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CHRISTIAN
GERONDEAU
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UN MYTHE
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PLANETAIRE
Preface de Valery Giscard d'Estaing
I ·
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c. Gerondeau
CO 2
un my the
planetaire
editionS du
Toucan
ISBN: 978-2-81000-371-6
Tirage N° 1 (NED)
@ 2009 TFl Entreprises/Les editions du Toucan
Le Code de la propriete inteHectueHe interdit les copies ou reproductions destinees a une
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cause, est illicite et constitue une contrefac;on sanctionnee par les articles L 335-2 et sui-
vants du code de la propriete inteHectueHe,
Preface
L'interet de la pensee d'un esprit scientifique, c' est qu' elle
est a la fois objective et inventive. C' est le cas pour Christian
Gerondeau, Ingenieur de grand renom, qui applique sa reflexion
a run des dossiers qui preoccupe le plus notre epoque, celui
des changements climatiques.
Christian Gerondeau prend pour point de depart une
reflexion originale et qui debouche sur des interrogations
fondamentales. Il pense que nous faisons fausse route en
cherchant a reduire nos emissions de gaz carbonique, car ce
n' est pas realiste. Pour y parvenir, la seule solution, selon lui,
serait de cesser d'extraire du sol de la planete les energies
fossiles ou du moins de plafonner leur extraction. Or, nous
faisons exactement Ie contraire en encourageant la recher-
che petroliere, en developpant des reseaux de transport de
gaz naturel, et en ouvrant de nouvelles mines de charbon.
Des lors que ces energies fossiles sont sorties du sol, elles
seront de toute maniere consommees, et produiront des
emissions de gaz carbonique. Si ce n'est pas fait par nous, ce
sera fait par d'autres et les emissions de gaz carbonique res-
teront au me me volume. La seule solution serait de limiter
I' extraction du petrole, du gaz naturel, et du charbon, mais i l
n'existe aucun consensus mondial pour le proposer.
Christian Gerondeau avance d'un autre cote une pensee ori-
ginale en indiquant qu'iI en resultera probablement peu de
mal pour la planete car il montre, comme d'autres scienti-
fiques, qu'iI n' existe pas de lien etabli de fac;on certaine entre
la concentration de gaz carbonique dans ['atmosphere et
d' eventuels changements climatiques. Ceux-ci resultent
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CO 2 un my the planetaire
d' evolutions beaucoup plus complexes qui trouvent, sans
doute, leur origine bien au-dela de I'atmosphere.
Christian Gerondeau en deduit egalement que les sommes
considerables que les differents pays du monde consacrent a
ce qu'i Is croient etre la «sauvegarde de la planete» sont
depensees en pure perte, teUes que ceUes qui servent en
France, a couvrir notre territoire d'eoliennes qui defigurent
nos paysages et dont nous n'avons aucun besoin pour assurer
notre approvisionnement energetique. Mauvais usage de cre-
dits publics pour une production d'electricite inefficace.
Ce livre a le merite de nous conduire a nous interroger sur
les idees rec;ues, et peut-etre a decouvrir des voies d'avenir
plus realistes.
Valery Giscard d'Estaing
Copenhague,
un echec programme
Le 12 Decembre 1997, une ambiance de liesse regnait a Kyoto.
Apres des annees de reunions tenues aux quatre coins du monde,
de discussions serrees, de negociations ardues regroupant des
milliers de participants, un accord etait trouve et la planete allait
etre sauvee. Le « protocole de Kyoto» allait maitriser les emis-
sions du gaz carbonique, Ie CO 2 , run des plus dangereux gaz a
effet de serre. Certes, Ie document etait imparfait, car iI ne
concernait que les pays developpes dont chacun se voyait fixer
un volume d' emissions a ne pas depasser en 2012, mais les pays
riches etaient alors a l' origine de la majorite des emissions de la pla-
nete. Disposant des ressources techniques et financieres necessaires,
it leur reviendrait de mettre au point des solutions permettant de
maitriser les rejets et de montrer ainsi la voie au reste du monde
pour qu'iI ne reproduise pas les errements passes. La planete serait
alors engagee sur la voie du developpement durable et les genera-
tions a venir se trouveraient a l'abri d'un rechauffement climatique
dont les consequences auraient ete dramatiques.
Douze ans plus tard, la realite apparait bien differente. Jamais
les emissions planetaires ne se sont aussi rapidement accrues que
depuis les debuts de I' elaboration du protocole de Kyoto sous
l'egide de I'UNFCCC, l'organisme des Nations unies qui en a la
charge. Elles ont augmente de 43 % depuis 1990 !
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CO 2 un my the p I an eta ire
Que s' est-i I done passe pour qu' en fait rien ne soit change?
Le regard se tourne d'abord vers les pays developpes auxquels
Ie protocole eta it cense s'appliquer. Certains, au premier rang
desquels les Etats-Unis, ont refuse de Ie ratifier bien que I'ayant
initialement approuve. D'autres, comme Ie Canada, r ont fait mais
leurs emissions se sont litteralement envolees. La Russie a traine
les pieds et n'a finalement ratifie Ie traite que tres tardivement,
sans vraiment I'approuver et uniquement sur I'insistance de
I'Union europeenne. En definitive, seule ceUe-ci s' est precipitee
avec enthousiasme pour signer les engagements qu'impliquait Ie
protocole pour chaque pays.
Mais tout ceci n'a eu en definitive guere d'importance, car ce
n' est pas parce qu' un texte est ratifie, ou qu'il ne I' est pas, qu'il
se passe quelque chose. Les habitants des pays developpes ont
continue comme si de rien n'etait ou presque, a se deplacer, a
se chauffer, a s' eclairer et a faire fonctionner leurs industries, tout
simplement parce que leur vie Ie voulait, et I' on serait bien en
peine de mettre en evidence un impact significatif du protocole
de Kyoto sur leurs emissions, que celui-ci ait ete ratifie ou non.
Au total du monde developpe, ceUes-ci ont d'ailleurs peu varie
au cours des annees recentes comme si un plateau etait atteint,
Ie progres technique ayant com pense spontanement la crois-
sance de I' economie.
Si les emissions planetaires ont cru a un rythme sans precedent
au cours des annees recentes, c' est a une toute autre cause
qu' elles Ie doivent, qui tient a I' expansion inattendue des pays
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Copen hague, un echec programme
emergents au premier rang desquels se trouve la Chine. Alors qu'iI
etait clair aux yeux des redacteurs du protocole de Kyoto que
c' eta it aux pays riches qu'il appartenait de fa ire l' effort, Ie pro-
bleme s' est deplace et ce sont desormais les pays emergents qui
sont a l' origine de la majorite des emissions planetaires alors
meme qu'ils n'en sont encore qu'au debut de leur developpe-
mente
II est done apparu tres vite qu'il etait necessaire, si ('on voulait
que les efforts demandes aux pays riches soient d'une quelcon-
que utilite, de tenter de donner une suite au protocole de Kyoto
en reunissant autour de la table I'ensemble des pays du globe,
y compris les geants tels que la Chine et l'lnde, afin, cette fois-
ci, de trouver de vraies solutions pour maitriser les emissions
de la planete. II fut decide que cette reunion se tiendrait a
Copenhague, du 7 au 18 decembre 2009, et les pronostics les plus
divers sur son issue ont alors circule.
Mais, s'il y avait encore un doute, celui-ci a ete leve par les
declarations faites a New York par Ie president de la RepubUque
chinoise, Hu Jintao, le 22 septembre 2009 a I'occasion de la
reunion des Nations unies sur Ie climat qui a precede celie du
G20 a Pittsburgh.
Certes, les propos du president chinois ont ete plutot bien
accueillis. N' a-t-i I pas d it qu'il s' engageait «a ameliorer de
maniere notable l' efficacite energetique de son pays, et de tout
mettre en CEuvre pour que la part des energies renouvelables
- nucleaire compris - atteigne 15 % en 2020 » ?
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CO 2 un my the planetaire
Chacun a loue ce temoignage de bonne volonte. Mais, au-
del de la formulation, iI n' est pas difficile de voir la realite. si
la Chine arrive a produire 15 % de I'energie dont elle aura besoin
en 2020 a l'aide de sources renouvelables, de grands calculs ne
sont pas necessaires pour comprendre que 85 % de celle-ci
continuera a provenir du charbon, du gaz naturel et du petrole,
tous produits grands emetteurs de gaz carbonique, Ie CO 2 dont
la reunion de Copenhague etait censee reduire les emissions.
Et si « I' efficacite energetique » du pays s'ameliore« de maniere
notable », cela signifie sans doute qu'avec un taux annuel de
progression de l'economie de 8 a 10 %, les emissions n'augmen-
teront « que» de 5 a 6 % par an, et doubleront done ou presque
d'ici 2020 1
Des besoins incompressibles
C'est ce qui va se passer. La Chine met en service chaque
semaine une ou deux centrales a charbon de la puissance d'une
centrale nucleaire et a annonce qu' elle continuerait a Ie faire au
cours des annees prochaines. Est-ce pour les laisser inutilisees ?
De meme, la Chine est devenue en 2005 Ie premier producteur
de camions du monde et depuis 2008, Ie premier constructeur
mondial d'automobiles. Est-ce pour laisser ces camions et ces
voitures au garage, alors que la Chine prevoit de doubler a court
terme leur production, qu'elle construit 5 000 kilometres d'auto-
routes par an et que son reseau autoroutier, parti de rien i I y a
15 ans, compte aujourd'hui plus de 50 000 kilometres et depas-
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Copen hague, un echec programme
sera bientot celui des Etats-Unis ? si eUe se dote d'une industrie
aeronautique, est-ce pour laisser les avions au sol ?
Les emissions de CO 2 de la Chine qui representent aujourd'hui
pres du quart de ceUes de la planete vont done ineluctablement
continuer a s' accroitre a vive allure car Ie recours au charbon,
au petrole et au gaz naturel est la condition de la sortie de la
pauvrete du milliard de Chinois qui sont encore confrontes a
ceUe-ci.
Mais les dirigeants chinois sont habiles. Pour masquer cette rea-
lite incontournable, ils ont adopte une strategie efficace. En meme
temps qu'its construisent les centrales a charbon qui leur sont
indispensables et qui seules peuvent vraiment fournir I' electricite
dont ils ont besoin, its se sont fixes com me objectif de devenir les
premiers producteurs mondiaux des energies « renouvelables »
actueUement en vogue. Des aujourd'hui, plus de la moitie des pan-
neaux photovoltaIques du monde se trouvent en Chine, de meme
que les plus grands champs d'eoliennes de la planete. Peu importe
que les uns com me les autres fournissent une electricite aleatoire
sur laqueUe it est impossible de compter, et que leur production
soit souvent incompatible avec Ie reseau electrique existant. Le
but n' est en rien de satisfaire des besoins qui seront couverts par
les centrales a charbon dont Ie rythme de construction reste
inchange, mais de donner une bonne image du pays et de se
procurer des possibitites d' exportation vers les pays qui subven-
tionnent massivement ces « energies renouvelables » aux frais de
leurs contribuables.
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CO 2 un my the planetaire
II est impossible de comprendre ce qui se passe en Chine si I'on
ne sait pas que Ie Parti communiste qui y tient tous les leviers est
entre les mains d'ingenieurs, ce qui est I'une des causes majeures
de la reussite economique exceptionneUe du pays. C'est Ie cas du
president de la RepubUque, du Premier ministre et de leurs prin-
cipaux coUaborateurs qui savent compter et ne sont pas prets a
sacrifier leur developpement national aux modes occidentales
ambiantes. Maitrisant les chiffres et les ordres de grandeur, ils
savent que ce n' est pas Ie cas de la plupart des dirigeants occi-
dentaux, ni celui des apotres des croyances en vogue sur Ie chan-
gement climatique, et qu'iI est facile de les leurrer. L' experience
leur donne raison, et ron ne compte plus ceux qui, tels que I'eco-
nomiste anglais Nicholas Stern connu dans son pays sous I'appel-
lation de «Lord vert», reviennent de Chine en tressant des
louanges a un pays qui n'a jamais construit autant de centrales
electriques, d'usines, de camions et de voitures et dont les rejets
dans I'atmosphere vont necessairement continuer a s'accroitre.
II n'y a guere que I' Agence internationale de I' energie (AlE),
ayant desormais perdu toute independance d' esprit, pour oser
prevoir que les rejets des pays emergents stagneront sans chan-
gement d'ici 2030 a un niveau dramatiquement faible (1,4 tonne
de CO 2 par an et par habitant), ce qui voudrait dire que ceux-ci
ne se developperaient pas et resteraient dans l' etat de misere
qui est aujourd'hui Ie leur (AlE: Wortd Energy Outtook 2009).
Mais, fort heureusement, ce n'est pas cet organisme qui
decide, et iI suffit d'additionner les projets de construction de
centrales electriques des pays qui composent cette grande majo-
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Copen hague, un echec programme
rite de I'humanite pour mesurer I'inanite de telles perspectives,
d'autant plus que beaucoup d'entre eux disposent dans leur sous
sol de reserves abondantes de charbon accessibles a faible couto
II nous faut done regarder la realite en face: les emissions dues
aux pays dits « emergents », c' est-a-dire aux quatre cinquiemes
de I'humanite si on y inclut la Chine, vont continuer pendant tres
longtemps encore a s'accroitre a tres vive allure comme elles Ie
font deja depuis plusieurs decennies, car c' est la condition de la
sortie de la misere et du denuement de leurs populations.
Au nom de quoi Ie monde developpe, qui emet en moyenne
15 tonnes de CO 2 par habitant, aurait-il Ie droit d'imposer aux
pays pauvres de n'en emettre que dix fois moins ?
Comment ne pas voir que 1'« exemple »que nous pouvons leur
donner en reduisant un peu nos propres emissions ne s'applique
pas a eux ?
L'impuissance
du monde developpe
Face a cette realite, que peuvent faire les pays developpes,
qui ne representent plus guere qu'une petite moitie des emis-
sions mondiales ?
Passons rapidement d'abord sur I'Europe. Avec environ un hui-
tieme des emissions planetaires, proportion sans cesse en regres-
sion, elle ne peut avoir aucun impact significatif sur les rejets de
la planete. Meme si elle atteint son objectif officiel de reduction
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CO 2 un my the planetai re
de 20 % de ses emissions de CO 2 d'ici 2020, ce qui est sans doute
inaccessible et lui couterait en tout etat de cause des fortunes
au detriment de son economie et du niveau de vie de ses habi-
tants, I' effet sera it imperceptible au niveau mondial. Quant au
poids de la France, avec moins de 1 % des emissions globales, iI
se passe de commentaires.
si l' on excepte Ie Japon et la Russie, iI reste les Etats-Unis, cou-
ramment montres du doigt pour etre conjointement avec la Chine
les plus gros emetteurs de la planete, ce qui est vrai. Chaque
Americain rejette annuellement dans I'atmosphere une vingtaine
de tonnes de CO 2 contre 10 pour chaque Europeen, France excep-
tee ou les rejets individuels n' excedent pas 6 tonnes. Au total,
comme les Chinois, les Americains sont a I' origine de pres du quart
des emissions de la planete. Mais, contrairement a ce qu'a cru Ie
president Obama lui-meme, la marge de manCEuvre des Etats-Unis
est tres reduite pour des raisons factuelles, ne serait-ce que parce
que les logements y sont en moyenne deux fois plus vastes qu'en
Europe, les distances a parcourir deux fois plus grandes, et Ie cUmat
bien plus rude, ce qui rend indispensable Ie recours a une forte
cUmatisation en ete et a un chauffage puissant en hiver. Qui pour-
rait imaginer de ne chauffer qu'une piece sur deux?
Certes, les voitures americaines consomment trop, et c' est a
juste titre qu'un vaste mouvement de reconversion de I'industrie
automobile est engage pour mettre fin a cette absurdite. Mais ne
nous faisons pas d'illusions. Au total, la marge de manCEuvre est
faible et les emissions americaines ne peuvent guere regresser, ne
serait-ce que parce que plus de la moitie de l' electricite est pro-
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Copen hague, un echec programme
duite outre-Atlantique par des centrales a charbon auxquelles il
sera impossible de substituer d'autres sources avant tres long-
temps.
Le debat n'est done pas politique comme on Ie croit Ie plus
souvent. si Ie president Obama court a un echec certain alors
qu'iI a pris I' engagement de reduire les emissions de son pays,
c'est parce qu'iI s'est laisse circonvenir par des conseillers
irresponsables, au premier rang desquels figure l'ancien vice-
president AI Gore qui n'a pas craint de declarer contre toute
vraisemblance qu'i I etait possible de supprimer les emissions de
CO 2 des Etats-Unis d'ici dix ans, alors que la marge de reduction
ne peut exceder au mieux que quelques points!
Des rideaux de fumee
Les Etats-Unis en sont done reduits, comme la Chine, a masquer
la rea lite. C' est ainsi que Steven Chu, ministre de I' energie du presi-
dent Obama, a annonce en octobre 2009 a Paris lors d'une reunion
de I' Agence internationale de I' energie que les Etats-Unis avaient
I'intention d'investir 80 milliards de dollars dans les energies vertes,
mais s' est bien garde de prendre Ie moindre engagement quant a
une quelconque reduction des rejets de son pays.
Au total, iI serait done illusoire de croire que Ie monde deve-
loppe puisse dans un avenir previsible reduire drastiquement ses
emissions. II peut les maitriser, et sans doute les diminuer mar-
ginalement. Mais ceci n'aura aucune influence significative sur les
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CO 2 un my the planetaire
emissions planetaires, compte tenu de I'acceleration des besoins
des pays emergents qui regroupent I' essentiel de I'humanite et
dont les habitants aspirent legitimement a sortir de la pauvrete
et de la misere comme nous I'avons fait nous-memes avant eux
grace aux energies fossiles que nous avons consommees. Et leurs
besoins sont immenses.
II est pour Ie moins etonnant que cette verite d' evidence et
de bon sens soit ignoree par ceux qui nous gouvernent et qui ne
cessent d'etablir des plans pour reduire les emissions de CO 2 , en
meme temps qu'ils encouragent les forages destines a trouver
du petrole et du gaz naturel, et constatent sans reagir I'ouverture
de mines de charbon un peu partout sur la planete.
La confusion qui regne dans les esprits ne saurait etre mieux
illustree que par Ie cas de la Norvege. Ce sympathique pays nor-
dique s'est fixe comme objectif d'etre exemplaire et de reduire
drastiquement ses emissions de CO 2 , et chacun I' en felicite. Mais
chacun sait aussi que la Norvege est I'un des grands producteurs
mondiaux de petrole et de gaz naturel, et elle n'a nullement I'inten-
tion de reduire leur extraction, mais de I'accroitre dans to ute la
mesure du possible. Or la combustion de ce petrole et de ce gaz
naturel degage ailleurs sur la planete bien plus de CO 2 que tout
ce que la Norvege emet sur son territoire 1 si les Norvegiens vou-
laient vraiment lutter contre les emissions de CO 2 , iI n'y aurait
qu'une solution: fermer leurs puits de petrole et de gaz naturel...
Mais iI n'en est evidemment pas question. A lui seul, cet exemple
dit tout. On ne peut pas en meme temps vouloir reduire les emis-
sions de CO 2 et extraire du sol en quantites sans cesse croissantes
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Copen hague, un echec programme
les produits qui en sont a I' origine. La Palice en eut dit autant. Le
monde n'est qu'une grande Norvege...
La hausse du cours du baril a d'ailleurs entraine depuis 2007
une frenesie de forages qui se sont traduits par plus de
200 decouvertes de gisements de gaz et de petrole. En definitive,
il est clair que les rejets de CO 2 de la planete d' origine humaine
vont ineluctablement continuer a s'accroitre, et que les pays
develop pes, contrairement a ce qu'ils croient, ne peuvent avoir
d'influence significative sur Ie volume des emissions pla-
netai res.
La verite que nous
nous refusons a voir,
c'est que nous n'y pouvons rien!
Combien de temps faudra-t-il encore attendre pour que ceux
qui dirigent notre planete reconnaissent cette verite de bon sens
et abandonnent I' objectif utopique de reduction des rejets pla-
netaires qu'ils se sont fixes?
N'y aurait-il vraiment parmi eux personne qui sache compter
et soit capable d'additionner les productions previsibles de
I'lnde, de la Chine, du reste de I' Asie, de I' Afrique et de l' Amerique
latine pour s'en rendre compte? Les chiffres ne constituent-ils
pas Ie seul moyen avere de contrer le« politiquement correct» ?
Le bon sens aurait-il definitivement disparu ?
17
CO 2 un my the planetai re
A partir du moment ou Ie caractere ineluctable de I'evolution
des emissions sera enfin admis, les debats sur leur role a I' egard
des variations climatiques perdront evidemment beaucoup de
leur acuite. Mais ce n' est pas une raison pour ne pas s'interroger
et se poser une question qui figure depuis de nombreuses annees
aux premiers rangs de I' actualite.
*
* *
Le changement climatique
est-il d'origine humaine ?
Les emissions mondiales vont done continuer a s'accroitre
rapidement et la concentration de CO 2 dans I'atmosphere tres
probablement doubler au cours du siecle qui s' ouvre. En resul-
tera-t-i I alors les catastrophes que I' on nous annonce chaque
jour? Le climat va-t-il en etre deregle, la Terre se rechauffer dan-
gereusement, les glaciers fondre, la mer monter et submerger des
pays entiers comme on nous Ie repete a satiete ?
Le mythe de l'unanimite
Nous devrions Ie croire sans hesitation s'iI n' existait un fait
troublant. Ceux qui nous annoncent I'apocalypse nous affirment
18
Copen hague, un echec programme
pour lever toute reticence que « la communaute scientifique est
unanime ». Or c' est inexact et ce constat jette a lui seulle doute
sur tout Ie reste.
La communaute scientifique est profondement divisee. II
existe de par Ie monde des milliers de scientifiques qui affirment
que rien n' est prouve quant a I'influence du CO 2 sur Ie climat, et
ils ont pour cela des arguments frappants.
J'ai assiste en mars 2009 a un congres mondial qui s'est tenu
a New York, au cours duquel plus de 50 scientifiques de haut
niveau en provenance des meilleures universites du monde sont
tous venus dire qu'il n'y avait aucune preuve qu'il y ait un lien
significatif entre Ie CO 2 et Ie climat (voir sur Internet: Climate
Change Conference, New York, March 2009). Une petition en
ce sens a meme ete signee par plus de 30 000 scientifiques
americains (Oregon Petition). Le site Internet franc;ais « pen see
unique» recense plus d'une douzaine d'autres demarches ana-
logues dans differents pays, cautionnees par des centaines de
scientifiques.
II existe d'ailleurs dans Ie monde des dizaines d' ouvrages qui
denoncent les certitudes officielles et montrent q'ue I'influence
de I'activite humaine sur la determination du climat n' est en rien
une certitude, fort heureusement pour notre avenir et celui de
nos enfants.
L'un des plus recents d'entre eux (Nouveau voyage au centre de
ta Terre, Odile Jacob 2009) vient de paraitre en France sous la plume
19
CO 2 un my the planetaire
de Vincent Courtillot, directeur de I'Institut de physique du globe,
membre de plusieurs academies des sciences, dont iI est difficile de
contester la competence scientifique. II y montre que rien n' est
prouve, et met en evidence Ie mur auquel se heurtent tous ceux qui
osent mettre en doute les theses officielles.
II rappelle surtout dans ses recentes interviews quelques faits
surprenants :
« Pour verifier que la temperature moyenne du globe baisse
depuis 1988, iI suffit d'aller sur Ie site web de I'agence meteo
britannique (MET) et des autres laboratoires qui fournissent les
principaux indicateurs utilises par Ie GIEC des Nations unies. Au-
dela d'une importante variabilite naturelle, on constate que la
temperature baisse bien depuis dix ans...
5' agissant de I' evolution depuis 1900, on s' aperc;oit aussi que I' evo-
lution de la temperature n' est pas exponentielle, et ne ressemble
en rien a la courbe du CO 2 .
En revanche, on peut penser que Ie soleil joue un role
majeur que nous avons tous sous-estime. Qu'a fait Ie Soleil
au cours du XIX e siecle ? Son activite a monte de 1900 a 1930,
descendu de 1930 a 1970, monte a nouveau de 1970 a 1998, et
regresse depuis dix ans, et notre astre semble aujourd'hui ren-
tre dans une periode de calme extraordinaire... Nous savons
qu'une correlation ne demontre rien, mais Ie fait est que la
courbe des temperatures ressemble plus a la variation du
Soleil qu'a celie du CO 2 . »
20
Copen hague, un echec programme
Lorsqu' on lit ces declarations d'un de nos scientifiques les plus
reconnus, on peut, sans prendre parti, en conclure que Ie debat
sur les causes des modifications du climat est loin d' etre clos
contrairement a ce que nous entendons partout, et surtout qu'iI
n'y a aucune unanimite des scientifiques.
On oublie I' essentiel
Mais, si ce debat a pris la virulence qu' on lui connait
aujourd'hui, c' est qu'iI s'inscrit dans un contexte beaucoup plus
large, celui de la responsabilite de l'homme a l' egard de l' evolu-
tion de notre monde qui est uniformement presentee comme
etant dramatique et devant nous mener a la catastrophe si rien
ne change.
Cette maniere de voir est entretenue par d'innombrables
livres, films, articles, de'clarations qui jettent sur notre humanite
un regard de plus en plus sombre, incitent au pessimisme notre
jeunesse, et nous predisent I'apocalypse pour les generations
futu res.
Je ne partage en rien cette maniere de voir qui fait soigneu-
sement Ie tri entre les faits pour ne retenir que ceux qui ignorent
I' essentiel. De 1900 a 2000, en un seul siecle, l' esperance de vie
dans les pays pauvres, c'est-a-dire pour les quatre cinquiemes de
l'humanite, a presque triple, passant de 27 a 65 ans. Derriere la
froideur de ces chiffres se cache un bouleversement sans prece-
dent dans I'histoire car la majeure part de cet incroyable progres
21
CO 2 un my the planetaire
tient a la chute de la mortalite infantile. Alors que deux enfants
sur trois mourraient autrefois en bas age, iI s'agit aujourd'hui de
beaucoup moins de un sur dix.
Les chiffres prennent alors une tout autre signification
lorsqu' on sait les lire. lis signifient tout simplement qu'au cours
du xx e siecle, ptus d'un mittiard de meres n'ont pas connu la dou-
leur de devoir porter en terre leur bebe, leur petit garc;on ou leur
petite fille. Ptus d'un mittiard de mamans et autant de papas.
Et Ie progres continue a une allure a peine croyable du fait
notamment de la fondation de Bill Gates qui contribue a gene-
raliser la vaccination infantile, a tel point que la rougeole est tout
simplement en train de disparaitre en quelques annees de la sur-
face du globe. Depuis I'an 2000, Ie nombre des enfants qui dece-
dent chaque annee avant I'age de 5 ans a regresse a nouveau de
quatre millions 1
Je veux bien ensuite qu'on m'explique que nous vivons dans
un monde qui va de mal en pis, et que nous laisserons a nos
enfants - qui incidemment vivront au lieu d'etre morts - un uni-
vers catastrophique. Je ne veux evidemment aucun mal aux plan-
tes, aux baleines, aux oiseaux, ou aux ours blancs qui d'ailleurs
se multiplient a vive allure depuis que leur chasse a ete interdite,
leur nombre etant passe de 8 000 a plus de 20 000 depuis vingt
ans contrairement a ce qu'on lit partout. Mais personne ne me
fera croire que c' est la I' essentiel a cote de la douleur de parents
qui perdent leurs enfants. Aurions-nous, habitants des pays
riches, Ie monopole de I'amour maternel et de la souffrance ?
22
Copen hague, un echec programme
Un cercle vertueux
La chute de la mortalite des enfants nous entraine par ailleurs
dans un cercle vertueux.
Dans tous les pays du monde, des qu'elles se rendent compte
que leurs enfants ne meurent plus, les femmes reduisent massi-
vement Ie nombre des naissances. L'evolution est Ie plus souvent
brutale. II y a trois decennies, les Marocaines avaient pres de sept
enfants en moyenne. Elles en ont aujourd'hui a peine plus de
deux. Quant aux Tunisiennes, eUes ont maintenant moins
d'enfants que les Franc;aises. Et Ie mouvement est mondial.
Contrairement aux idees rec;ues, nous assistons a un effondre-
ment demographique a I' echelle de la planete.
La seule exception significative est encore r Afrique « subsa-
harienne », mais la aussi I' evolution vers la maitrise des naissances
est engagee et s'accelere en commenc;ant par les pays cotiers.
La fondation Bill Gates y contribue. Celui-ci a reuni au debut de
2009 Ie cercle des milliardaires qui I'accompagnent dans son
CEuvre humanitaire mondiale, et les a convaincus d' etendre Ie
champ d'action de sa fondation a la maitrise de la demographie
dans les pays qui en ont encore besoin. II est en effet inutile
d' esperer sortir de la pauvrete si Ie taux de natalite demeure voi-
sin de six ou sept enfants par femme alors que la mortalite infan-
tile est jugulee.
Adeptes de Malthus, ceux qui agitent Ie spectre d'une planete
surpeuplee et incapable de nourrir ses habitants sont done
contredits par les faits.
23
CO 2 un my the pianeta i re
Mais Ie progres ne se manifeste pas seulement en termes de
demographie. II touche aussi notre environnement, les forets, les
rivieres, l'air que nous respirons, ce que nous mangeons, avec les
consequences que l' on connait sur la longevite. Certes, les ame-
liorations de l'environnement concernent d'abord les pays riches.
C' est ainsi qu' en France les mers qui nous entourent et qui etaient
souvent plus que douteuses. II y a quelques decennies sont
desormais depolluees et ont retrouve une purete qu'elles avaient
perdue. II en est de meme de plus en plus pour nos lacs et nos
rivieres. Les saumons remontent la Loire et la Seine et trente
especes de poissons ont ete recensees a Paris contre quatre ou
cinq iI y a cinquante ans.
Mais tout ceci coute tres cher et ne pourra etre accessible
que bien plus tard aux pays les plus pauvres, qui ont aujourd'hui
comme priorite la sortie de la misere de leurs peuples, comme
ce fut Ie cas pour nous autrefois. Mais, lorsque leur niveau de
vie Ie permettra, iI n'y a aucune raison pour qu'ils ne suivent
pas la meme voie. Bien sur, tout ne peut etre acquis en un jour,
ni meme en une generation, encore que la Chine, l'lnde, I'lndo-
nesie, Ie Bresil et de multiples pays connaissent des evolutions
d'une rapidite que nul n'aurait pense possible et commencent
eux aussi a agir dans Ie sens voulu pour ameliorer leur environ-
nement local.
Quant aux ressources de la planete, leur epuisement n'est pas
pour demain. Le chapitre III de ce livre montrera comment la
consommation moyenne des voitures est en train de passer de
24
Copen hague, un echec programme
10 litres a 1 litre aux cent kilometres de telle sorte que les Chinois
- et les autres - pourront en beneficier. Alors pourquoi ne parler
sans cesse que de ce qui ne va pas, et jamais de ce qui va bien
et l' emporte de beaucoup ?
Les sources
de la desinformation
Pour revenir a I' evolution du climat, que faut-il en definitive
penser de la responsabilite des emissions de CO 2 a son egard
dont on nous dit partout qu' elle est etablie et que nous courons
a la catastrophe si rien ne change? Serons-nous victimes des dra-
mes qui nous sont quotidiennement annonces ?
A priori, Ie doute n'est pas permis, puisque cette affirmation
trouve sa source dans les plus hautes autorites politiques et
morales de la planete. Elle emane tout d'abord des Nations
unies, et plus precisement de trois organismes qui leur sont rat-
taches :
- l'lntergovernemental Panel on Climate Change (IPCC) connu
en franc;ais sous Ie nom de Groupe d'experts intergouvernemen-
tal sur l' evolution du climat (GIEC) aujourd'hui dirige par un
Indien, Rajendra Pachauri ;
- la convention-cadre (UNFCCC), responsable du pro-
tocole de Kyoto et de la reunion de Copenhague censee lui
donner une suite, et que dirige un diplomate hollandais, Yvo
de Boer;
25
CO 2 un my the planetaire
- Ie United Nations Environment Programme (UNEP), qui est
en quelque sorte Ie ministere de I'Environnement des Nations
unies, et dont Ie responsable est actuellement Achim Steiner, un
diplomate allemand.
Ce sont ces trois organismes qui, travaillant de concert sous
(' egide du secretaire general des Nations unies, actuellement Ie
sud-Coreen Ban Ki-moon, forgent ('opinion mondiale. Le plus
connu d' entre eux, Ie GIEC, a rec;u Ie prix Nobel de la paix, conjoin-
tement avec ('ancien vice-president des Etats-Unis AI Gore.
sous I'influence des messages identiques transmis par ces
organismes et leurs responsables, les chefs d'Etat de la planete,
unanimes, ont a leur tour adopte la vision catastrophiste de
I'evolution a venir de la planete que nous connaissons.
lis I' ont d'abord fait dans Ie cadre du G8 qui reunit les huit
pays developpes les plus puissants de la planete, puis du G20
qui compte notamment parmi ses membres la Chine, ('Inde et
les autres grands pays emergents. Tout Ie monde est done
d' accord : la planete est en tres grave danger.
Face a une telle unanimite, une question vient alors a ('esprit.
Est-il possible que les Nations un is et leurs emanations qui se
targuent de I'accord unanime de mUliers d'experts et sont hono-
rees d'un prix Nobel aient tort? Est-it possible que les chefs
d'Etat de tous les pays de la planete ou presque et les milliers
de conseUlers qui entourent ceux ci se trompent ? A ('evidence,
ce n' est pas credible.
26
Copen hague, un echec programme
Ce n'est pas credible, mais c'est pourtant vrai. Pour s'en per-
suader et comprendre comment nous avons pu en arriver la, iI
faut se reporter au document de base qui fonde les croyances
mondiales en vogue et qui est Ie rapport d'evaluation ou
« Assessment Report» publie tous les cinq ou six ans par Ie GIEC
(en 1990, 1995,2001 et 2007) et plus precisement de son« Resume
a ('intention des decideurs » qui est Ie seul texte qui soit lu en
pratique. On s'aperc;oit alors qu'j( s'agit de documents qu'j( ne
faut pas hesiter a qualifier de mensongers.
Ceux-ci sont tout d'abord presentes comme etant Ie resultat
des travaux de 2 500 experts unanimes, de telle sorte que seuls
des irresponsables peuvent les mettre en doute. Or c'est dou-
blement faux.
Tout d'abord, comme on I'a vu, j( n'y a aucune unanimite. On
ne compte plus les dizaines de scientifiques qui ont demissionne
des groupes de travail du GIEC lorsqu'ils ont constate qu'j( n'etait
tenu aucun compte de leurs conclusions dans Ie « Resume a
I'intention des decideurs» et qu' on leur faisait cautionner Ie
contraire de ce qu'ils disaient. On peut par exemple en trouver
une liste de plus de cinquante noms sur Ie site Internet franc;ais
« Le changement climatique est-il d' origine humaine ? ».
Parmi eux figure par exemple Richard Lindzen, I'un des
meilleurs climatologues mondiaux, titulaire de la chaire de cli-
matologie du prestigieux MIT et qui clame depuis des annees
que Ie CO 2 n'a aucunement ('influence qu'on lui prete et I'a
27
CO 2 un my the planetaire
encore affirme avec des arguments nouveaux dans des publi-
cations recentes. Mais i I y en a beaucoup d' autres, parmi les-
quels figurait un eminent professeur franc;ais, Marcel Leroux,
titulaire de la chaire de climatologie de I'universite de Lyon III,
directeur du laboratoire de climatologie du CNRs, malheureu-
sement decede recemment, mais dont I'ouvrage Gtobat War-
ming, Myth or Reatity reste d'actualite et fait toujours
reference.
Le climat et les moustiques
Une anecdote peut illustrer Ie mode de fonctionnement du
GIEC. II y a quelques annees, I'hypothese fut emise que Ie
rechauffement climatique ne pouvait manquer d'avoir une
influence nefaste sur I' expansion du paludisme en favorisant la
multiplication des moustiques qui Ie transmettent. C' etait la un
argument nouveau pour les tenants de la vision officielle et nega-
tive des choses, sur lequel les responsables du GIEC se precipi-
terent done avec enthousiasme.
Pour conduire les travaux correspondants ils chercherent un
specialiste inconteste, et Ie senat americain leur proposa Ie nom
de Paul Reiter. Paul Reiter, de nationalite britannique, est Ie chef
du departement « Insectes et Maladies infectieuses » a I'lnstitut
Pasteur a Paris, et a etudie pendant des dizaines d'annees Ie palu-
disme auquel il a consacre pres d'une centaine d'articles qui font
reference dans Ie monde entier.
28
Copen hague, un echec programme
Paul Reiter fut done contacte jusqu'au moment ou iI n' entendit
plus parler de rien, avant de decouvrir que Ie GIEC avait choisi
pour traiter de ('influence eventuelle du rechauffement climati-
que sur Ie paludisme deux« experts» inconnus qui n'avaient pra-
tiquement rien publie sur Ie sujet.
Que s' etait-il done passe? L' explication est simple. Les mem-
bres du comite de direction du GIEC s'etaient rendu compte en
parcourant les articles de Paul Reiter que celui-ci avait montre
que Ie paludisme n' etait en rien lie a la temperature mais a la
presence de marais, celle-ci entrainant la proliferation des mous-
tiques. Au x,x e siecle comme au cours des siecles precedents, Ie
paludisme etait tres repandu en Angleterre ou i I constituait un
veritable fleau dans les zones humides qui ne manquent pas
Outre-Manche, alors qu' evidemment la temperature n'y a rien
de tropical 1
Telle a ete la cause de I'eviction des travaux du GIEC du
meilleur specialiste mondial de cette maladie au profit des deux
inconnus a (' echine sans doute plus souple.
Et iI ne faut pas s'etonner de voir dans Ie film d'AI Gore qui
lui a valu d' etre co-laureat du prix Nobel une sequence ou ('on
voit des nuees de moustiques repandre Ie paludisme dans Ie
monde, consequence supposee parmi d'autres du rechauffement
climatique.
L'histoire ne s'arrete pas la. La reputation internationale de
Paul Reiter est telle que Ie GIEC continua a Ie faire figurer sur la
29
CO 2 un my the planetaire
liste des experts censes cautionner ses points de vue 1 II a fallu
que ('interesse menace d'attaquer les Nations unies en justice
pour qu'enfin son nom soit retire de celle-ci. Tout ceci pourrait
paraitre invente si chacun ne pouvait consulter sur Internet les
depositions sous serment de Paul Reiter devant les Parlements
britannique et americain ou iI relate en detail Ie comportement
du GIEC. II est egalement possible de ('interroger directement
puisqu'iI habite et travaille a Paris.
Un processus verrouille
Des anecdotes teHes que celles-ci abondent et iI ne faudrait
pas croire que Paul Reiter soit une exception. Ceci ne fait qu'illus-
trer Ie processus de fonctionnement du GIEC tel qu'iI a ete conc;u
des I'origine pour que tout soit maitrise d'une maniere qu'on peut
qualifier de professionnelle. II faut dire que Ie GIEC resulte a I' ori-
gine d'une initiative commune du departement de I'Environne-
ment des Nations unies qui cherchait une raison d'etre, et de
Greenpeace dont chacun connait ('engagement. Ceux-ci ne lais-
serent rien au hasard, et continuent encore aujourd'hui de tout
verrouiller, comme en temoigne Ie processus d'elaboration des
rapports d' evaluation qui forgent ('opinion mondiale et dont cha-
cun peut consulter Ie mecanisme sur Ie site Internet de I'orga-
nisme.
On y voit que les responsables des instances dirigeantes du
GIEC commencent par se reunir pour definir les outtines, c'est-
a-dire les « conclusions» du rapport qui sera publie cinq au six
30
Copen hague, un echec programme
ans plus tarde Les experts sont ensuite soigneusement selection-
nes en fonction de leur adhesion aux conclusions predetermi-
nees, et ceux qui ne les approuvent pas - tels que Paul Reiter
ou Richard Lindzen - sont evinces, ce qui veut dire incidemment
qu'ils ne beneficient pas des multiples et volumineux credits
d'etude que distribue genereusement Ie GIEC a tous ceux qui par-
tagent ses vues. Puis, tout au long de son elaboration, Ie rapport
est sans cesse controle pour aboutir a un document pleinement
conforme a ce qui avait ete decide quelques annees plus tot,
quitte a ce qu'iI travestisse la realite comme en temoigne par
exemple Ie dernier d' entre eux.
La montee des eaux,
danger imaginaire
Celui-ci (Assessment Report N° 4) publie en 2007 place I'ele-
vation du niveau de la mer au premier rang des arguments sus-
ceptibles de frapper I'opinion mondiale et de conforter celle-ci
dans une vision catastrophique des choses. Or, quand on prend
connaissance des chiffres, iI apparait immediatement que cet
argument n' aurait jamais figure dans un rapport honnete. L' ele-
vation du niveau des mers n'a pas de passe 18 centimetres au
cours du xx e siecle, et Ie GIEC lui-meme prevoit que Ie rythme
sera sans doute du meme ordre de grandeur au xx Ie, la hausse se
chiffrant par exemple a 3 millimetres par an, c' est-a-dire 3 cen-
timetres tous les dix ans ou 10 centimetres en trente ans. Et une
elevation aussi faible ne peut avoir aucune consequence grave.
31
CO 2 un my the planetaire
Car, a I'evidence, aucune terre n'a comme altitude zero 1 Les
pays les plus plats eux-memes dominent la mer d'au moins 4 a
5 metres, sinon ils seraient balayes a la premiere tempete, les
vagues de forte amplitude etant frequentes sur tous les oceans
du monde ! Autrement dit, une hausse de quelques centimetres
tous les dix ans du niveau moyen de la mer ne peut avoir aucun
effet perceptible.
Et bien entendu, aucune lie, aucun delta, aucune terre, n' a
jamais disparu et ne disparaitra du globe du fait d'une- elevation
du niveau des eaux aussi derisoire en comparaison des 120 metres
de hausse enregistres a la fin de la derniere ere glaciaire.
II n'empeche. Le my the antique du deluge fait toujours
recette. Le document de base du GIEC consacre des pages
entieres a repandre la terreur en faisant croire a des pays
entiers qu'ils sont menaces. II n'y a plus alors aucune limite a
la desinformation. Dans une interview d'anthologie dont cha-
que ligne est une contreverite, a commencer par ('affirmation
de l'unanimite de la communaute scientifique, Ie president du
GIEC, Rajendra Pachauri, n'hesite pas a affirmer que les
«megadeltas ou se trouvent des vi lies com me Shanghai,
Calcutta et Dacca et les petits etats insulaires sont extreme-
ment vulnerables a la montee du niveau de la mer» (Le Figaro
du 29 juin 2009) 1
II faut dire qu'iI est modere a cote du secretaire general des
Nations unies Ban Ki-moon, qui, lors d'une visite en Arctique en
octobre 2009, a tellement agite Ie spectre des inondations dues
32
Copenhague, un echec programme
a la fonte des glaces que la presse a relate qu'un quart de la popu-
lation mondiale eta it menace par celles-ci. Pourquoi pas la moi-
tie ou les trois quarts alors que la verite, c' est que personne n' est
menace de rien ?
Les deux autres responsables du quatuor de choc de la desin-
formation onusienne, Yvo de Boer et Achim Steiner en rajoutent
chaque fois qu'ils peuvent. Et c;a marche 1
Cela marche si bien qu'une quarantaine d'Etats, se croyant sous
la menace d'une disparition imminente du fait de la montee des
eaux se sont associes pour creer l' AOsis (Association of Small
Island States). L' AOSIS regroupe 43 Etats et pays observateurs,
issus de tous les oceans et regions du monde : Afrique, Carai"bes,
ocean Indien, Mediterranee, Pacifique et mer de Chine du Sud.
Trente-sept sont membres des Nations unies dont ils represen-
tent 20 % de I' effectif. Comme toutes les autres instances
CEuvrant dans Ie domaine de l' ecologie, ils se reunissent regulie-
rement aux quatre coins du monde et emettent alors des sup-
pliques aux grands de la planete afin que ceux-ci changent leur
comportement pour leur epargner une montee des eaux qui ne
manquerait pas de les submerger. Lorsqu' on lit ces declarations,
on est stupefait de constater que, selon toute probabilite, les
representants de ces lies sont vraiment convaincus de l' existence
de ce risque imaginaire.
II y a mieux. Chacun a pu lire que Ie mouvement etait en mar-
che et qu'une lie du Pacifique repondant au nom de Tuvalu avait
deja disparu de la carte. On ne compte plus ceux qui en sont
33
CO 2 un my the planetaire
certains. Or iI suffit de consulter Internet pour constater que I'ile
de Tuvalu - qui existe bien - se porte comme un charme, son
principal souci etant la proliferation des rats noirs qui I' envahis-
sent, et nullement une quelconque variation du niveau de
I' ocean.
Le my the est si bien etabli que I'ADEME, organisme officiel du
ministere de I'Environnement franc;ais fonctionnant sur fonds
publics, distribue dans notre pays aux enfants des ecoles des
depliants ou I' on voit les pauvres habitants de Tuvalu accroches
a des palmiers avec de l'eau jusqu'a la ceinture ce qui, au rythme
actuel de montee des eaux, ne pourrait se produire avant plu-
sieurs milUers d' annees. Et ce qui est vrai pour Tuvalu I' est tout
autant pour les Maldives, la Barbade et tous les autres membres
de I'AOSIS. Les Nations unies ont ainsi reussi a transformer en
peur planetaire un danger imaginaire.
Les consequences en sont parfois cocasses. Le 18 octobre 2009,
Ie president des Maldives mettait en CEuvre une premiere incon-
testee. Apres six mois d' entrainement, iI reunissait devant les
representants de la presse mondiale et au milieu des poissons son
Conseil des ministres au grand complet a plusieurs metres de pro-
fondeur, chacun etant equipe d'un scaphandre et de bouteilles
de plongee. II entendait ainsi illustrer Ie danger de submersion
dont etait menace son pays, en omettant toutefois de preciser
qu'au rythme actuel de montee des eaux, celui-ci ne pourrait se
materialiser avant plusieurs millenaires 1 Mais les images firent Ie
tour du monde, et I' on ne peut que s'incliner devant Ie sens de
la communication de ce chef d'Etat original, qui en profita acces-
34
Copen hague, un echec programme
soirement pour demander que ('aide internationale dont benefice
son pays soit dOment accrue pour fa ire face au danger...
Les croyants
On ne pourrait comprendre de telles aberrations si ('on ne
savait que ceux qui font ('opinion publique et dont les noms sont
cites ci-dessus reunissent deux caracteristiques majeures: ils
sont pour la plupart aussi incompetents que persuades de ce
qu'Hs disent. Les Anglo-Saxons les appellent des betievers.
Qu'ils n'aient pas de competence scientifique ne fait aucun
doute ! Aucun d'eux n'a de pres ou de loin la moindre reference
dans Ie domaine du climat. Ban Ki-moon, Ivo de Boer et Achim
Steiner sont des diplomates et Rajendra Pachauri se proclame eco-
nomiste. Comme beaucoup d'autres, its itlustrent la citation de
Montaigne : « Moins une chose est connue, plus on y croit avec
ferveur. » La seule chose qu'its puissent faire, c' est alors de repeter
ce qu'its entendent en provenance notamment des instances diri-
geantes du GIEC.
Or les organes dirigeants du GIEC ne sont pas majoritairement
composes d'experts, contrairement a ce que chacun croit, mais
de representants des gouvernements. Comme son nom I'indique,
H ne s'agit pas d'une instance « internationale », mais « intergou-
vernementale », c' est-a-dire chargee de representer la position
des 180 gouvernements qui la composent et non d'etablir une verite
scientifique. Nous vivons done une epoque curieuse, ou ce sont
35
CO 2 un my the planetaire
de faux scientifiques qui forgent ('opinion d'a-scientifiques qui
n'y comprennent rien. II ne faut pas alors s' etonner si ces derniers
confondent allegrement les kilowatts et les kilowattheures, ou
les centimetres et les metres quand ils parlent du niveau de la
mer.
D'ailleurs, si Ie GIEC a rec;u un prix Nobel, celui-ci n'a pas
la moindre valeur scientifique, contrairement aux prix Nobel
de chimie, de physique, de medecine ou d'economie. II s'agit
d'un Prix Nobel de la paix, identique a celui qui vient d'etre
decerne au president Obama avant meme d'ailleurs que celui-
ci ait fait ses preuves. Les membres du jury du prix Nobel de
la paix veulent sans doute bien faire, ou peut-etre tout sim-
plement faire parler d'eux. Mais iI n'y en a evidemment pas
un seul qui ait la moindre competence en matiere de chan-
gement climatique.
La certitude de bien faire de la part de ceux qui n'y connais-
sent rien est alors repandue dans tous les pays. II suffit de lire
les declarations de Michel Rocard, charge par Ie gouvernement
franc;ais de faire des recommandations sur Ie niveau souhaitable
de la taxe carbone qui est d'ailleurs parfaitement incapable en
tout etat de cause d'avoir la moindre influence sur les ema-
nations de la planete. L'ancien Premier ministre de Franc;ois
Mitterrand n'a-t-il pas declare: « Quand on emet du gaz car-
bonique, on diminue la protection de l' effet de serre, et la pla-
nete se transforme en poele a frire. C' est terrifiant.» II
confondait ainsi CO 2 et ozone. Or la couche d'ozone, epaisse
de quelques centaines de metres et dont la disparition tempo-
36
Copenhague, un echec programme
raire inquiete - c' est Ie fameux « trou » - n'a rien a voir avec
Ie CO 2 , present partout dans I'atmosphere et dont c'est au
contraire I'abondance qui suscite les craintes. Confondre Ie CO 2
et I'ozone (0 3 ) vaudrait un zero a un eleve de troisieme et pre-
terait a sourire s'il ne s'agissait de taxer nos compatriotes et
nos entreprises a hauteur de plusieurs milliards d'euros par an
qui viendront entraver notre economie.
II est vrai qu'iI y a plus ridicule encore. L'un des conseillers
d'une des fondations ecologiques les plus mediatiques de notre
pays n'a-t-il pas declare: « Pretendre que les activites humaines
n'ont aucune responsabilite dans I'actuel rechauffement clima-
tique est une absurdite. Alors que la concentration atmospheri-
que de CO 2 augmente, celie de O 2 diminue, c;a s'appelle une
combustion et c;a s'apprend au lycee.» Autrement dit, nous
allons mourir asphyxies, faute d' oxygene 1
II faut nous rendre a I' evidence. Nous vivons dans un monde
ou ce sont les incompetents qui ont aujourd'hui la parole alors
que les veritables scientifiques n'arrivent pas a se faire entendre.
Les travestissements
des Nations unies
Mais Ie GIEC ne travestit pas seulement la verite quand iI parle
de I'ocean. Aussi invraisemblable que cela paraisse, il n'hesite pas
a aller encore plus loin dans la voie de la desinformation.
37
CO 2 un my the planetaire
Chacun sait que Ie climat terrestre a connu des fluctuations
sensibles au cours du dernier millenaire. Aux alentours de I'an
mille, notre planete etait plus temperee qu'aujourd'hui a tel point
que les Vikings qui decouvrirent Ie Groenland y trouverent des
paysages verdoyants qui lui donnerent son nom (Green tand). lis
y vecurent ensuite trois siecles, y semant du ble, y elevant du
betail, et y laissant des ruines encore visibles de nos jours. Cette
periode qui nous permit aussi de construire nos cathedrales est
connue des specialistes du climat sous Ie nom «d'optimum
medieval ».
Les choses changerent ensuite a partir du xv e siecle et Ie climat
devint beaucoup plus ingrat pendant plusieurs siecles. La mer
gelait a l' epoque de Louis XIV et il fut possible de traverser la
Seine sur des blocs de glace chaque hiver ou presque jusqu'au
milieu du XIX e siecle. Cette periode difficile est connue sous Ie
nom de « petit age glaciaire ». Bien entendu, Ie GIEC connait par-
faitement cette evolution qui est confirmee par des dizaines
d' etudes concord antes, et iI publia a juste titre en 1990 en tete
de son premier « Assessment Report» la courbe de variation de
la temperature terrestre au cours du dernier millenaire qui
recueille ('accord de tous les scientifiques et est confirmee par
une centaine d' etudes distinctes.
Mais cette courbe presentait aux yeux de ceux qui veulent
demontrer que c'est I'activite humaine qui determine Ie climat
et non la nature un inconvenient majeur: iI est evidemment
impossible d'attribuer aux hommes Ie rechauffement survenu aux
38
Copenhague, un echec programme
alentours de I'an mille. Les responsables du GIEC chercherent
alors, selon I' expression de I'un d' entre eux, « comment se debar-
rasser de I' optimum medieval ».
Apres de longues recherches, ils trouverent une etude qui ana-
Iysait, non pas I' evolution de la temperature, mais la croissance
des anneaux d'une espece d'arbres de 1'0uest americain, et qui
ne mettait pas en evidence de variation particuliere aux alentours
de I'an mille, mais, en revanche, une acceleration depuis une cin-
quantaine d'annees. II n'y a la rien d' etonnant puisque la crois-
sance des arbres depend beaucoup plus de la teneur en gaz
carbonique de I'atmosphere que de la temperature.
Les responsables du GIEC firent semblant de ne pas Ie savoir
et publierent alors en 2001 dans leur troisieme « Assessment
Report» une courbe de la variation supposee de la tempera-
ture terrestre depuis miUe ans uniquement fondee sur cette
seule etude, et ou ne figurait plus I'optimum medieval. Contre
to ute decence, ils ont ose dire qu'iI n'y avait pas eu de rechauf-
fement aux alentours de I'an mille (fig. B). Disparu aussi, Ie petit
age glaciaire 1 La courbe de I' evolution supposee de la tem-
perature terrestre mettait au contraire en evidence un rechauf-
fement brutal depuis cinquante ans, en plein accord avec la
theorie de I'influence de l'homme sur Ie climat. Connue sous
Ie nom de « hockey cross» du fait de sa forme evoquant une
crosse de hockey, cette courbe suffit a eUe seule a prouver
jusqu'ou peut aUer I'ideologie. Elle fut immediatement quali-
fiee par tous les scientifiques serieux de« courbe de la honte ».
Ce faisant, Ie GIEC contredisait d'ailleurs entierement la
39
CO 2 un my the pianetaire
courbe, exacte quant a elle, qu'iI avait publie dans son premier
rapport.
Fig. A
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Voriotion de 10 temperature terrestre
depuis I'on 7000 d'opris 10 GIEC
Version 1990 (premier rapport)
(c)
Petit age de glace
Rechauffement
medieval
1000
1500
ANNEES
1900
Fig. B
Version 2001 (troisieme rapport)
1,0
0,5
- 0,5
o ................. ...................................... ......... .................. ............... .................. ............ .............. ........... ...... n.... ............................ ...........
-1,0
1000
1200
1400 ' 5 1600
ANNEE
1800
2000
40
Copenhague, un echec programme
La nouvelle courbe eut deux consequences. Elle servit d'argu-
ment majeur aux partisans de la responsabilite de I'humanite dans
I' evolution du climat, ce qui etait I' objectif recherche. Elle est
notamment I'element central « du film d'AI Gore Une verite qui
derange dont Ie chapitre II de ce livre montrera a quel point iI
est un tissu de contreverites. Mais eUe suscita aussi des reactions
scandalisees de la part de multiples scientifiques honnetes. Com-
ment un organisme emanant des Nations unies pouvait-il mentir
au point de travestir grossierement la verite et de publier une
courbe invraisemblable ? Tout au plus peut-on constater que Ie
quatrieme rapport du GIEC publie en 2007 n'en fait plus mention
tant Ie mensonge etait enorme.
Les trois mensonges
s'iI en etait besoin, voici done une troisieme preuve de la
nature du GIEC. Alors que ses responsables affirment sans cesse
que la communaute scientifique est unanime, c' est faux. Alors
que la montee - derisoire - du niveau de la mer est presentee
comme presentant des risques majeurs, iI n' en est rien. Enfin, cet
organisme place sous I' egide des Nations unies n'a pas hesite a
falsifier les faits les plus fondamentaux de I' evolution du climat
de maniere grossiere.
C'est que Ie GIEC est entre les mains d'une poignee de res-
ponsables qui n' ont pas de legitimite scientifique ou qui I' ont
perdu, et qui sont des proselytes qu'aucun exces n'arrete. Le pre-
41
CO 2 un my the planetaire
mier president du GIEC, John Houghton, ne deciara-t-il pas
« Untess we announce disasters, nobody witt tis ten » ? Autrement
dit, nous pouvons mentir, c' est pour la bonne cause. Et si les
desastres n' existent pas, inventons-Ies.
Or John Houghton a regne en maitre sur les travaux du GIEC pen-
dant plus de dix ans. II a ete notamment « ('auteur en chef» (tead
author) des trois premiers « Assessment Reports» de 1990, 1995 et
2001. Personnage mystique et charismatique inconnu en France,
c' est largement lui qui a forge I' opinion mondiale. Pour savoir qui
est John Houghton, it suffit de consulter sa biographie sur Internet,
et I' on va alors de surprise en surprise en decouvrant un incroyable
melange des genres. Certes, iI a dirige pendant plusieurs annees
I'office meteorologique britannique, Ie « MET », mais il est aussi Ie
president de la «John Ray Initiative », organisation ayant pour but
de « connecter l' environnement, la science et Ie christianisme » et
dans Ie cadre de laquelle it a compare la gouvernance de la Terre
a celie du Paradis terrestre du temps d'Adam et Eve.
II est egalement fondateur de ('International Society for
Science and Religion. Membre militant de I' eglise presbyterienne,
iI n'hesite pas a commencer ses interventions dans les congres
scientifiques en affirmant que la maitrise du climat releve de la
volonte divine, rappelant ainsi Ie « Dieu Ie Veut » des premieres
croisades. s'iI y avait encore un doute, celui-ci serait enfin leve
par la photographie qui illustre ['article de Wikipedia qui lui est
consacre. Lors d'une conference sur Ie changement climatique,
on y voit Ie principal responsable des premiers rapports du GIEC
sur une estrade derriere laquelle figurent cote a cote un gigan-
42
Copenhague, un echec programme
tesque crucifix et la projection de la courbe truquee de l' evolu-
tion de la temperature terrestre depuis l'an mille.
Bien entendu, toute foi est respectable. Mais la confusion de
la religion, queUe qu' eUe soit, et de la science - ou plutot de la
pseudoscience - est inacceptable et rappeUe certains des epi-
sodes sombres de I'histoire de l'humanite. Or Ie militantisme de
ceux qui sont convaincus de la responsabilite de l'homme a
l' egard du climat revet trop souvent un caractere quasi religieux,
avec ce que cela suppose d'intransigeance sinon de fanatisme
pouvant conduire a tous les exces.
C' est ainsi que Ie president actuel du GIEC, Rajendra Pachauri,
n'a pas hesite a comparer ceux qui ne sont pas de son avis a Hitler.
La chose pourrait paraitre incroyable si chacun ne pouvait taper
sur son ordinateur les deux mots IPCC et Hitler et voir apparaitre
les propos invraisemblables tenus par Ie president du GIEC a
l' egard de Bjorn Lomborg, respectable statisticien danois connu
dans Ie monde entier et auteur de nombreux ouvrages traduits
dans plus d'une vingtaine de langues, parce qu'il avait ose dire
qu'il fallait mieux consacrer l' argent public et prive a lutter contre
la pauvrete qu'a chercher en vain a influer sur Ie climat.
Le green business :
tout le corps de ballet
Ce sont pourtant ces personnages qui ont rec;u Ie prix Nobel
en compagnie d' Al Gore auquel son film a rapporte des millions
43
CO 2 un my the planetaire
de dollars. Car il ne faut pas se leurrer. Pour beaucoup, I'ecologie
est aussi une affaire d'argent, Ie « green business ».
C' est d'abord la justification de depenses publiques sans fin
mais qui ne sont pas perdues pour tout Ie monde. Que ne ferait-
on pas pour « sauver la planete » ? L'Union europeenne s'est ainsi
engagee a reduire de 20 % ses rejets de CO 2 d'ici 2020, ce qui
est physiquement impossible sauf a handicaper lourdement son
economie dans la competition mondiale sans aucun impact signi-
ficatif sur les emissions planetaires.
Le quatrieme chapitre de ce livre detaille la liste sans fin des
depenses prevues dans notre pays pour tenter d'atteindre cet
objectif dans Ie cadre du Grenelle de I'Environnement. Selon les
chiffrages officiels, Ie total des depenses a engager s' eleverait au
montant astronomique de 440 milliards d' euros sur dix ans, la
grande majorite de cette somme n'etant justifiee par aucun
retour qui soit a la hauteur des depenses et constituant Ie plus
souvent une perte pure et simple pour I'economie nationale,
meme si Ie complexe « ecolo-industriel » en tirera pleinement
profit.
Eoliennes, panneaux photovoltaIques, milliers de kilometres
de lignes de TGV ou de metros, isolation excessive des batiments
neufs et de tout Ie pare immobilier existant, remplacement de
toutes les ampoules d'eclairage, voitures electriques non com-
petitives, biocarburants de premiere generation, taxations sans
fin, chacun de ces postes de depenses se chiffre en milliards ou
en dizaines de milliards d' euros. Et ces sommes devront etre pri-
44
Copen hague, un echec programme
ses en charge par des subventions qui rendront impossible tout
retour a l'equilibre des comptes publics, ou etre imposees cOQtre
sa volonte au consommateur qui verra son pouvoir d'achat reduit
d'autant. II faut vraiment que nous soyons un pays riche, ou plu-
tot que nous croyons l' etre. Peut-etre pourrions-nous nous payer
rune de ces danseuses, mais pas tout Ie corps de ballet 1
.......
A quand Ie retour sur terre ?
Combien de temps cette psychose va-t-elle durer ?
Sans doute moins d'annees qu'on Ie pense en general. L'echec
de Copenhague ne pourra manquer tout d'abord d'avoir une
vertu pedagogique certaine. La difference entre l'objectif affiche
par les dirigeants mondiaux, c' est-a-dire la division par deux des
emissions planetaires de CO 2 d'ici 2050, et la rea lite, c' est-a-dire
leur probable multiplication par deux a la me me date du fait de
la sortie de la pauvrete des pays emergents, est telle que Ie rideau
de fumee Ie plus epais ne pourra la masquer. Le facteur deux est
exact, mais pas dans Ie sens prevu. Et face a cette rea lite, c' est-
a-dire a la perspective ineluctable de la poursuite de l'accrois-
sement des emissions planetaires, on peut compter sur les
mouvements ecologistes pour ne pas rester muets et vehemen-
tement protester.
D'autres forces sont en marche qui vont dans Ie meme sense
La plupart des pays ont creuse a juste titre des deficits budge-
taires sans precedent pour faire face a la grande crise engendree
en 2008 par les « subprimes », et de tels deficits ne pourront
45
CO 2 un my the planetaire
perdurer longtemps. II faudra done necessairement, non seule-
ment relever un jour prochain les imp6ts, mais aussi reduire dras-
tiquement les depenses. Dans un tel contexte, ceUes dont la
justification n'apparaitra pas evidente figureront en tete de liste,
ce qui signifiera ainsi pour notre pays la remise en cause de
l'essentiel du GreneUe Environnement que no us serions d'ailleurs
incapables de financer.
Ces remises en cause s'imposeront d'autant plus que les idees
evoluent, et que ce sont eUes qui menent Ie monde. La voix des
scientifiques qui affir.ment que rien n' est prouve quant a
l'influence sur Ie climat des activites humaines et notamment des
rejets de CO 2 est de plus en plus audible. Le fait que la Terre ne
se rechauffe plus depuis dix ans est de plus en plus difficile a
passer sous silence. Les multiples contreverites des « prophetes
de l'apocalypse » sont de plus en plus souvent denoncees.
Jusqu'a present unanimes ou presque, les medias eux-memes
com men cent a evoluer, y compris dans Ie monde anglo-saxon
ou ils avaient plus encore qu'ailleurs adopte aveuglement les
theses officieUes. Pour un Franc;ais, iI est en effet etonnant de
constater que les plus grands organes de presse de langue
anglaise, ceux qui forgent l'opinion mondiale, y compris les plus
liberaux, ont epouse les theses en vigueur et que leurs rubriques
traitant de l' ecologie sont entre les mains de journalistes qui leur
sont entierement acquis. C' est Ie cas du Time Magazine, de
Newsweek, de The Economist et de bien d'autres. Time Magazine
decerne ainsi chaque an nee Ie titre de « Heros de l' environne-
ment » a une trentaine de personnes parmi lesquelles figurent
46
Copenhague, un echec programme
les plus ardents propagandistes de la vision catastrophiste de
I' evolution du climat et de la planete.
Mais la muraille des certitudes commence a se fissurer. Le
10 octobre 2009, pour la premiere fois, la BBC dont chacun
connait Ie poids emettait un communique reconnaissant que la
planete ne se rechauffait plus depuis une decennie, exposant Ie
point de vue des scientifiques « sceptiques » et constatant qu'ils
etaient de plus en plus nombreux. Les quotidiens anglais ont
abondamment rendu compte de ce revirement. Abraham Lincoln
ne disait-il pas qu'on peut mentir a une personne longtemps, a
beaucoup de monde quelque temps, mais pas a beaucoup de
monde longtemps ?
Internet joue aussi un role essentieL Dans tous les pays, y com-
pris Ie notre, on ne compte plus les sites qui denoncent les
contreverites officielles. Outres par celles-ci et plus encore par
leurs consequences, de plus en plus d'individus s' engagent main-
tenant pour faire connaitre la verite. Les « moines soldats » com-
mencent a ne plus etre I'apanage d'un seul camp. Notre pays
compte ainsi des sites remarquables, CEuvres de scientifiques qui
y travail lent benevolement sans relache et il est possible d'en
mentionner deux au moins, deja cites, « pensee unique» et « Ie
changement climatique est-il d'origine humaine ? »auxquels cha-
cun peut se referer pour se forger sa propre opinion.
En Angleterre, c' est un professeur de I'universite de Liverpool,
Benny Peiser, qui se leve tous les matins de l'annee a quatre heu-
res pour analyser la presse mondiale de langue anglaise, afin de
47
CO 2 un my the planetaire
publier quotidiennement une fascinante revue de presse plane-
taire dont la lecture met en evidence l'impasse dans laquelle se
trouvent les tenants des positions officielles, et les arguments
multiples de ceux qui les mettent en doute. Cette revue de
presse compte plus de 6 000 abonnes dans Ie monde, et chacun
peut s'y abonner gratuitement (Cambridge Conference Network
- CC Net). Benny Peiser est ainsi devenu Ie point de rencontre
incontournable du reseau mondial des « sceptiques » avec I' appui
de personnalites telles que Nigel Lawson, ancien Chancellier de
l'Echiquier.
Des films enfin commencent a etre produits, non pour accroitre
la longue liste de ceux qui affolent sans raison nos contemporains,
mais pour denoncer les mensonges et expliquer pourquoi rien n' est
sur. Pour l'instant, ces films sont uniquement anglo-saxons tels que
The Great gtobat warming swindte ou Not Evil just Wrong, mais
iI n'est pas interdit d'esperer en voir naitre un jour en France, sans
doute a l'initiative d'une de nos chaines de television.
Le titre du deuxieme film cite ci-dessus, que I' on pourrait tra-
duire par « L' enfer est pave de bonnes intentions », donne a lui
seul a reflechir. La plupart de ceux qui militent pour la defense
de l'environnement ne veulent evidemment pas faire Ie mal.
L'une des sequences les plus dramatiques de Not Evit just
Wrong est celie qui rappelle la tragedie de l'interdiction du DDT,
consecutive a la parution en 1962 du livre Sitent Spring. CEuvre
de Rachel Carson, Americaine illuminee, cet ouvrage predisait
sans Ie moindre debut de preuve la mort des oiseaux du fait de
l'usage croissant du DDT utilise pour tuer les moustiques. L'emo-
48
Copenhague, un echec programme
tion provoquee par ce livre fut telle que I'usage de ce pesticide
fut alors interdit sur la planete, et qu'il fallut attendre 2006 pour
que 1'0rganisation mondiale de la sante reconnaisse enfin qu'il
ne presentait aucun danger et I' autorise a nouveau.
Mais, entre-temps, on a calcule que 30 millions de bebes et
d'enfants africains etaient morts du paludisme que Ie DDT aurait
eradique, comme H I'avait fait par exemple chez nous pour les
moustiques du Languedoc. Sans doute n'y a-t-il pas eu dans I'his-
toire de I'humanite de plus terrifiant genocide, ce qui n' empeche
pas quelqu'un comme AI Gore de continuer a plaider pour I'inter-
diction du DDT, en meme temps qu'iI milite dans Ie domaine du
changement climatique avec la meme inconscience des conse-
quences de ce qu'il demande.
Qu'ajouter d'autre ? Quant a ceux qui ont pu voir ce film sans
avoir les larmes aux yeux devant Ie spectacle d' enfants pleurant
avant de mourir et celui du desespoir de leur mere, qu' ont-ils a
la place du CCEur ?
Ecoutons a nouveau Vincent Courtillot :
«La discussion sur Ie rechauffement climatique a aujourd'hui
completement echappe aux scientifiques. T outefois les scientifiques
nous presentent une oreille de plus en plus attentive depuis trois
ans. II existe des dizaines d'eminents climatologues dans Ie monde
entier, qui pensent la me me chose que nous. Mais it existe aussi une
telle chape de plomb au-dessus de la tete de ceux qui osent defen-
dre cette these que beaucoup de scientifiques ont peur d' en parler.
49
CO 2 un my the planetaire
Pourtant, une des vertus essentielles de la science doit etre la tole-
rance. II faut accepter la diversite des idees car les debats sont tou-
jours fructueux.
Je crois ainsi bien connaitre Claude AHegre qui est un scientifi-
que extraordinaire et une fontaine d'idees dans un tas de domaine,
au-dela de la geochimie qui est sa discipline d' origine. Et sur Ie
changement climatique, je pense qu'H a globalement raison... »
Le 21 octobre 2009 enfin, se produisait un evenement mar-
quant dans I'univers mediatique franc;ais. Apres des annees de
plaidoyer quotidien et inconditionnel en faveur de la theorie
officieUe du rechauffement climatique, Le Monde s'interrogeait
soudain en titrant en premiere page: « Climat : et si Ie rechauf-
fement faisait une pause? »
Quelques jours apres la BBC, H revelait a son tour une serie
d' evenements troublants survenus depuis dix ans et jusqu' alors
passes sous si lence : « Entre 1998 et 2008, i I est vrai que la ten-
dance moyenne de-la temperature terrestre a ete d'une crois-
sance quasiment nulle... ; la verite des faits impose Ie dire: entre
debut 2005 et fin 2008, Ie niveau moyen des oceans n'a presque
pas evolue... ; en 2008, Ie SoieH a ete plonge dans un minimum
profond, inedit depuis 1913... »
Le journal aurait pu ajouter d' autre faits surprenants. C' est ainsi
que Ie Sahara occidental reverdit depuis plusieurs annees. La ban-
quise arctique, apres avoir recule pendant deux decennies, a pour
I'instant cesse de Ie fa ire. Au cours de I' ete 2009, les satellites
50
Copenhague, un echec programme
ont revele qu' elle avait COnSerVe une superficie de 5,1 millions
de kilometres carres contre 4,1 deux ans plus tot. Quant a
l' Antarctique, qui represente plus des neuf dixiemes de la masse
des glaces polaires, iI ne cesse de s' epaissir.
Le Monde a aussi fait part de la perplexite des climatologues
et des divergences de point de vue en leur seine L'un des plus
connus d'entre eux, Mojib Latif, de l'universite de Kiel et membre
important du GIEC, n'a-t-il pas recemment declare a Geneve,
contrairement a ses affirmations anterieures, « qu'iI est possible
que nous entrions dans une decennie, voire deux, ou la tempe-
rature baissera ».
D'autres ne sont pas du meme avis et prevoient la reprise du
mouvement de hausse des 2010 ou 2011.
Le moins que l' on puisse dire, c' est que la lecture de cet article
ne peut conduire qu'a une conclusion: la climatologie n' est pas
une science exacte, et la nature est sans doute maitresse du jeu.
II ne reste plus grand-chose des certitudes de ceux qui nous
affirmaient iI y a peu de temps encore que I'homme etait res-
ponsable et que la planete allait ineluctablement se rechauffer
de maniere continue au cours du siecle a venir comme l'indi-
quaient tous les modeles des Nations unies des aujourd'hui
dementis par les faits.
L'arret de la hausse des temperatures survenue depuis dix ans
constitue-t-il une simple pause, ou est-ce Ie debut d'un retour-
nement vers un climat plus froid ? La verite, c' est que nul n' en
51
CO 2 un my the planetaire
sait rien. Avec ou sans I'homme, Ie climat a toujours change, et
souvent beaucoup plus qu'aujourd'hui.
Peut-etre sommes-nous arrives a un tournant et allons-nous
pouvoir enfin consacrer nos efforts aux vrais problemes auxquels
est confrontee l'humanite : la lutte contre la maladie, la faim,
I'ignorance et la pauvrete, au lieu de gaspiller en vain nos res-
sources dans I'illusion de « sauver la planete ».
De nombreuses raisons miUtent pour penser que Ie vent va
tourner, et que nous allons un jour prochain revenir a la raison,
mettant fin a un my the planetaire qui n'a eu d' egal dans I'histoire
que celui que denonc;a en 1609, il y a quatre siecles tres exacte-
ment, un certain Galilee.
*
* *
Mais i I y a quelque chose de sur, et c' est la I' essentiel : les emis-
sions de CO 2 dues a I'activite humaine vont ineluctablement
continuer a s'accroitre a vive allure du fait du developpement
des pays emergents, et Ie congres de Copenhague cense les mai-
., .
tnser n y peut nen.
Jamais la communaute mondiale ne se sera trouvee dans une
telle situation. Elle a ete trompee par ceux qui lui ont fait croire,
contre tout bon sens, que I'humanite pourrait reduire ses emis-
sions, c' est-a-dire laisser dans Ie sous-sol de la planete sans s' en
servir Ie petrole, Ie gaz naturel et Ie charbon qu'il contient, et
sans preciser d'ailleurs par quoi les remplacer pour faire face aux
besoins. C'est que ceux qui ont forge I'opinion mondiale ont
52
Copenhague, un echec programme
oublie les pays emergents. Comment demander au milliard et
demi d' etres humains qui n' ont toujours pas (' electricite de
reduire les emissions qu'ils ne font pas? Comment demander aux
autres mi II iards qu i vi vent dans la pauvrete de ne pas accroitre
fortement les leurs pour s'en echapper ?
A vrai dire, la seule question importante du congres de
Copenhague est alors d'ordre cosmetique. Comment tenter
de cacher la realite, c' est-a-dire ('impossibilite de reduire les rejets
et Ie caractere ineluctable de leur accroissement ?
Sans doute, pour sauver la face, pourra-t-on parler comme ('on
fait les Chinois, d'amelioration de ('« efficacite energetique».
Sans doute annoncera-t-on de vastes programmes d'investisse-
ment dans les « energies renouvelables » (eoliennes, panneaux
volta'iques) qui coutent tres cher tout en ne se substituant que
marginalement aux energies fossiles. Peut-etre sera-t-H aussi
question de promouvoir des vehicules electriques qui ne peuvent
a coup de subventions massives, occuper qu'une tres faible part
du marche. Peut-etre aussi abandonnera-t-on ('idee d' objectifs
chiffres pour chaque pays, et se contentera-t-on de vagues orien-
tations ? Sans doute renverra-t-on surtout les decisions a des
reunions ulterieures.
Pour sa part, ('Union europeenne s'est enfermee dans des dis-
cussions au caractere irreel. La question qu' elle se pose est de
savoir quelles sommes degager pour aider les pays emergents a
reduire leurs emissions, alors que les pays europeens n' ont pas
d'argent et qu'aucune solution technique permettant de reduire
53
CO 2 un my the planetaire
significativement les emissions n' est actuellement disponible ni
envisageable a echeance humaine.
Visible ou non, I' echec sera a la hauteur de I'inconscience qui
s'est empare depuis deux decennies de la planete dont les res-
ponsables ont ete doublement trompes 1 On leur a fait croire
qu'iI existait un lien certain entre les emissions de CO 2 et Ie climat
du globe. On leur a fait croire aussi qu'iI serait possible de reduire
les emissions de CO 2 tout en poursuivant Ie developpement de
la planete. Or, ces deux assertions etaient fausses, et I' edifice
s' est ecroule.
Chapitre I
La fin du bon sens
Le ctimat change. Les gtaciers fondent Les ours btancs dispa-
raissent It faut agir d'urgence pour eviter une catastrophe
d'ampteur mondiate. Chacun doit se mobitiser et apporter sa
pierre a I'edifice. It n'est que temps de changer nos compor-
tements pour sauver ta ptanete. Attons-nous sacrifier nos
enfants a notre egolsme ? Nous sommes d'autant ptus cou-
pabtes que ta sotution est entre nos mains. Priorite des prio-
rites, it faut reduire nos emissions de C02...
Tel est Ie message mille fois repete qui a fini par etre universel-
lement admis au sein des pays developpes et tout particuUere-
ment de I'Europe et de la France.
Ceux qui tiennent ce langage rec;oivent I'hommage unanime de
nos contemporains et des grands de ce monde au point d'inspirer
les instances les plus importantes de la planete. La lutte contre Ie
changement climatique figure desormais en tete de I'ordre du
jour, non seulement de chaque reunion des dirigeants de ('Union
europeenne, mais aussi de celles qui regroupent les chefs d'Etat
des plus grands pays du globe au sein du «G8» (Etats-Unis,
Canada, Japon, Russie, Allemagne, Royaume-Uni, France, Italie).
55
CO 2 un my the planetaire
C' est ainsi qu' AI Gore, ancien vice-president des Etats-Unis et rea-
lisateur du film Une verite qui derange et Ie Groupe d'experts inter-
gouvernemental sur I' evolution du climat (Giec) des Nations unies
ont rec;u conjointement Ie prix Nobel de la Paix a Oslo Ie
10 decembre 2007.
Au Japon, Ie 8 juillet 2008, les membres du G8 ont pour leur part
adopte dans (,ile d'Hokkaido un objectif de reduction des emis-
sions de gaz a effet de serre de la planete de 50 % au moins d'ici a
I'an 2050. Le lendemain, les grands pays en voie de developpement
composant ce qu'on a appele en la circonstance Ie G5 (Chine,
Inde, Bresil, Mexique et Afrique du sud) ont pour la premiere
fois exprime une « vision partagee » pour des actions concer-
tees en faveur de « reductions a long terme des emissions ».
La cause parait done entendue.
Pourtant, elle ne ('est pas. La verite, c' est que nous sommes vic-
times d'une intoxication intellectuelle d' echelle mondiale, une
mystification planetaire, comme il en a deja existe a plusieurs
reprises dans Ie passe. Nos ancetres n' etaient-ils pas persuades
que la Terre ne tournait pas, et prets a brOler ceux qui soute-
naient Ie contraire ?
En ('occurrence, ('erreur n'est pas d'affirmer que les activites
humaines ont une influence sur ('atmosphere du globe. Le fait
n' est pas niable, meme si les consequences des modifications
produites sont sujettes a discussion. Ce n' est pas la que reside
56
La fin du bon sens
la faille. Aussi surprenant que cela puisse paraitre, celle-ci tient
au fait que personne n'ait pose la simple question suivante : « y
pouvons-nous quetque chose? »
Certes, ['instinct nous conduit a repondre positivement, car
nous pensons a ce que nous pouvons - ou pourrions - faire
pour limiter notre propre consommation d' energie et nos emis-
sions, que ce soit individuellement ou au niveau du pays auquel
nous appartenons. Et il est vrai qu'il existe des marges d'action
parfois considerables. Nous pensons done que, si les aut res
agissaient comme nous, et en conjuguant les efforts de tous,
nous reglerions la question.
Mais cette approche n' est pas la bonne. Elle est trompeuse. II est
une autre maniere de voir les choses. II suffit pour cela de se
demander comment peuvent evoluer les emissions liees a chacune
des principales sources de gaz a effet de serre dues aux activites
humaines. Si I'on excepte la deforestation, phenomene important
mais par nature temporaire, la liste en est vite etablie puisqu' elles
sont au nombre de quatre qui, ensemble, sont a I'origine des trois
quarts des rejets. S'agissant du gaz carbonique qui represente a lui
seul la grande majorite des gaz a effet de serre d' origine humaine,
celui-ci emane pour (' essentiel de la combustion de trois produits :
Ie petro Ie, Ie gaz naturel et Ie charbon. 5' agissant du methane qui
constitue une part importante du solde, celui-ci provient avant
tout des activites d' elevage et en particulier de celui des ruminants.
Si nous voulons lutter contre les emissions de gaz a effet de
serre liees a ('homme, il nous faut done reduire les rejets dus au
57
CO 2 un my the planetaire
petrole, au gaz naturel, au charbon ainsi qu'a I' elevage des
bovins. Et pour savoir si cet objectif est accessible, iI nous faut
commencer par poser deux questions: Est-it reatiste d'imaginer
que t'humanite taisse inutitisee dans te sous-sot de ta ptanete
une partie du petrote, du gaz naturet et du charbon que cetui-ci
contient ? Est-it egatement envisageabte d'empecher tes habi-
tants du tiers-monde qui sortent de ta pauvrete d'adopter notre
regime atimentaire ?
A vrai dire, poser ces questions est presque y repondre, et per-
met de comprendre pourquoi les emissions de gaz a effet de
serre n' ont jamais augmente autant qu'a I'heure actuelle alors que
les discours n'ont jamais ete aussi nombreux pour les denoncer.
Depuis 2000, les rejets ont cru en moyenne de 3,5 % par an, contre
0,9 % annuellement entre 1990 et 2000. Les pays developpes
ont a peu pres maitrise leurs emissions, mais celles du reste du
monde ont augmente beaucoup plus rapidement que prevu.
II ne faut pas chercher ailleurs la source de la confusion qui a
suivi la reunion du G8 au Japon. Certes, les pays du G5 ne se sont
pas opposes a I'idee que Ie changement climatique etait I'un des
defis de notre temps et ont joint sur ce point leurs voix a celles
des nations riches du G8. Mais ils ont refuse d' aller plus loin,
d'endosser I'objectif d'une division par deux au moins des emis-
sions planetaires en 2050, et de s' engager comme il leur etait
demande en direction d'un monde « sans carbone» ou presque.
Aucun chiffrage de reduction des emissions planetaires n'a rec;u
leur aval. Les cinq pays emergents ont refuse d'aller au-dela d'une
declaration de principe tant que les nations developpees reste-
58
La fin du bon sens
raient incoherentes et ne s'engageraient pas, d'une part a se fixer
un objectif de reduction de leurs propres emissions de 80 % au
moins en 2050 car elles polluent actuellement beaucoup plus
que Ie reste du monde en regard de leur population, d'autre part
a reduire leurs rejets sans plus attendre de 25 % au moins en 2020
par rapport a 1990 pour temoigner de la realite de leur volonte
d'agir. Or, les membres du G8 leur ont repondu negativement.
Les cinq pays du sud ont ajoute d'une meme voix que Ie probleme
actuel resultait avant tout de la consommation pas see des nations
developpees, et que c' etait done aces dernieres d' en payer Ie prix,
et non a eux, car ils avaient un besoin vital des energies fossiles
(petrole, gaz naturel et charbon) pour leur developpement.
Certes, les pays riches ont laisse entendre qu'ils supporteraient
I' essentiel de I' effort necessaire pour obtenir une division par
deux des emissions planetaires en 2050. Mais comme celles-ci se
partagent aujourd'hui par moitie entre pays developpes et pays
emergents, iI faudrait aussi que ces derniers restreignent forte-
ment les leurs, ce que personne de cense ne peut serieusement
envisager 1 Lorsque I' on sait que la population du tiers-monde va
encore s'accroitre, que la majorite de I'humanite se debat
aujourd'hui dans la pauvrete sinon la misere, et que plus d'un mil-
liard et demi d'habitants n'ont tout simplement pas acces a
I' electricite, iI faut etre inconscient ou depourvu de tout CCEur
pour demander aux pays emergents de reduire encore leurs emis-
sions, c' est-a-dire en fait leur consommation d' energie, avec ce
que cela supposerait comme consequences dramatiques pour
leurs habitants. C' est evidemment Ie contraire qui va se passer.
59
CO 2 un my the planetaire
Le tout a laisse un sentiment de profond malaise, et Ie dossier
a ete renvoye a la fin de 2009, date a laquelle il est prevu que
se tienne a Copenhague une reunion mondiale pour arreter un
nouveau programme de lutte contre I' effet de serre, qui prenne
la suite de celui de Kyoto dont la date d'achevement est fixee
a 2012. C' est alors que viendra I'heure de verite, quand i I appa-
raitra que les objectifs fixes par les grands de ce monde sont
impossibles a atteindre car ils supposeraient non seulement un
effort irrealiste de leur part, mais aussi un accord des pays en
voie de developpement que ceux-ci ne leur donneront a aucun
prix. Kyoto n'aura donc pas de suite.
Pour Ie comprendre, il est necessaire de prendre connaissance
de quelques donnees. Notre planete a la chance que son
atmosphere comprenne divers produits qui la rechauffent en
evitant a une partie des rayonnements solaires qu' elle rec;oit de
repartir dans I'espace. Ce sont les fameux gaz «a effet de
serre» sans lesquels la temperature moyenne a la surface du
globe serait plus faible d'une trentaine de degres que ce qu' elle
est, et sans lesquels nous grelotterions de froid, a supposer que
nous soyons la. Parmi ceux-ci figure Ie gaz carbonique ou CO 2 ,
dont la masse dans I' atmosphere atteignait il y a deux siecles
2 000 mittiards de tonnes, cette quantite n'ayant guere varie
depuis des millenaires.
Mais les choses ont commence a changer avec I'avenement de
I' ere industrielle lorsque les hommes ont exploite a grande
echelle Ie charbon, puis Ie petrole et Ie gaz naturel accumules il
60
La fin du bon sens
y a des centaines de millions d'annees dans Ie sous-sol de la
planete. Les emissions de gaz carbonique liees a ['usage de ces
trois produits atteignent aujourd'hui 30 mittiards de tonnes par
an et ne cessent de s'accroitre annee apres annee. L'origine de
ces emissions est bien connue. Elles sont dues au charbon pour
13 milliards de tonnes et au petrole pour 11 milliards, Ie gaz
nature I fournissant Ie solde, soit 6 miUiards 1 . Comme la duree
de vie du gaz carbonique dans I'atmosphere est de I'ordre de
deux cents ans, iI ne faut pas s' etonner que Ie stock autour du
globe se so it considerablement accru depuis les debuts de I' ere
industrielle et s'eleve aujourd'hui a 2 800 milliards de tonnes,
soit 800 de plus qu'i I y a deux siecles. II s' est done accru de
40 %.
Le gaz carbonique issu de la combustion du charbon, du petrole
ou du gaz n'est d'ailleurs pas Ie seul a prendre en compte. II s'y
ajoute celui qui est degage par la deforestation qui regne
actueUement dans differentes parties du monde, ainsi que par
diverses activites agricoles.
Enfin, si Ie gaz carbonique est, de loin, Ie plus important des gaz
a effet de serre en dehors de la vapeur d' eau, iI n' est pas Ie seul.
Le tableau ne serait done pas complet s'i I omettait d' autres gaz
qui concourent au phenomene, et notamment Ie methane.
Quand on en tient compte, on estime au total a ['equivalent
d'une vingtaine de milliards de tonnes de gaz carbonique la
contribution annuelle a I'effet de serre des sources aut res que
1. Agence internationale de t'energie (Key World Energy Statistics),
61
CO 2 un my the planetaire
Ie petrole, Ie gaz naturel et Ie charbon, de telle sorte que la
totalite des rejets dans I'atmosphere d'origine humaine s'eleve
actuellement chaque annee a une cinquantaine de mittiards de
« tonnes-equivatent » de gaz carbonique.
Pour savoir comment les choses vont evoluer a I'avenir, iI faut
maintenant passer en revue les principaux protagonistes.
Le petrole
Rien ne peut mieux illustrer les contradictions qui saisissent
parfois les esprits les mieux informes que ce qui s' est passe a
Hokkaid6 Ie 7 juillet 2008. Au cours de cette journee, les parti-
cipants au sommet du G8 se sont interroges dans la matinee
avec anxiete sur les moyens d' obtenir plus de petrole et ont
supplie les pays producteurs d'accroitre leur production pour
faire baisser les prix. L'apres-midi, au sein d'une autre reunion,
ils ont envisage I'imposition de taxes pour decourager l'usage
des carburants fossiles, sans apparemment se rendre compte de
ce que la presse anglo-saxonne a qualifie de « glorieuse incohe-
rence » (Internationat Heratd Tribune, 10 juillet 2008). D'un cote,
nous demandons a cor et a cri plus de petrole pour faire baisser
les prix, de I'autre, nous affirmons qu'il ne faut pas l'utiliser, et
qu'iI faut Ie taxer pour en accroitre Ie cout pour I'usager 1 Que
voulons-nous vraiment, une chose ou son contraire ?
A vrai dire, la reponse ne fait aucun doute. Le petrole joue un
role tellement fondamental pour I'economie du monde qu'iI
62
La fin du bon sens
n'est pas possible de s'en passer dans I'etat actuel des choses,
meme si nous savons tous qu'iI viendra un jour a epuisement. 5i
I' on excepte la part minoritaire qui est necessaire a I'industrie
chimique et en particulier a la fabrication de matieres plasti-
ques, Ie petrole sert avant tout aujourd'hui a assurer les
echanges physiques qui sont indispensables a toute activite
economique et humaine.
La totalite du transport aerien, celie du transport maritime, et
plus des neuf dixiemes des transports terrestres ne sont possi-
bles qu'avec Ie recours a des carburants liquides, c' est-a-dire
aujourd'hui aux produits petroliers. La chose est evidente pour
les avions et les bateaux. Mais si I' on veut bien reflechir, elle
I'est tout autant pour la tres grande majorite des deplacements
quotidiens de personnes et des acheminements terrestres de
marchandises, car les modes de transport ne sont pas des vases
communicants. Comment pourrait-on desservir nos commerces,
nos supermarches, la plupart de nos ateliers ou me me de nos
usines, autrement que par camion ou camionnette ? Qui pour-
rait serieusement imaginer un instant que Ie train ou les peni-
ches puissent les remplacer? Comment aller commodement
d'une banlieue a une autre autrement qu' en vehicule individuel,
compte tenu des faibles densites qui sont de regie en dehors
des centres-villes qui ne regroupent qu'une minorite des habi-
tants et des emplois ?
s'i( fallait une preuve du caractere marginal des possibilites de
substitution entre modes de transport, it suffirait de constater
que les tres fortes hausses du prix a la pompe des carburants
63
CO 2 un my the planetaire
survenues jusqu'au milieu de 2008 n'ont guere change les com-
portements. Aux Etats-Unis, alors que celui-ci etait passe en
trois ans de 1,3 a plus de 4 dollars Ie gallon (3,8 litres) et avait
done augmente de 200 %, Ie volume de la circulation n'avait
diminue que de 3 % ! II est difficile d'imaginer elasticite imme-
diate plus faible.
En Europe, ou la hausse relative a ete plus moderee du fait du
poids des taxes, Ie phenomene a ete Ie meme. Contrairement a
ce que pourrait laisser penser la description mediatisee de cas
isoles de renoncement a la voiture au profit des transports en
commun ou de la bicyclette, rien n'a vraiment change, et Ie
volume de la circulation n'a enregistre aucune reduction vrai-
ment significative. Pour 90 % des Europeens - ceux qui n'habi-
tent pas ou ne travaillent pas au centre des grandes villes -, la
voiture est indispensable pour rejoindre son emploi, faire ses
courses, rendre visite a sa famille et a ses amis, aller faire du
sport ou partir en week-end et en vacances. s'ille faut, ce sont
alors d' autres postes de depenses qui font les frais de la hausse
du prix des carburants, mais guere Ie recours a I' automobile
puisque celle-ci est intrinsequement liee a I' exercice de la vie
quotidienne, pour ne pas dire de la vie tout court, du fait de
I'evolution de la geographie de notre habitat.
Sans doute parce qu'ils habitent eux-memes Ie plus souvent en
centre-ville, ceux qui preconisent un « changement de compor-
tement » en la matiere et affirment que ce dernier est possible
ignorent comment vit aujourd'hui la tres grande majorite des
Franc;ais et plus generalement des habitants de ('ensemble des
64
La fin du bon sens
pays developpes. En leur repetant qu'ils pourraient changer leur
mode de vie et avoir moins recours a leur voiture, ce qui leur
est tout simplement impossible, ils n'obtiennent com me resul-
tat que de les culpabi liser.
Pour leur part, les Chinois et les Indiens n' ont pas d' etats d'ame.
Le « miracle chinois » a repose ainsi sur deux fondements : la
construction de centrales electriques fonctionnant au charbon
et de la puissance d'une tranche nucleaire au rythme effrene
d'une par semaine, et la creation ex nihito d'un reseau autorou-
tier qui surpassera d'ici peu celui des Etats-Unis. Alors que la
Chine ne comptait il y a vingt ans aucun kilometre d'autoroute,
elle en recense aujourd'hui 50 000 et en construit 5 000 de
plus chaque annee comme en temoignent les cartes routieres
de ce pays qui ne sont jamais a jour. Pekin est en train de boucler
sa septieme rocade autoroutiere alors que Paris n'a toujours pas
acheve sa seconde quarante ans apres Ie debut des travaux.
Quant a l'lnde, elle s' efforce de suivre la reference chinoise
avec une ou deux decennies de decalage. II est done inutile
d' essayer de convaincre les Chinois, les Indiens, et les autres, de
renoncer au camion et a la voiture sur lesquels ils ont claire-
ment mise pour assurer I' essentiel de leurs transports internes.
Quant aux echanges economiques et humains entre pays et
entre continents, que deviendraient-i Is sans Ie recours a l' avion
et au bateau ?
Ces reflexions conduisent inevitablement a une evidence: Ie
petrole que les eres precedentes ont accumule dans Ie sous-sol
de la planete sera utilise jusqu'a la derniere goutte pour per-
65
CO 2 un my the planetaire
mettre les echanges indispensables a la vie de la planete. Qui
pourrait serieusement en douter? La frenesie des forages
d' exploration qui s' est manifestee depuis 2007 a la suite de la
flambee des cours du baril nous donne ('assurance que toutes
les reserves conventionnelles seront un jour exploitees, fussent-
elles a tres grande profondeur sous les mers ou sous les poles dans
des terrains qui etaient consideres jusqu'a une date recente comme
inaccessibles. De meme, les gisements deja decouverts donneront-
ils lieu a de nouvelles exploitations puisqu' en moyenne les
deux tiers de leurs reserves restent aujourd'hui dans Ie sous-sol et
que de nouvelles techniques d'extraction permettent d'accroitre
quelque peu cette proportion.
De surcroit, Ie petro Ie conventionnel n' est pas Ie seul. Des
reserves considerables existent sous la forme de schistes ou de
sables bitumineux, notamment au Canada et au Venezuela. Leur
exploitation devient rentable des que Ie cours du petrole
excede 60 a 80 dollars par baril. II ne faut done pas s'etonner
que les grands groupes petroliers se soient precipites vers ces
« nouveaux petroles» qui peuvent etre transformes sans diffi-
culte majeure en carburant, it est vrai au prix d' operations elles-
memes emettrices de quantites substantielles de gaz carboni-
que. La chute des cours survenue au deuxieme semestre de
2008 a certes bloque beaucoup de projets, mais ceux-ci repren-
dront vie plus tarde
Finalement, une conclusion s'impose. L'utilite des produits
petroliers pour Ie transport des hommes et des marchandises
est telle que to utes les quantites disponibles seront utilisees. Et
66
La fin du bon sens
elles donneront ineluctablement cours a des emissions de gaz a
effet de serre puisqu'iI n'existe aucune technique envisageable
pour les eviter a partir du moment ou les carburants sont par
nature utilises pendant que les vehicules se deplacent, ce qui
implique que les rejets ne peuvent aller que dans I'atmosphere.
La quasi-totalite du petro Ie servira done au transport, et Ie car-
bone qu'il contient sera transforme en gaz carbonique et ira peu
ou prou contribuer a I'effet de serre.
Cela ne signifie evidemment pas qu'il ne faille pas chercher a
economiser I' or noir, bien au contraire. Pour plusieurs raisons
concordantes, il est imperatif de tout faire pour restreindre
notre consommation de produits petroliers autant que faire se
peut a un cout raisonnable. Moins nous en consommerons,
moins notre facture energetique sera lourde, meme si cet
objectif ne justifie pas n'importe quelle depense. Moins nous en
consommerons, moins la tension sera grande sur Ie marche mon-
dial, et moins les prix auront tendance a s'accroitre, meme si nous
savons que la loi de I'offre et de la demande est loin de jouer de
fac;on parfaite dans ce domaine. Moins nous en consommerons,
et plus faci lement nous nous preparerons a « I' apres-petrole »,
comme I'evoquera un chapitre ulterieur de cet ouvrage. Enfin,
moins nous en consommerons, plus nous en laisserons pour les
pays en voie de developpement qui pourront alors disposer de
cette ressource indispensable a la lutte contre la pauvrete et a
I'amelioration du sort de leurs habitants.
Mais tout ceta n'aura aucun effet sur ta eonsommation ptanetaire
de petrote et done sur tes emissions de gaz a effet de serre qui tui
67
CO 2 un my the planetaire
sont liees. Ce que nous n'utiliserons pas Ie sera par les Chinois, les
Indiens, et les autres. Au-deta des variations conjoncturelles, cest
I'offre qui timite tes emissions, et non ta demande.
II est alors relativement facile d' evaluer Ie volume des emis-
sions de gaz carbonique qui decouleront au cours des decen-
nies a venir de I' epuisement du petrole qui subsiste dans Ie
sous-sol de la planete.
Les ouvrages qui font reference (BP Statisticat Review) estiment
que les reserves de petrole aujourd'hui prouvees representent
quarante ans de production au rythme actuel qui s'etablit a un
peu plus de quatre milliards de tonnes par an. si I' on ajoute aux
reserves prouvees celles qui sont probables, ainsi que les petro-
les non conventionnels issus des sables et des schistes bitumi-
neux non encore pris en compte, on peut penser que
('ensemble du petrole encore disponible represente ('equivalent
d'un peu moins d'une centaine d'annees de production au
rythme present.
Lorsque I' on sait que la combustion annuelle de ces quelque
4 milliards de tonnes de petrole produit 11 milliards de tonnes
de gaz carbonique, iI est facile de voir que ('utilisation de
('ensemble du petrole disponible generera des rejets dans
I'atmosphere de ('ordre de 1 000 milliards de tonnes de gaz car-
bonique.
II faut ajouter que la plus grande partie de ces rejets prendra
place avant 2050. Certains experts annoncent meme que la pro-
68
La fin du bon sens
duction de petrole a deja atteint un pic et qu'elle va dorena-
vant decroitre progressivement. C'est la theorie du peak oit.
D'autres prevoient que la pointe de production ne surviendra
pas avant deux ou trois decennies. Certains (' envisagent meme
pour plus tarde Mais tous s'accordent a dire que Ie petrole ne
sera pas eternel et que la majeure part de celui qui subsiste sera
consommee au cours des decennies proches. A vrai dire, s'agis-
sant des emissions de gaz carbonique, ('incertitude sur Ie
rythme exact de leur production est sans grande consequence
puisque la duree de vie de ce produit dans I'atmosphere avoi-
sine deux siecles. Qu'iI soit emis un peu plus tot ou un peu plus
tard est sans importance sur Ie stock de gaz carbonique qui
vogue au-dessus de nos tetes. L 'essentie!, c'est de comprendre
que tout te petrote que tes centaines de miltions d'annees pas-
sees ont accumute sera epuise au cours des quetques decennies
a venir et que les emissions correspondantes de gaz corbonique
dans t'atmosphere terrestre avoisineront inetuctabtement un
miltier de mittiards de tonnes.
II se produit a cet egard un phenomene curieux. Lorsqu'on les
interroge, nos contemporains manifestent deux certitudes: les
gisements de petrole seront epuises un jour prochain, et iI nous
faut reduire les emissions dues a ('usage de celui-ci. lis ne se
rendent pas compte que les deux affirmations sont parfaite-
ment contradictoires. L'epuisement des gisements implique que
nous ne laisserons pas de petrole exploitable dans Ie sous-sol
de la planete, alors que la seule maniere de reduire les emis-
sions serait d' en laisser...
La situation est-elle differente pour Ie gaz naturel et Ie char-
bon?
69
CO 2 un my the planetaire
Le gaz naturel :
un autre petrole
Le gaz naturel est un produit presque aussi precleux que Ie
petrole, meme s'H n'a pas aujourd'hui les memes usages que lui.
Pour la moitie environ, iI sert au chauffage des immeubles ou a
la cuisson des aliments. Une autre part importante est consa-
cree a la fabrication d' electricite, alors que Ie role du gaz natu-
rei au sein des transports est encore limite puisque seuls 5 % de
son emploi y sont aujourd'hui affectes.
II existe pourtant deja des vehicules routiers qui fonctionnent au
gaz natureL C' est Ie cas de certains des autobus qui si 1I0nnent sans
qu'on les remarque nos grandes villes telles que Paris, avec la
reputation d' etre ecologiques car ils rejettent peu de polluants.
D'autres sont des voitures que chacun peut se procurer sur Ie mar-
che. Mais iI faut reconnaitre que, dans I'un comme ('autre cas, les
vehicules au gaz naturel ne sont pas veritablement competitifs
dans les conditions actuelles. lis requierent des installations speci-
fiques de compression du gaz, necessairement couteuses, et leur
rayon d'action est relativement limite. Enfin, quelles que soient les
garanties donnees, la pensee de circuler avec une bonbonne rem-
plie de gaz comprime peut refroidir les enthousiasmes. Mais Ie
jour ou Ie petrole ne sera plus la, Ie gaz naturel pourra prendre
sans difficulte Ie relais, tout au moins pour les transports terres-
tres, et pour autant qu'iI ne soit pas lui-meme epuise.
Quoi qu'iI en soit, si I' on excepte la part minoritaire qui est
consacree a des emplois non energetiques, c'est-a-dire chimi-
70
La fin du bon sens
ques, la totalite du gaz naturel utilise chaque an nee est actuel-
lement brulee comme c' est Ie cas pour Ie petrole, et cette
combustion donne lieu comme les autres a des emissions de
gaz carbonique qui contribuent a I'effet de serre. On peut cer-
tes remarquer que Ie gaz naturel est moins emetteur de ce
point de vue que Ie charbon. A quantite de chaleur produite
egale, il rejette pres de deux fois moins de gaz carbonique que
la houille, et c'est pourquoi la production d'electricite par des
centrales a gaz constitue un progres relatif par rapport a celles
qui ont recours au charbon.
II n' empeche. Le gaz naturel est aujourd'hui a I' origine chaque
an nee de I'emission dans I'atmosphere de I'ordre de 6 mittiards
de tonnes de gaz carbonique, ce qui represente 20 % de la tren-
taine de milliards de tonnes emises par la combustion des trois
categories d'hydrocarbures : charbon, petrole et gaz naturel.
On peut imaginer que Ie gaz naturel jouera a I'avenir un role
croissant pour les transports au fur et a mesure de I' epuisement
des reserves de petrole, mais i I n' existe pour ce type d' emploi
aucun moyen d'eviter Ie rejet dans I'atmosphere du gaz carbo-
nique produit, dans la mesure ou iI provient par definition de
sources mobiles.
La fabrication d' electricite constitue I'usage majeur du gaz natu-
rei pour lequel on pourrait envisager qu'iI soit un jour possible
d'eviter Ie rejet dans I'atmosphere du gaz carbonique produit
par sa combustion. Mais cette eventualite suppose que soient
mises au point et appliquees des techniques de captation du
71
CO 2 un my the planetaire
gaz carbonique produit dans les centrales, puis d' enfouissement
de celui-ci dans Ie sous-sol, et que Ie considerable surcout cor-
respondant soit degage. Connues sous les initiales de CCS (Carbon
Capture and Storage ou capture du carbone et sequestration),
ces techniques en sont encore au stade du prototype, et c'est
surtout pour les centrales a charbon qu' elles sont evoquees,
comme Ie preciseront les pages suivantes qui en montreront les
limites.
En definitive, it faut retenir pour te gaz naturet ta meme
conctusion que pour te petrote : it s'agit d'un produit trop pre-
cieux pour imaginer que t'humanite te taisse inemptoye dans te
sous-sot de ta ptanete. It sera donc utitise en totatite, au fur et a
mesure que tes decouvertes de gisements nouveaux te permet-
tront et que tes moyens de transport necessaires pour I'achemi-
ner vers ses tieux d'emptoi seront devetoppes. Et ta presque
totatite de son usage donnera tieu a des rejets de gaz carboni-
que dans t'atmosphere.
selon les estimations en vigueur, les reserves prouvees de gaz
representent actuellement soixante ans au rythme de la
consommation actuelle. Mais, comme c'est Ie cas pour Ie
petrole, on sait que les reserves prouvees ne representent pas
la totalite de ce que no us ont legue les eres geologiques
anciennes, et iI est raisonnable d' estimer la aussi a I' equivalent
d'une centaine d'annees au moins au rythme de la consomma-
tion actuelle Ie volume des reserves reelles, qui produiront
done de t'ordre de 600 mittiards de tonnes de gaz carbonique. si
les techniques de captation et de sequestration viennent un
72
La fin du bon sens
jour a etre mises au point et mises en CEuvre, elles ne reduiront
guere cet ordre de grandeur puisqu'elles ne pourront s'appli-
quer qu'a une pa minoritaire des emissions, et pas avant plu-
sieurs decennies. Les rejets seront au mieux reduits de quelques
dizaines de milliards de tonnes.
De surcroit, com me c'est Ie cas pour Ie petrole, cette consom-
mation prendra place pour I'essentiel en peu de temps, et
exclusivement au cours du present siecle. Le rythme du recours
au gaz naturel s'accroit en effet annee apres an nee, la consom-
mation mondiale etant pas see de 2 245 milliards de metres
cubes en 1997 a 2 921 en 2007, soit une augmentation de 30 %
en dix ans 1 .
Le charbon
Alors qu'iI se situe deja au premier rang du point de vue des
rejets annuels de gaz carbonique dans l'atmosphere, Ie charbon
constituera de plus en plus la source majeure des emissions.
C'est lui dont la consommation se developpe Ie plus rapide-
me nt, et c' est l'hydrocarbure fossile dont les reserves sont les
plus importantes.
En 1973, la production mondiale de charbon s' elevait a
3 miUiards de tonnes' alors qu'eUe atteint 6 milliards
aujourd'hui, l'acceleration ayant ete particulierement brutale
depuis ('an 2000 ou elle se situait encore a 4,5 milliards
1. Agence internationale de I' energie, op. cit
73
CO 2 un my the planetaire
de tonnes. La consommation a done double en trente-cinq ans,
alors que celie du petrole ne s' est accrue que de moitie. De sur-
croit, les reserves connues de charbon sont plus considerables
que celles de petrole et de gaz naturel puisqu' elles represen-
tent 130 annees d' extraction au rythme actuel.
II Y a peu de temps encore, la duree de vie des reserves mon-
diales etait d'ailleurs estimee a deux ou trois siecles, et Ie char-
bon etait considere com me inepuisable a I'echelle humaine.
L'acceleration tres recente du rythme d'extraction nous oblige a
abandonner cette vision des choses, d' autant plus qu' elle est
appelee a se poursuivre, les previsions les plus recentes faisant
etat d'un volume d'extraction de 8 milliards de tonnes annuel-
les a breve echeance pour repondre aux besoins des nouvelles
centrales electriques qui se multiplient en Chine et ailleurs dans
Ie monde. Et tout conduit a penser que les choses ne s'arrete-
ront pas la, compte tenu des besoins d'electricite des differents
pays qui emergent les uns apres les autres de la pauvrete.
A ce rythme, tes reserves connues dureront moins d'une centaine
d'annees, ce qui conduit a une conctusion entierement nouvette
et fondamentate : comme te petrote et te gaz naturell'essentiet
du charbon que recete te sous-sot de ta ptanete sera consomme
au cours du xxf siecte, qui sera done cetui de I'epuisement de
I'ensembte des hydrocarbures fossites du gtobe.
Lorsque l' on sait que les emissions de gaz carbonique imputa-
bles a la combustion du charbon s' elevent actuellement a
13 milliards de tonnes par an, it apparait que si ta totatite des
74
La fin du bon sens
reserves devait etre utitisee seton tes modatites actuettes, les
rejets correspond ants dans ['atmosphere pourraient atteindre
sensiblement plus de 2 000 milliards de tonnes, compte tenu
des gisements non encore decouverts.
Or c' est ce qui va se passer, car Ie rythme de construction des
centrales a charbon dans Ie monde ne cesse de s'accelerer. Plus
encore que Ie petrole et Ie gaz naturel, c'est bien Ie charbon qui
constitue ainsi la grande cause d'accroissement des emissions.
N'est-il done pas possible de faire quelque chose pour eviter Ie
rejet dans I'atmosphere de quantites aussi impressionnantes de
gaz carbonique dues au charbon?
Pour repondre a la question, H faut d'abord savoir que les trois
quarts du charbon utHise dans Ie monde servent a la fabrication
d' electricite. si I' on tient compte en outre du gaz naturel et du
petro Ie, ce sont d'ailleurs au total les deux tiers de I'electricite
mondiale qui sont aujourd'hui produits par Ie recours aux hydro-
carbures fossiles et qui donnent done lieu a des emissions de gaz
carbonique dans des centrales thermiques, l'hydraulique et Ie
nucleaire qui n' en emettent pas se partageant Ie tiers restant. II ne
faut done pas s'etonner que la production d'electricite a base de
combustibles fossiles soit a I'origine de pres de la moitie (42 %) des
emissions de gaz carbonique de la planete d' origine energetique et
en constitue de loin la premiere cause. Tenter de s'attaquer au
rejet dans I'atmosphere du gaz carbonique produit dans les centra-
les electriques revet done un caractere prioritaire.
75
CO 2 un my the planetaire
Pour lutter contre ces emissions, deux voies peuvent etre envi-
sagees : produire a l'avenir l'electricite sans rejets de gaz carbo-
nique, ou faire en sorte que Ie gaz carbonique emis dans les
centrales thermiques classiques lors de la production d' electri-
cite n'aboutisse pas dans ('atmosphere. Malheureusement, ces
deux voies se heurtent a des obstacles majeurs.
Le nuc/eoire
A priori, Ie nucleaire parait etre la solution ideale, puisque les
centrales qui ont recours a l' atome selon les techniques occi-
dentales sont fiables, economiques et ne rejettent pratique-
ment pas de gaz a effet de serre. Pourtant, la construction de
centrales nucleaires a connu un arret presque total depuis
trente ans dans Ie monde, et ce n'est qu'aujourd'hui que de
nouvelles installations commencent a etre envisagees ou mises
en chantier dans un nombre croissant de pays.
Cette longue desaffection, alors me me que la construction de
centrales a charbon ou a gaz connaissait pendant cette periode
une expansion sans precedent, s'explique par deux causes de
nature differente.
La premiere est d'ordre economique. Certes, tout compte fait, Ie
cout de revient de I' electricite d' origine nucleaire est competitif,
quand Ie prix des hydrocarbures s' eleve. Mais, contrairement aux
previsions, celui-ci a ete tres faible pendant Ie quart de siecle
qui a suivi Ie deuxieme choc petrolier de 1981. De surcroit, les cen-
trales nucleaires sont tres lourdes en investissements et necessi-
tent de longs delais de realisation, alors que c' est l'inverse pour les
76
La fin du bon sens
centrales a charbon et surtout a gaz. Le depassement des coOts
prevus pour la premiere centrale de la nouvelle generation EPR
construite en Finlande par la firme franc;aise Areva temoigne s'iI en
etait besoin de la difficulte de la tache 10rsqu'iI s'agit de construire
un prototype, puisqu'iI excede 50 %.
Mais il existe un second obstacle, plus lourd encore dans les pays
occidentaux: I'opposition des ecologistes qui, dans beaucoup de
pays, ont convaincu une grande partie de I' opinion de s' opposer a
tout projet de centrale nucleaire. Meme si l' on assiste aujourd'hui a
un certain retournement des esprits, tout au moins au niveau des
responsables politiques, iI ne faut pas se nourrir d'illusions. Sauf
miracle, Ie nucleaire ne jouera longtemps encore qu'un role tres
minoritaire au sein de la production mondiale d' electricite, meme
si la France a montre depuis trois decennies qu'iI etait possible de
produire l'essentiel de son electricite en misant sur l'atome et en
evitant tout rejet de I' essentiel de gaz a effet de serre.
L'opposition aux centrales nucleaires laisse sans voix
lorsqu'elle provient de ceux qui affirment que la concentration
de gaz a effet de serre dans ['atmosphere est une catastrophe
pour la planete. Entre deux maux reels ou supposes, il faut
savoir choisir Ie moindre, d'autant qu'aucun des arguments
dresses a I'encontre des centrales nucleaires ne resiste a une
analyse un tant soit peu serieuse. Les centrales nucleaires occi-
dentales ont prouve depuis longtemps leur fiabilite dans des
pays aussi divers que ['Afrique du sud ou la Chine et n' ont
jamais provoque une seule mort d'homme contrairement a tou-
tes les autres sources d' energie, et en particulier au charbon qui,
77
CO 2 un my the planetaire
dans un pays comme la Chine, est chaque annee directement
responsable de plusieurs milliers de morts dans les mines, et de
centaines de milliers d'autres par la pollution de I'air engendree.
Le recours a I' energie nucleaire pour produire de I' electricite est
d'aiHeurs reconnu par les instances internationales com me etant un
droit pour tous les pays, alors que la fabrication d'armes nucleaires
est reglementee par les traites de non-proliferation. D'aiHeurs, plus
de 30 pays exploitent depuis des decennies des centrales nucleai-
res, sans heureusement que la plupart d' entre eux disposent
d'armes atomiques. II n'empeche: la plupart des ecologistes ne
veulent pas admettre cette distinction fondamentale et entretien-
nent sciemment une peur irraisonnee inspiree par les spectres de
Nagasaki et d'Hiroshima, comme I'a encore fait Daniel Cohn-Bend it
en juiHet 2007, quand la France a envisage de vendre une centrale
nucleaire a la Libye. selon Eurobarometre, 61 % des Europeens ne
souhaitent-ils pas, pour des raisons supposees de securite, que la
part de I' electricite d' origine nucleaire diminue ?
Les autres arguments avances a l'encontre de l'usage pacifique de
I' atome ne resistent pas plus a I' analyse. II en est ainsi du traitement
des sous-produits du fonctionnement des centrales, pejorative-
ment qualifies de dechets. On sait pourtant traiter ceux-ci en les
vitrifiant et en les rendant inertes pour des millenaires, et il est
possible de les enfouir ensuite a grande profondeur ou, quoi qu'on
en dise, Us ne presentent aucun risque pour les generations futures.
II en va de meme du demantelement des centrales apres leur fin de
vie. L' operation est couteuse, mais eHe ne presente aucune urgence
78
La fin du bon sens
et peut etre etalee sur des decennies en fonction des finance-
ments disponibles. La duree de vie des centrales ne cesse d'aiHeurs
de s' ace roit re. Alors qu' eHe etait estimee a trente ans il y a peu, il
est maintenant couramment question de soixante annees et rien
ne dit qu' eHe ne sera pas prolongee au-dela. II n'y a la rien d' eton-
nant puisque leur structure est constituee de beton fortement
arme et surdimensionne pour resister a tout incident eventuel.
Enfin, Ie risque d' epuisement des ressources en uranium n' est
pas pour demain, comme l'a constate I'Agence internationale
de I'energie dans son rapport annuel de 2006. La seule Australie
a identifie 85 gisements, dont 3 seulement sont en exploitation
et de nombreux autres pays en disposent. Face a la hausse des
cours survenue avant l'ete 2008, les projets d'ouverture ont
abonde. A plus long terme, la surgeneration repoussera definiti-
vement la date d' epuisement des ressources.
Mais I'energie nucleaire constitue l'un des symboles de notre
epoque, et c'est peut-etre pour cela que les ecologistes la com-
battent sans craindre d' etre incoherents. si les arguments qu'ils
avancent aujourd'hui a son encontre, concernant par exemple
Ie traitement des dechets, venaient un jour a tomber, ils en
trouveraient d'autres car nous sommes dans l'irrationnel.
Le nucleaire ne joue done aujourd'hui qu'un role marginal dans la
satisfaction des besoins nouveaux d' electricite. Certes, un pays
comme la Chine a recemment lance la construction de centrales
nucleaires nouvelles. Mais l' objectif affiche jusqu'a present est
modeste: porter de 1 a 4 % la part de l'atome au sein de la pro-
79
CO 2 un my the planetaire
duction electrique nationale. Tout laisse a penser que les respon-
sables chinois veulent surtout se tenir informes des technologies
disponibles puisqu'ils ont reparti leurs commandes entre les dif-
ferents constructeurs mondiaux, dont Ie franc;ais Areva, les Ame-
ricains et les Russes. lis savent qu'Hs devront un jour prochain
changer leur fusH d'epaule et se lancer dans une production
nucleaire de grande serie. Les reserves de charbon dont ils dispo-
sent ne representent en effet que quarante ans de leur consom-
mation nationale au rythme actuel, et celle-ci s' accroit a vive
allure d' annee en annee, de telle sorte qu'il est probable qu' elles
seront epuisees dans trois decennies au plus.
Bien que disposant de reserves tres importantes de charbon, un
pays comme l'Afrique du sud a declare envisager de construire a
breve echeance une dizaine de centrales nucleaires pour repondre
a 30 % de ses besoins d' electricite avant de renoncer pour l'instant
a ce projet lorsque les cours du petrole se sont effondres.
Les energies renouvelobles
Contrairement a line opinion repandue, il n'est pas possible
d' etre plus optimiste quant aux potentialites des energies
renouvelables pour la production d' electricite.
C' est surtout sur I' energie eolienne que comptent leurs partisans.
Des progres techniques reels ont ete accomplis et Ie cout de
revient du kilowattheure eolien produit devient parfois competitif
sur Ie papier avec celui du courant d' autres origines. Mais il ne s' agit
la que d'une apparence car l'energie eolienne souffre d'un handicap
peu connu, majeur et redhibitoire. Les eoliennes sont par nature
80
La fin du bon sens
soumises aux caprices du vent et ne fournissent de I' electricite
qu'un quart du temps environ, meme si elles tournent presque en
permanence, ce qui entretient une fausse illusion d' efficacite. II
faut en effet que Ie vent excede une trentaine de kilometres par
heure pour que debute une production significative, et celle-ci
n'atteint son optimum qu'au-dela d'une vitesse de cinquante kilo-
metres par heure. s'iI souffle trop fort, iI faut enfin tout arreter
pour ne pas mettre en danger les installations.
Les trois quarts du temps, tes eotiennes ne produisent done pas
de courant, et doivent etre suppteees par des centrates ctassi-
ques a charbon ou a gaz, emettrices massives de gaz a effet de
serre, ce qui exptique que tes pays qui ont te ptus recours aux
eotiennes figurent parmi tes ptus grands emetteurs de CO z
Le chapitre IV exposera plus en detai I Ie desastre que constitue
('implantation d'eoliennes dans notre pays qui n'en a aucun
besoin puisqu'il produit deja la quasi-totalite de son electricite
sans rejet de gaz a effet de serre grace a son programme
nucleaire. Un livre remarquable de Jean-Louis Butre 1 denonce
nos pratiques nationales dans ce domaine.
Quant au solaire, meme si ron ne peut qu'esperer que les cho-
ses changent, son prix de revient est pour ('instant prohibitif
et iI ne survit qu'au prix de subventions encore plus ruineuses
pour Ie consommateur qui doit en definitive en acquitter Ie
couto
1. L'lmposture. Pourquoi /'eolien est un danger pour la France, editions du Toucan,
81
CO 2 un my the planetaire
Capture du carbone et sequestration fCCS)
II ne faut done pas se nourrir d'illusion : la grande majorite de
l'electricite dont la planete a un besoin vital pour sortir de la
pauvrete et se developper continuera longtemps encore a pro-
venir de centrales thermiques classiques, a charbon, au gaz
naturel ou plus rarement au fioul, et celles-ci produiront du gaz
carbonique en quantites massives.
La question se pose alors de savoir s'iI ne serait pas possible de
capter Ie CO 2 au sein des centrales, puis de Ie convoyer en des
lieux ou iI serait possible de l'injecter dans Ie sous-sol pour qu'iI
y reste definitivement ou tres longtemps. Sur Ie papier, la solu-
tion est seduisante. EUe se heurte pourtant a de tels obstacles
techniques et financiers que personne ne peut raisonnablement
parier sur sa mise en CEuvre a echeUe significative.
Sur Ie plan technique, les procedes de captation en sont a un
stade exploratoire. De surcroit, nul ne peut garantir qu'iI exis-
tera suffisamment de gisements etanches a proximite des cen-
trales concernees pour sequestrer Ie gaz carbonique produit. II
y a actueUement quatre projets partiels de « CCS » en opera-
tion dans Ie monde, chacun evitant Ie rejet dans l'atmosphere
d'environ 1 million de tonnes de CO 2 par an. Le projet norvegien
sleipner reinjecte Ie CO 2 dans une couche saline aquifere, apres
qu'iI ait ete separe du gaz naturel emis par un gisement en
exploitation. Le deuxieme, situe a Weyburn dans Ie Dakota du
Nord, transporte par un gazoduc de 330 kilometres Ie CO 2 emis
dans une centrale de gazeification du charbon, et I'injecte dans
un gisement petroUer dont iI accroit Ie rendement. Le troi-
82
La fin du bon sens
sieme, a In Salah en Algerie, reinjecte dans Ie sous-sol une par-
tie du CO 2 excess if provenant d'un gisement de gaz naturel,
comme c'est Ie cas a sleipner.
Le quatrieme, en AUemagne, a ete inaugure en grande pompe
par Ie groupe suedois VattenfaU, Ie 9 septembre 2008, dans la
petite vUle de spremberg. II s'agit d'une centrale a charbon de
faible puissance, mais qui met en CEuvre toute la chaine des
techniques de capture et de stockage du carbone. Apres son
extraction, Ie CO 2 sera convoye sur 350 kilometres pour etre
enfoui par un systeme de compression dans un ancien reservoir
souterrain. si l' experience est concluante, l' entreprise passera a
la grandeur reelle et construi ra en 2013 deux centrales de
500 megawatts dans Ie Brandebourg et au Danemark. En cas de
succes, Ie cout par tonne de CO 2 dont Ie rejet sera evite dans
l'atmosphere est estime a 60 euros, dont 85 % relevent des
operations de capture et de compression, tres energivores.
Tout cela reste bien entendu anecdotique a l'egard des rejets-
mondiaux de gaz carbonique d'origine energetique qui s'elevent
a 30 mi II iards de tonnes par an.
II est done impossible aujourd'hui de savoir quel est Ie potentiel
technique du CCs. Mais H est possible de savoir que celui-ci est
pour I' essentiel voue a I' echec pour un autre motif, qui tient a son
couto si des solutions techniques sont trouvees, elles couteront
tres cher. Les donnees disponibles font en effet fremir. selon
l'Agence internationale de l'energie (Wortd Energy Outtook 2007),
Ie cout typique d'une installation de capture et de compression du
gaz carbonique dans une centrale thermique varie de 30 a 90 dol-
83
CO 2 un my the planetaire
lars par tonne de gaz carbonique, mais peut etre beaucoup plus
eleve en fonction de la technologie utilisee, de la concentration du
gaz carbonique et du site. Encore s'agit-il d'hypotheses, aucune
centrale importante equipee d'un tel dispositif n'ayant encore ete
construite meme si de nombreux projets sont envisages. Les couts
seraient evidemment bien plus eleves encore s'H s'agissait d'equiper
a posteriori des centrales existantes. II faudrait ensuite transporter
Ie gaz carbonique jusqu'aux lieux d'enfouissement, en general eloi-
gnes de plusieurs centaines de. kHometres. Pour une distance de
250 ki lometres, on parle alors de 1,5 a 4 dollars par tonne.
Enfin, it serait necessaire de com presser Ie gaz, de l'injecter et
de surveiller Ie site pendant des decennies pour etre certain
qu'iI ne s' echappe pas du sous-sol, ce qui annulerait l'interet de
l' operation. Au total, selon l' AlE, les couts possibles les plus fai-
bles s' etablissent a 50 dollars par tonne de gaz carbonique evi-
tee, et ce n' est qu' a long terme, apres 2030, qu' on pourrait
envisager, sans aucune certitude, qu'ils decroissent a 25 dollars
par tonne. Mais, quel que soit Ie cout futur, une chose est cer-
taine : iI sera considerable. Le montant de I'investissement par
centrate serait ptus que doubte. C' est ainsi que Ie projet pilote
« FutureGen » dans I'lilinois, massivement subventionne par Ie
departement americain de l'Energie, a ete abandonne quand ses
promoteurs, pourtant remplis de bonnes intentions, se sont
aperc;us que Ie montant necessaire pour l'investissement devrait
passer de 830 a 1 800 millions de dollars.
Au niveau mondial' la production d' electricite dans les centrales
thermiques a charbon, au gaz naturel, ou au fioul rejette des
84
La fin du bon sens
aujourd'hui plus de 12 milliards de tonnes de gaz carbonique par
an dans ('atmosphere, et cette quantite ne cesse de s'accroitre
au fur et a mesure que leur nombre augmente. Les sommes
donnent alors Ie vertige. si les obstacles. techniques sont vain-
cus, et meme si Ie surcout necessaire pour eviter Ie rejet dans
('atmosphere d'une tonne de gaz carbonique n'excede pas
30 dollars en moyenne, ce qui est tres optimiste, ce sont ptus de
360 mittiards de dottars qu'it faudrait trouver chaque annee
dans I'etat actuet des choses pour mettre fin aux emissions et
enterrer te CO) produit Autant dire que c' est exclu.
Encore faut-il ajouter que la majorite de cette somme devrait
etre depensee en Chine, en Inde et dans les autres pays en voie
de developpement, qui ont fait savoir qu'ils avaient quant a eux
d'autres priorites et que ('argent necessaire pour de telles ope-
rations devrait done provenir des pays riches, ce que ceux-ci ne
sont evidemment pas prets a faire compte tenu des sommes
astronomiques en cause! Faut-ille rappeler, chaque fois que les
membres du G8 se rencontrent, ils constatent que leurs engage-
ments en faveur du tiers-monde ne sont pas tenus, et ils discu-
tent pour quelques dizaines ou centaines de mittions de dollars
qu'ils n'arrivent pas a trouver. Lors de la reunion de juillet 2008
au Japon, les dirigeants africains presents ont releve 'que seul un
quart des engagements pris par les pays riches pour ('aide au
developpement des pays pauvres lors du sommet de 2005 a
Gleneagles avait ete debloque. Qui pourrait croire qu'il en aille
differemment au cours des annees a venir apres la crise finan-
ciere de 2008 ?
85
CO 2 un my the planetaire
De surcroit, la mise en service de centrales thermiques classi-
ques atteint aujourd'hui un rythme sans precedent, et iI faut
s'attendre a ce que Ie volume annuel des emissions de gaz car-
bonique passe d'une douzaine a une vingtaine de milliards de
tonnes a echeance proche, ce qui viendrait encore accroitre Ie
montant des sommes necessaires pour en eviter Ie rejet, en les
portant bien au-dela de 500 milliards de dollars par an.
II faut done rester realiste, et ne pas escompter qu'iI soit possi-
ble de miser sur les techniques de capture du carbone et de sa
sequestration pour changer significativement Ie volume des
rejets imputables a I'usage du charbon, du gaz naturel ou du
petrole aux fins de production d' electricite ou de tout autre
usage industrieL Pour que cessent les emissions imputables au
charbon, il n'y aurait qu'une solution: interdire son extraction
et fermer les centrales electriques qui y ont recours. Qui pour-
rait y croire ?
Un doublement ineluctable
En conclusion, H faut se rendre a I' evidence. Le petrole, Ie gaz natu-
rei et Ie charbon presents dans Ie sous-sol ont vocation a etre uti-
lises par l'humanite pour lui fournir l' energie indispensable a son
developpement, et Ie gaz carbonique produit a cette occasion ira
dans l'atmosphere. Au total des trois produits, la combustion cor-
respondant a l' epuisement des gisements degagera environ
4 000 milliards de tonnes de gaz carbonique, dont une partie
majoritaire au cours du demi-siecle a venire II convient d'ajouter a
86
La fin du bon sens
cette masse deja impressionnante environ 500 milliards de tonnes
d'origine non energetique, provenant notamment de la deforesta-
tion et des activites d'elevage. Quant aux techniques de capture et
de sequestration du carbone, meme si les obstacles techniques
sont vaincus, elles ne seront pas en mesure de modifier significati-
vement Ie panorama d' ensemble.
Ces 4 500 milliards de tonnes supplementaires sont a comparer
aux 2 800 aujourd'hui presents dans l'atmosphere, avec to ute-
fois une consideration positive. L'experience des decennies
ecoulees a montre en effet que la totalite des volumes de gaz
carbonique emis au cours d'une annee donnee ne se retrouvait
pas l'annee suivante dans l'atmosphere car la moitie environ
etait absorbee par la nature et notamment par les oceans. selon
Ie Gtobat Carbon Project, cette regulation natureUe a concerne
55 % des emissions au cours des dernieres annees. Si rien ne
change, les quelque 4 500 milliards de tonnes d'emissions au x-
queUes il faut s'attendre se retrouveront done pour moitie
« seulement » dans ('atmosphere, ce qui portera neanmoins la
quantite presente autour de la Terre aux alentours de
5 000 milliards de tonnes.
Quettes que soient tes incantations, it faut done s'attendre a ce
que te stock de gaz carboni que tournant au-dessus de nos tetes
doubte a peu pres au cours du siecte present Exprimees en
« parties par million» (ppm), unite traditionneUe des specialis-
tes de la composition de l'atmosphere, les concentrations du
gaz carbonique dans l'atmosphere atteindront alors pres de
750 ppm au lieu de 380 a l'heure actueUe. Bien entendu, it ne
87
CO 2 un my the planetaire
faut pas se leurrer sur I' exactitude de previsions a si long terme,
et seul I'avenir permettra de preciser les chiffres. Mais la ten-
dance ne fait pas de doute.
Toutefois les choses n'ont pas qu'un cote negatif. Dans ta
me sure ou ce sont tes trois hydrocarbures fossites qui sont a
I'origine de ta grande majorite des emissions de gaz a effet de
serre d'origine humaine, cettes-ci sont appetees a ptafonner, puis
a diminuer torsque tes gisements de petrote, de gaz naturet et de
charbon viendront a epuisement, avant de cesser quand its
seront vides.
Les emissions de gaz a effet de serre d'origine humaine vont
done continuer a croitre pendant les premieres decennies du
XX Ie siecle. Mais a la fin de celui-ci, eUes auront disparu. Le
petrole, Ie gaz naturel et I' essentiel du charbon seront taris.
La deforestation aura cesse depuis longtemps. D' ou vien-
draient alors les rejets du gaz carbonique? Les emissions
passeront necessairement par un pic, sans doute aux alen-
tours du milieu du siecle, avant de decroitre ensuite. II est
done certain que l' objectif fixe par Ie G8 - la division par
deux des emissions - sera un jour atteint. Mais il Ie sera vers
2100, pas en 2050 1
II est inutile de souligner com bien ce constat est fondamental.
On ne peut pas dire a la fois que I'on va manquer bientot de
petrole, de gaz naturel, voire de charbon, et que les emissions
de gaz a effet de serre vont continuer indefiniment a s'accroi-
tre ! Le sort des uns et celui des autres sont indissociablement
88
La fin du bon sens
lies et les prevIsions a caractere catastrophique d'accroisse-
ment sans fin des rejets sont absurdes. Notre atmosphere
n'accueillera pas plus de carbone d'origine fossile que ce que
contiennent les gisements enfouis dans Ie sous-sol de la pla-
nete 1 Elle en accueillera meme beaucoup moins du fait de la
regulation naturelle precedemment decrite qui absorbe la moi-
tie des emissions.
Le moment est venu de regarder la realite en face, sous ses dif-
ferents aspects. En trois siecles, Ie XIX e , Ie xx e , et Ie XXl e , l'huma-
nite aura utilise la quasi-totalite des energies fossiles - petrole,
gaz naturel et charbon - que des centaines de millions d'annees
avaient accumulees dans son sous-sol. II en decoule une double
consequence. Le stock dans l'atmosphere du gaz carbonique,
contributeur a l' effet de serre, va plus que doubler, passant de
2 000 milliards de tonnes avant l'ere industrielle a 5 000 envi-
ron a la fin du xx,e siecle, mais il cessera ensuite de croitre. Les
deux courbes qui accompagnent cet ouvrage eclairent done
d'un jour entierement nouveau Ie siecle a venir (figures A et B).
Si I' on s'interesse au sort des etres humains, it ne faut pas Ie regret-
ter. C'est Ie prix a payer pour que I'essentiel de I'humanite emerge
en quelques generations, comme nous l'avons fait nous-memes, de
la pauvrete, de la misere, de la maladie et de la mort elle-meme, et
que grace a l'utilisation des energies fossiles elle connaisse des
conditions de vie dont les siecles passes n' auraient jamais pu rever.
Avant d'aHer plus loin, une question ne peut toutefois manquer de
venir a l' esprit. Comment se fait-il que les donnees immediatement
89
CO 2 un my the planetaire
FIGURE A
volution des emissions de gaz carbonique d'origine energetique
Milliards de tonnes de C02 par an
60
Evolution passee
. .. Evolution future
40
- - . Objectif du G8
20
Annee
1900 1950 2000 2050 2100 2150
Selon Ie scenario de reference de [' Agence internationale de I' energie,
les emissions de gaz carbonique (C0 2 ) resultant de ['usage du charbon,
du petrole et du gaz naturel doubleront d'ici Ie milieu du XXl e siecle du fait
des projets en cours de realisation et previsibles dans les pays emergents.
Mais tout changera ensuite, au fur et a mesure que Ie petrole, Ie gaz naturel,
puis Ie charbon seront successivement epuises.
A la fin du siecle, les emissions auront disparu.
L'irrealisme de [' objectif adopte pour 2050 par les dirigeants des grands pays
du monde (G8), qui consiste a diviser par deux les emissions par rapport
a leur niveau actuel, apparait clairement. Pour I' atteindre, it faudrait non seulement
imposer des depenses considerables aux pays developpes, mais surtout freiner
Ie developpement de la Chine, de I'Inde et plus generalement du tiers-monde.
La courbe de la page suivante se deduit logiquement de celie qui figure ci-dessus.
90
La fin du bon sens
FIGURE B
Presence du gaz carbonique dans I'atmosphere
Milliards de tonnes de C02
Parties par million (ppm)
5000
2800
2000
, 0
Annee
1900
750
-----.-7
.
380
280
2008
Evolution passee
. .. Evolution future
- - . Objectif du G8
1950 2000 2050 2100 2150
La Terre a la chance de beneficier d'un effet de serre qui la rechauffe
d'une trentaine de degres. Une partie minoritaire de celui-ci est imputable
au gaz carbonique. La quantite de ce produit presente dans I'atmosphere
eta it relativement stable avant I' ere industrielle, au x alentours de 2 000 milliards
de tonnes, ce qui correspondait a une concentration de 280 parties par million
(ppm). Elle s' accroit maintenant du fait de la combustion du charbon, du petrole
et du gaz naturel qui sont aujourd'hui indispensables au progres economique
et a la lutte contre la pauvrete. Lorsque la totalite des hydrocarbures presents
dans Ie sous-sol de la planete aura ete epuisee, la concentration se trouvera
stabHisee avant de decroitre lentement au cours des prochains siecles.
A nouveau, I' objectif affiche du G8 de maintenir celle-ci a son niveau actuel
apparait deconnecte de toute realite.
91
CO 2 un my the planetaire
accessibles a tous qui figurent dans les pages precedentes ne puis-
sent etre trouvees nuHe part? Aucun des organismes internatio-
naux qui sont censes eclairer les decisions des responsables
politiques et administratifs, et au-dela ['opinion mondiale eHe-
meme, ne les mentionne alors qu' eHes permettent d' eclairer Ie
debat d'un jour nouveau et de Ie rendre comprehensible.
Une explication partielle de ce mystere est simple. Les climatolo-
gues qui s'interessent a la composition de ['atmosphere et a son
evolution ne s'expriment pas en tonnes, mais en concentrations. Us
utilisent pour caracteriser la presence du gaz carbonique dans
['atmosphere des unites qui repondent au sigle esoterique deja cite
de « ppm » (parties par million) incomprehensibles pour Ie non-
specialiste. De leur cote, les experts du domaine de I' energie par-
lent en « GT » (gigatonnes) lorsqu'ils chiffrent les emissions de CO 2
imputables aux activites humaines, unites tout aussi esoteriques
pour Ie commun des mortels. La conversion d'une unite a ('autre
n' est pourtant guere difficile puisqu'il est etabli qu'une «ppm»
equivaut a 7,3 milliards de tonnes dans ['atmosphere. Lorsqu'on
exprime la meme chose, d'une part en « ppm», d'autre part en
« GT », qui peut y comprendre quelque chose? si ['on voulait ren-
dre les choses incomprehensibles, on ne s'y prendrait pas autre-
ment. Faute de recourir a une meme unite - Ie milliard de tonnes
en ['occurrence - pour caracteriser d'une part les emissions dans
['atmosphere, d'autre part les quantites presentes en son sein,
personne n' explique correctement les choses.
Peut-etre faut-il voir la un exemple de ('incommunicabilite entre
des professions differentes, en ['occurrence les climatologues et
92
La fin du bon sens
les experts energetiques, dont aucune n' a fait l' effort d' explication
necessaire. Pourtant, l'Agence internationale de l'energie corrobore
les conclusions dressees ci-dessus quant a l' evolution des emis-
sions et celie des concentrations. Elle les a retenues dans son
« scenario de reference» avant d' etre amenee, sur injonction poli-
tique du G8, a elaborer des hypotheses conformes aux objectifs
irrealistes de reduction des emissions rappeles au debut de cet
ouvrage. Le scenario de reference de ('AlE prevoit en effet a juste
titre que les emissions planetaires annuelles de gaz carbonique
d'origine energetique passeront de 30 milliards de tonnes
aujourd'hui a 62 milliards en 2050 (lEA Work for the GB - 2008
Messages) et que la concentration de gaz carbonique dans l'atmos-
phere terrestre atteindra de l' ordre de 600 « ppm » a cette date.
si I' on se souvient que les objectifs retenus a Hokkaido par Ie
G8 sont, d'une part, la division par deux des emissions de gaz
carbonique en 2050 par rapport a leur niveau actuel (soit
15 milliards de tonnes par an et non 62) et, d'autre part la sta-
bilisation a 380 ppm de la concentration du gaz carbonique
dans ['atmosphere a partir de 2015, ce qui correspond au
niveau atteint aujourd'hui, on mesure I'ampleur de la tache a
accomplir, ou plutot son total irrealisme. Pour qu'it en aitte
ainsi, it faudrait arreter tout de suite te devetoppement du
tiers-monde, consentir a des depenses insupportabtes et ittu-
soires dans tes pays devetoppes et que t'humanite decide de
taisser inutitisees dans son sous-sot tes ressources que tes eres
geotogiques y ont accumutees. Qui pourrait croire un instant
qu'it en ira ainsi ?
93
CO 2 un my the planetaire
Un tel raisonnement que les scientifiques qualifient de « par
l'absurde » suffit a reduire a neant les objectifs affiches aux plus
hauts niveaux. Raisonner par l'absurde est l'une des expressions
les plus caracteristiques du bon sens, mais chacun sait depuis
Descartes que ce dernier n' est guere repandu.
Le mode de raisonnement par l'absurde (apagogie negative)
consiste, selon Ie dictionnaire, « a demontrer ta faussete d'une
proposition, non pas directement, mais en en deduisant togique-
ment des consequences absurdes ». Puisqu'il est illusoire de pen-
ser que l'humanite laissera inutilisee dans Ie sous-sol de la
planete une quelconque partie des hydrocarbures que celui-ci
recele, il en decoule qu'il n' est pas possible de reduire les emis-
sions qu' engendre leur usage. C' est l' CEuf de Christophe
Colomb. Pour qu'il n'y ait plus d' emissions, ou qu'il y en ait
moins, il n'y aurait qu'une solution: fermer la majorite des puits
de petrole ou de gaz naturel et les laisser volontairement inex-
ploites, de meme que la plupart des mines de charbon, alors
qu'on est en train d'en ouvrir de nouvelles en Australie, en
Indonesie, en Ecosse et ailleurs.
L'irrealisme de cette hypothese se passe de commentaires. Le
petrole, Ie gaz naturel, Ie charbon sont trop precieux, et trop
indispensables a la sortie de la misere de l' essentiel des hom-
mes, des femmes et des enfants qui peuplent notre globe pour
qu'ils ne soient pas exploites en totaUte, et il est inutile de nous
interroger sur ce que nous pourrions faire nous-memes dans Ie
but de « sauver la planete » en reduisant les emissions des gaz
qui peuvent lui nuire. Nos efforts ne serviront a rien sur ce plan
94
La fin du bon sens
puisque ce que nous n'utiliserons pas Ie sera par les autres, et
que les emissions prendront place en tout etat de cause et res-
teront inchangees au niveau de la planete.
On pourrait tout au plus esperer qu' eUes soient quelque peu deca-
lees dans Ie temps, mais, meme si c' eta it Ie cas, I' ordre de grandeur
des phenomenes est tel qu'iI n' en resulterait aucun effete L'Europe
emet ainsi 4 milliards de tonnes de CO 2 par an alors que Ie stock
present dans ('atmosphere atteint deja 2 800 milliards de tonnes et
s'accroit de 15 milliards par an. Meme si nous arrivions a reduire nos
emissions de 20 % d'ici a 2020, objectif officiel de ('Union euro-
peenne, rien ne serait change pour Ie bilan planetaire, d'autant plus
que l'essentiel des hydrocarbures que nous aurions reussi a ne pas
consommer Ie serait par d'autres 1
Ceux qui nous demandent d'« agir » a tout prix pour reduire les
emissions du globe - y compris les chefs d'Etat des plus grands
pays du monde - ont-ils reflechi un instant a la signification
concrete d'un VCEU aussi contraignant ? Faudrait-H pour Ie satis-
faire que de grandes parts de I'humanite continuent a etre pri-
vees d' electricite et restent plongees dans I' obscurite et la
misere? A quel niveau - 500 dollars par barH ? - faudrait-H
porter Ie prix du petrole pour etre coherent avec leurs inten-
tions? QueUes en seraient les consequences pour notre vie
quotidienne et particulierement pour ceux qui ne pourront
jamais acquitter de tels tarifs, c' est-a-dire les plus modestes ?
Quant a nous, Franc;ais, pourquoi depensons-nous des dizaines de
miUiards d'euros par an pour« sauver la planete » puisque, pas plus
95
CO 2 un my the planetai re
que les autres et meme beaucoup moins car nous sommes les plus
faibles emetteurs parmi les grands pays developpes, nous n'y pou-
vons rien ?
Face a une telle incoherence, pour ne pas dire une telle absurdite,
une question s'impose en definitive, qui merite reponse. Comment
est-il possible que la planete entiere ait ete ainsi trompee au point
que Ie bon sens Ie plus elementaire ait disparu ?
Kyoto, protocole inutile
En 1997, pas moins de 188 pays se sont reunis a Kyoto pour ela-
borer un protocole desormais celebre. Parmi les pays signatai-
res, 38 nations industrialisees (dites de l'annexe 1) se sont
engagees a reduire en 2008 ou 2012 au plus tard leurs emissions
de CO 2 de 5,2 % par rapport a leur niveau de 1990. Pour sa part,
l'Union europeenne a promis de diminuer ses propres rejets de
8 %, la France devant maintenir les siens a leur niveau anterieur
deja tres faible, ce qu' elle a d'ailleurs fait.
Le protocole n'est devenu officiellement effectif qu'en 2005,
apres sa ratification par la Russie. Mais tout cela n' a servi rigou-
reusement a rien. Certes, lespays europeens qui sont a l' origine
du huitieme environ des emissions du globe ont a peu pres tenu
leurs engagements. Mais au niveau mondial, les emissions de
gaz carbonique d' origine energetique sont passees de 21 a
30 milliards de tonnes entre 1990 et 2008 (+ 43 %) 1
96
La fin du bon sens
C' est que des nations telles que Ie Canada ou l' Australie, mais
surtout les pays du tiers-monde qui ne sont pas parties prenan-
tes au protocole de Kyoto, ont accru leurs emissions dans des
proportions considerables, ceUes de la Chine ayant meme plus
que double pour leur part.
Jamais les emissions planetaires ne se sont accrues aussi vite. Decrit
par Claude AUegre comme etant « l'un des traites internationaux
les plus absurdes qui aient jamais vu Ie jour », Ie protocole de
Kyoto n'a servi a rien et ne pouvait servir a rien car H reposait sur
une erreur fondamentale. Les engagements ne concernaient que
les pays developpes et, dans l' esprit de ses concepteurs, ceux-ci
donneraient l'exemple au reste du monde qui ne manquerait pas
ensuite de les suivre sur la voie de la reduction des emissions.
Le raisonnement pouvait paraitre logique, mais H etait faux. II s' agis-
sait d'un sophisme. Certes, au prix d'efforts tres couteux, les pays
developpes peuvent envisager de maitriser, voire de reduire - un
peu - leurs rejets de gaz a effet de serre. Mais cela n'aura aucun
effet sur Ie volume global des emissions de la planete qui restera
inchange car Ie petrole, Ie gaz naturel, ou Ie charbon que ne
consommeront pas les pays developpes Ie seront par Ie reste du
monde. Pour l'lnde, la Chine, et Ie tiers-monde en general, il ne
s'agit pas d'une question de mode de vie, mais de vie ou de mort
de leurs habitants. Comme l' a declare l' expert chinois qui participe
aux travaux des Nations unies, M. Qin Dahe, directeur de l'adminis-
tration meteorologique de son pays: « Nous n'avons ni la techno-
logie ni les moyens financiers necessaires. Nous convertir a des
sources d' energie moins poUuantes necessiterait des sommes pro-
97
CO 2 un my the planetaire
hibitives que nous n'avons pas. Nous avons besoin du charbon
pour nous developper. Nous sommes conscients du probleme et
preoccupes par les risques, mais nous n' avons pas Ie choix » (Inter-
nationat Heratd Tribune, 7 fevrier 2007).
Le 9 janvier 2009, I'agence France-Presse communiquait que la
Chine avait decide d'augmenter de 30 % d'ici 2015 sa produc-
tion de charbon pour faire face a ses besoins, ce qui accroitra
les rejets de CO 2 pour ce seul pays et pour ce seul motif de
1,6 milliard de tonnes par an, soit pres de deux fois plus que
l'ensemble des reductions d'emission que l'Union europeenne
s' est fixe comme objectif pour 2020.
L'lnde ne dit pas autre chose. Apres la publication du rapport
« Stern» dont iI sera question au chapitre suivant, elle fit repondre
par un groupe officiel d' economistes qu'« il n' eta it pas possible
pour l'lnde de s' engager sur un plafond d' emissions a respecter, et
que sa priorite devait etre accordee a des objectifs nationaux au
premier rang desquels figure I' eradication de la pauvrete» (The
Indian Express, 3 fevrier 2007). Qui ne les comprendrait quand on
sait que 400 millions d'indiens n' ont tout simplement pas d' electri-
cite et que chaque annee 500 000 femmes et enfants meurent
d'un cancer du poumon engendre par les fumees du foyer de la
piece unique ou ils vivent en permanence?
Pendant sept ans, George Bush a repete que les Etats-Unis n'appU-
queraient pas Ie protocole de Kyoto tant que I'lnde et la Chine
n' en feraient pas autant. II avait a la fois raison sur Ie fond et tort
dans l' explication. II avait raison de refuser d' engager les Etats-Unis
sur la voie de depenses dont l' essentiel aurait ete parfaitement inu-
98
La fin du bon sens
tile. Mais Ie motif avance n' etait pas Ie bon. Au lieu de dire que les
Etats-Unis s' engageraient sur la voie de la reduction de leurs emis-
sions quand la Chine et l'lnde en feraient autant, il aurait du expli-
quer que ceHes-ci ne pouvaient pas Ie fa ire, et que vouloir lutter
contre les emissions de gaz a effet de serre de la planete etait en
consequence tout simplement du domaine de l'impossible. Faute
de l'avoir fait, l'heure de verite a ete reportee. EHe sonnera au plus
tard a la fin de 2009 quand la communaute mondiale s' efforcera -
en vain - de donner une suite au protocole de Kyoto avec cette
fois-ci la participation des pays emergents, et que les yeux s' ouvri-
ront alors.
Tous vegetariens ?
Faudra-t-i I arreter un jour de manger de la viande ? La question
peut paraitre saugrenue. Mais consommer de la viande nuit gra-
vement a I'environnement pour deux raisons qui s'additionnent.
II faut tout d'abord de cinq a dix kilos de cereales pour produire
un seul kilo de viande, et c'est done la un tres mauvais usage
des ressources de la planete.
II y a plus. Les ruminants constituent une veritable catastrophe
ecologique, comme I'a constate en novembre 2006 dans un rap-
port qui a defraye la chronique l' organisme des Nations unies en
charge des questions d'alimentation, la FAO. Ce rapport a revele
que I' elevage produisait sur la planete plus de gaz a effet de serre
que l'ensemble des transports, avec 18 % d'equivalent CO 2 contre
16 % 1 De surcroit, la production mondiale de viande devrait dou-
99
CO 2 un my the planetaire
bier d'ici a 2050 selon les tendances actuelles, avec pour conse-
quence des projections extremement preoccupantes.
Les bovins sont les principaux responsables de cette situation, car
ils emettent notamment de grandes quantites de methane, gaz qui
a un pouvoir de rechauffement vingt-trois fois plus eleve que Ie
gaz carbonique. C' est ainsi qu' en France, aussi surprenant que cela
paraisse, une vache emet en moyenne chaque annee plus de gaz a
effet de serre qu'une voiture. Plus precisement, elle produit, d'apres
les calculs des experts des Nations unies, 106 kilos de methane en
ruminant, ainsi que du gaz carbonique et du protoxyde d'azote, ce
qui correspond au total a 2,5 tonnes de CO 2 . Pour sa part, une voi-
ture moyenne parcourt en France 14 000 kilometres chaque an nee,
au cours desquels eUe emet 165 grammes de CO 2 par kilometre, ce
qui aboutit a 2,3 tonnes, quantite en decroissance reguUere annee
apres annee.
Lorsqu' on sait qu'il y a en France 21 millions de bovins et 30 mil-
lions de voitures, une question moins saugrenue qu'il n'y parait
vient immediatement a I' esprit. s'il fallait absolument reduire
nos emissions de gaz a effet de serre comme on nous l'assure,
nous serait-il plus facile de nous passer de voitures, ou de ces-
ser de manger du bCEuf ?
La reponse est evidente tant la voiture est devenue necessaire a la
vie quotidienne. Interroges par l'institut Ipsos en janvier 2007, une
majorite de Franc;ais (55 %) ont estime a juste titre que la voiture
etait plus indispensable a leur vie quotidienne que Ie bifteck, qui
est pourtant notre plat national ! s'ils etaient logiques, les ecologis-
100
La fin du bon sens
tes devraient mettre en tete des demandes qu'ils adressent a nos
concitoyens de renoncer a la viande de bCEuf, dont ils peuvent se
passer, et non de se priver de leur voiture, presque toujours indis-
pensable a leur vie quotidienne. Mais sans doute ont-Hs compris
que ce ne serait guere popu lai reo
si nous devenions tous vegetariens, la contribution de ('agri-
culture a la production de gaz a effet de serre chuterait done
brutalement. Mais comme cette hypothese n'est guere credi-
ble, c' est a un accroissement des emissions atmospheriques
correspondantes qu'il faut s'attendre au fur et a mesure du
recul de la faim dans Ie monde et du developpement de (' ele-
vage qui, sauf chez les vegetariens, accompagne toujours (' ele-
vation du niveau de vie. Ces perspectives sont d'autant plus
probables que la tendance mondiale est a ('accroissement du
poids moyen des bovins et done a celui du volume de leurs
emissions unitaires, contrairement a ce qui se passe pour les
voitures dont la consommation moyenne diminue... Vouloir
reduire les emanations liees a (' elevage ne parait done pas
plus realiste que de s'attaquer a ceUes qui resultent du
recours aux hydrocarbures.
*
* *
En definitive, une remise en cause totale de nos jugements
s'impose. C' est une veritable revolution de nos idees a laquelle
nous sommes confrontes. Car, apres la lecture des pages preceden-
tes, une serie de questions ne peut en effet manquer de se poser:
101
CO 2 un my the planetaire
Du point de vue de la lutte contre I'effet de serre, preoccupa-
tion quasi obsessionnelle en ce debut de siecle, a quoi servent :
- I'isolation des logements,
- la taxation des carburants terrestres, aeriens, ou maritimes,
- les investissements dans les energies renouvelables,
- Ie marche des permis d'emission du CO 2 ,
- la taxation du transport routier,
- les investissements ferroviaires,
- Ie freinage des investissements routiers,
- les efforts de report modal,
- Ie recours aux velos,
- les diverses taxes carbone,
- les biocarburants,
- I'abaissement des normes de consommation des automobiles,
- Ie protocole de Kyoto,
- la fixation par l'Union europeenne d' objectifs drastiques
de reduction de ses emissions de CO 2 ,
- les programmes de grands travaux,
- les divers marches du carbone,
- les .. plans climat .. nationaux, regionaux ou municipaux,
- la recherche des economies individuelles,
- les eoliennes,
- les panneaux solaires,
- les ampoules .. basse consommation ..,
- les innombrables subventions dediees a la reduction des
emissions,
-I'essentiel des propositions du .. Grenelle de I'environne-
ment .. 1
102
La fin du bon sens
...
A quoi servent toutes ces mesures du point de vue de la lutte
...
contre I'effet de serre? Une seule reponse s'impose: ARlEN.
ARlEN du point de vue des emissions planetaires de gaz a effet
de serre et done d'un eventuel impact sur Ie climat, absolument
a rien puisque ce que les uns n'emettront pas Ie sera par les
autres. C'est la une revolution copernicienne de notre percep-
tion de I'un des phenomenes planetaires majeurs de notre epo-
que. Nous avons raisonne comme s'il y avait dans Ie sous-sol de
la planete un stock infini d'hydrocarbures, ce qui aurait peut-
etre justifie que nous cherchions a reduire nos emissions. A par-
tir du moment ou ce n'est pas Ie cas et ou les gisements sont
limites et seront de to ute maniere exploites en totalite, nos
efforts n' ont plus de sense Tout au plus permettraient-i Is de
decaler de quelques mois ou de quelques annees certaines
emissions, ce qui sera it sans Ie moindre effet perceptible, s'agis-
sant du gaz carbonique dont Ie stock dans l'atmosphere est
considerable et dont la duree de vie est de I' ordre de deux sie-
cles. Le decalage atteindrait-it dix ans ou plus, ce qui n' est pas
possible, cela ne changerait rigoureusement rien a l'affaire.
Bien entendu, cela ne signifie pas que certaines des actions enume-
rees au sein de la liste ci-dessus ne soient pas justifiees. Mais eUes
Ie sont alors pour d'autres motifs que celui de vouloir en vain
lutter contre les gaz a effet de serre. Acheter une voiture qui
consomme moins ou faire isoler certaines parties de sa maison
peut se reveler un bon placement. Vouloir preparer «I'apres-
petrole » est egalement necessaire, et it est justifie d'investir dans
les depenses de recherche correspondantes. Mais n'ayons pas
d'illusion. Parmi la liste sans fin des depenses qui sont censees
« sauver la planete », iI s'agit la d'une petite minorite car iI ne faut
103
CO 2 un my the planetaire
pas confondre deux choses qui n'ont rien a voir: la necessite de
limiter nos depenses energetiques et de preparer I'avenir d'une
part, et I'impact de nos actions sur les emissions de gaz carbonique
de l' autre.
Economiser pour reduire nos depenses et ne pas gaspiller tes res-
sources du gtobe oui, bien sur,. preparer par ailleurs t'apres-petrote,
evidemment Mais s'imaginer que te CO 2 eventuellement epargne a
cette occasion puisse contribuer a « sauver ta ptanete » reteve de ta
science-fidion puisqu'it sera emis par quetquun d'autre, en Chine
ou ailleurs. Oitapider t'argent du contribuabte ou du consommateur
dans cette illusion est ators coupabte.
II faut bien reconnaitre que tout ceci s'apparente a un paradoxe,
que certains ont meme baptise «paradoxe Gerondeau». Com-
prendre, lorsque I' on reduit ses emissions de CO 2 , que I' on ne
reduit en fait rien du tout n' est pas evident. Pour reprendre la for-
mule celebre du grand economiste franc;ais Frederic Bastiat, tres
connu a I'etranger a defaut de l'etre en France, il y a ce qu'on voit,
et ce qu'on ne voit pas. Ce qu'on voit, c'est Ie volume de ses pro-
pres emissions, qui diminue effectivement. Ce qu' on ne voit pas,
c' est celui des emissions des autres qui augmente d' autant, de telle
sorte que Ie total reste inchange puisque c'est un jeu a somme
constante, la totalite des hydrocarbures fossiles de la planete etant
appelee a etre utilisee et Ie carbone qu'ils contiennent a engendrer
du CO 2 .
Sans doute Rene Descartes avait-il raison 10rsqu'iI ecrivait dans Ie
Oiscours de ta methode: «La pluralite des voix n' est pas une
preuve qui vail Ie. Car, lorsqu'une verite est quelque peu difficile a
104
La fin du bon sens
decouvrir, iI serait etonnant que tout un peuple l'ait rencontree
plutot qu'un homme seul.». Curieusement, on s'est interesse
jusqu'a present aux consequences, c'est-a-dire aux emissions de
CO 2 , et non aux causes, c' est-a-dire a l' extraction du petrole, du
gaz naturel et du charbon. On a meme fait Ie contraire : tous
les gouvernements encouragent les efforts pour decouvrir et
exploiter de nouveaux gisements, ce qui condamne evidemment a
l' echec leurs velleites de reduction mondiale des emissions. C' est la
fin du bon sense
Tous les efforts aujourd'hui consentis pour tenter - en vain -
de lutter contre les emissions de CO 2 sont enfin presentes
com me une contribution des generations presentes a I'amelio-
ration du sort des generations futures, comme un « pacte de
solidarite » entre elles. Or, c' est I'inverse. Depenser inutilement
notre argent ne peut que retarder les progres de l'economie et
avoir un impact negatif sur Ie niveau de vie de nos successeurs
et la sortie de la misere de la majorite de I'humanite.
A bien y reflechir, I'impossibilite de lutter contre les emissions
de CO 2 comporte en revanche un aspect eminemment positif,
susceptible d' eviter aux particuliers, aux entreprises et aux
finances publiques des depenses considerables. Le chapitre IV
de cet ouvrage montrera, pour la France seule, ('ampleur a pro-
prement parler gigantesque des depenses publiques aujourd'hui
consenties ou prevues dans Ie but de contribuer a un illusoire
effort mondial de reduction des emissions. Subventions pour
les eoliennes, les panneaux solaires, les biocarburants, les trans-
ports ferres et publics, ('isolation des batiments, etc. se chif-
105
CO 2 un my the planetaire
frent au total en dizaines de mittiards d'euros par an et vont
continuer a croitre sans fin si les orientations du « Grenelle de
('environnement» sont mises en CEuvre. Quant aux particuliers
et aux entreprises, ce sont d'autres dizaines de milliards d' euros
qu'Hs doivent deja ou devront plus tard prendre en charge au
travers de I'accroissement de leurs factures, de taxations ou de
normes sans cesse plus nombreuses et plus lourdes au pretexte
du sauvetage de la planete et au benefice d'interets particuUers.
A la lumiere du constat dresse dans cet ouvrage, des economies
massives sont done possibles, aussi bien pour les finances publi-
ques que pour les personnes ou les entreprises. Au lieu d'etre
gaspiUe dans ('illusion d'influer sur ('evolution du climat plane-
taire, ('argent degage pourrait alors servir a accroitre Ie pouvoir
d'achat de nos compatriotes au lieu de Ie reduire, ou venir reet-
tement en aide aux plus demunis de la planete.
s'agissant d'un dossier majeur et qui figure au premier rang des pre-
occupations de ce debut de siecle, il reste a comprendre pourquoi
Ie monde entier s' est fourvoye a un tel point. Mais it reste surtout
a repondre a une question lancinante qui ne peut manquer de se
poser. Puisque nous ne pouvons rien aux rejets planetaires de CO 2
et que leur concentration dans I'atmosphere est ineluctablement
appelee a doubler, allons-nous a la catastrophe?
Chapitre II
Les activistes
Ce livre ne peut se comprendre que si I' on connait Ie role
joue par les multiples acteurs de cette comedie humaine
planetaire : climatologues, economistes, specialistes de I' ener-
gie, ecologistes, responsables politiques des pays developpes
et en voie de developpement, agences internationales offi-
cielles, groupes de pression multiples, sans oublier I' omni-
presence des alarmistes de tout genre.
Les climatologues : Ie Giec
C'est en 1988 que 1'0rganisation meteorologiste mondiale
(WMO) et Ie Programme pour I'environnement des Nations unies
(Unep) deciderent conjointement d'etablir un nouvel organisme
intitule Intergovernementat Panet on Ctimate Change (IPCC),
connu en franc;ais sous I'appellation Groupe d'experts intergou-
vernementat sur I'evotution du ctimat (Giec). Ce nouvel orga-
nisme avait pour mission de recueillir I'information scientifique,
technique et socio-economique permettant de comprendre Ie
changement climatique et ses impacts potentiels, et d'identifier
les actions possibles pour s'y adapter et Ie reduire.
107
CO 2 un my the planetaire
Le Giec a etabli a cette fin trois groupes de travail respectivement
consacres a la connaissance du phenomene, aux moyens de s'y
adapter, et aux actions destinees a Ie combattre, ainsi qu'une autre
entite ayant pour but de mettre sur pied les outHs permettant de
mesurer les emissions de gaz a effet de serre de chaque pays. Ces
differentes instances sont composees de membres nommes par les
gouvernements nationaux ainsi que par diverses organisations scien-
tifiques et des ONG. Le tout est gere par un bureau elu et beneficie
en outre du support d'un secretariat permanent et de celui des uni-
tes de support technique des differents groupes de travail.
Le Giec se reunit en session pleniere sur un rythme annuel afin
d'arreter son programme de travail et d'approuver les rapports deja
elabores. Mais l'une des activites principales du Giec, la plus media-
tisee, consiste a fournir au monde, a intervalles reguliers, un rap-
port d'evaluation (assessment report) sur I'etat des connaissances
sur Ie changement climatique. Les plus recents travaux publies des
trois groupes de travail datent de novembre 2007. Ensemble, ils
ont servi de base au quatrieme rapport d'evaluation du Giec (AR4).
Un fascicule de synthese a ete rendu public a la meme date, sous
la forme d'un Resume a t'intention des decideurs, document fonda-
mental accessible a chacun sur Internet a I'instar de la majorite des
autres rapports qui Ie sont en anglais et parfois en franc;ais comme
c'est ici Ie cas. A vrai dire, c'est Ie seul document qui soit destine a
etre lu par les non-specialistes.
La simple description des mecanismes de fonctionnement du
Giec laisse entrevoir leur extreme lourdeur. Les rapports fournis
par les groupes de travail contiennent des milliers de pages. Des
milliers d' experts y participent. Les conclusions sont adoptees
108
Les act;vistes
par des processus de vote, ce qui a conduit un certain nombre
de scientifiques a cesser d'y apporter leur concours, conside-
rant qu'ils n'avaient pas la possibilite d'etre entendus.
II en a resulte une pen see unique qu'iI est possible de decouvrir
en prenant connaissance du document de synthese cite ci-
dessus. Ce Resume a t'intention des decideurs, egalement inti-
tule Bitan 2007 des changements ctimatiques, comprend plu-
sieurs parties. La premiere traite de ce que I' on sait des
changements passes du climat et de ce que l' on prevoit de leur
avenir. La suite, d'une autre nature, s'interesse a leurs conse-
quences possibles pour la planete et pour l'humanite.
Changement climatique : Ie passe
selon les membres du Giec, « Ie rechauffement climatique est
sans equivoque comme Ie prouve ('observation des accroisse-
ments des temperatures moyennes mondiales de ('air et de
I' ocean, de la fonte largement repandue de la neige et de la
glace et de la montee du niveau moyen mondial de la mer ».
Un tel verdict est exprime en termes sans appel, mais sa tonalite
alarmiste ne correspond guere aux donnees chiffrees qui l'accom-
pagnent. Celles-ci indiquent, par exemple, que « Ie niveau de la mer
a augmente depuis 1961 au rythme moyen de 1,8 mHlimetre par an,
et depuis 1993 a celui de 3,1 mm, sans que ('on sache si la vitesse
accrue de 1993 a 2003 refletait une variation decennale ou une ten-
dance a long terme ». Au ptus, I'etevation du niveau des eaux
connajtrait done actuellement un rythme de ),1 centimetres par
decennie, qu'it parait difficite de quatifier de catastrophique ! A tors
que beaucoup nous annoncent que ta catotte gtaciaire se desa-
_ 109
CO 2 un my the planetaire
grege, te rythme de hausse du niveau de ta mer a d'ailleurs recem-
ment ratenti, s'etabtissant a 2,3 millimetres par an depuis 2003.
s'agissant de la temperature moyenne du globe, Ie document
indique que « t'etevation au cours des cent dernieres annees a
ete de 0,74 degre ». A nouveau, queUe que soit la maniere dont
on presente les choses, moins d'un degre en cent ans est tres
eloigne de I'image plus communement repandue du change-
ment climatique.
Plus loin, Ie meme rapport indique que, de 1900 a 2005, les sur-
faces affectees par la secheresse ont «probablement» cru
depuis les annees 1979.
L'emploi de l'adverbe « probablement » ne doit pas surprendre.
II s'agit du resultat des deliberations du Giec, dont les membres
sont appeles a voter a chaque fois pour I'un des termes sui-
vants: «moins que probabte», «moyennement probabte»,
« probabte », « tres probabte », ou d'exprimer selon les cas une
«confiance moyenne », une «confiance », ou une «grande
confiance » envers les appreciations qui leur sont soumises.
II s'agit la d'une demarche qui se situe a I'oppose de ce que
devrait etre une approche scientifique. CeUe-ci voudrait que les
differents points de vue soient confrontes entre eux jusqu'a ce
que se degage la verite. Si la demarche du Giec avait ete adop-
tee, les contemporains de Galilee auraient vote que la Terre ne
tournait « certainement pas », ceux de Pasteur que la generation
spontanee des microbes etait «tres probabte» et ceux
d'Einstein que la theorie de la relativite etait « moins que pro-
babte » I II Y a la quelque chose de choquant car I' opinion et les
110
Les activistes
dirigeants font confiance a ce qu'ils croient etre une demarche
scientifique, alors qu' elle ne I' est pas 1.
Par aiHeurs, Ie Giec reprend la description de l'accroissement des
rejets de gaz a effet de serre relates au precedent chapitre et
confirme que leur composante d'origine energetique est passee de
15 milliards de tonnes de CO 2 en 1970 a 30 milliards a l'heure
actuelle. Rapprochant I' elevation des temperatures constatee au
cours des deux dernieres decennies du xx e siecle et l'accroissement
de la concentration du CO 2 dans I'atmosphere, Ie Giec en deduit
alors que « la plus grande part de I'accroissement observe dans les
temperatures moyennes mondiales depuis 1950 est tres probabte-
ment due a I' accroissement observe de la concentration des gaz a
effet de serre d' origine humaine ».
Une mystification organisee
Tout est ta et te point merite qu'on sy arrete car it est a ta base
de tout S'agissant du tien entre I'accroissement de ta concentra-
tion des gaz a effet de serre dans I'atmosphere et t'etevation de
ta temperature moyenne du gtobe, te Giec n'affirme pas qu'it est
certain, contrairement a ce qui est partout repete a son initia-
tive, mais seutement qu'it est « tres probable ».
Comme on comprend tes doutes de ceux de ses membres qui
ont refuse de voter pour te terme« certain» ! La reatite, c'est au
contraire que ce tien est « tres peu probable» car ta comparai-
son de I'evotution des deux phenomenes n'est pas du tout ce
qu'on serait en droit d'attendre (figures C et OJ.
1. Serge Galam, Les scientifiques ont perdu Ie nord, Pion.
111
CO 2 un my the planetaire
FIGURE C
Evolution de la concentration de gaz carbonique dans I'atmosphere
Parties
par million
(ppm)
380
360
340
320
Niveau preindustriel 280
1960 2008
Annee
1850
1900
Source: Giec
La hausse progressive de la concentration de gaz carbonique dans ['atmosphere est
connue avec une grande precision, notamment depuis 1960 grace a [' observatoire
de Mauna Loa, situe dans les iles Hawa"i.
L' evolution est caracterisee par une tres grande regularite.
112
Les activistes
FIGURE D
volution de la temperature moyenne du globe
Temperature mondiale moyenne
(O()
14,5
<9
14,0
13,5
Annee
1850
2000
o Moyennes annuelles
-' Intervalle de confiance (95 %)
Un regard a la courbe d' evolution de la temperature moyenne du globe depuis
1850 suffit pour constater qu'eUe n'a pas de rapport avec ceUe de la concentration
de gaz carbonique. Au lieu d' etre reguliere, eUe est chaotique : periodes de
stabHisation, de baisse et de hausse se succedent. La periode de refroidissement
notamment, survenue entre 1945 et 1978 n'a pas d'explication.
En tout etat de cause, les variations sont tres faibles : moins d'un degre en plus de
cent cinquante ans, c'est-a-dire incomparablement moins qu'a d'autres epoques.
Source: Giec
113
CO 2 un my the planetaire
FIGURE E
Evolution de la temperature moyenne du globe depuis 10 ans
°c
0,5 .
.
. .
0,4 . .
. .
0,3
. .
.
0,2
0,1
Moyenne
sur
150 ans 1998 2000 2002 2004 2006 2008
Source: Hadley Center/Meteorological Office
Apres une peri ode de rechauffement qui a dure une vingtaine d'annees, de 1975 a
1998, la temperature moyenne du globe a cesse de s' accroitre depuis une decennie,
com me chacun peut Ie constater en visitant les differents sites Internet qui traitent
du sujet, com me celui de l' office meteorologique britannique cite ci-dessus, qui
fait reference pour Ie Giec. Elle est actuellement stabilisee aux alentours de 0,4 °C
au-dela de la moyenne enregistree depuis cent cinquante ans, et a meme plut6t
tendance a decroitre. Alors que jamais les concentrations de CO 2 n' ont ete aussi
abondantes, cette evolution s'inscrit en complete contradiction avec les idees
qui ont cours.n s'agit la reellement d'une« Verite qui derange».
114
Les activistes
L'evolution de la concentration du gaz carbonique dans
('atmosphere, connue avec grande precision, a ete d'une
extreme regularite au cours des siecles passes, passant de
280 ppm avant I' ere industrielle a 320 en 1960, puis a 380 a
(,heure actuelle. En regard, ('evolution de la temperature
moyenne du globe depuis 1850 a manifeste une evolution chao-
tique : legere croissance de 1850 a 1895 ; chute de 1895 a 1910 ;
fort accroissement de 1910 a 1945 ; baisse de 1945 a 1978 ; nou-
velle hausse de 1975 a 1998, et stabilite depuis cette date
contrairement aux idees rec;ues (figure E).
Autrement dit, it est difficite d'imaginer courbes ptus differentes
que cette qui retrace I'evotution des concentrations de CO 2 dans
I'atmosphere et cette qui traduit tes fluctuations de ta tempera-
ture. Personne n'a pu notamment expliquer la decroissance des
temperatures sur venue de 1945 a 1975 alors que la concentra-
tion du gaz carbonique s'accroissait Souvenons-nous. A (' epo-
que, la majorite des climatologues predisaient l'avenement
d' une nouvelle ere froide 1
Comment Ie Giec peut-il, dans ces conditions, affirmer qu'iI est
«tres probable» que I' accroissement de la concentration des
gaz a effet de serre soit a (' origine des variations du climat
depuis la seconde moitie du xx e siecle, alors meme que la tem-
perature a decru pendant les vingt-cinq premieres annees de
cette seconde moitie ?
Personne ne peut non plus expliquer pourquoi, depuis 1998, les
temperatures ne s'accroissent plus alors que les concentrations
de CO 2 n'ont jamais autant progresse qu'a I'heure actuelle.
115
CO 2 un my the planetaire
Le fait que Ie Giec ne considere que la seconde moitie du
xx e siecle et qu'il fasse silence sur ce qui s' est passe auparavant
est d' ai Heurs revelateur. Si I' accroissement de la concentration
du gaz carbonique etait vraiment responsable des variations cli-
matiques comme I'affirme Ie Giec, comment expliquer les fluc-
tuations marquees de la temperature survenues au cours de la
premiere moitie du xx e siecle, alors meme que la quantite de
CO 2 presente dans I'atmosphere etait presque stable? Ce n'est
evidemment pas par hasard si Ie Giec a pris 1950 comme point
de depart de ses « deductions» et ne mentionne jamais ce qui
s' est passe auparavant. S'il avait seulement choisi 1940 au lieu de
1950, tout son raisonnement serait tombe puisque les temperatu-
res des annees 1940 ont ete superieures a ceHes de la decennie
1950. S'il faHait une preuve de mauvaise foi, eHe serait la.
En travestissant la realite, les experts des Nations unies ont
reussi a convaincre I'opinion mondiale et les decideurs, y com-
pris les dirigeants des pays les plus puissants du monde, d'une
contreverite flagrante - la certitude du lien entre I' accroisse-
ment de la concentration des gaz a effet de serre et I'evolution
du climat - et de son coroHaire implicite : I'homme serait res-
ponsable des changements climatiques et done coupable, et
devrait en consequence changer son mode de vie.
Chacun sait pourtant qu'il y a eu de multiples changements clima-
tiques dans Ie passe, et que I'action de I'homme n'y etalt pour
rien. Sinon, comment expliquer que les Vikings aient cultive Ie
Groen land pendant trois siecles, preuve d'un rechauffement cli-
matique sans rapport avec Ie notre? Comment expliquer que
116
Les activistes
('Europe ait connu un « petit age glaciaire » de 1650 a 1850 puisqu'iI
etait possible de traverser la Seine sur les glaces chaque hiver ?
On entend souvent dire qu'une elevation de moins de
1 degre est quelque chose de considerable. II n' en est que
plus surprenant de lire sous la plume de Jean Jouzel, Ie plus
connu de nos climatologues, que « Les gtaces du Groentand
ont ete a t'origine de ta decouverte de 25 variations ctima-
tiques extremement rapides et importantes durant ta der-
niere periode gtaciaire et tors de ta degtaciation qui t'a sui vie,
avec des rechauffements pouvant atteindre 16 degrls, surve-
nus en quelques dlcennies, et sui vis de refroidissement ptus
tents »1. II est pour Ie moins difficile de deduire de ce cons-
tat que nous connaissons actueHement un episode de
rechauffement marque. Tout semble indiquer au contraire
que nous vivons une periode de stabilite de la tempera-
ture terrestre, puisque les variations se comptent en
dixiemes de degree
II y a plus etonnant encore, com me en temoigne un communi-
que du CNRS en date du 19 juin 2008. Les recherches conduites
en 2007 par une equipe internationale sur les calottes glaciaires
du Groenland ont mis en evidence, grace au recours a de nou-
velles techniques, que « Ie basculement d'un episode climatique
a un autre pouvait se produire en une seule annee. II y a
14 700 ans, un rechauffement a ainsi eu lieu avec une augmen-
tation de la temperature de l'air de plus de 10 degres... ».
1. Le Monde Diplomatique, Atlas Environnement.
117
CO 2 un my the planetaire
On comprend alors ceux qui, tel Claude AHegre, affirment que
Ie Giec a perdu toute legitimite et a ete pris en main par les
proselytes d'une pensee unique ecologique ayant abandonne
to ute approche scientifique. La concentration de gaz carboni-
que dans I'atmosphere s'est accrue de 40 % depuis Ie debut
de I'ere industrielle. Si elle avait une influence majeure sur
I'elevation des temperatures comme Ie soutient Ie Giec, Ie
climat aurait de. etre bouleverse et iI n' en a heureusement
rien ete. La verite, c' est qu'il y a toujours eu des changements
climatiques, que ceux que nous connaissons sont plus faibles
que ceux des episodes passes, et qu'il n'y a aucune preuve que
l'homme y soit pour quelque chose. La concentration du gaz
carbonique dans l'atmosphere est d'aiHeurs extremement faible,
380 ppm ne representent que 0,038 % de sa composition. II
existe de multiples autres composants qui jouent sans doute un
role tres superieur, a commencer par la vapeur d' eau et les nua-
ges dont l'influence, selon les specialistes, est 40 fois superieure
aux variations attribuees aux gaz a effet de serre 1 .
Certes, on peut lire dans les publications recentes de la Nasa
que «ta catotte gtaciaire austrate a regresse ces dernieres
annees, preuve d'un changement ctimatique certain». Mais que
ceux qui verraient dans ce constat la confirmation du caractere
nefaste de I'action de l'homme ne se rejouissent pas trop vite.
Cette citation concerne... ta ptanete Mars, preuve s'il en etait
besoin de l' existence permanente de fluctuations natureHes des
climats au sein du systeme solaire 2 (Figure F) 1
1. Claude Allegre, Ma verite sur 10 planete, Pion,
2, Giles Sparrow, Planetes, Hachette,
118
Les activistes
FIGURE F
La calotte glaciaire australa de Mars
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IfF
Credit Photo: NASA/JPL-Caltech
Le survol de la planete Mars par les satellites americains
et europeens a revele deux surprises.
Ces derniers ont tout d' abord montre que Mars possedait
des calottes glaciaires comme la Terre.
Mais ils ont surtout mis en evidence que celles-ci se modifiaient dans le temps.
C' est ainsi que la calotte glaciaire australe de Mars a regresse ces dernieres annees,
preuve selon la Nasa« d'un rechauffement climatique certain» qu'il est
evidemment impossible d'attribuer a une quelconque activite humaine I
119
CO 2 un my the planetaire
A ce point du recit, une question ne peut manquer de se poser.
Est-il possible que des organismes officiels, aureoles de surcroit
de la plus haute des distinctions mondiales avec Ie prix Nobel,
diffusent des contreverites ? A-t-on Ie droit de les mettre en
doute et de se faire sa propre opinion?
Une premiere reponse a ete donnee it y a plus de trois sie-
cles dans Ie Oiscours de ta methode par Rene Descartes,
dont Ie premier precepte etait de «ne recevoir jamais
aucune chose pour vraie sans la connaitre evidemment etre
telle », ce qui, en franc;ais de notre epoque, veut dire de ne
jamais rien croire sans l'avoir verifie soi-meme. Au siecle
actuel comme au cours des precedents, ce n' est pas parce que
tout Ie monde ou presque repete la meme chose qu'iI s'agit
necessai rement d' une verite.
En I'occurrence, it n'y a pas besoin d'etre un expert scientifique
pour voir que la courbe d'evolution de la concentration de CO 2
dans I'atmosphere et celie de la temperature du globe n'ont aucun
rapport et qu'iI serait surprenant qu'iI y ait un lien entre les deux
phenomenes, contrairement aux affirmations sens cesse repetees.
Pourtant, c' est sur I'hypothese que l' evolution du climat est
directement fonction de la teneur en gaz carbonique de
('atmosphere que sont fondees to utes les previsions des
Nations unies pour I'avenir, qui pourront done se trouver entie-
rement dementies par les faits.
120
Les activistes
Mais, meme si ce postulat se revelait un jour exact, les travaux
du Giec lui-meme montrent que les consequences des change-
ments climatiques ne revetiraient pas Ie caractere dramatique
que I' on imagine Ie plus souvent.
Les previsions officielles
Changement c/imatique : /'avenir
Pour tenter de cerner I'avenir, les experts du Giec font appel
aux ordinateurs les plus puissants qui utilisent des centaines de
modeles reposant sur des dizaines de milliers de donnees. II
n' est done pas etonnant que, selon les hypotheses de depart et
selon les modeles, les resultats soient caracterises par une tres
large dispersion et de grandes incertitudes. Dans Ie document
de synthese destine aux decideurs, Ie Giec retient, parmi des
centaines de scenarios, six d' entre eux qui se differencient
notamment par I'ampleur que pourraient revetir les emissions
de gaz a effet de serre d' origine humaine a la fin du xx( siecle au
sein d'une fourchette qui s'etage de 20 milliards a 130 milliards
de tonnes par an de « CO 2 equivalent» en regard du niveau
actuel de 50 milliards.
Meme si ('on entre dans Ie jeu du Giec qui postule sans preuve que
Ie climat est fonction de la concentration de gaz carbonique dans
('atmosphere, ('extreme dispersion des hypotheses retenues ne
peut manquer d'interpeller, en particulier en ce qui concerne les
plus elevees d' entre elles. On a vu que, non seulement Ie petrole,
121
CO 2 un my the planetaire
mais aussi Ie gaz naturel et me me Ie charbon seront epuises a la fin
du xx( siecle. D' OU viendraient alors les 130 milliards de tonnes de
rejets annuels de gaz carbonique envisages? Pour qu'il en soit ainsi,
il faudrait que les volumes d' extraction de ces trois produits soient
presque triples par rapport a leur niveau actuel, alors meme qu'iI
n'y aura plus rien ou presque dans Ie sous-soll Manifestement, les
climatologues qui ont retenu ces hypotheses irrealistes n' ont pas
consulte les experts du secteur de I' energie. A moins qu'ils ne
soient conscients de I'impossibilite physique de ce qu'ils avancent,
et n'agissent ainsi que pour noircir Ie tableau et accrediter I'idee
que nous allons vers une catastrophe ineluctable. A moins enfin
que les deux explications ne se conjuguent...
Quoi qu'iI en soit, ces hypotheses extremes doivent etre ecartees,
ce qui restreint I' eventail des emissions possibles a la fin du XXl e sie-
cle et Ie limite a une fourchette qui va de 25 milliards de tonnes -
la plus plausible, compte tenu de l' epuisement previsible des
hydrocarbures fossiles a cette date - a 65 milliards de tonnes de
« CO 2 equivalent ». II est particuUerement interessant de voir quel-
les seraient alors, selon Ie Giec, les consequences des emissions
correspondantes. Chacun des scenarios retenus aboutit en effet a
des previsions relatives, d'une part a I'elevation du niveau des
oceans, d'autre part au rechauffement de la planete.
L 'elevation du niveau de la mer
S'agissant de I'elevation du niveau de la mer, les estimations
s' etagent pour leur part de 18 a 48 centimetres, la majorite se
situant aux alentours d' une trentaine de centimetres pour te
siecte a venir.
122
Les activistes
TABLEAU 1
Augmentation du niveau de la mer et rechauffement mondial
moyen a la fin du XXI- siecle selon differents scenarios
(extrait du Rlsuml Q Ilint.nt/on d.s dlcid.uTS du Giec)
Changement
Emissions Montee de temperature(3)
Scenario du niveau
en 2100(1) de la mer(2) Valeur la plus Plage de
probable vraisemblance
Scenario B1 25 0,18-0,38 1,8 1,1- 2,9
Scenario A 1 T 30 0,20-0,45 2,4 1,4-3,8
Scenario B2 70 0,20-0,43 2,4 1,4- 3,8
Scenario A1B 65 0,21-0,48 2,8 1,7-4,4
(1) Milliards de tonnes de « CO 2 equivalent ».
(2) Metres en 2099 par rapport a 1999.
(3) Degres centigrades en 2099 par rapport a 1999.
Le Giec precise a cette occasion qu'H n'a pas retenu ['hypothese
avancee par certains d'une rupture brutale qui engendrerait des
elevations tres superieures par suite notamment d'une fusion
soudaine des calottes arctiques et antarctiques.
L 'accroissement des temperatures
Pour sa part, la valeur moyenne « la plus probable» de l' eleva-
tion de temperature a la fin du siecle se situe selon les memes
travaux aux alentours de 2 et 3 degres, avec a chaque fois de
grandes plages de dispersion possibles autour de ces valeurs
« probables ».
123
CO 2 un my the planetaire
T eUes sont done les previsions du Giec. Faut-H Ie rappeler, iI ne
s'agit en aucun cas de certitudes puisque rien ne prouve Ie lien
entre les concentrations de gaz carbonique et Ie climat. Mais, si
elles se revelent exactes, H reste a imaginer quelles pourraient en
etre les consequences pour la planete et pour I'humanite, et it est
difficHe de croire qu' elles pourraient etre celles que ce que l' on
entend le plus souvent.
Comme on vient de Ie voir, les propres travaux du Giec abou-
tissent a deux conclusions principales : au cours du XXl e siecle, Ie
niveau de la mer monterait de 30 centimetres environ et la
temperature moyenne du globe s'eleverait de 2 a 3 degres. Dans
la suite du meme Resume a t'ii1tention des decideurs, et pour
que les responsables politiques soient sensibilises, Ie Giec donne
trente-deux exemples de ce que pourraient etre les consequen-
ces de ces deux phenomenes. Or ces trente-deux exemples
sont uniformement negatifs et apocalyptiques. Il serait pourtant
etonnant, si les modifications annoncees se produisent, qu' eUes
n'aient nutte part sur le globe aucune consequence positive.
II existe des pays froids qui ne devraient pas se plaindre de
connaitre quelques degres de plus et quelques regions du globe
heureuses de recevoir plus ou moins d'eau selon les cas 1
Comment serait-il possible que tout soit negatif? Mais iI y a
plus revelateur encore.
Le relevement du niveau de 10 mer
et ses consequences supposees
Lorsque ron prend connaissance des effets supposes du releve-
ment annonce du niveau de la mer de 30 centimetres dans un
124
Les activistes
siecle, soit de 3 mHlimetres par an, ('enumeration des catastro-
phes annoncees laisse pantois. II faut les citer ici pour que cha-
cun puisse se faire sa propre opinion sur Ie « politiquement
correct» regnant au sein du Giec :
Afrique: Vers ta fin du xxf siecte, ta montee estimee du niveau
de ta mer affectera des zones cotieres de basse attitude tres
peuptees. Le cout de (adaptation pourrait representer au moins
5 a 10 % du produit interieur brut (PIB).
Asie : Les regions cotieres, particutierement tes regions des mega-
dettas de (Asie du Sud, de (Est, et du Sud-Est seront soumises a un
grand risque d'accroissement des inondations par ta mer.
Australie: Vers 2050, on anticipe que te devetoppement conti-
nuet des zones cotieres augmentera tes risques ties a t'etevation
du niveau de ta mer et a (accroissement de ta seve rite et de ta
frequence des tempetes et des inondations cotieres.
Europe: Les impacts negatifs incturont (augmentation des ris-
ques d'inondation ectair dans (interieur des terres, des inonda-
tions cotieres ptus frequentes, une augmentation de (erosion
due aux tempetes et a t'etevation du niveau de ta mer.
Amerique du Nord: Les communautes et habitats tittoraux
seront soumis a un stress croissant en raison des impacts du
changement ctimatique.
Petites iles : La hausse du niveau de ta mer devrait aggra"ver tes
inondations, (effet des tempetes, t'erosion et d'autres risques
co tiers...
Lorsqu'on se souvient que cette Utanie de catastrophes corres-
pond a des previsions de hausse du niveau de la mer de 30 cen-
timetres en un siecte, c'est a dire de 3 centimetres par decennie,
125
CO 2 un my the planetaire
une seule reaction vient a ('esprit: de qui se moque-t-on?
D'apres les informations que Ie CNRs fournit sur Internet, une
elevation d'un metre fait regresser le rivage de cent metres.
Pour trente centimetres Ie recul serait done le plus souvent de
trente metres !
Comment peut-on serieusement avancer que le cout d'une ele-
vation aussi modeste representerait «5 a 10 % du PIB », sans
d'ailleurs que ('on precise a quel territoire s'applique ce pourcen-
tage : Ie continent africain tout entier, un pays ou une region?
D'ou sortent ces chiffres ? Comment est-il possible de savoir ce
que sera it Ie cout de construction d'une digue de 30 centimetres
de haut dans un siecle, s'il Ie faUait? Les Pays-Bas ne vivent-Hs
pas pour une grande part avec de nombreux metres de denivelee
sous la mer? A-t-on oublie que dans beaucoup de pays I'ampli-
tude des marees depasse plusieurs metres et parfois une dizaine ?
A-t-on oublie que les continents s'elevent ou s'abaissent souvent
actueUement de quelques decimetres ?
A-t-on aussi oublie qu'une grotte - la grotte Cosquer - a ete
decouverte il y a quelques annees en France sur la Cote d' Azur,
dont I' entree est desormais situee a 37 metres de profondeur
sous la Mediterranee alors qu' eUe etait autrefois au-dessus du
niveau des eaux ? Pourquoi affoler ainsi les populations sans Ie
moindre motif serieux ? Il y a 12 000 ans, c'est de 100 metres
que Ie niveau de la mer est monte en quelques siecles lors de la
fonte de la calotte glaciere qui recouvrait alors plus de la moi-
tie de ('Europe 1 Qui peut croire un instant que Ie relevement
eventuel du niveau de la mer de 3 centimetres par decennie
126
Les activistes
puisse entrainer la serie de catastrophes decrites ? Si telle eta it
l' evolution, qui peut croire que l'humanite ne prendrait pas d'ici
l'an 2100 les mesures necessaires pour y faire face, telles que le
rehaussement ou la construction de digues d'une hauteur aussi
faible, pour ne pas dire derisoire ?
La lecture de ces preVISions ne laisse ouverte qu'une seule
conclusion possible: Ie Giec a perdu la neutralite qui devrait
etre la sienne et figure desormais au premier rang des alarmistes
qui, volontairement, noircissent systematiquement la situation.
C' est a une manipulation planetaire de l' opinion que no us assis-
tons par la creation de peurs infondees dont la responsabHite
incombe a un organisme dependant des Nations unies et cense
eclairer I' opinion mondiale et les dirigeants de la planete.
Car aujourd'hui c' est a coup sur le Giec qui est Ie premier res-
ponsable de la grande peur cUmatique qui deferle sur Ie monde.
A priori, chacun aurait pourtant tendance a faire confiance a un
organisme qui fonctionne sous l'egide des Nations unies, se pre-
sente comme regroupant des mHliers d'experts et a rec;u Ie
prix Nobel. Il n' en est que plus regrettable que l' examen des
documents qu'H publie et auxquels chacun peut se referer ne
puisse que conduire a une conclusion opposee.
Le Giec vehicule aujourd'hui une vision orientee du monde, sys-
tematiquement negative et faisant fi de la rea lite. Relayee par des
climatologues et de multiples autres personnes qui en vivent,
cette vision est directement inspiree par les mouvements ecolo-
gistes qui sont omnipresents a ses cotes et me me en son sein :
127
CO 2 un my the planetai re
Greenpeace, WWF, Friends of the Earth et de nombreux autres
organismes qui ne manquent jamais de participer a rune de ses
reunions, me me lorsqu'elles se tiennent au bout du monde,
aucune depense ne les rebutant puisqu'ils sont largement sub-
ventionnes. On comprend mieux alors les experts qui ont arrete
de cooperer avec Ie Giec en denonc;ant ses derives.
L'impact suppose du relevement des temperatures
Le contenu des autres « exemples d'impacts regionaux » decrits par
Ie Giec dans Ie Resume a t'lntention des decideurs ne peut que
conforter ce sentiment. A les lire, nous allons vers la fin du monde
ou presque. II n' est question que de famines, de secheresses,
d'inondations, de cyclones, de chutes de recoltes, de vagues de
chaleur.
Certains des exemples cites sont tellement excessifs qu'ils
sombrent dans le ridicule. On lit ainsi, parmi les illustrations
des catastrophes annoncees pour la fin du siecle que « la
mortalite due aux maladies diarrheiques associees aux inonda-
tions et aux secheresses devrait augmenter dans l'est, le sud
et le sud-est de I'Asie en raison des modifications prevues
du cycle hydrologique » 1
Prevoir I'accroissement du nombre de diarrhees a la fin du
XXl e siecle preterait a rire si Ie sujet n' etait serieux. C' est ignorer
de surcroit I'action conduite de nos jours sous I'egide des
Nations unies pour enrayer ce veritable fleau qui aura selon
toute probabilite disparu bien avant le milieu de ce siecle grace
aux progres de I'hygiene qui s' etendent fort heureusement sur
128
Les activistes
la planete. Chaque semaine, 100 000 foyers nouveaux ne sont-
ils pas raccordes a des systemes d'epuration efficaces selon les
publications de la Banque mondiale qui font reference 1 ?
Les aut res «exemples » des impacts regionaux des modifica-
tions climatiques sont marques de la meme vision noire et sys-
tematique des choses. On lit ainsi qu' en Afrique « entre 75 et
200 millions de personnes seront exposees en 2020 a un stress
hydrique du au changement climatique », la notion de « stress
hydrique » restant pour Ie moins a expliciter.
En 2080 (pourquoi cette date?) Ie Giec prevoit de meme une
croissance de « 5 a 8 % des terres arides et semi-arides sur Ie
continent africain pour une large gamme de scenarios climati-
ques », et en deduit que la production agricole pourrait etre
severement compromise dans de nombreux pays, ce qui reduirait
la securite alimentaire et exacerberait la malnutrition. Prevoir
avec une telle precision l' evolution de I'aridite des terres en
Afrique dans plus de sept decennies laisse pour le moins songeur.
Les prevIsions ne sont pas plus gaies pour l' Asie, l' Australie,
I'Europe, l' Amerique du Nord ou l' Amerique latine. Bien
entendu, iI n' est fait nulle part mention des recherches partout
en cours pour developper la productivite agricole, mettre au
point de nouveaux vegetaux plus resistants et demandant
moins d'eau, ni de quelque autre information qui pourrait met-
tre en cause un tableau aussi sombre.
1. Programme des Nations unies pour Ie Developpement, Rapport mondial sur Ie deve-
loppement humain, Economica,
129
CO 2 un my the planetaire
On pourrait poursuivre ainsi la litanie. Le Resume a I'intention
des decideurs ne fait etat que de catastrophes, sans qu'une
seule fois le Giec emette alors Ie moindre doute sur elles
alors qu'il ne peut en aucun cas s'agir de certitudes. Les quaU-
ficatifs « probable» ou « tres probable» qui sont employes par
Ie Giec lui-meme dans ses conclusions concernant I'evolution du
niveau de la mer ou des temperatures sont oublies. Lorsqu'on
passe aux exemples concrets des consequences possibles des
changements climatiques, Ie tableau devient uniformement apo-
calyptique comme si Ie but recherche etait de provoquer I'affo-
lement.
La culpabilisation
Le role du Giec ne s'arrete pas la. Apres avoir explique que nous
allons a la catastrophe, il passe a la culpabilisation. II explique
que, si I'avenir se presente aussi mal, c'est que nous ne faisons
pas ce qu'il faut pour remedier a la situation, alors que ce serait
pourtant tout a fait possible et meme facile.
C'est ainsi qu'apres avoir procede a une description dramatique
des consequences supposees de I'inaction, le rapport du groupe
des experts des Nations unies reunis a Bangkok en mai 2007 a
affirme qu'iI suffirait de reduire le rythme de croissance de I' eco-
nomie mondiale de 0,12 % par an tout au plus, c'est-a-dire de 3 %
en vingt-cinq ans, pour maitriser I' evolution des emissions, stabi-
liser a un niveau acceptable les concentrations dans I'atmos-
phere, et limiter Ie rechauffement climatique a partir de 2050.
130
Les activistes
Empreinte cette fois-ci d'un optimisme systematique, cette pre-
sentation des choses donne a croire que la solution du pro-
bleme est aisee, et eUe justifie de multiples declarations dont la
tonalite culpabilisante est toujours la meme: «Puisque les
remedes sont a portee de main, et que beaucoup couteraient
meme peu de chose, qu'attendez-vous pour agir ? »
Les journaux ont alors titre « Le cout de ta tutte contre te chan-
gement cfimatique est fimite 1 », et Ie commissaire a I'Environne-
ment de la Commission europeenne, M. Stavros Dimas, a
immediatement declare: « Nous n'avons ptus d'excuses a t'inac-
tion. »
Le secretaire general des Nations unies lui-meme, M. Ban Ki-moon,
a rencheri de toute bonne foi : «Nous pouvons combattre te
changement ctimatique,o tes desastres se muttiptient et nous avons
fa preuve scientifique que t'humanite en est responsabte... »
Quant au president du Giec, un Indien repondant au nom de
Rajendra Pachauri, il n' a pas hesite a declarer, aureole par son
recent prix Nobel: «It nous reste sept ans pour inverser ta
courbe des emissions de CO 2 », contredisant ainsi toutes les
previsions de son propre pays qui multiplie la creation de cen-
trales a charbon sur son territoire, et avanc;ant un delai ridicule
pour qui connait I'inertie des phenomenes.
A I'issue de la reunion de Bangkok, I'un des principaux redac-
teurs des conclusions du Giec, M. Bill Hare, par ailleurs
1. Le Monde, 5 mai 2007,
131
CO 2 un my the planetaire
conseiller de Greenpeace, s' est ainsi rejoui du consensus
obtenu. Pour sa part, Hans Verolme, membre de WWF Interna-
tional, a affirme : « Les scientifiques ont transmis aux responsa-
btes potitiques te message fondamentat que des technotogies
propres etaient disponibtes pour regter tes probtemes, et ceta a
un tres faibte cout pour nos economies 1 . »
Peut etre la plupart de ceux qui tiennent ce discours sont-its de
bonne foi. 5' etant collectivement convaincus que la croissance
de la teneur en CO 2 conduisait a la catastrophe, ils en deduisent
qu'il doit necessairement y avoir des solutions techniques pour
[' eviter, alors que Ie premier chapitre de ce livre a montre qu'il
, .
n y en avalt pas.
Us proferent en consequence des « II n'y a qu'a... ».
Les voix de ceux des experts qui estimaient que les conclusions
annoncees etaient exagerement optimistes et qu'une lutte effi-
cace contre les emissions couterait beaucoup plus cher
qu'annonce ont ete etouffees. selon ces derniers, les hypothe-
ses retenues dans le rapport ont ete systematiquement biaisees.
Irrealistes, elles visent seulement a habiller de la maniere la plus
positive possible le cout d'une hypothetique transition vers la
maitrise des emissions alors que celle-ci necessiterait que trois
conditions soient reunies: ['adoption d'une politique interna-
tionale universelle, ['afflux immediat et massif de capitaux en
faveur de technologies nouvelles et ['absence de toute resis-
tance au changement de la part des consommateurs.
1. International Herald Tribune, 5-6 mai 2007.
132
Les activistes
Bien entendu, ce n' est pas ainsi que les choses se passeront.
Contrairement a ce que voudraient nous faire croire ceux qui
cherchent a nous culpabiliser, iI n' existe pas de solutions econo-
miques et aisees a mettre en CEuvre pour reduire les emis-
sions, auxquelles s'opposeraient des groupes de pression
caches et mus par Ie seul souci de leurs interets, indifferents
au sort de la planete, et que les gouvernements n'oseraient
pas combattre. La verite est tout autre. S'it est impossibte de
combattre t'accroissement des emissions des gaz a effet de serre,
c'est que tes quatre cinquiemes de t'humanite ont un besoin aigu
et incontournabte de recourir aux hydrocarbures enfouis dans te
sous-sot de ta ptanete pour emerger de ta misere et acceder a un
niveau de vie decent, et qu'its ny renonceront pas.
Avant de conclure sur Ie Giec, il faut reveler ce qu' est reelle-
ment cet organisme, qui n'a guere de rapport avec l'idee que
I' on s' en fait en general.
Dans l'imaginaire collectif, Ie Giec est Ie rassemblement de
2500 experts independants, et c' est cette vision des choses qui
lui donne sa credibilite. Or, il n' en est rien.
II faut tout d'abord commencer par un constat qui n'est pas
neutre : Ie titre franc;ais « Groupe d' experts intergouvernemen-
tal sur I' evolution du climat » (Giec) ne correspond pas au veritable
intitule de I' organisme (IPCC), qui signifie « Intergovernmental
Panel on Climate Change ». On chercherait en vain dans la ver-
sion anglaise Ie terme « Experts» qui figure dans la version fran-
c;aise, et cette absence n' est pas un hasard.
133
CO 2 un my the planetaire
C' est que, malgre sa denomination franc;aise, Ie Giec n' est pas
conc;u comme un rassemblement d' experts, mais de represen-
tants des gouvernements des pays membres, dont certains sont
des scientifiques mais dont d'autres sont des fonctionnaires, par
exemple des directeurs de ministere, et d'autres des membres
d'ONG ecologistes. Tous sont necessairement plus ou moins
dans la dependance des administrations qui les designent et
qu'its ne peuvent contredire, c' est-a-dire qu'ils ne sont pas inde-
pendants.
En pratique, tes membres du Giec sont choisis par tes minis-
teres de t'Ecotogie des differents pays membres. Or, dans
tous tes pays du monde, tes ministeres de t'Ecotogie sont par
nature entre tes mains d'ecotogistes convaincus. On cherche-
rait en vain en leur sein quiconque mettrait en cause les
dogmes en vigueur sur revolution de la planete et la respon-
sabilite de l'homme a son egard. II n'y a aucun risque de
trouver parmi les representants que designent les pays mem-
bres du Giec une seule personne doutant de la « pen see uni-
que» regnante. Autant chercher un anticlerical au sein d'une
Eglise. Et c'est ce qui se passe pour la France comme pour
les autres.
Certes, it existe bien un reseau de 2 500 experts independants
qui publient des etudes scientifiques sur Ie sujet, mais ce ne
sont pas eux qui elaborent la doctrine et les documents du
Giec. Ceux-ci sont entierement entre les mains d'un nombre
limite de representants des ignes par les differents pays mem-
bres comme I'indique Ie terme « intergouvernemental » et non
« international ».
134
Les activistes
La se trouve la source d' un veritable cercle vicieux. Les conclu-
sions et recommandations du Giec ne sont pas Ie reflet du tra-
vail de 2 500 experts independants comme on Ie lit partout,
mais emanent d'un noyau de quelques dizaines de represen-
tants des ministeres de l'Ecologie des pays membres, choisis en
fonction de leurs prises de position anterieures et de leurs
orientations, et qui sont tout sauf neutres et independants 1 .
C'est notamment ce petit groupe qui elabore Ie seul docu-
ment lisible par les non-specialistes, Ie « resume a ('intention
des decideurs». Chaque paragraphe, chaque ligne, chaque
mot y sont longuement discutes, et Ie resultat contredit
souvent les travaux des « 2 500 experts» qui n' ont alors pas
voix au chapitre. Sinon, comment expliquer les absurdites et
les outrances precedemment relevees dans ce document?
Les plus activistes des representants gouvernementaux, les plus
catastrophistes, constituent au sein du Giec un « bureau» elu et
compose de trente membres persuades de detenir la verite et
partageant les memes certitudes. Ce sont des true betievers, de
veritables croyants, adeptes de la « vraie foi ». puisqu'ils sont
elus par leurs pairs et tous convaincus de l'influence de
I'homme sur Ie changement climatique, il n'y a pas la moindre
chance que Ie bureau du Giec, qui en est r organe essentiel,
comprenne un seul « sceptique ».
Pour sa part, la France est representee au Giec par Ie glaciolo-
gue de reputation mondiale, Jean Jouzel, deja cite. Celui-ci, run
des vingt (I) vice-presidents de l' organisme intergouvernemen-
1. Lire a ce sujet Climate Change Policy, Challenging the activists, Institute of Economic
Affairs, Londres.
135
CO 2 un my the planetaire
tal, est aussi l'un des plus pessimistes, et ses multiples declara-
tions dans les medias comme ses ecrits accreditent sans cesse
dans notre pays l'idee que nous allons a la catastrophe 1 . Ses
propres travaux sur les glaces du Groenland ont pourtant mon-
tre comme on I'a vu que Ie climat avait parfois connu des haus-
ses brutales de 16°C, et surtout que les elevations de
temperature avaient toujours precede les evolutions du CO 2 et
non l'inverse ! Cela ne l'empeche pas d'affirmer que les rechauf-
fements passes « sont pertinents vis-a-vis de l' evolution future
de notre climat» (op. cit), alors que nous n'avons enregistre
qu'une hausse de 0,7 °C en un siecle et demi !
Nomme plus tard par Jean-Louis Bortoo copresident du Gre-
neUe de I'environnement, Jean Jouzel a joue un role majeur dans
la diffusion d'une vision tres noire de I'avenir et dans I'adoption
par notre pays de mesures dont on verra qu' elles sont aussi rui-
neuses qu'inefficaces. Et la meme histoire se repete peu ou
prou dans tous les pays, OU ce sont aussi des alarmistes
convaincus qui detiennent la parole officieUe. Rien ne s' oppose
done a eux, et tout est verrouiUe.
II faut dire que, des la creation du Giec, l'avenir etait sceUe
puisque la mission officieUe de l' organisme est la suivante selon
ses statuts: «Le role du Giec est d' evaluer les informations
relatives a la comprehension des bases scientifiques du risque
resultant du changement climatique d'origine humaine, de ses
impacts potentiels et des options possibles pour s'y adapter ou
les attenuer. » Autrement dit, des Ie depart, Ie doute sur la res-
ponsabilite humaine etait exclu.
1. Cf. notamment Le Climat : jeu dangereux dernieres nouvelles de la planete, Jean Jou-
zet, Anne Debroise, Dunod, 2007.
136
Les activistes
Dans son proselytisme, Ie Giec peut en outre compter sur
I'appui sans faille de deux autres entites qui jouent un role
essentiel dans la communication mondiale. II s'agit de deux
organismes des Nations unies.
CeUes-ci s'expriment d'abord sur Ie sujet par la voie de I'Unep
(United Nations Environment Programme), c' est-a-dire leur
ministere de l'Environnement qui est, comme les autres, une
citadelle d' ecologistes.
Les Nations unies s' expriment aussi par Ie canal d'un organisme
cree en 1992 et qui porte Ie titre de «United Nations Fra-
mework Convention on Climate Change» (UNFCCC), du nom
d'un texte signe en 1992 par 192 pays, c' est-a-dire par la quasi-
totaUte des pays membres des Nations unies. L'objet de ce der-
nier organisme est explicitement de lutter contre Ie change-
ment cUmatique, ce qui ne laisse evidemment aucune place au
doute sur la responsabHite humaine a I' egard de celui-ci.
En definitive, ce sont ces trois entites qui creent I' opinion mon-
diale et ceUe des dirigeants de la planete, et H ne faut pas
s'etonner que leurs responsables soient omnipresents dans les
medias, meme si leurs noms sont Ie plus souvent inconnus du
public franc;ais.
II s'agit respectivement de Rajendra Pachauri, president du Giec
(IPCC), d' Achim Steiner, directeur general de I'Unep, et d'Yvo de
Boer, secretaire executif de I'UNFCCC. II serait d'autant plus dif-
ficHe de trouver la moindre divergence entre leurs declarations
que les responsables passent souvent d'un organisme a I'autre.
Ces trois personnages vehiculent tous I'annonce d'un avenir
137
CO 2 un my the planetaire
catastrophique pour la planete, ('affirmation de la responsabi-
lite de I'humanite, et celie de I'urgence d'une action immediate.
Rajendra Pachauri (320 000 citations dans Google) declare
ainsi: «j'espere que nos rapports vont choquer I'opinion et
conduire tes gouvernements a s'engager ptus severement dans
I'action. » II est relaye par Achim Steiner (641 000 citations) :
«A ta tumiere de nos travaux, it serait irresponsabte de resister
ou de chercher a retarder tes actions necessaires pour imposer
des reductions des emissions. » Yvo de Boer (241 000 citations)
ne dit pas autre chose: «Les conctusions ne taissent aucun
doute sur tes dangers auxquets t'humanite est confrontee, et it
est imperatif d'agir sans detai » (Financiat Times, 3 fevrier 2007).
Comme dans les livres de cape et d'epee, ces trois mousquetai-
res de la pen see unique peuvent compter en outre sur Ie ren-
fort d'un quatrieme partenaire dont Ie role est essentiel.
II s'agit d'un Britannique, exalte et mystique, tres connu dans
son pays OU it a ete couvert de decorations et anobli par la
reine. Sir John Houghton a dirige Ie Meteorological Institute qui
joue un role essentiel dans la mesure de I' evolution de la tem-
perature du globe. Mais it a surtout ete I'un des premiers presi-
dents et ideologues du Giec dont it a fixe la ligne d'action en
quelques mots: « Unless we announce disasters, no one will
listen. » (si nous n' annonc;ons pas des desastres, personne ne
nous ecoutera.) Autrement dit, la fin justifie les moyens, et peu
importe la verite.
Tout est dit. Appliquant lui-meme ce precepte, iI declara aussi-
tot que « Ie rechauffement climatique est une arme de destruc-
138
Les activistes
tion massive de I'humanite» et fit tout son possible pendant
ses annees de presidence du Giec pour accrediter I'idee que Ie
monde courait a la catastrophe du fait du comportement
humain. Le moins que I' on puisse dire est qu'iI a parfaitement
reussi. Avec une telle approche, John Houghton a reussi a faire
d'un theme qui ne preoccupait que de rares specialistes - les
variations du climat, qui ont toujours existe - I'un des sujets
majeurs de preoccupation de la planete 1
Puisque la demarche avait ete couronnee de succes, ses suc-
cesseurs sont restes sur la meme ligne, et I' on comprend
mieux par exemple pourquoi its osent affirmer contre toute
evidence qu'une elevation potentielle - et nullement certaine
- de trois mitlimetres du niveau de la mer par an ne manque-
rait pas de submerger des pays entiers. La recette ayant
remarquablement fonctionne, il n'y avait aucune raison d'en
changer. Et it faut bien constater que, conformement au dic-
ton populaire, « plus c' est gros, mieux c;a passe ». Arriver a
faire croire au monde entier qu'une elevation de trois cen-
timetres du niveau des eaux par decennie, c'est-a-dire de la
hauteur d'une vaguelette, pouvait conduire a I'evacuation
des iles du Pacifique et d'autres parties du globe en est la
preuve indeniable, en meme temps qu'un exploit. L'affole-
ment provoque par les affirmations du Giec porte pleinement
ses fruits. Le delegue au x Nations unies des Hes Barbades, dont
Ie point culminant atteint 336 metres, n'a-t-it pas recemment
declare: « It est vitat de renforcer ta tutte contre te change-
ment ctimatique. je ne signerai jamais un accord suicidaire qui
condamnerait mon pays a disparaitre» (Time Magazine,
15 decembre 2008) ?
139
CO 2 un my the planetaire
II ne faudrait pas croire pourtant que tous les scientifiques soient
d' accord avec les derives du Giec. C' est ainsi que 31 000 d' entre
eux ont signe aux Etats-Unis une petition initiee par l'universite de
l'Oregon et stipulant qu'« it n'existe pas d'evidence scientifique
convaincante que tes rejets d'origine humaine de CO 2 puissent cau-
ser dans un avenir previsibte un rechauffement catastrophique de
t'atmosphere et un bouteversement du ctimat de ta ptanete ».
II faut aussi signaler dans la meme ligne la creation en 2007
d'une nouvelle structure que ses auteurs ont malicieusement
intitulee «Non-governmental International Panel on Climate
Change» (NIPCC). Parrainee par un ancien president de l'Acade-
mie nationale des sciences des Etats-Unis et de la Societe de
physique americaine, celle-ci est Ie fruit de l'initiative de scien-
tifiques de premier plan qui refutent entierement les theses
officielles sur Ie rechauffement climatique. Cette nouvelle asso-
ciation a publie un ouvrage recemment traduit en franc;ais et
dont Ie titre indique clairement Ie contenu : « C'est ta nature et
non I'activite humaine qui determine te ctimar. » La lecture de
ce rapport ne permet certes pas au non-specialiste de trancher
definitivement. Mais it contient suffisamment d'arguments pour
semer a tout Ie moins Ie doute lorsqu'it mentionne, par exem-
pie, que de nombreux indicateurs mettent en evidence que la
peri ode de I' optimum medieval, aux alentours de l'an mille,
etait nettement plus chaude que I' epoque actuelle, ce qui est
coherent avec Ie fait que les Vikings aient vecu pendant trois
siecles au Groenland ou its cultivaient des cereales et elevaient
du betai L selon les auteurs de ce rapport, ce seraient les varia-
1. T elechargeable sur Ie site internet de la Federation de I' environnement durable,
140
Les activistes
tions de I'activite solaire, bien plus que ceUes des gaz a effet de
serre, qui se trouveraient responsables des changements clima-
tiques.
A vrai dire, cet ouvrage, comprenant des contributions d'une
trentaine de savants emanant d'une quinzaine de pays, inspire
nettement plus confiance que les documents officiels du Giec
avec leur cortege d' outrances et d'invraisemblances.
Mais Ie Giec et les autres emanations des Nations unies ne sont
pas les seuls a faire appel a la peur et a la culpabilisation. lis
peuvent compter sur d'innombrables renforts.
« L 'alarmiste en chef »
Le premier d'entre eux est un climatologue americain du nom
de James Hansen, aujourd'hui directeur du « Goddard Institute
for Space Studies» de la NASA, qui defraya la chronique il y a
vingt ans et continue a Ie fa ire. Le 23 juin 1988, qui se trouvait
etre un jour de canicule exceptionneUe, it fit etat devant Ie
Congres des Etats-Unis de previsions catastrophiques pour
l'avnir de la planete, affirmant que ceUe-ci etait entree dans
une phase de rechauffement accelere provoque par les activi-
tes humaines et dont nul ne pouvait prevoir l'issue. Deux
decennies plus tard, tres exactement, Ie 23 juin 2008, it aUa
plus loin. Reprenant l'hypothese que la machine climatique
etait proche d'un dangereux point de bascule, it predit une
elevation d'environ deux metres du niveau des mers a la fin du
siecle, c' est-a-dire tres superieure aux estimations du Giec lui-
meme.
141
CO 2 un my the planetaire
En consequence, it faut, dit-il, reformer les pratiques agricoles
et forestieres mondiales, taxer Ie carbone, etablir un moratoire
sur la construction des centrales a charbon et les bannir com-
pletement sur I' ensemble de la planete d'ici a 2030 1 A ses yeux,
les responsables de la catastrophe ne font aucun doute. Les
dirigeants des entreprises du secteur de l'energie devraient etre
« poursuivis pour crime contre l'humanite et la nature », car ils
sont coupables de tout faire pour cacher la verite comme
l'avaient fait en leur temps les fabricants de cigarettes. AUant
plus loin encore, celui que ses detracteurs qualifient d'« alar-
miste en chef» n'a pas hesite a comparer les trains transportant
Ie charbon vers les centrales electriques aux «trains de la
mort» de sinistre memoire qui ont siUonne l'Europe pendant la
seconde Guerre mondiale 1
Manifestement, Ie fait que Ie petrole, Ie gaz naturel et Ie char-
bon extraits du sous-sol aient permis un developpement sans
precedent de l'humanite depuis un siecle, la sortie de la pau-
vrete de centaines de millions d' etres humains et la survie
d'autres centaines de millions n'a pas d'importance aux yeux de
James Hansen. Car, sans Ie recours aux energies fossiles que la
nature a accumulees dans Ie sous-sol de la planete, il ne faut
pas se leurrer : la situation de I'humanite serait aujourd'hui dra-
matique. si l' esperance de vie dans les pays du tiers-monde est
passee de 27 a 65 ans au cours du xx e siecle, si Ie nombre d'etres
humains correctement nourris s' est accru de plus de 2 milliards
depuis trente ans, si Ie niveau de vie de la majorite des habi-
tants des pays pauvres a double et si la planete compte
aujourd'hui plus d'un milliard et demi d'internautes, to utes ces
142
Les activistes
donnees officielles emanant des Nations unies, c' est d' abord a la
disponibilite d'une energie abondante et bon marche que no us Ie
devons. Et si tes responsabtes des societes petrotieres, gazieres
ou houitteres avaient refuse d'extraire cette energie du sous-sot
de ta ptanete, c'est ators qu'on aurait pu tes accuser de crime
contre t'humanite.
AI Gore, charlatan planetaire
Mais James Hansen n'a ete que Ie premier d'une innombrable
lignee dont Ie representant Ie plus emblematique est a coup sur
('ancien vice-president des Etats-Unis AI Gore, qui, apres son
echec electoral de I'an 2000 qui n'a tenu qu'a un fil en Floride
face a George W. Bush, a trouve la un nouveau fonds de com-
merce. L' expression peut choquer, mais elle correspond a la
verite quand on sait que (' essentiel des affirmations d' AI Gore
releve du mensonge. La seule partie veridique de son film Une
verite qui derange, qui lui a valu Ie prix Nobel, reside dans
('introduction qui relate (' accroissement des emissions de gaz a
effet de serre d'origine humaine au cours des decennies recen-
tes. Tout Ie reste n'est que fiction: changements brutaux de
temperature, elevation soudaine de plusieurs metres de la mer
submergeant des villes et des regions entieres, multiplication
des cyclones et des autres desastres naturels, generalisation des
secheresses et des fam i nes, etc.
On pourrait encore s'interroger sur Ie bien-fonde des affirmations
d'AI Gore sans I'initiative d'un pere de famille britannique qui n'a
pas hesite a deposer plainte devant un tribunal de son pays, car
Ie gouvernement anglais avait decide de diffuser Ie film dans
3 500 ecoles. Assurant que celui-ci contenait de graves inexacti-
143
CO 2 un my the planetaire
tudes et constituait un veritable outil d' endoctrinement des
enfants, iI a demande au tribunal d'interdire sa diffusion.
Le jugement rendu en octobre 2007 par la Haute Cour de
Londres a denonce neuf erreurs majeures, qui meritent d'etre
citees tant elles sont des preuves de mauvaise foi flagrante, tel-
les que les relate Serge Galam dans son recent ouvrage 1 .
1 - AFFIRMATION D' AL GORE: Certains atolls du Pacifique au
niveau de la mer ont ete evacues.
REPONSE DU JUGE : Aucune preuve.
2 - AFFIRMATION D'AL GORE: Le Gulf Stream, qui rechauffe
I' Atlantique, pourrait disparaitre.
REPONSE DU JUGE : C'est tres peu probabte.
3 - AFFIRMATION D'AL GORE: Des graphiques font co'incider
exactement la hausse du CO 2 et celie des temperatures sur
650 000 ans.
REPONSE DU JUGE: Les deux graphiques n'etabtissent pas ce
qu'affirme M. Gore.
4 - AFFIRMATION D'AL GORE: Le rechauffement climatique
est responsable de la fonte des neiges au sommet du
Ki limandjaro, en Afrique de rEst.
REPONSE DU JUGE : Ce phenomene ne peut etre principatement
attribue a I'impact des activites humaines.
1. Gp. cit
144
Les activistes
5 - AFFIRMATION D'AL GORE: L'assechement du lac Tchad est
du au rechauffement climatique
REPONSE DU JUGE : La cause exacte n'est pas etabtie.
6 - AFFIRMATION D'AL GORE: Le rechauffement planetaire
est a I' origine de I' ouragan Katrina.
REPONSE DU jUGE : Pas de preuve.
7 - AFFIRMATION D' AL GORE: Les coraux blanchissent du fait
du rechauffement climatique et d'autres facteurs.
REPONSE DU jUGE : It est difficite de separer I'impact du chan-
gement ctimatique des autres impacts.
8 - AFFIRMATION D'AL GORE: La fonte des glaces dans I'ouest
de I' Antarctique et Ie Groenland provoquera une montee des
eaux d' environ 6 metres « dans un futur proche ».
REPONsE DU jUGE : Affirmation exageree.
9 - AFFIRMATION D'AL GORE: Des ours se sont noyes apres
avoir parcouru a la nage de longues distances pour trouver de
la glace.
REPONSE DU JUGE : La seute etude scientifique trouvee indique
que quatre ours potaires ont recemment ete retrouves noyes a
10 suite d'une tempete.
En conclusion, Ie tribunal a releve que « ta science avait ete uti-
tisee par un homme potitique et un communicant de vateur pour
soutenir un programme de nature potitique », et a demande que
Ie film ne soit pas projete dans les ecoles sans etre accompagne
145
CO 2 un my the planetaire
d'une brochure «destinee a eviter I'endoctrinement des ele-
yes ».
La difference avec ce qui s'est passe a la meme epoque en
France n' en est que plus regrettable et frappante, puisque Ie
film a ete parraine dans notre pays par Ie ministere de l'Environ-
nement, et que Ie ministere de l'Education nationale a diffuse
des milliers de copies d'un DVD « pedagogique » base sur Une
verite qui derange, qui n'est pas une verite mais une accumula-
tion de mensonges. II est vrai que l'un des principaux conseillers
du gouvernement, Ie climatologue Jean Jouzel deja cite, n'a pas
craint d'affirmer : « Tout ce que dit AI Gore est exact », alors
que tout ou presque est faux.
Pour sa part, I'interesse s' est bien garde d'attaquer Ie jugement
rendu par la Haute Cour de Londres car il savait qu'iI n'aurait
eu aucune chance de I'emporter en appel. II s'est contente de
dire que les neuf erreurs relevees etaient peu de choses a
cote des milliers d'autres affirmations contenues dans son
film, ce qui est a nouveau une contreverite manifeste, puisque
ces neuf erreurs sont tres precisement celles qui ont marque
I'imaginaire mondial. Affirmer que I' ocean va brutalement
monter de 6 metres au lieu de 3 centimetres par decennie
n' est pas un detail 1
AI Gore ment, mais cela ne I' empeche pas de continuer a faire
fortune en parcourant Ie monde, et l' on comprend que
Claude Allegre Ie qualifie de « truand ».
146
Les activistes
Seuls peuvent prendre au serieux les exhortations d' AI Gore
ceux qui ne connaissent pas Ie mode de vie de celui qui les pre-
conise. Le lendemain du jour ou iI rec;ut a Hollywood sous les
acclamations deux Oscars pour son film, la presse americaine
revelait qu'iI habitait une maison digne de Scarlett O'Hara dont
Ie budget d' electricite s' elevait a 25 000 dollars, soit vingt fois
celui de I' Americain moyen ! Sa seule piscine consomme plus
qu'un pavilion standard... Al Gore aurait voulu montrer I'irrea-
lisme de ses demandes qu'iI n'aurait pas fait mieux. Bien
entendu, comme beaucoup de proselytes du « developpement
durable », i I parcourt tout au long de I' annee Ie monde en avion
et en helicoptere et personne ne I'a jamais rencontre dans Ie
metro ou I'autobus ni sans doute a velo. II est vrai qu'il se fait
payer 200 000 dollars pour chacune de ses conferences, plus
les frais d'hotel et trois places en avion en premiere classe.
Qu'un tel irresponsable ait pu recevoir Ie prix Nobel en dit long
sur Ie poids de la pensee unique a notre epoque.
S'iI subsistait un doute sur I'amateurisme de I'ancien vice-
president des Etats-Unis, celui-ci a ete leve par ses declarations
du 17 juillet 2008. En ce jour, AI Gore a fait connaitre son « plan
pour la survie des Etats-Unis ». Puisque Ie futur de I'humanite
est en jeu, iI faut que I'Amerique renonce d'ici a dix ans a tout
usage du petrole, du gaz naturel et du charbon, et se procure
uniquement I' energie qui lui est necessaire a partir du soleil, du
vent et des autres sources « vertes ». II n'a pas craint d'ajouter
contre I' evidence la plus elementaire qu'un tel objectif etait
physiquement possible et financierement accessible, et meme
qu'iI creerait des millions d' emplois alors qu'iI ne manquerait
147
CO 2 un my the planetaire
evidemment pas d' engendrer a lui seul une recession massive.
Avec Ie sens de la mesure qui Ie caracterise, iI a enfin ajoute
qu'iI s'agissait d'eviter que les Etats-Unis soient envahis de cen-
taines de millions de « refugies climatiques ».
Autrement dit, on retrouve la toute la « vulgate» du « politique-
ment correct» ecologiste, qui ne craint pas de faire appel a la peur
ancestrale de I'envahissement par des hordes etrangeres qui
engendra en un autre temps la crainte du « peril jaune ». Certes,
les pays riches ont de tout temps exerce un pouvoir d'attraction
considerable sur les habitants des pays pauvres comme chacun Ie
constate encore de nos jours. Mais ces migrations sont de plus en
plus contra lees et Ie seront encore plus a I'avenir. La crainte de
voir les pays developpes envahis par « des centaines de millions
de refugies climatiques» releve de la fiction. Comme chacun Ie
sait, c'est en favorisant Ie developpement des pays pauvres, ce qui
suppose notamment qu'ils puissent avoir recours aux energies fos-
siles et que la natalite y decroisse lorsque ce n' est pas deja fait,
que I' on pourra Ie mieux aider leurs habitants a sortir de la misere
qui est la leur.
Qu'iI faille se preparer a la fin du XXl e siecle a un monde sans car-
bone ou presque ne fait pas de doute puisque l' essentiel des res-
sources fossiles sera alors epuise. Mais se fixer comme but
d' atteindre cet objectif en 2018 releve de la plus haute fantaisie et
devrait disqualifier definitivement celui qui Ie propose et ose affir-
mer contre toute evidence que cet objectif est accessible, en fai-
sant semblant d'y croire de surcroit. Bush n'a certes pas ete un bon
president, mais on peut se demander si AI Gore aurait ete meilleur.
148
Les activistes
Les economistes: Sir Nicholas Stern
Face a des perspectives aussi noires, on comprend mieux alors
la reaction d'autres acteurs essentiels du dossier. C'est ainsi
qu'un economiste anglais de grand renom, Sir Nicholas Stern, a
defraye la chronique 10rsqu'iI a publie en 2006 a la demande du
gouvernement britannique un rapport retentissant sur les
consequences potentielles du changement climatique. Avec un
sens aigu de la communication, et pour illustrer les previsions
catastrophiques du Giec qu'iI a reprises a son compte sans les
discuter, iI a declare que Ie cout imputable au rechauffement
climatique auquel iI fallait s'attendre serait superieur a celui des
deux conflits mondiaux du xx e siecle, et iI a avance a cette fin Ie
chiffre de 5 500 milliards de dollars 1 Cette comparaison qui ne
repose evidemment sur aucun chiffrage serieux lui a valu imme-
diatement une notoriete mondiale.
C'est sur la base de ce cout hypothetique que Ie rapport Stern
a ensuite recommande que la collectivite mondiale consacre
chaque annee de 1 a 3 % de son PIB aux depenses destinees a
lutter contre Ie changement climatique. Depenser peu tout de
suite pour eviter d'avoir a payer plus beaucoup plus tarde En
somme, une assurance. L'idee est tout aussi seduisante qu'irrea-
liste, car Ie « peu » est en fait gigantesque : 1 % a 3 % du PIB
mondial represente a l'heure actuelle de 400 a 1 200 milliards
de dollars, et ne peut que s' accroitre ensuite.
A l' epoque de sa publication, Ie rapport Stern a ete salue par
tous - y compris par l'auteur de cet ouvrage - comme un
document remarquable, destine a faire reference. Quoi de plus
149
CO 2 un my the planetaire
tentant que I'idee d'avoir a payer peu maintenant pour eviter
d'avoir a acquitter beaucoup plus ulterieurement ?
Avec Ie recul du temps, Ie jugement est different. Le raisonne-
ment est sans doute logique, mais iI ne resiste pas a la lumiere
des faits. La premiere erreur a consiste a adopter comme verite
d' evangile les affirmations du Giec selon lesquelles Ie monde
court a I'apocalypse, et la facture a payer est necessairement
gigantesque. On a vu ce qu'i I en est. Rien ne prouve qu'i I existe
un lien entre les concentrations de gaz carbonique et Ie climat.
Et meme si c'etait Ie cas, soutenir qu'une elevation de 3 centi-
metres du niveau de la mer par decennie serait une catastrophe
et que I'humanite ne saurait pas faire face a un accroissement
possible - mais nullement certain - de 2 a 3 degres de la tem-
perature moyenne du globe n' est pas serieux. Annoncer que Ie
coat de ces eventuels phenomenes excederait celui des deux
conflits mondiaux du xx e siecle I'est encore moins. C'est la un
moyen certain d'attirer I'attention des medias, mais qui suscite
la peur et accredite sans preuve une vision eminemment nega-
tive de I'avenir.
II y a plus grave. L'affirmation selon laquelle les depenses a
consentir pour maitriser les emissions de gaz a effet de serre
n'excederaient pas de I'ordre de 1 % a 3 % du PIB de la planete
repose sur une hypothese egalement dementie par les faits. Elle
suppose implicitement que la depense a consentir pour reduire
les rejets de gaz carbonique serait modeste, reprenant en cela
les recommandations de I'Agence internationale de I'energie
qui stipulent: «Aucune des technologies necessaires pour
150
Les activistes
diminuer les emissions ne devrait, au stade industriel, entrainer
une majoration des coOts superieure a 25 dollars par tonne
d'emission evitee de CO 2 dans tous les pays, y compris les pays
en voie de developpement. »
Or, si cela peut etre Ie cas dans certaines circonstances, iI s'agit
Ie plus souvent d'un VCEU pieux, com me I'a montre I'absence
presque totale d'effet de I'accroissement du cours du petrole
entre 2005 et Ie milieu de 2008 sur la consommation. La hausse
a avoisine 100 dollars par baril, ce qui correspond a une taxa-
tion de I'ordre de 250 dottors par tonne de gaz carbonique
emise puisque la combustion d'un baril degage 400 kilos de
CO 2 . Or I'impact sur la consommation mondiale de petrole de
cette hausse, dix fois superieure aux hypotheses de I'AIE et du
rapport Stern, a ete marginaL La consommation petroliere mon-
diale a continue pendant cette periode a croitre a un rythme a
peine ralenti. Pour reduire les emissions de gaz carbonique liees
a I'usage du petrole, iI faudrait sans doute porter Ie cours du
baril a 500 dollars ou plus et paralyser alors I' economie mon-
diale. Ce constat ne fait que confirmer que Ie monde, dans
I' etat actuel des choses, ne peut se passer de petrole et que sa
demande est pour I' essentiel incompressible. II en est de me me,
a des degres voisins, pour Ie gaz naturel et Ie charbon.
Cela change tout. Alors que Ie rapport Stern faisait implicitement
('hypothese qu'un surcout de 25 dollars par tonne de gaz carboni-
que epargnee suffirait pour reduire les emissions mondiales, iI s' agit
la d'une illusion. Pour etre efficace, Ie surcout devrait etre incom-
parablement plus eleve. II ne faudrait pas depenser 25 dollars pour
151
CO 2 un my the planetaire
eviter Ie rejet d'une tonne de CO 2 , mais plusieurs centaines, c' est-
a-dire que Ie cout de ('operation ne serait pas de 1 % a 3 % du PIB
mondial annuel, mais de 10 % ou 20 % de celui-ci. La depense
serait tres superieure au benefice possible 1 Autrement dit, Ie jeu
n' en vaut pas la chandelle. II faut ajouter que, pour etayer son rai-
sonnement, Nicholas Stern a adopte un taux d' actualisation faible,
sans lequel ses conclusions auraient ete tres differentes.
Nicholas Stern est un economiste. Ce n'est ni un climatologue ni
un specialiste de (' energie. La theorie qu'iI a mise en avant ne
resiste pas a ('analyse des faits, et son rapport a induit la planete en
erreur. II n'a pas su resister au pouvoir de conviction des tres nom-
breux alarmistes de son pays, tels que John Houghton, et est
devenu I'un des leurs. L'auteur a simplement oublie de confronter
la theorie economique a quelques questions de bon sense Les chif-
frages du cout du rechauffement climatique avances par Ie Giec
sont-ils fondes ? Est-il realiste d'imaginer que ('on puisse reduire
massivement la consommation de petrole, de gaz naturel, et de
charbon de la planete, et que I' on laisse inutilisees dans Ie sous-sol
des quantites notables de ces produits ? Quelles taxes exorbitantes
sur les produits energetiques faudrait-il infliger pour obtenir un tel
resultat ? S'iI s' etait pose ces questions, Sir Nicholas Stern aurait
sans nul doute produit un tout autre rapport.
L 'Agence internationa/e de /'energie
Composee de dizaines d'experts en provenance des pays develop-
pes, I' Agence internationale de I' energie est un organisme auto-
nome fonctionnant dans Ie cadre de ('OCDE qui regroupe
r ensemble des pays developpes de la planete. Son siege est a Paris,
152
Les activistes
et elle est reconnue com me etant I'organisation la plus compe-
tente dans Ie domaine de I'energie. Elle publie chaque annee un
document (Wortd Energy Outtook) qui dresse I' etat de la planete
dans ce domaine et constitue une reference incontestee.
C'est a ce titre que ('AlE a ete invitee en 2005 par les dirigeants
des huit grands pays de la planete lors de leur reunion de
Gleneagles en Ecosse a contribuer a leur plan d'action sur « Ie
changement climatique, (' energie propre et Ie developpement
durable ». Le G8 a demande a ('AlE de Ie conseiller sur les sce-
narios et les strategies a suivre en vue d'un avenir disposant d'une
energie «propre, intelligente, et competitive ». C' est dans ce
cadre que ('AlE a ete amenee a faire un certain nombre de recom-
mandations aux pays du G8 lors de leur session d'Hokkaid6 de
juin 2008 (lEA Work for the G8 - 2008 messages).
La lecture de ces recommandations laisse toutefois un sentiment
de grand malaise. Precedemment, I' AlE avait etudie deux scenarios.
L'un, dit « de reference », prevoyait avec realisme la poursuite au
cours des decennies a venir de I'accroissement des emissions de
gaz carbonique dues a I'usage des combustibles fossiles, dont les
rejets seraient passes de 30 milliards de tonnes a I'heure actuelle a
42 en 2030 et a 62 en 2050, compte tenu des projets en cours de
realisation ou previsibles dans Ie tiers-monde.
Le second scenario, dit alternatif, envisageait, au prix d' efforts
considerables et a vrai dire irrealistes, une maitrise des emis-
sions mondiales permettant de les limiter a 32 milliards de ton-
nes en 2015 et a 34 en 2030.
153
CO 2 un my the planetaire
Mais, a la demande des pays du G8, ('AlE s'est vue chargee d'une
mission impossible, c' est-a-dire d' elaborer conformement aux
requetes du Giec un scenario divisant en 2050 par deux au
moins les emissions de gaz carbonique de la planete par rapport
a leur niveau actuel et en les ramenant done pour leur compo-
sante energetique a 15 milliards de tonnes au milieu du siecle,
c' est-a-dire quatre fois moins que dans Ie scenario de reference.
L' AlE s' est alors trouvee confrontee a un choix: critiquer Ie
Giec et dire la verite, c' est-a-dire qu'un tel scenario est totale-
ment irrealisable, ou enoncer les conditions a remplir pour
I' obtenir en faisant semblant d'y croire. EHe a choisi la seconde
voie, tout en dressant la liste des conditions a remplir pour
atteindre Ie but fixe par Ie G8, de telle sorte que chacun peut
constater qu'it est inaccessible.
Qu' on en juge un peu. Pour diviser par deux les emissions d'ici a
2050 au lieu qu' elles doublent, it faudrait, selon I' AlE:
- Commencer a agir vigoureusement des 2008 (ce qui n'a pas
ete Ie cas) ;
- Stabiliser les emissions au plus tard en 2015, nul ne sait com-
ment ;
- Generaliser des 2012 les techniques de capture et de stockage du
gaz carbonique (CCS) dans les centrales electriques thermiques
nouvelles, alors qu'un autre document de ('AlE (Wortd Energy Out-
took 2006) affirme que ces techniques ne seront pas pretes avant
2020 au mieux, et cela sans la moindre certitude;
154
Les activistes
- Fermer alors 15 % des centrales thermiques existantes non
equipees de ces dispositifs ;
- Doubler Ie pare de centrales nucleaires en 2030 par rapport
au scenario de reference (833 GW contre 415), alors que I'AIE
affirme par ailleurs que les obstacles politiques rendent illusoi-
res cet objectif ;
- Doubler egalement la production d' electricite a partir des
energies renouvelables malgre Ie surcout qu' elles impliquent;
- Investir 7 400 milliards de dollars dans de nouvelles installations
du secteur de I' energie, avec comme consequence des accroisse-
ments considerables du prix de I' electricite pour Ie consomma-
teur ;
- Diminuer drastiquement au niveau mondial la consommation
d' essence, de gaz naturel et de charbon malgre la pression de la
demande, etc.
On ne saurait mieux dire que (' objectif fixe sous la pression du
Giec et imprudemment adopte en juillet 2008 par les chefs
d'Etat du G8 est entierement utopique. II ('est deja pour les
pays developpes. Et comment contraindre Ie reste du monde
qui consomme cinq fois moins d'energie par habitant a se res-
treindre encore? II faut ajouter qu'iI s'agirait de stabiliser a
450 ppm les concentrations de «gaz carbonique equivalent»
dans ('atmosphere, soit 360 ppm en gaz carbonique, c'est-a-dire
plutot moins qu' aujourd'hui !
L'AIE conclut en attirant I'attention sur les couts astronomi-
ques qu'impliquerait la satisfaction de la demande formulee.
Jusqu'a 15 milliards de tonnes de rejet de gaz carbonique de
155
CO 2 un my the planetai re
moins que dans Ie scenario de reference, les couts par tonne
de CO 2 evitee seraient relativement abordables. De 15 a
30 milliards de reduction, ils atteindraient 50 dollars par
tonne de gaz carbonique epargnee. Au-dela de 30 milliards, Ie
cout par tonne epargnee s'envolerait vers 100, 200, 500 dol-
lars ou plus encore, entrainant des depenses de milliers de
milliards de dollars chaque an nee, d'autant plus invraisembla-
bles qu' elles devraient en majorite etre effectuees dans les
pays en voie de developpement et payees par les pays deve-
loppes.
Pour qu' elles soient efficaces, rappelons-Ie enfin, ces depenses
devraient avoir pour but final de laisser inemployee dans Ie
sous-sol de la planete une grande partie des reserves de
petrole, de gaz naturel et de charbon qu'iI contient.
Mais, sans doute effrayes par les previsions apocalyptiques du Giec
en cas de poursuite de I'accroissement de la teneur en CO 2 de
I'atmosphere, les responsables de I'AIE, qui ne sont pas des clima-
tologues, ne se sont pas crus autorises ales mettre en doute, et ils
y ont meme adhere. Le cercle vicieux etait ainsi enclenche.
Autrement dit, I' AlE a failli a sa mission. Elle n'a pas dit aux
chefs d'Etat du G8 la verite, c'est-a-dire que leurs de man des,
basees sur celles du Giec, etaient impossibles a satisfaire. De
surcroit, elle n'a pas clarifie les choses. En utilisant dans ses rap-
ports des unites esoteriques telles que les « ppm » et les « GT »,
elle a rendu ceux-ci incomprehensibles au commun des mor-
tels, ainsi qu'aux responsables politiques eux-memes.
156
Les activistes
LeG8
II ne faut pas en vouloir aux chefs d'Etat du G8. Pour les com-
prendre, iI faut se mettre a leur place. Les dirigeants des huit pays
concernes rec;oivent d'une part des previsions apocalyptiques
emanant du Giec qui vient de recevoir Ie Prix Nobel, d'autre part
des rapports issus de I' Agence internationale de I' energie dont
une lecture rapide peut laisser croire qu'iI serait possible de mai-
triser les emissions de la planete alors qu'il n' en est rien. Le rap-
port Stern leur dit la meme chose. En leur ame et conscience, ils
croient done bien faire en fixant au monde des objectifs ambi-
tieux, sans se rendre compte que ceux-ci sont absurdes puisqu'ils
supposeraient que I' on arrete ou presque I' extraction du petrole,
du gaz naturel et du charbon. II ne faut done pas s'etonner des
« decisions» du G8 prises a Hokkaid6 qui prevoient contre tout
bon sens de diviser par deux les emissions planetaires de gaz a
effet de serre en 2050 par rapport a leur niveau actuel (sans
d'ailleurs que I'annee de reference soit specifiee).
C' est ce qu' ont bien compris les pays du G5 (Chine, Inde, Bresil,
Mexique et Afrique du sud) qui ont refuse de souscrire a un tel
objectif qui briserait de maniere intolerable leur developpement.
Ce dernier necessite au contraire qu'ils accroissent fortement leur
consommation d' energie ce qui, pour de nombreuses decennies
encore, implique que leurs emissions de gaz a effet de serre conti-
nuent de s' accroitre au lieu d' etre reduites. A yant lu quant a eux les
rapports de ('AlE qui montrent Ie caractere irrealiste de I'objectif
fixe a la planete pour Ie milieu du siecle, on comprend qu'ils aient
mis les pays developpes au pied du mur en leur demandant de
commencer par s'engager, non pas pour un horizon aussi lointain,
157
CO 2 un my the planetaire
mais deja pour (' annee 2020. Pour atteindre Ie resultat ambitieux
affiche pour 2050, iI faudrait en effet qu'une inflexion brutale soit
don nee tout de suite, et qu'une premiere etape soit franchie, qui
se traduise par une reduction immediate des emissions et tout
particulierement par celles des pays riches.
L'argumentation des pays en voie de developpement est egale-
ment d'ordre moral. Meme s'ils representent desormais un peu
moins de la moitie des emissions mondiales annuelles, ce sont les
pays riches qui, dans Ie passe, ont contribue a (' essentiel de
('accroissement du stock de gaz a effet de serre de la planete. De
plus, ils continuent a emettre cinq fois plus de CO 2 par habitant
en moyenne que les pays pauvres. C'est done a eux d'agir au lieu
de se contenter d' annoncer des objectifs tres lointains qui ne les
engagent en rien. Or les pays riches ont refuse de s' engager sur
quelque objectif que ce soit pour 2020, et notamment sur la
reduction de leurs emissions de 25 % au moins par rapport a 1990
que leur a demandee Ie G5. lis ont eu en ('occurrence raison, car
une telle diminution est inconcevable, sauf dans ('hypothese d'un
cataclysme mondial que personne ne peut souhaiter.
Le probleme a done ete renvoye a la fin de 2009, date a
laquelle il est prevu de donner a Copenhague une suite au pro-
tocole de Tokyo. Mais la verite, c' est qu'il est insoluble car iI
part d'une idee fausse, celie qu'iI serait possible de reduire au
niveau planetaire les emissions alors qu'iI n' en est rien puisque
les travaux se poursuivent partout pour accroitre la production
d'hydrocarbures et que les energies fossiles qui ne seront pas
consommees par les uns Ie seront par les autres.
158
Les activistes
Les groupes de pression
II faut enfin parler de I'une des causes majeures de I'aberration
actuelle des idees qui ont cours au sujet du changement climati-
que et de la responsabHite supposee de I'homme. II s'agit du
poids des groupes de pression, qui sont essentiellement au nom-
bre de deux: les mouvements ecologistes d'une part, et les
industriels dont tout ou partie de I'activite depend des fonds
publics censes participer au « sauvetage de la planete » de I'autre.
Dans notre pays, Ie « Grenelle de I' environnement » a fourni un
exemple frappant des causes de la desinformation, dans la
mesure ou H a mis en evidence la mainmise complete des grou-
pes de pression sur I' elaboration des decisions gouvernementa-
lese Celles-ci ont ete preparees dans Ie courant de I' ete 2007
par un groupe de travail de 50 personnes preside par Nicholas
Stern et par Jean Jouzel.
La composition de ce groupe de travail merite qu'on s'y
arrete car elle explique tout. II est possible d'y distinguer
plusieurs ensembles: les mouvements ecologistes, des asso-
ciations proches d' eux, les organisations syndicales, des enti-
tes publiques ayant des interets specifiques a defendre, Ie
Medef enfin, qui a delegue pour Ie representer ses grandes
federations: batiment, travaux publics, industrie ferroviaire,
industrie eolienne, construction automobile, etc.
Tous ceux qui auraient pu s'opposer a I'etaboration dun consensus
ont ete systematiquement ecartes, tets que tes associations anti-
eotiennes, tes representants des usagers de ta route, et bien d'autres
159
CO 2 un my the planetaire
encore qui avaient pourtant demande a participer aux debats. II ne
faut done pas s'etonner que les travaux du Grenelle de I'environne-
ment aient debouche sur des recommandations unanimes, ce qui a
permis a Nicolas Hulot de celebrer I'alliance « inattendue» des
mouvements ecologistes et du Medef.
II n'y ava"it pourtant la rien d'inattendu, les interets des uns et des
autres se rejoignant sur Ie dos du consommateur, du contribuable,
et de I'interet general. Construire a coup de dizaines de milliards
d' euros des milliers de kilometres de voies ferrees et de metro, iso-
ler tous les batiments, couvrir la France d'eoliennes ou de pan-
neaux photovolta'iques, etc., ne pouvait que rejouir profondement
les grandes federations qui composent Ie Medef et qui ont tout
interet a voir leur chiffre d'affaires se developper sans fin. II n'y a
qu'un probleme, c' est qu'iI sera impossible a notre pays de payer la
facture ahurissante qui decoule des decisions prises et qui atteint
comme on Ie verra dans un chapitre ulterieur de ce livre une ving-
taine de milliards d' euros par an pour Ie contribuable, auxquels
s'ajoutera une somme equivalente au titre des depenses que Ie
consommateur devra prendre directement en charge, Ie tout
venant done reduire son pouvoir d'achat de 40 milliards d'euros
par an, Ie plus souvent sans justification puisque l'impact sur les
emissions de gaz a effet de serre de la planete sera en tout etat de
cause inexistant pour les raisons precedemment exposees qui tien-
nent au caractere planetaire du phenomene.
Est-ce a dire qu'iI faille ne rien faire face aux peurs qui hantent
notre epoque ?
Chapitre III
Les trois peurs
Ce debut de siecle est celui de progres sans precedent de
I'humanite. La croissance de I' economie mondiale s' est eta-
blie jusqu'aux evenements de 2008 aux alentours de 5 % par
an, niveau inconnu jusqu'alors, et des centaines de millions
d'etres humains sont sortis de la pauvrete. Mais notre epo-
que est aussi celie de grandes peurs planetaires. Trois
d' entre eUes dominent aujourd'hui les esprits.
Face a I'epuisement annonce du petrole, l'expansion mondiale
pourra-t-elle perdurer, les nations riches maintenir leur mode de
vie et leurs habitants continuer a se deplacer ? Les pays pauvres,
dont la population represente les quatre cinquiemes de I'huma-
nite, pourront-ils acceder un jour a un mode de vie meilleur, ce
qui suppose notamment qu'ils aient acces a I' electricite ? QueUes
seront enfin les consequences des changements de I'atmosphere
terrestre, dont iI apparait qu'ils sont ineluctables au-del a des dis-
cours qui laissent croire Ie contraire ?
L'apres-petrole
La certitude de I' epuisement du petrole doit-elle conduire au
pessimisme ? Allons-nous devoir laisser nos voitures au garage,
161
CO 2 un my the planetaire
nos avions sur les aeroports et nos bateaux dans les ports
comme Ie craint la majorite de nos compatriotes ? selon I'insti-
tut de sondage Ipsos, pres de deux tiers des Franc;ais (65 %
contre 35 %) pensent que nODS allons bientot manquer de car-
burant pour nos voitures 1 .
lis auraient a coup sur raison si rien ne changeait jamais, tant les
produits petroliers jouent un role essentiel au sein de I' econo-
mie mondiale, et particulierement pour les transports qui en
sont I'un des fondements. Mais heureusement, les perspectives
ouvertes par Ie progres technique sont si vastes qu'iI n'en est
rien comme Ie montre I'inventaire des differents modes de
transport, en commenc;ant par I'automobile devenue en un
demi-siecle I'un des acteurs majeurs de la prosperite des eco-
nomies modernes par les gains de temps considerables qu'elle
permet et I'ouverture des marches qui en decoule.
L 'automobile
s'iI est une crainte que chacun ou presque a eprouvee un jour,
c' est de se trouver prive de voiture. La peur de manquer de car-
burant est I'une de celles qui preoccupent Ie plus les esprits en
ce debut de siecle. Que se passera-t-il quand les Chinois, les
Indiens, et plus generalement les habitants du reste de la pla-
nete voudront avoir chacun leur automobile, comme c'est Ie
cas dans les pays developpes OU Ie nombre de vehicules
depasse desormais largement celui des foyers?
1. Ipsos/FFAC, juiltet 2006.
162
Les trois peurs
Ceux qui se posent cette question s'imaginent souvent que
nous ne connaitrons jamais une telle situation car iI faudrait
('equivalent de trois ou quatre planetes pour satisfaire alors les
besoins de tous. Pourtant, les choses ne se passeront pas ainsi.
N' en doutons pas, les Chinois, les Indiens et les autres auront un
jour leur voiture comme c'est aujourd'hui Ie cas pour no us.
Ceux qui nous annoncent que nous irions alors « dans Ie mur»
n'oublient qu'une chose: ('existence et la rapidite du progres.
Celui-ci va nous permettre de disposer de voitures qui consom-
meront de moins en moins, puis qui utiliseront plus tard des
carburants ou des energies qui viendront se substituer au
petrole quand i I sera epuise.
De 10 iJ 5 litres oux 100 kilometres
La premiere etape est la plus facile a franchir et elle est deja
engagee. Au niveau mondial, la consommation moyenne des
voitures particulieres est aujourd'hui proche de 10 litres aux
100 kilometres alors que ceUes qui sont vendues aujourd'hui en
France n'en necessitent que la moitie. Ce sont les Americains et
a un moindre titre les Allemands qui sont les principaux coupa-
bles d'une consommation mondiale moyenne aussi elevee.
Les SUV, defi au bon sens
Jusqu'a une date tres recente, les Nord-Americains jetaient Ie
plus souvent leur devolu sur de veritables monstres, propulses
par des moteurs de 8, 10, ou 12 cylindres, et consommant entre
15 et 20 litres aux 100 kilometres et parfois plus encore. II s'agit
des « sUV » a quatre roues motrices (sport utitity vehicte), par-
fois necessaires en zone rurale, mais servant Ie plus souvent a
163
CO 2 un my the planetaire
transporter une ou deux personnes au sein de banlieues dispo-
sant d' excellents reseaux routiers. Autant dire qu' elles rendent
Ie meme service que n'importe quelle voiture vendue en
Europe, y compris celles de petite cylindree qui ne necessitent
aujourd'hui qu'aux alentours de 4 ou 5 litres aux 100 kilometres,
voire moins !
Mais les choses sont en train de changer outre-Atlantique a tres
vive allure depuis Ie grand traumatisme de 2008. L'achat de
vehicules aussi inutilement gourmands etait la consequence
d'un prix a la pompe reste longtemps tres faible du fait de
('absence de taxes specifiques telles que nous les connaissons
en Europe. Le carburant etant presque gratuit, la consommation
n' etait pas un critere de choix, ce qui explique que les achats se
portaient sur des vehicules qui auraient ete invendables sur Ie
Vieux Continent.
Les soubresauts du prix a la pompe aux Etats-Unis, consequence
des fluctuations brutales qu'a connues Ie cours international du
baril exprime en dollars, ont bouleverse la donne. Au debut de
2008, les sUV sont devenus invendables outre-Atlantique, qu'Hs
soient neufs ou d' occasion, alors que les ventes des vehicules
peu consommateurs se sont brutalement envolees au sein d'un
marche globalement tres morose. Meme si Ie baril a connu
depuis Ie pic du milieu de 2008, une chute encore plus brutale
que sa hausse et que nul ne puisse prevoir les fluctuations futu-
res, les esprits ont ete profondement traumatises et tout laisse
penser que rien ne sera plus comme avant. La Smart elle-meme,
vehicule a deux places, unique en son genre, n'a-t-eUe pas vu
164
Les trois peurs
ses ventes brusquement decoUer dans un pays auquel elle
n' eta it initialement pas destinee ?
En juillet 2008, Ie president de la societe Ford, jusqu'alors
championne des grosses cylindrees qui constituaient I' essentiel
de ses ventes et de ses benefices, annonc;ait qu'iI allait cesser la
production de ce type de vehicule dans trois de ses usines et
reconvertir celles-ci pour qu' elles fabriquent a l'avenir des voi-
tures de type europeen conc;ues par ses filiales du Vieux
Continent. A la fin de 2008, ('octroi d'une aide federale massive
aux trois constructeurs nationaux americains fut assorti de la
meme exigence.
L'hypocrisie allemande
Bien qu'a un moindre degre, l'AUemagne est ('autre responsable
de la forte consommation moyenne du pare automobile mon-
dial. L' economie allemande repose tres largement sur la prospe-
rite de son industrie automobile, beaucoup plus importante que
la notre. Or les constructeurs automobiles aUemands ont
jusqu'a present tenu en leur pouvoir leurs gouvernements suc-
cessifs, queUes que soient leurs orientations politiques, y com-
pris lorsqu'ils incluaient des ministres Verts.
C'est ainsi que l'AUemagne est Ie seul pays au monde a mainte-
nir des sections d'autoroute sans limitation de vitesse malgre
les taux d'accident tres eleves que ceUes-ci connaissent et qui
sont soigneusement caches a l'opinion afin de permettre a ses
constructeurs d' en faire un argument publicitaire. lis ont long-
temps produit en consequence des vehicules de plus en plus
165
CO 2 un my the planetaire
puissants et de plus en plus rapides dont ils se sont fait une
speciaUte et qu'Hs exportent dans Ie monde entier alors que la
vitesse est. limitee partout ai lleurs, ce qui y cree une situation a
('evidence incoherente. Veritable defi au bon sens, la moyenne des
vitesses maximales de la production de BMW, de Mercedes et
d'Audi n'etait-elle pas encore en 2008 de 235 kilometres a l'heure ?
Mais chaque fois qu'un gouvernement franc;ais a cherche a
convaincre son homologue allemand de s'aligner sur la pratique
que j'avais fait introduire en France et aHleurs, et qui veut que
la vitesse soit partout limitee pour d' evidentes raisons de secu-
rite et d' economie d' energie, ou qu'H a suggere d'imposer par
construction une vitesse maximale aux voitures comme c'est Ie
cas en Europe pour les camions, les visages se sont figes et Ie
message rec;u a ete toujours Ie meme et depourvu de la moin-
dre ambigu"ite : si la France met ce sujet sur la table, ce sera un
casus betti entre les deux pays.
C' est done ('opposition inflexible de l' Allemagne qui explique
qu'il ait ete impossible dans Ie passe d'aligner la production
europeenne d'automobiles sur celles qui consomment Ie moins,
et que se soit poursuivie jusqu'a une date recente une course
sans fin a la puissance qui se traduit de surcroit par des milUers
de drames et de morts inutiles sur les routes du monde entier.
A quoi cela rime-t-il de produire des vehicules qui sont optimi-
ses pour rouler a 200 ou 250 kHometres a l'heure, quand la
vitesse est limitee partout ailleurs dans Ie monde aux alentours
de 120 ou 130 kilometres a l'heure et que Ie petrole devient
rare? Cela n'a pas empeche nos voisins allemands d'affirmer
166
Les trois peurs
depuis des annees avec la plus grande hypocrisie com bien ils
etaient attaches a la protection de I' environnement ainsi qu'a la
cause de la securite routiere.
Mais les choses changent. Dans sa croisade contre les emissions
de CO 2 , I'Union europeenne est en train d'imposer aux construc-
teurs du continent des normes draconiennes qui font ('objet de
combats de retardement, mais dont chacun a compris qu' elles
s'imposeront bientat a tous. Les emissions moyennes des vehicu-
les mis sur Ie marche par chaque constructeur ne devront pas
depasser d'ici peu 120 ou 130 grammes de CO 2 par kilometre par-
couru, ce qui correspond a 4 ou 5 litres aux 100 kHometres.
Or, iI s' agit la d' un objectif tres contraignant lorsqu' on sait que les
emissions moyennes des voitures vendues en Europe se sont ele-
vees en 2006 a 164 grammes de CO 2 par kilometre. III' est tout par-
ticulierement pour les constructeurs aUemands, specialistes des
fortes cylindrees, dont la production emet en moyenne 180 gram-
mes contre moins de 150 pour les deux groupes franc;ais. Les
constructeurs aUemands se sont done battus - avec succes - pour
obtenir que les objectifs a atteindre tiennent compte du poids des
vehicules. Mais ne nous trompons pas. Meme si c' est avec retard,
I' Allemagne a desormais fait volte-face et d'ici peu de temps, tous
ses constructeurs produiront des vehicules beaucoup plus sobres.
En voulant lutter contre les emissions de CO 2 de la planete,
objectif illusoire, ('Europe aura neanmoins reussi quelque chose
d'utile : diminuer sa consommation de petrole et epargner ainsi
une denree rare.
167
CO 2 un my the planetaire
Bien sur, comme it faHait s'y attendre, l' Allemagne a formeHe-
ment ecarte l'idee de mettre en CEuvre chez elle Ie dispositif du
« bonus-malus» qui a fait en France preuve d'une indeniable
efficacite puisqu'iI a oriente les acheteurs de voitures neuves
vers les modeles economiques et les a largement detournes des
plus consommateurs d'entre eux. Au cours des quatre premiers
mois de 2008, la part des vehicules economes (moins de
130 grammes de rejet de CO 2 par kitometre) s'est accrue d'un
tiers dans l'Hexagone, alors que celie des moins sobres (plus de
160 grammes) a chute de 40 % par rapport a 2007 1 La France
est done desormais en ce domaine Ie bon eleve de la planete,
grace notamment a cette mesure, sans doute seul succes de la
politique ecologique nationale.
Une conclusion simple se degage de la comparaison des Etats-
Unis, de I'Aliemagne et de la France. A partir du moment ou un
pays, Ie natre en I' occurrence, montre qu'iI est possible de
satisfaire des aujourd'hui sans restriction les besoins de mobilite
individueHe avec des voitures qui ne necessitent que 5 litres aux
100 kilometres sinon moins, et ou la consommation moyenne
actueHe du pare mondial est proche du double, les gains
potentiels a breve echeance sont aussi considerables que faci-
les a evaluer. Avec la me me quantite de carburant, il sera pos-
sible de faire circuler d'ici peu sur les routes du globe deux fois
plus de voitures qu'aujourd'hui, c' est-a-dire deux milliards au
lieu d'un, ou d'en faire rouler autant en consommant deux fois
moins.
168
Les trois peurs
II n' est besoin la d' aucune revolution technique car les construc-
teurs d'automobiles ont fait au cours des annees recentes des
progres etonnants dont l'opinion n'est pas toujours consciente,
et leurs fruits commencent seulement a apparaitre sur Ie mar-
che. Des vehicules europeens familiaux de dimension moyenne
ont maintenant couramment des autonomies de plus de
1 000 kilometres, performance inimaginable iI y a peu.
Tout dependra done de la politique suivie par les differents pays
du globe. Avec la conjugaison de taxes sur les carburants qui sont
a la limite du supportable pour les foyers modestes, et du systeme
de « bonus-malus », la France a montre la voie aux autres.
Mais tous ne la suivent pas. Jusqu'a une date recente, la Chine,
l'lnde, l'lndonesie et bien d'autres nations asiatiques, non seule-
ment ne taxaient pas les carburants routiers, mais les subven-
tionnaient massivement, ayant juge avec raison que la voiture
et Ie camion avaient un role essentiel a remplir pour leur deve-
loppement economique. II est vrai que, dans l' ensemble, la
modicite du niveau de vie y a spontanement limite I'achat de
vehicules inutilement consommateurs.
Au niveau mondial, beaucoup dependra en definitive des Etats-
Unis qui utilisent a eux seuls un quart des carburants routiers de
la planete alors qu'ils representent moins de 5 % de sa popula-
tion. A defaut d'instaurer une taxation significative des produits
petroliers comme en Europe, on peut esperer que Ie president
Obama imposera aux constructeurs, com me ce fut Ie cas dans
Ie passe, de mettre sur Ie marche des vehicules offrant une
169
CO 2 un my the planetaire
consommation beaucoup plus faible qu'a I'heure actuelle. II est
d'ailleurs symptomatique que la premiere decision du nouveau
president, au lendemain meme de son election, ait ete d'annon-
cer qu'il aiderait I'industrie automobile americaine a se reconver-
tir massivement en ce sense
Lorsqu'on sait que la duree de renouvellement du pare n'excede
pas six a quinze ans selon les pays, on voit combien les marges
de reduction de la consommation moyenne des automobiles
sont considerables a court terme sur Ie plan mondial sans
meme qu'intervienne aucun bouleversement technique. Mais iI
sera possible de faire beaucoup mieux d'ici peu.
De 5 iJ 3 litres oux 100 kilometres
Compte tenu des progres recents en matiere de consommation, on
aurait pu penser qu'il ne serait pas possible d'aller plus loin. Mais iI
n' en est rie, comme Ie met en evidence un rapport officiel de
grande qualite, connu sous Ie nom de son coordinateur,Jean syrota.
Realise sous I' egide de l' ancien «Commissariat au Plan» devenu
Centre d'analyse strategique, et du Conseil general des mines, ce
document tres complet a pour titre « Perspectives concernant te
vehicute grand pubtic d'ici 2030 ». Elabore en liaison avec l'indus-
trie automobile, ce rapport montre que les vehicules thermiques
actuels a essence ou diesel peuvent encore reduire tres forte-
ment leur consommation moyennant une optimisation de leurs per-
formances.
Des progres tres importants sont en effet envisageables dans de
nombreux domaines, et tout d'abord celui des moteurs. En outre,
les voitures actuelles sont surpuissantes par rapport aux besoins et
170
Les trois peurs
ramener leur vitesse maximale aux alentours de 140 kilometres/
heure reduirait leur consommation d'ensemble de 15 % 1 Enfin de
nombreuses ameliorations peuvent etre apportees au vehicule lui-
mme : allegement, meilleure aerodynamique, pneumatiques, etc.
Le rapport syrota en deduit que:
« La propulsion par moteur thermique alimente par des carburants
liquides dans les conditions usuelles restera largement majoritaire
d'ici 2030, d' autant plus que leurs substituts ne presentent pas, a
performances comparables, d'avantages significatifs en termes de
cout, de bilan energetique et d'emission globale de gaz a effet de
serre, ni actuellement, ni a terme. Les vehicules actuels disposent
d'une marge de progres considerable, une reduction de consomma-
tion de moitie etant targement envisageabte. En particulier, des
vehicules thermiques de petite tail Ie, ayant une puissance faible
(c'est-a-dire des performances routieres comparables a celles des
vehicules electriques) et done de consommation tres reduite, peu-
vent prendre une part significative du marche. »
Alors que les vehicules mis a l'heure actuelle sur Ie marche en
France consomment en moyenne 5 litres aux cent kHometres, les
evolutions techniques permettront done que celle-ci soit abaissee
a 3 litres environ d'ici une ou deux decennies, sans bouleversement
majeur, mais simplement en engrangeant Ie fruit des recherches
menees par les milliers d'ingenieurs et de techniciens des construc-
teurs automobiles, et en adaptant Ie pare a la realite des besoins
comme ont commence a Ie faire les automobilistes en achetant
des voitures plus sobres et moins puissantes.
Mais Ie progres ne s' arretera pas la.
171
CO 2 un my the planetaire
De 3 a 1 litre aux 100 kilometres
La hausse brutale des cours du baril survenue entre 2006 et Ie
milieu de 2008, jointe a la certitude de voir les gisements
5' epuiser dans les decennies a venir, a donne une acceleration
foudroyante aux recherches de toute nature destinees a dimi-
nuer la consommation unitaire des voitures ou a les doter de
motorisations qui ne fassent pas appel aux produits petroliers.
Mais il ne s'agit pas la d'un long fleuve tranquHle.
Les piles a hydrogene : une solution d'avenir
destinee a Ie rester
On pourrait croire que les modes epargnent les secteurs indus-
triels, reputes etre Ie fief d' esprits supposes rationnels, mais ce
n' est aucunement Ie cas. II y a trois ou quatre decennies, iI existait
une quasi-unanimite pour affirmer que, si Ie moteur a explosion
devait un jour etre remplace par quelque chose de « propre »,
ce serait par une pile a combustible. Une pile a combustible
permet de faire reagir d'une maniere contr61ee I'hydrogene et
I'oxygene pour produire de l'electricite et de la vapeur d'eau. Et
ce devait etre alors I'avenement d'une nouvelle economie OU
I'hydrogene remplacerait les hydrocarbures fossi les.
Mais, a supposer que I' on puisse un jour stocker et transporter
un gaz aussi dangereux que I'hydrogene, I'engouement pour ce
dernier laissait entiere une question fondamentale qui n'a tou-
jours pas de reponse. D' ou viendrait celui-ci ? II n'y aurait guere
eu que deux solutions. II aurait fallu, soit extraire I'hydrogene
des hydrocarbures fossiles, ce qui n'aurait fait que deplacer Ie
probleme, soit I' obtenir par electrolyse de I' eau, operation lour-
172
Les trois peurs
dement consommatrice d'electricite, alors qu'on a vu que cette
derniere provenait aujourd'hui tres majoritairement de centra-
les fonctionnant au charbon et done emettrices massives de gaz
carbonique. Comprenne qui pourra.
Mais les modes passent. Trente ans plus tard, et meme si cer-
tains constructeurs font rouler des prototypes tres couteux,
plus personne ne soutient qu'il puisse s'agir la d'une solution
realiste avant de nombreuses decennies dans Ie meilleur des
cas, tant les obstacles physiques et economiques sont conside-
rabies.
La voiture electrique : reve ou rea lite ?
A la me me epoque, la motorisation electrique faisait deja
('objet d'un engouement comparable. Les constructeurs franc;ais
ont meme commence a produire en serie des voitures electri-
ques sur les memes chaines de montage que les vehicules a
essence ou diesel. Mais Ie marche n'a pas suivi pour des raisons
faciles a comprendre, qui ne tiennent pas aux moteurs eux-
memes, economiques, fiables et compacts, mais a la diffi-
culte de stocker l'electricite. A poids ega/, un kito de batterie
contient cinquante fois moins d'energie qu'un kito d'essence.
Apres deux decennies d'abandon, la hausse des cours du petrole
des annees recentes a remis a l' ordre du jour la voiture electrique
et donne Ie signal d'une nouvelle frenesie de recherches pour met-
tre au point des batteries plus performantes, disposant a poids egal
d'une meiUeure capacite energetique, et pouvant etre rechargees
en quelques minutes au lieu de quelques heures. La mise au point
173
CO 2 un my the planetaire
de batteries compactes, rapidement rechargeables et economiques
constitue ['un des defis majeurs auxquels est confrontee [,humanite
au XXl e siecle, que ['on a pu parfois comparer a celui qu' ont vaincu
les Americains lorsqu'ils ont conquis [' espace et debarque sur la
Lune au xx e siecle. Mais rien ne dit qu'iI sera gagne
Contrairement a ce qu'affirment souvent les ecologistes, ce
n'est pas la mauvaise volonte qui a empeche les scientifiques et
les industriels, qui cherchent depuis ['invention de la pile elec-
trique par Volta en 1800 a mettre au point des batteries perfor-
mantes, de connaitre Ie succes, mais ce sont les lois de la
physique qui s'y sont opposees jusqu'a present.
Tous les constructeurs du monde cherchent pourtant actuelle-
ment la meilleure solution. Les trois «grands» americains
(General Motors, Ford et Chrysler) ont recemment supplie Ie
gouvernement federal de leur accorder des credits massifs de
recherche pour mettre enfin au point des batteries performan-
tes, affirmant que c'etait vital pour l'economie americaine en
vue de reduire sa dependance petroliere.
Pour l'instant, ce sont les batteries « lithium-ion» qui focalisent
[' attention car elles permettent de stocker deux ou trois fois plus
d' electricite que les autres. Les batteries « lithium-ion» ne sont
d'ailleurs pas les seules possibles. Un laboratoire de General
Motors explore actuellement par ordinateur la structure des
30 000 composes mineraux decouverts par les chimistes au cours
des deux siecles passes, pour detecter et tester ceux qui pourraient
presenter des caracteres favorables a la creation de batteries ultra-
174
Les trois peurs
performantes, susceptibles d'etre rechargees en quelques minutes
ou me me quelques secondes, et d' emmagasiner sous un faible
volume de grandes quantites d' energie. Le programme correspon-
dant a ete baptise « genome des materiaux ».
A la fin de 2008, une societe chinoise, BYD, a annonce avoir mis
au point une batterie « lithium-phosphate» qui pourrait procu-
rer une autonomie de 400 kilometres et etre rechargee en
3 heures. Ce serait une revolution, mais la plupart des specialis-
tes sont sceptiques.
Ces batteries de l'avenir n'auront evidemment jamais la me me
capacite de concentrer l' energie que les carburants liquides et
nul ne peut garantir Ie succes des recherches entreprises. Mais
iI est possible d' envisager que celles qui sont proches du mar-
che, telles les « lithium-ion », soient utilisees pour deux catego-
ries bien distinctes de vehicules, les uns purement electriques,
et les autres « hybrides rechargeables », que l' on pourrait quali-
fier de « semi-electriques ».
Les vehicules « tout electriques »
Les voitures purement electriques constituent la premiere voie
de recherche, et plusieurs constructeurs mondiaux, au premier
rang desquels Renault, ont annonce qu'ils avaient l'intention de
mettre massivement sur Ie marche de tels vehicules d'ici a deux
ou trois ans avec en vue deux marches distincts.
175
CO 2 un my the planetaire
Les petits pays
Dans les pays aux dimensions reduites, les parcours de longue
distance sont par nature peu nombreux sinon physiquement
impossibles. C' est Ie cas par exemple d'israel, de l'lriande et plus
generalement de ceux qui sont insulaires, ainsi qu'a un moindre
titre du Portugal ou d'autres. Dans ces pays, des autonomies
reduites suffisent Ie plus souvent, et it est plus aise qu'ailleurs
d'y envisager l'implantation d'un reseau dense de bornes de
rechargement ou d' echange des batteries.
C'est ainsi qu'un accord a ete conclu entre Renault et une firme
israelienne pour la commercialisation future de vehicules « tout
electriques » dans ce pays aux dimensions restreintes, et l' equi-
pement de celui-ci d'un reseau de bornes OU chacun pourrait
echanger une batterie vide contre une autre qui soit rechargee.
Mais, face a la concurrence des voitures traditionnelles a essence
ou diesel, une telle solution sera-t-elle viable tant que Ie petrole
n'atteindra pas durablement des niveaux prohibitifs ? On peut pour
Ie moins en douter quand on sait que les batteries qu'H faudrait
« echanger » peseront sans doute de I' ordre de 200 kilos.
Les vehicu/es urbains
II existe dans tous les pays des vehicules qui n' ont pas vocation a
parcourir de grandes distances parce que leur usage se passe exclu-
sivement au sein d'une zone urbaine OU les parcours se comptent
en dizaines et non en centaines de kilometres, et OU Ie recharge-
ment des batteries peut se faire chaque nuit. II peut s'agir, non seu-
176
Les trois peurs
lement de vehicules de livraison, mais aussi de voitures
particulieres lorsque leur proprietaire possede par ail leurs un vehi-
cule classique apte a parcourir de longues distances.
Certes, c' est la ce qu' on appelle un marche « de niche », mais
celui-ci interesse beaucoup de constructeurs qui y voient une
occasion de defricher des techniques nouvelles.
II ne faut toutefois pas se leurrer. Le maximum de ce que l' on
peut esperer aujourd'hui, c'est une autonomie de l'ordre d'une
centaine de kilometres, avec de surcroit des performances
mod estes, et si Ie relief ne presente aucune difficulte notable.
Encore Ie coOt des batteries necessaires pour ces performances
restreintes est-il considerable en l' etat actuel des choses, au
point de doubler Ie prix du vehicule. Beaucoup s'illusionnent
done sur la probabilite d'un marche significatif. Mais, iI faut Ie
repeter, dans ce domaine comme dans les autres, la rationalite
n'est pas toujours de mise et les emballements des dirigeants
sont plus frequents qu'on serait tente de Ie croire.
On comprend done Ie rapport syrota 10rsqu'iI declare que « Ie
vehicule electrique, qui a l'avantage de ne pas emettre directe-
ment de gaz polluants (mais qui peut en emettre indirectement
beaucoup plus qu'un vehicule thermique si l'electricite est pro-
duite dans une centrale thermique classique), souffre de trop de
handicaps pour pouvoir se substituer massivement au vehicule
a essence ou diesel ».
Mais cette affirmation de bon sens n'a sans doute pas plu a tout
Ie monde, en particulier aux ecologistes qui veulent a tout prix
177
CO 2 un my the planetai re
faire croire que Ie vehicule electrique est «I'avenir », ainsi
qu'aux industriels qui ont mise a tort sur lui. Sinon, comment
expliquer que Ie rapport syrota n'ait toujours pas rec;u au debut
de 2009 I'autorisation officielle d'etre diffuse, alors qu'il est
partout dans la presse, et que chacun peut d'ailleurs Ie consul-
ter par exemple sur Ie site Internet de I'hebdomadaire Le
Point? Le moins que ['on puisse dire, c'est que ceux qui s'oppo-
sent a la publication d'un rapport technique elabore par des
instances officielles parce que son contenu leur deplait ont une
singuliere conception de la transparence.
Les hybrides rechargeables, au « semi-electriques "
C' est pourquoi I'utilisation de [' electricite pour la propulsion
des automobiles prendra sans doute d'abord une autre voie.
Chacun a entendu parler des voitures hybrides, mais il regne
beaucoup de confusion a leur sujet. Les « hybrides » sont des
vehicules qui ont deux motorisations, I'une classique a essence,
['autre electrique. Mais, contrairement a une opinion repandue,
les hybrides actuels ne peuvent pas rouler avec leur seul
moteur electrique. Compte tenu des batteries dont ils sont
aujourd'hui dotes, leur autonomie en mode « tout electrique »
n'est que d'un ou deux kitometres tout au plus, et leur batterie
doit etre rechargee sans cesse par Ie moteur a essence qui
tourne en permanence. L'interet de la formule n' est done pas ce
que ['on croit Ie plus souvent. II tient seulement au fait que Ie
fonctionnement du moteur a essence est optimise. En cas
d' acceleration brutale, i I continue a tourner au me me rythme, Ie
moteur electrique prenant temporairement Ie relais pour pro-
178
Les trois peurs
pulser Ie vehicule. La consommation moyenne s' en trouve done
reduite quelque peu, notamment en milieu urbain, mais Ie gain
est en definitive modeste.
Tout change avec les «hybrides rechargeables» qui apparai-
tront prochainement sur Ie marche. A partir du moment ou les
voitures hybrides comportent a cote du moteur classique a
explosion un moteur electrique ou meme plusieurs, rien
n'empeche d'imaginer qu'elles puissent etre dotees de batteries
plus performantes qu'a l'heure actuelle et qu'iI soit possible de
recharger a partir de simples prises electriques, par exemple la
nuit, en vue de leur procurer une autonomie de quetques dizai-
nes de kilometres en fonctionnant uniquement a l' electricite.
Or la plupart des voitures ne circulent pas plus chaque jour. Les
parcours quotidiens pourront de la sorte etre effectues sans
consommer de carburant liquide, celui-ci etant reserve aux
seuls trajets longs, et la consommation moyenne annuelle
s'abaissera alors a 2 litres aux 100 kilometres ou moins.
II ne faut done pas s'etonner que Ie rapport syrota affirme que
« Ie vehicule hybride rechargeable, qui cumule les avantages du
thermique et de l' electricite sans en avoir les inconvenients les
plus importants, a to utes les chances d'etre Ie vehicule d'avenir ».
Les premiers prototypes de ces vehicules hybrides rechar-
geables (dits « ptug-in » en anglais) roulent aux Etats-Unis et
en Europe. General Motors a annonce qu'elle mettrait sur Ie
marche un tel vehicule en 2010. Baptise «Volt », celui-ci
pourra parcourir 40 miles par gallon en usage moyen, ce qui
correspond a moins de 2 litres aux 100 kilometres, perfor-
179
CO 2 un my the planetaire
mance etonnante quand on sait que Ie vehicule americain
moyen en necessite aujourd'hui plus de 10. Toyota, pionnier
des vehicules hybrides de premiere generation, entend sans
doute etre egalement present sur Ie marche des « ptug-in »,
comme la plupart des constructeurs mondiaux.
L'arrivee sur Ie marche de ces vehicules « semi-electriques » ne
fait done pas de doute. En revanche, Ie calendrier de leur mise
en CEuvre a grande echelle reste une interrogation depuis la
chute du prix des hydrocarbures en 2008, et la part de marche
qu'ils occuperont au cours des annees a venir dependra directe-
ment des fluctuations du cours du bari l, ('important surcout
qu'ils impliquent n' etant justifie que si Ie petrole reste durable-
ment cher, ce qui risque de ne pas se produire avant un bon
nombre d'annees.
Le jour sans doute lointain ou Ie recours a l' electricite aura
pris son essor, encore faudra-t-il que la production de cou-
rant suive, ce qui conduira a revoir alors a la hausse les pro-
grammes de construction de centrales electriques nouvelles.
Quoi qu'il en soit, une conclusion s'impose, qui bouleverse la
vision que nous pouvons avoir de l'avenir de l'automobile. A
long terme, celles-ci ne consommeront guere plus d'un litre
aux cent kilometres contre pres de dix en moyenne mon-
diale a I'heure actuelle, ce qui veut dire que tous les habi-
tants de I' ensemble du globe pourront y avoir acces,
contrairement aux previsions de ceux qui nous affirment
qu'il faudrait plusieurs planetes pour faire face a la demande,
en oubliant I' existence du progres technique.
180
Les trois peurs
Camions, bateaux et avions
Alors que I'on peut s'attendre a de veritables revolutions techni-
ques pour la motorisation des automobiles particulieres, rien de
semblable ne se profile aujourd'hui pour les camions, les bateau x,
et les avions. Certes, Ie progres va se poursuivre et les reductions
des consommations unitaires vont continuer. Des taux de I'ordre
de 20 % sont generalement annonces pour chacun de ces modes
de transport, a echeance d'une ou deux decennies. Mais la progres-
sion des echanges, notamment internationaux, est en moyenne
beaucoup plus rapide. N'avoisine-t-elle pas souvent 5 % par an
pour Ie transport aerien ?
Peut-etre verra-t-on se developper pour les petits parcours des
avions a helice, moins consommateurs que les reacteurs? Peut-
etre verra-t-on circuler sur nos routes des camions plus lourds sans
etre plus dangereux, comme c' est Ie cas aux Etats-Unis ? Peut-etre
verra-t-on apparaitre des navires de commerce a propulsion
nucleaire ? Mais tout cela ne changera guere les ordres de grandeur
des besoins. Quels que soient les efforts des ingenieurs, il faut
s'attendre a une demande accrue et incompressible de carburants
necessaires pour repondre a la demande des transports aeriens,
maritimes, ou d'acheminement terrestre des marchandises, ce qui
conduit a s'interroger sur les moyens de faire face aux besoins lors-
que Ie petrole sera epuise.
Les carburants de synthese
Au-dela du petrole conventionnel ou issu de sources telles que
les schistes ou les sables bitumineux, differentes matieres pre-
181
CO 2 un my the planetaire
mieres peuvent etre utilisees pour fabriquer des carburants
liquides de synthese.
II en est ainsi du charbon et du gaz naturel, celui-ci pouvant etre
egalement utilise sous forme gazeuse comprimee. La voie actueHe-
ment privilegiee pour obtenir des carburants liquides est ceHe de la
synthese Fischer- Tropsch, du nom des chimistes aHemands qui ont
ete les premiers a obtenir une telle production a partir du charbon.
C'est cette methode qu'ont utilisee a grande echelle les AHemands
pendant Ie second conflit mondial pour fournir du carburant aux
chars et aux avions des armees hitleriennes. Plus recemment,
l'Afrique du sud, objet d'un embargo mondial a l'epoque de l'apar-
theid, a eu recours a la meme technique pour fabriquer les carbu-
rants liquides qui lui etaient necessaires, d' abord a partir du
charbon, puis en utilisant du gaz naturel, de telle sorte que ce pays
est aujourd'hui Ie premier producteur mondial de carburant de
synthese, avec 10 millions de tonnes par an 1 .
A terme, si Ie prix du petrole redevient durablement eleve, la
production de carburants de synthese a partir de charbon
(filiere CTL, pour Coat To Liquids) va se developper, et la Chine
s' est des a present fortement engagee dans cette voie. La plus
grande compagnie miniere du pays, shenhua, a prevu de fabri-
quer 30 millions de tonnes de carburants de synthese par an a
partir du charbon d'ici a 2020. D'autres projets sont en cours
d' examen et, si tous se realisent, la Chine produira d'ici a
quinze ans plus de 70 millions de tonnes de carburants liquides
chaque an nee a partir de 210 millions de tonnes de charbon.
1. Alexandre Rojey, Energie et Climat, Reussir la transition energetique, Editions
Techniques.
182
Les trois peurs
D'autres acteurs ont developpe des technologies differentes et Ie
debut des annees 2000 a marque un tournant important avec
l'annonce de grands projets au Qatar, destines a fabriquer du
petrole de synthese a partir du gisement de gaz naturel du
North Dome qui est Ie plus grand du monde (filiere dite GTL,
pour Gas To Liquids). Le projet a ete engage avec la partici-
pation de Qatar Petroleum, du sud-africain Sasol et de l'ame-
ricain Chevron. Une premiere unite de 34 000 barils par jour
(soit environ 1,7 million de tonnes par an), a vu Ie jour en
2006. D'autres projets, en cours d'examen, representent pour
Ie seul Qatar une capacite de I'ordre de 40 millions de ton-
nes par an.
Mais, au total, H ne faut toutefois pas surestimer les possibHites de
fabrication de carburants de synthese a partir des autres hydrocar-
bures. CeUes-ci sont certes reeUes, mais, confrontees a l' extinction
progressive des reserves de gaz naturel et meme de charbon, eUes
ne pourront faire durablement face a eUes seules aux besoins de
l'humanite pour assurer ses transports lorsque Ie petrole classique
viendra a epuisement. En outre, la chute brutale des cours du
petrole survenue en 2008 freinera sans doute bien des projets.
Les biocarburants
Comme les carburants de synthese, les biocarburants, c'est-a-dire
ceux qui sont extra its de vegetaux, presentent l'avantage conside-
rable de .ressembler au petrole et de ne pas necessiter de transfor-
mation significative de la chaine d'approvisionnement ni de
bouleversement des moteurs qui les utilisent. Mais, pour qu'Hs
183
CO 2 un my the planetaire
puissent jouer un role majeur, encore faut-il qu'ils soient produits
en grandes quantites, ce qui amene a distinguer la situation
actuelle d'une part, et les perspectives plus lointaines de ['autre.
La situation actuelle: la charrue avant les bCEUfs
Sous la pression des ecologistes, Ie monde s' est engage dans
une impasse. Les techniques actuettes de production de biocar-
burants routiers dans les pays temperes presentent en effet
plusieurs inconvenients majeurs, qu'il s'agisse de I'alcool baptise
ethanol, obtenu a partir du sucre contenu dans les betteraves
ou les cereales, ou d'un « ester» baptise EMHV obtenu notam-
ment a partir d'huile de colza ou de tournesol, qui peut etre
incorpore au carburant diesel jusqu'a un taux de 5 % sans neces-
siter d'adaptation du moteur. La production mondiale d'etha-
not produit voisin de I' essence mais d'une puissance
energetique sensiblement plus faible, a atteint 45 millions de
tonnes en 2007, principalement au Bresil et aux Etats-Unis, et
ceUe d'EMHV 4 millions de tonnes, essentieUement en Europe.
Les quantites en cause sont done marginales par rapport aux
4 milliards de tonnes de la production petroliere mondiale.
Dans un pays com me Ie notre, les inconvenients de la produc-
tion des biocarburants actuels sont majeurs. Leur rendement est
tout d'abord tres faible et ne depasse pas au mieux une tonne
d'« equivalent petrole » a l'hectare, contre quatre par exemple
au Bresil pour la canne a sucre. Les surfaces necessaires pour
obtenir des quantites significatives de carburant sont alors pro-
hibitives. Pour atteindre avec tes techniques actuettement dispo-
nibtes un niveau de production representant 10 % de ta
184
Les trois peurs
consommation des seuts carburants routiers, it faudrait, en
Europe comme aux Etats-Unis, exptoiter une surface equivotant
a 30 a 40 % de ta superficie agricote !
Le conflit avec les besoins alimentaires est done dramatique-
ment patent comme en temoigne un recent constat de la FAO :
Ie nombre d'etres humains souffrant de malnutrition est bruta-
lement passe de 850 a 925 millions entre 2006 et 2007, conse-
quence directe de la hausse du prix des produits agricoles
engendree en bonne partie par ('affectation de terres agricoles
a la production de biocarburants. Le phenomene a ete particu-
lierement marquant aux Etats-Unis, Ie gouvernement americain
ayant decide de subventionner massivement la production de
bioethanol a base de ma'is, operation d'autant plus critiquable
que son rendement est desastreux. Certaines etudes ont meme
montre que te resuttat etait negatif sur te ptan energetique, to
quantite de petrote necessaire pour tabourer, ptanter tes semen-
ces, fabriquer tes engrais, recotter et traiter te maTs etant du
meme ordre de grandeur sur te ptan energetique que t'ethanot
produit !
Le tres faible rendement des biocarburants de premiere
generation dans les pays temperes n'a pas empeche l'Union
europeenne de se fixer en 2006 un niveau d'incorporation de
biocarburants dans les carburants routiers de 5,7 % pour
2010 et de 10 % pour 2020. Fixes com me tous les autres
objectifs ecologiques de l'Union europeenne sans la moindre
etude economique ou de faisabilite, ces taux d'incorporation
n'ont aucune chance d'etre atteints et doivent d'autant plus
185
CO 2 un my the planetaire
etre remis en cause que chacun est maintenant conscient
des consequences dramatiques qu' engendre la concurrence
entre production alimentaire et production energetique.
Com me c'est Ie cas pour beaucoup d'autres, la principale
consequence de ces decisions europeennes est en definitive
d' ordre financier. Ayant tente sans reflechir de suivre les
injonctions rec;ues de BruxeUes, notre pays a ainsi decide de
subventionner massivement la production de bioethanol sur
notre territoire, et Ie cout correspondant a excede un mil-
liard d' euros par an pour Ie budget, s'ajoutant a la longue
litanie des depenses inutHes consenties dans Ie but iUusoire
de «sauver la planete ». Ce n' est que tardivement que
BruxeUes com me Paris ont revise leurs positions a la fin de
2008, reconnaissant ainsi les erreurs commises.
La seconde generation
Les vegetaux dont sont issus les biocarburants actuels n' ont pas
ete selectionnes par nos ancetres pour propulser des vehicules.
lis l' ont ete a des fins alimentaires, qu'il s'agisse des cereales, du
tournesol, du colza ou des betteraves, et ne sont done nulle-
ment optimises pour produire des carburants, ce qui explique
les faibles rendements de la plupart d' entre eux lorsqu' on les
utilise a cette fin.
II en irait tout autrement avec des vegetaux selectionnes en
vertu de leur capacite a la production massive de substituts au
petrole, et c' est pourquoi beaucoup de recherches sont
aujourd'hui en cours pour mettre au point ou meme creer des
186
Les trois peurs
plantes susceptibles de produire en grande quantite des biocar-
burants dits de « seconde generation ».
Les firmes qui ont investi dans ce domaine se comptent par
dizaines sinon par centaines, et sont reparties sur tous les
continents. Tant que les cours du petrole etaient stabilises a
quelques dizaines de dollars par baril, Ie jeu n' en valait pas la
chandelle. Mais tout change des lors qu'ils approchent ou, a
fortiori, excedent 100 dollars, et Ie premier qui trouvera des
vegetaux et des processus de traitement permettant de pro-
duire des biocarburants en grande quantite a un prix inferieur a
une centaine de dollars par baril est assure de faire fortune,
sinon immediatement, du moins a moyen terme.
s'agissant des produits de base, trois pistes de recherche sont
actuellement explorees : les herbes, les arbres et les algues. Les
deux premieres families de vegetaux fourniraient de ['ethanol
convenant aux moteurs a essence, et les dernieres de I'huile
convenant aux moteurs dieseL
Quatre plantes herbacees font aujourd'hui I'objet du plus grand
nombre de recherches: Ie sorgho, la canne a sucre, Ie swit-
chgrass, grande herbe des prairies americaines, et Ie miscanthus
dit « herbe a elephant ». Quant aux arbres, ce sont ('eucalyptus,
Ie peuplier et les pins «radiata» et « taeda» (tobtotly) a la
croissance exceptionnellement rapide qui portent les espoirs.
s'agissant des procedes techniques susceptibles d' extraire Ie
biocarburant de la plante sans que cela necessite des depenses
187
CO 2 un my the planetaire
et une consommation d'energie qui annuleraient les benefices
de l' operation, plusieurs voies sont explorees. Certaines rele-
vent de la thermochimie et consistent a transformer sous
l'influence de la chaleur la biomasse, c' est-a-dire I' ensemble du
vegetal, en gaz ou en Uquide. D'autres font appel a la biochimie,
c'est-a-dire a des enzymes, avec pour objectif Ie fractionne-
ment de l' ensemble des composants de la plante en glucose.
Personne ne peut dire aujourd'hui si ces recherches aboutiront
ni quando Mais avec les cours qu'a connus Ie petrole au debut
de 2008, it n'y a aucune raison de ne pas etre optimiste puisque
certains biocarburants sont deja rentables ou proches de I' etre
avec les faibles productivites actuelles. Le prix de revient par
titre n'excede pas des aujourd'hui 20 a 40 centimes d'euros
pour I' ethanol a base de canne a sucre, et 50 a 70 pour Ie bio-
diesel issu d'huiles vegetales.
L'interet de la mise au point de plantes et de procedes a
haut rendement serait double: prendre Ie relais des petroles
conventionnels, mais aussi ne pas concurrencer les produc-
tions agricoles a usage alimentaire. Une etude du ministere
americain de I'Energie et de l' Agriculture 1 a ainsi mis en evi-
dence qu'it devrait etre possibte de produire aux Etats-Unis
1,3 mittiord de tonnes de vegetaux a vocation energetique
sans affecter to production atimentaire, et de fabriquer ators
350 mittiords de titres de biocarburants, permettant de cou-
vrir 65 % de to consommation actuette de produits petro-
1. The Economist, 21 juin 2008,
188
Les trois peurs
tiers... et meme 100 % si tes Americains voutaient bien acheter
des voitures ptus sobres.
Meme si ce n' est pas pour demain, on ne voit pas pourquoi les
perspectives lointaines devraient etre tres differentes pour la
France en cas de succes des recherches. Avec les biocarburants,
nous n'en sommes qu'au tout debut d'une page nouvelle de
l'histoire energetique du globe pour laquelle iI est raisonnable
d' etre optimiste. Meme si c' est sans enthousiasme, les automo-
bilistes europeens acceptent bien quand c'est Ie cas de payer
leur carburant 1,50 euro Ie litre a la pompe, ce qui correspond a
300 dollars Ie baril de petrole. Or iI ne fait guere de doute, avec
de tels niveaux de prix, que les chercheurs mettront un jour au
point des biocarburants de seconde generation rentables.
si les biocarburants de seconde generation pouvaient offrir des
rendements de 5 tonnes d'« equivalent petrole » a I'hectare, ce
qui est I'objet des recherches en cours, 5 millions d'hectares, soit
moins de 10 % du territoire de l'Hexagone, suffiraient a repondre
aux besoins nationaux futurs. Certes, cela represente encore des
superficies considerables, mais n'est plus completement impen-
sable, surtout si I' operation peut s' envisager sur des terres qui ne
sont pas aujourd'hui affectees a des cultures alimentaires.
Le futur est deja la
Mais peut-etre cherchons-nous tout simptement au mauvais
endroit et ta sotution est-ette deja entre nos mains. Les potenti-
atites des biocarburants n'ont en effet rien a voir seton qu'its
proviennent des tropiques ou des pays temperes. La canne a
189
CO 2 un my the planetaire
sucre assure des aujourd'hui des rendements de quatre tonnes
d'« equivalent petrole» a I'hectare, contre peniblement une
tonne pour la betterave. 5' agissant d'huiles, la difference est
plus forte encore. Les palmiers a huile permettent des produc-
tions qui approchent parfois sept tonnes a I'hectare, soit dix
fois plus que Ie colza de nos pays. Le Sahel commence pour sa
part a cultiver a grande echelle une plante qui repond au nom
de jatropha et qui peut produire deux tonnes a I'hectare sur des
sols arides et impropres a toute autre culture. En resume, et
comme il fallait s'y attendre, les rendements n'ont rien de com-
parable si l' on considere les pays inondes de soleil et les natres.
C'est pourquoi, face a I'inevitable epuisement du petrole, la
solution de remplacement existe peut-etre deja, la canne a
sucre et l'huile de palme en constituant les elements majeurs.
Le Bresil produit deja a partir de la canne a sucre 25 millions de
tonnes d' ethanol, soit l' equivalent de 19 millions de tonnes de
petrole, et il Ie fait sur 7 millions d'hectares, c' est-a-dire
70 000 kilometres carres. Or, sans meme toucher a la foret
amazonienne, Ie Bresil dispose de pres de 100 millions d'hecta-
res de terres non exploitees auxquelles s'ajoutent 60 autres mil-
lions d'hectares aujourd'hui utilises comme paturages extensifs.
Avec un rendement de 4 tonnes d'« equivalent petrole» a
l'hectare, susceptible d' etre ameliore par les recherches geneti-
ques dont Ie Bresil s' est fait une specialite, il est facile de voir
que la production du pays pourrait en cas de besoin atteindre
ou exceder celie de l' Arabie Saoudite qui est de I' ordre de
500 millions de tonnes de petrole par an.
190
Les trois peurs
A I'autre bout du monde, c'est l'huile de palme qUI regne.
L'lndonesie et la Malaisie sont en train de transformer leurs
forets equatoriales en gigantesques plantations de palmiers a
huile. Leur superficie atteint deja 4,3 millions d'hectares en
Malaisie et il est question de porter ceUe-ci a 8 millions d'hec-
tares, soit 80 000 kilometres carres, ce qui representait alors
pres du quart d'un territoire national dont la surface avoisine
350 000 kilometres carres. Si ce pays a adopte cette politique,
c' est qu' eUe est financierement rentable des que Ie cours du
baril s' envole. Lorsque ces plantations produiront a plein rende-
ment, eUes ne fourniront pas loin de 40 millions de tonnes
d'huile de palme, produit susceptible d' alimenter apres trans-
formation les moteurs dieseL Clin d' CEil de l'histoire, Rudolf
Diesel avait d'ailleurs fait tourner en 1890 les premiers moteurs
qui portent son nom avec des huiles vegetales et declare des
1912, de maniere premonitoire : « L'utilisation des huiles d' ori-
gine vegetale pour les moteurs peut sembler negligeable
aujourd'hui. Mais ces carburants pourraient etre a l'avenir aussi
importants que Ie sont aujourd'hui Ie petrole et Ie charbon. »
Si /'on se ptace maintenant au niveau de ta ptanete, te rempta-
cement du petrote n'apparait done ptus comme une tache
insurmontabte. Les terres emergees comptent 135 miUions de
kilometres carres, et si 10 % de ceUes-ci pouvaient etre consa-
crees a la production de carburant avec un rendement moyen
de 5 tonnes d'« equivalent petrole » a I'hectare, un calcul sim-
ple montre que la production annueUe mondiale excederait
6 milliards de tonnes par an, soit moitie plus que celie du
petrole « naturel » actueL A titre anecdotique, on peut obser-
191
CO 2 un my the planetai re
ver que notre Guyane, avec ses 90 000 kilometres carres, pour-
rait no us assurer I'autosuffisance en carburant.
Nul ne peut dire si ['affectation des terres tropicales ou equato-
riales aujourd'hui inexploitees apportera la solution quand Ie
petrole sera epuise. Peut-etre n' est-ce pas souhaitable. Peut-
etre nos successeurs auront-ils trouve autre chose. Mais iI est
rassurant de savoir qu'il existe a tout Ie moins une solution a
notre portee. Ce n'est pas par hasard que Ie milliardaire George
Soros a decide d'investir un milliard de dollars dans la fabrica-
tion d' ethanol de canne a sucre au Bresil, et si la plus grande
usine de biodiesel au monde est en construction a singapour
pour transformer en carburant l'huHe de palme produite en Malai-
sie et en Indonesie, meme s'il est vrai que la chute du cours du
petrole en reportera a plus long terme la rentabilite.
L' electricite pour taus
Pour un quart de I'humanite, soit 1,6 milliard d' etres humains, ta
preoccupation premiere n'est pas de savoir s'H y aura assez de car-
burant pour des vehicules qu'Hs n'ont pas, mais simplement quand
ils pourront avoir acces a l' electricite. D'autres, plus nombreux
encore, n' ont aujourd'hui a leur disposition que des puissances
electriques tres limitees, sinon aleatoires. Pour nous, habitants des
pays developpes, les bienfaits de l' electricite font partie des
acquis qui vont de soi comme I'eau que I'on boit ou ('air qu'on res-
pire. Nous avons oublie l' extraordinaire revolution qu' ont consti-
tue Ie fait de pouvoir s' eclairer en pleine nuit, la possibilite de
192
Les trois peurs
faire cuire ses aliments ou de fa ire fonctionner les multiples appa-
reils qui simplifient les taches quotidiennes et, plus recemment,
celie de communiquer avec Ie monde entier grace aux progres de
I'informatique, sans omettre enfin Ie bouleversement de la vie
apporte dans les pays tropicaux par I'air conditionne.
Comme chacun Ie sait, une electricite abondante est de surcroit
indispensable a toute activite industrielle. Lenine ne deciarait-il
pas que « Ie communisme, c' est les Soviets plus I' electricite » ?
Sans electricite, Ie developpement economique est impossible
et la qualite de vie d'une extreme mediocrite quand la sante
elle-meme ne se trouve pas mise en danger. selon la Banque mon-
diale, 500 000 Indiens, Ie plus souvent des femmes et des
enfants, meurent chaque an nee de cancers parce qu'ils respirent
en permanence dans leur piece unique les emanations de foyers
alimentes en bois ou en charbon qui leur servent a la fois a se
chauffer et a faire cuire les aliments. On comprend done que
les pays en voie de developpement placent en tete de leurs
priorites, avant toute autre chose, la production d' electricite en
grande quantite et sa diffusion sur I' ensemble de leur territoire.
C'est ce qu'a compris et mis en CEuvre la Chine au cours des
annees recentes quand elle s' est engagee dans un gigantesque
programme d'equipement sans lequel son developpement recent
n'aurait pu avoir lieu. Les chiffres donnent en effet Ie vertige. La
Republique populaire a adopte un plan visant a mettre en service
chaque semaine pendant vingt ans une centrate au charbon de
1 000 megawatts, c'est-a-dire d'une puissance digne d'une
tranche nucleaire afin que, chaque annee, elle puisse disposer
193
CO 2 un my the planetaire
d'un supplement de 52 000 megawatts, equivalant a 40 tranches
nucleaires de 1 300 megawatts. En rea lite, elle a fait plus
encore puisque la puissance supplementaire creee a ete de
50 000 megawatts en 2004, 70 000 en 2005, et 102 000 en 2006,
soit plus au cours de cette seule an nee que la totaUte de la puis-
sance installee depuis plus d'un siecle dans notre pays qui dispose
pourtant d'un pare de centrales qui fait reference en Europe 1
Dans ces conditions, il ne faut pas s'etonner que la consomma-
tion de charbon chinoise ait double de 2000 a 2006 et repre-
sente desormais 40 % de celle de la planete. II ne faut pas
s'etonner non plus que Ie resultat ait ete a la hauteur des
efforts et que r electrification de la Chine ait pu etre qualifiee
par I' Agence internationale de I' energie de « success story» sans
equivalent a ce jour ni probablement jamais 1 . En 1990, la majo-
rite des Chinois vivait encore sans electricite. En 2005, Ie taux
de raccordement atteignait 99 %, meme s'iI est vrai que la puis-
sance disponible etait parfois encore modeste. A titre de com-
paraison, ce taux n'est que de 62 % en Inde ou la population
non encore desservie excede 400 millions d'habitants. II faut
dire que la coherence de la politique de developpement de la
Chine decoule du fait que tous ses cadres dirigeants sont des
ingenieurs, a commencer par Ie president de la Republique et Ie
Premier ministre.
L'une des caracteristiques remarquables de ce qui constitue,
avec la construction de son reseau autoroutier, I'une des deux
1. World Energy Outlook 2007.
194
Les trois peurs
bases de I' expansion chinoise recente tient au fait que ce gigan-
tesque effort a ete accompli pour I' essentiel sans recours a
I' etranger. Centrales, turbines, reseaux a haute et basse tensions,
appareHs electriques, moteurs divers, ampoules eUes-memes,
tout ou presque a ete fabrique en Chine.
Cet effort sans precedent repose presque exclusivement sur Ie
charbon puisque les centrales qui y ont recours fournissent plus
de 85 % de I' electricite chinoise, avec les consequences que
I' on connait sur les rejets mondiaux de gaz a effet de serre. Plus
de la moitie de I'accroissement des emissions planetaires de
CO 2 enregistre au cours de la decennie ecoulee est imputable
aux seules centrales electriques chi noises a charbon 1
Une question vient alors a ['esprit. Pourquoi ta Chine, t'lnde,
t'lndonesie, te Vietnam, te Bresit et tes autres ont-its tous
recours a une energie si pottuante pour produire teur cou-
rant? La reponse est simpte: its n'ont aujourd'hui pas te
choix. Certes, les barrages peuvent produire de (' electricite
sans provoquer aucun rejet dans I'atmosphere. Mais les sites
potentiels sont limites. Le fameux ouvrage chinois des
Trois Gorges lui-meme, pourtant Ie plus puissant au monde a
ce jour, ne fournit que quelques pour cent de (' electricite
dont Ie pays a besoin.
A puissance egale, Ie nucleaire necessite pour sa part des inves-
tissements doubles au moins de ceux que requierent les centra-
les a charbon, et triples de ceux des turbines de gaz. De
surcroit, les delais de construction sont deux fois plus longs, et
195
CO 2 un my the planetaire
apres trois decennies d'interruption, la nouvelle generation des
centrales nucleaires commence seulement a voir Ie jour.
si I' on ajoute que la Chine et I'lnde disposent sur leur territoire
de reserves de charbon relativement abondantes, avec respecti-
vement 114 et 56 milliards de tonnes selon les donnees officieHes
sur un total mondial de 850 milliards, on comprend que ces deux
pays, et bien d' autres, aient tout mise ou presque sur cette res-
source facilement accessible et relativement bon marche pour
produire I' electricite indispensable au developpement de leur
economie et a la sortie de la pauvrete de leur population.
Une remarque toutefois s'impose pour moderer Ie propos: iI ne
faut pas escompter que les reserves de charbon puissent durer
tres longtemps au rythme OU se developpe la consommation de
ces pays. Des a present, des pays comme la Chine et I'lnde sont
devenus importateurs, en provenance notamment d' Australie et
d'indonesie. Et I' ete 2008 a connu en Chine les premieres diffi-
cultes d'approvisionnement, les stocks etant au plus bas. La
decision recente d'accroitre la production nationale de charbon
de 30 % d'ici 2015 reduira encore la duree de vie des gisements.
Est-it alors possible d' envisager d'autres solutions pour I'avenir ?
Le mirage des sources alternatives
Les energies renouvelables autres que I'hydraulique suscitent
parfois beaucoup d' espoir. Mais, pour les raisons deja decrites
et qu'iI faut rapidement rappeller, elles connaissent de telles
limitations qu' elles ne peuvent aujourd'hui jouer qu'un role tres
restreint.
196
Les trois peurs
Comme Ie montrera Ie chapitre suivant de ce livre, il en va
ainsi des eoliennes qui ne peuvent utitement fonctionner
qu'un quart du temps environ, c' est-a-dire lorsque Ie vent
souffle suffisamment, mais pas trop fort. C' est pourquoi i I
faut, si I' on peut dire, les « completer» les trois quarts du
temps par une autre source de production d'electricite, ce qui
reduit a peu de chose leur utitite. Pour remedier a ce handicap
majeur, it faudrait pouvoir disposer de solutions techniques
permettant de stocker directement ou indirectement I'electri-
cite produite quand Ie vent souffle pour la restituer quand ce
n' est pas Ie cas. Au Quebec par exemple, iI suffirait, lorsque
les eoliennes tournent, de freiner la production d' electricite
par les nombreux barrages que compte la « belle province »,
et de reserver I' eau ainsi epargnee pour les periodes depour-
vues de vent. On peut imaginer dans un futur lointain que
d'autres pays se dotent a grande echelle, dans Ie meme but,
de reservoirs artificiels situes a quelques dizaines ou centaines
de metres d' altitude, OU I' eau de mer ou de riviere serait
refoulee quand Ie vent souffle afin que I' energie soit restituee
en fonction des besoins. Mais it s'agit la pour l'instant de reve
plut6t que de realite.
Quant a I' electricite d' origine solaire, tout dependra de son
cout de revient futuro Pour l'instant, celui-ci est extremement
eleve et les solutions techniques existantes ne sont competiti-
yes que pour des installations isolees qu'it serait trop couteux
de desservir par un reseau electrique general.
197
CO 2 un my the planetaire
Au-dela de ces solutions actuellement marginales, seul Ie
nucleaire apparait comme etant une valeur sure pour produire
massivement du courant. C'est bien pourquoi la Chine a com-
mande aupres des fournisseurs occidentaux et russes quelques
reacteurs de chaque modele pour en maitriser la technologie
en vue de la copier ensuite, car it s'agit la d'une energie prati-
quement inepuisable. II faut savoir que les reacteurs actuels
utilisent seulement ceUe qui provient de la fission induite par
des neutrons thermiques (neutrons lents) et consomment
essentiellement de ('uranium 235, de teUe sorte qu'ils ne recu-
perent qu'environ 0,6 % de I'energie potentieUement conte-
nue dans ('uranium naturel. Mais a plus long terme, des
reacteurs a neutrons rapides utilisant ('uranium 238 verront Ie
jour (generation IV). Fonctionnant en «surgenerateurs », i Is
recupereront alors de 70 a 90 % de (' energie de ('uranium ini-
tial et non plus 0,6 %. Les ressources d'uranium se trouveront
ators muttiptiees de fait par un facteur d'au moins cinquante
par rapport a ta situation actuette. L'investissement necessaire
pour un reacteur a neutrons rapides (RNR) sera sans doute
plus eleve que pour un reacteur actuel a eau pressurisee, mais
Ie cout du kWh produit sera alors independant du prix de
I'uranium naturel. Nombre de problemes techniques restent a
etudier et la fiabilite de la filiere devra etre demontree avant
un deploiement industriel a grande echeUe, sans doute au
milieu du siecle actuel. Lorsque ce sera Ie cas, ('uranium
deviendra alors une ressource pratiquement inepuisable a
I'echelle humaine.
On comprend alors d'autant moins ('opposition des ecologistes
au nucleaire que ceux-ci rejettent egalement les centrales a
198
Les trois peurs
charbon, et que ce sont les deux seules solutions realistes pour
produire massivement I' electricite.
La gran de peur climatique
II reste la troisieme grande peur de ce debut de siecle, ceUe qui
hante les esprits de nos compatriotes car eUe leur est sans
cesse ressassee, et que quelques questions lancinantes peuvent
resumer. Le climat va-t-il changer? QueUes en seront les conse-
quences pour nous et pour les autres habitants de la planete ?
Que devons-nous faire ?
Comme nous I'avons vu, la reponse a la premiere de ces questions
ne fait pas de doute. Oui, Ie climat va changer au cours des decen-
nies a venir, ainsi qu'ill'a toujours fait sur la Terre comme sur les
aut res planetes, les periodes de refroidissement et de rechauffe-
ment se succedant sans que les climatologues soient aujourd'hui
d' accord sur les causes de ces fluctuations. Ainsi que nous (' avons
vu egalement, iI est tres peu probable que Ie gaz carbonique y soit
pour quelque chose puisqu'iI n'y a pas de lien visible entre (' evolu-
tion de sa concentration dans ('atmosphere et les fluctuations de
la temperature moyenne du globe. Rien ne peut done etre exclu
pour I'avenir, et pas meme I'hypothese de nouveaux episodes de
refroidissement puisque la temperature de la planete ne s'accroit
plus depuis I'an 2000. II faut done rester modeste, et ceux qui font
des previsions alarmantes sur ('evolution du climat d'ici a la fin du
XXl e siecle ne doivent pas etre pris au serieux. De surcroit, meme si
elles se realisaient, I'humanite saurait y faire face en mettant a
199
CO 2 un my the planetaire
profit les potentialites du progres technique pour faire face aux
variations climatiques.
II en est ainsi de I' elevation possible du niveau de la mer, dont
Ie Giec no us a dit qu' eUe pourrait atteindre 30 centimetres en
un siecle. II va de soi que si cette prevision vena it a se realiser,
nous n'aurions rien a craindre. Le niveau de la mer a toujours
varie, et dans des proportions infiniment plus importantes. A
l' epoque des croisades, Saint Louis embarqua pour la Palestine a
Aigues-Mortes, ville dont Ie nom actuel indique clairement
qu' eUe est desormais situee a I'interieur des terres. si I' on
remonte a quelques miUenaires en arriere, c'etait bien autre
chose. II y a douze mille ans, la Manche n' existait pas. La
Grande-Bretagne et la France etaient reunies par un isthme qui
aurait change Ie cours de I'histoire du monde s'iI avait subsiste.
Quel incroyable bouleversement, auquel I'homme etait evidem-
ment etranger, dut-il se produire iI y a doule mille ans pour que
la glace qui recouvrait alors la moitie nord de I'Europe et de
I'Amerique fonde, et que Ie niveau des mers s'eleve de
100 metres en quetques siectes ? Notre rechauffement est a cote
une aimable plaisanterie. Au plus fort du dernier age polaire, la
calotte glaciaire ne recouvrait-elle pas 28 millions de kilometres
carres, soit quatorze fois la superficie du Groenland actuel ?
De multiples preuves des amples fluctuations passees du
niveau des mers existent partout de par Ie monde en regard
desquelles une elevation de 30 centimetres est insignifiante.
si celle-ci survient, il suffira de surelever les digues existantes
de la hauteur correspondante, ou de les construire si eHes
200
Les trois peurs
n' existent pas. Quelles que soient les circonstances, la crea-
tion de digues pour proteger les zones cotieres situees au voi-
sinage du niveau de la mer s'imposera d'ailleurs en de
nombreux endroits du monde. Les Pays-Bas dont une partie du
territoire est situee en dessous du niveau de la mer du Nord
ont montre de longue date comment securiser les regions
menacees, et, grace aux moyens techniques modernes, c'est la
solution qui commence a etre mise en CEuvre en d'autres
endroits du globe, tels que Ie Bangladesh, ou les iles Maldives
qui accroissent meme a cette occasion leur territoire. Que les
digues dont la construction sera de toute fac;on necessaire pour
proteger les zones menacees par les marees, les tempetes ou les
cyclones aient 30 centimetres de hauteur de plus ou de moins
ne changera rien a I'affaire.
Comme nous I'evoquions dans Ie premier chapitre, ce n'est que
dans ('hypothese evoquee par certains, tel James Hansen, d'un
relevement de plusieurs metres du niveau des mers et des
oceans que les choses deviendraient plus serieuses. Mais cette
hypothese n'est pas retenue par les experts des Nations unies qui
ne sont pourtant guere enclins a I'optimisme. Meme si elle surve-
nait, tout conduit a penser que l'humanite saurait progressive-
ment y faire face d'ici a la fin du siecle au fur et a mesure des
besoins, par la mise en CEuvre d'un programme mondial de tra-
vaux publics destines a proteger tout ou partie des zones basses
du globe, et tout d'abord les viUes qui y sont implantees, comme
I' ont deja fait les Neerlandais. Mais, i I faut Ie repeter, cette hypo-
these extreme est exclue par la grande majorite des scientifiques.
201
CO 2 un my the planetai re
Deux autres consequences souvent evoquees du changement
en cours de la composition de l'atmosphere meritent en revan-
che de retenir l'attention : l'elevation possible des temperatu-
res, et l'accroissement eventuel du nombre et de la gravite des
cyclones, ouragans, et autres manifestations climatiques
d' exception.
Le my the des refugies climatiques
Com me on Ie sait, les modeles des experts reunis sous I'egide
des Nations unies indiquent que la temperature moyenne du
globe pourrait s'accroitre de 2 a 3 degres au cours du siecle en
cours. Certes, it ne s'agit aucunement de certitude puisque ces
modeles reposent sur un postulat infonde, mais l'hypothese
merite d' etre prise en compte. En resulterait-il pour autant une
catastrophe comme beaucoup Ie laissent entendre?
Le moins que l' on puisse dire, c' est qu'iI n'y a la rien d' evident
tant la capacite d'adaptation de l'espece humaine est remar-
quable, contrairement a celie des autres composantes du
monde vegetal ou animaL II y a de longue date des hommes qui
vivent a Abidjan (temperature moyenne 29 degres) et d'autres a
Stockholm (temperature moyenne 6 degres), sans me me parler
des Esquimaux qui connaissent des circonstances climatiques
plus rudes encore. Au sein d'un meme pays, les differences peu-
vent etre considerables. Chicago est en moyenne plus froid que
Houston d'une dizaine de degres. Le climat des contreforts de
l'Himalaya n'a rien a voir avec celui du sud de l'lnde. En France
meme, comme I'a rappele avec humour Ie film Bienvenue chez
tes Ch'tis, Ie climat n'est pas Ie meme sur les bords de la Medi-
202
Les trois peurs
terranee et sur les rivages de la mer du Nord et la difference
des temperatures moyennes entre les deux extremites de
l'Hexagone depasse plusieurs degres.
Pourtant, personne n'a jamais entendu dire que les habitants du
sud des Etats-Unis, de l'lnde, ou de la France, aient envahi Ie
nord de leur pays respectif, ou l'inverse. Lorsqu'iI y a des migra-
tions, celles-ci sont dues a bien d'autres causes 1 La notion de
« refugies climatiques» est pourtant desormais presente dans
de multiples rapports officiels, a commencer par ceux des
Nations unies. Ales croire, les pays developpes seraient pro-
chainement menaces par l'arrivee de centaines de millions de
«refugies climatiques », comme s'il etait possible de classer
ceux qui cherchent a fuir la misere de leur pays en deux catego-
ries : les climatiques et ceux qui ne Ie sont pas!
Ce n' est pas la difference de climat qui engendre les flux de
Mexicains vers les Etats-Unis, ou d' Africains vers I'Europe, mais
Ie sous-developpement et la pauvrete. Et c' est en luttant
contre ceux-ci dans leur pays d' origine, quels que soient les
eventuels changements du climat, que ces flux seront a terme
taris. Fort heureusement, Ie developpement de la planete a un
rythme accelere depuis de nombreuses annees montre qu'il ne
s'agit pas la d'un objectif inaccessible, meme s'il est clair qu'il
sera plus long et plus difficile a atteindre dans certaines parties
du globe que dans d' autres, surtout lorsque la natalite n' est pas
encore maitrisee. Certes, l' evolution est Ie plus souvent tres
rapide dans ce domaine, et l' on assiste a un veritable effondre-
ment des naissances dans les pays emergents lorsqu'ils sortent
de la pauvrete. Qui sait que les Tunisiennes, les Algeriennes et
203
CO 2 un my the planetaire
les Marocaines ont desormais moins d'enfants que les Franc;ai-
ses, alors qu' elles en comptaient six en moyenne il y a peu ? La
Coree du Sud, Taiwan, Singapour, ['Iran meme tentent
aujourd'hui sans succes d'inciter leurs habitantes a avoir plus
d' enfants. Malheureusement i I y a des exceptions, et tout parti-
culierement en Afrique subsaharienne ou la decroissance de la
natalite est a peine entamee, puisque les femmes ont encore six
enfants ou plus, ce qui est Ie principal obstacle a la sortie de la
pauvrete des 200 millions d'habitants qu'y comptent notam-
ment les pays francophones. C'est la Ie vrai probleme auquel il
faudrait s' attaquer.
II faut ajouter que les pays developpes, ayant compris qu'ils
ne pouvaient « accueiUir to ute la misere du monde », met-
tent progressivement en place des mecanismes de contrale
de ('immigration clandestine de plus en plus efficaces, qui
rendent physiquement irrealiste I'hypothese de leur envahis-
sement par des flux incontralables de «centaines de mil-
lions de refugies climatiques». C' est notamment ainsi que
vient de proceder ('Union europeenne a ('instigation de la
France.
Ceux qui habitent dans les regions desheritees de la planete reste-
ront done sur place pour la plupart et, comme ill'a toujours fait,
l'homme s'adaptera aux temperatures futures, fussent-elles plus
elevees de quelques degres que dans Ie passe. C' est done a com-
battre la misere et a favoriser Ie developpement des plus pauvres
que les pays riches devraient affecter les sommes considerables
qu'ils gaspillent aujourd'hui dans Ie but illusoire de « sauver la pla-
nete ».
204
Les trois peurs
Les cyclones
Mais les consequences possibles de la modification de I'atmos-
phere ne sont pas limitees a l' elevation des temperatures.
Faut-il, comme beaucoup l'apprehendent, s'attendre a la multi-
plication des phenomenes atmospheriques tels que les tempe-
tes, tornades ou cyclones qui ravagent periodiquement
certaines parties de la planete ?
Sur ce point, Ie Giec constate que les cyclones tropicaux ne
sont pas plus nombreux qu' autrefois, « mais pourraient etre plus
graves ». Dans ce domaine comme dans bien d'autres, les faits
ne confirment heureusement pas ces declarations, comme Ie
montrent les releves de l'universite de Floride qui fait reference
(figure G). Tempetes, tornades ou cyclones ont eu lieu de tout
temps et n'ont rien de nouveau. II s'en produit en moyenne 90
par an sur Ie globe. Les chroniques relatent qu'un ouragan d'une
extreme violence laissa derriere lui 8 000 morts en Angleterre
en 1703. En 1881, un cyclone ravage a Ie Vietnam au prix de
300 000 victimes. L'lnde fut frappee a de multiples reprises au
cours des siecles, avec a chaque fois des dizaines de miUiers de
morts. II y a pire. En 1932, des pluies diluviennes firent sortir de
leur lit les trois grands fleuves de Chine, et Ie total des disparus
fut estime a 3 millions sans que personne ait jamais pu etre plus
precis. Plus pres de nous, chacun se souvient des evenements
dramatiques qui frapperent la Birmanie en 2008 et dont Ie bilan
a excede 100 000 morts.
205
CO 2 un my the planetaire
FIGURE G
41
Evolution de I'activite des cyclones tropicaux
Indice
800 - - - - - - - -
880 1
200
o
181
Annees
400
190
100
108
Indice ACE: Universite de Floride.
L'organisme qui fait reference pour l'activite des cyclones tropicaux est l'universite
de l'Etat de Floride, et plus precisement son « Center for Ocean-Atmospheric
Prediction Studies» (COAPS) .
L'universite de Floride suit depuis 1981 un indice representatif de l'activite
des cyclones, intitule « Accumulated Cyclone Energy» (ACE), qui prend en compte
Ie nombre, la force et la duree de tous les orages tropicaux, hurricanes, typhons
et cyclones qui se produisent dans l'hemisphere Nord.
Les fluctuations de cet indice ne mettent en evidence aucune aggravation
des phenomenes. Bien au contraire, les annees 2007 et 2008 ont ete les plus
inactives jamais enregistrees depuis Ie calcul de l'indice,
206
Les trois peurs
Cette liste interminable ne pourrait que conduire au pessi-
misme si deux circonstances nouvelles, fruits du progres techni-
que, n'etaient en train de bouleverser la donne.
Chaque saison ou presque, les medias relatent la noria plus ou
moins intense des cyclones tropicaux qui parcourent Ie golfe
du Mexique et qui, certaines annees, sont d'une extreme vio-
lence. Mais jamais Ie nombre de leurs victimes n'a ete aussi fai-
ble. Alors qu' elles se comptaient autrefois par dizaines de
milliers, iI n' en est plus rien, et ce constat n' est pas circonscrit a
cette seule region. En 2006, un cyclone d'une force inou'ie, voi-
sine de celie de 1881, traversa Ie Vietnam en son milieu, occa-
sionnant des degats materiels considerables. Mais il n'y eut
pratiquement pas de morts a deplorer et nous n' en avons pas
entendu parler.
C'est que les satellites meteorologiques ont tout change. Preve-
nues plusieurs jours a I'avance, les populations sont desormais
en mesure de prendre les precautions necessaires, consolider
les constructions et surtout se mettre a l'abri. Elles peuvent
d'autant plus se proteger que l'elevation de leur niveau de vie
rend possible la mise en CEuvre de mesures qui n'etaient pas
envisageables auparavant. C' est ainsi que les villageois du
Bangladesh batissent des colUnes artificielles sur lesquelles la
population peut se refugier en cas de necessite. Le recours au
beton arme permet pour sa part la construction de batiments
aptes a resister aux vents les plus violents- et aux pluies qui les
accompagnent.
207
CO 2 un my the planetaire
Les choses vont plus loin encore aux Etats-Unis, ou ('impor-
tance du pare automobile permet d' evacuer en quelques dizai-
nes d'heures des centaines de milliers sinon des millions de
personnes pour les eloigner des zones susceptibles d' etre frap-
pees. Les pertes en vies humaines se comptent alors sur les
doigts d'une ou deux mains. La seule exception recente fut
imputable a (' ouragan Katrina qui fit plus d'un millier de victi-
mes en 2005. Mais si la Nouvelle Orleans fut inondee, c'est
('imperitie des autorites locales qui n'avaient pas entretenu les
digues de protection de la ville qui en fut la cause, et non pas
Ie cyclone lui-meme.
Partout dans Ie monde, les victimes des cyclones deviennent
('exception quand deux conditions sont remplies. Les popula-
tions menacees doivent tout d'abord etre correctement infor-
mees. La chose peut paraitre aller de soi, et elle ('est fort
heureusement de plus en plus a ('ere de la diffusion de la tele-
vision, de la radio et peut-etre plus encore du telephone porta-
ble. Si les evenements recemment survenus en Birmanie ont eu
des consequences aussi terribles, c' est parce que ce pays est
('une des dictatures les plus retrogrades de notre epoque, qui
n'a rien fait pour prevenir les habitants de la puissance et de la
gravite du cyclone qui allait les frapper. Le bilan aurait ete
mineur s'il s'etait agi d'une democratie, ou meme d'un pays sou-
cieux de la vie de ses habitants tel que la Chine.
Mais, meme si c' est (' essentiel, informer ne suffit pas, comme
Ha'iti vient d' en apporter la preuve lorsque (,ile fut frappee a
trois reprises en 2008 par des cyclones ravageurs qui laisserent
derriere eux des centaines de morts. L' extreme pauvrete de ce
208
Les trois peurs
pays desherite ne lui a pas permis de prendre jusqu'a present
les mesures de protection qu'ont mises en CEuvre les autres lies
des Cara'ibes et qui permettent aces dernieres d'affronter sans
pertes humaines notables les phenomenes meteorologiques
violents qui ont de tout temps frappe Ie golfe du Mexique.
Mais au total, te sens de I'evotution ne fait aucun doute. Les
cyctones, tornades et autres ouragans tropicaux ne feront a
t'avenir ptus de victimes ou presque, et tes grands desastres
seront de ce point de vue de ptus en ptus rares, meme si teur
cout materiet pourra s'accroitre.
II n'existe done pas de motif de voir de ce point de vue l'avenir
en noire sous ses divers aspects, Ie progres continuera a faire
CEuvre utile, et c' est a l'accelerer et a Ie diffuser que nous
devrions nous consacrer.
Prevention au adaptation?
Que faut-il done faire? Puisqu'iI est illusoire d'escompter
influer sur les emissions de gaz a effet de serre qui decoulent
des activites humaines et encore moins sur les eventuels chan-
gements climatiques de la planete, la solidarite humaine com-
mande de chercher a limiter les consequences de ces derniers.
Nul ne peut dire en effet que des modifications du climat ne se
produiront pas au cours du xx( siecle puisqu' elles ont toujours
existe au cours des temps. En d'autres termes, puisque la pre-
vention de phenomenes que nous ne pouvons maitriser est
209 .
CO 2 un my the planetaire
exclue, aidons ceux qui pourraient en etre victimes a s' en pre-
munir par des politiques d'adaptation aux risques potentiels.
Face a la secheresse, construisons des puits, developpons l'irri-
gation et mettons au point des semences adaptees au manque
d' eau. Face aux risques d'inondations, construisons des barrages.
Face aux dangers des cyclones, developpons l'alerte aux popu-
lations et construisons des refuges.
Les besoins d'une politique coherente d'adaptation aux risques cli-
matiques ont ete evalues a l'echelle du globe a des dizaines de mil-
liards de dollars par an par la Banque mondiale ou par les Nations
unies, les estimations tournant autour d'une moyenne de I'ordre de
50 milliards 1 . Un tel montant parait evidemment considerable. Mais
a bien y reflechir, ill' est beaucoup moins que les centaines de mil-
liards depenses aujourd'hui en pure perte par les pays riches dans
I'illusion de reduire les emissions planetaires de gaz a effet de serre.
Personne n'imagine cependant qu'une telle masse d'argent
puisse etre degagee d'un seul coup, et ce n'est que progressive-
ment qu'il faudrait alimenter un «fonds mondial d'adaptation
aux changements climatiques », que ces derniers soient d'ori-
gine humaine ou non.
Un premier dispositif de cette nature a ete recemment cree par
les Nations unies, mais il a ete dote de 300 millions de dollars,
dont 10 % seulement ont ete depenses, chiffres derisoires s'il en
est. Face a une teUe situation, la Chine a suggere que les pays
riches affectent 0,5 % de leur PIB a l'adaptation des pays pau-
1. The Economist, 13 septembre 2008,
210
Les trois peurs
vres aux risques decoulant des changements climatiques, ce qui
representerait une centaine de milliards de dollars par an.
Ne revons pas. Un tel montant est inenvisageable, ne serait-ce
que parce qu'il serait difficile, sinon impossible, de distinguer au
sein des actions de lutte contre la pauvrete celles qui auraient
pour objet ['adaptation aux changements climatiques et les
autres. La plupart des depenses d'« adaptation aux risques cli-
matiques» devraient aller en direction de ce que les pays
concernes doivent faire en tout etat de cause, qu'il y ait chan-
gement climatique ou non: travaux d'irrigation, construction de
digues, mise au point de semences resistant a la secheresse, etc.
Autrement dit, consacrer de ['argent a ['adaptation aux even-
tuels changements climatiques reviendrait en definitive a
accroitre ['aide au tiers-monde, et I' on sait combien celle-ci est
parcimonieuse. Le paradoxe veut que les pays riches soient
capables de depenser aujourd'hui en pure perte des centaines
de milliards de dollars par an au nom d'une hypothetique
reduction des emissions de gaz a effet de serre d' origine
humaine, mais qu'il ne faille pas se nourrir d'illusions sur leur
capacite a degager des sommes significatives - mais bien moin-
dres - pour aider les pays pauvres a s'adapter aux consequen-
ces des changements climatiques possibles. Le paradoxe n' est
qu'apparent. Dans Ie premier cas, les depenses sont effectuees
chez ceux qui les financent, et les puissants lobbies qui y ont
interet ont convaincu I' opinion et les dirigeants qu'il fallait y
consentir pour « sauver la planete », alors que la seule maniere
de sauver, non pas la planete, mais ceux qui l'habitent, consiste
211
CO 2 un my the planetaire
a aider les plus demunis d' entre eux a sortir de la pauvrete.
Qu' on Ie fasse alors au nom de la lutte contre les risques clima-
tiques ou dans. Ie cadre d'une action generale en faveur du
tiers-monde est d'une importance tres secondaire.
Ce qui vaut pour les pays I' est tout autant pour les individus. La
plupart de ceux qui souhaitent agir pour ameliorer Ie sort du
globe sont sinceres et veulent a coup sur aider ses habitants
actuels ou futurs a connaitre une vie meilleure. si tel est bien
leur but, ils ont a leur disposition de multiples moyens d'agir en
aidant les nombreuses fondations qui se con sac rent a l'amelio-
ration du sort des plus demunis. A son echelle, c' est ce que fait
Bill Gates. II ne cherche pas a «sauver la planete », mais les
enfants qui y habitent. Son immense fortune, renforcee par
celie de Warren Buffett, est en grande partie consacree a gene-
raliser la vaccination des enfants du tiers-monde, avec des
resultats stupefiants. Le nombre de ceux qui mouraient avant
l'age de cinq ans s' elevait il y a peu au total effroyable de
12 millions chaque annee. En 2006, il est passe pour la premiere
fois sous la barre de 10 millions, avec un total de 9 700 000
environ. Pour 2007, les Nations unies viennent d'annoncer une
nouvelle decroissance, Ie bilan s'etablissant a 9 300 000. Autre-
ment dit, et quelle que soit I'ampleur insupportable de tels
chiffres avec ce qu'ils supposent de douleur pour les meres et
les peres, les progres sont fulgurants. Si quelqu'un merite un
prix Nobel de la paix, c' est sans nul doute Ie milliardaire ameri-
cain, et non I'imposteur du meme pays qui I'a recemment rec;u.
Chapitre IV
La decroissance verte
Dans un petit livre celebre outre-Atlantique, intitule Economics
in one tesson, Ie journaliste economique Henry Hazlitt a defini
ce qui lui paraissait etre la source majeure des dysfonction-
nements du monde moderne. Cette « lec;on d' economie »
tient en deux paragraphes :
« A tors que certaines potitiques pubtiques beneficient 0 tous,
d'autres ne beneficient qua un seut groupe au detriment de
tous tes autres. Le groupe beneficiaire ayant un interet direct
o teur maintien ptaidera pour elles avec des arguments ptau-
sibtes et de maniere persistante.
/I recrutera tes mei/teurs esprits afin qu'its se consacrent 0
ptein temps 0 defendre sa cause. Et i/ reussira finatement 0
convaincre I'opinion que sa cause est bonne, ou 0 rendre tes
choses si confuses qu'i/ deviendra pratiquement impossibte 0
quiconque d'avoir des idees ctaires sur te sujet »
La citation est americaine, mais trois exemples montrent a quel
point, plus que partout ailleurs, les groupes de pression ont pris
Ie pouvoir dans notre pays car nos pouvoirs publics n' ont pas su
s' organiser pour leur faire face.
213
CO 2 un my the planetaire
'"
Eoliennes, la grande arnaque
selon la legende, ('Ouest americain etait autrefois parcouru de
chasseurs de primes. C' est desormais la France qui est sillonnee
de chasseurs d'un tout autre genre. Ceux-ci ne font pas metier
de la poursuite de bandits, mais de signatures. Le jeu consiste a
obtenir de la part des 36 000 maires que compte notre pays
I'autorisation de construire des eoliennes sur leur territoire. La
recherche est sans aucun risque, Ie profit est garanti par I'Etat et
paye par EDF, et la recompense d'une ampleur a laquelle
n'auraient jamais ose rever les desperados du Far West.
Une transaction a defraye la chronique financiere a la fin de
2007. Le groupe Suez a rachete 50,1 % de la Compagnie du Vent
pour un montant de 321 millions d'euros, valorisant cette entre-
prise a quelque 640 millions d' euros. Ce serait la une transac-
tion banale, si la Compagnie du Vent, specialisee dans la
promotion d'eoliennes, n'avait ete alors une PME de 60 salaries
dont Ie chiffre d'affaires n' excedait pas 11 millions!
Bien entendu, ce n' est pas I' activite de I' entreprise a I' epoque
qui a pu justifier un seul instant Ie montant mirobolant paye par
Suez. Ce que celui-ci a valorise a un tel niveau, c' est Ie porte-
feuille des accords obtenus aupres de maires ruraux par Ie pro-
moteur et fondateur de la Compagnie du Vent, un certain Jean-
Michel Germa.
Le nombre de signatures recueillies par ('interesse est confiden-
tiel, mais la presse s' accorde generalement a estimer que les
214
La decro;ssance verte
accords obtenus portent sur un total de 2 000 megawatts, ce
qui valorise chaque megawatt a plus de 300 000 euros. Une
« ferme » eolienne (belle appellation qui temoigne de ['art eco-
logiste de la communication) comprend d'habitude de 6 a
10 eoliennes, et sa puissance totale varie de 12 a 30 megawatts.
Le calcul est done vite fait. La valeur de chaque signature
obtenue au pres d'un maire varie de plus de 3 mil-
lions d'euros pour les projets .. modestes .. a pres de 10 mil-
lions pour les plus grands, Ie tout en toute legalite et sans Ie
moindre risque.
On comprend que les « chasseurs de signatures» se comptent
desormais a foison, et que I' on commence a parler des fortunes
ainsi baties en quelques annees, pour ne pas dire en quelques
mois. Le magazine Chattenges cite ainsi M. Paris Mouratoglou,
desormais 56 e fortune nationale, dont Ie portefeuille atteint
683 millions d' euros, M. Franc;ois Pelissier, qui s' est lance dans Ie
« business» eolien iI y a quatre ans seulement et dont la
fortune atteindrait a ce jour 125 millions, etc. Tous jusqu'alors
d'Hlustres inconnus, dont les gains outrepassent aujourd'hui,
dans des proportions qui defient ['imagination, les salaires et les
stock-options des dirigeants de nos grandes entreprises. Rien a
voir avec les parachutes dores de quelques pauvres millions de
dollars qui focalisent aujourd'hui les reprobations et defraient
la chronique. Par dizaines voire par centaines, pharmaciens,
dentistes, ingenieurs, artisans, agriculteurs, etc., ont tout aban-
donne pour participer a cette ruee vers I' or « des temps moder-
nes », et on les comprend. Comme Ie declare ['un de ces
heureux promoteurs : « II s'agit d'un « business modet» parfait:
215
CO 2 un my the ptanetaire
un contrat de quinze ans avec un client unique qui paye a
30 jours : EDF. »
Ce que I' on comprend moins en revanche, c' est comment un pays
tel que Ie notre, repute civHise et developpe, a pu mettre en place
les conditions d'une aussi grande arnaque sur Ie dos du consomma-
teur d'electricite qui devra en definitive payer I'addition.
Pour comprendre comment nous avons pu arriver a une telle
aberration, un retour en arriere est necessaire. Tout a com-
mence it y a trois decennies en Allemagne, lorsque Ie mouve-
ment vert a pris son essor. Anciens rouges, les « Grunen » ont
une obsession: la phobie du nucleaire. Etant parvenus au pou-
voir, its ont impose a leur pays Ie renoncement aux centrales
atomiques. Non seulement it n' est plus question d' en construire
outre-Rhin, mais celles qui existent doivent etre progressive-
ment demantelees de telle sorte que nos voisins ont desormais
une poUtique energetique a deux faces.
Parce qu'ils ont besoin d' electricite, its construisent, en toute
discretion, des centrales a gaz et a charbon, emettrices massives
de gaz a effet de serre. Mais pour Ie masquer, ils ont couvert
leur territoire d' eoliennes qui sont essentiellement des leurres.
En Allemagne comme ailleurs, les eoliennes sont des sources
intermittentes qui ne fonctionnent que 10rsqu'iI y a du vent,
c' est-a-dire au plus un quart du temps. II faut done, I' essentiel
du temps, avoir recours a des centrales thermiques polluantes.
Comme I'a declare a propos du Danemark Anne Lauvergeon, la
presidente d' Areva : «L 'hydrautique et te nucteaire sont des
216
La decroissance verte
energies qui fonctionnent en base, c'est-a-dire par tous tes
temps. L 'eotien et te sotaire sont des energies d'appoint Ettes
ne produisent que quand it y a du vent et du soteit. Ettes neces-
sitent done ta mise en ptace de « back-up ». Le pays qui a te
ptus devetoppe t'eotien est te Danemark avec 73 % d'eotien
dans son bitan energetique. It y a ainsi 73 % de centrates au
fuet qui demarrent quand te vent ne souffle pas. Ce n'est pas
une faon efficace d'eviter ta pottution de t'atmosphere.»
(Revue Defense, septembre-octobre 2005, n° 117.)
II ne faut done pas s'etonner que les Allemands, avec 10 tonnes
de gaz carbonique emises par habitant et par an contre 6 ton-
nes pour nous, soient les plus grands pollueurs d'Europe pour
avoir applique la politique de leurs ecologistes. Les eoliennes
apparaissent alors clairement pour ce qu' elles sont : a la fois la
consequence et I'alibi du refus du nucleaire. La verite, c'est que
nucleaire et eoliennes sont antinomiques.
Avec une dizaine d'annees de decalage, les Verts franc;ais ont
suivi leurs homologues germaniques et sont devenus les
ardents propagandistes du my the des energies renouvela-
bles. Mais notre situation n' est pas du tout celie de (' AUema-
gne. Grace a une generation de grands ingenleurs
precurseurs, pres de 80 % de notre electricite est produite
par un pare nucleaire tres largement dimensionne et 12 % par
nos equipements hydrauliques de telle sorte que seul
un dixieme environ de notre production emet des rejets de
gaz a effet de serre.
217
CO 2 un my the planetaire
De plus, nous n'avons aucun besoin de capacite supplementaire.
Bien au contraire, avec un surplus d'environ 50 megawatt-
heures sur 550, nous sommes de tres loin Ie premier exporta-
teur mondial d' electricite, avec 359 jours de balance positive
sur 365 en 2008, contre 6 de balance negative.
Enfin, fait sans precedent, notre consommation d' electricite a
pratiquement cesse de s'accroitre depuis quatre ans. Elle s'est
chiffree a 480 terawattheures en 2007, soit au me me niveau
qu' en 2004, ce n' est pas la crise actuelle qui va renverser la ten-
dance, bien au contraire. T outes les previsions officielles mon-
trent que, quoi qu'il arrive, nous resterons tres excedentaires a
l'avenir. Quant aux pointes de la demande qui surviennent quel-
ques jours par an et qui ont tendance a s'accroitre, les eoliennes
constituent d'autant moins la reponse appropriee qu'on ne peut
pas compter sur elles, Ie vent s' arretant parfois de souffler sur
I'ensemble du territoire en periode anticyclonique et leur pro-
duction etant alors strictement nulle.
Contrairement a ce qui peut eventuellement se passer ailleurs,
la construction d'eoliennes est done inutile dans notre pays
puisqu'elles ne repondent a aucun besoin. II n'empeche. Aveu-
gles par leur ideologie, les Verts franc;ais ont repris sans sour-
ciller les arguments de leurs homologues etrangers. Leur
comportement est d'autant plus illogique qu'ils preconisent par
ailleurs une reduction de notre consommation d'electricite de
I'ordre de 20 % en 2020 (hypothese negaWatt), ce qui accroi-
trait encore notre excedent et rendrait plus inutile encore la
creation de capacites nouvelles de production electrique,
218
La decroissance verte
d'autant plus que la duree de vie de nos centrales nucleaires est
en voie d' etre prolongee de plusieurs decennies.
Mais leur objectif reel est d'obtenir la fermeture de celles-ci.
Ceux qui militent pour les eoliennes Ie font parce qu'ils veulent
fa ire croire que celles-ci pourraient remplacer un jour (' electri-
cite d'origine atomique, contrairement a toute evidence
puisqu'elles ne fonctionnent qu'un quart du temps.
Les Verts n' ont pas ete seuls, et I'invraisemblable situation qui
est aujourd'hui la notre ne pourrait se comprendre si r on ne
prenait en compte ('action - ou ('inaction - d'autres parties
prenantes dont Ie role a ete majeur.
Au premier rang de ceux-ci figurent les promoteurs d' eoliennes.
Membre du syndicat des energies renouvelables (sER), ('associa-
tion France Energie eolienne » (FEE) fait ce qu'iI faut pour defen-
dre sa cause. Disposant de moyens considerables, rarement
lobby aura ete aussi bien organise. Mais rarement lobby aura
autant travesti la rea lite, comme chacun peut s' en rendre
compte en consultant son site Internet.
Des la premiere page, (' electricite eolienne est presentee
comme permettant de « preserver nos ressources fossiles et
d' eviter ('emission de gaz a effet de serre, responsables du dere-
glement climatique qui a deja commence a alterer certains pay-
sages de maniere irreversible, a menacer diverses especes de la
faune et de la flore mondiale, et a entrainer des modifications
climatiques qui vont impliquer des exodes massifs de popula-
tion ». Omnipresent, ('argument de la lutte contre Ie rechauffe-
219
CO 2 un my the planetaire
ment climatique est done Ie mensonge fondateur, puisque
I' essentiel de notre electricite est d' ores et deja produit sans
aucun rejet de gaz a effet de serre.
II s'agit d'autant plus d'un mensonge que, si Ie pare se developpe, iI
faudra construire des centrales thermiques a gaz supplementaires
pour accompagner la multiplication des eoliennes. RTE (Reseau de
transport d'electricite), I'organisme en charge du reseau de trans-
port de I' electricite, precise dans son rapport annuel de 2007 sur Ie
bilan previsionnel electrique que « tes pointes de ta demande 0
satisfaire par tes equipements thermiques sont accrues de maniere
negtigeabte pour un pare eotien de petite taille, mais de maniere de
ptus en ptus consequente quand te pare eotien s'etoffe » (page 49).
Plus celui-ci se developpe, plus iI faut done creer des centrales
thermiques qui vont emettre du gaz carbonique 1
L'argument infonde de la lutte contre I'effet de serre n'est pas
Ie seuL Comble de I'impudence, on apprend aussi sur Ie site
internet des promoteurs que I' electricite eolienne nous garantit
une «securite d' approvisionnement» alors que les eoliennes
fonctionnent - rappelons-le - ('equivalent d'un quart du temps
et de maniere aleatoire ! On lit encore sur Ie me me site que les
eoliennes sont un succes au Danemark, alors que ce pays vient
d' en arreter I'implantation en 2006 car iI n'arrivait plus a gerer
une energie aussi intermittente.
Qu'un organisme de lobbying puisse mentir autant n'etonnera
peut-etre pas grand monde. Mais que la structure officielle en
charge de guider les pouvoirs publics et I' opinion reprenne a son
220
La decroissance verte
compte ces contreverites et les amplifie au lieu de les contrer est
beaucoup plus grave. On peut lire en effet dans les publications a
en-tete du drapeau tricolore de I'Ademe (Agence de I'environne-
ment et de la maitrise de I' energie) diffusees dans toute la France
par dizaines de milliers d' exemplaires aux frais du contribuable, que
« de nombreuses especes animales et vegetales vont disparaitre. II
est primordial de ralentir et d' attenuer les perturbations liees a
I'effet de serre. II faut done diminuer notre production de gaz car-
bonique. L'utilisation des energies renouvelables va dans ce sens.
L' energie eolienne est dans ce domaine tres prometteuse». En
d'autres termes, iI s'agit d'un « copie-colle » des affirmations falla-
cieuses du lobby cite plus haut.
Emporte par son militantisme, l'organisme public affirme
meme que chaque eolienne de 2 megawatts «alimente
2 000 foyers» en « oubliant » de dire qu' elle ne fonctionne
qu'un quart du temps. Un recent sondage 1 a d'ailleurs mis en
evidence que la majorite des Franc;ais pensaient que les
eoliennes fonctionnaient presque toujours. Seuts 74 % savent
qu'ettes ne produisent de t'etectricite qu'un quart du temps.
Pres de 9 Franais sur 70 sont done maintenus dans t'erreur,
ce qui n'a rien d'etonnant puisque tes organismes officiets
teur cachent ta verite 1
L'Ademe va me me plus loin lorsqu'elle se place sur Ie plan
esthetique, ne craignant pas d'affirmer que «Ies eoliennes
offrent la possibiUte de creer de nouveaux paysages comme
1. Ipsos, decembre 2007,
221
CO 2 un my the planetaire
dans les siecles passes les aqueducs [Ie pont du Gard sans
doute ?], les viaducs ferroviaires ou les moulins a vent ».
La comparaison preterait a sourire si Ie sujet n' etait tres grave.
H y a peu de temps encore, I'automobiliste qui traversait Ie
Massif central entre Clermont-Ferrand et la Mediterranee par
I'autoroute A 75 pouvait voir I'un des plus beaux paysages
d'Europe. Cama'ieux ininterrompus de pres, de forets et de lan-
des parsemes de rares habitations, les panoramas successifs se
deroulaient, plus seduisants les uns que les autres, fac;onnes par
Ie travail des generations qui no us ont precedes.
Helas, iI faut maintenant parler au passe! De part et d'autre du
parcours, de gigantesques eoliennes commencent a agiter leurs
bras monstrueux et a rendre impossible la contemplation des
paysages que nous ont legues nos predecesseurs. II faut savoir
que les installations recentes, hautes comme des immeubles de
40 etages, ont 150 a 180 metres de haut et sont visibles a
10 kilometres a la ronde, hors de toute proportion avec nos vil-
lages, nos monuments et nos sites (figure H). Chacune de ces
eoUennes necessite des fondations de beton arme de plus de
1 000 tonnes et il faut des convois speciaux pour transporter
leurs mats et parfois rectifier les routes pour qu'ils puissent y
passer! La densite des implantations prevues est teUe que leur
presence dans nos paysages va devenir la regie. si rien ne
change, nous sommes au debut d'une catastrophe pour notre
patrimoine sans precedent dans notre histoire.
222
La decroissance verte
FIGURE H
Les eoliennes et Ie paysage traditionnel
Metres
190
180
170
160
150
140
130
120
110
100
90
----------------
80
70
60
50
40
30
20
10
Source: Rapport de I'academie des Beaux-Arts sur les eoliennes
La disproportion des eoliennes et des elements traditionnels du paysage franc;ais,
reproduits ici a la me me echelle, explique que celles-ci constituent la plus grande
menace qu'ait jamais connue notre patrimoine.
223
CO 2 un my the planetaire
L' Ademe participant ainsi activement a la desinformation, on
aurait pu croire que les entreprises publiques du secteur de
I' energie allaient se mobiliser pour contrer celle-ci, faire connai-
tre la verite, et epargner a notre pays des depenses inutHes
massives. Aucun de ceux qui travail lent dans ces grandes mai-
sons ne croit en effet un instant aux contreverites enoncees ci-
dessus. Comme Anne Lauvergeon, tous savent que Ie nucleaire
est la seule source qui puisse produire massivement du courant
sans rejeter de gaz a effet de serre et que, hors de I'hydroelec-
tricite dont les ressources sont pratiquement to utes exploitees
dans notre pays, les energies renouvelables ne peuvent jouer
qu'un role marginal.
Mais les choses ne se sont pas pas sees ainsi. Face au totalita-
risme vert, les dirigeants de ces grandes entreprises ont oublie
qu' elles etaient publiques et ont prefere abonder dans Ie sens
des ecologistes, esperant peut-etre ainsi acquerir la paix pour
leurs activites nucleaires. Nos journaux sont aujourd'hui remplis
de publicites « pleine page» d'EDF, de GDF, et d'autres encore,
illustrees d' eoliennes destinees a montrer a quel point ces gran-
des entites sont « citoyennes ». Grace a elles, les eoliennes sont
devenues a bien des egards Ie symbole meme de I'ecologie et iI
ne faut pas s'etonner qu'ainsi desinformee, une majorite de nos
concitoyens s'y declare favorable, inconsciente de ce qui est en
marche.
L'administration a encore aggrave les choses. Rares en son sein
sont ceux qui sont conscients de la reaUte et ils n' ont de toute
224
La decroissance verte
fac;on pas VOIX au chapitre, ce qui explique I'adoption de
trois textes successifs qui ont jete les bases du desastre.
Une loi du 13 juillet 2005 a tout d'abord stipule que la part de
notre electricite provenant des energies renouvelables devrait
s'elever a 21 % en 2010, c'est-a-dire s'accroitre de moitie en
cinq ans, objectif inaccessible lorsqu' on sait que la seule
maniere de I'atteindre serait d'accroitre massivement et bruta-
lement notre production hydroelectrique, ce qui est evidem-
ment impossible 1 Le meme texte a surtout prevu la creation de
Zones de developpement de I'eolien (ZDE), ce qui pouvait lais-
ser croire que les eoliennes seraient dorenavant implantees
dans Ie cadre d'un plan national et en certains points du terri-
toire seulement. Les parlementaires qui ont vote la loi I'ont
cru.
Une circulaire catastrophique du 19 juin 2006 est venue lever
cette illusion. Apres avoir loue a nouveau leurs imaginaires ver-
tus, celle-ci instaure la quasi-liberte d'implantation des eolien-
nes sur I' essentiel du territoire. Adressee aux prefets de la
totalite de nos 100 departements, elle leur accorde Ie pouvoir
de decider de la creation des ZDE sur proposition des maires,
avec pour seule consigne claire de «veiller a la coherence
departementale de celles-ci », ce qui suppose implicitement
que chaque departement en comptera un grand nombre. On
s' est ainsi oriente vers la creation anarchique de centaines,
voire de milliers, de ZDE, ce qui vide la loi de toute significa-
tion. Au lieu d' etre des exceptions, les ZDE sont devenues la
regie.
225
CO 2 un my the planetaire
Autrement dit, Ie feu vert a ete donne aux chasseurs de signa-
tures pour qu'ils puissent demarcher les maires en leur faisant
notamment miroiter les retombees futures de la taxe profession-
neUe, afin que ceux-ci leur confient I' equipement de leur terri-
toire en eoliennes et obtiennent du prefet Ie classement de leur
commune en ZDE. Pourquoi celui-ci Ie refuserait-il puisqu'iI rec;oit
des instructions officieUes vantant les merites de r eolien ?
II faut en venir enfin a I'aspect financier des choses. Le site
internet de France Energie eolienne deja cite proclame fiere-
ment que « Ie cout moyen de I' electricite d' origine eolienne est
passe a environ 4,4 centimes d'euro par kilowattheure pour une
machine de 2 megawatts », ce qui est une dimension desormais
courante en France. Quelles pressions a-t-il fallu pour qu'un
arrete ministeriel du 26 juillet 2006 garantisse aux promoteurs
d'eoliennes pendant quinze ans un prix d'achat indexe de
8,2 centimes d'euro, c'est-a-dire presque te doubte du prix de
revient, EDF ayant I'obtigation d'acquerir Ie courant a ce prix,
meme si elle dispose au meme moment d'electricite nucleaire
dont Ie cout de revient marginal n'excede pas d'apres I'Agence
internationale de I' energie 0,7 centime d' euro par kilowat-
theure, c'est-a-dire douze fois moins 1 L'argument avance par
les promoteurs des eoliennes selon lequel un prix d'achat aussi
eleve aurait ete necessaire pour favoriser la naissance dans
notre pays d'une industrie nouvelle ne tient pas, puisque la
technique des eoliennes est aujourd'hui tout a fait mature, les
pays etrangers ayant cede a la pression des Verts I'ayant deve-
loppee et mise au point depuis dix ans.
226
La decroissance verte
Chaque eolienne de 2 megawatts garantit done a son promoteur
360 000 euros de revenu annuel pour un temps de fonctionne-
ment moyen annuel de 2 200 heures. Dans Ie seul departement de
la somme, 144 communes ont depose des demandes de permis de
construire des eoliennes. 60 avaient obtenu une reponse positive a
la date du 30 octobre 2007 pour la construction de plus de
500 eoliennes delivrant une puissance totale de 496 megawatts. Si
tes autres demandes obtiennent satisfaction, ta depense annuelle
correspondante pour EDF sera de t'ordre de 240 millions d'euros
pour te seut departement de ta Somme !
Au niveau national, les chiffres font encore plus fremir. Les
objectifs officiels fixes par I'arrete du 7 juillet 2006 etaient
d'une puissance installee de 17 500 megawatts en 2015. La loi
du Grenelle de I'environnement, fruit de ('alliance contre
nature des ecologistes et des lobbies industriels, les ont por-
tes a 25 000 megawatts. Quant a I'Europe, dont Ie role est
en I' occurrence desastreux, elle vient de fixer a la France
I'objectif de porter de 10,3 % a 23 % de sa consommation
totale d' energie la part des energies renouvelables, au sein
desquelles elle refuse, sous la pression des ecologistes,
d'integrer l' electricite d' origine nucleaire. Le lobby des
eoliennes a done gagne. Et quand on voit ce qui se passe
dans Ie seul departement de la somme, rien ne permet de
dire que ces chiffres ne seront pas atteints, voire depasses si
rien ne change.
Lorsqu' on a Ie sens du bien public, on pourrait croire qu'iI s'agit
d'un cauchemar. Mais la lecture du journat officiet confirme
227
CO 2 un my the planetaire
qu'iI n'en est rien. Dimanche 13 decembre 2008, dans une
demarche surrealiste qui constitue sans doute une premiere,
celui-ci a publie deux textes parfaitement contradictoires.
Le premier est un avis tres documente de la Commission de
regulation de I' energie, organisme officiel constitue de per-
sonnalites independantes et reconnues pour leur expertise,
que Ie gouvernement est oblige de consulter. Cet avis est
sans appel. II confirme tout d'abord que notre pays produit
88 % de son electricite sans rejets de gaz a effet de serre, et
que Ie recours aux eoliennes ne peut done etre justifie pour
ce motif. II precise qu'iI en resulte « un cout de la tonne de
CO 2 evitee compris entre 230 et 280 euros, et meme
490 euros pour les eoliennes implantees en mer, alors que Ie
cout budgetaire de ('intervention publique ne depasse pas
2 euros par tonne de CO 2 evitee pour ('isolation thermique
des murs, et 31 euros pour la mise en place de chaudieres a
condensation... ».
Quant au bilan pour les finances publiques, iI s' etablit ainsi :
«Le surcout de production lie a I'introduction d'un pare de
17 000 megawatts d' eoliennes dans Ie systeme electrique fran-
c;ais a ('horizon 2015 est estime entre 1,7 et 2,1 milliards d' euros
par an, en comparaison d'une situation de reference OU la pro-
duction d' electricite serait assuree par des moyens convention-
nels. Ce surcout est hors de proportion avec les benefices
resultant de la contribution de la production eolienne aux
objectifs definis par la 10L. »
228
La decroissance verte
De surcroit : « Plus la penetration de I' eolien s' accroit, plus la
production eolienne se substitue a du nucleaire, et plus iI
devient necessaire en contrepartie de developper Ie pare des
centrales thermiques a flamme, mieux adapte aux variations de
charge. II en resulte que les couts induits par (' eolien s'accroi-
tront encore lorsque I' on passera de 17 000 megawatts a
25 000, ce qui est desormais (' objectif officiel. ».
II en decoule que, lorsque ce dernier sera atteint, Ie surcout
imputable a I'eolien s'elevera a 3 milliards d'euros par an au
moins, soit 115 euros par foyer, en pure perte.
Apres de teUes considerations, iI ne faut pas s' etonner de la
conclusion depourvue de toute ambigu'ite qui figure au journat
officiet du 13 decembre: «La Commission de regulation de
(' energie formule un avis defavorable au projet d'arrete fixant
les conditions d'achat de I'electricite produite par les installa-
tions utilisant I' energie mecanique du vent. ».
On se demande parfois a quoi servent les commissions. En
('occurrence, la reponse est claire: a rien. Le meme journat offi-
ciet publie en effet, strictement inchange, ('arrete sur lequel la
Commission de regulation de (' energie a emis un avis totale-
ment negatif. Tout au plus peut-on noter que les ministres qui
ont pris la decision de maintenir Ie tarif de rachat de (' electri-
cite au niveau qui est Ie sien ne devaient pas etre tres fiers
d' eux. lis n' ont pas en effet voulu associer leur nom a un texte
aussi scandaleux, et ont fait signer a leur place par delegation
des fonctionnaires au patronyme strictement inconnu du grand
public.
229
CO 2 un my the planetaire
II n'empeche, Ie mal est fait. Ce n'est pourtant pas que de mul-
tiples voix ne se soient elevees pour mettre en garde les res-
ponsables et denoncer les aberrations qui caracterisent dans
notre pays Ie dossier des eoliennes.
Personnellement, j'avais consacre a celles-ci un chapitre de
mon precedent Iivre 1 , montrant notamment que, plus eUes se
developperaient, plus iI faudrait multiplier les centrales ther-
miques a gaz ou a charbon pour compenser les variations bru-
tales et imprevisibles de leur production. J'avais aussi souligne
combien les eoliennes etaient inadaptees pour faire face aux
besoins des periodes de pointe, contrairement a ce qu'affir-
ment leurs promoteurs. La grande vague de froid du debut
2009, consecutive comme souvent en pareil cas a la presence
d'un anticyclone au-dessus de notre pays, en a apporte a nou-
veau la preuve: elle a ete caracterisee par une absence totale
de vent. Au moment OU on en aurait eu Ie plus besoin, les
eoliennes n' ont rien produit !
Pour sa part, une federation nationale, la Federation de I' envi-
ronnement durable (FED), regroupant I'essentiel des opposants
locaux aux projets eoliens a vu Ie jour sous I'impulsion d'un pre-
sident au dynamisme remarquable, Jean-Louis Butre. Celui-ci a
publie un livre etonnant qui merite d' etre lu 2 , ou iI decrit et
denonce les methodes de toute nature auxquelles ont recours
les promoteurs des eoliennes pour convaincre les elus locaux,
1. {cologie, la Grande Arnaque,. editions Albin Michel.
2, L'lmposture. Pourquoi feolien est un danger pour la France, editions du Toucan.
230
La decroissance verte
avec la complicite de services administratifs. Curieuse epoque
ou ce sont des benevoles du secteur prive qui doivent defendre
I'interet general contre des fonctionnaires qui sont payes pour
Ie faire.
II faut citer aussi un excellent rapport sur Ie sujet d'un jeune
Ingenieur des Mines, Vincent Le Biez, pour Ie compte de I'lnsti-
tut Montaigne et a I'instigation de son createur Claude Bebear,
qui aboutit rigoureusement au meme chiffrage du cout du pro-
gramme eolien que la Commission de regulation de I' energie.
Le Parlement a egalement pris conscience de la gravite de la
situation. Conscient que les zones de developpement de
I'eolien (ZDE) avaient ete detournees de leur vocation en etant
multipliees sans contra Ie et que la volonte des elus nationaux
avait ete en I' occurrence bafouee, Ie president de la Commis-
sion des affaires economiques de I' Assemblee, Patrick Oilier, a
fait introduire dans I'article 17 de la premiere loi issue du Gre-
neUe de I'environnement un amendement rendant obligatoire
I'etablissement dans un delai d'un an de schemas regionaux qui
determineront «tes zones dans tesquettes tes pares eotiens
seront preferentiettement construits ». Mais iI faudra done
attendre au moins un an pour I'etablissement de ces schemas,
delai pendant lequel les implantations anarchiques se poursui-
vront. C'est pourquoi Patrick Oilier a egalement demande, sans
aucun succes a ce jour, que soit decrete un moratoire jusqu'a
leur publication.
Enfin et surtout, I'ancien president de la Republique, Valery Gis-
card d'Estaing, est sorti de son silence, ce qu'iI ne fait que tres
231
CO 2 un my the planetaire
rarement. Dans une correspondance adressee au president de la
Federation de I'environnement durable (op. cit.) iI a denonce
Ie «scandate financier et environnementat des eotiennes », Ie
« manque d'honnetete de toutes tes demonstrations officiettes
de promotion des energies renouvetabtes» ainsi qu'« un gas-
pittage inacceptabte des fonds pubtics et un business souvent
douteux ».
S'iI s' est ainsi engage, ('ancien president de la Republique ne
cache pas que c'est avant tout parce qu'il estime que nous
n'avons pas Ie droit de saccager les paysages de notre pays et
Ie patrimoine que nous ont laisse nos ancetres et qui constitue-
ront dans quelques decennies notre principal atout dans la
competition mondiale. La France n'est-elle pas encore aux yeux
du monde « the beautifut country» -, pour combien de temps
encore ?
Car, com me en a apporte la preuve Ie journat officiet du
13 decembre, tous ces efforts n' ont servi a rien face aux pres-
sions des ecologistes. Prisonniers de leur ideologie, ceux-ci se
rendent-ils compte qu'ils defigurent notre pays qu'Hs affirment
vouloir preserver et qu'ils font la fortune de promoteurs
depourvus de scrupules ? Comment, par exemple, un person-
nage public tel que Yann Arthus-Bertrand qui gagne sa vie en
vendant des photos des plus beaux paysages du monde, peut-H
etre un ardent defenseur des eoliennes qui sont Ie meilleur
moyen de les saccager ? Y-a-t-il d'ailleurs une seule de ses pri-
ses de vues OU figure une eolienne ?
232
La decroissance verte
Le plus navrant de cette histoire enfin, c'est que tout Ie monde
est au courant. Au sein me me du gouvernement, et en com-
menc;ant par Ie plus haut niveau de l'Etat, il n'est pas un seul
ministre qui ne declare en prive a qui veut l' entendre que les
eoliennes sont une aberration, quand ce ne n' est pas un vocable
beaucoup plus cru qui est employe, et qu'elles sont ruineuses
pour notre pays. Mais tous ajoutent qu'i Is ne peuvent fai re
autrement que de perseverer. Ou tout au moins Ie croient-ils.
T elle est aujourd'hui la force du terrorisme intellectuel ecolo-
gique.
L' electricite solaire
Dans I'imaginaire collectif, l' energie solaire partage avec l' ener-
gie eolienne une caracteristique commune. Toutes deux sont
gratuites puisque fournies par la nature.
Rien n' est malheureusement plus faux, et I' electricite d' origine
solaire est au contraire d'un cout de revient astronomique dans
I' etat actuel de la technique. Pour qu' elle se developpe dans
notre pays, alors que no us n'en avons aucun besoin puisque nous
sommes deja en excedent massif d'electricite, iI a fallu mettre en
place un incroyable ensemble d'incitations financieres.
Le particulier qui veut equiper sa maison de panneaux photo-
volta"iques pour fabriquer sa propre electricite beneficie tout
d'abord d'un credit d'impot representant 50 % des frais de
233
CO 2 un my the planetaire
materiel necessaires a l'installation. De plus, comme c' est Ie cas
pour l' electricite d' origine eolienne ou hydraulique, EDF est
obtige de tui acheter Ie courant produit, mais cette fois-ci a un
tarif de 55 centimes d' euro Ie kilowattheure s'il s'agit d'une ins-
tallation integree a son batiment, et de 30 centimes si ce n' est
pas I e cas.
Pour comprendre -l'aberration d'une telle situation, Ie rappel de
quelques ordres de grandeur s'impose. Le cout de revient mar-
ginal du kilowattheure produit par une centrale nucleaire amor-
tie est de 0,7 centime par kilowattheure. Le cout moyen de
fabrication de l' electricite par EDF, toutes sources confondues,
est de l'ordre de 5 centimes par kilowattheure. Le cout d'achat
obligatoire de I' electricite d' origine eolienne atteint com me on
l'a vu 8,5 centimes par kilowattheure. Sans meme tenir compte
du credit d'impot dont beneficie celui qui decide d' equiper sa
maison de panneaux solaires et des frais de raccordement que
doit integralement supporter EDF, cet heureux proprietaire
peut done revendre son surplus d' electricite a EDF quatre-vingt
fois ce que coate 0 t'entreprise t'etectricite nucteaire provenant
d'une centrate etectrique nucteaire amort ie, et meme plus de
six fois ce que lui coute Ie courant d' origine eolienne qu' elle est
obligee d'acheter a un tarif deja injustifie 1
Devant une telle invraisemblance, on serait tente de croire que
Ie lobby des panneaux photovolta'iques a ete encore plus effi-
cace que celui des eoliennes si l' on ne savait qu'ils relevent
tous les deux du meme syndicat des energies renouvelables
qui a pris Ie pouvoir dans notre pays dans ce domaine et
234
La decroissance verte
dicte desormais sa loi aux administrations supposees excercer
leur tutelle sur lui. Ce sont d'ailleurs parfois les memes indivi-
dus qui s'impliquent dans l' eolien et dans Ie solaire. C' est ainsi
que la meme personne, M. Mouratoglou, apres avoir amasse
dans l'eolien une fortune personnelle de 683 millions d'euros au
detriment des consommateurs franc;ais et etrangers, est desor-
mais un ardent propagandiste du developpement de l'electri-
cite solaire pour laquelle il milite au nom de l' entreprise « EDF
Energies nouvelles» dont it est devenu de surcroit Ie president-
directeur general et possede 25 % du capital ! Peut-etre l'inte-
resse espere-t-il renouveler avec les panneaux photovoltaIques
l' operation qui lui a si bien reussi avec les eoliennes. Les ambi-
tions affichees sont en tout cas a la hauteur des profits
escomptes, et les chiffres ont toute raison de faire fremir Ie
consommateur d' electricite s'j( pense a l' evolution a venir de
ses factures. Alors qu'a la fin de 2007, la puissance de pointe du
parc solaire franc;ais ne depassait pas 73 megawatts, elle a
atteint 170 a la fin de 2008.
Or « EDF Energie Nouvelle », parlant desormais au nom d'EDF,
c' est-a-dire de ce que les Franc;ais croient etre un service public
et qui se com porte comme une entreprise privee cherchant a
maximiser ses gains, fait etat de grandes ambitions. EDF Energies
nouvelles a annonce Ie 29 aout 2008 une augmentation de
capital de 500 millions d'euros et declare avec fierte que son
portefeuille de projets solaires s' elevait deja a plus de
1 500 megawatts, soit la moitie des objectifs du Grenelle de
l'environnement chiffres a 3 000 megawatts a moyen terme et
a 5 400 pour 2020. si ceux-ci etaient par malheur atteints, Ie
surcout supplementaire pour Ie consommateur avoisinerait a
235
CO 2 un my the planetaire
nouveau 3 milliards d'euros par an, puisque Ie cout de revient
de l' electricite photovolta'ique produite avec les technologies
actuelles est sans commune mesure avec celui du courant qui
emane des autres sources d'approvisionnement, et que les som-
mes versees aux producteurs Ie sont pratiquement en pure
perte.
Peut-etre un jour les choses seront-elles differentes si les
recherches visant a mettre au point des panneaux ou des reve-
tements photovolta'iques economiques debouchent, et il faut
evidemment Ie souhaiter. Mais les technologies qui sont
aujourd'hui disponibles sont d'un cout disproportionne a leur
interet et ne devraient en aucun cas beneficier de I'arsenal
d'aides que leurs promoteurs ont reussi a extorquer aux pou-
voirs publics. Comme l'a recemment titre un quotidien natio-
nal : « Le climat est au beau fixe pour l' electricite solaire. »
Jamais sans doute la citation d'Henry Hazlitt qui figure en exer-
gue de ce chapitre n' a-t-elle ete autant appropriee. Oui, ce sont
bien les lobbies, ecologiques et industriels, qui ont pris Ie pou-
voir dans notre pays et reussi a forger I' opinion a tel point qu'ils
dictent leurs choix aux responsables politiques qui croient avoir
Ie pouvoir de decision, et qui ne I' ont plus.
Les eoliennes et les panneaux photovolta'iques ne constituent
malheureusement pas des cas isoles. Au nom de la sauvegarde
de la planete, les gaspillages d'argent public sont innombrables
ailleurs, comme en temoigne Ie secteur des transports OU les
choses sont pires encore s'il est possible.
236
La decroissance verte
Les transports,
desastre meconnu
Quelques chiffres sont necessaires pour illustrer l'ampleur du
desastre financier national meconnu, pour ne pas dire du desas-
tre tout court, qui est celui du secteur des transports ferres et
publics dans notre pays.
Chaque annee, les Franc;ais consacrent en tant qu'usagers
240 milliards d'euros a leurs propres deplacements et au trans-
port des marchand ises necessai res au fonctionnement de l' eco-
nomie. Sur cette somme, 213 milliards vont au transport routier,
c' est-a-dire aux voitures et aux camions, 17,5 milliards au trans-
port aerien, 9 milliards au transport ferroviaire, 2 milliards aux
transports urbains et 0,5 milliard a la voie d'eau 1 .
Ces chiffres qui refletent l'importance des services rendus a la
collectivite par chacun des modes peuvent surprendre, mais ils
sont corrobores par les donnees physiques. C' est ainsi que 83 %
des kilometres parcourus dans notre pays Ie sont en automo-
bile contre 8 % par les chemins de fer. Pour les marchandises, la
disproportion est plus grande encore. Les wagons de marchan-
dises parcourent chaque annee 2 milliards de kilometres contre
35 milliards pour les poids lourds et 93 pour les camionnettes,
sans parler de plus de 400 milliards pour les voitures 2 . Quand
on sait que la charge moyenne d'un wagon est voisine de celie
1. Source: Rapport sur les infrastructures de transport du ConseH d'analyse economi-
que au pres du Premier ministre (M Didier et R Prud'homme).
2, Source: Compte des transports de la Nation,
237
CO 2 un my the planetaire
d'un poids lourd, il faut ouvrir les yeux. Les chemins de fer repon-
dent gtobatement 0 moins de 5 % des besoins de transport terres-
tre du pays, et ta route 0 I'essentiet du reste.
Le comportement des pouvoirs publics a regard des transports
ferres n' en est que plus incomprehensible puisque ceux-ci
beneficient, au nom notamment de leur contribution supposee
a la sauvegarde de la planete, de plus d'argent public que nos
universites 1
Les depenses consenties par notre pays en faveur des chemins de
fer s'elevent en effet chaque annee a plus de 21 milliards d'euros,
alors que les recettes provenant des usagers, c' est-a-dire Ie chiffre
d'affaires de l'activite, n'excedent pas 9 milliards et demi.
La difference est de 12 milliards, dont les charges de retraite
n' expliquent qu'une part mineure. Le deficit est done abyssal.
Mais cette situation est totalement meconnue du grand public
puisque les autorites nationales n' en parlent pas et que la sNCF
affiche chaque an nee, du fait d' artifices comptables, des
« benefices» imaginaires car elle integre dans ses recettes les
multiples subventions dont sont abreuves les chemins de fer.
Un deficit de plus de 12 milliards est ainsi transforme en bene-
fice, ce qui manifeste un complet mepris des citoyens, de la
part des pouvoirs publics dont rune des missions fondamenta-
les est de faire connaitre I'usage de I'argent public.
Cette situation aberrante et qui n'est nullement ineluctable
s' explique notamment par la puissance du groupe de pression
238
La decroissance verte
que constituent les centaines de milliers de personnes qui vivent
de cette manne et qui ont reussi a imposer a I'opinion et aux
decideurs une vision des choses deconnectee des faits. Elle
s' expUque aussi par I'inexistence de toute force de pression qui
agirait en sens contraire, les pouvoirs publics ne rempUssant pas
Ie role de contre-pouvoir qui devrait etre Ie leur (cf. tableau n° 2).
Pour comprendre comment iI a ete possible d'aboutir a la
situation decrite ci-dessus, iI faut savoir que les gouverne-
ments successifs ont toujours cache la realite a r opinion.
Peut-etre pensaient-ils pouvoir ameliorer les choses en pro-
cedant a des reformes discretes pour ne pas heurter les syndi-
cats, mais Ie resultat s' est situe a I' oppose du but poursuivi
puisque Ie cout des transports ferres et publics pour les finances
publ iques n' a cesse de s' accroitre an nee apres an nee. A titre
d' exemple, on peut noter que I' attribution aux regions de la res-
ponsabilite des TER s'est traduite par un accroissement massif du
cout de ces derniers pour les finances pubUques, les depenses
supplementaires consenties par celles-ci s'ajoutant aux dotations
qu' elles rec;oivent de I'Etat. La creation de Reseau ferre de France
(RFF), I' etablissement proprietaire du reseau et cense recevoir un
loyer de la SNCF alors qu'j( la subventionne, a egalement abouti
a un resultat particulierement negatif en masquant la veritable
situation des comptes et permettant ainsi I'accroissement des
depenses.
239
CO 2 un my the planetaire
TABLEAU 2
TRANPORTS FERRES ET PUBLICS
Rapports des forces en presence
Poussent a l' accroissemerit
des depenses publiques
Cherchent a frei ner
l' accroissement
des depenses publiques
SNCF
RATP
RFF
Union des
transports publics
de province
,
plus de 400 000
emplois qui vi vent
aux deux tiers de
subventions
publiques
Federation de l'industrie ferroviaire
Federation nationale des travaux publics
Syndicats de cheminots
Parti communiste
Parti socialiste
Mouvements et partis ecologistes
UMP
Consei ls regionaux
Elus locaux
GART (Groupement des autorites
responsables des transports)
AFITF (Agence de financement des
infrastructures de transports de France)
Ministere de l'Ecologie, de I'Energie, du
Developpement durable et de l' Amenage-
ment du territoire (ADEME, Mission inter-
ministerielle de l' effet de serre...),
Consei l economique et social
Commission europeenne...
?
.
240
La decroissance verte
Quant aux transports publics urbains, leur bilan financier est
tout aussi catastrophique. Au niveau national, les depenses
annuelles en leur faveur - exploitation et investissements-
depassent 10 milliards d' euros (banlieue sNCF exclue), alors que
les recettes perc;ues directement aupres des usagers ne sont
guere superieures a deux, la difference etant comblee par des
prelevements fiscaux ou parafiscaux tels que Ie versement
transport (VT). Un taux de subvention de 75 % n'existe nulle
part ailleurs, et est d'autant plus excess if que la majorite des
usagers des transports publics ne releve pas des categories
sociales defavorisees, contrairement a I' opinion courante. Mais
I'idee que les transports en commun concourent a la sauve-
garde de la planete balaie aujourd'hui toute eventuelle remise
en cause.
Cette situation, qui conduit a I'accroissement indefini des depen-
ses, n' est pas Ie fait du hasard. Elle s' explique par I' omnipresence
d'un certain nombre d'idees rec;ues qui regnent sans partage. Cinq
de celles-ci, sans doute partagees par la grande majorite des lec-
teurs de cet ouvrage, seront citees ici car elles montrent
I'ampleur de la desinformation regnante et constituent autant
d'obstacles a la reduction des depenses publiques qui est pour-
tant une priorite majeure et affichee des annees a venir.
Le recours aux transports ferres et publics constituerait
10 solution 10 plus economique
pour 10 collectivite
Cette croyance est profondement ancree. Elle est entretenue par
I'affichage par la sNCF de benefices qui ne sont que comptables. La
241
CO 2 un my the planetaire
verite, c'est que dans les conditions geographiques de I'Europe et
de notre pays, la solution la plus economique pour la collectivite
est Ie plus souvent Ie recours au transport routier, comme en
temoigne Ie fait que celui-ci est librement choisi par les individus
et les entreprises pour repondre a la tres grande majorite des
besoins. II est de surcroit largement beneficiaire pour les finances
publiques, ce qui est un indice clair des services qu'iI rend a la col-
lectivite, alors que les transports ferres et publics lui coutent tres
cher.
Bien entendu, ce constat n' enleve rien a ['interet des TGV ou des
chemins de fer de banlieue, ni a celui des transports urbains pour
les centres-vi lies. Mais iI s'agit la de « niches» minoritaires au sein
du panorama d' ensemble des transports du pays, qui reposent
avant tout sur la route comme partout ailleurs dans Ie monde
developpe.
Les transports Ferres et publics occuperaient
une place centrale dons notre systeme notional
de transport
De nombreux sondages (realises notamment par l'institut Ipsos)
montrent que les Franc;ais urestiment dans des proportions
considerables la place des transports ferres et publics au sein
de notre systeme de transport et leur attribuent un role voisin
de celui des transports routiers, contrairement a to ute realite.
lis estiment ainsi que les chemins de fer repondent dans ['ensemble
a 40 % de nos besoins de transport, alors que la veritable propor-
tion est inferieure a 5 %. lis pensent de meme que les transports
242
La decro;ssance verte
publics assurent 43 % de nos transports urbains alors que la rea lite
avoisine 10 % en moyenne nationale et est inferieure a 30 % dans
I'lie-de-France elle-meme. lis estiment meme que 36 % des habi-
tants de province de plus de 25 ans sont des usagers reguliers des
TER, alors que la proportion exacte est de 1 % 1 1 Autrement dit, ils
n' ont aucune idee de la realite de notre systeme de transport.
II serait possible de soulager la circulation routiere
en developpant les transports Ferres et publics
Cette opinion est partagee par la quasi-totalite des Franc;ais.
93 % de nos compatriotes pensent ainsi qu'iI serait possible de
soulager Ie trafic routier en developpant Ie fret ferroviaire, alors
qu'iI s'agit la d'une impossibilite physique. Les marches ne sont
pas les memes et les ordres de grandeur ne Ie permettent pas.
Meme si Ie fret ferroviaire doublait, ce qui est une hypothese
d' ecole puisqu'iI ne cesse de decroitre, iI n' en resulterait aucun
impact visible sur la circulation routiere, compte tenu des par-
cours effectues qui ne depassent pas 2 milliards de kilometres
annuels pour les wagons de chemin de fer face a une circula-
tion routiere de plus de 500 milliards de kilometres, tous vehi-
cules confondus.
Le phenomene est Ie meme pour les transports urbains. La tres
grande majorite des deplacements assures par ('automobile se
situe dans des zones peu denses, alors que les transports publics
ne sont efficaces que dans celles de forte densite, et que de mul-
tiples etudes ont montre que les possibilites de substitution des
1. Sondages FFAC/lpsos.
243
CO 2 un my the planetaire
transports publics a I'automobile etaient en consequence margi-
nales queUes que soient les sommes depensees. Ainsi, seuls 2 %
des usagers du recent tramway parisien sont d'anciens automobi-
listes.
Les transports Ferres et publics seraient
plus « sociaux » que les transports individuels
Une teUe maniere de voir les choses etait exacte iI y a quelques
decennies quand la possession d'une voiture etait ('apanage
d'une minorite privilegiee. Mais la democratisation de l'automo-
bi Ie a change Ie cours des choses. 91 % des Franc;ais declarent
en avoir facilement une a leur disposition quand ils ont a s
deplacer 1 , les exceptions etant surtout Ie fait de jeunes qui
n'ont pas encore leur permis de conduire, de certaines person-
nes agees, ou d'habitants privilegies des centres-vi lies. L'auto-
mobile est devenue Ie mode de transport social de notre
epoque puisqu'elle assure, sauf dans les centres des grandes
villes, 90 % des deplacements motorises de la vie quoti-
dienne.
Pour sa part, selon les donnees de la SNCF eUe-meme, Ie TGV
est surtout frequente par les membres des classes aisees, les
ressortissants des categories sociales modestes recourant a la
voiture lorsqu'ils ont a se deplacer, car un vehicule leur est Ie
plus souvent necessaire apres un trajet en train et ils n' ont pas
('argent necessaire pour en louer un.
1. Sondage Ipsos,
244
La decroissance verte
Les transports ferres et publics
seraient plus favorables iJ I'environnement
que les autres modes de transport
La contribution supposee des transports ferres et publics a la
defense de I'environnement est devenue I'argument majeur en
leur faveur. II ne resiste pourtant pas a I' analyse. 5' agissant des
polluants locaux (oxydes d'azote, plomb, monoxyde de car-
bone, benzene, particules meme...), les progres techniques per-
mis par I'irruption de I'electronique dans les moteurs ont ete
tellement rapides que les emissions unitaires des vehicules rou-
tiers ont ete divisees depuis vingt ans par des facteurs variant
de 10 a 1 000 ou plus selon les produits. Contrairement a une
opinion presque unanime, les releves d'organismes tels que AIR-
PARIF montrent que I'air que nous respirons dans nos grandes
viUes est en consequence plus pur qu'il ne I'a jamais ete depuis
Ie ,XIX e siecle, et les fac;ades de nos monuments restent desor-
mais claires lorsqu' elles sont ravalees.
S'agissant de I'eventuel impact sur I'effet de serre, Ie premier cha-
pitre de cet ouvrage a montre I'inanite de nos efforts. Les hydro-
carbures contenus dans Ie sous-sol du globe seront de toute
maniere utilises, et ce que nous pouvons faire a tres grand prix
pour en limiter eventuellement I'usage ne sert a rien de ce point
de vue, dans Ie secteur des transports com me dans les autres.
Meme si elle peut choquer, iI faut admettre la realite: Ie
recours aux transports ferres et publics n' a au total aucun
impact particulierement favorable a I' environnement, qu'iI soit
local ou planetaire, alors que c'est devenu la I'argument omni-
245
CO 2 un my the planetaire
present mis en avant pour justifier un accroissement sans limite
des depenses en leur faveur.
*
* *
Les cinq idees fausses qui viennent d' etre decrites ne sont pas les
seules. Si eUes sont partagees par la quasi-totalite de nos compa-
triotes, c' est qu' eUes sont entretenues par des groupes de pression
A _. . , '" . ,.... ;
extremement pUlssants qUI n ont rencontre Jusqu a present aucune
opposition dans leur CEuvre de desinformation. Bien au contraire,
les gouvernements successifs ont abonde dans leur sens et conti-
nuent de Ie faire comme Ie montrent toutes les declarations offi-
cieUes, quel que soit Ie bord politique de leurs auteurs.
Tant qu'il en sera ainsi, toute tentative de limitation de la
charge pour nos finances publiques se heurtera a de tres fortes
oppositions de la part des forces en place, et a ('incomprehen-
sion de ('opinion. Pour eviter que ('argent public continue a etre
gaspille, un prealable est done necessaire. Face aux forces de la
desinformation, il faudrait faire connaitre une verite qui se situe
a I' oppose des idees rec;ues, et qui repose sur quelques consta-;
tations simples :
- tes chemins de fer sont en deficit massif et non en benefice;
- bien qu'its repondent 0 moins de 5 % de nos besoins natio-
naux de transport, its reoivent ptus d'argent pub tic que nos uni-
versites ;
- dans ta ptupart des cas, tes transports routiers ou aeriens sont
ptus economiques pour ta cottectivite que tes transports ferro-
246
La decroissance verte
viaires; tes camions constituent notamment I'un des supports
incontournabtes des economies modernes;
- tes TER ne transportent de maniere regutiere que 1 % des habi-
tants de province et circutent te ptus souvent 0 vide ou presque,
ators qu'its constituent tun des premiers postes de depense des
rgions ;
- it est physiquement impossibte de soutager ta circutation routiere
en devetoppant tes transports ferres et pubtics car tes marches sont
differents et it ne s'agit pas de vases communicants;
- tes deux marches pertinents des chemins de fer sont tes grandes
tignes 0 fort debit et tes trains de bantieue dont t'interet est evident,
mais tes TER et te fret ferroviaire ne jouent ptus quun rote marginat
au sein du paysage nationat des transports sans espoir de retour
significatif;
- te totat de ta charge des transports ferres et pubtics pour tes
finances pubtiques est de I'ordre de 20 mittiards d'euros par an,
montant tres superieur au deficit de ta securite sociate, et it n'y
a pas to de fatatite comme I'ont montre d'autres pays;
- s'agissant enfin de ta tutte contre tes emissions de gaz 0 effet
de serre, depenser I'argent public en faveur des transports ferres
et pubtics ne peut avoir aucun impact.
Pour chacune des affirmations enoncees ci-dessus, iI s'agirait
seulement de faire connaitre la verite. Mais leur simple enume-
ration montre I'ampleur de la tache a accomplir tant elles se
situent a I'oppose de la desinformation dont sont chaque jour
victimes nos compatriotes.
La question qui se pose done est de savoir si, sur un dossier
essentiel du fait de son ampleur pour I' equilibre de nos finances
247
CO 2 un my the planetaire
publiques, les Franc;ais ont droit a la verite, ou si les pouvoirs
publics doivent continuer, au nom notamment de la defense de
la planete, ales abreuver d'informations qu'il faut bien qualifier
de mensongeres, auquel cas les depenses continueront ineluc-
tablement a s'accroitre et les discours sur Ie retour a I'equilibre
de nos finances ne resteront que des discours comme c'est
aujourd'hui Ie cas.
Pour I'instant, on est loin d'une operation verite et la politique
des pouvoirs publics cherche au contraire depuis des decennies
a s' opposer sans succes aux choix des Franc;ais et des entrepri-
seSe Ceux-ci plebiscitent I' automobile et Ie camion pour des rai-
sons logiques. L'automobile qui assure plus de 80 % des
deplacements nationaux de personnes permet de gagner en
moyenne 20 minutes par trajet (40 pour un aller-retour), et Ie
camion qi assure 97 % des transports de marchandises dessert
Ie territoire national et me me europeen en quelques heures
alors que les delais avoisinent en moyenne deux semaines pour
Ie chemin de fer, trajets terminaux inclus.
L'automobile et Ie camion, dont les inconvenients diminuent de
surcroit annee apres annee, sont ainsi des facteurs fondamen-
taux de I'efficacite des economies modernes, ce qu'ont compris
des pays en voie de developpement tels que la Chine et I'lnde.
Le nouveau port de ShanghaI, Yangshair, desormais Ie premier
du monde, est ainsi desservi par la route a I' exclusion de la voie
ferree. Dans notre pays, ce sont les usagers qui choisissent, et
leur choix ne changera pas car les vehicules routiers sont dans
la majorite des cas plus performants que leurs concurrents.
248
La decroissance verte
La situation actuelle des transports ferres est d' autant plus
regrettable que d'autres pays ont montre que des solutions
existaient pour mettre fin a ce qu'il faut bien appeler la gabegie
des deniers publics. Ces remedes sont decrits en detail dans
deux livres recents consacres au sujet 1 , et ne seront done men-
tionnes ici que rapidement.
Rien ne sera possible tant que la sNCF ne se sera pas recentree
sur ses deux activites qui ne pretent pas a discussion: les gran-
des lignes et la banlieue des grandes villes, et qu' elle continuera
a consacrer la moitie de ses effectifs aux trains regionaux et au
fret qui ne jouent plus qu'un role marginal et ruineux dans notre
systeme national de transport.
Le transfert sur route des TER
Les Transports Express Regionaux (TER) figurent au premier ou
au deuxieme rang des depenses inscrites au budget des regions,
pour un total de l'ordre de 4 milliards d'euros sans doute
appele a augmenter encore du fait d'une meilleure evaluation
de la redevance d'infrastructure due a RFF.
Or des sondages recents (Ipsos 2006) ont mis en evidence que
seuls 1 % des habitants de province de plus de 25 ans sont des
usagers reguliers des TER (au moins une fois par semaine), et
que 97 % ne les utilisent jamais ou presque I Ces proportions
1. 5NCF et Transports Publics, les Danseuses de la Republique, C, Gerondeau, L'harmat-
tan,
[cologie, la Grande Arnaque, C. Gerondeau, editions Albin Michel.
249
CO 2 un my the planetaire
peuvent surprendre mais elles sont coherentes avec les statisti-
ques de la SNCF qui recensent moins de 800 000 trajets par
jour pour l'ensemble des TER en regard des 50 millions d'habi-
tants de la province, soit guere plus que Ie trafic d'une ou deux
lignes de metro parisien.
La plupart des lignes de TER ont un trafic si faible qu'iI est mani-
festement du ressort de l'autocar et non du train. A I'exception
des lignes de banlieue de quelques grandes metropoles de pro-
vince qui ne sont pas en cause, les magnifiques trains neufs de
centaines de places commandes par les regions circulent Ie plus
souvent quasiment a vide, alors qu'il faut maintenir en service
pour eux plus de 2 000 gares et points d' arret, ainsi que
15 000 kilometres de voies au trafic derisoire.
Cette situation tient d'abord a une cause meconnue : depuis un
decret-Ioi de 1934 toujours reconduit, la libre creation de lignes
d'autocar est interdite en France «pour proteger te monopote
du chemin de fer », ce qui conduit l'opinion publique a confon-
dre chemin de fer et service public des transports. C' est notam-
ment pour cette raison que nos autoroutes ne sont pas
parcourues de lignes regulieres d'autocar comme c'est Ie cas
partout a l' etranger OU elles procurent a des tarifs tres faibles
des possibilites de deplacement inconnues dans notre pays et
accessible aux plus modestes.
La premiere etape necessaire pour mettre fin a I'hemorragie
annuelle de pres de 4 milliards d'euros imputable aux TER est done
claire. II suffirait d'un simple article de loi rendant libre la creation
250
La decroissance verte
de lignes regulieres d' autocars, mettant ainsi fin a une aberration
anachronique d' autant plus saugrenue que la creation de lignes
aeriennes est quant a elle entierement libre dans notre pays I
Mais on attend toujours Ie gouvernement qui aura Ie courage
de faire voter cet article de loi malgre I' opposition des syndi-
cats de cheminots... Pourtant, consacrer pres de 4 milliards
d' euros a transporter 1 % des habitants constitue un defi au bon
sens et une provocation a regard des contribuables.
Des economies se chiffrant en milliards d'euros sont done facile-
ment possibles. Recentree sur ses deux seuls veritables marches -
les grandes lignes et la banlieue des grandes villes -, la sNCF pour-
rait devenir rentable apres avoir ferme la moitie des lignes existan-
tes, et divise ses effectifs par deux. Mais il est vrai que cette
incontestable realite ne va guere dans Ie sens du vent actuel, puis-
que Ie Grenelle de I'environnement vient de reaffirmer au
contraire, sous la pression conjuguee des ecologistes et du lobby
ferroviaire, qu'il fallait arreter d'ameliorer Ie reseau routier qui
assure 95 % de nos transports, et donner partout la priorite au che-
min de fer a coups de dizaines de milliards d'euros de depenses
publiques supplementaires, afin de « sauver la planete ».
Le cout du Grenelle
de l'environnement
Les eoliennes, Ie solaire et les transports ne constituent pas des cas
isoles. Si elles sont mises en CEuvre, les mesures issues du Grenelle
251
CO 2 un my the planetaire
de I'environnement constitueront au total un handicap irremedia-
ble pour I' economie nationale au cours des decennies a venire Elles
ponctionneront Ie pouvoir d'achat des Franc;ais dans une propor-
tion insoupc;onnee et rendront impossible tout retour a I' equilibre
de nos finances publiques. Le tout est d'autant plus deplorable que
ces depenses, dont I' essentiel est presente comme devant contri-
buer a « sauver la planete », ne serviront a rien de ce point de vue
pour deux motifs au moins.
Le premier, d' ordre general, a fait I' objet du premier chapitre de ce
livre: quoi qu' on fasse, I'humanite aura recours aux sources d' ener-
gie que recele Ie sous-sol du globe et qui sont indispensables a son
developpement. Le petrole, Ie gaz naturel et Ie charbon que les
Franc;ais ne consommeront pas Ie sera par d'autres et Ie bHan res-
tera strictement inchange pour la planete en termes d'emissions de
gaz a effet de serre et a fortiori d' eventuel impact sur Ie climat.
II s'y ajoute, si necessaire, un second motif specifique a notre
pays. Nous sommes Ie bon eleve parmi les nations develop-
pees. Chaque Franc;ais n'emet en moyenne que 6 tonnes de gaz
carbonique par an, contre 10 pour les autres Europeens et 20
pour les Americains. Cette performance remarquable et trop
souvent passee sous silence est essentiellement imputable a
I'existence de notre pare de centrales nucleaires qui nous per-
met, contrairement aux autres, de produire la tres grande majo-
rite de notre electricite sans rejets de gaz a effet de serre. Elle
est due aussi au fait que les Franc;ais possedent plutot des voi-
tures de cylindree modeste et done faibles consommatrices, qui
sont une specialite de nos constructeurs nationaux. II n' en est
que plus etonnant d'entendre dire que nous devrions appliquer
les mesures preconisees par Ie GreneUe de I'environnement pour
252
La decroissance verte
« donner I' exemple ». Cet exemple, nous Ie donnons deja de fort
belle maniere au reste de la planete, sans que cela ait d' ail leurs la
moindre influence significative puisque les centrales a charbon
continuent a etre construites par ailleurs par centaines, y compris
par nos proches voisins dont certains, tels r Allemagne, sont tou-
jours prets a donner des lec;ons a qui veut les entendre et a se
decerner a eux-memes des labels d' excellence ecologiste alors
qu'ils sont des pollueurs massifs.
En tout etat de cause, s'agissant du phenomene de I'effet de serre
a regard duquel personne ne peut rien sauf a arreter Ie develop-
pement de la planete, nos depenses sont evidemment sans utilite
aucune alors que les besoins sont si considerables ai lIeurs. L' etat
de nos prisons est une honte nationale; nos universites crient
misere ; des millions de Franc;ais n' ont pas de ressources decentes
pour vivre. Mais it n'y a pas de lobby pour les defendre.
II n' existe en definitive aucune raison valable pour gaspiller
notre argent dans ('illusion que nous pourrions influer sur Ie
sort du globe. C'est pourtant ce que nous faisons deja sur une
echelle insoupc;onnee, et ce que nous ferons encore plus
demain si rien ne change. II est revenu a I'un de nos meilleurs
economistes, Ie professeur Remy Prud'homme, de dresser
I'inventaire des depenses requises par ('application du Grenelle
de I' environnement et que recapitule Ie tableau ci-apres qui dis-
tingue I'impact sur les finances publiques et celui sur Ie pouvoir
d'achat. Les chiffres sont tout simplement atterrants, puisqu'ils
s'elevent respectivement a plus de 20 et 40 milliards d'euros
par an, qui s'ajouteront aux 20 milliards deja consacres aux
transports ferres et publics.
253
CO 2 un my the planetaire
TABLEAU 3
GRENELLE DE L1ENVIRONNEMENT
(out annuel de dix mesures en termes d'accroissement
de la depense publique et de perte de pouvoir d'achat
(2020, en milliards d' euros)
Accroissement
de la depense
publique
Perte de pouvoir
d' achat
Bitiments :
Normes plus severes
(construction neuve)
Renovation batiments publics
Renovation logements sociaux
Renovation logements prives
Renovation du domaine bati
tertiaire et commercial
2,00
3,50
1,00
2,50
2,00
3,50
4,00
11,30
Transports:
Nouvelles lignes TGV
Canal Seine-Nord
Nouvelles lignes ferroviaires fret
Nouveaux metros et trams
Taxe kilometrique
sur les poids lourds
Energie :
Eolien
Photovoltaique
Biocarburants
5,75
0,33
0,75
5,00
1,20
5,75
0,33
0,75
5,00
1,60
Total (arrondi)
Source : Professeur Remy Prud'homme
- 3,00
- 3,00
1,00 1,00
20,50 44,00
II ne faudrait pas croire que ces chiffrages soient fantaisistes.
lis sont confirmes par les services officiels eux-memes qui
estiment a 440 milliards d' euros d'ici a 2020 les depenses
necessaires pour mettre en CEuvre Ie Grenelle de I'environne-
mente
254
La decroissance verte
Quelques exemples expliquent I'ampleur des sommes annon-
cees. C' est ainsi que la norme « tres basse consommation »
qui sera imposee aux batiments neufs en rencherira Ie cout
de 5 % a 10 % selon les estimations. Meme si I' on retient
I'hypothese basse, Ie surcout annuel pour les acquereurs
atteindra au moins 2,5 milliards d' euros sur la base de
500 000 logements par an. Pour les logements sociaux, au
nombre de 4,2 millions, une depense de 10 000 euros par
unite constitue un minimum pour les ramener a la tres faible
consommation energetique prevue, a supposer que ce soit
techniquement possible. Le calcul est vite fait: la depense
totale atteindra 42 milliards d'euros a repartir sur 12 annees,
soit 3,5 milliards par an.
S'agissant des logements pnves, Ie plan prevoit la montee en
charge progressive d'un programme de renovation lourde afin
d'atteindre et de maintenir un volume de 400 000 operations par
an a compter de 2012. Sur la base, la aussi minimale, de
10 000 euros par logement, la depense atteindra 4 milliards d'euros
par an.
S'agissant des batiments tertiaires et commerciaux pour les-
quels une reduction d'au moins 20 % des consommations ener-
getiques est prevue, la facture sera bien plus lourde encore
compte tenu des surfaces en cause.
On comprend I'approbation sans faille de la Federation natio-
nale du batiment aux conclusions du Grenelle de I'environne-
ment auxquelles elle n'a pas manque de faire savoir qu'elle
255
CO 2 un my the planetaire
adherait pleinement, bien que la profession soit sans doute
dans ('incapacite de faire face a de telles perspectives.
Certes, ('amelioration des performances energetiques des bati-
ments engendrera des economies. Mais, au dela d'un certain
seuil, ceUes-ci seront sans rapport avec les depenses a engager.
Les choses ne se presentent pas mieux pour les transports: Ie Gre-
nelle de I' environnement a prevu de couvrir la France de lignes
nouvelles de TGV, de. metros et de tramways. S'agissant des lignes
de TGV, iI a ete decide d' en construire 2 000 kilometres, c' est-a-
dire de doubler Ie reseau existant alors que chacun sait que les
lignes justifiees d'un point de vue economique ont d'ores et deja
ete toutes construites. Le cout correspondant est donne par Ie
plan du Grenelle lui-meme : 69 milliards d' euros, et cette estima-
tion est sans doute prudente I La depense est a peine moindre
pour les metros, tramways, canal a grand gabarit qui n' ont egale-
ment aucun retour financier et que Ie contribuable devra done
payer integralement. On comprend la sans difficulte I'enthou-
siasme de la Federation nationale des travaux publics.
Dans Ie secteur de (' energie, la situation n' est pas differente. On
a vu ce qu'iI en etait pour les eoliennes et pour les panneaux
photovolta'iques.
Pour les uns comme pour les autres, c'est a 3 milliards d'euros
de surcroit auquel Ie consommateur doit s'attendre chaque
annee.
II faut enfin denoncer un my the : celui de la «croissance
verte ». T outes les mesures enumerees ci-dessus qui, sauf rares
256
La decroissance verte
exceptions, sont injustifiees d'un point de vue economique,
« creeraient des emplois et engendreraient une nouvelle crois-
sance », nous affirme-t-on partout.
II n' est pas necessaire d' etre grand economiste pour compren-
dre que, lorsqu'un pays engage des depenses injustifiees, iI
freine sa croissance et, au to tat, detruit necessairement des
emplois, meme s'iI en cree dans certains secteurs. Si, pour creer
des emplois, la recette consistait a accroitre les depenses publi-
ques ou «metapubliques », c' est-a-dire decoulant de normes
imposees par les pouvoirs publics, iI y a longtemps que nous
n'aurions plus de chomeurs en France I Imposer des depenses
injustifiees au nom d'une illusoire lutte pour la sauvegarde de la
planete est la plus sOre recette pour engendrer, non pas une
croissance, mais une «decroissance verte ». La demarche est
suicidaire.
Chapitre V
L' Amerique et l'Europe
De part et d'autre de I' Atlantique, des voix s' elevent contre la
pensee unique ecologiste, mais elles ne sont pas entendues. Ce
sont ceUes des nombreux scientifiques qui contestent formeUe-
ment les conclusions du Giec et la dictature inteUectueUe qui
regne en son seine Ce sont aussi celles de rares hommes politi-
ques qui affirment que I'alarmisme qui entoure Ie rechauffe-
ment climatique est Ie fait d'ideologues qui veulent imposer
une vision negative et collectiviste de la societe et mettent en
danger la liberte eUe-meme.
Aux Etats-Unis, les protestations les plus vives emanent de
scientifiques reputes qui s' opposent a leurs collegues qui affir-
ment que les changements climatiques actuels sont la conse-
quence des activites humaines et en particulier des emissions
de CO 2 . La plus notable de ces initiatives, datant de 1999, s' est
traduite par un manifeste connu sous Ie nom d' Oregon Petition,
lance par I'lnstitut des sciences et de la medecine de I'Etat
d'Oregon, et signe depuis lors par 31 072 scientifiques dont
259
CO 2 un my the planetaire
notamment 9 992 ingenieurs, 3 697 specialistes des sciences
atmospheriques, 5 691 physiciens et 4 796 chimistes. Parmi les
signataires figurent 9 021 titulaires de diplomes de doctorat
(PhD), la plus haute qualification americaine, et notamment
Frederick Seitz, ancien president de I' Academie des sciences des
.;
Etats-Unis.
Cette petition est la suivante :
Nous demandons instamment au gouvernement americain
de rejeter I'accord sur te rechauffement ctimatique etabore
a Kyoto ou toute autre proposition simitaire. Les timita-
tions envisagees pour tes emissions de gaz a effet de serre
freineraient tes progres des sciences et de ta technotogie et
seraient nefastes au progres et au bien-etre de t'humanite.
It n'existe pas d'evidence scientifique convaincante que tes
rejets d'origine humaine de C0l' de methane ou d'autres
gaz a effet de serre causent ou pourraient causer dans
un avenir previsibte un rechauffement catastrophique de
t'atmosphere terrestre et un bouteversement du ctimat de
ta ptanete.
Ce texte ne nie pas I' existence de variations naturelles du cli-
mat, mais affirme que I'annonce de modifications catastrophiques
de celui-ci du fait des activites humaines n'a pas de fondement.
II est inutile de dire que ses auteurs, qui ont renouvele cette
profession de foi en 2007, se sont vus ecartes des groupes de
reflexion du Giec, comme tous ceux qui n'adherent pas au
« politiquement correct» ambiant qui postule la responsabilite
humaine des changements climatiques. Le nombre impression-
260
L' Amerique et ('Europe
nant des signata ires de cette petition, qui sont sans doute
major ita ires au sein de la communaute scientifique americaine,
n'a done pas empeche qu'ils n'aient guere eu la parole et que
l' on ait pour l' essentiel entendu la voix de ceux qui, tel l' alar-
miste James Hansen precedemment cite, ont annonce que nous
allions vers l' apocalypse.
AI Gore, Bush et Obama
II n' est pas possible de comprendre ce qui s' est passe depuis
plus d'une decennie aux Etats-Unis, notamment sous les deux
mandats de George Bush, si l' on ignore la position du Senat
americain. Celui-ci a adopte Ie 25 juillet 1997 une resolution
fondamentale qui allait inspirer pendant onze ans au moins la
politique des Etats-Unis. Cette resolution, deposee par les sena-
teurs Byrd et Hagel et adoptee a I'unanimite des 95 votants, sti-
pule: «Les Etats-Unis ne doivent signer aucun protocole qui
comprendrait des engagements de limitation ou de reduction
des emissions de gaz a effet de serre de la part des pays deve-
loppes sans demander egalement des engagements specifiques
de limitation ou de reduction de la part des pays en voie de
developpement, faute de quoi iI en resulterait des impacts nui-
sibles serieux sur l' economie americaine. »
II est important de noter que cette resolution fondamentale du
Senat americain a ete elaboree et adoptee du temps de la pre-
sidence de Bill Clinton, quatre ans avant I'arrivee au pouvoir de
George V\t: Bush a qui on impute Ie plus souvent Ie refus ameri-
261
CO 2 un my the planetaire
cain du protocole de Kyoto. II y a plus surprenant encore. Le
12 novembre 1998, Ie vice-president americain de I' epoque, qui
n' etait autre qu' AI Gore, a symboliquement signe Ie protocole
de Kyoto. Mais iI a indique simultanement que celui-ci ne serait
enterine par Ie Parlement americain que lorsque les pays en
voie de developpement y seraient inclus. Autrement dit, ta posi-
tion d'At Gore etait a t'epoque exactement ta meme que cette
qu'it a ensuite reprochee a George W Bush! Celui-ci a en effet
constamment affirme que les Etats-Unis n'adhereraient pas au
protocole de Kyoto tant que la Chine en serait dispensee, en
justifiant ainsi son refus en 2001 : « Le defi auquel nous sommes
confrontes demande un effort a 100 %: de notre part, mais
aussi du reste du monde. Le second emetteur mondial de gaz a
effet de serre est la Republique populaire de Chine. Pourtant la
Chine a ete totalement exemptee des exigences du protocole
de Kyoto. L'lnde fait aussi partie des emetteurs majeurs.
Pourtant, elle aussi a ete exemptee. Notre refus d'adherer a ce
traite ne doit pas etre interprete par nos amis et nos allies
comme une abdication de nos responsabilites. Mais no us ne
pouvons donner notre accord a un traite qui laisse de cote
80 % du monde. »
L'avenir a donne raison au president americain. Depuis cette
declaration, la Chine est passee du deuxieme au premier rang
mondial des emetteurs mondiaux de gaz a effet de serre avec
plus de 6 milliards de tonnes de CO 2 par an, et elle accroit cha-
que annee ses rejets de plusieurs centaines de millions de ton-
nes supplementaires au fur et a mesure que se developpe son
programme de centrales electriques a charbon. La position de
262
L' Amerique et I'Europe
George W. Bush se comprend d'autant mleux qu'un rapport
conjoint du ministere federal de l'Energie (Department of
Energy) et du Bureau du budget du Congres (Congressionat
Budget Office) avait montre que I'application du protocole de
Kyoto aurait entraine une perte pour l' economie americaine
pouvant atteindre 4,2 % du PIB du pays.
II reste a voir si Ie president Obama suivra la meme voie que son
predecesseur, possibilite qu'iI ne faut pas ecarter meme s'iI a fait
des declarations contraires pendant sa campagne electorale
comme iI fallait s'y attendre. II lui etait en effet impossible
d'adopter une position differente : s'ill'avait fait, iI se serait attire
les foudres d' AI Gore alors qu'iI avait besoin de son soutien. II se
serait egalement mis ados les tres nombreux elus locaux qui,
conquis par la pen see unique, ont engage au niveau de leur terri-
toire des politiques « vertes ». II se serait enfin aliene la majorite
de I' opinion publique americaine, desormais convaincue de
I'hypothetique responsabilite humaine. Des qu'iI a ete elu, Obama
a reitere son engagement de rejoindre Ie concert des nations
developpees dans la « lutte contre Ie changement climatique » et
s'est entoure de conseillers partageant cette conviction. Cepen-
dant, des Ie 20 fevrier 2009, la messe etait dite quand Obama,
dans une critique a peine voilee du protocole de Kyoto, declara
a Ottawa qu'aucune solution ne pourrait etre trouvee si la Chine
et I'lnde maintenaient leur position.
Face au refus attribue - a tort - a George Bush, six cents mai-
res, democrates ou plus rarement republicains, se sont engages
au cours des annees recentes a tout faire pour respecter a leur
niveau l' objectif de reduction de 7 % des emissions de CO 2 que
263
CO 2 un my the planetaire
Ie protocole de Kyoto avait fixe aux Etats-Unis. Les actions
engagees par les vUles participant a ce qui est devenu une croi-
sade sont nombreuses et variees. Parmi les propositions en
vogue figurent I'achat de vehicules municipaux a gaz, hybrides
ou electriques, I'investissement en faveur des energies renouve-
lables, la plantation d' arbres, la promotion du covoiturage,
I' amelioration des transports publics, la creation de pistes
cyclables, etc., toutes actions qui ne surprendront pas les
Europeens.
Au sein des vi lies concernees figurent New York, Seattle, La
Nouvelle-Orleans, Salt Lake City et treize autres grandes agglo-
merations qui participent ainsi a ce qui est connu outre-
Atlantique comme etant la « Mayors' initiative ».
Mais I'engagement Ie plus connu a indiscutablement ete
celui du gouverneur de Californie, Ie tres mediatique
Arnold schwarzenegger. En 2000, celui-ci a tout d'abord fixe a
son Etat des objectifs tres ambitieux pour 2050, promettant de
diviser les emissions par cinq a cette date par rapport a leur
niveau de 1990. De telles « promesses » engagent evidemment
d'autant moins ceux qui les formulent qu'ils seront morts avant
cette date et que, parmi ceux qui les ecoutent, les survivants les
auront oubliees depuis longtemps.
soyons serieux. C' est a plus court terme que les choses se com-
pliquent. Arnold schwarzenegger a egalement rendu public un
autre engagement: porter la part des energies renouvelables,
hors nucleaire et hydroelectricite, a 20 % de la production
264
L' Amerique et I'Europe
d'electricite californienne en 2010. Un an avant cette echeance,
iI est desormais patent que cette proportion n'a aucune chance
d' etre atteinte, et les compagnies electriques viennent de
declarer qu'un tel objectif leur etait inaccessible. II en resulte
egalement que Ie but imprudemment affiche de ramener les
emissions liees a la production d' electricite a leur niveau de
1990 ne sera pas atteint 1 .
Un autre des objectifs du gouverneur est tout aussi mal partie
Celui-ci avait prevu de subventionner la production d' electri-
cite d' origine solaire en equipant de generateurs les toits d' un
mittion de maisons. Ce projet est egalement dans I'impasse du
fait de I' envolee du cout des panneaux photovolta'iques, conse-
quence des subventions massives dont beneficient leurs com-
posants en Allemagne, et surtout parce que les compagnies
electriques sont quand meme obligees de desservir les maisons
concernees pendant les heures nocturnes, et se trouvent alors
dans I' obligation de facturer I' electricite bien plus cher qu' aupa-
ravant, de telle sorte qu'iI arrive que la facture globale pour les
interesses soit superieure a ce qu' elle etait anterieurement, mal-
gre les subventions versees I Tant qu'on ne saura pas stocker
I' electricite a bon marche, on voit a quel point les energies
renouvelables poseront probleme, meme dans un pays inonde
de soleil.
Si I'on ajoute que la population californienne s'accroit rapide-
ment, et tout particulierement dans les zones de I'interieur de
1. The economist, 23 juin 2007.
265
CO 2 un my the planetaire
l'Etat OU la chaleur est accablante et la consommation d' electri-
cite double de ce qu'elle est ailleurs du fait de la necessite de
la climatisation, it faut se rendre a l' evidence. Le plan de lutte
contre l'effet de serre d'Arnold Schwarzenegger est un grand
succes mediatique, mais c'est tout. Son auteur a joint sa voix a
celie de ceux qui croient qu' en cedant au « politiquement cor-
rect » des energies renouvelables, des solutions aisees peuvent
etre trouvees. II a seulement apporte la demonstration que les
meilleures intentions ne suffisent pas lorsqu' elles sont confron-
tees a la reaUte des faits 1 .
En definitive, la situation qui regne au debut de 2009 aux Etats-
Unis presente deux faces. Sur Ie plan officiel, elle reste dominee
par la resolution adoptee a l'unanimite en 1997 par Ie Senat, qui
interdit au gouvernement americain d'accepter Ie protocole de
Kyoto ou tout engagement simitaire tant que les pays en deve-
loppement, et notamment la Chine et l'lnde, n'y auront pas
souscrit. Mais I' opinion, convaincue par les tenants du « poUti-
quement correct» et d'abord par AI Gore, a largement bascule
et partage desormais la pensee unique regnant en la matiere.
Malgre leur nombre, les scientifiques qui ont affirme que les
activites humaines ne presentaient pas de danger pour l'evolu-
tion du cUmat ont done perdu Ie combat des idees.
Chaque annee, Ie magazine americain Time decerne a plusieurs
dizaines de proselytes de tous pays Ie titre de « Heros de I'envi-
ronnement ». Ce fut a nouveau Ie cas Ie 6 octobre 2008. Tous
1. The Economist, op. cit.
266
L' Amerique et I'Europe
les laureats ou presque n' ont qu'une obsession: reduire les
emissions de gaz carbonique, presentees comme source de tout
mal. Les uns inventent des voitures electriques, mettent en place
des reseaux de location de velos, imaginent des viUes compactes,
developpent des eoliennes ou des panneaux photovolta'iques,
batissent des immeubles «zero emission », creent des marches
du carbone, ecrivent des livres pour inciter chacun a changer de
comportement, edictent, tel Arnold Schwarzenegger, des regle-
mentations destinees a reduire les emissions carbonees, etc.
Pourtant liberal, I'hebdomadaire de reference The Economist lui-
meme ne met pas en doute la necessite et la possibilite de lutter
contre les rejets de CO 2 . En ce debut de siecle, c' est une vague pla-
netaire qui deferle, mais sans le moindre impact sur la realite des
choses puisque jamais les emissions ne se sont autant accrues.
L'Europe hypnotisee
Un meme constat peut etre dresse en Europe, d'autant plus
que les oppositions a la pensee dominante y ont ete beau-
coup plus faibles qu' outre-Atlantique. Les scientifiques euro-
peens qui ont mis en doute les conclusions des experts des
Nations unies ont tout d'abord ete moins nombreux,
d'autant plus que Ie partage du continent en plus de trente
pays n'y a pas permis I'emergence d'un mouvement unifie.
Certes, bien des scientifiques se sont eleves pour denoncer
la mainmise sur les organismes officiels des tenants d'une
meme pensee, mais leurs actions sont Ie plus souvent res-
267
CO 2 un my the planetaire
tees confinees a un seul pays. Deux d'entre elles sortent
cependant du lot.
La premiere est celie d'un statisticien danois, Bj0rn Lomborg,
qui a defraye la chronique it y a une dizaine d'annees avec son
livre intitule L 'Ecotogiste sceptique, qui eut un retentissement
mondial et fut traduit en de nombreuses langues. Lui-meme
ancien ecologiste, it denonc;ait dans cet ouvrage les multiples
contreverites repandues par Ie mouvement « vert» en vue de
nier Ie progres et de propager une vision negative et Ie plus
souvent injustifiee de I' evolution du monde. s'agissant plus pre-
cisement de I'effet de serre, Bj0rn Lomborg a montre que Ie
protocole de Kyoto ne pouvait avoir aucun effet significatif sur
I'evolution de la composition de I'atmosphere et done a for-
tiori sur Ie climat. Meme s'it avait ete integralement respecte, y
compris par les Etats-Unis, Ie traite aurait eu pour seul resultat
de decaler un peu dans Ie temps I'evolution des concentrations,
sans apporter de reels changements.
Bj0rn Lomborg, que la revue Newsweek a classe parmi les cent
personnes les plus influentes de la planete, n'a cesse depuis lors
de militer pour que la communaute internationale arrete de dila-
pider ses ressources au benefice d'une cause illusoire, et affecte
les sommes considerables qu'eUe y consacre aujourd'hui aux veri-
tables priorites, c'est-a-dire a I'amelioration du sort des hommes,
des femmes et des enfants qui peuplent notre planete.
268
L' Amerique et I'Europe
Oil depenser notre argent ?
Pour en savoir plus, Bj0rn Lomborg a reuni en mai 2004 un
panel de trente-huit professeurs d' economie en provenance
des meilleures universites du monde, dont quatre prix Nobel, et
leur a pose la question suivante : « Si vous disposiez de 50 mil-
liards de dollars pour ameliorer Ie sort de I'humanite, a quelles
fins vaudrait-il mieux les affecter ? »
Dix-sept mesures leur furent proposees, et des experts de cha-
cune d'entre elles vinrent exposer en detail et objectivement ce
qu' elles impliquaient, quel sera it leur coat, et quels resultats iI
serait possible d'en esperer. Apres avoir longuement entendu
les uns et les autres, les trente-huit economistes sont arrives a
un consensus depourvu d'ambigu'ite, intitule depuis lors
« consensus de Copenhague » du fait du lieu ou i Is etaient reu-
nis. On trouve sans surprise aux premiers rangs de leurs recom-
mandations la lutte contre Ie sida, la distribution de
complements nutritionnels pour combattre la faim dans Ie tiers-
monde, Ie contr61e du paludisme et Ie developpement de nouvel-
les techniques agricoles, toutes mesures susceptibles de sauver
des millions d' etres humains. Affecter 27 milliards de dollars a la
lutte contre Ie sida permettrait ainsi d' eviter de I' ordre de
28 millions de nouveaux cas, et Ie benefice en termes economi-
ques serait quarante fois superieur a la depense I
Ce n'est qu'aux derniers rangs de leur classement que figu-
rent les deux mesures de la liste qui etaient relatives a la
lutte contre Ie changement climatique: la creation d'une
taxe sur Ie carbone et la mise en CEuvre du protocole de
269
CO 2 un my the planetaire
Kyoto. Les calculs montrerent en effet que, pour seulement
appliquer correctement ce traite au niveau de la planete, iI
faudrait depenser 725 mittiards d'euros chaque annee pen-
dant te siecte actuet, avec pour seul effet de decaler de six
ans la concentration des gaz a effet de serre dans I'atmos-
phere en reportant a 2106 Ie niveau qui aurait du etre atteint
en 2100, ce qui n'aurait bien entendu aucun effet notable sur
Ie sort de I'humanite. Y affecter 50 miUiards d'euros de plus
ne servirait absolument a rien, alors qu'avec une telle
somme, iI serait possible de changer sans tarder Ie sort de
miUions d'etres humains et de les faire echapper a la famine,
a la maladie et a la mort 1 .
II est d'ailleurs interessant de noter que tous ceux, d'origines tres
diverses, ecoliers ou chefs d'Etat, a qui ont ete ulterieurement
exposees ainsi les donnees du probleme, sont arrives aux memes
conclusions, c' est-a-dire a la priorite a donner aux actions humani-
taires. Comment serait-il possible d'hesiter ? C' est bien ce qu' ont
compris, parmi d'autres, Bill Gates et Warren Buffett, qui tiennent
a ce que I'argent de leur fondation soit depense a meilleur
escient et done uniquement affecte a des causes humanitaires.
C'est egalement ce qu'ont compris les Nations unies, comme I'a
rappele la Declaration du Millenaire adoptee par les chefs d'Etat
du monde entier a New York en 2000 et dont I' objectif central
est de lutter contre la misere dans Ie monde et non de « sauver
la planete ». Enfin a titre individuel, Ie choix ne fait guere de
doute. si nous souhaitons nous devouer a une cause qui en vaille
1. Bj0rn Lomborg, How to Spend $50 Billion to Make the World a Better Place
270
L' Amerique et ('Europe
la peine, c'est en faveur des nombreuses actions humanitaires qui
s'offrent a nous qu'iI faut Ie faire.
En France, c'est avant tout Claude Allegre, dans son ouvrage
Ma verite sur ta ptanete, qui a denonce avec vigueur
I'ambiance d'« hysterie catastrophique et de dictature intel-
lectuelle » qui regne des que I' on parle du changement cli-
matique, en mettant en doute que « Ie gaz carbonique soit,
dans un systeme aussi complexe que I'atmosphere, I'unique
responsable de celui-ci qui a de multiples causes dont beau-
coup sont naturelles (Ie soleil, Ie cycle de I'eau avec les nua-
ges [on] » Meme si les conclusions operationnelles qu'iI en tire
sont sujettes a debat, Claude Allegre conforte ceux qui refu-
sent d' etre victimes du « politiquement correct» et cher-
chent a se faire leur propre opinion.
II donne aussi I' une des cles de la situation actuelle quand iI
note que les ecologistes franc;ais sont pour la plupart des « pas-
teques », verts dehors, rouges dedans. Et un rouge tres vif, car Ie
mouvement ecologiste est pour une large part constitue de
militants d'extreme gauche ou de sensibilite d'extreme gauche
qui ont pris les theses ecologistes pour deguisement.
De son cote, Serge Galam, specialiste repute, montre dans son
livre Les scientifiques ont perdu te nord 1 comment les organis-
mes officiels ont abandonne toute approche scientifique au
profit de la recherche de « consensus» qui ne peuvent qu' ente-
1. Op.cit.
271
CO 2 un my the planetaire
riner les idees dominantes, fussent-elles sans Ie moindre fonde-
mente
Des protestations vehementes contre les derives actuelles ema-
nent egalement d'autres pays, et notamment de I'Angleterre OU
un film fut tourne pour les denoncer. L'ancien chancelier de
l'Echiquier Nigel Lawson a recemment publie outre-Manche un
livre retentissant, An Appeat to Reason, pour predire que « la
bulle ecologique » allait bientot eclater, apres celie de l'immo-
bilier et de la finance.
Mais, sans coordination au niveau du continent, tous ces efforts
se sont heurtes jusqu'a present au mur du « politiquement cor-
rect » etabli par ceux qui tiennent les renes des structures offi-
cielles, et ils n' ont pas reussi a ebranler la vision des choses qui
veut que Ie changement climatique menace la planete d'une
evolution catastrophique, et que l'homme en soit responsable.
Au total, qu'i I s' agisse de l'Europe en general ou de la France en
particulier, les scientifiques qui s' opposent a la pen see domi-
nante ont done, comme aux Etats-Unis, perdu Ie combat des
idees pour l'instant.
Dans ces conditions, iI ne faut pas s'etonner du quasi-
unanimisme a caractere presque hysterique qui regne au sein du
monde poUtique europeen des qu'iI est question de CO 2 et de
changement climatique. Parmi les vingt-sept chefs d'Etat de
l'Union europeenne, iI n'en est qu'un qui ait pris ouvertement
position contre la vision « politiquement correcte » des choses.
272
L' Amerique et I'Europe
II s' agit du president de la Republique tcheque Vaclav Klaus qui,
tres marque par les annees qu'iI a vecues sous Ie regime com-
muniste, n'a de cesse de denoncer une situation qui met en
danger selon lui la liberte elle-meme, comme en temoigne Ie
discours qu'iI a prononce Ie ler octobre 2008 a Portland OU iI
avait ete invite par les auteurs de I'Oregon Petition:
Les gens rationnels savent que les changements du climat
que nous constatons ne depassent pas les fluctuations
naturelles enregistrees au cours des dix mille dernieres
annees [...]. Le vrai debat n' est pas celui du changement
climatique, mais celui de la liberte et des menaces qui
pesent sur elle. Les intentions des activistes du change-
ment climatique donnent Ie frisson. lis veulent nous
changer, changer I'humanite entiere, changer nos com-
portements, la structure et Ie fonctionnement de notre
societe, Ie systeme de valeurs que nous avons progressi-
vement etabli depuis des siecles. lis veulent no us imposer
une ideologie de I' environnement faisant fi de la science,
profondement antiliberale, extremement autoritaire, et
mettant en danger la liberte et la prosperite. Comme cela
a ete du temps de la dictature communiste que j'ai
connue, c' est a nouveau Ie vieux debat, celui de la liberte
et du marche contre Ie dirigisme, Ie controle politique et
la mainmise sans cesse croissante des gouvernements sur
Ie comportement humain. L'attaque des ecologistes me
rappelle les arguments des communistes: hier iI fallait
lutter pour « des lendemains qui chantent » ; aujourd'hui
il faut lutter pour « sauver la planete ».
[no]
273
CO 2 un my the planetaire
Les alarmistes du rechauffement climatique ont egalement
reussi a creer des groupes de pression tres puissants et qui
cherchent a maximiser leurs profits dans des domaines tres
varies :
- la vente de permis d' emission de CO 2 ;
- la construction de generateurs d' electricite inefficaces
faisant appel au vent ou au solei l et qui n' existent que
grace a des subventions massives ;
- la culture de plantes qui produisent des biocarburants au
detriment de la nourriture dont I'humanite a besoin ;
- sans oublier les revenus dont beneficient la multitude
de ceux qui font de la recherche, qui ecrivent et qui
parlent dans les congres au sujet du rechauffement cli-
matique.
Tous ces gens ne sont nullement interesses par Ie CO 2 ,
mais par Ie business dont its vivent et par les profits qui en
decoulent avec I'aide des responsables politiques [...]
En tant qu' economiste, Vaclav Klaus termine en regrettant que
ses collegues europeens et lui-meme aient echoue dans leurs
efforts pour ramener la rationalite dans un domaine qui I'a
perdue.
Bien que ('Union n'emette que Ie huitieme des rejets mondiaux
du gaz carbonique, la Commission europeenne et Ie Parlement
europeen se livrent en effet a une bataille de surencheres pour
imposer au Vieux Continent des contraintes extremement seve-
res afin que celui-ci « donne (' exemple au monde ».
274
L' Amerique et I'Europe
Ainsi, I'Europe est en pratique la seule grande partie du globe
qui ait adhere au protocole de Kyoto et se soit efforcee d'en
respecter les objectifs de reduction des emissions, alors meme
qu'ailleurs celles-ci n' ont jamais augmente autant, reduisant a
neant ses efforts. Pour I'avenir proche, Ie Vieux Continent s'est
impose, a l'initiative de la Commission, des contraintes qui ne
reposent sur aucune etude mais seulement sur l'attrait que peu-
vent exercer les chiffres ronds. II en est ainsi du programme dit
« 20/20/20». II a ete decide qu'en 2020 la consommation
energetique de I'Union devrait etre reduite de 20 %, ses emis-
sions de CO 2 egalement diminuees de 20 % et que la part des
energies dites « renouvelables » au sein de son bilan energeti-
que d'ensemble devrait croitre jusqu'a 20 % dans Ie but de
reduire les emissions de CO 2 .
L'analyse de ce dernier objectif met en evidence a quel point
I'influence des mouvements ecologistes au sein des institutions
europeennes est desormais dominante. Alors que la diminution
des emissions de CO 2 constitue I' objectif affiche et sans
cesse rappele par Ie president de la Commission Manuel
Barroso lui-meme, les ecologistes ont obtenu que I' electricite
d'origine nucleaire, qui n'emet pourtant aucun rejet de CO 2 , soit
exctue du decompte lorsqu'il s'agit de porter a 20 % contre
8,5 % a l'heure actuelle la part des energies non emettrices de
CO 2 , et que seules soient prises en compte les energies bapti-
sees « renouvelables ».
Autrement dit, l'energie nucleaire, qui n'emet pas de CO 2 , est
classee parmi les energies qui en emettent. Une telle aberration,
275
CO 2 un my the planetai re
fruit de I'hostilite des mouvements ecologistes a I'electricite
nucleaire, a des consequences tres graves pour notre pays.
D' apres Bruxelles, il faudrait porter la proportion de notre
energie « renouvelable » de 10,3 % a 23 % d'ici a 2020, c' est-a-
dire en pratique couvrir notre pays, au prix de depenses ruineu-
ses pour les consommateurs d' electricite, de dizaines de milliers
d' eoliennes destructrices de notre patrimoine paysager et alors
fermer plusieurs centrales nucleaires, Ie tout sans Ie moindre
alors effet sur nos emissions de CO 2 puisque nous produisons
deja la tres grande majorite de notre electricite sans en rejeter.
II faut dire que les gouvernements franc;ais successifs portent
une lourde part de responsabilite pour avoir accepte, sous la
pression des pays ou domine l'ideologie ecologiste, que l' on
parle d' energies «renouvelables» lorsqu' on evoque I' objectif
europeen de 20 %, ce qui exclut Ie nucleaire, et non d' energies
« non carbonees », ce qui l'aurait inclus et correspondrait vrai-
ment au but affiche : reduire les emissions de CO 2 . A I'excep-
tion de quelques voix courageuses et isolees, telles que celie du
depute europeen et ancien champion automobile franco-
finlandais Ari Vatanen dans le cadre de son association Mobitity
for prosperity in Europe ou il explique que les mesures propo-
sees par Bruxelles dans Ie domaine des transports au pretexte
de lutter contre l'effet de serre ne pourront que rendre les
echanges plus couteux et plus difficiles au detriment de I' emploi
et du pouvoir d'achat des plus defavorises, Ie Parlement euro-
peen est unanime des qu'il s'agit d'imposer au Vieux Continent
des contraintes sans cesse plus seve res dans Ie but illusoire de
« sauver la planete ».
276
L' Amerique et I'Europe
Pourtant, a I' echelle du monde, ni la Chine, ni I'lnde, ni les Etats-
Un is, ni Ie Canada, ni I' Australie n' envisagent serieusement
des mesures analogues qui brideraient leur croissance. Pour-
quoi faut-il alors que I'Europe se flagelle? Est-ce, comme
I'evoque Pascal Bruckner et comme Ie suggere de son cote
Luc Ferry, parce qu' elle cherche eternellement a faire repen-
tance ?
Quoi qu'iI en soit, un constat sans appel doit etre dresse. Mal-
gre les efforts des esprits prestigieux qui viennent d' etre cites,
Ie combat des idees a ete jusqu'a present perdu en Europe,
peut-etre plus certainement encore qu'aux Etats-Unis.
Conclusion
Le plus grand my the #
planetaire depuis GALILEE
Avec Ie recul du temps, la psychose qui s'est emparee de la pla-
nete au debut du XXl e siecle autour du changement climatique
apparaitra comme I'une des plus difficiles a comprendre de
I'histoire de I'humanite.
Comment les chefs d'Etat des pays les plus developpes du
monde, entoures chacun de centaines sinon de milliers
d' experts ou censes tels, ont-ils pu ne rien comprendre a I' evo-
lution des choses au point d'afficher pour la planete des objec-
tifs depourvus du realisme Ie plus elementaire, pour ne pas dire
absurdes ?
Comment les organismes les plus officiels, fonctionnant au nom
et sous I' egide des Nations unies ont-ils pu deriver au point
d'imposer au monde entier une vision «politiquement cor-
recte » de I'avenir, tout aussi apocalyptique que privee de tout
bon sens ? Comment la plupart des commentateurs n' ont-ils
pas vu et denonce les incoherences qui ont donne naissance a
279
CO 2 un my the planetaire
la version moderne du my the de la fin du monde qui regne en
ce debut de siecle? Comment la plus haute distinction du
monde - Ie prix Nobel - a-t-elle pu etre decernee a un person-
nage qui est au mieux un amateur incompetent et au pire un
charlatan, ainsi qu'a un organisme onusien pris en main par des
ideologues? Comment l'Europe a-t-elle pu se fixer des objec-
tifs aussi arbitraires et ruineux qu'inefficaces et impossibles a
atteindre? Comment notre epoque, censee etre celie de la
rationalite, peut-elle encore ceder a des peurs venues du fond
des ages ?
Sans doute ces questions feront-elles avec Ie recul du temps
I' objet d' analyses, de rapports et d' etudes. Qu'iI soit permis des
a present d' essayer de leur apporter quelques reponses. Celles-
ci sont de deux ordres. Les unes tiennent a la complexite des
choses et au petit nombre d'esprits capables d'en faire la syn-
these; les autres a la naissance d'une quasi-religion nouvelle,
celie de I' ecologisme.
La disparition
de !'honnete homme
Chacun peut concevoir que les phenomenes qui ont .fait I' objet
de ce livre sont d'une grande complexite. Mais surtout, ils rele-
vent de tenants de disciplines qui n'ont aucun point commun :
climatologues, specialistes des diverses formes d'energie, eco-
nomistes, experts en matiere de transport, d'industrie du bati-
ment, etc. Chacun a son propre langage, ses propres unites de
280
Le plus grand mythe planetaire depuis GALILEE
mesure, et ses propres angles de vue. Et chacun se garde bien
de s'interesser de trop pres et plus encore de porter un juge-
ment sur ce qui n'est pas de son domaine de competence. Ceux
qui consacrent leur vie a I' etude du climat ne voient la planete
et I'humanite qu'a I'aune de ce critere. Sans doute beaucoup
sont-ils de bonne foi lorsqu'ils emettent des cris d' alarme, des
souhaits et des recommandations. Mais ce ne sont en rien des
specialistes de I' energie, des transports, ou des economistes,
et les requetes qu'ils emettent sont physiquement impossibles
a realiser ou si couteuses a mettre en CEuvre qu' elles ruine-
raient I'economie mondiale et condamneraient les pays emer-
gents a stagner dans la misere et Ie sous-developpement si
I' on tentait de suivre leurs recommandations.
Pour leur part, les specialistes de I' energie n' ont aucune compe-
tence climatologique et s'en remettent done aux conclusions
des specialistes de cette discipline. T entant de satisfaire des
injonctions qu'ils ne remettent pas en cause, ils aboutissent a
des impasses pour ne pas voir que Ie probleme qui leur est pose
n'a pas de solution.
Les economistes, quant a eux, ne sont ni climatologues ni
experts en energie ou en transports. lis appliquent la theorie
economique a un probleme qui n'a pas de solution physique.
Vouloir agir significativement a I' echelle de la planete sur les
emissions de gaz a effet de serre en donnant un prix a la tonne
de carbone aurait un sens si la valeur a retenir ne devait etre
prohibitive pour avoir une quelconque efficacite, com me Ie
montre Ie fait qu'une hausse de 300 % du prix du petrole en
281
CO 2 un my the planetaire
quelques annees n'a pratiquement pas fait varier la consomma-
tion mondiale avant la crise de 2008.
En definitive, Ie bon sens a disparu. Faut-il Ie redire: qui
pourrait croire un instant que l'humanite laissera inutHisee
dans Ie sous-sol du globe une part significative du petrole,
du gaz naturel et du charbon qui lui sont accessibles ? Qui
pourrait croire que l' essentiel sinon la quasi-totalite des
gisements correspondants ne sera pas epuisee au cours du
xx,e siecle ?
Les regrets des climatologues, les previsions des specialistes de
[' energie, les calculs des economistes n'y changeront rien, la
marche du monde ne s'arretera pas, et celle-ci necessite pour
['instant Ie recours aux energies fossiles qui, plus que tout autre
vecteur, en sont un support fondamental avant que d'autres
sources prennent Ie relais.
Tout cela aurait du apparaitre depuis longtemps si notre monde
moderne n' etait cloisonne de maniere etanche entre experts de
specialites disjointes. Certes, il faut des specialistes. Mais notre
epoque souffre de ['absence d'« honnetes hommes » au sens du
XVlll e siecle, c' est-a-dire d' esprits capables de s'interesser sans
prejuges a de nombreux domaines de I'activite du monde
comme Ie faisaient les encyclopedistes, afin d'en degager une
synthese et de se faire une opinion personnelle me me si celle-
ci doit se situer a ['oppose des vues les plus communement
repandues.
282
Le plus grand my the planetaire depuis GALILEE
II s'agit en definitive simplement de revenir aux preceptes de
Descartes deja cites et qui meritent de I'etre a nouveau, dont Ie
premier etait de « ne jamais considerer une chose pour vraie
sans avoir verifie soi-meme qu' elle I' etait ».
C' est ainsi que nous assistons a la fin du cartesianisme et de
I'ere des Lumieres en ce debut de xx,e siecle, en meme temps
qu'a I'apparition d'une quasi-religion. Andre Malraux avait bien
predit que Ie « xx,e siecle serait religieux ou ne serait pas », mais
iI n' avait pas envisage que cette religion serait celie de I' ecolo-
gisme.
Une quasi-religion
Pour donner un sens a sa vie, iI fallait autrefois porter ailleurs la
« vraie foi ». De tout temps, it a existe des proselytes, des hom-
mes et des femmes qui, au-dela meme de toute rationalite, veu-
lent se devouer a une cause qui les de passe. Inchanges a travers
les siecles, on les retrouve aujourd'hui autour des croyances
ecologiques.
Comme toute religion, l' ecologisme a ses pretres et ses fideles.
Parmi les premiers figurent ceux qui nous affirment que tout va
mal, que nous sommes tous coupables, et que Ie salut de la
Terre est entre nos mains. Malheur a celui qui les met en doute
et qu'iI faut alors eliminer, sinon physiquement, du moins des
debats. Hors de cette Eglise, point de salut I
283
CO 2 un my the planetaire
II ne faudrait pas croire d'ailleurs que seuls les partis ecologistes
comptent en leurs rangs des proselytes de la cause. Ceux-ci
figurent en bonne place au sein de toutes les composantes de
I' echiquier politique national. Quels que soient les partis dont
ils se reclament, les nuances qui existent entre les divers mili-
tants de I' ecologie sont peu de chose a cote de ce qui les
unit. lis partagent tous la meme vision profondement negative
de l'homme, la mefiance a I' egard du progres et Ie rejet de
I' economie liberale. Pour s' en convaincre, iI suffit de constater
que les solutions qu'ils preconisent sont to utes d'inspiration
collectiviste, queUe que soit la mouvance a laquelle ils appar-
tiennent, et sont toutes les memes.
Le plus etonnant est sans doute que certains d' entre eux ou
d'entre elles affirment etre « de droite » alors que tout montre
qu'ils partagent des valeurs qui sont fondamentalement oppo-
sees a celles de leur famille politi que.
Tous ensemble, ces « prophetes de l'apocalypse 1 » ont su creer
une vision politiquement correcte desormais si presente qu' elle
a infiltre I' ensemble des partis a un point tel que certains n' ont
pas vu que c' etaient les valeurs de leurs adversaires qui triom-
phaient en leur seine « II n'y a pas de plus grand succes que de
faire croire a son ennemi tout Ie mal qu' on dit de lui », affirme
Ie proverbe, et il parait incomprehensible que ceux qui ont une
tout autre vision de I'homme ne se soient pas rendu compte a
quel point ils etaient manipules. Mais c' est ainsi.
1. Titre emprunte a I' excellent ouvrage de Jean de Kervasdoue, Les Precheurs de
I 'Apocalypse, Pion, 2007.
284
Le plus grand my the planetaire depuis GALILEE
Tout ceci est d'ailleurs fait en vain car, a chaque occasion, les
ecologistes ne manquent pas de dire que les pouvoirs publics
n' en font jamais assez.
Rien ne s'oppose done plus dans notre pays et plus generale-
ment en Europe a la vision negative de I' evolution du monde et
du role de I'homme sur la planete, et personne ou presque n' est
la pour la remettre en cause en rappelant les faits qui temoi-
gnent a I'evidence que I'humanite est aujourd'hui entree dans
une phase de progres sans precedent dans I'Histoire.
Combien de Franc;ais savent-ils que I' esperance de vie a la nais-
sance dans les pays du tiers-monde a ete multipliee par deux et
demi entre 1900 et 2000 ? Aujourd'hui, plus de neuf enfants sur
dix survivent contre un sur deux iI y a un siecle, et Ie progres
continue a I'aune de la generalisation des cinq vaccinations de
base. Combien savent que la rougeole est en voie de quasi-
disparition, Ie nombre de ses petites victimes annuelles ayant
regresse de 880 000 a 200 000 en huit ans, de 1999 a 2007 ?
Combien savent que Ie nombre d'etres humains qui mangent a
leur faim s' est accru de 2 milliards depuis trente ans ? Combien
savent que Ie rythme d'accroissement du niveau de vie moyen
des habitants des pays pauvres a double depuis I'an 2000, pas-
sant de 1,5 % par an auparavant a plus de 3 % ?
Au-dela des fluctuations conjoncturelles, la Chine n'a-t-:elle pas
jusqu'a une date recente delocalise certaines de ses usines vers
les pays «a bas salaires » tels que Ie Vietnam ou I'lndonesie,
preuve de I'elevation exceptionnellement rapide jusqu'a ce jour
285
CO 2 un my the planetaire
du niveau de vie dans I'empire du Milieu? Qui sait que, meme
au Vietnam, Ie niveau de vie a triple depuis 10 ans ? Combien
savent qu'au cours des decennies recentes I'lnde et la Chine
etaient devenues exportatrices de riz, contrairement a tous les
pronostics ? Combien savent que la foret gagne massivement
du terrain dans les pays developpes, et meme en Chine, enga-
gee dans un vaste programme de replantation? Les superficies
boisees n' ont-elles pas double en France en 100 ans et ne se
sont-elles pas accrues en Europe au cours des 15 dernieres
annees d'une superficie superieure a celie de la Grece ?
Combien de Franc;ais savent-ils que I'air de nos villes n'a jamais
ete aussi pur depuis Ie XIX e siecle comme en temoignent tous les
releves officiels, confortes par la blancheur persistante de nos
fac;ades quand elles sont desormais ravalees alors qu' elles
etaient noires de suie au bout de quelques mois iI y a peu et
qu'j( fallait recommencer I'operation a peine terminee ? Com-
ment pourrait-il d'ailleurs en etre autrement puisque les usines,
les chauffages, et les vehicules routiers eux-memes dont Ie
nombre est desormais stabilise en ville sont depollues ? Pour-
tant les sondages les plus recents (Ipsos 2008) montrent que
seuls 1 % des Franc;ais savent que la qualite de I'air de nos villes
est en amelioration tres rapide; 99 % sont maintenus dans
I'erreur par une desinformation permanente qui refuse de faire
connaitre cette excellente nouvelle pour notre sante et celie
de nos enfants. Combien savent egalement que nos cotes, nos
plans d' eau et nos rivieres elles-memes ont pour une large part
retrouve leur purete d'antan grace aux efforts de depollution et
que les progres se poursuivent ?
286
Le plus grand my the planetaire depuis GALILEE
T ous ces evenements positifs, et bien d' autres, sont soigneuse-
ment caches par les proselytes de I' ecologie qui, par conviction
ou par interet, ne veulent voir qu'une face de la medaille et ont
reussi a faire triompher dans notre pays une vision profonde-
ment pessimiste de I'homme et un impressionnant corpus
d'idees fausses.
Car, lorsqu'on procede a des sondages d'opinion, les resul-
tats sont sans appel : Ie monde s' enfonce dans la misere ; la
faim et la maladie progressent ; la pollution de I'air et celie
de I'eau s'accroissent; les forets disparaissent; iI faudrait
trois ou quatre globes terrestres pour que les habitants du
tiers-monde accedent a notre niveau de vie; les ouvriers
chinois et les aut res sont honteusement exploites ; la pla-
nete enfin est en danger.
C'est sur la base de ce corpus de contreverites qu'iI est ensuite
demande aux chefs d'Etat d'engager des politiques qui se reve-
lent depourvues de tout effet quant a I' effet de serre, et a cha-
cun d'entre nous de modifier son mode de vie dans I'illusion de
« sauver la planete ».
Les choses ne seraient pas trop graves si, en propageant ces
idees fausses, les chantres de I'ecologie n'avaient un role emi-
nemment nefaste car ils detournent I'attention des vrais proble-
mes auxquels est confrontee I'humanite, quand ils ne les
aggravent pas.
287
CO 2 un my the planetaire
L'une des decisions prises sous leur influence a eu ainsi des
consequences graves qui sont desormais bien connues. La trans-
formation dans les pays temperes de cereales en biocarburants
a participe au rencherissement des cours mondiaux du ma'is, du
ble et du riz, et entraine dans plusieurs pays des « revoltes de la
faim » generatrices de nombreuses morts et aggrave encore la
misere des plus demunis. Plus generalement, la mode des pro-
duits « bio » et I'abandon des engrais et des pesticides s'accom-
pagnent souvent d'une diminution des rendements qui, si elle
etait genera lisee, ne pourrait que donner naissance a des fami-
nes massives.
D'une maniere plus large, Ie detournement des fonds publics au
nom de I' ecologisme atteint une ampleur insoupc;onnee alors
que ceux-ci pourraient etre utilises a de bien meilleures fins.
Dans notre seul pays, on a vu que la gabegie se chiffrait chaque
annee en dizaines de milliards d' euros qui ne peuvent plus etre
affectes a des causes quant a elles incontestables, telles que la
lutte contre la pauvrete ou la maladie, ou ['aide au developpe-
ment des pays qui en ont Ie plus besoin pour soulager la misere
de leurs populations. Au niveau mondial, iI faut desormais parler
de centaines de milliards d'euros de gaspillage en pure perte cha-
que an nee.
C' est que les tenants de I' ecologisme mettent la sauvegarde de
la planete, promue au rang de deite abstraite, avant celie des
hommes, des femmes et des enfants qui la peuplent, affirmant
agir pour Ie bien-etre des generations futures alors qu'ils leur
nuisent en engageant notre epoque sur la voie de depenses
288
Le plus grand my the planetaire depuis GALILEE
inefficaces. Tel est Ie veritable fond du debat : donner la prio-
rite a une conception abstraite, celie de la planete Terre, et non
a I'humanite qui la peuple.
Mais, parmi les pretres de la quasi-religion que constitue I' eco-
logisme, iI n'y a pas que des esprits plus ou moins sinceres illu-
mines par la cause qu'ils croient defendre. II existe une seconde
categorie de proselytes, qui sont, quant a eux, tout sauf desin-
teresses. II s' agit des acteurs des multiples lobbies qui ont tout
interet a faire perdurer les idees fausses ambiantes parce qu'ils
en vivent. On trouve parmi eux des representants de profes-
sions aussi diverses que les constructeurs d' eoliennes ou de
panneaux solaires actuels, certains industriels du batiment, ceux
des transports ferres et publics, et bien d' autres encore. T ous
ont compris I'interet qu'ils avaient a surfer sur la vague du
« politiquement correct» ecologiste et a affirmer qu'ils etaient
animes des intentions les plus pures, ne souhaitant que contri-
buer a sauver la planete en diminuant ses emissions de CO 2 , lis
n'ont besoin pour ce faire que de continuer a recevoir des sub-
ventions publiques en quantites massives et sans cesse crois-
santes...
D'ou la naissance, dans un pays comme Ie notre, de I'union
contre nature des mouvements ecologistes et du Medef, les
uns comme I'autre ayant oublie ce qu'etait I'interet general qui
veut que I'argent public soit sacre et que son mauvais usage ne
soit rien d'autre que Ie mepris du travail de ceux qui I' ont verse.
Poursuivant une tradition bien etablie, Ie Medef proteste ainsi
contre Ie poids des taxes qui pesent sur les entreprises, en
289
CO 2 un my the planetaire
meme temps qu'iI reclame par ailleurs toujours plus de subven-
tions publiques en leur faveur, qui ne peuvent que les accroitre.
II existe done deux categories de grands pretres de I' ecologie :
les ecologistes et les professionnels, dont les motivations sont
bien differentes meme si leurs vues sont communes.
Quant a la masse des fideles de ce substitut de religion, elle est
vaste et diverse. A cote de la foule des suiveurs, intoxiques par
I' omnipresente desinformation dont ils sont victimes, certains,
veritables croyants, font tout ce qui est en leur pouvoir pour
apporter personnellement leur contribution a ce qu'ils pensent
etre une cause qui en vaut la peine. lis font isoler toute leur
maison, couvrent leur toit de panneaux photovolta'iques, instal-
lent des pompes a chaleur, remplacent leurs ampoules classi-
ques par d' autres de longue duree, etc.
si ces depenses engendrent des economies qui les justifient, ils
ont bien raison d'y consentir. Mais s'ils croient contribuer ainsi
au sauvetage de la planete, ils se trompent, victimes de ceux
qui les induisent en erreur, et les depenses auxquelles ils se
livrent Ie sont alors en pure perte au-dela des economies
qu' elles peuvent leur apporter.
Ce qui est valable pour les individus I'est tout autant pour les
entreprises qui ne doivent bien entendu mettre en CEuvre que
les mesures qui sont justifiees par leur retour financier. II est
vrai que, dans la conjoncture qui sevit depuis la fin de 2008,
elles ne sont guere tentees de faire Ie contraire.
290
Le plus grand my the planetaire depuis GALILEE
Le meme constat vaut enfin et surtout pour les Etats dont la
responsabilite est majeure. Quand ils auront compris que cher-
cher a reduire leurs emissions de gaz carbonique dans I'illusion
d'agir sur les eventuels changements climatiques de la planete
ne peut servir a rien, plusieurs consequences positives s'impose-
ront a eux, qui sont d' excellentes nouvelles, tout particuliere-
ment en temps de crise et de difficultes.
lis pourront en effet proceder a des economies considerables
au sein des depenses publiques en mettant fin a I'armee de sub-
ventions, detaxes, reductions d'impots, dotations aux entrepri-
ses publiques et projets multiples de toute nature qui sont
aujourd'hui justifies par la lutte contre les emissions de CO 2 . En
France, c' est par milliards que les euros pourraient ainsi etre
epargnes chaque annee sans autre difficulte que de ne pas
ceder aux protestations des groupes de pression qui en vivent
alors que les besoins sont criants dans tant d'autres domaines
de ('action publique. Pour ne citer qu'eux, nos universites, nos
hopitaux, nos prisons crient misere et souffrent d' etre prives
des sommes considerables depensees ailleurs sans autre effet
que de profiter a ceux qui en beneficient.
Au niveau mondial, la liste est longue des actions qui meritent
d' etre soutenues. selon I'universite Cornell, la pollution locale
de I'air, de I'eau ou du sol est a I'origine de 40 % des morts dans
les pays en voie de developpement. Pour leur part, les acci-
dents de la route sont responsables de plus d'un million de
morts d'apres les recensements de la Banque mondiale et Ie
291
CO 2 un my the planetaire
nombre des blesses, souvent dramatique, se compte par dizai-
nes de millions lOr, aucune nation n'a pris la tete de la lutte
contre ce fleau, alors qu'un pays comme Ie notre a montre qu'iI
etait possible d'en reduire fortement I'ampleur et fait desormais
reference. Au lieu de cela, nous depensons notre argent inutile-
mente La ville de Paris n'a-t-elle pas adopte un « plan climat»
pour diviser par quatre a grands frais ses emissions de CO 2 ,
affirmant sans crainte du ridicule que Ie climat de la planete en
serait ameliore ?
Mais Ie bon emploi des deniers publics n' est pas seul en cause. La
charge qui pese sur Ie secteur prive peut egalement etre allegee
des reglementations de to ute nature qui lui sont imposees au nom
de la lutte illusoire contre I' effet de serre. Car I'Etat impose de plus
en plus souvent de proceder a des depenses « metapubliques »,
c' est-a-dire resultant de decisions publiques auxqueHes ne peuvent
se soustraire les acteurs prives. C'est Ie cas des normes excessives
dans ['habitat par exemple ou de l' obligation d' achat de l' electricite
produite par les eoliennes et les panneaux solaires qui vient accroi-
tre la facture d' electricite. L'impact de ces depenses metapubliques
n'apparait pas sur les comptes publics mais ampute d'autant Ie
pouvoir d'achat des consommateurs, en pleine contradiction avec
la priorite declaree des gouvernements.
Les ampoules electriques fournissent une illustration de ces
depenses «metapubliques ». II est prevu que les versions
«basse consommation» soient seules autorisees prochaine-
ment a la vente. Or iI existe environ 1 milliard d'ampoules en
France, dont Ie remplacement coutera environ 10 milliards
292
Le plus grand my the planetaire depuis GALILEE
d' euros aux foyers franc;ais, alors que, trois fois sur quatre, I' eco-
nomie procuree ne justifiera pas la depense.
Face a I'ampleur des economies possibles, dans la sphere publi-
que ou privee, la premiere priorite consistera a en faire Ie
recensement. On peut pronostiquer sans difficulte que Ie total
obtenu surprendra, degageant ainsi des marges de manCEuvre
insoupc;onnees pour nos finances publiques et notre pouvoir
d' achat.
*
* *
Chacun I'aura compris, ce livre ne va pas dans Ie sens des idees
rec;ues. A I'oppose du pessimisme ambiant, it reflete une vision
raisonnee et optimiste des choses. Non, la planete n' est pas en
danger. Certes, nous avons besoin pour I'instant des hydrocar-
bures (petrole, gaz naturel, charbon), que les eres lointaines ont
accumules dans Ie sous-sol du globe, et leur usage degagera du
gaz carbonique. Mais it n' existe aucune preuve qu'it en resultera
une quelconque evolution catastrophique du climat. En tout
etat de cause, soyons realistes. A moins d'arreter Ie developpe-
ment du tiers-monde, hypothese d' ecole coupable et dramati-
que s'il en est, nous n'avons aucun moyen d'empecher que
I'humanite utilise jusqu'a la derniere goutte, au dernier centime-
tre cube et au dernier gramme les hydrocarbures fossiles que
recele la planete.
Lorsque ceux-ci seront epuises, d'autres solutions auront vu Ie
jour depuis longtemps. Comme notre pays I'a montre, I'electri-
293
CO 2 un my the planetaire
cite sera pour I' essentiel produite a partir de I'uranium dont les
reserves sont en pratique illimitees. Pour sa part, Ie petrole
pourra, si necessaire, etre remplace par des biocarburants dont
les potentialites sont des a present insoupc;onnees dans les par-
ties tropicales ou equatoriales du globe. Enfin, et surtout, fai-
sons confiance a I'imagination humaine et au progres. Jamais
autant de millions de chercheurs, d'ingenieurs, de techniciens
n' ont ete formes sur tous les continents, et ils trouveront des
solutions auxquelles nous ne pouvons penser. Qui aurait prevu
I' essor de I' aviation de masse iI y a un siecle, ou I'invention
d'internet iI y a seulement vingt-cinq ans ?
Cessons de tomber dans un pessimisme injustifie. Au CCEur de la
crise financiere, un sondage de I'institut LH, conduit en France,
a donne en octobre 2008 des resultats revelateurs. A la ques-
tion «Lorsque vous pensez a I'avenir, qu'est-ce qui vous
inquiete Ie plus? », 22 % ont repondu « les risques de I' environ-
nement et du climat », 14 % «la crise financiere », et 60 %
« autant t'un que t'autre ». Pour 82 % de nos compatriotes, la
crise financiere et economique la plus severe survenue depuis
trois quarts de siecle ne fait done pas plus peur que les risques
hypothetiques de I'environnement et du climat. Ce sont surtout
les jeunes et les cadres qui sont atteints par la psychose
ambiante. La proportion de ces derniers qui citent la crise eco-
logique comme risque principal pour leur avenir, est la plus
fo rte.
Revenons a la raison et repetons-Ie. Nous ne pouvons rien aux
emissions de CO 2 de la planete, mais cela n' aura, selon toute
294
Le plus grand my the planetaire depuis GALILEE
probabilite, aucune consequence puisque rien ne prouve qu'iI y
ait un lien entre elles et Ie climat du globe I Cessons d'avoir
peur.
II reste a se demander pourquoi ceux qui s'opposent a la vision
regnante des choses ont echoue a tel point que I'opinion mon-
diale soit aujourd'hui victime dans sa quasi-totalite d'une me me
psychose.
Ni les arguments de nature scientifique, mettant en evidence
que rien ne prouve I' existence d'une relation entre les activites
humaines et les variations climatiques, ni ceux d' ordre ethique,
montrant que ceux qui veulent nous imposer des contraintes et
des depenses sans cesse croissantes au pretexte de « sauver la
planete» poursuivent d'autres buts et mettent en danger notre
prosperite et notre Ii berte, n' ont reussi a ebranler jusqu'a pre-
sent Ie consensus infonde qui regne dans Ie monde developpe
des qu'iI s'agit du changement climatique.
C' est pourquoi Ie present livre propose une approche nouvelle
des (hoses, susceptible de changer les termes du debat et d'y
mettre fin. II adopte une demarche que I'on pourrait qualifier
d'ingenieur, qui consiste a analyser objectivement les faits et a
en tirer des conclusions logiques, independamment de tout a
priori.
A partir du moment ou Ie bon sens sera revenu et ou chacun
admettra la verite d'evidence que I'humanite ne laissera pas
inutilises dans Ie sous-sol de la planete les hydrocarbures que
295
CO 2 un my the planetaire
les ereS paSSeeS y ont accumules, Ie debat sur une hypothetique
responsabilite de I'homme a I' egard du changement climatique
perdra tout interet puisque nous n'y pouvons rien. Quoi que
nous fassions, les emissions de la planete resteront les memes.
Lorsque cette verite sera admise, nous pourrons alors consacrer
nos efforts a la vraie priorite, qui est d'ameliorer Ie sort des
etres humains qui peuplent notre globe et dont beaucoup
vivent encore dans une extreme misere malgre la rapidite des
progres recents, au lieu de gaspiller nos talents et notre argent
dans I'illusion de « sauver la planete ».
Epilogue
La seconde moitie de I'annee 2008 a vu se derouler des evene-
ments tres particuliers qui justifient que leur soit consacre un
epilogue. Sans precedent depuis des decennies, la crise qui a
frappe I'economie mondiale constitue evidemment Ie plus mar-
quant d'entre eux, et elle a eu dans Ie domaine de I'energie des
consequences spectaculai res.
II faut dire que I'histoire begaie. En 1981, les commentateurs
etaient unanimes : Ie cours du baril de petrole, qui etait passe
de 3 a 13 dollars lors du premier choc petrolier en 1973 et qui
venait d' atteindre 35 dollars a I' occasion du deuxieme, «ne
pouvait que monter », et Ie pronostic Ie plus repandu voulait
qu'il atteigne rapidement 60 dollars de I' epoque, soit environ
200 dollars actuels. On sait ce qu'iI en est advenu, conforme-
ment d'ailleurs a ce que j'avais annonce dans un livre au titre
sans ambigu'ite et qui avait ete accueilli a I' epoque avec scepti-
cisme (L tnergie a revendre, J.-C. Lattes). Au lieu de continuer a
monter, Ie cours du baril s' est effondre, iI est reste tres faible
pendant un quart de siecle, descendant me me parfois au voisi-
nage d'une dizaine de dollars.
La similitude avec ce qui s'est passe en 2008 est frappante.
Lorsque Ie baril de petrole a approche 150 dollars au debut de
297
CO 2 un my the planetaire
I'ete, les voix les plus autorisees n'ont pas manque d'annoncer
« qu'iI ne pouvait que monter », et qu'iI allait a coup sur attein-
dre et bient6t depasser 200 dollars. Personne n'avait prevu que
son cours s' effondrerait avec une brutalite telle que, a la fin de
2008, iI aurait ete divise par plus de quatre ! L' ecart entre la
capacite d' extraction du petrole et la demande est par nature
tres faible et les cours peuvent done varier brutalement. Bien
entendu, la consommation ne peut pas depasser I' offre. Mais
elle ne peut guere flechir non plus tant Ie petrole est devenu
indispensable au fonctionnement de I'economie mondiale. II est
revelateur que la hausse massive des cours survenu jusqu'au
milieu de I'annee 2008 n'ait entraine aucune chute de la
demande mondiale, mais simplement un leger ralentissement
du rythme de sa hausse. II a fallu attendre la crise economique
qui a frappe Ie globe depuis I'ete 2008 pour que la consomma-
tion petroliere mondiale commence seulement a plafonner sans
perspective de diminuer tres significativement.
En revanche, it n' est pas exclu que les capacites de production
petroliere s'accroissent nettement au cours des annees a venir
compte tenu de la frenesie d'investissements d'exploration qu'a
suscitee la hausse massive des cours avant I'ete 2008. Dans de
telles conditions, et meme si les circonstances sont differentes
de celles qui prevalaient en 1981, iI est possible que nous soyons
entres a nouveau dans un cycle de petrole a bon marche
d'assez longue duree, ce qui serait une excellente nouvelle pour
I' economie mondiale, mais prendrait a contre-pied tous ceux
qui ont prematurement mise sur I'hypothese opposee. En effet,
une telle perspective remet en cause de multiples projets, de
I' exploitation des schistes bitumineux du Canada jusqu'au deve-
298
Epilogue
loppement des energies nouvelles en passant par la voiture
electrique, et par bien d' autres encore.
Les esprits evoluent beaucoup moins vite que la rea lite, comme
en temoigne la succession d'evenements survenus a la fin de
2008. En France, ce fut tout d'abord Ie vote par Ie Parlement dans
un enthousiasme general et a la quasi-unanimite de la premiere loi
faisant suite au Grenelle de I' environnement. Pourtant, rarement
texte legislatif fut aussi desastreux. Comme on I' a vu, i I engage Ie
pays sur la voie de depenses qui se chiffreront, si rien ne change,
a pres de 40 milliards d'euros par an et qui sont pour I'essentiel
injustifiees puisque la lutte contre les emissions de CO 2 est leur
justification dominante et que celle-ci est impossible pour les rai-
sons exposees dans Ie premier chapitre de ce livre.
Developpement sans fin des eoliennes et des panneaux solaires
alors que nous sommes tres largement excedentaires en electri-
cite et que nous n' en avons aucun besoin. Subventions massives
a la fabrication de biocarburants dont les rendements actuels
sont derisoires sous nos climats, au detriment de la production
des aliments dont I'humanite a besoin. Isolation selon des nor-
mes ruineuses et Ie plus souvent inapplicables de I' ensemble du
patrimoine bati. Doublement du reseau de lignes ferrees a
grande vitesse alors que toutes celles qui ont une justification
economique sont deja construites. Multiplication des lignes de
metro et de tramway au trafic marginal et sans aucune rentabi-
lite financiere. Arret des investissements routiers avec pour
consequences I'accroissement des encombrements et done des
emissions de polluants, des pertes economiques considerables
et la degradation de la qualite de vie des 90 % de nos compa-
triotes qui se deplacent quotidiennement en voiture.
299
CO 2 un my the planetaire
La litanie des gaspillages pourrait etre ainsi prolongee sans fin.
Rarement pays developpe et repute, rationnel se sera engage
dans un programme aussi absurde, sous l'egide d'un ministre et
d'une secretaire d'Etat ignorant les rea lites economiques,
inconscients de I'interet general et motives par la recherche de
la popularite ou par I'ideologie. On sait ce que donne I'intelli-
gence quand elle ne s'accompagne pas du bon sens : une catas-
trophe.
II faut dire aussi que I'elimination systematique et recente des
ingenieurs, et plus generalement des cadres de formation scien-
tifique, des postes a responsabilite de I' administration explique
Ie regne sans partage en son sein d'un « politiquement correct»
que peuvent seuls contrer les faits et surtout les chiffres. Le
monopole de I'ENA, dont les criteres de recrutement sont
aujourd'hui exclusivement litteraires et juridiques, est sans
doute Ie plus grave de nos problemes nationaux. Pourquoi I'Etat
se prive-t-il du concours de ceux qui font la reussite du secteur
prive ?
Mais I'absurdite ne regne pas seulement au niveau national
comme I'a montre I'accord sur Ie « paquet climat » adopte
en decembre 2008 a Bruxelles par les 27 pays de I'Union
europeenne. II s'agissait de mettre en CEuvre I'accord « 3 fois
20 » : reduire de 20 % les emissions de gaz a effet de serre,
porter a 20 % la part des renouvelables dans la consomma-
tion energetique et realiser 20 % d' economies d' energie, Ie
tout d'ici a 2020.
Le premier des objectifs est celui qui a donne lieu aux debats
les plus apres, car iI est impossible a atteindre. Tres seduisant
sur Ie papier, Ie principe retenu fut celui du developpement du
300
Epilogue
marche des emissions de CO 2 , cense entrainer une reduction de
leur volume. Au depart, des « quotas de CO 2 )) gratuits seraient
attribues aux differentes sources de gaz a effet de serre, mais
ceux-ci diminueraient ensuite progressivement.
Or, la plupart des pays europeens fabriquent la majeure partie
de leur electricite dans des centrales a charbon et peuvent
d'autant moins renoncer d'ici y 2020 que les ecologistes
s' opposent a la construction de centrales nucleaires. Quant aux
industries lourdes, beaucoup seraient contraintes de se deloca-
liser si elles devaient etre trop taxees en fonction de leurs
emissions.
La prise en compte de ces contraintes, relayees par de nom-
breux pays, et notamment par ceux d'Europe centrale, a abouti
a la creation d'une gigantesque « usine a gaz », aussi inefficace
qu'inutile. Certes, Ie principe du plafonnement des emissions de
CO 2 reste la base du dispositif prevu. Mais il compte tellement
d'exceptions en faveur des pays qui ont Ie plus proteste que Ie
resultat est meconnaissable. L' Allemagne a ainsi obtenu que les
secteurs les plus polluants, comme la fabrication de chaux, de
ciment et meme d'acier, beneficient de quotas gratuits jusqu'en
2020. La pologne a fait valoir que 94 % de son courant etait
fabrique avec du charbon et qu' elle ne pouvait y renoncer : elle
a done obtenu un regime derogatoire afin d'eviter que Ie prix
de son electricite double ou triple. D'autres pays d'Europe cen-
trale se sont vu accorder des facilites analogues en me me
temps que I'adoption d'un mecanisme de solidarite qui leur
attribuera 12 % des quotas d' emission. Au total, Ie dispositif est
done d'une extreme complexite.
II sera surtout inefficace du fait du nombre d' exceptions pre-
vues. Selon les associations ecologiques, I' accord du Consei I
301
CO 2 un my the planetaire
europeen est un « ecran de fumee » et les lobbies industriels et
nationaux ont reduit a neant les ambitions de I'Union car la
reduction previsible des emissions sur Ie territoire europeen ne
depassera pas 4 % d'ici a 2020 et non 20 %, les 16 % restants
etant procures par I' achat de permis d' emission dans Ie tiers-
monde.
II faut rappeler a nouveau quelques ordres de grandeur. Les
emissions europeennes annuelles avoisinent 4 milliards de
tonnes de CO 2 en regard d'un total planetaire de 30 mil-
liards, et meme de 50 si ('on tient compte des autres gaz a
effet de serre. Par aHleurs, la quantite de CO 2 presente
aujourd'hui dans ('atmosphere approche 3 000 milliards de
tonnes, et nettement plus encore si r on prend en compte
les autres gaz a effet de serre. A supposer qu'iI soit possible
de redu"ire de 20 % les emissions de CO 2 europeennes
annuelles, ('impact serait done insignifiant a (' echelle du phe-
nomene puisque les rejets evites chaque annee represente-
raient de ('ordre de 2/10 000 du stock present dans
('atmosphere, soit, au bout de dix ans, 2/1000, c' est-a-dire
nen.
Et ce n'est pas tout. Comme on I'a vu, la reduction des emis-
sions a laquelle notre continent pourrait parvenir ne saurait etre
qu'illusoire puisqu'elle serait compensee immediatement ou
presque par un accroissement des rejets du reste du monde car
Ie petrole, Ie gaz naturel ou Ie charbon que no us ne consomme-
rions pas Ie serait par d'autres. La gigantesque machinerie
mise en place par l'Union europeenne ne sert donc a rien.
Malheureusement, ('un des autres volets de ('engagement
« 3 fois 20 » risque quant a lui d' etre suivi d' effets, et H va
nous couter tres cher. II s'agit de celui qui veut que Ie conti-
302
Epilogue
nent porte a 20 % la proportion de son energie provenant
des sources dites «renouvelables», objectif qui, pas plus
que les autres, n'a pas la moindre base scientifique ou eco-
nomique. Ce resultat est une moyenne puisque certains pays,
dont Ie notre, se sont vu attribuer un but encore plus ambi-
tieux, qui atteint 23 % en ce qui nous concerne. Celui-ci va
nous obliger a defigurer notre pays en multipliant les eolien-
nes et a couvrir de tres nombreux batiments de panneaux
photovolta'iques alors que nous sommes deja tres largement
excedentaires en electricite et n'avons aucun besoin de
capacites nouvelles. Selon les estimations les plus officielles,
la depense correspondante, parfaitement inutile, atteindra
6 milliards d'euros par an et rencherira sans raison d'un quart
la facture d'electricite de nos concitoyens a un moment OU
chacun affirme que la sauvegarde du pouvoir d'achat est une
priorite nationale I Les seuls beneficiaires seront les promo-
teurs de ces energies qui pourront continuer a se constituer
en quelques annees, en toute legalite et en toute impunite,
des fortunes personnelles de centaines de millions d'euros
sur Ie dos des consommateurs.
Loin de se cantonner a ('Europe, ('ideologie ecologique a
conquis Ie monde entier. Mais les choses pourraient changer
tres vite car, selon toute probabilite, la confrontation de tous
les acteurs planetaires mettra fin au cours de I'annee 2009 aux
fantasmes qui sevissent aujourd'hui. En effet, celle-ci doit voir
en principe I' elaboration d'un accord mondial destine a prendre
la suite du protocole de Kyoto. Or, la reunion preparatoire
tenue a Poznan en decembre 2008 en presence de 9 500 parti-
303
CO 2 un my the planetaire
cipants de tous pays s'est conclue par un echec total, comme iI
fallait s'y attendre car la mission est impossible.
L' essentiel du probleme ne se situe plus dorenavant au sein des
pays developpes. Pour reduire les emissions de CO 2 de la planete,
iI faudrait avant tout que les pays emergents diminuent a l' avenir
les leurs, ce qui les condamnerait a stagner dans I' extreme pau-
vrete. Bien entendu, ceux-ci en ont conscience et savent qu'iI
n' existe pour eux aucun moyen de se developper sans accroitre
leur consommation d' energies fossiles, et done leurs rejets de CO 2 .
C'est pour cela que la conference de Poznan n'a debouche sur
rien, car elle a bute sur une question simple: « Qui paierait ? »
Les pays du Sud ont fait valoir a nouveau que les pays deve-
loppes etaient responsables de la majorite de I'accroissement
passe des concentrations de gaz a effet de serre dans I'atmos-
phere et que c'etait a eux de payer les sommes necessaires
pour reduire les emissions des pays emergents, a supposer que
ce soit possible. Les pays developpes ont certes propose aces
derniers d'avoir acces a un « fonds d'adaptation » finance par
un prelevement de 2 % sur les recettes du mecanisme de
developpement propre (MDP), dispositif permettant a une
entreprise d'un pays du Nord de gagner des « credits d' emis-
sion » de CO 2 en realisant dans un pays du Sud un projet
reduisant les emissions de gaz a effet de serre. Mais ce prele-
vement degagerait au mieux quelques centaines de millions
d' euros par an. Les pays en developpement ont demande pour
leur part une aide se chiffrant a plusieurs dizaines ou centai-
nes de milliards d' euros par an, plaidant a juste titre que
c' etait la l' ordre de grandeur necessaire pour eventuellement
influer significativement sur leurs emissions. Encore faut-il
remarquer que, dans I'hypothese OU i Is auraient satisfaction,
nul ne sait comment ils pourraient utiliser de telles sommes
304
Epilogue
avec une quelconque efficacite de ce point de vue car aucune
solution technique realiste n' est en vue, contrairement aux
affirmations des activistes de I' environnement.
Mais la question ne se posera pas, car iI est evidemment inenvi-
sageable que les pays developpes s' engagent sur cette voie qui
reviendrait a doubler ou a tripler I'aide apportee au tiers-
monde. Les reunions qui sont programmees tout au long de
I'annee 2009 pour preparer celie de Copenhague ne debouche-
ront done sur rien puisque Ie probleme pose - reduire les emis-
sions planetaires de CO 2 - n'a pas de solution.
II n' en est que plus choquant de prendre connaissance des
declarations du president du Giec, M. Rajendra Pachauri, qui,
aureole de son prix Nobel, ecrit dans la presse mondiale : « II y
a 400 millions de personnes en Inde qui n'ont pas acces a
I' electricite, et les emissions de CO 2 de mon pays n' excedent
pas une tonne par an et par habitant contre 20 aux Etats-Unis.
C' est pourquoi les pays developpes doivent prouver qu'ils ont
la volonte de reduire leurs emissions comme ils s'y sont enga-
ges. S'its te font, it y aura une reponse tres positive des pays en
voie de devetoppement» (Time, 24 novembre 2008).
Comment peut-on ecrire une telle ineptie ? Comment les centai-
nes de millions d'indiens qui n'ont meme pas I'electricite et qui
n' emettent pratiquement rien pourraient-ils reduire leurs emis-
sions ? Bien entendu, c' est I'inverse qui va se passer. Plus ils sorti-
ront de la pauvrete, plus les Indiens et les quatre aut res milliards
d' etres humains qui vivent aujourd'hui dans la misere accroitront
leurs emissions, de telle sorte que celles de la planete continue-
ront ineluctablement a s' elever au cours des decennies a venir.
Faudrait-il, pour satisfaire les fantasmes de M. Pachauri, que ses
compatriotes n'emettent plus qu'une demi-tonne de CO 2 par
305
CO 2 un my the planetaire
habitant et par an, c' est-a-dire qu'ils se privent de tout alors qu'ils
n' ont deja rien? Faudrait-il qu'ils renoncent definitivement a
(' electricite ? La frequentation tout au long de (' annee des avions
de ligne en premiere classe lui a-t-elle, comme aux autres ideolo-
gues qui font ('opinion, fait perdre tout sens humain ?
Tel est pourtant I'absurde sophisme sur lequel est fondee la
pensee unique qui regne aujourd'hui sur Ie monde: les pays
riches doivent montrer I'exemple, et les autres donneront alors
une « very positive response »... en reduisant les emissions qu'ils
ne font pas. Ideologie, quand tu nous tiens...
Dans un domaine tres different, I'annee 2008 fut egalement
remarquable: elle a ete la plus fro ide depuis I'an 2000,
confirmant que la temperature du globe ne s'accroit plus
pour ['instant depuis dix ans, contrairement aux idees par-
tout colportees (cf. figure E, p. 72). Mais comment presenter
les choses sans mettre en evidence cette realite genante ?
L'Office meteorologique britannique (MET), qui est la princi-
pale reference mondiale dans ce domaine et figure aux pre-
miers rangs des adeptes de la pensee dominante, a trouve la
solution: chacun a pu lire, a son initiative, dans la presse
mondiale que ('an 2008 avait ete «Ia 10e annee la plus
chaude du siecle ». Transformer ainsi un refroidissement en
rechauffement temoigne d'une science poussee de la com-
munication, sinon du mensonge.
II est vrai que I' on peut lire sur Ie site internet du meme orga-
nisme: « Au cours des peri odes glaciaires, les changements de
temperature ont entraine (did drive) les changements de
concentration de CO 2 . » L' elevation des temperatures a done
precede celie des concentrations de CO 2 et non ('inverse, ce
qui n'empeche pas Ie meme site internet d'en deduire sans hesi-
306
Epilogue
tation que c'est dorenavant I'accroissement de la concentration
de CO 2 qui entraine celui de la temperature I
Tout cela preterait a sourire si Ie sujet n' etait pas grave, tout
particulierement pour notre pays. Les consequences de la pen-
see unique ecologique sont d'abord dramatiques sur Ie plan eco-
nomique. Les dizaines de milliards d' euros gaspilles chaque
annee au nom d'une illusoire defense de la planete manquent et
manqueront cruellement a notre societe. L'etat de nos prisons
est une honte nationale. Nos universites sont les plus pauvres du
continent. Faute de logements, Ie nombre des sans-abri aug-
mente annee apres annee. Pour toutes ces causes indeniables, on
nous repete qu'iI n'y a pas d'argent, alors que celui du contribua-
ble et du consommateur est dilapide au profit des multiples lob-
bies qui CEuvrent pour profiter de la peur qu'inspire aujourd'hui
I'avenir de la planete et qu'ils entretiennent soigneusement.
Qu'ils Ie veuillent ou non, ceux qui nous font gaspiller notre
argent sont nuisibles a notre societe et aggravent la misere des
hommes lorsqu'ils detournent I' attention et les ressources des
vrais problemes.
II y a plus grave encore peut etre : plus que tout autre pays, Ie
France est devenue la proie du pessimisme. En nous repetant
que tout va mal, qu'iI faudrait trois ou quatre planetes pour
satisfaire nos besoins, que notre monde se degrade, que Ie sort
de I'humanite empire sans cesse alors qu'iI n'a jamais autant
progresse, que nous allons a la catastrophe et que tout cela est
notre faute, les «prophetes de I' apocalypse» savent-i Is ce
qu'ils font? Ont-ils conscience qu'ils culpabilisent sans cesse
nos concitoyens, et tout particulierement les jeunes, a qui ils
transmettent I'image d'un monde ego'iste et sans espoir, puis-
307
CO 2 un my the planetaire
que ce qu'ils leur demandent de faire est aussi impossible
qu'inutile ? Savent-ils qu'ils contribuent a faire de notre pays,
heureux et fier autrefois, et ayant de multiples raisons de I'etre
encore aujourd'hui, I'un des plus moroses et des plus tristes du
monde comme Ie revelent les sondages?
II est etonnant que Ie president de la Republique actuel, que
son temperament naturel aurait tendance a porter dans la
direction opposee, ne se soit pas aperc;u qu'H etait victime
d'une exceptionnelle desinformation alors qu'iI a su par
aHleurs resister au « politiquement correct» qui sevit dans
d'autres domaines. II faut dire que Ie consensus qui regne
aujourd'hui est planetaire et qu'iI est presque impossible d'y
echapper. Qui pourrait croire que Ie monde entier se trompe
alors qu'H s'agit d'un sujet de preoccupation devenu
majeur ?
Telle est aujourd'hui la desinformation dont cet ouvrage a
voulu rendre compte et qu'iI s'est efforce de denoncer, en
apportant des arguments nouveaux a ceux qui n' ont pas peur de
mettre en cause la pensee unique ecologique qui regne
aujourd'hui sans partage.
II n'est pas possible en effet de s'attaquer a celle-ci en mettant
directement en doute I'influence du CO 2 sur Ie climat de la pla-
nete. Tous ceux qui ont essaye ont echoue car les activistes de
I' ecologie tiennent en main tous les organismes officiels qui
font I' opinion. En revanche, expliquer que I'humanite a trop
besoin du petrole, du gaz naturel et du charbon pour les laisser
inutilises dans Ie sous-sol est comprehensible pas tous, parce
308
Epilogue
que marque au coin du bon sens. Et iI resulte que nous ne pou-
vons rien sur I'evolution des emissions et des concentrations de
CO 2 dans I'atmosphere. Tous les efforts consentis dans ce but
sont inutiles.
A partir du moment ou cette verite sera admise, iI deviendra
possible de mettre en doute les previsions apocalyptiques de
ceux qui font aujourd'hui I' opinion, car la nature humaine est
ainsi faite que personne ou presque ne peut envisager un avenir
sans espoir.
II deviendra aussi possible d'arreter les gaspillages. Un my the
planetaire comme iI n'y en a pas eu depuis Galilee pourra alors
prendre fin.
Table des matieres
PREAM BU LE............ ................ ........ .......... ........... ........ ........ ......... ........ ....... 7
CHAPITRE I La fin du bon sens ......................................................... 55
CHAPITRE II Les activistes ................................................................... 107
CHAPITRE III Les trois peurs ............................................................... 161
CHAPITRE IV La decroissance verte ............................................... 213
CHAPITRE V L' Amerique et I'Europe .............................................. 259
C ONCLU 5 I ON ........ ............... ........ .... ..................... ....... ........... ....... ........... 279
EPI LOG U E..... ............................... ..... ................ ............ ............ ......... ........... 297