ps. 105, 455 
NOTES COMPLEMENTAIRES 2, de 418/419 (tolerabilior damnatio) et en Contra Iul. VI, 11, 44, de 421 (damnatio leuissima). Tolerabilius parait inspire de Matth. 10, 15: Tolerabilius erit terrae Sodomorum ... quam illi ciuitati. Affinites avec les divers degres de peines infernales selon l'Ambrosiaster L'Ambrosiaster distingue les effets du bapteme entre adultes et tout-petits: pardon de leurs peches pour les uns; liberation du diable pour les autres afin que, s'ils mouraient en bas-age, ils echappent aux peines de 1'enfer. L'Ambrosiaster situe les humains morts en bas-age non baptises dans la partie superieure des enfers, avec les Justes de 1'Ancienne Alliance. Cf. A. POLLASTRI, Ambrosiaster. Commento alia Lettera ai Romani..., p. 80. Augustin aussi conoit diverses peines infemales (Cf. Pecc. mer. I, 12, 15) et, avance N. CIPRIANI, «Un'altra traccia dell'Ambrosiaster...», p. 520, n. 18, par damnatio omnium mitissima «on ne peut exclure qu'il se ref ere precisement a la conception de l'Ambrosiaster (cf. Pecc. mer. I, 16, 21)). Un changement de conviction par rapport au De libero arbitrio F. CAYRE parle d'une retractatio d'Augustin (voir plus loin la NC 35). Notons qu'en employant une expression etonnante en son contexte comme mitissima, l'eveque se montre tout a fait conscient du «cas limite» que representent les etres innocents moralement a titre personnel. Cf. Enchiridion, 23, 85, BA 9, p. 269: «Mitissima sane omnium poena erit eorum qui praeter peccatum quod originale traxerunt, nullum insu- per addiderunt» et Contra Iul. V, 11, 44: «Quis dubitauerit paruulos non baptizatos, qui solum habent originale pecca- turn, nec ullis propriis aggrauantur, in damnatione omnium leuissima futuros ? » BIBLIOGRAPHIE: F. CA YRE, «Une retractation de saint Augustin. Les enfants morts sans bapteme», Recherches de theologie ancienne et medievale, 21, 1954, p. 131- 143; N. CIPRIANI, «Un' altra traccia dell'Ambrosiaster. 456 
NOTES COMPLEMENTAIRES De Peccatorum Meritis et Remissione II 36, 58-59 », Augustinianum, 24, 1984, p. 515-525; G. FOLLIET, « Tolerabilior damnatio. La these augustinienne de la mitigation des peines de l'enfer et ses sources scriptuai- res», Augustinianum, 41, 2001, p. 149-167; A. GAUDEL, Dictionnaire de theologie catholique, IX, p. 761-762; A. POLLASTRI, Ambrosiaster. Commento aUa Lettera ai Romani. Aspetti cristologici, L'Aquila, 1977, p. 80; F.-J. THONNARD, «Damnatio et Ie sort des enfants morts sans bapteme», NC 35, BA 22, p. 782-788; AMBROSIASTER, Commentarius in epistulas S. Pauli, H. G. Vogels ed., CSEL 80/1-3, Wien, 1966-1969. 20. La confession du peche originel: surtout it propos des tout-petits? Le Pecc. mer. repete a satiete la meme question: pourquoi presenter au bapteme (qui comporte un pardon divin) meme des nouveau-nes si ces demiers sont innocents de tout peche ? L'interrogation revient des lors ensuite dans nombre d'ho- melies de l'eveque d'Hippone. Ainsi, In Iohannis Epistulas, tractatus 4, 11, SC 75, p. 240: «Si nous naissons sans peche, pourquoi courir au bapteme avec les enfants pour qu'ils soient delivres? » C'est Ie lien de solidarite native entre tous les humains et Adam qui autoriserait a qualifier de «volontaire» cette culpabilite «en quelque sorte» hereditaire (Revisions, I, 12, 5, BA 12, 346: «Et illud quod in paruulis dicitur "originale peccatum", cum adhuc. non utantur arbitrio voluntatis, non absurde uocatur etiam "uoluntarium", quia ex primi homi- nis mala uoluntate contractum, factum est quodammodo hereditarium »). On observera qu'Augustin precise: «Ce qu'on appelle, chez les tout-petits, "peche originel"». L'expression pecca- turn originale etait donc employee par d'autres que lui. Elle parait avoir ete appliquee particulierement au statut des etres en bas-age, probablement pour deux raisons: parce que, tant 457 
NOTES COMPLEMENTAIRES que les etres humains irresponsables ne sont pas con frontes a l'experience de peches personnels dont ils sont alors seuls coupables, leur unique servitude par rapport au peche est leur appartenance a la nature humaine corrompue par Ie peche d'Adam, leur ancetre; mais sans doute tout autant parce que les pelagiens avaient commence de nier Ie peche originel jus- tement a propos des tout-petits. Notons cependant que, au moins dans Pecc. mer., Augustin se montre theologiquement mesure. D'une part, il y ecrit: «Par leur volonte personnelle, sans laquelle il ne peut y avoir aucun peche dans la vie person nelle, rien de mal n'a ete com- mins par les tout-petits, qui sont, pour cette raison, qualifies par tous d'innocents» (I, 35, 65). D'autre part, il precise bien que la revelation biblique selon laquelle Jesus est «mort pour les impies» (Rom. 5, 6) et a declare lui-meme etre venu «pour les pecheurs, non pour les justes» (Luc. 5, 31-32) impose de croire que les tout-petits sont impies et pecheurs, mais «en quelque sorte» (quodam modo profitentur: Pecc. mer. I, 19, 25). L'eveque parait con scient que «toutes ces expressions ne s'appliquent a eux qu'en un sens analogique» et «a lui seul Ie quodammodo profitentur Ie prouverait» (S. LYONNET, «Rom. 5,12... », p. 338). II en va de meme pour Ie «quodam- modo hereditarium» des Revisions relatif au peche originel. BIBLIOGRAPHIE: S. L YONNET, «Rom. 5, 12 chez saint Augustin. Note sur l'elaboration augustinienne du peche originel », dans L'homme devant Dieu. Melanges Henri de Lubac, 1. 1 : Exegese et patristique, Theologie 56, Paris, 1963, p. 327-339. 21. Christus medicus et la metaphore medicale sur Ie peche originel Jesus se presente comme Ie medecin venu pour les malades La figure de Jesus Christ medecin des humains provenant des declarations memes de celui-ci rapportees par les evan- gelistes (cf. Matth. 9, 12; Marc. 2, 17 et Luc. 5, 31-32), on la rencontre couramment dans toute la litterature patristique. 458 
NOTES COMPLEMENTAIRES Augustin l'invoque de maniere tres abondante et chaleureuse dans l'homelie comme au fil de ses ecrits. Les etudes les plus poussees sur Ie sujet ont ete menees par W. HARMLESS, «Christ the Pediatrician...», et T. F. MARTIN, «Paul the Patient, Christus Medicus...», qui degagent l'importance grandissante du theme au fil de la controverse pelagienne, precisement a propos du bapteme confere aux tout-petits. Pecc. mer., a lui seul, contient 16 renvois aux pericopes evangeliques, repartis dans les livres I et III (I, 18,23; I, 19,24; I, 23, 33; I, 27, 40; I, 27, 54; III, 4, 8; III, 12, 21 ; III, 13, 23). Le peche originel decrit comme «maladie» (aegritudo) Sans doute parce qu'il aborde precisement Ie cas limite des tout-petits, qui ne peuvent repondre par' eux-memes a l'appel du Medecin, Augustin evoque Ie peccatum originale comme Ie fait et l'experience d'une «maladie». Le terme choisi (aegritudo) a quelque affinite avec l'image usuelle des chretiens d'Orient, celIe de la «corruption» (<t>80Qa). Cf. I, 18, 23: «S'ils n'ont ete blesses d'aucune maladie nee du peche originel (originalis peccati aegritudine sauciati sunt), comment sont-ils amenes devant ce medecin qu'est Ie Christ, c'est-a-dire afin de recevoir Ie sacrement du salut eternel ? » ; I, 19, 24: parce qu'ils ne sont encore prisonniers d'aucun peche relevant de leur vie personnelIe, c'est la maladie originelle qui est guerie en eux (originalis in eis aegritudo sanatur) dans la grace de celui qui les a sauves par l'eau de la regeneration (cf. Tit. 3, 5)); I, 23, 33: «De ce peche, de cette maladie (ab hoc peccato, ab hac aegritudine) ... ne libere que I'Agneau de Dieu qui efface les peches du monde (Ioh. 1, 29), que Ie Medecin»; III, 4, 8: «S'ils sont amenes a Jesus - c'est-a-dire Ie Sauveur (cf. Matth. 1, 21) - et au Christ medecin par les mains pieuses de ceux qui les portent, c'est pour qu'ils puis- sent etre gueris de la contagion du peche (a peccati peste sanari) grace aux remedes de ses sacrements.» Ici, salus exprime bien son sens litteral de «sante», que l'on retrouve dans l'apostrophe Salue! (<< Porte-toi bien! »), precisement une salutation. Les signes de la conscience, chez 459 
NOTES COMPLEMENTAIRES Augustin, que Ie mot peccatum a valeur analogique rapporte a la situation native des humains se lisent avant tout dans la variation des termes employes pour designer Ie peche origi- nel: peccatum et aegritudo, poena peccati; il semble moins s'agir d'une faute objective que d'une situation malheureuse mais non irreversible qui comporte une part de responsabilite morale (poena), mais aussi de souffrance (aegritudo). De meme, on relevera, en I, 32, 61, Ie renvoi a la scene veterotestamentaire du «serpent d'airain» (Num. 21, 6-9) 00 Augustin, fidele a l'interpretation du Christ rapportee par saint Jean (cf. Ioh. 3, 14-15), voit la figure anticipatrice du salut de tout homme par Ie Crucifie ressuscite. Cf. I, 32, 61 : avant Ie bapteme, tout etre humain est «totalement infecte par la morsure du serpent» (morsu serpentis omnino uenenatus). BIBLIOGRAPHIE: W. HARMLESS, «Christ the Pediatrician: Infant Baptism and Christological Imagery in the Pelagian Controversy», Augustinian Studies, 28, 2, 1997, p. 7-34; T. F. MARTIN, «Paul the Patient, Christus Medicus and the Sti- mulus carnis (II Cor. 12, 7): A Consideration of Augustine's Medicinal Christology», Augustinian Studies, 32, 2, 2001, p. 219-256, precieux pour son excellente synthese des lignes fortes de la christologie medicale, en particulier p. 220-228, et pour sa copieuse bibliographie. 22. Grande frequence, chez Augustin, de l'expression cur- rere ad baptismum a propos des tout-petits La description est frequente chez l'eveque precisement a partir de sa premiere reaction aux objections de chretiens comme Caelestius qui attenuent l'importance de l'adminis- tration du sacrement aux etres (encore) irresponsables a titre personnel. Ainsi: In 10 ep. tr. 4, 11; En. in Ps. 50, 10; Sermo 174, 7, 8; Sermo 176, 2, 2 (annees 413-414: «Nam et ipsi portantur ad ecclesiam et si pedibus illuc currere non possunt, alienis pedibus currunt ut sanentur»); Sermo 293, 10; Sermo 294, 19, 18; De Gen. ad litt. 10, 11, 19; Ep. 166, 7, 21. 460 
NOTES COMPLEMENTAIRES On trouve ausi en In Ioh. eu. tr. 38, 6 cette description: «Tout Ie malheur des Juifs consistait donc, non pas a avoir Ie peche, mais a mourir dans les peches (cf. Ioh. 8, 24). Voila ce que tout chretien doit fuir; c 'est pourquoi on court au bapteme (propter hoc ad baptismum curritur), c'est pourquoi ceux que la maladie ou toute autre cause met en danger desirent qu'on vienne a leur secours, c'est pourquoi encore l'enfant a la mamelle est porte par sa mere a l'eglise avec des mains religieuses de peur qu'il ne sorte de cette vie sans bapteme et ne meure dans Ie peche OU il est nee » M. NEUSCH, «Le bapteme des petits enfants. Plaidoyer d'Augustin...», rappelle Ie Sermon 176, PL 38 (date de 414 par Beuron et Kunzelmann): «Aux petits enfants la Mere Eglise prete les pieds des autres pour qu'ils viennent, Ie creur des autres pour qu'ils croient, la langue des autres pour qu'ils affirment leur foi» (Quid de paruulis pueris, si ex Adam aegroti? Nam et ipse portantur ad Ecclesiam,. et si pedibus illuc currere non possunt, alienis pedibus currunt. Accommodat illis mater Ecclesia aliorum pedes ut ueniant, aliorum cor ut credant, aliorum linguam ut fateantur). C'est un echo de Pecc. mer. I, 25, 38. M.-F. BERROUARD, BA 73/A, p.254, note 41, observe que «cet empressement pouvait s'inspirer de motifs tres divers» et «temoigne neanmoins d'un net changement des mentalites puisque, soixante ans auparavant, la pieuse Monique s'etait contentee de faire donner a son nouveau-ne Ie sacrement des catechumenes». A. vrai dire, non, car ce dernier n'avait pas failli mourir a sa naissance. Adulte, l'eveque raconte dans une homelie (Sermon 324) l'histoire d'une femme africaine dont la priere a saint Etienne obtint Ie bref retour a la vie de son enfant, juste Ie temps que lui soient donnes tous les sacrements de l'initiation chretienne. Des adultes aussi couraient a l'eglise pour eux-memes, tels ces habitants de Constantinople se precipitant au bapteme lors d'un tremblement de terre, en 399, episode rapporte par JEAN CHRYSOSTOME, Homelie 8 sur les Actes des Apotres: «Est-ce 461 
NOTES COMPLEMENTAIRES que tous alors ne se precipitaient pas vers Ie bapteme? Est -ce que tous les fornicateurs, tous les debauches, tous les infames ne renonaient pas a leurs vices, ne semblaient pas devenus les plus pieux des hommes ? » BIBLIOGRAPHIE: M.-F. BERROUARD, BA 73/A, p. 254, n. 41, a propos de In Ioh. eu. tr. 38, 6; M. NEUSCH, «Le bapteme des petits enfants. Plaidoyer d'Augustin », Itineraires augusti- niens, 29, janvier 2003, p. 5-16. 23. Sicut peccatores non sunt, ita nee iusti sunt. L'hypothese d'uD statut d'exception des tout-petits parmi les humains (I, 19, 24) L'expression employee par Augustin ne quis existimet... (<< par crainte qu'on pense qu'il convient» etc.) laisse a entendre que les quidam dont il a appris qu'ils tiennent les tout-petits pour des «justes» se voyaient objecter que, puis- que I'Eglise baptisait meme les petits-petits, c'est donc que ceux-ci ne peuvent pas se prevaloir d'une justice personnelle devant Dieu. Augustin accepte d'examiner cette hypothese: les tout-petits ont besoin, eux aussi, d'etre baptises parce que, sans avoir (comme les autres humains) de peches a se faire pardonner, ils n'ont (a la difference des adultes) pas plus de merites personnels a se voir recompenser. L'eveque admet (cf. I, 35, 65) que, sous l'angle de la responsabilite morale person- nelle, les paruuli sont bien sOr unanimement reconnus comme innocentes. Mais, en fils obeissant de I'Eglise, il donne aux paroles du Christ la priorite absolue sur tout raisonnement logique deduit de l'observation ou d'une philosophie elemen- taire. Puisque Ie Christ n'evoque que deux statuts de l'etre humain exclusifs l'un de l'autre, «justes» aut «pecheurs» (cf. Luc. 5, 32), et qu'il appelle ouvertement a venir a lui tous les humains, meme les tout-petits (cf. Marc. 10, 14), il faut donc ranger ces derniers, comme tous les autres, parmi les pecheurs. 462 
NOTES COMPLEMENTAIRES 24. Les tout-petits et leur acces a l'eucharistie (I, 20, 27; 1,25,38) A.-C. DE VEER, NC 42, BA 23, p. 815 releve la difficulte a saisir la theologie sacramentelle des pelagiens. «L'adversaire qu'Augustin s'efforce de convaincre, en Pecc. mer. I, 20, 27, que Ie texte de Ioh. 6, 53-54 vise tous les hommes et meme les nouveau-nes, peut etre un adversaire fictif aussi bien qu'un pelagien. » Meme si l'eveque a toujours soutenu que, faute de bapteme, tout humain, meme mort en bas-age, ne peut acceder au salut, et que l'eucharistie est necessaire au salut, conformement aux paroles du Christ rapportees en Ioh. 6, 53-54" it n'a cependant pas refuse Ie salut a un bebe qui mourrait baptise, mais non eucharistie. Les tout-petits en danger de mort imminente recevaient habituellement les deux sacrements, celui de l'eucharistie donne sous les deux especes. BIBLIOGRAPHIE: A.-C. DE VEER, «Le sacrement de l'ini- tation», NC 42, BA 23, p. 813-817; article «Communion», Dictionnaire d'archeologie chretienne et de liturgie, 111/2, col. 2440-2445. 25. La pratique du bapteme des tout-petits, preuve que tous les humains ont besoin d'uD pardon divin Trois arguments sont recurrents chez Augustin pour expli- quer pourquoi it faut baptiser meme les petits enfants (cf. Sermo 293, 10-11, du 24 juin 413): 1. la pratique de l'Eglise (<< testis est ipsa mater Ecclesia suscipiens paruulum abluendum et aut liberatum dimitten- dum, aut pietate nutriendum») ; 2.la uox populi (<< testis est mater fideliter currens cum paruulo baptizando in ecclesiam») ; 3. Ie peche originel (<< postremo et in ipso paruulo miseriae ipsius testis est fletus. Quantum potest, testatur natura infirma, 463 
NOTES COMPLEMENTAIRES parum intellegens; non incipit a risu, incipit a fletu. Agnosce miserum, porrige auxilium »). Notons que, dans Pecc. mer., la liturgie du sacrement apparait, aux yeux d'Augustin, comme Ie premier lieu theo- logique d'expression de la foi confessee par l'Eglise. Elle revele la conception chretienne de l'homme devant Dieu. On trouve la meme demarche vingt ans plus tot (aoOt 392), avec la liturgie penitentielle, dans Ie debat avec les manicheens (cf. Contra Fortunatum). La liturgie meme du sacrement du pardon est une affirmation de la responsabilite humaine, donc de l'existence du libre-arbitre comme don de Dieu et dignite de l'homme. Le signe de l'empressement au sacrement Cf. Pecc. mer. I, 19, 25: «Si les tout-petits sont justes (...) ils semblent se precipiter (inruere) sur Ie bapteme donne par celui (Jesus) qui ne les appelle pas, non seulement inutilement mais meme injustement!» Mais Augustin evoque plus sou- vent la hate des adultes qui accourent (currunt, voir la NC 22) a l'eglise pour Ie sacrement des qu'un petit est danger de mort. II se souvient d'ailleurs, dans les Confessions (I, 11, 17) avoir, encore enfant, pris de fievre et d'etouffement, reclame de lui-meme Ie sacrement, qui lui aurait ete donne s'il ne s'etait soudain retabli. La resistance du tout-petit au sacrement II n'est pas un signe dans Pecc. mer. Cf. I, 25, 36: «Nous les voyons resister au bapteme avec des flots de larmes et nous regardons avec mepris cette ignorance de leur age, si bien que meme s'ils y resistent encore, nous accomplissons les rites sacramentels, que nous savons leur etre profitables. » Mais un an plus tard, Augustin interpretera les pleurs des tout-petits comme l'expression de leur vif desir d'etre liberes par Ie bapteme de ce qui les separe encore du Christ (Sermon 293, 10, de juin 413, puis De gratia et libero arbitrio, 22, 44, de 426/427). 464 
NOTES COMPLEMENTAIRES Le signe de l'assistance maternelle de l'Eglise Cf. Pecc. mer. I, 25, 36 et I, 25, 38: «Que cela se produise (it savoir la foi) chez les petits enfants, notre mere l'Eglise n'en doute pas, elle qui leur accorde un creur et une bouche maternels pour qu'ils soient impregnes des saints mysteres» (ut sacris mysteriis imbuantur). Les memes rites pour les tout-petits que pour les adultes Augustin evoque en Pecc. mer. 1,34,63 un exorcisme, sans doute Ie rite d'exsufflatio: on soufflait sur Ie futur baptise et murmurait en sa faveur une formule imprecatoire contre Satan. L'argument sera repris en De nuptiis et concupiscentia, 11,29,50 (en 419/421), puis en De symbolo ad catechumenos, I, 2 (425). Ainsi, «avec une sorte de pragmatisme qui grandira en lui avec les annees, au lieu de voir dans l'institution du bapteme des tout-petits la consequence ecclesiologique de la doctrine du peche originel, (Augustin) y voyait a l'inverse la preuve de la verite de cette doctrine» (S. LANCEL, Saint Augustin, p.463). L'appui de l'eveque correspond a ce qu'exprimera l'adage chretien: lex orandi, lex credendi (<< la loi de la priere guide celle de ce qu'il faut croire »). Les contradicteurs invo- quaient la pratique de baptiser les bebes comme un cas a part des autres baptemes (cf. Pecc. mer. III, 1, 1: «Nec ex eius [sc.: Adam] peccato quicquam ad eius posteros propagando transisse maxime propter baptismum paruulorum »). L'eveque d'Hippone, au contaire, releve dans Ie fait que Ie meme sacre- ment est confere a tout age avec les memes rites la preuve que Ie Christ appelle tous les ages humains a l'accueil du pardon divin car il est necessaire a tous. BIBLIOGRAPHIE: S. LANCEL, Saint Augustin, Paris, 1999, p. 463; F.-J. THONNARD, «L'argument du bapteme des petits enfants et Ie dogme du peche originel», NC 10, BA 23, p. 698-702. 465 
NOTES COMPLEMENTAIRES 26. Totum hoc in spe fit ui sacramenti. Le sacrement pour les tout-petits, esperance pour leur future foi personnelle (I, 19, 25) Selon Augustin, si Ie bapteme est confere meme aux humains qui n'ont pas encore acces a une conscience personnelle de la foi, c'est par un acte d'esperance de I'Eglise: celIe que, en grandissant, its adherent a la foi de leur bapteme et menent une vie qui y soit conforme. Dans la Lettre 98, I' eveque ne repond pas vraiment a la troisieme question que Bonifatius lui avait posee (entre 408 et 411/412), a savoir: comment pouvons-nous etre assures que l'enfant tiendra les promesses que l'on a faites pour lui? Un autre ecrivain chretien, ASTERIUS, commentant Ie Psaume 14, explique que celui-ci ne comporte pas Ie titre El to tEA.O parce qu 'on ne sait pas si les enfants baptises vont perseverer jusqu'a la fin. On ne dit pas au pretre: «II renon- cera a Satan jusqu'a la fin ... it s'attachera au Christ jusqu'au bout», mais «maintenant». Et cela suffit (In Ps. 14, Horn. 2,2). L'affirmation d'une participation des tout-petits au sacre- ment n'est pas peremptoire: Augustin mesure la limite du rea- lisme du sacrement d'un point de vue psychologique, car ces «petits bouts de chou» (tantilli) n'ont pas encore conscience de ce qu'est la foi chretienne (sensum credendi nondum habent), et l'exprime par ce quodam modo (fidem per uerba gestantium quodam modo profitentur). 27. Affinites entre Ie De peccatorum meritis et remissione et la Lettre 98 a Bonifatius M.-F. BERROUARD, «Similitudo et la definition du realisme sacramentel. . . » observe que «c'est la premiere fois qu'Augus- tin reparle du bapteme des enfants depuis Ie De baptismo» (que Berrouard date de 400/401, mais P.-M. HOMBERT, Nouvelles recherches..., p. 93, de 404), mais avec une evolu- tion d'Augustin depuis: dans Ie De bapt., si la conversion du creur est necessaire pour la reception fructueuse du sacrement, conversion et bapteme peuvent etre en fait separes et garder 466 
NOTES COMPLEMENTAIRES leur valeur, ainsi chez les petits enfants qui ne peuvent pas encore confesser la foi. La Lettre 98 ajoute a cela l'insistance sur l'efficacite du sacrement: a cause du sacrement de la foi, les parents peuvent repondre que l'enfant croit. «Par rapport au petit baptise Ie sacrement de la foi a la meme efficacite que la foi. Car Augustin n'ignore pas les paroles du Christ sur la necessite pour Ie salut du bapteme et de la foi. II n'a pas encore sans doute la formule saisissante qu'il opposera, des 411, aux objections pelagiennes (Pecc. mer. I, 27, 40): "Pour les tout-petits croire, c'est etre baptise, ne pas croire ne pas etre baptise" (quis nesciat credere esse infantibus baptizari, non credere autem non baptizari ?), mais sous une forme plus developpee l'affirmation est equivalente » (M.-F. BERROUARD, p. 333). De fait «qui ne croit pas cela et Ie regarde comme impossible est un infidele, quand meme il possede Ie sacrement de la foi, et Ie petit baptise lui est bien superieur» (Ep. 98, 10, CSEL 34, p. 532). Toutefois, la datation traditionnelle de la Lettre 98 (408) a ete remise en cause. Elle semble en effet porter trace des pre- miers remous introduits par Caelestius en Afrique (voir l'ana- lyse de B. DELAROCHE, Saint Augustin lecteur..., p. 353-356, suite a la nouvelle position de 1.-C. DIDIER, «Observations sur la date de la Lettre 98 de saint Augustin», Melanges de Sciences religieuses, 27, 1970) et meme etre contemporaine des premiers ecrits d'Augustin anti-« pelagiens », selon P.-M. HOMBERT, Nouvelles recherches..., p. 161. Ce dernier avance la periode 411-413 a cause du theme de la propria uita opposee a la culpabilite heritee d'Adam (voir sur ce theme la NC 13). «Cette lettre (...) est generalement datee de 408 a la suite des Mauristes» (mais ceux-ci disent «forte an. 408 »). Malgre l'avis d'A. DE VEER (Revue des Etudes augustinien- nes, 16, 1970, p. 328), je considere avec 1. M. PINELL, «La fe de l'Eglesia en el baptisme dels infants», Questions de Vida Cristiana, 2, 1958, p. 39; V. GROSSI, «II battesimo e la pole- mica pelagiana negli anni 411/413 (De peccatorum meritis et remissione - Ep. 98 ad Bonifatium)), Augustinianum, 9, 467 
NOTES COMPLEMENTAIRES 1969, p. 54-61; J.-C. DIDIER, «Observations sur la date de la Lettre 98... », p. 115-117, que I'Epist. 98 date en realite du debut de la controverse pelagienne (411-413). La question posee par Boniface et la reponse d'Augustin se comprennent infiniment mieux dans ce contexte, et I 'opposition entre Ie peche commis in propria uita et Ie reatus herite d'Adam est un indice important qui Ie confirme. Voir aussi A. MANDOUZE, Prosopographie, p. 149 n. 10 (<< la lettre est vraisemblement contemporaine de la querelle pelagienne »). P.-T. CAMELOT, «Le bapteme des petits enfants... », p. 38-39 cite en alternance des extra its de Pecc. mer. et de la Lettre 98 qui presentent des expressions tres proches, ce qui confirme une ecriture de la lettre vers 412. BIBLIOGRAPHIE: M.-F. BERROUARD, «Similitudo et la definition du realisme sacramentel d'apres I'Epitre 98, 9-10 de saint Augustin», Revue des Etudes augustiniennes, 7, 1961, p. 321-337; P.-T. CAMELOT, «Le bapteme des petits enfants dans I'Eglise des premiers siecles», La Maison- Dieu, 88, 1966, p. 23-42; B. DELAROCHE, Saint Augustin lecteur et interprete de saint Paul, Collection des Etudes augustiniennes, Serie Antiquite 146, Paris, 1995, p. 353- 356; P.-M. HOMBERT, Nouvelles recherches de chronologie augustinienne, Collection des Etudes Augustiniennes, Serie Antiquite 163, Paris, 2000, p. 161, n. 329. 28. Traces d'une distinction, selon des chretiens contem- porains d'Augustin, entre regnumDei et uita/salus aeterna (I, 20, 26) Contrairement a une idee reue, I 'hypothese theologique selon laquelle certains humains morts non baptises auraient acces, a defaut du royaume de Dieu (qui requiert Ie sacrement selon Ioh. 3, 5), a une forme de beatitude eternelle n'est pas une «invention» de Pelage, Caelestius et consorts. On l'a cru en s'appuyant notamment sur Pecc. mer. Pourtant, Augustin n'y soutient pas expressement que les objecteurs dont it com- mence a prendre connaissance des dires ou des ecrits ont cree 468 
NOTES COMPLEMENTAIRES cette distinction. Elle etait deja en usage a la fin du IV e S., en Afrique autour de 410. Ainsi, Vincentius Victor, un ancien rogatiste rallie a I'Eglise catholique, est un temoin precieux de ces voix de chretiens qui, sans rejeter la necessite du bapteme, plaident, en faveur de certains cas, pour l'admission misericordieuse a un etat bienheureux apres la mort. Victor ne distingue pas ici entre regnum Dei et uita aeterna, mais entre regnum Dei (reserve aux seuls baptises a cause de Ioh. 3,4) et paradisum (a cause du larron repentant mort non baptise ou du cas de Dinocrates, frere de la martyre sainte Perpetue). Augustin lui repond au printemps ou au debut de l'ete 419 dans son De natura et origine animae ou il fait la difference entre la position de ce dernier - qui confesse Ie peche originel en tout humain, y compris Ie nouveau-ne - et I'heresis Pelagiana qui Ie nie. Cf. De nat. et or. an. 9, 11, CSEL 60,312: «Non baptizatis paruu- lis nemo promittat inter damnationem regnumque caelorum quietis uel felicitatis cuiuslibet atque ubilibet quasi medium locum. Hoc enim eis etiam heresis Pelagiana promisit, quia (...) [paruulos] nullum put at habere originale peccatum.» BIBLIOGRAPHIE: J.-C. DIDIER, Faut-il baptiser les enfants?, Paris, 1967, p. 134, n. 16; F.-J. THONNARD, «Les "Limbes" des enfants morts sans bapteme», NC 34, BA 22, p. 779-782; F. REFOULE, «La distinction "Royaume de Dieu - Vie eternelle" est-elle pelagienne?», Recherches de sciences religieuses, 51, 1963, p. 247-254. 29. La question de lorigine des ames et de leur mode d'implication dans la condition pecheresse (I, 22, 31; I, 38, 69 ; II, 36, 59) Une question dibattue avant Augustin Deux theologies s'affrontaient au debut du v e s.: Ie creatia- nisme, pour qui chaque ame est creee directement par Dieu ; Ie traducianisme, pour qui elle est transmise par les parents. Mais il y a avait aussi debat sur Ie rapport de l'ame a la condi- tion humaine malheureuse. A THANASE, Vie et conduite de 469 
NOTES COMPLEMENTAIRES notre pere saint Antoine, 74 (3-10), rapporte ce propos d'An- toine a des philosophes non-chretiens venus disputer avec lui : «Comment avez-vous l'audace de vous moquer de nous, qui disons que Ie Christ est manifeste comme homme, alors que vous, tirant l'ame du ciel, dites qu'elle a erre et est tombee des hauteurs des cieux dans Ie corps? Encore, si elle n' etait dechue que dans Ie corps humain et ne passait pas, ne tombait pas dans les quadrupedes et les reptiles! Notre foi atteste que la venue du Christ est en vue du salut des hommes. Vous errez dans vos theories sur l'ame inengendree. Nous pensons a la puissance de la Providence et a son amour des hommes, car cela n'etait pas impossible a Dieu. En faisant de l'ame l'image du vou, vous lui attribuez des chutes et la pretendez sou mise au changement, et finalement en raison de l'ame vous faites muable Ie vou lui-meme! Telle en effet est l'image, tel est necessairement ce dont elle est l'image. Quand vous avez de telles idees sur Ie vou, considerez que vous blasphemez Ie Pere du vou. » L'hypothese avancee par ORIGENE sur la pre-existence des ames (expo see en De principiis, II, 8, 3 sq., PG 11, col. 223 et suiv.) fut rejetee une premiere fois en 400 par un synode tenu a Alexandrie sous la presidence de l'eveque Theophile (texte conserve en traduction latine: JEROME, Lettre 92, CSEL 55, p. 147-155). La condamnation fut ensuite enterinee par Ie pape Anastase Ier (cf. JEROME, Lettre 95, CSEL 55, p.157-158). Si JEROME a cherche, sans fondements, a prouver la connivence de Pelage et ses partisans avec l'hypothese origenienne (Dialogus contra Pelagianos, III, 19, PL 23, coI. 618, ecrit «quelques annees» apres Ie Pecc. mer. d'apres A. ZUMKELLER, ALG, p. 601, n. 110), AUGUSTIN, en revanche, dans son Sermon 165, 5, 6 (PL 38, col. 905-906), qui daterait au plus tot de 417 d'apres KUNZELMANN, «Die Chronologie der Sermones des hI. Augustinus», dans Miscellanea Augustiniana, II, Roma, 1931, p. 476-477, affirme clairement que les pelagiens refusaient la preexistence des ames. 470 
NOTES COMPLEMENTAIRES La recherche et La position personnelles d'Augustin En Pecc. mer. I, 22, 31, si Augustin introduit la theorie «selon laquelle les ames, pechant d'abord dans une residence celeste, viennent par degres et peu a peu dans les corps selon les peines meritees et, pour une vie menee auparavant, sont frappees plus ou moins fortement de maux corporels», c'est comme une solution qui serait avancee pour effacer Ie scandale apparent affiche juste auparavant (I, 21, 30): si les humains non baptises sont exclus du salut meme s'ils meurent en bas-age, c'est que leur ame a peche avant la naissance. Mais on s'etonnera de ce qu'il ecrit de cette theorie: «Peut- etre faut-il considerer qu'[elle] est desormais abolie et rejetee (iam expLosum repudiatumque)?» , Sa circonspection semble un indice qu'il ne connaissait pas de texte de condamnation officielle de cette opinion: ni la condamnation d'Origene signalee plus haut, ni celle, en sep- tembre de la meme annee 400, par un concile tenu a Tolede, de la these priscillianiste selon laquelle, avant d'etre unie a un corps, l'ame aurait ete meritoirement bonne (cf. 1. D. MANSI, Sacrorum Conciliorum noua et amplissima collectio, Graz, 1962 [reed.], III, p.997-1014 et 1.-R. PALANQUE, Histoire de l'Eglise, A. FHche et V. Martin dir., 1. 3, Paris, 1963, p.470-471). Peut-on tirer de la declaration de l'Augustin fraichement baptise de 387: «Deum et animam scire cupio» (SoliLoques, I, 2, 7, BA 5, p. 36) l'annonce d'un «programme celebre», selon les mots de F.-1. THONNARD, qui indiquerait que «Ie probleme de l' ame humaine en ses rapports avec Dieu est l'ob- jet central de la doctrine augustinienne» (<< Le probleme de l'origine des ames [De natura et origine animae, IV, 2, 2]», NC 53, BA 22, p. 830)? L'interprete est prudent, qui ajoute que Ie probleme plus precis de l'origine de nos ames «ne fut jamais Ie plus important pour Augustin» (p. 830). Tout l'en- seignement du pasteur et theologien qu'il est devenu apres son retour en Afrique s'est concentre sur l'accueil, l'intelligence et 471 
NOTES COMPLEMENTAIRES la mise en pratique de la foi en Jesus Christ Dieu fait homme, et dans la confrontation avec des theories incompatibles avec I'Incamation, a commencer par celles du manicheisme, qui dissociait radicalement corps et arne, matiere et esprit. Or rien n'est apparu plus difficile que la question du mode d'union de l'ame et du corps humains. G. MADEC, «La condition malheureuse», NC 18, BA 6, p. 578-583, a bien resume les debats suscites dans les annees 1930-1975 par l'interpretation des «hesitations d'Augustin», et conclut que, lorsqu'il acheve Ie De libero arbitrio, vers 395, «quelle que soit la maniere dont la descendance d'Adam et d'Eve s'est propagee (cf. III, 24, 71), Augustin ne doute pas que la misere de la condition presente soit l'effet de cette decheance premiere. L'economie de la transmission du peche est secondaire dans l'economie de l'intelligence de la foi (cf. III, 21, 59 - III, 22, 63)). La question a ete reprise par A. SOLIGNAC, «Les exces de l'intellectus fidei...», p. 830. Selon lui, la conception bi- partite de l'etre humain, corps et arne, d'origine platonicienne, oblige Augustin a chercher a expliquer aussi du cote de l'ame Ie mode de transmission du peche originel. Du cote du corps, cette transmission est spontanement expliquee par la propaga- tion physique de l'espece: l'acte de la generation. C'etait une explication «avantageuse» pour Augustin dans la mesure oil la libido sexuelle associe une conduite du corps et la manifes- tation d'un desordre spirituel. Mais Augustin n'arrive pas a trouver une solution claire et sOre du mode de transmission au niveau de l'ame. Deja au seuil du De libero arbitrio (I, 12, 24, CSEL 74, p. 24), il qualifiait Ie sujet de magnum secretum et magna quaestio, et cette derniere expression revient en Pecc. mer. II, 36, 59. II avait ensuite avance plusieurs solutions, mais sans en retenir aucune pour certaine. Sa perplexite provient en grande part de ce que, de son propre aveu (ainsi en Pecc. mer. II, 36, 58), la Sainte Ecriture n'offre ici aucun secours, sauf pour exclure l'hypothese d'une vie morale de l'ame pre-existante a son 472 
NOTES COMPLEMENTAIRES union a un corps (cf. Rom. 9, 10-12, cite en Pecc. mer. I, 22, 31 et II, 36, 59). II est toutefois symptomatique que Pecc. mer. associe par deux fois Sap. 9, 15a (Un corps corruptible appe- santit l'ame) et Rom. 8, 3 (en I, 38, 69 et II, 29, 48). Paul a repris des categories anthropologiques familieres a la culture grecque et assimilees par les auteurs des derniers ecrits de I'Ancien Testament comme Ie Livre de la Sagesse. Le plus souvent, chez Paul, la «chair» (oaQ;) designe l'etre humain tout entier considere dans sa faiblesse pecheresse et livre en son intimite au peche et a la mort (cf. Rom. 7 et Rom. 8, 3), voire une quasi puissance mauvaise, hostile aDieu (cf. Rom. 8, 7). Mais I'Apotre reste semite et, contrairement a la philosophie grecque, jamais ne dit l'esprit captif de la chair et ne devalorise Ie corps, de meme Augustin, cf. En. Ps. 141, 17- 18: «Non enim caro quam 1\1 fecisti, sed corruptela carnis et pressurae et tentationes carcer mihi sunt (.. .). Ergo si caro tibi carcer est, non corpus est carcer tuus, sed corruptio corporis tui. » V. LECLERCQ, «L'enfant a naitre est-il une personne?», p. 31-38, rappelle que Jerome penchait pour la theorie crea- tianiste, mais suggere a Marcellinus d'interroger Augustin, lequel hesite toujours en 418, quand il s'avoue aupres d'Optat (Lettre 190) «encore partage», mais pointe les inconvenients du traducianisme et prend de claires distances avec celui de Tertullien: l' ame ne saurait provenir de la seule semence corporelle humaine. Car «l'ame n'est pas un corps, mais un esprit» (Ep. 190, 3, 15). Par la suite, Ie meme embarras persiste, et ce jusqu'a la fin de sa vie. Cf. Revisions, I, 1 : «Pour ce qui regarde l'origine de l'ame, comment il se fait qu'elle se trouve dans Ie corps (...) je ne Ie savais pas dans ce temps-la et maintenant encore je ne Ie sais pas. » Dans sa Lettre a Optat, il se declarait pret a « defen- dre l'opinion de cet homme (a savoir Jerome) s'il peut m'en- seigner comment les hommes ne viennent pas d'Adam, mais heritent cependant de lui une juste condamnation a moins de parvenir au pardon des peches en renaissant» (Ep. 190, 3, 20). 473 
NOTES COMPLEMENTAIRES Et il a interroge Jerome, Mais celui-ci ne lui a apparemment jamais repondu. Julien d 'Eclane s 'averera un defenseur passionne du crea- tianisme car celui-ci lui fait dire que chaque ame etant creee directement par Dieu est donc neuve et innocente a sa nais- sance. En 498, par la voix du pape Anastase II, Ie creatianisme devient la doctrine officielle de l'Eglise d'Occident. BIBLIOGRAPHIE: B. DELAROCHE, Saint Augustin lecteur et interprete de saint Paul, Collection des Etudes augus- tiniennes, Serle Antiquite 146, Paris, 1995, p. 289-291 ; E. DUBREUCQ, «Chair, corps et ame. Les formulations de la question de l'ame chez saint Augustin», Revue des sciences religieuses, 84, 1996, p. 351-372; 1. FOUBERT, «Ad gloriam corporis. Au-dela de Sagesse 9, 15: "corpus quod corrum- pitur adgravat animam" (Confessions VII 17,23)), dans «Chercheurs de sage sse ». Hommage a Jean Pepin, Paris, 1992, p. 383-402; V. LECLERCQ, «L'enfant a naitre est-il une personne?», Itineraires augustiniens, 29, 2003, p. 31- 38; G. MADEC, «La condition malheureuse», NC 18, BA 6, p. 578-583; A. SOLIGNAC, «Les exces de l'intellectus fidei dans la doctrine d'Augustin sur la graCe», Nouvelle revue theologique, 110, 1988, p. 825-849; F.-1. THONNARD, «Le probleme de l'origine des ames (De natura et origine animae, IV, 2, 2)), NC 53, BA 22, p. 830-833. 30. Les moriones (I, 22, 32 et I, 35, 66) Etymologie Le terme originel est Ie grec f.LooQ6, «ramolli, inerte» chez HIPPOCRATE, Genit. 2 et ARISTOTE, H. A. 628a, d'ou «sot, beta, stupide», comme dans Ie substantif f.LO>Q£a (<< sot- tise», «betise») et Ie verbe f.LooQa£voo (<< etre bete», «faire une betise ») qu 'on trouve chez Eschyle, Xenophon et Aristote, dans la Septante (f.LO>QEUOO) et Ie Nouveau Testament avec Ie passif Ef.LO>Qav8i]oav (Rom. 1, 22: lis se sont rendus stupides, ceux qui se croyaient sages; voir aussi f.LOOQ60 f.LaL, « etre hebete, frappe de stupeur, de stupidite» chez ARISTOTE, 474 
NOTES COMPLEMENTAIRES H. A. 610b a propos de chevres). En Matth. 5, 22, Jesus avertit que quiconque traitera (son frere) de «cretin» (f.LOOQE !) sera passibLe de La gehenne de feu. La transcription en latin a donne morus puis morio sous l'Empire. PLINE LE JEUNE, Lettre 17 du livre IX et MARTIAL, Epigrammes, VI, 39 et VIII, 13 decrivent les moriones sous un physique animal, proche de l'ane, avec des airs stupides. La Cour et de riches particuliers en acqueraient a prix d'or pour se divertir. Ainsi, ces termes «n'expriment pas la notion de la folie en tant que possession delirante, ce qui se dit f.Lav£a etc., mais l'hebetude, l'abrutissement, la sottise, la nigauderie. C'est encore Ie sens en grec moderne, mais il s'est affaibli, notamment dans Ie vocatif, f.LOOQE, JiQE (<< mon vieux »). Entin fJ,OOQo se dit d'un bebe» (Dictionnaire etymoLogique de La langue grecque). Toutes ces indications sont precieuses pour expliquer les premiers emplois du terme morio par Augustin. Les moriones et La defense des tout-petits par Augustin M. RIBREAU, «Quos uuLgo moriones uocant (Contra Iulianum III, 4, 10): Ie traitement des moriones (debiles) dans les reuvres antipelagiennes d'Augustin», p. 335-339, demon- tre «en quoi l'emploi du terme morio permet a Augustin de remettre en cause certains points de doctrine du courant pela- gien et en quoi il est symptomatique de l'opposition entre les theologies augustinienne et pelagienne ». Cinq de la dizaine d 'occurrences conservees de morio se rencontrent chez Augustin, dans ses ecrits des annees 411- 421. Les deux premieres mentions se lisent precisement dans Pecc. mer. En I, 22, 32, l'eveque cite «un cas parmi beaucoup d'autres que j'ai trouve etonnant et que je ne tairai pas» : celui de ce morio baptise qui s'insurgeait vivement contre toute moquerie lancee contre Ie Christ et la foi chretienne. Voila, pour Augustin, un signe que les humains ne naissent pas dans une condition physique et mentale bonne ou non (aux yeux des hommes) qui serait la sanction d'une vie anterieure de leur ame. En I, 35, 66, s'interrogeant sur les desordres de compor- tement des nourrissons et la propension qu'ont les adultes a en 475 
NOTES COMPLEMENTAIRES rire, it evoque encore ces «fatuos (...) quos uulgo "moriones" uocant» car leur naIf etalage de sottise fait rire meme les sages. Ainsi, analyse M. Ribreau, l'exemple «permet aussi, contre un mouvement qui recherche la sagesse, Ie pelagia- nisme, de montrer que celui-ci n'est pas sans contradiction». La premiere evocation (en I, 22, 32) est la plus fortement expressive de la conviction d'Augustin. «Le peuple chretien comprend aussi les plus petits, et pas seulement une certaine elite, comme tendent a Ie penser les pelagiens. » Le morio est, aux yeux du pasteur, «une preuve de la force de la grace de Dieu, et aussi de la predestination (...) comme la citation de I Cor. 1, 31, capitale dans sa doctrine de la grace, Ie montre». Augustin signale que morio vient du grec et, les deux fois, que c'est une appellation populaire (<<quos uulgo "moriones" uocant»). Le mot parait donc vulgaire, a traduire par «debi- les», ce qu'appuie la description d'un etat presque animal (<<perdre la lumiere de l'esprit au point de naitre avec une conscience voisine de celIe du betail »), d'ou la valeur de signe divin que ce refus, chez l'homme connu d'Augustin, que l'on rie du Christ et de la religion qu'il sait etre la sienne. M. Ribreau voit la «un raisonnement sans doute inspire du recit evangelique de l'aveugle ne» (cf. Ioh. 9, 3). L'evocation du morio defenseur du Christ parait davantage illustrer une declaration de Paul comme : Dieu a choisi les choses folles du monde pour confondre les sages,. les choses faibles du monde pour confondre les fortes,. et il a choisi les choses viles du monde et celles qu'on meprise, celles qui ne sont point pour reduire a neant celles qui sont, afin que nulle chair ne se glo- rifle devant Dieu (I Cor. 1, 27-29). En tout cas, Ie rapproche- ment du cas des moriones et des nouveau-nes, marques par une infirmite provisoire, montre combien Augustin tient a la pratique du bapteme pour tout etre humain, quels que soient son age ou ses capacites physiques et intellectuelles. Les moriones sont derechef evoques en Contra Iulianum, III, 4, 10, pour illustrer, avec Ie cas des nouveau-nes, la condition humaine marquee par Ie peche originel. Com me 476 
NOTES COMPLEMENTAIRES Ie resume M. Ribreau, nous voyons que, pour Augustin, its « servent a prouver trois elements fondamentaux, auxquels les pelagiens se sont opposes, de faon plus ou moins explicite: l'universalite du peuple chretien, et partant la vanite d 'un ideal de sagesse et de perfection en ce monde ; la gratuite de la grace et la predestination; enfin Ie peche originel. Ainsi, face a certains systemes dialectiques, comme celui de Celestius ou de Julien, Augustin oppose une donnee de la vie concrete, connue de tous, comme la periphrase sans cesse utili see, quos moriones uulgo uoeant, Ie montre bien ». BIBLIOGRAPHIE: P. CHANTRAINE, «f,I,(.o'1OO», Dietionnaire etymologique de la langue greeque, Paris, 1968; «Morio», Dietionnaire des Antiquites greeques et romaines, vol. 7, C. Daremberg et E. Saglio dir., Paris, 1877, col. 2005; A. ERNOUT et A. MEILLET, «morus, a, urn», Dietionnaire etymologique de la langue latine, Paris, 1959; «Morio, onis», Thesaurus linguae latinae, vol. VIII, M, Leipzig, 1966, col. 1491 ; M. RIBREAU, «Quos uulgo moriones uoeant (Contra Iulianum III, 4, 10): Ie traitement des moriones (debi- les) dans les reuvres antipelagiennes d'Augustin », dans Studia Patristiea, XLIX, Leuven, 2010, p. 335-339. 31. Le bapteme en langue punique: «salut»; I'eucharis- tie: «vie» (I, 24, 34) La «tradition ancienne et apostolique» (ex antiqua, ut exis- timo, et Apostoliea tradition e) pourrait se fonder sur I'Ecriture meme, par exemple Marc. 16, 16; Ioh. 3, 5 ; I Cor. 10, 16, mais Augustin, plus loin, renvoie a d 'autres textes scripturaires. Ainsi, la terminologie locale en usage est, pour Augustin, une confirmation de la foi reue, comme I'Eglise en viendra a Ie designer, un signe du sensus fidelium. Noter qu'Augustin associe etroitement les deux sacrements du bapteme et de l'eucharistie. Or la meme association revient sous la plume du pape INNOCENT ler, dans sa Lettre (Ep. 182, 5, PL 33, 785) du 27 janvier 417 au primat de Numidie Sylvain pour tous les eveques qui avaient avec lui condamne 477 
NOTES COMPLEMENTAIRES les pelagiens en 416: «Illud uero quod eos uestra fraternitas asserit praedicare: paruulos aeternae uitae praemis etiam sine baptismatis gratia posse donari, perfatuum est. Nisi enim manducauerint carnem Filii hominis et biberint sanguinem eius non habebut uitam in semetipsis (cf. Ioh. 6, 54).» En III, 4, 8, Augustin souligne l'unite essentielle entre Ie sacrement salus et son donateur, Jesus lui-meme (comme l'eveque l'avait magistralement enseigne contre les Donatistes) dont Ie nom hebreu se traduit «Dieu sauve»: «ad Iesum, hoc est ad saluatorem et ad medicum Christum, piis gestantium manibus ferri ». BIBLIOGRAPHIE: G. BONNER, «Baptismus paruulorum», Augustinus-Lexikon, vol. 1, fasc. 4, col. 592-602. 32. Les motifs de l'lncarnation et Ie bapteme En I, 23, 33, Augustin pose la question: «Pourquoi» Ie Christ est-il venu «sauver (les tout-petits) s'il n'y a pas en eux la maladie du peche? Pourquoi une redemption si, de par l'ori- gine du premier homme, ils n'ont pas ete vendus au peche?» C'est en effet la question essentielle au sens meme du bapteme confere aux petits enfants. La reponse est fondamentalement scripturaire (ici renvoi a Rom. 7, 14). Aussi Augustin s'engage-t-il dans l'examen des motifs de l'incarnation du Verbe fournis par la Revelation jusqu'a annoncer tout un catalogue de «temoins» (testimonia). En I, 26, 39, de maniere saisissante, il recapitule ces motifs par les images precisement bibliques de l'reuvre du Christ: «pour nulle autre raison que pour sauver (les humains), les liberer, les racheter, les illuminer, eux qui auparavant se trouvaient etablis dans la mort nee des peches, les maladies, l'esclavage, les tenebres, au pouvoir du diable». Or ce sont les images reprises par la liturgie baptismale. A. titre de comparaison, nous les retrouvons deux siecles plus tot, chez un chretien de langue grecque, MELITON DE SARDES, dans sa celebre Homelie sur la Paque (n° 46- 71). Suite au peche d'Adam l'homme herite de lui la mort 478 
NOTES COMPLEMENTAIRES «et du Christ Ia vie. Le peche a imprime dans chaque ame sa trace» (SC 123, p. 90). Mais Ie Christ, par Ie bapteme, opere Ie passage et Ia transformation de I 'homme: outO Eotlv 0 QuoaJ.1Evo i] EX OOUA.E(a El EA.EU8EQ(av, EX o)(,6tou El <t><i>, EX 8avatou El OOTJv, EX tUQavv(oo EL aOLA.E(av aloovLav (SC 123, p.96-98). Voir aussi IRENEE, Aduersus haereses, V, 1, 3. 33. La constitution de catalogues de textes bibliques comme testimonia: une pratique bien etablie depuis Ie III e s. (I, 27, 40-54) Le rassemblement de textes bibliques est une pratique tres ancienne dans l'Eglise. Celle-ci, des ses debuts, a poursuivi la un usage de l'enseignement juif, mais avec une perspective nouvelle: manifester que Jesus de Nazareth avait incame la realisation des promesses divines transmises par la Loi et les Prophetes. Saint Luc rapporte comment Ie Christ ressuscite passe en revue les Ecritures pour ouvrir Ie creur de deux dis- ciples a la foi en cette realisation (cf. Luc. 24, 22-27 et 24, 44-47). Le Nouveau Testament tout entier inaugure une «tra- dition testimoniale» (1. DANIELOU, Etudes d'exegese judeo- chretienne...) dans laquelle l'Ecriture entiere est interpretee a la lumiere de la Passion et de la Resurrection de Jesus. Cependant, une evolution se dessine a partir du HIe s.: des theologiens chretiens constituent des dossiers scripturaires embrassant desormais l'un et l'autre Testament pour refuter des interpretations jugees deviantes de la Revelation. Les pre- miers auteurs connus sont NOVATIEN (De Trinitate, 29, vers 235, avec un catalogue de 14 passages) et surtout CYPRIEN dans ses Testimonia ad Quirinum, dont Ie seul livre III presente 66 extraits d'Epitres. Comme l'avance M. G. MARA, Paolo di Tarso e it suo epistolario..., p. 21, «la raison pour laquelle la catechese de Cyprien se presente comme un tissu de citations bibliques est a rechercher peut-etre dans la possibilite qu'il y avait d'utiliser des groupes de citations preparees par themes ou convergence sur des mots-cles du christianisme». 479 
NOTES COMPLEMENTAIRES Augustin apparait bien ici comme un continuateur de l'eveque de Carthage. II a d'abord reuni un florilege biblique contre les donatistes (en 405, dans son Ad Catholicos contra Donatistas, repris par les eveques catholiques a la Conference de 411). Mais les adversaires, eux aussi, avancent leur pro- pre catalogue, ainsi les donatistes Parmenianus, successeur de Donat, puis Emeritus en 411; ainsi Caelestius dans la seconde partie de ce traite dont Augustin reoit connaissance en 414 par un Hilaire de Syracuse (il cite ces testimonia en De perfectione iustitiae hominis, 9, 20-10, 22 et 19, 40-42). Aussi en vient-il, apres une phase de commentaire suivi d'une section d'epitre paulinienne (Rom. 5, 12-21 en Pecc. mer. I, 10, 12 - 15, 20), puis d'examens de versets isoles, a offrir a Marcellinus un long florilege de 22 passages differents du Nouveau Testament. La part preponderante qu'y occupe saint Paul est clairement justifiee: «II a eu un souci plus attentif de faire valoir la grace de Dieu a ceux qui se glorifient de leurs reuvres et qui, ignorant la justice de Dieu et voulant etablir leur propre justice, n'etaient pas soumis a la justice de Dieu (cf. Rom. 10, 3). » BIBLIOGRAPHIE: B. DELAROCHE, Saint Augustin lecteur et interprete de saint Paul, Collection des Etudes augustiniennes, Serie Antiquite 146, Paris, 1995, p. 126; 1. DANIELOU, Etudes d'exegese judeo-chretienne: les testimonia, Theologie histo- rique 5, Paris, 1966; C. H. DODD, According to the Scriptures, London, 1952, p. 28-60 ("testimonies") ; The Substructures of New Testament Theology, London, 1965 ; E. LUPIERI, "II cielo e it mio trono" Isaia 40, 12 e 66, 1 nella tradizione testimo- niaria, Temi e Testi 28, Roma, 1980; M. G. MARA, Paolo di Tarso e it suo epistolario. Ricerche storico-esegetiche, L'Aquila, 1983, p.6-64 = chap. 1: Presenza del 'corpus' paolino nella storia del cristianesimo dalIl al V secolo (cha- pitre repris en partie dans «II significato storico-esegetico dei commentari al corpus paolino dal Ivai V sec.», Annali di storia dell'esegesi, 1, 1984, p. 59-74); G. DE PLINVAL, «Les Testimonia de Celestius», NC 23, BA 21, p. 597. 480 
NOTES COMPLEMENTAIRES 34. La Lettre aux Hebreux et Ie Canon de l'Ecriture. Evolution d'Augustin (I, 27, SO) A.-M. La Bonnardiere a montre certaines fluctuations d'Augustin, caracteristiques des difficultes d'elaboration du Canon rencontrees dans I'Occident latin. Dans la section du De doctrina christiana redigee vers 400, Augustin classe l'epitre parmi les lettres de Paul (De doctrina christiana, II, 8, 13). Mais la liste etablie par Ie concile de Carthage du 28 aoOt 397 (canon 36), connue ensuite comme l'Abrege d'Hippone, ne lui donnait pas d'auteur connu (Breuiarum Hipponense, canon 47 selon la Collectio Hispana, ed. C. Munier, CCSL 149, Thrnhout, 1974, p. 340). Vers 409-411, l'eveque d'Hippone cesse d'attribuer l'epitre a Paul. Mais il se reconnait la d'une minorite car, vers 420, il signale que l'attribution est discutee: «Epitre que la plupart attribuent a l'apotre Paul bien que certains s 'y refusent» (De Ciuitate Dei, XVI, 22). Et Pecc. mer. est deja Ie temoin de cette discussion. BIBLIOGRAPHIE: I. BOCHET, « Le canon des Ecritures, la Septante et l'Itala», NC 11, BA 11/2, surtout p.510-516; A.-M. LA BONNARDIERE, «L'Epitre aux Hebreux dans l'reu- vre de saint Augustin», Revue des Etudes augustiniennes, 3, 1957, p. 137-162; A. LE BOULLUEC, «Le probleme de l'exten- sion du canon des Ecritures aux premiers siecles », Recherches de sciences religieuses, 92, 1, 2004, p. 45-87. 35. Le refus, par Augustin, d'un locus medius pour les non-baptises morts en bas-age (I, 28, 55) Ce «lieu intermediaire» est suppose par des chretiens du debut du v e s. pour reduire Ie scandale intellectuel et moral que constitue une condamnation totale des non-baptises morts en bas-age, donc non responsables de fautes commises per- sonnellement. II fait penser aux Limbes, terme qui n'apparait qu'au XlII e s. (Albert Ie Grand, Thomas d'Aquin) sous l'ex- pression limbus puerorum qui, chez Thomas, designe, non pas un lieu, mais «l'etat psychologique 00 se trouvent les enfants 481 
NOTES COMPLEMENTAIRES morts sans bapteme» (F.-J. THONNARD, «Les "Limbes" des enfants morts sans bapteme »). L'Eglise catholique l'a integre dans son enseignement tout en maintenant la realite du lien natif de tout homme, quel que soit son age, avec Ie peche originel. Le locus medius ne doit pas etre confondu avec I 'etat post mortem des Justes de l'Ancienne Alliance. Augustin poursuit ici la representation biblique de ceux-ci comme reposant «dans Ie sein d'Abraham» (cf. De natura et origine animae, IV, 16, 24). A. l'age patristique, une recherche theologique est en cours sur Ie sort des humains morts en bas-age non-baptises. D'apres G. BOONER, «Baptismus...», col. 597, GREGOIRE DE NAZIANZE, Oratio 40, 23, envisage l'existence d'un «troi- sieme lieu» pour les bebes mo